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Full text of "Bulletin de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique"

BULLETINS 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 




BULLETINS 

. 

DE 

. jy 

ROYALE 



BBS 

SCIENCES , DES LETTRES ET DBS BEAUX-ARTS 
DE BELGIQUE. 

TOME XV. - II m PARTIE. - 1848. 



BRUXELLES , 

M. HAYEZ, IMPRIIIEUR DE L\CADEMIE ROYALE DE BELGIQUE. 

1848. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES , 



I)ES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 
1848. N 7. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du l cr juillet. 

M. VEUHULST, directeur de la classe, et president de 

1'Academie. 
M. QUETELET, secretaire perpeluel. 

Sont presents : MM. D'Omalius, Pagani, Timmermaiis, 
De Hemptinne, Crahay, Wesmael , Martens, Dumont, 
Canlraine, Kickx, Ch. Morren , Stas, De Koninck, Van 
Beneden, Ad. De Vaux, le baron deSelys-Longchamps, le 
vicomle B. Du Bus, Nyst, membres; Somme, associe; 
Gluge, Louyet, Melsens, Meyer, correspond ants. 



TOME xv. I . 



2) 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre cle I'interieur, revenant sur unedemande 
qu'il a iaiteprecedemment, touchant la recherche des ma- 
tieres propres a servir d'amendement aux terres, exprime 
le desir que la classe trace le cadre des etudes a entre- 
prendre et qu'elle indique a cet effet les elements d'une 
enquete scientifique complete ,qu'il se reserve d'instituer 
et de diriger. MM. Martens, Ch. Morren et Ad. DeVaux 
sont charges d'examiner la demande de M. le Ministre. 

- MM. le president et les secretaires de 1'Association 
Britannique pour 1'avancement des sciences font connaitre 
que la prochaine reunion aura lieu a Swansea, le 9 aout 
1848. 

- M. Ettingshausen , secretaire de la classe des sciences 
de 1' Academic imperials de Vienne, eerit qu'il vient d'a- 
dresser a 1'Academie de Belgique le compte-rendu de 1'in- 
stallation et des premieres seances de 1'Academie impe- 
riale. 

Le prince de Granatelli, president de 1'Acadernie des 
sciences et des lettres de Palerme, remercie la compagnie 
pour 1'envoi de ses publications, et lui fait parvenir le 
l er volume des Memoires de 1'Academie de Palerme. 

S. A. Guillaume, comte de Wurtemberg, fait hommage 



( 3) 

des dcrniercs publications de la Socieled'hisloireualurelle 
elablie a Stullgardt , doat il cst le president. 

La classe reyoit de M. Melsens un billet cachete dont 
elle accepte le depot. 

M. Al. Perrey , professeur a laFaculte des sciences de 
Dijon, fait parvenir un memoire manuscrit sur les trem- 
blementsdeterreressentisdans la peninsule Turco-Helleni- 
que et en Styrie. (Commissaires : MM. Crahay et Quetelet.) 



RAPPORTS. 



Memoire sur la determination de I'heure, de la latitude et de 
Cazimut, au moyen des doubles passages d'une etoile par 
di/fe'rents verticaux ; par M. Liagre, capitaine du genie. 

Happort de M. le colonel Xerenbwrger. 

Le memoire presente a 1'Academie par M. le capi- 
taine Liagre , sur la determination de I'heure et de la la- 
titude, renferme 1' exposition complete d'urie methode 
d'observation fort ingenieuse, susceptible d'une grande 
exactitude et preferable, a certains egards , aux methodes 
le plus generalement employees. 

Elle consiste a observer an moyen d'une lunette dispo- 
seecomme la lunette meridienne, mais douee d'un mouve- 
ment azimutal, les doubles passages d'une etoile dans des 
verticaux. Par ce moyen, on elude la mesure de distances 
zenithales, on n'a pas a tenir compte de la refraction, et , 
de plus, un calcul fort simple conduit a la valeur de la 



(4) 

latitude, Ce soul la d'inconteslables avautages auxqucls il 
laul ajoutcr la possibililede rendrc la determination dc la 
latitude a pen pros independante de la niarche de la pen- 
dule par rapport an temps absolu. 

Lcs questions traitees dans le memoire et a la solution 
dcsquelles est appliquee la methode d'observation deve- 
loppee par 1'auteur, sont les suivantes : 

1 Connaissantla declinaison d'une eloile, I'heureabso- 
lue, et les instants des passages consecutifs par un mcme 
vertical , irouver la latitude du lieu d'observation. 

2 Trouver I'heure absolue par les interval les de temps 
ccoules entre les doubles passages d'une eloile par diile- 
rents verticaux. 

5 Determiner a la fois Theureetla latitude, connaissant 
les intervalles de temps ecoules entre les passages d'une 
meme etoile a travers deux verticaux. 

Chacune de ces questions trouve dans les melhodes de 
Tauteur une solution tout a la fois simple et elegante. 

La seule objection que j'aie a presenter contre la me- 
tliode d'observation par le double passage des etoiles dans 
le plan d'un vertical, c'est que, pour 1'appliquer dans les 
conditions les plus favorables, il est necessaire d'observer 
une etoile circumzenithale, et que, par suite, les theodo- 
lites ordinairement employes en geodesic ne peuvent ser- 
vir a I'observation. La methode d'observation exposee par 
I'auteur, necessite un instrument particulier qui, sem- 
blable a I' instrument universel de Struve, soit pourvu d'une 
lunette a prisme. 

S'il m'appartient d'emettre un avis, j'opine pour Finscr- 
tion du travail deM. Liagre dans notre recueil des Memoi- 
rcs des savants e'lrangcrs. 



Wlapporl de Jtf. tit- ti<'i-. 

Apres avoir inurement examine le travail de M. le ca- 
pilaine Liagre, je ne saurai fa ire autrement que de me 
rallier aux conclusions de M. le colonel Ncrcnburger et de 
proposer I'irnpression; cependant ne serail-il pas utile de 
faire, dans le Bulletin, Pobservalion, que 1'idee qui preside 
an memoire de M. Liagre n'est pas neuve? M. Bessel a de- 
termine, en 1832, les latitudes de Trunz et de Memel en 
ne faisant usage que d'observations de temps ecoules en- 
Ire les doubles passages d'etoi les par les verticaux decrits 
dans leciel paries cinq (Us d'une lunette de passage. Les de- 
terminations de temps et d'azimut faites par Bessel, a la 
meme occasion, reposent aussi uniquement sur*l'observa- 
tion de temps ecoules en Ire deux passages au meme verti- 
cal (1). On voit par la que Bessel a applique son idee 
non-seulement a 1'astronomie, mais aussi a la geodesic. 
Au reste, le travail de M. Liagre diflere, quant a 1'execu- 
lion , tout a fait de celui de Bessel. 



de Bt. Qwetelet. 

A la suite d'une premiere lecture du memoire ren- 
voye a mon examen, j'ai soumis a M. Liagre quelques re- 
marques ayant pour objet de presenter les metbodes 
geodesiques dont il traile, sous un point de vue plus gene- 
ral ; j'appelais en meme temps son attention sur la deter- 
mination de la latitude d'un lieu par 1'observation de 
I'azimut d'une etoile a ses plus grandes elongations. L'au- 



(I) Voir Bcssd, Ott-preussisch? Graflmessuny } pa^os o(V et suivanfes. 



(6) 

teur ayant bien voulu avoir egard a ces remarques, a 
fait subir a son travail quelques modifications qui justi- 
fieront sans doute le retard apporte a la presentation du 
rapport defmitif, puisque ces modifications ont exige un 
examen nouveau du memoire en question. 

M. Liagre a ete conduit a partager les observations de 
latitude en trois grandes categories : la premiere, celle des 
distances zenithales meridiennes et circummeridiennes , 
qui est la plus repandue aujourd'lmi , comprend les diffe- 
rentes methodes d'observation aux instruments fixes et 
celle de Delambre pour les instruments portatifs. Elle em- 
ploie la mesure des angles verticaux comme element prin- 
cipal , et le temps comme element secondaire. 

A la detixieme se rapportent les methodes qui emploient 
Tobservation d'un astre en un point quelconque de son 
cours. Le temps, les angles verticaux et les angles hori- 
zontaux peuvent, suivant les circonstances , y entrer 
comme elements dominants. 

Enfm, les observations de la troisieme categoric se 
font aux environs du premier vertical ; elles emploient le 
temps comme donnee principale, et les angles horizontaux 
comme donnees subsidiaires. Elles sont encore peu repan- 
dues, et ce n'est que depuis quelques annees qu'on se 
livre, en Allemagne et en Russie, a ce genre d'observations. 
Jusqu'ici , la recherche des latitudes s'est generalement 
faite au moyen d'un instrument fixe , dispose dans le pre- 
mier vertical. M. Liagre a cherche a donner a cette me- 
thode une extension analogue a celle donnee par Delambre 
a la methode des observations meridiennes. Cette recher- 
che forme 1'objet principal de son travail. 

Pour ce qui concerne la determination de la latitude, 
au moyen de Tangle azimutal observe entre les deux plus 
grandes elongations d'une etoile se rapprochant beaucoup 



(7 ) 

du zenith de 1'observateur, 1'auteur montrc qu'elle est 
susceptible d'une tres-grande exactitude. Ainsi, pour y du 
Dragon , dans nos climats, a une erreur de qualre secondes 
sur Tangle azimulal , ne correspondrait qu'une erreur 
d'un dixieme de seconde sur la latitude. 

En resume, le memoire de M. Liagre sera lu avec inte- 
ret, et figurera avec avantage dans nos recueils. J'aurai 
done Thonneur d'en proposer 1'inipression et de deman- 
der que des remerciments soient adresses a 1'auteur. 

M . Quetelet , en terminant son rapport , fait connaitre 
que les deux autres commissaires, MM. Nerenburger et 
Meyer, ont approuve les modifications faites au travail 
soumis a leur examen. 

La classe, adoptant les conclusions de la corfmission , 
a ordonne Fimpression du memoire de M. Liagre et a vote 
des remerciments a 1'auleur. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



TERATOLOGIE VEGETALE. Sur la pelorisation lageniforme 
des Calceolaires et sur une synanthie bicalceifere et trista- 
minale des memes plantes ; par M. Ch. Morren, membre 
de F Academic. 

M. 1'abbe Van Oyen, professeur de sciences physiques 
et naturelles au petit seminaire deS l -Trond, a eu la com- 
plaisance de m'envoyer, dans le courant du mois de juin , 
une collection de calceolaires des plus remarquables, 
parmi lesquelles ce jeune savant, qui distingue avec un 
soin tout particulier les merveilles de la vegetation dont 



(8) 

I'eludo est destinec a combler les lacunos de la science, 
a en soin dc ne pas negliger deux struclures teralologiques 
du plus haul inlcret. 

Get envoi m'imposait en quelque sorte 1'obligation de 
remplir le voeu du donateur, c'est-a-dire, de ne pas enfbuir 
dans 1'oubli ces cas exlremement rares ou la nalure place 
ses oeuvres, non en dehors de ses lois, mais en dehors de 
son habitude la plus commune. Les struclures teratolo- 
giques sont des -revelations dont il importe de ne pas ne- 
gliger 1'interpretation. 

M. Moquin-Tandon, dans sa classification des mon- 
struosites vege tales, forme une classe on la deviation du 
type specilique s'attaclie a la forme. Ces deviations sont de 
deux natures : on ce sont des changements d'un organe 
dans un aulre, et elles constituent alors les metamor- 
phoses, ou ce sont des alterations qui , etant irre'gulieres , 
deviennent des deformations, ou bien qui, etant re'gulieres, 
constituent des PELORIES. 

Ces pelories sont toujours des cas vivement rechercbes 
des nalnralisles, parce qu'elles mettent sur la voie pour 
savoir comment la nature a realise les formes perma- 
nentes de quelques families du regne vegetal en en prc- 
nant le type dans d'autres families. C'est, en un mot, une 
bisloire comparable a celle soulevee par cette question 
fameuse : quand Dieti fit les oeuvres de la creation, crea-t- 
l-il chaque etre isolement ou modilia-t-il les etres d'un 
soul et meme type en formes diflerentes et les unes pro- 
cedant des autres? Cetle question parait au premier instant 
oiseuse et insoluble; mais quand on a beaucoup reflecbi 
sur la mutabilite des etres et leurs relations basees sur des 
organisations similaires ou analogues, on arrive a croire 
que cette question merite un examen serieux, et Ton se 
fail de la cause creatrice une idee bien aulrernent noble et 



(9) 

digne que celle qu'en ont les hommes qni ne voient en 
Dieu qu'un ouvrier fort habile et lubricant tie toutes pieces 
des machines animees ou vegelalisees. 

Je vais d'abord me jeter dans la contemplation de la 
matiere pour m'echapper en suite dans la region de 1'ab- 
straction. 

La pelorie que m'envoya M. Van Oyen, appartient aux 
calceolaircs cultivees, lesquelles sont des by brides horti- 
ooles du Calceolaria corymbosa, feconde.es d'abord par le 
Calceolaria pendula, et ensuile fecondees entre el les dans 
nn grand nornbre de generations successives. 

line pelorie analogue a ete vue, en 1855, par M. de 
Charnisso, sur le Calceolaria ruyosa de Ruiz et Pavon (\) , 
el plus tard, par Guillemin qui la decrivit sans la figurer(2). 
Cependant, la piece leratologique de M. Van Oyen diflere 
notamment par son volume, sa coloration et sa forme, des 
pelories signalees par ces messieurs. En tout cas, c'est le 
troisieme exemple seulement que la science peut enregis- 
trer. 

La calceolaire est, cornme on sail, une scrophulariee a 
calice quadripartite a divisions egales. La corolle hypo- 
gynique est formee d'un tube ires-court et d'un limbe en 
deux levres, la supcrieure courte, tronquee et arrondie, 
entiere; Tinferieure tres-grande, au contraire, prolongee, 
en forme de panloulle et concave. La ileur possede deux 
etamines insereessur le lubede la corolle, a peine exsertes; 
les anlheres biloculaires, les loges separees, divariquees, et 
rune souvent sterile. L'ovaire est biloculaire, les placentas 
multiovules , inseres de chaque cote sur la cloison. Le style 
est simple, le stigmate aigu. 

(1) Voyez Linncea, annee 1822, lab. VII, p. 206. 

(2) Voyez Archives de botanique , t. II, p. 1 el 136. 



( 10) 

Voila le type de la llcur genuine. 

Voici ce que presentait la pelorie- Van Oyen. 

Deux fleurs conformees normalement naissaicnt a droite 
el a gauche d'un sommet d'un rameau floral. Ce sommet 
etait Ini-meme termine par une fleur pelorisee qui ne pre- 
sentait pas 13 millimetres de longueur comme la pelorie- 
Guillemin, mais bien 8 centimetres de longueur. Ce n'etait 
pas, comme on le voil, un petit monstre. 

Le calice etait conforme comme la fleur normale et spe- 
cifique. La corolle presentait une forme de flacon de vin 
du Rhin, tres-allongee, etroite a ses deux extremites, 
renflee au milieu, et vers le tiers superieur un etranglement. 
Au sommet, la corolle allait en bee de flute : elle y etait 
fendue, et la fente offrait a ses deux extremites deux ouver- 
lures ovales (fig. \ et 5 , pi. T). 

Quand on examinait cette corolle, lageniforme sur le 
cote, on voyait distinctement son aplatissement (fig. 1 
comparee a fig. 2); c'est ce qui faisait que le bout offrait 
la forme d'un bee de flute. 

Cette corolle ouverte ne presentait aucune trace d'eta- 
mine (fig. 4), seulement le pistil etait place a son fond, 
regulierement conforme (fig. 5) et dirigeant de cote son 
style. 

La coloration de cette pelorie est non moins remar- 
quable. 

Sur une fleur de cette variete de calceolaire prise sur la 
plante meme, le fond est jaune-paille et soufre; au fond 
de la corolle est une teinte rouge, visible en dedans, dans 
toute sa fraicheur; c'est en un mot le derme interne qui 
est color de rouge. 

La levre inferieure est peinte d'un tablier rouge : ici, 
c'est le derme exterieur qni est colore. 

Or, dans la pelorie lageniforme, le bas de la corolle 



offre cl'abord une zone jaune, puis une large bande rouge 
a I'interieur, provenant de la coloration du derme interne. 
Puis vient une zone d'un jaune pur. Alors, sur la partie 
etranglee, c'est le derme externequi se colore en rouge, et 
enfm, le bee terminal est d'un jaune d'or. 

Done, sur la pelorie, le bas de la corolle en bouteille 
representait la gorge de la corolle bilabiee de 1'espece, et le 
bout conique representait la levre inferieure. Sur aucune 
des pelories decrites, cette analogic n'a pu etre saisie. 

Evidemment, 1'hypertrophie de la corolle lageniforme 
s'explique par la resorption de tout I'appareil male; mais 
nous devons faire remarquer cependant que, dans la pelo- 
rie-Guillemin, qui ne mesurait que 15 millimetres, il y 
avait aussi absence complete d'etamines. Cette absence se- 
rait-elle la condition de la regularisation de la fleur bila- 
biee des calceolaires? Les trois cas observes semblent 
devoir 1'etablir. 

D'apres cet etat de choses, cette pelorisation est bien ,, 
aux yeux de la tete, une regularisation de forme, car la 
calceolaire, fleur bilabiee et en pantoufle, est irreguliere, 
et la pelorie en bouteille est une forme reguliere, moins 
son bee de flute. Mais, aux yeux de 1'esprit, cette pelorisa- 
tion n'est pas le moins du monde une regularisation. La 
regularisation d'une calceolaire consisterait a lui voir un 
pistil central, cinq etamines, une corolle en roue a cinq 
lobes alternes avec les etamines et un calice a cinq dents 
alternes avec les lobes. Alors celte calceolaire passerait de 
la famille desscrophulariees dans les solanees, et la fleur 
realiserait son type regulier, sa beaute native. 

Car, on ne peut se dissimuler que la beaute resulte de la 
symetrie, et que la symetrie est une disposition basee sur 
la re'gularite ou un rapport harmonique de n ombre, de 
parties et de formes. 



II me scmble probable que le Createur, dans son idee 
de la vegetation, dut avoir la voloule de modeler le monde 
vegetal sur les nombres initiaux 2, 5 et 5, et en merne 
temps celle d'y apporlcr le priucipe de la variete, en com- 
binant chacun de ces nombres selon leurs multiples res- 
pectivement. Les structures des acolyledones, des mono- 
colyledones et des dicotyledones qui embrassent le monde 
vegetal tout entier, demontrent a Unite evidence celte loi 
divine, etdans cetle loi divine doivent reposer necessaire- 
ment le principe du beau et les principes de la perfection, 
deux vastes sujels d'etude de Yeslhelique phytographique, 
science tres-reelle, sur laquelle j'espere un jour pouvoir 
publier mes vues particulieres, quelque imparfaites qu'elles 
soient. 

Les families creees, elles etaient sans doute regulieres 
etsymetriques, par consequent, elles realisaient le principe 
de la beaute. Mais voici qu'nne aulre modification s'en em- 
pare : le type regulier et symelrique, base sur la multipli- 
cation des nombres createurs de la vie, de la symetrie et de 
la regularite, par une ablation d'organes ou par des meta- 
morphoses , et ces absences et ces metamorpboses realisent 
ensnite des families irregulieres qui precedent cependant 
des families regulieres. On dirail ici que Tange, cree dans 
une beaute parfaite, s'insurge centre le principe de la per- 
fection, et, dans sa chute, parlicipe au caractere de la nega- 
tion et revet la forme de Tincorrect, de 1'incomplet, c'est- 
a-dire de la laideur. En ce sens, on peut dire que les 
families des plantes, irregulieres dans leur organisation, 
sont les angesdechus des families regulieres; et c'est une 
loi fort rem a rq liable de la nature, que de voir les families 
irregulieres retourner, par des structures teratologiques, a 
leurs families regulieres, tandis que jamais on ne voit une 
flcur reguliere realiser la structure d'une ileur irreguliere, 



Tome XV, 2^ part ., 







Svuanlhie bicolceiferc dcs Calceolaires. 



(15) 

rncme dans la forme des families devices. Que ce grand fait 
de la vegetation lie se rcalise-l-il dans noire faible huma- 
nite! 

Ainsi la pelorie-Van Oyen ne fait pas meme reloumer 
la calceolaire au type des solanees ; elle fait line chute 
encore plus has; elle realise encore plus une forme etrange 
et contre nature, une forme anandre el, par consequent, 
impossible a se conserver. En ce sens, c'est un monstre 
dans loule la force du terme, mais un monstre plein des 
plus hauls enseignemenls. La holanique serait tres-suscep- 
lible d'etre examinee un jour dans les hauteurs de ces 
abstractions, qui permettraient, peut-etre, de saisir la pen- 
see divine de la creation des plantes, comme Newton s'est 
rapprochede Dieu en devoilant le mecanisme reel de 1'uni- 
vcrs. Is erit mihi Apollo ! 

La seconde fleur teratologique, dont je dois 1'obligeante 
communication a M. 1'abbe Van Oyen, est une synanthiede 
calceolaire que j'ai figuree pi. II. C'est une synanthic 
avec rcgularite normale du calice (5), avec une forme bi- 
calceifere de la corolle (fig. \ el 2), avec presence de trois 
etamines toutes fertiles, dont une est placee a la jonction 
des deux levres inferieures (fig. 4). L'ovaire est conforme 
regulierement (fig. G),et la levre calceiforme est pourvue 
d'un lobe rentrant, exprime en la figure 5, pour sa coupe, 
et, dans la figure 2, pour la direction de ses lobes. 

Celte synanthie n'a pas encore etc signalee dans les ou- 
vrages de leralologie vegetale. G'est, il me semble, une vraie 
soudure detleurs compliquee de resorption de la totalite de 
la levre superieure, du non-developpement du calice et de 
la resorplion d'une des quatre etamines qui auraient du se 
developper. Celte forme teralologique permellra peul-elre 
de mieux saisir, un jour, la cause inlime des synanlhies. 






ETHNOGRAPH1E. 

Sur I'e'tendue superflcielle et le volume du corps humain. 
Leltre de M. Quetelet a M. le D r Garus, de Dresde. 

J'ai examine les deux questions que vous avez bien 

voulu me poser, et 1'interet que j'y ai pris m'a porte a en 
chercher immediatement la solution. 

Vous demandez d'abord quelle est, en pieds carres, 
1'etendue superficielle du corps humain. Je neme rappelle 
pas en eflet qu'on ait entrepris des estimations exactes a 
ce sujet. Seulement Haiiy, dans son Traite elementaire de 
physique, pag. 277 , l er vol. , dit qu'on a trouve que la pres- 
sion de 1'air sur un homme de moyenne grandeur vaut 
environ 16,000 kilogrammes. Or, le kilogramme vaut en 
poids un decimetre cube d'eau disiillee; et une epaisseur 
d'eau de 10 m ,4, qui correspond a la pression atmosphe- 
rique, en s'exerc.ant sur une surface de 154 decimetres 
carres ou de 1,54 (le metre carre pris pour unite) , pro- 
duiraitla pression indiqueede 16,000 kilogrammes. Haiiy 
supposait done implicitement la surface du corps humain 
de 1,54 metre carre ou de 15,7 pieds carres du Rhin. 
Cette valeur est un peu plus grande que celle que vous 
donnez d'apres quelques auteurs (14 pieds carres) et que 
vousjugez avec raison devoir elretrop petite. 

J'ai entrepris moi-rneme le calcul avec les donnees que 
je possede relativement aux dimensions des difierentes 
parties du corps humain, donnees que j'ai lieu de sup- 
poser fort exactes. J'ai tache de ramener 1'estimation des 
surfaces du corps aux iigures geometriques les plus sim- 
ples. Je me bornerai a vous indiqucr ici mes principaux 



resultats en prenaiil pour unite Ic metre carre : 

Surface de la tele 0,100 

du cou au-dessus des clavicules . . . 0,031 

> du tronc jusqu'a la bifurcation . . . 0,484 

des cuisses , jambes et pieds .... 0,670 

> des bras et mains 0,360 



1,64 

Cettc derniere valeur equivalence a 16,7 pieds carres du 
Rhin , surpasse les deux valeurs dont il a ete parle precc- 
demment; et cependant je la crois tres-exacte.Un autre 
calcul,eri prenant des donnees plus larges et que je pour- 
rais regarder comme des limites superieures, m'avait donne 
1,76 de surface en metres carres ou 17,9 pieds carres. 

Lescalculs sont fails pour unindividu d'une hauteur de 
l m ,75. En supposant done une surface rectangulaire d'un 
metre de base et d'une hauteur de l m ,750, c'est-a-dire 
egale a la hauteur de 1'homme, on aurait a peu pres 1'equi- 
valent de la superiicie de son corps. 

Pour ce qui concerne votre seconde question , relative 
au volume du corps humain, je crois qu'on peut la rame- 
ner a des termes assez simples. 

Un homme de l m ,75 pese moyennement 76 kilo- 
grammes. Or, si le corps humain avait une pesanteur 
specifique exactement egale a celle de 1'eau, le volume 
s'estimerait en disant qu'il est de 76 centimetres cubes ou 
de 2 Vs pieds cubes du Rhin. La pesanteur specifique n'est 
pas la meme pour tous les individus; on peut la supposer 
generalement un peu superieure a celle de 1'eau, et, par 
suite, on ne s'ecarterait guere de la verite, je crois, en don- 
nant au corps humain un volume equivalent a deux pieds 
cubes du Rhin et un tiers. Ce qui suppose que le poids du 
corps surpasse de 4 kilogrammes le poids de Fair deplace. 



Disproportions du corps humaiu, par A. Quelelel. 
Deuxieme article (I). 

Proportions de Vhomme clicz les JEyypticns. 

Les Grecs, sous bien des rapports, ontpuise lours con- 
naissances chez les anciens Egyptiens, non-seulement 
pour la philosophic et les sciences, mais encore en ce qui 
concerne les beaux-arts. D'apres Diodore de Sicile, les 
slatuaires Telecles et Theodore avaient rapporte d'Egyptc 
mi genre de sculpture qui ne se pratiquail pas chez les 
Grecs. C'est ainsi que ces artisles iirent line slatue de 1'A- 
pollon Pylhien : Tun executa la moitie de la slatue a Samos, 
et 1'autre la seconde moitie, a Ephese. Void, d'apres Dio- 
dore, le precede qu'employaienl les Egyptiens (2). 

Ce n'est point a la vue, au simple coup d'ceil que ces 
derniers jugent de la proportion des statues, comme font 
les Grecs, mais ils coupenl et divisent leurs pierres en 
plusieurs portions, et ils les travaillent en fixant les rap- 
ports des figures, des plus petites dimensions aux plus 
grandes. Pour cela, ils divisent la stature du corps humain 
en vingt et une parlies et un quart en sus, et ils expri- 
menl ainsi la proportion enliere. Une fois que ces artistes 
se sont accordes ensemble sur la grandeur de la statue, ils 
se separent et executent les divers fragments, chacun de 



(1) VOIP le 1 er article, tome XV, 1 11 parlie, page 580. 

(2) Le passage de Diodore se rapporte aux premiers temps de la sculpture 
chez les Grecs; les precedes scienlifiqucs leur devinrent, plus lard, tout 
aussi lamiliers qu'aux Egypliens. 



( 17) 

son cote, avec unc convenance el une harmonic si parfaltes, 
quo 1'ouvrage tcrmine excilc 1'admiralion (1). 

Bicn quc les Egyptiens cussent ensuile etc surpasses par 
les Grccs, dans lesdcveloppements qne prircnt les beaux- 
arls, leurs ouvrages n'en merilent pas moins noire atten- 
tion par la fidelile severe avec laquelle ils copiaient la 
nature. Sous ce point de vue, nous ne pouvons que gagnrr 
a eludier les proportions de leurs figures; il parait nienie 
que c'est a eux que Ton doit 1'idee de ce canon que les 
artistes grecs prirent generalement pour module dans 
leurs plus beaux ouvrages. 

M. Jomard, dans son Memoire sur le systeme me'trique 
des anciens Egypliens, a reproduit quelques mesures re- 
latives aux proportions du corps humaiu, qu'il a recueil- 
lies lui-meme sur des monuments anciens de 1'Egypte. Je 
1'erai connaitre ici celles qui se rapporlent a noire sujet. 

II cite d'abord une figure d'hommc debout qui a les bras 
et les mains etendus, ct qui est sculptee sur le grand sar- 
cophage d'Alexandrie , depose acluellement a Londres. La 
hauteur est de O m ,46, et si Ton prend sur cette ligure la 
longueur de 1'espacc qui est enlre le coude et I'exlremile 
des doigls, autrement la coudee, on trouve O m ,I15 ; ce qui 
est justement le quart de O m ,46(2). 

Or, si Ton prend cetle derniere grandeur pour unite, Fes- 
pace enlre le coude et Fextremile des doigls serait O ni ,250; 
par nos mesures, nous avons trouve O m ,257, qui est aussi 
le nombre donne par la mesure des statues grecques. 

M. Jomard cite ensuite une autre figure egyptienne, 



(1) Nous empruntons la (reduction de M. Jomard, Memoire sur le sys- 
Idmc metriquc des anciens Egyptiens , pa^e 75. 

(2) Chap. V, page 71. 

TOME xv. 2. 



( 18 ) 

mesuree par M. Delile,ayant l m ,25 de hauteur. Elle a 
etc coustruite a 1'echclle d'un pied pour coudee, ou 2 pour 
5. En effet, si Ton ajoute moitie a l m ,25, on a l m ,875, 
stature metrique. La tete a O m ,IG5, ce qui est Ie septieme 
et demi de la hauteur : regie que nous avons reconnue 
pour avoir ete suivie par les Egypliens et qui est la memc 
que celle dont on fait usage a present. Le pied a O m ,20, 
ce qui est plus que ne demande la raison 1 a G */2, et se 
rapporte au pied metrique. 

En prenant pour unite la hauteur de la figure prece- 
dente, la tete serai t represented par O m ,152 et Ie pied par 
0,1 GO. Les statues grecques assignent aux memes parties les 
valeurs O m ,15() et O m ,149; nos mesures sur J'homme beige 
donnent O m ,135 et O m ,154. J'ai deja fait remarquer prece- 
demment que c'est a tort qu'un grand nombre d'artistes 
supposent Ie pied de meme dimension que la tele. II faut 
soigneusement distinguer les mesures de convention de 
celles que donne reellement la nature. Je citerai, a cetHe 
occasion, Ie passage suivant que j'emprunte encore a 1'ou- 
vrage de M. Jomard (page 77), et qui concerne Ie rapport 
entre Ie pied et la coudee chez I'liomme. 

On a trop legerement admis certaines proportions 
de grandeur entre les diverses parties de la stature natu- 
rclle, etl'on s'est appuye ensuite sur ces relations abstraites 
pour fixer soil les rapports, soil les valeurs absolues des me- 
sures usuelles.... Dans ses recherches sur la coudee sacree 
des Juifs , Newton a adopte Ie rapport de 5 a 9 entre Ie pied 
et la coudee de I'liomme. Ce rapport est un peu trop fai- 
ble, et suppose Ie pied trop petit. D'un autre cote, Ie rap- 
port de 2 a 5, qui existait entre Ie pied et la coudee des 
mesures usuelles, selon Herodote et tous les auteurs, est 
beaucoup trop grand ; Ie rapport exact entre ces deux par- 



ties do la %re humaine est celui de 4 a 7. II est done cer- 
tain que le rapport de 2 a 5 n'esl pas puise dans la nature, 
ctqu'il est destitution. C'estsa simplicite meme qui rend 
la chose evidente; il a &e choisi pour la commodite de la 

division De meme que le rapport du pied a la coudee 

differe du rapport nature!, de m<eme sa valeur absolue 
s'eloigne de celle du pied humain. Pour une stature de 
l m ,73 , mesuree et observee chez plusieurs individus, la 
longueur du pied ne s'eleve que de O m ,265 a O' n ,2(i3; pour 
une stature moyenne , la longueur serait bien moindre. 

Le pied naturel est compris six fois et demie en- 
viron dans la stature entiere. Cependant 1'orgyie qui ? 
parmi les mesures de 1'Egypte, exprinie la stature me- 
trique, est censee renfermer le pied six fois. Qui ne voit 
que ce rapport senaire a ete institue pour la facilite des 
calculs? Vitruve confondait les deux especes de pied et dp 
stature, quand il disait que le pied etait le sixieme, el la 
coudee le quart de la hauteur du corps : ces rapports 
ctaient ceux du systeme egyptien , et non ceux de la na- 
ture. La coudee naturelle est trois fois et demie environ, 
et non pas quatre ibis, dans la hauteur de Thomme. Pour 
une stature de l m ,75, la coudee est d'environ O m ,464, le 
pied et 1'orgyie sont done des mesures systematiques. 
Ainsi, dans la nature, le pied, la coudee et la stature 
sont, a fort peu pres, comme 4, 7 et 26; dans le systeme 
egyptien, ils sont comme 4, 6 et 24. Ces derniers nom- 
bres expriment des palmes ou mesures de 4 doigts metri- 
ques. 

D'apres M. Joniard , 1'homme de nos climats, avec une 
stature de l m ,75, aurait done la coudee de O m ,464, et la 
longueur du pied de O m ,265 a O m ,265; en prenant pour 
unite la stature , ces nombres deviennent O m ,257 et (F,152 






(20) 

a 0"',155; nos mesurcs donnent 1U ,257 et O m ,15l, valeurs 
a pen pros identiques. 

M. Jomard a reproduit aussi quelques-unes des prind- 
pales mesures de la statue d'Osymandias; nous y trou- 
vons malheureusement peu de nombres qui soient compa- 
rables aux nolres. Je Iranscrirai ceux qui permcllent des 
rapprochements; je rappcllerai aussi ceux qu'il a donnes 
d'apres uu colosse renverse qui se trouve dans le meme 
monument d'Osymandias. 



PARTIES I>1 CORPS. 


NOMBBE 
donn. 


VALBUR 

rcduitc. 


D'APRKS L 
beige. 


K MODULE 

grec. 




X847(l) 
0,247 
0,280 

0,110 

1,850 
0,029 
0,054 
0,049 

haute ; ell( 
ivrage cite 


1,000 
0,134 
0,151 

0,059 

1,000 
0,010 
0,029 
0,027 

; est reduil 


1,000 
0,135 
0,143 

0,057 

1,000 
0,018 
0,037 
0,030 

e ici a la v 


1,000 
0,130 

0,054 

1,000 
0,016 

0,024 
alcur me- 


Hauteur de la tele 


Tour dti bras au coude 


Diametre du pied, au-dessus des 
doiets . , 








de I'oreille 


de la bouchc ..... 


(') La statue esl douze fois plus 
triquc. Voyez pages 50 et 52 de I'oi 



Les mesures egyptiennes se rapprochent un pen plus des 
notres quedecelles prises surdcs statues antiques; il esl a 
regretter qu'elles soient si [)eu nombreuses. 

Je vais maintenant rapporter, d'apres Audran, des 



(21 ) 

mesurcs prises sur im Terme egyplien , qui parait (Tune 
tres-belle proportion , et je continuerai a rapprocber de 
ces nombres ceux deduits d'apres des modeles beiges et 
d'apres des statues grecques. 

Le Terme egyplien, d'apres Audran. 



PARTIES DU CORPS. 


N M B n E S 

d'apris 
Audran. 


V A L E 1! R S 

rtiduitcs. 


BELGK. 


Statues 
GUKCO^BS. 


Haul, totale, 7 teles, 1 p., 7 min. 


20 P- 7'"- 


1,000 


1,000 


1,000 


Tote 


5 11 


0,132 


135 


0,130 


Vertex an bord orbital 


1 10 


0,OG2 


v ? * o * F 
0,059 


0,058 


Clavicules aux mamelons .... 


3 5 


0,115 


0,105 


0,105 


Distance des deux mamelons. . . 


4 


0,1 3o 


0,116 


0,138 


Vortex aux claviculcs 


4 11 


0,106 


0,172 


0,167 




Diamclrc aux uisselles 


5 8 


0,192 


0,176 


0,188 




trocnanters * * . 


5 4 


0,180 


192 


01 S 1 


haul de la cuisse . . . 


3 3 


0,109 




, lol 

0.10G(*) 


bus de la cuisse .... 


2 2 
1 5 


0,073 
048 


A A~Tf 


A A^O 


avant-bras. ...... 


1 11 


0,038 


U,*/OO 

0,037 


U,U>ii 

0,036 




Nombril a la rotule 


9 G 


321 


^18 


328 


Rotule au sol .... 


8 4 


0,281 


WjOlO 

0,280 


0,279 




Hauteur du cou-de-pied . . 


1 


0,0ol 


0,051 


0,048 






14 4 


0,484 


0,475 


0,482 




Acromion a la naiss. de la main . 


10 11 


0,369 


0,341 


0,346 


Longueur du pied 


4 4| 


0,148 


0,154 


0,149 






2 10 


099 


n rtori 


n nor* 


Diam.dupied,au-dessusdes(!oigts. 


1 7 


0,054 


UjUl/t) 

0,057 


u ? UUo 
0,054 


Du coude a la naiss. de la main . 


4 1 


0,138 


0,145 


0,148 


(*) L'epaisseur de la cuisse est, dans 1'Apollon , 0,106; dans 1'Antinoiis , 


0,106, et dans la Paix des Grecs, 0,104. 



(22) 

II existe,comme on peut le remarquer, une tres-grande 
con form ile entre les trois series dc nombres; il n'est nul- 
lement improbable que les Grecs aient eu connaissance du 
canon egyptien, ou plutot il est naturel de croire que les 
artistes des deux pays avaient adopte tin module fidele- 
ment mesure d'apres nature. Dans cette derniere hypo- 
these, il faudrait admettre que les proportions de 1'Egyp- 
tien etaient parfaitement conformes a celles du Grec; oil 
reconnait du reste, aujourd'hui encore, les memes pro- 
portions chez rhomme de nos climats. Seulement, le de- 
veloppemenl de la poitrine est plus considerable dans les 
statues anciennes, ce qui s'expliqiie suffisamment par nos 
usages, comme j'en ai deja fait Tobservation dans mon 
article precedent. 

Proportions chez les Remains. 

On ne peut pas dire, a proprement parler, que les Ro- 
mains aient eu une sculpture nationale; ils ont continue la 
sculpture des Grecs, en employant le plus souvent les ar- 
tistes de ce peuple. C'est par ce motif que, dans une note 
precedente, je n'ai point hesite a ranger parmi les statues 
grecques celle d'Antinoiis, qui parait dater du temps d'A- 
drien. Je ne puis cependant passer sous silence quelques 
proportions qui nous ont ete donnees par un ecrivain lathi 
dont I'ouvrage fait foi dans les arts, je veux parler du 
traite de Vitruve suf ('architecture. L'auteur, au livre III j 
chapitre I er , de son ouvrage, parle avec quelques details de 
la symetrie, c'est ainsi qu'on nommait la theorie des pro- 
portions du corps bumain, et a ce sujet, il assigne aux 
principaux membres les grandeurs qu'ils doivent avoir. Le 
nom de Vitruve ne permet pas de rejeter sans examen les 



(23) 

tiombres qn'il cite, bien que plusieurs soient evidemment 
fautifs; pour les autres, il faut les considerer plutotcomme 
des nombres approximatifs que comme des valeurs repre- 
sentant reellement les dimensions du corps humain. L'au- 
teur aura voulu donner des expressions simples, sans tenir 
a une grande exactitude. 

Je commencerai par rapporter les paroles memes de V-i- 
Iruve, pour que chacun puisse se faire une idee exacte sur 
leur interpretation. Corpus enim hominis ita natura com- 
posuit , uti os capitis a mento ad frontem summam ct ra- 
dices imas capilli esset decimae partis : item manus palm a 
ab articulo ad extremum medium digitum tantundem : 
caput a mento ad summum verticem octavae : tantundem 
ab imis cervicibus : ab summo pectore ad imas radices ca- 
pillorum sextae : ad summum verticem quartae. Ipsius au* 
tern oris altitudinis tertia pars est ab imo mento ad imas 
nares : nasus ab imis naribus ad finem medium super cilio- 
rum tantundem ; ab ea fine ad imas radices capilli , ubi 
frons ejficitur, item tertiae partis. Pes vero altitudinis cor- 
poris sextae : cubitus quartae : pectus item quartae. Reliqua 
quoque membra suos habent commensus proportionis , qui- 
bus etiam aniiqui pictores et statuarii nobiles usi magnas el 
infinitas laudes sunt assecuti... Item corporis centrum me- 
dium naturaliter est umbelicus (1). 



(1) M. Fitruvii PoUionis de architectures, livre III, chap. I, pp. 69 et 
suiv. de Pedition de Schneider, 2 vol. in-8". Leipzig, 1807. 



PARTIES 1M COI 



PROPORTIONS DU CORPS. 



D APRES V1TRCVE. 



H M M E S 
beiges. 



Face. Du menton au haul du front . . 

Longueur dc la main 

Tele. Du menton au sommct 

De la l rc vertebre apparente au sommet. 

Du haul de la poitrine a la naissance des 
eheveux 

Duhautde la poitrine ausonnnetdelatetc. 

Du has du menton au nez 

Dn basdesnarincsau milieu dessourcils. 

Du milieu des sourcils a la nnissance des 
eheveux 

Longueur du pied 

dc la coudee 

Poitrine 

Dc IVmbilic aux cxtremites du corps . . 



0,100 
0,100 
0,125 



0,167 
0,250 
0,033 
0,033 

0,033 
0,167 
0,250 
0,250 (*) 
0,500 (") 



0,111 
0,111 
0,135 
0,130 

0,118 
0,172(') 
0,039 
0,038 

0,034 
0,154 
0,257 



(') II y a probablement erreur dans le lexte. Schneider, commentateuv 
de Vitruve, dit : Sequens quart ae suspcctum full Galiuno qui quintae sen- 
bendum cen set , nisi forte rerba ab medio pectore inter cidcrint. En partant du 
milieu de la poitrine, on se rapprocherait en effel de la verite. 

(-) Cubitus quurtae ; pectus item quarlae; le dernier membre de j>hrase 
doit egalement avoir ete altere. La hauleur de la poilrine ne forme guere 
que le sixieme de la stature. 

(") L'ombilic n'cst pas le milieu du corps, comme le font entendre les pa- 
roles de Vilruve. La remarque en avail deja etc faite anciennement par 
Varron. 



Proportions des fndous. 



Nous ne connaissons guere de mesures exactes prises 
chez les peuples asiatiques; cependant nous trouvons, 
dans le Polyclele de M. Schadow, page 18, quelques ren- 



(25) 

seignements que j'ai cm devoir reproduire, en y joignant 
nos termes de comparaison ; les voici : Un aiicicn livre 
dans la langue sanscrite, intilule : Silpi saslri, c'esl-a- 
dire cles beaux-arts, donne la regie suivante : 



I\KTII:* in COUPS. 


IVOMfl 

Originnux. 


RES 

lieduits. 


Ml'! 

BclgiquM. 


JUKS 

^ *-- -- 
firci-s. 


Ghevelure. . . ... 


1I> parties. 
55 
25 
55 
55 
53 
90 
30 
102 9 


0,031 
0,115 
0.052 
0,115 
0,115 
0,110 
0,187 
0,0(52 
0,215 


0,024 
0,111 
0,037 
0,105 
0,120 
0,094 


0,031 

0,098 
0,037 
0,0f>7 
0,112 
0,097 


Visage . 


Con 


Poitrino 


Jusmi'au nombril 


Bas-vcnlre 


Jusnu'au genou 


GCHOU 


La jauihc 


Stature . . 


480 parties. 


1,000 





Lcs premieres valetirs s'e'carlent assez sensihlement de 
celles obtenues soil en Belgique, soil d'apres les statues 
grecques. L'exacte conformite des trois nombres donnes 
pour le visage, la poitrine et sa distance jusqu'an nombril , 
laisse supposer qu'on a vise bien moins a la precision 
qu'a obtenir des regies commodes pour la pratique. 

La hauteur de la lete serait representee par O m ,146; 
nous 1'avons trouvee en Belgique de () m ,155, et d'apres les 
Grecs de 130. II en resullerait que la tele indienne serait 
assez forte , et se trouverait contcnue moins de sept fois 



(26) 

dans la stature totale (1). Elle n'est en eflet represented 
quepar O m ,145 dans un homme de sept tetes de hauteur. 
La distance du vertex au nombril est de O m ,428, et se 
trouve notablement plus grande que chez les Beiges , et 
surtout plus grande que chez les Grecs. On a en effet pour 
ces deux derniers peuples 0"\597 et O m ,575, d'apres les 
mesures precedentes; et en prenant pour point de depart 
le milieu de la rotule, on a : 







d'apres 




PARTIES I>l CORPS. 


L'OUVRAGK 
Sanscrit. 


les 

BELGES. 


les 

STATUES 

grecques. 


Du bas-ventre all milieu de la rotule .... 


0,218 
245 


0,224 
280 


0,235 

0,275 


Du bas-ventre au sol . ... 


0,461 


0,504 


0,510 











On trouve entre les deux dernieres colonnes un accord 
qui est loin d'exister a 1'egard des nombres de la premiere 
colonne. 

Ce dernier exemple et celui que j'ai rapporte d'apres 
Vitruve, monlrent que, quand on a voulu donner aux 
artistes des rapports simples pour exprimer les propor- 
tions du corps, on s'est ecarte* sensiblement de la nature. 



(1) Ce qui ne fait pas 7 | longueurs detete, dit M. Schadow en parlant 
de la stature totale ; la division parait avoir etc" prise sur un homme regu- 
lierement bSti. Je crois cependant que la partie inferieure du corps est 
trop petite. 



( 27) 

Les ecarts que j'ai signales sont assez forts pour qu'ils 
puissent etre saisis par un ceil exerce, et sans qu'il soil 
nccessaire de recourir a des mesures. 

II en est des proportions du corps humain comtne de 
la perspective; on n'est point artiste quand on les con- 
nait, mais il faut les connaitre quand on est artiste; c'est 
ainsi que le poete doit savoir la grammaire, bien que la 
grammaire ne lui donne pas le genie poetique. Les artistes 
les plusdistingues, surtout ceux de la renaissance, avaient 
des connaissances tres-etendues; plusieurs ont contribue 
aux developpements des differentes branches des sciences; 
je citerai particulierement Albert Durer et Leonard de 
Vinci , deux des plus grands geometres de leur epoque. 



PHYSIQUE. 

De I' ebullition des liquides et de leur adherence aux vases 
qui les contiennent , comme cause de certains pheno- 
menes-, par M. Louyet, correspondant de 1'Academie. 

Dans un memoire publie en 1844 (1), sur la cohesion 
des liquides, M. Donny a de'crit une serie d'experiences 
interessantes , sur iesquelles il s'est appuye pour expli- 
quer certains phenomenes connus, autrement qu'ils ne 
1'avaient ete jusqu'ici. Quelques-unes de ces experiences 
ont eu pour but de demontrer que le procede employe pour 
mesurer ta cohesion des liquides, etait loin de donner des 
resultats exacts; les autres lui ontservi a essayer d'etablir 
une nouvelle theorie de Febullition, a expliquer le pheno- 



(1) Memoire cour. et Mem. des savants elr. de I'Acad. roy. de Belg. 
tome XVII. 



(28) 

menc connu sous le noni dc soubresauts, qui se produit 
dans les liquides soumis a 1'aclion de la chaleur dans cer- 
taincs circonstances. Je ne parlerai ici que de ces der- 
nieres, les consequences tirees des aulres par 1'auleur ne 
m'ayanl donne lieu a aucune observation. Ainsi M. Donny 
a montre que, dans certains cas, I'eau pure pouvait etre 
porlee a une temperature de plus de 125 sans donner 
aucun signe d'ebullition, et il a altribue ce phenomene a 
1'elat de I'eau qui , ayant ele purgee des gaz qu'elle tient 
en dissolution, offrait une grande resistance de cohesion. 
De plus, il a attire I'allention sur la maniere dont un ma- 
nometre a acide sulfurique, bien purge d'air, secomporle 
dans le vide. II a montre que 1'acide ne baissait pas dans 
le tube du manometre, meme lorsque la hauteur de la 
colonne d'acide etait de l m ,50, ce qu'il a altribue a la 
cohesion des particules de I'acide. 

En relisant dernierement I'expose de ces experiences, 
il m'a paru queTexplication qu'en avail fournie M. Donny, 
n'etait pas lout a fait salisfaisante, et que je pourrais arri- 
ver a demontrer aisement que leur cause etailaulrc et plus 
complexe que ne le croyail I'auteur, et qu'elle se trouvait 
principalemenl : 1dans la nature des appareils qu'il a em- 
ployesdans ses experiences ; 2 dans le rapport en ire 1'ouver- 
lure des vases ou Teau etait renfermee et la surface chauffee; 
et 5 dans I'etat de la surface interieure des vases employes. 

Passons d'abord rapidement en revue les experiences de 
M. Donny, que je veux entreprendre d'expliquer autrement 
qu'il ne I'a fail, c'est-a-dire, sans recourir a des hypotheses 
qui conlrarient les idees generalement recues au sujet de 
l'ebullition des liquides : 

1 M. Donny a construil une espece de marteau d'eau a 
I'aided'uu lubedeS millimetres de dinmelre; il se terrni- 



( 29 ) 

nail, a unc exlremite, par deux boules rapprochces ; 1'aulre 
etail scellee, a la lampe, et recourbee de maniere a pouvoir 
elre chauffee dans 1111 bain chaud. L'eau purgee d'air rem- 
plissail rinstrument jusqu'aux boulcs, et lout 1'appareil 
elail purge d'air par ebullition. Par celle disposition, on 
pou vail echaufter la parlie de 1'eau qui se irouvait a Pext re- 
mite scellee, sans que la vapeur renfermee dans ces boulcs 
cessat de se maintenir a la temperature de Fair exterieur, 
et de conserve! 1 , par consequent, une tension extiemement 
laible. En plongeant success! vement 1'exlremite scellee 
dans des bains differents porles prcalablemcnt a 115, 121, 
128 et 152, 1'eau n'est pas entree en ebullition ; la tem- 
peralure du dernier bain s'etant elevee a 158 par la con- 
centration de la solution saline qui le conslituail, 1'eau 
conlenue dans la partie immergee de I'instrument s'est 
reduite inslanlanement en vapeur, el celle-ci a refoule, 
avec une extreme energie, le reste du liquide jusque dans 
les boules. M. Donny a attribue ce resultat principalement 
a la cohesion que 1'eau avail acquise par 1'absence de fair 
atmospherique qui y est ordinairement dissous. 

2 M. Donny a montre ensuile que si 1'eau n'esl pas 
purgee de 1'air almospheriqne qu'elle contient loujours, 
elle peut entrer en ebullition a 121, 128 et 155 sous des 
pressions de 2, de 2 */2 et de 5 atmospheres, en deux mi- 
nutes environ; et que cette vaporisation se fait paisiblement 
et sans la violence qui accompagne 1'ebullition de 1'eau 
purgee d'air. 

5 L'auteur est parti de ces experiences pour expliquer 
les soubresauts qui se produisent dans les liquides tenus 
en ebullition depuis quelque temps : selon lui, le pbeno- 
mene a lieu parceque les liquides (inissaut par perdre 1'air 
qu'ils renlermaicnl, leur cohesion peut se rnanifesler d'une 



( 30 ) 

maniere sensible et permettre au liquide de s'echauffer au 
dela de son point d'ebullilion ; cette elevation de tempera- 
ture determine 1'apparition de nouvelles bulles d'air ; alors 
le liquide se divise brusquement par un soubresaut ; il en 
resulte un grand degagement de vapeur el, par consequent, 
un abaissement de temperature qui rend momentanement 
le calme au liquide. Bientot les memes causes rameuent 
les memes effets et le phenomene continue a se reproduirc 
avec une violence croissante. Pour eviter ces soubresauts, 
M. Donny conseille de faire passer a travers les liquides 
un courant delie d'un gaz quelconque. 

4 L'auteur ayant vu que ces soubresauts brisaient par- 
Ibis ses appareils, a pense a appliquer ses experiences a la 
recherche des causes d'explosions des machines a vapeur. 
II a vu qu'en echauffant de Teau privee d'air dans un lube 
de 8 millimetres de diametre, termine par un tres-long tube 
capillaire plongeant dans le mercure, apres quelques sou- 
bresauts violents, au bout d'un certain temps, il se produi- 
sait une explosion qui determinait la rupture du tube par 
1'expansion de la vapeur. 

5 Enfin M. Donny ayant prepare un marteau d'eau 
soigneusement purge d'air, 1'a plonge pendant quelques 
minutes dans de 1'eau bouillante, 1'a coupe ensuite au ni- 
veau de 1'eau et a chaufle rapidement la partie inferieure 
dans la llamme d'une lampe a alcool; au bout de quelques 
instanls, une explosion eut lieu, et 1'eau I'ul projetee hors 
du tube. II pense que cette experience peut jeter du jour 
sur les explosions qui se produisent dans les chaudieres 
a evaporation , c'est-a-dire , ouvertes par le haul. 

En definitive, comme conclusion de ses experiences, 
1'auteur admet que, dans une masse liquide, les molecules 
adherent les lines aux autres avec une force qui n'est rieu 



(31 ) 

moins que faibie, el, pour expjiquer avec ceite cohesion, 
la tendance des liquides a se vaporiser, il rappelle que 
certains corps solides, tels que le camphre, i'iode,etc., 
sont volatils, tout en ayant une cohesion puissanle. II part 
de la pour admettre que, dans les liquides et aqtres corps 
volatils, c'est par la surface que se fait 1'evaporation , et 
que I'ebullition nest qu'une evaporation tres-rapide qui so- 
pere sur celles des surfaces interieures des liquides qui timi- 
tent une bulle d'un fluide aeriforme. Des lors il rejetle la 
theorie adoptee qui admet que, pour chaque liquide place 
dans un meme vase, sous une pression determinee, il 
existe un point constant d'ebullition , et que I'ebullition 
commence aussitot que la force elastique de la vapeur qui 
tend a se produire devient egaje a la pression que supporte 
le liqujde. L'auteur pense que le point d'ebullition n'est 
constant que pour autant que le liquide renferrne une 
assez grande quantite d'air, et que, si cette quanlite d'air 
est tres-petite, le phenpmene ne se produit qu'a des 
temperatures beaucoup plus elevees qu'a 1 'ordinaire. II 
Irouve done qu'il est inexact de poser, comme un fait ge- 
neral, qu'un meme liquide sous une pression donnee, 
entre toujours en ebullition a la meme temperature. 11 
ajoute encore qu'il a observe que, dans I'ebullition, la 
production de la vapeur ne s'effectue point par tous les 
points de la masse, ce qui devrait avoir lieu, dit-il, si 
Implication qu'on dorme de I'ebullition etait exacte. Le 
mouvement de vaporisation part seulement de quelques 
points de la paroi interieure du vase, qui se trouve voisine 
de la source de chaleur. L'auteur ne peut done admettre 
que la faculte de produire I'ebullition soit inherente aux 
liquides, puisque ceux-ci ne la presented! que lorsqu'ils 
contiennentun gaz en solution et, par consequent, lors- 



(32) 

qu'ils ne sunt pas a 1'etat de purete. Aussi, dit-il que I'ebul- 
lition d'tin liquide dcvenant de plus en plus dillicile, a 
mesurequ'il perd le gaz qu'il renferme, on ne pent prevoir 
ce qui arriverait s'il etait parvenu a 1'etat de purete parfaile. 

Telles sont les differentes manieres de voir de M. Donny, 
que j'ai voulu eulreprendre de refuler en les expliquant en 
partic par les fails connus et les idees actuellement revues, 
et en partie par des experiences nouvelles qui me sont 
propres(l).Qu'on me permetle d'abord derappeler en quel- 
ques mots Telat de la science sur lesujet <jui nous occupc. 

Jusqu'a present tous les physiciens out ete d'accord pour 
designer, sous le nom ft ebullition des liquides, le pheno- 
mene qui a lieu lorsqu'on soumet un liquide a 1'action 
d'une source de chaleur qui, en elevant sa temperature, 
determine a la surface la formation d'une grande quanlite 
de vapeurs dont la force elastique va toujours en augrnen- 
tant jusqu'a ce qu'enfin elles puissent soulever le poids de 
1'atmospliere et lui faire equilibre. Alors les vapeurs se 
forment dans I'interieur meme de la masse liquide, et 
s'elevent en globules qui viennent crever a sa surface. La 
temperature a laquelle un liquide quelconque entre en 
ebullition, depend de trois circonstances : de la nature du 
liquide, de la pression atmospberique et de la nature du 
vase dans lequel J'cbullition a lieu. 

Si un liquide, comme 1'eau par exemple, est sournis a la 
chaleur dans un vase clos , sa temperature peut devenir 



(1) M. le prof. Crahay, dans son rapport sur le memoire de M. Donny 
(Bullet, de I'^cad.^ 1844), lout en rendant justice au beau travail eta 
Diabiletc dc Tauteur, n'adliere pas a ses vues , relativement a la ihe'orie de 
Pebullition, sans neanmoins discuter ses opinions. 



f ~>5 ) 

excessive sans qifil cnlre en ebullition. Si 1'eau n'csl pas 
Jicrnieliquemenl cnfermee dans unc cbaudicrc, el s'il se 
trouvequclque issue j)ai- ou la vapeiir pnisse s'ecbapper, le 
point d'efmliitioti depend alors de la grandeur doj'ouvcr- 
ture, comparee a la surface de I'eau qui recoil Faction du 
leu; ainsi I'eau ne boul qu'a 155, si celle ouverlure n'esl 
que le '/2o,ooo de la surface ecliauilee. 

En conslruisant des ibennometres d'eau el d'alcool el 
employant loujours ces liquides parfaileinenl purgec d'air, 
Delnc a remarque (jue celle preparation leur donnail la 
faculle de supporter, sans bouillir, des tempera lures Ircs- 
superieures a celles de leur ebullition. 

Biot, qui s'esloccupe de cc pbenomene (1), Tallribue a 
1'absence de Pair dans le liquide el au vide parfait du lube 
lliermomelrique. Dans ce cas, selon LTiol, les liquides en 
se dilalanl, emellenl librcment par leurs surfaces, c'esl-a- 
dire par rextremile de la colon nc elevee dans le lube, 
toule la quanlile de vapeur que peul adrnellre Fespace 
ouvert au-dessus d'eux ; el comrne la vapeur peul s'exbaler 
de celle surface sans aucun effort, j>uisqu'elle se rcpand 
dans le vide ou dans la vapeur cleja exislante, on voil 
qu'il n'y a pas de raison pour qu'il sc developpe aussi de 
la vapeur dans rinlcrieur meme du liquide. Car, en sup- 
posant la temperature uuiformc dans lout 1'appareil, cetle 
vapeur ne pourrail avoir qu'iine force elastique egale a 
celle de la vapeur elevee dans 1'espacc vide; et, avec celte 
cgalile dc force qui la conlrc-balancerail, elle aurail de 
plus a vaincre le poids de la colon ne de liquide elevee au- 
dessus d'elle, ce qui luiscrait, par consequent, impossible. 



(I) Traite de physiq. cxp. et mathem., torn. II , pay. 529. 
TOME xv. 5. 



Cost pourquoi il no so produil pas d'ebullition a 1'inlc- 
riour. Gay-Lussac a le premier remarque quo Ics liquidos 
so converlissent plus fa< ilemcnt on gaz lorsqu'ils soul on 
contact avec des surfaces anguleuses cl i negales, que quand 
los surfaces qui y louchent sont parfailomenl lissos ct po- 
lios. II a observe aussi que 1'eau bout a une temperature 
plus basse dans des vases de metal que dans des vases do 
verre. Cet eifet tient a ce que la surface du metal, merne 
quand olle est polio, conserve toujours des inegalitcs quo 
no presenle pas celle du verre, qui esl le result al do la 
fusion. 11 semble d'apres cela que le calorique est transmis 
plus facilenicnt par les surfaces raboteuses , que par los 
surfaces unies, propriele dont relectricile nous offre un 
autre excmplo. Enfin , il y a quelques annecs , M. F. Marcet, 
partant de I'observation de Gay-Lussac, a entrepris une 
serie de recherches pour determiner 1'influence que la na- 
ture du vase, ou plutol de sa surface interieure, excrce 
sur le point d'ebullition des liquides (I). II s'ost arrete 
d'abord sur co fail observe par Gay-Lussac, que du verre 
pile ou do la lirnailie de for introduite dans de 1'eau 
bouillant dans un vase de verre, fail descendre son point 
d'ebullition. Co phenomene a ete explique de deux ma- 
niores : quelques-unsrontattribue, au moins en parlie, a 
la (iitlorence qui exisle eutre le pouvoir conductour pour 
la chaleur du metal el celui du verre, comme nous le di- 
sions tout a Flieuro; d'autres physiciens y ont vu lo ro- 
sultat d'une simple attraction du liquide pour les parois du 
vase qui le renferme. II me semble que cos deux causes 
concourent simultanement a produire le pbenomene en 



(1) Annal. de vhim. et de physiq. , 5 serie, torn. V, p. 449. 



question. (jjuaud on dislille un liquide, comme 1'eau par 
exemple, dans une cornue de verrc, les parois de cclle-ci 
exercefft sur les molecules du liquide une certaine attrac- 
tion qui surpasse 1'attraclion reciproque des molecules 
aqueuses les unes pour les autres; 1'attraction du verre 
s'exerce surtout la ou il est en contact avec le liquide, 
c'est-a-dire, sur la couche meme d'eau qui louche les pa- 
rois du vase. Quand on eleve la temperature du fond de la 
cornue, la volatilisation de celle couche, reteime a la fois 
par 1'attraction reciproque de ses molecules et par ('adhesion 
aux parois du verre , exige une temperature plus elevee que 
celle qui esl necessaire pour gazeifier les autres parties de 
1'eau; et comme ce sont les parois du vase qui echauffent 
1'eau bouillante, la vapeur aqueuse developpee sur ces 
parois, doit avoir une temperature plus elevee que celle qui 
est formee au centre du liquide; lors done que ('ebullition 
de 1'eau est tellement rapide que les bulles degagecs du fond 
du vase n'ont pas le temps de communiquer leur tempera- 
ture a 1'eau qui les environne, le centre de ces bulles peul 
etreplusechauffe que 1'eau environnante,etlethermometre, 
frappe sans interruption par ces bulles, indique une tem- 
perature un peu plus elevee que dans 1'eau bouillant dans 
un vasede metal. L'adhesion du verre agit, par consequent , 
comme le ferait une pression elevee, et cette force venant 
a cesser tout d'un coup, lorsqu'une bulle se forme et se 
detache du fond , le developpement de chaque bulle donne 
lieu a une petite explosion. Si 1'on introduit dans la cornue 
une limaille metallique, ou toute autre substance ayant 
moins d'adhesion moleculaire pour 1'eau que n'en a le 
verre , elle doit tendre a abaisser la temperature du liquide 
bouillant, sansjamais pourtant l'amener a 100, tempera- 
ture a laquelle ('ebullition a lieu dans un vase de metal. 






( 36 ) 

On eoniprend en ellel qu'il se Irouvcra loujours clcs par- 
tics de la cornuc on 1'eau n'esl point en contact avec le 
inclal , el on, par consequent, Tadhesion duliquide 
ponrra exercer une partie de son influence. M. Marcet a 
constate que 1'attraction molcculairc n'eslpas la seule force 
qui soil en jeu dans ce cas ; I'itffiiietfcte des poinles iioni- 
brenses que presenle la limaille dc fer dans cet etat d'ex- 
trcmc division jouc aussi un grand role dans la production 
du phenomene, chaque poinle devenant une espece de 
centre ou foyer, d'ou partent d'innombrables bulles de 
vapeur. M. Marcet a montre en outre que si on fait bouillir 
de 1'eau dislillee dans un ballon qui a contenu dc J'acidc 
siilfurique chaufle a 150 el qui a ensuite etc parfaitement 
lave, on remarque les pbenomenes stiivanls : I'ebullilion 
commence enlrc 100 et 101. Mais prcsque aussitot celtc 
ebullition qui, au premier instant, avait paru naturelle, sc 
ralenlit visiblemcnt; bientol les bulles de vapeur cessenl 
de partir simultanement de toule la surface du ballon; il 
n'eri part plus qu'un petit nombre de cerlaines parties du 
ballon ct loujours dilficilement et avec soubresauts. Aus- 
sitot le thermometre inonle rapidement a 105 ou 104. En 
augmentant la flamme de la lampe a alcool , on semble 
forcer pour ainsi dire la production de la vapeur; le 
nombre des bulles augmente , mais elles se formcnt lou- 
jours difficilement et par bouffees. Cependant, a chaque 
bouflee de vapeur qui se degage, le Ihermometre baisse 
subilcment de quclqucs dixiemes de degre, pour remonler 
aussitot des que la bouffee s'est echappee. C'est dans ce 
moment que, si Ton diminue tout a coup et subilement 
Tin tensile de la flamme , f ebullition pa rait cesser a peu 
pres complelemenl, mats le thermometre f au lieu dcbaisser, 
monte subiternent a 105 et meinc souvent a 10o. L'eau reste 



(57) 

quclquefois pendant plusieurs sccondcs a cclte temperature 
elevee, sans qu'il se degage une seule bulle (Je vapcur , ou 
sansqu'elle manifesto aucim des signes ordinaires de le- 
hiillilion. Si Ton augmcnle de nouveati la llarnme, an bout 
d'un moment il se produil avec effort quelques grosses 
bnlles de vapeur , el aussilot le ihermometre redcscend de 
1 a 2 pour remonlcr de nouveau si Ton diminuo 1'inten- 
site de la source calorifique. Si, lorsque le thermometre est 
au-dessus de 105 et que 1'ebullilion de I'eau parait pres- 
que enlierement suspendue , on introduitdans le ballon la 
plus pelite parcelle do liinailie de fer , aussitot I' ebullition 
recommence avec une grande vivacile; chaque grain de 
metal devient line espcce de foyer duquel partent d'in- 
nombrables billies de vapeur, et le thcrmometrc baisse 
immediatemeut aux environs de 100. Lc meme effel est 
produit, quoiqu'a un degre plus faible, eri jetant dans le 
ballon une pelile quanlite de poudre de verre. Si, an lieu 
delimaille, on inlroduit dans 1'cau un fragment de metal, 
en le tenant suspendu de maniere a ce qu'il ne louche pas 
le fond du vase, TcfTet produit esl beaucoup moins sensi- 
l)le, le ihermometre baisse rarement au-dessous de 105. 
L'alcool donne des phenomenes analogues. 

Enfin, M. Marcel a monlre que, quelle que soil la nature 
du vase dans lequel on opere I'ebullilion , la temperature 
de la vapeur d'eau est toujours inferieure a celle de IVau 
qui lui donne naissance; cette difference, quand il s'agit 
des vases de verre, est en moycnne de 1,00, et avec des 
vases de metal, ello n'est que de 0,15 a (),!20. 11 n'y a 
qu'u ne seule exception a cette regie, qui est le cas oil 
r'mterieur du vase on se fait Tebullition est recouvert 
d'unc couchc mince de soufre, de gornme-laque, ou de 
toute autre matiere qui ne contracte pas d'adhcrence avec 



(38) 

1'eau; 1'eau en ebullition et la vapeur ont alors la meme 
temperature. Contrairement a 1'opinion generalement ad- 
mise, ce n'est done pas dans des vases de metal que le 
point d'ebullition est le plus has sous une plus forte pres- 
sion, mais dans des vases de verre, lorsque ceux-ci sont 
enduits inte'rieurement d'une couche des matieres men- 
tionnees plus haut. 

Je vais main tenant rapporter des experiences que j'ai en- 
Irepriscs pour combaltre la maniere de voir de M. Donny , 
et expliquer les phenomenes qu'il a decouverts, en m'ap- 
puyant snr les idees generalement revues dans la science. 

Premiere experience. On remplit presque entierement 
d'eau distillee, bouillie et refroidie dans le vide , un cylindre 
dc fcr-blanc de 50 cent, de long sur 2 cent, de diametre; 
on y suspend un thermometre, et 1'eau est amenee a 1'ebul- 
lition a 1'aide d'une lampe a ahool. Le thermometre ob- 
struait presque enlierement 1'ouverture du tube, la tempe- 
rature n'a jamais depasse 100, bien que I'ebullition ait ete 
prolongee pendant trois quarts d'heure environ. Cepen- 
dant 1'eau avait perdu tout 1'air qu'elle pent perdre a 100 
et etait arrivee a son maximum de cohesion a cette tempe- 
rature. 

Deuxieme experience. - - Un tube de quelques centi- 
metres de longueur et d'environ l mm de diametre interieur, 
est s< elle par une de ses extremites. On le remplil d'eau 
distillee aeree, et on 1'expose brusquement dans la llamme 
d'une lampe a alcool; 1'eau est immediatemenl chassee a 
un centimetre de 1'extremite scellee, mais elle ne bout pas, 
bien que celle extrernite se ramollisse par 1'action de la 
chaleur. 

Troisiemc experience. A I'exlremite d'un tube de 3 mm 
de diametre inlerieur et de 5 a 6 c. de longueur, on souffle 



(39) 

une petite boule, puis on remplil eritien.ment d'eau dis- 
tillee aeree le tube et la boule. On 1'expose cnsuite brus- 
qucmenl flans la tlamme d'une lampe a alcool. L'eau esl 
projetee hors du tube par petites explosions et non par 
ebullition. 

Qualrieme experience. - - De 1'eau distil lee aeree ren- 
fermee dans un tube capillaire lermine par une boule et 
ouvert a Pautre extremite, ne bout pas quand elle setrouve 
exposeea la temperature d'ebullition d'un bain d'enu clans 
du verre. 

Cinquieme experience. Si Ton chaufle brusquement 
un tube capillaire ouvert par les deux bouts el rempli 
d'eau distillee ordinaire, ce liquide s'en ecbappe par pelites 
explosions et sans ebullition apparenle. Parlbis Pexplosion 
est unique et forte, et toute Peau est instantanemenl pro- 
jetee hors du tube. 

Sixieme experience. On a prepare un lube d'environ 
deux centimetres de diamelre pour en f'aire un marleau 
d'eau, c'est-a-dire qu'on 1'a scelle par urie extremite et 
qu'on a souffle une boule a 1'autre; cela fait, on y a inlro- 
duit un petit (il de platine tourne en spirale, puis on a 
etire le tube au-dessus de la boule de maniere a le rcndre 
capillaire. Le tube a ete a moitie rempli d'eau distillee, 
qui a ele ecbaulfee a 1'aide d'une lampe a alcool. L'ebulli- 
tion a eu lieu comme a Pordinaire, et elle a x continue sans 
secousses ni soubresauts , bien que tout Pair eut ete ex- 
pulse et la moitie de I'eau reduite en vapeur. 

Scplieme experience. Si Pon repeie I'experieuce pre- 
cedcnle, en nettoyantd'abord le tube par Pacide sulfurique 
chaud, lelavantsoigneusement, mais n'y introduisant [>as 
de spirale de platine, quand Pair est expulse par Pebulli- 
tion , celle-ci a lieu avec violents soubresauts, et la vapeur 



(40) 

sort par Fouverturc capillaire parbouflees inlermiltentcs; 
parfois le tube se brise. On remarque alors le phenomena 
qui accompagne les soubresauls, c'est-a-dire des temps de 
repos dans Febullilion. 

Huitieme experience. On a pris un tube de cuivre dc 
15 cent, de long sur 2 cent, de large , termine par un petit 
reservoir en forme d'oeuf; on Fa rempli d'eau distillee 
bouillie et refroidie dans le vide; puis celte eau a etc sou- 
mise a Febullilion; an bout d'nne vingtaine de minutes, 
on a remplace Feau evaj:ore'e par de Feau distillee boui!- 
lanle, de maniere a remplir cnlieremenl le tube, que Fon 
a laisse refroidir ensuite sous le recipient de la machine 
pneumatique. Cela fail, le lube a ete chanfle brusquement 
dans les flammes d'une lampe a alcool a double con rani. 
An bout de quelques minutes, Feau s'esl mise a bouillir 
avec violence, mais il n'y a pas eu d'explosion. 

11 resulte done de ces experiences : 1 que la cohesion 
de Feau delerminee par Fexpulsion de Fair qu'elle ren- 
fcrrne n'a pasd'iniluence sur son point d'ebullition quand 
elle est contenue dans un vase metallique; 2 que, dans les 
lubes a section etroite, comme les tubes capillaires, Feau 
est rclennc avec une grande force par Faltraclion des pa- 
rois du lube; 5 que cette attraction lui permet de sup- 
porter sans enlrer en ebullition des temperatures supe- 
rieures de beaucoup a 100; 4 que Feau pent s'evaporer 
instanlanement dans les lubes capillaires avec une sorte 
d'explosion et sans entrer en ebullition; 5 que la cause 
des soubresauls de Feau en ebullition n'est pas due a la 
grande cohesion qu'elle acquierl, quand Fair qu'elle ren- 
ferme a disparu pour la plus grande parlie, mais nniqnc- 
menl a Fallra< lion des parois du vase. J'arrive main- 
lenanl aux experiences de M. Donny. Prenons d'abord le 



(41 ) 

cas (hi manometre a acide sulfurique que j'ai cite en pre- 
mier lieu. L'autcur attribue ce phenomene (la suspension 
de la colonne d'acide dans un vide sensiblement parfait) a 
la cohesion de I'acide; quant a moi, je le crois determine 
par ['attraction des parois du tube, attraction encore aug- 
monlcepar la viscositede I'acide. Rcmarquons d'abord que 
I'acide sulfurique bout difllcilement et avec soubrcsauis 
dans un vase de verre, tandis que cetle operation a lion 
Iranquillement dans un vase de platine. Pour que le phe- 
nomene constate par M. Donny put etre altribue a la co- 
hesion du liquide, il faudrailque I'experienceeul ete faitc 
avec un egal succes dans un manometre metal liqiie. La 
force moleculaire qui determine 1'adherence de I'acide aux 
parois du tube, est d'autanl plus forte, qu'il a etc prouve 
par ce que j'ai (lit plus baut, qu'il sufiisait qu'un vase de 
verre cut renfermede I'acide sulfurique, pour que le point 
d'ebullition de 1'eau qu'on y faisait bouillir s'elevat jusqu'a 
10(i. Cette force moleculaire est la meme qui s'oppose a 
Tehullition de I'acide dans un vase de verre, el comme elSe 
pent etre vaincue, dans ce cas, par le contact d'tine ma- 
tiere melallique, il est nature! de croire qu'elle serait 
vaincue de la meme maniere si le manometre etait me- 
lallique. Secondement, de 1'eau renfermee dans le 
marteau d'eau recourbe, prive d'air, n'est ^pas entree en 
ebullition, meme a 155. Comme nous I'avons (lit lout 
a 1'heure, ce pbenomene a ete constate par Deluc, bien 
qu'il n'ail pas nole, comme Ta fait M. Donny, la tempe- 
rature maximum a laquelle le liqui<ie pouvait etre porte 
sans bouillir, el 1'explicalion qu'en donne Biol , pent s'ap- 
pliquer aussi au cas dont il s'agit. En outre, si nous te- 
nons coinpte de la maniere dont 1'eau se comporle quand 
elle esl renfermee dans un tube capillaire, si nous rcmar- 



(42) 

quons aussi que M. Donny a (lit que les tubes doivent 
avoir cte romplis d'acide sulfurique chaud, et encore qu'il 
lui a paru plus difficile d'obtenir un marteau d'eau, propre 
a ses experiences, lorsque le diametre de 1'inslrument 
cst grand que lorsque Ton travaille sur un tube plus 
etroit (ses tubes n'avaient que 8 mm de diametre), nous pour- 
rons aisement expliquer le phenomene en laissant de cote 
la cohesion du liquide. -- En troisieme lieu, M. Donny 
observe que 1'eau aeree entre en ebullition a 121 , 128 et 
155, sous des pressions de 2, 2 Va et 5 atmospheres, et 
quecette vaporisation a lieu sans violence. D'apresce que 
nous avons deja dit, il est clair que le degagement d'un 
g iz permanent dans un liquide chaud , tend a detruire son 
a Ihesion aux parois du vase de verre, et par suite, a en 
p;>rmettre I'ebullition a un degre plus bas que si le liquide 
est prealablement purge d'air. Si, en faisant passer un cou- 
rant d'air dansde I'acide sulfurique echauffe pres du point 
d'ebullhion, on parvient a le distiller sans soubresauts, 
c'esl aussi parce que le couranl gazeux, iefioidissanl le li- 
quide, empeche sa temperature d'arriver jusqu'au point 
d'ebullition et, par consequent, au-dessus; I'acide distille 
alors a une temperature inferieure a ce point, ou plutot 
les vapeurs sont entrainees par le courant d'air, absolu- 
ment de la meme maniere que la vapeur d'eau, distillee sur 
de I'acide borique, entraine avec elle cet acide qui, par 
lui-meme, est d'une fixite absolue. En outre, I'eau dis- 
tillee, privee d'air auiant que possible el refroidie d'une 
maniere continue, pent etre amenee jusqu'a 6 sans se 
congeler, et meme jusqu'a 12, si, sa surface etant recou- 
verte d'une legere couche d'huile, elle est renfermee dans 
un tuhe ne contenant que de I'air Ires-dilate. II parait 
meme que Tabaissement de temperature que I'eau peut 



(43) 

supporter au-dessous de sans se congeler, augmcnle a 
mesure que I'eau est renfermee dans des tubes d'un plus 
petit diametre. II me semble impossible de ne pas rap- 
procher ce phenomene de celui que nous oflre I'eau, a 
une haute temperature, placee sous certaines influences. 
Ainsi, pour retarder le point de congelation de I'eau, il 
faut,,en quelque sorte, les rnemes circonslances que celles 
qui determinent I'elevation de son point d'ebullition. Je 
ne vois la que 1'allraction des parois du lube, qui s'exerce 
avec d'aulant plus d'energie que I'eau contienl moins de 
corps elrangers, et qui maintient cette eau a Fetat liquide, 
parce qu'elle ne possede aucun pouvoir sur cette cau a 
J'e'lal solide ou a Fetal aeriforme. - - L'explosion que 
M.Donny a produile en echauffantde I'eau priveed'airdans 
un lube peu large el bien net, termine par un orifice ca- 
pillaire, et qu'il attribue a la cohesion de Feau, n'a pas 
lieu, d'apres mes experiences, si le tube renferme unespi- 
rale de platine. La cause de cette explosion est done en- 
core tout entierc , je le repete, dans Fatlraction des parois 
du tube, et peut elre aussi da us la pelitesse de Fouver- 
ture qui donnait issue aux vapeurs, comparee a 1'etendue 
de la surface chaufiee. Les soubresauts qui ont lieu de- 
viennent de plus en plus violenls, et il arrive un moment 
ou I'eau se trouve elevee dans le lube et ne touche |>lus la 
parlie chaufiee; la temperature de celle-ci s'eleve davan- 
tage, Feau retombe brusquement, et brusquement aussi 
il se forme une quaniite considerable de vapeurs qui , ne 
trouvant pas une issue suffisante dans Fouverture capil- 
laire close par le mercure, determinent avec explosion la 
rupture de la boule. 

De meme, Fexplosion produite en chauffant rapidement 
de I'eau privee d'air enfermee dans un tube assez etroit , 



( 44 ) 

s'explique aussi par la memc cause; car si c'etait la cohe- 
sion qui la delerminait, elle devrait avoir lieu de la meme 
manic-re dans un tube metallique , ce qui est impossible, 
comme jc m'en suis assure par experience. 

M. Legrand a monlre que les metaux en limaille qui ont 
le plus d'elHcacite pour empeclicr les soubresauls de 1'eau 
dans le verre, soul le zinc el le fer. Or, si toutes les li- 
mailles metalliques n'agisscnt pas de la meme maniere , 
cela limit, sans nul doute, a ce que I'adherence entre 1'eau 
el le fer on le zinc, est moms forte qu'entre 1'eau el les 
autres metaux. Quoi qu'il en soil, I'hypolhese de M. Donny 
serait impuissanle pour expliquer ce phcnomene, vu qu'il 
n'est guere possible d'admotlre que la presence dc tel on 
tel metal en lirnaille puisse exercer une aclion, et meme 
une aclion differenle, suivant la nature du melal, sur la 
cohesion de 1'eau. La difference du pouvoir adhesif 1'ex- 
plique an conlrairc aisernenl, d'autant plus que M. Marcet 
a rernarque que la tomperalure de 1'eau bouillant dans des 
vases de metaux diffcrenls, n'elail pas parfailement iden- 
tique. Cependant la difference la plus forte , celle qui avail 
lieu entre un vase de fer-blanc et un vase de cuivre , ne de- 
passait pasO,l. Par loutes les raisons que j'ai enumerees, 
jo irouve done que la theorie actuclle de 1'ebullilion doit 
el re mainlenue, car elle rend parfaitement comple des 
phenoinenes observes. 

Comme il est prouve, d'apres les experiences de M. Mar- 
cet, qu'il est des vases oil la temperature de 1'eau bouil- 
lante est exaclement la memc quc celle de la vapeur 
emise par celle eau, il s'ensuit done qu'il est des surfaces 
qui n'exerccnt aucune adhesion sur ce liquide, et qu'en 
contact avec de telles surfaces, le liquide pent etre consi- 
dere comme s'il elail libremenl suspcndu dans 1'almo- 



sphere, seul ctat ou nous puissions bien concevoir que le 
liquide bouillaiil ct sa vapeur puissent posseder la memo 
temperature. Or, puisque Feau aeree et Feau privee d'air, 
aiilant quo possible, entrent en ebullition a la merne tem- 
perature, dans un vase dont les parois n'exercent aucune 
action adhesive sur elles, il s'ensuit done que 1'assertion 
de M. Donny, que le point d'ebuilition n'est constant, 
que pour aulanl que le liquide renfeime uneassez grandc 
quanlite d'air, n'est nullement fondee, et que Fair ne 
jotie aucun role dans le phenomene de Febullition, quand 
Febiillilion a lieu sans Faction d'influonees elrangeres, a 
part la press! on alrnosplierique. 

Nous dirons encore que si, dans un vase de verre ou Fon 
ia.il bouillir de Fean , la production de la vapeur ne s'el- 
I'ectuc pas par tons les points de la masse, comme cela 
devrait avoir lieu suivant M. Donny, avec la theorie ac- 
tuellcde Febiillilion, cela tient aux inegalites, invisibles a 
nos yeux, qui existent a la surface du verre, inegaliles qui 
favoriscnt le degagement de la vapeur en aneanlissant Fad- 
herence. Cela est si vrai, que si Fon projettc dans Feau 
qui bout dans un vase de verre, une piucee de verre en 
poudre, c'est de ces fragments que part le rnouvcment d'e- 
builition. 

Les experiences que je viens de detailler et les idees que 
j'ai developpeesdans ce travail , en m'appuyant sur des faits 
connus, me perrnettenl de poser les conclusions suivantes: 

1 Si Fon suppose une masse liquide, librement sus- 
pendue dans Fatmospherc, ct sournise a Faction d'une 
source de chaleur, la temperature d'ebullilion depend 
uniquementde la pression almospherique, et elle est, par 
consequent, conslante sous une mcme pression. 

t2 Comme dans des vases de metal ou de verre enduils 



( 46 ) 

dcccrtaincs substances, Feau bouillanteel la vapeur emisc 
a sa surface, out exademenl la rneme temperature, il s'en- 
suit qu'il esl des substances qui n'exercent aucune attrac- 
tion moleculaire sur Feau, et (jui, par consequent, ne peu- 
vent re larder son point d'ebullition. 

o Si Feau est contenue dans un vase dont la substance 
et la forme sont de nature a exercer une grande attraction 
surelle, cetle attraction peut relarder considerablement 
les points de congelation et d'ebullition de cette eau. 

4 En s'appuyant sur les considerations preccdentes , on 
pent expliquer les differenls phenomenes observes par 
M. Donny, sans qu'il soil necessaire de faire inlervenir 
la cohesion des liquides. 



Sixieme et septieme memoir es sur I' induction; par 
M. le professeur Elie Warlmann (1). 

XVIII. - L'lNDUCTION AFFECTE-T-ELLE LES PROPRIETES 
ACOUSTIQUES DES CORPS ELAST1QUES? 

4(35. J'oi public il y a deux ans (2), des recherches expe- 
rimentales sur les causes des sons produits par les courants 
electriqu.es discontinus dans des fils metalliques. On peut 



(1) Voir le 5 e memoire, tome XV, 1 rc partie, p. 268. 

(2) Bulletin de I'/Jcademie royale des sciences, de:> lettres et des beaux- 
arts de Belyique, tome XIII. 1 re panic, page 320. M. Wertheim vient 
de presenter a TAcademie des sciences de Paris, dans la seance dn 8 rnai 
dernier, un nouveau travail, donl les conclusions relatives aux couranls 
continus sonl identiques avec cellesque je formulais alors sur les effels des 
couranls discontinus. Voyez I'/nslitut du 10 mai , n 749. 



( 47 ) 

envisager ce phenomene sous d'autres faces el se demau- 
der si une induction clecirique permanent, determine chez 
les molecules des corps souores, un changement d'elasticilc 
qui se traduise par des modifications appreciates dans 
leurs proprictes aconsliques. Les essais suivants ont ele 
entrepris dans le but de resoudre cetle question. 

166. On a choisi un disque de O m ,198 de diametre et 
epais de O ni ,0018, faisanl partie d'un bane de plaques de 
Marloye. Ce disque a ete travaille avec tout le soin que cet 
habile artiste apporte aux instruments qu'il fabrique : sa 
texture estremarquablement homogeneet les figures acous- 
tiques, formees de diametres on de circonferences coneen- 
triques, s'y dessinent avee une extreme nettete. On 1'a re- 
vetu d'une epaisse couche de vernis a la gomnie laque sur 
sa lace inferieure; et. apres avoir fbrtemenl electrise cette 
sorle d'electropliore , on a entretenu la charge au moyen 
d'une bonne machine. Quand on excila dans la plaque des 
vibrations normales avec un archet, on trouva que le ton 
fondamental avait change et que les figures s'obtenaient 
avec plus de diiliculte. Toutefois il fut impossible de de- 
couvrir la moindre difference dans son etat sonore suivant 
qu'ellc etait on n'etait pas electrisee. 

167. Un disque de verre de O m ,135 de diametre et de 
O m ,0()2 d'epaisseur, a ete garni sur ses deux faces d'une 
armature circulaire de feuille d'eta\in, dont le diametre 
mesure O n ',H7. Ce condensateur plan a etepinee, par 
son milieu, entre deux machoires isolantes. On a deter- 
mine son ton fondamental et les tons qui correspond aierit 
a divers modes de subdivisions riodales. Puis on a repete 
les memes experiences apres avoir electrise la face infe- 
rieure, I'autre elant mise en relation avec le sol. Le fluide 
dissimule sur celle-ci n'a exerce aucune influence sur les 



qualiles music-ales do la plaque : le seul eilel qui lemoignat 
dc sa presence elail une repulsion des granules de sable, 
au point live , vers la commune intersection des diamelres. 

i(>8. Un til de fer long (run metre a ele lendu sur un 
monocorde. II occupail I'axe d'nn tube de vorre, sur le- 
qnel on avail enroule un epais fil de cuivre reconvert de 
sole el engage dans le circuit d'une pile de cinq pa ires 
de Grove (lot)). Lessons Iransversaux el longitudinaux de 
la corde sont demeures les memes qu'avant Faction du 
courant. 

Kit). Une corde de lailon dispose'e sur le sonomelre, 
paral (clement a la premiere, a ele mise exactement a 
I'unissori avec elle. On a place dans le voisinage du lil 
de for un eleclro-aimanl anime par les cinq paires. Tou- 
les les ibis que rinslrument a ele arrange de maniere que 
ratlraclion de ses poles nc pul (lecliir le iil, celui-ci s'esl 
eomporle comme la corde de lailon. L'absence de balle- 
menls, lorsquon les iaisail resonner ensemble, en elait 
la preuve. 

170. Dans 1'experience precedente, rinduction se re- 
partissail sur une grande longueur. On pouvait craindre 
des lors que son eilet se Iron vat amoindri sur les portions 
nodales on venlrales dn Hi. J'ai done repele ces essais avec 
des cordes de O m ,20 seulemenl, en cuivre et en ier. Aiin 
d'enipecher toute deformation temporaire on j)ermanente 
resullanl des diilerenles tractions auxquclles on les sou- 
meltrait, j'ai i'ail usage, pour les lend re, d'un artifice me- 
canique usite dans la suspension des iils des rheometres. 
Jl consiste en un ecrou mobile agissant sur une vis lermi- 
nce par un prisme carre qui glisse dans une piece creuse et 
iixe, de memc section. La corde nielallique etait liee, d'unc 
part, a un lalon invariable, de Taulre a I'exlremile du |)risme 



opposcc a la vis. Elle co'incidailavec 1'axe d'une bobinedont 
la longueur esl de G m ,I , le diamelre exterieur dc O m ,052, 
el qui cst pcrcee d'une ouverlurc dc O m .0i I dans laquellc 
on a loge onzc cyliudres dc fcr-blanc concenlriques, fen- 
dus suivanl une generalrice et isoles les uns des aulres. On 
a fait vibrer Iransvcrsalcmcnt, au moyen dc 1'archet, 
chaqucfil, lanlot a Fetal nalurcl, lanlol sous Fintense 
induction dc la pile dc Grove, sans jamais irouvcr de dific- 
rcnce dans le son musical. L'epreuve a ele rcproduilc a dif- 
lerenls degres de tension des cordes ct en leur faisant 
rend re une nombreuse seric d'barmoniques. I.e resullal 
n'a jamais varie. 

171 . J'ai ensuite opcre sur des lames melalliquesplacees 
pres d'un appareil magnetique dont 1'induction pouvait se 
fairesentirsiiccessivemenl dans tonics Icurs tranches. Dans 
ccbut, je me suis procure trois disques, 1'un d'acier trempe, 
un autre d'acier non trempe ct le troisieme de fer doux. 
Lcur diametre est deO m ,198, leur cpaisseurdeO m ,0018.0n 
les fixe a tour sur un barreau dc verre, maintenu vertical 
par un pied convenable. Au-dessus de la plaque el a une 
distance variable a volonte, on dispose I'aimant, qui cst 
pourvu d'une tige d'acier verticale placce dans le prolon- 
gemenl de 1'axe geomelrique du barreau et parallelement 
aux branches du fer a cheval. Cetle lige se lermine par une 
vis sans fin, dans laquelle engrcnc une roue denleequ'on 
manoeuvre avec une manivelle. L'une des exlremites du fil 
de 1'electro-aimant esl liee a la tige, tandis que 1'aulre est 
soudee a une rondel le de cuivrc qui cnloure un disque iso- 
lant de bois, porle par 1'axe. Cette simple disposition per- 
met de f'aire passer sans interruption le courant de la pile 
de Grove dans ce ill , quelle que soil la vilesse dc rotation 
imprimeea I'aimaut. II sutiit pour cela d'employer comme 
TOME xv. 4. 



(50, 

poles voltaiqucs, deux rcssorts de cuivre donl Tun prcsse 
centre 1'axe d'acier, el 1'autre contre la rondelle. 

17:2. Lestrois disques etant diversementelasliques, ren- 
daient un son fondamental different, malgre fegalite de 
leurs dimensions. L'electro-aimant exercait sur eux, a une 
distance de deux a six millimetres, une attraction si ener- 
gique qu'il fallul recourir a une pression enorme contre 
leur support pour la vaincre entitlement. 

175. Apres avoir saupoudre de sable tres-sec la plaque 
a eludier, et determine les sons correspondants a divers 
modes de vibration indiques par des figures acoustiques , 
on a recherche si 1'influence magnetique est capable de 
modifier ces sons. Ici encore, tous les resullats ont ete ne- 
gatifs. La seule difference (faction de faimant, suivant 
qu'il etait immobile ou qu'il lournait avec une rapid ite 
quelconque, s'esl bornee a unelegereirregularite des lignes 
nodales uniquemenl produite par les courants d'air. 

174. Lorsqu'on remplacait le sable siliceux par de la 
fine limaille de fer, les phenomenes sonores etaient encore 
les memes, quoique plus etouffes. La limaille, etaleedans 
le voisinage des poles, s'accumulait contre eux des que 
le courant electrique etait etabli , et finissait par rendre 
presque impossible le mouvement gyratoire de faimant. 

175. Ces experiences ont ete repetees en rendant dis- 
continu le passage de 1 electricite. Alors on entend les 
chocs moleculaires etudies par plusieurs physiciens. Avec 
un commutateur a mercure dans le circuit de la pile qui 
anime faimant, les lames de fer doux deviennent le siege 
de sons assez inlenses pour qu'un grand nombre de per- 
sonnes puissent les entendre simultanement. 

176. Enfm, j'ai tente d'induire a la fois de f electricite 
de tension et du magnetisme dans les disques d'acier et de 



(51 ) 

fer. A cot diet , le barreau qui les supporte a clc place au 
centre d'un tube de verre de O m ,02 de diamelre, auquel on 
a fixe un cercle horizontal en bois de O m ,18 de diametre 
sur O m ,018 d'epaisseur. Ce cercle, reconvert entieremenl 
d'etain en feuille, communique avec une bonne machine 
electrique. Parallele a la surface qu'on fait vibrer, il en 
est aussi rapproche que possible, sans que 1'etincellc 
puisse jaillir sur elle. Les proprietes acoustiques des trois 
disques sont demeurees indilferentes a cette nouvelle ac- 
tion. La plaque d'acier trempe avait acquis un magnetisme 
permanent qui n'a point interfere avec ses proprietes mu- 
sicales. 

177. II resulte de ces experiences que 1'induction elec- 
trique ou magnetique n'a pas d' action appreciable sur 1'e- 
lasticile de divers corps sonores, tels que le verre, le 
cuivre, le laiton, le fer doux et 1'acier trempe ou recuit. 
Le nombre des vibrations executees par eux dans l'unite 
de temps demeure le meme. Mais cette conclusion ne 
doit probablement pas etre acceptee d'une maniere trop 
absolue. II se pourrait que des causes d'induction extre- 
mement energiques et tres-durables determinassent une 
action qui , dans mes ten ta lives, a ete trop faible pour etre 
observee (1). 



(1) M. G. Wertheim a trouve qu'aucune modification d'elasticite n'est 
sensible dansun fil de fer ou d'acier qui occupe le centre d'une bobine electro- 
magnelique, quand le courant ne Pa Iraversee que pendant peu de temps. 
Suivant cet ingenieux experimentateur, Taimantation n'agit pas directe- 
ment sur P^lasticite, mais produit un nouvel arrangement moleculaire. 
(Annales de Chim. etde Phys. D^cembre 1844 , tome XII , page 623.) 



XIX. StJR LES RELATIONS DE L^ELECTRICITE AVEC LES CORPS A t'ETAT 
SPHEROIDAL ET SUR QUELQUES PROPRIETES DE CES CORPS. 

178. On connait I'impossibilile dans laquelle se trou- 
vent les liquides de mouillcr (Jes surfaces solides siifll&am- 
ment echauffees, on de se meler, dans certains cas, a 
d'autres liquides portes a line haute temperature. La pre- 
miere observation exacte qui en ait etc faite cst attribute 
a Eller; elle date de 1740 (i). Dix ans aprcs, ce pheno- 
mene fnt etndie par Leidenfrost, sous le nom duquel il est 
encore connu (2). Des lors, une foule d'experienccs peu 
connues ont etc faites en Allemagne (5); pnis 1'Italie (4) et 
la France (5) ont pris part a ces recherches, qui on I recem- 



(1) ffisloire de I' Academic de Berlin } 1746, page 42. 

(2) De aquae contmunis nonnuliis quctlitalibus , Duisburg , 1756. 

(5) Cilons enlre autres : Zie^Ier, Specimen de digestore Papini } 1765. 
Link, Beitrage zur Physik rmdChcmie, n" II, page 11. Kaslner, 
Fromsdorff's Journal, tome XI, page 270. Oersted , Gehlen's n. Ally. 
Journ., lome III , page 524. Klaproth, Scherer's ^ll.Journ. derChemie , 
lomeVII, page 046, et Journal de physique , 1802, page 62. Dobereiner, 
Schweig. Journ. } lome XXIX, page 45. N.-W. Fischer, Pogg. Ann., 
tome XIX, page 5 1 4, et tome XXI , p. 1 03. Buff, Pogg. Ann. } tome XXV, 
page 591. A.-H. Emsmann , Pogg. Ann. } lome LI , page 444. Frei , 
Kastner's Archiv., lome IV, page 57. Erdmann. Journal filr prak- 
tische Chemie, lome X, page 354. Boltger, Eine Sammlung eigencr 
Erfahrungen, Fersuche und Beobachtungen } n" XVIII; Francfort-sur- 
Mein , page 808. 

(4) Bellani , Giornale di Fisicadi Brugnatelli, 1808, page 779 ; Gior- 
nalc di Fisica di Pavia , 1816, page 255; Giornale dell' 1. R. Istituto 
Lombardo delle scienze, lellere ed arti, e biblioteca ilaliana , 1844, 
page 193. Belli , Corso di Fisica } lome I , page 96. Belli e de Kramer, 
Giornale dell' I. R. Istituto Lombardo, 1844 , page 192. 

(5) Lambert, Pyrometrie, page ISO. Rumford, Memoires sur la 



( 55) 
ment etc renouvelees et fort etendues par M. Boutigny (1). 

179. Je me propose d'examiner, dans ce memoire, les 
rapports du fluide electrique avec Tetat spheroidal, rap- 
ports qui ne paraissent pas avoir attire jusqu'ici 1'attention 
des observateurs. En presence des theories incompleles et 
souvent contradicloires par lesquelles on veut expliquer 
cettesmguliere condition des corps, il faut necessaircmcnl 
accumuler de nouveaux fails, aim de determiner avec cer- 
titude le role des diverses forces qui la produisent. 

180. J'ai commence par quelques essais avec 1'cleclri- 
rile de tension. L'appareil employe est bien simple. II 
consiste en un support pourvu d'une tige mobile el ter- 
ra i nee par un anneau sur lequel repose line capsule de 
platine assez epaisse, presque plane et d'un diamelrc de 
O m ,OG. Un aulre support soutient, a 1'extremile d'un bras 
melallique, un ill de platine tordu sur lui-meme el qui se 
recourbe inferieurement en une sorte d'reil ou de boucle 
allongee, peu ouverte, a O m ,0()l de la capsule. Une chaine, 
lice au bras, sert a meltre ce ill en relalion avec 1'arma- 
ture exlerieure d'une bouteille de Leyde. 

181. Apres avoir chauile la capsule , on y projette quel- 
ques portions de liquide qui se rassemblent en une goulte 



chaleur, page 9-3. Pouillet, Ann. ch. et phys. , tome XXXVI , page 5. 
- Baiuli'imont , Ann. ch. et p/'j/s., lome LXI, page 310. Laurent . 
Ann. ch. et phys., tome LXI I, page 327. Le Clievallier , Journal de 
c.himie medtcale, tome VI , page 5o9, et Journal de pharrnacie, tome XVI. 
page 660. Dulong, Journal de pharmacie, 1830. Pelouze, Journal 
de pharmacie, 1840, page 779. Dumas, Traits de chimie appliquea 
aux arts, tome I, page 52. Person, Comptes- rendus , tome XV, 
paj^e 492. 

(I) NouveHe branche de physique, on Etudes sur les corps d I'etat 
spheroidal, 2 e edit. Paris, 1847. 



(54) 

sphc'ro'idalise'e autour de 1'oeil. Alors on enleve la lampe, 
et on approche rapidement de la surface inferieure de la 
capsule le bouton de la bouteille bien chargee. L'explosion 
determine des effets differents, selon la nature du liquide 
et la temperature du vase ou il est place. 

182. Portons d'abord la capsule a un degre de chaleur 
qui depasse de beaucoup la limite indispensable a 1'etat 
spheroidal. Si on opere sur de 1'eau pure, celle-ci n'est 
point traversee par la decharge, et sa forme unie ou rayon- 
nee n'en eprouve aucune alteration. L'etincelle, d'une 
couleurpurpurine, ne penetre dans le fil de platine qu'en 
dehors de sa partie immergee, en glissant sur la surface 
convexe de la goutte. 

185. Lorsque la quantite de liquide a ete extremement 
reduite par 1'evaporation, tellement qu'il n'en subsiste plus 
qu'une goultelette logee dans la parlie inferieure de 1'oeil 
et suspendue au-dessus de la capsule, le fluide la projette 
mecaniquement, jusque vers les bords, et on la voit redes- 
cendre aussitot le long de la concavitedu vase, pour re- 
prendre sa position premiere sur le fil. 

184. Mais si la decharge est excitee a travers la capsule 
refroidie jusqu'a environ 200C., elle agit d'une tout autre 
maniere. La cause qui maintient 1'eau distillee a I'etat 
spheroidal etant devenue tres-faible, la goutte passe subi- 
ternent a 1'etal de liquide mouillant, et disparait en tota- 
lite, ou au moins en tres-grande partie, avec lous les ca- 
racteres d'une brusque vaporisation. 

185. Les memes experiences ont ete repetees sur de 
1'eau rendue conductrice par 1'addition d'un peu d'acide 
azotique. Si la temperature de la capsule est fort elevee 
(sans toutefois atteindre le rouge-sombre), 1'etincelle jaillit 
a travers la goutte qui n'en est sensiblement affectee, ni 



(55) 

dans son elat de gyration ou de repos, ni dans son appa- 
rence limpide ou mamelonnee, ellipsoidale ou etoilee. 

186. Au contraire, si I'echauffement est voisin du mi- 
nimum necessaire a I'etat spheroidal , I'electricile delruit 
cet elat, et la goutte se gazeifie en exhalant des vapeurs 
acides. 

187. Le second cas a etudier etait celui de I'electricite 
dynamique. J'ai fait usage d'une pile de Grove, de cinq 
grandes paires (159), mediocrement excitees et pourvues 
de rheophores en platine. 

188. En essayant d'abord 1'eau distillee, on trouve qu'a 
I'etat spheroidal, comme a froid, sa decomposition est nnlle. 

189. Si on lui substitue de 1'eau acidulee, celle-ci est 
eleclrolysee quand les deux fils polaires arrivent dans la 
goutte sans toucher la capsule. Les bulles de gaz etant 
produites a une forte chaleur sont plus dilatees qu'a la 
temperature ordinaire; mais leur masse derneure vraisem- 
blablement la meme. 

190. Quand on met un quelconque des electrodes en 
contact avec le vase et qu'on plonge 1'aulre dans la goutte, 
il n'y a pas de decomposition , parce que le courant ne 
passe pas (1). Un rheometre place dans le circuit demontre 



(1) Depuis la redaction de ces notes, j'ai trouve que M. Poggendorffa fait, 
en 1841 , quelques experiences analogues. II a monlre qu'aucun courant ne 
s'etablil lorsqu'on trempe une lame dezinc dans de 1'acide sulfurique sphe- 
roidalise, ou qu'on plonge simultanement dans de 1'eau acidulee froide une 
lame de/inc amalgame et un fil de platine chauffe au rouge. Pour qu'on ne 
put altribuer ces resultats a des phenomenes unipolaires , Phabile physicien 
les a reproduits avec une machine magneto-electrique <le Paxton, pourvue 
d'un inverseur ; les poles de Paimanl se trouvaienl lie's a des fils de platine, 
dont un etait rougi par une lampe (Pogg. Ann. der Physik und Chemie, 
tome LH, page 559). MM. Peltier, de Kramer el Belli onl fait plus lard 
la meme observation (Boutigny , otivr. cite, page 57). 



(56) 

qu'il en est ainsi. Voila une prcuveexcellente du caractere 
essentiel a 1'etat spheroidal, savoir, que la goulte ne louche 
pas la surface echauffee. La couche excessivement mince 
et tres-chaude, qiii Ten separe, n'est point conduclrice. 11 
serait interessant de chercher le rapport qui existe entre 
son pouvoir isolant et sa temperature, avec different* 
liquides places sur des supports de natures diverses. 

191. Lorsqu'un des rheophores louche une portion 
quelconque dc la capsule exlerieurement au liquide et que 
I'autre est enfonce dans ce liquide jusqu'au contact du 
metal, le passage du courant s'etablit, et la goutte s'eva- 
pore rapidement en produisant des bulles abondantes, 
accompagnees d'un certain fremissement sonore. Ce phe- 
nomene cesse des que le circuit volta'ique est ouvert. II se 
presente non-seulement lorsque 1'extremite du rheophore 
appuie sur la capsule au-dessous du liquide qu'il traverse, 
mais aussi quand le contact a lieu en dehors de la surface 
inferieure de la goutte. Dans Tun el I'autre cas, les deux 
iils polaires pen epais sechaufTcnt sur une grande longueur 
au point de n'etre plus maniables a\ ? ec les doigts. C'est le 
calorique ainsi degage qui est la cause des bulles de va- 
peur. On pent s'en assurer en enfonc,ant dans de 1'eau pure 
spheroidalisee un fil d'argent ires-massif. Peu dMnstants 
apres son contact avec la capsule, on voit se determiner 
une ebullition qui resulle de sa conductibilile pour la cha- 
leur (1). Ce phenomene a beaucoup d'analogie avec celui 
de la combustion de ralbumine sous rinfiuence de cou- 
rants tres-energiques (159). 



(1) Une remarquc analogue est indiquee par M. Bonti(jn}' (ouv. cit.. pafjes 
50, 70 et 105). 



(57) 

192. L'eau acidulee a cle remplacee par du mercure, 
dont la conductibilite est encore plus grande. Centre 1'as- 
scrtion de Fischer, ce corps passe a 1'elat spheroidal, 
pourvu qu'il soil reduit a de tres-petiles masses. Une 
goutte un pen grosse qui lornbe sur une capsule de pla- 
tine a la temperature rouge-sombre, bout d'abord d'une 
inaniere Ires-rernarquable. Sa surface est sillonnee de 
mille rides qui lui enlevent son aspect miroitant, et elle 
se vaporise avec rapidite en faisant entendre une sortede 
crepitation. Tant qu'elle est dans cet elat, elle touche me- 
lalliquemenl la platine, car elle conduit le con rant de la 
pile. Tout a coup la petite quantile de mercure qui reste 
recouvre sou brillant poli : elle s'arrondil en une sphere 
presque geomelrique; le bruit cesse, et la vaporisation ne 
se continue qu'avec une grande lenteur. Alors la goutte 
est eleclriquement isoiee de son support. 

195. 11 reslait a examiner les couranls discontinus. 
Pour eludier leur influence sur 1'etat spheroidal, j'ai pro- 
duit avec les cinq couples de Grove des couranls inslan- 
lanes, d'une extreme energie, dans une machine electro- 
elcctrique a rheotoine electro-rnagnelique (1). Les extre- 



(1) Cet appareil, construit par M. Bonijol, demontre Pinfluence de Petal 
<le cloture on d 'ou vert lire du circuit induit sur Paclion du conrant inducleur 
sur lui-meme ( IV). Tanl que le circuit induit est ouvcrt , le ressort du rheo- 
louie fait entendre un son aijju. Mais ce son s'abaisse iinraedialement d'nn 
<lemi-ton el plus des que le circuit induil au^mente par sa cloture Paltrac- 
tion electro-maftnelique des cylindres de fer, qui occupent le creux de la 
bobinc, sur le disqucde fer doux fixe au-dessous du ressorl. Celle variation 
dans le son musical merit e d'allirer Pallenlion des medecins qui font usage 
de la machine a secousses. La sensibilile nerveuse peul etre lellement affai- 
blie cliez certains paral^tiques qu'ils ne per^oivent pas distinclement le pas- 
sage des couranls induils inslanlanes. Avant de modilier les condilions de 



(58) 

miles du circuit induit aboutissaient a des fils de platine 
plonges dans de 1'eau pure ou acidulee, a 1'etat spheroi- 
dal. Elle n'a subi aucun changement dans sa forme unie 
ou rayon nee. Les memes experiences repetees au moyen 
de mon commutaleur (122) ont donne des resultats sem- 
blables, quelle que fut la vitesse avec laquelle on inter- 
rompait le courant inducteur (1). 

194. Je passe a (^exposition de quelques experiences 
dans lesquelles I'electricite n'intervient pas et qui parais- 
sent n'avoir pas encore ete faites. Elles ne sont consi- 
gnees ici qu'a cause de leur liaison avec les details prece- 
dents et des applications pratiques dont elles seront 
peul-etre susceptibles. 

195. Cinq circonstances, au moins, ont une influence 
sur les phenomenes ge'neraux de 1'etat spheroidal : la na- 
ture et la masse du liquide, la nature et 1'epaisseur du 
solide qui le supporte, enfin le degre de chaleur auquel 
on le maintient. 



Fexperience ou d'augmenter la puissance cle sa pile ( ce qui pourrait dans 
des cas donnes(143) entrainer les plus fatales consequences), le praticien 
devra s'assurer de la cloture reelledu circuit induit. A cet effet, il consultera 
le ton du son du rhe"otome. Si la machine fonctionne avec un commutateur 
a mercure , il examinera la diminution d'eclat des etincelles, lors de la rup- 
ture du circuit inducteur (36). 

(1) Le manque d'appareils suffisamment energiques m'a empeche jusqu 1 a 
present de tenter une experience qui serait inleressante a divers egards. II 
s'agirait de chercher si, a Petal spheroidal , les liquides se soumettent aux 
forces qui e"manent des poles d'un fortaimant. On connait les belles decou- 
vertes de M. le professeur Pliicker, de Bonn, sur les allongements axiaux 
ou eqnatoriaux que ces forces impriment aux formes primitives d'equilibre 
d(S liquides exposes a leur action dans les circonstances ordinaires. (Pogg. 
Ann. der Physik und Chemie, tome LXXIU , page 549.) 



(59) 

196. A temperature egale, de 1'eau pure spheroidal isee 
et reduite en gouttelettes satitille dans une cuiller d'ar- 
gent avec plus d'energie que sur une feuille de platine. Le 
sirop de sucre, egalement en petites spheres, rebondit plus 
sur la platine que 1'eau pure. 

197. On salt qu'une grande masse d'eau peut etre portee 
a 1'etat spheroidal dans une epaisse capsule de platine. 
Lorsque la temperature est tres-elevee, la forme d'etoile se 
produit bientot et persiste longtemps; si on baisse un peu 
la meche de la lampe, on voit la goutte se soulever cen- 
tralement et donner passage a une grosse bulle de vapeur, 
qui ne tarde pas a etre suivie de plusieurs autres. Chacune 
de ces bulles est unique dans la masse. La forme du li- 
quide n'est plus etoilee, mais allongee. La goutte tournoie 
comme autour d'un axe vertical passant par un des foyers 
de I'ellipsoide. Une nouvelle diminution du feu entraine 
parfois la cessation de ce mouvement gyratoire : alors la 
goutte se presente comme une belle lentille biconvexe qui, 
par son immobilite et sa parfaite transparence, simule, a 
s'y meprendre, un verre de lunette. 

198. Cette forme remarquable m'a suggere 1'idee de 
soumettre a une epreuve decisive et nouvelle une question 
encore controversee. On s'est beaucoup demande si le ca- 
lorique qui arrive a la goutle la traverse en rayonnant sans 
clever sa temperature, ou s'il est reflechi parelle. Dans le 
premier cas, la refraction au sein d'une lentille doit pro- 
duire un foyer ou la temperature sera certainement supe- 
rieure a celle des points avoisinants; dans le second , cette 
lentille formera un ecran circulairederriere lequel lacha- 
leur sera moins elevee que dans 1'espace soumis aux radia- 
tions directes de la capsule. Pour decider entre ces alter- 
natives, j'ai opere avec de petits thermometres ouverts par 



(60) 

le haul et pourvus (Tune echelle d'ivoire a graduations ar- 
bitraires. Leur tige passe par un epais disque de liege 
iixe dans le creux d'un enlonnoir de verre, de telle sorte 
que leur boule fasse line legcre saillie a I'extremite du 
bee. L'inslrument, ainsi revetu et promene au-dessus d'une 
gontte large de O m ,028, demontre que celle-ci n'est point 
le siege d'une refraction. Non-seulement il n'y a pas de 
foyer calorifique, mais la temperature croit a mesure 
qu'on s'eleve au-dessus d'elle, a cause du rayonnement 
cause par les parties du metal qui ne sont pas cachees par 
le liquide. Ce rayonnement explique pourquoi la chaleur 
pres de la surface de la lentille est beaucoup plus forte 
que dans son inlerieur. 

199. Les physiciensconnaissentrinfluenced'unson mu- 
sical convenablement choisi sur la constitution d'une veine 
fluide : celte influence s'cxplique par la periodic-lie des 
variations qui s'etablissent dans le diamelre de la veine, 
a son origine. Un corps a Petal spheroidal est souvent en 
proie a des mouvements reguliers et periodiques qui lui 
impriment, en paiticulier, une forme etoilee. De nom- 
breux essais m'ont prouve que cetle forme n'est nullement 
cbangee par les pulsations sonores d'un diapason commu- 
niquant avec le support a la capsule, quoique ces pulsa- 
tions soient assez energiques pour deranger et faire glisser 
cette capsule. 

200. Je lermine par le recit de quelques essais qui me 
paraissenlavoirunecertaineimportancepratique.M.Thury, 
mon preparateur pendant le semestre d'hiver, remarqua 
que Feau repandue dans une capacite de cuivre chauflee, 
ne s'y spheroidal ise que pendant quelques secondes et or- 
dinairemenl pas du tout, quand la surface est recouverte 
de deutoxyde de cuivre. Je soupconnai aussitol que ce 



( 01 ) 

n'etait pas line propriete particuliere a cet oxyde, mais 
bicn un cifet du a 1'etat rugucux et herisse de la surface, 
ainsi que M. Houtigny I'a rernarque (I). DCS experiences 
directes out montre que cetlc opinion cst foil dec. 

201. line capsule de platine a ete rccouvcrle a moitie 
d'une pale formee d'oxyde de zinc et d'eau , puis porlee au 
rouge-sombre. Alors elle a presente le curieux spectacle 
de deux surfaces, dont l'une, melallique el brillanle, sphe- 
roidalisait inslanlancmenl I'eau pure qui ne se vaporisait 
plus qu'avec line extreme lenteur, landis que I'aulre, gre- 
mie et d'un beau jaune-scrin, transformait non inoins 
subilement en vapeur les goutles d'eau qu'on y projetail. 

202. Le carbonate de protoxyde de fer, reduit a i'elal de 
peroxyde par la calcination, se tomporle comme 1'oxyde 
de zinc. La couleur et la nature cliimique du depot ne 
joucnt done aiuun role dans le phenomene. 

205. Le rouge d'Angleterre, broye a I'eau, couvre bien 
la platine, mais il n'empecbe pas absolumenl 1'elat spbe- 
roidal de se produire. Son action parail se bonier a dimi- 
nuer considerablement la duree de 1'evaporation (2). 

204. L'oxyde rouge de manganese, obtcnu par la cal- 
cination prolongee du peroxyde, se place encore apres le 
colcothar par sa moindre propriete destructive de 1'elat 
spbero'idal. Humecte d'eau froide, il adhere beaucoup 
moins aux surfaces metalliques. 

205. Lesirop de sucre incolorc se spheroidal ise facile- 



(1) Ouv. cit., pages 48, 56 et 76. 

(2) M. Muncke a deja observe qu'une plaque de fer oxydee par son contact 
av;c Fair a la temperature du roujye-blanc, cesse de spheroidaliser I'eau 
qu'on y verse. ( Gch!er's Phys. IVorlerbuch . 2 C edit. , tome X , pa^e 490 ; 
1841.) 



( 02 ) 

mcnt sur le platine. Les gouttcs paraisscnt d'abord opa- 
ques, surlout si ellessont grosses, a cause d'une multitude 
de petites bulles de gaz qui les traversenl. Puis elles ac- 
quierent une admirable transparence et demeurent fre- 
quemment immobiles, semblables ades lentilles de verre 
presque spheriques. Enfin, quand le sirop est parvenu au 
maximum de concentration, il entre dans un violent elat 
d f ebullition, sans toutefois s'elaler sur la capsule, ni la 
mouiller : il se caramelise en passant du jaune au brim, 
et iinit par abandonner une volumineuse boule de char- 
bon poreux. 

206. Si on diminue le feu au moment oil la decompo- 
sition chimique commence, le liquide louche le metal et le 
recouvre, a la fin de 1'operation, d'un enduit peu adhe- 
rent qui est d'un beau noir luslre. Cette croiite de char- 
bon , chauffee meme jusqu'a ce que les parties nues de la 
capsule soient rouges, empeche absolument la production 
de 1'etal spheroidal. Mais 1'eau pureou sucreequi tombe 
sur le platine et se teint en noir fonce par quelques de- 
bris du depot charbonne, se comporte comme si elle etait 
demeuree transparente et sans couleur. 

207. M. Fechner rapporle (1) que 1'eau ne se spheroida- 
lise pas quand elle a ete teinte d'encre, ou rendue opaque 
par de la poussiere de charbon qu'on y met en suspension. 
J'ai repete avec soin ces experiences et les ai trouvees 
inexactes. Dans les deux cas, le liquide noirci se spheroi- 
dalise sans difficulte sur une lame de platine et persiste 



(1) Repertorium der Physik. tome II. page 401. Traduction alle- 
mande du Traite de physique experimentale et mathematique de M. Biot, 
tome V, page 567. 



(63 ) 

dans cet elat durant plusieurs minutes, jusqu'a ce quo Ics 
particulcs solides dont il se separe en se vaporisant se 
soicnt reunies en une petite pelote spongieuse (1). 

208. Le sucre cristallise humide se spheroidalise en se 
dissolvant dans son eau de cristallisation. II presente les 
memes phases que le sirop, depuis le moment de la cara- 
melisation. 

209. Le beurre, le suif, passent a Petal spheroidal en 
se fondant : bientot ils prennent feu et abandonnent une 
suie legere qui disparait en se convertissant en gaz car- 
bones. 

210. On croit tres-generalement aujourd'hui qu'une 
des principals causes d'explosion des chaudieres a vapeur, 
consiste dans la gazeification subite, a une tres-haute tem- 
perature, de 1'eau spheroidal isee d'abord a son contact con- 
tre des parois surchauffees. Si la verite de cetle opinion 
est demontree, on remediera certainement a ce terrible 
danger en revelant d'une couverle appropriee la surface 
interne des generateurs , ou en lui communiquant un etat 
grenu qui s'oppose a la production de I'etat spheroidal. 
Ce procede sera moins coiiteux et offrira bien moiris de 
dangers que la garniture de pointes proposee par M. Bou- 
tigny. Les moyens m'ont manque pour faire a ce sujet des 
experiences, queje dois remettre a un moment pluspropice. 



(1) M. Boutigny a fail une observation analogue sur Peau contenant du 
noirdefumee (ouv. cit., page 25). 



( 64 ) 

/ooloyte. M. Van Beneden depose deux mcmoircs : 
1'un sur 1'organisalion et le developpement des Lingua- 
lules (Pcnlaslorues) , I'aulre sur 1'bistoire naturellc el le 
developpement dc YAlax ypsilophora, acaride parasite 
des Anodontes. 

Dans le premier memoire, M. Van Beneden a pour but 
de demonlrer que les Linyuatulcs, considereesjusqu'a pre- 
sent par tons les zoologisles comme des belmintbes, n'ap- 
parliennenl point a celte classe d'animaux, mais qu'elles 
doivent aller rejoindre les lerneidcs. 

Dans le second memoire, I'auteur expose rembryogenie 
des Acarus et demon tre que leur developpement cst loin 
d'avoir lieu d'apres des lois exceplionnelles , comme on 
serait lenle de le croire d'apres les observations de M. Ile- 
rold. Ces acarides se developpent comme les autres arti- 
culcs; le vitellus et le blastoderme se component comme 
dans les autres classes de cet embranchement. 

Mais une question d'un baut inleret est celle de savoir 
si les Acarus appartiennenl alameme classe que les arai- 
gnees et les scorpions. C'est en grande parlie dans le but 
d'elucider celle queslion que ce Ira vail a ete entrepris. 
Quand 1'embryogenie des groupes voisins sera mieux 
connue, on possedera les elements pour la solution de 
ces questions. En allendanl, M. Van Beneden a consigne 
les fails concern ant les Acarus. 

Ces deux memoires sont accompagnes chacun d'une 
plancbe, qui represente les principaux organes et les dille- 
renles pbases de developpement. (Commissaires : MM. Can- 
traine el Wesmael.) 



(65) 

M. Kickx depose im menioire manuscrit, faisant 
suite a trois memo ires precedents el portant pour til re : 
Reclierchcs pour servir a la Flore cryployamique des Flan- 
(Ires. (Conimissaires : MM. Martens el Cli. Morren.) 

M. le dirccleur, en levant la seance, (ixe I'e'poque 
de la prochaiiic reunion an samedi 5 aout. 



TOME xv. 



66 



CLASSE DES LETTRES. 



Seance du 5 juillet 1848. 

M. le baron DE GERLACHE, directeur. 
M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. le baron deReiffenberg, le chevalier 
Marchal , Steur , le baron de Stassart, De Smet, De Ram, 
Roulez, Gachard, Borgnet, David , De Decker, J.-J. Haus , 
Snellaert, Rormans, Schayes, wembres; Rernard, DeWitte, 
Polain, Gruyer, Faider, Arendt, correspondents. 

MM. le baron de Selys-Longchamps, membre de la classe 
dcs sciences, el M. Alvin , directeur de la classe des beaux- 
arts, assistent a la seance. 



CORRESPONDANCE. 



Le secretaire fait connaitre qu'il a appris par line lettre 
de M. le capitaine Smyth, membre de la Societe royale de 
Londres, qu'on vendra publiquement, au commencement 
d'aout prochain, I'imporlante collection Pembroke, publiee 
en 1746, sous le titre : Numismala anliqua. 



(67) 

- M. Desire Toilliez envoye un memoire manuscrit 
intitule : Notice sur des antiquiles decouvertes dans le llai- 
naut. (Commissaires : MM. Roulez el Schayes.) 

- M. le baron de Stassart fait hommage d'une notice 
de sa composition sur Frederic-Guillaume de Brandc- 
bourg, laquelle est suivie de dix-huit lettres inedites de 
ce prince. Remerciments. 



RAPPORTS. 



Lettre de M. Tissot et notes de M. Gruyer sur la metaphy- 
sique des corps. 

Rapport de M. le baron de Reiffenbcrg. 

A uneepoque ou Ton renie facilement le symbole qu'on 
a professe la veille, M. Gruyer est reste fidele a ses an- 
ciennes affections. Ce n'est pas un homme comme lui qui 
apostasie. La philosophic avait rec,u ses premiers horn- 
mages, et quand la plupart desertent les hautes regions de 
la pensee, pour se precipiter les yeux fermes dans les plus 
incertaines realites, c'est toujours de questions philoso- 
phiques qu'il s'occupe. 

La notion de 1'espace fait le fondement de la philoso- 
phic critique de Kant. M. Tissot, autre philosophe que le 
bruit de 1'emeute n'arrache pas a ses meditations et qui 
rappelle Archimede, poursuivant la resolution d'un pro- 



(68) 

blemc sous Ic fer (Tun meurlricr, M. Tissot a rcpris les 
doctrines du mctaphysicien allemand cl, en Ics modiiiant, 
a enoucc des paradoxes qui n'ont pu obtenir la sanction 
du sens droit et rigourcux de M. Gruyer. Cclui-ci, avec 
sa dialeclique froide et serree, le suit pas a pas et le force 
de rendre aux mots leur signification exaclc quand il s'en 
ecarte, et de ne pas prendre des formes verbales pour des 
clioses. J'avoue que, dans ce proces, j'incline pour 
M. Gruyer. De toute maniere, il esl interessantd'entendre 
les deux parties , et je serais bien aise que celte discussion 
fill in scree dans nos memoircs, si rien encore n'cn a clc 
livre a 1'impression et si la forme de ce double ecril est 
jngee sullisammenl academique. 



llnpport dc M. Arcnill . 

M. Tissot , professeur de philosophic a la Faculie de 
Dijon, a adresse a notre savant confrere, M. Gruyer, une 
lettre, dans laquelle il presenle des observations critiques 
sur ditlerentes questions de meta physique, trailees par 
M. Gruyer dans des publications anlcricures. A son tour, 
M. Gruyer a soumis les remarques de M. Tissot a un exa- 
men dctaille et approfondi, dont il a consigne le resultat 
dans une serie de considerations metaphysiques qui for- 
ment la principale parlie du memoire presente a TAca- 
demie. 

M. Tissot appartient, comme il le dil lui-meme, a 
Fecole de Kanl; son systeme est un idealisme qui, tout 
en pretendant prendre pour point de depart 1'observation 
et Tanalyse, arrive cependant a des conclusions purement 



(69) 

transcendentales. Sans reproduire exactement les doctri- 
nes metaphysiques de Schelling et de Hegel qui , dans 
1'ecole allemande, sont sorties de cellesde Kant, M. Tissot 
suit cependant la meme voie que ces philosophes; la meme 
exageralion de l'abstraction qu'on a remarquee et relevee 
chezceux-ci, existe aussi chcz lui. II rencontre dans sa 
letlre successivement les notions metaphysiques de 1'e- 
tendue, de Timpenetrabilite, de 1'existence objective de 
1'cspace, du temps, des corps el de leur divisibilite , du 
lieu, des elements materiels, du mouvement el de la force. 
Dans la plupart des solutions qu'il trouveaux plus ardus 
problemes de la science, il nous semble poursuivre aux de- 
pens de la realite, le cote ideal el abslrait des clioses, lout 
en faisant preuve d'une puissance dialectique remarquable 
a plus d'un litre. 

M. Gruyer suil avec une perseverance el une applica- 
tion que nous avons admirees, son savanl ami pas a pas 
dans les excursions que celui-ci fail sur le domaine de la 
melaphysique des corps. Aide d'un grand talent d'ana- 
lyse et d'une force logique peu ordinaire, il monlre ce 
qu'il y a d'inexacl dans les raisonnemenls de M. Tissot, 
et ramene ses definitions, quelquefois par trop abslraites, 
a des termes plus posilifs et plus vrais. Ses reponses aux 
remarques de M. Tissot presentent, dans leur ensemble, 
un resume des principales questions de melaphysique , 
dont le merile esl inconleslable, el donl la publication 
ne serait cerlainemenl pas sans inlerel pour la science. 
Nous ne savons pas si la forme sous laquelle ce resume 
eslproduil, el qui, sans exclure des deductions rigoureu- 
ses , esl cependanl plulol celle d'une conversation enlre 
amis, permet que celle publication ait lieu dans les re- 
cueils de TAcademie . 



(70) 

Apres avoir entendu M. le chanoine De Ram, Iroi- 
sieme commissaire, la classe decide que des remerciments 
seront adresses a MM. Gruyer etTissotpour la communi- 
cation interessante qu'ils ont bien voulu lui faire. 

MM. Roulez et Schayes font leur rapport sur un plan 
des ruines trouvees au Steenbosch. La classe decide que 
ce plan , communique par M. Del Vaux , sera insere dans 
ses memoires avec une notice que M. Schayes se charge de 
rediger. 



LECTURES ET COMMUNICATIONS. 



Note sur le baron de Waleff, par M. Polain , correspondant 
de 1' Academic. 

On possede peu de renseignements sur la vie du baron 
de Waleff, poe'te liegeois qui entretint des relations litte- 
^aires avec Boileau et les plus beaux esprits du siecle de 
Louis XIV. 

Un membre de cette compagnie, feu M. le baron de 
Villenfagne, a qui 1'histoire de Liege est redevable de tant 
de travaux uliles, a public, en 1779, en un volume petit 
in-12 , un choix des meilleures pieces de cet ecrivain; il y 
a joint une notice biographique qu'il a reproduite plus 
tard, considerablement augmentee, dans un volume de 
Melanges, imprime en 1788. 

La collection complete des oeuvres poetiques du baron 



dc Waleff, coraprcnant 8 volumes in-8, line cpilre de 
Vergier, une lettre de M me du Noyer, quelques lignes 
de Bruzen de La Marliniere, enfin un passage curieux des 
mcmoires de M lle de Launay (M me de Staal), ou il est 
question de notre poete el du role qu'il joua dans la con- 
spiration des princes legilimes, voila, croyons-nous,toutes 
les sources auxquelles a puise M. de Villenfagne pour la 
redaction de sa notice. 

Notre savant confrere parait avoir ignore 1'existence 
d'un petit opuscule , fort rare a la verite, intitule : Me- 
moire de M. le baron de Waleff, a MM. le president et con- 
seillers du conseil ordinaire (1729?), in-4 de 55 pages. 
Dans ce memoire, qu'il redigea a roccasion d'unproees qui 
lui avail ete inlente par une certaiue dame de la Raudiere, 
le baron de Waleff, somme d'expliquer pourquoi , dans 1'es- 
pace d'un demi-siecle, il avail ete presque toujours absent 
de Liege, expose lui-meme les diiferenles circonstances de 
son avenlureuse carriere. Nous avons pense qu'on ne lirail 
pas sans interet les renseignements qu'il fournil a ce sujet, 
et qui sont, la pluparl, demeures inconnus a ses bio- 
graphes. 

Je me suis marie 1'an 1679, dit-il, et je fus assente 
immediatement apres dans un regiment d'infanterie espa- 
gnol , dont je ne sortis que pour etre cornel-colonel de 
M. de Bondi, mestre-de-camp de cavalerie espagnole. 

Je quitlai cet emploi 1'an 1082, pour aller prendre 
possession d'une compagnie de cuirassiers au service de 
lEmpereur, que le prince Augusle d'Hanovre, frere du 
roy George defunl, m'avoil doimee dans son regiment. 

j> En passant par Cologne pour me rendre en Alle- 
magne, j'eus 1'honneur de faire la reverence au vieux elec- 
teur et au cardinal de Furstemberg, qui me dit qu'il valoit 



( 72) 

mieux servir son prince qu'nn autre, et il m'ofiYit, de la 
part de S. A. E. , la levee d'une compagnie de dragons dans 
le regiment de M. de La Salle, ce que j'acceptay. 

L'annee 1(584, le regiment de La Salle fut congedie, 
el la meme annee, je fus en Hongrie, d'oii mes longues 
maladies m'obligerent de revenir Tan 1686. 

L'annee stiivante, qui preceda la guerre generate qui 
commence Tan 1688, M. Je comte d'Ansfeld, cnvoye ex- 
traordinaire de France, a Liege, me donna la commis- 
sion pour lever line compagnie de cavalerie dans nn 
regiment elranger, oil je restay jusqu'a la fin de 1'an- 
nee 1699. 

L'an 1700, je passay en Anglelerre, oil le roy Gnil- 
laume m'offrit la levee d'un regiment de dragons, a la 
recommandation de milord d'Albemarle; je partis de Lon- 
<lres, par ordre de Sa Majeste, pour cliercher des bons 
ofliciers. Au commencement de 1'annee suivante, il me 
liit onion nc de relourner en Angleterre pour recevoir les 
ordrcs du Roy et 1'argerit de la levee; j'y arrivai avec mi- 
lord d'Albemarle, le jour meme que le Roy mourut. 

Apres avoir reste quatorze on quinze mois a Londres, 
dans I'assurance qu'on me donnoit que je serois bienlot 
expedie conlbrmement aux intentions du Roy, on me dit 
que la reine Anne avoit fait un traite avec les Etats-Gene- 
raux pour lever vingt-cinq mille bommes aux frais com- 
muns des deux puissances marilimes, et que je devois etre 
compris dans ce nombre. 

Je partis de Londres avec milord d'Albemarle pour 
La Haye, oil, apres quelques negocialions que les Hollan- 
dois firent avec des princes de 1'Empire pour avoir des 
troupes, je fis ma capitulation pour la levee d'un regiment 
de dragons, qui fut signee le 24 de fevrier 1703, et j'ai 



(73) 

continue de servir jusqu'a la paix , en qualite de brigadier 
et de marechal de camp. 

J'ay reste en Angleterre (dont j'avois loujours ele 
payo pendant toute la guerre) jusqu'au commencement 
de 1'an 1715, pour y solliciter mes arrerages qui etoient 
dus a mon regiment aussi bien qu'a moi-meme commc 
otlicier general. 

J'allai de la a Paris, ou des affaires d'importance m'ar- 
iv lerent jusqu'a I'an 1717, que je fus oblige d'aller en 
qnelques cours d'ltalie et de la en Espagne, pour m'ac- 
quitter de quelques commissions aupres de Sa Majeste 
Catholique, qui fut si contente de mcs services, qu'elle 
me donna, le 50 Janvier 1719, la patente de lieutenant- 
general de ses armees, et y joignit la meme an nee celle 
d'inspecleur de 1'infanterie et de la cavalerie de ses 
royaumes, comme je peux le juslifier par les paten tes ori- 
ginales signees du Roy. Le 17 fevrier 1721, je ree.us pa- 
reillement une autre patente de S. M. pour aller com- 
mander dans le royaume de Valence. L'annee 1724, j'ob- 
lins un conge du Roy, tant pour aller solliciter ce qui 
m'etoit du en Angleterre que pour venir regler mes affaires 
domesliques dans le pays de Liege. J'y fus bien lot accable 
d'infirmites. Apres avoir demande plusieurs prolongations 
de conge, et voyant que ma mauvaise sante me meltoit 
desormais hors d'etat de servir, je suppliay le Roy de me 
dormer ma demission, que Sa Majeste eut la bonte de 
m'accorder dans toutes les formes. Ma demission est da lee 
do Madrid, le 20 d'octobre 1728. 

II est facheux que le baron de Waleff n'ait fait ici que 
raconler les principaux evenemenls de sa carriere mili- 
taire, el qu'il ait neglige de nous donner aussi quelques 
details sur sa vie privee dont on connait tres-peu de 



(74) 

chose; nous aurions surtout ele charme d'y irouver I'ex- 
plication d'une affaire passablement scandaleuse dont il 
fut le heros, et qui nous a ete revele'e par un placet pre- 
sented S. A. Serenissime Joseph Clement, eveque et prince 
de Liege, placet ou le baron de Waleff cherche a se dis- 
culper tant bien que mal, d'une accusation de rapt qui 
lui avail deja valu une condamnation de la part des 
echevins. 

J'ai appris avec douleur ou plutot avec un veritable 
desespoir, ecrivait-il a Joseph Clement, qu'un prince aussi 
grand, aussi eclaire et aussi bienfaisant que Test V. A. Se- 
renissime, avoit marque beaucoup d'indignalion contre 
moi, quelque innocent que je puisse etre. Un pareil pre- 
juge suffit pour me rendre criminel partout. J'avoue, 
Monseigneur, que du premier coup d'oeil on jugera que je 
le suis beaucoup; c'est un homme marie, dit-on, avec 
une aimable femme, qui enleve une fille unique du sein de 
sa famille; il ne faut examiner rien de plus, il est cou- 
pable! Voila comme le peuple raisonne; mais Ton a de- 
cide, il y a longtemps, que ce meme peuple n'est qu'une 
bete dans les deux accusations. Si je pouvais, pour la pre- 
miere, en appeler a moi-meme, qui peut mieux juger du 
merite d'une femme qu'un marit raisonnable! La beaute 
est sou vent alteree et capricieuse, et il est des contradic- 
tions eternelles qui poussent a bout 1'homme le plus mo- 
dere; la mer etale le plus beau spectacle de 1'univers; 
assis sur le rivage, on 1'admire et on le contemple avec 
plaisir dans le temps meme qu'elle est le plus agitee, 
tandis que celuy qui en ressent les fureurs, fait voeu de ne 
plus s'y exposer jamais. 

On reconnait, a ce dernier trait, 1'ecrivain satirique a 
qui Ton doit une peinture si piquanle des joies du ma- 






(75) 

riage et des felicites inefiables que lui procurait 1'humeur 
faiitasque de son acariatre etjalouse moitie. 

Le baron de Waleff mourut le 22 juillet 1734, a 1'age 
de 82 ans; il avail public, quelques mois auparavant, un 
poeme dont il n'esl point fait mention dans la notice de 
M. de Villenfagne. Ce poeme est intitule : Les augures ou 
la conquete de I'Afrique, a Elisabeth Farnese, reine d'Es- 
pagne. Liege, J. P. Gramme, in-8 de 67 pages. On y 
remarque les memes qualites et les merries defauts que 
dans ses autres ouvrages : de la facilite, de I'originalite 
dans la pensee, beaucoup d'imagination et de verve poe- 
lique ; mais uue grande iucorrection de langage, des 
images forcees et trop hardies, des negligences el des iri- 
vialiles sans nombre! Boileau, ce juge si experl el si diffi- 
cile, Irouvail cependanl les vers de Waleff merveilleux , 
pleins de force et d' elegance; il se felicile de compter parmi 
ses disciples un poe'te aussi remarquable, el lei que, selon 
lui, jamais Horace ni Juvenal n'en avaienl eu de sem- 
blable (1). 

C'etait, pour un satirique de profession, dit avec raison 
M. Daunou .porter bien loin la politesse e'pistolaire (2) ; mais 
il ne faul pas oublier qu'a I'epoque ou il ecrivail ces belles 
choses au poe'te liegeois (1077-1678?), Boileau avail pro- 
visoiremenl abandonne le champ de la salire; il achevail 
alors sa 8 e epilre el venail de recevoir le litre d'hislorio- 
graphe de Louis XIV. 



(1) Voir la lettre de Boileau, dans Tedition de ses CEuvres , publiee par 
Berryat Saint-Prix , vol. IV. 

(2) Voir la vie du baron de Waleff, par M. Daunou, dans la Biographic 
untverselle de Michaud. 



(7G 



Quelqucs rechcrches sur nos anciens enlumineurs et calli- 
graphes ; par M. le chanoine J.-J. DeSmet, membre de 
1'Acade'mie. 

Pour counailre a fond 1'histoire des beaux-arts, des 
moeurs et des costumes du moyen age, ainsi que 1'archeo- 
logie chretienne, il est indispensable, pensons-nous, d'e- 
tudier lestravaux descalligraphes et des enlumineurs qui 
ont (leuri avant les Van Eyck. Surtout dans un pays 
comme le noire, auquel les guerres civiles, et en particu- 
lier les troubles religieux du XVI e siecle, ont enleve la 
plus grande partie de ses anciens monuments de pein- 
ture et de slatuaire, les materiaux nous manqueraient 
pour composer les elements d'une histoire artistique avant 
Philippe-le-Bon, si les miniatures des manuscrits ne nous 
venaient en aide. Quelques grisailles a moitie detruites 
par Faction du temps, un petit nombre d'aquarelles qui 
ne se sont pas mieux conservees, meritent assurement 
d'etre decrites et etudiees avec soin , mais elles ne presen- 
teraient jamais que des maleriaux incomplets, sans liaison 
et sans suite, lieureusemenl un livre au moyen agedevint 
un resume de tous les beaux-arts : poesie pour le com- 
poser, calligraphic pour le transcrire, peinture pour le 
colorier avec le carmin et 1'outre-mer, ciselure pour Tor- 
ner de riches fermoirs, de nielles et de bossettes, orfe- 
vreriepour y enchasserdes pierreries, dorure enfin, pour 
en embellir la tranche (1). 

Aussi, n'a-t-on pas neglige sous le rapport des arts les 

(1) C. Cantu , Hist, univ., torn. XII, pag. 6. 



( 77 ) 

beaux manuscrits, que nous orit legue's les siecles anle- 
rieurs a I'lnvention de rimprimerie. MM. Didron el du 
Sommerard (1) les ont mis a prou'l avec aulaiit de gout 
que de savoir dans leurs uliles travaux , tandis que 
M. H. Humphreys et M. le vicomle Aug. de Bastard ont 
voulu leur clever de verilables monuments (2), trop magni- 
fiqucs peul-etre, puisqu'il landrail une fortune royale d'au- 
trefois pour songer a en embellir sa bibliothcqnc. 

Mais ces c'crivains n'onl pas examine quels e'taient les 
artistes auxquels on devait les peinlures elegantes qui leur 
passaienlsous les yeux , el moins encore onl-ils songe l\ dis- 
tinguer ceux que pouvait revendiquer Fecole flamande. Un 
savanl arebe'ologue de Paris, & qui nous avions fait de- 
mander quelqucs renseignements sur la part que pouvaient 
avoir eue les peintres beiges aux magnifiques miniatures 
des manuscrits, que Ton conserve a la Bibliotheque natio- 
nale et a celles de Sainte-Genevieve el de 1'Arsenal , nous a 
fait repondre que c'e'tait la lui demander de nousfairc voir 
un grain d'orge dans la mer (5). L'ecole llamande ne man- 
que pas a la verite de biographes exacts, minutieux meme, 
qui ont tenu compte de ses productions en loul genre; 
mais depuis Carle Van Mander jusqu'a J. Immerzeel, tons 
ont pris pour point de depart Cimabue ou Giolto et les 
Van Eyck , laissant ainsi dans un en tier oubli nos peintres, 
nos enlurnineurs et nos statuaires d'une e'poque plus re- 
culee, mais a coup sur tres-interessante. 

Pour aider a combler une lacune aussi considerable 

(t) Etavanteux Seroux d'Agincourl. 
(2) Peintures et ornemenls des manuscrits. 

(5) Les preoccupations poliliqucs oiil cu sans doute une large part dans 
celle reponse. 



(78) 

dans 1'hisloire de 1'art en Belgique, nous avons fait quel- 
ques recherches snr nos anciens calligraphes et enlumi- 
neurs; bien qu'extrememenl incompletes, ellesengageront 
peut-etre des savants plus capables que nous a en entre- 
prendre de plus satisfaisantes : a ce litre, 1'Academie 
voudra bien les accueillir avec indulgence. 

Personne n'ignore que, dans 1'ancienne Rome, toutes les 
families opulentes avaient un ou plusieurs esclaves, qui , 
sous le nom de librairesou degrammairiens, etaient char- 
ges de polir les feuillets des livres, de les parfumer , d'en 
enluminer les initiales et d'en dorer la tranche. Des ou- 
vriers libres trouvaient dans les memes travaux des moyens 
d'existence. A la chute du paganisme, on les confia aux 
moines et meme aux religieuses. Le caustique Erasme se 
plaint a la verite qu'une tache aussi sacree fut laissee a des 
moines et a des femmelettes, comme il s'exprime (1); 
mais cette fois encore il a sacrifie a son humeur satirique 
et au plaisir de lancer a 1'etat monastique un nouveau 
sarcasme. Deja saint Benoit avait impose a ses religieux 
de transcrire correctement les livres, et Guigues, prieur 
de la Grande-Chartreuse, avait dit dans ses statuts : 
L'oauvre du copiste est immortelle ; la transcription des 
manuscrits est la tache la plus convenable pour des reli- 
gieux lettres.... Nous desirons ardemment de conserver 
les livres, comme 1'eternel aliment de Tame. Alcuin 
recommandait a ces copistes un rigoureux silence, le choix 
des originaux les plus corrects et le souvenir de 1'honneur 



(1) Obscuris quibuslibet et monachts impcritis, mox etiam mulierculis 
citra delectum rei tarn sacrae tractatio committcbatur . 0|>era, torn. II. 
Adag., col. 403. 



(79) 

ct du merite attaches a leur travail (1). La Belgique en parti- 
culier, qui possedail d'illustres ecoles dans les abbayes de 
Stavelot, deMalmedy, de Liege, deGembloux, deLobbes, 
de Gand , de S'-Martin, de Tournay, de SMBertin, etc., avail 
aussi d'excellentscalligraphes. Ainsi, dans 1'abbaye de S l - 
Martin, douze religieux s'appliquaient constamment et dans 
un silence absolu a transcrire les ouvrages les plus utiles, et 
y mettaient une correction si rare, que Ton trouvait a peine 
une bibliolheque semblable a la leur dans les provinces 
voisines et qu'on leur demandait de loute part leurs livres 
pour corriger les exemplaires defectueux (2). 

Quant aux religieuses, elles n'apportaient pas seulement 
a la transcription des livres cette delicatesse parfaite et 
cette elegance de travail propres a leur sexe, il est facile de 
prouver qu'elles etaient initiees a la langue de 1'eglise et 
ne transcrivaient rien en aveugles. II suffirait de ciler les 
eloges que Venance Fortunat donne, an VP siecle, a S te - 
Radegonde (5) et les ouvrages de la celebre Hrosvitha, 
religieuse de Gandersheim , qui ecrivait, dans la seconde 
moitie du X e siecle, des panegyriques et des drames latins 
dans un style que M, Villemain (4) a trouve assez correct. 

A en croire M. Cantu (5), le luxe des miniatures n'au- 



(1) Hie interserere et caveant sua frivola terbis, 

Frivola ne propler erret et ipsa manus. 
Correctosque sibi quaeranl studiose libellos 

Tramile quo recto penna volantis eat. 
Est decus eyregium sacrorum scribere libros , 

IVec mercede sua scriptor et ipse caret. 

Alcuini Inscript., torn. II, pag. 211. 

(2) Corpus chron. Flandriae, torn. II, pag. 556. 
(5) Vcn. Fortun. , Opera, torn. I , lib. VIII. 

(4) Tableau de la litte'rature au moyen dge , torn. II , pag. 260. 

(5) Hist, univ.j torn. XII, pag. 6. 



(80) 

rait commence que dans le cours du neuvieme siecle; 
niais le savant hislorieu s'est evidcmment trompc, puisquc 
saint Jerome, emporle par son ardente charile pour les 
pauvres, s'elevail deja vivcmeut centre ce luxe, an lV e sie- 
cle (I). En Belgique meine, il remonle a line epoque arite- 
rieure a celle qu'indique 1'ecrivain ilalien. llarlinde et 
Renilde, deux soeurs, dont les marlyrologes out consaere 
les noms (2) et qui furent Tune apres I'aulre abbesses d'un 
monaslere de benediclines a Eyck , sur la Meuse (5) , tran- 
scrivirent les quatre Evangiles, le Psaulier et plusieurs 
hisloires saintes : elles vivaient dans la premiere moilie 
du VHP siecle; et 1'anonyme qui ecrivil leur vie apres le 
milieu du siecle suivant (4), remarque que les miniatures 
de ces manuscrits etaient encore si fraiches de couleur et 
si brillantes, qu'on aurait cru qu'elles venaient de sortir 
des mains de sainte Renilde et de sainte Harlinde... Quae 
quidem universa, dil-il, hactenus in eoclem loco tamreceii- 
tia ac vibrantia auro et micantia margarilis fulgent , ut 
crederes ea Iwdie fuisse peracta. 

Les lettres du savant Gerbert, depuis pape sous le nom 
de Sylveslre II , et surtout les 7, 44, 87 et 148 me , prouvent 
qu'au X e siecle, la Belgique jouissait d'une haute reputa- 
tion sous le rapport dc la correction et dela beaule de ses 
manuscrits. Le savant prelal, qui n'epargnait ni soins 
iii tresors pour reunir les meilleurs livres, tant sa- 
cres que profanes , altachait le plus baut prix a un texle 



(1) Inficiuntur membranae colore purpureo, aurum liquescit in lil- 
teras, gemmis codices vestiuntur , et nudus ante fores Christus emoritur. 

(2) Us en font mention au 6 fevrier, an 22 mars et au 12 octobi'e. 

(3) Ce monastere I'ut nomme plus lard abbaye tfdlt-Eyck. 

(4) Voy. Ada SS. } ad diem XXII martii. 



( 81 ) 

pur ct scrupulcusement correct, ct, pour s'en assurer, 
dans ses empleltes, il ne s'adressait |)oirit aux savanls do 
France et d'Angletcrre , mais a ceux d'llalie, d'AIlemagne 
el de IJelgique : Bibliothecam assidae comparo, dit-il (1), 
et sicut llomac dudumac in aliis parlibits Italiae, in Gcr- 
mania quo(^ue ac Belyica, scriptores auciorunujue cxem- 
jtlaria multitudine munniorum rede-mi. 

Le sieele suivanl nous presenle, a S'-Martin de Tournai, 
les religieux Godefroid et Gislebert (2); a Gembloux, I'abbo 
Olbcrl et plusieurs de ses moines (5), calligraphes emi- 
ncnts, et a S l -Hubert, dans les Ardennes, le prechantrc 
Fouiques, qui enluminait delicatemenl les lettres ini- 
tiales(5). 

Les sicclcs suivants, et le XII" en particulier, ne fu- 
renl pas moins fecoiuis en calligraphes dc merite; mais, 
sernblables en cc point a un grand noinbre de cbroni- 
queurs de la meine epoque, la plupart n'ont pas daigne 
signer leurs oeuvres, et nous laissons ici, a notre grand 
regret, une lacunc que de uouvelles recherches pour- 
rout combler en partie quelque jour. On nous permeltra 
de passer au XV e siecle, ou les maleriaux deviennenl 
assez a bond ants. 

Les enlumineurs et les calligraphes avaient jusqu'a 
celle epoque, conserve line existence independanle du 
metier des peintres; mais, comme ils employaient dans 



(1) Epist.XLir. 

(2) Corpus chron. Flandriae, lome II. page 555. 

(o) Ils s'etaient forme une bihliotlieque dc cent soixanle volumes, la 
plus grandc alors de TEurope, si Ton en excopte cclle de Pabbave de Pon- 
tivi, qni en comptaildeux eenls. 

{^) Chron. Andaq., dans \\4mplissirna collect., lome IV, coll. 02 j . < J l 
dans les Moiiuin., publ. par M. De R., t. Vll. pp. C 2o7 el 24(i. 

TOME xv. (>. 



( 82 ) 

lours travaux , depnis quelque temps, plus sou vent le pin- 
ceau que la plume, des contestations assez vives surgirent 
entre enx et les pel n Ires. La consequence en fut leur reu- 
nion a ce metier, s'ils faisaient usage du pinceau, mais 
avec moins de frais que les peintres proprement dits. 
Cette reunion, qui avail eu lieu a Venise, en 1441 , fut 
efiectuee a Bruges, selon van Praet (1), en 1454, et a 
Gand , en 1465, par une ordonnance, conservee dans nos 
archives (2). Un proces qui fut intente I'annee suivante 
a un Gerard van Crombrugghe, enlumineur, qui ne 
s'etait pas conforme a I'ordonnance, prouve que les mi- 
niatures donnaient lien a un commerce etendu, puis- 
qu'on accuse 1'intime d'avoir fait faire des enluminures 
dans la ville, et d'en avoir importe une grande qua u lite 
pour les vendre a ceux qui voulaient en orner leurs li- 
vres (5). M. van Praet a done parfaitement raison quand 
il avance que Louis de la Gruthuyse avail fait execuler 
lui-meme, a Bruges et a Gand , par des ecrivains et des 
enlumineurs habiles, qui se trouvaient en grand nombre a 
cette epoque dans ces deux vitles, la plus grande partie de 
ses manuscrits (4). 

Les van Eyck ont sans doute travail le dans ce genre 



(1) Voy. Notice sur Colard Mansion. 

(2) On y lit entre autres : < Dat so wte van nu voortan , binnen de voor- 
seyde stedevan Ghend verlichten sal, bruder werckende dan metpennen: 
te ivetene met pincheelen ; 't welcke de neerinyhe van de schilders van 
ouden tyden toebehoort heeft, dat hy ghehonden sal syn te coepene deen 
vierde can der vryhede van der neeringke van de schilders voorseyt. 
Jaer-registei 1 . bl. 95. 

(o) Oni dat hy beelden heeft (jedaen maken... , ende van bwtten inye- 
brfichtmetmenichten ende binnen vercocht. Ibidem , hi. 95. 
(4) Recherches sur Louis dc- Bruges, payc 81. 



( 85 ) 

pour le seigneur de la Griithnyse ct pour le due 
Ic-Bou, leur proleeteur; mais la reuommee qu'ils se sont 
acquise par tant de compositions capitales, leur a fait 
negliger sans doute d'attacher leur nom a des productions 
d'une moiiidre importance. Un manuscrit de la Biblio- 
theque nationale a Paris, porte a la verite, que Jean van 
Eyck en a execute les miniatures de sa main, mais 1'in- 
scription est evidemment fautive, puisqu'elle est datee de 
1'an 1571, quand le fameux peintre n'etait assurement pas 
ne (1). Le travail appartient sans doute a un artiste fla- 
mand, mais d'une epoque anterieure. 

Le breviaire du due de Bedford, regent de France pen- 
dant ^'occupation anglaise, qui est conserve a la Bi- 
bliotheque nationale de Paris, est orne d'admirables 
miniatures que les hommes les plus competents altribuent 
aux freres van Eyck et a leur soeur Marguerite. 

Le celebre Hemling a laisse un grand nombre de 
miniatures, et quand on considere la delicieuse purete 
des figures, dont il a orne la chasse (2) de sainte Ursule, 
il faut avouer que son talent devait le porter de prefe- 
rence vers ce genre. Son oeuvre le plus remarquable, sous 
ce rapport, est assurement le fameux breviaire que Ton 
conserve dans la Bibliotheque Mariana a Venise, et que le 
cardinal Grimani acheta au prix de cinq cents ducats (5), 
d'un messer Antonio, Sicilien. Celivre, enrichi d'or et de 



(1) Selon Immerzeel et d'autres. Jean de Bruges etait ne en 1570, mais 
se trorapent ; tout prouve que sa naissance doit etre placee aux trois ou 

quatre dernieres annees du XIV e siecle. 

(2) Immerzeel Tappelle un tabernacle. 

(5) Une note curieuse , qui se lit a la fin d'un MS. du Tresorde Brunetto- 
Latini, a la Bibliotheque de Bourgo^jne . nous explique d'une maniere exacte 



(84 ) 

pierreries, moins precieuses quo ses miniatures, en eon- 
tient aussi de Gerard Van der Moire, de (Jand, el de 
Lievin De VVitle, son conciloyen. 

Un ou v rage, egalement admirable, le missel d'lsahelle- 
la-Catholique, avail ete aclieve vcrs la meme epoque par 
des enlumineurs beiges : il a ete de nos jours vondu en 
Anglelerre. On pourrait en direautant du superbe psautier 
que le roi Henri YIII donna au chapilre de Notre-Dame, 
a son depart de Tournai; ses brillantes vignettes ct ses 
miniatures en grisaille rehaussees d'or, dont rexeciUiou 
ne laisse rien a desirer, decelent aussi des artistes beiges. 
La bibliothcque de la ville de Tournai est encore en pos- 
session de ce riche present du Neron anglais. 

La decouverle de Timprimerie ne lit pas abandonner 
aussitot en Flandre les ateliers des calligraphes et des en- 
lumineurs. Raphael de Macatellis, un des iils naturels de 
Philippe-le-Bon, abbe de S l -Bavon et eveque de Roches- 
ter (1), qui airnait passionnement les beaux et bouslivrcs, 
n'epargna rien pour enrichir de precieux manuscrils la 
hibliotheque de son abbaye. La bibliotheque de rUniver- 
sile de Gaud et la cathedrale de S l -Bavon en possedenl 



t:c que coiilailla confection iTim manuscril au milieu du XV'- siecle. En voici 
les details : 

An ralligraphe, pour la transcription de 8o5 fcuillels .... 44esp. dcgrus. 

A I'cnluiuiueur, pour la confection (Tune miniature en grisaille. 4 
Tour aclial de dix-huit mains de papier blanc ...... (> 

Pour le louage du MS. qui a servi de cojiie 7 

TOTAL. ... 01 

Les 01 especcs, dil M. Fl. Frocheur, reprcseniaienl une valeur dc 752 gros 
do Flandre 5 inais cetle somine aujourd'hui decuplee, equivaudrait a pres de 
2,200 IVancs. 

(1) On plu tot do Hoses. 



(85) 

quelques volumes (1), ornesd'un grand nombre de minia- 
tures, dont quelques-nnes sont remarquables par la nai- 
vete du dessin, la beaute du colons et le fini de I'execu- 
lion.Malheureusement les nomsdesenlumineurs nous sont 
resles inconnus : un seul, qui est intitule Flores musicae 
art-is, est sigue par Marc-Antoine de Aggerc S'^Martini, ce 
que M. Voisin a traduit par M. A. d'Akkerghem (2), qui l'a 
transcrit. Colard Mansion etait lui-meme un excellent 
calligraphe. 

A la meme epoque apparlient un manuscrit magni- 
li(|ue, vendu a Londres vers la iin de Tan nee derniere. 
Les portraits de Pbilippe-le-Beau et de sa lemme, Jeanne- 
la-Loca, y sont peinls admirablement : Gette miniature 
el toules les autres qui ornent le volume, dit M. Oct. Dele- 
pierre (5), sont de 1'ecole llamande et de la main d'un ar- 
tisle du premier merile. Le texte est ecrit avec un soin, 
une netteteet une elegance qui prouvent toutes les peines 
qu'on a prises pour produire un chef-d'oeuvre... L'expres- 
sion de loutes les iigures, la richesse d'imagination re- 
pandue dans les compositions, le brillant du coloris qu'on 
observe partout, out fait supposer que ce livre pourrait 



(1) M. Voisin adecrit ceux de la bibliotheque de i'Universite. dans ses Do- 
cuments pour servir a I' histoire des bibliothdques en Belgique, pages 4 7 
el suiv. Les trois volumes restes a la cathedraie renferment avec les ceuvn-s 
d'Ovide et de Virgile , quelques trailes inedits, mais pen interessants sur la 
sphere, Tarithmetique, etc., de Pastronome arabe Alfergany. 

(H.) Nous ne pouvons admetlre ceUe interpretation, Ackergein el ^ggt-r 
ne se ressemblent aucunement. Nous pensons que le calli^raphe elait ne a 
S'-Martens-dyk, dans 1'ilede Tholen,ou qu'il en portait le nom. II exisle 
une infinite de noms semblables, tels que Van Meenen , Van Wettemi . 
Van Aersclioot . elc. , etc. 

(5) Bibliophile beige, torn. V, pag. 17. 



(86) 

hien avoir ete execute par Hemling. Comme on attribue, 
avec quelque raison, a ce grand peintre plusieurs ta- 
bleaux, fails pour les Ghartreux de Miraflores, vers la tin 
du XV e siecle, cetle conjecture n'a rien d'invraisemblable. 

Dans un extrait du livre de la confrerie ou du metier 
des libraires (librariers), que notre savant confrere, 
M. 1'abbe Carton, a eu 1'obligeance de nous communiquer, 
nous trouvons, de 1460 a 1517, les noms des enlumineurs 
suivants , dont les ouvrages nous sont inconnus : Cop- 
pin, Jacob 1'enlumineur , Etienne Toetsoen, Nicolas 
Knodde, Barbet Boons a la Vigne (1), Germain Viellaert, 
Theodore, fils de Jacques Van Gavere, Thiebauld 1'enlu- 
mineur, Louis Liedet, Guillaume Vrelant, Bertinette 
Yweins, la femme de Jacques Lantsheere, Philippe de 
Marcke, Arnould De Cat, Clovekin 1'enlumineur, Jean 
Spierinck, Lievin Jaumaert de Gand, Jean Moke, Phi- 
lippe 1'enlumineur, Martin Van Axele, Jean Van Verde- 
kens, surnomme Moens, Simon 1'enlumineur, Jean Marc- 
quardt de Lille, Antoine De Trumper, Michel Mertens, 
Pierre Van Niederblyk, Raphael De Busere, Fabien le 
peintre, Louis De Block et Simon Benning, dont le fils 
passaen Angleterreetydevinl peintre duroi Henri VIIT(^). 
Jean Paradis, de Hesdin, fut rec,u dans la meme commu- 
naute a Bruges, en 1470; il travailla pour Louis De la 
Gruthuyse (5). 

II parait digne de remarque que ces artistes, qui tous 
appartiennent a la communaute des enlumineurs , sont 
cependant difleremment nommes; les uns beeldemakers , les 



(1) C'est-a-dire au beguinage. 

(2) V.Fischer, GeschicMe der deutschen Handels , Tom. IV, pag. 228. 

(3) Van Praet, Recherche* sur Louis de Bruges, pages 135 et 209. 



(87 ) 

autres vignette makers et verlichlers : ne pourrait-on pas 
en inferer que parmi ces enlumineurs chacun avail encore 
sa specialite et une part diflerente au meme travail? Ainsi 
plus tard nos grands peintres conh'aient a des confreres 
les paysages et les fabriques de leurs tableaux d'hisloire. 

Nous avons vu que les enlumineurs n'etaient pas moins 
nombreux a Gand qu'a Bruges; ceux qui sont cites le plus 
souvent dans lesanciens registres sont Jacques Van Buren, 
Jacques Van der Guchte, Jerome Van Herpe et Gerard 
Van der Meire. Plus tard Anne Smyters, meredu peintre 
Luc de Heere , dont parlent avec eloge Marc Van Vaerne- 
wyck, Sanderus et Guicciardini; Claire de Keyser, lille 
d'Arnoul qui introduisit la typographic a Audenarde el a 
Gand , et Susanne Horebaut , renommee a la cour de 
Henri VIII , excel lerent dans le meme genre. Ajoutons y 
le calligraphe Jean Van Rriekenborch (1). 

Parmi lesmanuscritsdelaBibliolhequeroyale, fondsVan 
Hulthem, plusieurssont sortisde la plume des sceurs Elisa- 
beth Wytens, Marguerite Baes, Catherine Van Molenbeke, 
Catherine Van Ghyseghem , Elisabeth Vlieghe, religieuse du 
convent de Jericho, appele aussi Porta CceM, a Bruxelles (2). 

Bien que le developpement de la typographic en Belgi- 
que eut porte un coup mortel a la calligraphic et fait dis- 
paraitre les communautes de libraires, il parut encore de 
temps a autre des enlumineurs distingues, tels que Pierre 
Claeissens, a Bruges (5), sous Philippe II, Jeanne Van 
den Brouke, annonciade d'Alost, sous Philippe IV, et le 



(1) Van Praet, Rech., pages 145 et 202. 

(2) Biblioth. Hulthem., t. VI, pages 4 et suiv. 

(3) V. jBoeckvan alls de ghieldebroeders van S l -Lucas, a 1'Academie 
de Bruges, n" 290. 



(88) 

et'lebre calligraplie Bourgoigne, sous Charles II. Mais 
comme Icurs travanx son I desormais demies dc tout inlerel 
hislorique, nous pensons devoir bonier ici ces recherche*; 
si nous parvenons a les rend re moins incompleles par It 1 
concours bienveillant de nos confreres, nous esperons en 
1'iiire un jour un travail moins decousu et plus substantial 
pour les Memoires de 1'Academie. 



Trois fables, par M. le baron de Reiflenberg, membre de 
rAcademie. 

I. 

l.a now ft le 



Mon janlin n'esl pas grand, mais j'y rospirc rn paix ; 
Dans ses sentiers lournanls, sous son ombiM^e epais, 

Avec la (leur par Pair chaud caressee , 

S'epanouil ma lete el ma pensee. 
La fourmi qui travaille, inlrepidc mineur, 
La fcnille qui ficmit, le papillon qui vole, 
La mouclie quc le lis abrite en sa corolle. 
Tout parle eloquemmenl a mon esprit reveur. 

La brise, ce malin, crispail mes \iolettes; 
An souflle delelere on voyait les pauvietles 
Refermer leur calice et cacher leurs parfums; 
Une rose, a cole, d'un air melancolique 
Penchait languissamment sa couronne pudique; 
Nos chagrins paraissaienl communs. 

L'heure full : du parterre aimable souveraine , 
La rose, redoublanl d'eclat, 
Avail repris son incarnat 
Et sa grace et son port de reine. 
Pour lui rendre son teint vermeil 
11 suffisail d'un rayon de soleil. 



89 } 



Noire coeur n'est pas moiiis mobile; 
La douleur le flelril , le consterne, Pabal, 
Tout effort nous semble inutile 
Pour resisler dans ce combat. 
Mais nous ressaisissons fortcmenl Pexistence, 
INos maiix sont oublies, nos pleurs sonl effaces, 
Nargue tie nos soucis passes 
Silot que renait Pesperance. 



II. 

t.<' Ki.v.wfft ft If FifitVf. 



Un filet (Pea u sorli des meandres (Pun lleuve . 

Avec orgueil se contemplait : 
<( .Pemhellis , disail-il, la prairie et Pabreuve, 
Mon onde claire el, calme a tons les regards plail ; 
)) Quand le ciel de ses fcux semble embraser la lerre . 

*> Comme en la coupe d'un festin , 

Le voyageur s'y de*saltere ; 
Tandis que ce couranl , dans sa marche incertain . 

Roule des (lots souilles de fange , 
Par la destruction des obstacles se venge 
Et de Iristes debris parseme son chemin ; 

An serpent gonfle de venin , 

* Au scorpion perfide, a Paffreux crocodile, 

Parmi ses noirs roseaux , piegc trompeur, obscur , 

Sa rive menage un asile ; 
Grand , il esl oiageux , je suis petit mais pur. 

Un lieron, en passant, ou'it ce monologue. 
- De les perfections poursuis le catalogue. 
Lui dit-il , mais pourtanl connais la verite. 

* Si ce fleuve est souvenl |>ar sa fougue emporle , 
L'or opulent se mele an sable qu'il charrie , 

" D'une immense conlree arrosant les cantons , 
n 11 en rapproche Pindustrie ; 
Sursesflots puissants et profonds 



(90) 

Vogue vers Korean, maint superbe navire, 
Et sur ta maigre vague ou le ciron se mire . 

*> A peine un joyeux ecolier 
Ose risquer un bateau de papier. 

Vraiment , pauvre ami , je t'admire , 
Tu ne fais point de mal , mais quel bien produis-tu ? 
La nullite n'est pas toujours une vertu ; 

Respecte une forte nature 

Malgre" ses inegalites. 
De nos defauts et de nos qualites 

Notre faiblesseest la mesure. 



III. 



i.rs Conxtrttctettrs. 



D'un sourire amical saltier la jeunesse 

C'esl feler leprintomps, les graces el les fleurs ; 

Mais en applaudissant a leurs Iraiches couleurs, 

Respect du moins a la vieillesse. 

Songez bien que les cheveux blancs 

Sonl 1'indice de la prudence; 

Gouverner avec des enfants 

Est une preuve de demence , 
Et TEurope deja le sail a ses depens. 

Est-ceainsi que le siecleavance? 

Un vieillard batissait : pour ses petits-neveux 
Aux champs it elevait une riche demeure. 

- c< Croit-il finir avant qu'il meure? 
Disaient cruellement quelques jeunes morveux ; 
Au lieu de maconner d'inutiles murailles , 
II devrait prdparer plutot ses funerailles. 
o Quatre planches, un tombeau 

Lui conviennent mieux qu'un chateau. 



(91 ) 

El puis les Vitruves imberbes , 
Avec ces airs importants et superbes 
Que , sur les banes , ou le progres a lui , 

Un bambin affecte aujourd'hui , 
Critiquaient du manoir le plan et la batisse. 

- Quelle Irisle prison , quel gothique edifice, 
Empreint de feodalite" ! 
Lerenverser serait justice, 
Dans ces beaux jours d'egalile. 
Pour donner au vieillard des legons de structure, 
En perorant ils batissaient aussi, 

Et prenaient beaucoup de souci 
A montrer leursavoir en faitd'architecture. 

De leurs chefs-d'reuvre satisfaits , 
Pendant qu'ils raisonnaient comme Hegel ou Descartes 
Le vent souffle sur leurs palais : 
Ce n'etait qu'un chateau de cartes. 



Le secretaire perpetuel depose trois volumes in-4, ren- 
f'ermanl les memoires que 1'Academie a re^us pour rim- 
pression, pendant Fan nee 1847, savoir : les tomes XXI 
et XXII des Memoires des Membres, et le tome XXII des 
Memoires couronne's et Memoires des savants e'lrangers. 
Le secretaire depose, en meme temps, le volume des Bul- 
letins du l er semestre 1848, formant le 25 e de la collec- 
tion. 

M. le directeur, en levant la seance, a fixe I'epoque de 
la prochaine reunion au lundi 7 aout. 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance (hi 7 juillel 1848. 

M. ALVIN, directeur. 

M. F. FETIS, faisant les fonclions de secretaire. 

Sont presents : MM. G. Geefs,Madou, Navez, Roelandt, 
Suys, Van Hassell, J. Geefs, Corr, Snel, Baron, Ed. 
Fetis, membres; Bock, associe; Geerls, correapondant. 

M. Sell ayes, me mire de la classe des lellres, assiste a la 
seance. 



CORRESPONDANCE. 



tine lettrede M. le Minislre de 1'interienr demandeune 
appreciation raisonuee des oeuvres scienliliques, litterai- 
res et artistiques, pnbliees depuis 1850, soit par des in- 
digenes, soil par des elrangers lixes dans le royaume. 

Celle letlre est renvoyee a la commission chargee de la 
redaction de la biographic nationale. 

-r M. Bock preseiile, au nom de M. Gerhard de Berlin, 
associe de I' Academic, les deux onvrages de ce savant sur 
les vases Apuliens el snr les coupes el vases du Muse'e royal 
de Berlin, ainsi que differents autres ecrits du meme 
auleiir. Bemerciments. 



93 ) 



CONCOURS POUR UN POEME D OPERA. 

Le secretaire depose sur le bureau vingl-Iiuil pieces 
envoyees an coucours ouvert par arrcle royal clu 28 110- 
vcrnhrc 1817, pour la composition d'mi poeme d'opcra. 
Ccs pieces, rangees d'apres I'ordre de reception, sonl les 
suivantes : 

N 1. Joseph /" , opera comique en un acle. 

N 2. La pile clu Musulman , grand opera en deux actes. 

N 3. Louis XI a Peronne , opera comique en deux 
acles; devise : 

Je pi-ends toul doucement Ics hommes comme ils sont : 
J'accouluine inon arnc a souffi ir ce quails font. 

MOLIEUE. 

N I. Marie de Uonyrie, grand opera en un acte et deux 
tableaux. 

N 5. Judith , opera en deux actes; inscription : 

Batanl de Tart, pour les beaux yeux de slupides 
curieux. 

N 0. Marie de Brabant , opera en deux actes et quatre 
tableaux; inscription : 

Le courage el 1'audace du vaincjucur de Wdrinjjen 
sauionl loujours einouvoir toul Beige ainianl 
son pays el les celebres tradilions qui I'illuslrenl. 

N 7. Le berceau de Codefroid III, due de Brabant, 
grand opera en deux acles. 

N 8. Henri de Lorraine, due de Guise, opera en un 
acle ; devise : 

Le secret esl d'abord de plaire et de toucher. 
BOILEAU. 



( * ) 

N !). Jacqueline de llaiuaut, opera en deux acles. 

Ex no to fie turn carmen sequar. 

HOH A OK. 

N 10. 7.e com/0 d'Erstal ou le Chdleau-Noir, grand 
opera en deux actes; devise : 

Esperance. 

N 11. Den gevaerlyken vriend, blyspel met zang, in 
twee bedryven ; inscription : 

Leopold le bien-aime. 

N 12. Flamands et Wallons ou I' union fait la force, 
opera comique en un acte. 

N 15. Lejugement de Dieu, poeme d'opera en deux 
actes et trois tableaux. 

N 14. Judith, grand opera en deux actes; inscrip- 
tion : 

Judith est un rare exemple de I'energieque 
peut montrer une femme, etc. 

N 15. Justin ou le retour du soldat beige , opera en deux 
actes. 

N 6 16. Frangoise de Himini , opera en trois actes, avec 
1'inscription : 

Que la brise jamais n'apporte a ton oreille 
L'ecbo de ma douleur ! 

N 17. Le nouvel llippocrate, opera comique en deux 
actes ; devise : 

On n'est pas homme en naissant. 

N 18. Les deux prelendants , opera bouile en deux 
actes; devise : 

Sou vent femme varie, 

Bien Col est qui s'y fie. 

FRANCOIS l tr . 

Aucun billet cachele n'est joint au manuscrit. 



(95) 

.Y' 11). Ly<teric on le Venyeur, grand opera en deux 
actes; devise : 

Aide-toi , le Ciel t'aidera. 

Aucun billet cachete n'est joint au manuscrit. 
N 20. Idriel , grand opera en deux actes. 

N 21 . Incline on les chaperons blancs , grand opera en 
deux actes. 

N 22. L'e'pee et la croix d'or ou les deux talismans, 
opera comique en deux actes. 

N 23. Salvator Rosa, opera comique en deux actes; 
inscription : 

Ma richesse est en esperances. 

N 24. Le fou du roi, opera comique en un acte; in- 
scription : 

N'offrez point un sujet d'incidenls trop charge, 
Le seulcourroux d'Achille avec art menage, 
Kemplit abondamment une Iliade enliere ; 
Souventtropd'abondance appauvrit la matiere. 

BOILEAU. 

N 25. Gustave Wasa, grand opera en deux actes; 
inscription : 

Un interet irresistible s'atlache aux iiommes 
qui furent les liberateurs de leur patrie , et 
le poete se plait a les chanter. 

N 26. Un conseil de Falstaff, opera comique en un 
acte; devise : 

Non oris causa modo homines aequumfutt 

Sibi habere speculum ; ubi os contemplarent suum. 

Pf-ADTE. 

N 27. Colibri ou le diable dans un benitier, opera co- 
mique en un acte; inscription : 

Le premier des talents est celui d'amuser. 



( 96) 

N 28. Les deux prelendants , opera comique en deux 
actcs; devise : 

Mihi concede laborem. 

VlRC. 

Un virigt-neuvieme poeme intitule : Qui Irop embrace 
mat elreiiit, n'est parvenu a I'Academie quo le 4 juillet. 
Un premier manuscrit de cet ouvrage aurait ete, d'apres 
fan lour, jete a la posle vers la mi-mai et se serai t proba- 
bloincnt egare. La classe decide que des recherches soront 
i'aites et que le poeme premenlionne sera admis au con- 
cours, s'il est constate qu'il a ele euvoye au secretaire 
perpetuel avant le terme falal. 

Une autre lettre fait observer qu'il y a en unc perte de 
cinq semairies pour les auteurs qui, aux conditions du 
programme du Convenient en t , out envoye leur poeme 
avant la publication de 1'arrete royal prorogeant d'un mois 
ie lorme (ixe pour la remise des pieces du concours. II esl 
demande, en consequence, qu'on tienne compte dans le 
jugemenl de cetle perte de temps. La classe passe a 1'ordre 
du jour. 

Le jury pour le concours se compose de : 
MM. Alvin, Barou, Van Hassell, Fetis pere, Daus- 
soigne-Mebul , Snel el Hanssens jeune. 

M. le direclcur exprime le desir que le jugernent du con- 
cours puisse avoir lieu avant le mois de seplembre. 



Sur le memoire de M. Bock, intitule : L'EGLISE DKS APOTRES 

ET LES TOMBEAUX DBS EMPEREURS , A CONSTANTINOPLE. 



de ri. Van Hnssclt. 



Le tilredu memoire sur Icqnel vous avez bieu voulu me 
charger de vous faire un rapport, seinble annoncer unc 
simple monographic de 1'eglise des Apolres et des toni- 
beaux des emperenrs de Constantinople. Ce travail cepcn- 
dant est plus que la simple monographic d'un edifice. II 
conlient un grand nombre d'apercus aussi nouveaux qu'in- 
genieux, de fails qui n'avaienl jamais ete coordonnes avec 
syntbese, en un mot, d'e'tudes et dc rechercbes severes et 
consciencieuses sur I'hisloirc polilique et architectonique 
du Bas-Empire. Sans doule, 1'histoire politique n'est j)as 
du domaine de la classe des beaux-arts; mais, dans le sujet 
dont il est question iei, elle est un secours absolument 
indispensable a celui qui vent se rendre comple des mo- 
tifs qui dirigerent Constantin-le-Grand dans le systeine 
(ju'il adopta pour la construction de la nouvelle Rome, 
comme je 1'etablirai tout a 1'heure, lorsque j'aurai fait 
connaitre le point de vue ou M. Bock s'est place. 

L'auleur du memoire prend pour point de depart la prise 
de Constantinople par les Turcs, et expose rapidement la 
destinee des eglises chrctiennes de celte capilale. Apres ce 
grand evenement, S lc -Sophie et d'aulres eglises principales 
sont converties en mosquees. Quelques-unes , plutot par 
des motifs politiques que par un veritable esprit de tole- 
rance, sont laissces au culle chretien. De ce nombre fill 
Teglise des Apolres, (jui, (ondee par Conslanlin-Ie-Crand 
TOME xv. 7. 



(98) 

el rebalie avec [)lus do magnificence par Justinien, avail 
servi , pendant six siecles, do mausolee aux empereurs et 
aux patriarches, cl subi line notable restauralion sous le 
rogue do Basile-le-Macedonien et deConstanlin Porphyro- 
genete, ati moment ou elle devait perdre sa destination 
funeraire. Elle occupait un quarlier presque desert et se 
Irouvail, a I'epoque de la prise de la ville, dans un elal de 
delabremenl extreme par suite des malheurs du temps. 
Mahomet II ladesigna pour devenir le siege du patriarcat 
grec. Mais, peu de temps apres, le patriarche ayant etc 
force, parune circonstance particuliere, de la quitter, elle 
ful demolie par ordre du sultan, qui en employa les male- 
riaux a la construction d'un mausolee pour sa propre fa- 
mille. Ainsi disparut cet edifice auquel s'altachaient tant 
de glorieuses traditions et ou lanl d'empereurs avaient 
rec.u de la mort un asile plus calme et souvent plus sur 
quo celui quo, vivants, ils avaient trouve dans leur palais. 
An commencement du XVI e siecle, on en effac.a les derniers 
vestiges en deblayant quelques ruines qui avaienl survccu 
a sa deslruction, et bientot un oubli si profond couvril lo 
souvenir de cetle illuslre eglise, qu'a peine le voyagour 
Gyllius put, on s'aidant des reminisconces do quehjucs 
vieillards lures, vaguemont reconnaitre Pemplacemenl 
qu'elle avail occupe. 

M. Bock me parait avoir ele plus heureux que Gyllius. 
Non-seulement il est parvenu a preciser cet emplacement 
d'une maniere tellement evidente qu'il ne laisse place a 
aucune objection; mais encore il examine le fond des mo- 
tifs qui engagerent Conslantin a assignor au mausolee do 
sa race 1'endroit qu'il occupait dans le plan d'agrandisse- 
menl de Byzance. 

Plus lard, Tauleur cxaminera les idces que Tarcbitccte 



(09) 

de I'eglisc des Apulres a du suivrc dans la forme el dans 
la distribution qu'il donna a cet edifice; il designera le 
modele que cet artiste prit pour type; il y produira toutes 
les donnees historiques et arlisliques qui peuvent etre 
rcunies sur la basilique deConslantin; il s'occupera de la 
reconstruction de ce monument par Tempereur Justinien; 
et, glanant, apres Ducange, dans le vaste champ de la lit- 
lerature byzanline, il dormera de cetle eglise celebre une 
image aussi complete et aussi fidele que les sources le pcr- 
mellent; enfm, il fournira des notices sur les tombeaux 
des empereurs et des patriarches qu'elle renfermait, et 
racontera toutes les vicissitudes qu'elle essuya jusqu'au 
moment ou elle lornba sous le marteau des demolisseurs 
ottomans. 

Dans son premier travail, c'est-a-dire dans le memoire 
dont nous nous occupons ici, 1'auteur s'attache a demon- 
trer que trois especes de considerations diflerentes durent 
exercer leur influence sur le plan adopte par Constantin 
pour la construction de la nouvelle capitale qu'il donna a 
1'empire. D'abord, il fallait necessairement composer avec 
la nature du terrain, respecter les batiments de la ville 
marchande qui avoisinaient le port et auxquels on ne 
pouvait raisonnablement porter atteinte, et, enfm, lenir 
comple des constructions importantes que Septime-Severe 
avaitcommencees dans la partie sud-estde Tancienne ville. 
En second lieu , Constantin voulut assurer a la capitale 
qu'il entreprenait de fonder, les avantages du systeme 
invente par I'architecte milesien Hypodame et sur lequel 
etait basee la distribution reguliere d'Alexandrie, d'An- 
tioche, de Nicee, etc. Enfm, comme il etait impossible 
que Tempereur heurlat de front une croyance generale- 
ment repandue parmi le peuple romaiii, d'apres laquelle 



S 



( 100) 

I'elcruile n'elail assuree a 1'empire que pour aulanl que 
Home en restat la capitale, il cntrcpril dc reproduirc la 
Rome anticline clans la Rome uouvelle et de calquer le 
plan de celle-ci sur le plan de eelle-la aussi scrupuleuse- 
ment que pouvaient le permellre les deux genres de con- 
siderations qui precedent. 

Telles sont les trois parlies piincipales que I'auteur de- 
veloppe success! vement. 

II prouve d'abord, avec lous les details necessaircs, 
comment et pourquoi la partie ancienne de la ville qui 
avoisinait le port, se refusait a toute modification essen- 
tielle. II explique ensuite le parti que Cons tan tin suttirer 
des constructions elevees par son predecesseur Septime- 
Severe. 

Puis, passant au deuxieme ordre d'idees, il prouve que 
la ville nouvelle etait disposee en forme d'echiquier, con- 
Ibrrnement au systeme architectonique d'Hypodame, et 
presentail, non pas un des cotes, mais un des angles de 
ce carre a chacun des vents cardinaux. Cette demonstra- 
tion etait fort difficile a fournir, a cause du peu de ves- 
tiges qui restent des rues anciennes, et vu le dedale des 
rues turques qui s'enchevetrent aujourd'hui sur 1'espace 
occupe autrefois par I'echiquier de Constanlin. Aussi cc 
n'est que par une suite de combinaisons subtiles, artili- 
cielles, ingenieuses, que I'auteur est parvenu a retrouver 
dans ce labyrinthe la formule de J'architecte de Milet. 
Voici comment il a precede. II commence par etablir que 
1'orientation de 1'eglise de S te -Sophie et des rues paralleles 
qui couraient du sud au nord, correspondait exactement 
a Torientation des rues du palais de Spalalro. II deduit 
de cetle coincidence qu'elle devait etre basee sur un priri- 
cipecomrnun, sur un systeme, et qu'a Spalalro et a Con- 



I 




stantinople les regies posees par Hypodame out etc ob- 
servees. Ensuite, se fondant sur un grand nombre de 
lemoignages fournis par les ecrivains byzantins, il indiqne 
la direction que suivait la rue majeure, arlere prineipale 
qui tra versa! t la ville de Test a 1'ouest et qu'il place en Ire 
la menagerie du sultan et 1'ancienne caserne des janis- 
saires. Le voyageur Gyllius avail encore pu remarquer 
vis-a-vis de S te -Sophie, quelqnes resles de colonnes, qni, 
d'apres M. Bock, doivent avoir fait partie de la ricbe 
colonnade donl la rue majeure etait bordee. En effet, 
nous connaissons le nombre des colonnes dont elle se 
composait. Or, comme Gyllius nous a transmis le module 
d'unedes colonnes qu'il nous signale, ainsi que la largeur 
de rentre-colonnement, 1'espaceque la colonnade entiere 
occupait se trouve parfailement justifie. 

Pour prouver avec plus d'evidence encore que le sys- 
teme architectonique d'Hypodame avait ete applique a 
(Constantinople, il fallait necessairement demontrcr que la 
rue majeure etait coupee a angles droits par les rues trans- 
versales. Aussi M. Bock montre-l-il que les lignes tirees 

es diverses portes dela Propontide aux portes qui y sont 

irectement opposees du cote de la Come d'or, coupent 
exactement a Tangle voulu 1'arlere prineipale dont il a in- 
dique le trace. Ces rechercbes lui servent a determiner la 
direction de plusieurs des rues par lesquelles il conduira 
plus tard le lecteur , et il en resulte de remarquables aualo- 

ies entre la ville de Constantinople et la ville d'Alexan- 

rie. 

Le but principal queConstantin se proposait, ainsi que 
1'ai (lit, etait de repeter, dans la nouvelle capitale de 

empire, les monuments principaux de 1'ancienne Rome, 
dans 1'ordre meme on ils se trouvaient disposes dans celte 



( 102) 

derniere ville, mais avec la regularite que reclamail le 
systeme d'Hypodame. 

L'auteur n'entre pas de plein pied dans cette demonstra- 
tion. II veut constater d'abord dans quel sens et dans 
quelles limites 1'assimilation de la nouvelle capitale a 1'an- 
cienne a du avoir lieu. A cet effet, il a cru devoir entrer 
dans une digression, un peu etendue peut-elre, mais ne- 
cessaire, sur la position de Conslantin a 1'egard des par- 
tis religieux et politiques qui luttaient a son epoque, com- 
bat supreme dont Tissue determina la direction que prit 
1'histoire du monde a travers le moyen age. Tl nous le 
moritre place en face des superstitions paiennes avec les- 
quelles il etait decide a rompre, et des croyances de 1'an- 
liquile, purifiees et modifiees par la philosophic idealisle 
des neo-platoniciens, auxquelles son pere avail deja rendu 
hommage, et qui conslituerenl avec le christianisme une 
double sphere d'attraction , dont il subit pendant quelque 
temps 1'empire avail I de se prononcer definitivement en 
fa veu r de 1'Evangile. Les considerations auxquelles 1'auteur 
se livre ici , montrent clairement Tensemble des idees et 
des vues de Conslantin au sujet de la fondation de sa nou- 
velle capitale, ainsi que les restrictions que les exigences 
du temps avaienl rendues necessaires quanl a 1'assimila- 
lion plus ou moins complete de la Rome nouvelle a la 
Rome ancienne. Considered sous ce point de vue, la Rome 
du Rosphore presente un spectacle assez bizarre. Tous les 
edifices, tous les monuments qui se rallachaient a 1'idola- 
trie que Conslantin abandonnait, ou qui rappelaient des 
souvenirs de la republique ou de 1'autorite senatoriale qu'il 
ne pouvait admettre dans la formule nouvelle donnee par 
lui a 1'Kmpire, sont el i mines et disparaissent. Les aulros 
monuments, qui ne representent ni I'idee religieuse, ui 



( 103 ) 

1'idee politique dont il ne voulait plus, sont rcproduils a 
Constantinople, non-seulement dans la correlation oil ils 
se trouvaient dans 1'ancienne Rome, mais meme avec les 
ornements exlerieurs dont ils etaient decores. 

En rattachant les tils epars dans la trame de celte inle- 
rcssante dissertation, 1'auteur parcourt avec le lecteur 
deux espaces qui se correspondaient exactement dans les 
deux villes etqui reniermaienl les edifices les plus impor- 
tants, c'est-a-dire, dans la Rome ancienne, celui qui s'e- 
lendait de la porte du palais imperial du Palatin jusqu'au 
templum genlis Flavin, mausolee edge par Domitien et 
destine a recevoir les cendres de la famille a laquelle Con- 
slantin se faisait gloire d'appartenir; et, dans la Rome 
nouvelle, celui qui etait compris en Ire le vestibule du pa- 
lais et 1'eglise des Apotres, dont 1'emplacemenl fut evidem- 
ment determine dans le plan de Constantinople par celui 
que le mausolee duQuirinal occupait dans 1'ancienne capi- 
lale de 1'Empire. Pour atleindre le but qu'il avait en vue, 
1'auteur a necessairemenl du se livrer a des recherclies mi- 
nutieuses sur la topographic de 1'ancienne Rome, et ces 
recherclies Font amene a s'eloigner, en plusieurs points, 
des opinions admises depuis la publication des iravaux de 
Buuzen, de Becker et d'autres. Les preuves sur lesquelles 
I'auleur appuie les idees nouvelles qu'il a produites sur la 
correlation des principaux edifices de Rome, et notam- 
ment sur la disposition de YArea capitolina , au sujet de 
laquelle il y avait encore tant de doules dans la science, 
ne pouvaient entrer dans le corps meme du memoire de 
M. Rock. El les y sont jointes sous forme d'appendices ou 
de pieces justiticatives, et sont au nombre de trois. La pre- 
miere s'occupe du temple d'Apollon el du palais des em- 
pereurs au Palatin; la seconde, du forum d'Auguste el de 



( 104 ) 

Nerva, et la troisieme, des edifices qui se Irouvaieut au 
Quirinal. 

Tel est le resume du memoire qui est Fobjel du present 
rapport. Dans un travail subsequent, 1'auteur s'occupera 
d'exposer les motifs qui engagerent Constantin a transfor- 
mer 1'eglise des Apotres en mausolee, el il developpera 
ses idees sur rarchilecture religieuse au commencement 
du IV e siecle. 

Ce memoire est plein de recherches nouvelles et inte- 
ressantes sur une matierc qui avail, jusqu'a present, echap- 
pe aux investigations des savants. Fl repand une vive 
lumiere sur la signification architeclonique de la villc de 
Constantin -le-Grand. II nous initie a 1'esprit des formes 
que revetirent les edifices el les monuments eleves par ce 
prince, dans la nouvelle capilale de 1'Empire. Enfin, il 
introduit dans la science diffe'rents fails qui nous restent 
desormais acquis, a savoir : 1 la realite de Tapplicalion 
du systeme de I'architecte Hypodame, a Constantinople; 
2 la solution definitive de plusieurs questions conlro- 
versees, au sujel de la topographic de 1'ancienne Rome. 

Aussi, Messieurs, je pense que ce travail iigurera avec 
avantagedans le recueil de nos Memoires , elj'ai I'honneur 
de prier la classe d'en voter 1'impression. 



Rapport de 9f. Karon. 

En partageantcompletemeiit 1'avis de mon honorable 
confrere, M. Van Hasselt, je dois ajouter une observation. 
Pour apprecier a sa juste valeur le travail qui nous est 
soumis, il faudrait avoir fait les memes etudes que M. Bock, 
il faudrait, comme lui, avoir consacre de longues vcilles 



(105) 

a 1'e'tude assiduc de 1'histoire Byzantine et dcs monuments 
multiplies et souvent confus qu'elle nous presenle. Sous 
ce rapport, je me declare tout a fait incompetent, etje 
reconnais que j'admets sur parole les assertions de 1'au- 
teur, qui me semblent porter d'ailleurs 1'empreinte d'une 
logiquc, d'une bonne foi et d'une erudition irreprochables. 

Mais une partie qui m'a frappe et dont je puis mieux 
juger, parce que je m'en suis plus specialement occupe, ce 
sont les considerations qui determinerent Constantin a 
iranslerer le siege de 1'Empire a Byzance et a modeler la 
construction de Byzance sur celle de Borne. Ces conside- 
rations, qui se raltachent aux donne'es les plus positives sur 
les variations de la constitution imperiale de Borne, et sur 
I'elablissement politique du chrislianisme, m'ont paru 
trailees d'une maniere aussi complete que precise, etje 
regrette que M. Bock n'en ait pas fait 1'objet d'un travail 
a part, en leur donnant encore plus de de'veloppements. 
Elles sont d'ailleurs parfaitement place'es ici, puisqu'elles 
jellent de tres-haut une grande lumiere sur les details ar- 
chitectoniques de Constantinople. 

Une autre remarque porte sur la ne'cessite d'ajouler an 
mcmoire nn plan lithographic et comparalif de Borne et 
de Constantinople, au moins pour la partie qui comprend 
cette grande artere des deux villes que M. Bock a si soi- 
gncusement decrite. J'aurais vivement desire aussi le plan 
comparalif du quartier de Constantinople oil se trouvait 
I'eglise des Apotres, tel qu'il est mainlenant, et tel que 
M. Bock se le figure aux plus bri Mantes e'poques de 1'Em- 
pire d'Orient. Ces deux plans peuvent entrainer quelque 
depense, mais ils sont non-seulement necessaires a la par- 
faile intelligence du texte, mais singulierement utiles, 
comme documents d'histoire, d'art et d'erudition. 



( 106 



Srltnf/r*. 



Le memoire de M. Bock, que la classe m'a fait 1'hon- 
neur de soumetlre a mon examen, est digue sous tous les 
rapports des publications anterieures de notre honorable 
confrere, publications que ne desavoueraient pas les Ot- 
fried Miiller, les Gerhard, les Becker et les Botliger, et 
qui assignent a leur auteur un rang dislingue parmi les 
savants de PAllemagne. Si le litre d'un Jivre est bien sou- 
vent trompeur, certes ici le livre tient beaucoup plus que 
ne promet son litre. En eilet, comme 1'a dit M. Van 
Hasselt, dans son analyse si exacte de ce memoire, M. Bock 
n'a pas borne sa lache, deja bien grande, a nous donner 
I'histoire el la description aussi complete que possible de 
1'eglise des Apotres, sur laquelle on ne possedail que dcs 
notions fort vagues, bien qu'elle ml, apres 1'eglise de S te - 
Sophie, le premier edifice religieux de Gonslantinople; 
mais il a encore elendu ses recherches a la topographic 
de Rome ancienne et a celle de la Byzance chretienne, a 
1'etal politique et moral de 1'Empire romain avaril et 
pendant le regne de Constantin, aux molifs qui guiderent 
cet empereur dans la fondalion.de sa nouvelle capilaleet 
au plan qu'il congut pour I'execution de ce projet. 

Toutes ces questions importanles sont traitees avec une 
superiorile de vues, une erudition et un esprit de criti- 
que vraiment rernarquables. 

Comme je me suis livre moi-meme avec predilection a 
I'elude de la topographie ancienne de Rome el de Con- 
slantinople, je me permellrai de faire quelques remarques 
sur le point suivant du memoire de mon savant confrere et 



HOT) 

ami. Parmi tant d'autres idees neuves el ingenieuses, M. 
Bock a emis celle que le plan d'une ville divisee en car- 
res egatix par des rues paralleles et se coupant a angles 
droits, que Tarchitecte Hypodame avail dresse pour la ville 
d'Alexandrie, aurait ele suivi dans la construction de la 
plupartdes villes de 1'Orient, fondees pendant ou apres le 
regned'AJexandre-le-Grand,etqueConstantinadoptaegale- 
ment ce plan pour sa nouvelle capitale. Ainsi Constantino- 
ple, forme de rues larges et tirees au cordeau, aurait du 
offrir, autant que le permettaient les i negalites de son empla- 
cement, 1'aspect regulier de Philadelphie, de Mexico, de 
Lima et de nombre d'autres de nos villes modernes. Ce- 
pendant 1'historien byzanlin Zosyme, qui florissait dans 
le V e siecle, rapporte que de son temps les rues de Con- 
stantinople etaient extremement etroites, que les maisons 
y etaient enlassees les lines sur les aulres et que, faute 
d'espace pour batir, les habitants avaient empietesur les 
eaux du port meme pour asseoir leurs demeures(l). Aga- 
thias, bistorien du VI e siecle, fait une peinlure a peu 
pres sernblable de Constantinople, en decrivant le trem- 
blernent de terrequi ravagea la ville en Tan 557 (2). D'un 
autre cote, un edit des empereurs Honorius et Arcadius, de 
1'an 425 (5), et ( elui de Zenon, sur la voirie et les construc- 
tions privees de Constantinople (4), nous apprennent que 
les diflerents etages des maisons y etaient batis en sail lie, 
comme dans nos villes du moyen age et dans le Stamboul 
des Turcs. 






(1) Zosym., Hist. rom. 1. II. 50. 

(2) Agathiae Hist. Just. lib. V. C. 5. 
(5) Cod. Theod. 1. XV, C. 59. 

(4) C. 9. Cod Just, de cedif. privat. 



( 108) 

L'editd'Honorius et d'Arcadius ordonne que ces saillies, 
appelees m&niana, solaria, parapetasia, soient distantes 
des maisons qui Icur font face de 1'autrc cote de la rue 
d'un espace de 10 a 15 pieds ; defense qui suffit seule pour 
prouver le pen de largeur des rues de la Conslan tinople chre- 
lienne. Ce qui devait rendre ces rues encore plus sombres, 
c'est que les maisons avaicnl jusqu'a cent pieds d'clevation ; 
et, chose singuliere, 1'edit de Zenon, loin de reprimer cet 
alms, va meme jusqu'a accorder des faveurs a ceux qui 
donneraient encore une plus grande elevation a leurs de- 
nieures. Ceci ne pent s'expliquer que par le defaut d'espace 
pour batir. 

II me semble que ces fails prouveraient que si le plan 
d'Hypodarae fut adopte pour la construction de Constanti- 
nople, il ne dut recevoir qu'une execution partielle, et seu- 
lementdans le trace des rues principales; mais que, pour 
loules les voiessecondaires, on s'en ecarlacompletement. 
Du reste, il parait en avoir ete de meme a Antioche,capitale 
de la Syric; car Flavius Joseplie parlant de la revoke des 
habitants de cetle ville conlre le roi Demetrius Nicanor, 
Tan 127 avanl 1'ere vulgaire, dit que les soldals qui de- 
fendaienl le palais, ayant iucendie les maisons avoisinan- 
tes, 1'embrasement s'etendit en un moment a toule la ville 
dont les maisons etaienl tres-serrees et toutes baties en 
bois (1). 

J''adhere aux conclusions de mes honorables confreres, 
MM. Van Hasseli et Baron. Jc pense, comme ce dernier, 
qu'un plan comparatif de Rome et de Constantinople an- 
ciens serait un complement indispensable au beau travail 
de M. Bock. 

(1) Flav. Jos., Guerr^ di>s Juifs, liv. 13. ch. 9. 



( 109 ) 

Con forme m en t aux conclusions do ses cornmissaires, 
la classe decide que le memoire de M. Bock sera insere 
dans le recneil de ses Me'moires. L'auleur est invite, en 
meine temps, a presenter un plan qui servirait d'apperidice 
a son travail. 







: 



L'epoque de la prochaine seance a ele lixee au vendredi 
i aout. 



OUVRAGES PRESENTES. 



Dix-huU leltres de Frederic-Guillaumc de Brandebourg, sur- 
nomme le Grand-Elcclcur , precedees dune notice sur la vie de ce 
wince, par le baron do Stassart. Bruxelles, 1848, iu~8. 

Commentaire des Ms dlementaires de la Belyique, par J.-B. 
ivort. 4 me Edition. Bruxelles, 1848, in-8. 

Bulletin de I' Academic ray ale de medecine de Belcjique. An nee 
1847-1848. Tome VII, n 7. Bruxelles, 1848, in-8. 

Journal de medecine, de chirurgie et de pharmacologic , pu- 
blic par la Soci^te des sciences medicales et naturelles de 
Bruxelles. Gahier de juillet 1848. Bruxelles, 1848, in-8. 

Archives de medecine militaire. A. Meynne, r^dacteur. Tome I, 
O e cahier. Bruxelles, juin 1848. tn-8. 

Annales et Bulletin de la Socie'tc de medecine de Gaud. 
4 annee, 1848. 6 e livraison. Gand, in-8. 

Annales de la Sociele medicate d'e'nmlation de la Flandre occi- 
talc e'tablie a Routers. 5 me livraison, tmai, 1848. Boulers , 

-8. I 



1 no ) 

Annales dc la Socicte des sciences medicates at naturellcs dc 
Malines. 7 e annee, 7, 8 et 9 e livraisons. Malines, 1848,in-8. 

Annales de la Sociele dc medecine pratique de la province 
(FAnvers, etablie a WiUebroeck. Boom, 1848, in- 8. 

Journal veterinaire et agricolc de Belgique. 7 e annee. Cahier 
de mars et avril 1848. Alost, 1848, in-8. 

Journal de pharmacie, public par la Societ^ de pharmacie 
d'Anvers. 4 e annee, juin 1848. Anvers, 1848, in-8. 

Le progres medical , organe des interets professionals et scicn- 
tifiques des medecins, des pharinaciens et des medecins veteri- 
naires de Belgique. Bruxelles. l re anne. N os 1 a 29, in-folio. 

Journal d' agriculture pratique, d ' economic forestiere, d'eco^ 
nomie rurate el d education des animaux domestiques du royaumc 
de Belgique, public sous la direction et par la redaction princi- 
pale de M. Charles Morren. Juin, 1848. Bruxelles, in-8. 

Annales de la Sociele d' emulation pour I' etude de I'histoire et 
des antiquites de la Flandre. Tome V, 2 e serie, n os 3-4. Bruges, 
1847, in-8. 

Bulletin de la Societe historique et litteraire de Tournai. 
Tome I, n 2. Tournai, 1848, in-8. 

Antwerpsche redcrykkamer de Olyftak. Dicht-en prozastuk- 
kcn uitgesproken by de plegtige inhuldiging van het gedenktecken 
ter eere van den vermaerden dichter en liistorieschryver , den 
heer J.-F. Willems. Antwerpen, 1N48, in-8. 

Handclingen van het Provinciaal Genootschap van Kunsten en 
Wetemchappen in Noord-Braband. Jaren 1846 en 1847. 'sHer- 
togenbos(h, 1847 en 1848, in-8. 

Bijdragcn tot de geschiedcnis , oudheden, letteren, stalistiek 
en beeldende hunsten der provincie Noord-Braband, door D r 
C.-R. Hermans. 1 en II deelen, 1843-1848. 's Hertogenbosch , 
2 vol. en 1 2 livraisons in-8. 

Verzameling van kronijken betrekketijk de stad en meijerij 
van 's Hertogenbosch, I e , IP en II1 C stukken. 's Hertogenboscli, 
1846-1848, 3vol. in-8. 

Inventaris van perkamenten charters en privilegiebrieven , 



( 111 ) 

berustcnde in stads groote komrne , ten archieve van 's Hertogcn- 
bosch, door I) 1 C.-R. Hermans, 's Hertogenbosch , 1848, in-8'\ 

Verslag wcgens den toestand der Bibliotheek van het Provin- 
ciaal Genootschap van Kumten en Wctenschappen in Noord-Bra- 
band, uitgebracht door C.-R. Hermans, bibliothecaris, in de 
elfde algemeene vergadering, gebouden den 1 3 julij 1847 , in-8. 

De levensgeschiedenis van Maarten Van Rossem, voorname- 
lijk met betrekking tot de legenwoordige provincie Noord-Bra- 
band, door M. J.-D.-W. Pape. 's Hertogenboscb, 1847, in-8. 

Histoire des revolutions dc. la philosophic en France; par le 
due de Caraman, tome H! e , Paris, 1848, un vol. in-8. 

Comptes-rendus hebdomadaires des seances de I Academic des 
sciences, par MM. les secretaires perpetuels. Tome XXVI. N os 25 
a 25, l er semestre 1848. Paris 1848, in -4. 

Socieie" ^emulation de Cambrai. Programme pour 1849, 
1 feuille in-8. 

Vases Apuiiens du Musee royal de Berlin, par Edouard 
Gerbard. Berlin, 1846, in folio. 

Coupes et vases du Musee royal de Berlin et d'autres collec- 
tions, par Edouard Gerhard , l re partie : coupes. Berlin, 1847 , 
in-folio. 

Sur une peinture de vase etr usque. Dedie a M. M.-E. Mejer par 
Edouard Gerhard. Berlin , ! 843 , in-4. 

Die Schmiickung der Helena. Programm zum Winkelmanns- 
fest, von Eduard Gerhard. Berlin , 1844, in-4. 

Jason des Drachen Beute. Ein Programm des archaeologi- 
schen Instituts in Rom zur Feier des einundzwanzigsten Aprils , 
von D r Eduard Gerhard. Berlin, 1835, in-4. 

Festgedanken an Winckelmann, von Eduard Gerhard. Berlin, 
1841 , in-4. 

Ueber die Metallspiegel der Etrusker, von Eduard Gerhard. 
Berlin, 1838, in-4. 

Die Apsis der alien Basi liken, von Ludw. Urlichs. Greisfs- 
\vald, 1847, in-8. 



(iff) 

nalunoisscncha/Uichc Jahreshefte , 1 847, 
5 CS Heft, mid 4848, l l>s Heft. Stuttgart, 1847 et i848, in-8. 

All genuine oesterreichische Zeiischrift far den Landwirlh, 
Forstmaim und Gartner. Hcrausgegeben von D r Karl Hainmcr- 
schmidt. XX r Jahrgang. 1848, nM a 10, in-4. 

Proceedings of the American Academy of arts and sciences. 
Philadelphia. Feuilles 7 a 37, in-8. 

Atti dclC Accademia di scienze e lellere di Palermo. IN nova se- 
ric. Volume I. Palermo, 1845, un vol. in-4. 

Corrispomfenza scienlifica in Roma. Bidletino imiversale. 
Anno I, n M 50-35 et 39-43. Rome, 1848, in 4. 

Rocznik Towarzystwa naukowego krakoioskieyo z Uniwcrsy- 
tclem Jayiellonskim Polaczoncyo. Krakow, 1847, in-8. 

Eduardo Wundero Doct. phil. et A A. LL. may. Rect.ctprof. 
primo apud Grimam Moldani viro E.vcell. ampl. Doct. mumis 
praeceptaris abhinc XXV annis in hac ipsa schola rite susccplum 
I). 2-i M. Mail A 1848, pie gralulanlur colleyae, in -4. 

De primordiis Phacdri Platonis. God. Stallhaumius IV Lip- 
siae, 4848, in-4. 






BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE KOYALE 1>ES SCIENCES , 



DKS 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 

1818. - N 8. 




CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du 5 aout 1848. 

M. VERHULST , directeur do la classe et president de 
'Academic. 
M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sonl presents : MM. d'Omalius d'Halloy, Fagani, Tirn- 
mermans, De Hemptinne, Crahay, Wesmael, Martens, 
umont, Kickx, Morren, De Koninck, Van Beneden, 
d. De Vaux, le vicomle B. Du Bus, Nyst, membrcs; 

mme, associe; Melsens et Louyet, corrcspondants. 



TOME xv. 8. 



ili ) 



CORRESPONDAJNCE. 



M. le Ministre de I'interieur ecrit qu'un congres agri- 
cole se reunira a Bruselles, les 21 , 22, 23 et 24 septem- 
bre prochain , et exprime le desir que I'Academie y soil 
represented par des delegues, choisis a cet effet. Les mem- 
bresdesignes sont : MM. Wesmael , De Koninck, Martens, 
Ad. De Vaux et And. Dumont. 

- Congres geologique. La Societe geologique de France 
fait connaitre qu'elle tiendra sa session extraordinaire de 
1848 a Forges-les-Eaux , departement de la Seine-Infe- 
rieure. On se reunira, le dimanche, 5 septembre, a 7 
heures du soir. 

- M. Quetelet communique quelques extraits d'une 
letlre particuliere de M. Ed. Herrick de New Haven, con- 
cernanl les eloiles filantes. II resulte de cette lettre que 
Tapparition meteorique de novembre ne s'est pas repro- 
duile aux Etats-Unis en 1847. 

M. Van Breda annonce Tenvoi du quatrieme volume, 
nouvelle serie, des Memoires de I'Academie hollandaise 
des sciences de Harlem. 

- M.Schaar, docteur en sciences, presente deux notea 
manuscrites ayant pour litre : 

1 Memoire sur une formuled'analyse; 



( H5 ) 

2" Sur Ic dcveloppemeiitdelalbnction (1 %xz -t- s 2 )~* 
suivant les puissances de z. 
(Commissaires : MM. Pagani et Timmermans.) 

- M. le professeur Maas, deNamur, fait parvenir ega- 
lernent deux notes manuscrites , 1'une con tenant un 
examen critique du systeme de la fluidite , et 1'autre sur 
le transport mecanique de la matiere ponderable. 
(Commissaires : MM. Plateau et Duprez.) 




RAPPORTS. 



La classe , apres avoir entendu ses Commissaires, 
MM. Martens et Morren , ordonne 1'impression du me- 
moire de M. Kickx, intitule : Recherches pour scrvir a la 
flore cryptogamique des Flandres. Quatrieme centurie. Les 
trois centuries precedentes ont etc imprimees deja dans 
la collection des Memoires. 

- Sur la proposition de MM. Crahay et Quetelet, la 
:lasse a egalement ordonne 1'impression du Memoire sur 

tremblements de terre ressentis dans la Peninsule 
wco-llellenique et en Syrie , presente, ^a la seance du 
l cr juillet 1848, par M. Alexis Perrey, professeur a la fa- 
culte des sciences de Dijon. 

- M. Melsens, nomme commissaire pour Pexamen 
des differentes notes de M. Vloeberghs, au sujet de la 
teinture de la laine, fait connaitre que ces memcs notes 
onl etc communiquees, depuis leur presentation , a une 



aulre socicte savaulc. L' Academic, du rcstc, n'a pas rec,u 
les rcnseigncmenls nouveaux qui avaient etc promis par 
1'auteur. En consequence, clle sc declare dessaisie de la 
question , et decide que les pieces deposces scront rcn- 
voyees a M. Vlocbcrglis. 

Awcndcment du sol. -- La classe, apres avoir enlendu 
ses commissaires , MM. Martens, Morren , et Ad. De 
Vaux, a adopte le projet de redaction suivant, formule 
par M. Martens, en reponse a une dernande anterieure- 

ment faitc par M. le Ministre de 1'interieur : Nous 

avons 1'honneur de vous faire observer, qu'avant de pou- 
voir tracer le cadre des etudes a entreprendre pour la re- 
cherche et I'exploitation des matieres proprcs a servir 
d'amendement , il faudrait connaitreexactement les terres 
incultes de la Belgique, leur etendue, leur qualile, et, 
si possible, la nature des obstacles qui se sont opposes 
a leur defrichement. Les autorites commnnalcs, les agro- 
nomes ct les ingenieurs du cadastre pourront fournir a 
cet egard les renseignemenls les plus complets. Quand les 
causes de la sterilite du sol seront connues , si clles tien- 
nent a la nature du terrain, il sera facile d'indiquer les 
amendemcnts susceptibles dc Fameliorer, ainsi que M. De 
Koninck 1'a amplcment developpe dans le rapport qu'il a 
lu a 1'Academie, dans la seance du 5 juin dernier, et qui 
vous a ete communique. 

Mais, pour decider si de pareils amendements sont 
applicables, il faut, en general , qu'on puisse les rencontrer 
dans le voisinage des terres a amender, et que leur exploi- 
tation ne soit pas trop couteuse. Or, c'est au geologue a 
rechcrclicr ou a signaler 1'existence des amendements dans 
les lieux dont le sol reclame des ameliorations, et pour 



cnl 



( It") 

ccla, il faut, comme Tun dc nous 1'a fait observer dans 
un rapport presente a 1'Academie le l ep aout 1840, que ie 
Gouvernement fasse executer, dans les principales loca- 
liles, des forages jusqu'a une profondeur de 50 metres au 
besoin. a On saurait alors, s'il y a des couches de marne 
calcaire, et meme d'argile, qui pourraieut elre avanta- 
geusement exploiters pour les amendements du sol; s'il 
y a des eaux jailiissantes ou simplement mon (antes qui 
pourraicnt servir a des irrigations; s'il y a des couches 
d'argile impermeables a percer pour donner un ecoule- 
inent aux eaux stagnanles. (Bulletins de I' Academic, 
184G, tome XIII, 2 partie, page 1(50.) 

Le Gouvernement a parfaitement compris I'uiilile de 
es forages, puisqu'il a charge de ce travail un de nos 
eclogues les plus dislingues, M. A. Dumonl, qui s'en oc- 
pe en ce moment avec beaucoup d'aclivile, ct espere 
pouvoir terminer ses recherches avant le mois de novem- 
bre prochain. Quand son travail aura ete rernis, ce sera 
alors a une commission d'agroriomes et d'ingenieurs a 
decider quels sont les endroits oil il conviendra d'entre- 
prendre les travaux necessaires a ramendement; c'est a 
eux a indiquer la maniere dont ces travaux doivent etre 
stitues, et meme a regler tout cequi concerne la mise en 
llure des lerres ainsi amendees. En tout cas, il nefaudra 
s perdre de vue les depenses que ces travaux doivent 
occasionner, el calculer d'avance si elles seront amplement 
uvertes par la plus value qu'aura acquise le sol ainsi 
amende. Sans ces precautions et en se livrant a des tra- 
vaux dc defrichement incohsideres, le Gouvernemeut se- 
rait expose a des pertes considerables sans meme atteindre 

Ibut. C'est ce qui est arrive a beaucoup de particuliers 
i, dans plusieurs endroils du pays, ont du abandonner 




(118) 

des travaux de defrichemeut qu'ils avaiententrepris trop a 
la legere, apres avoir sacrifie en pure perte des capilaux 
considerables. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sur une anomalie apparente dans les reactions Electriques ; 
par M. J.-G. Crahay, membre de 1'Academie. 

Dans une note presentee a la seance du l er avril der- 
nier, M. Maas annonc.a(1) qu'il ferait connaitrelescircon- 
stances dans lesquelles deux e'lectricite's de noms opposes ne 
s'attirent pas, mais, au contraire, se repoussent. Je m'etais 
engage (2) a examiner avec attention les experiences qui 
devaieritconstater cette anomalie importante et non obser- 
vee jusqu'id dans la loi des reactions electriques. Quand 
j'ai vu ce travail, communique a la seance du 5 juin (3), 
j'ai rcconnu que Texamen que je m'etais propose de faire, 
etait devenu inutile, puisque I'auteur etait conduit a la 
conclusion, non pas qu'une inversion dans les actions 
electriques pent exister reellement, mais que, dans quel- 
ques circonstances, elle peut etre simulee; de sorle que, 
si Ton n'y prend garde, le mouvement des electroscopes 



(1) Bulletin, page 280. 

(2) Page 283. 

(3) Page 605. 



( 119 ) 

est sujet a couduire a ties erreurs(i). Or, ces inversions 
apparciilcs dans les signes electriques sonl connues de tous 
les physiciens, et elles s'expliquent d'une maniere simple 
et evidente. 

Quant aux conclusions que M. Maas deduit des expe- 
riences rapportees par lui, ce sont les seules , en effet, 
qu'il soil permis d'en tirer , vu la complication de 1'appa- 
reil employe, el dans lequel la piece principale, la colonne 
scene de Zamboni , ne par tags pas, en egal degre, la sensi- 
bilite et la surete de Vindication t ainsi que 1'auteur a soin 
de 1'annoncer au commencement de sa note; en outre, 
1'appareil lui a montre la necessite d'user de certaihes pre- 
cautions , a def'aut desquelles il presentait de idles bizar- 
reries qu'il fut inutile de s'y arreter (2) . 



, 

et s\ 



e sur la conservation des hois, des cuirs, harnais, etc., 
et sur quelques phe'nomenes de coloration; par M. Mel- 
sens , correspondant de 1'Academie. 

Dans la seance du lOavril 1847, j'ai lu une note sur la 
conservation des bois; cette note a ete retiree a la suite 
d'une discussion , car je crus ne pas devoir irisister pour 
en demander Timpression dans le Bulletin; 1'Academie 
comprendra ma reserve; en effet, j'etais interesse dans la 
question, ayant permis a des amis de prendre des brevets 
d'invention en France, a la condition toutefois qu'il n'en 



(1) Page 6 10. 
Pafje G09. 



( liO ) 

serait pas pris en Belgique; ccs brevets sont tombes clans 
le domaine public. 

J'ai choisi , pour presenter le memoire a la redaction 
duquel je travaille, la societe savante a laquelle on a en- 
core, dans ces derniers mois, c'est-a-dire en 1848, pre- 
sente des precedes decritsdans les brevets de 1845. 

Les experiences que j'ai pu faire depuis ma note du 10 
avril n'y ont rien change, quant au fond; qu'on me per- 
mette d'en extrairequelques points principaux ayant trait 
surtout a la conservation des billes on bois enfouis. 

1 En suivant les indications des brevets de 1845 ou de 
la note de 1847, tout porle a croire que les essences com- 
munes, bouleau, lielre, cliarme, etc., soit injectees par- 
tiellement, soit injectees completement, serviront tou- 
jours pour les usages des chemins de fer; que les billes, 
ainsi preparees, remplaceront avec avantage le chene, qui 
commence a manquer sur les marches, et qui, du restc, 
s'injecte mal par la plupart des precedes. 

2 Toutes les substances fixes insolubles dans 1'eau , 
inalterables par 1'air et J'humidile, fusibles a une tempe- 
rature qui ne depasse pas celle a laquelle les bois se dele- 
riorent, goudrons, bitumes, cires, huiles fixes, colo- 
phane, etc., ou leur melange, sonl les plus convenables. 

5 Lorsqu'on injecte une bille en alternant les efiels des 
chauffes et des refroidissements, on peut la penetrer com- 
pletement ou partiellement par des substances conserva- 
trices; il est loujours convenable de finir par des sub- 
stances solides a la temperature ordinaire, afin qu'elles 
puissent boucber tous les meats les plus exposes a 1'air et 
a rhumidite. 

4 Lorsqu'on se contente d'injections partielles, qui 
sont assez souvent sullisantes, il fau.l absolument main- 



tenir 1'integrile de la bille, c'est-a-dire qu'clle doit avoir 
rec.u, avant de I'lnjectcr, la forme complete sous laquelle 
elle servira. 

5 Quand 1'iujection n'est quc partielle, elle se fait tou- 
jours dans le meme sens, de la memo maniere; en un 
mot, elle suit la meme route que la deterioration; de fa- 
c.011 que lorsque celle-ci commencera, cl!e devra d'abord 
passer par-dessus les portions injectees et conservees avant 
d'arriver au bois a detcriorer. Quand on examine compa- 
'alivement une bille injectee partiellement et une bille 

voie de deterioration, on peut faire leur description en 

ployant, pour la premiere, ie mot injection, pour la se- 

nde, le mot deterioration. II n'y a jamais d'exception a 

tte observation. 

C L'injection s'obtient aisement par les precedes Ires- 
pies que j'ai preconises : employer la cbaleur comme 
dissolvant des matieres conservalrices, se servir de la con- 
densation de la vapeur d'eau produile a une temperature 
elevee comme force mecanique. Dans beaucoup de cas, la 
haleur perdue des fours a coke pourrait s'utiliser. 

7 Quand on carbonise des billes pour les conserver, 
il faut encore, et surtout dans ce cas, qu'elles aient rec.ii 
leur forme complete. En carbonisant dans des goudrons 
ou matieres analogues, le goudron, etc., boucbe lous les 
pores du bois; la carbonisation pure et simple laisse tout 
1'interieur des billes accessible a Tair et a 1'liumidile. 

8 Les billes deteriorees de nos chernins de fer n'ont, 
on peut le dire, aucune valeur quand elles sont mises hors 
de service, landis qu'une bille hors de service, mais in- 
jectee dc goudron, servirait comme bois a bruler; sa va- 
leur augmcnterait en raison de toute la valeur venale du 
goudron qu'elle renlermc. 



( 122 ) 

9 Un grand avanlage de Pinjection par les matieres 
goudronneuses coiisiste dans 1'cmploi qu'on pent faire de 
bois en grume, equarris, verts, desseches ou ayant subi 
des preparations quelconques; j'ai meme injecte des bois 
en voie de deterioration. 

J'ai cm devoir porter plus d'attention qu'on ne Ta fait 
generalement, a la maniere dont les billes se deteriorent; 
je crois qu'une elude complete de toutes les circonstances 
qui inlerviennent pour mettre une billc hors de service, 
amenerait infailliblement a la solution de cette vaste 
question de la conservation des billes, ou au moins des 
recherches faites avec soin, et determinant sous tous les 
rapports le pourquoi du mal, rendraient un immense 
service. 



Les bois soumis a des influences ammoniacales offrenl 
nneparliculariteremarquable, commeM.Payen Ta observe 
dans les fabriques de carbonate de plomb (Annales de chi- 
mie etde physique, t. XVI, p. 251). 

Le bois de chene, mais non 1'aubier, prend, sous 1'in- 
fluence du gaz ammoniac une coloration intense et en 
assez peu de temps; cette coloration peut servir a montrer 
les conditions prindpales qu'il faut realiser pour main- 
tenir une bille dans un bon etat de conservation, alors 
qu'elle a ete soumise a des procedes d'injection qui ne 
remplissent pas les vides du bois d'une fa^on complete et 
dans toute son etendue; cetle coloration, resultat de 1'ac- 
tion du gaz ammoniac et de Fair bumide, se produil tou- 
jours dans le meme sens que les deteriorations observees 
sur les billes hors de service; or, sur les chemins de fer, 
la deterioration provient surtout de 1'actiou de 1'air hu- 






( 123 ) 

mule de i'eau ; les gaz ammoniac, air ct vapeur d'eau 
pcuvenl certaincment passer la ou 1'eau ne passe tres- 
probablement pas; de facon que les echantillons que 
je presente a 1'Academie, ont ete obtenus dans des cir- 
constances defavorables a ce que je cherche a demon- 
trer. 

Tous les echantillons que je presenle ont ete obtenus 
en les soumettant a de 1'air charge de gaz ammoniac hu- 
mide, pendant 48 heures; ils presentent une forme gros- 
siere de bille, excepte qu'a 1'un des bouts, les trous 
destines a recevoir la cheville , sont places de travers au 
lieu d'etre places dans le prolongement de la ligne lon- 
gitudinale. La coloration brune du premier echantillon 
s'etend tres-loin dans 1'interieur de la bille dans le sens 
longitudinal, tres-peu dans 1'autre sens, et cela se presente 
partout comme le prouve Taspect exterieur. 

Mais cetle deterioration artificielle est surlout remar- 
quable par un trail de scie qui descend plus has qu'un 
des plans du coussinet; ce simple trait de scie a provoque 
la deterioration de loute la portion de bois sur laquelle 
repose le coussinet, mais seulement dans le prolongement 
des fibres longitudinales mises a nu; a peine le bois, qui 
se trouve sous 1'autre coussinet, est-il atteint. Une mala- 
dresse aura ete cause qu'en peu de temps le coussinet, 
reposantsur du bois pourri et cedant, fera rejeter la bille 
entiere. Ce seul echanlillon peut, a lui seul, resumer 
toutes les directions de la deterioration que je decrivais 
1'an dernier, sur des echantillons pris au hasard dans un 
tas considerable de billes hors de service. 

Le second echantillon a ete preserve, a 1'un de ses 
bouts, de 1'action du gaz ammoniac par un verms epais 
de colophane. Malgre cela, du cote du bout preserve, toute 



( 124 ) 

la portion tie bois au-dessus du plan du coussinet est 
coloree, Fair et le gaz ammoniac humides ayanl pu entrer, 
par les fibres coupecs pour marqucr la place du coussinet, 
ni phis ni moins que de 1'autre cote ou il ne se trouve 
aucune reserve. 

Les Irous des chevilles ont aussi e'le mis a 1'abri d'un 
cote; tout le bois est conserve autour de ces trouset dans 
tous les sens. De 1'autre cote, les trous n'ont pas e'le enduils 
dc vernis, aussi voit-on one longue trainee brune dans leur 
prolongemcnt; mais cettc trainee n'atteint guere que les 
fibres coupees et marcbe toujonrs dans le sens de la lon- 
gueur de la bille. En nn mot, la deterioration se ferait 
dans une bille pareille, cxactement com/me si on riavait mis 
a I'abri que les trous des chevilles et la portion de bois qui 
se Irouve place'e dans le prolongement des fibres sur lequel 
repose le coussinet. 

Le troisieme echantillon nous donne 1'exemple d'une 
bille mise a I'abri partont, excepte aux entailles qui se 
praliquent pour placer les coussinels, ainsi que les trous 
des elievilles. Une bille pareille sera mise bors de service, 
parcequ'elle se deteriorera dans le prolongement de loutes les 
fibres atteintes. Somme toule, 1'injection aurait ete tres-peu 
ulile. 

Un autre echantillon a ete mis a I'abri sur toutes les 
sections perpend iculaires a la longueur de la bille; aussi 
la coloration a-t-elle fait peu de progres, et une bille pa- 
reille resislerait tres-long temps; car dans le sens transver- 
sal la deterioration se fait lentement. 

L'echantillon qui suit a ete preserve seulement aux deux 
bouts, et la coloration qui s'y observe, se deduit de ce que 
nous avons dit pour le deuxieme et le troisieme. 

Le sixieme echantillon est mis a I'abri sur toutc sa 






obse 
<1 1 ' 

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o 

n 







( 1-25 ) 

surface; il ify a que Ics Irons tics ciievilles qui sont de- 
garnis do vcrnis; lout ce qui sc Irouve dans leur pro- 
longement est bruni par Faction de 1'ammoniac et de Fair 
humidcs. Toule I' injection exterieure d'une bide pareille 
serait peu ulile; car le hois se pourrissant dans le prolon- 
gernent dcs fibres, sera biciitut delruit eiilre les deux trous 
dcs chcvilles, qui ne (Ixeront plus le coussinet; peut-etre 
memo la bille finira-t-elle par se fend re jusqu'a la lete de 
la bille. J'ai tres-souvent vu des billes hors de service 
fendues ainsi dans le prolongement des chevilles, ou bien 
elles cedaienl a nn leger effort; bien entendu que, dans les 
rvations de ce genre, il faut tenir comptc des fentes 
qui pourraient etre produites par la cheville agissant a la 

con d'un coin. 

Dans le septieme echantillon, tout a etc mis a Fabri, aussi 
le bois est vierge partoul. S'il y a quelques exceptions 
quand on examine attenlivement ces echantillons, on 
s'apcrgoit bientot que ces exceptions coniirment la regie. 

Le huitieme echantillon partiel lenient injecte par du 
goudron, montre parfaitement Fidenlile de la marche de 
'injection avec les exemples de deterioration. 

Ces exemples prouvent enlre aulres qu'en oubliant une 
seule condition de conservation, les billes peuvent ofl'rir, 
bien qu'injectees, des cliances de deterioration qui ren- 
ent souvent inutiles des frais considerables. 

On pent faire avec le bois de chene, soumis a Finfluence 
du gaz ammoniac et de Fair humides, une experience 
qui montre combien est rapide cetle deterioration qui 
marche dans le sens de croissance de Farbre, et avec 
quelle difliculte des corps, meme gazeux , passent d'une 
fibre a Fautre dans le sens contraire, action importante 
a etudier au point de vue de la physiologic vegetale. 



On ecrit en gros caracteres un nom sur une tele de 
chene, en employant, pour faire les lettres, un vernis 
epais de colophane et d'essence de lerebenthine qu'on 
applique a chaud. On place ce cote ecrit au-dessus d'un 
vase an fond duquel il y a de rammoniaque liquide et qui 
se trouve presque hermetiquement bouche par le bois. 
Le gaz ammoniac agit sur toute la portion de bois qui 
entoure les lettres et penetre dans le bois qu'il colore, 
mais il entre a plusieurs centimetres de bas en haul, 
tandis qu'il ne fait qu'un tres-petit trajet de droite a 
gauche ou d'avant en arriere, d'apres la disposition des 
lettres, qui sont reservees en blanc; en enlevant succes- 
sivement des tranches, on retrouve le nom ecrit en blanc 
dans Finterieur du bois, car Faction de rammoniaque a 
bruni tout ce qui entoure les lettres; lorsque au con- 
traire on reserve par du vernis toute la portion de bois 
qui entoure les lettres, le nom se trouve ecrit en noir ou 
en brun fonce. Les echantillons que je presente onl ete ob- 
tenus par une exposition a rammoniaque pendant 48 
heures. 

Quand on ecrit des noms de la meme maniere et de la 
meme grandeur sur une planche de chene, ils apparais- 
sent d'abord, disparaissent ensuite ; enleve-t-on la planche 
lorsqu'ils sont parfaiternent dessines, il suffit d'user un 
pen la portion ecrite pour faire tout disparaitre. 



L'etude de Faction de Fammoniaque sur le bois de 
chene, peut elre utile aux arts, a Findustrie et a Fagri- 
culture. 

Un objet en chene neuf, soit meuble, soil sculpture, etc., 
acquiert par Fexposition aux vapeurs ammoniacales hu- 



( 147 ) 

midcs, 1'aspect que le chene acquiert en vicillissant natu- 
re! Icmcnt par son exposition a Fair ; on est maitre de 
donrier toules les leiutes irnaginables, comme le montre 
la vSerie d'echantillons que je presente, en variant la 
duree des experiences, la temperature, les composes am- 
moniacaux volatils ; ainsi dans une des deux sculptures 
anciennes mises sous les yeux de 1' Academic, il y a 
cinq pieces neuves, et cependant il est si difficile de le 
reconnailre, que la plupart des personnes s'y trompent. 

S'il est vrai que 1'action de I'ammoniaque de Fair in- 
vienne dans les teintes si riches que certaines sculp- 
es presentent, on serait maitre ainsi, en imitant les 
precedes de la nature, de vieillir les meubles de plusieurs 
siecles en quelques heures. 

Independamment des circonstances climateriques, du 
sejour a la campagne , a la ville, dans des temples, dans 
des maisons particulieres, etc., la couleur acquise par 
les sculptures vieillres naturellement depend en grande 
partie des angles faits par la disposition du dessin ; les 
badigeonnages realisent difficilement cette condition. 

La couleur du fauteuil sculpte, sortant des ateliers de 
M. Pelseneer, a ete obtenue en 12 heures environ : c'est 
la couleur des objets des XIV e et XV e siecles ou environ. 

La couleur du chene jeune peut se transporter sur 
d'autres bois; il en est de meme de beaucoup de matieres 
incolores que Faction de I'ammoniaque colore. On peut 
arriver a quelques resultats de coloration qui me parais- 
sent applicables aux bois, aux teintures, a 1'application 
de couleurs sur tissus par la vapeur, aux papiers 
peints, etc. Je reviendrai plus tard sur ces phenomenes. 



Mais il y a dans 1'action du gaz ammoniac et cle 1'air 
sur Ics matieres organiques, un fait qui mcrite toute 1'at- 
tention de 1'agriculture. 

L'acidc tannique, soumis a I'iufluencc d'uu execs dc 
base, se modifie par une combustion en tout analogue a 
celle qui se passe sur les matieres organisees qui traver- 
sent 1'cconomie animalc en passant par le sang, comme 
M. Chevreuil 1'a prouve depuis longlemps pour 1'acide 
gallique. 

Vient-on a soumeltre la combinaison d'acide tannique 
avecles matieres animalesdes pea ux, les cuirs, en un mot, 
a Faction du gaz ammoniac et de 1'air , ils se modificnt 
tellement sous cette influence, que des cuirs neufs, et d'ex- 
cellente qualite, sont rendus cassanls et de tres-mauvaise 
qualite en quelques jours d'exposition , parfois en quelques 
heures. Dans tous les cas, leur nuance naturelle change a 
vue d'ceil et acquiert la teinte brurie des cuirs vieux. La 
rapidite de la deterioration depend des qualites des cuirs, 
des modes de corroyage, etc... Je m'occupe de cette etude; 
mais cependant on pent deja s'assurer, sur les echantillons 
que je presente, de 1'influence pernicieuse que des emana- 
tions ammoniacales doivent exercer sur les harnais; car 
quclques-uns de ces echantillons sont aussi cassants et 
aussi deteriores que s'ils avaient servi pendant plusieurs 
annees; aucun d'eux n'a cependant ete expose aux emana- 
tions d'ammoniaque pendant plus de quatre jours. 

II faudrait done conseiller a 1'agriculture de pendre les 
harnais partout ailleurs que dans les ecuries, leur place 
habituelle. Un cultivateur intelligent ne devrait jamais 
permettrc que ses ecuries degagent cette odeur d'ammo- 
niaque qui est un fait general, et cela pour plusieurs 
motifs. 



E 



( 1-29 ) 
L'agriculture, en eilet, I'ait Irois pciles par cctlc sculc 

negligence : 

Perte d'ammoniaque, principe essenliel de 1'cngrais, 

done perte de fumier. 
Perte de harnais en n'evitant pas une des causes de leur 

deterioration. 

Perte, par suite de maladies on de morlalilc parmi 

scs animanx, causees par 1'insalubrile plus que probable 

d'ecuries malpropres. 
II y a dans ce seul fait de 1'action deteriorante des de- 

gagements ammoniacaux sur les cuirs, une question im- 

portanteaetudier pour I'agriculture, pour 1'armee meme, 

et, en general, pour les industries qui font usage de cuirs. 
Levoisinage de degagements abondants d'ammoniaque 

doit etre evile lorsqu'on cherche a obtenir des cuirs peu 
lores, comme certains commerces Texigent; on pent, au 
ntraire, amener de legers degagements d'ammoniaque 
r des cuirs peu colores, si cela peut leur procurer une 

qualite marchande. Tel est le cas des gros cuirs anglais. 
On comprend de suite Timportance que cette action de 
mmoniaque peut avoir dans les tanneries; peul-elre 
rvira-t-elle a expliquer et a cviter les mecomptes, les 
omalies qui se presentent parfois dans cette vaste in- 
ustrie. Je serais heureux si 1'etude des fails que je signalc 
uvait etre utile, et je le crois, aux personnes mieux pla- 
sque moi pour 1'etudier. 



TOME xv. 



( 150 



Sur la cristallisation de la fonte truitee; 
par M. Ed. Montefiore Levi. 

On sail que les hauls fourneaux, en marche reguliere, 
peuvent produire trois differentes especes de fonte qui dif- 
ferent essentiellement par leur aspect etleur caractere; ce 
sont : 1 la fonte grise, qui contient une forte proportion 
decarbone libre a 1'etat de graphite; 2 la fonte blanche 
(produite par surcharge), dans laquelle tout le carbone se 
trouve a i'etat de combinaison, et en troisieme lieu, la 
fonte truilee ou melee, dans laquelle ces deux fontes se 
trouvent a I'etat de melange. --Si un fourneau est en 
bonne allure pour la production de la fonte grise , en aug- 
mentant graduellement la proportion du mineral, eu egard 
a la quantite de coke, on rendra la fonte de plus en plus 
truitee; la quantite de fonte grise qu'elle contient diminuera 
graduellement, et, ilnissant par disparailre entierement, 
la fonte blanche sera produite; il y a done, entre la fonte 
grise et la fonte blanche, une serie intermediaire de fontes 
truitees, melanges en proportions variables de ces deux 
fonles. Ces fails sont tres-bien connus, et tous les auteurs 
qui ont traitedelamelallurgiedu fer en font mention ; mais 
j'ignore si aucun metal lurgisle a encore remarque que les 
fontes grise el blanche ne sont point simplement melangees 
dans un ordre irregulier et accidentel , mais, au contraire, 
qu'il y a dans les fontes truitees des traces bien evidentes 
deformation reguliere etpolyedrique, dans laquelle lafonle 
grise parait s'etre cristallisee entouree de fonte blanche, 
laquelle se serait deposee en couche d'epaisseur variable 
aulour d'un solide regulier en fonte grise servant d< 
noyau. 




( 131 ) 

Tai examine, an moyen d'une forte loupe, un grand 
nombre d'echantillons de fonle truitee, les uns provenant 
de ces petits culots fondus qu'on obtient en faisant par la 
voie seche les essais de mineral de fer, et les autres des 
f'ontes de hauls fourneaux. Dans lous j'ai remarque que la 
fonte blanche offrait 1'apparence de polygones entasse"s et 
faisant 1'effet de lignes blanches tracees sur un fond de 
fonte grise; les formes les plus frequentes de ces polygones 
sont des hexagones reguliers, des pentagones, des rectan- 
gles, et parfois, mais rarement, des oclogones reguliers. 
On aperc.oil sou vent des facettes blanches dans lesquelles 
cependant il n'est pas facile de reconnaitre une forme re- 
guliere. La structure polygonale s'aperc.oit le mieux dans 
les fontes ou la fonte grise predomine; si, au contraire, 
la fonte blanche se trouve en quantite trop considerable, 
la structure polygonale s'efface par suite de 1'epaisseur des 
lignes blanches. 

Si les formes polygonales, ci-dessus indiquees, sont des 
tions en differents sens d'un meme solide, ce solide 
rait probablement cette modification du cube et de 1'oc- 
edre regulier dans laquelle les huit faces de 1'oclaedre 
nt des hexagones reguliers et les six faces du cube des 
carres ; car des sections de ce solide donneraienl ces diffe- 
nls polygones, et, en outre, la plupart des combinaisons 
du fer affectent des formes derivant du systeme cubique. 
Lorstjue la fonte est encore liquide, les deux fontes sont 
Tetat de combinaison ou de melange intime; elles ne 
se separent que par un refroidissement plus ou moins 
lent, en prenant une forme cristalline. Dans une gueuse 
e fonle, les polygones sont toujours plus grands a 1'in- 
icur qu'a la surface, probablement a cause du refroi- 
issement plus lent. 



13:2 



Observations sur Ics moours cJe la chenille processionnaire ct 
sur Ics maladies qu'occasionne chcz I'hommc ct Ics ani- 
maux cet insccte malfaisant ; par M. Charles Morren , 
membrc dc r Academic. 

Les cnlomologistes so ressouviennent du soin avcc lequel 
Reaumur, dans le second volume de ses Memoires, decri- 
vit les moBurs des chenilles processionnaires, ccs republi- 
qucs d'animaux devastateurs et dangereux, dont chaque 
famille pent se former et se forme en effet de six, sept ou 
huit cents individus (1). Heureusement pour nous, le 
Bombix proccssionea (Lin.) n'est pastres-commun toutesles 
annees en Belgique, mais en 1847 et cette annee 1'ayant 
observe en masse dans quelques localites, nous avons pu 
a la fois constater ses epouvantables dcgats et le soumet- 
tre a quelques observations particulieres qui, pour 1'bis- 
toire de ce (lean, ne nous semblent pas devoir etre per- 
dues. 

En 1847, le Bombix processionnaire (BOMBIX [Gastro- 
pacha] PROCESSIONEA Lin.) envahit une partie de la foret 
d'Hertogenwald, sur les confins de la Prusse, et y fit de 
grands degats aux chenes. La remarque de Reaumur, 
que cette espcce n'attaque que les arbres des lisieres et 
nullement ceux de 1'interieur des forets, ne s'y confirma 
malbeureusement pas du tout. Nous observances 1'cxij 



(1) Des chenilles qui vivent en societe pendant toute leur vie, d VOL 
sion desquelles on examine la cause des demanf/eaisons et des cuissons 
peauqui aontproduites par quelques chenilles. (MEMOIRES POUR SKUVIR 
L'HISTOIRE UESI^SKCTES, par M.dc Reaumur, 175G, torn. II, pag. 179.) 



( 135) 

Icnce des amasdc chenilles jusqu'au centre memo des mas- 
sifs tres-etendus de chenes. Nous faisons ici 1'observation 
quo le chene, qui constilue Tessence principale de cetto 
foret, est le Qucrcus robur, on chene rouvre. Reaumur nota 
que ce sont surtout les grands chenes qui sont attaques par 
cet insecte, ce qui s'observe aussi a Herlogenwald; !e 
taillis elait a 1'abri de ses devastations. 

L'existence de la chenille processionnairc dans cette 
foret et la direction de ses degats dans le resle de la Bel- 

E'quc, donnaienl, en 1817, Fidee que c'etait une veritable 
nigration qui s'etait jele de 1'Allemagne sur notre pays et 
rait marche de 1'oucsl vers Test. 
Cetle annce 1848, nous nous criimes a I'abri de rot 
secte ne'faste. II n'en fut pas ainsi. Au mois de mai lou- 
fois, nous ne nous aperc.umes guere de son existence; 
mais le 19 juin, allant herboriser avec les Sieves de la 
aculte des sciences de 1'Universite de Liege, aux environs 
e Maestricht, et nolamrnent a Lanaeken et Pesersen, oil 
mmencent les landes de la Campine limbourgeoise , 
ous relrouvames une veritable emigration de chenilles 
rocessionnaires marchant d'un arbre a un aulre. Ce 
spectacle e'tait veritablement hideux, et nous etions pro- 
bndement e'tonnes que Tincurie des cultivateurs put 
Her au point de ne pas detruire des amas de chenilles 
evastalrices , gros comme des teles d'homme, et des 
roupes de ces immondes insectes longues de quinze et 
vingt pieds, marchant en ordre de bataille a la conquelo 
'une proie nouvelle. Ici, c'elait le chene blanc qui en 
tail allaque, le Qucrcus pedunculata, beaucoup plus e'leve 
ue le chene rouvre et plante principalemerit le long 
es champs en rideaux. Nous demandames a un cultiva- 
ur pourquoi il n'olait pas ces nids immenses, alors sur- 



( 134) 

tout qu'il etait reconnu que la poussiere de ccs nids 
occasionnc de grands maux aux chcvaux, aux vaches, aux 
moutons ct a I'homme lui-meme. Ce cultivateur nous re- 
pondil dans son impassible sang-froid , que ces chenilles 
etaient envoyees du Ciel pour faire mourir les arbres que 
les proprietaires font planter le long des champs, au pre- 
judice des cultures des locataires, et qu'ainsi, il se serait 
bien garde de les detruire. Ce fait mcrite d'etre public 
et connu, parce qu'il nous fait connaitre pourquoi les dis- 
positions legales sur 1'echenillage sont si peu observees 
dans notre pays, et combien il serait necessaire que les 
proprietaires eussent particulierement a en surveiller 1'ob- 
servance sur les plantations qui leur appartiennent. 

Reaumur a decrit avec de minutieux details les mo3urs 
de rette singuliere chenille; nous ne ferons done pas la 
description de tous les phenomenes dont nous avons ele 
temoin. Notre intention est settlement, ou de rectifier 
quelques erreurs dans lesquelles ce grand naturaliste est 
tombe, ou de compleler la relation si interessante qu'il 
a consignee dans ses Memoires par quelques observations 
speciales. 

Ainsi , Reaumur dit que les troupes de la chenille 
processionnaire se forment d'une premiere serie ou une 
seule chenille marche isolee, suivant une autre, jusqu'a la 
premiere, qui est le general de la republique. Apres cette 
serie formee de chenilles marcharit urie a une, en vient 
une autre ou elles marchent deux de front sur une cer- 
taine etendue de la bande, puis vient une serie de trois, 
puis unede quatre, de cinq, et ainsi successivement jusqu'a 
liuit au plus. Ce fait est generalement exact; seulement, 
dans les bandes qui. a Lanaeken, mesuraient jusqu'a vingt 
picds de longueur, le general qui marchait en tete etait 



ut 
vi< 



(135) 

toujours unique, mais la serie dcs chenilles marchant une 
a une, deux a deux, trois a trois, est toujours fort courlc, 
de maniere qu'a une petite distance du general unique, 
1'arme'e est deja formee de pelotons qui comptenl dix, 
douze, quinze et vingt chenilles de front. 

Un corps d'armee remontait un de ces malheurcux 
chenes dont les cimes ne presentaient deja plus que des 
squelettcs de feuilles reduites a leur fibre mediane; un 
autre corps d'armee le descendait. L'une de ces armees 
marcha sur 1'aulre, la traversa en croix sans qu'aucune 
d'ellcs parul le moins du monde s'apercevoir de cette 
irconstance : I'inslincl qui conduit ces chenilles les unes 

la suite des autres, est tellement puissant, qu'elles de- 
iennent indifferentes a toules les circonstances exte- 
ricures. 

Lorsque les chenes d'une lisiere n'ont plus de feuilles, 
es bandes passent les champs pour se rendre sur d'aulrcs 

bres plantes a distance. Une de ces bandes etait a tra- 
r un guerct de froment dans la direction d'un billon. 

Nous primes avec nous une masse de ces chenilles. Le 

ndemain matin, en en jetant devant nous 1'amas, ce- 

i-ci etait globuleux. II se passa une dizaine de minutes, 
pendant lesquelles les chenilles se tinrent en repos, puis 
une d'entre elles prit les devants; elle se constitua le chef 
de la bande et marcha librement; une seconde suivit, puis 
une troisieme, et ainsi de suite; 1'armee s'aligna et mar- 
cha en avant, mais une chenille qui presentait son pos- 
terieur au posterieur d'une autre, sembla se sentir mal a 
1'aise; elle marcha de cote; une autre s'intercala en la 
suivant, et ainsi de suite; si bien que Tannee avail deux 
chefs, marchant en sens contraire. Le resultat fut que 
toules nos chenilles s'alignerent en une serie, de maniere 




( 130) 

qu'il y eut deux teles, avec deux contingents inegaux en 
nombre, Tun des contingents allant a droite, 1'autre a 
gauche; mais leur point de contact s'etablissant par deux 
chenilles qui se touchaient par leur panic poste'rieure. 
Comme 1'ane de Buridan, surpris entre deux boisseanx 
d'avoine, exergant chacun son attraction en sens inverse, 
toute la bande s'arreta, el quoi que nous attend issions 
et quoi que nous fissions, elle resta immobile, n'allant 
ni a droite ni a gauche. Force nous fut d'interrompre 
ce repos apres 1'avoir observe pendant pres d'une heure. 
Cette phase du phenomene de la sociabilite de ces che- 
nilles rcpublicaines n'a pas, que nous sachions , ele signa- 
lee par aucun observaleur. 

Un autre fait, non moins curieux, eut lieudevant nous 
et prouve qu'un etre malingre, mal bati et malheureux, 
sous le rapport physique, n'est guere predispose par la 
nature a commander a ses semblables. Dans notre pelolon 
dc chenilles, recoltees a Lanaeken, se trouvait un membre 
malade, petit, mince, court et molasse. Celte rnalheureuse 
chenille suivait dans la serie comme ses concitoyennes; 
nous nous avisames d'interrompre la marche au-dessus 
d'elle et de la laisser agir comme chef de file. II y eut 
une longue interruption dans la marche : toule 1'armee 
s'arreta, hesita, tituba, et iinit enfin par s'impatienter. 
L'impatience se lemoignait par des ondulations qui dc- 
venaient de plus en plus frequentes. La ligne se rompit: 
une chenille de la serie , bien portante , se separa comme 
nouveau chef de file, et les-autrcs suivirent. Celles en pelit 
nombre qui etaient restees a la queue de la petite chenille 
malade, allerentdedroitcetde gauche, et leur ex-comman- 
dant Iinit par suivre la lignc commune, en s'intercalant 
entre deux chenilles ordinaires. 



Le celebre forestier dc la Prnssc, M. Julius Ralzeburg, 
rautcur du bel ouvrage sur les inseclcs qui ravagent Ics 
bois : die Forst-Insecten, regretle (1) dc ne pas avoir en Ic 
bonheur (ce sont ses expressions) d'observer ces insectes 
a leur ctat de nature. II reproduit a leur sujet les remar- 
ques que M. Nicolai , forestier de Weslphalie, fut a memc 
de lui communique!*. Ces circonstances nous portent a 
cntrer dans les details qui n'ont pas etc observes par les 
rarcs auteurs originaux qui ont ecrit sur ce singulicr in- 
scclc. Un la it qui frappe toutes les person nes qui obser- 
vent ces processions de chenilles, c'est leur instinct de 
sc suivre exactement 1'une 1'autre en ligne droite. La pre- 
miere idee qui frappe presque tous les observateurs, pour 
expliquer cet instinct de la ligne droite, c'est que la tele 
le la seconde chenille se trouvant dans les poils qui ler- 
linent le corps de la premiere, im des poils lerminaux 
>rait saisi par la bouche de la chenille qui suit. M. Nico- 
a dcja examine cetle question. Or, nous avons observe, 
les ills et moi, que ces insectes sont parfaitement libres; 
mlement les poils terminaux du corps, qui sont fort longs, 
irment une espece de brosse ou de goupillon, dans lequcl 
iils se dirigent obliquement etdes deux cote's, par rap- 
rt a la tete qui y plonge, tete dont les deux faces late- 
iles sont ainsi frottees par les poils dans la marche 
mduleuse de la procession. Ce contact lateral pent fort 
)ien contribuer a maintenir la chenille dans la direction 
imprimee a la ligne par le general en chef, comme les rc- 
nes laterales maintiennent un cheval dans la voie. 
Les personnes qui connaissent 1'liisloire de quelqucs 



(1) Tom. II, p. 121. 



(188) 

chenilles dangcreuses cle noire pays, ne s'elonneronl pas 
de nousvoir aborder, ausujeldesprocessionnaires, un des 
fails les plus inleressants de renlomologie. Quand Reau- 
mur observa les mceurs des chenilles el papillons du 
Bombix processiorinaire, il ressenlit aux mains, enlre 
les doigts, stir la figure, el nolammenl aulour des yeux, 
des demangeaisons cuisanles : il ne pouvait plus ouvrir 
les paupieres que de moilie ; sa peau s'enflamma comme 
dans une fluxion; elle se couvril de laches rouges el de 
puslules. Gel elat dura qualre a cinq jours. Qualre da- 
mes qui observaienl avec 1'illustre naturalisle , sans lou- 
cher ni aux nids ni aux chenilles, furenl prises a dislance 
d'un mal semblable qui envahil leur cou el leurs epaules. 
II suflirail, a la campagne, de toucher avec une canne 
un nid de ces insecles , pour ressenlir les effels singu- 
liers de leur pouvoir. M. D'Ailly d'Amslerdam, M. Van 
Hall de Groningue, M. Sepp de Nimegue (1), M. Borckhau- 
son (2), M. Nicolai (5); en un mol, lous ceux qui onl ecril 
sur cclle maliere, out eprouvc les memes phenomenes. 
Lorsque les bergers, les conducleurs de boeufs, de pores, 
d'oies, elc., conduisenl les beles dans le voisinage des lieux 
infecles de processionnaires, ils eprouvent des eflels ana- 
logues; les bucherons, malheureusemenl pour eux, ne les 
connaissenl que Irop, lorsqu'ils abaltenl les arbres alla- 



(1) Voyoz : DE HAREN DKR PROCESSIK RUPSEN. fiydraycn tot de natuur- 
kundige wctenwhappen , torn. V, pag. 114. Dans la Revue bibliogra- 
phique des ^nnales des sciences naturelles, torn I, anneo 1850, j'ai rcndn 
compte en frangais dc ces ecrits hollandais. 

(2) Beschreibuncj der Europ. Scltmetterlingen, torn. Ill, p. 140. 

(5) Medizinischa und polizcilichc Riicksichten , dans le Forst-/nsecten 
de Ratzeburg , 2- vol. , p. 127. 



( 139) 

ques dc ces chenilles. Nicolai cite des chcvaux qui, s'etant 
Irouvcs dans la sphere d'action de ces insccles, prirent le 
mors aux dents, et moururent en courant comme des ani- 
maux furieux. Getauteur parle d'accidenls fort dangereux 
dont sont atteints les hommes qui ont le malheur de s'en- 
dormir sous des chenes envahis par les processionnaires, 
surtout a 1'epoque de leur metamorphose en insectcs par- 
fails. M. Borckhausen va plus loin : il trouve que le BomUx 
pilyocampa agit de la meme maniere que le BomMx proces- 
sioned, et il n'hesite pas a affirmer que, lorsque 1'influence 
deletere de ces insectes se porte a 1'interieur sur les pou- 
mons ou le canal digestif, la mort s'ensuit. Voila un sujet 

i merite une meditation toute particuliere. 

Lorsque le 19 juin, nous observances a Lanaeken les 
chenilles processionnaires, aucun d'entre nous n'eprouva 
le moindre symptome de maladie : le domestique qui porte 
dans mes hcrborisations mon bagage, delacha les nidset 
prit les chenilles pour les mettre dans une boite, sans 
eprouverle moindre mal; j'avoue du reste qu'il a la peau 
rude des travailleurs. Le lendemain , mes fils et plusieurs 
eleves du cours de botanique remuerent ces insectes qui 
faisaient leurs evolutions dans une serre sans ressentir 
la moindre atteinte. Ces chenilles furent depuis empri- 
sonnees et elles firent leurs cocons. Le 31 juillet, la scene 
changea. Un de mes enfants m'apporta le matin, au de- 
jeuner, un vase dans lequel un Bombix processionea etait 
passe a 1'etat parfait; il ouvritun instant le vase, 1'insecte 
y resta neanmoins , mais la vivacite avec laquelle je lui 
ordonnai de le fermer soudain, n'empecha pas les effets 
desastreux de se manifestcr : une demi-heure apres cette 
operation , mon fils cut toute la figure boullie, rouge, cou- 
verte de petechies ou flaques empourprees ; c'etait une 



( 140 ) 

phlegmasie bicn caraderisee. Lc Lord des yeux elail la 
par tie la plus maladc, le cou fut pris de meme, Ics mains 
et les bras furent en tames. Due demangeaison cuisante 
s'elendit sur toules les parties affectees. Quant a moi, je 
fus pris de la main et du bras gauche, le cote vers lequei 
s'etait trouve le vase au moment on il fut ouvert. Malgre 
cet avertissement , mon fils aine voulut experimenter par 
lui-meme : on porta le vase dans une chambre , il Fouvrit 
et se soumit volontairement a ['invasion du mal : il fut 
pris une derni-beure apres au men ton, a la gorge et aux 
mains. Quand on ouvrait le vase, on en voyait sortir des 
flocons nuageux, dont Reaumur a deja parle et auxqucls 
il altribue avec raison la cause du mal. iMa f'emme se sou- 
mit a Fexperience suivanle, car jusqu'alors elle n'avait 
pas ressenti les moindres atlcintes du mal : elle recul vi- 
siblement, sur 1'avant-bras, un de ces llocons en le sui- 
vant dans Fair, elle ne porta pas la main sur Fendroit 
infecle et attcudit patiemment les effets : une demi-bcure 
apres, la cuisson arriva, la peau se rubefia, et ici se re- 
presenta un phenomene dont INicolai a deja fait mention. 
Nicolai toucha de Fextremite du doigt un cocon , le mal s'y 
declara,mais bientot tout son corps futenvahi par sympa- 
tbie. Madame Morren , qui avait re^u un iloconsur Favant- 
bras, fut prise au menton et au con par le mal, mais beau- 
coup moins qu'au bras. La pblegmasie partielle et locale 
se maintint deux jours dans ses limites, mais le troisieme, 
tout le corps fut envalii de pelecliies rouges; il y cut un 
mouvement febrile. Nous laissames agir la nature, le cin- 
quieme jour apres Feiivabissement du mal, les phenomc- 
nes morbides etaient passes. 

On a propose des frictions avec Fluiile, le lait, des bains 
pour se debarrasser de celtc singuliere maladie, mais Fex- 



arm 



ii j 



perience prouve quo ces agents soul impuissarits. Reaumur 
sc guerissait promptemeiH par tics frictions avec du persil. 
Nous, nons avons abandonne le mal a la nature. L'in- 
ilammation a cesse au bout du deuxiemc ou du troisiemc 
jour chez mes enfanls, et je n'en ai conserve, pour ma part, 
que quelques pustules qui ne cesserent, pendant quelques 
jours, d'exercer un prurit desagreable. 

Reaumur a deja demontre que les grands poils de la 
nille n'occasionnent pas ce mal, bien qu'ils soient 
rmes de petites pointes laterales : il savait que ce sont 
les poils situes plus pres de la peau et qui se detaclient 
dans la transformation de la cbenille en chrysalide, qui 
form cut les parties dangereuscs. L'illustre observaleur 
donna une figure informe (Fun de ces poils et dessina 
comme organes, cause du mal, deux corps qui sont visi- 
blcment deux ecailles de 1'insecte parfait, organes tout a 
fait inoflensifs. D'ailleurs, ces observations se faisaient a 
une epoque ou les instruments d'optiquc etaient loin d'of- 
frir le perfectionnement qu'ils realiscnt actuellement. 
Je saisis done dans Pair un de ces flocons qui produi- 
nt les douleurs dont nous avons parle et auquel 
Borckhausen allribue le pouvoir, s'il s'en introduit de 
scmblables dans les voies respiratoires ou digestives, d'oc- 
casionner la mort : j'avais saisi ce ilocon, au moyen 
'un verre porte-objet de mon microscope, legerement 
ouille. Je portal incontinent le flocon sous Finslru- 
nt, et j'en donne ici une figure faite a la camera lucida , 
fin de dessiner exactement la structure. 
Qu'est-ce que ce flocon? c'est un amas de poils tres- 
ificrents en longueur, en figure, en grosseur et en 
uleur : on en voit de simples comme des cheveux, 
'aulres linemen t pointilles; ceux-la sont jaunes : les 



( 142 ) 

plus nombreux ont un canal interne dans lequel est unc 
substance qui n'y est dcposee que par intervalle. Par-ci 
par-la sont les fragments de polls coupes , et vers le mi- 
lieu du groupe, on voit ce que Reaumur a vu aussi, 
c'est-a-dire des ecailles du Bombix detachees de ses ailes 
et realisant ces formes diverses en palette, que lesento- 
mologistes retrouvent chez tons les lepidopteres. 

Le papillon parfait, soil male, soit femelle, pcut etre 
pris impunement entre les doigts et dans la main; ses 
ecailles se detachent fort vite, mais jamais il ne produit 
le singulier effet du cocon. De la on doit conclure que les 
ecailles ne sont pas des organes urticants, et puisque, 
dans un tlocon urticant, on ne trouve plus que des poils, 
force nous est de regarder ceux-ci comme les organes 
produisant ce douloureux effet. II est probable que les 
poils se brisent et entrent dans la peau. Reaumur affirme 
avoir vu un poil au centre de chaque phlyctene: c'est 
possible, mais nous nous sommes donne bien des peines 
pour repeter cette observation : nous n'avons rien vu de 
semblable. D'ailleurs, M. Nicolai admet la formation de 
ces centres d'irritation par sympathie, et alors certes on 
ne leur trouverait pas de cause materielle. 11 est d'ailleurs 
infiniment probable que ce sont des fragments brises de 
poils qui occasionnent le rnal, et ce qu'il y a de certain, 
c'est que les meubles, les objets quelconques qui ont 
regu ces llocons urticants, conservent pendant un temps 
tres-long la faculte de provoquer les demangeaisons 
dont il a ete question : tous les auteurs qui ont ecrit sur 
cette matiere sont d'accord a cet egard; nous pensons 
que cette faculte existe jusqu'a cc que les fragments de 
poils urticants existent eux-memes. Peut-elre la substance 
qui remplil par intervalles 1'inlerieur du poil, est-clle 



Bull.de i'Acad. 



TomeXV,2 me Part. 




Poils urticants et ecailles duBoml3ix(Gastropacha)processionea. 



, 




( 143 ) 

pour quelque chose dans le phenomena de 1'urtication, et 
1'excitation de la peau peut dependre de celte substance. 
II sera toujours fort difficile de decider cette question, 
mais ce qui reste avere dans tout ceci, c'est que le mal 
est produit par des poils speciaux. 
Nous n'avons pas besoin d'insister sur cette necessite : 
ue le Bombix processioned doit etre detruit partout ou il 
se trouve; et il est du devoir des autorites administratives 
d'y veiller par tousles moyensdont ils disposent. C'est un 
etre dangereux pour 1'homme et pour les animaux, c'est 
un insecte des plus destructeurs de la vegetation du 
ene. M. Ratzeburg a deja fait observer que la femelle de- 
sant ses ceufs dans les creux de 1'ecorce, on ne parvient 
ere a saisir ces oeufs. La chenille etant sociale, il vaut 
ieux la dctruire par le feu quand les amas, les nids ou les 
troupes sont en plein developpement. Cette destruction 
devrait se faire avec quelques precautions , puisque le 
mouvement de ces masses peut occasionner des maladies 
ves. On jetterait immediatement dans des feux de 
paille ou de chiendent les nids des chenilles. M. Nicolai 
igne la mi-mai comme epoque ou les chenilles appa- 
issent. Nous ferons observer que c'est le 19 juin que 
us les avons trouvees dans leur complel developpemenl. 
ns les premiers jours de juillet, elles se sont metamor- 
hosees en chrysalides et ont file leurs dangereux cocons , 
51 de ce mois; clans les premiers jours d'aout le papil- 
n s'est fait jour. Reaumur plac.ait cette evolution au 
5 aout. II serait curieux de suivre, vers cetle epoque, 
emigration de cet insecte, si nuisible a notre economic 
restiere et aux populations de nos campagnes (1), 

-.- - . . - _____ 

(1) Lorsquc j'ai lu la prosente notice a PAcademie, le 5 aout 1848, 



11IU 

". 




144 



PLANCH E. 



Ellc represente les poils uiiicanls el quelqucs ecailles du Bombix pro- 
ccssionea (Gaslropacha), formant un flocon volant dans Pair et provo- 
quant line nialailic speciale dc la pcau. 



MM. le vicomte Du Bus et Wesmael , qui s'occupent avec lant de succes dc la 
zoologic de Belgique, me firent connailre qu'ils n'avaient pas encore rencontre 
le Bombix proccssionnaire ni dans la province d'Anvcrs (M. Du Bus), ni dans 
Ic Brabant (M. Wesmael). Ce renseignement nc doit pas elre perdu de vue 
par Paulorite, car il fait presumer que cet insecle dangereux n'a pas en- 
core envahi la partie basse de noire pays, dependant, M. le baron De Mevius , 
vice-president du conseil superieur d'agriculture, m'a dit avoir observe la 
chenille processionnaire, il y a des annees, aux environs de Bruxelles, mais 
ne Tavoir plus vue depuis. Toutes ces raisons militent en faveurde promptes 
mesures a fa ire prcndre pour detruire ce Bombix devaslateur et malfaisant. 



145 



CLASSIC DES LETTRES 



Seance du 1 aout 1818. 

M. Ic baron DE GEKLACHE, directeur. 
M. Ic baron DE REIFFENBERG, faisant funclioii de secre- 
taire. 

Sont presents : MM. Cornclissen, Ic chevalier Marchal, 
Steur, le baron de Stassart, Grandgagnage, Roulez, Ga- 
chard, Ic baron J. de S l -Genois, De Decker, Snellaert, 
Carton, Schayes, Leclercq, membres; Bernard, De Witte, 
Arcndt, correspondents. 



CORRESPONDANCE. 



M. Galesloot fait parvenir line notice mariuserile ,str ^5 
antiquites belgo-romaines des environs de Bruxelles* (Corn- 
mi ssa ires : MM. Roulez, Schayes et Cornelissen.) 

- M. 1'abbe Carton, membre de 1'Academie, fait hom- 
mage de plusieurs notices, dont Tune concerne les trois 
freres Van Eyck. 

- M. Roulez prdsente dela part dcTauteur, M. Raoul- 
Rochctte, associe dc TAcadeinie, la premiere partie d'un 

TOME xv. 10. 



( 140 ) 

ouvrage intitule : Memoires d'archeoloyie coinparee asiati- 
que, grecquc el elrusque. Je me pcrmetlrai, ajoulc-t-il, de 
fixer ('attention de la compaguie sur cetle publication de 
1'illustre academicien de Paris, line des questions les plus 
irnportantes et les plus ardues de 1'etude de 1'anliquile 
coucerne les origines de la religion et de la civilisation 
helleniques. On a place leur berceau tantot dans la Grece 
meme, tantot dans 1'Orient. Parmi les partisans de ce 
dernier systeme, les uns les ont faitvenir de la Phenicie, 
tandis que les autres (et ils sont les plus nombreux) , adop- 
tant 1'opinion d'Herodote, les ont fait deriver de 1'Egypte. 
Dans la discussion de ceprobleme. on s'est jusqu'ici appuye 
presque exclusivement sur 1'autorite des textes anciens, et 
si, dans ces derniers temps, qtielqnes savants se sont 
servis des monuments figures, ils en ont fait un usage trop 
restreint. Ce sont les documents de ce dernier genre, do- 
cuments si surs et si veridiques, que M. Raoul-Rochette a 
principalement interroges. Son opinion estqu'il faut atlri- 
buer aux Pheniciens la plus large part d'influence dans la 
formation de la civilisation desGrecs,et qu'il fautrecon- 
naitre egalcment de nombreux elements asiatiques dans la 
civilisation de 1'Etrurie. Pour etablir ce systeme, il exami- 
nera dans une suite de memoires les principales divinites 
grecques dans leurs rapports avec les divinites correspon- 
dantes de 1'antique Orient. Le premier de ces memoires , 
celui dont 1'auteur fait hommage a 1'Academie, est con- 
sacre a FHercule assyrien et phenicien ; 1'importance que 
ce Dieu occupe dans les croyances religieuses de 1'Asie 
faisait un devoir a 1'auteur de lui accorder la premiere 
place dans ses recherches. Tout porte a croire, Messieurs, 
que, dans un avenir qui n'est peut-etre pas eloigne, le 
systeme de 1'origiue asiatique de la civilisation des Grecs 



( 147 ) 

sera universe! lenient reconnu comme clant le scul vrai ; 
a M. Raoul-Rochelte appartiendra 1'horineur d'avoir le 
plus conlribue a amener ce resultat. 



RAPPORTS. 



Sur une notice de M. Toilliez , concernant les antiquites du 
Hainaut. Rapport de M. Roulez. 

La notice soumise a notre examen se compose de 
deux parties. Dans la premiere , M. Toilliez signale des 
decouvertes d'instruments en pierre faites dans le Hainaut 
et venues a sa connaissance apres la publication dans nos 
bulletins de son memoire sur ce sujet. A ce propos, il a 
cru devoir indiquer 1'existence d'autres instruments sem- 
blables trouves en Belgique, mais connus d'ailleurs. Cette 
derniere indication, incomplete du reste,allongeant inuti- 
lement son travail deja un pen prolixe , me parait pouvoir 
etre retranchee sans inconvenient. Dans la seconde partie 
de sa notice, 1'auteur ajoute de nouveatix renseignements 
a ceux que renferment les deux memoires de M. Pin- 
chart sur des antiquites deterrees dans diverses localites 
du Hainaut. 

J'ai 1'honneur de proposer a TAcademie 1'insertion 
dans ses bulletins de ce nouvel ecrit de M. Toilliez. 

Ces conclusions, appuyees par M. Schayes , second 
commissaire, sont adoptees. 



( 148 ) 
COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Quelques mots sur le blason, a f occasion de la statue de 
Code/raid de Bouillon; par le baron dc Reiftenberg, 
membre dc 1'Academie. 

Je pric J'Academie de m'excuscr si je I'enlrctiens un 
moment du blason, lorsquc le blason semble si peu popu- 
laire et que tout le monde, petits et grands, sacrifie a 
1'idole de la popularile. Sans prelendre ressembler a 
riiommc austere que Lucaiii a range du parti des faibles, 
cc ne serait pas la premiere fois cependant que je me pro- 
noncerais en faveur d'une cause chancelanlc ou perdue. 

Mais la cause du blason ne Test pas encore : les demo- 
crates severes ou envieux, les Monlmorency an petit pied 
qui, par orgueil ou par calcul, le suppriment ou s'appre- 
lent a 1'abolir, le prisent fort au fond du coeur, en ce qui 
les regarde; d'ailleurs, le blason, quelle que soit sa des- 
tinee, sera toujours un moyen d'eclaircir ou d'interpreter 
Thistoire et 1'archeologie (1). 

C'est d'arcbeologie du moyen age que je veux parler 
dcvant une Academic qui a Tarcheologie dans ses attribu- 
tions particulieres. 

La belle statue de M. Simonis n'est pas encore exposee 
aux regards du public, mais Fecu de Godefroid de Bouillon 



(]) Voyez Revue britannique, 18oO, tome I de 1'edit. de Bruxelles, 
pp. 403-418 : Des armoiries et de leur importance historique. (Extraildu 
Q ua rle rly-Rev iew.) 



( U9 ) 

qne le maillot de serpilliere n'a pu cnvelopper , m'a laisse 
apercevoir qu'on y avait grave des armoiries : une fasce 
d'argent stir mi champ de gueules, represente par des lignes 
verticales. 

Get ornement, qui n'cmbellit point la statue et qui n'est 
point du fait de M. Simonis, coristitne, a mon avis, un 
anachronisme, el je vous le signale uniquement, Mes- 
sieurs, dans 1'espoir qu'on le fera disparaitre. II ne faut pas 
atlacher a un monument national un paradoxe bistorique. 

Des personnes de beaucoup de merite, anxqnelles celle 
remarque a ete soumise, ont repondu qu'il n'etail nulle- 
ment prouve que Godefroid n'efit point d'arrnoiries. La 
logiqne exigeait, me semble-t-il, qu'avant de lui en allri- 
buer, on prouvat qu'il s'en servait reellement. (I conve- 
nait de raisonner positivement et non d'une maniere ne- 
gative. 

J'ose affirmer, quant a moi, que Godefroid de Bouillon 
ne portail point d'ecu armorie. 

La question de Torigine des armoiries a ete trcs-con- 
troversee(i). Favyn fail cetle origine conlemporaine de 
celle du monde; Segoing se conlenle de remonler an de- 
luge en s'appuyant du qnalrieme livre des Annales cle Zo- 
nare, qui , par parenlhese , n'en a ecrit qne trois. 

D'aulres decouvrent les armoiries chez lesEgyptiens, les 
Hebreux, les Assyricns, les Grecs et les Romains. 

Sans parler d'Escbyle et de sa tragedie des Sept chefi 
devant Thebes, sans invoquer Homere, Euripide, ni Va- 
lerius Flaccus (2) , je me contenlerai d'alleguer quelques 



(1) J.-B. Chrislyn, jurisprud. heroica, Bruxelles, 1089, in-fol., 1, 74 
et sqq. 

(2) L'anciennele des symboles et des devises estabUe sur I'autoHte d'E$~ 



( 150) 

vers d'nn auteur familier a tous nos ecoliers, et d'ou il 
resulte que, chez les anciens, il n'etait pas rare de porter 
sur les casques, cuirasses ou boucliers, des figures, de- 
vises ou symboles qui se transmetlaient meme comme em- 
blemes de famille. Suivant Virgile , Aventinus portail sur 
son bouclier des serpents et une hydre, insigne de sesan- 
cetres : 

Victores ostentat equos satus Hercule pulchro 
Pulcher Aventinus, clypeoque insigne paternum f 
Centum angues cinctamque gerit serpenlibus hydram. 



Les Troyens, assieges par les Grecs, veulent prendre les 
boucliers de ceux-ci pour les tromper : 

Mutemus clypeos Danaumque insignia nobis aplemus. 

M. Granier de Cassagnac, dans son Histoire des classes 
nobles, va jusqu'a expliquer, le mot latin arma, de Virgile, 
par les mots francais armes, armoiries. 

Mais la discussion ne roule encore ici que sur une equi- 
voque. 

II est hors de doute que, de temps immemorial, les in- 



chyle et d'Euripide, par Fraguier, Memoires de I'dcademie des Inscr. , 
t. II, p. 409. Annuaire de la BibL royale , 1842, pp. 207-225 : Du bla- 
son } principalement dans ses rapports avec la Belgique. Voy. Revue 
de Bruxelles , juillet 1838, pp. 46-58. 

L. L. P. A. de L. B. (Claude le Laboureur, prevot de Pile Bar-be), auteur 
du Discoursde Vorigine des armes, Lyon, 1658, in-8, cite, dans ses preli- 
min.iires, des preuves de I'existence des devises che/ les anciens, tirees de 
Pausanias , Plularque, Stace. Cet auteur, confondant les symboles avec 
les armoiries, soutient que les armes ont toujours etc here"dilaires en 
France. II dit que Pinvention des hachures est due a noire Christophe Bui- 
kens (p. 7). 



(151 ) 

dividus firent usage de marques distinctive, de signes sym- 
boliques et de devises, qui, dans certains cas, devenaient 
heredilaires; des coritrees meme etaient designees par de 
pareilles images; neanmoins ces representations arbitrai- 
res ne doivent point etre confondues avec les armoiries 
permanenles, immu'ables et regulieres, soumises aux pre- 
scriptions d'une science compliquee, temoignages visibles 
de noblesse, servant a distinguer les races et leurs branches 
diverses. Ainsi envisagee, la question se simplifie. 

Les symboles primitifs furent des objets existants dans 
la nature, animaux, plantes, etc., les bandes, les fasces, les 
autres signes conventionnels, les signes abstraits, si je 
puis ainsi parler, n'ont ete adoptes que plus tard, ainsi 
que les emaux dont les noms nous viennent des croisades. 

Les anciennes sepultures, les sceaux, forment les mo- 
numents que Ton peut consulter avec le plus de stirete. 

Les ecrivains les plus competents ne reconnaissent 
point de traces du blason avant la fin duXPsiecle, et 
c'est encore bicn tot (1). 

Si Olivier De Wree nous donne un sceau equestre du 
comtede Flandre, Robert-le-Frison , attache a un diplome 
de 1'an 1072, et ou ce prince porte un bouclier charge 
d'un lion, ce sceau peut paraitre suspect, puisque ceux de 
plusieurs des successeurs de Robert-le-Frison, dessines 
egalement par De Wree, n'offrent point le lion, qui ne 
reparait qu'en 1165 (2), d'apres les auteurs du Nouveau 
traite de diplomatique, en 1161, suivant De Wree (5). 



(1) Menestrier, Origine des armoiries , Paris, 1079, in-12, p. 5o; Nat. 
de Wailly , Elements de paleographie , Paris, 1858 . in-4 , 15, 93. 

(2) N.de Wailly, t6/d.,p. 97. 

(o) Les seaux (sic) des comtes de Flandres, Brux. , 1641 , in-fol. , p. 14. 



( 152) 

Si on Tadmel comme aulhentique, ce lion, selon nous, 
doit etre range dans la classe des devises dont nous 
avons parle, et non dans celle des armoirics proprement 
dites (1). 

D'apres Hemricourt, fort verse dans ces matieres, les 
armoiries fixes n'ont ete revues au pays de Liege que vers 
Tan 1158 (2). butkens conilrme celte date et pretend qne 
le blason n'a ete en vogue dans nos quarliers que pen 
avant Tan 11 GO (5). 

D'Outreman , riiistoricn de Valenciennes, part. II, 
c. 5, dit pareillement qnebim ques lournois el balailles, 
les chevaliers (an Xl ft siecle) se servissenl de quelques figures 
dans leurs ecus, n'esl-ce que pour la pluparl Us les chan- 
(jeaienl a leur plaisir. On n'en elait done pas encore chez 
nous au blason veritable. 

Les personnes chargees de la decoration des sal les de 
Versailles, M.Cruikshank Dansey (4) el beaucoup d'autres, 
out designe les chevaliers de la premiere croisade par les 
armoiries que leurs families adopterent plus tard. 

M. de Zurlauben, en faisant la critique de Rosieres, qui 
gratifie Dagobert d'un sceau arrnorie , remarque qu'on fixe 
communemenl 1'origine des armoiries vers le temps de 
la premiere croisade , Hisloire de I'Acad. des Inner. , 
t. XXXIV, p. 182; mais tout annonce que c'est plutot apres 
qu'avant. 

M. De Foncemagne, qui a insere dans le t. XX, des me- 



(1) C'estanssi le sentiment de N. de Wailly, ibid., p. 05. 

(2) ffistoirede I'ordre de la Toison d'or, introd. , p. 41, Annuuire de 
la Bibliolhbque royale, 1842 . p. 2 1 9. 

(">) Trnpheesde Drab., 1. 1, p. 122 ; Meneslrier. op. c. , p. 117. 
(4) The english crusaders, London, in-i'. 



moires de la meme Academic, pp. r>79-394, une savante 
dissertation sur COrigine des armoiries en general, et en 
particulier decelles des roisde France, dit d'nne maniere 
moins precise que M. de Zurlauben, que c'est depuis les 
croisades que les armoiries commencerent a etre fixes et 
devinrent hereditaires, c'est-a-dire que les symboles ou 
devises prirent la forme du blason. 

Admettons que le blason existait du temps de Godefroid 
de Bouillon, on ne saurait invoquer aucun monument qni 
demontre qu'il s'en soil servi. 

M. De Ram a domie dans les Bulletins de F Academic (I) , 
un sceau copie sur une copie moderne d'un acle de 
1'an 1090, conserve jadis en original dans 1'abbaye d'Af- 
iligem; Godefroid y est a cheval sans aucun signe beral- 
dique. D'Oultreman, Nicolas DeCampis, Malbrancq at- 
Iribucnt a Godefroid des sceaux figures, mais outre que 
ces sceaux paraissent des plus apocryphes (2), ils ne pre- 
sentenl rien de pareil a ce qu'on a grave sur le bouclier de 
Godefroid : c'est, en eifet, ou un cygneou le monogramme 
de Ilierusalem, surmonte d'une couronne d'epiaes avec 
un petit cygne au-dessous. 

iVlalbrancq dit que les charles el \esmedailles nelui ont 
oflert que la croix polericee, cantonnee de quatre croi- 
seltes de meme. C'est encore trop s'avancer. 

De toule maniere la fasce d'argent en champ de gueulcs, 
blason des duches de Bouillon et de Lothier, ne saurait 
convenir a Godefroid. 

En oulre, suppose que ce blason, qui est bien posterieur 



(1) 184fl,t. I, pp. 355-560. 

(2) Le chevalier an Cygne, t. I , intrcxl. , p. xcm ; Guen<-bault, Did. 
iconoyr., (. II. p. 2o. 



( 154 ) 

a la premiere croisade el que nous n'avons pas vu dans 
1'ecusson de nos souverains avant Maximilien, soil legi- 
time a 1'egard de Godefroid , rien n'autorise a 1'exprimer au 
XI e siecle par des traits ou un guillochisqui, pourfigurer les 
emaux, n'ont ete introduits qu'a la fin du XVI e siecle (1). 

Je resume 1'argumentation qui p recede et,faisant la part 
Ires-large aux contradicteurs, je conclus que Godefroid de 
Bouillon ne portait point d'armoiries, que s'il en portait, 
ce n'etait pas la fasce d'argent en champ de gueules, et 
qu'enfin si c'etait la susdite fasce et le susdit fond, on 
n'etait pas autorise a les representer comme on 1'a fait 
depuis la fin du XVI e siecle. 

Je ne chicanerai pas M. Simonis sur le casque orne d'un 
cercle fleuronne, dont il fait present a son heros. A 
1'epoque de la premiere croisade , on ne trouve pas de 
casque ou de heaume couronne. Godefroid, a la rigueur, 
n'avait done point une pareille parureau depart; il devait 
1'avoir encore moins quand il fut devenu roi de Jerusalem, 
puisque alors il refusa la couronne par humilite (2). 11 ne 
faut pas se montrer trop severe sur les petits details, quoi- 
qu'ils concourent a la verite du costume. L'artiste distin- 
gue qui s'est si bien acquitte de la tache que le Gouverne- 
ment lui avail confiee, a cherche un effet pitloresque. Ce 
n'est pas moi qui lui reprocherai de Tavoir rencontre. 

P. S. Au moment ou je termine cette notice, on m'ob- 
jecte le sceau armorie de Henri, comte d'Arlon, grave dans 

(1) Natalisde Wailly , Elements de paleographie , Paris, 1838, in-4, 
t. II , p 89; Berger de Xivrey, Appreciations historiques } II, 121 ; An- 
nuaire de la Bibl. royale , 1842, p. 218; Monuments pour servir d 
I'histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, t. I , 
introd. . p. iv. Voy. plus haut, pag. 149, note. 

(2) Le Chevalier au Cygne, 1. 1, p. 8, note sur le v. 22. 



Berlholet, Hist. eccl. et civile du duche de Luxembourg, 
t. VI, p. vi, pi. I, n 2. Remarquons d'abord que Ber- 
tholet (lit que les plus anciens sceaux des souverains du 
Luxembourg qu'il a pu decouvrir sont ceux d'Adalberon, de 
979, de Conrad I er , de 4086, de Guillaume I er , de 1131, de 
Conrad II, de 1 152, et de Henri I er 1'Aveugle, de Tan 1182; 
mais, ajoute-t-il, sur ces sceaux il n'y a point d'armoiries. 
Quant au sceau de Henri d'Arlon, Bertholet en avail vu 
1'original dans 1'abbaye d'Orval. Malheureusement il y 
manquait la date; on ne pouvait, par consequent, deter- 
miner au juste qui etait ce comte Henri. Bertholet croyait 
reconnaitre Henri III, due de Limbourg, mort en 1118, 
c'esi-a-dire au XII 6 siecle; mais cela meme est incertain, 
et Bertholet, d'ailleurs, a-t-il bien aperc.u les trois bandes 
qu'il dessine? Ses frequentes inexactitudes permettent de 
montrer ici quelque defiance, surtout quand 1'usage des 
sceaux armories, de son propre aveu, ne semble pas avoir 
etc regu a cette epoque dans le Luxembourg, en liaut lieu, 
comme on dit aujourd'hui. 

La lecture de cette notice achevee, M. Gachard de- 
mande qu'on insere au proces-verbal , qu'il ne considere 
pas la question comme resolue, en ce qui concerne les 
armoiries attributes a Godefroid de Bouillon. 

M. le baron de Beiffenberg continue ensuite ses com- 
munications. 

Prix des terres au XI IP siecle; formalites pour changer un 
fief en heritage. - - Quelques notes pour I'histoire des 
arts en Belgique. Deux fables, par lememe. 

Les donnees qui peuvent jeter du jour sur Teconomie 
domestique , et principalement sur la propriete au moyen 



ago, doivenletre recueilliesavecsoin. Je metssous lesyeux 
de 1'Acadcmie une charte extraite d'un precieux cartulaire 
original de 1'abbaye dc Cambron , qui est conserve aux ar- 
cbives archiepiscopales de Malines. On y voit que le bon- 
nier de terre se vendait, en 1277, dans le Hainaut, au prix 
de hull livres tournois, non compris nri cens annnel d'un 
denier. Les forrnalites necessaires pour transformer nn fief 
en simple heritage s'y tronvent en outre nettement detail- 
lees. En lisant celte piece et beaucoup d'autres de la memo 
espece, on est frappe des prudentes precautions donl on 
entourait toutes les transactions relatives a la propriete 
fonciere. Notre civilisation (iev reuse et emeuliere n'a pas 
craint d'attaquer de front la propriele; ces siecles que 
nous (leti'issons de I'epithete de barbares lui rendaient une 
espece de culte, et en faisaient la base nalurelle de leur 
organisation sociale. Une autre chose etonne encore, en 
compulsant ces vieux documents, la clarte du style d'af- 
faires de cette epoque reculee. [/imagination et la fan- 
taisie s'exprimcnt IVequeminent alors d'une maniere qui 
semble pen intelligible; la science et le raisonnemenl sont 
phis obscures encore, mais le langage de 1'interel estclair 
et precis. La langue, aidee (rimmuables formules, parait 
souvent plus avancee, mieux lixee sous la plume d'un 
taheilion de village que sous celle des beaux esprils 
contemporains. 

Jou Godefrois dou Mortier chevaliers faich a savoir a tons 
ke ion ai vendu al abbe et al convent de Camberon , III boniers 
de tere , pan plus pau moins, ki gisent entre le tere chiaus 
meismes de Camberon, deles Helinpreit et le monsigneur Iwain 
de Lescaille et le bos chiaus de Camb de le Cnmpiale; et bien 
connois ke dou puis de cet vendage, c'est de VIH libs de tour- 
nois pour cascun bonnier de tere, sui bien pay^s en boine mon- 



noie loiaul et bien conteie , le quele ion ai tuurneie et remise 
HI incs plus grunt proufit. Et pour cesle cose micus a parfuirc 
et plus sollempnelment et plus a ciertes a delivrer a ciaus de 
Camberon iceli lere ke il ont ensi a mi acateie, iou vine par 
devant mon signeur Ywain de le Escaille, de eui je tenoie celi 
lere en fief, et par Levant ses homes de fief, ki pour c,ou faire i 
estoient sou (lisa mm en t apieleit el present, et encore devant le 
niaieur et les eskievins de Sainte Audegon de Scatissines, en 
eui paroche u poesteit cele lere gist, que reportai cele t ere de- 
vant dite en le main celui mon signeur Ywain de le Escaille, par 
Tensignement de ses homes devant dis, pour aheriter de celi tere 
devant dite le glise de Camberon, et werpi une fois et autre et 
lierce pour mi et pour mes oirs, lout le droit ki a mi et a mes 
oirs i afteroit et pooit et devoit afferir. Et tant en fis ke li home 
ki la estoient disent par droit et par jugement ke iou et mi 
oir ne poons jamais en cele tere riens clamer. En apres cius 
messire Y. de le Scaille par Tensegnement de ses homes et par 
devant iaus et encore par devant les eskievins de Sainte Aude- 
gon de Scaussines, fist de celi tere heritage et le reporta en 
heritage, et si cum heritage, selonc le usage et le coustume 
dou liu , en le main dou niaieur de Sainte Audegon de Scaussi- 
nes pour aheriteir de celi tere le glise de Camberon , et werpi 
ausi cil messire Y. une fois et autre et tierce pour lui et pour 
ses oirs tout cou ki a lui et a iaus amonloit et pooit et devoit 
amonter en celi lere, c'est en ces III bouniers de tere, fors 
le cens ki apres est devise's et le justice. Et deffendi ses homes 
ke il plus nes jugassent cum de fief. Apres li maires devant dis, 
par Tensegnement des esquivins dou .lui, selonc leur usage et 
leur coustume, iceli tere reporta en le main frere Jehan le 
maistre de Hauruth, eui li glise de Camberon avoit la mis en- 
sen liu. Et ensi parmi lui li maires devant nommes aherita le 
glise de Camberon, pour tenir a tons iours herilaultemenl celi 
tere parmi I denier cascun bounier de le monnoie de Haynati 
de cens par an a payer a lui a le saint Remi. Que le werpi aussi 



( 158 ) 

li maires devunl dis une fois et autre et tierce. Et en le fin 
lant en fu et dit et hit ke li home mon signeur Y. devant dit 
pour le leur parti, et li eskievins de Sainte Atidegon de Scaus- 
sines aussi pour le leur partie, si cum cil ki jugier en devoient , 
disent par droit et par loi et par jugement ke cil fies estoit et 
est bien destruis et ke tornes est en droit heritage, et ke li glise 
de Camberon en estoit et est bien et a loi aherite"e. Et ke cil , 
c'est messire Y. ne si oirs n'i pulent jamais riens clamer ne avoir, 
fors le cens de un denier de cascun bounier, si cum devant est 
dit, et le justice. Puissedi la meismes me donna cius messire Y. 
devant dis celui cens devant nommeit et le justice sour celi tere 
en acroissement de men fief, si ke a mi doit estre pace's li cens , 
et de mi le tenroit cil de Camberon. A toutes ces coses conve- 
neier et parfermer furent presens li home de fief monsigneur 
Y. devant dit tant cum a iaus apartint , c'est Watiers de Seas- 
sines (Scaussincs), Colars Poielevake , Symons Cotiers, Ernous 
dou Gardin. Si cum maires i fu Martins Kafars, cum eskievins 
i furent Jehans Kagnes, Bauduins Kafars, Thunias Kafars, 
Amourris Griheis, Gossuins li Fevres, Gardins de Watialmont 
et Jehans Manezliaus et autres bones gens. Et pour chou ke chez 
coses soient rniels maintenues en usage et en droiture et miels 
retenues en memore, ion ai. fait ces presentes lettres saieler de 
mon saiel et del saiel mon signeur Y. de Lescaille devant nom- 
meit. Ces coses furent faites et ces lettres donne"es Tan de la 
sainte Incarnation nre signeur Jhu Crist mil deus cens sexante 
et dissiet , el mois de aoust. 

Cette charte eslsuivie d'une autre par laquelle messire 
Yvain de rEscailleconiirmece qui precede. 



( 159) 

Sur la famille de Pierre Coecke, d'Alost (1). Voici un 
fragment de la genealogie de cet artiste; je le tire d'un 
recueil de notes el de renseignemenls forme par M. Phi- 
lippe Baert et qui appartient a la Bibliotheque royale, 
n 17652-55 (2). Les autres renseignements sont puises a 
la meme source. 

JEAN COKCKE, echevin d'Alost, 
epousa IDA DE PAUW , selon un 
acte passe le 17 decembrr 
1546, devant les echevins de 
Bruxelles. 



PIERRE COECKE, epousa GILLES COECKE, epousa IDA DB 

MAKIE VEunuLSTcn secondes MOENSOEN, d'apres un acte 

noces, d'apres un acte passe passe le l r decembre 1592 

le 29 decembre 1550 devant devant les chefs -tuteurs 

les echevins d'Alost. d'Alost. 

Nomination de Philippe Rottiers comme premier graveur de 
la monnaie. Charles, etc., a tous ceux qui ces presentes 
verront, salul. Comme il convient a notre service d'avoir 
un premier tailleur general de nos coins et monnoyes eri 
nos pays de par dec.a, qui soit expert et entendu, sc.avoir 
faisons que, pour le bon rapport que fait nous at aste de 
la personne de Phle Roltiers, et nous confians a plain de ses 
leaute, preud'hommie, bonne diligence et parfaite intel- 
ligence au fait de bien tailler les coins et monnoyes; eu 
surcel'advis de nos tres-chers et feaux les tresorier general 
et commis de nos domaines et finances qui, au prealable, 
ont eu celuy des president et gens de nostre chambre des 



(1) Voyez Memoire sur les sculpteurs et architectes des Pays-Bas, par 
Ph. Baert, p. 12, et 2 e edit. p. 19. 

(2) Voy. Ann. de la Bibl. roy. pour 1840 , p. 238. 



( 160 ) 

comptes, el successivement celuy des conscillers el rnais- 
Ircs generaux de nos nionnoycs de par deca, avons iceluy, 
par deliberation de nostrc tres-cher et tres-aime cousin, 
Ollon Henry, marquis dal Carretlo, etc., relcnu, commis, 
ordonne et estably, releuous, commettons, ordonnons et 

eslablissons audit eslat aux conditions suivantes, qu'il 

jouira chulil oflice sa vie duranle; que nous lui donnerous 
annuellement pour gages la somme de 4000 livres, du prix 
de 40 gros, monnoye de Flandre la livre, et en cas il vint a 
dcceder devant sa femme, que nous serons lenu dela faire 
jouir de cent palagons (1) par an sa vie durante; que lesdits 
gages seronl payez de demy en demy an par le conseiller et 
receveur general de nos domaines et finances des deniers 
de I'admodialion generate de nos droits ; que parrny ce il 
sera oblige de graver loute noire monnoye; que nous 
luy donnerons unedemeure, soil en cetle villede Bruxelles 
ou ailleurs, oil il nous plaira, commode pour luy, sa la- 
mille et 1'exercice de sa charge; que lous les maleriaux et 
autres necessitez servans a la fonclion de son oilice, 
cornme les poinc,ons, estampes, presses, charbons, etc., 
ne seronl pas a sa charge, rnais a celle de ceux qu'il 
apparliendra : qu'il aura et jouyra des mesmcs benefices, 
exemptions, privileges et franchises dont les principaux 

oiliciers de laditc monnoye jouysscnt Bruxelles, le 

4 dec. 1G84. 

Signe : M. dal Carrelo, D' Ennelieres , le comic de Saint- 
Pierre y d'Ognate. 



(1) 11 esl assez remarquable que les patagons et les pistoles, qui n'existent 
plus en Belgique, y soient encore nominalement employes dans plusieurs 
provinces pour calculer les gages des domcstiques. 



I I til ) 

Stir Id [aw Hie dc Jacques Joiiyln'liny.1', sculpleur et yra- 
veur d'AttPcrs (1). Cello famille porlail d'or a la fasec 
dc sable chargoe de troiseloiles d'or. 



NICOLAS Jo: 



THOMAS GRAMMA* K, coiiscillrr d 
mnitrc* genera) do UIOIUI.-IH s 
;iux Piiys-Bas, du Icmps dr 
Charles-Quint. 



PlK 


^JJ2*| 


ANNE GRAMMAVK. 


THOMAS 

JpNQHELYNtiX. 


JACQUES 
jONGHELYXGX , 
pp. FRAMBOISE VAN PER 
JEUCHT. 


CORNELIE CATHERINE 

JoNGHELYNCX., JoNGHEI.YMiX , 

ep. 1. GEORGE ep. JEAN RUY- 

VAS DER DOES. CHRALE \~AN DKR 




^_ ^___ jr __ 


-2. CORNEILLE WERTE. 




JASPAR JONGHE- ANNE JONGHE- 


COHNEUS. 




LYNGX , Op. LYNGX, Cp. 

BARBE LAM- RAPHAEL DE 






BRECHTS. CORIA , flls 






"*-' ^-^ de MICHEL. 





5 enfants. 



Jacques dc Breuck, Tancien. II resulle d'un certificat 
delivre le 20 mai 1778, que, d'apres les comptes du 
chapitre de Sainle-Waudru de Tan 1545, les sculptures 
du jube qui autrcfbis iermail le elxjeur, etaient 1'ouvrage 
de Jacques de Breuck, dit le vieux. Cette circonstance est 
omise par M. Ph. Baert dans ses mcmoires, p. 9, mais non 
dans la seconde edition, p. 17. 

llerrix, sculp feur, et Michel Cocxie, peintre. Une 
attestation du \ aout 1779, signee de M. de Woelmonl, 
proviseur de 1'abbaye noble de Sainte-Gertrude, a Lou- 



ll) Voir les Memo ires cites, p. 10 el 2 i: edit. p. 58. 

TOME xv. 



11. 



vain, declare que le tableau du grand autel du 
representant le Saiiveur en croix ;m milieu des deux lar- 
rons, a etc peint par Michel Coexie Tan K>71 , et que les 
deux mausolees des abbes de Fourneau et de Palland out 
ete sculptes par Herrix 1'an 1714. 

Sepulture des dues de Brabant, dans I'e'glise de Sainle- 
Gudule, a Bruxelles. - - Extrait du conipte 30 e ct 
dernier de feu Christophe GODIN, en son vivant con- 
seiller et receveur general des finances des archiducs. 
Annee 1614. 

A Gaspar Turcheisteyn , fondeur en cuivre de Leurs 

Altesses, la somme de 200 livres pour le parfurnisse- 

ment de 800 pareilles livres que leursdictes Altesses 
avoient ordoune el accorde audict Turcheisteyn pour le 
GRAND LYON D'OR, de cuivre dore, qu'il avoit emprins de 
faire et par luy livre pour la tombe des ducqs de Brabant, 
posee en I'eglisecollegiale de Sainte-Gudule, a Bruxelles, 
suivant le central faitavec ledict Turcheisteyn par Weusel 
Coberger, architecle et ingenieur de Leurs Altesses. 

Tour de Mons. Cette tour, qu'on nomme le Chateau, 
est consideree par lesMontois comme le palladium de leur 
cite. Le carillon qn'elle renferme reveille leurs plus doux 
souvenirs et ces mots : quelle heure est-il au chateau? tra- 
hiraienl un Montois jusque sur les bords du Gange ou de 
TOrenoque. 

M. Adolphe Mathieu, dans un de ses poemes intitule : 
Mons et ses environs (1847, in- 18), a dit : 

Hatons-nous, car <leja de sa haute detneure 
L'horloye du ckdfean mai'que la dixieme heure. 



Les registrcs des resolutions dti coiiseil de la ville, aiusi 
que les comptes de son adrninisiration pour les annees 
1()()1-1064, epoque de la reconstruction de cette lour, 
nous apprennent que le sieur Antoni, geometre el irige- 
nieur de Sa Majeste, a Bruxclles, et le sieur Louis Ledoux , 
aussi ingenieur de Sa Majeste, sculpteur et arcbitecte (1), 
ayant presenle plusieurs plans et projets aux magislrats, 
ceux-ci donnerent la preference au sieur Ledoux. En con- 
sequence, la direction de cet ouvrage lui Alt coniiee. 



Deux fables, par le meme. 
I. 



An etc dans son lit, au lever de 1'aurore, 
Par des sbires , devant fephore , 
Un Sparliate etait conduit. 
Devant ce jnge on le traduit 
Pour un grave delit, que pourlant il ignore. 
Malheureux ! vous avez ose , 
Lui dit du ton le plus severe 
Le magistral scandalise, 
Transgresser de Lycurgue line loi salutaire? 
n Vous prelerez aux charmes du brouet 

Dispense par la republique, 
Le plaisir defendu d'un coupablc banquet 

" Servi sous le toil domestique ! 
" De tous vos mouvements quand TEtat esl jaloux 
Qui vous permet cette mulinerie? 



(1) Memoires de Ph. Baeii , p. 45 ; 2" edit. p. 8U. 



Volre estomae n'esl pas a vous , 

II apparticnt a la palrie. 

Monseigneur , rrpart Pacctisc . 

Pourquoi dit-on que je suis libre ? 

Des mols Ton a trop abuse, 
Li raison (rop longtemps peril it son equilibre. 
> Nos droits , vous les avez vanles. 
>^ Mais le mensonge ici I'ourmille : 
La premiere des libertes 
Esl celle qu'on goiile en famille. 



If. 
f-f fttsil ft tent. 

Le Dieu de In destruction ,, 

Pour mieux conn.iitre sa puissance . 

Voulut passer i'inspection 
[)e tous les instruments par qui rhumaine engeance 

S'efforce d'abreger des jours 

Que le destin a fails si courts. 

Entre eux , avec grand etalage 

II decrete un de ces concours 

Dont nous avons garde Pusagc. 

Un prix devait etre donne 

Au plus perfide, au plus funcstc. 

Pour eviter toute contesle 

Le jury fut imagine. 
La Mori le presidait : c'etait son droit. jc pensc. 

Armes d'altaque el de defense , 

Canons , glaives, damas, poignards. 
Fusees a la Congreve. espadonset gueulards, 

Pistolels , lances , carabines , 
Obusiers, 
Couleuvrines 
Et morliers 

Au pied du Iribunal comparurenten foule. 
Cbacun plaidaitsa cause ainsi qu'tin candidat 
Qui de rcpresenlant vient briguer le mandat. 



( 163) 

Tousles (liscours scmhlaient son is dn mt'nie moule 
Se toner sans pudeur, drnijjrer son prorliain. 
Voila les seuls frais d'eloquence, 
El dire : a moi la recompense. 
Tel elait ('unique refrain. 

A la fin la Mori en person ne 
Clot le debat suffisammenl instruil . 
Et le fusil a venl remportela couronne. 

II ne faut pas qu'on s'en elonne : 
II liu' d ne fail point de bruit. 



Notice sur le mot ASTROLOGIA, die dans le Traite de 1'ar- 
chitecture par Vitruve, d'apres le manwcrit 5i2ii3 de 
la Bihliotheque royale; par M. le chevalier Marchal, 
mombre de TAcademie. 

Vitrnve, ecrivain du siecle d'Auguste, donl on devrait 
recommander actuellement la lecture et 1'eiude dans les 
elablissemenls d'inslruclion pnblique, tanl pour la purete 
de sa latinite, qne pour ses preceptes scienliliques el arlis- 
tiques, commence son ouvrage par le cbapitre : De archi- 
tectis inslituendis, comme on le voit, en ire aulres, au 
manuscril 5253 du XI e siecle, qui est a la Bibliolheque 
royale. J'ai relrouve ce manuscril, complel et relie, au 
milieu d'un recueil plus moderne des osuvres de sainl 
Thomas d'Aquin. 

I.e lexte commence : Architecti est scientia pluribus dis- 
ciplinis ac variis eruditionibus ornata. Vilruve developpe 
celle sentence iniliale, en expliquanl que Tarchilecle doit 
avoir des notions d'un grand nombre de sciences et d'arts, 



( 166) 

mais il ne (lit point qu'il doit on faire une elude spe- 
ciale et approfondie, ce qui serait impossible. En effet, 
le texte imprime (je cite de preference 1'edition de Leipzig 
de 1856), ajoute apres le mot ornata : cujus judicio pro- 
bantur onmia. Le manuscrit 5253 n'a point ce passage, 
qui me parait etre une explication moderne et interpolee; 
il y a simplement : quae ab caeteris perftciuntur opera. 

Vitruve conseille a I'architecte d'etre homme de lettres 
(littcras scire oportet), afm de sentir en quoi consiste le 
beau en fait d'art, pour s'elever au-dessus des travaux qui 
ne seraient que mecaniques, comme le feraient de simples 
ouvriers illettres (itaque architecti qui sine titteris conten- 
derent, ut manihus essent exercitali non potuerunt efficere 
ut haberent pro laboribus auctoritalem) ; mais il veut que 
Tarchitecte possede un genie inventif, quoique subordonne 
aux principes des beaux-arts (itaque eum et ingeniomm 
esse oportet et ad disciplinas docilem). II doit etre dessina- 
teur (graphidos scienliam habere, quo facilius ex exempla- 
ribus pictis, speciem deformare valeat). On reconnait ici le 
dessin au lavis et le dessin lineaire en usage actuellement. 
II sera geometre [geometrica (et non geometria comme 
porte Fim prime), autem plurima praesidia praestat]. L'au- 
teur explique a ce passage I'usage du compas (circinm). 

L'architecte connaitra I'optique, pour mieux faire res- 
sortir Teflet de la I u micro, taut sur les facades a Texlerieur 
des edifices qu'a leur interieur, ce qui elait, en ce qui 
concerne I'interieur, une chose beaucoup plus imporlanle 
chez les anciens que chez les modernes, parce que I'usage 
des verres a vitres pour les fenetres, n'existait pas encore. 
II y avail d'aillenrs des cbambres sans fenelres, lirant le 
jour des corridors, comme j'en ai vu dans d'anciens cou- 



( 167) 

vents de Dalmalie, la con tree de 1'Europe ou les couiumes 
antiques se sont le mieux conservees. 

Vitruve donne le conseil a 1'architecle d'etudier 1'arilh- 
metique pour calculer les devis. II sera historien (histo- 
rian aulem plurimas novisse oportet), pour donner a ses 
monuments le caractere qu'ils doivent avoir. II connaitra 
la musique, pour en f'aire 1'application a 1'acoustique. Les 
anciens sont nos maitres dans cette branche de I'art de 
batir, dont nous negligeons trop sbuvent 1'application. 11 
sera philosophe, aiin d'etre capable d'ecouter les bons con- 
seils et de travailler plus pour sa reputation que pour un 
snlaire, comme un ouvrier mercenaire. Tl sera naturaliste 
(praeterea de rerum nalura); ce qu'il ne faut pas inter- 
preter dans le sens de nos idees actuelles d'histoire natu- 
relle, mais cela signifie qu'il doit connaitre les pierres, 
les metaux , les bois et les aulres materiaux de construc- 
tion. 11 sera medecin (disciplinam vero medicinae novisse 
oportet), pour constater la salubrile hygienique. II sera ju- 
risconsulte ou , pour mieux dire, il connaitra , ce que Ton 
peut considerer, comrne noire droit coutumier (juraquo- 
quc nota habere oportet), c'est-a-dire les droits connus 
(jura nota) , pour elablir les mitoyennetes , conserver les 
servitudes, faire ecouler les egouts, pour empecber tout 
ce qui serait nuisible aux voisins ou a la voie publique. 

Entin, l'architecte doit connaitre 1'influence du soleil 
sur les ouvertures et les autres issues des edifices; car, en 
raison de la presence ou de ('absence des rayons de cet 
astre, les edifices sont chauds, froids, sees ou bumides (ex 
ASTROLOGIA aulem cognoscitur oriens, occidens, meridies, 
.wplentrio et coeli ratio, aequinoxium, solslitium et astro- 
rum cursus). 

C'est le mot ASTROLOGIA, mal interprete pendant le 



( 1G8) 

moyen age, qui e>t 1'objet de la prescnte notice. On sup- 
posait dans ces icinps recules, oil la science de la critique 
elait peu avancee, que ce mot signifle qu'un architecte doit 
etre astrologue, c'est-a-dire qu'il doit savoir p red ire I'ave- 
nir. 

Tout au contraire, cela signih'e qu'il doit eonnaitre 
1'influence du soleil sur les edifices par 1'elude de I'astro- 
nomie. En eftet, si Ton consulte le texte de Ciceron, con- 
temporain de Yitruve : DC oralore (t. I, p. 120, ed. 1084 f), 
el tons les glossaires du moyen age, on reconnait que le 
mot astrologia designe, dans le texte de Vitruve, la con- 
naissance de 1'influence du soleil, de la lune et des aulrcs 
astres sur les edifices. Ciceron dit, en citanl les etudes de 
1'orateur (meme livre) : In geometria lineamenta, [ormae, 
intervalla, magnitudinem. In astrologia coeli conwr&io, or- 
lus, obilus , inotusque syderum. In grammatica poetarum 
pertmctqtWi Mstoriarum cognitio , vcrborum inter prelalio. 
(liceron a ici 1'idee de la seule astronomic; car, an livre 
De fato , il dit : J\ r on enim erf do ros qui dwinatione ulunlnr; 
fulura praedicere, sicut igitur aslrologoruin praecepta hu- 
jusmodi) etc. I] explique avec ironie leur science, qu'il dit 
etre conjeclurale et fausse. 

Ce mot est explique clairement au manuscrit du XIl e 
siecle, n 9042, de la Bibliotheque royale. C'est le diction- 
naire latin de Papias, grammairieii, neen Lombardie, qui 
termina, en 1055, ce grand ouvrage, apres dix ans de tra- 
vail, comme il le dit dans son prologue. On y lit : Astroloyin, 
partim naturalis, partim supcrstitiosa : est naluralis ditm 
exsequilur solis ac lunae cursuin, sidlarum curms. C'est a 
pen pres ce (jue (lit Ciceron. Papias en fait la distinction 
avec le mot atlrouomia, qu'il definit : Aslronoinia aslro- 
nim leges, alquf citrsiim sydennn docel. 



( 169) 

Le glossaire, dit Calholicon, dout ii y a plusicurs manu- 
scrits a la Bibliotbeque royale, tels que le n 12115 du 
XI V e siecle, reproduit la definition de Papias. Elle se 
trouve, avcc les citations du meme Papias, dc Gerlandus 
et d'un grand nombre d'aulres glossateurs, au manuscril 
n" s (>{)i v i, ()JM-(> et 0917, aussi de la Bibliotheque royale, 
(jiii a cle transcrit en trois gros volumes in-iblio par Finfa- 
tigable copiste f'rere Laurent de Stavelot, au XV e siecle; 
car on lit au prologue : Librum hunc ad omnipotmtu Dei, 
bttuissimae virginis Mariae et gloriomsimi marlyru Lau- 
reiiiii, patroni met. Ce glossairc ine parait etre plus com- 
j)lel que celui des Etienne et des autres editeurs plus 
inoderncs. II me semble qu'il n'a pas encore etc publie: 
il devrait 1'etre. 

II y a d'autant moins de doute que ('application du mot 
aslroloyia doive se faire a Flivgiene meteorologique des 
constructions, qu'on trouve, depuis Papias el ses copistes, 
de siecle en siecle, une definition detaillee des deux aslro- 
logies, lant nalurelle que divinaloire^u judiciaire : la pre- 
miere est uniquement une science; la seconde, Fastrologie 
judiciaire, outre la science, est une profession illusoire. 
Papias definit les astrologues : Astroloyi qui aslris au- 
yuriantur. On ne peut point douter de 1'inlerpre'tation a 
donner au texte de Yilruve, parce que Fastrologie divina- 
lohv on judiciaire etanl la prediction des actions a venir 
des homines, n'a aucun rapport avec les etudes necessai- 
res pour la construction des edifices. 

(-cite interpretation se retrouve telle que je viens de 
la donner dans Fouvrage anglais intitule : Architectural 
ina.rhns and theorems, London, 1847, que M. Leverton 
Donaldson, associe el ranger de cetle Academic, vienl de 
publier; il en a i'ait bomma^e a FAcadcmie. Ce savant 



( 170 ) 

auteur anglais commence ses maximes el ses theoremes 
par la sentence initiale de Vitruve : Architect scientia est 
pluribus disciplinis ac variis eruditionibus ornata. 

II ne cite point le mot astrologia , dont 1'explicalion Ini 
parait sans doute superfine, taut elle est precise; mais aux 
pages 61 et snivantes, il donne, a I'instar de Vitruve, la 
nomenclature de ce qui constitue 1'education et le carac- 
tere des archilecles : On the education and character of the 
architech. II modifie cette nomenclature que nous avons 
donnee ci-dessus, en raison des connaissances mo.iernes 
dn XIX e siecle. 

Apres avoir indique !a litterature, l'histoire,les rnathe- 
matiques, la chimie, la geologic, la ventilation et d'au- 
tres etudes, il ajoute 1'aspect on la position. The aspect 
or position (p. 75) of a building in reference to the cardinal 
points is a very material consideration. The desirableness 
of this or that aspect for a house, varies with the different 
parts of the kingdom of England and of the world , in which 
it may be placed, nay upon the locality in which it may be 
situated , with us the southern aspect is essential to cheer- 
fulness and comfort. In Italy the north will be preferred 
for its coolness. C'est-a-dire : L'aspeet on la position 
d'un batiment, en raison des points cardinaux, doit etre 
prise en grande consideration : on doit rechercher tel 
ou tel aspect pour une maison; cela varie dans les dif- 
ferentes parties du royaume d'Angleterre el du monde, 
non-seulement pour I'emplacement, mais meme pour la 
localite sur laquelle elle est situee. Chez nous, 1'aspect 
du midi est preferable; en Italic, on prefere le nord a 
cause de sa fraicheur. . 

Apres ces explications sur le mot astrologia, pourrait-on 
croire qu'au moyen age on s'imaginait que les archilecles 



( "I ) 

devaient etre sorciers ou magiciens? cepcndant, rien n'est 
[>lus vrai : on perisail qu'ils avaient fait un pacte avec le 
(liable. En effet, c'est le diable qui les a aides a construire 
Peglise cathedrale d'Aix-la-Chapelle sous le regne de Char- 
lemagne, Ja cathedrale deSens. Le diable a conslruit ou 
acheve dans des temps donnes un grand nombre d'au- 
tres edifices sacre's; la liste de ces edifices serail fort lon- 
gue; j'ajouterai subsidiairement les monuments romains 
<l'Autun et une quantile de granges dans notre pays wal- 
lon. La reprodnire serait presenter le triste tableau des 
aberrations de la raison humaine, car le pins simple bon 
sens aurait du suffire pour demontrer a nos peres, qu'il y 
a invraisemblance que Fennemi du Christ ait travaille a 
clever des monuments, qui out pour objet de reunir les 
hornmes, ah'n d'y celebrer la gloire du Christ. 

11 y a dans la Bibliolheque royale plusieurs manuscrits 
qui traitent de la magie, de la sorcellerie et de 1'astrolo- 
gie. Ce sont des instructions avec des Anecdotes, les unes 
et les autres redigees d'apres les oui-dire d'autrui, ou bien 
ce sont des refutations theologiques. 11 n'y a pas un seul 
de ces auteurs magiciens qui ose declarer avoir reussi lui- 
meme jusqu'a faire paraitre le diable. 

Comment elait-il possible, me suis-je dit souvent, que 
ces auteurs, doues de bon sens et de loule leur raison, ne 
se soient point rebutes dans une etude chimerique? Us 
avaient d'ailleurs une conduite reguliere et religieuse. Je 
yiens d'en d(3couvrir la cause dans les ceuvres de Corneille 
Agrippa deNeltesheym, imprimees a Lyon an XVI e siecle, 
et qui habita la Belgique pendant le regne de Charles- 
Quint. Dans son ouvrage, d'urie profonde erudition : De 
incertitudine et vanitale scientiarum, imile de YArs brevis 
de Raymond Lullius, eel autenr, infatue des eludes magi- 



( 172 ) 

qucs jusqu'a se croire magicien lui-meme, nous dlt quc les 
bons anges n'obeissent pas aux hommes, mais a Dieu seul, 
tandis qu'au coutraire les mauvais anges doivent obeir aux 
homines, si ceux-ci les invoquent par des formules magi- 
ques, el s'ils les conlraigncnt a paraitre en employant des 
moyens divins au noin revere de Dieu dans toute la crea- 
tion. C'est ce qu'il s'imagine expliquer au chapilre XLY : 
l)c (joetia et necromaniia. II y fait connaitre que la magie 
conduit a deux fins : la premiere pour faire des clioses uti- 
les, la seconde pour I'aire le mal ; la premiere respecte Dieu , 
la seconde est line idolatrie qui adore le diable. La magie 
nlile ne lui parait done ni coupable ni impie. Et hi homi- 
nes bi/ariam procedunt. Nam alii daemones malos virlute 
quadam, inaxime divinorum nomina adjuratos advocare et 
coyer e student, quippe cum omnis creatura timet et revere- 
tur nomen illim... alii autem nefandissimi se daemonibus 
suhiiiittenles, Ulis sacrificant et adorant. 

Les archilectes pouvaient etudier, par consequent, la 
magie utile; ils n'etaient pas irreligieux. J'ajoulerai, pour 
citer deux exemples bien conn us : 1 le roi Salomon , dont 
les talismans, selon les reveries des rabbins, fiirenl en- 
seignes aux architectes, ses disciples, conslructeurs du 
temple de Jerusalem; 2 la reine Catherine de Medicis, 
mere de Charles IX, qui conseilla la Saint-Barlhelemy, et 
qui eludiait la magie et Tastrologie sans cesser de se croire 
zelee catholique. 

Ce n'elaient pas seulement les architectes qui etaient 
accuses de sorcellerie on de magie, mais les autres sa- 
vants transcendants; car, selon la definition des auteurs 
de rEncyclopedie, la magie est une science ou un art oc- 
culle qui apprend a faire des choses au-dessus du pouvoir 
humain. Nous ajouterons pour exemple, que le savant 



( 173 ) 

Gerbrrl, ecolalre de Reims, qui fnl le pape Sy I vest re II 
(1)1)8-1002), el (]ui eul pour cleves Robert II, roi de France, 
el Otton III, cmpcreur d'Allemagne, I'un et Pautre clones 
do loules les connaissances hnmaines de lour temps, pas- 
sail pour elre magicien. Son savoir, disenl les auleurs de 
YArl de verifier les dates, elonua tellemenl ses con tempo- 
rains qifon Paccusa (Pun commerce familier avec le diable. 
La critique, depuis, I'a venge de celle accusation fausse ct 
absurde. J'irais trop loin si jc discnlais la prelendue magic 
on, pour mieux dire, la science etonnante, pour leurs 
siecles respectifs, d'Albert-le-Grand , de Roger Bacon et 
d'autres; mais je ferai observer, comme je Pai deju dit, que 
(lorneille Agrippa se reconnut lui-meme magicien ; il ful 
emprisonne a Rrnxelles, en 1550. 

A plus forte raison, les architecles qui devaient avoir 
fait unc tres-grande variele d'etudes et qui employaient 
des artistes et des artisans d'un grand npmbre d'especes 
difterentes, ont du passer pour magiciens. Avant de pro- 
duire line des nombreuses preuvesde cetle accusation, je 
dois laire observer qu'au moyen age, on donnait aux ar- 
chitecles le nom de massons on, par corruption, masons, 
c'esl-a-dire constructeurs des masses, comme Pattesle Ic 
glossaire gaulois de Roquefort. Ce mot ful traduit par 
celui de iatomus dans la basse latinile, car dans la lati- 
nite classique, iatomus signifie un carrier, tailleur de 
pierres. Celte acceplion de la basse latinile se retrouve au 
dislique qui ful place sur un des portiques de i'eglisc dc 
INotre-Dame de Paris : elle est cilee dans les Antiquites de 
Paris, par Sauval, page 200 : 

Anno Domini M.CC.LF11. 

Hoc fait iticeplum, Christi genitricis hunore, 

Aaltenli lalomo vivcnte Juhannc mayistro. 



(*.) 

Ce Jean de Clielles est incontestablement rarcliitcctc, 
selon le ineme Sauval. 

Apres celle explication sur la synonymic des mols ar- 
chitecle et inaqou, je vais transcrire, pour inieux prouver 
leur pretendue connaissance de la magie, un questionnaire 
avec ses reponscs, compose en langue anglaise, transcril 
sous le regne de Henri VI, roi d'Angleterre (1422-1401). 
II a ele traduit aux Acta latomorum, torn. II, p. 6, edit, 
de 1815. La decouverte en a e'te i'aile par John Leyland, 
commissaire envoye par Henri VIII pour retirer des mo- 
nasteres que ce roi faisait supprimer, les objets d'arts et 
de sciences qui s'y trouvaient. On sail que Leyland elait 
possesscur d'une bibliotheque de manuscrits qui appar- 
tient en ce moment a 1'Universile d'Oxford. Le catalogue 
en a e'te public en 1697, t. I, p. 514 de Fouvrage Manu- 
scriptorum Angliae. 

Le questionnaire demande : Qui est-ce qui apporta en 
Occident la science du calcul, la maniere de fac.onner 
toutes choses a 1'usage de Fhomme, et surtout les habita- 
tions et les edifices? Reponse : Ce sont les Venitieris qui 
sont venus les premiers de Venise. Remarquons ici la pro- 
fonde ignorance de Fauteur. II confond les Veni liens avec 
les Pheniciens, et afin qu'il n'y ait point de doute sur cc 
paradoxe, la reponse ajoule : Us les out importes par la 
mcr Rouge et la Mediterranee; de la ils sont parvenus en 
Angleterre par un Grec appele Peter Govver. L'auteur a 
mutile par Fexpression Pierre Gower ou Peter Gower, le 
nom de Pythagore, qui a etabli, dit-il, une ecole a Gno- 
ton; il veut dire Crotorie, expression qu'il metamorphose 
a la facon des noms de villes d'Angleterre, sou vent ter- 
mines en on. 

L'auteur du questionnaire fait expliquer ensuite, sans 



( 175 ) 

qu'il se doule quo sa compilation provient primitivement 
du texte troiique de Vitruve, que les masons, qui sont 
inconlestablemenl les archilectes, comme on vient de le 
recounailre, appreuuent aux hommes ['agriculture, 1'ar- 
cliitecture, rastronomie, la geometric, les nombres, la mu- 
sique, la poesie, la chimie, le gouvernement el la religion. 

Le questionnaire demande : Pourquoi les masons in- 
struisent-ils mieux que les autres hommes? Reponse : Ce 
sont eux qui possedent 1'art de trouver de nouveaux arts, 
faculle que les premiers masons ont recjie de Dieu. Dq- 
mande : Quel est le secret que les masons cachent? Re- 
ponse : Us doivent cacher 1'art de trouver de nouveaux 
arts. Us cachent 1'art d'obtenir des effets merveilleux et 
de predire les choses futures (c'est 1'astrologie judiciaire, 
la fausse interpretation da mot astrologia). Jls font en 
sorte que ces memes arts ne puissent etre mis en usage 
par les mediants (c'est la magie utile, comme je 1'ai expli- 
quee). Us cachent 1'art du change (c'est la pierre philoso- 
phalc, la transmutation desmetaux), la maniere d'obtenir 
le pouvoir d'Abrac (c'esl le carre et les autres figures ma- 
giques pour faire paraitre le diable), la science de devenir 
bon et parfait sans crainte romme sans aucun espoir, et 
enfin le langage universel des macons (c'est 1'argot avec les 
signes graves sur la pierre, que les constructeurs d'eglises 
au rnoyen age, devaient connaitre pour se faire compren- 
dre des ouvriers dans tous les pays). 

Je termine cette notice en disant que lorsque, entre les 
annees 1717 a 1725, la societe des francs-masons fut in- 
ventee en Anglelerre, se disant etre les successeurs des 
archilectes, disciples du roi Salomon, les constructeurs du 
temple de Jerusalem, ce que j'ai bien explique ci-dessus; 
cclte societe inoderne s'a[propria les traditions et les ecrits 



desBiaitresarehitectes du moyen age; Ic vulgaireaccusait, 
en Ire a lit res, les francs-masons d'etre en relation avec le 
(liable dans lenrs assemblies; on recommit ici la transmis- 
sion d'un prejuge provenanl d'mie tres-ancienne absurdile 
derivee du mol aslrologia de Vilruve, qui avail ele mal in- 
terprete. 



Recherchns /ate d'apres de* documents du XH K siecle mr 
la palrie el la famille de Wiba'd , XLIF abbe clcs monas- 
le'res de Stavelot et de Maimed y ; par Marie-Anne Libert, 
de Malmedy. 

Au commencement du XVtII e siecle, la divine Providence 
vonlant sauver du naufrage les documents des anciens 
temps conserves dans les monasteres, et que le terrible 
orage qui se preparait deja dans le lointain pour eclater a 
la lin de ce meme siecle, allait aneanlir ou disperser, la 
divine Providence inspira a la congregation deSaint-Maur, 
a Paris, le projet de recueillir et de rassembler dans une 
vasle collection les cbartes et les diplomes du inoyen 
age. 

A cet eflel, deux savants benedictins de cette congrega- 
tion, dom Edmond Martene et dom Ursin Durand, se 
meltent en voyage pour se rendre dans toutes les abbayes 
de France et d'Allemagne. 

Dans cette course ils viennent (en 1718) visiter les 
monasteres de Stavelot ei de Malrncdy. A Stavciot, on 
les recoil avec les demonstrations de la plus vive sympa- 
tbic, on leur montre tous les mauuscrits; ils examinent 
les archives et le depot des cbartes, puis on leur Fail de- 



i 177 ) 

livror des copies des manuscrils les plus rarcs ct ties di- 
plomcs les plus anciens : la correspond a nee de 1'abbe 
Wibald, deslinee a perpeluer la memoire de son aiileur, 
c'est-a-dire d'un des princes de I'intelligenceau XIlsiecle, 
qui, en rapport suivi avec les hommes les pins dislingues 
de son epoque, les dirigeait comme d'un centre com- 
mun; toute celte correspondance sorlil des lenebrcs ou 
elle etait reslee ensevelie depuis plus de cinq siecles. A 
Malmedy, ces savants ne rencontrent, disenl-ils, que qucl- 
ques manuscrils de peu d'imporlance, sans diaries ni 
documents anciens. 

La congregation de Saint-Maur fit imprimer, dans le 
second volume de YAwplissima coliectio vclerum monu- 
mentorum, les chartes el les diplomes du monastere de 
Stavelot; Martene les fit preceder d'une dissertation sur 
1'etat de ce monastere et sa preeminence sur celui de Mal- 
medy. 

Toutes les lettres que Wibald avail ecrites, avec celles 
qu'il avail rec,ues, au nombre deplusde 450, furent inse- 
rees et placees, par ordre de date, dans ce meme volume, 
a la suite des chartes et des diplomes. 

Les observations de Martene, misesen tele de ces leltres, 
font assez connaitre combien ce savanl desirail pouvoir 
soulcver le voile qui cachail a lous les yeux la patrie et la 
famille de Wibald; mais depourvu de lous rapports his- 
toriques sur ces points, reduit a quclques indicalions 
puisees dans les ecrits de cet illustre abbe, ou de plus 
grandes pensees le font s'oublier lui-meme, Martene con- 
clut, sur des probabilites et d'apres Jean de Stavelol, ecri- 
vain du XV e siecle, que Wibald a rcc,u la naissance au 
pays de Liege et qu'il descend de la noble famille des 
ez. 
TOME xv. 12. 



( 178 ) 

.Nous nc pouvoiis nous dispenser de laisser parlor Mar- 
Icne lui-memc (1). 

Florebanl apud Leodios seculo uudecimo el sequen- 
libus, viri nobilis domini de Prato, multiset magnis 
i> digiiitatum tilulis eminentes. Wibaldum ex eo gcnere 
esse oriundum , Joannes Stabulaus S. Laurentii mona- 
D chus, de fratre ejus Erleboldus agens, commentariis 
suis inseruit. Atque huic auclori quodam modo astipu- 
latur poeta Ligurinus (Lib. 4), cum Wibaldum canit 
clara stirpe creatum. Consentiunt etiam Stabulentium 
j> monumenta, quae Leodiensem esse satis insinuant. 
Sed et Wibaldus ipse provinciam Leodiensem non 
semel patriam suam appellat. Cetcrum fra'tres cha- 
risaimi, inqtiit epist. 505, reditum nostrum advos ac- 
cderarc prokibet non solum Stabulensis ecclesiae , verum 
9 eliam totius Lotharingiae concussio , quae ulique (eccle- 
sia Stabulensis) noslrapatria est , quaenos yenuit , eclu- 
cavit et provexit. Quibus adde Erebertum ejus fratrern , 
qui untis paternarum opum heres fuit, domum sen 
j> castellum non longeabsmonaslerio Stabulensi habuisse. 

Fratres ipsi fuere duo et una soror, Erebertus, Erle- 
boldus et Havidis, omnes certe aeque praedicandi. Pri- 
mus enim accepta cruce Conradum regem cui erat a 
cancellis, in Palestinam secutus est anno 1 148; et Sta- 
bulensium monachorum perpetuus fuit defensor, quo- 
rum etiam causa multa tulit damna, atque ipso castello 
fuil aliquando spoliatus, uti exeditaa nobis Coelestini 
jo epistola ad Alberonem Leodiensem episcopum satis 
constat. 



(]) 4mpL collect, vet. mon., t. II, p. 155. 






( IT9) 

Erleboldus autem S. Laurcnlii Leodicusis primum, 
deinde Stabulensis, monachus, ubi sub iralre Wi- 
baido abbale plura edidit virtulis spccimina, datus est 
ipsi successor anno 1158. Multis strenue actis cum ad 
summos pontifices lum ad imperatores legationibus. Post 
felicem denique el gloriosam administrationem, Deo soli 
vacaturus cessit dignitate anno 1192. Nee mul to post 
feliciter obdormivit. Tertia denique Havidis in mo- 
nasterio Gerigesheim, Christo desponsala meruit ut 
sororibus praeficeretur circa annum 1150. Hoc quippe 
anno Wibaldus ipsi, misso annulo, congratulatur , 
epistola 220. 

Horum trium, ut videtur, maximus natu fuitWibal- 
dus. Is ab ipsis incunabulis ereptus mundo, monachis 
Stabulensibus traditur rudimentis imbuendus religion is. 
Stabulensis ecdesiae, inquit epistola 78.... lacteo nos 
D pictatis alimento nutrivit, el delicta juventutis nostrae 
et ignorantias nostras non reminiscens , nos si qua in 
praelatione aeslimatur dignitas, ad summum sui reyi- 
minis gradum provexit. Et alibi ecclesiam eamdem, 
x> malrem vocat nutricem , educatricem. (Epist. 41, etc.) 

L'autorite de Martene etait imposante. Tous les histo- 
riens et les biographes qui viennent apres lui, ont adopte 
ses opinions sans observations. Cependant la plupart des 
ecrivains du pays de Stavelot et Malmedy, sans fairc men- 
tion du lieu de la naissance de Wibald, disent formelle- 
ment qu'il est issu de la noble famille de Fisen. 

La chronique manuscrite latine du monastere de Stave- 
lot, redigee par un moine anonyme on ne sail vers qucl 
temps, dit de Wibald : Is ex nobili familia dominoram de 
Fisen oriundus. 

La chronique des peres capucins de Malmedy, ecrile 



( 180 ) 

par Ic pore Jean, evangel isle, vers 1741, sur les manu- 
scrits du convent dc Malmedy, repclc que Wibald descend 
des anciens seigneurs de Fisen. 

Dom Denis Mallierbe, bibliolhecaire du convent de 
Stavelot, dans son Auclarium confirniativum Triumphi 
sancti Rcmadi (p. 84), parle dc Wibald en ces termes : 
Spcctatissimo Wibaldo ex nobili dominorum de Fisen pro- 
sopia or to. 

Ces deux points essentiels de 1'hisloire de Wibald (sa 
palrie et sa famille), sur lesquels j'ose dire d'avance que 
tous les bistoriens indistinctement sont dans 1'erreur, 
exigent quelqucs developpements. 

Comme on Ta vu plus baut, les documents du monaslere 
dc Stavelot nous ont transmis les noms de deux freres et 
d'une sceur de Wibald, qui sont Ereberlus, Erleboldus et 
Ilavidis. Pour peu qu'on jette les yeux sur ces noms, bien 
qu'etrangement estropies, on rcconnail qu'ils derivent de 
la langue tudesque. Quelqu'un ayant insinue a Wibald 
que Pinitiale de son nom pechait contre les regies de la 
grammaire, celui-ci rcpond (epist. CXLVll) : 

Sed ut me tua quaestione liberem, vel iralus, vel pla- 
catus a me recedas, latinislillerisbarbara nomiriastringi 
noil possunt, el nos Germanici sumus non Galli comati 
qui in talibus nominibus G pro U, anteriori ponunt. 

Ainsi il est bien certain que tous ces person nagcs 
elaient originates de la Germanic. Nous avons adopte cc 
point de depart pour base de nos investigations. 

II est prouve, par la lettre du pape Celestin II (1), 
qu'Ercmbertus avail sa maison (domw), ou son manoir 



(!) L. c.,p. 117. 



( 181 } 

seigneurial, dans le voisinago du monaslere do Stavclot; 
rnais il ri'esl pas certain que cct Erembert ait etc chance- 
lier, ni qu'il ait fait, en 1118, le pelerinage dc Jerusalem 
en compagnie et au service du roi Conrad HI. 

En Jisant la lettre (I) que Wibald adresse de Stavelot a 
sa sceur Hat hewiga, dans laquelle Martenea puise des par- 
licularites qu'il applique a Erembertus, on est amend a 
conclure qu'il s'agissait ici d'un iroisieme frere qui avait 
son patrimoine dans un pays eloigne de Stavelot, mais 
assez rapproche de Habitation de Hathewigc, pour qu'il 
put en remettre l'administralion a cette sceur dans le 
temps de son absence. 

Voici deux passages de cette lettre que nous recomman- 

dons a Tat ten lion de nos lectcurs : 



Reprehcndit nos ibrtassis ct arguit dilectio tua, quod 
tamquam immemores pristini ailectuset sincerae dilec- 
tionis, alque fraterni amoris, quo nos invicem lenere 
dileximus, visitare te et consolari hoc tempore distu I i- 
musquando abest germanus tuns regiae curiae cancella- 
rius, sui generis llos et ornamentum, amicorum suorum 
columen et lulela. Peregrinatur ille quidem el bajulat 
crucem suam et sequitur Christum suum Jerosolimam 
petens in comitatu et obsequio carissimi Domini sui et 

noslri Romanorum regis Conradi 



Nunc in Domino excellentiam tuam r"ogamus el horla- 

mur, ut si qua in luendis el curandis rebus iratris 

noslri absenlis diilicultas emerseril, nostro ubi oppor- 

tunum fueril adminiculo utaris. 



(1) Epist. LXXlX,nnno 1148. 



( 18-2 ) 

II nous semblail que la correspondance do Wibald de- 
vait necessairement aider a Irouver le nom de ce troisieme 
f'rere. Nous 1'avons hie et relue cette interessante corres- 
pondance, qui frappe d'ailleurs par le merite de la compo- 
sition et du style; voici les passages sur lesquels notre at- 
tention s'est portee specialement (Epist. CLXXXIV, anno 
1150. Ad A. praepositum Coloniensem) : 



Acephalas litteras a vobis accipere consuevimus, quas 
qui scribunt, similes sunt illis, qui prandent illotis ma- 
nibus, semel correptus de cetero emendabitis . . . 



j> Quae pueri didicimus, jam senes experimur. Coelum, 
non animam mutant, qui trans mare currunt. In aqua 
Jordanis peccata vestra abluere potuistis, sed mores 
vestros eluere non potuistis. Etenim non solum mores 
vestros, sed etiam morositatem inde retulistis. 

Epist. CXCL Anno 1150. Ad Arnoldum praepositum 

majorem Coloniensis ecclesiae 

i 

Vivite et valele. Adducite ad curiam vobiscum modi- 
cum fratrem Erlebaldum. 

Epist. CCLXV. Anno 1151. Ad A. Cancellarium. . . 



Quod vero scripsistis nobis, quod nos soli ad hanc 
legationem (de Rome) sufticeremus, et vos loco comi- 
tis in eadem legatione constitutum reputastis , non ita 
erit, sed vos in hac legatione major et dignior estis, 
quia vel Coloniensis vel Moguntinus, quia claves regni 
vos habetiset summam consilii in regno vos regere de- 
> betis, unde etiam nos comites el fideles famulos in 
obsequio vestro habebitis 



( 183 ) 

liogamus ut diem cerium designers, quo ad vos us<jiie 
Rintorp (1) veniamus ita parati et expediti, ut una vo- 
biscum ad dominum regem progrediamur. 

Epist. CCXCIL Anno 1151. Ad. A. Coloniensem prae- 
positum, regiae curiae caneellarium ....... 

<L 

Mittetis nobis per praesentem puerum nostrum cinda- 
lia Candida, ut mitlere disposuislis, quae cum rogare- 
mus, non dedistis, cum non peteremus obtulistis. 
> Liberalitatem vestram et studium sensit status Sta- 
bulensis ecclesiae sensit penu nostrum, sensit mensa 
nostra, seusit marsupium nostrum, sensit stabulum 
nostrum , sed ut capella nostra pauper et modica sen- 
tiret largitatem , munificentiam et liberalitatem vestram, 
neque Gallia, neque Germania, neque tota Grecia , 
neque Oriens adjuvare potuerunt. 

Epist. CCCLVIL Circa 1152. Ad Arnoldum Colonien- 
sem 

Princeps noster (Frederic / er , surnomme Barberousse) 
per bonam de se merentibus spei liduciam praeslat, 
qui magna cum benevolentia et jucundilate beneficii 
vestri recordatur, quod ei gratis et plusquam gratis in 
suisad imperii culrnen provectibus exhibuistis, et posl- 
modum in suis primordiis singulari fide et constantia 
ad rem publicam , et sua emolumenta indeficienter asti- 
tistis : inde est quod Lotliaringiae regnum vestrum est , 
et per vestram provisionem et operationem cuncla dis- 
ponere intendit. 

(1) Schwarzrheindorf, pres de Bonn. 



( 184 ) 

A.VCC le secours de ces passages, nous elions deja par- 
venu a croirc fermemenl quo ce prevot de 1'eglise metro- 
politainc dc Cologne, ce chancelier qui a contre-signe 
toutes les ordonnances royal as de 1158 a 1150, par une 
formule de pratique cquivalente a celle-ci : Ego Arnoldus 
cancellarius ad vium archicanccUarii Mogunlini recognovi ; 
que cet Arnoldus enfin qui, en 1 151 , monta sur le siege 
archiepiscopal de Cologne, etait frere de Wibald et de 
Hathewige, celui , en un mot, que Martene a confondu 
avec Erembertus. 

Mais il restart encore un point assez embarrassant, c'etait 
de trouver le nom de cette famille, si feconde en grands 
homines. A la favour de notre preoccupation, nous avons 
consulte les anciens auieurs que nous avons trouves par- 
tagessurla famille d'Arnoldus II, archevequede Cologne. 
Les uus disent cju'il est issu des comtes d'Altena; suivant 
d'autres, il appartient a cette antique famille de Wied, 
qui a donne a TAllemagne tant dc prelats distingues. 

Nous avons cm pouvoir fonder cette derniere opinion 
par les citations suivanles qui , mises en comparaison avcc 
celles qui precedent, sc justilient et se prouvent les uncs 
par les autres. 

Le pere Morckens (1) nous donne les details qui sui- 
vent, sur Arnoldus II, archcveque de Cologne : 

Conradus III rex, anno MCL. Rhcno secundo cum 
copiis urbi appropinquans elfccit ut sedatiores com muni 
consensu suum cancellarium eligerent archiepiscopuin. 



(1) Conatus chronologicus ad calalogum Episcoporum , ^rchiepisco- 
porum , cancelliorum , archicanceUarwrum et elector am 4-uyuslfie 
Agrippinemrium, 



fISf) 

1'uis on lit sous Arnoldus II : 

Comes Wedanus (de Wicd), Metropolilanae eccle- 
siae Colonicnsis pracposilus et Conradi Rom. regis 
caucellarius primus, qui liberis, populique suii'ragiis 
sacerdotii Colonicnsis litulos anno domini MCL. con- 
secutus est . 

B 

Mortuus est anno MCLVI, prid. Idus Maji postquam 
praefuisset in annum VI. Sepultus Rheindorpii prope 
Bonnam in ccclesia S. dementis, quam cum Partbe- 
none nobilium virginnm in paterno solo haereditalis 
palrimonio fundaverat. 

M alii nek rot (1) dit, en parlant du roi Conrad III : 

Regnarecepit anno 1158; quo tempore cancellarium 
aulicum Imperialem apud ilium egit Arnoldus, octo- 
que minimum sequentibus annis, adcoque polirc partc 
Imperil Conradini, id muneris sustinuit. 

Un diplome de 1'empereur Frederic l er , date de Ilatis- 
bonne, de Tan 1156, public par M. Lacoinblet (2), sous 
le n 589, contient des circonstarices qui s'adaptent tres- 
bien a notre sujet. Voici ce diplome en partie : 

In nomine sancte et individue Trinitatis. Fridericus 
divina favenle dementia Romanorum imperator au- 
gustus. 

Summe clementie et fidei argumentum est. Ab 
amico etiam post Hila non recedere. Verum ejns devo- 

tionis mcrita que , corporal iler aliquando exbibebat 



(1) De A rchicancellariis S. Romani imperii, ac cancellariis Jmpe- 
ilis aulae, etc., pajjc 72. 

(2) Urkunrtenbiich fur die flench ichle des Nwderrheins.cic. Erster Band. 



perpetual i memorie commendare. hide omnium Chrisli 
imperiique noslri fidelinm presens etas rioverit et suc- 
cessura posterilas qualiter nos ob preclara merita dilec- 
tissimi nostri venerabilis memorie Arnoldi Coloniensis 
archiepiscopi. Sororern ejus Hadewigam Asnidensis (\) 
abbatissam et Burkardum fratrem ejus de Wied cum 
omnibus possessionibus eorum mobilibus et immobi- 
libus in tuitionem nostram siiscepimus. Preterea eccle- 
siam in Rindorf in qua predictus archiepiscopus re- 
quiescit sepultus; et omnes possessiones mobiles sive 
D immobiles quas ipse eidem ecclesie, contulit. \ T el eccle- 
sia juste poterit adipisci sub nostram protectionem 
colligimus et collocamus. 

Un litre de Philippe, archeveque de Cologne , de 
1'an 4175 (2), nous clonne encore des particularity's con- 
cordant avec le deuxieme passage de la LXXtV 6 lettre de 
Wibald, cite plus haul. 

In nomine sancle et individue Trinitatis. Phylip- 
pus Dei gracia Coloniensis ecclesie, archiepiscopus. . 

Quod Arnoldus vir 

clarissimus Coloniensis archiepiscopus II 

.Dei itaque zelo 

accensus ad honorem sui crealoris Dei genitrici inteme- 
rale virgini beato quoque dementi in patriminio suo 
Rlndorph , sumplu magno ardente studio cum summa 
devotione ecclesiam construxit. Ut anime sue, anime 
quoque patris et malris, fratrum et sororum omnium- 
que propinquorum esset rerneditim. Posleris quoque 



(1) Essen , au grand-duche du Bas-Rhin. 

(2) Lacomblet. I. c., n" 445. 



pie recordationis monumenlum. Iluic aulem ecclesie 
omne palrimonium quod in predicto loco habebat. 
Quodque eidem loco pertincbat. Cum pluribus aliis 
prediis legitime conlulit. Coheredibus videlicet omni- 
bus assensum prebentibus et ob tarn salubre propositum 
ipsi congralulantibus. Ne ergo quod tarn pie inchoaverat. 
Ipso deftciente deftccrel. Sorori sue Hadewigi abbatisse 
Esnidensi si quid humanitus sibi contingeret fideliter pro- 
movendum commisit. Cui tarn sua quam se ipsum cre- 
didit. 

line derniere difficulte sur laquelle nous ne devions 
point passer trop legerement, c'elait de savoir s'il faut 
cOnfondre Iladewige, soeur d'Arnoldus II, abbesse du cha- 
pitre noble d'Essen, avec son homonyme, abbesse des 
dames nobles du couvent de Gerrisheim (1). Nous allons 
laisser parler M. Graeff, conseiller a la cour d'appel de 
Cologne, qui, ayant eu Tobligeance de faire des rechercbes 
a cet egard, nous a transmis par uue main amie les pre- 
cieux renseignements que voici : 

Grace a un heureux hasard , je suis maintenant en 
etat de repondre a une question que M lle Libert a posee 
dans le temps au sujet d'une abbesse de Gerresheim. 
II coilste d'une inscription Irouvee dans 1'eglise de 
Schwarzrheindorf, pres de Bonn, qu'en 1151 , lied wig 
de Wied , soeur de 1'archeveque Arnould de Cologne, 
etait en meme temps abbesse d'Essen et abbesse de 
Gerresheim. Ci-joint copie de cette inscription. 

Anno Dominicae incarnationis MCLI (la date nest 
pas lisible; on croit qu'il y avail la VIII Idus Maji) , 



(1) Epislola CCXX, J^ibaldt circa 1150. 



I 188 ) 

dedicata est liaec capella a venorabili Missinensium 
Kpiscopo Alberto.... Item venerabili Leodiensium epis- 
copo Heinrico in honore beatissimi Clcmentis Marlyris 
et papac beati Pelri principis apostolorum successoris; 
altare vero sinistrum in honore beati Laurentii mar- 
lyris et omnium confessornm , altare vero dextrum in 
honore beati Stephani prolomartyris et omnium mar- 
tyrum, allare vero medium in honore aposlolorum 
Pelri et Pauli, superioris autem capellae altare in ho- 
nore beatissimae malri Domini semper virginis Ma- 
riae et Johannis evangel istae a venerabili Frisingen- 
slum episcopo Otone , domini Conradi Romanorum 
regis augusti f rat re, eodem rege praesenle, nccnon 
Arnoldo piae recordalionis fundatore, tune Coloniensis 
ecclesiae electo; praescntc quoque venerabile Corbeien- 
sium domino Wibaldo abate et Stabulerisi , Waltero, 
majoris ecelesiae in Colonia decano, Banncnsi praepo- 
sito et arcbidiacono Gerhardo, venerabili quoque Sige- 
burgensium abate Nicolao, mullis praelerea personis 
et plurimis tarn iiobilibus quam ministerialibus. Dolata 
quoque est ab eodem fundatore et a fratre suo Bur- 
chardo de Wilte, et sorore sua Hatheiciga, Asnidensi 
Gergisheimensi abbatissa, et sorore sua Acecha ., abba- 
tissa de Wicella, praedio in Rulistorf cum omnibus 
snis appendiciis, agris, domibus, feliciter. Amen. 

En resume, je dirai qu'on ne pent done plus doutcr que 
Wibald, abbe des monasteres de Stavelot et de Malmedy, 
ne soil issu de 1'ancienne famille tres-illustre des comics 
de Wied; cela est devenu evident par la comparaison des 
divers documents que nous avons reproduils, dont les uns 
indiquenl sa famille, les autres sa patrie. Martene a voulu 
donner vagiicmcnt a Wibald lo pays de Liege pour patrie. 



( 180 ) 

Wibald lui-meme designe la Loihariugie, c'esl-a-dire, la 
Lorraine. 

Cetcrum fratres carissimi, dit-il, Epistola CCCV , 
red! turn nostrum ad vos accelcrare proiiibct 11011 sol urn 
Stabulcnsis ecclcsiae, verum eliam totius Lotharingiae 
concussio et eversio, quac utiquo (Lotharingia) noslra 
patria est, quac nos genuil, cducavit et provexit. 

Wibald s'elant rendu de bonne heurc aStavelot pour y 
rccevoir la premiere instruction de la vie monaslique, 
ri'appelle jamais cetle e'glise autrcment que sa mere, sa 
nourrice, son i nstitu trice. 

Les religieux de Stavclot ecrivaicul a Wibald (Epist. 
CCXCV) que leur eglise etait sa mere, son institutrice, 
son epouse numquam ab ammo Stabulensem ecclesiam 
malrem vestram, educatricem vestram , sponsam vestram 
avellatis. 

Nous joignons ici un dessin qui represente le sceau de 
Wibald. Ce sceau se trouve dans nn manuscrit de nos 
collections sous ces mots : 

Signum Wibaldi abbalis. Habelur in antiquissimo ma- 
nuscripto pergamenes. 



ERYEAFRA 




WVPVLMV 



L'interet du sujeldont nous parlons nous inspire la con- 



fiance qu'o.n daiguera examiner notre travail avec bonte. 
Displiceat , placeat; tamen est laudanda voluntas. 



Notice sur dcs antiquitcs decouvertes dans le Hainaut ; 
par M. Desire Toilliez. 

L'Academie royale de Bruxelles ct le Messxgcr dcs 
sciences historiques fie Belgique ont public, en 1847, 
deux opuscules dans lesquels nous avions presente le re- 
sultat de nos observations et de nos recherches sur les in- 
struments m pierre , monuments de Cindustrie primitive. 
D'un autre cote, PAcademie a successivement approuvc 
Timpression, dans ses publications, de deux memoires de 
M. Alexandre Pinchart, sur des Anliquites gailo-romaincs 
Irouvees dans le Hainaut, dans lesquels ce jeune et zele 
archeologue a rendu compte du resultat des observations 
qu'il avail faites, avec nous, dans les environs de Mons, 
et des decouvertes dont nous avions pu lui donner con- 
naissance. 

Actuellement, nous venons communiquer a 1'Academie 
le fruit de nouvclles trouvailles d'objets fabriques en 
pierre, et completer ce-qui aurait ele omis dans quelques- 
unes des decouvertes signalees par M. Pinchart (1). 



(1) Le norabre des localites signalees dans les divers memoires donl il s'agit 
ci-dessus etant assez considerable, nous nous reservons de revenir ulterieu- 
rement sur cellos d'entre elles pour lesquelles nous aurions de nouveaux ren- 
seignemenlsj nous nous reservons de mentionner aussi des localites nou- 
vellcs. 



MM: Albert Toilliez, sous-ingenieur des mines, a Mons, 
et Charles de Ueaulieu, professeur a KEcole d'iudustrie du 
Ilainaut, ont trouve, sur le territoire cle la ville de Mons, 
le premier, treize objets en silex, et le second trois, sans 
compter des dechets provenant de leur fabrication. 

MM. Fages et Mazy, le premier, directeur de charbon- 
nage, a Wasmes, et le second, geometre, a Quaregnon, 
ont decouvert quatre coins en silex , deux sur le territoire 
de Quaregnou et deux sur celui de Jemmapes. 

M. Letot, proprietaire, a Baudour, possede quatre ha- 
ches en silex qui proviennent de cette commune. 

M. Scarceriaux, aspirant des mines, a Mons, a trouve un 
instrument en silex sur le territoire de Nimy-Maizieres. 

De noire cote, nous avons decouvert quelques nouveaux 
echanlillons a Quaregnon, et enn'n nous avons reconnu 
I'emplacement d'une fabrique de ces objels sur le terri- 
toire de Ghlin, ou abondent les siSex et ou nous avons 
recueilli des baches lermiriees ou ebauchees , des couteaux 
etdes dechets (1). Nous avions deja appele 1'attention des 
archeologues sur 1'emplacement d'autres fabriques du 
meme genre, sur le territoire de Moris, de Quaregnon et 
de Baudour. 

Ces nouveaux echantillons prouvent que nous avions 
raison d'avancer, dans notre deuxieme opuscule, que des 
recherches etendues amcneraient incontestablcment a recon- 
naltre la presence d'un nombre considerable de ces objets. 

II paraitrail qu'il y aurail des baches formees de ma- 
tieres tendres, telles que le marbre, 1'albatre, etc. Nous 



(1) Nous avons aussi trouve des objets que nous croyons etre des pierrei 
de fronde. 



( 194 ) 

avions d'abord emis le dotitc que ces determinations mi- 
neralogiqucs eusscnt ete bien faites; mais des fails acquis 
par des auleurs com pe ten Is donncnt toute gararitie a cellc 
assertion, et prouvenl que nous avions tortde mettre en 
doute, dans noire premier travail, Fauthenlicite de deux 
objets tailles en grcs arenace (psammite chlorite) quepos- 
sede M. Bauters, de Renaix. 

Une remarque que nous avons deja fait valoir aillcurs , 
e'est que le silex de plusietirs instruments a eprouvc des 
change-merits dans son aspect et dans sa couleur, cetle 
matiere etant sujette a eprouver des degradations par les 
phenomencs mcteoriques. 

Les autres decouvertes archeologiques qu'il reste a si- 
gnaler se rapportent aux localitcs suivantes : Le Terlre, 
Baudour, S l -Denis, OEudeghien, Andcrlues, Waswuel, 
Monimul-sur-llainc , Ghlin et Nimy-Maisiercs. 

Plusieurs promenades au hameau dit le Terlre , et a 
Baudour, nous lirent remarquer, dans la premiere de ces 
localites, sur un vaste terrain situe autour d'un bois de 
sapins, dit bois Lojo, et a proximite de 1'argile tourbeuse 
qui forme le fond de la vallee de la Haine, de nombreux 
debris de restes antiques, gisants sur un sol sablonneux. 
Parmi ces objets, on distinguait des fragments de miles, 
de differentes soucoupes en terre sigillee, de grands vases 
d'une terre rougealre, de vases et (Fumes d'une terre grise 
de differentes pates; des morccaux dc meules en gres 
quartzeux ; des silex bruls ou ebaucbes et des debris de 
leur fabrication; en fin un morceau de verre. 

Plus loin, pres de Baudour, vis-a-vis du bois Lojo, et 
aussi pres d'un moulin silue a gauche, nous avons trouve, 
sur un terrain assez vaste et en partie inculte, d'autres 
debris de poteries et de tuiles. Nous avons deja mention nc 



plusieurs baches trouvees sur Ic lemloire de Random-; 
dc plus, M. Letot, nomme plus haul, y aurail trouve une 
piece d'or. 

Nous avons recucilli a S'-Denis, avec plusieurs debris 
de poteries, un fragment d'assietle en terre rougeatrc. 
II resullc d'un manuscrit de 1054, dii a un rcligieux 
nomme Gerard Sacre, el signale dans la premiere notice 
de M. Pinchart, que,en 1050, on a rencontre, au village 
de S'-Denis, avec de nombreux objets antiques, des crayats 
de Sarrasins, scories de fer comme nous en avons trouve 
pres d'Audenarde, a Nimy-Maisieres ct a Ghlin, an milieu 
de debris gallo-romains. 

Nous avons parle, dans un autre travail, d'unc hacbe 
en silex trouvee dans une tourbiere, a OEudcghien, et 
possedee par M. I'abbe Michot, a Mons. Celui-ci a encore 
une clef et une lampc, toutes deux de fer, qui proviennent 
de cette localite. Dans un beau tumulus, situe pres de 
1'cglise de ce meme village et fouille, en partie, par une 
tranchee pratiquee suivant 1'un des rayons de la base de 
ce tertre conique, nous avons trouve, en 1844, avec 
M. Ed. Joly, de Renaix, des debris de potiches d'une pate 
grise. 

On a decouvert recemment a Anderlues, d'apres notre 
collegue M. A. Sadin , aspiranl-ingenieur des mines, a 
Mons, trois morceaux d'une poterie connue sous le nom 
de gres, qui nous paraissent avoir servi de grains de 
collier. Ilsontla forme de deux cones tronquesd'inegales 
hauteurs, reunis par leurs grandes bases et perfores a 
leurs centres. L'endroit oil cette decouverte a ele faite est 
Ic meme que celui mentionne dans le second memoire de 
M. Pinchart. 

Les objcls trouves jusqu'aujourd'hui en cetle localile, 
TOME xv. 13, 



( 104 ) 

Foul etc a 2 metres environ dc proibndeur , dans une su- 
blierc dont les couches de sable paraissent n'avoir pas ele 
remuees a uneepoque anlerieure. Cette sabliere, situee sur 
ua terrain en pente, a du etre sujette a des inondations 
successives. 

Outre des pieces de monnaie romaine trouvees, en 
1841 , a Wasmuel, dans les deblais du chemin de fer de 
Mons a Quievrain, nous avons a mentionner, comme 
ayant ete decouvertes en cetie localite, jadis marecageuse, 
1 une iibule tres-belle, garnie de son ressort, trouvce 
par M. le cure Letellier, dans le jardin du presbytere; 
2 une meule de moulin qui a servi pour la construction 
d'un puits communal. 

Depuis la communication a 1' Academic de la notice de 
M. Schayes, sur les antiquites trouvees a Montroeul-sur- 
Haine, M. Dartevelle, cure de cette commune, a recueilli 
diilerents objets antiques. Nous avons distingue parmi 
eux : 1 un dard en fer, a trois coins, ayant, compris la 
douille, une longueur totale de 55 millimetres, et un 
diametre de 10 millimetres a la base de sa partie offen- 
sive (1); 2 un morceau de Iibule affectant la forme d'un 
lion; 5 un couteau en fer ressemblant a une faucille pres- 
que droite; 4 des fers de cheval, trouves en deux en- 
droits differents; 5 des debris d'une grande ampbore; 
6 un petit vase a deux anses mobiles; 7 un fragment de 
verre d'une teinte tres-verdatre, etc. 

Parmi les objets qui figurent dans la note de M. Schayes, 
se trouve un miroir; ce dernier, qui a ete fait avec soin, 



(1) Nous ne croyons pas ce dard d'origine romaine; il est, sans doute 
d'origine franque. 






( 195 ) 

est en bronze; il est rond, a un diamelrcdc 105 millime- 
tres et une epaisseur de 1 millimetre et demi; il a etc per- 
fore sur presque tout son pourtour, a 1'exception, sans 
doute, de la partie oil etait applique le manche; cet objel 
curieux n'est plus entier. 

Le marais communal sur lequel on a mis au jour un 
bon nonibre de sepultures gallo-romaines est un peu plus 
eleve que le niveau de la Haine; il est done sujet a etre 
submerge, chaque hiver. Son sol est de 1'argile tour- 
beuse qui a du etre exhaussee par les alluvions. 

M. le cure de Montrceul a decouvert d'autres sepultures, 
sur un terrain plus eleve et plus a 1'abri des eaux. D'autres 
vestiges antiques se trouvent en des endroits moins faciles 
encore a etre submerges. 

Les nombreuses sepultures dont on trouve les traces sur 
le territoire de Montroeul doivent faire supposer 1'existence 
ancienne d'un certain nombred'habitations en cettelocalitc. 

II y a des anliquites sur differentes parties du territoire 
de Ghlin, beau village situe a une lieue de Mons. 

Au Camp don, partie de terre sablonneuse siluee au- 
dessus de la cense dite du marais, a peu de distance de 
1'argile tourbeuse qui forme le fond de la vallee de la 
Haine, nous avons trouve deux instruments de pierre et 
des morceaux de poteries. Plus au nord , au camp des sept 
fontaines , partie de terre adjacente , nous avons aussi 
rencontre des debris de vases. 

Enfin, entre ce dernier champ et le bois situe plus au 
nord , existe un autre champ appele vulgairement les ma- 
/o</nes (mauvais terrain?). Une grande partie en est culli- 
vee, mais il reste inculte un long rectangle situe du nord 
au inidi , traverse par plusieurs chemins et situe a 3 /4 de 
lieue de 1'endroit ou ont ete trouves, au Tertre, des objels 



( 190 ) 

antiques ; son sol cst du sable grisatre , rccouvcrt de 
bruyeres. 

Quoiquc remue ca et la, ce terrain est encore couvcrt 
de grandes mottes facticcs ou tertres coniques d'environ 
1 metre de hauteur sur 4 a 5 metres de diamctre a leur 
base, que nous croyons etre des tumulus. II exisle meme 
quelqucs tumulus intacls au milieu de parties de terres 
cullivees. 

Nous avons trouve, sur le sol, une espece d'anneau en 
fer, des ossements, des morceaux de tuiles, de vases, 
d'urnes, d'assietles de terre de diflerentes pates, de trois 
soucoupes de terre sigillee, de meules de moulin en pierre 
quarlzeuse de deux nuances, debris qui proviennent, sans 
doute, de fouillcs faites par les paysans, dans different* 
buts. Enfm , on y rencontre aussi des scories de fer et 
des instruments de silex (baches, couteaux et pierres 
de fronde ?). D'apres la tradition, il y aurail, en ce meme 
cndroit, des Ibndations donl nous n'avons apercu nulle 
trace, et ce terrain serait remplacement de 1'ancien vil- 
lage. 

D'apres des declarations qui nous furenl faites, on 
aurait rencontre, en cet end roil, a differentes epoques , 
des pots avec des pieces de monnaie en cuivre. On aurait 
trouve aussi une piece d'or, ainsi qu'une pierre d'une 
longueur de 5 metres sur une largeur dc 2 metres, qui 
aurait servi pour la fabrication des paves. Deux autres 
pierres beaucoup plus petitesque la precedente, auraient 
encore existe jadis a Tendroit meme ou Ton suppose qu'il 
y a eu des constructions, mais el les ont sans doute cle 
ulilisees. Nous avons encore appris que, plus a Test, le 
long du chemin dit des pastes, on avail delerre, dernierc- 
ment, Irois potiches remplies d'ossemenls. 






( 197 ) 

Anterieurement a nos decouvertes.a Ghlin, nous avions 
ete fonde a croire a {'existence do nombreux antiques sur 
le territoirc de cette commune. Nous avions, en effet , 
Irouve, non loin de 1'eglise, un morceau du col d'un vase 
antique, d'une pale grisatre, el plusieurs silex tallies. 
Nous avions appris , par un cultivateur , qu'il avail 
trouve, au meme lieu, deux ou trois pieces de mon- 
naie. On avail aussi trouve des pieces romaines, en con- 
struisanl le chemin de fer de Bruxelles a MODS. Eiifin, 
nous avions ete inibrmc, par M. Pinchart, que, d'apres 
les Annales du Hainan t de Vinchant, historien du XVII" 
siecle (I), on avail trouve, a Ghlin, despierres curieuses. 
Notre ami vient de nous transmeltre la note relative a 
celle decouverle; nous la donnons ci-apres : 

Audit villaige Ton at Irouve sur les champs aucnns 
sepulchres de Romains massonnees es lerre avec admi- 
rabies pierres, notament Tan 1612 et plus Fan 1626, 
D dedans lesquelles onl eslez trouves medailles de cuivre 
D figurees de testes d'empereurs romains et escriteaux 
conlbrmes sur icelles. Des pots petits de terre jusqs au 
nombre de 6 avec une culiere d'airain; une lambe de 
terre; aucuns ossemens qui se redigeoinl es cendre a 
leurs atlouchement ; une petile coifre alloure de ferail 

lout demange tant y a qui vouldra avoir lune des 

pierres dudit monument la pouldra veoir avec eslonne- 
ment gisant audit villaige es la maison appartenant 
a Gilles Yinchanl , mon pere. Joignanl le lieu ou on at 
trouve ladite sepulture se trouve a Tapposite autre terre 



(I) Vinch;int (manuscril , Pan 1400, p. 606) demontre que 
sont anterictires a 445 , epoque de (Expulsion des Roraains de la Gault) 
Belgique. 



ou Ton ironvc soul) terre plusicurs lilleaux posees es 
forme de croix (jui fait croire que cy-devant es ccs en- 
droitz une bataille aurait este donnee entre les chres- 
liens et Remains infidels et que les morts des uns et 
> autres auroient estez separement enterrez , les crestiens 
au camp ou se trouvent monuments croiser, les Ro- 
mains es aulre. (1) 

La maison de Vinchaut, dont il s'agit ci-dessus etant, 
parait-il , designee , sur les cartes, par le nom de 
Milfort, les trouvailles mentionnees dans la note prein- 
scrite, se rapporteraient sans doute aux notres. 

A peu pres a la meme distance a Test de Feglise de 
Ghlin , que le Tertre et Raudour en sont distants a 1'ouest, 
on a trouve, sur le territoire de Nimy et de Maisieres, 
differents vestiges antiques, a la sucrerie de Nimy, et sur 
les deux cotes de la route de Rruxelles, entre les eglises de 
Nimy et de Maisieres du sud au nord , et entre la Haine et 
la chausse'e des Romains de Test a Fouest. Outre les vestiges 
d'une cliaussee, on a decouvert, au second de ces endroits, 
des instruments de silex, des scories de fer, des pieces de 
monnaie, des morceaux de bronze (bracelet, fibules ires- 
ornees et une boucle), des morceaux de verre, une meule 
de moulin, des fragments de tuiles, de soucoupes en terre 
sigillee, avec des enjolivements divers, d'amphores, de 



(I) Cette note, extraite de la copie du maniiscrit des Annalesdu ffai- 
naut de F/nchant , qui repose a la Bibliotheque de Bourgogne et qui est 
li-es-fantive . n'a pu etre collalionnee sur le manuscrit que Ton croit etre 
le manuscrit autographe. Ce manuscrit , 3 vol. in-fol. , sur papier , finit a 
Tan hi 35. II fait partie de la Bibliotlieque publique de Mons et se publie, 
clu:/ M. Em. Hoyois , par la Suciete des bibliophiles. Le second volume est 
sur le point de paraitre. 



( 199 ) 

vases et de poliches de terre de differences pales (1), des 
ossemenls, elc., elc. : 

Les champs sont reellemenl couverls de debris. 

M. Pinchart a donne des delails sur ces decouverles, 
dans ses deux memoires. 

II esl probable que 1'ancien chemin de Mons a Conde, 
par Haulrages, qui passe a Ghlin, pres de la maison Mil- 
forl, el qui louche aux endroits de Ghlin el du Terlre, ou 
nous avons Irouve de nombreux debris anliques, se rac- 
cordail jadis, a Fest, par le chemin dil des postes, avec la 
chausse'e des Romains qui existe a Nimy-Maisieres, el a 
1'ouesl avec la chaussee Brunehault, donl on renconlre 
des vesliges pres de Monlroeul-sur-Haine el a OEude- 
ghien , elc. , etc. 

Plus au sud, a proximite de Mons, le Irace de celte 
chaussee des Romains n'a pas encore ele relrouve. 

En examinanl allenlivemenl la posilion des lieux ou 
des resles d'anliquiles on I ete decouveiis dans la vallee de 
la Haine, on remarque qu'ils 1'onl ele, surloul sur ses 
llancs, dans les lieux el eves, el tres-peu dans le fond, qui 
esl une plaine horizontale pourvue de marais. 

Celle-ci elanl 1'effet d'alluvions modernes el exposee, 
depuis les lemps historiques, a eprouver les eilels des 
inondalions, de 1'erosion exercee sur les flancs de la val- 
lee, par I'aclion des eaux pluviales, elc., devail elre peu 
habitee anciennemenl. Ce n'esl que par son exhaussemenl 



(1) Noire parent, M. Albert Toilliez, possede, dans son cabinet, des debris 
dcplus de 50 vases differcnls provenant de cette riche localite. ou, a diffe- 
renles epoques , on a trouve , ainsi que dans le voisinage , des debris de 
poteries et des pieces de monnaie. On vient encore d'y decouvrir une i)iece 
de monnaie, recouveiie d'un plaque d'argent. 



( 200 ) 

incessant, la diminution de son bumidilo ualurclle el de 
sos emanations palndiennes, qu'elle a pu recevoir, de nos 
jours, un assez grand nombre d'babitations. 

Toutcfois, la population anciennc nc choisissaii pas 
ses etablissements a une grande distance du fond de la 
vallee; elle stationnait le plus pros possible de la riviere 
de la Haine ou des fonlaines, en des endroits sees, au sol 
sablonneux ou argilo-sablonneux, oil la craie se montre 
a jour. II est digne de rcmarque que les differentes cou- 
cbes de la formation crayeuse pouvaient etre exploiters 
pour la fabrication des instruments de silex, la confection 
des tuiles, des poteries, du verre, etc.; elles oil'raient 
encore de la tcrre, pour faire des constructions en pise 
et pre'senlaient meme, localement, du mineral de fer. 



- L'epoque de la prochaine seance a ele fixee an lundi 
octobre. 



201 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance du 4 aoul 1848. 

M. ALVIN, dircclcur. 

M. FETIS, faisant les fonctions de secretaire. 

Sont presents : MM. Braemt, De Keyzer, G. Geels, Hans- 
sens, Madou, Navez, Suys, Verboeckhoven , J. Geefs, Corr, 
Snel, F. de Brackeleer, Baron, Parloes, E. Felis, Fraikin, 
membres; Bock et Calamatla, associe's. 



CORRESPONDANCE. 



- M. le Ministre de I'interieur transmet une copie de 
1'arrele royal du l (r juin, approuvant les modifications 
fa i les aux arlicles 10 el 15 dcs statuts organiques, con- 
cernanl la residence des direcleurs des classes. 

- L'auleur d'un des poe'mes deslines au concours ou- 
verl par le Gouvernemenl, envoie une nouvelle redaction 
de son ouvrage, Frangoise de Rimini, et demandea n'etre 
juge que sur cette seconde copie; les rectilicalions, dit-il, 



( 202 ) 

ne loucliant ni an fond ni meme essentiellement a la forme 
du travail. La classe passe a 1'ordre du jour. 

- Le secretaire fait connaitre que le manuscrit du 
poeme portant Fepigraphe : Qui trop embrasse mal etreint, 
a en effet ete retrouve par 1'administration des postes, et 
qiril a ete constate que la remise avail eu lieu avant le 
terme fatal. Le poeme sera done admis au concours, con- 
formement a une decision prise dans la seance prece- 
dente. 

- La classe s'est constitute ensuite en comite secret 
pour arreter les dispositions relatives a la seance publique 
et aux elections du mois de septembre prochain. 



OUVRAGES PRESENTES. 



Rapports du jury et documents de I'exposilion de I'industrie 
beige en 1847. Bruxelles, 1847; \ vol. in-8. 

Catalogue des accroissements de la Bibliotheque royale en 
livres imprime's, en cartes, estampes et en manuscrits. 9 e partie. 
Bruxelles, 1848; in-8. 

Colard Mansion et les imprimeurs brugeois du XV e siecle, 
par I'abb6 Carton. Bruges, 1848; in-8. 

Les trois freres Van Eyck. Jean Hemling. Notes sur ces 
artistes, recueillies par 1'abbe C. Carton. Bruges, 1848; 1 vol. 
in-8. 

West-Vleteren. Notes sur quelques peintres verriers de la 
province. Bruges, 1848; in-8. 



( 205 ) 

Les historiens Chretiens de I' Occident au F e siecle. La chroni- 
que d'Idatius, par Felix Neve (extrait de Y University catholique). 
Paris, 1848; in-8. 

Notices pour servir a fhisloire litter aire de I' Universite' de 
Louvain, par Felix Neve. Louvain, 1848; in-12. 

Notice bibliographique sur les traductions italiennes, espagno- 
/e.s% port ugaises , francaises, anglaises, allemandes, hollandaises, 
danoises, polonaises et grecques des satires de Perse, par le doc- 
teur Jules Tarlier. Bruxelles, 1848; in-8. 

Mort et apotheose d'Hercule, par J. Roulez. Paris, 1848; 



Memoires d'archeologie comparee asiatique , grecque et etrus- 
que, par M. Raoul Rochette. Premier mmoire. Paris, 1848; 
1 vol. in-4. 

Memoires d'archeologie comparde asiatique, grecque et etrus- 
que , par M. Raoul Rochette. Premier memoire sur Cffercule 
assyrien et phenicien considere dans ses rapports avec I'Hercule 
grec, principalement a I'aide des monuments figure's. Paris , \ 848 ; 
\ vol. in-4. 

Maison communale de Molenbeek-Saint-Jean lez-Bruxelles. 
Projet de M. Van der Rit, approuv^ en seance du 25 Janvier \ 848. 
(Plan lithographic repr^senlant la facade de r&lifice.) 

Tableau synoptique et synonymique des especes vivantes et fos- 
siles de la famille des arcacecs, avec I' indication des depots dans 
lesquels elles ont ete recueillies, par M. H.-P. Nyst (extrait du 
tome XXII des Memoires de I' Academic). Bruxelles, 1848; in-4. 

Observation de choree intense guerie rapidement par I'arsenite 
depotasse, par le docteur Dieudonne. Bruxelles, 1848; in-8. 

Essai sur la theorie des moindres carrfe, par Lambert Bou- 
vier. Bruxelles, 1848; in-8. 

Observations sur le metamorphisme normal et la probabilite de 
la non-existence de veritables roches primitives a la surface du 
globe, par M. Virlet d'Aoust. Paris, 1847; in-8. 

De {'abolition du remplacement militaire. Avis a tous les peres 
de famille. Bruxelles, 1848; in-8. 



( -204 ) 

Bulletin de I' Academic royale de medecine dc Belyique. T. VII, 
n 8. Bruxelles, 1848; in-8. 

Annales et bulletin de la Societe de medecine dc Gand. 1848, 
7 C livraison. Gand; in-8. 

Annales de la Societe de medecine d' Anvers. Livraisons de juin 
et de juillet 1848. Anvers; in-8. 

Annales de la Societe medicale denudation de la Flandre occi- 
dentale, etablie a Roulers. (5 e livraison, juin, 1848. Roulers;in-8. 

Annales de la Societe medico-chiruryicale de Bruges. Tome 
IX, 2 e livraison, 1848. Bruges; in-8. 

Repertoire dc la Societe de medecine de Boom. i re an nee, livrai- 
sons d'avril, mai et juin 1848. Boom; in-8. 

Archives de medecine militaire , journal dcs sciences me'dicales, 
pharmaceiitiques ct veterinaires. A. Meynne, r&lacteur. Tome II, 
i cp cahier. Bruxelles, 1848, in-8. 

Journal de medecine, de chiruryie et de pharmacoloyie, public 
par la Sociele des sciences me'dicales et naturelles de Bruxelles. 
Cahier d'aout 1848. Bruxelles; in-8. 

Journal de pharmacie, public par la Societ^ de pharmacie 
d' Anvers. 4 e annee, juillet 1848. Anvers; in-8. 

Journal vete'rinaire et ayricole de Belyique, publid par MM. 
Brogniez, Delwart, Froidmont, Graux, Scheidweilcr et Tbier- 
nesse. Gahiers de mai et juin 1848. Bruxelles; in-8. 

Annales d'oculistique , publiees par le docteur Florent Cunier. 
4 e scrie; tome I er , 5 e et 6 e livraisons, mai ct juin ; tome II, l re et 
2 e livraisons, juillet et aout. Bruxelles, 1848 ; in-8. 

Le progres medical, organe dcs 'interets professionals et scien-* 
tiftques des mededns, des pharmaciens et des medecins veleri- 
naires de Belyique. l re annde, n os 30 a 54. Bruxelles, 1 848 ; in-fol. 

Gazette medicale beige, journal hebdomadaire , redige" par les 
doctcurs Ph.-J. Van Meerbeeck et Ch. Van Swygenboven. Juil- 
let et aout 1848. Bruxelles; in-fol. 

Annales de la Societe royale d' agriculture ct de botanique de 
Gand, journal d' horticulture et de sciences accessoires, redige par 



( 205 ) 

Charles Morren. Livraisoris de juin ct dc juillct 1848, 4 C annee, 
n os 6 ct7. Gand, in-8. 

Journal historique et lilteraire. Tome XV, 4 e livraison , aout 
1848. Liege, in-S. 

Le progres beige, ratiomiel-harmoniquc; feuille hebdomadaire , 
politique, litter aire, artistique ct theatrale, redaction exclusive- 
irient beige et Rationale. N os 1 a 10. Bruxelles, 1848. 

Comptes rendus hebdomadaircs des seances de C Academic 
des sciences. Tome XXVII, n os 1 a 6, 2 e semestre 1848. Paris, 
in-4. 

Bulletin de la Societe geologique dc France. C 2 e serie , tome V, 
feuilles 9 a 15. Paris, 1848; in-8. 

Revue zoologique par la Societe cuvierienne, publiee sous la 
direction de M. F.-G. Guerin-Meneville. 1848, n os 5 et 6. Paris, 
in-8. 

Coup d'ceil sur les publications dc la Societe d'histoire de la 
Suisse romande, suivi des noms des societaires et du reglement dc 
lasociete. Lausanne, 1846; in-8. 

Bulletin des seances de la Societe vaudoise dcs sciences natu- 
rclles. N 17. Lausanne, 1848; in-8 () . 

Extrait du programme de la Sociele hollandaise des sciences 
pour I' annee 1848, 1 feuille. 

Flora batava, of afbeclding en beschn'jving van ncderlandschc 
gcwassen , door Jan Kops en J.-E. Van der Trappen. Aflevering 
149 lot 152. Amsterdam, 1848; in-4. 

Vereinte deutsche Zeitschrift fur die Staats-Arzneikundc, 
herausgegeben von Schneider, Schurmayer, Hergt, Siebenhaar, 
Martini. Jahrgang 1848, neue Folge, dritter Band, zweites 
Heft. Freiburg, 1848; in-8. 

Report of the seventhecnth meeting of the British association 
for the advancement of science, held at Oxford in June 1847, 
London, 1848; 1 vol. in-8. 

Epistolarium or fasciculi of curious letters together with a few 
familiar poems and some account of the writers as preserved 



( -200 ) 

among the Mss. of the Forsler family , by F Fasciculus I. 

Bruges, 1845; 1 vol. in-8. 

The annals and magazine of natural history including zoo- 
logy, botany and geology. Second series, vol. I, n os 1-6. London , 
1848; in-8. 

Corrispondenza scientifica in Roma. Anno 1. n 08 44 et 45. 
Rome, 1848; in-fol. 

De laudibus quibus veteres Lovaniensium theologi efferri pos- 
sunt. Oratio quani die 26 julii 1848 habuit P.-F.-X. De Ram, 
rector Univ. cath. , quum viros erud. H.-J. Feye et C. De Blieck 
more majorum renunciaret. Lovanii, 1848; in-8. 

Dissertatio inauguralis de Boethio philosopho quam cum sub- 
jectis thesibus pro gradu acad. doct. philos. et litterarum in Uni- 
vers. cath. rite et legitime consequendo propugnabil F.-J.-J. Tous- 
saint. Lou vain, 1848; in-8. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES , 

DES 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 

1848. N 9. 

CLASSE DES BEAUX-ARTS. 

Seance du 22 septembre. 

M. ALVIN, direcleur. 

M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Braemt, F. Fetis,Leys, Madou, 
Navez,Roelandt, Eug. Simonis, Suys, Van Hasselt, Eug. 
Yerboeckhoven , Ie baron Wappers, J. Geefs, E. Corr, 
Snel, Ern. Buschmann, Baron , Ferd. De Braekeleer, Frai- 
kin, Ed. Fetis, membres; Daussoigne-Mehul , associe. 

M. Schayes, membre de la dasse des lettres, assiste a la 
seance. 



TOME xv. 14. 



208 



CORRESPONDANCE. 



Le secretaire perpeluel fait connaitre qu'il a rec.u de 
M. le Ministre de 1'interieur ditfe'rerites lettres dont il 
donne communication. Ces lettres ont pour objet : 

1 De demander si la proclamation du resultat du con- 
cours pour la composition d'un poeme d'opera, nepourrait 
avoir lieu a la seance publique de la classe des beaux-arts; 

2 De proposer de rattacher a la merne ceremonie la 
proclamation des recompenses a decerner a 1'occasion de 
1'exposition nationale des beaux-arts de 1848, afm de 
resserrer encore plus etroitement les liens qui unissent 
la classe des beaux-arts aux artistes ; 

5 D'informer que M. Fetis, directeur du Conservatoire 
royal de musique de Bruxelles , venait de recevoir la par- 
tition de M. Lemmens, deuxieme prix du grand concours 
de composition musicale de 1847, pour etre executee a la 
prochaine seance publique de la classe des beaux-arts; 

4 De transmettre trente lettres d'invitation pour Finau- 
guration du monument de Godefroid de Rouillon et 1'ou- 
verture du salon d'exposition des beaux-arts. 

Au sujet des deux premieres lettres, la classe approuve 
le bureau d'avoir acceple les propositions deM. le Ministre. 

En ce qui concerne la quatrieme lettre, le secretaire 
perpetuel fait connaitre que le nombre des invitations 
etait insuffisant pour tous les membres, et que ces invita- 
tions sont parvenues trop tard pour pouvoir etre envoyees 
aux membres etrangers a'la ville de Bruxelles. 



( 209 ) 

II a ete decide que, quand des invitations ne seront 
point nominatives, elles nc seront plus distributes a Pa- 
venir, a moins d'etre en nombre suffisant pour etre adres- 
sees a tous les membres de 1'Academie. 

Le secretaire donne ensuite lecture d'une cinquieme 
letlre de M. le Ministre de 1'interieur, ainsi conc.ue : 

Bruxelles, 20 septembre 1848. 

MONSIEUR LE SECRETAIRE PERPTUEL, 

J'ai rec,u avec votre lettre dn 5 de ce mois , les poemes in- 
tituled : holme ou les Chaperons blancs et Les deux pretendanls , 
auxquels la commission, nominee par la classe des beaux-arts, a 
i'effetde iuger le concours relatif aux poemes d'ope"ra, a decerne 
respectivement le premier et le second prix. 

)> L'ouverture des billets cachete"s qui accompagnaient ces 
poemes, a fait connattre que Fauteur du premier est M. Joseph 
Gaucet, de Lie"ge, et 1'auteur du second M. Felix Kamper. Ce 
dernier nom est un pseudonyme qui a et6 adopts par M. Louis 
Schoonen, de Bruxelles, lequel s'est d^clar^ 1'auteur des Deux 
pretendants. 

)> J'aurai Thonneur, Monsieur le Secretaire perpetuel, de vous 
faire parvenir les deux rnedailles a reinettre aux laur^ats. 

Agr^ez, etc. 

- Un auteur reclame le manuscrit du poemequ'il a en- 
voye an concours des poemes d'opera, ouvert par le Gou- 
vernement. 

II est decide que les manuscrits des poemes qui ont con- 
couru, doivent rester annexes an proces- verbal du juge- 
ment rendu par le jury de la classe des beaux-arts ; mais 



( 210 ) 

qu'il pent en elre prisdes copies an secretarial, conforme- 
menl aux usages des concours academiques. 

- M. W. Wyon , associe de ['Academic et graveur de 
la monnaie a Londrcs, fait hominage d'un exemplaire en 
argent d'une medailledc sa composition, avec figures alle- 
goriqnes, deslinee a servir de recompense pour les ser- 
vices rcndusen mer. Remerciments. 



CONCOURS DE 1848. 



La classe avail mis au concours cinq questions; trois 
sont restees sans reponse; ce sont les I 10 , 2 e et 5 e questions. 

TROISIEME QUESTION. 

Quel est, parmi les divers types de I' architecture jusqu a 
present employes dans la construction des temples Chretiens, 
celui qu'il convicndrait d'appliquer aux monuments religieux 
de la Belgique , eu egard au climat, aux ressources et aux 
pr ogres de I' Industrie? 

Les concurrents rechercheront egalement, si , par les pro- 
gres des sciences, et notamment de la metallurgie, on ne pour- 
rait pas, en introduisant denouvelles comMnaisons , donner 
aux e'glises un cachet d'originalile. 






(211 ) 

RAPPORT. 

Commissaires : MM. Suys, Par toes et Schayes, rapporteur. 

Deux memoires out ete envoyes en reponse a celte 
question. Le premier porte pour epigraphe : 

Rien n'est de bon gout, s'il n'est nlile ; 
rien n'est beau , s'il n'est naturel. 

Et le second : 

Rien n'est beau que le vrai. 

Le memoire n 1 est divise en deux parties. Traitant 
dans la premiere partie du type d'architeclure qui eonvien- 
drail le mieux a nos monuments religieux, 1'auteur blame 
les artistes qui se bornent & copier servilement, dans le 
plan et rordonnancedeseglises, les monuments elevesaux 
epoques anterieures, tant ccux de I'antiquitc classique que 
ceux du moyen age. II ne pretend pas neanmoins que Ton 
rejette aveuglement ce qui se rapporte a ces styles; car il 
ne croit pas que Ton parvienne de nos jours a introduire 
un type arcbitectural entierement neuf, mais il veut que 
Ton ne cherche dans les traditions du passe que ce qui 
peut s'adapter le plus convenablemenl a la destination de 
nos edifices modernes, aux materiaux que iburnit notre sol 
et aux exigences de notre climat; il se prononce done con- 
Ire tout systeme absolu, qui, suivant lui, ne conduit qu'a la 
bizarrerie et a I'absurde. Pour la composition du plan d'un 
monument religieux, il iaut cboisir ce qu'il y a de mieux 
dans les dispositions et les types de tous les grands monu- 
ments, dont la ibi religieuse a couvert le sol de la Bel- 
gique an moyen age, et auxquels 1'auteur trouve un carac- 
tere distinct de celui de tous les styles d'arcbilecture qui 



(212) 

ont precede cette periode. Cependant le style roman lui 
parait devoir servir de point de depart, comme etant le 
plus en harmonic avec nos besoins, nos mceurs, nos 
croyances religieuses et nos materiaux. Se livrant ensuite 
a quelques reflexions sur la direction a donner a 1'etude 
de rarchitecture dans nos ecoles academiques, il est d'avis 
que Tart grec ne doit entrer dans renseignement que 
comme partie accessoire, en quelque sorte comme une 
simple question d'archeologie; mais que c'est chez les 
grands maitres du XIII e siecle et de la renaissance que 
1'eleve doit chercher ses inspirations. II termine cette 
premiere partie de son memoire en disant que, dans la 
construction des edifices, il faut avoir moins egard a 1'ele- 
gance des formes et a la richesse de la composition qu'aux 
exigences du climat d'un pays et aux materiaux que recele 
son sol. 

La seconde partie du memoire, qui ne contient que six 
pages, est consacree a 1'examen des materiaux qui doivent 
entrer dans la construction des eglises. Apres avoir dit 
que le perfection nement des machines et des moyens de 
transport facililera 1'emploi des pierres d'une plus grande 
dimension, Tauleur recommande specialement la mise en 
oeuvre du fer, surlout dans les combles, les voutes, les 
plafonds, ainsi que dans les compartiments des grandes 
fenetres. La substitution du fer au bois et a la pierre doit 
modifier essentiellement, dit-il, les types anterieurs, car 
les piliers, les murs et les eperons on contre-forts en fer, 
ayan t moins de pesanteur et de poussee que ceux en pierre, 
pourront avoir des dimensions infmiment moindres que 
ces derniers. 11 recommande egalement 1'emploi des vitraux 
peints et des terres cuites, d'un usage si general dans les 
edifices anciens, et conclut en declarant de nouveau que, 






(213) 

d'apres ses eludes et sa conviction, le style roman est 
celui qui convient le mieux a nos edifices religieux, mais 
qu'aucun type ne doit prevaloir exclusivement sur tout 
autre, parce que chaque style d'architecture a produit des 
monuments egalement admirables. 

L'auteur du memoire n 2 a partage son travail en trois 
parties. Dans les deux premieres parties, qui occupent les 
cinq sixiemes du memoire, il entreprend de soutenir une 
these aussi neuve que singuliere, celle qu'il a regne con- 
stamment, taut dans 1'ordonnance que dans 1'ornemen- 
tation des eglises, depuis 1'origine du christianisme jus- 
qu'au XV e siecle, un type uniformed'architecture religieuse 
et symbolique dont 1'origine remonte a la creation de 1'uni- 
vers; que Dieu 1'enseigna lui-meme dans la Bible, et quece 
type n'est autre que 1'architecture ogivale, que 1'auteur 
trouve deja appliquee a la construction del'arche de Noe, 
a la tour de Babel et au temple de Salomon. Aussi, sui- 
vant lui, la veritable denomination de cette architecture 
est-elle, non pas architecture ogivale ou gothique, mais 
architecture de Dieu, en allemand Gottes Baukunst; car ce 
n'est que par ignorance, pretend-il, que 1'on metamor- 
phosa le mot Gotles en celui de gothique. 

Void les arguments que 1'auteur avance a 1'appui de ce 
systeme plus que hardi. 

Apres avoir parle en pen de lignes des premiers lieux 
de reunion des 'chretiens, qui ne furent d'abord que des 
maisons particulieres, des champs ouverts, des forets et 
des prisons, puis des catacombes qu'ils decorerent de pein- 
tures representant des scenes de la Bible, il passe aux 
edifices qu'apres trois siecles de persecution , ils purent 
elever dans le but special de les consacrer a leur culte. 

Le meme livre (la Bible), dit-il , qui avait fourni a leurs 



( 214 ) 

aiiretres les stijets dont ils avaient decore les catacombes, 
leur scrvit do traite cornplet d'architecture, puisqu'ils y 
trouvaient la description deiaillee des irois monuments les 
plus remarquables qui aient jamais existe (1); monuments 
construits sous les ordres du seigneur qui en avail present 
les formes, les dimensions, la distribution et jusqu'aux 
moindres details des ornements. Cependant 1'auteur nous 
semble en contradiction avec lui-meme, lorsqu'il avance, 
quelques lignes plus bas, que les basiliques romaines ser- 
virent de modele aux premieres eglises chretiennes, sauf 
les modifications introduites par 1'addition des transepts 
et des figures et ornements symboliques. Le temple de 
Salomon lui parait surtout avoir servi, pour la forme et les 
proportions, de type aux edifices religieux de 1'Orient, 
apres la fondation de Constantinople; mais les deuxseules 
preuves sur lesquelles il base cette opinion, ne sont rien 
moins que concluantes. C'est d'abord la description qu'Eu- 
sebe nous a laissee de son eglise metropolitaine deCesaree, 
et dans laquelle tout lecteur impartial ne verra que celle 
d'une basilique romaine a trois nefs, et precedee de 1'ad- 
dition chretienne de Yatrium ou avant-cour. Puis cette 
exclamation de I'empereur Justinien, lorsqu'il assista a la 
dedicace du temple de S te -Sopbie, je t'ai surpasse, Salo- 
mon , comme s'il avait voulu dire par la qu'il avait fait 
elever une eglise sur le plan du temple de Salomon , mais 
qui surpassait en beaute son modele ; tandis que par ce cri 
de joie, Justinien, fier de son oeuvre, avait seulement pre- 
tendu temoigner qu'il avait edge a 1'Eternel un temple plus 



(1) L'auteur parait entendre par ces monuments I'archc <le Noe, le taber- 
nacle de Moi'se et le temple de Salomon. 



( 215 ) 

digne de lui et plus splendide que celui tant prone par les 
J nil's, el que les Chretiens, d'apres les descriptions pom- 
ponscs de la Bible, supposaient avoir ete un monument de 
la plus grande beaute, bien qu'en realile ce fameux temple 
de Salomon ne fut, sous le rapport de ['architecture, qu'un 
bailment assez mesquin et d'une etendue fort mediocre (I). 
Mais c'est dans les eglises construites dans toute la 
chretien te, entre le XI e et le XV e siecle, qu'il retrouve 
1'image la plus frappante de ce temple, et voici encore 
uue preuve des plus singulieres qu'il allegue a 1'appui de 
cette assertion : Le portail eleve, dit-il, indique par 
Eusebe (dans sa description de la basilique de Cesaree) , 
mais inconnu dans les eglises de 1'Occident et du Nord , se 
trouve figure dans quelques constructions de cette epoque, 
par deux tours cylindriques qui rappellent les colonnes 
d'airain placees a 1'entree du temple de Salomon; Gand 
et Bruges en conservent de precieux souvenirs. Dans la 
premiere de ces villes, on remarque 1'eglise paroissiale de 
Saint-Nicolas, et dans la seconde celle de Nolre-Dame. 
Or, le portail eleve de 1'eglise d'Eusebe n'est autre que le 
mur droit termine en pignon et perce de trois portes, 
repondant aux trois nefs, qui lermait invariablement la 
partie anterieure de toute basilique chretienne du Y e sie- 
cle; et s'il etait permis de voir dans les tours jumelles 
qui, a dater du Xl e siecle, encadrent frequemment les por- 
lails des eglises, quelque reminiscence du temple de 
Salomon , ce ne sont pas les deux colonnes d'airain pla- 
?ees a I'entree de ce temple qu'elles devraient represcnter, 



(!) Voir les plans, coupes et elevalions de ce temple dans Stieglitz, Bei- 
rihjK zur GeschichlG Her dusbildung der Suukunst. Leipz., 1834, 1 C Thcil. 



( 216 ) 

mais les pylones qui en flanquaient la face anterieure, 
comme aux temples egyptiens, dont celui de Salomon 
n'etait qu'une imitation grossiere et sur des proportions 
reduites. 

En parlant des croisades et de leur influence sur 1'etat 
des arts en Europe, et notamment de 1'architecture, 1'au- 
teur semble tomber dans une nouvelle contradiction avec 
ce qu'il a avance anterieurement, lorsqu'il penche vers 
J'opinion des archeologues qui attribuent aux Arabes 
rinvention du style ogival; mais il reprend aussitot que 
ce type n'esten realite que I'accomplissementde 1'archi- 
tecture sacree et symbolique, pratiquee depuis les pre- 
miers siecles et dont le moindre detail de principes est ren- 
ferme dans la Genese, 1'Exode, les Paralipomenes ou les 
Livres des Rois. Ainsi, 1'arcade ogivale en tiers-point, 
considered comme le cachet de 1'architecture gothique, 
ne serait qu'une figure tiree de la Genese ou la descrip- 
tion de la fenetre qui eclairait 1'arche de Noe : Fenestram 
in area fades et in cubito consummates summitatem ejus, 
en donne, dit 1'auteur, la definition la plus correcte. 
Aussi n'hesite-t-il pas a declarer que Tarche de Noe etait 
construile d'apres les principes du style ogival. II voit 
meme dans cette pretendue fenetre ogivale une forme 
eminemmerit symbolique et qui a ete reconnue comme 
rembleme de la divinite. 

L'arche de Noe etant, dans 1'opinion de Fauteur, le 
seul monument reste debout sur la terre, apres le deluge, 
dut necessairement servir de modele aux constructions 
elevees par les fils de ce patriarche, et principalement 
a la tour de Babel ; et il ne fait aucune difticulte de 
croire qu'il existe encore dans les diflerentes contrees 
assignees aux enfants de Noe, de nombreux edifices de 



( 217 ) 

style ogival qui out traverse un laps de temps egal a celui 
<Je la moitie de 1'existence du monde. 

Outre le verset de la Genese qui concerne la fenetre 
de 1'arche de Noe, 1'autcur du memoire cite encore a 
1'appui de la haute anliquite de 1 'architecture ogivale, le 
verset 4, chap. VII, du livre III des Rois qui nous ap- 
prend, dit-il, <|ue les fenetres du temple de Salomon 
elaienl obliques. Si cetle expression, ajoute-t-il, est ap- 
plicable a la partie superieure, il ne peut resler aucun 
doute que les fenetres du temple ne fussent semblables a 
celles de 1'arche; car deux lignes obliques posees en sens 
inverse Torment un angle ou un coude. 

Passant de la forme ogivale, comme type general , aux 
details et a chaque partie d'une eglise construite dans ce 
style architectural, 1'auteur y decouvre encore partout des 
imitations du temple de Salomon : ainsi les colonnes ou 
piliers, formees de nombreuses colonnettes cylindriques 
ou prismatiques, reunies en faisceau, rappellent les pieds- 
droits a cinq pans des portes du sanctuaire du temple; 
les portes d'eglise partagees au centre par un trumeau , 
sont absolument semblables a celles de cet edifice; les 
tours jumelles qui surmontent les portails des eglises 
sont calquees sur le vestibule du temple, qui s'elevait a 
la triple hauteur du corps de 1'edifice (1); les galeries de- 
coupees a jour, les panaches pyramidaux ou tourelles 
couronnees d'un lleuron gothique, les bouquets et les ori- 
flammes, toute cette ornementation est dairement de- 
peinte dans 1'Exode; les ornements en ileurs de lis ou 



(1) Nous avons vu qu'ailleurs I'auteur pretend queces tours representent 
deux colonnes d'airain placet's devant les portes dn temple. 



( 218 ) 

trefles sont imites du chandelier a sept branches; les 
feu flies qui decorent les panneaux des porles et des boi- 
series gothiques ne soul qu'une copie des lames d'or men- 
tionnees an livre III, chap. VI, 2, des Livres des Rois; 
eniin, les gargouilles meme placees sur la toiture des 
eglises, oil elles servent a 1'ecoulement des eaux, ne sont 
point de simples figures fantastiques, comme se 1'ima- 
gine le profane vulgaire qui n'est pas initie au grimoire 
mystique; mais des diableries tirees du rituel des exor- 
cismes prononces a la dedicace des eglises. Les nombres 
mystiques de 5, 7 et 12 qui, suivant 1'auteur, president dans 
toute 1'ordonnance de 1'arche, du tabernacle et du temple 
de Salomon , se retrouvent egalemenl dans la distribution 
des eglises, des les premiers siecles du christianisme. Telle 
est la division des eglises en trois et en cinq nefs, dans 
laquelle nous ne reconnaissons, nous, que la distribution 
interieure des basiliques romaines. Mais ce qui doit nous 
paraitre bien plus extraordinaire, c'est que les voiites de 
la nef centrale n'ont une plus grandc elevation que celles 
des bas cotes, que pour marquer la superiorite de la loi 
nouvelle sur la loi ancienne; que les murailles qui sou- 
tiennent ces voutes principales etaient ornees d'une gale- 
rie de statuettes, pour rappeler les tombeaux creuses dans 
les parois des catacombes ou les saints qui portent les 
prieres des fideles devant le trone du Seigneur. Avec un 
esprit aussi porte au myslicisme que celui dc 1'auteur du 
mernoire, il n'etait pas difficile non plus de retrouver par- 
tout rimage de la trinite : dans les trois nefs d'une eglise , 
dans les meneaux, les trefles et les rosaces qui subdiviscnt 
les fenelres ogivales, dans les bouquets pyramidaux ornes 
de monogrammes qui decoraient les autels et jusque dans 
les moindres plis des ajustements des figures celestes. 






( 419 ) 

Nous ne suivrons pas plus loin 1'aulcur clans Ic dedale 
de scs explications mystiques; celles que nous venons de 
faire connaitre suffiront pour donner une idee de son 
sysleme entier et pour prouver combien, en jouant trop 
sur les mots on en idealisanl trop les choses, I'liomme !e 
plus ingcnieux peut souvent tomber dans les aberrations 
les plus etranges. En voyant du mystere et des emblemes 
religieux jusque dans les details d'ornementation les plus 
insignifiants, on finirait par attribuer un caractere de sain- 
tete aux figures grotesques, et souvent d'une obscenile re- 
voltante, que le genie capricieux et libertiri des artistes du 
moyen age a prodiguees dans un si grand nombre d'eglises. 

Dans la scconde partie de son memoire, 1'auteur traite 
de 1'etat de I'architecture religieuse depuis le XV e siecle 
jusqu'a 1'cpoque actuelle. L'archilecture symbolique, mo- 
difiee, enrichic et graduellement perfectionnee , lomba, 
dit-il, en desuetude et fut enfin totalement abandonnee, 
ce a quoi les evenements du XV e siecle contribuerent 
puissamment. II cite a ce propos les guerres intestines qui 
desolerent la France sous le regne de Charles VI, les trou- 
bles occasionnes par la reforme en Boheme et en Alle- 
magne. II accuse aussi Timprimerie d'avoir fait perdre de 
vue le sens mystique renferme dans les symboles. En Ita- 
lic, la renaissance de la litteraturc classique fit negliger le 

oyen age pour 1'antiquile pa'ienne. Les architectes se 

ouerent exclusivement a Tetude des monuments romains 
qui existaient encore en si grand nombre dans cette cori- 

ree, et en introduisirent le type dans toutes leurs con- 
structions. Ce nouveau style architectural , connu sous le 
nom de renaissance, se propagea rapidement dans loute 
1'Europe civilisee. 11 cite la Belgique comme un des pays 

Iui lurent les premiers a suivre cette impulsion; mais il 



( 220 ) 

n'en produit comme exemple que la seule ville de Bru- 
ges, qui possede en effet plusieurs edifices construits en 
style de la renaissance , des la premiere moitie du XVP sie- 
cle , pour servir de residence aux consuls ou a de riches 
families italiennes. Dans le reste de la Belgique, les edifi- 
ces publics ou prives, construits dans ce style pendant le 
XVP siecle, sont au contraire fort rares, et il nous parait 
incontestable que 1'architecture ogivale continua a y pre- 
dominer sur 1'architecture romaine pendant une grande 
par lie de ce siecle. Ainsi , dans le Brabant , nous ne con- 
naissons que deux edifices d'une certaine importance qui 
aient ete construits dans le style de !a renaissance pendant 
Unite la duree du XVI e siecle : I'hotel de Granvelle a 
Bruxelles, et le college Vandale a Louvain. Dans la pro- 
vince d'Anvers, nous n'en trouvons egalement que deux : 
1'hotel de ville d'Anvers et la maison Hanseatique. Dans les 
provinces de Hainaul , de Namur, de Limbourg et dans les 
deux Flandres, a {'exception de Bruges, nous ne pourrions 
meme en citer aucun, et dans celle de Liege on ne trouve 
que le seul portail de 1'eglise de Saint-Jacques, edifice cons- 
truit en style ogival, comme plusieurs autres eglises de 
cette ville, dans le courant du XVP siecle. II nous serait 
meme aise de donner la lisle d'un grand nombre d'edilices 
de la Flandre occidental, sans en excepter la ville de 
Bruges, qui ont ete batis en style gothique dans la pre- 
miere moitie dn XVII 6 siecle, lorsque ce mode d'archi- 
teclure avait cesse d'etre en vogue dans toutes les autres 
provinces de la Belgique. 

L'auteur du memoire adresse aux architectes du XVI e 
siecle le reproche d'avoir, en adoptant les ordres grecs 
et romains, introduit dans leur application des modifi- 
cations contraires an veritable esprit de 1'architecture 



( 221 

antique, telles que la colonne torse, (lout on trouve ce- 
pemlant deja de nombreux exemples dans les monuments 
des IIP, IV e et V e siecles; les frontons brises, dont Fappli- 
cation n'est pas moins ancienne; 1'in trod uction dans les 
eglises de cariatides, de sa tyres et d'autres figures et 
ornements appartenant au paganisme. C'est avec raison 
qu'il attribue la propagation de ce systeme peu rationnel 
de decoration en Belgique a la devastation complete des 
eglises par les iconoclastes, vandalisme a jamais regret- 
table, qui imposa la necessite de remeubler a neuf toutes 
les eglises, lorsque la Belgique 1'ut rentree sous la domi- 
nation espagnole. 

II allegue avec la meme raison un autre motif de la pro- 
pagation universelle de 1'architecture romaine en Belgi- 
que : la piete des archiducs Albert et Isabelle, sous le 
regne desquels s'eleverent de nombreuses eglises conven- 
tuelles, toutes baties dans ce style. 

L'auteur parle ensuite des vains efforts tentes par 
Louis XIV pour introduire en France un nouveau style 
d'architecture , de Torigine et des progres du style ma- 
niere, connu sous la denomination de style rococo ou Pom- 
padour, qu'il qualifie d'ordre du desordre, et auquel nean- 
moiiis la Belgique est redevable de quelques-uns de ses 
plus beaux monuments, tels que le palais du Roi a An- 
vers et la cathedrale de Namur. 11 ne nous parait pas ren- 
dre aux tentatives faites sous le regne de Louis XVI, pour 
ramener 1'architecture greco-romaine a sa purele primi- 
tive, toute la justice qui leur revient et que peut revendiquer 
en partie notre arcbitecte Dewez, que nous ne craignons 
pas de mettre en parallele avec les Soudlot et les Vanvi- 
telli, sans contredit, les premiers architectes du XVIII e 
siecle. 



( 222 ) 

A pros avoir signale la funeste inlluencc quo la revolu- 
tion franchise exerca sur les arls et stigmatise le vanda- 
lisme de celte epoque de barbaric, il termine cctle par lie 
de son memoire en rendant compte, en peu de mots, des 
travaux modernes des archeologues, pour rend re a 1'ar- 
chiteclure ogivale la haute importance qui lui appartient 
et que d'injustes prcjuges lui avaient deniee pendant trois 
siecles. 

Dans la troisicme parlie de son memoire, Fauleur en- 
Ireprend de prouver que 1'architecture ogivale est la seule 
qui convienne au climat et aux ressources de la Belgique. 
Les preuves sur lesquelles il base cette opinion , sont la 
forme aigue des toits qui favorise 1'ecoulement des eaux et 
la descente de la neige; les galeries percees a jour, les arcs- 
boutants et les nombreuses tourelles qui, en decorant et 
en consolidant les edifices, leur servent en meme temps 
de brise-vent pour garanlir le massif du toit contre les 
tourbillons; les larmiers en bees de corbins, places de 
distance en distance dans les murs exterieurs, qui garan- 
lissent ces derniers contre les pluies. De plus, dit-il, 
dans ces constructions, on ne trouve aucune superficie 
plate; le plan horizontal en est entierement exclu ; les som- 
mites des murs et les seuils des fenetres representent un 
plan incline de 50 degres au moins, tandis que les toits 
de constructions grecques et romaines ne presentent tout 
au plus qu'une inclinaison de 50 degres, et les corniches 
qui allongent les facades sont continuellement exposees a 
Tin filtration des eaux. II etablit a ce sujet une comparai- 
son entre les monuments du moyen age en Belgique qui 
ont traverse les siecles et les edifices en style romain qui , 
apres un siecle ou deux d'exislence, ont eu besoin d'une 
restauration qui equivaut presque a une reconstruction com- 



flV 



plele. L'archi lecture ogivale lui parail me'rilcr cgalcmcul 
la preference sous le rapport economique; oar, par la va- 
rie'te de ses formes, cetle architecture se prele a tous les 
besoins et concilie tous les interels. Pour les communes 
sans ressources, il sullira d'une eglise a pignon couronne 
d'unc fleche pyramidale ct perce de quelques lenctres ogi- 
Vales, et, quelque simple que soil celte architecture, elle 
donnera toujours a 1'ediiice un caractere eminemment re- 
ligieux. Pour les villes opulentes, une cathedralegothique, 
construite avcc tout le luxe ct la variete que cornporte le 
style ogival , invoquera le concours et excitera 1'emulalion 
d'une Ibule d'artistes qui y trouveronl le moyen de se per- 
fectionner dans leur art. Quant a la question des mate'riaux, 
1'auteur se borne a signaler en pen de lignes 1'avantage 
quepresente, pour les constructions de style ogival, 1'em- 
ploi du fer, principalement sous le point de vue de 1'e'co- 
nomie, par le polytypage des meneaux, des arceaux, des 
trefles et des rosaces des fenetres , et en general de tous les 
ornements quelconques, en meme temps qu'on obvierait, 
dit-il, a 1'inconvenient que pre'sentent les meneaux en 
pierre, desquels se detachent souvent les parties qui en- 
tourent la traverse en fer, dont le volume s'augmente par 
Toxydation. 

Telle est, Messieurs, 1'analyse aussi complete et aussi 
nsciencieuse que possible des deux memoires soumis a 
notre examen. Voici maintenant, en peu de mots, le juge- 
ment que nous portons sur le merite de ces travaux. 

Le memoire n 1 , qui ne contient que 14 pages in-4, 
'uneecriture peu serree, ne fait qu'ellleurer chaque par- 
lie des questions a resoudre et ne presente que des idees 
vagues ct assez mal coonlonnees. En somme, c'est moins 
n memoire qu'un simple sominaire ou cancvas de mc- 
TOME xv. 15. 



( 224 ) 

moire. L'auteur ne nous parait done avoir satisfait a aucun 
des points du programme. 

L'auteur du memoire n 2 a traite avec assez de soin et 
d'erudition la partie historique de 1'archi lecture religieuse, 
mais il a adopte, relativement a 1'origine de 1'architecture 
ogivale, un systeme bizarre que desavoue la saine critique, 
et auquel nous ne pouvons accorder notre adhesion. D'ail- 
leurs, il s'est preoccupe trop exclusivement de la question 
religieuse, et il semble avoir perdu totalement de vue celles 
qui ont ete posees par le programme, et q-iii ont un lout 
autre but. II leur consacre a peine Irois pages de son me- 
moire, et la solution de la question de 1'emploi des metaux 
dans la construction des eglises, a laquelle 1'Academie at- 
tachait une importance majeure, n'y occupe que 17 lignes. 

Ce memoire, s'il est plus volumineux et moins superii- 
ciel que le premier, n'a done pas repondu davantage aux 
conditions du programme. 

L'avis de vos commissaires est, Messieurs, que ni 1'un 
ni 1'autre des deux memoires ne merite une distinclion 
particuliere. 

Les conclusions de ce rapport sont adoptees. 



QUATRIEME QUESTION. 

Rapport de M. Fetis, premier commissaire. 

Aucun des memoires presentes en 1847, concernant 
Texamen et 1'appreciation des divers systemes de notation 
musicale, que vous aviez mis au concours, n'ayant obtenu 
le prix a decerner, vous avez mainlciiu la meme question 



( 225 ) 

au programme pour la presente annee. Un seul memoire a 
repondu cette fois a la question, dont je crois devoir vous 
rappelerl'enonce: 

Faire I' expose des principes de chacun des systemes de no- 
tation musicale, qui peuvent etre ramenes a trois typesprin- 
tipauoc, savoir : les chiffres, les iettres de I' alphabet, et les 
combinaisons de signcs arbitraircs ou ste'nographiques. 

Examiner si ces systemes sont congus de manicre a pou- 
voir rcpre'senter , par leurs signes, toutc combinaison quel- 
conque de la musique, sans laisser de doute par I' aspect de 
leur ensemble , ou s'ils ne sont applicables qua certains cas 
et dans certaines limites. 

Demontrer I'une ou I'autre hypothese par des exemples. 

De'duire a priori les consequences inevitables de la substi- 
tution d'un systeme quelconque de notation a celui qui est 
en usage, abstraction faite du merite du systeme. 

Le memoire unique envoye en reponse a cette question 
est un petit in-4 de 62 pages, accompagne de deux plan- 
ches qui offrent des exemples de plusieurs systemes de 
notation. II est divise en six chapitres dont le contenu est 
indique par ce sommaire : 

1 Les notations musicales analysees d'apres leur na- 
ture diatonique ou chromalique; 

2 Les notations musicales analysees d'apres leur direc- 
tion horizontal ou ascendante; 

5 Les notations musicales analysees d'apres leur con- 
figuration uniforme ou multiforme; 

4 Les notations multiformes analysees d'apres les dif- 
ferences de leur configuration ; 

5 Conclusions; 

6 Quelles sont les consequences inevitables de Fadop- 
tion d'un nouveau systeme; 



Cc dernier chapitrc cst suivi d'une explication du ta- 
bleau synoptique des notations et d'une liste des ouvrages 
a consulter. 

L'auteur du memoire a mis en tele de son travail cette 
devise : Soyons brefs , pour etre lus , dairs , pour etre utiles. 
Dans la courtc preface qui precede le memoire, il dit 
aussi : concision, clarte, utilite , c'est noire devise. On ne 
pent nicr que Putililc, la clarte, la concision , ne soient 
des qualites excellentes en elles-mcmes; mais il mesemble 
que Fauteur du memoire, trop preoccupe dc la derniere, 
a precise'ment nui aux deux autres, et que, pour vouloir 
elre trop concis, i! n'est pas aussi facilcment intelligible 
qu'il se retail propose. Avant tout, il aurait du se souve- 
nir qu'il n'e'crivait pas un manuel elementaire, ou la 
forme synoptique est souvent utile , mais un memoire aea- 
dernique, qui ne pouvait etre digne de son objet que par 
la forme logique et litteraire, trop negligee dans son ou- 
vrage. D'ailleurs, la concision qu'on remarque dans le 
memoire consiste a supprimer ce qu'il aurait fallu dire des 
Fintroduction, pour etablir clairement Fetal et les difli- 
cultcs de la question; eniin, Fauteur suppose souvent chez 
le lecteur la connaissance de cboses qui devaient etre ex- 
pliquees pour satisfaire aux conditions du programme, et 
qui sont restees dans le vague. C'est ainsi que, dans la cri- 
tique d'un systeme de notation propose par M. Gambale, 
de Milan, Fauteur dit : Je ferai remarquer que E. Gam- 
bale a fait a son systeme Fapplication des valeurs musi- 
cales de J.-J. Rousseau. La premiere chose qu'il aurait 
fallu faire connaitre, c'etait le systeme du celebre ecrivain 
de Geneve; mais on chercberait en vain, avant ou apres 
ce passage, quelque chose qui s'y rapportat, en ce qui 
concerne ladurec des sons et du silence. Sansdoute, Fau- 






( 227 ) 

leur (hi memoire a pense que les omvres de J.-.T. Rousseau 
sont entre les mains de tout le monde, et que son systeme 
de notation est suffisamment connu ; mais ces considera- 
tions ne sont pas adrnissibles dans une dissertation ou 
tous les elements de la question doivent etre presentes. 

L'ordre dans le travail est le moyen le plus certain 
d'arriver a la clarte, a laquclle aspire 1'auleur du memoire : 
or, la condition premiere de 1'ordre a e'tablir dans 1'exa- 
men des systemes de notation de la musique, etait de re- 
chercher s'ils peuvent etre classes d'une maniere rigou- 
reuse, d'apres des caracteres speciaux, puis de faire 1'expose 
complet et methodique de tous ceux qui appartiennent a 
chaque classe, de les comparer entre eux et de rendre 
evidentes les consequences de chacun. Celordre, 1'auteur 
d memoire a eu 1'intenlion de 1'etablir; mais, d'une part, 
ses classifications ne sont pas caracterisees avec assez de 
precision , et, de 1'autre, 1'expose qu'il fait des divers sys- 
temes n'est ni melhodique, ni complet. C'est ce que je vais 
essayer de demontrer. 

Comme 1'auteur du memoire n 2, preserite an concours 
de 1847, celui-ci divise les notations en deux classes, a 
savoir : les diatoniques et les chromaliques; chaque classe 
eu deux genres : Y horizontal et V ascendant; et enfin clia- 
(|iie genre en deux especes : soli forme et multi forme. 

La division des deux classes, dialonique et chromatique, 
est fondee sur ce que les auteurs de quelques systemes de 
notation ne se sont propose que de represenler les sons 
des gammes diatoniques par des signes fondamentaux , 
qu'ils modifient par des signes accessoires, pour exprimer 
les demi-tons cbromatiques; tandis que d'autres systemes 
out un signe pour chacun des demi-tons de 1'echelle chro- 
matique. Celte division en deux classes principals est 



done tres-rationnelle. Mais I'auteur du memoire tombe 
dans une erreur tres-grave a 1'egard des motifs qui lui font 
preferer les notations diatoniques aux chromatiques: Les 
y> notations chromatiques (dit-il) ont leur gamme divisee 
en douze demi-lons. 

Nous devons faire observer que cette division n'est 
pas selon la nature de notre musique, qui est substan- 
tiellement diatonique. II y a pour la musique sept sons 
primitifs, comme il y a sept couleurs primitives pour la 
peinture. 

Les sept sons se divisent en douze demi-tons. Ces 
douze demi-tons peuvent avoir un tel nombre de subdi- 
visions, que la faiblesse de nos organes ne les saisisse 
plus. 

Remarquons d'abord, sur le premier alinea de ce pas- 
sage , qu'en supposant que notre musique soit substantiel- 
lement diatonique , I'auteur du memoire confond 1'epoque 
actuelle avec le passe; car les tendances multiples de to- 
nalites que I'harmonie donne aux chants qu'elle accom- 
pagne, dans les oeuvres des compositeurs de notre temps, 
impriment a Tart un caractere essentiellement chromati- 
que, qui resulte dissociations constantes entre les douze 
demi-tons de Fechelle. 

Mais c'est surtout dans ce qui suit que sont enonces 
des principes inadmissibles, a savoir : quit y a sept sons 
primitifs pour la musique , comme il y a sept couleurs pri- 
mitives pour la peinture; que les sept sons se divisent en 
douze demi-tons, et que ceux-ci peuvent avoir un tel nombre 
de subdivisions, que la faiblesse de nos organes ne les sai- 
sisse plus. 

Diviser, subdiviser des sons! Quel sens raisonnable y 
a-t-il dans ces expressions? Un son est une sensation 






( 229 ) 

simple, indivisible. La possibilite d'une multitude infmie 
de sons diflerents d'intonation, dans la production des phe- 
nomenes sonores , ne peut etre mise en doute : or, dans 
cette multitude, les differences infiniment petitesd'un son 
voisin, inferieur ou superietir, n'affeclent la sensibilite 
que d'une maniere confuse, et 1'intelligence ne peut con- 
sequemment en determiner les intervalles. Pour arriver 
la formation d'une echelle de differences perceptibles et 
mesurables, 1'mtellect, averti par la sensation, choisit les 
sons dont les intervalles sont appreciates et neglige les 
intermediaires. Dans cette operation, il est evident qu'il 
procede par voie d' elimination. C'est ainsi que 1'intelli- 
gence parvient a discerner et a mesurer, par exemple, les 
differences de sons places a des intervalles d'un quart de 
ton. Exerce a la perception frequente de ce rapport de 
sons, 1'organe auditif en peut recevoir des impressions 
agreables, et 1'esprit peut arriver a la conception d'un 
systeme tonal dont cet inlervalle est un des elements. 
C'est precisement ce qui a eu lieu dans 1'ancienne mu- 
sique de la Perse, et ce qu'on entendait encore dans la 
musique des Turcs, a Constantinople, vers le milieu du 
XVIIP siecle (1); enfin, c'est sur ce principe qu'etait base 
le genre enharmonique primitif des Grecs. Etendant en- 
suite 1'operation de 1'elimination aux quarts de tons, 
rintelligence parvient a la conception d'une echelle chro- 
matique, composee de demi-tons dont elle combine les 
jlements en divers systemes; par exemple, dans la chro- 
latique tonique des Grecs, et plus generalement dans la 



(1) Voyez Toderini, Litleratura Turchesca , t. 1, p. 228-245 et suiv. 
Voyez aussi les planches de ce volume. 



( 230 ) 

musique de 1'epoque actuelle, I'existence dc rinlervalle du 
ton dans la musique, et par suite des sept sons de la 
gamme diatonique, ne peut done se comprendre que par 
relimination d'une multitude d'intervalles plus petits, y 
compris celui du demi-ton. C'est cette derniere operation 
qui a donne naissance aux gammes diatoniques des modes 
de 1'ancienne musique des Grecs, ainsi que des tons du 
chant de 1'eglise, et, sous une autre forme, a celles de la 
musique diatonique des temps modernes. 

On voit done que, loin d'etre en opposition avcc la 
nature de notre musique, les notations chromatiques sem- 
blent etre plus ration nelles que les autres, parce que 
chacun de leurs signes represente un son different, c'est- 
a-dire un degre de 1'echelle des sons contenus dans 1'inter- 
valle de 1'octave. Je dirai plus loin le veritable motif qui 
doit fairc preferer les notations diatoniques. 

L'auteur du memoire etablit, entre les deux classes de 
notations, des distinctions qu'il considere comme carac- 
teristiques et qu'il formule ainsi : 



Notation* 

Nature, diatonique. 

Direction , horizontal ou ascendanle. 

Configuration , uniforme ou multiforme. 

Notations chrotnalifjuef t 

Nature, chromatique. 
Direction, ascendante. 
Configuration, uniforme. 

Plusieurs observations critiques peuvent etre faites 
contre ces prelendus caracteres, dont les uns sont com- 



(251 ) 

muns aux deux classes de notations, et, consequemment 
ne les caracterisent pas, et dont les autres manquent 
d'exactitude. Et d'abord, a quoi sert de dire que la nature 
des notations diatoniques est d'etre diatoniques, et que 
celle des notations chromatiques est d'etre chromatiques? 
Cela s f en lend de soi-meme; car si leur nature n'etait pas 
ce qu'indique leur appellation , ce serait une absurdite. 

La direction des notations diatoniques est horizonlale 
ou ascendante, dit 1'auteur du memoire; celle des nota- 
tions chromatiques est ascendante. Ceci n'est point exact; 
car on ne voit pas ce qui pourrait empecher de placer sur 
une ligne horizonlale treize signcs pour les douze demi- 
lons de 1'octave, com me on y met ceux des sept sons de la 
gamme dialonique. Un systeme de notalion chromalique 
horizontale a ete propose par Bertini (1) : on en pourrait 
imaginer beaucoup d'autres qui auraient la meme direc- 
tion. Les deux classes de systemes de notations ne peuvent 
doncetre caraclerisees par la direction des signes , puisque 
Tune et 1'autre admeltent les directions ascendantes et 
horizontals. 

A 1'egard de la configuration , elle est uniforms ou mul- 
ti forme, dans la classe des notations diatoniques, dit 1'au- 
leur du memoire : uniforms seulement dans les notalions 
chromatiques. Ici il y a encore defaut d'exactitude; car 
une notation chromatique, si elle esl horizontale, sera 
necessairement multiforme, comme celle de Bertini; et si 
elle est ascendante, elle pourra elrebiforms, comme celle 



(1) Stiymatoyraphie, on 1'art d'ecrire avec des puinls, suivie de la Melo- 
aphie, nouvclle maniere dc notcr la musiquc. Paris, Martinet (sans date), 
jr. in-8". 



( 232 ) 

de M. E. Gambale (1) , ou meme iriforme, si Ton veut.dis- 
tinguer les demi-tons descendants des ascendants. II est 
done evident que les notations diatoniques et chromati- 
ques ne peuvent pas etre mieux caracterisees par la con- 
figuration que par la direction. Les caracteres par lesquels 
se distinguent les classes, les genres et les especes, doi- 
ventetre tels, qu'a leur simple enonce, on les saisisse, et 
qu'on puisse immediatement les reconnaitre. 

Dans 1'analyse du memoire n 2 que j'ai faite pour le 
concours de 1847, j'ai dit : Les notations diatoniques 
sont celles qui n'ont de signes fondamentaux que pour 
representer les sons des gammes diatoniques, et qui en 
modifient la signification par des signes accessoires, 
pour exprimer les demi-tons chromatiques. 

Les notations chromatiques sont celles qui ont un 
signe pour chacun des demi-tons de Fechelle cbroma- 
tique. 

Je pense qu'on ne peut caracteriser autrement les deux 
classes auxquelles appartiennent toutes les notations pos- 
sibles. 

Le deuxieme chapitre du memoire a pour objet 1'analyse 
des notations, d'apres leur direction horizontale ou ascen- 
dante. Toujours fidele a son systeme de synopsie caracte- 
ristique, 1'auteur tombe dans les memes erreurs que dans 
sa distinction des classes; mais il fait une observation 
juste, concernant les notations horizonlales, en disant : 
L'impossibilite de representer sur une seule ligne des 
sons differents avec des notes de la meme forme, fait 



(1) La ri forma musicale riyuardante un' nuovo stabilimento di segni 
e di regole per apprendere lamusica. Milano, 1840. 



UVJ 

- 



(255) 

que les notations horizonlales ont, sans exception, une. 
coiiiiguralion multiforme. En 1'absence de la multipli- 
cite des lignes, il faut avoir recours a la multiplicite 
< I es formes. 

Parmi les avantages que signale 1'auteur du memoire, 
comme inherents a ce sysleme de notation, figurent I'uni- 
I'ormile des notes a chaque octave, et C absence de la por tee 
el des lignes supplementaires. Puis , mettant en opposition 
les inconvenients, il dit : 

En detruisant 1'ordre ascendant et descendant des 
notes , Ton detruit aussi le plus grand avantage de la 
musicographie, celui de depeindre instantanement la 
gradation du grave a 1'aigu et de 1'aigu au grave. 

On concoit que des avantages et des inconvenients 
soient mis en balance, quand il s'agit de decider si les 
premiers 1'emportent sur les autres. II peut arriver aussi 
que les avantages et les inconvenients se compensent en 
raison des cas d'application. Par exemple, ce principe de 
mecanique, on perd en vitesse ce qu'ongagneen force, est 
1'enonce d'une loi qui a des consequences alternatives. Elle 
laisse a examiner, dans 1'application, s'il est plus avanla- 
geux d'augmenter la vitesse aux depens de la force, ou 
celle-ci aux depens de la vitesse. Mais, lorsque le probleme 
a resoudre est absolu , il ne peut y avoir d'alternative, car 
ravanlage pretendu, qui empecherait sa solution, serait 
evidemment une absurdite. De quoi s'agit-il done pour la 

tation de la musique? C'est d'en rendre la lecture ra- 
pide et facile. Or, il est certain que c'est 1'uniformite des 
signes a chaque octave, et 1'absence de la portee, qui en- 
levent aux notations horizontales 1'avantage attache aux 
notations ascendantes, dc marquer la gradation du grave 
a 1'aigu et de 1'aigu au grave, c'est-a-dire de rendre sen- 



( 254 ) 

sibles a Pceil les mouvemcnls des sons, avcc la rapid! to de 
1'eclair. L'auteur du memoire se place done ici dans un 
cercle vicieux, puisque 1'avanlage qu'il accorde aux nota- 
tions horizontales est precisement ce qui en rend la lec- 
ture laborieuse et lente , ou pour mieux dire, impossible 
dans Fextreme vitesse. Ce ne sont pas des avantages et des 
inconvenients qu'ont les divers syslemes de notation de la 
musique : ce sont des consequences inevitables de leur 
nature. 

Remarquons, d'ailleurs, qu'il n'est pas exact de dire 
que les signes sont uniformes a chaque octave dans les 
notations horizonlales; car s'il en etait ainsi, la dislinc- 
tion des octaves deviendrait impossible, et par celameme, 
il n'y aurait plus de notation que pour les cas exception- 
nels ou la musique ne sort pas des limiles d'une octave. 
Les modifications de signes, pour marquer la difference 
des octaves, existent dans cos notations comme dans les 
notations ascendanles; mais elles ne frappent pas lesyeux 
au premier aspect. Ainsi, pour les cbiffres et les lettres, 
c'est un simple point place sous les signes de 1'octave in- 
ferieure, tandis que les memes signes ne sont pas accom- 
pagnes de ce point dans 1'octave moyenne, et que, dans 
1'octave superieure, le point est place au-dessus (1). II est 
evident que le lecteur doit voir, non-seulement le signe, 
mais la modification placee en dessous ou au-dessus, pour 
reconnaitre a quelle octave il appartient. L'uniformiledes 
octaves, dont parle 1'auteur du memoire, n'existe done 



(1) De Fa veil memedes partisans les plus decides de ces notations, elles ne 
peuvent servir pour la musique instrumental; or, Fetendue de trois octaves 
est suffisante pour |es voj%. 



pas; mais Ics differences ne sc pcigiienl pas aux ycux 
com me dans les notations ascendantes. 

A 1'egard des notations horizon talcs, formees de signes 
arbitrages, I'uniformite des octaves y existe encore inoins 
que dans les chi fires et dans les lettres. Dans le syslcme 
de Demolz de la Salle (I) , les signes qui ont la forme 
ronde dans line octave sont en lozanges dans une autre, 
et en lozanges vides dans une troisieme. Chez d'autres, 
comme MM. deRambures (2) et Montanello (5), les modi- 
fications des signes sont telles, que ceux d'une octave sont 
absolument difierents de ceux d'une autre. On voil done 
que ce que 1'auteur considere comme 1'avantage des nota- 
tions horizonlales n'a pas de rcalite. Ces notations sont 
depourvues de Tevidence oculaire qui distingue les nota- 
tions ascendantes; mais elles ne rachelent pas ce defaut 
par ridenlile de formes dans les octaves differentes,parcc 
que cette identile est impossible. De plus, si elle existait 
dans les notations horizontals, ce serait un motif suffi- 
sant pour les faire rejeter, car elles deviendraient des 
enigmes insolubles dans la lecture. 

Tout en cherchant la concision , 1'auteur s'esl trompc 
sur les moyens de la realiser. On en voit une preuve dans 



(1 ) Methode de musiqite selon un noitveau systeme tr fa-court, tr fa-facile 
>tr fa-stir. Paris, 1728, 1 vol. in-8. 

(2) Notation musicale rendue facile par la stenographic. Abbeville, 1844, 
in-12. Signes de la stenographic musicale servant aux cours populairei 
de musiqite, etablis d'apres la melhode de Rambures. Paris , P^risse (sans 
date), in-12. 

(5) Jntorno alloscrivere la musica. Lettera di Bartolomeo Montanello 
d Marco I>cccafichi. Milano, 1845. Di un modo facile ed economico per 
istamparo la rnusica. Lettera di Bart. Montanello d Giovanni Riccordi. 
Milano. 1844. 



( 236 ) 

la separation qu'il a faite en chapitres distincts des nota- 
tions horizontales et des notations multiformes ; car la 
diversite de formes est une consequence necessaire de 
1'absence d'echelle graduee pour les signes des sons. L'au- 
teur s'est done expose a des redites, en faisant, dans le 
deuxieme chapitre, 1'analyse des notations horizontales , 
et, dans le quatrierne, celle des notations multiformes, 
tandis qu'il aurait pu les examiner ensemble dans leurs 
altributs inseparables et respectifs, a savoir : multiformes 
en tant qu'horizontales , et horizontales en tant que mul- 
tiformes; car il ne faut tenir aucun compte de la notation 
ascendante multiforme proposee par M. Jue (1) : c'est un 
non-sens. 

Le quatrieme chapitre du memoire, consacre a 1'analyse 
des notations multiformes, est divise en trois sections, 
dont la premiere a pour objet les notations numeriques, 
la seconde, les notations alphabetiques, et la derniere, 
les notations a signes arbitrages. Fidele a son systeme , 
1'auteur etablit d'abord les avantages des notations nume- 
riques, dont le plus remarquable est ainsi formule par 
lui : I'evidence mathematique est le merite le plus saillant 
des notations numeriques. Puis il en examine les inconvc- 
nients et se livre a une discussion minutieuse qui le con- 
duit a dernontrer exactement le contraire de ce qu'il vient 
d'avancer concernant I'evidence mathematique de ces no- 
tations; car, a la fin de la troisieme remarque, on trouve 
cette phrase : Dans ce tableau comparatif, nous remarquons 
toujours identite de chiffres , mais multiplicity de significa- 
tions. II faut convenir que les notations numeriques mettent 



(1) Monogamie de M. Jue. Paris, 1843, in-8. 






(237) 

passablemcnt a la torture I'organe de la vue et celui de la 
raison. Mais ['evidence mathematique, c'est la raison meme, 
la raison illuminee par la verite dans tout son eclat! 
Comment done , ce qui jouit de ce precieux avantage peut- 
il mettre la raison a la torture? Jamais contradiction plus 
manifesto se fit-elle voir en moins de pages? 

Qu'est-ce done qui a pu y conduirel'auteur du memoire? 
Le voici : ce qu'il appelle I'evidence mathematique n'est 
aulre chose que 1'indication positive des sept sons de 1'e- 
chelle diatonique par les chiffres 1 , 2, 5, 4, 5, 6, 7. En 
supposant a ces chiffres une signification invariable , il 
n'y aura jamais de doute dans 1'esprit du lecteur; 5,5, 
seront pour lui le troisieme et le cinquieme son de la 
gamme. Mais si Ton veut faire 1'application du principe 
au systeme tonal, on acquerra bientot la conviction que 
le caractere invariable attribue aux sons par les chiffres 
est une source d'erreurs et de malentendus. J'ai demontre 
cela dans mon rapport sur les memoires envoyes au con- 
cours de 1847 , en disant : 

II n'y a que deux manieres de concevoir la notation 
de la musique par les chiffres, a savoir : en conside- 
rant toute premiere note d'un ton ou d'une gamme 
comme 1 , et les autres notes de cette gamme comme se 

Bsuccedant dans cet ordre : 2 , 5, 4, 5, 6, 7; ou bien , 
en attribuant invariablement un chiffre a chaque nom 
de note, et aneantissant par la touie idee de variete dans 
les gammes. Dans le premier cas, 1 sera le signe d'tU 
dans le ton ftut, de fa dans le ton de fa, de so/ dans le 
ton de sol, et ainsi des autres gammes. De plus, lorsque 
la musique modulera, c'est-a-dire passera, dans un mor- 
ceau, d'une gamme dans une autre, il faudra qu'a Tin- 
slant meme la signification des chiffres change et que 5, 



( 258 ) 

par exemplc, qui est le signe de sol dans la gamme tfut, 
devienne 1 dans la gamme de sol, en faisant preceder 
ce changement d'un signe quelconque qui 1'indique. Or, 
dans la musique incessamment modulee de nos jours, 
ces perpetuelles mutations dans la signification des 
signes forment un dedal e inextricable ct rendent im- 
> possible 1'application du systeme. 

Mais, d'autre part, si les chiffres ont une signification 
invariable, /a, quatrieme note du ton tfut; fa, cinquieme 
note du ton de si bemol ; et fa, premiere note du ton de 

/a, seront representes toujours par le chiffre 4 

Or, a ne considerer les intervalles que par rapport a la 
tonique, il est impossible que le cliiffre 4 , representant 
la seconde de la tonique mi bemol, ou la quinte de la 
i> tonique si bemol , n'aneantisse pas Tidee de ces inter- 
valles. A 1'egard de la tonalite, elle disparait comple- 
D tement des que la note tonique, c'est-a-dire celle qui 
donne son nom a la gamme du ton , n'est pas la pre- 
miere dans 1'esprit; et jamais 1'idee de note premiere ne 
pourra s'allier aux chiffres 5, 6 ou 7, par exemple, 
qu'on aurait sous les yeux, pour reprcsenter les toniques 
des tons de sol, de la ou de si. 

Ces observations paraissent avoir frappe 1'auteur du 
memoire, car son analyse des notations en chiffres n'en 
est que le commentaire. 

Dans 1'analyse des notations alphabetiques, 1'auteur du 
memoire met au premier rang de leurs avantages la con- 
naissance que tout le monde a des signes. iMais cette con- 
naissance des lettres n'est aulre que celle de leurs sons, 
comme elements de la langue ecrite : elle ne pent eti 
d'aucun usage pour la notation. Et rcmarqucz que eel 
veriten'ecliappe pas a 1'auteur lui-meme; car, dans T 



( 25'J ) 

monition des inconvcnieiils dcs notations alphabetiques, 
aprcs avoir dil qu'elles out tons ccux des notations hori- 
/ontales et multiformes, il ajqutc : La difference dc forme 
n'apas d'analogie avec la difference des sons, ni avec le rap- 
port qui existe entre eux. Ou cst done alors 1'avantage de 
la connaissance des signes? N'est-il pas evident que 1'avan- 
tage pretend u et 1'inconvenient sont exactement la meme 
chose? Ce defaut de logique se fait voir frequemment dans 
le memoire. 

Passant ensuite a 1'analyse dcs notations mulliformes 
arbitraires , 1'auteur du memoire dit que les notations arbi- 
Iraires ste'nographiques ne doiventpas ctre considerecs comme 
des musicographies praticables, mais qu'elles peuvent etre de 
quelque ulilite dans des circonslances exceptionneUes. Cela 
est vrai : cependant, c'est a 1'examen des notations de celte 
espece qu'il emploie presque toute cette section de son 
ouvrage, se bornant a faire une enumeration incomplete 
des autres. Je dis incomplete, parce qu'il neglige toutes 
celles qui ne sont que des modifications plus on moins 
considerables de la notation ordinaire, quoique celles-la 
soient cerlainement des systemes de signes arbitraires. Au 
resume, il n'y a pas de veritable analyse dans cette partie 
du memoire; car Tauteur n'examine pas les notations dans 
leur principe, ne les compare pas entre elles et n'en fait 
pas ressortir les defauts. 

Au surplus, il elait difticile que celte matiere Cut traitee 
d'une maniere satisfaisante , si Ton ne prenait pour base de 
comparaison la notation en usage; car celle-ei est aussi 
mise en question dans le programme du concours ouvert 
par la classe , puisque ce programme n'en fait pas la re- 
serve. Cependant 1'auteur du memoire s'est persuade 
qu'elle n'elait pas en cause, car il dit (chapitre TT, 2) : 
TOME xv. 10. 



(240) 

L' Academic n'a point demande la critique du systeme 
regu, sans doute parce qu'elle le trouve bon ; elle propose 
seulemerit 1'appreciation des notations qui sont ou qui 
ont ete en projet de substitution, etc. Cette erreur 
capitale, dans 1'interpretation du programme, est peut- 
etre cause du peu d'ordre et de simplicite qu'on remarque 
dans son travail. II est vrai que 1'auteur dit encore : II 
ne nous appartient done pas de mettre en cause un sys- 
terne qui est regu par iant de nations et consacre par 
tant de siecles; mais nous nous en servirons comme 
point de depart, pour nous convaincre de rinferiorite 
i) reelle des notations rivales. 

S'il eut reel lenient fait ce qu'il an nonce par ces paroles, 
il aurait pu resoudre la question posee par le programme; 
mais il n'y pouvait pretendre que par la critique de cette 
notation, qu'il prend, dit-il, pour point de depart, sans 
faire connaitre ce qu'elle est. 

Je dois faire remarquer que 1'auteur du memoire ne 
pouvait parvenir a la solution complete et satisfaisante de 
la question posee par la classe, qu'en etablissant a priori 
les conditions necessaires d'une bonne notation. Ces con- 
ditions pouvaient etre formulees ainsi : 

1 Rendre facile la lecture de la musiquepar I' aspect des 
signes de la notation, et par une diversite a la fois sensible 
et simple qui empeche de les confondre; 

2 Avoir des signes pour representer torn les degres d'in- 
tonation admis dans I' art ; 

5 Avoir des signes pour exprimer toutes les durees des 
sons et du silence, ainsi que leurs combinaisons rhythmi- 
ques; 

4 Et en fm , evitcr la surabondance el I'e'quivoque dans 
ks siyiws. 



( 241 ) 

Ces conditions posees, on devait examiner si la nota- 
tion en usage repond a toutes ces conditions, et faire 
voir : 

1 Quelleest la plus facile a lire par 1'evidence des degres 
de la portee et la diversite tres-remarquable de ses signes; 

2 Que les lignes de la portee ont ete reduites au 
nombre exactement necessaire , par 1'heureuse combi- 
naison des clefs, qui permettent de noter la musique de 
tous les genres de voix sans sortir des Jimites des cinq 
lignes, et qui, reunies aux lignes fractionnaires, dont 
1'usage cesse quand elies ne sont plus necessaires, ou 
aux lignes d'octaves, fournissent un systeme complet pour 
la musique instrumentale ; 

3 Que cette notation reunit les avantages des nota- 
tions diatoniques et chromatiques , qu'elle est diatonique , 
parce que chacun des degres de son echelle repond a un 
son de la gamme diatonique, et qu'elle est la meilleure 
des notations chromatiques en ce que, non-seulement les 
dieses et les beniols fournissent les moyens de representer 
les douze demi-tons de 1'eehelle, mais aussi determinent 
la qualite ascendante ou descendante de ces demi-tons ; 

4 Que non-seulement cette notation a des signes pour 
toutes les durees des sons ou du silence; mais qu'elle a de 
plus 1'immense avantage de representer la duree et 1'into- 
nation par un seul signe; 

5 Et enfin, qu'il y a si peu de surabondance et d'equi- 
voque dans ses signes, qu'on n'a jamais pu essayer de la 
modifier, ou de lui faire subir quelque suppression , par 
exemple, celle des clefs ou des dieses et bemols, sans la 
priver aussitot de ses avantages les plus precieux, et sans 
rendre la lecture de la musique plus lente et plus labo- 
rieuse. 



( 242 ) 

Colic derniere consideration conduit naturellemeul a 
1'examen et a 1'analyse des syslemes de notations arbi- 
tral res, dans lesquels on a pretcndu modifier la notation 
ordinaire. Quelques-uns out eu pour but de supprimer les 
dieses et les bemols; ce qui n'a pu se faire qu'en substi- 
tuant le caractere chromatique absolu au caractere dialo- 
niqtie de la notation, et consequemment qu'en changeant 
la nomenclature des sons, et distinguant sur la portee 
chacun des douze demi-tons de 1'octave. Or, on ne pou- 
vait alteindre ce but qu'en multipliant les lignes de la 
portee jusqu'au nombre de dix pour une octave et une 
quinte, limites e'troitcs d'un petit nombre de voix, et ayant 
un nombre considerable de lignes fraction naires pour la 
musique instrumenlale, comme dans le systeme de Blein; 
on bien, par 1'emploi de deux formes de notes, 1'une 
blanche, pour les sons places a la distance d'un ton, 
1'autre noire pour les demi-tons interme'diaires. Dans !e 
premier cas, 1'oeil se trouble et se perd au milieu d'une 
multitude de lignes qu'il ne peut plus distinguer; dans le 
second, des notes diiferentes de la gamme diatonique, 
comme mi, fa, se trouvent placees sur le meme degrc et 
nese font distinguer que par la nuance blanche ou noire. 
La simple determination des intervalles par les degres de 
la portee disparait, et Ton a dans ce nouveau systeme des 
tierces a la distance d'un degre et d'autres a la distance 
de deux ; des quintes a la distance de deux degres, d'aulres 
a la distance de trois; des septiemes represente'es par 
quatre degres , d'autres par cinq. Des quartes s'y presentent 
sous 1'aspect de tierces , des sixtes sous celui de quartes , 
et des octaves sous celui de quintes. II est evident que, 
dans un pareil systeme, tons les avantages de la portee 
disparaissent el que cette echelle de sons ne presentc 



( 245 ) 

plusde sens raisonnable. Eufin, la difference dc couleur, 
si hcureusement introduite dans la notalion ordinaire, 
pour distinguer le temps simple de la mesure, ou ses 
fractions, des signes de collection de temps, se confond 
ici avec le signe d'une difference d'intonation; en sorte 
que, pour obvier a ce grave inconvenient, on est oblige de 
recourir a des signes accessoires ou a des notes noires 
de dimensions differentes, dont les lines designent Finlo- 
nation et les autres le temps de la mesure ou sa fraction. 
Tels sont les systemes de Rohleder, de Lemme et de 
M. Gambale. Ainsi, pour faire disparaitre de la notation 
de la musique la conception si simple et si beureuse de la 
representation des demi-tons ascendants et descendants 
par le diese et par le bemol, on est lombe dans un affreux 
desordre, dont Fosil est fatigue, et dans des complications 
qui rendent impossible la lecture dans la vitesse et qui 
enlevenl au systeme son caractere de simplicilc et de 
regulari te. 

D'aulres reformateurs de la notation ordinaire de la 
musique n'y ont vu d'imperfeclion que dans la diversite 
des clefs, dont cbacune represenle un degre dc la gamme 
dialonique, et tous leurs efforts ont tendu a en diminuer 
le nombre, ou a les reduire a 1'unile. Que serait-il resulte 
de Fadoption de ces reformes? C'est que la notion du dia- 
pason des voix et des instruments aurait ete perdue; qu'on 
se serait accoutume a considcrer comme etanl a Funisson 
ce qui est a Foctave, et qu'entraines dans cette erreur, les 
compositeurs auraient ecrit a cbaque instant des renverse- 
ments d'barmonie dont ils n 'auraient pu se rendre compte. 
La transposition, d'ailleurs, cette operation delicate que 
Fusage des clefs rend si facile, serait devenue une torture 
veritable, surtout pour la musique des instruments a cla- 



( 244 ) 

vier. Loin done que la diversite des clefs soil une imperfec- 
tion de la notation ordinaire, elle en est au contraire une 
des conditions inseparables, et ce qu'on a propose pour la 
remplacer n'a produit d'autre effet que d'en dcnaturer 1'en- 
semble. Les syslemes de Salmon , de Monteclair, de Tabbe 
de la Cassagne, de Framery, de Moreti et de M. Colet, 
concernant 1'unite des clefs, ont echoue devant le bon sens 
public, qui a toujours rejete ces pretendues simplifications 
dont le seul resultat est Tinsuffisance. 

Au nombre des reformateurs de la notation ordinaire , 
se sonl trouves des antagonisles du nombre si limite et si 
heureusement choisi de cinq lignes dans la portee. Les uns 
ont voulu la reduire a quatre (i), d'autres a trois. Parmi 
ceux-ci, on remarque Charles Fourier et M. Gambale, 
pour la musique vocale. Le resultat inevitable de ces sys- 
temes devait etre, ou de multiplier les lignes fraction- 
naires , ou d'avoir de conlinuelles mutations de clefs. Dans 
le systeme de la portee de quatre lignes, les lignes frac- 
tionnaires sont en effet en grand nombre, et 1'auteur y a 
applique les clefs de sol sur les troisieme et quatrieme li- 
gnes, et les clefs de fa sur la premiere et sur la seconde; 
mais, par une erreur singuliere, il s'est persuade que les 
clefs represented des sons plus eleves, en raison de leur 
position sur les lignes superieures, et des sons plus graves 
par leur placement sur les lignes inferieures; tandis que 
c'est precisement le contraire qui a lieu. Quant a la nota- 
tion sur une portee de trois lignes , qui ne fournit de 
position que pour les sept sons de la gamme diatonique, 



(1) Elements de musique d'apres une nouvelle maniere de I'e'crire, etc., 
par Louis Chiron. Paris, Dumartray, 1854 , in-4. 



( 245 ) 

suivant le sysleme de Fourier, ou pour les douze sons de 
1'echelle chromatique, suivant celui de Gambale, elle a 
pour objet de presenter toutes les octaves sous le meme 
aspect, dans 1'espace le plus resserre; ce qui ne peut se 
realiser qu'au moyen d'une clef particuliere ou d'un chiffre 
pour chaque octave. Mais il est evident, d'une part , que 
1'uniformite des signes pour representer des sons diffe- 
rents est une conception peu logique qui enleve a la portee 
sa destination naturelle, puisque celle-ci n'a ete imaginee 
que pour rendre sensibles aux yeux les differences d'into- 
nation par les degres de 1'echelle; en second lieu , les 
continuelles mutations de clefs ou de signes d'octaves 
rendent necessaire une grande attention pour ne pas con- 
fondre un signe avec 1'autre, meme dans la musique 
vocale, dont les fioritures modernes embrassent souvent 
deux octaves , tandis que 1'aspect de la musique ordinaire 
sur la portee de cinq lignes a un tel caractere d'evidence , 
qu'aucune erreur n'est possible. 

Voila par quelles analyses il aurait fallu proceder pour 
demontrer d'abord 1'excellence de la notation en usage, 
puis la futilite des critiques qu'on en a faites , les imperfec- 
tions de tous les systemes de modification qu'on a essaye 
d'y introduire, et de plus, les contradictions ou sont 
tombes tous les reformateurs. 

Par les principes deduits de ces analyses, 1'appreciation 
exacte des notations systematiques des chiffres, des lettres 
et des signes arbitraires devenait facile, comme je 1'ai fait 
voir, et 1'auteur du memoire serait arrive a la solution 
complete de la question mise au concours par la classe. 
II aurait evite, dans ses conclusions contenues au chapitre 
cinquieme de son ouvrage, de dire : qu'on n'a propose que 
ties (lifficulte's nouvdles pour echapper aux difficulte's du 



( 240 ) 

systrmt 1 anrien, el qne des inconvenients connus son! prefe- 
rahlefi aux inconvenienls nouveaux. Si des difficullcs exis- 
laient dans la notation en usage, ct ne pouvaient etre 
evitees que par les imperfections des divers systemes pro- 
poses pour le remplacer, et cnfin, s'il n'y avail pas de 
motif plus serieux, pour maintenir cette ancienne nota- 
tion, que la crainte de rem placer des inconvenients connus 
par des inconvenients nouveaux, il faudrait en conclure 
qu'une bonne notation sans difficultes, sans inconvenients, 
est impossible, ce qui serait absurde. Les systemes qu'on 
a proposes, pour remplacer la notation en usage, n'ont 
pas ete rejetes parce qu'ils substituaient des difficultes 
nouvelles aux difficultes de cette notation, mais parce 
qu'ils n'avaient pas ses excellentes qualites; parce qu'ils 
n'etaient applicables qu'a des cas exceptionnels; enlin, 
parce que les notations par chiffres, par lettres et paries 
signes arbitrages on stenographiques , sont indechif- 
frables dans les complications de la musique moderne. Un 
des plus ardents defenseurs de la notation par chiffres, 
M. Emile Cheve, a etc oblige de reconnaitre cette verite, 
lorsqu'il a ecrit : Les chiffres rendent exactement toutes 
les intonations, quelles qu'elles soient; mais, dans 1'opi- 
nion de Gal in et de tons les hommes senses de son ecole, 
le chiffre doit etre exclusivement reserve pour la musique 
vocale, et surtout pour la theorie, qui est tout a fait in- 
)> intelligible sur la par tee musicale. L'exception decide 
ici du fond de la question, et fait justice de tout le bruit 
qu'on a fait, depuis plus d'un siecle, conlre la notation en 
usage et en faveur des chiffres. line notation qui n'est 
applicable qu'a des cas d'exception n'est bonne a rien ; car 
on ne peut en avoir deux. 

Quant a 1'assertion de M. Cheve, que la notation des 



( 247 ) 

est surloul bonne pour la theorie, qui est tout a 
fait inintelligiblc sur la porle'e musicale, c'est encore une 
de ces preventions qui ne soutiennent pas 1'examen par 
les faits; car j'ai demontre que si les chiffres sont absolus 
et invariables, ils aneantissent 1'idee de la diversite des 
tonalites, dont la consideration est la base de toule bonne 
theorie de la musique, et que, s'ils sont variables, en 
raison de la diversite des tons et de la modulation, 1'appli- 
calion en devient impossible dans la pratique. 

D'apres tout ce qui precede, et par les motifs developpes 
dans ce rapport, le commissaire est d'avis qu'il n'y a pas 
lieu dedecerner le prix au memoire presente. 

Ces conclusions, conformes a cellos enoncees dans les 
rapports des deux autres commissaires, MM. Daussoigne- 
Mehul et Snel, sont adoptees par la classe. 



La classe a remis a la prochaine seance la redaction 
delinitive de son programme de concours pour 1849. 

ELECTIONS. 

La classe a precede ensuite au remplacement des mem- 
bres decedes. 

Au premier lour de scrutin, M. Van Eycken a ete 
nomme membre de la section de peinture, en remplace- 
ment de M. Vanderhaert, decede. Cette nomination sera 
soumise a I'approbalion royale. 

M. De Caumont, correspondent de TAcademie des in- 



( 248 ) 

scriplions de 1'Institut de France, a ensuite ete nomine 
associe, en remplacement de feu M. de Clarac (section des 
sciences et des lettres dans leurs rapports avec les beaux- 
arts). 



La fin de la seance a ete consacree aux dispositions 
a prendre pour la seance publique du 25 septembre, et 
a la communication des pieces destinees a etre lues pen- 
dant cette solennite. Le programme a ete arrete ainsi 
qu'il suit : 

1 Ouverture d'Euryanthe de Weber (1) ; 

2 Discours du Directeur de la classe; 

5 Rapport du Secretaire perpettiel sur les travaux et 
le concours annuel de la classe; 

4 Concours pour la composition d'un poe'me d'opera; 
remise des medailles; 

5 Proclamation des recompenses decernees a Tocca- 
sion de 1'exposition nationale des beaux-arts de 1848; 

6 Execution de la cantate de M. Lemmens, qui a ob- 
lenu le second prix au concours de composition musicale 
de 1847. 



(1) Execute par 1'orchestre du Conservatoire royal, sous la direction 
de M. Fetis. 



( 249 ) 



Seance publique du 25 septembre 1848. 

(Dans le Temple <les Augustins). 

M. ALVIN , directeur. 

M. FETIS, vice-directeur. 

M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Etaient presents : MM. Braemt, De Keyzer, Leys, Madou, 
Navez, Suys, Van Hasselt, Eug. Verboeckhoven , Jos. 
Geefs, E. Corr, Snel, Ern. Buschmann, E. Fe'tis, Baron, 
membres; Daussoigne-Mehul , associe; Mengal et Geerts, 
correspondents. 

Assistaient a la seance : 

Pour la classe des sciences, le vicomte Du Bus, vice- 
directeur ; Timmermans , Wesmael , Martens , Dumont , 
Kickx, Ch. Morren, Stas, De Koninck, Van Beneden, 
De Vaux , Nyst, membres; Gluge et Louyet, correspondants. 

Pour la classe des lettres, le baron de Stassart, vice-di- 
recteur; Cornelissen, le baron de Reiffenberg, le chevalier 
Marchal, De Ram, Roulez, Lesbroussart , J. Haus, Bor- 
mans, membres; Bernard et Polain, correspondants. 

All heures, une deputation, composee des membres 
du bureau, a etc recevoir, au portail, LL. MM. le Roi et 
la Reine et LL. AA. RR. les princes et la princesse Char- 
lotte, suivis des ofliciers de leur maison. 



( 250 ) 

MM. les Minisires de I'interieur et des finances assis- 
taient a la seance. 

L'orchestre du Conservatoire royal, sous la direction de 
M. Fetis, a execute 1'ouvcrture d'Euryanthe , de Weber. 

M. Alvin, directeur de la classe, s'est exprime ensuile 
en ces termes : 

Plusieurs d'entre vous, Messieurs, attires dans cette 
enceinte par Pan nonce d'une seance academique, seront 
surpris de Faspect du lieu et du caractere riant des apprels 
qui nous environnent. Puisse-je n'etre point pour eux la 
cause d'un trop regrettable mecomple par la manierc dont 
je vais m'acquitter de la plus difficile des obligations que 
m'impose ma charge. 

L'un de mesdeux predecesseurs^(l), dans unesolennite 
pareille, n'a point hesite a retarder les jouissances musi- 
cales qu'il avait lui-meme preparees a son auditoire; 
abordant et discutaht une savanle question d'estbelique, il 
a su se faire ecouter comme on ecoute Torcbestre qu'il 
conduit si babilement, comme on ecoute les gracieuses el 
naives melodies qu'il exhume des poudreux manuscrits de 
nos anciens compositeurs. L'autre (2) , en montant a celte 
tribune, elait certain d'y rencontrer la sympalhie que lui 
a des longtemps conciliee une suite non inlerrompue de 
brillants travaux. Lorsqu'il s'efforcait de venger de Tin- 
difference, sinon de 1'oubli, la memoire de quelques ar- 
tistes beiges du dernier siecle, Forateur emprunlait a la 



(1) M. Felis. 

(2) M. Navez. 



renommee du peiiilre 1'aulorilc qui manquerait ici a ma 
parole. 

En me preparant a remplir mon mandat ofiiciel, je me 
suis rappele ce mot que La Bruyere a place tout au com- 
mencement du chapitre sur les ouvrayes de Cesprit. II y a 
de cerlaines choses dont la mediocrite est insupporta- 
ble: la poesie, la musique, la peinlurc et le discours 
public. 

Je crains bien, Messieurs, qu'en m'ecoutant vous ne 
vous souveniez trop a propos de la pbrase qui suit imme- 
dialement dans le meme livre : Quel supplice que d'eri- 
}> tendre declamer pompeusement un iroid discours, ou 
pronoiicer de mediocres vers avec toute Fempbase d'uri 
vrai poete. 

C'est pourquoi j'ai reduit autant qu'il m'a ete possible 
les proportions de ma harangue; elle ne sera, a propre- 
inent parler, qu'une introduction, je dirai presque une 
explication du programme de la seance elle-meme. J'ose 
esperer que vous excuserez , Messieurs , cette deviation des 
usages academiques. 

Et en effet, la seance publique de la classe des beaux- 
arts ressemble bien peu a celles des deux autres classes, et 
par le cboix du lieu, et par le clioix du jour et par tons les 
accessoires, qui viennent s'y grouper et absorber le prin- 
cipal. 

Les premiers en date sur le sol beige, les beaux-arts, 
ne sont entres que les derniers dans 1' Academic; la plus 
jeune des trois classes correspond a la plus vieille, a la 
moins conteslee de toutes les renommees de nos provinces; 
mais eniin elle est la derniere venue. 

Ses deux ainees tiennent leurs seances publiques a des 
epo(iues de Tannee qui rap|)ellenl les diflerenles phases et 



( 252 ) 

la fondation de la Compagnie. La classe des leltres au 
mois de mai , celle des sciences au mois de decembre. 

Ce mois est celui de sa fondation, en meme temps qu'il 
ramene un autre anniversaire bien cher a tous les Beiges, 
celui du protecteur de 1'Academie, du prince qui n'a pas 
dedaigne de venir quelquefois s'asseoir au milieu de nous. 
C'est que jamais il ne laisse echapper 1'occasion de mon- 
trer a tous combien il attache de prix au developpement 
intellectuel d'une nation a 1'existence et au bonheur de la- 
quelle il a devoue tous ses instants. 

Enfm, pour la solennite annuellede la classe des beaux- 
arts, pouvait-on choisir une autre date que celle de la 
fondation de notre Etat , date brillante de la renaissance 
derartflamand? 

Ainsi placee au milieu des rejouissances nationales, 
notre seance publique ne pouvait conserver le caractere 
academique, la severite, la gravite scientifique dont celles 
des deux autres classes ne s'ecartent jamais. Ne vous eton- 
nez plus, Messieurs, si tandis que celles-la s'abstiennent 
d'abandonner un seul moment le sanctuaire de leurs tra- 
vaux, la classe des beaux- arts vient s'installer sous ces 
voutes reten tissantes, accompagnee d'un cortege riant, au 
milieu des fleurs et de Tharmonie. 

Vos peintres, vos sculpteurs, vos graveurs, vos arclii- 
tecles, vos musiciens, ont, vous le savez, dans cette classe 
de dignes representants. Quel meilleur moment, quel lieu 
plus propice, quel entourage plus convenable pour les 
meltre en communication personnelle avec le public qui 
connait si bien leurs ouvrages? 

Permettez-moi d'arreter un moment votre attention sur 
tout ce qui brille et s'agite autour de nous, de chercher a 



(253) 

faire 1'ollice du miroir qui ne cree point, mais qui repro- 
duit lidelement les objets. 

La foule ne se lasse pas de remplir les vastes galeries 
ou la Belgique etale avec orgueil sa moisson triennale 
de chefs-d'oeuvre. Vous aurez pu juger si 1'art est reste 
slalionnaire parmi nous, vous avez classe les travaux des 
artistes, et votre admiration designe dejaceux qu'attendent 
d'honorables recompenses; ces recompenses, le Gouverne- 
ment a voulu qu'elles fussent proclamees pendant ces jour- 
nees, et meme dans cette seance , rapprochant ainsi tous 
nos progres, tous nos succes, toutes nos gloires de leur 
commune origine, notre regeneration nationale. 

Depuis trois jours, notre capitale resplendit de pompes 
et de spectacles qui rappellent par leur eclat les epoques 
les plus memorables des vieilles communes flamandes. Les 
arts, se melant aux traditions populaires qu'ils ennoblis- 
serit, remplissent d'un merveilleux cortege nos rues et 
nos places publiques. Par eux le loit qui doit bientot abri- 
ter le plus modeste negoce, se transforme en un palais 
magique eclos com me sous la baguette ,des fees. 

Dedaignons, Messieurs, la facile critique de ces esprits 
superficiels qui ne voient des choses que 1'enveloppe et 
chercbent a ridiculiser ce qu'ils ne coinprennent qu'a demi. 
Applaudissons plutot a la pensee intelligente qui a su don- 
ner satisfaction au besoin qu'eprouve la nation de ratta- 
cher par le plus de liens possible son present a son passe; 
qui a compris que le peuple, cette mine feconde d'oii sont 
sortis les grands artistes, ne doit point etre desberite des 
jouissances que procurent les arts. 

Et qui de vous, Messieurs, refuserait d'accorder a 
1'usage de ces pompes seculaires si passionnement aimees 
de nos ancelres, une reelle intluence sur le gout que les 



( "254 ) 

habitants de nos provinces out de tout temps moutrc pour 
les arts? Quant a moi, j'incline a penser que 1'eclat memo 
de ces fetes a ete pour une part decisive dans la brillante 
originalite du colons flamand? 

Peuple nouvellementregenere, marchons hardimcnt en 
avant dans loutes les voies qui nous sont ouvcrtes; mais 
reportons quelquefois nos regards en arriere, alin de con- 
server nos niceurs et notre caractere qui, malgre des vi- 
cissitudes diverses, ont traverse, saris se laisser alterer, 
les plus mauvais jours de notrc histoire et ont rendu pos- 
sible la reconstilution de notre nalionalite. 

Dans Enumeration des objets qui sollicitent de toute 
part votre attention et qui ne vous laissent apporter a cette 
seance qu'un esprit plus ou moins distrait, oublierai-je de 
signaler la splendide gerbe que 1'agriculture a rassemblee, 
aiin d'offrir, elle aussi, son tributanos fetes? Les climals 
les plus fortunes, les iles fabuleuses chantees par les 
poetes envieraient aujourd'hui la fertilite de ce sol conquis 
par le Beige sur des sables jadis infeconds. 

Je n'hesite point a le dire, s'il est un spectacle digue 
d'etre montre an peuple, un spectacle capable de le mora- 
liser, c'est celui que les autorites lui mettent aujourd'hui 
sous les yeux: la glorification du travail de I'homme par 
1'exhibition des merveilles qu'il enfante. A la vue de ce 
spectacle, qui ne comprend que tout travail a sa poesie et 
que Fart a ete donne a I'liomme afm que le labeur auquel 
il est condamne eut son attrait particulier. Ne voyez-vous 
pas eclater la sollicitude de Dieu pour sa creature dans le 
don de 1'imagination qui a du suivre notre chute origi- 
nelle. J'aime a me le persuader, Messieurs, le jour ou 
noire souverain juge dit au premier homme : lu travail- 



(255) 

leras a la sueur de ton front, il laissa tomber sur cc meme 
front la divine etincelle qui est le genie. 

Je m'aperc,ois que la grandeur de 1'objel va m'entrainer 
au dela des bornes que je me suis assignees. Rentrons 
dans les modestes limites qui conviennent mieux a mes 
forces, et disons, avec le poete latin : 

Clauditejam riwsj pueri, sat prata bibenmt. 

Je m'arrete done; cependant qu'il me soit permis, Mes- 
sieurs, de conserver encore un moment la parole, non 
plus en mon nom, mais pour un de nos confreres. 

Dans notre compagnie, ou tous les arts sont represented, 
une place a aussi ete faite a la poesie : j'ai pense, Messieurs, 
que cet art ne devait point briller dans le programme de 
cetle soleunite seulement par son absence, et grace au con- 
cours demon ami, M. E. Buschmann, je puis, en comblant 
la lacune, donrier a ma mission oratoire 1'etendue et 1'in- 
teret qui lui eussent manque sans cet heureux auxiliaire. 

L'ART FLAMAND, 

Ode j par M. Ern. Buschmann. 

Le moyen age meurt. De sa tempefe sombre 
Le formidable eclair s'eteint au loin dans 1'ombre. 
II s'endort, le volcan , d'un eternel sommeil. 
A sa base deja la nuit des temps commence, 
Et sur le bord fumeux de son cralere immense 
Le beau quinzieme siecle enfin surgit vermeil. 

Auguste et noble epoque ! ^re grande et feconde 
Ou de vives Incurs illuminent le monde ! 
Ou Pespoir jette a Thomme un appel argentin 
Ou la jeune science en cent lieux s'elabore 
Ou Tart mele aux claries d'une nouvelleaurore 
Les reflets amortis de Pastre byzantin 

TOME xv. 17. 



( 256 ) 

C'est 1'heure ou la nature et Fame delivree , 
Sur les plus doux tresors de leur heaute sacree 
Appellent le regard de Tartiste fervent; 
Ou, brisant du passe le mystique ossuaire, 
Et des vieux types morts rejetant le suaire, 
L'art, sous un beau soleil, s'epanouit vivant! 

C'est Theure ou Faction, 1'expression, la grace, 
L'accent, le caractere et la forme et I'espace, 
Ensemble harmonieux devant Poeil retrace, t 

Emanant du reel, frappent PSme ravie , 
Et, faisant sur la toile etinceler la vie, 
Detronent le symbole immobile et glace! 

Alors , trois nobles coeurs que la source profonde 
Du saint enthousiasme abreuve de son onde , 
Longtemps caches dans Tombre et revant a 1'ecart , 
Aspirent de leur temps les forces condensees, 
Dans un monde visible incarnent ses pensees, 
Et le nom des Van Eyck flamboie au seuil de Tart ! 

Les Van Eyck! groupe aime, trinite fraternelle 

Qu'un radieux genie a prise sous son aile! 

Hubert, grave et pensif; Jean, aux voeux indomptes, 

Attendant qu'a ses yeux un nouvel art respire, 

Et puis , leur Marguerite au suave sourire , 

Doux ange et douce sceur qui veille a leurs cotes ! 

11s peignent 1'oeuvre nait et 1'Europe s'etonne. 
Deja des grands fonds d'or le faste monotone 
S'eclipse, et la nature a leur place apparait. 
L'oeil sonde, emerveille, d'immenses perspectives; 
II retrouve les pres , les ondes fugitives , 
La lumiere et le ciel, les fleurs et la foret! 

Etriiomme, qu'il surgit, plus vrai, plus syrnpathique! 
Comme parle aux regards son regard magne"tique ! 
Quels rapides elans, quels sentiments divers! 
Quel jeu passionne dans ces ressorts de Petre! 
Comme la forme vit sous le pinceau du maitre , 
Et comme Tame bumaine etincelle au iravers ! 



(257) 

Germes d'independance et fleurs de poesic, 

Grave inspiration , naive fantaisie, 

Dont la r&ilite" fait naitre la splendeur, 

C'est vous par qui Partiste au grand jour se revele , 

Vous, les signes puissants, la langue universelle 

Dans laquelle il traduit son genie et son coeur! 

L'art flamand a conquis sa place a la lumiere, 
Le fleuve que nourrit cette source premiere , 
Tant6t lirapide et calme et tant6t irrite , 
Dormant sous un beau ciel ou fouette par I'orage , 
Est venu jusqu'a nous, reflechissant 1'image, 
De la grande nature et de Phumanite"! 

Et toujours lorsqu'un nom salue par la foule , 
fierce sur un flot pur ou porte" par la houle, 
Dans les fastes de Tart s'est inscrit glorieux , 
Toujours le mail re avail , aux jours de reverie , 
Des forces, des instincts de la mere-pa trie , 
Entendu dans son co?ur Pappel nrysterieux ! 

Doux et noble Hemling , dont la grace supreme 
Ceint le beau front reveur d'un si frais diademe j 
Poe'te dont la main , en traits vivants et purs, 
Brode le long tissu des tegendes chretiennes ; 
Peintre des teintes d'or, vagues, aeriennes, 
Des etes declinants et des automnes murs ! 

Metsys, dont le bras fort, quand la forge s'allume, 
Martelle , a coups presses, sur la sonore enclume, 
Le fer incandescent qu'il transforme a son gre j 
Forgeron qui, le soir, cheminant par les rues, 
Reve aux beautes de I'art vaguementapparues, 
Qui jailliront plus tard de son front inspire ! 

L'audacieux Rubens, fier et sublime athlete, 
Maitre au nom flamboyant , a 1'ardente palette , 
Qui fait son auvre immense et sans treve et sans frein , 
Peint Phistoire et le monde en pages magistrates . 
Constelle de leurs feux palais et calhedrales 
Et couvre Part enlier d'un regard souveraio I 



( 258 ) 

Van Dyck donl le pinceau flexible ot poelique 
Revel le masque humain (Pun charme sympalhique, 
Ou bien du Golgotha retrace les douleurs; 
Teniers qui fait bondir , dans scs frais paysages , 
Une foule joyeuse, aux rubiconds visages, 
Ou Parrete attentive aux cris des bateleurs. 

Vous tons, peintres aimes, phalange radieuse, 
Oui de Part jalonnez la route glorieuse , 
N'est-ce pas, vous senliez qu'un souffle inspiraleur, 
Sans cesse rayonnant des profondeurs intimes 
Du vrai, du sol natal, en effluves sublimes, 
Dilatait votre front et vous gonflait le cceur? 

Et lorsque , par deux fois , dans sa longue carriere , 
L'art parut chanceler , et sa splendeur premiere 
S'eteindre a Phorizon en de pales vapeurs , 
N'est-ce pas qu'oublieux de sa propre origine, 
II voulait se courber sous une autre doctrine, 
Et d'un ciel etranger refleter les lueurs? 

Aujourd'hui Part flamand a retrouve sa voie, 
Et Paslre rajeuni des vieux maitres flamboie 
Sur notre belle ecole au front plein d'avenir. 
Qu'il remonte a son gre dans le courant des ages , 
Des pensers de nos jours qu'il animc ses pages, 
Son principe eternel les peut tous contenir! 

Jeunes maitres, deja Porgueil de la Belgique, 
Sans treve poursuivez la route magnifique , 
Vous qui Pavez rouverte , heritiers des aieux ! 
Le present vous sourit ; le passe vous eclaire : 
Aimez Part ! aimez Part, cet arbre seculaire 
Qui plonge dans le sol et monte vers les cieux! 

Qu'importe que de loin s'eleve un vent d'orage 

Qui fail pencher sa cime et fre"mir son feuillage ! 

Tantquedu sue natal, doux et riche tresor, 

Sa racine profonde d flots sera nourrie, 

Tanl qu'il vivra du sol de la libre patrie, 

Ses rameaux verdoyanls porteront leurs fruilsd'or! 



( 259 ) 

M. Ic directeiir a donne cnsuite la parole a M. Quetelet, 
secretaire perpetuel, pour la lecture du rapport suivant sur 
les travaux de la classe et sur les concours annuels. 

Le rapport queje vais presenter sur les travaux exe- 
cutes pendant le cours de cette annee, sera necessairement 
incomplet : en effet, ce n'est pas dans une reunion academi- 
que que Ton peut apprecier des artistes. Si vous voulez ju- 
ger de leur talent et de leur activite, visilez nos principaux 
monuments, parcoureznos places publiqueset nos musees; 
arretez-vous surtout dans les galeries ou se fait notre ex- 
position des beaux-arts, et comparez ce qu'y renconlrent 
vos yeux a ce que pre'sentaient des expositions semblables , 
a une epoque pen eloignee. Vous sentirez mieux alors 
quelle immense carriere a ete parcourue, et combien la 
Belgique actuelle est digne de son ancienne renommee! 

Que pourrais-je ajouter d'ailleurs a ce que proclamc 
1'opinion publique, cetle reine imperieuse qui dispose de 
lout, et qui, selon 1'expression de l'immortel auteur des 
Pensees , fait la beaute, la justice et le bonheur? En 
la suivant dans ses elans , je n'aurais a craindre qu'un 
ecueil , ce serait de tomber dans des exagerations, trop 
frequentes de nos jours, et aussi nuisibles a 1'art qu'aux 
artistes , dont elles gatent souvent 1'avenir et le caractere. 

Me renfermantdans les modestes limites que me tracent 
mes fonctions, je me bornerai done a parler sommairement 
de ce qui a ete fait au sein de 1'Academie et de ce que les 
artistes qui en sont mernbres, ont, depuis un an, essaye 
de realiser. Malbenreusement, 1'experience est venue leur 
apprendre que les conceptions les plus genereuses, les 
plus desinteressees sont parfois eel les dont 1'execution pre- 
sente le plus de diiUcultes. 



(260 ) 

Dans la premiere seance de cette annee academique, la 
classe a pose les bases sur lesquelles il conviendrait d'eta- 
blir une caisse de seoours en faveur des veuves et des or- 
phelins des artistes. Elle a cru qu'un des moyens les plus 
stirs de proteger les arts est de mettre a 1'abri du be- 
soin ceux qui les cultivent, afin qu'ils puissent don- 
ner 1'essor a leur imagination et concourir a la gloire 
de la patrie, sans avoir a craindre pour la famille. Elle a 
voulu enfin rendre desormais impossibles ces scandales 
que Thistoire des arts n'enregistre que trop souvent, et 
qui montrent l'homme de merite aux prises avec 1'adver- 
site. 

En se preoccupant des artistes, la classe ne s'esl pas 
considered seulement comme la tutrice de leurs veuves et 
de leurs orphelins , elle a pris a coaur la conservation de 
leurs oeuvres, qui sont leurs enfantsaussi, enfants que leur 
genie legue a la posterite et que la poster ite, ingrate et 
oublieuse, ne preserve pas toujours de la destruction. 

C'est avec une sorte de respect filial que, sur la de- 
mande du Gouvernement, la classe s'est occupee, a plu- 
sieurs reprises, des moyens de conserver les grands 
tableaux de Rubens, ces cbefs-d'oeuvre qui font 1'orgueil 
el la gloire de 1'ecole flamande. 

C'est encore dans le meme esprit de conservation que 
la classe a cru devoir appeler Fattention du Gouvernement 
sur 1'etat de souffrance ou se trouve 1'art dramatique en 
Belgique el sur la necessite d'y porter remede. 

Ces differents objets lui ont paru trop importants pour 
etre trailes par la voie ordinaire de la correspondance ; 
vers la fin de 1'annee precedente , la classe a delegue une 
deputation speciale qui en a confere avec M. le Ministre 
de 1'inlerieur. En raison de se,s demarches, la classe al- 



( 201 ) 

lend encore avec une entiere confiance la decision qui sera 
prise sur ces questions. 

La classe a saisi cetle meme occasion pour demander 
au Gouvernement un local destine a recevoir les premiers 
elements d'un musee nouveau , dont la creation interesse 
tout a la fois les beaux-arts et les sciences; je veux par- 
ler d'un Musee ethnographique. 

En toutes clioses, notre pays suit ou devance le mou- 
vement inlellectuel de 1'Europe ; il aura, cette fois encore, 
ete Tun des premiers a adopter 1'innovation dont il 
s'agit, car il n'est, jusqu'a present, que deux ou trois 
grandes villes qui aient commence a former des collec- 
tions, afin d'etudier l'homme d'une maniere approfondie 
et sous le rapport de ses formes exterieures. Cependant, 
toutes les ecoles, anciennes ou modernes, ont ete unani- 
mes sur ce point , qu'il faut prendre la nature pour guide. 
Leur divergence d'opinions n'a commence que quand il a 
fallu s'entendre sur la maniere de se laisser guider. Faut-il 
copier servilement la nature ou choisir ce qu'elle presente 
de plus beau? Faut-il s'assujettir a 1'imitation du modele, 
ou bien, dans un grand nombre de cas, suppleer a ce qui 
lui manque par la connaissance parfaite de 1'anatomie et de 
la perspective? Quelle que soit I'opinion que Ton adopte 
a eel egard, 1'artiste ne peut que gagner a trouver reuni 
sous ses yeux loul ce qui permel d'etudier l'homme dans 
son elal normal; tout ce qui caracterise les ages, les races, 
la beaute, la force et la grace. Un pareil musee, place a 
proximile de nos seances academiques, leur donnerait un 
nouvel atlrail, et prendrait bientot les proporlions les 
plus vasles, sans causer de depenses a 1'Etat. 

Je viens de vous parler de nos projels d'avenir; il me 
resle a faire un relour vers le passe, el a vous enlrelenir 



( 262 ) 

des communications quo la classe a revues. Parmi celles-ci , 
clle a parliculuTement distingue un travail de M. Bock, 
Tun de nos associes. Get ecrit, dont 1'insertion a ete or- 
donnee dans les Memoires de r Academic, renferme d'in- 
teressantes considerations sur la topographic ancienne 
de Constantinople et sur la celebre eglise des Apotres, 
fondee par Constantin-le-Grand. 

MM. Fetis et Baron nous ont lu des fragments d'ou- 
vrages encore inedits. M. Baron, en nous parlant du Style 
el de la composition, a etabli d'ingenieux rapprochements 
entre les letlres et les beaux-arts. 

M. Fetis, de son cote, a communique 1'introduction 
qu'il compte placer en tete de la nouvelle edition de son 
Traite d'harmonie. Le savant directeur du Conservatoire 
de Bruxelles, a 1'occasion d'un travail presente par M. le 
comte de Bobiano, nous a fait un rapport, ou plutot un 
memoire sur la musique ancienne des Grecs. Ce rapport, 
ainsi que celui de M. Daussoigne-Mehul, pen vent etre con- 
sideres comme des ouvrages speciaux; ils seront lus, tons 
deux, avec un grand interet dans les Bulletins de I'Aca- 
de'mie. 

Deux de nos associes les plus distingues, M. G. Schadow, 
directeur de 1'Academie royale des beaux-arts de Berlin, 
et M. Waagen, inspecteur des musees de la Prusse, nous 
ont fait parvenir, le premier des remarques sur les pro- 
portions du corps humain , et le second des notices sur 
1'ancienne ecole ilamande dont il a fait une etude appro- 
fond ie. 

Le savant archeologue, M. Gerhard, qui appartient ega- 
lement a notre F Academic, nous a fait hommage de ses 
principaux ccrits et d'un exemplaire de la description, 
encore inedite, des vases du Musee de Berlin. 



(265) 

Nos concours ont fait naitre une serie de travaux uliles; 
les recueils de 1'Academie en fournissent la preuve. On a 
rendu cetle justice a la classe des beaux-arts que les cinq 
questions mises parelleau concours de 1848 , ne lecedent, 
ni pour 1'interet, ni pour 1'importance, a celles des deux 
autres classes. Trois cependant sont restees sans reponse, 
cntre autres celle sur les causes de la splendeur et de la 
decadence de 1'ecole flamande sous le regne des dues de 
JJourgogne. 

La question relative aux limites de la science et de 
Tart se rattache a Tune des parties les plus interessantes de 
I'eslhetique. Bien qu'ancienne pour le fond, elle est de- 
venue en quelque sorte nouvelle par les nombreuses de- 
couvertes qui ont ete faites dans ces derniers temps. II 
scmble en effet que les sciences aient pris a tache d'envalnr 
le domaine des arts et de se subslituer a eux dans tout ce 
qui tient a la reproduction des formes exterieures. 

Sur la question relative a 1'architecture : 

Quel cst, parmi les divers types jusqu'd present employes 
dans la construction des temples Chretiens, celui quit con- 
viendrait d'appliquer aux monuments religieux de la Bel- 
clique , eu egard au climat , aux ressources du pays et aux 
pr ogres de I' Industrie ? 

Les concurrents rechercheront egalement , si, par les 
progres des sciences , et notammenl de la metallurgie , on ne 
pourrait pas , en introduisant de nouvelles combinaisons , 
donner aux eglises un cachet d'originalile. 

Deux memoires ont ete envoyes au concours; Tun porte 
pour epigrapbe : 

c< Rien n'ost de bon goiil, s'il n'esl utile; 
rien n'est beau , s'il n'est nalurel. 

Et 1'au ire : 

Hifn n'esl beau que le vrni. 



( 264 ) 

La olasse, apres avoir entenclu le rapport de ses com- 
missaires, a decide qu'il n'y avail pas lieu a accorder des 
recompenses. 

Elle a pris une decision semblable au sujet du seul me- 
moire rec,u en reponse a la question proposee par la 
section de musique (1) , question formulee dans les ter- 
mes suivants : 

Faire I' expose des principes de chacun dessystemes de nota- 
tion musicale, qui peuvent etre ramenes a trois types prin- 
cipaux, savoir : les chiflres , les iettres de I'alphabet et les 
combinaisons de signes arbitrages ou ste'nographiques. 

Examiner si ces systemes sont congm de maniere a pou- 
voir representer, par leurs signes, toute combinaison quel- 
conque de la musique, sans laisser de doute par I'aspect de 
leur ensemble , ou s'ils ne sont applicables quen de certains 
cas et dans certaines limites. 

De'montrer I'une ou I'autre hypothese par des exemples. 

Deduire a priori les consequences inevitables de la sub- 
stitution d'un systeme quelconque de notation a celui qui est 
en usage , abstraction faite du me'rite du systeme. 

Dans la seance consacree au jugement du concours de 
cette annee, la classe a eu aussi a pourvoir au remplace- 
ment du premier de ses membres qui lui ait ete enleve. 
Elle a nomme, en remplacement de feu M. Vanderhaert, 
M. Van Eycken, premier professeur a 1'Ecole royale des 
beaux-arts de Bruxelles. 

Cette nomination toute recente sera, conformement aux 
termes du reglement, soumise a 1'approbation de S. M. le 
Roi , protecleur de notre Academic. 



(1) L'epigraphe <lu memoire est : 
pour etre utiles. 



Soyons brefs pour etre lus, clairs 



( 265 ) 

La classe a nomme, en meme temps, pour associe etran- 
ger, M. de Caumont,correspondant del'Institut de France. 

Pour completer I'esquisse rapide des travaux de la classe 
pendant le cours de Tan nee, je n'ai plus qu'a parler d'une 
mission delicate qui lui a ete confiee et dont elle s'est ac- 
quittee avec tout le zele et tout le soin dont elle est capa- 
ble. Elle avait a choisir dans son sein une commission 
chargee de juger les pieces envoyees au concours ouvert 
par le Gouvernement pour le meilleur poeme d'opera. 
Vingt-neuf poemes etaient parvenus a la classe; et la com- 
mission , chargee de leur examen , apres un travail long 
et consciencieux, a transmis au Gouvernement les resul- 
tats de son jugement, que M. le Ministre de 1'interieur a 
voulu voir proclamer ici d'une maniere solennelle. 

Pour ajouter a 1'eclat de cette seance publique et res- 
serrer les liens qui unissent la classe des beaux-arts aux 
artistes, M. le Ministre a desire en outre que la procla- 
mation des recompenses a decerner, a 1'occasion de 1'ex- 
position nationale des beaux-arts de 1848, eut aussi lieu 
dans cette enceinte et par 1'organe du secretaire perpe- 
tuel de 1'Academie. 

Je vais avoir 1'honneur de donner lecture des differentes 
pieces qui m'ont ete remises en consequence de ces reso- 
lutions. 

- M. le secretaire perpeluel a proclame d'abord les 
noms des litterateurs auxquels out ete decernes le premier 
et le second prix du concours fonde pour la composition 
d'un poeme d'opera. 

M. Gaucet, de Liege, est venu recevoir le premier prix 
pour le poeme intitule : holme ou les chaperons blancs; et 
M. Louis Schoonen, de Bruxelles, le second prix, pour 
sou poeme intitule : Les deux pretendants. 



260 ) 

- M. 1ft secretaire perpetuel a ensuite donne lecture 
des arretes qui conferent des recompenses aux artistes qui 
onl expose au salon de 1848. 

LEOPOLD, Roi des Beiges, 
A tons presents et u venir, Salut. 

Voulant , a 1'occasion de 1'exposition Rationale des beaux-arts 
de cette annee, donncr an sieur Fraikin (C.-A.), statuaire, a 
Bruxelles, un Utaioignage public de Notre satisfaction pour son 
talent; 

Sur la proposition de Notre Ministre de Tinte'rieur. 

NOUS AVONS ARRfclti ET ARRfcTONS '. 

Art. l pr . Le sieur FRAIKIN (A.-C.) est nomine" chevalier de 
FOrdre de Leopold. 

II portera la decoration civile et prendra rang dans 1'Ordre a 
dater de ce jour. 

Art. 2. Notre Ministre des affaires e"trangeres, ayant 1'admi- 
nistration de 1'Ordre, est cbarg^ de Tex^culion du present 



a Bruxelles , le 24 septembre 1 848 



PAR LE Roi : 

La Ministre de r/nlerienr, 
Cu. ROGIER. 



LEOPOLD. 



LKOPOLD, Roi des Beiges, 
A tons presents et. a venir, Salut. 

Voulant, a Toccasion de 1'exposition nationale des beaux-arts 
de cette anne"e, donuer au sieur Acbenbacb (A.), peintre de pay- 



( 2G7 ) 

sages ct dc marines, a DussefdorT, un temoignage public de 
Notre salisfaction pour son talent; 
Sur la proposition de Notre Ministre de I'interieur, 

NOUS AVOWS ARRETE ET ARRETONS : 

Art. l cr . Le sieur ACHENBACH (A.) est nomine chevalier de 
1'Ordre de Leopold. 

II portera la decoration civile el prendra rang dans 1'Ordre a 
dater de cejour. 

Art. 2. Notre Ministre des affaires e"trangeres, ayant 1'adnii- 
nistration de I'Ordre, est charge de 1'execution du present arrete. 

Donne" a Bruxelles, le 24 septembre 1848. 

LEOPOLD. 



LEOPOLD, Roi des Beiges, 
A tons presents et a venir, Salut. 

Voulant, a 1'occasion de 1'exposition nationale des beaux-arts 
de cette annee, dormer au sieur Mathieu (Lambert-J 11 .), peintre 
et directeur de I 1 Academic de peinture et de dessin, a Louvain, 
un temoignage public de Notre satisfaction pour son talent et pour 
les services qu'il a rendus dans la carriere de 1'enseignement, 

Sur la proposition de Notre Ministre de 1'int^rieur, 

NOUS AVONS ARRETE ET ARRETONS I 

Art. l cr . Le sieur MATHIEU ( Lambert- J h .) est nomme chevalier 
de I'Ordre de Leopold. 

II portera la decoration civile et prendra rang dans I'Ordre a 
dater de ce jour. 

Art. 2. Notre Ministre des affaires e" trangeres , ayant Fadmi- 
nistration de I'Ordre, est charge de 1'execution du present arrete*. 

DorimS a Bruxelles, le 24 seplembre 1848. 

LEOPOLD. 



( 268 ) 

LEOPOLD, Roi des Beiges, 
A tons presents et a venir, Salut. 

Voulant, a 1'occasion de Fexposition nationale des beaux-arts 
de cetle anne'e, donner au sieur HUNIN (P.-P.-Aloys) , peintre de 
genre, a Malines, un temoignage public de Notre satisfaction 
pour son talent; 

Sur la proposition de Notre Ministre de 1'interieur, 

Nous AVONS ARRT ET ARRAIGNS : 

Art. l er . Le sieur HUNIN (P.-P.-Aloys) , est nomine* chevalier 
de TOrdre de Leopold. 

II portera la decoration civile et prendra rang dans 1'Ordre a 
dater de ce jour. 

Art. 2. Notre Ministre des affaires etrangeres , ayant 1'admi- 
nistration de 1'Ordre, est charge" de 1'execution du present arrete". 

Donne a Bruxelles, le 24 septembre 1848. 

LEOPOLD. 

(MM. Fraikin, Mathieu et Hunin sont venus successi- 
vement recevoir, des mains de S. M. le Roi, la decoration 
de I'Ordre de Leopold.) 



LEOPOLD, Roi des Beiges , 
A tous presents et a venir, Salut. 

Revu Nos arret&> du 5 avril 1845 et du 14 juillet 1848; 
Vu les propositions du jury des recompenses a 1'exposilion 
nationale des beaux-arts de cette annee; 



( 269) 

Sur la proposition de Notre Ministre de 1'interieur; 
Nous AVONS ARRT ET ARRAIGNS : 

Art. l er . Des me"dailles d'or sont decerne"es aux artistes ci- 
apres de" signed : 

MM. DUMONT (Joseph), architecte a Bruxelles, pour ses dessins d'archi- 
tecture ; 

HAMMAN (Edouard), peintre a Ostende, pour son tableau represen- 
tant : La lecture pantagruelique ; 

PORTAELS (Jean), peintre, a Gand , pour son tableau represenlant : 
La secheresse en Judee; 

TSCHAGGENY (Edmond), peintre , a Bruxelles , pour son tableau re- 
presentant : Une femme poursuivie parun taureau; 

VERZWYVEL (Michel) , graveur, a Anvers , pour sa gravure represen- 
tant : L'ange du bien et I'ange du vnal; 

DUMONT (Auguste), sculpteur., a Paris, pour sa statue representant : 
Unejeune fille ajustant des fleurs dans ses cheveux ; 

JAQDET (Joseph), sculpteur, a Bruxelles, pour Fensemble de ses 
ouvrages exposes sous les n 08 487 , 488 et 489. 

ROBERT (Alexandre), peiutre, a Bruxelles, pour son tableau repre- 
sentant : Luca Signorelli, celebre peintre italien, faisant le 
portrait de son fils, mort accidentellement ; 

FLEURY (Robert), peintre a Paris, pour son tableau representant: 
Jeanne Shore } condamnee comme adultere et comme sorcierej 
est en butteaux insultes; 

ROBIE (Jean), peintre , a Bruxelles , pour son tableau representant 
des fleurs ; 

SCHUBERT (J.), dessinaleur, a Bruxelles, pour ses portraits lithogra- 
phies 5 

ROEIOFS (W.), peintre, a Bruxelles, pour son tableau represenlant : 
Une vue prise dans la Gueldre ; 

KINDEUMANS (J.-B.), peintre, a Bruxelles, pour son tableau represen- 
tant : Une vue prise dans la vallee de I'AmbUve (Ardennes); 

LAUTERS (Paul), dessinateur , a Bruxelles, pour son tableau repre- 
sentant : FUQ de l'4remberg, et pour ses pastels; 

BOLRE (Paul), sculpteur, a Bruxelles, pour sa statue representant ; 
Un sauvaye surpris par un serpent. 



(270) 

Arl. 2. Des medailles cu vermeil sont decernees aux artistes 
dont les noms suivent : 

MM. BILIH-RS (J.-B.), peinlre , a Ulrecht, pour son tableau reprcsenlant : 
Un pay sage pres de Nimegue ; 

BOHIW (Auguste), peintre a Paris, pour son tableau rcpresentant : 
Une vue prise aux environs de Ckevreuse; 

BRO\V\ (William), graveur, a Bruxelles, pour scs differentes gra- 
vures sur bois ; 

BRULS (L.), peintre, a Rome, pour son tableau representant : L'en- 
f ant perdu ; 

C.VPALTI, peintre, a Rome, pour son tableau representant: Un 
portrait ; 

CHAUVIN (A.). peintre , a Liege, pour son tableau represenlant : Les 
bourgmestres Beckman el Laruelle; 

DANIEL, sculpteur, a Paris, pour sa statue represenlant : Cleopdtre; 

DE CUYPER (L.), sculpteur, a Anvers , pour sa statue represenlant : 
Une jeune mere canadienne repandant son lait sur le tombeau 
de son enfant; 

DE MARNEFFF. (F.), peintre, a Bruxelles, pour son tableau repre- 
sentant : Une cascatelle ; 

DE CUYPER (P.-J.), sculpleur, a Anvers, pour sa statue represen- 
lant: Une sainte famille ; 

DUCAJU (J.), sculpteur, a Anvers, pour son groupe representant : 
Les derniers moments de JSoduognat; 

FOURMOIS(F.), peintre, a Bruxelles , pour son tableau representant : 
Une bruyere dans le grand duchede Bade; 

FRANCK , eleve de Pecole royale de gravure de Bruxelles , pour ses 
gravures exposees sous les n os 575 a 378 ; 

GUFFENS (Godefroid), peintre, a Anvers, pour son tableau repre- 
senlant : Pausias et la bouquetidre ; 

JULIN, a Liege, pour ses camees; 

LECOJITE (Emile), a Paris , pour son lableau represenlanl : Lc comle 
Ugolin et ses enfants ; 

LIES (Joseph), peintre, a Anvers, pour son tableau represenlanl: 
L'embarquement ; 

MERTZ (J.-C.), peintre , a Amsterdam , pour son tableau repre"sen- 
tant : La mere heureuse ; 

OUVRIE (Juslin), peinlre, a Paris, pour son tableau ropresenlant : 
La vue de la Grand' Place d Ypres; 



( "271 ) 

MM. PIGNKHOLLE (Charles-Marcel), peintre, a Paris, pour son tableau 

representant : La fiancee d' A Ivito; 

POMMAYRAC (Paul (le), peintre, a Paris, pour ses miniatures ; 
RUYTEN (J.), peintre, a Anvers , pour son tableau representant: 

Le charlatan d une kermesse flamande ; 

SOMERS (Louis), peintre a Anvers, pour son tableau representant : 
Adrien fTillaert, de Bruges, dirigeant une de ses compositions 
musicales ; 

STEVENS (Joseph), peintre , a Bruxelles , pour son tableau represen- 
tant : Les mendiants ou Bruxelles le matin; 
VAN DEN KERKHOVE (Jean), sculpteur, a Anvers , pour son groupe en 

platre , representant : Penus et I' Amour; 
VAN LERIITS (Joseph), peintre, a Anvers, pour son tableau repre"- 

sentant : La chute de I'homme; 
CoaiTE (P.-C.) , peintre , a Paris , pour son tableau representant : Les 

derniers moments de Cinq-Mars ; 

COOMANS (Joseph), peintre, a Bruxelles, pour son tableau represen- 
tant : La dernidre charge d'Atlila d la bataille de Chdlons- 
sur-Marne ; 

DE BACKER (F.-V.-T.), peintre, a Anvers, pour son tableau repre- 
sentant : Un berger de la Campine racontant une histoire d ses 
deux filles; 
DE YiGNE-QuYo (P.), sculpteur , a Gand , pour le buste en marbre de 

feu Jean-Baptiste "Willenis; 
DILLENS (Adolpbe) , peintre , a Anvers , pour son tableau repre*sen- 

tant: Les cinq sens; 
LUCKX , peintre , a Bruxelles , pour son tableau repre"sentant : Les 

plaisirs de la famille; 
MARSCHOUW (G.), peintre , a Anvers, pour son tableau representant : 

Une ffae villageoise; 
SCHEFFER (Henri), peinlre, a Paris, pour son tableau representant : 

Le Christ et la fierge ; 
STORMS (Jules), peintre , a Bruxelles , pour son tableau representant : 

Le retour du Croise; 
TUERLINCKX (Louis), peintre , a Anvers , pour son tableau repr&an- 

tant : Les affections d'une vieille fille; 

VAW MEER (Charles), peintre , a Bruxelles , pour son tableau repre- 
sentant : Le marchand de gibier ; 

VAN LINDEN, sculpteur, a Paris , pour son buste en marbre , repre- 
sentant : Le Christ, et sa statuette en marbre , representant : La 
Merge; 

TOME xv. 18. 



( 272 ) 

MM. COULON (Louis), peintre, a Bruxclles, pour son tableau represen- 

lant : Les poissons rouges ; 
HKKDIUCKX (Henri), peintre, a Bruxelles, pour son tableau repre"scn- 

tant : Les Macedonians aneantis par Belgius; 
JKHOTTK (Constant), graveur, a Liege , pour ses medailles; 
QUI.\AUX (.loscph), peintre, a Bruxelles , pour son tableau represen- 

tant : Une vue prise dans les Ardennes: 
ROFFIAEN (Francois), peintre, a Bruxelles, pour son tableau repre- 

sentant : Une chute de VAar dans les Hautcs-4lpcs ; 
TAVI:RKIEII(J.), peintre , a Bruxelles, pour son tableau representant : 

Une nuil d'e'te; 
VAN MALDF.GHE.U (Eugene), peintre, a Bruxelles, pour son tableau 

represenlant : L'Assomption de sainte Marie ; 
WALLAYS (E.), peinlre , a Bruges, pour son tableau representant : 

Louis Fill, roi de France , etc. 

Art. 5. Notre Ministre de 1'interieur est charge* de Fex^cution 
du present arrete'. 

Donn^ a Bruxelles, le 24septembre 1848. 

LEOPOLD. 



L'execulion de la canlate de M. Lemmens, eleve du 
conservatoire royal de Bruxelles, qui a obtenu, Fanncc 
derniere, le second prix au concours de composition musi- 
cale, a termine la seance. 

Leurs Majestes se sont retirees au milieu des plus vivcs 
acclamations. 

La seance a ete levee a midi et demi. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DBS SCIENCES , 

DES 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 
1848. N 10. 

CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du 7 octobre 1848. 

M. VERHULST, directeur. 

M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. d'Omalius d'Halloy, Pagani, Sau- 
veur, Timmermans, De Hemptinne, Crahay, Wesmael, 
Martens, Dumont , Cantraine, Kickx, Ch. Morren, Stas, 
De Koninck, Van Beneden, Ad. De Vaux, la baron de 
Selys-Longchamps, II. Nyst, membres ; Somme, associe; 
Glugeet Louyet, corrcspondants. 



(274) 
CORRESPONDANCE. 



Le secretaire perpetuel communique des lettres de la 
Societe royale de Londres , de 1'Academie de medecine de 
Paris , de la Societe des sciences de Harlem , de 1'Acade- 
mie royale de Berlin et de 1'Academie royale de Munich , 
concernant les publications academiques. 

Botanique. M. de Martius , secretaire de la classe des 
sciences de 1'Academie de Munich, communique a M. Que- 
telet les faits suivarits relatifs a son grand ouvrage sur les 
palmiers dont il termine la publication : J'ai 1'espoir de 
pouvoir achever, dans quelques inois, i'enlreprise la plus 
grande qui m'ait occupe, mon Historianaturalispalmarum, 
dont la partie la plus difficile, de formatione, est imprimee; 
en sorte qu'il ne me reste plus que la partie geographique. 

Je travaille maintenant a la revue de la distribution 
geographique de ces plantes, qu'on pourra considerer 
comme les antesignanae dans les differentes regions flo- 
rales ; et ce travail me fttit souvent desirer de pouvoir pro- 
filer de vos conseils eclaires. Ce sont les faits constates 
sur la distribution de la chaleur a la surface du globe, qui 
pourraient essentiellement contribuer h rectifier mes vues 
sur les limites des regions florales que j'ai designees par 
le nom ftimperia Florae. Mais je pense que je devrai me 
contenter des signes isothermes et isotheres deM.de Hum- 
boldt, parce que la patrie des palmiers est situee, a peu 
d'exceptions pres, entre les tropiques; et parce que ces 
pays sont encore peu connus sous le rapport des lois de la 
distribution de la chaleur... 






( 275 ) 

II existe sans doute des rapports bien interessants en- 
tre la distribution des palmiers et 1'histoire primitive des 
peuples, maiscette partie des sciences est encore peu cul- 
tivee, et il faudra de profondes recherches, de la part de 
voyageurs e'claires, pour arriver a des resultats generaux. 
La distribution du Cocos nucifera a quelque chose de mys- 
terieux. Toutes les autres especes de cocos sont ameri- 
caines, et la nucifera est la seule qu'on ait cru devoir con- 
siderer comme asiatique. J'ai place sa patrie, par hypothese, 
sur plusieurs lieux du globe, pour expliquer comment elle 
aurait pu etre transported par les flots de 1'Ocean , mais 
toujours sans succes. II est singulier surtout, qu'on ne la 
trouve pas a 1'ile de Paques, la plus occidentale de la Poly- 
nesie, tandis qu'elle forme des forets a Guatimala. 

Meteorologie. M. Quetelet donne communication de 
plusieurs lettres qu'il a revues au sujet de phenomenes 
meteorologiques, observes dans ces derniers temps : 

1 M. Duprez, correspondant de 1'Academie, ecrit de 
Gand : Dans la soiree du 9, de 9 */* a H Vs heures, le 
ciel resta suffisamment clair du cote de Test , et dans cet 
intervalle de temps de deux heures, je n'ai vu apparaitre 
en tout que 18 etoiles filantes. Ce nombre ne presente 
rien d'extraordinaire et surpasse a peine celui des meteores 
qu'on peut observer dans une riuit ordinaire; toutefois, 
je dois faire remarquer que la grande clarte de la lune a du 
contribuer beaucoup a affaiblir Peclat des etoiles filantes 
peu brillantes et a rendre ces dernieres invisibles. La 
direction NE.-SO. ne s'est pas non plus reproduite d'une 
maniere aussi frappante que les autres annees; une seule 
etoile filante presentait cette direction; les autres se mou- 



( 276 ) 

vaient gcneralcmcnt du NNO. au SSE. Parmi lesmeleores 
observes, il s'en est trouve un qui s'est fait remarquer 
par ses dimensions et son grand eclat : il se montra a 
11 heures 19 minutes dans le voisinage de la tete de 
Meduse en se dirigeant de 1'ouest vers Test; sa couleur 
etait rougeatre, et de nombreuses et vives etincelles se 
detachaient de sa trainee. Pendant les observations de 
cette nuit, des nuages strati se montraient a I'horizon 

N. et E. , et de frequents eclairs apparaissaient au NE 

L'etat du ciel fut defavorable aux observations de la 
nuit du 10. Dans la soiree, le ciel etait convert; mais dc 
11 3 /4 a 12 %, il presenta des cclaircics a travers les- 
queiles je vis apparaitre 9 etoiles iilantes dirigees presque 
toutes du nord au sud. Plus lard dans la nuit, le ciel sc 
couvrit de nouveau et ne permit plus d'observer. De meme 
que dans la nuit du 9, de frequents eclairs se montrerent 
a rhorizon NE. 

Les nuits suivantes, le ciel resta couvert. 
A Bruxelles le temps a etc pen favorable aussi a Tobser- 
valion des etoiles filantcs periodiques du mois d'aout; mais 
en France, les circonstances ont etc plus propices, et 
Ton a pu conslater 1'apparition d'un grand nombre de ces 
meteorcs. 

2 M. Pulzeys, directeur au Ministere de la justice, a 
observe, a Bruxelles, le l cr scptembre, vers 8 lieures du 
soir, un corps lumineux se dirigeant a peu pres de 1'ouest 
a Test, tres-lentement et presque horizontalement. Sa lu- 
miere elait fort brillanle et verdatre; ses dimensions 
depassaient de beaucoup celles d'une eloile filanle. )> 

Ce meteore serait-il le meme que celui meniionne de la 
maniere suivante dans le Journal de la Nievre? Le l er scp- 



( 277 ) 

lembrc, vers 8 heures ct dernie du soir, un rneteore lumi- 
neux a traverse I'horizon du NO. au NE. de Nevers. La 
lumiere qu'il a repandue en passant a eclaire subitement 
la campagnc et la ville : semblable a un globe de feu, au 
moment ou il a paru, il s'est eteint en laissant apres lui 
une lumiere blanchatre, qui a dure quelques minutes au 
point de 1'horizon ou il a disparu. 

Un journal de Caen a signale, a la meme epoque : un 
globe de feu d'un dclat magnifique qui nc ressemblait en 
rien, ni par la lumiere, ni dans sa course lente et ma- 
jestueuse, a ce qu'on appelle etoiles filanles. 

5 M. Warlomont, inspecteur de 1'enregistrement a 
Marcbe, donne les details suivants au sujet d'un orage qui 
a eclate dans les Ardennes : Hier, 29 aout, apres une 
journee tres-chaude, un orage est venu fondre sur la ville de 
Marche. Le ciel, presque entierement libre a 6 hcures du 
soir, se couvrit bientot de nuages d'un noir livideuniforme. 
VersG h 45 m , la plnie, pen intense d'abord , continua a lom- 
ber sans beaucoup de violence, accompagnee de grelons 
d'un volume extraordinaire, formes d'un noyau opaque 
presentant la texture de la grele ordinaire et entoure d'une 
masse de glace transparente irregulierement agglomeree et 
a surface mamelonnee. Le volume moyen des grelons elait 
superieur a celui d'unc tres-grosse noix; 1'un d'eux, de 
forme cllipso'ide, avail, suivant les axes principaux, 7, Get 
4 centimetres. L'eau provenant de la fonte de trois de ces 
glacons (fonte qui s'est operee en 5 heures environ dans 
une atmosphere orageuse) remplissait entierement un 
verre a biere ordinaire et pesait 215 grammes, ce qui 
donne en moyenrie pour un grelon 71 grammes (71 cen- 
timetres cubes). La chute des grelons dura plusieurs mi- 



(278) 

nules; ils elaient pen nombreux et distants d'envirori un 
metre en lous sens sur le sol. L'orage, qui eclata ensuite 
avec une extreme violence vers 9 heures, se calma in- 
sensiblement , et la pluie recommence a tomber par tor- 
rents ce matin, 30, vers 7 heures. 

Phe'nomenes pe'riodiques. M. A te Bellynck, professeur 
au college de la Paix, a Namur, transmet les resultats des 
observations qu'il a faites sur la floraison des plantes pen- 
dant les premiers mois de cette annee. 

M. Le Reboullet communique les observations faites a 
Strasbourg, en 1845, 44 et 46, sur les passages des oiseaux 
voyageurs. 

M. M.-J. Maury, directeur de 1'Observatoire national de 
Washington , ecrit au secretaire perpetuel : En exami- 
nanl votre tableau de comparaison entre la vegetation a 
Bruxelles et la vegetation aux Elats-Unis (tome V des 
Annales de PObservatoire de Bruxelles), je remarque une 
difference qui s'eleve de 23 a 41 jours, en faveur de 
Bruxelles. Quelle part, croyez-vous, faut-il attribuer, dans 
cetle difference, aux effets produits par les eaux du Gulf- 
Stream sur le climat de 1'Europe occidentale? 

En considerant la capaeite calorifique de 1'eau, la 
rapidite et la temperature du Gulf-Stream, le volume de 
1'eau echauffee que le courant verse chaque jour dans 
1'Atlantique, et, de plus, la predominance des vents d'ouest 
qui glissent au-dessus de ce courant et qui, charges d'hu- 
midite et de chaleur, atteignent ensuite les cotes de 1'Eu- 
rope, je crois qu'on peut, sans exageration comparer le 
golfe du Mexique a une chaudiere, et le Gulf-Stream, aux 



( 279 ) 

tuyanx do conduitc par lesqucls sont temperes et echauffes 
le climat de 1'Angleterre el les cotes de 1'Europe, comme 
le serait une vaste serre. 

De 1'Ocean indien derive un autre Gulf-Stream de 
haute temperature qui coule vers I'Amerique du NO.; 
et, ici, nous avons la repetition des memes effets : le 
climat de 1'Oregon est doux comme le votre, tandis que 
le climat de 1'Asie orientale est analogue a celui de J'Ame- 
rique vers Test. 

Les rapports qui existent entre les climats des con- 
trees maritimes et les temperatures des courants dans les 
mers voisines, sont d'un haul interet, pour ne pas dire 
d'une haute importance. Selon moi, les courants maritimes 
presentent un champ precieux pour les observations. 

Tout marin, en s'embarquant, est deja pourvu des 
instruments necessaires pour faire d'utiles travaux; le 
point important est de bien concerter le systeme d'observa- 
tions les plus essentielles. Depuis plusieurs annees, j'ai 
essaye de combiner un semblable systeme; mais je suis 
reste a peu pres isole. J'aurais besoin du concours des ve- 
ritables amis de la science.... 

M. Maury a joint a sa lettre un travail imprime dans 
lequel il expose ses vues avec plus de developpement. 



Ethnographic. Au sujet d'une note sur les propor- 
tions du corps humain chez les Egyptiens, inseree par 
M. Quetelet dans le n 7 des Bulletins de cette annee, 
M. Jomard, de Tlnstitut de France, lui ecrit : Vous savez 
que les proportions egyptiennes, sinon comme rapports, 
du moins comme quantile absolue, sont, selon moi, un 
peu an dela dc la stature nattirelle des gens du bord du 



280 ) 

Nil, autrcfois corame aujoord'hui, LcsEgypliens, en con- 
servant a peu pres les proportions relatives des parties du 
corps, eleverent le module jusqu'au chiffre metrique, clivi- 
seur exact de plusicurs grandes mesures, et multiple lui- 
meme de la coudee et du pied. Cette stature melrique de 
4 m ,847 se retrouve partout; elle etait systematique, parce 
qu'ellc etait partie aliquotedes mesures dusysteme general. 
Ce systeme lui-meme etait essentiellement duodecimal 
et sexagesimal : de la, les proportions de plusieurs parties 
du corps, exprimees par les nombres 2,5, 4, 6, 12, etc., 
tons facteurs de 12 et CO. Votre but , Monsieur et cher col- 
legue, est de determiner les mesures vraies du corps chez 
les differentes nations, et cela pour un grand nombre de 
lignes. Get objet est d'une application pratique et d'une 
utilite plus evidenle qu'unc recherche systematique... 

II est aussi donne comrnunicatiou d'une lettre de M. 
G. Shadow, directeur de 1'Acadernie royale de Berlin, qui 
dit avoir verifie les mesures donnees dans les Bulletins de 
r Academic sur celles qu'il a reunies lui-meme dans son 
Polyclele, et les avoir trouvces d'une minutieuse exactitude. 

Les notes manuscriles suivantes ont etc deposees sur 
le bureau : 

1 Sur quelques formulcs nouvelles de la trigonome- 
tric spherique, par M. Meyer, corrcspondant de 1'Aca- 
demie. (Commissaire : M. Verhulst); 

2 Sur un phenomene d'acoustique signale par M. Scott 
Russell. Lettre a M. Quetelet par M. Ch, Monligny, de 
Namur. (Commissaire : M. Crahay); 



( 281 ) 

5 Sur une note de MM. Gluge ct Thiernesse concer- 
nant le vol dcs oiseaux. Lettrc de M. Jobard. (Commis- 
saire : M. Gluge.) 



CONCOURS DE 1848. 



La classe dcs sciences avail mis ail concours de 1848 
six questions sur diflerenls sujets; elle n'a recu de reponse 
qu'a une seule de ces questions, a savoir la quatrieme du 
programme, enoncee dans les termes suivants : 

Sur trois millions d'hectares de terre que renferme la 
Belgique, pres de 500,000 sont encore incultes, speciale- 
ment dans la Campine et les Ardennes. Deja de nom- 
brenscs experiences ont ete faites dans ces contrees ou 
les landesabondent. 

L'Academie demande une dissertation raisonne'e sur les 
mcilleurs moyens de fertiliser , soit les landes de la Cam- 
pine, soil les landes des Ardennes, sous le point de vue de 
la creation de fortts, d'endos, de rideaux d'arbres, de 
prairies ct de terrcs arables , ainsi que sous le rapport de 
? irrigation, 

II a cle regu quatre memoires portant les epigraphes : 

N" 1. Ce qui appartient a plusicurs n'appartient a pcrsonne; vendez les 
briryeres, el le defrichement suivra. 

N 2. Des landes en friche, des bras oisifs sont ayssi steriles que des capi- 
taux cnfouis dans nn coffre. 



( 282 ) 

N" o. Le Defongage et la profonde fertilisation du sol sont Ics plus grands 
progres que puisse faire 1'agriculture. 

N 4. La terre , bien ou mal employee , et les travaux des sujets , bien ou 
mal diriges, de"cident de la richesse ou de Tindigence des Etats. 

(Commissaires: MM. Martens, Morren etDeHemptinne.) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



ASTRONOMIE. 

Sur une methode donnee dans les MEMOIRES DE L'ACADEMIE 
ROYALE DE BfiLGiQUE , pour determiner la collimation 
d'une lunette me'ridienne; par Ed. Mailly, aide a 1'Obser- 
vatoire royal de Bruxelles. 

I. 

Dans son Memoire sur les corrections de la lunette meri- 
dienne (*), M. Liagre donne, pour evaluer la Collimation 
par les doubles passages de la polaire combines avec le 
passage d'une etoile a f'aible declinaison, la formule sui- 
vante : 

m , C==D COS '*(P-^ - - &*-l(P+P') 



p est la distance polaire de 1'etoile equatoriale; p' celle de 



(*) Memoires couronnes et Memoires des savants etrangers, publics 
par PAcademic royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, t. XVIII. 
Bruxelles, 1845. 



( 283 ) 

la polaire a son passage superieur. En representant par 
H, H, H', les heures respectives de la pendule, lors des 
trois observations (de 1'etoile equatoriale et de la polaire a 
son passage inferieur et a son passage superieur), corri- 
gees du retard diurne de la pendule; et par AR, AR, AR' 
les ascensions droites des memes etoiles corrigees de 1'ef- 
fet de 1'aberration diurne, on a : 

D = 45[(H-t-AR) - (H-hAR)] 
D' = 45 [(H-t-AR') (H'-f-AR)]. 

Supposons qu'il y ait eu erreur sur les passages de la po- 
laire et que Ferreur soit la meme pour le passage supe- 
rieur et pour le passage inferieur : le signe pourra etre le 
meme ou bien differer; differentiant dans cetle hypothese 
les equations (1) et (2) , nous trouvons : 



dc , rfD o _ 

uc uu . 



. , 

2 sm. f (pp f ) 



dW = 15 dH 

Posons 

i 
il vient : 

dc= _,.,,, s.f 



<* c =-i5<*H'i - . r\:* '- . ,r :/ * (p p) 1 



d'ou Ton tire : 

[-2 sin. l(fM-p') cos. 1 (p-hj/) 2 sin . l(p-p') cos. | (p- 

; - 

_ 4s.n. i( 

Mais on a, en premier lieu : 
2 sin. (p+p') cos. I 
2 sin. ^ (/>p') cos. I (/>/>') = sin. (/) p') ; 






( 284 ) 
en second lieu, la Ibrmule 

cos. (a 6) cos. (a-f-6) = 2 sin. a sin. b 

donne, en faisant 

a = (p-*-j'); 

a - b = />'; 
a +- b = p ; 

cos. jo' cos./) = 2 sin. | (p-t-//) sin. f (p />'); 
substituant dans dc, nous obtenons : 



dc = - 



2(cos.jt/ cos./?) 
quand on prend le signe -*- , c'est-a-dire, quand 

dH= -f- dH', on a: 

(5) ..." 



cos. p cos. jo 
quand on prend le signe , c'est-a-dire, quand 

rfH' , on a : 

sin. p' cos. p 



w 



dc = - 15 



cos. p' cos. p ' 



rfH' pent etre positif ou negatif, c'est-a-dire, que 1'etoile, 
a son passage superieur , aura etc observee ou trop tot ou 
trop tard. 

II. 

Examinons de plus pres le premier cas qui se presente : 
celui ou 1'observateur se trompe d'une meme quantite et 
dans le meme sens sur 1'heure des passages superieur et 



( 285 ) 

inferieur de la polaire; ce cas n'est pas rare : 1'observateur 
le plus habile pent avoir une equation personnelle , ce qui 
veut dire qu'il notera le passage d'une etoile un peu avant 
ou apres qu'elle a passe devant les fils de la lunette; cette 
equation personnelle ne sera pas necessairement la meme 
pour Unites les declinaisons (*); on conc,oit qu'elle puissc 
augmcnler avec la declinaison de 1'etoile. Du resle, il nous 
suffira d'admettre ici que 1'etoile equatoriale ait ete bien 
observee, mais que sur la polaire, il y ait une erreur de 
meme signe pour les deux passages. Cette hypothese n'a 
rien que de licite. 
Nous avons trouve, dans ce cas : 



cos.p cos.p 

a mesure que p augmente,p' restant constant, le facteur 
^~^~c^~, diminue, car le denominateur croit plus rapi- 
dement que le numerateur; airisi, 1'erreur clont les passa- 
ges de la polaire sont en laches, influera plus ou moins sur 
la collimation, suivant que la troisieme etoile sera plus 
ou moins rapprochee de 1'horizon. 

En nommant c l la collimalion que Ton aurait obtenue 
en combinant avec la polaire une etoile d'une distance au 
pole egalc a p l , on aurait pour le rapport de dc a dc, , 

dc sm.p ^ cos.p' cos.p, 

dc t sin. /?, ' x cos. p' cos. p 



O Si V equation personmlle affeclait de la meme maniere toutes les ob- 
servations, les equations (2) montrcnt qu'elle n'altererait point la valour de 
la oolliinalion. 






280 



III. 



Examinons le second cas, celui ou 1'erreur commise sur 
les passages de la polaire aurait ete la meme , mais de 
signe contraire pour le passage superieur et le passage in- 
ierieur; nous avons alors la formule : 

sin. p' cos. p 



cos.p cos.p 

Ici, 1'erreur sur la collimation sera bien moindre que 
dans le premier cas, a cause du facteur sin. p' ; elle chan- 
gera de signe a 1'equateur; au-dessus et au-dessous, elle 
ira en augmentant avec la declinaison, soit positive, soit 
negative de la troisieme etoile. 

Le cas dont nous nous occupons, pourrait se presenter, 
independamment de toute autre cause d'erreur, s'il existait 
une parallaxe des pis de la lunette, c'est-a-dire, si le reti- 
cule n'etait point place exactement au foyer; nous verrons 
tout a 1'heure que cette parallaxe devrait etre assez forte 
pour que la valeur de la collimation s'en ressentit. 

En nommant c l la collimation pour une etoile d'une 
distance polaire egale a p, , on aurait : 

dc 



cos. p cos. p cos. /> 
dc t cos. p t ' ' cos. p' cos. p 



IV. 



Si nous comparons les deux genres d'erreur que nous 
avons consideres dans le paragraphe I et discutes dans les 
paragraphes II et III ? nousjaurons en posant dc = dc pour 



dtt = dH', et dc = dc'.' pour dH = dH' : 

(lc_ _ tg. ;* 
dc" tg. ;/ 

Cette formule nous montrcrait, si nous no Ic savions 
doja, que la collimaliou sera bien plus altcrce par le pre- 
mier genre d'erreur que par le second. 



V. 

Prenons un exemple; je irouve dans le regislre dc 1'Ob- 
servatoire de Bruxelles, les observations suivantes : 

5 mai 1848, a Virginis . . . H == 15 h 9 m 24 S ,56; 
Polaris, p. i. . . H = 12 56 1,90; 
Polaris, p. s. . . H' = 56 43,15; 

le retard diurne de la pendule est de 4 S ,4. 

Je ramene les observations a 1'instant du passage su- 
perieur de la polairc ; je cherche les ascensions droites 
dans le Nautical almanac , et je les corrige de reflet de 1'a- 
berration diurne; j'ai ainsi : 

H = 1 5 1 ' 9 ni 2G%80 j AR = 1 S h 1 7 m 1 S%07 5 p = 1 00" 22' 8",G ; 

H" = 1256 4,10; AR = 15 4 11,80; 

H' = 056 45,15; AR' = 1 4 12,56; p' = 15010,6. 

J'en deduis par la formule (1) 

c = -4- 22",2. 

Le meme jour, Ton a observe >? Bootis a 15 b 59 59 8 ,7G; 
j'ai alors : 

II = lo' 1 5 ( J ni 42,09; AR = 15 h 47"' 28%75 ; p = 70" 50' 22", 1 . 

TOME xv. It). 



( 288 ) 

Je combine cctte observation avec les passages supc- 
rieur ct infericur de la polaire et j'en tire : 

c = H- 36",3. 

Voila done deux valeurs de la collimation qui different 
dc 14",1 ; voyons quelle serait ici 1'influence d'une erreur 
sur les observations de la polaire. 

Supposons dH=dH'=l 8 par exemple; nous avons 
alors : 

sin. p cos.p' 



dc= 15 



cos. p' cos. p ' 



pour p = 100 22' 8",6; dc = 12",5 
pour p = 70 50 2^,1 ; dc = 21,1. 

D'apres cela, la valeur de la collimation serait d'une 
part + 9",7; de 1'autre-t- 15",2 : ces nombres ne different 
plus que de 5",5. 

Maintenant, Ton conceit que Ton puisse, par un choix 
convenable de 1'erreur, arriver a une valeur identique de 
la collimation par a Virginis et par f\ Bootis : cette valeur 
sera -*- 1",7, pour dll = dH'= l fi ,64. 

II parait done, d'apres ce qui precede, 1 que la me- 
thode est defectueuse, puisqu'une erreur d'une seconde sur 
les passages de la polaire faitvarier la collimation de 12",5 
sur 22",2 pour Virginis et de 21",1 sur 56",5 pour y 
Bootis ; 2 qu'elle peut donner quelques indices sur le sens 
et la grandeur de 1'erreur qui affecte les observations de 
la polaire : ainsi, dans le cas qui nous occupe, la polaire 
parait bien avoir ete observee trop tot a ses deux passages r 
et 1'erreur semble se rapprocber d'une seconde ct demie. 

Supposons, pour un instant, que la polaire ait ete ol 



( 289 ) 

servce trap lard a son passage supcricur el trop lot a son 
passage inferieur; soil, du reste, comme precedemmenl , 
1'erreur cgale a 1% nous avons alors : 



sin. p' cos. p 
lo 



cos. // cos. p ' 
cette derniere formule donne : 

pour/>=10022'8",6; dc = 0",06 
pourp= 70 5022,1; dc = -t- 0",19. 

Ainsi , une erreur d'une seconde sur les passages de la 
polaire , quand le signe n'est pas le meme pour les deux 
passages, n'a pas d'intluence sensible sur la collimation : 
en supposant imeparallaxe des fils, il faudrait, dans 1'exem- 
ple qui nous occupe, qu'elle fut de l m a la distance de la 
polaire, pour produire une alteration de 3", 6 sur la colli- 
mation , quand on emploie 1'observation de Virginis. 

VI. 

Avant d'examiner de tres-pres la formule (1), j'avais 
essaye d'une verification empirique : a Greenwich , on de- 
termine la collimation par des moyens mecaniques; j'ouvre 
le recueil des observations de Fannee 1845, et je trouve 
qu'a la date du 2 avril , 1'erreur de collimation &ait de 
- 0",85; le meme jour, Ton a observe la polaire a son 
passage superieur et a son passage inferieur, et a 
les temps des trois passages sont : 

a Hydrse 9M9 m 39 s ,72; 

Polaris, p. i 13 1 39,73; 

Polaris, p. s 12 50,79; 

le retard diurne de la pendule est de O s ,95. 



( 290 ) 

Au nioycn de ces elements, je tire de la formule (1) 
c = -t- 21 ",04; 

la difference avcc le resultat observe est considerable. 
Je combine maintenant les passages de la polaire avec 
Leonis qui a etc observe le meme jour a 9 h 59 m 48 S ,59 
et j'en conclus pour la collimation 

c = H- 26",20. 

Les distances polaires de Hydrae et de Leonis sont rcs- 
pectivement 97 59' 44",7 et 77 16' 56",0; je puis done, 
d'apres ce qui a ete dit dans le paragraphe V, supposer 
avec quelque raison, que la polaire a etc observee trop tot 
a son passage superieuret a son passage infcrieur; si j'ad- 
mets quc 1'erreur ait ete d'une seconde, c'est-a-dire si je 

pose 

dH = dH' = + 1 s , 

j'obtiens par la formule (5) : 

pour p = 97 59' 44",7 ; dc = 15",04 
pour p = 77 i6 56,0; dc = 18,76; 

j'ai done alors, pour valeur de la collimation : 

par a Hydrae -*- 8",00, 
par Leonis + 7,44; 

1'accord entre ces nombres est tres-satisfaisant. 

Eh bien , il se trouve que ce jour-la , le 2 avril , 1'hypo- 
these que j'ai posee , semble se verifier, et que la polaire a 
ete observee trop tot a ses deux passages; en effet, ces pas- 
sages rapportes au l er Janvier 1845 donnent : 

l b 3 m 33 8 ,60, 
\ 3 53,69, 

landis que 1'ascension dioite moyeniie pour la meme epo- 



( 291 ) 

quo, deduite de 77 observations cst : 
I 1 ' 5 m 54 S ,45 f). 

11 y a plus : si au lieu de prendre les ascensions droites 
dans le Nautical almanac, comme je 1'ai fait pour les cal- 
culs ci-dessus , j'adopte les ascensions droiles donnees 
dans le recueil de Greenwich de '1845 (**), je trouve, 
a pros avoir ajoutc O s ,85 a I'instant du passage supericur et 
S ,7G a celui du passage infcricur : 

par Hydra c = 0",55 

par a. Leonis c = i",7G 

Moyenne. ... 1",05 
Nomhre adopte a Greenwich. 0",85 

Difference . . . 0",20 

II y atirail done id un accord Ires-satisfaisant; mais les 
observations de la polai.rc ont du elre corrigees au prea- 
lablc de 1'erreur en moins qui les affectc, et ila fallu adop- 
ter une correction en moins de O s ,92 sur la position de la 
polairc donnee dans le Nautical almanac : cctte correction 
a etc conclue a Greenwich des observations failes dans 
cct observatoire en 1844. 



(*) Jc ferai observer ici que les ecarls do la moyenne vont, pour la po- 
lairc, ft Greenwich, a ^%o en moins et 5 s en plus. 

(**) Voici en regard les ascensions droiles du Nautical almanac ct du re- 
cueil de Greenwich : 

NAUTICAL ALMANAC. CUKIOWITH. 

Polaris, p. s I 1 ' 3'" 7 s . 00 C'.72 

Polaris, p. i 13 3 7,60 (>,f>7 

A Hydra? 20 0,!o 0,49 

Leonis. . . 10 l),42 9,20. 



( 292 



VII. 



La formule (1) n'cst qu'un cas particulier d'unc formule 
plus generate qui se rapporte au cas ou Ton aurait observe 
avec une etoile equatoriale, deux circompolaires, 1'une a 
son passage superieur et 1'aulre a son passage infericur 
(du moins ce sont les etoiles que recommandeM.LiagreQ. 
Je n'ai pas examine ce cas general , mais je suis porte a 
croire qu'il conduirait a des resultats analogues a ceux 
consignees dans les paragraphes precedents (**). 



(*) Cette formule est : 

sin. p cos. l(p-p') sin. p' cos. |(p-p") 



2sin. | (p jp")sin. | (p p') 2 sin. | (p-p') sin. (p' p")' 

dans laquelle 

lo)_(H"-hAR)]; D' = 15[(H-t-AR')- 



on en tire la formule particuliere (1) que nous avons discute"e, en faisant 
p-p f . 

( *) Le 7 mars 1848 , Ton a observe" a Bruxelles a. Canis minoris, cT Ursae 
minoriS) p. i. , et 51 Cephei; les temps des passages ont ete 7 h 27 m 18 s ,88 ; 
6 h 17'"2%20 et 6 h 25 m 50%20; le retard diurne de la pendule etait de 3%GO : 
j'cn tire par la formule generale doiinee dans la note prccedentc : 

c = -h 19",20. 

J'essaieensuite diffe>entes combinaisons, en supposant que les etoiles cir- 
compolaires ont ete obscrvees une seconde trop tot ou trop tard et que 
Ferreur porle ou bien sur les deux ou sur Fune seulementj j'obticns ainsi 
une serie de valcurs de la collimation qui varicnt dcpuis 2",7f) jusqu'a 



( 295) 

Pour la ibrmulc (1), il y aurait aussi a considerer le cas 
ou Tun des passages de la polaire seulement serait enlacbe 
d'erreur. 

Mais commc il est impossible de dire en general, aprcs 
une observation de la polaire ou d'une autre etoile voisine 
du pole , quel est le signe et la grandeur de Terreur qui 
affecte cette observation, ce qui precede suffira, pensons- 
nous, pour mettre le calculateur en garde contre la 
methode qui consiste a determiner la collimation d'une 
lunette meridienne par les seules observations astrono- 
miques et independamment des autres corrections de 
1'instrument. 

VIII. 

Avant de quitter ce sujet, je dirai un mot de la formule 
par laquelle M. Liagre calcule la deviation azimutale de la 
lunette meridienne; elle est , dans le cas le plus general : 



55",64 ; en voici le tableau : 

cT Ursae minoris, p. i. 51 Ccphei. Collimation. 

rfHo = _is dW = \ c -\- 35",G4 

1 + 28,27 

1 +1 -h 20,90 
1 4- 26,57 
4. 19,20 
-i- 1 4- 11,83 

4-1 - 1 -f- 17,50 

4-1 4- 10,13 

4-1 -4-1 + 2.76. 



( 294 ) 

t est rinclinaison dc 1'axe donnce par le niveau; c la colli- 
mation deduite dcs observations astronomiques de trois 
etoiles, dont deux circompolaires, 1'une a son passage in- 
fcrieur, 1'autre a son passage superieur, out pour ascen- 
sions droites AR et AR'; I est la colatilude du lieu ; a la 
deviation aziraulale. 

Si Ton differenlie cette equation , on obtient 



sin. p n sin. p 
sin. (/>"-//) 



dc 



cos. I (p n +p') 



cos. 



et dans lecas parliculier 011 Ton aurait observe la polairc a 
son passage superieur et a son passage inferieur : 



sin. 



sin. I cos. p 



Ton voit ici qu'une errcur sur le passage de la polaire 
n'inQuera sensiblement sur la valour de la deviation azi- 
inutale quo par 1'alleraliou produite an prealable dans la 
valcur de la collimation. 



Procede d' extraction du nickel et du cobalt, suivi dans unc 
fabrique a Birmingham; par M. Louyet, correspondaut 
de 1'Academie. 

Lors d'un sejour quo je fis a Birmingham, en 1845, 
j'eus 1'occasion de visitor mimuieusement une fabrique de 
nickel et dc cobalt, ou Ton pre'parait ces melaux, 1'un a 
Tetat d'oxyde, 1'aulre a 1'etat metallique, sur une tres- 
grandeecbellc. On ne mo dissimula aucun detail de la fa- 



( 295 ) 

bricalion (laquello ndanmoins etait tenue secrete), parce 
que le proprietaire de I'ctablissement desirait avoir mon 
avis sur la valeur des precedes employes, et qu'il esperait 
par mon aide arriver a realiscr quelque amelioration no- 
table, son industrie etant entierement du domaine des 
sciences cbimiques. Je pus, en effet, lui signaler quelques 
modifications importantes a effecluer dans le traitement 
particulier qu'il faisait stibir aux minerals. Et, depuiscelte 
epoque, 1'usinc etant passeedans d'autres mains, 1'ancien 
proprietaire n'a trouve aucun inconvenient a ce que je pu- 
bliasse les observations que j'avais faites dans son etablis- 
sement. Ces observations pouvant etre fort utiles aux per- 
sonnes qui desireraient entreprendre la fabrication du 
nickel et de 1'oxyde de cobalt, j'ai pense que 1'Academie 
voudrait bien les accueillir favorablement et leur donner 
place dans les Bulletins. 

Le mineral employe dans 1'usine de Birmingbam pro- 
vient de la Hongrie; il consiste principalement en sulfar- 
seniures metalliques, ct renferme ordinairement 6 p. /o 
de nickel ct 5 p. /o de cobalt. Cependant ces proportions 
sont assez variables. 

On melange ce minerai avec une petite quanlite de car- 
bonate de chaux et de spatb-fluor, et on chauffe le tout au 
rouge blanc dans un four a reverbere; la masse fond a cette 
temperature elevee; on obtient une scorie qui surnage et 
que Ton enleve a 1'aidc d'un ringard, et une masse fluide 
d'apparence metallique; on fait sortir cetle derniere par 
une ouverlure pratiquee dans le fourneau , on 1'arrose pour 
la concasser avec plus de facilite et on la brise. en mor- 
ceaux. L'ex|)erience a prouve que si la scorie est de cou- 
leur mate, elle contient du fer; si, au conlraire, sa sur- 
ihco est noire el brillantc, elle n'eiji renferme pas. La 



( 296 ) 

masse metallique est broyee en poudre tres-fine, que Ton 
calcine ensuite au rouge vif dans un four en graduant la 
chaleur, pour eviter la fusion, et brassant constamment. II 
se volatilise une grande quantite d'acide arsenieux. L'air a 
libre acces dans la masse; elle s'oxyde et diminue de 
poids. La calcination qui dure pendant douze heures en- 
viron, est continuee jusqu'a ce qu'il ne se degage plus de 
fumees blanches. Le residu de la calcination est traile 
par 1'acide chlorhydrique, qui le dissout presque entiere- 
ment; la liqueur est etendue d'eau, puis on y ajoute un 
lait de chaux et de 1'hypochlorite de chaux (chlorure de 
chaux) (I); il se forme ainsi un precipite, que Ton rejette 
apres Favoir bien lave. On fait passer dans la liqueur un 
courant de gaz sulfhydrique lave, produit a Paide du sul- 
fure de fer et de Tacide sulfurique etendu ; on fait ainsi af- 
fluer le gaz dans la solution jusqu'a ce qu'elle en soit sa- 
turee; on arrete le courant gazeux lorsqu'en ajoutant de 
rammoniaque liquide a une petite quantite de la liqueur 
filtree, il se forme un precipite noir; s'il n'y avait pas un 
exces de gaz sulfhydrique, le precipite produit par ram- 
moniaque serait vert. Le gaz sulfhydrique determine dans 
la liqueur la formation d'un precipite ; on lave celui-ci , 
et comme il est un peu soluble, on fait passer de nouveau 
le courant de gaz sulfhydrique dans les eaux de lavage. 
Le precipite est rejete. On precipite ensuite le cobalt, 
a 1'aide d'une solution d'hypochlorite de chaux; le preci- 
pite lave, seche, puis calcine au rouge, est considere 



(1) La chaux ct 1'hypochlorite de chaux sont ajoutes pour precipiter le fer 
ol 1'arsenic. L'hypochlorite, en poroxydantle for, permet ainsi sa precipitation 
par la chaux. 



(297 ) 

comme sesquioxyde de cobalt; on le livre en partie au 
commerce sous cette forme ; unc autre partie est chauffee 
an rouge blanc; Foxyde, ainsi traite, perd de son poids 
tout en augmentant en densite, et on le vend comme pro- 
toxyde de cobalt. La liqueur d'ou le cobalt a ete precipite, 
cst traitee par un laitde chaux; on precipite ainsi le nickel 
a Felat d'hydrate. Ce precipite est lave, seche et calcine au 
rouge. Melecnsuite avec du charbon, on le reduit a Fetat 
de nickel en grumeaux par Faction d'une forte chaleur. Ce 
nickel sert a fabriquer Fargentan. Quant a Foxyde de 
cobalt , il est presque entierement consomme par les fabri- 
ques de faience du Staffordshire. L'oxyde de cobalt 
ainsi produit est d'une remarquable purete ; il ne contient 
pas de nickel. II ne coute que 85 francs le kilogramme; 
prix extrememcnt bas si Fon considere sa purete. Quant 
au nickel metallique, on le vend a 55 francs le kilogramme. 
Je pense que ces produits se fabriqueraient avec avantage 
en Belgique, vu le bas prix du charbon et del'acide chlor- 
hydrique. Je serais heureux si ce petit aperc,u determi- 
nait quelque industriel a entreprendre cette exploitation 
ct a doter notre pays d'une nouvelle branche de com- 
merce. 



Du passage du gaz hydrogens a travers les corps solides; 
par M. Louyet, correspondant de F Academic. 

Le hasard m'a fait decouvrir quelques faits curieux , se 
rapportant a Fhistoire du gaz hydrogene, et qui m'ont 
paru de nature: a offrir quelque inlcret aux physiciens ct 
aux chimistes. 



( 298 ) 

Si Ton dirige un courant horizontal do gaz hydrogene, 
emanant d'un orifice capillaire, sur une feuille de papier 
tenue verlicalement a quelques millimetres de 1'orifice, 
en sorte que le courant soil perpend iculaire au papier, 
celui-ci est traverse par le gaz. Mais le gaz nc se tamise 
pas a travers la feuille de papier, comme on pourrait peut- 
etre s'y attendre; il conserve sa forme de courant et pent 
etre enflarnme derriere la feuille, absolument comme si 
cette derniere n'etait pas interposee entre le courant ga- 
zeux et le corps en ignition; en outre, si Ton place une 
eponge de platine derriere le papier et dans le sens du 
courant, le metal devient incandescent. Le platine devient 
encore incandescent si la feuille de papier est a trois ou 
quatre centimetres de 1'orifice, pourvu qu'on le place con- 
tre le papier, ou du moins a une tres-faible distance. 

II est bon de faire remarquer que la pression sous la- 
quelle se produit le phenomene, ne s'eleve pas au del a de 
10 a 12 centimetres d'eau. 

A ma grande surprise , j'ai constate que le gaz hydro- 
gene traversait de la memc fac,on des feuilles d'or et d'ar- 
gent battus. Ainsi, que Ton entoure une eponge de platine 
de plusieurs doubles de feuilles d'or ou d'argent, et que 
J'on dirige dessus un courant degaz hydrogene, elle iinira 
par devenir incandescente, et Tor ou I'argent adhereront 
a sa surface. 

Une eponge de platine, placee derriere une feuille d'e- 
tain a etamer, sur laquelle on dirige un courant de gaz 
hydrogene, s'echauffe assez fortemcnt sans loutefois rou- 
gir. Cependant, comme I'etain en feuilles est perce d'une 
multitude de pelits trous que Ton apercoit en interposant 
la feuille entre I'ceil et la lumiere, le phenomene est pen 



( 299 ) 

remarquable. Mais si la feuilie d'elain cst double, 1'eponge 
de platine s'echaufl'e encore sensiblement. 

Le gaz hydrogene passe de la meme maniere a Iravers 
une membrane mince de gulla-percha, telle qu'on 1'ob- 
tient en evaporant une legere couelie de solution de gutta- 
percha dans le chloroforme. 

Mais le gaz hydrogene nc traverse pas sensiblement les 
pcllicules de verre que Ton peut obtcnir en soufflant for- 
lement une boule a 1'extremite d'un tube, quelque minces 
qu'elles puissent etre. 

J'ajouterai que ces experiences peuvent elrc repetees 
tres-convenablement avec un briquet a gaz, dit briquet de 
Dobereiner. 

M. le direcleur, en levant la seance, a h'xe 1'epoque 
de la prochaine reunion au samedi 4 riovembre. 



( 500 ) 



CLASSE DES LETTRES. 



Seance du 9 aout 1848. 

M. le baron de GERLACHE, directeur. 
M. QUETELET, secretaire perpeluel. 

Sont presents : MM. Corneiissen , le chevalier Marchal , 
Steur, le baron de Stassart, De Ram, Lesbroussart, Ga- 
cliard, David, Van Meenen, Haus, J. Leclercq, Carton, 
Schayes, Snellaert, membres; Ramon de la Sagra, associe; 
Bernard, De Witte, Gruyer, Faider, Arendt, correspon- 
dants. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de 1'interieur fait parvenir quelques ob- 
servations au sujet des armoiries qui ont ete gravees sur 
le bouclier de la statue de Godefroid de Rouillon, ques- 
tion doiit la classe des lettres a ete saisie par un de ses 
membres dans la seance precedente. 

M. le Ministre fait connaitre en meme temps qu'il a ete 
menage quatre emplacements destines a recevoir des tables 
de bronze, dont deux representeront en bas-reliefs des 
fails de la vie de Godefroid ; les deux autres recovront des 



(501 ) 

inscriptions; il cxprime le desir que la classc lui propose 
un projet pour 1'une de ces inscriptions. 

(Commissaires : MM. De Ram, Gachard et le baron de 
Reiffenberg.) 

- M. Raguet, correspondant de 1' Academic, fait par- 
vcnir une notice manuscrite Sur la valeur historique d'un 
passage de I'Histoire des abbesses de Nivelles; par Bauduin 
Des Hayes. Cette notice est destinee a etre imprimee dans 
le Bulletin de la Commission royale d'histoire, ou M. Ra- 
guet, en 1845, a deja rendu compte de deux manuscrits 
qu'il possede, 1'un ancien, 1'autre moderne, sur Thistoire 
des abbesses de Nivelles. Pris pour notification , avec 
renvoi a la Commission d'histoire. 

M. Galesloot transmet les renseignements suivants 
sur quelques antiquites trouvees dans Jes environs de 
Louvain. 

Qu'il me soil permis d'entretenir un moment 1'Aca- 
demie d'une decouverte d'antiquites, faite recemment a 
Rauvecbain (1), village situe entre Louvain et Jodoigne. 
Elle consiste dans des debris d'une habitation belgo-ro- 
maine, que le soc de la charrue mit inopinement a la sur- 
face du sol. Informe de celte decouverte, je me suis rendu 
a la fin du mois passe, sur les lieux, ou j'ai fait executer 
quelques fouilles. Les ouvriers rencontrerent, a deux 
pieds dc profondeur, de grosses pierres ou moellons sous 
lesquelles ils trouverent des fondations maconnees. La 



(1) En flamand Bevecom. Je ne sache pas qu'on ait decouvert jusqu'ici 
<lcs antiquiles dans les environs de Louvain. 



( 302 ) 

gisaicnt pele-mele avecde la terre, desfragmen Is de polcric 
de toutes especes, des morceauxde tuiles (1), du fer oxyde, 
des ossements, des cendrcs de Lois, en un mot, toules les 
traces d'une habitation qu'auraienl devaslee le fer et la 
ilamme. Ces fondations etaicnt encore tres-solides, bien 
que la terre se fat infiltree entre le ciment; elles avaient 
six pieds de profondeur et ctaient composees de pierres 
blanches de diflerentes dimensions; les plus grosses for- 
maient les assises inferieures. Quelques-unes de ces pierres 
etaient parfaitement laillees, et sur leur face exterieure 
adherait encore du ciment rouge semblable a celui que 
j'ai remarque dans la trouvaille de Laeken. An surplus, 
1'analogic qui existe entre les materiaux trouves ici et ceux 
signales dans mon rapport que 1'Academie a sous les yeux, 
pour les antiquites des environs de Bruxelles, me dispense 
d'occuper plus longtemps son attention sur la presente de- 
couverte. Seulement je ferai observer que j'ai trouve, a Beau- 
vechain, des preuves qui confirment diflerents points emis 
dans mon rapport precite : 1 en ce qui concerne la situa- 
tion des habitations belgo-romaines aux abords des pres et 
des ruisseaux, puisque c'est encore ici le cas; 2 relative- 
ment a leur construction selon la maniere de batir usitee 
en Italic; et 5 touchant les limites agraires ou cnclosau 
moyen de levees en terre. Cette derniere particularite 
merite 1'attention de 1* Academic. 

- Le secretaire perpetuel communique, relativementa 
1'echange des publications de r Academic, differentes lettres 



(1) Une de ces tuiles etail encore entiere ; elle avail 42 centimetres de lon- 
jjueur sur 29 centimetres de largeur, y compris les bords. 



( 303 ) 

dc la Sociele royalc asiatiquc do Londres, dc 1'Academie 
des sciences morales et politiques do France, de I'lnslitut 
royal des Pays-Bas, de la Societe pour la recherche 
des monuments hisloriques du grand-duche de Luxem- 
bourg, etc. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Particularites sur les anciennes fondations de bourses de 
fUniversile de Louvain, et caractere de ces institutions; 
par M. Ch. Faidcr, correspondant de 1' Academic. 

De lout temps les fondations de bourses ont eu im ca- 
ractere public ; de tout temps elles ont ete placees sous la 
tutelle de i'ad ministration* Ainsi on ne pouvait les ceder a 
prix d'argent; 1'art. 78 de 1'ordonnance de Blois le defen- 
dait en France; ainsi , au temoignage de Rousseau-dc- 
la-Combe (1), la juridiction touchant les bourses de 
Puniversite de Paris appartenait au diancelier de cctte 
universite : Brillon (2), de son cole, remarque en termes 
ge'neraux que : Les fondations comme ies legs pieux etaient 
sous la protection speciale du Roi. Avec la precision 
qui lecaracterise, Corvinus observe que Ad jus publicum 
res sacrae spcctant.... a/finia sunt collegia ex pia causa cx- 



(\) Ftecttt'il dcjurisp. canoniquc. 
("2) Dictionnaire dssaridis. 

TOME xv. 20. 



(304) 

Iracta (I). An volume If, partie 1 do la premiere edition 
des Memoircs du clerge, on trouve des rcglements rclatifs 
anx fondations de bourses, qui prouvent qu'elles etaient 
matiere d'administration publique. 

Ce que nous venons de dire pour la France est vrai 
pour noire pays : tous les auteurs qui ont parle* de 1'an- 
cienne universite de Louvain ont naturellement parle 
des bourses qui y etaient annexees ou qui en dependaient; 
les (bndations formaient corps avec elle, et, tout en fai- 
sant la part des volontes particulieres exprimees dans les 
testaments, 1'autorite surveillait constamment la gestion 
des personnes chargees d'administrer ces imporlantes in- 
stitutions. Valere Andre explique, dans ses Fasti Acade- 
mici, ['organisation de 1'universite, et il consacre une 
partie de son ouvrage aux fondations et aux bourses qui 
sont la force et 1'ornement de cette universite : a la 
page 528, il parle de collcgiis aliquot quae vel desierunt 
vel crigi non potuerunt ; il mentionne , entre autres , une 
fondation de 1449 , faile par Godefroid de Boelinter , qui , 
faute de fonds suffisants pour etablir un college, reducta 
fuit, ab auctoritate ecclesiastica , ad bursas duas et trans- 
lata ad pedagogium Pom. Voila done 1'autorite ecclesias- 
tique qui transforme une fondation de college en deux 
bourses annexees an college du Pore. An meme endroit , 
Valere Andre s'occupe d'une fondation erigee par Jean 
Van Tsestigh en 1635, et il dit : Nupera fundatio domini 
J. Van Tsesjigh , desiderantis a morte sua erigi collegium 



(1) Enarrat. Codicis, lib. I, tit. 2. Les principes developpes par Tira- 
(|ii(!au, dans son celcbre irailo Du privileyiis piaecausae, s'appliquaicnt 
iflcobteslnblement anx foudaiions en favour los eludes. 



( 505 ) 

familidc Scstlchiac, oh tmuitalcm redituum et controversies 
ci motas plenum suum sortiri non potuit effectual. La Ibn- 
dation ful done Iransformee, non pas, comme en 1449, 
epoque a laquellc I'autorite ecclesiaslique etail loutc-puis- 
sarite dans 1'ancienne universile, mais par une Iransae- 
lion arrelee en 1648 a 1'intervenlion de 1'universite el du 
magistral de Louvain (1). 

VernulaBus parle des fondalions de bourses el de col- 
leges (2) ; sans enlrer dans les memes delails que Valere 
Andre, il s'exprime de la maniere suivanle : Non pauci 
summa pietale viri moti ET BONUM PUBLICUM PERMOVERE 
VOLENTES piis funddtionibus erectisque coiiegiis iUam (uni- 
versitatem) auxerunl. Collegia duplicis flic generis : quae- 
dam in quibus quolidie docclur (le Lys, le Pore, le Faucon) ; 
quaedam autem in quibus juventus alitur el sludioruni 
subsidia praestantur (Viglius, Vandale, Pape) (5). 

Le presidcnl Neny, qui fut commissaire royal del'uni- 
versite, dil, an chap. XXVII de ses Memoires , que 1'uni- 
versile a quarante-deux colleges , el il ajoule : II y a 
dans cetle universile un t res-grand nombre de riches el 
belles fondalions elablies par des parliculiers, desliriees 
a 1'entrelien des ecoliers. La subsislance que donne ces 
Ibndalions s'appelle une bourse.... Plus has, Neny 



(1 ) Les documents relatifs a cette fondation se trouvent dans le carton 
1677 des Archives du conseilprive. 

(2) Academia Lovaniensis , liv. Ill, chap. VII. 

(o) Juste Lipse , dans son Lovanium, parle aussi des colleges, mais il se 
tail sur les bourses simples : Aliud collegiorum genus, dit-il, liv. Ill, 
chap. V , ubi non tantum docetur qudm alitur juventus et subsidia studio- 
rum in certos annos habet. Cpr. Van Espen , Jus. eccles., part. I, s" 1, 
tit. 2, cap. 4. Academics Lovaniensis adumbratio compendiaria , ann. 
1786. 



( 306 ) 

rend comple tie la visile tie Funivcrsite que les archiducs 
Albert et Isabelle ordonnerent, et a la suite de laquelle 
fut public le reglemcnt celebre du 18 avril 1617 qui est 
aujourd'lmi la loi de Funiversite, lant sur la juridictioa 
que sur les devoirs des professcurs, les grades academi- 
ques, la conduite et la discipline des ecoliers (1). Ce 
reglement crea un commissaire charge de veiller a son 
execution, et cette surveillance ayant cprouvedesentravcs 
ou du relachement, un decret du 18 juillet 1754 (2) eta- 
blit un commissaire royal dont le devoir essentiel elait de 
veiller a Fexecution des edits, ordonnances et decrels 
emanes successivernent pour la direction , la discipline 
ct la police de Funiversite. Or, si Ton ouvre le regle- 
ment de 1617, on lit : Porro ul fundationum seu bur- 
sar um in dicta univcrsitate a pits viris relictarum QUAE 
NULLIS SUNT COLLEGIIS ADSTRiCTAE , dclnia habeatur ratio , 
curabil rector ut omnes tales fundationes cum specificatione 
bonorum carumdem juxta ordinem temporutn in certo re- 
gisiro describantur , quod registrant in archivis universi- 
tails diligentissime observetur. La reddilion des comples 
devait se faire chaque aunee au recteur, lorsque la fonda- 
tion n'avait pas de provisetirs particuliers, et a ceux-ci 
lorsqu'ils elaient etablis par le titre primitif. Nous n'avons 
pas pu verifier le registre tenu en vertu du reglement de 
1617 ; nous n'avons pas pu verifier non plus le code general 
de toutes les fondalions del'universile, dresse en 1700 et 
dont parle Ne'ny dans une letlre qu'il ecrivit, comme 



(1) Ce reglement est aux Placards tie Brabant, vol. Ill, p. 89, sous la date 
du Sseptembre 1017. 

(2) Ce decret ost analyse par Ncny , uuis il ne se tronvc dans aucun des 
recueils de placards imprimes. 






(307) 

commissaire royal, an chanoine Tseslicb, de Tcrmonde, 
au sujct dc deux bourses fondces par Georges d'Autrichc 
ct dont les litres elaienl perdus (1) : mais nous avons eu 
entre les mains im releve fourni par le recteur en vertu de 
1'edit du 4 juillet 1761, a I'egard duquel il ne sera pas 
inutile de donner quelques details puises dans les pieces 
oilicielles des archives du conseil prive. 

Le chanoine Tseslich, de Termonde, avail reclame au 
sujet de deux bourses fondees par Georges d'Aulriche ct 
auxquelles la famille de ce chanoine avail droit; les tilres 
de ces bourses etaient perdus, el les intcresses prelen- 
daicnl en rendre 1'universite responsable. Voici ce que 
repondit Neny, le 50 mai 1701 : Les bourses qui ne 
sont attachees a aucun college el qu'a Louvain on nomme 
volantes, sont loujours en danger d'etre pcrdues, vu 
qu'ellcs sont adminislrees par des particuliers qui sou- 
vent ne sont pas suppots de 1'universite et qui n'en 
rendenl aucun compte au recteur. C'est la vraisembla- 
blement ce qui a entraine la perte de la bourse dont il 
s'agit... Je ne vois done pas que ni 1'universite ni la 
faculte de medecine puissent elre responsables de la 
perle de ces bourses; mais plutot les collateurs ou leurs 
heriliers, qui n'oiit pas denonce leur exislence , 
en 1700. Cette appreciation etait juste : 1'autorilc 
prenail des mesures d'administration generate pour con- 
slater 1'cxistonce et Timportance des bourses; elle rcspec- 
lail la volonlc des fondateurs, en n'exigeant pas une red- 
dition de comptes directe et en autorisant les receveurs 



(1) Voir ccllc letlrc, datee dii 30 mai 1701 , dans le rcgistre dc corrcs- 
pondanco de Nony , aux archives du royaume. 






( 308 ) 

a la presenter mix proviseurs des fondalions; mais elle 
voulait connaitre les bourses pour les maintenir et pour 
pouvoir verifier si on en faisail 1'emploi voulu, el c'est 
pour cela que, aussi bien en 1617 qu'en 1700, des releves 
generaux avaient ete ordonnes. --En 17G1, la reclama- 
tion du chanoine Tsestigh tit voir qu'il iallait prendre des 
mesures promptes et severes au sujet des bourses volantes. 
Ce n'est pas que Neny cut neglige cette importante partie 
de ses nombreuses attributions; la correspondance de cet 
homme d'Etat, aussi laborieux que capable, prouve qu'il 
s'occupait sans cesse de 1'universite et qu'il recherchait 
avec zele le moyen d'extirper les abus qu'il y rencontrait 
a chaque pas (1). 

En 1761, Neny redoubla de zele et voici ce qu'il fit. 
Le l er juin 1761 , il communiqua en recteur le projet qui 
devint plus tard le decret du 4juillet 1761 (!2) : Je pre- 
vois, disait-il, que notre projet excitera encore des 
murmures; quelques interesses invoqueront la volonte 
des fondateurs : mais , outre qu'il y a des occasions ou il 
faut savoir se meltre au-dessus des clameurs, on agit 
dans 1'esprit meme des fondateurs lorsqu'on ne s'e- 



(1) Voici un extrait assez curieux d'une leltre du rcctenr de Bussclinp a 
Neny , en dale du 21 Janvier 1755 : .Pai oubli^, dansmon memorial, une rd- 
flexion dont il paroitqu'on poun-oit faire usage dans 1'ordonnance que vous 
meditez, II estque les frais d'un doctoral montent pour Tordinaire a 4000 
FLORINS , depenses excessives et qui reliennent plusieurs braves a songer de 
prendre ce degre. Ne conviendroit-il pas du moins de retrancher le superflu 
et Pinutile. Car , outre le droit ordinaire des docteurs et de plusieurs fourra- 
geurs qui courent a Pentour, un repas splendide, etc., il faut encore 
donner d chaque convie un plat de suaideet quelques paires de gans 
(sic): deux articles entierement frivoles et inutiles et qui ne laissent pas 
demonler d 800 ou 900 florins. Voir le carton 1071 du conscil privo. 

(2) 11 est aux Placards dc Brabant, vol. VIII, p. 74. 



( 309 ) 

loignc dcs lermes do la fondation que dans la vue d'cn 
assurer ct d'cn perpetuer Ics elTets. 

C'est dans cet esprit que fut public le decret du 4 juil- 
let 1761 , pour lequel le recteur Wellens exprima a Neny, 
dans une lettre du 8 juillet, les vifs remercimenls de 1'u- 
niversite (1). Ge decret ordonne aux adminislrateurs , col- 
lateurs ou receveurs de toutes les bourses sans distinction, 
d'en remettre un etat exact et detaille endcans les deux 
mois; 1'omission entrainait la perte des droits de colla- 
tion, de recette ou d'administration , et il etait present au 
recteur de proposer au gouvernement les arrangements 
les plus convenables pour assurer la bonne regie et la 
conservation de ces bourses. La pensee de Neny sur ce 
point, pensee exprimee dans une de ses lettres au recteur, 
etait d'annexer les bourses volantes a quelqu'un dcs col- 
leges de Louvain; et, si cette pensee ne s'est pas realisee, 
du moins on a marche vers le but indique : en effet, par 
lettre du 10 fevrier 1765, le recteur transmit au gouver- 
nemenl le registre-inventaire de toutes les fondations vo- 
lantes : le nombre en etait considerable, et la somme des 
revenus offrait un chiffre fort important. On put juger, 
des lors, de quel interet etait I'administration reguliere de 
ces bourses, et Neny ne cessa point de s'en occuper : c'est 
ainsi que, par decret du prince Charles, en date du 26 
mai 1775, le sieur de Marcy, prevot de la collegiale de 
Saint-Pierre et, en cette qualite, chancelier de I'universite, 
fut nomme inspecteur de toutes les bourses, revenus des col- 



(1) L'exccution du decret fut prescrite d tous les conseils par circulaire du 
17 octobrc 1761. Le 9 fevi'ier 1702, le conscil souverain du Hainaut fit des 
representations, mais il lui fut ordonnd, par depeche du 27 du meme mois , 
de passer outre a la publication. Voir carton 1671 du conseil prive. 



( 510 ) 

leges ct autres fondations pareillcs : le decret charge en 
meme temps ce prelal de proposer au gouvernement toutes 
les reformes dont les reglements paraissent susceptibles , 
et une lettre du prince au recteur invite ce dernier a fa- 
ciliter les recherches et les travaux du prevot (1). 

Nous n'avons point retrouve les resullats des recher- 
ches de De Marcy; peut-etre, comme Neny le craignait (2), 
De Marcy nVt-il rien fait (5) : toujours est-il que, pen d'an- 
nees plus tard, de nouveaux efforts furent tentes pour re- 
gulariscr l'administralion des bourses. Apres une corres- 
poridance suivie depuis 1782, !e recteur Van Leempoel 
s'occupa de nouvcau des bourses volantes, et ses recher- 
ches s'etendircnt au pays entier; nousdonnons ci-apres (4) 
une depeche importnntc que ce dignitaire adressa, le 7 
avril 1788, au baron de Feltre, et que Ton pent considerer 
comme Tex pose des motifs d'un edit du 50 scptembre 1 788 , 
par lequel 1'Empereur, pour favoriser les etudes et pour 
que les bourses soient employees conformement a la 
lettre et a Tesprit des fondations, a resolu de ramener 
a un centre commun d'inspection generale la surveil- 
lance des fondations quelconqnes. En consequence, 
1'Empereur maintient les dignitaires et preposes des fon- 



(1) Voir, dans le carton 1672 du conseil privc , le decret de 1775 el les 
documents curieux qui Tonl precede, lels qu'une leltre de Neny du 8 aout 
1772 el une consulte du conseil du 26 octobre suivant. 

(2) Voir sa leltre du 8 aoiit 1772 au secretaire d'Elal Crompipen : on pour- 
rail en induire quo De Marcy a e'le nommu un pen malgre Neny el malgre le 
conseil prive qu 1 il presidait. 

(5) M. Gachard nous a dit, depuis la lecture de celte nolice, qu'il exisle 
aux Archives , des travaux de DC Marcy : nous nous proposons de les corapul- 
ser; ils ne se trouvaient pas dans les nombreux cartons quo nous avons cus 
a notre disposition. 

(A) Voir I'anncxc. 



(oil ) 

dalions qui devaicnt rendre un complc annucl a un in- 
specleur general, charge de la surveillance des bourses; les 
articles 4, 5 et de I'edit reglent les conditions de colla- 
tion au profit des candidate les plus instruits, etc. (1). 

Get ensemble de mesures, depuis 1617 jusqu'en 1788; 
les abus souvent signales et qui ont motive ces mesures; 
I'opinion des auteurs; la progression constante de 1'inter- 
vcntion souveraine dans 1'administration des bourses vo- 
lanles com me des bourses annexe'es; les releves ou inven- 
laircs ordonues a plusicurs reprises, tout cela prouve, 
comme nous le disioiis en commenc.ant, que les bourses, 
meme les bourses volantes, ctaicnt regies par Pautorite, 
ctaient considerees comme entrees dans I'universite et 
comme se rattachant au bien public , suivant 1'expression 
du prcambule du decret dc 1701. Ce qui peut servir a le 
prouver encore, c'est I'edit de Joseph II du 9 septem- 
bre 1784, concernant les deniers publics. En d<Tmis- 
sant les mots deniers publics, 1'auteur de I'edit y men- 
tionne, en general, ceux des [ondations qui onl trait au 
public, ce qui comprend evidemmerit, ainsi que le fait 
rarticle 17 de notre arrete du 2 decembre 1825, les re- 
venus des fondations de bourses considerees comme eta- 
blissemenls publics ou de bienfaisance (2). 

Cc caractere se relrouve dans la legislation moderne 



(1) L'edit n'cst insoi-e dans aucun recueil imprimd. II a uie public ct pla- 
canle par le recteur le 4 oclobre 1788. Voir le carton 1672. 

(2) L'cdit de 1784 est dans la collection des placards detaches de la Bi- 
bliotheqne royale; Part. l cr est ainsi concu : o Par deniers publics on doit 
> entendre, non-seulement ceux de nos domaines, aides, subsides et autrcs 
branches qtielconques de nos revenus , ainsi que ceux des provinces , villes, 
communautes et aulres administrations municipales, raais aussi ceux des 
eijlises, confrerics, hopilaux, maisons d'invalides , de pauvrcs cl d'orphc- 
jins ct d'antres fondalions qui ont trait an public. 



(312) 

que nous allons parcourir rapidemcnt. Les ibndations de 
bourses subirent, comme tous les etablisscments de main- 
morte, 1'impression du niveau revolutionnaire. Parmi plu- 
sieurs lois, nous signalerons le decret du 5-8 mai 1795, 
qui mil dans la main du gouvernement toutes les fonda- 
lions de 1'espece et qui les depouilla de leur caractere 
d'individualite civile. Mais ce qu'un tel decret avait d'ab- 
solu commenc.a a disparaitre, lorsque la loi du 25 messi- 
dor an V, considerant les fondations particulieres comme 
ceuvres de bienfaisance , altribua aux hospices et aux bu- 
reaux de bienfaisance les biens affectes a 1'instruction sous 
le litre de bourses, a charge d'en assurer aux litulaircs, 
designes par J'aulorite, les revenus et avantages. De meme 
que Ton distinguait anciennement les bourses annexees 
d'avec les bourses volantes, de meme on trouve dans nos 
lois contemporaines des bourses de college et des bourses 
particulieres : celles-ci, dit M. Tielemans, qui avaient 
une dotation distincte et une administration privee, 
sont considerees comme oeuvres de bienfaisance et reu- 
nies aux hospices civils, la jouissance en est rendue aux 
litulaires, d'apres les actes de fondations, et la collation 
continue d'en appartenir aux prefets. 

Lc gouvernement des Pays-Bas les regit comme admi- 
nislrateur supreme des elablissements publics; jusqti'a la 
loi fondamenlale, les bourses particulieres resterent aux 
hospices : cette loi, article 226, declara que I'instruc- 
lion publique est un objet constant des soins du gou- 
vernement; elle ajouta qu'il serait rendu compte 
lous les ans aux elals generaux de I'etal des ecoles su- 
perieures, moyennes el inferieures. D'apres ces lexles, 
combines avcc 1'arlicle 75 dc la loi fondamentale, que fit 
le gouvernemenl des Pays-Bas? II declara que les bureaux 



( 515 ) 

d(; bienfaisance et les hospices cesseraicnt de jouir des 
bicns, bois cl rentes apparlenant aux fondations de bourses 
et colleges : 1'administratiori en fut rendue a ceux qui sont 
dcsignes dans les actes de fondation, lesquels seront, au- 
tant que faire se pourra, scrupuleusement observes sur 
tons les points; et si ce respect pour les actes de fondations 
est impossible, le ministre devra proposer au Roi les 
moyens d'y suppleer dans le sens des intentions des fon- 
dateurs : le mode de rendre compte fut regie; il appartint 
aux deputations des etats de voir ces comptes arretes par 
les ayants droit; rapport dut en etre fait au ministre, qui 
pouvait ainsi s'assurer si les actes de fondations recevaient 
leur execution et si les revenus etaient employes dans 1'in- 
leret de 1'instrucdon publique (1). 

Telles sont les dispositions les plus remarquables de 
1'arrele du 26 decembre 1818 : celui du 2 decembre 1825 
eut pour but de rendre uniforme radministratioii de toutes 
les fondations; chacune d'elles eut un administrateur, des 
proviseurs, un receveur; les proviseurs surveillaient 1'ad- 
ministrateur sous la direction des deputations et sous le 
conlrole supreme du ministre; le mode de collation est 
egalement regie, de meme que la manutention generate des 
biens des fondations. 

Get etat de choses fut maintenu virtuellement par le gou- 
vernement provisoire, puisque 1'article l er de son arrete du 
7 Janvier 1851 declare que Tarrete de 1825 s'applique aux 
fondations de bourses qui etaient annexees aux anciens 
colleges de 1'universite de Louvain, c.omme a toutes les 
autres fondations de bourses pour les etudes, ce qui com- 



(1) Voir les articles 1,5,0,8 de I'arrele royal du 26 decembre 1818. 



( 514 ) 

preml les bourses anncxees et volanles de rancieu regime, 
les bourses de college et les bourses particuliercs de la le- 
gislation moderne. 

Telle est la succession, tel est 1'ensemble des disposi- 
tions prises a 1'egard des bourses : les arretes de 1818 et 
de 1823 sont encore observes de nos jours; M. Tiele- 
mans (1) en a fortement attaque la legalite de huit chefs 
differents; mais une jurisprudence recente en a proclame 
la constitulionnalite (2) : etdes lors, nous pouvons recon- 
naitre que, de tout temps, les fondations de bourses orit 
ete considerees comme matiere d'administration, comme 
institutions d'utilite publique. Ge que prouvent les lois de 
tous les regimes est confirme par la nature meme des fon- 
dations; car elles forment des personnes civiles, elles sont 
gens de mainmorte (5), et a ce litre assimilees a des ela- 
blissemcnls publics qui repousscnt 1'idec d'une propriete 
privee (4) : des lors, elles sont placees sous la baule tutelle 
du gouvernement , et les details dans lesquels nous sommes 
entrc, et que nous sommes oblige d'abreger, ont eu pour 
double objet et pour double resultat de faire connaitre 



(1) Rep. de l'adm. } v" FO.XDATIOR , pages 408-410. 

(2) Arrot de la cour de Brux. du 15 decembre 1847. 

(-3) Voir Bacquet, Droit des francs-fiefs, |>art. 1 , cliaj). 5, n n 8. 
Peckius, de Amorliz. bonorum } cap. 2. Ar^entroeus, Cons. Brit., 
art. 54G, GI. 1 , 2. Moiinanis , Cons, paris., 51 , n" 54. Coquillc, 
('out. Nivern.j chap. 18, art. 7. Altascrra, de Fict. juris } tract. C 2. 
Consultation der liegtsyd. van Holland , part. 5 , chap. 80. Brctonnior 
sur Henrys, vol. 2, p. 100, etc., o;lc. Nous nous bornons a indiquer les 
sources, ne potivanl nous etendre ici sur ce point. 

(4) Arret tie la cour de Liege du avril 1845. Arret de la cour dc cas- 
sation du 10 juiilct 18oO. Arret de la cour de Bruxclies du ol Janvier 
1838. 



( 313 ) 

qiiclqucs lails de legislation pen connus et d'elablir le vrai 
earactcrc des ibmlalions dc bourses pour les etudes. 



ANNEXE. 

Un tres-grand nombre de fondalioris, non attachees a tin 
college, a etc decotivert par le docleur en medecinc Van Leem- 
poel, qui a e"te" charged lui seul, de la part du gouvernement, 
d'interpeller tous les proviseurs, administrateurs ou receveurs 
dc pareilles fondations. 

Le revenu des fondations de cette espece, dccouvert par 
ledil docleur, est tres-grand ; mais, il n'y a pas de doute , ou il 
s'en trouve encore un tres-grand nombre qui ne sont venues 
a la connoissance de qui que ce soit. 

11 est neanmoins tres-essentiel que ces fondations soient con- 
nues au gouvernement; car comme le revenu et les rentes de 
ces fondations se pergoivent tres-souvent paries memes per- 
sonnes qui en ont les papiers en mains, rien de plus facile que 
de converlir les biens d'icelles dans les biens de celui qui en a 
^administration : 1 est arrive, dans d'autres circonstances , que 
ces proviseurs ou receveurs en ont mange le revenu, et ont fini 
par en egarer ou en bruler les papiers , et c'est la la cause des 
plaintes des differentes personnes qui sont persuadees d'avoir eu 
des fondations en faveur de leur famille, et dont le revenu et les 
biens sont supprime"s : car comme les papiers se trouvoient dans 
les mains de ces depensiers, il est ote toute preuve d'agir centre 
eux. 

Le gouvernement a ordonne d'envoyer une copie atithcntique 
de ces fondations au recteur d'alors, le docteur Van Leempoel; 
ces copies, qui sont soigneusemcnt gardees, feront toujours une 
preuve eemplette de 1'existence de ces fondations. Mais il nous 
reslu a voir (jiie!les soul les causes qui ont empecbcque le reste 



( 316 ) 

de ccs bourses lie sont parvenucs a la cormoissance du conmris- 
sairc, nomine a cet ciiet par S. M. Je vais les rapportcr. 

1 Dans aucune province il y avoit un ordre public qifon 
devoit donncr connoissance de ces fondalions. II est vrai qu'il 
ctoit insinu6 a ceux qu'on soupgonnoit 6tre administratcurs, 
receveurs, etc., qu'ils etoient obliges de rendre un compte exact 
de ces fondations; mais combien nc s'en trouvent-ils pas qui 
sont proviseurs, receveurs, etc., de pareilles fondations, sans 
etre conntis ou soupQonnes comme tels? 

2 Tons les proviseurs, receveurs, croyoient qu'on alloit sup- 
primer ces fondations ou qu'on alloit en verser les revenus dans 
une caisse commune. 

5 Us pensoient que ceux qui etoient appeles pour jouir de 
ces bourses, n'auroient eu doresnavant aucun droit pour en jouir. 

4 Que les proviseurs, receveurs, etc., auroient cesse de lirer 
leur tantieme en qualite de proviseur, receveur, etc., d'une pa- 
reille fondation. 

5 11 a etc expresseinent dit dans la depe"che royale dont le 
commissaire royal devoit donner connoissance a ceux qu'il 
interpelloit pour donner les eclaircissements necessaires sur ces 
fondations, qu'on n'y ctoit oblige que pour autant que les bourses 
e" toient destinees pour des etudiants de I' Universite de Louvain : 
il en resulte qu'aussi souvent que le fondateur a laisse le choix 
aux pourvus de ces bourses d'en jouir dans 1'une ou 1'autre uni- 
versite, comme dans celle de Douai , etc., les administrateurs et 
proviseurs ont cru qu'ils n'etoient pas obliges d'en faire parvenir 
la connoissance au commissaire e"tabli a cette fin par le gouver- 
nement. 

6 Aussi souvent qu'il n'etoit pas expressement dit, dans la 
fondation, qu'elle etoit destinee pour les Etudiants de 1'universite, 
on a pris le pretexte qu'elle ne se trouvoit pas dans la classe de 
cellesdontle gouvernement desiroit d'etre instruit, et, comme 
ellc paroissoit etre destinee pour les ecoliers dans les humaniles, 
(ju'il n'en falloit pas donner connoissance. 

11 resulte, d'apres ces reflexions, qu'il scroll necessaire qu'il 



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scroll public tin placard qui auroil force dc loi pour toules Ics 
provinces, dans Icquel il scroit ordonne que tous les proviseurs, 
adininislrateurs, receveurs ou collateurs de fondations non atta- 
ched a un college, devroient, dans le terme de..., donner con- 
noissance de toutes ces fondations faites en faveur des e"coliers , 
soil qu'ils en peuvent jouir avant m6me qu'ils commencent les 
e"tudes des huinanits, soit pendant ces etudes, soit pendant la 
philosophic ou celles des sciences superieures; qu'ils y sont obli- 
ged, soit que les pourvus en puissent jouir dans 1'universite de 
Louvain ou en toule autre universite. Le tout sous peine de... 
Que tous les collateurs, administrateurs, proviseurs et receveurs 
dc parcilles bourses seroient obliges d'envoyer le dernier compte- 
rendu, avant la fin du mois de juillet 1788, a celui a d&iommcr 
a cette fin par S. M. Que doresnavant ces comptes devroient se 
rcndre tousles deux ans, sous peine, etc., et que chaque fois il en 
seroit envoye une copie sans d&ai, franche de port, audit com- 
missaire. 

S. M. pourroit declarer que son intention n'est pas de toucher 
aux biens de ces fondations, ou d'en Oter radministration a ceux 
qui sont nommes a cette fin par les fondateurs, que son inten- 
tion n'est pas de leur oter leur salaire accoutumd, ou de subsli- 
luer d'autres a ceux qui sont appeles par les fondaleurs, mais 
uniquement de soigner que ces fondations picuscs ne soient 
cachees ou