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Full text of "Bulletin de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique"

BULLETINS 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 




BULLETINS 

. 

DE 

. jy 

ROYALE 



BBS 

SCIENCES , DES LETTRES ET DBS BEAUX-ARTS 
DE BELGIQUE. 

TOME XV. - II m PARTIE. - 1848. 



BRUXELLES , 

M. HAYEZ, IMPRIIIEUR DE L\CADEMIE ROYALE DE BELGIQUE. 

1848. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES , 



I)ES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 
1848. N 7. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du l cr juillet. 

M. VEUHULST, directeur de la classe, et president de 

1'Academie. 
M. QUETELET, secretaire perpeluel. 

Sont presents : MM. D'Omalius, Pagani, Timmermaiis, 
De Hemptinne, Crahay, Wesmael , Martens, Dumont, 
Canlraine, Kickx, Ch. Morren , Stas, De Koninck, Van 
Beneden, Ad. De Vaux, le baron deSelys-Longchamps, le 
vicomle B. Du Bus, Nyst, membres; Somme, associe; 
Gluge, Louyet, Melsens, Meyer, correspond ants. 



TOME xv. I . 



2) 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre cle I'interieur, revenant sur unedemande 
qu'il a iaiteprecedemment, touchant la recherche des ma- 
tieres propres a servir d'amendement aux terres, exprime 
le desir que la classe trace le cadre des etudes a entre- 
prendre et qu'elle indique a cet effet les elements d'une 
enquete scientifique complete ,qu'il se reserve d'instituer 
et de diriger. MM. Martens, Ch. Morren et Ad. DeVaux 
sont charges d'examiner la demande de M. le Ministre. 

- MM. le president et les secretaires de 1'Association 
Britannique pour 1'avancement des sciences font connaitre 
que la prochaine reunion aura lieu a Swansea, le 9 aout 
1848. 

- M. Ettingshausen , secretaire de la classe des sciences 
de 1' Academic imperials de Vienne, eerit qu'il vient d'a- 
dresser a 1'Academie de Belgique le compte-rendu de 1'in- 
stallation et des premieres seances de 1'Academie impe- 
riale. 

Le prince de Granatelli, president de 1'Acadernie des 
sciences et des lettres de Palerme, remercie la compagnie 
pour 1'envoi de ses publications, et lui fait parvenir le 
l er volume des Memoires de 1'Academie de Palerme. 

S. A. Guillaume, comte de Wurtemberg, fait hommage 



( 3) 

des dcrniercs publications de la Socieled'hisloireualurelle 
elablie a Stullgardt , doat il cst le president. 

La classe reyoit de M. Melsens un billet cachete dont 
elle accepte le depot. 

M. Al. Perrey , professeur a laFaculte des sciences de 
Dijon, fait parvenir un memoire manuscrit sur les trem- 
blementsdeterreressentisdans la peninsule Turco-Helleni- 
que et en Styrie. (Commissaires : MM. Crahay et Quetelet.) 



RAPPORTS. 



Memoire sur la determination de I'heure, de la latitude et de 
Cazimut, au moyen des doubles passages d'une etoile par 
di/fe'rents verticaux ; par M. Liagre, capitaine du genie. 

Happort de M. le colonel Xerenbwrger. 

Le memoire presente a 1'Academie par M. le capi- 
taine Liagre , sur la determination de I'heure et de la la- 
titude, renferme 1' exposition complete d'urie methode 
d'observation fort ingenieuse, susceptible d'une grande 
exactitude et preferable, a certains egards , aux methodes 
le plus generalement employees. 

Elle consiste a observer an moyen d'une lunette dispo- 
seecomme la lunette meridienne, mais douee d'un mouve- 
ment azimutal, les doubles passages d'une etoile dans des 
verticaux. Par ce moyen, on elude la mesure de distances 
zenithales, on n'a pas a tenir compte de la refraction, et , 
de plus, un calcul fort simple conduit a la valeur de la 



(4) 

latitude, Ce soul la d'inconteslables avautages auxqucls il 
laul ajoutcr la possibililede rendrc la determination dc la 
latitude a pen pros independante de la niarche de la pen- 
dule par rapport an temps absolu. 

Lcs questions traitees dans le memoire et a la solution 
dcsquelles est appliquee la methode d'observation deve- 
loppee par 1'auteur, sont les suivantes : 

1 Connaissantla declinaison d'une eloile, I'heureabso- 
lue, et les instants des passages consecutifs par un mcme 
vertical , irouver la latitude du lieu d'observation. 

2 Trouver I'heure absolue par les interval les de temps 
ccoules entre les doubles passages d'une eloile par diile- 
rents verticaux. 

5 Determiner a la fois Theureetla latitude, connaissant 
les intervalles de temps ecoules entre les passages d'une 
meme etoile a travers deux verticaux. 

Chacune de ces questions trouve dans les melhodes de 
Tauteur une solution tout a la fois simple et elegante. 

La seule objection que j'aie a presenter contre la me- 
tliode d'observation par le double passage des etoiles dans 
le plan d'un vertical, c'est que, pour 1'appliquer dans les 
conditions les plus favorables, il est necessaire d'observer 
une etoile circumzenithale, et que, par suite, les theodo- 
lites ordinairement employes en geodesic ne peuvent ser- 
vir a I'observation. La methode d'observation exposee par 
I'auteur, necessite un instrument particulier qui, sem- 
blable a I' instrument universel de Struve, soit pourvu d'une 
lunette a prisme. 

S'il m'appartient d'emettre un avis, j'opine pour Finscr- 
tion du travail deM. Liagre dans notre recueil des Memoi- 
rcs des savants e'lrangcrs. 



Wlapporl de Jtf. tit- ti<'i-. 

Apres avoir inurement examine le travail de M. le ca- 
pilaine Liagre, je ne saurai fa ire autrement que de me 
rallier aux conclusions de M. le colonel Ncrcnburger et de 
proposer I'irnpression; cependant ne serail-il pas utile de 
faire, dans le Bulletin, Pobservalion, que 1'idee qui preside 
an memoire de M. Liagre n'est pas neuve? M. Bessel a de- 
termine, en 1832, les latitudes de Trunz et de Memel en 
ne faisant usage que d'observations de temps ecoules en- 
Ire les doubles passages d'etoi les par les verticaux decrits 
dans leciel paries cinq (Us d'une lunette de passage. Les de- 
terminations de temps et d'azimut faites par Bessel, a la 
meme occasion, reposent aussi uniquement sur*l'observa- 
tion de temps ecoules en Ire deux passages au meme verti- 
cal (1). On voit par la que Bessel a applique son idee 
non-seulement a 1'astronomie, mais aussi a la geodesic. 
Au reste, le travail de M. Liagre diflere, quant a 1'execu- 
lion , tout a fait de celui de Bessel. 



de Bt. Qwetelet. 

A la suite d'une premiere lecture du memoire ren- 
voye a mon examen, j'ai soumis a M. Liagre quelques re- 
marques ayant pour objet de presenter les metbodes 
geodesiques dont il traile, sous un point de vue plus gene- 
ral ; j'appelais en meme temps son attention sur la deter- 
mination de la latitude d'un lieu par 1'observation de 
I'azimut d'une etoile a ses plus grandes elongations. L'au- 



(I) Voir Bcssd, Ott-preussisch? Graflmessuny } pa^os o(V et suivanfes. 



(6) 

teur ayant bien voulu avoir egard a ces remarques, a 
fait subir a son travail quelques modifications qui justi- 
fieront sans doute le retard apporte a la presentation du 
rapport defmitif, puisque ces modifications ont exige un 
examen nouveau du memoire en question. 

M. Liagre a ete conduit a partager les observations de 
latitude en trois grandes categories : la premiere, celle des 
distances zenithales meridiennes et circummeridiennes , 
qui est la plus repandue aujourd'lmi , comprend les diffe- 
rentes methodes d'observation aux instruments fixes et 
celle de Delambre pour les instruments portatifs. Elle em- 
ploie la mesure des angles verticaux comme element prin- 
cipal , et le temps comme element secondaire. 

A la detixieme se rapportent les methodes qui emploient 
Tobservation d'un astre en un point quelconque de son 
cours. Le temps, les angles verticaux et les angles hori- 
zontaux peuvent, suivant les circonstances , y entrer 
comme elements dominants. 

Enfm, les observations de la troisieme categoric se 
font aux environs du premier vertical ; elles emploient le 
temps comme donnee principale, et les angles horizontaux 
comme donnees subsidiaires. Elles sont encore peu repan- 
dues, et ce n'est que depuis quelques annees qu'on se 
livre, en Allemagne et en Russie, a ce genre d'observations. 
Jusqu'ici , la recherche des latitudes s'est generalement 
faite au moyen d'un instrument fixe , dispose dans le pre- 
mier vertical. M. Liagre a cherche a donner a cette me- 
thode une extension analogue a celle donnee par Delambre 
a la methode des observations meridiennes. Cette recher- 
che forme 1'objet principal de son travail. 

Pour ce qui concerne la determination de la latitude, 
au moyen de Tangle azimutal observe entre les deux plus 
grandes elongations d'une etoile se rapprochant beaucoup 



(7 ) 

du zenith de 1'observateur, 1'auteur montrc qu'elle est 
susceptible d'une tres-grande exactitude. Ainsi, pour y du 
Dragon , dans nos climats, a une erreur de qualre secondes 
sur Tangle azimulal , ne correspondrait qu'une erreur 
d'un dixieme de seconde sur la latitude. 

En resume, le memoire de M. Liagre sera lu avec inte- 
ret, et figurera avec avantage dans nos recueils. J'aurai 
done Thonneur d'en proposer 1'inipression et de deman- 
der que des remerciments soient adresses a 1'auteur. 

M . Quetelet , en terminant son rapport , fait connaitre 
que les deux autres commissaires, MM. Nerenburger et 
Meyer, ont approuve les modifications faites au travail 
soumis a leur examen. 

La classe, adoptant les conclusions de la corfmission , 
a ordonne Fimpression du memoire de M. Liagre et a vote 
des remerciments a 1'auleur. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



TERATOLOGIE VEGETALE. Sur la pelorisation lageniforme 
des Calceolaires et sur une synanthie bicalceifere et trista- 
minale des memes plantes ; par M. Ch. Morren, membre 
de F Academic. 

M. 1'abbe Van Oyen, professeur de sciences physiques 
et naturelles au petit seminaire deS l -Trond, a eu la com- 
plaisance de m'envoyer, dans le courant du mois de juin , 
une collection de calceolaires des plus remarquables, 
parmi lesquelles ce jeune savant, qui distingue avec un 
soin tout particulier les merveilles de la vegetation dont 



(8) 

I'eludo est destinec a combler les lacunos de la science, 
a en soin dc ne pas negliger deux struclures teralologiques 
du plus haul inlcret. 

Get envoi m'imposait en quelque sorte 1'obligation de 
remplir le voeu du donateur, c'est-a-dire, de ne pas enfbuir 
dans 1'oubli ces cas exlremement rares ou la nalure place 
ses oeuvres, non en dehors de ses lois, mais en dehors de 
son habitude la plus commune. Les struclures teratolo- 
giques sont des -revelations dont il importe de ne pas ne- 
gliger 1'interpretation. 

M. Moquin-Tandon, dans sa classification des mon- 
struosites vege tales, forme une classe on la deviation du 
type specilique s'attaclie a la forme. Ces deviations sont de 
deux natures : on ce sont des changements d'un organe 
dans un aulre, et elles constituent alors les metamor- 
phoses, ou ce sont des alterations qui , etant irre'gulieres , 
deviennent des deformations, ou bien qui, etant re'gulieres, 
constituent des PELORIES. 

Ces pelories sont toujours des cas vivement rechercbes 
des nalnralisles, parce qu'elles mettent sur la voie pour 
savoir comment la nature a realise les formes perma- 
nentes de quelques families du regne vegetal en en prc- 
nant le type dans d'autres families. C'est, en un mot, une 
bisloire comparable a celle soulevee par cette question 
fameuse : quand Dieti fit les oeuvres de la creation, crea-t- 
l-il chaque etre isolement ou modilia-t-il les etres d'un 
soul et meme type en formes diflerentes et les unes pro- 
cedant des autres? Cetle question parait au premier instant 
oiseuse et insoluble; mais quand on a beaucoup reflecbi 
sur la mutabilite des etres et leurs relations basees sur des 
organisations similaires ou analogues, on arrive a croire 
que cette question merite un examen serieux, et Ton se 
fail de la cause creatrice une idee bien aulrernent noble et 



(9) 

digne que celle qu'en ont les hommes qni ne voient en 
Dieu qu'un ouvrier fort habile et lubricant tie toutes pieces 
des machines animees ou vegelalisees. 

Je vais d'abord me jeter dans la contemplation de la 
matiere pour m'echapper en suite dans la region de 1'ab- 
straction. 

La pelorie que m'envoya M. Van Oyen, appartient aux 
calceolaircs cultivees, lesquelles sont des by brides horti- 
ooles du Calceolaria corymbosa, feconde.es d'abord par le 
Calceolaria pendula, et ensuile fecondees entre el les dans 
nn grand nornbre de generations successives. 

line pelorie analogue a ete vue, en 1855, par M. de 
Charnisso, sur le Calceolaria ruyosa de Ruiz et Pavon (\) , 
el plus tard, par Guillemin qui la decrivit sans la figurer(2). 
Cependant, la piece leratologique de M. Van Oyen diflere 
notamment par son volume, sa coloration et sa forme, des 
pelories signalees par ces messieurs. En tout cas, c'est le 
troisieme exemple seulement que la science peut enregis- 
trer. 

La calceolaire est, cornme on sail, une scrophulariee a 
calice quadripartite a divisions egales. La corolle hypo- 
gynique est formee d'un tube ires-court et d'un limbe en 
deux levres, la supcrieure courte, tronquee et arrondie, 
entiere; Tinferieure tres-grande, au contraire, prolongee, 
en forme de panloulle et concave. La ileur possede deux 
etamines insereessur le lubede la corolle, a peine exsertes; 
les anlheres biloculaires, les loges separees, divariquees, et 
rune souvent sterile. L'ovaire est biloculaire, les placentas 
multiovules , inseres de chaque cote sur la cloison. Le style 
est simple, le stigmate aigu. 

(1) Voyez Linncea, annee 1822, lab. VII, p. 206. 

(2) Voyez Archives de botanique , t. II, p. 1 el 136. 



( 10) 

Voila le type de la llcur genuine. 

Voici ce que presentait la pelorie- Van Oyen. 

Deux fleurs conformees normalement naissaicnt a droite 
el a gauche d'un sommet d'un rameau floral. Ce sommet 
etait Ini-meme termine par une fleur pelorisee qui ne pre- 
sentait pas 13 millimetres de longueur comme la pelorie- 
Guillemin, mais bien 8 centimetres de longueur. Ce n'etait 
pas, comme on le voil, un petit monstre. 

Le calice etait conforme comme la fleur normale et spe- 
cifique. La corolle presentait une forme de flacon de vin 
du Rhin, tres-allongee, etroite a ses deux extremites, 
renflee au milieu, et vers le tiers superieur un etranglement. 
Au sommet, la corolle allait en bee de flute : elle y etait 
fendue, et la fente offrait a ses deux extremites deux ouver- 
lures ovales (fig. \ et 5 , pi. T). 

Quand on examinait cette corolle, lageniforme sur le 
cote, on voyait distinctement son aplatissement (fig. 1 
comparee a fig. 2); c'est ce qui faisait que le bout offrait 
la forme d'un bee de flute. 

Cette corolle ouverte ne presentait aucune trace d'eta- 
mine (fig. 4), seulement le pistil etait place a son fond, 
regulierement conforme (fig. 5) et dirigeant de cote son 
style. 

La coloration de cette pelorie est non moins remar- 
quable. 

Sur une fleur de cette variete de calceolaire prise sur la 
plante meme, le fond est jaune-paille et soufre; au fond 
de la corolle est une teinte rouge, visible en dedans, dans 
toute sa fraicheur; c'est en un mot le derme interne qui 
est color de rouge. 

La levre inferieure est peinte d'un tablier rouge : ici, 
c'est le derme exterieur qni est colore. 

Or, dans la pelorie lageniforme, le bas de la corolle 



offre cl'abord une zone jaune, puis une large bande rouge 
a I'interieur, provenant de la coloration du derme interne. 
Puis vient une zone d'un jaune pur. Alors, sur la partie 
etranglee, c'est le derme externequi se colore en rouge, et 
enfm, le bee terminal est d'un jaune d'or. 

Done, sur la pelorie, le bas de la corolle en bouteille 
representait la gorge de la corolle bilabiee de 1'espece, et le 
bout conique representait la levre inferieure. Sur aucune 
des pelories decrites, cette analogic n'a pu etre saisie. 

Evidemment, 1'hypertrophie de la corolle lageniforme 
s'explique par la resorption de tout I'appareil male; mais 
nous devons faire remarquer cependant que, dans la pelo- 
rie-Guillemin, qui ne mesurait que 15 millimetres, il y 
avait aussi absence complete d'etamines. Cette absence se- 
rait-elle la condition de la regularisation de la fleur bila- 
biee des calceolaires? Les trois cas observes semblent 
devoir 1'etablir. 

D'apres cet etat de choses, cette pelorisation est bien ,, 
aux yeux de la tete, une regularisation de forme, car la 
calceolaire, fleur bilabiee et en pantoufle, est irreguliere, 
et la pelorie en bouteille est une forme reguliere, moins 
son bee de flute. Mais, aux yeux de 1'esprit, cette pelorisa- 
tion n'est pas le moins du monde une regularisation. La 
regularisation d'une calceolaire consisterait a lui voir un 
pistil central, cinq etamines, une corolle en roue a cinq 
lobes alternes avec les etamines et un calice a cinq dents 
alternes avec les lobes. Alors celte calceolaire passerait de 
la famille desscrophulariees dans les solanees, et la fleur 
realiserait son type regulier, sa beaute native. 

Car, on ne peut se dissimuler que la beaute resulte de la 
symetrie, et que la symetrie est une disposition basee sur 
la re'gularite ou un rapport harmonique de n ombre, de 
parties et de formes. 



II me scmble probable que le Createur, dans son idee 
de la vegetation, dut avoir la voloule de modeler le monde 
vegetal sur les nombres initiaux 2, 5 et 5, et en merne 
temps celle d'y apporlcr le priucipe de la variete, en com- 
binant chacun de ces nombres selon leurs multiples res- 
pectivement. Les structures des acolyledones, des mono- 
colyledones et des dicotyledones qui embrassent le monde 
vegetal tout entier, demontrent a Unite evidence celte loi 
divine, etdans cetle loi divine doivent reposer necessaire- 
ment le principe du beau et les principes de la perfection, 
deux vastes sujels d'etude de Yeslhelique phytographique, 
science tres-reelle, sur laquelle j'espere un jour pouvoir 
publier mes vues particulieres, quelque imparfaites qu'elles 
soient. 

Les families creees, elles etaient sans doute regulieres 
etsymetriques, par consequent, elles realisaient le principe 
de la beaute. Mais voici qu'nne aulre modification s'en em- 
pare : le type regulier et symelrique, base sur la multipli- 
cation des nombres createurs de la vie, de la symetrie et de 
la regularite, par une ablation d'organes ou par des meta- 
morphoses , et ces absences et ces metamorpboses realisent 
ensnite des families irregulieres qui precedent cependant 
des families regulieres. On dirail ici que Tange, cree dans 
une beaute parfaite, s'insurge centre le principe de la per- 
fection, et, dans sa chute, parlicipe au caractere de la nega- 
tion et revet la forme de Tincorrect, de 1'incomplet, c'est- 
a-dire de la laideur. En ce sens, on peut dire que les 
families des plantes, irregulieres dans leur organisation, 
sont les angesdechus des families regulieres; et c'est une 
loi fort rem a rq liable de la nature, que de voir les families 
irregulieres retourner, par des structures teratologiques, a 
leurs families regulieres, tandis que jamais on ne voit une 
flcur reguliere realiser la structure d'une ileur irreguliere, 



Tome XV, 2^ part ., 







Svuanlhie bicolceiferc dcs Calceolaires. 



(15) 

rncme dans la forme des families devices. Que ce grand fait 
de la vegetation lie se rcalise-l-il dans noire faible huma- 
nite! 

Ainsi la pelorie-Van Oyen ne fait pas meme reloumer 
la calceolaire au type des solanees ; elle fait line chute 
encore plus has; elle realise encore plus une forme etrange 
et contre nature, une forme anandre el, par consequent, 
impossible a se conserver. En ce sens, c'est un monstre 
dans loule la force du terme, mais un monstre plein des 
plus hauls enseignemenls. La holanique serait tres-suscep- 
lible d'etre examinee un jour dans les hauteurs de ces 
abstractions, qui permettraient, peut-etre, de saisir la pen- 
see divine de la creation des plantes, comme Newton s'est 
rapprochede Dieu en devoilant le mecanisme reel de 1'uni- 
vcrs. Is erit mihi Apollo ! 

La seconde fleur teratologique, dont je dois 1'obligeante 
communication a M. 1'abbe Van Oyen, est une synanthiede 
calceolaire que j'ai figuree pi. II. C'est une synanthic 
avec rcgularite normale du calice (5), avec une forme bi- 
calceifere de la corolle (fig. \ el 2), avec presence de trois 
etamines toutes fertiles, dont une est placee a la jonction 
des deux levres inferieures (fig. 4). L'ovaire est conforme 
regulierement (fig. G),et la levre calceiforme est pourvue 
d'un lobe rentrant, exprime en la figure 5, pour sa coupe, 
et, dans la figure 2, pour la direction de ses lobes. 

Celte synanthie n'a pas encore etc signalee dans les ou- 
vrages de leralologie vegetale. G'est, il me semble, une vraie 
soudure detleurs compliquee de resorption de la totalite de 
la levre superieure, du non-developpement du calice et de 
la resorplion d'une des quatre etamines qui auraient du se 
developper. Celte forme teralologique permellra peul-elre 
de mieux saisir, un jour, la cause inlime des synanlhies. 






ETHNOGRAPH1E. 

Sur I'e'tendue superflcielle et le volume du corps humain. 
Leltre de M. Quetelet a M. le D r Garus, de Dresde. 

J'ai examine les deux questions que vous avez bien 

voulu me poser, et 1'interet que j'y ai pris m'a porte a en 
chercher immediatement la solution. 

Vous demandez d'abord quelle est, en pieds carres, 
1'etendue superficielle du corps humain. Je neme rappelle 
pas en eflet qu'on ait entrepris des estimations exactes a 
ce sujet. Seulement Haiiy, dans son Traite elementaire de 
physique, pag. 277 , l er vol. , dit qu'on a trouve que la pres- 
sion de 1'air sur un homme de moyenne grandeur vaut 
environ 16,000 kilogrammes. Or, le kilogramme vaut en 
poids un decimetre cube d'eau disiillee; et une epaisseur 
d'eau de 10 m ,4, qui correspond a la pression atmosphe- 
rique, en s'exerc.ant sur une surface de 154 decimetres 
carres ou de 1,54 (le metre carre pris pour unite) , pro- 
duiraitla pression indiqueede 16,000 kilogrammes. Haiiy 
supposait done implicitement la surface du corps humain 
de 1,54 metre carre ou de 15,7 pieds carres du Rhin. 
Cette valeur est un peu plus grande que celle que vous 
donnez d'apres quelques auteurs (14 pieds carres) et que 
vousjugez avec raison devoir elretrop petite. 

J'ai entrepris moi-rneme le calcul avec les donnees que 
je possede relativement aux dimensions des difierentes 
parties du corps humain, donnees que j'ai lieu de sup- 
poser fort exactes. J'ai tache de ramener 1'estimation des 
surfaces du corps aux iigures geometriques les plus sim- 
ples. Je me bornerai a vous indiqucr ici mes principaux 



resultats en prenaiil pour unite Ic metre carre : 

Surface de la tele 0,100 

du cou au-dessus des clavicules . . . 0,031 

> du tronc jusqu'a la bifurcation . . . 0,484 

des cuisses , jambes et pieds .... 0,670 

> des bras et mains 0,360 



1,64 

Cettc derniere valeur equivalence a 16,7 pieds carres du 
Rhin , surpasse les deux valeurs dont il a ete parle precc- 
demment; et cependant je la crois tres-exacte.Un autre 
calcul,eri prenant des donnees plus larges et que je pour- 
rais regarder comme des limites superieures, m'avait donne 
1,76 de surface en metres carres ou 17,9 pieds carres. 

Lescalculs sont fails pour unindividu d'une hauteur de 
l m ,75. En supposant done une surface rectangulaire d'un 
metre de base et d'une hauteur de l m ,750, c'est-a-dire 
egale a la hauteur de 1'homme, on aurait a peu pres 1'equi- 
valent de la superiicie de son corps. 

Pour ce qui concerne votre seconde question , relative 
au volume du corps humain, je crois qu'on peut la rame- 
ner a des termes assez simples. 

Un homme de l m ,75 pese moyennement 76 kilo- 
grammes. Or, si le corps humain avait une pesanteur 
specifique exactement egale a celle de 1'eau, le volume 
s'estimerait en disant qu'il est de 76 centimetres cubes ou 
de 2 Vs pieds cubes du Rhin. La pesanteur specifique n'est 
pas la meme pour tous les individus; on peut la supposer 
generalement un peu superieure a celle de 1'eau, et, par 
suite, on ne s'ecarterait guere de la verite, je crois, en don- 
nant au corps humain un volume equivalent a deux pieds 
cubes du Rhin et un tiers. Ce qui suppose que le poids du 
corps surpasse de 4 kilogrammes le poids de Fair deplace. 



Disproportions du corps humaiu, par A. Quelelel. 
Deuxieme article (I). 

Proportions de Vhomme clicz les JEyypticns. 

Les Grecs, sous bien des rapports, ontpuise lours con- 
naissances chez les anciens Egyptiens, non-seulement 
pour la philosophic et les sciences, mais encore en ce qui 
concerne les beaux-arts. D'apres Diodore de Sicile, les 
slatuaires Telecles et Theodore avaient rapporte d'Egyptc 
mi genre de sculpture qui ne se pratiquail pas chez les 
Grecs. C'est ainsi que ces artisles iirent line slatue de 1'A- 
pollon Pylhien : Tun executa la moitie de la slatue a Samos, 
et 1'autre la seconde moitie, a Ephese. Void, d'apres Dio- 
dore, le precede qu'employaienl les Egyptiens (2). 

Ce n'est point a la vue, au simple coup d'ceil que ces 
derniers jugent de la proportion des statues, comme font 
les Grecs, mais ils coupenl et divisent leurs pierres en 
plusieurs portions, et ils les travaillent en fixant les rap- 
ports des figures, des plus petites dimensions aux plus 
grandes. Pour cela, ils divisent la stature du corps humain 
en vingt et une parlies et un quart en sus, et ils expri- 
menl ainsi la proportion enliere. Une fois que ces artistes 
se sont accordes ensemble sur la grandeur de la statue, ils 
se separent et executent les divers fragments, chacun de 



(1) VOIP le 1 er article, tome XV, 1 11 parlie, page 580. 

(2) Le passage de Diodore se rapporte aux premiers temps de la sculpture 
chez les Grecs; les precedes scienlifiqucs leur devinrent, plus lard, tout 
aussi lamiliers qu'aux Egypliens. 



( 17) 

son cote, avec unc convenance el une harmonic si parfaltes, 
quo 1'ouvrage tcrmine excilc 1'admiralion (1). 

Bicn quc les Egyptiens cussent ensuile etc surpasses par 
les Grccs, dans lesdcveloppements qne prircnt les beaux- 
arls, leurs ouvrages n'en merilent pas moins noire atten- 
tion par la fidelile severe avec laquelle ils copiaient la 
nature. Sous ce point de vue, nous ne pouvons que gagnrr 
a eludier les proportions de leurs figures; il parait nienie 
que c'est a eux que Ton doit 1'idee de ce canon que les 
artistes grecs prirent generalement pour module dans 
leurs plus beaux ouvrages. 

M. Jomard, dans son Memoire sur le systeme me'trique 
des anciens Egypliens, a reproduit quelques mesures re- 
latives aux proportions du corps humaiu, qu'il a recueil- 
lies lui-meme sur des monuments anciens de 1'Egypte. Je 
1'erai connaitre ici celles qui se rapporlent a noire sujet. 

II cite d'abord une figure d'hommc debout qui a les bras 
et les mains etendus, ct qui est sculptee sur le grand sar- 
cophage d'Alexandrie , depose acluellement a Londres. La 
hauteur est de O m ,46, et si Ton prend sur cette ligure la 
longueur de 1'espacc qui est enlre le coude et I'exlremile 
des doigls, autrement la coudee, on trouve O m ,I15 ; ce qui 
est justement le quart de O m ,46(2). 

Or, si Ton prend cetle derniere grandeur pour unite, Fes- 
pace enlre le coude et Fextremile des doigls serait O ni ,250; 
par nos mesures, nous avons trouve O m ,257, qui est aussi 
le nombre donne par la mesure des statues grecques. 

M. Jomard cite ensuite une autre figure egyptienne, 



(1) Nous empruntons la (reduction de M. Jomard, Memoire sur le sys- 
Idmc metriquc des anciens Egyptiens , pa^e 75. 

(2) Chap. V, page 71. 

TOME xv. 2. 



( 18 ) 

mesuree par M. Delile,ayant l m ,25 de hauteur. Elle a 
etc coustruite a 1'echclle d'un pied pour coudee, ou 2 pour 
5. En effet, si Ton ajoute moitie a l m ,25, on a l m ,875, 
stature metrique. La tete a O m ,IG5, ce qui est Ie septieme 
et demi de la hauteur : regie que nous avons reconnue 
pour avoir ete suivie par les Egypliens et qui est la memc 
que celle dont on fait usage a present. Le pied a O m ,20, 
ce qui est plus que ne demande la raison 1 a G */2, et se 
rapporte au pied metrique. 

En prenant pour unite la hauteur de la figure prece- 
dente, la tete serai t represented par O m ,152 et Ie pied par 
0,1 GO. Les statues grecques assignent aux memes parties les 
valeurs O m ,15() et O m ,149; nos mesures sur J'homme beige 
donnent O m ,135 et O m ,154. J'ai deja fait remarquer prece- 
demment que c'est a tort qu'un grand nombre d'artistes 
supposent Ie pied de meme dimension que la tele. II faut 
soigneusement distinguer les mesures de convention de 
celles que donne reellement la nature. Je citerai, a cetHe 
occasion, Ie passage suivant que j'emprunte encore a 1'ou- 
vrage de M. Jomard (page 77), et qui concerne Ie rapport 
entre Ie pied et la coudee chez I'liomme. 

On a trop legerement admis certaines proportions 
de grandeur entre les diverses parties de la stature natu- 
rclle, etl'on s'est appuye ensuite sur ces relations abstraites 
pour fixer soil les rapports, soil les valeurs absolues des me- 
sures usuelles.... Dans ses recherches sur la coudee sacree 
des Juifs , Newton a adopte Ie rapport de 5 a 9 entre Ie pied 
et la coudee de I'liomme. Ce rapport est un peu trop fai- 
ble, et suppose Ie pied trop petit. D'un autre cote, Ie rap- 
port de 2 a 5, qui existait entre Ie pied et la coudee des 
mesures usuelles, selon Herodote et tous les auteurs, est 
beaucoup trop grand ; Ie rapport exact entre ces deux par- 



ties do la %re humaine est celui de 4 a 7. II est done cer- 
tain que le rapport de 2 a 5 n'esl pas puise dans la nature, 
ctqu'il est destitution. C'estsa simplicite meme qui rend 
la chose evidente; il a &e choisi pour la commodite de la 

division De meme que le rapport du pied a la coudee 

differe du rapport nature!, de m<eme sa valeur absolue 
s'eloigne de celle du pied humain. Pour une stature de 
l m ,73 , mesuree et observee chez plusieurs individus, la 
longueur du pied ne s'eleve que de O m ,265 a O' n ,2(i3; pour 
une stature moyenne , la longueur serait bien moindre. 

Le pied naturel est compris six fois et demie en- 
viron dans la stature entiere. Cependant 1'orgyie qui ? 
parmi les mesures de 1'Egypte, exprinie la stature me- 
trique, est censee renfermer le pied six fois. Qui ne voit 
que ce rapport senaire a ete institue pour la facilite des 
calculs? Vitruve confondait les deux especes de pied et dp 
stature, quand il disait que le pied etait le sixieme, el la 
coudee le quart de la hauteur du corps : ces rapports 
ctaient ceux du systeme egyptien , et non ceux de la na- 
ture. La coudee naturelle est trois fois et demie environ, 
et non pas quatre ibis, dans la hauteur de Thomme. Pour 
une stature de l m ,75, la coudee est d'environ O m ,464, le 
pied et 1'orgyie sont done des mesures systematiques. 
Ainsi, dans la nature, le pied, la coudee et la stature 
sont, a fort peu pres, comme 4, 7 et 26; dans le systeme 
egyptien, ils sont comme 4, 6 et 24. Ces derniers nom- 
bres expriment des palmes ou mesures de 4 doigts metri- 
ques. 

D'apres M. Joniard , 1'homme de nos climats, avec une 
stature de l m ,75, aurait done la coudee de O m ,464, et la 
longueur du pied de O m ,265 a O m ,265; en prenant pour 
unite la stature , ces nombres deviennent O m ,257 et (F,152 






(20) 

a 0"',155; nos mesurcs donnent 1U ,257 et O m ,15l, valeurs 
a pen pros identiques. 

M. Jomard a reproduit aussi quelques-unes des prind- 
pales mesures de la statue d'Osymandias; nous y trou- 
vons malheureusement peu de nombres qui soient compa- 
rables aux nolres. Je Iranscrirai ceux qui permcllent des 
rapprochements; je rappcllerai aussi ceux qu'il a donnes 
d'apres uu colosse renverse qui se trouve dans le meme 
monument d'Osymandias. 



PARTIES I>1 CORPS. 


NOMBBE 
donn. 


VALBUR 

rcduitc. 


D'APRKS L 
beige. 


K MODULE 

grec. 




X847(l) 
0,247 
0,280 

0,110 

1,850 
0,029 
0,054 
0,049 

haute ; ell( 
ivrage cite 


1,000 
0,134 
0,151 

0,059 

1,000 
0,010 
0,029 
0,027 

; est reduil 


1,000 
0,135 
0,143 

0,057 

1,000 
0,018 
0,037 
0,030 

e ici a la v 


1,000 
0,130 

0,054 

1,000 
0,016 

0,024 
alcur me- 


Hauteur de la tele 


Tour dti bras au coude 


Diametre du pied, au-dessus des 
doiets . , 








de I'oreille 


de la bouchc ..... 


(') La statue esl douze fois plus 
triquc. Voyez pages 50 et 52 de I'oi 



Les mesures egyptiennes se rapprochent un pen plus des 
notres quedecelles prises surdcs statues antiques; il esl a 
regretter qu'elles soient si [)eu nombreuses. 

Je vais maintenant rapporter, d'apres Audran, des 



(21 ) 

mesurcs prises sur im Terme egyplien , qui parait (Tune 
tres-belle proportion , et je continuerai a rapprocber de 
ces nombres ceux deduits d'apres des modeles beiges et 
d'apres des statues grecques. 

Le Terme egyplien, d'apres Audran. 



PARTIES DU CORPS. 


N M B n E S 

d'apris 
Audran. 


V A L E 1! R S 

rtiduitcs. 


BELGK. 


Statues 
GUKCO^BS. 


Haul, totale, 7 teles, 1 p., 7 min. 


20 P- 7'"- 


1,000 


1,000 


1,000 


Tote 


5 11 


0,132 


135 


0,130 


Vertex an bord orbital 


1 10 


0,OG2 


v ? * o * F 
0,059 


0,058 


Clavicules aux mamelons .... 


3 5 


0,115 


0,105 


0,105 


Distance des deux mamelons. . . 


4 


0,1 3o 


0,116 


0,138 


Vortex aux claviculcs 


4 11 


0,106 


0,172 


0,167 




Diamclrc aux uisselles 


5 8 


0,192 


0,176 


0,188 




trocnanters * * . 


5 4 


0,180 


192 


01 S 1 


haul de la cuisse . . . 


3 3 


0,109 




, lol 

0.10G(*) 


bus de la cuisse .... 


2 2 
1 5 


0,073 
048 


A A~Tf 


A A^O 


avant-bras. ...... 


1 11 


0,038 


U,*/OO 

0,037 


U,U>ii 

0,036 




Nombril a la rotule 


9 G 


321 


^18 


328 


Rotule au sol .... 


8 4 


0,281 


WjOlO 

0,280 


0,279 




Hauteur du cou-de-pied . . 


1 


0,0ol 


0,051 


0,048 






14 4 


0,484 


0,475 


0,482 




Acromion a la naiss. de la main . 


10 11 


0,369 


0,341 


0,346 


Longueur du pied 


4 4| 


0,148 


0,154 


0,149 






2 10 


099 


n rtori 


n nor* 


Diam.dupied,au-dessusdes(!oigts. 


1 7 


0,054 


UjUl/t) 

0,057 


u ? UUo 
0,054 


Du coude a la naiss. de la main . 


4 1 


0,138 


0,145 


0,148 


(*) L'epaisseur de la cuisse est, dans 1'Apollon , 0,106; dans 1'Antinoiis , 


0,106, et dans la Paix des Grecs, 0,104. 



(22) 

II existe,comme on peut le remarquer, une tres-grande 
con form ile entre les trois series dc nombres; il n'est nul- 
lement improbable que les Grecs aient eu connaissance du 
canon egyptien, ou plutot il est naturel de croire que les 
artistes des deux pays avaient adopte tin module fidele- 
ment mesure d'apres nature. Dans cette derniere hypo- 
these, il faudrait admettre que les proportions de 1'Egyp- 
tien etaient parfaitement conformes a celles du Grec; oil 
reconnait du reste, aujourd'hui encore, les memes pro- 
portions chez rhomme de nos climats. Seulement, le de- 
veloppemenl de la poitrine est plus considerable dans les 
statues anciennes, ce qui s'expliqiie suffisamment par nos 
usages, comme j'en ai deja fait Tobservation dans mon 
article precedent. 

Proportions chez les Remains. 

On ne peut pas dire, a proprement parler, que les Ro- 
mains aient eu une sculpture nationale; ils ont continue la 
sculpture des Grecs, en employant le plus souvent les ar- 
tistes de ce peuple. C'est par ce motif que, dans une note 
precedente, je n'ai point hesite a ranger parmi les statues 
grecques celle d'Antinoiis, qui parait dater du temps d'A- 
drien. Je ne puis cependant passer sous silence quelques 
proportions qui nous ont ete donnees par un ecrivain lathi 
dont I'ouvrage fait foi dans les arts, je veux parler du 
traite de Vitruve suf ('architecture. L'auteur, au livre III j 
chapitre I er , de son ouvrage, parle avec quelques details de 
la symetrie, c'est ainsi qu'on nommait la theorie des pro- 
portions du corps bumain, et a ce sujet, il assigne aux 
principaux membres les grandeurs qu'ils doivent avoir. Le 
nom de Vitruve ne permet pas de rejeter sans examen les 



(23) 

tiombres qn'il cite, bien que plusieurs soient evidemment 
fautifs; pour les autres, il faut les considerer plutotcomme 
des nombres approximatifs que comme des valeurs repre- 
sentant reellement les dimensions du corps humain. L'au- 
teur aura voulu donner des expressions simples, sans tenir 
a une grande exactitude. 

Je commencerai par rapporter les paroles memes de V-i- 
Iruve, pour que chacun puisse se faire une idee exacte sur 
leur interpretation. Corpus enim hominis ita natura com- 
posuit , uti os capitis a mento ad frontem summam ct ra- 
dices imas capilli esset decimae partis : item manus palm a 
ab articulo ad extremum medium digitum tantundem : 
caput a mento ad summum verticem octavae : tantundem 
ab imis cervicibus : ab summo pectore ad imas radices ca- 
pillorum sextae : ad summum verticem quartae. Ipsius au* 
tern oris altitudinis tertia pars est ab imo mento ad imas 
nares : nasus ab imis naribus ad finem medium super cilio- 
rum tantundem ; ab ea fine ad imas radices capilli , ubi 
frons ejficitur, item tertiae partis. Pes vero altitudinis cor- 
poris sextae : cubitus quartae : pectus item quartae. Reliqua 
quoque membra suos habent commensus proportionis , qui- 
bus etiam aniiqui pictores et statuarii nobiles usi magnas el 
infinitas laudes sunt assecuti... Item corporis centrum me- 
dium naturaliter est umbelicus (1). 



(1) M. Fitruvii PoUionis de architectures, livre III, chap. I, pp. 69 et 
suiv. de Pedition de Schneider, 2 vol. in-8". Leipzig, 1807. 



PARTIES 1M COI 



PROPORTIONS DU CORPS. 



D APRES V1TRCVE. 



H M M E S 
beiges. 



Face. Du menton au haul du front . . 

Longueur dc la main 

Tele. Du menton au sommct 

De la l rc vertebre apparente au sommet. 

Du haul de la poitrine a la naissance des 
eheveux 

Duhautde la poitrine ausonnnetdelatetc. 

Du has du menton au nez 

Dn basdesnarincsau milieu dessourcils. 

Du milieu des sourcils a la nnissance des 
eheveux 

Longueur du pied 

dc la coudee 

Poitrine 

Dc IVmbilic aux cxtremites du corps . . 



0,100 
0,100 
0,125 



0,167 
0,250 
0,033 
0,033 

0,033 
0,167 
0,250 
0,250 (*) 
0,500 (") 



0,111 
0,111 
0,135 
0,130 

0,118 
0,172(') 
0,039 
0,038 

0,034 
0,154 
0,257 



(') II y a probablement erreur dans le lexte. Schneider, commentateuv 
de Vitruve, dit : Sequens quart ae suspcctum full Galiuno qui quintae sen- 
bendum cen set , nisi forte rerba ab medio pectore inter cidcrint. En partant du 
milieu de la poitrine, on se rapprocherait en effel de la verite. 

(-) Cubitus quurtae ; pectus item quarlae; le dernier membre de j>hrase 
doit egalement avoir ete altere. La hauleur de la poilrine ne forme guere 
que le sixieme de la stature. 

(") L'ombilic n'cst pas le milieu du corps, comme le font entendre les pa- 
roles de Vilruve. La remarque en avail deja etc faite anciennement par 
Varron. 



Proportions des fndous. 



Nous ne connaissons guere de mesures exactes prises 
chez les peuples asiatiques; cependant nous trouvons, 
dans le Polyclele de M. Schadow, page 18, quelques ren- 



(25) 

seignements que j'ai cm devoir reproduire, en y joignant 
nos termes de comparaison ; les voici : Un aiicicn livre 
dans la langue sanscrite, intilule : Silpi saslri, c'esl-a- 
dire cles beaux-arts, donne la regie suivante : 



I\KTII:* in COUPS. 


IVOMfl 

Originnux. 


RES 

lieduits. 


Ml'! 

BclgiquM. 


JUKS 

^ *-- -- 
firci-s. 


Ghevelure. . . ... 


1I> parties. 
55 
25 
55 
55 
53 
90 
30 
102 9 


0,031 
0,115 
0.052 
0,115 
0,115 
0,110 
0,187 
0,0(52 
0,215 


0,024 
0,111 
0,037 
0,105 
0,120 
0,094 


0,031 

0,098 
0,037 
0,0f>7 
0,112 
0,097 


Visage . 


Con 


Poitrino 


Jusmi'au nombril 


Bas-vcnlre 


Jusnu'au genou 


GCHOU 


La jauihc 


Stature . . 


480 parties. 


1,000 





Lcs premieres valetirs s'e'carlent assez sensihlement de 
celles obtenues soil en Belgique, soil d'apres les statues 
grecques. L'exacte conformite des trois nombres donnes 
pour le visage, la poitrine et sa distance jusqu'an nombril , 
laisse supposer qu'on a vise bien moins a la precision 
qu'a obtenir des regies commodes pour la pratique. 

La hauteur de la lete serait representee par O m ,146; 
nous 1'avons trouvee en Belgique de () m ,155, et d'apres les 
Grecs de 130. II en resullerait que la tele indienne serait 
assez forte , et se trouverait contcnue moins de sept fois 



(26) 

dans la stature totale (1). Elle n'est en eflet represented 
quepar O m ,145 dans un homme de sept tetes de hauteur. 
La distance du vertex au nombril est de O m ,428, et se 
trouve notablement plus grande que chez les Beiges , et 
surtout plus grande que chez les Grecs. On a en effet pour 
ces deux derniers peuples 0"\597 et O m ,575, d'apres les 
mesures precedentes; et en prenant pour point de depart 
le milieu de la rotule, on a : 







d'apres 




PARTIES I>l CORPS. 


L'OUVRAGK 
Sanscrit. 


les 

BELGES. 


les 

STATUES 

grecques. 


Du bas-ventre all milieu de la rotule .... 


0,218 
245 


0,224 
280 


0,235 

0,275 


Du bas-ventre au sol . ... 


0,461 


0,504 


0,510 











On trouve entre les deux dernieres colonnes un accord 
qui est loin d'exister a 1'egard des nombres de la premiere 
colonne. 

Ce dernier exemple et celui que j'ai rapporte d'apres 
Vitruve, monlrent que, quand on a voulu donner aux 
artistes des rapports simples pour exprimer les propor- 
tions du corps, on s'est ecarte* sensiblement de la nature. 



(1) Ce qui ne fait pas 7 | longueurs detete, dit M. Schadow en parlant 
de la stature totale ; la division parait avoir etc" prise sur un homme regu- 
lierement bSti. Je crois cependant que la partie inferieure du corps est 
trop petite. 



( 27) 

Les ecarts que j'ai signales sont assez forts pour qu'ils 
puissent etre saisis par un ceil exerce, et sans qu'il soil 
nccessaire de recourir a des mesures. 

II en est des proportions du corps humain comtne de 
la perspective; on n'est point artiste quand on les con- 
nait, mais il faut les connaitre quand on est artiste; c'est 
ainsi que le poete doit savoir la grammaire, bien que la 
grammaire ne lui donne pas le genie poetique. Les artistes 
les plusdistingues, surtout ceux de la renaissance, avaient 
des connaissances tres-etendues; plusieurs ont contribue 
aux developpements des differentes branches des sciences; 
je citerai particulierement Albert Durer et Leonard de 
Vinci , deux des plus grands geometres de leur epoque. 



PHYSIQUE. 

De I' ebullition des liquides et de leur adherence aux vases 
qui les contiennent , comme cause de certains pheno- 
menes-, par M. Louyet, correspondant de 1'Academie. 

Dans un memoire publie en 1844 (1), sur la cohesion 
des liquides, M. Donny a de'crit une serie d'experiences 
interessantes , sur iesquelles il s'est appuye pour expli- 
quer certains phenomenes connus, autrement qu'ils ne 
1'avaient ete jusqu'ici. Quelques-unes de ces experiences 
ont eu pour but de demontrer que le procede employe pour 
mesurer ta cohesion des liquides, etait loin de donner des 
resultats exacts; les autres lui ontservi a essayer d'etablir 
une nouvelle theorie de Febullition, a expliquer le pheno- 



(1) Memoire cour. et Mem. des savants elr. de I'Acad. roy. de Belg. 
tome XVII. 



(28) 

menc connu sous le noni dc soubresauts, qui se produit 
dans les liquides soumis a 1'aclion de la chaleur dans cer- 
taincs circonstances. Je ne parlerai ici que de ces der- 
nieres, les consequences tirees des aulres par 1'auleur ne 
m'ayanl donne lieu a aucune observation. Ainsi M. Donny 
a montre que, dans certains cas, I'eau pure pouvait etre 
porlee a une temperature de plus de 125 sans donner 
aucun signe d'ebullition, et il a altribue ce phenomene a 
1'elat de I'eau qui , ayant ele purgee des gaz qu'elle tient 
en dissolution, offrait une grande resistance de cohesion. 
De plus, il a attire I'allention sur la maniere dont un ma- 
nometre a acide sulfurique, bien purge d'air, secomporle 
dans le vide. II a montre que 1'acide ne baissait pas dans 
le tube du manometre, meme lorsque la hauteur de la 
colonne d'acide etait de l m ,50, ce qu'il a altribue a la 
cohesion des particules de I'acide. 

En relisant dernierement I'expose de ces experiences, 
il m'a paru queTexplication qu'en avail fournie M. Donny, 
n'etait pas lout a fait salisfaisante, et que je pourrais arri- 
ver a demontrer aisement que leur cause etailaulrc et plus 
complexe que ne le croyail I'auteur, et qu'elle se trouvait 
principalemenl : 1dans la nature des appareils qu'il a em- 
ployesdans ses experiences ; 2 dans le rapport en ire 1'ouver- 
lure des vases ou Teau etait renfermee et la surface chauffee; 
et 5 dans I'etat de la surface interieure des vases employes. 

Passons d'abord rapidement en revue les experiences de 
M. Donny, que je veux entreprendre d'expliquer autrement 
qu'il ne I'a fail, c'est-a-dire, sans recourir a des hypotheses 
qui conlrarient les idees generalement recues au sujet de 
l'ebullition des liquides : 

1 M. Donny a construil une espece de marteau d'eau a 
I'aided'uu lubedeS millimetres de dinmelre; il se terrni- 



( 29 ) 

nail, a unc exlremite, par deux boules rapprochces ; 1'aulre 
etail scellee, a la lampe, et recourbee de maniere a pouvoir 
elre chauffee dans 1111 bain chaud. L'eau purgee d'air rem- 
plissail rinstrument jusqu'aux boulcs, et lout 1'appareil 
elail purge d'air par ebullition. Par celle disposition, on 
pou vail echaufter la parlie de 1'eau qui se irouvait a Pext re- 
mite scellee, sans que la vapeur renfermee dans ces boulcs 
cessat de se maintenir a la temperature de Fair exterieur, 
et de conserve! 1 , par consequent, une tension extiemement 
laible. En plongeant success! vement 1'exlremite scellee 
dans des bains differents porles prcalablemcnt a 115, 121, 
128 et 152, 1'eau n'est pas entree en ebullition ; la tem- 
peralure du dernier bain s'etant elevee a 158 par la con- 
centration de la solution saline qui le conslituail, 1'eau 
conlenue dans la partie immergee de I'instrument s'est 
reduite inslanlanement en vapeur, el celle-ci a refoule, 
avec une extreme energie, le reste du liquide jusque dans 
les boules. M. Donny a attribue ce resultat principalement 
a la cohesion que 1'eau avail acquise par 1'absence de fair 
atmospherique qui y est ordinairement dissous. 

2 M. Donny a montre ensuile que si 1'eau n'esl pas 
purgee de 1'air almospheriqne qu'elle contient loujours, 
elle peut entrer en ebullition a 121, 128 et 155 sous des 
pressions de 2, de 2 */2 et de 5 atmospheres, en deux mi- 
nutes environ; et que cette vaporisation se fait paisiblement 
et sans la violence qui accompagne 1'ebullition de 1'eau 
purgee d'air. 

5 L'auteur est parti de ces experiences pour expliquer 
les soubresauts qui se produisent dans les liquides tenus 
en ebullition depuis quelque temps : selon lui, le pbeno- 
mene a lieu parceque les liquides (inissaut par perdre 1'air 
qu'ils renlermaicnl, leur cohesion peut se rnanifesler d'une 



( 30 ) 

maniere sensible et permettre au liquide de s'echauffer au 
dela de son point d'ebullilion ; cette elevation de tempera- 
ture determine 1'apparition de nouvelles bulles d'air ; alors 
le liquide se divise brusquement par un soubresaut ; il en 
resulte un grand degagement de vapeur el, par consequent, 
un abaissement de temperature qui rend momentanement 
le calme au liquide. Bientot les memes causes rameuent 
les memes effets et le phenomene continue a se reproduirc 
avec une violence croissante. Pour eviter ces soubresauts, 
M. Donny conseille de faire passer a travers les liquides 
un courant delie d'un gaz quelconque. 

4 L'auteur ayant vu que ces soubresauts brisaient par- 
Ibis ses appareils, a pense a appliquer ses experiences a la 
recherche des causes d'explosions des machines a vapeur. 
II a vu qu'en echauffant de Teau privee d'air dans un lube 
de 8 millimetres de diametre, termine par un tres-long tube 
capillaire plongeant dans le mercure, apres quelques sou- 
bresauts violents, au bout d'un certain temps, il se produi- 
sait une explosion qui determinait la rupture du tube par 
1'expansion de la vapeur. 

5 Enfin M. Donny ayant prepare un marteau d'eau 
soigneusement purge d'air, 1'a plonge pendant quelques 
minutes dans de 1'eau bouillante, 1'a coupe ensuite au ni- 
veau de 1'eau et a chaufle rapidement la partie inferieure 
dans la llamme d'une lampe a alcool; au bout de quelques 
instanls, une explosion eut lieu, et 1'eau I'ul projetee hors 
du tube. II pense que cette experience peut jeter du jour 
sur les explosions qui se produisent dans les chaudieres 
a evaporation , c'est-a-dire , ouvertes par le haul. 

En definitive, comme conclusion de ses experiences, 
1'auteur admet que, dans une masse liquide, les molecules 
adherent les lines aux autres avec une force qui n'est rieu 



(31 ) 

moins que faibie, el, pour expjiquer avec ceite cohesion, 
la tendance des liquides a se vaporiser, il rappelle que 
certains corps solides, tels que le camphre, i'iode,etc., 
sont volatils, tout en ayant une cohesion puissanle. II part 
de la pour admettre que, dans les liquides et aqtres corps 
volatils, c'est par la surface que se fait 1'evaporation , et 
que I'ebullition nest qu'une evaporation tres-rapide qui so- 
pere sur celles des surfaces interieures des liquides qui timi- 
tent une bulle d'un fluide aeriforme. Des lors il rejetle la 
theorie adoptee qui admet que, pour chaque liquide place 
dans un meme vase, sous une pression determinee, il 
existe un point constant d'ebullition , et que I'ebullition 
commence aussitot que la force elastique de la vapeur qui 
tend a se produire devient egaje a la pression que supporte 
le liqujde. L'auteur pense que le point d'ebullition n'est 
constant que pour autant que le liquide renferrne une 
assez grande quantite d'air, et que, si cette quanlite d'air 
est tres-petite, le phenpmene ne se produit qu'a des 
temperatures beaucoup plus elevees qu'a 1 'ordinaire. II 
Irouve done qu'il est inexact de poser, comme un fait ge- 
neral, qu'un meme liquide sous une pression donnee, 
entre toujours en ebullition a la meme temperature. 11 
ajoute encore qu'il a observe que, dans I'ebullition, la 
production de la vapeur ne s'effectue point par tous les 
points de la masse, ce qui devrait avoir lieu, dit-il, si 
Implication qu'on dorme de I'ebullition etait exacte. Le 
mouvement de vaporisation part seulement de quelques 
points de la paroi interieure du vase, qui se trouve voisine 
de la source de chaleur. L'auteur ne peut done admettre 
que la faculte de produire I'ebullition soit inherente aux 
liquides, puisque ceux-ci ne la presented! que lorsqu'ils 
contiennentun gaz en solution et, par consequent, lors- 



(32) 

qu'ils ne sunt pas a 1'etat de purete. Aussi, dit-il que I'ebul- 
lition d'tin liquide dcvenant de plus en plus dillicile, a 
mesurequ'il perd le gaz qu'il renferme, on ne pent prevoir 
ce qui arriverait s'il etait parvenu a 1'etat de purete parfaile. 

Telles sont les differentes manieres de voir de M. Donny, 
que j'ai voulu eulreprendre de refuler en les expliquant en 
partic par les fails connus et les idees actuellement revues, 
et en partie par des experiences nouvelles qui me sont 
propres(l).Qu'on me permetle d'abord derappeler en quel- 
ques mots Telat de la science sur lesujet <jui nous occupc. 

Jusqu'a present tous les physiciens out ete d'accord pour 
designer, sous le nom ft ebullition des liquides, le pheno- 
mene qui a lieu lorsqu'on soumet un liquide a 1'action 
d'une source de chaleur qui, en elevant sa temperature, 
determine a la surface la formation d'une grande quanlite 
de vapeurs dont la force elastique va toujours en augrnen- 
tant jusqu'a ce qu'enfin elles puissent soulever le poids de 
1'atmospliere et lui faire equilibre. Alors les vapeurs se 
forment dans I'interieur meme de la masse liquide, et 
s'elevent en globules qui viennent crever a sa surface. La 
temperature a laquelle un liquide quelconque entre en 
ebullition, depend de trois circonstances : de la nature du 
liquide, de la pression atmospberique et de la nature du 
vase dans lequel J'cbullition a lieu. 

Si un liquide, comme 1'eau par exemple, est sournis a la 
chaleur dans un vase clos , sa temperature peut devenir 



(1) M. le prof. Crahay, dans son rapport sur le memoire de M. Donny 
(Bullet, de I'^cad.^ 1844), lout en rendant justice au beau travail eta 
Diabiletc dc Tauteur, n'adliere pas a ses vues , relativement a la ihe'orie de 
Pebullition, sans neanmoins discuter ses opinions. 



f ~>5 ) 

excessive sans qifil cnlre en ebullition. Si 1'eau n'csl pas 
Jicrnieliquemenl cnfermee dans unc cbaudicrc, el s'il se 
trouvequclque issue j)ai- ou la vapeiir pnisse s'ecbapper, le 
point d'efmliitioti depend alors de la grandeur doj'ouvcr- 
ture, comparee a la surface de I'eau qui recoil Faction du 
leu; ainsi I'eau ne boul qu'a 155, si celle ouverlure n'esl 
que le '/2o,ooo de la surface ecliauilee. 

En conslruisant des ibennometres d'eau el d'alcool el 
employant loujours ces liquides parfaileinenl purgec d'air, 
Delnc a remarque (jue celle preparation leur donnail la 
faculle de supporter, sans bouillir, des tempera lures Ircs- 
superieures a celles de leur ebullition. 

Biot, qui s'esloccupe de cc pbenomene (1), Tallribue a 
1'absence de Pair dans le liquide el au vide parfait du lube 
lliermomelrique. Dans ce cas, selon LTiol, les liquides en 
se dilalanl, emellenl librcment par leurs surfaces, c'esl-a- 
dire par rextremile de la colon nc elevee dans le lube, 
toule la quanlile de vapeur que peul adrnellre Fespace 
ouvert au-dessus d'eux ; el comrne la vapeur peul s'exbaler 
de celle surface sans aucun effort, j>uisqu'elle se rcpand 
dans le vide ou dans la vapeur cleja exislante, on voil 
qu'il n'y a pas de raison pour qu'il sc developpe aussi de 
la vapeur dans rinlcrieur meme du liquide. Car, en sup- 
posant la temperature uuiformc dans lout 1'appareil, cetle 
vapeur ne pourrail avoir qu'iine force elastique egale a 
celle de la vapeur elevee dans 1'espacc vide; et, avec celte 
cgalile dc force qui la conlrc-balancerail, elle aurail de 
plus a vaincre le poids de la colon ne de liquide elevee au- 
dessus d'elle, ce qui luiscrait, par consequent, impossible. 



(I) Traite de physiq. cxp. et mathem., torn. II , pay. 529. 
TOME xv. 5. 



Cost pourquoi il no so produil pas d'ebullition a 1'inlc- 
riour. Gay-Lussac a le premier remarque quo Ics liquidos 
so converlissent plus fa< ilemcnt on gaz lorsqu'ils soul on 
contact avec des surfaces anguleuses cl i negales, que quand 
los surfaces qui y louchent sont parfailomenl lissos ct po- 
lios. II a observe aussi que 1'eau bout a une temperature 
plus basse dans des vases de metal que dans des vases do 
verre. Cet eifet tient a ce que la surface du metal, merne 
quand olle est polio, conserve toujours des inegalitcs quo 
no presenle pas celle du verre, qui esl le result al do la 
fusion. 11 semble d'apres cela que le calorique est transmis 
plus facilenicnt par les surfaces raboteuses , que par los 
surfaces unies, propriele dont relectricile nous offre un 
autre excmplo. Enfin , il y a quelques annecs , M. F. Marcet, 
partant de I'observation de Gay-Lussac, a entrepris une 
serie de recherches pour determiner 1'influence que la na- 
ture du vase, ou plutol de sa surface interieure, excrce 
sur le point d'ebullition des liquides (I). II s'ost arrete 
d'abord sur co fail observe par Gay-Lussac, que du verre 
pile ou do la lirnailie de for introduite dans de 1'eau 
bouillant dans un vase de verre, fail descendre son point 
d'ebullition. Co phenomene a ete explique de deux ma- 
niores : quelques-unsrontattribue, au moins en parlie, a 
la (iitlorence qui exisle eutre le pouvoir conductour pour 
la chaleur du metal el celui du verre, comme nous le di- 
sions tout a Flieuro; d'autres physiciens y ont vu lo ro- 
sultat d'une simple attraction du liquide pour les parois du 
vase qui le renferme. II me semble que cos deux causes 
concourent simultanement a produire le pbenomene en 



(1) Annal. de vhim. et de physiq. , 5 serie, torn. V, p. 449. 



question. (jjuaud on dislille un liquide, comme 1'eau par 
exemple, dans une cornue de verrc, les parois de cclle-ci 
exercefft sur les molecules du liquide une certaine attrac- 
tion qui surpasse 1'attraclion reciproque des molecules 
aqueuses les unes pour les autres; 1'attraction du verre 
s'exerce surtout la ou il est en contact avec le liquide, 
c'est-a-dire, sur la couche meme d'eau qui louche les pa- 
rois du vase. Quand on eleve la temperature du fond de la 
cornue, la volatilisation de celle couche, reteime a la fois 
par 1'attraction reciproque de ses molecules et par ('adhesion 
aux parois du verre , exige une temperature plus elevee que 
celle qui esl necessaire pour gazeifier les autres parties de 
1'eau; et comme ce sont les parois du vase qui echauffent 
1'eau bouillante, la vapeur aqueuse developpee sur ces 
parois, doit avoir une temperature plus elevee que celle qui 
est formee au centre du liquide; lors done que ('ebullition 
de 1'eau est tellement rapide que les bulles degagecs du fond 
du vase n'ont pas le temps de communiquer leur tempera- 
ture a 1'eau qui les environne, le centre de ces bulles peul 
etreplusechauffe que 1'eau environnante,etlethermometre, 
frappe sans interruption par ces bulles, indique une tem- 
perature un peu plus elevee que dans 1'eau bouillant dans 
un vasede metal. L'adhesion du verre agit, par consequent , 
comme le ferait une pression elevee, et cette force venant 
a cesser tout d'un coup, lorsqu'une bulle se forme et se 
detache du fond , le developpement de chaque bulle donne 
lieu a une petite explosion. Si 1'on introduit dans la cornue 
une limaille metallique, ou toute autre substance ayant 
moins d'adhesion moleculaire pour 1'eau que n'en a le 
verre , elle doit tendre a abaisser la temperature du liquide 
bouillant, sansjamais pourtant l'amener a 100, tempera- 
ture a laquelle ('ebullition a lieu dans un vase de metal. 






( 36 ) 

On eoniprend en ellel qu'il se Irouvcra loujours clcs par- 
tics de la cornuc on 1'eau n'esl point en contact avec le 
inclal , el on, par consequent, Tadhesion duliquide 
ponrra exercer une partie de son influence. M. Marcet a 
constate que 1'attraction molcculairc n'eslpas la seule force 
qui soil en jeu dans ce cas ; I'itffiiietfcte des poinles iioni- 
brenses que presenle la limaille dc fer dans cet etat d'ex- 
trcmc division jouc aussi un grand role dans la production 
du phenomene, chaque poinle devenant une espece de 
centre ou foyer, d'ou partent d'innombrables bulles de 
vapeur. M. Marcet a montre en outre que si on fait bouillir 
de 1'eau dislillee dans un ballon qui a contenu dc J'acidc 
siilfurique chaufle a 150 el qui a ensuite etc parfaitement 
lave, on remarque les pbenomenes stiivanls : I'ebullilion 
commence enlrc 100 et 101. Mais prcsque aussitot celtc 
ebullition qui, au premier instant, avait paru naturelle, sc 
ralenlit visiblemcnt; bientol les bulles de vapeur cessenl 
de partir simultanement de toule la surface du ballon; il 
n'eri part plus qu'un petit nombre de cerlaines parties du 
ballon ct loujours dilficilement et avec soubresauts. Aus- 
sitot le thermometre inonle rapidement a 105 ou 104. En 
augmentant la flamme de la lampe a alcool , on semble 
forcer pour ainsi dire la production de la vapeur; le 
nombre des bulles augmente , mais elles se formcnt lou- 
jours difficilement et par bouffees. Cependant, a chaque 
bouflee de vapeur qui se degage, le Ihermometre baisse 
subilcment de quclqucs dixiemes de degre, pour remonler 
aussitot des que la bouffee s'est echappee. C'est dans ce 
moment que, si Ton diminue tout a coup et subilement 
Tin tensile de la flamme , f ebullition pa rait cesser a peu 
pres complelemenl, mats le thermometre f au lieu dcbaisser, 
monte subiternent a 105 et meinc souvent a 10o. L'eau reste 



(57) 

quclquefois pendant plusieurs sccondcs a cclte temperature 
elevee, sans qu'il se degage une seule bulle (Je vapcur , ou 
sansqu'elle manifesto aucim des signes ordinaires de le- 
hiillilion. Si Ton augmcnle de nouveati la llarnme, an bout 
d'un moment il se produil avec effort quelques grosses 
bnlles de vapeur , el aussilot le ihermometre redcscend de 
1 a 2 pour remonlcr de nouveau si Ton diminuo 1'inten- 
site de la source calorifique. Si, lorsque le thermometre est 
au-dessus de 105 et que 1'ebullilion de I'eau parait pres- 
que enlierement suspendue , on introduitdans le ballon la 
plus pelite parcelle do liinailie de fer , aussitot I' ebullition 
recommence avec une grande vivacile; chaque grain de 
metal devient line espcce de foyer duquel partent d'in- 
nombrables billies de vapeur, et le thcrmometrc baisse 
immediatemeut aux environs de 100. Lc meme effel est 
produit, quoiqu'a un degre plus faible, eri jetant dans le 
ballon une pelile quanlite de poudre de verre. Si, an lieu 
delimaille, on inlroduit dans 1'cau un fragment de metal, 
en le tenant suspendu de maniere a ce qu'il ne louche pas 
le fond du vase, TcfTet produit esl beaucoup moins sensi- 
l)le, le ihermometre baisse rarement au-dessous de 105. 
L'alcool donne des phenomenes analogues. 

Enfin, M. Marcel a monlre que, quelle que soil la nature 
du vase dans lequel on opere I'ebullilion , la temperature 
de la vapeur d'eau est toujours inferieure a celle de IVau 
qui lui donne naissance; cette difference, quand il s'agit 
des vases de verre, est en moycnne de 1,00, et avec des 
vases de metal, ello n'est que de 0,15 a (),!20. 11 n'y a 
qu'u ne seule exception a cette regie, qui est le cas oil 
r'mterieur du vase on se fait Tebullition est recouvert 
d'unc couchc mince de soufre, de gornme-laque, ou de 
toute autre matiere qui ne contracte pas d'adhcrence avec 



(38) 

1'eau; 1'eau en ebullition et la vapeur ont alors la meme 
temperature. Contrairement a 1'opinion generalement ad- 
mise, ce n'est done pas dans des vases de metal que le 
point d'ebullition est le plus has sous une plus forte pres- 
sion, mais dans des vases de verre, lorsque ceux-ci sont 
enduits inte'rieurement d'une couche des matieres men- 
tionnees plus haut. 

Je vais main tenant rapporter des experiences que j'ai en- 
Irepriscs pour combaltre la maniere de voir de M. Donny , 
et expliquer les phenomenes qu'il a decouverts, en m'ap- 
puyant snr les idees generalement revues dans la science. 

Premiere experience. On remplit presque entierement 
d'eau distillee, bouillie et refroidie dans le vide , un cylindre 
dc fcr-blanc de 50 cent, de long sur 2 cent, de diametre; 
on y suspend un thermometre, et 1'eau est amenee a 1'ebul- 
lition a 1'aide d'une lampe a ahool. Le thermometre ob- 
struait presque enlierement 1'ouverture du tube, la tempe- 
rature n'a jamais depasse 100, bien que I'ebullition ait ete 
prolongee pendant trois quarts d'heure environ. Cepen- 
dant 1'eau avait perdu tout 1'air qu'elle pent perdre a 100 
et etait arrivee a son maximum de cohesion a cette tempe- 
rature. 

Deuxieme experience. - - Un tube de quelques centi- 
metres de longueur et d'environ l mm de diametre interieur, 
est s< elle par une de ses extremites. On le remplil d'eau 
distillee aeree, et on 1'expose brusquement dans la llamme 
d'une lampe a alcool; 1'eau est immediatemenl chassee a 
un centimetre de 1'extremite scellee, mais elle ne bout pas, 
bien que celle extrernite se ramollisse par 1'action de la 
chaleur. 

Troisiemc experience. A I'exlremite d'un tube de 3 mm 
de diametre inlerieur et de 5 a 6 c. de longueur, on souffle 



(39) 

une petite boule, puis on remplil eritien.ment d'eau dis- 
tillee aeree le tube et la boule. On 1'expose cnsuite brus- 
qucmenl flans la tlamme d'une lampe a alcool. L'eau esl 
projetee hors du tube par petites explosions et non par 
ebullition. 

Qualrieme experience. - - De 1'eau distil lee aeree ren- 
fermee dans un tube capillaire lermine par une boule et 
ouvert a Pautre extremite, ne bout pas quand elle setrouve 
exposeea la temperature d'ebullition d'un bain d'enu clans 
du verre. 

Cinquieme experience. Si Ton chaufle brusquement 
un tube capillaire ouvert par les deux bouts el rempli 
d'eau distillee ordinaire, ce liquide s'en ecbappe par pelites 
explosions et sans ebullition apparenle. Parlbis Pexplosion 
est unique et forte, et toute Peau est instantanemenl pro- 
jetee hors du tube. 

Sixieme experience. On a prepare un lube d'environ 
deux centimetres de diamelre pour en f'aire un marleau 
d'eau, c'est-a-dire qu'on 1'a scelle par urie extremite et 
qu'on a souffle une boule a 1'autre; cela fait, on y a inlro- 
duit un petit (il de platine tourne en spirale, puis on a 
etire le tube au-dessus de la boule de maniere a le rcndre 
capillaire. Le tube a ete a moitie rempli d'eau distillee, 
qui a ele ecbaulfee a 1'aide d'une lampe a alcool. L'ebulli- 
tion a eu lieu comme a Pordinaire, et elle a x continue sans 
secousses ni soubresauts , bien que tout Pair eut ete ex- 
pulse et la moitie de I'eau reduite en vapeur. 

Scplieme experience. Si Pon repeie I'experieuce pre- 
cedcnle, en nettoyantd'abord le tube par Pacide sulfurique 
chaud, lelavantsoigneusement, mais n'y introduisant [>as 
de spirale de platine, quand Pair est expulse par Pebulli- 
tion , celle-ci a lieu avec violents soubresauts, et la vapeur 



(40) 

sort par Fouverturc capillaire parbouflees inlermiltentcs; 
parfois le tube se brise. On remarque alors le phenomena 
qui accompagne les soubresauls, c'est-a-dire des temps de 
repos dans Febullilion. 

Huitieme experience. On a pris un tube de cuivre dc 
15 cent, de long sur 2 cent, de large , termine par un petit 
reservoir en forme d'oeuf; on Fa rempli d'eau distillee 
bouillie et refroidie dans le vide; puis celte eau a etc sou- 
mise a Febullilion; an bout d'nne vingtaine de minutes, 
on a remplace Feau evaj:ore'e par de Feau distillee boui!- 
lanle, de maniere a remplir cnlieremenl le tube, que Fon 
a laisse refroidir ensuite sous le recipient de la machine 
pneumatique. Cela fail, le lube a ete chanfle brusquement 
dans les flammes d'une lampe a alcool a double con rani. 
An bout de quelques minutes, Feau s'esl mise a bouillir 
avec violence, mais il n'y a pas eu d'explosion. 

11 resulte done de ces experiences : 1 que la cohesion 
de Feau delerminee par Fexpulsion de Fair qu'elle ren- 
fcrrne n'a pasd'iniluence sur son point d'ebullition quand 
elle est contenue dans un vase metallique; 2 que, dans les 
lubes a section etroite, comme les tubes capillaires, Feau 
est rclennc avec une grande force par Faltraclion des pa- 
rois du lube; 5 que cette attraction lui permet de sup- 
porter sans enlrer en ebullition des temperatures supe- 
rieures de beaucoup a 100; 4 que Feau pent s'evaporer 
instanlanement dans les lubes capillaires avec une sorte 
d'explosion et sans entrer en ebullition; 5 que la cause 
des soubresauls de Feau en ebullition n'est pas due a la 
grande cohesion qu'elle acquierl, quand Fair qu'elle ren- 
ferme a disparu pour la plus grande parlie, mais nniqnc- 
menl a Fallra< lion des parois du vase. J'arrive main- 
lenanl aux experiences de M. Donny. Prenons d'abord le 



(41 ) 

cas (hi manometre a acide sulfurique que j'ai cite en pre- 
mier lieu. L'autcur attribue ce phenomene (la suspension 
de la colonne d'acide dans un vide sensiblement parfait) a 
la cohesion de I'acide; quant a moi, je le crois determine 
par ['attraction des parois du tube, attraction encore aug- 
monlcepar la viscositede I'acide. Rcmarquons d'abord que 
I'acide sulfurique bout difllcilement et avec soubrcsauis 
dans un vase de verre, tandis que cetle operation a lion 
Iranquillement dans un vase de platine. Pour que le phe- 
nomene constate par M. Donny put etre altribue a la co- 
hesion du liquide, il faudrailque I'experienceeul ete faitc 
avec un egal succes dans un manometre metal liqiie. La 
force moleculaire qui determine 1'adherence de I'acide aux 
parois du tube, est d'autanl plus forte, qu'il a etc prouve 
par ce que j'ai (lit plus baut, qu'il sufiisait qu'un vase de 
verre cut renfermede I'acide sulfurique, pour que le point 
d'ebullition de 1'eau qu'on y faisait bouillir s'elevat jusqu'a 
10(i. Cette force moleculaire est la meme qui s'oppose a 
Tehullition de I'acide dans un vase de verre, el comme elSe 
pent etre vaincue, dans ce cas, par le contact d'tine ma- 
tiere melallique, il est nature! de croire qu'elle serait 
vaincue de la meme maniere si le manometre etait me- 
lallique. Secondement, de 1'eau renfermee dans le 
marteau d'eau recourbe, prive d'air, n'est ^pas entree en 
ebullition, meme a 155. Comme nous I'avons (lit lout 
a 1'heure, ce pbenomene a ete constate par Deluc, bien 
qu'il n'ail pas nole, comme Ta fait M. Donny, la tempe- 
rature maximum a laquelle le liqui<ie pouvait etre porte 
sans bouillir, el 1'explicalion qu'en donne Biol , pent s'ap- 
pliquer aussi au cas dont il s'agit. En outre, si nous te- 
nons coinpte de la maniere dont 1'eau se comporle quand 
elle esl renfermee dans un tube capillaire, si nous rcmar- 



(42) 

quons aussi que M. Donny a (lit que les tubes doivent 
avoir cte romplis d'acide sulfurique chaud, et encore qu'il 
lui a paru plus difficile d'obtenir un marteau d'eau, propre 
a ses experiences, lorsque le diametre de 1'inslrument 
cst grand que lorsque Ton travaille sur un tube plus 
etroit (ses tubes n'avaient que 8 mm de diametre), nous pour- 
rons aisement expliquer le phenomene en laissant de cote 
la cohesion du liquide. -- En troisieme lieu, M. Donny 
observe que 1'eau aeree entre en ebullition a 121 , 128 et 
155, sous des pressions de 2, 2 Va et 5 atmospheres, et 
quecette vaporisation a lieu sans violence. D'apresce que 
nous avons deja dit, il est clair que le degagement d'un 
g iz permanent dans un liquide chaud , tend a detruire son 
a Ihesion aux parois du vase de verre, et par suite, a en 
p;>rmettre I'ebullition a un degre plus bas que si le liquide 
est prealablement purge d'air. Si, en faisant passer un cou- 
rant d'air dansde I'acide sulfurique echauffe pres du point 
d'ebullhion, on parvient a le distiller sans soubresauts, 
c'esl aussi parce que le couranl gazeux, iefioidissanl le li- 
quide, empeche sa temperature d'arriver jusqu'au point 
d'ebullition et, par consequent, au-dessus; I'acide distille 
alors a une temperature inferieure a ce point, ou plutot 
les vapeurs sont entrainees par le courant d'air, absolu- 
ment de la meme maniere que la vapeur d'eau, distillee sur 
de I'acide borique, entraine avec elle cet acide qui, par 
lui-meme, est d'une fixite absolue. En outre, I'eau dis- 
tillee, privee d'air auiant que possible el refroidie d'une 
maniere continue, pent etre amenee jusqu'a 6 sans se 
congeler, et meme jusqu'a 12, si, sa surface etant recou- 
verte d'une legere couche d'huile, elle est renfermee dans 
un tuhe ne contenant que de I'air Ires-dilate. II parait 
meme que Tabaissement de temperature que I'eau peut 



(43) 

supporter au-dessous de sans se congeler, augmcnle a 
mesure que I'eau est renfermee dans des tubes d'un plus 
petit diametre. II me semble impossible de ne pas rap- 
procher ce phenomene de celui que nous oflre I'eau, a 
une haute temperature, placee sous certaines influences. 
Ainsi, pour retarder le point de congelation de I'eau, il 
faut,,en quelque sorte, les rnemes circonslances que celles 
qui determinent I'elevation de son point d'ebullition. Je 
ne vois la que 1'allraction des parois du lube, qui s'exerce 
avec d'aulant plus d'energie que I'eau contienl moins de 
corps elrangers, et qui maintient cette eau a Fetat liquide, 
parce qu'elle ne possede aucun pouvoir sur cette cau a 
J'e'lal solide ou a Fetal aeriforme. - - L'explosion que 
M.Donny a produile en echauffantde I'eau priveed'airdans 
un lube peu large el bien net, termine par un orifice ca- 
pillaire, et qu'il attribue a la cohesion de Feau, n'a pas 
lieu, d'apres mes experiences, si le tube renferme unespi- 
rale de platine. La cause de cette explosion est done en- 
core tout entierc , je le repete, dans Fatlraction des parois 
du tube, et peut elre aussi da us la pelitesse de Fouver- 
ture qui donnait issue aux vapeurs, comparee a 1'etendue 
de la surface chaufiee. Les soubresauts qui ont lieu de- 
viennent de plus en plus violenls, et il arrive un moment 
ou I'eau se trouve elevee dans le lube et ne touche |>lus la 
parlie chaufiee; la temperature de celle-ci s'eleve davan- 
tage, Feau retombe brusquement, et brusquement aussi 
il se forme une quaniite considerable de vapeurs qui , ne 
trouvant pas une issue suffisante dans Fouverture capil- 
laire close par le mercure, determinent avec explosion la 
rupture de la boule. 

De meme, Fexplosion produite en chauffant rapidement 
de I'eau privee d'air enfermee dans un tube assez etroit , 



( 44 ) 

s'explique aussi par la memc cause; car si c'etait la cohe- 
sion qui la delerminait, elle devrait avoir lieu de la meme 
manic-re dans un tube metallique , ce qui est impossible, 
comme jc m'en suis assure par experience. 

M. Legrand a monlre que les metaux en limaille qui ont 
le plus d'elHcacite pour empeclicr les soubresauls de 1'eau 
dans le verre, soul le zinc el le fer. Or, si toutes les li- 
mailles metalliques n'agisscnt pas de la meme maniere , 
cela limit, sans nul doute, a ce que I'adherence entre 1'eau 
el le fer on le zinc, est moms forte qu'entre 1'eau el les 
autres metaux. Quoi qu'il en soil, I'hypolhese de M. Donny 
serait impuissanle pour expliquer ce phcnomene, vu qu'il 
n'est guere possible d'admotlre que la presence dc tel on 
tel metal en lirnaille puisse exercer une aclion, et meme 
une aclion differenle, suivant la nature du melal, sur la 
cohesion de 1'eau. La difference du pouvoir adhesif 1'ex- 
plique an conlrairc aisernenl, d'autant plus que M. Marcet 
a rernarque que la tomperalure de 1'eau bouillant dans des 
vases de metaux diffcrenls, n'elail pas parfailement iden- 
tique. Cependant la difference la plus forte , celle qui avail 
lieu entre un vase de fer-blanc et un vase de cuivre , ne de- 
passait pasO,l. Par loutes les raisons que j'ai enumerees, 
jo irouve done que la theorie actuclle de 1'ebullilion doit 
el re mainlenue, car elle rend parfaitement comple des 
phenoinenes observes. 

Comme il est prouve, d'apres les experiences de M. Mar- 
cet, qu'il est des vases oil la temperature de 1'eau bouil- 
lante est exaclement la memc quc celle de la vapeur 
emise par celle eau, il s'ensuit done qu'il est des surfaces 
qui n'exerccnt aucune adhesion sur ce liquide, et qu'en 
contact avec de telles surfaces, le liquide pent etre consi- 
dere comme s'il elail libremenl suspcndu dans 1'almo- 



sphere, seul ctat ou nous puissions bien concevoir que le 
liquide bouillaiil ct sa vapeur puissent posseder la memo 
temperature. Or, puisque Feau aeree et Feau privee d'air, 
aiilant quo possible, entrent en ebullition a la merne tem- 
perature, dans un vase dont les parois n'exercent aucune 
action adhesive sur elles, il s'ensuit done que 1'assertion 
de M. Donny, que le point d'ebuilition n'est constant, 
que pour aulanl que le liquide renfeime uneassez grandc 
quanlite d'air, n'est nullement fondee, et que Fair ne 
jotie aucun role dans le phenomene de Febullition, quand 
Febiillilion a lieu sans Faction d'influonees elrangeres, a 
part la press! on alrnosplierique. 

Nous dirons encore que si, dans un vase de verre ou Fon 
ia.il bouillir de Fean , la production de la vapeur ne s'el- 
I'ectuc pas par tons les points de la masse, comme cela 
devrait avoir lieu suivant M. Donny, avec la theorie ac- 
tuellcde Febiillilion, cela tient aux inegalites, invisibles a 
nos yeux, qui existent a la surface du verre, inegaliles qui 
favoriscnt le degagement de la vapeur en aneanlissant Fad- 
herence. Cela est si vrai, que si Fon projettc dans Feau 
qui bout dans un vase de verre, une piucee de verre en 
poudre, c'est de ces fragments que part le rnouvcment d'e- 
builition. 

Les experiences que je viens de detailler et les idees que 
j'ai developpeesdans ce travail , en m'appuyant sur des faits 
connus, me perrnettenl de poser les conclusions suivantes: 

1 Si Fon suppose une masse liquide, librement sus- 
pendue dans Fatmospherc, ct sournise a Faction d'une 
source de chaleur, la temperature d'ebullilion depend 
uniquementde la pression almospherique, et elle est, par 
consequent, conslante sous une mcme pression. 

t2 Comme dans des vases de metal ou de verre enduils 



( 46 ) 

dcccrtaincs substances, Feau bouillanteel la vapeur emisc 
a sa surface, out exademenl la rneme temperature, il s'en- 
suit qu'il esl des substances qui n'exercent aucune attrac- 
tion moleculaire sur Feau, et (jui, par consequent, ne peu- 
vent re larder son point d'ebullition. 

o Si Feau est contenue dans un vase dont la substance 
et la forme sont de nature a exercer une grande attraction 
surelle, cetle attraction peut relarder considerablement 
les points de congelation et d'ebullition de cette eau. 

4 En s'appuyant sur les considerations preccdentes , on 
pent expliquer les differenls phenomenes observes par 
M. Donny, sans qu'il soil necessaire de faire inlervenir 
la cohesion des liquides. 



Sixieme et septieme memoir es sur I' induction; par 
M. le professeur Elie Warlmann (1). 

XVIII. - L'lNDUCTION AFFECTE-T-ELLE LES PROPRIETES 
ACOUSTIQUES DES CORPS ELAST1QUES? 

4(35. J'oi public il y a deux ans (2), des recherches expe- 
rimentales sur les causes des sons produits par les courants 
electriqu.es discontinus dans des fils metalliques. On peut 



(1) Voir le 5 e memoire, tome XV, 1 rc partie, p. 268. 

(2) Bulletin de I'/Jcademie royale des sciences, de:> lettres et des beaux- 
arts de Belyique, tome XIII. 1 re panic, page 320. M. Wertheim vient 
de presenter a TAcademie des sciences de Paris, dans la seance dn 8 rnai 
dernier, un nouveau travail, donl les conclusions relatives aux couranls 
continus sonl identiques avec cellesque je formulais alors sur les effels des 
couranls discontinus. Voyez I'/nslitut du 10 mai , n 749. 



( 47 ) 

envisager ce phenomene sous d'autres faces el se demau- 
der si une induction clecirique permanent, determine chez 
les molecules des corps souores, un changement d'elasticilc 
qui se traduise par des modifications appreciates dans 
leurs proprictes aconsliques. Les essais suivants ont ele 
entrepris dans le but de resoudre cetle question. 

166. On a choisi un disque de O m ,198 de diametre et 
epais de O ni ,0018, faisanl partie d'un bane de plaques de 
Marloye. Ce disque a ete travaille avec tout le soin que cet 
habile artiste apporte aux instruments qu'il fabrique : sa 
texture estremarquablement homogeneet les figures acous- 
tiques, formees de diametres on de circonferences coneen- 
triques, s'y dessinent avee une extreme nettete. On 1'a re- 
vetu d'une epaisse couche de vernis a la gomnie laque sur 
sa lace inferieure; et. apres avoir fbrtemenl electrise cette 
sorle d'electropliore , on a entretenu la charge au moyen 
d'une bonne machine. Quand on excila dans la plaque des 
vibrations normales avec un archet, on trouva que le ton 
fondamental avait change et que les figures s'obtenaient 
avec plus de diiliculte. Toutefois il fut impossible de de- 
couvrir la moindre difference dans son etat sonore suivant 
qu'ellc etait on n'etait pas electrisee. 

167. Un disque de verre de O m ,135 de diametre et de 
O m ,0()2 d'epaisseur, a ete garni sur ses deux faces d'une 
armature circulaire de feuille d'eta\in, dont le diametre 
mesure O n ',H7. Ce condensateur plan a etepinee, par 
son milieu, entre deux machoires isolantes. On a deter- 
mine son ton fondamental et les tons qui correspond aierit 
a divers modes de subdivisions riodales. Puis on a repete 
les memes experiences apres avoir electrise la face infe- 
rieure, I'autre elant mise en relation avec le sol. Le fluide 
dissimule sur celle-ci n'a exerce aucune influence sur les 



qualiles music-ales do la plaque : le seul eilel qui lemoignat 
dc sa presence elail une repulsion des granules de sable, 
au point live , vers la commune intersection des diamelres. 

i(>8. Un til de fer long (run metre a ele lendu sur un 
monocorde. II occupail I'axe d'nn tube de vorre, sur le- 
qnel on avail enroule un epais fil de cuivre reconvert de 
sole el engage dans le circuit d'une pile de cinq pa ires 
de Grove (lot)). Lessons Iransversaux el longitudinaux de 
la corde sont demeures les memes qu'avant Faction du 
courant. 

Kit). Une corde de lailon dispose'e sur le sonomelre, 
paral (clement a la premiere, a ele mise exactement a 
I'unissori avec elle. On a place dans le voisinage du lil 
de for un eleclro-aimanl anime par les cinq paires. Tou- 
les les ibis que rinslrument a ele arrange de maniere que 
ratlraclion de ses poles nc pul (lecliir le iil, celui-ci s'esl 
eomporle comme la corde de lailon. L'absence de balle- 
menls, lorsquon les iaisail resonner ensemble, en elait 
la preuve. 

170. Dans 1'experience precedente, rinduction se re- 
partissail sur une grande longueur. On pouvait craindre 
des lors que son eilet se Iron vat amoindri sur les portions 
nodales on venlrales dn Hi. J'ai done repele ces essais avec 
des cordes de O m ,20 seulemenl, en cuivre et en ier. Aiin 
d'enipecher toute deformation temporaire on j)ermanente 
resullanl des diilerenles tractions auxquclles on les sou- 
meltrait, j'ai i'ail usage, pour les lend re, d'un artifice me- 
canique usite dans la suspension des iils des rheometres. 
Jl consiste en un ecrou mobile agissant sur une vis lermi- 
nce par un prisme carre qui glisse dans une piece creuse et 
iixe, de memc section. La corde nielallique etait liee, d'unc 
part, a un lalon invariable, de Taulre a I'exlremile du |)risme 



opposcc a la vis. Elle co'incidailavec 1'axe d'une bobinedont 
la longueur esl de G m ,I , le diamelre exterieur dc O m ,052, 
el qui cst pcrcee d'une ouverlurc dc O m .0i I dans laquellc 
on a loge onzc cyliudres dc fcr-blanc concenlriques, fen- 
dus suivanl une generalrice et isoles les uns des aulres. On 
a fait vibrer Iransvcrsalcmcnt, au moyen dc 1'archet, 
chaqucfil, lanlot a Fetal nalurcl, lanlol sous Fintense 
induction dc la pile dc Grove, sans jamais irouvcr de dific- 
rcnce dans le son musical. L'epreuve a ele rcproduilc a dif- 
lerenls degres de tension des cordes ct en leur faisant 
rend re une nombreuse seric d'barmoniques. I.e resullal 
n'a jamais varie. 

171 . J'ai ensuite opcre sur des lames melalliquesplacees 
pres d'un appareil magnetique dont 1'induction pouvait se 
fairesentirsiiccessivemenl dans tonics Icurs tranches. Dans 
ccbut, je me suis procure trois disques, 1'un d'acier trempe, 
un autre d'acier non trempe ct le troisieme de fer doux. 
Lcur diametre est deO m ,198, leur cpaisseurdeO m ,0018.0n 
les fixe a tour sur un barreau dc verre, maintenu vertical 
par un pied convenable. Au-dessus de la plaque el a une 
distance variable a volonte, on dispose I'aimant, qui cst 
pourvu d'une tige d'acier verticale placce dans le prolon- 
gemenl de 1'axe geomelrique du barreau et parallelement 
aux branches du fer a cheval. Cetle lige se lermine par une 
vis sans fin, dans laquelle engrcnc une roue denleequ'on 
manoeuvre avec une manivelle. L'une des exlremites du fil 
de 1'electro-aimant esl liee a la tige, tandis que 1'aulre est 
soudee a une rondel le de cuivrc qui cnloure un disque iso- 
lant de bois, porle par 1'axe. Cette simple disposition per- 
met de f'aire passer sans interruption le courant de la pile 
de Grove dans ce ill , quelle que soil la vilesse dc rotation 
imprimeea I'aimaut. II sutiit pour cela d'employer comme 
TOME xv. 4. 



(50, 

poles voltaiqucs, deux rcssorts de cuivre donl Tun prcsse 
centre 1'axe d'acier, el 1'autre contre la rondelle. 

17:2. Lestrois disques etant diversementelasliques, ren- 
daient un son fondamental different, malgre fegalite de 
leurs dimensions. L'electro-aimant exercait sur eux, a une 
distance de deux a six millimetres, une attraction si ener- 
gique qu'il fallul recourir a une pression enorme contre 
leur support pour la vaincre entitlement. 

175. Apres avoir saupoudre de sable tres-sec la plaque 
a eludier, et determine les sons correspondants a divers 
modes de vibration indiques par des figures acoustiques , 
on a recherche si 1'influence magnetique est capable de 
modifier ces sons. Ici encore, tous les resullats ont ete ne- 
gatifs. La seule difference (faction de faimant, suivant 
qu'il etait immobile ou qu'il lournait avec une rapid ite 
quelconque, s'esl bornee a unelegereirregularite des lignes 
nodales uniquemenl produite par les courants d'air. 

174. Lorsqu'on remplacait le sable siliceux par de la 
fine limaille de fer, les phenomenes sonores etaient encore 
les memes, quoique plus etouffes. La limaille, etaleedans 
le voisinage des poles, s'accumulait contre eux des que 
le courant electrique etait etabli , et finissait par rendre 
presque impossible le mouvement gyratoire de faimant. 

175. Ces experiences ont ete repetees en rendant dis- 
continu le passage de 1 electricite. Alors on entend les 
chocs moleculaires etudies par plusieurs physiciens. Avec 
un commutateur a mercure dans le circuit de la pile qui 
anime faimant, les lames de fer doux deviennent le siege 
de sons assez inlenses pour qu'un grand nombre de per- 
sonnes puissent les entendre simultanement. 

176. Enfm, j'ai tente d'induire a la fois de f electricite 
de tension et du magnetisme dans les disques d'acier et de 



(51 ) 

fer. A cot diet , le barreau qui les supporte a clc place au 
centre d'un tube de verre de O m ,02 de diamelre, auquel on 
a fixe un cercle horizontal en bois de O m ,18 de diametre 
sur O m ,018 d'epaisseur. Ce cercle, reconvert entieremenl 
d'etain en feuille, communique avec une bonne machine 
electrique. Parallele a la surface qu'on fait vibrer, il en 
est aussi rapproche que possible, sans que 1'etincellc 
puisse jaillir sur elle. Les proprietes acoustiques des trois 
disques sont demeurees indilferentes a cette nouvelle ac- 
tion. La plaque d'acier trempe avait acquis un magnetisme 
permanent qui n'a point interfere avec ses proprietes mu- 
sicales. 

177. II resulte de ces experiences que 1'induction elec- 
trique ou magnetique n'a pas d' action appreciable sur 1'e- 
lasticile de divers corps sonores, tels que le verre, le 
cuivre, le laiton, le fer doux et 1'acier trempe ou recuit. 
Le nombre des vibrations executees par eux dans l'unite 
de temps demeure le meme. Mais cette conclusion ne 
doit probablement pas etre acceptee d'une maniere trop 
absolue. II se pourrait que des causes d'induction extre- 
mement energiques et tres-durables determinassent une 
action qui , dans mes ten ta lives, a ete trop faible pour etre 
observee (1). 



(1) M. G. Wertheim a trouve qu'aucune modification d'elasticite n'est 
sensible dansun fil de fer ou d'acier qui occupe le centre d'une bobine electro- 
magnelique, quand le courant ne Pa Iraversee que pendant peu de temps. 
Suivant cet ingenieux experimentateur, Taimantation n'agit pas directe- 
ment sur P^lasticite, mais produit un nouvel arrangement moleculaire. 
(Annales de Chim. etde Phys. D^cembre 1844 , tome XII , page 623.) 



XIX. StJR LES RELATIONS DE L^ELECTRICITE AVEC LES CORPS A t'ETAT 
SPHEROIDAL ET SUR QUELQUES PROPRIETES DE CES CORPS. 

178. On connait I'impossibilile dans laquelle se trou- 
vent les liquides de mouillcr (Jes surfaces solides siifll&am- 
ment echauffees, on de se meler, dans certains cas, a 
d'autres liquides portes a line haute temperature. La pre- 
miere observation exacte qui en ait etc faite cst attribute 
a Eller; elle date de 1740 (i). Dix ans aprcs, ce pheno- 
mene fnt etndie par Leidenfrost, sous le nom duquel il est 
encore connu (2). Des lors, une foule d'experienccs peu 
connues ont etc faites en Allemagne (5); pnis 1'Italie (4) et 
la France (5) ont pris part a ces recherches, qui on I recem- 



(1) ffisloire de I' Academic de Berlin } 1746, page 42. 

(2) De aquae contmunis nonnuliis quctlitalibus , Duisburg , 1756. 

(5) Cilons enlre autres : Zie^Ier, Specimen de digestore Papini } 1765. 
Link, Beitrage zur Physik rmdChcmie, n" II, page 11. Kaslner, 
Fromsdorff's Journal, tome XI, page 270. Oersted , Gehlen's n. Ally. 
Journ., lome III , page 524. Klaproth, Scherer's ^ll.Journ. derChemie , 
lomeVII, page 046, et Journal de physique , 1802, page 62. Dobereiner, 
Schweig. Journ. } lome XXIX, page 45. N.-W. Fischer, Pogg. Ann., 
tome XIX, page 5 1 4, et tome XXI , p. 1 03. Buff, Pogg. Ann. } tome XXV, 
page 591. A.-H. Emsmann , Pogg. Ann. } lome LI , page 444. Frei , 
Kastner's Archiv., lome IV, page 57. Erdmann. Journal filr prak- 
tische Chemie, lome X, page 354. Boltger, Eine Sammlung eigencr 
Erfahrungen, Fersuche und Beobachtungen } n" XVIII; Francfort-sur- 
Mein , page 808. 

(4) Bellani , Giornale di Fisicadi Brugnatelli, 1808, page 779 ; Gior- 
nalc di Fisica di Pavia , 1816, page 255; Giornale dell' 1. R. Istituto 
Lombardo delle scienze, lellere ed arti, e biblioteca ilaliana , 1844, 
page 193. Belli , Corso di Fisica } lome I , page 96. Belli e de Kramer, 
Giornale dell' I. R. Istituto Lombardo, 1844 , page 192. 

(5) Lambert, Pyrometrie, page ISO. Rumford, Memoires sur la 



( 55) 
ment etc renouvelees et fort etendues par M. Boutigny (1). 

179. Je me propose d'examiner, dans ce memoire, les 
rapports du fluide electrique avec Tetat spheroidal, rap- 
ports qui ne paraissent pas avoir attire jusqu'ici 1'attention 
des observateurs. En presence des theories incompleles et 
souvent contradicloires par lesquelles on veut expliquer 
cettesmguliere condition des corps, il faut necessaircmcnl 
accumuler de nouveaux fails, aim de determiner avec cer- 
titude le role des diverses forces qui la produisent. 

180. J'ai commence par quelques essais avec 1'cleclri- 
rile de tension. L'appareil employe est bien simple. II 
consiste en un support pourvu d'une tige mobile el ter- 
ra i nee par un anneau sur lequel repose line capsule de 
platine assez epaisse, presque plane et d'un diamelrc de 
O m ,OG. Un aulre support soutient, a 1'extremile d'un bras 
melallique, un ill de platine tordu sur lui-meme el qui se 
recourbe inferieurement en une sorte d'reil ou de boucle 
allongee, peu ouverte, a O m ,0()l de la capsule. Une chaine, 
lice au bras, sert a meltre ce ill en relalion avec 1'arma- 
ture exlerieure d'une bouteille de Leyde. 

181. Apres avoir chauile la capsule , on y projette quel- 
ques portions de liquide qui se rassemblent en une goulte 



chaleur, page 9-3. Pouillet, Ann. ch. et phys. , tome XXXVI , page 5. 
- Baiuli'imont , Ann. ch. et p/'j/s., lome LXI, page 310. Laurent . 
Ann. ch. et phys., tome LXI I, page 327. Le Clievallier , Journal de 
c.himie medtcale, tome VI , page 5o9, et Journal de pharrnacie, tome XVI. 
page 660. Dulong, Journal de pharmacie, 1830. Pelouze, Journal 
de pharmacie, 1840, page 779. Dumas, Traits de chimie appliquea 
aux arts, tome I, page 52. Person, Comptes- rendus , tome XV, 
paj^e 492. 

(I) NouveHe branche de physique, on Etudes sur les corps d I'etat 
spheroidal, 2 e edit. Paris, 1847. 



(54) 

sphc'ro'idalise'e autour de 1'oeil. Alors on enleve la lampe, 
et on approche rapidement de la surface inferieure de la 
capsule le bouton de la bouteille bien chargee. L'explosion 
determine des effets differents, selon la nature du liquide 
et la temperature du vase ou il est place. 

182. Portons d'abord la capsule a un degre de chaleur 
qui depasse de beaucoup la limite indispensable a 1'etat 
spheroidal. Si on opere sur de 1'eau pure, celle-ci n'est 
point traversee par la decharge, et sa forme unie ou rayon- 
nee n'en eprouve aucune alteration. L'etincelle, d'une 
couleurpurpurine, ne penetre dans le fil de platine qu'en 
dehors de sa partie immergee, en glissant sur la surface 
convexe de la goutte. 

185. Lorsque la quantite de liquide a ete extremement 
reduite par 1'evaporation, tellement qu'il n'en subsiste plus 
qu'une goultelette logee dans la parlie inferieure de 1'oeil 
et suspendue au-dessus de la capsule, le fluide la projette 
mecaniquement, jusque vers les bords, et on la voit redes- 
cendre aussitot le long de la concavitedu vase, pour re- 
prendre sa position premiere sur le fil. 

184. Mais si la decharge est excitee a travers la capsule 
refroidie jusqu'a environ 200C., elle agit d'une tout autre 
maniere. La cause qui maintient 1'eau distillee a I'etat 
spheroidal etant devenue tres-faible, la goutte passe subi- 
ternent a 1'etal de liquide mouillant, et disparait en tota- 
lite, ou au moins en tres-grande partie, avec lous les ca- 
racteres d'une brusque vaporisation. 

185. Les memes experiences ont ete repetees sur de 
1'eau rendue conductrice par 1'addition d'un peu d'acide 
azotique. Si la temperature de la capsule est fort elevee 
(sans toutefois atteindre le rouge-sombre), 1'etincelle jaillit 
a travers la goutte qui n'en est sensiblement affectee, ni 



(55) 

dans son elat de gyration ou de repos, ni dans son appa- 
rence limpide ou mamelonnee, ellipsoidale ou etoilee. 

186. Au contraire, si I'echauffement est voisin du mi- 
nimum necessaire a I'etat spheroidal , I'electricile delruit 
cet elat, et la goutte se gazeifie en exhalant des vapeurs 
acides. 

187. Le second cas a etudier etait celui de I'electricite 
dynamique. J'ai fait usage d'une pile de Grove, de cinq 
grandes paires (159), mediocrement excitees et pourvues 
de rheophores en platine. 

188. En essayant d'abord 1'eau distillee, on trouve qu'a 
I'etat spheroidal, comme a froid, sa decomposition est nnlle. 

189. Si on lui substitue de 1'eau acidulee, celle-ci est 
eleclrolysee quand les deux fils polaires arrivent dans la 
goutte sans toucher la capsule. Les bulles de gaz etant 
produites a une forte chaleur sont plus dilatees qu'a la 
temperature ordinaire; mais leur masse derneure vraisem- 
blablement la meme. 

190. Quand on met un quelconque des electrodes en 
contact avec le vase et qu'on plonge 1'aulre dans la goutte, 
il n'y a pas de decomposition , parce que le courant ne 
passe pas (1). Un rheometre place dans le circuit demontre 



(1) Depuis la redaction de ces notes, j'ai trouve que M. Poggendorffa fait, 
en 1841 , quelques experiences analogues. II a monlre qu'aucun courant ne 
s'etablil lorsqu'on trempe une lame dezinc dans de 1'acide sulfurique sphe- 
roidalise, ou qu'on plonge simultanement dans de 1'eau acidulee froide une 
lame de/inc amalgame et un fil de platine chauffe au rouge. Pour qu'on ne 
put altribuer ces resultats a des phenomenes unipolaires , Phabile physicien 
les a reproduits avec une machine magneto-electrique <le Paxton, pourvue 
d'un inverseur ; les poles de Paimanl se trouvaienl lie's a des fils de platine, 
dont un etait rougi par une lampe (Pogg. Ann. der Physik und Chemie, 
tome LH, page 559). MM. Peltier, de Kramer el Belli onl fait plus lard 
la meme observation (Boutigny , otivr. cite, page 57). 



(56) 

qu'il en est ainsi. Voila une prcuveexcellente du caractere 
essentiel a 1'etat spheroidal, savoir, que la goulte ne louche 
pas la surface echauffee. La couche excessivement mince 
et tres-chaude, qiii Ten separe, n'est point conduclrice. 11 
serait interessant de chercher le rapport qui existe entre 
son pouvoir isolant et sa temperature, avec different* 
liquides places sur des supports de natures diverses. 

191. Lorsqu'un des rheophores louche une portion 
quelconque dc la capsule exlerieurement au liquide et que 
I'autre est enfonce dans ce liquide jusqu'au contact du 
metal, le passage du courant s'etablit, et la goutte s'eva- 
pore rapidement en produisant des bulles abondantes, 
accompagnees d'un certain fremissement sonore. Ce phe- 
nomene cesse des que le circuit volta'ique est ouvert. II se 
presente non-seulement lorsque 1'extremite du rheophore 
appuie sur la capsule au-dessous du liquide qu'il traverse, 
mais aussi quand le contact a lieu en dehors de la surface 
inferieure de la goutte. Dans Tun el I'autre cas, les deux 
iils polaires pen epais sechaufTcnt sur une grande longueur 
au point de n'etre plus maniables a\ ? ec les doigts. C'est le 
calorique ainsi degage qui est la cause des bulles de va- 
peur. On pent s'en assurer en enfonc,ant dans de 1'eau pure 
spheroidalisee un fil d'argent ires-massif. Peu dMnstants 
apres son contact avec la capsule, on voit se determiner 
une ebullition qui resulle de sa conductibilile pour la cha- 
leur (1). Ce phenomene a beaucoup d'analogie avec celui 
de la combustion de ralbumine sous rinfiuence de cou- 
rants tres-energiques (159). 



(1) Une remarquc analogue est indiquee par M. Bonti(jn}' (ouv. cit.. pafjes 
50, 70 et 105). 



(57) 

192. L'eau acidulee a cle remplacee par du mercure, 
dont la conductibilite est encore plus grande. Centre 1'as- 
scrtion de Fischer, ce corps passe a 1'elat spheroidal, 
pourvu qu'il soil reduit a de tres-petiles masses. Une 
goutte un pen grosse qui lornbe sur une capsule de pla- 
tine a la temperature rouge-sombre, bout d'abord d'une 
inaniere Ires-rernarquable. Sa surface est sillonnee de 
mille rides qui lui enlevent son aspect miroitant, et elle 
se vaporise avec rapidite en faisant entendre une sortede 
crepitation. Tant qu'elle est dans cet elat, elle touche me- 
lalliquemenl la platine, car elle conduit le con rant de la 
pile. Tout a coup la petite quantile de mercure qui reste 
recouvre sou brillant poli : elle s'arrondil en une sphere 
presque geomelrique; le bruit cesse, et la vaporisation ne 
se continue qu'avec une grande lenteur. Alors la goutte 
est eleclriquement isoiee de son support. 

195. 11 reslait a examiner les couranls discontinus. 
Pour eludier leur influence sur 1'etat spheroidal, j'ai pro- 
duit avec les cinq couples de Grove des couranls inslan- 
lanes, d'une extreme energie, dans une machine electro- 
elcctrique a rheotoine electro-rnagnelique (1). Les extre- 



(1) Cet appareil, construit par M. Bonijol, demontre Pinfluence de Petal 
<le cloture on d 'ou vert lire du circuit induit sur Paclion du conrant inducleur 
sur lui-meme ( IV). Tanl que le circuit induit est ouvcrt , le ressort du rheo- 
louie fait entendre un son aijju. Mais ce son s'abaisse iinraedialement d'nn 
<lemi-ton el plus des que le circuit induil au^mente par sa cloture Paltrac- 
tion electro-maftnelique des cylindres de fer, qui occupent le creux de la 
bobinc, sur le disqucde fer doux fixe au-dessous du ressorl. Celle variation 
dans le son musical merit e d'allirer Pallenlion des medecins qui font usage 
de la machine a secousses. La sensibilile nerveuse peul etre lellement affai- 
blie cliez certains paral^tiques qu'ils ne per^oivent pas distinclement le pas- 
sage des couranls induils inslanlanes. Avant de modilier les condilions de 



(58) 

miles du circuit induit aboutissaient a des fils de platine 
plonges dans de 1'eau pure ou acidulee, a 1'etat spheroi- 
dal. Elle n'a subi aucun changement dans sa forme unie 
ou rayon nee. Les memes experiences repetees au moyen 
de mon commutaleur (122) ont donne des resultats sem- 
blables, quelle que fut la vitesse avec laquelle on inter- 
rompait le courant inducteur (1). 

194. Je passe a (^exposition de quelques experiences 
dans lesquelles I'electricite n'intervient pas et qui parais- 
sent n'avoir pas encore ete faites. Elles ne sont consi- 
gnees ici qu'a cause de leur liaison avec les details prece- 
dents et des applications pratiques dont elles seront 
peul-etre susceptibles. 

195. Cinq circonstances, au moins, ont une influence 
sur les phenomenes ge'neraux de 1'etat spheroidal : la na- 
ture et la masse du liquide, la nature et 1'epaisseur du 
solide qui le supporte, enfin le degre de chaleur auquel 
on le maintient. 



Fexperience ou d'augmenter la puissance cle sa pile ( ce qui pourrait dans 
des cas donnes(143) entrainer les plus fatales consequences), le praticien 
devra s'assurer de la cloture reelledu circuit induit. A cet effet, il consultera 
le ton du son du rhe"otome. Si la machine fonctionne avec un commutateur 
a mercure , il examinera la diminution d'eclat des etincelles, lors de la rup- 
ture du circuit inducteur (36). 

(1) Le manque d'appareils suffisamment energiques m'a empeche jusqu 1 a 
present de tenter une experience qui serait inleressante a divers egards. II 
s'agirait de chercher si, a Petal spheroidal , les liquides se soumettent aux 
forces qui e"manent des poles d'un fortaimant. On connait les belles decou- 
vertes de M. le professeur Pliicker, de Bonn, sur les allongements axiaux 
ou eqnatoriaux que ces forces impriment aux formes primitives d'equilibre 
d(S liquides exposes a leur action dans les circonstances ordinaires. (Pogg. 
Ann. der Physik und Chemie, tome LXXIU , page 549.) 



(59) 

196. A temperature egale, de 1'eau pure spheroidal isee 
et reduite en gouttelettes satitille dans une cuiller d'ar- 
gent avec plus d'energie que sur une feuille de platine. Le 
sirop de sucre, egalement en petites spheres, rebondit plus 
sur la platine que 1'eau pure. 

197. On salt qu'une grande masse d'eau peut etre portee 
a 1'etat spheroidal dans une epaisse capsule de platine. 
Lorsque la temperature est tres-elevee, la forme d'etoile se 
produit bientot et persiste longtemps; si on baisse un peu 
la meche de la lampe, on voit la goutte se soulever cen- 
tralement et donner passage a une grosse bulle de vapeur, 
qui ne tarde pas a etre suivie de plusieurs autres. Chacune 
de ces bulles est unique dans la masse. La forme du li- 
quide n'est plus etoilee, mais allongee. La goutte tournoie 
comme autour d'un axe vertical passant par un des foyers 
de I'ellipsoide. Une nouvelle diminution du feu entraine 
parfois la cessation de ce mouvement gyratoire : alors la 
goutte se presente comme une belle lentille biconvexe qui, 
par son immobilite et sa parfaite transparence, simule, a 
s'y meprendre, un verre de lunette. 

198. Cette forme remarquable m'a suggere 1'idee de 
soumettre a une epreuve decisive et nouvelle une question 
encore controversee. On s'est beaucoup demande si le ca- 
lorique qui arrive a la goutle la traverse en rayonnant sans 
clever sa temperature, ou s'il est reflechi parelle. Dans le 
premier cas, la refraction au sein d'une lentille doit pro- 
duire un foyer ou la temperature sera certainement supe- 
rieure a celle des points avoisinants; dans le second , cette 
lentille formera un ecran circulairederriere lequel lacha- 
leur sera moins elevee que dans 1'espace soumis aux radia- 
tions directes de la capsule. Pour decider entre ces alter- 
natives, j'ai opere avec de petits thermometres ouverts par 



(60) 

le haul et pourvus (Tune echelle d'ivoire a graduations ar- 
bitraires. Leur tige passe par un epais disque de liege 
iixe dans le creux d'un enlonnoir de verre, de telle sorte 
que leur boule fasse line legcre saillie a I'extremite du 
bee. L'inslrument, ainsi revetu et promene au-dessus d'une 
gontte large de O m ,028, demontre que celle-ci n'est point 
le siege d'une refraction. Non-seulement il n'y a pas de 
foyer calorifique, mais la temperature croit a mesure 
qu'on s'eleve au-dessus d'elle, a cause du rayonnement 
cause par les parties du metal qui ne sont pas cachees par 
le liquide. Ce rayonnement explique pourquoi la chaleur 
pres de la surface de la lentille est beaucoup plus forte 
que dans son inlerieur. 

199. Les physiciensconnaissentrinfluenced'unson mu- 
sical convenablement choisi sur la constitution d'une veine 
fluide : celte influence s'cxplique par la periodic-lie des 
variations qui s'etablissent dans le diamelre de la veine, 
a son origine. Un corps a Petal spheroidal est souvent en 
proie a des mouvements reguliers et periodiques qui lui 
impriment, en paiticulier, une forme etoilee. De nom- 
breux essais m'ont prouve que cetle forme n'est nullement 
cbangee par les pulsations sonores d'un diapason commu- 
niquant avec le support a la capsule, quoique ces pulsa- 
tions soient assez energiques pour deranger et faire glisser 
cette capsule. 

200. Je lermine par le recit de quelques essais qui me 
paraissenlavoirunecertaineimportancepratique.M.Thury, 
mon preparateur pendant le semestre d'hiver, remarqua 
que Feau repandue dans une capacite de cuivre chauflee, 
ne s'y spheroidal ise que pendant quelques secondes et or- 
dinairemenl pas du tout, quand la surface est recouverte 
de deutoxyde de cuivre. Je soupconnai aussitol que ce 



( 01 ) 

n'etait pas line propriete particuliere a cet oxyde, mais 
bicn un cifet du a 1'etat rugucux et herisse de la surface, 
ainsi que M. Houtigny I'a rernarque (I). DCS experiences 
directes out montre que cetlc opinion cst foil dec. 

201. line capsule de platine a ete rccouvcrle a moitie 
d'une pale formee d'oxyde de zinc et d'eau , puis porlee au 
rouge-sombre. Alors elle a presente le curieux spectacle 
de deux surfaces, dont l'une, melallique el brillanle, sphe- 
roidalisait inslanlancmenl I'eau pure qui ne se vaporisait 
plus qu'avec line extreme lenteur, landis que I'aulre, gre- 
mie et d'un beau jaune-scrin, transformait non inoins 
subilement en vapeur les goutles d'eau qu'on y projetail. 

202. Le carbonate de protoxyde de fer, reduit a i'elal de 
peroxyde par la calcination, se tomporle comme 1'oxyde 
de zinc. La couleur et la nature cliimique du depot ne 
joucnt done aiuun role dans le phenomene. 

205. Le rouge d'Angleterre, broye a I'eau, couvre bien 
la platine, mais il n'empecbe pas absolumenl 1'elat spbe- 
roidal de se produire. Son action parail se bonier a dimi- 
nuer considerablement la duree de 1'evaporation (2). 

204. L'oxyde rouge de manganese, obtcnu par la cal- 
cination prolongee du peroxyde, se place encore apres le 
colcothar par sa moindre propriete destructive de 1'elat 
spbero'idal. Humecte d'eau froide, il adhere beaucoup 
moins aux surfaces metalliques. 

205. Lesirop de sucre incolorc se spheroidal ise facile- 



(1) Ouv. cit., pages 48, 56 et 76. 

(2) M. Muncke a deja observe qu'une plaque de fer oxydee par son contact 
av;c Fair a la temperature du roujye-blanc, cesse de spheroidaliser I'eau 
qu'on y verse. ( Gch!er's Phys. IVorlerbuch . 2 C edit. , tome X , pa^e 490 ; 
1841.) 



( 02 ) 

mcnt sur le platine. Les gouttcs paraisscnt d'abord opa- 
ques, surlout si ellessont grosses, a cause d'une multitude 
de petites bulles de gaz qui les traversenl. Puis elles ac- 
quierent une admirable transparence et demeurent fre- 
quemment immobiles, semblables ades lentilles de verre 
presque spheriques. Enfin, quand le sirop est parvenu au 
maximum de concentration, il entre dans un violent elat 
d f ebullition, sans toutefois s'elaler sur la capsule, ni la 
mouiller : il se caramelise en passant du jaune au brim, 
et iinit par abandonner une volumineuse boule de char- 
bon poreux. 

206. Si on diminue le feu au moment oil la decompo- 
sition chimique commence, le liquide louche le metal et le 
recouvre, a la fin de 1'operation, d'un enduit peu adhe- 
rent qui est d'un beau noir luslre. Cette croiite de char- 
bon , chauffee meme jusqu'a ce que les parties nues de la 
capsule soient rouges, empeche absolument la production 
de 1'etal spheroidal. Mais 1'eau pureou sucreequi tombe 
sur le platine et se teint en noir fonce par quelques de- 
bris du depot charbonne, se comporte comme si elle etait 
demeuree transparente et sans couleur. 

207. M. Fechner rapporle (1) que 1'eau ne se spheroida- 
lise pas quand elle a ete teinte d'encre, ou rendue opaque 
par de la poussiere de charbon qu'on y met en suspension. 
J'ai repete avec soin ces experiences et les ai trouvees 
inexactes. Dans les deux cas, le liquide noirci se spheroi- 
dalise sans difficulte sur une lame de platine et persiste 



(1) Repertorium der Physik. tome II. page 401. Traduction alle- 
mande du Traite de physique experimentale et mathematique de M. Biot, 
tome V, page 567. 



(63 ) 

dans cet elat durant plusieurs minutes, jusqu'a ce quo Ics 
particulcs solides dont il se separe en se vaporisant se 
soicnt reunies en une petite pelote spongieuse (1). 

208. Le sucre cristallise humide se spheroidalise en se 
dissolvant dans son eau de cristallisation. II presente les 
memes phases que le sirop, depuis le moment de la cara- 
melisation. 

209. Le beurre, le suif, passent a Petal spheroidal en 
se fondant : bientot ils prennent feu et abandonnent une 
suie legere qui disparait en se convertissant en gaz car- 
bones. 

210. On croit tres-generalement aujourd'hui qu'une 
des principals causes d'explosion des chaudieres a vapeur, 
consiste dans la gazeification subite, a une tres-haute tem- 
perature, de 1'eau spheroidal isee d'abord a son contact con- 
tre des parois surchauffees. Si la verite de cetle opinion 
est demontree, on remediera certainement a ce terrible 
danger en revelant d'une couverle appropriee la surface 
interne des generateurs , ou en lui communiquant un etat 
grenu qui s'oppose a la production de I'etat spheroidal. 
Ce procede sera moins coiiteux et offrira bien moiris de 
dangers que la garniture de pointes proposee par M. Bou- 
tigny. Les moyens m'ont manque pour faire a ce sujet des 
experiences, queje dois remettre a un moment pluspropice. 



(1) M. Boutigny a fail une observation analogue sur Peau contenant du 
noirdefumee (ouv. cit., page 25). 



( 64 ) 

/ooloyte. M. Van Beneden depose deux mcmoircs : 
1'un sur 1'organisalion et le developpement des Lingua- 
lules (Pcnlaslorues) , I'aulre sur 1'bistoire naturellc el le 
developpement dc YAlax ypsilophora, acaride parasite 
des Anodontes. 

Dans le premier memoire, M. Van Beneden a pour but 
de demonlrer que les Linyuatulcs, considereesjusqu'a pre- 
sent par tons les zoologisles comme des belmintbes, n'ap- 
parliennenl point a celte classe d'animaux, mais qu'elles 
doivent aller rejoindre les lerneidcs. 

Dans le second memoire, I'auteur expose rembryogenie 
des Acarus et demon tre que leur developpement cst loin 
d'avoir lieu d'apres des lois exceplionnelles , comme on 
serait lenle de le croire d'apres les observations de M. Ile- 
rold. Ces acarides se developpent comme les autres arti- 
culcs; le vitellus et le blastoderme se component comme 
dans les autres classes de cet embranchement. 

Mais une question d'un baut inleret est celle de savoir 
si les Acarus appartiennenl alameme classe que les arai- 
gnees et les scorpions. C'est en grande parlie dans le but 
d'elucider celle queslion que ce Ira vail a ete entrepris. 
Quand 1'embryogenie des groupes voisins sera mieux 
connue, on possedera les elements pour la solution de 
ces questions. En allendanl, M. Van Beneden a consigne 
les fails concern ant les Acarus. 

Ces deux memoires sont accompagnes chacun d'une 
plancbe, qui represente les principaux organes et les dille- 
renles pbases de developpement. (Commissaires : MM. Can- 
traine el Wesmael.) 



(65) 

M. Kickx depose im menioire manuscrit, faisant 
suite a trois memo ires precedents el portant pour til re : 
Reclierchcs pour servir a la Flore cryployamique des Flan- 
(Ires. (Conimissaires : MM. Martens el Cli. Morren.) 

M. le dirccleur, en levant la seance, (ixe I'e'poque 
de la prochaiiic reunion an samedi 5 aout. 



TOME xv. 



66 



CLASSE DES LETTRES. 



Seance du 5 juillet 1848. 

M. le baron DE GERLACHE, directeur. 
M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. le baron deReiffenberg, le chevalier 
Marchal , Steur , le baron de Stassart, De Smet, De Ram, 
Roulez, Gachard, Borgnet, David , De Decker, J.-J. Haus , 
Snellaert, Rormans, Schayes, wembres; Rernard, DeWitte, 
Polain, Gruyer, Faider, Arendt, correspondents. 

MM. le baron de Selys-Longchamps, membre de la classe 
dcs sciences, el M. Alvin , directeur de la classe des beaux- 
arts, assistent a la seance. 



CORRESPONDANCE. 



Le secretaire fait connaitre qu'il a appris par line lettre 
de M. le capitaine Smyth, membre de la Societe royale de 
Londres, qu'on vendra publiquement, au commencement 
d'aout prochain, I'imporlante collection Pembroke, publiee 
en 1746, sous le titre : Numismala anliqua. 



(67) 

- M. Desire Toilliez envoye un memoire manuscrit 
intitule : Notice sur des antiquiles decouvertes dans le llai- 
naut. (Commissaires : MM. Roulez el Schayes.) 

- M. le baron de Stassart fait hommage d'une notice 
de sa composition sur Frederic-Guillaume de Brandc- 
bourg, laquelle est suivie de dix-huit lettres inedites de 
ce prince. Remerciments. 



RAPPORTS. 



Lettre de M. Tissot et notes de M. Gruyer sur la metaphy- 
sique des corps. 

Rapport de M. le baron de Reiffenbcrg. 

A uneepoque ou Ton renie facilement le symbole qu'on 
a professe la veille, M. Gruyer est reste fidele a ses an- 
ciennes affections. Ce n'est pas un homme comme lui qui 
apostasie. La philosophic avait rec,u ses premiers horn- 
mages, et quand la plupart desertent les hautes regions de 
la pensee, pour se precipiter les yeux fermes dans les plus 
incertaines realites, c'est toujours de questions philoso- 
phiques qu'il s'occupe. 

La notion de 1'espace fait le fondement de la philoso- 
phic critique de Kant. M. Tissot, autre philosophe que le 
bruit de 1'emeute n'arrache pas a ses meditations et qui 
rappelle Archimede, poursuivant la resolution d'un pro- 



(68) 

blemc sous Ic fer (Tun meurlricr, M. Tissot a rcpris les 
doctrines du mctaphysicien allemand cl, en Ics modiiiant, 
a enoucc des paradoxes qui n'ont pu obtenir la sanction 
du sens droit et rigourcux de M. Gruyer. Cclui-ci, avec 
sa dialeclique froide et serree, le suit pas a pas et le force 
de rendre aux mots leur signification exaclc quand il s'en 
ecarte, et de ne pas prendre des formes verbales pour des 
clioses. J'avoue que, dans ce proces, j'incline pour 
M. Gruyer. De toute maniere, il esl interessantd'entendre 
les deux parties , et je serais bien aise que celte discussion 
fill in scree dans nos memoircs, si rien encore n'cn a clc 
livre a 1'impression et si la forme de ce double ecril est 
jngee sullisammenl academique. 



llnpport dc M. Arcnill . 

M. Tissot , professeur de philosophic a la Faculie de 
Dijon, a adresse a notre savant confrere, M. Gruyer, une 
lettre, dans laquelle il presenle des observations critiques 
sur ditlerentes questions de meta physique, trailees par 
M. Gruyer dans des publications anlcricures. A son tour, 
M. Gruyer a soumis les remarques de M. Tissot a un exa- 
men dctaille et approfondi, dont il a consigne le resultat 
dans une serie de considerations metaphysiques qui for- 
ment la principale parlie du memoire presente a TAca- 
demie. 

M. Tissot appartient, comme il le dil lui-meme, a 
Fecole de Kanl; son systeme est un idealisme qui, tout 
en pretendant prendre pour point de depart 1'observation 
et Tanalyse, arrive cependant a des conclusions purement 



(69) 

transcendentales. Sans reproduire exactement les doctri- 
nes metaphysiques de Schelling et de Hegel qui , dans 
1'ecole allemande, sont sorties de cellesde Kant, M. Tissot 
suit cependant la meme voie que ces philosophes; la meme 
exageralion de l'abstraction qu'on a remarquee et relevee 
chezceux-ci, existe aussi chcz lui. II rencontre dans sa 
letlre successivement les notions metaphysiques de 1'e- 
tendue, de Timpenetrabilite, de 1'existence objective de 
1'cspace, du temps, des corps el de leur divisibilite , du 
lieu, des elements materiels, du mouvement el de la force. 
Dans la plupart des solutions qu'il trouveaux plus ardus 
problemes de la science, il nous semble poursuivre aux de- 
pens de la realite, le cote ideal el abslrait des clioses, lout 
en faisant preuve d'une puissance dialectique remarquable 
a plus d'un litre. 

M. Gruyer suil avec une perseverance el une applica- 
tion que nous avons admirees, son savanl ami pas a pas 
dans les excursions que celui-ci fail sur le domaine de la 
melaphysique des corps. Aide d'un grand talent d'ana- 
lyse et d'une force logique peu ordinaire, il monlre ce 
qu'il y a d'inexacl dans les raisonnemenls de M. Tissot, 
et ramene ses definitions, quelquefois par trop abslraites, 
a des termes plus posilifs et plus vrais. Ses reponses aux 
remarques de M. Tissot presentent, dans leur ensemble, 
un resume des principales questions de melaphysique , 
dont le merile esl inconleslable, el donl la publication 
ne serait cerlainemenl pas sans inlerel pour la science. 
Nous ne savons pas si la forme sous laquelle ce resume 
eslproduil, el qui, sans exclure des deductions rigoureu- 
ses , esl cependanl plulol celle d'une conversation enlre 
amis, permet que celle publication ait lieu dans les re- 
cueils de TAcademie . 



(70) 

Apres avoir entendu M. le chanoine De Ram, Iroi- 
sieme commissaire, la classe decide que des remerciments 
seront adresses a MM. Gruyer etTissotpour la communi- 
cation interessante qu'ils ont bien voulu lui faire. 

MM. Roulez et Schayes font leur rapport sur un plan 
des ruines trouvees au Steenbosch. La classe decide que 
ce plan , communique par M. Del Vaux , sera insere dans 
ses memoires avec une notice que M. Schayes se charge de 
rediger. 



LECTURES ET COMMUNICATIONS. 



Note sur le baron de Waleff, par M. Polain , correspondant 
de 1' Academic. 

On possede peu de renseignements sur la vie du baron 
de Waleff, poe'te liegeois qui entretint des relations litte- 
^aires avec Boileau et les plus beaux esprits du siecle de 
Louis XIV. 

Un membre de cette compagnie, feu M. le baron de 
Villenfagne, a qui 1'histoire de Liege est redevable de tant 
de travaux uliles, a public, en 1779, en un volume petit 
in-12 , un choix des meilleures pieces de cet ecrivain; il y 
a joint une notice biographique qu'il a reproduite plus 
tard, considerablement augmentee, dans un volume de 
Melanges, imprime en 1788. 

La collection complete des oeuvres poetiques du baron 



dc Waleff, coraprcnant 8 volumes in-8, line cpilre de 
Vergier, une lettre de M me du Noyer, quelques lignes 
de Bruzen de La Marliniere, enfin un passage curieux des 
mcmoires de M lle de Launay (M me de Staal), ou il est 
question de notre poete el du role qu'il joua dans la con- 
spiration des princes legilimes, voila, croyons-nous,toutes 
les sources auxquelles a puise M. de Villenfagne pour la 
redaction de sa notice. 

Notre savant confrere parait avoir ignore 1'existence 
d'un petit opuscule , fort rare a la verite, intitule : Me- 
moire de M. le baron de Waleff, a MM. le president et con- 
seillers du conseil ordinaire (1729?), in-4 de 55 pages. 
Dans ce memoire, qu'il redigea a roccasion d'unproees qui 
lui avail ete inlente par une certaiue dame de la Raudiere, 
le baron de Waleff, somme d'expliquer pourquoi , dans 1'es- 
pace d'un demi-siecle, il avail ete presque toujours absent 
de Liege, expose lui-meme les diiferenles circonstances de 
son avenlureuse carriere. Nous avons pense qu'on ne lirail 
pas sans interet les renseignements qu'il fournil a ce sujet, 
et qui sont, la pluparl, demeures inconnus a ses bio- 
graphes. 

Je me suis marie 1'an 1679, dit-il, et je fus assente 
immediatement apres dans un regiment d'infanterie espa- 
gnol , dont je ne sortis que pour etre cornel-colonel de 
M. de Bondi, mestre-de-camp de cavalerie espagnole. 

Je quitlai cet emploi 1'an 1082, pour aller prendre 
possession d'une compagnie de cuirassiers au service de 
lEmpereur, que le prince Augusle d'Hanovre, frere du 
roy George defunl, m'avoil doimee dans son regiment. 

j> En passant par Cologne pour me rendre en Alle- 
magne, j'eus 1'honneur de faire la reverence au vieux elec- 
teur et au cardinal de Furstemberg, qui me dit qu'il valoit 



( 72) 

mieux servir son prince qu'nn autre, et il m'ofiYit, de la 
part de S. A. E. , la levee d'une compagnie de dragons dans 
le regiment de M. de La Salle, ce que j'acceptay. 

L'annee 1(584, le regiment de La Salle fut congedie, 
el la meme annee, je fus en Hongrie, d'oii mes longues 
maladies m'obligerent de revenir Tan 1686. 

L'annee stiivante, qui preceda la guerre generate qui 
commence Tan 1688, M. Je comte d'Ansfeld, cnvoye ex- 
traordinaire de France, a Liege, me donna la commis- 
sion pour lever line compagnie de cavalerie dans nn 
regiment elranger, oil je restay jusqu'a la fin de 1'an- 
nee 1699. 

L'an 1700, je passay en Anglelerre, oil le roy Gnil- 
laume m'offrit la levee d'un regiment de dragons, a la 
recommandation de milord d'Albemarle; je partis de Lon- 
<lres, par ordre de Sa Majeste, pour cliercher des bons 
ofliciers. Au commencement de 1'annee suivante, il me 
liit onion nc de relourner en Angleterre pour recevoir les 
ordrcs du Roy et 1'argerit de la levee; j'y arrivai avec mi- 
lord d'Albemarle, le jour meme que le Roy mourut. 

Apres avoir reste quatorze on quinze mois a Londres, 
dans I'assurance qu'on me donnoit que je serois bienlot 
expedie conlbrmement aux intentions du Roy, on me dit 
que la reine Anne avoit fait un traite avec les Etats-Gene- 
raux pour lever vingt-cinq mille bommes aux frais com- 
muns des deux puissances marilimes, et que je devois etre 
compris dans ce nombre. 

Je partis de Londres avec milord d'Albemarle pour 
La Haye, oil, apres quelques negocialions que les Hollan- 
dois firent avec des princes de 1'Empire pour avoir des 
troupes, je fis ma capitulation pour la levee d'un regiment 
de dragons, qui fut signee le 24 de fevrier 1703, et j'ai 



(73) 

continue de servir jusqu'a la paix , en qualite de brigadier 
et de marechal de camp. 

J'ay reste en Angleterre (dont j'avois loujours ele 
payo pendant toute la guerre) jusqu'au commencement 
de 1'an 1715, pour y solliciter mes arrerages qui etoient 
dus a mon regiment aussi bien qu'a moi-meme commc 
otlicier general. 

J'allai de la a Paris, ou des affaires d'importance m'ar- 
iv lerent jusqu'a I'an 1717, que je fus oblige d'aller en 
qnelques cours d'ltalie et de la en Espagne, pour m'ac- 
quitter de quelques commissions aupres de Sa Majeste 
Catholique, qui fut si contente de mcs services, qu'elle 
me donna, le 50 Janvier 1719, la patente de lieutenant- 
general de ses armees, et y joignit la meme an nee celle 
d'inspecleur de 1'infanterie et de la cavalerie de ses 
royaumes, comme je peux le juslifier par les paten tes ori- 
ginales signees du Roy. Le 17 fevrier 1721, je ree.us pa- 
reillement une autre patente de S. M. pour aller com- 
mander dans le royaume de Valence. L'annee 1724, j'ob- 
lins un conge du Roy, tant pour aller solliciter ce qui 
m'etoit du en Angleterre que pour venir regler mes affaires 
domesliques dans le pays de Liege. J'y fus bien lot accable 
d'infirmites. Apres avoir demande plusieurs prolongations 
de conge, et voyant que ma mauvaise sante me meltoit 
desormais hors d'etat de servir, je suppliay le Roy de me 
dormer ma demission, que Sa Majeste eut la bonte de 
m'accorder dans toutes les formes. Ma demission est da lee 
do Madrid, le 20 d'octobre 1728. 

II est facheux que le baron de Waleff n'ait fait ici que 
raconler les principaux evenemenls de sa carriere mili- 
taire, el qu'il ait neglige de nous donner aussi quelques 
details sur sa vie privee dont on connait tres-peu de 



(74) 

chose; nous aurions surtout ele charme d'y irouver I'ex- 
plication d'une affaire passablement scandaleuse dont il 
fut le heros, et qui nous a ete revele'e par un placet pre- 
sented S. A. Serenissime Joseph Clement, eveque et prince 
de Liege, placet ou le baron de Waleff cherche a se dis- 
culper tant bien que mal, d'une accusation de rapt qui 
lui avail deja valu une condamnation de la part des 
echevins. 

J'ai appris avec douleur ou plutot avec un veritable 
desespoir, ecrivait-il a Joseph Clement, qu'un prince aussi 
grand, aussi eclaire et aussi bienfaisant que Test V. A. Se- 
renissime, avoit marque beaucoup d'indignalion contre 
moi, quelque innocent que je puisse etre. Un pareil pre- 
juge suffit pour me rendre criminel partout. J'avoue, 
Monseigneur, que du premier coup d'oeil on jugera que je 
le suis beaucoup; c'est un homme marie, dit-on, avec 
une aimable femme, qui enleve une fille unique du sein de 
sa famille; il ne faut examiner rien de plus, il est cou- 
pable! Voila comme le peuple raisonne; mais Ton a de- 
cide, il y a longtemps, que ce meme peuple n'est qu'une 
bete dans les deux accusations. Si je pouvais, pour la pre- 
miere, en appeler a moi-meme, qui peut mieux juger du 
merite d'une femme qu'un marit raisonnable! La beaute 
est sou vent alteree et capricieuse, et il est des contradic- 
tions eternelles qui poussent a bout 1'homme le plus mo- 
dere; la mer etale le plus beau spectacle de 1'univers; 
assis sur le rivage, on 1'admire et on le contemple avec 
plaisir dans le temps meme qu'elle est le plus agitee, 
tandis que celuy qui en ressent les fureurs, fait voeu de ne 
plus s'y exposer jamais. 

On reconnait, a ce dernier trait, 1'ecrivain satirique a 
qui Ton doit une peinture si piquanle des joies du ma- 






(75) 

riage et des felicites inefiables que lui procurait 1'humeur 
faiitasque de son acariatre etjalouse moitie. 

Le baron de Waleff mourut le 22 juillet 1734, a 1'age 
de 82 ans; il avail public, quelques mois auparavant, un 
poeme dont il n'esl point fait mention dans la notice de 
M. de Villenfagne. Ce poeme est intitule : Les augures ou 
la conquete de I'Afrique, a Elisabeth Farnese, reine d'Es- 
pagne. Liege, J. P. Gramme, in-8 de 67 pages. On y 
remarque les memes qualites et les merries defauts que 
dans ses autres ouvrages : de la facilite, de I'originalite 
dans la pensee, beaucoup d'imagination et de verve poe- 
lique ; mais uue grande iucorrection de langage, des 
images forcees et trop hardies, des negligences el des iri- 
vialiles sans nombre! Boileau, ce juge si experl el si diffi- 
cile, Irouvail cependanl les vers de Waleff merveilleux , 
pleins de force et d' elegance; il se felicile de compter parmi 
ses disciples un poe'te aussi remarquable, el lei que, selon 
lui, jamais Horace ni Juvenal n'en avaienl eu de sem- 
blable (1). 

C'etait, pour un satirique de profession, dit avec raison 
M. Daunou .porter bien loin la politesse e'pistolaire (2) ; mais 
il ne faul pas oublier qu'a I'epoque ou il ecrivail ces belles 
choses au poe'te liegeois (1077-1678?), Boileau avail pro- 
visoiremenl abandonne le champ de la salire; il achevail 
alors sa 8 e epilre el venail de recevoir le litre d'hislorio- 
graphe de Louis XIV. 



(1) Voir la lettre de Boileau, dans Tedition de ses CEuvres , publiee par 
Berryat Saint-Prix , vol. IV. 

(2) Voir la vie du baron de Waleff, par M. Daunou, dans la Biographic 
untverselle de Michaud. 



(7G 



Quelqucs rechcrches sur nos anciens enlumineurs et calli- 
graphes ; par M. le chanoine J.-J. DeSmet, membre de 
1'Acade'mie. 

Pour counailre a fond 1'histoire des beaux-arts, des 
moeurs et des costumes du moyen age, ainsi que 1'archeo- 
logie chretienne, il est indispensable, pensons-nous, d'e- 
tudier lestravaux descalligraphes et des enlumineurs qui 
ont (leuri avant les Van Eyck. Surtout dans un pays 
comme le noire, auquel les guerres civiles, et en particu- 
lier les troubles religieux du XVI e siecle, ont enleve la 
plus grande partie de ses anciens monuments de pein- 
ture et de slatuaire, les materiaux nous manqueraient 
pour composer les elements d'une histoire artistique avant 
Philippe-le-Bon, si les miniatures des manuscrits ne nous 
venaient en aide. Quelques grisailles a moitie detruites 
par Faction du temps, un petit nombre d'aquarelles qui 
ne se sont pas mieux conservees, meritent assurement 
d'etre decrites et etudiees avec soin , mais elles ne presen- 
teraient jamais que des maleriaux incomplets, sans liaison 
et sans suite, lieureusemenl un livre au moyen agedevint 
un resume de tous les beaux-arts : poesie pour le com- 
poser, calligraphic pour le transcrire, peinture pour le 
colorier avec le carmin et 1'outre-mer, ciselure pour Tor- 
ner de riches fermoirs, de nielles et de bossettes, orfe- 
vreriepour y enchasserdes pierreries, dorure enfin, pour 
en embellir la tranche (1). 

Aussi, n'a-t-on pas neglige sous le rapport des arts les 

(1) C. Cantu , Hist, univ., torn. XII, pag. 6. 



( 77 ) 

beaux manuscrits, que nous orit legue's les siecles anle- 
rieurs a I'lnvention de rimprimerie. MM. Didron el du 
Sommerard (1) les ont mis a prou'l avec aulaiit de gout 
que de savoir dans leurs uliles travaux , tandis que 
M. H. Humphreys et M. le vicomle Aug. de Bastard ont 
voulu leur clever de verilables monuments (2), trop magni- 
fiqucs peul-etre, puisqu'il landrail une fortune royale d'au- 
trefois pour songer a en embellir sa bibliothcqnc. 

Mais ces c'crivains n'onl pas examine quels e'taient les 
artistes auxquels on devait les peinlures elegantes qui leur 
passaienlsous les yeux , el moins encore onl-ils songe l\ dis- 
tinguer ceux que pouvait revendiquer Fecole flamande. Un 
savanl arebe'ologue de Paris, & qui nous avions fait de- 
mander quelqucs renseignements sur la part que pouvaient 
avoir eue les peintres beiges aux magnifiques miniatures 
des manuscrits, que Ton conserve a la Bibliotheque natio- 
nale et a celles de Sainte-Genevieve el de 1'Arsenal , nous a 
fait repondre que c'e'tait la lui demander de nousfairc voir 
un grain d'orge dans la mer (5). L'ecole llamande ne man- 
que pas a la verite de biographes exacts, minutieux meme, 
qui ont tenu compte de ses productions en loul genre; 
mais depuis Carle Van Mander jusqu'a J. Immerzeel, tons 
ont pris pour point de depart Cimabue ou Giolto et les 
Van Eyck , laissant ainsi dans un en tier oubli nos peintres, 
nos enlurnineurs et nos statuaires d'une e'poque plus re- 
culee, mais a coup sur tres-interessante. 

Pour aider a combler une lacune aussi considerable 

(t) Etavanteux Seroux d'Agincourl. 
(2) Peintures et ornemenls des manuscrits. 

(5) Les preoccupations poliliqucs oiil cu sans doute une large part dans 
celle reponse. 



(78) 

dans 1'hisloire de 1'art en Belgique, nous avons fait quel- 
ques recherches snr nos anciens calligraphes et enlumi- 
neurs; bien qu'extrememenl incompletes, ellesengageront 
peut-etre des savants plus capables que nous a en entre- 
prendre de plus satisfaisantes : a ce litre, 1'Academie 
voudra bien les accueillir avec indulgence. 

Personne n'ignore que, dans 1'ancienne Rome, toutes les 
families opulentes avaient un ou plusieurs esclaves, qui , 
sous le nom de librairesou degrammairiens, etaient char- 
ges de polir les feuillets des livres, de les parfumer , d'en 
enluminer les initiales et d'en dorer la tranche. Des ou- 
vriers libres trouvaient dans les memes travaux des moyens 
d'existence. A la chute du paganisme, on les confia aux 
moines et meme aux religieuses. Le caustique Erasme se 
plaint a la verite qu'une tache aussi sacree fut laissee a des 
moines et a des femmelettes, comme il s'exprime (1); 
mais cette fois encore il a sacrifie a son humeur satirique 
et au plaisir de lancer a 1'etat monastique un nouveau 
sarcasme. Deja saint Benoit avait impose a ses religieux 
de transcrire correctement les livres, et Guigues, prieur 
de la Grande-Chartreuse, avait dit dans ses statuts : 
L'oauvre du copiste est immortelle ; la transcription des 
manuscrits est la tache la plus convenable pour des reli- 
gieux lettres.... Nous desirons ardemment de conserver 
les livres, comme 1'eternel aliment de Tame. Alcuin 
recommandait a ces copistes un rigoureux silence, le choix 
des originaux les plus corrects et le souvenir de 1'honneur 



(1) Obscuris quibuslibet et monachts impcritis, mox etiam mulierculis 
citra delectum rei tarn sacrae tractatio committcbatur . 0|>era, torn. II. 
Adag., col. 403. 



(79) 

ct du merite attaches a leur travail (1). La Belgique en parti- 
culier, qui possedail d'illustres ecoles dans les abbayes de 
Stavelot, deMalmedy, de Liege, deGembloux, deLobbes, 
de Gand , de S'-Martin, de Tournay, de SMBertin, etc., avail 
aussi d'excellentscalligraphes. Ainsi, dans 1'abbaye de S l - 
Martin, douze religieux s'appliquaient constamment et dans 
un silence absolu a transcrire les ouvrages les plus utiles, et 
y mettaient une correction si rare, que Ton trouvait a peine 
une bibliolheque semblable a la leur dans les provinces 
voisines et qu'on leur demandait de loute part leurs livres 
pour corriger les exemplaires defectueux (2). 

Quant aux religieuses, elles n'apportaient pas seulement 
a la transcription des livres cette delicatesse parfaite et 
cette elegance de travail propres a leur sexe, il est facile de 
prouver qu'elles etaient initiees a la langue de 1'eglise et 
ne transcrivaient rien en aveugles. II suffirait de ciler les 
eloges que Venance Fortunat donne, an VP siecle, a S te - 
Radegonde (5) et les ouvrages de la celebre Hrosvitha, 
religieuse de Gandersheim , qui ecrivait, dans la seconde 
moitie du X e siecle, des panegyriques et des drames latins 
dans un style que M, Villemain (4) a trouve assez correct. 

A en croire M. Cantu (5), le luxe des miniatures n'au- 



(1) Hie interserere et caveant sua frivola terbis, 

Frivola ne propler erret et ipsa manus. 
Correctosque sibi quaeranl studiose libellos 

Tramile quo recto penna volantis eat. 
Est decus eyregium sacrorum scribere libros , 

IVec mercede sua scriptor et ipse caret. 

Alcuini Inscript., torn. II, pag. 211. 

(2) Corpus chron. Flandriae, torn. II, pag. 556. 
(5) Vcn. Fortun. , Opera, torn. I , lib. VIII. 

(4) Tableau de la litte'rature au moyen dge , torn. II , pag. 260. 

(5) Hist, univ.j torn. XII, pag. 6. 



(80) 

rait commence que dans le cours du neuvieme siecle; 
niais le savant hislorieu s'est evidcmment trompc, puisquc 
saint Jerome, emporle par son ardente charile pour les 
pauvres, s'elevail deja vivcmeut centre ce luxe, an lV e sie- 
cle (I). En Belgique meine, il remonle a line epoque arite- 
rieure a celle qu'indique 1'ecrivain ilalien. llarlinde et 
Renilde, deux soeurs, dont les marlyrologes out consaere 
les noms (2) et qui furent Tune apres I'aulre abbesses d'un 
monaslere de benediclines a Eyck , sur la Meuse (5) , tran- 
scrivirent les quatre Evangiles, le Psaulier et plusieurs 
hisloires saintes : elles vivaient dans la premiere moilie 
du VHP siecle; et 1'anonyme qui ecrivil leur vie apres le 
milieu du siecle suivant (4), remarque que les miniatures 
de ces manuscrits etaient encore si fraiches de couleur et 
si brillantes, qu'on aurait cru qu'elles venaient de sortir 
des mains de sainte Renilde et de sainte Harlinde... Quae 
quidem universa, dil-il, hactenus in eoclem loco tamreceii- 
tia ac vibrantia auro et micantia margarilis fulgent , ut 
crederes ea Iwdie fuisse peracta. 

Les lettres du savant Gerbert, depuis pape sous le nom 
de Sylveslre II , et surtout les 7, 44, 87 et 148 me , prouvent 
qu'au X e siecle, la Belgique jouissait d'une haute reputa- 
tion sous le rapport dc la correction et dela beaule de ses 
manuscrits. Le savant prelal, qui n'epargnait ni soins 
iii tresors pour reunir les meilleurs livres, tant sa- 
cres que profanes , altachait le plus baut prix a un texle 



(1) Inficiuntur membranae colore purpureo, aurum liquescit in lil- 
teras, gemmis codices vestiuntur , et nudus ante fores Christus emoritur. 

(2) Us en font mention au 6 fevrier, an 22 mars et au 12 octobi'e. 

(3) Ce monastere I'ut nomme plus lard abbaye tfdlt-Eyck. 

(4) Voy. Ada SS. } ad diem XXII martii. 



( 81 ) 

pur ct scrupulcusement correct, ct, pour s'en assurer, 
dans ses empleltes, il ne s'adressait |)oirit aux savanls do 
France et d'Angletcrre , mais a ceux d'llalie, d'AIlemagne 
el de IJelgique : Bibliothecam assidae comparo, dit-il (1), 
et sicut llomac dudumac in aliis parlibits Italiae, in Gcr- 
mania quo(^ue ac Belyica, scriptores auciorunujue cxem- 
jtlaria multitudine munniorum rede-mi. 

Le sieele suivanl nous presenle, a S'-Martin de Tournai, 
les religieux Godefroid et Gislebert (2); a Gembloux, I'abbo 
Olbcrl et plusieurs de ses moines (5), calligraphes emi- 
ncnts, et a S l -Hubert, dans les Ardennes, le prechantrc 
Fouiques, qui enluminait delicatemenl les lettres ini- 
tiales(5). 

Les sicclcs suivants, et le XII" en particulier, ne fu- 
renl pas moins fecoiuis en calligraphes dc merite; mais, 
sernblables en cc point a un grand noinbre de cbroni- 
queurs de la meine epoque, la plupart n'ont pas daigne 
signer leurs oeuvres, et nous laissons ici, a notre grand 
regret, une lacunc que de uouvelles recherches pour- 
rout combler en partie quelque jour. On nous permeltra 
de passer au XV e siecle, ou les maleriaux deviennenl 
assez a bond ants. 

Les enlumineurs et les calligraphes avaient jusqu'a 
celle epoque, conserve line existence independanle du 
metier des peintres; mais, comme ils employaient dans 



(1) Epist.XLir. 

(2) Corpus chron. Flandriae, lome II. page 555. 

(o) Ils s'etaient forme une bihliotlieque dc cent soixanle volumes, la 
plus grandc alors de TEurope, si Ton en excopte cclle de Pabbave de Pon- 
tivi, qni en comptaildeux eenls. 

{^) Chron. Andaq., dans \\4mplissirna collect., lome IV, coll. 02 j . < J l 
dans les Moiiuin., publ. par M. De R., t. Vll. pp. C 2o7 el 24(i. 

TOME xv. (>. 



( 82 ) 

lours travaux , depnis quelque temps, plus sou vent le pin- 
ceau que la plume, des contestations assez vives surgirent 
entre enx et les pel n Ires. La consequence en fut leur reu- 
nion a ce metier, s'ils faisaient usage du pinceau, mais 
avec moins de frais que les peintres proprement dits. 
Cette reunion, qui avail eu lieu a Venise, en 1441 , fut 
efiectuee a Bruges, selon van Praet (1), en 1454, et a 
Gand , en 1465, par une ordonnance, conservee dans nos 
archives (2). Un proces qui fut intente I'annee suivante 
a un Gerard van Crombrugghe, enlumineur, qui ne 
s'etait pas conforme a I'ordonnance, prouve que les mi- 
niatures donnaient lien a un commerce etendu, puis- 
qu'on accuse 1'intime d'avoir fait faire des enluminures 
dans la ville, et d'en avoir importe une grande qua u lite 
pour les vendre a ceux qui voulaient en orner leurs li- 
vres (5). M. van Praet a done parfaitement raison quand 
il avance que Louis de la Gruthuyse avail fait execuler 
lui-meme, a Bruges et a Gand , par des ecrivains et des 
enlumineurs habiles, qui se trouvaient en grand nombre a 
cette epoque dans ces deux vitles, la plus grande partie de 
ses manuscrits (4). 

Les van Eyck ont sans doute travail le dans ce genre 



(1) Voy. Notice sur Colard Mansion. 

(2) On y lit entre autres : < Dat so wte van nu voortan , binnen de voor- 
seyde stedevan Ghend verlichten sal, bruder werckende dan metpennen: 
te ivetene met pincheelen ; 't welcke de neerinyhe van de schilders van 
ouden tyden toebehoort heeft, dat hy ghehonden sal syn te coepene deen 
vierde can der vryhede van der neeringke van de schilders voorseyt. 
Jaer-registei 1 . bl. 95. 

(o) Oni dat hy beelden heeft (jedaen maken... , ende van bwtten inye- 
brfichtmetmenichten ende binnen vercocht. Ibidem , hi. 95. 
(4) Recherches sur Louis dc- Bruges, payc 81. 



( 85 ) 

pour le seigneur de la Griithnyse ct pour le due 
Ic-Bou, leur proleeteur; mais la reuommee qu'ils se sont 
acquise par tant de compositions capitales, leur a fait 
negliger sans doute d'attacher leur nom a des productions 
d'une moiiidre importance. Un manuscrit de la Biblio- 
theque nationale a Paris, porte a la verite, que Jean van 
Eyck en a execute les miniatures de sa main, mais 1'in- 
scription est evidemment fautive, puisqu'elle est datee de 
1'an 1571, quand le fameux peintre n'etait assurement pas 
ne (1). Le travail appartient sans doute a un artiste fla- 
mand, mais d'une epoque anterieure. 

Le breviaire du due de Bedford, regent de France pen- 
dant ^'occupation anglaise, qui est conserve a la Bi- 
bliotheque nationale de Paris, est orne d'admirables 
miniatures que les hommes les plus competents altribuent 
aux freres van Eyck et a leur soeur Marguerite. 

Le celebre Hemling a laisse un grand nombre de 
miniatures, et quand on considere la delicieuse purete 
des figures, dont il a orne la chasse (2) de sainte Ursule, 
il faut avouer que son talent devait le porter de prefe- 
rence vers ce genre. Son oeuvre le plus remarquable, sous 
ce rapport, est assurement le fameux breviaire que Ton 
conserve dans la Bibliotheque Mariana a Venise, et que le 
cardinal Grimani acheta au prix de cinq cents ducats (5), 
d'un messer Antonio, Sicilien. Celivre, enrichi d'or et de 



(1) Selon Immerzeel et d'autres. Jean de Bruges etait ne en 1570, mais 
se trorapent ; tout prouve que sa naissance doit etre placee aux trois ou 

quatre dernieres annees du XIV e siecle. 

(2) Immerzeel Tappelle un tabernacle. 

(5) Une note curieuse , qui se lit a la fin d'un MS. du Tresorde Brunetto- 
Latini, a la Bibliotheque de Bourgo^jne . nous explique d'une maniere exacte 



(84 ) 

pierreries, moins precieuses quo ses miniatures, en eon- 
tient aussi de Gerard Van der Moire, de (Jand, el de 
Lievin De VVitle, son conciloyen. 

Un ou v rage, egalement admirable, le missel d'lsahelle- 
la-Catholique, avail ete aclieve vcrs la meme epoque par 
des enlumineurs beiges : il a ete de nos jours vondu en 
Anglelerre. On pourrait en direautant du superbe psautier 
que le roi Henri YIII donna au chapilre de Notre-Dame, 
a son depart de Tournai; ses brillantes vignettes ct ses 
miniatures en grisaille rehaussees d'or, dont rexeciUiou 
ne laisse rien a desirer, decelent aussi des artistes beiges. 
La bibliothcque de la ville de Tournai est encore en pos- 
session de ce riche present du Neron anglais. 

La decouverle de Timprimerie ne lit pas abandonner 
aussitot en Flandre les ateliers des calligraphes et des en- 
lumineurs. Raphael de Macatellis, un des iils naturels de 
Philippe-le-Bon, abbe de S l -Bavon et eveque de Roches- 
ter (1), qui airnait passionnement les beaux et bouslivrcs, 
n'epargna rien pour enrichir de precieux manuscrils la 
hibliotheque de son abbaye. La bibliotheque de rUniver- 
sile de Gaud et la cathedrale de S l -Bavon en possedenl 



t:c que coiilailla confection iTim manuscril au milieu du XV'- siecle. En voici 
les details : 

An ralligraphe, pour la transcription de 8o5 fcuillels .... 44esp. dcgrus. 

A I'cnluiuiueur, pour la confection (Tune miniature en grisaille. 4 
Tour aclial de dix-huit mains de papier blanc ...... (> 

Pour le louage du MS. qui a servi de cojiie 7 

TOTAL. ... 01 

Les 01 especcs, dil M. Fl. Frocheur, reprcseniaienl une valeur dc 752 gros 
do Flandre 5 inais cetle somine aujourd'hui decuplee, equivaudrait a pres de 
2,200 IVancs. 

(1) On plu tot do Hoses. 



(85) 

quelques volumes (1), ornesd'un grand nombre de minia- 
tures, dont quelques-nnes sont remarquables par la nai- 
vete du dessin, la beaute du colons et le fini de I'execu- 
lion.Malheureusement les nomsdesenlumineurs nous sont 
resles inconnus : un seul, qui est intitule Flores musicae 
art-is, est sigue par Marc-Antoine de Aggerc S'^Martini, ce 
que M. Voisin a traduit par M. A. d'Akkerghem (2), qui l'a 
transcrit. Colard Mansion etait lui-meme un excellent 
calligraphe. 

A la meme epoque apparlient un manuscrit magni- 
li(|ue, vendu a Londres vers la iin de Tan nee derniere. 
Les portraits de Pbilippe-le-Beau et de sa lemme, Jeanne- 
la-Loca, y sont peinls admirablement : Gette miniature 
el toules les autres qui ornent le volume, dit M. Oct. Dele- 
pierre (5), sont de 1'ecole llamande et de la main d'un ar- 
tisle du premier merile. Le texte est ecrit avec un soin, 
une netteteet une elegance qui prouvent toutes les peines 
qu'on a prises pour produire un chef-d'oeuvre... L'expres- 
sion de loutes les iigures, la richesse d'imagination re- 
pandue dans les compositions, le brillant du coloris qu'on 
observe partout, out fait supposer que ce livre pourrait 



(1) M. Voisin adecrit ceux de la bibliotheque de i'Universite. dans ses Do- 
cuments pour servir a I' histoire des bibliothdques en Belgique, pages 4 7 
el suiv. Les trois volumes restes a la cathedraie renferment avec les ceuvn-s 
d'Ovide et de Virgile , quelques trailes inedits, mais pen interessants sur la 
sphere, Tarithmetique, etc., de Pastronome arabe Alfergany. 

(H.) Nous ne pouvons admetlre ceUe interpretation, Ackergein el ^ggt-r 
ne se ressemblent aucunement. Nous pensons que le calli^raphe elait ne a 
S'-Martens-dyk, dans 1'ilede Tholen,ou qu'il en portait le nom. II exisle 
une infinite de noms semblables, tels que Van Meenen , Van Wettemi . 
Van Aersclioot . elc. , etc. 

(5) Bibliophile beige, torn. V, pag. 17. 



(86) 

hien avoir ete execute par Hemling. Comme on attribue, 
avec quelque raison, a ce grand peintre plusieurs ta- 
bleaux, fails pour les Ghartreux de Miraflores, vers la tin 
du XV e siecle, cetle conjecture n'a rien d'invraisemblable. 

Dans un extrait du livre de la confrerie ou du metier 
des libraires (librariers), que notre savant confrere, 
M. 1'abbe Carton, a eu 1'obligeance de nous communiquer, 
nous trouvons, de 1460 a 1517, les noms des enlumineurs 
suivants , dont les ouvrages nous sont inconnus : Cop- 
pin, Jacob 1'enlumineur , Etienne Toetsoen, Nicolas 
Knodde, Barbet Boons a la Vigne (1), Germain Viellaert, 
Theodore, fils de Jacques Van Gavere, Thiebauld 1'enlu- 
mineur, Louis Liedet, Guillaume Vrelant, Bertinette 
Yweins, la femme de Jacques Lantsheere, Philippe de 
Marcke, Arnould De Cat, Clovekin 1'enlumineur, Jean 
Spierinck, Lievin Jaumaert de Gand, Jean Moke, Phi- 
lippe 1'enlumineur, Martin Van Axele, Jean Van Verde- 
kens, surnomme Moens, Simon 1'enlumineur, Jean Marc- 
quardt de Lille, Antoine De Trumper, Michel Mertens, 
Pierre Van Niederblyk, Raphael De Busere, Fabien le 
peintre, Louis De Block et Simon Benning, dont le fils 
passaen Angleterreetydevinl peintre duroi Henri VIIT(^). 
Jean Paradis, de Hesdin, fut rec,u dans la meme commu- 
naute a Bruges, en 1470; il travailla pour Louis De la 
Gruthuyse (5). 

II parait digne de remarque que ces artistes, qui tous 
appartiennent a la communaute des enlumineurs , sont 
cependant difleremment nommes; les uns beeldemakers , les 



(1) C'est-a-dire au beguinage. 

(2) V.Fischer, GeschicMe der deutschen Handels , Tom. IV, pag. 228. 

(3) Van Praet, Recherche* sur Louis de Bruges, pages 135 et 209. 



(87 ) 

autres vignette makers et verlichlers : ne pourrait-on pas 
en inferer que parmi ces enlumineurs chacun avail encore 
sa specialite et une part diflerente au meme travail? Ainsi 
plus tard nos grands peintres conh'aient a des confreres 
les paysages et les fabriques de leurs tableaux d'hisloire. 

Nous avons vu que les enlumineurs n'etaient pas moins 
nombreux a Gand qu'a Bruges; ceux qui sont cites le plus 
souvent dans lesanciens registres sont Jacques Van Buren, 
Jacques Van der Guchte, Jerome Van Herpe et Gerard 
Van der Meire. Plus tard Anne Smyters, meredu peintre 
Luc de Heere , dont parlent avec eloge Marc Van Vaerne- 
wyck, Sanderus et Guicciardini; Claire de Keyser, lille 
d'Arnoul qui introduisit la typographic a Audenarde el a 
Gand , et Susanne Horebaut , renommee a la cour de 
Henri VIII , excel lerent dans le meme genre. Ajoutons y 
le calligraphe Jean Van Rriekenborch (1). 

Parmi lesmanuscritsdelaBibliolhequeroyale, fondsVan 
Hulthem, plusieurssont sortisde la plume des sceurs Elisa- 
beth Wytens, Marguerite Baes, Catherine Van Molenbeke, 
Catherine Van Ghyseghem , Elisabeth Vlieghe, religieuse du 
convent de Jericho, appele aussi Porta CceM, a Bruxelles (2). 

Bien que le developpement de la typographic en Belgi- 
que eut porte un coup mortel a la calligraphic et fait dis- 
paraitre les communautes de libraires, il parut encore de 
temps a autre des enlumineurs distingues, tels que Pierre 
Claeissens, a Bruges (5), sous Philippe II, Jeanne Van 
den Brouke, annonciade d'Alost, sous Philippe IV, et le 



(1) Van Praet, Rech., pages 145 et 202. 

(2) Biblioth. Hulthem., t. VI, pages 4 et suiv. 

(3) V. jBoeckvan alls de ghieldebroeders van S l -Lucas, a 1'Academie 
de Bruges, n" 290. 



(88) 

et'lebre calligraplie Bourgoigne, sous Charles II. Mais 
comme Icurs travanx son I desormais demies dc tout inlerel 
hislorique, nous pensons devoir bonier ici ces recherche*; 
si nous parvenons a les rend re moins incompleles par It 1 
concours bienveillant de nos confreres, nous esperons en 
1'iiire un jour un travail moins decousu et plus substantial 
pour les Memoires de 1'Academie. 



Trois fables, par M. le baron de Reiflenberg, membre de 
rAcademie. 

I. 

l.a now ft le 



Mon janlin n'esl pas grand, mais j'y rospirc rn paix ; 
Dans ses sentiers lournanls, sous son ombiM^e epais, 

Avec la (leur par Pair chaud caressee , 

S'epanouil ma lete el ma pensee. 
La fourmi qui travaille, inlrepidc mineur, 
La fcnille qui ficmit, le papillon qui vole, 
La mouclie quc le lis abrite en sa corolle. 
Tout parle eloquemmenl a mon esprit reveur. 

La brise, ce malin, crispail mes \iolettes; 
An souflle delelere on voyait les pauvietles 
Refermer leur calice et cacher leurs parfums; 
Une rose, a cole, d'un air melancolique 
Penchait languissamment sa couronne pudique; 
Nos chagrins paraissaienl communs. 

L'heure full : du parterre aimable souveraine , 
La rose, redoublanl d'eclat, 
Avail repris son incarnat 
Et sa grace et son port de reine. 
Pour lui rendre son teint vermeil 
11 suffisail d'un rayon de soleil. 



89 } 



Noire coeur n'est pas moiiis mobile; 
La douleur le flelril , le consterne, Pabal, 
Tout effort nous semble inutile 
Pour resisler dans ce combat. 
Mais nous ressaisissons fortcmenl Pexistence, 
INos maiix sont oublies, nos pleurs sonl effaces, 
Nargue tie nos soucis passes 
Silot que renait Pesperance. 



II. 

t.<' Ki.v.wfft ft If FifitVf. 



Un filet (Pea u sorli des meandres (Pun lleuve . 

Avec orgueil se contemplait : 
<( .Pemhellis , disail-il, la prairie et Pabreuve, 
Mon onde claire el, calme a tons les regards plail ; 
)) Quand le ciel de ses fcux semble embraser la lerre . 

*> Comme en la coupe d'un festin , 

Le voyageur s'y de*saltere ; 
Tandis que ce couranl , dans sa marche incertain . 

Roule des (lots souilles de fange , 
Par la destruction des obstacles se venge 
Et de Iristes debris parseme son chemin ; 

An serpent gonfle de venin , 

* Au scorpion perfide, a Paffreux crocodile, 

Parmi ses noirs roseaux , piegc trompeur, obscur , 

Sa rive menage un asile ; 
Grand , il esl oiageux , je suis petit mais pur. 

Un lieron, en passant, ou'it ce monologue. 
- De les perfections poursuis le catalogue. 
Lui dit-il , mais pourtanl connais la verite. 

* Si ce fleuve est souvenl |>ar sa fougue emporle , 
L'or opulent se mele an sable qu'il charrie , 

" D'une immense conlree arrosant les cantons , 
n 11 en rapproche Pindustrie ; 
Sursesflots puissants et profonds 



(90) 

Vogue vers Korean, maint superbe navire, 
Et sur ta maigre vague ou le ciron se mire . 

*> A peine un joyeux ecolier 
Ose risquer un bateau de papier. 

Vraiment , pauvre ami , je t'admire , 
Tu ne fais point de mal , mais quel bien produis-tu ? 
La nullite n'est pas toujours une vertu ; 

Respecte une forte nature 

Malgre" ses inegalites. 
De nos defauts et de nos qualites 

Notre faiblesseest la mesure. 



III. 



i.rs Conxtrttctettrs. 



D'un sourire amical saltier la jeunesse 

C'esl feler leprintomps, les graces el les fleurs ; 

Mais en applaudissant a leurs Iraiches couleurs, 

Respect du moins a la vieillesse. 

Songez bien que les cheveux blancs 

Sonl 1'indice de la prudence; 

Gouverner avec des enfants 

Est une preuve de demence , 
Et TEurope deja le sail a ses depens. 

Est-ceainsi que le siecleavance? 

Un vieillard batissait : pour ses petits-neveux 
Aux champs it elevait une riche demeure. 

- c< Croit-il finir avant qu'il meure? 
Disaient cruellement quelques jeunes morveux ; 
Au lieu de maconner d'inutiles murailles , 
II devrait prdparer plutot ses funerailles. 
o Quatre planches, un tombeau 

Lui conviennent mieux qu'un chateau. 



(91 ) 

El puis les Vitruves imberbes , 
Avec ces airs importants et superbes 
Que , sur les banes , ou le progres a lui , 

Un bambin affecte aujourd'hui , 
Critiquaient du manoir le plan et la batisse. 

- Quelle Irisle prison , quel gothique edifice, 
Empreint de feodalite" ! 
Lerenverser serait justice, 
Dans ces beaux jours d'egalile. 
Pour donner au vieillard des legons de structure, 
En perorant ils batissaient aussi, 

Et prenaient beaucoup de souci 
A montrer leursavoir en faitd'architecture. 

De leurs chefs-d'reuvre satisfaits , 
Pendant qu'ils raisonnaient comme Hegel ou Descartes 
Le vent souffle sur leurs palais : 
Ce n'etait qu'un chateau de cartes. 



Le secretaire perpetuel depose trois volumes in-4, ren- 
f'ermanl les memoires que 1'Academie a re^us pour rim- 
pression, pendant Fan nee 1847, savoir : les tomes XXI 
et XXII des Memoires des Membres, et le tome XXII des 
Memoires couronne's et Memoires des savants e'lrangers. 
Le secretaire depose, en meme temps, le volume des Bul- 
letins du l er semestre 1848, formant le 25 e de la collec- 
tion. 

M. le directeur, en levant la seance, a fixe I'epoque de 
la prochaine reunion au lundi 7 aout. 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance (hi 7 juillel 1848. 

M. ALVIN, directeur. 

M. F. FETIS, faisant les fonclions de secretaire. 

Sont presents : MM. G. Geefs,Madou, Navez, Roelandt, 
Suys, Van Hassell, J. Geefs, Corr, Snel, Baron, Ed. 
Fetis, membres; Bock, associe; Geerls, correapondant. 

M. Sell ayes, me mire de la classe des lellres, assiste a la 
seance. 



CORRESPONDANCE. 



tine lettrede M. le Minislre de 1'interienr demandeune 
appreciation raisonuee des oeuvres scienliliques, litterai- 
res et artistiques, pnbliees depuis 1850, soit par des in- 
digenes, soil par des elrangers lixes dans le royaume. 

Celle letlre est renvoyee a la commission chargee de la 
redaction de la biographic nationale. 

-r M. Bock preseiile, au nom de M. Gerhard de Berlin, 
associe de I' Academic, les deux onvrages de ce savant sur 
les vases Apuliens el snr les coupes el vases du Muse'e royal 
de Berlin, ainsi que differents autres ecrits du meme 
auleiir. Bemerciments. 



93 ) 



CONCOURS POUR UN POEME D OPERA. 

Le secretaire depose sur le bureau vingl-Iiuil pieces 
envoyees an coucours ouvert par arrcle royal clu 28 110- 
vcrnhrc 1817, pour la composition d'mi poeme d'opcra. 
Ccs pieces, rangees d'apres I'ordre de reception, sonl les 
suivantes : 

N 1. Joseph /" , opera comique en un acle. 

N 2. La pile clu Musulman , grand opera en deux actes. 

N 3. Louis XI a Peronne , opera comique en deux 
acles; devise : 

Je pi-ends toul doucement Ics hommes comme ils sont : 
J'accouluine inon arnc a souffi ir ce quails font. 

MOLIEUE. 

N I. Marie de Uonyrie, grand opera en un acte et deux 
tableaux. 

N 5. Judith , opera en deux actes; inscription : 

Batanl de Tart, pour les beaux yeux de slupides 
curieux. 

N 0. Marie de Brabant , opera en deux actes et quatre 
tableaux; inscription : 

Le courage el 1'audace du vaincjucur de Wdrinjjen 
sauionl loujours einouvoir toul Beige ainianl 
son pays el les celebres tradilions qui I'illuslrenl. 

N 7. Le berceau de Codefroid III, due de Brabant, 
grand opera en deux acles. 

N 8. Henri de Lorraine, due de Guise, opera en un 
acle ; devise : 

Le secret esl d'abord de plaire et de toucher. 
BOILEAU. 



( * ) 

N !). Jacqueline de llaiuaut, opera en deux acles. 

Ex no to fie turn carmen sequar. 

HOH A OK. 

N 10. 7.e com/0 d'Erstal ou le Chdleau-Noir, grand 
opera en deux actes; devise : 

Esperance. 

N 11. Den gevaerlyken vriend, blyspel met zang, in 
twee bedryven ; inscription : 

Leopold le bien-aime. 

N 12. Flamands et Wallons ou I' union fait la force, 
opera comique en un acte. 

N 15. Lejugement de Dieu, poeme d'opera en deux 
actes et trois tableaux. 

N 14. Judith, grand opera en deux actes; inscrip- 
tion : 

Judith est un rare exemple de I'energieque 
peut montrer une femme, etc. 

N 15. Justin ou le retour du soldat beige , opera en deux 
actes. 

N 6 16. Frangoise de Himini , opera en trois actes, avec 
1'inscription : 

Que la brise jamais n'apporte a ton oreille 
L'ecbo de ma douleur ! 

N 17. Le nouvel llippocrate, opera comique en deux 
actes ; devise : 

On n'est pas homme en naissant. 

N 18. Les deux prelendants , opera bouile en deux 
actes; devise : 

Sou vent femme varie, 

Bien Col est qui s'y fie. 

FRANCOIS l tr . 

Aucun billet cachele n'est joint au manuscrit. 



(95) 

.Y' 11). Ly<teric on le Venyeur, grand opera en deux 
actes; devise : 

Aide-toi , le Ciel t'aidera. 

Aucun billet cachete n'est joint au manuscrit. 
N 20. Idriel , grand opera en deux actes. 

N 21 . Incline on les chaperons blancs , grand opera en 
deux actes. 

N 22. L'e'pee et la croix d'or ou les deux talismans, 
opera comique en deux actes. 

N 23. Salvator Rosa, opera comique en deux actes; 
inscription : 

Ma richesse est en esperances. 

N 24. Le fou du roi, opera comique en un acte; in- 
scription : 

N'offrez point un sujet d'incidenls trop charge, 
Le seulcourroux d'Achille avec art menage, 
Kemplit abondamment une Iliade enliere ; 
Souventtropd'abondance appauvrit la matiere. 

BOILEAU. 

N 25. Gustave Wasa, grand opera en deux actes; 
inscription : 

Un interet irresistible s'atlache aux iiommes 
qui furent les liberateurs de leur patrie , et 
le poete se plait a les chanter. 

N 26. Un conseil de Falstaff, opera comique en un 
acte; devise : 

Non oris causa modo homines aequumfutt 

Sibi habere speculum ; ubi os contemplarent suum. 

Pf-ADTE. 

N 27. Colibri ou le diable dans un benitier, opera co- 
mique en un acte; inscription : 

Le premier des talents est celui d'amuser. 



( 96) 

N 28. Les deux prelendants , opera comique en deux 
actcs; devise : 

Mihi concede laborem. 

VlRC. 

Un virigt-neuvieme poeme intitule : Qui Irop embrace 
mat elreiiit, n'est parvenu a I'Academie quo le 4 juillet. 
Un premier manuscrit de cet ouvrage aurait ete, d'apres 
fan lour, jete a la posle vers la mi-mai et se serai t proba- 
bloincnt egare. La classe decide que des recherches soront 
i'aites et que le poeme premenlionne sera admis au con- 
cours, s'il est constate qu'il a ele euvoye au secretaire 
perpetuel avant le terme falal. 

Une autre lettre fait observer qu'il y a en unc perte de 
cinq semairies pour les auteurs qui, aux conditions du 
programme du Convenient en t , out envoye leur poeme 
avant la publication de 1'arrete royal prorogeant d'un mois 
ie lorme (ixe pour la remise des pieces du concours. II esl 
demande, en consequence, qu'on tienne compte dans le 
jugemenl de cetle perte de temps. La classe passe a 1'ordre 
du jour. 

Le jury pour le concours se compose de : 
MM. Alvin, Barou, Van Hassell, Fetis pere, Daus- 
soigne-Mebul , Snel el Hanssens jeune. 

M. le direclcur exprime le desir que le jugernent du con- 
cours puisse avoir lieu avant le mois de seplembre. 



Sur le memoire de M. Bock, intitule : L'EGLISE DKS APOTRES 

ET LES TOMBEAUX DBS EMPEREURS , A CONSTANTINOPLE. 



de ri. Van Hnssclt. 



Le tilredu memoire sur Icqnel vous avez bieu voulu me 
charger de vous faire un rapport, seinble annoncer unc 
simple monographic de 1'eglise des Apolres et des toni- 
beaux des emperenrs de Constantinople. Ce travail cepcn- 
dant est plus que la simple monographic d'un edifice. II 
conlient un grand nombre d'apercus aussi nouveaux qu'in- 
genieux, de fails qui n'avaienl jamais ete coordonnes avec 
syntbese, en un mot, d'e'tudes et dc rechercbes severes et 
consciencieuses sur I'hisloirc polilique et architectonique 
du Bas-Empire. Sans doule, 1'histoire politique n'est j)as 
du domaine de la classe des beaux-arts; mais, dans le sujet 
dont il est question iei, elle est un secours absolument 
indispensable a celui qui vent se rendre comple des mo- 
tifs qui dirigerent Constantin-le-Grand dans le systeine 
(ju'il adopta pour la construction de la nouvelle Rome, 
comme je 1'etablirai tout a 1'heure, lorsque j'aurai fait 
connaitre le point de vue ou M. Bock s'est place. 

L'auleur du memoire prend pour point de depart la prise 
de Constantinople par les Turcs, et expose rapidement la 
destinee des eglises chrctiennes de celte capilale. Apres ce 
grand evenement, S lc -Sophie et d'aulres eglises principales 
sont converties en mosquees. Quelques-unes , plutot par 
des motifs politiques que par un veritable esprit de tole- 
rance, sont laissces au culle chretien. De ce nombre fill 
Teglise des Apolres, (jui, (ondee par Conslanlin-Ie-Crand 
TOME xv. 7. 



(98) 

el rebalie avec [)lus do magnificence par Justinien, avail 
servi , pendant six siecles, do mausolee aux empereurs et 
aux patriarches, cl subi line notable restauralion sous le 
rogue do Basile-le-Macedonien et deConstanlin Porphyro- 
genete, ati moment ou elle devait perdre sa destination 
funeraire. Elle occupait un quarlier presque desert et se 
Irouvail, a I'epoque de la prise de la ville, dans un elal de 
delabremenl extreme par suite des malheurs du temps. 
Mahomet II ladesigna pour devenir le siege du patriarcat 
grec. Mais, peu de temps apres, le patriarche ayant etc 
force, parune circonstance particuliere, de la quitter, elle 
ful demolie par ordre du sultan, qui en employa les male- 
riaux a la construction d'un mausolee pour sa propre fa- 
mille. Ainsi disparut cet edifice auquel s'altachaient tant 
de glorieuses traditions et ou lanl d'empereurs avaient 
rec.u de la mort un asile plus calme et souvent plus sur 
quo celui quo, vivants, ils avaient trouve dans leur palais. 
An commencement du XVI e siecle, on en effac.a les derniers 
vestiges en deblayant quelques ruines qui avaienl survccu 
a sa deslruction, et bientot un oubli si profond couvril lo 
souvenir de cetle illuslre eglise, qu'a peine le voyagour 
Gyllius put, on s'aidant des reminisconces do quehjucs 
vieillards lures, vaguemont reconnaitre Pemplacemenl 
qu'elle avail occupe. 

M. Bock me parait avoir ele plus heureux que Gyllius. 
Non-seulement il est parvenu a preciser cet emplacement 
d'une maniere tellement evidente qu'il ne laisse place a 
aucune objection; mais encore il examine le fond des mo- 
tifs qui engagerent Conslantin a assignor au mausolee do 
sa race 1'endroit qu'il occupait dans le plan d'agrandisse- 
menl de Byzance. 

Plus lard, Tauleur cxaminera les idces que Tarcbitccte 



(09) 

de I'eglisc des Apulres a du suivrc dans la forme el dans 
la distribution qu'il donna a cet edifice; il designera le 
modele que cet artiste prit pour type; il y produira toutes 
les donnees historiques et arlisliques qui peuvent etre 
rcunies sur la basilique deConslantin; il s'occupera de la 
reconstruction de ce monument par Tempereur Justinien; 
et, glanant, apres Ducange, dans le vaste champ de la lit- 
lerature byzanline, il dormera de cetle eglise celebre une 
image aussi complete et aussi fidele que les sources le pcr- 
mellent; enfm, il fournira des notices sur les tombeaux 
des empereurs et des patriarches qu'elle renfermait, et 
racontera toutes les vicissitudes qu'elle essuya jusqu'au 
moment ou elle lornba sous le marteau des demolisseurs 
ottomans. 

Dans son premier travail, c'est-a-dire dans le memoire 
dont nous nous occupons ici, 1'auteur s'attache a demon- 
trer que trois especes de considerations diflerentes durent 
exercer leur influence sur le plan adopte par Constantin 
pour la construction de la nouvelle capitale qu'il donna a 
1'empire. D'abord, il fallait necessairement composer avec 
la nature du terrain, respecter les batiments de la ville 
marchande qui avoisinaient le port et auxquels on ne 
pouvait raisonnablement porter atteinte, et, enfm, lenir 
comple des constructions importantes que Septime-Severe 
avaitcommencees dans la partie sud-estde Tancienne ville. 
En second lieu , Constantin voulut assurer a la capitale 
qu'il entreprenait de fonder, les avantages du systeme 
invente par I'architecte milesien Hypodame et sur lequel 
etait basee la distribution reguliere d'Alexandrie, d'An- 
tioche, de Nicee, etc. Enfm, comme il etait impossible 
que Tempereur heurlat de front une croyance generale- 
ment repandue parmi le peuple romaiii, d'apres laquelle 



S 



( 100) 

I'elcruile n'elail assuree a 1'empire que pour aulanl que 
Home en restat la capitale, il cntrcpril dc reproduirc la 
Rome anticline clans la Rome uouvelle et de calquer le 
plan de celle-ci sur le plan de eelle-la aussi scrupuleuse- 
ment que pouvaient le permellre les deux genres de con- 
siderations qui precedent. 

Telles sont les trois parlies piincipales que I'auteur de- 
veloppe success! vement. 

II prouve d'abord, avec lous les details necessaircs, 
comment et pourquoi la partie ancienne de la ville qui 
avoisinait le port, se refusait a toute modification essen- 
tielle. II explique ensuite le parti que Cons tan tin suttirer 
des constructions elevees par son predecesseur Septime- 
Severe. 

Puis, passant au deuxieme ordre d'idees, il prouve que 
la ville nouvelle etait disposee en forme d'echiquier, con- 
Ibrrnement au systeme architectonique d'Hypodame, et 
presentail, non pas un des cotes, mais un des angles de 
ce carre a chacun des vents cardinaux. Cette demonstra- 
tion etait fort difficile a fournir, a cause du peu de ves- 
tiges qui restent des rues anciennes, et vu le dedale des 
rues turques qui s'enchevetrent aujourd'hui sur 1'espace 
occupe autrefois par I'echiquier de Constanlin. Aussi cc 
n'est que par une suite de combinaisons subtiles, artili- 
cielles, ingenieuses, que I'auteur est parvenu a retrouver 
dans ce labyrinthe la formule de J'architecte de Milet. 
Voici comment il a precede. II commence par etablir que 
1'orientation de 1'eglise de S te -Sophie et des rues paralleles 
qui couraient du sud au nord, correspondait exactement 
a Torientation des rues du palais de Spalalro. II deduit 
de cetle coincidence qu'elle devait etre basee sur un priri- 
cipecomrnun, sur un systeme, et qu'a Spalalro et a Con- 



I 




stantinople les regies posees par Hypodame out etc ob- 
servees. Ensuite, se fondant sur un grand nombre de 
lemoignages fournis par les ecrivains byzantins, il indiqne 
la direction que suivait la rue majeure, arlere prineipale 
qui tra versa! t la ville de Test a 1'ouest et qu'il place en Ire 
la menagerie du sultan et 1'ancienne caserne des janis- 
saires. Le voyageur Gyllius avail encore pu remarquer 
vis-a-vis de S te -Sophie, quelqnes resles de colonnes, qni, 
d'apres M. Bock, doivent avoir fait partie de la ricbe 
colonnade donl la rue majeure etait bordee. En effet, 
nous connaissons le nombre des colonnes dont elle se 
composait. Or, comme Gyllius nous a transmis le module 
d'unedes colonnes qu'il nous signale, ainsi que la largeur 
de rentre-colonnement, 1'espaceque la colonnade entiere 
occupait se trouve parfailement justifie. 

Pour prouver avec plus d'evidence encore que le sys- 
teme architectonique d'Hypodame avait ete applique a 
(Constantinople, il fallait necessairement demontrcr que la 
rue majeure etait coupee a angles droits par les rues trans- 
versales. Aussi M. Bock montre-l-il que les lignes tirees 

es diverses portes dela Propontide aux portes qui y sont 

irectement opposees du cote de la Come d'or, coupent 
exactement a Tangle voulu 1'arlere prineipale dont il a in- 
dique le trace. Ces rechercbes lui servent a determiner la 
direction de plusieurs des rues par lesquelles il conduira 
plus tard le lecteur , et il en resulte de remarquables aualo- 

ies entre la ville de Constantinople et la ville d'Alexan- 

rie. 

Le but principal queConstantin se proposait, ainsi que 
1'ai (lit, etait de repeter, dans la nouvelle capitale de 

empire, les monuments principaux de 1'ancienne Rome, 
dans 1'ordre meme on ils se trouvaient disposes dans celte 



( 102) 

derniere ville, mais avec la regularite que reclamail le 
systeme d'Hypodame. 

L'auteur n'entre pas de plein pied dans cette demonstra- 
tion. II veut constater d'abord dans quel sens et dans 
quelles limites 1'assimilation de la nouvelle capitale a 1'an- 
cienne a du avoir lieu. A cet effet, il a cru devoir entrer 
dans une digression, un peu etendue peut-elre, mais ne- 
cessaire, sur la position de Conslantin a 1'egard des par- 
tis religieux et politiques qui luttaient a son epoque, com- 
bat supreme dont Tissue determina la direction que prit 
1'histoire du monde a travers le moyen age. Tl nous le 
moritre place en face des superstitions paiennes avec les- 
quelles il etait decide a rompre, et des croyances de 1'an- 
liquile, purifiees et modifiees par la philosophic idealisle 
des neo-platoniciens, auxquelles son pere avail deja rendu 
hommage, et qui conslituerenl avec le christianisme une 
double sphere d'attraction , dont il subit pendant quelque 
temps 1'empire avail I de se prononcer definitivement en 
fa veu r de 1'Evangile. Les considerations auxquelles 1'auteur 
se livre ici , montrent clairement Tensemble des idees et 
des vues de Conslantin au sujet de la fondation de sa nou- 
velle capitale, ainsi que les restrictions que les exigences 
du temps avaienl rendues necessaires quanl a 1'assimila- 
lion plus ou moins complete de la Rome nouvelle a la 
Rome ancienne. Considered sous ce point de vue, la Rome 
du Rosphore presente un spectacle assez bizarre. Tous les 
edifices, tous les monuments qui se rallachaient a 1'idola- 
trie que Conslantin abandonnait, ou qui rappelaient des 
souvenirs de la republique ou de 1'autorite senatoriale qu'il 
ne pouvait admettre dans la formule nouvelle donnee par 
lui a 1'Kmpire, sont el i mines et disparaissent. Les aulros 
monuments, qui ne representent ni I'idee religieuse, ui 



( 103 ) 

1'idee politique dont il ne voulait plus, sont rcproduils a 
Constantinople, non-seulement dans la correlation oil ils 
se trouvaient dans 1'ancienne Rome, mais meme avec les 
ornements exlerieurs dont ils etaient decores. 

En rattachant les tils epars dans la trame de celte inle- 
rcssante dissertation, 1'auteur parcourt avec le lecteur 
deux espaces qui se correspondaient exactement dans les 
deux villes etqui reniermaienl les edifices les plus impor- 
tants, c'est-a-dire, dans la Rome ancienne, celui qui s'e- 
lendait de la porte du palais imperial du Palatin jusqu'au 
templum genlis Flavin, mausolee edge par Domitien et 
destine a recevoir les cendres de la famille a laquelle Con- 
slantin se faisait gloire d'appartenir; et, dans la Rome 
nouvelle, celui qui etait compris en Ire le vestibule du pa- 
lais et 1'eglise des Apotres, dont 1'emplacemenl fut evidem- 
ment determine dans le plan de Constantinople par celui 
que le mausolee duQuirinal occupait dans 1'ancienne capi- 
lale de 1'Empire. Pour atleindre le but qu'il avait en vue, 
1'auteur a necessairemenl du se livrer a des recherclies mi- 
nutieuses sur la topographic de 1'ancienne Rome, et ces 
recherclies Font amene a s'eloigner, en plusieurs points, 
des opinions admises depuis la publication des iravaux de 
Buuzen, de Becker et d'autres. Les preuves sur lesquelles 
I'auleur appuie les idees nouvelles qu'il a produites sur la 
correlation des principaux edifices de Rome, et notam- 
ment sur la disposition de YArea capitolina , au sujet de 
laquelle il y avait encore tant de doules dans la science, 
ne pouvaient entrer dans le corps meme du memoire de 
M. Rock. El les y sont jointes sous forme d'appendices ou 
de pieces justiticatives, et sont au nombre de trois. La pre- 
miere s'occupe du temple d'Apollon el du palais des em- 
pereurs au Palatin; la seconde, du forum d'Auguste el de 



( 104 ) 

Nerva, et la troisieme, des edifices qui se Irouvaieut au 
Quirinal. 

Tel est le resume du memoire qui est Fobjel du present 
rapport. Dans un travail subsequent, 1'auteur s'occupera 
d'exposer les motifs qui engagerent Constantin a transfor- 
mer 1'eglise des Apotres en mausolee, el il developpera 
ses idees sur rarchilecture religieuse au commencement 
du IV e siecle. 

Ce memoire est plein de recherches nouvelles et inte- 
ressantes sur une matierc qui avail, jusqu'a present, echap- 
pe aux investigations des savants. Fl repand une vive 
lumiere sur la signification architeclonique de la villc de 
Constantin -le-Grand. II nous initie a 1'esprit des formes 
que revetirent les edifices el les monuments eleves par ce 
prince, dans la nouvelle capilale de 1'Empire. Enfin, il 
introduit dans la science diffe'rents fails qui nous restent 
desormais acquis, a savoir : 1 la realite de Tapplicalion 
du systeme de I'architecte Hypodame, a Constantinople; 
2 la solution definitive de plusieurs questions conlro- 
versees, au sujel de la topographic de 1'ancienne Rome. 

Aussi, Messieurs, je pense que ce travail iigurera avec 
avantagedans le recueil de nos Memoires , elj'ai I'honneur 
de prier la classe d'en voter 1'impression. 



Rapport de 9f. Karon. 

En partageantcompletemeiit 1'avis de mon honorable 
confrere, M. Van Hasselt, je dois ajouter une observation. 
Pour apprecier a sa juste valeur le travail qui nous est 
soumis, il faudrait avoir fait les memes etudes que M. Bock, 
il faudrait, comme lui, avoir consacre de longues vcilles 



(105) 

a 1'e'tude assiduc de 1'histoire Byzantine et dcs monuments 
multiplies et souvent confus qu'elle nous presenle. Sous 
ce rapport, je me declare tout a fait incompetent, etje 
reconnais que j'admets sur parole les assertions de 1'au- 
teur, qui me semblent porter d'ailleurs 1'empreinte d'une 
logiquc, d'une bonne foi et d'une erudition irreprochables. 

Mais une partie qui m'a frappe et dont je puis mieux 
juger, parce que je m'en suis plus specialement occupe, ce 
sont les considerations qui determinerent Constantin a 
iranslerer le siege de 1'Empire a Byzance et a modeler la 
construction de Byzance sur celle de Borne. Ces conside- 
rations, qui se raltachent aux donne'es les plus positives sur 
les variations de la constitution imperiale de Borne, et sur 
I'elablissement politique du chrislianisme, m'ont paru 
trailees d'une maniere aussi complete que precise, etje 
regrette que M. Bock n'en ait pas fait 1'objet d'un travail 
a part, en leur donnant encore plus de de'veloppements. 
Elles sont d'ailleurs parfaitement place'es ici, puisqu'elles 
jellent de tres-haut une grande lumiere sur les details ar- 
chitectoniques de Constantinople. 

Une autre remarque porte sur la ne'cessite d'ajouler an 
mcmoire nn plan lithographic et comparalif de Borne et 
de Constantinople, au moins pour la partie qui comprend 
cette grande artere des deux villes que M. Bock a si soi- 
gncusement decrite. J'aurais vivement desire aussi le plan 
comparalif du quartier de Constantinople oil se trouvait 
I'eglise des Apotres, tel qu'il est mainlenant, et tel que 
M. Bock se le figure aux plus bri Mantes e'poques de 1'Em- 
pire d'Orient. Ces deux plans peuvent entrainer quelque 
depense, mais ils sont non-seulement necessaires a la par- 
faile intelligence du texte, mais singulierement utiles, 
comme documents d'histoire, d'art et d'erudition. 



( 106 



Srltnf/r*. 



Le memoire de M. Bock, que la classe m'a fait 1'hon- 
neur de soumetlre a mon examen, est digue sous tous les 
rapports des publications anterieures de notre honorable 
confrere, publications que ne desavoueraient pas les Ot- 
fried Miiller, les Gerhard, les Becker et les Botliger, et 
qui assignent a leur auteur un rang dislingue parmi les 
savants de PAllemagne. Si le litre d'un Jivre est bien sou- 
vent trompeur, certes ici le livre tient beaucoup plus que 
ne promet son litre. En eilet, comme 1'a dit M. Van 
Hasselt, dans son analyse si exacte de ce memoire, M. Bock 
n'a pas borne sa lache, deja bien grande, a nous donner 
I'histoire el la description aussi complete que possible de 
1'eglise des Apotres, sur laquelle on ne possedail que dcs 
notions fort vagues, bien qu'elle ml, apres 1'eglise de S te - 
Sophie, le premier edifice religieux de Gonslantinople; 
mais il a encore elendu ses recherches a la topographic 
de Rome ancienne et a celle de la Byzance chretienne, a 
1'etal politique et moral de 1'Empire romain avaril et 
pendant le regne de Constantin, aux molifs qui guiderent 
cet empereur dans la fondalion.de sa nouvelle capilaleet 
au plan qu'il congut pour I'execution de ce projet. 

Toutes ces questions importanles sont traitees avec une 
superiorile de vues, une erudition et un esprit de criti- 
que vraiment rernarquables. 

Comme je me suis livre moi-meme avec predilection a 
I'elude de la topographie ancienne de Rome el de Con- 
slantinople, je me permellrai de faire quelques remarques 
sur le point suivant du memoire de mon savant confrere et 



HOT) 

ami. Parmi tant d'autres idees neuves el ingenieuses, M. 
Bock a emis celle que le plan d'une ville divisee en car- 
res egatix par des rues paralleles et se coupant a angles 
droits, que Tarchitecte Hypodame avail dresse pour la ville 
d'Alexandrie, aurait ele suivi dans la construction de la 
plupartdes villes de 1'Orient, fondees pendant ou apres le 
regned'AJexandre-le-Grand,etqueConstantinadoptaegale- 
ment ce plan pour sa nouvelle capitale. Ainsi Constantino- 
ple, forme de rues larges et tirees au cordeau, aurait du 
offrir, autant que le permettaient les i negalites de son empla- 
cement, 1'aspect regulier de Philadelphie, de Mexico, de 
Lima et de nombre d'autres de nos villes modernes. Ce- 
pendant 1'historien byzanlin Zosyme, qui florissait dans 
le V e siecle, rapporte que de son temps les rues de Con- 
stantinople etaient extremement etroites, que les maisons 
y etaient enlassees les lines sur les aulres et que, faute 
d'espace pour batir, les habitants avaient empietesur les 
eaux du port meme pour asseoir leurs demeures(l). Aga- 
thias, bistorien du VI e siecle, fait une peinlure a peu 
pres sernblable de Constantinople, en decrivant le trem- 
blernent de terrequi ravagea la ville en Tan 557 (2). D'un 
autre cote, un edit des empereurs Honorius et Arcadius, de 
1'an 425 (5), et ( elui de Zenon, sur la voirie et les construc- 
tions privees de Constantinople (4), nous apprennent que 
les diflerents etages des maisons y etaient batis en sail lie, 
comme dans nos villes du moyen age et dans le Stamboul 
des Turcs. 






(1) Zosym., Hist. rom. 1. II. 50. 

(2) Agathiae Hist. Just. lib. V. C. 5. 
(5) Cod. Theod. 1. XV, C. 59. 

(4) C. 9. Cod Just, de cedif. privat. 



( 108) 

L'editd'Honorius et d'Arcadius ordonne que ces saillies, 
appelees m&niana, solaria, parapetasia, soient distantes 
des maisons qui Icur font face de 1'autrc cote de la rue 
d'un espace de 10 a 15 pieds ; defense qui suffit seule pour 
prouver le pen de largeur des rues de la Conslan tinople chre- 
lienne. Ce qui devait rendre ces rues encore plus sombres, 
c'est que les maisons avaicnl jusqu'a cent pieds d'clevation ; 
et, chose singuliere, 1'edit de Zenon, loin de reprimer cet 
alms, va meme jusqu'a accorder des faveurs a ceux qui 
donneraient encore une plus grande elevation a leurs de- 
nieures. Ceci ne pent s'expliquer que par le defaut d'espace 
pour batir. 

II me semble que ces fails prouveraient que si le plan 
d'Hypodarae fut adopte pour la construction de Constanti- 
nople, il ne dut recevoir qu'une execution partielle, et seu- 
lementdans le trace des rues principales; mais que, pour 
loules les voiessecondaires, on s'en ecarlacompletement. 
Du reste, il parait en avoir ete de meme a Antioche,capitale 
de la Syric; car Flavius Joseplie parlant de la revoke des 
habitants de cetle ville conlre le roi Demetrius Nicanor, 
Tan 127 avanl 1'ere vulgaire, dit que les soldals qui de- 
fendaienl le palais, ayant iucendie les maisons avoisinan- 
tes, 1'embrasement s'etendit en un moment a toule la ville 
dont les maisons etaienl tres-serrees et toutes baties en 
bois (1). 

J''adhere aux conclusions de mes honorables confreres, 
MM. Van Hasseli et Baron. Jc pense, comme ce dernier, 
qu'un plan comparatif de Rome et de Constantinople an- 
ciens serait un complement indispensable au beau travail 
de M. Bock. 

(1) Flav. Jos., Guerr^ di>s Juifs, liv. 13. ch. 9. 



( 109 ) 

Con forme m en t aux conclusions do ses cornmissaires, 
la classe decide que le memoire de M. Bock sera insere 
dans le recneil de ses Me'moires. L'auleur est invite, en 
meine temps, a presenter un plan qui servirait d'apperidice 
a son travail. 







: 



L'epoque de la prochaine seance a ele lixee au vendredi 
i aout. 



OUVRAGES PRESENTES. 



Dix-huU leltres de Frederic-Guillaumc de Brandebourg, sur- 
nomme le Grand-Elcclcur , precedees dune notice sur la vie de ce 
wince, par le baron do Stassart. Bruxelles, 1848, iu~8. 

Commentaire des Ms dlementaires de la Belyique, par J.-B. 
ivort. 4 me Edition. Bruxelles, 1848, in-8. 

Bulletin de I' Academic ray ale de medecine de Belcjique. An nee 
1847-1848. Tome VII, n 7. Bruxelles, 1848, in-8. 

Journal de medecine, de chirurgie et de pharmacologic , pu- 
blic par la Soci^te des sciences medicales et naturelles de 
Bruxelles. Gahier de juillet 1848. Bruxelles, 1848, in-8. 

Archives de medecine militaire. A. Meynne, r^dacteur. Tome I, 
O e cahier. Bruxelles, juin 1848. tn-8. 

Annales et Bulletin de la Socie'tc de medecine de Gaud. 
4 annee, 1848. 6 e livraison. Gand, in-8. 

Annales de la Sociele medicate d'e'nmlation de la Flandre occi- 
talc e'tablie a Routers. 5 me livraison, tmai, 1848. Boulers , 

-8. I 



1 no ) 

Annales dc la Socicte des sciences medicates at naturellcs dc 
Malines. 7 e annee, 7, 8 et 9 e livraisons. Malines, 1848,in-8. 

Annales de la Sociele dc medecine pratique de la province 
(FAnvers, etablie a WiUebroeck. Boom, 1848, in- 8. 

Journal veterinaire et agricolc de Belgique. 7 e annee. Cahier 
de mars et avril 1848. Alost, 1848, in-8. 

Journal de pharmacie, public par la Societ^ de pharmacie 
d'Anvers. 4 e annee, juin 1848. Anvers, 1848, in-8. 

Le progres medical , organe des interets professionals et scicn- 
tifiques des medecins, des pharinaciens et des medecins veteri- 
naires de Belgique. Bruxelles. l re anne. N os 1 a 29, in-folio. 

Journal d' agriculture pratique, d ' economic forestiere, d'eco^ 
nomie rurate el d education des animaux domestiques du royaumc 
de Belgique, public sous la direction et par la redaction princi- 
pale de M. Charles Morren. Juin, 1848. Bruxelles, in-8. 

Annales de la Sociele d' emulation pour I' etude de I'histoire et 
des antiquites de la Flandre. Tome V, 2 e serie, n os 3-4. Bruges, 
1847, in-8. 

Bulletin de la Societe historique et litteraire de Tournai. 
Tome I, n 2. Tournai, 1848, in-8. 

Antwerpsche redcrykkamer de Olyftak. Dicht-en prozastuk- 
kcn uitgesproken by de plegtige inhuldiging van het gedenktecken 
ter eere van den vermaerden dichter en liistorieschryver , den 
heer J.-F. Willems. Antwerpen, 1N48, in-8. 

Handclingen van het Provinciaal Genootschap van Kunsten en 
Wetemchappen in Noord-Braband. Jaren 1846 en 1847. 'sHer- 
togenbos(h, 1847 en 1848, in-8. 

Bijdragcn tot de geschiedcnis , oudheden, letteren, stalistiek 
en beeldende hunsten der provincie Noord-Braband, door D r 
C.-R. Hermans. 1 en II deelen, 1843-1848. 's Hertogenbosch , 
2 vol. en 1 2 livraisons in-8. 

Verzameling van kronijken betrekketijk de stad en meijerij 
van 's Hertogenbosch, I e , IP en II1 C stukken. 's Hertogenboscli, 
1846-1848, 3vol. in-8. 

Inventaris van perkamenten charters en privilegiebrieven , 



( 111 ) 

berustcnde in stads groote komrne , ten archieve van 's Hertogcn- 
bosch, door I) 1 C.-R. Hermans, 's Hertogenbosch , 1848, in-8'\ 

Verslag wcgens den toestand der Bibliotheek van het Provin- 
ciaal Genootschap van Kumten en Wctenschappen in Noord-Bra- 
band, uitgebracht door C.-R. Hermans, bibliothecaris, in de 
elfde algemeene vergadering, gebouden den 1 3 julij 1847 , in-8. 

De levensgeschiedenis van Maarten Van Rossem, voorname- 
lijk met betrekking tot de legenwoordige provincie Noord-Bra- 
band, door M. J.-D.-W. Pape. 's Hertogenboscb, 1847, in-8. 

Histoire des revolutions dc. la philosophic en France; par le 
due de Caraman, tome H! e , Paris, 1848, un vol. in-8. 

Comptes-rendus hebdomadaires des seances de I Academic des 
sciences, par MM. les secretaires perpetuels. Tome XXVI. N os 25 
a 25, l er semestre 1848. Paris 1848, in -4. 

Socieie" ^emulation de Cambrai. Programme pour 1849, 
1 feuille in-8. 

Vases Apuiiens du Musee royal de Berlin, par Edouard 
Gerbard. Berlin, 1846, in folio. 

Coupes et vases du Musee royal de Berlin et d'autres collec- 
tions, par Edouard Gerhard , l re partie : coupes. Berlin, 1847 , 
in-folio. 

Sur une peinture de vase etr usque. Dedie a M. M.-E. Mejer par 
Edouard Gerhard. Berlin , ! 843 , in-4. 

Die Schmiickung der Helena. Programm zum Winkelmanns- 
fest, von Eduard Gerhard. Berlin , 1844, in-4. 

Jason des Drachen Beute. Ein Programm des archaeologi- 
schen Instituts in Rom zur Feier des einundzwanzigsten Aprils , 
von D r Eduard Gerhard. Berlin, 1835, in-4. 

Festgedanken an Winckelmann, von Eduard Gerhard. Berlin, 
1841 , in-4. 

Ueber die Metallspiegel der Etrusker, von Eduard Gerhard. 
Berlin, 1838, in-4. 

Die Apsis der alien Basi liken, von Ludw. Urlichs. Greisfs- 
\vald, 1847, in-8. 



(iff) 

nalunoisscncha/Uichc Jahreshefte , 1 847, 
5 CS Heft, mid 4848, l l>s Heft. Stuttgart, 1847 et i848, in-8. 

All genuine oesterreichische Zeiischrift far den Landwirlh, 
Forstmaim und Gartner. Hcrausgegeben von D r Karl Hainmcr- 
schmidt. XX r Jahrgang. 1848, nM a 10, in-4. 

Proceedings of the American Academy of arts and sciences. 
Philadelphia. Feuilles 7 a 37, in-8. 

Atti dclC Accademia di scienze e lellere di Palermo. IN nova se- 
ric. Volume I. Palermo, 1845, un vol. in-4. 

Corrispomfenza scienlifica in Roma. Bidletino imiversale. 
Anno I, n M 50-35 et 39-43. Rome, 1848, in 4. 

Rocznik Towarzystwa naukowego krakoioskieyo z Uniwcrsy- 
tclem Jayiellonskim Polaczoncyo. Krakow, 1847, in-8. 

Eduardo Wundero Doct. phil. et A A. LL. may. Rect.ctprof. 
primo apud Grimam Moldani viro E.vcell. ampl. Doct. mumis 
praeceptaris abhinc XXV annis in hac ipsa schola rite susccplum 
I). 2-i M. Mail A 1848, pie gralulanlur colleyae, in -4. 

De primordiis Phacdri Platonis. God. Stallhaumius IV Lip- 
siae, 4848, in-4. 






BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE KOYALE 1>ES SCIENCES , 



DKS 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 

1818. - N 8. 




CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du 5 aout 1848. 

M. VERHULST , directeur do la classe et president de 
'Academic. 
M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sonl presents : MM. d'Omalius d'Halloy, Fagani, Tirn- 
mermans, De Hemptinne, Crahay, Wesmael, Martens, 
umont, Kickx, Morren, De Koninck, Van Beneden, 
d. De Vaux, le vicomle B. Du Bus, Nyst, membrcs; 

mme, associe; Melsens et Louyet, corrcspondants. 



TOME xv. 8. 



ili ) 



CORRESPONDAJNCE. 



M. le Ministre de I'interieur ecrit qu'un congres agri- 
cole se reunira a Bruselles, les 21 , 22, 23 et 24 septem- 
bre prochain , et exprime le desir que I'Academie y soil 
represented par des delegues, choisis a cet effet. Les mem- 
bresdesignes sont : MM. Wesmael , De Koninck, Martens, 
Ad. De Vaux et And. Dumont. 

- Congres geologique. La Societe geologique de France 
fait connaitre qu'elle tiendra sa session extraordinaire de 
1848 a Forges-les-Eaux , departement de la Seine-Infe- 
rieure. On se reunira, le dimanche, 5 septembre, a 7 
heures du soir. 

- M. Quetelet communique quelques extraits d'une 
letlre particuliere de M. Ed. Herrick de New Haven, con- 
cernanl les eloiles filantes. II resulte de cette lettre que 
Tapparition meteorique de novembre ne s'est pas repro- 
duile aux Etats-Unis en 1847. 

M. Van Breda annonce Tenvoi du quatrieme volume, 
nouvelle serie, des Memoires de I'Academie hollandaise 
des sciences de Harlem. 

- M.Schaar, docteur en sciences, presente deux notea 
manuscrites ayant pour litre : 

1 Memoire sur une formuled'analyse; 



( H5 ) 

2" Sur Ic dcveloppemeiitdelalbnction (1 %xz -t- s 2 )~* 
suivant les puissances de z. 
(Commissaires : MM. Pagani et Timmermans.) 

- M. le professeur Maas, deNamur, fait parvenir ega- 
lernent deux notes manuscrites , 1'une con tenant un 
examen critique du systeme de la fluidite , et 1'autre sur 
le transport mecanique de la matiere ponderable. 
(Commissaires : MM. Plateau et Duprez.) 




RAPPORTS. 



La classe , apres avoir entendu ses Commissaires, 
MM. Martens et Morren , ordonne 1'impression du me- 
moire de M. Kickx, intitule : Recherches pour scrvir a la 
flore cryptogamique des Flandres. Quatrieme centurie. Les 
trois centuries precedentes ont etc imprimees deja dans 
la collection des Memoires. 

- Sur la proposition de MM. Crahay et Quetelet, la 
:lasse a egalement ordonne 1'impression du Memoire sur 

tremblements de terre ressentis dans la Peninsule 
wco-llellenique et en Syrie , presente, ^a la seance du 
l cr juillet 1848, par M. Alexis Perrey, professeur a la fa- 
culte des sciences de Dijon. 

- M. Melsens, nomme commissaire pour Pexamen 
des differentes notes de M. Vloeberghs, au sujet de la 
teinture de la laine, fait connaitre que ces memcs notes 
onl etc communiquees, depuis leur presentation , a une 



aulre socicte savaulc. L' Academic, du rcstc, n'a pas rec,u 
les rcnseigncmenls nouveaux qui avaient etc promis par 
1'auteur. En consequence, clle sc declare dessaisie de la 
question , et decide que les pieces deposces scront rcn- 
voyees a M. Vlocbcrglis. 

Awcndcment du sol. -- La classe, apres avoir enlendu 
ses commissaires , MM. Martens, Morren , et Ad. De 
Vaux, a adopte le projet de redaction suivant, formule 
par M. Martens, en reponse a une dernande anterieure- 

ment faitc par M. le Ministre de 1'interieur : Nous 

avons 1'honneur de vous faire observer, qu'avant de pou- 
voir tracer le cadre des etudes a entreprendre pour la re- 
cherche et I'exploitation des matieres proprcs a servir 
d'amendement , il faudrait connaitreexactement les terres 
incultes de la Belgique, leur etendue, leur qualile, et, 
si possible, la nature des obstacles qui se sont opposes 
a leur defrichement. Les autorites commnnalcs, les agro- 
nomes ct les ingenieurs du cadastre pourront fournir a 
cet egard les renseignemenls les plus complets. Quand les 
causes de la sterilite du sol seront connues , si clles tien- 
nent a la nature du terrain, il sera facile d'indiquer les 
amendemcnts susceptibles dc Fameliorer, ainsi que M. De 
Koninck 1'a amplcment developpe dans le rapport qu'il a 
lu a 1'Academie, dans la seance du 5 juin dernier, et qui 
vous a ete communique. 

Mais, pour decider si de pareils amendements sont 
applicables, il faut, en general , qu'on puisse les rencontrer 
dans le voisinage des terres a amender, et que leur exploi- 
tation ne soit pas trop couteuse. Or, c'est au geologue a 
rechcrclicr ou a signaler 1'existence des amendements dans 
les lieux dont le sol reclame des ameliorations, et pour 



cnl 



( It") 

ccla, il faut, comme Tun dc nous 1'a fait observer dans 
un rapport presente a 1'Academie le l ep aout 1840, que ie 
Gouvernement fasse executer, dans les principales loca- 
liles, des forages jusqu'a une profondeur de 50 metres au 
besoin. a On saurait alors, s'il y a des couches de marne 
calcaire, et meme d'argile, qui pourraieut elre avanta- 
geusement exploiters pour les amendements du sol; s'il 
y a des eaux jailiissantes ou simplement mon (antes qui 
pourraicnt servir a des irrigations; s'il y a des couches 
d'argile impermeables a percer pour donner un ecoule- 
inent aux eaux stagnanles. (Bulletins de I' Academic, 
184G, tome XIII, 2 partie, page 1(50.) 

Le Gouvernement a parfaitement compris I'uiilile de 
es forages, puisqu'il a charge de ce travail un de nos 
eclogues les plus dislingues, M. A. Dumonl, qui s'en oc- 
pe en ce moment avec beaucoup d'aclivile, ct espere 
pouvoir terminer ses recherches avant le mois de novem- 
bre prochain. Quand son travail aura ete rernis, ce sera 
alors a une commission d'agroriomes et d'ingenieurs a 
decider quels sont les endroits oil il conviendra d'entre- 
prendre les travaux necessaires a ramendement; c'est a 
eux a indiquer la maniere dont ces travaux doivent etre 
stitues, et meme a regler tout cequi concerne la mise en 
llure des lerres ainsi amendees. En tout cas, il nefaudra 
s perdre de vue les depenses que ces travaux doivent 
occasionner, el calculer d'avance si elles seront amplement 
uvertes par la plus value qu'aura acquise le sol ainsi 
amende. Sans ces precautions et en se livrant a des tra- 
vaux dc defrichement incohsideres, le Gouvernemeut se- 
rait expose a des pertes considerables sans meme atteindre 

Ibut. C'est ce qui est arrive a beaucoup de particuliers 
i, dans plusieurs endroils du pays, ont du abandonner 




(118) 

des travaux de defrichemeut qu'ils avaiententrepris trop a 
la legere, apres avoir sacrifie en pure perte des capilaux 
considerables. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Sur une anomalie apparente dans les reactions Electriques ; 
par M. J.-G. Crahay, membre de 1'Academie. 

Dans une note presentee a la seance du l er avril der- 
nier, M. Maas annonc.a(1) qu'il ferait connaitrelescircon- 
stances dans lesquelles deux e'lectricite's de noms opposes ne 
s'attirent pas, mais, au contraire, se repoussent. Je m'etais 
engage (2) a examiner avec attention les experiences qui 
devaieritconstater cette anomalie importante et non obser- 
vee jusqu'id dans la loi des reactions electriques. Quand 
j'ai vu ce travail, communique a la seance du 5 juin (3), 
j'ai rcconnu que Texamen que je m'etais propose de faire, 
etait devenu inutile, puisque I'auteur etait conduit a la 
conclusion, non pas qu'une inversion dans les actions 
electriques pent exister reellement, mais que, dans quel- 
ques circonstances, elle peut etre simulee; de sorle que, 
si Ton n'y prend garde, le mouvement des electroscopes 



(1) Bulletin, page 280. 

(2) Page 283. 

(3) Page 605. 



( 119 ) 

est sujet a couduire a ties erreurs(i). Or, ces inversions 
apparciilcs dans les signes electriques sonl connues de tous 
les physiciens, et elles s'expliquent d'une maniere simple 
et evidente. 

Quant aux conclusions que M. Maas deduit des expe- 
riences rapportees par lui, ce sont les seules , en effet, 
qu'il soil permis d'en tirer , vu la complication de 1'appa- 
reil employe, el dans lequel la piece principale, la colonne 
scene de Zamboni , ne par tags pas, en egal degre, la sensi- 
bilite et la surete de Vindication t ainsi que 1'auteur a soin 
de 1'annoncer au commencement de sa note; en outre, 
1'appareil lui a montre la necessite d'user de certaihes pre- 
cautions , a def'aut desquelles il presentait de idles bizar- 
reries qu'il fut inutile de s'y arreter (2) . 



, 

et s\ 



e sur la conservation des hois, des cuirs, harnais, etc., 
et sur quelques phe'nomenes de coloration; par M. Mel- 
sens , correspondant de 1'Academie. 

Dans la seance du lOavril 1847, j'ai lu une note sur la 
conservation des bois; cette note a ete retiree a la suite 
d'une discussion , car je crus ne pas devoir irisister pour 
en demander Timpression dans le Bulletin; 1'Academie 
comprendra ma reserve; en effet, j'etais interesse dans la 
question, ayant permis a des amis de prendre des brevets 
d'invention en France, a la condition toutefois qu'il n'en 



(1) Page 6 10. 
Pafje G09. 



( liO ) 

serait pas pris en Belgique; ccs brevets sont tombes clans 
le domaine public. 

J'ai choisi , pour presenter le memoire a la redaction 
duquel je travaille, la societe savante a laquelle on a en- 
core, dans ces derniers mois, c'est-a-dire en 1848, pre- 
sente des precedes decritsdans les brevets de 1845. 

Les experiences que j'ai pu faire depuis ma note du 10 
avril n'y ont rien change, quant au fond; qu'on me per- 
mette d'en extrairequelques points principaux ayant trait 
surtout a la conservation des billes on bois enfouis. 

1 En suivant les indications des brevets de 1845 ou de 
la note de 1847, tout porle a croire que les essences com- 
munes, bouleau, lielre, cliarme, etc., soit injectees par- 
tiellement, soit injectees completement, serviront tou- 
jours pour les usages des chemins de fer; que les billes, 
ainsi preparees, remplaceront avec avantage le chene, qui 
commence a manquer sur les marches, et qui, du restc, 
s'injecte mal par la plupart des precedes. 

2 Toutes les substances fixes insolubles dans 1'eau , 
inalterables par 1'air et J'humidile, fusibles a une tempe- 
rature qui ne depasse pas celle a laquelle les bois se dele- 
riorent, goudrons, bitumes, cires, huiles fixes, colo- 
phane, etc., ou leur melange, sonl les plus convenables. 

5 Lorsqu'on injecte une bille en alternant les efiels des 
chauffes et des refroidissements, on peut la penetrer com- 
pletement ou partiellement par des substances conserva- 
trices; il est loujours convenable de finir par des sub- 
stances solides a la temperature ordinaire, afin qu'elles 
puissent boucber tous les meats les plus exposes a 1'air et 
a rhumidite. 

4 Lorsqu'on se contente d'injections partielles, qui 
sont assez souvent sullisantes, il fau.l absolument main- 



tenir 1'integrile de la bille, c'est-a-dire qu'clle doit avoir 
rec.u, avant de I'lnjectcr, la forme complete sous laquelle 
elle servira. 

5 Quand 1'iujection n'est quc partielle, elle se fait tou- 
jours dans le meme sens, de la memo maniere; en un 
mot, elle suit la meme route que la deterioration; de fa- 
c.011 que lorsque celle-ci commencera, cl!e devra d'abord 
passer par-dessus les portions injectees et conservees avant 
d'arriver au bois a detcriorer. Quand on examine compa- 
'alivement une bille injectee partiellement et une bille 

voie de deterioration, on peut faire leur description en 

ployant, pour la premiere, ie mot injection, pour la se- 

nde, le mot deterioration. II n'y a jamais d'exception a 

tte observation. 

C L'injection s'obtient aisement par les precedes Ires- 
pies que j'ai preconises : employer la cbaleur comme 
dissolvant des matieres conservalrices, se servir de la con- 
densation de la vapeur d'eau produile a une temperature 
elevee comme force mecanique. Dans beaucoup de cas, la 
haleur perdue des fours a coke pourrait s'utiliser. 

7 Quand on carbonise des billes pour les conserver, 
il faut encore, et surtout dans ce cas, qu'elles aient rec.ii 
leur forme complete. En carbonisant dans des goudrons 
ou matieres analogues, le goudron, etc., boucbe lous les 
pores du bois; la carbonisation pure et simple laisse tout 
1'interieur des billes accessible a Tair et a 1'liumidile. 

8 Les billes deteriorees de nos chernins de fer n'ont, 
on peut le dire, aucune valeur quand elles sont mises hors 
de service, landis qu'une bille hors de service, mais in- 
jectee dc goudron, servirait comme bois a bruler; sa va- 
leur augmcnterait en raison de toute la valeur venale du 
goudron qu'elle renlermc. 



( 122 ) 

9 Un grand avanlage de Pinjection par les matieres 
goudronneuses coiisiste dans 1'cmploi qu'on pent faire de 
bois en grume, equarris, verts, desseches ou ayant subi 
des preparations quelconques; j'ai meme injecte des bois 
en voie de deterioration. 

J'ai cm devoir porter plus d'attention qu'on ne Ta fait 
generalement, a la maniere dont les billes se deteriorent; 
je crois qu'une elude complete de toutes les circonstances 
qui inlerviennent pour mettre une billc hors de service, 
amenerait infailliblement a la solution de cette vaste 
question de la conservation des billes, ou au moins des 
recherches faites avec soin, et determinant sous tous les 
rapports le pourquoi du mal, rendraient un immense 
service. 



Les bois soumis a des influences ammoniacales offrenl 
nneparliculariteremarquable, commeM.Payen Ta observe 
dans les fabriques de carbonate de plomb (Annales de chi- 
mie etde physique, t. XVI, p. 251). 

Le bois de chene, mais non 1'aubier, prend, sous 1'in- 
fluence du gaz ammoniac une coloration intense et en 
assez peu de temps; cette coloration peut servir a montrer 
les conditions prindpales qu'il faut realiser pour main- 
tenir une bille dans un bon etat de conservation, alors 
qu'elle a ete soumise a des procedes d'injection qui ne 
remplissent pas les vides du bois d'une fa^on complete et 
dans toute son etendue; cetle coloration, resultat de 1'ac- 
tion du gaz ammoniac et de Fair bumide, se produil tou- 
jours dans le meme sens que les deteriorations observees 
sur les billes hors de service; or, sur les chemins de fer, 
la deterioration provient surtout de 1'actiou de 1'air hu- 






( 123 ) 

mule de i'eau ; les gaz ammoniac, air ct vapeur d'eau 
pcuvenl certaincment passer la ou 1'eau ne passe tres- 
probablement pas; de facon que les echantillons que 
je presente a 1'Academie, ont ete obtenus dans des cir- 
constances defavorables a ce que je cherche a demon- 
trer. 

Tous les echantillons que je presenle ont ete obtenus 
en les soumettant a de 1'air charge de gaz ammoniac hu- 
mide, pendant 48 heures; ils presentent une forme gros- 
siere de bille, excepte qu'a 1'un des bouts, les trous 
destines a recevoir la cheville , sont places de travers au 
lieu d'etre places dans le prolongement de la ligne lon- 
gitudinale. La coloration brune du premier echantillon 
s'etend tres-loin dans 1'interieur de la bille dans le sens 
longitudinal, tres-peu dans 1'autre sens, et cela se presente 
partout comme le prouve Taspect exterieur. 

Mais cetle deterioration artificielle est surlout remar- 
quable par un trail de scie qui descend plus has qu'un 
des plans du coussinet; ce simple trait de scie a provoque 
la deterioration de loute la portion de bois sur laquelle 
repose le coussinet, mais seulement dans le prolongement 
des fibres longitudinales mises a nu; a peine le bois, qui 
se trouve sous 1'autre coussinet, est-il atteint. Une mala- 
dresse aura ete cause qu'en peu de temps le coussinet, 
reposantsur du bois pourri et cedant, fera rejeter la bille 
entiere. Ce seul echanlillon peut, a lui seul, resumer 
toutes les directions de la deterioration que je decrivais 
1'an dernier, sur des echantillons pris au hasard dans un 
tas considerable de billes hors de service. 

Le second echantillon a ete preserve, a 1'un de ses 
bouts, de 1'action du gaz ammoniac par un verms epais 
de colophane. Malgre cela, du cote du bout preserve, toute 



( 124 ) 

la portion tie bois au-dessus du plan du coussinet est 
coloree, Fair et le gaz ammoniac humides ayanl pu entrer, 
par les fibres coupecs pour marqucr la place du coussinet, 
ni phis ni moins que de 1'autre cote ou il ne se trouve 
aucune reserve. 

Les Irous des chevilles ont aussi e'le mis a 1'abri d'un 
cote; tout le bois est conserve autour de ces trouset dans 
tous les sens. De 1'autre cote, les trous n'ont pas e'le enduils 
dc vernis, aussi voit-on one longue trainee brune dans leur 
prolongemcnt; mais cettc trainee n'atteint guere que les 
fibres coupees et marcbe toujonrs dans le sens de la lon- 
gueur de la bille. En nn mot, la deterioration se ferait 
dans une bille pareille, cxactement com/me si on riavait mis 
a I'abri que les trous des chevilles et la portion de bois qui 
se Irouve place'e dans le prolongement des fibres sur lequel 
repose le coussinet. 

Le troisieme echantillon nous donne 1'exemple d'une 
bille mise a I'abri partont, excepte aux entailles qui se 
praliquent pour placer les coussinels, ainsi que les trous 
des elievilles. Une bille pareille sera mise bors de service, 
parcequ'elle se deteriorera dans le prolongement de loutes les 
fibres atteintes. Somme toule, 1'injection aurait ete tres-peu 
ulile. 

Un autre echantillon a ete mis a I'abri sur toutes les 
sections perpend iculaires a la longueur de la bille; aussi 
la coloration a-t-elle fait peu de progres, et une bille pa- 
reille resislerait tres-long temps; car dans le sens transver- 
sal la deterioration se fait lentement. 

L'echantillon qui suit a ete preserve seulement aux deux 
bouts, et la coloration qui s'y observe, se deduit de ce que 
nous avons dit pour le deuxieme et le troisieme. 

Le sixieme echantillon est mis a I'abri sur toutc sa 






obse 
<1 1 ' 

" 



o 

n 







( 1-25 ) 

surface; il ify a que Ics Irons tics ciievilles qui sont de- 
garnis do vcrnis; lout ce qui sc Irouve dans leur pro- 
longement est bruni par Faction de 1'ammoniac et de Fair 
humidcs. Toule I' injection exterieure d'une bide pareille 
serait peu ulile; car le hois se pourrissant dans le prolon- 
gernent dcs fibres, sera biciitut delruit eiilre les deux trous 
dcs chcvilles, qui ne (Ixeront plus le coussinet; peut-etre 
memo la bille finira-t-elle par se fend re jusqu'a la lete de 
la bille. J'ai tres-souvent vu des billes hors de service 
fendues ainsi dans le prolongement des chevilles, ou bien 
elles cedaienl a nn leger effort; bien entendu que, dans les 
rvations de ce genre, il faut tenir comptc des fentes 
qui pourraient etre produites par la cheville agissant a la 

con d'un coin. 

Dans le septieme echantillon, tout a etc mis a Fabri, aussi 
le bois est vierge partoul. S'il y a quelques exceptions 
quand on examine attenlivement ces echantillons, on 
s'apcrgoit bientot que ces exceptions coniirment la regie. 

Le huitieme echantillon partiel lenient injecte par du 
goudron, montre parfaitement Fidenlile de la marche de 
'injection avec les exemples de deterioration. 

Ces exemples prouvent enlre aulres qu'en oubliant une 
seule condition de conservation, les billes peuvent ofl'rir, 
bien qu'injectees, des cliances de deterioration qui ren- 
ent souvent inutiles des frais considerables. 

On pent faire avec le bois de chene, soumis a Finfluence 
du gaz ammoniac et de Fair humides, une experience 
qui montre combien est rapide cetle deterioration qui 
marche dans le sens de croissance de Farbre, et avec 
quelle difliculte des corps, meme gazeux , passent d'une 
fibre a Fautre dans le sens contraire, action importante 
a etudier au point de vue de la physiologic vegetale. 



On ecrit en gros caracteres un nom sur une tele de 
chene, en employant, pour faire les lettres, un vernis 
epais de colophane et d'essence de lerebenthine qu'on 
applique a chaud. On place ce cote ecrit au-dessus d'un 
vase an fond duquel il y a de rammoniaque liquide et qui 
se trouve presque hermetiquement bouche par le bois. 
Le gaz ammoniac agit sur toute la portion de bois qui 
entoure les lettres et penetre dans le bois qu'il colore, 
mais il entre a plusieurs centimetres de bas en haul, 
tandis qu'il ne fait qu'un tres-petit trajet de droite a 
gauche ou d'avant en arriere, d'apres la disposition des 
lettres, qui sont reservees en blanc; en enlevant succes- 
sivement des tranches, on retrouve le nom ecrit en blanc 
dans Finterieur du bois, car Faction de rammoniaque a 
bruni tout ce qui entoure les lettres; lorsque au con- 
traire on reserve par du vernis toute la portion de bois 
qui entoure les lettres, le nom se trouve ecrit en noir ou 
en brun fonce. Les echantillons que je presente onl ete ob- 
tenus par une exposition a rammoniaque pendant 48 
heures. 

Quand on ecrit des noms de la meme maniere et de la 
meme grandeur sur une planche de chene, ils apparais- 
sent d'abord, disparaissent ensuite ; enleve-t-on la planche 
lorsqu'ils sont parfaiternent dessines, il suffit d'user un 
pen la portion ecrite pour faire tout disparaitre. 



L'etude de Faction de Fammoniaque sur le bois de 
chene, peut elre utile aux arts, a Findustrie et a Fagri- 
culture. 

Un objet en chene neuf, soit meuble, soil sculpture, etc., 
acquiert par Fexposition aux vapeurs ammoniacales hu- 



( 147 ) 

midcs, 1'aspect que le chene acquiert en vicillissant natu- 
re! Icmcnt par son exposition a Fair ; on est maitre de 
donrier toules les leiutes irnaginables, comme le montre 
la vSerie d'echantillons que je presente, en variant la 
duree des experiences, la temperature, les composes am- 
moniacaux volatils ; ainsi dans une des deux sculptures 
anciennes mises sous les yeux de 1' Academic, il y a 
cinq pieces neuves, et cependant il est si difficile de le 
reconnailre, que la plupart des personnes s'y trompent. 

S'il est vrai que 1'action de I'ammoniaque de Fair in- 
vienne dans les teintes si riches que certaines sculp- 
es presentent, on serait maitre ainsi, en imitant les 
precedes de la nature, de vieillir les meubles de plusieurs 
siecles en quelques heures. 

Independamment des circonstances climateriques, du 
sejour a la campagne , a la ville, dans des temples, dans 
des maisons particulieres, etc., la couleur acquise par 
les sculptures vieillres naturellement depend en grande 
partie des angles faits par la disposition du dessin ; les 
badigeonnages realisent difficilement cette condition. 

La couleur du fauteuil sculpte, sortant des ateliers de 
M. Pelseneer, a ete obtenue en 12 heures environ : c'est 
la couleur des objets des XIV e et XV e siecles ou environ. 

La couleur du chene jeune peut se transporter sur 
d'autres bois; il en est de meme de beaucoup de matieres 
incolores que Faction de I'ammoniaque colore. On peut 
arriver a quelques resultats de coloration qui me parais- 
sent applicables aux bois, aux teintures, a 1'application 
de couleurs sur tissus par la vapeur, aux papiers 
peints, etc. Je reviendrai plus tard sur ces phenomenes. 



Mais il y a dans 1'action du gaz ammoniac et cle 1'air 
sur Ics matieres organiques, un fait qui mcrite toute 1'at- 
tention de 1'agriculture. 

L'acidc tannique, soumis a I'iufluencc d'uu execs dc 
base, se modifie par une combustion en tout analogue a 
celle qui se passe sur les matieres organisees qui traver- 
sent 1'cconomie animalc en passant par le sang, comme 
M. Chevreuil 1'a prouve depuis longlemps pour 1'acide 
gallique. 

Vient-on a soumeltre la combinaison d'acide tannique 
avecles matieres animalesdes pea ux, les cuirs, en un mot, 
a Faction du gaz ammoniac et de 1'air , ils se modificnt 
tellement sous cette influence, que des cuirs neufs, et d'ex- 
cellente qualite, sont rendus cassanls et de tres-mauvaise 
qualite en quelques jours d'exposition , parfois en quelques 
heures. Dans tous les cas, leur nuance naturelle change a 
vue d'ceil et acquiert la teinte brurie des cuirs vieux. La 
rapidite de la deterioration depend des qualites des cuirs, 
des modes de corroyage, etc... Je m'occupe de cette etude; 
mais cependant on pent deja s'assurer, sur les echantillons 
que je presente, de 1'influence pernicieuse que des emana- 
tions ammoniacales doivent exercer sur les harnais; car 
quclques-uns de ces echantillons sont aussi cassants et 
aussi deteriores que s'ils avaient servi pendant plusieurs 
annees; aucun d'eux n'a cependant ete expose aux emana- 
tions d'ammoniaque pendant plus de quatre jours. 

II faudrait done conseiller a 1'agriculture de pendre les 
harnais partout ailleurs que dans les ecuries, leur place 
habituelle. Un cultivateur intelligent ne devrait jamais 
permettrc que ses ecuries degagent cette odeur d'ammo- 
niaque qui est un fait general, et cela pour plusieurs 
motifs. 



E 



( 1-29 ) 
L'agriculture, en eilet, I'ait Irois pciles par cctlc sculc 

negligence : 

Perte d'ammoniaque, principe essenliel de 1'cngrais, 

done perte de fumier. 
Perte de harnais en n'evitant pas une des causes de leur 

deterioration. 

Perte, par suite de maladies on de morlalilc parmi 

scs animanx, causees par 1'insalubrile plus que probable 

d'ecuries malpropres. 
II y a dans ce seul fait de 1'action deteriorante des de- 

gagements ammoniacaux sur les cuirs, une question im- 

portanteaetudier pour I'agriculture, pour 1'armee meme, 

et, en general, pour les industries qui font usage de cuirs. 
Levoisinage de degagements abondants d'ammoniaque 

doit etre evile lorsqu'on cherche a obtenir des cuirs peu 
lores, comme certains commerces Texigent; on pent, au 
ntraire, amener de legers degagements d'ammoniaque 
r des cuirs peu colores, si cela peut leur procurer une 

qualite marchande. Tel est le cas des gros cuirs anglais. 
On comprend de suite Timportance que cette action de 
mmoniaque peut avoir dans les tanneries; peul-elre 
rvira-t-elle a expliquer et a cviter les mecomptes, les 
omalies qui se presentent parfois dans cette vaste in- 
ustrie. Je serais heureux si 1'etude des fails que je signalc 
uvait etre utile, et je le crois, aux personnes mieux pla- 
sque moi pour 1'etudier. 



TOME xv. 



( 150 



Sur la cristallisation de la fonte truitee; 
par M. Ed. Montefiore Levi. 

On sail que les hauls fourneaux, en marche reguliere, 
peuvent produire trois differentes especes de fonte qui dif- 
ferent essentiellement par leur aspect etleur caractere; ce 
sont : 1 la fonte grise, qui contient une forte proportion 
decarbone libre a 1'etat de graphite; 2 la fonte blanche 
(produite par surcharge), dans laquelle tout le carbone se 
trouve a i'etat de combinaison, et en troisieme lieu, la 
fonte truilee ou melee, dans laquelle ces deux fontes se 
trouvent a I'etat de melange. --Si un fourneau est en 
bonne allure pour la production de la fonte grise , en aug- 
mentant graduellement la proportion du mineral, eu egard 
a la quantite de coke, on rendra la fonte de plus en plus 
truitee; la quantite de fonte grise qu'elle contient diminuera 
graduellement, et, ilnissant par disparailre entierement, 
la fonte blanche sera produite; il y a done, entre la fonte 
grise et la fonte blanche, une serie intermediaire de fontes 
truitees, melanges en proportions variables de ces deux 
fonles. Ces fails sont tres-bien connus, et tous les auteurs 
qui ont traitedelamelallurgiedu fer en font mention ; mais 
j'ignore si aucun metal lurgisle a encore remarque que les 
fontes grise el blanche ne sont point simplement melangees 
dans un ordre irregulier et accidentel , mais, au contraire, 
qu'il y a dans les fontes truitees des traces bien evidentes 
deformation reguliere etpolyedrique, dans laquelle lafonle 
grise parait s'etre cristallisee entouree de fonte blanche, 
laquelle se serait deposee en couche d'epaisseur variable 
aulour d'un solide regulier en fonte grise servant d< 
noyau. 




( 131 ) 

Tai examine, an moyen d'une forte loupe, un grand 
nombre d'echantillons de fonle truitee, les uns provenant 
de ces petits culots fondus qu'on obtient en faisant par la 
voie seche les essais de mineral de fer, et les autres des 
f'ontes de hauls fourneaux. Dans lous j'ai remarque que la 
fonte blanche offrait 1'apparence de polygones entasse"s et 
faisant 1'effet de lignes blanches tracees sur un fond de 
fonte grise; les formes les plus frequentes de ces polygones 
sont des hexagones reguliers, des pentagones, des rectan- 
gles, et parfois, mais rarement, des oclogones reguliers. 
On aperc.oil sou vent des facettes blanches dans lesquelles 
cependant il n'est pas facile de reconnaitre une forme re- 
guliere. La structure polygonale s'aperc.oit le mieux dans 
les fontes ou la fonte grise predomine; si, au contraire, 
la fonte blanche se trouve en quantite trop considerable, 
la structure polygonale s'efface par suite de 1'epaisseur des 
lignes blanches. 

Si les formes polygonales, ci-dessus indiquees, sont des 
tions en differents sens d'un meme solide, ce solide 
rait probablement cette modification du cube et de 1'oc- 
edre regulier dans laquelle les huit faces de 1'oclaedre 
nt des hexagones reguliers et les six faces du cube des 
carres ; car des sections de ce solide donneraienl ces diffe- 
nls polygones, et, en outre, la plupart des combinaisons 
du fer affectent des formes derivant du systeme cubique. 
Lorstjue la fonte est encore liquide, les deux fontes sont 
Tetat de combinaison ou de melange intime; elles ne 
se separent que par un refroidissement plus ou moins 
lent, en prenant une forme cristalline. Dans une gueuse 
e fonle, les polygones sont toujours plus grands a 1'in- 
icur qu'a la surface, probablement a cause du refroi- 
issement plus lent. 



13:2 



Observations sur Ics moours cJe la chenille processionnaire ct 
sur Ics maladies qu'occasionne chcz I'hommc ct Ics ani- 
maux cet insccte malfaisant ; par M. Charles Morren , 
membrc dc r Academic. 

Les cnlomologistes so ressouviennent du soin avcc lequel 
Reaumur, dans le second volume de ses Memoires, decri- 
vit les moBurs des chenilles processionnaires, ccs republi- 
qucs d'animaux devastateurs et dangereux, dont chaque 
famille pent se former et se forme en effet de six, sept ou 
huit cents individus (1). Heureusement pour nous, le 
Bombix proccssionea (Lin.) n'est pastres-commun toutesles 
annees en Belgique, mais en 1847 et cette annee 1'ayant 
observe en masse dans quelques localites, nous avons pu 
a la fois constater ses epouvantables dcgats et le soumet- 
tre a quelques observations particulieres qui, pour 1'bis- 
toire de ce (lean, ne nous semblent pas devoir etre per- 
dues. 

En 1847, le Bombix processionnaire (BOMBIX [Gastro- 
pacha] PROCESSIONEA Lin.) envahit une partie de la foret 
d'Hertogenwald, sur les confins de la Prusse, et y fit de 
grands degats aux chenes. La remarque de Reaumur, 
que cette espcce n'attaque que les arbres des lisieres et 
nullement ceux de 1'interieur des forets, ne s'y confirma 
malbeureusement pas du tout. Nous observances 1'cxij 



(1) Des chenilles qui vivent en societe pendant toute leur vie, d VOL 
sion desquelles on examine la cause des demanf/eaisons et des cuissons 
peauqui aontproduites par quelques chenilles. (MEMOIRES POUR SKUVIR 
L'HISTOIRE UESI^SKCTES, par M.dc Reaumur, 175G, torn. II, pag. 179.) 



( 135) 

Icnce des amasdc chenilles jusqu'au centre memo des mas- 
sifs tres-etendus de chenes. Nous faisons ici 1'observation 
quo le chene, qui constilue Tessence principale de cetto 
foret, est le Qucrcus robur, on chene rouvre. Reaumur nota 
que ce sont surtout les grands chenes qui sont attaques par 
cet insecte, ce qui s'observe aussi a Herlogenwald; !e 
taillis elait a 1'abri de ses devastations. 

L'existence de la chenille processionnairc dans cette 
foret et la direction de ses degats dans le resle de la Bel- 

E'quc, donnaienl, en 1817, Fidee que c'etait une veritable 
nigration qui s'etait jele de 1'Allemagne sur notre pays et 
rait marche de 1'oucsl vers Test. 
Cetle annce 1848, nous nous criimes a I'abri de rot 
secte ne'faste. II n'en fut pas ainsi. Au mois de mai lou- 
fois, nous ne nous aperc.umes guere de son existence; 
mais le 19 juin, allant herboriser avec les Sieves de la 
aculte des sciences de 1'Universite de Liege, aux environs 
e Maestricht, et nolamrnent a Lanaeken et Pesersen, oil 
mmencent les landes de la Campine limbourgeoise , 
ous relrouvames une veritable emigration de chenilles 
rocessionnaires marchant d'un arbre a un aulre. Ce 
spectacle e'tait veritablement hideux, et nous etions pro- 
bndement e'tonnes que Tincurie des cultivateurs put 
Her au point de ne pas detruire des amas de chenilles 
evastalrices , gros comme des teles d'homme, et des 
roupes de ces immondes insectes longues de quinze et 
vingt pieds, marchant en ordre de bataille a la conquelo 
'une proie nouvelle. Ici, c'elait le chene blanc qui en 
tail allaque, le Qucrcus pedunculata, beaucoup plus e'leve 
ue le chene rouvre et plante principalemerit le long 
es champs en rideaux. Nous demandames a un cultiva- 
ur pourquoi il n'olait pas ces nids immenses, alors sur- 



( 134) 

tout qu'il etait reconnu que la poussiere de ccs nids 
occasionnc de grands maux aux chcvaux, aux vaches, aux 
moutons ct a I'homme lui-meme. Ce cultivateur nous re- 
pondil dans son impassible sang-froid , que ces chenilles 
etaient envoyees du Ciel pour faire mourir les arbres que 
les proprietaires font planter le long des champs, au pre- 
judice des cultures des locataires, et qu'ainsi, il se serait 
bien garde de les detruire. Ce fait mcrite d'etre public 
et connu, parce qu'il nous fait connaitre pourquoi les dis- 
positions legales sur 1'echenillage sont si peu observees 
dans notre pays, et combien il serait necessaire que les 
proprietaires eussent particulierement a en surveiller 1'ob- 
servance sur les plantations qui leur appartiennent. 

Reaumur a decrit avec de minutieux details les mo3urs 
de rette singuliere chenille; nous ne ferons done pas la 
description de tous les phenomenes dont nous avons ele 
temoin. Notre intention est settlement, ou de rectifier 
quelques erreurs dans lesquelles ce grand naturaliste est 
tombe, ou de compleler la relation si interessante qu'il 
a consignee dans ses Memoires par quelques observations 
speciales. 

Ainsi , Reaumur dit que les troupes de la chenille 
processionnaire se forment d'une premiere serie ou une 
seule chenille marche isolee, suivant une autre, jusqu'a la 
premiere, qui est le general de la republique. Apres cette 
serie formee de chenilles marcharit urie a une, en vient 
une autre ou elles marchent deux de front sur une cer- 
taine etendue de la bande, puis vient une serie de trois, 
puis unede quatre, de cinq, et ainsi successivement jusqu'a 
liuit au plus. Ce fait est generalement exact; seulement, 
dans les bandes qui. a Lanaeken, mesuraient jusqu'a vingt 
picds de longueur, le general qui marchait en tete etait 



ut 
vi< 



(135) 

toujours unique, mais la serie dcs chenilles marchant une 
a une, deux a deux, trois a trois, est toujours fort courlc, 
de maniere qu'a une petite distance du general unique, 
1'arme'e est deja formee de pelotons qui comptenl dix, 
douze, quinze et vingt chenilles de front. 

Un corps d'armee remontait un de ces malheurcux 
chenes dont les cimes ne presentaient deja plus que des 
squelettcs de feuilles reduites a leur fibre mediane; un 
autre corps d'armee le descendait. L'une de ces armees 
marcha sur 1'aulre, la traversa en croix sans qu'aucune 
d'ellcs parul le moins du monde s'apercevoir de cette 
irconstance : I'inslincl qui conduit ces chenilles les unes 

la suite des autres, est tellement puissant, qu'elles de- 
iennent indifferentes a toules les circonstances exte- 
ricures. 

Lorsque les chenes d'une lisiere n'ont plus de feuilles, 
es bandes passent les champs pour se rendre sur d'aulrcs 

bres plantes a distance. Une de ces bandes etait a tra- 
r un guerct de froment dans la direction d'un billon. 

Nous primes avec nous une masse de ces chenilles. Le 

ndemain matin, en en jetant devant nous 1'amas, ce- 

i-ci etait globuleux. II se passa une dizaine de minutes, 
pendant lesquelles les chenilles se tinrent en repos, puis 
une d'entre elles prit les devants; elle se constitua le chef 
de la bande et marcha librement; une seconde suivit, puis 
une troisieme, et ainsi de suite; 1'armee s'aligna et mar- 
cha en avant, mais une chenille qui presentait son pos- 
terieur au posterieur d'une autre, sembla se sentir mal a 
1'aise; elle marcha de cote; une autre s'intercala en la 
suivant, et ainsi de suite; si bien que Tannee avail deux 
chefs, marchant en sens contraire. Le resultat fut que 
toules nos chenilles s'alignerent en une serie, de maniere 




( 130) 

qu'il y eut deux teles, avec deux contingents inegaux en 
nombre, Tun des contingents allant a droite, 1'autre a 
gauche; mais leur point de contact s'etablissant par deux 
chenilles qui se touchaient par leur panic poste'rieure. 
Comme 1'ane de Buridan, surpris entre deux boisseanx 
d'avoine, exergant chacun son attraction en sens inverse, 
toute la bande s'arreta, el quoi que nous attend issions 
et quoi que nous fissions, elle resta immobile, n'allant 
ni a droite ni a gauche. Force nous fut d'interrompre 
ce repos apres 1'avoir observe pendant pres d'une heure. 
Cette phase du phenomene de la sociabilite de ces che- 
nilles rcpublicaines n'a pas, que nous sachions , ele signa- 
lee par aucun observaleur. 

Un autre fait, non moins curieux, eut lieudevant nous 
et prouve qu'un etre malingre, mal bati et malheureux, 
sous le rapport physique, n'est guere predispose par la 
nature a commander a ses semblables. Dans notre pelolon 
dc chenilles, recoltees a Lanaeken, se trouvait un membre 
malade, petit, mince, court et molasse. Celte rnalheureuse 
chenille suivait dans la serie comme ses concitoyennes; 
nous nous avisames d'interrompre la marche au-dessus 
d'elle et de la laisser agir comme chef de file. II y eut 
une longue interruption dans la marche : toule 1'armee 
s'arreta, hesita, tituba, et iinit enfin par s'impatienter. 
L'impatience se lemoignait par des ondulations qui dc- 
venaient de plus en plus frequentes. La ligne se rompit: 
une chenille de la serie , bien portante , se separa comme 
nouveau chef de file, et les-autrcs suivirent. Celles en pelit 
nombre qui etaient restees a la queue de la petite chenille 
malade, allerentdedroitcetde gauche, et leur ex-comman- 
dant Iinit par suivre la lignc commune, en s'intercalant 
entre deux chenilles ordinaires. 



Le celebre forestier dc la Prnssc, M. Julius Ralzeburg, 
rautcur du bel ouvrage sur les inseclcs qui ravagent Ics 
bois : die Forst-Insecten, regretle (1) dc ne pas avoir en Ic 
bonheur (ce sont ses expressions) d'observer ces insectes 
a leur ctat de nature. II reproduit a leur sujet les remar- 
ques que M. Nicolai , forestier de Weslphalie, fut a memc 
de lui communique!*. Ces circonstances nous portent a 
cntrer dans les details qui n'ont pas etc observes par les 
rarcs auteurs originaux qui ont ecrit sur ce singulicr in- 
scclc. Un la it qui frappe toutes les person nes qui obser- 
vent ces processions de chenilles, c'est leur instinct de 
sc suivre exactement 1'une 1'autre en ligne droite. La pre- 
miere idee qui frappe presque tous les observateurs, pour 
expliquer cet instinct de la ligne droite, c'est que la tele 
le la seconde chenille se trouvant dans les poils qui ler- 
linent le corps de la premiere, im des poils lerminaux 
>rait saisi par la bouche de la chenille qui suit. M. Nico- 
a dcja examine cetle question. Or, nous avons observe, 
les ills et moi, que ces insectes sont parfaitement libres; 
mlement les poils terminaux du corps, qui sont fort longs, 
irment une espece de brosse ou de goupillon, dans lequcl 
iils se dirigent obliquement etdes deux cote's, par rap- 
rt a la tete qui y plonge, tete dont les deux faces late- 
iles sont ainsi frottees par les poils dans la marche 
mduleuse de la procession. Ce contact lateral pent fort 
)ien contribuer a maintenir la chenille dans la direction 
imprimee a la ligne par le general en chef, comme les rc- 
nes laterales maintiennent un cheval dans la voie. 
Les personnes qui connaissent 1'liisloire de quelqucs 



(1) Tom. II, p. 121. 



(188) 

chenilles dangcreuses cle noire pays, ne s'elonneronl pas 
de nousvoir aborder, ausujeldesprocessionnaires, un des 
fails les plus inleressants de renlomologie. Quand Reau- 
mur observa les mceurs des chenilles el papillons du 
Bombix processiorinaire, il ressenlit aux mains, enlre 
les doigts, stir la figure, el nolammenl aulour des yeux, 
des demangeaisons cuisanles : il ne pouvait plus ouvrir 
les paupieres que de moilie ; sa peau s'enflamma comme 
dans une fluxion; elle se couvril de laches rouges el de 
puslules. Gel elat dura qualre a cinq jours. Qualre da- 
mes qui observaienl avec 1'illustre naturalisle , sans lou- 
cher ni aux nids ni aux chenilles, furenl prises a dislance 
d'un mal semblable qui envahil leur cou el leurs epaules. 
II suflirail, a la campagne, de toucher avec une canne 
un nid de ces insecles , pour ressenlir les effels singu- 
liers de leur pouvoir. M. D'Ailly d'Amslerdam, M. Van 
Hall de Groningue, M. Sepp de Nimegue (1), M. Borckhau- 
son (2), M. Nicolai (5); en un mol, lous ceux qui onl ecril 
sur cclle maliere, out eprouvc les memes phenomenes. 
Lorsque les bergers, les conducleurs de boeufs, de pores, 
d'oies, elc., conduisenl les beles dans le voisinage des lieux 
infecles de processionnaires, ils eprouvent des eflels ana- 
logues; les bucherons, malheureusemenl pour eux, ne les 
connaissenl que Irop, lorsqu'ils abaltenl les arbres alla- 



(1) Voyoz : DE HAREN DKR PROCESSIK RUPSEN. fiydraycn tot de natuur- 
kundige wctenwhappen , torn. V, pag. 114. Dans la Revue bibliogra- 
phique des ^nnales des sciences naturelles, torn I, anneo 1850, j'ai rcndn 
compte en frangais dc ces ecrits hollandais. 

(2) Beschreibuncj der Europ. Scltmetterlingen, torn. Ill, p. 140. 

(5) Medizinischa und polizcilichc Riicksichten , dans le Forst-/nsecten 
de Ratzeburg , 2- vol. , p. 127. 



( 139) 

ques dc ces chenilles. Nicolai cite des chcvaux qui, s'etant 
Irouvcs dans la sphere d'action de ces insccles, prirent le 
mors aux dents, et moururent en courant comme des ani- 
maux furieux. Getauteur parle d'accidenls fort dangereux 
dont sont atteints les hommes qui ont le malheur de s'en- 
dormir sous des chenes envahis par les processionnaires, 
surtout a 1'epoque de leur metamorphose en insectcs par- 
fails. M. Borckhausen va plus loin : il trouve que le BomUx 
pilyocampa agit de la meme maniere que le BomMx proces- 
sioned, et il n'hesite pas a affirmer que, lorsque 1'influence 
deletere de ces insectes se porte a 1'interieur sur les pou- 
mons ou le canal digestif, la mort s'ensuit. Voila un sujet 

i merite une meditation toute particuliere. 

Lorsque le 19 juin, nous observances a Lanaeken les 
chenilles processionnaires, aucun d'entre nous n'eprouva 
le moindre symptome de maladie : le domestique qui porte 
dans mes hcrborisations mon bagage, delacha les nidset 
prit les chenilles pour les mettre dans une boite, sans 
eprouverle moindre mal; j'avoue du reste qu'il a la peau 
rude des travailleurs. Le lendemain , mes fils et plusieurs 
eleves du cours de botanique remuerent ces insectes qui 
faisaient leurs evolutions dans une serre sans ressentir 
la moindre atteinte. Ces chenilles furent depuis empri- 
sonnees et elles firent leurs cocons. Le 31 juillet, la scene 
changea. Un de mes enfants m'apporta le matin, au de- 
jeuner, un vase dans lequel un Bombix processionea etait 
passe a 1'etat parfait; il ouvritun instant le vase, 1'insecte 
y resta neanmoins , mais la vivacite avec laquelle je lui 
ordonnai de le fermer soudain, n'empecha pas les effets 
desastreux de se manifestcr : une demi-heure apres cette 
operation , mon fils cut toute la figure boullie, rouge, cou- 
verte de petechies ou flaques empourprees ; c'etait une 



( 140 ) 

phlegmasie bicn caraderisee. Lc Lord des yeux elail la 
par tie la plus maladc, le cou fut pris de meme, Ics mains 
et les bras furent en tames. Due demangeaison cuisante 
s'elendit sur toules les parties affectees. Quant a moi, je 
fus pris de la main et du bras gauche, le cote vers lequei 
s'etait trouve le vase au moment on il fut ouvert. Malgre 
cet avertissement , mon fils aine voulut experimenter par 
lui-meme : on porta le vase dans une chambre , il Fouvrit 
et se soumit volontairement a ['invasion du mal : il fut 
pris une derni-beure apres au men ton, a la gorge et aux 
mains. Quand on ouvrait le vase, on en voyait sortir des 
flocons nuageux, dont Reaumur a deja parle et auxqucls 
il altribue avec raison la cause du mal. iMa f'emme se sou- 
mit a Fexperience suivanle, car jusqu'alors elle n'avait 
pas ressenti les moindres atlcintes du mal : elle recul vi- 
siblement, sur 1'avant-bras, un de ces llocons en le sui- 
vant dans Fair, elle ne porta pas la main sur Fendroit 
infecle et attcudit patiemment les effets : une demi-bcure 
apres, la cuisson arriva, la peau se rubefia, et ici se re- 
presenta un phenomene dont INicolai a deja fait mention. 
Nicolai toucha de Fextremite du doigt un cocon , le mal s'y 
declara,mais bientot tout son corps futenvahi par sympa- 
tbie. Madame Morren , qui avait re^u un iloconsur Favant- 
bras, fut prise au menton et au con par le mal, mais beau- 
coup moins qu'au bras. La pblegmasie partielle et locale 
se maintint deux jours dans ses limites, mais le troisieme, 
tout le corps fut envalii de pelecliies rouges; il y cut un 
mouvement febrile. Nous laissames agir la nature, le cin- 
quieme jour apres Feiivabissement du mal, les phenomc- 
nes morbides etaient passes. 

On a propose des frictions avec Fluiile, le lait, des bains 
pour se debarrasser de celtc singuliere maladie, mais Fex- 



arm 



ii j 



perience prouve quo ces agents soul impuissarits. Reaumur 
sc guerissait promptemeiH par tics frictions avec du persil. 
Nous, nons avons abandonne le mal a la nature. L'in- 
ilammation a cesse au bout du deuxiemc ou du troisiemc 
jour chez mes enfanls, et je n'en ai conserve, pour ma part, 
que quelques pustules qui ne cesserent, pendant quelques 
jours, d'exercer un prurit desagreable. 

Reaumur a deja demontre que les grands poils de la 
nille n'occasionnent pas ce mal, bien qu'ils soient 
rmes de petites pointes laterales : il savait que ce sont 
les poils situes plus pres de la peau et qui se detaclient 
dans la transformation de la cbenille en chrysalide, qui 
form cut les parties dangereuscs. L'illustre observaleur 
donna une figure informe (Fun de ces poils et dessina 
comme organes, cause du mal, deux corps qui sont visi- 
blcment deux ecailles de 1'insecte parfait, organes tout a 
fait inoflensifs. D'ailleurs, ces observations se faisaient a 
une epoque ou les instruments d'optiquc etaient loin d'of- 
frir le perfectionnement qu'ils realiscnt actuellement. 
Je saisis done dans Pair un de ces flocons qui produi- 
nt les douleurs dont nous avons parle et auquel 
Borckhausen allribue le pouvoir, s'il s'en introduit de 
scmblables dans les voies respiratoires ou digestives, d'oc- 
casionner la mort : j'avais saisi ce ilocon, au moyen 
'un verre porte-objet de mon microscope, legerement 
ouille. Je portal incontinent le flocon sous Finslru- 
nt, et j'en donne ici une figure faite a la camera lucida , 
fin de dessiner exactement la structure. 
Qu'est-ce que ce flocon? c'est un amas de poils tres- 
ificrents en longueur, en figure, en grosseur et en 
uleur : on en voit de simples comme des cheveux, 
'aulres linemen t pointilles; ceux-la sont jaunes : les 



( 142 ) 

plus nombreux ont un canal interne dans lequel est unc 
substance qui n'y est dcposee que par intervalle. Par-ci 
par-la sont les fragments de polls coupes , et vers le mi- 
lieu du groupe, on voit ce que Reaumur a vu aussi, 
c'est-a-dire des ecailles du Bombix detachees de ses ailes 
et realisant ces formes diverses en palette, que lesento- 
mologistes retrouvent chez tons les lepidopteres. 

Le papillon parfait, soil male, soit femelle, pcut etre 
pris impunement entre les doigts et dans la main; ses 
ecailles se detachent fort vite, mais jamais il ne produit 
le singulier effet du cocon. De la on doit conclure que les 
ecailles ne sont pas des organes urticants, et puisque, 
dans un tlocon urticant, on ne trouve plus que des poils, 
force nous est de regarder ceux-ci comme les organes 
produisant ce douloureux effet. II est probable que les 
poils se brisent et entrent dans la peau. Reaumur affirme 
avoir vu un poil au centre de chaque phlyctene: c'est 
possible, mais nous nous sommes donne bien des peines 
pour repeter cette observation : nous n'avons rien vu de 
semblable. D'ailleurs, M. Nicolai admet la formation de 
ces centres d'irritation par sympathie, et alors certes on 
ne leur trouverait pas de cause materielle. 11 est d'ailleurs 
infiniment probable que ce sont des fragments brises de 
poils qui occasionnent le rnal, et ce qu'il y a de certain, 
c'est que les meubles, les objets quelconques qui ont 
regu ces llocons urticants, conservent pendant un temps 
tres-long la faculte de provoquer les demangeaisons 
dont il a ete question : tous les auteurs qui ont ecrit sur 
cette matiere sont d'accord a cet egard; nous pensons 
que cette faculte existe jusqu'a cc que les fragments de 
poils urticants existent eux-memes. Peut-elre la substance 
qui remplil par intervalles 1'inlerieur du poil, est-clle 



Bull.de i'Acad. 



TomeXV,2 me Part. 




Poils urticants et ecailles duBoml3ix(Gastropacha)processionea. 



, 




( 143 ) 

pour quelque chose dans le phenomena de 1'urtication, et 
1'excitation de la peau peut dependre de celte substance. 
II sera toujours fort difficile de decider cette question, 
mais ce qui reste avere dans tout ceci, c'est que le mal 
est produit par des poils speciaux. 
Nous n'avons pas besoin d'insister sur cette necessite : 
ue le Bombix processioned doit etre detruit partout ou il 
se trouve; et il est du devoir des autorites administratives 
d'y veiller par tousles moyensdont ils disposent. C'est un 
etre dangereux pour 1'homme et pour les animaux, c'est 
un insecte des plus destructeurs de la vegetation du 
ene. M. Ratzeburg a deja fait observer que la femelle de- 
sant ses ceufs dans les creux de 1'ecorce, on ne parvient 
ere a saisir ces oeufs. La chenille etant sociale, il vaut 
ieux la dctruire par le feu quand les amas, les nids ou les 
troupes sont en plein developpement. Cette destruction 
devrait se faire avec quelques precautions , puisque le 
mouvement de ces masses peut occasionner des maladies 
ves. On jetterait immediatement dans des feux de 
paille ou de chiendent les nids des chenilles. M. Nicolai 
igne la mi-mai comme epoque ou les chenilles appa- 
issent. Nous ferons observer que c'est le 19 juin que 
us les avons trouvees dans leur complel developpemenl. 
ns les premiers jours de juillet, elles se sont metamor- 
hosees en chrysalides et ont file leurs dangereux cocons , 
51 de ce mois; clans les premiers jours d'aout le papil- 
n s'est fait jour. Reaumur plac.ait cette evolution au 
5 aout. II serait curieux de suivre, vers cetle epoque, 
emigration de cet insecte, si nuisible a notre economic 
restiere et aux populations de nos campagnes (1), 

-.- - . . - _____ 

(1) Lorsquc j'ai lu la prosente notice a PAcademie, le 5 aout 1848, 



11IU 

". 




144 



PLANCH E. 



Ellc represente les poils uiiicanls el quelqucs ecailles du Bombix pro- 
ccssionea (Gaslropacha), formant un flocon volant dans Pair et provo- 
quant line nialailic speciale dc la pcau. 



MM. le vicomte Du Bus et Wesmael , qui s'occupent avec lant de succes dc la 
zoologic de Belgique, me firent connailre qu'ils n'avaient pas encore rencontre 
le Bombix proccssionnaire ni dans la province d'Anvcrs (M. Du Bus), ni dans 
Ic Brabant (M. Wesmael). Ce renseignement nc doit pas elre perdu de vue 
par Paulorite, car il fait presumer que cet insecle dangereux n'a pas en- 
core envahi la partie basse de noire pays, dependant, M. le baron De Mevius , 
vice-president du conseil superieur d'agriculture, m'a dit avoir observe la 
chenille processionnaire, il y a des annees, aux environs de Bruxelles, mais 
ne Tavoir plus vue depuis. Toutes ces raisons militent en faveurde promptes 
mesures a fa ire prcndre pour detruire ce Bombix devaslateur et malfaisant. 



145 



CLASSIC DES LETTRES 



Seance du 1 aout 1818. 

M. Ic baron DE GEKLACHE, directeur. 
M. Ic baron DE REIFFENBERG, faisant funclioii de secre- 
taire. 

Sont presents : MM. Cornclissen, Ic chevalier Marchal, 
Steur, le baron de Stassart, Grandgagnage, Roulez, Ga- 
chard, Ic baron J. de S l -Genois, De Decker, Snellaert, 
Carton, Schayes, Leclercq, membres; Bernard, De Witte, 
Arcndt, correspondents. 



CORRESPONDANCE. 



M. Galesloot fait parvenir line notice mariuserile ,str ^5 
antiquites belgo-romaines des environs de Bruxelles* (Corn- 
mi ssa ires : MM. Roulez, Schayes et Cornelissen.) 

- M. 1'abbe Carton, membre de 1'Academie, fait hom- 
mage de plusieurs notices, dont Tune concerne les trois 
freres Van Eyck. 

- M. Roulez prdsente dela part dcTauteur, M. Raoul- 
Rochctte, associe dc TAcadeinie, la premiere partie d'un 

TOME xv. 10. 



( 140 ) 

ouvrage intitule : Memoires d'archeoloyie coinparee asiati- 
que, grecquc el elrusque. Je me pcrmetlrai, ajoulc-t-il, de 
fixer ('attention de la compaguie sur cetle publication de 
1'illustre academicien de Paris, line des questions les plus 
irnportantes et les plus ardues de 1'etude de 1'anliquile 
coucerne les origines de la religion et de la civilisation 
helleniques. On a place leur berceau tantot dans la Grece 
meme, tantot dans 1'Orient. Parmi les partisans de ce 
dernier systeme, les uns les ont faitvenir de la Phenicie, 
tandis que les autres (et ils sont les plus nombreux) , adop- 
tant 1'opinion d'Herodote, les ont fait deriver de 1'Egypte. 
Dans la discussion de ceprobleme. on s'est jusqu'ici appuye 
presque exclusivement sur 1'autorite des textes anciens, et 
si, dans ces derniers temps, qtielqnes savants se sont 
servis des monuments figures, ils en ont fait un usage trop 
restreint. Ce sont les documents de ce dernier genre, do- 
cuments si surs et si veridiques, que M. Raoul-Rochette a 
principalement interroges. Son opinion estqu'il faut atlri- 
buer aux Pheniciens la plus large part d'influence dans la 
formation de la civilisation desGrecs,et qu'il fautrecon- 
naitre egalcment de nombreux elements asiatiques dans la 
civilisation de 1'Etrurie. Pour etablir ce systeme, il exami- 
nera dans une suite de memoires les principales divinites 
grecques dans leurs rapports avec les divinites correspon- 
dantes de 1'antique Orient. Le premier de ces memoires , 
celui dont 1'auteur fait hommage a 1'Academie, est con- 
sacre a FHercule assyrien et phenicien ; 1'importance que 
ce Dieu occupe dans les croyances religieuses de 1'Asie 
faisait un devoir a 1'auteur de lui accorder la premiere 
place dans ses recherches. Tout porte a croire, Messieurs, 
que, dans un avenir qui n'est peut-etre pas eloigne, le 
systeme de 1'origiue asiatique de la civilisation des Grecs 



( 147 ) 

sera universe! lenient reconnu comme clant le scul vrai ; 
a M. Raoul-Rochelte appartiendra 1'horineur d'avoir le 
plus conlribue a amener ce resultat. 



RAPPORTS. 



Sur une notice de M. Toilliez , concernant les antiquites du 
Hainaut. Rapport de M. Roulez. 

La notice soumise a notre examen se compose de 
deux parties. Dans la premiere , M. Toilliez signale des 
decouvertes d'instruments en pierre faites dans le Hainaut 
et venues a sa connaissance apres la publication dans nos 
bulletins de son memoire sur ce sujet. A ce propos, il a 
cru devoir indiquer 1'existence d'autres instruments sem- 
blables trouves en Belgique, mais connus d'ailleurs. Cette 
derniere indication, incomplete du reste,allongeant inuti- 
lement son travail deja un pen prolixe , me parait pouvoir 
etre retranchee sans inconvenient. Dans la seconde partie 
de sa notice, 1'auteur ajoute de nouveatix renseignements 
a ceux que renferment les deux memoires de M. Pin- 
chart sur des antiquites deterrees dans diverses localites 
du Hainaut. 

J'ai 1'honneur de proposer a TAcademie 1'insertion 
dans ses bulletins de ce nouvel ecrit de M. Toilliez. 

Ces conclusions, appuyees par M. Schayes , second 
commissaire, sont adoptees. 



( 148 ) 
COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Quelques mots sur le blason, a f occasion de la statue de 
Code/raid de Bouillon; par le baron dc Reiftenberg, 
membre dc 1'Academie. 

Je pric J'Academie de m'excuscr si je I'enlrctiens un 
moment du blason, lorsquc le blason semble si peu popu- 
laire et que tout le monde, petits et grands, sacrifie a 
1'idole de la popularile. Sans prelendre ressembler a 
riiommc austere que Lucaiii a range du parti des faibles, 
cc ne serait pas la premiere fois cependant que je me pro- 
noncerais en faveur d'une cause chancelanlc ou perdue. 

Mais la cause du blason ne Test pas encore : les demo- 
crates severes ou envieux, les Monlmorency an petit pied 
qui, par orgueil ou par calcul, le suppriment ou s'appre- 
lent a 1'abolir, le prisent fort au fond du coeur, en ce qui 
les regarde; d'ailleurs, le blason, quelle que soit sa des- 
tinee, sera toujours un moyen d'eclaircir ou d'interpreter 
Thistoire et 1'archeologie (1). 

C'est d'arcbeologie du moyen age que je veux parler 
dcvant une Academic qui a Tarcheologie dans ses attribu- 
tions particulieres. 

La belle statue de M. Simonis n'est pas encore exposee 
aux regards du public, mais Fecu de Godefroid de Bouillon 



(]) Voyez Revue britannique, 18oO, tome I de 1'edit. de Bruxelles, 
pp. 403-418 : Des armoiries et de leur importance historique. (Extraildu 
Q ua rle rly-Rev iew.) 



( U9 ) 

qne le maillot de serpilliere n'a pu cnvelopper , m'a laisse 
apercevoir qu'on y avait grave des armoiries : une fasce 
d'argent stir mi champ de gueules, represente par des lignes 
verticales. 

Get ornement, qui n'cmbellit point la statue et qui n'est 
point du fait de M. Simonis, coristitne, a mon avis, un 
anachronisme, el je vous le signale uniquement, Mes- 
sieurs, dans 1'espoir qu'on le fera disparaitre. II ne faut pas 
atlacher a un monument national un paradoxe bistorique. 

Des personnes de beaucoup de merite, anxqnelles celle 
remarque a ete soumise, ont repondu qu'il n'etail nulle- 
ment prouve que Godefroid n'efit point d'arrnoiries. La 
logiqne exigeait, me semble-t-il, qu'avant de lui en allri- 
buer, on prouvat qu'il s'en servait reellement. (I conve- 
nait de raisonner positivement et non d'une maniere ne- 
gative. 

J'ose affirmer, quant a moi, que Godefroid de Bouillon 
ne portail point d'ecu armorie. 

La question de Torigine des armoiries a ete trcs-con- 
troversee(i). Favyn fail cetle origine conlemporaine de 
celle du monde; Segoing se conlenle de remonler an de- 
luge en s'appuyant du qnalrieme livre des Annales cle Zo- 
nare, qui , par parenlhese , n'en a ecrit qne trois. 

D'aulres decouvrent les armoiries chez lesEgyptiens, les 
Hebreux, les Assyricns, les Grecs et les Romains. 

Sans parler d'Escbyle et de sa tragedie des Sept chefi 
devant Thebes, sans invoquer Homere, Euripide, ni Va- 
lerius Flaccus (2) , je me contenlerai d'alleguer quelques 



(1) J.-B. Chrislyn, jurisprud. heroica, Bruxelles, 1089, in-fol., 1, 74 
et sqq. 

(2) L'anciennele des symboles et des devises estabUe sur I'autoHte d'E$~ 



( 150) 

vers d'nn auteur familier a tous nos ecoliers, et d'ou il 
resulte que, chez les anciens, il n'etait pas rare de porter 
sur les casques, cuirasses ou boucliers, des figures, de- 
vises ou symboles qui se transmetlaient meme comme em- 
blemes de famille. Suivant Virgile , Aventinus portail sur 
son bouclier des serpents et une hydre, insigne de sesan- 
cetres : 

Victores ostentat equos satus Hercule pulchro 
Pulcher Aventinus, clypeoque insigne paternum f 
Centum angues cinctamque gerit serpenlibus hydram. 



Les Troyens, assieges par les Grecs, veulent prendre les 
boucliers de ceux-ci pour les tromper : 

Mutemus clypeos Danaumque insignia nobis aplemus. 

M. Granier de Cassagnac, dans son Histoire des classes 
nobles, va jusqu'a expliquer, le mot latin arma, de Virgile, 
par les mots francais armes, armoiries. 

Mais la discussion ne roule encore ici que sur une equi- 
voque. 

II est hors de doute que, de temps immemorial, les in- 



chyle et d'Euripide, par Fraguier, Memoires de I'dcademie des Inscr. , 
t. II, p. 409. Annuaire de la BibL royale , 1842, pp. 207-225 : Du bla- 
son } principalement dans ses rapports avec la Belgique. Voy. Revue 
de Bruxelles , juillet 1838, pp. 46-58. 

L. L. P. A. de L. B. (Claude le Laboureur, prevot de Pile Bar-be), auteur 
du Discoursde Vorigine des armes, Lyon, 1658, in-8, cite, dans ses preli- 
min.iires, des preuves de I'existence des devises che/ les anciens, tirees de 
Pausanias , Plularque, Stace. Cet auteur, confondant les symboles avec 
les armoiries, soutient que les armes ont toujours etc here"dilaires en 
France. II dit que Pinvention des hachures est due a noire Christophe Bui- 
kens (p. 7). 



(151 ) 

dividus firent usage de marques distinctive, de signes sym- 
boliques et de devises, qui, dans certains cas, devenaient 
heredilaires; des coritrees meme etaient designees par de 
pareilles images; neanmoins ces representations arbitrai- 
res ne doivent point etre confondues avec les armoiries 
permanenles, immu'ables et regulieres, soumises aux pre- 
scriptions d'une science compliquee, temoignages visibles 
de noblesse, servant a distinguer les races et leurs branches 
diverses. Ainsi envisagee, la question se simplifie. 

Les symboles primitifs furent des objets existants dans 
la nature, animaux, plantes, etc., les bandes, les fasces, les 
autres signes conventionnels, les signes abstraits, si je 
puis ainsi parler, n'ont ete adoptes que plus tard, ainsi 
que les emaux dont les noms nous viennent des croisades. 

Les anciennes sepultures, les sceaux, forment les mo- 
numents que Ton peut consulter avec le plus de stirete. 

Les ecrivains les plus competents ne reconnaissent 
point de traces du blason avant la fin duXPsiecle, et 
c'est encore bicn tot (1). 

Si Olivier De Wree nous donne un sceau equestre du 
comtede Flandre, Robert-le-Frison , attache a un diplome 
de 1'an 1072, et ou ce prince porte un bouclier charge 
d'un lion, ce sceau peut paraitre suspect, puisque ceux de 
plusieurs des successeurs de Robert-le-Frison, dessines 
egalement par De Wree, n'offrent point le lion, qui ne 
reparait qu'en 1165 (2), d'apres les auteurs du Nouveau 
traite de diplomatique, en 1161, suivant De Wree (5). 



(1) Menestrier, Origine des armoiries , Paris, 1079, in-12, p. 5o; Nat. 
de Wailly , Elements de paleographie , Paris, 1858 . in-4 , 15, 93. 

(2) N.de Wailly, t6/d.,p. 97. 

(o) Les seaux (sic) des comtes de Flandres, Brux. , 1641 , in-fol. , p. 14. 



( 152) 

Si on Tadmel comme aulhentique, ce lion, selon nous, 
doit etre range dans la classe des devises dont nous 
avons parle, et non dans celle des armoirics proprement 
dites (1). 

D'apres Hemricourt, fort verse dans ces matieres, les 
armoiries fixes n'ont ete revues au pays de Liege que vers 
Tan 1158 (2). butkens conilrme celte date et pretend qne 
le blason n'a ete en vogue dans nos quarliers que pen 
avant Tan 11 GO (5). 

D'Outreman , riiistoricn de Valenciennes, part. II, 
c. 5, dit pareillement qnebim ques lournois el balailles, 
les chevaliers (an Xl ft siecle) se servissenl de quelques figures 
dans leurs ecus, n'esl-ce que pour la pluparl Us les chan- 
(jeaienl a leur plaisir. On n'en elait done pas encore chez 
nous au blason veritable. 

Les personnes chargees de la decoration des sal les de 
Versailles, M.Cruikshank Dansey (4) el beaucoup d'autres, 
out designe les chevaliers de la premiere croisade par les 
armoiries que leurs families adopterent plus tard. 

M. de Zurlauben, en faisant la critique de Rosieres, qui 
gratifie Dagobert d'un sceau arrnorie , remarque qu'on fixe 
communemenl 1'origine des armoiries vers le temps de 
la premiere croisade , Hisloire de I'Acad. des Inner. , 
t. XXXIV, p. 182; mais tout annonce que c'est plutot apres 
qu'avant. 

M. De Foncemagne, qui a insere dans le t. XX, des me- 



(1) C'estanssi le sentiment de N. de Wailly, ibid., p. 05. 

(2) ffistoirede I'ordre de la Toison d'or, introd. , p. 41, Annuuire de 
la Bibliolhbque royale, 1842 . p. 2 1 9. 

(">) Trnpheesde Drab., 1. 1, p. 122 ; Meneslrier. op. c. , p. 117. 
(4) The english crusaders, London, in-i'. 



moires de la meme Academic, pp. r>79-394, une savante 
dissertation sur COrigine des armoiries en general, et en 
particulier decelles des roisde France, dit d'nne maniere 
moins precise que M. de Zurlauben, que c'est depuis les 
croisades que les armoiries commencerent a etre fixes et 
devinrent hereditaires, c'est-a-dire que les symboles ou 
devises prirent la forme du blason. 

Admettons que le blason existait du temps de Godefroid 
de Bouillon, on ne saurait invoquer aucun monument qni 
demontre qu'il s'en soil servi. 

M. De Ram a domie dans les Bulletins de F Academic (I) , 
un sceau copie sur une copie moderne d'un acle de 
1'an 1090, conserve jadis en original dans 1'abbaye d'Af- 
iligem; Godefroid y est a cheval sans aucun signe beral- 
dique. D'Oultreman, Nicolas DeCampis, Malbrancq at- 
Iribucnt a Godefroid des sceaux figures, mais outre que 
ces sceaux paraissent des plus apocryphes (2), ils ne pre- 
sentenl rien de pareil a ce qu'on a grave sur le bouclier de 
Godefroid : c'est, en eifet, ou un cygneou le monogramme 
de Ilierusalem, surmonte d'une couronne d'epiaes avec 
un petit cygne au-dessous. 

iVlalbrancq dit que les charles el \esmedailles nelui ont 
oflert que la croix polericee, cantonnee de quatre croi- 
seltes de meme. C'est encore trop s'avancer. 

De toule maniere la fasce d'argent en champ de gueulcs, 
blason des duches de Bouillon et de Lothier, ne saurait 
convenir a Godefroid. 

En oulre, suppose que ce blason, qui est bien posterieur 



(1) 184fl,t. I, pp. 355-560. 

(2) Le chevalier an Cygne, t. I , intrcxl. , p. xcm ; Guen<-bault, Did. 
iconoyr., (. II. p. 2o. 



( 154 ) 

a la premiere croisade el que nous n'avons pas vu dans 
1'ecusson de nos souverains avant Maximilien, soil legi- 
time a 1'egard de Godefroid , rien n'autorise a 1'exprimer au 
XI e siecle par des traits ou un guillochisqui, pourfigurer les 
emaux, n'ont ete introduits qu'a la fin du XVI e siecle (1). 

Je resume 1'argumentation qui p recede et,faisant la part 
Ires-large aux contradicteurs, je conclus que Godefroid de 
Bouillon ne portait point d'armoiries, que s'il en portait, 
ce n'etait pas la fasce d'argent en champ de gueules, et 
qu'enfin si c'etait la susdite fasce et le susdit fond, on 
n'etait pas autorise a les representer comme on 1'a fait 
depuis la fin du XVI e siecle. 

Je ne chicanerai pas M. Simonis sur le casque orne d'un 
cercle fleuronne, dont il fait present a son heros. A 
1'epoque de la premiere croisade , on ne trouve pas de 
casque ou de heaume couronne. Godefroid, a la rigueur, 
n'avait done point une pareille parureau depart; il devait 
1'avoir encore moins quand il fut devenu roi de Jerusalem, 
puisque alors il refusa la couronne par humilite (2). 11 ne 
faut pas se montrer trop severe sur les petits details, quoi- 
qu'ils concourent a la verite du costume. L'artiste distin- 
gue qui s'est si bien acquitte de la tache que le Gouverne- 
ment lui avail confiee, a cherche un effet pitloresque. Ce 
n'est pas moi qui lui reprocherai de Tavoir rencontre. 

P. S. Au moment ou je termine cette notice, on m'ob- 
jecte le sceau armorie de Henri, comte d'Arlon, grave dans 

(1) Natalisde Wailly , Elements de paleographie , Paris, 1838, in-4, 
t. II , p 89; Berger de Xivrey, Appreciations historiques } II, 121 ; An- 
nuaire de la Bibl. royale , 1842, p. 218; Monuments pour servir d 
I'histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, t. I , 
introd. . p. iv. Voy. plus haut, pag. 149, note. 

(2) Le Chevalier au Cygne, 1. 1, p. 8, note sur le v. 22. 



Berlholet, Hist. eccl. et civile du duche de Luxembourg, 
t. VI, p. vi, pi. I, n 2. Remarquons d'abord que Ber- 
tholet (lit que les plus anciens sceaux des souverains du 
Luxembourg qu'il a pu decouvrir sont ceux d'Adalberon, de 
979, de Conrad I er , de 4086, de Guillaume I er , de 1131, de 
Conrad II, de 1 152, et de Henri I er 1'Aveugle, de Tan 1182; 
mais, ajoute-t-il, sur ces sceaux il n'y a point d'armoiries. 
Quant au sceau de Henri d'Arlon, Bertholet en avail vu 
1'original dans 1'abbaye d'Orval. Malheureusement il y 
manquait la date; on ne pouvait, par consequent, deter- 
miner au juste qui etait ce comte Henri. Bertholet croyait 
reconnaitre Henri III, due de Limbourg, mort en 1118, 
c'esi-a-dire au XII 6 siecle; mais cela meme est incertain, 
et Bertholet, d'ailleurs, a-t-il bien aperc.u les trois bandes 
qu'il dessine? Ses frequentes inexactitudes permettent de 
montrer ici quelque defiance, surtout quand 1'usage des 
sceaux armories, de son propre aveu, ne semble pas avoir 
etc regu a cette epoque dans le Luxembourg, en liaut lieu, 
comme on dit aujourd'hui. 

La lecture de cette notice achevee, M. Gachard de- 
mande qu'on insere au proces-verbal , qu'il ne considere 
pas la question comme resolue, en ce qui concerne les 
armoiries attributes a Godefroid de Bouillon. 

M. le baron de Beiffenberg continue ensuite ses com- 
munications. 

Prix des terres au XI IP siecle; formalites pour changer un 
fief en heritage. - - Quelques notes pour I'histoire des 
arts en Belgique. Deux fables, par lememe. 

Les donnees qui peuvent jeter du jour sur Teconomie 
domestique , et principalement sur la propriete au moyen 



ago, doivenletre recueilliesavecsoin. Je metssous lesyeux 
de 1'Acadcmie une charte extraite d'un precieux cartulaire 
original de 1'abbaye dc Cambron , qui est conserve aux ar- 
cbives archiepiscopales de Malines. On y voit que le bon- 
nier de terre se vendait, en 1277, dans le Hainaut, au prix 
de hull livres tournois, non compris nri cens annnel d'un 
denier. Les forrnalites necessaires pour transformer nn fief 
en simple heritage s'y tronvent en outre nettement detail- 
lees. En lisant celte piece et beaucoup d'autres de la memo 
espece, on est frappe des prudentes precautions donl on 
entourait toutes les transactions relatives a la propriete 
fonciere. Notre civilisation (iev reuse et emeuliere n'a pas 
craint d'attaquer de front la propriele; ces siecles que 
nous (leti'issons de I'epithete de barbares lui rendaient une 
espece de culte, et en faisaient la base nalurelle de leur 
organisation sociale. Une autre chose etonne encore, en 
compulsant ces vieux documents, la clarte du style d'af- 
faires de cette epoque reculee. [/imagination et la fan- 
taisie s'exprimcnt IVequeminent alors d'une maniere qui 
semble pen intelligible; la science et le raisonnemenl sont 
phis obscures encore, mais le langage de 1'interel estclair 
et precis. La langue, aidee (rimmuables formules, parait 
souvent plus avancee, mieux lixee sous la plume d'un 
taheilion de village que sous celle des beaux esprils 
contemporains. 

Jou Godefrois dou Mortier chevaliers faich a savoir a tons 
ke ion ai vendu al abbe et al convent de Camberon , III boniers 
de tere , pan plus pau moins, ki gisent entre le tere chiaus 
meismes de Camberon, deles Helinpreit et le monsigneur Iwain 
de Lescaille et le bos chiaus de Camb de le Cnmpiale; et bien 
connois ke dou puis de cet vendage, c'est de VIH libs de tour- 
nois pour cascun bonnier de tere, sui bien pay^s en boine mon- 



noie loiaul et bien conteie , le quele ion ai tuurneie et remise 
HI incs plus grunt proufit. Et pour cesle cose micus a parfuirc 
et plus sollempnelment et plus a ciertes a delivrer a ciaus de 
Camberon iceli lere ke il ont ensi a mi acateie, iou vine par 
devant mon signeur Ywain de le Escaille, de eui je tenoie celi 
lere en fief, et par Levant ses homes de fief, ki pour c,ou faire i 
estoient sou (lisa mm en t apieleit el present, et encore devant le 
niaieur et les eskievins de Sainte Audegon de Scatissines, en 
eui paroche u poesteit cele lere gist, que reportai cele t ere de- 
vant dite en le main celui mon signeur Ywain de le Escaille, par 
Tensignement de ses homes devant dis, pour aheriter de celi tere 
devant dite le glise de Camberon, et werpi une fois et autre et 
lierce pour mi et pour mes oirs, lout le droit ki a mi et a mes 
oirs i afteroit et pooit et devoit afferir. Et tant en fis ke li home 
ki la estoient disent par droit et par jugement ke iou et mi 
oir ne poons jamais en cele tere riens clamer. En apres cius 
messire Y. de le Scaille par Tensegnement de ses homes et par 
devant iaus et encore par devant les eskievins de Sainte Aude- 
gon de Scaussines, fist de celi tere heritage et le reporta en 
heritage, et si cum heritage, selonc le usage et le coustume 
dou liu , en le main dou niaieur de Sainte Audegon de Scaussi- 
nes pour aheriteir de celi tere le glise de Camberon , et werpi 
ausi cil messire Y. une fois et autre et tierce pour lui et pour 
ses oirs tout cou ki a lui et a iaus amonloit et pooit et devoit 
amonter en celi lere, c'est en ces III bouniers de tere, fors 
le cens ki apres est devise's et le justice. Et deffendi ses homes 
ke il plus nes jugassent cum de fief. Apres li maires devant dis, 
par Tensegnement des esquivins dou .lui, selonc leur usage et 
leur coustume, iceli tere reporta en le main frere Jehan le 
maistre de Hauruth, eui li glise de Camberon avoit la mis en- 
sen liu. Et ensi parmi lui li maires devant nommes aherita le 
glise de Camberon, pour tenir a tons iours herilaultemenl celi 
tere parmi I denier cascun bounier de le monnoie de Haynati 
de cens par an a payer a lui a le saint Remi. Que le werpi aussi 



( 158 ) 

li maires devunl dis une fois et autre et tierce. Et en le fin 
lant en fu et dit et hit ke li home mon signeur Y. devant dit 
pour le leur parti, et li eskievins de Sainte Atidegon de Scaus- 
sines aussi pour le leur partie, si cum cil ki jugier en devoient , 
disent par droit et par loi et par jugement ke cil fies estoit et 
est bien destruis et ke tornes est en droit heritage, et ke li glise 
de Camberon en estoit et est bien et a loi aherite"e. Et ke cil , 
c'est messire Y. ne si oirs n'i pulent jamais riens clamer ne avoir, 
fors le cens de un denier de cascun bounier, si cum devant est 
dit, et le justice. Puissedi la meismes me donna cius messire Y. 
devant dis celui cens devant nommeit et le justice sour celi tere 
en acroissement de men fief, si ke a mi doit estre pace's li cens , 
et de mi le tenroit cil de Camberon. A toutes ces coses conve- 
neier et parfermer furent presens li home de fief monsigneur 
Y. devant dit tant cum a iaus apartint , c'est Watiers de Seas- 
sines (Scaussincs), Colars Poielevake , Symons Cotiers, Ernous 
dou Gardin. Si cum maires i fu Martins Kafars, cum eskievins 
i furent Jehans Kagnes, Bauduins Kafars, Thunias Kafars, 
Amourris Griheis, Gossuins li Fevres, Gardins de Watialmont 
et Jehans Manezliaus et autres bones gens. Et pour chou ke chez 
coses soient rniels maintenues en usage et en droiture et miels 
retenues en memore, ion ai. fait ces presentes lettres saieler de 
mon saiel et del saiel mon signeur Y. de Lescaille devant nom- 
meit. Ces coses furent faites et ces lettres donne"es Tan de la 
sainte Incarnation nre signeur Jhu Crist mil deus cens sexante 
et dissiet , el mois de aoust. 

Cette charte eslsuivie d'une autre par laquelle messire 
Yvain de rEscailleconiirmece qui precede. 



( 159) 

Sur la famille de Pierre Coecke, d'Alost (1). Voici un 
fragment de la genealogie de cet artiste; je le tire d'un 
recueil de notes el de renseignemenls forme par M. Phi- 
lippe Baert et qui appartient a la Bibliotheque royale, 
n 17652-55 (2). Les autres renseignements sont puises a 
la meme source. 

JEAN COKCKE, echevin d'Alost, 
epousa IDA DE PAUW , selon un 
acte passe le 17 decembrr 
1546, devant les echevins de 
Bruxelles. 



PIERRE COECKE, epousa GILLES COECKE, epousa IDA DB 

MAKIE VEunuLSTcn secondes MOENSOEN, d'apres un acte 

noces, d'apres un acte passe passe le l r decembre 1592 

le 29 decembre 1550 devant devant les chefs -tuteurs 

les echevins d'Alost. d'Alost. 

Nomination de Philippe Rottiers comme premier graveur de 
la monnaie. Charles, etc., a tous ceux qui ces presentes 
verront, salul. Comme il convient a notre service d'avoir 
un premier tailleur general de nos coins et monnoyes eri 
nos pays de par dec.a, qui soit expert et entendu, sc.avoir 
faisons que, pour le bon rapport que fait nous at aste de 
la personne de Phle Roltiers, et nous confians a plain de ses 
leaute, preud'hommie, bonne diligence et parfaite intel- 
ligence au fait de bien tailler les coins et monnoyes; eu 
surcel'advis de nos tres-chers et feaux les tresorier general 
et commis de nos domaines et finances qui, au prealable, 
ont eu celuy des president et gens de nostre chambre des 



(1) Voyez Memoire sur les sculpteurs et architectes des Pays-Bas, par 
Ph. Baert, p. 12, et 2 e edit. p. 19. 

(2) Voy. Ann. de la Bibl. roy. pour 1840 , p. 238. 



( 160 ) 

comptes, el successivement celuy des conscillers el rnais- 
Ircs generaux de nos nionnoycs de par deca, avons iceluy, 
par deliberation de nostrc tres-cher et tres-aime cousin, 
Ollon Henry, marquis dal Carretlo, etc., relcnu, commis, 
ordonne et estably, releuous, commettons, ordonnons et 

eslablissons audit eslat aux conditions suivantes, qu'il 

jouira chulil oflice sa vie duranle; que nous lui donnerous 
annuellement pour gages la somme de 4000 livres, du prix 
de 40 gros, monnoye de Flandre la livre, et en cas il vint a 
dcceder devant sa femme, que nous serons lenu dela faire 
jouir de cent palagons (1) par an sa vie durante; que lesdits 
gages seronl payez de demy en demy an par le conseiller et 
receveur general de nos domaines et finances des deniers 
de I'admodialion generate de nos droits ; que parrny ce il 
sera oblige de graver loute noire monnoye; que nous 
luy donnerons unedemeure, soil en cetle villede Bruxelles 
ou ailleurs, oil il nous plaira, commode pour luy, sa la- 
mille et 1'exercice de sa charge; que lous les maleriaux et 
autres necessitez servans a la fonclion de son oilice, 
cornme les poinc,ons, estampes, presses, charbons, etc., 
ne seronl pas a sa charge, rnais a celle de ceux qu'il 
apparliendra : qu'il aura et jouyra des mesmcs benefices, 
exemptions, privileges et franchises dont les principaux 

oiliciers de laditc monnoye jouysscnt Bruxelles, le 

4 dec. 1G84. 

Signe : M. dal Carrelo, D' Ennelieres , le comic de Saint- 
Pierre y d'Ognate. 



(1) 11 esl assez remarquable que les patagons et les pistoles, qui n'existent 
plus en Belgique, y soient encore nominalement employes dans plusieurs 
provinces pour calculer les gages des domcstiques. 



I I til ) 

Stir Id [aw Hie dc Jacques Joiiyln'liny.1', sculpleur et yra- 
veur d'AttPcrs (1). Cello famille porlail d'or a la fasec 
dc sable chargoe de troiseloiles d'or. 



NICOLAS Jo: 



THOMAS GRAMMA* K, coiiscillrr d 
mnitrc* genera) do UIOIUI.-IH s 
;iux Piiys-Bas, du Icmps dr 
Charles-Quint. 



PlK 


^JJ2*| 


ANNE GRAMMAVK. 


THOMAS 

JpNQHELYNtiX. 


JACQUES 
jONGHELYXGX , 
pp. FRAMBOISE VAN PER 
JEUCHT. 


CORNELIE CATHERINE 

JoNGHELYNCX., JoNGHEI.YMiX , 

ep. 1. GEORGE ep. JEAN RUY- 

VAS DER DOES. CHRALE \~AN DKR 




^_ ^___ jr __ 


-2. CORNEILLE WERTE. 




JASPAR JONGHE- ANNE JONGHE- 


COHNEUS. 




LYNGX , Op. LYNGX, Cp. 

BARBE LAM- RAPHAEL DE 






BRECHTS. CORIA , flls 






"*-' ^-^ de MICHEL. 





5 enfants. 



Jacques dc Breuck, Tancien. II resulle d'un certificat 
delivre le 20 mai 1778, que, d'apres les comptes du 
chapitre de Sainle-Waudru de Tan 1545, les sculptures 
du jube qui autrcfbis iermail le elxjeur, etaient 1'ouvrage 
de Jacques de Breuck, dit le vieux. Cette circonstance est 
omise par M. Ph. Baert dans ses mcmoires, p. 9, mais non 
dans la seconde edition, p. 17. 

llerrix, sculp feur, et Michel Cocxie, peintre. Une 
attestation du \ aout 1779, signee de M. de Woelmonl, 
proviseur de 1'abbaye noble de Sainte-Gertrude, a Lou- 



ll) Voir les Memo ires cites, p. 10 el 2 i: edit. p. 58. 

TOME xv. 



11. 



vain, declare que le tableau du grand autel du 
representant le Saiiveur en croix ;m milieu des deux lar- 
rons, a etc peint par Michel Coexie Tan K>71 , et que les 
deux mausolees des abbes de Fourneau et de Palland out 
ete sculptes par Herrix 1'an 1714. 

Sepulture des dues de Brabant, dans I'e'glise de Sainle- 
Gudule, a Bruxelles. - - Extrait du conipte 30 e ct 
dernier de feu Christophe GODIN, en son vivant con- 
seiller et receveur general des finances des archiducs. 
Annee 1614. 

A Gaspar Turcheisteyn , fondeur en cuivre de Leurs 

Altesses, la somme de 200 livres pour le parfurnisse- 

ment de 800 pareilles livres que leursdictes Altesses 
avoient ordoune el accorde audict Turcheisteyn pour le 
GRAND LYON D'OR, de cuivre dore, qu'il avoit emprins de 
faire et par luy livre pour la tombe des ducqs de Brabant, 
posee en I'eglisecollegiale de Sainte-Gudule, a Bruxelles, 
suivant le central faitavec ledict Turcheisteyn par Weusel 
Coberger, architecle et ingenieur de Leurs Altesses. 

Tour de Mons. Cette tour, qu'on nomme le Chateau, 
est consideree par lesMontois comme le palladium de leur 
cite. Le carillon qn'elle renferme reveille leurs plus doux 
souvenirs et ces mots : quelle heure est-il au chateau? tra- 
hiraienl un Montois jusque sur les bords du Gange ou de 
TOrenoque. 

M. Adolphe Mathieu, dans un de ses poemes intitule : 
Mons et ses environs (1847, in- 18), a dit : 

Hatons-nous, car <leja de sa haute detneure 
L'horloye du ckdfean mai'que la dixieme heure. 



Les registrcs des resolutions dti coiiseil de la ville, aiusi 
que les comptes de son adrninisiration pour les annees 
1()()1-1064, epoque de la reconstruction de cette lour, 
nous apprennent que le sieur Antoni, geometre el irige- 
nieur de Sa Majeste, a Bruxclles, et le sieur Louis Ledoux , 
aussi ingenieur de Sa Majeste, sculpteur et arcbitecte (1), 
ayant presenle plusieurs plans et projets aux magislrats, 
ceux-ci donnerent la preference au sieur Ledoux. En con- 
sequence, la direction de cet ouvrage lui Alt coniiee. 



Deux fables, par le meme. 
I. 



An etc dans son lit, au lever de 1'aurore, 
Par des sbires , devant fephore , 
Un Sparliate etait conduit. 
Devant ce jnge on le traduit 
Pour un grave delit, que pourlant il ignore. 
Malheureux ! vous avez ose , 
Lui dit du ton le plus severe 
Le magistral scandalise, 
Transgresser de Lycurgue line loi salutaire? 
n Vous prelerez aux charmes du brouet 

Dispense par la republique, 
Le plaisir defendu d'un coupablc banquet 

" Servi sous le toil domestique ! 
" De tous vos mouvements quand TEtat esl jaloux 
Qui vous permet cette mulinerie? 



(1) Memoires de Ph. Baeii , p. 45 ; 2" edit. p. 8U. 



Volre estomae n'esl pas a vous , 

II apparticnt a la palrie. 

Monseigneur , rrpart Pacctisc . 

Pourquoi dit-on que je suis libre ? 

Des mols Ton a trop abuse, 
Li raison (rop longtemps peril it son equilibre. 
> Nos droits , vous les avez vanles. 
>^ Mais le mensonge ici I'ourmille : 
La premiere des libertes 
Esl celle qu'on goiile en famille. 



If. 
f-f fttsil ft tent. 

Le Dieu de In destruction ,, 

Pour mieux conn.iitre sa puissance . 

Voulut passer i'inspection 
[)e tous les instruments par qui rhumaine engeance 

S'efforce d'abreger des jours 

Que le destin a fails si courts. 

Entre eux , avec grand etalage 

II decrete un de ces concours 

Dont nous avons garde Pusagc. 

Un prix devait etre donne 

Au plus perfide, au plus funcstc. 

Pour eviter toute contesle 

Le jury fut imagine. 
La Mori le presidait : c'etait son droit. jc pensc. 

Armes d'altaque el de defense , 

Canons , glaives, damas, poignards. 
Fusees a la Congreve. espadonset gueulards, 

Pistolels , lances , carabines , 
Obusiers, 
Couleuvrines 
Et morliers 

Au pied du Iribunal comparurenten foule. 
Cbacun plaidaitsa cause ainsi qu'tin candidat 
Qui de rcpresenlant vient briguer le mandat. 



( 163) 

Tousles (liscours scmhlaient son is dn mt'nie moule 
Se toner sans pudeur, drnijjrer son prorliain. 
Voila les seuls frais d'eloquence, 
El dire : a moi la recompense. 
Tel elait ('unique refrain. 

A la fin la Mori en person ne 
Clot le debat suffisammenl instruil . 
Et le fusil a venl remportela couronne. 

II ne faut pas qu'on s'en elonne : 
II liu' d ne fail point de bruit. 



Notice sur le mot ASTROLOGIA, die dans le Traite de 1'ar- 
chitecture par Vitruve, d'apres le manwcrit 5i2ii3 de 
la Bihliotheque royale; par M. le chevalier Marchal, 
mombre de TAcademie. 

Vitrnve, ecrivain du siecle d'Auguste, donl on devrait 
recommander actuellement la lecture et 1'eiude dans les 
elablissemenls d'inslruclion pnblique, tanl pour la purete 
de sa latinite, qne pour ses preceptes scienliliques el arlis- 
tiques, commence son ouvrage par le cbapitre : De archi- 
tectis inslituendis, comme on le voit, en ire aulres, au 
manuscril 5253 du XI e siecle, qui est a la Bibliolheque 
royale. J'ai relrouve ce manuscril, complel et relie, au 
milieu d'un recueil plus moderne des osuvres de sainl 
Thomas d'Aquin. 

I.e lexte commence : Architecti est scientia pluribus dis- 
ciplinis ac variis eruditionibus ornata. Vilruve developpe 
celle sentence iniliale, en expliquanl que Tarchilecle doit 
avoir des notions d'un grand nombre de sciences et d'arts, 



( 166) 

mais il ne (lit point qu'il doit on faire une elude spe- 
ciale et approfondie, ce qui serait impossible. En effet, 
le texte imprime (je cite de preference 1'edition de Leipzig 
de 1856), ajoute apres le mot ornata : cujus judicio pro- 
bantur onmia. Le manuscrit 5253 n'a point ce passage, 
qui me parait etre une explication moderne et interpolee; 
il y a simplement : quae ab caeteris perftciuntur opera. 

Vitruve conseille a I'architecte d'etre homme de lettres 
(littcras scire oportet), afm de sentir en quoi consiste le 
beau en fait d'art, pour s'elever au-dessus des travaux qui 
ne seraient que mecaniques, comme le feraient de simples 
ouvriers illettres (itaque architecti qui sine titteris conten- 
derent, ut manihus essent exercitali non potuerunt efficere 
ut haberent pro laboribus auctoritalem) ; mais il veut que 
Tarchitecte possede un genie inventif, quoique subordonne 
aux principes des beaux-arts (itaque eum et ingeniomm 
esse oportet et ad disciplinas docilem). II doit etre dessina- 
teur (graphidos scienliam habere, quo facilius ex exempla- 
ribus pictis, speciem deformare valeat). On reconnait ici le 
dessin au lavis et le dessin lineaire en usage actuellement. 
II sera geometre [geometrica (et non geometria comme 
porte Fim prime), autem plurima praesidia praestat]. L'au- 
teur explique a ce passage I'usage du compas (circinm). 

L'architecte connaitra I'optique, pour mieux faire res- 
sortir Teflet de la I u micro, taut sur les facades a Texlerieur 
des edifices qu'a leur interieur, ce qui elait, en ce qui 
concerne I'interieur, une chose beaucoup plus imporlanle 
chez les anciens que chez les modernes, parce que I'usage 
des verres a vitres pour les fenetres, n'existait pas encore. 
II y avail d'aillenrs des cbambres sans fenelres, lirant le 
jour des corridors, comme j'en ai vu dans d'anciens cou- 



( 167) 

vents de Dalmalie, la con tree de 1'Europe ou les couiumes 
antiques se sont le mieux conservees. 

Vitruve donne le conseil a 1'architecle d'etudier 1'arilh- 
metique pour calculer les devis. II sera historien (histo- 
rian aulem plurimas novisse oportet), pour donner a ses 
monuments le caractere qu'ils doivent avoir. II connaitra 
la musique, pour en f'aire 1'application a 1'acoustique. Les 
anciens sont nos maitres dans cette branche de I'art de 
batir, dont nous negligeons trop sbuvent 1'application. 11 
sera philosophe, aiin d'etre capable d'ecouter les bons con- 
seils et de travailler plus pour sa reputation que pour un 
snlaire, comme un ouvrier mercenaire. Tl sera naturaliste 
(praeterea de rerum nalura); ce qu'il ne faut pas inter- 
preter dans le sens de nos idees actuelles d'histoire natu- 
relle, mais cela signifie qu'il doit connaitre les pierres, 
les metaux , les bois et les aulres materiaux de construc- 
tion. 11 sera medecin (disciplinam vero medicinae novisse 
oportet), pour constater la salubrile hygienique. II sera ju- 
risconsulte ou , pour mieux dire, il connaitra , ce que Ton 
peut considerer, comrne noire droit coutumier (juraquo- 
quc nota habere oportet), c'est-a-dire les droits connus 
(jura nota) , pour elablir les mitoyennetes , conserver les 
servitudes, faire ecouler les egouts, pour empecber tout 
ce qui serait nuisible aux voisins ou a la voie publique. 

Entin, l'architecte doit connaitre 1'influence du soleil 
sur les ouvertures et les autres issues des edifices; car, en 
raison de la presence ou de ('absence des rayons de cet 
astre, les edifices sont chauds, froids, sees ou bumides (ex 
ASTROLOGIA aulem cognoscitur oriens, occidens, meridies, 
.wplentrio et coeli ratio, aequinoxium, solslitium et astro- 
rum cursus). 

C'est le mot ASTROLOGIA, mal interprete pendant le 



( 1G8) 

moyen age, qui e>t 1'objet de la prescnte notice. On sup- 
posait dans ces icinps recules, oil la science de la critique 
elait peu avancee, que ce mot signifle qu'un architecte doit 
etre astrologue, c'est-a-dire qu'il doit savoir p red ire I'ave- 
nir. 

Tout au contraire, cela signih'e qu'il doit eonnaitre 
1'influence du soleil sur les edifices par 1'elude de I'astro- 
nomie. En eftet, si Ton consulte le texte de Ciceron, con- 
temporain de Yitruve : DC oralore (t. I, p. 120, ed. 1084 f), 
el tons les glossaires du moyen age, on reconnait que le 
mot astrologia designe, dans le texte de Vitruve, la con- 
naissance de 1'influence du soleil, de la lune et des aulrcs 
astres sur les edifices. Ciceron dit, en citanl les etudes de 
1'orateur (meme livre) : In geometria lineamenta, [ormae, 
intervalla, magnitudinem. In astrologia coeli conwr&io, or- 
lus, obilus , inotusque syderum. In grammatica poetarum 
pertmctqtWi Mstoriarum cognitio , vcrborum inter prelalio. 
(liceron a ici 1'idee de la seule astronomic; car, an livre 
De fato , il dit : J\ r on enim erf do ros qui dwinatione ulunlnr; 
fulura praedicere, sicut igitur aslrologoruin praecepta hu- 
jusmodi) etc. I] explique avec ironie leur science, qu'il dit 
etre conjeclurale et fausse. 

Ce mot est explique clairement au manuscrit du XIl e 
siecle, n 9042, de la Bibliotheque royale. C'est le diction- 
naire latin de Papias, grammairieii, neen Lombardie, qui 
termina, en 1055, ce grand ouvrage, apres dix ans de tra- 
vail, comme il le dit dans son prologue. On y lit : Astroloyin, 
partim naturalis, partim supcrstitiosa : est naluralis ditm 
exsequilur solis ac lunae cursuin, sidlarum curms. C'est a 
pen pres ce (jue (lit Ciceron. Papias en fait la distinction 
avec le mot atlrouomia, qu'il definit : Aslronoinia aslro- 
nim leges, alquf citrsiim sydennn docel. 



( 169) 

Le glossaire, dit Calholicon, dout ii y a plusicurs manu- 
scrits a la Bibliotbeque royale, tels que le n 12115 du 
XI V e siecle, reproduit la definition de Papias. Elle se 
trouve, avcc les citations du meme Papias, dc Gerlandus 
et d'un grand nombre d'aulres glossateurs, au manuscril 
n" s (>{)i v i, ()JM-(> et 0917, aussi de la Bibliotheque royale, 
(jiii a cle transcrit en trois gros volumes in-iblio par Finfa- 
tigable copiste f'rere Laurent de Stavelot, au XV e siecle; 
car on lit au prologue : Librum hunc ad omnipotmtu Dei, 
bttuissimae virginis Mariae et gloriomsimi marlyru Lau- 
reiiiii, patroni met. Ce glossairc ine parait etre plus com- 
j)lel que celui des Etienne et des autres editeurs plus 
inoderncs. II me semble qu'il n'a pas encore etc publie: 
il devrait 1'etre. 

II y a d'autant moins de doute que ('application du mot 
aslroloyia doive se faire a Flivgiene meteorologique des 
constructions, qu'on trouve, depuis Papias el ses copistes, 
de siecle en siecle, une definition detaillee des deux aslro- 
logies, lant nalurelle que divinaloire^u judiciaire : la pre- 
miere est uniquement une science; la seconde, Fastrologie 
judiciaire, outre la science, est une profession illusoire. 
Papias definit les astrologues : Astroloyi qui aslris au- 
yuriantur. On ne peut point douter de 1'inlerpre'tation a 
donner au texte de Yilruve, parce que Fastrologie divina- 
lohv on judiciaire etanl la prediction des actions a venir 
des homines, n'a aucun rapport avec les etudes necessai- 
res pour la construction des edifices. 

(-cite interpretation se retrouve telle que je viens de 
la donner dans Fouvrage anglais intitule : Architectural 
ina.rhns and theorems, London, 1847, que M. Leverton 
Donaldson, associe el ranger de cetle Academic, vienl de 
publier; il en a i'ait bomma^e a FAcadcmie. Ce savant 



( 170 ) 

auteur anglais commence ses maximes el ses theoremes 
par la sentence initiale de Vitruve : Architect scientia est 
pluribus disciplinis ac variis eruditionibus ornata. 

II ne cite point le mot astrologia , dont 1'explicalion Ini 
parait sans doute superfine, taut elle est precise; mais aux 
pages 61 et snivantes, il donne, a I'instar de Vitruve, la 
nomenclature de ce qui constitue 1'education et le carac- 
tere des archilecles : On the education and character of the 
architech. II modifie cette nomenclature que nous avons 
donnee ci-dessus, en raison des connaissances mo.iernes 
dn XIX e siecle. 

Apres avoir indique !a litterature, l'histoire,les rnathe- 
matiques, la chimie, la geologic, la ventilation et d'au- 
tres etudes, il ajoute 1'aspect on la position. The aspect 
or position (p. 75) of a building in reference to the cardinal 
points is a very material consideration. The desirableness 
of this or that aspect for a house, varies with the different 
parts of the kingdom of England and of the world , in which 
it may be placed, nay upon the locality in which it may be 
situated , with us the southern aspect is essential to cheer- 
fulness and comfort. In Italy the north will be preferred 
for its coolness. C'est-a-dire : L'aspeet on la position 
d'un batiment, en raison des points cardinaux, doit etre 
prise en grande consideration : on doit rechercher tel 
ou tel aspect pour une maison; cela varie dans les dif- 
ferentes parties du royaume d'Angleterre el du monde, 
non-seulement pour I'emplacement, mais meme pour la 
localite sur laquelle elle est situee. Chez nous, 1'aspect 
du midi est preferable; en Italic, on prefere le nord a 
cause de sa fraicheur. . 

Apres ces explications sur le mot astrologia, pourrait-on 
croire qu'au moyen age on s'imaginait que les archilecles 



( "I ) 

devaient etre sorciers ou magiciens? cepcndant, rien n'est 
[>lus vrai : on perisail qu'ils avaient fait un pacte avec le 
(liable. En effet, c'est le diable qui les a aides a construire 
Peglise cathedrale d'Aix-la-Chapelle sous le regne de Char- 
lemagne, Ja cathedrale deSens. Le diable a conslruit ou 
acheve dans des temps donnes un grand nombre d'au- 
tres edifices sacre's; la liste de ces edifices serail fort lon- 
gue; j'ajouterai subsidiairement les monuments romains 
<l'Autun et une quantile de granges dans notre pays wal- 
lon. La reprodnire serait presenter le triste tableau des 
aberrations de la raison humaine, car le pins simple bon 
sens aurait du suffire pour demontrer a nos peres, qu'il y 
a invraisemblance que Fennemi du Christ ait travaille a 
clever des monuments, qui out pour objet de reunir les 
hornmes, ah'n d'y celebrer la gloire du Christ. 

11 y a dans la Bibliolheque royale plusieurs manuscrits 
qui traitent de la magie, de la sorcellerie et de 1'astrolo- 
gie. Ce sont des instructions avec des Anecdotes, les unes 
et les autres redigees d'apres les oui-dire d'autrui, ou bien 
ce sont des refutations theologiques. 11 n'y a pas un seul 
de ces auteurs magiciens qui ose declarer avoir reussi lui- 
meme jusqu'a faire paraitre le diable. 

Comment elait-il possible, me suis-je dit souvent, que 
ces auteurs, doues de bon sens et de loule leur raison, ne 
se soient point rebutes dans une etude chimerique? Us 
avaient d'ailleurs une conduite reguliere et religieuse. Je 
yiens d'en d(3couvrir la cause dans les ceuvres de Corneille 
Agrippa deNeltesheym, imprimees a Lyon an XVI e siecle, 
et qui habita la Belgique pendant le regne de Charles- 
Quint. Dans son ouvrage, d'urie profonde erudition : De 
incertitudine et vanitale scientiarum, imile de YArs brevis 
de Raymond Lullius, eel autenr, infatue des eludes magi- 



( 172 ) 

qucs jusqu'a se croire magicien lui-meme, nous dlt quc les 
bons anges n'obeissent pas aux hommes, mais a Dieu seul, 
tandis qu'au coutraire les mauvais anges doivent obeir aux 
homines, si ceux-ci les invoquent par des formules magi- 
ques, el s'ils les conlraigncnt a paraitre en employant des 
moyens divins au noin revere de Dieu dans toute la crea- 
tion. C'est ce qu'il s'imagine expliquer au chapilre XLY : 
l)c (joetia et necromaniia. II y fait connaitre que la magie 
conduit a deux fins : la premiere pour faire des clioses uti- 
les, la seconde pour I'aire le mal ; la premiere respecte Dieu , 
la seconde est line idolatrie qui adore le diable. La magie 
nlile ne lui parait done ni coupable ni impie. Et hi homi- 
nes bi/ariam procedunt. Nam alii daemones malos virlute 
quadam, inaxime divinorum nomina adjuratos advocare et 
coyer e student, quippe cum omnis creatura timet et revere- 
tur nomen illim... alii autem nefandissimi se daemonibus 
suhiiiittenles, Ulis sacrificant et adorant. 

Les archilectes pouvaient etudier, par consequent, la 
magie utile; ils n'etaient pas irreligieux. J'ajoulerai, pour 
citer deux exemples bien conn us : 1 le roi Salomon , dont 
les talismans, selon les reveries des rabbins, fiirenl en- 
seignes aux architectes, ses disciples, conslructeurs du 
temple de Jerusalem; 2 la reine Catherine de Medicis, 
mere de Charles IX, qui conseilla la Saint-Barlhelemy, et 
qui eludiait la magie et Tastrologie sans cesser de se croire 
zelee catholique. 

Ce n'elaient pas seulement les architectes qui etaient 
accuses de sorcellerie on de magie, mais les autres sa- 
vants transcendants; car, selon la definition des auteurs 
de rEncyclopedie, la magie est une science ou un art oc- 
culle qui apprend a faire des choses au-dessus du pouvoir 
humain. Nous ajouterons pour exemple, que le savant 



( 173 ) 

Gerbrrl, ecolalre de Reims, qui fnl le pape Sy I vest re II 
(1)1)8-1002), el (]ui eul pour cleves Robert II, roi de France, 
el Otton III, cmpcreur d'Allemagne, I'un et Pautre clones 
do loules les connaissances hnmaines de lour temps, pas- 
sail pour elre magicien. Son savoir, disenl les auleurs de 
YArl de verifier les dates, elonua tellemenl ses con tempo- 
rains qifon Paccusa (Pun commerce familier avec le diable. 
La critique, depuis, I'a venge de celle accusation fausse ct 
absurde. J'irais trop loin si jc discnlais la prelendue magic 
on, pour mieux dire, la science etonnante, pour leurs 
siecles respectifs, d'Albert-le-Grand , de Roger Bacon et 
d'autres; mais je ferai observer, comme je Pai deju dit, que 
(lorneille Agrippa se reconnut lui-meme magicien ; il ful 
emprisonne a Rrnxelles, en 1550. 

A plus forte raison, les architecles qui devaient avoir 
fait unc tres-grande variele d'etudes et qui employaient 
des artistes et des artisans d'un grand npmbre d'especes 
difterentes, ont du passer pour magiciens. Avant de pro- 
duire line des nombreuses preuvesde cetle accusation, je 
dois laire observer qu'au moyen age, on donnait aux ar- 
chitecles le nom de massons on, par corruption, masons, 
c'esl-a-dire constructeurs des masses, comme Pattesle Ic 
glossaire gaulois de Roquefort. Ce mot ful traduit par 
celui de iatomus dans la basse latinile, car dans la lati- 
nite classique, iatomus signifie un carrier, tailleur de 
pierres. Celte acceplion de la basse latinile se retrouve au 
dislique qui ful place sur un des portiques de i'eglisc dc 
INotre-Dame de Paris : elle est cilee dans les Antiquites de 
Paris, par Sauval, page 200 : 

Anno Domini M.CC.LF11. 

Hoc fait iticeplum, Christi genitricis hunore, 

Aaltenli lalomo vivcnte Juhannc mayistro. 



(*.) 

Ce Jean de Clielles est incontestablement rarcliitcctc, 
selon le ineme Sauval. 

Apres celle explication sur la synonymic des mols ar- 
chitecle et inaqou, je vais transcrire, pour inieux prouver 
leur pretendue connaissance de la magie, un questionnaire 
avec ses reponscs, compose en langue anglaise, transcril 
sous le regne de Henri VI, roi d'Angleterre (1422-1401). 
II a ele traduit aux Acta latomorum, torn. II, p. 6, edit, 
de 1815. La decouverte en a e'te i'aile par John Leyland, 
commissaire envoye par Henri VIII pour retirer des mo- 
nasteres que ce roi faisait supprimer, les objets d'arts et 
de sciences qui s'y trouvaient. On sail que Leyland elait 
possesscur d'une bibliotheque de manuscrits qui appar- 
tient en ce moment a 1'Universile d'Oxford. Le catalogue 
en a e'te public en 1697, t. I, p. 514 de Fouvrage Manu- 
scriptorum Angliae. 

Le questionnaire demande : Qui est-ce qui apporta en 
Occident la science du calcul, la maniere de fac.onner 
toutes choses a 1'usage de Fhomme, et surtout les habita- 
tions et les edifices? Reponse : Ce sont les Venitieris qui 
sont venus les premiers de Venise. Remarquons ici la pro- 
fonde ignorance de Fauteur. II confond les Veni liens avec 
les Pheniciens, et afin qu'il n'y ait point de doute sur cc 
paradoxe, la reponse ajoule : Us les out importes par la 
mcr Rouge et la Mediterranee; de la ils sont parvenus en 
Angleterre par un Grec appele Peter Govver. L'auteur a 
mutile par Fexpression Pierre Gower ou Peter Gower, le 
nom de Pythagore, qui a etabli, dit-il, une ecole a Gno- 
ton; il veut dire Crotorie, expression qu'il metamorphose 
a la facon des noms de villes d'Angleterre, sou vent ter- 
mines en on. 

L'auteur du questionnaire fait expliquer ensuite, sans 



( 175 ) 

qu'il se doule quo sa compilation provient primitivement 
du texte troiique de Vitruve, que les masons, qui sont 
inconlestablemenl les archilectes, comme on vient de le 
recounailre, appreuuent aux hommes ['agriculture, 1'ar- 
cliitecture, rastronomie, la geometric, les nombres, la mu- 
sique, la poesie, la chimie, le gouvernement el la religion. 

Le questionnaire demande : Pourquoi les masons in- 
struisent-ils mieux que les autres hommes? Reponse : Ce 
sont eux qui possedent 1'art de trouver de nouveaux arts, 
faculle que les premiers masons ont recjie de Dieu. Dq- 
mande : Quel est le secret que les masons cachent? Re- 
ponse : Us doivent cacher 1'art de trouver de nouveaux 
arts. Us cachent 1'art d'obtenir des effets merveilleux et 
de predire les choses futures (c'est 1'astrologie judiciaire, 
la fausse interpretation da mot astrologia). Jls font en 
sorte que ces memes arts ne puissent etre mis en usage 
par les mediants (c'est la magie utile, comme je 1'ai expli- 
quee). Us cachent 1'art du change (c'est la pierre philoso- 
phalc, la transmutation desmetaux), la maniere d'obtenir 
le pouvoir d'Abrac (c'esl le carre et les autres figures ma- 
giques pour faire paraitre le diable), la science de devenir 
bon et parfait sans crainte romme sans aucun espoir, et 
enfin le langage universel des macons (c'est 1'argot avec les 
signes graves sur la pierre, que les constructeurs d'eglises 
au rnoyen age, devaient connaitre pour se faire compren- 
dre des ouvriers dans tous les pays). 

Je termine cette notice en disant que lorsque, entre les 
annees 1717 a 1725, la societe des francs-masons fut in- 
ventee en Anglelerre, se disant etre les successeurs des 
archilectes, disciples du roi Salomon, les constructeurs du 
temple de Jerusalem, ce que j'ai bien explique ci-dessus; 
cclte societe inoderne s'a[propria les traditions et les ecrits 



desBiaitresarehitectes du moyen age; Ic vulgaireaccusait, 
en Ire a lit res, les francs-masons d'etre en relation avec le 
(liable dans lenrs assemblies; on recommit ici la transmis- 
sion d'un prejuge provenanl d'mie tres-ancienne absurdile 
derivee du mol aslrologia de Vilruve, qui avail ele mal in- 
terprete. 



Recherchns /ate d'apres de* documents du XH K siecle mr 
la palrie el la famille de Wiba'd , XLIF abbe clcs monas- 
le'res de Stavelot et de Maimed y ; par Marie-Anne Libert, 
de Malmedy. 

Au commencement du XVtII e siecle, la divine Providence 
vonlant sauver du naufrage les documents des anciens 
temps conserves dans les monasteres, et que le terrible 
orage qui se preparait deja dans le lointain pour eclater a 
la lin de ce meme siecle, allait aneanlir ou disperser, la 
divine Providence inspira a la congregation deSaint-Maur, 
a Paris, le projet de recueillir et de rassembler dans une 
vasle collection les cbartes et les diplomes du inoyen 
age. 

A cet eflel, deux savants benedictins de cette congrega- 
tion, dom Edmond Martene et dom Ursin Durand, se 
meltent en voyage pour se rendre dans toutes les abbayes 
de France et d'Allemagne. 

Dans cette course ils viennent (en 1718) visiter les 
monasteres de Stavelot ei de Malrncdy. A Stavciot, on 
les recoil avec les demonstrations de la plus vive sympa- 
tbic, on leur montre tous les mauuscrits; ils examinent 
les archives et le depot des cbartes, puis on leur Fail de- 



i 177 ) 

livror des copies des manuscrils les plus rarcs ct ties di- 
plomcs les plus anciens : la correspond a nee de 1'abbe 
Wibald, deslinee a perpeluer la memoire de son aiileur, 
c'est-a-dire d'un des princes de I'intelligenceau XIlsiecle, 
qui, en rapport suivi avec les hommes les pins dislingues 
de son epoque, les dirigeait comme d'un centre com- 
mun; toute celte correspondance sorlil des lenebrcs ou 
elle etait reslee ensevelie depuis plus de cinq siecles. A 
Malmedy, ces savants ne rencontrent, disenl-ils, que qucl- 
ques manuscrils de peu d'imporlance, sans diaries ni 
documents anciens. 

La congregation de Saint-Maur fit imprimer, dans le 
second volume de YAwplissima coliectio vclerum monu- 
mentorum, les chartes el les diplomes du monastere de 
Stavelot; Martene les fit preceder d'une dissertation sur 
1'etat de ce monastere et sa preeminence sur celui de Mal- 
medy. 

Toutes les lettres que Wibald avail ecrites, avec celles 
qu'il avail rec,ues, au nombre deplusde 450, furent inse- 
rees et placees, par ordre de date, dans ce meme volume, 
a la suite des chartes et des diplomes. 

Les observations de Martene, misesen tele de ces leltres, 
font assez connaitre combien ce savanl desirail pouvoir 
soulcver le voile qui cachail a lous les yeux la patrie et la 
famille de Wibald; mais depourvu de lous rapports his- 
toriques sur ces points, reduit a quclques indicalions 
puisees dans les ecrits de cet illustre abbe, ou de plus 
grandes pensees le font s'oublier lui-meme, Martene con- 
clut, sur des probabilites et d'apres Jean de Stavelol, ecri- 
vain du XV e siecle, que Wibald a rcc,u la naissance au 
pays de Liege et qu'il descend de la noble famille des 
ez. 
TOME xv. 12. 



( 178 ) 

.Nous nc pouvoiis nous dispenser de laisser parlor Mar- 
Icne lui-memc (1). 

Florebanl apud Leodios seculo uudecimo el sequen- 
libus, viri nobilis domini de Prato, multiset magnis 
i> digiiitatum tilulis eminentes. Wibaldum ex eo gcnere 
esse oriundum , Joannes Stabulaus S. Laurentii mona- 
D chus, de fratre ejus Erleboldus agens, commentariis 
suis inseruit. Atque huic auclori quodam modo astipu- 
latur poeta Ligurinus (Lib. 4), cum Wibaldum canit 
clara stirpe creatum. Consentiunt etiam Stabulentium 
j> monumenta, quae Leodiensem esse satis insinuant. 
Sed et Wibaldus ipse provinciam Leodiensem non 
semel patriam suam appellat. Cetcrum fra'tres cha- 
risaimi, inqtiit epist. 505, reditum nostrum advos ac- 
cderarc prokibet non solum Stabulensis ecclesiae , verum 
9 eliam totius Lotharingiae concussio , quae ulique (eccle- 
sia Stabulensis) noslrapatria est , quaenos yenuit , eclu- 
cavit et provexit. Quibus adde Erebertum ejus fratrern , 
qui untis paternarum opum heres fuit, domum sen 
j> castellum non longeabsmonaslerio Stabulensi habuisse. 

Fratres ipsi fuere duo et una soror, Erebertus, Erle- 
boldus et Havidis, omnes certe aeque praedicandi. Pri- 
mus enim accepta cruce Conradum regem cui erat a 
cancellis, in Palestinam secutus est anno 1 148; et Sta- 
bulensium monachorum perpetuus fuit defensor, quo- 
rum etiam causa multa tulit damna, atque ipso castello 
fuil aliquando spoliatus, uti exeditaa nobis Coelestini 
jo epistola ad Alberonem Leodiensem episcopum satis 
constat. 



(]) 4mpL collect, vet. mon., t. II, p. 155. 






( IT9) 

Erleboldus autem S. Laurcnlii Leodicusis primum, 
deinde Stabulensis, monachus, ubi sub iralre Wi- 
baido abbale plura edidit virtulis spccimina, datus est 
ipsi successor anno 1158. Multis strenue actis cum ad 
summos pontifices lum ad imperatores legationibus. Post 
felicem denique el gloriosam administrationem, Deo soli 
vacaturus cessit dignitate anno 1192. Nee mul to post 
feliciter obdormivit. Tertia denique Havidis in mo- 
nasterio Gerigesheim, Christo desponsala meruit ut 
sororibus praeficeretur circa annum 1150. Hoc quippe 
anno Wibaldus ipsi, misso annulo, congratulatur , 
epistola 220. 

Horum trium, ut videtur, maximus natu fuitWibal- 
dus. Is ab ipsis incunabulis ereptus mundo, monachis 
Stabulensibus traditur rudimentis imbuendus religion is. 
Stabulensis ecdesiae, inquit epistola 78.... lacteo nos 
D pictatis alimento nutrivit, el delicta juventutis nostrae 
et ignorantias nostras non reminiscens , nos si qua in 
praelatione aeslimatur dignitas, ad summum sui reyi- 
minis gradum provexit. Et alibi ecclesiam eamdem, 
x> malrem vocat nutricem , educatricem. (Epist. 41, etc.) 

L'autorite de Martene etait imposante. Tous les histo- 
riens et les biographes qui viennent apres lui, ont adopte 
ses opinions sans observations. Cependant la plupart des 
ecrivains du pays de Stavelot et Malmedy, sans fairc men- 
tion du lieu de la naissance de Wibald, disent formelle- 
ment qu'il est issu de la noble famille de Fisen. 

La chronique manuscrite latine du monastere de Stave- 
lot, redigee par un moine anonyme on ne sail vers qucl 
temps, dit de Wibald : Is ex nobili familia dominoram de 
Fisen oriundus. 

La chronique des peres capucins de Malmedy, ecrile 



( 180 ) 

par Ic pore Jean, evangel isle, vers 1741, sur les manu- 
scrits du convent dc Malmedy, repclc que Wibald descend 
des anciens seigneurs de Fisen. 

Dom Denis Mallierbe, bibliolhecaire du convent de 
Stavelot, dans son Auclarium confirniativum Triumphi 
sancti Rcmadi (p. 84), parle dc Wibald en ces termes : 
Spcctatissimo Wibaldo ex nobili dominorum de Fisen pro- 
sopia or to. 

Ces deux points essentiels de 1'hisloire de Wibald (sa 
palrie et sa famille), sur lesquels j'ose dire d'avance que 
tous les bistoriens indistinctement sont dans 1'erreur, 
exigent quelqucs developpements. 

Comme on Ta vu plus baut, les documents du monaslere 
dc Stavelot nous ont transmis les noms de deux freres et 
d'une sceur de Wibald, qui sont Ereberlus, Erleboldus et 
Ilavidis. Pour peu qu'on jette les yeux sur ces noms, bien 
qu'etrangement estropies, on rcconnail qu'ils derivent de 
la langue tudesque. Quelqu'un ayant insinue a Wibald 
que Pinitiale de son nom pechait contre les regies de la 
grammaire, celui-ci rcpond (epist. CXLVll) : 

Sed ut me tua quaestione liberem, vel iralus, vel pla- 
catus a me recedas, latinislillerisbarbara nomiriastringi 
noil possunt, el nos Germanici sumus non Galli comati 
qui in talibus nominibus G pro U, anteriori ponunt. 

Ainsi il est bien certain que tous ces person nagcs 
elaient originates de la Germanic. Nous avons adopte cc 
point de depart pour base de nos investigations. 

II est prouve, par la lettre du pape Celestin II (1), 
qu'Ercmbertus avail sa maison (domw), ou son manoir 



(!) L. c.,p. 117. 



( 181 } 

seigneurial, dans le voisinago du monaslere do Stavclot; 
rnais il ri'esl pas certain que cct Erembert ait etc chance- 
lier, ni qu'il ait fait, en 1118, le pelerinage dc Jerusalem 
en compagnie et au service du roi Conrad HI. 

En Jisant la lettre (I) que Wibald adresse de Stavelot a 
sa sceur Hat hewiga, dans laquelle Martenea puise des par- 
licularites qu'il applique a Erembertus, on est amend a 
conclure qu'il s'agissait ici d'un iroisieme frere qui avait 
son patrimoine dans un pays eloigne de Stavelot, mais 
assez rapproche de Habitation de Hathewigc, pour qu'il 
put en remettre l'administralion a cette sceur dans le 
temps de son absence. 

Voici deux passages de cette lettre que nous recomman- 

dons a Tat ten lion de nos lectcurs : 



Reprehcndit nos ibrtassis ct arguit dilectio tua, quod 
tamquam immemores pristini ailectuset sincerae dilec- 
tionis, alque fraterni amoris, quo nos invicem lenere 
dileximus, visitare te et consolari hoc tempore distu I i- 
musquando abest germanus tuns regiae curiae cancella- 
rius, sui generis llos et ornamentum, amicorum suorum 
columen et lulela. Peregrinatur ille quidem el bajulat 
crucem suam et sequitur Christum suum Jerosolimam 
petens in comitatu et obsequio carissimi Domini sui et 

noslri Romanorum regis Conradi 



Nunc in Domino excellentiam tuam r"ogamus el horla- 

mur, ut si qua in luendis el curandis rebus iratris 

noslri absenlis diilicultas emerseril, nostro ubi oppor- 

tunum fueril adminiculo utaris. 



(1) Epist. LXXlX,nnno 1148. 



( 18-2 ) 

II nous semblail que la correspondance do Wibald de- 
vait necessairement aider a Irouver le nom de ce troisieme 
f'rere. Nous 1'avons hie et relue cette interessante corres- 
pondance, qui frappe d'ailleurs par le merite de la compo- 
sition et du style; voici les passages sur lesquels notre at- 
tention s'est portee specialement (Epist. CLXXXIV, anno 
1150. Ad A. praepositum Coloniensem) : 



Acephalas litteras a vobis accipere consuevimus, quas 
qui scribunt, similes sunt illis, qui prandent illotis ma- 
nibus, semel correptus de cetero emendabitis . . . 



j> Quae pueri didicimus, jam senes experimur. Coelum, 
non animam mutant, qui trans mare currunt. In aqua 
Jordanis peccata vestra abluere potuistis, sed mores 
vestros eluere non potuistis. Etenim non solum mores 
vestros, sed etiam morositatem inde retulistis. 

Epist. CXCL Anno 1150. Ad Arnoldum praepositum 

majorem Coloniensis ecclesiae 

i 

Vivite et valele. Adducite ad curiam vobiscum modi- 
cum fratrem Erlebaldum. 

Epist. CCLXV. Anno 1151. Ad A. Cancellarium. . . 



Quod vero scripsistis nobis, quod nos soli ad hanc 
legationem (de Rome) sufticeremus, et vos loco comi- 
tis in eadem legatione constitutum reputastis , non ita 
erit, sed vos in hac legatione major et dignior estis, 
quia vel Coloniensis vel Moguntinus, quia claves regni 
vos habetiset summam consilii in regno vos regere de- 
> betis, unde etiam nos comites el fideles famulos in 
obsequio vestro habebitis 



( 183 ) 

liogamus ut diem cerium designers, quo ad vos us<jiie 
Rintorp (1) veniamus ita parati et expediti, ut una vo- 
biscum ad dominum regem progrediamur. 

Epist. CCXCIL Anno 1151. Ad. A. Coloniensem prae- 
positum, regiae curiae caneellarium ....... 

<L 

Mittetis nobis per praesentem puerum nostrum cinda- 
lia Candida, ut mitlere disposuislis, quae cum rogare- 
mus, non dedistis, cum non peteremus obtulistis. 
> Liberalitatem vestram et studium sensit status Sta- 
bulensis ecclesiae sensit penu nostrum, sensit mensa 
nostra, seusit marsupium nostrum, sensit stabulum 
nostrum , sed ut capella nostra pauper et modica sen- 
tiret largitatem , munificentiam et liberalitatem vestram, 
neque Gallia, neque Germania, neque tota Grecia , 
neque Oriens adjuvare potuerunt. 

Epist. CCCLVIL Circa 1152. Ad Arnoldum Colonien- 
sem 

Princeps noster (Frederic / er , surnomme Barberousse) 
per bonam de se merentibus spei liduciam praeslat, 
qui magna cum benevolentia et jucundilate beneficii 
vestri recordatur, quod ei gratis et plusquam gratis in 
suisad imperii culrnen provectibus exhibuistis, et posl- 
modum in suis primordiis singulari fide et constantia 
ad rem publicam , et sua emolumenta indeficienter asti- 
tistis : inde est quod Lotliaringiae regnum vestrum est , 
et per vestram provisionem et operationem cuncla dis- 
ponere intendit. 

(1) Schwarzrheindorf, pres de Bonn. 



( 184 ) 

A.VCC le secours de ces passages, nous elions deja par- 
venu a croirc fermemenl quo ce prevot de 1'eglise metro- 
politainc dc Cologne, ce chancelier qui a contre-signe 
toutes les ordonnances royal as de 1158 a 1150, par une 
formule de pratique cquivalente a celle-ci : Ego Arnoldus 
cancellarius ad vium archicanccUarii Mogunlini recognovi ; 
que cet Arnoldus enfin qui, en 1 151 , monta sur le siege 
archiepiscopal de Cologne, etait frere de Wibald et de 
Hathewige, celui , en un mot, que Martene a confondu 
avec Erembertus. 

Mais il restart encore un point assez embarrassant, c'etait 
de trouver le nom de cette famille, si feconde en grands 
homines. A la favour de notre preoccupation, nous avons 
consulte les anciens auieurs que nous avons trouves par- 
tagessurla famille d'Arnoldus II, archevequede Cologne. 
Les uus disent cju'il est issu des comtes d'Altena; suivant 
d'autres, il appartient a cette antique famille de Wied, 
qui a donne a TAllemagne tant dc prelats distingues. 

Nous avons cm pouvoir fonder cette derniere opinion 
par les citations suivanles qui , mises en comparaison avcc 
celles qui precedent, sc justilient et se prouvent les uncs 
par les autres. 

Le pere Morckens (1) nous donne les details qui sui- 
vent, sur Arnoldus II, archcveque de Cologne : 

Conradus III rex, anno MCL. Rhcno secundo cum 
copiis urbi appropinquans elfccit ut sedatiores com muni 
consensu suum cancellarium eligerent archiepiscopuin. 



(1) Conatus chronologicus ad calalogum Episcoporum , ^rchiepisco- 
porum , cancelliorum , archicanceUarwrum et elector am 4-uyuslfie 
Agrippinemrium, 



fISf) 

1'uis on lit sous Arnoldus II : 

Comes Wedanus (de Wicd), Metropolilanae eccle- 
siae Colonicnsis pracposilus et Conradi Rom. regis 
caucellarius primus, qui liberis, populique suii'ragiis 
sacerdotii Colonicnsis litulos anno domini MCL. con- 
secutus est . 

B 

Mortuus est anno MCLVI, prid. Idus Maji postquam 
praefuisset in annum VI. Sepultus Rheindorpii prope 
Bonnam in ccclesia S. dementis, quam cum Partbe- 
none nobilium virginnm in paterno solo haereditalis 
palrimonio fundaverat. 

M alii nek rot (1) dit, en parlant du roi Conrad III : 

Regnarecepit anno 1158; quo tempore cancellarium 
aulicum Imperialem apud ilium egit Arnoldus, octo- 
que minimum sequentibus annis, adcoque polirc partc 
Imperil Conradini, id muneris sustinuit. 

Un diplome de 1'empereur Frederic l er , date de Ilatis- 
bonne, de Tan 1156, public par M. Lacoinblet (2), sous 
le n 589, contient des circonstarices qui s'adaptent tres- 
bien a notre sujet. Voici ce diplome en partie : 

In nomine sancte et individue Trinitatis. Fridericus 
divina favenle dementia Romanorum imperator au- 
gustus. 

Summe clementie et fidei argumentum est. Ab 
amico etiam post Hila non recedere. Verum ejns devo- 

tionis mcrita que , corporal iler aliquando exbibebat 



(1) De A rchicancellariis S. Romani imperii, ac cancellariis Jmpe- 
ilis aulae, etc., pajjc 72. 

(2) Urkunrtenbiich fur die flench ichle des Nwderrheins.cic. Erster Band. 



perpetual i memorie commendare. hide omnium Chrisli 
imperiique noslri fidelinm presens etas rioverit et suc- 
cessura posterilas qualiter nos ob preclara merita dilec- 
tissimi nostri venerabilis memorie Arnoldi Coloniensis 
archiepiscopi. Sororern ejus Hadewigam Asnidensis (\) 
abbatissam et Burkardum fratrem ejus de Wied cum 
omnibus possessionibus eorum mobilibus et immobi- 
libus in tuitionem nostram siiscepimus. Preterea eccle- 
siam in Rindorf in qua predictus archiepiscopus re- 
quiescit sepultus; et omnes possessiones mobiles sive 
D immobiles quas ipse eidem ecclesie, contulit. \ T el eccle- 
sia juste poterit adipisci sub nostram protectionem 
colligimus et collocamus. 

Un litre de Philippe, archeveque de Cologne , de 
1'an 4175 (2), nous clonne encore des particularity's con- 
cordant avec le deuxieme passage de la LXXtV 6 lettre de 
Wibald, cite plus haul. 

In nomine sancle et individue Trinitatis. Phylip- 
pus Dei gracia Coloniensis ecclesie, archiepiscopus. . 

Quod Arnoldus vir 

clarissimus Coloniensis archiepiscopus II 

.Dei itaque zelo 

accensus ad honorem sui crealoris Dei genitrici inteme- 
rale virgini beato quoque dementi in patriminio suo 
Rlndorph , sumplu magno ardente studio cum summa 
devotione ecclesiam construxit. Ut anime sue, anime 
quoque patris et malris, fratrum et sororum omnium- 
que propinquorum esset rerneditim. Posleris quoque 



(1) Essen , au grand-duche du Bas-Rhin. 

(2) Lacomblet. I. c., n" 445. 



pie recordationis monumenlum. Iluic aulem ecclesie 
omne palrimonium quod in predicto loco habebat. 
Quodque eidem loco pertincbat. Cum pluribus aliis 
prediis legitime conlulit. Coheredibus videlicet omni- 
bus assensum prebentibus et ob tarn salubre propositum 
ipsi congralulantibus. Ne ergo quod tarn pie inchoaverat. 
Ipso deftciente deftccrel. Sorori sue Hadewigi abbatisse 
Esnidensi si quid humanitus sibi contingeret fideliter pro- 
movendum commisit. Cui tarn sua quam se ipsum cre- 
didit. 

line derniere difficulte sur laquelle nous ne devions 
point passer trop legerement, c'elait de savoir s'il faut 
cOnfondre Iladewige, soeur d'Arnoldus II, abbesse du cha- 
pitre noble d'Essen, avec son homonyme, abbesse des 
dames nobles du couvent de Gerrisheim (1). Nous allons 
laisser parler M. Graeff, conseiller a la cour d'appel de 
Cologne, qui, ayant eu Tobligeance de faire des rechercbes 
a cet egard, nous a transmis par uue main amie les pre- 
cieux renseignements que voici : 

Grace a un heureux hasard , je suis maintenant en 
etat de repondre a une question que M lle Libert a posee 
dans le temps au sujet d'une abbesse de Gerresheim. 
II coilste d'une inscription Irouvee dans 1'eglise de 
Schwarzrheindorf, pres de Bonn, qu'en 1151 , lied wig 
de Wied , soeur de 1'archeveque Arnould de Cologne, 
etait en meme temps abbesse d'Essen et abbesse de 
Gerresheim. Ci-joint copie de cette inscription. 

Anno Dominicae incarnationis MCLI (la date nest 
pas lisible; on croit qu'il y avail la VIII Idus Maji) , 



(1) Epislola CCXX, J^ibaldt circa 1150. 



I 188 ) 

dedicata est liaec capella a venorabili Missinensium 
Kpiscopo Alberto.... Item venerabili Leodiensium epis- 
copo Heinrico in honore beatissimi Clcmentis Marlyris 
et papac beati Pelri principis apostolorum successoris; 
altare vero sinistrum in honore beati Laurentii mar- 
lyris et omnium confessornm , altare vero dextrum in 
honore beati Stephani prolomartyris et omnium mar- 
tyrum, allare vero medium in honore aposlolorum 
Pelri et Pauli, superioris autem capellae altare in ho- 
nore beatissimae malri Domini semper virginis Ma- 
riae et Johannis evangel istae a venerabili Frisingen- 
slum episcopo Otone , domini Conradi Romanorum 
regis augusti f rat re, eodem rege praesenle, nccnon 
Arnoldo piae recordalionis fundatore, tune Coloniensis 
ecclesiae electo; praescntc quoque venerabile Corbeien- 
sium domino Wibaldo abate et Stabulerisi , Waltero, 
majoris ecelesiae in Colonia decano, Banncnsi praepo- 
sito et arcbidiacono Gerhardo, venerabili quoque Sige- 
burgensium abate Nicolao, mullis praelerea personis 
et plurimis tarn iiobilibus quam ministerialibus. Dolata 
quoque est ab eodem fundatore et a fratre suo Bur- 
chardo de Wilte, et sorore sua Hatheiciga, Asnidensi 
Gergisheimensi abbatissa, et sorore sua Acecha ., abba- 
tissa de Wicella, praedio in Rulistorf cum omnibus 
snis appendiciis, agris, domibus, feliciter. Amen. 

En resume, je dirai qu'on ne pent done plus doutcr que 
Wibald, abbe des monasteres de Stavelot et de Malmedy, 
ne soil issu de 1'ancienne famille tres-illustre des comics 
de Wied; cela est devenu evident par la comparaison des 
divers documents que nous avons reproduils, dont les uns 
indiquenl sa famille, les autres sa patrie. Martene a voulu 
donner vagiicmcnt a Wibald lo pays de Liege pour patrie. 



( 180 ) 

Wibald lui-meme designe la Loihariugie, c'esl-a-dire, la 
Lorraine. 

Cetcrum fratres carissimi, dit-il, Epistola CCCV , 
red! turn nostrum ad vos accelcrare proiiibct 11011 sol urn 
Stabulcnsis ecclcsiae, verum eliam totius Lotharingiae 
concussio et eversio, quac utiquo (Lotharingia) noslra 
patria est, quac nos genuil, cducavit et provexit. 

Wibald s'elant rendu de bonne heurc aStavelot pour y 
rccevoir la premiere instruction de la vie monaslique, 
ri'appelle jamais cetle e'glise autrcment que sa mere, sa 
nourrice, son i nstitu trice. 

Les religieux de Stavclot ecrivaicul a Wibald (Epist. 
CCXCV) que leur eglise etait sa mere, son institutrice, 
son epouse numquam ab ammo Stabulensem ecclesiam 
malrem vestram, educatricem vestram , sponsam vestram 
avellatis. 

Nous joignons ici un dessin qui represente le sceau de 
Wibald. Ce sceau se trouve dans nn manuscrit de nos 
collections sous ces mots : 

Signum Wibaldi abbalis. Habelur in antiquissimo ma- 
nuscripto pergamenes. 



ERYEAFRA 




WVPVLMV 



L'interet du sujeldont nous parlons nous inspire la con- 



fiance qu'o.n daiguera examiner notre travail avec bonte. 
Displiceat , placeat; tamen est laudanda voluntas. 



Notice sur dcs antiquitcs decouvertes dans le Hainaut ; 
par M. Desire Toilliez. 

L'Academie royale de Bruxelles ct le Messxgcr dcs 
sciences historiques fie Belgique ont public, en 1847, 
deux opuscules dans lesquels nous avions presente le re- 
sultat de nos observations et de nos recherches sur les in- 
struments m pierre , monuments de Cindustrie primitive. 
D'un autre cote, PAcademie a successivement approuvc 
Timpression, dans ses publications, de deux memoires de 
M. Alexandre Pinchart, sur des Anliquites gailo-romaincs 
Irouvees dans le Hainaut, dans lesquels ce jeune et zele 
archeologue a rendu compte du resultat des observations 
qu'il avail faites, avec nous, dans les environs de Mons, 
et des decouvertes dont nous avions pu lui donner con- 
naissance. 

Actuellement, nous venons communiquer a 1'Academie 
le fruit de nouvclles trouvailles d'objets fabriques en 
pierre, et completer ce-qui aurait ele omis dans quelques- 
unes des decouvertes signalees par M. Pinchart (1). 



(1) Le norabre des localites signalees dans les divers memoires donl il s'agit 
ci-dessus etant assez considerable, nous nous reservons de revenir ulterieu- 
rement sur cellos d'entre elles pour lesquelles nous aurions de nouveaux ren- 
seignemenlsj nous nous reservons de mentionner aussi des localites nou- 
vellcs. 



MM: Albert Toilliez, sous-ingenieur des mines, a Mons, 
et Charles de Ueaulieu, professeur a KEcole d'iudustrie du 
Ilainaut, ont trouve, sur le territoire cle la ville de Mons, 
le premier, treize objets en silex, et le second trois, sans 
compter des dechets provenant de leur fabrication. 

MM. Fages et Mazy, le premier, directeur de charbon- 
nage, a Wasmes, et le second, geometre, a Quaregnon, 
ont decouvert quatre coins en silex , deux sur le territoire 
de Quaregnou et deux sur celui de Jemmapes. 

M. Letot, proprietaire, a Baudour, possede quatre ha- 
ches en silex qui proviennent de cette commune. 

M. Scarceriaux, aspirant des mines, a Mons, a trouve un 
instrument en silex sur le territoire de Nimy-Maizieres. 

De noire cote, nous avons decouvert quelques nouveaux 
echanlillons a Quaregnon, et enn'n nous avons reconnu 
I'emplacement d'une fabrique de ces objels sur le terri- 
toire de Ghlin, ou abondent les siSex et ou nous avons 
recueilli des baches lermiriees ou ebauchees , des couteaux 
etdes dechets (1). Nous avions deja appele 1'attention des 
archeologues sur 1'emplacement d'autres fabriques du 
meme genre, sur le territoire de Moris, de Quaregnon et 
de Baudour. 

Ces nouveaux echantillons prouvent que nous avions 
raison d'avancer, dans notre deuxieme opuscule, que des 
recherches etendues amcneraient incontestablcment a recon- 
naltre la presence d'un nombre considerable de ces objets. 

II paraitrail qu'il y aurail des baches formees de ma- 
tieres tendres, telles que le marbre, 1'albatre, etc. Nous 



(1) Nous avons aussi trouve des objets que nous croyons etre des pierrei 
de fronde. 



( 194 ) 

avions d'abord emis le dotitc que ces determinations mi- 
neralogiqucs eusscnt ete bien faites; mais des fails acquis 
par des auleurs com pe ten Is donncnt toute gararitie a cellc 
assertion, et prouvenl que nous avions tortde mettre en 
doute, dans noire premier travail, Fauthenlicite de deux 
objets tailles en grcs arenace (psammite chlorite) quepos- 
sede M. Bauters, de Renaix. 

Une remarque que nous avons deja fait valoir aillcurs , 
e'est que le silex de plusietirs instruments a eprouvc des 
change-merits dans son aspect et dans sa couleur, cetle 
matiere etant sujette a eprouver des degradations par les 
phenomencs mcteoriques. 

Les autres decouvertes archeologiques qu'il reste a si- 
gnaler se rapportent aux localitcs suivantes : Le Terlre, 
Baudour, S l -Denis, OEudeghien, Andcrlues, Waswuel, 
Monimul-sur-llainc , Ghlin et Nimy-Maisiercs. 

Plusieurs promenades au hameau dit le Terlre , et a 
Baudour, nous lirent remarquer, dans la premiere de ces 
localites, sur un vaste terrain situe autour d'un bois de 
sapins, dit bois Lojo, et a proximite de 1'argile tourbeuse 
qui forme le fond de la vallee de la Haine, de nombreux 
debris de restes antiques, gisants sur un sol sablonneux. 
Parmi ces objets, on distinguait des fragments de miles, 
de differentes soucoupes en terre sigillee, de grands vases 
d'une terre rougealre, de vases et (Fumes d'une terre grise 
de differentes pates; des morccaux dc meules en gres 
quartzeux ; des silex bruls ou ebaucbes et des debris de 
leur fabrication; en fin un morceau de verre. 

Plus loin, pres de Baudour, vis-a-vis du bois Lojo, et 
aussi pres d'un moulin silue a gauche, nous avons trouve, 
sur un terrain assez vaste et en partie inculte, d'autres 
debris de poteries et de tuiles. Nous avons deja mention nc 



plusieurs baches trouvees sur Ic lemloire de Random-; 
dc plus, M. Letot, nomme plus haul, y aurail trouve une 
piece d'or. 

Nous avons recucilli a S'-Denis, avec plusieurs debris 
de poteries, un fragment d'assietle en terre rougeatrc. 
II resullc d'un manuscrit de 1054, dii a un rcligieux 
nomme Gerard Sacre, el signale dans la premiere notice 
de M. Pinchart, que,en 1050, on a rencontre, au village 
de S'-Denis, avec de nombreux objets antiques, des crayats 
de Sarrasins, scories de fer comme nous en avons trouve 
pres d'Audenarde, a Nimy-Maisieres ct a Ghlin, an milieu 
de debris gallo-romains. 

Nous avons parle, dans un autre travail, d'unc hacbe 
en silex trouvee dans une tourbiere, a OEudcghien, et 
possedee par M. I'abbe Michot, a Mons. Celui-ci a encore 
une clef et une lampc, toutes deux de fer, qui proviennent 
de cette localite. Dans un beau tumulus, situe pres de 
1'cglise de ce meme village et fouille, en partie, par une 
tranchee pratiquee suivant 1'un des rayons de la base de 
ce tertre conique, nous avons trouve, en 1844, avec 
M. Ed. Joly, de Renaix, des debris de potiches d'une pate 
grise. 

On a decouvert recemment a Anderlues, d'apres notre 
collegue M. A. Sadin , aspiranl-ingenieur des mines, a 
Mons, trois morceaux d'une poterie connue sous le nom 
de gres, qui nous paraissent avoir servi de grains de 
collier. Ilsontla forme de deux cones tronquesd'inegales 
hauteurs, reunis par leurs grandes bases et perfores a 
leurs centres. L'endroit oil cette decouverte a ele faite est 
Ic meme que celui mentionne dans le second memoire de 
M. Pinchart. 

Les objcls trouves jusqu'aujourd'hui en cetle localile, 
TOME xv. 13, 



( 104 ) 

Foul etc a 2 metres environ dc proibndeur , dans une su- 
blierc dont les couches de sable paraissent n'avoir pas ele 
remuees a uneepoque anlerieure. Cette sabliere, situee sur 
ua terrain en pente, a du etre sujette a des inondations 
successives. 

Outre des pieces de monnaie romaine trouvees, en 
1841 , a Wasmuel, dans les deblais du chemin de fer de 
Mons a Quievrain, nous avons a mentionner, comme 
ayant ete decouvertes en cetie localite, jadis marecageuse, 
1 une iibule tres-belle, garnie de son ressort, trouvce 
par M. le cure Letellier, dans le jardin du presbytere; 
2 une meule de moulin qui a servi pour la construction 
d'un puits communal. 

Depuis la communication a 1' Academic de la notice de 
M. Schayes, sur les antiquites trouvees a Montroeul-sur- 
Haine, M. Dartevelle, cure de cette commune, a recueilli 
diilerents objets antiques. Nous avons distingue parmi 
eux : 1 un dard en fer, a trois coins, ayant, compris la 
douille, une longueur totale de 55 millimetres, et un 
diametre de 10 millimetres a la base de sa partie offen- 
sive (1); 2 un morceau de Iibule affectant la forme d'un 
lion; 5 un couteau en fer ressemblant a une faucille pres- 
que droite; 4 des fers de cheval, trouves en deux en- 
droits differents; 5 des debris d'une grande ampbore; 
6 un petit vase a deux anses mobiles; 7 un fragment de 
verre d'une teinte tres-verdatre, etc. 

Parmi les objets qui figurent dans la note de M. Schayes, 
se trouve un miroir; ce dernier, qui a ete fait avec soin, 



(1) Nous ne croyons pas ce dard d'origine romaine; il est, sans doute 
d'origine franque. 






( 195 ) 

est en bronze; il est rond, a un diamelrcdc 105 millime- 
tres et une epaisseur de 1 millimetre et demi; il a etc per- 
fore sur presque tout son pourtour, a 1'exception, sans 
doute, de la partie oil etait applique le manche; cet objel 
curieux n'est plus entier. 

Le marais communal sur lequel on a mis au jour un 
bon nonibre de sepultures gallo-romaines est un peu plus 
eleve que le niveau de la Haine; il est done sujet a etre 
submerge, chaque hiver. Son sol est de 1'argile tour- 
beuse qui a du etre exhaussee par les alluvions. 

M. le cure de Montrceul a decouvert d'autres sepultures, 
sur un terrain plus eleve et plus a 1'abri des eaux. D'autres 
vestiges antiques se trouvent en des endroits moins faciles 
encore a etre submerges. 

Les nombreuses sepultures dont on trouve les traces sur 
le territoire de Montroeul doivent faire supposer 1'existence 
ancienne d'un certain nombred'habitations en cettelocalitc. 

II y a des anliquites sur differentes parties du territoire 
de Ghlin, beau village situe a une lieue de Mons. 

Au Camp don, partie de terre sablonneuse siluee au- 
dessus de la cense dite du marais, a peu de distance de 
1'argile tourbeuse qui forme le fond de la vallee de la 
Haine, nous avons trouve deux instruments de pierre et 
des morceaux de poteries. Plus au nord , au camp des sept 
fontaines , partie de terre adjacente , nous avons aussi 
rencontre des debris de vases. 

Enfin, entre ce dernier champ et le bois situe plus au 
nord , existe un autre champ appele vulgairement les ma- 
/o</nes (mauvais terrain?). Une grande partie en est culli- 
vee, mais il reste inculte un long rectangle situe du nord 
au inidi , traverse par plusieurs chemins et situe a 3 /4 de 
lieue de 1'endroit ou ont ete trouves, au Tertre, des objels 



( 190 ) 

antiques ; son sol cst du sable grisatre , rccouvcrt de 
bruyeres. 

Quoiquc remue ca et la, ce terrain est encore couvcrt 
de grandes mottes facticcs ou tertres coniques d'environ 
1 metre de hauteur sur 4 a 5 metres de diamctre a leur 
base, que nous croyons etre des tumulus. II exisle meme 
quelqucs tumulus intacls au milieu de parties de terres 
cullivees. 

Nous avons trouve, sur le sol, une espece d'anneau en 
fer, des ossements, des morceaux de tuiles, de vases, 
d'urnes, d'assietles de terre de diflerentes pates, de trois 
soucoupes de terre sigillee, de meules de moulin en pierre 
quarlzeuse de deux nuances, debris qui proviennent, sans 
doute, de fouillcs faites par les paysans, dans different* 
buts. Enfm , on y rencontre aussi des scories de fer et 
des instruments de silex (baches, couteaux et pierres 
de fronde ?). D'apres la tradition, il y aurail, en ce meme 
cndroit, des Ibndations donl nous n'avons apercu nulle 
trace, et ce terrain serait remplacement de 1'ancien vil- 
lage. 

D'apres des declarations qui nous furenl faites, on 
aurait rencontre, en cet end roil, a differentes epoques , 
des pots avec des pieces de monnaie en cuivre. On aurait 
trouve aussi une piece d'or, ainsi qu'une pierre d'une 
longueur de 5 metres sur une largeur dc 2 metres, qui 
aurait servi pour la fabrication des paves. Deux autres 
pierres beaucoup plus petitesque la precedente, auraient 
encore existe jadis a Tendroit meme ou Ton suppose qu'il 
y a eu des constructions, mais el les ont sans doute cle 
ulilisees. Nous avons encore appris que, plus a Test, le 
long du chemin dit des pastes, on avail delerre, dernierc- 
ment, Irois potiches remplies d'ossemenls. 






( 197 ) 

Anterieurement a nos decouvertes.a Ghlin, nous avions 
ete fonde a croire a {'existence do nombreux antiques sur 
le territoirc de cette commune. Nous avions, en effet , 
Irouve, non loin de 1'eglise, un morceau du col d'un vase 
antique, d'une pale grisatre, el plusieurs silex tallies. 
Nous avions appris , par un cultivateur , qu'il avail 
trouve, au meme lieu, deux ou trois pieces de mon- 
naie. On avail aussi trouve des pieces romaines, en con- 
struisanl le chemin de fer de Bruxelles a MODS. Eiifin, 
nous avions ete inibrmc, par M. Pinchart, que, d'apres 
les Annales du Hainan t de Vinchant, historien du XVII" 
siecle (I), on avail trouve, a Ghlin, despierres curieuses. 
Notre ami vient de nous transmeltre la note relative a 
celle decouverle; nous la donnons ci-apres : 

Audit villaige Ton at Irouve sur les champs aucnns 
sepulchres de Romains massonnees es lerre avec admi- 
rabies pierres, notament Tan 1612 et plus Fan 1626, 
D dedans lesquelles onl eslez trouves medailles de cuivre 
D figurees de testes d'empereurs romains et escriteaux 
conlbrmes sur icelles. Des pots petits de terre jusqs au 
nombre de 6 avec une culiere d'airain; une lambe de 
terre; aucuns ossemens qui se redigeoinl es cendre a 
leurs atlouchement ; une petile coifre alloure de ferail 

lout demange tant y a qui vouldra avoir lune des 

pierres dudit monument la pouldra veoir avec eslonne- 
ment gisant audit villaige es la maison appartenant 
a Gilles Yinchanl , mon pere. Joignanl le lieu ou on at 
trouve ladite sepulture se trouve a Tapposite autre terre 



(I) Vinch;int (manuscril , Pan 1400, p. 606) demontre que 
sont anterictires a 445 , epoque de (Expulsion des Roraains de la Gault) 
Belgique. 



ou Ton ironvc soul) terre plusicurs lilleaux posees es 
forme de croix (jui fait croire que cy-devant es ccs en- 
droitz une bataille aurait este donnee entre les chres- 
liens et Remains infidels et que les morts des uns et 
> autres auroient estez separement enterrez , les crestiens 
au camp ou se trouvent monuments croiser, les Ro- 
mains es aulre. (1) 

La maison de Vinchaut, dont il s'agit ci-dessus etant, 
parait-il , designee , sur les cartes, par le nom de 
Milfort, les trouvailles mentionnees dans la note prein- 
scrite, se rapporteraient sans doute aux notres. 

A peu pres a la meme distance a Test de Feglise de 
Ghlin , que le Tertre et Raudour en sont distants a 1'ouest, 
on a trouve, sur le territoire de Nimy et de Maisieres, 
differents vestiges antiques, a la sucrerie de Nimy, et sur 
les deux cotes de la route de Rruxelles, entre les eglises de 
Nimy et de Maisieres du sud au nord , et entre la Haine et 
la chausse'e des Romains de Test a Fouest. Outre les vestiges 
d'une cliaussee, on a decouvert, au second de ces endroits, 
des instruments de silex, des scories de fer, des pieces de 
monnaie, des morceaux de bronze (bracelet, fibules ires- 
ornees et une boucle), des morceaux de verre, une meule 
de moulin, des fragments de tuiles, de soucoupes en terre 
sigillee, avec des enjolivements divers, d'amphores, de 



(I) Cette note, extraite de la copie du maniiscrit des Annalesdu ffai- 
naut de F/nchant , qui repose a la Bibliotheque de Bourgogne et qui est 
li-es-fantive . n'a pu etre collalionnee sur le manuscrit que Ton croit etre 
le manuscrit autographe. Ce manuscrit , 3 vol. in-fol. , sur papier , finit a 
Tan hi 35. II fait partie de la Bibliotlieque publique de Mons et se publie, 
clu:/ M. Em. Hoyois , par la Suciete des bibliophiles. Le second volume est 
sur le point de paraitre. 



( 199 ) 

vases et de poliches de terre de differences pales (1), des 
ossemenls, elc., elc. : 

Les champs sont reellemenl couverls de debris. 

M. Pinchart a donne des delails sur ces decouverles, 
dans ses deux memoires. 

II esl probable que 1'ancien chemin de Mons a Conde, 
par Haulrages, qui passe a Ghlin, pres de la maison Mil- 
forl, el qui louche aux endroits de Ghlin el du Terlre, ou 
nous avons Irouve de nombreux debris anliques, se rac- 
cordail jadis, a Fest, par le chemin dil des postes, avec la 
chausse'e des Romains qui existe a Nimy-Maisieres, el a 
1'ouesl avec la chaussee Brunehault, donl on renconlre 
des vesliges pres de Monlroeul-sur-Haine el a OEude- 
ghien , elc. , etc. 

Plus au sud, a proximite de Mons, le Irace de celte 
chaussee des Romains n'a pas encore ele relrouve. 

En examinanl allenlivemenl la posilion des lieux ou 
des resles d'anliquiles on I ete decouveiis dans la vallee de 
la Haine, on remarque qu'ils 1'onl ele, surloul sur ses 
llancs, dans les lieux el eves, el tres-peu dans le fond, qui 
esl une plaine horizontale pourvue de marais. 

Celle-ci elanl 1'effet d'alluvions modernes el exposee, 
depuis les lemps historiques, a eprouver les eilels des 
inondalions, de 1'erosion exercee sur les flancs de la val- 
lee, par I'aclion des eaux pluviales, elc., devail elre peu 
habitee anciennemenl. Ce n'esl que par son exhaussemenl 



(1) Noire parent, M. Albert Toilliez, possede, dans son cabinet, des debris 
dcplus de 50 vases differcnls provenant de cette riche localite. ou, a diffe- 
renles epoques , on a trouve , ainsi que dans le voisinage , des debris de 
poteries et des pieces de monnaie. On vient encore d'y decouvrir une i)iece 
de monnaie, recouveiie d'un plaque d'argent. 



( 200 ) 

incessant, la diminution de son bumidilo ualurclle el de 
sos emanations palndiennes, qu'elle a pu recevoir, de nos 
jours, un assez grand nombre d'babitations. 

Toutcfois, la population anciennc nc choisissaii pas 
ses etablissements a une grande distance du fond de la 
vallee; elle stationnait le plus pros possible de la riviere 
de la Haine ou des fonlaines, en des endroits sees, au sol 
sablonneux ou argilo-sablonneux, oil la craie se montre 
a jour. II est digne de rcmarque que les differentes cou- 
cbes de la formation crayeuse pouvaient etre exploiters 
pour la fabrication des instruments de silex, la confection 
des tuiles, des poteries, du verre, etc.; elles oil'raient 
encore de la tcrre, pour faire des constructions en pise 
et pre'senlaient meme, localement, du mineral de fer. 



- L'epoque de la prochaine seance a ele fixee an lundi 
octobre. 



201 ) 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance du 4 aoul 1848. 

M. ALVIN, dircclcur. 

M. FETIS, faisant les fonctions de secretaire. 

Sont presents : MM. Braemt, De Keyzer, G. Geels, Hans- 
sens, Madou, Navez, Suys, Verboeckhoven , J. Geefs, Corr, 
Snel, F. de Brackeleer, Baron, Parloes, E. Felis, Fraikin, 
membres; Bock et Calamatla, associe's. 



CORRESPONDANCE. 



- M. le Ministre de I'interieur transmet une copie de 
1'arrele royal du l (r juin, approuvant les modifications 
fa i les aux arlicles 10 el 15 dcs statuts organiques, con- 
cernanl la residence des direcleurs des classes. 

- L'auleur d'un des poe'mes deslines au concours ou- 
verl par le Gouvernemenl, envoie une nouvelle redaction 
de son ouvrage, Frangoise de Rimini, et demandea n'etre 
juge que sur cette seconde copie; les rectilicalions, dit-il, 



( 202 ) 

ne loucliant ni an fond ni meme essentiellement a la forme 
du travail. La classe passe a 1'ordre du jour. 

- Le secretaire fait connaitre que le manuscrit du 
poeme portant Fepigraphe : Qui trop embrasse mal etreint, 
a en effet ete retrouve par 1'administration des postes, et 
qiril a ete constate que la remise avail eu lieu avant le 
terme fatal. Le poeme sera done admis au concours, con- 
formement a une decision prise dans la seance prece- 
dente. 

- La classe s'est constitute ensuite en comite secret 
pour arreter les dispositions relatives a la seance publique 
et aux elections du mois de septembre prochain. 



OUVRAGES PRESENTES. 



Rapports du jury et documents de I'exposilion de I'industrie 
beige en 1847. Bruxelles, 1847; \ vol. in-8. 

Catalogue des accroissements de la Bibliotheque royale en 
livres imprime's, en cartes, estampes et en manuscrits. 9 e partie. 
Bruxelles, 1848; in-8. 

Colard Mansion et les imprimeurs brugeois du XV e siecle, 
par I'abb6 Carton. Bruges, 1848; in-8. 

Les trois freres Van Eyck. Jean Hemling. Notes sur ces 
artistes, recueillies par 1'abbe C. Carton. Bruges, 1848; 1 vol. 
in-8. 

West-Vleteren. Notes sur quelques peintres verriers de la 
province. Bruges, 1848; in-8. 



( 205 ) 

Les historiens Chretiens de I' Occident au F e siecle. La chroni- 
que d'Idatius, par Felix Neve (extrait de Y University catholique). 
Paris, 1848; in-8. 

Notices pour servir a fhisloire litter aire de I' Universite' de 
Louvain, par Felix Neve. Louvain, 1848; in-12. 

Notice bibliographique sur les traductions italiennes, espagno- 
/e.s% port ugaises , francaises, anglaises, allemandes, hollandaises, 
danoises, polonaises et grecques des satires de Perse, par le doc- 
teur Jules Tarlier. Bruxelles, 1848; in-8. 

Mort et apotheose d'Hercule, par J. Roulez. Paris, 1848; 



Memoires d'archeologie comparee asiatique , grecque et etrus- 
que, par M. Raoul Rochette. Premier mmoire. Paris, 1848; 
1 vol. in-4. 

Memoires d'archeologie comparde asiatique, grecque et etrus- 
que , par M. Raoul Rochette. Premier memoire sur Cffercule 
assyrien et phenicien considere dans ses rapports avec I'Hercule 
grec, principalement a I'aide des monuments figure's. Paris , \ 848 ; 
\ vol. in-4. 

Maison communale de Molenbeek-Saint-Jean lez-Bruxelles. 
Projet de M. Van der Rit, approuv^ en seance du 25 Janvier \ 848. 
(Plan lithographic repr^senlant la facade de r&lifice.) 

Tableau synoptique et synonymique des especes vivantes et fos- 
siles de la famille des arcacecs, avec I' indication des depots dans 
lesquels elles ont ete recueillies, par M. H.-P. Nyst (extrait du 
tome XXII des Memoires de I' Academic). Bruxelles, 1848; in-4. 

Observation de choree intense guerie rapidement par I'arsenite 
depotasse, par le docteur Dieudonne. Bruxelles, 1848; in-8. 

Essai sur la theorie des moindres carrfe, par Lambert Bou- 
vier. Bruxelles, 1848; in-8. 

Observations sur le metamorphisme normal et la probabilite de 
la non-existence de veritables roches primitives a la surface du 
globe, par M. Virlet d'Aoust. Paris, 1847; in-8. 

De {'abolition du remplacement militaire. Avis a tous les peres 
de famille. Bruxelles, 1848; in-8. 



( -204 ) 

Bulletin de I' Academic royale de medecine dc Belyique. T. VII, 
n 8. Bruxelles, 1848; in-8. 

Annales et bulletin de la Societe de medecine dc Gand. 1848, 
7 C livraison. Gand; in-8. 

Annales de la Societe de medecine d' Anvers. Livraisons de juin 
et de juillet 1848. Anvers; in-8. 

Annales de la Societe medicale denudation de la Flandre occi- 
dentale, etablie a Roulers. (5 e livraison, juin, 1848. Roulers;in-8. 

Annales de la Societe medico-chiruryicale de Bruges. Tome 
IX, 2 e livraison, 1848. Bruges; in-8. 

Repertoire dc la Societe de medecine de Boom. i re an nee, livrai- 
sons d'avril, mai et juin 1848. Boom; in-8. 

Archives de medecine militaire , journal dcs sciences me'dicales, 
pharmaceiitiques ct veterinaires. A. Meynne, r&lacteur. Tome II, 
i cp cahier. Bruxelles, 1848, in-8. 

Journal de medecine, de chiruryie et de pharmacoloyie, public 
par la Sociele des sciences me'dicales et naturelles de Bruxelles. 
Cahier d'aout 1848. Bruxelles; in-8. 

Journal de pharmacie, public par la Societ^ de pharmacie 
d' Anvers. 4 e annee, juillet 1848. Anvers; in-8. 

Journal vete'rinaire et ayricole de Belyique, publid par MM. 
Brogniez, Delwart, Froidmont, Graux, Scheidweilcr et Tbier- 
nesse. Gahiers de mai et juin 1848. Bruxelles; in-8. 

Annales d'oculistique , publiees par le docteur Florent Cunier. 
4 e scrie; tome I er , 5 e et 6 e livraisons, mai ct juin ; tome II, l re et 
2 e livraisons, juillet et aout. Bruxelles, 1848 ; in-8. 

Le progres medical, organe dcs 'interets professionals et scien-* 
tiftques des mededns, des pharmaciens et des medecins veleri- 
naires de Belyique. l re annde, n os 30 a 54. Bruxelles, 1 848 ; in-fol. 

Gazette medicale beige, journal hebdomadaire , redige" par les 
doctcurs Ph.-J. Van Meerbeeck et Ch. Van Swygenboven. Juil- 
let et aout 1848. Bruxelles; in-fol. 

Annales de la Societe royale d' agriculture ct de botanique de 
Gand, journal d' horticulture et de sciences accessoires, redige par 



( 205 ) 

Charles Morren. Livraisoris de juin ct dc juillct 1848, 4 C annee, 
n os 6 ct7. Gand, in-8. 

Journal historique et lilteraire. Tome XV, 4 e livraison , aout 
1848. Liege, in-S. 

Le progres beige, ratiomiel-harmoniquc; feuille hebdomadaire , 
politique, litter aire, artistique ct theatrale, redaction exclusive- 
irient beige et Rationale. N os 1 a 10. Bruxelles, 1848. 

Comptes rendus hebdomadaircs des seances de C Academic 
des sciences. Tome XXVII, n os 1 a 6, 2 e semestre 1848. Paris, 
in-4. 

Bulletin de la Societe geologique dc France. C 2 e serie , tome V, 
feuilles 9 a 15. Paris, 1848; in-8. 

Revue zoologique par la Societe cuvierienne, publiee sous la 
direction de M. F.-G. Guerin-Meneville. 1848, n os 5 et 6. Paris, 
in-8. 

Coup d'ceil sur les publications dc la Societe d'histoire de la 
Suisse romande, suivi des noms des societaires et du reglement dc 
lasociete. Lausanne, 1846; in-8. 

Bulletin des seances de la Societe vaudoise dcs sciences natu- 
rclles. N 17. Lausanne, 1848; in-8 () . 

Extrait du programme de la Sociele hollandaise des sciences 
pour I' annee 1848, 1 feuille. 

Flora batava, of afbeclding en beschn'jving van ncderlandschc 
gcwassen , door Jan Kops en J.-E. Van der Trappen. Aflevering 
149 lot 152. Amsterdam, 1848; in-4. 

Vereinte deutsche Zeitschrift fur die Staats-Arzneikundc, 
herausgegeben von Schneider, Schurmayer, Hergt, Siebenhaar, 
Martini. Jahrgang 1848, neue Folge, dritter Band, zweites 
Heft. Freiburg, 1848; in-8. 

Report of the seventhecnth meeting of the British association 
for the advancement of science, held at Oxford in June 1847, 
London, 1848; 1 vol. in-8. 

Epistolarium or fasciculi of curious letters together with a few 
familiar poems and some account of the writers as preserved 



( -200 ) 

among the Mss. of the Forsler family , by F Fasciculus I. 

Bruges, 1845; 1 vol. in-8. 

The annals and magazine of natural history including zoo- 
logy, botany and geology. Second series, vol. I, n os 1-6. London , 
1848; in-8. 

Corrispondenza scientifica in Roma. Anno 1. n 08 44 et 45. 
Rome, 1848; in-fol. 

De laudibus quibus veteres Lovaniensium theologi efferri pos- 
sunt. Oratio quani die 26 julii 1848 habuit P.-F.-X. De Ram, 
rector Univ. cath. , quum viros erud. H.-J. Feye et C. De Blieck 
more majorum renunciaret. Lovanii, 1848; in-8. 

Dissertatio inauguralis de Boethio philosopho quam cum sub- 
jectis thesibus pro gradu acad. doct. philos. et litterarum in Uni- 
vers. cath. rite et legitime consequendo propugnabil F.-J.-J. Tous- 
saint. Lou vain, 1848; in-8. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES , 

DES 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 

1848. N 9. 

CLASSE DES BEAUX-ARTS. 

Seance du 22 septembre. 

M. ALVIN, direcleur. 

M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Braemt, F. Fetis,Leys, Madou, 
Navez,Roelandt, Eug. Simonis, Suys, Van Hasselt, Eug. 
Yerboeckhoven , Ie baron Wappers, J. Geefs, E. Corr, 
Snel, Ern. Buschmann, Baron , Ferd. De Braekeleer, Frai- 
kin, Ed. Fetis, membres; Daussoigne-Mehul , associe. 

M. Schayes, membre de la dasse des lettres, assiste a la 
seance. 



TOME xv. 14. 



208 



CORRESPONDANCE. 



Le secretaire perpeluel fait connaitre qu'il a rec.u de 
M. le Ministre de 1'interieur ditfe'rerites lettres dont il 
donne communication. Ces lettres ont pour objet : 

1 De demander si la proclamation du resultat du con- 
cours pour la composition d'un poeme d'opera, nepourrait 
avoir lieu a la seance publique de la classe des beaux-arts; 

2 De proposer de rattacher a la merne ceremonie la 
proclamation des recompenses a decerner a 1'occasion de 
1'exposition nationale des beaux-arts de 1848, afm de 
resserrer encore plus etroitement les liens qui unissent 
la classe des beaux-arts aux artistes ; 

5 D'informer que M. Fetis, directeur du Conservatoire 
royal de musique de Bruxelles , venait de recevoir la par- 
tition de M. Lemmens, deuxieme prix du grand concours 
de composition musicale de 1847, pour etre executee a la 
prochaine seance publique de la classe des beaux-arts; 

4 De transmettre trente lettres d'invitation pour Finau- 
guration du monument de Godefroid de Rouillon et 1'ou- 
verture du salon d'exposition des beaux-arts. 

Au sujet des deux premieres lettres, la classe approuve 
le bureau d'avoir acceple les propositions deM. le Ministre. 

En ce qui concerne la quatrieme lettre, le secretaire 
perpetuel fait connaitre que le nombre des invitations 
etait insuffisant pour tous les membres, et que ces invita- 
tions sont parvenues trop tard pour pouvoir etre envoyees 
aux membres etrangers a'la ville de Bruxelles. 



( 209 ) 

II a ete decide que, quand des invitations ne seront 
point nominatives, elles nc seront plus distributes a Pa- 
venir, a moins d'etre en nombre suffisant pour etre adres- 
sees a tous les membres de 1'Academie. 

Le secretaire donne ensuite lecture d'une cinquieme 
letlre de M. le Ministre de 1'interieur, ainsi conc.ue : 

Bruxelles, 20 septembre 1848. 

MONSIEUR LE SECRETAIRE PERPTUEL, 

J'ai rec,u avec votre lettre dn 5 de ce mois , les poemes in- 
tituled : holme ou les Chaperons blancs et Les deux pretendanls , 
auxquels la commission, nominee par la classe des beaux-arts, a 
i'effetde iuger le concours relatif aux poemes d'ope"ra, a decerne 
respectivement le premier et le second prix. 

)> L'ouverture des billets cachete"s qui accompagnaient ces 
poemes, a fait connattre que Fauteur du premier est M. Joseph 
Gaucet, de Lie"ge, et 1'auteur du second M. Felix Kamper. Ce 
dernier nom est un pseudonyme qui a et6 adopts par M. Louis 
Schoonen, de Bruxelles, lequel s'est d^clar^ 1'auteur des Deux 
pretendants. 

)> J'aurai Thonneur, Monsieur le Secretaire perpetuel, de vous 
faire parvenir les deux rnedailles a reinettre aux laur^ats. 

Agr^ez, etc. 

- Un auteur reclame le manuscrit du poemequ'il a en- 
voye an concours des poemes d'opera, ouvert par le Gou- 
vernement. 

II est decide que les manuscrits des poemes qui ont con- 
couru, doivent rester annexes an proces- verbal du juge- 
ment rendu par le jury de la classe des beaux-arts ; mais 



( 210 ) 

qu'il pent en elre prisdes copies an secretarial, conforme- 
menl aux usages des concours academiques. 

- M. W. Wyon , associe de ['Academic et graveur de 
la monnaie a Londrcs, fait hominage d'un exemplaire en 
argent d'une medailledc sa composition, avec figures alle- 
goriqnes, deslinee a servir de recompense pour les ser- 
vices rcndusen mer. Remerciments. 



CONCOURS DE 1848. 



La classe avail mis au concours cinq questions; trois 
sont restees sans reponse; ce sont les I 10 , 2 e et 5 e questions. 

TROISIEME QUESTION. 

Quel est, parmi les divers types de I' architecture jusqu a 
present employes dans la construction des temples Chretiens, 
celui qu'il convicndrait d'appliquer aux monuments religieux 
de la Belgique , eu egard au climat, aux ressources et aux 
pr ogres de I' Industrie? 

Les concurrents rechercheront egalement, si , par les pro- 
gres des sciences, et notamment de la metallurgie, on ne pour- 
rait pas, en introduisant denouvelles comMnaisons , donner 
aux e'glises un cachet d'originalile. 






(211 ) 

RAPPORT. 

Commissaires : MM. Suys, Par toes et Schayes, rapporteur. 

Deux memoires out ete envoyes en reponse a celte 
question. Le premier porte pour epigraphe : 

Rien n'est de bon gout, s'il n'est nlile ; 
rien n'est beau , s'il n'est naturel. 

Et le second : 

Rien n'est beau que le vrai. 

Le memoire n 1 est divise en deux parties. Traitant 
dans la premiere partie du type d'architeclure qui eonvien- 
drail le mieux a nos monuments religieux, 1'auteur blame 
les artistes qui se bornent & copier servilement, dans le 
plan et rordonnancedeseglises, les monuments elevesaux 
epoques anterieures, tant ccux de I'antiquitc classique que 
ceux du moyen age. II ne pretend pas neanmoins que Ton 
rejette aveuglement ce qui se rapporte a ces styles; car il 
ne croit pas que Ton parvienne de nos jours a introduire 
un type arcbitectural entierement neuf, mais il veut que 
Ton ne cherche dans les traditions du passe que ce qui 
peut s'adapter le plus convenablemenl a la destination de 
nos edifices modernes, aux materiaux que iburnit notre sol 
et aux exigences de notre climat; il se prononce done con- 
Ire tout systeme absolu, qui, suivant lui, ne conduit qu'a la 
bizarrerie et a I'absurde. Pour la composition du plan d'un 
monument religieux, il iaut cboisir ce qu'il y a de mieux 
dans les dispositions et les types de tous les grands monu- 
ments, dont la ibi religieuse a couvert le sol de la Bel- 
gique an moyen age, et auxquels 1'auteur trouve un carac- 
tere distinct de celui de tous les styles d'arcbilecture qui 



(212) 

ont precede cette periode. Cependant le style roman lui 
parait devoir servir de point de depart, comme etant le 
plus en harmonic avec nos besoins, nos mceurs, nos 
croyances religieuses et nos materiaux. Se livrant ensuite 
a quelques reflexions sur la direction a donner a 1'etude 
de rarchitecture dans nos ecoles academiques, il est d'avis 
que Tart grec ne doit entrer dans renseignement que 
comme partie accessoire, en quelque sorte comme une 
simple question d'archeologie; mais que c'est chez les 
grands maitres du XIII e siecle et de la renaissance que 
1'eleve doit chercher ses inspirations. II termine cette 
premiere partie de son memoire en disant que, dans la 
construction des edifices, il faut avoir moins egard a 1'ele- 
gance des formes et a la richesse de la composition qu'aux 
exigences du climat d'un pays et aux materiaux que recele 
son sol. 

La seconde partie du memoire, qui ne contient que six 
pages, est consacree a 1'examen des materiaux qui doivent 
entrer dans la construction des eglises. Apres avoir dit 
que le perfection nement des machines et des moyens de 
transport facililera 1'emploi des pierres d'une plus grande 
dimension, Tauleur recommande specialement la mise en 
oeuvre du fer, surlout dans les combles, les voutes, les 
plafonds, ainsi que dans les compartiments des grandes 
fenetres. La substitution du fer au bois et a la pierre doit 
modifier essentiellement, dit-il, les types anterieurs, car 
les piliers, les murs et les eperons on contre-forts en fer, 
ayan t moins de pesanteur et de poussee que ceux en pierre, 
pourront avoir des dimensions infmiment moindres que 
ces derniers. 11 recommande egalement 1'emploi des vitraux 
peints et des terres cuites, d'un usage si general dans les 
edifices anciens, et conclut en declarant de nouveau que, 






(213) 

d'apres ses eludes et sa conviction, le style roman est 
celui qui convient le mieux a nos edifices religieux, mais 
qu'aucun type ne doit prevaloir exclusivement sur tout 
autre, parce que chaque style d'architecture a produit des 
monuments egalement admirables. 

L'auteur du memoire n 2 a partage son travail en trois 
parties. Dans les deux premieres parties, qui occupent les 
cinq sixiemes du memoire, il entreprend de soutenir une 
these aussi neuve que singuliere, celle qu'il a regne con- 
stamment, taut dans 1'ordonnance que dans 1'ornemen- 
tation des eglises, depuis 1'origine du christianisme jus- 
qu'au XV e siecle, un type uniformed'architecture religieuse 
et symbolique dont 1'origine remonte a la creation de 1'uni- 
vers; que Dieu 1'enseigna lui-meme dans la Bible, et quece 
type n'est autre que 1'architecture ogivale, que 1'auteur 
trouve deja appliquee a la construction del'arche de Noe, 
a la tour de Babel et au temple de Salomon. Aussi, sui- 
vant lui, la veritable denomination de cette architecture 
est-elle, non pas architecture ogivale ou gothique, mais 
architecture de Dieu, en allemand Gottes Baukunst; car ce 
n'est que par ignorance, pretend-il, que 1'on metamor- 
phosa le mot Gotles en celui de gothique. 

Void les arguments que 1'auteur avance a 1'appui de ce 
systeme plus que hardi. 

Apres avoir parle en pen de lignes des premiers lieux 
de reunion des 'chretiens, qui ne furent d'abord que des 
maisons particulieres, des champs ouverts, des forets et 
des prisons, puis des catacombes qu'ils decorerent de pein- 
tures representant des scenes de la Bible, il passe aux 
edifices qu'apres trois siecles de persecution , ils purent 
elever dans le but special de les consacrer a leur culte. 

Le meme livre (la Bible), dit-il , qui avait fourni a leurs 



( 214 ) 

aiiretres les stijets dont ils avaient decore les catacombes, 
leur scrvit do traite cornplet d'architecture, puisqu'ils y 
trouvaient la description deiaillee des irois monuments les 
plus remarquables qui aient jamais existe (1); monuments 
construits sous les ordres du seigneur qui en avail present 
les formes, les dimensions, la distribution et jusqu'aux 
moindres details des ornements. Cependant 1'auteur nous 
semble en contradiction avec lui-meme, lorsqu'il avance, 
quelques lignes plus bas, que les basiliques romaines ser- 
virent de modele aux premieres eglises chretiennes, sauf 
les modifications introduites par 1'addition des transepts 
et des figures et ornements symboliques. Le temple de 
Salomon lui parait surtout avoir servi, pour la forme et les 
proportions, de type aux edifices religieux de 1'Orient, 
apres la fondation de Constantinople; mais les deuxseules 
preuves sur lesquelles il base cette opinion, ne sont rien 
moins que concluantes. C'est d'abord la description qu'Eu- 
sebe nous a laissee de son eglise metropolitaine deCesaree, 
et dans laquelle tout lecteur impartial ne verra que celle 
d'une basilique romaine a trois nefs, et precedee de 1'ad- 
dition chretienne de Yatrium ou avant-cour. Puis cette 
exclamation de I'empereur Justinien, lorsqu'il assista a la 
dedicace du temple de S te -Sopbie, je t'ai surpasse, Salo- 
mon , comme s'il avait voulu dire par la qu'il avait fait 
elever une eglise sur le plan du temple de Salomon , mais 
qui surpassait en beaute son modele ; tandis que par ce cri 
de joie, Justinien, fier de son oeuvre, avait seulement pre- 
tendu temoigner qu'il avait edge a 1'Eternel un temple plus 



(1) L'auteur parait entendre par ces monuments I'archc <le Noe, le taber- 
nacle de Moi'se et le temple de Salomon. 



( 215 ) 

digne de lui et plus splendide que celui tant prone par les 
J nil's, el que les Chretiens, d'apres les descriptions pom- 
ponscs de la Bible, supposaient avoir ete un monument de 
la plus grande beaute, bien qu'en realile ce fameux temple 
de Salomon ne fut, sous le rapport de ['architecture, qu'un 
bailment assez mesquin et d'une etendue fort mediocre (I). 
Mais c'est dans les eglises construites dans toute la 
chretien te, entre le XI e et le XV e siecle, qu'il retrouve 
1'image la plus frappante de ce temple, et voici encore 
uue preuve des plus singulieres qu'il allegue a 1'appui de 
cette assertion : Le portail eleve, dit-il, indique par 
Eusebe (dans sa description de la basilique de Cesaree) , 
mais inconnu dans les eglises de 1'Occident et du Nord , se 
trouve figure dans quelques constructions de cette epoque, 
par deux tours cylindriques qui rappellent les colonnes 
d'airain placees a 1'entree du temple de Salomon; Gand 
et Bruges en conservent de precieux souvenirs. Dans la 
premiere de ces villes, on remarque 1'eglise paroissiale de 
Saint-Nicolas, et dans la seconde celle de Nolre-Dame. 
Or, le portail eleve de 1'eglise d'Eusebe n'est autre que le 
mur droit termine en pignon et perce de trois portes, 
repondant aux trois nefs, qui lermait invariablement la 
partie anterieure de toute basilique chretienne du Y e sie- 
cle; et s'il etait permis de voir dans les tours jumelles 
qui, a dater du Xl e siecle, encadrent frequemment les por- 
lails des eglises, quelque reminiscence du temple de 
Salomon , ce ne sont pas les deux colonnes d'airain pla- 
?ees a I'entree de ce temple qu'elles devraient represcnter, 



(!) Voir les plans, coupes et elevalions de ce temple dans Stieglitz, Bei- 
rihjK zur GeschichlG Her dusbildung der Suukunst. Leipz., 1834, 1 C Thcil. 



( 216 ) 

mais les pylones qui en flanquaient la face anterieure, 
comme aux temples egyptiens, dont celui de Salomon 
n'etait qu'une imitation grossiere et sur des proportions 
reduites. 

En parlant des croisades et de leur influence sur 1'etat 
des arts en Europe, et notamment de 1'architecture, 1'au- 
teur semble tomber dans une nouvelle contradiction avec 
ce qu'il a avance anterieurement, lorsqu'il penche vers 
J'opinion des archeologues qui attribuent aux Arabes 
rinvention du style ogival; mais il reprend aussitot que 
ce type n'esten realite que I'accomplissementde 1'archi- 
tecture sacree et symbolique, pratiquee depuis les pre- 
miers siecles et dont le moindre detail de principes est ren- 
ferme dans la Genese, 1'Exode, les Paralipomenes ou les 
Livres des Rois. Ainsi, 1'arcade ogivale en tiers-point, 
considered comme le cachet de 1'architecture gothique, 
ne serait qu'une figure tiree de la Genese ou la descrip- 
tion de la fenetre qui eclairait 1'arche de Noe : Fenestram 
in area fades et in cubito consummates summitatem ejus, 
en donne, dit 1'auteur, la definition la plus correcte. 
Aussi n'hesite-t-il pas a declarer que Tarche de Noe etait 
construile d'apres les principes du style ogival. II voit 
meme dans cette pretendue fenetre ogivale une forme 
eminemmerit symbolique et qui a ete reconnue comme 
rembleme de la divinite. 

L'arche de Noe etant, dans 1'opinion de Fauteur, le 
seul monument reste debout sur la terre, apres le deluge, 
dut necessairement servir de modele aux constructions 
elevees par les fils de ce patriarche, et principalement 
a la tour de Babel ; et il ne fait aucune difticulte de 
croire qu'il existe encore dans les diflerentes contrees 
assignees aux enfants de Noe, de nombreux edifices de 



( 217 ) 

style ogival qui out traverse un laps de temps egal a celui 
<Je la moitie de 1'existence du monde. 

Outre le verset de la Genese qui concerne la fenetre 
de 1'arche de Noe, 1'autcur du memoire cite encore a 
1'appui de la haute anliquite de 1 'architecture ogivale, le 
verset 4, chap. VII, du livre III des Rois qui nous ap- 
prend, dit-il, <|ue les fenetres du temple de Salomon 
elaienl obliques. Si cetle expression, ajoute-t-il, est ap- 
plicable a la partie superieure, il ne peut resler aucun 
doute que les fenetres du temple ne fussent semblables a 
celles de 1'arche; car deux lignes obliques posees en sens 
inverse Torment un angle ou un coude. 

Passant de la forme ogivale, comme type general , aux 
details et a chaque partie d'une eglise construite dans ce 
style architectural, 1'auteur y decouvre encore partout des 
imitations du temple de Salomon : ainsi les colonnes ou 
piliers, formees de nombreuses colonnettes cylindriques 
ou prismatiques, reunies en faisceau, rappellent les pieds- 
droits a cinq pans des portes du sanctuaire du temple; 
les portes d'eglise partagees au centre par un trumeau , 
sont absolument semblables a celles de cet edifice; les 
tours jumelles qui surmontent les portails des eglises 
sont calquees sur le vestibule du temple, qui s'elevait a 
la triple hauteur du corps de 1'edifice (1); les galeries de- 
coupees a jour, les panaches pyramidaux ou tourelles 
couronnees d'un lleuron gothique, les bouquets et les ori- 
flammes, toute cette ornementation est dairement de- 
peinte dans 1'Exode; les ornements en ileurs de lis ou 



(1) Nous avons vu qu'ailleurs I'auteur pretend queces tours representent 
deux colonnes d'airain placet's devant les portes dn temple. 



( 218 ) 

trefles sont imites du chandelier a sept branches; les 
feu flies qui decorent les panneaux des porles et des boi- 
series gothiques ne soul qu'une copie des lames d'or men- 
tionnees an livre III, chap. VI, 2, des Livres des Rois; 
eniin, les gargouilles meme placees sur la toiture des 
eglises, oil elles servent a 1'ecoulement des eaux, ne sont 
point de simples figures fantastiques, comme se 1'ima- 
gine le profane vulgaire qui n'est pas initie au grimoire 
mystique; mais des diableries tirees du rituel des exor- 
cismes prononces a la dedicace des eglises. Les nombres 
mystiques de 5, 7 et 12 qui, suivant 1'auteur, president dans 
toute 1'ordonnance de 1'arche, du tabernacle et du temple 
de Salomon , se retrouvent egalemenl dans la distribution 
des eglises, des les premiers siecles du christianisme. Telle 
est la division des eglises en trois et en cinq nefs, dans 
laquelle nous ne reconnaissons, nous, que la distribution 
interieure des basiliques romaines. Mais ce qui doit nous 
paraitre bien plus extraordinaire, c'est que les voiites de 
la nef centrale n'ont une plus grandc elevation que celles 
des bas cotes, que pour marquer la superiorite de la loi 
nouvelle sur la loi ancienne; que les murailles qui sou- 
tiennent ces voutes principales etaient ornees d'une gale- 
rie de statuettes, pour rappeler les tombeaux creuses dans 
les parois des catacombes ou les saints qui portent les 
prieres des fideles devant le trone du Seigneur. Avec un 
esprit aussi porte au myslicisme que celui dc 1'auteur du 
mernoire, il n'etait pas difficile non plus de retrouver par- 
tout rimage de la trinite : dans les trois nefs d'une eglise , 
dans les meneaux, les trefles et les rosaces qui subdiviscnt 
les fenelres ogivales, dans les bouquets pyramidaux ornes 
de monogrammes qui decoraient les autels et jusque dans 
les moindres plis des ajustements des figures celestes. 






( 419 ) 

Nous ne suivrons pas plus loin 1'aulcur clans Ic dedale 
de scs explications mystiques; celles que nous venons de 
faire connaitre suffiront pour donner une idee de son 
sysleme entier et pour prouver combien, en jouant trop 
sur les mots on en idealisanl trop les choses, I'liomme !e 
plus ingcnieux peut souvent tomber dans les aberrations 
les plus etranges. En voyant du mystere et des emblemes 
religieux jusque dans les details d'ornementation les plus 
insignifiants, on finirait par attribuer un caractere de sain- 
tete aux figures grotesques, et souvent d'une obscenile re- 
voltante, que le genie capricieux et libertiri des artistes du 
moyen age a prodiguees dans un si grand nombre d'eglises. 

Dans la scconde partie de son memoire, 1'auteur traite 
de 1'etat de I'architecture religieuse depuis le XV e siecle 
jusqu'a 1'cpoque actuelle. L'archilecture symbolique, mo- 
difiee, enrichic et graduellement perfectionnee , lomba, 
dit-il, en desuetude et fut enfin totalement abandonnee, 
ce a quoi les evenements du XV e siecle contribuerent 
puissamment. II cite a ce propos les guerres intestines qui 
desolerent la France sous le regne de Charles VI, les trou- 
bles occasionnes par la reforme en Boheme et en Alle- 
magne. II accuse aussi Timprimerie d'avoir fait perdre de 
vue le sens mystique renferme dans les symboles. En Ita- 
lic, la renaissance de la litteraturc classique fit negliger le 

oyen age pour 1'antiquile pa'ienne. Les architectes se 

ouerent exclusivement a Tetude des monuments romains 
qui existaient encore en si grand nombre dans cette cori- 

ree, et en introduisirent le type dans toutes leurs con- 
structions. Ce nouveau style architectural , connu sous le 
nom de renaissance, se propagea rapidement dans loute 
1'Europe civilisee. 11 cite la Belgique comme un des pays 

Iui lurent les premiers a suivre cette impulsion; mais il 



( 220 ) 

n'en produit comme exemple que la seule ville de Bru- 
ges, qui possede en effet plusieurs edifices construits en 
style de la renaissance , des la premiere moitie du XVP sie- 
cle , pour servir de residence aux consuls ou a de riches 
families italiennes. Dans le reste de la Belgique, les edifi- 
ces publics ou prives, construits dans ce style pendant le 
XVP siecle, sont au contraire fort rares, et il nous parait 
incontestable que 1'architecture ogivale continua a y pre- 
dominer sur 1'architecture romaine pendant une grande 
par lie de ce siecle. Ainsi , dans le Brabant , nous ne con- 
naissons que deux edifices d'une certaine importance qui 
aient ete construits dans le style de !a renaissance pendant 
Unite la duree du XVI e siecle : I'hotel de Granvelle a 
Bruxelles, et le college Vandale a Louvain. Dans la pro- 
vince d'Anvers, nous n'en trouvons egalement que deux : 
1'hotel de ville d'Anvers et la maison Hanseatique. Dans les 
provinces de Hainaul , de Namur, de Limbourg et dans les 
deux Flandres, a {'exception de Bruges, nous ne pourrions 
meme en citer aucun, et dans celle de Liege on ne trouve 
que le seul portail de 1'eglise de Saint-Jacques, edifice cons- 
truit en style ogival, comme plusieurs autres eglises de 
cette ville, dans le courant du XVP siecle. II nous serait 
meme aise de donner la lisle d'un grand nombre d'edilices 
de la Flandre occidental, sans en excepter la ville de 
Bruges, qui ont ete batis en style gothique dans la pre- 
miere moitie dn XVII 6 siecle, lorsque ce mode d'archi- 
teclure avait cesse d'etre en vogue dans toutes les autres 
provinces de la Belgique. 

L'auteur du memoire adresse aux architectes du XVI e 
siecle le reproche d'avoir, en adoptant les ordres grecs 
et romains, introduit dans leur application des modifi- 
cations contraires an veritable esprit de 1'architecture 



( 221 

antique, telles que la colonne torse, (lout on trouve ce- 
pemlant deja de nombreux exemples dans les monuments 
des IIP, IV e et V e siecles; les frontons brises, dont Fappli- 
cation n'est pas moins ancienne; 1'in trod uction dans les 
eglises de cariatides, de sa tyres et d'autres figures et 
ornements appartenant au paganisme. C'est avec raison 
qu'il attribue la propagation de ce systeme peu rationnel 
de decoration en Belgique a la devastation complete des 
eglises par les iconoclastes, vandalisme a jamais regret- 
table, qui imposa la necessite de remeubler a neuf toutes 
les eglises, lorsque la Belgique 1'ut rentree sous la domi- 
nation espagnole. 

II allegue avec la meme raison un autre motif de la pro- 
pagation universelle de 1'architecture romaine en Belgi- 
que : la piete des archiducs Albert et Isabelle, sous le 
regne desquels s'eleverent de nombreuses eglises conven- 
tuelles, toutes baties dans ce style. 

L'auteur parle ensuite des vains efforts tentes par 
Louis XIV pour introduire en France un nouveau style 
d'architecture , de Torigine et des progres du style ma- 
niere, connu sous la denomination de style rococo ou Pom- 
padour, qu'il qualifie d'ordre du desordre, et auquel nean- 
moiiis la Belgique est redevable de quelques-uns de ses 
plus beaux monuments, tels que le palais du Roi a An- 
vers et la cathedrale de Namur. 11 ne nous parait pas ren- 
dre aux tentatives faites sous le regne de Louis XVI, pour 
ramener 1'architecture greco-romaine a sa purele primi- 
tive, toute la justice qui leur revient et que peut revendiquer 
en partie notre arcbitecte Dewez, que nous ne craignons 
pas de mettre en parallele avec les Soudlot et les Vanvi- 
telli, sans contredit, les premiers architectes du XVIII e 
siecle. 



( 222 ) 

A pros avoir signale la funeste inlluencc quo la revolu- 
tion franchise exerca sur les arls et stigmatise le vanda- 
lisme de celte epoque de barbaric, il termine cctle par lie 
de son memoire en rendant compte, en peu de mots, des 
travaux modernes des archeologues, pour rend re a 1'ar- 
chiteclure ogivale la haute importance qui lui appartient 
et que d'injustes prcjuges lui avaient deniee pendant trois 
siecles. 

Dans la troisicme parlie de son memoire, Fauleur en- 
Ireprend de prouver que 1'architecture ogivale est la seule 
qui convienne au climat et aux ressources de la Belgique. 
Les preuves sur lesquelles il base cette opinion , sont la 
forme aigue des toits qui favorise 1'ecoulement des eaux et 
la descente de la neige; les galeries percees a jour, les arcs- 
boutants et les nombreuses tourelles qui, en decorant et 
en consolidant les edifices, leur servent en meme temps 
de brise-vent pour garanlir le massif du toit contre les 
tourbillons; les larmiers en bees de corbins, places de 
distance en distance dans les murs exterieurs, qui garan- 
lissent ces derniers contre les pluies. De plus, dit-il, 
dans ces constructions, on ne trouve aucune superficie 
plate; le plan horizontal en est entierement exclu ; les som- 
mites des murs et les seuils des fenetres representent un 
plan incline de 50 degres au moins, tandis que les toits 
de constructions grecques et romaines ne presentent tout 
au plus qu'une inclinaison de 50 degres, et les corniches 
qui allongent les facades sont continuellement exposees a 
Tin filtration des eaux. II etablit a ce sujet une comparai- 
son entre les monuments du moyen age en Belgique qui 
ont traverse les siecles et les edifices en style romain qui , 
apres un siecle ou deux d'exislence, ont eu besoin d'une 
restauration qui equivaut presque a une reconstruction com- 



flV 



plele. L'archi lecture ogivale lui parail me'rilcr cgalcmcul 
la preference sous le rapport economique; oar, par la va- 
rie'te de ses formes, cetle architecture se prele a tous les 
besoins et concilie tous les interels. Pour les communes 
sans ressources, il sullira d'une eglise a pignon couronne 
d'unc fleche pyramidale ct perce de quelques lenctres ogi- 
Vales, et, quelque simple que soil celte architecture, elle 
donnera toujours a 1'ediiice un caractere eminemment re- 
ligieux. Pour les villes opulentes, une cathedralegothique, 
construite avcc tout le luxe ct la variete que cornporte le 
style ogival , invoquera le concours et excitera 1'emulalion 
d'une Ibule d'artistes qui y trouveronl le moyen de se per- 
fectionner dans leur art. Quant a la question des mate'riaux, 
1'auteur se borne a signaler en pen de lignes 1'avantage 
quepresente, pour les constructions de style ogival, 1'em- 
ploi du fer, principalement sous le point de vue de 1'e'co- 
nomie, par le polytypage des meneaux, des arceaux, des 
trefles et des rosaces des fenetres , et en general de tous les 
ornements quelconques, en meme temps qu'on obvierait, 
dit-il, a 1'inconvenient que pre'sentent les meneaux en 
pierre, desquels se detachent souvent les parties qui en- 
tourent la traverse en fer, dont le volume s'augmente par 
Toxydation. 

Telle est, Messieurs, 1'analyse aussi complete et aussi 
nsciencieuse que possible des deux memoires soumis a 
notre examen. Voici maintenant, en peu de mots, le juge- 
ment que nous portons sur le merite de ces travaux. 

Le memoire n 1 , qui ne contient que 14 pages in-4, 
'uneecriture peu serree, ne fait qu'ellleurer chaque par- 
lie des questions a resoudre et ne presente que des idees 
vagues ct assez mal coonlonnees. En somme, c'est moins 
n memoire qu'un simple sominaire ou cancvas de mc- 
TOME xv. 15. 



( 224 ) 

moire. L'auteur ne nous parait done avoir satisfait a aucun 
des points du programme. 

L'auteur du memoire n 2 a traite avec assez de soin et 
d'erudition la partie historique de 1'archi lecture religieuse, 
mais il a adopte, relativement a 1'origine de 1'architecture 
ogivale, un systeme bizarre que desavoue la saine critique, 
et auquel nous ne pouvons accorder notre adhesion. D'ail- 
leurs, il s'est preoccupe trop exclusivement de la question 
religieuse, et il semble avoir perdu totalement de vue celles 
qui ont ete posees par le programme, et q-iii ont un lout 
autre but. II leur consacre a peine Irois pages de son me- 
moire, et la solution de la question de 1'emploi des metaux 
dans la construction des eglises, a laquelle 1'Academie at- 
tachait une importance majeure, n'y occupe que 17 lignes. 

Ce memoire, s'il est plus volumineux et moins superii- 
ciel que le premier, n'a done pas repondu davantage aux 
conditions du programme. 

L'avis de vos commissaires est, Messieurs, que ni 1'un 
ni 1'autre des deux memoires ne merite une distinclion 
particuliere. 

Les conclusions de ce rapport sont adoptees. 



QUATRIEME QUESTION. 

Rapport de M. Fetis, premier commissaire. 

Aucun des memoires presentes en 1847, concernant 
Texamen et 1'appreciation des divers systemes de notation 
musicale, que vous aviez mis au concours, n'ayant obtenu 
le prix a decerner, vous avez mainlciiu la meme question 



( 225 ) 

au programme pour la presente annee. Un seul memoire a 
repondu cette fois a la question, dont je crois devoir vous 
rappelerl'enonce: 

Faire I' expose des principes de chacun des systemes de no- 
tation musicale, qui peuvent etre ramenes a trois typesprin- 
tipauoc, savoir : les chiffres, les iettres de I' alphabet, et les 
combinaisons de signcs arbitraircs ou ste'nographiques. 

Examiner si ces systemes sont congus de manicre a pou- 
voir rcpre'senter , par leurs signes, toutc combinaison quel- 
conque de la musique, sans laisser de doute par I' aspect de 
leur ensemble , ou s'ils ne sont applicables qua certains cas 
et dans certaines limites. 

Demontrer I'une ou I'autre hypothese par des exemples. 

De'duire a priori les consequences inevitables de la substi- 
tution d'un systeme quelconque de notation a celui qui est 
en usage, abstraction faite du merite du systeme. 

Le memoire unique envoye en reponse a cette question 
est un petit in-4 de 62 pages, accompagne de deux plan- 
ches qui offrent des exemples de plusieurs systemes de 
notation. II est divise en six chapitres dont le contenu est 
indique par ce sommaire : 

1 Les notations musicales analysees d'apres leur na- 
ture diatonique ou chromalique; 

2 Les notations musicales analysees d'apres leur direc- 
tion horizontal ou ascendante; 

5 Les notations musicales analysees d'apres leur con- 
figuration uniforme ou multiforme; 

4 Les notations multiformes analysees d'apres les dif- 
ferences de leur configuration ; 

5 Conclusions; 

6 Quelles sont les consequences inevitables de Fadop- 
tion d'un nouveau systeme; 



Cc dernier chapitrc cst suivi d'une explication du ta- 
bleau synoptique des notations et d'une liste des ouvrages 
a consulter. 

L'auteur du memoire a mis en tele de son travail cette 
devise : Soyons brefs , pour etre lus , dairs , pour etre utiles. 
Dans la courtc preface qui precede le memoire, il dit 
aussi : concision, clarte, utilite , c'est noire devise. On ne 
pent nicr que Putililc, la clarte, la concision , ne soient 
des qualites excellentes en elles-mcmes; mais il mesemble 
que Fauteur du memoire, trop preoccupe dc la derniere, 
a precise'ment nui aux deux autres, et que, pour vouloir 
elre trop concis, i! n'est pas aussi facilcment intelligible 
qu'il se retail propose. Avant tout, il aurait du se souve- 
nir qu'il n'e'crivait pas un manuel elementaire, ou la 
forme synoptique est souvent utile , mais un memoire aea- 
dernique, qui ne pouvait etre digne de son objet que par 
la forme logique et litteraire, trop negligee dans son ou- 
vrage. D'ailleurs, la concision qu'on remarque dans le 
memoire consiste a supprimer ce qu'il aurait fallu dire des 
Fintroduction, pour etablir clairement Fetal et les difli- 
cultcs de la question; eniin, Fauteur suppose souvent chez 
le lecteur la connaissance de cboses qui devaient etre ex- 
pliquees pour satisfaire aux conditions du programme, et 
qui sont restees dans le vague. C'est ainsi que, dans la cri- 
tique d'un systeme de notation propose par M. Gambale, 
de Milan, Fauteur dit : Je ferai remarquer que E. Gam- 
bale a fait a son systeme Fapplication des valeurs musi- 
cales de J.-J. Rousseau. La premiere chose qu'il aurait 
fallu faire connaitre, c'etait le systeme du celebre ecrivain 
de Geneve; mais on chercberait en vain, avant ou apres 
ce passage, quelque chose qui s'y rapportat, en ce qui 
concerne ladurec des sons et du silence. Sansdoute, Fau- 






( 227 ) 

leur (hi memoire a pense que les omvres de J.-.T. Rousseau 
sont entre les mains de tout le monde, et que son systeme 
de notation est suffisamment connu ; mais ces considera- 
tions ne sont pas adrnissibles dans une dissertation ou 
tous les elements de la question doivent etre presentes. 

L'ordre dans le travail est le moyen le plus certain 
d'arriver a la clarte, a laquclle aspire 1'auleur du memoire : 
or, la condition premiere de 1'ordre a e'tablir dans 1'exa- 
men des systemes de notation de la musique, etait de re- 
chercher s'ils peuvent etre classes d'une maniere rigou- 
reuse, d'apres des caracteres speciaux, puis de faire 1'expose 
complet et methodique de tous ceux qui appartiennent a 
chaque classe, de les comparer entre eux et de rendre 
evidentes les consequences de chacun. Celordre, 1'auteur 
d memoire a eu 1'intenlion de 1'etablir; mais, d'une part, 
ses classifications ne sont pas caracterisees avec assez de 
precision , et, de 1'autre, 1'expose qu'il fait des divers sys- 
temes n'est ni melhodique, ni complet. C'est ce que je vais 
essayer de demontrer. 

Comme 1'auteur du memoire n 2, preserite an concours 
de 1847, celui-ci divise les notations en deux classes, a 
savoir : les diatoniques et les chromaliques; chaque classe 
eu deux genres : Y horizontal et V ascendant; et enfin clia- 
(|iie genre en deux especes : soli forme et multi forme. 

La division des deux classes, dialonique et chromatique, 
est fondee sur ce que les auteurs de quelques systemes de 
notation ne se sont propose que de represenler les sons 
des gammes diatoniques par des signes fondamentaux , 
qu'ils modifient par des signes accessoires, pour exprimer 
les demi-tons cbromatiques; tandis que d'autres systemes 
out un signe pour chacun des demi-tons de 1'echelle chro- 
matique. Celte division en deux classes principals est 



done tres-rationnelle. Mais I'auteur du memoire tombe 
dans une erreur tres-grave a 1'egard des motifs qui lui font 
preferer les notations diatoniques aux chromatiques: Les 
y> notations chromatiques (dit-il) ont leur gamme divisee 
en douze demi-lons. 

Nous devons faire observer que cette division n'est 
pas selon la nature de notre musique, qui est substan- 
tiellement diatonique. II y a pour la musique sept sons 
primitifs, comme il y a sept couleurs primitives pour la 
peinture. 

Les sept sons se divisent en douze demi-tons. Ces 
douze demi-tons peuvent avoir un tel nombre de subdi- 
visions, que la faiblesse de nos organes ne les saisisse 
plus. 

Remarquons d'abord, sur le premier alinea de ce pas- 
sage , qu'en supposant que notre musique soit substantiel- 
lement diatonique , I'auteur du memoire confond 1'epoque 
actuelle avec le passe; car les tendances multiples de to- 
nalites que I'harmonie donne aux chants qu'elle accom- 
pagne, dans les oeuvres des compositeurs de notre temps, 
impriment a Tart un caractere essentiellement chromati- 
que, qui resulte dissociations constantes entre les douze 
demi-tons de Fechelle. 

Mais c'est surtout dans ce qui suit que sont enonces 
des principes inadmissibles, a savoir : quit y a sept sons 
primitifs pour la musique , comme il y a sept couleurs pri- 
mitives pour la peinture; que les sept sons se divisent en 
douze demi-tons, et que ceux-ci peuvent avoir un tel nombre 
de subdivisions, que la faiblesse de nos organes ne les sai- 
sisse plus. 

Diviser, subdiviser des sons! Quel sens raisonnable y 
a-t-il dans ces expressions? Un son est une sensation 






( 229 ) 

simple, indivisible. La possibilite d'une multitude infmie 
de sons diflerents d'intonation, dans la production des phe- 
nomenes sonores , ne peut etre mise en doute : or, dans 
cette multitude, les differences infiniment petitesd'un son 
voisin, inferieur ou superietir, n'affeclent la sensibilite 
que d'une maniere confuse, et 1'intelligence ne peut con- 
sequemment en determiner les intervalles. Pour arriver 
la formation d'une echelle de differences perceptibles et 
mesurables, 1'mtellect, averti par la sensation, choisit les 
sons dont les intervalles sont appreciates et neglige les 
intermediaires. Dans cette operation, il est evident qu'il 
procede par voie d' elimination. C'est ainsi que 1'intelli- 
gence parvient a discerner et a mesurer, par exemple, les 
differences de sons places a des intervalles d'un quart de 
ton. Exerce a la perception frequente de ce rapport de 
sons, 1'organe auditif en peut recevoir des impressions 
agreables, et 1'esprit peut arriver a la conception d'un 
systeme tonal dont cet inlervalle est un des elements. 
C'est precisement ce qui a eu lieu dans 1'ancienne mu- 
sique de la Perse, et ce qu'on entendait encore dans la 
musique des Turcs, a Constantinople, vers le milieu du 
XVIIP siecle (1); enfin, c'est sur ce principe qu'etait base 
le genre enharmonique primitif des Grecs. Etendant en- 
suite 1'operation de 1'elimination aux quarts de tons, 
rintelligence parvient a la conception d'une echelle chro- 
matique, composee de demi-tons dont elle combine les 
jlements en divers systemes; par exemple, dans la chro- 
latique tonique des Grecs, et plus generalement dans la 



(1) Voyez Toderini, Litleratura Turchesca , t. 1, p. 228-245 et suiv. 
Voyez aussi les planches de ce volume. 



( 230 ) 

musique de 1'epoque actuelle, I'existence dc rinlervalle du 
ton dans la musique, et par suite des sept sons de la 
gamme diatonique, ne peut done se comprendre que par 
relimination d'une multitude d'intervalles plus petits, y 
compris celui du demi-ton. C'est cette derniere operation 
qui a donne naissance aux gammes diatoniques des modes 
de 1'ancienne musique des Grecs, ainsi que des tons du 
chant de 1'eglise, et, sous une autre forme, a celles de la 
musique diatonique des temps modernes. 

On voit done que, loin d'etre en opposition avcc la 
nature de notre musique, les notations chromatiques sem- 
blent etre plus ration nelles que les autres, parce que 
chacun de leurs signes represente un son different, c'est- 
a-dire un degre de 1'echelle des sons contenus dans 1'inter- 
valle de 1'octave. Je dirai plus loin le veritable motif qui 
doit fairc preferer les notations diatoniques. 

L'auteur du memoire etablit, entre les deux classes de 
notations, des distinctions qu'il considere comme carac- 
teristiques et qu'il formule ainsi : 



Notation* 

Nature, diatonique. 

Direction , horizontal ou ascendanle. 

Configuration , uniforme ou multiforme. 

Notations chrotnalifjuef t 

Nature, chromatique. 
Direction, ascendante. 
Configuration, uniforme. 

Plusieurs observations critiques peuvent etre faites 
contre ces prelendus caracteres, dont les uns sont com- 



(251 ) 

muns aux deux classes de notations, et, consequemment 
ne les caracterisent pas, et dont les autres manquent 
d'exactitude. Et d'abord, a quoi sert de dire que la nature 
des notations diatoniques est d'etre diatoniques, et que 
celle des notations chromatiques est d'etre chromatiques? 
Cela s f en lend de soi-meme; car si leur nature n'etait pas 
ce qu'indique leur appellation , ce serait une absurdite. 

La direction des notations diatoniques est horizonlale 
ou ascendante, dit 1'auteur du memoire; celle des nota- 
tions chromatiques est ascendante. Ceci n'est point exact; 
car on ne voit pas ce qui pourrait empecher de placer sur 
une ligne horizonlale treize signcs pour les douze demi- 
lons de 1'octave, com me on y met ceux des sept sons de la 
gamme dialonique. Un systeme de notalion chromalique 
horizontale a ete propose par Bertini (1) : on en pourrait 
imaginer beaucoup d'autres qui auraient la meme direc- 
tion. Les deux classes de systemes de notations ne peuvent 
doncetre caraclerisees par la direction des signes , puisque 
Tune et 1'autre admeltent les directions ascendantes et 
horizontals. 

A 1'egard de la configuration , elle est uniforms ou mul- 
ti forme, dans la classe des notations diatoniques, dit 1'au- 
leur du memoire : uniforms seulement dans les notalions 
chromatiques. Ici il y a encore defaut d'exactitude; car 
une notation chromatique, si elle esl horizontale, sera 
necessairement multiforme, comme celle de Bertini; et si 
elle est ascendante, elle pourra elrebiforms, comme celle 



(1) Stiymatoyraphie, on 1'art d'ecrire avec des puinls, suivie de la Melo- 
aphie, nouvclle maniere dc notcr la musiquc. Paris, Martinet (sans date), 
jr. in-8". 



( 232 ) 

de M. E. Gambale (1) , ou meme iriforme, si Ton veut.dis- 
tinguer les demi-tons descendants des ascendants. II est 
done evident que les notations diatoniques et chromati- 
ques ne peuvent pas etre mieux caracterisees par la con- 
figuration que par la direction. Les caracteres par lesquels 
se distinguent les classes, les genres et les especes, doi- 
ventetre tels, qu'a leur simple enonce, on les saisisse, et 
qu'on puisse immediatement les reconnaitre. 

Dans 1'analyse du memoire n 2 que j'ai faite pour le 
concours de 1847, j'ai dit : Les notations diatoniques 
sont celles qui n'ont de signes fondamentaux que pour 
representer les sons des gammes diatoniques, et qui en 
modifient la signification par des signes accessoires, 
pour exprimer les demi-tons chromatiques. 

Les notations chromatiques sont celles qui ont un 
signe pour chacun des demi-tons de Fechelle cbroma- 
tique. 

Je pense qu'on ne peut caracteriser autrement les deux 
classes auxquelles appartiennent toutes les notations pos- 
sibles. 

Le deuxieme chapitre du memoire a pour objet 1'analyse 
des notations, d'apres leur direction horizontale ou ascen- 
dante. Toujours fidele a son systeme de synopsie caracte- 
ristique, 1'auteur tombe dans les memes erreurs que dans 
sa distinction des classes; mais il fait une observation 
juste, concernant les notations horizonlales, en disant : 
L'impossibilite de representer sur une seule ligne des 
sons differents avec des notes de la meme forme, fait 



(1) La ri forma musicale riyuardante un' nuovo stabilimento di segni 
e di regole per apprendere lamusica. Milano, 1840. 



UVJ 

- 



(255) 

que les notations horizonlales ont, sans exception, une. 
coiiiiguralion multiforme. En 1'absence de la multipli- 
cite des lignes, il faut avoir recours a la multiplicite 
< I es formes. 

Parmi les avantages que signale 1'auteur du memoire, 
comme inherents a ce sysleme de notation, figurent I'uni- 
I'ormile des notes a chaque octave, et C absence de la por tee 
el des lignes supplementaires. Puis , mettant en opposition 
les inconvenients, il dit : 

En detruisant 1'ordre ascendant et descendant des 
notes , Ton detruit aussi le plus grand avantage de la 
musicographie, celui de depeindre instantanement la 
gradation du grave a 1'aigu et de 1'aigu au grave. 

On concoit que des avantages et des inconvenients 
soient mis en balance, quand il s'agit de decider si les 
premiers 1'emportent sur les autres. II peut arriver aussi 
que les avantages et les inconvenients se compensent en 
raison des cas d'application. Par exemple, ce principe de 
mecanique, on perd en vitesse ce qu'ongagneen force, est 
1'enonce d'une loi qui a des consequences alternatives. Elle 
laisse a examiner, dans 1'application, s'il est plus avanla- 
geux d'augmenter la vitesse aux depens de la force, ou 
celle-ci aux depens de la vitesse. Mais, lorsque le probleme 
a resoudre est absolu , il ne peut y avoir d'alternative, car 
ravanlage pretendu, qui empecherait sa solution, serait 
evidemment une absurdite. De quoi s'agit-il done pour la 

tation de la musique? C'est d'en rendre la lecture ra- 
pide et facile. Or, il est certain que c'est 1'uniformite des 
signes a chaque octave, et 1'absence de la portee, qui en- 
levent aux notations horizontales 1'avantage attache aux 
notations ascendantes, dc marquer la gradation du grave 
a 1'aigu et de 1'aigu au grave, c'est-a-dire de rendre sen- 



( 254 ) 

sibles a Pceil les mouvemcnls des sons, avcc la rapid! to de 
1'eclair. L'auteur du memoire se place done ici dans un 
cercle vicieux, puisque 1'avanlage qu'il accorde aux nota- 
tions horizontales est precisement ce qui en rend la lec- 
ture laborieuse et lente , ou pour mieux dire, impossible 
dans Fextreme vitesse. Ce ne sont pas des avantages et des 
inconvenients qu'ont les divers syslemes de notation de la 
musique : ce sont des consequences inevitables de leur 
nature. 

Remarquons, d'ailleurs, qu'il n'est pas exact de dire 
que les signes sont uniformes a chaque octave dans les 
notations horizonlales; car s'il en etait ainsi, la dislinc- 
tion des octaves deviendrait impossible, et par celameme, 
il n'y aurait plus de notation que pour les cas exception- 
nels ou la musique ne sort pas des limiles d'une octave. 
Les modifications de signes, pour marquer la difference 
des octaves, existent dans cos notations comme dans les 
notations ascendanles; mais elles ne frappent pas lesyeux 
au premier aspect. Ainsi, pour les cbiffres et les lettres, 
c'est un simple point place sous les signes de 1'octave in- 
ferieure, tandis que les memes signes ne sont pas accom- 
pagnes de ce point dans 1'octave moyenne, et que, dans 
1'octave superieure, le point est place au-dessus (1). II est 
evident que le lecteur doit voir, non-seulement le signe, 
mais la modification placee en dessous ou au-dessus, pour 
reconnaitre a quelle octave il appartient. L'uniformiledes 
octaves, dont parle 1'auteur du memoire, n'existe done 



(1) De Fa veil memedes partisans les plus decides de ces notations, elles ne 
peuvent servir pour la musique instrumental; or, Fetendue de trois octaves 
est suffisante pour |es voj%. 



pas; mais Ics differences ne sc pcigiienl pas aux ycux 
com me dans les notations ascendantes. 

A 1'egard des notations horizon talcs, formees de signes 
arbitrages, I'uniformite des octaves y existe encore inoins 
que dans les chi fires et dans les lettres. Dans le syslcme 
de Demolz de la Salle (I) , les signes qui ont la forme 
ronde dans line octave sont en lozanges dans une autre, 
et en lozanges vides dans une troisieme. Chez d'autres, 
comme MM. deRambures (2) et Montanello (5), les modi- 
fications des signes sont telles, que ceux d'une octave sont 
absolument difierents de ceux d'une autre. On voil done 
que ce que 1'auteur considere comme 1'avantage des nota- 
tions horizonlales n'a pas de rcalite. Ces notations sont 
depourvues de Tevidence oculaire qui distingue les nota- 
tions ascendantes; mais elles ne rachelent pas ce defaut 
par ridenlile de formes dans les octaves differentes,parcc 
que cette identile est impossible. De plus, si elle existait 
dans les notations horizontals, ce serait un motif suffi- 
sant pour les faire rejeter, car elles deviendraient des 
enigmes insolubles dans la lecture. 

Tout en cherchant la concision , 1'auteur s'esl trompc 
sur les moyens de la realiser. On en voit une preuve dans 



(1 ) Methode de musiqite selon un noitveau systeme tr fa-court, tr fa-facile 
>tr fa-stir. Paris, 1728, 1 vol. in-8. 

(2) Notation musicale rendue facile par la stenographic. Abbeville, 1844, 
in-12. Signes de la stenographic musicale servant aux cours populairei 
de musiqite, etablis d'apres la melhode de Rambures. Paris , P^risse (sans 
date), in-12. 

(5) Jntorno alloscrivere la musica. Lettera di Bartolomeo Montanello 
d Marco I>cccafichi. Milano, 1845. Di un modo facile ed economico per 
istamparo la rnusica. Lettera di Bart. Montanello d Giovanni Riccordi. 
Milano. 1844. 



( 236 ) 

la separation qu'il a faite en chapitres distincts des nota- 
tions horizontales et des notations multiformes ; car la 
diversite de formes est une consequence necessaire de 
1'absence d'echelle graduee pour les signes des sons. L'au- 
teur s'est done expose a des redites, en faisant, dans le 
deuxieme chapitre, 1'analyse des notations horizontales , 
et, dans le quatrierne, celle des notations multiformes, 
tandis qu'il aurait pu les examiner ensemble dans leurs 
altributs inseparables et respectifs, a savoir : multiformes 
en tant qu'horizontales , et horizontales en tant que mul- 
tiformes; car il ne faut tenir aucun compte de la notation 
ascendante multiforme proposee par M. Jue (1) : c'est un 
non-sens. 

Le quatrieme chapitre du memoire, consacre a 1'analyse 
des notations multiformes, est divise en trois sections, 
dont la premiere a pour objet les notations numeriques, 
la seconde, les notations alphabetiques, et la derniere, 
les notations a signes arbitrages. Fidele a son systeme , 
1'auteur etablit d'abord les avantages des notations nume- 
riques, dont le plus remarquable est ainsi formule par 
lui : I'evidence mathematique est le merite le plus saillant 
des notations numeriques. Puis il en examine les inconvc- 
nients et se livre a une discussion minutieuse qui le con- 
duit a dernontrer exactement le contraire de ce qu'il vient 
d'avancer concernant I'evidence mathematique de ces no- 
tations; car, a la fin de la troisieme remarque, on trouve 
cette phrase : Dans ce tableau comparatif, nous remarquons 
toujours identite de chiffres , mais multiplicity de significa- 
tions. II faut convenir que les notations numeriques mettent 



(1) Monogamie de M. Jue. Paris, 1843, in-8. 






(237) 

passablemcnt a la torture I'organe de la vue et celui de la 
raison. Mais ['evidence mathematique, c'est la raison meme, 
la raison illuminee par la verite dans tout son eclat! 
Comment done , ce qui jouit de ce precieux avantage peut- 
il mettre la raison a la torture? Jamais contradiction plus 
manifesto se fit-elle voir en moins de pages? 

Qu'est-ce done qui a pu y conduirel'auteur du memoire? 
Le voici : ce qu'il appelle I'evidence mathematique n'est 
aulre chose que 1'indication positive des sept sons de 1'e- 
chelle diatonique par les chiffres 1 , 2, 5, 4, 5, 6, 7. En 
supposant a ces chiffres une signification invariable , il 
n'y aura jamais de doute dans 1'esprit du lecteur; 5,5, 
seront pour lui le troisieme et le cinquieme son de la 
gamme. Mais si Ton veut faire 1'application du principe 
au systeme tonal, on acquerra bientot la conviction que 
le caractere invariable attribue aux sons par les chiffres 
est une source d'erreurs et de malentendus. J'ai demontre 
cela dans mon rapport sur les memoires envoyes au con- 
cours de 1847 , en disant : 

II n'y a que deux manieres de concevoir la notation 
de la musique par les chiffres, a savoir : en conside- 
rant toute premiere note d'un ton ou d'une gamme 
comme 1 , et les autres notes de cette gamme comme se 

Bsuccedant dans cet ordre : 2 , 5, 4, 5, 6, 7; ou bien , 
en attribuant invariablement un chiffre a chaque nom 
de note, et aneantissant par la touie idee de variete dans 
les gammes. Dans le premier cas, 1 sera le signe d'tU 
dans le ton ftut, de fa dans le ton de fa, de so/ dans le 
ton de sol, et ainsi des autres gammes. De plus, lorsque 
la musique modulera, c'est-a-dire passera, dans un mor- 
ceau, d'une gamme dans une autre, il faudra qu'a Tin- 
slant meme la signification des chiffres change et que 5, 



( 258 ) 

par exemplc, qui est le signe de sol dans la gamme tfut, 
devienne 1 dans la gamme de sol, en faisant preceder 
ce changement d'un signe quelconque qui 1'indique. Or, 
dans la musique incessamment modulee de nos jours, 
ces perpetuelles mutations dans la signification des 
signes forment un dedal e inextricable ct rendent im- 
> possible 1'application du systeme. 

Mais, d'autre part, si les chiffres ont une signification 
invariable, /a, quatrieme note du ton tfut; fa, cinquieme 
note du ton de si bemol ; et fa, premiere note du ton de 

/a, seront representes toujours par le chiffre 4 

Or, a ne considerer les intervalles que par rapport a la 
tonique, il est impossible que le cliiffre 4 , representant 
la seconde de la tonique mi bemol, ou la quinte de la 
i> tonique si bemol , n'aneantisse pas Tidee de ces inter- 
valles. A 1'egard de la tonalite, elle disparait comple- 
D tement des que la note tonique, c'est-a-dire celle qui 
donne son nom a la gamme du ton , n'est pas la pre- 
miere dans 1'esprit; et jamais 1'idee de note premiere ne 
pourra s'allier aux chiffres 5, 6 ou 7, par exemple, 
qu'on aurait sous les yeux, pour reprcsenter les toniques 
des tons de sol, de la ou de si. 

Ces observations paraissent avoir frappe 1'auteur du 
memoire, car son analyse des notations en chiffres n'en 
est que le commentaire. 

Dans 1'analyse des notations alphabetiques, 1'auteur du 
memoire met au premier rang de leurs avantages la con- 
naissance que tout le monde a des signes. iMais cette con- 
naissance des lettres n'est aulre que celle de leurs sons, 
comme elements de la langue ecrite : elle ne pent eti 
d'aucun usage pour la notation. Et rcmarqucz que eel 
veriten'ecliappe pas a 1'auteur lui-meme; car, dans T 



( 25'J ) 

monition des inconvcnieiils dcs notations alphabetiques, 
aprcs avoir dil qu'elles out tons ccux des notations hori- 
/ontales et multiformes, il ajqutc : La difference dc forme 
n'apas d'analogie avec la difference des sons, ni avec le rap- 
port qui existe entre eux. Ou cst done alors 1'avantage de 
la connaissance des signes? N'est-il pas evident que 1'avan- 
tage pretend u et 1'inconvenient sont exactement la meme 
chose? Ce defaut de logique se fait voir frequemment dans 
le memoire. 

Passant ensuite a 1'analyse dcs notations mulliformes 
arbitraires , 1'auteur du memoire dit que les notations arbi- 
Iraires ste'nographiques ne doiventpas ctre considerecs comme 
des musicographies praticables, mais qu'elles peuvent etre de 
quelque ulilite dans des circonslances exceptionneUes. Cela 
est vrai : cependant, c'est a 1'examen des notations de celte 
espece qu'il emploie presque toute cette section de son 
ouvrage, se bornant a faire une enumeration incomplete 
des autres. Je dis incomplete, parce qu'il neglige toutes 
celles qui ne sont que des modifications plus on moins 
considerables de la notation ordinaire, quoique celles-la 
soient cerlainement des systemes de signes arbitraires. Au 
resume, il n'y a pas de veritable analyse dans cette partie 
du memoire; car Tauteur n'examine pas les notations dans 
leur principe, ne les compare pas entre elles et n'en fait 
pas ressortir les defauts. 

Au surplus, il elait difticile que celte matiere Cut traitee 
d'une maniere satisfaisante , si Ton ne prenait pour base de 
comparaison la notation en usage; car celle-ei est aussi 
mise en question dans le programme du concours ouvert 
par la classe , puisque ce programme n'en fait pas la re- 
serve. Cependant 1'auteur du memoire s'est persuade 
qu'elle n'elait pas en cause, car il dit (chapitre TT, 2) : 
TOME xv. 10. 



(240) 

L' Academic n'a point demande la critique du systeme 
regu, sans doute parce qu'elle le trouve bon ; elle propose 
seulemerit 1'appreciation des notations qui sont ou qui 
ont ete en projet de substitution, etc. Cette erreur 
capitale, dans 1'interpretation du programme, est peut- 
etre cause du peu d'ordre et de simplicite qu'on remarque 
dans son travail. II est vrai que 1'auteur dit encore : II 
ne nous appartient done pas de mettre en cause un sys- 
terne qui est regu par iant de nations et consacre par 
tant de siecles; mais nous nous en servirons comme 
point de depart, pour nous convaincre de rinferiorite 
i) reelle des notations rivales. 

S'il eut reel lenient fait ce qu'il an nonce par ces paroles, 
il aurait pu resoudre la question posee par le programme; 
mais il n'y pouvait pretendre que par la critique de cette 
notation, qu'il prend, dit-il, pour point de depart, sans 
faire connaitre ce qu'elle est. 

Je dois faire remarquer que 1'auteur du memoire ne 
pouvait parvenir a la solution complete et satisfaisante de 
la question posee par la classe, qu'en etablissant a priori 
les conditions necessaires d'une bonne notation. Ces con- 
ditions pouvaient etre formulees ainsi : 

1 Rendre facile la lecture de la musiquepar I' aspect des 
signes de la notation, et par une diversite a la fois sensible 
et simple qui empeche de les confondre; 

2 Avoir des signes pour representer torn les degres d'in- 
tonation admis dans I' art ; 

5 Avoir des signes pour exprimer toutes les durees des 
sons et du silence, ainsi que leurs combinaisons rhythmi- 
ques; 

4 Et en fm , evitcr la surabondance el I'e'quivoque dans 
ks siyiws. 



( 241 ) 

Ces conditions posees, on devait examiner si la nota- 
tion en usage repond a toutes ces conditions, et faire 
voir : 

1 Quelleest la plus facile a lire par 1'evidence des degres 
de la portee et la diversite tres-remarquable de ses signes; 

2 Que les lignes de la portee ont ete reduites au 
nombre exactement necessaire , par 1'heureuse combi- 
naison des clefs, qui permettent de noter la musique de 
tous les genres de voix sans sortir des Jimites des cinq 
lignes, et qui, reunies aux lignes fractionnaires, dont 
1'usage cesse quand elies ne sont plus necessaires, ou 
aux lignes d'octaves, fournissent un systeme complet pour 
la musique instrumentale ; 

3 Que cette notation reunit les avantages des nota- 
tions diatoniques et chromatiques , qu'elle est diatonique , 
parce que chacun des degres de son echelle repond a un 
son de la gamme diatonique, et qu'elle est la meilleure 
des notations chromatiques en ce que, non-seulement les 
dieses et les beniols fournissent les moyens de representer 
les douze demi-tons de 1'eehelle, mais aussi determinent 
la qualite ascendante ou descendante de ces demi-tons ; 

4 Que non-seulement cette notation a des signes pour 
toutes les durees des sons ou du silence; mais qu'elle a de 
plus 1'immense avantage de representer la duree et 1'into- 
nation par un seul signe; 

5 Et enfin, qu'il y a si peu de surabondance et d'equi- 
voque dans ses signes, qu'on n'a jamais pu essayer de la 
modifier, ou de lui faire subir quelque suppression , par 
exemple, celle des clefs ou des dieses et bemols, sans la 
priver aussitot de ses avantages les plus precieux, et sans 
rendre la lecture de la musique plus lente et plus labo- 
rieuse. 



( 242 ) 

Colic derniere consideration conduit naturellemeul a 
1'examen et a 1'analyse des syslemes de notations arbi- 
tral res, dans lesquels on a pretcndu modifier la notation 
ordinaire. Quelques-uns out eu pour but de supprimer les 
dieses et les bemols; ce qui n'a pu se faire qu'en substi- 
tuant le caractere chromatique absolu au caractere dialo- 
niqtie de la notation, et consequemment qu'en changeant 
la nomenclature des sons, et distinguant sur la portee 
chacun des douze demi-tons de 1'octave. Or, on ne pou- 
vait alteindre ce but qu'en multipliant les lignes de la 
portee jusqu'au nombre de dix pour une octave et une 
quinte, limites e'troitcs d'un petit nombre de voix, et ayant 
un nombre considerable de lignes fraction naires pour la 
musique instrumenlale, comme dans le systeme de Blein; 
on bien, par 1'emploi de deux formes de notes, 1'une 
blanche, pour les sons places a la distance d'un ton, 
1'autre noire pour les demi-tons interme'diaires. Dans !e 
premier cas, 1'oeil se trouble et se perd au milieu d'une 
multitude de lignes qu'il ne peut plus distinguer; dans le 
second, des notes diiferentes de la gamme diatonique, 
comme mi, fa, se trouvent placees sur le meme degrc et 
nese font distinguer que par la nuance blanche ou noire. 
La simple determination des intervalles par les degres de 
la portee disparait, et Ton a dans ce nouveau systeme des 
tierces a la distance d'un degre et d'autres a la distance 
de deux ; des quintes a la distance de deux degres, d'aulres 
a la distance de trois; des septiemes represente'es par 
quatre degres , d'autres par cinq. Des quartes s'y presentent 
sous 1'aspect de tierces , des sixtes sous celui de quartes , 
et des octaves sous celui de quintes. II est evident que, 
dans un pareil systeme, tons les avantages de la portee 
disparaissent el que cette echelle de sons ne presentc 



( 245 ) 

plusde sens raisonnable. Eufin, la difference dc couleur, 
si hcureusement introduite dans la notalion ordinaire, 
pour distinguer le temps simple de la mesure, ou ses 
fractions, des signes de collection de temps, se confond 
ici avec le signe d'une difference d'intonation; en sorte 
que, pour obvier a ce grave inconvenient, on est oblige de 
recourir a des signes accessoires ou a des notes noires 
de dimensions differentes, dont les lines designent Finlo- 
nation et les autres le temps de la mesure ou sa fraction. 
Tels sont les systemes de Rohleder, de Lemme et de 
M. Gambale. Ainsi, pour faire disparaitre de la notation 
de la musique la conception si simple et si beureuse de la 
representation des demi-tons ascendants et descendants 
par le diese et par le bemol, on est lombe dans un affreux 
desordre, dont Fosil est fatigue, et dans des complications 
qui rendent impossible la lecture dans la vitesse et qui 
enlevenl au systeme son caractere de simplicilc et de 
regulari te. 

D'aulres reformateurs de la notation ordinaire de la 
musique n'y ont vu d'imperfeclion que dans la diversite 
des clefs, dont cbacune represenle un degre dc la gamme 
dialonique, et tous leurs efforts ont tendu a en diminuer 
le nombre, ou a les reduire a 1'unile. Que serait-il resulte 
de Fadoption de ces reformes? C'est que la notion du dia- 
pason des voix et des instruments aurait ete perdue; qu'on 
se serait accoutume a considcrer comme etanl a Funisson 
ce qui est a Foctave, et qu'entraines dans cette erreur, les 
compositeurs auraient ecrit a cbaque instant des renverse- 
ments d'barmonie dont ils n 'auraient pu se rendre compte. 
La transposition, d'ailleurs, cette operation delicate que 
Fusage des clefs rend si facile, serait devenue une torture 
veritable, surtout pour la musique des instruments a cla- 



( 244 ) 

vier. Loin done que la diversite des clefs soil une imperfec- 
tion de la notation ordinaire, elle en est au contraire une 
des conditions inseparables, et ce qu'on a propose pour la 
remplacer n'a produit d'autre effet que d'en dcnaturer 1'en- 
semble. Les syslemes de Salmon , de Monteclair, de Tabbe 
de la Cassagne, de Framery, de Moreti et de M. Colet, 
concernant 1'unite des clefs, ont echoue devant le bon sens 
public, qui a toujours rejete ces pretendues simplifications 
dont le seul resultat est Tinsuffisance. 

Au nombre des reformateurs de la notation ordinaire , 
se sonl trouves des antagonisles du nombre si limite et si 
heureusement choisi de cinq lignes dans la portee. Les uns 
ont voulu la reduire a quatre (i), d'autres a trois. Parmi 
ceux-ci, on remarque Charles Fourier et M. Gambale, 
pour la musique vocale. Le resultat inevitable de ces sys- 
temes devait etre, ou de multiplier les lignes fraction- 
naires , ou d'avoir de conlinuelles mutations de clefs. Dans 
le systeme de la portee de quatre lignes, les lignes frac- 
tionnaires sont en effet en grand nombre, et 1'auteur y a 
applique les clefs de sol sur les troisieme et quatrieme li- 
gnes, et les clefs de fa sur la premiere et sur la seconde; 
mais, par une erreur singuliere, il s'est persuade que les 
clefs represented des sons plus eleves, en raison de leur 
position sur les lignes superieures, et des sons plus graves 
par leur placement sur les lignes inferieures; tandis que 
c'est precisement le contraire qui a lieu. Quant a la nota- 
tion sur une portee de trois lignes , qui ne fournit de 
position que pour les sept sons de la gamme diatonique, 



(1) Elements de musique d'apres une nouvelle maniere de I'e'crire, etc., 
par Louis Chiron. Paris, Dumartray, 1854 , in-4. 



( 245 ) 

suivant le sysleme de Fourier, ou pour les douze sons de 
1'echelle chromatique, suivant celui de Gambale, elle a 
pour objet de presenter toutes les octaves sous le meme 
aspect, dans 1'espace le plus resserre; ce qui ne peut se 
realiser qu'au moyen d'une clef particuliere ou d'un chiffre 
pour chaque octave. Mais il est evident, d'une part , que 
1'uniformite des signes pour representer des sons diffe- 
rents est une conception peu logique qui enleve a la portee 
sa destination naturelle, puisque celle-ci n'a ete imaginee 
que pour rendre sensibles aux yeux les differences d'into- 
nation par les degres de 1'echelle; en second lieu , les 
continuelles mutations de clefs ou de signes d'octaves 
rendent necessaire une grande attention pour ne pas con- 
fondre un signe avec 1'autre, meme dans la musique 
vocale, dont les fioritures modernes embrassent souvent 
deux octaves , tandis que 1'aspect de la musique ordinaire 
sur la portee de cinq lignes a un tel caractere d'evidence , 
qu'aucune erreur n'est possible. 

Voila par quelles analyses il aurait fallu proceder pour 
demontrer d'abord 1'excellence de la notation en usage, 
puis la futilite des critiques qu'on en a faites , les imperfec- 
tions de tous les systemes de modification qu'on a essaye 
d'y introduire, et de plus, les contradictions ou sont 
tombes tous les reformateurs. 

Par les principes deduits de ces analyses, 1'appreciation 
exacte des notations systematiques des chiffres, des lettres 
et des signes arbitraires devenait facile, comme je 1'ai fait 
voir, et 1'auteur du memoire serait arrive a la solution 
complete de la question mise au concours par la classe. 
II aurait evite, dans ses conclusions contenues au chapitre 
cinquieme de son ouvrage, de dire : qu'on n'a propose que 
ties (lifficulte's nouvdles pour echapper aux difficulte's du 



( 240 ) 

systrmt 1 anrien, el qne des inconvenients connus son! prefe- 
rahlefi aux inconvenienls nouveaux. Si des difficullcs exis- 
laient dans la notation en usage, ct ne pouvaient etre 
evitees que par les imperfections des divers systemes pro- 
poses pour le remplacer, et cnfin, s'il n'y avail pas de 
motif plus serieux, pour maintenir cette ancienne nota- 
tion, que la crainte de rem placer des inconvenients connus 
par des inconvenients nouveaux, il faudrait en conclure 
qu'une bonne notation sans difficultes, sans inconvenients, 
est impossible, ce qui serait absurde. Les systemes qu'on 
a proposes, pour remplacer la notation en usage, n'ont 
pas ete rejetes parce qu'ils substituaient des difficultes 
nouvelles aux difficultes de cette notation, mais parce 
qu'ils n'avaient pas ses excellentes qualites; parce qu'ils 
n'etaient applicables qu'a des cas exceptionnels; enlin, 
parce que les notations par chiffres, par lettres et paries 
signes arbitrages on stenographiques , sont indechif- 
frables dans les complications de la musique moderne. Un 
des plus ardents defenseurs de la notation par chiffres, 
M. Emile Cheve, a etc oblige de reconnaitre cette verite, 
lorsqu'il a ecrit : Les chiffres rendent exactement toutes 
les intonations, quelles qu'elles soient; mais, dans 1'opi- 
nion de Gal in et de tons les hommes senses de son ecole, 
le chiffre doit etre exclusivement reserve pour la musique 
vocale, et surtout pour la theorie, qui est tout a fait in- 
)> intelligible sur la par tee musicale. L'exception decide 
ici du fond de la question, et fait justice de tout le bruit 
qu'on a fait, depuis plus d'un siecle, conlre la notation en 
usage et en faveur des chiffres. line notation qui n'est 
applicable qu'a des cas d'exception n'est bonne a rien ; car 
on ne peut en avoir deux. 

Quant a 1'assertion de M. Cheve, que la notation des 



( 247 ) 

est surloul bonne pour la theorie, qui est tout a 
fait inintelligiblc sur la porle'e musicale, c'est encore une 
de ces preventions qui ne soutiennent pas 1'examen par 
les faits; car j'ai demontre que si les chiffres sont absolus 
et invariables, ils aneantissent 1'idee de la diversite des 
tonalites, dont la consideration est la base de toule bonne 
theorie de la musique, et que, s'ils sont variables, en 
raison de la diversite des tons et de la modulation, 1'appli- 
calion en devient impossible dans la pratique. 

D'apres tout ce qui precede, et par les motifs developpes 
dans ce rapport, le commissaire est d'avis qu'il n'y a pas 
lieu dedecerner le prix au memoire presente. 

Ces conclusions, conformes a cellos enoncees dans les 
rapports des deux autres commissaires, MM. Daussoigne- 
Mehul et Snel, sont adoptees par la classe. 



La classe a remis a la prochaine seance la redaction 
delinitive de son programme de concours pour 1849. 

ELECTIONS. 

La classe a precede ensuite au remplacement des mem- 
bres decedes. 

Au premier lour de scrutin, M. Van Eycken a ete 
nomme membre de la section de peinture, en remplace- 
ment de M. Vanderhaert, decede. Cette nomination sera 
soumise a I'approbalion royale. 

M. De Caumont, correspondent de TAcademie des in- 



( 248 ) 

scriplions de 1'Institut de France, a ensuite ete nomine 
associe, en remplacement de feu M. de Clarac (section des 
sciences et des lettres dans leurs rapports avec les beaux- 
arts). 



La fin de la seance a ete consacree aux dispositions 
a prendre pour la seance publique du 25 septembre, et 
a la communication des pieces destinees a etre lues pen- 
dant cette solennite. Le programme a ete arrete ainsi 
qu'il suit : 

1 Ouverture d'Euryanthe de Weber (1) ; 

2 Discours du Directeur de la classe; 

5 Rapport du Secretaire perpettiel sur les travaux et 
le concours annuel de la classe; 

4 Concours pour la composition d'un poe'me d'opera; 
remise des medailles; 

5 Proclamation des recompenses decernees a Tocca- 
sion de 1'exposition nationale des beaux-arts de 1848; 

6 Execution de la cantate de M. Lemmens, qui a ob- 
lenu le second prix au concours de composition musicale 
de 1847. 



(1) Execute par 1'orchestre du Conservatoire royal, sous la direction 
de M. Fetis. 



( 249 ) 



Seance publique du 25 septembre 1848. 

(Dans le Temple <les Augustins). 

M. ALVIN , directeur. 

M. FETIS, vice-directeur. 

M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Etaient presents : MM. Braemt, De Keyzer, Leys, Madou, 
Navez, Suys, Van Hasselt, Eug. Verboeckhoven , Jos. 
Geefs, E. Corr, Snel, Ern. Buschmann, E. Fe'tis, Baron, 
membres; Daussoigne-Mehul , associe; Mengal et Geerts, 
correspondents. 

Assistaient a la seance : 

Pour la classe des sciences, le vicomte Du Bus, vice- 
directeur ; Timmermans , Wesmael , Martens , Dumont , 
Kickx, Ch. Morren, Stas, De Koninck, Van Beneden, 
De Vaux , Nyst, membres; Gluge et Louyet, correspondants. 

Pour la classe des lettres, le baron de Stassart, vice-di- 
recteur; Cornelissen, le baron de Reiffenberg, le chevalier 
Marchal, De Ram, Roulez, Lesbroussart , J. Haus, Bor- 
mans, membres; Bernard et Polain, correspondants. 

All heures, une deputation, composee des membres 
du bureau, a etc recevoir, au portail, LL. MM. le Roi et 
la Reine et LL. AA. RR. les princes et la princesse Char- 
lotte, suivis des ofliciers de leur maison. 



( 250 ) 

MM. les Minisires de I'interieur et des finances assis- 
taient a la seance. 

L'orchestre du Conservatoire royal, sous la direction de 
M. Fetis, a execute 1'ouvcrture d'Euryanthe , de Weber. 

M. Alvin, directeur de la classe, s'est exprime ensuile 
en ces termes : 

Plusieurs d'entre vous, Messieurs, attires dans cette 
enceinte par Pan nonce d'une seance academique, seront 
surpris de Faspect du lieu et du caractere riant des apprels 
qui nous environnent. Puisse-je n'etre point pour eux la 
cause d'un trop regrettable mecomple par la manierc dont 
je vais m'acquitter de la plus difficile des obligations que 
m'impose ma charge. 

L'un de mesdeux predecesseurs^(l), dans unesolennite 
pareille, n'a point hesite a retarder les jouissances musi- 
cales qu'il avait lui-meme preparees a son auditoire; 
abordant et discutaht une savanle question d'estbelique, il 
a su se faire ecouter comme on ecoute Torcbestre qu'il 
conduit si babilement, comme on ecoute les gracieuses el 
naives melodies qu'il exhume des poudreux manuscrits de 
nos anciens compositeurs. L'autre (2) , en montant a celte 
tribune, elait certain d'y rencontrer la sympalhie que lui 
a des longtemps conciliee une suite non inlerrompue de 
brillants travaux. Lorsqu'il s'efforcait de venger de Tin- 
difference, sinon de 1'oubli, la memoire de quelques ar- 
tistes beiges du dernier siecle, Forateur emprunlait a la 



(1) M. Felis. 

(2) M. Navez. 



renommee du peiiilre 1'aulorilc qui manquerait ici a ma 
parole. 

En me preparant a remplir mon mandat ofiiciel, je me 
suis rappele ce mot que La Bruyere a place tout au com- 
mencement du chapitre sur les ouvrayes de Cesprit. II y a 
de cerlaines choses dont la mediocrite est insupporta- 
ble: la poesie, la musique, la peinlurc et le discours 
public. 

Je crains bien, Messieurs, qu'en m'ecoutant vous ne 
vous souveniez trop a propos de la pbrase qui suit imme- 
dialement dans le meme livre : Quel supplice que d'eri- 
}> tendre declamer pompeusement un iroid discours, ou 
pronoiicer de mediocres vers avec toute Fempbase d'uri 
vrai poete. 

C'est pourquoi j'ai reduit autant qu'il m'a ete possible 
les proportions de ma harangue; elle ne sera, a propre- 
inent parler, qu'une introduction, je dirai presque une 
explication du programme de la seance elle-meme. J'ose 
esperer que vous excuserez , Messieurs , cette deviation des 
usages academiques. 

Et en effet, la seance publique de la classe des beaux- 
arts ressemble bien peu a celles des deux autres classes, et 
par le cboix du lieu, et par le clioix du jour et par tons les 
accessoires, qui viennent s'y grouper et absorber le prin- 
cipal. 

Les premiers en date sur le sol beige, les beaux-arts, 
ne sont entres que les derniers dans 1' Academic; la plus 
jeune des trois classes correspond a la plus vieille, a la 
moins conteslee de toutes les renommees de nos provinces; 
mais eniin elle est la derniere venue. 

Ses deux ainees tiennent leurs seances publiques a des 
epo(iues de Tannee qui rap|)ellenl les diflerenles phases et 



( 252 ) 

la fondation de la Compagnie. La classe des leltres au 
mois de mai , celle des sciences au mois de decembre. 

Ce mois est celui de sa fondation, en meme temps qu'il 
ramene un autre anniversaire bien cher a tous les Beiges, 
celui du protecteur de 1'Academie, du prince qui n'a pas 
dedaigne de venir quelquefois s'asseoir au milieu de nous. 
C'est que jamais il ne laisse echapper 1'occasion de mon- 
trer a tous combien il attache de prix au developpement 
intellectuel d'une nation a 1'existence et au bonheur de la- 
quelle il a devoue tous ses instants. 

Enfm, pour la solennite annuellede la classe des beaux- 
arts, pouvait-on choisir une autre date que celle de la 
fondation de notre Etat , date brillante de la renaissance 
derartflamand? 

Ainsi placee au milieu des rejouissances nationales, 
notre seance publique ne pouvait conserver le caractere 
academique, la severite, la gravite scientifique dont celles 
des deux autres classes ne s'ecartent jamais. Ne vous eton- 
nez plus, Messieurs, si tandis que celles-la s'abstiennent 
d'abandonner un seul moment le sanctuaire de leurs tra- 
vaux, la classe des beaux- arts vient s'installer sous ces 
voutes reten tissantes, accompagnee d'un cortege riant, au 
milieu des fleurs et de Tharmonie. 

Vos peintres, vos sculpteurs, vos graveurs, vos arclii- 
tecles, vos musiciens, ont, vous le savez, dans cette classe 
de dignes representants. Quel meilleur moment, quel lieu 
plus propice, quel entourage plus convenable pour les 
meltre en communication personnelle avec le public qui 
connait si bien leurs ouvrages? 

Permettez-moi d'arreter un moment votre attention sur 
tout ce qui brille et s'agite autour de nous, de chercher a 



(253) 

faire 1'ollice du miroir qui ne cree point, mais qui repro- 
duit lidelement les objets. 

La foule ne se lasse pas de remplir les vastes galeries 
ou la Belgique etale avec orgueil sa moisson triennale 
de chefs-d'oeuvre. Vous aurez pu juger si 1'art est reste 
slalionnaire parmi nous, vous avez classe les travaux des 
artistes, et votre admiration designe dejaceux qu'attendent 
d'honorables recompenses; ces recompenses, le Gouverne- 
ment a voulu qu'elles fussent proclamees pendant ces jour- 
nees, et meme dans cette seance , rapprochant ainsi tous 
nos progres, tous nos succes, toutes nos gloires de leur 
commune origine, notre regeneration nationale. 

Depuis trois jours, notre capitale resplendit de pompes 
et de spectacles qui rappellent par leur eclat les epoques 
les plus memorables des vieilles communes flamandes. Les 
arts, se melant aux traditions populaires qu'ils ennoblis- 
serit, remplissent d'un merveilleux cortege nos rues et 
nos places publiques. Par eux le loit qui doit bientot abri- 
ter le plus modeste negoce, se transforme en un palais 
magique eclos com me sous la baguette ,des fees. 

Dedaignons, Messieurs, la facile critique de ces esprits 
superficiels qui ne voient des choses que 1'enveloppe et 
chercbent a ridiculiser ce qu'ils ne coinprennent qu'a demi. 
Applaudissons plutot a la pensee intelligente qui a su don- 
ner satisfaction au besoin qu'eprouve la nation de ratta- 
cher par le plus de liens possible son present a son passe; 
qui a compris que le peuple, cette mine feconde d'oii sont 
sortis les grands artistes, ne doit point etre desberite des 
jouissances que procurent les arts. 

Et qui de vous, Messieurs, refuserait d'accorder a 
1'usage de ces pompes seculaires si passionnement aimees 
de nos ancelres, une reelle intluence sur le gout que les 



( "254 ) 

habitants de nos provinces out de tout temps moutrc pour 
les arts? Quant a moi, j'incline a penser que 1'eclat memo 
de ces fetes a ete pour une part decisive dans la brillante 
originalite du colons flamand? 

Peuple nouvellementregenere, marchons hardimcnt en 
avant dans loutes les voies qui nous sont ouvcrtes; mais 
reportons quelquefois nos regards en arriere, alin de con- 
server nos niceurs et notre caractere qui, malgre des vi- 
cissitudes diverses, ont traverse, saris se laisser alterer, 
les plus mauvais jours de notrc histoire et ont rendu pos- 
sible la reconstilution de notre nalionalite. 

Dans Enumeration des objets qui sollicitent de toute 
part votre attention et qui ne vous laissent apporter a cette 
seance qu'un esprit plus ou moins distrait, oublierai-je de 
signaler la splendide gerbe que 1'agriculture a rassemblee, 
aiin d'offrir, elle aussi, son tributanos fetes? Les climals 
les plus fortunes, les iles fabuleuses chantees par les 
poetes envieraient aujourd'hui la fertilite de ce sol conquis 
par le Beige sur des sables jadis infeconds. 

Je n'hesite point a le dire, s'il est un spectacle digue 
d'etre montre an peuple, un spectacle capable de le mora- 
liser, c'est celui que les autorites lui mettent aujourd'hui 
sous les yeux: la glorification du travail de I'homme par 
1'exhibition des merveilles qu'il enfante. A la vue de ce 
spectacle, qui ne comprend que tout travail a sa poesie et 
que Fart a ete donne a I'liomme afm que le labeur auquel 
il est condamne eut son attrait particulier. Ne voyez-vous 
pas eclater la sollicitude de Dieu pour sa creature dans le 
don de 1'imagination qui a du suivre notre chute origi- 
nelle. J'aime a me le persuader, Messieurs, le jour ou 
noire souverain juge dit au premier homme : lu travail- 



(255) 

leras a la sueur de ton front, il laissa tomber sur cc meme 
front la divine etincelle qui est le genie. 

Je m'aperc,ois que la grandeur de 1'objel va m'entrainer 
au dela des bornes que je me suis assignees. Rentrons 
dans les modestes limites qui conviennent mieux a mes 
forces, et disons, avec le poete latin : 

Clauditejam riwsj pueri, sat prata bibenmt. 

Je m'arrete done; cependant qu'il me soit permis, Mes- 
sieurs, de conserver encore un moment la parole, non 
plus en mon nom, mais pour un de nos confreres. 

Dans notre compagnie, ou tous les arts sont represented, 
une place a aussi ete faite a la poesie : j'ai pense, Messieurs, 
que cet art ne devait point briller dans le programme de 
cetle soleunite seulement par son absence, et grace au con- 
cours demon ami, M. E. Buschmann, je puis, en comblant 
la lacune, donrier a ma mission oratoire 1'etendue et 1'in- 
teret qui lui eussent manque sans cet heureux auxiliaire. 

L'ART FLAMAND, 

Ode j par M. Ern. Buschmann. 

Le moyen age meurt. De sa tempefe sombre 
Le formidable eclair s'eteint au loin dans 1'ombre. 
II s'endort, le volcan , d'un eternel sommeil. 
A sa base deja la nuit des temps commence, 
Et sur le bord fumeux de son cralere immense 
Le beau quinzieme siecle enfin surgit vermeil. 

Auguste et noble epoque ! ^re grande et feconde 
Ou de vives Incurs illuminent le monde ! 
Ou Pespoir jette a Thomme un appel argentin 
Ou la jeune science en cent lieux s'elabore 
Ou Tart mele aux claries d'une nouvelleaurore 
Les reflets amortis de Pastre byzantin 

TOME xv. 17. 



( 256 ) 

C'est 1'heure ou la nature et Fame delivree , 
Sur les plus doux tresors de leur heaute sacree 
Appellent le regard de Tartiste fervent; 
Ou, brisant du passe le mystique ossuaire, 
Et des vieux types morts rejetant le suaire, 
L'art, sous un beau soleil, s'epanouit vivant! 

C'est Theure ou Faction, 1'expression, la grace, 
L'accent, le caractere et la forme et I'espace, 
Ensemble harmonieux devant Poeil retrace, t 

Emanant du reel, frappent PSme ravie , 
Et, faisant sur la toile etinceler la vie, 
Detronent le symbole immobile et glace! 

Alors , trois nobles coeurs que la source profonde 
Du saint enthousiasme abreuve de son onde , 
Longtemps caches dans Tombre et revant a 1'ecart , 
Aspirent de leur temps les forces condensees, 
Dans un monde visible incarnent ses pensees, 
Et le nom des Van Eyck flamboie au seuil de Tart ! 

Les Van Eyck! groupe aime, trinite fraternelle 

Qu'un radieux genie a prise sous son aile! 

Hubert, grave et pensif; Jean, aux voeux indomptes, 

Attendant qu'a ses yeux un nouvel art respire, 

Et puis , leur Marguerite au suave sourire , 

Doux ange et douce sceur qui veille a leurs cotes ! 

11s peignent 1'oeuvre nait et 1'Europe s'etonne. 
Deja des grands fonds d'or le faste monotone 
S'eclipse, et la nature a leur place apparait. 
L'oeil sonde, emerveille, d'immenses perspectives; 
II retrouve les pres , les ondes fugitives , 
La lumiere et le ciel, les fleurs et la foret! 

Etriiomme, qu'il surgit, plus vrai, plus syrnpathique! 
Comme parle aux regards son regard magne"tique ! 
Quels rapides elans, quels sentiments divers! 
Quel jeu passionne dans ces ressorts de Petre! 
Comme la forme vit sous le pinceau du maitre , 
Et comme Tame bumaine etincelle au iravers ! 



(257) 

Germes d'independance et fleurs de poesic, 

Grave inspiration , naive fantaisie, 

Dont la r&ilite" fait naitre la splendeur, 

C'est vous par qui Partiste au grand jour se revele , 

Vous, les signes puissants, la langue universelle 

Dans laquelle il traduit son genie et son coeur! 

L'art flamand a conquis sa place a la lumiere, 
Le fleuve que nourrit cette source premiere , 
Tant6t lirapide et calme et tant6t irrite , 
Dormant sous un beau ciel ou fouette par I'orage , 
Est venu jusqu'a nous, reflechissant 1'image, 
De la grande nature et de Phumanite"! 

Et toujours lorsqu'un nom salue par la foule , 
fierce sur un flot pur ou porte" par la houle, 
Dans les fastes de Tart s'est inscrit glorieux , 
Toujours le mail re avail , aux jours de reverie , 
Des forces, des instincts de la mere-pa trie , 
Entendu dans son co?ur Pappel nrysterieux ! 

Doux et noble Hemling , dont la grace supreme 
Ceint le beau front reveur d'un si frais diademe j 
Poe'te dont la main , en traits vivants et purs, 
Brode le long tissu des tegendes chretiennes ; 
Peintre des teintes d'or, vagues, aeriennes, 
Des etes declinants et des automnes murs ! 

Metsys, dont le bras fort, quand la forge s'allume, 
Martelle , a coups presses, sur la sonore enclume, 
Le fer incandescent qu'il transforme a son gre j 
Forgeron qui, le soir, cheminant par les rues, 
Reve aux beautes de I'art vaguementapparues, 
Qui jailliront plus tard de son front inspire ! 

L'audacieux Rubens, fier et sublime athlete, 
Maitre au nom flamboyant , a 1'ardente palette , 
Qui fait son auvre immense et sans treve et sans frein , 
Peint Phistoire et le monde en pages magistrates . 
Constelle de leurs feux palais et calhedrales 
Et couvre Part enlier d'un regard souveraio I 



( 258 ) 

Van Dyck donl le pinceau flexible ot poelique 
Revel le masque humain (Pun charme sympalhique, 
Ou bien du Golgotha retrace les douleurs; 
Teniers qui fait bondir , dans scs frais paysages , 
Une foule joyeuse, aux rubiconds visages, 
Ou Parrete attentive aux cris des bateleurs. 

Vous tons, peintres aimes, phalange radieuse, 
Oui de Part jalonnez la route glorieuse , 
N'est-ce pas, vous senliez qu'un souffle inspiraleur, 
Sans cesse rayonnant des profondeurs intimes 
Du vrai, du sol natal, en effluves sublimes, 
Dilatait votre front et vous gonflait le cceur? 

Et lorsque , par deux fois , dans sa longue carriere , 
L'art parut chanceler , et sa splendeur premiere 
S'eteindre a Phorizon en de pales vapeurs , 
N'est-ce pas qu'oublieux de sa propre origine, 
II voulait se courber sous une autre doctrine, 
Et d'un ciel etranger refleter les lueurs? 

Aujourd'hui Part flamand a retrouve sa voie, 
Et Paslre rajeuni des vieux maitres flamboie 
Sur notre belle ecole au front plein d'avenir. 
Qu'il remonte a son gre dans le courant des ages , 
Des pensers de nos jours qu'il animc ses pages, 
Son principe eternel les peut tous contenir! 

Jeunes maitres, deja Porgueil de la Belgique, 
Sans treve poursuivez la route magnifique , 
Vous qui Pavez rouverte , heritiers des aieux ! 
Le present vous sourit ; le passe vous eclaire : 
Aimez Part ! aimez Part, cet arbre seculaire 
Qui plonge dans le sol et monte vers les cieux! 

Qu'importe que de loin s'eleve un vent d'orage 

Qui fail pencher sa cime et fre"mir son feuillage ! 

Tantquedu sue natal, doux et riche tresor, 

Sa racine profonde d flots sera nourrie, 

Tanl qu'il vivra du sol de la libre patrie, 

Ses rameaux verdoyanls porteront leurs fruilsd'or! 



( 259 ) 

M. Ic directeiir a donne cnsuite la parole a M. Quetelet, 
secretaire perpetuel, pour la lecture du rapport suivant sur 
les travaux de la classe et sur les concours annuels. 

Le rapport queje vais presenter sur les travaux exe- 
cutes pendant le cours de cette annee, sera necessairement 
incomplet : en effet, ce n'est pas dans une reunion academi- 
que que Ton peut apprecier des artistes. Si vous voulez ju- 
ger de leur talent et de leur activite, visilez nos principaux 
monuments, parcoureznos places publiqueset nos musees; 
arretez-vous surtout dans les galeries ou se fait notre ex- 
position des beaux-arts, et comparez ce qu'y renconlrent 
vos yeux a ce que pre'sentaient des expositions semblables , 
a une epoque pen eloignee. Vous sentirez mieux alors 
quelle immense carriere a ete parcourue, et combien la 
Belgique actuelle est digne de son ancienne renommee! 

Que pourrais-je ajouter d'ailleurs a ce que proclamc 
1'opinion publique, cetle reine imperieuse qui dispose de 
lout, et qui, selon 1'expression de l'immortel auteur des 
Pensees , fait la beaute, la justice et le bonheur? En 
la suivant dans ses elans , je n'aurais a craindre qu'un 
ecueil , ce serait de tomber dans des exagerations, trop 
frequentes de nos jours, et aussi nuisibles a 1'art qu'aux 
artistes , dont elles gatent souvent 1'avenir et le caractere. 

Me renfermantdans les modestes limites que me tracent 
mes fonctions, je me bornerai done a parler sommairement 
de ce qui a ete fait au sein de 1'Academie et de ce que les 
artistes qui en sont mernbres, ont, depuis un an, essaye 
de realiser. Malbenreusement, 1'experience est venue leur 
apprendre que les conceptions les plus genereuses, les 
plus desinteressees sont parfois eel les dont 1'execution pre- 
sente le plus de diiUcultes. 



(260 ) 

Dans la premiere seance de cette annee academique, la 
classe a pose les bases sur lesquelles il conviendrait d'eta- 
blir une caisse de seoours en faveur des veuves et des or- 
phelins des artistes. Elle a cru qu'un des moyens les plus 
stirs de proteger les arts est de mettre a 1'abri du be- 
soin ceux qui les cultivent, afin qu'ils puissent don- 
ner 1'essor a leur imagination et concourir a la gloire 
de la patrie, sans avoir a craindre pour la famille. Elle a 
voulu enfin rendre desormais impossibles ces scandales 
que Thistoire des arts n'enregistre que trop souvent, et 
qui montrent l'homme de merite aux prises avec 1'adver- 
site. 

En se preoccupant des artistes, la classe ne s'esl pas 
considered seulement comme la tutrice de leurs veuves et 
de leurs orphelins , elle a pris a coaur la conservation de 
leurs oeuvres, qui sont leurs enfantsaussi, enfants que leur 
genie legue a la posterite et que la poster ite, ingrate et 
oublieuse, ne preserve pas toujours de la destruction. 

C'est avec une sorte de respect filial que, sur la de- 
mande du Gouvernement, la classe s'est occupee, a plu- 
sieurs reprises, des moyens de conserver les grands 
tableaux de Rubens, ces cbefs-d'oeuvre qui font 1'orgueil 
el la gloire de 1'ecole flamande. 

C'est encore dans le meme esprit de conservation que 
la classe a cru devoir appeler Fattention du Gouvernement 
sur 1'etat de souffrance ou se trouve 1'art dramatique en 
Belgique el sur la necessite d'y porter remede. 

Ces differents objets lui ont paru trop importants pour 
etre trailes par la voie ordinaire de la correspondance ; 
vers la fin de 1'annee precedente , la classe a delegue une 
deputation speciale qui en a confere avec M. le Ministre 
de 1'inlerieur. En raison de se,s demarches, la classe al- 



( 201 ) 

lend encore avec une entiere confiance la decision qui sera 
prise sur ces questions. 

La classe a saisi cetle meme occasion pour demander 
au Gouvernement un local destine a recevoir les premiers 
elements d'un musee nouveau , dont la creation interesse 
tout a la fois les beaux-arts et les sciences; je veux par- 
ler d'un Musee ethnographique. 

En toutes clioses, notre pays suit ou devance le mou- 
vement inlellectuel de 1'Europe ; il aura, cette fois encore, 
ete Tun des premiers a adopter 1'innovation dont il 
s'agit, car il n'est, jusqu'a present, que deux ou trois 
grandes villes qui aient commence a former des collec- 
tions, afin d'etudier l'homme d'une maniere approfondie 
et sous le rapport de ses formes exterieures. Cependant, 
toutes les ecoles, anciennes ou modernes, ont ete unani- 
mes sur ce point , qu'il faut prendre la nature pour guide. 
Leur divergence d'opinions n'a commence que quand il a 
fallu s'entendre sur la maniere de se laisser guider. Faut-il 
copier servilement la nature ou choisir ce qu'elle presente 
de plus beau? Faut-il s'assujettir a 1'imitation du modele, 
ou bien, dans un grand nombre de cas, suppleer a ce qui 
lui manque par la connaissance parfaite de 1'anatomie et de 
la perspective? Quelle que soit I'opinion que Ton adopte 
a eel egard, 1'artiste ne peut que gagner a trouver reuni 
sous ses yeux loul ce qui permel d'etudier l'homme dans 
son elal normal; tout ce qui caracterise les ages, les races, 
la beaute, la force et la grace. Un pareil musee, place a 
proximile de nos seances academiques, leur donnerait un 
nouvel atlrail, et prendrait bientot les proporlions les 
plus vasles, sans causer de depenses a 1'Etat. 

Je viens de vous parler de nos projels d'avenir; il me 
resle a faire un relour vers le passe, el a vous enlrelenir 



( 262 ) 

des communications quo la classe a revues. Parmi celles-ci , 
clle a parliculuTement distingue un travail de M. Bock, 
Tun de nos associes. Get ecrit, dont 1'insertion a ete or- 
donnee dans les Memoires de r Academic, renferme d'in- 
teressantes considerations sur la topographic ancienne 
de Constantinople et sur la celebre eglise des Apotres, 
fondee par Constantin-le-Grand. 

MM. Fetis et Baron nous ont lu des fragments d'ou- 
vrages encore inedits. M. Baron, en nous parlant du Style 
el de la composition, a etabli d'ingenieux rapprochements 
entre les letlres et les beaux-arts. 

M. Fetis, de son cote, a communique 1'introduction 
qu'il compte placer en tete de la nouvelle edition de son 
Traite d'harmonie. Le savant directeur du Conservatoire 
de Bruxelles, a 1'occasion d'un travail presente par M. le 
comte de Bobiano, nous a fait un rapport, ou plutot un 
memoire sur la musique ancienne des Grecs. Ce rapport, 
ainsi que celui de M. Daussoigne-Mehul, pen vent etre con- 
sideres comme des ouvrages speciaux; ils seront lus, tons 
deux, avec un grand interet dans les Bulletins de I'Aca- 
de'mie. 

Deux de nos associes les plus distingues, M. G. Schadow, 
directeur de 1'Academie royale des beaux-arts de Berlin, 
et M. Waagen, inspecteur des musees de la Prusse, nous 
ont fait parvenir, le premier des remarques sur les pro- 
portions du corps humain , et le second des notices sur 
1'ancienne ecole ilamande dont il a fait une etude appro- 
fond ie. 

Le savant archeologue, M. Gerhard, qui appartient ega- 
lement a notre F Academic, nous a fait hommage de ses 
principaux ccrits et d'un exemplaire de la description, 
encore inedite, des vases du Musee de Berlin. 



(265) 

Nos concours ont fait naitre une serie de travaux uliles; 
les recueils de 1'Academie en fournissent la preuve. On a 
rendu cetle justice a la classe des beaux-arts que les cinq 
questions mises parelleau concours de 1848 , ne lecedent, 
ni pour 1'interet, ni pour 1'importance, a celles des deux 
autres classes. Trois cependant sont restees sans reponse, 
cntre autres celle sur les causes de la splendeur et de la 
decadence de 1'ecole flamande sous le regne des dues de 
JJourgogne. 

La question relative aux limites de la science et de 
Tart se rattache a Tune des parties les plus interessantes de 
I'eslhetique. Bien qu'ancienne pour le fond, elle est de- 
venue en quelque sorte nouvelle par les nombreuses de- 
couvertes qui ont ete faites dans ces derniers temps. II 
scmble en effet que les sciences aient pris a tache d'envalnr 
le domaine des arts et de se subslituer a eux dans tout ce 
qui tient a la reproduction des formes exterieures. 

Sur la question relative a 1'architecture : 

Quel cst, parmi les divers types jusqu'd present employes 
dans la construction des temples Chretiens, celui quit con- 
viendrait d'appliquer aux monuments religieux de la Bel- 
clique , eu egard au climat , aux ressources du pays et aux 
pr ogres de I' Industrie ? 

Les concurrents rechercheront egalement , si, par les 
progres des sciences , et notammenl de la metallurgie , on ne 
pourrait pas , en introduisant de nouvelles combinaisons , 
donner aux eglises un cachet d'originalile. 

Deux memoires ont ete envoyes au concours; Tun porte 
pour epigrapbe : 

c< Rien n'ost de bon goiil, s'il n'esl utile; 
rien n'est beau , s'il n'est nalurel. 

Et 1'au ire : 

Hifn n'esl beau que le vrni. 



( 264 ) 

La olasse, apres avoir entenclu le rapport de ses com- 
missaires, a decide qu'il n'y avail pas lieu a accorder des 
recompenses. 

Elle a pris une decision semblable au sujet du seul me- 
moire rec,u en reponse a la question proposee par la 
section de musique (1) , question formulee dans les ter- 
mes suivants : 

Faire I' expose des principes de chacun dessystemes de nota- 
tion musicale, qui peuvent etre ramenes a trois types prin- 
cipaux, savoir : les chiflres , les iettres de I'alphabet et les 
combinaisons de signes arbitrages ou ste'nographiques. 

Examiner si ces systemes sont congm de maniere a pou- 
voir representer, par leurs signes, toute combinaison quel- 
conque de la musique, sans laisser de doute par I'aspect de 
leur ensemble , ou s'ils ne sont applicables quen de certains 
cas et dans certaines limites. 

De'montrer I'une ou I'autre hypothese par des exemples. 

Deduire a priori les consequences inevitables de la sub- 
stitution d'un systeme quelconque de notation a celui qui est 
en usage , abstraction faite du me'rite du systeme. 

Dans la seance consacree au jugement du concours de 
cette annee, la classe a eu aussi a pourvoir au remplace- 
ment du premier de ses membres qui lui ait ete enleve. 
Elle a nomme, en remplacement de feu M. Vanderhaert, 
M. Van Eycken, premier professeur a 1'Ecole royale des 
beaux-arts de Bruxelles. 

Cette nomination toute recente sera, conformement aux 
termes du reglement, soumise a 1'approbation de S. M. le 
Roi , protecleur de notre Academic. 



(1) L'epigraphe <lu memoire est : 
pour etre utiles. 



Soyons brefs pour etre lus, clairs 



( 265 ) 

La classe a nomme, en meme temps, pour associe etran- 
ger, M. de Caumont,correspondant del'Institut de France. 

Pour completer I'esquisse rapide des travaux de la classe 
pendant le cours de Tan nee, je n'ai plus qu'a parler d'une 
mission delicate qui lui a ete confiee et dont elle s'est ac- 
quittee avec tout le zele et tout le soin dont elle est capa- 
ble. Elle avait a choisir dans son sein une commission 
chargee de juger les pieces envoyees au concours ouvert 
par le Gouvernement pour le meilleur poeme d'opera. 
Vingt-neuf poemes etaient parvenus a la classe; et la com- 
mission , chargee de leur examen , apres un travail long 
et consciencieux, a transmis au Gouvernement les resul- 
tats de son jugement, que M. le Ministre de 1'interieur a 
voulu voir proclamer ici d'une maniere solennelle. 

Pour ajouter a 1'eclat de cette seance publique et res- 
serrer les liens qui unissent la classe des beaux-arts aux 
artistes, M. le Ministre a desire en outre que la procla- 
mation des recompenses a decerner, a 1'occasion de 1'ex- 
position nationale des beaux-arts de 1848, eut aussi lieu 
dans cette enceinte et par 1'organe du secretaire perpe- 
tuel de 1'Academie. 

Je vais avoir 1'honneur de donner lecture des differentes 
pieces qui m'ont ete remises en consequence de ces reso- 
lutions. 

- M. le secretaire perpeluel a proclame d'abord les 
noms des litterateurs auxquels out ete decernes le premier 
et le second prix du concours fonde pour la composition 
d'un poeme d'opera. 

M. Gaucet, de Liege, est venu recevoir le premier prix 
pour le poeme intitule : holme ou les chaperons blancs; et 
M. Louis Schoonen, de Bruxelles, le second prix, pour 
sou poeme intitule : Les deux pretendants. 



260 ) 

- M. 1ft secretaire perpetuel a ensuite donne lecture 
des arretes qui conferent des recompenses aux artistes qui 
onl expose au salon de 1848. 

LEOPOLD, Roi des Beiges, 
A tons presents et u venir, Salut. 

Voulant , a 1'occasion de 1'exposition Rationale des beaux-arts 
de cette annee, donncr an sieur Fraikin (C.-A.), statuaire, a 
Bruxelles, un Utaioignage public de Notre satisfaction pour son 
talent; 

Sur la proposition de Notre Ministre de Tinte'rieur. 

NOUS AVONS ARRfclti ET ARRfcTONS '. 

Art. l pr . Le sieur FRAIKIN (A.-C.) est nomine" chevalier de 
FOrdre de Leopold. 

II portera la decoration civile et prendra rang dans 1'Ordre a 
dater de ce jour. 

Art. 2. Notre Ministre des affaires e"trangeres, ayant 1'admi- 
nistration de 1'Ordre, est cbarg^ de Tex^culion du present 



a Bruxelles , le 24 septembre 1 848 



PAR LE Roi : 

La Ministre de r/nlerienr, 
Cu. ROGIER. 



LEOPOLD. 



LKOPOLD, Roi des Beiges, 
A tons presents et. a venir, Salut. 

Voulant, a Toccasion de 1'exposition nationale des beaux-arts 
de cette anne"e, donuer au sieur Acbenbacb (A.), peintre de pay- 



( 2G7 ) 

sages ct dc marines, a DussefdorT, un temoignage public de 
Notre salisfaction pour son talent; 
Sur la proposition de Notre Ministre de I'interieur, 

NOUS AVOWS ARRETE ET ARRETONS : 

Art. l cr . Le sieur ACHENBACH (A.) est nomine chevalier de 
1'Ordre de Leopold. 

II portera la decoration civile el prendra rang dans 1'Ordre a 
dater de cejour. 

Art. 2. Notre Ministre des affaires e"trangeres, ayant 1'adnii- 
nistration de I'Ordre, est charge de 1'execution du present arrete. 

Donne" a Bruxelles, le 24 septembre 1848. 

LEOPOLD. 



LEOPOLD, Roi des Beiges, 
A tons presents et a venir, Salut. 

Voulant, a 1'occasion de 1'exposition nationale des beaux-arts 
de cette annee, dormer au sieur Mathieu (Lambert-J 11 .), peintre 
et directeur de I 1 Academic de peinture et de dessin, a Louvain, 
un temoignage public de Notre satisfaction pour son talent et pour 
les services qu'il a rendus dans la carriere de 1'enseignement, 

Sur la proposition de Notre Ministre de 1'int^rieur, 

NOUS AVONS ARRETE ET ARRETONS I 

Art. l cr . Le sieur MATHIEU ( Lambert- J h .) est nomme chevalier 
de I'Ordre de Leopold. 

II portera la decoration civile et prendra rang dans I'Ordre a 
dater de ce jour. 

Art. 2. Notre Ministre des affaires e" trangeres , ayant Fadmi- 
nistration de I'Ordre, est charge de 1'execution du present arrete*. 

DorimS a Bruxelles, le 24 seplembre 1848. 

LEOPOLD. 



( 268 ) 

LEOPOLD, Roi des Beiges, 
A tons presents et a venir, Salut. 

Voulant, a 1'occasion de Fexposition nationale des beaux-arts 
de cetle anne'e, donner au sieur HUNIN (P.-P.-Aloys) , peintre de 
genre, a Malines, un temoignage public de Notre satisfaction 
pour son talent; 

Sur la proposition de Notre Ministre de 1'interieur, 

Nous AVONS ARRT ET ARRAIGNS : 

Art. l er . Le sieur HUNIN (P.-P.-Aloys) , est nomine* chevalier 
de TOrdre de Leopold. 

II portera la decoration civile et prendra rang dans 1'Ordre a 
dater de ce jour. 

Art. 2. Notre Ministre des affaires etrangeres , ayant 1'admi- 
nistration de 1'Ordre, est charge" de 1'execution du present arrete". 

Donne a Bruxelles, le 24 septembre 1848. 

LEOPOLD. 

(MM. Fraikin, Mathieu et Hunin sont venus successi- 
vement recevoir, des mains de S. M. le Roi, la decoration 
de I'Ordre de Leopold.) 



LEOPOLD, Roi des Beiges , 
A tous presents et a venir, Salut. 

Revu Nos arret&> du 5 avril 1845 et du 14 juillet 1848; 
Vu les propositions du jury des recompenses a 1'exposilion 
nationale des beaux-arts de cette annee; 



( 269) 

Sur la proposition de Notre Ministre de 1'interieur; 
Nous AVONS ARRT ET ARRAIGNS : 

Art. l er . Des me"dailles d'or sont decerne"es aux artistes ci- 
apres de" signed : 

MM. DUMONT (Joseph), architecte a Bruxelles, pour ses dessins d'archi- 
tecture ; 

HAMMAN (Edouard), peintre a Ostende, pour son tableau represen- 
tant : La lecture pantagruelique ; 

PORTAELS (Jean), peintre, a Gand , pour son tableau represenlant : 
La secheresse en Judee; 

TSCHAGGENY (Edmond), peintre , a Bruxelles , pour son tableau re- 
presentant : Une femme poursuivie parun taureau; 

VERZWYVEL (Michel) , graveur, a Anvers , pour sa gravure represen- 
tant : L'ange du bien et I'ange du vnal; 

DUMONT (Auguste), sculpteur., a Paris, pour sa statue representant : 
Unejeune fille ajustant des fleurs dans ses cheveux ; 

JAQDET (Joseph), sculpteur, a Bruxelles, pour Fensemble de ses 
ouvrages exposes sous les n 08 487 , 488 et 489. 

ROBERT (Alexandre), peiutre, a Bruxelles, pour son tableau repre- 
sentant : Luca Signorelli, celebre peintre italien, faisant le 
portrait de son fils, mort accidentellement ; 

FLEURY (Robert), peintre a Paris, pour son tableau representant: 
Jeanne Shore } condamnee comme adultere et comme sorcierej 
est en butteaux insultes; 

ROBIE (Jean), peintre , a Bruxelles , pour son tableau representant 
des fleurs ; 

SCHUBERT (J.), dessinaleur, a Bruxelles, pour ses portraits lithogra- 
phies 5 

ROEIOFS (W.), peintre, a Bruxelles, pour son tableau represenlant : 
Une vue prise dans la Gueldre ; 

KINDEUMANS (J.-B.), peintre, a Bruxelles, pour son tableau represen- 
tant : Une vue prise dans la vallee de I'AmbUve (Ardennes); 

LAUTERS (Paul), dessinateur , a Bruxelles, pour son tableau repre- 
sentant : FUQ de l'4remberg, et pour ses pastels; 

BOLRE (Paul), sculpteur, a Bruxelles, pour sa statue representant ; 
Un sauvaye surpris par un serpent. 



(270) 

Arl. 2. Des medailles cu vermeil sont decernees aux artistes 
dont les noms suivent : 

MM. BILIH-RS (J.-B.), peinlre , a Ulrecht, pour son tableau reprcsenlant : 
Un pay sage pres de Nimegue ; 

BOHIW (Auguste), peintre a Paris, pour son tableau rcpresentant : 
Une vue prise aux environs de Ckevreuse; 

BRO\V\ (William), graveur, a Bruxelles, pour scs differentes gra- 
vures sur bois ; 

BRULS (L.), peintre, a Rome, pour son tableau representant : L'en- 
f ant perdu ; 

C.VPALTI, peintre, a Rome, pour son tableau representant: Un 
portrait ; 

CHAUVIN (A.). peintre , a Liege, pour son tableau represenlant : Les 
bourgmestres Beckman el Laruelle; 

DANIEL, sculpteur, a Paris, pour sa statue represenlant : Cleopdtre; 

DE CUYPER (L.), sculpteur, a Anvers , pour sa statue represenlant : 
Une jeune mere canadienne repandant son lait sur le tombeau 
de son enfant; 

DE MARNEFFF. (F.), peintre, a Bruxelles, pour son tableau repre- 
sentant : Une cascatelle ; 

DE CUYPER (P.-J.), sculpleur, a Anvers, pour sa statue represen- 
lant: Une sainte famille ; 

DUCAJU (J.), sculpteur, a Anvers, pour son groupe representant : 
Les derniers moments de JSoduognat; 

FOURMOIS(F.), peintre, a Bruxelles , pour son tableau representant : 
Une bruyere dans le grand duchede Bade; 

FRANCK , eleve de Pecole royale de gravure de Bruxelles , pour ses 
gravures exposees sous les n os 575 a 378 ; 

GUFFENS (Godefroid), peintre, a Anvers, pour son tableau repre- 
senlant : Pausias et la bouquetidre ; 

JULIN, a Liege, pour ses camees; 

LECOJITE (Emile), a Paris , pour son lableau represenlanl : Lc comle 
Ugolin et ses enfants ; 

LIES (Joseph), peintre, a Anvers, pour son tableau represenlanl: 
L'embarquement ; 

MERTZ (J.-C.), peintre , a Amsterdam , pour son tableau repre"sen- 
tant : La mere heureuse ; 

OUVRIE (Juslin), peinlre, a Paris, pour son tableau ropresenlant : 
La vue de la Grand' Place d Ypres; 



( "271 ) 

MM. PIGNKHOLLE (Charles-Marcel), peintre, a Paris, pour son tableau 

representant : La fiancee d' A Ivito; 

POMMAYRAC (Paul (le), peintre, a Paris, pour ses miniatures ; 
RUYTEN (J.), peintre, a Anvers , pour son tableau representant: 

Le charlatan d une kermesse flamande ; 

SOMERS (Louis), peintre a Anvers, pour son tableau representant : 
Adrien fTillaert, de Bruges, dirigeant une de ses compositions 
musicales ; 

STEVENS (Joseph), peintre , a Bruxelles , pour son tableau represen- 
tant : Les mendiants ou Bruxelles le matin; 
VAN DEN KERKHOVE (Jean), sculpteur, a Anvers , pour son groupe en 

platre , representant : Penus et I' Amour; 
VAN LERIITS (Joseph), peintre, a Anvers, pour son tableau repre"- 

sentant : La chute de I'homme; 
CoaiTE (P.-C.) , peintre , a Paris , pour son tableau representant : Les 

derniers moments de Cinq-Mars ; 

COOMANS (Joseph), peintre, a Bruxelles, pour son tableau represen- 
tant : La dernidre charge d'Atlila d la bataille de Chdlons- 
sur-Marne ; 

DE BACKER (F.-V.-T.), peintre, a Anvers, pour son tableau repre- 
sentant : Un berger de la Campine racontant une histoire d ses 
deux filles; 
DE YiGNE-QuYo (P.), sculpteur , a Gand , pour le buste en marbre de 

feu Jean-Baptiste "Willenis; 
DILLENS (Adolpbe) , peintre , a Anvers , pour son tableau repre*sen- 

tant: Les cinq sens; 
LUCKX , peintre , a Bruxelles , pour son tableau repre"sentant : Les 

plaisirs de la famille; 
MARSCHOUW (G.), peintre , a Anvers, pour son tableau representant : 

Une ffae villageoise; 
SCHEFFER (Henri), peinlre, a Paris, pour son tableau representant : 

Le Christ et la fierge ; 
STORMS (Jules), peintre , a Bruxelles , pour son tableau representant : 

Le retour du Croise; 
TUERLINCKX (Louis), peintre , a Anvers , pour son tableau repr&an- 

tant : Les affections d'une vieille fille; 

VAW MEER (Charles), peintre , a Bruxelles , pour son tableau repre- 
sentant : Le marchand de gibier ; 

VAN LINDEN, sculpteur, a Paris , pour son buste en marbre , repre- 
sentant : Le Christ, et sa statuette en marbre , representant : La 
Merge; 

TOME xv. 18. 



( 272 ) 

MM. COULON (Louis), peintre, a Bruxclles, pour son tableau represen- 

lant : Les poissons rouges ; 
HKKDIUCKX (Henri), peintre, a Bruxelles, pour son tableau repre"scn- 

tant : Les Macedonians aneantis par Belgius; 
JKHOTTK (Constant), graveur, a Liege , pour ses medailles; 
QUI.\AUX (.loscph), peintre, a Bruxelles , pour son tableau represen- 

tant : Une vue prise dans les Ardennes: 
ROFFIAEN (Francois), peintre, a Bruxelles, pour son tableau repre- 

sentant : Une chute de VAar dans les Hautcs-4lpcs ; 
TAVI:RKIEII(J.), peintre , a Bruxelles, pour son tableau representant : 

Une nuil d'e'te; 
VAN MALDF.GHE.U (Eugene), peintre, a Bruxelles, pour son tableau 

represenlant : L'Assomption de sainte Marie ; 
WALLAYS (E.), peinlre , a Bruges, pour son tableau representant : 

Louis Fill, roi de France , etc. 

Art. 5. Notre Ministre de 1'interieur est charge* de Fex^cution 
du present arrete'. 

Donn^ a Bruxelles, le 24septembre 1848. 

LEOPOLD. 



L'execulion de la canlate de M. Lemmens, eleve du 
conservatoire royal de Bruxelles, qui a obtenu, Fanncc 
derniere, le second prix au concours de composition musi- 
cale, a termine la seance. 

Leurs Majestes se sont retirees au milieu des plus vivcs 
acclamations. 

La seance a ete levee a midi et demi. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DBS SCIENCES , 

DES 

LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 
1848. N 10. 

CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du 7 octobre 1848. 

M. VERHULST, directeur. 

M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. d'Omalius d'Halloy, Pagani, Sau- 
veur, Timmermans, De Hemptinne, Crahay, Wesmael, 
Martens, Dumont , Cantraine, Kickx, Ch. Morren, Stas, 
De Koninck, Van Beneden, Ad. De Vaux, la baron de 
Selys-Longchamps, II. Nyst, membres ; Somme, associe; 
Glugeet Louyet, corrcspondants. 



(274) 
CORRESPONDANCE. 



Le secretaire perpetuel communique des lettres de la 
Societe royale de Londres , de 1'Academie de medecine de 
Paris , de la Societe des sciences de Harlem , de 1'Acade- 
mie royale de Berlin et de 1'Academie royale de Munich , 
concernant les publications academiques. 

Botanique. M. de Martius , secretaire de la classe des 
sciences de 1'Academie de Munich, communique a M. Que- 
telet les faits suivarits relatifs a son grand ouvrage sur les 
palmiers dont il termine la publication : J'ai 1'espoir de 
pouvoir achever, dans quelques inois, i'enlreprise la plus 
grande qui m'ait occupe, mon Historianaturalispalmarum, 
dont la partie la plus difficile, de formatione, est imprimee; 
en sorte qu'il ne me reste plus que la partie geographique. 

Je travaille maintenant a la revue de la distribution 
geographique de ces plantes, qu'on pourra considerer 
comme les antesignanae dans les differentes regions flo- 
rales ; et ce travail me fttit souvent desirer de pouvoir pro- 
filer de vos conseils eclaires. Ce sont les faits constates 
sur la distribution de la chaleur a la surface du globe, qui 
pourraient essentiellement contribuer h rectifier mes vues 
sur les limites des regions florales que j'ai designees par 
le nom ftimperia Florae. Mais je pense que je devrai me 
contenter des signes isothermes et isotheres deM.de Hum- 
boldt, parce que la patrie des palmiers est situee, a peu 
d'exceptions pres, entre les tropiques; et parce que ces 
pays sont encore peu connus sous le rapport des lois de la 
distribution de la chaleur... 






( 275 ) 

II existe sans doute des rapports bien interessants en- 
tre la distribution des palmiers et 1'histoire primitive des 
peuples, maiscette partie des sciences est encore peu cul- 
tivee, et il faudra de profondes recherches, de la part de 
voyageurs e'claires, pour arriver a des resultats generaux. 
La distribution du Cocos nucifera a quelque chose de mys- 
terieux. Toutes les autres especes de cocos sont ameri- 
caines, et la nucifera est la seule qu'on ait cru devoir con- 
siderer comme asiatique. J'ai place sa patrie, par hypothese, 
sur plusieurs lieux du globe, pour expliquer comment elle 
aurait pu etre transported par les flots de 1'Ocean , mais 
toujours sans succes. II est singulier surtout, qu'on ne la 
trouve pas a 1'ile de Paques, la plus occidentale de la Poly- 
nesie, tandis qu'elle forme des forets a Guatimala. 

Meteorologie. M. Quetelet donne communication de 
plusieurs lettres qu'il a revues au sujet de phenomenes 
meteorologiques, observes dans ces derniers temps : 

1 M. Duprez, correspondant de 1'Academie, ecrit de 
Gand : Dans la soiree du 9, de 9 */* a H Vs heures, le 
ciel resta suffisamment clair du cote de Test , et dans cet 
intervalle de temps de deux heures, je n'ai vu apparaitre 
en tout que 18 etoiles filantes. Ce nombre ne presente 
rien d'extraordinaire et surpasse a peine celui des meteores 
qu'on peut observer dans une riuit ordinaire; toutefois, 
je dois faire remarquer que la grande clarte de la lune a du 
contribuer beaucoup a affaiblir Peclat des etoiles filantes 
peu brillantes et a rendre ces dernieres invisibles. La 
direction NE.-SO. ne s'est pas non plus reproduite d'une 
maniere aussi frappante que les autres annees; une seule 
etoile filante presentait cette direction; les autres se mou- 



( 276 ) 

vaient gcneralcmcnt du NNO. au SSE. Parmi lesmeleores 
observes, il s'en est trouve un qui s'est fait remarquer 
par ses dimensions et son grand eclat : il se montra a 
11 heures 19 minutes dans le voisinage de la tete de 
Meduse en se dirigeant de 1'ouest vers Test; sa couleur 
etait rougeatre, et de nombreuses et vives etincelles se 
detachaient de sa trainee. Pendant les observations de 
cette nuit, des nuages strati se montraient a I'horizon 

N. et E. , et de frequents eclairs apparaissaient au NE 

L'etat du ciel fut defavorable aux observations de la 
nuit du 10. Dans la soiree, le ciel etait convert; mais dc 
11 3 /4 a 12 %, il presenta des cclaircics a travers les- 
queiles je vis apparaitre 9 etoiles iilantes dirigees presque 
toutes du nord au sud. Plus lard dans la nuit, le ciel sc 
couvrit de nouveau et ne permit plus d'observer. De meme 
que dans la nuit du 9, de frequents eclairs se montrerent 
a rhorizon NE. 

Les nuits suivantes, le ciel resta couvert. 
A Bruxelles le temps a etc pen favorable aussi a Tobser- 
valion des etoiles filantcs periodiques du mois d'aout; mais 
en France, les circonstances ont etc plus propices, et 
Ton a pu conslater 1'apparition d'un grand nombre de ces 
meteorcs. 

2 M. Pulzeys, directeur au Ministere de la justice, a 
observe, a Bruxelles, le l cr scptembre, vers 8 lieures du 
soir, un corps lumineux se dirigeant a peu pres de 1'ouest 
a Test, tres-lentement et presque horizontalement. Sa lu- 
miere elait fort brillanle et verdatre; ses dimensions 
depassaient de beaucoup celles d'une eloile filanle. )> 

Ce meteore serait-il le meme que celui meniionne de la 
maniere suivante dans le Journal de la Nievre? Le l er scp- 



( 277 ) 

lembrc, vers 8 heures ct dernie du soir, un rneteore lumi- 
neux a traverse I'horizon du NO. au NE. de Nevers. La 
lumiere qu'il a repandue en passant a eclaire subitement 
la campagnc et la ville : semblable a un globe de feu, au 
moment ou il a paru, il s'est eteint en laissant apres lui 
une lumiere blanchatre, qui a dure quelques minutes au 
point de 1'horizon ou il a disparu. 

Un journal de Caen a signale, a la meme epoque : un 
globe de feu d'un dclat magnifique qui nc ressemblait en 
rien, ni par la lumiere, ni dans sa course lente et ma- 
jestueuse, a ce qu'on appelle etoiles filanles. 

5 M. Warlomont, inspecteur de 1'enregistrement a 
Marcbe, donne les details suivants au sujet d'un orage qui 
a eclate dans les Ardennes : Hier, 29 aout, apres une 
journee tres-chaude, un orage est venu fondre sur la ville de 
Marche. Le ciel, presque entierement libre a 6 hcures du 
soir, se couvrit bientot de nuages d'un noir livideuniforme. 
VersG h 45 m , la plnie, pen intense d'abord , continua a lom- 
ber sans beaucoup de violence, accompagnee de grelons 
d'un volume extraordinaire, formes d'un noyau opaque 
presentant la texture de la grele ordinaire et entoure d'une 
masse de glace transparente irregulierement agglomeree et 
a surface mamelonnee. Le volume moyen des grelons elait 
superieur a celui d'unc tres-grosse noix; 1'un d'eux, de 
forme cllipso'ide, avail, suivant les axes principaux, 7, Get 
4 centimetres. L'eau provenant de la fonte de trois de ces 
glacons (fonte qui s'est operee en 5 heures environ dans 
une atmosphere orageuse) remplissait entierement un 
verre a biere ordinaire et pesait 215 grammes, ce qui 
donne en moyenrie pour un grelon 71 grammes (71 cen- 
timetres cubes). La chute des grelons dura plusieurs mi- 



(278) 

nules; ils elaient pen nombreux et distants d'envirori un 
metre en lous sens sur le sol. L'orage, qui eclata ensuite 
avec une extreme violence vers 9 heures, se calma in- 
sensiblement , et la pluie recommence a tomber par tor- 
rents ce matin, 30, vers 7 heures. 

Phe'nomenes pe'riodiques. M. A te Bellynck, professeur 
au college de la Paix, a Namur, transmet les resultats des 
observations qu'il a faites sur la floraison des plantes pen- 
dant les premiers mois de cette annee. 

M. Le Reboullet communique les observations faites a 
Strasbourg, en 1845, 44 et 46, sur les passages des oiseaux 
voyageurs. 

M. M.-J. Maury, directeur de 1'Observatoire national de 
Washington , ecrit au secretaire perpetuel : En exami- 
nanl votre tableau de comparaison entre la vegetation a 
Bruxelles et la vegetation aux Elats-Unis (tome V des 
Annales de PObservatoire de Bruxelles), je remarque une 
difference qui s'eleve de 23 a 41 jours, en faveur de 
Bruxelles. Quelle part, croyez-vous, faut-il attribuer, dans 
cetle difference, aux effets produits par les eaux du Gulf- 
Stream sur le climat de 1'Europe occidentale? 

En considerant la capaeite calorifique de 1'eau, la 
rapidite et la temperature du Gulf-Stream, le volume de 
1'eau echauffee que le courant verse chaque jour dans 
1'Atlantique, et, de plus, la predominance des vents d'ouest 
qui glissent au-dessus de ce courant et qui, charges d'hu- 
midite et de chaleur, atteignent ensuite les cotes de 1'Eu- 
rope, je crois qu'on peut, sans exageration comparer le 
golfe du Mexique a une chaudiere, et le Gulf-Stream, aux 



( 279 ) 

tuyanx do conduitc par lesqucls sont temperes et echauffes 
le climat de 1'Angleterre el les cotes de 1'Europe, comme 
le serait une vaste serre. 

De 1'Ocean indien derive un autre Gulf-Stream de 
haute temperature qui coule vers I'Amerique du NO.; 
et, ici, nous avons la repetition des memes effets : le 
climat de 1'Oregon est doux comme le votre, tandis que 
le climat de 1'Asie orientale est analogue a celui de J'Ame- 
rique vers Test. 

Les rapports qui existent entre les climats des con- 
trees maritimes et les temperatures des courants dans les 
mers voisines, sont d'un haul interet, pour ne pas dire 
d'une haute importance. Selon moi, les courants maritimes 
presentent un champ precieux pour les observations. 

Tout marin, en s'embarquant, est deja pourvu des 
instruments necessaires pour faire d'utiles travaux; le 
point important est de bien concerter le systeme d'observa- 
tions les plus essentielles. Depuis plusieurs annees, j'ai 
essaye de combiner un semblable systeme; mais je suis 
reste a peu pres isole. J'aurais besoin du concours des ve- 
ritables amis de la science.... 

M. Maury a joint a sa lettre un travail imprime dans 
lequel il expose ses vues avec plus de developpement. 



Ethnographic. Au sujet d'une note sur les propor- 
tions du corps humain chez les Egyptiens, inseree par 
M. Quetelet dans le n 7 des Bulletins de cette annee, 
M. Jomard, de Tlnstitut de France, lui ecrit : Vous savez 
que les proportions egyptiennes, sinon comme rapports, 
du moins comme quantile absolue, sont, selon moi, un 
peu an dela dc la stature nattirelle des gens du bord du 



280 ) 

Nil, autrcfois corame aujoord'hui, LcsEgypliens, en con- 
servant a peu pres les proportions relatives des parties du 
corps, eleverent le module jusqu'au chiffre metrique, clivi- 
seur exact de plusicurs grandes mesures, et multiple lui- 
meme de la coudee et du pied. Cette stature melrique de 
4 m ,847 se retrouve partout; elle etait systematique, parce 
qu'ellc etait partie aliquotedes mesures dusysteme general. 
Ce systeme lui-meme etait essentiellement duodecimal 
et sexagesimal : de la, les proportions de plusieurs parties 
du corps, exprimees par les nombres 2,5, 4, 6, 12, etc., 
tons facteurs de 12 et CO. Votre but , Monsieur et cher col- 
legue, est de determiner les mesures vraies du corps chez 
les differentes nations, et cela pour un grand nombre de 
lignes. Get objet est d'une application pratique et d'une 
utilite plus evidenle qu'unc recherche systematique... 

II est aussi donne comrnunicatiou d'une lettre de M. 
G. Shadow, directeur de 1'Acadernie royale de Berlin, qui 
dit avoir verifie les mesures donnees dans les Bulletins de 
r Academic sur celles qu'il a reunies lui-meme dans son 
Polyclele, et les avoir trouvces d'une minutieuse exactitude. 

Les notes manuscriles suivantes ont etc deposees sur 
le bureau : 

1 Sur quelques formulcs nouvelles de la trigonome- 
tric spherique, par M. Meyer, corrcspondant de 1'Aca- 
demie. (Commissaire : M. Verhulst); 

2 Sur un phenomene d'acoustique signale par M. Scott 
Russell. Lettre a M. Quetelet par M. Ch, Monligny, de 
Namur. (Commissaire : M. Crahay); 



( 281 ) 

5 Sur une note de MM. Gluge ct Thiernesse concer- 
nant le vol dcs oiseaux. Lettrc de M. Jobard. (Commis- 
saire : M. Gluge.) 



CONCOURS DE 1848. 



La classe dcs sciences avail mis ail concours de 1848 
six questions sur diflerenls sujets; elle n'a recu de reponse 
qu'a une seule de ces questions, a savoir la quatrieme du 
programme, enoncee dans les termes suivants : 

Sur trois millions d'hectares de terre que renferme la 
Belgique, pres de 500,000 sont encore incultes, speciale- 
ment dans la Campine et les Ardennes. Deja de nom- 
brenscs experiences ont ete faites dans ces contrees ou 
les landesabondent. 

L'Academie demande une dissertation raisonne'e sur les 
mcilleurs moyens de fertiliser , soit les landes de la Cam- 
pine, soil les landes des Ardennes, sous le point de vue de 
la creation de fortts, d'endos, de rideaux d'arbres, de 
prairies ct de terrcs arables , ainsi que sous le rapport de 
? irrigation, 

II a cle regu quatre memoires portant les epigraphes : 

N" 1. Ce qui appartient a plusicurs n'appartient a pcrsonne; vendez les 
briryeres, el le defrichement suivra. 

N 2. Des landes en friche, des bras oisifs sont ayssi steriles que des capi- 
taux cnfouis dans nn coffre. 



( 282 ) 

N" o. Le Defongage et la profonde fertilisation du sol sont Ics plus grands 
progres que puisse faire 1'agriculture. 

N 4. La terre , bien ou mal employee , et les travaux des sujets , bien ou 
mal diriges, de"cident de la richesse ou de Tindigence des Etats. 

(Commissaires: MM. Martens, Morren etDeHemptinne.) 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



ASTRONOMIE. 

Sur une methode donnee dans les MEMOIRES DE L'ACADEMIE 
ROYALE DE BfiLGiQUE , pour determiner la collimation 
d'une lunette me'ridienne; par Ed. Mailly, aide a 1'Obser- 
vatoire royal de Bruxelles. 

I. 

Dans son Memoire sur les corrections de la lunette meri- 
dienne (*), M. Liagre donne, pour evaluer la Collimation 
par les doubles passages de la polaire combines avec le 
passage d'une etoile a f'aible declinaison, la formule sui- 
vante : 

m , C==D COS '*(P-^ - - &*-l(P+P') 



p est la distance polaire de 1'etoile equatoriale; p' celle de 



(*) Memoires couronnes et Memoires des savants etrangers, publics 
par PAcademic royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, t. XVIII. 
Bruxelles, 1845. 



( 283 ) 

la polaire a son passage superieur. En representant par 
H, H, H', les heures respectives de la pendule, lors des 
trois observations (de 1'etoile equatoriale et de la polaire a 
son passage inferieur et a son passage superieur), corri- 
gees du retard diurne de la pendule; et par AR, AR, AR' 
les ascensions droites des memes etoiles corrigees de 1'ef- 
fet de 1'aberration diurne, on a : 

D = 45[(H-t-AR) - (H-hAR)] 
D' = 45 [(H-t-AR') (H'-f-AR)]. 

Supposons qu'il y ait eu erreur sur les passages de la po- 
laire et que Ferreur soit la meme pour le passage supe- 
rieur et pour le passage inferieur : le signe pourra etre le 
meme ou bien differer; differentiant dans cetle hypothese 
les equations (1) et (2) , nous trouvons : 



dc , rfD o _ 

uc uu . 



. , 

2 sm. f (pp f ) 



dW = 15 dH 

Posons 

i 
il vient : 

dc= _,.,,, s.f 



<* c =-i5<*H'i - . r\:* '- . ,r :/ * (p p) 1 



d'ou Ton tire : 

[-2 sin. l(fM-p') cos. 1 (p-hj/) 2 sin . l(p-p') cos. | (p- 

; - 

_ 4s.n. i( 

Mais on a, en premier lieu : 
2 sin. (p+p') cos. I 
2 sin. ^ (/>p') cos. I (/>/>') = sin. (/) p') ; 






( 284 ) 
en second lieu, la Ibrmule 

cos. (a 6) cos. (a-f-6) = 2 sin. a sin. b 

donne, en faisant 

a = (p-*-j'); 

a - b = />'; 
a +- b = p ; 

cos. jo' cos./) = 2 sin. | (p-t-//) sin. f (p />'); 
substituant dans dc, nous obtenons : 



dc = - 



2(cos.jt/ cos./?) 
quand on prend le signe -*- , c'est-a-dire, quand 

dH= -f- dH', on a: 

(5) ..." 



cos. p cos. jo 
quand on prend le signe , c'est-a-dire, quand 

rfH' , on a : 

sin. p' cos. p 



w 



dc = - 15 



cos. p' cos. p ' 



rfH' pent etre positif ou negatif, c'est-a-dire, que 1'etoile, 
a son passage superieur , aura etc observee ou trop tot ou 
trop tard. 

II. 

Examinons de plus pres le premier cas qui se presente : 
celui ou 1'observateur se trompe d'une meme quantite et 
dans le meme sens sur 1'heure des passages superieur et 



( 285 ) 

inferieur de la polaire; ce cas n'est pas rare : 1'observateur 
le plus habile pent avoir une equation personnelle , ce qui 
veut dire qu'il notera le passage d'une etoile un peu avant 
ou apres qu'elle a passe devant les fils de la lunette; cette 
equation personnelle ne sera pas necessairement la meme 
pour Unites les declinaisons (*); on conc,oit qu'elle puissc 
augmcnler avec la declinaison de 1'etoile. Du resle, il nous 
suffira d'admettre ici que 1'etoile equatoriale ait ete bien 
observee, mais que sur la polaire, il y ait une erreur de 
meme signe pour les deux passages. Cette hypothese n'a 
rien que de licite. 
Nous avons trouve, dans ce cas : 



cos.p cos.p 

a mesure que p augmente,p' restant constant, le facteur 
^~^~c^~, diminue, car le denominateur croit plus rapi- 
dement que le numerateur; airisi, 1'erreur clont les passa- 
ges de la polaire sont en laches, influera plus ou moins sur 
la collimation, suivant que la troisieme etoile sera plus 
ou moins rapprochee de 1'horizon. 

En nommant c l la collimalion que Ton aurait obtenue 
en combinant avec la polaire une etoile d'une distance au 
pole egalc a p l , on aurait pour le rapport de dc a dc, , 

dc sm.p ^ cos.p' cos.p, 

dc t sin. /?, ' x cos. p' cos. p 



O Si V equation personmlle affeclait de la meme maniere toutes les ob- 
servations, les equations (2) montrcnt qu'elle n'altererait point la valour de 
la oolliinalion. 






280 



III. 



Examinons le second cas, celui ou 1'erreur commise sur 
les passages de la polaire aurait ete la meme , mais de 
signe contraire pour le passage superieur et le passage in- 
ierieur; nous avons alors la formule : 

sin. p' cos. p 



cos.p cos.p 

Ici, 1'erreur sur la collimation sera bien moindre que 
dans le premier cas, a cause du facteur sin. p' ; elle chan- 
gera de signe a 1'equateur; au-dessus et au-dessous, elle 
ira en augmentant avec la declinaison, soit positive, soit 
negative de la troisieme etoile. 

Le cas dont nous nous occupons, pourrait se presenter, 
independamment de toute autre cause d'erreur, s'il existait 
une parallaxe des pis de la lunette, c'est-a-dire, si le reti- 
cule n'etait point place exactement au foyer; nous verrons 
tout a 1'heure que cette parallaxe devrait etre assez forte 
pour que la valeur de la collimation s'en ressentit. 

En nommant c l la collimation pour une etoile d'une 
distance polaire egale a p, , on aurait : 

dc 



cos. p cos. p cos. /> 
dc t cos. p t ' ' cos. p' cos. p 



IV. 



Si nous comparons les deux genres d'erreur que nous 
avons consideres dans le paragraphe I et discutes dans les 
paragraphes II et III ? nousjaurons en posant dc = dc pour 



dtt = dH', et dc = dc'.' pour dH = dH' : 

(lc_ _ tg. ;* 
dc" tg. ;/ 

Cette formule nous montrcrait, si nous no Ic savions 
doja, que la collimaliou sera bien plus altcrce par le pre- 
mier genre d'erreur que par le second. 



V. 

Prenons un exemple; je irouve dans le regislre dc 1'Ob- 
servatoire de Bruxelles, les observations suivantes : 

5 mai 1848, a Virginis . . . H == 15 h 9 m 24 S ,56; 
Polaris, p. i. . . H = 12 56 1,90; 
Polaris, p. s. . . H' = 56 43,15; 

le retard diurne de la pendule est de 4 S ,4. 

Je ramene les observations a 1'instant du passage su- 
perieur de la polairc ; je cherche les ascensions droites 
dans le Nautical almanac , et je les corrige de reflet de 1'a- 
berration diurne; j'ai ainsi : 

H = 1 5 1 ' 9 ni 2G%80 j AR = 1 S h 1 7 m 1 S%07 5 p = 1 00" 22' 8",G ; 

H" = 1256 4,10; AR = 15 4 11,80; 

H' = 056 45,15; AR' = 1 4 12,56; p' = 15010,6. 

J'en deduis par la formule (1) 

c = -4- 22",2. 

Le meme jour, Ton a observe >? Bootis a 15 b 59 59 8 ,7G; 
j'ai alors : 

II = lo' 1 5 ( J ni 42,09; AR = 15 h 47"' 28%75 ; p = 70" 50' 22", 1 . 

TOME xv. It). 



( 288 ) 

Je combine cctte observation avec les passages supc- 
rieur ct infericur de la polaire et j'en tire : 

c = H- 36",3. 

Voila done deux valeurs de la collimation qui different 
dc 14",1 ; voyons quelle serait ici 1'influence d'une erreur 
sur les observations de la polaire. 

Supposons dH=dH'=l 8 par exemple; nous avons 
alors : 

sin. p cos.p' 



dc= 15 



cos. p' cos. p ' 



pour p = 100 22' 8",6; dc = 12",5 
pour p = 70 50 2^,1 ; dc = 21,1. 

D'apres cela, la valeur de la collimation serait d'une 
part + 9",7; de 1'autre-t- 15",2 : ces nombres ne different 
plus que de 5",5. 

Maintenant, Ton conceit que Ton puisse, par un choix 
convenable de 1'erreur, arriver a une valeur identique de 
la collimation par a Virginis et par f\ Bootis : cette valeur 
sera -*- 1",7, pour dll = dH'= l fi ,64. 

II parait done, d'apres ce qui precede, 1 que la me- 
thode est defectueuse, puisqu'une erreur d'une seconde sur 
les passages de la polaire faitvarier la collimation de 12",5 
sur 22",2 pour Virginis et de 21",1 sur 56",5 pour y 
Bootis ; 2 qu'elle peut donner quelques indices sur le sens 
et la grandeur de 1'erreur qui affecte les observations de 
la polaire : ainsi, dans le cas qui nous occupe, la polaire 
parait bien avoir ete observee trop tot a ses deux passages r 
et 1'erreur semble se rapprocber d'une seconde ct demie. 

Supposons, pour un instant, que la polaire ait ete ol 



( 289 ) 

servce trap lard a son passage supcricur el trop lot a son 
passage inferieur; soil, du reste, comme precedemmenl , 
1'erreur cgale a 1% nous avons alors : 



sin. p' cos. p 
lo 



cos. // cos. p ' 
cette derniere formule donne : 

pour/>=10022'8",6; dc = 0",06 
pourp= 70 5022,1; dc = -t- 0",19. 

Ainsi , une erreur d'une seconde sur les passages de la 
polaire , quand le signe n'est pas le meme pour les deux 
passages, n'a pas d'intluence sensible sur la collimation : 
en supposant imeparallaxe des fils, il faudrait, dans 1'exem- 
ple qui nous occupe, qu'elle fut de l m a la distance de la 
polaire, pour produire une alteration de 3", 6 sur la colli- 
mation , quand on emploie 1'observation de Virginis. 

VI. 

Avant d'examiner de tres-pres la formule (1), j'avais 
essaye d'une verification empirique : a Greenwich , on de- 
termine la collimation par des moyens mecaniques; j'ouvre 
le recueil des observations de Fannee 1845, et je trouve 
qu'a la date du 2 avril , 1'erreur de collimation &ait de 
- 0",85; le meme jour, Ton a observe la polaire a son 
passage superieur et a son passage inferieur, et a 
les temps des trois passages sont : 

a Hydrse 9M9 m 39 s ,72; 

Polaris, p. i 13 1 39,73; 

Polaris, p. s 12 50,79; 

le retard diurne de la pendule est de O s ,95. 



( 290 ) 

Au nioycn de ces elements, je tire de la formule (1) 
c = -t- 21 ",04; 

la difference avcc le resultat observe est considerable. 
Je combine maintenant les passages de la polaire avec 
Leonis qui a etc observe le meme jour a 9 h 59 m 48 S ,59 
et j'en conclus pour la collimation 

c = H- 26",20. 

Les distances polaires de Hydrae et de Leonis sont rcs- 
pectivement 97 59' 44",7 et 77 16' 56",0; je puis done, 
d'apres ce qui a ete dit dans le paragraphe V, supposer 
avec quelque raison, que la polaire a etc observee trop tot 
a son passage superieuret a son passage infcrieur; si j'ad- 
mets quc 1'erreur ait ete d'une seconde, c'est-a-dire si je 

pose 

dH = dH' = + 1 s , 

j'obtiens par la formule (5) : 

pour p = 97 59' 44",7 ; dc = 15",04 
pour p = 77 i6 56,0; dc = 18,76; 

j'ai done alors, pour valeur de la collimation : 

par a Hydrae -*- 8",00, 
par Leonis + 7,44; 

1'accord entre ces nombres est tres-satisfaisant. 

Eh bien , il se trouve que ce jour-la , le 2 avril , 1'hypo- 
these que j'ai posee , semble se verifier, et que la polaire a 
ete observee trop tot a ses deux passages; en effet, ces pas- 
sages rapportes au l er Janvier 1845 donnent : 

l b 3 m 33 8 ,60, 
\ 3 53,69, 

landis que 1'ascension dioite moyeniie pour la meme epo- 



( 291 ) 

quo, deduite de 77 observations cst : 
I 1 ' 5 m 54 S ,45 f). 

11 y a plus : si au lieu de prendre les ascensions droites 
dans le Nautical almanac, comme je 1'ai fait pour les cal- 
culs ci-dessus , j'adopte les ascensions droiles donnees 
dans le recueil de Greenwich de '1845 (**), je trouve, 
a pros avoir ajoutc O s ,85 a I'instant du passage supericur et 
S ,7G a celui du passage infcricur : 

par Hydra c = 0",55 

par a. Leonis c = i",7G 

Moyenne. ... 1",05 
Nomhre adopte a Greenwich. 0",85 

Difference . . . 0",20 

II y atirail done id un accord Ires-satisfaisant; mais les 
observations de la polai.rc ont du elre corrigees au prea- 
lablc de 1'erreur en moins qui les affectc, et ila fallu adop- 
ter une correction en moins de O s ,92 sur la position de la 
polairc donnee dans le Nautical almanac : cctte correction 
a etc conclue a Greenwich des observations failes dans 
cct observatoire en 1844. 



(*) Jc ferai observer ici que les ecarls do la moyenne vont, pour la po- 
lairc, ft Greenwich, a ^%o en moins et 5 s en plus. 

(**) Voici en regard les ascensions droiles du Nautical almanac ct du re- 
cueil de Greenwich : 

NAUTICAL ALMANAC. CUKIOWITH. 

Polaris, p. s I 1 ' 3'" 7 s . 00 C'.72 

Polaris, p. i 13 3 7,60 (>,f>7 

A Hydra? 20 0,!o 0,49 

Leonis. . . 10 l),42 9,20. 



( 292 



VII. 



La formule (1) n'cst qu'un cas particulier d'unc formule 
plus generate qui se rapporte au cas ou Ton aurait observe 
avec une etoile equatoriale, deux circompolaires, 1'une a 
son passage superieur et 1'aulre a son passage infericur 
(du moins ce sont les etoiles que recommandeM.LiagreQ. 
Je n'ai pas examine ce cas general , mais je suis porte a 
croire qu'il conduirait a des resultats analogues a ceux 
consignees dans les paragraphes precedents (**). 



(*) Cette formule est : 

sin. p cos. l(p-p') sin. p' cos. |(p-p") 



2sin. | (p jp")sin. | (p p') 2 sin. | (p-p') sin. (p' p")' 

dans laquelle 

lo)_(H"-hAR)]; D' = 15[(H-t-AR')- 



on en tire la formule particuliere (1) que nous avons discute"e, en faisant 
p-p f . 

( *) Le 7 mars 1848 , Ton a observe" a Bruxelles a. Canis minoris, cT Ursae 
minoriS) p. i. , et 51 Cephei; les temps des passages ont ete 7 h 27 m 18 s ,88 ; 
6 h 17'"2%20 et 6 h 25 m 50%20; le retard diurne de la pendule etait de 3%GO : 
j'cn tire par la formule generale doiinee dans la note prccedentc : 

c = -h 19",20. 

J'essaieensuite diffe>entes combinaisons, en supposant que les etoiles cir- 
compolaires ont ete obscrvees une seconde trop tot ou trop tard et que 
Ferreur porle ou bien sur les deux ou sur Fune seulementj j'obticns ainsi 
une serie de valcurs de la collimation qui varicnt dcpuis 2",7f) jusqu'a 



( 295) 

Pour la ibrmulc (1), il y aurait aussi a considerer le cas 
ou Tun des passages de la polaire seulement serait enlacbe 
d'erreur. 

Mais commc il est impossible de dire en general, aprcs 
une observation de la polaire ou d'une autre etoile voisine 
du pole , quel est le signe et la grandeur de Terreur qui 
affecte cette observation, ce qui precede suffira, pensons- 
nous, pour mettre le calculateur en garde contre la 
methode qui consiste a determiner la collimation d'une 
lunette meridienne par les seules observations astrono- 
miques et independamment des autres corrections de 
1'instrument. 

VIII. 

Avant de quitter ce sujet, je dirai un mot de la formule 
par laquelle M. Liagre calcule la deviation azimutale de la 
lunette meridienne; elle est , dans le cas le plus general : 



55",64 ; en voici le tableau : 

cT Ursae minoris, p. i. 51 Ccphei. Collimation. 

rfHo = _is dW = \ c -\- 35",G4 

1 + 28,27 

1 +1 -h 20,90 
1 4- 26,57 
4. 19,20 
-i- 1 4- 11,83 

4-1 - 1 -f- 17,50 

4-1 4- 10,13 

4-1 -4-1 + 2.76. 



( 294 ) 

t est rinclinaison dc 1'axe donnce par le niveau; c la colli- 
mation deduite dcs observations astronomiques de trois 
etoiles, dont deux circompolaires, 1'une a son passage in- 
fcrieur, 1'autre a son passage superieur, out pour ascen- 
sions droites AR et AR'; I est la colatilude du lieu ; a la 
deviation aziraulale. 

Si Ton differenlie cette equation , on obtient 



sin. p n sin. p 
sin. (/>"-//) 



dc 



cos. I (p n +p') 



cos. 



et dans lecas parliculier 011 Ton aurait observe la polairc a 
son passage superieur et a son passage inferieur : 



sin. 



sin. I cos. p 



Ton voit ici qu'une errcur sur le passage de la polaire 
n'inQuera sensiblement sur la valour de la deviation azi- 
inutale quo par 1'alleraliou produite an prealable dans la 
valcur de la collimation. 



Procede d' extraction du nickel et du cobalt, suivi dans unc 
fabrique a Birmingham; par M. Louyet, correspondaut 
de 1'Academie. 

Lors d'un sejour quo je fis a Birmingham, en 1845, 
j'eus 1'occasion de visitor mimuieusement une fabrique de 
nickel et dc cobalt, ou Ton pre'parait ces melaux, 1'un a 
Tetat d'oxyde, 1'aulre a 1'etat metallique, sur une tres- 
grandeecbellc. On ne mo dissimula aucun detail de la fa- 



( 295 ) 

bricalion (laquello ndanmoins etait tenue secrete), parce 
que le proprietaire de I'ctablissement desirait avoir mon 
avis sur la valeur des precedes employes, et qu'il esperait 
par mon aide arriver a realiscr quelque amelioration no- 
table, son industrie etant entierement du domaine des 
sciences cbimiques. Je pus, en effet, lui signaler quelques 
modifications importantes a effecluer dans le traitement 
particulier qu'il faisait stibir aux minerals. Et, depuiscelte 
epoque, 1'usinc etant passeedans d'autres mains, 1'ancien 
proprietaire n'a trouve aucun inconvenient a ce que je pu- 
bliasse les observations que j'avais faites dans son etablis- 
sement. Ces observations pouvant etre fort utiles aux per- 
sonnes qui desireraient entreprendre la fabrication du 
nickel et de 1'oxyde de cobalt, j'ai pense que 1'Academie 
voudrait bien les accueillir favorablement et leur donner 
place dans les Bulletins. 

Le mineral employe dans 1'usine de Birmingbam pro- 
vient de la Hongrie; il consiste principalement en sulfar- 
seniures metalliques, ct renferme ordinairement 6 p. /o 
de nickel ct 5 p. /o de cobalt. Cependant ces proportions 
sont assez variables. 

On melange ce minerai avec une petite quanlite de car- 
bonate de chaux et de spatb-fluor, et on chauffe le tout au 
rouge blanc dans un four a reverbere; la masse fond a cette 
temperature elevee; on obtient une scorie qui surnage et 
que Ton enleve a 1'aidc d'un ringard, et une masse fluide 
d'apparence metallique; on fait sortir cetle derniere par 
une ouverlure pratiquee dans le fourneau , on 1'arrose pour 
la concasser avec plus de facilite et on la brise. en mor- 
ceaux. L'ex|)erience a prouve que si la scorie est de cou- 
leur mate, elle contient du fer; si, au conlraire, sa sur- 
ihco est noire el brillantc, elle n'eiji renferme pas. La 



( 296 ) 

masse metallique est broyee en poudre tres-fine, que Ton 
calcine ensuite au rouge vif dans un four en graduant la 
chaleur, pour eviter la fusion, et brassant constamment. II 
se volatilise une grande quantite d'acide arsenieux. L'air a 
libre acces dans la masse; elle s'oxyde et diminue de 
poids. La calcination qui dure pendant douze heures en- 
viron, est continuee jusqu'a ce qu'il ne se degage plus de 
fumees blanches. Le residu de la calcination est traile 
par 1'acide chlorhydrique, qui le dissout presque entiere- 
ment; la liqueur est etendue d'eau, puis on y ajoute un 
lait de chaux et de 1'hypochlorite de chaux (chlorure de 
chaux) (I); il se forme ainsi un precipite, que Ton rejette 
apres Favoir bien lave. On fait passer dans la liqueur un 
courant de gaz sulfhydrique lave, produit a Paide du sul- 
fure de fer et de Tacide sulfurique etendu ; on fait ainsi af- 
fluer le gaz dans la solution jusqu'a ce qu'elle en soit sa- 
turee; on arrete le courant gazeux lorsqu'en ajoutant de 
rammoniaque liquide a une petite quantite de la liqueur 
filtree, il se forme un precipite noir; s'il n'y avait pas un 
exces de gaz sulfhydrique, le precipite produit par ram- 
moniaque serait vert. Le gaz sulfhydrique determine dans 
la liqueur la formation d'un precipite ; on lave celui-ci , 
et comme il est un peu soluble, on fait passer de nouveau 
le courant de gaz sulfhydrique dans les eaux de lavage. 
Le precipite est rejete. On precipite ensuite le cobalt, 
a 1'aide d'une solution d'hypochlorite de chaux; le preci- 
pite lave, seche, puis calcine au rouge, est considere 



(1) La chaux ct 1'hypochlorite de chaux sont ajoutes pour precipiter le fer 
ol 1'arsenic. L'hypochlorite, en poroxydantle for, permet ainsi sa precipitation 
par la chaux. 



(297 ) 

comme sesquioxyde de cobalt; on le livre en partie au 
commerce sous cette forme ; unc autre partie est chauffee 
an rouge blanc; Foxyde, ainsi traite, perd de son poids 
tout en augmentant en densite, et on le vend comme pro- 
toxyde de cobalt. La liqueur d'ou le cobalt a ete precipite, 
cst traitee par un laitde chaux; on precipite ainsi le nickel 
a Felat d'hydrate. Ce precipite est lave, seche et calcine au 
rouge. Melecnsuite avec du charbon, on le reduit a Fetat 
de nickel en grumeaux par Faction d'une forte chaleur. Ce 
nickel sert a fabriquer Fargentan. Quant a Foxyde de 
cobalt , il est presque entierement consomme par les fabri- 
ques de faience du Staffordshire. L'oxyde de cobalt 
ainsi produit est d'une remarquable purete ; il ne contient 
pas de nickel. II ne coute que 85 francs le kilogramme; 
prix extrememcnt bas si Fon considere sa purete. Quant 
au nickel metallique, on le vend a 55 francs le kilogramme. 
Je pense que ces produits se fabriqueraient avec avantage 
en Belgique, vu le bas prix du charbon et del'acide chlor- 
hydrique. Je serais heureux si ce petit aperc,u determi- 
nait quelque industriel a entreprendre cette exploitation 
ct a doter notre pays d'une nouvelle branche de com- 
merce. 



Du passage du gaz hydrogens a travers les corps solides; 
par M. Louyet, correspondant de F Academic. 

Le hasard m'a fait decouvrir quelques faits curieux , se 
rapportant a Fhistoire du gaz hydrogene, et qui m'ont 
paru de nature: a offrir quelque inlcret aux physiciens ct 
aux chimistes. 



( 298 ) 

Si Ton dirige un courant horizontal do gaz hydrogene, 
emanant d'un orifice capillaire, sur une feuille de papier 
tenue verlicalement a quelques millimetres de 1'orifice, 
en sorte que le courant soil perpend iculaire au papier, 
celui-ci est traverse par le gaz. Mais le gaz nc se tamise 
pas a travers la feuille de papier, comme on pourrait peut- 
etre s'y attendre; il conserve sa forme de courant et pent 
etre enflarnme derriere la feuille, absolument comme si 
cette derniere n'etait pas interposee entre le courant ga- 
zeux et le corps en ignition; en outre, si Ton place une 
eponge de platine derriere le papier et dans le sens du 
courant, le metal devient incandescent. Le platine devient 
encore incandescent si la feuille de papier est a trois ou 
quatre centimetres de 1'orifice, pourvu qu'on le place con- 
tre le papier, ou du moins a une tres-faible distance. 

II est bon de faire remarquer que la pression sous la- 
quelle se produit le phenomene, ne s'eleve pas au del a de 
10 a 12 centimetres d'eau. 

A ma grande surprise , j'ai constate que le gaz hydro- 
gene traversait de la memc fac,on des feuilles d'or et d'ar- 
gent battus. Ainsi, que Ton entoure une eponge de platine 
de plusieurs doubles de feuilles d'or ou d'argent, et que 
J'on dirige dessus un courant degaz hydrogene, elle iinira 
par devenir incandescente, et Tor ou I'argent adhereront 
a sa surface. 

Une eponge de platine, placee derriere une feuille d'e- 
tain a etamer, sur laquelle on dirige un courant de gaz 
hydrogene, s'echauffe assez fortemcnt sans loutefois rou- 
gir. Cependant, comme I'etain en feuilles est perce d'une 
multitude de pelits trous que Ton apercoit en interposant 
la feuille entre I'ceil et la lumiere, le phenomene est pen 



( 299 ) 

remarquable. Mais si la feuilie d'elain cst double, 1'eponge 
de platine s'echaufl'e encore sensiblement. 

Le gaz hydrogene passe de la meme maniere a Iravers 
une membrane mince de gulla-percha, telle qu'on 1'ob- 
tient en evaporant une legere couelie de solution de gutta- 
percha dans le chloroforme. 

Mais le gaz hydrogene nc traverse pas sensiblement les 
pcllicules de verre que Ton peut obtcnir en soufflant for- 
lement une boule a 1'extremite d'un tube, quelque minces 
qu'elles puissent etre. 

J'ajouterai que ces experiences peuvent elrc repetees 
tres-convenablement avec un briquet a gaz, dit briquet de 
Dobereiner. 

M. le direcleur, en levant la seance, a h'xe 1'epoque 
de la prochaine reunion au samedi 4 riovembre. 



( 500 ) 



CLASSE DES LETTRES. 



Seance du 9 aout 1848. 

M. le baron de GERLACHE, directeur. 
M. QUETELET, secretaire perpeluel. 

Sont presents : MM. Corneiissen , le chevalier Marchal , 
Steur, le baron de Stassart, De Ram, Lesbroussart, Ga- 
cliard, David, Van Meenen, Haus, J. Leclercq, Carton, 
Schayes, Snellaert, membres; Ramon de la Sagra, associe; 
Bernard, De Witte, Gruyer, Faider, Arendt, correspon- 
dants. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de 1'interieur fait parvenir quelques ob- 
servations au sujet des armoiries qui ont ete gravees sur 
le bouclier de la statue de Godefroid de Rouillon, ques- 
tion doiit la classe des lettres a ete saisie par un de ses 
membres dans la seance precedente. 

M. le Ministre fait connaitre en meme temps qu'il a ete 
menage quatre emplacements destines a recevoir des tables 
de bronze, dont deux representeront en bas-reliefs des 
fails de la vie de Godefroid ; les deux autres recovront des 



(501 ) 

inscriptions; il cxprime le desir que la classc lui propose 
un projet pour 1'une de ces inscriptions. 

(Commissaires : MM. De Ram, Gachard et le baron de 
Reiffenberg.) 

- M. Raguet, correspondant de 1' Academic, fait par- 
vcnir une notice manuscrite Sur la valeur historique d'un 
passage de I'Histoire des abbesses de Nivelles; par Bauduin 
Des Hayes. Cette notice est destinee a etre imprimee dans 
le Bulletin de la Commission royale d'histoire, ou M. Ra- 
guet, en 1845, a deja rendu compte de deux manuscrits 
qu'il possede, 1'un ancien, 1'autre moderne, sur Thistoire 
des abbesses de Nivelles. Pris pour notification , avec 
renvoi a la Commission d'histoire. 

M. Galesloot transmet les renseignements suivants 
sur quelques antiquites trouvees dans Jes environs de 
Louvain. 

Qu'il me soil permis d'entretenir un moment 1'Aca- 
demie d'une decouverte d'antiquites, faite recemment a 
Rauvecbain (1), village situe entre Louvain et Jodoigne. 
Elle consiste dans des debris d'une habitation belgo-ro- 
maine, que le soc de la charrue mit inopinement a la sur- 
face du sol. Informe de celte decouverte, je me suis rendu 
a la fin du mois passe, sur les lieux, ou j'ai fait executer 
quelques fouilles. Les ouvriers rencontrerent, a deux 
pieds dc profondeur, de grosses pierres ou moellons sous 
lesquelles ils trouverent des fondations maconnees. La 



(1) En flamand Bevecom. Je ne sache pas qu'on ait decouvert jusqu'ici 
<lcs antiquiles dans les environs de Louvain. 



( 302 ) 

gisaicnt pele-mele avecde la terre, desfragmen Is de polcric 
de toutes especes, des morceauxde tuiles (1), du fer oxyde, 
des ossements, des cendrcs de Lois, en un mot, toules les 
traces d'une habitation qu'auraienl devaslee le fer et la 
ilamme. Ces fondations etaicnt encore tres-solides, bien 
que la terre se fat infiltree entre le ciment; elles avaient 
six pieds de profondeur et ctaient composees de pierres 
blanches de diflerentes dimensions; les plus grosses for- 
maient les assises inferieures. Quelques-unes de ces pierres 
etaient parfaitement laillees, et sur leur face exterieure 
adherait encore du ciment rouge semblable a celui que 
j'ai remarque dans la trouvaille de Laeken. An surplus, 
1'analogic qui existe entre les materiaux trouves ici et ceux 
signales dans mon rapport que 1'Academie a sous les yeux, 
pour les antiquites des environs de Bruxelles, me dispense 
d'occuper plus longtemps son attention sur la presente de- 
couverte. Seulement je ferai observer que j'ai trouve, a Beau- 
vechain, des preuves qui confirment diflerents points emis 
dans mon rapport precite : 1 en ce qui concerne la situa- 
tion des habitations belgo-romaines aux abords des pres et 
des ruisseaux, puisque c'est encore ici le cas; 2 relative- 
ment a leur construction selon la maniere de batir usitee 
en Italic; et 5 touchant les limites agraires ou cnclosau 
moyen de levees en terre. Cette derniere particularite 
merite 1'attention de 1* Academic. 

- Le secretaire perpetuel communique, relativementa 
1'echange des publications de r Academic, differentes lettres 



(1) Une de ces tuiles etail encore entiere ; elle avail 42 centimetres de lon- 
jjueur sur 29 centimetres de largeur, y compris les bords. 



( 303 ) 

dc la Sociele royalc asiatiquc do Londres, dc 1'Academie 
des sciences morales et politiques do France, de I'lnslitut 
royal des Pays-Bas, de la Societe pour la recherche 
des monuments hisloriques du grand-duche de Luxem- 
bourg, etc. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Particularites sur les anciennes fondations de bourses de 
fUniversile de Louvain, et caractere de ces institutions; 
par M. Ch. Faidcr, correspondant de 1' Academic. 

De lout temps les fondations de bourses ont eu im ca- 
ractere public ; de tout temps elles ont ete placees sous la 
tutelle de i'ad ministration* Ainsi on ne pouvait les ceder a 
prix d'argent; 1'art. 78 de 1'ordonnance de Blois le defen- 
dait en France; ainsi , au temoignage de Rousseau-dc- 
la-Combe (1), la juridiction touchant les bourses de 
Puniversite de Paris appartenait au diancelier de cctte 
universite : Brillon (2), de son cole, remarque en termes 
ge'neraux que : Les fondations comme ies legs pieux etaient 
sous la protection speciale du Roi. Avec la precision 
qui lecaracterise, Corvinus observe que Ad jus publicum 
res sacrae spcctant.... a/finia sunt collegia ex pia causa cx- 



(\) Ftecttt'il dcjurisp. canoniquc. 
("2) Dictionnaire dssaridis. 

TOME xv. 20. 



(304) 

Iracta (I). An volume If, partie 1 do la premiere edition 
des Memoircs du clerge, on trouve des rcglements rclatifs 
anx fondations de bourses, qui prouvent qu'elles etaient 
matiere d'administration publique. 

Ce que nous venons de dire pour la France est vrai 
pour noire pays : tous les auteurs qui ont parle* de 1'an- 
cienne universite de Louvain ont naturellement parle 
des bourses qui y etaient annexees ou qui en dependaient; 
les (bndations formaient corps avec elle, et, tout en fai- 
sant la part des volontes particulieres exprimees dans les 
testaments, 1'autorite surveillait constamment la gestion 
des personnes chargees d'administrer ces imporlantes in- 
stitutions. Valere Andre explique, dans ses Fasti Acade- 
mici, ['organisation de 1'universite, et il consacre une 
partie de son ouvrage aux fondations et aux bourses qui 
sont la force et 1'ornement de cette universite : a la 
page 528, il parle de collcgiis aliquot quae vel desierunt 
vel crigi non potuerunt ; il mentionne , entre autres , une 
fondation de 1449 , faile par Godefroid de Boelinter , qui , 
faute de fonds suffisants pour etablir un college, reducta 
fuit, ab auctoritate ecclesiastica , ad bursas duas et trans- 
lata ad pedagogium Pom. Voila done 1'autorite ecclesias- 
tique qui transforme une fondation de college en deux 
bourses annexees an college du Pore. An meme endroit , 
Valere Andre s'occupe d'une fondation erigee par Jean 
Van Tsestigh en 1635, et il dit : Nupera fundatio domini 
J. Van Tsesjigh , desiderantis a morte sua erigi collegium 



(1) Enarrat. Codicis, lib. I, tit. 2. Les principes developpes par Tira- 
(|ii(!au, dans son celcbre irailo Du privileyiis piaecausae, s'appliquaicnt 
iflcobteslnblement anx foudaiions en favour los eludes. 



( 505 ) 

familidc Scstlchiac, oh tmuitalcm redituum et controversies 
ci motas plenum suum sortiri non potuit effectual. La Ibn- 
dation ful done Iransformee, non pas, comme en 1449, 
epoque a laquellc I'autorite ecclesiaslique etail loutc-puis- 
sarite dans 1'ancienne universile, mais par une Iransae- 
lion arrelee en 1648 a 1'intervenlion de 1'universite el du 
magistral de Louvain (1). 

VernulaBus parle des fondalions de bourses el de col- 
leges (2) ; sans enlrer dans les memes delails que Valere 
Andre, il s'exprime de la maniere suivanle : Non pauci 
summa pietale viri moti ET BONUM PUBLICUM PERMOVERE 
VOLENTES piis funddtionibus erectisque coiiegiis iUam (uni- 
versitatem) auxerunl. Collegia duplicis flic generis : quae- 
dam in quibus quolidie docclur (le Lys, le Pore, le Faucon) ; 
quaedam autem in quibus juventus alitur el sludioruni 
subsidia praestantur (Viglius, Vandale, Pape) (5). 

Le presidcnl Neny, qui fut commissaire royal del'uni- 
versite, dil, an chap. XXVII de ses Memoires , que 1'uni- 
versile a quarante-deux colleges , el il ajoule : II y a 
dans cetle universile un t res-grand nombre de riches el 
belles fondalions elablies par des parliculiers, desliriees 
a 1'entrelien des ecoliers. La subsislance que donne ces 
Ibndalions s'appelle une bourse.... Plus has, Neny 



(1 ) Les documents relatifs a cette fondation se trouvent dans le carton 
1677 des Archives du conseilprive. 

(2) Academia Lovaniensis , liv. Ill, chap. VII. 

(o) Juste Lipse , dans son Lovanium, parle aussi des colleges, mais il se 
tail sur les bourses simples : Aliud collegiorum genus, dit-il, liv. Ill, 
chap. V , ubi non tantum docetur qudm alitur juventus et subsidia studio- 
rum in certos annos habet. Cpr. Van Espen , Jus. eccles., part. I, s" 1, 
tit. 2, cap. 4. Academics Lovaniensis adumbratio compendiaria , ann. 
1786. 



( 306 ) 

rend comple tie la visile tie Funivcrsite que les archiducs 
Albert et Isabelle ordonnerent, et a la suite de laquelle 
fut public le reglemcnt celebre du 18 avril 1617 qui est 
aujourd'lmi la loi de Funiversite, lant sur la juridictioa 
que sur les devoirs des professcurs, les grades academi- 
ques, la conduite et la discipline des ecoliers (1). Ce 
reglement crea un commissaire charge de veiller a son 
execution, et cette surveillance ayant cprouvedesentravcs 
ou du relachement, un decret du 18 juillet 1754 (2) eta- 
blit un commissaire royal dont le devoir essentiel elait de 
veiller a Fexecution des edits, ordonnances et decrels 
emanes successivernent pour la direction , la discipline 
ct la police de Funiversite. Or, si Ton ouvre le regle- 
ment de 1617, on lit : Porro ul fundationum seu bur- 
sar um in dicta univcrsitate a pits viris relictarum QUAE 
NULLIS SUNT COLLEGIIS ADSTRiCTAE , dclnia habeatur ratio , 
curabil rector ut omnes tales fundationes cum specificatione 
bonorum carumdem juxta ordinem temporutn in certo re- 
gisiro describantur , quod registrant in archivis universi- 
tails diligentissime observetur. La reddilion des comples 
devait se faire chaque aunee au recteur, lorsque la fonda- 
tion n'avait pas de provisetirs particuliers, et a ceux-ci 
lorsqu'ils elaient etablis par le titre primitif. Nous n'avons 
pas pu verifier le registre tenu en vertu du reglement de 
1617 ; nous n'avons pas pu verifier non plus le code general 
de toutes les fondalions del'universile, dresse en 1700 et 
dont parle Ne'ny dans une letlre qu'il ecrivit, comme 



(1) Ce reglement est aux Placards tie Brabant, vol. Ill, p. 89, sous la date 
du Sseptembre 1017. 

(2) Ce decret ost analyse par Ncny , uuis il ne se tronvc dans aucun des 
recueils de placards imprimes. 






(307) 

commissaire royal, an chanoine Tseslicb, de Tcrmonde, 
au sujct dc deux bourses fondces par Georges d'Autrichc 
ct dont les litres elaienl perdus (1) : mais nous avons eu 
entre les mains im releve fourni par le recteur en vertu de 
1'edit du 4 juillet 1761, a I'egard duquel il ne sera pas 
inutile de donner quelques details puises dans les pieces 
oilicielles des archives du conseil prive. 

Le chanoine Tseslich, de Termonde, avail reclame au 
sujet de deux bourses fondees par Georges d'Aulriche ct 
auxquelles la famille de ce chanoine avail droit; les tilres 
de ces bourses etaient perdus, el les intcresses prelen- 
daicnl en rendre 1'universite responsable. Voici ce que 
repondit Neny, le 50 mai 1701 : Les bourses qui ne 
sont attachees a aucun college el qu'a Louvain on nomme 
volantes, sont loujours en danger d'etre pcrdues, vu 
qu'ellcs sont adminislrees par des particuliers qui sou- 
vent ne sont pas suppots de 1'universite et qui n'en 
rendenl aucun compte au recteur. C'est la vraisembla- 
blement ce qui a entraine la perte de la bourse dont il 
s'agit... Je ne vois done pas que ni 1'universite ni la 
faculte de medecine puissent elre responsables de la 
perle de ces bourses; mais plutot les collateurs ou leurs 
heriliers, qui n'oiit pas denonce leur exislence , 
en 1700. Cette appreciation etait juste : 1'autorilc 
prenail des mesures d'administration generate pour con- 
slater 1'cxistonce et Timportance des bourses; elle rcspec- 
lail la volonlc des fondateurs, en n'exigeant pas une red- 
dition de comptes directe et en autorisant les receveurs 



(1) Voir ccllc letlrc, datee dii 30 mai 1701 , dans le rcgistre dc corrcs- 
pondanco de Nony , aux archives du royaume. 






( 308 ) 

a la presenter mix proviseurs des fondalions; mais elle 
voulait connaitre les bourses pour les maintenir et pour 
pouvoir verifier si on en faisail 1'emploi voulu, el c'est 
pour cela que, aussi bien en 1617 qu'en 1700, des releves 
generaux avaient ete ordonnes. --En 17G1, la reclama- 
tion du chanoine Tsestigh tit voir qu'il iallait prendre des 
mesures promptes et severes au sujet des bourses volantes. 
Ce n'est pas que Neny cut neglige cette importante partie 
de ses nombreuses attributions; la correspondance de cet 
homme d'Etat, aussi laborieux que capable, prouve qu'il 
s'occupait sans cesse de 1'universite et qu'il recherchait 
avec zele le moyen d'extirper les abus qu'il y rencontrait 
a chaque pas (1). 

En 1761, Neny redoubla de zele et voici ce qu'il fit. 
Le l er juin 1761 , il communiqua en recteur le projet qui 
devint plus tard le decret du 4juillet 1761 (!2) : Je pre- 
vois, disait-il, que notre projet excitera encore des 
murmures; quelques interesses invoqueront la volonte 
des fondateurs : mais , outre qu'il y a des occasions ou il 
faut savoir se meltre au-dessus des clameurs, on agit 
dans 1'esprit meme des fondateurs lorsqu'on ne s'e- 



(1) Voici un extrait assez curieux d'une leltre du rcctenr de Bussclinp a 
Neny , en dale du 21 Janvier 1755 : .Pai oubli^, dansmon memorial, une rd- 
flexion dont il paroitqu'on poun-oit faire usage dans 1'ordonnance que vous 
meditez, II estque les frais d'un doctoral montent pour Tordinaire a 4000 
FLORINS , depenses excessives et qui reliennent plusieurs braves a songer de 
prendre ce degre. Ne conviendroit-il pas du moins de retrancher le superflu 
et Pinutile. Car , outre le droit ordinaire des docteurs et de plusieurs fourra- 
geurs qui courent a Pentour, un repas splendide, etc., il faut encore 
donner d chaque convie un plat de suaideet quelques paires de gans 
(sic): deux articles entierement frivoles et inutiles et qui ne laissent pas 
demonler d 800 ou 900 florins. Voir le carton 1071 du conscil privo. 

(2) 11 est aux Placards dc Brabant, vol. VIII, p. 74. 



( 309 ) 

loignc dcs lermes do la fondation que dans la vue d'cn 
assurer ct d'cn perpetuer Ics elTets. 

C'est dans cet esprit que fut public le decret du 4 juil- 
let 1761 , pour lequel le recteur Wellens exprima a Neny, 
dans une lettre du 8 juillet, les vifs remercimenls de 1'u- 
niversite (1). Ge decret ordonne aux adminislrateurs , col- 
lateurs ou receveurs de toutes les bourses sans distinction, 
d'en remettre un etat exact et detaille endcans les deux 
mois; 1'omission entrainait la perte des droits de colla- 
tion, de recette ou d'administration , et il etait present au 
recteur de proposer au gouvernement les arrangements 
les plus convenables pour assurer la bonne regie et la 
conservation de ces bourses. La pensee de Neny sur ce 
point, pensee exprimee dans une de ses lettres au recteur, 
etait d'annexer les bourses volantes a quelqu'un dcs col- 
leges de Louvain; et, si cette pensee ne s'est pas realisee, 
du moins on a marche vers le but indique : en effet, par 
lettre du 10 fevrier 1765, le recteur transmit au gouver- 
nemenl le registre-inventaire de toutes les fondations vo- 
lantes : le nombre en etait considerable, et la somme des 
revenus offrait un chiffre fort important. On put juger, 
des lors, de quel interet etait I'administration reguliere de 
ces bourses, et Neny ne cessa point de s'en occuper : c'est 
ainsi que, par decret du prince Charles, en date du 26 
mai 1775, le sieur de Marcy, prevot de la collegiale de 
Saint-Pierre et, en cette qualite, chancelier de I'universite, 
fut nomme inspecteur de toutes les bourses, revenus des col- 



(1) L'exccution du decret fut prescrite d tous les conseils par circulaire du 
17 octobrc 1761. Le 9 fevi'ier 1702, le conscil souverain du Hainaut fit des 
representations, mais il lui fut ordonnd, par depeche du 27 du meme mois , 
de passer outre a la publication. Voir carton 1671 du conseil prive. 



( 510 ) 

leges ct autres fondations pareillcs : le decret charge en 
meme temps ce prelal de proposer au gouvernement toutes 
les reformes dont les reglements paraissent susceptibles , 
et une lettre du prince au recteur invite ce dernier a fa- 
ciliter les recherches et les travaux du prevot (1). 

Nous n'avons point retrouve les resullats des recher- 
ches de De Marcy; peut-etre, comme Neny le craignait (2), 
De Marcy nVt-il rien fait (5) : toujours est-il que, pen d'an- 
nees plus tard, de nouveaux efforts furent tentes pour re- 
gulariscr l'administralion des bourses. Apres une corres- 
poridance suivie depuis 1782, !e recteur Van Leempoel 
s'occupa de nouvcau des bourses volantes, et ses recher- 
ches s'etendircnt au pays entier; nousdonnons ci-apres (4) 
une depeche importnntc que ce dignitaire adressa, le 7 
avril 1788, au baron de Feltre, et que Ton pent considerer 
comme Tex pose des motifs d'un edit du 50 scptembre 1 788 , 
par lequel 1'Empereur, pour favoriser les etudes et pour 
que les bourses soient employees conformement a la 
lettre et a Tesprit des fondations, a resolu de ramener 
a un centre commun d'inspection generale la surveil- 
lance des fondations quelconqnes. En consequence, 
1'Empereur maintient les dignitaires et preposes des fon- 



(1) Voir, dans le carton 1672 du conseil privc , le decret de 1775 el les 
documents curieux qui Tonl precede, lels qu'une leltre de Neny du 8 aout 
1772 el une consulte du conseil du 26 octobre suivant. 

(2) Voir sa leltre du 8 aoiit 1772 au secretaire d'Elal Crompipen : on pour- 
rail en induire quo De Marcy a e'le nommu un pen malgre Neny el malgre le 
conseil prive qu 1 il presidait. 

(5) M. Gachard nous a dit, depuis la lecture de celte nolice, qu'il exisle 
aux Archives , des travaux de DC Marcy : nous nous proposons de les corapul- 
ser; ils ne se trouvaient pas dans les nombreux cartons quo nous avons cus 
a notre disposition. 

(A) Voir I'anncxc. 



(oil ) 

dalions qui devaicnt rendre un complc annucl a un in- 
specleur general, charge de la surveillance des bourses; les 
articles 4, 5 et de I'edit reglent les conditions de colla- 
tion au profit des candidate les plus instruits, etc. (1). 

Get ensemble de mesures, depuis 1617 jusqu'en 1788; 
les abus souvent signales et qui ont motive ces mesures; 
I'opinion des auteurs; la progression constante de 1'inter- 
vcntion souveraine dans 1'administration des bourses vo- 
lanles com me des bourses annexe'es; les releves ou inven- 
laircs ordonues a plusicurs reprises, tout cela prouve, 
comme nous le disioiis en commenc.ant, que les bourses, 
meme les bourses volantes, ctaicnt regies par Pautorite, 
ctaient considerees comme entrees dans I'universite et 
comme se rattachant au bien public , suivant 1'expression 
du prcambule du decret dc 1701. Ce qui peut servir a le 
prouver encore, c'est I'edit de Joseph II du 9 septem- 
bre 1784, concernant les deniers publics. En d<Tmis- 
sant les mots deniers publics, 1'auteur de I'edit y men- 
tionne, en general, ceux des [ondations qui onl trait au 
public, ce qui comprend evidemmerit, ainsi que le fait 
rarticle 17 de notre arrete du 2 decembre 1825, les re- 
venus des fondations de bourses considerees comme eta- 
blissemenls publics ou de bienfaisance (2). 

Cc caractere se relrouve dans la legislation moderne 



(1) L'edit n'cst insoi-e dans aucun recueil imprimd. II a uie public ct pla- 
canle par le recteur le 4 oclobre 1788. Voir le carton 1672. 

(2) L'cdit de 1784 est dans la collection des placards detaches de la Bi- 
bliotheqne royale; Part. l cr est ainsi concu : o Par deniers publics on doit 
> entendre, non-seulement ceux de nos domaines, aides, subsides et autrcs 
branches qtielconques de nos revenus , ainsi que ceux des provinces , villes, 
communautes et aulres administrations municipales, raais aussi ceux des 
eijlises, confrerics, hopilaux, maisons d'invalides , de pauvrcs cl d'orphc- 
jins ct d'antres fondalions qui ont trait an public. 



(312) 

que nous allons parcourir rapidemcnt. Les ibndations de 
bourses subirent, comme tous les etablisscments de main- 
morte, 1'impression du niveau revolutionnaire. Parmi plu- 
sieurs lois, nous signalerons le decret du 5-8 mai 1795, 
qui mil dans la main du gouvernement toutes les fonda- 
lions de 1'espece et qui les depouilla de leur caractere 
d'individualite civile. Mais ce qu'un tel decret avait d'ab- 
solu commenc.a a disparaitre, lorsque la loi du 25 messi- 
dor an V, considerant les fondations particulieres comme 
ceuvres de bienfaisance , altribua aux hospices et aux bu- 
reaux de bienfaisance les biens affectes a 1'instruction sous 
le litre de bourses, a charge d'en assurer aux litulaircs, 
designes par J'aulorite, les revenus et avantages. De meme 
que Ton distinguait anciennement les bourses annexees 
d'avec les bourses volantes, de meme on trouve dans nos 
lois contemporaines des bourses de college et des bourses 
particulieres : celles-ci, dit M. Tielemans, qui avaient 
une dotation distincte et une administration privee, 
sont considerees comme oeuvres de bienfaisance et reu- 
nies aux hospices civils, la jouissance en est rendue aux 
litulaires, d'apres les actes de fondations, et la collation 
continue d'en appartenir aux prefets. 

Lc gouvernement des Pays-Bas les regit comme admi- 
nislrateur supreme des elablissements publics; jusqti'a la 
loi fondamenlale, les bourses particulieres resterent aux 
hospices : cette loi, article 226, declara que I'instruc- 
lion publique est un objet constant des soins du gou- 
vernement; elle ajouta qu'il serait rendu compte 
lous les ans aux elals generaux de I'etal des ecoles su- 
perieures, moyennes el inferieures. D'apres ces lexles, 
combines avcc 1'arlicle 75 dc la loi fondamentale, que fit 
le gouvernemenl des Pays-Bas? II declara que les bureaux 



( 515 ) 

d(; bienfaisance et les hospices cesseraicnt de jouir des 
bicns, bois cl rentes apparlenant aux fondations de bourses 
et colleges : 1'administratiori en fut rendue a ceux qui sont 
dcsignes dans les actes de fondation, lesquels seront, au- 
tant que faire se pourra, scrupuleusement observes sur 
tons les points; et si ce respect pour les actes de fondations 
est impossible, le ministre devra proposer au Roi les 
moyens d'y suppleer dans le sens des intentions des fon- 
dateurs : le mode de rendre compte fut regie; il appartint 
aux deputations des etats de voir ces comptes arretes par 
les ayants droit; rapport dut en etre fait au ministre, qui 
pouvait ainsi s'assurer si les actes de fondations recevaient 
leur execution et si les revenus etaient employes dans 1'in- 
leret de 1'instrucdon publique (1). 

Telles sont les dispositions les plus remarquables de 
1'arrele du 26 decembre 1818 : celui du 2 decembre 1825 
eut pour but de rendre uniforme radministratioii de toutes 
les fondations; chacune d'elles eut un administrateur, des 
proviseurs, un receveur; les proviseurs surveillaient 1'ad- 
ministrateur sous la direction des deputations et sous le 
conlrole supreme du ministre; le mode de collation est 
egalement regie, de meme que la manutention generate des 
biens des fondations. 

Get etat de choses fut maintenu virtuellement par le gou- 
vernement provisoire, puisque 1'article l er de son arrete du 
7 Janvier 1851 declare que Tarrete de 1825 s'applique aux 
fondations de bourses qui etaient annexees aux anciens 
colleges de 1'universite de Louvain, c.omme a toutes les 
autres fondations de bourses pour les etudes, ce qui com- 



(1) Voir les articles 1,5,0,8 de I'arrele royal du 26 decembre 1818. 



( 514 ) 

preml les bourses anncxees et volanles de rancieu regime, 
les bourses de college et les bourses particuliercs de la le- 
gislation moderne. 

Telle est la succession, tel est 1'ensemble des disposi- 
tions prises a 1'egard des bourses : les arretes de 1818 et 
de 1823 sont encore observes de nos jours; M. Tiele- 
mans (1) en a fortement attaque la legalite de huit chefs 
differents; mais une jurisprudence recente en a proclame 
la constitulionnalite (2) : etdes lors, nous pouvons recon- 
naitre que, de tout temps, les fondations de bourses orit 
ete considerees comme matiere d'administration, comme 
institutions d'utilite publique. Ge que prouvent les lois de 
tous les regimes est confirme par la nature meme des fon- 
dations; car elles forment des personnes civiles, elles sont 
gens de mainmorte (5), et a ce litre assimilees a des ela- 
blissemcnls publics qui repousscnt 1'idec d'une propriete 
privee (4) : des lors, elles sont placees sous la baule tutelle 
du gouvernement , et les details dans lesquels nous sommes 
entrc, et que nous sommes oblige d'abreger, ont eu pour 
double objet et pour double resultat de faire connaitre 



(1) Rep. de l'adm. } v" FO.XDATIOR , pages 408-410. 

(2) Arrot de la cour de Brux. du 15 decembre 1847. 

(-3) Voir Bacquet, Droit des francs-fiefs, |>art. 1 , cliaj). 5, n n 8. 
Peckius, de Amorliz. bonorum } cap. 2. Ar^entroeus, Cons. Brit., 
art. 54G, GI. 1 , 2. Moiinanis , Cons, paris., 51 , n" 54. Coquillc, 
('out. Nivern.j chap. 18, art. 7. Altascrra, de Fict. juris } tract. C 2. 
Consultation der liegtsyd. van Holland , part. 5 , chap. 80. Brctonnior 
sur Henrys, vol. 2, p. 100, etc., o;lc. Nous nous bornons a indiquer les 
sources, ne potivanl nous etendre ici sur ce point. 

(4) Arret tie la cour de Liege du avril 1845. Arret de la cour dc cas- 
sation du 10 juiilct 18oO. Arret de la cour de Bruxclies du ol Janvier 
1838. 



( 313 ) 

qiiclqucs lails de legislation pen connus et d'elablir le vrai 
earactcrc des ibmlalions dc bourses pour les etudes. 



ANNEXE. 

Un tres-grand nombre de fondalioris, non attachees a tin 
college, a etc decotivert par le docleur en medecinc Van Leem- 
poel, qui a e"te" charged lui seul, de la part du gouvernement, 
d'interpeller tous les proviseurs, administrateurs ou receveurs 
dc pareilles fondations. 

Le revenu des fondations de cette espece, dccouvert par 
ledil docleur, est tres-grand ; mais, il n'y a pas de doute , ou il 
s'en trouve encore un tres-grand nombre qui ne sont venues 
a la connoissance de qui que ce soit. 

11 est neanmoins tres-essentiel que ces fondations soient con- 
nues au gouvernement; car comme le revenu et les rentes de 
ces fondations se pergoivent tres-souvent paries memes per- 
sonnes qui en ont les papiers en mains, rien de plus facile que 
de converlir les biens d'icelles dans les biens de celui qui en a 
^administration : 1 est arrive, dans d'autres circonstances , que 
ces proviseurs ou receveurs en ont mange le revenu, et ont fini 
par en egarer ou en bruler les papiers , et c'est la la cause des 
plaintes des differentes personnes qui sont persuadees d'avoir eu 
des fondations en faveur de leur famille, et dont le revenu et les 
biens sont supprime"s : car comme les papiers se trouvoient dans 
les mains de ces depensiers, il est ote toute preuve d'agir centre 
eux. 

Le gouvernement a ordonne d'envoyer une copie atithcntique 
de ces fondations au recteur d'alors, le docteur Van Leempoel; 
ces copies, qui sont soigneusemcnt gardees, feront toujours une 
preuve eemplette de 1'existence de ces fondations. Mais il nous 
reslu a voir (jiie!les soul les causes qui ont empecbcque le reste 



( 316 ) 

de ccs bourses lie sont parvenucs a la cormoissance du conmris- 
sairc, nomine a cet ciiet par S. M. Je vais les rapportcr. 

1 Dans aucune province il y avoit un ordre public qifon 
devoit donncr connoissance de ces fondalions. II est vrai qu'il 
ctoit insinu6 a ceux qu'on soupgonnoit 6tre administratcurs, 
receveurs, etc., qu'ils etoient obliges de rendre un compte exact 
de ces fondations; mais combien nc s'en trouvent-ils pas qui 
sont proviseurs, receveurs, etc., de pareilles fondations, sans 
etre conntis ou soupQonnes comme tels? 

2 Tons les proviseurs, receveurs, croyoient qu'on alloit sup- 
primer ces fondations ou qu'on alloit en verser les revenus dans 
une caisse commune. 

5 Us pensoient que ceux qui etoient appeles pour jouir de 
ces bourses, n'auroient eu doresnavant aucun droit pour en jouir. 

4 Que les proviseurs, receveurs, etc., auroient cesse de lirer 
leur tantieme en qualite de proviseur, receveur, etc., d'une pa- 
reille fondation. 

5 11 a etc expresseinent dit dans la depe"che royale dont le 
commissaire royal devoit donner connoissance a ceux qu'il 
interpelloit pour donner les eclaircissements necessaires sur ces 
fondations, qu'on n'y ctoit oblige que pour autant que les bourses 
e" toient destinees pour des etudiants de I' Universite de Louvain : 
il en resulte qu'aussi souvent que le fondateur a laisse le choix 
aux pourvus de ces bourses d'en jouir dans 1'une ou 1'autre uni- 
versite, comme dans celle de Douai , etc., les administrateurs et 
proviseurs ont cru qu'ils n'etoient pas obliges d'en faire parvenir 
la connoissance au commissaire e"tabli a cette fin par le gouver- 
nement. 

6 Aussi souvent qu'il n'etoit pas expressement dit, dans la 
fondation, qu'elle etoit destinee pour les Etudiants de 1'universite, 
on a pris le pretexte qu'elle ne se trouvoit pas dans la classe de 
cellesdontle gouvernement desiroit d'etre instruit, et, comme 
ellc paroissoit etre destinee pour les ecoliers dans les humaniles, 
(ju'il n'en falloit pas donner connoissance. 

11 resulte, d'apres ces reflexions, qu'il scroll necessaire qu'il 



(317) 

scroll public tin placard qui auroil force dc loi pour toules Ics 
provinces, dans Icquel il scroit ordonne que tous les proviseurs, 
adininislrateurs, receveurs ou collateurs de fondations non atta- 
ched a un college, devroient, dans le terme de..., donner con- 
noissance de toutes ces fondations faites en faveur des e"coliers , 
soil qu'ils en peuvent jouir avant m6me qu'ils commencent les 
e"tudes des huinanits, soit pendant ces etudes, soit pendant la 
philosophic ou celles des sciences superieures; qu'ils y sont obli- 
ged, soit que les pourvus en puissent jouir dans 1'universite de 
Louvain ou en toule autre universite. Le tout sous peine de... 
Que tous les collateurs, administrateurs, proviseurs et receveurs 
dc parcilles bourses seroient obliges d'envoyer le dernier compte- 
rendu, avant la fin du mois de juillet 1788, a celui a d&iommcr 
a cette fin par S. M. Que doresnavant ces comptes devroient se 
rcndre tousles deux ans, sous peine, etc., et que chaque fois il en 
seroit envoye une copie sans d&ai, franche de port, audit com- 
missaire. 

S. M. pourroit declarer que son intention n'est pas de toucher 
aux biens de ces fondations, ou d'en Oter radministration a ceux 
qui sont nommes a cette fin par les fondateurs, que son inten- 
tion n'est pas de leur oter leur salaire accoutumd, ou de subsli- 
luer d'autres a ceux qui sont appeles par les fondaleurs, mais 
uniquement de soigner que ces fondations picuscs ne soient 
cachees ou egare"es, ce qui s'est fait tres-souvent, par la negli- 
gence ou la mauvaise foi de ceux qui en eurent 1'administration. 



Resume d'une controverse sur la metaphysique des corps ; 
par M. Gruyer, correspondant de 1'Academie. 

Dans 1'une de ses dernieres seances, j'ai presente a 
FAcademie une controverse entre M. Tissot et moi,sur le 
probleme, sans doute insoluble, de la realite des corps et 



(318) 

do I'espace, on do lour existence exterieure, a laquclle 
cbacim croit, sans pouvoir la demontrer, dont plusieurs 
philosopher doutent, que quelques-uns affirment temerai- 
rement, et que d'autres nient, sans raison suflisantc. On 
pourrait ne considerer cette discussion, ou toule autre 
sur le meme sujet, que comme un jeu de 1'esprit, comme 
une lutle, un deli dialectique. Neanmoins ce sujet a tres- 
serieusement occupe plus d'un philosophe celebre , tel que 
Xenophane dans ranliquile, tel que Berkeley dans les 
temps modernes; et, bien qu'en general les debals sur 
cette epineuse question, remise au jour par le savant pro- 
fesseur de la Cote-d'Or, n'aient amene aucune solution 
definitive , ils n'en sont pas moins propres en eux-memes 
a exciter un interet de curiosite, surtout chez ceux qui 
se sont plus specialement livres a 1'etude de la logique ou 
de 1'art de raison ner. 

L'un des mcmbres de r Academic m'ayant engage a faire 
1'analyse, ou le resume de ma polemique avec M. Tissot, 
je vais taeher de repondre a cetle invitation. 

Ceux qui ont hi avec attention 1'hisloire de la philoso- 
phic savent tons que Descartes faisait consister la matiere 
dans Tetendue. Pour lui, 1'etendue etait done la propriete 
essentielle, fondamentale et constitutive des corps; en sorle 
que i'espace pur, ou ce que nous appelons le vide, qui 
n'en est pas moins etendu, elait un veritable corps, et 
meme un corps d'une densite absolue, puisque le vide 
n'cxistait pas en realite. Get espace etait rempli, on pour 
rnicux dire, forme d'une maliere subtile, d'une matiere 
dont les parties , quoique loujours divisibles, etaient d'une 
petitesse excessive, et, bicn que se louchant a la rigucur, 
s'agitaiciit dans tous les sens. Comment coiiccvoir dans le 



( 319 ) 

plcin absolu le mouvemcnt de ces parties et celui ties corps 
ponderables? comment expliquer la non-resistance des 
espaces vides, on de cette pretendue maliere subtile? De- 
mandez-le a Descartes, ou bien consul lez mes Principes 
de philosophic physique, oil vous trouverez a la fois 1'ex po- 
sition et la refutation de son systemc. 

J'accorde a Descartes qu'il n'exisle aucune difference 
entre 1'etendue des corps et celle de 1'espace. Mais de la 
merne je conclus que ce n'est point 1'etendue qui constitue 
1'essence de la maliere, ou du corps en general. L'etendue 
el la duree sont des conditions de 1'existence des corps et 
n'en sont point des altributs reels. Tout corps occupe une 
place dans 1'espace et dans le temps , el c'est ce qui con- 
stitue son etendue el sa durce. II est impossible de conce- 
voir un corps depourvu de ces deux caracteres : mais, 
puisqu'ils appartiennent egalement a 1'espace et au temps, 
ou meme, si Ton veut, qu'ils les constituent, et qu'ils se 
conc,oivent separement , je ne dis pas independamment de 
tout etre reel, il s'ensuit qu'ils ne sont pas eux-memes 
des attributs reels. H 

Dans un compte-rendu de 1'ouvrage precite, M. Tissot 
s'exprimait ainsi : Si 1'etendue des corps n'est pas autre 
chose que celle de 1'espace, comme 1'auteur 1'admet avec 
raison , que vont devenir les corps, les atonies, etc.?... 
Quoique 1'etendue, dirons-nous, ne soil pas 1'essence des 
corps, elle en est cependant un caractere constant : .... 
les corps ne pcuvenl elre conc.us sans 1'etendue. N'est-ce 
done pas assez pour que, si 1'etendue n'est rien de reel, 
1'existence des corps soil singulierement compromise? )> 

M. Tissot part de la pour fairc an moins douter de 
1'existence objective des corps, ou de la realite d'un monde 
exterieur. 11 enlre a cet egard dans les plus grands details, 
TOME xv. 21 . 



(320) 

en retournant la question do toutos les mauieres. La chi- 
mcrc dont il se berce (si e'en est une) est que, 1'espace 
n'etant absolument rien, il ne peut exister en aucune 
fac.on, si ce n'est comme idee, de sorte que 1'espace ne 
fait qu'un avec 1'idee que nous en avons : c'est une idee 
sans objet, quoique ayant un caractere objectif , c'esl une 
illusion de 1'esprit. Deux corps, deux points pliysiques, 
ne sauraient done, en realite, elre 1'un hors de 1'autre, a 
une distance quelconque 1'un de 1'autre; puisque cette 
distance, n'etant rien de reel, n'existe pas hors de nos 
idees. On peut repondre a cela, que 1'idee d'espace n'est 
que 1'idee generate et abstraite de distance, et que la dis- 
tance elle-meme est un rapport de situation , qu'il n'est 
pas possible de confondre avec son idee. Au fond, et pour 
s'exprimer a la rigueur, deux points ne sont pas, plus ou 
moins, distants 1'un de 1'autre, parce qu'il existerait entre 
eux un inlervalle, une distance quelconque : mais, au 
contraire, cette distance resulte elle-meme de ce que ces 
points sont plus ou moins eloignes 1'un de 1'autre. Ce n'est 
la qu'un simple rapport entre eux, c'est un rapport de si- 
tuation, rapport qui, comme tout autre, peut varier a 
1'infmi. C'est ce qui nous fait dire, par extension , que cette 
distance elle-meme est plus ou moins grande, bien que, 
consideree independamment des corps qui s'eloignent ou 
se rapprochent, elle ne soil absolument rien. Au surplus, 
quand nous disons qu'il existeum distance, un intervalle, 
un espace vide entre deux corps, cela ne signiiie autre 
cbose sinon qu'entre ces corps il n'existe rien du tout; et 
alors il est evident que ce verbe est pris dans un sens ne- 
gatif. D'un autre cote, a tort ou a raison, nous 1'appli- 
quons positivement a des choses qui n'ont rien de reel, 
ou de substantiel; tels sont les rapports que les elres 



( 321 ) 

paraisscnt avoir enlre eux. Or c'csl, en graiulc panic du 
moins, sur 1'equivoque de ce mot exister, que s'appuieut 
la defense et 1'attaque de mon adversaire. Le mot reel, 
ou realite, est sujet a la meme equivoque. M. Tissot ne 
1'applique qu'aux substances, tandis que nous entendons 
aussi par reel ce qui n'est pas purement imaginaire. Du 
reste, cela revient au meme pour lui, puisqu'il veut que 
lout ce qui n'est pas substance ou modification de sub- 
stance, n'existe que dans notre esprit, a litre d'idee. 

Cette these n'est sans doute pas insoutenable , et elle 
pent etre vraie. Si elle m'a paru fausse , c'est que je me suis 
place, comme me 1'a reproche le savant professeur, dans 
le point de vue du simple sens commun , qui est sujet a 
se tromper, ce dont je conviens sans peine. Reste a savoir 
si ceux qui s'elevent jusqu'au point de vue metaphysique, 
ou transcendanlal , ne peuvent absolument pas se faire il- 
lusion. 

Ce qui conslitue, selon moi , 1'essence de la matiere, 
c'est Yimpenetrabilite , ou la force de resistance; c'est la 
propriete par laquelle les corps resistent et s'excluent 
reciproquement du meme lieu. Gette propriete generate 
de la matiere, absolue dans les atonies, ne parait que re- 
lative dans les corps; parce que ceux-ci, ne jouissant pas 
d'une densite absolue, sont plus ou moins compressibles, 
se laissent traverser par divers fluides, et que dans le 
choc, I'impulsion, ou autres effets mecaniques perceptibles 
a nos sens, cette force se combine toujours avec les masses 
et les vitesses, qui sont susceptibles de plus et de moins. 
Or, comme cette propriete ne se manifeste a nous et que 
M. Tissot n'en juge que par ces effets directs, il en con- 
clut faussement qu'elle est purement relative, et qu'ainsi 
elle ne saurait constituer 1'essence absolue de la matiere. 



( 322) 

De plus, comme ellc suppose 1'elenduc, et que cela n'csl 
point reciproque, il demande s'il ne s'cnsuit pas, il ima- 
gine qu'on pourrait encore en conclure , qu'elle n'est 
qu'unc modification de 1'elcndue, un atlribut dont 1'eten- 
due serait, en quelque sorte, le sujet, et que, par conse- 
quent, elle n'a rien de plus reel que 1'etendue. Je reponds : 
qu'une chose peut en supposer tine autre sans en etre une 
modification; ou qu'il faudrait soutenir que le mouvement, 
par exemple, est une modification du vide, qu'il implique 
necessairement, ce qui serait Ires-absurde. 

Le point capital de la doctrine de notre philosophe esl , 
que les rapports de toute espece qui nous semblent exister 
entre les choses, n'etaut ni substances ni accidents, on 
modifications de substance , n'existent qu'en nous , ne 
sont que differentes manieres d'envisager les choses, ne 
sont que des idees sans objets, des conceptions a priori 
de la raison. 

Peut-etre serait-il impossible de prouver directement 
qu'il n'en est pas ainsi. Mais en adoptant le principe, il faut 
admettre des consequences, sinon absurdes , du moins in- 
comprehensibles , et laisser dans le vague, sans explica- 
tion aucune, non-seulement un grand nombre de fails, et 
particulierement plusieurs proprietes qui ne sont fondees 
que sur des rapports, mais les idees de rapport elles- 
memes , en tant qu'elles sont variables surlout ; car , par 
exemple , suppose que je ne doive qu'a Tactivite de mon 
esprit, 1'idee toute relative de vitesse, que cette idee ne 
soit qu'une conception a priori de ma raison; d'ou vient 
que je crois voir hors de moi, d'abord une difference dans 
la vitesse de deux corps en mouvement , et puis cette vi- 
tcsse ou ce rapport chauyer, s'il n'y a rien hors de moi qui 
reponde a cetle idee de rapport ei a ce cliangenient dans 



(523) 

mon idee, c'est-a-dire si, dans la realite, les corps ne se 
meuvent ni plus vile ni plus lentement les uns que les 
autres; a plus forte raison , s'ils ne peuventpas se mouvoir 
du tout, faule d'espace exterieur, el a plus forte raison 
encore, s'ils n'exislent pas eux-memes? 

L'idee d'espace, en derniere analyse, esl une idee de 
rapport abstraite et general isee. Une telle idee suppose un 
rapport de situation enlre des elres reels existant hors de 
nous, et ce rapport est 1'objet de cette idee : 1'espace, quoi- 
qu'il ne soit rien de reel , existe done hors de nous a litre 
de rapport. II en esl de meme du temps, qui est 1'idee ge- 
nerale et abstraite de la duree, ou de cette distance qm 
separedeux phenomenes instantanes ou deux instants d'un 
phenomene qui se prolonge. Or , selgn M. Tissot , ce ne 
sont la que des imaginations, des erreurs, des illusions 
de noire esprit : des rapports sont des produits de la rai- 
son, des idees sans objets qui leur repondent : un rapport 
n'est pas une chose distincle de 1'idee que nous en avons, 
et de cela seul d'ailleurs que 1'espace et le temps n'exisle- 
raienl que comme rapports, il s'ensuivrait qu'ils n'existe- 
raient qu'en nous. La consequence de toul cela, ce me 
semble, esl que, d'un cole, des objels ou des points male- 
ricls ne sauraient etre, par le fail, plus ou moins eloignes, 
ou a des distances plus ou moins grandes les uns des 
autres; et que, d'un autre cote, des phenomenes ne sau- 
raient se succeder plus ou moins rapidement, en laissant 
entre eux des intervalles de temps variables; d'ou il parait 
aussi que les premiers devraient coincicler et les autres 
coexister enlre eux. Or, encore une fois , comment expli- 
quer, d'apres cela, cette variation continuelle dans nos 
idces dc rapport elles-memes? 

Ceux qui examineront de pros les explications et les 



( 324 ) 

arguments dc ML Tissot , pourront lui donner raison con- 
tre moi, on trouveront peut-etre que je 1'ai mal compris on 
mal interprete. Que serait-ce alors si, au lieu de rapporter 
le texte meme de sa lettre , j'avais voulu rendre sa pensee 
a ma facon , ou si, en abregeant ses argumentations et ses 
phrases , je les avals affaiblies ou defigurees, comme deja 
peut-etre el les le sont ici ! 

Mais ou moi-meme en effet je ne suis pas tres-sur d'a- 
voir bien interprete mon auteur, c'est dans cette assertion, 
que les corps, ou agregats d'elemenls materiels, n'exis- 
tent point comme tels. M. Tissot a parfaitement raison 
quand il affirme qu'il n'y a rien de reel, ou de substantiel 
dans un corps , que les elements dont il se compose ; et 
s'il a voulu dire que leur ensemble n'est pas une realite 
distincle de ces elements , je le lui accorde. Mais il m'a 
semble qu'il y avait la une equivoque qu'on pouvait lever 
par cette remarque, qu'un corps, au lieu d'etre un ensem- 
ble , ou assemblage d'elements , n'est autre chose que ces 
elements eux-memes considered dans leur ensemble , c'est- 
a-diredans leurs rapports d'union, d'adherence et autres. 
Je dis et autres, car toutes les proprietes accidentelles des 
corps derivent plus ou moms directement des relations 
que ces divers elements ont entre eux. Cependant, il est 
certain que si, en realite, ces relations n'existent pas, si 
les rapports ne sonl que des idees , si 1'etendue elle-meme 
n'est qu'une idee avec un caraclere objectif, mais sans va- 
leur objective, si 1'espace exterieur n'est qu'nne chimere, 
en fin si les elements ne peuvent etre ni reunis ni separes, 
ni meme en debors les uns des autres; les proprietes acci- 
dentelles des corps et les corps eux-memes ne peuvent 
exister qu'en nous, ne peuvent etre que des idees, des 
modifications de Tame, quoique, selon M. Tissot, les ele- 



( 525 ) 

menls dont ils se composent, ou dont nous les supposons 
formes, soient des realites substantielles , distinctcs de 
Fame , etrangeres a Fame. Mais alors (si ce n'est peul-etre 
que cette derniere proposition parait inconciliable avec la 
precedente ) pourquoi dit-il : Je n'affirme point que les 
corps ne soient que des idees, je m'en garde bien ? C'est 
principalement cette apparente contradiction qui me fait 
croire que je ne le comprends pas, et qu'il y a la quelque 
malentendu dont je n'aperc.ois pas le fond. Qu'importe, du 
reste, que Fon ne nie point uri fait, si la negation de ce 
fait est une consequence de Faffirmation ou de la negation 
formelle de plusieurs autres ? 

En tout cas, un corps, selon M. Tissot, ne saurait etre 
forme d'atomes etendus et impenetrables , unis par une 
pretendue force attractive. D'abord , parce que la force qui 
unirait les atomes entre eux ne differerait point , selon lui, 
de celle qui constituerait ces memes atomes , ou leur im- 
penetrabilite absolue. Cette difFiculte, qui n'existe que 
pour celui qui Fa soulevee, vient de ce qu'il confond la re- 
sistance mutuelle des corps , la resistance au mouvement, 
avec Fimpenetrabilite, ou la resistance a la penetration, 
sur laquelle, il est vrai , la premiere se fonde, et qu'il fait 
cousister celle-ci dans une force attractive, qui certaine- 
ment et quclle qu'elle soil, n'a rien de commun avec la 
resistance. Des erreurs de physique aussi palpables n'ont 
pas besoin d'etre refutees. Pour prouver , ensuite , que les 
elements de la matiere ne sont point etendus , il s'appuie 
sur les memes equivoques , les memes petitions de prin- 
cipe , les memes paralogismes que tous ceux qui preten- 
dent demonlrer la divisibilite de la matiere a Finfini , en 
concluant de la divisibilite mathematique a la divisibilite 
reelle, ou mecanique. II soutient cependant, et avec raison, 



( 326 ) 

que Ics elements tie la matierc doivent etre simples, ou in- 
divisibles. Mais il croit qu'ils ne peuvent etre simples qu'a 
cette condition qu'ils ne seront pas meme divisibles en 
idee, on mathematiquement , en un mot, qu'ils ne seront 
pas etendus. L'inetendue ( qui n'cst qu'une negation ) et 
la simplicite sont la meme chose pour lui, comme pour 
beaucoup d'autres : tout ce qui est etendu , et comme tel 
divisible a 1'infini par renlendement ou 1'imagination , se- 
rait done compose. Or, il en convient , 1'espace, indivisi- 
ble en realile, est etendu et mathematiquement divisible a 
rinfini. Comment done et de quoi 1'espace est-il compose, 
s'il n'est absolument rien, s'il n'existeen aucune maniere 
bors de nous , s'il n'est qu'une idee, c'est-a-dire une modi- 
fication de I'ame, qui est simple, et si toute idee, comme 
il le dit , est elle-meme simple de sa nature? 

La question de la divisibilite de la matiere, ou pour 
mieux dire des corps, est fort importante, en cequ'elle se 
rattache directement a la psychologic. 

L'element materiel, dit notre auteur, ne differe point 
du principe pensant par sa simplicile (ce qui signilie qu'ils 
sont tons deux egalement prives d'etendue), et, en conse- 
quence , existat-il un espace exterieur, ni 1'un ni I'aulre 
n'auraient aucun rapport avec 1'espace; ils ne sauraicnt 
etre dans aucun lieu determine, parce qu'ils ne rempli- 
raient point d'espace. 

Je nie cette assertion qu'un point sans etendue, parce 
qu'il n'occuperait aucune portion d'espace, ne serait pas 
dans 1'espace, et dans un lieu determine. Le centre d'une 
sphere, sans occuper d'espace , est dans un lieu, c'esl-a- 
dire qu'il a une situation relative, qui est determinee par 
celle de la sphere, ct il changera de lieu, si la sphere 
vient a se mouvoir. Or, s'il existe un elre reel sans elen- 



(527) 

due, lei que la monade leibnitzienne, tel que Telcment 
materiel de M. Tissot, lei que Tame meme, si on se la re- 
presentait (el ce serail a lorl peut-efcre) comme unc mo- 
nade, comme un point metaphysique , cet elre pourrait 
cerlainemenl co'incider avec le cenlre mathemalique de la 
sphere, en repos ou en mouvemenl. II suit de la que les 
elements de la matiere, quels qu'ils soient, peuvent oc- 
cnper des lieux differents, ou etre en dehors les unsdes 
autres, el non pas seulemcnl, ainsi que le pretend M. Tis- 
sot, e'lrangers les uns aux autres, comme elrangers au 
principe pensant, difference assez sublile du reste et 
bien difficile a saisir. 

Si Ton n'y a pas egard, il semblera peut-elre a cbacun, 
tout comme il m'avail semble d'abord , qu'en niant 1'exis- 
tence objective de 1'espace, celle des corps, parce qu'ils 
sont etendus, celle des elements maleriels, parce qu'ils ne 
lesont pas, celle du mouvement, qui suppose Tcspace, on 
tombe dans cet idealisme qui ne reconnait que 1'exislence 
de 1'ame ct de ses pbenomenes. M. Tissot se defend avec 
une certaine verve, plutot que par des arguments bien 
solides, selon moi,du reproche d'idealisme; et ce n'est 
pas la moins etendue ni la moins curieuse parlie de sa 
leltre que celle ou eclate cette discussion, a Jaquelle j*ai 
repondu de maniere a faire au moins douter qn'il ait com- 
plelement raison, et surtoul que je sois, comme il 1'as- 
sure, plusidealisle quelui en admetlantun espaceextcrieur 
et des alomes etendus qui se meuvent dans 1'espace. 

Quoi qu'il en soil, il admet lui-meme, en effet, des 
realiles substanlielles autres que 1'ame : ce sont les ele- 
ments malerieis dont les corps secomposenl, en apparence 
du moins, ou dans nos idees. Ces elements, en eux-memes, 
ou pris cbacun separemenl, out d'abord deux caracteres 



( 328 ) 

negatifs : ils sont sans etendue ni resistance. Us different 
da principe pensant pard'autresqualitesessentielles, mais 
qui nous sont entierement inconnues (et dont nous ne 
saurions nous former une idee). Ils n'ont sans doute aucun 
rapport entre eux, ni avec le principe pensant, puisque 
les rapports de toute espece ne sont que des idees, pro- 
duites directement par la raison , sans cause exterieure 
ou etrangere a ce principe. Ces elements sont etrangers 
les uns aux autres, sans etre, a proprement parler, les uns 
hors des autres; ce que Ton comprend difficilement , sur- 
tout quant a ceux d'une meme espece, ou que nous devons 
supposer semblables entre eux; et, s'ils n'ont d'ailleurs 
aucun rapport ni entre eux ni avec nous, on ne conceit 
pas non plus comment et a quel litre ils pourraient con- 
tribuer a la formation des corps et de leurs proprietes 
accidentelles, ou aux idees que nous en avons. Si done il 
existe des realites substantielles , etrangeres a 1'ame , et 
telles que les conc.oit M. Tissot, du moins ne voit-on pas 
clairement la necessite de leur existence par rapport a nous. 

Ce philosophe pretend que, quand meme il existe- 
rait un espace exterieur dans lequel des corps pussent 
se mouvoir, 1'idee de mouvement ne deriverait pas pour 
cela de 1'experience, et n'en serait pas moins une concep- 
tion d priori de la raison , une idee produite immediate- 
ment par elle. Le mouvement, dit-il, ne se voit pas, il 
se conclut ; son idee ne peut etre acquise sans le secours 
de la memoire, sans 1'exercice de plusieurs autres facultes : 
elle n'est pas une simple perception, une conception toute 
passive; elle suppose un travail de 1'esprit, qui la fait naitre. 

II est bien vrai que nous ne voyons pas le mouvement 
lui-meme, et quand d'ailleurs un corps se meut si lente- 
ment qu'il nous parait immobile, nous avons alors besoin, 



( 529 ) 

pour savoir s'il se mcut, de comparer sa situation pre- 
sente avec quelqu'une de celles qu'il avail precedent! men t; 
il nous faut faire appel a la memoire,comrne au jugement, 
a la conception : mais cela suppose que deja nous avions 
1'idee de mouvement : ce n'est done pas de cette maniere 
du moins qu'elle nous est suggeree. Quand , aucontraire, 
un corps se meut avec une certaine vitesse ; sans pour 
cela voir le mouvement lui-meme, nous voyons le corps 
mobile, et nous le voyons comme tel, ou en tant que mo- 
bile. Un corps en mouvement, quoi qu'en puisse dire ou 
penser M. Tissot, n'agit pas sur nos sens de la meme ma- 
niere que s'il etait en repos ou a pen, pres; il n'est pas 
vrai, comme il le croit, que nous ne voyions jamais un 
corps mobile que dans 1'espace qu'il occupe : le contraire 
est demontre par 1'exemple du cercle lumineux que produit 
un seul point etincelant, en parcourant avec rapidite, mais 
neanmoins successivement , tous les points de la courbe 
qu'il decrit. J'ai donne 1'explication tres-simple de ce phe- 
nomene dans mes Principes de philosophic physique. On ne 
la trouvera jamais dans une pretendue faculte productrice 
d'idees. C'est done directement de 1'experience que nous 
vient Pideede mouvement; et cette experience serait im- 
possible, s'il n'y avail ni mouvement ni espace hors denous. 

II n'exisle reellement dans le monde que trois cboses : 
des substances, des propriete's, ou attributs, et despheno- 
mcnes. Tout ce qui n'est pas 1'une ou 1'aulre de ces choses, 
ne peut elre que tel ou tel rapport entre elles. Or un rap- 
port n'est rien de reel, n'a aucune realite substantielle, il 
n'existe ni dans l'un ni dans 1'autre des termes de ce rap- 
port, encore moins est-il independant de l'un el de 1'autre. 
M. Tissot croit pouvoir en conclure qu'un rapport ne 



( 350 ) 

saurait etre objectivement , on hors de nous; qu'il ne se 
trouve qu'en nous, qu'il n'est rien de plus qu'une idee. 
Par la tombent tout a l.a.fois : 1'espace et 1'etendue, le 
temps et la duree; le mouvement, qui suppose 1'espace et 
le temps; les atonies de la matiere, parce qu'ils sont impe- 
netrables et par suite etendus; toutes les proprietes acciden- 
telles des corps , qui sonl fondees sur des rapports d'exte- 
riorite reciproque , de situation , d'adherence et autres ; 
les corps eux-memes, comme agregats d'elements, etendus 
ou non, et qui, dans les deux cas, supposent 1'espace. Que 
reste-t-il done , s'il reste quelque chose autre que nous ? 
des points sans etendue ni resistance, qui ne sont point 
dans 1'espace, qui n'ont aucun rapport entre eux, ni meme 
avecnous, car ces derniers rapports ne seraient toujours 
que des idees. 

Pour moi, suivant en quelque sorte une marche in- 
verse ; en considerant qu'un corps , depouille de toutes ses 
proprieties accidenlelles, esl tout simplement quelque chose 
qui nous resiste, et que Ton est convenu de dormer a la 
propriete que suppose cette resistance le nom d'impene- 
trabilite (autant vaut ce nom-la qu'un autre), je fais 
d'abord consistcr la matiere, ou ce qui est la meme chose, 
1'essence absolue, la propriete essentielle et constitutive 
de ses elements , dans 1'impenetrabilite absolue. Ensuite, 
cette propriete, ou cette force de resistance, supposant 
1'etendue ( comme elle suppose la duree) , je suis bien force 
d'admettre que les atonies, ou les elements de lamaliere, 
quels qu'ils soient, sont etendus. Outre cela, leur plura- 
lite , dans tousles cas, ne se concevant pas sans leur 
exteriorile reciproque, il faut done qu'il existe un espace, 
ou des distances entre ces elements , comme entre les 
corps, par la meme raison , ou du moins entre leurs ceu- 



( 351 ) 

trcs do figure. L'espacc rcconnu , et ce rapport de situa- 
tion une f'ois admis, rien ne m'autoriserait a ne pas 
admeltrc aussi les autres , outre que je ne puis pas plus 
concevoir des etres reels sans aucun rapport entreeux, 
que ces rapporls sans ces mcmes etres. 

Pour refuler cetle maniere d'envisager les choses et ces 
explications, on s'appuie sur des fails et des raisonnements 
que je crois avoir a mon tour suffisamment refutes, c'est 
a savoir : 1 que, I'impenetrabilite n'etant que relative 
dans les corps, elle ne saurait etre absolue dans les atonies, 
ni consequemment constituer leur essence; 2 que des 
atonies impenetrates et par suite etendus , seraient, 
comme tcls, divisibles a Thifini , et, par consequent, ne 
seraient point simples; 5 que les vrais elements, ne rem- 
plissant aucune portion d'espace, nesont pas, eux-memes, 
clans i'espace; et 4 que ces elements sont dislincts, non 
parce qu'ils seraient les uns hors des autres, ou qu'ils oc- 
cuperaient des lieux differents, mais parce qu'ils sont 
divers et etrangers les uns aux autres. 

La doctrine de M. Tissot, appuyee sur celles de Leib- 
nitz et de Kant, ses philosophes de predilection, est un 
rationalisme exagere, qui me parait peu propre a leur 
donner des partisans, et qui ne Test pas du tout a me 
faire revenir de mes preventions contre la philosophic 
allemande en general. Ce que nous en avons dit suffirait 
pour faire soupc,onner, s'il n'avouait pas lui-meme, qu'il 
est brouille avec le sens commun. Mais, prenons-y garde, 
le celebre metaphysicien en tend par sens commun ce 
sens vulgaire, irreflechi, qui le plus souvent ne juge que 
sur 1'apparence; et il est incontestable que ce sens com- 
mun, qui n'est pas a proprement parler le bon sens, est 
fort sujet a se tromper : c'cst ainsi qu'aux yeux du sens 






(3M) 

commun, ou a son point de vue, lesolcil tourne autour 
de la terre immobile; tandis qu'au point de vue de la 
science, ainsi qu'au point de vue du sens meta physique, 
du sens commun reflechi, comme il 1'appelle, c'est la 
terre qui tourne autour du soleil. M. Tissot pourrait done 
avoir raison contre 1'apparence, et 1'apparence meme est 
pour lui au point de depart; car ricn ne parait plus vrai 
que cette proposition, on cette espece d'axiome, que ce 
qui n'est absolument rien nesaurait exister horsde nous. 
Mais si, de mon cote, j'ai juge qu'il en est autrement, ce 
n'est pas non plus faute de raisonnement et de reflexion, 
ou manque de bon sens, a ce que je crois. La question 
de savoir qui a raison de lui ou de moi, demeure done 
indecise, du moins pour moi; et cette question, que je 
pose en lerminant, je la donne a resoudre aux philoso- 
phes impartiaux qui voudraient prendre la peine de 1'exa- 
miner avec soin. 



LES l-'KTES DE 0EPTEMRRE A BRCXELLES, 18*18 

par M. EmilQ de Bonnechose. 



Bruxelles, doux pays, aimable et noble ville, 
Apres trente ans j'arrive, etranger, je revois 
Tes murs ou le malheur eut toujours un asile 
Et tes foyers ou triste je nTasseois. 

Salul, fiere cite, salut, riants ombrages, 
Qui de ma douce enfance embellissiez les jeux ! 
Me voici , je reviens , apres de longs orages , 
M'abriter ou je fus heureux. 



( 333 ) 

Dans la lempete politique 
Qui souleve I'Arno , la Seine et la Baltique , 
Beaucoup sont accourus, Toscans, Germains, Francois, 
Et n'ont trouve qu'ici , sur ton sol , 6 Belgiquc! 
Le bonheur que Ton goute a vivre libre en paix. 
Mais que vois-je? Quels sont ces drapeaux et ces armes? 
Ou courent ces guerriers, ces femmes, ces cnfants? 
Pourquoi ces feux , ces cris et ces canons grondants? 
Quoi ! parlout des combats! et partout des alarmes! 

Non, ces combats ce sonl des jeux; 
Sous les plis du drapeau qu'a ces tours on eleve 

Aucun bras ne montre a nos yeux 
Les sinistres lueurs de la torche ou du glaive ; 

Et ces cris sont des cris joyeux; 

C'est le cri fort et populaire 

Qui celebre 1'anniversaire 

Du jour a jamais glorieux 
Ou conlre retranger signalant son audace 

Et brisant un joug deteste , 
Au rang des nations un peuple a pris sa place 

El reconquis sa liberte. 

La liberte qu'il aime apres 1'avoir conquise 
Ne porte sur son front ni haine ni fureurs j 
Noble vierge , des arts et de la paix eprise , 
Par des altraits divins elle enchaine les cceurs, 
Et jamais dans le sang sa main ne fut surprise. 
Des (lours et des moissons qui naissent sur ses pas 

Elle fait sa plus douce gloire ; 

Et quand vient 1'heure des combats , 

Si sa voix exhorle au trepas 
Ou promet la victoire, 

Elle chante et ne rugit pas. 

Quand 1'horizon est charge* de tempetes , 
Quand le sol tremble au loin mine par tant de feux , 

Qu'il est beau I'eclat de ces fetes 
Qu'en 1'honneur du pays celebre un peuple heureux ! 

Bruxelles! j'ai vu passer sous tes portiques 

Des chars pompeux ornes d'attribuls symboliques j 



(354) 

J'ai vu , (Tun peuple immense excitant les transports , 

Les neufs provinces sreurs et leurs cites antiques 

A la foule eblouie etaler leurs tresors. 

Ici , le Luxembourg et ses rochers sauvages , 

Les daims et les chevreuils errant dans les forets; 

Apres lui , le Limbourg fameux pour ses laitages ; 

La Flandre et ses moissons et ses tranquilles plages 

Ou le pecheur d'Ostende apprete ses filets : 

Des beaux fruits et des fleurs dont notrereil s'emerveille, 

Ici Gand, pour nous plaire, a roule la corbeille 

La c'est Anvers, tout fier de ses mille vaisseaux ; 

C'esl Liege ou 1'industrie allume ses fourneaux, 

Riche desnoirs tresors qu'elle arrache a la terre 

Et plus loin , dans la paix , Pimage de la guerre. 

Mais , sous le marbre et Tor semes de toules parts, 

Quel char majestueux eblouit nos regards? 

Elargissez vos rangs et livrez-lui passage. 

Place au genie , honneur aux arts ! 
Rubens ! 6 Van Dyck ! 6 gloires d'un aulre age , 
Et qui vivrez toujours ! c'cst vous , voici vos noms ! 

Versez sur nous quelques rayons 

De ces couronnes immortelles 

Qui decorent vos nobles fronts. 

Du sein des splendeurs eternelles 
Etendez pour benir votre bras triomphant 
Sur ce pays que vous avez fait grand , 

Sur ce peuple par sa sagesse 

A de longs destins appele , 

Et qui vous rend avec ivresse 
Unc part de 1'honneur dont vous 1'avez comble. 

Courons, je veux revoir cespompes magnifiques, 

Ces femmes, ces enfants radieux et pares, 

Ces brillanls escadrons, ces grands chars pacifiques, 

Dont les coursiers puissants mordaient leurs freinsdores. 

J'apergois rOmmegang (1) et ses geants bizarres, 

J'entends des cris meles aux joyeuses fanfares , 

Et que le coeur d'un peuple envoie au cceur d'un roi : 



(1) Procession des gcanls reprcscntanl les heros fabuleux des villcs. 



( 335 ) 

Prodigieux concert ! eblouissant cortege ! 

Bruxclle, Anvers, Namur, Bruge ct Gand, Mons et Lie"ge, 

Cites tl'un peuple libre , ensemble je vous voi , 

El le front couronne , vous passez devant moi. 

Le soleil, donl I'eclat rayonnc sur vos leles , 

Ganlail ses dernicrs feux a vos splendides fetes; 

El parmi tant d'objets si touchants et si beaux , 

Sous ces riches couleurs, sous ces mille drapeaux 

Frissonnanls dans les airs sur la foule enivrec , 

Une femrnc, line reinc, a vos ycux s'esl nionlree 

Enlre ses Irois enfants ; et son regard si doux 

Qui souvenl deroba, sous les splendours royales, 

Des larmes filiales, 
S'est eclairci soudain en s'arretant sur vous. 

Ah ! ne te cherchons plus dans la Rome paicnne , 

Saint amour du pays , flamme pure et chrelienne. 

La patrie est aimee en tous lieux ou ses fils 

D'un coeur libre et content a ses lois sont soumis, 

Et fiers de son bonhcur , glorieux de sa gloire , 

Des ciloyens fameux honorcnt la memoire. 

Mon ame s'est emue aux acclamations 

Que tu donnais aux tiens, peuple de la Belgique , 

Toi , le dernier venu parmi les nations , 

Mais dont, avant les lours, le noin ful hislorique. 

! combien de heros ont ici vu le jour, 

Dont s'honorent 1'Autriche et la France el PEspagne , 

El que de gloire aux lieux qu'ont remplis lour a tour 

El Charles-Quint et Charlemagne ! 
La triompha Cesar et lulla Civilis : 
Voici les champs fameux d'ou s'elauga Clovis , 
Pour conquerir au Chrisl et son peuple et lui-meme, 
Etd'ou sorlit Baudouin pour ceindre un diademc, 
Berceau des d'Aremberg , tombeau des Spinola 
Qu'Artevelde affranchit el que d'Albe foula. 
Que de lauriers sanglants onl grand! dans les plaincs, 
Que de pas glorieux dans la poussiere empreinls, 
Terre des empcreurs el des grands capilaincs ! 
Sol nalal des rois francs el des fameux Lorrains 

TOME xv. 122. 



( 330 ) 

Et de ce Godefroid dont Pi mage de"core 

La vicille capitale ou d'Egmont manque encore ! 

Ne foulez point aux pieds votre illustre cusson , 
Peuples a qui 1'histoire a fait un beau blason; 
Leguez a vos neveux le respect des ancetres, 

Que vos grands hommes soient vos maitres , 
Et faites mieux encore en prenant d'eux legon. 

Et toi , berceau des preux , 6 Belgique , sois forte 

Comme ce fier lion qui repose a ta porte , 

Aux pieds de ta statue, ou qui re"pand des pleurs 

Couche sur le tombeau de tes liberateurs. 

Aime et defends les biens conquis par leur courage, 

Dans ta charte modele honore ton ouvrage; 

Et qu'on ne disc pas, en plaignant tes destins: 

Ce peuple inconsequent et toujours indocile, 

Qui dans scs rois insulle a Toeuvre de ses mains, 

N'en put supporter un et s'en est donne mille. 

Garde les vieilles moeurs, la sainte piete, 

Mere de TEsperance et de la Charite" : 

Grains les eclairs trompeurs que suit un jour plus sombre, 

L'envie et les poisons qu'elle nourritdans Pombre, 

El d'ou sort, dans le trouble et les divisions, 

Le deuil des citovens, la mort des nations. 

Qu'en s'aimant , tes cites se confondent en une , 

Et travaillent en srcurs pour leur mere commune; 

Que toujours , cultive par leurs efforts rivaux, 

Croisse pour la patrie un laurier digne d'elle, 

Et qu'un peuple abrite sous ses epais rameaux 

Repose libre et fier a son ombre eternelle! 

Apres cette lecture, M. le directeur a remercie M. de 
Bonnechose pour la communication qu'il a bien voulu 
faire a la classe. 

M. Gachard depose la proposition suivante : 

J'ai 1'honneur de proposer que la classe prenne 1'irii- 
tiative d'uue demarche aupres de M. le Ministre de Firile- 






(337 ) 

rieur, afin qu'une slatue soil elevee au.comtc d'Egmont, 
et qu'elle soil erigee sur la grande place de Bruxclles, oil 
peril ce martyr des liber tes nationales. 

Cette proposition est adoptee, et le secretaire perpetuel 
est charge de donner a M. le Ministre communication du 
vo3u de 1'assemblee. 

- M. le Directeur, en levant la seance, a fixe 1'epoque 
de la prochaine reunion a lundi 6 novembre. 



( 338 



CLAUSE DES BEAUX-ARTS 



Seance clu 15 octobre 1848. 

M. ALVLN, directeur. 

M. QUETELET, secretaire perpeluel. 

Sont presents : MM. Bracml, Fetis, G. Gcefs, Roelandt, 
Van Ilasselt, Verbocckhoven , Baron, Partoes, Snel , 
membres; Bock et Calamatla, associe's. 



COBBESPONDANCE. 

M. le Ministre de 1'interieur transmel une copiede Tar- 
rele royal relalif au concours de composition musicale 
de 1849. 

LEOPOLD, Roi DES BELGES, 
A tons presens et a venir, salut. 

Vu Notre arrete du 19 septembre 1840, inslituant un con- 
cours biennal dc composition musical, et specialement la dispo- 
sition qui decide que les concurrents auront a ^crire une scene 
dramatique sur un poe'me donne; 

Stir le rapport de Noire Ministre de 1'interieur ; 

NOUS AVONS ARRETti ET ARRETONS : 

ARTICLE PREMIER. II sera decerne un prix de 300 francs ou 






( 339 ) 

line me'daille dela me'me valeur ft I'aiitenr du poeme dont il sera 
fait choix pour le concoursde composition musicalc de 1849. 

ART. 2. Le poeme devra tre e*crit en francos , et il ne con- 
tiendra pas plus de trois morceatix de musique de caractere 
different, entre-coupe^s de re"citatifs. Le choix du sujet est aban- 
donne* a 1'inspiration de I'auteur, qui pourra, a son gre" , e"crirc 
un monologue , ou introduire divers personnages en scene. 

ART. 5. Les litterateurs qui voudront concourir pour 1'obten- 
tion du prix inslitue" par le present arre'te', adresseront, avantle 
l er mars 1849, leur travail au secretaire perpe'tuel de 1' Academic 
royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. Le 
manuscrit ne portera aucune indication qui puisse faire recon- 
nattre 1'auteur : il sera accompagne d'un billet, contenant le 
nom de celui-ci. 

ART. 4. Le jugement des poemes se fera par tine commission 
a designer par la classe des beaux-arts de rAcadcmie,immedia- 
tement avant Tcpoque qui sera indiqjice par Notre Ministre de 
Finterieur, pour Touverture du concours de composition mu- 
sicale. 

Le poeme couronne' sera remis aussit6t au president du 
jury du concours. Le billet cachele ne sera ouvert que lorsque 
les concurrents seront entros en loge. 

ART. 5. Notre Ministre de 1'intdrieur cst charge* de Texeculion 
du present arr^t^. 

Oonne a Bruxelles, 7 septembre 1848. 

LEOPOLD. 



Le secretaire perpetuel fait connailfe qifil a 
des a present, pour le concours du 1 ei mars 1849, une 
piece de vers , inlitulee Pergottse el portant 1'epigraphe : 

La patrie de la poesie et de tons les arts est dans 
fous les pays du monde civilise. 



( 3-10 ) 
PROGRAMME POUR LE CONCOURS DE 1849. 



La classe propose pour ce concours, les quatre questions 
suivantes : 

PREMIERE QUESTION. 

Quel est le point de depart et quel a ete le caractere de 
t'ecole flamande de peinture sous le regne des dues de Bour- 
gogne? Quelles sont les causes de sa splendeur et de sa deca- 
dence? 

DEUXIEME QUESTION. 

Quelles sont les limites de la science, d'un cote, et de I' art , 
de I'autre, dans la reproduction des formes exterieures? Et 
quels sont , au point de vue de I' art, les avantages et les 
inconvenients de la de'couverte des procedes purement me'ca- 
niques, tels que le daguerreotype, le physionotype y la gal- 
vanoplastie , etc. ? 

TROISIEME QUESTION. 

Caracte'riser les airs nalionaux des differents peuples. 
Faire voir quelle influence ces airs ont exerce'e sur fart jus- 
qu'au XVIIP siecle. 

QUATRIEME QUESTION. 

Re'duire a leur valeur primitive /e.s mesures que nous ont 
trantmises les auteurs mod ernes pour les temples e'leves en 
Grece , en Sidle ct dans I'Asie mincure, jusqu'au regne 
d" Alexandre-le- Grand. 

Developper, d'apres les re'sultats que ce travail aura 



( 341 ) 

fournis, le systcme des proportions obscrvees par les archi- 
lectes anciens, autant pour les rapports des parties princi- 
pales que pour les correlations des parties subordonnees. 

En limitant la question aux monuments religieux et a 
1'epoque la plus interessante de 1'art grec, la classe n'a eu 
en vue que de faciliter le travail des concurrents. Cepen- 
dant elle verrait avec plaisir ctendre egalement les re- 
cherches aux edifices civils, et etablir des comparisons 
avec les monuments appartenant a des epoques poste- 
rieures. 

Le prix de chacune des ces questions sera une medaille 
d'or de la valeur de six cents francs. Les memoires doi- 
vent etre ecrits lisiblement en latin, en franc,ais ou en 
flamand, et seront adresses, francs de port, avant le 
i er juin 1849, a M. Quetelet, secretaire perpetuel. 

L' Academic exige la plus grande exactitude dans les 
citations; a cet effet, les auteurs auront soin d'indiquer 
les editions et les pages des ouvrages qu'ils citeront. 

Les auteurs ne mettront point leur nom a leur memoire , 
mais seulement une devise, qu'ils repeteront sur un billet 
cachete, renfermant leur nom et leur adresse. On n'ad- 
mettra que des planches manuscrites. Les memoires remis 
apres le terme present ou ceux dont les auteurs se seront 
fait connaitre, de quelque maniere que ce soit, seront ab- 
solument exclus du concours. 

L'Academie croit devoir rappeler aux concurrents que, 
des que les memoires ont ete soumis a son jugement, ils 
sont deposes dans ses archives, comme etant devenus sa 
propriete, sauf aux interesses a en faire tirer des copies a 
leurs frais, s'ils le trouvent convenable, en s'adressant, a 
cet effet, au Secretaire perpetuel. 



( 342 ) 
COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



M. Alvin donne lecture de la notice suivante, an sujct 
de deux monuments qu'il esl urgent de soustraire a une 
destruction complete : 

MESSIEURS, 

Dans la seance du 2 dccembre 1847, vous avez pris une 
resolution d'un grand interet pour le passe comme pour 
1'avenir de 1'art beige, en decidant la formation d'un mu- 
see cthnologiq-ue ou ethnocjraphiquc. Le double but de cctte 
creation ressort clairement des termes du rapport de la 
commission que vous avez nommee pour examiner le pro- 
jet; car, d'une part, votre rapporteur vous a dit : II faut 
favoriser 1'etude de I'liomme en plagant sous les yeux les 
formes les plus belles que 1'observation a fait connaitre sur 
le modele vivant, et que le moulage a pris soin de repro- 
duire; et, plus loin, il a ajoute : En outre, la classe ne 
devait pas perdre de vue qu'clle a entrepris de reunir des 
documents pour servir a 1'hisloire de 1'art en Bclgique. Des 
mouleurs intelligents pourraierit, peu a peu et avec de fai- 
bles depenses, nous conserver des fac-simile de pieces rarcs 
qui ne sont pas transportables, ou qui nous ccliapperont 
peut-etre d'un jour a 1'autre. 

Je declare que, pour mon compte, c'est en consideration 
de ce second objet surtout que je me suis associe au vote 
ct que j'ai appuyc le projet de toules mes forces. Sans dis- 
penser le Gouvernement du soin de former et d'enlrelenir 
un musec d'antiquites, la collection que 1'Academie va 
rassembler pourra meltre en lumiere et sauver de 1'oubli 



( 545 ) 

bicn des richesses ignorees. Combien dc monuments, dont 
nous ne voyons aujourd'hui que les mines informes, eus- 
sent ete conserves a noire admiration, si, des la fin du 
dernier siecle, une association d'artistes et de gens de let- 
trcs se fut preoccupee de ce soin religieux ! II faut le dire 
a la louange des auloriles de notre pays, un grand progrcs 
s'est manifesto dans la conservation et la restauration des 
monuments; mais ce n'est pas a dire pour cela que Ton 
doive s'abandonner avec une confiance complete a la solli- 
cilude des administrations publiques. 

Poursuivons done notre mission en donnant suite au 
projel arrete, en decembre dernier, par la classe. Je crois 
entrer egalement dans vos intentions en vous parlant de 
quelqucs morceaux ancicns qui se trotivent exposes a dis- 
paraitre bientot, au grand prejudice de 1'arl, si une puis- 
sante intervention ne vient a leur secours. 

F. Le chariot de S te -Ger truck , a Nivelles. 

Deja, en 1856, j'ai signale a 1'attention publique (voir 
le feuilleton du journal I 1 Emancipation] un chariot du 
XV e siecle appartenant a la collegiale de Nivelles el ser- 
vant a transporter la chasse et les reliques de sainte Ger- 
trude autour des terres dependant aulrefois de 1'abbesse, 
lors de la procession nommec le grand tour. Ce chariol , 
que je crois unique dans son genre, du moins quant a la 
Belgique, est sur le point de tomber en poussiere si Ton 
n'y porte remede sans retard. Les peintures au blanc 
d'oeuf qui en decorent les panneaux et qui sont dans le 
style des Van Eyck, sont deja effacees sur plusieurs 
points; il en reste cepcndant assez pour permellrc d'en 
apprecier la grace et la finesse, et pour servirde guide a 
une restauration intelligcnte. Malheureusement, U no sub- 



( 344 ) 

siste rien du train ct des roues primitives; celles qni ser- 
vent maintenant a rouler le char sont toutes modernes et 
sans ornements. L'espace me rnanquerait pour placer ici 
la description complete de ce monument auquel je desire 
pouvoir consacrer un jour une notice detaillee; mon unique 
but aujourd'hui est d'appeler la sollicitude du Gouvernement 
sur un ouvrage precieux qui va peut-etre nous echapper. 

Le chariot de Nivelles sert encore tous les ans a la pro- 
cession du mois de septembre; il traine quelquefois, a 
travers des chemins boueux , la chasse de sainte Gertrude, 
non sans se couvrir de limon que le balai doit ensuite 
faire disparaitre, an grand prejudice des peintures; aussi 
est-ce un veritable miracle qu'il en subsiste encore quelque 
chose. II n'est pas difficile de prevoir le moment ou , torn- 
bant en pourriture, ses vieux panneanx seront remplaces 
par des planches neuves, et les suaves figures qui les de- 
corent recouvertes de badigeon; deja les couches de cou- 
leur a 1'huile qui ont envahi le train et les roues menacent 
de submerger 1'ceuvre tout enliere ; quelques annees encore 
et la ville de Nivelles aura perdu un monument unique. 
J'ai reflechi aux moyens de prevenir ce fikheux resultat. 
S'il s'agissait de sculpture, je proposerais a 1'Academie 
d'en faire prendre 1'empreinte en platre; mais il faul ici 
une mesure plus efficace, et voici le conseil qui pourrait 
etre donne et a la ville de Nivelles et an Gouvernement. 

Sous la direction intelligente d'un artiste ami des anti- 
quites , d'habiles ouvriers pourraienl faire une copie exacte 
et une restauration complete du char, en s'aidant de do- 
cuments qu'il n'est pas difficile dese procurer. Cetle copie 
pourrait elre donnee par le Gouvernement a la ville de 
Nivelles en echange du chariot lui-meme. Celui-ci serai t 
restaure et place dans le musec dc 1'Etat. Chacun y trou- 
verait son compte; la copie remplirait mieux que I'original 






( 545 ) 

les conditions d'un vehicule solide, et Tart n'aurait pas a 
deplorer la( ch'sparition d'un travail precieux a tant d'e- 
gards. Puisse-je etre plus hetireux dans mes conseils en 
1848 que je ne Fai ete en 1856. 

II. Cheminees du chateau de Saive. 

Ces jours derniers, j'ai eu 1'occasion de rencontrer deux 
autres morceaux qui n'ont pas encore, que je sache, ete 
signales. II s'agit de deux grandes cheminees, sculptees 
vraisemblablement dans la premiere moilie du XVP sie- 
cle, et qui subsistent presque inlactes au milieu des de- 
bris et des ruines du chateau de Saive, sur la droite de la 
Meuse, en aval de Liege. De ce chateau, qui fut la pro- 
priete des comtes de la Marck et le sejour des princes de 
Liege, il ne reste que deux larges tours baties au X e sie- 
cle. Assis sur une roche dont le pied est baigne par les 
eaux de la Saivelette, le chateau de Saive n'est plus qu'une 
exploitation rurale. Le donjon principal, dans lequel se 
trouvent les deux cheminees en question, a ses quatre 
murailles et sa toiture en assez bon etat; mais les deux 
vastes salles qui occupent chacun des deux etages n'ofTrent 
plus que des voutes et des planchers perces, des decom- 
bres et des platras. Les escaliers droits et etroits, prati- 
ques dans 1'epaisseur des murailles, permettent encore 
1'acces du rez-de-chaussee au premier; mais il faut des 
echelles pour aller plus haut. Les deux cheminees dont 
je vous entretiens sont, 1'une au rez-de-chaussee, Tautre 
au premier; elles sont en marbre; 1'une a ete doree et 
peinte; elles sont du meme style, mais celle du premier 
est d'un fini plus precieux et plus riche en orncments. 

L'une et TaiUre se composent de quatre colonnes, deux 
de chaque cote : elles supportent un entablement et une 



(546) 

corniche poses dircctcment sur deux lions marchant, dont 
les pattes reposent sur les chapitaux des deux colonnes 
accostees. 

II m'a paru qu'il existe beaucoup de rapport entre le 
style de ccs cheminees et cclui des colonnes qui entourcnt 
la cour principale du palais de Liege; les sculptures de 
ces dernieres sont, toutefois, moins finies et d'un dessin 
moins pur. N'est-il pas deplorable de penser qu'au pre- 
mier jour un industriel , ayant bcsoin de pierres pour faire 
de la chaux, porlera peut-etre la pioche dans ce beau tra- 
vail, expose deja depuis longlemps aux injures del'air! Le 
proprietaire de ces mines est M. le baron de Copis; pro- 
bablement il n'a jamais mis les pieds dans ce vieux ma- 
noir; s'il avail parcouni ces belles mines, il n'aurait pu 
resister au desir de le retablir dans son etat primilif. On 
le dit plusieurs fois millionnaire, et quelques milliers de 
frans sufficient pour arretcr, pendant longtemps, les pro- 
gres de la destruction ; pour faire du donjon un pied-a- 
terre tres-habitable. Le proprietaire qui, en definitive, est 
maitre de son bien, et pent meme le laisser lomber en 
mine, sauverail ces sculptures en les transportant dans 
un de ses chateaux; il ferait chose utile a lui-meme et 
utile aux arts. Peut-elre trouvera-t-il que ces vastes man- 
leaux de cheminee ne cadrent plus avec nos constructions 
et nos ameublemenls modernes; dans ce cas, je voudrais 
pouvoir lui indiquer un moyen de les utiliser. 

Une reinc, celebre par les graces de sa personne et par 
la superiorite de son esprit, Marguerite de Valois, ayant 
sejourne a Liege, parle dans les termes suivants du palais 
des princes-evequcs : C'cst le palais le plus beau ct le plus 
commode que Ton puisse voir, ayant plusieurs foil taincs et 
plusieurs jardins el galeries, le tout tant peint, tant (lore 



(347) 

et accompagne de tant de marbre qiTils n'y a rien de plus 
magnifique et dc plus delicieux. Cette merveille du XVP 
siecle va sortir enfin de ses mines, et se depouiller des 
desaslreux embellissements donl la main des masons lui 
avail fait un liideux vetement. 

Un jeune architecle liegeois, M. Delsaux, a entrepris 
ce pieux travail; grace a ses veilles, a sa perseverance, la 
restauralion et rachevement de I'edifice marchent de 
front. Le Gouvernement, par sa puissanle initiative et par 
de fortes subventions, a stimuleel soutenu les efforts de 
la province el de la ville de Liege. Dans ces sal les qui vont 
etre rendues a leur eclal primitif, les cheminees du cha- 
teau de Saive Irottveraient admirablement^leur place et 
seraient comme en famille aupres des sculplures de la 
galerie de la grande cour. Ces lignes passeronl peul-elre 
sous les yeux du proprietaire du donjon de Saive; puisse 
son coeur liegeois concevoir le projet d'une offrande pa- 
triotique a sa ville natale! Mais si mon attente etait trom- 
pee, si ces belles sculptures demeuraient indeiiniment 
exposees a la destruction , ne serait-ce pas 1'occasion de 
chercher du moins a s'en procurer, pour notre musee 
ethnographique, une copie par le moulage? Je reviendrai 
plus tard sur cetle proposition si ce premier avertissement 
ne produit aucun resultat. 

M. Baron lit ensuite un chapitre d'un ouvrage inedit 
sur le style et la composition; ce chapilre est intitule : de 
I'Harmonie. 

M. le directeur, en levanl la seance, a fixe Tepoque 
de la prochaine reunion an vendredi 5 novembre. 



548 



OUVRAGES PRESENTES. 



Mc'moires sur les sculpteurs et architectes des Pays-Bas , par 
Ph. Baert, bibliothe"caire du marquis de Chasteleer, publics par 
M. le baron de Reiffenberg. Bruxelles, 1848; 1 vol. in-8. 

A Antoine Wiertz, sur son tableau representant le triomphe 
du Christ, par Andre Van Hasselt. Bruxelles, 1848; in-8. 

Correlation des forces physiques , ou resume dun cours donne 
a ^institution de Londres, en \843,parleprofesseur W. Grove, 
de la Societe royale , traduit librement par M. Louyet. Paris, 
1848; in-8. 

Statistique commercial du Chili, de la Bolivie, du Perou, de 
I'Equaleur, de la Nouvelle- Grenade , de I'Amerique centrale ct 
du Mexiquc, par M. H. Bosch Spencer. Bruxelles, 1848; in-8, 
atlas. 

Notice sur le huanu ou guano du Perou et de la Bolivie., et 
sur I'emploi de cet engrais en Amerique et en Europe, par M. 
H. Bosch Spencer. Bruxelles, 1848; in-8. 

Considerations sur les def'richements et particulieremmt sur 
ccux de la Campine, par P.-J. Moreau. Bruxelles, 1848; in-8. 

Culture des dunes, par P. Border. Fumes, 1848; in-8. 

Teratoloyie. Description d'un monstre double monocepha- 
lien, prsent par M. Thiernesse. Bruxelles, 1848; in-8. 

Le calendrier mis au grand jour , ou histoire , construction ct 
usages du calendrier, par 1'abbe" Tiron. Bruxelles, 1848; in-8. 

OEuvres de Laplace. Tomes IV et V, traite de mecanique 
celeste. Tome VI, exposition du systeme du monde. Paris, 1845- 
1846; 3 vol. in-4. 

Colonie agricole de Bonneval. Compte rendu par M. Adel- 
phe Chasles. Chartres, 1848; in-8. 



( 541) ) 

Histoire dc France, dcpuis I'origim jusqud I'avenement de 
Louis-Philippe / cr ; par M. Em. de Bonnechose. 7 Edition. Paris, 
1847; 2 vol. in-8. 

Les reformateurs avant la re" forme (XV e siecle). Jean Hus et 
le concilede Constance, par M. Emilede Bonnechose. Paris, 1847; 
2 vol. in-8. 

Coutumes locales du bailliage d 'Amiens, redigees en 1507, pu- 
blie"es par M. A. Bouthors. Tome I. Amiens, 1845; 1 vol. in-4. 

Les antiquites ame'ricaincs au point de vue des progres de la 
geographic, par M. Jomard. Paris, 1847; in-8. 

Notices sur la pente du Nil superieur et sur divers sujets de 
geographic et d'ethnographie , par M. Jomard. Paris; in-8. 

Projet de loi sur ^instruction primaire,soumis d la Societe pour 
^instruction elementaire, par M. Jomard. Paris, juin 1848 ; in-8. 

Progres de la collection geographique de la Bibliotheque royale, 
1847. De la collection geographique creee d la Bibliotheque na- 
tionale, par Jomard. 1848, Paris; in-8. 

Notice sur la telegraphic physique en general, et en particulier 
sur le telegraphe presse-piano-electro-magnetique, systeme de 
M. Napoleon Barthel (extrait desAnnales des travaux publics dc 
Belgiquc). 1848; in-8. 

Religion de la republique francaise , par Napoleon Barthel. 
Paris, 1848; in-8. 

Code de creation universelle et de la vie des etres, par J.-A. 
Duran. Paris, 1847; in-8. 

Bulletin de I' Academic royale de medecine de Belgique. Tome 
VII, n 9. Bruxelles, 1848; in-8. 

Annales et bulletin de la Societe de medecine de Gand. 14 an- 
n^e, 8 e et 9 e livraisons. Gand, in-8. 

Annales de la Societe de medecine d'Anvers. Annee 1848, li- 
vraisons d'aout et de septembre. Anvers; in~8. 

Annales de la Societe medico-chirurgicale de Bruges. Tome IX , 
3 C livraison. Bruges, 1848; in-8. 

Annales de la Societe medicate d' emulation de la Flandre oc- 
cidentale, etablie d Roulers. T livr., juillet 1848. Koulers; in-8. 



( 350 ) 

Annalcs de la Societe de mededne pratique de la province 
d'Anvcrs, ctablic a Witlcbrocck. Livraison d'aout 1848. Boom , 
in-8. 

Archives de mededne militaire. Journal des sciences medicates, 
pharmacentiques et veterinaires. Tome II, 2 C et 5 e cahiers, Brtixel- 
les, 1848;in-8. 

Journal de mededne, de chirurgic ct de pharmacologic , public 
par la Societe" des sciences mcdicales et naturelles dc Bruxelles. 
Cahiers de septembre et d'octobre 1848. Bruxelles, in-8. 

Journal de pharmade, public" par la Societe de pharmacie 
d'Anvers. 4 C annee, aout et septembre 1848. Anvers; in-8. 

Annales doculistique, publie"es par le docleur Florent Cunier. 
Tome XX. 4 e se"rie, tome II. 5% 4 e et 5 e livraisons. 
Bruxelles, 1848; in-8. 

Le progres medical , organe des inlerets profcssionnels ct sden- 
tifiques des medecins , des pharmadens et des medecins veteri- 
naires de Bclgique. l re anne"e, n os 55-40. Bruxelles, 1848; in-fol. 

Gazette medicale beige, redigee par les docteurs Ph.-J. Van 
Meerbeeck et Ch. Van Swygenhoven. Septembre 1848. Bruxel- 
les; in-fol. 

Le Scalpel, organe des garanties mddicales du peuple. Lie"ge, 
l re annee, n 08 1 et 2, 1848; in-fol. 

Annalcs des travaux publics de Belgique. 2 C cahier, tome VII. 
Bruxelles, 1848; in-8. 

Compte-rendu des seances de la Commission royale d'histoire , 
oil recueil de ses bulletins. Tome XV, n 1. Bruxelles, 1848. 

Annales dc la Societe royale des beaux-arts et de litter ature de 
Gaud. 1848-1849, l re livraison. Gand, 1848; in-8. 

Revue de la numismatique beige, publiee sous les auspices de 
la Societe numismatique, par MM. B. Chalon , C. Piot etC.-P. Ser- 
rure. Vol. I et II. Bruxelles, 1848; in-8. 

Mcssager des sciences historiques ct archives des arts de Bel- 
gique. Annee 1848, 2 C livraison. Gand; in-8. 

Journal historiquc ct litter airc. Tome XV, livraisons 5 et 6. 
Liege, 1848; in-8. 



(551) 

Publications de la Societe pour la recherche et la conservation 
dcs monuments historiques dans le grand-duche de Luxembourg. 
Anne 1847, tome III. Luxembourg, 1848; in-4. 

Comptes-rendus hebdomadaires des seances de CAcaddmie des 
sciences, par MM. les Secretaires perpetuels. Tome XXVII, 2 e se- 
rnestre 4848, n os 7 a 15. Paris, 1848; in-4". 

Memoires de la Societe" des anliquaires de Picardie. Tomes I, 
II, III, V, VI, VII, VIII, IX et le supplement du tome IV. Atlas des 
tomes III, VI et VII. Amiens, 1838-1848; in-S. 

Bulletin de la Societe des antiquaires de Picardie. Annee 1841, 
n 3. Annee 1842, n os 1, 3, 4. Annee 1845, n os 1, 2, 3 et 4. 
Annees 1844, 1845 et 1846 completes. Annee 1847, n os 1,2, 3. 
Annee 1848, n os 1 et 2. Amiens, 1841 a 1848; in-8. 

Annales des sciences physiques et naturelles, d agriculture et 
dindustrie de Lyon. Tome X, annee 1847. Lyon, 1848; 1 vol. 
in-8. 

Recmil des actes de I' Academic des sciences, belles-lettres et arts 
de Bordeaux. 2 e anne, l er trimestre. Bordeaux, 1848; in-8. 

Bulletin de la Societe ge'ologique de France. Tome IV, feuilles 
63-73. Paris, juillet 1848; in-8. 

Revue zoologique par la Societe ctwierienne, puhliee sous la di- 
rection de M. F.-E. Guerin-Meneville. N os 7 et 8. Paris, 1848; 
in-8. 

Linvestigateur, journal de I'Institut historique. 15 e anne>, 
tome VIII, 166 e et 167 e livraisons. Paris, 1848; in-8. 

Gedenkzuil aen J.-F. Willems tocgewyd. Gent, 1848; in-8. 
De la part de M. Snellaert. 

Deprofeet Jona. Gedicht van W.-J. Berlyn. Amsterdam, 1848; 
in-8. 

Het Instituut, ofverslagen en mededeelingen , uitgegeven door 
de vier klassen van het koninklijk-nederlansche Instituut, over 
den jare 1845, n 3; en over 1846, n 3 en 4. Amsterdam, 
1845-1847; in-8. 

Tijdschrift voor de wis- en natuurkundige wetenschappen , uit^ 
gegeven door de eerste klasse van het koninklijk-nederlandsche 
TOME xv. 5. 



( 352 ) 

institiuit van wetenschappen , letterkunde en schoone kunsten. 
l ste deel, 4 e aflevering, en II de deel, l ste en 2' le afleveringen. Am- 
sterdam; in-8. 

Bijdragen tot de dierkunde. Uitgegeven door het genootschap 
Nalura artis rnagistra, te Amsterdam. l ste aflev. 1848; in-fol. 

Natuurkundige vcrhandelingen van de hollandsche maatschap- 
pij van wetenschappen te Haarlem. Tweede verzameling, V de 
deel, I 8te stuk. Haarlem, 1848; in-4. 

Naamlijst der planten en voorwerpen ingezonden voor de 
veertiende tentoonsteliing van het genootschap voor landbouw en 
kruidkunde te Utrecht. Utrecht, 1848; in-8. 

Handelingen van het provinciaal genootschap van kunslen en 
wetenschappen in Noord-Braband, over dejaren 1846 en 1847. 
'S Hertogenbosch, 1848, in- 8. 

Verzameling van kronijken betrekkelyk de slad en meijerij van 
'S Hertogenbosch. r, ^ e en 3 e stukken. 'S Hertogenhosch , 1846- 
1848; 5vol. in-8. 

Abhandhmgen der koniglichen Akademie der W'issenschaften 
zu Berlin, aus dcm Jahre '1846. Berlin, 1848; 1 vol. in-4. 

Monatsbericht der konigl. preuss. Akademie der Wissenschaf- 
ten zu Berlin. Juli 1847, Juni 1848. Berlin; in-8. 

Die FortschriUe der Physik im Jahre 1846, dargestellt von 
der physikalischen Gesellschaft zu Berlin. II te Jahrgang. Redi- 
girt von professor D r G. Karsten. Berlin, 1848; 1 vol. in-8. 

Magnelische on meteorologische Beobochtnngen zu Prag, 
herausgegeben von Karl Kreil nnd Karl Jelinck. 8 te Jahrgang. 
Prague, 1848; 1 vol. in-4. 

his. Encydopadische Zeitschrift, von Oken. Heft IV und V, 
1848. Leipzig; in-4. 

Archiv der M athemalik und Physik , herausgegeben von Jo- 
hann-August Grunert. Eilfter Theil, l es , 2 fcs und 3 es Heft. Greifs- 
wald, 1848; in-8. 

Researches on the tides, thirteenth scries. On the tides of the 
pacific and on the diurnal inequality, by the rev. W. WhewelL 
London, 1848; in-4. 



( 553 ) 

Prison discipline in America, by Francis-C. Cray. London, 
!848;in-8. 

The physical properties of steam in relation of the mobile 
motter of the steam engine under every modulation of pressure, 
power, force and temperature, by John Curr. Lond., 1848; in-8. 

The learned donkeys of eighteen hundred and forty seven. 
Being a review of the reviewers of railway locomotion and steam 
navigation, their principles and practise , by John Curr. London, 
1847; in-8. 

Report of the seventeenth meeting of the british Association for 
the advancement of science, held at Oxford in June 1847. Lon- 
don, 1848; in-8. 

The transactions of the entomological Society <;f London. 
Vol. IV, part. 2-5, 1843-1846; vol. V, part. 1-2, 1847. Lon- 
don; in-8. 

An adress delivered at the anniversary meeting of the entomo- 
logical Society of London , on the 26 th . January \ 848 , by the 
rev. F.-W. Hope. London; 1848; in-8. 

Proceedings of the Society of antiquaries of London. N 12, 
1848. London, in-8. 

Collectanea antiqua , n XL Etchings of ancient remains 
illustrative of the habits, customs and history of past ages, by 
Charles-Roach Smith. London, 1848; in-8. 

The numismatic chronicle and journal of the numismatic So- 
ciety, edited by John Yonge-Akerman. N os XL and XLI, 1848. 
London; in-8. 

The journal of the royal asiatic Society of Great Britain and 
Ireland. (N XVIil , vol. the ninth.) London, 1848; in-8. 

The quarterly journal of the geological Society. N os 13-14. Lon- 
don, 1848; in-8. 

The transactions of the royal irish Academy. Vol. XXI, part 
II. Dublin, 1848; 1 vol. in-4. 

Report on the trees and shrubs growing naturally in the fo- 
rests of Massachusetts. Boston, 1846; 1 vol. in-8. 

The american journal of science and arts , conducted by pro- 



(354) 

lessors B. Silliman, B. Silliman j r and James D. Dana. N os 42 a 
15. New-Haven, 4848; in-8. 

Viaggio da Torino (die Piramidi, fatto nell' autunno del 1843, 
do G.-F. Baruffi. Torino, 1848; 4 vol. in-12. 

Genni di alcunni studi sperimentali fatti nell' agosto e settem- 
bre del 4848 in Firenze , dal prof. Francesco-Cav. Zaritesdeschi. 
Firenze, 4848; in-8". 

Giornale botanico italiano, compilato per cura della sezione 
botanica dei congressi scientific! italiani, da Filippo Parlatore. 
Anno i, fascicoli9-12;anno 2, fascicoli 1-8. Firenze, 1847; 
in-8. 

Confederazione. ippiocratica di Roma, giornale settimanale 
in continuazione della romana corrispondenza scientiftca; re- 
dattori prof. I). Poggioli e G. E. Mengozzi, segretarii general i 
della confederazione. N 53, 54 et 55. Roma, 4848; in-fol. 

Memorie della reale Academia deJle scienze di Torino, Tom. 
VII, VIII, IX. Turin, 1845-4848; 5 vol. in-4. 

Corrispondenza scientiftca in Roma. Bulletino universale. 
N fis 46-52. Rome, 4848; in-fol. 



ERRATA. 



Page -280, ligne 5 en remontant, au lieu de : 13 h 1 5 ( J S ,75, liscz : 15 h 2 m 59 s , 
- 500, ligne 2, au lieu de : Seance du 9 aoiit, lisez : Seance du 9 octolire. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES , 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. 

1848. N 11. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du 4 novembre 1848. 

M. D'OMALIUS D'HALLOY, faisant fonctions de direcleur; 
M. QUETELET, secretaire per petuel. 

Sent presents : MM. Pagani, Sauveur, De Hemptinne, 
Crahay, Wesmael, Martens, Dumont, Cantraine, Kickx, 
Slas, De Koninck , Van Beneden, Ad. De Yaux, Nyst, 
membres; Gluge , Louyet, Melsens, Brasseur, correspon- 
dants. 

M. le baron de Stassart, vice-directeur de la classe des 
lettres, assiste a la seance. 



TOME xv. 24. 



356 ) 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de 1'interieur ecrit qu'il vient de donner 
les instructions necessaires pour que la commission direc- 
Irice de 1'exposition des beaux-arts remette a 1'Academie 
le buste en marbre de feu M. Van Mons, execute par 
M. Guillaume Stas, de Louvain. Remerciments. 

Phenomenesperiodiques. M. Quetelet depose plusieurs 
recueils d'observations manuscrites qui lui ont ete com- 
muniquees par M. Dureau de La Malle, membre de 1'Institut 
de France. Ces observations sont de deux especes: les unes 
concernent le regne vegetal et ont ete faites, 1 a Taras- 
con, par M. Audibert; 2 a Marseille, par M. Salze; 5 a 
Landres, departement de 1'Orne, par MM. Dureau de La 
Malle et Grosbois; les autres se rapportent au regne ani- 
mal , et ont ete faites a Paris, a Landres et a Tarascon. 

M. le professeur Bach fait parvenir, de son cote, les 
observations qu'il a faites sur la tloraison, dans les envi- 
rons d' Amiens, pendant l'annee 1848. 

M. Gerardi, president du cornice agricole du canton 
de Yirton , province de Luxembourg, ecrit qu'il s'occupe de 
la redaction d'un calendrier agricole, avec des colonnes 
destiriees a recevoir les indications journalieres de la tem- 
perature, des variations de 1'atmosphere, des epoques de 
la floraison de certaines plantes , etc. Le secretaire perpe- 
tuel fait ressortir 1'utilite de pareilles observations dans 



( 357 ) 

une dcs provinces les plus interessanles et les moins con- 
nues du royaume, sous le rapport des particular! tes du 
climat. 

M. le comte Charles d'Aspremont de Lynden an- 
nonce que, dans la soiree du 25 octobre dernier, il a ob- 
serve une aurore boreale, a Haltinne, province de Namur. 
La nuit etait claire, et il regnait un fort vent de SO. Vers 
8 heures 10 minutes, il s'eleva trois fuseauxassez eloignes 
les uns desautres; leur teinte rouge, tres-prononcee , of- 
frait des intermittences d'intensite. A 8 heures V*, ils s'ef- 
facerent, et un arc de meme couleur, dont la hauteur 
coincidait avec celle des fuseaux disparus, se dessina net- 
tement. Ces phenomenes allerent en diminuant lenle- 
ment jusqu'a 8 heures Va; alors le ciel se couvrit. 

Malgre le lemps defavorable, cette aurore boreale a ete 
vue aussi a Bruxelles. M. Quetelet fait connaitre que les 
instruments magnetiques de 1'Observatoire , pendant la 
soiree du 25, ont eprouve des perturbations tres-marquees. 
11 tient de M. Navez, membre de la classe des beaux-arts, 
que 1'aurore boreale etait encore apparente peu de temps 
avant minuit. 

- M. Quetelet annonce aussi qu'un tremblement de 
terre a ele ressenti a Bruxelles, le vendredi 20 octobre, 
vers 7 heures du matin. La secousse s'est prolongee pen- 
dant quelques secondes. 

Le meme tremblement de terre a ete signaledans plu- 
sieurs localites de la Belgique, et notamment dans les com- 
munes de Deurne et de Schooten, province d'Anvers, et 
dans la commune de S l -Andre, province de la Flandre oc- 
cidentale. 



( 358 ) 

- 11 est donne lecture d'urie lettre de M. le baron Cop- 
pens, contenant quelques observations relativement a la 
maladie des pommes de terre. M. Coppens croitpouvoir 
conclure de ses observations, que le dessechement du tu- 
bercule en hiver, pendant le repos de la plante, assainit ce 
vegetal; qu'il en acquiert une plus grande force produc- 
tive pour sa pousse d'e'te, qui pent rendre a cette famille de 
solane'es sa vigueur ancienne, et que cette force naturelle 
la met a 1'abri de la maladie. 

La classe a recu les ouvrages manuscrits suivants : 

1 Resolution d'un probleme du calcul des probabilites; 
par M. Meyer, correspondant de 1' Academic. (Commis- 
saire : M. Timmermans.) 

2 Note sur une me'thode propre a faire connaitre la 
collimation d'une lunette meridienne au moyen des ob- 
servations astronorniques; par M. le capitaitie Liagre. 

5" Sur le meme sujet; par M. Mailly, aide a 1'Observa- 
toire royal de Bruxelles. (Commissaire pour les deux notes 
precedentes: M. Quetelet.) 

4 Sur la reduction d'une integrate multiple, note par 
M. Schaar, re'petiteur d'analyse a 1'ecole du genie civil de 
Gand. (Commissaire : M. Pagani.) 

5 Un memoire sur les produits indigenes, appliques 
comme agents colorants , dans les beaux-arts et 1'industrie; 
par M. Vloeberghs, pharmacien. (Commissaires : MM. De 
Koninck etStas). 






( 359 ) 
CONCOURS DE 1848. 



M. le secretaire perpeluel depose un ouvrage manuscrit, 
envoye au concours de 1848, sur la question suivante : 

Exposer et discuter les travaux ct Ics nouvelles vues den 
physiologistes et des chimistes sur les cngrais et sur la faculle 
d' assimilation dans les ve'ge'taux. Indiquer en meme temps 
ce que I' on pourrait faire pour augmenter la richesse de nos 
produils agricoles. 

Ce memoire porte pour epigraphe : 

La veritable gloire consisle h faire ce qui merite 
d'etre ecrit, et a ecrirece qui merite d'etre UK 
(PUNK.) 

(Commissaires : MM. Morren, Martens et Stas.) 
M. le secretaire perpetuel rappelle qu'a la seance du 
4 mars dernier, le terme fatal pour la remise des memoircs 
de concours sur la question precedente, a etc proroge et 
fixe au 20 oclobre. 



RAPPORTS. 

Sur une note de M. Montigny, relative d un phe'nomene 
d'acoustiquc. 

Stajijwft tie Jff, Ct'altay* 

Le phenomene, dont il est question dans la note citee, 
et qui consiste en ce que le son , rendu par un corps so- 



( 360 ) 

nore, devient plus aigu ou plus grave suivant que Ton se 
rapproche rapidemeot du centre d'ondulation ou qu'on 
s'en eloigne, a ete observe quelquefois, et Ton est genera- 
lenient d'accord pour 1'attribuer a la cause assignee par 
1'auteur. Des experiences tres-soignees ont ele faites sur ce 
sujet, par M. Buys-Ballot d'Utrecht, en 1845 (1). Elles ont 
eu constamment pour resultat, une elevation du ton quand 
le mouvement relatif rapprochail 1'observateur du corps 
sonore, un abaissement quand il s'en eloignait, et les 
valeurs numeriques des variations observees dans la hau- 
teur du ton , ont present^ un accord satisfaisant avec celles 
deduites du calcul. Mais il est a remarquer que dans ces 
experiences, faites sur le ch6min de fer entre Utrecht et 
Mnarscn , al'aide d'une locomotive que 1'administration du 
chemin de fer avail misea la disposition de M. Buys-Ballot, 
les vitesses relatives du corps sonore et de 1'observateur 
etaient geiie'ralement tres-grandes, et de beaucoup supe- 
rieures a celles que M. Montigny pouvait se donner en 
courant sur un chemin incline, eh descendant, et plus 
encore en montant; qu'en outre, le physicien hollandais 
avait mis un soin extreme dans la disposition de tous les 
details de ses experiences, el que neanmoins, dans ces 
circonstances tres-favorables , la modification du ton, 
causee par le mouvement relatif, s'elevait rarement au 
dela d'un demi-ton par rapport au ton naturel. II est 
done remarquable que le phenomene ait pu etre ap- 
precie dans les circonstances dans lesquelles M. Montigny 
1'a observe. C'est sous ce rapport surtout que j'estime 



(1) Annales de physique etdechimie de Poggendorff,lome 66, p. 321. 



(361 ) 

que la note, presented par lui a 1'Academie, est inleres- 
sante et merite d'etre inseree dans le Bulletin des seances, 
Les conclusions de ce rapport sont adoptees, 

La classe, apres avoir entendu ses commissaires, a 
egalement ordonne 1'impression : 

1 D'un memoire sur 1'organisation et le developpemenl 
des linguatules, suivi de la description d'une espece nou- 
velle provenant d'un mandrill; par M. P.-J. Van Beneden, 
merabre de 1'Academie ; 

2 De deux notices de M. le professeur Maas, concer- 
nant les phenomenes electriques. 

La classe s'estoccu pee ensuitede la lettre de M. Jobard 
sur le vol des oiseaux, deposee dans la seance precedente, 
et elle a decide qu'il n'y avail pas lieu de 1'inserer dans son 
recueil. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



M. Quetelet fait connaitre qu'une comete telescopique 
nouvelle vient d'etre decouverte dans la constellation du 
Dragon. Cet astre a ete vu, pour la premiere fois, a 1'ob- 
servatoire d'Altona, par M. le D r Petersen , dans la soiree 
du 26 octobre dernier; d'apres une leltre de M. Schuma- 
cher, il -avail, a 14 h. il m. 51 s., temps moyen d'Al- 
tona: 

Pour ascension droite 18 h 18 m 36 s ,5, 

de"clinaison -f- 63 12' 11". 

Cetle comete presente un noyau assez apparent. 



(362) 

M. Quetelet donne ensuile quelques renseignements 
sur une serie d'observations des passages de la polaire 
faites, a 1'Observatoire royal, au raoyen du cercle mural 
de Troughton. Ces observations , faites en partie directc- 
ment, en partie par reflexion sur le mercure, pour deter- 
miner le point horizontal du limbe, out fourni une preuve 
nouvelle de la stabilite de 1'instrument, en meme temps 
qu'elles ont confirme la determination anterieuremenl ob- 
tenue pour la latitude de 1'Observaloire. Les observateurs 
etaient MM. Quetelet, Bouvy et Houzeau ; ce dernier a 
trouve, pour latitude: 

Par les passages superieurs 50 51' 10",65. 

inferieurs 50* 5i' 10",08. 

La valeur moyenne, 50 51' 10" ,36, s'ecarte fort pen 
de celles que M. Quetelet a deduites, en 1856, de deux 
series d'observations de la meme etoile, lesquelles ont 
donne, pour la latitude (1) : 

La premiere s^rie 505r 10",62 , 

Laseconde 50" 5 T 10",54. 

Get element geodesique semble done determine avec 
toute 1'exactitude que comporte actuellement la science 
astronomique. 



(1 ) Voyez les Jnnales de 1'Observatoire royal de Bruxelles } tome 1 er , 
2 e partie, p. 14 fit suivantes. 



5G5 



Table des forces e'lastiques de la vapeur d'eau , pour des tem- 
peratures croissant par centieme de degre, depuis 95 jus- 
qu'd 101 de I'echelle cente'simale ; par M. J.-G. Crahay, 
mcmbre de 1'Academie. 

Dans plusieurs questions de physique, il imporle de 
connaitre le maximum de force elastique de la vapeur d'eau 
qui correspond a une temperature donnee. 11 existe des 
tables, fondees sur des observations tres-exactes, qui indi- 
quent celte force elaslique de degre en degre du thermo- 
metre; mais si la temperature proposee est un nombre 
fractionnaire de degres, il faut interpoler en Ire les chiffres 
portes dans les tables, si Ton ne prcfere resoudre la for- 
mule qui a servi a la confection de ces dernieres, ce qui 
exige souvent des calculs etendus. Pour Tinterpolation, 
on peut quelquefois se contenter d'admettre qu'entre les 
deux degres, entre lesquels tombe le nombre fraction- 
naire de la temperature, les forces elastiques de la vapeur 
croissent proportionnellement a celle-ci. Mais si la ques- 
tion exige plus de rigueur, cette supposition n'est pas 
permise puisqu'elle n'esl pas conforme a la loi qui lie la 
temperature & la tension correspondante. Dans ce cas, il 
est necessaire d'employer une formule d'interpolation, qui 
etablit entre les termes intercales la meme relation que 
celle qui regne dans la serie fondamentale, entre les ter- 
mes de laquelle il s'agit d'en inserer d'autres. Le calcul 
de ces formules peut etre cmbarrassant; il expose d'ailleurs 
a des crreurs de chiffres, et, dans tous les cas, il entraine 



(564) 

des longueurs que Ton aime surtout a eviter, quand il 
s'agit de questions qui se presentent frequemment, ou qui 
exigent un grand nombre de solutions. II peut done pa- 
raitre utile de posseder une table qui presente, pour des 
intervalles de temperature suffisamment rapproches, les 
tensions correspondantes de la vapeur d'eau calculees 
exactement. Parmi les cas oil cette table est d'un usage 
avantageux, je citerai celui ou Ton veut determiner la 
pression atmospherique par le degre de temperature de 
1'eau bouillante; precede indique par Wollaston, et qui 
est susceptible de plus de precision qu'on ne le croit com- 
munement. Je mentionnerai encore celui ou il s'agit de 
marquer sur un thermometre le point fixe d'eau bouillante, 
point pour lequel on est convenu d'adopter la tempera- 
ture que possede 1'eau, quand elle bout sous la pression 
atmospherique mesuree par 760 millimetres de mercure, 
et par suite quand la force elastique de sa vapeur est 
egale a cette pression. Sous toute autre pression, la tem- 
perature de Febullition de ce liquide est differente de celle 
qui repond au point fixe adopte; mais on connait cette 
temperature d'apres la hauteur du barometre qui a regne 
pendant 1'ebullition, puisque la force elastique des vapeurs 
du liquide bouillant est egale a la pression atmospherique 
observee. II sutlit done de chercher dans la table en ques- 
tion la temperature qui correspond a cette tension. Apres 
cela, 1'echelle du thermometre pourra etre reglee de telle 
maniere que le point fixe d'eau bouillante coincide reelle- 
ment avec le point normal exige. La verification du point 
d'eau bouillante sur un thermometre tout acheve sera 
egalement facilitce par 1'usage de cette table. 
Pour les deux questions que je viens de mentionner, et 



( 365 ) 

pour la plupart des autres qui se presentent, la table 
n'aura besoin de s'ctendre que sur un petit nombre de 
degres dans les environs du point d'ebullition. 

Je n'ai connaissance que d'une seule table construite 
dans le but que je viens de citer, et avec une etendue 
suflisanle. Elle est inseree dans le Repertorium de Dove, 
t. I, p. 21. Elle est calculee de centieme en centieme de 
degre du thermometre centigrade, depuis 90 jusqu'a 100. 
Mais elle laisse a desirer sous plusieurs rapports : 1 en ce 
qu'elle est basee , pour la tension de la vapeur , sur des 
nombres qui s'eloignent notablement de ceux fournis par 
les observations les plus recentes et qui sont generalement 
adoples par les savants ; 2 en ce qu'elle presente une 
irregularite assez forte entre les valeurs de la tension de- 
puis 99,80 jusqu'a 100, qui est precisement la parlie 
dont F usage est le plus frequent. Cetle irregularite con- 
siste en ce que les differences premieres entre les valeurs 
successi ves des tensions, au lieu d'etre de 0,27 a 0,28, ne 
sont que de 0,18 entre 99,80 et 99,90, tandis qu'elles 
s'elevent a 0,57 depuis 99,90 jusqu'a 100; et 5 la table 
ne s'etend que jusqu'a 100 , par consequent ne sert plus 
quand la pression atmospheriquedepasse 760 millimetres; 
ce qui arrive frequemment. Enfiri , on peut ajouter qu'il 
aurait ete avantageux que les forces elastiques fussent 
exprimees partout avec trois decimales au lieu de deux 
seulement, comme cela se voit dans plusieurs endroits, 
notamment depuis 99 jusqu'a 100. 

La table que j'ai 1'honneur de presenter a 1'Academie, et 
que j'avais calculee pour moo propre usage, ne donne pas 
lieu aux objections mentionnees. J'aime a croire qu'il y 
aurait de 1'utilite a la publier dans Fun des recueils de la 
compagnie. 



( 566 ) 

En me livrant a ce travail, mon intention etait d'abord 
cle prendre pour base la table des forces elastiques de la 
vapeur d'eau construite par M. Regnault, d'apres une 
suite nombreuse d'experiences faites par ce savant dis- 
tingue, dans les conditions les plus favorables pour four- 
nir des resultats exacts (1). Mais je reconnus entre 98 
et 100 une irregularite dans les differences secondes des 
tensions; cette irregularite provient de ce que, avec les 
valeurs des constantes adoptees par 1'auteur, sa forrnule 
conduit a 760 ram ,125, pour la tension a 100, au lieu de 
700 mra marques dans la table. La difference est bien faible, 
car elle ne correspond qua un exces de temperature de 
de degre; toutefois, comme elle se trouve precisement 



au 100 e degre, pour lequel on est bien convenu d'adopter 
7CO mm de force elastique, j'ai cru devoir, pour ce motif, 
appuyer mon travail sur la table des tensions pubiiee par 
M. Biot, dans le volume de la Connaissance des temps 
pour 1844. La formule dont ce savant a fait usage est de 
meme forme que celle que M. Regnault a employee a son 
instar; mais les constantes adoptees par M. Biot, et de- 
duites egalement des observations les plus recommanda- 
bles, ont des valeurs differentes de celles admises par 1'au- 
tre physicien. Au reste, les nombres obtenus par Tun et 
par Tautre, pour la force elastique de la vapeur entre 95 et 
101, sont peu divergents; le tableau suivant en fera juger. 



(1) Annahs de chimie et de physique , 1. XI, p. 273, et dnnalcs de 
Pocjgendorff ', 2 e volume supplementaire, pa[je 119. 



367 



TEM- 
P&HATUBE. 


TENSIONS DE 


LA VAPEUR, 

d'apnis 


Difference. 


d'tipres 




M. REGNAULT. 


M. BIOT. 




95" 


mm. 
588,406 


mm. 
588,70 


mm. 
- 0,294 


94 


610,740 


610,97 


-0,230 


95 


633,778 


633,95 


-0,172 


96 


657,535 


657.64 


0,105 


97 


682,029 


682,08 


0,051 


98 


707,580 


707,27 


4-0,010 


99 


735,303 


733,24 


+0,065 


100 


760,123 * 


760,00 


+0,125 


101 


787,754 * 


787,58 


-4-0,174 


* Valeurs calculees par la formule de M. Regnault. 



La melhode ^interpolation que j'ai employee, est celle 
par addition successive des differences de divers ordres ; 
methode usitee dans la confection des tables logaritb- 
miques et autres semblables (1) ; elle exige que la serie 
proposee ait des differences constantes dans nn ordre 
quelconque, ce qui a lieu sensiblement dans le troisieme 
pour les tensions des vapeurs prises de degre en degre. 
Vorci, en outre, quelques details sur la marche que j'ai 
suivie : Supposant constantes les differences de troisieme 
ordre de la serie fondamentale, prise dans la table de 
M. 13iot, j'ai interpole d'abord neuf termes entre ceux de 
cette serie; ce qui fournissait des tensions pour des tem- 



(1) Cours de malhematiquespures, de Francoeur, t. II, p. 503, 2 L edition. 



( 368 ) 

peratures croissant de -^ de degre entre 95 et 101. Dans 
la nouvelle serie, ainsi calculee, j'ai admis comme con- 
stantes les differences de deuxieme ordre, en changeant 
convenablement leur valeur d'intervalle a intervalle, etj'ai 
intercale, entre deux termes consecutifs, quatre nouveaux 
termes, qui precedent ainsi par ^ de degre. Puis, enfin, 
j'en ai insere un seul entre deux termes consecutifs dfe 
cette derniere serie, ce qui donnait , par .consequent, 
des tensions pour des temperatures croissant par un cen- 
tiemedc degre. Cette methode me fournissait des points de 
repere nombreux, a Faide desquels Inexactitude du calcul 
numerique se veriiiait. L'insertion d'un terme unique 
au milieu de deux termes donnes, et toujours d'apres la 
loi qui regne dans la serie fondamentale, se fait assez ra- 
pidenaent, car si a et 6 sont les deux termes entre lesquels 
il s'agit d'en interpoler un seul , et que A 2 soit la difference 
de deuxieme ordre supposee constante, il se trouve que le 
terme intermediaire est exprime par ~ (a-f-6) | A 2 . 
J'ai fait les calculs avec cinq et en grande partie avec six 
decimales, afin de tenir suffisamment compte des diffe- 
rences des divers ordres. Je n'en ai conserve que trois 
dans le tableau qui va suivre. Les tensions correspondantes 
aux degres entiers du thermometre sont celles qui ont ete 
empruntees a la table de M. Biot, ou el les ne sont rappor- 
tees qu'avec deux decimales. 

La table que j'ai 1'honneur de presenter offre une grande 
regularite dans la progression de ses nombres, comme il 
est facile de s'en assurer; et elle s'accorde d'une maniere 
tres-satisfaisante avec les valours obscrvees et avec celles 
qui ont ete calculees par M. Ilegnault, dans les series 
N, 0, P, Q de son memoire. 



(569 ) 



Table des tensions-maximum de la vapeur d'eau en millimetres de mer- 
cure d , pour des temperatures croissant par centieme de degre, 
depuis VSjusqu'd 101 degres du thermometre centesimal. 



Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


perature. 


DE LA YAPKWl. 


perature. 


DE LA VAPEUB. 


perature. 


DE LA VAPEUR. 


93,00 


mm 
588,700 


93,30 


mm 
595,506 


95,60 


mm 
601,977 


,01 


588,919 


,31 


595,528 


,61 


602,200 


,02 


589,138 


,32 


595,749 


,62 


602,424 


,03 


589,358 


,33 


595,971 


,63 


602,647 


,04 


589,577 


,34 


596,192 


,64 


602,871 


,05 


589,797 


,35 


596,414 


,65 


603,095 


,06 


590,016 


,36 


596,655 


,66 


605,519 


,07 


590,236 


,37 


596,857 


,67 


605,542 


,08 


590,455 


,58 


597,079 


,68 


603,766 


,09 


590,675 


,39 


597,501 


,69 


603,990 


93,10 


590,895 


95,40 


597,525 


93,70 


604,214 


,H 


591,115 


,41 


597,745 


,71 


604,459 


,12 


591,335 


,42 


597,967 


,72 


604,665 


,15 


591,555 


,43 


598,189 


,73 


604,887 


,14 


591,775 


,44 


598,411 


,74 


605,112 


,15 


591,995 


,45 


598,634 


,75 


605,556 


,16 


592,215 


,46 


598,856 


,76 


605,560 


,17 . 


592,436 


,47 


599,078 


,77 


605,785 


,18 


592,656 


,48 


599,501 


,78 


606,010 


,19 


592,877 


,49 


599,524 


,79 


606,254 


93,20 


593,097 


93,50 


599,746 


95,80 


606,459 


,21 


593,318 


,51 


599,969 


,81 


606,684 


,22 


593,538 


,52 


600,192 


,82 


606.909 


,23 


593,759 


,55 


600,415 


; ,83 


607,154 


,24 


593,980 


,54 


600,658 


,84 


607,559 


,25 


594,201 


,55 


600,861 


,85 


607,584 


,2G 


594,422 


,56 


601,084 


,*6 


607,809 


,27 


594,643 


,57 


601,507 


,87 


608,055 


,28 


594,864 


,58 


601,550 


,88 


608,260 


,29 


595,085 


,59 


6Gd,753 


,89 


608,486 


93,30 


595,306 


93,60 


601,977 


93,90 


608,711 



570 



Tem- 


Tension 


Tem- 


T nsion 


Tem- 


Tension 


perature. 


B LA VAPEUR 


perature. 


DE LA VAPEUR. 


perature. 


BE LA VAFKL'R. 


o 


mm 


o 


mm 


o 


mm 


93,90 


608,711 


94,20 


615,509 


94,50 


622,571 


,91 


608,937 


,21 


015,757 


,51 


622,601 


,92 


609,162 


,22 


615,965 


,52 


622,851 


,95 


609,388 


,23 


616,195 


,55 


625,061 


,94 


609,614 


,24 


616,420 


,54 


625,291 


,95 


609,840 


,25 


616,648 


,55 


623,521 


,96 


610,066 


,26 


016,877 


,56 


623,7,') 1 


,97 


610,292 


,27 


617,105 


,57 


623,982 


,98 


610,518 


,28 


617,333 


,58 


624,212 


,99 


610,744 


,29 


617,561 


,59 


624,442 


94,00 


610,970 


94,30 


617,789 


94,60 


624,673 


,01 


611,196 


,31 


618,018 


,61 


624,903 


,02 


611,423 


,~,2 


618,246 


,62 


625,134 


,03 


611,649 


,33 


618,475 


,65 


625,365 


,04 


611,876 


,34 


618,704 


,64 


625,595 


,05 


612,102 


,35 


618,932 


,65 


625,826 


,00 


612,329 


,36 


619,161 


,66 


626,057 


,07 


612,555 


,57 


619,590 


,67 


626.288 


,08 


612,782 


,38 


619,619 


,68 


626,519 


,09 


613,009 


,39 


619,848 


,69 


626,750 


94,10 


613,236 


94,40 


620,077 


94,70 


626,981 


,H 


613,463 


,41 


620,306 


,71 


627,213 


,12 


613,690 


,42 


620,535 


,72 


627,444 


,13 


613,917 


,43 


620,764 


,73 


627,675 


,14 


614,144 


1*4 


620,994 


,74 


627,907 


,15 


614,372 


/ y 


621,225 


,75 


628,158 


,16 


614,599 


,46 


621,453 


,76 


628,370 


,17 


614,827 


,47 


621,682 


,77 


628,602 


,18 


615,054 


,48 


621,912 


,78 


628,833 


,19 


615,282 


,49 


622,141 


,79 


629,065 


94,20 


615,509 


94,50 


622,571 


94,80 


629,297 










1 





571 ) 



Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


)6raturc. 


DB LA YAPEUR. 


perature. 


DE LA VAPEUR. 


perature. 


DE LA VAPEUH. 


94,80 


mm 
629,297 


95,10 


ram 
636,286 




95,40 


mm 
643,538 


,81 


629,529 


,11 


636,520 


,41 


643,575 


,82 


629,761 


,12 


636,754 


,42 


643,811 


,83 


629,993 


,13 


636,988 


,43 


644,047 


,&i 


630,225 


,* 


637,223 


,44 


644,284 


,85 


630,458 


,15 


637,457 


,45 


644,520 


,8G 


630,690 


.16 


637,691 


,46 


644,757 


,87 


630,922 


,17 


637,926 


,47 


644,993 


,88 


631,155 


,18 


638,160 


,48 


645,230 


,89 


631,387 


,19 


638,395 


,49 


645,467 


94,90 


631,620 


95,20 


638,030 


95,50 


645,704 


,01 


631,853 


,21 


638,864 


,51 


645,941 


,92 


632,085 


,22 


639,099 


,52 


646,178 


,95 


632,318 


,23 


639,554 


,53 


646,415 


,94 


632,551 


,24 


659,569 


,54 


646,652 


,95 


632,784 


,25 


659,804 


,55 


646,889 


,9G 


633,017 


,26 


640,059 


,56 


647,126 


,97 


f.55,250 


,27 


640,274 


,57 


647,364 


,98 


633,483 


,28 


640,510 


,58 


647,601 


,99 


633,717 


,29 


640,745 


,59 


647,839 


95,00 


633,950 


95,50 


640,980 


95,60 


648,076 


,01 


634,183 


,31 


641,216 


,61 


648,514 


,02 


634,417 


,32 


641,451 


,62 


648,552 


,03 


634,650 


,3,-, 


641,687 


,63 


648,790 


,04 


634,884 


,34 


641,925 


,64 


649,028 


,05 


635,117 


,35 


642,158 


,65 


649,266 


,06 


635,351 


,36 


642,594 


,66 


649,504 


,07 


635,585 


,37 


642,630 


,67 


649,742 


,08 


635,818 


,38 


642,866 


,68 


649,980 


,09 


636,052 


,39 


643,102 


,69 


650,218 


95,10 

T'__ 


636,286 


95,40 


643,538 


95,70 


650,456 



(372 



Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


perature. 


DE LA VAPEUR. 


perature. 


DE LA VAPEUR. 


perature. 


DE LA VAPEUR. 


95,70 


mm 
650,456 


9600 


mm 
657,640 


9630 


mm 
664,893 


,71 


650,695 


,01 


657,881 


,31 


665,136 


,72 


650,933 


,t)2 


658,121 


,32 


665,379 


,73 


651,172 


,03 


658,362 


,33 


665,622 


,74 


651,410 


,04 


658,603 


,34 


665,865 


,75 


651,649 


,05 


658,844 


,35 


666,109 


,76 


651,888 


,06 


659,085 


,36 


666,352 


,77 


652,127 


,07 


659,326 


,37 


666,595 


,78 


652,366 


,08 


659,568 


,38 


666,839 


,79 


652,605 


,09 


659,809 


,39 


667,082 


95,80 


652,844 


96,10 


660,050 


96,40 


667,326 


,81 


653,083 


,11 


660,292 


,41 


667,570 


,82 


653,322 


,12 


660,533 


,42 


667,813 


,83 


653,561 


,15 


660,775 


,45 


668,057 


,84 


653,801 


,14 


661,016 


,44 


668,501 


,85 


654,040 


,15 


661,258 


,45 


668,545 


,86 


654,279 


,16 


661,500 


,46 


668,789 


,87 


654,519 


,17 


661,742 


,47 


669,033 


,88 


654,759 


,18 


661,984 


,48 


669,278 


,89 


654,998 


,19 


662,226 


,49 


669,522 


95,90 


655,238 


96,20 


662,468 


96,50 


669,766 


,91 


655,478 


,21 


662,710 


,51 


670,011 


,92 


655,718 


,22 


662,952 


,52 


670,255 


,93 


655,958 


,23 


663,195 


,53 


670,500 


,94 


656,198 


,24 


663,437 


,54 


670,744 


,95 


656,438 


,25 


663,680 


,55 


670,989 


,96 


656,678 


,26 


663,922 


,56 


671,234 


,97 


656,919 


,27 


664,165 


,57 


671,479 


,98 


657,159 


,28 


664,408 


,58 


671,724 


,9) 


657,399 


,29 


664.650 


,59 


671,969 


96,00 


657,6:0 


96,30 


664,893 


96,60 


672,214 



( 573 



Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


Tern- 


Tension 


perature. 


DE LA. VAPBUB. 


perature. 


DE LA VAl'EUK. 


peraturc. 


DB LA V U'l.l is. 


96?60 


nun 
672,214 


96,90 


mm 
679,602 


97,20 


mm 
687,058 


,01 


672,459 


,91 


079,850 


,21 


687,508 


,02 


672,704 


,92 


680,097 


,22 


687,557 


,63 


672,950 


,93 


680,345 


,23 


687,807 


,64 


673,195 


,94 


680,592 


,24 


688,057 


,65 


673,441 


,95 


680,840 


,25 


688,307 


,66 


673,686 


,96 


681,088 


,26 


688,557 


,67 


673,932 


,97 


681,336 


,27 


688,807 


,68 


674,178 


,98 


681,584 


,28 


689,058 


,69 


674,423 


,99 


681,832 


,29 


689,508 


96,70 


674,669 


97,00 


682,080 


97,30 


689,558 


,71 


674,915 


,01 


682,328 


,31 


689,809 


,72 


075,161 


,02 


682,576 


,52 


690,059 


,75 


675,407 


,03 


682,825 


,33 


690,510 


,74 


675,653 


,04 


683,073 


,34 


690,560 


,75 


675,900 


,05 


683,322 


,35 


690,811 


,76 


676,146 


,06 


6:5,570 


,36 


691,062 


,77 


676,392 


,07 


683,819 


,37 


691,313 


,78 


676,639 


,08 


684,068 


,38 


691,564 


,79 


676,885 


,09 


684,316 


,39 


691,815 


96,80 


677,152 


97,10 


684,565 


97,40 


692,066 


,81 


677,379 


,11 


684,814 


,41 


692,317 


,82 


677625 


,12 


685,063 


,42 


692,568 


,83 


677,872 


,15 


685,312 


,43 


692,820 


,84 


678,119 


,14 


685,561 


,44 


693,071 


,85 


678,366 


,15 


685,811 


,45 


693,323 


,86 


678,613 


,16 


686,060 


,46 


695,574 


,87 


678,860 


,17 


686,309 


,47 


693,826 


,88 


679,108 


,18 


686,559 


,48 


694,078 


,89 


679,355 


,19 


686,808 


,49 


694,329 


96,90 


679,602 


97,20 


687,058 


97,50 


694,581 



574 ) 



Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


perature . 


DK LA VAPEUR. 


perature. 


DE LA VAPKUR. 


perature. 


DE LA YAPECR. 


97,50 


mm 
694,581 


97,80 


702,172 


98,10 


mm 
709,832 


,51 


694,833 


,81 


702,426 


,11 


710,089 


,52 


695,085 


,82 


702,680 


,12 


710,546 


,55 


695,337 


,83 


702,935 


,13 


710,602 


,54 


695,589 


,84 


703,189 


,14 


710,859 


,55 


695,842 


,85 


703,444 


,15 


711,116 


,56 


696,094 


,86 


703,698 


,16 


711,575 


,57 


696,346 


,87 


703,953 


,17 


711,650 


,58 


696,599 


,88 


704,208 


,18 


711,888 


,59 


696,851 


,89 


704,462 


,19 


712,145 


97,60 


697,104 


97,90 


704,717 


98,20 


712,402 


,61 


697,357 


,91 


704,972 


,21 


712,660 


,62 


697,609 


,92 


705,227 


,22 


712,917 


,63 


697,862 


,93 


705,482 


,23 


715,175 


,64 


698,115 


,94 


705,757 


,24 


713,432 


,65 


698,368 


,95 


705,993 


,25 


713,690 


,66 


698,621 


,96 


706,248 


,26 


713,948 


,67 


698,874 


,97 


706,503 


,27 


714,206 


,68 


699,128 


,98 


706,759 


,28 


714,464 


,69 


699,381 


,99 


707,014 


,29 


714,722 


97,70 


699,634 


98,00 


707,270 


98,30 


714,980 


,71 


699,888 


,01 


707,526 


,31 


715,238 


,72 


700,141 


,02 


707,782 


,32 


715,496 


,73 


700,395 


,03 


708,038 


,35 


715,755 


,74 


700,648 


,04 


7 08,294 


,34 


716,013 


,75 


700,902 


,05 


708,550 


,35 


716,272 


,76 


701,156 


,06 


708,806 


,36 


716,530 


,77 


701,410 


,07 


709,063 


,37 


716,789" 


,78 


701,664 


,08 


709,319 


,38 


717,047 


,79 


701,918 


,09 


709,576 


,39 


717,306 


97,80 


702,172 


98,10 


709,832 


98,40 


717,565 



( 575 



Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


perature. 


DK LA VAPEUR. 


perature. 


DB LA VAPKUU. 


perature. 


DK LA VAPEUR. 


98?40 


mm 
717,565 


98JO 


mm 
725,367 


99^00 


mm 
733,240 


,41 


717,824 


,71 


725,629 


,01 


733,504 


,42 
,43 


718,083 
718,342 


,72 
,73 


725,8 9 
726,151 


,02 
,03 


733,767 
734,031 


,44 


718,601 


,74 


726,413 


,04 


734,295 


,45 


718,861 


,75 


726,675 


,05 


734,559 


,46 


719,120 


,76 


726,936 


,06 


734,823 


,47 


719,379 


,77 


727,198 


,07 


735,087 


,48 


719,639 


,78 


727,460 


,08 


735,351 


,49 


719,898 


,79 


727,722 


,09 


735,616 


98,50 


720,158 


98,80 


727,984 


99,10 


735,880 


,51 


720,418 


,81 


728,246 


,11 


736,144 


,52 


720,678 


,82 


728,508 


,12 


736,409 


,55 


720,938 


,83 


728,770 


,13 


736,673 


,54 


721,197 


,84 


729,052 


,14 


736,938 


,55 


721,458 


,85 


729,295 


,15 


737,203 


,56 


721,718 


,86 


729,557 


,16 


737,468 


,57 


721,978 


,87 


729,820 


,17 


737,733 


,58 


722,238 


,88 


730,082 


,18 


737,998 


,59 


722,498 


,89 


750,345 


,19 


738,263 


98,60 


722,759 


98,90 


730,608 


99,20 


738,528 


,61 


723,019 


,91 


730,871 


,21 


738,793 


,62 


723,280 


,92 


731,134 


,22 


739,058 


,63 


723,541 


,93 


731,397 


,23 


739,324 


,64 


723,801 


,94 


731,660 


,24 


739,589 


,6-i 


724,062 


,95 


731,923 


,25 


739,855 


,66 


724,323 


,96 


732,186 


,26 


740,120 


,67 


724,584 


,97 


732,450 


,27 


740,386 


,68 


724,845 


,98 


732,713 


,28 


740,652 


,69 


725,106 


,99 


732,976 


,29 


740,918 


98,70 


725,367 


99,00 


733,240 


99,30 


741,184 



(376) 



Tem- 


Tension Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


perature . 


DB LA VAPEUH.' 

i 


peralure. 


DE LA VAPKCR. 


perature. 


DE LA VAPEUH. 


9930 


mm 
741,184 


9960 


mm 

749,199 


9990 


mm 

757,288 


,31 


741,450 


,61 


749,468 


,91 


757,558 


,32 


741,716 


,62 


749,736 


,92 


757,829 


,33 


741,982 


,63 


750,005 


,93 


758,100 


,34 


742,248 ' 


,64 


750,274 


,94 


758,372 


,35 


742,515 


,65 


750,542 


,95 


758,643 


,36 


742,781 


,66 


750,811 


,96 


758,914 


,37 


743,048 


,67 


751,080 


,97 


759,185 


,38 


743,314 


,68 


751,349 


,98 


759,457 


,39 


743,581 


,69 


751,618 


,99 


759,728 


99,40 


743,848 


99,70 


751,887 


100,00 


760,000 


,41 


744,114 


,71 


752,157 


,01 


760,272 


,42 


744,381 


,72 


752,426 


,02 


760,543 


,43 


744,648 


,73 


752,695 


,03 


760,815 


,44 


744,915 


,74 


752,965 


,04 


761,087 


,45 


745,182 


,75 


753,234 


,05 


761,359 


,46 


745,450 


,76 


753,504 


,06 


761,631 


,47 


745,717 


,77 


753,774 


,07 


761,904 


,48 


745,984 


,78 


754,043 


,08 


762,176 


,49 


746,252 


,79 


754,313 


,09 


762,448 


99,50 


746,519 


99,80 


754,583 


100,10 


762,721 


,51 


746,787 


,81 


754,853 


,11 


762,993 


,52 


747,055 


,82 


755,124 


,12 


763,266 


,53 


747,323 


,83 


755,394 


,13 


763,538 


,54 


747,590 


,84 


755,664 


,14 


763,811 


,55 


747,858 


,85 


655,934 


,15 


764,084 


,56 


748,126 


,86 


756,205 


,16 


764,357 


,57 


748,394 


,87 


756,475 


,17 


764,630 


,58 


748,663 


,88 


756,746 


,18 


764,903 


,59 


748,931 


,89 


757,017 


,19 


765,176 


99,60 


749,199 


99,90 


757,288 


100,20 


765,449 



( 377) 



Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


Tem- 


Tension 


perature. 


DE LA VAPEOH. 


perature. 


DE LA VAPEUR. 


perature. 


DE LA VAPEUR. 


100,20 


mm 
765,449 


100,50 


mm 
773,686 


100*80 


mm 
781,997 


,21 


765,723 


,51 


773,961 


,81 


782,275 


,22 


765,996 


,52 


774,237 


,82 


782,554 


,23 


766,270 


,53 


774,513 


,83 


782,832 


,24 


766,543 


,54 


774,789 


,84 


783,111 


,25 


766,817 


,55 


775,066 


,85 


783,389 


,26 


767,091 


,56 


775,342 


,86 


785,668 


,27 


767,365 


,57 


775,618 


,87 


783,947 


,28 


767,638 


,58 


775,895 


,88 


784,226 


,29 


767,912 


,59 


776,171 


,89 


784,505 


100,50 


768,187 


100,60 


776,448 


100,90 


784,784 


,31 


768,461 


,61 


776,724 


,91 


785,063 


,32 


768,735 


,62 


777,001 


,92 


785,343 


,33 


769,009 


,63 


777,278 


,93 


785,622 


,34 


769,284 


,64 


777,555 


,94 


785,902 


,35 


769,558 


,65 


777,852 


,95 


786,181 


,36 


769,853 


,66 


778,109 


,96 


786,461 


,37 


770,107 


,67 


778,386 


,97 


786,740 


,58 


770,382 


,68 


778,663 


,98 


787,020 


,39 


770,657 


,69 


778,941 


,99 


787,300 


100,40 


770,932 


100,70 


779,218 


101,00 


787,580 


,41 


771,207 


Jl 


779,496 


,01 


787,860 


,42 


771,482 


,72 


779,773 


,02 


788,140 


,43 


771,757 


,73 


780,051 


,03 


788,420 


,44 


772,032 


,74 


780,329 


,04 


788,701 


,45 


772.308 


,75 


780,606 


,05 


788,981 


,46 


772,583 


,76 


780,884 


,06 


789,262 


,47 


772,859 


,77 


781,162 


,07 


789,542 


,48 


773,134 


,78 


781,441 


,08 


789,823 


,49 


773,410 


,79 


781,719 


,09 


790,103 


100,50 


773,686 


100,80 


781,997 


101,10 


790,384 



578 



Note sur tin phenomene d'acoustique , par M. Ch. Mon- 
tigny, de Namur. 

J'ai Thonneur de vous communiquer quelques recher- 
ches relatives a un phenomene d'acoustique signale par 
M. Scott Russell, dans une des seances de 1'Associa- 
tion britannique pour 1'avancement des sciences, et cite 
dans le journal flnstitut n 768, du 20septembre 1848. 
Ce phenomene consiste dans les variations d'acuite d'un 
son, qui devient plus aigu ou plus grave pour I'observateur 
qui s'approche ou s'eloigrie rapi dement du centre sonore. 

Ayant observe ce phenomene depuis plusieurs annecs, 
dans des circonslances differenles de celles de M. Russell, 
je crois devoir faire part des recherches qui m'avaient 
conduit a la meme explication que lui; explication que 
M. D. Brewster a voulu cherchcr dans des causes physio- 
logiques. 

C'est en descendant rapidemcnt un chemin assez in- 
cline, pres de Namur, et dont la direction prolongee, 
aboutirait vers la tour de la cathedrale, que je remarquai 
I'elevation d'acuite d'une forte cloche que Ton sonnait; 
frappe de cet eflet, d'autant plus sensible que je courais 
plus rapidement, je I'altribuai d'abord a une cause phy- 
siologique, comme le penseM. Brewster ;j'appuyais celle 
explication sur 1'observation suivante : on a remarque 
qu'en comprimant un fort baillement, pendant la per- 
ception d'un son , celui-ci eprouve une variation d'acuile. 
Une cause physiologique analogue a celle qui agit dans 
cette circonslance, pouvait done etre consideree comme 
productrice d'une variation d'acuite pendant la course, 



(379) 

Mais d&irant observer de nouveau le phenomene, a Pin- 
stant meme, je remontai rapidement la cote; je fus 
etonne d'entendre aussilol la cloche rendre un son plus 
grave. L'impossibilite d'expliquer ce nouvel effet, oppose 
au premier, par une meme cause physiologique, qui , 
dans les deux cas particuliers, ne doit dependre que du 
mouvement du corps, me fit abandonner la premiere ex- 
plication. Je crus trouver la veritable cause en obser- 
vant qu'en se dirigeant vers le centre sonore, on va an- 
devant des vibrations de 1'air, qu'ainsi 1'organe de 1'ouie 
perc.oit plus d'ondulations dans 1'unite de temps; que, con- 
sequemment, le son s'eleve; tandis qu'en s'eloignant du 
centre, on fait, pour ainsi dire, les vibrations, et alors, le 
nombre d'ondulations perc,u par I'oreilleelantmoindre que 
dans le cas d'une immobilite complete, le son doit etre 
plus grave. D'apres cette explication, les variations d'acuite 
seront d'autant plus sensiblesque la vitesse de course sera 
plus grande : c'est aussi ce que j'ai observe. Une autre con- 
sequence devait confirmer cette explication : c'est que si la 
course de 1'observateur s'effectue de maniere qu'il reste a 
la meme distance du centre d'ebranlement, le son perc,u 
doit conserver son ajcuite naturelle. Je pus verifier a 
1'instant cetle consequence sur un plateau place a une 
distance de "4 de lieue environ de la tour, en courant 
dans une direction perpendiculaire a la ligne menee de 
la lour a mon point de depart, direction ou je restai sen- 
siblement a la meme distance de la cloche; je ne pus 
apprecier aucune variation d'acuite. 

Unederniere experience renversa completement 1'expli- 
cation par les causes .physiologiques, c'est qu'en courant, 
un timbre vibrant a la main, tenu constamment a la 
meme distance de 1'oreille, 1'observateur n'eprouve au- 






( 380 ) 

cune variation dans le son rendu; tandis qu'une per- 
sonne immobile, dont on s'eloigne, percent un accrois- 
sement de gravite du son rendu, et, au contraire, une 
elevation d'acuile, des qu'on s'en approche rapidement. Si 
1'observateur, tenant le timbre, decrit un arc de cercle dont 
1'autre personne serait le centre, celle-ci entend toujours 
le meme son du timbre. 

II est facile d'evaluer le nombre de vibrations ri et, par 
consequent, le son percu, quand on s'approche ou qu'on 
s'eloigne rapidement du corps sonore avec une vitesse v; 
si n exprime le nombre de vibrations correspondant au 
son nature! , et si V represente la vitesse du son dans l'air, 
on a pour la valeur de n' : 



On choisil le signe -*-, dans le cas ou on s'approche du 
corps vibrant, et le signe dans le cas contraire. 

Ce phenomene tres-curieux est une des preuves les plus 
convaincantes de la fixation du degre d'acuite du son par 
le nombre de vibrations perc.ues pendant Funite de temps; 
en effet, il y a ici variation du nombre de vibrations per- 
c.ues, et, par suite, de 1'acuite, sans que le corps sonore 
eprouve aucune difference dans les courses d'ou dependent 
ses proprietes sonores. Le phenomene vient ainsi a 1'appui 
d'une des consequences de la theorie actuelle de 1'acous- 
tique, qui a encore etc mise en doute par M. Mackensie, 
dans une seance de la Societe royale d'Edimbourg (jour- 
nal I'lnstitut , 11 727), et ou il a presente une nouvelle 
maniere de concevoir la production et la propagation 
du son. 



581 



Le transport me'canique de la matiere ponderable est-il 
toujours dirige du p6le posilif au p6le ne'gatif? Par 
M. Maas, professeur de physique au college de la Paix, 
a Namur. 

Lorsque le courant electrique s'etablit dans le vide ou 
dans un gaz quelconque enire deux cones de charbon, 
la matiere est transported du pole positif vers le pole 
negatif. 

Les experiences des physiciens sont unanimes a cet 
egard et semblent ne laisser aucun doute sur le sens du 
transport. Je me contenterai de citer deux autorites tres- 
competentes. La premiere est celle de M. De la Rive: il 
s'opere, dit ce savant (1), un transport de matiere de 1'elec- 
trode positif au negatif, ce qu'on peut constater avec les 
electrodes de nature quelconque, mais surtout avec ceux 
de charbon. Quelques lignes plus bas, le meme savant 
ajoute, qu'il n'esl pas indifferent, quand on se sert pour 
electrodes de deux substances qui ne sont pas les memes, 
de placer Tune ou 1'autre au pole positif; mais il ne fait 
aucune remarque sur le renversement du transport : celui- 
ci ne serait que modifie par la nature des electrodes et 
par celle du milieu ambiant. 

La seconde autorite est celle de MM. Donne el Foucault, 
qui out pris Pare lumineux lui-meme comme objet sou- 
mis au grossissement de leur microscope photo-electrique: 



(1) Archives des sciences natur., n 16, 1847, p. 348. 



( 582 ) 

ils ont vu surtout le transport continue! de molecules 
ponderables qui se fait du pole posilif an negatif; celui-ci 
se charge de ces molecules, qui s'arrangent et forment une 
sorte de champignon allonge, tandis que 1'autre s'use et 
se creuse de plus en plus (1). 

C'est la assurement, continue M. Pouillet, lemoyen le 
plus sur d'etudier les phenomenes dont la science attend 
des explications plus salisfaisantes que celles qui ont ete 
proposees. 

Cette reserve de M. Pouillet est justifiee par quelques 
aulres experiences qui me sorit propres et dans le detail 
desquelles je vais entrer : on pent, en effet, produire le 
transport dans un sens oppose, c'est-a-dire du pole nega- 
tif au pole positif. 

Pour repeter 1'experience de 1'arc voltaique dans le vide, 
j'avais prepare des cones de charbon en chauffant au rouge 
blanc dela houille grasse, sans melange prealable de coke : 
la houille, reduite en poussiere tres-fine, avail ete lassee 
dans des tubes de fer dont les fonds etaient forcement 
relenus en place par des filsde meme metal. Ces tubes, 
enveloppesd'unlutterreux permeable au gaz, s'opposaient 
au gonflement de la houille; j'en ai retire des cylindres de 
coke d'une longueur commune d'environ 4 centimetres et 
d'un diametre de 5 centimetres pour les uns, de 2 pour 
les autres. Les petits cylindres etaient fortement aggluti- 
nes , et leur grain elait tres-iin; en cassant un des grands, 
je parvins a isoler dans son interieur un axe a grains 
beaucoup plus gros et lachement serres. J'ai laisse sub- 
sister, de la couche corticale compacte, ce qu'il fallait 



(1) Pouillet, EUm.j 5 C edit., t. II, p. 4-25. 



( 383 ) 

pour le lixer dans une boilc de cuivre, et j'ai domic a la 
parlie cenlrale un diarnetre a peu pres egal a celui dcs 
petits cylindres. Quant au petit cylindre lui-meme, je 1'ai 
serre entre deux demi-cylindres du meme coke a grains 
fins, cl 1'ai engage, dans cet etat, dans sa boite corres- 
pondante. 

Voila les dispositions prelimiriaires. Une pile de Grove 
a 70 tres- petits elements, communiquait, par son pole 
posilif (le platine), avec le cylindre a grains tins et durs, 
1'autre pole elant mis en rapport avec le cylindre a grains 
plus grossiers. Pendant que la pile operait, je remarquais 
que des parcelles incandescentes etaient lancees du pole 
negatif, non pas vers le pole positif, mais dans une direc- 
tion qui flottait aulour d'une normale a 1'arc lumineux. 
Ayant suspendu le courant, je trouvais que le pole positif 
etait seulement devenu un peu plus ernousse, tandis que le 
negatif presentait une espece de mamelon interieur horde 
par une couronne plus relevee que le reste, et que 1'arc 
sortant par la pointe positive avait iini par respecter. 

J'avais raison de me iier a la lecture que j'avais faite 
des poles; mais pour lever toute incertitude, apres avoir 
reforme les pointes et dispose 1'appareil comme precedem- 
ment, je crus devoir employer une aiguille aimaritee pour 
me convaincre completement que le cylindre creuse etait 
bien reellement en communication avec le pole negatif. 
Le reophore, passant par-dessus Taiguille, la faisait de- 
vier a Test. Rassure de ce cote, je repetais 1'experience 
avec le meme succes, savoir : avec transport de matiere 
enlevee du cote negatif, sans autre effet sur la pointe po- 
sitive que de la voir un peu plus emoussee qu'avant 1'ex- 
perience. 

La question a decider etait de savoir si cet effet inverse 



( 584 ) 

de ce que Ton connail, ne dependait peut-etre pas de la 
pile. Je Tai done echangee centre line aulre de meme genre 
a 15 couples, mais dont chaque platine avail 10 centi- 
metres de long sur 8 de large (partie plongee), et qui avait 
une surface a peu pres 20 fois plus grande que le platine 
du premier appareil monte dans des teles de pipe. 

Deux experiences conseculives m'apprirenl que le sens 
du transport etail encore dirige du negalif au positif. 

II est done certain que le pole negalif est loin d'etre 
inaclif, el de plus, que le sens du Iransporl depend de la 
conslitution des electrodes. Je dois ajouter que j'ai lou- 
jours opere dans le vide tres-imparfait. 

On aurait pu s'attendre a trouver le pole negalif plus 
chaud que le posilif; c'est cependanl ce dernier qui s'e- 
chauffe le plus, comme dans le cas de deux substances 
homogenes. 

Je crois pouvoir rapprocher ces resultats de ceux que 
Ton sail avoir ele obtenus par M. Porrel et par M. Pouil- 
let. Le premier a observe qu'un liquide quelconque, par- 
tage en deuxcompartiments par une membrane permeable, 
passail du cole positif an cole negalif (1). Le second a vu 
Je liquide passer du cote negatif an positif en glissant 
enlre les parois d'un lube en U el le mercure communi- 
quanl au pole posilif (2). 

Dans ces deux experiences, le pole positif est en com- 
munication avec la partie la plus conductrice du circuit 
interpolate : en effet , c'est ou bien le mercure ou bien la 
quanlil plus grande de liquide qui communiquail avec 



(1) Annales de chim., etc., 2 e srie, t. II, p. 138. 

(2) Elements, 2 e edit., t. I, p. 223. 



( 385 ) 

le pole posilif; Tordre de transport a cependant &e ren- 
verse. 

Je crois encore resler dans les limites d'une sage mode- 
ration en rapportant au meme genre de mouvements me- 
caniques ceux que M. Ermann a, le premier, obtenus 
dans un globule de mercure place sous une couche liquide. 
En plongeanl dans 1'eau les deux fils d'une pile, les glo- 
bules s'allongent du cote negatif, et un courant rapide 
d'oxyde s'etablit du pole positif vers le negatif. Voila le phe- 
nomene sous une dissolution de sulfate de potasse. Sous 
1'acide sulfurique, le mercure, a 1'instant de 1'immersion 
des electrodes, eprouve une violente agitation : si les poles 
sont de chaque cote du globule, on le voit encore s'allon- 
ger, surlout du cote negatif, et une foule de courants sil- 
lonnent sa surface en se dirigeant du pole negatif au po- 
sitif. 

Avant mes experiences directes sur le sens du transport, 
j'avais de la peine a concilier les faits avec les deductions 
que je pouvais tirer de la maniere dont je concois que les 
phenomenes electriques s'accomplissent. Je ne voyais en 
aucune fac.on pourquoi 1'impulsion partait, de preference, 
du pole positif dans i'experienee avec le charbon. La difli- 
culte est maintenant levee, puisqu'il suffit de varier con- 
venablement 1'electrode pour la voir partir du cote ne- 
gatif. 

Je termine en posant quelques questions : L'electricite 
qu'on appelle positive, n'est-elle pas accompagnee d'une 
condensation de la matiere ponderable sur elle-meme, et 
la negative d'une expansion de la meme matiere? Quand 
un courant est etabli et que, par consequent, les deux prin- 
cipes electriques envahissent simultanement le conducteur 
interpolaire, ne se peul-il pas qifau changement de con- 



( 586 ) 

ducleur, ce soil tantot 1'une tanlot 1'autre force electrique 
qui 1'emporte soil a 1'un soit a 1'autre electrode? Le pole 
positif ne doit-il pas, en general, s'echauffer plus que le 
pole negatif ? 



Resum6 d'un Memoire sur le developpement et I' organisation 
des Nicothoes ; par M. P.-J. Van Beneden, merabre de 
TAcademie. 

M. Van Beneden presente un nouveau memoire qui fait 
suite a ses communications precedentes sur la faune de 
n os cotes; il a pour litre : Memoire sur le developpement 
et I' organisation des Nicothoes; 1'auteur fait le resume de ce 
travail dans les termes suivants : 

Sur les branchies du homard (Homarus vulgaris) vit 
un lerneen d'une forme bien singuliere; il porte a droite 
et a gauche des appendices semblables a des ailes; au mi- 
lieu d'eux descendent deux longs ovisacs. La tete et le 
tronc sont a peine visibles. Tous appartiennent an meme 
sexe. Get animal a ete nomme Nicothoe, par Audouin et 
M. Milne Edwards, qui n'ont connu que le sexe femelle. 

Tout en publiant ces recherches, dans 1'intention de 
completer 1'histoire naturelle d'un animal de notre littoral, 
nous croyons cependant satisfaire plutot a rimpatience 
des embryogenistes ; ceux-ci, en effet, ne possedent pas 
de recherches suivies sur aucun animal de 1'ordre des 
lerneens. 

Les circonstances nous ont bien servi. Pendant un 
temps assez long, nous avons pu nous procurer des Ni- 






(587 ) 

cothoes do diflerenls ages el dans toute leur fraicheur; nous 
avons pu les observer pendant leur transformation, depuis 
1'apparition de 1'embryon dans 1'oeuf jusqu'a la fbrmalion 
complete des deux appendices ailes. 

Nous avons aussi reconnu le male de cessinguliers para- 
sites. II vit libremeiit, lui, dans les parages oil se tiennent les 
homards; sa forme toute diflerente correspond avec la viva- 
cite de ses mouvemenls. Comme chez les autres lerneens, le 
maleestsi petit, qu'il a Pair d'etre un parasite de sa femelle. 

Un des points les plus controverses aujourd'hui de re- 
volution embryonnaire, c'est la theorie du fractionnement 
du vitellus. On ne sail quel role joue la vesicule transpa- 
rente que Ton a souvent vue s'epancher du viiellus? Y a-t-il 
line membrane autour des segments du vitellus ou n'y en 
a-t-il pas? Le noyau blanc, qne Ton voit an centre des seg- 
ments, est-il la cause ou reflet de la division? Ce sont des 
questions dont il s'agit de trouver la solution. Je demande 
la permission de transcrire ici le passage de mon memoire 
qui concerne ce sujet delicat. 

Les naturalistes semblent divises en deux camps, et dans 
tous les deux se trouvent des autorites. On diifere encore el 
sur le fait, et sur son interpretation. 

D'apres M. Reichert, au debut de la division du vi- 
tellus, immediatement apres la fecondation, un noyau 
transparent unique apparait au centre du vitellus et dispa- 
rait peu de temps apres; puis le vitellus se divise en deux 
moities egales; il se montre un noyau blanc dans chacune 
des deux moities; le vitellus continue ensuite a se diviser 
en quatre, puis en huit, et ainsi de suite; d'aulres noyaux 
blancs se montrent au milieu de chacune des divisions 
jusqu'a ce que celui-ci ait repris son premier aspect. Le 
noyau, d'apres Reichert , ii'a pas de membrane propre; il 
TOME xv. 26. 



( 388 ) 

est produit par la division au lieu de la determiner, et une 
membrane propre entoure chague segment. 

Aux yeux de M. Kolliker, ces phenomenes ont lieu 
d'une maniere toute differente; la division du vitellusse 
fait par echancrures, qui penetrent de plus en plus pro- 
fbndement; le noyau blanc existe avant la division et de- 
termine les globules vitellins a se grouper autour delui; 
ce noyau transparent est un noyau veritable entoure d'une 
membrane propre, tandisqu'il n'y aurait pasde membrane 
propre autour des segments. Ainsi, dans le principe, un 
noyau blanc se forme au centre de 1'oeuf , et les globules 
vitellins se groupent tout autour de lui. Ce noyau donne 
naissance a deux autres noyaux par developpement endo- 
gene, et les globules, en segroupant autour d'eux, forment 
un vitellus a deux segments. Chacun de ces noyaux se di- 
vise a son tour; les globules viteilins se groupent autour, 
et ainsi desuitejusqu'a la formation du premier rudiment 
embryonnaire. 

II y a ici d'abord une question d'observation. Le noyau 
blanc precede-t-il la formation de la bosselure du vitellus, 
on bien la suit-il? Ensuite, le noyau determine-t-il le vi- 
tellus a se grouper autour de lui, ou est-il le resultat de la 
division du vitellus meme? 

A notre avis, le noyau ne precede pas la formation des 
bosselures, et il n'apparait cbaque fois qu'apres la forma- 
tion des segments. C'esl ce que nous avons cru plus d'une 
fois pouvoir constater. 

Le noyau ou les noyaux blancs du vitellus ne seraient 
done point analogues aux noyaux des cellules; au lieu 
d'etre une partie essentielle, ils ne joueraient qu'un role 
tres-seeondaire dans le developpement; c'est la ce que nous 
tachons d'elablir. 

Si nous avons egard aux premiers phenomenes qui ac- 



( 589 ) 

compagnent le (level oppement, nous voyons le vitellus se 
condenser et acquerir d'autant plus do consistance, que le 
fractionnement est plus grand : de liquide qu'il etait, il est 
devenu rnembraneux a la surface. II s'est opere un triage : 
une partie liquide s'est separee pour aller se loger au cen- 
tre meme de la sphere, et c'est elle que Ton a prise pour 
un noyau. A mesure que le vitellus se separe en bosse- 
lures et au moment meme d'entrer dans la periode de 
fractionnement, il apparait en dedans et quelquefois en 
dehors une on plusieurs gouttelettes de liquide qui peu- 
vent se repandre au dehors dans 1'albumen, quand celui-ci 
existe.Nous pensons que c'est la la signification de ces vesi- 
cules transparentes, qui s'epanchent de la surface du jaurie. 

Depuis longtemps on a vu ces vesicules sans que Ton 
ait pu s'entendre sur leur valeur; on les a vues dansdif- 
ferentes classes du regne animal, et c'est, pensons-nous, 
la premiere fois qu'on essaie d'expliquer leur origine et 
leur signification. 

Ces vesicules apparaissent surtout au debut du fraction- 
nement; cela se comprend : a une epoque plus avancee la 
surface du vilellus est devenue plus dense, elle a acquis 
plus de consistance, et la partie liquide, au lieu de s'e- 
chapper a\i dehors, est refoulee au dedans, au centre meme 
de chaque bosselure. 

Ceci s'accorde done aussi avec la division des noyaux 
blancs, correspondants aux bosselures, et leur division suc- 
cessive. 

A notre avis aussi , il n'existe, dans le principe, point de 
membranes aulour des cellules qui forment les bosselures; 
sans cela, les gouttelettes de liquide dont nous venons de 
parler ne pourraient pas se repandre dans I'albumen. Les 
bosselures peuvent se former par voie de cellules sans 
membrane particuliere a I'exterieur. 



( 390 ) 

En resume, nous croyons qne le pretendu noyau blanc, 
an lieu d'etre la cause determinante de la division du vi- 
tellus, en est au contraire le resultat; que ce noyau n'a 
pas de membrane propre; que les vesicules blanches epan- 
cheesdans ralbumen sont, comme le noyau central des bos- 
selures, le produit de la condensation du vitellus, et ne sont 
que des gouttelettes transparentes qui peuvent s'echapper 
au dehors. 

L'embryon des Nicothoes ne parcourt pas, comme on 
pourrait le supposer, les memes phases de developpc- 
ment que plusieurs autres lerneens : c'est une tout autre 
evolution embryonnaire que celle des Cyclopes, des Erga- 
siles, des Achteres, des Lerneoceres et des Trachelyastes. 

Pendant la periode de la vie libre, la Nicothoe n'a 
<ju'un ceil comme les Cyclopes, tandis qu'a 1'elat adulte, 
et par exception parmi les lerneens, on en voit deux 
places a distance. 

Les appendices varient peu pendant les deux periodes 
principales de la vie : on voit trois paires de paltes-ma- 
choires en arriere de la bouche et quatre paires de pattes 
biramees. Ces dernieres sont situees en dessous de 1'abdo- 
rnen , et, contrairement a ce que Ton a dit , elles sont toutes 
serre'es et a egale distance les unes des autres. 

II y a tres-peu de homards qui ne nourrissent quel- 
ques-uns de ces parasites. 

Ce memoire est accompagne d'une planche qui repre- 
sente les principaux appareils et les differents degres de 
developpement. 

Le memoire de M. Van Beneden est renvoye a 1'examen 
de MM. Wesmael et de Selys-Longchamps. 



(391 ) 



CLASSE DES LETTRES, 



Seance du G novembre 1848. 

M. le baron de GERLACHE, direcleur. 
M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Cornelissen , ie baron de Reiffen- 
berg, le chevalier Marchal, Steur, le baron de Stassart, 
De Ram , De Smet, Roulez, Lesbroussart, Gachard , le ba- 
ron Jules deSaint-Genois, J. David, Bormans, J.-J. Haus, 
Snellaert, Schayes, membres; M. Blondeau, associe; Gruyer, 
Arendt, Faider, Polain, correspondants. 

M. Alvin, directeur de la classe dcs beaux-arts, assiste 
a la seance. 



GORRESPONDANCE. 



M. le Minislre de 1'interieur ecrit qne le VOBU emis par 
la classe des lettres de TAcademie, de voir el ever line 
statue au eomted'Egraont, sur la grand'place de Bruxelles, 
ronlre entiercment dans les vues du gouvernement. Mais 
les circonstanccs exigeant rajournement des depenses qui 
ne sont pas de stride nccessite, force est de renoncer mo- 
niontanement a 1'execution du monument precile. 



(392) 

- M. le secretaire perpetuel fait connaitre qu'il a rec,u. 
des a present , un memoire manuscrit pour servir de re- 
ponse a la question proposee an programme de 1849, 
relativement au paupe'risme des Flandres. Ce memoire, 
ecrit en flamand, porte pour epigraphe : Voor vaderland 
en vorst. 

M. le baron de Reiffenberg annonce la mort de 
M. Marc-Antoine Julien, de Paris, decede dans sa 75 e 
annee. M. Julien avail etc nomme correspondant de 1'Aca- 
demie le 8 mai 1824. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Parmi les nations la Belgique avec gloire 

Avail repris le rang que lui marquaient I'hisloire, 

Ses progres , sa force et ses droits; 
Sur la regie et sur 1'ordre elevant sa puissance , 
Elle avail a jamais enchain^ la licence 

Plus fatale aux peuples qu'aux rois. 

Afin de cimenter le nouvel Edifice, 

A la garde d'un prince, ami de la justice, 

Elle rerail ses liberles; 

D'un prince donl 1'Europe admire la sagesse , 
El qui sail de nos temps, sans crainte et sans faiblesse, 

Comprendre les ne"cessites. 



( 393 ) 

Elle Pavait eMu dans ces races augustes 
Que n'abaisseront pas des pre'juge's injustes 

Ou des voeux crirainels 5 
Svmbole qui survit aux fureurs de Porage 
Et que Dieu, pour laisser de lui-meme une image, 

Designe au respect des mortels. 

Ce n'etait pas assez : il lui fallait encore 
Un ange qui priat pour elle des Paurore 

Jusqu'a I'heure ou palit le jour; 
Eire celeste et pur, deite tutelaire, 
De riiorninc dans le ciel propice auxiliaire , 

Qui la couvrit de son amour. 

Au trdne elle appelait, malgre sa eonfiance, 
Un garant revere de sa vieille croyance , 

De son antique et sainte foi , 
Tresor de nos aieux , leur plus bel heritage , 
A leurs derniers neveux parvenu d'age en age 

Pour sauver les moeurs et la loi. 

Tu vins alors, tu vins, par un decret supreme , 
Aupres de Leopold ceindre le diademe 

Que Charles-Quint porta jadis; 
De son tombeau detruit Godfroid voulut renaitre, 
Parmi nos souverains s'offrit plus d'un aocetre 

A la (illc de saint Louis. 

Pour feler ta presence une noble phalange 
De heros , donl revit Teternelle louange, 

Sorlit des ombres du passe j 

Ces Regniers, ces Lamberts , issus de Charlemagne , 
Et ces fiers Bourguignons que l'Autriche accoinpagne, 

Son aigle aux lions enlace. 

Ainsi nos souvenirs semblaient te sacrer reine, 
Des siecles ecoules tu renouais la chaine 

Par un brillant lien; 

Tu retrouvais ton sang dans nos grandes annales, 
Et si tu consultais leurs pages triomphatcs. 

Notre paj's etail le tien. 



( 394 ) 

Avec quels doux transports la Belgique inclinee 
Alluma sur I'autel les feux dc Phyme'ne'e 

Qui consolidait ses destins ! 
Chaque mere croyait benir en toi sa fille, 
Chaque epoux celebrait la fete de famille, 

Chaque enfant te tendait les mains. 

Mais surtout Pindigence , a ton nom ranimee, 
Te proclama d'abord sa reine bien-aime"e : 

A toi tous les coeurs abatlus ; 
Si le ciel ne t'avait destine la couronne, 
Rentre dans son pouvoir , le peuple qui la donne 

L'aurait offerte a tes vertus. 

Oui , tu regnes sur nous par les vertus touchantes. 
La facile bonte, les graces ravissanles 

Qui font excuser la grandeur; 
L'unanirae concert de la reconnaissance, 
Devoile tes secrets, trahit ta bienfaisance 

Dont il alarrae la pudeur. 

Tu te caches en vain pour essuyer nos formes, 
Pour consoler nos maux , dissiper nos alarmes : 

Le co3iir est prompt a deviner. 
Fleur dont la Providence embellit la merveille. 
Tu de>obes en vain ta corolie vermeille, 

Ton parfum te fait soupconner. 

Aussi comme le Beige et venere et partage 
Tes plaisirs, tes chagrins et le pieux courage 

Qu'en ton ame Dieu seul a mis! 
Oh ! comme il s'associe a la douleur modesle 
Qui, dans les promoteurs d'une chute funeste, 

Ne veut pas voir des cnnemis ! 

A la France imposant son caprice mobile, 
Paris chasse ses rois , les proscrit, les exile; 

Et toi que frappent tous ces coups, 
Tu pleures sans colerc tin avougle delire 
Et pour la France encor, que lu ne peux mnudire, 

Du ciel desarmes le rourroux. 



( 395 ) 

L'Eternel ne sera pas sourd a ta priere, 
Le roonde reviendra sur sa base premiere; 

De"ja pour gage de la paix 
N'a-t-il pas les enfants, vivanle apologie 
De cetle royaule que la demagogic 

Defend meme par ses forfails? 

En elalant ses fils, dont elle e"tait si vaine, 
Corne"lie autrefois. cette grande romaine, 

Disait : Voila mes ornemenls! 
Palpitante a son tour de fierte maternelle, 
La Belgique a montre" tous ses joyaux comme elle, 

Et ces joyaux sont tes enfanls. 

Us ont recu de loi le vrai talent de plaire 
Et ce charme qui rend le sceptre populaire; 

De Part ingrat de gouverner 
Quel mailre plus profond que leur illuslre pere, 
Par qui , dans Pouragan, la Belgique prospere 

Du peril sul se delourner? 

Ah! puisses-lu longtemps a ce prince trop rare 
Adoucir les dangers que sa raison repare; 

Et sur son front calme et serein 
Ramener chaque jour cet aimabie sourire 
Ou le peuple content et rassure vient lire 

L'espoir d'un heureux lendemain. 

Ma bouche n'a jamais connu la flatterie. 
J'aime la verite, mon prince et ma patrie, 

Mon vers ne sera point suspect : 
Mais a d'autrcs laiss.snt line lache insolence. 
Avec la liberte voulant Pobeissance, 

J'ai le courage du respect. 

Le baron DE REIFFESBERG. 



( 396 



Particularite's inedites sur les derniers moments de Phi- 
lippe II; par M. Gachard , membre de 1' Academic. 

Les derniers moments d'un prince qui, pendant sa vie, 
remplit le monde du bruit de son nom, sont dignes de 
1'attention des historiens et des philosophes. Si cetle 
maxime est vraie en these generale , combien ne 1'est-elle 
pas davantage, lorsqu'il s'agitd'un monarque comme Phi- 
lippe II, dont le caractere et les actes ont ete et sont tons 
les jours encore si diversement apprecies? 

Philippe II a eu de nombreux historiens. Sa vie a ete 
ecrite en espagnol , en italien , en anglais , en francos. Mais 
il n'y a guere que les ouvrages de ses deux hisioriograpbes, 
Luis Cabrera de Cordova et Antonio de Herrera, qui jouis- 
sent de quelque estime. Ces auteurs nedisent pas toujours 
toute la verite ; assez souvent ils se laissent aller au pane- 
gyrique : mais on doit avouer qu'ils sont generalement 
exacts, Herrera sur tout. 

On sail que le livre de Cabrera n'a ete public que jusqu'a 
1'annee 1585. S'il faut ajouter foi au temoignage d'un sa- 
vant espagnol (1), ce fut Philippe IV lui-meme qui defen- 
dit que I'impression en fut continuee. J'ai vu, a Paris, a 
la Bibliotheque nationale, le manuscrit qui en contient la 
suite. 

Nous en sommes done a peu pres reduits, sur les der- 



(1) Diego Josef Dormer, historiographe d'Aragon, dans un memoire qu'il 
adressa aux dtipules de ce royaume, et quo j'ai lu a la Bibliolheque de Ma- 
drid , dans un manuscrit marque Aa 03. 



( 597 ) 

niers moments de Philippe II, au recit que nous en fait 
Anlonio de Herrera. 

Dans le livre remarquable qu'il a public naguere (1) , 
M. Mignet a donne de cet evenement une relation riou- 
velle, d'apres un manuscrit attribue a Antonio Perez, et 
dont une copie est conservee a la Bibliotheque nationale, 
a Paris. J'ai trouve, a la Bibliotheque nationale de Madrid, 
plusieurs lemons du meme manuscrit. Dans Tune (volume 
marque Bb 122), 1'ouvrage est attribue aussi a Anlonio 
Perez , avec 1'observation qu'il parut sous le nom de Pierre 
Matthieu, historiographe de Henri IV (2). Dans 1'autre (vo- 
lume marque H 152), c'est Pierre Matthieu qui est donne 
comme Fauteur (5). Dans une troisieme (volume marque 
R 110) , on va jusqu'a mettre un ecrit ou Philippe II est 
traite peu favorablement, sur le compte du grand comman- 
deur don Juan de Idiaquez qui, dans les quinze dernieres 
annees du regne de ce monarque, eut part a sa confiance 
la plus intime (4); a la verite, on ajoute : il y a plus de 



(1) Antonio Perez et Philippe II, 2 e <dit., p. 380 et suiv. 

(2) Le litre qu'il porte est le suivant : Breve compendia y elogio de la 
vida del rey don Phelipe Hde Espana, defelicissima memoria, escrito 
por Antonio Perez, secretario de dicho rey, aunque salio en nombre 
de un chronista de Francia. Et on lit, de plus, au frontispice : Escrivio 
este epitome Antonio Perez, estando en Francia fugitivo ; divulgole en 
nombre de un chronisla frances. II forme un cahier de 08 feuilles , qui est 
place en tete du volume. 

(3) Voici le litre : Felipe II. Vida suya, escrita por Pedro Mateo. 
Cahier cole des nombres 289-335. 

(4) C'est au fol. 114 du manuscrit, qu'il se trouve, avec le titre suivant : 
Breve compendia y elogio de la vida del rey don Phelipe If, con todas 
las cosas memorables subcedidas en su reynado , por don Juan Idiaquez , 
comendador mayor de Leon , de el consejo de Estado. Tienese por mas 
cierto ser el autor Antonio Perez , secretario; otros dicen fue el autor el 
coronista mayor del rey de Francia, llamado Pierre Mateos. 



( 398 ) 

motifs de croire que 1'auteur est le secretaire Antonio 
Perez; d'autres disent que ce fut 1'historiographe prin- 
cipal du roi de France, nomme Pierre Matthieu. En 
derniere analyse , lorsqu'on a parcouru avec attention cet 
abrege de la vie de Philippe II, on ne peut admettre qu'il 
soil 1'ouvrage ni d' Antonio Perez, ni de don Juan de Idia- 
quez : il contient trop d'inexactitudes, notamment en ce 
qui concerne la mort de don Carlos, pour que le premier 
1'ait ecrit; il est trop hostile a Philippe If, pour que le se- 
cond en soit 1'auteur. 

L'histoire veut des temoignages moins suspects. 

Dans des Miscellanea manuscrils qui font parlie de la 
Bibliotheque nationale de Madrid (1) , j'ai recueilli, sur la 
mort de Philippe II, des particularites qui m'ontparu avoir 
un caractere authentique; depuis, j'ai rencontre line rela- 
tion du meme evenement dans un de nos propres depots 
de litres, aux archives provinciales, a Bruges (2). 

Voici d'abord les details que renferme le recueil de la 
Bibliotheque de Madrid; je n'en donnerai que la traduc- 
tion , n'ayant pas pris la precaution de transcrire le texte 
original : 

Depuis quelques annees, Philippe II avait ressenti 
de graves infirmites; il avait surtout souffert de la goulte, 
qui le maltraitait an point de ne pouvoir aller qu'en chaise. 
Le dernier juin 1598, dans 1'apres-dinee, il partit de Ma- 
drid pour PEscurial, quoique ses medecins n'eussent pas 



(1) Le volume est marque Q 155, et ne porte pas de litre. La piece signalee 
estauxfol. 153- ICO. 

(2) Elle fait partie d'un recueil tie pieces proven.int du Franc de Bruges . 
et portantd.onsrinvent.'iire le n" 10. 



( 599) 

etc d'avis qu'il changeat cle residence. 11 lit le trajet en 
chaise a porteur. Le premier jour, il coucha a Caraman- 
chel, od il resla le jour suivant. Le 2 juillet, il arriva a 
Odon , ou il se reposa le 5. Le 4, il logea a Valdemorillo. 
Le 5, il alia dormir a la Fresneda, granje (granja) des 
moines de i'Escurial, ou le prince (depuis Philippe III) et 
1'infante vinrenl le joindre. Le 6, il arriva a I'Escurial. Le 
roi employa les premiers jours qui suivirent, a I'expedi- 
tion des affaires. Comme il se trouvait mieux, il resolut 
d'aller visiler les travaux de 1'alcazar de Segovie; mais 
Dieu en avail dispose autrement. Vers le 20 juillet, il eut 
une attaque de goutte, accompagnee d'une fievre violente, 
qui ne fit qu'augmenter de jour en jour, et menaca la tele. 
II ne quilta plus son lit. Depuis le principe de la maladie 
jusqu'a sa mort, il resla conlinucllement sur son scant (1), 
sans pouvoir se remuer. Le dimanche 16 aout , le nonce, 
assiste des eveques de Segovie et d'Osma , consacra le nou- 
vel archeveque de Tolede. Pen de jours apres, le roi lit les 
nominations suivarites : D. Christoval de Mora, grand 
chambellan du prince, le marquis de Denia, grand ecuyer 
de S. A., D. Juan de Idiaquez, grand ecuyer de la prin- 
cesse, Garcia de Loaysa , archeveque de Tolede, conseiller 
d'Etat. Des prieres publiques avaient lieu dans toute 1'Es- 
pagne, pour le retablissement de la sante du roi, et d'a- 
boridanles aumones se faisaient a la meme (in. Dans le 
cours de sa maladie, le roi eut a souffrir des douleurs 
cruel les; il les supporta avec une patience et une douceur 
angeliques. Un jour qu'il souffrait le plus, il prit un cru- 
cifix qu'il avail a son chevet, et qui etait celui que I'Em- 



(1) Esliivo sicmprc de espaldas. 



(400) 

pereur, son pere, tenait entre les mains, lorsqu'il rendit 
le dernier soupir. II rec,ut deux fois le viatique, et, sen- 
tant sa fin approcher, il demanda qu'on lui admiriistrat 
1'exlreme-onction. 11 fit toutes les dispositions necessaires 
pour ses funerailles, qu'il voulut qu'on celebrat sans 
pompe. Le l er septembre, 1'archeveque de Tolede lui admi- 
nistra 1'extreme-onction, en presence du prince et de I'in- 
fante. Avant de la recevoir, il dit au prince : J'ai voulu 
que vous iussiez present , pour que vous voyiez ou abou- 
tissent les royaumes et seigneuries de ce monde, et que 
vous sachiez ce que c'est que la mort : faites-en votre 
profit, puisque demain vouscommencerez de regner (!). 
Les jours suivanls, il eprouva du mieux; ses serviteurs lui 
firent conceVoir des esperances; mais il nes'abusa point : 
au contraire, il prit le crucifix, dit que son pere etait 
mort le tenant entre les mains, el qu'il voulait mourir de 
meme , et qu'apres sa mort, on le remit au prince son fils. 
Depuis qu'il eut recji I'exti'eme-onction , il ne s'occupa 
plus que du soin deson ame et de sa conscience, s'entre- 
tenant tres-frequemment avec son confesseur, se faisant 
reciter les psaumes, adorant les reliques. II demandait a 
son confesseur et aux religieux qui l'approchaieiit s'il n'a- 
vait plus rien a faire pour la decharge de sa conscience. 
Le onzieme jour apres avoir re^u l'extreme-onction , il 
ressentit une faiblesse si grande, qu'il crut sa derniere 
heure venue. II fit appeler le prince et 1'infante , leur fit 
ses adieux, et leur donna sa benediction. Le samedi 12 



(1) Yo he querido que os hallassedes presents } para que veays en que 
vienen a parar los reynos y senorios deste mundo } y sepays que cosa es 
muerte, aprovechando os dello, pues manana haveys de comengar a 
reynar. 






(401 ) 

septembre, entre onze heures et minuit, il perdit la pa- 
role; ses yeux etaient fixes sur le crucifix qu'il lenait entre 
les mains, ainsi qu'une chandelle deNotre-Dame de Mon- 
serrat et son rosaire. Enfin, le dimanche 13 , a cinq heures 
dn matin, il rendit le dernier soupir, ayant montre une 
patience extraordinaire dans les travaux, tourments et 
aillictions qu'il avait soufferts. 

La relation que m'ont fournie les archives provinciales 
de Bruges, se trouve transcrite a la suite d'une lettre que 
Philippe III adressa a 1'archiduc Albert, pour lui annon- 
cer la mort de son pere. Je ne crois pas, toutefois, qu'elle 
ait accompagne celle lettre, ni qu'elle ait ete transmise 
officiellement a 1'archiduc. En effet, la notification de 
Philippe III est du 15 septembre, et datee de 1'Escurial : 
la relation est ecrite a Madrid; elle est posterieure au 16. 
II y a d'ailleurs, dans cette derniere, des passages qui au- 
raient ete vraisemblablement retranches d'une communi- 
cation oflicielle : tel est celui qui concerne le petit debat 
qu'il y cut, quelques jours avant la morl de Philippe II, 
entre le prince, son fils, et don Christoval de Mora. Du 
reste, bien que ce document ne soit pas original, 1'authen- 
ticite n'en peut guere, a mon avis, etre mise en doute. 
L'ecriture en est du temps; la copie est correcte. 

Je vais placer sous les yeux de la classe la traduction 
des deux pieces. 

LETTRE DE PHILIPPE III A L'ARCHIDUC ALBERT (1). 

Votre Altesse et moi, nous avons perdu le plus grand 
bien que nous possedions ici-bas, en perdant mon pere, 

(1) Ceite letlre etait cntierement de la main du roi. 



( 402 ) 

que Dieu a rappele pros de lui. Le desir d'accomplir ses 
volontess'est renouvelc en moi; et ainsi toutes les choses 
qu'il ordonna pour ma soeur se feront. Le vide quo le roi 
monseigneur laisse, on ne le considerera pas comme rern- 
pli par nous qui restons, jusqu'a ce qu'on voie comment 
nous suivons ses examples. Cela nous oblige a rnetlre par- 
tout un si bon ordre, que les malintemionnes n'en pren- 
nent aucune occasion de s'enhardir; et comme, pour I'a- 
mour que je porte a ma soeur et a Votre Allesse, leurs 
affaires me touchent autant que les miennes propres, et 
que nos interets sont communs, je ne suis pas sans crainte, 
en pensant aux. voisins qu'ont les Pays-Bas, qu'ils ne cher- 
chent a faire tomber ces provinces en d'autres mains que 
celles a qui mon pere les a contiees, et dans lesquelles je 
me rejouis qu'elles soient. Pour y obvier, et pour preve- 
nir loute tentative hostile, il sera bien que Votre Altessc 
fasse entendre, puisque deja elle est en chemin (1), qu'elle 
doit retourner aux Pays-Bas dans un tres-bref delai, et 
qu'on 1'y reverra au moment ou Ton s'y attend ra le moins : 
il conviendra aussi qu'elle me disc ce qui lui paraitrait de- 
voir etre fait pour abreger les noces. J'aurai soin de 1'in- 
struire immcdiatement de ma manicre de voir, et j'aiderai 
Votre Altesse avec beaucoup d'amour et de bonne volonte. 
Notre-Seigneur garde Votre Altesse comme je le desire. 
De S l -Laurent, le 15 septembre 1598. 

Bon neveu et frere de Votre Allesse, 
Moi LE Roi. 



(1) L'archiduc Albert ne quitla Bruxelles que le 14 septembre, pour se 
rcndre en Espagne par TAllemagne et I'ltalie. 






403 



RELATION. 

Le prince don Philippe avail assisle, en la grand'- 
place de Madrid, aux courses de taureaux el aux aulres 
fetes donnees pour celebrer la S'-Jean-Baptisle. Le roi, 
son pere, n'y avail pas pris part, a cause qu'il elail soui- 
frant de la goulle, qui lui avail altaque les deux mains. 
Son Altesse ayant rendu comple a son pere de la maniere 
donl les feles s'elaienl passees, le roi lui dil : Je me re- 
jouis que lu le sois amuse, parce que lu ne verras plus, 
en ma vie, de soulagernenl aux maux donl je souffre. 
En meme lemps, il ordonna qu'on se preparal a parlir 
pour 1'Escurial. Le docleur Mercado, mcdecin de la cham- 
bre, lui dil qu'il ne convenail pas qu'il se deplacjil; que 
cela augmenterail son mal. Le roi repondil qu'il valail 
mieux qu'on le transportal vivanl, puisqu'il faudrail lou- 
jours le transporter apres sa morl. Enfin , pour lui obeir, 
ses laquais le porlerenl sur leurs epaules, meltant six 
jours a faire le irajel, qui est de sepl lieues. II se Irouva 
micux pendant quelques jours, quoiqu'il fut oblige de res- 
ler assis, ou couche. La goutte lui revinl, avec augmenla- 
lion de fievre, el le mal fit de lels progres, qu'il voulut 
mellre ordre a son ame. II se confessa el communia. Dans 
ces circonstances, il ordonna que Garcia de Loaysa, 
nomme archeveque de Tolede, ful consacre : le nonce dc 
Sa Saintele alia lui-meme proceder a cette consecralion, 
avec la solennile requise. 

Un abces tres-grave se declara au genou droil du bon 
roi , el ne lui laissa plus de repos. Ses medecins , ne sa- 
chant que faire, deciderenl qu'on irail appeler Olias, me- 
TOME xv. 27. 



( 404 ) 

decin de Tolede, qui etait etabli a Madrid. Celui-ci, d'ac- 
cord avec eux et avec le licencie Vergara, ouvrit 1'abces, 
apres Tavoir fait murir, et il en laissa decouler 1'humeur 
qu'il renfermait. Quatre autres abces se declarerent a la 
poi trine, et furent egalement ouverts. Le roi etait de ma- 
niere que, quandou voulait le remuer, il fallait lui placer 
deux serviettes au-dessous du corps : quatre hommes le 
soulevaient, tandis que deux autres arrangeaient son 
lit. 

Dix jours avant sa mort , il eut un paroxysme qui 
ne dura pas moins de cinq heures : on en augura que les 
forces vitales commengaient a lui manquer, et ici, a Ma- 
drid, beaucoup de personnes se pourvurent d'habits de 
deuil. II revint touteibis a lui, et, 1'archeveque, ainsi que 
les gentilshommes de sa chambre, etant presents, il leur 
dit : Mes amis et vassaux, il importe peu de vous inquie- 
ter et de vous affliger pour ma sante, car les remedes 
humains sont desormais inuliles. Ce qui importe, c'est 
D de disposer a temps ce que vous avez a faire pour la se- 
pulture de mon corps. Maintenant, je veux que vous 
appeliez ici votre prince, qui sera votre roi tout a 1'heure, 
D et qu'on m'apporte le cercueil dans lequel mon corps 
doit etre renferme; je veux aussi une tele de mort, sur 
laquelle sera placee la couronne royale, et qu'on mettra 
D sur cette petite table. On executa ses ordres. Le prince 
et 1'infante etaut venus, il appela Juan Ruiz de Velasco, 
et lui dit : Vous devez vous souvenir d'un petit coffre 
D que je vous chargeai de garcler. Velasco repondit : 
Oui, Sire. II lui ordonna alors de 1'apporter. Ce coffre 
etait tres-petit. Apres 1'avoir ouvert, on en retira une pierre 
d'une fort grande valeur, que le roi fit remettre a 1'infante, 
en lui disant : Isabel Eugenia Clara , ma iille , rec.ois ce 



(405) 

bijou , que m'apporta ta mere (1); je te le donne en si- 
gne d'adieu. Se tournant alors vers le prince, il lui 
dit : Mon fils, trouves-tu bon que je fasse ce don a ta 
soeur ? Le prince repondit : Oui, Sire, et de tout ce que 
je possede. Le roi en fut tres-satisfait. II fit chercher 
un papier qui etait prepare, et, en le donnant au prince, 
il lui dit : Tu verras la comment tu dois gouverner 
ton royaume. II fit encore apporter une discipline 
dont les bouts etaient ensanglautes; et, 1'ayant levee, il 
dit : Ce sang est de mon sang, mais ce n'est pas ie 
mien; c'est celui de mon pere, qui est au ciel; c'est 
mon pere qui se servait de cette discipline : je le declare, 
pour qu'on connaisse le prix qu'elle a, et la verile du 
fait. II ordonna qu'on tirat un papier qui etait sous son 
chevet, et le fit lire par Juan Ruiz. Le contenu en etait le 
suivant: Moi, don Philippe, par la grace de Dieu, roi de 
Castille, etc., ayant gou verne ce royaume pendant 40 ans, 
et en ayant vecu 75, je rends ce royaume a Dieu, a qui 
il appartient , et je remets mon ame en ses mains, pour 
que sa divine majesle en fasse ce qui lui paraitra conve- 
nable. J'ordonne que mon corps soit embaume, qu'on 
le revele des habillements royaux , qu'on le depose dans 
le cercueil de bronze qui est ici, et qu'apres avoir ob- 
serve le temps present par la loi, mes funerailles aient 
lieu de celte maniere : En avant marcheront le guidon 
de 1'archeveque, la croix, les religieux et le clerge; puis 
Yadelantado, avec 1'etendard royal trainant a terre. 
Le due de Najara, vetu de deuil, portera la couronne 
sur un grand bassin, couvert d'un voile. Le marquis 



(1) Elisabeth , fille de Henri II, roi de France, morte en 1568. 



( 40C ) 

d'Aguilar portera Testoc. Mon corps sera porte par huit 
litres, cntoures de mes domestiques, ayant a la main 
des torches ardentes. L'archeveque ira derriere; ct der- 
riere lui, a la franchise, les grands et noire herilicr 
universel , vetu de deuil. A 1'eglise , mon corps sera 
place sur un catafalque. Apres la celebration del'office, 
on me descendra dans le caveau qui doit elre ma der- 
niere et ma perpetuelle demeure. Cela fait , votre prince , 
devcnu troisieme roi de mon nom, ira a Madrid, au mo- 
nastere des Hieronimites, ou se fera ma neuvaine; ma 
)> iille, avec ma soeur (1), se retirera chez les religieuses 
)> dechaussees. Outre ce que je vous ai dit plusieurs fois, 
je vous prie d'avoir les plus grands egards pour votre 
soeur (2), qui etait mon miroir et la lumiere de mes yeux. 
Maintenez la republique en paix; instituez-y de bons 
gouverneurs, recompensant le bien et pnnissant le mal. 
J'ordonne que le marquis de Mondejar soil rendu a la 
liberte, a condition qu'il n'entre pas a la cour. J'or- 
donne de meme qu'on fasse sortir de prison la femme 
>^ d' Antonio Perez, qu'on lui rende ses biens prop res, et 
que ses fils puissent heriter de ceux-ci , pourvu qu'elle se 
retire en un monastere. Je pardonne a ceux qui sont 
detenus pour des delits de chasse et aux condamnes a 
mort. Cette lecture termiiiee, le roi demanda a ses 
enfants de Tembrasser une derniere fois, et leur dit d'aller 
se reposer. 

Le prince, en sortant, dit a don Cliristoval de Mora : 
Qui a le passe-partout? Moi, seigneur, repondit 



(1) Marie crAulriche , veuve de Tempercur Maximilien II, qui s'elait rt- 
liree en Espagne apres la mort de son mari. 
(-_>) L'infante Isabelle. 



(407 ) 

don Christoval Donnez-le-moi, repliqua le prince. 

- Don Christoval repartit : Que Votre Altesse me le 
pardonne; mais la clef qu'elle demande est celle de la 
confiance, et je ne puis la donner sans la permission du 
roi monseigneur. Le prince lui dit : c< Cela suffit. 
Don Christoval retourna alors aupres du roi, qu'il Irouva 
un peu moins souffrant, et lui dit : Sire, Son Altesse 
m'a demande le passe-partout, et je n'ai pas vouln le lui 
remettre sans Faulorisation de Votre Majesle. Le roi 
repondit : Vous avez mal fait. 

Depuis, le roi eut un autre paroxysme. II demanda 
I'extreme-onction, que 1'archeveque lui donna. II fit tirer 
nn crucifix qui etait garde dans un coffre : son pere avait 
expire, tenant ce crucifix, et il voulait le tenir aussi en 
mourant. Apres I'exlreme-onction , Son Allesse revinl le 
voir. Don Christoval entra : il flechit legenou, et remit la 
clef au prince. Le prince, i'ayant prise, la remit an mar- 
quis de Denia (1). Le roi lui dit alors : Je vous recom- 
mande don Chrisloval comme le meilleur serviteur quo 
j'aie eu; je vous recomrnande aussi les autres. II prit 
encore conge d'eux, et les embrassa. En ce moment, il 
perdit la parole, et il fut ainsi durant deux jours. 

II mourut le dimnnche 15 septembre 1598, a trois 
heures du matin. L'enterrement eut lieu le lundi 14, a 
neuf heures du matin. L'archeveque dit la messe. Le nou- 
veau roi vint de 1'Escurial le 16, a huit heures du soir, 
ayant laisse sa sosur au couvent des religieuses dechaus- 
sees; il se retira au monastere des Hieronimiles. 

La cour est plongee dans le deuil. 



(I) Depuis due de Lerma, etqui cut touto la confiance de Philippe III. 



( 408 ) 

On remarquera que la relation tiree du manuscrit de 
Bi'uges, el celle que j'ai extraite du recueil de Madrid, sont 
d'accord, en ce qu'elles ne se contredisent sur aucun 
point essentiel : on peut dire meme qu'elles se completent 
1'une 1'autre. Toutes deux doivent avoir ete 1'ouvrage de 
personnes atlachees a la maison de Philippe II. 

On remarquera encore que, sans infirmer en rien le 
recit de Herrera , elles y ajoutent une foule de details nou- 
veaux et interessants. 



TEXTE ORIGINAL. 

LETTRE DE PHILIPPE II A L\RCHIDUC ALBERT. 

Perdido hemos V. A. y yo el mayor bien que aca de bajo del 
cielo teniamos , con avernos faltado mi padre que ha llevado 
Dios a descansar. En mi queda renovado el desseo de cumplir 
sus inlentos, y assi, en cuantas cosas dex6 mandadas a mi her- 
mana, no abra falta. El vazio que el rey mi senor dexa,no le ha de 
tener por lleno el mundo, con los que en 61 quedamos , hasta que 
se vea y reconosca como le imitamos y parescemos. Esto obliga a 
tenello todo tan en orden , que no se de" lugar a atrevimiento 
ninguno de los malintencionados. Y por que miro como pro- 
prias las cosas de mi hermana y de V. A., por el amor que yo 
les tengo, y ser los interesses communes, me comien^a a dar 
cuidado que, siendo tales los vezinos que confman con essos 
Estados,se puede temer que ban de intentar que caygan en otras 
manos de las que mi padre los pus6, y yo huelgo que esten. Para 
obviar este da no, y refrenar atrevimientos, sera bien que V. A. 
de" a entender , pues ya vendra caminando, que ha de bolver muy 
presto; que, qnando no se eaten, le ternan alia con sigo, y a mi 
me avise V. A. lo que entendiere que conbiene para que abre- 
viemos las bodas, que a la bora respondere a lo que ubiere, y 



( 409 ) 

avisare" lo que se me ofresciere, y ayudar6 a V. A. con mucho 
amor y voluntad. Nuestro Senor guarde a V. A. como desseo. 
De S n Lorenzo, 13 de setiembre 98. 

Buen sobrino y hermano de V. A. , 

YO EL KEY. 

Al serenissimo senor el archiduque Alberto } 
mi hermano. 



RELATION. 

Abiendo estado el principe don Felipe en la pla^a de Madrid, en 
los toros y fiestas que se hizieron, celebrando la fiesta de San 
Juan Bautista deste aiio 98, no estub6 el rey su padre (que est 
en el cielo) en este regocijo, porque en aquella coyunlura estava 
enfermo de la gota queleavia dadoenentrambas manos. Viniendo 
Su Alteza de las fiestas, refiriendo a su padre lo que avia avido 
en ellas, respondi6 : Huelgome que te ayas holgado, porque 
no veras mas en mi vida alivio desta enfermedad , y mand6 
que se apercibiessen para yr al Escurial. El dolor Mercado, me"- 
dico de la camara , le dixo que no conbenia mudarse i porque 
cresceria el aceidente de su mal. Respondiole a esto el rey que 
antes conbenia que le llevassen en vida, pues le avian de llevar 
despues en muerte. Al fin , por cumplir su voluntad, le llevaron 
en hombros sus lacayos, tardando, en 7 leguas que ay, 6 dias. 
Estub6 algunos dias mejor, aunque no se podia lener en los pies, 
que el 6 avia de estar sentado 6 hechado. Torntile la gota y ca- 
lentura con crescimiento , curandole sus dotores. Apret6le la 
dolencia de suerte que di6 luego 6rden de ordenarsu alma. Con- 
fesso y comulg6; y a este punto mando que se consagrasse Garcia 
de Loaysa, ar^obispo de Toledo. Fue el nuncio de Su Santitad a 
consagralle con la solennidad que se requeria. Sali6 al buen rey 
una apostema en la rodilla derecba , muy enconosa, desuerle que 



( 410 ) 

no le dexava reposar. Sus dolores, confuses, ordenaron de em- 
hiar a llamar a Olias , un m&lico loledano, que estava en Madrid. 
El y los demas, con parescer suyo y del licenciado Vergara, 
puesto recaudo con que madurasse la apostema, la abri6, dejan- 
dola que manasse el mal humor que tenia. Despues desto, salie- 
ron otras qtiatro apostemas en el pecho; tambien se las abrieron, 
dexando que todas manassen. Estava de manera que quando le 
avian de rodear, era con dos tovajas por debaxo del cuerpo, 
levantandole quatro hombres en alto, y otros dos le ygualavan 
la ropa. 

Dies dias antes que muriesse, le di6 un paroxismo tan fuerte, 
que le duro cinco boras, de modo que se entendia que ya el 
espiritu vital faltavn, y aqui, en Madrid, muchos senores se pro- 
beyeron de lutos. Bolvi6 en si, y eslando el argobispo y los de la 
camara presentes, les dixo : Aniigos y vassallos mios, poco 
importa congojaros ni affligiros por mi salud, porque ya en 
mi remedios bumanos no aprovechan; lo que importa es que 
apercibays con tiempo lo que avcis de bazer para sepultar mi 
cuerpo ; agora entretanto que os dexo, mando me llameis a 
vuestro principe y rey que sera presto, y traerme el ataud en 
que he de ser sepultado, y una calavera, puesta la real corona 
encima ; la pondreis en aquel bufctillo pequeno. Hizose ansi , 
y estando presentes el principe y infanta, llamoa Juan Ruyz de 
Velasco, y le dixo : Bien os acordareis de un cofrecito que os 
di que guardassedes. Respondio : Senor, si. Bolvioa de- 
zir que se le truxesse, el qual era muy pequeno; y abierto, saca- 
ron de alii una piedra de grandissimo valor, dizicndo que se la 
diessen a la infanta , a la qual dix6 : Hija Isabel Eugenia 
Clara, recibe esta joya que me trux6 tu madre, la qual te 
w doy por la despedida; y bohiendo al principe, le dixo : 
Hijo, gustais que se la dc" a tu hermana? Respondio : 
Senor, si, y quanto yo tubiere. Estimolo el rey en mucho; 
mando que se buscasse otro papel que alii avia, y dandosele 
al principe, le dixo : Ay veras el modo con que ayas do gobor- 



(411 ) 

nar tu reyno. Sacaron mas una disciplina, en los eslremos 
ensangrantada, y levantandola en alto dix6 : Esta sangre de 

mi sangre es, pero no es mia; de mi padre es, quc esl6 en el 

cielo , el qual usava este exercicio ; y por que se entienda el 

valor suyo, y la verdad desto, lo he declarado. Mando sacar 
un papel que debaxo de su cabe^era tenia, y leyendole Juan Ruyz, 
dezia ansi : Nos, don Felipe, por la gracia de Dios, rey de Cas- 

tilla, etc., aviendo gobernado 40 anos este reyno, a los 73 

de mi edad, renuncio este reyno en mi Dios, cuyo es, y el 

alma pongo en sus benditissimas manos, para que su divina 

majeslad haga della lo que por bien tubiere, y mando que en 

saliendo deste cuerpo, el sea embalsamado y vestido con 

habito real, y puesto en el ataud de bronce que esta presente; 

y teniendome ansi las boras que manda la ley, me lleven a 

sepiiltar desta manera : Vaya delante el guyon del ar^obispo, 

crnz, frayles y clerjia; luego el adelantado con el estandarle 

real, arraslrando por el suelo. Yendo enlutado, el duque de 

Najara llevara la corona en una fuente grande cubierta con 

un velo ; llevara el estoque el marques de Aguilar, y mi cuerpo 

ocho intitulados; mis criados, con sus hachasencendidas, de 

Into cubiertas; el argobispo detras; los grarides y nueslro uni- 

versal beredero detras, a lo Frances, con su luto, yendo a la 

yglesia; en un tumulo que se hara mi cuerpo se ponga. Dicbo 

el officio por el prelado, me meteran en la boveda donde 

sera la postrera casa que se me da perpelua. Hecho esto, se 

yra vuestro principe, rey tercero de mi nombre, a Madrid, a 

San Geronimo, donde se haga mi novenario, y mi hija con mi 

)> hermana su tia en las Descal^as eslara recojida. Fuera de lo 

j) que en ostras vezes os tengo dicho, os ruego que rnireis mu- 

cho por vuestra hermana, que era el espejo mio, y luz destos 

ojos; tened en paz la republics, buenos gobernadores en ella, 

premiando al bueno, y castigando al malo. Mando que el 

marques de Mondejar sea suelto de la prision en que padesce, 

qnedando libre con que no entre en la corte. A la muger de 



(412) 

Antonio Perez, con qtie se meta recojida en tin mfrnasterio, la 
suellen , y se le buelva la hazienda que le toca, y sus hijos he- 
reden de la parte della. Perdono a los que estan presos por la 
cac.a, y los condenados a muerte, faltando el perdon del rey. 
Pidi6 el postrer abrac,o de sus hijos, diziendoles se fuessen a 
descangar. Al salir el principe, dix6 a don Cristobal deMora: 
La Have maestra, quien la tiene ? Respondi6 : Senor, yo. 
Replic6 : Dadmela. Dix6 don Cristobal : Vuestra Alteza me 
perdone , que es la Have de la confian^a , y sin licencia del rey mi 
senor, dar no la puedo. A esto el principe le dix6 : Basta. 
Entr6se en su aposento, y don Cristobal bolvi6 al rey, al qual 
vi6 un poco aliviado, y le dix6 : Senor, Su Alteza me ha pedido 
la Have maestra, y no se la quize dar sin licencia de Vuestra 
Majestad. Respondio el rey : Mai hizistes. Diole despues 
otro paroxismo; pidi6 la estrema uncion, diosela el ar^obispo; 
pidid que sacassen un crucifixo que estava en un cofre guardado, 
porque a via sido aquel con que espiro su padre, y el querria 
tambien morir con 61. Bolvio S. A., dada la estrema uncion , 6 
velle; enlr6 don Cristobal, hincando la rodilla; le entreg6 la 
Have. Tomola el principe, y diola al marques de Denia; y a este 
punto, le dixo el rey : Mirad que os encomiendo a don Oisto- 
bal, por el mejor criado que yo he tenido, y los demas os en- 
)) comiendo que mireys por ellos. Bolvi6se a despedir, abra- 
c,andolos; y a este punto se le quito la habla. Estuvo desta suerte 
dos dias. 

Muri6 domingo 43 del mes de setiembre 1598, a las tres 
horas de la manana. Hiz6se el entierro Junes a 14 del dicho, a 
las nuebe de la manana. I)ix6 el ar(;obispo la missa. Vin6se del 
Kscurial el rey nuebo, a los 16 del dicho, a las 8 de la noche; 
dejando a su hermana en las Descalgas, se retir6 a S. Geronimo. 

Qneda la corte muy enlutada. 



(413) 



Note sur I'endroit oil Clovis defit les Allemans; par le 
chanoine J.-J. De Smet, membre de 1'Academie. 

II n'est pas indifferent pour 1'historien de connaitre avec 
certitude les lieux qui ont ete temoins de graves evenements, 
de ceux~la surtout qui ont change la face politique du pays, 
dont il retrace les annales. G'est la souvent qu'il trouve 
ces details qui empreignent son recit des couleurs locales, 
ou le rendent plus dramatique, et qu'il rencontre quelque- 
fois des preuves de la veracite des auteurs qu'il consulte. 
II n'est done pas etonnant que plusieurs fails d'armes, qui 
ont illustre notre sol et dont le theatre n'est fas claire- 
ment designe par les narrateurs contemporains, aient 
doune lieu a des investigations longues et savantes; que 
meine il en soil, comme quelques batailles de Jules 
Cesar, sur lesquelles la science n'a pas dit son dernier 
mot. 

Ces recherches, en effet, ne sont pas faciles. Les histo- 
riens anciens , et les chroniqueurs qui sont venus apres 
eux, connaissent parfois si mal lies localites dont ils par- 
lent, qu'ils se contentent de les indiquer d'une mariiere 
tout a fait vague ou par des noms, dont le torrent des ages 
a respecte bien peu le souvenir. Qu'on ajoute a ces diffi- 
cultes celle qui resulte de la diversile des mesures qu'ils 
emploient, et on sera moins surpris de voir les critiques 
et les historiens modernes si frequemment reduits a s'ap- 
puyer sur de simples conjectures. 

Nous nous proposons d'examiner Ires-brievement, si 
Ton a eu tort de designer Tolbiac ou Zulpich comme le 



( 414 ) 

theatre de la defaite des Allemans (1) par le chef des 
Franks Saliens, Chlodo-Wigh on Clovis, apres le VOBU qti'il 
y avail fait d'embrasser le christianisme. Cette bataille 
decisive appartient a 1'histoire de Belgique bien plus qu'a 
celle de France; car M. Augustin Thierri (2) dit avec rai- 
son : La nation a laquelle il convient reellement de fon- 
der son histoire sur 1'histoire des tribus frankes de la 
Gaule, c'est plutot celle qui habite la Belgique et la Hoi- 
lande (5) , que les habitants de la France proprement dite. 
Cetle nation vit tout entiere sur le territoire que se par- 
tagerenl les Franks, sur le principal theatre de leurs re- 
volutions politiques. 

En traitant ce point d'histoire, nous ne faisons, d'apres 
cela, que revendiquer notre bien. 

Dans tin corollaire qu'il a ajoute au travail du savant 
Henschen , ou Henschenius, sur les actes de saint Vaast, 
le bollandiste Ghesquiere nous apprend (4) que son docle 
confrere est le premier qui ait place la victoire de Clovis 
dans le voisinage de Strasbourg et non a Zulpich : si les 
historiens modernes, dit-il, n'ont pas adople cetle opi- 
nion, c'esl qu'ils ne consullenl pas les ouvrages ecrits en 
latin, ou que, s'ils les consullent, ils ne les comprennent 
pas trop bien. II n'est pas bien sur peut-elre que Hensche- 



(1) M. Aug. Thierri, dont rerudilion coltique est quclquefois snjette ck 
caution, explique ce mol. par hotnmes tres-braves ; il signilie reellement 
Itommes meles da nations dfffdrenles : ^w^XtJ'^ L-IW xvQpUTrci , dit Afta- 
thias (De reb. inst., lib. I), y.y.'i ^.iyy^h^^ Y.:U ro-j-o Jitvzrzt avrcl^ y tjrw- 



(3) Lettrcs sur 1'histoire de France, leltre 2. 

(o) Ce pays a peu souflert des revolutions politiqnos des Franks. 

(4) 4cta SS. Bdgii, torn, II , p. 40 et seq. 



(415) 

nius ail, le premier, dispule a Tolbiac 1'houneur, si hon- 
neur il y a, d'avoir ele ensanglanle par la vicloire de 
Clovis : mais, malgre noire respect sincere pour 1'cru- 
dilion et la crilique de 1'abbe Ghesquiere, nous ne sau- 
rions admeltre avec lui que le P. Longueval , Dom Bou- 
qnel, Schoeplin el beaucoup d'autres, qui maintienncnt 
les droits de Tolbiac, ne lisaienl pas de livres lalins ou ne 
les entendaient qu'a demi en les lisanl. 

En decrivanl la bataille, saint Gregoire de Tours n'en a 
pas nomine ['emplacement, mais dans un autre endroil de 
son llistoire ecdcsiastique dcs Franks (1) , il raconle que 
Sigebcrl, chef des Franks Ripuaires a Cologne el parent 
de Clovis, avail rec,u au genou une blessure qui le rendit 
boiteux pour la vie, en comballant les Allemans pres de 
Tolbiac apud Tidbiacense oppidum (2). La pluparl des 
historiens, pour ne pas dire presque tons, ont cru qu'il 
etait question ici de la bataille ou Clovis triompha, et rien 
assurement n'est plus nalurel : Tulbiacense hoc praelium 
idem illud esse, dit Schoepflin (5), quod Ctodovci ad chris- 
tianismum conversioni occasionem dedit, vix dubitarc li- 
cet. Ecrivant a Strasbourg, el retrac.ant lout ce qui pou- 
vait illuslrer 1' Alsace, cet ecrivain devait etre porle a se 
ranger de 1'opinion de Henschenius, si sa conscience d'his- 
torien veridique ne s'y fut opposee : son temoignage rnel, 
a noire avis, un grand poids dans la balance. 

II est peu vraisemblable, dit Ghesquiere, que Clovis 
ail marche au secours de Sigebert, el qu'il ait reuni son 
armee a la sienne pour cornbatlre les Allemans. Eh! pour- 



(1) Lib. II, cap. XXXVII. 

('2) A quatre lieues de Cologne. 

(o) Alsatia illuslrata , torn. I cr , pay. 450, note /. 



(416) 

quoi done cela ne serait-il pas vraisemblable? Nous trou- 
vons, au contraire, que rien n'etait plus simple et plus 
rationnel. Les Franks Ripuaires et les Franks Saliens 
etaient-ils si etrangers les uns aux autres? N'apparte- 
naient-ils pas au meme peuple? Peut-on des lors etresur- 
pris de les voir agir de concert contre un ennerni commun? 
II y avait d'ailleurs un motif plus grand encore de s'en- 
tendre: les Allernans d'au dela du Rhin, comme ceux d'en 
dec.a, pretendaient a la conquete des Gaules, dont Clovis 
voulait assurer la possession aux Franks; devait-il voir, 
1'arme au bras et sans bouger, 1'invasion du pays par ses 
rivaux? Deja, pour la meme raison, le guerrier chevelu 
avait porte la guerre chez les habitants de la Thuringc (1) 
et les avait obliges par la force des armes a se soumeltre 
a son autorite. 

Pour les connaissances strategiques, nous croyons etre 
a peu pres sur la meme ligne que Pabbe Ghesquiere : il 
nous est done permis, ce semble, de ne pas etre de son 
avis, quand il croit que Sigebert et Glovis auraient commis 
une faute, en reunissant leurs forces contre les Allemans, 
et qu'ils auraient du combattre, celui-la pres de Tolbiac, 
celui-ci dans le voisinage tfArgentoralum. Nous ne savons 
quel sentiment intime nous porte, au contraire, apenser 
que beaucoup de generaux prefereraient de combatlre Pen- 
riemi avec ensemble et conjointement, que de Pattaquer 
isolement et sans que Pune armee put soutenir Pautre. 
Les chefs des Franks n'avaient pas d'ailleurs la liberle du 
choix. Aucun annaliste ancien ne nous laisse supposer que 



(1) L'abbe Dubos et d'autres ecrivains de merite croient qu'il s'agitla des 
Toogrois, qui avaient quitte la Thuringe pour la Belgique, sous Augusts. 



(417 ) 

les Allemans eussent divise leurs forces, et, d'une autre 
part, lours troupes etaient si nombreuses (1), qu'ils triom- 
phererit un moment de toute la bravoure des Franks. Com- 
ment s'irnaginer, a la vue de ces circonstances, qu'il n'est 
pas vraisemblable que Clovis et Sigebert, chefs de deux 
armees d'une meme race, les aient conduites ensemble 
centre un ennemi commun ? 

Les raisons sur lesquelles Henschenius et Ghesquiere 
ont surtout base leur opinion se reduisent proprement a 
deux : la bataille se livra sur les bords du Rhin, disent- 
ils, et Tolbiac ou Zulpich est a vingt-cinq milles romains 
de ce fleuve (2); ensuile, Clovis, en revenantde vaincre, 
passa par Toul pour revenir a Reims, et c'etait la en effet 
sa route , s'il relournait des environs de Strasbourg; mais 
Toul ne se trouvait pas sur le chemin de Tolbiac a Reims. 
- Examinoiis en peu de mots ces deux arguments. 

Le premier serait sans doute bien grave , s'il etait effec- 
tivement prouve que la bataille eut lieu sur les rives du 
Rhin, mais sur quels recits cette assertion est-elle fondee? 
Des premiers ecrivains qui onl raconte meme en detail 
la victoire des Franks, aucun ne parle du Rhin; il n'en 
est fait aucune mention dans 1'histoire de saint Gregoire 
de Tours, dans la chronique de Fredegaire, dans les Gesta 
regum Francorum el dans la chronique de Moissy. Quel 
est done 1'ouvrage qui en parle? On ne peut citer que les 
deux Vies de saint Vaast, editees par Henschenius : encore 
faut-il mettre de cote la seconde, ecrite par le celebre Al- 
cuin , puisqu'il n'a fait que paraphraser la premiere, en la 



(1) Fortissimo, collecla manu, dit un auteur. 

(2) Quoiqu'il combatte aussi Topinion commune, Olivier de Wree croit 
que Tolbiac est assez rapprochS du Rhin. 



(418) 

remaniaut pour le style. Reste done tin seul temoiu ano- 
nyme, hagiographe pieux sans doute, mais ecrivant pres de 
deux siecles apres le regne de Clovis et apparemment pen 
verse dans la geographic. II est surprenant que les Bollan- 
distes, qui out acquis line reputation aussi grande que 
bien meritee d'erudition, de sagacite et de droiture de 
jugement, en rectifiant des erreurs sans nombredu meme 
genre dans les Actes des saints, aient donne tant d'impor- 
tance au biographe inconnu de saint Vaast. G'est proba- 
biement parce qu'ils n'y attachaient aucune prix qu'Ad. 
Le Valois (1) et Dorn Bouquet, en rejetant 1'opiriion de 
Henschenius, ont passe entierement 1'argument qu'il em- 
prunle a cet anonyme. 

Quant a 1'autre, qu'on a cm trouver dans le passage de 
Clovis a Toul , dom Bouquet et le P. Longueval (2) remar- 
quent qu'il n'a qu'une valeur apparente : Les savants 
compilateurs des Acta Sanctorum, dit ce dernier, ont 
cru qu'il est plus probable que la bataillc se soil donnee 
dans 1'Alsace, puisqu'on marque que Clovis revint a 
Reims par Toul. Cette raison ne me parait pas sulli- 
sante pour abandonner 1'opinion commune. Car Gre- 
goire de Tours nous apprend que Clovis, apres la ba- 
taille, rangea les Allemans a son obeissance. Ainsi il 
est naturel de croire (ju'il fit une incursion dans leur 
pays, et par consequent qu'il ne sera pas revenu du 
champ de bataille a Reims par le plus court chemin. 

11 n'est pas bien sur, avons-nous dit, que Henschenius 
ait le premier coriteste les litres de Zulpich : en ellet, 



(1) Rerum Franc*, lib. VI. 

(2) Hist, de I'Eglisc (jail. , torn. II, pag. 198 , note. 



( 419 ) 

1'historien bnigeois Olivier de Wree, mort depuis six ans, 
quand parut le travail du bollandisle, avail cornbatlu 
1 'opinion commune dans son Historia Flandriae Chris- 
tianae (1); il pense, lui, etre le premier de ce sentiment. 
Son systenie n'est pas cependant celui du savant jesuite: il 
reconnait 1'identite de la bataille ou fut blesse Sigebert et 
de celle ou triompha Clovis; mais il pense qu'au lieu de 
Tuibiacense oppidum, il faut lire chez saint Gregoire de 
Tours, Tulliacensc ou Tullense oppidum, et que la villc de 
Toul a donne son nom a la victoire de Clovis. Mai lieu reu- 
sement pour cette supposition, jamais aucun liistorien n'a 
donne a Toul le nom de Tulliacense oppidum; et quant a 
Tullense, il aurait fallu montrer, les manuscrits en main, 
que la lec,on generalement rec.ue n'est pas la bonne, ce 
que notre ccrivain n'a pas meme essaye de faire. II y au- 
rait d'ailleurs perdu sa peine et son lemps, puisque les 
differents textes de saint Gregoire de Tours portent inva- 
riablement Tuibiacense, et que Guillaume le Petit, dom 
Ruinart et dom Bouquet, qui les out examines si conseien- 
cieusement, n'ont Irouve rien de vicie, rienmemededou- 
leux dans cet endroit. Les aulres ecrivains qui ont relate 
le meme fait, le scolastique Fredegaire et les anonymes, 
dont nous avons deja cile les ouvrages, ecrivent egalement 
Tuibiacense oppidum, Tulpiacum civitas ou Tulbiacum cas- 
trum, aucun Tullense. Cependant la villede Toul, s'il s'e- 
tait agi d'elle, devait etre parfaitementconnue des histo- 
riens ecclesiastiques qui ecrivaient a Tours on a Reims. 

Olivier de Wree fait a 1'opinion commune une aulre ob- 
jection qu'on ne s'attendrait pas a rencontrer sous la plume 



(1) Pages 1 et 2. 

TOME xv. 28. 



( 420 ) 

cTim ecrivain dont 1'erudition cst incontestable. II n'est 
aucunement possible, a 1'en croire , que Zulpick soit le 
lieu qui vit le triomphe de Chlodo-Wig, car ce n'est qu ? un 
bourg, et Gregoire de Tours donne ouvertement, dare, le 
nom de ville au theatre de la bataille. Comme s'il n'exis- 
tait pas malheureusernent un grand nombre de villes au- 
trefois vastes et opulentes, dont lesguerres, les revolu- 
tions sociales et physiques ont fait de pauvres bourgs et 
d'obscurs villages! Qu'etait-ce done que le tot oppidorum 
cadavera dont Sulpicius parle a Ciceron quelque part? Le 
savant Brugeois raisonne eomnie celui qui dirait : On ne 
peut croire que 1'endroit que Godefroid de Bouillon et ses 
compagnons d'arrnes prirent apres un siege meurtrier, soit 
1'Antakie d'aujourd'hui , car ce n'est la qu'une miserable 
bourgade, ell'Antioche, dont ils s'emparerent, etait une 
grande et magnifique cite, une des plus belles de I'O- 
rient. 

Une autre objection de notre historien est prise de la 
demeure des Allemans qui habitaient, dit-il, entre le 
Rhin, le Danube et le Mein, mais c'est la confondre les 
epoques, et puis il se refute lui-meme, en convenant qu'ils 
se trouvaient deja sur la rive gauche du Rhin; ce qu'il 
serait d'ailleurs difficile de contester (1). Enfin, il argu- 
mente, comme Henschenius, du voyage de Clovis a Reims 
et de son passage a Toul ; nous croyons en avoir assez dit 
pour demontrer que cette difficulte n'en est pas une. 

Nous croyons aussi que cette note, bien que trop 



(1) Non Memanni modo cis Rhenum, dit Schoeptin , sed et Trans- 
Rhenani, conjunctis viribus, bellum Francis intulisse mdentur quod de 
Galliae turn imperio Alemannos inter Francosque agebatur ; pugna Tol- 
biacensis rem omnem decidit. AISATIA ILLUSTR. , pajj. 430, note h. 



(421 ) 

courte , prouve assez que, malgre Tautorile imposante 
d'Henschenius et de Vredius, car de Wree se traduit 
ainsi, on pent encore sans scrupule suivre 1'opinion com- 
mune et regarder Zulpich ou Zulg, au duche de Juliers , 
comme le theatre veritable de la victoire des Franks. 



- M. le baron de Stassart a donne lecture d'une no- 
tice necrologique sur M. le baron da Ladoucette, 1'un des 
associes que la classe des lettres a recemment perdus. 
Cette notice sera inseree dans I'Annuaire de 1849. 

L'heure avancee a fait remettre a une prochaine 
seance : 

1 Une notice necrologique sur M. L.-V. Raoul, par 
M. Quetelet; 

2 Une notice sur la Croatie militaire et les aulres 
provinces illyriennes, par M. le chevalier Marchal. 

- M. le directeur, en levant la seance, a fixe au lundi 
4 decembre, 1'epoque de la prochaine reunion. 



122 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance du 15 novembre 1848. 

M. ALVIN, direcleur. 

M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sent presents : MM. Braemt, deBeriot, Fetis, Navez, 
Roelandt , Suys , Van Hasselt, le baron Wappers , J. Geeis, 
Corr, Snel, Baron, Fraikin, Ed. Fetis, membres; Bock, 
associe. 



CORRESPONDANCE. 



- M. de Caumont remercie la classe pour sa nomina- 
tion d'associe dans la section des sciences et des lettres dans 
ieurs rapports avec les beaux-arts. 

M. Julien Leclercq fait hommage d'un exemplaire 
de la medaille qu'il a gravee, a la demande du gouverne- 
ment, pour servir de recompense aux services rend us pen- 
dant les epidemics. 



425 



RAPPORTS. 



M. Ed. Fetis donne lecture du rapport suivant, sur un 
dessin allegorique de la vapeur, presente a la classe par 
M. Fr. De Marneffe : 

L'allegorie a etc longtemps le langage favori des ar- 
tistes; son emploi remonte a la plus haute anliquite; on 
en trouve des traces chez tons les peuples qui ont eu un 
commencement de civilisation. Rien de plus commode, 
de plus posilif el de plus poetique a la fois, que les for- 
mules a 1'aide desquelles on exprime beaucoup d'idees avec 
peu de signes, en faisant naitre dans 1'esprit de certains 
rapports d'idees. En general, dans les arts, ce qu'on laisse 
deviner, cause plus d'impression que ce qu'on etablit tres- 
clairement aux yeux du spectateur. II y a peut-etre un 
peu de noire vanite en ccla , comme en beaucoup d'autres 
choses. Nous aimons ce qui , en presentant a notre intel- 
ligence un sens enigmatique, nous donne le plaisir et le 
merite d'une interpretation plus ou moins difficile. 

II est des arts qui admettent I'alle'gorie sans la sollici- 
ter, sans 1'exiger, comme la peiuture, par exemple. II en 
est d'autres, comme la statuaire et la gravure en medaille, 
(jui doivent avoir uccessairement recours a ce mode d'ex- 
pression. A 1'aide des complications que comporte un ta- 
bleau, il n'est pas de sujet qui ne puissc s'exposer nelte- 
menl. Sans doute, 1'artiste a la faculte d'enrichir et de 
completer sa composition par des figures allegoriques , 
ainsi que 1'a fail Rubens dans sa galerie de Medicis, ainsi 



(424) 

que Font fait Raphael et Poussin dans un grand nombre 
de leurs oeuvres; rnais c'est pour lui une fanlaisie; ce n'est 
pas une obligation. Le sculpteur et le graveur en medaille 
sont forces d'employer 1'allegorie toutes les fois qu'ils veu- 
lent exprimer uue idee complexe, a cause du cercle etroit 
dans lequel la poelique de leur art les circonscrit. Au 
moyen de certains attributs, de certains accessoires dont 
la signification est convenue et acceplee, une seule figure 
rend, au besoin, les pensees les plus abslrailes. 

Chaque religion a ses allegories. Le paganisme avail 
forme de eel les qui lui elaienl propres une langue riche 
el poetique, qui offrait aux arlistes une mine inepuisable. 
Le chrislianisme, reniant toul contact avec les anciennes 
doctrines, inventa, pour son usage, de nouveaux symbo- 
les, de nouvelles allegories : a chaque ordre de fails il 
faut des formules speciales. L'industrie a introduit dans 
la sociele moderne des idees ignorees des epoques anle- 
rieures. Pour exprimer ces idees, il a fallu inventer des 
mots qui n'existaient pas. La langue s'esl accrue; elle 
s'accroit chaque fois que le genie de I'homme donne nais- 
sance a une nouvelle decouverte. Si les moyens ordinaires 
servant a la iransmission de la pensee se mulliplienl en 
verlu de cette loi du mouvement qui regit notre siecle, il 
doit en etre de meme des signes symboliques. Les allego- 
ries de Tantiquite ne conviennent pas plus que celles du 
moyen age chretien, aux conceptions relatives a ces puis- 
sanles creations de la science moderne. 

M. De Marneffe ne me semble pas s'etre assez penetre 
de cette verite, lorsqu'il a compose 1'allegorie de la vapeur 
qu'il a soumise a la classe. En se servant d'anciennes for- 
mules pour etablir des rapports d'idee d'une origine toute 
recente, il a commis une sorte d'anachronisme. Les ac- 
cessoires de sa composition n'ont pasjde rapport special 



( 425) 

avec les fails auxquels il a voulu faire allusion. Sans rex- 
plication jointe a 1'allegorie, celle-ci serait inintelligible. 
L'eau jetee sur le feu semble plutot deslinee a 1'eteindre 
qu'a produire la vapeur. La figure appelee a representer 
la puissance motrice qu'on a appelee la reine du monde, 
n'est pas reconnaissable a ses altributs. La peau de lion 
est 1'embleme de la force musculaire, et non pas celui de 
la force mecanique. La foudre est 1'attribut du dieu des 
balailles; elle fait songer aux combats; c'est 1'instrument 
qui frappe et qui tue, tandis que la vapeur est, au con- 
traire, le fruit de la paix et de la civilisation, tandis que 
sa mission est de vivifier le monde. L'allegorie est done 
ici contraire a la signification qu'elle pretend avoir. En 
outre, 1'attitude de la figure, qui, dans le projet de me- 
daille de M. De Marnefle, represente la vapeur, manque 
de mouvement. Son attitude ne donnele sentiment ni de 
la force impelueuse, ni de la rapidite. Lesnuages vaporeux 
qui couvrent une partie du globe terrestre sont encore en 
contradiction avec la pensee del'artiste, car la mission de 
la vapeur, employee comme moyen de communication, est 
de favoriser la diffusion des lumieres, au lieu d'obscurcir 
le monde. A la verite, les noms de la Belgique et de la 
France ressortent a travers des eclaircies; mais on se de- 
mande pourquoi il n'en est pas de meme de ceux de 1'An- 
gleterre et de FAllemagne, contrees dont les relations 
avec la Belgique ont decuple par Fapplication de la vapeur 
aux chemins de fer, ainsi qu'a la navigation. 

M. De Marneffe me parait, dans son allegoric, n'avoir 
envisage qu'un seul cote de la question. II n'a songe qu'aux 
chemins de fer. La part immense qu'a eue la vapeur au 
developpement de 1'industrie, n'est nullement indiquee 
par lui. La composition emblematique aurait done besoin, 
dans tous les cas , d'etre completed. 



( 426 ) 

En ce qui coneerne la partie pratique, le dessin de 
M. De Marneffe s'olTre a la premiere vue sous un aspect 
agreable, mais pour peu qu'on cherche a 1'analyser, on 
est oblige de reconnaitre que le style de cette composition 
n'est favorable ni a la sculpture, ni a la gravure en me- 
daille. Les diflficultes tiendraient, d'une part, h la disposi- 
tion des figures, et de 1'autre, a la masse de vapeur qui 
remplit tout le premier plan, et qui, assez legere dans le 
dessin, aurait dans I'execution une lourdeur dont il se- 
rait impossible a 1'artiste de dissimuler le mauvais effet. 

En resume, 1'idee de creer nne allegoric de la vapeur 
.est louable; mais je pense que le projet de M. De Mar- 
neffe aurait besoin d'etre revu et beaucoup modifie pour 
pouvoir etre approuve. 

Ces conclusions, approuvees par les autres commissai- 
res , MM. J. Geefs, Fraikin , Braemtet Baron, out ele adop- 
tees par la classe. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 

L' amphitheatre de Constantinople; par M. Bock. 
I. 

La ville de Constantinople possedait anciennement deux 
amphitheatres, dont Tun ne nous est indique que par le 
nom d'une porlequi yconduisait ou qui enetait voisine (I). 

(1) Voir Du Cange, ConstantinopoJt's ( hrisliana. Lib. I, cap. 14.n12. 



( 427 ) 

II n'a laisse dans 1'histoire aucun souvenir, et il doit avoir 
disparu de bonne heure. L'autre etait situe a peu pres a 
rextremite du promontoire ou s'elevait la citadelle de la 
ville primitive, et il subsista probablement, comme nous 
le verrons plus tard, jusqu'a la fin du XIP siecle. Selon 
le temoignage du Chronicon Paschale (1) , reproduit par 
Cedrene (2), par Leon le grammairien (5), par Jean Ma- 
lala (4) et Moise de Chorene (5) , cet edifice fut erige par 
1'empereur Septime Severe, bien que, d'apres une notice qui 
nous a etc trarismise par Codinus (6), la construction en 
aitete attribute a rempereur Maximin, qui en fit tracer le 
plan par un archilecte nomme Arislide. II est facile de con- 
(ilier ces deux renseignements , si Ton veut admettre que 
ce monument, commence sous le regne de Seplime Severe, 
i'ut laisse inacheve par ce prince et ne fut inaugure que 
sous Maximin, de meme que les bains dils de Zeuxippe, 
fondes par le meme empereur, ne furent termines que par 
Constantin-le-Grand. Du reste, on sait que Maximin, ori- 
ginaire de la Thrace, favorisait parliculierement celte pro- 
vince, et, d'ailleurs, son caraclere et ses moeurssuffiraient 
pour expliquer pourquoi il fit de preference achever a 
Byzance, 1'edifice destine a etre le theatre des jeux san- 
glants des gladiateurs. 

11 pourra parailre superflu de rechercher quel fut le but 



(1) Tome I, p. 495, ed. Bonn. 

(2) Hisioriar. compend., t. I, p. 445, ed. Bonn. 

(3) Chronograph. } p. 72, ed. Bonn. 

(i) Chronograph., lib. XII, p. 292, ed. Bonn. 

(H) Hisfor. armentc., lib. II, cap. 85, ed. Gul. et Georg. Whiston. 
Loud., 1756. 

() De Signis, C. P. 0, p. 51 . ed. Bonn. 



(418) 

dans lequel Cut erige un edifice qui porte deja suffisam- 
ment sa destination ecrite dans son nom. Cependant c'est 
par une recherche de cette nature que nous nouscroyons 
oblige de commencer la presente notice. Cette recherche 
nous oblige a nous ecarter pour quelques moments de 
notre objet principal; mais nous esperons qu'on nous 
pardonnera cette digression , si elle a pour resultat de 
determiner d'une maniere plus precise le point de vue sous 
lequel Septime Severe ordonna ['erection d'un amphi- 
theatre a Byzance, lorsque, revenu de la colere dont il elait 
anime contre celte ville, a des sentiments plus bienveil- 
lants a 1'egard des habitants, qui avaient combattu avec 
tant d'acharnement son avenement a Tempire , il se de- 
cida a donner a cette cite une splendeur nouvelle, prelude 
des hautes destinees ou elle atteignit sous Constantin-le- 
Grand. 

On sait que les combats des gladiateurs et les combats 
contre les betes feroces qui y furent joints plus tard, 
ne furent dans 1'origine, que des jeux fuoebres, subsli- 
tues aux sacrifices humains qu'une superstition barbare 
offrait aux divinites infernales sur les tombeaux des morts. 
es jeux sanglants appartenaient surtout aux Etrusques, 
qui les transmirent aux Romains. Cette triste institu- 
tion etait aussi parvenue a prendre racine dans quelques 
contrees de la Grece , ainsi que la vaste erudition de 
M. Welcker 1'etablit dans 1'explication que ce savant nous 
donne d'une ancienne inscription sepulcrale (1). Mais le 
sentiment noble et eleve de la nation devait generalement 



(1) Sylloge epigrammatum graccorum , num. 47 (ed. Bonn. If, 1828, 
p. 69). 



( 429 ) 

repugner a cet usage barbare. Aussi les luttes des gla- 
diateurs ne purent obtenir une grande extension en Grece 
avant I'asservissement de ce pays aux armes romaines, et 
aucune construction specialement destinee a ces combats 
n'y fut erigee. En Italic, et specialement a Rome, la forme 
particuliere des edifices consacres a ces spectacles, se com- 
posait de deux theatres qui etaient disposes Tun en face de 
1 autre dans une enceinte ellipiique; mais elle ne fut fixee 
que par suite des constructions que Jules-Cesar lit clever 
a I'occasion des jeux qu'il donna pour 1'inauguration du 
Forum qui portait son nom et du temple de Venus Geni- 
trix situe sur la meme place. Vers le temps de Jules- 
Cesar, ces combats, eriges par un fanatisme cruel en cere- 
monies expiatoires, prirent un developpement general en 
Italic, ou de longues guerres civilesavaient familiarise les 
populations avec des scenes de sang et de carnage, et ils 
se repandirent de la dans les autres provinces soumises 
a la domination romaine. Cependant les croyances su- 
perstitieuses qui avaient primitivemerit sanctifie ces spec- 
tacles avaient etc profondement ebranlees et meme en 
partie detruites au fond des consciences, depuis que 1'in- 
troduction de la litterature et de la philosophic grecque, 
le developpement du luxe et la depravation generale des 
moeurs avaient detourne la nation de la route que ses 
ancelres avaient suivie. Les ceremonies religieuses qui, 
d'apres les rites antiques, accompagnaient ces spectacles, 
continuerent, il est vrai, a subsister, et el les se maintin- 
renl longtemps encore (1); mais elles n'elaient plus que 



(1) Voir chez Ruinart, Arta martyrum sincera, Passto SS. Perpetuae 
et Felici alis. , cap. G. 



( 450 ) 

des formes exterieures, destinees a en rehausser rinte'ret. 
L'histoire nous fournit un nombre sulfisant d'indices pour 
prouver que, durant la periode imperiale, les combats 
de 1'am phi theatre, tout en conservant 1'appareil des temps 
passes, acquirent une signification differente et une portee 
toute nouvelle. 

Jules-Cesar, si nous ne nous trompons, contribua puis- 
samment a developper le caractere nouveau qui se ma- 
nifesla dans ces jeux durant cette periode. Imbu de 1'esprit 
froid et sceptique de son siecle, qui pretait, on le sail par 
Thistoire de la conjuration de Catilina , des armes si puis- 
santes a la hardiesse du parti novateur, interesse a renver- 
ser 1'ordre de choses etabli et a saper la base religieuse sur 
laquelle il reposait; acceptant plus lard, avecVarron, une 
theologie civile, dont la politique avait a regler la pra- 
tique et a determiner les limites, mais qui n'imposait au- 
cun devoir, n'inspirait ni craiule ni esperance aux esprits 
places dans une region plus haute, il usait largement 
des ceremonies et des fetes populaires, soit pour fonder, soit 
pour maintenir son autorite souveraine, et il e'tait loin de 
vouloir, comme Auguste le tenta plus tard, rendre aux 
institutions religieuses des ancetres leur caractere et leur 
action primitive, afin de ramener, par le respect des divi- 
nites el par la pratique du culte, le peuple demoralise aux 
sentiments qui I'avaienl inspire et guide dans des temps plus 
heureux. Les croyances absurdes etles rites inhumains, la 
haute portee de son esprit devait les repousser; mais il pou- 
vait en encourager 1'exercice qnand un calcul polilique les 
recommandaitases interets. Considerantledeveloppement 
que les jeux de I'arene avaient acquis en prevalant sur 
tousles aulres spectacles publics, considerant les racines 
profondes qu'ils avaient jotees dans les mo?urs, il se de- 



(431 ) 

cida a les favoriser au profit de ses propres vues el au profit 
de la republique. II s'appliquait a en seconder la propaga- 
tion, surtout dans les localites ou une force militaire se 
trouvait concentreeet ou il imporlait de maintenir Pesprit 
guerrier des legions, de contrebalancer toute influence 
qui aurait pu conlrarier le sentiment national , d'endurcir 
le soldat lui-rneme et d'en faire un instrument docile entre 
les mains de ses chefs et inaccessible a toutes les emotions 
qui auraienl pu le faire devier de la voie tracee. S'il faut 
en croireun ecrivain du VI e siecle, qui se fonde sansdoute 
sur une tradition plus ancienne, dont la source nous est 
malheureusement inconnue, les combats des gladiateurs 
avaient deja ete adoptes longtemps avant Cesar, par la po- 
litique romaine, dans un but idenlique. Nous voulons 
parlerde 1'eveque Ennodius de Pavie, qui, dans un pane- 
gyrique qu'il prononc,a Fan 512 en 1'honneur de Tlieo- 
doric 1'Ostrogotb , nous apprend que Manlius et Rutilus 
offrirent un spectacle de combat de gladiateurs pour rani- 
mer dans 1'armee 1'esprit guerrier, affaibli par 1'oisivete 
d'une longue paix (1). Le but que Cesar se proposait en 



(1) M. Manso , a qui nousdevons unenouvelle edition decediscours (voir 
Geschichle des Ostgothischen Reichs in Italian, pag. 454), avoue qu n il ne 
sail de quels persoonages il peul etre question dans le chapitre 19 de cette 
piece. Nous croyons qu'il s'agit la des consuls deTanneede Rome 597, C. Mar- 
lius Rutilus et Cn. Manlius Capitolinus Imperiosus, qui triompherent, en cette 
annee, des Privernates. Au nom du second de ces dignitaires, se rattachenl plu- 
sieurs anecdotes; mais son histoire n'est pas facile a debrouiller, parce que, de- 
puis 1'antiquite, les ecrivains confondent frequemment plusieurs personnages 
de la meme famille. La longue paix donl le peuple romain aurait joui a cette 
^poque ne peut etre reelle, selon le temoignage de Phistoire. La longue duree 
de cette prelendue paix n'est probablement qu'une invention de 1'orateur , 
qui fait aussi un anachronisme en parlant des caveae thealrales. Peut-etre 



(452) 

offrant aux populations les memes amusements, allait, 
croyons-nous , bien au dela de la simple idee d'offrir une 
recreation passagere. Nous savons que, outre 1'amphi- 
theatre de Rome, il fit construire celui de Capoue, celui 
d'Antioche, celui de Ravenne, et, comme M. Welcker, 
dans son ecrit mentionne ci-dessus, 1'a conjecture avec 
beaucoup de vraisemblance, celui de Corinthe (1). Ce 
n'est qu'accidentellement que les auteurs anciens nous 
apprennent que ces constructions lui sont dues; et, sans 
doute, beaucoup d'autres du meme genre nous sont reslees 
inconnues. Quant a Corinthe, 1'illustre savant que nous ve- 
nons de citer, a judicieusement fait observer que 1'ereclion 
de 1'amp hi theatre de cette ville se rattache a 1'etablisse- 
menl de la colonie romaine qui y fut conduite par 1'ordre 
de Cesar. Cette colonie se composait principalement de 
soldats et d'afi'ranchis, habitues au spectacle des combats 
de 1'arene, et c'etait plutotdans leur interet que dans celui 
des habitants indigenes, qu'on y institua cesjeux, a la 
celebration desquels des fonds publics ont necessairement 
du etre assignes. Les autres villes ou Cesar fit etablir des 
arenes, sont precisement celles ou la domination romaine 
devait se creer un solide appui pour maintenir son auto- 
rite dans la province, et ou, par consequent, une force 



Ennodius avait-il sous les yeux quelques notices historiques , ajoute'es a des 
fastes consulates , ou aucune guerre n'etait signaled apres celle des Gaulois. 
Du reste, nous rappelons ici les jugements de plusieurs anciens surlesjeux 
des gladiateurs, qui prennent pour point de depart une maniere de voir sem- 
blable. Cicer., Tuscul. quaest., lib. II, cap. 17. Senec., EpistoL, I, 7 ; IV, 
50. Plin. , Paneg., cap. 33. 

(1) Voir Pe"crit de M. Welcker, cit^ ci-dessus et dans lequel on trouve tous 
les passages des auteurs anciens qui ont rapport aux amphitheatres dont il a 
eld fait mention. 



(435) 

militaire imposante devait roster reunie. On comprend 
aisementqu'en presentant (requemment a ces garnisons les 
spectacles sanglants de ces combats, on leur enseignait 
le mepris de la mort , qu'on les endurcissait contre tout 
sentiment d'humanite, qu'on en faisait des instruments 
dociles pour les entreprises militaires et meme pour la 
guerre civile, et qu'on fortifiait en meme temps leur atta- 
chement aux chefs, dont la munificence leur accordait ce 
plaisir barbare. En outre, lechatiment terrible qui attei- 
gnait habituellement les prisonniers de guerre, que Ton 
condamnait a s'entretuer ou a devenir la proie des betes 
feroces, pour 1'amusement du peuple souverain , devait re- 
pandre la terreur dans 1'esprit des barbares engages dans 
une lutte deja si inegale contre le despotisme envahisseur 
de leur ennemi , qui etait soutenu par la superiorite de sa 
tactique, de ses armes et de sa discipline (1). 

Les spectacles des jeux de gladiateurs ne resterent pas un 
privilege exclusif des villes et de leurs garnisons. Ils furent 
aussi iritroduits dans les camps. Auguste les offrit plus 
d'une fois aux camps des preloriens (2), et sous le regne de 
Tibere (3) et de Claude (4), ils y devinrent meme une solen- 
nite periodique. Le caractere d'institution militaire et poli- 
tique que prirent ces jeux, pendant la periode imperiale, 



(1) Mon honorable ami , M. Van Hasselt, me fait remarquerque , si les 
Romains, pour plier a leur domination la Grece et TAsie, y transporterent les 
jeux sanglants des gladiateurs , ils transplanlerent , au contraire , les agents 
de la civilisation grecque, c'est-a-dire, les tbermes et les th^tres dans la 
Germanic inferieureet dans la Grande-Bretagne, comme Tatteste , entre au- 
tres, un curieux passage de la vie tfAgriwla, de Tacite. Vit. Agric., cap. 21 . 

(2) Dion. Cass.,LlV. 

(3) Suet., Tiber,, cap. 72. 

(4) Suet.,C/aud,cap.21. 



( 454 ) 

devient plus manifesto quand on lient coinple des occa- 
sions oil ils furent celebrcs avec le plus de solennite. 

Des qu'une guerre etait decidee, on prit 1'habittide de 
preluder aux combats reels par un combat de gladia- 
teurs (1). Chaque victoire des armees romaines etait suivie 
du meme spectacle. L'avenement du chef militaire, c'est- 
a-dire, del'empereur, elait annucllement fete de la meme 
maniere. Quand, immediatement apres le concile de Nicee, 
et comme Godefroid Pa fort bien fait remarquer (2), Con- 
stanliri-le-Grand,dirige par Pinfluence des exhortations des 
eveques, fit un premier pas vers la suppression des com- 
bats de gladiateurs en les defendant en Syric, la loi qu'il 
promulgua a ce sujet prit pour point de depart Pidee gene- 
ralement admise, que ces jeux se rattachaient directement 
a la guerre, et il en basa le motif, non sur des consi- 
derations d'humanite, mais sur le retablissement de la 
paix (5). 

Ce n'est pas uniquement par la connexite de ces jeux 
avec les expeditions militaires et par leur introduction 
dans les camps, que le caraclere primitif de cette institu- 
tion fut altere. II le fut particulierement, lorsque, vers la 
meme epoque, le sentiment public s'habitua a ne plus la 
considerer exclusivement comme une expiation offerte 
aux dieux infernaux, a Jupiter Latialis et a Saturne, 
mais comme un sacrifice presente au dieu des combats, a 



(1) Spartian.,iS'ei;er., cap. 14. Jul. (7a j p^o//Ai.MaximusetBalbinus,cap. 8. 

(2) Voir Commentar. , ad lib. I. Cod. Theodos., XV, II (T. V. , p. 451, 
ed. Kilter). 

(3) En 506, Conslantin fit encore Jeter aux betes . dans ramphithealre de 
Treves, deux chefs franks, Ascaric et Regaise. Eutrop. Breviar. , X , 5. 



< 

Mars (1), qui cependant dut parlager avec Diane (2) 1'hon- 
neur de presider aux spectacles de ('amphitheatre. Cetle 
derniere deesse pouvail, du resle, a un double litre, pre- 
lendre aux hommages de ces solenniles; car non-seule- 
ment elle y avait droit comme presidant a la chasse (exer- 
cice qu'une tbule d'ecrivains anciens recommandent comme 
un veritable apprcntissage militaire (5)) , mais encore son 
culte elabli a Aricia, non loin de Rome, ou le sang humain 
inondait son autel, a 1'imitation des rites de la Tauride, 
d'ou Oreste, comme on le pretendait, les avait trans- 
ported en Italic (4), 1'avait fait regarder comme la pro tec- 
trice naturelle des arenes (5). On ne manquera pas d'ob- 
jecter que les auteurs que nous venons de citer (6), et selon 
lesquels Mars et Diane etaierit regardes comme les divi- 
nites propicesauxjeux de ramphitheatre, n'apparliennent 



(1) Tertullian , de Spectac,.. c. 12. Salvian De gubern. Dei, I. 11 , c. II. 

(2) Tertull., I. c. Claudian., De Mallii Theod. Cons., v. 2l)l-o1l. In 
sec. cons. Slilich., v. 238 sqq. Cassiodor,, Yar. V. ep. 4^. Dracont. De 
Deo, III, v. 212-17, ed. Areval. A ces citations on pent ajouter une in- 
scription rapportee par MafTei (feron. Illustr., t. IV, p. 149), qui se rap- 
porte a 1'erection d'une statue de Diane dans ramphitheatre de Verone. II 
est possible qu'une epijjramme du poete Diolimus ait servi d'inscription pour 
une statue de la rneme deesse, elevee aussi dans quelque arene. 4nlhuL 
Planud.JV. 158. 

(5) V. F. Jacobs, ^nimadversiones in epigramm. Anthologiae graecae , 
t. III. 2, p. 101. Boissonnade, ad Choricii Gazaei orationes , pag. 248. 
(Paris, 1846.) 

(4) Serv.adPirg. ^en.,II,v. 1 1 6 Mythoyraph . Fat/can. ,1,20, II, 202, 

(5) On a deja suppose qu'il exist.iit une ceriaine connexite enlre les riles 
pratique's dans la Corel sacrce d'Aricia et les combats des gladiateurs. Deja au- 
paravant le senateur Terentius Lucanus, le meme dont le poete Terence fut 
Paffranchi, dedia au bois d'Aricia un tableau, le premier de ce genre , qui re- 
presentait le combat de soixante couples de gladialeurs, qu'il avait fait com- 
battre en memoire dc son ai'eul. Plin., Hist. nat. , XXXV, 32. 

(6) Voir ci-dessus notes 1 et 2. 

TOME xv. 20. 



(436) 

qu'aux deruiers siecles de 1'empire, et que, par conse- 
quent, ils ne sont pas des autorites suffisantes pour prouver 
que deja Cesar aurait entrepris de substituer tine nouvelle 
base religieuse a celle sur laquelle ees spectacles avaient 
repose jusqu'a son cpoque. Cependant cette opinion ne 
saurait, croyons-nous , manquer d'acquerir un haul degre 
de probability si le lecteur voulait, pour un moment, 
fixer son attention sur 1'ensemble des bailments que Cesar 
fit elever a Antioche conjointemenl avec Farene destinee 
aux combats des gladiateurs, et s'il nous permettait d'en 
deduire des conclusions au sujet des vues qui ledirigerent 
dans ces constructions. Un aperc,u de ces batiments nous 
ramenera au fond meme de notre sujet. Nous ferons re- 
marquer la parfaite analogic que presentent les construc- 
tions elevees par Cesar dans la capitale de la Syrie avec 
celles que Septime Severe fit eriger a Byzance, et nous 
pourrons en conclure que les unes et les autres doivent 
leur naissance au meme motif. 

Apres avoir termine heureusement la guerre d'Egypte, 
Cesar fit un court sejour en Syrie et accorda plusieurs 
notables bienfaits a la ville d'Antioche, qui s'etait em- 
pressee de se rallier a son parti immediatement apres la 
bataille de Pharsale, et dont la cooperation avail neces- 
sairernent du etre fort importanle pour le succes de ses 
armes des que FOrient fut devenu le theatre de la guerre. 
II confirma les libertes dont la ville jouissail; il Fenrichit 
d'un nombre de somptueux edifices, et elle lui temoigna 
sa reconnaissance en consacrant, commele principe d'une 
ere nouvelle, le jour de la victoire que Cesar avait remportee 
a Pharsale. Les batiments qui furent eleves par ordre de ce 
capitaine et au sujet desquels Jean Malala nous a laisse" 



( 457) 

de precieux renseignements (1) , se groupaient sur le 
penchant des montagnes qui bordent la ville du cote du 
Midi. Sans doute, ils contribuerent a 1'embellissement et 
a 1'agrandissement d'Antioche, mais aussi le choix de 
leur emplacement demontre par lui-meme que la pre- 
voyance du genie de Cesar apprecia les avautages strate- 
giques que Seleucus Nicator avait deja mis a profit lorsque, 
apres avoir etabli le quartier des palais dans la plaine 
meridionale sur les bords de 1'Oronte, il fonda une cita- 
del le sur les memes hauteurs. Placee au sommet de ces 
montagnes, la garnison romaine devait rester maitresse 
de la ville, dont la possession etait d'une si haute impor- 
tance, non-seulement pour assurer la domination romaine 
dans la Syrie meme, mais encore pour lui fournir un so- 
lide point d'appui dans chaque conflit qui pouvait s'elever 
avec les etats voisins. En effet , les abords des remparts 
du cote du Midi presentent , a ce que nous apprend 
M. Poujoulat (2), des escarpements infranchissables; ce 
n'est point de ce cote-la qu'une armee aurait pu s'emparer 
d'Antioche. Aussi, en s'assurant de ce point important, 
Cesar songeait beaucoup moins a payer une dette de re- 
connaissance aux habitants de la ville, qu'il ne calculait 
les chances de Tavenir. Le renouvellement et 1'agrandisse- 
ment de cette citadelle donnaient des garanties sures a la 
domination romaine et formait de cette mauiere un con- 
tre-poids a 1'independance municipale dont les habitants 
avaient obtenu la confirmation. Jean Malala, il est vrai, 
ne mentionne point les ouvrages qui etaient exclusive- 



(1) Liv. IX, p. 216. 

(2) Correspondence d' Orient, lettre CLXX. 



( 458 ) 

ment destines a tin bill militaire, et qui evidemment n'ont 
pas da etre negliges. II se borne a enumerer les bailments 
qui y furent eleves par ordre de Cesar et qui , a eel endroit, 
rehaussaient la splendeur de la ville. Le premier edifice 
(ju'il nous signale et qu'il indique par le nom de Cacsa- 
riurn, devait attirer la veneration des habitants vers le 
genie tutelaire de la ville eternelle, auquel le destin avail 
soumis une si grande par tie du monde connu. II est 
designe sous le nom de basiliqtie (1) et se composait 
d'un portique, donl un cote, probablement celui du Norcl , 
se terminait par un temple, sans doule semi-circulaire , 
qui etait consacre au genie de Rome. Au milieu de ce 
portique se dressait la statue de Cesar (2). Le Caesarium 



(1) Ce nom s'explique facilemeol si nous plac.ons ce bailment au nombre 
d<; ceux qu'un rheteur grec appelle /3jw/A/xai irept&tei. (Menander lie pi 
KriJt-ixTttc. Rhet. yraec., ed. Walz, t. IX.) A celle espece de construction 
appartenail le Te/cc/ccfi/Os', environne de quatre portiques ayant chacun six 
cents piedsde longueur, que les Rhodiens eleverent a Ptolemee Soter, apres 
que 1'oracle d'Aramon cut consent! a ce que ce prince fut venere comme un 
Dieu. Diodor. Sicul., lib. XX, cap. 100. Le Caesarium d'Antioche est de- 
signe, dans un ecrit de 1'empereur Julien (M^roroycw, pag. 548, Opp. ed. 
Spanheim ) , sous le nom de Tu%^ reppe-sos. 

(2) Nous n'besitons pas a croire que c'etait une statue equeslrc. Cesar , 
en effet, semble sortir du sancluaire de la deesse Rome, pour obeir a ses or- 
dres et pacifier le monde. C'est de meme que la statue equestre de l'empereur 
Adrien fut erigee dans le vestibule du temple de Jupiter Capitolin , eleve, 
apres la prise de Jerusalem , sur les ruines du temple de Salomon. II semble 
Tonvoye du dieu et avoir soumis a son culie les nations rebelles. A 1'egard de 
ct-tte derniere statue, consultez Sancti Chrysoslom. , Homilia in Daniel, 
cap. 9 (Opp. Montfaucon, torn. VI , p. 248, E.), HomiL F. contra Ju- 
daeos,lom. I, p. 64; Leo Grammat., Chronograph., pag. 69, Sanct. 
Hi-ironym. , Comment, in Mathaeum, lib. IV , cap. 24 5 Opp. ed. Paris. . 
1705, lorn. IV, p. 115; Comment, in hai. Prophet., cap. 2, lorn. Ill, 



( 439 ) 

s'elevait a 1'ouest de 1'Acropole, non loin du torrent Pyr- 
minus qui coule vers la ville, et nous pencherions a le 
placer a 1'exlremite septentrionale de la grande rue qui 
partait de la ville nouvelle de Seleucus et aboutissait an 
pied de la montagne. A Fextremite opposee se trouvait un 
petit temple construit en 1'honneur du Genie tutelaire 
d'Antioche (1). L'erection du Caesarium se rattachait a 
un exemple donne anterieurement par les villes de Smyrne 
et d'Alabande, qui, en elevant des temples au Genie de 
Rome, se constituerenl, comme M. Krause (2) Fa fait 
remarquer, en neocores (vewiGpoi) de Rome, bien qu'elles 
ne prissent point ce litre dans les inscriptions ni sur les 
medailles. Get hommage n'etait pas une simple flatterie a 



p. 25. C'est a saint Jerdmequ'ont pniseles auteurssuivanls : Beda, Exposit. 
in Marci evangel., cap. 15, Opp. ed. Giles , vol. 10 , pag. 201 ; Paschas. 
Kadbert. In evangel. Mathaeij lib. II et lib. XI; Bibliolh. maxima 
patrum; ed. Lugdun. , torn. XIV. p. 5590 et 608 ; Druthmar, Exposit. in 
evang. Mathei , cap. 56, ibid., p. 58. Le temple de Jupiter, eleve a Jerusalem 
par Adrien et dans lequel Minervi: t-t le Genie de Rome tronaienl comme 
T}stpt?pot t ainsi qu'on le volt sur plusieurs medailles porlant la legende : 
COL. AEL. CAP. , doit etre classe dans la meme categoric que le Caesarium 
d'Antioche et celui d'Alexandrie. II est principalement consacre au Jupiter 
r.apitolin, pour faire comprendre aux vaincus que ce dieu avail triomphe dc 
Jehova. 

(1) Voyez le plan dresse par M. Miillcr et place a la suite de son excellente 
dissertation sur Antioche (Antiquitales dntiochenae. Gflcttingue, 1839. 
Si la correlation intirne que nous stipposons enlre !cs batiments qiie nous al- 
lons e*nume>er , a reellemenl ete telle que nous Padmeltons, il s'ensuivra 
que ce plan devra subir quelques legeres modifications pour la parlie septen- 
trionale de la ville. Les bailments de Cesar que ce plan a disposes sur le 
Silpion, a TEst de la citaddle, devront. croyons-nous, se rang< r sur le 
penchant de la tolline orienlale. 

(2) NF.nXOPOL. Cimtates neocorae sive aedituae. Lips., 1834. 4, 
p. 12. 



( 440 ) 

1'egard de la ville dominanle; il etail une veritable recon- 
naissance de la suprematie que les decrets divins avaient 
accordee a Rome; et Cesar, en erigeant le Caesarium a 
Antioche, amena cette cite a se ranger au nombre de 
celles qui reconnaissaient cette suzerainete. 

Nous glisserons rapidement sur le bain et sur I'aqueduc 
que Cesar fit batir dans le meme quartier. Les construc- 
tions sur lesquelles notre altenlion doit s'arreter de pre- 
ference sont le theatre et 1'arene (M.wo[*a.%imt). Ces deux 
batiments se trouvaient, selon nous, en rapport direct 
avec deux temples, eriges dans leur voisinage immediat 
et consacres a Mars et a Venus. Le temple de Mars se trou- 
vait non loin du torrent Pirminus, du Caesarium et de la 
porte, dite du milieu (Me<je), et situee elle-meme a 1'ex- 
tremile seplentrionaledela grande rue qui partait du tem- 
ple dedie au Genie d'Antioche. La preuve que 1'arene, atte- 
nant a la citadelle, a du se trouver a peu de distance des 
localiies que nous venons d'enumerer, nous est revelee 
deja par cette circonstance que, sous 1'empereur Theo- 
dose, elle fut detruite a 1'effet de fournir des materiaux 
pour la construction, ou, si Ton veut, pour la restaura- 
tion des murs de la ville pres du Pirminus (1). Le temple de 
Venus, Jean Malala nous le signale dans le voisinage de 
1'arene (2). II ne pouvail etre fort eloigne du theatre eleve 
sur la colline on se dressait 1'Acropole. Le theatre et 
1'arene n'e'tant probablement separes que par un espace 
tres-court, de meme qu'a Capoue, il n'y avail entre ces edi- 
fices qu'un intervalle de cinquante pas. Ni Jean Malala, ni 



(1) MalaL, lib. XIII, p. 346. 

(2) Lib. X,p. 263. 



f 441 ) 

aucun autreauteurn'indiquenti'epoque oiicesdeux temples 
furent eriges. M. Miiller est d'avis que celui de Venus fut 
1'ouvrage de Cesar (1). Nous partageons cette opinion; de 
plus, nous n'hesitons pas a admettre que celui de Marseut 
la meme origine; et, en outre, nous croyons que les deux 
temples ou chapelles d'Hercule et de Diane, que nous pla- 
c.ons egalement dans le voisinage de 1'arene, furent batis 
en meme temps que les deux precedents. Cette opinion ne 
paraitra plus une simple conjecture, si Ton veut considerer 
qu'ils existaient deja sous les premiers empereurs romains, 
qu'il n'en est fait aucune mention avant cette epoque, et 
qu'on ne saurait admettre qu'ils aient ete eriges avant que 
le quartier de la citaclelle eut acquis une nouvelle impor- 
tance par les constructions de Cesar. Sous 1'empereur 
Claude, un tremblement de terre endommagea le temple 
d'Hercule, celui de Diane et celui de Mars (2). Quant aux 
deux derniers de ces edifices, on peut , sans hesiter , leur 
assigner une origine commune , a cause de la connexite 
des fetes periodiques qui se celebraient en 1'honneur des 
divinites auxquelles ils etaient consacres; or, ces solen- 
niles consistaient dans des combats contre des betes fero- 
ces, et elles avaient lieu tous les quatre ans. L'empereur 
Commode assigna des revenus speciaux a ces fetes, qui, 
au dire du chroniqueur d'Antioche (5), etaient deja eta- 
bl ies anciennement, bien qu'elles n'aient pu remonter a 
une epoque anterieure a celle de Cesar, et c'est probable- 
ment en commemoration de la bataille de Pharsale ou de 
la fondation du Caesarium qu'elles avaient ete instituees. 



(1) L. c.,, p. 79, not. 10. 
( V 2) MalaL , lib. X, p. 236. 
() Lib. XII, p. 285. 



( 442 ) 

Les fails que nous venons de rapprocher nous paraissent 
indiquer clairement que le culte et les temples de Mars 
el de Diane a Anlioche, se raltachaient a 1'etablissement 
de 1'arene de celte ville. Nous en inferons que la meme 
correlation s'etablit, depuis cette epoque, dans les aulres 
localiles de 1'empire el que les vues politiques de Cesar 
avaient donne naissance a ce rapprochement. 

Passons mainlenant aux bailments eleves a Byzance par 
ordre de Septime Severe. On (lit que ce fut sur les in- 
stances de son fils Caracalla, que eel empereur pardonna 
a celle ville (1), qui avait, de concert avec d'aulres places 
de la Grece et de 1'Asie Mineure, combattu avec acharne- 
nient son avenement a la pourpre. Cependant il est evi- 
denl que les interets de FElat devaient commander, sous 
plus d'un rapport, que Ton fit de cette cite un des boule- 
vards de I'ernpire. A cet effet, Septime Severe cut recours 
a des mesures identiques a celles que Cesar avait fait exe- 
cuter a Antioche. L'antique Byzance fut agrandie du cote 
du Midi (2). Dans cetle partie nouvelle s'eleverenl 1'Hip- 
podromeel les magnifiques thermesde Zeuxippe. 



(1) Spailian , Anlonin. Caracalla, cap I. 

(2) A la verite, ce fait n'est indique par aucun historien, mais il nous 
paraJt qu'il doit etre admis si Ton veut comparer le trace des mnrs de Pan- 
cienne Byzance, qui nous a ele Ir.insmis par Zosyme (I. If, c. oO) el par 
un extrait de I'ouvrage d'Hesy chins que nous fonrnit Codinus (de forma et 
ambifuC. P.). Cesdeuxdonneos ne nous paraissent pas pouvoirelre rappor- 
lees a la meme enceinte. Zosyme nous decrit !a ligne des remparls telle qu'elle 
exislait avant la prise de la ville par Soplime Severe . epoque ou celie-ci etail 
bornee a Teminence que domine aujourd'hni le serail du sultan. Le trace 
indique par Codinus circonscrit un plus grand espace, que nous rapporlons 
a un agrandissement fail d'apres les ordres du meme empereur, et qui pro- 

le mur occidenfal. depuis le pied de la colline jusqu'au bord dela mer. 



( 445 ) 

Un edifice, qui nous est designe sous le simple nom de 
basilique, et auquel etait attache un temple de la For- 
tune, s'elevait non loin des deux bailments que nous 
venons de signaler (I). II nous parait corresponds au 
Caesarium d'Antioche. Malheureusement aucune source ne 
nous indique d'une maniere precise 1'epoque oil il fut bati. 
Cependant, d'apres une tradition populaire , qui nous a ete 
Iransmise par Codinus, un elephant de bronze, qui se 
trouvait pres de la basilique, y aurait ele dresse sous le 
regne de Septime Severe (2). 

An nord des trois edifices dont il vient d'etre parle, et 
au pied <!c la ciladelle primitive, Severe fit construire un 
theatre et un amphitheatre, le premier a cote d'un temple 
de Venus , le second pres d'un temple de Diane (5). S'il 



(!) Socrat., Hist, cedes , III, 1 . Zosym., V, 4. Nicephor., XX, 1. Suidas, 
s. v. M //;. Hesych. Miles. Origines C. Poleos, 15, edit. Orclli, p 05. 

( V 2) De SEdific.iis, C. P.. p. 103. Incerti auctoris Brev. Enarrat. 
Chronoph.j p. 107. 11 est possible que cet elephant ait ete im monument 
erige en Tlionueur de cet empereur. Une inscription portant le nom de 
Seplime Severe aura probabltrm-nf, fourni une base a la tradition populaire. 
Une m^daille de Philippe I er nous montre aussi un elephant accompagne de 
la lejjende SEternitas Augg. Pour 1'explication de ce symbole, Eckhel 
(Doclrin. nummor. veter.,t. VII. p. 328) nous renvoiea un passage de Pline, 
emprunle a Ai'istole et relatif a la longevite de cet animal. Nous ferons 
remarquer que Septime Severe et Philippe 1 r firent Tun et 1'aulre celebrer 
des jYux seculaircs. II esl possible que cc Cut a 1'occasion de ces fetes que le 
monument ful dresse et la medaille froppee. Les jcux seculaires de Septime 
Severe eurent lieu en Pan 204. L'annee precedente, I'empereur passa par 
la Thrace en revenant de POrient a Rome. Elie fut la dixieme de son 
rejjne. La solennile des decentiaJes qui a jm se celebrer a Byzance au 
moment ou Septime s'y trouvait, a pu aussi donner lieu a i'erection de ce 
monument. 

(o) Un temple de Mars a du se (rouver dans les memcs environs. Malheu- 
reusement nous nVn avons connaissance que par une mcnlion accidentelle 
de Procope ( De. SEdif. , II , 1 0). 



faut en croire Jean Malala (1), ces deux temples seraient 
dus aux fondateurs primitifs de la ville. II se pourrait fort 
bien quel'autel de la Diane de Tauride, place par Hero- 
dote a Byzance (2), ait appartenu au deuxieme de ces 
edifices. Mais, si I'assertion de la chronique est exacte, ce 
que nous revoquons en doute, Septime Severe aura tou- 
jours pu combiner ses nouvelles constructions avec les 
anciennes dans le meme sens que celles que Cesar erigea 
a Antioche. 

L'emplacement ou Septime Severe eleva I'edifice des- 
tine aux combats de I'arene nous est designe avec quelque 
precision par plusieurs indications que nous trouvons 
eparses dans les auteurs byzantins. D'apres une loi de 
Theodose (5), il a du se trouver dans le voisinage de la 
mer. Une autre source le signale non loin de I'ancienne 
tour d'Hercule, la derniere des tours vocales qui flan- 
quaient Tenceinte septentrionale de la ville (4). Enfin , un 



(1) Lib. XII, p. 292. 

(2) Lib. IV. cap. 87. Nous n'avons pas b nous occuper ici des anciens 
cultes pratiques a Byzance. Nous ferons cependant remarquer qu* 1 le culte 
mystique de la Diane de Tauride, uni a celui (Plphigenie, pretressede celte 
divinite, etail etabli a Megare, don t Byzance etait une colonie (Pausan., 
lib. I, cap. 43, 1. Voir aussi Miiller , Die Dorier. , 1. I, p. 581 ) ; que , 
d'apres plusieurs traditions, il fut propage par les soins de Melampus 
(Pausan., lib. VIII, cap. 18, 8), et d'un de ses descendants, Polyide 
(Pseudo-Plutarch, de Fluviis , cap. 21 ; Consullez sur la genealogie Heyne, 
Observat. ad Apollodor. Bibliothec., Ill , 3 , 1 ) 5 et que plusieurs membres 
de la meme famille etaieut honoris de statues dans les thermes deZeuxippe. 
Dans un travail special sur ce dernier edifice, nous tacherons d'eclaircir 
plus amplement les questions qui ressortentde ces donnees. 

(3) Lib. 5, Cod. Theodos., XIV, 6. 

(4) Voir le fragment de Pecrit d'un anonyme, concernant les sept tours, 
qui a ele public par Lambeccius , dans ses notes sur Codinus (ed. Bonn , 
p. 215). Quant a la tour d'Hercule , voir la compilation de Codinus, De 
originibus C P., p. 6. 



( 445 ) 

aulre auteur nous le montre aux environs du batimcnt 
nomme Mangana et situe a 1'extremite orientale du pro- 
montoire oil s'elevait la ville ancienne (1). Conformement 
a la disposition que preseritent tant d'autres theatres et 
amphitheatres,, on peut hardiment affirmer que celui de 
Constantinople elait adosse au penchant du promontoire. 
Une tour qui , au moyen age , se dressait pres de Mangana, 
el d'ou Ton tirait, en temps de guerre, une chaine vers la 
rive de Galata (2), pour empecher les vaisseaux ennemis 
d'enlrer dans le port, a probablement pris la place de 
1'ancienne tour d'Hercule. D'apres la situation que ces 
diverses indications assignent a 1'amphitheatre de Con- 
stantinople, 1'emplacement qu'il occupait offrait une frap- 
pante analogic avec celui de 1'amphithealre de Pola, con- 
struit vers la meme epoque. L'ceil des spectateurs assembles 
embrassait le vaste horizon de la mer et pouvait compter 
les vaisseaux qui entraient dans la Corne-d'Or, ou qui en 
sortaienl. On ne saurait douter que, pendant la premiere 
periode de son existence, I'amphitheatre, bati par Septime 
Severe, et probablement acheve par Maximin, comme nous 
1'avons dit, n'ait servi aussi bien a des combats de gladia- 
teurs qu'a des combats contre des betes ferores, confor- 
mement aux vues qui, selon nous, avaient preside a sa 
fondation et qui avaient principalement pourobjetde con- 



(1) Zonar , Annal., lib. XVII , p. 260, ed. Par. Quanta Pedifice appel< 
Mangana, qui servait d'arsenal et dedouane, consullez Reiske, Commen- 
tar. ad Constantin. Porphyrogenit. , lib. De caeremoniis auJae Byzan- 
tin. , lib. II, cap. 52, edit. Bonn . t. II, p. 837 seqq. 

(2) Nicet. Choniat. de Manuele Comnen., lib. ~VII , cap. 3, ed. Bonn, 
p. 268. A. Dandul., Citron. Vemi. ad a. 1202 (Murator. Script, rer. 
Italic., t. XII). 



( 446 ) 

courir a un amusement reclame par la garnison et par la 
population d'origine romaine qui se trouvait dans la cite. 
Cependant, nous ne trouvons nulle part un temoignage 
positif qui nous aflirme que le triste spectacle d'hornmes 
qui s'entr'egorgeaient, ait ensanglante la ville. II nous est 
done permis de supposer que, durant 1'epoque qui suivit le 
regne de Conslantin, la volonle de cet empereur, qui etait 
contraire a ces jeux homicides, comme nous avons eu 1'oc- 
casion de le faire remarquer, fut respectee dans sa capitale, 
bien que cette meme volonle n'eut, comme on sail, au- 
cune autorile en Occident, et qu'elle fut meme meconnue a 
Antioche quatre anneesapres la promulgation de I'edit de 
Iserythe, comme un passage de Libanius nous l'atteste(l). 
A la verite, 1'abolition de ces spectacles dut rencontrer a 
Constantinople moins d'obstacles qu'ailleurs; car, d'abord 
celte capitale etait une ville d'origine grecque, ou la lit- 
lerature et la pbilosopbie de la mere patrie avaient pris 
racine, et deja, pour cette raisori seule, les combats de 
gladiateurs, introduits par Septime Severe, pouvaient etre 
facilement supprimes des qu'il devenait possible d'atlirer 
la foule par un amusement d'uneautre nature (2). An temps 
de Conslantin, les grands spectacles etaient devenus un 
besoin imperieux pour les populations des villes impor- 
tantes, d'autant plus que les jouissances plus nobles des 
fetes intellectuelles avaienl perdu leur attrait par le vide et 
Tinanite des productions litteraires, et que, par Tabsence 
d'un grand interet polilique, les esprils s'etourdissaient 



(1) Defortuna ma, Opp., edit. Reiske, t. I , p. G. 

(2) L'empereup Julien, dans une de ses lellres (ep. XXXV, edit. Heyler., 
p. 59), exprinift la surprise qu'il eprosiva en voyant la ville de Corinthe 
t^moigner des sympathies pour les jeux do gladialeurs, si etranfjers a la 
Grace. 



( 447 ) 

dans des plaisirs publics en ce siecle de feroules com- 
mandants des armees se dispu talent et s'arrachaient le 
potivoir. Constanlin avail le plus puissant inlerct a offrir 
Favantage de pareilles rejouissances a une population , 
composee des elements les plus helerogenes , qu'il voulait 
attirer de toutes parts vers le nouveau centre de Fempire. 
Cette nouvelle ville devait marcher Fegale de Rome, 
d'Alexandrie, d'Antioche et de Treves; ce sejour devait 
offrir a ses nouveaux habitants les memes avanlages, et les 
circonslances du temps offraient a Fempereur un moyen 
adroit d'atteindre ce but. Le systerne de gouvernement 
introduit dans Fempire depuis Diocletien, tendait par sa 
nature a efl'acer, a denaturer les institutions anterieurcs, 
qui avaient jusqu'alors resiste a Faction du temps, et qui 
mairiteuaient encore 1'esprit des siecles passes dans les 
formes nouvelles que cet esprit avait revelues. C'est dans ce 
but quc le pouvoir imperial , visant a Faction illimitee du 
despotisme oriental, Iravaillait a paralyser et a rendre inol- 
fensives les fonctions les plus elevees, instituecs autrefois 
pour gerer les affaires les plus graves de FEtal, et il ne reve- 
lait les riches des dignites du consulat, de la preture et de 
la questure, que pour les forcer a se ruiner en donnaut des 
feles dispendieuses pour Famusement du public. Constan- 
tin, qui, comme on sail, usait largement de ce moyen 
politique, et qui n'etait point dispose a faire donner par 
les dignitaires de Fempire des combats de gladiateurs, 
eiait amene necessairement a recourir a une mesure que 
Nerva, mu aussi par un sentiment d'humanite, avait deja, 
mais inutilement , tenlee (1) , et qui consistait a faire preva- 



(1) Mahila, lib. X,p. 208 Cf. Chronic Paschal. } p. 469; Zonarc,^mw/., 
lib. XI, cap. 19, p. 085, ed. Paris. 



( 448 ) 

loir sur les combats homicides des gladiateurs, les chasses 
et les combats moins horribles contre les betes dans le 
cirque et dans I'arene. Sous son regne, ces derniers jeux 
ont du etre offerts principalement par la munificence 
imperiale et par celle des consuls. Sous le regne de ses 
successeurs , les memes rejouissances ont du se multiplier 
considerablement, par I'instilution de cinq preteurs, qui 
furent etablis a Constantinople (1) , et dont deux recurenl 
la charge d'eriger a leurs frais des edifices publics , tandis 
que les trois autres avaient a consacrer une partie de leur 
fortune a des rejouissances publiques, entre lesquelles les 
spectacles des jeux de 1'arene , specialement appeles mu- 
nus par Symmaque (2) et par le code Theodosien (3), 
occupaient la premiere place. Si Ton veut seulement faire 
attention a Tenormitedes sommes que coutaientces fetes, 
non pas en prenant pour bases les depenses voloritaires, 
que, d'apres Olympiodore (4) , plusieurs grands person- 
nages de la ville de Rome y consacrerent, mais en les 
evaluant d'apres les chiffres fixes par les empereurs Con- 
stance et Theodose I or (5), qui voulaient eviter de ruiner 
inevitablement les dignitaires reserves a ces honneurs 
dispendieux, on pourra se faire une idee de la magni- 
ficence de ces spectacles, pour lesquels on depeuplait les 
forets du Nord et les deserts du Midi (0). 



(1) Lib. XIII. Cod. Theodos., VI , 4. 

(2) Lib. X, ep. 4. 

(3) Lib.IY.Coef.2%codo*.,l.c. 

(4) Voir Phot. bibl. cod. 80, p. 63, ed. Bekker. 

(5) L. 5 et 25, Cod. Theodos. , I . c. 

(6) On salt que la legislation de plusieurs empereurs coraminait des 
amendes tres-fortes contre les riches qui essay aient parfois de sesoustraire par 



( 449 ) 

L'esprit qui animait les jeux de 1'arene, depuis que Jules 
Cesar , corame nous 1'avons dit , leur avail ote leur carac- 
tere primitif, s'etait maintenu jusqu'a 1'epoque ou le pou- 
voir supreme de 1'Etat, partage enire le senat et i'armce, 
avail fait place a une uouvelle forme gouvernementale , 
calquee sur le modele de 1'Orient. II disparut des lors. 
Celte transformation avail ete amenee par les efforts de 
1'esprit de charite qui st repandait dans le monde avee 
I'Evangile, et par les vues politiques des souverains, enlre 
les mains desquels les spectacles devinrent un moyen gou- 
vernemental qui permetlait de fausser le caraclere des 
hautes fonctions d'autreibis, de limiter 1'opulencede 1 aris- 
tocratic et d'offrir une distraction a la population desceuvree 
et remuante des capi tales. Metamorphoses de cette ma- 
niere, les jeux de 1'arene se maintinrent, sauf les modifica- 
tions successives que nous signalerons brievemenl, j usque 
bien avant dans le moyen age, jusqu'au temps ou il aurait 
ete aussi difficile de demeler dans Forganisation du Bas- 
Empire les institutions de Diocletien et de Constantin, 
qu'il 1'eut ete de reconnaitre dans les innovations de ees 
derniers la forme donnee a 1'Etat romain par Cesar et par 
Augusle. 

Cependant les jeux, quoique limites a des combats contre 
des betes, renlermaient encore trop d'elements sortis du 
paganisme, pour ne pas etre en desaccord avec la nouvelle 
loi religieuse qui changeait et renouvelait le monde. Le 



la fuite aux honnurs ruiueuxde la preture. On les designait & ces fonctions 
dix ans d'avance , pour les mettre a meme d'executer convenablement la 
charge qui leur etait devolue et qui restait impost a leur heritier, s'ils ve- 
naient a mourii-. (LL. 2 C 2 et 17 , Cod. Theod.j 1. c.) 



( 450 ) 

iriste metier de ces in for tunes, qui vendaieiit, en (juelque 
sorle, leur vie et s'exposaient dans un hut frivole a des 
dangers certains, devait repugner aux idees professees par 
le christianisme sur la dignite etsur la haute mission de 
riiomme(l). Le spectacle de malheureux prisonniers de 
guerre, on de criminels, condamnes a mort et dechires par 
la dent des lions, des ours et des tigres, devait consti- 
luer une ecole de ferocite, contre laquelle les docleurs de 
1'Eglise ne cesserent de protester (2). II importait aussi, 
sous d'autres rapports, d'arracher lesesprits a 1'entraine- 
ment de ces jeux, qui donnaient lieu a une foule d'egare- 
ments moraux. Les efforts non interrompus du clerge n'eu- 
rent qu'un succes tres-lent, et la population de Constan- 
tinople resta longtemps encore attachee a ces amusements 
comme aux autres spectacles puhlics, avec cettc ardeur 
effrenee que saint Gregoire de Nazianze lui reproche (5). 
Aussi il nous reste desepoques suivantes, un nombresul- 
fisant de renseignements pour nous faire voir que ces jeux 
se continuerent pendant une longue periode de temps. 
Sous Theodose I , les derniers liens qui les rattachaient au 
paganisme, du moiiis exterieurement, i'urent rompus par 
une ordonnance de cet empereur , par suite de laquelle les 
temples de Mars et de Diane, qui etaient situes, comme 
nous 1'avons vu, pres du theatre et de ramphi theatre, et 
qui avaieut etc iermes par Constantin, furent complete- 



(1) Cf. Tertullian, De spectaculis. Constitut. apostol., lib. VIH, cap. ^y. 

(2) Nous ne citerons a ce sujet, qu'un seul passage de saint Jean Chrysoslome, 
horn. XII. in epist. 1. ad Corinlh., cap. 5 , et le poe'me de saint Gregoire 
do Nazianze a Seleucus. (S. Gregor., Theolog. Opp., ed.P. A. B. Caillau. 
Paris, 1842. Carm. select., II, 8, v. 114-150, p. 10, 05 sqq. 

(3) Oral. XXXVI, c. 12 (Opp. ed. Paris. 1778, t. I, p. 645}, 



( 451 ) 

ment destitues de leur caractere primitif. Cependant la 
nouvelle destination qui fut assignee a ces bailments, el 
par laqnelle la population de la capitalefut, pour ainsi 
dire, dedommagee, fait supposer que Tautorite avail en- 
core quelques menagemenls a garder envers I'opinion 
paienne (1). Tout porte a croire que 1'eclat des jeux ne s'e- 
teignit point sous la dynaslie de Theodose-le-Grand. En 
effet, nous possedons, du regne de son fils, plusieurs lois 
concernant la chasse et le transport des betes feroces. 
Saint Cassien nous donne des details sur unc espece de jeux 
de I'arene qui etaient designes par le nom de Hor/Kafmoq. 
Comme il nous apprend que ces fetes se celebraient en 
presence de Tempereur, on peut presumer que c'est a Con- 



(I) Le temple de VSnus fut transforme en un lieu de prostitution, el celui 
tie Diane fut change en un local destine au jeu de des , amusement pour le- 
quel les habitants de Constantinople s'eprirent d'une passion si grande que les 
lois de PEglise, aussi bien que celles de PEtnt, durent intervenir plus tard polit- 
ies refrener. M. de Hammer, avec la legerete qui caraclerise tout son ou- 
vrage sur Constantinople el le Bosphore, et dans lequel on ne trouve aucun 
renseignement archeologique qui n'ait ele fourni par Gyllius, traduit le mot 
TaQ^oa-apo^iov par Titulus mensae et le rattache naivement a un revenu 
assigne a Teglise S tr -Sophie (t. 1. p. 194). Jean Malala , qui nous a fait 
connaitre la transformation que ces edifices subirenl , nous apprend aussi 
qu'une par-lie do Pancien lerapie de Diane existait encore de son temps. 
Nous laissons au lecteur a decider si le nom ~.Xx' r tv , que ce batimenl avail 
conservd, le designe comme la Cella de Pancien temple ou la statue de la 
deesse avail e"t6 placee avec la biche tradilionnello, ou s'il se rapporte a des 
ornements exterieurs, represenlanl des cornes de cerf comme on en voyait 
ouvent aux temples consacres a Diane (Winckelmann , fersuck einer Alle- 
gorie betonders fiir die Kunst. oeuv. Dresde, 1808, 1. II, p. GOO), ou s'il 
signifie une enceinle attenante au temple, et dans laquelle on conservait en 
Phonneur de Diane des cerfs apprivoises , ce qui se faisait assez frequemment 
dansPantiquite.(Wernsdorff, Poetae latin, mmores, t. I, JSxcurs. prim, 
ad Calpurnii Ecclog. VI, v. 55 seqq.) 

TOME xv. 50. 



( 452 ) 

stantinople (ou il vecut de Fan 400 a 405) qu'il eut 1'occa- 
sion de les voir (1). Nous croyons que le Chronicon Paschale 
en lend parler des jeux de I'amphitheatre, en signalant 
les rejouissances qui furent donnees par le prefet de C. P. 
Ursus en 416, a 1'arrivee de la nouvelle que Pusurpaleur 
Attains etait tombe an pouvoir d'Honorius (2), bien qu'il ne 
parle simplemenl que de jeux de theatre. L'historien eccle- 
siastique Socrate nous apprend, dans une anecdote relative 
a Theodose II, que ce prince, mu par des sentiments chre- 
tiens, refusa , eti presidant aux jeux de I'amphitheatre , de 
satisfaire a des desirs sanguinaires du peuple (3). Une epi- 
gramme conservee dans YAnthologie, nous prouve que 1'em- 
pereurLeon I er , tout en continuant a assister aux memes 
spectacles, se montra animedes memes sentiments (4). Le 
dernier et savant editeur del'Anthotogie, M. Jacobs , altri- 
bue cetle epigramme a 1'empereur Leon-le-Sage, a 1'epoque 
duquel les fetes de ramphitheatre etaient depuis longtemps 



(1) Collation., V, 24. 

(2) Chronic, paschal. , p. 575. La prise d'Attalus qui sauvait I'Occidenl de 
la domination barbaredont ce prince avail ete 1'instrument, devail naturel- 
lemcnt etre saluee corarae un evenement heureux pour toute la dorainalion 
romaine. Malgre le partage de 1'empire entre les fils de Theodose l tr , on 
s'efforcait toujours , des deux cotes , de maintenir 1'idee de I'unite de I'em- 
pire et de regarder comme un motif de joie commune tout ce qui arrivait de 
propice a Tun ou a I'autre. INous vo.yons que , dans un monument public , 
eleve a Rome apres la defaitede Gildon , dont Pinscriplion nous a elecori- 
servee (Gruter, CCLXXXV1I, n 3), on attribua Thonneur de ce succes aussi 
bien a Tempereurd'Orient qu'a celui d'Occident. 

(5) Socrat. Hist, eccles., Vll, 21. 

(4) Jn'.hol. Palat. IX, 581 . II est sans doute forl surprenant de voir un 
empereur chretien du VII e siecle faire mention de Jupiter Milichius. Cette 
epithete attachee a Jupiter se retrouve assez frequemmenl dans les temps 
qui se rapprochent du regne du Leon l er . Notamment nous Tavons rencontree 
plusieurs fois dans les lettres du sophisle Lib^nius ^VI , 221 , 1055, 14^'Jj. 



(453) 

abolies. Nous croyons, au contraire, devoir la reporter a 
Leon I er , qui fit une concession nouvelle au genie du 
christianisme, en interdisant la celebration des jeux le di- 
manche (1). Si peu etendu que soient les renseignements 
que nous possedons concernant 1'histoire de ces fetes dans 
le cours du V e siecle, les fake- que nous venons de produire 
suifisent pour montrer que le disaccord inevitable entre la 
morale chretienne et les spectacles de 1'arene, devenait 
de plus en plus profond, bien que ces dernierscontinuas- 
sent a jouir de la faveur publique. Les efforts que le clerge 
mil en oeuvre pour empecher que le sang humain conti- 
nual a couler pour l'amusement frivole de la multitude, 
obtinrent un succes decisif au commencement du siecle 
suivant. Ce fut alors que les fetes de 1'amphitheatre en- 
trerent dans une phase nouvelle, et que le caractere bar- 
bare qu'elles avaient conserve jusqu'a cetle epoque, dispa- 
rut pour toujours. On assure communement qu'Anastase 
ordonna, en 501 , la suppression complete de ces jeux (2). 
Cependant cette assertion est erronee; car ce prince se 



(1) L. 2. Cod. Just., Ill, 12. Cependant Leon defendit specialement aux 
moinos de sanctifier, dans le sens chretien, les lieux destines aux plaisirs pu- 
blics, en y erigeant des croix et en y deposant des reliques (L. 26, Cod. Jus- 
tinian., I, 5) Probablement !e zele des moines avait-il etendu aux thea- 
tres , etc. , la derniere des lois que Theodose II promulgua centre le 
pa^anisme (L. 25. Cod. Theodosian., XVI, 10), etqui ordonnait d'expier 
par Terection de la croix les lieux ou le culle paien etait pratique (fana, 
templa, dclubra.) 

(2) On cite a 1'appui de ce fait un passage de Theophane (t. I. p. 221, 
ed. Bonn.) et de 1'histoire ecclesiastique de Theodorus Lector (lib. 11, c.53, 
edit. Vales.). Cependant cette deuxieme source, nous ne la connaissons que par 
les c-xlrails que Nicephore Calliste en fail avec tres-peu d'exactitude. Tbeo- 
ph^ne, croyons-nous, a suivi la me me autorite en la reproduisant avec la 
meme negligence. 



( 454 ) 

borna a decider que la vie humaine ne serait plus jouee 
dans ces spectacles. Par un decret public en meme temps 
que cette decision, 1'Empereur supprima un impot one- 
reux el generalement deteste, qui elait appele xpwap-yvpov 
el qui pesait principalement sur les classes les plus mal- 
heureuses de la societe (i). On serait lente de croire que, 
par cet acte de clemence, 1'empereur eut voulu adoucir 
reflet que devail necessairement produire la loi sur les 
spectacles, qui otait son principal interet a une rejouis- 
sance seculaire a laquelle les classes inferieures avaient 
naturcllement du rester plus altachees. Les jeux qui, des 
lors, furent encore celebres dans ramphitheatre, prirent 
une pbysionomie toute nouvelle. Au lieu de produire dans 
les spectateurs les emotions violentes que faisaient naitre 
les scenes de carnage et de sang, la ferocite des betes et 
1'audace des combaltants, si eloquemment decriles par 
saint Augustin et par saint Gregoire deNazianze, ilsn'in- 
teressaient plus que par 1'adresse des lutteursqui, a 1'aide 
de certaines machines, savaient se soustraire a la force et 
a la rage des animaux. Un heureux hasard nous a conserve 
deux diptyques consulaires(2), qui datent 1'un et 1'autre du 
regne d'Anastase et qui presentent en detail le tableau des 



(1) Procop. Gazaei Panegyr. in imperator. dnastasium, cap. 15. 
Prisciani Panegyr. Anaslasii, v. 223-228. Toy. t. I de la Collection des 
hisloriens byzantins, publiee a Bonn. 

(2) Un de ces diptyques provient d'Ariobinde, qui reraplit les fonctions de 
consul en 1'an 506, et I'autre d'Anastase qui fut revelu de la meme di^nite 
en 5 17. Le premier etait conserve a Nuremberg (v. Gori, Thesaurus Disty- 
c/iorum, t. I, p. 208). L'autre appartenait anciennement a la cathedrale de 
Lie^e. II a ete publie par Wiltheim. On en possedeaujounrhni une tal>!etle 
au musec roval de Berlin. II nous a ete impossible d'apprendre ce que Tautre 
moitic esl devenue. 






(455) 

jeux de 1'arenetcls qu'ils etaient pratiques a cette e'poque, ct 
une lettre de Cassiodore qui a rapport aux amusements de 
1'amphitheatre offerts, a la meme e'poque, au peuple ro- 
main parTheodoric 1'Ostrogoth, nous fournil une explica- 
tion suftisante de ces deux monuments (1). Ces spectacles 
nouveaux offraient encore un aulre attrait, c'etait 1'exhibi- 
tion des animaux rares que les princes d'Orient avaient 
conserve 1'habitude d'envoyer aux empereurs de Constanti- 
nople (2), et celle des betes fe'roces que Fart etait parvenu a 
dompter et dont la foule admirait 1'etonnante mansuetude. 
Justinien donna encore, a 1'occasion de son consulat, ces 
jeux avecune splendeur extraordinaire (5). Cependant, sous 
son regne, ou s'cffacerenttant d'inslitutions de 1'anliquite 
qui s'etaientmaintenuesjusqu'alors, modifiees, il est vrai, 
et meme denaturees, les spectacles de ramphithe'atreaussi 
perdirent une grande partie de leur eclat, sans toutefois 
dechoir completement. Nous avons deja fait observer que le 
consulat etait devenu une charge honorifique sans signifi- 
cation reelle, et qu'il ne servait qu'a faire face aux de- 
penses reclamees par les amusements publics. Mais, par les 
calamites du temps, cet honneur etait devenu tellement 
onereux, qu'il elait aussi devenu necessaire d'en amoin- 
drir les charges pour rendre possibles le maintien de cette 
(lignite, et 1'agrement qu'elle etait appelee a procurer an 
public. Par une loi de 556, Juslinien deterrnina les fetes 
qui desorrnais devaient rester a la charge des consuls, et 
proscrivit qu'ils pourvoiraient, a un jour fixe , aux amuse- 



(1) Var.,Lib. v,ep. 45. 

(i>) Marcellin Com. chronic.. A. 448, 490. 

(o) Ibid , A. 520. 



( 456 ) 

ments traditionnels de 1'amphitheatre (1). Lorsque, tin 
peu plus tard, le consulat lui-meme fut deiinitivement 
aboli, le public dut aussi renoncer a cette representation. 
A celte epoque, la vie publique de la capitale se con- 
centrait dans 1'hippodrome (qui fbrmait aussi en quelque 
sorte le parlement), et loutes les rejouissarices populaires 
elaient subordohnees aux courses des chevaux. Les fac- 
tions qui se dispulaient lapalme dans le cirque, s'empres- 
saient d'atlirer de toutes les manieres la faveur populaire. 
Les grandes societes eiltre lesquelles la capitale etait par- 
tagee,s'etaient aussi emparees deramphitheatre,et conti- 
nuaient, comme nous le voyons dans Procope (2), d'y 
offrir a leurs concitoyens les fetes qu'on avait coulume 
d'y chercher. Cette circonstance concourut a prolonger 
Texistence des jeux de 1'arene Cependant ils etaient desti- 
nes a dechoir progressivement , attendu que Justinien 
supprima, selon le temoignage de Procope, les revenus 
publics qui etaient encore assignes a leur celebration (5). 
Toutefois ils ne cesserent point tout a fait. Corippe nous 
parle du spectacle de betes feroces apprivoisees, que Ton 
avait coutume de montrer dans le cirque, et nous ett cpn- 



(1) Novell. CV. 

(2) ffistor. arcan. } cap. 9. 

(3) ffistor. arcan., cap. 26. Dcpuis les temps anciens, ou les jeux de 
I'arene etaient encore considered comme des expiations funeraires, la loi 
romaine avait aulorise les villes a accepter des dons testamentaires (Fragm. 
122 Digest, de Legation., I, lib. XXX, I. Fragm. 4 Digest, de admi- 
nistrat. rerum L. 8.), en faveur de la celebration de ces spectacles. Une loi 
de Pempereur Justinien (Novell. 63 de I'annee 538) nous prouve que, dans 
des temps posterieurs. certaines amendes etaient destinees au meme but. 
C'est egalement sur Pemploi de ces amendes que doit avoir porle la suppres- 
sion dont nous parle Procope. 



(457) 

cluons que les memes exhi!)ilions continuerent d'avoir lieu 
dans Tarn phi theatre (1); en outre, nous n'avons point de 
motif pour mettre en doute le temoignage de Fredegaire, 
d'apres lequel 1'empereur Heraclius lui-meme tua plu- 
sieurs lions dans 1'arene (2). Us ne disparurent entitle- 
ment que par suite de 1'intervention ecclesiastique. En 
effet, le coucile Quinisexte, tenu sous I'empereur Jus- 
tinien II, en i'an 681, defendit la celebration de ces jeux 
conjointement avec ceux des mimes et des pantomimes (5). 
Le batiment lui-meme ou res spectacles se donnaient, 
ne dispamt pas pour cela. II fut reserve a un usage ignomi- 
nieux, c'est-a-^dire, qu'il servit dorenavant delieude sup- 
plice pour les grands crimiriels ou pour les condamnes 
politiques , qu'on voulait faire passer comme tels dans IV 
pinion publique, et en meme temps il fut designe comme 
lieu de sepulture pour les suicides (4). On sait que 1'expo- 
sition aux betes feroces etait une peine comminee par les 
lois romaines contre des criminels extraordinaires, et 
qu'il etait plus ignominieux de perir sous la dent el sous 
les ongles des animaux que par la main du bourreau. 



(1) De Laudibus Justini minoris , L. Ill, v. 246-255. 

(2) Chronic.) cap. 65. 

(o) Can. 51 . Mansi Sacrorum concilioram novaet amplissima Collectio. 
Florent. 1765, t. 8, p. 568. 

(4) Suidass v. xvvfoiov. ' Codinus , de Signis, C. P., p. 31 . Nous au- 
rions du traduire le mot ii/o9-avaro/ , dont se servent les auteurs cites , par: 
tous ceux qui avatent peri d'une mort molente. On peut consulter Sai- 
maise (Exercit. Plinian.j p. 7S7) et Lobeck (Aglaopham., t. I, p. 223) sur 
le sort funeste reserve a Tame de ces malheureux , selon les doctrines des 
mages et celles <ies neopythagoriciens, qui s'staient propagees dans le moyen 
age byzantin. L'expression elle-meme de L/oS-^viCTO/ elait , d'apres Tertul- 
lien (De dnimd, cap. 57), un ternie emprunte a la magie. 



(458) 

On se rappelle aussi, d'apres un passage de Prudence (1), 
que ramphithealre servit meme quelquefois a d'autres ex6- 
cutions. A Constantinople, on avait coutume de faire servir 
1'enceinte de 1'arene aii meme but. Justinien , qui mit tous 
ses efforts a detruire les dernieres racines du paganisme, 
encore si profondement enracinees dans le sol, aiin d'eta- 
blir une unite politique et religieuse dans 1'empire, qu'il 
voulait transformer en une theocratic fac,onnee sur le 
modele des anciens rois de la Bible, ne putimaginer une 
maniere plus flelrissante de detruire des peintures et des 
Hvres paiens que de les faire bruler dans 1'enceinle de 
1'arene (2). Dans le recueil de lois qu'il nous a laisse, on 
trouve plusieurs dispositions qui comminent la peine de 
morl par les betes feroces (3). Si ces lois reQurenl encore 
leur execution , du moins ce ne fut plus comme le spectacle 
d'un amusement barbare offert aux populations. Mais nous 
doutons que, dans les cas ordinaires, ces executions aient 
eu lieu dans le grand amphitheatre de la deuxieme region 
de Constantinople, auquel la presenle notice se rapporte. 
Nous perisons plutot qu'ordinairement elles avaient lieu 
daus ramphithealre situe pres d'une des portes occiden- 
lales de la ville, dont nous avons parle au commencement 
de ce travail; et si parfois on en faisait dans le grand am- 
phitheatre, ce n'etaitque dans le cas ou Ton voulait faire 
sur le peuple une impression plus profonde en punissant de 
grands coupables devant la multitude (4). Ainsi 1'historien 



(1) Peristepk., hymn. VI, v. 61 sqq. 

(2) MalaL, L. XVIII, p. 491. 

(5) Fr. 19, pr. Dig. XLVIII , 9. Fr. 6, pr. Dig. XLVIH , 13. L. 12, Cod. 
Just. , IX, 47. 
(4) Cetle conjecliire nous la tirons<Pune consideration sur le lieu 



( 489 ) 

TheophylacteSimocatta parle d'un conspirateurcondamne' 
en 580 a etre devore par les betes feroces dans 1'amphi- 
theatre (1). 

Dans les temps posterieurs, plusieurs executions capi- 
tales, qui eurent lieu dans la merae enceinte , nous sont 
mentionnees par d'autres historiens byzantins, notamment 
sous le regne des empereurs Juslinien II (2), Leon III (5) et 
Constantin V (4). Toutefois, les condamnes, coupables du 
crime de haute trahison, subirent simplement le supplice 



cutions a Rome. Le lieu ordinaire des supplices se trouvait , comme il resuitc 
surtoul des recherches de M. Bekker ( ffandbuch der Romischen Alter- 
thiimer } t. I, p. 555), dans ia plaine dominee par le mont Esquilin. Dans 
cette region on voit , enclave dans I'enceinte elevee par Aurelien , un amphi- 
the"atre conslruit en briques , qu'on a pris erronement , comme M. Bekker Fa 
aussi demontre , pour Yamphiteatrum Castrense, qui devait se trouver bien 
loin de la. Nous sommes d'avis que cette construction est Fedifice designe par 
1'anonyrnede Falesiui (cap. 69), sous le nom de Palalium Sessorianum t 
ou le comte Odoi'n fut d^capite par ordre de Th^odoric, el que, dans les temps 
anciens, il formait I'enceinte dans laquelle les criminels condamnes etre 
de"vores par les beles subissaient leurpeine, lorsqu'ils n'elaient pas speciale- 
ment reserves pour les rejouissances publiques. Conslc'intin-le-Grand, voulant 
en quelque sorte sanctifier la mort, fit elever une eglise en Fhonneur de la 
Croix sur ce Golgotha de Rome. L'amphilh6alre, qui etait voisin de cette 
eglise. nous ne i^pugnons pas a le comparer a celui qui a donne son uoui & 
Fune des portes de Constantinople (Porta Cynegii). 

(1) /Hstoriar. , III, 8. Cet exemple prouve que ce genre de supplice 
n'avail pas et^ completemenl aboli dcpuis Couslanlin-le-Grand , comme on Fa 
suppose, sans autre autorile (;ue la loi de cet erapereur, qui defend de faire 
raourir en gladiateurs des coupables appartenant a FEglise chretienne. Toute- 
fois, nous pensons que le supplice des beles feroces a etc assez rareraent appli- 
que" sous les empereurs Chretiens. 

(2) Theophan.i t. I, p. 574. Nicephor,, c. 6, p. 48. Leogmmm., p. 108. 
Cedren. , 1. 1 , p. 781 . Zonar.> XIV, c. 25, p. 96. Ed. Par. 

(3) Nicephor.,c. 0, p. 65. 

(4) Theophan.. 4. I, p. 647 sq. Leo gratnm. , p 183. Cedren. , t. II, 
pag. 6. 



(460) 

dii glaive an lieu d'etre jele's aux betes ferores. Ce dernier 
genre de supplice ne fut aboli par aucune prescription le- 
galequi nous soitconnue; selon touteapparence, il tomba 
en desuetude pendant le ( ours du VIP siecle. Nous devons 
encore mentionner que le fahaiisme d<3 Constantin Copro- 
nyme fit mettre a mort, en 766, plusieurs personnages de 
distinction, comme coupables d'avoir soutenu le cultedes 
images (1), en leur appliquant peut-etre une loi de Theo- 
dose II, qui mettait sur la meme ligne le culte des idoles 
et le crime de lese-majeste (2). Le patriarche Constantin fut 
la derniere victime qui peril par le glaive du bourreau dans 
ramphitheatre (3). Le souvenir des cruautes de Copro- 
nyme, qui devint encore plus odieux au moment ou les 
opinions religieuses qu'il avait voulu imposer a 1'empire, 
furent stigmatisees comme repugnant a la veritable foi, fut 
peut-etre cause que ses successeurs, evitant de marcher sur 
ses traces, ne permirent plus que les executions capitales 
eussent lieu dans 1'enceinte de I'arene. Nous ignorons si la 
place servit encore, dans les epoques suivantes, de lieu 
de sepulture aux suicides. Mais toujours pouvons-nous af- 
lirmer que 1'edifice resta debout longtemps encore. Nous 
presumons meme qu'il ne disparut guere avant la fin du 
XIP siecle. Au temps de Philippique, vers Tan 711, si 
nous devons nous en rapporter a un recit qui nous a ete 
transmis par Codinus (4), le batiment avait encore con- 
serve ses gradins a 1'interieur, et meme 1'une des statues 
qui 1'avait anciennement derore. Nous le trouvons encore 



(1) Nicephor., c. 6, p. 83. Theophan., t. I, p. 677. 

(2) L. 12, Cod. Theodos., XVI , 10. 

(-")) Theophdn. , t. I, p. 083. Zonar., lib. XV, cap. 7, p. I1 1 . Ed. Pap. 

(4) DeSignis,C. P. p. 51, 



(461 ) 

cite sous le regne de Constantin Monomaque (1042-1052) , 
au temps duquel il etait habile par la fameuse Sclerena (1), 
ce qui pourrait nous autoriser a supposer que les em- 
pereurs byzanlins avaient abandon ne cet edifice, lors- 
qu'il avail cesse de servir a un usage public, a quelque 
membre de la famille des Ducas a laquelle cetle femme 
apparlenait, el qui depuis longtemps s'etait elevee aiix 
fonclions les plus eminenles de 1'empire. La derniere men- 
tion en esl faite par Tauteur anonyme de la compilation 
sur les antiquites de Constantinople, qui dedia son ou- 
vrage a 1'empereur Alexis Comnene (1081-1120), et qui 
cite 1'amphi theatre au nombre des edifices de la capi- 
tale (2). Apres le regne de cet empereur, nous n'avons plus 
trouve dans les auleurs byzantins la nloimlre trace de 
ce monument. Nous presumons qu'il ne disparul qUe sous 
le gouvernement d'Isaac 1'Ange , lorsqu'un grand nonibre 
de monuments sacres et profanes furent demolis a Con- 
stantinople, pour fournir les materiaux necessaires aux 
nouveaux edifices qu'eleva ce prince pousse par la manie 
des constructions. En effet, Nicetas nous raconte que, 
pour ajouter un batiment nouveau au palais des Bla- 
chernes, cet empereur fit abaltre un nombre considerable 
de monuments anciens, et qu'il fit aussi demolir le mo- 
nastere dit Mangana,. eleve par Constantin Monomaque 
non loin du baliment dumeme nom, construit precedem- 
ment par Basile-le-Macedonieh, sans egard pour 16 martyr 
saint George, a qui ce mouastere etait declie (5). L'amphi- 
theaire, comme nous Tavons deja dit, etait. situe dans le 



(1) Zonar. , lib. XVII, p. 260. Ed. Par. 

(y) Bancluri , Jmperium orientals. Ed. Par., p. 26* 

(5) De haacio dnyelo, lib. Ill , cap. 6 , p. 580 sq. Ed. Bonn. 



(462) 

voisinage de ce monastere, ct s'il exislait encore a cette 
<5poque, ce qui est assez probable, il ne fut sans doute 
pas respecte par le caprice novateur d'Isaac 1'Ange. 



M. le directeur, en levant la seance, a fixe 1'epoque 
de la prochaine reunion au samedi l er decembre. 



OUVRAGES PRESENTS. 



Commentaire de la tot provinciate de la Belgique, du 30 avril 
1836, modifieepar celle des 9, 20 et 27 mai 1848 , par J.-B. Bi- 
vort, 3 e Edition ; in-8. 

Lettre a M. le Ministre de I'inte'rieur sur lassainissement des 
villes et la conservation des engrais, par M. Moreau. Bruxelles, 
1848; in-12. 

Recherches sur les monnaies des comtes de Hainaut, par R^- 
nier Chalon. Bruxelles, i848; vol. in-4, 

Sur I art historique et religieux en Belgique. Salon de 1848. 
Bruxelles, 1848; in-8. 

Discours prononce'par M. F. Hennebert, professeur a I'Athe'ne'e 
royal de Tournay. Tirlemonl, -1848; in-8. 

Notice sur Joseph-Hubert-Ignacc Pypcrs, pharmacien. par 
C. Broeckx. Anvers, 1818; in-8. 

Bruxelles et la Belgique a propos des fetes de septembre 1848, 
par le comte tie Marseille-Civry. Bruxelles, 1848; in-8. 

Sur la plauete Neptune, par U.-J. Le Verrier ( extra! t des 
Comptes rendus des stances de I Academic des sciences). Paris, 
4848;in-4. 

Sur les trajectoires orthogonales des sections circulaires d'un 
ellipsoide, parM. C, Catalan. Paris, 1847; in-4 ( \ 



( 463 ) 

Notice historique el chronologique sur femploi de la pomme de 
terre et de sa fecule dans la panification , par A, Chevallier fils. 
Paris; in 4. 

Petition sur les falsifications adressee a I'Assemblee nationale, 
par A. Chevallier. Paris, 1848; in-8. 

Rapport adresse a M. le delegud du Gouvernement provisoire 
sur les traitcments orthopediques de M. le doctcur Jules Guerin. 
Paris, 1848; in-4. 

Notice historique sur la vie et les travaux de M. Colebrooke, 
par M. C.-A. Walckenaer, secretaire perpetuel de 1' Academic 
des inscriptions et belles-lettres , Institut national de France. 
Paris, 1848; in-4. 

Precis d'une serie d 'experiences sur le diamagnetisme , par 
H.-C. 6'rsted. Copenbague, 1848; in-8. 

Academic royale de medecine de Belgique. Memoires des 
concours et des savants etrangers. Second fascicule du tome I. 
Essai sur I'emploi des ferrugineux, par M.le docteur E.-A. Jac- 
ques. Bruxelles, 1848; in-4. 

Bulletin de V Academic royale de medecine de Belgique. Tome 
VII, n !0. Bruxelies, 1848; in-8. 

Annales de la Societe de medecine de Liege. 5 e lome, l re et 2 e 
fascicules. Liege, 1848; in-8. 

Annales et bulletin de la Societe de medecine de Gand. 10 e li- 
vraison, octobre 1848. Gand; in-8. 

Annales de la Societe de medecine d'Anvers. Livraisons d'oc- 
tobre. Anvers, 1848; in-8. 

Annales de la Societe medicale d emulation de la Flandre oc- 
cidentale, etablie a Roulers. 8 e livr. Roulers, 1848; in-8 

Archives de medecine militaire. Journal des sciences medicates, 
pharmaceiitiqucs et veterinaires. A. Meynne, r^dacteur. Tome II, 
4 e cahier. Bruxelles, 1848; in-8. 

Journal de me'decine , de chirurgie et de pharmacologie , public 
par la Societe des sciences medicales et naturelles de Bruxelles. 
Cahier de novembre. Bruxelles, 1848; in-8. 



( 464 ) 

Journal de pharmacie, public par la Soci6t6 de pharmacie 
d'Anvers. 4 e anmte, octobre 1848. Anvers; in-8. 

Gazette medicate beige, journal hebdomadaire , re"dige par 
les docteurs Ph.-J. Van Meerbeeck et Ch. Van Swygenhoven. 
Octobre \ 848. Bruxelles ; in-4. 

Le progres medical , organe des inlerets professionals et scien- 
tipques des medecins , des pharmaciens et des medecins veteri- 
naires de Bdgique. Bruxelles, octobre, 1848; in-fol. 

Revue de la numismatique beige, publie'e sous les auspices de 
la Socie"t numismatique, par MM. R. Chalon , C. Piot etC.-P. Ser- 
rure. Tome IV, n 3. Bruxelles, 1848; in-8. 

Journal historique et litter aire. Tome XV, livr. 7. Liege, 
novembre \ 848 ; in-8. 

Comptes rendus hebdomadaires des seances de CAcademie des 
sciences, par MM. les Secretaires perpetuels. Tome XXVH, 2 e se- 
mestre 1848, n os 15 a 18. Tables du tome XXVI, l er semestre 
1848. Paris; in-4. 

Bulletin de la Societe geologique de France. Tome IV , 1 846- 
1847, feuilles 74-78. Paris, 1848; in-8. 

Academic des beaux-arts. Stance publique annuelle du samedi 
14 octobre 1848, presidee par M. Horace Vernet. Paris, 1848; 



Revue zoologique par la Societe cuvierienne , journal mensuel 
publie sous la direction de M. F.-E. Guerin-Meneville. N 9, 
1848. Paris; in-8. 

Memoires de la Societe des sciences , de I' agriculture ct des arts 
de Lille. Lille, 1841-1847, 5 vol. in-8. 

Seance publique de la Societe des sciences , de I 'agriculture el 
des arts de Lille. Cahiers 4 et 5, ann^es 1811 , 1819. Lille; in-8. 

Memoires de la Soc'iele" royale et centrale a" agriculture, sciences 
et arts du departement du Nord, seant a Douai. 1841-1847. 
Douai, 1843-1847, 3 vol. in-8. 

Memoires de la Societe d'e'mulation de Cambrai. Seances pu- 
bliques des ann^es 1841 , 1843 et 1845. Cambrai, 1843-1847, 
3 vol. in-8. 



(465) 

Rapport de M. Farez, secretaire perpetuel de la Societe d'e- 
mulation de Cambrai, 1806. Rapport fait a la Societe 1 d'tmu- 
lation de Cambrai au nom de sa commission d 'archeologie , par 
M. Ale. Wilbert, 1844. Rapport fait d la Societe" ff Emula- 
tion de Cambrai, sur son conconrs Eloquence, 1845, par M. Ale. 
Wilbert. Cambrai, 1844, 1846 et 1847; in-8. 

Notice sur I'origine, la constitution et les travaux de la Societe 
d'emulation de Cambrai, par Ale. Wilbert. Cambrai, 1847; in-8. 

Notice hislorique sur le mont-de-piete de Cambrai , par Ale. 
Wilbert. Lille, 1848, in-8. 

Actes de la Societe helvetique des sciences naturelles. Sessions 
des annees 1819, 1821 , 1823 a 1830, 1832, 1853, 1835, 1836, 
1857 et 1847. 17 broch. in-8. 

Coup d'ceil hislorique sur les 32 premieres annees d" existence 
de la Societe helve" tique des sciences naturelles. Zurich, 1848; 



Bulletin de la Societe impe'riale des naturalises de Moscou. 
Annees 1847-1848. Moscou, 4 cahiers in-8. 

Ambiorix. Dichtstuk door J. Nolet de Brauwere Van Steeland. 
Leuven, 1841; in-8. 

Wat zywaren. Wat wy zyn. Em woord over den toestand 
onzer vaderlandsche letterkunde, door D r J. Nolet de Brauwere 
Van Steeland. Antwerpen, 1846; in-8. 

Het graf der twee gelieven. Eene legende, door D r J. Nolet de 
Brauwere Van Steeland. Leuven, 1842; in-8. 

Een reisje in het Noorde, door LK J. Nolet de Brauwere Van 
Steeland. Leuven, 1843, un vol. in-8. 

Redevoering over den invloed van het gevoel voor het schoone, 
met toepassing op onze tael- en letterkunde ; uitgesproken in de 
eerste algemeene vergadering van het tael- en letterkundig Ge- 
nootschap, te Brussel, door D r J. Nolet de Brauwere Van Stee- 
land. Antwerpen, 1844, in-8. 

Z of S. Twee brieven aen D J. W> Wolf, hoofdopsteller VAN 
DE BROEDERHAND , door D r J. Nolet de Brauwere Van Steeland, 
1846, in-8. 



(466) 

Aen de Germanen in 1847, door D r J. Nolet de Brauwere Van 
Steeland. Brussel, 1847; in-8. 

Ernst en boert, door I) 1 J. Nolet de Brauwere Van Steeland. 
Brussel, 1847, in-8. 

Dauwdroppelen. Poctischc letter vruch ten van het taelkundig 
genootschap DE DAGERAED, te Turnhoudt. Turnhoudt, 1848; vol. 
in- 8. 

Verhandelingen der eerste klasse van het koninglijk-neder- 
iansche Instituut van wetenschappen, letterkunde en schoone- 
kunsten te Amsterdam. Derde reeks, eersten deels, eerste stuk. 
Amsterdam, 1848; in-4. 

Verslag van het verhandelde in de algemeene vergadering van 
het provindaal Vtrechtsch Genootschap van kunsten en weten- 
schappen. Utrecht, 1848; in-12. 

Programma van het bataafsch Genootschap der proefonder- 
vindelijke wijsbegeerte, gesticht door Steven Hoogendyk te Rot- 
terdam, 1848. Une foAiille in-4. 

Programma certaminis poetici, ab institutio regio Belgico pro- 
positianno 1848. Amstelodami. Une feuille in-4. 

Zwei auf NERO und POPPAEA bezugliche Jnschriften von J. Rou- 
lez(aus dem Philologus, III; \ ). Gottingen, 1848; in-8. 

Abhandlungen der philosophisch-philologischen classe der 
koeniglich Bayer. Akademie der Wissemchaften. Tom. Ill, Abth. 
2 et 3. Tome IV, Abth. 2. Munchen , 1841 et 1846. 5 vol. in-4. 

Gelehrte Anzeigen herausgegeben von Mitgliedern der koeniglich 
Bayer. Akademie der Wissenschaflen. 26 Band. Januar bis Juny. 
Munchen, 1848; vol. in-4. 

Bulletin der koenigl. Akademie der Wissenschaften . n os 1 a 
33. Munchen, Januar-Mai, 1848; in-4. 

Die Chemie in ihrem Verhdltnisse zu Physiologic und Patho- 
logic. Festrede vortgetragen in der offentlichen Sitzung der koer 
niglich Bayer. Akademie der Wissenschaflen zu Munchen , von 
D. Max. Pettenkofer. Munchen, 1848, in-4. 

Denkrede auf Joseph Gerhard Zuccarini,\on Carl.-Fred.-Phil. 
von Martins. Munchen, J8-48; in-4. 






(467) 

Mittheilungen der nalurforschenden Gesellschaft in Bern , 
n os 105 a 134. Bern, 1847-1848; in-8. 

Beitrage zur meteor log ischen Optik und zu verwandten Wis- 
senschaften. In zwanglosen Heften herausgegeben , von Johann 
August Grunert, l r Theil, erstes Heft. Lepzig, 1848; in-8". 

Archiv der Mathematik und Physik , herausgegeben von Jo- 
hann-August Grunert. Elfter Theil, viertes Heft. Greisfswald , 
1848; in-8. 

Astronomical observations made at the Radcliffe observatory, 
Oxford, in the year 1846. By Manuel J. Johnson, vol. VII. Oxford, 
1848. Vol in-8. 

Astronomical observations made at the naval Observatory, 
Washington, under orders of the honorable secretary of the 
navy, dated august 13, 1838. By lieutenant J. M. Giliss. 
Washington, 1846; in-8. 

The quarterly journal of the geological Society. Edited by the 
assistant-secretary of the geological Society. Vol. IV, part. 1. 
- August 1848, n 15.Lond.on, 1848; in-8. 

Confederazione ippocratica di Roma, giornale settimanale in 
continuazione della romana corrispondenza scientifica. Redat- 
tori prof. D r Poggioli et G. E. Mengozzi , segretarii generali 
della confederazione. Anno 1 , despensa I\ 7 , V e VI. Roma , 
1848;in-4. 



TOME xv. 5i. 



BULLETIN 



DE 



L'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES , 



DES 



LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQIIE. 
1848. N 12. 



CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du 2 decembre 1848. 

M. D'OMALIUS D'HALLOY, faisant fonctionsde directeur. 
M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents: MM. Pagan i , Sauveur, Timmermans, 
De Hemptinne, Crahay, Wesmael, Martens, Dumont,Can- 
traine, Morren, De Koninck ; Van Beneden, Ad. De Vaux, 
le baron Edm. de Selys-Longchamps, membres; Somme, 
Schwann, associes ; Gluge, Louyet, correspond ants. 






M. le directeur annonce que M. J. Muller, recteur de 
1'universite de Berlin , assiste a la seance. 



TOME xv. 



02. 



( 470 ) 



CORRESPONDANCE. 



- L'auteur du memoire sur la physiologic vegetale et 
1'agriculture, envoye au concours de 1848, fait parvenir 
une note supplemental a son travail. Cette note est 
accueillie, bien que le terme fatal pour la remise des 
pieces du concours soit expire, par la consideration que le 
concurrent etant seul, la decision de la classe ne peut 
porter prejudice a personne. 

La Societe pour le developpementdes ressources mine- 
rales des Etats-Unis d'Amerique, nouvel lenient etablie a 
Philadelphie, fait connaitre, par I'mtermediaire de son 
president, M. P.-A. Rrowne, qu'elle desirerait etablir des 
relations scientifiques avec 1' Academic royale de Belgique. 
Ces offres sont acceptees. 

Le secretaire donne aussi lecture de lettres ecrites au 
sujet de 1'echange des publications de 1'Academie par la 
Societe linneenne de Londres, par le couseil du Musee 
britannique, par la Societe des sciences naturelles du can- 
ton de Vaud et par plusieurs autres societes savantes. 



( 471 



RAPPORTS. 



Sur les corrections de la lunette meridienne 9 notes par 
MM. le capitaine Liagre et Ed. Mailly. (M. Quetelet, com- 
missaire.) 

M. Quetelet rappelle a la classe qu'en 1845, 1'Acade- 
mie a imprime, dans le tome XVIII de ses Memoires, un 
travail interessant de M. Liagre Sur les corrections de la 
lunette meridienne. Ce travail ayant donne lieu a une no- 
tice sur le meme objet, par M. Ed. Mailly, inseree dans le 
n 10 des Bulletins de cette annee , M. Liagre a eu 1'occa- 
sion de revenir sur son memoire et de presenter des con- 
siderations nouvelles propres a simplifier et a rendre plus 
surs les moyens de trouver la collimation d'une lunette 
meridienne. Ce sont ces recherches nouvelles qui forment 
Tobjet de la note que M. Quetelet avait a examiner; il avait 
aussi a s'occuper d'une seconde note de M. Mailly sur le 
meme sujet. 

Conformement aux conclusions de M. le rapporteur, la 
classe a decide que des remerciments seront adresses aux 
deux auteurs , et que le nouveau travail de M. Liagre se- 
rait insere dans les publications de la compagnie. 

Elle a ensuite ordonne 1'impression, dans ses me- 
moires, des deux ecrits suivants : 

1 Memoire sur une formule d'analyse, par M. Schaar, 
repe'titeur d'analyse a 1'Ecole du genie civil de Gand. 



(472) 

2 Memoire sur I'organisation et le developpement du 
Nicothoe du homard, par M. Van Beneden, membre de 
1'Academie. 

Le travail de M. Van Beneden sur Torganisation du 
Nicothoe, a donne lieu a une discussion interessante a 
laquelle plusieurs membres ont pris part. Par une hen- 
reuse coincidence la classe a souleve celte discussion 
physiologique en presence d'un des physiologistes les plus 
distingues de celte epoque; M. Miiller, sur 1'invitation 
de M. le directeur, a fait connaitre son opinion sur la 
question qui etait agitee. 



Sur les produits indigenes, appliques comme agents colo- 
rants dans les beaux-arts et ^Industrie, memoire de 
M. Vloebergs. 



M. De Konincte. 



Apres avoir pris connaissance du travail de M. Vloe- 
bergs, intitule : Scheikunde voor verving en schilderkunst , 
c'est-a-dire Chimie pour teinture et peinture , nous avons 
pu nous convaincre que ce travail ne presente pas le 
moindre interet scientifique et ne renferme rien qui ne 
soit connu depuis longtemps. 

Le systeme de teinture que 1'auteur croit avoir decouvert 
consiste,ainsiquele prouvent les nombreuses recettes dont 
se compose presque exclusivement son travail , a trailer 



(475) 

invariablement, a 1'aide d'un execs d'acide nitrique el de 
la chaleur, les diverses matiercs animales et vegetales donl 
il donne la liste et dont il croit ainsi fixer les principes 
colorants. II est cependant a remarquer que la couleur 
ainsi obtenue est toujours la meme (d'une nuance jaune) 
et qu'il ne parvient a 1'appliquer que sur des tissus d'ori- 
gine animale. 

Si 1'auteur avait pris soin de rechcrchcr la cause de 
cette action generate, il se serait convaincu qu'elle depen- 
dait ordinal rement de la formation d'une cerlaine quantile 
d'acide pyrique ou carbozotique , soit directement par 
1'action de 1'acide nitrique sur les malieres organiques 
traitees, soit par celle de ce meme acicle sur les tissus 
destines a la teinture. 

C'est cependant la coloration jaune produilc de la sorte 
qui , ainsi que le proclame na'ivement 1'auteur lui-meme , 
sert de base a son systeme de teinture et de fond a pres- 
que toutes les autres nuances obtenues par lui. 

Nous devons neanmoins faire observer que, parmi les 
couleurs obtenues par M. Vloebergs, il se trouve plusieurs 
laques d'une nuance vive ot belle produitespar le traile- 
ment des sues de fleurs et de baies de divers vegetaux in- 
digenes. 11 restera a determiner par {'experience, si ces 
nuances de diverses couleurs pourront resisler a Faction 
de 1'air et de la lumiere. II est d'autant plus permis d'en 
douter quel'auleur n'en fait aucune mention. 

En resume, le travail dc M. Yloebergs ne merile pas les 
encouragements de 1'Aeademieet encore moins son ap- 
probation. 

Conformemcnt aux conclusions de ce rapport et a celles 



(474) 

presentees par M. Stas, second commissaire , la classe a 
decide qu'elle ne pouvait donner son approbation aii me- 
moiredeM. Vloebergs. 



COMMUNICATIONS ET LECTURES. 



Passage de Mercure sur le disque solaire. 

M. Quetelet presente quelques details sur les observa- 
tions du passage de Mercure, faites a 1'Observatoire royal 
de Bruxelles , le 10 novembre dernier. 

La matinee avail ete tres-belle jusqu'au moment du phe- 
nomene; il se presenta alors de petits nuages qui, par leur 
interposition, necessitaient, a chaque instant, des cban- 
gements dans les verres destines a eteindre partiellement 
la lumiere solaire. Ces changements, outre qu'ils fatiguaient 
la vue, distrayaient necessairement 1'attention. Les lunet- 
tes avaient des grossissements de 80 a 100 fois; le temps 
est le temps moyen de Bruxelles : 

l er contact. 2 e contact. 

M. Quetelet 11 h 25 m 22 s I1 h 24 m 29 s 

M. Houzeau 11 23 17 11 24 59? 

M. Bouvy 11 25 7 11 24 27 

M. Houzeau estime que son observation du second con- 
tact a ete faite notablement trop tard. Les nombres sont 
donnes tels qu'ils ont ete inscrits, sauf la correction des 
chronometres. 



(475) 

II convient d'ajouter aussi que les trois observateurs 
etaient places de maniere a ne pouvoir communiquer en- 
semble. 

Aur or esboreales; perturbations magnetiques. M. Que- 
lelet fait connaitre aussi que, le 21 novembre dernier, a 
6 h. 20 m. du soir, une belle aurore boreale a eteobser- 
vee a Bruxelles. Une lueur d'un rouge pourpre couvrait la 
grande Ourse et les parties du ciel voisines de cette con- 
stellation. Plusieurs rayons brillants, presque verticaux , 
traversaient celte lueur. Quelques minutes plus tard, la 
lumiere rougeatre s'etendait, en s'affaiblissant, sur toute 
la partie boreale du ciel et se terminait, a sa partie su- 
perieure, par une courbe qui figurait un arc regulier. A 
1'horizon, un nuage tres-obscur, a contours irreguliers, 
semblait couvrir un foyer de lumiere. 

A 6 h. 50m., une nouvelle lueur rougeatre se montrait 
plus a Test que la premiere et couvrait la partie du ciel qui 
s'etendait de la tele de la grande Ourse jusqu'a 1'horizon , 
borde par une bande de nuages. Cette lueur uniforme, de 
50 d'altitude sur 20 a 25 de largeur, s'effac.a bientot dans 
les vapeurs qui vinrent couvrir le ciel. Les instruments 
magnetiques n'eprouvaient que de faibles perturbations. 
Plus tard, les eclaircies qui se formerent, ne laissaient 
plus apercevoir de traces du phenomene. Gette aurore bo- 
reale a ete aper^ue aussi dans le Nord et dans une grande 
partie de la France. 

Le 1 7 , une autre aurore boreale avait ete aperc, ue dans 
plusieurs localites de la Belgique. L'etat du ciel ne permit 
pas de 1'observer a Bruxelles, mais les instruments de FOb- 
servatoire y const aterent de fortes perturbations magne- 
tiques. 



( 476 ) 

titoiles filantes. Les soirees des 42, 15, 14 novembre 
out ele defavorables a 1'observation des etoiles iilantes. 
Pendant les rares eclaircies que presenlait le ciel, 1'eclat 
de la lune genait necessairement les observateurs, qui ont 
constate, cette fois, moius d'etoiles Iilantes que pendant 
des units ordinaires. 



Sur une me'thode propre a faire trouvcr la coUimation d'une 
lunette meridienne au moyen des observations astrono- 
miques; par M. le eapilaine Liagre. 

PREMIERE PARTIE. 

l er . Dans une note inseree au n 10 des Bulletins de 
I' Academic, M. Mailly vieiit de discuter une methode que 
j'avais proposee (I) pour determiner la collimation d'une 
lunette meridienne, sans deplacer 1'inslrument, et par le 
seul secours des observations astronorniques. Je vois avec 
plaisir que mon travail a etc serieusement examine par 
mon ancien collegue a I'Observatoire, dont j'ai eu mainle 
fois occasion d'apprecier I'exactitude et 1'habilete commc 
calculateur : aussi, quoique je ne souscrive pas complete- 
menl au jugement qu'il porte, je ne le remercie pas moins 
d'avoir soumis mon ouvrage a une etude consciencieuse, 
et de m'avoir, en outre, procure, par la communication 



(1) Memoires courortnes et mdmoires des savants etrangers, publics par 
rovalc <ies sciences et belles-le(tn v s de Rrnxelles, t. XVIII. 



(477) 

qu'il vient de faire a 1'Academie, 1'occasion de presenter 
ici quelques developpements que la nature de mon memoire 
ne comportait pas. 

L'astronome qui veut discuter un precede d'observa- 
tion, et en appre'cier sainement la valeur pratique, doit 
commencer par se soustraire a toutes les sources d'erreur 
qui ne sont pas inherentes a la nature meme du procede; 
c'est-a-dire choisir le plus favorablement possible toutes 
les circonstances dont il est maitre de disposer. Quant 
auxerreurs accidentelles, qui sont inseparables de toute 
observation, mais dont il ne peut mesurer la grandeur 
dans chaque cas particulier, il doit leur attribuer leurs 
valeursprofraWes, ousupposer 1'observation entachee d'une 
erreur telle, qu'il y ait autant de chances d'en commeltre 
une plus petite, que d'en commettre une plus grande. 

Telle est la marche que nous nous proposons de suivre 
tout a 1'heure, lorsque nous apprecierons , d'une maniere 
generate, 1'exactitude dont notre methode est susceptible. 

M. Mailly a procede differemment dans la note qui 
nous occupe: il a pris deux exemples numeriques, les a 
discutes, et a conclu de leurs resultats que la methode 
n'offre pas une exactitude suth'sante. L'un de ces exemples 
(p. 8 de la note) est tire du registre de 1'Observatoire de 
Bruxelles; 1'autre (p. 10) est exlrait du recueil des obser- 
vations faites a Greenwich, en 1845. 

Comme les chi fires out souvent une grande puissance 
de conviction, et que les resultats numeriques rapportes 
par M. Mailly semblent, a la premiere vue, coiidamuer 
notre melhode, nous sommes force de le suivre d'abord 
sur le terrain oil il s'est place, de reprendre les deux 
exemples qu'il cite, et de les trailer a notre tour : nous le 
ferons toutefois aussi briovemcnt que possible, afin d'ar- 



( 478 ) 

river plus vile an ccenr de la question : 1'appreciation 
numerique du degre de precision que notre methodc 
comporte en general 

2. Dans le premier exemple qu'il calcule, 1'auteur 
rapporte quatre observations faites le 5 mai 1848, a 1'Ob- 
servatoire royal de Bruxelles. Ce sont celles de a Virginis, 
de v Bootis, et de la polaire a ses deux passages. Combi- 
nant successivement chacune des deux premieres etoiles 
avec le double passage de la derniere, il trouve: 

Par A Virginis, c = -H 22",2 
Par tj Bootis, c'= -t- 56",3. 

Ces deux valeurs de la collimation different entre elles de 
la quantite tres-notable 14",1; et, de leur comparaison, 
M. Mailly conclut judicieusement que les deux passages de 
la polaire ont du etre observes trop tot de une seconde et 
demie environ. 

Or, en developpant i'esprit general de notre methode, 
nous avons suppose un observateur normal, observant 
d'une maniere uniforme aux differentes declinaisons. Nous 
n'avons pas eu la pretention de trailer les particularites, 
variables a 1'infmi, que peuvent presenter les differents 
astronomes dans leur mode d'observation. 

Les deux exemples cites par M. Mailly tombent, il le fait 
remarquer lui-meme, dans un de ces cas particuliers; il 
reconnait que les quatre passages de la polaire rapportes 
dans sa note ont tons ete observes trop tot. En effet, cer- 
tains observateurs ont une equation personnelle qui varie 
avec la declinaison des etoiles, ainsi que 1'a fait remarquer 



(479) 

M. Quetelet (1) : cette espece de collimation del'oeil vient 
se meler a la collimation de I'inslrument; et (nous le de- 
montrerons plus loin) elle influe d'autant plus sur cette 
derniere, que les deux circompolaires du groupe sont plus 
voisines du pole, et la troisieme etoile plus eloignee de 
1'horizon sud. 

Pour mettre en evidence et aneantir , dans Texemple qui 
nous occupe, Finfluence de cette equation personnelle va- 
riable, je groupe Virginis , f\ Bootis et la polaire supe- 
rieure; puis les deux premieres etoiles et la polaire infe- 
rieure. Par suite de Fopposition de signe que prennent 
ainsi , dans les deux groupes, les facteurs trigonometriques 
relatifs a la polaire , les erreurs constantes commises dans 
Fobservation de cette etoile vont agir en sens opposes; la 
collimation calculee sera trop petite dans le premier cas, 
trop grande dans le second, et la moyenne des deux va- 
leurs devra s'approcher beaucoup de la verite. (Nous ne- 
gligeons pour le moment, avec M. Mailly, la faible erreur 
dont 1'observation des deux eloiles voisines de 1'equaleur 
pourrait etre entachee.) 

Le l er groupe, en adoptant touslesnombresdeM. Mailly, 
me donne : 



',00 
et le second 

c' = ^- 2",40. 



(1) Memotre sur la difference des longitudes des Observatoires royaux de 
Greenwich et de Bruxelles, t. XVI des nouveaux Mem. de I'Acad. roy. de 
. 13. 



( 480 ) 
Je remarque, en outre : 

1 Qu'une seconde d'erreur sur le passage de la polaire 
ne ferait varier la collimation que de 0",44 dans le pre- 
mier cas et de 0",41 dans le second; que, par conse- 
quent, la veritable valeur de la collimation est Ires-pro- 
bablement comprise entre les deux quantites que je viens 
de trouver. En effet, pour que c s'elevat jusqu'a egaler 
c', il faudrait qu'on eut observe le passage superieur de 
la polaire 5 S ,2 Irop tot; et, pour que c' descendit jusqu'a 
la valeur de c, on aurait du observer 5 S ,4 trop tot le 
passage inferieur. 

2 Que cependant si les etoiles a faible declinaison 
avaient etc mal observees, Ferreur commise aurait une 
influence sensible sur les valeurs de c et de c'. 

Quoi qu'il en soil, comme ces deux etoiles entrent a la 
fois dans les deux groupes, la difference entre c et c est 
due uniquement a ce que la polaire a etc observee trop tot 
a ses deux passages. Supposons ces deux erreurs egales, et 
nous les trouverons de l s ,64 chacune. 

Pour autant qu'on puisse tirer quelque conclusion d'un 
seul exemple, nous croyons done que la collimation, dans 
le premier cas cite par M. Mailly , s'ecarte tres-peu de 1",7 
moyenne des deux valeurs de c el de c' , et que 1'observa- 
teur a une equation personnelle variable qui lui fait ob- 
server la polaire 1 S ,G4 environ plus tot que les etoiles 
equatoriales. 

Cette valeur de liquation personnelle de M. Bouvy, bien 
qu'elle soil deduite seulement de deux observations de la 
polaire, me parait devoir s'ecarlcr pen dc la verile : ajou- 
lons, en efl'et, 1%(>4 aux deux passages observes par cet 
astronome, ot rerommcnc,ons lo cnlcul de la coll i ma lion 






481 ) 

en suivant mainlenant la marche adoptee par M. Mailly : 
nous trouvons : 

c = -*- J",71 
c' = + i",70 



Moyenne. ...-*- 1",705 

Ces valeurs s'accordent tres-bien entre elles et avec la 
moyenne des deux resullats precedents. Get accord prouve 
qu'a part 1'equation personnelle , les observations de 
M. Bouvy ont ete bien faites. 

5. Le second exemple traite par M. Mailly a beau- 
coup d'analogie avec le precedent. En combinant un dou- 
ble passage de la polaire avec I'observation de Hydrae, 
Tauteur trouve : 

c = 4- 21 ",04; 

tandis qu'en combinant ce meme double passage avec 1'ob- 
servation de Leonis il obtient : 

c' = -*- 26",20. 

Les observations ont ete faites a Greenwich, le 2 avril 
1845. 

La collimation croissant, pour un meme double passage 
de la polaire, avec la distance de la troisieme etoile a 1'hori- 
zon sud, on esten droit d'en conclure, avec M. Mailly, que 
la polaire a ete observee trop lot. L'auteur, apres avoir 
fait subir quelques corrections aux observations de cet as- 
tre, et a Tascension droile que lui zltribuele Nautical Al- 
manac, ramene la collimation calculee a cadrer assez bien 



(482) 

avec la valeur adoptee a Greenwich (1). Mais nous repous- 
sons ce procede de tatonnement qui , dans la pensee de 
M. Mailly lui-meme , est tres-insuffisant. 

Pour operer d'une maniere generate , meltons Pequation 
(7) (p. 18 de notre memoire) sous la forme 

c = mD -t- wD' ; 

differentions-la par rapport ac, D, D' et regardons comme 
egales les erreurs commises sur 1'instant de chaque pas- 
sage, il viendra : 

dc = (m -t- n ) rfD; 

on aurait de meme 

c?c'= (m f H- n') dD. 

Les deux resultats cites plus haul 

c = H- 21",04 
c'== + 26",20 
nous donnent : 



il nous reste done a trouver la somme dc'+dc. Or on a : 

rfc'-f-rfc (m'-f-n'j +- (m~*-n) 
dc' dc ~~ (m'-f-n') (m-*-n)' 



(1) Je dois faire remarquer a cette occasion que, par suite des notations 
que j'ai posees dans mon memoire, la collimation est positive lorsqu'elle re- 
tarde les passages superieurs. C'est I'inverse qui a lieu dans le recueil de 
Greenwich. La collimation 0",85 indiquee dansce recueil , doit done etre 



( 485) 
passant aux nombres 

dc f -H c/c = 28",67, 
d'ou enlin , 

dc f = 16",91 ; dc = 11",75. 

Appliquant ces corrections aux valeurs de c et de c', on 
trouve, dans les deux cas : 

c = -f- 9",29. 

Pour savoir de combien 1'observation a ete faite trop 
tot, nous tirons des deux premieres equations difleren- 
tielles : 



. 
m'-t-n 

rfH == O s ,90. 

L'exemple clioisi par M. Mailly nous conduit done a une 
collimation superieure d'environ 8'' acelle qui a ete adoptee 
a Greenwich. Voyons si cette difference tient a la maniere 
dontnous avons combine les observations, ou si elle est 
inherente aux observations elles-memes. 

Pour nous affranchir, comme dans le premier exemple, 
de Terreur constante commise sur 1'observation de la po- 
laire, formons un groupe de Hydrae, a Leonis et la po- 
laire inferieure; puis un second groupe des deux premieres 



changee en 4- 0",85 , lorsqu'on la compare au resultat fourni par Pemploi 
de nosformules. Du reste , cette legere erreur de M. Mailly n'a pas d'in- 
iluence sensible sur le reste de son travail. 



( 484 ) 
etoiles et tie la polaire superieure. Nous trouvons ainsi : 

Par le l er groupe c = -4- 9",614 
2 c'=-t-8",865 

La moyenne . . . c = -f- 9",24 

est d'accord a */ 2 <> de seconde pres avec le resultat obtenu 
par la voie precedente. Pour abaisser la valeur de c jusqu'a 
celle de c', il faudrait augmenter de l s ,8i 1'heure de 1'ob- 
servation de la polaire inferieure; pour elever c' jusqu'a 
c, on devrait ajouter l s ,74 a 1'instant du passage de la po- 
laire superieure. La moyenne de ces deux nombres a pour 
moitie O s ,90. 

Suivons encore une autre voie : depouillons les obser- 
vations de la polaire de 1'erreur O s ,90 que nous venons 
de reconnaitre par deux moyens differents, et ealculons 
de nouveau la collimation en groupant chacune des etoiles 
equatoriales t avec le double passage de la polaire ; nous 
trouvons : 

Par a Hydrae c = -*- 9",294 
Par Leonis c' = -H 9",315 ; 

valeurs qui s'accordent entre elles au cinquantieme de 
seconde d'arc et qui sont presque identiques avec les pre- 
cedentes. 

II faut done accepter cette valeur de la collimation, 
comme elant la seule que Ton puisse deduire des quatre 
observations rapportees par M. Mailly. Nous la croyons 
trop forte, et peut-etre la difference entre notre resultat 
et celui de Greenwich provient-elle d'une erreur dans 
I'observation du passage inferieur de la polaire. Cetlc 



( -485 ) 

observation est en efl'et notee comme pen sure (]). 
Bicn que les observations lakes a Greenwich le 2 avril 
1845, nous semblent peu propres a fournir une bonne 
valeur de la collimation, nous allons ne'anmoins calculer 
cet element, en faisant concourir a sa ibrmation toules 
les e'toiles fondameii tales que nous trouvons a cette date 
dans le recueil anglais. Outre les quatre precedentes , nous 
en trouvons trois autres, savoir : 

a. Cassiopeae, 
ex, Andromedae, 
y Cephei. 

Les observations de ces trois dernieres etoiles ayant ete 
faites par M. Ellis, je les rends comparables a cellesde 
M. Henry, en leur faisant subir une correction additive de 
O s ,50, ainsi qu'il est prescrit dans la preface du recueil, 
p. xxiv. J'obtiens ainsi : 



En combinant la polairc superieure. La polaire inferieure. 

i y - Hydrae 

vec \ c = 4- 8",86 c' = -t- 9",61 

( a. Leonis 

Hydrae 



c = -f- 1",80 c' = -f- 5",91 

<% Cassiop. 

a Hydrae 

c = -t- l",5o c' = -t- 2",74 

Androm. 

a Hydrae 

c = 8",6ti c' = 2",12 

r Cephei 



(1) Voici la note qui Paccompajne dans le recueil : Very batily defined 
and much distorted. 

TOME xv. 55. 



(486) 

La moyenne -f- 0",85, obtenue par le passage superieur 
de la polaire, est presque identique avcc la valeur -+- 0",85 
adoptee a Greenwich. 

La moyenne -4- 3",55, corrcspondant au passage infe- 
rieur , s'en ecarte davantage ; mais nous venons de voir 
que 1'observation de ce dernier passage laissait a desirer. 

Enfin, la moyenne generale + 2",18 ne prcsente pas une 
anomalie trop choquante. 

On voit, par cet exemple, combien est important IV 
vantage que possede notre methode , de faire concourir 
aisementun grand nombre de determinations particulieres 
a la formation du resultat final. Le recueil d'ou est tire 
I'exemple precedent fournit , dans certains jours, des obser- 
vations susceptibles de donner 10 a 12 valeurs differentes 
de la collimation. Cet element d'ailleurs (a part les acci- 
dents) n'est sujet qu'a des variations lentes et faibles : on 
peut done reunir les resullats de plusieurs jours consecu- 
tifs, et les combiner de maniere a obtenir le resultat le plus 
probable. Cette propriete merite, croyons-nous, d'etre 
prise en consideration par celui qui veut juger du degre 
d'exactitude que comporte notre methode. 

4. Nous terminerons cette premiere partie par une 
remarque sur le choix des etoiles a grande distance po- 
laire qui entrent dans les exemples cites par M. Mailly. 
J'avais dit (p. 19 de mon memoire) qu'il faut prendre pour 
distance polaire de la troisieme etoile du groupe un arc 
voisin de la plus grande distance polaire a laquelle la 
latitude du lieu d'observation permette d'atteindre. 
En d'autres termes, que cette troisieme etoile devait eti 
pen eloignee de 1'horizon sud. 

Pour Bruxelles, la distance de 1'horizon sud au 



(487) 

nord s'eleve a 129 9'; les observations d'ascension droile 
se font tres-aisement a 10 et meme a 5 degres de hau- 
teur : on doit done, lorsqu'on le peut, porter a 115, 120 
et meme au dela, la distance polaire de cette troisieme 
etoile. Cependant, celles que M. Mailly a employees eflec- 
tuent respectivement leur passage meridien a 29, 30, 52 
et meme 58 degres au-dessus de 1'horizon sud. Si, dans le 
premier exemple qu'il calcule , 1'auteur avail fait p = 116 
au lieu dep=70 la variation de 21 ",10 qu'il signale a la 
page9de sanoteaurait, par ce seul fait, ele reduitea9",37. 
L'auteur n'a done pas, suivant moi, attache assez d'impor- 
lance a la condition que j'avais posee, de choisir celte troi- 
sieme etoile aussi voisiue que possible de 1'horizon sud. 
J'en trouve la preuve dans le recueil qui lui a fourni son 
second exemple. Les deux groupes qu'il y puise pour cal- 
culer la collimation donnent respectivement 

p = 98 

p = 77. 

Or j'avais cite, dans mon memoire, Antares pour lequel 
on ap = 110 : je cherche cette etoile dans le recueil de 
Greenwich, el, le premier jour ou elle a ete observee, je 
trouve les trois etoiles suivantes I'une pres de I'aulre : 

10 juin. Antares n 49 Main. 

Polaris 50 Henry. 

/3 Ursae min. (p. i.). 51 id. 

Elles forment tout naturellement un groupe tres-avanta- 
geux; j'avais d'ailleurs calcule dans mon memoire (p. 52) 
un exemple compose des memes etoiles observers par 



(488 ) 

M. Quetelet. En appliquanl les norabres du recueil , et en 
ajoulant s , 15 a 1'observation de M. Main pour la rendre 
comparable a cclles de M. Henry, on Irouve 

c = + \",l. 
Le recueil indique 

c = + 0",8. 

L'accord est tres-satisfaisant, et nous regrettons que 
M. Mailly n'ait pas calcule cet exemple; il cut contribuc 
peut-elre a diminuer la defiance que lui ont inspiree les 
autres. 

Du reste, la discussion generate dans laquelle nous al- 
lons entrer inaintenant est plus propre que tous les exem- 
ples particuliers a fixer 1'opinion sur le degre de confiance 
que merite notre methode. 

DEUXIEME PARTIE. 

Appreciation de I'exactitude dont la methode est susceptible 
en general. 

Nous avons voulu monlrer comment de trcs-pelits 
elements aslronomiques peuvent etre amplifies dans 
leurs cffets; comment, en substituant le temps a I'es- 
pace, on pent, par des combinaisons farorabh-s , de- 
terminer ces elements avec tout le degre desirable 
de precision. 

(J.HERSCHEI,, Traitt d'aslron. , ch. VIII.) 

5. Reprenons notre formule generale ( p. 18 de notre 
memoire). 



_ _ 
2 sin. { (p-p) sin. ^ (p"-p r ) 2 sin. (p //) sin. | ~(p' p" j ' 



( 489 ) 
qiii, diflerentiee par rapport a c, D, D', donne : 



dc=dD" s'm.pcos.l(p-p') p/ gln.p'cos.|(p-p") 

2sin.f(p p")sin.(p" p'] ' 2sin.|(p-p')sin. l(p'-p n ) ' 

et chcrchons quelles sent les valeurs qu'il faut assigner a 
P> P> P> P ur rendre un minimum la somme des coeffi- 
cients numeriques de dD et de rfD', savoir la quantite 

sin p n cos.^(p p') sin. p' cos. J (p p) 

(p-p")8in.i(p-p')"*" 2 sin. -')sm. p'-p n )' 



Apresquelques transformations bien simples, celte somme 
se reduit a 

sin. p cos. i (p p') 



Comme premiere condition du minimum, le numerateur 
montre que les arcs p, p' doivent elre de signes con- 
traires: mettonsen evidence celte condition, en remplac,ant 
ppar p, ii viendra 

sin.jp cos. | (p'-\-p) 

, (A). 



De la consideration dn numerateur nous dednisons en- 
core : 1 que les arcs p et p' ne doivent pas etre Ires-petits 
tons les deux a la fois ; 2 que 1'arc p doit s'approcher autant 
que possible de on de 180 : toutefois le denominateur 
indique suffisamment que c'est la derniere de ces deux va- 
leurs qu'il faut choisir. 

II convient done : 1 de combiner tin passage superieur 
avec un passage inferieur, tout en evitarit que les circom- 
polaires observees ne soient toutes deux tres-voisines du 



(490 ) 

pole; 2 de choisir une troisieme etoile qui s'eleve tres-peu 
au-dessus de 1'horizon sud. 

Le denominates est encore de nature a nous donner 
des lumieres sur la nature du groupe le plus convenable : 
en effet, pour le rendre un maximum, il faut : 

1 Prendre p' tres-petit, ou choisir le passage superieur 
d'une circompolaire tres-voisine du pole ; 

2 Faire en sorte quep se rapproche de 180 p, ou 
choisir le passage inferieur d'une circompolaire peu elevee 
au-dessus de 1'horizon nord. 

L'inconvenient qu'il y a a prendre p, p' tres-petits et 
de signes opposes n'existe que lorsqu'on fait la somme des 
coefficients numeriques de dD et dD', autrement dit , lors- 
qu'on suppose ces deux erreurs de meme signe. Si elles 
etaient de signes contraires, cetle somme se changerait en 
difference et deviendrait : 



sin. p' sin. (jt?-4-p) sin./) sin. (p p') 
4 sin. (p-*-p) sin. (p p') sin. 



(B). 



expression dont le numerateur sera presque nul , lorsque 
Ton prendra p et p' tous deux tres-petits; il le serai t 
tout a fait pour 

cotg. p' cotg. p = 2 cotg. p. 

Au lieu d'observer les passages opposes de deux circom- 
polaires differenles, on peut observer la meme circompo- 
laire a ses deux passages successifs. Dans ce cas, il y a 
lieu de chercher si Ton ne gagne pas plus a se rapprocher 
de 1'horizon dans le passage inferieur, qu'on ne perd a 
s'eloigner du pole dans le passage superieur. C'est ce qui 
a lieu en effet ; et I'on s'en assurera facilement en faisant 



( 491 ) 

p = p' dans la formule (A) et calculant le minimum de 
1'expression 

sin./) cos. p' 
2 sin. (p+p') sin. (pp f ) ' 

qui correspond a p = 180 et p' = 90. 

Le groupe le plus favorable se compose done, dans ce 
cas, d'une etoile qui raserait 1'horizon sud a 1'instant de 
sa culmination, et de la double observation d'une circom- 
polaire qui raserait 1'horizon nord a son passage inferieur. 

En discutant ma formule generate, j'avais deja fait re- 
marquer (p. 19 de mon memoire) qu'il faut prendre de 
preference a son passage inferieur celle des deux cir- 
compolaires qui est la plus eloignee du pole . Mais je 
n'avais pas montre 1'avantage qu'il y a a rechercher les pas- 
sages inferieurs qui s'effecluent loin du pole. Les passages 
opposes des etoiles a faible distance polaire pourront con- 
duire a des erreurs notables sur la valeur de la collimation , 
lorsqu'ils auront ete observes tous les deux trop tot ou 
tous les deux trop tard ; mais lorsque les etoiles du groupe 
seront espacees comme nous venous de 1'indiquer, les 
erreurs d'observation n'auront qu'une tres-faible influence 
sur 1'element cherche ; et la methode que j'ai proposee 
donnera (je le dis avec assurance el je le prouverai bientot) 
une exactitude qu'aucun procede mecanique n'egalera 
jamais. 

Preoccupe du desir de concilier entre elles les diverses 
conditions auxquelles doit satisfaire la determination si- 
multanee des trois corrections de la lunette , j'ai sacrifie un 
peu de ['exactitude de la collimation en ne faisant entrer, 
dans le calcul de mes tables, que des circompolaires tres- 
voisines du pole. Cette classe d'etoiles est, en effet, emi- 






( 492 ) 

nemment propre a faire connaitre, avec une tres-grande 
precision , la deviation et I'indinaison de 1'axe de la lu- 
nette : une seconde d'erreur, par exemple , sur 1'instant de 
chaque passage de la polaire, ne ferait varier le premier de 
ces deux elements que de 0",62 au plus; et j'ai fait voir 
(p. 45) avec quelle rigueur on peut obtenir le dernier par 
les passages combines de cette meme etoile. Je declare 
done quemes tables seraienl mieux appropriees a la deter- 
mination spe'ciale de la collimalion, si Ton choisissait les 
passages superieurs de la polaire , de d Ursae minoris, etc. , 
joints aux passages inferieurs de circompolaires eloignees 
du pole , telles que du Cygne, du Cocher , a de Per- 
see, >? et 7 de la grande Ourse; ou bien (quoique la com- 
binaison soil moins avanlageusc que la precedenle) si 
Ton faisail concourir les passages inferieurs des premieres 
avec les passages superieurs des dernieres; ou enfin si Ton 
combinait entre eux les doubles passages de celles-ci. 
Resumons-nous par un exemple : 

i ^ la sommedes coefficients nu- 

l er cas. Pour / p'= 150' meriques des erreurs d'obser- 

| ^=40(-). VaU n CSl M78; 



(.= 
2 C cas. Pour < p' 40 cette somme est 0,524 ; 



= 120" 

= 40" 

( po 40"(-}. 
/ p = 120" 
I p'= 1-.-0' 



5 e cas. Pour < p' = l n -">0' elle <levient 0,577. 



L'avanlage des deux premieres combinaisons semble 
d'abord pen considerable; et, en eflel, il serai I a j)eu pres 
m different (Fobservcr la ]>olaire ou tonte autre circompo- 



( 493 ) 

laire, dans I'hypothese (Tune egale exactitude d'observa- 
tion. Mais on sail que, plus une etoile est voisine de 1'e- 
qualeur, plus on apprecie exactement 1'instant de son 
passage : lorsque Ton a egard a cette importante consi- 
deration , le second cas ( ainsi que nous allons le voir) 
devient plus favorable que le premier, et le troisieme, 
celui des passages combines de la polaire , reste le plus 
desavanlageux sous un double rapport. 

6. L'erreur probable a laquelle est exposee 1'observa- 
tion d'un passage meridien, eu egard aux differentes de- 
clinaisons de 1'etoile observee, a fait Tobjet d'un travail 
interessant de 0. Struve, insere dans les memoires de 
I'Academie de Saint-Petersbourg (Sc. math., VI e serie, 
vol. V, p. 41 ). L'astronome russe doune les resullats sui- 
vants, qui sont fondes stir la discussion des observations 
de Dorpat (1) : 



Erreur probable d'une observation 
CECL1NAISON. indiviiluelle , en arc de parallcle. 



0" 


0",740 


10 


0, 747 


20 


0, 769 


30 


0, 812 


40 


0, 884 


50 


1, 010 


GO 


1, 245 


70 


1, 748 


80 


3, 350 


90 


00 



(') Je dois la connaissance de co document a 1'obligeanfe erudition de 
mon r.mi Houzeau. aide S rOhservatoiji-e ro^al de Rruxellcs. 



( 494) 
Ces nombres sont tires de la formule empirique 

Erreur probable = J/ (a 2 +- 6 2 sec. 2 cT), 

dans laquelle les constantes ont respectivement pour 
valeur 

a = 0,4646 

b = 0,5760. 

Ellesont ete determinees par Tobservation ; 3 represente la 
declinaison de 1'etoile. 

Nous deduisons de cette formule que Ferreur probable 
d'un passage de la polaire (supposee a 1 50' du pole) est 
de22",01. 

Cela pose, les signes des erreurs que Ton a a craindre 
sur les passages des trois etoiles d'un groupe se repartis- 
sent de la maniere suivante : 

dE dW dll 



Ce sont les quatre seuls cas essentiel lenient differents qui 
peuvent se presenter : car si Ton cbangeait dans ce tableau 
le signe -+- en et reeiproquement, les erreurs de la col- 
limation ehangeraient de signe, mais non de grandeur. 

Considerons d'abord la premiere des trois combinai- 
sons d'etoiles que nous avons indiquees plus baut : la for- 
mule qui y correspond est 

dc=dD sin, p" cos. |(j>-/) __> &m.p'co.\(p-p) 



__ r( 
2 sin. I (p-p) sin. 1 (p"~p f ) 2 sin. | (pp f ) sin. 1 (p'-p n ) ' 



( 495 ) 
si Ton y remplace 

dD par 1",010 0",812 

et d& par 22",01 0",812, 

on oblient success! vement : 

dc, = i",0285 
dc 2 = ,0771 
dc 3 = ,6999 
dc^ = ,2515 

Moyenne des erreurs probables dc = 0",5142 (*). 

Ainsi, lorsque Ton choisit, pour determiner la collima- 
tion , un groupe de trois etoiles compose : 

De la polaire, passage superieur; 

D'une etoile australe culminant a environ 10 au-dessus 
de 1'horizon de Bruxelles; 

D'une circompolaire dont le passage inferieur s'effectue a 
peu pres a la meme hauteur; 



( ) Gbacune des quatre combinaisons de signes que peut presenter un 
groupe, ayant autant de chances en sa faveur qu'une quelconque des trois 
autres , la valeur la plus probable de dc sera la moyenne des quatre valeurs 
e"galement probables, dc t , dc 8; dc 3 ,dc 4 . II faudra done connaitre cette 
moyenne , lorsqu'on voudra fixer le poids qui correspond a chaque determi- 
nation particuliere de dc qu'on se sera procuree. Or, dans la pratique, on 
atteindra cebut sans de longs calculs, car la moyenne en question est egale 
a la moitie de Perreur maximum dc\. 

En effet, representons par m le coefl&cient trigonometrique dedD"; parn 
celui de dD'. En nous reportant au tableau des signes que nous avons donne 
a la page precedente, nous avons , pour les erreurs probables de la collima- 
tion, les valeurs absoluefqul suivent : 

dci = m (dE H- dH ) -4- n (dH -v- dtt') 
dc 2 = n (dE -f- dH') m (dE n dH ) 
dc z m (dE -f- dHo) n (dH' dH ) 
d<* SB m (dH~ dH) -+- n (dH' dH ). 



( 496 ) 

Perreur probable de la quanlite cbercbee ne s'eleve qu'a 
line seconde d'arc dans le cas le plus defavorable, qui se 
presentera une fois sur quatre : c'est celui ou les trois er- 
reurs d'observation conspirent enserable; et, en general, 
elle n'atteindra que la moitie de cette valeur , ou une demi- 
seconde d'arc. 

Et n'oublions pas que cette precision n'est que celle 
d'une determination isole'e : nous reviendrons plus loin sur 
cette consideration. 

Passons an second de nos trois cas, celui ou Ton ob- 
serve le double passage d'une circompolaire situee par 50 
de declinaison. Ici, Ton a 

</D = dD' = 0",8I2 ! 



et les erreurs probables de la collimation deviennent : 

dc v = 0",9547 

dc, = 0'M691 

rfc 3 == 0",6819 

rf c/ = 0",1037 



Moyenne des erreurs probables dc = 0",4773. 



Combinant ces equations . on en tire 

dc rfci - 2mdH 



' - dc t . 

Ces trois relations permellraioni (h'ja do calcnlor tres-simplement, si on le 
voulaif, les Irois tlernieres erreurs probahles en fonction de la premiere; 
mais si on les ajon(e, on oblient 



ou < nliu 



-t- dr -H dr^ -\- dCi __ dc.\ 






( 407 ) 

On voit quc cette scconde combinaison est encore plus 
avanlageuse que la precedente (1). 

Eniin, dans le troisieme cas, celui du double passage 
de la polaire, combine avec une etoile australc, on a 

rfD --= dD' = 0",812 d= 22",01 ; 

et suivant les signes qui aflectent les erreurs d'observation, 
on obtient 

dc, = 15",1747 
dc 9 = 0",2766 
dc z = 0",6610 
dc = 12",2371 



Moyenne des erreurs probables dc = 6", 5875. 

Cette quantite est 15 a 14 fois plus considerable que les 
deux precedentes : les valeurs dc dc l , et dc 4 correspondent 
au cas d'une equation personnelle, qui varierait avec la 
dcclinaison de I'ctoile observee. 

La troisieme combinaison que nous venons de trailer 
est meme beaucoup plus desavantageuse qu'une quatrieme, 
qui consisterait a observer, a son passage inferieur, la cir- 



(1) L'avantage est toutefois bien faible, et plus (Pun observateur accordera 
sans doule la preference au premier groupe , parce qu'une erreur superieure 
a - s de seconde sur 1'instant du passage d'une etoile circomzenithale lui 
semblera devoir se presenter plus frequemment qu'une erreur d'au dela d'une 
seconde et demie sur le passage dc la polaire. Comme il est assez rare que 
Pon puissc obtenir deux passages conseculifs d'une mdme etoile fondamen- 
tale , je crois devoir faire remarquer que la precision de notre second cas ne 
provient nullemcnt de ce qu'on a observe un double passage : le resultat 
serait le meme si Pon observail deux 6toiles diffe rentes dont les distances po- 
laires approcheraient do -f- 40 ct de 40. 



( 498 ) 

compolaire la plus voisine du pole, et 1'aulre a son pas- 
sage super icur. Dans ce dernier cas , qui correspond a 



p = 120 
p f = 40 



La somme des coefficients numeriques des erreurs d'obser- 
vation s'eleve, il est vrai, a 0,723; mais lorsqu'on a egard a 
la precision probable des observations, on obtient la colli- 
mation avec une erreur probable qui ne s'eleve pas, en 
moyenne, a une seconde d'arc (0",95). 

7. Voyons maintenant si une erreur probable, s'ele- 
vant meme a 6",587 pour une determination isolee, est de 
nature a empecher de faire concourir a la recherche de la 
collimation les doubles passages de la polaire que Ton se 
sera procures. 

A Greenwich, ou le retournement de la lunette se fait 
avec les plus grands soins, la vis micrometrique du iil cur- 
seur indiquait, le 21 fevrier 1845, 10,798 revolutions, apres 
le premier retournement; tandis qu'elle en marquait 
10,876 apres le second (1) : c'est done une difference de 
0,078 provenant, soil des erreurs de pointe et de lecture, 
soil de ce que la lunette ne reprend pas exactement sa 
position primitive apres chaque retournement. Cette dif- 
ference etant la moyenne de six lectures, il faut, pour la 
ramener au cas d'une observation isolee, la multiplier par 
I/O; une revolution de la vis valant d'ailleurs !6",585, 
Terreur que nous venons de signaler s'eleve a 5",1C>7. 



(1) Astronomical observations made at the royal Observatory . Green- 
wich, 1845, introd. 






( 499 ) 

Est-ce a dire pour cela que les. observateurs anglais ne 
peuvent repondre de 5",107 sur inexactitude de leur ope- 
ration? Nullement, car il se fait des compensations a 
chaque retournement, a chaque lecture. Or 1'influence de 
ces compensations est bien plus puissante dans notre me- 
thode que dans le procede ordinaire. 

Les erreurs accidentelles que commet un observateur en 
apprcciant rinstant du passage des astres tendent, on le 
sait, a s'entre-detruire; plus le nombre d'observations est 
grand, plus la compensation est exacte : de telle sorte que 
la precision du resultat d'un grand nombre d'epreuves est 
proportionnelle a la racine carree de ce nombre (toutes les 
observations etant supposees d'egal poids). 

Or, la collimation d'une lunette meridienne, lorsque 
cet instrument est manie avec soin, n'est sujette qu'a des 
variations tres-faibles, et peut etre regardee comme con- 
stante pendant un temps assez long. Pour continuer a me 
conformer a la regie que je me suis imposee, dans cet 
article, de ne rien avancer qui ne soit appuye sur des faits 
d'observation ou sur des autorites competentes, j'invo- 
querai a cet egard le recueil des observations failes a 
Greenwich en 1845. Dans cet etablissement, la collima- 
tion n'a ete observee que cinq fois pendant Taunee, et n'a 
varie en tout que de 1",841 : chaque determination y est 
done regardee comme valable pour une duree moyenne 
de 75 jours. 

De plus , en consultant le dernier volume des Annales de 
rObservatoire de Bruxelles, je trouve (t. VI, p. 246) que 
la serenite moyenne du ciel , depuis 8 heures du soir inclu- 
sivement jusqu'a 4 heures du matin exclusivement, est 
representee par 4,4; autrement, dit que les 44 centiemes 
des uuits (ou 44 units sur 100) sont propres aux observa- 



( 500 ) 

lions aslronomiques. Pour rester au-dessous de la realite , 
nous negligeons les observations que Ton pourrait faire en 
plein jour, et nous admettons que chaque nuit sereine ne 
fournisse qu'un seul groupe d'etoiles pour le calcul de la 
collimation. On reunira done 55 groupes en 75 jours, et 
la precision du resultat moyen sera a celle d'une determina- 
tion unique, dans le rapport de 1/55 a 1. L'erreur probable 
de la collimation est done reduite, en definitive , a 1",147. 

Comparons cette precision a celle que fournit, a Green- 
wich, le procede du retournement de la lunette. 

Je vois, dans le recueil deja cite (introd.) qu'a la date 
du 24juillet 1845, la collimation a ete trouvee deO",598. 
La determination suivante a ete obtenue le 28 septembre 
et a donne 1",841 : de sorte qu'en supposant les opera- 
tions par faitement exactes, la collimation a du, pendant un 
certain temps, etre en erreur de la difference des deux 
nombres que je viens de citer ou de 1",445 au moins ; car 
on ignore si le changement observe a ete lent ou brusque, 
comment eta quelle epoqueil s'est opere. 

Ainsi , le cas defavoraUe du double passage de la poiaire 
est encore susceptible d'une precision superieure a celle 
que donne le retournement de la lunette dans les meilleurs 
observatoires. Que serait-ce si Ton appliquait le calcul que 
nous venons de faire, aux deux premieres combinaisons 
que nous avons discutees? On trouverait alors que notre 
melhode donne la collimation avec une erreur probable 
de 0",09 et meme de 0",08, soit */ et '/ de seconde 
d'arc (1). 

Ou je me fais une singuliere illusion, ou aucun des pro- 



(1) Nous avons suppose , pour la simplicile du raisonnement, que toules 
les valeurs de la collimation que Ton a reunies ont une egale precision et 






( 501 ) 

cedes employes jusqu'aujourcTliui pour determiner la colli- 
mation n'a droit de pre'lendre a une exactitude comparable. 
Et cependant notre melhode possede bien en realite le 
degre de precision que nous lui assignons ici ; car la dis- 
cussion qui nous y a conduit est degagee de loule don ne'e 
arbitraire, de toute bypothese gratuite, et base'e unique- 
men t sur des fails d'observation. 



Swr la reduction d'une integrate multiple; par M. Schaar, 
docteur en sciences. 

On sail que M. Dirichlet est parvenu a la formule si re- 
marquable 



dans laquelle les variables x, y, z... prennent toutes les 
valeurs positives qui satisfont a rinegalite'#-+-i/ -+-...< 1 , 
a 1'aide d'une methode qui consiste a multiplier le premier 
membre par le facteur 



2 / sin. u 

- I 

T *J u 



cos. (x-t- y -4- z...) udu , 



quiestegalaTuniteouazero, suivant que x+ y + z... est 



qu'on pcul prendre leur moyenne comme resultat final. Mais lei n'cst pas !e 
casen general : cbaque delermination est affectee d*une erreur probable que 
nous savons calculer; il faudra done, pour avoir la valeur la plus plausible 
du resuliat d^fmitif , multiplier chaque valeur parliculiere de la collimation 
par un poids reciproque au carre de Tcrreur probable qui lui correspond , 
ct diviscr la souime dcs produits ainsi oblenus par la somme des poids. 

TOME xv. 34. 



( 502 ) 

plus petit ou plus grand que 1'uuite. On peut alors elendre 
les integrations par rapport aux variables , y, z... de- 
puis jusqu'a 1'infini. 

Je suis parvenu a la meme ibrmule d'une maniere ex- 
tremement simple, au moyen d'une methode qui a quelque 
analogic aveccelle deM, Dirichlet, et quiconsiste a multi- 
plier 1'expression a integrer par un facteur egal a 1'uuite, 
qui permette de substituer aux anciennes variables d'au- 
tres variables dont les lirnites soient independantes les 
unes des autres. 

Considerons, pour plus de generalite, 1'integrale 

dx dy dz... , 



dans laquelle f(x-*-y + z...) designe line fonction quel- 
conquedela somme^-+ -y-*-z... 9 tandis que les varia- 
bles x, y, z... prennent toutes les valeurs positives qui 
rendent cette somme plus petite que k. 
Je multiplie la quantite a integrer par 



r a + 6 + c --- 



et il vient 
S = - 



z...\ dr dx dy dz... 

Si Ton substilue maintenant aux variables r, x, y , z t 
d'autres variables, w, x' , y' ,z f liees aux premieres par les 
relations 

(\) . . . rx ux'=Q, ry wy'=0, rz M^'=0, ... etc. 
(2) ... r = x'-+-y' -f-z'.... (3) ... u = x 4- y + z... 

tout consistera a calculer le produit dr dx dy dz... 



( 503 ) 

A cetefletje suppose, pour plus de generalite, qu'on ait 
entreles variables x,y,zei d'autres variables, x t , y*, z t ..., 
que Ton veut substituer aux premieres, les relations 

(4) ... as-r^fo), /=^ I (/ I ), * = rp a (*,)... 

(5) ... s + y + z... =r, ?(*,)-*- y.fo,)-*-^*,)...^. 



Admettons qu'on integre d'abord par rapport a x; il 
faudra alors regarder y, z... comme constants, et si Ton 
veut substituer r a #, 1'equation (5) donnera dr=dx; si 
ensuile Ton veut substituer y lt *,... ay, z..., r devra etre 
regarde comme constant, et il viendra 



par suite 

(6) 

n etant le nombre des variables #, y , z... 

Si dans les equations (4) et (5) Ton regardait x,y,z... 
comme les nouvelles variables el r, y t> z g ... comme les 
anciennes, on ne pourrait pas calculer aussi facilernent la 
valeur du produit dr dy t dz lt el il faudrait avoir recours aux 
formules generates donnees par MM. Cauchy et Catalan ; 
mais il est aise de voir que cette valeur ne sera pas diffe- 
rentedecelle que fournit 1'equation (6). 

Car si une integrate fff- Udu dy dz... se change 
en jK/*' * * ^ dr dy l dz l ...a.u moyen des equations (4) , (5) et 
(6) , il est evident que, reciproquemeut, cette derniere se 
transformera en la premiere au moyen des memes equa- 
tions. On a done aussi 

dx dy dz 
(/)... drdy.dz.... 



( 504 ) 

Si, en parliculier, on fait 9(3; ,)=#,, 'f ,(</,)=!/ 9 1 (z I )=^ I ..., 
les equations (6) ct (7) donneront 



dx dy dz... = r"~* dr dy l dz t ... 
drdy l dz l = -- dxdydz... 

Cela pose, on pent substituer aux equations (1), (2) et 
(3) les deux systemes suivants : 

(8} ( #'=?'#,, y f =ry t , z'rz^.., r = o?'-i -J/'H- *'..., 

' ( a?, 4-^-*-^...= !, 

(9) ... x = ux lt y=uy lt z=uz t ... u = x-- y + z... 

et 1'on en tirera par ce qui precede 

dx dy dz... = u n ~ { du dy t dz L ... , 



d'on 



drdy , dz s ... = -^ dx'dy'dz'... , 



/tA"- 1 
drdxdydz... = 1-1 du dx'dy'dz'... 



Quant aux limitesdes variables w, x , y' ,z' ..., les equa- 
tions (2) et (5) montrent qu'elles soul o et k pour u et o, 
et oo pour a?', i/', js'... 

On a done 



1 ,.k 

6TZ7) / f(n)^ 



~~ V(a+b+c...) J fW 

* * 
J e- x 'x'~ l dx'.f e-' y' a - l dy'.f tr*' z' e ~ l dz' ... 






( 505 ) 
c'est-a-dire 



S= r 



Si f(u) = l et/e=l , on a, a cause de 
(a+b+c...) 



r (a) r (6) r()... 



c'est la formule de M. Dirichlet. 

On peut y parvenir immediatement de la maniere sui~ 
vanle : 

On a 



O O 



= f e- 1 ' dt. f K^ x'^dx'.f e-y'y"'~ i dy'.f <r"~' z^ dz' 

o <r o 

... = r(a)r(6)r(c)..., 
soil 



d'oii (-4-o?-4-7/H-^... = l , c'est-a-dire^-f-?/H-^... <4.Si 
Ton vent substiluer r a /', on aura dt'~dr , et les limilos 
de r serontO et oo . 

Si Ton vent ensuite substituer x,y ,z ... a x' , y' ,z' ... 
\\ faudra regard cr r commc constant, et Ton aura 

dx'-=rdx, dy' = rdy, dz' rdz..., 
done 

tlt'dx'dy'dz',.. =? r n ~ l dxdydz...-, 



( 500 ) 
par suite, en substituant, 



y 

de la on tire 



et les integrations dans le premier membre devront s'e- 
tendre a toutes les valeurs positives des variables x,y,z..., 
qui satisfont a 1'inegalite 



Sur le developpement de la f auction (\ %xz 
suivant les puissances de z; par M. Schaar. 

On sait que si Ton pose 

(1). (1 2^+^)-^=:Xo + X 1 ^-t-X 2 2r 2 -+-X 3 2 3 +...+XX-*-.- 

X B est une fonction entiere de x, qui peut prendre la 
forme 

\_ d n (x*\) n 

2.4.6... 2ra* rfa?' 1 

La demonstration de ce theoreme que je vais donner 
me parait assez remarquable pour etre rapportee. 
Je pose 

(2). . . . '\^ 



(507) 
puis je differenfie r fois de suite par rapport a x , et j'ai 



(3). (2w 



... 
dx r dx r dx r 



car il est visible que Xi w) est une fonclion entiere du degret. 
Jeremarque mainlenantque, pour#= 1, lespremiers 
membres des equations (2) et (3) se reduisent a 



et (2 
il faut done, pour ces memes valeurs de x, qu'on ait 

XS = et ^? = 0, 
c?a? r 

r etant 1'un quelconque des nombres 1, 2, 3...w 1. 
Done XJJ a n racines egales a 1 et w egales a 1; il faut 
done necessairement qu'on ait XJJ = K B (x 2 1)" , K n etant 
un coefficient numerique independant de x. Pourr = n 
Tequation (5) devient done 

1.3.5... - *~~ ' 



_ |\ 

d'ou Ton voit que X n est de la forme E n --^ 



Pour determiner H n , je remarque que ^ est de 
la forme 2, 4, 6... 2na; B -^Q (^c 2 1), Q etant une fonc- 
tion entiere de x. Pour x=\ , cetle quantite se reduit a 
2, 4, 6...2n; mais la fonction (1 %xz --js 2 )~ s devient 



alors 



done 



508 



1 z 



= 1 -*- Z* -*- 



H a . 2.4.6... 2n = 1 , H n 



2.4.6.., 2 ' 



par consequent 



Resolution d'un probleme du calcul des probabilites ; 
par M. Meyer, correspondant de TAcademie. 

PROBLKMK. Une urne renferme m boules composes de a blan- 
ches , j3 noires , etc. , A bleties , de v couleurs diverses ; quelle est 
la probabilile pour quen en tiraut k boules <w hasard , on puisse 
arranger celles-ci, en a, b, c, etc., h, 1 groupes respectivement 
de n, p, q, ... t, u boules, sous la condition: 1 que les boules 
d'un interne groupe soient d'une meme couleur, di/ferente nean- 
moins dun groupe a I'autre ; 2 que les couleurs des boules de 
chacune des complexions a, b,... 1 different de celles des complexions 
qui les precedent. On domie en outre, comme condition de possi- 
bilite, les relations 



bp -4- cq -H 



A-t-/ 
-+- ht 



( 509 ) 
Solution (*) : 

1 Les boules donnees prises nan offrenl separement 
les nombres de combinaisons marques par 

(.n), (j3.n), etc., (A.); 

mais comme chacune de ces combinaisons doit etre prise 
avec toutes les autres, il est clair quele produit 

(.n)(/3.n) ... (A.) (1) 

exprimera le nombre de fois que tous les groupes possibles 
de n boules d'une meme couleur puissent exister simullane- 
ment avec tous les groupes possibles de n boules de ton les 
les autres couleurs. 

Mais comme les complexions dont Texpression (1) donne 
la quotite, sont an nombre de a, et que chacune doit se com- 
biner avec toutes les autres, le nombre de ces complexions 
simultanees sera donne par le produit dea facteurs 



X (&ii) (frn) ... (x.n) X { 
A.n- \ ' 



Comme chacune des a complexions esl d'une couleur 
diilerente, leur ensemble presentera une collection de a 
couleurs di verses; mais comme il y a en tout v couleurs, 
h 1 nombre des collections possibles de a coulenrssera 



( ) La notation (m.'n) signi(i<' le nomhrr dcs oombinaisons do vn objels pris 
n a it. 



(810) 

De plus, chacune des complexions dont le nombre est 
donne par 1'expression (2) , pouvant se combiner avec cha- 
cune des collections de couleur dont le nombreest (3), il 
est clair que 

[(xn)(/3.n)...(A.n)]xM .... (4) 

exprimera le nombre des diverses manieres possibles de 
former a groupes den boules, ayant chacun la meme cou- 
leur, differente d'un groupe a 1'autre. 

2 Cherchons, en second lieu, de combien de manieres 
differentes on peut former b groupes de p boules sous les 
conditions donnees. Pour cela, observons que les couleurs 
des boules de ces groupes devant differer de celles des 
groupes a, au nombre de a, on ne pourra plus disposer 
que de v a couleurs; done, en raisonnant comme a 
Tarticle 1, on trouvera, pour le nombre cherche, 



(v-a.6) ... (5) 
5 On trouvera de meme : 

-a-6.c) ... (6) 



pour le nombre qui indique de combien de manieres diffe- 
rentes on peut former c groupes de q boules, sous les con- 
ditions donnees. 

Enlin , le nombre des / groupes de u boules possibles 
a former dans les conditions de la question, sera exprime 
par 

[(.ti) (/3.u) ... (A.!*)] 1 X (v a 6 c... h.l) . . (7) 

4 Comme chacune des complexions dont (4), (5), (6) 
et (7) expriment les nombres, peut se combiner av( 



( 511 ) 

Unites les autres, on aura pour le nombre total des cas 
favorables a la production de 1'evenement attendu , le pro- 
duit des expressions (4), (3) , (6) et (7). 

5 Cherchons le nombre de tous les cas possibles. 
Or, comme il y a w boules dont on en tire k, ce nombre 
sera evidemment 

(m.k) ........ (8) 

soil dont P la probabilite cherchee, on aura : 
P = ( m .h)- 1 X [(*.*)... ( 



X [K 9 )...(A.g)] c ...[(. W )...(A. M ) 
X v.a)v-a. 



Corollaire. En supposant que le nombre des boules 
soil le meme pour chaque eouleur, de maniere que Ton 
ait: 



la formule precedente deviendra celle-ci : 
P = (m.k)- 1 X [(.n)]-x [(-.pn 



X (v.o)(v 0.6) (v a b.c)...(v a b.. h.l). ) ' 1C 

De Mommort, dans son Essai d'analyse sur les jeux du 
hasard, p. 98 (ed. 1708), donne sans demonstration, 
pour ce cas particulier, la formule fautive 

P = (m.k)~* X [(.n)] a X [(.p)] 6 X [>?)? X [(.t 
X (v.a) (v a.b) (vab.c}... (v- ab...h,l). 



(512) 

- Le resle de la seance a ele consacre a prendre les dis- 
positions necessaircs pour la seance publique de la classe , 
qui aura lieu , le 16 decembre , a 1 heure de relevee. 
line autre seance aura lieu le vendredi 15, a 11 lieures 
du matin. 



515 



CLASSE DES LETTRES 



Seance du 4 decembre 1848. 

M. le baron DE GERLACHE, directeur. 
M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Cornelissen, le baron do Reitlen- 
berg, le chevalier Marchal, Steur, le baron de Stassart, 
De Ram, Roulez, Lesbroussart, Gachard, le baron Jules 
de S L Genois, Borgnet, Van Meenen , De Decker, Snellaert, 
Carton , M.-N. Le Clercq, Haus, Scbayes, membrcs ; Ber- 
nard , Arendt , Faider , corrcspondants. 

MM. D'Omalius d'Hallov e' Alvin assistent a la seance. 



CORRESPONDANCE. 



M. le Ministre de Tinterieur ecrit que des ordres ont 
etc donnes pour que rAcademie receive des copies des 
bustes deposes a la Bibliotheque royale. La commission 
administrative du Musee royal de peinture a ete chargee 
de surveiller rexecution de ce travail. 

- Un unouymc deniande que la classe diflere de trois a 



(514) 

quatre mois, le terme fatal pour la remise des ouvrages 
historiques , destines ail coricours sur le regnc d' Albert et 
Isabelle. La classe a decide que ce delai ne pouvait etre 
accorde. 

Le secretaire perpetuel fait connaitre qu'il a rec.ii, 
pour la bibliotbeque de ('Academic, un exemplaire im- 
prime de la lettre sur la metaphijsique des corps par 
M. Tissot avec les observations critiques de M. Gruyer, 
ouvrage sur lequel il a ete fait des rapports dans la seance 
du 5 juillet dernier. 

M. Roulez promet de presenter , dans la prochaine 
seance, son rapport sur la note de M. Galesloot, relative 
aux antiquites du Brabant. La carte explicative de cette 
note manquait au travail de M. Galesloot, et elle vient 
d'etre deposee sur le bureau par M. Schayes , de la part de 
1'auteur. 

- La classe des lettres avait fait parvenir a M. le Mi- 
nistre de 1'interieur un projet de reglement pour le prix 
quinquennal d'hisloire institue par 1'arrete royal du l er de- 
cembre 1845. Elle avait a statuer aujourd'hui sur les ob- 
servations de ce haut fonctionnaire, dont la plupart ont 
ete admises. 

Le projet de reglement aiusi modiiie sera renvoye a 
M. le Ministre de 1'interieur. 



515 ) 



RAPPORTS. 



Sur un memoire de me'taphysique de MM. Gruyer 
et Tissot. 

Rapport de ill. Van ftlcenen. 

L'Academie nous a charges, M. 1'abbe Carton et moi, 
de 1'examen d'un memoire intitule : Controverse sur Cac- 
tivite humaine et la formation des ide'es , presente par 
M. Gruyer, membre correspondant de 1'Academie. 

Je me suis acquitte de cette tache , selon la mesure de 
ines iaculles, et je viens presenter a 1'Academie le resultat 
de mon travail. 

Le memoire dont il s'agit ici , n'est pas une oeuvre iso- 
lee ou a ne considerer qu'en elle-meme : elle se rattache 
au vaste ensemble des productions de notre savant et labo- 
rieux correspondant, et plus specialement a 1'ouvrage qu'il 
a public a Paris en 1844, chez Ladrange, sous le titre : 
Des causes condilionnelles et productrices des idees, ou de 
I'enchamement naturel des propriete's et des phenomenes de 
Came, in-8, xn et 588 pages. 

Ce livre dans lequel M. Gruyer (dont nous empruntons 
ici les expressions), professait des doctrines qui ne sont 
pas entieremenl d'accord avec celles que Ton prefere 
generalemcnt en France, contient sur 1'activite hu- 
maine, quelques pages qui ont provoque des objections, 
ou du rnoins des observations critiques auxquelles 1'au- 



teur repondit (1), el dont la plupart appartiennent a 
1'honorable M. Tissot, professeur de philosophic a la 
Faculte des lettres de Dijon. Get auteur , jusiemcnt re- 
nomme, dans une replique trcs-etendue, qu'il adivisee 
en 57 articles ou numeros, a parfaitement et tres-claire- 
ment (c'est toujours M. Gruyer que je copie) expose sa 
theorie sur la formation des idees et sur leurs causes 
productrices, qu'il place dans Fame meme. 

Ce sont les repliques de M. Tissot et ses propres re- 
ponses a chacune d'elles que M. Gruyer presente a 1' Aca- 
demic sous Fintitule que nous avons deja mentionne. 

Pour faciliter 1'examen et la saine appreciation de ce 
travail du savant professeur, il n'est point inutile de re- 
marquer, 1 que les XIV premiers paragraphes ont plus 
specialement pour objet la theorie de M. Tissot raise en 
regard de celle de M. Gruyer, avec une digression ( IV) 
sur 1'autorite du sens commun en matiere de science et de 
philosophic ; 2 que les paragraphes suivants , du XV e 
au XXIX 6 inclusivement, contiennent ses reponses a des 
objections de M. Gruyer; 5 qu'enfm, les paragraphes 
suivants du XXX e au XXXVU% sont des explications sur 
certains points des doctrines du celebre Kant. 

Ce court historique explique la forme generate de 1'oeu- 
vre, forme que M. Gruyer motive d'ail leurs par les consi- 
derations suivantes : 

En placant immedialernent apres chacun des articles 



(1) Les observations critiques et les reponses de M. Gruyer ont etc rc- 
cucillies dans un pelit volume in-8"(vmet 60 pages), public a Paris en 1846, 
cbez Ladrange , sous le litre : Observations critiques sur le livre intitule 
Des causes occasionnclles et productrices des idees } etc.. etc. 4vec les re- 
ponses de I'autvur. 



(517) 

dont se compose le travail de M. Tissot, les reflexions 
qu'il m'a suggerees, j'ai donne a cette controversc une 
forme qui se rapproche un peu de celle du dialogue, et, 
ce me semble, il doit en resullcr ces avanlages, savoir : 
1 que la lecture eu sera moins fatigarite; 2 qu'on pourra, 
sans inconvenient, la suspendre oil et quand on le voudra; 
5 que le rapprochement de mes idees et de celles de mon 
antagoniste sur chacun dcs points dc sa doctrine, sera 
plus facile, puisqu'il se presentera comme de lui-meme; 
4 que Ton pourra plus facilement aussi apprecier mes ar- 
guments; et 5 que, par la, le lecleur sera convaincu 
qu'agissant consciencieusemenl, je n'ai employe aucun 
artifice pour mettre en apparence la raison et le bondroit 
de mon cote. 

Nous ajoulerons a ces considerations de M. Gruyer, qu'il 
y a dans la maniere qu'il a adoptee en celte occasion, 
d'exposer et de developper le sujet d'une controverse, une 
abnegation philosophique qui rnonlre que, chez M. Gruyer , 
1'interet de la science domine et meme absorbe tout autre 
interet. 

Passons maintenant, pour apprecier l'imporlance du 
memoire , a reconnaitre ce qui en forme le veritable 
sujet. 

M. Gruyer 1'expose lui-meme, avec une fidelite et une 
impartialite auxquelles nous rendons hommage; voici en 
quels termes : 

J'avais soutenu que toute sensation , que toute idee 
(comme aussi tout pbenomcne materiel), en unmot que 
toute modification de substance a deux causes : Tune in- 
terne, qui n'est rien de plus que la propriete meme que 
le phenomene suppose, et dans laquelle il existe en puis- 
sance; c'est ce que j'appelle la condition interne, on la 
TOME xv. 55. 



(518) 

cause conditionnelle du phenomene produit : i'autre interne 
ou externe, suivant qu'elle consiste ou dans une idee, une 
sensation, ou dans Faction d'un objet exterieur, mais qui 
elle-meme est toujours un phenomene quelconque et jainais 
une propriete ; c'est la cause proprement dite, la cause 
e/ficiente qui fait passer la propriete interne de la puissance 
a 1'acte, et produit ainsi la moditication , ou le phenomene 
quel'on considere. Par exemple, la sensation a pour cause 
conditionnelle la sensibilite physique et pour cause eili- 
ciente ou productrice, 1'action d'un objet exterieur, qui 
met en jeu la sensibilite, qui la fait passer de la puis- 
sance a 1'acte , qui la fait se munifester sous sa forme phe- 
nomenale : une conception pure, une idee rationnelle, a 
pour cause conditionnelle la raison , et pour cause efli- 
ciente telle ou telle autre idee anlerieurernent acquise, 
laquelle fait aussi que cette propriete de Fame, la rai- 
son, se manifesto sous sa forrne d'idee ou de conception 
pure. 

Or, d'un cote, mon il lustre adversaire ne fait aucune 
mention de ce que j'appelle cause conditionnelle d'une 
sensation, d'une idee; et d'un autre, il veut que Fame 
produise elle-meme toutes ses idees, toutes ses sensations, 
en vertu d'une activite propre, quoique fatalement, ou 
bon gre rnal gre; el, selon lui, lorsqu'un objet exterieur 
agit ou nous parait agir sur notre ame , il ne fait tout au 
plus que Febranler, la provoquer a agir; il n'est jamais 
cause efficiente soit d'une idee, soit d'une sensation, il 
n'en est que I 'occasion , ou la cause occasionnelle; il ne la 
produit pas, il sollicite 1'ame a la produire. 

Que Fame , en vei'tu de sa mobilile, si je puis m'ex- 
primer ainsi, soit mue, par une cause etrangere a son ac- 
tivile propre, ou bien qu'elle se meuve, en vcrlu meme 



(519) 

de cette activite, a 1'occasion d'un iait exterieur; toujours 
esl-il que dans telle circonstance donuee, elle ne peut pas 
ue paselre modifiee de telle ou ielle fac,on : et c'est ce qui 
m'a fait f'aire cette remarque, qu'au fond, ce que j'appelle 
mobilite de Tame, denomination sous laquelle on pent 
comprendre toutes ses proprietes passives, ne me semblait 
pas differer de ce qu'il plait a M. Tissot d'a})peler aetiwte 
fa tale. 

B II admet, independamment de cette activite fatale et 
en quelque sorte passive, deux autres especes d'activites 
dans Tame : i'activitespon(anee, inconsciente, et 1'activile 
accompagnee de conscience et de reflexion. Je les admets 
comme lui, sans toiitdbis en faire deux especes apparte- 
nant a un meme genre; mais je donue en general a 1'acti- 
vite humaine le nom coinmun de volonte, que je distingue 
en volonle sponlanee eL volonte reflechie; en distinguant 
aussi la volonte proprement dite, par laquelle Tame agit 
sur le corps, el la volonte iiiteilectuelie, qui consisle dans 
Fatlention, la reflexion, etc., lesqueiles peuvent etre, 
a leur tour, accompagnees ou non accompagnees de con- 
science. On soutieut qu'il n'y a d'actes volontaires, que 
les actes reflechis, deliberes, et je 1'accorde sans peine; 
mais il m'a seinble que ce n'etait la qu'une dispute de 
mots, comme on le verradans le cours de cette discus- 
sion. 

Enlin, de meme que j'ai donne le nom de volonte a 
Tactivite proprement dite de 1'ame, a la faculte dont elle 
jouit ou qu'on lui suppose de se mouvoirpar eUe-mtime , j'ai 
appele du nom de sensibiiite, sa mobilite, ou la propriete 
passive en vertu de laquelle elle est rnue, bon gre mai 
gre, par diverses causes; en distinguant trois sortes de 
seiisibilites : la sensibiiite physique, la sensibiiite mo- 



( 520 ) 

rale et la sensibilitc intellectuelle (qu'on nomme d'ordi- 
nairc Feutendement) . Et c'est sur ce point principalement 
que m'attaque M. Tissot. Selon lui, il n'y a rien de passit' 
dans Tame. La these qu'il soutient est que tout phenomena 
animique, a commencer par la sensation, a directement 
pour cause efficienle, ou productrice, une action de Fame 
sur elle-meme. Toutefois, elle n'agit, dans la production 
des sensations, qu'd la suite d'un mouvement dans For- 
ganisme, sans que nous sachions, d'ailleurs, ni puissions 
comprendre comment. D'une part, il nie Ibrmellement 
qu'une sensation puisse etre cause ni d'une idee, ni d'une 
volition de Tame, ni directement ou indirectement, d'un 
mouvement dans le corps; et, d'une autre part, il veut ou 
parait vouloir que le corps ne peut pas agir sur Fame, en 
sorte qu'il serait impossible, en effet, que Faction des ob- 
jets exterieurs sur nos organes fut la cause cfflcienle de nos 
sensations. 

Ce court aperc,u vous a deja fait apercevoir, Messieurs, 
que, sous les litres modestes : De I'activite humaine et De la 
formation des idees, se trouvent engages les problemes de 
la plus haute philosophic. 

En anlhropologie , le spiritualisme et le materialisme, et 
par la, en cosmologie, le dynamisme, Fatomisme et le dua- 
lisme, combinaison des deux systemes; en ideologic, tout 
ce qui touche Forigine et le developpement des connais- 
sances dans Fhomme considere individuellement; en mo- 
rale enfm, la realile, la nature, Finfluence du libre arbitre 
ou de la liberte morale. 

M. Gruyer a soin de nous en avertir des les premieres 
lignes de son avant-propos. Le sujet dont je me propose 
d'entretenir FAcademie, dit-il, touche irnmediatement 
la liberle morale. C'est en qtielque soilc une question 



(321 ) 

prejudicielle en cette maliere, une question prealable 
qu'il serait bon d'examiner d'abord. 

Dire que ces hautes matieres sont traitees dans leur 
profondeur avec penetration, avec sagacite, avec methode, 
avec cette lucidite dans les idees, cette clarte dans 1'ex- 
pression, cette abondance, cette simplicite, celte sou- 
plesse, cette elegance de style, qui font d'un labeur scien- 
tiiique une oeuvre litteraire, c'est rend re un compte fidele 
de I'impression que la lecture et 1'examen dn memoire 
soumis a 1'Academie nous ont faite , mais ne rien appren- 
dre a ceux qui connaissent les nombreuses et utiles pro- 
ductions de MM. Tissot et Gruyer. 

M. Tissot, Fun des plus celebres professeurs de phi !o- 
sophie de France , traducteur de 1'excellente Jfistoire de la 
philosophic andenne du docteur Riller, de la plupart des 
oeuvres du celebre Kant; auteur lui-meme de plusieurs 
ouvrages de philosophic tres-estimes, et en pariiculier 
d'une Anthropologie speculative (i) , d'une Ethique ou science 
des mcBurs (2), De la manic du suicide et de I' esprit de 
revolte, de leurs causes et de leurs remedies (5), d'un Cows 
elementaire de philosophic; d'une Histoire abrege'e de la phi- 
losophic, etc.; M. Tissot, dis-je, s'est conquis une place 
tres-distinguee parmi les auteurs frau^ais, et comme phi- 
losophe et comme ecrivain. 

M. Gruyer, notre honorable correspondant, nous donne 
egalement comme garants d'une aptitude toute speciale a 
trailer les questions de la plus haute philosophic, de nom- 
breuses productions, qui, depuis plus de vingt-cinq ans, 



(1) 2 vol. in-8. Paris, chez Ladrange, 1845. 

(2) 1 vol. in-8. Paris, chez Ladrange , 1840. 

(3) 1 vol. in-8 1 . Paris, chez Ladrange, 1840. 



fixent Inattention et lui acquierenl 1'eslime, la considera- 
tion et les eloges ties savants beiges et etrangers. Le 
recneil que j'ai deja cite plus haul, les observations de 
M. Tissot, dont nous nous occupons en ce moment, mais 
snrtout les oeuvres dont M. Grnyer a dote notre biblio- 
theque , me dispensent de m'etendre plus longtemps sur 
un sujet que je ne louche qu'avec une certaine apprehen- 
sion de blesser la modestie d'un homme voue a la science 
pour la science , et sans aucun retour sur lui-meme. Je 
ne puis cependant negliger 1 'occasion de nous excuser, 
nous Beiges, d'etre restes tres en arriere des ecrivains 
etrangers a Pegard des oeuvres de notre compatriote. La 
Belgique, petite nation, partagee entre deux et presque 
trois langues , livree tout entiere depuis longtemps au 
soin de se faire une place dans le monde politique, dans 
le monde industrial, dans le monde commercial, a la re- 
cherche de ses litres dans 1'histoire, de son rang panni les 
nations, et des monuments tie la languequi lui est propre, 
a pu ne suivre que d'assez loin le savant auteur dans ses 
haules speculations sur une grande variete de sujets, qui 
lous exigent des mediations calmes et profondes, suivies 
avc3C metlmde el perseverance, sans la perspective d'une 
application prochaine el dans 1'absencede lout encourage- 
ment Qu'il nous soil permis d'esperer que 1'ereclion re- 
cenle d'une section de sciences philosophiques, morales 
et politiques, au sein de F Academic, porlera ses fruits, et 
ne manquera point de donner un prompt eveil a la cul- 
ture des sciences philosophiques et speculatives en Bel- 
gique. 

II me rcsle, Messieurs, a m'acquilter de la parlie la plus 
importante et la plus difficile de la lache que FAcademie 
nous a imposee. 



Quelle est au fond, selon moi, la valeur nhilosophique 
do I'ecrit presente a I'Academie? 

Je prie 1'Academie de se rappeler que le sujet est une 
Controverse sur I'activite hwnaine et la formation des idees, 
traitee sous le point de vue d'une question prealable, 
d'une question en quelque sorte prejudicielle, a cellede 
la liberte morale, du libre arbitre. 

Sous ce point de vue, voici le resume de la contro verse : 

Selon M. Gruyer toute sensation, toute idee (comme 
D aussi tout phenomene materiel), en un mot, toute mo- 
dification de substance a deux causes : Tune interne, 
i> qui n'est que la propriete meme que le phenomene sup- 
pose, et dans laquelle il exisle en puissance : c'est la 
condition interne, la cause conditionnelle du phenomene 
produit; 1'autre, interne ou externe, selon qu'elle con- 
siste, ou dans une idee, une sensation, ou dans 1'action 
d'un objet exterieur, mais qui elle-meme est toujours 
D un phe'nomme quelconque el jamaisunepropn'e'^': c'est 
la cause proprement dite , la cause efficients qui fait passer 
la propriete interne de la puissance a 1'acte, el produit 
ainsi la modification ou ie phenomene qu'on considere. 
Par exemple, la sensation a pour cause conditionnelle 
la sensibilite physique, el pour cause efficiente ou pro- 
)> ductrice 1'action d'un objet exterieur, qui met en jeu la 
sensibilite, la fait passer de la puissance a 1'acte, la fait 
se manifester sous la forme phenomenale. Une concep- 
tion pure, une idee rationnelle a pour cause condition- 
nelle la raison, et pour cause efficiente telle ou telle 
autre idee anterieurement acquise, laquelle fait aussi 
que celte propriete de 1'ame, la raison, se manifeste sous 
la forme d'idee ou de conception pure. (Avant-propos, 
page 3.) 



( sat ) 

Selon M. Tissot, au contraire, 11 y a dans les profon- 
deurs de noire etre line action falale, sourde, incon- 
> sciente, qui a sa raisun dans noire ame, a pen pres 
comme le mouvement vital a son principe dans le germe 
d'ou il fait lever la plante. (Conlrov., p. 8.) 

C'est done nne erreur de considerer comme passifs 
tons les phenomenes qui precedent en nous 1'activite 
volonlaire et libre, et de leur donner pour cause une 
action exterieure, landis que les circonstancesexlerieures 
ne sont qu'une occasion de nos sensations, et que leur 
veritable cause efliciente se trouve dans cette aclivite pre- 
miere dont on vient de parler. (P. 15.) 

Ainsi, dans le foetus humain, dans 1'enfant qui vient de 
nailre, les mouvemenls, les cris peuvent eti e precedes de la 
sensation, mais 1 je nie, dit M. Tissot, que la sensa- 
lion en soil la cause ediciente; 2 je nie que ces mou- 
vements soient connus et voulus de 1'enfant qui les exe- 
cute; et j'ailirme, en consequence, une activite anterieure 
a la reflexion et a la volonte, une activile sponlanee dans 
relte circonslance; 3 j'ailirme meme dans le fait d'etre 
impressionne un certain jeu fatal de cette activile pre- 
miere. (Ibid.) 

II en est toujours, selon M. Tissot, de la vie de Tame 
(vie sensitive, intellectuelle, morale) comme de la vie or- 
ganique; vivre c'est agir, el reciproquemenl. La vie est, 
dans 1'etre vivant, une activite, qui, sans cesse, le modilie 
interieuremenl et qui le manifesto exterieurement dans 
une elendue et pendanl une duree, limitees pour 1'indi- 
vidu , illimitees pour 1'espece. 

Cequ'on appellepa.ssiw'/e'n'esl, selon M. Tissot, si tou- 
tefois nous avons bien saisi el si nous rendons bien sa pen- 
see, quo Pan i vile elle-meme, en tant que modifiee sous 



( 523 ) 

1'influence aceidentelle des causes exlerieures stir 1'orga-* 
nisme, auquel Tame est inlimement unie : ces modifica- 
tions consistent en ceque, sous cette influence, 1'activite 
est tan tot device de sa direction instinctive, spontanee, 
reflexive ou volonlaire, tanlot, on meme simultanement, 
aidee ou entravee dans son exertion; mais, en tout cela, 
ii n'y a que modification aceidentelle de 1'activite, et non 
point une propriete, pas meme un etat de Tame qu'on 
puisse appeler passivite ni considerer comme distincte, et 
encore moins comme exclusive de son activite. C'est ainsi 
que, dans I'intimite meme de Tame, 1'intervention de la 
conscience, de la reflexion, de la volonte, moditie 1'acti- 
vite, mais en se combinant, en se fondant, si on peut par- 
ler ainsi, avec elle, loin de 1'aneanlir, de 1'exclure, ou de 
s'y substituer. 

Bref, si je ne me trompe, car le terrain est glissant et 
mouvant, Vagir est, selon M. Tissot, un etat permanent 
de 1'ame qui est essentiellemenl active; selon M. Gruyer, 
1'agir n'est dans 1'ame qu'en puissance, ce n'est qu'une vir- 
tualite, une propriele, dont la manifestation, qui n'est 
que purement phenomenale , depend d'une action du de- 
hors; cette action exterieure est done la cause produc trice 
ou efficiente du phenomene, tandis que la puissance, la 
virtualite ou la propriete de Tame dont nous venons de 
parler, n'en est que la condition, ou, comme dit M. Gruyer, 
la cause conditionnclle. 

Appliquanl 1'un et 1'aulre ces donnees a la sensation, 
M. Tissot n'en trouve que I'occasion, la ou M. Gruyer en 
place la cause efficiente; et le premier en decouvre la cause, 
lii oil le dernier n'en voit que la condition. 

De ces doctrines, il resulte assez clairement que M. Tis- 
sot est plus psychologue et imHaphysi.cien , M. Gruyer plus 



(52R) 

physicien ct mathematiricn. On eonc,oit done quo, de son 
point de vue, M. Tissot no decouvre que des occasions sous 
1'inlluence dcsquelles 1'activite de Tame se modifie, ou bien 
est modiiiee, la ou M. Gruyer, de son point de vue du de- 
hors, trouve des causes ellicientes, non de ces modifica- 
tions seulement, niais, sinon de 1'activite elle-meme, qu'il 
admet comme propriete de Tame a 1'egal de la passivite, 
du moins de la mise en jeu , de 1'entree en exercice de cette 
activite. 

Remarquons ici en passant, pour nous le rappeler a 
propos dans la suite, que les deux points de vue que nous 
venons de signaler sont distants Tun de 1'autre de 1'im- 
mense intervalle qui separe le monde de la matiere de 
celui de Intelligence, et que remplit tout leregne orga- 
nique, y compris I'humanite meme, et par suite la societe 
humaine, en tant que naturelle a 1'humanite. 

Quand nous signalons ces deux points de vue comme 
ceux ou les deux controversies se tiennent respective- 
ment places, nous entendons seulement caracteriser Tes- 
prit general qui domine dans leurs ecrits, sans mecon- 
nailre les heureuses et frequentes excursions qu'ils font, 
1'un et Taulre, dans les regions de la physiologic et de 1'an- 
thropologie. 

L' Academic sail deja ce que nous pensons de I'impor- 
tance, de la methode, de la valeur logique et du merite 
litteraire de 1'oauvre qui lui est soumise Elle sait aussi 
que cette oeuvre est une controverse en quelque sorte dia- 
Joguee; elle n'atlend pas de nous que nous en fassions un 
trilogue, c'est-a-dire, elle n'altend pas de nous que nous 
prenions parti eutre ou contre les deux interlocuteurs; 
que nous nous constituions juge entre ou contre les deux 
doctrines. Nous craindrions que la pente de notre esprit, 



(527 ) 

que la direction ancienne et habituelle de nos etudes, que 
des opinions preconcjies sur les points conlroverses, n'offus- 
quassenl noire jugemenl, ou du moins, n'en alterassent la 
rectitude. Nous devrions d'ailleurs exposer les raisons, 
soil de notre preference pour Tune des deux opinions, 
soil de nos doutes sur la legilimile de toutesdeux; or, ce 
serait enter critique sur critique, controverse sur contro- 
verse. D'ailleurs il ne nous parait pas que les matieres 
philosophiques puissent utilement etre soumises a ce genre 
d'epreuve, assorti, sans aucun doute , a I'histoire, a la 
philologie, aux productions des arts, mais etranger, selon 
nous, aux sciences , et surtout aux sciences purement 
speculatives ou d'observation interne. Une exposition 
spontanee, pleine, large, degagee, nous parait seule con- 
venir a la philosophic, puisqu'elle n'embrasse que des 
sujets et des fails generaux k la portee detous lesesprits, 
el n'exige que 1'ohservalion de soi-meme el de ceux avec 
qui on esl sans cesse en rapport, et, de plus, que du re- 
cueillemenl, de la reflexion et de la liberte. 

Disculer une opinion , c'esl deja se renfermer dans un 
cadre d'emprunt; discuter une opinion pour en etablir une 
aulre , lors meme que celle-ci nous serait originairement 
propre, c'est resserrer le cadre, loin de Felargir. Les idees 
vontainsi se retrecissaiit, s'amincissanl, se subtilisaul jus- 
qu'a s'evanouir. Si on s'elance parfois en dehors de celle 
orniere de gene el decompression, c'esl poury rentrer for- 
cemeiit. Les questions deviennent de plus en plus etroites , 
futiles meme; les arguments ad hominem, comme on les 
appellc, les logomachies steriles se substiluent bienlot a la 
recherche, a la decouverte, a la consideration feconde des 
choses.Lebut verslequel on lend, lepoinld'ouon esl parti, 
se perdenl sans cesse de vue au milieu des delours el des 



( 528 ) 

ecueils de la roule scabreuse ou Ton chemine peniblement. 

C'est assez vous dire , Messieurs , que nous n'avons pas 
cm devoir nous renfermer dans ces limites. Mais la lecture 
et Petude de quelque production que ce soil , de penseurs 
aussi distingues que MM. Gruyer et Tissot , porte tou- 
jours ses fruits, ne fut-ce que par les questions qu'elle 
souleve et les ombres qu'elle eclaire. Nous devons a une 
illumination de ce genre de nous etre reporteau point de 
depart de la controverse pour le bien reconnaitre, le bien 
fixer, en sonder le terrain et en decouvrir la situation et 
les aboutissants. La discussion suppose un sujet , unique 
ou du moins conc.u comme tel , et un fond commun de 
doctrines revues comme vraies et incontestables; sans 
quoi, loin d'aspirer a se convaincre, on ne pourrait meme 
esperer de se comprendre mutuellement. Les opinions 
de deux pliilosophes qui controversent, quelqne opposees 
qu'elles paraissent , sont des rameaux issus de la meme 
branche ou du meme tronc, ou ils ont puise les premiers 
elements de leur vie propre et continuent de puiserceux 
d'une vie commune : decouvrir cette source de vie, le point 
et la cause de son dedoublement , n'est souvent le prix que 
d'un labeur lent et opiniatre ; mais des ecrits tels que ceux 
de MM. Tissot et Gruyer relribuent de surcroit et large- 
men t un pareil travail. 

An lieu done de suivre nos deux auteurs, nous nous 
sommes efforce de remonter aux doctrines qui leur sont 
communes, pour y fixer leur point de depart et en sonder 
le terrain. 

Pour reconnaitre le point de depart , nous avons lu et 
relu les ecrits qui ont donne occasion el fourni matiere a 
leur controverse. Pour entrer dans 1'inlelligence de ces 
ecrits, nous avons du consnller les savants et nombreux 






( 529 ) 

ouvrages de Tun ct dc 1'autre : ce que nous y cherchions 
n'estpasle seul avantage qu'ils nous aient procure. Nous 
y avons beaucoup appris : car tous deux sonl des penseurs, 
riches de leur propre fonds, ayant leur individualite, leur 
maniere propre de voir, de penser, de s'exprimer et meme 
de s'assimiler les pensees des autres. Le sujet a pris ainsi , 
pour nous, un caractere et des proportions devant les- 
quels la controverse elle-meme n'est plus qu'un detail, 
une deduction, si Ton veut, de principes d'une generalite 
plus haute et plus comprehensive. 

C'est done a ces doctrines communes, en dec, a du point 
de divergence des deux systemes, que nous nous sommes 
attache. 

Quelques points ont particulierement fixe notre atten- 
tion; tels sont : 

Le sens cowman, invoque d'une part, admis de 1'autre, 
sous certaines restrictions, comme autorite irrefragable 
ou comme criterium de verite et principe de certitude; 

La me'tliode en philosophic , consideree particulierement 
par rapport au procede analytiqueou d'abslraction, com- 
pare au procede synthetique ou concret , et au procede hy- 
po thetique ; 

Uaction des objets exte'rieurs, admise soil comme cause 
efficiente , soil comme simple occasion de la sensation; 

La sensation oules sensations, comme source de connais- 
sance; 

L'ide'e ou les idees, comme elements de connaissance; 

L'aclivite humaine ou de 1'ame humaine, consideree, soil 
abslraclivement, soil d'une maniere concrete dans la vie : 
vie de Fame, vie du corps, vie humaine, union des deux, 
vie de 1'individu, vie du couple, viedel'espece, etc., etc.; 

La connaissance humaine, consideree sous les memes 



530) 

s, et ulterieurement, soil abstractivement du 
milieu social , soil comme puisant et reversant dans ce 
milieu ; 

Eiiiin, la liberte (ou libre arhitre) considered comme at- 
tribut, soitde 1'ame, soil de 1'activilede Tame, soil de la 
volonte , soil de 1'homme. 

L' Academic n'a pas perdu de vue que , selon 1'auteur 
ineine du rnemoire qui lui est soumis, le sujet louche im- 
mediatemeut a la liberte morale et en est une question 
prejudicielle prealable. 

Tous ces sujets qui , je crois , ne manquent ni d'impor- 
tance, ni dedifficulte, ni d'a-propos, sont la matiere d'au- 
tant tfessais, fruit en partie d'etudesdeja bienanciennes,en 
par tie decelles que le richetresor des oeuvresdeMM. Gruyer 
et Tissot rn'a donne occasion d'y ajouter; d'autant d'es- 
sais, dis-je, que j'aurai J'horineur de soumettre successive- 
men t a r Academic, sans m'astreindre neanmoins ni a 
1'ordre dans lequel je viens d'en enumerer les sujets , ni a 
en regarder le cercle comme infranchissable; car des es- 
sais nouveaux pourront surgir de ceux-la, et donner occa- 
sion a quelques excursions. 

J'ai assez dit ceque je pense de la critique en philoso- 
phic, pour qu'il soit bien entendu que ces essais n'ont 
point un caractere critique. 

J'y exposerai les resultats de mes observations, de mes 
recherches, de mes reflexions propres, penetre d'estime 
et de reconnaissance envers ceux meme dont il m'arri- 
vera de combattre les opinions; car ce sera a leur flam- 
beau que j'aurai allume ma faible lampe. Si je parviens 
done a rernettre quelque verite en lumiere, 1'honneur de- 
vra presque entierement leur en revenir; il ne me restera 
de propre que mes iaibles efforts, les defectuosites de mon 



(531) 

travail et les intentions qui m'en out suggere le dessein. 

Je parlais, il n'y a qu'un iustaiit de Topporlunite de ce 
genre d'etudes. Je ine this illusion peut-etre, car c'est une 
de nos faiblesses de nous exagerer outre mesure 1'impor- 
tance de ce qui nous a beaucoup preoccupes : mais enlin, 
n'est-on pas autorise a croire qu'une plus saine apprecia- 
tion de notre sens et de noire raison iudividuelle, a nous 
si petits dans le temps, 1'espace et la pensee, mis en pa- 
rallele avec les notions du sens commun, lesquelles de 
tout temps, en tout lieu, en toute chose, dans tous les 
hommes, memeceux qui se font un jeu de les nier et de les 
combattre, out guide et eclaire, guident et eclairent 1'hu- 
rnanite dans sa marclie toujours pliysiquement, intellec- 
tuellement et moralement ascendante, nonobstant les os- 
cillations produites par quelques causes perturbatrices ; 
qu'une connaissance, dis-je, plus approfondie du sens 
prive et du sens commun compares, eut etoufte dans Jeur 
premier germe ces doctrines effroyables dont 1'explosion 
semble menacer la societe humaiiie du chaos; doctrines 
qui nient 1'ordre socialement, ou etabli, ou recoonu, 
1'heredite, la propriete, la iamille, la societe, le devoir, 
et enlin meme Celui qui est, par qui tout est, sans qui 
rien n'est ni ne peut etre. 

Ce qui distingue le genre humain du regne animal , ce 
qui classe rhomme dans un rang a part et superieur, c'est 
incontestablement, si ce n'est pas uniquement, la liberte 
psychologique , la liberte morale, enfin Je Jibre arbitre. 
C'est meme le libre arbitre qui distingue rhomme de 
1'espece humaine, qui separe 1'homme de 1'homrne, quil'in- 
dividualise, qui le constituepersorwe, qui lui imprime, et 
dans son organisme,etdanssa pensee, etdans sa volonte, 
enlin , dans tout ce qui le manifesto comme personne , 



( 552 ) 

s'assimile a sa persomie, revolt 1'cmpreinte de sa personnc, 
ce cachet de saintete qui fait de rhomrne pour 1'hommc 
un etre inviolable el sacre, aussi bien qu'il le fait devant 
Dieu et devant rhumanile, un etre capable de meriler et de 
demeriler. Serait-ce done une hallucination decevante que 
de penser qu'une conviction plus profonde sur la realile 
du libre arbitre, jointe a une notion moins confuse de ce 
qui le constitue , une comprehension plus complete de ce 
qui en releve la dignile et la grandeur, eussent arrete, 
siuon dans leur eclosion , du moins dans leur developpe- 
ment et leur propagation, ces systemes etranges qui ten- 
dent, les uns a absorber I'individu dans 1'Etat (nouveau 
Leviathan rechauffe de Hobbes); d'autres a reduire les so- 
cietes humaines a un pur mecanisme, d'autres encore a 
les abandonner tout enlieres au seul jeu des passions : so- 
cialisme. saint-simonisme, o\venisme, icarisme, commu- 
nisme, fourierisme, etc., etc., etc. 

Qu'esl-ce que Dieu, la famille, la propriete, la societe, 
bien qu'on les retrouve au fond de toutes les institutions 
humaines, pour qui, dans sa presomption et son orgueil , 
se fait un tribunal de la solitude de sa pensee, s'y assied 
comme juge universel, et appelle arrogamment devant lui, 
de toute autorite, de cellememe de tout le genre humain? 
Qu'est-ce que le libre arbitre, et a quel litre le respec- 
lerail-on sous forme de iiberte naturelle , civile, polilique, 
et religieuse , si, dans nos resolutions les plus libres en 
apparence , nous ne sommes en realite que les jouels ou 
d'une ineluctable fatalite , ou bien de motifs lies les uns 
aux autres par une chalne continue qui a son point 
d'atlache hors et independamment de nous, el dont nous 
pouvons a peine cntrevoir et secouer quelques chainons ? 

Si, en fail, 1'homme n'a pas, du moins a un certain 






( 553 ) 

degre, la possession de ses facultes animiques et organi- 
ques,sur quoi peuvent reposer son droit a la possession 
des choses, son devoir d'adorer Dieu, de respecter la per- 
sonne et la chose d'autrui , de venir en aide a autrui ? 

C'est en presence de ces deplorables aberrations de Por- 
gueil et du sens prive, en presence des perturbations qui 
grondent de toutes parts autour de nous, que j'ai nris a 
tache de rechercher les titres du genre humain a la pos- 
session de la verite et de 1'autorite, et ceux de chacun 
de nous, de chaque homme, a la possession de la li- 
berte. 

Naguere le president du pouvoir executif de la Repu- 
blique franchise appelait a son aide , pour 1'ceuvre du re- 
tablissement de 1'ordre public en France, la section des 
sciences morales et politiques de 1'Institut : plus heureux 
en Belgique, ou cet ordre n'a point ete trouble, et ou nous 
n'avons qu'a le conserver et a le maintenir, n'attendons 
pas que la tempete qui , nonobstant le calme, menace de 
tous les points de 1'horizon, vienne nous surprendre; et 
puisque des ecrivains graves, serieux, calmes et purs 
comme la science, nous en fournissent 1'occasion, n'at- 
tendons pas, pour nous livrer, de notre propre mouvement 
aux travaux sollicites de 1'Institutde France, que d'autres 
ecrivains, d'un tout autre caraetere, nous en fournissent 
la matiere et nous en imposent la necessite. 

Cette dignite calme, cetle gravite, ce respect conscien- 
cieux pour la science et la verite qui respirent dans le me- 
moire de M. Gruyer, me ramenent au sujct de ce rapport. 
J'y ai successivement expose le sujet del'ecrit, apprecie 
1'importance, la methode, la forme, les auteurs meme, 
dont j'ai fait connaitre les titres scicntifiques et le merite 
litteraire. J'ai cu 1'honneur de vous soumettre les raisons 
TOME xv. 36, 



(534) 

qui m'interdisent de juger les doctrines et ceiles qui m'ont 
porte, en dega du point de divergence des deux auteurs, 
a tenter quelques essais sur des generalites philosophiques, 
auxquelles les circonstances semblent donner un nouveau 
degre d'interet pour 1'Academie, et particulierement pour 
la section. Ces essais seront successivement soumis au ju- 
gement de 1'Academie. 

11 me reste, pour Tender accomplissement de ma tache, 
a m'acquitter de ce qu'elle a de plus facile, de plus doux 
et d'un plus sur accueil de votre part. 

J'ai 1'honneur de proposer a 1'Academie de voter des re- 
merciments a M. Gruyer pour son savant et important 
travail. Je regrette beaucoup que le peu de ressources dont 
1' Academic dispose, et specialement encore, que la forme 
de 1'ouvrage et les dimensions que cette forme lui a donnees 
m'interdisent d'en proposer Timpressiondans les memoires 
dd'Academic. 



U. Vdbbe Carton. 



Notre honorable confrere vient de nous lire une ana- 
lyse developpee de la question qui fail le sujetdu memoire 
que nous avions a examiner. 

Je m'associe bien volontiers a 1'elogeque M. Van Meenen 
a fait de ce travail. Je n'ai rien a ajouter a ce remarquable 
rapport. 

Je ne puis cependant pas m'empecher de vous faire ob- 
server 1'etrange spectacle que nouspresente la philosophic. 
Ellc est ancienne comme le monde, et cette longue serie 



( 535 ) 

de siecles ne lui a pas sufli encore pour etablir dans 1'es- 
prit de ses sectateurs la conviction generate d'une seule 
verite*. 

L'existence de Dieu est restee un probleme insoluble 
pour des philosophes qui cependant en cherchaient la so- 
lution de bonne foi. 

Des hommes dont toute 1'Europe reconnait la sincerite 
et la perspicacitd, soutiennent qu'il n'existe qu'un seul 
argument que la philosophic puisse fournir pour demon- 
trer cette existence, et que cet argument est 1'existence 
des causes iinales dont d'autres philosophes nient la rea- 
lite. 

Descartes essaya de se prouver son existence , mais vai- 
nement, et tout philosophe sincere avouera Fimpossibilite 
de la prouver rationnellement. 

Cette sterilite de la philosophic semblerait prouver 
qu'elle n'existe pas encore avec un ensemble de regies et 
de conclusions qui merite le nom de science. Jusqu'a pre- 
sent, elle ne me parait tout au plus qu'une science frag- 
mentaire. 

Depuis longtemps, Messieurs, je fais moi-meme de la 
philosophic, maisce n'est que de la philosophic pratique. 
J'aide au developpement de Intelligence de mes eleves 
sourds-muets , j'assiste a la naissance de leur raison ac- 
tive, je la vois eclore, et je puis constater la genese de 
quelques-unes de leurs idees; le spectacle est curieux et 
plein d'enseignement , cependant ce n'est Ik encore que la 
prose de la philosophic; la poesie de la philosophic c'est la 
pure speculation, et cette poesie grandit Fhomme, elle 
clove Tame et ennoblit ses sentiments. 

L'objet du rnemoire de MM. Gruyer et Tissot est ce 



(556) 

que Ton pourrait nommer la mise en pratique ou la se- 
conde partie de la question des idees innees. 

Tous deux admeltent ce que la philosophic moderne 
avoue generalement , qu'il y a dans Tame humaine une 
vertu productive des idees, ou ce que M. Tissot appelle une 
vertu ideelle. 

Mais quel est le role des sens dans cette production? 
en ont-ils meme un dans ce travail animique? 

M. Tissot dit que non; il soutient qu'il n'y a aucun rap- 
port de causalite entre 1'action des objets exterieurs sur 
1'organisme et Faction de 1'ame qui produit une idee; il 
y a, dit-il, un abime entre ces deux operations, et si ces 
deux fails sont contigus, ils ne sont certainement pas con- 
tinus. 

M. Gruyer croit, au contraire, qu'une idee anterieure- 
ment conc.ue, une sensation ou 1'impression d'un objet 
exlerieur sont la cause efficiente qui fait passer 1'ame de 
la puissance a 1'acte. 

Ces deux opinions sont defendues de part et d'autre avec 
une grande vigueur de dialectique; les deux antagonistes 
y luttent avec une exquise politesse et avec toutes les res- 
sources d'un esprit profondement observaleur. 

Si j'osais placer un mot dans cette inleressante discus- 
sion, je dirais qu'une longue experience m'a permis de con- 
slater un fait qui me semble prouver que 1'ame ne produit 
pas des notions spontanement , ou, par une action fatale, 
sans cause exterieure. 

L'existence de Dieu est attestee visiblement par une 
serie de faits sociaux dont les sourds-muets sont temoins 
comme nous, et cependant, malgre tout ce qu'il y a de re- 
velateur dans ces faits , jamais sourd-muet n'est parvenu 
sans instruction directe , a la connaissance de 1'existence 



(537) 

d'une cause premiere. II m'a toujours paru que j'etais en 
etat d'indiquer la source sociale de toute idee connue d'un 
sourd-muet, et jaraaisjene lui ai trouve d'idee que j'aurais 
pu supposer acquise par une operation spontanee de son 
intelligence. 

Cependant, Messieurs , ce qui me prouve que la formule 
de cette operation intellectuelle n'est pas encore trouvee, 
c'est que s'il me parait prouve qu'il doit y avoir une im- 
pression pour provoquer de Fintelligence une expression , 
les expressions sont cependant beaucoup plus impregnecs 
d'intelligence que de la cause qui les excite; I'homme voit 
des arbres et il nomme I'arbre; 1'abstrait n'est pas dans 
1'impression, c'est 1'intelligence qui le produit. 

Messieurs, j'ai lu avec plaisir et non sans utilite la dis- 
cussion de MM. Gruyer et Tissot. Le travail est court et 
ne formerait que 72 pages d'impression ; si les moyens 
dont dispose la classe le permettaient, je vous prierais de 
i'inserer dans les memoires de la compagnie. 

Apres avoir entendu les rapports de ses commissaires, 
la classe a ordonne 1'impression du memoire soumis a son 
jugement, dans le recueil de 1'Academie. Des remerci- 
ments seront adresses aux auteurs. 






( 558 ) 
COMMUNICATIONS ET LECTURES. 

Trois fables, par M. le baron de Reiffenberg, 
I. 

Lc Tatar A VOpcra. 

La vie est un moment entrc im riant berceau 

Et la froide horreur d'une tombe ; 

L'homrne , ce fragile arbrisseau, 
N'a pas encor fleuri , qu'il seche et qu'il succombe. 

Amour , soucis , ambition , 
Roves trompcurs, vain desir de la gloire, 

De ce moment voila 1'histoire; 

Heurcux si de la fiction 

Oui compose notre existence , 

On n'cst dulrompo qu'cn mourant. 

De nos usages ignorant, 

Un Tatar voyageait en France. 
II arrive a Paris, et droit a l*0pra 

Son guide au debotte" le mene. 
Je vous laisse a penser combien il admira 
Ge spectacle inconnu dans les champs de PUkraine , 
Les feux etincelants qui semblent embellir 
Les objets inondcs de leur clarte magique; 

Les prodiges de la musique , 
Les danses, les ballets , provoquant le plaisir ; 

L'aspect d'un monde fantastique , 

Les parures et les brillants , 

D'une assistance frdnetique 

Les (k'vreux applaudissements , 

Les arts et toute leur faerie , 

La femme et sa coquetterie 

Luxe, talent, graces, beautu, 
Intelligence, voluptd , 



(539) 



Get assemblage de merveillcs 
Eblouit ses regards , enchaute ses oreilles. 
L'hospodar ebahi battait des pieds , des mains , 
Et, par des cris confus, inlerrompait la scene. 

Monsieur , dit un de ses voisins 

Qui s'ennuyait a la semaine 
Et , par gout ou par ton , n'approuvait jamais rien 
Vous etes Stranger , il y parait trop bien. 
Mais , entre nous , cet eclat , cette pompe , 

N'cst qu'unc optique qui vous trompe; 
Ces temples , ces palais sont du papier dore j 

Gette splendeur presque celeste, 

Du gaz infect mal prepare ; 

Ge tumulte que je deteste , 

Un chaos d'instruments criards , 

De voix fausses , d'affreux canards ; 

Et ces princes et ces princesses , 

Ges dieux , ces nymphes , ces deesses , 

De pauvres diables erailles , 

B Haves , fletris et debrailles 

Qui croupissent dans la misere. 
Voila ce qui produit votre admiration. 

Morbleu , dit le Russe en colere , 

Votre cruelle attention 

A le secret de me de'plaire ; 

a Laissez-moi mon illusion 

Ou resignez-vous a vous taire. 

Par quelle maudite fureur 

Venez-vous done troubler ma joie ? 

B C'est le demon qui vous envoie ; 

Mecbant , rendez-moi mon erreur. 



II. 



JLo Wage etntargtte . 

Un pauvre homme avait hdrite 
D'une cruche a demi brisee , 
Et telle qu'on en voit souvent dans un musee , 



(540) 

Vieux reste du passe", par Ic temps inaltraite. 
Comme il n'ctait rien moins qu'un savant antiquaire 
Academicien , erudit brevete, 
Le plus petit objet d'un usage vulgaire 

Eut fait beaucoup mieux son affaire. 

Aussi , dans un coin rejete , 
Le vase avec mepris gisait sous la poussiere. 

Apres quelque vingt ans, le manant , certain soir, 
Mine par le besoin , ronge par la vieillesse , 

Sur la cruche, sans le savoir, 

Tombe extenue de faiblesse. 
Elle rompt en eclats , et de beaux ecus d'or 

S'en echappent en abondance. 
Au bruit , le moribond , reprenant connaissance , 

Croit ressaisir la vie encore. 
a Sort inhumain, dit-il, aveugle providence! 

J'ai vegete" dans Findigence, 

Et je possedais un tresor ! 

Combien de trdsors inutiles 
Du ciel n'avons-nous pas rec.us? 
Le temps qu'on perd en soins futiles , 
L'instinct precieux des vertus ; 
Puis , pour charmer noire existence , 
Quelquefois un sensible coour 
Dont nous n^gligeons la valeur , 
Et qui reste ferme devant Pindifference. 



III. 



JLc Chien de chaste 9 tea Lottps et let 

Des bois Fantique monarchic 
En deux heures avail croule ; 
Les flots de Fimpurc anarchic 
Jusques au trone avaient roule , 
Et, pour comble de vanit^ , 



(541 ) 

En provoquant la force ouverte 

Au nom de la legalite" , 

Lcs amis de la royaute 
Eurent le tort d'acce"le"rer sa pertc. 

Bref , dans I'antre du roi Lion 

Les fauteurs de sedif ion 

Proclamerent la republique; 

Mais a ce phenix politique 
Personne ne croyait, bien qu'on 1'eut accepte 

Par lassitude ou larhete : 

Lcs renards et !es loups seuls bondissaient de joie; 
Enfm , ils la tenaient cette opulente proie 
QiTils convoitaient depuis vingt ans, 
Et de 1'egalite les ap6tres sublimes , 
Qui voulaient du passe reparer tous les crimes, 

N'etaient plus que de plats tyrans. 

Par exception , dans leurs rangs 

Us admirent un chien de chasso. 
Ge"ne"reux animal , issu de noble race , 
Qui les couvrait de son honnetele*. 

Le chien dans ce milieu perfide, 

Vit s'alterer sa loyaute ; 

Aux uns il paraissait timide, 

Aux autres, farouche, emporte. 

En excusant un jour la violence, 

Le lendemain , plaidant pour requite, 

II crut faire acle de prudence : 
Menager tour a tour la poule et le renard , 
Hurler avec les loups , proteger leurs victimes , 
DCS revolutions , selon lui , c'e"lait Tart 

D'e viler les profonds abimes. 
Qu'arriva-t-il? Par-tout il cut des ennemis; 

Partout surgit la defiance ; 
Tous les ressentiments qu'il avail endormis 

Eclaterent d'intelligence; 

La haine et meme le mepris 

Furent 1'unique recompense 

De son beau systeme incompris. 

II succomba dans une ^raeute , 

Assailli par renards et loups , 



(842) 

Et ile chiens, ses pareils, une implacable meute 
Vint lui porter les derniers coups. 

Je vous Pai deja dit en prose , 
Je veux le re'pe'ter en vers : 
Tel est le sort ou Pon s'expose , 
Sitdt qu'on marche de travers. 
La finesse a du bon : j'aime mieux la franchise ; 
La vertu n'est que trop aise"ment compromise 
Et toujours se fle"trit au contact des pervers. 
Manager les me'chants c'est etre leur complice, 
Tenez-vous a Pecart lorsque vous avez peur , 
Ou quand vous dudaignez les succes de la lice ; 
Mais si Pambition dans votre ame se glisse , 
Parcourez sans broncher le sentier de Phonneur. 



JLe noi de itotnc, 

par M. Eraile de BONNECHOSE. 



Devant les dieux du jour trop souvent les poe'tes , 

Paye*s pour d'immorlels concerts , 
Sur un autel profane ont incline leurs letes 
Et prodigu^ sans gloire et Pencens et les vers : 
La fortune en leurs mains a fait vibrer la lyre, 
Pour elle ils ont cbantc ; mais raoi ce qui m'inspire 
Exalte aussi mon amc ou fait couler mes pleurs : 
C'est POc^an qui gronde et blanchit ses rivages, 
C'est la voix du nocher battu par les orages , 

Ce sont de tragiques douleurs ; 
Et mon luth qui (remit aux clartds expirantes 
De Pastre bienfaisant qui s'eteint radieux , 

IN'a jaraais salue Paurore 
De Pardent mdteore 

Qui monte inconuu dans les cieux. 



(543) 

Parmi les grandes ombres 
Qui , dans nos jours si sombres , 
Funebres visions , se dressent devant moi , 
Sur un lit de douleur tristement ctenduc , 
Une ombre jeune et pale hier m'est apparue , 
Et comme je 1'ai vue 
Telle encor je la voi. 

D'un illustre orphelin c'est la toucbante image ; 
Son nom , redoutable heritage, 
Inspire et 1'amour et 1'effroi : 
C'cst un exile , c'est un roi. 

II souffre, helas! sans esperance; 
Mais (roii vient qu'il languit , et d'ou nait sa souffrance? 

Serait-ce qu'en levant les yeux 
Sur le toit des Cesars dont 1'aigle a double tete 

De sa serre embrasse le faite, 

II songe a 1'aigle glorieux 
Qui 1'a vu naitre a 1'ombre de ses ailcs , 

Et se souvient du vieux drapeau 

Dont les trois couleurs immortelles 

Flottaient sur son royal berceau ? 
Serait-ce que sa vie avec ennui s'ecoulc 

Dans 1'cxil brillant d'une cour, 

Qu'il s'indigne du sol qu'il foule, 

En se disant , avec amour, 
Qu'il est vers 1'Occident une terre che*rie 

Oujadis il recut la vie, 
Et qu'il meurt du besoin de s'enivrer un jour 

De 1'air si doux de la patrie ? 

Oui , c'est la son malbeur , des stylets , du poison 

La politique s'est lassee , 
Mais on craint qu'il ne vienne a comprendre son nom , 

Et dans un ctroit horizon 
L'Autriche a circonscrit ses pas et sa pensce. 

Frivole espoir , crainte insensee ! 

Celui que Ton voudrait en vain 

Deshe'riter de tant de gloire , 
Get enfant qu'on instruit a douter de 1'bistoire , 



(544) 

Salt que Napoleon, lu de la victoire, 
Dela France fut souverain, 
Qu'il a re"gne , sacre par Rome , 
Avec dix rois pour ennemis ; 
II sait qu'il est fils du grand hommc 
Et que la France est son pays. 

De son pure il connait la gloire et les disgraces, 
Le soleil d'Austerlilz , les champs de Marengo 

Et le long deuil de Waterloo : 
Du conquerant partout il reconnait les traces , 
Et partout de son nom il retronve un echo : 
En revant il le voit, il entend sa parole, 

Et son esprit s'egare et vole 

Du Saint-Bernard au mont Thabor 

Et du Thabor au pont d'Arcole; 

II voit ses grands exploits ecrils 

Sur la poudre des pyramides, 

Et le Kremlin sur ses debris 

Porter nos aigles inlrepides : 
II cnlend un bruit sourd , c'est celui du canon ; 
De Paurore au couchant il voit un champ de guerre . 
L'incendie et la mort , et croit senlir la terre 

Tressaillir sous Napoleon. 

II s'eveille, et dans sa pen sec 
II e*voque 1'objet de son amour pieux; 
Et, plein des souvenirs de sa grandeur passoc, 

Poursuit un reve glorieux : 
Je le vois, sous les plis du rideau qu'il ecartc , 

Et penche sur la carle , 
Y suivre du heros les pas victorieux j 
C'est la carte du mondc ou s'attachenl ses yeux. 

Son jeune front s'incline, il regarde et s'ecrie : 
C'est la (ju'il triomphait, la qu'il fut couronn6, 
Ici que par les siens il fut abnndonne, 

Combaltant seul pour la patrie! 






(545) 

II s'arrcle , et soudain , trabissant scs douleurs , 

II pa lit et respire a peine , 

II se tail, mais son doigt a montre Sainte-Helene, 
Et de ses yeux tombe un torrent de pleurs. 

II se ranirae, il parle et parle de vengeance; 

Mais il est seul , aucun ami 
Ne devine ses maux et sur eux n'a gemi : 
De son isolement et de son impuissance 

Son ame heroi'que a frem i 

Sans trouver une autre ame, emue au nom de France 
Et voila ce qui fait son precoce declin , 
Ce qui fait qu'au tombeau , dans un age si tendre , 

Sansespoiril se voit descendre, 
Comme expire la fleur qu'une imprudente main 
Sur un lointain rivage et sous un ciel aride 

A transplanted en son matin ; 
De Tair natal et de rosee avide 

Son beau calice s'esl ferme , 

Et, sur la terre dessechee, 

Sa tete tristement pcnchce 
Pleure son doux climat et le sol bien-aime 

D'ou sa tige ful arractiee. 

Un jour cependant, un seul jour 
Son Sme avec transport ressaisit Pexistence : 

II avail vu trembler sa cour 
Et chacun parler bas, gene par sa presence : 
Deux redoutables mots par les airs apportes 

Glagaient d'effroi la capitale 5 
Vienne s'epouvantait de ces deux mots jel6s 

Dans la demeure imperiale. 
On dissimule en vain la nouvelle fatale , 
Ilecoute ce bruit par cent voix repe'te, 

II entend France et liberte ! 
On avail vu surgir un effrayant symbole 
Qui, nicnarant les rois d'un desastre nouveau, 

D'un peuple libre etait Pidole j 

Ce n'etait pourtant qu'un drapeau ; 
Mais il flolte a Paris . et c'est celui d'Arcole ! 



(546) 

C'est assez ! Porphelin dans ce symbole cut foi : 
II crula sa fortune, et, (Tune voix e"mue; 
a mon pays , dit-il , France ou je naquis roi , 
France je te salue j 

Un ills exile vient a toi. 
De ses maux cependant sa me"moire frappe"e 
Donnait a sa parole un son male et haulain , 
Et, landis qu'il parlait, il agitait sa main 

Sur la garde de son epe'e : 

II vit ses pales courtisans 

S'dpouvanter de sa colere ; 
Sa voix leur rappelait de terribles accents j 
Us avaient reconnu le regard de son pere 
En ses yeux foudroyants. 

Le trone ou son espoir s'eleve 
N'a brille qu'un moment a son o?il ebloui : 
II s'informe, il e"coule , et deja comme un reve 

Son bonheur s'esl evanoui. 
II comprend que 1'Aulriche en lui garde un otage , 
El que de sa patrie il doit repondre aux rois, 

Alors succombe son courage 

Et de ses fers il sent le poids. 

Gaptif des etrangers , s'ils assilgeaient nos villes , 
On ne le verra point a leur suite traine , 
Deplorable instrument des discordes civiles, 
Dans la tente ennemie esclave couronnc : 
De son pays quinze ans il s'est cru Pesperance, 

II n'en sera jamais Feffroi ; 
Et tout meurtri des fers de la Sain te- Alliance, 
11 prefere mourir a regner sous sa loi. 

On dit qu'un voyageur vit avec epouvante 
Des presages de mort sur ce front de vingt ans; 
Qu'il entendit un jour de sa voix defaillante 

S'e"chapper ces mots dechirants : 
Adieu France , adieu done ma brillante couronnc ; 

El loi , Paris , loi mon berceau , 



(547) 

Je mcurs, et je n'ai pu saluer ta colonne, 

Sur mon coeur presser ton drapeau. 

Ah ! puisse un jour sur mon tombeau 

Plotter I'etendard tricolore ! 
De ses plis glorieux puisse-t-il me couvrir ! 

mon drapeau, pour te bunir , 
Sous toi j'aurais voulu me reposer encore , 
Et puis mourir. 

Denos divisions victime expiatrice, 

Comme un agneau sans tache often en sacriGce , 

Tu meurs loin des liens exile : 

Tes tristes yeux ont contempt 

Des rois la grandeur perissable : 
Tu previs , au bruit sourd des orages lointains , 
Que , si de notre sort Dieu t'eut fait responsable , 

Le sceptre cut fatigue tes mains. 
La France ou tu naquis compatit a ta peine , 
Et sa memoire encor de ton grand nom est pleine ; 
Ses voeux et ses soupirs sont monies jusqu'a toi ; 
Mais lorsque son amour etait ton bien supreme 
Peut-etre as-tu compris qu'il vaul mieux , quand on 1'aime , 

Porter des fers qu'un diademe , 

Mourir captif que vivre roi. 



M. Quetelet lit ensuile une Notice biographique de 
M.-L.-V. Raoul, membre de 1'Academie royale, decede le 
25 mars 1848. 

Cette notice sera inseree dans YAnnuaire de I' Academic 
royale pour 1'annee 1849. 



( 548 



Une lettre inedite de Chretien Huygens, communiquee par 
M. le baron de Reiffenberg , membre de F Academic. 

Les savants de la fin du XVI C siecle et du commence- 
ment du XVII e ecrivaient beaucoup de lettres. Prives de 
journaux pour repandre leurs idees et faire connaitre leurs 
ouvrages, ils suppleaient par un commerce epistolaire as- 
sidu a ce grand moyen de propagation, dont malheureu- 
sement le charlatanisme et la mediocrite font encore plus 
d'usage aujourd'hui que le talent et le merite. C'est ainsi 
que Leibnitz, Lhospital et tant d'autres, agissaient sur les 
esprits, repandaient leurs decouvertes, se formaient une 
espece d'areopage et n'arrivaient jusqu'au public qu'apres 
s'etre assure des juges competents et avoir passe devant le 
tribunal de leurs pairs. 

En 1835, M. le professeur P.-J. Uylenbroek tira des 
manuscrits de FUniversite de Leyde une partie de la cor- 
respondance scientifiqtie d'Huygens, avec les deux hommes 
celebres que nous venons de nommer , avec Vaumesle et 
Duilier (1). Notre Bibliothequeroyale, ou sontreunis tant 
de tresors, dont, par malheur, ne semblent pas se douter 
beaucoup de personnes appelees a prononcer souveraine- 
ment sur le sort des lettres dans notre pays, possede plu- 
sieurs epitres d'Huygens, qui peuvent servir de supplement 
a la publication de M. Uylenbroek. Elles ont eld achetees 



(1) CURISTIANI HUGENII alforumque secuU XVII vtrorum celebrium 
exercitationes mathematicae et philosophicae. Hagac Comitum , ex typ. 
regia , 1 855 , in-4. 






(549) 

par nous a la vente de leu M. de Lammens el sont adres- 
se'es a Erycius Putearius, donl M. Z. Boxhorn publia , en 
1647, les lettres a Huygens (I). Pour later en quelque sorte 
1'opinion de TAcademie, j'ai I'honneur d'en mettre une 
sous ses yeux, comme echantillon. 

Erycius Puteanus (2), dont j'ai analyse ailleurs une parlie 
de lacorrespondance(o), n'elait pas un esprit d'une portee 
bien remarquable, mais, par son aclivile, il a contribue au 
rnouvenient inlellectuel, et il a droit a des eloges pom- 
avoir fait cesser le divorce qui se'parait la litterature des 
sciences proprement dites. Eleve de Juste Lipse, anquel 
il parait avoir, par deference, servi de secretaire dans sa jeu- 
nesse (4), il ne s'enferma point dans la philologie ancienne, 
et lit des excursions dans le domains des arts (5) et des 
mathematiques. C'esta ces differents litres qu'il chercha a 



(1) E. Puteani ad Constantinum ffugenium et Danidem Heinsium 
epistolae, edente MARCO ZUEIUO BOXHORNIO. Lugd. Batav., Franc. Hackius, 
1647, in-8, 156 pp. pour les lettres a Heinsius , qui sont an nombre de 85, el 
68 pp. pour les 55 a Huygens. 

(2) Paquot, Memoires, in-fol., t. Ill, pp. 90-103 , a consacre a Puteanus 
un long article. Parmi ses ouvrages, il a oublie Diva uspricollis. Lov. 
H. Hastenius et P. Zangrius, 1622, in-4" de 153 pp , sans la table. Ce traite 
n'estcependanl point rare. M. Brunei a cite du Bruma, une edition de Lou- 
vain , 1611 et une d'Oxford, 1634, que Paquot passe sous silence. Celui-ci 
n'a pu avertir que M. De Nelis . alors bibliothecaire de Louvain, avail com- 
mence la reimpression avec notes des Bibl. Lov. primordia } impression 
qui n'a pas ele au dela de la p. 55 de 1'ancienne edition. 

(3) Notices et extrails des manuscrits ( & la suite des Memoires de 1'Aca- 
demie), in-4", pp. 57-56. Jnnuaire de la Bibl. royals pour 1842, pp. 97- 
118, el pour 1849, pp. 65-66. 

(4) Cujusamanuetinstitutione me profeclum ylorior , dit-il, au com- 
mencement des Sermones geniales. 

(5) Voir , entre aulres, Kalkbrenner . Hist, de la musique , t. II . p. 1 1 1 . 

TOME xv. 57. 



( 550 ) 

etre connu d'Huygens , quoique la Belgique catholique fut 
alors en guerre avec la Hollande protestante. 

Huygens 1'appelle avec enjouement le meilleur de ses 
amis parmi ses ennemis. II ne lui epargne pas les compli- 
ments; mais, malgresacourtoisie, il lui deeoche en pas- 
sant quelques bonnes veriles qu'il enveloppe d'adroites 
louanges. Ainsi, le professeur deLouvain lui avait envoye 
son traite de Bissexto , publie d'abord en 1637, puis en 
1654, et reimprime enfin dans les antiquites de Graevius 
(t. VIIF,col. 419-466). Huygens Ten remercie; toutefois, 
comme cet ecrit n'etait pas assez fort pour obtenir 1'appro- 
bation complete d'un homme de genie, qui s'est place au 
premier rang des inventeurs, il I'engageachoisir, ainsi que 
Wendelinus, qui se melait aussi d'astronomie , des sujets 
plus dignes de leurs forces et a ne pas ambitionner la re- 
putation d'un Sciolus ou demi-savant. 

Plus bas, il le felicited'avoir employe sa langue mater- 
nelle, et, avec tout 1'abandon d'un poete, Fillustre geometre 
lui parled'une composition en vershollandaisdans laquelle 
il avait mis toute son ame, a ce qu'il assure. Tout cela est 
exprime avec grace, avec facilite. On sent que sa plume 
volait sous ses doigts. Les lemons , les conseils, les madri- 
gaux se pressent et se confondent; il cache sa superiorite 
avec un bon gout parfait, mais 1'ongle du lion perce mal- 
gre lui. Peut-etre me laisse-je aller a mes preventions en 
voyant toutes ces choses dans cette simple lettre; je suis 
pourtant convaincu qu'elles y sont en realite, et, dans tous 
les cas, je me flatte qu'on me pardonnera ma veneration 
pour les moindres reliques des grands hommes. 

Dans cette epitre on lit les noms de Jean Beverovicius, 
disciple de Puteanus, de Godefroid Wendelinus , un d< 
mailres de Gassendi , du poete flamand Jacques Cools, 



(551 ) 

lius ou Colsius (1) , du juriscon suite Theodore Tuldenus et 
de Descartes, alors refugie en Hollancle et avec lequel des 
docteurs de Louvain etaient en querelle. Huygens porteen 
deux mots un jugement sur la philosophic cartesienne, 
philosophic subtile, mate et quit nest pas facile d'e'branler. 
II sollicite a ce sujet le jugement de Puteanus, mais c'est 
sans doute affaire de pure forme, car Descartes etait un 
trop rude jouteur pour Puteanus. 

Je ne ferai plus qu'urie observation : 1'ecriture d'Huy- 
gens est nette, ferme et prompte comme son intelligence. 
II n'est pas sans interet d'etudier, dans ce qui nous reste 
des esprits eminents, les rapports des signes et des idees. 

NOBILISSIME ET SUMME VIR, 

Quae de Bissexto nuper erudite et, sicut tuus est mos, argute 
commentatus eras, a Beverovicio nostro, velutex fideicommisso 
ad me pervenit. Etiam si hoc tanti sit, invenies pauca me amico 
reseripsisse , quorum ut in praesentiarum non exacte memini. 
Sic ab illo semel atque ex fideicommisso item quam a me se- 
cundo exigi cupiarn. Libere enim, et pro candore gentis, pro- 
nunciaveram quanti hunc laborem tuum aestimarem, quanto 
pluris hoc facerem, si, cum Wendelino, supra laudem viro, 
maleriam vestris, qui scribitis, aequam, et, uno verbo, ma- 
gis dignam viribus sumeretis : si ad scioli r&pjnjffutv exardes, 



(1) Sweertius, p. 559, Foppens, p. 510, J.-F.Willems, Ferhandeling^iz., 
t. II, p. 17. M. Willems a oublie, dans cet ouvrage, de placer Puleanus 
parmiles poe'tes flamands, mais alors il commencait son education litleraire. 
M. J. Devries a fait la meme omission dans son Proeve einer Geschiedenis 
dernederl. dichters , Amst., 1810, in-8,2 vol.,puisque Puteanus etait de 
Venloo. Cependant cet e"crivain a compost Sedigh Leven , daghelyks 
broodt, etc. Loven, 1630, in-8 oblong, autre ouvrage inconnu a Paquot. 
(BibL roy. , cof. des accrom., 1838-59, n" 1099.) 



( 552 ) 

fugequaerere quibus verbis vos traduxerim; et hoc saltern qua- 
lecumque ad amicum de amicis amice dictum pula, ab amico 
vestri quotquot sunt mortalium studiosissimo cultore. Hactenus 
de Bissexto. 

Tandem, et bis sexto pene post mense, nimirum ante paucos 
dies, epigrammatum belgicorum lepidissimus libellus ignota 
mihi manu traditus fuit; cum tua tamen, et Colsii, viri probi et 
amici, cui et hac causa, et tua denique qui hoc jubes , non de- 
sinam favere. De opusculo quid sentiam, epigrammatum, quod 
vides, testari libuit, etiam inter arma, et, quibus me transversum 
agi scis , mille rerum avocamenta. Summa est gratulari me Pu- 
teano et patriae felicern hunc ad suos reditum. Etsi enim nee 
inleresse puto, qua se lingua vir sapiens explicit; nisi quod haec 
vicioris populi latius dominatur , et hunc perennem hactenus 
Roma triumphum ducit terrarum orbem latinescire; civibus 
tamen tuis, latinissime Romanorum, ut plenius domi innotue- 
ris et prodessis, omnium interfuit. Macte vere tarn oportuno, 
tarn pio institute, et conversis oculis in tot praeclarissima vo- 
lumina quibus Itaiiae veteri gratificatus es, nee non in vitae 
brevem summam (quod invitus et cum moerore adjicio), ex- 
pende serio , si non sero , quantum Belgio tuo debeas , ut statera 
ne claudicet. Quod exemplo Batavorum aliquot incendi passus , 
me quoque inter praestantiores accessisse volueris , gratum et 
gloriosum et fortassis immerenti accidisse fateri expediat. Si 
quo tamen loco tarn leve calcar est, scito nee in posterum defore. 
Pressi hactenus amoeni , quia multifarii , argtimenti opusculum 
belgicum, quod quo minus ad umbilicum pertexuerim, fecit 
grave vulnus domesticum , quo de coelo tactum me fuisse num 
acceperis nescio. Si non ignorasti tamen , patere hoc me obiter 
testari, aegriuscule tulisse, quod solus amicorum (hostem enim, 
ut opinor, diu inter nos exuimus) ingenti meo luctui conso- 
lator subvenire neglexeris. Sed ad opusculum. 

Quousque hoc me perducere sivit animi, nunc interrupta, 
tranquillilas, postquam terras reliquit quella d'al del se ncportc 
le chiavi, recognitum nuper et severe casligatum penes me as- 



(553 ) 

servo; quin, ut fatear, typis destine, si sic visum erit nonnullis 
amicorum quos in praefatione vernacula nominasti; nonnullis, 
inquam, et mi rum quam paucis, nam, ut hoc quoque effutiam, 
impari congressu plures ibi aliquot sociasli. In hoc poemate non 
diflilior totum me Hugenium exeruisse; et qui tarn juvenilibus 
placere Puteano pottii, prorsus me confidere, hisce aliquanto 
maturioribus non fore taedio vel defectui. Sed in praesidia redu- 
cum ista cura erit. Quo tempore si spiritus hos regat artus , al- 
lero item et sane dispari munere te adoriar : domus nempe 
meae, quam insigni loco Hagfte-Comitum toto triennio aedifi- 
cavi, variis typis acre propediem incidendis, quo flagitantibus 
tot amicis domi forisque facile exhiberi possint (1). Aiunt inter 
non ineptissima Bataviae aedificia censeri posse. Tu jtidicabis, 
et quacumque in parte expectationem tuam fefellere hoc aesti- 
mabis, adnixum me fuisse, proscriptis sacculi nugis, ad veteris 
architecturae robur, utilitatem ac venustatem ; quae ab archi- 
tecto simul universa et singula poscere Vitruvium , serio et bona 
fide mihi lectum , nemo te melius observaverit. 

Ecce quo me summa voluptatum rapuit cum Puteano disse- 
rendi. Quando erit ut periturae parcere chartae et cominus istud 
liceat? Vale, vir virorum summe et hostium amicissime; ac 
summopere mihi grata fuisse adeoque in cimaeliis fore Lipsii 
fragmenta quae misisti, erode. Hoc paclo tamen, ut nee amicis 
invideantur, nimirum 

Satis superque me benignitas lua 

Ditavit : hand paravero 
Quod aut avarus aut Cliremes terra premam . 

Discinctus aut perdam ut nepos. 

Apud Horatium sic, ni fallor, legitur; nam libri hie ad ma- 



(1) I! s'agit ici d'une estampe ropn'srnfanl la maison quo Huy[;cns s'etait 
fait ronstrniro a La Hayo. 



( 554 ) 

num non sunt. In castris ad Bergopzomium , VII cal. quintil. 

CDK)CXXXIIX(1638). 

Totus tuus, 

C. HUYGENS. 

Libuit quibusdam ab Academia vestra viriseruditis,hercule, 
et praestantibus, aggredi Descartium, nobilem in BatavisGallum, 
et, si quid judico, subtilis, masculae neque facile concutiendae 
philosopbiae auctorem : mihi vero, quod glorior, familiaritate 
intima, et quali paucissimos hominum dignatur, frequenti item 
literarum comrnercio conjunctissimum. Tua quae sit sententia, 
cum de opusculis quae ansam disceptandi dedere, turn de par- 
tium le vihactenus velitatione, avide expectabo. Doctissimo Tul- 
deno, si me amare non desiit, quin etsi desierit, salutem dico. 
Wendelinus cum rubore nomino, turpissimi silentii reus, ad 
binas, ut opinor, literas, quibus nee reminisci audio, quamdiu 
est quod me compeliaverit. Salveat tamen et valeat multaque 
scriplione saeculi et saeculorum <r<fa,kfuiTct castiget, corrigat, 
sarciat. 



Note sur les anciennes TERRES DE DEBAT et sur les conflits de 
juridiction; par M. Ch. Faider, correspondant de 1'Aca- 
demie royale. 

Rien n'est plus curieux que 1'ancienne circonscription 
territoriale des provinces qui composaient les Pays-Bas 
autrichiens et le pays de Liege; 1'examen des atlas et des 
cartes imprimees et manuscrites qui reposent aux archives 
du royaume , donne une idee des complications que de- 
vaient engendrer d'innombrables enclaves, Fincertitude 
des limites et la multiplicite des juridictions. Aussi les 



( 555 ) 

conflits entre souverains elrangers sur 1'exercice de la 
souverainele et les conflits entre Jes corps judiciaires et les 
corps d'Etat, sur 1'exercice de la juridiction, elaient fre- 
quents, parfois extremement violents et toujours d'une 
solution difficile (1). Jl existe une masse de documents rela- 
tifs aces conflits dont M. Defacqz signale la frequence (2), 
et nous donnerons une idee assez exacte de leur caractere 
et de leur gravite, en citant quelques precedents. 

Le conseil souverain de Brabant fut en lutte presque 
constante avec les conseils du gouvernement , et surtout 
avec le conseil prive. Dans une remontrance du 27 Jan- 
vier 1758, le conseil de Brabant disait : Ceux du con- 
seil prive se sont fait une etude toute particuliere, il y a 
longtemps, d'empieter sur les droits et privileges de ce 
conseil. Dans une remontrance du 11 fevriersuivant, 
le meme corps se plaignait du conseil des finances. En 
1729, en 1750, le conseil de Brabant se trouvait encore 
en conflit serieux avec le conseil prive (5) ; il se trouvait en 
con flit avec i'official de Malines et avec le magistral de 
Bruxelles en 1729 (4); il se trouvait en conflit, en 1757, 
avec les parchonsde Gand (5) ; en 1 741 , un conflit tres-grave 
s'eleva entre la chambre legale de Gand et le grand conseil 



(1) Neny donne la relation de nombreuses conlestations territoriales avec 
les puissances etrangeres, dans son ouvrage sur les Pays-Bas. Le volume X 
des Placards de Brabant, pp. 59 et suiv., reproduit plusieurs lettres cassa- 
toires. 

(2) 4ncien droit Belgiqm, p. 25. 

(3) Voir consultesdu 14juillet 1729etdu 19 avril 1750. 

(4) Voir consultesdes 3 fevrier et 5 avril 1729. 

(5) Voir avis des parcbons du 21 octobre 1737 et consulte du conseil du 
23octobrel738. 



( 556 ) 

de Malines, et les meraoires adresses par ces deux corps 
au conseil prive sont des plus curieux; en 1733, les conseils 
de Namur et de Brabant etaient en conflit au sujet de la 
terre de Zetrud-Lumay (arrondissement de Louvain, can- 
ton de Tirlemont) (1); en 17G7, le conseil de Malines etait 
en conflit avec le magistral de celte ville; en 1780, un con- 
flit, egalement fort vif, surgit entre le grand conseil de 
Malines et le conseil de Flandre; en 1773, il y avait conflit 
entre les echevins de Bruxelles et le gruyer de Brabant (2); 
en 1728, conflit tres-orageux entre le vicomte de Bruxelles, 
suzerain duBorgendael,et leprevotde /acowr(5). Voilaquel- 
ques conflils entre les corps constitues, ct il nous serait 
facile d'en rappeler un nombre considerable; nous voulons 
nous borner aujourd'hui a ces simples indications, nous 
reservant d'entrer plus tard, a ce sujet, dans des details que 
nous croyons interessants. 

A cote de ces conflits de juridiction naissaient non 
moins frequemment des conflits de souverainete de pro- 
vince a province. Outre 1'autorite de Neny que nous ve- 
nons de citer, nous nous bornerons a faire mention d'une 
depecbede Marie-Elisabeth au chancelier de Brabant, du 3 
septembre 1738, laquelle, rappelant et confirmant des 
depecbes du 12 septembre 173G et du 16 octobre 1737, 
ordonne au conseil de Brabant de former un etal ar- 
raisonne de toutes les preventions, debats et incidents 
qui sont meus entre S. M. I. et C. et 1'eveque de Liege 
au sujet des terres (enclaves) dont la souverainete est 



(1) Voir consulte du conseil de Brabant du 16 juillet 1759. 

(2) Voirsur ces differenls conflits le carton 2189du conseil prive. 

(o) Voir consulte du conseil de Brahant du 4 mars 1729, et cartons 9224 
et 222") du oonscil 



(557) 

en dispute. En verlu de ces ordres reiteres, le chan- 
cel ier delegua le conseiller Fariseau pour la terre de Ju- 
met, le conseiller Vandernoot pour la terre de Lummen, le 
conseiller Gochet pour la terre de Falaise, le conseiller de 
Robiano pour la terre d'Hermal el Argenteau, le conseil- 
ler Mortgat pour la terre d' Hopper tingen , le conseiller Lim- 
pens pour la lerre de Larochctte et Lavoir : dans celte 
liste ne figure point Tune des contestations les plus gra- 
ves, celle relative a la terre d'Hattenhove. Les travaux du 
conseil se poursuivirent avec activite; nous avons eu occa- 
sion d'examiner les memoires et dissertations tres-savan- 
tes et tres-curieuses qiie produisirent les recherches des 
magistrals commis a 1'eflel de preparer les consuhes qui 
furent successi vement adressees au gouvernement gene- 
ral (1). 

Nous avons cru devoir donner ces indications preli- 
minaires, qui expliquent comment nous sommes arrive a 
nousoccuper d'un arrangement important, arrete en 1745, 
au sujet des terres de debat. M. Defacqz rappelle, en ci- 
tant le 124 e cbapitre de Oudegherst , que le ressort du 
conseil de Hainaut lut etendu, en 1745 (2), a une partie 
des terres de debat; qu'on nommait ainsi, sur les con- 
iinsde la Flandre et du Hainaut, un territoire populeux 
et fertile, comprenanl la ville de Lessines et sept villa- 
ges (5) dont la propriele etait conlestee entre les deux 



(1) Voir les liasses des consultcs de Brabant, aux archives de la cour 
d'appel dc Bruxelles. 

(2) M. Bfilz , parlant de la coiilume de JFodecqne qui etait terre de de- 
bat, cite par erreur la date de 1742. 

(o) Outre la franche villo do Lessines . il n'y avail que six villages, comme 
on le vorra plus has. 



(558) 

provinces depuis 1280; que Charles-Quint avail mis, 
j> en 1515, la juridiction de ce terri Loire en sequestre 
au grand conseil de Malines; que les conseils deHainaut 
et de Flandre se la parlagerent, en 1737, par une 
convention que le gouvernement ratifia en levant le 
sequestre six ans apres. 
Quelques details inedits surcette transaction, qui est 
du 9 novembre 1737 , et sur la ratification qu'elle obtint 
par decret du 26 mars 1743 (1), nous ont paru d'au- 
tant plus necessaires que Ton se fait une idee peu precise 
de ces terres de debat et de la singuliere, nous disons 
meme de 1'incroyable complication de juridictions loca- 
les qu'elles offraient. D'ailleurs, des documents deja an- 
ciens et qui devraient cependant contenir a cet egard 
des notions certaines, se bornenta des mentions incom- 
pletes : c'est ainsi que le beau tr aide des fiefs en Flandre (2) 
dit seulement : Lessines et Flobecq ont aulcunes fois este 
tenus estre de seigneurie de Flandres soubs 1'empire et 
aulcunes fois point; et pourtant se nomment terres de 
debat, et sont a part elles et ne ressortissent ne en 
Flandres ne en Hainaut (3) . Cette relation, evidem- 
ment inexacte, nous a) Ions la rectifier d'apres des docu- 
ments officiels (4). 

En 1737, les conseils de Hainaut et de Flandre adres- 
serent au gouvernement general une requete dans la- 



(1) Le texte de la transaction et le decret qui 1'approuve sont au 8 e volume 
des Placards de Brab., p. 122. 

(2) Public* par M. Ketele , p. 92. 

(3) Merlin, au repert. . v Hainaut, 2, dit aussi quelques mots des 
terres de debat. 

(4) Voirau carton 2190 du conseil prive. 



(859 ) 

quelle ils exposerent que les conites de Hainaut et de 
Flandre avaient, deux siecles auparavant , forme des pre- 
tentions sur les terres de Flobecq, Ellezelle, Lessines, 
Wodecq, Bois-de- Lessines , Ogies (1) et Papignies (2), sous 
le rapport de la juridiction; que, par le decret du 15 
decembre 1515 (3), Charles-Quint avail mis ces terres 
en sequestre au profit du grand conseil de Malines; que 
cet etal de choses, essentiel lenient provisoire, avail fait 
1'objet des reclamations assidues des deux conseils et de 
leurs fiscaux; que, pourfairedisparaitre des inconvenients 
souvent signales , les conseils avaient dele'gue des com- 
missaires a Bruxelles, a 1'effet d'arreter tine transaction 
sur le partage de la juridiction (4); que cette transaction 
avail ete signee le 9 novembre 1757 , et que les conseils en 
demandaient J'enterinement. 

Le texte de la transaction etant rapporte au recueil des 
placards de Brabant, nous nous bornerons a rappeler les 
stipulations capitales de cet acte : la juridiction etait par- 
tagee; Flobecq et Ellezelles, les deux terres les plus consi- 
derables a cette epoque , etaient devolues a la Flandre; les 
cinq autres terres au Hainaut; cette juridiction devait 
s'exercer dans les limites assignees au grand conseil lui- 
meme en 1515, c'est-a-dire avec des restrictions indiquees 
au profit du Hainaut et relatives aux charges de 1'Etat , 



(1) Aujourd'hui Ogy. 

(2) Ces sept communes font aujourcPhui partie du Hainaut; elles ont une 
superficie de 9,484 hectares etune population de 22,115 ames. 

(3) Merlin, a 1'endroit cite plus haul, en donne Panalyse. 

(4) Ces commissaires etaient, pour le Hainaut, Jer6me-Alexis-Robert de 
Choisy et Nicolas-Joseph Louchier, conseillers , et, pour la Flandre, Luc- 
Jean-Joseph Vandevynck, conseiller, et J.-B. Patheet, avocat fiscal. 



( 560 ) 

auxdroitsdemortemains et aux droits reels sur les main- 
fermes. 

Le 12 novembre 1757, ce projet de transaction fut 
envoye a I'avis du grand conseil, qui non-seulement re- 
clama I'avis de ses avocats fiscaux , mais consulta les au- 
torites locales, dont Enumeration est assez curieuse : 
I'intendant de la princesse d'Epinoy, dame de Flobecq et 
de Lessines (1); le bailli des memes terres; les feodaux de 
I'office et cours fe'odales de Flobecq et de Lessines ; les 
bourgmestres, echevins et habitants des villages de Flobecq 
etEllezelles ; le magistral de la Tranche ville de Lessines; 
le baron du Fourneau, tuleur du comte deCruquenbourg, 
seigneur de Wodecq; les bailli et gens de lois du village 
de Bois-de-Lessines. 

Cette nomenclature prouve deja quelle confusion devait 
nailre, dans les localite's memes, de Pexercice de loutes ces 
juridictions; on en aura une idee plus exacle encore lors- 
qu'on saura quelle e'tait la condition administrative et judi- 
ciaire des sept terres contestees; voici, a celegard, des no- 
lions tireesde I'avis des avocals liscaux : ces terres formaient 
deux chdtellenies, cellede Flobecq et celle de Lessines; Flo- 
becq comprenait les villagesde Flobecq, unepartied'Ogies, 
nominee la chatellenie, Ellezelles et Wodecq; Wodecq 
etaitun lief relevant de la chatellenie; Lessines comprenait 
la franche ville de Lessines, Papignies, Bois-tle-Lessines 
et le reslant d'Ogies, lequel reslant se divisail a son tour 
en deux parts, dont Tune appartenait an chapitre de Gam- 
bray, qui y etablissait un bailli et des echevins, et fa ut re 



(I) Flobecq et I,essines sonl pris ici oomme chalellenies. ainsi qu'on le 
vprr.i plus has, 



(561 ) 

au seigneur de Lessines, qui nommait egalement un corps 
cchevinal; ces deux corps formaient la loy d'Ogies (1). 
Les deux chatellenies avaient une meme cour feodale; elles 
etaient du ressort d'un seul oilicier immediat (graud bailli) ; 
leur seigneurie appartenait a un meme seigneur (alors 
princesse d'Epinoy, dont relevait lecomte de Cruquenbourg 
a litre du fief de Wodecq); sauf Lessines, qui avail sa 
coutumc particuliere et qui etait bonne mile, les terres 
etaient regies par les coutumes du Hainaut (2); la cour 
leodale des deux chatellenies etait composee du grand 
bailli, de quatrc feodaux, d'un greffier et d'un procureur 
d'otlice; ellejugeait le feodal et le criminel sans appel, et 
le civil sauf appel au grand conseil de Malines; cette cour 
etail royale et n'admellait que la revision : quant a Les- 
sines, son magistral jugeait d'apres la coutume locale ho- 
mologuee le 12 novembre 1622 (5). 



(1) Voila done Ogiesdivise" en trois portions, 1'une appartenant au cha- 
telain de Flobecq , Pautre au chapitre de Cambray, la troisicme au chatelain 
de Lessines. 

(2) II faut cependant faire observer que , le 20 octobre 1 756 , le gouverne- 
ment homologua une coutume de JFodecque, sur laquelle M. Britz donne 
quelques details a la page 345 de son memoire : on pent croire que , lors de 
la redaction du memoire que nous analysons (1758 a 1740), cette couturae 
n'etait pas encore appliquee, puisque ni les fiscaux, ni le grand conseil rf en 
parlent ; il est meme a remarquer que Merlin, dans le repertoire, v Hainaut , 
2 , parle des lerres de debat el de la coulume de Lessines , a laquelle il 
donne d'ailleurs trop d'etendue , et qu'il ne dit pas un mot de la coutume 
de Wodecque : celte dcrniere n'a done etc raise en vigueur que plus lard. 
C'est une question que nous soumettons a M. Defacqz et a M. Britz. 

(o) Ajoulons que les lerres de debat conlribuaient avec le Hainaut aux 
aides et subsides ; que Lessines comptait parmi les bonnes villes du comte 
de Hainaut ; que le grand bailli des sept terres etait appele a sieger dans 1'as- 
semblec des eta is de Hainaut , quand on y proposait de nouvelles charges ; 
que ce magistral opt rait la repartition des impols sur les sept terres. 



( 562 ) 

Telle etait la division territoriale et la circonscription 
des terres de debat. A coup sur, 11 est difficile de rencon- 
trer plus de singularites et d'anomalies, plus de sources 
de conllits et plus de confusions que dans ce petit terri- 
toire , que Ton peut regarder comme un specimen du re- 
gime existant avant nous. Ce regime, specialement pour 
le Hainaut, donnait lieu, a Merlin , d'emettre des reflexions 
fort justes; apres avoir trace un tableau des lois et cou- 
tumes de cette province, il ajoutait : L'experience seule 
> peut faire sentir la difficulte de tenir une route toujours 
certaine dans ce dedale de chartes, de lois et de cou- 
tumes; il n'est pas aise sans doute de les connaitre 
toutes; mais il Test encore bien moins d'en faire une 
D application exacte aux affaires journalieres de la vie 
civile... (1) 

Mais poursuivons 1'examen de nos documents : les fis- 
caux , apres avoir expose la condition materielle des terres 
de debat, donnent des notions historiques sur le debat lui- 
meme. Ce debat etait fort ancien; il n'eut pas lieu unique- 
ment pour la juridiction entre les comtes de Flandre et de 
Hainaut , mais pour les souverainetes, domaines et au- 
tres attributs qui en dependent. D'apres un ouvrage 
imprime en 1648 (2) , le debat avait surgi a la fin du XIIP sie- 
cle: un premier accord, signe en 1522, adjugea les terres 
au comte de Hainaut a charge qu'il rendrait hommage 
a la Flandre de tout ce qui serait trouve esdites terres 
ressortissant d'icelles. Get accord ne dura pas; 



(1) Merlin, lococit. 

(2) Get ouvrage, que nous ne connaissons pas , futimprime" a Mons ; il esl 
relatif aux debals entre Lessines et Flobecq (chatellenies) ; il a et^ e"crit par 
le pere Frangois Pinchant el revu par le pere Antoine Ruteau. 



(563) 

DCS 1549, de nouveaux troubles surgirentet des voies de 
fait furenl commises des deux parts , et une nouvelle con- 
vention fut arretee en 1551; mais cette convention n'eut 
pas d'execution reelle, et un sequestre, qui avail ete inter- 
pose pendant les contestations qui precederent la rupture 
de 1549, fut continue jusqu'a la reunion des provinces 
sous Philippe-le-Bon , et , ajoutent les fiscaux , les 
princes n'ont pas trouve a propos de faire vuider les 
y> anciens debats pour des raisons qu'il est permis de de- 
viner plustotque de les dire (1). Or, cet ancien seques- 
tre reposait entre les mains de six hommes qualifies qui , 
d'apres le memoire, ne formaient autre que le conseil 
represenle aujourd'hui par le grand conseil; d'oii la 
consequence que les conseils de Flandre et de Hainaut 
avaient tort de conside'rer le sequestre decrete par Charles- 
Quint en 1515,corame une nouveaute, puisqu'il ne fai- 
sait que consacrer le train d'anciennete accoutume, 
jusqu'a ce qu'il soit dit et decide de quel pays doivent 
etre icelles terres de debat. 

D'apres ces retroactes, longuement etablis par les fis- 
caux du grand conseil, il etait logique de conclure que, 
si les habitants des localites ne se plaignaient pas, il n'y 
avait pas de motifs pour changer un etat de chose qui 
avail cree des droils, une jurisprudence et des inlerets 
qu'il ne fallait pas renverser. El Ton insistait sur ce que 
les autorites locales ne reclamaient point de changement , 
qu'elles emettaienl, au contraire, le voeu de voir maintenir 
les choses sur 1'ancien pied. 



(1 ) Ces raisons , nous ne les devinons point , et nous ne sommes pas en etat 
de les dire. 



( 564 ) 

Le grand conseil, dans son me'moire, apres avoir invo- 
que les travaux et rapports des corps qu'il avail consul tes, 
combattait fortement les pretentious des conseils de Flan- 
dre et de Hainaut; il rappelait que 1'etat de choses ac- 
tuellemenl existant date du temps ou le grand conseil, 
elant attache au due de Bourgogne, avait juridiclion 
sur loutes les provinces; il ajoutait que le grand 
conseil est juge naturel et immediat de toutes les terres 
> qui ne sont pas proprement d'une province (1); il fai- 
sait remarquer d'ailleurs que les reclamations des deux 
conseils u'avaient point pour cause reelle J'interet des 
justiciables, mais Tinteret des conseils memes; et, en ter- 
minaut, il disaitque s'il est necessaire d'apporter quel- 
que changement, ce qu'il ne croit pas, il estime que le 
plus couvenable serait que S. M. deciderait de quelle 
province lesdites terres devraient etre, en les y incor- 
porant. 

Le conseil prive, a son tour , resuma et discuta cette 
grave contestation, dans sa consultedu 2 septembre 1741. 
En presence des opinions contradictoires qui se manifes- 
taient et qu'appuyaient, dans les deux sens, les autorites 
les plus eminentes, le conseil prive, tout en se prononcanl 
pour le maintien du statu quo, proposa au gouvernement 
general de demander 1'avis des etats de Flandre et de 
Hainaut. Ges etats appuyerent fortement le projet de 
transaction, et ceux du Hainaut y attacherent une telle 
importance qu'ils menacerent de refuser le subside ordi- 



(1) Le grand conseil, en donnantson avis surdifferents conflits ou il etait 
interesse , a souvent expose 1'origine, la nature et Petendue de ses pouvoirs ; 
nous en donnons, dans Panncxe A ci-apres, un exemple tire d'un avis du 
20decembre1742. 



( 565 ) 

naire de 1713, si la ratification de celte transaction n'etait 
pas prononcee. 

Cette circonstance, qui n'est pas connue et qui n'a etc 
revelec nulle part, resulte d'une lettre fort curieuse de 
Marie-Therese au cornte de Harrach. Dans cette letlre, la 
jeune et heroique princesse, pressee d'argent au milieu 
des gucrres qui marquerent son avenement , se decide a 
ordonner a son gouverneur general ad interim non-seule- 
ment d'accorder la ratification de la transaction, mais, en 
outre, de decreler le reglemenl des debats surgis au sujet 
de la ville d'Enghien; et c'est ainsi qu'on explique com- 
ment 1'avis du conseil prive ne fut pas suivi. Ce conseil en 
effet, apres avoir, dans la consulte du 2 septembre 1741, 
propose le renvoi de Faffaire h 1'avis des etats des pro- 
vinces interessees, se prononc,a nellement dans une nou- 
velle consulte du 18 fevrier 1745, et persista a direque 
renterinement de la transaction devait etre refuse; le gou- 
verneur general penchait evidemment vers cette opinion : 
c'est alors qu'arriva la depeche imperiale du 25 fevrier, 
dont le conseil prive recut communication le 9 mars, et 
c'est le 2G que fut signe le decret qui approuve, agree et 
homologue la convention. Ce decret fut adresse aux 
conseils de Malines, de Flandre et de Hainaut et dument 
public (1). 

Telle est 1'hisloire des terres de debat; le lecteur desi- 
reux d'entrer dans les details de 1'affaire pourra recourir 
aux documents originaux que nous avons du nous conten- 
ter d'analyser : mais on aura vu, par les notions qui pre- 



(1) Nous donuons le texle de la lellre tie Marie-Therese ci-apres. an- 
nexe B. 

TOME xv. 58. 



( 566 ) 

cedent, quelles difficultes faisaienl naitre les conflits de 
souverainete'et de juridiction, a une epoque ou les insti- 
tutions n'etaient point reglees par la grande loi de I'unite 
et de Puniformite. Felicilons-nousde vivre sous un regime 
ou des conflits qui durent cinq siecles sont impossibles et 
ou ceux qui surgissent ont Fimportance d'un simple debat 
prive qu'un arret peut regler sans retard et souveraine- 
ment. 



ANNEXE A. 

Extrait d'un avis du grand conseil de Malines, en date du 
20 decembre 1742, au sujet d'un conflit entre ce conseil et la 
chambre -legate de Gand. 

Philippe-le-Bon> en 1455, institua un conseil collateral 
qu'il nomma son conseil prive" ou grand. conseil. Son fils, Charles- 
le-Hardi, vbyant le grand nombre d'affaires qui se traitoient 
audit grand conseil et qu'il n'e"toit phis possible de le laisser plus 
longtems ajsa suite, trouva bon d'ctablir une nouvelle cour de 
parlement qu'il ordonna de tons sesduche"s, cornt^s, pals, et 
seigneuries de par-dec,a etre tenu a toujours en sa ville de Ma- 
lines, en ordonnant qu'icelle cour de parlement auroit connois- 
sance de toutes causes et questions desquelles, avant laditte 
institution, la connoissance et decision appartenoient a lui en 
sondit grand conseil. 

Ce parlement, apres la mort dudit due, 6tant venu. a cesser, 
il y cut derechef grand conseil suivant le prince jusqu'a ce que, 
en 1503, il fut retabli a Malines, auquel fut declare" qu'il auroit 
la connoissance et judicature de toutes et quelconques causes et 
matieres dont le grand conseil auparavant avoit accoutume de 
connoitre, tant en premiere instance que de ressort, lorsqifil 
estoit lez lui (le due) et a sa suite... 



i 567 ) 

II est veritable qu'il ne faut pas prendre I'e'poque a 1503, 
pour commencer a consid&rer 1'autorite" de ce conseil, puisqu'en 
effet il toit alors ce qu'il e"toit long-temps avant et avoit con- 
noissance de toutes les matieres qu'avoit le grand conseil lors- 
qu'il e"toit ambulant et suivant le prince; de sorte que laditte 
e"poque n'est point le commencement de 1'institution de ce con- 
seil, mais le terns qu'il est reste sedentaire dans cette ville de 
Malines... 

En 1515, Charles-Quint soumit au grand conseil tous les 
autres tribunaux, sauf ceux, tels que le Brabant, Gueldre et 
Hainaut, qui out e"te" soustraits par disposition particuliere. 

Uneconsulte du conseil prive", en date du 23 mai 1767, de"li- 
be're'e a Foccasion d'un conflit entre le grand conseil et le magis- 
tral de Malines , donne aussi des notions curieuses sur 1'origine 
et les pouvoirs du grand conseil : II ne juge qu'en degre" d'ap- 
pel de sentences des conseils provinciaux de Flandre (an civil), 
de Luxembourg et de Namur, et de la restilte que les habitants 
de ces provinces ne pourroient proroger la juridiction du grand 
conseil, parce que ce dernier est alors simple juge de ressort, 
sans territoire... 

Le conseil prive* rappelle que Philippe-le-Hardi institua a 
Lille, en 1385, un conseil de justice, transport^ depuis a Aude- 
narde, en 1405, et finalement a Gand, en 1409, jusqiut ce que 
Philippe-le-Bon eut institu^, en 1445, le grand conseil. 

Ces dernieres dates n'ont pas e"le connues des ecrivains qui ont 
parle" du grand conseil; on y trouve cependant, suivant nous, 
1'origine la plus recul^e de ce celebre tribunal (V. Neny, ch. XXII, 
art. 2; Defacqz, p. 22; Britz, p. 443). C'est un point que 
nous nous reservons d'examiner plus attentivement. 



568 



ANNEXE B. 

Lett re de I'Impe'ralricc Marie-Theresc an goitverncur general des 
Pays-Bas, en date du 23 fevrier 1745. 

J'ai eu rapport de votre relation du 28 du mois passe, ainsi 
quo des pieces qui y etoient jointes, par laquelle vous me mar- 
quez la repugnance que vous avez eue d'accorder aux Etats de 
Hainaut la condition appose"e dans le dernier consentement , dc 
leur subside ordinaire de la pr^sente anne"e, sur I'enterinemenl 
de la transaction passee entre les conseils de Hainaut et de 
Flandres au sujet des tcrrcs de debat, et de finir le conflict de 
juridiclion pour la terre d'Enghien (I), a quoi vous ne vous 
eliez a la iin determind qu'apres en avoir confere avec le due 
d'Arenberg, et en vue de ne pas arrSter par la 1'entree de Tim- 
port dudit subside dans la caisse de guerre, quoique vous 
aprehendiez lesembarraset difficultez qui pourroient resulter au 
gouvernement, de 1'admission des susdites conditions, puisqu'on 
6toit tout d'un coup au grand conseil la juridiction sur lesdites 
terres de debat qui lui e"toit confine depuis longtems, sans en- 
tendre ses raisons la-dessus et ce dans le temps que mon conseil 
prive seroit actuellement charge" d'examiner cette affaire, en 
execution des differents d^crets que tant feue la se>enissime 
archiduchesse ma tante que vous meme lui aviez donnez a cet 
(5gard; a tout quoi aiant murement r^flcchi, je veux bien vous 
dire par cette que j'approuve la resolution que vous avez prise 
d'accepter le consentement des Etats de Hainaut pour ne pas 



(1) Le decret relalif ceconflitse trouve & la suite de celui qui est relalif 
aux terres dedebal, au vol. 8, p. 125, des Placards de Flandre : il est du 
18 decemhrc 1743 el donne une interpretation d'un edit de Charles-Quint du 
7 fevrier 17-55. A la pajje 150, on en trouve un autre du 12 juin 1750. 



(5C9) 

accrochcr Fcntree de 1'import dc leur subside dans la caisse de 
guerre, ce qui, dans les conjectures presentes, est un objet fort 
interessant pour le bien de nion royal service; au reste, quoi- 
qu'il paroisse devoir tre fort indifferent que les susdites terres 
de ddbat ressortissent de mes conseils provinciaux ou de mon 
grand conseil, vu que les uns et les autres exercent la juridic- 
tion en mon royal nom, n&mmoins vous donnerez des ordres 
tres-pre"cis a mon conseil prive d'achever Fexamen de cette ma- 
tiere, afin que le tout e"tant remis ici, je puisse en connottre 
Timportance et remedier aux inconv^niens qui pourroient s'y 
renconlrer par les moi'ens que je jugerai les plus corn-enables. 
On voit que cette lettre, tout en insistant sur Fent&'inement 
de la transaction au point de vue de subside, annonce que Fim- 
pe"ratrice voulait prendre plus tard tine resolution souvcraine 
sur le debat que la transaction ne faisait pas cesser d'une nia- 
nierc definitive : cetle resolution n'a, pensons-nous, jamais (!td 
prise. 



Notice sur la Croatie militaire et sur les autres provinces 
illyriennes, sous I' empire de Napoleon; par le chevalier 
Marchal, membre de r Academic. 

Je vais presenter a 1'Academie un episode Ires-peu 
connu du regne de Napoleon. Sous Tempire, les provinces 
illyriennes, qu'il a creees et organ isees, commenc,aient 
au dela du fleuve appele Isonzo , qui les separait de son 
royaume d'ltalie. Elles etaient au fond et sur le rivage 
oriental du golfe Adrialique. Ellcs confinaient : au nord, 
par une frontiere d'au dela de 100 lieues a Fempire d'Au- 
trichc; a Fest, par une autrc frontiere d'au dela de 125 
lieues a Fempire Ottoman. Le lerriloire illyrien s'eten- 






( 570) 

dait depuis Lienz et Gillian, Lailliages detaches du Tyrol, 
jusqii'aux (touches du Cattaro, au-dessous des Montene- 
grins, .petite nation albanaise et chretienne-grecque, qui 
se maintenait vigoureusement independante des Turcs. 
Leur chef on eveque fut decore de la croix d'officier de 
la Legion d'honneur. La republique de Raguse, enclavee 
sur ses" deux front! eres au rivage de 1'Adriatique, a 1'empire 
Ottoman , fut supprimee par Napoleon et annexee a Flllyrie. 

La population des provinces illyriennes s'elevait a 
1,700,000 habitants, presque tous de race slave. 11 n'y 
avail de la race germanique qu'en Carinthie et dans quel- 
ques cantons de la Carniole, et de la race italienne que 
pres de Flsonzo , de Gorice et de Trieste. Les dialecles du 
slave-illyrique ressemblent tellement aux divers dialectes 
russes, qu'un voyageur peut se faire comprendre depuis 
Trieste et Raguse jusqu'a Archangel. 

Com me il y a des families italiennes naturalisees en 
grand nombre dans les villes du littoral et meme de Finte- 
rieur, parce que les Venitiens en possedaient en grande 
partie la souverainete, 1'italien, dialecte venitien, y est vul- 
gaire comme le francos a Bruxelies, a Dunkerque, a Stras- 
bourg et a Marseille. 

L'TIlyrie est entierement traversee par une chaine des 
Alpes, dont les cimes se reconnaissent de tres-loin, parce 
qu'elles sont nues et plus elevees que les autrcs montagnes. 
La configuration aMongee de ce territoire, sur une lon- 
gueur de 500 lieues, ressemble, s'il m'est permis de faire 
cette comparaison, a un poisson dont la tete louche a 
Fempire d'Autriche, une des nageoires au royaume d'lta- 
lie, 1'autre nageoire et la face dorsale a la Turquie, la 
face abdominale a la mer Adriatique, ayant en dessous 
un nombre infmi d'iles oblongues. Le climat du littoral 
est celui de 1'Italie : la vigne, 1'olivier, le figuier y pros- 



(57i ) 

perent; 1'oranger croit pros tie Raguse; mais le climat dc 
I'intcrieur a toutes les rigueurs des bivers hyperboreens : 
il y a tous les ans 15 pieds de neige en plusieurs en- 
droits ; les loups y sonl si nombreux qu'un courrier de la 
malle, son conducleur, les chevaux et la valise furent 
devores par eux, pendant un hiver , dans la foret de Zer- 
magne; on n'en relrouva que les clous et les fers decheval. 
La description des contrees boreales des ancienss'applique 
a 1'Illyrie, qui etait situee au septentrion de la Grece. 

Le courant pelagique du golle Adriatique s'eloigne peu 
a peu, annuellement, de la cote d'ltalie, de maniere que 
plusieurs canaux interieurs de Venise sont actuellement 
a sec et que Venise deperit , tandis que ce courant ronge 
chaque jour davantage les rochers et la plage du littoral 
illyrien, ce qui ameliore le port de Trieste et tous les 
autres de ces parages. Les marins illyriens, descendants 
des anciens Liburniens, qui etaient les meilleurs matelots 
de Fempire romain, sont encore actuellement les plus 
hardis riavigateurs mediterraneens. L'empereur Napoleon 
comptait beaucoup sur eux pour retaj)lir sa marine. Us 
sont pour la Mediterranee ce que les Bretons sont pour 
1'Oce'an. 

J'ai redige, sur les provinces illyriennes, un memoire 
que j'ai presente, a Paris, le 15 mai 1815, au general Ber- 
trand, qui les avait organisees lorsqu'il en etait gouver- 
neur general. J'y etais son subordonne. Ma minute est de- 
posee sous ie n 11(330 des manuscrits de la Bibliotheque 
royale de Belgique : cette notice en est un extrait ou un 
simple sommaire. 

Napoleon, lorsqu'il etait general en chef de i'armee d'l- 
talie, en avait traverse les provinces occidentales, qui 
etaient confondues avec 1'empire d'Allemagne. II avait se- 
journe dans le Frioul ilalien, pres de 1'Isonzo; il y avait 



(572) 

conclu, le 17 octobre 1797, pros du chateau de Passe- 
riano, dont le nom fut donne par lui a un departemenl du 
royaumc d'ltalie, le iraite de Campo-Formio. II s'esl sou- 
venu, pendant ses victoires sur les Autrichiens, en 1805 
et 1809, que I'lllyrie, pendant 1'empire romain , etait sur 
la route des legions qui allaient de la Gaule, de la Germa- 
nie et de la haute Italic vers la Grece, la Thrace, Byzance 
et 1'AsieMineure. 

Par ledit traite de Campo-Formio, il avait fait donner 
a la maison d'Autriche les Etats ex-venitiens sur les deux 
rivages de 1'Aclriatique, a 1'exceplion des sept iles du Le- 
vant, qu'il appela : Iles loniennes, que les Franc.ais se 
reserverent, et qui furent toujours etrangeres aux pro- 
vinces illyriennes. Par le Iraite de Presbourg, du 20 de- 
cembre 1805, il se fit retroceder, par 1'empereur d'Au- 
triche, les Etats ex-venitiens; il en augmenta son royaume 
d'ltalie, de maniere que la maison d'Autriche etait de nou- 
veau reduite a la possession de ses ports de Trieste et de 
Fiume et de son littoral hongrois, dit la Morlaquie. A cette 
epoque le general en chef Marmont alia commander une 
armee franchise en Dalrnatie et a Raguse ; son quartier gene- 
ral etait a Zara; alors s'etahlirent des relations de voisinage 
francais avec les pachas lures de Bosnie, de Scutari, d'la- 
nina : c'etait renouveler la politique des Romains, lors- 
qu'ils se preparaient a pousser plus loin leurs conqueles 
et leur domination. 

Au mois d'avril 1809, Napoleon, qui marchait sur 
Vienne, ordonna au general en chef Marmont de conduire 
1'armee de Dalmatie, apres avoir pourvu a la defense des 
forteresses, vers Raab, en Hongrie. Marmont rencontra 
a Gospich, a 1'enlree de la Croatie mililaire, une armee 
create qui marchait pour conquerir la Dalmatie; il rem- 



(573) 

porte une victoire complete et la dissipe, ayant fait pri- 
son nier le general en chef autrichien avec 5,000 hommes; 
il continue sa route par Fiume, sans s'inquieler s'il sera 
poursuivi; il rejoint 1'armee d'ltalie pres du Danube. Ce 
fait d'armes, ou s'illustrerent les generaux Delzons et 
Clausel , et le colonel Godard , qui ouvrit le passage de 
Gospich avec ses chasseurs a pied, est comparable a la 
retraite des dix mille. 

Par la paix de Vienne, le 14 octobre 1809, 1'empereur 
Napoleon se fit ceder la moitie occidentale du duche de 
Carinthie, la Carniole enliere et lout le territoire a la rive 
droite de la Save, depuis sa source, en amont et en aval. Le 
surlendemain, 16 octobre, un decret imperial, date de 
Schonbrunn, crea les provinces illyriennes, dont le nom, 
jadis celebre, etait oublie depuis le siecle de Justinien. 11 
donna a Marmont, nomme marechal de France, le 14 
juillet 1809, le tilre de due de Raguse, avec une dotation 
d'un million de francs sur les domaines d'lllyrie, et le 
nomma gouverneur general de ces provinces. C'est M. Fai- 
der, alors directeur, actuellement directeur general de 
renregistrement et du domaine en Belgique, qui fit le 
travail de cette dotation a Laybach; il est le pere de notre 
collegue, auteur d'une notice inseree dans ce Bulletin. Alors 
la frontiere de Tempi re d'Autriche fut repoussee de 55 a 
40 lieues dans 1'interieur du continent; tout le pourtour 
du golfe Adriatique etait sous 1'administration de Pem- 
pereur Napoleon. II etablit les sept provinces illyriennes, 
qui furent defmitivement organisees, apres le depart du 
due de Raguse, par decret imperial du 15 avril 1811, 
c'est-a-dire irrevocablement reunies, selon les opinions 
de ce temps, a Kern pi re fran^ais, quoique au dela du 
royaume d'ltalie. Le general Bertrand , qui s'etait immor- 



( S74 ) 

talise par les pouts (In Danube, succeda an due de Raguse, 
an mois de juiu 1811 , en qualite de gouverueur general ; 
il vint finir cette organisation ; le comte Chabrol de Crous- 
sol etait intendant general. Les sept provinces illyriennes 
comprenaient : laCarinthie, la Carniole, 1'Istrie, laCroa- 
tie civile, la Dalmatie, Raguse; je ne dis rien, pour le 
moment, de la septieme province, qui etait la Croatie 
militaire. Le chef-lieu du gouvernement general etait a 
Laybach et la residence d'hiver du gouverneur general 
a Trieste, centre du commerce. Dans les six premieres 
provinces, les codes, les lois, les decrets et toute la legis- 
lation franchise furent promulgues. On rapporta pen a peu 
toutes les dispositions du decret du 15 avril 1811, qui 
etaient transitoires et qui devaient laisser a 1'empereur 
d'Autriche, allie de famille de 1'empereur Napoleon, un 
reste d'espoir de retrocession des ports de Trieste et de 
Fiume, qui etaient indispensables pour les commercants 
de i'Autricheet de la Hongrie. En consequence, s'il y avail, 
a 1'instar des gouvernements generaux d'au dela des Alpes, 
deToscane, de Rome, deHollande, de Hambourg, un 
gouverneur general, un intendant general des finances, du 
tresor, de Finterieur, un commissaire general de justice, 
des maires, etc., on conserva uniquement les noms de 
provinces, d'intendants , de subdelegues, de cours d'appel , 
au lieu de departements, de prefectures, de sous-prefec- 
tures, de cours imperiales, pour ne point oter, commeon 
vient de le dire, tout reste d'espoir aux Autrichiens. 

Des Fannee 1810, quatre cents jeunes Illyriens d< 
meilleures families avaient (3te envoyes en France, poui 
achever leur education dans les lycees de Paris, de Ver- 
sailles et de Fontainebleau. En 1815 , ils elaient de \erita- 
bles Fran^ais par leurs opinions et leur langage. On crea, 



(575) 

!e 8 juillet 1810, des chaires de langue franchise dans 
tons les colleges d'lllyric sans exception. 

En 1'annee 1812, les projets de renaissance de la Grece 
n'etaient plus un secret en Illyrie; mais comme toute 1'at- 
tention de la France se dirigeait vers la campagne de 
Russie, ce projet ful peu connu hors de I'lllyrie. Afin de 
s'y preparer, Pempereur avail envoye de preference, pour 
1'organisation franc,aise, de hauls fonctionnairesel des em- 
ployes qui avaient fait de bonnes etudes classiques et qui 
connaissaient la langue italienne, repandue dans les 
echelles du Levanl, lels que le comte de Las Cases, 
Charles Nodier et le poete latin Berchet. II avait ordonne 
qu'on fit bon aecueil aux Grecs, sujets ottomans, qui de- 
mandaienl de 1'emploi dans 1'armee el dans les adminis- 
Irations. Deja, en 1808, le marechal Marmonl, elanl en 
Dalmatie, avait cree, a Sebenico, un eveche grec schis- 
matique pour un eveque grec, sujel otloman, qui s'e'tait 
refugie pres de lui , pour eviter d'avoir la tete tranchee en 
Turquie. Un grand nombre de Dalmales et de Croates pro- 
fessaient cette religion : ils son I appeles Valaques. Toutes 
ces mesures furent, plus tard, une de& causes qui favori- 
serenl 1'insurreclion de la Grece et en assurerent le succes. 

Sous le rapport archeologique, le littoral illyrien et 1'in- 
terieur du pays sont decrits avec la plus grande exactitude 
par Strabou, pages 51 4 a 516. J'ai meme rectifie dans une 
notice presentee a 1'Academie, en 1857, un passage ou les 
copistes confondaient la Drave avec FOdra. Virgile, ne a 
Mantoue, dans le voisinage de 1'Illyrie, a decrit le cours du 
Timave, presde Trieste, avec toule la verite hydrographi- 
que (1). On remarque sur tout le littoral des mines de colo- 



(1) Tu mihi sen magni superasjam saxa Timavi; 

Sive oram Illyrici legis aequoris, etc. (CL. 8 me .) 



(576) 

niesgrecques et romaines ; on exhume des monuments, des 
statues, des medailles. On admire le temple d'Augustc et 
un amphitheatre a Pola, en Istrie. On admire surtout les 
restesgrandioses, analogues au Louvre, du palais deDio- 
cletien , en Dalmatie ; on a bati, dans 1'interieur de ce monu- 
ment, la ville entiercde Spalatro, pres deSalone, ou naquit 
cet empereur; le temple que Diocletien y avail eleve a Ju- 
piter est acluellement 1'eglise cathetirale. 

Sous le rapport mineralogique, les mines de mercure 
d'ldria, en Carniole, produisant annuellement un bene- 
fice d'au dela de deux millions de francs, donncrent une 
redevance annuelle d'un demi-million de francs a 1'ordre 
des Trois-Toisons d'Or, projele par Napoleon , selon un de- 
cret du 15 aout 1809. Les mines de plomb de Raibl et de 
Pleyberg, en Carinthie, rapportaient un revenu de 500,000 
francs. Les mines de fer de Neurnackl et autres, en Car- 
niole, produisaient le meilleur acier de 1'Europe; les An- 
glais 1'exportaient par Trieste sur navires neutres et le 
revendaicnt fabrique sous le nom tfacier de Birmingham. 
Les mines de cuivre de Szamabor et autres, en Croatie, 
elaienl connues depuis la domination romaine, lorsque 
Ton y faisait travailler les martyrs Chretiens. 

Sous le rapport vegetal, Thuile d'olive de Cherso, la 
meilleure du Levant, etait recherchee par les gastronomes 
romains;lesvinsde la Dalmatie sou tenaient la concurrence 
avec ceux d'ltalie, d'Espagne, de Tenerifle, de Chyprc. 
Mais, ce qui etait plus important pour Napoleon, ce sont 
les forets des deux Groaties qui ont des arbres de mature 
el d'autres constructions navales aussi beaux que ceux de 
Russie. Des chantiers mililaires furent etablis a Trieste et 
a Buccari , pres de Fiurne. 

Sous le rapport du regne animal, les chevaux de File 
d'Arbesont aussi petits que les chiens du mont S^Bernai 



(577 ) 

rnais infatigables et sobres. Lcs cognas , on chevaux de 
Croatie, sont aussi sobres, aussi actifs que les chcvaux, on 
cognisdes Cosaques : ils servirent de remonte aux hussards. 

Sous le rapport industriel, les soieries de Gorice, pres 
de 1'Isonzo, soutenaient la concurrence avec les manu- 
factures d'Autriche et d'ltalie. Les salines d'Istrie, de 1'ile 
de Pago, de Dalmatie, etaienl, avec le tabac, de qualile 
e'gale a ceux de Seghedin , de Warasdin et de Yirginie, 
un riche monopole du gouvernement. Le transit, par le 
Danube, la Save et la Culpa, des grains du Bannat, de 
Temeswar, vers 1'Italie, par Carlstadt, rapporlaient a cette 
ville un droit considerable de mesurage, parce qu'on les 
debarquait pour les transporter par 1'admirable route 
Louise. Je ferai observer, a 1'ancien avantage de la Bel- 
gique, que 1'empereur Joseph II avail etabli a Oslende 
une compagnie de commerce maritime en correspondancc, 
par Cadix , avec Trieste et Fiume. Quelques commerc,ants 
hollandais firent faire banqueroute a cette compagnie, en 
abaissant, avec une perte enorme, mais momentanee pour 
eux, le prix des marchandises coloniales, en concurrence 
avec une autre compagnie d'Ostende, qui allait aux deux 
Indes et en Chine. II faut observer aussi que Joseph II 
avait fait etablir, par des Anversois et des Bruxellois, 
dont j'ai connu les families a Fiume et a Trieste, une raffi- 
nerie de sucre, lant pour ses Etats hereditaires que pour 
1'exportation en Turquie. 

Dans la Carinthie et la Carniole, pays d'etats de 1'archi- 
duche ou cercle d'Autriche, la feodalite etait peu differente 
de celle du resle de I'Allemagne. Dans les provinces veni- 
tiennes, d'Istrie et de Dalmatie, c'etait la torpeur adminis- 
trative d'une republique en decadence et souvent maltraitee 
par les Turcs. Dans la Croatie civile, c'etait la feodalite des 
pays slaves : les nobles, seule caste qui jouissait des drolls 



(578) 

terriens ct politiques, avaicnt une education vieimoise, 
parlant entre eux la langue allemande, commandant en 
Jangue illyriqne a leurs serfs, recherchant les modes pa- 
risiennes, aimant a apprendre ct a parler la langue fran- 
caise. II y avail tres-peu de nobles titres en Croatie; les 
principaux residaient a Vienne; mais en Dalmatic et en 
Istrie, les nobles titres, surtout les comtes, sont aussi 
nombreux qu'en Italic. Je parlerai de preference de la 
Croatie, que j'ai habilee plus longtemps que les autros 
provinces. Les nobles et les serfs de la Croatie civile etaient 
regis par un code appele Urbarium, promulguepar la bien- 
faisance de I'imperatrice Marie-Therese , pour assurer, a 
1'instar du code Justinien, les droits terriens et person- 
nels des nobles et pour adoucir le servage. Tandis que ies 
nobles out dans leurs chateaux, ou ils se font des visiles 
contumelies, reciproques et en.societe, lous les plaisirs 
de la civilisation europeenne, les serfs, qu'ils appellent 
leurs sujets, se nourrissent rarement de pain, ct ordi- 
nairement de pate ou polenta de coucouroutz ou raais, de 
millet, de choux; ils coiiuaisseut a peine la culture de la 
pomme de lerre (en 1815), et n'ont, comme les Dalmales, 
que de la viande de chevre, de pore, rarement de bceuf; 
souvent, au priu temps, ils sont reduits a faire bouillir de 
1'herbe et a se priver de sel. Savoir lire et ecrire etait une 
chose inconnue aux serfs de Croatie. 

Le serf de Croatie etait attache a la glebe comme en 
Russie. Son seigneur, pour le fermage dit cession coloni- 
cale et non coloniale, de pere en ills , rec,oit : 1 le neu- 
vieme du produit des grains et mais; 2 un dixieme de ces 
memes produits pour le presbytere que le seigneur retribue 
lui-rneme; plus un autre dixieme pour lui desvignobles,des 
ruches (le miel elant une branche de commerce aussi llo- 
rissanlequ'aiitrefoisdans FAttiquecelui du monlHyinette), 






(579) 

des troupcaux, des ceufs, du beurre; 5 54 jours degrande 
corvee a deux bo3ufs ou 108 jours de corvee d'hommes ad 
libitum; dans quelques domaines, outre ces corvees, dites 
robbat, les serfs doivent travailler deux jours par semaine 
pour leur seigneur; 4 ils doivent tous un florin d'Au- 
triche (2 fr 58 C ,59) par cultivateur. Le seigneur a le mono- 
pole des droits d'abatage, de mouture, de toutes lesespeces 
de chasses, surtout aux loups, aux daims., aux chamois, aux 
ours, dont les fourrures sont un objet de commerce. La 
chasse aux ours est celle que la noblesse prefere, elJe la 
prefere meme a la chasse aux loups; le seigneur laisse a ses 
agents la chasse aux lievres. II a aussi le monopole de la 
vente du vin desauberges pendant six mois de 1'annee dans 
les pays de vignobles, pendant neuf mois dans les autres 
cantons. Le serf doit, outre tout cela , 12 corvees annuelles 
par individu au souverain. Les stobodniacs sont des serfs 
affranchis des corvees avec 1'obligation du service militaire. 
Le prix d'un domaine se calcule par le nombre de serfs et 
non par la valeur de rendage, par exemple 1527 et demi- 
paysans. II y a des communautes libres, telles que Turopoli 
(c'esl-a-dire la plai ne aux Turcs), Draganich, etc. , aflranchies 
pour des actions d'eclat conlre les Sarrasins et les Turcs: 
on les reconnait facilement a 1'etat de prosperite agricole. 

Le seigneur acquittait directement les droits au souve- 
rain. La comptabilite etaifapuree a Bude, en Hongrie. 

Par le decret du 15 avril 1811, les corvees ne prove- 
nant point de concession fonciere furent supprimees sans 
indemnite; les serfs furent alors souvent consul les par le 
gouvernement franc.ais. Ils entrerent dans les conseils mu- 
nicipaux a ; cdte de leurs seigneurs. De plus amples details 
depasseraient la longueur d'une notice; je me bornerai 
aux considerations qui voiit suivre. 

Parmi les grands travaux d'amelioration que 1'empereur 



( 580 ) 

Napoleon avail ordonnes, il faut rernarquer la route Na- 
poleon, d'une longueur de 180 lieues, achevce en trois 
ans, pour rallier Paris et Milan, Trieste et Laybach avec 
Raguse el Caltaro. Une aulre route de Trieste et Laybach 
se dirigeait, par Carlstadl, a Costainizza, sur TUnna, vers 
1'empire ottoman; le courrier de Paris y etanl arrive, con- 
tinuait, a des jours fixes, sa route jusqu'a Constantinople, 
ayant ses relais chez des mailres de poste devenus franc.ais, 
et dependant de la France , quoique dans la Turquie : ainsi 
le service se faisait de Paris a Constantinople aussi regulie- 
rement qu'entre deux villes a 1'interieur de la France. 

Le lazareth de Costainizza, ou passait ce courrier, etail 
une des creations merveilleuses de I'empereur Napoleon. 
Ce lazarelh, aussi vasle que celui de Marseille, donl les 
plans furent proposes par le due de Raguse le 27 juillet 
1810, fut commence et acheve en quelques mois, en 1811 ; 
c'etail la route d'etape des colons en laine du Levant et 
des aulres marchandises venant par terre depuis Constan- 
tinople, Seres etSalonique, etelledevait corresponds avec 
FAsie Mineure et la Perse. Napoleon voulait imiter Alexan- 
dre-le-Grand par cette nouvelle route des caravanes, et 
aneantir la navigation des Anglais aux Indes orientates. II 
y a dans le Moniteur du 17 septembre 1810, un long article 
sous la rubrique des provinces Illyriennes, qui explique 
les frais de transport par caravanes de clievaux en Tur- 
quie; en Bosnie, on essaya, sans succes, les chameaux : 
1'humidile boreate du sol empechait qu'ils y eussent le 
pied ferme. Get article designe les etapes et donne la liste 
des marchandises franchises a exporter et des marchan- 
dises turques a importer. 

Je vais entrer clans quelques details sur la Croatie inili- 
laire, quielait la septiemedes provinces Illyriennes. Apres 






(581 ) 

que les Turcs, en 1683, eurent leve le siege de Vienne 
et eurent ele poursuivis jusqu'en Bosnie, 1'empereur Leo- 
pold I er , roi de Hongrie, fit organiser, en 1687, selon le 
sysleme d'Herbestein, le cordon des regiments-frontieres, 
dit en allemand grdnitzen, pour devenir une barriere per- 
manente contre ces barbares, .et pour empecher la propa- 
gation de la peste, d'aulant plus que, quoiqu'en paix avec 
le sultan, il y a impossibility d'empecher autrement que 
par la force des armes les irruptions des brigands qui s'as- 
semblent souvent au oombre de pluSieurs milliers cbez 
les agas, especes de sous-prefets de Turquie; c'est ainsi , par 
exemple, qu'au mois de mai 1815, ils pillerent et sacca- 
gerent, dans une irruption, pour une valeur de 750,000 
francs en une seule journee. Le general Jeannin contrai- 
gnit les agas, qui avaient protege ces brigands, a en payer 
rindemnite. 

Le territoire des regiments-frontieres a une largeur 
moyenne de buit lieues, c'est-a-dire d'une forte journee de 
marche militaire. Sa longueur commence au littoral hon- 
grois de FAdrialique et se termine a la Transylvanie. Tout 
ce lerriloire fut soustrait a la feodalile seigneuriale. Le 
souverain en est devenu le mailre absolu. II 1'a divise en 
17 provinces, dites regiments. Chaque regiment est subdi- 
vise en compagnies; celles-ci en families. Six de ces regi- 
ments, faisant partie de la Croatie militaire (dans le ter- 
ritoire sur la rive droite de la Save, cede a I'empereur 
Napoleon, par la paix de Vienne, le Hoctobre 1809), sont 
au sud de la Croalie civile. Ils ctaientsubordonnes a un ge- 
neral ou Ban qui residait a Carlstadt, au nord de la Croatie 
militaire, dont cette forteresse est limitrophe dans la Croatie 
civile, et pour I'entrelien de laquelle les Etats de Styrie et 
deCarinlbie payent annuellement 30,000 florins d'Autriche 
TOME xv. 59. 



(582) 

oil 77,oOO francs environ. Le general est le chef de la direc- 
tion centrale, aussi etablie a Carlstadt, pour 1'administra- 
tion de ces six regiments. II a sous ses ordres des officiers 
temporaires comrne lui, et qui sont nes etrangers ou 
Creates, selon la volonte du souverain qui les envoie. [I y a 
un colonel par regiment; celui-ci reunit les fonctions ci- 
viles et militaires : ii a sous ses ordres des officiers de 
service, comme dans 1'armee, et des officiers d'economie, 
qui ont les memes litres et les memes grades que les offi- 
ciers de service, et qui sont des fonctionnaires civils char- 
ges de 1'administration territoriale. 

La population des families est repartie dans cinq classes : 
la l re classe se compose d'un choix des hommes valides de \ 6 
a 40 ans; ilssont incorporesdans troisbataillonsde guerre, 
de 1,200 hommes chacun par regiment, ou 5,600 hommes; 
ils sont exclusivement soldats, et ne s'occupent point d'a- 
griculture. La 2 e classe renferme 1'excedant des hommes 
valides de 16 a 40 ans; c'est une reserve, comme le serait 
une garde nationale en activite, dont on choisit les hommes 
qui doivent toujours tenir au grand complet les bataillons 
de guerre, servir avec eux dans le pays, les remplacer 
dans le service interieur aussi t6t que ces bataillons sortent 
du pays, selon le bon plaisir du souverain. La5 e classe se 
compose des hommes valides ages de plus de 40 ans; ils 
sont egalement militaires etpaysans. La 4 e classe se com- 
pose des femmes et des vieillards invalides. Les femmes 
sont subordonnees aux officiers d'economie; elles sont 
punies, comme les hommes, corporellement, mais seu- 
lement par des fustigations, si leurs menages sont en des- 
ordre ou dans un etatde malproprele. Dans la 5 e classe 
il y a les enfants au-dessous de 16 ans; on choisit panni 
eux les plus intelligents, qui apprennent a lire, a ecrire 
et la comptabilite. Les ecritures des regiments et de la 



(585) 

direction centrale se tiennent en langue allemande, que 
ces jeunes gens doivent apprendre. 

Tons les Croates militaires de ces cinq classes, sans 
exception, sont agglomeres en famille; chaque famille a 
un chef qui est responsable de ses subordonnes; il peut 
les punir; il est punissable lui-rneme s'il neglige son de- 
voir, s'il les laisse mendier ou vivre dans 1'oisivete. Le tra- 
vail des champs se fait en commun par escouades de la 
famille, qui commencent, s'arretent et finissent aun signal 
du sous-oificier qui commande. Les recoltes sont de'posees 
dans les magasins de la compagnie; on delivre des bons 
de rations au chef de famille, qui a un livret. L'annee sui- 
vante, s'il y a eu un excedant de recolte, on en paye le 
benefice au chef de La famille. Si une famille est trop nom- 
breuse pour une culture calculee sur son rapport , on la 
fait permuter avec une moindre famille. 

Le sol montagneux et forestier de la Croatie mililaire 
presente 1'aspect de 1'Ardenne; mais la liberte, ce droit 
dont les paysans ardennais ont la possession, est inconnue a 
la grande communaute des Croates militaires: ils doivent 
a leurs superieurs une obeissance passive et ponctuelle; 
hommes, femmes, enfants, tout est dans un elat sembla- 
ble aun casernement; les habitations ruralessont ordinai- 
rement isolees au milieu du fermage concede. Lesmaisons, 
on, pour mieux dire, les huttes, semblables a celles que 
Tacite decrit dans sa Germanie, ont un foyer au centre de 
1'habitation : la Cumee s'echappe par ou elle peut; quelque- 
fois, ehez les plus fortunes, ce sont des poeles a la rasse. 
Leurs hameaux, car il y a tres-peu de villages, et leurs 
villes sont loin de valoir nos villages et nos villes d'Ar- 
denne; on y trouve quelques boutiques de marchands de- 
taillants et meme quelques habitants etrangers. Les colo- 
nels et les autres olficiers, selon leurs grades, les cures, 



(584 ) 

taut latins que grecs ou valaques, avec leurs chapelaius, 
out des demeures ou Ton trouve Taisance de la civilisa- 
tion viennoise. Le general a un magnifique chateau a 
Schwarza, pres de Carlstadt. Je me souviens que, sur le 
littoral, au port de Segna et ailleurs, en Dalmatie et en 
Croatie, Tescalier de la plupart des maisons est en de- 
hors, en plein air, ce qui est conforme a des vers de 
1'Odyssee, lorsque Penelope descend de son appartement. 
Les auberges sera lent detestables si Ton n'y trouvait d'ex- 
cellents vins, que I'lllyrie produit en si grande abondance 
qu'il en couterait trop cher pour les sopbistiquer. 

Chaque homme de la Groatie doit etre toujours arme d'un 
fusil, porte en bandouliere sur le dos, de plusieurs pis- 
tolets a la ceinture et d'un khangiar ou sabre en forme de 
faux. Les Dalmates , ayant a se defendre, comme les Croales, 
contre les brigands de la Turquie, sontaussi bienarmesque 
les Groates; les Montenegrins sont les meilleurs tirailleurs 
de 1'univers : ils sont surs d'abattre un ennemi a 500 pas. 

Les Croates militaires des deux premieres classes faisaul 
un service militaire continuel, il y a, de distance en distance, 
des cbardaques, espece de casernes-corps de garde. Les 
etrangers, et meme les officiersd'economie, ontle droit de 
requerir une escorte de plusieurs hommes. Si un Turc est 
rencontre isolement en Croatie, ce qui est frequent, a i'in- 
stant meme il est decapite. Sa tete, payee 20 florins d'Au- 
tricbe (51 fr 70), par le capilaine d'economie, est posee sur 
un piquet la face tournee vers la Turquie, a 1'extreme fron- 
tiere. Par represailles, tout Croate sans escorte legale, en 
Bosnie, est empale et expose sur la frontiere lurque. 

Les Croales, meme ceux qui forment des bataillons de 
guerre , ne re^oivent point de solde dans leiir pays, mais 
la direclion centrale lierit on compte une somme, dite la 
constitutive, pre'lcrc'e sur la ferme des barrieres el desau- 



berges, pour payer rhabillement d'uuiforme, i'equipement 
el 1'armement des bataillons de guerre qui sortent du pays, 
selon le bon plaisir du souverain, et qui deviennent alors 
des troupes de ligne. 

La Croatie militaire, sous 1'empire de Napoleon, etait 
peuplee de 500,000 habitants, parmi lesquels 155,000 
grecs schismatiques, dits Valaques. Leur eveque reside a 
Plasky, pres de Carlstadt; 1'eveque latin reside a Segna. 
L'eglise grecque est ordinairement batie pres de 1'eglise 
latine; on les distingue facilement par la difference de leur 
construction canonique. Je ferai observer ici que 1'ancien 
calendrier julien etant en retard de 12 jours avec le notre, 
est la cause principale de l'a version reciproque des deux 
especes de religionnaires. Nous celebrons les Paques et 
la Noel lorsque les Grecs sont encore dans les jeunes et 
les austerites de leurs quatre caremes. 

La Croatie civile et militaire, restee a 1'empereur d'Au- 
triche, a la rive gauche de la Save, avait 522,000 habitants. 

Les six regiments a 5 bataillons de 1,200 hommes don- 
naient a 1'empereur Napoleon un eflectif continuel de 
21,600 hommes, qui firent lacampagnedeRussie; c'etaient, 
si Ton me permet ce barbarisme, des murailles embatail- 
lonnees, car le soldat croate ne raisonne pas. Les Creates 
grecs, qui etaient prisonniers de guerre, reconnus des 
Rnsses par le signe de la croix, furent bien traites. L'em- 
pereur Napoleon avait fait recruter, dans la seconde classe, 
deux regiments de hussards, deSOO hommes chacun. Total : 
25,400 hommes. Actuellement, 1'empereur d'Autriche doit 
relirer de ses dix-sept regiments un eflectif continuel de 
59,200 hommes et une reserve beaucoup plus nombreuse, 
sans compter la cavalerie. Les provinces illyriennes fu- 
rent rennies h Tempire d'Autriche, le 25 juillet 1814. 



( 586 



CLASSE DES BEAUX-ARTS. 



Seance du l er decembre 1848. 

M. ALVIN , directeur. 

M. QUETELET, secretaire perpetuel. 

Sont presents : MM. Braemt, De Keyzer, Fetis, G. Geefs, 
Leys,Navez, Roelandt, Van Hasselt, le baron G. Wappers, 
J. Geefs, Corr, Snel, Fraikin, Van Eycken , Ferd. De Brae- 
keleer, Ed. Fetis, Baron, membres. 



GORRESPONDANCE. 

M. le Ministre de 1'inlerieur transmet une expedition 
de 1'arrete royal qui approuve Felection de M. Van Eycken , 
en qualite de membre de la classe des beaux-arts de 1'Aca- 
demie. 

La Societe des gens de lettres beiges fait hommage 
de ses deux premieres publications. Remerciments. 

II est donne lecture d'une lettre de M. le colonel 
d'Oraison, qui reclame le manuscrit d'un poe'me d'opera 
ayant pour litre : I'Epee et la Croix d'Or ou les Deux Talis- 
mans, envoye au dernier concours ouvert par le Gouver- 
nement. La reclamation est fondee sur ce que 1'arrete royal 
qui institue le concours, ne fait aucune mention de Tex- 



(587 ) 

elusion des etrangers et sur ce que 1'auteur, M. Ginisty, 
lieutenant-colonel de cavalerie en France, n'avait point 
eu connaissance de la lettre ministerielle qui, plus tard, 
a prononce cetle exclusion. 

- Le Cercle artistique et litteraire de Bruxelles adresse 
a la classe la leltre suivante : 

MESSIEURS, 

Un grand nombre de membres du Cercle artistique et 
liiterairequi reunit, dans son sein, la plupart des artistes 
de Bruxelles et des provinces, ont exprime a diverses re- 
prises le desir de* voir se fonder une caisse de prevoyance 
en faveur des artistes. Le conseil d'administration du 
Cercle, saisi d'une proposition a cet egard, n'a pas cru ce- 
pendant devoir s'occuper d'uu projet dont FAcademie avait 
naguere pris 1'initialive, avant de vous avoir soumis la 
question. L'interet commun des artistes sollicite vivement 
sa solution. Nousvenons done vous prier, Messieurs, de 
vouloir statuer, dans le plus bref delai possible, sur la 
marche que vous auriez a suivre pour realiser le plan que 
vous avez propose 1'an dernier au Gouvernement. Si vous 
decidiez qu'il y a lieu de le mettre a execution sans plus 
de delai, le Cercle serait heureux, Messieurs, de cooperer 
de tous ses efforts au succes de 1'institution dont vous se- 
riez les promoteurs. Mais si, pour des considerations quel- 
conques, vous jugiez a propos de ne pas poursuivre Toeuvre 
dont vous avez pose le fondement, nous aimons a croire, 
qu'a votre tour, vous ne feriez pas d'objection a ce que le 
Cerele, reprenant votre projet , avise aux moyens d'y don- 
ner suite en utilisant a cet effet les elements dont il peut 
disposer. 



( 588 ) 

Vous nous obligeriez, Messieurs, en nous communi- 
quant votre reponse avant la fin de 1'annee, car 1'engage- 
ment que nous avons du prendre vis-a-vis des membres 
du Cercle nous met en quelque sorte en demeure de leur 
soumettre , dans le courant du mois de Janvier prochain , 
une decision qui satisfasse a leurs vceux en conciliant Ions 
les interets. 

Yeuillezagreer,elc. 

La Commission directrice : 

A. QUETELET, EUGENE VERBOECKHOVEN , MADOU , 
ED. DUCPETIAUX, JAUBERT, AUG. PAYEN, SCHU- 
BERT, J.-B. CAPRONNIER. 

Le secretaire perpetuel donne ensuite lecture d'une 
lettre de M. le Ministre de 1'interieur qui , apres avoir pris 
Fa vis de ses collegues, MM. les Ministres des finances et de 
la justice, fait connaitre que le Gouvernement est dispose 
a donner son appui au projet de la elasse, de fonder une 
caisse centrale des artistes beiges, et propose quelques modi- 
fications a faire aux statuls. Ces modifications sont succes- 
sivement soumises a un examen et adoptees. 

M. le directeur a donne des explications an sujet des 
retards qu'a du eprouver la reponse ministerielle; ii pro- 
pose ensuite de remercier le Cercle artistique et litteraire 
de Bruxelles pour le concours qu'il veut bien promettre a 
la classe. Cette proposition est adoptee. 

L'heure avancee a fait remettre a la prochaine seance 
la lecture de la continuation de rarticle de M. Hock au 
sujet de Y Amphitheatre de Constantinople. 

Cette seance a ete fixee au jeudi \\ Janvier. 



589 



CLASSE DES SCIENCES. 



Seance du 15 decembre 1848. 

M. D'OMALIUS D'HALLOY, faisant fonctions de directeur. 
M. QUETELET, secretaire perpe'tuel. 

Sont presents: MM. Pagani, Sauveur, Timmermans, De 
Hemptinne,Wesmael, Martens, And. Dumont, Cantraine, 
Morren, Stas, De Koninek, Van Beneden, Ad. De'Vaux, 
Ed. De Selys-Longchamps , Nyst, membres. 



CORRESPONDANCE. 



M. Quetelel donne lecture de 1'extrait suivant d'ime 
lettre qui lui a ete adressee par M. Dureau De la Malle, 
membre de 1'Institut de France ; 

Je viens de trouver un tresor pour la climatologie. 
C'est un calendrier rural, medical, astronomique, com- 
pose' , en 861, pour le deuxieme calife de Cordoue , Nakem- 
Mostanser-Bellam , par Teveque Aril , fils de Zeab. 

Nous n'avons a la Bibliotlieque nationale que la tra- 
duction latine (maniiscritdu XlY e siecle) par un Espagnol, 
que j'ai collationnee avec soin. 

Cetraite, plein de fails, d'observations curieuses sui- 
tes phenomenes periodiqnes annuels de la vegetation , sur 



( 590 ) 

les migrations des oiseaux, des poissons, pour 1'Espagne et 
le territoire de Cordoue, est un registre precieux de 1'etat 
des sciences physiques et mathematiques chez les Arabes 
et les Chretiens espagnols, soumis a leurs vainqueurs au 
IX e siecle. II est presque aussi detaille que le registre d'ob- 
servations faites par Yassali-Eandi et Bonelli, de 1809 a 
1812, et dont je ne connais qu'uri seul exemplaire a Paris, 
qui sort de la bibliotheque de G. Cuvier. 

Aril nous a devances tous dans cette route indiquee 
par Linne, suivie par Vassali-Eandi et par vous. 

J'aurai a comparer pour deux epoques, distantes de 
800 ans, le calendrier d'Aril pour le climat de Cordoue 
avec celui de Columelle, natif de Cadix, poursuivi de pere 
en fils, en Andalousie et dans la Cerdagne. 



CONCOURS DE 1848. 

La classe avait mis au concours six questions; elle n'a 
rec.u de reponses qu'a deux d'entre elles, savoir : a la 2 e , 
celle sur les engrais, et a la 4 e , celle sur le defrichement 
des landes. 

DEUXIEME QUESTION. 

Exposer et discuter les travaux et les nouvelles vues des 
physiologistes et des chimistes sur les engrais et sur la faculte 
d 'assimilation dans les vegetaux. Indiquer en me*me temps ce 
que I' on pourrait faire pour augmenter la richesse de nos 
produits agricoles. 

L' Academic demande que le travail soit appuye d'expe- 
riences. 






( 891 



tlr Ifff. Ch. 



Le seul memoire envoye en reponse a la question ci- 
dessus mention nee, portait pour epigraphe : La veritable 
gloire consists a faire ce qui merite d'etre e'crit et a ecrire ce 
qui merite d'etre lu (PLINE). 

L'auteur a divise son travail en deux parties : la pre- 
miere est consacree a 1'examen de la question chimique et 
a celui des nouvelles theories sur Faction des engrais; la 
seconde comprend 1'etude des moyens pratiques suscep- 
tibles d'augmenter nos richesses agricoles. 

Mes deux honorables collegues, MM. Martens et Stas, 
charges avec moi d'examiner ce travail , s'occupent plus 
specialement de chimie. Je leur abandonne done comple- 
tement le jugement a porter sur la premiere partie de ce tra- 
vail. Settlement, je crois devoir faire cette seule reflexion, 
a savoir que s'il est entre dans 1'esprit de 1'auteur de la 
question, et cela me semble resulter clairement de la posi- 
tion de la question et des termes employes pour 1'enoncer, 
1'intention d'obtenir egalement un travail surlesvues que 
professent actuellemeni les physiologistes, en ce qui con- 
cerne I'assimilation des principes des engrais, chez les 
vegetaux, cette partie physiologique proprement dite, 
c'est-a-dire le jeu et les fonctions des organes, ne me 
semble pas avoir ete suffisamment examinee dans ce me- 
rnoire. 

Si 1'in ten lion de 1'auteur de la question n'a pas ete 
d'obtenir un examen complet de la physiologic des assi- 
milations, je passerai outre sur 1'incident apres 1'avoir 
indique. 



( 592 ) 

La deuxieme partie, consacree a I'e'tiide des applications 
pratiques, en vue d'augmenter nos produits agricoles, a 
plus particulierement fixe mon attention. L'auteury parle 
successivement des assolements, des prairies, de la cul- 
ture en ligne des ce'reales, des instruments aratoires, du 
fumier, des urines, de la chaux, de la marrie et, enlin, de 
quelques mesures d'administration. Si la question etait 
entendue d'une maniere generate, en d'autres termes, s'il 
fallait rechercher lous les moyens propres a augmenter 
nos ressources, ce cadre serai t evidemment trop etroit. Si, 
au contraire , la demande ne doit etre entendue que relati- 
vement aux engrais, ce cadre est plus que suflisant. II faul , 
ce me semble, vis-a-vis dos termes poses, 1'interpreter 
dans ce dernier sens. 

Dans 1'examen de la question de Passolement, 1'auleur 
etudie specialement la jachere, les cereales, les plantes 
textiles et oleagineuses, les plantes fourrageres-racines et 
les plantes fourrageres proprement dites. Quant aux ja- 
cheres, jepenseque Tauteur n'a pas assigne une des grandes 
causes pour laquelle ce deplorable systeme est, quoi qu'on 
en puisse penseret dire, encore conserve aujourd'hui jus- 
qu'au centre de la Belgique, jusqu'a trois lieues de la capi- 
tale. Cette cause, c'est la trop grande etendue des proprietes, 
ou mieux des exploitations, dans un rayon trop rapproche 
des grands centres de consommation. Dans le Brabant wal- 
lon , je connais des fermes ou de nombreux hectares restent 
en jachere par defaut de fumier et de personnel. Evidem- 
menl ce deAiut n'existerait plus du moment que les exploi- 
tations ne seraient plus aussi grandes. fl serait aujour- 
d'hui bien necessaire de posseder le releve exact des hec- 
tares laisses anruiel lenient en jachere dans nos provinces 
cullivees, afin d'indiquer, aux proprietaires memes, 1( 



( 593 ) 

uioyen le plus prompt d'augmenter leurs revenus; aux po- 
pulations laborieuses, les lieux ou elles trouveraient infail- 
liblcmeut du travail, et aux capitaux, les entreprises reel- 
lement utilcs dans lesquelles Us pourraient se deverser. 
Pour ce qui regarde les cereales, 1'auteur discute claire- 
ment la question de Texces de leur culture, et demontre 
comment les cultures alternes seraienl preferables a toutes 
autres. Dans beaucoup de parties de son travail , on re- 
trouve des idees extremement justes et incontestablement 
utiles, mais il est facheux que, dans un travail s'appliquant 
a la Belgique eniiere, 1'auleur ne connaisse pas exactement 
Telat du pays dans toute son elendue. Dans maint passage, 
on voit manifestement que 1'auteur a peu etudie les Flan- 
dres. Ainsi, lorsqu'il am'rmequ'on n'a jamais compris, en 
Belgique, qu'en dormant aux animaux domestiques des 
tburrages riches et nutritifs, on en obtient des engrais 
plus feconds que si ces animaux etaient rnoins bien nour- 
ris, il ne rend pas justice a son pays ; car je voudrais savoir 
quel est 1'agriculteur llamand qui n'est pas convaincu de 
celle verite-la. Elle court, du reste, dans lous les ecrits sur 
la matiere, el meme dans les ecrits flamands. L'auteur re- 
cherche aussi comment il se fait que nos peres accusaient 
un rendement en grains plus considerable que le notre, et 
il altribue ce deficit progressif a plusieurs causes. II est cu- 
rieux que, dans un memoire sur les engrais, une des princi- 
pales causes ait echappe a 1'auteur : beaucoup de nos villes 
vivent des produitsde nos campagnes, sans rien leur rendre. 
Ainsi, a Liege seul, on deverse, en pure perte, pour un 
million de francs d'engrais dans la Meuse. Celte soustrac- 
tion des elements de la fecondite du sol , operee sans cesse 
par les villes au detriment des champs, sufiit a elle seule 
pour expliquer un rendement de plus en plus appau- 



( 594 ) 

vri. Cette raison etait reellement un argument d'engrais. 

A propos des plantes textiles et oleagineuses, vu leur 
grande consommalion des principes memes qui consti- 
tuent les engrais, 1'auteur ne voudrait les voir cultiver que 
dans les exploitations ayant bon fond et bonne direction, 
dans le genre des fermes ilamandes. G'esl bien; mais 1'A- 
cademie n'etait-elle pas en droit d'attendre ici une expo- 
sition methodique et claire des relations si bien etablies en 
Angleterre, enlre 1'elevage du betail, son engraissement et 
la culture des plantes oleagineuaes? On sail ce que font au- 
jourd'hui et le fermier anglais et le fermier de 1'arrondisse- 
ment de Zeie en Flandre: ils convertissent la grainede lin 
enboeufsgras.Or la culture du lin s'etend considerablement 
en Angleterre en viie de 1'engraissement du betail , lequel, 
eleve par une stabulation bien comprise, fournit du fumier 
en quantite, et de la resulte une culture plus somptueuse, 
plus lucrative, plus utile. J'ai regrette vivement qu'a pro- 
pos de ces plantes oleagineuses, ce systeme ne fut pas 
expose dans tous ses details, en vue, comme le demandait 
la question, d'indiquer ce qu'il faut faire pour augmenter 
la richesse de nos produits agricoles. 

En terminant son expose sur les reeolles-racines, 1'au- 
teur parle du semis des carottes dans le lin comme d'une 
innovation. Ce principe, meme avec la culture en ligne, 
se trouve indique et decrit dans tous les ouvrages sur 1'a- 
griculture flamande. Je me bornerai a signaler la page 180 
du traite de Van Aelbroeck, mais, dans les ouvrages de 
Rham, Schwerz, etc., ces precedes sont egalement ex- 
poses. 

Dans son histoire des plantes fourrageres propremenl 
dite, 1'auteur vante considerablement 1'esparcette a deu: 
coupes. Je partage avec lui de Tadmiration pour cetf 



( 595 ) 

plante, 1'ayant cultivee depuis plusieurs annees, mais je 
regrette que 1'auteur n'ait pas complete son chapitre 
par 1'examen de plusieurs autres plantes fourrageres peu 
connues et dont plusieurs meriteraient de Tetre davan- 
(age. Je cilerai particulierement les grandes especes de 
melilots connues en agriculture sous le nom de trefle 
de Boukhara, condamnees injustement par ceux qui ne 
savent pas cultiver une plante qui exige de 5 a 5 coupes 
par an; la serradelle sur laquelle le gouvernement a fonde 
de justes esperances pour les terres legeres de Belgique; 
le trefle hybride, naguere recommande par feu Bronn, 
comme fourrage pour 1'Ardenne, et qui donne aujourd'hui 
des resultats si satisfaisants dans une partie de la Hes- 
baye, etc. Les plantes ameliorantes forment la grande base 
sur laquelle repose aujourd'hui le perfectionnement de 
1'agriculture franchise; c'etait le cas ou jamais, d'appro- 
prier a la Belgique les vues eclairees des meilleurs agro- 
nomes, en ce qui regarde une culture dans laquelle notre 
pays laisse beaucoup a desirer. 

A 1'egard des prairies, 1'auteur va un peu loin lorsqu'il 
declare leur importance au-dessous de-leur valeur reelle. 
Ce sont les prairies qui forment les terres du plus haut 
prix, et s'il etait si facile de les remplacer, comme 1'auteur 
I'affirme, ilest a croire que, depuis longtemps, la substitu- 
tion seraitfaite. D'ailJeurs, il est patent quece sont les pays 
a bons paturages qui possedent les meilleures races de betes 
a comes, et cette liaison n'est pas a dedaigner dans une 
exploitation rurale. On voit encore ici que 1'auteur mecon- 
nait la nature de nos Flandres. II dit que les terrains en- 
gazonnes disparaissent dans ces provinces. Mais on sait que 
c'est precisement parce que toute la Flandre ne renferme 
pas de prairies, que, sur une grande etendue, la terre divisee 



( 596 ) 

par des alms, a ties languettcs de gazon le long des ar- 
busles protecteurs. Ces languettes, ces bordures sont, en 
definitive, des prairies proportionnees en etendue aux pe- 
tites cultures qui divisent le pays. De meme, 1'auteur 
vante comme les premiers paturages de la Belgique ceux 
du pays de Herve. Sans doute, ces prairies sont belles et 
bonnes, mais il y a dans la Flandre occidentale une region 
de prairies qui s'appelle le pays de Dixmude et qui, ce me 
semble, ne devait pas etre oubliee, alors surlout que 
toutes les recommandations de 1'auteur pour I'cxtirpation 
des plantes nuisibles aux paturages sont depuis des siecles 
mises en pratique dans ce canton. Les agronornes anglais 
vienrient eux-memes y prendre des lecons. Ce n'est done 
pas a nous, Beiges, qu'il apparlient de me It re si bas noire 
propre pays. Nous avons deja assez de plaies, assez de de- 
fauts a notre cuirasse, sans encore en augrnenter le nom- 
bre fictivement, et je dirai meme injustement. 

Dans la partie du memoire ou 1'auteur parledu traile- 
rnent a dormer aux prairies mauvaises, il saute aux yeux 
ou qu'il a oublie ou qu'il n'a pas connu le memoire, na- 
guere couronne par 1'Academie royale des sciences, sur les 
prairies aigres et qui est du a la plume exercee de Van 
Aelbroeck. Les procedes indiques dans ce memoire, et si 
souvent mis en pratique dans nos deux Flandres , meri- 
taientcepenclant d'etre discutes, etj'eusse desire voir trailer, 
a ce sujet, le systeme du drainage anglais mis en rapport 
avec notre pays, la nature de ses terres et sa topographic. 
Incontestablement 1'egoultement/lu sous-sol est destine en 
Belgique, comme ailleurs, aaugmenter singulierernent les 
produits de notre agriculture. 

A propos de la composition des prairies, 1'auteur ne 
donne quc des generaliles, parrni lesquelles il y en a une 



(597) 

qu'on ne pent decidement passer sous silence. Parmi les 
plantes vivacesquidoivent, scion lui,constituerd'excellents 
pres, il mentionne les renonculacees. C'est la une heresie 
qui, en tout etat de cause, doit disparaitre de son travail, 
car il serait trop facheux que des plantes aussi veneneuses, 
aussi faiales, rec,ussent un mot d'eloge dans tin traited'a- 
griculture. 

Le chapitre sur les cultures en Ugne me'rile d'etre soi- 
gneuscment medite'; je partage entierement a cetcgard les 
esperances de 1'autetir, alors qu'essayant ce systeme sur 
line Ires- petite echelle, j'en vois, chaque annee, les heu- 
reux resultats. Mais il me semble que si 1'auteur a si bien 
discule les avantages des cultures en ligne des ccreales, 
en vue d'augrnenter la richesse de nos produils agricoles, 
il aurail du aussi traiter la question du choix des especes 
et des varietes en vue du meme but. L'experience a pro- 
nonce aujourd'hui en cette matiere. On ne peut plus nier 
(jue le froment-Rham , que le Mary-gold-red , etc., que le 
seigle de Rome, etc., ne soient des varietes plus utiles que 
nos varietes indigenes. L'amclioralion de nos races de 
plantes est aussi utile que ramelioration de nos races ani- 
males, et, meme sous 1'empire d'une legislation sur les ce- 
reales moins entouree de iiscalites, telle que la force des 
choses nous Tamene, il n'est pas du tout horsde propos 
d'ctudier la production de nos grains sous le point de vue 
des ameliorations deraces dont elle est susceptible. L'An- 
gleterre nous a donnea cet egard un exemple utile a suivre. 

Dans son chapitre sur les instruments aratoires, 1'auteur 
oublie de mentionner les machines a drainer. Je crois 
aussi qu'une discussion plus approfondie sur les charrues 
du pays et sur 1'extension a donner a 1'emploi de quelques- 
nncs d'entre elles, selon la nature des regions, etait ici a sa 
TOME xv. 40. 



( 598 ) 

place. II est visible, au reste, que I'auteur a trop retreci 
sur im point particular du royaume le rayon de ses re- 
cherches. 

C'est ainsi qu'a propos de la conservation du purin , 
quoiqu'il y ail beaucoup de choses trcs-justes dans celle 
partie de son travail , il ne rend cependant pas justice aux 
soins inouis apportes, dans le pays deWaes, a la conserva- 
tion de cc precieux engrais. S'il cut donne la le plan de la 
citerne flamandc, avec ses parois dallees, sa voiite, 1'ab- 
sencede loute ouvertureb^ante, le placement de la pompe, 
en un mot, lesprocedes les mieux entendus pour recueil- 
lir, conserver et ameliorer le purin , il eut rendu un verita- 
ble service a la cbose publique. 11 n'est pas un seul au- 
teur etranger ayant ecrit sur ragriculture de la Belgique, 
qui n'ait rendu bom mage sons ce point de vue aux habi- 
tants de PEden agricole du pays. 

Je pourrais etendre ces remarques sur d'autres points, 
mais ce que je viens de dire de 1'impression que laisse la 
lecture attentive de Foeuvre, prouve deja qu'a mon avis 
Tauteur n'a pas tout a fait atteint le but ques'etait propose 
1'Academie. Je ne me prononcerai pas sur le genre de 
distinction que son mfrnoire merite sans aucun doute, 
parceque monjugomenl sera subordonnea 1'appreciation 
de la valeur que mes bonorables collegues donneront a la 
premiere partie de ce travail. 



Rapport de ifS. 

Depuis trois ans, 1'Academie avail mis au concours 
Texamen des travaux et des nouvelles vues cles physiolo- 
gistes et des cbimistes sur les engrais et sur leur action 



( 599 ) 

nutritive dans les vegetaux; elle demandait aussi , comme 
consequence de cet examen , d'indiquer ce que Ton pour- 
rait faire, au point de vue de la production ou de 1'ame- 
lioration desengrais, pour accroitrela richesse on Tabon- 
dance de nos produits agricoles. 

Un seul memoire est parvenu en reponse a celte ques- 
tion ; il est divise en deux parties : la premiere partie , qui 
est la plus importante comme repondant direclement a la 
question proposee, est remarquable par 1'etenduedes de- 
tails dans lesquels 1'auteur a cm devoir enlrer pour expli- 
quer 1'action des engrais snr la vegetation. On y trouve 
un expose assez n'dele de 1'etat de la science sur cette ques- 
tion. L'auleur, apres avoir defini ce qu'il entend par en- 
grais, par stimulant et par amendement, traite successi- 
vement, dans divers chapitres, de 1'inftuence nutritive de 
1'acide carbonique, dc I'humus, des substances azotees et des 
diverses rnatieres inorganiques que I'on rencontre le plus 
sou vent dans les sols arables. Quelques chimistes, et parti- 
culierement M. Liebig, ayant emis 1'opinion que 1'humus 
on 1'acide humique ne pouvaient servir directement de 
nonrriture aux plantes, mais n'agissaient qu'en fournis- 
sant a celles-ci de 1'acide carbonique, 1'auteur a cherche 
a demontrer par experience la faussete de cette opinion; 
je regrette de devoir dire que ses experiences ne me pa- 
raissent pas assez concluantes pour prouver que 1'acide 
ulmique ou humique peut servir directement a la nutri- 
tion desvegetaux; car si une solution d'humatede potasse 
dans laquelle vegetaient des plantes d'avoine a perdu, au 
bout de quelques jours, dix centigrammes de ce sel, 
cela ne prouve pas que ce dernier ait penetre en nature 
dans les plantes, puisque la decoloration de la solution et 
la perte de poids observee dans 1'extrait retire par evapora- 



( 000 ) 

lion, pourraient tcnir a Ja decomposition cliimique progres- 
sive de 1'humate, qui , au contact del'air, tend a se reduire 
a 1'etat de carbonate on de sesqnicarbonate potassique. 
L'auteur aurait du , pour rendre son experience concluanlc , 
montrer qu'une solution pareille d'humate de potasse, 
exposee a Fair pendant loute la duree de son experience, 
ne subit pas d'alteration chimique spontane'e, pouvant 
donner lieu a une disparition d'acide humique. Quoi qu'il 
en soit, je suis cependant porte a croire que les humates 
ou les ulmates solubles peuvent penetrer dans les plantes 
par les racines, puisqu'on trouve generalement dans la seve 
ascendante des acetates et des matieres gommoso-sucrees, 
et qu'ii me parait probable que ces substances organiques 
sont dues a la decomposition rapide dans les plantes des 
acides humique ou ulmique , qui n'ont qu'a perdre du car- 
bone pour que leur composition chimique devienne la 
meme que celle des matieres organiques renfermees dans 
la seve; or, comme les racines excrelent de 1'acide carbo- 
nique aux depens de 1'oxygene de Tair, cette excretion 
pourrait bien se rattacher a la decomposition des humates 
solubles penetrant dans le vegetal. L'observalion iaite par 
Tauteur, que les plantes qui se sont developpees a I'aide 
de la solution d'humate de potasse contenaient dans leurs 
cendres plus decarbonate de polasse que n'auraient pu en 
fournir les grainesqui leur ont donne naissance, semble 
d'ailleurs prouver indirectement la penetration de la po- 
tasse a I'etat d'humate dans les plantes, puisqu'on n'a jamais 
rencontre de carbonate de potasse dans la seve, et que celui 
des cendres est generalement I'effet de la decomposition 
de 1'acelate par le feu. 

II parait done, et nous sommes tres-porte a 1'admeltre 
avec 1'auleur du memoire, que le carbonc des pi antes ne 



provient pas exclusivement de la decomposition cle 1'acide 
carbonique, mais qu'il peut avoir etc emprunte aussi a 
I'humus ou a 1'acide humique du sol. 

Une autre question sur laquelle les chimistes et les 
physiologisles ne sont pas d'acecord , c'est de savoir si 
1'azote des plautes peut provenir directement de 1'azole 
almospherique, ou s'il est uniquement leresultat de la de'- 
composition des composes azotes, et notamment de Tajnmo- 
niaque et de 1'acide nilrique. Les experiences de 1'auteur, 
qui paraissent avoir ete failes avec soin , ont montre que si , 
dans les circonstances ordinaires, beaucoup de vegetaux 
semblent emprunter tout leur azote aux engrais ou aux 
composes ammoniacaux et nitriques, on ne saurait cepen- 
dant nier la possibilite de 1'assimilation directe de 1'azotfc 
de 1'air par quelques vegetaux, meme par les cereales, telles 
que Pavoine; c'est ce qui est d'ailleurs conforme a des expe^ 
riences analogues faites anterieurementpar M. Mulder sur 
le meme sujet (1). 

En traitant de 1'utilite' des substances mine'rales ter- 
reuses ou alcalines pour le developpement des plantes, 
1'auteur, suivant en cela 1'exemple de plusieurs savants 
modernes, accorde a ces substances un role nutritif ana- 
logue a eel ui du carbone , de 1'azote et des elements de 
1'eau, qui forment les parties constiluantes de la plupart 
des matieres vegelales. Mais quoique les organes des vege^ 
taux renferment generalement des matieres terreuses, il 
n'est pas prouve pour cela que ces substances doivent etre 
considerees comme des principes conslituanls des matieres 
organiques, puisque la cellulose, qui forme la base des 



(I) Rerzolius, Rapport annnel , edit, franoaise. 5 p annee,|).ifyes 190et 191. 



( 602 ) 

tissus chi vegetal , pent etre obtenue pure on debarrassee de 
ces matieres terreuses. Celles-ci rie semblenl former dans 
la cellulose que des incrustations, ou y etre ineorporees 
en proportion variable a 1'aide d'une faible aifinite, de la 
meme maniere que le phosphate calcaire est associe a la 
gelatine des os des animaux. D'apres cela, on comprendrait 
pourquoi certaines substances minerales se trouverontplus 
abondamnient dans tel organe que dans tel aulre; ce ne 
sera pas, comine le pense 1'auleur du memoire, par une 
vertu d'assimilation de cot organe , rnais parce que cet 
organe renferme des principes organiques qui tendon t a 
s'unir a 1'une ou a 1'autre matiere lerreuse que la seve 
amene dans la vegetal : ainsi, si le phosphate calcaire se 
rencontre surtout dans les graines , c'est que I'aibumine, 
qui s'y trouve, pent le retenir chimiquement et s'y com- 
biner en quelque sorle , comme le prouve une experience 
de Berzelius, qui consiste a ajouter a du blanc d'oeuf de 
1'ammoniaque liquide, du phosphate d'ammoniaque et 
puis du chlorure de calcium; il se precipite alors un com- 
pose d'albumine et sous-phosphate de chaux, qui contient 
plus de la moitie de son poids de sel calcaire. 

Quoi qu'il en soit du role physiologique que les matieres 
terreuses jouenl dans les plantes , il n'en est pas moinstres- 
importaiit, puisqu'en s'associant aux principes organiques, 
ellespeuvent les rendre moins alterables, moins solubles 
par 1'eauet augmeuter aussi la solidite des tissus; ce qui 
peut etre tres-avanlageux a 1'exercice des fonctious de la 
plante: ainsi, sans silico la paille des joncs et des gramineos 
n'aurait proba'blement pas la oonsislance necessaire pour 
se tenir droite et resister a 1'action du vent qui tend a la 
flechir. Loin de nous de pretendre que les matieres tor- 
reuses minerales ne concourent pas, an moins indirec- 



( 605 ) 

tement, a la vie des plantes et ne puissent leur etre, j 
qu'a un certain point, necessaires; mais nouscroyons que 
leur action pent fort bien n'etreque chimique oumecanique 
et que leur assimilation, si lantest qu'elle a lieu a 1'instar 
de celle du carbone et de 1'azote, ce qui ne me parait pas 
probable, n'est pas un resultat de 1'action vitale, mais 
uu simple eifet d'affinite chimique ou d'adhesion. Dans 
cette maniere de voir, les substances terreuses pourront 
devenir aussi nuisibles aux plantes qu'aux animaux, si, 
par les progres du temps, elles s'incorporaient en trop 
grande quantiteaux malieres organiques; et , d'un autre 
cote, leur presence n'est peut-etre pas aussi indispen- 
sable pour la formation des malieres vegetales que M. Lie- 
big et son ecole le pretendent, pas plus que le phosphate 
calcaire n'est necessaire aux animaux pour la formation 
du cartilage ou de la gelatine des os. 

II est indubitable d'ailleurs, que toutes les matieres 
inorganiques qui se rencontrent dans les vegetaux , ne 
sorit pas necessaires a leur developpemenl , ni a Fentretien 
do leur vie; car les raphides et les sels calcaires qu'on ren- 
contre a 1'etat cristallin dans beaucoup de plantes, ne sont, 
sans doute, pas favorables a 1'exercice de leurs fonctions vi- 
tales. De plus, il est sullisamment constate, surtout par 
les experiences de M. Payen , que plus un organe vegetal 
est jeune, plus on y rencontre d'azote et moins on y trouve 
de matieres terreuses insolubles; ce qui tend a montrer 
que celles-ci ne sont pas necessaires a 1'assimilation de 
1'azote, ni a la nutrition vegetale en general. D'apres cela, 
il n'est peut-etre pas tout a fait exact d'elablir en agro- 
nomic, comme regie generale , que, pour determiner la na- 
ture de 1'engrais reclame par un vegetal, il suffit de faire 
1'annlyse des cendres qu'il donne, et que les substances 



( 604 ) 

mineralesqui les forment, doivent necessairement se ren- 
contrer dans 1'engrais on dans le sol qui doit servir h 
donner une bonne recolte de celte plante (1). 

En traitant de 1'emploi des os comrne engrais dans 
1'agriculture, 1'auteur recornrnande de les calciner preala- 
blement dans un appareil convenable, pour recueillir les 
prodnils ammoniacaux resultant de la decomposition de la 
gelatine; mais cornme ces sortesd'appareils sont rarement 
a la disposition des cultivalenrs, je crois que le meilleur 
conseil a leur donner , c'est de se borner a faire subir aux 
os une combustion incomplete, qui ne fasse que carboniser 
plus ou moins la gelatine ou la reduire en une espece de 
noir animal. Les os sont devenus alors faciles a pulveriser, 
et leur cbarbon ajoute singulierement a leur action ferli- 
lisante. 

Dans le chapitre V de son memoire, 1'auteur traite 
longuement des circonstances inherentes au sol et au cli- 
mat, qui peuvent modifier beaucoup Faction des engrais. 
En parlant de 1'influence uuisible de 1'eau stagnante sur 
la vegetation, il croit qu'il ne faut pas 1'attribuer, com me 
on 1'a fait jusqu'ici, a ce que les racines baignees par de 
1'eau imparfaitement aeree, ne renconlrent pas assezd'oxy- 
gene utile a 1'exercice de leurs fonctions, et il se tbnde 
sur ce qu'il a vu, dans ses experiences, dufroment plonge 
par les racines dans de 1'eau chargee d'acide carbon ique 
et de sels azotes et lerreux, se developper parfaitement, 
quoique ses racines, dit-il, fussent entourees d'eau ])rivee 



(1) Toutefois, je reconnais volonliers la {jrande utilite de quelques-uncs 
dc ces substances dans le sol , el enlreaulres , celledela polasse, ne ful-ceqiie 
comme a[jent chiftiique ou comme base do saluralion des acides org 
des vqjetanx. 



( 605 ) 

de gaz oxygene. A cet egard, je me permettrai de faire 
observer a 1'auteur, que de Feau chargee d'acide carboni- 
que , exposec a 1'air comme dans les experiences en ques- 
tion, perd Ires-vile la majeure partiede son gaz et prend, 
en remplacement , de 1'oxygene de Fair. I/experience faite 
par 1'auleur ne me semble done pas concluanle pour in- 
iirmer i'opinion generalemenl admise de la grande in- 
fluence de 1'oxygene sur les racines des plantes. 

Le chapitre VI du memoire renf'erme des considerations 
fort utiles sur 1'emploi des engrais verts. L'auleur pense 
que ceux-ci peuvent non-seulement enrichir le sol de ma- 
lieres organiques, mais qu'ils peuvent lui restituer les 
substances minerales qu'ils en ont lirees, sous une forme 
plus favorable & I'alimentation vegetale. 

Dans le chapilre VII, 1'auteur traite des syslemes qui 
ont pour but de remplacer les engrais de ferme par des 
compositions particulieres, que nous pouvons appeler en- 
grais arti ficiels. II s'occupe surlout du systeme deM. Liebig, 
d'apres lequel 1'humus ou les malieres organiques et azo- 
tees ne seraient pas indispensables a la fertilite d'un sol 
el pourraient generalement elre remplaces par des sub- 
stances inorganiques analogues a cellesqui constituent les 
cendres des vegetaux cul lives. L'auleur en ire dans de lon- 
gues considerations pour combatlre ce sysleme, et surtout 
les argumenls specieux sur lesquels M. Liebig a cbercbe 
a 1'elablir. En parlant de 1'observation du celebre cbimiste 
allemand, que les prairies donnent lous les ans d'abon- 
danles recolles tres-riches en azole el en carbone, sans 
avoir recu d'engrais de ferme, 1'aulcur aurail pu fairc re- 
rnarquer que les plantes des pres, que Ton faucbe avant la 
maluralion des graines, loin d'epuiser le sol de malieres 
organiques , Ini fournissent lous les ans, par leurs debris, 



( 606 ) 

plus qu'elles ne Ini ont emprunte, puisque, d'apres les 
observations deM. Boussingault, la matiere organiquequi 
reste acquise an sol apres une recolte de trefle, peut s'e- 
lever a -^ du poids du four rage recolte, taudis que le fro- 
ment recolle apres la maturation des graines, ne laisse 
dans le sol, par ses racines, que le septieme du poids des 
gerbes. Au contraire, si on le fauche lors desa floraison , 
il rend a la lerre, par les racines, environ le quart du poids 
de la recolte. On voit parces donuees, pourquoi le sol des 
prairies peut conserver sa fertilite sans recevoir d'engrais, 
quoique tons les agronomes sachent, du reste, que 1'engrais 
devient aussi parfois necessaire pour augmenter la fecon- 
dite d'une prairie. 

II suffit, ce me semble, de tenir compte des belles expe- 
riences de Th. de Saussure, relatives a 1'influence du 
gaz acide carbonique sur la vegetation, pour comprendre 
toute I'utilite, je dirais presque la necessite, d'une source 
directe de ce gaz dans le sol arable. De Saussure a montre 
que les plantes vegetaient le mieux dans une atmosphere 
contenant jusqu'a d'acide carbonique. Or, comme la 
proportion de cet acide dans Fair esl loin d'atteindre 1 
p. 1000, on comprend loute Timporlance qu'il doit y avoir 
pour les vegetaux de pouvoir puiser ce gaz acide avec 1'eau 
dans le sol , et il ne me parait guere possible que les sub- 
stances mine'rales puissent activer tellement 1'absorption 
de 1'acide carbonique de 1'air, pour que les plantes herba- 
cees, surtout les cereales et autres vegetaux a surface fo- 
liacee peuetendue, puissent en absorber dans I'air autant 
que le sol charge d'humus peut ieur en fournir avec la seve 
ascendante. 

Ces reflexions se trouvent pleinement confirmees par 
les resultats des experiences que 1'auteur du memoire a 



( 607 ) 

faites en plein champ ct qui se trouvent relatees pp. 180- 
182 , 196 et 197 de son manuscrit. Ges experiences pleines 
d'interet et qui paraisscnt avoir ete faites avec beaucoup 
de soin, montrent que les sels mineraux et autres sub- 
stances inorganiques analogues, ne sauraient remplacer, 
pour la vegetation, le furnier de ferme; mais qu'ajoutes a 
n n engrais vert enfoui sur place, ils peuvent porter le ren- 
dernent des cereales au meme point que 1'engrais d'etable. 
Cette derniere observation meriterait d'etre verifiee encore 
par de nouvelles experiences agricoles , parce qu'elle est 
de-la plus haute importance pour 1'agriculture et surtout 
pour le defrichement de nos landes ou le fumier de ferme 
fait generalement defaut : aussi nous ne pouvons qu'ap- 
plaudir aux vues sages et pleines de reserve de 1'auteur, 
lorsqu'il dil , qu'avant de se prononcer trop ouvertemeut 
sur les consequences pratiques de ses experiences, relatives 
a I'efficacite des engrais verts additionnes de sels mine- 
raux, il faudrait faire de nouveaux essais en grand, pen- 
dant trois on quatre annees, sur differenls sols du pays. 

Dans la 2 e partie du memoire, qui iraite des moyens 
d'augmenter la richesse de nos produits agricoles , 1'auteur 
a eu moins en vue la production artificielle de substances 
ou de melanges pouvant tenir lieu d'engrais, que rame- 
lioration de nos procedes de culture en general. Quoique 
ce sujet ne se lie qu'indirectemenl, ce me semble, a la 
question proposee par TAcademie, on doit cependant con- 
venir que le perfectionnement de la culture du sol tendant 
a augmenter la production de 1'engrais, 1'auteur a eu quel- 
que raison de s'en occuper dans un memoire qui devait 
avoir principalement pour but de nous indiquer les moyens 
propres a augmenter la fecondite de notre sol. Nous n'a- 
vons que peu de remarques a faire sur cette partie du tra- 



( 008 ) 

vail de 1'auleur en presence du lumineux rapport dcnotre 
savant collegue M. Morren. Je me permeltrai seulemenl 
de faire remarquer qu'en deplorant le maintien de la ja- 
chere dans plusieursendroits dela Bclgique, I'auteur au- 
rait du, je pense, indiquer les moyens pratiques que nos 
cultivateurs doivent employer pour passer facilement et 
surement de 1'assolement triennal avec jachere a 1'assole- 
ment alterue. J'aurais vu avec plaisir qu'il cut examine, a 
cette occasion , jusqu'a quel point est applicable au sol 
beige, et entre autres, aux Ardennes, le sysleme mis en 
avant par M. Dezeimeris, relalivement a la parlie sud-ouest 
de la France, ou il recommande de remplacer la sole de 
jachere par des four rages halifs, ensemences pendant tout 
1'ete, ce qui permet d'obtenir trois et meme quatre recoltes 
fourrageres successives sur la terre destinee a rester en 
friche et oblige a lui donner autant de labours et de fa- 
c.ons qu'en eut exige la jachere elle-meme. 

Nous avons lu avec interet tout ce que I'auteur dit des 
avantages que Ton peut retirer en Belgique de la culture 
du sainfoin (variete a deux coupes), au moins dans les 
terres profondes, seches etsurtout calcaires. II nous donne 
aussi des details interessants, quoiqu'incomplets, sur la 
preparation, la conservation et 1'application des engrais 
de ferine, tant solides que liquides, et nous fournit quel- 
ques remarques uliles sur 1'emploi de la chaux et de la 
marne. 

Je ne crois pas devoir m'expliquer sur le vceu emis par 
Tauteur, a la tin deson travail, pour la creation d'une so- 
ciele agronomique nalionale et rinslilution de fabriques 
d'engrais sous la direction du Gouvernemenl, parce que 
son projet ne me parait pas assez muri pour etre suscep- 
tible d'une rralisation prochaino. 



( 609 ) 

En resume , jo pcnse que si 1'auteur n'a pas rcsolu com- 
pletement la question proposc'c par 1'Academic, il en a au 
moins singulierement eclairci les points principauxet qu'il 
a ajoute, par ses observations, aux connaissances que nous 
posseclionsdejasurlatheoriedesengraisetsurleursqualites 
nutritives. C'estpourquoi , tenant compte des nombreuses 
recberclies el des experiences multipliees, auxquelles 1'au- 
teur a du se livrer, et dont quelques-unes onl conduit a 
des r&sultats fort interessants, je pense que 1' Academic 
peut lui accordcr au moins une medaille en vermeil. En 
toutcas, je propose I'impression du memoire, en t invi- 
tanl seulement 1'auteur a le revoir avant 1'irnpression , pour 
y faire quelqucs corrections de style, et supprimer meme 
quelques passages peu interessants. 



dc Hi. Slits. 



Apres avoir examine atteritivement le memoire por- 
tanl pour epigraphe : La veritable yloire consisle a faire ce 
qui merite d'etre e'crit et a ecrire ce qui merite d'etre lu 
(PLINE), ainsi que les rapports de mes savants confreres, 
AIM. Martens et Morren, je conclus avec eux, que ce me- 
moire ne repond pas completement a la question proposee 
par 1'Academie. 

Pour justifier cette opinion, je vais brievement exposer 
quelques observations. Ces observations n'ont trait qu'a 
la premiere partie de ce travail; je suis incompetent pour 
juger la seconde. 

L'auteur, en recberchant dans lechapitre premier, com- 
ment et sous quelle forme de combinaison le carbone est 



(610) 

absorbe, examine I'influence de Fextrait de terreau a 1'etat 
d'humate de potasse, sur la vegetation; il demontre, comme 
Saussure 1'a deja d'ailleurs prouve, que cet hurnate est 
reellement absorbe par les radicules. Ayant cherche inuti- 
lement 1'existence de ce sei dans les liquides des plantes , 
dont les radicules venaient d'en absorber O gp ,100, il en 
conclut qu'il se decompose instantanement en entrant 
dans le vegetal et qu'il concourt directement, par son car- 
bone, an developpement organique. 

Comment cetle assimilation a-t-elle lieu? la matiere or- 
ganique cede-t-elle, sans e'prouver de decomposition, ses 
elements a la plante, ou bien est-elle prealablement de- 
composee? L'auteur n'en dit rien ; il ne decrit aucune expe- 
rience tentee pour resoudre cet ini[)ortant probleme. L'au- 
teur n'a pas plus recherche sous quelle forme se trouve 
la base de Thumate dans la se've de la plante, apres que 
la decomposition du sel s'est effectuee. Je trouve seule- 
ment dans son memoire que les cendres d'une jeune planle 
qui s'est developpee dans 1'humate de potasse, renferme 
une quantite de carbonate de potasse plus forte que la 
graine qui lui a donne naissance. 

Cette observation doncne prouve qu'une chose, c'estl'ab- 
sorption de la potasse, ou tout au plus de 1'humate de po- 
tasse; elle est insutlisante pour eclaircir d'une maniere 
quelconque la question de savoir sous quelle forme les 
elements organiques de 1'extrait de terreau sont utilises 
dans 1'acte de vegetation. 

Je reviendrai plus bas sur ce sujet. 

Dans le chapilre II, 1'auteur recherche les sources aux- 
quelles les plantes puisenl 1'azote necessaire a leur consti- 
tution. 

II etudie successivement la part que prennent, dans 1'as- 




( 611 ) 

similation de ce corps, 1'azote libre de 1'atmosphere , 1'a- 
zote des sels arnmoniacaux et des nitrates alcalins et ter- 
reux; il arrive a celte consequence, que I'ammoniaque et 
1'acide azotique ne fournissent pas seulement leur azote 
aux plantes, mais que ces deux corps sont les sources 
principales d'ou les vegetaux tirent cet element. 11 admet 
egalement que i'azole libre pent etre assimile et concourir 
ainsi pour une faible part a la production des matieres 
azotees. Je vais examiner brievement la valeur des expe- 
riences sur lesquelles repose cette derniere conclusion. 
L'auteur en a fait plusieurs; mais il n'y en a qu'une seule 
qu'il regarde comme concluante, et c'est sur celle-la que 
vont porter mes observations. 

L'auteur a introduit dans une serre neuve, bien fermee, 
recevant, a 1'aide d'un mecanisme ingenieux, de 1'air de- 
pouille d'ammoniaque et de matieres organiques, des 
vases renfermant, les uns du sable mele a des matieres 
salines et alcalines, les autres de 1'eau distiliee. Au con- 
tenu de quelques-unsde ces vases, il a ajoute un azotate 
alcalin; au contenu de quelques autres, il a ajoule du 
chlorhydrale d'ammoniaque; il a place sur ces sols ar- 
tificiels, convenablement humectes d'eau distillee, des 
graines d'avoine, de trefle incarnat el de carottes. II a eu 
soin de fournir aux jeunes plantes qui sont provenues 
de ces graines , au fur et a mesure des besoins , 1'acide 
carbonique necessaire pour leur croissance. Ces plantes, 
quel que soil le milieu dans lequel elles ont vegete , sont 
parvenues a leur maturite parfaite, mais en presentant 
pour chacun de ces milieux des differences notables. Le 
developpement organique a ete faible dans un milieu de- 
pourvu de sel ammoniacal ou d'azotate. Le dosage d'azote 
fait de la recolte obtenue dans ce dernier milieu a 



domic cependant pour resullat quo cliaque plaulc coiitient 
20 centimetres cubes d'azote de plus que la grainc dont elle 
est provenue. 

L'auteur conclut de ce fait que c'esl ('atmosphere qui a 
fourni cette quantite d'azole. Cette conclusion ne me parait 
pas fondee. Je m'explique : je ne nie point que 1'azote de 
I'almospliere puisseetre assimile; je suis an contraire tout 
dispose a admetlre ce fait; les proprieles de I'azote rendent 
cette opinion probable; mais je dis que 1'experience de 
1'auteur n'aulorise point cette conclusion. En eflet, com- 
ment a-t-il opere? II a fait developper des plantes dans 
de 1'air qu'il avait depouille de I'ammoniaque, qui s'y 
trouvc habituellement, et dans un sol depourvu de sels 
ammoniacaux; mais il a eu 1'imprevoyance de placer ces 
plantes a cote ou au moins dans un espace ou se trou- 
vait un sel ammoniacal en contact de la chaux, du car- 
bonate de chaux , et de silicate alcalin , corps qui doivent 
degager plus ou moins d'ammoniaqiie ou de carbonate 
d'ammoniaque. 

Je le repete, malgre toutes les peines que 1'auieur s'est 
donnees, le probleme de la fixation de 1'azole libre reslc 
encore a resoudre d'une rnaniere delinitive. 

L'auteur a fait examiner par un cbimiste la seve ex- 
traite des plan les qui se sont developpees dans le sol con- 
tenant de 1'azolate alcalin d'un coteet un sel ammoniacal 
del'autre. L'analyse dece liquide a montre qu'il renferme, 
dans Fun et 1'autre cas, de Talbumine , mais qu'il ne ren- 
ferme ni ammoniaque ni azolate. De ces fails, joints a 
1'augmentation de recolles que 1'auteur a observee par 
1'emploi des azotales el des sels ammoniacaux, il conclut 
que I'azote de 1'acide azolique el de rammoniaque csl la 
source de I'azote des plantes. Cetle conclusion souleve 



( 613 ) 

moins d'objections que la precedente; cependant 1'observa- 
tion est encore incomplete. Si 1'acide azotique est reduit, 
1'auleur aurait du recliercher par quelles series de trans- 
formations celte decomposition s'opere; il nous dit scule- 
ment qu'il ne se produit pas d'ammoniaque. Qiie devient 
la base du scl ? reste-l-elle dans le vegetal , combinee a un 
acide organique qui s'est forme, ou bien est-elle eliminee? 

Ainsi, en faisant abstraction de 1'assimilatioii de 1'azole 
de 1'air, 1'auteur pose en principe que I'ammoniaque, les 
sels ammoniacaux et les nitrates sont les sources de 1'azote 
des vegetaux. Si cette conclusion est rigoureuse, il faut ad- 
mettre que 1'azote des matieres orgaiiiques, avant d'etre assi- 
mile par les plantes, doit passer a Tetat d'ammoniaque ou 
d'acide azolique. Ainsi, 1'acide urique du guano, par exem- 
ple, devrait cprouver cette decomposition, qui n'est demon- 
tree par aucune experience directe ou indirecle. L'auteur , 
d'ailleurs, n'admet-il pas a tort ou a raison, que 1'humus 
est directement assimilc par les plantes? Pourquoi refuser 
cette propriele aux composes organiques nitrogenes? 

Apres cette exposition, 1'auteur discule immediatement 
le role que jouent les matieres inorganiques dans les plan- 
tes; il passe ainsi enlierement sous silence I'influeucc de 
1'oxygene dans la vegetation. L'intervention de ce corps 
est cependant certaine, et nous ne connaissons rien ou 
presquc rien de son mode d'action. Sous ce rapport, le 
memoire presente une lacune regrettable. Les substances 
minerales remplissent, suivant 1'auteur, un role nutritif 
analogue a celui du carbone, de 1'azole, etc. Je ne puis 
partager cet avis, quoique j'admette qu'il n'y ail point de 
vegetation reguliere possible sans le coricours de ces sub- 
stances. 

Dans ma maniere de voir, les matieres minerales que 
TOME xv. 41. 



( 614 ) 

les vegetaux renfernient, remplissenl deux fonctions hicn 
dislinctes; les lines servent, comme les phosphates de nos 
tissus, a maintenir la forme des planles: leur role est 
purement mecanique; les autres, les alcalis et les sels, 
servent d' in termed iai res on de moyen pour Faccomplisse- 
ment des differenls phenomenes chimiques qui se passenl 
dans les vaisseaux des plantes. Ces reactions ne seraierit 
guere possibles sans leur presence, pas plus qu'une vie 
animale et reguliere n'est possible sans la presence des 
alcalis et des sels dans le sang. Je suis persuade que 
Fexperience directe demon trera un jour que Faction des 
alcalis et des sels sur la vegetation est subordonnee a la 
presence de Foxygene dans les liquides des vegetaux ; j'ai 
la persuasion, dis-je, que ces corps, les alcalis surtout, 
presentent les matieres absorbees par les racines dans 
un etat convenable pour subir, de la part de 1'oxygene , 
une alteration qui les rende ainsi aptes a rassimilation. 
Je ne puis preciser quel est ce genre d'alteration; rnais le 
phenomene decrit par Fauteur sur 1'humate de potasse, 
d'autres faitsqui sont a ma connaissance, comme la trans- 
formation des tartrates et citrates alcalins et terreux en ace- 
tates et en carbonates de cos bases, ne me laissent au- 
cun doute sur la realite des phenomenes. Quoique j'ad- 
inetle que Faction des alcalis, dans la vegetation, se borne 
a une fonction de moyen ou d'intermediaire, et est subor- 
donnee a la presence de Foxygene, je ne pretends cepeu- 
dant pas que Finverse a lieu, c'est-a-dire que Finfluence 
de Foxygene est nulle sans la presence des alcalis ; la re- 
duction de Fammoniaque est la pour prouver le contraire. 
Je passe sous silence plusieurs sections du memoire 
consacrees an role des sullates, de la silice, de la potasse, 
de la soude, des chlorures alcalins, des phosphates; je 



(615) 

ii V irouve aucun fait ni aucune experience analytique ou 
pratique, propre a elucider la nature de 1'influence de ces 
corps. J'arrive au chapitre IV, dans lequel 1'auteur examine 
la question de savoir si les malic-res nilrogenees, alcalines 
ou terreuses sont decomposables et decomposers dans 
1'acle de la vegetation. Je m'atteudais a trouver, dans ce 
chapitre, le resultat d'une serie d'experiences analytiques 
f'aites dans le but de determiner si, comme plusieurs chi- 
misles et physiologistes le pretendent, et comme 1'auteur 
Jui-meme 1'admet, les sels les plus stables, tels que les sul- 
fates et chlorures alcalins et terreux, etc., sonl decomposes 
dans 1'acte de la vegetation. Malheureusement il n'en est 
rien ; 1'auteur se borne a exposer les fails connus et a emettre 
quelqueo hypotheses qui sont souvent inadmissibles, parce 
qu'elles sont contraires aux lois de la chimie. C'esl une 
seconde et importante lacune. 

Le chapitre V renferme des considerations sur les cir- 
constances qui modifienl Faction des engrais. Ces consi- 
deralions sont plutot du domaine pratique que du domaine 
scientifique. J'en dirai autant du chapitre VI. 

Le chapitre VII est consacre a 1'examen des nouvelles 
theories sur les engrais. Mon savant collegue, M. Martens, 
en a fait, dans son rapport, une analyse tres-detaillee; je 
crois inutile de la reproduire; je me hornerai a dire que 
je considere la section 4 de ce chapitre, dans laquelle 
1'auteur discute le systeme de M. Liebig, comme la partie 
la plus importante du travail; c'est uii traite ex professo 
sur la matiere et riche en experiences bien coiiQues et qui 
paraissent avoir ete bien executees. Ces experiences, si 
el les se confirment, seront d'une imporlance reelle pour 
Tagriculture. Aussi, j'ai lu et relu ce long paragraphe avec 
le plus vif interet. 






( 610 ) 

En resume, pour repeter ce que j'ai eu riionneur de dire 
en commenc.ant, la partie de ce memoire que j'ai examinee 
ne repond pas enlierement aux questions qui y sont trai- 
lees. Ellepresente des lacunes importanlcs; elle renferrne 
des conclusions non justifiees par les fails; cependant on 
y trouveegalement des experiences et des vues dignes d'etre 
meditees, et qu'il serait infiniment regrettable de perdre 
pour la science et pour 1'agriculture. Cette derniere con- 
sideration me determine a me joindre a mon honorable 
confrere, M. Martens, pour demander a 1'Academie 1'im- 
pression de ce memoire, et de decerner a son auteur une 
medaille en argent pour prix de ses efforts. i> 

Apres avoir entendu les rapports de ses commissaires, 
MM. Morrcn, Martens et Stas, la classe a delibcre sur 
leurs conclusions, et a resolu de decerner une medaille en 
vermeil a 1'aulenr du memoire envoye au concours; elle a 
ordonne en meme temps I'impression de ce travail, du a 
M. Henri Le Docle, agriculteur a Flemalle-Haute, province 
de Liege. 



QUATRIEME QUESTION. 



Sur trois millions d'hectares de terre que renferme la 
Belgique, prcs de 500,000 sont encore incultes, speciale- 
ment dans la Campine et les Ardennes. Deja de nombreuses 
experiences ont ete faites dans ces contrees ou les landes 
abondent. 

L'Acadenrie dcmande une dissertation raisonnee sur les 
mcilleurs moycns de fertiliser, soil les landes de la Campine 






( 617 ) 

soil les landes ties Ardennes, sous le point de vue de la crea- 
tion de forels, d'endos, de rideaux d'arbres, de prairies et 
de terres arables , ainsi que sous le rapport de ['irrigation. 

Quatre memoires ont ele envoyes au concours, portant 
les epigra plies : 

N 1. Ce qui appartient & plusieurs n'apparlient a 
person ne ; vendez les bruyeres, et le de- 
frichement suivra. 

N 2. Des landes en friche , des bras oisifs sont 
aussi sleriies que des capitaux enfouis dans 
un coffre. (RAI.\GO.) 

N o. Le defoncage et la profonde fcrlilisation du 
sol sont les plus grands progres que puisse 
faire ('agriculture. 

N 4. La terre, bien ou mal employee, et les tra- 
vaux des sujets, bien ou mal diriges, deci- 
dent de la richesse ou do I'indigence des 
Etals. 



de 



Depuis qu'il est constate que la Belgique ne produit 
pas assez de ble pour 1'entretien de sa population, on a 
generalement send Fimportance de donner plus d'exten- 
sion a la culture du sol et de defricher les landes impro- 
ductives de !a Campineetdes Ardennes. L'Academie royale 
des sciences qui , des les premieres annees de son institu- 
tion par 1'imperatrice Marie-Therese, avait compris 1'a- 
gricullure dans le cercle de ses travaux, et qui deja, a cetle 
epoque, avait appele 1'attention des savants et desagrono- 
mes sur le defrichement de la Cam pine, ne pouvait me- 
connaitre 1'extieme avantage que retirerait le pays de la 
mi so en culture des milliers d'heclares steriles qui en cou- 



(618) 

vrent encore la surface. Elle avail, en consequence, pro- 
pose, en 1845, pour sujet d'un de ses prix annuels, la 
question suivante : 

Sur trois millions d'hectares de terre que renferme 
la Belgique, pres de trois cent mille sont encore in- 
cultes, specialemenl dans la Campine et les Ardennes. 
Deja de nombreuses experiences ont ete faites dans ces 
provinces ou les landes abondent. 

L Academic demande une dissertation raisonnee sur 
les meilleurs moyens de fertiliser les landes de la Cam- 
pine et des Ardennes , sous le triple point de vae de la 
creation de forests , de prairies et de terres arables. 

L'appel de F Academic ne fut pas fait en vain. Cinq me- 
moires en reponse a la question proposee furent envoyes 
a la cornpagnie, et quoique trois d'entre eux renfermassent 
des vues judicieuses et des donnees fort utiles sur les 
precedes de defrichement a employer, aucun d'eux cepen- 
dant n'oflrit une solution complete de la question. L'A- 
cademie ne put done les couronner; mais elle leur accorda 
des mentions honorables et les honneurs de rirnpression. 

La question fut remise an concours pour 1847; mais, 
considerant qu'il serait difficile de trouver des agronomes 
qui connussent a la fois ragriculture des Ardennes et 
celle plus ou moins diiferente de la Campine, 1'Academie 
jugea a propos de se montrer moins exigeante et de bor- 
ner la question a 1'indication des precedes de defrichement 
applicables aux seules landes de la Campine. Le concours 
n'ayanl pas produit le resullat desire, 1'Academie pro- 
posa de nouveau pour 1848, la question du defrichement 
dans les termes suivants : 

On demande une dissertation raisonnee sur les meil- 
JD leurs moyens de fertiliser soit les landes de la Campine , 



( 619 ) 

soit les landes des Ardennes , sous le point de vue de la 
creation de forets, d'endos , derideaux d'arbres, deprai- 
y> rics et de terres arables , ainsi que sous le rapport de Vir- 
rigalion. 

L'Academie cette fois n'a qu'a se feliciter du resultat 
du concours. Quatre memoires lui ont etc envoyes en re- 
ponse a la question. Deux de ces memoires traitent du 
defrichement de la Campine; un troisieme, du defriche- 
ment des Ardennes, et un quatrieme, du defrichement en 
general. Tons les quatre renferment des donnees utiles , 
tous s'accordent a considerer 1'intervention du Gouverne- 
ment comme indispensable pour atteindre le but desire , 
c'est-a-dire un defrichement aussi prompt que possible 
de nos landes : et, en effet, cette operation , pratiquee en 
grand, est toujours tres-difficile , et ne donnant des pro- 
fits qu'au bout de 5 a 10 ans, on ne saurait la confier 
completement a 1'interet prive, surtout dans un pays ou 
les capitaux ne sontpas tres-abondants. Le Gouvernement 
doit done favoriser et accelerer le defrichement en se char- 
geant au moins d'une partie des travaux que cette opera- 
lion reclame et en eclairant les agronomes sur tout ce 
qu'il y a a faire pour amener un defrichement a bonne 
lin : car ne perdons pas de vue que la direction d'un de- 
frichement est loin d'etre une chose simple et facile. II y 
a une foule de choses a regler ici : constructions, che- 
mins, clotures, fosses, traces des pieces, classement des 
terres, plantations, prises d'eau et irrigations, defriche- 
menl , amendement du sol , assolement, gouvernement 
des hommes, choix des bestiaux et des instruments agri- 
coles, debouches pour les produits , souvent introduction 
de nouvelles plantes, etc.; mais avant tout il faudra faire 
une analyse au moins sommaire du sol, determiner Te- 



( 620 ) 

paisscur de la couchc vegetale et de cellesqui soul au- 
dessous jusqu'a la profondeur d'nn demi-metre au moiiis, 
voir quels sont les vegetaux qui couvrent naturellemeiit 
le sol et font connaitre, jusqu'a un certain point, sa na- 
ture, examiner quelles sont les plantes qui reussissent le 
mieux dans des terrains analogues cultives, quelles sont 
les productions agricoles les plus recherchees dans la lo- 
calile on les plus avantagenses a produire; enfin, il faut, 
avant de mettre la main a 1'oeuvre, determiner approxi- 
mativement quelle sera la mise de fonds? quels seront 
les produits presumables? quels seront les benefices? 

II s'en faut de beaucoup que les concurrents aient tenn 
conipte de toutes ces circonstances ; aussi deux d'entre 
eux ne nous ont presente que des travaux tres-incom- 
plets; un troisieme a approche de la solution de la ques- 
tion, et le quatrieme, s'il n'a pas pleinement satisfait au 
programme de 1'Academie, nous a, du moiris, presente 
un travail fort remarquable qui merite d'etre recompense. 

Pour mieux faire connaitre la valeur respective des 
quatre memoires envoyes au concours, nous allonsproce- 
der a leur analyse dans 1'ordre de leur reception par PAca- 
demie. 

Le memoire n 1 , porlant pour devise, ce qui appartient 
dplusieurs, n appartient a personne; vendcz ks bruycrcs 
et le de/richcment suivra , prend pour point de depart la 
supposition que le droit de propriete des communes sur 
les landes ne pent s'etendre au dela du cerclc ou elles 
ont un parcoursjournalier;que,d'aprescela,nn tiers seu- 
lemenl de nos landes, environ cent milles hectares, de- 
vrail etre considere comme propriete communale, et que 
le reste pourrait etre regarde comme propriele de 1'ttat. 
L'auteur admet cnsuitc que legouvcrnement, pour assurer 



( 621 ) 

le defrichement dcs landes, devrait forcer les communes 
a vendre eel les qui leur appartiennent et s'occuper lui- 
meme du defrichement des autres. Celles-ci que, d'apres 
1'auteur, on peut ^valuer a deux cent mi lie hectares, seraienl 
divisibles en trois categories, vingt mille propres a 1'ir- 
rigation, cent mille pour terres labourables, et le reste 
pour forets. C'est par les travaux d'irrigalion que le de- 
frichement devrait commencer, et 1'auteur propose d'y 
employer en grande partie 1'armee, afm, dit-il, de di- 
minuer la depense et surloul de repandre la connaissance 
de ces sortes de travaux dans les masses; par la le soldat, 
de retour chez lui , pourra utiliser les notions qu'il aura 
acquises en participant aux operations de defrichement. 
Les cent mille hectares de terres labourables devraient, 
d'apres 1'auteur , etre partages en cinq mille fermes de 
trente hectares; a chacune d'elles on joindraitquatre hecta- 
res d'irrigation et six hectares de forets de sapin; ces dix 
derniers hectares, fussent-ils eloignesd'une lieue du foyer 
de la ferme. La ou les localiles se preteront a ce mode 
de division des landes, le plan de 1'auteur pourra probable- 
ment etre suivi avec fruit, au moins pour la Campine, 
dont il s'occupe exclusivement. Mais on comprend que le 
defriehemenl et 1'etablissement de cette grande masse de 
fermes exigera des capitaux considerables au-dessus des 
ressources du Gouvernement; aussi 1'auteur croit que 1'E- 
tat pourrait se borner a faire les travaux d'irrigation, les 
semis de sapins, et ne batirque quelques fermes pour 
servir de modele, y faire les premiers travaux de defri- 
chemenl et tracer les chemins vicinaux; apres quoi , dit- 
il , on trouverait facilcment des acheteurs pour ces fermes 
et pour lout le rcste, si 1'Etal vendait les landes ameliorees 
au prix de revienl des travaux d'irrigation , de semis et 



de routes construites, el n'en reclarnait le payement qu'a 
partir de la cinquieme ou sixieme annee de la vente, alors 
que les terrcs seraient en plein rapport. Les travaux d'ir- 
rigation dans la Campine sont evalues par 1'auteur en 
moyenne a 500 francs I'hectare et, pour les semis de sa- 
pins, a 55 francs I'hectare; de sorte que 1'avance a faire 
parl'Etat pour I'ensemencementetrirrigation s'eleverait a 
treize millions environ. Si done le Gouvernement consa- 
crait tous les ans cinq millions a ces travaux, les landes 
steriles disparaitraient bientot du sol de la Belgique, en 
admettant que les calculs de I'auteur soient exacts; ce 
que Inexperience deja acquise par les travaux de defriche- 
ment et d'irrigation effectues peut seule nous faire con- 
naitre. Nous ne sanrions mieux faire a ce sujet , que de 
rerivoyer a 1'interessant rapport qui a etc public dans le 
Moniteur du 5 aout 1848, sur les operations pour la 
transformation en prairies des bruyeres vendues a Over- 
peld,en 1846. 

Apres avoir expose la marche que le Gouvernement de- 
vrait suivre pour favoriser le defrichemenl de nos landes, 
I'auteur s'occupe des melhodes de culture applicables au 
defricbement de la Campine; il fait ressortir surtout les 
avanlages a reiirer de la culture du genet (Spartium sco- 
parium). Suivant lui, apres avoir brule la bruyereet la- 
boure assez profondement la terre, il faut semer des ge- 
nets, qui ofl'rent Tavanlage de ne pas reclamer d'engrais, 
qui ameliorent le sol , fournissent du bois de chauffage, de 
la litiere et meme des cendres propres a amender la terre. 
Les genets e'lant arrives au terme de leur croissance, ce 
qui arrive au bout de 5 ans, on les arrache, et, apres avoir 
laboure la terre, on y seme du seigle sans fumure, qui, 
suivant I'auteur, donne une recolte magniiique la qua- 



(623) 

trieme annee du defrichement; la cinquieme annee, on 
peut encore avoir une recolte de seigle, et, la sixieme, 
une recolte d'avoine, meme sans fumure, s'il faut en croire 
le memoire. Ces derniers resultats me paraissent tres-con- 
testables, quoique je ne melte pas en doute les avantages 
de la culture du genet pour fertiliser plus ou moins les 
landes sablonneuses de la Campine. 

L'auteur enlre aussi dans quelques details relatifs a 1'e- 
tablissement des bois de sapin et de chene. II s'occupe 
encore des oiseaux sauvages, en tant qu'ils peuvent etre 
uliles on nuisibles a I'agricullure; il se livre a quelques 
considerations sur la construction de la fermeet de ses de- 
pendances; raais les donnees qu'il fournit a ce sujet , sur- 
tout celles relatives aux oiseaux, ne presentent aucun 
interet et auraient pu etre avanlageusement supprimees. 
II est facile de juger par cetle analyse succincte du me- 
moire n \ , que la question proposee n'y est traitee que 
d'une maniere fort incomplete et que 1'auteur est loin de 
meriter la medaille d'or. 

Le memoire n 2 avec la devise : Des landes en friche, 
des bras oisifs sont aussi steriles que des capitaux enfouis 
dans un coffre (RAINGO), traite du defrichement des landes 
des Ardennes. Ce memoire est remarquable par son eten- 
due et la maniere savante dont le sujet y esl expose. L'au- 
teur passe d'abord en revue les influences nuisibles qui ont 
ele attributes au climat des Ardennes par rapport a 1'agri- 
cullure, et montre qu'aucurie d'elles ne saurait etre un 
obstacle serieux au defrichement. Sans adopter complete- 
ment les idees de 1'auteur, lorsqu'il pretend que les gelees 
blanches , assez frequentes dans les lieux marecageux des 
Ardennes, nenuisentpas a la fructification des cereales, et 
que 1'avortement des graines dans ces local ites doit plutot 



( 624 ) 

elre altribue a Femanation dos gaz insalubres des marais, 
nous pensons que le dessechement de ces marais, en dimi- 
nuant Pellet des gelees blanches ou le depot d'une eau 
glacee sur les epis des eereales pendant les units Iroides 
du printemps et meme de Fete, doit inevitablement reme- 
dier en grande partie an mal signale. 

L'auteur s'atlache assez longuement a prouver que le 
climat des Ardennes ne peut faire obstacle a la culture du 
fromeot. En effet, il parait difficile de croire que la tem- 
perature moyenne estivale, celle des mois de juin, juil- 
let et aout, n'y atteigne pas 14C., qui parait etre, en ge- 
neral, le minimum de temperature d'ete, indispensable a 
la culture du froment. En tout cas, je suis porte a croire 
qu'excepte dans les lieux eleves exposes au nord, la tem- 
perature ne saurait faire obstacle a la culture du froment 
en Ardenne, puisque la partie la plus elevee n'est que de 
680 metres au-dessus du niveau de la mer, d'apres les indi- 
cations de M. D'Omalius d'Halloy; ce qui suppose une 
diminution de temperature de 5 */ 2 degres par rapport 
a la temperature des lieux bas de la Belgique; et si Ton 
admetavec le celebre P. De Candolle, dans son beau travail 
De la geographic des plantes, insere dans les Memoires d'Ar- 
ceuil, que, dans nos climals, un degre en latitude influe 
sur la temperature moyenne a pen pres comme 180 a 200 
metres de hauteur absolue (1), il en resulterait que le climat 
de PArdenne devient analogue a celui des contrees de PEu- 
rope situees entre le 55 e et le 54 e degre de latitude, c'est- 
a-dire au climat du nord de FAllemagne ou des environs 
de Hambourg; or, on sail que le froment peul se cul liver 



( I ) Mamnires d'drceuil , I . Ill , }> . 570 . 



( 6-23 ) 

jusqu'au t>0 c degre do latitude au nord; ajoutons encore 
que De Candolle a vu le froment cultivc a pros de 1800 
metres de hauteur dans le midi de la France. 

L'auteur, jugeanl necessairede faire connaitre 1'elat de 
i'agriculturc dans les Ardennes avant de passer a 1'expose 
dcs methodes de defrichement, elablit d'abord uneclassi- - 
lieation dans les terrains d'apres leurs caracteres agrono- 
miqnes, leur exposition et leur degre d'humidite. Nous 
regrettons qu'il ne nous ait pas donne a cette occasion des 
notions un pen precises sur la composition chimiqueetgeo- 
gnoslique du sol des Ardennes, sur 1'epaisseur de lacouche 
vegetale et la nature du sous-sol. L'absence de ces donnces 
rend sa classification des terrains imparfaile et un peu 
vague. II nous fait connailreensuite les assolements habi- 
tuellement employes dans cette contree, assolements dans 
lesquels, com me il 1'a fait observer, il entre trop peu de 
planles fourrageres comparativement aux cereales. Sous 
ce rapport, une reforme serai t necessaire dans 1'agricul- 
ture ardennaise, et i'autetir ne manque pas de la signaler. 
II indique aussi les changements a introduire dans la ma- 
niere de preparer le fumier et de faire les semailles. II s'oc- 
cupe de la pratique des irrigations appliquees aux prairies 
et des ameliorations a faire subir a ces dernieres. II con- 
seille de supprimer, en general, toutes les prairies non 
irrigabies et dc les remplacer par des prairies artilicielles, 
telles quedessainfoinieres, dont le produit est generale- 
ment plus eleve. Un point que 1'auteur a neglige, je pense, 
d'examiner, c'est de savoir si , a defaut de cours d'eau assez 
eleves pour etre employes directement aux irrigations , on 
ne pourrait pas se servir avantageusement, dans les Ar- 
dennes, de precedes mecaniq ues peu couteux propres a 
elever les oaux. Ainsi, il eul etc curieux d'examiner si le 



( 626 ) 

moulin a vent de M. Amedee Durand ne serait pas a cet 
cffet d'un emploi avantageux dans les Ardennes (1). 

L'auteur expose ensuite les ameliorations a faire dans 
1'economie forestiere, et demontre I'mrgence de maintcnir 
generalement intactes, dans les Ardennes, les forets exis- 
lantes et d'en augmenter meme I'etendue; mais il propose 
de limiter leboisement aux terres incultes qui ne sauraient 
recevoir utilement d'autre destination, et de transformer 
toutes les autres en prairies et en terres arables. A ce sujet, 
il emet le voeu que le Gouvernement nomme deux commis- 
sions, Tune forestiere, 1'autre agricole, pouraller, de con- 
cert, examiner les plaines des Ardennes, et designer, 
apres une etude serieuse, quelles sont les parties qu'il con- 
vient de boiser, quelles sont celles qui doivent etre affec- 
tees a la culture des terres arables, en exposant en meme 
temps leurs vues sur la nature des essences a propager et 
le mode de defrichement. Le travail de cette commission, 
transmis a chaque commune ruraie, pour la partie qui la 
concerne, pourrait servir de guide aux travaux a entre- 
prendredans 1'interet de 1'agriculture. 

L'auleur croit aussi, avec raison, qu'il serautile d'elablir, 
dans plusieurs localites des Ardennes, du cote du nord, 
des zones d'arbres resineux de la largeur de 60 a 125 me- 
tres, destines a abriter les champs contre les vents trop 
froids, et il assure avoir observe que la distance a laquelle 
Farbre fait eprouver son influence bienfaisante est environ 
le decuple de sa hauteur. Nous pouvons ajouter a ces ob- 
servations 1'autorite d'un grand agronome, le comte de 



(1) Bulletins de la Societe d'encouragement de Paris, annee 1845 
page 525. 



( t>27 ) 

Gaspariu , qui dit que, dans lescontrees tour men tees par 
de grands vents, il est bon de mettre en tete des terres, 
dans la direction du vent, de forts massifs d'arbres verts 
tels que le pin maritime dans les terrains siliceux et le 
laricio dans les terrains calcaires. 

Avant d'entrer dans 1'expose des methodes a employer 
pour le defrichement des terres labourables, I'auteur s'at- 
laclie a prouver qu'il n'existe pas d'obstacle serieux a la 
tnise en rappori des landes des Ardennes; que le maintien 
du parcpurs des landes communales, quoique juge utile 
par la deputation permanente du Luxembourg, n'est pas 
dans 1'interet du pays, et qu'il faut, au contraire, suppri- 
mer ce parcours pour en venir au defrichement. L'auteur 
fait observer, qu'en remplac.ant celte vaine pature par des 
prairies artificielles , et surtout par la culture des plantes- 
racines, on pourra fournir au betail une nourriture bien 
plus abondante que celle que leur fournissenl les landes 
communales; et, en elfet, non-seulement le gros betail, 
mais meme les moutons, peuvent etre nourris en partie 
de racines (1). D'ailleurs rien n'empeche de se procurer 
dans les terres pauvres et arides des paturages artiliciels 
valant beaucoup mieux pour les moutons que les bruyeres 
communales. Quoi qu'il en soit,l'auteur, adoptanten cela 
les idees deja emises par M. Bonjean, dans son Essai sur la 
question de defrichement des landes (Liege, 1845), montre 



1 Thaer donnaita ses moutons pour ration 2 livresde pommes deterrecrues 
et 1 livrede Coin; souvent aussi il leur donnail 4 livres de pommes de terre 
crues avec de la paille; mais en meme temps il leur donnait deux fois pap 
semaine du sel ;i lecher toute la journee. On peut egalement leur donner, 
surtout en hiver, des caroltes et des betteraves melees avec du son ou de la 
paille. 



( 628 ) 

quo 1'agriculteur ardennais tient, en general, trop de be- 
tail en comparaison des (barrages doiit il pent disposer, 
et qu'il serait de son interet dc diminuer Je nombre de ses 
bestiaux, alin de pouvoir mieux les nourrir ou les en- 
graisser et en retirer im fumier plus substantiel; que, 
dans lous lescas, il pent se passer, a 1'aide d'un bon sys- 
teme de culture, du parconrs commun des bruyeres, qni , 
joint a 1'absence dc connaissances agricoles dans les Ar- 
dennes, est le plus grand obstacle au defrichement. 

Passant a 1'examen des melhodes de defrichement, 1'au- 
teur discute la question de savoir si le defrichement doit 
commencer generalement par Pecobuage applique a la 
coucbe superficielle du sol, chargee de bruyeres, ou s'il 
est preferable de retourner simplement cetle couche a 
1'aide de la charrue. II se prononce en faveur de 1'ecobuage 
et, selon nous, avec raison, parce que, praliquee avec soin, 
cette operation doit transformer presque immediatement 
les dechets des bruyeres el leurs parties ligneuses en une 
espece d'humus, et detruire en meme temps les germes des 
plantes et des iusectes qni pourraient nuire a la cullure. 
Toutefois 1'ecobuage n'est guere utile que dans les terres 
ou la bruyere et aulres vegetaux d'une decomposition lente 
abondent, puisque la seulement il peut fournir au sol une 
quantite notable de maleriaux nutrilifs provenant de la 
combustion incomplete ou de la carbonisation de ces 
plan les. 

Dans le defrichement de la bruyere, il faut encore, dit 
Fauteur, avoir egard a la frequenle acidite du sol, qui doit 
etre combaltue parlechaulage, et qui, laril qu'ellesubsiste, 
est un obstacle a la culture des cercalcs ou au moins a celle 
du froment. II recommande surtout d'introduire sur les 
landes la cullure du irelle, du sainfoin et de la luzerne. 



( 629 ) 

Cos deux deruieres plantes sont tres-precieuses pour les 
Ardennes, parce qu'elles ne redoutent pas la secheresse, 
qu'elles ameliorent le sol et fournissent une abondanle 
iioiirrilure pour le betail. II est a rna connaissance que, 
dans plusieurs localites assez elevees dc la province de 
Liege, la luzerne donne jusqu'a 4 coupes; mais il faut la 
semer dans une terre profondement de'foncee. Le treile 
incaruat peut aussi rendre de grands services dans le de- 
fricliement a cause de son rapide dc'veloppement, qui fait 
qu'ensemence en automne, il pent etre utilise au prin- 
temps, an moins quinzejours avant les autres trefles. Parmi 
ceux-ci , 1'auleur recommande specialement le treile blanc 
et fait remarquer que la bruyere, dont on a retire deux re- 
coltes de cereales apres 1'e'cobuage, peutdonner dansun sol 
amende etlegcrementfume un treile blanc propre a engrais- 
ser par le parcours 56 moutons de petite taille, par hec- 
tare. Apres le seigle qui suit 1'ecobuage, on cultive aussi 
sou vent en Ardenne le colza et le lin. Seulement ces 
plantes, qui reussissent tres-bien dans le sol ardennais, 
1'effritent et exigent qu'on lui donne beaucoup d'engrais. 

II me semble qu'on devrait surlout semer dans le seigle 
qui succede a 1'ecobuage, un palurage de trefle blanc, lupu- 
line et ray-grass y qui dure generalement trois ou quatre 
ans et qui permet de se passer de prairies; on peut aussi, 
pendant les six premieres anneesdu defrichcment, cultiver 
avantageusement la spergule, les pommes de terre, Forge, 
1'avoine, la vesce, etc.; mais il faut pour cela des amen- 
dements et meme des engrais, que Ton ne se procure pas 
toujours tres-faci lenient en Ardenne. L'auteur insiste, a 
cetle occasion, sur la necessite d'y employer les os, apres 
leur avoir fait subir une preparation convenable, sur 1'a- 
vanlage qu'il y aurait a y etablir des depots d'engrais arti- 
TOME xv. 42. 



( 030 ) 

iiciels, et a ce sujct il signale, d'apres M. Stcenhousen, la 
possibililed'uliliser a loutes les slalions du clicmin de fer 
ies urines dont on precipiterait 1'acide phosphorique et 
meme 1'aminomaquc, par {'addition d'un peu de chaux 
et de charbon de bois pulverise; le depot ainsi obtenu 
constituerait uii engrais precieux sous un petit volume. 
Je crois touteibis devoir faire remarquer ici que, d'apres 
des experiences qui me sont person nelles, ni la chaux 
ni le charbon lie sauraient retenir toute J'ammoniaque 
de 1'urine, et on sait d'ailleurs qu'un exces de chaux 
tend merne a en degager rammoniaque. Aussi suifil-il, 
comme je 1'ai recouiiu, d'une ires- petite quaiitite de chaux 
(deux grammes de chaux elciiitc par litre d'urine forte) 
pour precipiler lout 1'acide phosphorique (1). 

Parmi les engrais verts que le sol lui-meme peut pro- 
duire, 1'auteur vante surtout la spergule intercalee entre 
les recoltes qui se coupeut de juillet a seplembre et les 



(1) On oblient ainsi un depot d'environ 1 pour cent de 1'urine employee, 
abstraction faite de I'addition du charbon. Dans trois experiences que j'ai 
faites avec trois especes d'urine b umaine, le depot etait rneme reste en-tlcssotis 
de ce chiffre et avail varie entre 0,75 et 0,94 pour 100 d'urine. Or, en eva- 
luant a 20,000 hectolitres la quantile annuelle d'urine a recueillir dans Ies 
stations du chemin de fer (ce qui suppose un mouvemeut de voyageurs de 
4,000,000 au moins . puisqu'on ne peut compter au maximnm qu'uii demi- 
litre d'urine par voyageur , vu que les f ne font que de petits parcours) , il en 
resulterait environ 200 hectolitres d'engrais artificiel ; et en admetlant qu'il 
n'en faille que 20 par hectare, on aurait de quoi amender par eel engrais 
10 hectares par an; ce qui n'offre aucune ressource pour ragriculture ar- 
dennaise. II est done preferable d'uliliser sur les lieux memes Furine recueillie, 
en la repandanl sur les prairies ou les terres voisines , d'autant plus que 
1'urine , debarrassee de 1'acide phosphorique par la chaux , conserve , merne 
apres I'addition de 1 pour cent de charbon, presque toute son ammoniaque 
en dissolution. 



(631 ) 

semaillesdu priu temps. Cette planted autresvegclauxamc- 
liorants doivent toujours etre inlercales entre les recoltes 
cpuisautes. Cepeudant celles-ci ne deterioraiil le sol que 
parce qu'on les exporte, 1'auteur fait remarquer avec raison 
qu'en rendaut le produit h la terre, on 1'aurail amelioree 
loin de I'avoir e"puisee; et, a ce sujet, il fait observer qu'on 
peut avantageusement culliver le colza dans les Ardennes, 
pourvu qu'on rende au sol, sous forme d'engrais, toutes les 
pailles et les tourteaux provenant de la recolte, vu, dit-il, 
que 1'huile, seul principe exporte, ne contient pas d'azote 
et que la paille et les feuilles de la plante rerident au sol 
au moins aulant de carbone emprunte a 1'air que les 
huiles ont pu lui enlever. Quant aux tourteaux, 1'auteur 
conseille de les employer en poudre sans maceration prea- 
lable, en les repandant huit ou dix jours avant les sernailles 
el prenant la precaution de detruire, a 1'aide d'une herse, 
la mince couche blanchalre qui apparait six on sept jours 
apres sur la surface du sol. En tout cas, 1'auteur ne pres- 
crit de faire 1'emploi indique des tourteaux que pour 
aulant qu'on ne puisse pas les utiliser a la nourriture des 
besliaux. 

En resume, pour arriver au defrichement des landes ar- 
dennaises, 1'auteur recommande de commencer par celles 
qui soul assez riches en bruyeres pour pouvoir etre ecobuees 
avec fruit; ce qui suppose en general que 1'ecobuage n'a 
pas ete pratique sur ces terres depuis 15 ans. Sur le ter- 
rain ecobue on seme du seigle, soit seul, soil avec du trelle 
blanc. On aura ainsi la premiere annec une bonne recolte 
de seigle; la deuxieme annee, on pourra jouir du trelle, 
dont la derniere coupe doitelre enfouie. Au printemps de la 
troisieme annee, ou meme de la deuxieme, dans le cas d'ab- 
sence du trelle, oa seme utilement du sainfoin, surlout sur 



line recolte verte enibuie el sur un terrain profond, chaule 
ou additionne de matleres phosphatees et ammoniacales. 
Cette sainibiniere peut donner, a dater de la quatrieme 
anneedu defrichement, le foin necessaire au domaine. Je 
dois faire rcmarquer ici que la marchea suivre, pendant les 
cinq ou six premieres anneesdu defrichement, est indiquee 
par 1'auteur d'une maniere tres-succincte, dans un tableau 
comprenant rassolement a suivre. 

Pour faire juger des avantages a retirer du defriche- 
ment, 1'auteur fait le compte des depenses a effectuer 
pour mettre les landes en bon etat de culture, el, en de- 
falquant les produits recueillis pendant les six annees 
qu'a dure le travail du defrichement, il irouveque 1'hectare 
delandeinculte, acquis a 150 francs, ne revient, apres de- 
frichement, qu'a 150 H- 185 fr ,19 ou a 515 fr ,19, tandis que 
sa valeur venale est de 800 francs. En admettant meme 
que 1'auteur ait porte a un prix trop bas quelques de- 
penses, qu'il aurait du fixer a 5 et non a 4 p. /o, 1'interet 
du capital employe a la construction de la ferme, le re- 
sultat auquel il est parvenu est encore, financierement 
parlant, assez beau pour devoir attirer les capitaux vers le 
defrichement. Mais n'oublions pas qu'une des conditions 
requises pour pouvoir atteindre par le defrichement les 
beaux resultats que s'en promet 1'auteur, c'est de reunir a 
beaucoup de connaissances agricoles une grande activite, 
de 1'ordre, de la prudence et une entente parfaite de la 
regie d'un domaine rural ou il faut savoir economiser la 
main-d'oeuvre et tirer parti de tous les produits. C'est parce 
que toutes ces qualites sont rarement reunies dans le 
meme homme, que beaucoup de ten ta lives de defriche- 
ment sont rcstees steriles ou n'ont produit que des resul- 
tats malheureux. Mais si des essais mal combines out pu 



( 053 ) 

dctourner quelques esprits des entreprises de defriche- 
ment , des essais bien fails et suivis de resultats favorables 
ne pourront qu'exercer 1'iniluence la plus heureuse sur la 
mise en culture de nos landes. Nous nous associons done 
pleinement au voeu exprime par 1'auteur , de voirle gouver- 
nement etablir dans les contrees a defricher des fermes 
experimentales , ou Ton essaiera les diflerenles methodes 
propres au defrichement des landes , en donnant aux tra- 
vaux qui doivent etre executes avec precision la plus 
grande publicite, tant sous le point de vue financier que 
sous le point de vue agricole. Deja, dans une circonstance 
anterieure, nous avions emis un VOBU analogue (voir les 
Bulletins de I' Academic, annee 1847, 2 e partie, pag.462) , et 
nous pensons toujours qu'une des mesures les plus favora- 
bles que puisse prendre le Gouvernement pour 1'avance- 
ment de 1'agriculture beige, c'est d'elablir, du moins dans 
les provinces ou 1'agriculture est arrieree , quelques fermes 
modeles, ou, independamment de 1'enseignement pra- 
tique, il serait bon d'instituer des conferences agricoles 
domiuicales auxquelles les cultivateurs des environs pour- 
raient assister sans nuire a leurs travaux. Ces conferences 
seraient de la plus haute utilite pour familiariser nos 
cultivateurs, generalement pen instruits, avec les bonnes 
pratiques agricoles et les instruments perfectionnes de 
('agriculture moderne. C'est surtout dans les localites peu 
peuplees et a grandes exploitations que 1'introduction de 
ces instruments sera fort utile , parce qu'ils tendenl a econo- 
miser la main-d'oauvre, qui, dans ces contrees, est beau- 
coup plus precieuse que dans les endroits ou, comme en 
Flandre, on ne se livre generalement qu'a la petite culture 
et ou la population surabonde. 

En resume, nous dirons que le memoire dont nous ve- 



( 634 ) 

nons de presenter une analyse succincte, se distingue par 
une foule de considerations miles sur le climat des Ar- 
dennes , sur 1'clat de Fagriculture dc eette eonlree et les 
ameliorations dont elle est susceptible, sur la marche a 
suivre poiir arriver an de'frichement des landes arden- 
naises; toutefois, il laisse & desirer sous le rapport des 
connaissances scientifiques; ainsi Ton n'y trouve pas d'in- 
dicalions precises sur la