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BULLETIN 



DR 



GÉOGRAPHIE HISTORIQUE 



ET DESCRIPTIVE 



MIMSTÉRE 
DE L'inSTBUCTlON PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS 

COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

ET SCIENTIFIQUES 



BULLETIN 
DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE 

ET DESCRIPTIVE 

ANNÉE 1904 



PARIS 

IMPRIMERIE NATIONALE 

BRNBST LEROUX. ÉDITEUR. RUE RONAPARTB, 38 



», 



BULLETIN 

DU 

COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

ET SCIENTIFIQUES. 



SECTION 
DE GÉOGRAPHIE HISTOWQUE ET DESCRIPTIVE. 



PROCES -VERBAUX. 



SÉANCE DU SAMEDI 5 DÉCEMBRE 1903. 



PRÉSIDENCE DE M. BOUQUET DE LA 6RYE, MEMBRE DE L'INSTITUT. 

La sëance est ouverte à & heures et demie. 

Après la lecture et Tadoption du procès-verbal de la séance du 
7 novembre, il est donné lecture de lettres d^excuses de MM. At- 
MONiEB , DE Barthélémy et Vidal db la Blaghb. 

La correspondance comprend, en outre, une communication 
de la Société de géographie de Dunkerque renvoyée à M. Dumbsnil 
et deux ouvrages de M. le commandant Lunet de Lajonquière 
sur le Champa et le Cambodge, qui seront soumis à Texamen de 
M. Atmonibr. 

Il est donné communication d'une lettre, reçue récemment au 
Ministère, de la mission Chevalier. Cette pièce, datée du si août 
1903, annonce l'arrivée du voyageur à Tcheena, capitale du 
Baguirmi. 

(fDe Fort-Archambault, écrit M. Chevalier, nous nous sommes 

OéOGBAPHIB, N** 1. — 190 A. 1 



149965 



—, 2-— . 

diriges sur le lac Iro, dont nous avons relevé les rives. Nous avons 
lève, en outre, une partie du cours inférieur du Bahr-Salamat et 
constaté que cette rivière, la plus importante artère du Ouadaï, 
h'est plus qu'un immense oued, au lit presque partout asséché, 
même pendant la saison des pluies. Du reste, Tabsence de cours 
d'eau permanents (en dehors du Ôahr-el-Abiod^ du Bahr-Sara et 
du Logone, dont la réunion constitue le Chari) est le fait caracté- 
ristique de toutes les contrées que nous avons traversées depuis le 
9* degré. 

crLe sol imperméable est sans pente et, à la saison des pluies, il 
ne peut écouler Teau qu'il a reçue; il en résulte des lagunes et des 
marécages, et presque tout le Baguirmi, en particulier, est en ce 
moment transformé en un immense marais et, dans quelques mois, 
ce sera , au contraire , une immense steppe aride où les points d'eau 
seront très rares. 

rrDu Bahr-Salamat j'ai gagné le Sud du Dékakiré en traversant 
une région parsemée de pitons et de roches granitiques où vivent 
des troglodytes apparentés aux Noubas du Kordofan. 

crDans ces contrées fétichistes, où presque partout les indigènes 
n'avaient pas encore vu d'Européen , nous avons reçu souvent un 
accueil empressé, et nous n'avons jamais eu à nous plaindre d'un 
acte d'hostilité. 

crLa traversée du Baguirmi s'est effectuée sans grande difficulté 
et Gaourang, le sultan du Baguirmi, m'a accueilli avec beaucoup 
de bienveillance. Il a donné, en outre, tout l'appui désirable aux 
recherches que nous poursuivons. 

wDans quelques jours je vais me remettre en marche vers le 
Nord pour me diriger sur la dépression du Bahr-el-Ghazal, puis 
sur le lac Tchad, que je ne compte atteindre que dans trois se- 
maines et où je ne pourrai séjourner que peu de temps. 

<r D'après les renseignements qui viennent de me parvenir^ la 
nappe libre du lac est en ce moment presque inabordable par suite 
des pluies, et la canonnière à vapeur le Léon-Blot est inutilisable.?) 

M. Chevalier aura recours aux pirogues indigènes pour aller 
recueillir, dans les lies de l'archipel Kouri, les documents sur 
la faune et la flore du lac. 

M. P. BoTBR dit quelques mots d'un tirage à part de M. le baron 
de Baye, envoyé à la Section par l'auteur, et qui a pour objet la 



description des émaux de la cathédrale de Viadimir et du couvent 
de Saini-Antoine-le-Romain. 

M. Bouquet de la Grte se borne à mentionner la conférence 
adressée à la Section par M. Ch. Sauerwein et qui n est qu an ré- 
sumé de Touvrage du prince de Monaco intitulé : La carrièri £un 
navigateur. 

M. CoRDiER propose d^imprimer au prochain Bulletin un travail 
de M. Beauvais sur un sujet neuf: les Lamas du Yunnan, Ce mémoire 
assez bref offre un véritable intérêt. 

» 

M. Hàmt rend compte des dernières publications de la Société 
de géographie et d'archéologie d'Oran. 

ff Cette Société continue à fournir une carrière laborieuse et 
utile. M. Camille Fodel poursuit l'exposé de ses études sur les in- 
térêts économiques de la France au Maroc, et son dernier travail, 
le Commerce du Maroc en igoo, sera consulté avec fruit par tous 
ceux qui s'intéressent à la solution des problèmes si graves pour 
la France qui se posent en ce moment de l'autre côté de la Mou- 
louya. M. Paul Prieux, ancien fonctionnaire des finances à Ban- 
diagara , a fait à la Société une conférence intéressante sur Yéeommie 
générale du Soudan, et en particulier sur la traite des captifs, de* 
meurée encore aujourd'hui trie principal et le plus puissant des 
moyens monétaires en usage entre Maures et Dioulas. jj 

ftLes autres moyens d'échange sont sans importance; c'est ce que 
M. Prieux appelle énergiquement la monnaie-homme, qui répond le 
mieux de beaucoup aux exigences des Maures importateurs de 
sel, etc. L'auteur n'a pas de peine à démontrer l'influence néfaste 
que ce détestable commerce exerce dans tout le centre de l'Afrique , 
aussi bien dans les possessions anglaises et allemandes du Haoussa 
et du Cameroun que dans notre Soudan français. 

(r£n dehors de la cause de l'humanité, pour laquelle la France 
a toujours combattu dans le monde, dit-il avec justesse, notre inté- 
rêt nous commande impérieusement de réagir et de favoriser par 
tous les moyens en notre pouvoir le repeuplement de nos colonies 
du Centre africain. C'est là une condition primordiale et essentielle 
pour assurer leur développement économique normal et arriver à 
tirer parti des richesses qu'elles renferment, t) La question de la 
main-d'œuvre se pose au Soudan comme ailleurs et ne peut être 



— 4 — 

rémÀîêe tfantageiMeiiieDt qu'eB prot^ieaiit comité les traitutts les 
ealtivateun noin de manière que, dans loate cîroMMlance, U 
quantité poisse suppléer à U qualité, qni ne peat être acquise qoe 
par de longues années d^accontumance et d'initiation progres- 
sive. ^ 

rPonr arriver à ce résultat, il faut cr couper dans sa radneii le 
mal qui ronge la Nigritie, er supprimer radicalement la traite des 
captifs i>* Mais celte œuvre «doit être accompagnée, secondée par 
la création d*un outillage économique qui fait aujourd'^hui tota- 
lement défaut au Soudan* « 

M. Héaos DK ViLLiPOssB, en s'eicusant une fois de plus de ne 
pouvoir assister à la séance qui a lieu à Theure de son cours à 
rÉcole des Hautes-Etudes, fait savoir que les Bulletins de F Académie 
iFHippone, qu'on Tavait chargé d'examiner, ne contiennent aucun 
document qui puisse intéresser particulièrement la Section. 

M. G. Mabcel lit un rapport sur quatre brochures de M. Georges 
Uelvaux, qu'il a été chargé d'examiner. 

M. Vidal db la Blaghe a lu avec intérêt la relation écrite en 
espagnol du voyage du colonel Clément et du lieutenant-colonel 
Bailly-Mattre, de Lima jusqu'au réseau navigable de l'Amazone. 

M. (iBANDiDiKi dit quelques mots élogieux de la carte en quatre 
feuilles de la mission Marchand, dressée et dessinée par le com- 
mandant Baratier. 

La séance est levée u i heui*es trois quartSi 

Le Seéréiaire, 

E.-T. llAMr. 



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— 5 — 



SÉANCE DU SAMEDI 9 JANVIER 190A. 



PRESIDENCE DE M. BOUQUET DE LA GRYE, MEMBRE DE L'INSTITUT. 

La séance est ouverte à k heures et demie. 

Le procès-verbal de la sëance du 5 décembre est lu et adopte et 
le Secrétaire dépouille la correspondance , qui comprend des lettres 
d'excuses de MM. Grandidibr et Héron de Yillbpossb et diverses 
demandes de souscriptions et de subventions, renvoyées à Texamen 
de MM. P. BoYKR et Grandidier. 

M. Bouquet de la Grtb voudra bien se charger d'examiner une 
note manuscrite de M. Saint-Jours, qui se rattache aux discussions 
hydrographiques qui ont eu lieu dans la Section au dernier Con- 
grès de Bordeaux. 

Sur la proposition de M. R. de Saint-Arrom an , la Section appuie 
auprès de M. le Ministre de Tlnslruction publique la demande de 
délégation de M. le professeur Lorin, de Bordeaux, au Congrès 
des Sociétés françaises de Géographie qui doit avoir lieu à Tunis. 

M. Hamt dit quelques mots d'un rapport de M. Lejeal sur le 
Congrès international des Américanistes de New-York, dont il pro- 
pose rimpression au BuUetin. (Accepté.) 

M. R. DE Saint-Arrom AN fait connaître les derniers résultats de 
la mission dirigée par M. de Créqui-Montfort, et insiste en parti- 
culier sur les fouilles très heureuses de M. Courty à Acapana (Tia- 
huanaco). 

M. R. DE Saint-Arroman donne ensuite connaissance à la Section 
d'une lettre de M. Aug. Chevalier, en date de Massacori, 95 sep- 
tembre 1903, et qui contient les dernières nouvelles de la mission 
scientifique Chari-Lac Tchad. 

M. Chevalier était parvenu mir le Bahr-el-Ghazal aux abords du 
lac Tchad depuis une dizaine de jours. MM. Docorse et Courtet, 



— 6 — 

qui avaient été malades, avaient vu s'améliorer beaucoup leur 
santé, grâce aux soins dévoués du D' AUain, et le premier re- 
descendait vers le Congo avec un précieux bagage scientifique. 
Enfin, on avait de bonnes nouvelles de M. Martret et du jardin 
d'essai qu'il a fondé au Fort-Sibut. 

ffMon voyage au Nord du Baguirmi, écrit M. Chevalier, s'est 
étendu sur 600 kilomètres à la frontière nord-ouest du Ouadaï, 
aux abords du Fittri et au Bahr-el-Gbazal. 

(T J'ai traversé plusieurs tribus d'Arabes soumises depuis les re- 
connaissances de nos officiers envoyés par le lieutenant-colonel 
Destenave et par son successeur, le commandant Largeau. 

(rPai été, en outre, reçu par une fraction de Ouadaïens, recon- 
naissant l'autorité française et commandés par Bayouri, le prin- 
cipal chef de guerre de l'ancien prétendant au trône du Ouadaï, 
Assyl. 

(c Enfin, la soumission toute récente des Krédas du Bahr^l- 
Gh^zal m'a mis en rapport avec ces nomades de race berbère. Par 
eux, j'ai pu obtenir d'intéressants renseignements sur les parties 
du Sahara, qui s'étendent du Sud de Tripoli au Nord du Ouadaï 
et du Soudan égyptien. 

tf Plusieurs m'ont confirmé l'existence, dans cette zone, de gise- 
ments de sel giemme et de natron et la présence de nitrates. 

(T Autant les contrées situées en Afrique centrale, au Nord diï 
19*" parallèle, sont intéressantes au point de vue scientifique , au* 
tant elles sont pauvres en ressources agricoles et forestières. Le 
pays est partagé entre des dunes de sable sur lesquelles s'étend le 
climat saharien et des marais d'hivernage qui deviennent d'une 
aridité désolante a la saison sèche. Pendant longtemps, sans 
doute, la France n'aura qu'un rôle civilisateur à jouer dans ces 
contrées, à moins que de grands travaux d'irrigation ne viennent 
UD jour distribuer les eaux du Chari aux plaines sur lesquelles 
elles s'épanchaient il y a quelques sièdes, plaines conda aînées au- 
jourd'hui à une stérilité presque absolue. On retrouve, en divers 
endroits, la trace de vastes lagunes pénétrant jusqu'au cœur du 
Baguirmi. Autrefois le Chari les remplissait chaque année, à la 
période des crues, et de nombreux canaux naturels reliaient ces 
lagunes entre elles ainsi qu'avec le lac Tchad. Par suite de la dimi- 
QQtion des pluies tropicales, ces contrées se sont asséchées et ia 
steppe saharienne les a envahie^. 



— 7 — 

((Les bras iatéraui du Ghari,qai g en vont dans rintérieur à 
plusieurs centaines de kiiomëtres du chenal principal, ont leur lit 
ensablé et désormais n'apportent plus de tribnt, même pendant 
les grandes crues, aux lacs disparus. 

(rDans quelques jours, je serai dans la partie Sud du lac Tchad 
pour y étudier quelques-unes des iles de Tarchipel Kouri qui 8u«<i 
bissent encore l'action de la crue, grâce à laquelle sW maintenue 
une réelle fertilité dans cette région d'Iles et de presqu'îles. y> 

M. R. DB Saint-Aruohan résume encore une lettre de. M. le 
D' Lapicque, exposant ses premières recherches ethnok>giq«ea 
dans les montagnes à TEst de Cocbin et demandant un supplément 
de subsides pour pouvoir élargir, principalement vers le ' Nord , 
le champ de son exploration. La Section, consid^ant le haut 
intérêt des résultats obtenus déjà par le voyageur, exprime le vœu 
que les moyens lui soient fournis de poursuivre ses fructueuses 
recherches sur cette question si difficile et si mal connue de Texten- 
sion géographique d^s populations primitives de la péninsule 
cis-gangetique. 

M. BouQUKT BB LA Gbtb fait connaître un instrument nouveau 
inventé par MM. Claude et Driencourt, dont l'emploi tout récent 
a produit une véritable révolution dans la géodésie topographiqne. 

M. AwoNiBR lit un rapport sur les dernières monographies pu-^ 
bliéds par la Socié^lë des Études indo^ohinoises. 

irOnt paru tout récemment, dit te rapporteur, les fascicules 
concernant Ben-Trë (VII*), Sa-Dec (VIO^) et Tra^Vinh {W fasci-- 
cule ). 

(tL ordre adc^té est toujours le même : géographie physique, 
économique, historique, que suivent les statistiques administra* 
tives. 

irSi les auteurs anonymes de ces utiles travaux ne peuvent se 
sottsiraire à la sécheresse et à la monotonie que comportent néces- 
sairement des comptes rendus empruntés aux documents officiels, 
il est visible qu'ils s'efforcent d'éviter des redites, qui pourraient 
être nombreuses, en ces études de détail d'un pays, dont la consti- 
tution géologique, la flore et la faune ëont à peu près partout 
identiques. 



— 8 — 

(f A Toccasiop, ils signaient les nombreux travaux, routes ou ca- 
naux, que les administrateurs français ont su créer pour favoriser 
le développement incessant des richesses de la contrée. 

(f On peut remarquer que si le fascicule de Ben*Tré est Tun des 
rares où la carte du district fasse défaut, il reproduit, par contre, 
la transcription et la traduction d une inscription chinoise, qui est 
Tapologie d'un grand lettré annamite mort à la fin du xvui*' siècle, 
et qui fut gravée en 1873. 

(r£n résumé, ces trois nouvelles monographies appellent les ré- 
serves et méritent les éloges qui ont été déjà formulés lorsqu'ont 
paru les précédents fascicules. « 

M. Haut rend compte des derniers BuUetini de la Société nor- 
mande de géographie, qui contiennent principalement le texte de 
conférences faites devant cette compagnie au cours de Tannée der- 
nière, n croit devoir surtout mentionner parmi les conférenciers 
M. Raoul de Saint-Arroman, qui a présenté le tableau intéressant et 
fidèle des missions scientifiques organisées au Ministère de Tin- 
struction publique pendant les vingt-cinq dernières années; M. de 
Segonzac, qui résume son second voyage au Maroc, si fécond en 
résultats importants pour la. connaissance de ce mystérieux pays; 
M. Albert Sorel, qui parle avec clarté des conditions de la politique 
cc^oniale de la France; M. Paul Barrai, qui guide ses auditeurs 
dans les profondeurs du Dauphiné inconnu ; M. Lecarpentier, qui 
montre les analogies et lés différences entre ce qu il appelle les 
deux équipes anglaise et française, Uverpool- Manchester, en Lan- 
cashire, Le Havre-Rouen ^ en Normandie; M. Francis Mury, qui 
traite avec compétence la question du Siam; M. le commandant 
Krien, qui étudie les débuts de Texpansion russe en Asie; enfin 
M. G. Gravier, qui a repris une fois de plus l'histoire de Jean 
Ango, le célèbre vicomte de Dieppe. Toutes ces conférences ont 
été suivies par un auditoire fort nombreux et fort intéressé, la lec- 
ture en est agréable et instructive, et le Bulletin qui les reproduit 
continue à avoir beaucoup de succès en Normandie. Le nombre 
des adhérents à la Société normande de géographie a augmenté 
de 10/1 pour la seule année de 1 909 , et la Société compte, au 1'''' jan- 
vier 1903, 7 membres donateurs, ^9 membres k vie et 8&/1 mem- 
bres titulaires, soit en tout 900 membres payants, sans compter 
les correspondants et les honoraires. 



M. Tbisserbng db Bort rend compte des BuUetins de )a iSociëté de 
géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord pour 1908 : 

n Le Bulletin de la SocUté de géografhie JF Alger et de P Afrique du Nord 
continue, en 1908, à publier des ëtudes d'un très grand intërét 
sur les choses et les gens de l'Afrique septentrionale. Le comman- 
dant Rinn, dans le Bulletin du premier trimestre, nous donne, en 
quelques pages intitulées : trLes grands tournants de l'histoire de 
rAlgérie?) un exposé sommaire, mais néanmoins assez précis, des 
diverses phases par lesquelles ont passé les gouvernements de 
*rAlgérie depuis l'invasion musulmane jusqu'à nos jours. 11 fait 
ressortir le r61e important joué par les dynasties berbères qui gou^ 
vernèrent l'Algérie pendant cinq siècles. 

«Pendant cette période, dans laquelle se rencontrèrent de grands 
monarques, le gouvernement eut à lulter contre l'esprit dej^orfirtc- 
Unième bien connu des Berbères. 

«La domination turque fut certainement une des plus stériles; 
la période où les deys devinrent indépendants et à laquelle mit 
fin la prise d'Algei; par les Français ne manqua pas de grandeur, 
et, comme elle est très près de nous, est intéressante à étudier, 
ne fût-ce que pour la juger d'une manière plus impartiale, n 

L'auteur montre comment la plupart de nos efforts ont été an- 
nihilés par des changements incessants de personnes et de sys- 
tème. Il arrête son étude un peu après l'insurrection de 1871, 
pensant qu'il est de la sagesse d'un historien de ne pas vouloir 
juger des événements trop contemporains, le recul du temps étant 
nécessaire pour apprécier sainement les résultats de nos efforts. Il 
se dégage néanmoins de cette étude la vision très nette qu'avec 
plus de suite dans les idées on aurait réussi à s'attacher l'élément 
indigène et, vraisemblablement, à le développer beaucoup plus 
dans son ensemble qu'il ne l'est aujourd'hui. 

Dans le même volume, M. de Montés, professeur au lycée d'Al- 
ger, nous expose, dans une monographie de Guyotville, comment 
naît, se développe et prospère un village algérien. Cette étude est 
particulièrement suggestive, parce qu'elle montre que la prospérité 
d'un village ne peut être obtenue partout avec des procédés uni- 
formes, mais dépend, la plupart du temps, d'une intelligente uti- 
lisation des ressources différentes que présente chaque région, 
certaines cultures étant rémunératrices en un point et dispen- 
dieuses dans une région voisine. La prospérité de Gnyotvilie n'a 



~ 10 — 

pris naissance, après beaucoup d'années très médiocres, que par 
le développement de la culture de primeurs, en particulier de rai- 
sins hâtifs, dont il a été expédié pour 3oo ou &oo mille francs 
en Europe. 

tt Une étude détaillée des mouvements de la population montre 
que les deux tiers de la population de ce village sont composés 
d'Espagnols et d'Italiens, chez lesquels la natalité est beaucoup 
plus grande que dans la population française. Il est regrettable 
que Fauteur de cette monographie ait laissé tout à fait de côté 
le rôle que la main-d'œuvre indigène et le perfectionnement de< 
cette main-d'œuvre a pu jouer dans le développement de Guyot- 
ville. 

ffDans le fascicule suivant, le. même auteur nous fait l'historique 
des causes de la décadence d'un village algérien, Vesoul-Benian , 
qui fut peuplé d'émigrants franca-comtois et dont la population n'a 
guère cessé de décroître depuis l'organisation du village, surtout 
par le départ des enfants des familles, s'établissant dans d'autres 
centres où les conditions économiques étaient plus favorables. La 
mortalité de la population résidant à Vesoul-Benian a notablement 
diminué, comme on pouvait s'y attendre, depuis la période d'or- 
ganisation et de défrichement des terres, où elle dépassait plus de 
98 p. 1000 , pour s'abaisser, dans ces dernières années, à ai p. 1000; 
mais la richesse du sol n'est pas suffisante pour que la culture soit 
très rémunératrice. 

(tM. de Montés nous fait assister aux répartitions successives des 
terres qui eurent lieu i diverses époques, répartitions faites à la 
suite d'enquêtes administratives qui, tout en visant à l'équité, n'ont 
pas pu résoudre les problèmes économiques qui varient avec chaque 
famille, avec la position particulière de la terre concédée et avec 
l'utilisation plus ou moins heureuse de ces terres pour les chefs de 
culture. 

(T L'auteur insiste, en terminant, sur la nécessité de procéder à 
une enquête scientifique très sérieuse sur la nature du sol et les 
conditions météorologiques et économiques de la région, avant de 
décider la création d'un village en tel ou tel point. 

vLes smala de VEbU — Les questions qui se rattachent à la garde 
et à l'administration de l'Algérie font encore l'objet de plusieurs 
notices très intéressantes. Dans l'une d'elles, «Les smala de l'Esté), 
le lieutenant Mougenot expose le rôle qui a été jotté par les smala 



— H — 

et montre que ces corps de spahis, mariés et en quelque sorte 
sédentaires, ont encore leur raison d'être dans les régions de 
rOuest, sur les frontières du Maroc, où elles forment une gendar- 
merie indigène très précieuse, tandis que, dans la province de 
Constantine, il n'y a pas, à proprement parier, de frontière à 
garder, le Protedorat tunisien étant régulièrement administré. 

ftFigmg. — Dans une aulre notice, un auteur, qui a voulu 
garder Tanonyme, nous montre que le centre militaire et commer- 
cial qoe nous voulons créer à Texti^mité de la voie ferrée qui part 
de Duveyrier, doit être établie, sinon à Figuig même, du moins 
dans la plaine qui s'étend au pied de l'enceinte des ksoursu Ce 
tfera le seul moyen, dit*il, d'amener la population de Figuig à être 
en relation suivie avec nous; les échanges commerciaux qui peuvent 
devenir assez actifs en ce {ioint et les avantagea matériels que les 
ksouriens retireront de cette voie de pénétration qui leur fait par- 
venir à bas prix des objets de première nécessité, comme le sucre, 
le café etc., feront beaucoup en faveur de la pacification de ces 
régions. 

ffjyinrSalah au Hoggar, — M. le lieutenant Gottenest nous 
retrace la petite expédition , ou mieux le raid qui , sous aa direction , 
se rendit dans le Hoggar, à la fin du printemps de 1903, pour 
punir les Hoggars de deux récentes rawas qu'ils avaient filâtes. 
Un goum de i3o indigènes fut levé parmi les tribus de l'Est do 
Tiddikdit et se rendit jusqu'à Tit, environ à 6ao kilomètres au 
Sud d'In-Salah, où ils furent aux prises avec les Touaregs Hoggiars 
et leur tuèrent plus de soixante combattants, après avoir failli être 
enveloppés par l'importante cohorte des Touaregs. Au cours de 
cette petite campagne, on retrouva plusieurs objets ayant appartenu 
à la mission Flatters. Cette tournée, où le lieutenant Cottenest fit 
preuve de beaucoup de décision et de sang-froid, eut les plus heu- 
reux résultats, car elle décida les notables Taîtoq à venir se pr^ 
senter au chef de l'annexe d'In-Saiah; elle rendit la confiance à 
nos tribus et leur permit d'aller de nouveau dans les pâturages du 
Sud. L'attaque traîtresse des Hoggars avait permis de venger le 
massacre de la miâsion Flatters dans les lieux mêmes où il avait 
été combiné. Enfin elle donna le baptême du feu aux Maghzen 
d'In-Salah, parmi lesquels se trouvaient beaucoup d'hommes des 
tribus vaincues par nous deux ans avant. 

fxLe DjVhmH du préimt et le Djibouti de P avenir. — - M. le lieute» 



— 12 — 

nant Deschamps nous expose Tëtat actuel de notre colonie de 
Djibouti et nous montre tous les avantages que celte station pré- 
sente comme tête de ligne d'une route commerciale vers TEthiopie 
méridionale. Comme port de relâche et de ravitaillement, Djibouti 
est fort bien placé, et Ton doit désirer que routillage du port 
(cales de radoub, etc.) soit complété. Parmi les avantages de 
Djibouti sur Aden ou Përim , il faut mentionner en première ligne 
que, grâce à des travaux importants, on y trouve d^excellente enu 
douce à 6 francs la tonne, alors que Teau des citernes d'Aden 
coûte 3 9 francs. 

«Kroumirie. — M. Baruch, officier interprète principal, nous 
résume, dans quelques pages très documentées, Torigine de là 
campagne de Tunisie qui débuta, comme on le sait, par Toccu- 
pation de la Kroumirie. Les indomptables populations, qui com- 
mettaient des déprédations constantes sur les tribus voisines, 
occupent une région montagneuse d'environ a 8 kilomètres sur 
3Q kilomètres. Leurs forces, recensées en i88i, s'élevaient environ 
à Q,/4oo hommes armés de fusil; bien que d'origine arabe, ces 
populations, s'ëtant cantonnées dans une région montagneuse, ont 
adopté le genre d'existence sédentaire des Berbères. Cest à la suite 
de plusieurs violations du territoire algérien, que le gouvernement 
du dey ne voulut pas punir, que l'occupation de la Kroumirie, 
d'abord, et la marche d'une colonne sur Tunis furent décidées. 
Cette petite tribu pillarde a eu sur les destinées de son pays une 
influence tout à fait décisive, v 

M. Vidal de la Blache dit quelques mots d'une Notice communale 
scolaire $ur la vïUe d^EstréesSaint-Denis, qui a pour auteur M. V. Délie, 
instituteur. 

(rLe modeste auteur de cette brève notice de quatre pages a eu 
pour but, dit-il, tr d'apprendre aux enfants d'Ëstrées l'histoire de 
frleur pays, pour le leur faire aimer davantage. ?) Voilà de bonnes 
paroles et des tentatives à encourager. En quatre pages ornées de 
la carte cadastrale et d'un extrait de la feuille d'état-major, de 
trois figures où les écoliers pourront reconnaître leurs écoles et 
l'église de leur petite ville, les principaux renseignements capables 
de les intéresser sont condensés; ils verront quelle est l'origine de 
leur localité, quelles sont les particularités du relief, les chiifres 
comparés de population, les progrès accomplis dans les cultures^ 



— 13 — 

Gela en effet est ressentiel. Peut-être Tauteur eût-il bien fait d'in- 
sister un peu plus sur cette voie romaine qui a donné son nom à la 
ville, en disant quelles sont les traces, s'il y en a, qui permettent 
d'en suivre le parcours. Quelques indications pourraient être éla- 
guées, au profit d'autres qui demanderaient quelques mots d'expli- 
cation ou de commentaire. Comment se fait-il qu'il y ait à Estrées 
51,733 parcelles et 5 18 propriétaires, et seulement 1 5 exploitations? 
Cette disproportion a quelque chose de singulier. — Enfin , pour- 
quoi s'arrêter au recensement de 1806 pour la comparaison avec 
l'époque présente? 

(T Malgré tout, il faut louer non seulement l'intention, mais même 
l'exécution, et souhaiter que l'exemple soit suivi. Ce sont de petits 
feuillets très simples à rédiger pour les enfants, -n 

Le même membre rend compte des derniers travaux de la Société 
de géographie de Toulouse et en particulier de deux notices du 
secrétaire général de cette compagnie, M. Guénot, l'une sur la 
Garonne et son rôle économique dans les temps anciens {BuU, Soc. 
géogr. de Toulouse, 1903, n"* a), l'autre sur le pastel à Toulouse 
(ibid., p. 108-1 10). (fil y a quelques détails intéressants dans cette 
dernière. Le pastel fut cultivé avec succès dans le Lauragais, le pays 
de Foix et l'Albigeois aux xv* et xvi* siècles. Toulouse en était l'en- 
trepôt. M. Guénot voit dans cette culture industrielle Tune des sources 
principales de la prospérité dont jouit alors Toulouse, et qui a laissé 
sa trace dans les beaux hôtels privés qui datent de cette époque. 
Mais au xvii* siècle, la concurrence de l'indigo porta un coup sen- 
sible à la culture du pastel, qui languit désormais, pour disparaître 
enfin entièrement. 

(vGes études de détail, par elles-mêmes assez imparfaites, mon- 
trent ce qu'un travailleur pratiquant de bonnes méthodes de 
recherches et de critique, pourrait tirer des documents existants. 
On souhaiterait pour Toulouse une histoire urbaine analogue a celle 
que M. JuUian a écrite pour Bordeaux. Les sociétés savantes toulou- 
saines se feraient honneur en encourageant ou en suscitant ce 
travail. 7) 

La séance est levée à 5 heures et demie. 

Le Secrétaire, 

E.-T. Hamï. 



— 14 — 



SÉANCE DU SAMEDI 6 FÉVRIER 1904. 



PRÉSIDENCE DE M. BOUQUET DE LA GRYE, MEMBRE DE LINSTITOT. 

La séance est ouverte à U heures et demie ; le procès-verbal de 
la réunion du 9 janvier est lu et adopté. 

La correspondance comprend des envois de MM. Gunn Lachsen , 
topographe de l'expédition Sverdrup et de M. de Villers du Terrage 
renvoyés à Texamen de MM. Bouquet de la Grts et G. Marcel, et 
une lettre de la section tunisienne de la Société de Géographie com- 
merciale de Paris demandant Tappui matériel du Ministère pour 
organiser la session du Congrès national des sociétés françaises de 
géographie qui doit se tenir à Pâques à Tunis. Après une courte 
discussion, dans laquelle il est, une fois de plus, bien établi que 
rindemnité sollicitée sera affectée à la publication des actes du 
Congrès, la demande est renvoyée, avec avis favorable, à la Com- 
mission centrale. 

M. DE Saint-Arroman fait savoir que M. le Ministre de l'Instruction 
publique, à la suite des démarches faites tout à la fois par le gou- 
verneur général de l'Algérie et par le conseil municipal d'Alger, a 
accepté le choix de cette ville comme siège de la réunion du Con- 
grès des sociétés savantes en 1906. 

n est donné lecture de la liste des communications envoyées 
pour la réunion de Pâques et statué immédiatement sur Taccepta- 
tion de celles qui ont été l'objet d'un rapport favorable. 

La liste des présidents des différentes séances de la Section est 
provisoirement arrêtée et, après une courte discussion, il est décidé 
qu'une démarche sera faite auprès du général Berthaud pour ob- 
tenir qu'une visite spéciale puisse être faite aux collections géogra- 
phiques et topographiques conservées aux Invalides. 

M. R. DE SaintArroman communique les dernières nouvelles reçues 
de la mission Chevalier, en date de Port-Lamy, l'j octobre 1903. 

«r Depuis le précédent courrier, écrit ce voyageur, dans lequel je 
vous informais de l'exploration du Bahr-el-Ghazal , j'ai poursuivi 



— 15 — 

mon voyage vers le Nord en pénétrant au centre du Kbanem , à 
Mondo el Ngouri. De cette localité je me suis dirige sur le Tchad 
en coupant Tarchipel de Kouri près de la jonction au Bahr-el- 
Ghazal et en venant aboutir à la rive Sud du lac que j*ai iongëe 
jusqu^aux roches de Hadjar el Âmes. Je viens d'arriver à Fort-Lamy 
en traversant le pays coupé par la mission Foureau-Lamy pour se 
rendre du Kbanem au Bas-Chari. La dénomination de lac, pas plus 
que celle de marais, ne saurait convenir à la partie française du 
Tchad. La région que j^ai traversée , de même que toute la moitié 
orientale, aujourd'hui parfaitement connue par les levés topogra- 
phiques des officiers du corps d'occupation, est une terre ferme 
tout à fait comparable à certains cantons de la Hollande ou de la 
Flandre; elle est coupée d'une infinité de canaux anastomosés entre 
eux, mais dont les principaux sont dirigés du S. E. au N. 0. 

crLes lies, qui se trouvent ainsi délimitées, ayant un sol sablon- 
neux sur lequel s'étend le climat saharien , n'ont qu'une valeur mé- 
diocre. Au contraire, les canaux dont beaucoup s'assèchent périodi- 
quement, mettant à découvert un sol extrêmement fertile, sont 
favorables à la culture du cotonnier. Il n'est pas douteux que c'est 
cette culture qui pourra assurer le développement économique de la 
contrée, le jour où il existera des moyens de transport peu coûteux 
vers la côfe. A ce point de vue, la route de la Bénoué parait la 
seule voie de pénétration rationnelle vers le bassin du Tchad, d 

M. Chevalier continue en donnant quelques renseignements sur 
les travaux de M. le D' Decorse. «rll s'est rendu an confluent du 
Ghari et du Tchad et est allé, avec l'agrément des autorités alle- 
mandes, compléter ses travaux scientifiques sur la rive gauche du 
Ghari. Il a réuni ainsi d'importants documents sur la faune, l'eth- 
nographie et la linguistique du Bas-Ghari. n 

M. Gourtet devait se trouver au milieu d'octobre à Krébedjé 
(Fort Sibut), où il tr terminait ses études économiques et préparait 
l'envoi des collections de la mission par l'Oubanguit;. 

Les inquiétudes que témoignait M. Chevalier, en terminant sa 
lettre du 17 octobre, au sujet de la descente du fleuve froù les 
moyens d'évacuation sont très restreints et très imparfaits^, étaient 
assurément exagérées, car, trois mois plus tard, jour pour jour, à 
la date du 1 7 janvier, il écrivait de Matadi à M. Hamy pour lui 
annoncer que sa mission était terminée et qu'il rentrerait en France 
vers la fin du mois de février. 



— 16 — 

M. A. DE BARTHiLBMY ft examiné le tome XUL des Mémoires de la 
Société bowrgmgnontie de géographie et JFUelmre (Dijon 1903). 

ffCe Yolume contient des notices rédigées par MM. le vicomte 
d'Avout, Rosenthal, Henri Gasion et L. de Saint-Germain. Les 
trois premiers exposent leurs impressions de touristes en Valais, à 
Florence et en Espagne. Ce sont des récits agréablement contés 
de voyageurs qui veulent faire connaître à leur tour ce qu'ils ont vu 
et entendu dans leurs courses curieuses et qui aiment à exposer et 
peut-être à se remémorer les impressions éprouvées dans leurs 
pérégrinations. Les notes réunies par M. Ladeix de Saint-Germain 
offrent une certaine originalité. Avec lui on suit le chemin de fer 
oranais sur un long parcours; il a étudié les régions traversées par 
lui et se range parmi ceux qui n'apprécient pas Tutilité du trans- 
saharien; de plus, il se montre sévère à Tégard des personnes 
chargées de fixer les frontières du Maroc et de prendre des mesures 
jugées indispensables par le voyageur pour en finir avec les bri- 
gandages du plus ou moins auQientique marabout Bou Amama et 
les ksours de Figuig qui sont les repaires des brigands auxquels il 
commande, n 

Le même membre appelle la bienveillante attention de la Sec- 
tion sur un travail de M. Desforges, instituteur à Fléty (Nièvre). 

(f L'auteur, dit M. de Barthklemt, a fait de nombreuses recherches, 
consulté les textes et présenté au Comité un travail méritoire sur 
une question de géographie historique qui a attiré l'attention de 
nombre d'érudits depuis le xv!"" siècle. Il s'agit de fixer l'emplace- 
ment d'une ville nommée Gorgobina qui eut l'honneur de figurer 
dans la lutte de Vercingétorix et de César : on a proposé au moins 
une douzaine de localités. M. Desforges se déclare pour Saint-Parize- 
le-Chastel qui a déjà été choisi par plusieurs érudits, mais il s'at- 
tache par une discussion serrée à lever les doutes que certains lec- 
teurs pourraient objecter. 

crGoi^obina était un oppidum des Boiens auxquels les Éduens 
avaient donné asile après la défaite des Helvètes qu'ils accompa- 
gnaient lors de l'irruption en Gaule de ceux-ci en 58. Voilà ce qui 
est incontestable. M. Desforges, à cette occasion, croit devoir ex- 
poser son opinion sur les Boiens; il ne pense pas, avec raison, je 
crois, qu'une fois accueillis par les Éduens ils se disséminèrent en 
plusieurs petites colonies, en Auvergne, en Berry, en Forez, pro- 



— 17 — 

vinces où Ton chercha Gorgobina. Il semble qu ils durent être can- 
tonnés dans une localité située sur la frontière des pays Eduens et 
Bituriges dans le but d'en défendre les marches : c'étaient des clients 
des Éduens adoptés par ceux-ci qui les avaient demandés à César 
(fquod egregia virtute erant cogniti, ut in finibus suis coUocarenti). 

(tM. Desforges, après avoir démoli toutes les hypothèses propo- 
sées, se décide pour Saint-Parize en mettant en évidence, à Tappui 
de sa thèse, tous les débris et toutes les ruines antiques qui y ont 
été signalés; je n'y vois rien qui puisse permettre de conclure avec 
lui. Il y a une identification, jadis proposée par le général Creuly 
dans un mémoire important publié en 186/1 dans la Revue archéo- 
loffique sous le titre de : Examen de la carte de la Gauk sous le pro- 
consulat de César, Ce mémoire n'a pas été connu de M. Desforges. 

(t J'avoue que les ronnaissances techniques de M. Creuly, officier 
de génie, à la fois bon latiniste et archéologue, me portent, jusqu'à 
plus ample informé, à croire avec lui que Gorgobina pouvait être à 
Sancerre. En pareille matière ce sont les hypothèses les plus pro- 
bables que l'on est forcé d'adopter, ji 

M. BouQUKT DE LA Gatb a oxamiué une note manuscrite envoyée 
à la Section de géographie du Comité par M. SaintJours, capitaine 
des douanes à Bordeaux. 

(r La question de la stabilité du littoral entre Cordouan et Bayonne , 
dit le rapporteur, la disparition des villes ensevelies sous les sables 
depuis l'époque romaine, celle des ports à marée comblés par des 
atterrissements ont donné lieu dans les derniers congrès des so- 
ciétés savantes à la présentation de nombreux mémoires et à des 
discussions très intéressantes. 

ffMM. Pawlowski, SaintrJours, Grandjean ont soutenu, les uns, 
que le sol n'avait subi aucun affaissement et que la mer était restée 
dans les mêmes limites; les autres, que des modifications très im- 
portantes étaient certaines. 

(tM. SaintrJours, champion de la stabilité du sol, présente un 
nouveau mémoire et demande son insertion dans notre bulletin 
sans passer par le critérium et la discussion du prochain congrès. 

(T Certes son mémoire contient d'excellentes choses, des vues in- 
génieuses; il utilise, pour la défense de son opinion, de nombreux 
documents historiques. Mais M. Grandjean qui depuis vingt ans lutte 
contre les envahissements de la mer comme inspecteur des forêts a 

Gkogaaphu, N* i. — 190A. t 



— 18 — 

présenté dans notre bulletin de Tan dernier des faits absolument 
probants contraires aux assertions de M. SaintJours. 

(rD'ailleui*s, déclarer qu'un livre de pilotage donnant Auchix 
comme port à marée au nord d'Arcachon tient à une confusion de 
noms et que cette erreur a existé dans nombre de cartes est peu 
admissible. 

crDans tous les cas, en admettant Timpression du mémoire de 
M. Saint-Jours dans notre bulletin , il faudrait y supprimer, par égard 
pour son auteur, des remarques insérées dans la page 1 1 et ce qu'il 
dit de Tembouchure de TAdour, p. 1 3 , répétition de son rapport de 
Tan dernier, enGn supprimer le dernier alinéa, la question des 
baies n étant encore ni jugée ni condamnée ». 

M. A. Grandidur analyse les numéros & à 6 du premier semestre 
et le numéro 3 du second semestre de 1908 de la Géographie ^ qui 
ont été renvoyés à son examen et contiennent les articles originaux 
suivants : 

tri. Forêts el industrie du boit : France ei NouvelU^Zétandê , par 
M. Flabault. — On sait que les populations, ruinées ou décimées 
par les inondations, ont réclamé le reboisement des montagnes, 
mais, malgré le zèle des forestiers, ce reboisement se fait tr^ len- 
tement à cause des entraves de toutes sortes qu^y apportent les 
habitants de nombreuses communes intéressées et aussi parce que 
la somme de 3 millions et demi qui y est consacrée annuellement 
n'est pas suffisante pour couvrir les dépenses qu'entraîne le reboi* 
sèment de nos Alpes, de nos Gévennes et de nos Pyrénées. Les 
jeunes colonies ang^o-saxonnes de TAustralie sont plus soucieuses 
de leur avenir économique. La Nouvelle-Zélande, en particulier, 
nous donne de précieuses leçons sur la question des forêts et de 
rindustrie du bois, d'autant plus digne d^atteniion que la produc- 
tion en est insuffisante. M. Flabault a emprunté aux rapports offi- 
ciels du Ministère de l'agriculture de la Nouvelle-Zélande d'impor- 
tants et intéressants renseignements sur ce sujet. Le gouvernement 
local s'occupe, en effet, activement : 

(f 1^ D'assurer la conservation de toutes les forêts dans les bassins 
supérieurs des rivières et torrents, a6n de maintenir la régularité 
du régime des cours d'eau et des pluies, de maintenir l'équilibre 
elimatique et d'assurer la conservation de la flore et de la faune 
spontanées; 



— 19 — 

(r «i*" De prévenir la dégradation de ia surface des montagnes et des 
hautes collines et renvahîssement des vallées par les déjections des 
torrents; 

ft^"" De préserver les bois et les broussailles le long des rives des 
cours d'eau pour empêcher le déplacement des bancs de sable et de 
gravier; 

tfli'* Enfin de protéger les paysages dignes d'intérêt. C'est un ex- 
cellent programme, qui laisse bien loin derrière lui les timides 
essais de la France, et qni a parfaitement réussi. 

«ïll. Diégo-Suarez, par le général Galliéni. — Le port de Diego- 
Suarcz a une situation géographique privilégiée qui peut lui per- 
mettre des relations faciles et directes non seulement avec les deux 
côtes de Madagascar, mais encore avec l'Europe , l'Afrique orientale, 
les Indes et l'Australie, et cependant il n'a eu jusqu'à ces dernières 
années qu'une importance médiocre au point de vue commercial, ce 
qiti était dû à l'insuffisance de son outillage maritime, à l'absence 
de services de navigation réguliers autour de Madagascar et de 
routes charretières vers l'intérieur de l'île. Sur l'initiative intelli- 
gente et active du général Galliéni, cette situation s*est considéra- 
blement améliorée dans les deux dernières années. La note du gou- 
verneur général de Madagascar détaille les changements survenus 
dans le Nord de l'Ile et donne d'intéressants renseignements sur 
les routes qui, partant de la montagne d'Ambre, doivent aller ù 
Vohémar et mettre Diégo-Suarez en communication directe avec 
des régions peuplées, fertiles et riches en bétail. 

tflll. Campagnes smtterraineê de M. Martel en igoî et îgoa. — * 
M. Martel, qui se livre depuis de nombreuses années avec succès aux 
recherches spéléologiques et qni a étudié avec soin toutes les ques- 
tions relatives à l'origine, aux conditions hygiéniques, au fonction- 
nement et au régime des eaux souterraines, a réuni dans ce mé- 
moire tous les renseignements et interprétations nouvelles qu'il a 
recueillis dans ses xit* et xv" campagnes exécutées en 1901 et en 
1909 dans divers pays. Il a de plus en plus constaté combien est 
grave le phénomène inéluctable, plus rapide qu'on ne le croit, de 
l'enfouissement constant et régulier des eaux dans le sol , du dessè- 
chement de récorce terrestre dans les regiims fissurées, contre les- 
quels on ne pent lutter qu'au moyen du reboisement systématique 
de ces régions. 

9. 



— 20 — 

(rIV. Miman scient^que au Chari et au Tchad , par M. Aog. Che- 
valier. — Cette courte note donne quelques renseignements sur ie 
Dar-Banda, province de l'Afrique centrale située à TOuest du Dar- 
Fertit et au Sud du Dar-Rounga , qui était jusqu'à présent complè- 
tement inexplorée. L'itinéraire tout à fait nouveau qu a suivi la 
mission va de Kaga M'Bra à N'Délé à travers les États du Sultan 
Snoussi qui est sous notre protectorat. 

(f V. Sur une formation marine iàge tertiaire au Soudain français ^ par 
M. deLapparent. — Il était généralement admis qu'au moins depuis 
Torigine des temps secondaires, l'Afrique n'avait été envahie par au- 
cune mer et que ce continent, sauf dans le Nord, s'était maintenu 
dans son intégrité. Grâce à un oursin ramassé autrefois par le co- 
lonel Monteil dans la traversée de l'oasis de Bilma et aux fossiles 
récemment recueillis sur la frontière du Sokoto, par le capitaine 
Gaden, M. de Lapparent a modifié complètement celte conception et 
a montré qu'il existe en plein centre de l'Afrique des sédiments 
marins de l'âge du calcaire grossier de Paris. A l'époque oi!^ la mer 
déposait sur l'emplacement de notre capitale les couches de ce cal- 
caire qui a servi à la construire, cette même mer prenait possession 
du Soudan français. 

crVI. Expïoratioti des îles du Tchad, par M. Destenave. — Com- 
mencée en décembre 1901, l'exploration du lac s'est continuée sans 
interruption, d'une part, avec les embarcations de la flottille et la 
canonnière Léon Blot, d'autre part, du côté du Kanem par voie de 
terre. Les résultats obtenus permettent de fixer le caractère et la 
forme des lies innombrables qui sont situées le long de la côte orien- 
tale du lac et d'en tracer la carte ainsi que celle du Kanem. 

(f VII. Diêtrikution géographique des forcée hydrauliques dans FOme et 
les départements voisins, par M. J.-B. Paquier. — Cette note résume 
les recherches faites dans l'Orne et les déparlements voisins par 
M. Brown sur les forces hydrauliques que peuvent fournir tous les 
cours d'eau non navigables de ces départements; on y voit que sur 
109978 chevaux-vapeur que l'Orne pouvait utiliser, &,6oo à peine 
sont employés. C'est un travail important qu'accompagnent des 
cartes montrant les ressources hydrauliques de l'Orne, de l'Eure- 
et-Loir et de la Sarthe. n 



— 21 — 

Les trois premiers bulletins de la Société de géographie de TEst 
pour Tannée 1908 examinés par M. A. Grahdidibr contiennent les 
articles originaux suivants : 

cri. Les rafales de montagnes, par M. G. Millot. — M. Millot ex- 
pose que si des deux lois énoncées dans les traités de météorologie 
au sujet de la façon dont se comporte le vent lorsqu'il franchit les 
deux versants d'une chaîne de montagnes, la première s'applique à 
tous les cas, il n'en est pas de même pour la seconde. Il est certain, 
en effet, qu'une masse d'air en s'élevant est soumise à une moindre 
pression, se dilate, par conséquent se refroidit et dépose sous forme 
de brouillard, de nuage et de pluie la vapeur d'eau qu'elle contient 
alors en excès. Mais s'il est non moins certain qu'en descendant 
d'une façon continue le long du deuxième versant, il se réchauffe et 
par conséquent se dessèche, ce qui a lieu en Suisse, par exemple, 
sur des versants couverts de glaces et de neiges ou même sur des 
versants déboisés et rocheux, il en est tout différemment lorsqu'ils 
sont boisés. L'air raréfié n'est pas dans ce cas capable de vaincre 
l'inertie de l'air plus dense qui stagne à la base et à l'abri de la 
montagne et, après avoir franchi la crête, il continue d'abord son 
chemin horizontalement et ne descend ensuite que peu à peu, de 
sorte qu'il n'est senti de nouveau qu'assez loin du pied de la mon* 
tagne. 

trll. VAnlhrùpologit et la Ceionxsatim, par le prof. G. Saint-Rémy. 
Dans cet article, l'auteur étudie la question de la main-d'œuvre 
dans nos colonies d'exploitation et passe en revue celles de nos pos- 
sessions où peut se faire le peuplement par des Français. 

(fin. Le roc du Trupt, par M. Jules Froelich. — Auprès du petit 
village de Luvigny, dans )a chaîne des Vosges, il existe un gigan- 
tesque bloc de grès, haut de 6 à 7 mètres, où sont taillées dans le 
vif, au rez-de-chaussée, une grande caverne triangulaire et, au pre- 
mier étage, deux autres cavernes plus basses; une énorme dalle 
carrée et horizontale forme le toit, et une autre, immense, rectan- 
gulaire, hante de 5 à 6 mètres, large de 9 mètres et épaisse de 
om. 60, se dresse en avant, formant la paroi qui fait face à la 
vallée. C'est certainement l'une des plus intéressantes habitations 
préhistoriques des Vosges. Elle était à peu près inconnue et la note 
de M. Froelich est intéressante pour les archéologues. 



— 22 — 

(flV. Dûcummls du iviif sikh relaJtifr aux YkidU^ par M. Paul 
Perdrîzet. — Les districts habités par les Yézidis sont disséminés 
à l'Ouest de la péninsule anatolienne, dans rArménie russe, au 
Nord des lacs de Yan et d'Ourmia et de Mossoul et dans le vilayet 
d'Alep. Leur religion participe, comme le manichéisme, des an- 
tiques religions dualistes de la Babylonie et de la Perse; c'est un 
parsisme dans lequel la crainte du principe mauvais a pris des pro- 
portions exagérées; aussi les appelle-t-on les adorateurs du diahU, 
quoiqu'en réalité ils ne Tadorent pas, mais ils ne le maudissent pas, 
comme le font les musulmans et les chrétiens, et se contentent de 
ne pas prononcer son nom. Comme toutes les sectes mal connues et 
persécutées, la secte des Yézidis a été calomniée. Layard, Texplo- 
rateur de Ninive, a protesté contre ces calomnies, mais sans les 
pouvoir détruire. Il n'y a pas en France d'ouvrage comparable à 
celui de Layard, et M. Perdrizet s'est efforcé de réunir dans les an- 
ciens auteurs français les documents ayant trait à cette tribu , qu'il 
reproduit dans sa note et qu'il fait suivre d'un document anonyme 
qu'il a découvert dans la Bibliothèque municipale de Nancy (ms. 45o), 
petit livret de 70 pages intitulé : De ht nation des Curdes lasidies qu^on 
appelle adorateurs du diable, et dô, croit-il, au père jésuite Besson, 
mort à Alep en 1691, ou à Tun de ses compagnons. Ce document 
est intéressant. y> 

M. Grandidier donne lecture d'un rapport élogieux sur la thèse 
de M. Gautier intitulée : Madagascar^ Essai de géographie physique. 

M. Hamy énumère les dernières publications de l'Union géogra*^ 
phique du Nord de la France et de la Société de géographie de Lille qui 
ne présentent rien de particulièrement intéressant pour la Section. 
Ces deux associations continuent, sans incident notable, leur œuvre 
do propagande. Les faits et nouvelles se rapportant à la gdographîe 
scientifique et commerciale sont présentés clairement de pari et 
d'autre aux lecteurs. La grande société de Lille est toujours pros- 
père, et la crise qui avait un instant menacé l'existence de celle de 
Douai paraît conjurée pour l'instant. 

M. Hamt rend compte ensuite de la première année du Bulletin 
Semestriel de k Société de géographie du Cher. Cette société a été Tondée 
le 18 juin 188/1, mais, quoique âgée dojÀ do près de vingt ans, 
elle n'avait pas encore d'organe de publicité et elle ne figure pas 



— 28 — 

dans le répertoire, pourtant si complet, de notre confrère Lasteyrie. 
Cest grâce au sèle dun nouveau président fort actif, M. Paul 
Hazard, ancien avocat général, que le bulletin de Bourges a pris 
naissance et son premier feuillet nous met en présence d'une corn- 
pagnie qui comptait a 87 membres titulaires en décembre 1901 et 
qui a vu monter le chiffre de ses adhérents à 336 en janvier igoS» 
La Société qui montre cette belle vitalité publie depuis février 
1903 un bulletin semestrid, dont deux numéros ont paru et qui 
contiennent des comptes rendus de séances, de conférences, d'ex- 
cursions, de congrès accompagnés de croquis et de phototypies par- 
fois intéressantes, puis des articles mettant au point à Tusage des 
lecteurs les questions d'actualité. C'est une œuvre de vidgarisation, 
et il ne s'y rencontre guère de travaux originaux à signaler au 
Comité. J'ai toutefois remarqué dans le deuxième fascicule un récit 
d'excursions au Morvan et dans la basse Bourgogne, de M. Jean 
Cbautard, qui se lit avec plaisir et dont l'iUustration est fort 
agréable. 

M. 6. Mabgbl rend compte des Bulletins de la Sociiti de géographie 
de ràm pour 1903. 

«Ce volume est tout entier rempli par deux articles de M. J. Cor- 
celle. 

crLe premier. Géographie économique du département de tAin^ n'est 
que la suite d'un travail paru dans un numéro que nous n'avons 
pas eu à examiner, fl y passe en revue l'industrie, le commerce et 
les voies de communication du département. Il contient un si grand 
nombre de notions nouvelles ou peu connues que nous croyons 
néanmoins utile de nous y arrêter. 

(T L'Ain n'est pas un pays de grande industrie; le voisinage 
d'énormes cités , telles que Lyon et même Genève , qui ont absorbé les 
forces vives du pays et les capitaux de la région , ne l'ont pas permis. 
Cependant les modifications, les transformations, les progrès de 
certaines industries ont facilité la création de certaines usines ou 
fabriques. 

(f n en est ainsi de l'industrie de la soie qui n'employant plus les 
canuts en chambre a nécessité l'éclosion de fabriques qui ont pro- 
fité des conditions particulièrement favorables qu'elles rencontraient 
dans l'Ain et au premier rang desquelles sont le nombre des cours 
d'eau qui arrosent le pays. 



— u — 

<r L'importance de la mine d'asphalte de Seyssel, autrefois extrê- 
mement prospère, a singulièrement diminué depnis qu'on a sub- 
stitué à Tasphalte d'autres matières pour les trottoirs des villes. La 
pierre à bâtir, et notamment celle de Villebois qui se transporte à 
Lyon dans des bateaux plats appelés rigues, la pierre lithogra- 
phique du Bugey aussi appréciée en France qu'à l'étranger où elle 
a fait une rude concurrence à celle de Munich pour la finesse de son 
grain et la facilité de son polissage , doivent être citées parmi les 
principales industries. 

«Jadis la fabrication des chaux hydrauliques et des ciments don- 
nait lieu à un mouvement considérable d'affaires. En 1900 , on n'en 
vendit pas moins de 100,000 tonnes, dont 18,000 pour la Suisse, 
alors que tout le reste trouvait son placement dans notre patrie; et 
le gros chiffre était cependant en diminution de 95 p. 100 sur le 
total de l'année précédente. M. Corcelle attribue la diminution qui 
n'a fait que s'accentuer au ralentissement des constructions, dont 
nous ne nous apercevons pas à Paris, arrêt provenant suivant 
l'auteur de la crise industrielle et surtout de l'abaissement fatal et 
rapide des revenus. 

«Si l'industrie métallurgique est presque nulle et ne fait que 
répondre aux besoins loc^mx , nous devons rappeler qu'à Trëvoux 
prospérèrent jadis l'affinage et l'étirage de l'or et de l'argent, alors 
qu'au xviii*' siècle on portait les élégants costumes ornés de passe- 
menteries d'or et de soie, et l'imprimerie qui publia les innom- 
brables volumes du fameux dictionnaire de Trévoux. Mais tout se 
transforme avec le temps; si certaines industries sont mortes on 
n'en valent guère mieux, il en est d'autres qui naissent et qui pros- 
pèrent, telle est celle de la taille des diamants et surtout des pierres 
fausses qui a absolument transformé la situation économique du 
pays de G ex et de la vallée de la Valserine. 

(f Languissante est la poterie, antique industrie du pays, où l'on a 
retrouvé de nombreux fours romains, notamment l'atelier de Don- 
en-Yalroraey. 

(T Mourante aussi la tuilerie qui lutte péniblement contre les ar- 
doises venant sans frais de transport des carrières savoisiennes. 

(T Bien morte , hélas ! enfin la fabrique de Meillonnas d'où sortirent 
sous Louis XV tant de vaisselles émaillées, au galbe gracieux, au 
dessin habile, aux tons si chatoyants qui font la joie et l'orgueil 
des collectionneurs, industrie qu'a tuée la vogue de la porcelaine. 



— 25 — 

crLa Bresse a des bois nombreux en plaine comme sur la mon- 
tagne; aussi , nombreux sont les travaux du bois, sabots, toumeries, 
boisselleries^ scieries, etc. 

fr Disons encore que la corne et le celluloïd ont donne lieu à la 
cn^ation d*usines et de fabriques pour lesquelles on a utilisé les 
innombrables chutes d'eau et mis à proGt Télectricité et son trans- 
port à distance. C'est à Oyonnax que paratt s'être concentrée cette 
industrie hier si prospère, hier encore la première du monde, mais 
*qui se voit aujourd'hui menacée dans son existence. A l'étranger se 
sont créés des centres analogues : aux États-Unis, en Allemagne, en 
Autriche, en Russie. Déjà les États-Unis ne nous demandent plus 
rien; l'Autriche et l'Allemagne sont à la veille de cesser leurs com- 
mandes; seule l'Italie nous reste encore fidèle. Il ne sera pas facile 
de trouver de nouveaux travaux aux &,5oo ouvriers, aux 8,000 ha- 
bitant<« d'Oyonnax qui vivaient de ces travaux. 

ff Connaissez-vous la schappe? Cest une industrie spéciale à l'Ain , 
dans laquelle on utilise les déchets de filature de soie grège et des 
magnaneries de coton. Les produits filés servent pour la fabrication 
du foulard, des étoffes de soie pour robes et pour ameublement 
pour le velours et la dentelle. Elle n'occupe pas moins de 5,ooo ou- 
vriers. 

crLe commerce d'exportation est fort actif et porte sur tous les 
produits du sol et sur les objets manufacturés dont nous venons de 
parler. Les vins se sont vus longtemps exclus de la Suisse qui est 
pour le département de l'Ain le marché par excellence. Les articles 
locaux les plus demandés sont les volailles qui se dirigent sur Paris, 
la Côte d'azur, l'Angleterre et l'Allemagne, ainsi que les fruits, les 
fromages et les poissons de la Dombe. 

crM. Corcelle nous parle encore de la zone franche et du pays de 
Gex qui ont donné lieu à tant d'entretiens diplomatiques et pour 
lesquels on eut plus d'une fois recours aux vieilles cartes du 
xviu* siècle qui enregistrent les frontières d'antan. 

trll termine enfin par l'énumération des rivières, canaux, routes, 
chemins de fer qui desservent la région. 

fr C'est une de ces études régionales, que peuvent seuls entre- 
prendre les travailleurs du pays parce que seuls ils peuvent re- 
cueillir sur place les renseignements qui leur sont nécessaires, qui 
donnent la vie à leur travail; c'est une étude de tout point excel- 
lente qui honore la revue qui l'a publiée; nous souhaiterions que 



— 36 — 

toutes les sociétés de province entrassent dahs eetle voie; e^esi la 
seule féconde, la seule qui motire leur existence. 

(f Les routes et les vallées de la Savoie , qui forment le second tra* 
vail de M. Gorcelle, présentent un intérêt analogue, mais nombre 
de ces études réunies par un lien fragile ont déjà été publiées soit 
dans le Tour du Monde ^ soit dans la Rmiê de géôgMpkie; elles n^ont 
plus pour nous Tintérét de Tinédit; aussi ne nous y airétarona^noos 
pas plus longtemps, n 

M. Vidal db là Blaqhi dit quelques mots des derniers BvUetim 
de la SociM de géographie de Toulouee, 

La séance est levée à 6 heures. 

Le Secrétaire, 

E.-T. Hamt. 



SÉANCE DU SAMEDI 6 MARS 190^4. 



PRÉSiDKNCK DB M. BOUQUET DB LA ORYB, MBMBRB DB L'INSTITUT. 

La séance est ouverte à h heures et demie. 

Le procès-verbal de la sëanceMu 6 février ayant été lu et adopté, 
M. le Secrétaire dépouille la correspondance, qui comprend des 
envois de MM. Beauvais et Paul Masson qui seront soumis à Texa- 
men de MM. Cordier et G. Marcel. 

M. Bouquet de la Grtb rend compte d*une collection de cartes 
exécutées dans la mer Polaire , par M. Green Isachsen , au cours de 
l'expédition du capitaine Sverdrupt à bord du navire le Fram 
(1898-1909). 

«Une carte d'ensemble, dit le rapporteur, montre, à Taide d'un 
liséré bleu, les découvertes faites pendant cette expédition. Elles 
complètent les tracés anciens du détroit Jones et donnent un figuré 
nouveau de la cAte Sud et de la côte Ouest de la grande terre dont 
la partie connue s'appelait, au Nord, Grant et Grinners Land, et, 
au Sud , EUesmore. Au nouveau tracé de la c6te Ouest, M. Sverdrupt 
a donné le nom de Terre du roi Oscar. 

(f Le détroit Eurêka sépare cette terre de l'Ile Heibergs, dont tout le 
contour a été déterminé; enfin, trois grandes lies, dans l'Ouest, ont 
été entièrement reconnues. L'expédition du Fram se recommande 
donc par l'ampleur de ses déterminations. Toute cette partie de 
l'Océan Arctique est aujourd'hui limitée, définie, et de très belles 
cartes de détail montrent le figuré dé ces cAtes déchiquetées. Il est 
inutile de dire que tout ce beau travail a été effectué au prix de 
grandes souffrances éprouvées pendant trois liivemages; il fait le 
plus grand honneur au capitaine Sverdrupt et à ses officiers, et 
le Comité ne saurait être trop reconnaissant à M. Green Isachsen 
de l'envoi de la collection des cartes qu'il a dressées. y> 

M. Bouquet de la Grte dit ensuite quelques mots du troisième 
BuUetin de lit Société de géographie de Roekrfort de 1908, qui con- 
tient un long article de M* Figeac Bur les migrations africaines 



— 28 — 

anciennes, expliquées à Taide des découvertes faites dans les 
tombes, des analogies de costumes, de coutumes et de caractéris* 
tiques philologiques des peuplades qui ont vécu sur les bords du 
Niger et dans le Soudan. 

La race chassée de TÉgypte serait celle-là même qui, en Europe , 
avait le type dit de Cro-Magnon. La langue qu elle parlait semble 
analogue au targui. 

Les monuments représentent ces gens avec une peau de couleur 
claire, les cheveux blonds et les yeux bleus. 

Ils se répandirent dans TOuest en soumettant les premiers pos- 
sesseurs du sol. 

Puis se fit progressivement la fusion de cette race avec les 
Koushites et leur absorption. 

Une nouvelle irruption se produisit au vu*" siècle avant J.-G. ; 
c'élail la race koushite qui, chassée de l'Yémen, abordait la côte 
Ouest de la mer Rouge et, maintenue par les Égyptiens, se ren- 
dait, d'étape en étape, jusqu'au Niger. 

Là, comme l'avaient fait les blancs, elle s'alliait aux nègres et 
perdait assez rapidement ses qualités. 

Ainsi, en Afrique comme en Europe, les invasions ont été de 
l'Est à l'Ouest, et le climat des tropiques, fatal aux races blanches, 
les a fait se localiser dans le Nord, où elles existent sous le nom de 
Berbères. Les types à peau foncée ont seuls pu vivre sous Téquateur 
sans arriver d'ailleurs à une civilisation avancée. 

trM. Saint-Jours, dit ensuite M. Bouquet db la Grye, a renvoyé 
son mémoire après y avoir fait les coupures qui lui avaient été 
demandées. 

(t J'estime que, dans les conditions actuelles, l'impression de ce 
mémoire peut être autorisée , non que les conclusions de l'auteur 
sur la non-ërosion du littoral des Landes soient appuyées de 
preuves convaincantes et jugent définitivement la question, mais 
parce que M. Saint-Jours a recherché et réuni un certain nombre 
de faits historiques qui éclairent tout au moins certains points du 
problème des baies ouvertes anciennement sur le littoral landais. « 

M. H. CoRDrKft donne lecture d'un rapport sur le Geographical 
/((mrmi/ (janvier -juin igoS): 

t Par la variété et l'importance de ses articles et surtout par le 



— 29 — 

nombre de ses cartes, le journal, organe de la Société de géo- 
graphie de Londres, est actuellement le plus considérable des 
recueils périodiques consacrés aux questions géographiques; il est 
impossible de donner une analyse complète d'une semblable publi- 
cation; aussi devons-nous nous borner à signaler quelques articles 
qui ont attiré notre attention d'une manière spéciale. 

ff Le numéro de février comprend un important compte rendu 
de Texploration systématique faite de la province chinoise du Yun- 
nan, particulièrement dans sa région Sud-Ouest, de 1898 à 1900, 
par le capitaine G. H. D. Ryder; ce qui fait le trait dislinctif de ce 
voyage, c'est qu'il a été fait surtout au point de vue topographique, 
dans le but de faire des relevés destinés à servir à la construction 
éventuelle de chemins de fer; il a été ainsi possible d'établir une 
excellente carte du Sud-Ouest de la Chine, qui a paru dans le 
numéro d'août du Geographieal Journal. 

(t Dans ce même numéro, M. Caii Lumholtz rend compte de ses 
quatre expéditions entre 1890 et 1898 dans le Nord-Ouest du 
Mexique , principalement dans la partie occidentale de la Sierra 
Madré ; quoique les recherches de M. Lumholtz aient surtout de 
l'importance au point de vue de l'archéologie, le pays quUl a 
visité étant peu connu, son récit offre un véritable intérêt pour le 
géographe. 

vLa grande exploration du D' Sven Hedin , dans l'Asie centrale, 
pendant trois ans (1899-1909) est maintenant trop connue pour 
que nous y revenions, à propoB de l'artide qui lui est consacré dans 
le numéro de mars ; mais on se rappellera les fouilles intéressantes 
faites par le D' M. A. Stein, à Ouzoun Tati, ville ensevelie dans le 
sable du désert, à l'Est de Khotan, à la suite du premier voyage de 
Sven Hedin ; dans sa nouvdle exploration , le voyageur suédois a 
étudié les ruines d'une ville ancienne située sur les bords du Lob- 
nor et il en a rapporté des documents dont la date (m* siècle de 
notre ère) correspond à celle des pièces trouvées dans le voisinage 
de la rivière de Nia par le D' Stein ; l'emplacement de cette ville 
Levu-lau (Lau-lau) a été recherché (dans le numéro de mars), 
d'après les documents chinois, en particulier d'après le Tiien Hau 
Chou, histoire des Han antérieurs, par l'agent anglais de Kachgar, 
M. (ieorges Macartney; d'ailleurs, M. £d. Cha vannes a fait des 
réserves sur la situation de Leou-Lau dans le numéro de décembre 
du T'otin^-jPoo. 



— 80 — 

crLa capitale du Se^tch'ouan , Tch'eng-tou, a élé le centre d^ex- 
plorations par M. R. Lockbart Jack, au cours d'un voyage entrepris 
dans le but d'étudier tes riobeases minéralogiques de celte pro- 
vince chinoise; il ne me parait pas que M. Jack ajoute beaucoup à 
la connaissance du pays que nous avions déjà par le capitaine 
William Gill. 

ff D'après un article de M. Douglas, W. Preshfield (mars), il 
semble que le sommet des Himalayas, connu par les Anglais sous 
le nom de M<mt-Evere$t, ne forme pas partie du groupe connu 
comme le Gamruankar par les indigènes du Népal. 

crLe numéro d'avril renferme le récit du voyage accompli par 
M. A. Hamillon Bruce, de Quito à TAmazone, par la rivière Napo, 
en 1901; je note l'observation suivante : r II y a eu jusqu'ici 
(V quelque confusion au sujet des noms Maranon et Amazone; si ce 
cr n'était pas une seule et même rivière, ou si Tune finissait oA 
ff l'autre commençât. Pour les voyageurs brésiliens et péruviens, 
Kl'Amaxone commence à loo milles au-dessus de Iquitos, aucon- 
fffluentde l'Ucayali et du Maranon; l' Amazone est navigable dans 
(f toute sa longueur pour les vapeurs de mer, et les vapeurs de 
ir rivière n'éprouvent aucune difficulté pour remonter 1000 milles 
fr dans l'Ucayali. >» 

trM. G. Raymond Reazley, qui vient de consacrer à Plan Carpin 
un nouveau volume de la collection de l'Hakluyt Sodety, nous 
donne (avril) quelques renseignements importants sur les manu- 
scrite qui ont servi pour la belle édition de la MaÀon de$ MmgtiMy 
de Plan Garpin, éditée en 1888 par d'Avezac pour la Société 
de géographie. Thomas Wright s^était chargé d'examiner, pour 
d'Avezac les manuscrits d'Angleterre; or, le plus ancien et le 
meilleur, celui du Gorpus Ghristi GoHege de Cambridge, n* 181, 
n'a été ni eiaminé, ni coliationné par lui. D'autre part, deux 
manuscrits sont cités dans d'Aveiac sous les noms de LunUey et de 
Londm; or, le manuscrit qui appartenait à lord Lumley et qui a 
servi à Hakluyt, pour sa publication, n'est autre que ie Lmion qui 
a passé au British Muséum avec la cote Reg. i3. A. XIV; il n'y a 
donc qu'un manuscrit et non deux. Dana le manuscrit de Corpus 
Gbristi Collège, il y a trente-deux passages plus ou moins longs 
qui ne se trouvent que dans le manuscrit de Petau (Leyde). Ces 
indieations «taient utiles à noter pour ceux qui se servent de l'édi- 
tion de Plan Carpin faite par d'Avezac. 



— 31 — 

crDans le numéro de juin, nous trouvons le compte rendu de la 
séance du 93 mars de la Royal Geographical Society, consacrée à 
la commémoration des grandes entreprises géographiques et des 
explorations du règne de la reine mizabeth, célébrée à l'occasion 
du troisième anniversaire de la mort de cette souveraine. Des 
discours furent prononcés par le président, Sir Cléments R. Mar- 
kham, par M. Edmund Gosse sur Sir Walter Raleigh, M. Julian 
Gorbett sur Francis Drake et le professeur Sylvanus P. Thompson 
sur William Gilbert et le magnétisme terrestre ; le discours con- 
sacré à Drake revendique pour ce grand navigateur la découverte 
du cap Hom, c'est-à-dire la mer libre au Sud du Continent amé- 
ricain, Tunion du Pacifique et de TAtlantique, attribuée par les 
Hollandais à Schouten et à Lemaire, et par suite la possibilité de 
contourner l'Amérique méridionale sans passer parle détroit franchi 
pour la première fois par Magellan. 7> 

M. G. Margbl présente deux rapports à la Section, l'un sur le 
récent ouvrage de M. H. Vignaud, relatif à la date de la naissance 
de Christophe Colomb; l'autre sur le livre que vient de publier 
M. le baron Marc de Villiers du Terrage, intitulé : Les dernières 
années de la Louisiane française. 

La séance est levée à 5 heures et demie. 

Le SecrkairB, 

E.-T. Hamy. 



MEMOIRES. 



CITES ET NÉCROPOLES BERBERES 

DE UENFIDA, 

TUNISIE MOYENNE^ 

ÉTUDE ETHNOGRAPHIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE, 

PAR M. LE D^ E.-T. HAMY, 

Membre de Tlnstitut , 
Professeur au Muséum d'histoire naturelle. 



J'ai laissé inachevé pendant de longues années le mémoire que 
Ton va lire ; j'espérais toujours qu'il me serait donne de pouvoir 
le terminer sur place, en complétant mes observations de la pre- 
mière heure. Je n'étais que trop certain que mes rapides excursions 
à travers l'Enfida et les cantons voisins avaient laissé de côté une 
foule de détails qu'un nouveau voyage, entrepris dans des condi- 
tions plus favorables, permettrait de relever avec exactitude. Et c'est 
seulement après cette révision attentive que j'aurais publié enfin 
une monographie à peu près satisfaisante! 

Les exigences d'une carrière surchargée m'ont empêché de réaliser 
mon dessein. Cependant, les années s'écoulent, la vieillesse arrive 
avec ses défaillances cl ses infirmités; incapable d'entreprendre de 
nouvelles recherches, il faut enfin se décider à livrer telles quelles 
les anciennes. 

Je m'étais borné à résumer, pour prendre date, ce qu'il y avait 
de plus essentiel dans mes modestes découvertes; en voici le compte 
rendu plus développé. Il se compose de quatre chapitres : le pre- 
mier expose les travaux antérieurs à ma mission; dans les second 
et troisième, je décris de mon mieux l'ensemble des ruines, souvent 
qualifiées de mégalithiques, petites cités ou nécropoles, de la région 
de l'Enfida; j'étudie, dans un quatrième et dernier chapitre, l'archi- 

Okovrapuib, N** i. — 190/^. 3 



— 34 — 

lecture des Berbères actuels de Tunisie, et je m'efforce de démontrer 
que leurs constructions modernes ne font que reproduire les carac- 
tères des ruines antiques signalées dès le début de cette étude. Les 
unes et les autres sont, en effet, à mes yeux, l'œuvre d'un seul 
et même peuple, qui occupait, au commencement de notre ère, 
ce territoire tout entier et dont il ne reste plus d'autres représen- 
tants que les habitants de trois petites bourgades de l'Enfida : 
Takrouna, Djeradou et Zriba, apparentés de très près d'ailleurs 
aux montagnards Zenatia du Sud de la Tunisie, chez lesquels je 
suis ailé chercher me? termes de comparaison. 

I 

Historique. — 11 fut question, pour la première fois, des monu- 
ments que nous allons visiter, dans un article du Tour du Monde 
de 1876, publié par MM. Rebatel et Tirant. Ces deux médecins 
lyonnais cr abordant le massif du Zaghouan par les passages situés à 
gauche du Djebel-Takrouni) avaient découvert, à quelque distance 
au pied de la montagne, une agglomération de ce qu'ils appellent 
vdeux cent cinquante à trois cents dolmens en parfait état de conser- 
vation 79. Cette vaste nécropole préhistorique occupe, disaient ces 
voyageurs, un carré de 5 00 mètres de côté environ. Chaque dolmen, 
uniformément orienté de TEst à l'Ouest, est entouré d'une enceinte 
de pierres enfoncées en terre ayant 6 à 7 mètres de diamètre. Sur 
quelques-uns, la pierre supérieure, qui mesure de a à 3 mètres de 
côté, a été renversée, mais la plupart sont parfaitement intacts?) (^). 

Celte description de MM. Rebatel et Tirant, inexacte dans presque 
tous ses détails, avait surtout le défaut d'être tellement vague au 
point de vue géographique, qu'il était impossible, en la consultant, 
comme quelques années plus tard le faisait M. Cagnat (^), de savoir 
exactement Vendroit où ces voyageurs avaient fait la rencontre de cet 
immense champ funéraire. 

Le capitaine Bordier, de la compagnie franche de Tunis « retrou- 
vait six ans plus tard cette nécropole, pendant un court séjour dans 
la demeure féodale du chef de l'insurrection des Ouled-Saïd (1 881), 

(') D' Rbbatel et Tirant, Voyage dans la régence de Tunis {Tour du Monde, 
1875, 1" semestre, p. 3 18, roi. a). 

^^ Gagnât, Rapport sur une mission en Tunisie [1881-1883] {Àrch. de9 miit. 
êdêntif. et litt., 3" série, t. XI. p. 35-37, i885). 



et, sur les iosU&ces de M. Gagnai, U lui envoyait, pour le Re^>porl 
que je viens de citer, les renseignemenlB très précis que l'on va lire ; 
«En suivant la route de Dar-bel-Ouar i" à DaMl-Bey de l'En- 
fida «', écrivait M. Bordier, à i kilomètre environ du premier point, 
on rencontre à droite un roasaif de cactus très remarquable qui me 
servira de point de repère. 



Fig. 1. — Carie dei manoineiita mëgiUlhiques <te l'Enfida. 

R Si de ce point ou marche sur le Nord-Est, on constate la pré- 
sence de deirnau sur une longueur de 166 mètres; la colline sur 
laquelle ils se buuvent prend alors ta direction Nord-Nord-Ouest; 
elle a 935 mètres de long; puis les dolmens cesflent Si, d'un autre 
cAté, on revient aux cactus et que Ton continue k suivre la roule de 
Dar-bel-Ouar è Dar-d-Bey, on longe à droite un petit monticule 
de 887 mètres de longueur et de i5o mètres de largeur environ, 
qui est également couvert de dolmens. Ces élévations forment donc 
les trois cM^ d'un quadrilatère dont le quatrième manque; mais 
■nÎTsiit le prolongement de ce quatrième côt^, à gauche de U 

") Cot le niun du manoir du caïd révolté, Bel Ouar. 
<" Oeotre du domiioe lie I* Société b-aDCo-maneillaBe, 



— 36 — 

route, s'étend une coiiine dont la direction est Sud-Sud-Ouest, et 
qui mesure 800 mètres de long; on y rencontre de nouveaux dol- 
mens. L'intérieur de ce quadrilatère, une grande plaine, ne présente 
plus que des traces fort rares de dolmens; on comprend d'ailleurs 
aisément que les indigènes les aient détruits, s'ils ont jamais existé, 
pour pouvoir plus facilement labourer leurs terres. 

((Tous ces dolmens sont rigoureusement orientés; les plus im- 
portants ont été mesurés; leur hauteur varie de 1 m. 5o à s mètres, 
leur largeur de o m. 80 à 1 mètre. Quant aux enceintes de pierres 
qui les entourent, leur diamètre est généralement de 6 m. 5o ou 
7 mètres; il y en a qui atteignent 8 mètres. La plupart contiennent 
un ou deux dolmens; dans l'une d'elles pourtant, il a été rencontré 
sk dolmens accolés ou plutôt un dolmen sextuple; on en a trouvé 
aussi de doubles et de triples. 

(T J'ai l'honneur de joindre à ce rapport, continue M. Bordier, la 
photographie d'une de ces enceintes (*) contenant deux dolmens; 
le diamètre en est de 8 mètres environ. Le plus grand dolmen est 
haut de 1 m. 70 et large de 1 m. â5; le plus petit n'a plus que 
o m. 07 de hauteur sur 1 mètre de largeur; il est situé au Sud du 
grand. 

cr A 5o mètres environ au Nord-Nord-Est du massif de cactus dont 
j'ai parlé en commençant, dit toujours M. Bordier, se trouvent des 
dolmens qui ont été autrefois fouillés. Sous l'un d'eux, il existe 
deux cryptes qui ont 1 mètre de hauteur à peu près et & m. 5 o de 
profondeur. Le premier caveau, celui par lequel on entre, est pro- 
fond de 1 m. 5 o et large de près de s mètres; le sol en est aujour- 
d'hui plus élevé que celui du second caveau, mais cela tient à la 
paille que les Arabes y ont amoncelée; la largeur de ce dernier est 
plus grande, elle est de 3 mètres environ; la profondeur est égale- 
ment de 3 mètres. A cinq ou six pas de là, au Sud-Ouest, se trouvait 
un autre dolmen aujourd'hui détruit, sous lequel il n'y avait qu'un 
seul caveau, de forme circulaire, qui mesurait au moins k mètres 
de profondeur; sa hauteur était à peu près de 1 m. 5o et on y péné- 
trait par un escalier qui, bien que dégradé, est encore très facile à 
distinguer. La porte d'entrée de ces cryptes se trouve un peu en 
avant de l'ouverture du dolmen, mais dans Tintérieur de Tenceinte 
de pierres qui l'entoure. 1) 

(') Ccst celle que M. Ca(rnal a ptibliéc dans la planche \V1 de son Haypvvl, 



— 37 — 

fr M. le capitaine Bordier, ajoute M. Cagnat, a fait fouilier plusieurs 
de ces dolmens. Généralement les fouilles n'ont produit aucun ré~ 
sultat. Dans un dolmen, pourtant, on a trouvé des ossements 

humains Malgré cette découverte, qui semblait exclure Tidée 

d'une crypte, M. le capitaine Bordier a voulu s'assurer s'il n'y avait 
pas de caveau sous ce dolmen; malheureusement il n'y a pas réussi , 
mais en creusant en avant de l'entrée, les soldats ont trouvé, à 
80 centimètres de profondeur, du plâtre en assez grande quantité. . . n 

La noie de M. Bordier n'était pas encore parue lorsque, le 99 jan- 
vier 188a, une colonne légère, revenant d'Hammamet à Kairouan, 
après avoir convoyé une centaine d'arabas qui rentraient à Tunis, 
vint camper près de la nécropole de Dar-bel-Ouar. L'aide-major 
Chopinet visitait et décrivait à son tour ce «r vaste champ de dolmens, 
le plus grand peut-être qu'il y ait au monde. . . Ji. «rUne centaine 
seulement de ces dolmens sont bien conservés, disait-il dans la 
note communiquée à la Société de géographie de Toulouse le s 1 juil- 
let suivant (^); mais le sol est absolument jonché de débris de dol- 
mens, et nous restons certainement au-dessous de la vérité en 
supputant à 3, 000 le nombre des monuments de même origine qui 
se sont élevés jadis en ce lieu. En étudiant avec soin ceux qui ont 
le mieux résisté à l'action du temps, nous constatons que chacun de 
ces dolmens s'élève sur une base circulaire qui varie de 5 à 1 s mè- 
tres. Cette base ou entablement est formée de gradins concentriques 
interrompus généralement du côté de l'Est par une échancrure en 
trou de serrure. Sur le gradin le plus élevé se dressent deux ou trois 
pierres parallèles dirigées également vers l'Est et recouvertes d'une 
ou deux larges pierres, longues de 1 m. 5o à 3 mètres. Une qua- 
trième pierre verticale ferme vers l'Ouest le dolmen qui, au con- 
traire, reste ouvert du côté opposé. Les dolmens les plus grands et 
les plus larges à la base sont généralement placés sur des tertres 
qui dominent les dolmens voisins; le soubassement de ces derniers 
est souvent tangent à la grande circonférence des premiei*s. Enfin, 
entre les dolmens, on voit d'étroits sentiers sinueux et bordés par 
des pierres enfoncées verticalement dans le sol; nous avons pu 
suivre l'un d'eux pendant plus de 900 mètres, mais nous n'avons 
pu nous rendre compte de leur raison d'être. 

<'J D' Chommt, Une colonne dans TEnfida de Tunisie {Btdl, Soe. g^gr. de 
TouiouMf, 1889, n* 7, juittel, p. 9i9-si3). 



— 38 — 

ffDeax de ces dolmens, disait en terminant le D' Chopînet, ont 
été fouilles par le capitaine de la compagnie franche de Tunis ('', 
mais ces fouilles ont ëté infructueuses, probablement parce qu Viles 
nVnt pas été poussées assez profondément. Pour arriver à quelque 
résultat, il faudra, à notre avis, arriver au centre du dolmen et au- 
dessus des pierres verticales, en déblayant Téchancrure du soubas- 
sement; on atteindrait ainsi le caveau et Ton trouverait sans doute 
quelque vestige des premiers habitants de celte contrée. Le hasard 
nous a conduit prës d'un dolmen qui a été ainsi creusé, peut-être 
par un berger arabe désireux de se créer un abri contre le mau- 
vais temps. Le caveau, placé directement au centre du dolmen 
et à 1 mètre environ au-dessous du sol, est circulaire et mesure 
9 m. 5o environ de diamètre, t) 

Une courte note de M. le D' Rouîre^^^, reproduite, toujours la 
même, dans divers recueils de septembre i886 à juillet i888, 
n'ajouta guère aux données précédentes que quelques notions pré- 
cises sur les terres cuites trouvées en fouillant superficiellement une 
douzaine de ces monuments. M. Rouire a été assez heureux pour 
découvrir notamment une petite série de lampes archaïques t^^ inté- 
ressantes. 

Mes prédécesseurs dans TEnfida s'étaient contentés tous d'une 
rapide visite, et les fouilles pratiquées par les moins pressés de ces 
explorateurs avaient duré seulement quelques heures. J'ai consacré 
dix longues journées à explorer, à dessiner, à photographier, à 
mesurer, à creuser. Voici le résultat de ces travaux d'après mes 
carnets et mes clichés. 

II 

Hcnchir-el-Hadjar, — Je n'ai guère de modification importante à 
introduire dans la description générale de l'Henchir-el-Hadjar, telle 
que l'a donnée M. le commandant Bordier. J'observerai seulement 
que Vorientatian des monuments est moins rigoureuse que cet obser- 

^') G*esl4-dire le capitaine Bordier cité plus haut 

(^) Rouim (D'), Note sur les dolmens de i'EnBJa (Rev. d'elhno^,, i886 , t. Y, 
p. hhi'àhH, Çig, ia8-ido). — Cf. Bull, de géogr. hi$t, et deianptive, i886, 
p. 93-97. Compta rendut Acad, te. nat, pour l'histoire naturelle de V homme, 
t. XXII. p. 373-377, 1888. 

(') lbid.,f. àkb, fig. i98-i3o. 



— 39 — 

valeur ne Ta indiqué. Je n'ai pas eu sous les yeux au moment utile 
un plan détaillé que mon compagnon de voyage, M. J.-E. de la 
Croix, avait très soigneusement levé, et dont le commentaire 
m'aurait permis de serrer d'un peu plus près la topographie de la 
nëcropole. Toutefois je crois pouvoir affirmer d'une manière géné- 
rale que le parallélisme des chambres de pierre est parfaitement 
exact dans un même quartier de la nécropole. Seulement si l'on détermine 
à la boussole l'orientation des monuments, on constate des variations 
aussi grandes d'un quartier à un autre quartier un peu éloigné , qu'il 
s'en peut trouver entre la position du levant Sétiei du levant d'hiver. 
On peut dès lors admettre que tel ou tel groupe de ces sépultures 
a pu être ainsi édifié, en telle ou telle autre saison de l'année. 

Tout ce que dit encore M. Bordier de la disparition de la parlio 
basse de la nécropole sous l'action d'une culture plus intense, me 
semble également fort plausible. Mais l'existence de cr^(e« antiques, 
sous les enceintes de pierre, suggérée à cet observateur par l'examen 
de trois caveaux actuellement habités par des Bédouins de la frac- 
lion des Zouaîdia, est tout à fait accidentelle et je n'ai pu, malgré 
tous mes efforts, découvrir nulle part, dans les nécropoles de l'En* 
fida , aucune cavité plus ou moins analogue à celles qu'avait vues 
M. Bordier, et que j'ai visitées après lui. 

Je me suis notamment adressé, pour contrôler son hypothèse, à 
deux monuments aussi semblables que possible à ceux qui sur- 
montent les caves de Bédouins qu'il avait signalées. Le premier est 
une grande chambre de pierre bien conservée et exactement orientée ; 
la pierre du fond mesure i m. 96 sur 1 m. o5 et o m. aS; celle du 
Nord atteint 3 m. i5 sur 1 m. 1 5 et o m. 30, celle du Sud est 
de 9 m. &o sur o m. 90 et o m. 90. Le tout est surmonté d'une grosse 
dalle de a m. 80 (Est- Ouest) sur 1 m. 90 (Nord -Sud) et dont 
l'épaisseur moyenne est de o m. Sa. La hauteur réelle du monument 
au-dessus de la plate-forme est de i m. &o ; cette plate-forme est 
d'ailleurs en grande partie ruinée (fig. a). 

Le deuxième monument, étudié au point de vue spécial de la 
cavité souterraine qu'il aurait pu surmonter, est dirigé Nord-Ouest- 
Sud-Est, à &5^par conséquent. La plate-forme est intacte, cette 
fois, et correspond à un disque de 6 mètres environ de diamètre; 
elle est faite d'un massif de pierres posées à plat, sans aucun ordre 
que celui qu'imposait la forme circulaire de la ligne de pierres ex- 
térieure. Le revêtement s'appuyant à cette bordure prend par là même 



— 40 — 

vaguement des formes arrondies, et c'est ce qui a fait dire à M. Bor- 
dier et répéter par M. Rouire que les pierres posées à plal décrivent 
autour du cofTre funénire àes encemtet circulaira. M. Rouire va même 
jusqu'à rapprocher les cercles qu il croit avoir vus k ceux que Férand 
a autrefois signalés aux sources du Bou Mezroug, dans le Sud-Est 
de la province de Coostantine; ce qui est notoirement exagéré. 



Pig. a. — Chambre funéraire dite di^men, 
avec aon couloir d'entrée et une partie de m terrasse. IIenrhir.el-Hadjar. 

La paroi Nord de ce deuxième monument est formée d'une 
grande dalle, mesurant i m. 90 sur m. 90 et o m. ah d'épais- 
seur; la dalle du Sud a seulement o m. 7$ de hauteur apparente, 
1 m. 65 de longueur et m. a t d'épaisseur. Le fond compte 1 m. 45, 
o m. go et o m. 18. La pierre de couverture a été brisée en deux; 
l'un des morceaux atteint 1 m. &5 sur 1 m. lio; l'autre, o m. 75 
sor 1 m. 3o; l'épaisseur varie de o m. 97 à o m. 33. 

Le sol est dallé à l'intérieur dans ce deuxième monument comme 
dans le premier. La figure que voici (fig. 3) est destinée à faire bien 
voir, sur un troisième monument, ce plancher intérieur. On y voit 
très nettement l'allée d'entrée, creusée de o m. 65, montant en 
pente douce et limitée par de larges dalles formant une plate-forme 



"■il 



II 
II 



— â2 — 

très régulière de trois rangées de pierres concentriques mesurant 
de dehors en dedans o m. 70, o m. 35 et o m. 'lEi, ce qui donnp 
pour le rayon, jusqu'à l'entrée de la chambre, 1 m. âo environ. Il 
ne reste de la loge cenirate que la pierre du Nord, haute de 1 mè- 
tre, longue de 1 m. 76, épaisse de o m. i3 à om. i5, et enfonce 
seulement de m. 95; mais le plancher est complet, composé de 



|Fig. i. — Monuoieiil i couloir oblique. Hcnchir-el-Hadjar. 

pierres plates de o m. 1 o à o m. 1 3 d'épaisseur, posées en travers 
et garnissant exactement le sol tout entier. Un peu de terre est de- 
meurée dans les angles; on n'y rencontre rien qui vaille la peine 
d'êlre mentionné. 

J'ai sondé à la barre de mine les couloirs conduisant aun chambres 
de ces divers monuments; le sol naturel s'est rencontré à des pro- 
fondeurs variant de o m. 35 i m. 3o. On continua de foncer. 



— 43 — 

sans que rien vtnt révéler l'existence d'aucune espace de cavité. J'ai 
fouillé alors les deux premières chambres jusqu'au fond, sans 
trouver autre chose que de mauvais fragmenta de poterie grossière. 
Je n'ai pas é\é plus heureux en abordant l'examen d'un autre monu- 
ment situé dans le même quartier de la nécropole, et j'ai tout à fait 
renoncé k poursuivre l'examen d'une hypothèse qui me paraît en- 
tièrement dénuée de fondement. 

Il n'y a pat de iépubtire louierrame profondément dissimulée au- 
dessous de la construction extérieure, et la chambre Juniraire est 
bien cette loge de grosses pierres qui occupe dans les monuments 
les plus simples le centre d'une plate-forme, et dont le eoulw-, ou- 
vert du côté de l'Ouest, constitue i'enirée. La porte manque toujours, 
sans que jamais on en rencontre la moindre trace dans le voisinage; 
on verra plus loin comment est expliquée cette lacune qui, je le 
répèle, est absolument constante. 



Fig. 5. — MoDument A roulair oblique. Hencbir-el-Hidjar. 

Un certain nombre de fois cependant, j'ai trouvé une sorte de 
seuil barrant transversalement l'entrée, et pouvant s'élever jusqu'à 
o m. 1 au-dessus du plancher de la chambre qu'il limile en avant. 

Ln pierre» drenén qui ferment la chambre rappellent fort exac- 
tement, au premier aspect, celles de nos dolmen» de l'Europe occi- 
dentale, et l'on s'explique fort bien que les voyageurs qui ont 
découvert l'Enfida aient ainsi conféré i ces tombeaux ofricains le nom 



Fig. C. ~ Monumenl à double cbanibre. Henrhir-el-lladjar, 



Fiji. 7. — Moniinifnt i double clinmbrc Ili'iichir-rl-IUdjir 



— 45 — 

BOUB lequel sont généralement connues et d^i^néea che:! nous des 
sëpultures antiques d'apparence fort analogue. 

On retrouve, ea effet, tout a la fois la dalle épntsse, subquadrila- 
t^rc, qui forme le lott et les trois dalles, plus ou moins longues el 
plus ou moine hautes, qui forment lesparoù. 

La piem de recouvrement peut atteindre a m. 3o dans un sens et 
1 m. 90 dans l'autre, avec une épaisseur de o m. 3^ , ce qui repré- 
sente 1 m. c. SSç.'ioo. Les dimensions maxima des pierres debodt 
sont, pour les côtés, 3 m. ^o sur 1 m. 90 et o m. ao d'épaisseur. 




Fig. 8 4 11. 
Monuments à chambre «impie, double et triple. Hpnchir-el-Hsdjar. 

soit m. G. 913.000 pour le fond; 1 m. 9& sur 1 m. o& et o ai. ab 
d '(épaisseur, soit o m.c. 511,876. Le plancher est irrégulièrement 
dallé. Le cube des plus grandes chambres ue représente jamais 
plus de a mètres de long sur 1 m. 5o de large, et la hauteur de la 
cavité dépasse très rarement o m. 90 ù 1 mètre. 

La chambre, aiosi constituée, s'enfonce plus ou moins profon- 



— 46 — 

dément dans la plateforme circulaire, dont elle occupe à peu près 
le centre si elle est unique, et qui eat cooBtituée de la manière que 
j'ai précédemment indiquée. 

La bordure, le plus souvent bien apparente, est nettement coupée 
au niveau du couloir plus ou moins profond qui donae dans la 
chambre funéraire. Habituellement, ce couloir est perpendiculaire 
h la chambre ; il peut être dirigé du Nord au Sud ou du Sud au 
Nord. Quelquefois, pour une raison qui nous échappe, il est plus 
ou moins oblique. 



Fig. 11. — MoDumenl à cinq chambrw. iIeDebir-el-Hadjir. 

Voici deux exemples différents de ces allées obliques, faisanl 
avec la chambre à laquelle elles conduisent un angle obtus du 
Oo à 70°. Dans le premier de ces monuments (fig. U), la chambre, 
relativement étroite (o m. 85), est plus longue à droite (3 m. aS) 
qu'à gauche (t m. 85); par suite, le porte est oblique et l'allée 
qui y conduit est fortement déviée vers la gauche. 

La (oilure du second monument (fig. 5), qui ressemble d'ailleurs 
beaucoup au précédent, est demeurée en place, et son couloir 
d'entrée est bien mieux conservé. 

Les figures 6 el 7 montrent deux dispositions de ekambret 
double: Dans la première, les deux chambres sont à peu près de 



— 47 — 

même grandeur, avec dalle mitoyenae un peu raccourcie. Dans la 
seconde, la chambre de gauche est plus longue que celle de droite, 
et les deux entrées forment un an^e droit. 

Ce dernier monument nous montre quelque chose de plus que 
ceux que nous avons jusqu'à présent étudiés; chacune des portes 
est en effet fermée dans sa partie inférieure par un de ces seuils 
dont j'ai dit un mot plus haut. Le plus élevé est formé de trois 
couches de pierres plates superposées; il faut enjamber celte clô- 
ture partielle pour entrer dans la chambre funéraire qui ne contient , 
du reste, qu'un mauvais morceau de poterie grossière. 



Pig. 1 3. — HoDunient è lii chambres. Henchir-el-Hadjar. 

Les figures 9 et 10 représentent d'autres dispositions de dolmens 
doubles : l'un dont les entrées forment un angle de A5°; l'autre où 
les deux issues sont placées à peu près à l'opposite. 

Dans la figure 1 1 , on voit un monument k trois chambres paral- 
lèles, k couloirs divergents. 

J'ai dessiné un groupe à quatre chambres accolées; il y en avait 
eu cinq, aujourd'hui peu apparentes, dans le monument fort in- 
complet, représenté en perspective cavalière dans la figure ta; il 
y en a six, beaucoup pluK distinctes, dans celui de la figure i3, 
déjà mentionné par le capitaine Bordier. Quatre des chambres, à 



peu près de même forme et de même grandeur, s'ouvrent vers 
l'Est-Sud-Est avec leurs quatre couloirs divergents. Deux des dalles 
qui formaient la toiture gisent renversées k c6té. Les chambres 5 et 6 
s'adossaient aux précédentes avec des entrées dirigées à peu près 
vers le Nord et vers le Sud; la dalle supérieure du dernier de ces 
tombeaux est par terre, à l'Ouest du couloir O. 

Tous Les monuments d'Henchir-el-Hadjar que nous venons de 
passer en revue ont leur chambre centrale tout à fait extérieure, 
reliée à la périphérie par un couloir ou corridor qui mesure à peu 
près la longueur du rayon du soubassement. Ce couloir, quelque- 
fois dallé , est très l^rement ascendant ou tout k fait horizontal ; 
nous avons vu qu'il aboutit parfois k un seuil d'un relief plus ou 
moins prononcé, qu'il faut franchir pour entrer dans le tombeau. 

11 est une seconde catégorie de monuments, beaucoup moins 
nombreux qne tes autres, où la chambre s'enfonce dans le sol, 
entraînant avec elle le couloir transformé en escalier qui tantôt 
descend directement et tantôt s'infléchit à angle droit pour gagner 
un des coins de lu cavité souterraine. 



Pig. lA. — Tombe soulamiine i Mcalier. Premier tjpe. 
Henchi r-i^l-HailJ a r. 

J'ai fouillé deux grands tombeaux de cette sorte, situés dans te 
même quartier et à peu de distance Tun de l'autre. Les figures i A et 1 5 
ci-jointesmontrentexactementreproduitesà l'échelle les dispositions 
de l'escalier et de la chambre funéraire dans ces deux monuments. 

<'' Tous lee délails de r.<; maniiinciit ont élé levé» pai' mai un par UD. el li^ 
di^ll ci-jotiil esl L'Jf;ouroiisC[i>cnl h l'i^rhcllp. niitiriic traillvurs louB ceiil '[ui 
■rconi|>af;aent cette nolici^. 



— 49 — 

Sous une toiture formée d'une ënorme pierre qui affleurait au 
centre du disque était ménagée une chambre (fig. i &) de i m. 95 de 
profondeur, i m. 60 de longueur et om.85 de largeur. Les parois 
étaient formées de très grosses pierres plates; celle de TOuest 
occupait toute la longueur du sépulcre, celle de TEsl n'avait que 
1 m. 30, et une porte de o m. 60 complétait ce côté. 

Cetle porte, absolument intacte, était composée d'une pierre 
formant seuil qui mesurait o m. kb de hauteur au-dessus du plan- 
cher du tombeau; cette pierre était large de o m. 5o et épaisse de 
o m. 35. Cinq assises de pierres sèches, tout h fait intactes, sur- 
montaient le seuil et complétaient la clôture de la porte, et ce mode 
d'occlusion, fort particulier, venait donner l'explication de l'absence 
de toute dalle formant porte dans les monuments à chambre supé- 
rieure. Comme les tombes souterraines , les tombes extérieures avaient 
été fermées par des assises de pierres sèches, que l'on pouvait aisé- 
ment déplacer pour avoir accès à l'intérieur, et lorsqu'on avait 
violé les tombeaux, ce mode de clôture n'avait pas laissé de traces. 

L'escalier de ce premier monument se compose, de bas en haut, 
d'une marche de o m. 35, d'un palier de 1 m. 65 et de deux 
marches externes et supérieures de o m. 4o et o m. 95. L'escalier 
du deuxième monument, représenté à l'échelle dans la figure i5 ci- 
après, est un peu plus compliqué. Il quitte la chambre par un palier 
de 1 m. 1 3 qui aboutit à une marche échancrée à angle droit, qui 
donne accès à un deuxième palier qui tourne court à gauche, pour 
reprendre la direction primitive avec deux marches terminales de 
o m. 4o et de o m. 70. La chambre était fermée, cette fois encore, 
d*un mur de pierres sèches que l'on voit à leur place sur le plan. 

Les deux chambres étaient toutes pleines de terre et de petites 
pierrailles, et immédiatement sous la toiture étaient amassées en 
grand nombre des hélix d'espèces fort communes en Tunisie (*). 

Il y avait, à l'intérieur, un certain nombre de vases en argile et 
des restes de plusieurs squelettes. 

^*) J'avais soumis les échantillons recueillis à feu Bourguignat, qui avait reconnu 
qu'elles appartenaient en très grande majorité à une variété mimUa de Vhelix ver- 
miculata (Mûll.), spéciale à la Tunisie. Il y avait aussi un échantillon de Vhelix 
uUcenni (Bourg.). «Ces deux espèces, disait Bourguignat dans une note que 
je retrouve, sont de nos jours communes en Tunisie. Je n'ai remarqué sur ces 
coquiUes aucune modification dans les signes caractéristiques. En conséquence la 
couche où gisent ces coquilles est de date récente.» Elles étaient, en effet, 
immédiatement sous la dalle des toitures! 

GioGRAPuiK, N" 1. — 1906. h 



— 50 — 

L»s vases, conserves au Trocadéro, sont généralemeDl de petites 
dîmensioDs, d'une terre grossière, mal liée et mal cuite, d'un noir 
bleuÂlre à la cassure et engobée d'us rouge asseï vif et parfois 
polie au lissoir. Ces vases de petites dimensions (le plus grand ne 
dépasse pas o m. ao de diamètre) affectent les formes d'assiettes, 
de gamelles, de tasses, de gobelets, de lampes. 



Fîg. i5. — Tomlie aoulerraine à esMlier. Deuiièine type. 
HeiichI r- et-Ractji r. 

Les squelettes étaient en si mauvais état que leur examen n'a 
guère donné de renseignements utiles. Les crânes étaient brisés en 
très petits morceaux et les os des membres supérieurs réduits à de 
minimes fragments. Les diaphyses des fémurs et des tibias ont 
mieux résisté, et j'ai pu constater que les fémurs sont à colonne 
«t que le plus accentué mesure o m. o35 d'épaisseur d'avant en 
arrière et o m. 0^19 seulement en travers au niveau du trou nour- 
rice. Les tibias sont platycuémiques. Tibias et fémurs inversement 
juxtaposés, montrent bien que les sujets dont les os proviennent 
avaient été inbumés dans l'attitude accroupie. 

C'est à dessL-JD que j'ai plusieurs fois employé dans la descrip- 
tion t|ui précède l'expression de quartiert pour désigner d'une 
manière plus ou moins vaj>ne telle ou telle portion du cimetière. 
C'est que tout cet ensemble de tombeaux était, en effet, coupé en 
un certain noiiibi'e de lois par des murs formés de deux rangées de 



— 51 — 

pierres plates, plantées debout et dans Tintervalle desquelles étaient 
accumulés des matériaux de plus petite taiUe qui ont le plus sou- 
vent disparu. Ce 3ont ces bases de murs que le docteur Chopinet 
prenait pour des sentiers encadrés de pierres verticales. 

Ajoutons, en terminant, que Tun des quartiers, très bouleversé, 
situé dans le Nord-Ouest d'Henchir-el-Hadjar, m'a bien paru repré- 
senter la ville des vivants voisine de celle des morts, humble cité 
pour une nécropole aussi vaste. J'y distinguais mal les vestiges de 
murs, de chambres et de tours que j'ai mieux déterminés lorsque, 
plus tard, j'ai exploré les ruines moins chaotiques des boui^ades 
qui de divers côtés entourent THenchir-el-Hadjar. 

III 

Autres ruines du même caractère rencontrées dans tEnfida, — Les 
ruines qu'on rencontre dans TEnfida autour de la ruine principale 
sont bien moins importantes, mais du même caractère, et forment 
à celle-ci comme une espèce de ceinture irrégulière. Des bourgades 
secondaires, avec leurs nécropoles plus ou moins apparentes, s'éten- 
dent, en effet, depuis l'extrémité Nord-Ouest de la petite chaine 
des Sa tours jusqu'à la pointe Nord du lac de Kelbia, et de la der- 
nière colliue en vue de la mer, au fond du golfe de Hammamet, à 
la route de Dar-el-Bey à Kairouan. 

Ce sont, au Nord-Ouest, Dar-el-Aroussi; au Nord-Est, Henchir- 
el-^Assel; au Sud-Est, Henchir-Chouchta; au Sud, Henchir-Ha- 
mèm, Henchir-Ahmed-Sidi-Sala, et enfin, au Sud-Ouest, Aïoun- 
ef-Fakrin. 

Dar-el'Ar<mssi. — C'est M. Mangiavacchi, directeur du domaine 
de TEnfida, qui a découvert cette ruine, à 8 kilomètres à l'Ouest de 
Dar-el-Bey; il a bien voulu m'en faire lui-même les honneurs. Dar- 
el-Aroussi est un fimas assez confus qui se cache au milieu d'une 
épaisse végétation; les restes de la bourgade s'étagent à la surface 
d'un mamelon arrondi un peu au delà des dernières crêtes de 
la petite chatne des Salours. Des bases de murs à double face, 
toutes semblables à celles de l'Henchir-el-Hadjar, mais composées 
de matériaux sensiblement plus gros, tracent au milieu des hautes 
herbes des alignements en retrait les uns au-dessus des autres. 
L'épaisseur de ces bases de murs, dont plusieurs se recourbent à 

4. 



— 52 — 

angle droit''', peut atteindre de i m. lo à i m. 65, et les pierrailles 

entassées entre les parements ont un volume proportionnel aux 

dalles dont elles comblent les interstices. Ces 

murs forment des chambres , dont la plus grande 

atteint 5 mètres sur h m. So, la plus petite 

f ayant encore 9 m. 85 sur a mètres environ. 

Au-dessus de cette assise, en un point de la 
ruine, j'ai toouv^ de gros cailloux disposés en 
tpiea d'une manière très nette. 

L'une des constructions, la mieux conservée, 
se termine par une rotonde, dont j'ai exacle- 
ment copié le dérasement dans le petit croquis ci-joint (fig. i6). 
C'est comme la base d'une tourelle défensive terminant, à l'une de 
ses extrémités, une sorte de frontjdejbandière. 



Kîf[. 17. — tUtiment ruiné, avec rotonde. 
Aïoiin-ef-Fakrin. 

Deux larges disques, circulaires, de pierres asset bien assem- 
blées avec une grosse dalle au centre, exactement sembbibles à mes 
tomhfi tmterrnitiei de l'Henchir-el-Hadjar, se rattachent aux con- 
structions que je viens de décrire. On les rencontre à l'Est du der- 
nier monticule des Satours. Le premier mrsure 7 et 8 mètres dans 
ses deux diamètres; le second atlnint 8 m. 5o et g mètres. Us sont 
séparés seulement par un écartement de a m. 5o. Un peu au Nord 

<'' J'ai suivi un ilc eu» murs sur une laji{;iii'ur de plun de so luèircs. 



s'ouvre une chambre carrée, de 9 mètres de etlê. Au Nord-Ouest, 
plusieurs autres chambres oot été creusées dans la roche vive du 



- Chambre funéraire creusée li 
'Dar el'-Arouw. 



dernier cliataon des Satours. Leur profondeur apparente est de 
1 m. 10. La plus grande (Gg. i8) est formée d'un corridor de 



3 mètres de long sur o m. tio de large ijui conduit h une petite 
salle transversale de % mètre sur s mètres, terminée dans un de ses 
angles par une rotonde de o m. 70 de saillie. C'est la reproduction 



— bi- 
en creux dans le rocher d'un plan d'habitation que les études 
précédentes nous ont rendu familier, et je ne doute pas de 1 origine 
commune de ce tombeau, exceptionnellement creusé dans la roche 
pour quelque personnage important, et des autres constructions 
que nous venons d'examiner. Seulement il est très vraisemblable, 
en raison de la supériorité du travail, que, comme les tombeaux 
souterrains de rHenchir-el-Hadjar, celui de Dar-el-Aroussi appar- 
tient à une époque quelque peu postérieure. 

A 3 ou /i mètres au Sud de cette excavation s'en voit une autre 
plus simple, dont le plan est reproduit ci-dessus (fig. 19). C'est 
une chambre de 1 mètre sur s m. so, avec un corridor semblable 
à celui du premier tombeau. D'autres cavités comparables aux pré- 
cédentes, mais dont je n'ai pas relevé les dimensions, se rencon- 
trent à peu de distance dans le même affleurement rocheux. 

Henchir-el-Assel^^h — Dar-bel-Ouar est relié, dans la direction 
du Nord -Est, par un étroit chemin accessible aux voitures légères, 
à l'ancienne voie romaine, encore bien conservée, qui mène de 
Béjà au Sahel. Que l'on suive cette piste pendant s kilomètres 
ou à peu près, on tombe sur la vieille route, juste en face de trois 
collines basses qui soulèvent, au milieu des épaisses moissons 
d'orge, leurs convexités toutes recouvertes de pierres. C'est Henchir- 
el-'Assel, la ruine du tn{el{Rg. 20). 

On retrouve bien vite, en traversant la route, l'aspect caracté- 
ristique de la nécropole d'Henchir-el-Hadjar. Les chambres qui 
formaient les tombes elles-mêmes sont là béantes et les grosses 
dalles, posées à plat, qui encadrent ces chambres, tracent encore 
leurs cercles presque parfaits. Les entrées qui menaient de la 
périphérie au centre de chaque monument funèbre sont plus ou 
moins visibles et Ton rencontre de distance en distance des restes 
de murailles qui devaient isoler jadis certains groupes de tom- 
beaux. 

Je compte, sur la colline du Nord, vingt-neuf monuments; 
serrés les uns contre les autres, ils occupent surtout la base du 
monticule, du côté du chemin par lequel je suis arrivé. Plusieurs 
ont de grandes dimensions ; deux dépassent 1 1 mètres de diamètre, 
un autre en atteint i3. Tous sont bouleversés; quelques-uns seu^ 

î»> Cf. C. R. Acad, Intûript. et Bell. Lett,, 1896, p. 366-9/17. 



— 55 — 

lement ont gardé des pierres debout : la plus grande de ces pierres 
a 3 m. 9o de longueur, 9 m. 95 de hauteur et o m. 35 d'épais- 
seur, et représente, par conséquent, une masse de plus de s mètres 
cubes et demi. Près de là un amas de pkrres, dont certaines sont 
demeurées droites, semble correspondre à une construction de 
nature fort indécise. 




Fig. ao. — Pl«u sommaire d'Hencfair-ei-'Assel. 
I, II, m, les trois collines; A, le grand monument. 



La seconde colline, au Sud de la première, ne supporte que 
treize monuments ; un seul est assez bien conservé : au milieu d'un 
cercle de pierres posées k plat, de 11 mètres ou environ, une 
chambre s'ouvre vers TEst, fermée des trois autres côtés par des 
pierres, dont la plus grande atteint 1 m. ko dans sa plus grande 
dimension. La convexité générale de Tensemble des matériaux main- 
tenus autour de la chambre par Tenceinte circulaire est fort sensible 
et, pour la première fois, je retrouve encore intactes une partie 
des assises de pierre qui composaient jadis une plate-forme légère- 
ment oonique. Quatre rangs de pierres plates sont demeurés en 
place; Texterne s'appuie obliquement sur les grosses pierres du 
pourtour, les trois autres s'imbriquent irrégulièrement, de manière 
h former une série de gradins très bas, inégaux, souvent plus 
enfoncés en dedans qu'en dehors; disposition des plus mauvaises, 
on le conçoit aisément, pour résister aux pluies qui tombent par- 
fois torrentielles et ont dû promptement désagréger des matériaux 
groupés dans des conditions aussi défectueuses. C'est ce qui explique 



— 56 — 

qu'il reste si peu de pierres en place sur les plates*formes funé- 
raires, dont les contours sont pourtant si bien dessinés, et qu'aucun 
observateur n'ait encore remarqué Tidentitë de plan de ces tombes 
grossières et des monuments beaucoup plus parfaits des princes 
de Mauritanie. 

Au-dessous et au Sud des treize tombes de notre second groupe, 
le bas de la colline est couvert de restes de constructions étendues, 
mais indéfinissables. 

Deux monuments isolés se distinguent à peine, enfouis dans 
la terre épaisse du petit vallon qui sépare la seconde colline de la 
troisième. 

Toute la moitié Sud de cette dernière est couverte de tombeaux, 
au nombre de 60, généralement plus intacts que ceux dont il vient 
d'être parlé. 

J'en mesure un de 10 m. 5o, un autre de 11 mètres, trois 
encore de i3 mètres, un dernier enfin de 19 mètres de diamètre. 
Celui-ci, le plus considérable des 106 qui constituent le groupe 
d'Henchir-el-'Assel, occupe le sommet de la troisième colline et 
domine toute la contrée jusqu'à la mer. Les matériaux en sont 
énormes. Il est bordé de deux cercles concentriques de très grosses 
dalles posées à plat, séparées par un intervalle de 1 m. 5o et dont 
l'interne domine un peu l'externe. L'imbrication des matériaux de 
revêtement est très manifesrte sur une parti^ de la circonférence 
qui regarde l'Ouest. 

L'ensemble forme nettement un cylindre court que surmonte un 
cône fort surbaissé qui va s'appuyer au centre sur la grosse dalle 
de recouvrement de la chambre funéraire, à laquelle donne accès 
un couloir dallé à quatre longs paliers. Comme dans quelques-uns 
des monuments d'Henchi^el-Hadjar, une pierre dressée forme seuil 
à l'entrée du tombeau (fig. si). 

Que Ton exhausse par la pensée la bordure du monument; qu'aux 
assises irrégulières et mal imbriquées du cAne, relevé de même, 
on substitue des gradins en retrait, de hauteur uniforme; que la 
dalle du centre devienne unie et arrondie , et l'on aura constitué le 
noyau d'un des grands monuments mauritaniens. Vienne ensuite 
un architecte qui appliquera, au pourtour, des pilastres ou des 
demi-colonnes également espacées, la transformation sera complète 
et le grossier tombeau du chef barbare de l'Enfida sera devenu, 
sans aucun changement essentiel, le monument plus ou moins 



artistique dont on peut enrore voir les masoeB imposantes aux 
abords <te Bntna ol d'Al^r>''. 



Fig. ai. — Restitulioii du grand lombenu d'Hencliir-cl-'Aswl. 

|f:Oiipr' et plan.) 

Musée dVlhnngr^hie du Trocadéro. 

Les groupes du Sud-Est et du Sud nous ont été nioDtrés par deux 
chefs de douars, l'un Souasi, l'autre Trabeisi, ûtablis depuis 
quelque temps dans ces par.iges. 

'" Cm rapporls nrcliîtecloniqui<d sont mît netlement en évidence daiit la salle 
■rricHÎne du Munée d'RthnogrnpIiie, ati palais du Trocadi'ro. Li- monument 
d'HcnchiiHil-'AMel. restitué i petite échelle, y wtjuiUpoaéà deiii rédiiclionn du 
Hedrafen et du Tombeau de ta Chrélîemie. 



— 58 — 



Les Souasi sont venus des bords de la Sobka-el-Hani, les Tra- 
belsi sont des émigrës de Tripolitaine. Interrogés par M. Juving, Tun 
des gérants de TEnfida qui voulait bien me servir de guide et d'in- 
terprëte, les indigènes, qui moissonnaient dans le pittoresque 
costume qu'ils ont conservé dans toute son originalité, nous si- 
gnalent divers groupes de monuments désignés par eux sous les 
noms de Beurd JDjeheUa, trad. Consiruclions dei Anciens, œuvres de 
gens sans religion , disent nos informateurs, c'est-à-dire non musul- 
mans et dont ils prennent grand soin de bien se distinguer eux-mêmes. 

Henchir-Hamhn. — Les ruines de ce nom, qu'ils nous montrent 
près de N'Gasseur Condar, sont formées d'un petit groupe de cham- 
bres funéraires en mauvais état : une seule a encore trois supports 
debout, la dalle qui servait de toit est brisée. Une carrière est toute 
voisine, dont les affleurements rappellent tout à fait ceux de l'Hen- 
chir-el-Hadjar. Une petite ruine romaine orientée à l'Est se montre 
à courte distance. 

Henchir-Ahmed-Sidi'Sala. — C'est aussi un très petit groupe de 
mégalithes, que les indigènes me signalent sous ce nom. J'y ai 

compté quatre chambres ruinées, orien- 
tées au Sud-Est et assez bien alignées. 
Une portion de cercle est seule appa- 
rente. Un peu plus au Sud, j'ai relevé 
les vestiges d'un dolmen détruit, ouvert 
à l'Est, dont la pierre de fond était 
seule encore debout. On pouvait suivre, 
du Nord-Ouest au Sud-Est, sur une 
longueui* de plusieurs centaine de 
mètres, la base à double contour d'un 
mur, dont les matériaux étaient dis- 
posés suivant les mêmes règles qu'à l'Henchir-el-Hadjar. D'autres 
traces de murs presque perpendiculaires remontaient, dans la décli- 
vité du terrain, dans la direction de l'Ouest. 

Henchtr-Choutcha. — L'Henchir-Choutcha est à moins de i o ki- 
lomètres de la Sebkra-Halk-el-Menzel , un peu plus éloigné de la 
mer que l'Henchir-el-'Assel. 

Aûmn--ef-Faknn. — Un dernier groupe de ruines, situé à peu 
près à égale distance de Dar-el-Bey et de Kairouan, se rattache 




Fig. a 9. 

Croquis d^ensemble 

des ruines d^Aioun-ef-Fakiin. 



— so- 
it l'ensemble des monumeots de t'Enfida. Il occupe, h droite et en 
contm-bae de la route de Kairouan, les deux rives d'un petit ruis- 
seau qui porte le nom de d'Aîoun-ef-Fakria , les aoarees de» f«pfu«*. 
Il se compose d'une petite bourgade et d'une nécropole demeu- 
rées assez distinctes. Les restes d'habitations sont dispersés sur une 
colline île forme ovale, allongée du Nord-Est au Sud-Ouest. On 
y retrouve bien apparents quelques-uns 
des traits les plus caractéristiques de la 
construction berbëre : bases de mure à 
double rang de pierres debout, suite de 
chambres formant un alignement à peu 
près régulier, rotondes couvrant l'entrée 
d'une rue qui ouvre ters l'intérieur, etc. 
Vers la pointe orientale, j'ai mesuré une 
chambre de 9 mètres sur 6 m. 75 faite 
de blocs épais, dressés en se servant des o _ m h 

plans naturels de la roche. A 18 m. 5o t doilbfe ru>g"de pi^n^ 
au Sud de cette chambre, je relève les pri» dan» une muraille 
traces d'un mur entre deux pièces ™u««^J"«"i«e- 
d'ange d'un peu plus d'un mètre de haut. Va peu plus loin, 
c'est l'entrée d'une ruelle visible sur une longueur de 1 h mètres 
avec retour d'équerre de plus de li mètres. Plus loin encore, une 
construction se compose de plusieurs chambres carrées longues et 
d'une rolonde de 1 m. 5o de rayon (fig. 1 7 ). 

I 1 



¥ig. itt. — PorUque ra^gtlîthîqiie. AiouD-ef-FakriD. 

Un de ces murs berbères, si caractéristiques, offre cette particula- 
rité tout à fait intéressante d'avoir servi à appuyer, à une basse 
époque, ta muraille d'un petit bâtiment construit sur le haut de la 
colline et qui devait être une vigie. Le mur, à double contour, est 
pris è son eitrémitë dans la construction en petits matériaux régu- 
liers, comme le montre mon croquis n" 33, curieux ensemble 



_ fifl — 

archéologique qui fournirait, si cela ^lail encore nt>cessaire,rargii- 
meot le plus décisif en faveur de l'antériorité de la bâtisse berbère 
par rapport à la construction romano-byzaDline 1 

J'ai rencontré tout à fait à la pointe Nord-Est ie singulier moau- 
ment que représente la figure sa ci-jointe ; c'est une sorte de 



portique rudimrntaire formé de deux groîises pierres postîes à pial 
mesurant la gaurhe o m. 70, la droite m. 90 el séparées par un 
passage de ^ m. 35. Chacune de ces pierres horiiontales est accom- 
pagnée d'iitip seconde pierre dressée verticalemenl, un peu ])Iub 
forle; In plus grosse de ces pierres drosMÏes atteint presque 
I uij>lre de liauleur. 



— 61 — 

La plupart des chambres funéraires sont à TËst du ruisseau. Un 
premier groupe est contre TOued, j'y relève un cercle de 1 1 mètres 
de diamètre avec un monument formé de quatre chambres paral- 
lèles (iig. 95); il n'y a aucune trace d'allées desservant les chambres. 
Le second groupe , — c'est celui qui est le plus apparent, — se com- 
pose d'un alignement de chambres de pierres, faisant face à l'Est- 
Nord-Est,et dont la plus considérable est recouverte d'une énorme 
dalle de i m. 80 de longueur, 1 m. 1 5 de largeur et o m. 70 
d'épaisseur. Le plus visible des supports mesure 1 m. 80, la pierre 
du fond atteint 1 m. 35. Une traînée de grosses pierres allant vers 
la route de Dar-el-Bey à Kairouan représente les restes de monu- 
ments semblables; je mesure, en passant, une dalle de recouvre- 
ment qui atteint en certains points m. 6g d'épaisseur. Une anse 
de vase en grosse poterie, forrpée d'un double boudin légèrement 
recourbé en S , ne se distingue point des anses de vases modernes. 

IV 

Architecture des Zetiatia acttiek. — La découverte d'Hcncliir-el- 
'Assel m'a permis de reconstituer un ensemble architectonique 
dans lequel se retrouvent les éléments les plus essentiels des grands 
monuments décrits sous les noms de Medraçen et de Tombeau de la 
Chrétienne. La plus importante des tombes de cette nécropole repré- 
sente comme une forme primitive de l'architecture des tombeaux 
des rois de Mauritanie; il suffit, pour mettre la chose en évidence , 
de rehausser les lignes caractéristiques de ce monument. Les rela- 
tions étroites qui se révèlent ainsi suffiraient déjà à démontrer le 
caractère vraiment national de toutes les constructions dont nous 
avons parié, si d'ailleurs les constructions des indigènes de la Ré- 
gence que l'influence arabe n'a point touchées, ne reproduisaient 
aujourd'hui les édifices préromains de l'Ënfida jusque dans leurs 
détails intimes. 

Ces indigènes, auxquels je fais allusion, se rencontrent dans 
l'Ënfida même; les Zouîdia, par exemple, qui vivent h proximité 
de l'Henchir-el-Hadjar, se rattachent d'une manière fort étroite 
aux constructeurs des tombes mégalithiques de cette nécropole à 
l'aide de surmances particulièrement intéressantes. J'ai vu chez eux, 
dans une de mes tournées, deux marabouts étonnamment curieux 
à ce point de vue particulier. Le premier de ces marabouts est à 



— 63 — 

peu près orienté; l'euceinte en est composée de grosses pierres 
sèches, sans maçonnerie. Une porte basse , en forme de pylône à 
jambes écartées, conduit dans une cour ovale; devant la porte se 
dressent plusieurs pierres taillées, prises à des ruines romaines du 
voisinage. De distance en distance, sur la muraille grossière, ont 
été disposés, k titre d'ornements, ici un morceau de meule, là un 
reste d'auge, ailleurs un fragment d'arceau. Au food, et à peu près 
su milieu de la cour se dresse une chambre qtà ne dijiire de celie» de 



Fig. 96. — Marabout des Zouaidia. 

FHenchir h plui voisiti qw par k couronnement qui surmonte la table 
horiïontale et se termine par un turban de pierre enlevé k une 
tombe arabe {fig, 26). Un peu k gauche et en avant du pseudo- 
dolmen s'allonge une construction quadrilatère , maçonnée au plâtre , 
et qui s'appuie à une seconde chamhv semblable à la première, et 
surmontée de trois pierres rondes allant en diminuant. 

A l'intérieur du monument central se trouvait un réchaud en 
terre cuite grossière, le second contenait un bidon en fer-blanc, un 
fond de vase h eau, un morceau de poterie suspendu par une 
ficelle, enfin un vase verni de Nabeul qui servait de lampe et mis- 



— 63 — 

selait d'huile. Sur la lombe, j'ai remarqué une fattièrc de fabrique 
française, prisQ probablement k Dar-et-Bey; de« fraffinents de car- 
reaux vamiaséB, d'origiae italienne; un pot teire cassé et divers 
débris informes. 

J'ignore dana quelle mesure les auteurs de pareilles oonstructioDS 
ont subi l'empreinte arabe; mais ce que je sais fort bien c'est qu'on 



Fig. ■7. — llindraire chei lea ZenatJi et Im Hitmalia 

rencontre chei eux les physionomies les plus caractéristiques de 
l'une des races préhistoriques les mieux accentuées de l'Afrique du 

Leurs voisins de Takroun , de Djeradou , de Zriba sont demeurés 
fidèles à l'ancienne langue , et le dialecte dont ils usent est assez voi- 

") Je iaù •lluûoii id i b race quaternure, dite de Gru-Mignao, dnil un 
rertain Hmin ben Amen m'a fourni le tjpe le [due eu)[érë. 



— 64 — 

Bin du Chaouïa des monts Aurèspour que Masqueray, familier avec ce 
dernier, se soit fait comprendre des gens de Takroun qu^il était 
allé visiter. Je n'ai pas pu me rendre moi-même k Takroun que je 
voyais à Thorizon dominant de son piton aigu TEnfida tont entier, 
mais ce que m'en a dit le capitaine d'Hauteville, qui y a séjourné, 
rappelle si bien ce que j'ai vu dans le Sud chez les Zenatia que je 
regrette beaucoup moins une lacune, d'ailleurs fâcheuse, dans mes 
observations. 

La reconnaissance que j'ai conduite avec beaucoup de soin ^^^ chez 
les Zenatia de Zeraoua, de Tamezret, etc., demeurés obstinément 
fidèles jusqu'à nos jours à la langue et aux mœurs du passé, m'a 
fourni les survivances ethnographiques les plus saisissantes, les 
termes de comparaison les plus instructifs. 

Il faut, pour atteindre ces petites cités du Sud, franchir péni- 
blement le désert de l'Âraad et escalader les pentes difficiles de 
Djebel-Demmer. 

J'ai raconté ailleurs le voyage pittoresque qui, de Gabès, m'a 
conduit aux vieilles cités zénétiennes avec mou compagnon, 
M. l'ingénieur J.-E. de la Croix; je me bornerai à exposer ici 
plus longuement les résultats de mes observations spéciales sur ce 
que je pourrais appeler Yarchitecture berbère, construction des mu- 
railles, aménagement des habitations, dispositions défensives, puits, 
jardins, etc. 

C'est surtout à Zeraoua et à Tamezret qu'il m'a été permis de 
recueillir tout à loisir nombre de renseignements des plus utiles 
pour mes comparaisons. Dans ces deux localités, en effet, on nous 
assigna pour demeure des habitations tout à fait typiques où nous 
pûmes nous isoler, et je me trouvai ainsi en mesure de relever, 
à mon aise, ce qui me semblait pouvoir douner matière à des rap- 
prochements intéressants. 

Il fallait étudier tout d'abord la structure de la muraille berbère. 
La base du mur est constituée par une double rangée de grosses 
pierres plates plantées debout, la face la plus lisse en dehors, l'es- 
pace demeuré libre à l'intérieur est rempli de pierrailles. C'est 
exactement l'appareil des bases du mur de l'Henchir-el-Hadjar. 
Plus haut l'appareil est une sorte de spica, formée de rangées de 
gros cailloux appareillés pour le volume et pour la forme, posés à 

^*J Ou eu peut voir ci-joinl rilîaéraîro (lig. •J7). 



— 65 — 

&& degr^ dans un bodh, puis dans l'autre, de manière à imiter la 
disposition des f^ains dann l'épi; c'est le tpica de Dar-el- A roussi. 
Le tout est relié à l'aide d'un enduit grisâtre, cuit par les indignes 
dans une sorte de four à plâtre. C'est te seul perfeclionnemeot 
qu'ait apporta dans son travail le maçon berbère moderne. 

Ces mure ainsi construits forment des chambres de forme qua- 



Vig. tS. — llan de miison bprbèrr de Zeraoïw. 

drilatère allongée, aux an^es arrondis, sans cheminées, prenant 
jour sur la cour, par la porte et par quelques lucarnes, mais rigou- 
reusement fermées à l'extérieur. La chambre d'angle se termine en 
rotonde plus ou moins saillante sur la rue. C'est justement une de^ 
dispositions les plus carnct^ristiques de Dar-el-Aroussi , Aïoiin-ef- 
Fakrin, etc. Une solive en dattier sert de linteau à la porte l'aile 
'ifoouriitE. Pi° I. — 190(1. 5 



— 66 — 

en bois d'olivier et fermée par une serrure arabe. Des planches du 
même boia forment le plafond que recouvre seidement une couche 
grossière de pisé. Chaque chambre, vue du dehors, est donc une 
masse cuboïde plus ou moins régulière dont le dessus sert de ter- 
rasse, et comme le terrain s'élève fortement vers Tintérieur, les 
chambres du second rang surplombent celtes qui noua ont été 
réservées, et les terrasses se succèdent en escaliers, tandis que les 
rotondes des angles apparaissent comme autant de tours basses 
couvrant l'entrée des ruelles escarpées qui conduisent au cœur de la 
ville (fig. 28). 

La pente est déjà fort sensible dans notre petite cour, où il faut 
monter une série de gradins naturels pour arriver en haut À un 
petit magasin creusé dans la roche et couvert de branchages. 

Notre maison de Tamezret — la maison du cheikh — était 
beaucoup plus importante; toutefois, la construction en était tout 
à fait analogue. Pen ai levé le pian et la coupe transversale, repro- 
duits ci-contre (fig. agetSo). L'ensemble est lourd etmassifjles mu- 
railles très épaisses (o m. 70) sont revêtues d'un enduit à l'inté- 
rieur, la porte à deux larges battants en planches de dattier, reliées 
par une bande de fer à gros clous, est ménagée tout au milieu 
de la façade, au lieu de s'ouvrir dans un coin comme celle de 
Zeraoua* 

Couverte d'un treillage serré où s'étalent les branches d^un vieux 
sycomore et garnie de banquettes en pierre, cette entrée doit servir 
en temps ordinaire de salle d'attente aux visiteurs du cheikh. 
Dans l'angle gauche, une petite cour; dans l'angle droit, une vaste 
écurie, puis en retour d'équerre deux chambres, dont la plus 
grande nous est destinée. Le sol est en terre battue, le plafond en 
solives. La porte, haute de 1 m. 5o, large de 1 mètre, est encadrée 
dans une sorte de chambranle élargi du bas et que surmonte une 
ogive grossière; une petite fenêtre se termine de même par en 
haut. Dans un coin sont plantées des jarres en terre de Djerba 
pleines d'une eau blanchâtre. Des piqueU sont fixés au mur et sup- 
portent les objets les plus divers : des outres en peau de chèvre, 
une poudrière de Sfax, un licol de chameau, une petite araire à 
Ane, des cordes, des pots, etc. A l'autre bout de la pièce, le moulin 
de pierre, puis la couchette en pierre couverte de nattes, creusée 
dans sa façade d'un large trou ovale, entrée du magasin à vivres. 
Au fond de la cour rocheuse, recoupée de paliers rugueux, deux 



— 67 — . 

■utr«B chsmbreB s'aUgogenl en tnvnts. Au c«atre s'ouvre une «nlrée 
de cave ca demi-cercle. Les jardins du cheikh sont -en factf de la 
porte, ce soûl deux petits terraios de forme ovate, ceintrés de murs 



Fig. S9 p\ 3o. - Plao et caiip« de U mauon du <^heihk <Ip Timetrel. 

bas en pierres sèches, et dont te sol aride laisse péniblemeat 
pousser trois dalUers et quelques figuiers de Barbarie. 

Conetunon. — - Nous en savons assez luainlenant pour reconnaître 
que tous les caractères de l'arcbitecture propre aui Berbères sont 



. _ 68 — 

empreints de la manière la plus apparente snr les ruines antiques 
dont il était question au commencement de ce travail ^^K 

Ces ruines mégalithiques sont donc, dans cette région de la 
Tunisie tout au moins, les restes d'un ancien état de choses où 
c'étaient des Berbères qui occupaient le sol d^une manière assez 
dense. 

Cette population primitive n'est plus représentée aujourd'hui, 
dans la même région, que par une infime minorité'. Trois bour- 
gades seulement, je l'ai déjà dit, dans toute la Tunisie moyenne, 
ont conservé la langue indigène. Il se rencontre toutefois parmi les 
Ouled-Saîd et les autres tribus de langue arabe de l'Enfida un cer- 
tain nombre de sujets que leurs caractères physiques permettent de 
rattacher h ces peuples antérieurs à l'invasion hillalienne, dont les 
recherches patientes du D' Collignon ont si bien démêlé les origines 
ethniques à la fois si multiples et si complexes. 

^*) On olMiervera toutefois que les incursions des Touar^, qui venaient naguère 
encore par les sentiers du Sud piller méthodiquement les montagnards de Tames- 
ret, etc., ont imposé à ceux-ci la construction de petits fortins; il y en a sur 
tout le territoire des Zenatiâ. G^est ainsi que, à moitié route de Tameiret à 
Matmata-Bted-Kebira , j*ai dû passer k quelques pas d^une enceinte de ce genre : 
elle est de forme carrée et d*un appareil moderne où Ton ne retrouve plus rien de 
la construction berbère. 



— 69 — 



RAPPORT 

SUR 

LE XIII" CONGRÈS DES AMÉRICANISTES, 

PAR M. LÉON LBJBAL, 

Délégué Hn Ministère do rinslruciiou publique, 

Oiiai^ <iu cours d'onlîquitës américaioes au GoHègAde France, 

Secrétaire de la Sociélé dea Amëricanistes do Paris. 



MONSIKUK LB MiNISTRK, 

J'ai l'honneur de vous adresser le rapport que vous avez bien 
voulu me demander sur la treizième session du Congrès des Améri- 
canisles, à laquelle j'ai assiste comme délégué du Département de 
rinstruction publique (^l 

D'après leur règlement , nos Congrès internationaux se doivent, 
autant que possible, tenir alternativement dans l'Ancien et le Nou- 
veau Monde. Le précédent Congrès, — celui de 1900, — s'étant 
réuni à Paris, c'était à l'Amérique que revenaient l'honneur et la 
chai*ge d organiser la session biennale de 1903 et, comme Mexico 
les avait déjà exercés en 1895, ils devaient légitimement échoir k 
une ville de l'Amérique an^o-saxonne, — États-Unis ou provinces 
anglaises du Dominion canadien. C'est ainsi que New- York avait été 
désigné comme siège de la treizième (*éunion. 

Ce choix ne fut point sans susciter quelques critiques. Certains 
se demandèrent, en effet, ce que pourrait être une assemblée de 
savants dans l'immense «vEmporium?» où vient aboutir l'activité 
industrielle et commerciale de tout le continent septentrional amé- 
ricain. Mais New* York n'est pas seulement, comme on le croit à 
distance, la ville du cr business?). Véritable tr Impérial City^, il est 
aussi une capitale intellectuelle, largement pourvue d'institutions 
scientifiques, dont quelques-unes, et surtout dans le domaine 
spécial de l'Américanisme, rivalisent avec celles de l'athénienne 

(0 Décbion mialittérielle du 7 juîRet 1 90a. 



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Boston. Cohmbia University, beaucoup plus récente que Harvard, 
forme à Tethnographie et à l'archéologie du Nouveau Monde près- 
qu'autant d'étudiants, et Y American Mtàetum ofNaturàl Histary de la 
(T Columbus avenue t» , fondé depuis moins de trente ans par quelques 
généreux mécènes, propose à notre curiosité des collections pres- 
que aum riches que oelles de son atné, le Peaboig Muséum, 

Organisation matérielle et suecès du Congrks. — Cest Y American 
Muséum qui, précisément, devait offrir à notre Congrès, du a o au 
35 octobre 1909, Thospitalité de son vaste Leeturer Hall, pour les 
réunions plénières, et de sa bibliothèque, pour les séances de sec- 
tion. La première de ces deux salles est grande comme Tun de nos 
grands théâtres parisiens. A diverses reprises , j'eus Tétonnement de la 
trouver presque remplie par des auditeurs bénévoles, — gens d'af- 
faires et femmes du monde, — (|ui arrivaient avant le début de la 
séance et ne partaient qu'i la fin. Cependant, de nombreux reporters 
prenaient avec ardeur des notes, des croquis, des instantanés. Leurs 
lecteurs s'intéressaient donc aux discussions, aux faits et aux gestes 
d'une réunion scientifique très spéciale, à l'époque même du procès 
Molyneux et de la grève minière de Pénsylvanie, — question brû- 
lante entre foutes ! D'autre part, Tun des samedis qui suivirent la 
clôture du Congrès, une conférence populaire résumant Tensemble 
de ses travaux fut organisée par l'administration du Muséum y et 
attira, m'a-t-on dit, près de quinze cents personnes. Ainsi les 
questions relatives à l'histoire, même très lointaine, de l'Amérique 
intéressent, aux Etats-Unis, et le public lettré, et ce qu'il est con- 
venu d'appeler chez nous le grand public. Sans doute, ce peuple 
se lasse d'être toujours appelé un peuple jeune et se cherche dans 
le passé, non certes des aïeux, mais, pour ainsi dire, des liens plus 
inlinios avec soii sol natal. 

Principaux pays représentés, — Outre ces adhésions d'estime, le 
Congrès de 1909, plus qu'aucun autre, a recueilli de nombreuses 
participations effectives. Six grands états d'Europe (la France, 
l'Angleterre, l'Allemagne, la Hollande, l'Italie et la Suède-Norvège) 
et l'Amérique latine presque entière (sauf le Chili, la Colombie, le 
Brésil et, malheureusement aussi, le Canada français, dont l'abs- 
tention nous étonne presque autant que celle de l'Espagne et du 
Portugal), étaient officiellement représentés. Ajoutez qu'aux États- 



— 71 — 

Unis le nombre des soeiëlës adhérentes dépassait la cinquantaine 
et celui des adhésions pritées, le chiffre de deux cent cinquante. 
C'est assez proclamer le snecès matériel de la section de New- York. 

Qvdquu cmraetkres et quel^pêss â^auU du wiinunrei présenté» êî 
dm UseuBtiims. — Quant au gain purement scientifique qu'elle a 
réalisé, je suis obligé de constater qu'il aurait été beaucoup 
plus grand si nous airions été cinquante ou soixante membres 
de moins. Le succès porte en lui sa peine, ainsi que sa récom* 
pense, A Congrès nombreux, nombreux mémoires. Défalcation 
faite des dix ou douze envois que Tabsence de leurs auteurs n'a 
pas permis de lire (ainsi Texigentles statuts), nous eûmes quatre'^ 
tmgt-seiu communications à entendre, en douze séances de trois 
heures, — huit en moyenne par séance I Que d'inégalité dans 
cette masse de travaux et, par suite, que de temps et d'attention 
perdus! Mais le droit d'envoi est absolu pour chaque adhérent et 
le procédé automatique pour séparer, sans audition publique, les 
(p contributions 9» sérieuses des œuvres médiocres et mal venues reste 
encore k trouver, «— même au pays d'fidisoni Soyons jusies, d'ail- 
leurs I« De session en session, le niveau des lectures s'élève. Des 
faits recueillis avec soin, rigoureusement vérifiés et classés, des con- 
clusions prudentes et restreintes aux plus absolues certitudes, voilà 
ce que révèlent, de plus en plus, les mémoires présentés. Et voilà, 
en effet, comment on avancera la science américaniste. Les élucu- 
brations de fantaisie sur le christianisme ou le boudhisme préco* 
lombiens qui, aux temps héroïques des quatre ou cinq premiers 
Congrès, firent le désespoir des savants sérieux, n'affrontent plus le 
grand jour de la discussion. A peine ose«1ron aborder encore les 
comparaisons, oiseuses parce que pour longtemps prématurées, 
avec l'Ancien Monde. Quant au problème, plus général, si souvent 
discuté et pour bien longtemps obscur, lui aussi , des rapports pré- 
colombiens entre l'Amérique et les antres continents, s'il tente les 
travailleurs, cest pour être résolu d'une manière toute nouvelle, 
par la complète négative. Inutile d'indiquer qu'au Congrès de New«- 
York , les études inspirées par ce sujet et rédigées dans cet esprit 
nous vinrent des congressistes indigènes, — L'Amérique aux Amé- 
ricains ! — et ne projetèrent pas beaucoup plus de vraie lumière 
sur l'énigme que les anciennes affirmations de l'échange des races 
ou de la communauté des civUisations. 



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Paradoxes philologiques. — Par cet exemple, on voit que nous ne 
nous gardons pas encore assez des théories préconçues. C'est une 
thèse, une thèse paradoxale, que le travail du D^Juan Ferras, lin- 
guiste bien connu et très savant du Costa-Rica, qui voit dans le 
Maya-Quiché une sorte de VolapOk, fabriqué de toutes pièces par 
les prêtres yucatèques à Tusage du culte et des classes priviligiées. 
L'esprit de système enfante trop souvent les querelles de mots. Nos 
confrères d'Amérique en ont donné à New-York une preuve éclatante* 
La plupart d'entre eux, disciples de Poweil et de Brinton, sont de 
chaleureux'partisans de la doctrine ethnologique qu'on peut appeler 
la doctrine unitaire, A les entendre, sauf quelques régions excen- 
triques, le continent Nord-Américain, voire l'Amérique tout entière , 
n'aurait connu qu'une seule race aborigène et, pour préciser, les 
grossiers Peaux-Rouges de l'époque contemporaine descendraient 
en ligne directe des MoundrBuilders y ces admirables constructeurs 
de tertres. 

Les vAmerindTi ; leurs champùms et leurs détracteurs. -^ Pour dési* 
gner cette race, Poweil avait imaginé le terme (rAmerind?). Ce 
malheureux vocable, employé en séance par un de nos orateurs, 
faillit provoquer des orages. Je renonce à décrire la protestation 
narquoise du professeur Starr (^), qui se proclama soiennellemenl 
V anti-amerindian v, aux rires de l'assistance ; l'indignation plus grave 
du professeur Boas^^), qualifiant de «r monstre ii le nouveau venu, et 
celle du D' HoUand (^) le dénonçant comme un nouveau crime du 
fr délire philologique 7. — Notez, du reste, que pas un instant, les bel- 
ligérants n'ont abordé la question au fond, c'est-à-dire essayé 
d'apporter des arguments nouveaux, pour ou contre l'unité ethni- 
que des aborigènes nord-américains. Et, cependant, si cette unité 
est un leurre, qu'est-il besoin de trouver un nom de baptême à une 
race qui, — comme race, — n'existe point? C'est ce qu'à bout de 
patience finit par faire remarquer le vétéran des études américa- 
nistes aux États-Unis, M. F.-W. Putnam^^), grand modérateur de 
nos débats, esprit vraiment français par sa précision et sa clarté. 
Mais que voilà d'inutile besogne! 

<*J Univerritë de Chicago. — î*> trColumbia Uoivepsily?». — (*) Directeur du 
«Carnegie Instituiez de Pittaburg. — ^^^ Curateur du ePeabody Muséum?? et pro- 
fesseur k (T Harvard 7); vire-président et «rchairman» efl(M*tirdu Congrès. 



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L^ê rapports sur ks progrh hcaux de Vamirieamsmê, — Pour nous 
consoler de cette longue logomachie, nous eûmes, il est vrai, la 
série des exposés demandés par le bureau, sur Tinitiative de 
M. de Loubat, soit aux vice-présidents regnicoles sur les principaux 
événements accomplis dans leur pays, au point de vue américaniste , 
depuis la session de Paris; soit aux délégués des grands musées et 
des ^andes sociétés savantes de TUnion, sur les progrès récents de 
1 etablissemeat qu'ils représentaient. Ce furent là d'excellentes con- 
itérenees, féeondes en vues d'ensemble et que j'espère bien retrouver 
dans le recueil imprimé des Actes de la treizième session. 

L^expiOtion Morris K. Jssup et les mimeires qu'elle inspira. -— On 
devine quels précieux détails peuvent renfermer le bilan des opéra- 
tions du Bureau d'Ethnologie de la erSmithsonienne^ dressé par 
IV elfanologiste en charge 9) lui-même, M. J.-W. Mac Gee, ou le récit 
de Texpédition Jesup, présenté par les deux ethnologues qui la diri* 
gèrent pour Y American Musewn, MM. Boas et L. Krœber. Elle a eu, 
cette (f North Pacific Coast Expéditions, les honneurs du Congrès, 
et cVst justice, tant elle a o(»nplété, renouvelé ou même révélé 
de notions sur rArnérique du nord-ouest. Tous les missionnaires 
envoyés dans cette zone par le zèle intelligent et généreux de 
M. Morris Jesup ont été applaudis, mais particulièrement MM. Har* 
lan*J. Smith et Waldemar Bogoras; Tun, pour un mémoire intitulé: 
SkeU^Heaps of the Lower Fraser-River {British Columbia); lautre, pour 
sou travail sur le «Folk-Lore sibérien dans ses rapports avec les 
traditions popidaires du littoral nord-ouest de l'Amérique ^. Deux 
conclusions curieuses découlent de ces deux études. D'une part, 
M. Smith a pu établir que les «rShell-Heaps^, cert-à-dire les Kjœk- 
Icenmoedâings retrouvés par lui sur le Fraser inférieur, correspon- 
daient à de longues générations d'individus et à un état de ci* 
TÎlisation persistant pendant de nombreux siècles. De son côté, 
M. Bogoras a définitivement démontré des échanges d'idées, de 
mythes, de légendes et de préjugés, d'une rive à l'autre du Pacifique 
septentrional, qu'on avait contestés jusqu'à ce jour. 

Travaux relatas aux Etats-Unis. — Les autres «rPapers?) se clas- 
sent naturellement en un certain nombre de séries, suivant les 
régions dont ils traitant. La série consacrée aux Etats-Unis du 
Nord est, pour des motifs mentionnés plus haut, la plus copieuse. 



— 74 — 

Elle se divise elie-méme en quelques groupes secondaires; car la 
vaste enquête instituée parnoshAtes, sur le passé de leur sol natio- 
nal, va des temps géologiques à Tethnographie toute contemporaine. 

Ethnùgrt^ie moderne. Tendances et ihécriei. -*-* C'est cette der^ 
niëre qui a inspiré les communications les plus faibles. Qn^on ne 
s'en étonne point! Tout voyageur, notant ses remarques et ses im- 
pressions personnelles sur les humanités qu'il visite, fait de Tethno* 
graphie, comme M. Jourdain faisait de la prose. Mais combien 
peu de voyageurs se mettent en route pourvus de la culture spé- 
ciale, combien sont, d'ailleurs, doués de l'esprit critique qui, seuls, 
donnent du prix à l'observation ! Les novices et les amatmarg entas- 
sent les faits sans les contrôler. En l'an de grâce 1909, il s'en est 
donc trouvé pour nous apporter, sans le moindre soupçon d'inauthen- 
licite, certaines légendes (sur le déluge, par exemple, ou la créa- 
tion, ou la dispersion des tribus indiennes), écartées, des le 
xviii* siècle, par notre Gharlevoix , pour leurs ressemblances sus- 
pectes avec la prédication des missionnaires. D'autres prétendent 
tout expliquer, comme si le commencement de la sagesse, c'est- 
à-dire de la science, n'était point, bien souvent, de savoir ajourner 
les explications. Cette manie d'interprétation à outrance se mani- 
feste, surtout, dans les études religieuses et celles d'iconographie. 
Dans le premier cas, le parti-pris aboutit à ériger les croyances très 
élémentaires et très vagues d'un clan nomade en une religion orga- 
nisée , en un dogme précis et complexe , et ses cérémonies cultuelles 
en une liturgie régulière (^). En matière d'iconographie, on con- 
sidère toute œuvre indigène comme enveloppant, par nécessité, 
un symbole (dont le sens est à démêler, — d'où des traductions 
étranges, dignes souvent de Domenech et du Lkfre dee eamageêiy 
Dans la majorité des cas ne s'agit-il pas plutAt d'une simple repro- 
duction de la réalité, dénaturée par la maladresse de l'artiste et 
ses traditions de métier? Convention et symbolisme, voilà deux 
choses très différentes que nous entendîmes souvent confondre, 
malgré l'exemple fourni par une vigoureuse analyse du D' Boas 
{ConventionaUem in American Art), Au professeur de Columhia je 



^^) J^indiquerai ici comme exempte de cette déplorable tendance ie nuageux 
mémoire de Miss Alice Fletclier (A Pawnie Star Cult)ei, par contraste, les pages 
prudentes de M. J. W. Pewkes sur The H&pi Barfh Maihêr. 



— 75 — 

tiens à associer un jeune gradué de Harvard, M. Alfred Toxzer, qui 
nous a décrit, sans se pei^re en divagations nébuleuses, les cfpein* 
tures de sable des Navajo?). Une autre erreur de méthode, c*est, à 
mon sens, de s'obstiner à transerire, maigre les exemples bien 
connus d^ethnographes en renom, dans la notation classique, des 
airs de musique indigène, au lieu de les enregistrer phonographi- 
quement. Ç*a été l'erreur de M. Arthur Farewell qui, d'ailleurs, 
nous donna, par ce procédé, des mélodies exquises, mars auxquelles 
il est vraiment impossible d'attribuer aVec lui la moindre valeur 
documentaire. Au résumé, les travaux dignes de rester, dans 
Tetlmographie actuelle, sont, en général, des monographies , des 
analyses restreintes, à but modeste. Les philologues du Congrès 
ont fait le plus grand cas de celle du professeur A.-P. Chamber- 
lain ^'^ sur la famille linguistique Algonquine qui, dans le monde 
indigène nord-américain, semble avoir tenu une place tout à fait 
consid<$rable. 

Prikiêtoirê des ÉtaU-Unià, — Nous remontons à la préhistoire, 
avec les quinze mémoires suivants : 

1. Blake (W. P.), The Racial Unity o/the Historié and Prehisioric Abori- 
ffinal Peojjle of Arizona and New-Mexico, 

2. Chambeiiin (T. C), The Lansiitg Mon. 

3. Doi*8ey (George A.), The Lansing Skull, 

^1, 5. Holmes (W. H^), The LannnfrMan. — The Relation o/the Glacial 
Period to the Peopling of America. 

6, 7. Hrdiièkâ (A.), Somaêohgieal Noies on the Bones o/the Lansing 
Mon. — Physieal AnArapohgy o/the Indimis o/ the Soulhwestem United 
Slaleê {Hyde ExpediAm). 

8. Mac Clurg (Virginia), The People qf Me Pueblos. 

9. Mac Guire (J. D.), Anthropology in Early American Writings, 

10. Moore (Clarence), Archedogical in the Southern United States. 

11. Osborn (H. P.), On possible Evidence o/ Early Pleistocene Man in 
America. 

12. Pepper (Geo. H.), Notes on the Art o/ the Pueblo Bonilo {Nciv 
Mexico), 

13. Putnam (F. Vi,), On the Areheology o/the Delaware Vallej/. 

14. Smith (Charles H.), The Early CntiUsation o/ America, 

15. WiHiston (S. W.), On the Lanamg Man. 

t'î ffOark Universilyn. 



^ 76 — 

Question de méthode. — Sur cette liste, la er contribution» fournie 
par M. J. D. Mac Guire se place à part. L'auteur a recherché daos 
les récits des pionniers et des missionnaires de la Nouvelle-Angle' 
terre et de la Nouvelle-France le détail du matériel anthropolo- 
gique, entrevu ou recueilli et inventorié par les premiers immi- 
grants européens. Il a tenté d'en déterminer la valeur documentaire 
pour la connaissance de raborigëne. C'est donc une critique de 
textes quil a essayée, fort ingénieuse, au surplus, et qui montre 
bien quels secours Tbistoire serait parfois susceptible de prêter aux 
sciences anthropologiques. La tentative mérite l'attention et des spé- 
cialistes et de tous ceux qu'intéressent les questions de méthode. 

L'v homme de Trentonn et Pk homme de Lansmgv. — Nous sortons 
des généralités, avec le commentaire explicatif donné, par le pro- 
fesseur Putnam, aux plus récentes découvertes effectuées dans la 
vallée de la Delaware. Après crThomme de Trentoni), voici son frère 
(a) né ou cadet, — adhuc geologici ceriant!)^ «rThomme de Lansing?', 
sur lequel le programme n'annonçait pas moins de cinq études. 
Pour ou contre lui, douze congressistes au moins prirent la parole, 
s'escrimant à définir son âge (qui , d'après certains , ne saurait être in- 
férieur à 8,000 ans), ses habitudes les plus intimes, sa parenté avec 
les derniers Peaux-Rouges. Ce fut une discussion ardente, — une 
tempête... autour d'un crâne! Il est, au surplus, bien difficile de 
prendre parti dans l'affaire : les précisions manquent sur la pro- 
fondeur et la virginité des couches géologiques qui servaient de lit 
k l'intéressé. Ce crâne du Kansas a beau «rparier tout seuU (pour 
dire, j'imagine, son origine), — selon le mot malheureux, mais 
amusant d'un orateur, j'attendrai, pour en penser quelque chose, 
l'opinion de nos mattres français. 

fjis derni-ctvtlisations préhistoriques et leur identité d^ aspect, — Une 
certitude beaucoup plus grande se dégage des brillantes communi- 
cations de MM, Geo. Popper, sur sa campagne au Pueblo-Bonito, et 
Moore, sur ses recherches archéologiques dans le sud-est des Etala- 
Unis, spécialement dans la Floride. L'art préhistorique en ces deux 
régions si différentes se présente avec une analogie frappante; mais 
rapprochement plus curieux encore, les formes, les ornements 
qu'on rencontre en des zones si éloignées l'une de l'autre du conti- 
nent nord, M. J.-B. Ambrosetti les a retrouvés, de son câté, dans 



— 77 -- 

TAmérique méridionale, province argentine de Salia. Tel décor 
formé par un semis de turquoises, sur les ossements humains qui 
servaient sans doute de bâton de commandement aux chefs de k Ki wa- 
HouseT) (la principale ag^omération de Pueblo-Bonito) se répète 
dans les collections d'antiquité (fCalchaqui7)des musées de Buenos- 
Ayres et de la Plata, comme sur les poteries floridiennes souvent 
élégantes, réunies par M. Moore à TAcadémie des sciences natu- 
relles de Philadelphie. Ainsi , selon l'expression de M. Ambrosetti 
lui-même, les anneaux de la chaîne se multiplient et se soudent : 
chaque nouvelle exhumation proclame avec plus d'évidence rafli- 
nité des mystérieux demi-civilisés qui précédèrent les grandes civi- 
lisations historiques. 

Archéologie du Mexique et de FAmériqiie centrale. — C'est, parmi 
celles-ci, la civilisation de l'Amérique moyenne, Mexique et Isthme 
central, qui excite le plus de recherches et de labeur. Trente-deux 
mémoires lui furent consacrés qui remplirent, à eux seuls, une 
journée entière de notre session. Tous, même des meilleurs, ne 
pourront, je le crains, être reproduits au compte rendu. On me 
permettra donc de retenir ici quelques noms et quelques titres. 

Polyckrmnie précohmbienne et sa technique. — M. Edward H. Thomp- 
son , consul des États-Unis au Yucatan, explorateur apprécié des 
(rChultuneS'o de Labnà, a, dans son travail intitulé: ff Mural Pain- 
tings ofYucatany»^ singulièrement éclairci la technique de la poly- 
chromie Maya, en empruntant ses exemples au temple de Chac- 
Mulun. Des ressources purement végétales, une ignorance à peu 
près complète des mélanges de couleurs, deux nuances de vert, 
deux bleus différents, deux rouges, l'un tirant sur le vermillon et 
Tautre sur le brun, un jaune, un noir et un blanc, voilà, selon 
M. Thompson, les éléments de la peinture yucatèque. Délayées avec 
une graisse huileuse, probablement végétale, les couleurs étaient 
appliquées sur le stuc à l'aide d'une fine brosse de poil. Ainsi, pour 
les procédés comme pour la naïveté de la manière, le chroniiste 
américain s'assimilerait aux peintres de notre moyen âge. Notons, à 
l'appui de ces conclusions, que les études de miss Adèle Breton sur 
les fameuses fresques de Chichen-Itza ont à peu près donné le 
même résultat. Miss Breton, outre ses recherches d'art, a commu- 
niqué au (iOngrès une intéressante géographie de l'obsidienne au 



— 78 — 

Mexique, et, d'un autre Mexicaoi8te féminin, M"^ Zelîa NuLtail, 
bien connu des travailleurs français pour sa participation aux deux 
congrès de Paris, nous avons ap[^udi des notes intéressantes sur 
la liturgie et Tastronomie des Aztèques {A pemtential Rite oj tke 
Ancient Mexicam. — The Anàent Mexkaa Nome (/a QnuteUation ac- 
coriing to Two difflBrmU Authùrs). 

Queitions divenes de MexicanUme : paléographie; calendrier; /omikê 
récente* à Mexico et dans le Zapolèque. — Pour M* Marshall H* Sa- 
ville, secrétaire général du Congrès (The Crucifarm Structure» at 
Mitla)^ pour MM. Maudslay {Ruine of Yucatan)^ Starr ( The pkyekal 
Feaiures of South Mexican Indians)^ Eduard Seler {The pictorial and 
Hieroglyphic Writing of Mexico and Central America)^ 6. V. Hart- 
mann {Archeologieal Researchea in Costa-Rica)^ une simple mention 
su£Sra. Les principales conclusions de ces exposés nous étaient an- 
térieurement connues, soit par des articles (celui de M. Savilie), 
soit par des livres. Il convient, toutefois, de constater le succès 
des merveilleuses photographies exhibées par M. Maudslay, auprès 
d'un auditoire familier, pourtant, avec les planches de son grand 
ouvrage sur le Centre-Amérique. Même accueil pour M. Seler et le 
travail où il a résumé et condensé ses recherches si ingénieuses et si 
tenaces sur le redoutable problème de récriture au Mexique et au 
Yucatan. D'autres mémoires mexicanistes avaient été imprimés 
d'avance et généreusement distribués par les auteurs, ainsi ceux de 
MM. Chavero et Batres. M. Chavero, qu'une grande situation poli* 
tique n'a jamais détourné de la science, a reporté, depuis quel- 
ques années , son effort de l'antiquité nahuatle à la civilisation des 
Mayas, d'ailleurs dérivée de la première. Sa brochure (^^ est une dis- 
cussion des divers systèmes imaginés depuis Pio Perex jusqu'à 
Gunckel, pour interpréter le calendrier palenquéen; une compa- 
raison nouvelle des divers systèmes chronologiques usités par les 
précolombiens de l'Amérique moyenne; enfin, un essai d'identifi- 
cation de la pierre de Palenqué et du calendrier maya. Quant à 
M. Batres ^^), il venait présenter, en qualité d'inspecteur du service 
des fouilles, le procès-verbal des explorations opérées, en 1900- 
igoa, sous la crCalle de Escalerillas^, près de la cathédrale de 



^^^ Imo$ tignoê de h$ dioM m tl calmderio de Pûkmké* -^ (*) Thê êMOwationê m 
ihê EtcalmUoê StrMt (Cifjf oJ Mexico) et ExpUtraUon tu Mounl^Àlban, 



— 79 — 

Meiîco, et à MoDte*Aibân (Oaxaca). Llntërét du premier de ces rap- 
ports s^augmenta pour nona, à la vue dea admîraÛea pièeea de joail- 
lerie retrouvées pendant les fouilles et où se marient Tor, Tonyx 
et le (rCbalchihuîtlT) dans un très dëlioat assemblage. Pour la se- 
conde campagne archéologique de M. Batres, elle a achève de 
mettre au jour les richesses monumentales, soupçonnées par Du- 
paix, Solqguren et Behnar, sur remplacement de Tancienne métro- 
pole Zapotëque. La monographie qui la résume, de même que la 
précédente, n'a pas de prétention scientifique; mais, jusqu^à nouvel 
ordre, comme la précédente, elle oonalituera un numéro indispen- 
sable de la bibliographie des antiquité mexicaines. 

AnûimPirou. CoUietmê fénmietmea du Trocadiro:le9tVa9eSarligeêri, 
-**- Tout aurait-il été dit sur Tancien Pérou? A c6té du bataillon 
des mexicanistes et des préhistoriens ou ethnologues du Nord- 
Amérique, le groupe de ses fidèles, au Congres, semble bien res- 
treint. A la philologie se rattache Tenvoi du D' Max Uhle^^) {On 
Ae lÀngiikA: featurm ^ Aticient iWii), espèce de classification géné- 
rale des idiomes pariés, au moment de la conquête, dans TEmpire 
des Ineas, depuis la mer jusqu'aux pentes de la Montana* C'était la 
première fois, à notre connaissance, qu'on effort de ce genre était 
tenté d'après les principes de la linguistique moderne. Après 
M» Ukie, M. Gonsales de la Rosa, un Péruvien, devenu Français 
et Parisien par adoption, reprenant un sujet qu'il affectionne, a 
parié ffOtiwme TrweB of Ae Use af Hiaraglypkia Writmg by Ae Chimu 
o/Ae Peruvian Coasi-n. Mais, hélas! malgré la science de l'auteur, le 
problème en reste toujours au même point. Les «rtracesD d'usages 
scripturaires ne sont que des traces et, jusqu'à plus ample informé, 
l'ancienne société péruvienne se caractérise par le fait déconcertont 
d'architectures grandioses, dépourvues d'inscriptions pour les expli- 
quer. Une troisième communication sur le Pérou, intitulée vCntco, 
Aie CilêÊiial CiHf (^), lourd et long centon des auteurs espagnols con- 
tenporaios de la conquête , mérite à peine d'être notée. Enfin , 
l'auteur du présent rapport a entrelenu ses confrères du legs Sar- 
tiges, conservé dans notre musée du Trocadéro, et, spécialement, 
du beau vase dit a Vase à spondylesii qui est la perle de. cette coUec- 

<') University of California. — ^'^ Par Stansbury Hagar (Brooklyn Institute of 
Art» and Science»). 



— 80 — 

tioD. La remarquabie pièce en question appartient à ia catégorie 
aussi nombreuse qu'intéressante des (rarybâlloîdes». Faire Tfaistoire 
de cette forme céramique dans Tancien Pérou, en montrer la fré- 
quence, on peut dire la popularité, réduire ou détruire les dîstinc* 
iions trop absolues, établies par M. Charles Wiener au sujet des 
caractères respectifs de Tart péruvien du littoral et de celui des 
plateaux, -^ telle était Tëconomie de ce mémoire qu'on naos 
dispensera d'apprécierl Et c'est tout, sur cette antiquité de la 
région du Pacifique méridional, si attrayante, mais bien aban- 
donnée depuis vingt ans. Comme toute chose en ce monde, ia science 
a ses modes, et d'autres provinces de l'Américanisme (notamment 
l'histoire de la Géographie, représentée par un seul travail, déjà 
connu du reste, et même publié (^), ou l'histoire de ia colonisation) 
ont été encore plus délaissées des membres de la xiii^ session. 

Organisation desJtOurs congrès. — Quoi qu'il en soit, il serait, au 
résumé , difficile de méconnaître l'effort et les progrès intellectuels 
affirmés par ce Congrès. Il a, d'autre part, définitivement assuré la 
périodicité régulière de nos grandes assises internationales sur le soi 
du Nouveau-Monde. En effet, tandis que Stuttgart prépare, sous 
la direction de MM. le comte Linden, Karl Von den Steinen et 
Seler, une xiv** session pour 190&, voici l'Argentine qui songe à 
convoquer, à Buenos-Ayres, le Congrès de 1906, et Toronto qui 
réclame le tourdu Canada. Mous ne pouvons qu'enregistrer avec satis- 
faction ces garanties d'avenir. L'œuvre qui en profite est d'origine 
française. 

Nos confrères étrangers ont bien voulu me le rappeler, à plu* 
sieurs reprises, avec une délicatesse touchante. J'évoque avec la 
même émotion les égards dont ils ont entouré le dél^né de la 
France, soit à New- York, pendant la session où il eut Thoniieur 
d'être élu vice-président, soit durant le pèlerinage aux grands 
musées ethnographiques de Philadelphie, Washington, Pittaburg^ 
Cincinnati , Chicago et Boston , qui termina son séjour en Amérique. 
Partout il a trouvé le plus cordial accueil; partout il a pu nouer des 
relations scientifiques, qui, changées bien vite en liens d'amilié, 
ont déjà grandement profité à son enseignement du Collège de 
France. Je ne dois pas non plus passer sous silence le bienveillant 

^•J (iciuî df M. i\v la Rosa sur \» «Tlcpciidoî* de Tosr«iK»lli. 



— 81 — 

appui que m'ont accorde les membres de notre corps diplomatique 
aux Etats-Unis (en particulier, M. Jules Cambon, ambassadeur; 
MM. de Margerie, secrétaire de l'ambassade, et Velten, consul gé- 
néral suppléant à New-York). Leur entremise en diverses circons- 
tances a achevé de rendre ma mission aussi agréable qu'instructive. 
Mais à l'Administration de l'Instruction publique qui me l'avait 
confiée doit revenir la plus grande part de ma gratitude. J'ose vous 
en offrir l'expression, Monsieur le Ministre, avec l'hommage de mon 
dévouement le plus respectueux. 







— 82 — 



LES 



LAMAS DU YUN-NAN, 

PAR M. J. BEAUVAIS. 



Le T'ïng ^^^ de Oueï-si ^^\ situé sur les confins Nord-Ouest de la 
province du Yun-nan ^^\ dans la région où se développent parallè- 
lement et à peu de distance les uns des autres, dans une direction 
approximativement Nord-Sud, les trois grands fleuves de celle 
partie du continent asiatique, Salouen^*), Mékong ^^) et Fleuve 
Bieu^^\ est voisin du territoire thibétain. Il forme, avec la majeure 
partie de la préfecture yunnanaise de Li-kiang-fou î^\ dont il dé- 
pend au point de vue administratif, ce que Ton est convenu de 
désigner sous le nom de Thibet yunnanais. 

En Tannée 1769, ce t'ïng de Oueï-si était administré par un 
T'ong-p'an î®), nommé Yu K'ing-tch'ang^^); son frère, Yu K'îng- 
yuan ^^^\ Tavait suivi dans ce pays dont la direction lui était confiée, 
et il s'intéressa vivement à cette région àix se mêlaient à cette 
époque, comme à Theure actuelle, les races indigènes les plus di- 
verses. Il occupa son séjour à parcourir le territoire entier de la 
circonscription, notant au jour le jour ses impressions, s'entrete- 

(i) iH Ting. DivisioD terrîloriale intermédiaire entre la préfecture de premier 
rang, Fou jj^, et la préfecture de deuxième rang, Tcheou jf^ . On peut la dési- 
gner par «Préfecture de 1" rang, a* classe n. 

i*^ Id "gg Oueï-si. Lat. N., 27" 3o'; long. E., mérid. de Greenw., ioo'5'. 
(G. M. H. Playpair, The Citie» and Towns of China. Hong-kong, 1879.) 

('> S fl Yun-nan. 

(*) La Saiouen est désignée en chinois par plusieurs appellations, dont la plus 
connue, et qui s^applique précisément à la partie de son cours visée ici, est Lou- 
kiang fg ÏL- 

(^^ En chinois, Lan-ts'ang-kiang JH fj^ fT.» 

'^^^ En chinois, et dans celte partie de son cours, Kin-cha-kiang 4^" fp ft. » 

^'^ Ht ÎH Jlï Li-kiang-fou. Lat. N., 96" 5a'; long. E., mérid. de Greenw., 
loo"* !)7'. (Cf. Playpair, Citie» and Townt of Chitm.) 

"^ *M ^ T'ong-p'an. Vice- assistant de préfet de T'rang, Fou )^ (6* degré, 
1 '* classe du mandarinat). 

*' ^M& ^" K'ing-tch'ang. 

'"' ^ttik^" K'ing-yu«D. 



— 83 — 

naot avec les difierenls chefs de clans, et les anciens du pays, se 
faisant raconter ce que ces gens savaient d'eux-mêmes, de leurs 
légendes, de leur histoire, se renseignant sur leurs coutumes et 
détaillant leurs costumes. Et, de ce qu'il vit et entendit dire ainsi, 
il rédigea un petit ouvrage auquel il donna le nom de Recueil des 
choses tmes et entendues à Ouet-si ^^h 

Cet ouvrage est devenu d'une rareté extrême. Il a été, jusqu'ici, 
de toute impossihilitë d'en retrouver un seul exemplaire complet 
dans les bibliothèques de Yunnansen (^), d'ailleurs peu nombreuses, 
et jalousement fermées à toute investigation étrangère. Seuls, 
quelques fragments en ont été conservés dans la Grande monogra- 
phie générale de la province du Yun*nan^^\ et presque uniquement 

^^^ m W B3 S ^ Ouéi-si Ouen-kien^ou. Voici ia notice que donne, au 
sujet de cet ouvrage , la Grande monographie générale de la province du Yun-nan 
(édition de ]835, Kiuen ^ , 199, 3* chap. du 1*' livre de la Monographie litté- 
raire, Yi-ouen-tchen ^ 3&C ^^ Bibliographie des livres relatifs au Yun-nan, Ki- 

tsaii Tien-cheu Tchen-chou i|Ë 41 ?il ^ ^ lE' P*''^^ ^^ f®'* ^' '*'* ^^ ^*)* 

«Cet ouvrage forme un Kiuen ^ . H a été composé par Yu Klng-yuan. K^îng- 
yuan était le frère cadet de K'ing-lch*ang. D avait le grade de Kong-cheng ^ 
J^ ((Bachelier présentée. En Tannée Ki-tch^eou ^ ^ , de la période K^ien-long 
4Ë H^ =«= 1769, K'ïng-tch'ang remplissait les fonctions de Tong-p*an de Oueind. 
K^ng-yuan habitait avec lui dans son Yamen ; ce qu^il vit par lui-même et entendit 
dire de la sorte, il le classa en quatre chapitres : 1** K'i-heou ^ ^ , Conditions 
dimatériques; a** Tao-lou ^ K, Routes; 3"* Jen-vou ^ ^, Hommes et 
choses; h"* K*i-vou ^ ^, Instruments et ustensiles; qu*il réunit en un livre 
et fit graver.» 

Cette notice est reproduite exactement dans les mêmes termes, dans Tédition 
de 1895 de ia Grande monographie (Kiuen 309, fol. 91 v^) et dans celle de 1900 
(Kiuen 168, fol. 7 r*). 

(*) Prononciation locale de Yun-nan-cheng ^ {|î ij^ 1 poor Yun-nan-fou ^ 

iM Jlf ' ^^^ ^^ ^°** ^^™ ^® ^*^^ courant, on désigne ici la capitale de la 
province. 

(s) Esquisse dPune monographie générale de la province du Yun-nan, Yun-nan 
Tong-tcheu Kao |$ iS j|| ^ |jg (édition de i835). Monographie générale de 
la province du Yun-nan, entièrement refondue et mise à jour. Siu-siéou Yun- 
nan Tong-tcheu ^ ^ ^ ^ ^ ^ (édition de 1895). Les quatre notices de 
Yu K*îng-yuan sur les Lamas de Oueî-si occupent, dans la première de ces 
compilations, les folios i3à 19 du Kiuen 187 {Monographie des Man méridionaux, 
Nanman Tchen {|| ^ ^* chop. YI du 3* livre, 6* partie. Les races, 
Tchong-jen ^^ ^)t et dans la deuxième, les folios i3 à 19 du Kiuen 9oâ (même 
Monographie, mêmes chapitre et livre). L*édition de 1900, Essai d'une suite 
à la Monographie générale de la province du Yunrnan , Siu Yun-nan Toug tcheu 
'^■® m S? îH ^ ^ flï' •^^ muette sur re point. 

6. 



— 84 — 

dans la partie de cette monographie consacrée à ia description des 
races indigènes diverses qui coavraient autrefois et couvrent encore 
ce fond de la péninsule indochinoise. 

Ces quelques fragments font regretter vivement de ne point pos- 
séder fœuvre complète. Us dénotent, de la part de Tauteur, un 
esprit d'analyse et d'observation, ainsi qu'un souci de l'exactitude, 
qui font en général défaut chez la plupart des écrivains chinois. 
Certains morceaux consacrés à la description des races Mosso^^^ 
Lissou (^^ Kou-tsong^^), pour ne citer que celles-là, sont dignes d'un 
véritable ethnographe. 

En quatre notices assez courtes, Yu K'ing-yuan a traité dans son 
ouvrage des Lamas (^) thibétains fixés sur le sol de Oueî-si. 

Ce n'est point à tort, en effet, que l'on a désigné, comme il a 
été dit plus haut, cette partie nord-ouest de la province du Yun- 
nan, sous le nom deThibet yunnanais. Elle est géographiquement 
le prolongement oriental du Thibet. De plus, les races indigènes 
qui y subsistent encore sont nettement d'origine thibétaine, celle 
des Mosso, entre autres, qui formait aux premiers siècles de notre 
ère, dans la préfecture de Li-kiang-fou , dont dépend le T'ing de 
Oueï-si, un royaume indépendant, le Yué-hi-tchao ^^^ ou Yué-hi 
Mosso-tchno ^^), fondu au vui* siècle dans le grand royaume Thaï du 
Nan-tchao ('l 

(» J^ g M0880. 

'^^ "^J ^ Lissou. 

^^) -j^ ^ Kou-l8ong. 

(*) KM m Lama. 

'^' 1& ^ ^ Yué-iii-lcliao. 

^*' jB #f à^ :'S 18 Yué-hi Mo-sso Tchao. «f Ce Tchao , ou royaume , fut fondé 
par Po-lch'ong ^ 9i * ^^ portait également les désignations de Houa-ma-kono 
^ j^ gH (T Royaume des chevaux-piasT) et de Mosso Tchao J^^ :'^ |B <r Royaume 
Mosso 7). Son fondateur avait fixé sa résidence à Hî-tcheou 'tt ^ , Tactuelle pré- 
fecture de premier rang de Li-kiang-fou. Par la suite, le fiU '^'^ 
élendil les iimiles du royaume, passa la rîvî^»"^ ' 
($ ii » 0" ^6 Kin-cha-kian*» ^ 
rivi^ro ' 



— 85 — 

De celte origine commune, il est résulté, jusqu'à nos jours, fa- 
cilité encore par la proximité des frontières, un échange de com- 
munications constant entre cette partie du Yun-nan et le royaume 
Lama qui s'étend au Nord de THimalaya. 

Des lamaseries nombreuses se sont fondées dans Oueï-si, ainsi, 
d'ailleurs, que dans le reste de la préfecture de Li>kiang-fou. Ap- 
puyé sur ces riches et prospères établissements, le bouddhisme 
thibétain est devenu, depuis de longs siècles, la religion favorite, 
sinon exclusive, des différentes tribus indigènes. Elles pratiquent, 
à l'égard des chefs de ces lamaseries, un respect extraordinaire et 
s'enorgueillissent souvent de grossir de leurs enfants leur personnel 
religieux. 

(r Lorsqu'un supérieur de lamaserie vient à passer par son village, 
le chef mosso du lieu, dit Yu K'ing-yuan, conduit ses administrés, 
jeunes et vieux, des deux sexes, se prosterner devant lui et lui offrir 
des cadeaux. Ces offrandes sont proportionnées aux ressources de 
chacun. Il est des pauvres gens qui dépouillent, dans de pareilles 
circonstances , l'autel de famille des objets de ce culte familial : il 
en est qui vont même jusqu'à apporter leur marmite. Si c'est un 
grand Lama thibétain (^) lui-même qui vient à passer, les marques 
de respect s'exagèrent, les cadeaux deviennent encore plus considé- 
rables. Obtient-on de lui un simple caractère tracé sur une feuille 
de papier, on en estime la valeur à plusieurs dizaines d'onces d'ar- 
gent. Les gens pauvres qui parviennent à se rendre possesseurs de 
ses déjections les déposent avec un respect inGni dans l'intérieur 
de la niche qui, dans leur maison, abrite le Bouddha familial, et 
avec force prosternements et génuflexions, ils allument par devant 
des baguettes d'encens. Quelquefois, aussi, ils se mettent en em- 
buscade sur le bord du chemin, attendant son passage, et ils sai- 
sissent alors la queue de son cheval pour s'en frotter les yeux , per- 
suadés que cet acte a le pouvoir de les rendre indemnes de toute 



par M ong Si>noa-1o ||| iRH JK £ i <1^" &^*ît établi sa résidence h Mong-cho- 
tch*oan f^^ )\\^ ^t se trouvait compris entre les territoires actuels de Yong- 
trh'ang ^ ^ et de Yao-icheou j^ |Hi * ^ur le présent Ting de Mong-houa ^ 
^ Jg . L'arrièr^petit-fils de Nou-lo JR ^1, Pi-Io-ko A J| S (72^-7^8 ap. 
J.-C), réduisit sous son sceptre les cinq autres Tchao, et fit du tout le royaume 
unique de Nan-tchao.n (Cf. Nan-tchao Yé-cheu, fol. 1 r**.) 

'" W * ;A: SB B» si-'-'K T-»"^»- 



— 86 — 

maladie. Les chefs qui possèdent deux ou trois enfants mâles en 
destinent toujours un à devenir Lama, et toutes les fois que celui- 
ci revient sous le toit paternel , assis les jambes repliées sous lui , 
dans la grande salle de réception, il reçoi les hommages de son 
père et de sa mère, qui viennent se prosterner devant lui.^ 

Chez les Kou-tsong, qui sont bien voisins des Mosso, ces cou- 
tumes se retrouvent presque identiques. 

(T Batailleurs et querelleurs, dit Yu King-yuan, toujours dans son 
même ouvrage, il s'élève continuellement entre eux des rixes san- 
glantes qui se calment par la seule intervention des Lamas. Ils les 
vénèrent et croient au Bouddha. Ce sont eux qu'ils consultent pour 
se faire prédire la date de leur mort, et ce sont encore eux qui ré- 
citent auprès du cadavre des défunts les prières bouddhiques. Leur 
principal bonheur est de pouvoir conserver dans leurs lamaseries 
des recueils de sûtras bouddhiques, composés pour la plupart de 
plusieurs cenlaines de liasses, venant du Thibet et transcrits en 
caractères kou-tsong. Ces sûtras, dont chaque volume est relié en 
soie, sont enfermés dans des enveloppes de soie de couleurs variées, 
et déposés dans des boites laquées, couvertes d'ornements d'or.^ 

De nos jours et tout récemment encore, des pèlerinages de Lamas 
thibétains partent de Lhassa pour venir au Yun-nan, dans les 
grandes pagodes de Ki-tsou-chan^*^ en face de Ta-li-fou^^^ ainsi 
que dans celles de Li-kiang-fou , faire aux Bouddhas leurs dévotioils , 
Tch'ao-fô ^^, comme le disent les Chinois. 

Dans le cours de ces pèlerinages, ils s'arrêtent à chaque fois, plu- 
sieurs jours durant, dans les lamaseries échelonnées sur leur route. 
L'afflux des populations indigènes qui s'empressent alors autour de 



(^) fm [1^] JE lU Ki-tsou-clian. Sur la rive orientale du lac et en faee de 
Ta-li-fou. 

^'^ :^aj|ï Ta-H-fou. Lat N., a 5"* 44'; long. E., mërid. de Greenw., 
100*^ a a'. (Cf. PuYPAiR, Cities and Town» of China.) 

W.i® ^ JÉ •* fë.U:. # s ft |C . Si-Uang U-ma, Hi-<.UM.g 
Likiang Pei-keng, Ta-li Ki-tsou-chan, Tch*ao-fô, Lou-kouo A-toen-l6eu ti-fang, 
Tékiti-sseu, Liéou-tchou chou-jeu. trLes Lamas thibétains sont allés faire leurs 
dévoilons à Bouddha, à Peï-keng dans Li-kiang, cl à Ki-lsou-chan , dans Ta-li. Ils 
sont passés par Ateutseu et se sont reposés plusieurs jours dans le monastère 
de Téghrin.yj (Extrait d'une Correspondance officielle du Taot'aïdê Tali au Ficé-roi du 
Yunnan et du Kouei-tcheou , 1903.) 



— 87 — 

ces saints personnages, Tascendant que çeuxH;i possèdent sur ces 
populations primitives, font de ces pèlerinages qu'elles ne peuvent 
empêcher une source de grosses inquiétudes pour les autorités chi- 
noises. 

H peut donc pnraltre intéressant de donner traduction des quatre 
notices consacrées dans son ouvrage, par Yu K'ing*-yuan, aux 
Lamas de Oueï-si. 



LAMAS JAUNES <' . . . 

Les Lamas jaunes sont des bonzes bouddhistes (^) thibétains ^^). 
Chez les Thibétains, en effet, on appelle Lamas, les bonzes boud> 
dhistes. Les Lamas se divisent en jaunes et en rouges ^^K Les deux 
sortes existent toutes les deux dans Oueî-sû Les rouges y sont fort 
nombreux. Les jaunes se réduisent à une seule secte, celle des Ta- 
laï Lamas (^L Elle est entièrement composée de Kou-tsong, qui sont 
entrés en religion. Les monastères de Cheou-kouo-sseu (^) et de 
Yang-pa-kïng-sseu (^) à A-touen-tseu <®), et (celui de) Tong-tchou- 
lin ^^) à Peun-tseu-ian ('^^, renferment un millier de religieux qui ap 
partiennent tous à cette sorte. Bien que ne recherchant pas les 
plaisirs des sens, ils sont avides de richesses. Ils évitent de tuer des 
animaux et cependant ils consomment de la viande. Ils adorent le 
Bouddha et récitent à cet effet des prières qui , traduites en langue 
chinoise, se trouvent être absolument identiques à celles que Ton 
récite dans l'intérieur de la Chine. Ils ne possèdent cependant pas 



(1) X JK M PK Uouanig-kiao La-ma. 

W ff Seng. 

(^) 9 P<^- Signifiait primitivement une ancienne tribu de race turque. De 
même que J^ ^ Tou-fan, f^ || Tou-fan, ou |t£ ig» :|| Tou-iou-fan, qui 
s^appliquaient aux tribus turques de TOuesIde la Chine, les Tourfan. Ici, il 8*a{|it 
manifestement des Thibëtains. 



(t) 
W 
(•) 
(7) 
(») 
(•) 

m 



te iK M nft Hoog-kiao La-ma. 

iS A (M RK l*»'^*^ '^<->"** ^^^ ^•^^' 
m^ m '^ Chéon-kouo-flaev. 

H A Ji: "# Yang-pa King-sseu. 
|l^ i^ -^ A-touen-tseu , Aten-txe. 
X i'i* ^ Tong-tchou-)in. 
^ "^ M Peuiirtflett-laD. 



le Leng-yen-kïQg ''). Le pays d'origine du Bouddha, c'est l'Inde <-', 
limitrophe de la Birmanie ''' et du Thibet '*). La tradition rapporte 
que Boddhîdharma <"' enseigna sa docirine dans ces pays, -^^- 
et que la religion de Bouddha y devint florissante. De fcJU 
ce jour, jusqu'à l'époque actuelle, il s'est ëcoulé environ Jfitg 
seize cents années. Les Lamas jaunes se sont formés les ^J% 
derniers de tous. Ils portent de longues robes à laides |d||| 
manches. Au fort de l'hiver, ainsi que par les temps de >W 
rosée, ils se mettent aux jambes des hottes kou-tsong. Ils n|n 
ne portenl pas de pantalons. Leurs vêlements et leurs j^)P 




Lamw jaunei. 

' ffi jR S t<«D{r-yen-kjng. Nom d'un silln célèbre, traduit an rhinois «n 

1 et rq^rdë d'une façon unanime, par les leltréa de ce paya, comme un cbef- 

ivre (GiLis, Chintit^Engliih Dictimnary, i fart. ^ Ijenf;). 

' 5ç ^ Tien-tchou. 

) tl Mien-lien. 

> ± # Tou-tim (voir noie 3, |i. 87). 

' JHt il Ta-mouD. ContracUoo pour ^ ji H #. P'ou-t'i Tfl-tnouo. 



— 89 — 

bonnets sont jaunes et c'est ])Our cette raison qu'on les appelle 
les Lamas jaunes. Au dëbut, les Lamas rouges opprimaient par la 
violence les Lamas jaunes. Le Ta-Iaï Lama à la cinquième généra- 
tion (^), ayant connu d'avance que notre grande dynastie, Ta- 
Is'ïng^^^, devait forcément arriver au pouvoir sur la terre du mi- 
lieu ^*^, il prit, à Tëpoque de l'empereur T'aï-tsong-ouen^*), le che- 
min de la Mongolie (^) et vint apporter le tribut à Cheng-kïng ^^l 
Il en remporta un brevet lui conférant l'appellation d'^rHôte^^ ('^'. 
Depuis ce jour, jusqu'à l'époque actuelle, tous les Lamas jaunes de 
Oueï-si se sont faits les disciples du Ta-laï Lama. 



LAMAS ROUGES. 

La tradition porte à treize le nombre des sortes de Lamas rouges. 
Une, seulement, existe dans Oueï-si, celle des Koma (^'. Les chefs 
des Koma(^) sont au nombre de cinq. On les appelle les «rCinq 
trésors^ ^^^\ Ils renaissent en territoire thibétain par suite de trans- 
migrations successives de leurs âmes et cela se produit pour chacun 
d'eux depuis plus de dix générations, sans aucune extinction. On 
les appelle les tr Bouddhas vivants 9)(i^). Il existe, dans Oueï-si, cinq 
monastères comprenant huit cents Lamas rouges. Tous suivent la 
règle des t Lamas Ko-ma^,des Quatre trésors ^^2^. Ils se reviUent de 

Boddhidharma. Le dernier des patriarches occidentaux et le premier des pa- 
triarches orientaux du Bouddhisme. Il vint en Chine vers San ap. J.-(l.; un la 
représente sous les traits d*un homme noir, avec des cheveux courU ot bondés. 
(Cf. GiLU, Dielionary, à Tart. Ta j^ .) 

^*^ » £ » IIR * Pi Ti-on-cheu Ta-laï La-ma. 

^*) ^ fff Ta-ts*uig. La dynastie Tartare-Maiitchoue actuelle. 

(^) 4* ± TchoDg-t*ou. 

^*^ >ÏC ^ 3K M ^ T'aï-tsong Onen-hoang-li. 11 régna de 16*17 à iG^j^j, 
sous les deux Nien-hao ^ ^^ àe Tien-lsong ^ )||i et de Tch'ong-to ^ (jg . 

<') H ^ Mong-kou. 

(') jt ^ Gbeng-kîng. La capitale des princes Mantchous. 

('} ^ tt }£ Fong-hao Yen. • 

i») 4^ Jg| Ko-ma. 

'•^ ^ ^ ^ Ko-ma-tch'ang. 

<»•) JE 5J Ou-pao. 

(•») Jg ^ Houo-fô. 

(|«) H jg| [g ^ iM Pff Ko-nia Sseu-pao La-ma. 



90 - 



anaée. Ils ne portent pas noo plus de pantalons. 

, ils se coiffent d'un lai^e chapeau de bambou k jK | 

t aplati, el marchent nu-pieds. En hiver, ils se '■ J^ 



grossières étoffes de laine et d'étoffes de poils d'animaux appelles 

KjI'*. Ils se couvrent de la Kachâya^', qu'ils ne quittent pas de 

toute l'année. Ils ne portent pas non plus de pantalons. 

En étrf, 

sommet a^ , ^ 

coiffent d'un bonnet de Teutre rouge, à sommet aplati, fait 2E»sf 

de poils de singes, lequel est entouré, des quatre côtés, ^.yv 

par quatre pétales dressés de fleurs de nénuphar. Beau- ^j~ 

coup d'entre eui portent également des bas et des chans- "1 

sures de cuir rouge. Vêtements et coiffures, chei eux tout 

est rouge. C'est pourquoi on les désigne par l'appellation 

de Lamas rouges. Ils mangent de la viande et sont âpres 




au gain , tout fomme tes Lamas jaunes. Leurs recueils de prières sont 
également les marnes. Cependant, les règles qu'ils observent, pour 



> 4Sc ^ Kia-cha. Vdtcment onliniire dra bontés boaddhisUw. 



— 91 — 

les tenir de leurs patriarches, sont différentes. Les Kou-tsong sont 
nombreux parmi les adeptes des Lamas jaunes. Les adeptes des 
Lamas rouges sont uniquement des Mosso. Entre eux, les causes 
de vendetta sont de jour en jour plus nombreuses. Les Lamas 
jaunes opprimaient beaucoup les Lamas rouges. Le Ta-laï Lama 
mit fin à cette oppression. Ne serait-ce pas dans cet antique état 
de choses qu'il faudrait chercher la raison pour laquelle, à 
rëpoque des Ming^^), les Lamas rouges opprimaient, à leur tour, 
les Lamas jaunes ? 



LAMAS MOULEKOU(\ 

Les Lamas Moulékou forment Tune des treize sortes des Lamas 
rouges. Parmi les Lamas qui se vouent à la contemplation , ceux 
qui parviennent à Tétat de perfection finale passent, après leur 
mort, dans le fœtus d'un enfant, pour renaître à nouveau, et aucun 
d'eux n'oublie ses existences antérieures. Les Ti-jen^^) les désignent 
tous par l'appellation de «r Bouddhas vivants n. Le chef des Lamas 
moulékou du Thibet^^) étant venu à mourir, ses disciples pronosti- 
quèrent qu'il était descendu, pour renaître, dans une famille de 
Oueï-si. Durant la 8' année de la période K'ien-long^^^ ». 17&3, 
tous les Lamas prenant alors avec eux ses anciens ustensiles , partirent 
pour aller à sa recherche. Le jour de leur arrivée dans ie pays de 
la famille où ce chef devait revivre, l'enfant d'un chef mosso, 
nommé Ta-ki(^), lequel entrait dans sa septième année, indiquant 
du doigt un poussin à sa mère, dit à cette dernière : (f Lorsque le 
poussin arrive à être robuste, est-ce qu'il continue encore à user 

^*) ^ Ming. Dynastie chinoise qui occupa le trône de Chine de i368 à 
t6hh. 

^*^ Sr » « un IW Mou-lé-kou La-ma. 

^') ^ A Y>-j^* ^^^ générique donné par les auteurs yunnanaîs aux indi- 
gènes de la provinee. 

(^) 4Ë IS K^ien-4ong. Années du rogne de Teropcreur Kao-tsong-chouen Hoang- 
^^ iK ^ le ^ ^ ' ^^°^ 1^ ^^™ personnel était Hong-li ^ |g, et qui régna 
de 1736 i 1796. 




— 92 — 

des secours de sa mère ?w. — La mère lui répondit : *? Lorsque le 
poussin commence à être robuste, il quitte sa mère?». — Ta-ki dit 
alors : tr Est-ce que Tenfant agit comme le poussin??). Un 
instant après, il dit à son père et à sa mère : t^Des 
gens du Thibet viennent d'arriver ici , venant chercher un 
jeune ?r Bouddha vivant t». Ce sont des Lamas qui sont au 
nombre de plusieurs dizaines et qui sont eux-mêmes 
tous des Bouddhas. Pourquoi ne pas leur donner Thospi- 
talité? Ce serait attirer sur nous un bonheur d'un prix 
inestimable. 7) Le père et la mère le croyant en état de délire 
ne Técoutèrent pas. Mais Ta-ki ayant répète ses paroles avec 
plus de force, son père sortit pour voir, et, sans atlendre 
longtemps, plusieurs dizaines de Lamas entrèrent tous. 
Ta-ki, en les voyant, s'accroupit sur le sol, les jambes 




Lamas Moulékou. 



croisées à la manière tartare, et prononça en langue Koutsong 
ces mots : ffll y a bien longtemps^. Tous les Lamas lui offrirent 



— 93 — 

Técuelle^*), le chapelet bouddhique ^^^ et un livre de prièrcô 
manuscrit ^^\ tous objets qui servaient à Tusage personnel du 
dc^funt, en les mêlant à d^autres objets identiques. Ta-ki les 
examina avec soin et il en fit le départ. Il reprit tous ses an- 
ciens ustensiles, se passa le chapelet, prit son ëcuelle en mains, 
ouvrit le livre de prières et se mit à rire aux éclats. Tous les 
Lamas ôtèrent leur calotte, se prosternèrent avec ensemble et 
se mirent à pleurer. Ta-ki, lâchant son écuelle, prit son livre de 
prières et, se levant, il leur caressa à tous, de la main, le som- 
met et le tour de la tête. A ce moment, un des Lamas prit une 
robe et un bonnet de bonze bouddhiste et les offrit à Ta-ki, qui 
s'en revêtit de lui-même. Un certain nombre d^autres Lamas em- 
pilèrent, sur plusieurs dizaines d'épaisseur, au milieu de la salle, 
des coussins de soie à fleurs qu'ils portaient avec eux et, prenant 
Tu-ki sous les bras, ils le firent asseoir dessus. Le chef (mosso) ne 
savait ce que tout cela signifiait. Les Lamas lui offrirent alors cent 
onces d'or et cinq cents pièces de soie à fleurs de toutes les couleurs. 
Chacun d'eux lui offrit, en outre, en guise de présents pour sa fête, 
plusieurs dizaines de pièces du tissu appelé Ki(^\ et ils dirent : 
tf Voilà le (T Bouddha vivant?», maître de notre monastère. Nous ve- 
nons de nous rendre au-devant de lui, pour le ramener au ThibetT?. 
Le chef, qui n'avait que ce seul fils unique, protesta. Mais Ta-ki 
lui dit : (cN^ayez point de chagrin. L'an prochain, tel mois, tel 
jour, à vous, mon père et ma mère, il naîtra un fils qui prendra 
soin de la salle des ancêtres. Quant à moi, je suis celui en lequel 
le Bouddha a transmigré et je ne puis rester ici.9) Le chef et sa 
femme n'ayant plus de raisons pour s'opposer A e'^*- ' ' 
quiescërent, et, les mains înîn#-- 
conduisîrp»^* ^ 



— 9A — 

culables. Et, trois jours s'étant ainsi écoulés, Ta-ki partit pour le 
Thibet. L'année suivante, à la date exacte assignée par lui, il na- 
quit au chef (mosso) un enfant mâle. 

LE LAMA CHAN-TCHEU-CHBU '•'. 

Le Lama Chan-tcheu-cheu est un Sthavira^^) des Lamas Koma 
des (T Quatre trésors^ ^^l On ignore la date de la morl de ses précé- 
dentes incarnations. En Tannée Ki-mao ^^\ de la période K'ien-loog 
= 1769, il naquit au village de Léou-ts ouen (^), dans la famille 
de rinterprëte (^) mosso Ouang Yong-chan (^). Antérieurement (à sa 
naissance), la femme de Ouang Yong-chan avait rêvé que Tëclat 
du soleil illuminait sa poitrine, en même temps quelle était péné- 
trée d'une tiédeur telle qu'elle ne put parvenir à s'éveiller. Par la 
suite elle mit au monde Chan-tcheu-cheu. Son extérieur était re- 
marquablement beau et il ne ressemblait en rien à un mosso. Dès 
qu il put s'asseoir, il se plaisait à s'installer par terre , les janoibes 
croisées à la tartare. Dès qu'il put parler, il dit k sa mère : «L'an- 
cien pays de votre fils est froid, mais il produit des abricots, des 
raisins et des tapis de feutre rouge (^). Je ne puis vous en offrir 
pour vous marquer la reconnaissance que je dois h ma mère, mais 
dans quelques années je pourrai faire votre bonheur, v La mère ne 
comprit rien à ce discours. En Tannée Ting-haï ^^\ de la période 
Kien-long, =» 1 767, les cr Quatre trésorsu t*°) donnèrent ordre à un 
certain nombre de Lamas de prendre avec eux de Tor et de l'ar- 
gent, des chevaux et des mulets et des objets précieux pour une 
valeur de 700 onces d'or, et d'aller se présenter dans la famille 

^^) jl ^ Ht Chan-tcheu-cheu. 

^*^ Hfè ^ Kao-ti-tseu (ou ;^ |^ '^ Ta-ti-tseu). Lee trdoyeosii boud- 
dhistes, en sanscrit Sthaviras. (Cf. Gilis, Chinesê Dietionary, à Tart. Ti |^ .) 

^'^ tÎF M S ff #! Bft Ko-ma Sseu-pao La-ma. 

(*) à JJP Ki-mao. 

(») A\ ^ Léou-t8*ouen. 

(«) ^ :|p Tong-cheu. 

^^^ i ^ ïf Ouang Yong-chan. 

^*^ ^ Ift Pang-lo. Sortes de tapis thibétains en feutre rouge. 

(•> T ^ Ting-hri. 

'"' P9 3K ^ii-p**** Probablemenl les grands chefs des Konna Swu-pao La- 

"»» ifif .^ is * «« m- 



— 95 — 

de Onang YoDg^han. Dès que Chaa-tcheu-cheu vit arriver ceux 
qui venaieut au-devant de lui, il manifesta une grande joie. Il par- 
vint i dénicher les anciens ustensiles dont il se servait (au cours 
de ses eiistenceB antérieures), tout mélangés qu'ils ëlaient à des 
objets absolument identiques. Les Mosso du village de -^f^ 
Léouts'ouen ayant appris la chose, arrivèrent tous et, dtant 
leurs bonuets, le saluèrent. Chan-tcheu-cheu , assis à la 
lartare, les jnmbes croisées, frotia de sa main le sommet 
de la tête de ceux qui le saluaient. En un mot, il fit tout 
en conformité absolue avec les règles. Ooang Yong-chan 
raccompagna pour son entrée au Thibet <" ; it chaque étape , 
sor des routes oà il n'était encore jamais allé, Chnn-tchei 
cheu pouvait toujours dépeindre k l'avance les aspec 






Cban-lrheu-cheu. 

des montagnes et des rivières. Ce nom de Cban-tcheu-cheu n'est 
point son nom personnel, cette appellation signifie, traduite en 
langue chinoise, le degré de ses qualités personnelles : irCelui qui 
sait et qui discerne de façon parfaite. -^ 

" it T«ug. 



— 96 — 



IL N'EXISTAIT PAS DE BAIES OUVERTES 

EN GASCOGNE. 

LES DUNES N'EMPIÉTAIENT PAS, 

PAR M. SAINT-JOURS, 
Capitaine des douanes k Bordeaux. 



Au Congrès des Sociétés savantes de 190 3, on a vu parler encore 
avec grande conviction, à propos du golfe de Gascogne, de modifi- 
cations sensibles qu'éprouve notre rivage maritime longé par les 
dunes, de baies ouvertes qui dentelaient la côte, et de cartes d'au- 
trefois portant témoignage assez récent de cet ancien état de 
choses. 

11 importe de convenir enfin que les cartes étrangères ou fran- 
(;aises antérieures à 1700, et qui toutes, à peu de r.Knc/^ 
répétaient, sont de valeur absolum*»»^* - 
TAdour et la Oiî^*^ ^ 



— 97 — 



MiHizAii. Eaux plus for- 
icd, à l'intérieur et à la 
côte, qae celles de TAdour. 
(En outre, réputation de 
Texistence ancienne d'un 
port important avec mer 
intérieure t à celte loca- 
lité.) 



crPort de Gontisff , baie 
on hémicycle d'environ 
U kilomètres de pénétra- 
lion à l'intérieur et de 
3 kilomètres d'ouverture à 
lu mer, haie ne recevant 
aucun cours d'eau douce. 



Médoc deux lacs bien distincts au temps où se pu- 
bliaient les cartes analysées. 

Rôle gascon du 35 juillet laSi : Edouard I*', roi 
d^An^eterre, donne à Pierre Amald de Poden«ac 
l'autorisation de faire construire sur l'étang de Mi- 
mîxan, ou ailleurs, entre l'étang et la mer, un moulin 
avec autant de roues que Pierre Amald le voudra. — 
Plus de deux siècles auparavant^ Guillaume, comte 
de Poitiers, fils aîné de Guillaume le Grand , donnait à 
Téglise de Mimizan la dime de deux nasses établies 
sur le même cours d'eau allant de l'étang à la mer ^^K 
— L'état géologique des environs de Mimizan était 
ainsi au milieu de notre ère ce qu'il est aujourd'hui. 

Gontis, petite station maritime d'été, n'a jamais 
connu ni port ni baie. Le procès-verbal d'aveux et 
de dénombrement de la baronne de Marensin, du 
ih mat i6id, porte que la baronnie, au Nord, 
(rfait les bornes appelées aux Sablons Dassé et au ruis- 
seau de Gontis, dont la moitié est au Marensin ^^^t) 
Ge fleuve côlier de Gontis, dont le parcours de l'étang 
h la mer n'atteint pas d kilomètres, coule dans une 
vallée do sables qui, d'après la Carte des dunes 
dressée par les ponts et chaussées pour les travaux 
de Brémontier, était couverte d'une forêt ancienne 
jusqu'à 6oo mètres de la grève maritime. Le natu- 
raliste Thore admirait à Gontis, en i8io, des arbres 
(rdont on ne saurait calculer la vieillesse et dont les 
troncs rappellent les baobabs d'Afrique ^^\y> Voilà où 
l'on s'est avisé de placer une baie (*) depuis deux 
siècles. 



^*) Gartulaire de l'abbaye de Saint-Sever, dont relevait Mimizan, publié par 
Dubuisson. 

('^ Aveux et dénombrement de Gécile Dumonceau, dame de la Barre, pour 
maison et seigneuries de Marensin et Meilhan (lâ mai i6i3), d'après procès- 
verbal de Samuel Paular, conseiller du roi et auditeur de la chambre des comptes , 
établi par Sa Majesté en la ville de Nérac. 

^') Promenade iur lêi côiet du golfe de Gascogne, page 8o. 

^') Une autre baie plus extraordinaire ou plus fantaisiste encore est celle d'An- 
chises, qu'on nous présente sur le Médoc. A Gontis on trouve un point qui existe, 
depuis longtemps connu et nommé. Les Hospitaliers de Malte y étaient proprié- 
taires. On trouve dans les archives départementales de la Gironde qu'au 
XVI 11* siècle le curé de Saint- Julien reprochait à des habitants d'y mener trop 
joyeuse vie pendant la saison estivale. 11 n'y avait pas de baie de Gonlis, mais il 
existait un coin perdu nommé Gontis. Pour Anchises, au contraire, on ne sait 
pas sur quel point du Médoc se tromait la baie imaginaire d'hier, qui a été 
exaltée au^u* siècle; on lui prétait de constituer encore un port le siècle précé- 

GioHRAPHiB, N" 1. — 190/i. 7 



— 98 — 



Les eaax de l'étang de 
Lit et de Saint-Julien se 
jetant k la mer droit à 
Tooest de Lit; ces deux 
localités placées, de même 
que le cours d'eau, à 
3 lieues au sud de Gontis. 

YiBLLB. Figure au Sud 
du fleuve cdtier et de 
Tétang de Léon (Uchet). 

SoDSTORS. A h lieues et 
demie de Bayonne. 

Yiiux-BoDCAD , placé au 
Nord de Messaoges à Tem- 
bouchure du fleuve côtier 
d'Uchet (Léon); eaux de 
Soustons et de Tosse tom- 
bant à la Pointe-dea-Gahets 
ou au Boucacu de Diou de 
Cap-Breton ; ligne de la 
côte ondulée , comme dans 
les pays de falaises. 



Le chenal ou fleuve côtier de Gonds, qui délimi- 
tait et délimite toujours deux pagi (Marensin et 
Born), est le seul émissaire de Télang qui baigne le 
pays de Lit et de Saint-Julien; SaintnJulien est droit 
à r£st de Gontis ; Lit se trouve 7 kilomètres au Sud- 
Ouest de Saint-Julien. 

Est situé au Nord de l'étang de Léon et du fleuve 
côtier. 

Se trouve placé 9 lieues trop au Sud sur les 
cartes analysées. 

Le Yieux-Boucau est situé au Sud de Messanges, 
à l'embouchure du cours d'eau de Soustons; son 
fleuve côtier a de tout temps été le déversoir de 
l'étang de Soustons; côte rectiligne. — Cap-Breton, 
si connu par son Gouf et son ancienne possession de 
l'Adour, était resté privé de tout cours d*eau débou- 
chant à la mer de i3io k i635 (*^, période avant 
la un de laquelle avaient vécu ou étaient nés les 
neuf cartographes nommés en tête de ce tableau. 



dent et de baigner une petite ville. Cependant les listes officidles des paroisses 
des XIII*, xiv' et iv* siècles restent muettes sur pareil nom de lien. Le pouillé de 
l'archevêché de Bordeaux, de son côté, ne dit nen d^Anchises, depuis, pas plus 
que la géographie détaillée d^Expily, pas plus que les publications locales d'autre- 
fois. — Arcadion a été écrit dans les portulans Archix, Arehaxon, ArcheMom^ 
Archiexon. Oronce Fine a donné Anchùerk la place d'Arcachon (carte de i538); 
on ne connaît pas do mention plus ancienne se rapportant à la forme Anchises. 
Une carte italienne anonyme ( i55A) a également donné Anchi$9r pour Arcachon. 
En i56o, la carte de Jolivet donne Anchises sur la côte du Médoc, à hauteur de 
la région des étangs, sans aucune mention d'Arcachon. Depuis, on a souvent con- 
servé les dfux points d'Arcachon et d'Anchises, ce dernier imi^naire. Masse, si 
précis, si détaillé, n'y a consacré aucune allusion en 1700. Fait curieux, cepen- 
dant, Brémonlier, dans son célèbre Mémoire du a5 décembre 1790, dit : «Si l'on 
en croit les h ihitants du pays, il n'y a pas plus de deux ou trois cents ans que le 
bassin de Lacanau se déctiai^eait dans la mer par un canal qu'ils nomment encore 
le chenal d'Anchise, on ne sait pour quelle raison.» La confusion due à un nom 
mal orthographié avait fait du chemin avant la Révolution. 

De Bayonne à Bordeaux, personne plus ne croit à Anchises. Espérons que la 
réalité de son néant s'étendra partout où le nom de ce mythe avait pénétré. 

0^ L'emboucliure de TAdour fut romblée et détruite en i3io sous Cap-Breton. 
Le chvnal qui, à i'heuix* actuelle, (lébouchf k la ini>r sous cette ancienne petite 
ville a été ouvert de main d'homuM en 1 633 seulement. Il y eut jusque-là 
ira|)Osaibilité ou opposition à son établissement, d'après les archives de l'époque 
conservées à Bayonne et à Cap-Bruton. Sisi^s à 16 kilomètres Tune de l'autre, ces 



— 99 — 

Depuis 1901 , j'ai plusieurs fois signalé que les sondages dont 
je me suis occupé ou que j'ai relevés sur des livres de foreurs de 
puits accusent toujours le sol naturel primiUf à son niveau normal , 
sur le rivage maritime, aussi bien en regard des étangs que dans 
leurs intervalles. Ces constatations s^inscrivaient ainsi en faux 
contre Texistence d anciennes baies ouvertes. Mais les preuves 
n avaient pas fini de surgir. 

Le 5i3 juillet dernier ( tgoS), la Commission régionale des mo- 
numents historiques, réunie à la préfecture de la Gironde, dét^ 
dait de conserver et de classer des substractions récemment mises 
à découvert à Andernos, au bord même du bassin d'Arcachon. 

Uorimtation de ce bâtiment ancien (basilique, villa, établisse- 
ment de bains?) était ouest-est; sa forme, un long rectangle avec 
hémicycle au- somitiet orientai. Les substruetions sont doubles et 
parrilèles sur le pourtour, comme s'il y avait eu préau ou portiques ^ 
ou bien grande nef avec deux bas-côtés. 

A rOuest, une aile étroite se détachait vers le Nord. C'est sur 
les fondations de cette aile qu'est assise la partie ouest de Téglise 
d'Andernos, orientée comme le tout voisin monument ancien. 

On estime que la modeste église actuelle d'Andernos est du 
XII* ou du XIII* siècle. Le monument qui l'a précédée et qui la sup- 
porte sur une façade couvrait une superficie trois fois plus grande 
environ que celle de l'église d'aujourd'hui. 

Les fouilles du sol circonscrit par les substruetions qui viennent 
d'être mises à nu ont fait découvrir des fragments de sculptures 
anciennes, des tuiles romaines (sans marque toutefois) et des dé- 
bris de poteries rouges marquant bien letr^oque, celle du comr- 
mencement de notre ère. 

C'est la démolition du mur de clôture du cimetière attenant à 
l'église paroissiale d'Andernos qui a commencé à mettre à décou-^ 
vert les substruetions dont il s'agit et dont l'enceinte servait de 
champ des morts. Or ce mur de cimetière était battu par les eaux de 
pleine mer du bassin d'Arcachon à chaque marée de nouvelle ou 
de pleine hine. Les substruetions du bâtiment gallo-romain sont 
au même niveau que celles de l'église; celle-ci est à son tour au 

deux villes repr^nlent la région de remboufhtire de TAdour et an pays habité 
eCiî^qaeiité depnîs l'époque préhistoriqae. Cependant, les cartog^raphes d'autre- 
km n'avnent pas plus étudié Cap-Breton qu'ils n'avaient tu le pays sauvage 
s'élnidant de ia oôte de Léon jusqu'à ui approfhes de Sooiac. 



— 100 — 

niveau des autres maisons du sol plat que couvre le village d^An- 
dernos. 

Il en découle que le bâtiment ancien fut érigé sur une grève aux 
eaux inoffensives et non sur une baie ouverte ayant à subir toutes 
les fureurs de TOcéan. L*ëtat géologique et topographique des 
lieux ne s'est donc pas modifié depuis le commencement de notre 
ère, et jamais le pays d'Arcachon n'a connu de baie ouverte. 
Sinon, à la place du sol plat, uni, couvert par Andemos, nous 
verrions des dunes littorales qui font aussi bien défaut sur toute 
la partie orientale du bassin d'Arcachon qu'à Test des autres lacs 
du littoral gascon. 

Dans ces mêmes parages d'Andernos et d'Ares, qui sont bien 
dans le prolongement des passes d'Arcachon , les troncs de chênes 
que la marée basse laisse paraître debout dans le bassin et que les 
pinasses doivent éviter avec soin évoquent à leur tour, par-dessus 
le paganisme romain, le souvenir du druidisme. L'arbre au gui 
sacré, qui ne saurait croître dans la mer salée, proteste de son 
côté contre l'existence d'une baie ouverte à cet endroit. Quand l'em- 
bouchure de la Leyre fut détruite dans les mêmes conditions que 
les issues des fleuves côtiers voisins et de moindre importance du 
Médoc et du Born, on eut à Arcachon, pendant une longue suc- 
cession de siècles, un vaste lac d'eau douce qui envahit les bois de 
chênes et dont la superficie s'est peut-être développée encore, sous 
les eiforts du flux, depuis la communication nouvelle avec la mer 
par un vaste orifice ^^). 

En 1876, Dulignon-Desgranges écrivait la relation d'une excui^ 
sion faite sur le littoral du Médor par un groupe de membres de 
la Société linéenne de Bordeaux. Au Gurp et à Montavilet,a là 
ou 90 kilomètres de l'embouchure de la Gironde, les excursionnistes 
rencontraient dans leurs fouilles une forêt sous-marine. trLes 
arbres debout abondent, dit Dulignon-Desgranges; l'ormeau, le 
chêne, le pin maritime se rencontrent à chaque pas. 9» Au sud de 
l'étang de Hourtin, au kilomètre 53, constatations presque iden- 
tiques : (rici, continue le narrateur de l'excursion, deux époques 

(') Peut être la remise en commiimcalion avec la mer fut-elle assurée, grâce au 
niveau élevé des eaux douces, par un chenal creusé de main d*iiomme comme Ta 
été, en i635, le fleuve c6tier actuel de Cap-Breton. L*énorme réservoir d^eau 
creusa par sa chute à la mer les larges passes du bassin, au bord duquel, noub 
montre Tcdifice d* Andemos, ou bâtissait a l'époque romaine comme de nos jours. 



•• • • • • 



— IM — 

bien distinctes apparaissent, car nous- rencontrons deux forêts dé- 
truites et superposées. La première, celle qui se prolonge dans la 
mer, était presque exclusivement composée d'essences de chéue. v 

Les excursionnistes auraient cru inutile d'opérer des fouiller en 
regard de Tétanig de Hourtin, imbus qu'ils étaient de Tidée que 
les eaux de Hourtin, de Lacanau et d'Arcachon marquaient rem- 
placement de ce qui avait dû être tr un bras de mer entourant une 
lie d'une assez vaste étendue ))• 

Il a été dit que des forages récemment pratiqués en regard 
des lacs, sur la grève maritime, avaient dénoncé la présence du 
sol naturel à son niveau normal. La mer vient généreusement de 
mieux étaler la vérité en écartant un instant le voile du passé. Aux 
premières vives-eaux de juillet 1903, la laisse de basse mer a mis 
à découvert sur l'espace de 700 mètres, du kilomètre /i6,5oo au 
kilomètre ^7,300, bien en r^ard du centre de l'étang de Hourtin, 
qui est le plus vaste de Gascogne , les vestiges des forêts signalées 
ailleurs par la Société linéenne : souches, troncs d'arbres debout, 
d'essences différentes et dures, qudques-uns de grosseur consi- 
dérable et paraissant presque tous rompus, à o m. 5o du sol envi- 
ron , par une cause violente. Des échantillons ont été prélevés et 
déposés. 

Au droit de l'étang voisin de Lacanau , la laisse de basse mer a 
montré en petit le même spectacle, au milieu de juin et au milieu 
de juillet 1903. Sur l'espace de près de 3oo mètres, entre le kilo- 
mètre 59 i/a et le kilomètre 60, des souches et des troncs d'ar- 
bres apparaissaient dans les argiles noires. Les bois semblaient être 
plus décomposés qu à Hourtin. 

On remarquera que dans les deux cas il s'agit d'arbres d'essences 
dures (ormeaux, chênes, etc.) qui n'existent qu'à l'état de grande 
exception sur toute la profondeur du rayon des dunes. 

Au sujet de ces constatations effectuées sur les plages désertes 
du Médoc, je pourrais signaler ou invoquer des témoignages 
offrant de plus grandes garanties encore que les échantillons dé- 
posés : M. l'ingénieur en chef Clavel, président de l'Académie de 
Bordeaux, et le lieutenant Kéryvel pour ce qui regarde Lacanau; le 
même lieutenant Kéryvel et M. Lafite, entrepreneur de travaux 
publics, pour Hourtin. 

Ainsi, ces vestiges de forêts rr d'époques bien distinctes t) mon- 
trent que, même avant la dernière commotion ou la dernière im- 



— 101 — 

merftion' subie par notre partie du Sod-Onest, il n*ext«t«it pas nne 
Vallée queleonque en regard des grands étangs du Médoc. 

La question des baies ouvertes et des cordons littoranx de sables 
qui les auraient barrées se trouve jugée. L'antiquité du vaste lac 
de Hourtin ressort d'ailleurs d'un de ces titres nés depuis la nuit 
répandue par l'invasion des Barbares. Dans une donation faite en 
1 099 à l'abbaye de Sainte-Croix se trouvent comprises les églises 
de Lacanau et de Sainte-Hélène de VEtang^^K Cette dernière petite 
localité bordait, le lac de Hourtin au si'' siècle comme de nos jours, 
d'après un tette inattaquable. Plus haut, au tableau comparatif des 
cartes, on a déjà vu un titre pareil du xt siècle pour la partie 
ouest de l'étang de Mimizan. 

Les forêts sous^marines (^) ne doivent pas éveiller à l'esprit l'idée 
d'un affaissement du soL Personne ne s'étant encore avisé d'ad- 
mettre que le volume d'eau de l'Océan augmente et déborde ses 
limite») l'empiétement de ta mer par érosion du littoral ne pour- 
rait se concevoir que par l'affaissement du sol riverain* Or, la 
pente du continent régional» sur de grandes étendues, «r n'est pas 
même de 1 millimètre par mètren., dit dans les Landes de Gascogne^ 
M. l'inspecteur général des pants et obaussécs Chambrelent. Le 
vaste plateau landais ne présente donc pas, dans son ensemble, 
plus de 1 et quart de pente moyenae par i,aoo. Comment dans 
un pareil pays plat pourrait-on concevoir une poussée vers le lit*- 
toral maritime? Ce serait admettre que toute la région s'affaisse 
d'une pièce. 

Loin de pratiquer des érosions par empiétement, la mer chausse 
au contraire son rivage, sans interruption, de sables qui atterris- 
sent par le jeu des courants et que le courant câtier nord-sud 
véhicule constamment le long de terre vers les côtes cantabriques^^^. 
De loin en loin, une mer démontée de tempête rase ces sables du 

vO Dooivi ecdettam Garcano et alias ecdesias Sancti-Vinceatii de Ganali et 

I 

Sancle-Elene de Stagno. (Voyei le texte aux Archivet hiâtoriquêi de la Gironde, 
XWII, p. ni.) 

('^ Chacun sait que les bois se conservent ind^niment dans Teau de mer, 
landk quUla deviennent totirl>euz ou se mînéralisent sous les saUea et dans 
le mI. 

^^' On peut 80ui>çonner que ces sables reprennent en partie le lai^ en arri- 
vant aux fonds qui longent les fnlaist^s des provinces basques, pour revenir 
ensuite pr les courants sud-nord de fond vers leur point de départ, le plateau de 
Onlooan , qui sertit dans ce f a« le rrrur de la rirrniadon dte> sables en G«Bcognc. 



— 103 — 

littoral , aplanit la côte et attaque pai^ci par-là la dune riveraine. 
On répare les brèches au moyen de elayonnages et de plants de 
(pirbel, et la cAte reeommence à être chaussée d*arëne jusqu^à Tai^ 
rivée d'un nouvel ouragan : travail de Pénélope à Tëtat perpétuel. 

Voici quelques preuves de la stabilité de la ligne séparative de 
la mer et du continent : 

1*" Cinq ou six postes douaniers échelonnés le long de la côté 
du golfe ont des feuilles immobilières officielles portant quMls ont 
été construits en maçonnerie, depuis 5o à 96 ans, à tant de 
mètres des plus hautes marées. Ils se trouvent aujourd'hui dans 
la même situation de distance par rapport à TOcéan^^); 

9" fl en est de même de nombreux chalets bâtis depuis qua* 
rante ans sur la crête de la dune riveraine de la mer : crête et 
chalets ont les mêmes positions respectives qu'à fépoque des con- 
structions; 

S"" Les jetées de quatre petits fleuves côtiers construites de 
1860 à 1873 à Cap-Breton, au Vieux-Boucau , à Gontis et à Mi- 
mizan, ne laissent paraître ni dénivellement, ni empiétement ou 
recul de la mer. Ce seraient les témoins les plus sensibles à enre- 
gistrer le moindre affaissement du sol; 

&** La Carte des dvnes dressée par les ponts et chaussées à Tocca- 
sion des travaux de Brémontier ne laisse pas voir de modifications 
appréciables dans les limites du golfe. La carte plus ancienne et à 
échelle plus développée de Tingénieur militaii^e Masse (1700) ne 
montre pas de modifications non plus, en dehors de la pointe de 
Grave, devenue plus étroite sur ces parages où il y a conflit perpé- 
tuel entre Télémenl marin, Télément fluvial et les sables poussés 
par les eaux et les vents (^). 

<*) Le poste douanier da Mimiian a été sapé et détruit sur la dime littorale 
aux environs de 1880, par leê teuls effets de l'embonebure du fleuve eôtier con- 
tenu par la jetée de protection constroite peu avant Du moment où il y eu 
comprenlon, il y a eu lutte des <4éments, et la «taftien balnéaire qni se trouvait 
a» flaèaae endroit a dû se porter plus au nord. Depuis, sémaphore, poste fores- 
tier ei poste douanier ont été enlevés par le« érosions de la passe sud (rive gauche) 
du bassin d^Arcachon. Le rivage de i*océan Atlantique, qui passe à &,5oo mèlres 
plus à Tooest, n*a rien A voir dans ces incidents, comme je l*ai écrit plusieurs 
fois d^è. 

<*> L'érosion de la pointe a porté sur ta plage ouest, maritime. Quant & Tou- 
verture inférieure de la Gironde, elle n*a pas dâ se modifier d*nne manière sen- 
sible au cours de notre ère. Plusieurs éditions de Œroniqum bourdetaim des 



— . 104 — 

Pour revenir aux iorâts 60us-niarîne$ et apprécier les révolutions 
géologiques subites et violentes dont notre région a pu é Ire le 
âiéâtre en un temps fort reculé ^^\ on peut utilement faire inter- 
venir les quatre faits suivants : 

(rLa coupe perpendiculaire des dunes jusqu'à Tanciensol permet 
de constater, parle creusement de puits, des stratifications d'arbres 
couchés sur le sol et passés à l'état de tourbe fibreuse ou limoneuse; 
la contiguïté, la symétrie, la direction, l'étendue de ces strates, 
tout indique une action dévastatrice et simultanée d'une grande 
violence t^^D 

En 1810, le naturaliste Thore notait l'existence de bois miné- 
ralisés, à Test de la région des dunes, dans les pays de Born et 
de Marensin ^^h 

En i836, ÏAmi des champs signalait la découverte, à Castels des 
Landes, de troncs d'arbres fossiles gisant à plusieurs pieds de 
profondeur, recouverts de tourbes de 3o pouces de puissance. 

Tout récemment (mars 1908), à Ârengosse, entre Morcenx et 
Mont-de-Marsan , un forage de puits a fait découvrir une couche 
épaisse de bois de chêne à 1 o mètres et plus de profondeur. Coa- 



environs de 1600 portent, pour Tannée iû53 : trPuis ce temps (c^estrÀ-dire 
depuis le retour des Anglais et leur défaite de Gastillon), les Anglois venans à Bour- 
deaus pour. le faicl du commerce estoient tenus de s'arresler à Tentrée de la rivière 
de Garonne à l^endroit de Soulac, jusques à ce quMIs eussent sauf conduit pour 
venir à Bourdeaas.7) — Le Soulac des Rôleê gaaeon» (19 sept. i9&3 et ih sept. 
1 9&ili) et Sainte-Marie -de-Soulac des portulans n'étaient donc que ia rade dite du 
Venlon, où la commune de ce nom a pris naissance, par séparation d*avec Souiac, 
en 1875 seoiement. Voici h Tappul doux textes municipaux relevés dans les 
Registres de la Jurade, séance du 8 novembre 1/190 : crLos senhors ordoncrcn 
que lo baylel de Bernât de Garros anga d*assi à Ssolac , et sega tota la cosla de 
Solac en sa, per saber si las galeyas son en aqueste ayga.n — Séance du 93 no- 
vembre 1&90 : «Mandament de pagar au baylet de Bemat de Garros, per anar à 
Ssolac et seguir tota la ribeyre de Solac en sa , per beser si y abe galeyas des 
Espanbols, no, el per (ar relacion segura : très franx.* Le port de Soulac existe 
dans les mêmes conditions et au même endroit qu'au moyen Age : il a seolemeat 
changé de nom. 

0) Dans son livre La facê d$ la terre (trad. 1897, ^1 383), Suess estime 
qu'aux premiers âges géologiques «r le golfe atlantique de la Gironde a eu dos 
allées et venues répétées et successives. <) — Une débâcle venue en dernier lieu 
des Pyrénées aurait raviné fortement le sol au lieu de Tunir et de le laisser plat. 

(') Docleur Lalesque, Brènontier et Peyichan, page 17. 

(') Promenade, |)ago i3. 



— 105 — 

serves sur certains poiats, ces bois se trouvent entiorcmont cor- 
rompus quand ils se trouvent sur des bancs d'argile. 

De Texistence bien établie de forêts sous-marines et fossiles (on 
peut les supposer contemporaines) parait nettement ressortir le 
fait qu'à une époque fort reculée une révolution ou commotion 
géologique et marine anéantit notre région pour un temps plus ou 
moins long, et que notre sol resta, en définitive, amoindri d'éten- 
due dans sa partie ouest. Le rocher de Gordouan , que nous voyons 
à six kilomètres en mer, semble être un témoin qui a résiste au 
cataclysme. Mais, d'autre part, les texles existants et les preuves 
matérielles que présente la nature font ressortir la stabilité de nos 
cAtes et le non-empiétement de la mer depuis les premiers siècles 
qui ont suivi la dernière émersion du sol d'Aquitaine, c'est-à-dire 
depuis que l'Océan eut assis et creusé son lit le long de lu côte. 

L'ancienneté des dunes perpendiculaires ^*) ou en poches est con- 
sidérable et se contrôle dans le bassin de Soustons, où elles sont 
séparées de la mer par le lit de TÂdour d'autrefois et la roule 
romaine du Sud. Or, nulle part les sables restés en mouveincnl 
jusqu'à Brémontier n'ont pénétré plus loin vers l'intérieur que 
les dunes primaires de àSoustons (côté nord), de Léon et de la 
Teste, les unes et les autres couvertes de forêts antiques. Toii^ 
jours on retrouve même rivage maritime fixe et rectiligne à l'Ouest, 
et même alignement à l'Est. Les sables fixés par Tœuvre de Bré- 
montier se mouvaient sans cesse, se déplaçaient en sens divers, 
se superposaient de Hourtin à Lit, en dehors de quelques forêts ou 
rt^stes de forêts antiques marquées par la Carte des dunes, mais sans 
jamais franchir la zone moyenne de 6 kilomètres. Ces forêts ou 
montoffnes antiques de pin maritime (Hourtin, Lacanau, la Teste, 
Biscarosse et tout le Marensin) constituent elles-mêmes une puis- 
sante preuve, puisque, se trouvant sur l'alignement oriental, elles 
n'ont jamais été débordées par les sables mouvants. 

^^^ Ces dunes perpendiculaires à la mer ou en poches sont dignes d'exciter la 
curiosité ou Tattention. Elles ont du se former, en principe, sur le sol nu, par 
tourbillonnement, de la manière dont la tourmente forme les bulles de neige sur 
les plateaux. Ensuite, le pays se trouvant de la sorte encombré, les sables qui 
nous arrivent du côté de Gordouan, et qui n^ont cessé d^atterrir avec quoique 
abondance, surtout dam la partie centrale du littoral des dunes, ont enrombn» 
les choliies perpeudicufeiret et fonné les dunes parallèles que nous voyons de 
Hourtin à Lit. 



— 106 — 



COMPTES RENDUS ET ANALYSES. 



A cridcal Study of ihe varions dates assigned to the Urtk ^ Christq/êr 
Columbus, The real date làSt, with a bibïioffraphy o/the question, 
by Henry Vignaud, . . London, 1908, t22 pages în-S". 

Depuis 1900 , on s^oceope beaucoup de Christophe Colomb et des nom- 
breux mystères de son existence. M. Vigaaud, premier 8eciét»ire de Tarn- 
bassade des États-Unis, a publié un très important travail sur la coires- 
pondance apocryphe de Colomb et de Toscanelli; et sa thèse a soulevé en 
Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne aussi bien q[u*en France^ 
(les discussions passionnées. M. Vignaud continue donc son encpiéte, car il 
y a nombre de questions, dans la vie du découvreur de T Amérique, aux- 
quelles on ne peut répondre que par des points d*interrogation. L*un des 
plus controversés est incontestablement Tépoque de sa naissance, et jusqu^à 
ces derniers temps, il y a eu à peu près autant d-avis, sinon davantage, 
que de personnes qui s*en sont occupées. Je ne <âterai chez nous que 
M. d^Avesac, qui a fait sur cette question une de ces érudiles et conscien- 
cieuses enquêtes dont il avait le secret. ^ 

Il était intéressant de connaître les causes de cette diversité d*opinions. 
M. Vignaud n*a pas manqué de les rechercher au cours de sa dissertation 
si avertie et si curieuse. Il les trouve dans les variations mêmes de Chris- 
tophe Colomb. Gdui-ci, en effet, a mentionné Tige auquel il était parvenu 
à certaines périodes mémorables de son existence, M. Vignaud a rapproché 
tous ces passages, et loin d'y trouver les éléments nécessaires pour aniver 
à la solution du problème, 3 n*y a recueilli que des contradictions, et la 
rpiestîon lui a semblé tout aussi obscure qu'auparavant. Chose curieuse, 
les deux biographes de Colomb, son fils Ferdinand et Las Casas, ne con- 
naissent pas la date de la naissance du découvreur des Indes. N'y a*t-il pas 
là ([uelque chose d'inexplicable et comprend-on qu'on écrive la biographie 
d'un personnage sans s'enquérir de Tépoque à laquelle il est né? 

Il est cependant du plus grand intérêt historique de savoir la date de la 
naissance de Colomb , car c'est de là que dépend la possibilité ou l'impos- 
sibilité d'actes qu'il s'attribue ou que lui attribuent ses historiens. 

L'histoire critique de la vie de l'amiral n'avait pas été faite jusqu'à ces 
dernières années; les œuvres de Prescott, de Washington Irving et de 
tant d'autres sont aujourd'hui 8ui*années et ne répondent plus aux décou- 
vertes récemment accomplies. 



— 107 — 

Gd t¥*eit pas, cependant, qné noas devions reprocher à ces auteurs de 
a'étre trompëa* Hs ont jngë avec ks dôcnments qu'ils avaient on mains — 
et je rëp<»ndB ici k une critique de M. Vigaand — ils ne pouvaient 
connaitre ni deviner les pièces qu'on a tirées de la poudre des archives ; le 
seul reproche qu'on puisse leur faire, c'est de n'avoir pas serré d'assez près 
les assertions de Las Casas, de Ferdinand, de Christophe Colomh lui- 
m^me; ils auraient vu qu'dles ne concordaient pas, et leur esprit critique 
en aurait cherché les causes. 

Mais ils n'auraient pu les découvrir. On s'est livré depuis long- 
temps déjà , dans les archives de Gènes et de Savone , à des fouilles aussi 
ardues qu'infatigables qui nous ont permis de connaître aujourd'hui la 
famille de Colomb, ses occupations et sa position sociale, qui était des plus 
humbles. A ce propos, nous dirons que Tamiral s'est toujours vanté de 
sortir d'une souche fort distinguée et de n'avoir pas été le premier amiral 
de sa famille. Mensonge bien inutile, car il n'eut que plus de mérite h 
parvenir I 

Parmi les nombreux actes, contrats, obligations, qui ont été mis au 
joiu*, il en est un certain nombre oii nous voyons figurer Colomb soit 
comme témoin , soit comme participant. Or h Gènes et & Savone prévdait 
le droit romain , et l'autorité paternelle ne cessait jamais de peser sur les 
enfants, à moins qu'ils n'eussent été émancipés. La grande majorité de 
•j|> ans était précédée de trois autres, à 16, 17 et 18 ans, qui leur accoi^ 
daient certains privilèges et le droit de contracter dans certaines con- 
ditions. On a découvert plusieurs de ces actes et on en a déduit l'Age de 
Colomb. Cela n'a pas été cependant sans discussions ; nous n'entrerons pas 
ici dans le détaS de ces supputations assez délicates , qui avaient permis 
d'affirmer, elles aussi, des dates assez différentes, mais qui avaient été sou- 
tenues avec autant de conviction que d'acharnement lorsqu'on mit la main 
sur un document daté du 3i octobre 1&70, dans lequel Colomb se dé- 
clarait majeur de dix-neuf ans. On épilogua encore sur la valeur de cet 
acte , mais M. Vignaud s'en prévaut et il en donne des raisons qui nous 
paraissent fort bien déduites pour prétendre que la date réelle de la nais- 
sance de Colomb est i&5i. Il semble qu'il soit arrivé à la date définitive 
et à la solntion d'un problème qui a fait couler beaucoup d'encre. 

Gabriel MAacfii. 



— 108 — 

Viaje de Estado mayor ( 1 8 de marzo-a 5 de junio 1 909 ). Memoria del 
Coronel P. Clëment, jefe de la mision militar francese, con la 
coiaboracion dei teniente-coronel L. Rnil(y-Maltre de la mision 
militar francese. — Ckorillos, ofidnas tipolit. de la Escuela fniUtar, 
1909 (1 vol. 459 pages, avec carte). — Annexa a la memcria : 
Atlas de los trabajos topograficos del 9" Grupo de la Comision 
(i3 croquis d'itinéraires à Féchelle du 100,000*, 9 croquis 
d'assemblage à Téchelle du 960,000''). 

Ce mémoire, accompagné d'un atlas, et illustré de belles photographies, 
est plus que le simple i^écit d*un voyage d'état-major accompli pour l*iii- 
struction d'un groupe d'officiers. C'est, à certains égards, un véritable 
voyage d'exploration qui a été exécuté sous la conduite de nos deux com- 
patriotes. 

Partie de Lima le 18 mars 190a, la Commission y fut de retour le 
9 5 juin, après avoir poussé des reconnaissances précises jusqu'au Rio 
Mairo, affluent du Palcaza , qui est lui-même un sous-affluent de l'IJcayoli, 
— c'est-à-dire jusqu'au réseau navigable de l'Amazone. C'est conformé- 
ment au désir exprimé par la Société de géographie de Lima que l'explora- 
lion fut poussée jusqu'à cette région rarement parcourue et peuplée de 
quelques tribus indigènes. La tentative se justifiait par des considérations 
d'intérêt politique autant que scientifique. 

On sait quelle est la singulière configuration géographique du Pérou. 
Cet État riverain du Pacifique , exposé sur sa frontière Sud aux attaques du 
Chili, se trouve séparé de sa partie amazonienne et de ses communications 
avec le Brésil et l'Atlantique par une triple barrière de montagnes enserrant 
de hauts plateaux. D exulte bien, depuis longtemps, une ligne de chemin de 
fer partant de Lima, et traversant la Cordillère occidentale à l'altitude 
de /i,75o mètres pour atteindre Oroya situé à 3,6 80 mètres. Mais, faute de 
prolongements et d'aboutissants, cette liaison est restée à peu près stérile 
au point de vue économique. Actuellement il n'y a qu'une voie muletière 
qui établisse des relations à peu près directes entre Lima et Iquilos ; c'est le 
camino del Pichi$; le trajet exige aU moins dix-huit jours. 

Combiner ces parties hétérogènes, faire un tout de ce corps inorganique; 
telle est Tidéc qni s'impose aux hommes politiques ainsi qu'aux militaires, 
et au service de laquelle se sont dévoués les deux officiers de la mission 
française. 

Des travaux en cours permettent d'espérer que le chemin de fer d'Oroya sera 
prochainement poussé jusqu'à Cerro de Pasco. Mais reste la question d'une 
voie centrale péruvienne, c'est-à-<lire d'une voie traversant les plateaux pour 
aboutir à l'Amazone. Les difficultés matérielles ne résultent pas seulement 
des gramies altitudes des pufias, d'accès si raides qu'on ne les atteint pas 



— 109 — 

sans être expose au wroche oa mal de montagnes : elles tiennent aussi aux 
obstacles de toutes sortes que présente la traversée de la r^on forestière 
du versant oriental des Andes, la silve humide et chaude qu^on appdle la 
Montana» 11 faudrait des levés précis pour choisir les meilleures voies d'accès; 
et ces indications font presque entièrement défaut. La mission a pu con- 
stater SOT presque tout son parcours Tinsuffisance et les erreurs de la carte 
au 3oo,ooo* que Raimondi a dressée en 1867. 

Elle a essayé, dans la mesure de ses moyens, de recueillir de meilleurs 
documents topographiques. Des levés à la boussole , de nombreuses cotes 
et nivellements barométriques sont le témoignage de sa fructueuse activité. 
En outre, il y a, surtout dans le mémoire de M. le lieutenant -colonel 
Baffly-Mattre, beaucoup d'observations sur les conditions physiques, pas 
toujours favorables, dans lesquelles se poursuit la colonisation des plateaux 
et de la Montana. lia Commission a pu étudier et se mettre en état de pré- 
coniser certains tracés qu'elle juge préférables. Mais elle ne dissimule pas 
que sa tâche, pour aboutir h des résultats pratiques, devra être complétée 
et continuée. 

Nous souhaitons qu*dle le soit. D serait utile au Pérou et honorable pour 
nos compatriotes que l'œuvre dont ils viennent de tracer les premières 
lignes ne l'estât pas un de ces efforts intermittents dont le bénéfice est 
perdu par une longue inertie qui leur succède. Nous faisons des vœux 
pour qu'ils réussissent h organiser, suivant le vœu exprimé par le colonel 
Clément (p. 8), au service géographique de l'armée. Ce serait l'instrument 
le plus efficace pour activer la reconnaissance et dresser la cartographie de 
cette intéressante r^on du g^obe. 

P. Vidal dis la Blacub. 



Baron Marc de Villibrs du Tkrragk. Les dernières années de ta 
Louisiane française. — Le chevalier de Kerliru, d^Abbadie, Auiry, 
Laussat, . . Paris, Guilmoto, 1908, &65 pages in-8°. 

C'est une douloureuse et lamentable histoire que vient d'éciîre M. de 
Villiers du Terrage ; on ne peut la lire sans émotion et sans regret. 

Qu'entendaitron, au xvuf siècle, par Louisiane? Ce n est pas le pays borné 
à l'Est par la Floride, à l'Ouest par les colonies espagnoles du Mexique et 
du Texas; eu un mot, toute la conti'ée qu'arrose le delta du Mississipi. 
C'est bien plus et bien mieux que cela, c'est depuis le foi*t des Illinois toute 
la vallée du Meschacéb;, ce fèiv des eaux. 

La Louisiane, c'est, outre cet état, l'immense étendue des plaines, des 



— 110 — 

prairies et des moatagnes alors inconnaes, dans iesqudles ont é\é taiUës 
rArcansas, ie Missouri, ilowa, ie Minnesota, ia Nefasasa, ie Kansas, le 
Colorado, TOr^gon, etc., c'est-à-dire on territoire six fois pins ^nd 
que la France. 

C'est en 1678 qu'y fut réalisée, par Jolliet et ie Père Marqaette, la pre- 
mièfie tentative de découverte; bientôt elle fat suivie par la reconnaissance 
de Cavelier de la Salle et son exploration par remboucbure du Hisstssipi. 
Les noms de Tontî, d'Iberville et de Bieu ville serant à jamais unb dans 
riiistoire de la Louisiane, comme ceux des hommes qui ont le pins active- 
ment coopéré è la fondation de cette colonie. Mais toute cette première 
phase de son histoire n'est que succinctement rappdée par M. du Ten^age 
comme introduction à la période sur laqudk il veut insister, — et à juste 
litre — parce qu'die est la moins connue. 

EUe commence avec l'arrivée de Kerléra , comme successeur des Vau- 
dreuil, en qualité de gouverneur. Ses démêlés avec l'ordonnateur Roche- 
more, ses luttes avec les sauvages, ses débats contre les Anglais, qui pro- 
fitent de toutes les occasions, quand ils ne les suscitent pas, pour empiéter 
sur nos territoires si mal définis, ses incessantes et inlassables rédamatioas 
an Gouvernement métropolitain qui le laisse sans aident, sans secours 
d'aucune sorte, qui ne tiaot pas compte de ses propositions et finit par ne 
plus répondre k ses lettres , tel est le tableau de l'administration de l'in- 
fortuné chevalier de Kerléru qui, non seulement se ruine dans son Couver* 
nement, mais qu'on accuse encore d'être un vc^ur, et qui se meurt au 
cours d'un procès retentissant, sans que justice ait été rendue à ses mérites 
et à ses projets continuellement travestis et contrecarrés par des adversaires 
acharnés à sa perte. 

Que peuvent faire ses successeurs, d'Abbadie et Aubry? Ds s'efforcent, 
grâce à l'arrivée de nombreux Canadiens chassés par le traité de 1760, qui 
vient d'arracher leur patrie h la France , d'empêcher les An^is de faire de 
nouveaux progrès. Puis, en 1769 , est signé le traité de San Udefonso, qui 
cède à l'Espagne toutes nos possessions à l'Ouest du Mississipi et à l'Angle- 
terre tout ce qui se trouve à l'Est. 

Mais l'Espagne ne se presse pas de prendre possession; et, lorsque le 
savant navigateur Iffloa arrive, il se trouve en présence d'esprits surchauffés 
qui ne peuvent et ne veulent admettre l'abandon de la mère-patrie , qui 
espèrent contre toute espérance , se révoltent et expulsent le gouverneur 
espagnol. 0' Reiily lui succède; c'est une véritable dictature, au cours de 
iaqudie les organisateurs du mouvement révolutionnaire sont exécutés; 
mais tout s'apaise successivement , et lorsque la Louisiane redevient fran- 
çaise, elle a acquis une prospérité qu'elle n'avait pas encore connue. C'est 
au moment où le général Victor doit, à la tète d'une importante expédition, 
aller prendre possession de notre nnrioime colonie, provisoirement admi- 
nistra par Laussat, que le Premier Consul, sous la pression des événe- 



— 111 — 

ments et poai* qu'^e ne tombe pas entre les mains des Anglais, la vend 
pour 5o millions aux iîitats-Unis. 

Ainsi, bien qu'dle n'ait jamais été conquise par les armes, sauf La 
Mobile, notre pauvre colonie, sans être consultée, passe de mains en 
mains, ne sachant plus à quelle nation elle appartenait Telle est la triste 
succession de Cadts, si honteux pour notre administration, qu*a entrepris de 
nous peindre M. de Villiers du Terrage. Son œuvre est un travail de pre- 
mière main , entièrement ëerit sur des documents originaux provenant des 
dépôts publics ou des archives particulîèraB. Sans passion , mais avec la 
fermeté nécessaire pour apprécier les hommes et les événements, M. du 
Terrage a écrit un excellent livre qui renouvelle toute celte partie de This* 
toire de la Louisiane et qui éclaire d'une lumière éclatante les causes du 
soulèvement contre les Espagnols , les explique et les justifie , autant du 
moins que peut Tétre toute rébe&ion. 

Si plusieurs fautes d'impression y viennent faire quelques taches : p. ao, 
Perrier de Salverte pour Salvert; p. 18, 1696 pour 1795, d'Ëstournel 
pour d'Estourmd, le Petit Goarce pour le Petit Goave, p^ 89; M< du Ter* 
rage a généralement le souci de l'exactitude, le soin de la précision. Il a 
enrichi son travail de trois tables pour les chapitres, pom* les ooms cités, 
pour les illustrations. Ajoutons que cette dernière partie a été très judi- 
cieusement dioisie parmi les innombrables documents contenus dans les 
portefeuilles de la Bibliothèque du Ministère de la Marine, qui ont seuls 
suili h nous donner des forts et des riions , les plans et les cartes néces- 
saii'es pour suivre le r^it des événements. 

Gabriel Marcel. 



Del VAUX (Georges). A. Voêco de Gama et les découvertes maritimes des 
Portugais. Aperçu géographique économique et commercial du 
Portugal et de ses colonies. . . (s. 1. n. d.), in-S"* de i5/i pages. 
— B. Les routes de VInde (s. 1.), 3i pages in-8^ — G. Aperçu 
géographique et économique du grand-duchi de Saxe- Wcimar .... 
Bruxelles, vers 1891, 8 pages in-S**. — D. La Perse et ses dé- 
bouchés pour k commerce belge, . . Bruxelles, 189/i, 98 pages 
in-8«. 

Aucune de ces brochures ne porte de date, mais il est facile de se rendre 
compte qu'elles s'échelonnent de 1887 à 1897; c'est dire qu'elles ne pré- 
sentent pour nous (pi'un intérêt rétrospectif. 11 serait même plus exact 
de dire qu'elles n'eu présentent aucun et d'aucune sorte. Il n'y a dans ces 



— 112 — 

divers travaux absolument lien d'original. G^est la vulgarisation qui n est 
i*elevëe ni par la magie du style ni par roriginditë des sujets. Aucune 
recherche dans les archives pour y découvrir des documents inconnus, pas 
une fouille dans ces grands recueils statistiques si nombreux en Alle- 
magne, nul recours pour la partie économique aux rapports des consuls, 
rien que la platitude sans la moindre ride d'une rivière paresseuse, d'un 
steppe que n'ëgaye pas le moindre buisson , voilà ce que Ton peut dire 
pour l'aperçu du grand-duché de Saxe-Weimar. 

Le travail sur Vasco de Gama publié h l'occasion du centenaire de la 
route de l'Inde est d'un poncif et d'un connu écœurant. Les faits y sont 
racontés sans émotion , et le magnifique développement de la colonisation 
portugaise, sa déchéance et sa ruine lamentables sont racontés froidement 
par un spectateur désintéressé. 

Il y a dans la Perse et ses débouchés quelques considérations utiles pour 
le commerce de la Belgique. Quant aux routes de l'Inde, on n'y trouve 
que des considérations géographiques et économiques où Tigéniosilé et 
l'imprévu des réflexions de M. Delvaux ne se font remarquer que par leur 
absence. Il n'y a , dans toutes ces pages , rien qui soit de nature à appder 
notre attention ou à nous apprendre quelque chose de nouveau. Nous 
aurions aimé à savoir si les travaux récents de M. Ddvaux — à supposer 
qu'il en ait publié — sont supérieurs à ceux qui ont été renvoyés à 
noti*e examen. 

G. Marcel. 



BULLETIN 

DU 

COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

ET SCIENTIFIQUES. 



SECTION 
DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE 



■o4>^~ 



REUNION 
DÉLÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAVANTES 

DE PARIS ET DES DÉPARTEMENTS 

À LA SORBONNE. 



PROCES-VERBAUX. 



SÉANCE GÉNÉRALE D'OUVERTURE. 

Le mardi 5 avril, le Congrès s'ouvre k 9 heures précises, dans 
le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence de 
M. E. Lbtassbur , membre de l'Institut, président de la Section des 
sciences économiques et sociales du Comité des travaux historiques 
et scientifiques, administrateur du Collège de France, assisté de 
M. Raoul de Saint-Arrosiân, chef du bureau des travaux historiques 
et des sociétés savantes. 

Sont présents : MM. Lëupold Dciisie, Bouquet de la Grye, le 
docteur Hamy, Héron de Viilefosse, Himiy, Ed. Perrier, général 
Sebert, Lyon-Caen, membres de l'Institut; Chartes Tranchant, 
Vaillant, Cordier, Gazier, Durkheim, Prou, Adrien Blanchet, le 

GéooRAPHic, N* 2. — 190a. H 



— lU ^ 

docteur Capitan, Ducrocq, Georges Harmand, le docteur Ledë, 
membres du Comité des travaus historiques et scientifiques ; Cail- 
lemer, Salefranaue» Espérandieu , G. de Bar, Chariier-Tabur, 
Pawlowaki, Boyi, de Vesly, le chanoine Pottier, le chanoine Ulysse 
Chevalier, Chauvet, de Swarte, etc., etc. 

Au nom de M. le Ministre de Tinstruclion publique et des beaux- 
arts, M. E. Lbvassbur déclare i)uvart le Congrès des sociétés savantes et 
donne lecture de Tarrélé qui constitue les bureaux des sections : 

Le Ministre de Tinstruction publique et des beaux-arts. 
Arrête : 

M. Emile Lbvassbdr, membre de Tlnstitut, président de la Section des 
sciences économiques et sociales du Comité des travaux historiques et scien- 
tifiques, administrateur du QoV^ de Fr^pce, présidera la séance d'ou- 
verture du Congrès des sociétés savantes le mardi 5 avril prochain. 

Suivant Tordre de leurs travaux, MM. les dél^fués des sociétés savantes 
formçfoat des remuons di3tioote# do^t les bur^ux seront oonatHués aioai 
qa*l suit : 



cioGEAPUIB mSTCWQHB 4T DESCRIPTIVE. 

Président de la section , M. Bouqubt db la Grte , de Tlnstitut ; secrétaire , 
M. le docteur Hamy, de Tlnstitut, 

PRÉSIDENCE DBS SÉANCES. 

Mai*di 5 avril. — M. Bouquet de la Gryb, de Tlnstitut, président de la 
Section. 

Mercredi 6 avril, matin. — M. Domesnil, membre du Comité des tra- 
vami historiques et amntifiquei. 

Mercrfidi ^ «vril, mfn — M. H. (kiKDiii , nuembre dn Gewité dm tnivam 
historiques et peiçntitiqiies. 

Jeudi 7 avrU, matiq. -*- M. A. (irandimr^, de riosUtat, membre du 
Comité des travaux historiques et scientiOques ^'^. 

Jeudi 7 avril, soir. — M. Anat. pa Barthélémy, de Tlnstitut, meaibfa 
du Comité des travaux historiques et scientifiques. 

Fait k Paris^l^ t4 mar» i^qA- 

Sigi^ : J. GHAUMIÉ. 

(') M. Graodîdier, indisposé, a été rent^acé par H. Hamy* 



— 115 — 

M. E. Lbvassbur souhaite ensuite la bienvenue aux délégués des 
sociétés savantes et leur donne sur Torganisation du Congrès toutes 
les indicatiops utiles. Il leur rappelle, en terminant son allocution, 
une circulaire ministérielle annonçant la réunion à Athènes, en 
1906, d'un congrès archéologique « sqvp le haut patronage du gou- 
vernement hellénique. Il serait souhaitable qu une entente intervint 
à cet effet, entre les différentes sociétés savantes pour l'organisation 
en commun de leur participation à cette solennité. 

La séance est levée à û heures et demie et les différentes sections 
se réunissent dans les locaux qui leur ont été affectés. 



8 



116 — 



SECTION DE GÉOGRAPHIE fflSTORIQUE 

ET DESCRIPTIVE. 



SEANCE DU MARDI 5 AVRIL 190/i. 



PRÉSIDENCE DE M. BOUQUET DE LA. GRYE, MEMBRE DE L'INSTITUT, 

PRÉSIDENT DE LA SECTION. 

La séance est ouverte à a heures et demie. 

Après avoir salué les membres de la Section et rappelé la perle 
qu'elle a faite en la personne d'un de ses membres les plus zélés, 
M. Georges Périn, M. le président appelle à prendre place au bureau , 
à titre d'assesseurs, MM. Ghauvigné, vicc-présideut de la Société de 
géographie de Tours, et Lejeal, secrétaire général de la Société 
des Araéricanistes de Paris. 

M. Hamy, de rinstitut, secrétaire de la Section, communique des 
lettres d excuses de MM. Grandidibr, Bigot, Fournier, Humbert et 
Parai et présente un ouvrage de M. Mageau : Explorations en Afrique 
pendant le m' siècle, offert à la Section par fauteur. 

L'ordre du jour appelle la discussion de la 8' question du pro- 
gramme : Etude particulière des régions des causses, avens, grottes, 
cours d'eau souterrains , etc. 

M. Ë.-A. Martel, secrétaire général de la Société de spéléologie, 
expose que l'exploration souterraine des Pyrénées françaises n'a 
été, jusqu'à présent, à quelques exceptions près, conduite qu'aux 
points de vue de la zoologie cavernicole, de la préhistoire et de la 
paléontologie par les savants et les amateurs, trop nombreux pour 
les nommer, qui s'en occupent depuis plus d'un demi-siècle. 

(T L'investigation méthodique des grottes, et surtout des abîmes et 
rivières souterraines des Pyrénées, reste presque tout entière a 



— 117 — 

faire, si Ton vent parvenir à connaître ie sous-sol de cette région, 
comme on commence à connaître celui des Causses, du Jura, des 
Alpes françaises. Ceci résulte manifestement du grand nombre des 
points qui m'ont été à bien des reprises signalés comme inexplorés, 
dans TAriège par le regretté professeur Filliol et par MM. Tiutat et 
Mougard, dans la Haute-Garonne par MM. le D'' Garrigou et Belloe, 
dans les Hautes-Pyrénées par MM. Briet, Campon et Bresson, dans 
les Basses-Pyrénées par MM. Nadar, Veïsse, Décombaz, Dufau, etc. 
Lors de plusieurs excursions faites en 1896, 1900 et 1903 j'ai pu 
moi-même me rendre compte de tout ce que pourrait révéler, dans 
ces départements, une expédition scientiGque exécutée avec tous les 
moyens et procédés de la spéléologie moderne , appliqués princi- 
palement à la géologie, la météorologie, Thydrologie et Thygiène 
publique. C'est ainsi que, dam la grandiose grotte de Lûmbrke 
(Ariëge), j'ai relevé l'erreur de ceux qui considéraient les bassins 
naturels du soi de la grotte comme creusés par les gouttes d'iofiltra- 
tion des hautes voûtes, alors qu'ils ne sont pas autre chose que des 
gouTêy pareils à ceux de Saint-Marcel (Ardëche), Padirac (Lot), 
témoins construits et laissés par l'ancien cours d'eau qui a creusé 
la grotte; j'ai constaté aussi que personne n'a compris jusqu'à pré- 
sent que les immenses salles de cette caverne, en arrière (ou en 
amont) de son entrée très étroite et très basse (qui fut jadis une 
source siphonnante) représentent tout simplement les anciens ré- 
servoirs d'une résurgence depuis longtemps disparue; et reconnu 
encore que, sur le plateau qui domine Lombrive, il y aurait lieu 
de rechercher et de visiter, si possible, les anciens points d'ab^ 
sorption des eaux extérieures, dont l'un fut assurément l'issue 
secrète ( aujourd'hui ignorée) des historiques brigands de la célèbre 
grotte. 

A Bélharram, près de Lourdes, dont les curieux étages inférieurs 
et la rivière souterraine ne sont connus que depuis 1889, il reste 
toute une galerie à explorer, et j'ai établi, au moyen d'une expé- 
rience à la fluoresceine, que les conclusions hydrologiques d'un 
récent travail sur Bétharram avaient été faussées par une erreur de 
topographie commise à l'extérieur. 

Près de Mauléon, dans \di forêt des Arbaittes, j'ai pu rapidement, 
dans une saison trop avancée (octobre 1903), interroger quelques 
gouffres (nommés ïéiias en basque) et me convaincre qu'ils contri- 
buent à nourrir, entre autres, la source de la Bidouze, à 4oo ou 



— 118 — 

5oo mètres plus bas; c«lt»'ci datUears serait pénéirable en bateau, 
d'après M. Dufau. 

Plus près de Q^yonne , à /imrîb et è Aarf, il eonviendrait de rtK 
chercher la relation entre les cavernes de ce nom , --^ où j^ai nette* 
ment constata la preuve de renfouiasepient progressif des emt sou- 
terraines du calcaire, -*^ avec des pertes de ruisseaux qui existent 
en amont mais dont les noms comme remplacement ne sont pas 
tous exactement connus. 

Cea quelques faits suffisent à montrer ce que réservent encore 
les Pyrénées souterraines ; mais il convient de dire que leur explo- 
ration méthodique serait extrêmement pénible et coûteuse. Gomme 
sur les sommetadu Vercors et du Dé?oluy (Isère ^ DrAme et Hautes- 
Alpes), c'est bien souvent entre 1,000 et 9,000 mètres d^altitude 
qu'il faudrait aller interroger les gouffires et les perles de ruisieaux; 
par exemple, aux abîmes du pic de Ger, dont on ne connaît que 
l'orifice, dont la profondeur passe pour effroyable, et qui doivent 
être en rapport plus ou moins direct avec le torrent puissant qui 
émerge de la grotte des Eaux*Ghaudes. Des campements de plu- 
sieurs jours, en pleine montagne, seraient nécessaires, comme 
M. Belloo a dû le faire quand il a cherché à identifter, Jusqu'à pré*^ 
sent sans succès, le point de réapparition des eaux perdues dans le 
Ttm ai Toro au pied de la Maladetta, problème du Goneil de Jonéon 
on des sources de la Garonne). On devine ce que douteraient, pour 
une troupe de plusieurs personnes et de nombreux auxiliaires, le 
séjour à ces hauteurs et le transport des proviiions et du matériel 
nécessaires. D'autant plus que les ravitaillements et l'organisation 
d'une telle caravane devraient s'opérer en des stations thermales et 
alpines, où le prix des guides et bétes de somme est notoii^ement 
trop élevé'. Aussi serait-il bien désirable, pour que pareille expéd{«< 
tion pât être entreprise avec succès et aboutit à des résultats plus 
complets que les tentatives particulières, foreément restreintes, exé- 
cutées jusqu'ici , que de larges subventions ministérielles et dépar^ 
teniontales fussent quelque jour affectées à ce travail. Il comblerait 
une fdrheuse lacune dans la connaissance du sous-sol de la France. ^ 

En réponse à la 9* question î Formation des chutts, deê cluses, etc. 
M. E.-A. Martel étudie la perte du RhAne à Bellegarde (Ain), qui a 
été l'objet des observations de Renevier, de Saussure et du g(Çnéral 
Bourdon. 



— 119 — 

4f L'examen de cette perte me parait, dit-tt, de nature à eon- 
courir à f eïplieatiou de la formation des chutes et surtout des 
cluses ou gorges étroites (Fier, Trient, etc.,) qui ont reçu en Au^ 
triche le nom spécial de khmmê). Voici comment je conçois, d'une 
manière qui, je crois, n*a pas encore été formulée, l^intervention de 
cette perte à ce sujet. 

On sait que le Rhène, au pont de Lucey, au pied de la terrasse 
de calcaire rhodanien^aptien qui porte Betiegarde, subit brusque- 
ment une intégrale modification d'aspect; au contact du calcaire, 
sa largeur se rddnit tout d'un coup de plusieurs décamètres à quel« 
ques mètres d'étendue. Et il résulte des constatations qui ont été 
souvent faites lors des basses^aux, qu'on peut résumer ce change^ 
ment d'état en disant qne, ce que le RhÂne perd en largeur au 
pont de Lucey, il le regagne en profondeur, ->^ on encore que 
à'hùtwmtal BûH 0(Hifa devieM mikal. Cela est produit en somme par 
Tengouffirement subit du fleuve dans une fissure verticale du cal- 
caire, dans une diaciase ouverte précisément dans Taxe du courant; 
cette diaclase est demeurée très étroite, au point d'engouffrement, 
à cause sans doute de la résistance de ses parois, de la eom* 
pacité du calcaire; en aval, elle s'élargit progressivement et se 
transforme peu à peu en véritable ean&n de 3o mètres de profbn- 
deur et de 5o de largeur moyenne, surtout après le confluent de 
la Vaiserine qui a creusé elle-même un autre petit cafion analogue. 
Mais, du pont de Lucey au confinent de la Vaiserine, le fleuve 
entier se trouve confiné dans une étroite ruelle ou klamme. Cette 
klamme du RhAne reste encore presque jusqu'à son commet occupée 
par l'eau courante, tant à cause de Tabondanoe de cette dernière, 
qui est déjà un puissant fleuve au lieu d'un simple torreut dé mon- 
tagne, qu'à cause de l'approfondissement insufilsant de la vallée en 
aval. Il doit en résulter que la profondeur du Rh6ne en cet endroit 
est considérable ; et cette déduction a été confirmée par l'observa- 
tion formelle que m'a rapportée M. Brillouin , ingénieur de l'usine 
de forces motrice et électrique installée au confluent des deux cours 
d'eau; il paraîtrait que, en 1696, à une époque de faible débit, 
on aurait pu mesurer, dans la gorge de Lucey, la profondeur des 
eaux du RhAne, et que Ton aurait trouvé ko mètres. Rien nW 
plus conforme à la disposition et à la nature géologique des lieux, 
et c'est ce qui me conduit à dire que le flux du RhAne, changeant de 
plan, passe de rhoritontale à la verticale. Dans une coupe verticale 



— 120 — 

de la perte on peut, ea haut, représeater les strates les plus 
résistantes du calcaire comme demeurées en relief de pari et 
d'autre de la diaclase; on s'expli<}ue ainsi comment il a pu y avoir 
là, du moins aux basses-eaux, disparition absolue, perle véritable 
du Rhône sous les plus élevées de ces strates, aloi*s qu elles se rejoi- 
gnaient de part et d'autre de la diaclase; on comprend aussi com- 
ment, soit naturellement, soit artificiellement, les faibles clefs de 
voûtes constituées par ces strates progressivement amincies par 
rérosion.( surexcitée peut-être par quelque mouvement tectonique), 
ont fini par céder soit sur Teffort continu du fleuve, soit à Taide de 
quelques coups de mine; et surtout on ne peut manquer d'être 
frappé de Tanalogie remarquable que la coupe de la cluse du Rhône 
au pont de Lucey présente avec les coupes des galeries verticales 
de Bramabiau, Padirac, etc. La constitution et la formation de la 
soi-disant perle du Rbône se trouvent alors singulièrement éclairées 
et voici (sous réserve de la confirmation absolue de la profondeur 
qu'on croit lui avoir reconnue et que la vraisemblance lui prête) 
comment elles s'expliquent avec la plus grande simplicité : le fleuve, 
au pont de Lucey, s'abime réellement (en réduction de l'immense 
écroulement du Zambëze aux chutes Valoria) dans le gouifre que 
forme la crevasse, mais l'étroitesse de celle-ci et l'abondance des 
eaux empêchent qu'une vraie cascade à dénivellation très apparente 
se forme; sans autre différence de niveau que celle résultant d'un 
courant très rapide, le Rhône remplit toute la hauteur de la fissure, 
écumant et furieux, mais sans véritable cataracte; il est possible 
aussi que le fond de son lit se redresse à contre-sens du courant 
et que sa coupe longitudinale soit relevée d'amont en aval; il fau- 
drait, pour être fixé, opérer des sondages dans le lit du fleuve; sa 
vitesse rend l'opération bien difiicile. Et on doit, pour le moment, 
se borner à cette supposition que la perte du Rhône deviendra une 
kkmme proprement dite, seulement le jour où le lit du fleuve se 
sera sufllsamment approfondi en aval pour abaisser le plan d'eau 
dans la fissure et créer une vraie chute sous le pont de Lucey, dis- 
position qui se trouve déjà réalisée par la Linth (canton de Glaris, 
Suisse) à la Pantenbrûcke , par la Nuota près de Schwyz, etc. 

Jusque-là on ne pourra connaître bien exactement les détails 
précis du phénomène qui , au premier abord et surtout quand les 
eaux sont hautes, ne parait se présenter en somme que comme un 
passager et très singulier rétrécissement; ce qui précède montre 



— 121 — 

comment, ea réaiité, la perte du Rhône est encore un phénomène 
inachevé donnant très probablement la clef de la formation des 
klammes et des cascades qui les accompagnent. A la kilom. 5oo 
en nmont de Beilegarde, la Valserine, au pont des Ouïes, présente 
également une petite klamme en formation et précédée d'une 
cascade. 19 

M. Ch. Rabot, secrétaire de la commission française des glaciers, 
répond & la 9^ question du programme. 

(f Personne na oublié, dit-il, la terrible catastrophe de Saint- 
Gervais,dans laquelle une énorme masse d'eau mise en liberté par 
le petit glacier de Téte^Rousse engloutit plus de 180 personnes. De 
pareilles catastrophes sont heureusement très rares, mais le phéno- 
mène qui les engendre est beaucoup plus fréquent que Ton ne le 
suppose généralement. Un très grand nombre de glaciers donnent 
naissance à des débâcles. 

Depuis 1890, sans compter le cataclysme de Saint-Gervais, les 
publications alpines ont relate la production dans les Alpes de neuf 
de ces phénomènes, el cette statistique est loin d'être complète. On 
n a en effet enregistré que les projections d'eau ayant causé des 
dégâts matériels -et jamais ceux qui ont produit simplement une 
crue temporaire du torrent. 

L'étude de ces débâcles présente un intérêt tout à la fois pratique 
et scientifique. 

La connaissance des conditions génésiques de ce phénomène peut 
permettre d'avertir les montagnards des dangers qui les menacent. 
Aujourd'hui que des établissements industriels opt été fondés très 
haut dans les vallées alpines pour l'utilisation dç la houille blanche, 
ces avertissements empruntent une importance particulière. Les 
coûteuses installations de ces usines peuvent en effet être avariées 
par les crues très brusques qui sont la conséquence en aval des 
débâcles glaciaires. 

La masse liquide projetée lors de la catastrophe de Saint-Gervais 
a été évaluée à 100,000 mètres cubes, et le volume des matériaux 
qu'elle a entraînés à 1 million de mètres cubes. Les débâcles gla- 
ciaires sont donc des agents d'érosion et d'alluvionnement très 
actifs, bouleversant les dépôts glaciaires et les transportant dans 
des centres actuels de glaciation. Aussi bien, en raison de la fré- 
quence de ce phénomène, a-t-on raison d'accorder actuellement une 



— 123 — 

grande importanoe aax phénomëftea flavi(>^acialres pour Tétade du 
pleistoeëne. 

Les débâdes glâeiair^s p«avent Be produire dans cinq eireon^ 
stances diiférentes : 

1 <> Un glacier est en crue et obture la vallée principale ouverte 

devant lui. Un lac de barrage se fornie en amont de la digue; celle 
digue vient-elle à céder, une inondation calamiteuse survient (Ro- 
fenthal danft le Tyrol, f allée de Sans); 

â"" Un glacier bouche une vallée latérale et détermine dans cette 
vallée la formation d'un lac sans écoulement* Lorsque les eaux sont 
parvenues à se creuser un passage souteffain k tfavers le glacier, 
une débâcle formidable se produit. Le lac de Marjelen , au glacier 
d'Aletseh , est Texemple lé plus typique de cette catégorie dans nos 
régions; 

3* Entre le glacier et une des murailles de la vallée eiiste un vide 
dans lequel les eaux de fusion se réunissent et forment un petit lac. 
Lorsque cette nappe se vide brusquement, une dëbéde ravage la 
vallée inférieure ; 

U"" A la surface du même glacier les eaux de ftiiion forment un 
lac. Dans ce cas, si Tévamiation est subite, une inondation se pro^ 
duit en aval du glacier ; 

5"" Sous le glacier une masse d'eau s'agglomère. Lorsqu'elle 
rompt les parois encaissantes, une débâcle survient pariioultèrement 
calamiteuse (catastrophe de Saint-Gervais). 

Dans tous les massifs et dans toutes les régions soumises actuel- 
lement à la glaciation, ce phénomène a été observé. 8a fréquence 
e9t naturellement en relation avec l'intensité du phénomène gla-^ 
ciaire et parait se trouver favorisée lorsqu'au milieu de la gt|ice 
émergent de nombreux pointementA rocheux, à l'abri desquels se 
forment des lacs superficiels. *» 

M. A. Pawlowski , ancien élève de l'École des chartes, membre de 
la Société de géographie de Rochefort, a entretenu la Section 
de rOrcanie ou plateau sous^marin de Rochobonne, à l'O.N. 0. de 
nie de Ré. 

Connue des cartographes dès le xv* siècle sous le nom dT)rcante 
ou Arckaigne, Rochebonne figure déjà sous son vocable moderne 
dans lo cosmographie d'Alfbnce. Ce plateau pouvait jadis être re* 
gardé comme un fragment détaché du continent et de 111e Ré, dont 



— 128 — 

il eàt ét^ la limite extrême. Les résultats des travaux entrepris dans 
ces derniers mois pour la eonstructioii d*un phare sur la Caugrée , 
très iiimablemeiit oommutiiqués à Tauteur par M. de Joly, ingénieur 
adjoint au directeur des phares et balistss, mettent à néant cette 
hypothèse. 

L'Orcanie est formée de schistes, et par conséquent de même 
formation géologique que Yen, Beile^Iste et Oroix. Ces Iles sont 
d'une origine absolument différente de celle de la o6te , de Tlle do 
Ré et d'Oléron; en outre, elles sont à la limite du plateau des 
sondes de Bo mètres. Elles ont dA constituer un continent spécial, 
au large de la côte. La théorie d'un continent disparu (Atlantide?) 
se substitue à celle du détachement de ces lies avec le continent 
actuel. 

M. A. Pawlowski , continuAnt ses recherches sur les transforma- 
tions des côtes, exposées aux divers congrès depuis cinq ans, 
étudie, ensuite, le golfe de Broue et le pays marennais k travers 
les âges. 

M. Pawlowski signalé, d'ttbord, les articles antérieurs sur ce 
sujet de MM. Lacurie (i8/i/i) et L. Delavaud (1879-1880). Mais 
ces travaux ne pouvaient être définitifs, car Tétude des modifica- 
tions littorales exige le dépouillement des cartulaires locaux et des 
pièces cartographiques surtout manuscrites. 

L'ancien golfe de Broue est, gdologiquement, le résultat d'un 
alluvionnement progressif et méthodique, qui a fait du ce colloque 
des lies 7) des humanistes, une région de marais salants, de marais 
gâts et de pâturages. Il ne saurait être question d'affaissement du 
sol , d'élévation de la croûte terrestre, ni de transformation brusque 
due à un tremblement de terre. 

Le jalonnement des monuments mégalithiques, des âges préhis- 
toriques et des débris romains, permet d'établir la limite du golfe et 
de la mer de Seudre aux premières époques. 

L'auteur, écartant la question du port des Santons, interpolation 
des manuscrits ptoléméens, refuse de voir dans le golfe de Broue 
le promontoire des Santons : i"" parce que les données de Ptolémee 
ne répondent pas à cette identification; s'' par suite de l'existence 
d'une voie romaine à Saujon , qui eût été baignée des eaux , si Broue 
ou Toulon eussent été ports en eau profonde à cette date. 

La richesse des documents étudiés ou retrouvés par M. Pawlowski 



— 124 — 

(cartulaires de la Trinité de Vendôme, de Saintes, de Saint- 
Florent, Ancenis et dénombrements, lettres patentes des rois de 
France), comparés aux premiers monuments de ia cartographie, 
permettent de suivre pas à pas le retrait des eaux. 

Ces documents ont dté conférés avec les pièces manuscrites on 
imprimées qui prolongent les cartulaires. 

Les recherches faites dans les archives cartographiques de la 
guerre, si obligeamment favorisées par M. le Ministre de la guerre et 
M. le général Corbin (Masse et les ingénieurs militaires des xvii* 
et xviii* siècles), aux archives nationales et départementales, au 
dépôt et aux archives de la Marine (cartes de la Favolière et Gler- 
ville), aux ponts et chaussées, à la bibliothèque nationale, permet- 
lenl à M. Pawlowski de tracer séculai rement et de façon précise 
Tancien rivage du trpaîs de Brouage.T). 

Le nombre considérable de cartes et mémoires manuscrits, 
explorés par Tauteur, parfois si détaillés qu'ils constituent un véri- 
table cadastre, l'autorise à déclarer que Thistoire du pays et du 
golfe de Broue est Tune des plus caractéristiques et des plus nettes 
qu'on puisse proposer dans Thistoire des transformations des 
rivages. 

La séance est levée à & heures et demie. 



125 — 



SÉANCE DU MERCREDI MATIN 6 AVRIL. 



PRéSIOENGE DE M. DUMESNIL, MEMBRE DE LA SECTION. 

La séance est ouverte à 9 heures et demie. 

M. Chariea Duffart, de la Société de géographie commerciale de 
Paris, lit deui notes sur la géographie historique et descriptive du 
sud-ouest de la France. La première traite de Texteusion moderne 
(le la presquile d'Ambès et de Tile de Gazeau en Gironde; la 
deuxième étudie la navigation en Gironde au xv* siècle, d'après 
le routier de Garcie dit Ferranie. 

La presquile d'Ambès est formée d'une série de bancs vaseux de 
la Dordogne, rejetés, dès les temps quaternaires, au pied des co- 
teaux de Montrerrand, du lit du fleuve vers le Sud et successive- 
ment soudés à la terre ferme, puis colmatés. 

D après les explorations géologiques faites par Tauteur dans la 
presqu'île pendant plusieurs années consécutives, cette extension 
s'opère au détriment de la Gironde sur laquelle la presqu'île empiète. 
Pierre Garcie dit Faraude , dans son routier, donne une indication 
capitale dès le xv' siècle, en relatant la position du cap d'Ambès 
par le travers de Bourg et de Macau. La précieuse carte manuscrite 
de Claude Masse, ingénieur de Vauban, en partie découverte en 
1898 par M. Charles Dufiart, est un autre témoin, mais cette fois 
bien vivant, de Cazeau et d'Ambès à la fin du xvii^ siècle. Par sa 
rigoureuse exactitude et sa grande échelle, la carte de Masse donne 
la clef de la marche de l'appareil géologique de cette partie de la 
Gironde. 

Lile de Cazeau, depuis 1735, s'est allongée de 3,760 mètres 
vers le Sud-£st, et a pénétré de Gironde en Garonne; ses rives 
vers le Sud ont gagné 970 mètres sur le fleuve dans Taxe de 
Cazeau. 

L'allongement du bec d'Ambès a été de 77;') mètres à vol d'oi- 
seau en un siècle. 

Un point historique est acquis. Bourg était en Dordogne vers 
i/t5o, quand Garcie dit Ferrande naviguait, et non en Gironde 



— 126 - 

comme on Ta cru à tort. L'alignement de Bourg et de Macau, par 
le travers du bec, laisse Bourg à plus de i,3oo mètres au Nord- 
Est. On se trouve donc d'accord avec les faits historiques, datés de 
i/i5i à 1&88, cites h Tappui de sa thèse par M. Charles Dulfart. 
La ville de Bourg ne peut pas avoir été en Gironde à aucune époque 
historique, et l'appellation de Bourg-sur-Gironde, qui a remplacé 
celle de Bourg-sur-Dordogne , ne se justifie pas. 

Le routier de Garcie dit Ferrande donne les escales de la naviga- 
tion en Gironde à la fin du moyen âge. On entrait dans le fleuve 
par la fsme du Nord , ei le passage dea nàTi]*es se faisait pet ia côte 
de Saintonge, rive droite de là Gironde, en passant par Royan, 
Meschers, Talmont, Gonac, Blaye et Ambès. Un seul port sur ta 
rive gauche : le Verdon. Une série de hauts fonds empAehait le 
passage des bâtiments d*iuie rive à TattlrB^ «ni^e Blaye et le Bec. 
Sur le golfe de Gascogne, la baie d'Anchise n'éxistsit plus ou 
n'avait plus d'importanoe vers i &5o ; des reuti^i^ antérieurs è eelui 
de Garcie la mentionnaient certainement puisque des rééditions de 
guides anonymes, paraissant dater du moyen âge. indiquentAnchise 
jusqu'au xvii** siècle. 

M. Emile Bdloo, du Giob alpin français, eommanique une note 
sur les sources de THers (Ariège). Les eartographes et les auteurs 
ne sont pas d'aeoord quant au iieu où doivent être placés les nais- 
sants de l'Hers, un des plus importants affluents de TAriège et, 
par conséquent, un somnaffluent de la Garonne. lies uns prétendent 
qu'il a son point d'origine dans les lacs septentrionaux du pic de 
Saititr«Barthélemy, les autres affirment que sa source est beaucoup 
plus éloignée vers le Sud. 

Ces divetf ences d'opinion tiennent à se que les auteurs se sont 
mutuellement copiés les uns les autres, sans vérifier sur place les 
assertions de leurs devanciers. Le plus grand nombre ont servilement 
reproduit les données de la vieille carte de Gassini, tandis que 
d'autres, en très petit nombre, se sont référés à la carte de l'état* 
major. 

Un lac n'étant presque jamais formé par une source unique, 
mais réunissant au contraire le produit de nombreux tributaires 
dont les points d'origine sont parfois très éloignés les uns des 
autres, ajoute M. Emile Belloe, ne saurait Atre considéré c(Hnme 
source d'une rivière. 



— 127 — 

Étwt donné un baaaia bydrogfffkhique qUeleon({ua, le poiot 
d'eau U plu3 éloigna de TemboiMbure d'une rivière, situé dans 
Tiutère prineipele, doit être eoniidéré comme lource de oetle 
rivière. 

L'auteur de le prélente owuniiaieationi d'eoeord avec Tétat* 
major et le cadastre , place la vreie sourea de THere à la fontaine 
du Draset et non point aux lecs du Saint-^Barthélemy. 

M. Emile Belloc communique une aeeond^ note aur la source 
dite F<mi0Btarbe9 prèa Beleeta. 

If A Textrénilé orientale du baaaio de TAriège eonfinant au dépaiv 
tement de TAude et è un kilomètre et demi, vers le Sud, de 
la petite ville induatrielk de Beleatai une source curieuse sourd 
au pied des escarpements eeUaires qui kordent la rite droite dû 
torrent 

Connue depuis les temps les plus aneiens, œtte source a reçu 
des ai/eétres le nom lan^fuedooien de /<(MHil^£«<eréo» qui simplifie 
«fontaine obstruée V fontaine embarrassée n. 

Les flots tumultueux qui s'écbeppent périodiquement de cette 
célèbre fontaine ont donné lieu aux inter|n^tationB les plus extra<- 
vagentes* C'est ainsi qu'on a souvent appelé» par exenqde, ces 
intermissions /lia; et reflu»^ prétendant qu'fdles «suivaient le mou^ 
vement dee maréesv. A peite esUtil besoin de réfuter de pareilles 
billevesées, puisque l'antre pittoresque d'où sort la Fonteslorbe 
est situé è près de 600 mètres ait-desaiia des mers^ et qu'à 
répoque, relativement courte, où elles ont lieu chaque année, ces 
fluctuations se renouvellent plus de vingt-cinq fois toutes les vingt- 
quatre heures. 

Les veriationa périodiques de la FokttasteriM ne aonl pas eon^ 
étantes. Pendant huit à neuf mois de Tannée » la frataine coule a 
plein bord, tnadia que dnnmt les trois ou quatre antMa mob, le 
débit est intermittent 

Les cbiflres généralement admis par la plupart des auteurs pour 
indiquer ces fluctuationa îonnialières sont les suivants t « 3o mi- 
aulea 36 secondée pour la durée de réoealament, et &s rainutes 
3o secondes pour le temps d'inactivité apparente qui sépare les 
intermissioniL Mes nombreuses observations personnelles, renou- 
vdées encore an moie d'oetobre 1903, prouvent que les damées 
ci^eieua sont inexactes* » 



— 128 ~ 

Voici quelques chiflres fournis par les expériences directes de 
M. Belloc : Teau met i5 minutes & secondes pour atteindre son 
maximum de hauteur dans la vasque de la Fontestorbe, tandis 
qu'il lui faut 35 minutes 36 secondes pour reprendre son niveau 
normal. La fontaine coule à plein Inml pendant & minutes en con- 
servant un niveau constant, La périodicité de la Fontestorbe est 
donc de 56 minutes &o secondes, c'est4i-dire qu'il se produit un 
peu plus de vingt-cinq intermissions par vingt-quatre heures. 

Comme on peut s'en rendre compte en les comparant, les don- 
nées numériques des géographes et ceHes fournies par les obser- 
vations directes ne concordent pas. Cela tient vraisemblablement 
à ce que depuis l'apparition des Mimoireê pour tUêtùire natureUe de 
la prooinee de Languedoc, publiés en t^i^ par Astruc qui décrivit 
la Fontestorbe d'après des renseignements fournis par autrui, les 
auteurs se sont bornés à reproduire, sans contrôle, les indications 
renfermées dans cet ouvrage. 

Le P. Planque, contemporain du précédent, qui procéda lui- 
même à des observations directes, dont le résultat fut publié en 
1731, donne des chiffres différents de ceux d'Astruc. Les observa- 
tions personnelles de M. Belloc, faites 173 ans après celles du 
P. Planque, concordent beaucoup mieux avec les conclusions de ce 
savant qu'avec celles imaginées par Astruc. 

On admet que le débit normal de Fontestorbe atteint 1,800 à 
1,900 litres par secondes, tandis que cette fontaine donne moyen- 
nement 5 60 litres d'eau à l'étiage et environ 3, 100 en temps de 
crues. 

M. A. de Paniagua, de la Société d'océanographie du golfe de 
Gascogne, donne lecture d'un travail sur la formation géologique 
des Landes gasconnes et sur le r^ime de la Garonne et de la Dor- 
dogiie pendant la période qui a coïncidé avec cette formation. 

Après avoir indiqué les apports successifs qui, pendant les temps 
tertiaires et la première époque quaternaire, vinrent des hantes 
terres, constituer les bases fondamentales du plateau landais, il 
aborde l'exposé des transformations qui se produisirent à la fin du 
deuxième glaciaire. 

11 suppose le plateau landais considérablement plus étendu a 
l'Ouest que dans les temps historiques et pense que, déjà, dès les 
premiers âges, la mer, par un travail identique à celui qu'elle 



— 129 — 

accomplissait encore au siècle dernier, avait commencé à éroder 
son littoral. 

La Garonne n avait, pour ainsi dire, pas de rive gauche et 
s'épanchait à TOuest dans Timmense marécage landais par toute 
une série de chenaux exutoires, car elle n'avait pas encore démoli 
la barrière que lui opposait au Nord le massif oligocène de Bourg- 
Paillac-Saint- Vivien. M. de Paniagua appuie, dit-il, cette manière 
de voir sur des études faites sur place. 

Après le second glaciaire, les eaux auraient, au Sud, en em- 
pruntant le lit de TAdour, débouché à Cap Breton , et creusé le 
gouffre de ce nom. Au Nord, brisant la barrière oligocène de Bourg- 
Paillac formant bloc, elles auraient, après cette rupture, créé un 
delta primitif parsemé d'Iles précontinentales, delta qui a disparu 
par suite des alluvionnements du fleuve et dont M. de Paniagua 
cherche à reconstituer le faciès d'après les vestiges que les eaux 
ont laissés de leur séjour dans cette région et d'après les documents 
de l'histoire. 

La séance est levée à 1 1 heures. 



Gbographib, N* 2. — 190/1. fi 



— 130 — 



SÉANCE DU MERCREDI SOIR 6 AVRIL. 



^^■^^■■«p 



PRESIDENCE DE M. H. GORDIER, MliMBRE DE LA SECTION. 

La séance est ouverte à 9 heures. 

M. le comte Menche de Loisne, membre de la Gommissioii dee 
monuments bietoriques du Paft-de«»Ga]ai8, présente, en réponse k la 
première question du programme de la section, un CâUihgw rot- 
êoimé des cart9ê §t pian$ de Tandienne province d'Artois. Oe travail , 
qui comprend plus de Boo numéros daaaéa, mesuiMs et sommaire- 
ment décrits, avec indication de Téchelle, a été fait d'après les eot- 
leetions de la Bibliothèque nationale, des Archives nationales, rlu 
ministère de la guerre, de la bibliothèque et des archivée munlrl- 
pales de Saint-Omer, etc. L'auteur a joint à son dépouillement les 
intéressants portefeuilles de M. Barbier, d^Arras, et les siens. L*m- 
troduction, dont il donne lecture, est l'histoire des documents topo- 
graphiques décrits dans le catalogue depuis i58o jusqu'à nos jours. 

M. Henri Ferrand, président de la Société de statistique de 
risère, retrace Thistorique de la grande carte des États de Savoie, 
par Tomaso Borgonio. On désigne habituellement sous ce nom une 
carte faite en 1772 par Jacob Stagnoni et qui est entièrement dif- 
férente. 

La carte originale de Borgonio fut éditée en 1C80 et dédiée à la 
régente des Etats de Savoie , Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Ne- 
mours. Elle comprenait quinze feuilles et était dressée à l'échelle 
approximative du 1/1 44, 000*; la gravure en était due à Giovani 
Maria Belgrano. 

Très appréciée , cette carie fut l'objet de nombreux tirages qui 
en avaient émoussé les cuivres. D'autre part, les progrès de la car- 
tographie avaient révélé de nombreuses erreurs dans son tracé, et 
les nouvelles acquisitions de la maison de Savoie exigeaient qu'elle 
fût étendue à un plus grand espace. 

Le dessin fut donc refait par l'ingénieur Jacob Stagnoni à la 
même échelle, et couvrit vingt-cinq feuilles. Les cuivres de la carte 



— 131 — 

primitive furent poncés, on coupa les parties de titres et de cadre 
trop profondément entaillées pour pouvoir étreeiTaoées, et sur ouBe 
de ces feuilles de cuivre et quatorze nouvelles « Stagnoni grava sa 
carte, que par une modestie exoessive, il plaça enoore sous le nom 
de Borgonio. Mais Tanoien tracé, mal efface, subsiste par places, 
et M» Ferrand en a relevé plus de deux cents vestiges qui suffi* 
raient à démontrer combien la carte de Borgonio était différente de 
la nouvelle. 

Quant aux anciens tirages des cuivres primitifs, ils ont presque 
tous été détruits, et on n'en connaît plus aujourd'hui que huit 
exemplaires : un au British Muséum, trois à Turin (deux à la bi* 
bliothèque Reale et un à la Nationale ), et quatre à Paris, dont 
deux à la Bibliothèque nationale et deux dans les collections parti-» 
culières de M. Joseph Vallot et de M. Paul Guillemitt. 

L'auteur termine par une présentation comparative des photo-» 
graphies de la carte de Borgonio et d'un exemplaire de la carte 
de Stagnoni. 

M. LKVAssBua, membre de l'Institut , préaident du Congrès, pré- 
sente à la section la nouvelle carte de délimitation des frontières 
du Brésil et de la Bolivie, et accompagne cette présentation du 
commentaire qui suit i 

trLe 97 mars 1867, un traité signé avec la Bolivie avait fixé la 
frontière entre les deux états conformément au traité de 8an41de- 
fonce (1777)9 de la source du Javary au confluent du Béni et du 
Mamoré. Cette frontière était une ligue droita coupant oblique- 
ment des parallèles. Des contestations subsistaient, les Brésiliens 
ayant des prétentions sur le territoire situé au sud de cette ligne, 
les Boliviens sur le territoire situé au nord. 

(f Depuis un certain nombre d'années, des Brésiliens s'étaient 
établis dans les forâts au sud de cette ligne et y formaient une 
importante colonie. En Bolivie des pourparlers avaient eu lieu en 
vue de donner dans cette région, baignée par la rivière Acre (ou 
Acquiri), une vaste concession à une compagnie américaine qui 
aurait été investie de pouvoirs gouvernementaux et particulière* 
ment du droit d'entretenir une force armée. 

irLe Brésil s'en émut. Le ministre des affaires étrangères, baron 
'de Rio Branco, entra en négociations et signa en octobre 1908 
une convention qui a été ratifiée par le traité de janvier 190&. 



— 132 — 

wPar ce traité, la frontière est reportée des 8* et 9' degrés de 
latitude Sud jusqu'au 11'' degré. Tout le bassin du rio Purios et 
du rio Acre devient brésilien. Le Brésil gagne de ce côté environ 
170,000 kilomètres carrés. Il cède seulement en échange un petit 
territoire dans Tangle formé par le confluent de TAbrerra et du 
Maderra. Trois rectifications de frontière , de très peu d'importance, 
ont été faites en même temps sur la rive droite du Paraguay. ?) 

M. J. Humbert, professeur agrégé au lycée de Bordeaux, envoie 
un mémoire intitulé : Première occupation allemande du Venezuela au 
jvi' siècle; période dite des Welser {tost8-i556) : On a cru jus- 
qu'ici sur la foi des historiens que Charles-Quint, dans un besoin 
d'argent, avait affermé le Venezuela aux riches banquiers d'alors, 
les Welser d'Augsbourg. L'élude des documents officiels détruit 
cette opinion. La charte de i5â8 signée non pas de Charles-Quint, 
mais de la reine régente Jeanne (la Folle), est une simple autori- 
sation de conquête et ressemble à celles qui furent octroyées aux 
Hojeda et autres conquistadores. D'ailleurs, le nom même des 
Welser n'est pas prononcé dans le décret, rendu seulement en 
faveur des nommés Henri Ehinger et Gérôme Sailer. Ce n'est que 
deux ans plus tard que lesdits Ehinger et Sailer vinrent prier 
Charles-Quint de reporter sur la famille Welser les droits qui leur 
avaient été concédés. 

Le premier gouverneur allemand de Coro fut Ambroise Alfinger, 
donné par la charte de iBaS comme frère d'Henri Ehinger. 11 
était facteur de la maison Welser à Saint-Domingue, et déjà connu 
des Espagnols, qui l'appelaient El Ehinger ou El Hinger, d'où par 
corruption Alfinger. C'est ce qui explique la différence d'ortho- 
graphe entre les noms des deux frères. 

Hans Seissenhofer (surnommé /uan el Aleman), donné ordinaire- 
ment comme successeur d'Alfinger, ne fut jamais gouverneur, mais 
seulement chargé par intérim du gouvernement pendant la pre- 
mière expédition d'Alfinger. Après la mort de ce dernier (iSSa), 
un second intérim fut rempli par Rodrigo de Bastidas, premier 
évéque du Venezuela. Les lettres de ce personnage, que contiennent 
les archives des Indes, le montrent comme un pacificateur occupé 
surtout de supprimer l'esclavage et de favoriser les mariages entre 
les Indiens et les Espagnols. 

Le successeur officiel d'Alfinger fut Nicolas Federmann (19 juil- 



— 133 — 

let i533), son ancien lieutenant. Sa nomination provoqua de 
vives protestations au Venezuela , et les Welser durent lui substituer 
presque immédiatement George Hohermuth. 

Le dernier gouverneur allemand fut Philippe de Hutten, et, 
après sa mort, en i5/i6, les Welser, cédant à 1 opinion, durent 
faire nommer l'Espagnol Juan de Villegras. Mais c'était à la sou- 
veraineté même des Allemands que Ton en voulait. 

Malheureusement, les droits concédés aux bénéficiaires de la 
charte de iSaS, comme celle de i53i, étaient héréditaires, et 
ce n'est qu'après dix ans de procès que le Conseil des Indes put 
rendre, le i3 avril i556, un arrêt qui déclarait les Welser déchus 
de leurs droits sur le Venezuela. 

M. le baron Hulot, secrétaire général de la Société de géogra- 
phie, après avoir annoncé que la mission Lenfant, se trouvant à 
bord du Burutu, est attendue pour le 8 avril à Plymouth, et le 9 
ou le 10 à Calais, résume une étude qu'il a faite à propos de la 
mission Lenfant sur l'œuvre de ses devanciers et sur les questions 
géographiques et économiques qui en découlent. 

Il passe ainsi rapidement en revue les travaux de Barth, Vogel, 
Fiegel, Macdonald, Mizon avant de rappeler les explorations des 
lieutenants Kieffer et Faure et le beau voyage du capitaine Lôfler. 

Reprenant ensuite la mission Niger-Bénoué-Tchad, organisée 
par la Société de géographie, sous le haut patronage de M. le Mi- 
nistre des colonies, et avec le précieux concours de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres, il en indique les grandes étapes et 
constate que la géographie lui doit la connaissance du point où le 
Toubouri se précipite dans le Mayokebbi, et de la communication 
de la vaste dépression lacustre avec le Logone. 

La troisième partie de cette étude a trait à la géographie écono- 
mique. M. Hulot parle de la voie de transport ouverte par le capi- 
taine Lenfant et sur laquelle il fournira sous peu des renseigne- 
ments complémentaires. 

Revenant enfin sur les arrangements franco-allemands relatifs à 
la délimitation de la frontière orientale du Cameroun, il fait valoir 
l'importance exceptionnelle de Bifara , que les signataires de la con- 
vention du iG mars 189/i ont fort heureusement placé en territoire 
français. 

Les résultats de la mission Lenfant ne sont donc pas moins im- 



— 134 — 

portants dans )e domaine économique et colonial que dans celui 
de la géographie proprement dite. 

M. Jodëph Fournier, secrétaire de la Société de géographie de 
Marseille, communique un mémoire sur les Galeries de France touê 
Henri IL 

L'astucieuse politique de Louis XI, roi de PranoO) à Tégard de 
son oncle le bon roi René, comte de Provence, avait surtout pour 
but d'amener ce dernier à disposer de la Provence en faveur de la 
couronne de France. Celle-ci caressait de longue date le rêve së^ 
duisant d'étendre le royaume jusqu'aux bords de la Méditerranée 
et de créera Marseille, à côté de l'incomparable flotte de commerce, 
une importante flotte de guerre. 

Peu de temps avant sa mort, Louis XI vit son rêve se réaliser et 
la Provence devenir française (1A81). Son fils Charles VIII eut la 
tâche d'organiser la marine militaire à Marseille; il esquissa cette 
œuvre considérable, poursuivie avec une activité plus ou moint 
grande par ses successeurs. Durant les guerres d'Italie, de nom- 
breux armements se font à Marseille. Tour à tour, Charles VIII^ 
Louis Xn et François I"*" y font construire des galères et trouvent 
dans la flotte de commerce une auxiliaire puissante. 

Au début du r(*gne de Henri II, l'escadre comprend vingt-deux 
galères. Sous le commandement de Léon Strozii , prieur de Capoue, 
général des galères, et avant lui sous les ordres du baron de La 
Oarde, ces vaisseaux font des prouesses aussi bien en Méditerranée 
que duns l'Océan où elles parurent en 16&6, au nombre de vingt- 
cinq, pour combattre les Anglais. Au dire d'un chroniqueur, tant 
de galères dans l'Atlantique, oi\ elles ne se rendaient jamais, 
furent considérées comme une merveille de Tart naval. 

En i568, l'escadre de Léon Strozel est composée de vingt-deux 
galères, dont trois sont la propriété de leurs capitaines, tandis que 
sur les autres, tout ou partie des forçats composant la chiourme 
appartiennent également au commandant du bord. 

De riches personnages aimant la mer, oà ils guerroyaient autanl 
à leur profit qu'à celui de l'État, armaient des vaisseaux à leurs 
frais et réclamaient comme un honneur de servir sous la bannière 
royale. Avec des chefs comme Prégent de Bidoux, Doria et Strozzi, 
les galères françaises eurent, au xvi* siècle, une existence des plus 
brillantes. Légères, elles n'élancèrent bien des fois du port de Mar- 



— 135 - 

seilie pour parcourir victorieuses les mers dltalie et du Levant; 
elles ont jeté les bases de la renommée de notre marine en contri- 
buant de bonne heufe, pour une si large part, au succès de nos 
armes dans la Méditerranée. 

M. Henri Froidevaux analyse bvièvamatit une tèllm Afite de la 
rade de Bantam, le 6 man 1617, par Augustin de Beaulieu, et 
relative à son voyage depuis Dieppe jusqu'à Sumatra en 1 6 1 6-i 6 1 7. 
Ce document, dont pefsotiae n*a ivk parti jusqu'à pfédëtit, fournit 
des renseignements précis sur un épisode encore fort mal connu 
de rhidtoire maritime et commerciale de la t^rance dans le pre- 
mier quart du xvii* diëele, et confirme et pri^cise à la fois les trop 
rares indications fournies k ce propos par le Parfait Négociant de 
Jacques Savary et par la plainte des associés de la Compagnie des 
Indes orientales adressée au Parlement de Normandie te 16 avril 
1699. Il en ressort qu'au cours de son voyage, Beaulieu a relâché 
à la baie de la Table, puis a passé dans Test de Madagascar en se 
dirigeant vers les lies Malaises; il est arrivé à Sumatra le 5 février 
1617, à peu de distance de Bantam, où ne tarda pas à arriver à 
son tour le général français de Nets, dont la tempête avait séparé 
Augustin de Beaulieu un peu auparavant. Comme on le savait déjà 
par les deux documents cités plus haut, les Hollandais se sont 
attachés de tout leur pouvoir à empêcher les Français de faire du 
commerce à Bantam et ont obligé nos marins à leur livrer tous les 
Flamands qui se trouvaient à bord de leurs bâtiments; la lettre 
d'Augustin de Beaulieu confient à ce sujet des détails minutieux 
et précis, et permet d'ajouter un paragraphe plein d^intérét à l'his- 
toire encore si mal connue des premières navigations françaises en 
Malaisie. 

M. £.*T. HiMY dépose sur le Bureau de la Section un certain 
nombre de documents inédits, accompagnés d'un commentaire et 
relatifs à un pi*ojet de voyage autour du monde présenté à Sar- 
line, en 177Â, par un jeune capitaine d6 brûlot, qui deviendra uti 
marin illustre : La Touche-Tréville. 

La séance est levée à U heures. 



136 



SÉANCE DU JEUDI MATIN 7 AVRIL. 



PRÉSIDENCE DE M. LE D' HAMY, MEMBRE DE L*INSTIT(JT, 
SECRÉTAIRE DE LA SECTION. 

La sëance est ouverte à 9 heures et demie. 

M. le D' Noël Bernard, des troupes coloniales, a envoyé au 
Comité un volumineux mémoire sur les Khâs^ peuple inculte du Laos 
français, L^auteur de ce travail , après une courte introduction dans 
laquelle il étudie avec de gp-ands détails le milieu où vivent les 
Khâs, en fait connaître la distribution géographique et analyse leurs 
divers caractères anatomiques, physiologiques et pathologiques, 
qu'il compare aux caractères similaires des populations qui les en- 
tourent, Laotiens, Annamites, etc. 

M. Noël Bernard expose ensuite ce qu il a observé de la vie ma- 
térielle des Khâs; il fait connaître leur vie familiale et sociale 
et analyse leurs caractéristiques intellectuelles, morales et reli- 
gieuses. 

Cette communication est accompagnée de la présentation de 
dessins et de photographies anthropologiques et ethnographiques. 

Il est donné lecture d'un mémoire de M. 6.-B.-M. Flamand, 
chargé de cours à TÉcole supérieure des sciences d'Alger, sur 
Quelques stations nouvelles de tf pierres écrites v du Sahara. 

Les inscriptions que ce travail fait connaître ont été découvertes 
dans le Touat, le Tademaït, le Mouydir et la vallée de la Saoura 
par le commandant Deleuze, des tirailleurs sahariens, les maré- 
chaux des logis Montassin et Pâté, et Tofllcier interprète Baudiu. 

Le mémoire de M. Flamand est accompagné de treize planches, 
qui reproduisent les principales de ces inscriptions. 

En réponse k la deuxième question du programme, relative à la 
cartographie des époques primitives, M. labbé Parât, de la Société 
des sciences historiques et naturelles de TYonne, présente à la 
Section une carte détaillée (pi. I)des quatre-vingt-dix-huit grottes 



— 137 — 

quil a observées dans le bassin moyen des vallées de T Yonne, de 
TArmançon, du Serein, du Cousin et surtout de la Cure. 

(Tpaieurbonneur de donner au Congrès international de l'anthro- 
pologie de 1900 la liste et le nom des grottes du bassin moyen de 
TYonne, dans le département de ce nom; aujourd'hui, j'en pré- 
sente la carte avec une statistique, en ajoutant quelques grottes 
nouvelles. 

Les grottes sont au nombre de 98, répandues sur toute la lar- 
geur du bassin, mais y formaut généralement des groupes. Elles 
occupent une bande de terrain de Sa kilomètres environ de lon- 
gueur sur 97 kilomètres environ de largeur, soit une superficie 
d'environ i,/ioo kilomètres carrés. On ne signalait autrefois que 
10 ou 19 grottes dans la région, mais les recherches entreprises 
pour l'histoire de l'homme primitif ont amené à la connaissance 
de toutes les cavernes; et elles ont été étudiées au point de vue 
géologique, paléontologique et archéologique. Ces études sont pu- 
bliées dans le BuUetin de la Société des sciences de V Yonne; et il ne 
reste qu'un petit nombre de grottes à explorer. 

Quatre-vingt-douze grottes sont excavées dans la bande du 
calcaire jurassique qui traverse le bassin de l'Yonne du N. Ë. au 
S. 0., perpendiculairement à la rivière; les six autres sont creusées 
dans les épanchementâ de quartz triasique formant bordure au 
massif granitique. La zone calcaire, si riche eo grottes, comprend 
i'étage bajocienou calcaire à enlroques, 3 grottes; le calcaire batho- 
nien, 19; l'étage oxfordien supérieur, appelé aussi argovicn, 7; 
l'étage rauracien du faciès corallien inférieur, 63; mais quelque- 
fois les grottes empruntent à deux étages voisins, surtout à l'oxfor- 
dien et au corallien. 

Les grottes se répartissent par vallées de cette manière de l'Est 
à l'Ouest : vallée de l'Armançon, 3; vallée du Serein, k; vallée 
du Cousin, affluent de la Cure, 9 ; vallée de la Cure, 53; vallée de 
l'Yonne, 37; le nombre des cavités intérieures augmente donc 
de l'Est à l'Ouest, cela tient à ce que tout l'Ouest est occupé par 
le récif madréporique du corallien, roche massive, compacte, assez 
pure et très fracturée, conditions favorables h la corrosion; tandis 
qu'à l'Est, la formation du même âge est le calcaire lithographique 
marneux qui se prête peu aux excavations. On trouve deux grands 
groupes de grottes, l'un autour de l'anse de la Cure, située entre 
Saint-Moré et Arcy, il y a 3o cavités sur s kilomètres; l'autre, 



— 138 — 

autour de Tansd de Mailly4a- Ville, sur TYonne, qui en eompte le 
même nombre. 

Ces groltes s*étagent à toutes les hauteurs au flanc des côtes ou 
dans les escarpements i 95 sont au niveau de la vallée et ie reatt 
monte jusqu'à 60 mètres du fond. Dans le massif corallien , elles 
sont disposées sans ordre par suite de Tabsenoe destratilicatidn; 
mais, dans les autres étages, elles se groupent par séries, c*e8(-i- 
dire dans les mêmes bancs, sans être pour cela à la même hauteur 
à cause de Tinclinaison des couches dans les failles. 

Les grottes sont toutes des galeries droites, horitontales, dirigées 
Sud- Nord comme les diaelases du terrain, mais il y a parfois des 
coudes , des boucles et des chambres latérales. Les unes flnisBenl 
brusquement, d'autres s'allongent en boyau. On peut en compter 
six qui sont des canaux de dérivation delà rivière, une seule est en- 
core traversée par les eaux en tout temps, une autre, aux grandes 
crues. La plus longue galerie mesure 1,000 mètres environ. 
D'autres &60, 160, 100 mètres et toutes les dimensions jusqu^à 
quelques mètres. La plus grande largeur au niveau des chumbres 
ne dépasse pas 35 mètres. 

Les recherches préhistoriques portent jusqu'ici sur SU grottes : 33 
ont donné des résultats, et sur ce nombre 1 5 sont en même temps 
des gisements paléolithiques et néolithiques; 18 sont exclusivement 
néolitlfiques. Une grotte a montré jusqu'à six couches bien dis* 
tinctes; généralement le remplissage paléolithique offre des niveaux 
archéologiques sans divisions nettement établies. On y trouve les 
industries classiques à la base, celle du Moustier toujours associée 
à quelques amandes de Chelles; puis l'industrie de la Madeleine, 
une ancienne , avec la faune quaternaire, une récente, avec le renne 
seul. On compte g gisements moustériens, 1 1 magdaléniens anciens 
et S seulement récents; on peut voir là le mouvement de la popu- 
lation à l'époque des cavernes. Il y a un gisement oà le magda- 
lénien est associé au moustérien, puis une couche magdalénienne 
ancienne qui, seule, a fourni le dessin artistique; enfin, une 
couche de Solutré se trouvait au-dessus et entre deut courbes de la 
Madeleine. 

Le néolithique est presque partout, si toutefois on peut appeler 
néolithique tout gisement oà l'on ne trouve que la poterie par- 
ticulière à cet âge; mais il est très pauvre, sauf dans une grotte 
dépourvue de gisement paléolithique. A la base, on trouvait Tindus^ 



— 139 — 

trie à trnnchets, puis le nëolithique ordinaire, enfin les couches du 
bnmze , du fer, galio-^romaine el mérovingienne. 

La faune des cavernes, déterminée au Muséum, comprend, au 
paléolithique : pWmufM, hommes; eamiwrêê, lion, lynx, loup, renard 
ordinaire, renard bleu, hyène, ours des cavernes, blaireau; pachy- 
dermes, hippopotame, rhinocéros, éléphant primitif, cheval, san- 
glier; ruminante, grands cerfs du Canada ou à grands bois, cerf 
élaphe, élan, renne, antilope saïga, aurochs, bœuf prlmltiF, bou- 
quetin, chèvre ou mouton indéterminé; rongeurs, castor, mar- 
motte, lapin, arvicde; oiseaux, aigle. La faune néolithique est 
toute composée d'espèces actuelles, sauf Tours brun, le castor et 
la marmotte, t» 

M. E.-A. Martel, de la Société de spéléologie, répoud à la qua- 
toriième question posée par là Section : Causes du tracé des cours 
d'eau ; mriations , empiétements , captures, 

tfV Étude des capiwne souterraines par les absorptions des sels cal- 
caires et le développement des cavernes, se rattache directement h 
cette question , puisque ces captures se traduisent en somme par 
Tempiètement du cours caché sur le cours visible de beaucoup de 
ruisseaux, et par la substitution, à peu près générale dans les 
terrains à calcaire, d^une circulation souterraine h une circulation 
de surface. 

Dès 189& {LesAhimes, p. io3, 18&, ais, 998) je posais, sans 
trop oser la résoudre, la question de savoir si c'était par coïncidence 
fortuite, par pur effet du hasard, que tant de pertes de rivières et 
tant de résurgences ou fausses sources étaient prolongées par ou 
juxtaposées à des tbalv^egs très marqués, quoique toujours à sec. 
La suite de mes recherches et aussi celles de M. Fournier dans 1<^ 
Jura, et de M. Mazouric dans les Cévennes n'ont pas tardé à lever 
tous les doutes h ce sujet et à permettre une réponse catégorique- 
ment affirmative. Il est désormais acquis que, dans les terrains 
fissurés, les absorptions ou dérivations souterraines opèrent de véri- 
tables captures qui conduiront ces sortes de terrains à un dessèche- 
ment de plus en plus complet. 

De même que, — comme Ta récemment montré un fameux 
débat politico-géographique (le conflit chilio-argentin), — certains 
courants du versant Atlantique des Andes de T Amérique du Sud ont 
été, grâce à Térosion régressive, capturés par des torrents du ver- 



— l/iO — 

sant Pacifique, — en des périodes de temps assez courtes pour 
demeurer historiques, — de même on est forcé d*admeltre main- 
tenant que les rivières desséchées des plateaux et régions calcaires 
se s'jnt enfuies, ont disparu dans les profondeurs des cavernes 
qui, bien souvent, les ont fait changer de versants; de plus on a 
les preuves formelles que ce processus , encore vigoureusement à 
Tœuvre à Tépoque actuelle, fonctionne lui aussi avec une rapi- 
dité relativement grande, parfaitement accessible à Tobservation 
humaine. 

Si Ton passe une sommaire revue des phénomènes d'hydrologie 
souterraine et de spéléologie les plus remarquables et les plus 
connus, on voit que cette loi des captures souterraines encore agis- 
santes est absolument universelle. 

Dans toutes les localités suivantes, on trouve, au dehors, Tan- 
cien thalweg abandonné descendant et se déroulant à sec (sauf à 
être en certains cas utilisés par des crues exceptionnelles) à proxi- 
mité du système de cavernes et de gouffres qui Ta souliré, capturé 
et très souvent dévié : 

En Angleterre : à Gaping-Gbyll (gouffre), Trow-Gill (gorge), 
Ingleborough-Cave (résurgence) dans le Yorskhsire; à Peak Cavern 
(Derbyshire); à Priddy Hole et Mendip-Cave (Somerset), etc. 

£n Irlande : à Marble Arch près d'Enniskillen; à Gong, Gort, 
les Tomeens, etc. 

En Belgique : la Lesse aux grottes de Han; le Rubicon, à celles 
de Remonchamps;la capture n'est pas achevée, mais elle est déjà 
commencée, par la Lesse aux grottes de Furfog et par TEau Noire à 
celles de Couvin, où le cours d'eau extérieur fonctionne encore 
simultanément avec les dérivations souterraines. 

En Allemagne, il en est de même de la Bode à la Hermanns 
Hôhle, dans le Harz près Halberstadt. 

En Autriche, les immenses cavernes du Karst font voir les an- 
ciens lits de la Recca et de la Pinka délaissés au profit de leurs 
collecteurs souterrains actuels. 

En Hongrie, même phénomène à Agtelek. 

Et je viens de constater dans le Gaucase occidental que les 
sources côlièresdes environs de Gagri (Mer Noire) émergent non 
loin ou au milieu de ravins à sec et qu'elles ont pour origine les 
infiltrations des lapiaz aux thalwegs taris du plateau de l'Arabik, 
vers 2,000 mètres d'altitude. 



J 



— l/ll — 

Il serait trop long d'énumérer d autres similitudes rcnior()unhlo8 
fouruies par la Grèce, Tllalie, TEspagne, TAmt^riqne du Nord, olc., 
et la France surtout, où elles abondent (TAvre, Tlton, Bramnhiau, 
Vaucluse, la Loire, etc.). 

Il faut noter cependant que la plus curieuse de toiitns ces cnp- 
turea souterraines, la plus anciennement connue d'ailleurs, rcllr 
qui, à Immendingen (duché de Bade), emmène le Danube siipr- 
rieur vers la résurgence de rAacfa et en fait un ajflupni du Hhitif 
s'accentue depuis 1876 : à tel point qu'il est résulté certains pro- 
cès des travaux de correction entrepris pour remédier h ce mal , 
que bien souvent, pendant Tété, le Danube est entièrement h sec 
en aval d'Immendingen, — et que je l'ai moi-même vu en cet éliil 
SI la (in de juillet 1909. 

Ainsi la capture des rivières extérieures par les dmvations sou- 
terraines est bien un phénomène géographique universel , encore 
actuel (quoique ayant dû commencer k des épo^juei fort reculées) 
et assez rapide. 

Quant à sôd influence sor le dessèchement progressif des parti^'S 
de TëcOTce terrestre où il se manifeste, je renvoie i re que jVn ai 
dit ailieius ( Coa^pfe remlm de T Académie de$ $eience$, % ouir4 1 (|0«$ , 
et la Sdemee am ii* dèelt, i5 juin et là juillet t^oi).'^ 

La s«^n<-e est levée à 1 1 b^urfS. 



U2 — 



SÉANCE DU JEUDI SOIR 7 AVHIL. 



PRÉSlDfiNGB D£ M. ANAT0L8 DB BàRTHBUMY, MEUBRB DE L*I)fSTITUT, 

MKMBKI PS LA 8EGT10I. 

La séance est ouverte à 9 heures. 

En réponse h la cinquième question du programme, M. Auguste 
Chauvigné, vice-président de la Société de géographie de Tours, 
présente une série de recherches sur les formes originales des 
noms de lieux en Touraine. Dans cette première partie de ses 
études, il s'est attaché uniquement aux ports ou aux localités situés 
sur le cours des rivières dont il compare les formes onomastiques 
depuis les origines jusqu'au siècle dernier, essayant d'en expliquer 
les origines à Taide des faits locaux, des dispositions topogra- 
phiques, des événements historiques, etc. 

M. le capitaine Lebeuf , correspondant du Ministère à Oabbès , 
a envoyé une longue liste de noms de lieux de la Tunisie méridio- 
nale, Arad, Chots, Fedj, Meszaoua, Sahara tuniaiePt avec la rec- 
tification des formes officielles à Taide de l'orthographe indi- 
gène et un commentaire emprunté à la nomenclature arabe ou 
berbère. 

M. l'abbé Parât communique la note suivante en réponse à la 
question 5. 

?r Cette note, dit-il, ne prétend pas du tout traiter la question k 
fond; Fauteur veut seulement, par un exemple entre bien d'autres, 
attirer l'attention de la Section de géographie sur un abus de rédac- 
tion dans l'orthographe des noms de lieux, qui s'est introduit, 
pour rétablissement de la carte de France, dite du service vicinal, 
au 100,000*. 

Il y aà Saint-Moré, département de l'Yonne, sur la Cure, un 
éperon rocheux, calcaire, dans lequel sont creusés deux tunnels, et 
autour duquel la rivière décrit une anse bordée de grands escar- 
pements où s'ouvrent de nombreuses grottes. Le cadastre actuel 
inscrit ce lieu-dit sous le nom de trCôte-de-Chair?); et c'est celui 



— 14S — 

que les habitants lui donnept inyariabiemeai, sani pouvoir rendre 
compte de cette désiguatioQ. Un plan oadaslral de 1787 (Archives 
de r Yonne) le nomme tries Chardsv. La carte d'Etat-major a copié 
le cadastre en vigueur; on y lit tr Côte-de-ChairT). 

Depuis quelques années, ceux qui décrivaient la région au point 
de vue archéologique se sont mis à écrire : la Càte-de-Chaux, et le 
service vicinal a reproduit ce mot dans sa carte. J'ai fait la remarque , 
au Service , que rien n^autorisait cette orthographe , et j'espère que 
ia nouvelle édition qui se prépare rétablira le nom ancien. 

Ce nom de Côte-de-Chaux aura sans doute été donné par inter- 
prétation y parce que celui de CÂte-de-Chair, semhlait-il, ne répon- 
dant à aucune idée, devait être vicieux; tandis que le mot tr Chaux d , 
appliqué à un massif calcaire, avait un sens logique. Or, voici qui 
peut justiBer le nom donné par les habitants et le cadastre de 
Côte-de-Chair, dans celte compiune de Saint-Moré, si voisine du 
Morvan, et dont le langage a bien des points de ressemblance avec 
ce dernier : chair, dans le Glousaire du Horvan, de Chambure, signifie 
char, chariot à quatre roués; au xm*" siècle s'est écrit cher. Dans le 
Dictimitiaire du patois de F Yonne, de Jossier, ftch^ se dit pour 
chariot et char; il y a le droit de cher, qui donne à un propriétaire 
le droit de pouvoir passer chez son voisin en voiture, n 

Le mot t(CA4r4f«, ortbographitf à U manière fantaisiste du 
xviir siècle, et le nxol 9 Ch^ir^ du oadaslra actual auraient dono la 
même signification; et si le dernier avait été éarit ohr ou chère, on 
n'aurait pas songé à trouver ia tradition en défaut. Maintenant, 
aveo la connaissance des lieux et des anciens usages, on peut assi- 
gner une origine aooeptable è lappellation de Gôte^ea^Ghards ou 
G6te*de-Chair : Tancien grand chemin d'Avallon à Auxerre passe à 
Saint-Moréf mais arrivé près de la Gâte des tunnels (Gàte^de* 
Ghair), il se bifurque) une branche monte la cale rapide et 
rocheuse, c'est le chemin de la Malpierre, où certainement les voit* 
tures chargées ne pouvaieut aocéder; l'autre oantoume la eoiline 
pour passer le Graod gué; c'était le seul chemin pratieaUe aox 
voitures. La Gôte^e-Ghair pouvait donc signifier toat simplemont 
la c6te que longeaient les chariots , c'était ia c&to des chars ou dot 
chariots. 

La conclusion pratique serait de respecter toujours, dans l'éla- 
hlissement des cartes, le nom donné par le cadaaire, qui est celui 
connu des habitants; de n en rectifier l'orthographe de prononoiation 



- U/i — 

qu'avec le plus de réserve possible et de ne jamais, par manière 
d'interprétation f modifier le sens en changeant le vocable.^ 

M. le vicomte de Laugardière, correspondant honoraire du 
Comité des travaux historiques et président de la Société des anti- 
quaires du Centre, à Bourges, lit un mémoire sur le Pagus Vosa- 
gensis indiqué par Grégoire de Tours comme situé dans le territoire 
du Berry. Par Tétude des formes anciennes du nom des trois loca- 
lités de Tancien diocèse de Bourges, qui ont été jusqu'à présent 
proposées comme chef-lieu de ce Pagtis — Bouges et Bazaiges 
(Indre) et Voussac (Ailier) — il démontre qu'aucune ne peut con- 
venir. Il signale alors, d'après des pièces conservées aux archives 
de rindre et dans le chartrier du château de la Rochechevreux, du 
xiii* au xv** siècle, une contrée comprenant plusieurs paroisses des 
environs de Belabre, dénommée au moyen âge «r castellania de 
Yohaseis, châtellenie de Yoazais, des Vouazais ou Vouazoisi;, qui 
lui parait présenter, philologiquement et géographiquenient, toutes 
les conditions voulues pour être identifiée avec le pays dont parle 
l'historien des Francs. Une forêt qu'aujourd'hui on appelle ffles 
VasoisT), et un lieu dit «ries Vasoires^ en conserveraient encore le 
souvenir.?) 

M. J. Soyer, correspondant du Ministère, archiviste du départe- 
ment du Loiret, donne communication d'une étude critique sur le 
nom et l'emplacement de deux oppida celtiques mentionnés par 
César dans les Commentarii de BeUo gallico, 

11 s'agit de Ntmodunum Biturigum (livre VII, ch. xn et xiv) et de 
Gorgobina ou Gortmia, selon les manuscrits (livre Vil, ch. ix). 

M. Soyer indique à quel propos César parle de ce Noviodunum, 
dont il s'empara à la fin de l'an 53 avant notre ère, après avoir 
franchi la Loire à Orléans (Gmalmm on Cenabum)^ ville des Car- 
nutes,et en se dirigeant vers le territoire des Bituriges (le Berry). 
Puis il cherche à identifier cette localité, en faisant remarquer que 
tous les manuscrits des Commetitaires ne mentionnent pas que ce 
Noviodunum fût dans la civitas Biturigum, comme l'admettent sans 
contrôle les éditions classiques. 11 rejette successivement toutes 
les identifications proposées avec Nohau-en-Septaine (Cher); 
Neuvy-sui^Barangeon (Cher); Nouan-le-Fuzelier (Loir-et-Cher), 
identifications qui ne reposent guère que sur la ressemblance for- 
tuite qui existe entre Notnodmmm et ces noms modernes. 



— 145 — 

Philologiquement pariant, et si le nom Nwiodunum sest perpé- 
tué jusHju à nous, M. Soyer ne voit au sud de la Loire et dans les 
régions habitées parles Carnutes et les Bituriges qu'un seul vocable 
rappelant cet oppidum : c'est Neung-su^Beuv^on, chef-lieu de can- 
ton de rarnmdissement de Romorantin (Loir-et-Cher). Nmnodunum 
s'est modifié régulièrement en Neun ou Neung^ commis Magdunum en 
Mehun (Cher) et en Meimg (Loiret). 

Si Neung était en pays carnute, il n'était pas très éloigné du 
territoire des Bituriges; de plus, on a trouvé à Neung, au confluent 
du Beuvron et de la Tharonne. des traces de fortifications gau- 
loises. 

Pour les distances, la situation de Neung est très convenable. 
César nous apprend que lorsqu'il marchait de Nwiodunum k Ava- 
ricum (Bourges), Vercingétorix le suivait a petites journées, 
minorUnu itmeribui (vu, 16) : Neung est à environ 18 lieues de 
Bourges. 

M. Soyer cherche ensuite à préciser la situation de Yoppidum des 
Bail, peuples celtes clients des Eduens, et, comme ceux-ci, alliés 
des Romains. Cet oppidum y que Vetxingélorix assiégea en Sa avant 
notre ère, porte, selon les manuscrits, le nom de GorgMna ou de 
Gortona. Il a été généralement identifié avec la Guerche-sur-rAu- 
bois (Cher), Moulins (Allier), Saini-Pierre-le-Moûtier et Saint- 
Parize-le-Châtel (Nièvre). 

M. Soyer rejette la leçon Gargobina pour adopter celle des ma- 
nuscrits qui portent Gortona, Gargohina étant une forme bizarre, 
dont les celtistes ne connaissent pas d'autre exemple que celui 
fourni par quelques manuscrits de César : Gwtona ou Corlona, au 
contraire, est un vocable connu dans la toponymie antique. 

Gortona doit être identifié avec la ville de Sancerre (Cher), dont 
c est le nom primitif. 

Dans les textes du moyen âge, on trouve GorUma, Gordmiay d'où 
les adjectifs gordonensis et gordonieus ou corUmicus. Le nom de Gor- 
dona ou Gordonicum casbrum disparut au xi" siècle pour céder sa 
place à celui de Castrum sancù Satyri, en l'honneur d'un martyr 
africain dont les reliques furent apportées à Gordona. Sancerre 
n'est que la forme populaire dérivée de l'accusatif latin sanctum 
Saiyrwn. 

La situation de Sancerre sur une hauteur de 3oo mètres est 
bien celle qui convient à une forteresse celtique. 

GéoeiAPHM, N* 2. — 190'!. ki 



— Iâ6 — 

M. TurqaiD, de iA Soeiété de géographie de Pttriê, fésume 
un tFAVftil BtatiBtique extrêmement oonsidërable qu'il a etéeuié à 
Taide dea feuilles du dernier reoetisement de la populattoa pari' 
sienne. Sur une aucceaaion de eartea qu'il a fait paaaeraous leeyeux 
de aea coUëgues, il a localiaé, quartier par quartier, les habitants 
originaires de ohaoun des départements français , et montré notam- 
ment la distribution dans la capitale des Auvergnats , des Noftnatids, 
des Flamands, etCi L'un des faits qui ressortent le plus nettement 
de la comparaison de ces cartes, o'esl la concentration autour des 
gares d'arrivée des populations desservies par le réseau correspoik*' 
dant. Certaines professions exercent aussi une influence sensible 
sur oatte rëpartitioa« 

M. Turquan étudie ensuite le phénomène de basonle en vertu 
duquel Paris rend à la province une partie de ce qu'il lui a pris 
sous forme de Parisiens de naissance, gagnant k leur tour la pro- 
vince, doù leurs parents sont sortis. Il montre, par une auite 
d'autres cartes, la localisation de ces émigrés en Auvergne, en 
Savoie , etc. 

M. Turquan termine cette communication par quelques mote sur 
la statistique ai la localisation dans les divers quartiers de Paris 
de la population d'origine étraogi^re, qui habite surtout les qnar» 
tiers de l'Ouest ^ les Champs-Elysées et la ligne des grands bou- 
levards t^). 

La séance est levée à U heore». 
La session est dose. 

fi.-T. Haut. 



''^ Le vendredi 8 avril, à *i heures, les membrefl de lé Sêètioit urtt visité avec 
lwtuoou|i d*illlérét la eSMlire cn^lMélioti des pititft «A relief Ûéê plàcH de guerre 
conservée à i'Udlel des invaiidw» 



MÉMOIRES. 



ÉTUDE CRITIQUE 

SUR LE NOM ET L'EMPLACEMENT 

DE DEUX OPPIDA CELTIQUES 

MBNTIOlNNis PAR GBdAR 

D4NS LES COMMËNTAhtt t>È BELLO GALLtCO 

Pkn lAOQUMS SOYBil, 

Architifttâ du DépftrteiAetit du LoiM, 
Gorrwpondut du Ministère de rinslraetion publique 

pour les travaux historiques. 



1*1 ■*! 



I. NOYIOOUNUM BlTURIGUM. 

Les éditions des Cammmtaru de beUo GaUico mentioaneal trois 
localités du nom de Namodunum : une dans la Belgique, Nomâu* 
num Suesnmutn (il, 19), aujourd'hui SoissotlB, département de 
TAlsne; dent dans la Celtique, Pfàmdunum jSduarum, sur la Loire 
et généralement identifiée avec Nevers^^^ , erat oppidum Aeduorum ad 
ripoê lÀgeris opportuno hco positum (vu, 56); Noviodunum Biiurigum 
(rn, 19, i&), qui fait Tobjet de cette étude» 

Ce vocable purement gaulois, qui signifie tr nouvelle forte- 
resse t'), devait être fort répandu dans la toponymie celtique (*^; H a 

(*^ IdAolification des plus douteuse») voir Lonovoif , AtUu htêtoriquê i» la i'IrtMMc, 
i'* livraisea, Paris, iSSA* p< o« 

^*) iV'ooMi M nouvMU (cf. ie latin fioftw)^ dumun{duimi^) = haulebr, [Mliafortë- 
rMM(cf. ririandala moderne dûn). Go mot finit par désigner une forteresse eon- 
slruilo «B terrain pktt ainsi GMfiirodiiiiiiiii) aujourd*hiii Tottrs« ~- NovMukum^ 
forloresee neuve 1 est Topposd du vieil irlandais SeihMn, aiyourd*hui Sktmdm ou 
Skmutm, qui signifie vieille forteresse (D^Aasois ht iuiAiirVtLLB< BMhtrtkeê mu* 
Vérigim éê la propriété Jbncièn #1 dis noms d$ liêum hakiléê art Fraiw, pétMê 
eàtilfM $t périod9 roiMlifta, Pariof 1^90, p. 161)» — Voir aussi Alfred Hou>ia, 
AU-iiMêekerSprâokMckaHf Ldpâg, i89i«>i90it au mot iVofiodunttifi^ traduit per 
<rtMNie FoMuilg»* 

('> On trouve NntùtdHHHm ta Pontionie lnfériout'U( lliuérain! (i*AntoniD 1 m* Bi(?cie)« 

10. 



— 148 — 

pour équivalents les noms bas-latins Casirum Novum, Casiettum 
Navum, les noms français ChAteauneuf, NeufchAteau, Neudiâtel, les 
noms provençaux Casielnauy Castetnau (selon les dialectes), le nom 
anglais NewcasUe, etc. 

Le Nmnodunum Biturigum des Commentaires est, sans conteste, 
un des oppida dont la situation a ctë la plus discutée depuis des 
siècles. Avant de donner sur son emplacement notre opinion mo- 
tivée, il e^'t utile de rappeler à quel propos Jules Cësar parle de ce 
Noviodunum. 

A la fin de Tannée 53 avant notre ère, tandis que le proconsul 
était à Rome , les Camuies^^^ (habitants du pays chariraiu, du Blésois 
etdcrOrléanais) massacrèrent, un jour convenu, les citoyens romains 
qui se livraient au commerce dans une florissante ville de leur 
cinUuf y Genabum ou Cenabum (^) ( KtfvaSùv , t6 tùjv YLapvoixùJV èfnr6pi0Vy 
d'après Strabon), sise sur la Loire. Cet important marché des Car- 
nutes est aujourd'hui Orléans^*'), et non pas Gien. 

A la nouvelle de ce mas^cre et de ce soulèvement , César quitta 
rapidement Tltalie, arriva par le pays de Langres et de Sens et 

— La ville dlsakscha, en Roumanie, s^appelait Nomodanum (voir Ë. Llvusb, 
llittoire de France depui» les originet jusqu'à la Rholuiion, t. I, Paris, 1900, 
p. a6.) 

t>) Ce nom s'est perpétué dans celui de la ville de Chartreg, 
('^ . . .Cenabum êigno dato concumuU, civetque Romanoi qui negoùandi cauea 
ibi conetilerant , in hi$ Gaium Fufium Citam, honeetum equitem Romanutn qui rei 
frumentariae juieu Caesaris praeerat , interficiunt , ho:iaque eorum diiipiunt, ( Corn- 
mentarii de beUo GtUlieo, vu, 3). 

(^^ Il est absolument certain, dès maintenant, que (^etuéum ou Genahum (le C 
ol le G se confondaient dans la prononciation) est le chcf-iieu du département du 
Loiret, et non Gien, chef- lieu d'arrondissement du même département. L'étude 
dos voies romaines conduit fatalement è placer Genabum à Orléans (voir Diction- 
tuiire archéologique delà Gaule, au mot Genabum, p. /i38). — La graphie Cenabo 
(cas indirect) se trouve sur ia carte de Peutinger. — Certains érudits ont distingué 
Genabum (Gien) et Cenabum (Orléans). Cette distinction ridicnle est encore 
admise dans l'édition dassique des Commentairee sur la guerre dêê GauUi, par 
K. Benoist et S. Dosson, s' tirage, Paris, 1895. Si quelques géographes avaient 
cherché à assimiler Genabum avec Gien, c'était tout simplement k cause de la 
vague ressemblance qui existe entre ces vocables : Gien, affirmaient-ils, est la 
forme française de Genabum. Mais il faut convenir que Gien ne saurait dériver 
de Genabum; le plus ancien nom de Gien est Gimnum (d'où l'adjectif Giemeiui»), 
Ces formes sont fournies p^r des chartes, des monnaies ei des chroniques du haut 
moyen «Ige. — La fameuse inscription du 1" siècle, trouvée à Oriéans en 1 866 et 
inonlionnant le curator Cenabemium, est conservée au musée de cette ville (voir 
le Catalogue du muêée hiêtorique d'Orléant , par E. DasHovEss, 188 4, p. i63). 



J 



— 1A9 — 

surprit Cenaium par le nord-esi du côlé du plateau de la Beauce; il 
incendia la ville après lavoir fait piller par ses soldats pour venger 
le meurtre des citoyens romains ^i). Puis, ayant traversé la Loire 
sur le pont de Cenabum (vu, 1 1 ), il s^avança sur la rive gauche, en 
traversant la Sologne, vers le territoire des Bituriges^^^ Cubi (habi- 
tants du Berry). Il résolut tout d'abord de mettre le siège devant 
Nmnodunum. Déjà les assiégés, désespérant d*étre secourus, avaient 
envoyé une dépulation à César pour lui demander grâce; celui-ci 
avait exigé qu'on lui remit les armes, les chevaux et les otages : 
une partie des otages était livrée, on s'occupait d'exécuter les autres 
conditions imposées par le vainqueur, et des centurions, accom- 
pagnés de quelques légionnaires, étaient entrés dans Yopjndum pour 
chercher les armes et les chevaux, quand on vit de loin apparaître 
la cavalerie gauloise qui précédait l'armée de Vercingélorix. Les 
habitants de Nwiodunum reprirent courage, poussèrent de grands 
cris, saisirent leurs armes, fermèrent leurs portes et coururent aux 
remparts. Les centurions qui se trouvaient dans l'oppîflMm, ayant 
compris, à cette agitation et à ce tumulte, que quelque chose de 
nouveau se préparait, avaient mis le glaive à la main et occupé 
les portes, afin de protéger la retraite des soldats romains. 

César fit sortir du camp sa cavalerie et l'envoya contre la cava- 
lerie gauloise; mais elle commençait à plier; il la fit soutenir par 
six cents cavaliers germains environ qu'il avait auprès de lui depuis 
le commencement de la guerre. 

Les Gaulois ne purent soutenir le choc des Germains : ils s'en- 
fuirent, après avoir perdu beaucoup d'ho:nmes, et rejoignirent le 
corps d'armée. Il était commandé par Vercingélorix, qui, en appre- 
nant l'arrivée de César, s'était hâté de quitter le siège de Goriorui, 
capitale des Bojt, vassaux des Aedui (habitants du Nivernais, et 
de la Bourgogne), et comme ceux-ci alliés des Romains ^*^l 

<*) La ville ne fut pas délmite entièrement, puisquau livre Vlll, 6,Hirtiu8, 
le continuateur de Gësar, nous apprend que deux léguions forent placées è Cenabum. 

^'^ Oppidum [Cenalmm] dnipit atquê ine$ndit, praêdam militibui donat, exer- 
eiimn Ligerem Iradudt, atqfue in Biturigum fneâ pei^enit, — Gésai- avait alors 
10 légions et 600 cavaliers germains. L'effectif de la légion pouvait s'élever jusqu'à 
ploa de 6,000 hommes. — Le nom Biturig$$ s'est perpétué daot celui de la ville 
àdBtmrgm. 

^'} Cf. GisAi, Com. de bel. Gai., vu, 19, i3, th. Voir la traduction de ce 
paow^ dans Rathai., Hiêloin du Berry, L I, Bourses, i8.'i5, p. 5o; elle oM, 
euctp, je la lui emprunte en grande prtie. 



— «50 — 

Spmitatears du oombpt, Icu habitants du Nm^ioiumm furent toi^ 
rofîsés : iii s'emparèrent de oeux qu'on regardait eomme les inali* 
gateura de la révolte, les livrèrent à Géaar et firent leur eoumiasion 
(70a de Rome; Sa avant notre ère). 

Aujourd'hui quil est prouvé que Onakim est Orléans, il s^agit 
dHdentifier ee Nmmiiêmum dont César s empara en ae dirigeant sur 
le Berry. On a sucotssivement proposé : 

Nohan«^n->-Sep(aine^^) (c**, c^ de Raugy, arr. de Bourges, Cher); 

P)puanTle-Fuielier(^>(e^, c**de LamoltoeBeuvron, arr. de Rome* 
rantin, Loir^ti-Gher); 

Neuvy-«uiwBarangeon ^*^ (e^, c** de Vieraon, arr, de Bourges, 

Chef)? 

Dun<3Bur-Auron(^) (ch.*l. de 0**, arr. de Saint-Aroand^Montrond, 

Gher)i 

Pierrefitt^sur^8au)drei^) (e^, e^ de 8aibris, arr. de Bomonmtin, 

Sancerre^^ (oh.«i. d'arr., Cher). 

n est très important de remarquer que les tuiinuserits des Cem« 
■uplstre^ n'indiquent pas tous que Namàunum fAt sur la route que 
suivait César ni que eet ^ppUum fAl d<ins I4 eknîoê Biturig^um : 
Certmns manuscrits portent simplement : r^oppidum Nmnôâumtm 



(') D*Anville, Carte dei Gaulei, 

«^ Herpoès Delacour, (.emi^îre, I^ncelot, Dom Bouquet, le général Rf^doÎB Von 
Oôler, Heller, Léon Fattue, Kmédée Thierry, Hippolyte Boyer, Francis Monnier, 
Holder. Pour )^ renseignements biblio^ptiiques plus oompleti, voir Ratiai., op. 
c«<M pt &!• I^ Irsvai) 4't{ipp9lyl9 Vofiuf eni inlilttÛ Qiwp 9kê* (m 9i^ii^S i) a 
p«ru dftm le Covuflf rf(^^ rf^ tr^vq^^x f^ (f Switété, du fierry A Ppri», |8$4. 

(') Adrien de Valois, Waikenaer, Louis de Lfi Saussaye, Jollois. — M. C^inillo 
JiiLUAN, dans Vereingétorix , 9* édition, Paris, tgoa, p. 16^, place Noviodunum 
près de Neuvy-sur-Barangeon. 

(*^ Dans la Chronique du chapitre du Châtêau-lez-Bourgei , par Dbsoimiadx, 
en 1 7 1 ft (manuscrit des Anhives départementales du Cher); dans Morbad , fêiêtoir^ 
de Dm^-Roi, i.l, p. 81. 

^*^ Colonel SaInt-HypeHte ( ainsi s^rthograpliie »on nom); Louis Rayhal, Hiêtaire 
du Berry, t. 1, p. 53. 

^'') Vjntor Dutitr, dsns aan Hiêtoir^t du Roiuaitu, t. III, mais il ne se proponee 
pas très aflirmativomeul. — Quant à B. DisjAiBtiis, Géographie kintori^ et odbnf- 
niêtrativf de la Gaule romaine, t. II, Paria, 1878, p. 67 8-6 80, 673-67!, il ne 
se prononoe pas non plus, et qualifie cas questions d'identincjition 9 d'interminables 
et souvent stériles» (p. &80), Bon ignorance en philologie romane snfTit à expliquer 
ces qualificatifs. 



— 151 — 

^ppugna»^ inêlim^t^9, et nw noppidum Bilmiffwn foêikm m via 
Nmfhdimum q^pugnm^ mUtmmfT» ^^l 

3 Hî A U C E 



CAfiNvres 



Macovnvm 



Ge WABVM (OrMans) 




Ernoovwvm 



i-a CMei^^^ 



DvNVM ( Duq>4ur-Auron) 



Les Nom» soohgnés sont mentionnés 
dsn$ /w Commentaires de Céser 



Les trois premières identifioations ne reposent que sur la ressem- 
blance qui parait, de prime abord, exister entre Noviodunum et les 

(^} Oudendorp, de Leyde, t*un des éditeurs les plus estimés de César, place 
entre parenthèses les mois Biivrigum poêitum in via, — M. d^Arbois di Jdbaih- 
▼iixi, op, cit., p. 86 et 85, accepte le texte classique et place Noviodunum chet 
les Biturigei. On sait par Hirlitts que ce peuple avait beauconp à^oppféa : frctim 
UUoifinêê $t complvra oppida hab€renty> (?iii, a). 



\ 



— 152 — 

noms modernes Nohant, Ncuan et Neuvy, Mais cette ressemblance, ii 
est h peine besoin de le dire, est purement fortuite. Les noms de 
lieux Nohant et Nouan ne peuvent dériver que du nom celtique lati- 
nise N<n)ientum^^\ ou du nom celtique latinisé Noviomagtu^^K Cf. 
J)re\unt^^^ = Derventum; cf. Rouen Î*J, Ruao ^^^ = Botowujgtw. 

Quant à Neuvy, ii a pour étymologie Notms Vicus. Cf. Viévy^^\ 
Vêtus Viens; Longwy^''\ Longue Vicus; Trembïevif^^^ (mauvaise ortho- 
graphe pour TrenJflevy)^ Tremidi Vicus. 

On a voulu aussi pincer Nmodunum à Dun-sur-Auron (en latin 
médiéval />untim), anc. Dun4e-Rfjy, mais une pareille aphérèse est 
inadmissible; et, d'ailleurs, étant donné que Cenabum est Orléans, 
la situation de Dun au sud-est de Bourges ne permet pas de faire 
entrer cette localité en ligne de compte pour la solution du problème. 

On a aussi cherché Naviodunum h Pierrefitte-sur-Sauldre, en latin 
du moyen âge Petra Ficta^^\ localité antique où Ton remarque des 
massifs de terre qui pourraient bien être les restes des remparts 
d'un oppidum. L'on a fait remarquer que Pierreiitte possédait des 
ruines mmaines et se trouvait sur la route de Cnmbum à \varicum 
(Bourges). 

(') Nomentum signifie littéralement tria chose neuve», «la nouveautés. 

^'^ Noviomagtu signifie littéralement «le nouveau champ». = De» clercs du 
moyen âge refirent sur la forme française le nom Noemium : [Heneum, capelh- 
num de Noemio, Aureltanentii dioce$ii (acte de 19^3, Arch. dép. du Cher, Sainl- 
Sulpice, Oizon, 9' liasse] = Nouan-le-Fuzelier. Cf. Noemium = Nouan-sur-Loire 
(c"' du Loir-et-Cher), dans un acte de laSg, aux Arch. dép. du Loiret, chapili-c 
S'*-Groix d^Orléans, liasae de Nouan-ftur- Loire. — Sur le sens de Novio9nagu» 
=3 le champ neuf ou nouvellement défriché, opposé à Sewrtnaguê ==■ le vieux 
champ, voir D^Aaaoïs nu Jdbaihvilli, Rechtrehên tur VorigtM de la projeté 
foncière. . . , p. ]53. 

<*) C"* du c*" et de l'arr. de Saint-Amand (Cher). UMretUum dans un acie 
de 1917 (Arch. dép. du Cher, abbaye de Noirlac). 

^*) Gh.-I. du dép. de la Seine-Inférieure. 

<*> C'*, c*" de Droué, arr. de Vendôme (Loir-et^her). - Voir GuiiASD, Cnr- 
tulaire de Saint-Père de Chartret. 

(•) Viévy-le-Rayé, c"% c'" d'Ouxouei^le- Marché (Loir-el-Cher), Vetw Vicim 
Rakerii dans un acte de 11 65 (Arch. dép. de Loir-et-Cher, abbaye tics cha- 
noines de N.-D. de Bourgmoyen de Blois). 

^') Longwy, ch.-l. de c"", arr. de Briey (Meurthe-et-Moseile). 

(*) Tremblevil ou Saint- ViAtre, c"*, c*"' de Salbris, arr. de Uomorantin ( l^ir- 
et-Cher). 

^^ Dan^un arle de i909 (Arch. dép. du Loin>t, chapitn* S^MÎmix d*()rlôans, 
Iias8«* do Nouan-l«*-Fuielier). 



„ 153 — 

Cela ne prouve mn, à notre avis, puisqu'il s agit d'événements 
antérieurs à la conquête et que nul ne peut affirmer que la voie 
romaine de Cenabum à Avaricum soit la même que la voie gauloise. 

La sixième identification, avec Sancerre, tombe d'elle-même, 
depuis qu'il est démontré que Gien(^) ne peut être Tancien Genabum 
on Cenabum, 

En somme, la méthode suivie par les meilleurs érudits qui se 
sont occupés de remplacement de Ntmodunum était bonne : c'était 
la méthode philologique. Malheureusement, la linguistique se trou- 
vant encore dans Tenfance, ils ne pouvaient arriver à un résultat 
sérieux. 

Notre opinion personnelle est celle-ci : philologiquement parlant, 
et si le nom de Nomodumtm s'est perpétué, nous ne voyons au sud 
de la Loire et dans les régions habitées par les Camti(e« et les £tl«- 
rigeê qu'un seul vocable rappelant ce célèbre oppidum^ c'est Nbung- 
sur-Bbuvroii, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Romo- 
raniin, en Loir-el^Cher(^). 

IVoviodunum ^^ Neeun (l'orme primitive hypothétique), puis Neun, 
et enfin Neung^^\ par analogie avec la graphie d'une autre localilé 
orléanaise Mcung-sur-Lotre {dévissai de Magdunum^'^'^) et avec utiff^ 
ancienne graphie de l'article indéfini un (dérivant de unuiii). 

Donc, aucune difficulté, h notre sens, au point de vue philo- 
logique. 

Au point de vue topographique, l'identification est soutenahie : 
Si Neung, comme Orléans, était dans la civitas Camutum, il se 

(*' La forme la plus ancienne du nom de Gien , nous Tu vous dit plus haut , est 
GiêtHum, dans des textes carolingiens. Voir A. Lohomoii, Atlat ki$ioriqu$ tU la 
France, 9* livraison, Paris, 1888, p. 189. 

^*^ Ancienne prévÀté importante, Neung a actuellemeiU 1,911 habitants. — 
Neung dépendait du diocèse d'Orléans, archidiaconé de Sologne. Le présentateur 
de la cure était le chapitre de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans. 

(') Dans un document de 1^17 (Arch. dép. de Loir-et-Cher, G. 36 1). — La 
forme vulgaire la plus ancienne est Naun, insérée dans des chartes originales, en 
lalin, de 11 53, 1919. Des copistes hésitèrent entre la lecture iVaim et Naim, 
Cette dernière graphie remporta au xia* siècle, où Ton trouve même Natpik, mot 
sur lequel on fit le latin iVaymum (Arch. dép. du Loiret, chapitre S*'-Croix, 
liasse de Neung). 

^*^ Ce nom Magdunum est aussi la forme latine médiévale de M^hutt'iur'Yhi'e ^ 
fh.-l. de c*" de Tarr. de Bourges (Cher). Cf. une autre localité du Berry do nom 
de àÊ$kun, dans Tlndre (c"* de Villedieo). Cf. Àuguêiodunum =s AuIuh (àSaône-oi- 
Loire); Acttodunum = Ahini (Creuse). 



— «54 — 

trouvait sur les oonfina de ia eimuu Biiw^igum; et, du reste, nous 
ravoos indiqué plus haut, rien ne prouve que NwwduHum fût sur 
le tenâtoire des Biiiirif$$^^\ 

Pour les distanoes, la situation de Neung est très eonvenable : 
César nous apprend que, lorsqu'il niarohait de Nùoioimium à Avfunn 
cum, Vercingétorix le suivait à petites journées, minoribuê itmmUmâ 
(vu, i6). Neung-«sur^Beuvron est à 18 lieues environ de Bourges. 
Si Nouan»le*Puielier et Pierrefitle-sur-Sauldre (19 lieues) étaient 
asses satisfaisants quant aux distanoes, Neuvy-^sur-Barangeon 
(7 lieues) et Nohant-en^Septaiqe (19 kilem.) devaient être rejetiia! 
le simple bon sens l'exigeait. 

L^arehéologie, eU« aussi, nous vient en aide et oorrobore aîngu- 
liërement nos aliments d'ordre philologique et topographique s 
On a trouvé à Neung des traces de fortifications gauloises (^^ et la 
situation de mi oppidum celtique est identique, toutes proportîoiia 
gardées, à celle de roppûltim celtique de Bourges. Àtmnmm s'élevait 
au confluent de TYèvre (Avara^^^) et de TAuron (en vieux français 

U) l^Q diocèse de Bourges, (jm ayiiit ies inémes limites que U civitm Biêurigum 
sous l*Eropire romain, était borné au nord-ouest et à Toaest par le Cher et la 
Grande Sauldre : Saint-Aignan-sur-Gher, Selles-sur-Cher, Salbris, Brinon, Glëmont 
étaient du diocèse de Bourges; voir Nioolat, Dêêcripiitm général» eu paf$ et dueké 
4$ Bftry {i66j)t édition Adviello, Gbâleauroux, i883, carte o*" 10; voir aussi la 
carie de l'ancien diocèse d'Orléans, dans DucHÂTSAn, Hiitoire du dioeète if OrMfKj 
Orléans, 1888, p. hjh ; voir encore la carte de la Gaule soqs la domination romaine, 
vers Tan ^joo de notre ère, dans A. Lonoron, Ada» hittoriquê de la France, 
1** livraison; on remarque que Neung était alors presque sur la limite de latreitéi» 
des Biturige» et de ia cité des Aureliani (démembrement de la civitoê Camuium). 

^*^ Voir J. SB SAiMt-VaifAiiT, La timllê S&hgnê militaire et en firt^kaiionê , dans 
Bulletin de la Société archéologique du Vendémoi», t. XXXI, Yendéme, 1891 , p. a t8 ; 
le plan de Tenceinte gauloise de Neung est à ta page 999 (il y a do cette éfnde 
des tirages à part). Consulter aussi ToaouAT (abbé de), Vallum de Neung^eur- 
Beuvron, dons Mémairee de la Société archéologique de l^Orléanaiit t. IX, 1866, 
p. 5oâ-5o8 (les renseignements historiques et philologiques sont ineiaets). — 
M. Auguste LoHONOw indique, dans son Atku hietoriquê de la France (1^ livrai- 
son, planche II), Neung-«ur>Beuvron comme une loraKté romaine dont le nom 
antique n'est pas eonnu. On y a trouvé, en eflfbt, des débris gallo-^romains en 
quantité, — Il est probable que Naviodunum n'était qu'une boargade fortifiée aI 
que par oppidani, dans le texte de César, 11 faut entendre non seulement les haln- 
tant<« de Voppidum, mais aussi les habitants de la campagne environnante, qui 
sMlalont réfugiés sons ses murs è Tapproehe des légions. — Àur les oppitia gaulois, 
voir D'Aaaoïs di Jdsaiiitilli, op. oit,, p. 79. 

(«} D*où Aoanoum^h ville da tlfèvre, ef. Autmeum (Chartres), la ritte da 
l'Eure (Autura), 



— 155 — 

Oron, Orrm; en latip méd'ni\iiV^^ ibio -onk)^ Noviodunum s'éley ait 
au confluent du Beuvron ot de la Tharonne. 

On pe^t, hypolh4tiquaiQ9nti refaire ritinéraira de César ] il part 
d'Opléans, frfiQchîl 1» Loire »ur le pont de catte villi, gravit le pia^ 
U3{iu de li\ Satognei en pasiiiint txh probablemeot par Ardpn (nom 
antér-rQ<n«in(^}), traverse ensuite la vallée du Gossoqi arriva à Yvoy^ 
leJtfarroA (nom anté^romaîu, Ivegm^^^^), puis à Nanng {Namd^ 
n^my^K nu cnafluaut du Bauvpon et da la Tbaroune; da là, il 
obliqua au «ud^t vers Salbria^^) (nom celtique, aignifiant «fies 
pontasurla Sauldra», Sokr^ Brimât à Taccusatir plurial) pour 
prendra la chamiu d^'Atuftrmm, 

Pourquoi C^aari sa dirigaant chn les UiiMxigw , réaoluMl d'as- 
siéger Neung-sur-Beuvron? C'est que, fort probablement, il crai- 
gnait que Naungna devint un centra de r4sistanoa de^ Commande la 
Sologne, qui ne désespc^raiept pas de rejeter le proconsul au delà da 

la Loira^^^t il pouvait radoutar aussi qua son arméa ne fftt attaquée 
par darrièra ou sur son flanc droit dans sa mapçba vers la 3erpy. 

^') Ami Utrioni^ = le pont d^Auron, à Bourges, dflins un acte d^octobre 1968 
(Arcb. dép. du Ch<^r, abbaye de Ptaimpîed , paroisse de Saint-Folgent). Qt. Borot 
BB I(n8i«i, Attfaàif 0I itaiMqtm mmmwtmÊûk dn dép. du Qm*, t. H, p. S 4 4. 

(^ FrabaWaïaaal À9^êdm¥m- Cf. Ar^àmmm ^ 4rrfia (Oeitt-Sèvrei). 

^^^ Voir cette fonne dans Quighbiat, Dt lafirmahonjrançam (JM ^mq'fm hoini 
r//> liêH, Paris, 1867, p, itS. 

(*) Toutes ces localités, dont les noms sont an té-romains, existaient par consé- 
quent avant la Mnqiiéte romaine. Elles sont proches les unes de» antres; il n*est 
donc pas abeurde de penser qu'elles étaient reliées par des routei, 

^*'f Gb.-l. de c*", arr. de Romorantin (Loir-et-Cber). Salebrivai eum appendicite 
fi ecclniti, lil^on im» une eluirte de Gharlei le Chauve eanfiiiraant les posses- 
sions de Tabbaye de Saint>Salpiee-ieB-BoDfges (oopie du GaHplûra de Saint-Sul- 
piee, Arch. d<ip,da Cher, série H). An xni* «ède, la forme frat^çaiie eat Mtbiin§$ 
(on la trouve dans un acte latin de i9a6, Arob. dép. du Cher, aériê H , abbaye de 
Saint'BnlpjiM, Kiflie de Salbris). Cf. Ckakriê (Indre) = Cttrêèrivoê [la forme Cur- 
àit«« eat menti^née daps un acte de 65 1 , ppblié par Mauriee Prou et A. Vidior t 
Mêeueiè d$ê ^mrtu de l^Maife if Sttia^Ben^thtur-LMn, t. I, Paris et Oriëans, 
1900, p. 1], e*«a(-àHlif>e les ponts (Mwu) sur le Cher (Oarus). A<iMi=spont. 
flf. IHingiai» Imdgê et ralleinand 6mMèa. 

'*> Notons qu^en 1870 la situation était analogue; comme Ta très bien dit un 
ancien ministre de la |«uerpe, M. de Froyeii|ct 1 «Les champs de bataille — This* 
loire est là pour le prouver — sont toujours les mêmes; la nature les désigne, les 
impose; . . .s| la position d^OHéans ne peut être eonservée, Tannée btttue se 
reliremi toujours snv la Kgne de la Sauldpe, sur celle du ChfP easiiile.'» Dîseoura 
prononcé en 1879, cité dans E. Tavssbbat, Vierxom et ass fm^nrom, poui^, ti9b , 
p. 173. 



— 156 — 

II. GORGOBIMA OU GoRTONA? 

Quel élail le nom exact de Vappidum des Boji^^^ ou Bon, peuples 
celtes, clients des Aedui et comme ceux-ci alliés des Romains? Oà 
était située cette mystérieuse ville que Vercingétorix vint assiéger au 
commencement de Tannée 709 (5^ avant notre ère) et quil a!>an- 
donnn pour aller h la rencontre de César qui avait franchi la Loire à 
Cenabum et se préparait h prendre Noviodunum (Neung-sur-Beuvron)? 

Voici les textes : w . . . Vercingétorix rursus in Bituriges exereitum 
redueit, alque inde profecius , Gorgobinam (alias GorUmam^ alias Gtrgth- 
viam)^ Bojorum oppidum, quos ibi Hebetico prœUo victos Caesar coUo- 
caverat Aeduisque attribuerai, oppugnare instituity* {CommêntarU de beUo 
GttUico, VII, g)^'^). 

Vercingétorix, ubi de Caesaris advenlu cognomt, oppugnatione deg^tit^ 
atque obviam Caesaii projiciscitur ( vu , i s ). 

Ce sont là deux questions qui ont été, certes, tout aussi discutées 
que remplacement et Tidentification de Noviodunum Bittnrigum. 

Remarquons d'abord que quatre manuscrits, considérés comme 
les meilleurs, portent Gorgobinatn; cinq autres, qualifiés de deuxième 
ordre, portent Gortonam, exactement : Gortonâ^^K Quanta la leçon 
Gergoviam, assez généralement acceptée , c'est une simple conjecture 
d^une des éditions princepsî*^ 

Voppidum des Boji a tour à tour été identifié à : 

La Guerche-sur^rAubois^^) (ch.-l. de c*"", arr. de Saint-Amand- 
Montrond, Cher); 

^'> L*t latin entre deux voyelles était un 1 conaoone, k peu près notre y. 

^*^ Quand Vercingétorix fut informé du mouvement de César, qui, de Narbonne, 
s'était subitement porté chei ies Lingoneê (Langres), il ramena dia pays des itiTsmi 
(Auvei^ej son armée cfaes ies Bituriget. 

(') Voir Alfred Holmr, Alt-celti$ehêr Spraehêduitz, au mot Gorgobina, — 
Voir aussi le Dicttonnaire arMologiquê de la GauU, époque eMquB (publié par 
le Ministère de Tlnstruction publique), 1875, p. 453, au mol Gorgo6tna. C'est 
la leçon admise par M. d'Asbois db JuB4iRTiLLB,op. otl.,p.85; par E. DisjAaaiNs, 
op. àt,, lome II, p. (178, 679, 673. — Une édition de César de la Bibliothèque 
communale de Bourges, provenant de Tabbaye de Sainl-Pierre de Chéial-Benoil, 
et impiîméc en août 168^ à Venise, porte Gêrgobinam, Boiorum oppidum (n* 968 
des incunables). 

(*' Voir Dietioimair0 orMologiquê d$ la Gaulé, époque eeUiquê, p. &53. — Le 
philologue Nipperdey n'a trouvé aucune Irace de la leçon Gorgo^m dans \m 
ifl manuscrits qu'il a dépouillés. 

('■ ('.amille Jollian, VnHsingétorix , p. tOi (nvoc nn point dMnterrogation). Cetti» 



— 157 — 

Arzembouy^'J (c***, c°" de Prémery, air, de Gosne, Nièvre); 

Saint-Pariae-le-Chàlelî*^ (cf*, c'*" de SaintrPierre-le-Moûtier, arr. 
de Nevers, Nièvre); 

Saocerre (ch.-l. d'arr., Cher)^^^. 

Une ëiude patiente des documents du haut moyen âge nous 
permet de démontrer qu'il faut rejeter absolument la leçon Gargobina 
pour adopter G&rtona, 

Voici pouin|Uoi : le nom de lieu GargMna est une forme bizarre 
et insolite; les celtistes n'en connaissent pas d'autre exemple que 
celui fourni par les manuscrits dont nous venons de parler. 

Gortana ou Cwionay au contraire, est un vocable connu dans la 
toponymie antique : citons Cwriona^ ville d'Ëtrurie (d'où radjeclit 
CorlOneiin» =» de CwUma)\ Cortonenses, peuple de la Tarraconaise. 

(iortotui est, dans notre région, le nom primitif de In ville de 
Sancerre, dont les variantes successives sont ci-après indiquées : 

GarAonas, Gm'donaB^'^^ (époque mérovingienne); 

CorUmo coitro^^^ (époque carolingienne); 

Gardùne casirum ^*) {idem); 

CorUmiea mcaria^'^^ [Cortonica, adjectif formé sur Cortona avec le 
suffixe icuê] (époque carolingienne); 

identifieaiioD élait déjà admise par Uip. Boria, Céëa§' chêz leê Biêurigeê; par 
Francifl MofiiiiiB, V§rcingétorix et Vindépenàancê gauloiiê , Par», i883, 3' édit.; 
par le général l>adoi8 Voo Gôlcr. 

^*' Eugène Rknoist et Henri Goblzib, dans Nouveau dicûotmairê latit^françaiê , 
3* édition, Paris, igoS, au mol Boja : «Pays des Boiensen Gauio (Bourbonnais). 
Leur (brteresae (areem Bojorumf à raccusatif) y a laissé son nom au village d*Ar~ 
zemboyn. Cette élymoiogie a la valeur de celle du moi «teadavreff, earo data ver- 
milnu! 

('' Alfred HoLasB, op. cfl., au mot Gargobina, — Nn^ioléon III, Rùtofi'e de Jide» 
Cétar, i86&>i866. — Bbiioist et Dosbom, édition classique de Ciêar, — Lavissb, 
Hiêtfnrt de Franee, p. 9 a du tome I. 

(') DictÛMmaire arehéohgiquê delà GauU, époque celtique, au mot Gorgobma. 

(*^ Dom BooQOBT, 1, 811, leçoQ et prose de Saini-Romble {Romulue)^ extraites 
de Taocien bréviaire de Tabbaye de Saint-Satur, passage cité dans Ratha),, Hiitonro 
du Berry, t. I, p. 118. — Ce bréviaire a été l'âmprimé par GHAVAUBiar, dans 
HimmroÈ do la Commiomn kiêtfirû[uo du Cher, L II, 1861-186A, p. 5i. La con- 
fusion des dentales d et t aux temps mérovingiens est fréquente. D^aiUeurs le d 
n'est qu^un adoucissement du I. — Voir aussi La TuADHAssiàBB, Hiotoiro de Berry, 
t. m, p. 936. 

-'^ Acte publié par Ratnal, op, eit,, p. 469-A70 du tome 1. 

^^'^ Loiraiioii, op, cU,, 9* livraison, p. 189. 

^^' Rat<«(l, op. vit,, p. xiivu (lu L I, ol aussi p. ^170. A (mvUhm castvo Cortonica 



— 158 — 

Gardonkum caOnm (ioi9*>iio&)(^). 

Les roliques d'un tnitrtyr afirieain Saiuruê ayant été tranaportëes 
en 6 ^7 à Gartana ou Gordana, dans Téglise qui fut appelée titomif ftrtum 
Sancti Saturi ou Satyri ou Salin, te ea»tnlm finit par prendre ie nom 
du saint: 

Coêirum Saneû Saiyi ( io3&)(^). 

C'est de Sanctum Satirum que dérivent les formel ^aiiMrrt , SêUH 
ceurre (xiu* siècle), Sainî C§re ( i38o)t*). 

Sa$keem^ forme populaire, est le doublet de Saint Satutt forme 
savante (^), qui eit aujourd'hui le nom d'une importante commune 
voisine, où le monastère fut rétabli dès le ii* siècle (^). 

Au XII* siècle, la notion de l'accent latin s'étant complètement 
perdue, les clercs ne reconnurent pltts, dans la forme romane Sat^ 
cerre, l'accusatif Samnum Satirum ^ ils imaginèrent que le nom de 
cette ville dérivait de Sacnm Ctmmiê^^l 

Au point de vue philologique, il n'y a aucune difficulté k admettre 

eit vocitata (il s^agil de la porte de Bourges qui sa trouvait sur la routa da San- 
cerre; ancienne Porte Gordains^ «qjourd^bui /)(ac0 Gordmim), 

(^' Ârrli. dëp. du Cher, abbaye de Saint-Satur^ous-Sancerre et abbaye de Saint- 
Ambroix de Bourges. — On trouve aussi an il* siècle, Padjèctif GûrdonéntU. 

^') Arch. dép. du Cher, abbaye de Saint-Salur-sous-Sancerre. 

<') Ltt conté do Saint Coro (i38o)f acte du fonda du Buread des finansaa de 
Bourges aul Arch. dép. du Char. 

(^) Ce fait a déjà été noté par M. A. Lorgsoh dans ton éditiiia des Q^avraf 
compUioêdê F^ançoio VilUn^ Paris, 189a, p. 64&t 

^^^ Il y a idenUté abaolua autre le Gûêtrum Sunêti Sntiri et le Goslrum OortUh- 
nicum. Ces deux expresaîona désignent Suncerto. fin void une preuve 1 la tnéme 
église de Saint-Martin de Sancerre eit appelée dans des docutnants d*lge difiérMt s 
EccUêia Sancli Martini de Gordone coitro (iio3), occlêiia Sancti Martini apHd 
Sanctum Satyrum (tiio), et oooloêia Sanùti Martini do Suero GatiaWs (iiâÔ), 
V. Paon (M.) et ViDifea (A.)* Roouàl doo ok&Hot do Samt-Benti^ur'Loiro , 1. 1, 
p. aSo, n. 1. - Le Caitrum Gordonicum avéit kmglemps, et mal  propos « été 
identifié avec la commune actuelle de Haint^-Salufi G*est K. us Cbbtain qui a 
rétabli la vérité dans la Biklioêhoquo do VÛc^dm ChartOê, A* série, A' volume, 
p* 59 (i858)} voir aussi Hippolyte Bolu, ioo Origitm do Sano&m, Bourges , 
188a (Mémoirot do la Société hioîoriqm du Ckor). 

(«) Coitrum CitoTM Sacrum ^ acte de ii66 (Areh. dép. du Cher, abbaye de 
itaint-Satar). — 8ur la tradition relative k la fondation de Sancerre par J^ Gésar^ 
voir Daniel MâTBa, Ktmdoo our la numiomati^o du Btny t SoÊnoofro, Bourges « 
1888, p. 19 et suiv.; le Uber do compooitiono caotri Ambaziao, que cite M* Matin 
et qui relaie la tradition, est du xu* aiède et non du xi* (Voir Im Ckroniquoi 
doo comtoê d'Af^ou par Mabgbbgay et SAMOif , édil. de la Soriéêé do l'hiotoirr do 
Franco)» 



— 169 — 

que ïùffidum Garm» est identique au tmtfwm (hrdona des tempe 
cnrolingièns et an etê&tum Gordmmm du xi* siècle* 

Au point de vuetopo^aphique, la situation de Sancerre sur une 
hauteur de 800 mètres est bien celle qui convient à un ^ppidum 
gaulois. Cette situation rappelle celle des appida de BUfractê{{e mont 
Beufray) chet les Àedui^ et de Gergovia ches les Arvemi. 

Au temps de Gësar, comme au moyen âge et comme au x^f siècle 
pendant les guerres entre protestants et catholiques, Sancerre a 
été d'une importance stratégique considérable. 

Déjè, avant noua, le général Greuly et notre confrère de TÉcole 
des Chartes feu A. Cbaïaud, archiviste de TAUier, tendaient à 
asseoir sur la montagne de Sancerre Voppidwn des B^i^^K 

La Commission de topographie des Gaules, tout en admettant la 
mauvaise leçon Gtftgobim^ qui a triomphé à Theure actuelle dans 
la majorité des éditions classiques des CmmnmtaireB , disait qu'elle 
(r serait très portée à placer Gorgobina à Sancerre^). Elle plaidait, 
sans s'en douter, pour la variante Gortona, qui était encore le nom 
de Sancbrrb après la chute de TËmpire romain. 

Rien d'étrange, d'ailleurs, à ce que les Aedui aient établi, sur la 
rive gauche de la Loire, les Boji^^ vaincus dans la même bataille que 
iesHehetiien 696 (58 avant notre ère). Quand César nous apprend 
que ce fleuve séparait les Bituriges des Aedui, Kcum adfiumm Ugerini 
venisêent, quod Bitarigea ab Aeduis dmdit (vu, B)?), son assertion 
n'est qu'à peu près exacte , car les Bituriges n'étaient encore à ce 
moment-là que des vassaux des Aediày tfAeduarum injtden (vu, 5), 
selon l'expression même du proconsul. 

Contrairement à ce que pensait Ëmest Desjardins, on voit com- 

(0 Général Gridlt, Carte de la GauU boum le procomulat de Céear; A. Gbazadd, 
BuUêtin de la Société d'émulation de P Allier, t VIII, p. 87-96. Leur opinion est 
rapportée dans Hippolyte Botbb, Lee origineê de Sancerre, Bourges, 1 889, p. Soi. 

^*^ Il n'est pas inutile de rappeler que les Boji étaient tout d'abord établis 
dans la région italienne correspondant aux provinces actuelles de Plaisance, de 
Parme , de Reggîo , de Modène , de Bologne. A la fin du 11* siècle avant notre ère on les 
rencontre dans le quadrilatère monlagneui de la Bohême, auquel ils ont laissé 
leur nom. — Une bande de Boji s'était associée aux Helvetii au commencement 
de la guerre de Gaule. Battus avec leurs alliés, les Boji allèrent s'établir, du 
consentemenl de César, chei les Aedui (i, 98, tu, 9). Leur population était 
iaible : ctvttot erat exigua et infirma (vu, 17). César les appelle etipeudarii 
Aedaorum (vu, lo). — Sur les Bojif voir d'Arbois db Jubainvillb, op. ciL, p. loâ 
et 105. 



— 160 — 

bien, pour la topographie gauloise et gallo-romaine, et particulier 
remeot pour la critique géographique des Commentaires de César, 
la philologie et Tétude oiinutieuse des textes du haut moyen âge 
peuvent aider a fournir des identifications précises et suppléent 
parfois à la pénurie des documents que nous a laissés Tantiquité. 

Sans doute, ces problèmes d'identification sont délicats; mais 
ils ne sont pas insolubles. D'ailleurs, comment admettrait-on sé- 
rieusement que, parmi tant de noms de lieux celtiques qui ont 
persisté jusqua nous, tels, en Berry et en Orléanais, Mehun- 
sur-Yèvre, Meung-sur-Loirc {Magdunum)^ Arnaises {Emodurum)^ 
Issoudun(£roUttnum) ,Ârgenton(iir^m/offu^^),MeiUant, Château- 
meillant {Mediolanum)^ Dun-sur-Auron {Dtmum)^ Salbris [Salerae- 
brivae)^ Chabris (Carobrivae)^ Aigurandes [Icoranda)^ Vesdun 
( Verdiinum)^ ce seraient justement ceux que nous ont transmis les 
(rComnterUairesy) qui auraient complètement disparu? 



— 161 — 



DE LA VÉRITABLE SITUATION 

DU PAGUS VOSAGENSIS EN BEURY 

ET DE SON NOM FRANÇAIS 
AU MOYEN AGE, 

PAR M. LE VICOMTE CH. DE LAUGARDIBRE, 

Correspondant honoraire da Comité des travaux hialoriqiie8 , 
Président de la Société des Antiquaires du Cenire. 



Il peut paraître téméraire, — et je ne saurais me le dissimuler, 
— de remettre en discussion un problème de géographie histo- 
rique, sur lequel un des maiti*es incontestés de la science moderne 
a, plusieurs fois, donné son opinion persistante. Je n'aurais pas 
Taudace de Tentreprendre , si la découverte de documents inconnus 
du savant M. Longnon et de tous ceux qui, avant ou après lui, ont 
traité la question , ne me faisait un véritable devoir de proposer à 
mon tour une solution, différente de la sienne, absolument nou- 
velle, et qui, si je ne m'abuse, a toutes chances d'être la bonne. 

Mais avant d'y verser ces pièces probantes, il convient do bien 
préciser les termes du débat, de fixer la chronologie de ses él(^- 
ments (de ceux du moins dont la réunion m'a été possible), d'ana- 
lyser avec soin les arguments déjà produits de part et d'autre , et , 
en écartant successivement les conclusions rdfutables , de préparer 
la manifestation de la vérité. 

Dans le 19* chapitre du livre IX de mn Hiëtoire de$ France, 
après avoir narré l'assassinat de Sichaire, à Tours même, en 687, 
par Chramisinde, Grégoire de Tours rapporte que celui-ci, pour 
fuir l'influence hostile de la reine Brunehaud , gagna une certaine 
contrée du territoire du Berry qu'il nomme er Vo$agensi$ pagu$r>. 
Cest cette contrée qu'il ^agit de situer, ce nom qu'il faut identifier. 

GéoeairaiB, N* 2. — 1904. 11 



— 162 — 

Le premier, à ma connaissance, qui Tait tenté, c'est notre ërudil 
compatriote, le P. Labbe. En 16 il 8, dans son PoutUé du diocèse de 
Bourges, il le fait d'un mot et sans autrement insister. Arrivé, dans 
larchipréveré ou archiprétrë de Levroux, à la cure de Bouge, en 
suivant Tordre du Catalogue publié en 160 3 par Jean Chenu, il ne 
se borne pas à copier son prcddcesseur, comme il le fait presque 
toujours, mais à soti texte il ajouta une courte glose : Cdpeltatda seH 
Eccksia parrochialis , , , De Baugià, seu potius de Vosago. C^est une 
hypothèse, inspirée sans doute t)ar ud reédouvtBUir de la lecture 
de Grégoire de Tours, avancée même avec quelque hésitation; ce 
n est pas autre chose, et cela ne représente aucune tradition ecclé- 
siastique. 

Vingt ans plus tard, le trop fécond Michel de Marotles, abbé de 
Villeloin, dans sa traduction bien oubliée de Y Histoire des Francs, 
interprète le nom d'Un p(igUè par clîiui d'une ^roisâë rurale : Be- 
sage (aujourd'hui Bazaiges). Originaire d'un pays voisin du Berry, 
il connaissait cette province, il savait la nomenclature, voire même 
la situation de ses localités; son abbaye y avait le patronage de 
plttsl^Ufs eures, notamment dans rarchiprétM dé Levroux; tttais il 
n'avait pas été à même de compulsét* tes archives locales comme 
celles du duché db Nev^rd. Loi ali^si n'a émis Qu'Une hypothèse 
satts justification, basée sUr une très discutable ressemblnnee de 
formes onoiUàstiques. 

Adrien de Valois cependant, eu 1676, accepte de couBance U 
traductiou récétttfe , et il s'en Impressionne même ftsset vivem(*nt 
pour dontier lé titk*e de Voiagensis f>ituà au court article qu'il cott- 
sacré au pagà» du territoire Berruyet, dans le gros dictionnaire 
qu'est sa Notitia GalHarum. 

Galherinot, continuellement à l'affût des ouvrages principaux qui 
rentraient dand let6âdre trup vaste dé tes inulliples éludes, n'avait 
point dû ignorer la publication de son docte contemporain. Il ne 
s'eu tint pas moins, par prévention peut-être dé patriotisme p^- 
vincial, au sentiment du P. Labbe, et en 1683, datts ses J!«*m?A«» 
rfc Berry, il s'apprbprie ett la précisant l'assertion hypothétique du 
célèbre jésuite, sans le citer d'ailleurs, car alors on n'indiquait pas 
ses sources, et il imprime : ff Bouge, aliàs Boge, Vnàagnà, Ghast^u 
prés de Levroux. ti 

Ainsi, dès le xvii* siècle, deux des prétention* coutendantes 
étaiettt émisés*, il était réservé au xi\» d'en susciter une troisième. 



— 463 — 

Un homme qui s*ëtait fait une spécialité de Tëtude de ces qued«- 
tions et atait, à son ëpoque, acquis une notoriété tton encore 
oubliée, Guérard proposa, dubitativement il est rrai, en 1887, 
Voussac , nom d une commune du département de rAUier, pour tra- 
duire Pâgu» Vosoffênêiê. 

Raynal , Thistorien du Berry, d ordinaire si judicieux , bien qu'il 
fût en relations scientifiques avec Guërard , ne fait, en 1 8&6 , aucune 
allusion à son opinion; tout en rappelant ie suffrage de Gatherinot 
en faveur de Bouges, il reprend Tavis de Tabbé de MaroUes (qu'au 
surplus il ne cite pas), et se prononce pour Bataiges, dont il rap- 
proche à tort Bezagettes. Sa raison déterminante est que Tétymo- 
Ingie probable du mot à localiser, Vosoffemiéy doit faire porter les 
IttYestîgations vers les parties accidentées du territoire; or Bouges 
est dans les grandes plaines de la Champagne bermyère, qui n'a 
nullement l'aspect vosgten. Il songe évidemment à la chaîne des 
Vosges et oublie la Sih>a Vost^Hs; il n'en fournit pas moins un se-- 
rieux argument de topographie contre l'identification de lieu qu'il 
n'admet pas. 

En i86i, dans la deuxième édition de sa Géographie de Grigi^ 
de Tùur$, Alfred Jacobs se range à l'avis de Raynal. Selon lui, la 
présence des deux noms de Bataiges et de Bezagettes, jusqu'à un 
certain point similaire^, dans la même région, indiquerait que cette 
région constituait un ancien pagus. Pas plus que l'auteur de l'His- 
toire du Berry, il ne cherche à justifier son assertion par une suite 
de déductions philologiques, qui auraient cependant été bien 
nécessaires, pour démontrer comment Bataiges pouvait dériver de 
VoëOgus, 

Dans son magistral ouvrage, paru à la date de 1878, h Géogra- 
phie de ta Gauk au rf siide, M. Longnon affirme à bon droit que 
cette dérivation est impossible. Il met de cAté Voussac, par cet 
unique motif que ce lieu faisait partie du diocèfse de Glermonl, 
c'est-à-dire de l'Auvergne, et non celui de Bourges, du Berry. C'est 
là une inadvertance, qu'il a reconnue lui-même bientôt : la paroisse 
de Voussac faisnit partie de l'un des archiprétrês de notice ancien 
diocèse, celui de Chantelle. Pour lui, h pagns Voêogenài» a été à 
tort considéré comme une division territoriale; Grégoii'C de Tours 
a employé pagus dans le passage à expliquer comme dans d'autres , 
au sens de «r village, lieu habitéT». Aussi M. Longnon raisonne 
comme si le vieil historien des Francs avait écrit Vosagus, H croit 



1 1 . 



— 164 — 

que ce nom cr devait être accentue sur la première syllabe, commt* 
celui des fameuses montagnes boisées voisines du Rhin , et aurait 
pu produire en Berry quelque chose tel que Vf^e ou Vougei*; il 
ridentifie donc avec Bouges, en admettant la substitution d'un B 
au V initial (accident phonétique dont il cite plusieurs exemples), 
et cela d'autant plus volontiers que cette identification a dëjà été 
fournie par le P. Labbe. 

Dès Tannée suivante, l'archiviste de TAllier, Chazaud, conteste 
cette thèse et reprend pour son compte ratlribution proposée par 
Guérard. Il détruit facilement Tobjection que Voussac aurait été' 
compris dans le diocèse de Ciermont, en démontrant que cette pa- 
roisse na pas cessé, jusquen 1789, d'être compnse duns celui de 
Bourges. «rSi c'est là, dit-il, le seul argument que M. Longnon 
puisse opposer à la conjecture de M. Guérard, et il n'en indique 
pas d'autre, il ne reste plus ce me semble qu'à traduire Voêogensië 
pagus par Voussac?) Puis écartant Bazaiges et Bazagettes qui 
fr viennent très probablement d'un primitif comme BasiUca ou Basir 
licœjiy — remarque fort heureuse, — il est moins bien inspiré 
quand il prétend que, dès 917, Bouges s'appelait déjà Bolgacus, 
comme chef-lieu de la vicaria Bolgacensis de l'acte de fondation de 
l'abbaye de Déols, moins bien inspiré surtout quand il allègue que 
(T Voussac au contraire garde toujours un nom assez peu différent 
de Vosagusy>, et cite à l'appui de son dire des formes du xiv* siècle : 
Vocat, VocaCy parroehia Vociaciy — qui, seules, suffiront à établir 
son erreur. 

La réponse de M. Longnon ne se fit pas attendre. A la séance du 
18 juin 1879 de la Société des Antiquaires de France, dont son 
contradicteur était correspondant, tout en passant condamnation 
sur le lapsus qui lui avait fait attribuer Voussac au diocèse de 
Ciermont, il déclare, en s'appuyant sur d'autres motifs, d'ordre 
philologique, omis dans son ouvrage, maintenir l'exclusion de ce 
nom pour traduire Vosagus. «rVoudsac, dit-il, représente certaine- 
ment un des nombreux vocables géographiques se terminant par le 
suffixe gallo-romain iacus.n II se refuse à voir dans Bouges le Bol- 
gacus que suggère Chazaud; il se serait montré plus catégorique 
encore sur ce point, s'il avait su que, d'après M. Eugène Hubert, 
dernier et récent éditeur de la charte de Déols, au nom mal lu de 
la prétendue vicaria Bolgacensis, il faut substituer celui d'une vica- 
ria Bolgatensis, jusqu'à pn'*benl nou rcti*oii\ée, mais dont l'appella- 



— 165 — 

tion détruit In conjecture de Tarchiviste de TAUier dans sa base. 
Par des considérations phonétiques qui perdraient à être résumées 
et qu'il serait trop long de reproduire, malgré leur intérêt, le savant 
M. Longnon persiste dans son opinion première et maintient à 
Bouges le pagus Vosagensis, 

Ghazaud ne se tint pas pour battu. A la séance du 3 mars 1880, 
Quicherat donna lecture en son nom d'une note que le procès-ver- 
bal se borne à mentionner, sans autrement en faire connaître la 
teneur. De la réplique étendue de M. Longnon, qui l'analyse en 
la réfutant, il résulte que le reproche à lui adressé était surtout un 
reproche de doctrine, contre lequel il se défend victorieusement, 
avec des arguments dans le déUiil desquels je ne vois pas la néces- 
sité d'entrer. Rien de nouveau n'y concerne spécialement la tra- 
duction proposée de Voiogus par Bouges, car la note lue n'y a fait 
tr aucune allusion, cette foisv. Mais le champion de Voussac s'obs- 
tinantdans son attribution mal fondée, l'auteur attaqué lui répète: 
(rLa forme latine Voàacus, . . prouve bien que nous sommes là en 
face d'un nom en iaevgyi. C'est, en effet, décisif. 

Et maintenant qu'est terminé ce long mais nécessaire exposé, il 
est à propos de passer en revue les formes anciennes, authentique- 
ment établies, des trois noms dans lesquels on a voulu découvrir 
ou cru pouvoir reconnaître VosaguB. 

Voussac, le dernier proposé, le plus opiniâtrement soutenu, 
n'apparaît dans les documents manuscrits ou imprimés, tous tardifs, 
que sous les formes suivantes : Voeiaeus^ xur-xv* siècle; — Vouent , 
isA6; — de Vaussaco, 15^9; — de Vousêoeo, i6o3, 16&8. Il n'y 
a rien à ajouter n l'observation capitale par laquelle M. Longnon l'a 
élimine. 

Bazaiges, terminé par s parasite (suivant l'orthographe officielle 
actuelle) et plus correctement Bazaige, nous offre une série plus 
complète et qui remonte plus haut : Ecektia de Betelgia, iii5, 
11&&, 11&&; — de Bêsagiay 11 38; — Beeeajes, 1900; — de Btê- 
selgiay 1919; — P. capeUanus de Bazanjas, 1966; — Capellanus 
de Bezeaugm, 1/199 ; — Bazaige aux Taupins, 1/186; — CapeUanus 
deBexagijiy 1699, 16/18; — Baseges, 16/17; — Betaiges, Bezaiges^ 
1873; — de Bezagiis, Bazaiges, i6o3; — Besage^ 1668; — Ba- 
zeage^ 1766. Quelque singulier que cela puisse sembler de prime 
abord, toutes ces variations sur un même thème dérivent du pri* 
miiif BasiUca^ que Ghazaud avait bien aperçu, avec la signification 



— 166 — 

non point d'ëg^ise insigfne, de basilique an sens moderne, mais 
d'église rurale fort ancienne; Bazaige est de la même famille topo- 
nomastique que les nombreuses Basauges, Baieiige, Basoche et 
Basoches, Baxoge, Bazoque et Bazoques, Bazouge et Bazouges que 
Ton rencontre dans maintes contrées de la France. La fornie de 
%96ijBazauja$, celle de i /i s a, lis £ezaiiti^, ne laissent déjà guère 
de doute à cet égard; on sera convaincu quand on saura que 
La Baioge^de-Chém^é (Mayenne) était dénommée BoâUgia en 
1111, ce qui se rapproche fort de notre Besdgia du xi\^ siècle. 
Bazo6hes^en-Dttnoie(fiure^l*Loir)portait anoore le nom de BmaiUcaj 
au pluriel, en 1 190. 

Bouges, affligé aussi actuellement d'un s final nullement étynuo- 
logique et qu'il faudrait écrire Bouge, n'a pas plus de droite histo- 
riques et philologiques que Voussac et que Baaaiges à prétendre 
dériver du nom qu'on lui a prêté. D'où vient donc ce vocaUe géo- 
graphique? D'vin nom d*origine romaine, usité sous la même graphie 
à l'époque mérovingienne et jusqu'au x'' siècle. II a suivi le chemin 
que nous a indiqué M. Longnon lui-même, en fiiant à Baugy 
(SaAne-«t-Loire) le centre du BaUnaeenm ft^gui de Grégoire de 
Tours. erA notre avis, ditnl, Battiaeiu, par la vocalisation du/ et 
la oonsonnification du i, habituelle dans les mots français, de 
structure analogue, a donné en français, suivant les différentes 
provinces ligéritaines, Baugy ou Baugé.rt J^astime quant à moi 
cet avis excellent, indiscutable, et je n'ai qu*à en tirer les 
conséquences. Balbiactu est ie nom gallo-romain d'un/tiiulia auquel 
la famille £a26ta, qui en était pi*opriét|iire, a imposé son cagnamm^ 
adjectivé par l'addition do suffixe gaulois aco$, latinisé en oma. 
Supposons que, suivant un autre procédé, qui a laissé plus d'un 
exemple daqs I4 toponomastique française, I4 famille ait purement 
et simplement partagé , avec la nilla qu'elle habitait dans son domaine, 
son surnom usuel, le nom de lieu qui en serait résulté en passant 
danslalanguefraDçaifla aurait été JSaii^. Je ne prétends pasque Bouge 
provienna^de Balbia, mais je m'appuie sur ce modèle pour chercher 
par analogie quel peut être le nom latin qui , par vocalisation de la 
lettre l, consonnification de la lettre t, et j'ajoute absorption da 
la lettre b par cette nouvelle consonne, a pu aboutira Bouge, et j'ar»- 
rive à Bulbia. C'est absolument ainsi, je saisis l'occasion de le oon« 
stater en passant, que dans une toute récente publication de 
MM. Berthoud et Matruchot, deux distingues élèves de M. Longnon 



— 167 — 

k rÉeole pratique des Hautes Etudes, Ouges, commune du dépar- 
tement de la C6te«^d'0r, est méthodiquement rattaché k UUna , station 
de la Saitdaigne dans Tltinéraire d'Antonin. Or ce mot de Buttia, 
que je n'invente pas pour les besoins de ma eause, existe comme 
très ancien nom de lieu : bvlbu gfbtb oomo, lit-on sur un triens 
mérovingien qui offre les caractères de fabrication des produits 
monétaires de 1» France centrale. M. Renë Page qui Ta publié dans 
le BuUefin de la Sociité arehéologifue tt hiëtùrique du Itmotmn, Tattri- 
bue k Bourbacourt, près de Tulle (Gorrèze). Je ne le lui dispute 
pas, je n'en retiens que le nom, que je retrouve dans celui d'une 
vicairie ou vlguerie bermyère, Vûana BoUnemia de cet acte de fon-* 
dation de Tabbaye de Déols déjà cité (quil fallait consulter au boa 
endroit), mais BuUneniis dans un acte du Cartulaire A de Saint* 
Sulpice de Bourges, détruit de nps jours par Tincendie partiel à&» 
Archives du Cher, acte postérieur d'environ quarante-cinq à quarante- 
septans au préoédent, vu etallëguë par Raynal, qui estime que peut- 
être le point central de cette circonscription était Veoil (Indre). C'est 
méconnaître l'origine de la finale du nom de cette localité, car 0uU 
provient le plus souvent de la terminaison offilu$, comme dans 
Argenteuil, Argmiogihm, Autenil, AU^gihuy et cheii nous, en Berry, 
Epineuii, SfkiogHm, Mareuil, Matogihuy Verneuil, Vûrmgiluf^ et 
quelquefois d'jo/um, forme secondaire oUum, comme dans Montreuil, 
M&nasiênohim (qui dans le Cher et l'Indre s'est métamorphosé en 
Ménétréol). Nous sommes bien loin de la vicatia Bulbienêiê; reve-^ 
nons-y en établissant par ordre chronologique les formes successives 
du nom de Bouges. Ce sont : [Bulbia. . . ]; In vicaria BoUnevm, 
917; — In mearia BiMimuê, 966 h 966; — - RadiUJuë dt Bulgia, 
11 58; — Bogia, isoS, 1987, i938, 1969, 1969, 196/1, 1970, 
1976, 1989; — Ara^du$ de Beogia, 191&; — Bof^fia^ 1937, 
Y. i95o; — Jokanneêde Baoge. 1938, 19/11; — Johanms deBogti, 
V. I9è6; — Bouge», i95/i; — B<^m, 1976, 199&; — Baage, 
i359; — Capelkmus de B<mgia, 1&99, 1599, ifio3; — Capelhnui 
9eu ErchêiaparroehiaH$. . . De Bougià, seu potiùs de Vosago, Bûuge, 
16&8. — C'est ici qu'apparaît, interpolation évidente que j'ai déjà 
signalée au début de ce mémoire , le conjectural Vosagus du P. Labbe ; 
on peut juger si les précédentes formes avaient bien préparé et jus- 
tifient en quoi que ce soit Tintervei^tion subite dç cet intrus. 

Ainsi donc il est historiquement et philologiquement établi, si 
je ne m*abuse, que ni dans Bouges, ni dans Baiaiges, pas plus 



— 168 — 

que dans Voussac, ne se retrouvent les éléments du vocable vaine- 
ment disputé entre les tenants de ces trois lieux compétiteurs. Il 
me reste, avant de conclure, à examiner le terme Vosagus en lui- 
même, dans ses transformations et dans ses dérivés. Appliqué au 
massif montagneux et boisé qui porte encore le nom de Vosges et 
qui lui a conservé toute sa notoriété, il servait aussi autrefois à dé- 
nommer des forêts situées à une plus ou moins grande distance, 
témoin celle où fut bâtie, dans le diocèse de Laon, la célèbre abbaye 
de Prémontré. Nous le retrouvons en Berry , adjectivé. C'était un 
substantif commun, devenu nom propre pour désigner les sites ou 
contrées qui offraient des caractères identiques. Quelle était chez 
les Gaulois sa signification spéciale : montagne ou agglomération 
forestière? Sans doute les deux réunies, l'une portant Tautre, si je 
peux risquer ici cette locution un peu triviale. Ce n'était point, dans 
tous les cas, un mot immuable; namen, dit Zeuss dans sa Gramma- 
tica Cebica, magis vartaltnn, et péle-méle, encadrant Vosagus, il 
rite Vosegus, Vogesus, Vogasus etiam apud recentiores. Or il est re- 
marquable que Tavant-dernière de ces formes se trouve dans César, 
Pline et Lucain, et que la dernière, issue de la forme admise comme 
type par la même métathèse que Vogssus de Vosegus^ soit précisé- 
ment celle qu'impliquent les noms topographiques actuels qui dé- 
riveraient de Vosagus (les Vosges exceptées). Par la chute du g 
intervocal, Vogasus devient Voasusy et le thème oa est bientôt noté 
en français oi. C'est ainsi que, dès le xvii'' siècle, Adrien d(' Valois 
n'hésite pas à reconnaître, sans rapporter toutefois de formes inter- 
médiaires, qu^un monastère et un bourg voisins des sources de la 
Meuse, nommés Koyge ou Vo^fse, ont conservé le nom de Vosagus 
ou Vosegusy et il ajoute qu'une grande forêt, tant plane que mon- 
tueuse, située entre Meuse et Moselle, et qu'on appelle la/orest de 
la Voyge, autrement le bois de la Voyse, l'a également retenu. La pu- 
blication, trop lente parce qu'elle est si utile, des Diclionnaii*es 
départementaux que patronne et surveille le Comité des Travaux 
historiques, m'a permis de relever des exemples curieux des défor- 
mations subies par Vosagus dans deux dénominations topographiques 
qui sont à remarquer. 

La forêt de Vois, dont celles de Goucy, de Saint-Gobain et de 
Monceau-ies-Lemps, dans le département de l'Aisne , sont les restes, 
et qui parait avoir porté concurremment au commencement du 
xif siècle les noms de Vedogium, iioi, etde Vosagum, 1119, est 



— 169 — 

nommée Foresta Vosagii en 1170; — Foresta de Vous on 1909; 
— Forit (le Vùizea 1287; — de Woisea 1^89; — de Vouys en 
t 397. 

Voiney, commune do la Haute-Marne, passe de Vogesuê en 1 179 
à Vaysey en 1176; — V<nf$i en 1991; — Vou$ey en i4i7; — 
VouUey en lAAS; — Vmsey en 1/196; — Vasey en i563; — Bau- 
zey en 1700; — VotMz enfin en 1770^^^. 

Qu'il s'agisse de la forme plus généralement considérée comme 
primitive, ou d'une forme secondaire parallèle déjà usitée dès Tan- 
tiquité, Taboutissanl commun est le son complexe Voat, Vois, Donc 
il faut pour trouver le P^guê VosagensU en Berry, tâcher de rencon- 
trer un nom qui ait pour base celte notation caractérislique. Il n en 
exisie plus, à ma connaissance du moins, mais quelle na pas 
été ma joie quand j'ai acquis la preuve qu'il en subsistait un 
au XV' siècle. L'inventaire sommaire des Archives de l'Indre, dans 
l'analyse faite par M. Théodore Hubert de la liasse E. 3oil (1379- 
1/198), contient en effet ce passago r«>vélateur : «t Enquête faite par 
le juge de Beiàbre en la cause de noble et puissant seigneur M*^*^ de 
Belâbro et de la chastellenie des Voazes, à Tencontre de religieuse 
et honneste personne frère Loys Dalevec, commandeur de la com- 
manderic de PonangesT). Avant décrier victoire toutefois, je voulais 
procéder à une vérification de la pièce signalée, et je n'ai qu'à 
m'en applaudir. Empêché trop longtemps de me rendre à Château- 
roux, j'ai été suppléé par un paléographe expert, mon bien bon 
ami le marquis Albert des Méloizos. Avec celle inlassable obli- 
geance dont il n'est certes pas un des membres de la Société des 
Antiquaires du Centre qui ne puisse rendre témoignage, il s'est 
dévoué à transcrire pour moi de longs et fastidieux textes, qui 
m'ont donné beaucoup plus que l'inventaire sommaire ne promet- 
tait, défiguré qu'il est par une faute dlmpression. Et d'abord, ce 
n'est pas de la châtellenie des Voazes qu'il s'agit dans la procédure 
inventoriée; dans cette enquête, à la date du 90 mars 1&91, la 
mention de la châtellenie dez Voazois{ei non point des Voazes, ainsi 
qu'il a été imprimé) ne se trouverait pas ailleurs qu'à l'intitulé, 
comme qualificatifcomplémentaire de l'un des plaideurs, le seigneur 



^*' Bien que M. Roserot ne «((nate k Voiftey qu%in prieuré, je me demande si 
re ne serait pas \k qu'il faudrait chercher le bourg et le monaêtère dont je viens 
de parier d'après Valois. 



— 170 — 

de Bélâbre. Mais en compensation , la même liasse renferme deav 
pièces, Tune du i3 janvier 1&97, Tautre datée du dernier jour des 
frgrans assises royaulx de Montmorillon, commencées à tenir le 
xYÎj jour de mars Tan mil iiij"* iiij** dix huyt,ff se référant an par- 
tage de la succession de Pierre de Poquières, seigneur de Bëlâbre, 
entre Jeanne de la Trémouilie, veuve de son fils aine, Georges de 
Poquières, chevalier, aussi seigneur de Beiâbre, comme tulrice de 
leurs enfants mineurs, et Pierre de Poquières, éeuyer, son second 
fils, pièces dans lesquelles il est assez amplement question de cette 
même ohAtellenie, avec différence dans Torthographe de son nom. 
J emprunte au lotissement fait h Toncle des mineurs les passages 
essentiels ; 

Item en deniers vingt et neuf livres quatorze soif deux deniers tournois, 
pour Tasaiette desqueulx luy demourroit seull^ni^t tops les ceqs, renies 
et deniers accoustumés esLres levés et prins [en la] Gbastellenye et juris- 
dicioQ des Vonazays, sauf les cens et rentes de la Renoussière, qui do- 
mourent entièrement à ladite vefve oud. nom. . . Item dempnrent. . . les 
dixmes des blez, lins, chanvres, potages, miUelz, rakbes et chamages, 
poulailles et biens accoustumës estre lèves èsdits Vouazays, sauf les renies 
deues à Renoussière et celles que les seigneurs de Villeneuve et de la 
Rochechevreul doivent et paient chacun an , qui ensemblement demour«nU 
à ladite vefVe oudit nom . . . Item en tous et chacun les advenages desd. 
Vouazays acoustumés prendre et lever et qui se prennent et Ijèvent sur 
les hommes et habitais de ladite cbastellenye, es villages et lieu^ acoustu- 
més, qui montoient à cinquante charges deux boissaux, la charge prinse 
pour seze boissaux, prendront (êic) vingt et huit charges deux boissaux, 
savoir est sur les habitants des villages de Puygarnays, G^-desPuy, Bala- 
bran et de Monturtaut, qui montoient [à] trente six septiers mensnre de 
Vouazays, ensemble les advenages de Puyiagouge. . . lesquels se paient 
nu jour que se paient les autres advenages dessus nommés au village de 
Puygarnays. . . 

Et ailleurs : 

Demourent audit escuyer les deux tiers paris de la tierce partie de toule 
la justice et du droit de chastellenye dépendant de Bellabre et du Chaste- 
lier; en lad. chastellenye serait juridicion desd. Vouazays et tous droiz de 
justice et doinaines fonschés avec les autres deu]( seigneurs des Vouaz^tys 
(|ui y prétendent droit, sauf lexploit et drqit des boys dos Vomzays qui 
(lemourent à lad. vefve avec les advenages. 



— 171 - 

Cette dernière partie de la clause indique probabletuont les ad- 
venages nou attribués à son beau-frère, soit la différence entre 5o 
et 98 charges. 

Bélàbre, jadi^ centre d'un fief important du Bas-Berry, est au^ 
jourd'hui un chef^ieu de canton de rarrondissement du Biano 
(Indre). Je ne saurais dire si les Voaiais en avaient fait partie in- 
tégrante et en avaient été démembrés. Des autres lieux seigneuriaux 
et des villages dont je viens de donner les noms^ presque tous 
aiistent encore et sont mentionnés dans le Dictknnaire Aitlon'ftie, 
géographique et itatMque dt tlnire de M. Eugène Hubert. La Benoit* 
cière (j'emploie ici les dénominations modernes), ancien château 
détruit, e$i située dans la commune de Prissac, ainsi que Ville- 
neuve, Bochechevreox et la Garde, oii il faut sans doute voir 
Tancien Gardcsfuy; le Châtelier et Bainbran appartiennent à la 
commune de Chalais; Puy-la^Gorgo à celle de Lignpc. Ces trois 
oommunaa sont du canton de Bélâbre. Monturtaut était représenté, 
à Tëpoque où Caasini dressait sa carte, par Montelaut, placé en 
face de Balabran, sur la rive droite de TAng^in. Puygarnais semble 
avoir disparu depuis longtemps, do moins sous cette désignation. 

La contrée entière est accidentée et boisée, ce qui convient au 
double sens que Ton prête à Vosagus; le chef-lieu féodal a pu subir 
au moyen âge des vicissitudes qui l'ont détaché de Thomniage do 
Berry, pour Tadjoindre au Poitou, mais la paroisse faisait partie, 
ainsi que celles de Chalais, de Lignac et do Prissac, de Tancicii 
archiprôtre d'Argeuton, diocèse de Bourges, et avec ce diocèse se 
conrQAdait le tenitormm BUurici au temps de Grégoire do Tpurs. 

Pour terminer, je remarqueriii que la finale du nom géogia- 
phique du pays des Voaxois ou Vouasays, procède de VoêagemU 
(qualificatif qui était bien celui d'une circonscription territoriale), 
au même titre et de la même manière que Bourbonnais de Burbu- 
nensis, Nivernais de Nivemensis, Orléanais i^Avrelianensisy et bien 
d'autres que je pourrais allé^juer si je ne préférais m'en tenir aux 
provinces nos plus proches voisines. Etuis, déjè aflaibli en esis dès 
Tépoque romaine, s'est arrêté dans le langage parlé à cette pronon- 
ciation et, à la formation définitive du français par la disparition 
des ile^^ions caauelles, est devenu es, oi«, aisy ce qui, malgré les 
différeaces graphiques • pour Voreille était identique, 

La situation et le nom du Pagus Vasugenêi* du Berry me semblent 
bien et dûment retrouvés. De M. Longnon, mis sur une fausse 



~ 172 — 

piste par Thypothèse gratuite du F. Labbe, j'en appelle avec con- 
fiance à M. Longnon mieux renseigné; si réformant lui-même sa 
première décision sur le point en litige, et usant ainsi du privilège 
du haut savoir, que ne saurait diminuer la reconnaissance d^une 
erreur minime, il donnait gain de cause à ma thèse, ce serait 
pour celle-ci une inappréciable et décisive consécration. 

Pour mVn tenir strictement aux termes de la troisième question 
portée au programme du présent Congrès, et pour y répondre de 
façon satisfaisante, j'aurais dû déterminer les limites Aupagiu dont 
je me suis efforcé de fixer la situation contestée. Les seuls docu- 
ments écrits dont il ma été donné connaissance ne me le per- 
mettent pas, car ils me laissent ignorer même le nom des «rautres 
deux seigneurs?» qui, concurremment avec celui de Bélàbre, pi*é- 
tendaient droit à la juridiction du pays, en vertu sans doute de 
seigneuries qui nie restent inconnues. La tradition locale, ni^as- 
sure-t-on, n'a gardé aucun souvenir des Voazais. Du moins ai-je 
révélé que, dans ces limites encore indéterminables, étaient com- 
prises en certain nombre des localités appartenant aujourd'hui 
aux trois communes de Chalais, Lignac et Prissac, qui entourent 
Bélâbre au Sud-Est et au Sud. C'est un premier résultat que vien- 
dront corroborer et compléter, je le souhaite, les recherches à 
entreprendre dans les archives, publiques ou privées, qui n'ont pas 
été ouvertes à mes restreintes investigations. 

Depuis la présentation de mon mémoire à la Société des Antiquaires du 
Centre, qui m'a autorisé à le porter, comme son délégué, au Congrès de la 
Sorbonne,mon colique, M. Christian de Boismannin, a eu Tobligeance de 
me communiquer les notes par lui prises dans les archives particulières 
du château de la Rochechevreux. J'y relève un vidimus d'un acte passé 
devant Philippe, archevêque de Bourges, au mois de février ia&6 (a. st.) 
|)ar lequel Pierre el Geoffroy de Vouhet , chevaliers , et d'autres membres 
do leur famille , reconnaissent enti*e autres choses que , si le prieur et les 
frères de la Maison- Dieu de Montmorillon veulent chasser ou pécher n-in 
castellania de Vahnms-n , ils en auront le droit. J'y trouve aussi plusieurs 
copies d'un arrêt de la Chambre des requêtes du Pariement de Paris, en 
date du 96 octobre 1&89 , par lequel Guillaume et Jehan Couraud , Avères, 
écnyers, sont maintenus dans la possession de leurs droits de justice et 
juridiction sur les habitants de la terre et seigneurie de la Rochechevreul, 
contre les coseigneurs de la châtellenie, terre et seigneurie de Vonazas on 
Voozois , située au pays de Berry, qui prétendaient que le lieu et domaine 



— 173 — 

de la Rochechevreiil (aujourd'hui la Rochechevreux), et ses appartenances, 

était assis de toutes parts au dedans des fins et metes de ladite chfttellenie 
de Vouazois, et quits y avaient par conséquent toute juridiction, haute, 
moyenne et basse. Sur Tune de ces copies , le nom de la chfttellenie est 
écrit Vazois, C'est la forme qui s'est maintenue jusqu'à nos jours, à une 
l^re différence près d'orthographe. Ou me signale, en effet, dans la ré- 
gion une forêt des Vasois , et même un lieu-dit les Vasotreis , dans la com- 
mune de Prissac, ce dernier mentionné sur la seule carte de TÉtat-Major. 
Ce nom manque dans le Dictionnaire de l'Indre de M. Hubert. 



— 174 



DOCUMENTS 
POUR SERVIR À LUISTOIRE DE LA MARINE FRAINÇAISK 

AU XV!' SIÈCLE. 



LES GALÈRES DE FRANCE 

SOUS HENRI II, 



PAR M. J. FOURNIER, 

Archiviste adjoint des Roucbes-du-RhAne , 

Correspondant du Ministère de TiiistructLoa publique, 

Secrétaire de la Société de géographie et d^études coloniales de Marseille. 



1 

Louis XI avait combiné tous les efforts de son astucieuse poli- 
tique pour amener son oncle, le vieil et bon roi René, à Tinstituer 
légataire du comté de Provence. Comme on Ta fort bien dit, Tenjeu 
de cette entreprise en valait la peine, car la proie convoitée pou- 
vait donner Tempire de la Méditerranée ^^K 

Depuis longtemps, le roi de France caressait le rêve particuliè- 
rement séduisant d'étendre ses États jusqu'aux bords de celte mer, 
de créer à Marseille, à côté de l'incomparable flotte de commerce, 
une importante marine de guerre. De son côté, le duc de Bour- 
gogne caressait le même rêve, ir C'est à peu près celui de certains 
Allemands de nos jours, qui voudraient voir leur empire s'étendre 
d'une mer à l'autre et s ouvrir une fenêtre sur l'Adriatique, à 
Trieste. Alors la France eût été comprimée, étouffée, sur presque 
toute sa frontière orientale et septentrionale, par un État plus vaste 
et plus puissant qu'elle. Si, eu outre, Charles le Téméraire par- 

^^^ A. Lbgoy dk La Marche, Lou{$ XI et la êuccesiionde l^'ovencc (Paris, Palmé, 
1888) et Revue det que$L Awt. (janvier 1888). — Cette intéressante étude donne 
sur les convoitises qui s'agitèrent autour du roi René, à la fin de sa vie, des dé- 
tails fort curieux et absolument ignorés. 



— 175 - 

venait à établir sa domitialioa sur les royaumi» de Naples el 
d'Aragon, revendiqués par la maison d'AiIjon^ faisant partie de sa 
succession, Tempire de GharleinQttint poutait se constituer dès 
le XV** siècle. Grave danger, trop menaçant pour échapper à 1 œil 
de vautour qui, du fond de Taire du Plessis, surveillait avec une 
jalouse attention les a^ssements des adversaires de la couronne ^^li» 

Un danger à ce point imminent ne pouvait, en effet, échapper 
au rUsé et avisé roi de France. Louis XI a^l de telle manière que, 
peu de temps avànt sa mort , en i&8i^ il vitsofi réVe se réaliser, et 
la Provence devenir ft-aUçaise. A la véritë , te ne fut point une an- 
nexion pure et simple, mais uue uuiou laissant à ce pays une 
certaine autonomie dont il jouit jusqu'à la Révolution. 

Chaiies VIII ne tarda point à apprécier les immenses avantages 
procurés par cette grande et belle province récemment advenue à 
la couroune. Du port d« Marseille il tira le plus grand profit au 
cours de la campagne d'Italie» en vue de laquelle s'effectuèrent des 
armements considérables. 

Dès Tannée 1487, le jeune roi entoya à Marseille son grand 
écuyer, Pierre d'Urfi^, avec mission de fiiire construire un certain 
nombre de galères. BientAt après ^ de ce port« français depuis 
dix ans à peine, sortit une véritable escadre portant le pavillon aux 
trois fleurs de lis et chargée des vivres et des munitions nécessaires 
à ta campagne entreprise par Charles Vtll. Depuis lors, les galères 
myales eurent Marseille pour p(Nrt d'attache; c'était, d'ailleurs, la 
résidence officielle du général des galères, à moins que celui-ci 
ne fât à la Cour. 

Louis XU et François I'', qui continuèrent à guerroyer en Italie^ 
v firent aussi de nombreux armements; leur marine militaire a 
peine constituée trouva une auxiliaire puissante dans la flotte de 
commerce. Gelle-ei, en 1&089 pendant la fameuse ligue de Cam- 
brai, qui avait armé une partie de TEurope contre Venise ^ couvrit 
la Méditerranée de ses corsaires et causa de grands demmages aux 
ennemis. Certains Marseillais aliéuèrent une partie de leur fortune 
pour acheter des vaisseaUic et courir sus aux galères vénitiennes; 
Tun d'entre eux, nommé Ricaiàt^ se signala par son audace et son 
intrépidité; ses exploits lui donnèrent un grand renoui et ses prises 
nombreuses lui acquirent uue fortune considérable ^K 

^■) A. LtcoT St La M&ft«Kt, op. dl., p. 7. 

^'^ Augustin FiBift, Ui$t9irê 4f lÊÊrmUê, t. 11, p. Stt» 



— 176 — 

François I*"" qui fit deux voyages à Marseille tint consUmmenl 
une importante escadre dans ce port. Sous ce prince, les chantiers 
de construction de navires reçurent une extension nouvelle; ea 
iSsS, treize galères furent mises à la mer t'qualre pour le baron 
de Sainl-Blancard. quatre pour André Doria, trois pour Raphaël 
Rostang el deux pour Bernardin de Baux^'). Quelques années après, 
en i533, dix-huit galères royales étaient à Tancre dans le port. 
Kn 1 5&/i , le baron de La Garde fit passer jusqu'à vingt-cinq de ces 
navires de la Méditerranée dans TOcéan pour combattre la flotte 
ennemie. Tant de galères de Marseille dans TAtlantique furent 
considérées comme la merveille de Tart naval (^). 

II 

Dès le début de son règne, Henri U montre une sollicitude pai*ti- 
culière à Tégard de la marine des galères. Trois mois après son 
avèoement à la couronne, le i*" juin 15/17, il confie à Tun des plus 
illustres marins de son temps, Léon Strozzi, prieur de Gapoue, la 
charge importante de capitaine général des galères de France, pré- 
cédemment occupée par le baron de La Garde. 

Le préambule des lettres patentes portant provision de cette 
charge montre bien la sollicitude du souverain qui déclare vouloir 
augmenter les forces navales organisées par son père François I*^. 
U veut faire construire «rbon nombre d'autres galières?), estimant 
qu'avec de nombreux vaisseaux il pourra ^ commiaidor pur la mer ?> , 
protéger la navigation de ses sujets, défendre le littoral du royaume, 
déjouer les desseins de ses ennemis et enfin « faire plusieurs autres 
bonnes et grandes choses 1). 

C'est pour le seconder dans lexécution de ces vastes projets qu'il 
nomme Léon Strozzi général des galères. Ce marin a donné de 
nombreuses preuves de son habileté et de sa bravoure d'abord sur 
les galères de Tordre de Malte, puis sur celles de François I*', au 
service de qui il entre en iSSd^*^); aussi le roi, confiant en son 
expérience, lui donne les pouvoirs les plus étendus; il reçoit lui- 
même le serment du nouveau capitaine général qui se trouve à la 

(0 BooCHB, Hiêtoire de Prwênee, L H, p. obh, 
(*) Go^Riii, HiêUnrê maritÙM de la France, L I, p. 193. 
(^} Joseph FouBNiBR, L*Entréc de Léon Stroisi, prieur de Gapoue, au service de 
la Friiucc (i538) [BuU, de géogr, UUu et dêëcripi,, if 9, 1909]. 



— 179 — 

Nous ne saurions reproduire ici, dans leur intégralité, les vingt- 
deux inventaires soigneusement dressés par M* Borriily et accom- 
pagnés de la prise en charge de chaque galère par son capitaine; 
nous en avons condensé les indications essentielles, les particularités 
intéressantes, dans le tableau ci-après, dressé à Taide des documents 
originaux. Ce tableau suffira, croyons^nous, à donner une idée de 
la composition de Tescadre dont les unités — exception faite 
de la Riale, montée par le capitaine général — paraissent ne pas 
différer sensiblement. 

1. La DuNB y galère réale , ff quatre rème« , sous la charge de Léon Strozzî , 

prieur de Capoue , général des galères ; 

Artillerie : un grand basilic ^'^ de lao quiofanx, deux coule- 
vrines , quatre pierriers , trois grosses verses ^'^ ; 
CUoitrme : aaa forçats appartenant à Strozzi. 

2. La BoKNAOfSNTVRs, galère (rbastarddle'» , sous la chai^ du même 

Strozzi; 

Artillerie : un canon serpentin, deux moyennes de fonte, 
six verses ; 

Chiourme : ikh forçats appartenant à Strozzi. 

3. Le Sàingt-Jehan , trirème, sous la charge du chevalier de Grandval; 

Artillerie : un canon serpentin, deux moyennes; 
Chiourme : xMi forçats, dont ù au roi et i^ia au prieur de 
Capoue. 

A. La FoBTONB, sous la charge du commandeur de Beynes; 
Artillerie: un canon serpentin, deux moyennes; 
Chiourme : i&& forçats vêtus aux fnds du capitaine et dont 
1 9 lui appartiennent. 

5. (vGalIere bastardelle à laquelle n'a esté encores baillé nom?) , sous la 

charge de M. de Sainte-Marie, lieutenant du comte de Tende, 
gouverneur de Pix)vence ; 

Artillerie : un canon serpentin , deux moyennes ; 

Chiourme : ikk forçats. 

6. La Sàinctb-Marye ou Patbonjsb, sous la charge du même; 

Artillerie : un canon serpentin, deux moyennes, six verses; 
vingt-huit arquebuses; 
Chiourme: \lik forçats. 

^') Bouche à feu de très gros calibre. 
^'' Petites pièces d*artilierie. 

I 3. 



— 180 — 

7. La Catbbbinbttb , sous la charge du chevaliei* d'Aibisse; 

Artillerie : un canon serpentin «rmarqué de la Saliamendre^ . 
deux moyennes et deux verses appartenant au capitaine ; 

Chiourme : ak forçats, «rspërant dans troys jours avoyr le l'esté 
qui seront en tout sept vingt-quatre (iA4) lesquelz il a acquis à 
ses despens et faict veninv. 

8. La MAGDALàNB, SOUS la charge du capitaine Andrë de Marsay ; 

Artillerie : un canon serpentin, deux moyennes; irquant aux 
verses sont sur les aultres gallères qu'il a en Ponant «; dix-sept 
arquebuses à croc «rsont avec lesd. gallères en Ponants ; trente- 
trois arquebuses garnies de leura fr flasques^ ; 

Chiourme : ikk forçats. 

9. La Saincte-Barbb , sous la charge du même; 

Artillerie : une grande coulevtine, deux moyennes; 

Chiourme : thh forçats que le capitaine ^a faict venii* à se?) 
despens 7). 

10. ^^ Margarite, sous la chai-ge de Claude d'Ancienville, grand prieur 

de France, seigneur de Villiers; 

Artillerie : un canon serpentin, deux coule vrines bâtardes, 
deux grosses verses , dix petites verses ; 

Chiourme ; i&& forçats. 

11. La Paragonns, «r laquelle Ton dict apartenir à M. le Grand prieur et 

lavoyr faict faire de ses deniers» ; 

Artillerie : un canon serpentin, deux bâtardes, deux (r^meril* 
lonsT) , dix verses; 

Chiourme : i&& forçats. 

1:2. La Clémbncb, sous la charge du même; 

Artillerie : un canon serpentin, deux bâtardes, deux ^r^^meril- 
lonsw , dix vei'ses; 

Chiourme : ihh forçats. 

13. La FRAynorsBy tr autrement dicte la LnvRiÈRErt , iK)us la chai^ de 
M. de La Bastide, (^lequel dict lavoyr faict faire à ses despensv ; 

Artillerie : un canon , deux moyennes ; 

Oiiourme : i hh forçats. 

l/i. La Harptb, sous la charge de Jean de Lëvis; 
Artillerie : un canon , deux niovenncs ; 
Chiourme : i hk forçats. 



— 181 — 

15. La SiaiLLE, sous la charge du même; 

Arfitterie: un canon, deux moyennes; 
OuoÊorme : t &6 forçats. 

16. Le Saimct Jbrosme, sous la charge de Jean de Pontevès, seignear de 

Cartes; 

AriSkrie : un canon , deux moyennes aux armes dnd. Jean de 
Pontevès et lui appartenant, deux verses lui appartenant; en 
outre un armement composé de 35 piques. 1 9 pertuisanes, 90 ron- 
delles, il cabaœts, trois arquebuses; 

CUowrwie : 1 ii forçats. 

1 7. La Lionne, foos la cfaaige de Pierre de Saint-Martin ; 

ArfiUerie : un canon serpentin, deux moyennes ; 
CUtmnm: tkk forçats. 

18. La Comtesse y sous la diaige de Jean Vettîarity; 

AnUUrk : un canon serpentin . dein moyennes. 
' 1 U fiMrats. 



19. Le Sàuer-PtEEEM , soas la charge da eqiitaine Pierre Bon, «rkiqiieBe 
il dici avoyr fiûcte de ses deniers^r ; 

Arlilbne : on canon serpentin, deox moyenoes, huit venea. 
neuf arqnebuaes à croc, le tout appartenant an capitaine Pierre Bon, 
de mloie que les armes ci-après : 5o rescaffles'^ . 3o y m orrion s ^ ., 
9o arbalètes, 54 arqoebose». 33 'roodefles^, i5 pertnisaiei 
doff^, 10 haUebardo dor^ et 10 communes. 5o pîqœs et 
9w cpees; 

fSaome r iSo forçais. 

30. La SiUAMEMBÊM, MBS b charge dn mihm- 

scrpcnin. deox bAlarao, quiiue fer!i^ii. 



i4S 

31. La VtféÊM. snt» k charge do capîtiime Smàré et Swan : 

r on caiMtt »» ff p ent i p, di»fit omenr^i: 
; 1^1 lirrati. dnot 9 à loi ef tiwiii fiCiiH à m» fran. 



33. L Jasa."» * iom* b fiurgi^ «iii «npittioe Sr*xpioo. motte «b F'i*sm; 
ArtdLfrm : tta fanon s^p*'ntin. deux amvimnM. «i v^r^e»; 

OoMnar ; f Vi finmta appnrtf^nant a Lh)ii iîtrrïTn . rapitain^ 
♦pu b» a pr4ti»n an f^oite rb P'n»M<»fi, 



182 — 



III 



Comme le capitaine général lui-môme, plusieurs des capitaines 
de galère sont étrangers à la France. Pierre Bon, commandant le 
Saint-Pierre et la Salamandre, est originaire d'Avignon (cette ville, 
on le sait, appartenait au pape), mais il obtient des lettres de 
naturalitë et devient, par la suite, lieutenant général pour ie roi à 
Marseille. Jean Vestiarily, capitaine delà Comtesse, André de Sasso, 
capitaine de la Vipère, et Scipion de Fiesco, capitaine de V Argus, 
sont, comme Strozzi, originaires dltalie. 

Ainsi que nous l'avons signalé dans une précédente étude ^^^ le 
prieur de Capoue, appartenant à la célèbre famille florentine rivale 
des Médicis, obligé de fuir sa patrie, vint avec son frère offrir ses 
services à François V\ Le plus jeune capitaine placé sous ses ordres, 
Scipion de Ficsco, se trouve dans un cas identique de tous points: 
il a dû fuir son pays à la suite des malheurs de sa famille rivale 
des Doria à Gènes. Ses frères atnés, Jean-Louis et Jérôme, auteurs 
de la fameuse conjuration coutre André Doria^ venaient de përir 
en 15/17; le château des Fieschi avait été rasé, leurs biens partagés 
entre les vainqueurs ("^l C'est après ces infortunes que Scipion de 
Fiesco vient en France où nous le trouvons capitaine de galère 
en i5/(8, au lendemain même de ses malheurs; il a alors 17 ans. 

Il est à remarquer que Tescadre de Léon Strozzi n'est pas uni- 
quement composée de galères appartenant au roi; trois de ces vais- 
seaux sont la propriété de leurs capitaines : la Paragonne au grand 
prieur de France, la Fran^oyse au sieur de La Bastide, et le Sainte 
Pierre à Pierre Bon. En outre, le général des galères a tmis et 
achepté de ses deniers^ la cbiourme de la Diane, soit 99a forçats, 
et celle de la Bonne- Adventure, soit \lik forçats, plus i/ia sur 
les i4i qui montent le Saint-Jehan, De son côté, le sieur de Marsay, 
capitaine de la Sainte-Barbe, déclare avoir à son bord trsept vingt 
cinq (i&5) forçatz sains et bien vcstus et en bon ordre, lesquelz il 
a faict venir à ses despensv; André de Sasso, capitaine delà Vipère, 
déclare également que des i44 forçats placés sous sa charge, il en 
a fourni deux et a vêtu toute la cbiourme à ses frais. Quant à la 

^*' J. FODBRIËR, op. cit. 

^*^ Ed. Petit, Atidré Doria. Un amiral condottiere au xvf »iècle (iù66~î56o), 
p. aSi, 



— 183 — 

chiourme de Y Argus, galère commandëe par Scipion de Fiesco, 
comme celle de la Réale et de la Bonne-Advenlure , elle appartient 
au prieur de Capoue, capitaine général. 

Nous avons vu que la plus grande des galères est la Diane, 
montée par le capitaine général en personne; elle est à Tescadi^e 
ce qu'est de nos jours le vaisseau amiral. Les sss forçats de son 
bord rament sur quatre rangs; c'est donc une quadrtrhne. On en 
trouvera ci-après les inventaires dressés, Tun en i5&8, peu après 
la nomination du prieur de Capoue au généralat; Tautre en i&5i, 
au moment où il se démet de cette charge. Ce dernier inventaire 
accuse une chiourme réduite à 199 forçats dont il donne la liste 
nominative. En comparant les deux inventaires on verra que, durant 
les quatre années de commandement de Slrozzi, le matériel et le 
mobilier de la galère réale a été sensiblement accru (^). 

Les vingt et une autres galères, dites trirèmes, semblables à peu de 
chose près, comptent chacune — leur chiourme étant au complet 
— tiiU forçats enchaînés trois à trois. Nous donnons ci-après, à 
litre de spécimen, l'inventaire du Saint-^Pierre, appartenant au capi- 
taine Pierre Bon et commandé par lui (^). 

C'est avec l'escadre composée comme nous l'avons vu que Léon 
Strozzi en imposa au plus célèbre marin du xvi* siècle, André Doria, 
et qu*il livra de nombreux combats aux corsaires barbaresques dont 
il fut la terreur. En iBig, avec une partie de cette escadre, il 
remporta une victoire éclatante sur les Anglais; il leur coula plu- 
sieurs vaisseaux et poursuivit les autres jusqu'à l'Ile de Wight. 

Faire le récit de ces comhats et de ces victoires serait toucher à 
rhistoire proprement dite de notre marine au cours de l'une de ses 
périodes les plus brillantes; ce serait empiéter sur un sujet traité 
en maître par un écrivain qui a déjà mérité le titre d'historien de 
la Marine française ^^\ Ce titre enviable il le justiGera plus encore 
en continuant l'œuvre de premier ordre en cours de publication et 
précisément à la veille d'aborder la période à laquelle se rapportent 
les documents publics ici. 

(0 Pièces II et 111. 
î*> Pièce IV. 

^'' Gh. DE La RoiicièRB, HiêUnrê de la Marine fi*ançaiê$ (Paris, Pion, 189^ 
et 1900). 9 volumes s'appliqaant à la période antérieure au xvi* siècle, 



— 184 — 



PlJEGE I. 

Baint-Germain-en-Laye, i*'juin 1567. 

Lettres patente» de Henri II, portant provision de la charge de capitaine 
général des galères de France en faveur de Léon Strozzi, chevalier de 
Saint- Jean-de- Jérusalem, prieur de Capoue. 

Henry, par la grftce de Dieu roy de France, à tous ceulx qui ces pré- 
sentes lettres verront, salut. Comme à nostre novel advènement k la cour- 
ronne en regardant avec les princes de nostre sang et lignaige et autres 
grans seigneurs et notables personnaiges estans lez nous au faict de nostre 
estât et à la conduicte et direction de noz affaires, nous eussions, entre 
autres choses, ad visé et délibéré d'augmenter les forces que le feu roy, 
nostre très honoré seigneur et père que Dieu absoille, nous a laissées par 
la mer, et, ouHre les gallères qu*3 avoit tant en Levant que en Ponant, 
en faire fère et construire ung bon nombre d'autres , estimant qoe , aver 
tdies forces, nous pourrions commander par la mer, donner sceureté k la 
navigation de noz subjectz , défendre et conserver noz ports, havres, villes 
et costes maritimes', rompre les desseingz et entreprises de ceulx qui nous 
vouidroient estre ennemys, et faire plusieui*s autres bonnes et grandes 
choses très utiiles nécessaires et profltables à nostre semce et au bien et 
prospérité de noz affaires. 

Et d'aultant que le principal d'icelles forces est d'estre bien commandées 
et exploictées par ung bon chief et cappitaine général, sur la fidélité, 
loïaulté, expérience et diiligence duquel nous nous puissions entièrement 
reposer, — nous, sachant que, pour cest effect, ne scaurions faire milheure 
élection que de la personne de nostre cher et amé cousin le Seigneur Léon 
Strossy, chevalier de Tordre Sainct Jehan de Jérusdem , prieur de Gapona, 
pour rentière cognoissanoe que nous avons dès piéçà eue de ses v^uz, 
mérites, grandes et louables qualitez, aïant, dès ses premiers ans, esté 
nourry et exercité au faict de la marine où il a plusieurs foiz fait preuve 
de sa grande dextérité et expérience; 

Pour ces causes et autres bonnes et justes considérations, à ce nous 
mouvans, icelluy avons faict, constitué, ordonné et ostably, faisons, 
constituons, ordonnons et establissons, par ces présentes, chef et cappi- 
taine généra] de nosd. gallères estans de présent et qui seront cy apr^ en 
nostre soulde et service, tant en la mer de Levant que en Ponant, avec 
plain povoir, auctorité, commission et mandement spécial de fera armer, 
équipper. advitaiHer et mectre en tel ordre que besoing sera et qu'il verra 
estre requis et nécessaire nosd. gallères ; commander et ordonner aux cap- 
pitaines particuliers d'icelies et aulz gens de guerre , mariniers et autres 



— 185 — 

qui seront dessus, tout ce qu'ik auront à faire pour nostre service; et là où 
il adviendroict que pour quelque exploict de guerre, nous feissions 
acoompaigner lesd. gailères d*aulcuns navires et aultres vays seauix, nous 
voulons et entendons que sur iceuix il aict tel, semblable pouvoir et com- 
mandement que dessus, et que lesd. gailères et vaysseaulx il puisse mener, 
conduire et fere descendre es ports, havres, plaiges et aultres lieulx qu'il 
verra et cognoistra estre plus requis et à propoz pour nostredict service, 
et travailler oeulx qui se vouldroient dire et porter noz ennemys et ad- 
versaires, employer et exploicter lesd. gens de guerre estans sur lesd. 
gailères et vaysseaulx, ioeulx mener, guider et conduire où les envoler 
ou besoing sera et qu'il verra estre uecessaii'e pour le bien de nosd. affaires , 
sellon les occasions qui se pourront ofirir, et ainsi que luy aura esté 
par nous mandé et ordonné, et là où aulcuns par malveillance, inimitié 
ou malvaise voulante qu'ils nous pourroient pourter le vouldroient sur ce 
empescher d exécutter ses entreprises, il y pourvoyra en manière que leiTect 
d'iodles entreprises estre retardé en procèdent à lancontre d eulx et les 
villes, lieulx et places où ilz se trouveront par main forte et armée si 
mestier est les sommations, droictz militaires et autres solennités en td cas 
requisses préalablement gardées et observées; — de faire faire les monstres 
et reveues tant desd. gens de guerre que de toutes autres manières de gens 
estans sur lesd. gallaires et vaisseaulx : — de veoir et bien veoir et visiter iceulx 
vaisseaulx et gallaires pour sçavoir quelz vivres, munitions et autres pro~ 
visions nécessaires seront dedans, et si les cappitaines auront et tiendront 
chacuns de leurs churmes fournies et autant qu'il leur fault avoir et tenir de 
gens de cap et de bonne volunté , et s'il trouve qu'il y aict faulte en aucune 
des choses dessusd. leurs circonstances et déppendances , contraindre lesd. 
capitaines d'y pourveoir incontinent en toute diligence; — de faire payer 
lead. gens de guerre, officiers et mariniers, de leurs gaiges et souldes; — 
ordonner et commander au trésorier de la marine (la Levant de payei' 
iceulx gens de guerre, officiers et mariniers, des deniers que luy seront 
ordonnés pour payer les cappitaines des gallaires pour la soulde d'icelles , 
et contraindre lesd. cappitaines k tenir compte et allouer aud. trésorier ce 
que par luy aura ainsi esté ordonné; — ordonner, commectre et depputer 
bons et suffisans commissaires et pareillement contrerolleurs pour cest 
effect au cas que les commissaire , conti'erolleur généraulx de nostre marine 
du Levant ne feissent le voyage avec luy de faire payer et contenter tous et 
chacuns les vivres et autres fraiz qu'il sera besoing de fere pour l'armement 
et équippaige de nosd. gallaires et vaisseaulx, lesqudz payemens desd. gens 
de guerre et autres deniers et fraiz extraordinaires tant pour le radoub des 
navires, gallaires que autres choses nous voulions estre alloez et emploïez 
aux comptes et rabbatuz de la recepte dud. trésorier de nostre marine de 
Levant et autres qu'il apartiendra, en rapportant sur iceulx comptes les 
roHes desditz navires deuement expédiez avec le vidimus de ces pi'ésentes 



— 186 — 

que nous avons pour ee signées de nostre main, et pareillemeiit quant 
ausdiU fraiz et achaptx de vivres les ordonnances qui par lay seront faictes 
avec les quictances des parties oii elles escherront par noz axnez et £eanlx 
les gens de nos comptes ansqudz nous mandons ainsy le fere sans dîjQScttlié; 
— de fere fere la justice, punition et correction de tous les crimes et 
d^ictz qui seront commis et perpétrés par iceulx gens de guerre ou les 
leur remectre, quicier et pardonner s*il veoit que fere se doibve; casser 
et oster ceulx qui ne seront bons pour nostre service , et, en leurs lieuix et 
places , y en mecti*e d aultres ainsi qu'il advisera ; — de mander et faire venir 
par devers luy tous les cappitaines et chefz desd. gadlaires et vaisseaulx 
toutes et quantes foys que bon luy semblera pour tenir conseilh et avoir 
leur advis et oppinion sur ce que sera requis et neccessaire pour nostre 
service, et des moyens par lesquelz Ton pourra mieulx grever et endoumaiger 
noz eimemys et adversaires s'il s'en présente aucuns ; et si lesditz cappi- 
taines faisoient difficulté de luy obéir es choses touchans et concemans le 
bien de nosd. affaires, nous voulions et entendons qu'il les puisse suspendre 
de leurs gaiges, et , en leurs lieux et places, y commectre tdz personnaiges 
ydoines et suffîsans qu'il advisera jusques à ce que par nous autrement 
en soit ordonné; — daller combattre, abborder et invahir en ten>ps de 
guerre, si elle advenoit, tous et chacuns les vaysseaulx des ennemys qu'il 
pourra rencontrer, s'il veoit que bon soyt; — de recevoir et captiver en nostre 
bonne grâce et mercy tous cappitaines de gallaires de nosd. ennemys t et 
aussi toutes villes, chasteaulx et places, qui se vouldront Kbérallement et de 
firanche voulante rendre, soit par composition ou autrement; — de bailler 
et octroyer lettres de sauf conduict et sceureté, et cappituler avec eulx et 
les accepter pour nostre bien et service, comme faire le pourrions; — 
mander et faire venir par devers luy tous personnaiges, soient desd. gallaires 
ou desd. villes et places, pour cappituler avec eulx et sur toutes et chacnnes 
les choses dessusd. bailler et décerner ses lettres patentes et mandemens, 
commissions et autres choses nécessaires tdles que besoing sera, lesquelles 
nous voulions estre d'un tel effect et valleur comme si par nous mesmes 
elles avoient esté ordonnées et expédiées, et, en tant que besoing seroit, 
nous les avons vallidées et auctorisées, vallidons et auclorisons par œsd. 
présentes. 

Si donnons en mandement h tous noz lieutenans , gouverneurs , admiraulx , 
visadmiraulx et autres noz justiciers et officiers qu'il apartiendra que nostre 
dict cousin Léon Strossi , duquel nous avons faict prendre et recepvoir en 
nostre présence le serment en tel cas requis et acoustumé, et icelluy 
mectre et instituer en possession de lad. charge de cappitaine générd 
de nosd. gallères, iiz facent, senffi^ent et laissent joyr et user plainement 
et paisiUement d'icelle charge, ensemble des honneurs, auctorités, prer- 
rogatives et prééminences que y apartiennent,^ pouvoirs, puissances 
et facultés cy dessus dédairés, et h luy obéyr et entendre de tous ceulx et 



— 187 — 

ainsi qu'il apartiendra , es choses toûchans eteoncernans icdle charge génë- 
raie et en tant que besoing est ou seroit. Mandons et e:ijoignons k tous 
tesd. eappitaines [Particuliers de nosd. gallaires et vaysseanlx qui les pourront 
suivre cy après qu'ilz et chacun d'eux respectivement en toutes etchacunes 
les choses dessusd. leurs circonstances et deppendances ainsi que nostred. 
service et le bien de nosd. aiTaires le requerront, car tel est nostre plaisir; 
— et pour ce que de ces présentes Ton pourroit avoir affaire en plusieurs 
et divers lieuix , nous voulions que au vidimus d'iceiles , faict soubz scel royal 
ou deuement coHationnëes de l'ung de noz araez et fëauix notaires et 
secrétaires, foy soit adjoustëe comme au présent original auquel en tesmoing 
de ce nous avons faict mectre nostre scel. 

Donné à Sainct-Germain-en-Laye, le premier jour de juing Tan de 
grâce mil cinq cens quarante-sept et de nostre règne le premier. 

HENRY. 

Et au repply d'icelles est oscript : Par le Roy, le sieiu* de Montmorency, 
connestable et grand maistre de France : le conte d'Aubmalte , gouverneur 
ot lieutenant général pour led. seigneur en Daulphiné et Savoye; les 
sieurs de Sedam et de Sainct-Andi-é , chevaUers de Tordre, mareschaulx de 
France, et autres présens. 

DUTHIER. 

Et scellées à double queue de cyre jaulne. 

[ \rehive8 des Bouchet-^-Rhâne , B. ho (CorcuM)^ f 45 v*.] 



Pikd II. 

Marseille, 8 août thhS. 

Inventaire par Louis Borrilly, maître rational et archivaire en la Chambre dos 
Comptée de Provence , de la galère réale quadrirèine la Diane , et pnsc m 
charge de cette galère par Lion Strozzi, 

Et premyèrement inventayre de la gallère réalle quatre rème appeliée la 
Diane , faict ëz présences de Monsieur M" Thomas Balliod , commissaire et 
Claude du Chastel, contreroolieur de la marine , appdlé le Comité ^'^ d'icellc 
gallère, dict Scorpene. 

Le corps de la gallère tout neuf,gamy de son arbre, anthenes, pollieyes 
broiisëes et sarcyes; 

t*) Mttlre d'équipage, commandant la chiourme. 



— 188 — 

Banez, bancades^'^ pedaigues, pedaignons ^'\ arbalestrières et aoltres 
choses nécessaires pour le corps de ladicte gailère; 

La pallamente en nombre de deax cens vingt-deux, gamyes de plomb 
et degaUavernes; 

La pavezade foumye; 

L'esquif fourny avec son anchre et thimon. 

VOILLBS. 

Le bastard, bouixles, treau^'^ trinquet, les portes de poupe, de mëjanes, 
et de proue, d'herbaige. 

tbudbs. 

Tende d'berbaige, ung aultre de ranavers^^\ ung tendai de poupe, 
d'herbaige doublé de canevars. ung tendai de cothonine, cinquante 
six cuyes ^'^ sur les bangs des forçatz i avec leurs sacs de canevars pleins 
de paille. 

SABCTB. 

Six gumenes, deux gumenetes, qualre caps de poste. 

A1ICHIIB8. 

Quatre royssons. 

ARTILHBIITB. 

Ung grand basilic poysant six vingt quintaulx aux armes de Monseigneur 
le connestable, garny de ses boutoyrs , reflbulloyrs , cuillièreset esoobillons; 
deux coUouvrines bastardes, garnyesde semblable garniment; quatre canons 
perriers ; troys grosses verses. 

LSflTITB. 

Six boutes à vin, quatre carrateaulx ^'^ pour Thuille et vinaigre, deux 
carrât eaulx pour faire beuvande. 



CUTSIHB. 



La grand chaudyère pour la cheurme, une chaudyère pour les maliades, 
aulire chaudyère pour la poupe, le tout de cuyvre, une cassete de cuyvre, 
troys cuillers de fer, deux poylles h frire, ung chauderon grand pour la 



^') RaDcs sur lesquels les forçats étaient attachés. 

'^^) Appuis pour les pieds des rameurs. 

^^^ Voile carrée, en usage lorsque le navire marchait vent arrîèn^. 

(^) Chanvre. 

(^' Sorte de coussin. 

(*^ Petits tonneaux. 



— 189 — 

pègue, ung autre petit avec deux cuilyer» pour semblable, quatre cens 
quarante huict bamiz à eaue pour la cheurme. 

rORSATZ. 

Deux cens vingt-deux forsaU vestus et bien en ordre; 

Cinquante six branches de cadenes pour les forsatz ; 

Deux masses et deux defferroyrs pour ferrer et defferrer les forsatz. 

MUNITIONS. 

Cent bolletz de canon, cent de bastai*de, cent de moyene. 

Laquelle gailère, ensemble les gamiinentz, fourniture , artilleryes , muni- 
tions et aultres choses cy dessus spéciffiëes, en prince de moy, raiioual 
etarchivaire de ladicte chambre des comptes, soubsignë, mondict seigneur 
le grand prieur et cappitaine général des gailères et armée du Roy, aussy 
soubsignë, a confessé avoyr eu* et receu, excepté la cheurme laquelle il a 
myse de ses deniers, pour faire le service du Roy avec ladicte gallère et 
a promys Tentretenir en la sorte qu'elle est de présent pour le service du- 
dict seigneur, su y vaut ce qu'il a promis en prenant la charge d'icdle et en 
tesmoingt de ce me suys soubsignë , aussy mondict seigneur prieur et cap- 
pitaine général desdictes gailères , le huictiesme jour du moys d'aoust Tan 
mil cinq cens quarante huict. 

LiONR Stbozzi, priore di Capua. 

L. BORRILLY. 

[OrigÎDai. — Archives des BoMehes-^^-Rhône , B. aSa, f 3.J 



PikcB m. 

Marseille, 19 septembre i55f. 

Incmiaire de la galèrt réak la Diane , lers de la sortie de charge 
de Léon Strozzi comme capitaine général des galhres. 

Inventayre de tous et chacuns les ecquippaiges trouvés dans ia gallère 
nommée la Réule, estant soubz la charge du seigneur prieur de Capua, 
faict le XIX* septembre 1 55 1 . 

PRRMIKRBMSNT. 

Le corps de la gallère entier avec son arbre, antenes garnys de sareie, 
tailles, bronzes, bancz, baucades, pedaigues, pedaiguons, arbaleslres, 
{Mvezade et rambades. 



— 190 



ADTRI SIBCHI. 



L'arbre avec segate; 

Ung grand iandaii de damas cramoisi rouge avec son escusson d'asur 
semë de fleurs de lys dorées; 
Deux gumenes oeufves entières; 
Trois gumenes à deux sarches ; 
Deux gumenetes, une neufve et autre deux sarches; 
Deux paires damas vieulx; 
Trois pataraz pour donner carène: 
Quatre scorpy pour donner carène: 
Deux vieUies vêles de guyndal ; 
Une vêle subtille pour faire centureà Tarbre: 
La vele de proil avec quatre tailles pour donner careue. 



T0TLI8. 



Lebastard; 
Bourde; 
Treau; 
Trinquet; 

Le tout gamy en ecquippaige de navyguer. 

La pallamente fournye de gaievemea et pions estans en nombre de 
deux cens; 

Douze rames de respect; 

Trois reyssons et ung ancre avec le fer de Tesquif; 

La tende d'erbaige; 

La tende de canevaz ; 

Le tendal d'herbaige doublé de canevas; 

Le tendal de coutonyne avec ung paresol de cotonyne, le tout vieil; 

Une teodelete d*escarlate estant à pouppe. 



ARTILLABTK. 



Ung double canon en coursyer avec cent bouletz, avec ses chargeoirs, 
boutoirs, reiïouloirs et cuiihiers; 

Deux bastardes avec cent bouletz qui est cinquante pour chescune: 

Deux moyennes avec quarante bouletz , gamyes comme les premières ; 

Deux canons perriers avec vingt boUets de pierres; 

Dix verses grosses et moyenes avec deux centz balles; lesdites verses 
avec doubles masdes et ses coings; 

Six harquebuses à croc avec cent quatre vingtz bolletz ; 

Une autre verse neuive de fonte estant ez mains du forgeur; 

Quatre masdes de respect pouldre; 

Douze barrilz et demy de pouldre à canon ; 



— 191 — 

Deux barrilz de pouldre d*harquebuze ; 

Dix livres de pouldre de poulverin; 

Deux barrilz à bourses à mectre pouldre; 

Troys masses de fer pour batre les coingz servaus aux masdes de ladite 
artillerie. 

Une grand cuihere et une petite servant k fondre le plomb pour fere 
bonletz tant pour les arquebuses à croc cpie aultres pièces; 

Dix trompes à feu avec les lances; 

Six aultres trompes prinses dans les navires prins par les galièi^es : 

Cent quatre vingtz pois à feu ; 

Ung gauche servant à tirer le boulet du canon et aniires pièces. 

A L^BSCANDOULA. 

Unzes rondelles de Naples, dorées; 

Trente liuict aultres rondelles noires à demy livre; 

Huict grandes rondelles noires; 

Troys aultres rondelles de diverses colleurs; 

MOUBBTOirS. 

Quatre cens soixante deux mourryons; 

Quatre vingtz quinze escalbes; 

Trente troys aibarestes avec leurs bandaiges et carcois plains de flèches. 

Deux espëes à deux mains; 

Quatre vingtz troys espëes ayans gardes et fouraus. 

HABQDBBOOEBS. 

Soixante harquebouses gamyes de leurs flascons et pulver)us; 
Quarante cinq picques. 

A POUPPR. 

Vingt deux pertuysanes carrancon; 
Seize halebardes et pertuisanes carrancon ; 

Deux deferradouz avec les enclumes et six caussetes pour les forsatz ; 
Trente une baudières m y parties de taffetas blanc et noir; 
Deux flammes, une de taiïetas blanc et noir, Taultre de toiile: 
Deux gaillardes bons pour Tarbre, Taultrepour la pêne, semez de fleurs 
de lys d*or: 

Les moles des harquebutz à fere bouletz ; 
Deux cents barrihs à eaue pour la ehorme: 
Dix buict paires de traverses. 



192 — 



A L«I9TIVI DB LA GOMPAIGNE. 



Six boutes de vin, cinq pleines et une vide; 

Ung carrateau pour mectre huille, à demy plein; 

Ung carrateau plein de vinegre; 

Deux tineaolx Tung pour vinaigre, lauiire pour buvande 

La marquedouyre pour entonner le vin; 

Sept lanternes avec leurs lampyons fornys ; 

Deux miegemyns de porc; 

Cinquante pièces de grande formaiges ; 

Six barrilz de sardines; 

La grande chaudière pour la chorme; une grande pour la pouppe: 

Une chaudière moyene pour les officiers; 

Deux aultres pelitz chauderons tant pour les malades que comme service I 

de la gallère; 1 

Une bassine de leton pour laver la chair, avec leurs cuilhières ; 

Trois broches de fer; 

Une grand casse cuyvre; une aultre moyene; 

Deux poyles à fryre ; 

Deux landiers de fer; deux grilles, une grande, autre petite, une bacbe 
et une pelé de fer; 

Trente cinq platz d'estaing; 

Treyse assietes; 

Deux potz d'estaing à tenir huille et vinaigre. 

Meubles trouvés en la chambre de pouppe : 

PRBMlàRKMBNT. 

Deux matelatz couvertz de taiTetaz armoinsinz de colleur jaulne avec 
leurs coissins de mesmes ; 

Ung aultre mataiaz de fustaine blanche; 

Ung aultre mataiaz de serge d'Amyans, rayde avec son coissin; 

Une couverte rouge de Cataloigne: 

Deux coissins de velours cramoisin rouge. 

Ung aultre coissin de cuyr doré. 

Cinq tapis tnrquins; 

Deux brasselz de corsdet ; 

Ung caban de feutre blanc faict en broderye avec troys boutons esinaiihée 
de noyer et ung eerche. 

A LA POUPPI. 

Deux grande tappis turquoys et ung aultre moyen; 
Ungiappis vert; 



— 193 

Table de pouppe avec teuailke» et liauquasses; 

Une enseigne de taffetas blanc et noyer pour compaigne de gens de pied. 

AU PilLHOL. 

Knviron quatre vingts quintak de biacaii; 
(Jng quintal de feves; demy sac de nentilies; 
Ung sac plein de ris; deox sacz pleins de poix. 

(Suit la liste de 19-2 forçats composant la chiourme de la Diane); 
il a paru oiseux de donner ici une aussi longue liste de noms. 

[Arcktve9dêi BouehM-du-Rk&ne , B. aSÔ, T 19.] 



PiàcB IV. 
Marseille, 8 août i5&8. 

InccnUiire de lagulère le Saint-Pierre, appartenant au capitaine Pierre Bon, 

et commandée par Itn. 

Inventayre de la galièrc nommée Sainct-Pierre , estant soubz la charge 
du cappitaine Pierre Bon et laqudle il dict avoyr faicte de ses deniers. 

FMMTàBllliaiT. 

Le corps de la gallère avec ses arbres et authenes garny deaement de 
sarcye, tailles, pollyes brousées, bancs, bancades, pedaigues, pedaignons, 
arbalestrièi*e8 et tout ce qu'est nécessaire au corps de lad. gall^. 

La pavezade garnye; 

Deux thimons; 

L^esquif garny ; 

La paliamente en nombre de sept viugtz quatre, garuye degailevernes 
et plomb; 

V01LLI8. 

Lebastard; 

La bourde; 

Treau; 

Trinquet; tout neuf. 

SABCkl. 

Cinq gumenes ; 

Une gumenette neufve et une de demye sarcyc; 

Ung cap pian; 

Une roiiilette de poste. 

<»éo«BAFaii, N* 2. — 190/i. t'a 



— 194 — 

Quatre roissons. 



Ung canon serpentin ; 

Deux moyennes; 

HiiM^ verbes , quatre grosaes çt quatre petites f veç sei^^ ipascles ; 

Neuf arquebuzes à croc, et le tout dict avoyr faict de i»es deniers. 

MDIITJ0I8. 

Soixante bolletz de canon; 
Quatre ving^ de moyenne. 

AMIIB. 

Trente escailies; 

Trente morrions; 

Vingt arbalestes gamyes; 

Cinquante quatre arquebuzes garnys ; 

Treata troy9 roiulçUes; 

Quii^se pertuiSfinoDs dore^ ; 

Dix aliebardes dorez et dix communes; 

Cinquante picques ; 

Viii0fiiiiq wpto; 

LfisqndUas ariaurM iH avoyr Mciiepl^ à mu dfi#peQ«» 

POBSiTZ. 

Sept vingt dix forsals vestuz de neuf, sains et bien en ordre; 
Quarante huict branches de cadenes ; 
Deux deffisrroirs garnys. 

Six bottes à vin ; 

Quatre carrateaulx, deux à vin cl uug pour huilie et l'aulira |Mlu* vi* 
naigre; 

Sept vingt dix barriiz à eaue pour la cheurme; 

Li GUTSINB. 

Une grand chaudière pour k ehanmifi; 

Troys aultres chaudières pour les offiâers et gens de hanoft ^ 
broches et autres ustencilles qu'il dict avoyr acheptM k m» ikipam. 



— 196 — 



TBIIAB8. 



Une tende d*herbaige; 
IJiie tçn^e de cfinevars; 
Ung teadal d'herbaige doubla de canevarit 
Ung tendal de cotonine avec ses parasolz. 

Lesdicii iavenliirtf ont eêU amti biotz el a^criptt par moy dict com- 
missere et soubdgnë. 

L. BORRILLY. 

[i4reUvw dsi B(melm-4u'Rh6nê , B. aSa , f 38.] 



i3. 



— 196 — 
LES 

DESTINÉES D'UNE CARTE DE SAVOIE 
L'ŒUVRE DE TOMASO RORGONIO, 

PAR M. HENRI FERRAND, 
Président de la Société de stati «-tique de 1* Isère. 



Daus la seconde moitié du wif siècle, vivait à la cour de Savoie, 
un homme au génie fécond et multiple qui, à Tinstar des grands 
hommes de la Renaissance italienne , excella tour à tour dans les 
genres les plus divers. 

Né aux alentours de i63o, Jean-Paul-Thomas Borgonio fut un 
peintre de portraits distingué; comme ingénieur militaire, il restaura 
les fortifications de la place de Vercoil ; calligraphe renommé, il fut 
maitre d'écritures à la cour de Turin. Professionnel du blason, il 
fut nommé héraut de la cour, le 7 janvier 1675, et il était remarqué 
pour son art à décrire les armoiries avec un goût parfait et avec une 
justesse d'expression toute spéciale. Parmi ses meilleurs travaux, il 
faut citer une représentation de la généalogie de la maison de Sa- 
\oie, en vingt-quatre tableaux, publiée en 1680, avec des gravures 
ducs au burin de Fayneau et de Depiène. 

En cette même année 1680, il faisait paraître la première 
grande carte des Etats de Savoie, sur la préparation de laquelle 
nous manquons de documents, mais qui, vu sou étendue, sa grande 
échelle, et les détails minutieux qu'elle fit connaître, doit lui avoir 
demandé un travail considérable. 

Gravée sur quinze feuilles de cuivre par Gio. Maria Belgrano, la 
première édition de cette carte parut dans les derniers mois de la ré- 
gence de la duchesse Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Neniours ^^\ 
et lui fut dédiée en ces termes : 

(0 Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours épousa, en i665, le duc de Savoie 
Cbaries-Einmanuel II, et devint, à In mort de ce prince, le 1 a jain 1676, régente 
du duché. — Né lo 1 ft mai 1666, Vicier \médée II fut déclaré majeur k 1 A ans, 
le ih mai 1680. Il fut le dernier duc de Savoie, et devint roi de Sardai^^ne 
en 1718. 



— 197 — 

ftCtitia générale de SfaA H Sua AUexza Beale, A Madama Reale 
Maria Giovanna Battista di Savoia, Ducbessa di Savoia, Principessa 
di Piemonte, Regîna di Gipri, Madré e tutrice deif Alteua Reale 
di Vittorio Amedeo II, e Reggente di suoi Stati. 

cr Madama Reaie, Presento a V. A. R^ la carta générale de' Stati 
di S.A. R. suo degnissimo figiittolo, la quale per esser parlo de 
regii suoi comaDdi e stata da me col favor délia Bussola e del 
Contragoardo delineata e descntta oon q^ maggior diligenza clio 
potuto. Qnivi sono esposte a suoi occhi non solo le Provincie,dove 
habilano quei Popoli c'hanno forluna d'esser sotto il suo gusto e 
pmdentîssimo Governo, ma vi reslano con particolar essatezxa no- 
lati i limiti délie medesime con Prencipi confinanti. La supplico 
humilmente di gradire questo picciolo testimonîo del mio ossequio, 
e compatire se neir angustia di queste linee non ho potuto far cosa 
corrispondente alla grandezza del suo merito, e con profondissima 
rirerenza me le inclmo D. V. A. R. le Humilissimo, fedelissimo e 
obedientissimo servilore e suddito : Gio. Tomaso Boigonio.^ 

Sur les quinze feuilles, douze seulement sont employées au 
figuré du terrain , deux étant entièrement occupées par une volu- 
mineuse notice, et une autre étant consacrée au titre qui, accom- 
pagné d'un cadre artistique et entouré des ornements usités à 
répoque, envahit encore partiellement quatre autres feuilles. Le 
dessin cartographique couvre donc à peine la surface de dix feuSles. 

Les Alpes sont figurées du lac de Genëvtî à la mer. Grenoble est 
à Tune des extrémités du dessin. Nice -est au Sud et Antibes em- 
piète sur le cadre, Alexandrie et Sa vone jalonnent l'extrémité orien- 
tale de la carte. Le relief est donné d'une façon saisissante par un 
éclairage oblique venant de l'angle N. 0. , qui forme des ombres 
accusées sur des dentelures de montagnes fantastiques, et le héraut 
se signale par la représentation des armoiries de chaque région , 
dans le champ même de la carte. 

En 168^, la célèbre maison Jean Blaeu, d'Amsterdam, éditait le 
splendide ouvrage connu sous le nom de Théâtre du Piémont et de la 
Savoie. (Theatrum Statuant Regiœ Celsitudinis Sahaudiœ Ducit, Pede- 
fnonfn prinei/ni, Cyjni Régies exhibetu Pedemonlium et Sabaudiam.) La 
carte de Borgonio vint l'orner et en préciser les descriptions. Mais 
comme ses dimensions originales, à l'échelle de 1 : i&&,ooo% 
9 m. 19 sur 1 m. 78, la rendaient peu propre à l'insertion même 
dans un in-folio, elle fut divisée en trois parties : Piémont, a 






— 198 — 

r^bdlé flpproximatite du i ! 656,000^ Savoie, à Téchelle ap- 
preiimatlve du 1 1 4oo,ooo*et GhablaiSt irMiallA du i : 990,000% 
et Mtte fédtteiîdH fui gnifée par Jean do Broen. Loa iSarUa élaot ici 
un peu plus régulières ^ lenr format a amené c{ueiqiieB ingères àd« 
jOAétionii d« Unrain, par éiemple dans la carte de Piémont, la 
ville d'Ugogna et sa vallée au Nord, le iae Majeilr et le litloral 
jusqu'à Oéses, et des mippraaaioM dans la carte de Savoie qui ne 
refifbrme pioi les mmtagses de la Gbartrauso, Grvoolde et aei en- 
virons et une partie dn masàf d'AHevard. Le figuré dea montagnes 
y est singnlitremèttt réduit al quelques détails de topographie 
rMiflés^ emima les inflexions de TArve anx approches de Gha- 
uimmlSi Enfin les éenssons des régions eont rejetés éû marge. 

Dafis eelte publication monumentale, faite par Téditaur hollan* 
dais sur les ordres et ant IVaiS de la eonr, Borgonio ne se borna 
pas k fournir les réduetions de sa carte^ mais il donna le dtsain de 
plusieurs des splendides planches qui rUlnsIrent, et notamment 
de Turitt, d'Astà, de 8aini«Damiett et de la pitlereaqne vue do 
Défilé de la Orotte (passage des Éohallea)« 

Dessillée avee un luxê vraiment artistique, dressée à une grande 
éehelle, avec une représentation des montagnes parlieidièrament 
suggestlte^ eette carte s'imposa au monde des gé«^pbes d'alors. 

Le padru Gurunelli s'en inspira manifeatement dans sa earle 
Le QimfroVtdU di LMêtnat Angrogna^ 8. Mmimo$ la Aroea» on 1690* 
A Paris, N< de Fer publia en 1699 une grande earte eli quatre 
feuilles «comprenant toute 4a SAvoie et le Piémont d*après les mé-> 
mulN» do sluur Bourgoio ^^l 

Dans lé ^ttd centre de publieatiolis cartographiques de Tépoque, 
à Amsterdam, Pierre Mortier édita , en 1 696 , une rédoetiouderoenvre 
originale sous la titre de TtiMa gmimaUê Stdumdim, dans T^tiat no- 
vuê nd U8um êêMrtiêêimi BwgmM» Dum. Au siède solvant, en 176 1 , 



(*' PrmtApoMti et PUmmL^ êm^fntmiê 4» Fircn/, duché du Vûl ^Aomt, «Mr- 
ifuitat d*lvrée, manquât éf Suzet comté d'Ait, comté de Tarentaiêê, le Canavez, 
comté de Morienne^ et le Mont/errât, — Principauté d^ OnegUa , marquisat de ^tnol^ 
partie du iHémont et dû Mimtferrùt et éi la République dé Géhet. — Le cotMê rf» 
Nice, k mitfquiêÊl é» Sêhiê0$ H to pH n élfà ut é êe Mmmêè , àtmeés wr les Méiaitai 
do tlSur Boufaoin, par N^ de Fer^ g éy s phs de moiMêigneur le DaupUa, à Périt, 
dans lile du Palais , 16994 GeUe carte est renferroëe k peu près exactement dans 
le» mêmes limites que celles de Rorganio, elle a même conserve en grande partie 
le très caractéristique figuré de ses Soodtagnes, notamment dans ta fégien de 
l'isertn et An mont Oeflétn*. 



. « 



— 199 — 

RobeH d0 V«figMdy Ikilait paraîtrai à Pdris, le ^tDuM é$ Sam/é, 
qbi cottiprefid io Ghablaii , lé FôBSigny, I0 Oenet dii , la Savoye propre^ 
la Taretitaisa at la Mattriantié,. < j drëaaé ii l'tfehalle appronimativa 
du i : aaB,doo^ d'apfèa la grande carta da Tamaao Borgonio. 
EnflD, en 17664 h Londres, la libt^ain) Andréa Diiry en ptibliatt 
tttia tiottvella édition en dit feuilles, dite ffCêH^te dH Ému d$S, M. h 
roi de Sardaigne, tirée de la carte originale du (Célébra Borgonio, 

Rteo plnaieofs Additloni et Anitfllofationa$ par Andréa Dnry, 176^7). 
A aaa dii feuilles , deui antres étalant ensuite ajoutées , Tune for- 
mant, par ntte grafufi» d« pftfsage montagnard aomposile, nn titre 
Tort artistique ^ et l'autre constituant utt§ patita réduction de la «arte , 
sons ee titre singnlier i «r C«Ma ginirâk ûh Ému du foi de 8mégdgn^, 
rMnite d'après la grande ^iarta^ pour trotiifër fteilemant ee qu'on a 

envie de chercher dans ceile-là, 178377. 

La carte d« Dnry, dressée ft la méma échelle que aelle de Bor- 
gonlo, an 1 ! it&,oôo^ et renfermant son figuré de terrain atacte- 
ment dans las mêmes limites, en était une réplique, at atait étë 
gravéa spédalement sur da noutallès planehas de cuivra. Les recti- 
fit^itions que Ton y ranamtre auraient pu n*étrë qoa des retouchas, 
mais la dilférende a'accoso d*nne façon ineontastaMa par i*éeart de 
dimansion des pianahës^ la variation de la raprésantation des mon- 
tagnes, la difemité de récriture dés noms, la aaraeiëro dn Burin 
et là snppfoaalon des éaussons. Nous n'atons pu oonnattra quel 
avait été depuis lors le sort dé 6es planehës. 

Quant i la aane ofiglnaîe^ il n'ait point établi, malgré une 
mention pf^bftblement ati'onée dont nous reparlerons ei-dessous, 
qu'il en ait été (ait d'aùtl^ édition. Maia litL en tirait da nom- 
breuii atemplaires, pour satisfaire aux demandes et aux basoins 
réitérés. Cet usage répété avait fini pa^ user les cuitres, la gi^vure 
de Balgrano s'eifaçalt, et las planches épulséas ne fournissaient 
plus que das impressions imparfaitas. Après qnatra^lngfs ans de 
sarvieea, il devenait nécessaire de la ragravar. D'autre part, la 
connaiséance plus approfondie du railef ^ des ratevés faits oiroe pins 
de §oin avaient démontré doë erreurs importantes at des lacunes 
considérables dans la carte naguère si estimée. On y avait ^ en di- 
vers points, opéré quelques rectifications dont nous signalerons 
bientôt la trace, mais l'imperfection de l'ouvrage n'en étai que 
pins «acuaéa* Enfin, les États de Savoie s'eUiem acems d'une partie 
du duché de Milan (17AB), que Ton était désiren» de comprendre 



— 200 — 

dans la même représentation. Il fut donc décide que la carte serait 
refaite, de façon à la regraver, la rectifier, la remettre à jour et 
Taugmenter, et ce travail fut confié à l'ingénieur Jaeob Stagnoni, 
qu: s'était déjà distingué par uno carte démonstrative d'une partie 
des Alpes en Savoie et dans le duché d'Aoste en 1761, et une 
autre des frontières du duché de Plaisance, d'après la convention 
du 10 mars 1766. 

Maintenue à Téchelle du i : i&&,ooo% et avec les nouvelles li- 
mites que Ton voulait lui donner, la carte à graver allait occuper 
une superficie plus considérable que Tancienne^ En fait, elle me- 
sure ù mètres de hauteur sur â m. &a de largeur. Elle devait donc 
déborder des quinze feuilles de cuivre qui avaient été occupées par 
la carte originale, et elle en nécessitait réellement vingt-cinq de 
dimensions analogues. 

Par une mesure d'économie difficile à comprendre, on décida 
d'y employer néanmoins les plaques de cuivre primitives. Elles 
furent donc soigneusement frottées à la pierre ponce de manière à 
achever d'en faire disparaître le tracé original, et la gravure de 
Beigrano qui reproduisait le dessin de Borgonio fut détruite. Sur 
les planches restaurées et sur les planches que Ion dut ajouter, 
Stagnoni grava, en 1779, sa nouvelle carte qui eut pour titre : 
trCarta geografica degU Stati di S, M. U re di Sardegna, data in luce 
iair ingegnere Borgonio nel i683, corretta ed accresciuta nelF- 
anno 1779. Jarobus Stagnonus incidit Taarini i779.« 

Cette opération parait si peu justifiable que Ton a peine à la 
croire, mais on est bien obligé de se rendre à l'évidence, car le 
ponçage des vieux cuivres a été imparfait; pour limiter la dépense 
ou pour ne pas affaiblir la feuille métallique, on Ta arrêté trop 
tAt, de sorte que le tr^cé primitif et surtout la nomenclature pri- 
mitive reparaissent en plusieurs points ^^^ D'autre part, comme on 
supprimait totalement les ornements, titres, encadrements, etc., 
et que ces détails sans doute trop profondément entaillés eussent 
été encore plus difficiles à effacer, on a délibérément mutilé les 
planches, on los a amputées des portions qui y étaient consacrées, 
et il en est résulté, pour les nouvelles planches, des dimensions 
irr^lières et incohérentes. 

^'^ On s^étail aperçu lors de la gravure de la persistance de certains nom;), car 
en plusieurs endroits on a essayé de les dissimuler en les convertissant en petite 
arl»«s, signe que Ton ne retrouve nutte part ailleurs. 



— 201 — 

Examinons, à ce point de vue, rapidement chacune des feuilles 
de la carto. 

La feuille i de la carte de Borgonio avait en largeur o m. 5&, 
dont 3 centimètres étaient occupés par la bordure du cadre, et, 
en hauteur, o m. &5, dont o m. û8 seulement étaient consacrés 
au figuré cartographique, les o m. 17 supérieurs étant remplis 
par le titre et par le cadre. On a coupé en largeur les o m. o3 du 
cadre et réduit In feuille à o m. 5i : on a coupé les o m. 17 su- 
périeurs; mais, comme la planche rcduile à o m. â8 de hauteur 
aurait paru disproportionnée, on lui a soudé à la base une bande 
de o m. 07 de hauteur, et il en résulte que la feuille n*" 1 do 
la carte de Stagnoni a o m. 5i de largeur sur m. 35 de hau- 
teur. 

L ancien tracé y reparait à TËst de la Montagne aux Vaches, 011 
à cAté du mot Savigny on lil encore Ëpagny, avec au-dessous un 
autre mot illisible, et, au Nord du lac Léman où à TEst de Vie se 
marque encore un jambage de TA de Baronnie. 

s"* La planche 2 de Borgonio avait o m. M de hauteur sur 
o m. 67 de largeur. Elle a été traitée, pour la hauteur, comme la 
feuille 1 et pour les mêmes motifs. En largeur, on lui a coupé h 
TËst o m. 975 sur lesquels s'étendait le titre av(*c hon entrelacs 
d'ornement. 

A rOut'st de Monlhoy (Valais), on retrouve la trace d'un ancien 
chemin, et vers le Sud, à TOuest de Saint-Maurice, une ioitiale 
indéchiffrable. 

Les feuilles n"* 3, U et U de la carie de Slagnoni sont gravées 
sur des cuivres neufs. 

3'' La feuille n** 6 de la nouvelle carte correspond a la fouille & 
de Borgonio. Celle-ci avait o m. & 5 de hauteur sur 111. bU de 
largeur. Eu largeur, on lui a ampute^ les o m. o3 du cadre, et en 
hauteur, au Nord, les o m. 07 qui ont été soudés à la feuille n"* t. 
La feuille 6 n'a donc plus que o m. 37 de hauteur sur o m. 5i 
de largeur. 

C'est une de celles qui ont conservé le plus de vestiges de la 
gravure de Belgrano. Toute la vallée de Grésy-sur-Aix lourmille 
d'anciens noms encore très lisibles : Grésy, à om. oiaauN. E. du 
Grésy actuel; Saint-Simond, à m. 009 du nouveau Saint* 
Simond; Saint-Jean d'Arman, à o m. 019 au Nord du nouveau 
nom; Loches, etc. Au Nord du lac du Bourget, Châlillon, Molard- 



— 20Î — 

de Yioti , Ghitidrieux soretroutent; vers Albertville (alon Conflâiis), 
on litFerretto, Conflans, Marthod, etc. : ils sont trop. 

&*" La feuille 7 de Ia «firte de 1779 est gravée sur le cuivre de 
la feuille 5 de 1660. Celle-là aussi a subi fainpttUitioii au Nord 
de la bande de m. 07 soudée à la nouvelle feuille n"" 9 > etdWe 
largeur de o m. 476 à TEst, partie qu'oecupait encore le titre et 
Tentrelacs de fielgratio. Elle n'a donc plus que m. 87 de hauteur 
sur o m. 3g5 de largeur, au lieu de m. &5 sur tn* 67^ sesdi^ 
mensions premières. 

Pour elle, le ponçage a été encore moins efficace, et le long du 
cours de TArve, 00 relève à loisir les noms de la première carte. Nous 
pouvons y constater les modifications importantes du nouveau tracé. 
Cbamonix y est reporté à près de o m. os plus au S. 0., od lit 
Bionnay à cAté de Petit^Pont, THospital sous Petit 8alnt^Bernaf d , 
etc. On peut même y remarquer quelques corrections qu'avait subies 
le cuivre primitif* avant ce ponçage décisif, car on y trouve trois 
Cluses, et au Sud deBellecombe, près Sallanehes,on distingue la 
trace d'un nom qui n'est pas dans la carie de 1680. 

Les feuilles 8, 9, 10 de Stagnoni sont neuves. 

5° La feuille 1 1 correspond à Tancienne feuille 7. Elle n'a été 
amputée qu'en largeur des o m. o 3 du cadre et a conservé ses 
o m. /i5 de hauteur. Mais là, le ponçage a été plus consciencieut 
et nous n'avons relevé qu'entre Villaroux et U Chapelle-Biancbe la 
trace d'un nom qui, d'ailleurs, n'est pas dans le tirage de 1680. 

6"" La feuille n"* lâ correspond h l'ancienne feuille H"* 8) elle en 
a conservé les dimensions exactes, o m. &5 de hauteur sur o m. 67 
de largeur. 

Là, les vestiges de l'ancien tracé sont nombreux et flagrants. 
Dans toute la haute vAlIée de la Mâurienne, on trouve on déplace* 
ment d'environ o m. oU vers le S.O. s Arvieux , Offoils, 8ardlères 
se lisent aisément, le petit Motit-Cenis transparaît sous Saifil^ 
Genis. Entre les capitales S et E de Tarentaise, on retrouve une 
montagne qui coupe la vallée de Tignes et porte la marque de TaO- 
rienne gravure dont l'élan ne se reproduit pas dans le figuré des 
montagnes de Stagnoni; de même entre l'A et 11. BoniienuU se Ht 
à côté de Modane, à o m. 086 au N.U. de sa position fiouvelle. 
Dans la vallée de la Ooisane, les modifications lié soltt pus mollis 
prorondes, car on lit la Madeleine sous Col^e-Fréjus, et Moutien 
(pour Moiiétier-lesBaiiis ) au 8ud du col de la Roue* tandis que 



— 208 — 

Ghantemerie se Yoit au Col des ÂcieSf à o m. 096 do sa position 
nouvelle* 

7*" La feuille 1 3 de Stagnoni est une partie de Tancienne feuille 9. 
Celle-ci avait o m^ &6 de hauteur et o m. 58 de largeur. On lui a 
laissé sa hauteur, mais elle a perdu o m. 99 à TEst, où des rema- 
niements s'imposaient, et où I on voulait arriver à la ligne termi*- 
nale des planches 3 et 8. La feuille t3 n'a donc que o m. 36 en 
largeur. 

Le figuré de Borgonio y a été très peu modifié, et elle n'a peut-^ 
être pas été poncée dans toute son étendue. Le rdief notamment 
des montagnes y a été conservé comme dans la partie orientale de 
la feailie 1 9 et détonne avec celui du reste de la carte. On retrouve 
près dlvrée Tadcien tracé du canal Navilio très différent du nou- 
veau. 

Les feuilles 1 & et 1 B sont neuves. 

S"" La feuille 1 7 a été tracée sur le cuivre de Taneieune feuille 1 1 , 
dont elle a conservé les dimensions, m. /17 de hauteur sur m« 67 
de largeur. 

Sa partie S. 0. n'a pas été retouchée, et l'on y revoit l'aneien et 
earactéristiqoe figuré des montagnes. Mais elle porte la marque 
d'un remaniement intermédiaire, car la légende «r Rocher taillé par 
les Romains et suivant la tradition Ânuibali», qui n'est pas dans le 
tirage de 1680 se retrotive i o m. 06 à TEst de sa position dans 
le nouveau traeé* 

9** La feuille 1 8 n'est qu'une portion de l'ancienne feuille 1 9 , 
car celle-ci a subi à l'Est une mutilation analogue k celle que nous 
avous signalée ei^essus pour la feuille 9, et de o m. 58 de largeur 
elle se trouve réduite à m. 36 dans la carte de Stagnoui. 

Elle aussi porte les traces d*une correction intermédiaire, car au 
Nord de Monbarearo sur la Bormida nous trouvons le vestige d'un 
nom que ne porte pas l'édition de 1 680. 

L(>s feuilles 19 et 90 sont neuves. 

lo"" La feuille 99 est à peu près exactement la reproduction de 
la feuille 1 à de Borgonio dont elle a eonserf é les dimensions pré'- 
cises, sauf les o m. o3 du cadre inférieur qui lut out été coupés. 
Elle a donc o m^ 35 de hauteur (au lieu de o m. 38) et m. 66 
de largeur. 

Là, on s'est borné à quelques retouches, et le figuré géuéral, 
notamment le rivage de la mer, esl demeuré le mémf>, ainsi que 



— 204 — 

Tartistique dessin des montagnes. Airolo, Penna, sur la Roya, ont 
été remonlt^s au iNord de o m. oia. Puget-Théniers, sur le Var, a 
été modifié par lad jonction de Thëniers, etc. 

1 1*" Enfin, la feuille 93 occupe, avec peu de modifications, une 
partie de la feuille i5 deBorgonio, coupée de la même façon que 
nous l'avons exposé ci-dessus pour les anciennes feuilles 9 et is. 
Elle a été réduite à o m. 35 de hauteur et o m. 36 de largeur. 

Quant aux feuilles ùk et aS, elles sont gravées sur des cuivres 
neufs. 

Les feuilles de la carte de Staguoni ne présentent donc ni une 
hauteur ni une laideur régulières. 

Nous avons dit qu'elle est dégagée de tout le luxe et de lonte 
Tornementation qui décoraient si joliment la carte de Boi^nio. In 
cadre au simple trait Tentoure, et un titre austère et mélancolique 
aux blancs démesurés tient la place des deux planches que la carte 
originale consacrait à la notice. Le figuré des montagnes est fort 
simple et, dans les parties on il a été refait, il ne rappelle plus du 
tout la manière grandiose du savant et de Tartisle primitifs. L'écri- 
ture même des noms parait plus mesquine. 

Il nous faut revenir un instant sur ce titre pour remarquer la 
date de 1 683 qu'il donne à la publication de Boi^onio. Cette date 
est jusqu'à présent inexplicable, car nous savons que la première 
édition eut lieu en 1 680, qu'il en fut fait de fort nombreux ti- 
rages, mais il ne parait pas qu'une édition spéciale ait été faite 
en i683. 

Sur les i3 planches gravées dont se composait la carte de Bor- 
gonio (la place de deux d'entre elles étant occupée par la notice 
imprimée), onze ont donc servi à retracer la carte de Stagnoni. 
C'est grâce à ce vandalisme, qui a bien produit une économie d'un 
millier de francs, diminuée encore des frais du ponçage, que les 
véritables cartes de Borgonio 1680 sont aujourd'hui presque in- 
trouvables. Il n'y a plus, en effet, que celles qui ont pu être con- 
servées depuis 1770, et naturellement la plupart de leurs pos- 
sesseurs les avaient remplacées par les tirages de la carte nouvelle, 
les vouant à la destruction par toutes sortes d'usages. Mais il est 
bon de retenir qu'il est absolument inexact de parler de la carte de 
Boi^onio édition 1 779 , la publication de cette date étant une carte 
nouvelle de tous points, et n'ayant de commun avec l'ancienne que 
Téchelle du 1 : i/i&,ooo'et la matière métallique de onze planches. 



— 205 — 

Quoi quil eu soit de son aspect plus défavorable, la carie de 
Stagnoni remporté de beaucoup par l'exactitude sur le trace précé- 
dent. C'était, à la fin du xyiii" siècle, la seule représentation sé- 
rieuse de la Haute Italie, et Ion sait que Napoléon 1*% alors général 
Bonaparte, avait fait rechercher ces planches, et les avait fait trans- 
porter à Paris en 1801. Après la chute de TEmpire, elles furent 
réclamées à la France vaincue, et en décembre i8t5,elles étaient 
rendues à la Sardaigne et rapportées à Turin (^l 

Elles sont encore conservées à Tlnstitut militaire géographique 
italien, qui est en mesure d'en délivrer de nouveaux tirages, comme 
notre Service géographique pour la carte de Cassini et celle de 
Bourcet. Mais les seuls collectionneurs et quelques rares curieux 
des travaux d autrefois s'y intéressent, et les occasions du bouqui- 
uisme suffisent sans doute à leurs besoins. 

Une enquête minutieuse que nous avons poursuivie auprès des 
principaux bibliothécaires et savants qui ont bien voulu nous aider 
dans cette recherche nous a fait constater l'existence de neuf exem- 
plaires de la véritable carte de Borgonio : un à la bibliothèque de 
l'Université Harvard , à Cambridge , Massachusets ( Etats-Unis d'Amé- 
rique), un à Londres, au British Muséum, trois à Turin dont l'un 
a la Biblioteca Reale et deux à la Biblioteca Nazionale, et quatre a 
Paris dont deux à la Bibliothèque Nationale et deux dans les collec- 
tions particulières de M. Joseph Vallot et de M. Paul Guillemin. 
Sur ces exemplaires dt^ux seulement, un de Turiu et un de Paris 
portent la mention : In Torino, per Barlolameo jiappata, libraio di 
S. À. R.; MDCLxxx, imprimée au bas de la notice. 

Par un sentiment de piété pour cet ancien chef-d'œuvre carto- 
graphique, rinstitul géographique militaire de Florence a fait une 
reproduction photozincographique de la carte de 1680, mais il n'en 
livre pas d'exemplaires au commerce. 



^') La Carié de France, étude historique, par M. le coionei (générât) Bbithaot, 
Paris», 189H, t. I, p. 168. — Lei mgénieart géographu mUitairê$, pir le même. 
Paris, igod» t. II, p. ^i*j6. 



— 206 — 



JAMES GOOK ET LATOUCHE-TRE VILLE. 

NOTE SUR UN PROJBT D'BUPLORATION DES MERS AUSTRALES 

(1774-1775). 

PAR M, LE D« E.^T. HAMY, 



J'ai toujours eu une admiration profonde pour Tœuvre grandiose 
du capitaine Cook. Agé de moins de dix ans , je passais des journées 
entières à lire, dans une méchante édition de Lausanne, ses récits 
alternés avec ceux de Forster et c'est assurément dans la fréquen- 
tation de ces vieux bouquins que je vois encore, rudement imprimés 
sur un gros papier bleuté , que j ai puisé cette passion pour This- 
toire des voyages et pour l'ethnographie qui a dominé toute ma vie. 
Aussi est-ce comme une dette de reconnaissance que j'acquittais 
envers l'auteur favori de mes jeunes années, l'initiateur de mes 
prédilections intellectuelles, lorsque beaucoup plus tard il me fut 
donne d'organiser, avec Maunoir et quelques autres amis des sciences 
géographiques, les belles fêtes qui ont marqué à Paris le centenaire 
de la mort de l'illustre navigateur anglais^'). 

Ces souvenirs déjà lointains me revenaient pressés et vivaces, il 
y a quelques jours, en contemplant, au bas d'une pièce con^rvée 
dans un vieux carton oublié des Archives de la Marine, la signature 
autographe de James Cook^ Mile End y t/mdm, 6^ Sept. i^jS. 

La formule de politesse , le nom et l'adresse du signataire sont 
de la main du capitaine; le reste de la rédaction est écrit dans 
notre langue par un copiste, ou plutôt par un traducteur (car le 
célèbre voyageur déclare dès le début qu'il n'est pas «r absolument 
maître de la langue française >)). 

Dans cette lettre de deux pages, que je transcris plus loin, Cook 

(^) Cf. Centenaire de la mort de Cook, célébré le 16 février 1879 à Thôlel de la 
Société de géographie (extr. du Bull, de la Soc. de géogr,, mai 1879, br. 10-8' 
de 160 p.). 



— Î07 — 

répond, aree des retards dont U s'oxeuse, à ungruni eampUmmt 
quil a reçu d'un correspondant firançais, êur Us deusB nayages qu'il 
a conduits à bon terme, et se félicite de recevoir cette politesse 
d'un marin étranger. Il ne s'en étonne pas autrement, car il n*a point 
travaille ppur su nation seule, mais pour Tflurope entière. 

Si sa conduite a Tapprobation de la nation française, il ne 
doit pas ê'mbuTTomr df* m^f- La France a largemeqt contribué 
•nx déefm¥êpt06 de la Mer du Sud. Cook reQd volontiers justice 
au génie entreprenant de ses navigateura, dont il eroit qu'on doit 
attendre de grandes cliosea. Mais, et oeei senlbl^ a'adraaserà Bon- 
gainyille, H affirme €|ue «r celui qni ne fait qu'exécuter des ordres » 
ne fera jamaig grande figure dans les découvertes. 

Il reste d'ailleurs beaucoup à faire et ^illustre marin anglais 
souhaite que son correspondant spit, un jour ou Tautre, employé à 
un service qii'ii a ft>t»^ à cœur. Si cet événement se réalise , ce der- 
nier peut demander à Cook tout ee qui dépendra de lui à ce 3ujet. 
11 lui pffra dWaa et dtfji de lui communiquer les informations 
qu'il pourrait déairor sur son seeond voyaga» dont l'édition se prér 
pare al dont ii lai résume en quelques lignas les résultais généraux. 
// n'y a pas de continent austral, 

Cook se flatte, en terminant, que sou corrcs|)ondant voudra 
bien continuer à lui écrire. 

MoNSIBOB, 

Je n*ai reçu la lettre très obligeante que vous m'avez fait Thonneur de 
m*ëertre que bien après sa datte, ce qui sans doute n'est arrivi^ que par une 
erreur fort étrange de la paK du maître de poste. Ce qui a eueors Fetardé 
ma réponse est que, eomme je ne suis pas abscduraant maltro de la langue 
française, j'ai M obligé de la metife aux msina d un ami pour me la U*a- 
duini* oa qui m'a privé jusqu'à préseut de vpus foire mes très humbles 
ramarcimana du grand compUmant que voup ave^ eu la bonté de me faire 
sur mes dam voyages, aussi tôt que j'aurois bien voulu- 

U ne me suffit donc point davoir les applaudissemens de ma nation 
seule, parce que ce n'est pas pour elle que fai travaillé en particulier, 
mais pom* toute TEurope. Bt si ma conduite a Tapprobatiou de la nation 
françoise, je ne dois point m'embarrasser des autres. 

Votre nation , Monsiènr, n^a pas peu contribué aux découvertes de k 
mer du Sud. Bt nous avons bien raison de rqg rstor ^e vsus en ayes élé 
privé de votre part, parce que ce n'est que par des hommes d'un génie 
aussi entreprenant que le vétre que nous davous attendre de grandes 



— 208 — 

choses de ce c6lë-ià. Car je soutiens que cdui qui ne lidt quexëcnier des 
oixlres ne fera jamais grandes ligures dans les découvertes. 

11 y a encore bien des parties dans l*ocëan Pacifique qui ne sont poinl 
découvertes, et il seroit à souhaiter que vous fussiez un jour ou i*autre em- 
ployé à ce service-là que vous avez tant à cœur. Et si un pareil événement 
arrivoit, vous pouvez me demander tout ce qui dépend de moi à ce sujet. 
Et en même lems , s'il y a quelque chose en particulier dont vous ayez 
envie de vous informer concernant mon dernier voyage, je vous le commu- 
niquerai très volontiers, comme il sera exposé au public, aussi tftt que les 
estampes qui doivent l'accompagner seront gravées. 

Il faut avant que je conclue que je vous chse que toutes les envies qu'on 
avait de trouver un continent dans la Mer du Sud sont toutes évBnouies, 
c'est-à-dire dans une latitude où la mer est navigable « car depuis le 60* et 
plus la mer du Sud est si parsemée de glaces de toutes espèces qu on n y 
navigue qu'avec beaucoup de danger. 

Il ne m'a pas été possible d'aller plus loin que le 71* 10. J'ai pourtant 
trouvé terre au 89* et sous le ^7* méridien Ouest de Greenwich on Ix>ndres, 
mais je u'ai jamais pu détei'miner si e'étoit un groupe d'iles on une partie 
d'une grande terre s'éteudant dans le Sud. Ceci a été la seule terre que j'aie 
ti*ouvée dans le Sud, excepté celle qui est déjà connue. Je me flatte que 
vous voudrez bien continuer la correspondance dont vous m'avez honoré et 
je suis avec toute vérité. 

Monsieur, 

Votre ^'^ très obligé et fidèle serviteur. 

Signé : Ja^bs Cook. 

Miie End, Loadon, 6^^ Sept. 1770. 

Le correspondant iuconnu auquel soul adressées les lignes flat- 
teuses qu'on vient de lire ne saurait se distinguer, à première vue, 
de tant d'autres marins français, alors appliqués à Tétude des 
grandes questions océaniques, que par ce l'enseignement assez par- 
ticulier qu*il aspire ostensiblement a être employé, comme dit la 
lettre an^aise, au service des découvertes. Cette indication, assez 
peu explicite par elle-même, va servir utilement à nous orienter 
dans la recherche du personnage. 

Une lettre comme celle de Cook n a pas pu arriver par hasard 
aux Archi\es de la Marine. Cette pièce, qui montre que le grand 
explorateur des mers australes estime qu'il reste beaucoup à faire 
dans le domaine qui lui est particulièrement familier, cette pièce 

<*) Cette tin seulement aulograplie. 



— 209 — 

qui assure k son destinataire le précieux concours du premier navi- 
gateur du siècle a dû être, à mon sens, remise par celui qui en 
était le détenteur au Ministre ou k Tun de ses premiers commis , 
à Tappui de ce même projet de découvertes qu'elle mentionne et 
qu^elle encourage. 

Actuellement isolée de tout autre document explicatif, elle a cer- 
tainement fait partie d*un dossier aujourd'hui disloqué, qu'il s'agit 
de reconstituer par uoe fouille méthodique à travers les cartons de 
la Marine, consacrés aux voyages et missions scientifiques. Et voici 
bientôt, en effet, dans un second carton, mêlée à des papiers tout 
à fait étrangers, une seconde lettre qui surgit, commentant exac- 
tement la première et nous donnant , sans plus de peine , ce nom que 
nous cherchons, un nom devenu illustre dans les fastes de la 
marine française, celui de Latouchb-Trbyillb. 

C'est LaUnuehefky alors simple capitaine de brûlot, qui écrivait 
à Cook, ainsi qu'il le déclare dans une pétition qu'il dut remettre à 
Sartine, le secrétaire d'État de la marine, avec le précieux auto- 
graphe que le hasard des choses en a depuis lors séparé. 

lA octobre 1776^*^. 

MoNSIIGNBOa , 

Occupé sans cesse de me procurer des connaissances sur l'objet des 
découvertes à faire dans la Mer du Sud, j'ai saisi Toccasiou du reiowr du 
Ci^taine Cook en Angleterre, pour lejeliciter sur la gloire qu'il venoil d'ac- 
quérir dans ses deux voyages autour du monde, et je lui ai demandé eu 
même tems des détails sur sa navigation. Il m'a fait l'honneur de me 
répondre la lettre la plus honnête, par laquelle il rnojfire tous les èclair- 
eissemens qui pourront dépendre de lui. Il est nécessairr, pour me les pro- 
curer que je me rende à l'invitation obligeante qu'il me fait de continuer 
notre correspondance, ce que je ne ferai. Monseigneur, qu'après en avoir 
obtenu votre agrément. J'ai l'honneur de vous observer qu'elle peut être 
très intéressante par les détails que je suis en droit de me flatter d'obtenir 
de lui d'après ses oflres. Ils pourront me mettre à même, Monseigneur, de 
vous prouver que je n'ai rien avancé que de très vraisemblable dans le 
mémmre qoe j'eus Thonneur de vous remettre l'année dernière à Fontaine- 
bleau , en y insérant qu'il restoit encore des découvertes importantes à fiiire 
dans la Mer du Sud. J'ai aujourd'hui , pour garand , l'opinion du naviga- 
teur de l'Europe le plus compétant pour eu décider. Je désire, Mon- 

» R. le ao octobre. 

Gkooraphib, N"* 2. -- 190&. \k 



— 210 — 

9dgiietir« que teiâ mm Hunnim ripnfMwef â» A»jf «m vfHfê dâm k Attt^ 
fique et qud vous daignieB tous rappder des espëninees qile tous awi bien 
voulu me laisser concevoir de më charger de cette raissioii importante 
quand Sa M^gestë jugera à propos de la faire exéctiter. En attendant k 
dëcision, oseraî-je me flatter, Monseigneur, que vous voulussiez adliërer à 
la demande que mon père vient d'avoir Thonneur de vous faire pour moi; 
celte campagne m'eterceroil. 

Je suis avec un très profond respect, 

Monseigneur, 

Vott^ très humble et très oMisMut MfvitmiA 

LitodcM Hls. 

Louiâ-Mëtié-Maddëiné Lé VasâOr dé là Touche, àlôfS âg^ d'une 
trentaine d'annëes(^), âOk*tâit d^UUé ftûiiUe qui ftVait déjà douné 
|)lusiëurs oRiâiérs II lA Màflué l'oyàlè ^\ 

NôtUthé g[»t*de-mài^i)ie k l3 âu^, li aVâit aôtiVetnéilt ^ervl eu (iétte 
qualité m\^ !e Dtagùh, la Lomé et XlHîtèpide. Dés motifâ de ôèttté 
l'avaient fait iîiétlhe en retraité éotnîtle enseigne de v&îssedu (17(18)5 
il avait pu néanmoins entrer dans Tarmée de terre et on en avait 
fait un capilfline dé dragons. Mais devenu aide de camp du général 
Vallières,qui commandait aux Antilles, il n'avait pfti pu télister au 
désir de Centrer dans cette armée navale qu'il n'avait quittée qu'avec 
regr«t, et il avait n^usei en 1 771 à se fiiii^e réintégrer atec ie grade 
de t^apit<^ine de brûlot. 

C'est betlé dituâtit)h que Là Touché beeupàit k Rochéfert, mu 
mbuiént où nous lé rettbohtrottï^ tout ôècUpé du gt-and projet d*et- 
ploratiôn que lui a dicté sén esprit ardent et inquiet et dont il a 
saisi le secrétaire d^Ëtat de la Marine. 

On a vu, dans la lettre du \k octobre 1776 que l'on vient de 
lire, que tannie précédente La Touche avait remis à Fontainebleau, 
a M. de Sartine, qui venait d'arriver aux affaires, un premier 

(1) 11 étiit né à Rodiefort en 17 46. 

(*) Un La Tanche avait été etpitaiDe de v oi ts eaa de i63â à i66ai «a «aire 
avait servi aux colonies de 170^ à 1718 {LtfffUlmrd). Le Vaasorde La Touche ^iC 
i'AIné, garde-mariae en 18a 6, était devenu commandant de la marine à Aochelbrt 
apV'ès avoir gouveilië la MarliHique éi les Des du Vent (L. Guérin)\ cW le père 
de notre marin ; son oncle , beaucoup piu« connu, tétait Charles-Âugilstiu Le Vassor de 
La Touche, entré au senice en 17.80, et qui moumteii 1788, lieutenant général 
des armées navales et commandeur de Tordre royal de Saînt-^LatliB (M). 



— 211 -^ 

mémoire k Tappui de la demande d'ane mi^Bioti offîeiélie dM^ h 
mer Pacifique. 

Ed continuant mes recherches, j'ai retrouvé dans un troisième 
dossier et la demande adressée par La Touche, dat^e, en effet, de 
Fontaviehleau, ig octobre i^jà, et le Plan de Voyage qui accompa- 
gnait cette pétition. 

Voici le premier de ces documents : 

Fontainebleau, le 19 octobre 177&. 

MONSBtGNEOR , 

Puis-je espérer que vous vouliés faire Sigréer au Roy le pian de cam- 
pagne autour du inonde (}Ue j*ai Thonneur de mettre cy-joint sous vos 
yeux. Le dësii* d*âJouter aux connaissances nautiques et d^enrichir la Géo- 
graphie de quelques décoilvet*té6 nonvellés, m'a suggéré cd plan de naviga- 
tion. Occupé de me rendre utile à ma patrie, j*id ct^u ne devoit* mieux 
employer les services que je lui dois qu'en cherchant à lui faire partager la 
Ivoire dont les puissances maritimes semblent s'occuper en travailknt à 
étendre la sphère des connaissances, et, faisant la recherche des différens 
navigateurs qui ont rendu leurs noms célèbres par leurs travaux dans la 
carrière que je me propose de parcourir, j*ai vu avec peille la France 
privée de partager avec les autres puissances f honneur des découvertes 
dans rhémisphère austral et dans la mef Paeiflquë* Depuis GonneviUe ^^\ 
qui eut celui « en 1 5o3 , de péné&rer le premier dans oette partie du globe , 
nous ne comptons que M. de la Barbinais le Gentil, en 1714 ^*\ et M. de 
Bougainville en 1 767 ^^^, qui ayent fait le tour du monde éi le dernier seul 
f entreprit par ordre du Gouvernement» Ne serait-il pas tenis que nous pris- 
sions part aux recherches fiûtes par les marines étrangères de qui toujours, 
jusqu'à ce moment, nous avons reçu des lumières dans ce genre. La gloire 
de f État, de la Marine, n'est>dle pas intéressée à montrer à l'Europe que 
nous savons , comme nos rivaux , courir des haiards pour applanir è la pos* 
térité des difficultés qui s'évanouiront an cherchant è les sormimier. 

Je ne puis, Monsogneitr, ehoisir un moment plus ftivoraUe que edni de 



^*) D'Avetac a montré 411e Binot Paulmier de GonneviUe a louché au ttrésil. 

(*) La Barbinais le Genti! s^étalt embarqué à Cherbourg le 8 août 171^ et avait 
fait le tom* du monde par le Chili, Ips Mariannes, la Chine, la Béunion et San- 
Salvador du Brésil, pour rentrer en Europe par Vivares en Galice. Son voyage a 
été publié en S volumes, en 1738. 

^') Le toyigo si connu de Bougainville sur la Boudeuse et VÉtotle a été effectué 
du 5 décembre 1766 au iB mars 1769. 

th. 



— 212 — 

votre nomination au miniaière de la maiine ^^K C'est Tépoque de sou réU- 
blissement, je m'empresse à seconder les vues dont vous êtes pënëtrë de lui 
rendre son ancienne splendeur. Un voyage entrepris pour rulilitë de toutes 
les puissances maritimes est un objet digne de vous plaire, et si celui qui 
a le bonheur de seconder les vues de Thomme d'Etat a quelque mérite aux 
yeux de l'avenir, combien ne doit-il pas de reconnaissance au protecteur 
d'une pareille entreprise? 

Je suis, avec un très profond respect, 

Monseigneur, 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 

Latodchb. 

La pétition qu^on vient de lire était appuyée d'un plan de voyage 
bien étudié et de plusieurs états faisant connaître, par le menu« 
toutes les dépenses à piévoir, personnelles ou matérielles, afîn 
d'assurer le succès de l'entreprise ^'^î. 

PLiH d'un voyage autour du monde présente â Monseigneur de Sarline, 
Secrétaire d'État de la Marine, par La Touche, capitaine de bi-ûiot^^K 

Il est nécessaire que la frégate l'Aurore, que je demande pour l'exécution 
(le ce plan de campagne, soit pourvue de tous les approvisionnemens et 
les ustensiles dont je joins ici un état, et qu'die soit prête à mettre à la 
veille de la rade de l'isle d'Aii, du i" au lo juin 1775. 

Compl<int de trente à trente-cinq jours de traversée de mon point de 
départ aux isles du Cap-Vert, j'y arriverai du i*'au 1 5 juillet; je porte k 
huit jours au plus le tems de la relâche à ces isles pour m'y fournir de 
rafraichissemens et y remplacer l'eau et le bois consommés. 

J'en appareillerai vers ie 90 de juillet, je compte sur quarante-cinq i 
cinquante jours pour la traversée des isles du Cap- Vert à la Rivière de la 
Platta, par rapport aux calmes que l'on doit s'attendre d'éprouver dans 
celte saison sous la ligne; en supposant donc quarante-cinq à cinquante 
jours de traversée pour me rendre à la Platta, je me trouverai k l'embou- 
chure de cette rivière vers le 10 ou le 1 5 septembre, qui est le oomnience- 

'') Sartine venait eu effet d'entrer au Mioittère de la Marine. 

('' Toutes ces pièces, que j'ai confrontées, puis copiées ou anal38ées étaient di»- 
l^ersées et comme dissimiiiées dans des dossiLTs n'ayant aucun lien apparent, 
comme si un archivislo jaloux et malicieux, empêché pour i'iuslaut d*cn entre- 
prendre l'étudo, avait vntihi, en les dl^simulnul, s'en réserver le monopole. 

(^^ La Touche avait dressé des caries à Tappui de son projet. Os cartes, dont 
il esl h\i mon fit »n dau*i une des pi 'Vos du dossier, no nous sont pas parvnnoi*s. 



— 213 — 

ment de la belle saison dans cette partie du monde. Le séjour dans cette 
rdàche doit être porlë à un mois. Ce tems sera employé à bien examiner la 
situation du bâtiment, k le mettre en état de soutenir les grosses mei*s du 
cap Hom et à donner le tems à l'équipage de se rétablir si quelqu'un d eux 
a voient souffert dans la traversée de France à ce lieu. Je disposerai tout de 
manière k pouvoir mettre sous voilles du i5 au âo d'octobi*e.. 

Je ferai voile au Sud. Je me tiendrai, autant que les vents pouriX)nt me 
le permettre , à mi-canal de la c6te des Patagons et des isies de FalkUmd. Poui' 
me ménager une rdâcbe dans le cas où j'y serois forcé, soit au Pori-Désirê 
ou k odui de Saint-JuUen, k la côte des Patagws ou aux isles de FalkLnd, 
Si je ne trouvois pas la saison assez avancée pour doubler le cap Horn , 
j'attendrois qudque tems dans une de ces relâches. 

Le résdtat de toutes les comparaisons que j'ai faites , des navigations de 
ceux qui ont entrepris jusqu'ici de passer dans la mer du Sud , m'a déter- 
miné à donner la préférence à la i-onte qui y conduit par le cap Ham, en 
choisissant pour le doubler les mois de décembre et de janvier. Le passage 
par le détroit de Magellan est susceptible de trop de longueur, sans faire 
mention des risques continuels qu'on y court par ie voisinage de cAtes 
presque inconnues, qui ne sont balancés que par l'avantage de trouver aux 
deux terres qui le boi*deiit des plantes antiscorbutiqnes, qui sont toujours 
prétienses aux équipages des vaisseaux qui entreprennent cette longue navi- 
gation; mais la fatigue qu'ils éprouvent dans ce passage, par l'obligation 
oit Ton est de mouiller et d'appareiller sans cesse, est un inconvénient 
propre k balancer l'avantage cy dessus. En préférant le détroit de Le Maire 
et le passage du cap Hom , je crois abr^r un tems très précieux quand il 
s'agit de combiner sa route, dans cette longue carrière, sur les saisons 
qu'il faut toujours avoir pour soi. Je mettrai donc tout eu pratique pour 
me trouver à l'entrée du détraù de Le Maire au commencement de décembre. 
Siqndqnes besoins Texigeoient, j'irois mouiller dans la baye de Bcn^Mceèe, 
située à la Terre de Feu, dans ie détroit de Le Maire, j'en ferai route 
pour doubler le eap Hom, en observant de prolonger mes bordées dans 
le Sud et le Sud-Ouest, autant que le tems me ie permettra, pour chercher 
k le doubler fort au iarfçe^ et je ne partirai au Nord et au Nord-Ouest 
que lorsque je m'en estimerai à 80 ou 1 00 lieues k l'Ouest. J'ai lieu de 
me flatter que je serai parvenu à ce point désiré au 90 de janvier 
de l'année 1776. 

Je gouvernerai alors pour aller chercher Tisle de Juan Femandez afin d'y 
bire raifralchir mon équipage. Je mets quarante à quarante-cinq jours pour 
me rendre k cotte isle, de mon point de départ pris à la hauteur du cap 
Hom, ce qui m'y fera trouver au conunencement de mars; j'y passerai 
quinze jours, plus ou moins, mon séjour dépendant de i'état où se trouve- 
ront mes gens. J*en appareillerai du s o au 9 5 mars pour aller commencer 
les découvertes dans la nier du Sud. Pour remplir cet objet, partant de 



_ 214 — 

llde Jum^Pitmmidez , j'irai okereher le paraiMe entre le 5* et le lo* 
fie latitude Sud. Y étant parvenu je eouFray à Ouest avee Routes le» préeau* 
tiont qn'eiige le plan que je me propose de suiwe. Arrivé an iho* Aegipé 
de longitude ooeidentale du méridien de Paris, si je n'ai trouvé oontre mon 
attente, aueune terre qui puisse me fournir des observations intéressantes 
et des raffraichissemens nécessaires à une si longue navigation; je ferai 
l'ouïe alors pour f isle à^OAaiH afin de m*y en procurer. Après m'en dire 
pourvu dans eette isle, ou dans qurfque auti« que j'aurai pu découvrir plus 
au Nord , je viendrai chercher dans le Sud à^OA»iti le parallèle entre le no* 
et le fi5* degré de lattitude Sud , et j^y courrai à Ouest pour faire des décou- 
vertes. Le dernier navigateur anglais Cœk, dans cette partie, laisse conce- 
voir de grandes espérances pour des découvertes h faire dans la route que je 
me propose de tenir et il invite les navigateurs qui le suivront k y portei* 
toute leur attention , par les avantages qui poufroient en résulter pour la 
navigation. 

Parvenu au lyS*" degré de longitude occidentale du méridien de Parts, 
je ferai route pour la bayé d'Abondanôê située à la eAte du N.-E. de la Nmh- 
vettê'Ztlanie. Je ne puis déterminer, dans ce plan de navigation , Tépoque 
où je pourrai y arriver, étant subordonné au chapitre œcdtiplié des événe- 
mens dans ces mers et Ma natnre des découvertes que j^y aurois pu faire 
qui pourroient me retenir plus ou moins de tems parles connaissances que 
je chercherai k en prendre; je ne puis non pli}s fixer fei^oe de tens 
que je passerai dans ce port de la NouveUe^ZSkmde , oela dépendant absolu- 
ment de la saison où j*y arriverai. Si je sui^ servi par les vens et la for- 
tune, je dois espérer m'y trouver rendu k la fin d'octobre. Dans le cas d'une 
navigation si heureuse j'emploierai la plus grande eâérité à satisiaire aux 
besoins de l'équipage et du bâtiment, et je ferai tous mes efforts pour être 
en état de mettre k la voile vers le commencement de décembre et plus t6t. 
si cela ra*est possible. Je dirigerai ma route par le détroit nonvellenienl 
connu qui sépare les deux isles dont la Nouvelle-Mande est composée et je 
cinglerai avec le plus de diligence possible' vers l'extrémité méridionrie 
de la NauvêHfhH0liâ$ide appelée T&rre dêDhmm, Je ferai pour m'y rendre le 
plus de veille que le tems pourra me le permettre afin d'employer la saison 
favorable du reste de déoembre, janvier, février, mars 1779 k la découverte 
de la partie méridionale de la Nouv^e-HoUande, principal objet de oe 
voyage, et faire par ir^ ce qu'aucun navigateur n'a tenté d'entreprendre, fti 
la violence des vens on les grosses mers que je dois m'attendre de trouver à 
une lattitude aussi méridionale ne me permelloit pas de suivre mon projet, 
je partirois alors au Nord le long de la cAte orientale de la Nouvelle- Hottande, 
appelée aujourd'hui par les Anglais Nouvelle-Galies , et j*irai relâcher dans 
les diffiérans ports qu'elle ofire. Arrivé à la vue on k la hauteur du cap 4c 
Sabie de cette c6te , je m'en éloignerai pour éviter les dangers qui la bor- 
dent dans toute son étendue depuis ce point jusqu'au détroit qui le sépare 



— 21h — 

de b NûuutUe^GitiMèê al je pavlirai suf le dtftvoit Qoavdkmeat trouve qui 
I0 aépftpe de la NoupeU^Hdfmuhf pour gilgner les Moluques et me rendre 
à ri«/« rfti Prinoi dans le détroit de la Soude ou k Batavia si j'y suis forcé 
par le mauvais état du vaisseau. U'on je Fe[HPendrai la route de Tisle de 
Franoe et peu api'ès e^e de TEurope. Dans le cas au contraire on les ima» 
me pepmeUrottt de pass^ au Sud de la NaumUe-HpUanie , pe dont j'ai lieu 
de me flatter en choisissant la saificm favorable des mois de janvier, février 
et mars, je prolongerai cette sale en prenant d^elle toutes les connaissances 
que Ips oirefmstanoes pourront me peemett|w dp me proeuper. Je compte 
employer jusqu'au mois de mars à cette recherche et parvenir à la pi|rlie de 
cette teirpe Appelée terre du Lion, découverte en 1699 et marquée terre 
de Lewin, sur les cartes. Rendu à ce point, je consulterai Tétat de mon 
équipage ^t ^lui du vaispeqii, ^' i{ es^ ()on , j^ ff.rai voile pour Yisle de 
France en observant de prendre beaupoup au Nord pour rendre ce(te tra- 
versée moins d.qre et moins diflicile, 3i létat de ipon b^tin^ent me fesait 
craindre de ne pouvoir la soutenir, je prendrais alors le parti de longer 
les cAtes occidentales de la Nouvelle-Hollande jusquVu 10* degré Sud 
et je ferois noute de celte lattitude pour Batavia, mais je ne me déci- 
derai i prendra ee dernier parti qu après avoir bien neoonnu 14mpossibilité 
d*ea preiHlre w autre 1 per là j^allongerois ma campagne, j'irois offrir des 
viplimes eu qlimat destrpcteur dfl Si^tima où j'uwais peiitiétr^ le ebegrin 
de voir périr upe partie rjei brayjjs gp^^ qnj miMiroi^At sepopdé. 

Reprenant cp prpjet d^ p)t}9 ^auti 9} je ae ppuvois atteindra h bajfe 
itAbbonda^ce ou ouelqvie putre uQpt de la côte di^ Nord-Est de la Noy^vçlle^ 
Zélande ava^t le milieu de la belle saison et que ce qui pn resteroit ù 
s*écouler ne me permit pas de me flatter de l'emplir mon plan de décou- 
verte dans le Sud de la IfouveUe-Hollande,\Q choisirai entre le parti d'attendre 
Tannée d*après pour remplir mon objet, ou celui d'en partir pour adler 
JPRler da»? le Word et le Nprd-OwesJ d^ c^t(^ jsle d aulft*!» découvertes. 
Je ne donnerai la préférence à ce dernier que si j'eatr^voji trop de 
difficulté \k me procurep des subsistanees dans une terra en général peu 
pniduclive e| de peo de rnssonvoes. Dans le seeopd plan , je me rendrai ani^ 
PUtiffinêê par le Nord de la Nouvelle-Bretafne , que j'aurai soin de venir 
reconnaître pour drosser une route et dans laquelle il est plus que vrai- 
semblable que je ferai quelques nouvelles découvertes qui, par leup utilité , 
pourroieut nje dédomm^ig^r de celles auxquelles j'aufoig étf forcé Je itî- 
npncer. / 

On (magil^ra aisément qu'il est impps^ible de tput prévoir et de tout 
foume^tre au c^lpul du tems dans une cjuvière ausai immense que celle 
que j*embrasse. Dans les difl'éienB espaces que j'en ai fine, j ai eu soin de 
faire la part aux contrariétés, auxquelles il faut s'attendre dans un anssi 
longf voyage. Je ne crains pas d'avancer que mon calcul est vraisemblable 
pour la durée des difilérentes traversin^'s d*un lieu à Taulre , depuis le départ 



— 216 - 

de France jusqu'à Tarrivée dans Visk de Jumt-Fenandéê , il m'est moins 
aisé de fixer des termes pour ce qui me i*e8te à parcourir. Je poorrois cepen- 
dant y satisfaire si je me bomois à naviguer d'un lieu connu à d'autres dont 
les latlitudes et les longitudes viennent d'être dëtermiuf^. Alors je ne ferois 
que suivre des traces et je ne rëpondrois pas au vœu des puissances mari- 
times de l'Europe et en particulier à celle qui m'emploie. Je crois cependant 
pouvoir assurer en faisant une balance ^alle des tems contraires et £ivo- 
rables être de retour en Europe au plus tard à la fin de l'année 1778 , c'est- 
à-dire après trois ans et qudqnes mois do jour de mon départ que je fixe 
au i"juin 1775. 

LàTOCCHB 

La Touche avait joint, je fai déjà dit, à ce Plan de Voyage des 
devis fort complets. La frégate V Aurore, de 18 canons, qui était en 
armement à Rochefort, et qu'il demandait au Ministre, serait 
montée par 191 hommes'^) et emporterait dix mois de vivres 
en nature et autant en argent. Le futur commandant prévoyait en 
outre un ravitaillement complet à Batavia et un autre à Tlle de 
France. Puis il faisait spécialement le compte de ses munitions 
d'artillerie , de ses manœuvres dormantes et courantes. Il lui fallait 
un jeu de voiles complet en sus de la rechange; tout un matériel 
de mouillcnge : ancres, câbles, grelins; trois embarcations (cha- 
loupe, grand canot à clapot, yole). Puis c'était le matériel de cou- 
chage, un hamac par homme; le vêtement (cent cabans pour 
l'hiver, quatre cents casaques et culottes, chapeaux de cuir, bon- 



^) Vétat particulier du pênoimel, de !b main de La Touche, n*en énumère 
loutefoiB qae 189, savoir : 

Un officier commandant, trois officiers, deux gardes de la marioe, un aumô- 
nier, un écrivain, un cbirui^en-major; — un sergent, deux caporaux, dooie 
fusiliers; — uo matlre-canonmer, un $«econd, dix aides, dix niatelols eanonniers; 
— un maître pilote, un second, deux aides, six limonniere; — deux maîtres 
d*équipages, deux seconds maîtres; doux contre-maitres, un patron de chaloupe, 
dix quartîer-mallres, dix gabiers; — un maitre-charpentier, un second, deux 
aides, deux matelots-charpontiers; — un maftre-rairat, un second, deux aides, 
deux matelots calfats; — un maflre-voilier, un second, un aide, un mntelot- 
voilier; — un second chirurgien,, un aide, un apothicaire, un armurier-serrurier, 
un forgeron; — soixante matelots, dix mousses; — un commis des vivres; un 
roattro-valet, un sommelier, un boucher, un boulanger, dix domestiques ( cinq au 
capitaiuo, rinq aux officiers). Dans une autre pièce, il parle, en outre, de quatre 
paM$nffer$ pour le» dijfértna genm de c<mnaiê9aiiti9ê à preadrê; c\*st le fiersoiinel 
Ncionlifii|UP. 



— 217 — 

nets, chemises, souliers, etc.) et crdeux boucaus de cafë pour 
réquipage comme antiscorbutique ?). 

H fallait songer aux moyens de se procurer des rafratchissements 
en pays sauvage et Latouche signalait comme indispensable Tachât 
de quatre tonneaux de verroteries et de quincailleries, de trois 
tonneaux de clous, haches et autres ustensiles de fer et de «r quelques 
balles de drap écarlate?). Enfin il proposait de fabriquer trdix pla- 
ques de cuivre aux armes du Roy pour des prises de possession au 
nom de Sa Majestés». 

La dépense totale, calculée pour quarante mois que pouvait 
durer Tabsence de la frégate, était évaluée à &a&,65o livres. 

Pétition, plan de voyage et cartes à Tappui, tout ce petit dossier, 
parvenu le 19 octobre 177/1 ^^^^ ^^^ bureaux de la Marine, est 
aussitôt Tobjet d^un examen bienveillant et une courte note, rédigée 
pour le Ministre, en lui signalant rindirét de Tentreprise, propose 
den renvoyer Texamen à un groupe de savants autorisés. «tUn 
projet tel que celuy-ci, écrit le rédacteur^ doit être examiné et 
discuté par les plus habiles Marins et par des Ac4idémiciens. Cest 
à eux à juger de la possibilité, de Tutilité de son exécution, de la 
marche quil présente, ainsi que des avantages qui en résulteroient 
pour rÉtat, pour les sciences et pour le commerce.?) 

Le & novembre, le Ministre chargeait Bougainville, Chabert, 
Joannis, Rosnevet, Pleurieu et Marguery d'examiner le projet de 
vo} âge de La Touche. 

Bougainville, âgé de &5 ans, a accompli, comme on sait, le 
premier voyage de circumnavigation qu'ait achevé un navire fran- 
çais, en traversant Tocëan PaciGque dans toute sa largeur; le 
marquis de Chabert a commandé la Mignonne (1771) pendant la 
campagne entreprise pour vérifier les horloges marines; Joannis, 
ancien capitaine de la Compagnie, aujourd'hui au service de TÉtat, 
a relevé, à bord du Montaran, les détroits de la Sonde (1766); de 
Saulx de Rosnevet était le second de Kerguelen pendant la recon- 
naissance de 1773-1774; Fleurieu avait monté Ylsis pour expéri- 
menter les montres de Berlhoud (1769); enfin Marguery est le 
rapporteur du Neptune oriental de D'Après de Manevillette (1775). 

Cest donc, sans aucun doute, un jury particulièrement compé- 
tent, mais que la lettre de La Touche au Ministre devait nécessaire- 
ment impressionner, dès le début de son enquête, d'une manière 
peu favorable. Le jeune capitaine de brûlot ne déclare-t-il pas en 



— 318 — 

effet, avec un eeptain dédain, cinq ans et quelques meîs aprës ia 
rentrée de Bougainville (16 mav» 1769) et au iendepiiain du 
retour de Kerguelen, que, «r faisant la reeherelie des différons navi- 
gateurs qui ont rendu leur nom oétèbre dans la carfi^i^* qu'il se 
propose de parcourir, il a vu avec peine la France pmée de pa^^ 
tager av^e le» atUrês puissûneei Thomèêur dêi déêêwm^êê dan» fhémi- 
itpkhre austral et la mer Paeijlqui, 

Et sHI a fait mention, en plissant, du voyage de Bougainville, 
n'est-ce point pour ajouter aussitôt, d'une façon plutôt désobli* 
géante, qu^l est temps de prendre part aux reoherchea d<M étran- 
gers (*de qui, tmgwtrs, juêqu'à ee moment, nous avons vécu des 
lumières dai)S ce genres et que ta gMre dt^ Roi, d$ fÉtai €t de la 
Marine est intéressée à montrer à PEurope que nous ne sommes pas 
inférieurs aux autres nations maritimes. 

Qougainville, Joannis, Rosnevet et Ml^i^Q^ry ont conféré au sur- 
jet de la demande de La Touche ^^) et par un rapport, en date du 
<)5 novembre, rédigé par le premier de ces Qfficiers, ils marquent 
au Ministre nqu^Us peneent %nanimement que Fexéeutiùn de ee projet ne 
produireit aucun avantage à fÉtat, au Commerce et à la Giographien. 

r L'objet du voyage , dit }^ rapporteur, ^eroit 4e faire des découvertes ({ups 
la mer du Sud et ensuite dans U mer des IndeSr 

M. de Bougainville assure que les premières, s'il étoî( possible d'ep fair^ 
de nouvelles, seront toujours en pure perte et n'indemniseront jamais des 
frais de l'armement qui y aura été employé. 

Quant aux mers de Tlnde le seul objet essentiel k y découvrir, selon 
M. de Bougainville, seroit une isie, une terre, un pays boisé et à portée de 
fournir à Tisle de France les bois , la mAture et d'autres secours qu'on est 
obligé d*y envoyer d*EmH)pe oi ils deviennent journdieroent de la plus 
grande rareté, 

ÛA ignora si oa ne t?»pvemt pas dt^ romourtm de fe g^nsi^ dans la 

Nouveil|)-Ho}larid^ i^éridiomito. Û^\9 ppur s'eii assurer et ]« bicil rpcoq* 
naître, up armement partant d<) Franae serait aus^i inutile que dispfndieoY- 
11 faudroit seulep[ient expédier de Tisle de Francfi une flûte médiopr^ , qui , 
a|i deffaut de trQ^ve^ k la Nouvelle-HoUanfle ce qui seroit nécessaire pour 
former un chargement, iroit le prendre à la Nouvelle-Zélande. M. de Bou- 
[fninville, en assurant que le sieur Marion ^*^ y a Irouvo du bois ^*\ observe 

•" Ghabert e( Fleuriea n'ont pas pris part à cette délibération. 

^-' Marion du Presno (18 octobre i770- 

^-^) SpugaînviNe avait obtenu da Ministre de |a Marine la fonunnnicatîon dq 



— 219 — 

qne ie malheur airivë à cet oflBeier de la Compagnie des Indes fait oon- 
noUne les précautiona à employer poMi* éviter un pareil eas. 

Si, d'après cet exposé. Monseigneur ^^^jugeoit à propos d'ordonner une 
expédition pour ta cecoimoissauce de la iNouvelle-Uollande méridionale, on 
reuiettroit à M. Auda T^^droit de la lettre de M. de Bpugainville qui en 
parle, pour pouvoir donner en conséquence les ordres nécessaires aux ad- 
ministrateurs de risle de France. 

ne paroH pas qu'il y ait d'autre usage à faire du projet de M. de la 
Touche î'. 

journal de Malien qu'il avait ail tn maint prè» 4e et semaineai ami que le 
montr^n^ Iw deux le^tT^ que vuiq, conservées d^(i8 le m(^ipp carton dea Arcliiv^^ 
de la Marine. 

A Qrest| pe 199 novembre 1778- 

MoNSBIGIf BUB , 

J*ai eu rhonneur de remettre à M. le comte de Brugnon un mémoire pour le 
prier de vous demandar le relief dq mes appointeipents depuis le 1*' juillet. Je 
vous supplie d'élre favprable à cette demande. 

J*aî vu h Bretagne dans le bassin. En examinant l*état de ce vaisseau fait avec 
tant de soins, il y a dix ans, il est impossible de ne pas plenrer sur la courte 
destinée d*aussl belles machines. Quelle autre preuve faut-il de la néeessité des 
formes couvertes? Je vais être attaché le 1*' décembre au radoob dit Zàdtêque, 

Osepeis^je vous soppliar, Monseignaurv de vouloir bien ma faiae prêter on 
journal de la eampagna de M. Manon. Or m'a dit qu'ils avoient fait des décou- 
vertes dans la partie aus^r^la. 

Pour peu que ces découvertes aient d'importance, cpmme lep Ap^iaiA Qpt main- 
tenanl des navigateurs dans cette partie, il seroit essentiel de les publier pour 
a'assurer le droit d*ainesse. Le tems n'est plus où chaque découverte étoit Tobiet 
d'un mi^tere; et d^aillenrs je crains bien que toutes celles qu'on pourra faire dans 
ces contrées australes n'aient jamais d'autre utilité que de perfectionner la connoi»- 
sance du globe. 0*en est une grande, sans doute, et bien digqe des soins d'une 
grande nation. Je serai très exact à renvoyer le journal , ai vous avet la bonté de 
me k faire prêter. 

Jeaoîa avae raapeat. Monseigneur 

A Brest, ea 19 janvier 177 A. 
MoBiaieaspa, 
J'ai rbonneur de vpus renvoyer |a journal 4e la campagne de Mr ManP9i Ce 
journal, tel qu'il est, n^es^ paa eu état d'être imprimé* On pporroit ^aulepeut 
donner dans nos papiers publics la note des lies australes qu'il a découvertes par 
les parallèles de û6 à ^7 degrés entre 3a et AS degrés de longitude orientale de 
Paris. Ce seroit en assurer la découverte à la France. 

Je suis avec respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant ser- 
viteur, 

DB B0U6AINVILLK. 

^') Le secrétaire d'État de la Marine. 



- 220 — 

Le so uovembre, la Marine répond à Bougainville en iui de- 
mandant de renvoyer les lettres , plan et cartes de M. de La Touche. 
V Aurore est désignée pour faire campagne dans le Levant et Tau- 
teur du projet, si bien étudié pourtant que Ton vient de lire, invo- 
quera vainement auprès des bureaux prévenus contre lui, à son 
insu, par ses anciens qu'il n a pas su ménager, l'assentiment à ses 
desseins de Tillustre James Cook. 

Il n'est resté de cet épisode qu'une impression durable dans 
Tespril du ministre en faveur de Tillustre navigateur anglais, dont 
les sentiments élevés et généreux ont excite son admiration et sa 
sympathie. Et lorsque, en 1778, la guerre d'Amérique sera sur le 
poini d'éclater, Sartine se souviendra de Cook, pour le recomman- 
der, dans un court mémoire, en date du 5 avril, à la magnanimité 
du Roi. 

Le capitaine Cook, écrit Sartine, un des plus habiles officiers de la Ma- 
rine royale d'Angleterre, après avoir fait deux fois le tour du globe, après 
avoir, dans le cours de ces deuK voyages, donné le première l'Europe une 
connaissance exacte de Thémisphère austral, perfectionné la navigation, 
enrichi la géographie et l'histoire naturelle d'une foule de déconvertes 
utiles, a entrepris d'en faire un traiêième dont Pobjei eU de reconnoîire et de 
décrire les cotes , les isles et les mers situées au nord du Japon et de la CaH- 
fomie. Il est parti de Plymouth au mois de juillet 1776^*^ sur le vaisseau 
In Résolution, le même qu'il avoit commande dans son second voyage. Ce 
vaisseau, du port de &00 à 5oo tonneaux et d'un peu plus de 1 00 hommes 
d'équipage, n'est point un bâtiment propre aux opérations militaires. Il 
avoit été construit originairement pour le commerce du charbon de terre. 
Il est accompagné d'un autre bftliment de pareille structure nommé tke 
Diseovery, tria Découverte^. 

ffLe capitaine Cook est vraisemblablement en chemin pour revenir en 
Europe. Son expédition n'aiant pour but que le progrès des connaissances 
humaines, intéressant par conséquent toutes les nations; il est digne de la 
magnanimité du Roi de ne pas permettre que le succès en pnisse être com- 
promis par les hasards de la guerre. Et dans le cas de rupttire entre les 
deux couronnes ^*\ on propose à Sa Majesté d'ordonner à tous les officiers 
de sa Marine ou armateurs particuliers qui pourroient rencontrer le capi- 

(') Cook avilit appareillé à Flymouth avec la Réiolution seule le la juillet 
1776. La Diêcovery, qui n'était pas prête, le rejoignait au Cap, d'où les deux na> 
vires repartaient ensemble le 3o novembre. 

(') J\ii dit que ce mémoire 'e^t du 5 avril; la guerre ^Amérique rommenroil 
en juin suivant. 



— 221 — 

taiue Cook de s'abstenir de toute hoslilitë envers lui et sou bâtiment, de 
lui laisser continuer librement sa navigation et de le traiter à tous égards 
comme il est d'usage de traiter les officiers et les navires des nations neu- 
tres et amies, en lui faisant connaître cette marque de Testime du Roi 
pour sa personne et le pi*ëvenant que Sa Majesté attend de lui qu'il s'abs- 
tiendra de son c6ié de tout acte hostile. 

rrQ paroit convenable de donner connaissance de cet ordre aux ministres 
de Sa Majesté Britannique, n 

Et le i3 du même mois, par ordre du Roi, Sartiue écrira dans 
tous les ports la lettre qui suit : 

A Vermilles, le i3 avril 1778. 

Le capitaine Cook, qui est parti, Monsieur, de Plymouth au mois de 
juillet 1776 sur le vaisseau la Résolution avec le projet d'aller reconnottre 
les cAtes, les isles et les mers situées au nord du Japon et de la Californie, 
ne doit pas tarder à revenir en Europe, Il a sous ses ordres un autre na- 
vire nommé la Découverte qui, comme celui qu'il monte, est d'environ 
5 00 tonneaux, et l'un et l'autre ont un peu plus de 100 hommes d'équi- 
page. Comme les découvei'tes qu'une pareille expédition donne lieu de 
faire espérer intéressent généralement toutes les nations, j'ai l'honneur de 
vous prévenir que le Roi veut qu'en cas d'une rupture absolue entre la 
France et l'Angleterre , le capitaine Cook soit traité de même que s'il com- 
mandoit des bâtiments de puissances neutres et amies et qu'il soit recom- 
mandé aux officiers qui jwurront le rencontrer à la mer, de faire connoitre 
à ce navigateur célèbre les ordres qui ont été donnés u son égBjrd , en lui 
recommandant de s'abstenir, de son côté, de tout acte d'hostilité. 

Vous voudrez bien faire remettre une copie de ma lettre aux diffé- 
l'ents officiers commandai! s les vaisseaux et frégates qui composent voire 
escadre. 

J'ai l'honneur d'être, avec un très parfait attachement. Monsieur, votre 
très humble et très obéissant serviteur, 

DE SAnTUIE ^^K 

(') Cette missive a vala à Sartine la lettre suivante, du duc de Croy, conaervée 
dansée même dossier aux Archives de la Marine (B* 3i 5) : 

De Paria, le 10 février 1779. 

Voua avés, Monsieur, fait quelque chose d'admirable et bien digne de voua et 
de noire nation, en donnant des ordres à tous les vaisseaux du Roi de respecter, 
comme on le doit, le fameux M. Cook. Mais me permettrésvous deux réflexions à 
ce sujet : L'une quMI paroit qu'il serait bon que cet ordre, qui n^est pas asaés 
connu, fui annoncé dans les gazettes par un article fait avec soin qui fasse voir 
le fM que noua faisons dos grands talents. L'aulro, qu*il est à ciaindrf* quo les 



— 222 — 

On Mit comment la superslilion blessée des insulaires d'Hawaii 
rendit inutiles (i&fëTrier 177g), en ce qui coneehiftit rUlusire 
chef de Is nliSMoii anglaise ^^), cë& belles instructions qui (bni tant 
dlionneur âu Ministre qui les a inspirées. 

La Touche, nommé héulenant de vaisseau, avait pris le com- 
mandement de la corvette le Rossignol, sur laquelle il allait com- 
mencer la série de ses glorieux exploits ^^^ 

Par un retour vraiment curieux des choses, le brillant officier 
qui ne pense plus qii'à combattre les compatriotes de son bienveil- 
lant correspondant d un jour, va Se trauVèr dllgâgé dans une rade 
campagne, dans les parages où Cook débuta jadis dans Tëtude de 
rhydrographie et ToflScier qui commandera sa conserve > FAsirée, 
sera celui-là même qu'on chargera bientôt d'entreprendre, sur un 
plan plus vasie^ ce voyage autour du monde qu'il a rêvé d'accom- 
plir, Jean-FraKHçm GéiéUP db là Pinovsu ^^h 

toréflircs fl'aiebt pftH eu ebdllfcksanets de cet ordrt^ ei qu*il seroil b<m de les en 
instruire, méMë «a G«p du Boonë'EtipéHinee et diti6 les mers ds cette psttie, 
d'sutant qtrftyant bien pointé m rottte , j6 vois qu*il doit être sur ton rolour et il 
seroit affreuk que quelque accident malheureut nous prifât de la oMUiatssaaoe 
complète du globe qu il doit nous procurer. 

J'ai rhonneur d^étre, avec le plus profond atlachemeiit. Monsieur, votre très 
liiimble et très obéissant serviteur, 

Le duc DR Gaof . 

(>} Le capitaine Gore, qui Avait pris lë eotniUftndemebt de là tnissiofl anglaise 
apt^ là mort de Gook, appHl, A Mëcao, hs ordres donnés au nom du hoi, 
gWIce auxquels il acheva paisiblement son voyage en août 1780^ 

^') Gf. L. GuéRiN. Les maritu illustres de la France. Paris, 18/16, gr. in-9*, 
p. 6f B et suivt — Le journal du HossigHêl est conservé dans le volume fi* i38 
des Archives de la Marine. 

('^ Gf. Voyage de la Pérouse auUmr du monde. Ed. MiLBT-MbBiAo. lHsc(mrs 
préliminaire. T. I, p. xxtvu. Paris, an v (1797). ln-4*. 



— ÎÎ3 — 



RËCHEftGRËS 

SUR 

LES FORMES ORIGINALES DÈS NOMS DE LIEUX 

EN TOUHAINE^ 

^AR M. AUGUéTB dËAUVlMB^ 

Corre^pondanl du Ministère de I^In^tHIctidii {)ublit|ilë, 
ViiseuPré^ddbt de la Société de ||éo|frt|ihie de Toiini 



La recherche des formes anciennes par lesquelles lëd hôtUs de 
lieux oiit passé, depuis ieùr origine jus(}U^à Tépôqué modertie, 
présente tih ililéi*ét de premier ordre et demande utlé éludé dés 
plus scrupuleuses. A travers tes téités nombreux plus od tnoins 
autorises, thalgré !â barbarie qui les tortura souvëUt, ûouâ essaye- 
rons, en ce qui concerne la TourâiUé, de àoulévét* lés Voiler d^utlé 
huit parfois impénétrable et nous noUs àttftcherous surtout h mettre 
e6té à côte, daUs leur ordre chronologique, léd formes succedsives 
et les variantes provoquées par lés Usages IbcàUx. Dévons-UoUs 
ajouter que nous ll^àborderohs que rareUlëUt l^éxplicattou étymolo- 
gique des noms de lieux? Chacun sait combien cette ^tudé eât rem- 
plie dé périls et, si nous TodOds quelquefois, UOus ne le ferons, en 
tout cas, qu'aveii Utté eircohspéctibn extrême, éU UOUs gardant biéU 
d^uiie àffirmàtioU éU laquelle, d^àitleurs, UOUâ n &urioiïô &0uS-m6me 
qU^uUe médiodre 6onfiâtlCé. 

Une division et une clàsstflcalion sMmposeilt des le début dans 
cette question que nous ne saurions traiter toUt eutiëi% danS Une 
Mule notice; il nous a semblé que la topographie même, qui a 
une influence si grande sur les formes des noms d« liêttK) detait 
nous fournir Tordre rationnel de nos rechërch^H : 

i"" Les PorU ou localités aîtaéei sur i«6 court d'eau principaux; 
a"" Les localités situées ddnê Tintérieur dés terres oU sur lés ruis- 
seaux dé peu dimpôrtflncé 

Pour aujourd'hui abordons la première d% ces deux divisions. 



224 — 



LES PORTS. 



COURS DE LA LOIRE (LI6ER). 

Ahboise. — Le premier port important qu'on rencontre à TEst 
du territoire de la Civitas Turanum^ en descendant la Loire, cest 
Amboise cité dans les textes les plus anciens. Aux temps mérovin- 
giens on trouve : Ambacia Viens, Ambacca, Ambace^^^; 

Au y*" siècle : Vicus Ambatierms (^^ 

Au Yf siècle, Grégoire de Tours parle de V(fppidum Ambacia- 

En g65 , le livre noir de Saint-Florent de Saumur donne : Vicaria 
Ambagencetms (^). 

Enfin, au xiii'' siècle, ou trouve les formes Ambasiœy Ambasia, 
Amboitia, Ambaizium^^^ pour dey enir Amboise , nom moderne définitif. 

Il est à signaler que la population locale affecte la prononciation 
Ambouèse qui semble venir à Tappui d'une opinion émise par divers 
spécialistes qui ferait remonter Torigine au mot celtique : Amboëz^^^ 
qui signifie littéralement : endroit ou sont les vivres. Nous nous 
permettons cette remarque uniquement parce qu'il existe dans le 
rocher, iiuprès du châleau féodal, d'énormes citernes creusées dans 
le roc et que les archéologues regardent comme des silos ayant 
servi de réserves de grains. 

MoNTLouis. — Cette localité est située sur le fier promontoire 
qui se dresse à l'endroit où s'uuissent les vallées du Cher et de la 
Loire à 3 lieues de Tours; nous restons sans indications précises 
dans nos recherches aux environs; les textes seuls nous donnent : 

Au IV** siècle, Mons LaudiaeuSf Montis Laudiacensis^''^'y 

En 818, Mons Laudiacensis ^^^ ; 

^') Recherchée «tir h$ ntonnaiêM mér<mng%etmê9 de Toaraine, par le vicomte 

PomOH D^ÀHicODIT. 

(') SuLPiGB SivèsB, Dial. tll, 9. 

^^^ GnéooiRB DE ToDSs, lib. VI el X. 

(^) Doiu H0U8SBAD, 1, 190, et bibl. de TourB, ms. 1171. 

(^) Bibl. de Tours, fonds Salmon, titres d* Amboise. 

(*) Euaie sur l'origine du twtn de$ communeMf par M. le comte db Gbabam , p. 3. 

^^^ GrAgoibe de Toobs, Hiêtmre. des Franc*. 

(») Testament d^Haganon. 



— 22S — 

En 1990, Mons LaudCm; 
En 1 336 , Mimdoi, Mondoué t^) ; 
En 1793, Mmiloire. 

RoGHBGORBON. — Presque en face de Montlouis, sur la rive droite 
de la Loire; le Port de Rochecorbon est connu au ix' siècle sous le 
nom de Vodantan, puis le nom de Rupes, terra de RupUms, fait son 
apparition au xi* siècle dans les textes. 

Aux XII' et xiif siècles nous rencontrons Roche-Hardouin et Rupes 
Corbonis. 

En 1995, Vodanum, parochia de Vodano reparaissent et en i3i3 
nous avons Rupibus Corbonis. 

L'église primitive, dont on ignore la date de construction, était 
placée sous le vocable de Notre-Dame , ce qui explique qu*au xv' siècle 
les textes portent le nom de Notre-Dame de Vosnes. 

Enfin, au xvi* siècle nous rencontrons le nom inexpliqué de 
Vosnes'k-Crochet et après, Roche-Corbon (^) avec un trait d'union qui 
devient par Tusage, Roehewrbon en un seul mot. 

n faut d'autre part ajouter que le coteau très escarpe environne 
le pays qui s'étend dans une agréable et pittoresque coulée; à quel- 
ques pas de là se trouve encore un lieu dit les Roches ou la Roche, 
iief ancien, et enfin, le premier seigneur connu de Rochecorbon 

se nommait Corbon, chevalier, vivant en 999 ^'L 

* 

Saint-Symphoribn. — Cette localité, connue très anciennement 
sous le nom dePortm Saned Symphionani de Ponte, n'offre rien d'inté- 
ressant pour DOS recherches. 

n en est de même pour Tours, où il existait trois ports : Portus 
scalariiê, Portua Sancti JuUani et Portus Rretanniœ. 

En aval de Tours on rencontre : 

Saint-Ctb. — Bourg d'une origine de la plus haute antiquité, 
est désigné en 886 par Ciricus Mortarii^^^; en 999 nous trouvons : 
Ciriaeuê eurtis, super Aheum Ligeris, posita ^^K 

<*) Ctrtul. de Tarchevéché de Toun. 

(*) Chartes de Marmoulier et cartul. de i*archevéché de Toun. 
('> Arcb. d*lndre-et-Loire, C, 336, 65o, 65i; E, i65 à 3i8; 6, 69 à gSô. 
(*) Dipl6me de CharUê le Groê, Documents géographiques, par Di la Ponci, 
p. 389. 

(*) Recueil des historiens des Gaules. 

GioABAPHiB, N* 2. — 190&. i5 



— 226 — 

Au XIII* siècle, Portus Sancti Cirici t^l 

Plus tard encore dans les titres paroissiaux en t6io, 1691 
et 1719 en particulier, nous voyons apparaître le nom actuel et 
complet 4^ Saint-Cyr-sur-Lé^e^^^K A aoter ea passant : 

La carte de G4S3ini porte 3aiat-C)rr ^{ enfin quelq|ie§ titres isolés, 
rédigés peadçint )a période révolutipunaire de 1 798 , portept le nom 
de BeUe-Cote. 

Le Port de Luynes. — Luynes est un nom d'importation étran- 
gërp à la Touraiae, qui ne remonte p^ au-delà dii ç^m^pçement 
du xYiii* siècle. En effet, depuis sa food^tioii ivh^ probablement 
avant l'occupation romaine, les titres successifs nou^ donf^ept les 
formes suivantes : 

Au Y** siècle, Malkium^^h 

Au Yi' siècle , MaUiq^^nse imm^U^ium ^^^ ; 

Au( x^ et XX" siècles, Vicarid MaUiacerm^f et Portus Malkacmsis^^'^^ 

Au xii' siècle, MaUiaco^^^'p 

Auxiu** siècle, Malkitsm, MaiUiacum^''^ \ 

Au xiY*" siècle, MaUé, MaUeyum, Maillé ^^\ 

Il 9n fut ainsi juf qu*AU (vui* siècle où le oojn de Luj/neg apparaît. 
Snfip y en ^793 , le nom est lui-oiiême remplacé par Roche-sur-Loire. 

Il est à remarqui^ qu'on rencontre 4ans )es e^ivifons de très 
nombreux fiefs portant les noms de : Le MouUn-Neufy Le MouUn-Blu- 
tmuj Oaite-'FimJUme, Le MoulmrRigolê$y etc., cineoasUftcea etraeté- 
rifltiquea sur lasqueiiaa eertains autevra t'appiikai pour voir dans 
ce nom le mot Mailkc, tiré du celto-bretM, qui sigaifitf le km du 
wêouUh, 



Langeais. — Le Viau AUngavenm noua eai ai(puié ao ir* 
par Grégoire de Tours, nous le voyons devenir : Lingum^^^ en 99 &, 



0) Gartul. de rarchcvéché d« IWs. 

^*^ Titres de la cure de Saint-Cyr. 

(3) Testamenl de saint Peqwt 

^^) GaéGOiBE DB TouBS, Hittoire de$ Frahct, cap. XXI. 

(^^ GhaKes de TblbauU et de Eudes, comtes de Touraiue. 

^*) Charte d^Angebaud, archevêque de Tours. 

^'^ Chartes des abbayes de Beaumont et de Marmoutier. 

(^) Charte de Marmoutier. 

(*) Charte de Eudes , comte de Blois et de Tours. 



— 227 — 

Lengiacus en i i 78, Langes en 1 188; Letigais, Langes, Lenges, Len- 
gez^^'i jusqu'à la fin du xin* siècle; depuis il ne semble pas avoir 
changé. 

Cette forme d*un pays si anciennement connu n'est pas isolée 
dans la région et semble lui appartenir. 

Dans le Dunois, près de Cbâteaudun, se trouve un L«n^cy et 
plus au Sud, dans le canton de Vaiençay (Indre) un autre pays porte 
le nom de Lan^é, 

Saint~Mighel-s(]r-Loire. — Cette localité située sur le haut d'une 
côte fort élevée possédai^ cependant ui| port cité dès le xi' siècle 
dans les chartes : Portas Sancti-Michaelis^'^K Nos documents ne 
remontent pas plus haut et il est à remarquer que cette première 
citation eet faite par Ain^ery Michel , deuxième seigneur de Sj^int- 
Michel, qui, même du vivaq) de sa femme dont il eut deux fils, prit 
l'habit monastique dans l'abbaye de Bourgueil. Poit-on faire up 
rapprochement de ces circonstances avec le nom de la localité ^ 
L'obscurité des textes ne noMS permet pas d'insjste;*. En ihUi nous 
trouvons encore le fief désignjé sous le nom de Cbâtellenie de Saini- 
Michau et en 1798 le nom est remplacé p^r Mont-si^r-Loire, 

Le Port p'Ablevois. — 1} n'existe pas, k nptre po^naissa^ce de 
trace de ce nom avant le xii" siècl^. C'était tout d'abord en 1 ^90, 
Ablevia^^^; au xiv* siècle on trouve, Portas Ablevius et Port fi'Ahle- 
wie^^^; enfin la carte de Cassini porte Port d^Ablevoir. 

Chouzb-sur-Loirb. — Ife fiog^ (}p ce^ lopalité a donné lieu à 
des controverses au sujet de ses origines. Mabille^^) y voit le radical 
celtique Coet ou Caill, qui signifie : forêt; M. de Chaban (•^ reconnaît 
dans ce nom celto-breton Koazec, lieu ancien. Bien que ces apprécia- 
tions nous semblent plus que risquées, la première partit plus 
explicable parce qu'il existait aux origiaejs mie impprtMVt^ forêt 

-*' Chartes de Saint- Julien, des abbayes de Bourgueil, MarniouUer et Saint- 
C6me. 

^*^ Charte d'Aimcry-Machel. 

i^) Arch. d'Indre-et-Loire. — PrévAlé de liegti^é, G, AS 5. 

^*> Cartul. de l*archevéché de Tours. 

^*' Maiilli, Notice sur le» dicinariM ierriioriaUi de In Jouraine, p. C. 

^*^ C. DB Chabait, EuaU sur Forigins du nom des communes ^ p. 78. 



1:;. 



— 228 — 

dans ]e8 environs de Ghouzé, tandis que Tancienneté du lieu n'est 
nullement prouvée. 

En effet nous ne relevons dans les textes le nom de Cliouzé 
qu à partir de i oo3. Choziacum ^^^ en 1107; Ckelziacum (''^) en 1 1 A8 ; 
Chouziacus ^^^ ; en ii5o, Coziacum super littus Ugeru^^^; enfin les 
cartes de Cassini portent simplement Chouzi, 

Tout à côté se trouve un lieu dit le Petit-Chouzé. 

Candes. — Ce nom, au sujet duquel les étymologistes sont à peu 
près d'accord pour y reconnaître un radical qui signifie : confluera, 
soit du latin : Candata-Condata , soit du ceito-breton : Kendeith^^\ 
semble par sa situation à Tembouchure de la Vienne justifier ces 
théories. 

Il est seulement à considérer que, d'après Grégoire de Tours, 
les Tourangeaux qui s'emparèrent du corps de saint Martin, au 
lendemain de sa mort pour le ramener à Marmoutier près Tours, 
déclarent avoir descendu la Vienne jusqu'à son confluent avec la 
Loire, et, delà, avoir remonté le fleuve pour atterrira Marmoutier. 
Si cette assertion est vraie, le nom de Candes avec l'attribution de 
confluent ne serait donc qu'une appellation de voisinage, ce qui, en 
somme, n'aurait rien d'étonnant. 

En tout cas, voici la nomenclature des diverses formes du mot : 

iv* et VI' siècles, Condatensis viens, Candata^^^; en io34 et ii4o, 
Condo/pnsw (') ; en i9o5, Canda^^^; en i338, Candatum ^^'J; en 1479, 
Saint-Martin de Candes ^^^\ Cassini sur ses cartes indique Candes avec 
un s final, alors que bien des textes le suppriment. 

COURS DU CHER (GARIS). 
Si nous remontons vers l'Est pour prendre le cours du Cher 

^') Bulle du pape Silvestre IL 
^*) Charte de Marmoutier. 
(S) Charte de Renaud d^Ussé. 

<^) Charte de fondation du prieuré du Plesais-aoï-Mines. 
(*J Notice »ur le$ diviêioru territoriale» de la Touraine, par Maiille, p. 6. — 
Eesaiê ttir l* origine du rwm de» commune»^ par le comte db Cbasar, p. 69. 
^•J GBéooi» OB TouBS, Hietoire de» Franc», iib. X. 
(^) Garlul. de Bourgaell. 
^*) Cartui. de rarchevécbë de Tours. 
^•^ Cartui. de Cormery. 
<>•) Titres de Saint-Martin. 



— 229 — 

nous rencontrons sur les confins de la province de Touraine Tune 
des stations les plus anciennes qui porte le nom de : 

CiYRAY-sna-GHBR. — Au VI* siècle son nom était Severiacum 
Villa ^^K La fondation de Tégiise remonte au temps de saint Germain, 
évéque de Paris, c'est-à-dire de 55o à 600. Au xi* et au xii* siècles 
nous rencontrons dans les textes Syvrayo, Syvrayio ^^^i au xiit* siè- 
cle, iSnrota, Sywaii^^^; en i53&, Sinray et Suivray^'^'^. Sur les cartes 
du XYi" au xYiii' siècle nous voyons ce nom écrit tantôt avec un «, 
tantôt avec un c, Cassini écrit Civray tel qu'il est resté de nos jours. 
Il est encore à remarquer que de nombreuses localités portent ce 
nom dans la région : Cîvray dans les environs de Loches; Givruy 
ou Sivray commune de Louestault, au Nord de Tours; Givray-sur- 
Ësves près de La Haye-Descartes. 

Blbib. — Avec cette ville, dont Tétymologie a donné lieu à de 
nombreuses controverses, nous remontons encore à des origines 
anciennes. 

Au v** siècle on lit : Vicus Briotreidis, Briotreis; au y 11' siècle, Blt^ 
rfium; au x* siècle, VUla-Bridrada^^^; au xi* siècle, S. Bliretam; au 
XII** siècle, fifirtooim (^) ; au xiii" siècle, Blereyum, BUri, Blèré; enfin 
les cartes de Gassini portent BUri, 

Au milieu de toutes ces variantes, qui donnent un vaste champ 
aux imaginations, quelle est la véritable explication de ce nom de 
lieu? Labbé de Marolles a traduit Briotmde par AiUrkhe, autre 
localité d'Indre-el-Loire. Dom Bouquet, de la Ponce, Salmon pen- 
sent qu'il faut y voir i> Bridari, autre pays de Touraine. Maan et 
Tabbé Bourassé croient qu'il s'agit de Brizay lieu situé non loin de 
rile-Bauchard. M. de Ghaban voit encore dans Bléré un radical 
celto-breton Bleirez, qui signifierait ra$ le» laupsy et il est k remar- 
quer que Bléré, aux époques les plus anciennes de sa fondation, 
était environné de forêts considérables. 

Mabille dont l'autorité est indiscutable traduit fin'o/rrtf par Bléié. 

(') fié de mmU Germain, par Foituitat. 

(•) Chartes de Pabbaye de Villeiom. 

(^> Gvtol. de rarrheréché de Toun. 

<•) Ckarte de Looû d'Amboiae. 

(*) Charte de ThMoloo. 

^*> Charte de Marmoatier et de Saint-JuHen. 



^ 230 — 

Ëa effet lanalOgi^ noua semble frappante filtre BUriacuêy Bkreimn, 
Briotreis, et ce dernier aUteur parait. i|€^ pd« s éloigner de la vérité. 
Quoiqu'il en soit nous avons cru bon de rapprocher ces diverses 
appréciations. 

AsAT-euR-CHER. — Le nbni à'Atay est aàsez commUn en Toti- 
raine où on en rencontre au moins une dizaine , et même dans cer- 
taines régions de la France. NttUs ailrDna occasion d*en irencontrer 
encore deux ou trois dans cette étude. Tous portent un complé- 
ment attributif tel que : Azay4e'RideaU, Azay^le-Feron, Azay-le- 
Ch&if, Azajl-le-Bi*ûlé, etc. Pour celui qui est situé sur le Cher, entre 
Blérê et Tours, Voici les formes que nous dvons retroutées : 
, En itÛT, Aziàcum, Azaium^^^\ en lâii, Azamm fuper Garûtn^^^; 
en 1&59, Aziacum ad Carim^^'^\ Azéy carte de Oésaiiiia 

SAiMt-AvBRTiN. — L'origine de Sailit-Avertin est fort aiiciënne 
sous son nbm primitif de Feitfay, comme Tiodiquent les titrés pri- 
mitifs: Venciacum, en gSo ('*); Ventiacus supei' Carim , 987 ^^i; Vttmaei, 
xif siècle («); Vencayum, 1376^')} M?ay, i3i4(8); 

G est âëUlementen 1871 ^^^ que Ton vbit le norti de Saint-Avertin 
apparaître longtemps aprèë rétablissement dans le pdys d'un dis- 
ciple écossais de Thomas Becket^ dtciievêque de Garitorbdry. La vie 
austtro de ce religieux le mit en odeur de sainteté; après sa mort, 
11 s'établit des pèlerinages ndnlbreui à son tombeau et Tusage 
substitua ie nom de Saint-Avertin à celui de Vençay. Les adteurs 
locaux vdiént danâ ce liouteau nbiu dcfe origines angld-bretonnes 
qui pblirraient bien ne pas être dêndéeâ de fohdemenL 

PoRT-CokBbit; — Ce port qui avait une certaidè importance dilx 
approches dé Tours ^ sur le Cher, n'bst plus reprësëtité aujourd'hui 



(I) Charte de Saint- Jean-du-Grès. 

f*> Charte de Saint-Martin. 

^^^ Notitta Galliarum, 671. 

(^^ Charte de Hugon , abbé de Saint-Martin. 

(^) Charte de Thibault, comte de Blois. 

(*) Charte de Gislebert, archevêque de Tour^. 

t'^ Charte de Pierre, doyen de Saint-Martin. 

^*^ Cartul. de Tarchevéchc de Tours. 

(*) Ordonnance de Jean de la Thuilie, bailli de Touràine. 



— 281 — 

qoe par une fèrmej Son nom est pourtant cité des le x" siècle : 
PMus i$ Cordutn ^^\ Portas Guordanis (^). 

Sâtonnibriss. — Ce bourg nous apparaît pour la première fois, 
en ^759 ainsi désigné : Saponaria (^)) puis en 1 i38y Sapanariam (^); 
en iao3, Sapanarias ^^^ ; en 1990, Savoneriis et Savonières^^K La 
mutation àa p euv semble s'être faite au xiii*' siècle; d'autre part, 
notts devons signaler l'existence près de cette localité de grottes 
pétrifiantes connues sous le nem de caves-gouUières, De certains 
auteun) ont cherché dans cette circonstance une étymologie qui 
nous semble plus que douteuse. 

Port-ÈalbY. — Le nom prlitillif Cbttnu au Vi* siècle, Baihlâe^m 
pagui t^} a été confohdu par plusieurs histôriénd qtii lé traduisaient 
par Beatweauy près Ghinoti; pâf BedUgi, en Atijott} Oti par B^m^ 
vûiê, par Bléré. Il nous semble plus rationnel d'y voir Port-Balby, 
situé près de Vallères^ sur le bord du Cher, où une voie romaine 
passait et auprès duquel des ruines antiques o;nt été découvertes. 

COUBS DE LIWDRÉ (ANGER). 

CnÂTitL0N-8UR-îifDRB. — Unfe chaHë de saint Martin eh g3i nous 
cite CastelUonum^^^; de même en 11 09, Castellimum^^'^; ptil& H de- 
vient Cnstellib suppt* Anâridm eh 1 574-1 aSg ï*°ï; enfin, pettdhnt la 
période révolutionhaife, nous constatofas qae Ghfttilion-suMndre 
est devenue îndremont. 

Loches. — Du v*' au viit* siècle nous rencolitiH)n8 daiis tes téJttës 



^*) Titres de Saint-Julien. — Ârch. dlndre-el-Loire. — Inventaire des titres 
de Port-Gordon. 

(*) Chroniquei de$ c&mU$ d'Anjou. 
<^) Testament de saint Perpet. 
(^' Maar, p. 11 5. 

<^) GaUia chrùtianay t. XIV, col. 98 b. 
^•^ Gartal. de rarchevéchë de Tours. 
(^) GftéGOiBB DE TouBS, MiraclcM de iaint Martin, ch. XVI. 
(*^ Charte de saint Martin. 
(*^ Charte de Marmoutier. 
t*®^ Arch. nat. J. 798. — Ordonnances des rois de Franck!, XVt. 



— 232 — 

les (rois formes : Lucca, Vicus LocoBy Luca$-Casirum^^'^; au x^ siècle, 
c'est Lrucharum; au xi", Lochas, Locas, Leueas ^*); en i3a3, Lmches^^K 

En pénëtrant exactement le sens d'uue phrase écrite par Gré- 
goire de Tours (^), nous apprenons que saint Ours vini, en ASo, 
s'établir dans les flancs du coteau couronn<i par le château pour 
fonder son église. L'historien des Gaules dt^signe Thabitation du 
saint par le mot Loccis et nous apprend que de son temps cette 
appellation avait passé du monastère au château autour duquel la 
ville n'est venue se grouper que plus tard. 

Il ne nous parait donc pas exagéré de penser que Loches lire 
son nom de cette origine et nous inclinons à le croire. 

Bbaulibu. — Situé à quelques centaines de mètres de Loches 
sur l'autre rive de l'Indre, Beaulieu, BelU-Locus au xi*" siècle, nous 
apparaît sans intérêt d'origine et d'étymologie. 

Chahbourg. — Ce lieu est l'un des plus anciens qui soient con- 
nus sur le cours de Tlndre et en faveur duquel les textes al)onden(: 
en 791, une charte nous le donne pour la première fois sous le 
nom de Condita Cambortensis^^^; puis c'est une série de noms dont 
voici rénumération : en 816, Cambmrum^^^; en 85 1, Cambortum^'^^; 
en 861, Ctimftorftt»(*);en ia34, CAamioorW; en 1275, CAomAorcr (*<*?; 
en i3o&, Chambourt^^^^ et Chambaurg sur les cartes de Cassini et do 
l'£tat-Major. 

Circonstances caractéristiques : il existe dans les environs de 
nombreux noms de lieux présentant une analogie significative. 

A Chambourg même coule un ruisseau du nom de Ckantereine^ 
les communes environnantes portent le nom de Ckanteaux^ Ckédi- 
gny et on trouve non loin de la des lieux dits tels que : La Cham- 
peigne. Châtres, Ckamgny. 

W GbAqoisi bi Touis , iib. X , Grande ekrtmiquê df Ttmrt, 

('^ Chartes de saint Martin. — Gartiil. de Noyers. 

C' ChaHe de Villeloin. 

<*^ GaéfloisB Di Tours, Yitn Patrum^ rap. itiii. 

<^) Carinl. de Gonuery. -- Charte de Pabbé Ilhier. 

^*^ Dipl. de Tempereur Louis le Déboonaire. 

^'' C«aHol. de Cormery. 

'*' Dipl. de Charles le Chauve. 

•' Charte de Kocliard de Saînt-Hiicliel. 

t»«^ Arch.nat,J, 7S8. 

''' CjKii!. du Lift 

«t 



— 233 — 

D'ailleurs, en Tou raine, en élargissant le cercle autour de Cham- 
bourg nous rencontrons nombre d'autres localités du même genre : 
Chambon, CKamhrayy Chamfigny, Chançay, Chanceaux, Channay, etc. 

AzAT-sua-IiiDRB. — De même que toutes les autres localités de ce 
nom, Azay-sur-Indre a des origines qui remontent à 1096, Azai- 
rtfm(^), avec les mêmes formes ou à peu près. Mais ce qui est parti- 
culier à celui qui nous occupe c'est la série de compléments attri- 
butifs par Inquelle il passa avec le temps. Nous trouvons en cflet 
au xu f sihcle Aêceyum'k'Chétit^^^-y au xiii'' siècle, Àzay-le-Cardonne^^'^ ; 
à la fin du xvi* jusqu'au ivui*" siècle, Azay-le-Chadieu; carie de Cas- 
sini : Azaysur-Indre, 

Rbignac. — Le pays de Reignac n'est pas de ceux qui doivent 
leur nom aux conditions topographi(|ues qui les entourent; ilolTnî 
ia particuiaritë d'avoir pris successivement le nom de trois posses- 
seurs. Primitivement, la famille de Bray possède Reignac et lui 
donne son nom : Bresis-Castrutn, Brixis, Breis, Bresius^^"^ jusqu'en 
1&90 où Jean du Fau devient seigneur du Bray et lui substitue son 
nom : Le Fau. Il en fut ainsi jusqu'en 1696 où un seigneur comte 
de Reignac, en Saiotonge, reçoit la terre de Le Bray-Le Fau, et 
lui donne, par l'usage, le nom de Reignac qui est bien d'origine 
saintongeoise. En 1793, nous voyons cette localité désignée par 
Val-Indre. 

CotMBRT, — Cormery est, comme Reignac, cité dès les premiers 
siècles, étant autrefois situé sur le passage d'une voie romaine im- 
portante. Son antique abbaye est une des plus considér.ibles et dos 
plus riches en souvenirs historiques. Un abbé de Saint-Martin cite 
Connarieus^^^ en 791 et les archives de l'abbaye elle-même nous 
donnent les plus amples renseignements sur les formes diverses 
du nom qui sont : Cormeriaco en iiSg; Cormariceni en 1189; 
Cùrmeriacena en iii8\ Cormery, ti'j^'itiiù-ililii^^K 

^*) Gartal. de Moyen. 

^') Gartal. du Liget et de Tarchevéché de Tours. 

<') D. HoussiAD, XIV. 

t*^ CaHui. de Cormery et de Moyers. 

<^> Charte dUtbier, ablié de Saint-Martin. 

t*^ Cartul. de Cormery. 



— 294 — 

L'explication semble être en aecord avec uae forme ancienne 
iatiniBéei la région elle-mdme était considérée comme le pays des 
cormiers et d'ailleurs la ville de Gormefy portait comme armoiries : 
ftde sable à un cormier iorn (xvii* siècle). 

ËsvREs. — Ce Dourg très heureusement situé sur le bord de 
rindre dans une vallée des plus pittoresques a une origine fort 
ancienne; elle est citée au v* siècle Evena^^^ par Grt^goire de Tours 
et le portail de Téglise porte encore des parties de petit appareil 
qui, très probablement, onl dû appartenir à tédifice primitif bâti 
par saint Perpet au v' siècle. 

Les formes successives sont les suivantes ! Ehenensis, 83/|(^'; 
Ewra, iigG^^^; Evra, Evria, 1206^*^; Esvré, iBoA'^'; carte de 
Cassini, Esvre. 

Péki-tÉ-Rvàti. -^ Ndds sommes mtore eti pré^^ticë d'utt nom de 
liëtl dotit là haute antiquité tie pourrait ndUâ stft'tireiidt'ë', il nous 
senible ((u'ott ddlt en chereber la signiiicàtidfl dfltlB ie6 fadidaux 
iseiti^Uës, aticuûe famille d^dyaht porté ce nom à aucotie époque et 
des tésliges de ces temps reculés étant encore visibles dans son 
église fondée pàt* saint Brice ftu vi« âlècldi Les textes sotit également 
abondailts. Ou trouve au v^ siècle t RùtomaffUm^^^; eu 900, Rohma- 
gûs, RodoMPnsis, Rodonensti^'^^i au xiir siècle, Amm RohmOgi, Rtim, 
flomwUmt»); de 1Û87 à l5id, ftlWnW. 

La voie romaine qui passait à cet endroit succédant très proba- 
blement à une route gauloise et le pont qui se trouvait en face, ont 
sàtis ddutd donné nttissaUce à ce Uonl qui , d'Après des opinions 
presque uUanimes, poufretit se ti'aduire par Ponî-dê-la^Rthite^^^), 

AzAï-LB-RiDBAu. — Les traces de ce nom ne remontent pas au 

(*) Or^goiri 08 TooBs, lib. X.c., xui, Vie de sainte Monégonde. 

^*) Gartul. de Cormery. 

(^) Charte Je Pierre de Monibazon. 

(*) Charles de Beatimont et de Saiiit4câli-da-Griis. 

^*^ Charte de Cormery. 

^^^ L^abbé Bolrassb, Recherchée êur leê égliêei romaneê en Touraine^ p. 76- 
75. 

('^ Arch. d'Indre-et-Loire, £,17. 

''^ Charte de saint Martin. 

<*^ Cartul. de Tarchevéché de Tours. 

('») Titres de Relay. 



— Î85 — 

delà de tëao A^acus^^^ et eepeiidaiit des Yëstiges ilimaiiis dilt été 
troufés danè là localité, tels que traee de voie remaide et de VilU» ('^'. 
En idSo^ nbUÂ trouvons encore Aiiacu$ ^^^ ; en 10^7^ Aziacum^^^; 
Auàiense ou Auseienae^^U en ii7&5 Atài^^'^ en i9il5« i4z;ayttin Ai- 
<fe/£(^); xiu'' siècle, ilcaîd(^)} titrés divers dea tf? et x?r siècles : 
Azay-sur-lndre, Azay-k-Brâlé, 

RiTARBNNEs. — Ce pays connu depuis 887 par le mol laiin Ri- 
varerma^^^ ne semnle pas dvoir subi de variations dans son origine, 
sa situation sur le bord de la côte sud de llndre, à 1 endroit oà 
la Loire, le Cner et I Indre coulent dans une Unique valiëe appeli^c 
Varenne de Tours avant de s unir, peut offrir quelque analogie d'ori- 
gine. 

COURS DE LA VIENNE (VÎGENNÀ). 

La Vlëniie faisant soù entrée sur }0 tëtrltoire de 1§ Touraide 
presque à Teiidroit de sein (iOiifliieht àtéë hl Grëtise le pt^diier port 
qui s*offrë h nôtre éttidë , itti péû au mid de ce côufltietit est t 

ÀNTboitr. — Situe sur la rite gaùcbe, est atteftlâ ddk 638 aotis 
le tlOttl latitt AHt^làéûê^^^^: PlusiëUi^ atlteurs oiit ^nfeiidu Antd- 
gny avec ÂntOigUé situe ëii Poitou et Uii ëtttre Atitoi^ 8ittié en 
Anjou à peu de distance. 

Les formes qu^on rencontre successivement semblent nous con- 
firmer dans notre opinion. 

En 980 , AnUmiaco <^^); xi' et xii* siècles, AtUoniacuth ^^^K C'est seu- 
lement après ces dates que la mutation de oc, ou du latin acum, 

» 

^*^ Maar, Hiêtoire de l'églwe métropolitaine, 

^^^ itémoires de la société archéologique de Toui*ame, iftSâ. — ihniMire du 
département d^ Indre-et-Loire, i856. 

<>î Cartui. de Cormery. — Charte XXXVII. 

^^' AiôRSlIlBB, I. 

^*^ MiBiiLfe, Diviêiom ierriimriàîea de ht IhûMHe, ^. aB. 
W Cartui. de Cormery, i3o. 
(') Cariai, de Philippe ÂagnslS. 
(") Charte de rarchevéchë de Tours. 
(*) Grande chronique de Touraine. — Cartui. de Ganaer}; 
('^) Charte de Dagobert. — Ba^QUioKT, Diplôme, 1, 53«-58* 
("^ Recueil des historiens des Gaules, IX, 
<'«î Cartui. de Noyers. 



— 236 — 

semble sYtre faite en ïy qui termine le nom moderne. D faut rap- 
peler aussi qu'un grand nombre de noms de lieux de la région ont 
cette terminaison en gny, tels que : MoiUigny, SéUgny, Marigny^ 
Pussiffny, Martigny, etc. La forme de Séligny au vir siècle était 
SeUgneehj qui trahit bien ses origines celtiques par mutation de eek 
en gny. 

Ports. — Ce nom de lieu qui ne laisse pas de doute sur sa 
signification a pris probablement le signe de la pluralité à cause 
de Fa double utilisation comme port sur la Vieune et sur la Creuse 
à Tendroit de leur jonction. Bornons-nous donc à donner les quel- 
ques formes que nous avons pu recueillir : 

ix' et X* siècles, Portus; xi' siècle, Parti; xiii* siècle, Pcrtubus^^K 

PouzAY. — Pouziacus ('^) au xii* siècle est très peu cité dans les 
textes et cependant une origine celtique, sans doute disparue, 
parait probable, car on peut voir encore, non loin de ce lieu, les 
débris d'un dolmen important. D'autre part, on donne à croire que 
Pouzay signifierait : le lieu de la fontaine ou la fosse y et nous rele- 
vons qu'il existe tout près de là un ruisseau qui s'appelle : Les 
Fontaines Blafiches, et un fief et lieu dit important : Le Profond Fossé. 
Quoi qu'il en soit, nous prenons ces rapprochements pour ce 
qu'ils valent, c'est-à-dire pour de simples remarques. 

Cbouzillbs. — Nous rencontrons ce lieu désigné dans une série 
de textes dont voici la liste : 

VIII* siècle, CrucUia (^^; 

xf siècle, Crudlia^'^^; 

XII* siècle, Cruzillarum^^^\ 

xiif siècle, CruzilUa, CroziUœ, Croziltes^^K 

Toutes ces formes dont l'origine est la même ne donnent lieu à 
aucuoe discussion. 

L'IsLE-BoucHARD. — Au poiut de vue des origines ce pays n'offre 
rien de particulier et l'explication en est aisée. Au ix* siècle un 

<') Gartol. de Noyers et de Tarchevéchë de Tours. 

<') Arch. d*Indre-et-Loire, G, 396-335. 

(') Dipl. de Gliarlemagne. 

^*î Gartul. de Noyers, 

(') M A AN, *j5o. 

^^^ Gartul. de rarcfaevéché de Tours. 



— 237 - 

bourg important existait dans l'ile qu'enserrent les deux bras de la 
Vienne, un château y fut conslruit, qui devient le château de ïlsk^ 
el, en 887, Bouchard, premier baron de Tlsle lui ajoute son nom 
pour fonder désormais la localité sous le nom de \ île-Bouchard. 
Voici les différentes traces que nous en avons retrouvées : 

ix" siècle, Vkarta hlensis ; 

En 887, Imula-Buchardi; 

En 1958, Insula Bucardi; 

En i&ia, tle-Bouchari^^\ 

R1VIBR8. — Rivière est d'une antiquité incontestable prouvée par 
son é^ise fondée par saint Martin. Celle qui existe encore actuelle- 
ment, ou du moins en partie, date du x* ou xf siècle et porte 
encore sur ses murailles des peintures fort intéressantes remontant 
au xiii*" siècle. 

L'explication du nom est aisée : le pays se trouve placé en 
pleine vallée, tout au bord de la Vienne, à quelques kilomètres de 
Chinon. Cest tout à fait le lieu de la rivière et il est désigné dans 
tous les textes par Riparia^ au x"* siècle; Ripera, au xi* siècle et 
Riveria, en laog^^^ pour devenir Rivière peu après. 

Cbinon. — Cette ville est placée dans une admirable situation 
pour dominer la vallée et charmer ses habitants par tes riants pay- 
sages environnants. Resserrée entre le coteau abrupt et la rivière, 
elle semble justiGcr la signification qu'on lui donne en l'appelant 
la Belle-Rivière. 

En tout cas, il est un dicton très répandu dans le pays et qui est 
ainsi conçu : 

tr Chinon, petite ville, grand renom; 
Au haut le bois , au bas la ville, n 

Les formes de son nom sont très nombreuses. Voici les princi- 
pales avec les variantes el l'orthographe : 
An V* siècle. Gain, Cayno, Catno^^^-y 
Au x** siècle, Kainonense, Caïno, Chaino, Quamo ^^); Cainonis, 

<»> Cartul. de Noyers. 

(') Charte de Mamnoulier. 

('^ GaéGOin di Todbs, lib. V>X. 

''^) Livre noir d^» Saint-Florcnl-de-Saurour. — Cartul. de Bourgueil. 



— 288 — 

Kaino; ChinoUy en 1061 (^); en 1189, ^^^ ^ CUno^^^; du xii* 
au XIII' siècle, Cainone^^^; en ia&6, ChymmU^^^; en 1973-1999, 
Chynon ^^K 

Nous arrélerons ici cette première partie de notre étude, nous 
promettant de la continuer prochainement en passant en revue lous 
les noms de lieux placés sur le territoire de Tancienne province de 
Touraine. 

(*) Charte de Marmoutier. 

^'^ Gartul. de Tprpenay. 

^*) Gartul. de l'archevédié de Toun. 

(^) Reeaeîl dm hûiatitM àm GaulM. 

c») Charte (itilapmutiei^ 



— 239 — 



LA NAVIGATION EN GIRONDE 

DUPaès 

LE ROUTIER DE GARGIE dit FERRANDE 

(XV SI^GI^E), 

PâR M. GHARL6S DUFFABT, 

Q^er d* Académie, 
Membre de ia SoctiU de géographie commerdaie de Paris. 



On peut eonsidérer le Routier de Pierre Garde dit Ferrande comme 
le document le plus probant 911 point de vue hydrographique sur 
Tëtat des c6tes du golfe de Gascogne pendant le xv'' siècle. 

Ce contemporain de Christophe Colomb a écrit un Routier qui, 
notamment en ce qui concerne la rivière de Bordeaux ou Gironde , 
est assez bien renseigné pour qu un marin ou un géographe puisse 
élre fixé sur Tétude des passes pendant le dernier quart du 
xv* siècle. 

Nous allons succinctement examiner l'entrée de la Gironde et ses 
mouillages, décrits par Ferrande jusqu'à Bordeaux, et ce qu'il 
connaissait et disait de la côte, depuis la pointe d^ la Coubre jusqu'à 
Saint-Jean-de-Luz. 

D'après les auteurs de la notice sur le port de Bordeaux, de la 
collection officielle des Ports maritimes de la France, les deux plus 
anciens et assez complets documents, pour conjecturer sur les 
anciennes entrées de la Gironde, furent le manuscrit de la Cosmo^ 
graphie, par Jehan, Allefonsce et Paulin Seccalart, avec un plan 
de la rivière en i5&5 et la Trésorerie ou Cabinet de la routte Mari-- 
nesque, mis en lumière par l'expert et renommé pilote Lucas Jants 
Wagenaer, publié en 1696. Le routier de Garcie Ferrande avait 
précédé ceux de ces deux auteurs. 

Les auteurs de la Cosmographie et du Cabinet de la routte mari- 
nesque indiquent nettement trois passes : celle du Nord ou de la 



— 240 






Anco 

; . 'J^^^^^^^ 7^ S \\\lorre-iNeqre 

.. . «> .^-> >^j*\^Me8CheR8 



là l'Anglais] 



SAINTÔNGE 



LMONT 



CONAC 




NAVIGATION en GIRONDE 

D'APRÈS 

le Routier de GARCfE^dit Fcrrande. 

(XV^'^Slècle) 
par Ch. DUFFART. 



►8 LAVE 



— 241 — 

Gdubre^ otflle du Centre on des Asa^^ eëlle du Sud ou PUs-de- 
Grave. Ils signalent à lattention des navigateurs les dftngers dot 
bancs des Anes et ceux de la Mauvaise^ 

M. Hautreux a savamment étudié h^ Uransformalions d^ oéê 
bancs; il est donc inutite d'y revenir. Le doeauneht de Ferraada 
confirme ce t{ue M. Hautreux a écrit sur la minière dont ces baftcs 
ont évolué et se sont transformés avec les siècles. 

Ferrànde ne parle potir TeoU^e dis là Gironde ni de la pdsse 
de la Goubre ni de celle de Graves. Lit pass^ dtf la Gonbre n'est 
indiquée qUe pour pi*éndre la mer vârs la Saintongèv QUant à la 
passe de Graves, il il'eii est pas question; il est permis de supposer 
que, sérieux pilote, connaissant bien la côte, habilàht le pays et 
mieux outillé pour en étudiet les recoins ^uë ses oonfrèi'es hoUaB-^ 
dais, Fërrande ne s'attardait pas en détails inutiles et par ébn- 
séquent dangereux. 6i une passe était praticable pour toas les 
navires I il Tindiquait aveé des détails minutieux, sinon il s'abs« 
tenait. 

Eil conséquence de son silence^ Tentrée par la Goubrë et les 
entrées et sorties par la passe de Grèves ne devaient être emplayéas 
que par des marins locatlx et des barques les pratiquant tous les 
jours et non par les matins étrangers oonduiaatit des navires. 

En arrivanl du large > on se trouvait en travers des Asnes. On les 
reconnailaait par la sdnde «tant de jour que de nuict; et saches « 
dit Feri^nde, que (li trouveras en ta sonde sable nlenu comme 
rtloge^^\ blanc et rouge et semé 4 parmi du noir et pareUlement 
menu comme Tautre n*, On ne s'en approchait pas aii-dessous de 
16 brasses de fond. 

Pour entrer en Gironde, on s'orientait vers TOnest en gardant 
les profondeurs de 6« 8^ et enfin i& brasses ^ jusqu'à ce que la 
tour de Gordouan se trouvât à l'E; 8. fi. du navire, et l'on obliquait 
alors vers le N. N^ 0. se dirigeant vers l'anse de Brégerac. 

On se gardait de la Mauvaise dont les dàn^rs sont suiBsamfiient 
décrits dans le routier de Ferfande, et dn ne s'en àppiHiebait pas 
an-dessous des profondeurs de 6 brasses. 

On pouvait motjilièt' dans l'anse de Brégarac s à l'abri des vattts du 
Nord et do N.-O^ Pouf Continuer la roula en amont) on tournait 
Si S» Ë. en se gardant du banc de sabld do Brégerae, qui s'tfttaadait 

^*) Gomme sable d'horloge. 

GioesAPBii, N"2. — 190 A. 16 



— 242 — 

jusqu'à la pointe de Terre-Nègre. Cest la barre à TAn^ais de^ 
passes modernes. 

Le mouillage de Royan ëtait bien abrité. Pour atteindre celui de 
Meschers, on naviguait E. S. E. Les forts courants de jasant, encore 
remarquables de nos jours, étaient signalas à la méfiance du navi- 
gateur (ry court si fort de jusent que cest merveilles «, s'écrie 
Ferrande. 

Le seul mouillage en Médoc dont parle Tanteur est le Verdon. 

On mouillait k TalemetU^^\ mais on se gardait tr du danger que Ton 
appelle les Margante8y>, Ce banc fut aussi décrit par Masse deux 
cents ans plus tard, et, en 189&, d'après M. Hantreux, qui étudia 
Masse, il se dirigeait du N. 0., au S. 0. du large de la pointe du 
Verdon à la hauteur de la pointe de Talmont. 

Désormais, on longeait la côte de Saintonge, ou mouillait en 
amont de Conac par 1 9 brasses au lieu de 3 brasses en aval ; on 
atteignait Blaye en se garant de l'Ile d'Argenton, qui était au bas 
de cette ville E. S. E. de Pauillac. 

De Blaye au Bec d*Ambès, Garcie signalait une série de bancs 
qui se suivaient et séparaient le fleuve; il indiquait les dangers de 
la navigation auprès du Bec d'Ambès. « Bourc est le travers de la 
pointe du Becd'Ambays, vers le Nort^, dit-il. 

Les indications sur la navigation en Dordogne jusqu'à Liboume, 
et en Garonne jusqu'à Bordeaux, continuent dans le routier. Fer- 
rande appelle ces deux rivières chenaux de Liboume et de Bordeaux, 

La côte de Gascogne est assez bien décrite; mais, à la fin du 
xv"" siècle, les ports d'Arcachon (bassin d'Arcachon), du Vieux- 
Boucau, appelé Boucqueau de Bayoune, de Biarritz et de Saint-Jean- 
de-Luz, étaient seuls fréquentés. 

Ferrande est muet sur Anchise, sur Mimizan et sur Gapbretou. 

11 indique, au large, les Rochebonnes, qui n'ont été définitive- 
ment et scientifiquement connues qu'au xix' siècle, par les travaux 
hydrographiques de M. Bouquet de la Grye. 

Au sujet d'Arcachon, il dit : <ret tu passeras prez de deux bancs 
qui sont au Nortd'Arcasson^. 

Ce renseignement est donné deux fois. M. Pawloski dit, à ce 
propos, dans une note de renvoi : trll est très difficile d'identifier 
ces bancs en raison des modifications du littoral landais. Il parait 

^'^ Talmont do nos joure. 



— 243 — 

résulter de Téiudedu Portulan ci-dessus meatioaaé, quArcachon 
se trouvait au xv* siècle au fond d'une baie séparée de la haute mer 
par un groupe de trois lies disposées en triangle ; ponl-étre Ttle des 
Oiseaux actuelle, la langue du Ferret et la Dune, qui portQ TAr- 
cackoB moderne. Cette constatation viendrait à Tappui de Tidée 
que j'ai émise d'un port sur la Tesle^')?). 

Je ne puis pas admettre l'hypothèse de M. Pawlobky, au sujet des 
deux bancs. L'tle des Oiseaux ainsi que la presqulle d'Arcachon 
sont constituées par le sol pliocène. Assis sur les sols préexistants 
de o à environ lo mètres au-dessous de la mer, au-dessus du 
pliocène y reposent les témoins d'un cordon littoral ou d'un dépôt 
deltaïque pléistooène y ainsi que l'ont démontré les sondages des 
dunes. La presqu'île du Ferret est, au contraire, constituée par 
une suite de bancs, en forme de cordon littoral, de formation 
moderne, s'aliongeant toujours du Nord au Sud. 

Cent ans après Garcie, du temps de Wagenaer, de Hondius, 
Mercator et autres Hollandais, quatre groupes de bancs ou d'iles 
existaient. C'étaient ViUe-Papo, qui a donné son nom à la passe du 
Papon^ Priganen; puis la PUe, qui a laissé son nom au Pilai, en 
atterrissant, et enfin ia Moite, 

Ces bancs ou ces lies, suivant une loi constante et bien régu- 
lière, sont allés, depuis lors, remplacés toujours par d'autres du 
Nord se jeter a lu côte du Sud. Selon les époques, on les a appelés 
la Batture, Vile du Terray, ïtle du Maioc, le banc de Maioc, Ceux d'au- 
jourd'hui sont appelés te banc d'Argum^^K 

Il n'y avait, du temps de Garcie, ainsi qu'il l'indique, que deux 
bancs à l'entrée d'Arcachon. Par port d'Arcachon, on entendait 
a cette époque les mouillages qui se trouvaient de Bemet à l'anse de 
YAiguiUm. Arcachon n'existait pas et Garcie ne parle pas de la 
Teste de Buch, trop éloignée des mouillages. Il n'est pas question 
d'Anchise, dans le routier de Ferrande. En conséquence, le port 
n'existait plus de son temps ou n'avait qu'une importance infime ; 
ce pilote est assez complet pour qu'un oubli n'ait pu lui échapper à 
cet égard. 

Mais il dut exister d'autres routiers, plus anciens que celui de 



^*' Le Rouiier de Ferrande , par M. Pawlowsii ( HulUiin de ia Société de géographie 
de Bordeaux, 1901.) 

W Voir Ba$nn d Arcachon, par Ch. Durriit, iSgj. 



— Ui — 

Ftrrtotie, qui n faiBaiml mention « puifeqûe praiqué Unto las rok» 
tifin MitëB jusqu'à U fin du ivtit^ eièdft el dopiés les uAa «ir les 
autres menlionneni et déoriTent Tenlffe d'Aoehisei 

Les Portulens et les rdutiere ^ortugeie detAient aigMiier eetts 
bile atint Ferrànde , et aussi depuis la publi<)atioo de rostlage 
de ce pilote , puisque le vaisséaU portllgats h Cttr^fue B^dohoua au 
atl* siMe dans les pàraffea d'Aiiiliiseï en ehenihaiit probaUement 
son eati^e obitrutei 

Quoi qu'il en soiti deuà eettts kûé api^ës Ferraadei Glande 
Ma8se<^> reletail sur le terrain les traces des chenaun qisî r^liaieut 
lés étangil de Houftih et de Laesnau à la mer^ et reeiseillait use 
tradition orale ednAf tnant feiistetiee passée de la baie d'ànelûte. 



— 345 — 



L'Rl^TEPISION MODERNF 

DE LA PRESQU'ILE D'AMBÈS 

ET 

DE lIlE du CAZEAU 

(GIRONDE), 



PAR 1|. «RAlUa 01IF94RT, 

QiBcîer dUcadémie, 
Membre d<l lu 8o(Mté de |ikl(prftpUe commerpitle d« Pari». 



Deux ptesages ^|i R<n^ de Garm dit Ffmmie indiquent da 
luamère très prtfcifte h poaitim du Beo d^Ambèa au xv* siècle. lia 
iDantionDent qu0 B^urg et Macau aont aituéa par le tra^rers de la 
pointe du Bee, \p premier vera la Nord et Ip second vers le Sud(^^ 

La poii^la <SUit donc, (\^^^i Q^ràe écriv§it son routier à 1% 
fin du xiY* siècle, à lifi^O mèlrfis 3. E. de eelle de nos jours. Troi| 
aiècles plus tard, au çompiaiiaeiQent du xyi|)' siècle, la carte trèa 
axacte at h grande ^balla (i : 99^35 ) de Claude Maaaa, datée da 
$73&, pqus la révélait déjà n'us occidenUio da tiQQP lllètraa* Ga| 
lUongeqient modarnaat rapide de la presquMIe, mis en doute pen« 
don( tr*« ïongtepupa, aat facile à prouver ^^l 

d'Ambès, et 
ïomplètemçilt 

atrfii«9 da 

bancs vaseux qui d^uvrenl en Dordogne et eelles des fossés, 

canau:^ et (i§(ays, qui itpparaiaa^Qi lur la^ bf^r^fea iw Nord d^ ia 
praa^vilPf ï^ît'm ii calla canclqaiQn qnalft prfwquile Amb^^^ su 
moinA à partir dm maraia d^ Montfarrand, aat una ^^ie 4fi bapc4i 

^) crUoure mI le traters de !• Pointe du Bec d^Ambtyt, vers le Nort.n (IfouHW 
de Gardé dit Ptrrandê.) 

^ 9*>iPM le lasto wr ïm eertet ^aÀ IWooMpa§aMt 




— 246 — 

vaseux de la Dordogne rejetës du lit du fleuve vers le Sud , et suc- 
cessivement soudés à la terre ferme et colmatés. 

La Garonne ne semble pas contribuer, du moins à Tépoque 
actuelle, à f extension de cette presqu'île, qui apparaît comme 
Tœuvre exclusive delà Dordogne et de la Gironde.. Cette extension 
s'opère au détriment de la Gironde dans laquelle, vers le N. W., 
les terres s'avancent de pins en pl^s. 







Extensions 
de ia 

[PRESQU'ILE D'AMBÈS 

et d« 

L'ILE ouCAZEAU 

de 1460 à 17£5 et à 1900. 

.....d'après Masse, en 17£5. 
....d'après f«rrande,an 1460. 
V— +Contours d'Mea atteneaet 

canaliséfs antcr^ au XVK Siècic 
taH«Éi^B*MHMM^KO(W 



OrtWpmr Ch.Dutfmrt. Ch Cmunta 



••Xaillaou î'^^'-aJs 

•4«6r«vMrJ^ d€ 

I 

tMaiAftranCI 



On s'appuyait, ^pour nierMa^ portée^ du texte de Ferrande, sur 
des actes et des textes historiques indiscutables du xv* siècle, 
dans lesquels, de i&5i à 1&88, Bourg est désigne Bowg-sur- 
Dordogne et non Bourg'Sur-^Ginmde^^K Cette dernière appellation est 



(*) Je dois â !*obligeance de M. E. Mattfraa, le Mvaid hittorieii de Bouf]^-mir- 



_ 2^i7 - 

sand valeur historique ou géographique. La viiie de Bourg de- 
puis sa fondation, ne parait nullement avoir été sur la Gironde, 
ainsi qu'on va le voir. 

Le recul de la presqu'île d'Ambès, jusqu'à la ligne idéale fixant 
sa limite à Toccidenf, au xv" siècle, et qui se dirige de l'église 
de Bourg à celle de Macau, laisse Bourg à plus de i,3oo mètres 
N. E. en Dordogne. Il n'est donc pas étonnant que Bourg, impro- 
prement appelé Bourgsur-Girande ^ ait été avec raison longtemps 
désigné sous le nom de Bourg-sur-Dordogne, Le travail géologique 
qui plaçait cette ville sur la Dordogne, s'était déjà opéré, dans la 
presqu'île d'Ambès depuis de longs siècles, quand GarcieiûFer- 
rande écrivait. Le routier de Ferrande et l'histoire sont donc entiè- 
rement d'accord, si l'on veut bien examiner attentivement et 
logiquement les faits de la cause. 

Gironde, les renseignements suivants qu*il voulut ttien me communiquer sur celte 
ville (98 décembre 1900). 

Septembre iâ5i. — Déclaration de Charles VII, portant «que nostre ville de 
Bourg, située sur la riviàre de Dordoigm, ne sera jamais séparée de la Couronne 
de France r. 

18 mai i658. — Mandement de Charles VU au Sénéchal de Guienne, pour 
faire entériner par la Cour du Sénéchal les privilèges «rde noslre ville de Bourg- 
tur-'Dwdoignin, 

99 mai 16 58. — Mandement du Sénéchal de Guienne au sujet de la levée de 
80 livres sur les habitants de Bourg^tur-Dardingnê, (Acte fait à Bordeaux.) 

99 mai 1/&58. — Entérinement, par la Cour du Sénéchal de Gnienne, des 
lettres de surannation des privilèges de Bourg-tyr-Dordoigne 

3i mai I&58. — Publication, sur la place publique de Bourg^ur^Dardoignê , 
des privilèges accordés par Gharies VU. 

Mars i46i. — Confirmation par Louis XI des privilc^ «de Bourg aêêiê nir 
!a rmèrê de Dordoignêit, (Acte fait à Bordeaux.) 

Mars 1Â61. — Confirmation par Louis XI des lettres patentes concernant 
Bourg sur la rivière de Dordoigne, (Acte fait à Bordeaux.) 

18 février t/îfia. — Entérinement, par le Sénéchal de Guienne, des privilèges 
de Bourg-^Êur-Dordoignê. (Acte fait à Bordeaux.) 

I &85. — Confirmation par Charles VIII du droit d'appétisaement accordé k la 
ville de Bourg tur la rivière de Dordoigne, 

10 mai lABB. — Lettres de Charles VIII en faveur de Bourg-tur^Dordougne. 

Mai 16H8. — Confirmation des privilèges, par Charies VIII, en faveur de 
Bourg tur la rivière de Dourdogm, où il est dit que la foire fe tiendra («toul au 
long de iadicte rivière de Dourdogne, comme il est accoutumé». (Acte fait à 
Bordeaux.) 

Ces documents ne font que confirmer Texactitude du renseignement donné par 
Gareie dit Ferrande, qui laisse bien la ville de Bourg sur la Dordogne, malgré 
qn^elle soit «rper le travers du Bec d*Ambès et de Macau «*. — Ch. Doprâar. 



— 248 — 

La <)arte de Claude Masse nous apporte, sur les transformatioDS 
de la Oironde, un témoignage aussi précieux que suv les transft>r-i 
mations du littoral, qu elle m'a permis d'étudier. 

La rigoureuse exaetitude de laoarledeMasse nous est démontrée 
par ta constatation que, rien ou presque rien n^ayant été changé 
dans ta situation de la plupart des fosses, esteys, eanaui et lieux- 
dits, les distances y sont conformes k eelles qu^on a rëcemment 
relevées et notées. 

Le tableau suivant est ooneluant : 

Ciwri CAHTM 

d^Ambèi aux Ue^x-4Us sumnti : ^^^^^' ^^^^' 

mètres. mètres. 

MonHn de Pargue (appelé Moulin de Porgue, 

par Masse) <. « , . . . « , . , 9iCti|o 81S90 

Barbe d^Esquire (non dénommé par Masse). . /i,675 5,ooo 

La Tilléde (Tellide delà carte de Matse) 1,600 i,0oo 

Lambert 9,675 ^1,676 

Lansae (appelé Lauaat par Masse) 85o 36o 

La Rue (appelé le Rue par Masse) 1 ,46o ],46o 

L*Embarcadère (entre Nivet et Pied-de-Tous , 

de Masse ^**) *ifi'j^i vijwti 

Distance à vol d^oi^^u ()e : 

MaMu â la Garooiifi 990 9110 

Manaii à Gaïaui â,ftoo 3,Son 

Macau à Boui^ 5,5S4i B«5fio 

Amhèa ^ Gaxeaux 7,600 7,600 

Ambès à Macau è,58o 6,f)9o 

Devant une aussi rigoureuse eiactiludâ, on ne p^t que s'advea*- 
ser au document de Cl. Masse poup interpoger le passé. 

L'île du Cazeaux, en capturant presque enti^ipaiiienl le bane de 
Macau, s'est allongëe de prfes de 2,750 mètres vers le 8. R, , op 
fjïy auîî, et du fjeuve Girondç a pénétré profopdén^enl dans la 

Garonne çq s aliongea^i^ Us rivps an côté 4u M^doc s'i^iMi, jf^ï" 
daal le uiéme temps, eoimidàrabiement avaaeées von la S.W., oat 
gagne 970 mètres sur le bras gauehe de la Gironde, dans l'axe de 



H) La d^aaee ici est pnqa da la Dordagaa à ia GtMnna ^ d'uoa vive à rautro; 
un alterriiiaRient aeimUe s'att effectué. 



— SAd - 




— 250 — 

Cazeaux, en faisant passer, en ce lieu, la largeur de Tile de ySo mè- 
tres qu'elle avait en 1796, h 1,000 mètres quelle a ea 1900. 

Le phénomène d'extension de Tappansil géologique de Ttle 
du Cazeaux, dont le banc de Macau est le précurseur, est bien 
dëmontrë par la poussée permanente de ce banc vers le S. E. pen- 
dant tout le xYiu'' et le xix° siècle. Il est visible qu'il est le résultat 
de Tatterrissement de bancs poussés par les courants de flot dans le 



-Gironde 




PRESQUILE DAMBES 

M la Pin 

duXIXSSiècle. 



ECHELLE 



Ch.e.del. 



bras gauche de la Gironde. L'endiguement de lout le banc de Macau 
et sa jonction artificielle avec Tile de Macau amèneront un comble- 
ment de ce bras du fleuve, comme lonl du reste prévu les ingé- 
nieurs. L'œuvre de la nature aura été seulement hâtée. 



O jiont les courants de jusant en Dordogne, combinés avec le 



— 251 -~ 

remous de flot dans le bras droit de la Gironde, qui ont contribué 
à Textension vers le N. W. de la presqu'île d'Ambës. Déjà , quand 
Ci. Masse fit les relevés de celle partie du fleuve, en fj^fi, TÛe du 
Bec, rejetée sur Tancien Bec, y était presque soudée. L'ile du Bec 
s'est accrue depuis cette date, pourtant assez récente, de la capture 
des débris des bancs vasards qui divaguaient au N. W. du Bec, que 
lui portèrent les courants de flot girondins et des émiettemcnts des 
bancs W. et E. de Bourg, (f qui change souvent de figure aussi bien 
que ceux de l'embouchure ^^U. 

Enfin, les débris de la destruction d*une parlie du grand banc 
oriental qui, de Bourg, remontait en Dordogne jusqu'en face d'Am- 
bès, ont contribué à construire , en face de celte ville, l'Ile de Bourg 
qui est manifestement en marche vers la presqu'île d*Ambès. 

Les atterrissements au Nord de la presqu'île sont prouvés par 
la carte de Masse, sur laquelle file du Bec est plus étroite de 
375 mètres que de nos jours, et par Téloignement actuel de Til- 
lède, situé sur les bords de la Dordogne en tj^àh. 

D'après les ponts et chaussées, le Bec d'Ambès s'est allongé de 
600 mètres environ depuis iSsB. En réalité, des travaux d'art 
ti*ès considérables ont, sinon arrêté, du moins modéré, une exten- 
sion antérieure et rapide de la presqu'île dont les ingénieurs 
ont corrigé ou atténué les inconvénients pour la navigabilité du 
fleuve. 

La comparaison de l'œuvre de Cl. Masse avec les caries modernes 
donne les diflérences de distance survenues depuis le travail de cet 
ingénieur entre les lieux qui suivent et le Bec ; elle prouve l'allon- 
gement Nord-Occidental de la presqu'île. 

GAITB G IRTES 

DUtancei à vol d'oUeau du Bec d'Ambèi aux «*• «t'^ff»" "«"■»" 
lieux ^ivanu: <'^_!*)- <^^)- 

mètres. metm. 

Moolin de Pargue (aajonrd^hui ruiné) 3,076 3,760 

Léotard (appelé le Balard par Masse) 3,59o 4,i65 

Église de Bourg (>> 3,935 3,i65 

Égliee de Maeau 9,900 3,5/io 

U Tillède (Li Tellidc de Mas e) 3,9/16 /j,585 

Ambèa 5,^ 1 6,o5o 

L'allongement du Bec s'étant produit en crochet et ces dislances 
étant prises à vol d'oiseau, il a été d'environ 800 mètres en un 

(1) Carte de Cl. Masse. 

^•^ Lo Bor s'étant dîngô au N.-O. s'est par conséquent peu éloi/jm» de Bonr^. 



— 858 — 

•ifele et demi. Cet aHongcmeiil m*a pM nétmMÎnt fort ekiigaé 
la peinte du Bee de le vUle ^ Beai^gf. 

[iC» p))éDpaièiie3 dViteAmoi) de U pn»q«11e d'Apil>è« p^r cup^ 
tureft «uc0eft«ivt» dH^t UqU Ptt bîince isR PQrdo^e «oat révélés per 
&QR système hydragrfipbique dpot la pbysipopmie passée ^t restée 
i(ppii4fib}p à trevi^rs |^9 ^i^ies, 

{46^ p^naiix et foèsé^ mnu{ «PI irriçatippe d^s YÎgnef et des 
prés d^Ambès n'ont, pour la plupart, sqbi eucpoe »ûdî6(9^0P «rtift- 

cie])^ PU naipr^Up en dei^ iiièple», Mpf cellç qui r^ltP di| euiitg« 
périodique. ])8 iudiquput géi^^l^mpat )^ coiitourp dp» ^(tprriw|f^ 

Dans 1 erdre «^AQlpgique, les prpi^ plu4 i^éM^tPi gm^^ (^p- 
ture^ «put ^ituépi ; 

a, Av diiQit du chemin d^Ambèi m Pm> duUaii dît Grilla à 
UBdvIn jusqu'à U Dpf^Pgn^ et è Vf^tey, «u Npid; 

6. Dans Tile située au deoît du chemin de Felajar au popt de 
Lepeu , qui est eceolde k la pvéeédenle bande insulaire ; 

c. Dans Ttle du Bec. 

Des oaptupes plue reitraintei ont élergi Ttle du Beo et feit aven» 
oir tes ber(fes de la Dordogne vevs le Nord de Nau è U Peinte dp 

la Tillède. 

Le fûsstf iatéml i la Dordogne qui, d»iis toute te eoiumune 
d'Ambès, sa tient k une distante moyonne de 8eo mètres d« ta 
rive, on s'tfeeulMt iw% le N«W« Ptt visiblement le témoin d'on bm 
très étroit de la Dordogne per Ipqutt s*eet opérée une aério do e«p« 

tures identiques à celles qui, sur la rive gauche de la Garonne et 
de la Qironde, se sont opérées par le canal de ^aqueline pour les 
lies de l^ecau e\ 4ps Vaches. Légèrement alignés par des entre- 
prises d'assainissement dirigées par des Hollandais et des Flamands 
du XVII* ^I^cle, 4*f(i)lres fossés a I^inlérieur (]p U prp^q^^Hp) éga- 
lement latéraux k la Dordogne — et que des inondatiom métho- 
diques oui durent pendant plusieurs moiç chaque annëe surélèvent 
lentement, — témoignent des captures successives de tout un 
nrohipel de bancs et dMlee encombrant Cantique Gironde qui com- 
menfait, à la fin des temps pléisteoënes, au pied des epleaux 
d'Ambarès, de la Grave et de Montferrand. 



-^ tis ^ 



LES COURS D^EAU 

DU BASSIN DE LA CESSE 

LEUR ORIGINE, LEUR ÉVOLUTION, 



PAR M. S. FERRASSE, 
Répétiteur nu lycée de Monl{KHicr. 



La description orohydrographique d'uûe tiglon ^ si petite soit- 
elie, n*est pas chose toujoilrs facile. Les relations du tracé des 
cours d'eau avec les plis de Tëcorte terrestre, fttM les failles, Tin- 
clinaison des roches Stratifiées qui affieureùt dans cette région, ne 
sont pas toujours faciles à saisir, edcore moins k interpréter. 

On a décrit bien des bassins inléréMëntS à divers titres, et les 
aoteufb qui se sont occupés de la qiieitloil sont nôihbreux. L'ou- 
vftige de MM. de La Noë et de Maigrie (^} semble avoir, sinon 
épuisé le bujet, tout au moins considéré les t^s les plus fréquents, 
n en est pourtant un sur liquel les Auteui^ né semblent pas avoir 
luffisabiment insista, cest Celui des tiUées (|ui sillonnent les ter- 
rains Ëssttrés, à quelque époque géologique qu'ils appartiennent. 

M. Mai^tel Ta reconnu avant nous, al a cohsacré tout tin chapitre 
de son bel oUvrage sur les Cévennes^^^ à Télude de la formation 
des cafiods. 

Nous ne saurions avoir la prétention de réfuter complètement les 
théories de ces savants auteurs, mais noui voudrions toutefois, par 
un exemple t)ue nous connaissons paftieullèrêlttent, montrer com- 
bien les cénelttsîeas auxquelles ils sont Arrivés nous paimissenl irop 
exclusives. 

Il est nécessaire de donner, au préalable, une sOmmaii*e des- 
cription de la région qui va nous occuper. 

Le cours de la Cesse semble pouvoir être divisé en deux parties 
principales : Tune qui sMtcnd aé !à source au viltàge de Ëize, 

<^) Dé La !lfol et m MiUlfti, LêêJbfHhéê h téfHtn, Iffit>. naL, l^irié, i8S8 



— 25/i — 

faulre depuis cette localité jusqu'au confluent de la Cesse et de 
TAude. La première partie est la plus longue et aussi la plus inté- 




ressante pour Tëtude que nous voulons en faire. La Cesse prend sa 
source au coi de Sérières (681 mètres), au nord de Ferr«is«ies- 



— 255 — 

Montagnes. Elle coule d'abord du nord au sud , dans une vallée 
assez étroite dont les versants sont formés de schistes et de calcaires 
de répoque primaire (cambrien, silurien). Elle passe sous Ferrais, 
ou elle reçoit les eaux d*une source importante (source Saint- 
Pierre), au moulin desFourneliers, où le ruisseau de Gassagnolos 
ou du moulin vient la grossir, et toutes res eaux réunies descendent 
rapidement vers le Sud. Brusquement, elles viennent se heurter à 
la muraille rocheuse qui supporte le hameau de Saint- Julien , et la 
Cesse, changeant alors de direction, coule vers Test. Elle conserve 
cette orientation jusqu*à Agel, en s'inclinant toutefois un peu vers 
le sud. Les roches qui forment le lit de cette portion de la rivière 
sont d'âge et de composition différents. Ce sont d abord, sous Sain U 
Julien, et sous Gantignergues, au moulin Fabas et jusqu'au moulin 
de la Coquille (au niveau de la grotte du même nom) des sédiments 
primaires où dominent les schistes compacts, les grès et les cal- 
caires dolomiliques. A partir du moulin et jusqu'au défilé d'Agel , 
le lit de la Cesse est creusé dans le calcaire blanc, compact et très 
dur du nummulitique. Dans cette dernière zone, les versants au 
lieu d'être en pente assez douce (45 a 5o°) comme dans la zone 
précédente, sont au contraire verticaux, parfois surplombants. 

Avant Minerve, la vallée est assez étroite et profonde de plus de 
80 mèti^s; après la traversée des grandioses ponts naturels que la 
Cesse a creusés à l'époque quaternaire dans l'épaisseur de la table 
calcaire, la vallée s'élargit sans pour cela diminuer la verticalité de 
ses parois. Elle se poui*suit ainsi, largement ouverte, avec sa traî- 
née de galets blancs sous La Cannette, sous Aigues-Vives, et jus- 
qu'à Agei. Là, brusquement, la vallée se resserre, et le lit tout à 
l'heure étendu où les eaux poursuivaient lentement leur course, 
devient une gorge étroite^ aux parois escarpées, où les eaux passent 
en grondant. 

Apros un parcours de 5o à 100 mètres dans cet étroit couloir, 
la rivière reprend sa largeur première, mais sous un tout autre 
aspect. Ses eaux qui, depuis le moulin de Monsieur, à 9o kilo- 
mètres en amont d'Agel, étaient plutôt virtuelles, reviennent à 
jour ici et la Cesse, depuis longtemps asséchée et aride, voit de 
nouveau des saules et des peupliers ombrager ses rives et tout un 
peuple aquatique se jouer au soleil dans son lit^*). C'est qu'à partir 



(0 



G^cst Topinion générale, eu effet, que les eaui d*Agel wnt ta résurjreiice des 



du Boalidou, à a kilomètrefl «U'-deésoub d'Agvl^ son lit reçoil une 
source pouvant débiter jus^u*à i ,600 hoGt^ditres par jour, en plein 
él6« Et ce contingent liquide qtt*elle Toiirnil à eé lit tout i Thèure 
à sec â'aooroit encore rapidement; à quelques centainoB de mètres 
dd là, la Cesse reçoit sur 6a rive gauche plusiburl aourcea, dont la 
plu6 ioiportaUte oat aelle de Laa Fona, qui cbula aiMieoaoua des 
grottes de Biae^ 

Avant le village de Mirepeiaftet^ la quantité d'eaU qu^elk roule 
est ai considérable qu'une grande partie en a été captée pour 1 aii^ 
mentation du canal du Midi (Rigole tt le MiropèitaetT)). A partir 
de Bise, la Gesse n'ayunt plus qu'à a'abaisëer de qUoIqued mètreë 
s'écoule lentement à travers une Vaite et fertile pfeine jUlqu'au 
point où elle unit ses baux à celles de TAude sous Sallèlea» 

Telle tst^ bien suceioctemani résumée 4 la topogtaphie do cette 
vallée» C'est la plul importante du bassiU, et nous Tavono choisie 
cbmme type. Nous allons examiner à présent ce que sont les di- 
verses théories ) celleb de Mi Martd et cdie do MM. de La Noë et 
de Margerie en particulier, devant le cas qui noiis occupe. 

Théorie db M. Martrl. 

M. MaHel, dont les éludes ai intéressëbtes sur les régions des 
causses français et étrangers aont Avaàtageuaement connues 4 voit 
deux pha^s dans la formation des gorges actuelles. Il suppose que 
les cours d'eau ont été d'abord souterrains, qUe les eaux plovialos 
se sont enfoncées à la faveur dés fiasures innombrables du calcaire, 
quelles ont gagné des fisasures profondes plus largement ou« 
Vertes, qu'elles les ont elles-mêmes agrandies, et qu elles ont ainsi 
formé un réseau hydrologique souterrain avet ses confluents, ses 
cascades, ses rapides, etc. C'est là sa première phase. Pour arritor 
au jour, ces cours d'eau ont érodé dans tous les sens lea fissures 
préexistantes^ iU ont breusé un lit souterrain asaex grand poui* les 
contenir^ mais dont la voûte, constamment amineie par sa partie 
inférieure I s'est un jour précipitée dans le vide crtusé au-dessona 
d'ellet C'est là sa deuxième phase (^^» 

eaux enfauîes au moulio de Monsieur. T^k n'est paë neiro idée et néus réflervans 
pour piuB tard d'émettre noire nouvelle théorie. Disons seulement pour tuiour- 
d'huî que ces eaux d*Agel n*onl, pour nous, rien de commun avec left eaux de U 
Gesse supérieure. 

**) Mâant, e^. oii. > p. ^Oé 



— 257 — 

M. Martel a émis là, nous devons le reconnaître, une hypothèse 
fort ingénieuse qui a recueilli et garde encore un certain nombre 
de partisans. Elle s*appuie sur le travail des eaux souterraines à 
IVpoque actuelle, travail si patiemment observé par Tauteur au 
cours de ses nombreuses explorations. Mais les choses se sontr-elies 
passées à Tépoque du creusement de nos vallées fluviales comme 
elles se passent de nos jours en quelques points exceptionnels (car 
nous considérons comme exceptionnels les cas où la voûte d'un 
ruisseau souterrain s'effondre pour donner naissance à un cours 
(l'eau superficiel)? Voilà ce qu'il convient d'examiner avec soin. 

Remarquons d'abord qu'à la surface des causses fissurés qui 
nous intéressent les eaux pluviales étaient, à l'époque pleistocène 
notamment, en masses beaucoup plus considérables qu'à l'époque 
actuelle; qu'une partie seulement, profitant des cassures du sol, 
pouvait s'enfoncer pour couler à un niveau plus bas et former le 
réseau souterrain dont il a été question, tandis que l'autre, la plus 
grande sans aucun doute, ruisselait à la surface, à la recherche 
d'une fissure plus large qui pût les contenir. 

Or les fissures les plus grandes sont toujours à la surface, 
comme l'a fait remarquer M. de Lapparent, parce que «r c'est là où 
les terrains sont libres d'obéir aux efforts qu'ils subissent (^l?» Le 
ruissellement superficiel a donc été, au début, beaucoup plus actif 
que le ruissellement souterrain. Pourquoi donc supposer que les 
eaux ont cherché les fissures profondes où les résistances à vaincre 
eussent été beaucoup plus considérables? Sans doute, on alléguera 
que les eaux sont toujours attirées vers le point le plus bas de 
façon à se rapprocher le plus possible du «r niveau de base?). C'est 
possible, mais il faut bien admettre pour les raisons exposées plus 
haut que cette quantité d'eau qui pouvait s'enfoncer était bien 
faible en comparaison de celle qui devait ruisseler à la surface. 
Dans ces conditions, est-il possible d'admettre que ces eaux souter- 
raines ont été assez puissantes pour creuser une galerie principale 
longue de plus de ao kilomètres, entre lé moulin de Monsieur et Agel , 
et assez large pour que, n'étant pas soutenue, sa voûte s'effondrât 
un jour? En un mot, peut-on supposer pour la Cesse un cours pri- 
mitif souterrain? Nous ne le pensons pas, pour plusieurs raisons. 

M. Martel, tirant les arguments de sa théorie des régions qu'il 

(') I)k lapiMKKNT. LeroM dv fri^tgraphie phyniifue, TariSf 189G, p. laG. 
GéoeiiAi'iiii, M** 2. — tcjoâ. 17 



— 258 — 

connali si bien, dil : (t . . . Dans les vallées ménie, de» dboulemeuts 
colossaux obstruant le thalweg entier et barrant le cours des ri- 
vières, comme le chaos du Pas du Soucy, à la perte du Tarn, 
achèvent de démontrer que les cassures ont ëlé le réseau de trons de 
mine utilisé par les eaux courantes pour pratiquer les caTernes, et 
que les écoulements ont tracé ensuite le sillon originaire, Tamorce 
des cafions actuels^^^.v 

Or il est impossible de trouver dans le canon qui nous oceape 
un ai*gument semblable; des témoins comme le t chaos du Tam^ 
manquent totalement et les ponts naturels, arcades encore debout 
et qu'on pourrait prendre pour des fragments de la voûte du tunnel 
primitif, ne sauraient en servir. Nous avons montré, et M. Martel a 
reconnu après nous, que leur origine est tout autre (^). 

Encore trouverions-nous des éboolis considérables obstruant lo 
lit de la Gesse, qu'il nous serait peut-Mre possible de les inter- 
préter de tout autre façon et de les considérer, par exemple, comme 
le résultat de Tablation d un pan du couronnement nummuiitique 
des versants. Nous avons précisément pu, ces derniers temp^* 
assister à on de ces ëboulements et en apprécier toute rinleosité; 
et il faut bien admettre que celle-ci fut incontestablement plus 
grande autrefois. 

I>e plus , eette érosion ( souterraine d'après f hypothèse) , qui devait 
être très forte dans la haute r^on (moulin Pabas, moulin de la 
Coquille, Minerve), devait être singulièrement atténuée eu aval de 
ce dernier village. Et si nous devions trouver quelque part les 
témoins de ces tréboulements colossaux^, c'est bien dans cette large 
vallée de la Caunette, autrefois grand bassin fermé, où la vitesse 
presque nulle aurait dû permettre leur accumulation; or il n'eu 
existe pas. 

Enfin, on voit diAieilement dans la vallée qui nous occupe pour- 
quoi l'effondrement, s'il avait dû se produire, aurait ea lieu sur 
tonte la longueur de la vallée. Ces eaux qui auraient circulé dans 
une fracture directrice souterraine, en même temps qu*elles l'élar- 
gissaient l'auraient surtout approfondie, et li oh l'épaisseur du 
nummuiitique était faible (rivage de la mer éocène : moulin Fabas, 



^^^ MiBTEL. Le» Cévennêietla région des Causses ^ p. 879. 
(*' Ferrasse. Sj^elunca {BnlL noc, spéléologie), avril 1901 ; et Martel. La Ma- 
ture, ai mars i^od. 



— 259 — 

moulin dt Monsieur, etc«), etles auraient enleté les tnamea 60u§^ 
mimniuIitiquM) et il e«t probable qu'aprëe les marnes sous-num-^ 
mnlittques elles auraient entamé les couches beaucoup plus tendres 
du primaire laissant les assises supérieures du nummulitique k 
Tabri de toute érosion basilaire qui en diminuât Tépaisséur et par^ 
tant à Tabri de tout écroulement. Les effondrements donc n'au- 
raient dû qu^étre locaux et former autant de puits jalonnant cette 
rrrière souterraine. 

Noua voyons donc difficilement que la conception d'un eours 
d'eau originalement souterrain dont la route aurait un jour disparu 
par effondrement puisée à elle seule expliquer la formation de la 
. vattée de la Cesse. Retenons pourtant ce fait que les cassures pré- 
existantes du sol auraient servi de directrices aux premières eaux , 
ébattehant ainsi la yallée future. 

Examinons maintenant Thypothèse contraire. 

Tnicoa» di MM. di La Noi n na MâaoBaïa. 

Les théories si savantes de MM. de La Noë et de Mai^ferie qui 
n'admettent comme formatrice des vallées actuelles que rérosion,à 
l'exclusion de tout autre influence, ne nous semblent pas davantage 
suffire à expliquer la genèse de la gorge qui nous occupe. Ces au- 
teurs s^expriment de la façon suivante : «r Gomme on a souvent 
attribué aux fractures et aux crevasses l'origine d'un grand nombre 
de vallées, il ne nous sera pas difficile de montrer que cette cause 
ne saurait, en aucune façon, être considérée comme a^snïi généra^ 
ktnent déterminé le tracé des cours d'eau et la forme des vallées^).?) 

Le mot (T généralement^, que M. Martel a reconnu, avec juste 
raison d'ailleurs, comme une concession de la part des auteurs, 
semble impliquer qu'il y a des exceptions. La vallée étudiée nous 
parait en constituer une. Reprenons leurs arguments de plus près. 

a. V^rHiûiki Seê paroiê, — MM. de La Noë et de Margerie pré^ 
tendent quelle est te plus apparente que réelle dans la plupart des 
caav. C'est possible, mais dans l'exemple choisi nous pouvons 
aArmer que panoat oit la Cesse eoule en terrain calcaire, et exclu* 
sivement dans ce terrain , les parois sont àbsoinment vertieales , 
parfois même surplombantes, par ablation des couches inférieures 

^*> Di La Noë ^H di Margeiiib, Op. viL, p. i63. 

*7- 



— 260 — 

du nummulitique. Et dans la zone comprise depuis le moulin de 
la Coquille jusqu'au point où le calcaire éocëne marin ne forme 
plus le couronnement des versants (au-dessus du moulin de Mon- 
sieur) on peut constater la verticalité absolue des parois du calcaire 
à uummulites au-dessus des versants plus ou moins inclines des 
couches primaires. 

b. Quant à Yétroitesse de la vallée, nous pensons que c'est là un 
ai'gument dont la valeur est contestable. On peut en tenir compte 
dans les cas où la gorge est creusée dans toute sa profondeur en 
terrain sensiblement homogène et compact, non fissuré; mais, là où 
le terrain est rempli de cassures et se prête mieux que tout autre 
a Tablation des parois, Tétroitesse de la vallée nous semble ne 
devoir entrer en ligne de compte que d'une façon très secondaire. 
Partout où la succession des couches est telle qu'une couche dure 
surmonte une couche plus tendre, il est facile de comprendre que 
IN'îrosion de cette dernière favorise dans une grande mesure l'abla- 
tion des parois supérieures et l'élargissement de la vallée. Cette 
ablation et cet élargissement sont encore plus rapides lorsque la 
couche tendre repose sur des sédiments durs et compacts. La prin- 
cipale extension de la vallée a alors lieu dans le sens de la lai*geur. 
Et d'ailleurs, pour montrer qu'il ne faut pas non plus être trop 
exclusifs, nous avons reconnu des points dans le pays que nous 
étudions où, en plein calcaire nummulitique, l'élargissement a éU* 
moins rapide que le creusement, bien qu'il ait été, ici encore, 
favorisé par la présence de lits marneux interposés entre les 
couches du calcaire marin (Pas de la Lauze). 

c. Quant aux autres arguments, les auteurs concèdent eux- 
mêmes qu'ils peuvent servir à l'appui des deux théories. Nous ny 
insisterons donc pas et nous nous contenterons d'examiner en der- 
nier lieu l'objection suivante faite par les auteurs à la théorie des 
crevasses : 

«f , . . Une objection très importante, disent-ils, à la théorie 
contre le rôle prétendu des crevasses dans la formation des vallées. 
c'est que jamais on n'a observé de traces de fissures sous le lit des 
cours d'eau partout où l'observation a été possible . . . ^ 

Sans doulc, mais il s'agit là encore de rivières ayant toute la 
profondeur de leur vallée dans une môme roche. Aussi bien, quand 



— 261 — 

ces roches 8ont des calcaires fissurés comme ceux qui nous inté- 
ressent, n'est-il pas nécessaire de supposer que la cassure (nous 
entendons la cassure primordiale, celle qui a donné le sens à la 
vallée) a élë assez profonde pour que le cours d'eau n'en occupe 
pas encore le fond. Il faudrait, d'ailleurs, que le fond delà cassure 
ait été rempli par des matériaux de transport sur lesquels coulerait 
actuellement le ruisseau pour que l'observation souterraine révélât 
une cassure. Or nous connaissons dans la Cesse des points où la 
roche apparaît à nu , et il faut conclure alors que le ruisseau ayant 
atteint le fond de la cassure a entamé la roche compacte. M. de 
Lapparent a d'ailleurs fait raison de cette objection de MM. de La 
Noë et de Margerie dans les termes suivants : (rii ne faudrait pas 
cependant aller trop loin dans cette réaction (contre la théorie des 
cassures); on ne doit pas oublier que les fractures de l'écorce ter- 
restre sont, en général, des accidents relativement superficiels, car 
c'est là à la surface, du côté où les terrains sont libres d'obéir aux 
efforts qu'ils subissent, que se produisent les plus grandes disloca- 
tions ... Il est donc très possible que les couches calcaires forte- 
ment crevassées d'un massif montagneux aient préparé le travail de 
l'érosion par des cassures dont la trace ne se retrouverait pas en 
profondeur (^). 7) De plus, pour le cas particulier de la vallée de la 
Cesse, alors même que la cassure aurait affecté les calcaires num- 
mulitiques sur toute leur épaisseur (là où elle est la moindre, vers 
l'ouest par exemple), elle ne serait perceptible en aucune façon 
sous le lit, là où celui-ci a entamé les terrains primaires. Nous 
savons en effet que ceux-ci n'ont pas été affectés de la même ma- 
nière que les calcaires à nummulites par les phénomènes dyna- 
miques tertiaires (^l Dans ces conditions il semble raisonnable 
d'admettre qu'il y a eu une fissure ou une série de fissures superfi- 
cUUes qui ont servi de directrices aux cours d'eau au moment de 
leur formation. Les eaux du pleistocène, très abondantes, les ont 
considérablement agrandies et ont ainsi façonné les vallées pro- 
fondes que nous observons aujourd'hui. C'est là la théorie qu'avait 
émise M. Daubrée sur les (r vallées de fracture?). «rLes cassures, 
disaitpil, produites à la suite des déformations du sol, ont préparé 
les érosions considérables et leur ont frayé une voie. Les caractères 

(*) Db LâPPABBifT. Leçonê de géographie phynque^ p. is6. 
'' Voir plus loin, page 963. 



— 262 — 

de ces vallées attestent la priorité du travail dynamique et Tactien 
en quelque aorte Or^clneê des caasurea ^^\ v 



Âge db l'ouvbrtdrb dbs vallbbs. 

Si nous essayona maintenant de préciser Tépoque de la formation 
de ces vallées, nous verrons que rétablissement des caaaures direc- 
trices semble remonter à Tépoqne du soulèvement de la Montagne- 
Noire, c'eat-à-dire à la période de transition entre le Bartonien et 
le Ligurien (éocène supérieur). 

A cette époque, la mer nummulitique du comoaMicement de 
réooëne, qui avait nourri les foraminifèraa édificateurs des pais- 
santes assises calcaires au sein desquelles sont creusées noe goi^, 
avait abandonné pour toujours notre Minervois, A son r^me ma* 
rin avait succédé un régime lacustre, qui a persisté jnsqa^an Bar- 
tonien, déposant dans toute la région la série si bien représentée 
des calcaires ligniteux et des grès à Lophiodon. Mais les dépôts 
lacustres, moins étendus vers le nord que les dépôts marins « ont 
laissé affleurer entre eux et les dépôts primaires sur lesquels repose 
en discordance le nummulitique une bande peu large et peu 
épaisse de ce dernier. C'est dans cette bande que devaient s^ouvrir 
les vallées actuelles, parce que c'est sur cette bande que les phéno- 
mènes orogéniques qui vont suivre devaient agir le plus puissam- 
ment. 

Les choses étaient, en effet, en Tétat à peu près horisontal, et 
les dépôts lacustres se formaient en concordance au-dessus des 
dépôts marina lorsque les grands mouvements qui firent surgir les 
Pyrénées eurent leur contre-coup dans notre région et provo- 
quèrent la surrection de la Montagne-Noire. Ceci se passait, comme 
nous Tavons dit, tout à fait à la fin du Bartonien ^^^ 

Mais les effets de cette poussée ne se bornèrent pas à une simple 
dénivellation par exhaussement de la partie nord. La table lacustre* 
marine fut elle-même soulevée en plusieurs points, et ces points 
sont précisément ceux qui forment (dans la partie méridionale et 
orientale tout au moins) la limite de la région que Ton désigne 
habituellement sous le nom de Mmtnwk (haut et bas Minervots). 

<*) DAUimiB. Ktudêi $ynthétiqu$$ de géologie expérimentale, Paris, 1879, 
|i. 87a. 

(*) Oahavrn-Cachi^. Compum rmylm de» Ménnff$ de VÀcoàimk dm 
«H mat^ti 1H87, 



— 263 — 

Les soulèvemenis des monts de rAussille et du Cayla, près d'Agel, 
de la terre d'Oupia et du Pech de Baasanel, près d'Argens, des col- 
lines de Tonrouzelle au deli de TAudc (et plus loin de TAlaric), 
sont de cet âge. 

Et si Ton considère la carte de ce pays ainsi limité, on voit qu*il 
simule asses exactement un plat dont les bords relevés sont repré- 
sentés par ces rides, auxquelles il faudrait adjoindre à Touest les 
collines bien peu élevées d'Azille et de Trausse et les collines de 
Cannes et de Masnaguine séparant assez nettement le bassin 
de rArgentdouble, d'une part, de celui de TOgnon et de la Cesse, 
d autre part. 

Cet effort qui a affecté la totalité des sédiments de notre région 
et cela en deux points opposés, au Sud et au Nord (par exemple 
aux collines de Tourouzelle et à Sainte- Colombe) devait avoir pour 
effet ou bien de les plisser s'ils étaient flexibles, ou bien de les 
casser s'ils étaient rigides. C^est cette dernière condition qui était 
réalisée. Moins élastique que les sédiments primaires qui Tentrai- 
liaient dans leur ascension, la table calcaire, prise entre les deux 
forces convergentes et supportant dans une portion de la zone in- 
termédiaire tout le poids des sédiments lacustres, s'est cassée là où 
elle était libre de se casser, c'est-à-dire dans cette autre portion de 
la zone intermédiaire où elle ne supportait rien du tout. 

La table calcaire a donc été cassée dans sa portion exclusivement 
nummulitique, et la cassure principale semble avoir eu lieu dans 
le sens de la longueur de cette bande marine. La fente longitudi- 
nale la plus importante est celle qui a ébauché la vallée de la 
Cesse; mais d'autres cassures ont survenu qui se sont greffées sur 
la cassure principale et qui ont pris une direction sensiblement 
perpendiculaire à celle-ci. Ainsi s'est dessiné le système des vallées 
dans la partie calcaire de ce bassin. 

Sans doute il ne faut pas croire que ces fentes ont été en petit 
nombre; elles ont été au contraire fort nombreuses (une simple 
promenade sur ce causse en témoigne suffisamment). Mais parmi 
elles ne se sont élargies que celles qui ont été suivies par des masses 
liquides puissantes les soumettant à une érosion considérable. 

Et il est à remarquer, pour corroborer notre manière de voir, 
que les cassures ont été infiniment plus nombreuses au Nord de la 
cassure principale qu'au Sud. La raison en est dans ce fait que 
l'ouverture des fractures secondaires, limitée vers le Sud par les 



— 264 — 

couches lutétiennes lacustres qui pesaient sur le nummulitique , 
pouvait se prolonger vers ie nord jusqu'au contact de celui-ci ave- 
la Montagne-Noire sur toute la largeur de la bande marine. 

Quant à la profondeur de ces fissures, elle a dû être très va- 
riable; et tandis que celles qui ont ébauché la Yallée de la Gesse, 
en amont de Minerve, et celle du Brian ont pu entailler la croûte 
calcaire sur toute son épaisseur, les autres ont pu être beaucoup 
moins profondes. Elles ont pu n'affecter cette croAte que très super- 
ficiellement, Térosion ayant ensuite donné le reste de la profon- 
deur. 



— 265 — 





Coupe vers Cautiyuercfuêa 



Coupe entre le Moulin Faùas 
et le Moulin de la Coquille 



Cesse, 



riv. 




Coupe entre Minerve et La Cannette 



Cesse 




r^' 



Coupe è Minerve 

a Terrain pnmaire ( Schistes, çris^ ea/caires do/omttiçuesj 

trt-b Marnes sous-nu m mti/iti^ues 

c Calcaire à nummulites. 

m-i Marnes intercalées entre les assises de calcaire, 

tn-s Msrnes sur-nummu/itt^ues. 

1 Sédiments lacuatrea éocènes. 



266 — 



CONCLUSIONS. 

Nous croyons avoir suffisamment démontré le rôle important des 
cassares du sol dans la formation des valli^es de la région qui nous 
occupe. 

a. La vallée de la Cesse, comme celles de tous les cours dVau 
de ce bassin qui coulent d'abord en terrain primaire, puis en ter- 
rain nummulitique, doivent nettement apparaître comme des val- 
lées d'érosion dans la première partie, de fracture dans la deuxième; 

b. Celles de tous les cours d'eau coulant exclusivement en ter- 
rain primaire sont des vallées d'érosion; 

c. Celles de tous les cours d'eau coulant exclusivement en ter- 
rain calcaire ne sont que des vallées de fracture. 

Telle est l'idée la plus rationnelle qui nous semble pouvoir être 
donnée de l'origine et de l'évolution des vallées du bassin de la 
Cesse. Nous nous réservons pour plus tard de démontrer qu'à 
cette différence d'origine correspond une différence de condition 
d'e'coalement. 



— 267 — 



AUTOUR DE LA MISSION LENFANT, 

PAR M. tE BAHON holot, 

Soorétairo génëra) dp t« Société de géographie. 



Les géographes et les coloniaux qui, en Angleterre et en Alle- 
magne eomme en France, suivent les remaniements incessanls dr 
la carte d'Afrique, ont actuellement leur attention dirigée sur la 
région comfirise entre le cours de la Btfnoué et celui du Logone, 
aux entirons du i o* parallèle. 

Ce mouvement de curiosilé est justifié par les découvertes de la 
mission Niger«Bénoué-Tchad , que le capitaine Lenfant, secondé par 
MM. renseigne de vaisseau Delevoye et le maréchal des logis 
Laliure, vient de mener à bonne fin. 

Dans une huitaine, nous saluerons leur retour, mais le Congrès 
des Sociétés savantes devant se clore le 9 avril, il nous a paru inté- 
ressant de jeter un coup d'œil rapide sur Tœuvre dont ils sont les 
demien artisans , et sur les questions géographiques , économiques 
et politiques qui en découlent, tout en laissant le soin au capitaine 
Lenfant de compléter nos informations le jour où il rendra compte 
de sa mission. 

L Les pa^DéoissBuss du oapitainb Lbnpant. 

Le programme à remplir consistait dans la recherche d'une voie 
reliant par eau le bassin du Niger à celui du Chari. U comportait, 
en outre, Tétude du régime des eaux et du relief du sol dans la 
région à explorer, et il devait se compléter par une série de recon- 
naisiances sur les bords du Tchad. Nous laisserons de c6té ce dernier 
point, que la correspondance de nos voyageurs a laissé jusqu'ici 
dans Tombre. 

A Barih revient Thonneur d'avoir posé le problème. Ses deux 
itinéraires de Kouka à Yola et de Kouka à Kâr, en 18&1 et 1869, 
lui avaient révélé l'existence du Mayo Kebbi , affluent de la Bénoué, 
et du Toubonri, que les indigènes lui signalaient à l'Ouest du 
Serbfouei ou Logone. 



— 268 — 

L'Adamuoua , qu'il avait visité tout d abord , et dont il vantait les 
]*icbesses, se distinguait, à ses yeux, par la conformation de son 
sol. Le pays, en général, est plat, mais son niveau s^élève gra- 
duellement de 800 à 900 pieds jusqu'à i,5oo, tandis que ça et là 
et plus spécialement dans le N. E. de cette province des chaînes 
de hauteurs et des massifs isolés surgissent, laissant poindre des 
sommets tels que le Mendif, atteignant peut-être une altitude 
de 5,000 pieds. Ce relief, où le granit et le grès rouge se rencontrent, 
etoù Barth croit discerner à distance des formations volcaniques, ne 
forme pas une muraille continue, infranchissable. Des cours d'eau 
la pénètrent ; des cuvettes lacustres et des ngaldjam la dissocient. 
Ces ngaldjam sont des amas d'eaux stagnantes qui se réunissent 
après les pluies et forment des réseaux fluviaux indépendants, sus- 
ceptibles, pendant les crues, de se relier aux eaux courantes. Il est 
naturel d'admettre que dans un pays plat, au sous-sol imperméable, 
aux pluies abondantes, de tels phénomènes se produisent. Le Mayo 
Kebbi, qui étend vers l'Est le bassin du Niger, en faisant brèche 
dans cette muraille, n'aurail-il pas une relation quelconque avec le 
ngaldjam si caractéristique du Toubouri, dont Barth coupa le bord 
septentrional en se dirigeant vers le Serbéouel, et dont Vogel, 
en i85i!i, longea la rive occidentale? 

Vogel voit, dans cette vaste nappe, le réservoir de la Bénoué, 
mais cette opinion ne satisfait pas Barth. Le courant rapide de la 
Bénouc, son débit considérable, la transparence de ses eaux, tout 
lui indique qu'elle descend des montagnes et qu'elle n'a pas une 
origine lacustre. Cependant il est possible qu'à l'époque des inon- 
dations, le ngaldjam, transformé en affluent de la Bénoué, lui 
apporte le trop-plein de ses eaux. Barth n'écarte pas cette dernière 
hypothèse. En revanche, il nie la possibilité d'une communication 
entre le Toubouri et le Logone, bien qu'à son retour cette opinion 
ait été soutenue avec autorité. 

(tM. le D' A. Pétermann, le savant géographe, m'a fait remar- 
quer, écrit-il, que la grande quantité d'eau que je trouvai dans la 
partie orientale du ngaldjam, où je passai le 5 janvier, semble indi- 
quer que l'eau descend dans cette direction et se trouve consé- 
quemmcnt en rapport avec celles du Toubouri. Mais tout ceci n'est 
guère concluant. T) 

Le capitaine Lenfant a conclu, et ses conclusions confirment de 
tous points les indications de Pétermann qui, de son cabinet, 



— 269 — 

venait de donner à Tillustre voyageur allemand Texplication du 
phénomène. 

Ni Rohlfs, ni Nachtigal, ne mirent le pied dans iepays qui nous 
occupe, bien qu'ils en aient connu les abords. Quant à Flegei, il a 
fourni sur la ligne de faite, de 1,100 à 1,300 mètres, qui sépare 
les vallées du Faro et de la Bénoué et sur les sources de cette 
dernière , des données qui tranchent en faveur de Barth son dif- 
férend avec Flegei. 

Le cours inférieur du Mayo Kebbi nous est révélé par le ma- 
jor Macdonald, qu accompagnaient MM. Vallace et le capitaine 
Mockler-Ferryman. Ils le remontèrent en bateau de son confluent 
vers Bifara, sur 80 kilomètres; mais, manquant d'instruments 
scientiGques, ils n'ont pu rapporter de leur intéressante explora- 
tion que des évaluations approximatives. Il est cependant bon de 
relenir qu'au point de confluence le Kebbi mesurait environ 
9 3o mètres de largeur, soit la moitié de celle de la Bénoué; qu'il 
traverse un pays cultivé , vallonné par endroits de collines rocheuses ; 
que, sur sa gauche, il reçoit un autre mayo (torrent ou rivière), 
venu des montagnes du Nord, et qu'après s'être resserré progres- 
sivement il s'élargit soudain, laissant voir un lac nommé Nabaral 
par les habitants, long de 3 milles, large de 9 milles, mais si peu 
profond que le bateau s'envasa et ne put otre ramené en arrière 
qu'au prix des plus grands eflbrtâ. Cet échec et les dires des indi- 
gènes disposèrent le major Macdonald à penser qu'à peu de distance 
se trouvaient les sources du Kebbi et qu'aucune relation n'existait 
entre cette rivière, devenue simple torrent, et la région du 
Toubouri. 

Le lieutenant de vaisseau Mizon, qui explora deux fois la haute 
Bénoué, redressa cette erreur. Bien que le René-Caillié, qu'il mon- 
tait en 1891, se fût arrêté sur le Kebbi, à quelques kilomètres en 
amont de Dingui, il recueillit sur la région des indications pré- 
cises. Ses observations scientiflques, rapprochées des renseignements 
fournis par les naturels, le mirent à même de dresser un tressai de 
cartes de la contrée. Le relief qui sépare les eaux du Niger de celles 
du Chari y est figuré par une courbe partant des sources de la Bénoué 
et se dirigeant vers Lamé avant de contourner le Toubouri. LeNabarat 
de Macdonald n'est plus qu'une nappe d'épanchement sans impor- 
tance, mais Léré se trouve sur les bords d'un grand lac d'oii sort 
le Kebbi et qui communique aux hautes eaux avec le Toubouri, 



- - 270 — 

tribuUire du Chari. Au sui-plus, le Toyageur français, frappé de la 
différence d'altitude que Ton disait exister entre les eattx de eette 
dépression et celles du Tchad, et, se basant d'atUeur» stu" des con- 
sidérations géologiques, incline à penser qu'antériettrement au 
grand lac en existait un autre, dominant de loo mètres rallUade 
(le celui-ci éi dont les lacs Léré et Toubouri ne seraieni qtie les 
vestiges. 

La mission Maistre, dans son trajet de Laï, sur le Logone, à 
Yola, sur la Bénoué, constata, entre le ta* et le i3* méridien, ia 
présence de collines élevées et de roches éruptives qui oorrOk 
pondent asset exactement à la ligne de partage des eaux imaginée 
par Mizon. 

M. Maistre constate, en outre, au Sud de la région Toubouri* 
Kebbi, des dépressions qui, par leur réunion, oonstttueni des 
i^seaux fluviaux ou des ngaldjatny suivant rexprêasion de Bârlb. 
Telles sont le Babr Namm, qui du Baht* Sara s'étend jusqu'au 
Logone, et une autre dépression perpendiculaire à eeile-ei, tra- 
versant le pays des Toummék. Les renseignements sar cette 
dei'nièi'e vallée d'épanehement deviennent plus précis apt^s les 
reconnaissances des lieutenants Kieffer et Paure , qui tons deux 
s'intéressèrent dès 1900 au problème de Barih. 

M. Kieffer remonta le bas Logone jusqu'à Lai, voie navigeble 
qui traverse un pays peuplé , oà les pirognes du Bêhr Sara abou- 
tissent aux hautes eaux par le Babr Namm. L'autre nfàU^am, très 
large, situé entre le Chari et le Logone, part, dit'^n, de Oomidi 
près du Babr Sara pour aboutir, d'une part, à Mafaling et à Tâlh 
gara, sur le Chari , de l'autre à Koubou , sur le Logone. M. Pinre, 
eu explorant dePort-Archambaudà Laî, rencontra cette dépt^iien. 

Ainsi, nos explorateurs, sous l'impulsion de M. Oentil qui leur a 
ouvert la voie du Chari, poussent maintenant leur» investigations 
dans la direction du Toubouri. Ils ne savent pas encore si la eom*- 
mnnication existe entre le iac et le fleuve , mais ils ont du r^ime 
(les eaux dans ce coin de l'Afrique tropicale une eoneeption pins 
nette. Mis en haleine, ils étendront plus loin leurs investigations, 
et c'est ainsi que le lieutenant Pàure, devenu commandant do 
cerele du moyen Logone, entreprendra de visiter par terre le Tou- 
bouri et le Kebbi. 

De cette dernière reconnaissance, encore mal connue, il serait 
prématuré de parler, mais il faut signaler la remarquable explo- 



_ 271 — 

ration du eapitaine Lôiler entre ia haute Sanf^ha et le Baguirmi. 
Son itinéraire de retour^ parcouili en 1901 pendant tes pluies, 
passe du Bas«Gbari au Logone» dont il se détaohe dans le pajs 
Widia signalé par Barth. Apres une marche de quelques heures 
dans f Ouest, le capitaine trouve uft vaste sillon renfermant un 
chapelet de mares qui ^ plus loin, se oonfotident et conduisent a 
un lac de 1,600 mètres de large sur 9& kilomètres de long) au 
delà, il découvre Tétang de Tikem, puis d'autres mares, dont il 
s'éloigne pour gagner Binder, ville de 1O5O00 ftmes^ quil quitté 
bientôt afin d'atteindre ie lac de Léré. Là encore, M. Lôfler con- 
state Texistence de la fameuse dépression, qui doit s'étendre de la 
Béiioué au Logone et se remplir pendant la crue pour ne former 
qu'une seule nappe où circulent les pirogues. 

Il serait intéressant, dit cet officier, d'étudier le régime du Tou- 
bouri-^Kebbi et de connaître son degré de navigabilité, car suivant 
toute vraisemblance il relie le Tchad à la tner. 

Gomme lui, le eapitaine Lenfant, qui ftfiectnait à la même 
époque ie ravitaillement de nos troupes du Soudan par le bas 
Niger, arrive à cette conclusion. Il a rencontré à Lokodja des indi- 
gènes qui lui ont appris que des pirogues descendaient parfois 
jusqu'à la Bénoué, «depuis un fleuve qui n'avait pas de bords n , et, 
dès lors, il résolut de tentef l'expérience* 

Rentré en France, il s'.onvrit de son projet à eeui qu'il eatimait 
pouvoir le faire aboutir^ 

II. La mission NlGER-BENOUé-TcUAD. 

La fructueuse exploration du capitaine Lofler rendait urgente 
rétnde définitive de la voie Tonboori-Kebbi. B importait que la 
France prit les devants. Seule, une mission partie de la Bénoué 
avait des chances de réussir. Il fallait reprendre la route ouverte 
par Macdonald, remonter sur un chaland léger le Mayo KeUbi aux 
hautes eaux, s'assurer de l'existence d'une eommnnieation entre cette 
rivière et le Touhouri, s'engager sur la vaste nappe et chercher une 
isaue sur le I^gone* L^officier, qui avait franchi avec une flottille les 
rapides de Boussa et porté 70 tonnes de marchandises en amont 
de Say, méritait qu'on l'écoutât, quand il suggéra l'idée de reprendre 
par la Bénoué la tentative de Mizon. M. le docteur Hamy obtini 
de l'Académie des Inscriptions et Bellee-Letires un prélèvement 



— 272 — 

de i5,ooo francs sur le fonds Benoit-Garnier; le Comité de l'Afrique 
française promit 10,000 francs; M. Esnault-Pelterie, président de 
rAssociation cotonniëre coloniale, 6,000 francs. Ces ressources sV 
joutèrent aux i5,ooo francs offerts par la Société de géographie, 
qui, grâce à Tactivilé et i l'initiative du président de sa Commission 
centrale, M. Le Myre de Vilers, donna corps à ce projet. 

M. Doumergue, Ministre des Colonies, chargea la Société de 
géographie d'organiser la mission; il fit plus et tint à y participer 
d'une façon effective par un versement de i5,ooo francs. Ce haut 
patronage et ces précieux concours permirent de hâter les pré- 
paratifs. 

Le Benott-Gamierj chaland en acier de 90 tonnes, long de 
1 9 m. 5o , large de 3 m. 5o, était lancé, le 6 juillet 1908, sur la 
Seine, à Bezons, puis transporté sur \^ Paraguay, des Chargeurs- 
Rc^unis. Le i5, M. le capitaine Lenfant montait à bord de ce 
paquebot et quittait Bordeaux pour se rendre à l'embouchure du 
Niger. Accompagné du maréchal-des-logis Lahure, qui avait déjà 
fait ses preuves en Ethiopie avec Jean Duchesne-Fournet, dont 
nous regrettons la mort prématurée , il fut rejoint à Dakar par 
M. l'enseigne de vaisseau Del evoye. Un interprète et quelques laptots 
rocrutés parmi les mariniers du Sénégal composaient le personnel. 
Le matériel comprenait une petite pacotille, des instruments scien- 
tifiques, des armes réduites au minimum, puisqu'il s'agissait de 
traverser des contrées placées sous l'autorité de puissances étrangères. 

Le k août, le Paraguay mouillait dans la rivière Forcados ; le 1 o , 
vingt-cinq jours après le départ de France, la mission Niger- 
Bénoué-Tchad arrivait à Lokodja; le 96, elle atteignait le poste 
allemand de Garoua. Tout s'annonçait bien ; le BenoMiamier com- 
mençait sa navigation sur leKebbicinq semaines avant le maximum 
de la crue. 

Plus heureux que le major Macdonald, le capitaine Lenfant 
dépasse Bifara (^) et poursuit sa route par ce mayo, au milieu d'une 
plaine bordée de hauteurs uniformes deiioà ii5 mètres en 
moyenne. Cet aspect persistera jusqu'à 80 kilomètres en amont de 
Léré. Pour un petit vapeur, le Kebbi constituerait à cette saison 



^') Se basant sur la façon de prononcer des indigènes, le capitaine Lenfiint 
écrit Bipnré, Binndéré, Mayo Kabi au lieu de Bifara, Bindur, Mayo Kehln, orflw' 
l^raplic Hflopti'o dfliis \**9 docoments diploniatiqucii et parlementaires. 



— 273 — 

une voie de pénétration excellente, mais pour le chaland, qui lutte 
contre des courants de s à & nœuds, la tâche est rude. Les hommes 
ont fièvres, insolations, blessures aux pieds; il faut ranimer les 
courages, et cependant les grandes difficultés ne sont pas sur- 
montées. 

trLe 16 septembre, à s heures du soir, écrit le capitaine Len- 
fant, le Benott-Gamier se trouvait dans un cirque fermé. Ce nest 
qu'en prêtant attention que j'ai pu distinguer une crevasse de la 
montagne par laquelle nous sommes entrés. La rivière, cahne, 
large de 3o h 35 mètres, coule au milieu de blocs de rochers de 
80 à 100 mètres de hauteur, répartis sur des ravins perpen- 
diculaires, en travers desquels il y a des roches de â5 à 3o mètres 
(le hauteur, des trous, des cascades, des arbres gigantesques ren- 
verses, — puis on arrive entre deux murs à pic de i&o à i5o mè- 
tres plutôt inclinés vers l'intérieur pour que personne ne puisse les 
franchir. Le courant nous empêche d'avancer, je vais à terre avec 
Lahure. 

(tLe 17, nous passons six heures à opérer des ascensions, des 
dégringolades sur des roches à pic, en nous aidant des lianes pour 
aller d'un pic à l'autre, escaladant les ravins dans la direction du 
bruit de l'eau. 

w Voici l'obstacle I 

((Nous sommes au faite d'un mur constitué par une roche grani- 
tique rouge, de i4o mètres de hauteur, sur la rive gauche. Des 
blocs roulés le surmontent; il faut avancer sur ces géants posés 
dans le vide, en équilibre sur de petits cailloux ronds. 

«fEn amont, une cascade de 6 à 8 mètres de chute sur i5o mè- 
tres do longueur; puis, plus bas, une chute de 8 à 10 mètres qui 
se déverse dans une cuvette, de laquelle le fleuve saute comme en 
une cataracte de 60 mètres au fond du gouffre. 

ffÂu pied de l'obstacle, des hippopotames qui paraissent gros 
comme des moutons , des caïmans qui nagent la gueule ouverte, 
des aigles qui pèchent, des vautours. . .; jamais créature humaine 
n'a p^métré dans ce gouffre. 

(T Devant nous, des crêtes de montagnes à perte de vue, des cas- 
cades et des chutes. ^ 

Force fut de revenir à Léré, de démonter le bateau , de recruter 
des porteurs dans un pays où la détresse de trois blancs, à peine 
îirni(''s, excitait tous les appétits d'une population farouche. 

(iKUORAPlIlK, y° "2, — 190/1. 18 



Le maréchal-des^ogis Lahure, envoyé en reconnaissance daus 
la direction de Laï, poste français le plus voisin, se beurte à des 
marécages et ne Betired'unguet-apens,àPalla,quà force d'énergie. 
Il doit se replier sur Leré, mais ses reconnaissances dans les pays 
Moundang et Laka lui ont révélé une zone fertile facilement exploi- 
table. 

Réunis de nouveau, nos compatriotes rivalisent d'ardeur, obtien- 
nent le concours du chef peulh de Binder, qui leur fournit des por- 
teurs, et, après un mois perdu pour la navigation, ils elTecluent le 
transport des pièces du Benùtt-Gamier à M' Bourao, le remontent 
en sept jours sur un banc de boue sèche dans les marais du 
Toubouri. 

La première partie de l'exploration était accomplie. La seconde 
consistait à reconnaître par eau la grande dépression dont per- 
sonne n'avait encore découvert la communication avec le Logone. 

nLa plaine marécageuse et lacustre du Toubouri, ajoute le capi* 
taine Lenfant, a bien, comme ditBarth, loo kilomètres de lon- 
gueur, mais elle a la forme d'un ophicléide et n'est pas en ligne 
Nord-Sud; elle va de la communication (avec le Logone) aux pre- 
mières roches où se forme le courant qui pousse l'eau dans \v 
Kebbi.^ 

Quant à la communication, r c'est une belle propriété du Vésinet , 
toute en ligne droite; pas de rives; des bosses, de grands trous, 
des bosquets, des chaumières habitées par les gens les plus sau- 
vages du monde. 

trSur la gauche, en montant, une ligne d'eau sinueuse qui, k 
part les trous, étangs et mares, a eu cette année i m. ko d'eau et 
reste pendant trois mois (de juillet à octobre) très fortement 
pourvue» 

(T C'est au Logone que cette ligne deau bifurque en trois bras, 
dont deux excellents , très voisins et profonds. En amont de ces 
bras, il y a dans le Logone un banc de sable de U kilomètres de 
longueur, et la quantité d'eau qui entre est limitée par ce banc. 

rPour trouver la communication, c'est par le Toubouri qu'il 
fallait passer. 

rrSur 60 kilomètres de long, la rive gauche du Logone a un 
aspect uniforme; les bancs, et surtout celui dont je viens de parler, 
marquent les abords de la rive ou empêchent Taccostage, cl, pen- 
dant des mois, on passerait devant les herbes, pareilles aux 



— 275 — 

autres, par lesquelles j'ai débouché, sans s'en apercevoir, sans se 
douter que derrière se trouve une mare qui est ia route de TAtlan- 
tique, -n 

Cette fois, le problème géographique est résolu. Des indications 
contenues dans les lettres du Capitaine Lenfant, il résulte que le 
TouboUri est à 36g mètres d*altitude, qu'il se déverse par une 
cataracte et deux soubresauts, d^une hauteur totale de i lo mètres, 
dans le Mayo Kebbi. Ce dernier, au pied de la chute, est, en effet, 
à Taltitude de s6o mèlres, approximativement celle du Tchad, si 
on s'en tient aux évaluations de Nogei et de Nachtigal; il y forme un 
torrent impétueux qui, plus en aval, se grossit de Rapport d*autres 
uiayos, s^élargit et s'apaise avant de se jeter par une embouchure 
de plus de 300 mètres dans les eaux de la Bénoué. 

La mission Niger-Bénoué-Tchad a justifié son nom et rempli suji 
programmée Nul doute qu^elle ne Tait perfectionné au retour 
comme le faisait espérer son chef. Il serait intéressant, en effet, de 
connaître iVltitude exacte du Tchad, celle du Logone au point 
où il rencontre le bras du Toubouri, celle de la ligne de faite sur 
laquelle le trop plein de cette nappe lacustre s'est frayé un passage 
en formant une cataracte. On pourrait également envisager Thypo- 
thèse émise par Mizon, qui se demandait si le Toubouri et les 
dépressions de même ordre, dont Texistence r<$sultait de ren- 
seignoments indigènes, ne seraient pas les dernières traces d*ua 
ancien lac plus élevé que le lac Tchad et qui aurait déversé ses 
eaux y d'une part, dans le Kebbi et la Bé&oué, de l'autre, dans le 
Logone, formant ainsi deux lignes d^écoulement susceptibles de se 
réunir aux époques de débordement ^^^ 

Cet ancien lac 9 et d^autres, dont on a reconnu les vestiges 
chez les Manga et les Kouka , paraissent avoir environné le Tchad 
et s'être confondus avec lui 9 emplissant aux époques lointaines la 
vaste dépression du Soudan central. Les lagunes, oix la présence du 
natronse constate, donnent libre cours à ces suppositions. Tous 
ces points, restés dans la pénombre, seront bientôt éclaircis. Nous 
retenons pour Tinstant que le bassin du Tchad communique, ou 
moins pendant la crue, avec le bassin du Niger, c'est-à-dire avoc 
rOcéan, et que ce fait capital est expérimentalement constaté. 

>'' BuUetin de In SttciMé dt frêitgi'aphie , i^9<'i, p. 33^ el suiv. 



i8. 



— 276 — 



m. GbOGRAPHIB BCOJiOllIQtE. DÉLISITATIO^IS. 

La curiosilé scientifique n^était pas la seule éveillée quand la 
mission Niger-Bénoué-Tchad s^éioigna de Bordeaui pour gagner le 
golfe de Bénin et la rivière Forcados. Uintérét économique et des 
considérations d'ordre politique sollicitaient ^[alement rattention 
publique. 

Du jour où les frères Lander découvrirent, en i83o, Tembou- 
chure du fleuve, dont trente-cinq ans auparavant Mungo Park explo- 
rait le cours supérieur, T Angleterre espéra s'emparer da commerce 
qui se faisait par cette voie. Les premières tentatives furent infruc- 
tueuses, mais, après le voyage de Barth, l'entreprise reçut une nou- 
velle impulsion. Manchester, Londres, Glasgo\\ , envoyèrent dans le 
Bas-Niger des compagnies qui , sous les noms de WestAJrica, Centralr 
Africa, Alexander- Miller, se firent une concurrence impitoyable. 
Kn 1879, elles fusionnèrent et, Tannée suivante, la National Afri" 
ran Company Limited, présidée par lord Aberder, se constituait au 
capital de -iS millions de francs. 

A ce moment, la France fait son apparition dans le Delta. Loh 
débuts sont modestes. Un ancien officier de tirailleurs algériens, 1(* 
comte de Semelle, crée avec un petit nombre d'amis et la maison 
Desprez-Huchet, une société anonyme au capital de 5oo,ooo francs, 
part aussitôt de Nantes (90 avril 1880), sur une goélette à vapeur, 
Adamaoua, installe à Brassson dépôt, fonde, avec quelques agents 
français, cinq comptoirs sur le Niger et un sur la Bénoué. Six mois 
après il succombe. Le commandant Matteï , nommé agent consulaire 
de France à Brass-River, le remplace, opère d'audacieuses recon- 
naissances sur le fleuve et sur la Bénoué, passe des traités, aflermit 
notre situation, obtient que le capital de la Compagnie soit porté 
à i,5oo, 000 francs, puisa 3 millions; enfin, de 1881 à 1 885, assure 
le fonctionnement de plus de trente comptoirs, centres de rayonne- 
ment de l'influence française, qui s'étendent par le Niger dans le 
Noupé et sur la Bénoué jusqu'à Ibi, où les blancs n'avaient jamais 
pénétré avant nos agents. 

Pour se rendre compte de l'effort déployé par cet admirable 
pionnier, au cours de ses quatre campagnes, il sufiit de s'en rap- 
porter au témoignage de ses rivaux. 

Lo major (Claude Manlouald, n'sumant, le 11 mai i8gi, devant 



— 277 — 

la Royal Geographical Society ^^\ les travaux de ses devanciers, 
constatait qu en 1889 les Français firent un effort vigoureux pour 
prendre une influence politique sur le Bas-Niger; qu'en i883, leurs 
factoreries dépassaient en nombre celles de la Compagnie nationale 
anglaise; mais que, fort heureusement pour l'Angleterre, avant la 
réunion de la Conférence de Berlin, les comptoirs français avaient 
disparu, laissant le commerce britannique s'exercer seul et sans 
conteste sur le Niger. 

Que s'était-il passé? La direction de la Compagnie française à 
Paris, abandonnée par ceux qui auraient du la soutenir, peu encou- 
ragée par l'opinion publique, se décidait à céder tout son matériel 
nautique et terrestre à sa rivale. 

rrDe tous côtés, écrit le commandant Matteï, les rois, les chefs, 
les riches et les pauvres venaient en masse nous supplier de ne pas 
partir, me promettant d'apporter tous leurs produits dans les fac- 
toreries françaises . . . 

fr Au mois d'avril i885 (mais administrativement à la date du 
3i décembre 188&), tous nos navires, tous nos comptoirs, toutes 
nos marchandises passèrent à la Compagnie anglaise qui prit le 
nom de Cwnpagnie royale. 

wTous les employés français rentrèrent avec moi en France, 
navrés d'avoir vu tomber le pavillon commercial français et d'aban- 
donner nos chers morts ^^hy^ 

Cet abandon , que nous avons tant sujet de déplorer aujourd'hui , 
ne fit, au moment même, qu'une impression passagère. Si j'osais 
mêler à ce récit un souvenir personnel, je dirais l'amertume que je 
ressentis à cette nouvelle, alors que, voyageant sur les rives du 
àSaint- Laurent, je songeais à la résignation commode de tant 
de Français de France, si vite consolés, au temps de Louis XV, de 
la perte du Canada. 

Notre attitude, en i884, eut pour première conséquence de dis- 
poser les membres de la Conférence de Berlin à reconnaître à l'An- 
gleterre la possession du Bas-Niger. Sans doute, la liberté de la 
navigation fut proclamée, mais comment comparer cette déclaration 
à l'occupation effective î 

Quoi qu'il en soit, l'Acte général de la Conférence de Berlin, du 



W Proeeedingê Royal Geographical Society , a' sëric , t. XIII , 1 89 1 , p. 6 69 et 9o<|. 
<*) Boê-Niger, Hénouéi, Dahnmeyf par te commandant Mattrï; Grenoble, 1890. 



— 278 — 

â6 février i885, contient des engagements formels que toutes les 
puiasaoce^ sigaataires oat le droit ae fairo respecter. Sans analyser 
k cette place TActe de navigation du Niger, il est bon de rappeler 
qu il s*applique à toutes les issues du fleuve comme aux routes, 
chemins de fer ou canaux latéraux qui pourront être établis dans le 
but spécial de suppléer aux imperfections de la voie, — que la 
navigation demeurera entlërement libre pour les navires marchands 
de toutes les nations au sujet du transport des marchandises et des 
voyageurs ; qu'elle ne pourra être assujettie à aucune eptraye ni 
redevance basées uniquement sur le fait de la navigation, que les 
puissances exerçant un droit de souveraineté ou de protectorat sur 
quelque partie des eaux du Niger s'engageront à protéger les négo- 
ciants étrangers y faisant le commerce, comme s*iU étaient leurs 
propres sujets; qn enfin ces dispositions demeureront en vigueur en 
temps de guerre comme en temps de paix. 

A celte époque naissait la colonie allemande du Cameroun, dont 
les établissements de la baie Victoria furent le premier entrepôt. Des 
maisons de Hambourg passèrent ensuite des traités avec les indigènes 
de cette c6te, et, le i & juillet 188&, le fameyx explorateur Nachtigal, 
consul général d'Allemagne pour l'Afrique occidentale, prit possession 
de ce pays au nom de l'Empire allemand, Les conventions des 'j mai 
i885, 2 août 1886, i*"^ juillet 1890, xl\ avril et i5 novembre 
48^3, réglèrent théoriquement la question des frontières, entre 
l'Angleterre et l'Allemagne, de l'estuaire du Rio del Rey au lac 
Tchad, laissant à la première la région dont Yola est le centre. 
Notons, en passant, qu'une mission de délimitation anglo-alle- 
mande opère actuellement dans le Bornou. 

I^e^ limites méridionales et orientales du Cameroun ont donpé 
lieu à d'autres arrangements intervenus entre l'Allemagne et |a 
France. Celui du 2& décembre i885 râlait définitivement tontes 
les contestations qui s'étaient élevées dans le Sud de la nouvelle 
colonie, et la frontière fui figurée par la ligne qui, de l'embouchure 
(le la rivière Campo, remonte ce cours jusqu'à la rencontre du 
7" Uo' longitude Est de Paris (lo** Gr.), puis par le parallèle de 
ce point jusqu'à son intersection avec le méridien 1 a° 4o' (1 5° Gr.). 
A l'Est de cette ligne, en labsence de données géographiques pré- 
cises, aucun tracé n'avait été prévu. Le Cameroun était alors séparé 
des possessions anglaises, sur la cAte, par le Rio del Rey, puis 
frpar une ligne s'arrêtant sur le cours de la Cross River, à un 



- 279 - 

point appelé Rapuh, par 9" 8' de longitude Est Greenwich ot envi- 
ron 5* 4o' de latitude f». 

Ce parallèle était alors considéré en France comme limitant au 
Nord, jusqu'au méridien iQ'^io' de Paris, les territoires expressé- 
ment réservés à TAllemagne. Au delà, les explorateurs avaient le 
champ libre, el, en fait, Anglais et Allemands se mirent résolument 
à Tœuvre, mais, pour ceux-ci, la tâche fut particuliërement ingrate. 
Des expéditions bien outillées, telles que celles du capitaine 
Morgan, du D*" ZintgralT, du baron von Gravenreuth , de M. Ramsay, 
du lieutenant von Stetten, se heurtèrent à mille difficultés dans la 
région montagneuse de la Haute-Bénoué, tandis que, plus heu- 
reux» les voyageurs français remontèrent les vallées de la Sangha 
et de la Ngoko , ou relièrent par leurs itinéraires les bassins du 
Congo et du Chari à celui de la Béuoué. Ainsi MM. Chollet, Gai- 
lard et Husson, Fourneau , Ponel , collaborateurs de M. Savorgnan de 
Brazza, attaquaient par le Sud les contrées inconnues que les mis- 
sions Mizon et Maistre englobaient dans leurs itinéraires. 

L'Allemagne s'en émut, rappela l'œuvre de Barth, de Vogel, de 
Nacbtigal , de Flegel qui , cependant , n'avaient pas exploré , au moins 
les deux premiers, pour le compte du Gouvernement allemand; 
elle considéra que le méridien is"" &o' marquait sa frontière jus- 
qu'au Tchad, et, qu'en conséquence, l'Adamaoua,, une partie du 
Bomou et les deux rives du Chari à son embouchure étaient, de 
droit, terres allemandes. Elle entama des négociations qui, après 
des vicissitudes diverses, donnèrent lieu à cr l'arrangement conclu 
à Berlin entre le gouvernement de la République française et le 
Gouvernement de l'Empire d'Allemagne pour la délimitation des co- 
lonies du Congo français et du Cameroun, et des sphères d'influence 
respectives dans la région du lac Tchad, etqui a fait l'objet dp proto- 
cole du U février 189& et de l'Acte confirmatif du i5 mars 1896. 

La tAche des négociateurs français, MM.Haussmann et le colonel 
Monteil,ne laissait pas que d'être délicate. Comme il fallait aboutir, 
on transigea. 

L'Allemagne eut un accès à la rive méridionale du Tchad; 
Ngaoundéré rentra dans sa sphère d'influence et, dans i'Gst du 
méridien 1^" &o', sans d'ailleurs modifier le tracé de i885, elle 
reçut une rive de la Ngoko jusqu'au â" parallèle et un accès de 
3o kilomètres sur la Sangha. 

La France conserva dans la haute Sangha les postes créés par 



— 280 — 

M. de Brazza, puis vers la Bénoué, sur le trajet de ta mission 
Maistre, la plupart des points que ce voyageur avait acquis; elle 
garda, au Sud du lo"* parallèle, les deux rives du Chari et, ati 
Nord , sa rive droite ; enfin — et à cette stipulation , MM. Haussmann 
et Monteil attribuaient une grande importance, — elle se réserva 
un accès sur le Mayo Kebbi. 

Très au fait des travaux de la mission Macdonald et de la mis- 
sion Mizon , nos délégués avaient envisagé Thypothèse d'une voie de 
pénétration parle Niger et la Bénoué vers le lac Tchad, et com- 
pris Tutilité de s'y garder un centre de ravitaillement. Ils choisirent 
Bifara, considéré comme le dernier point navigable du Kebbi. Cet 
accès sur un sous-affluent du Niger avait, en outre, l'avantage 
«d'acquérir à la France un titre nouveau pour exiger que la liberté 
de la navigation, solennellement proclamée par TActe général de 
Berlin, ne restât pas à l'état de lettre-mortes. 

Cet argument ne fut pas perdu, et MM. Lecomte et Binger 
surent en tirer parti dans les débats qui aboutirent à la Convention 
franco-anglaise du i& juin 1898. 

Le tracé adopté pour la frontière orientale du Cameroun peut , à 
première vue, paraître étrange. Renflé du Sud-Est jusqu'au 4" pa- 
rallèle avant d'adopter le méridien 19° lio\ puis étranglé au-dessus 
du 8'' parallèle jusqu'à Bifara, s'avançant ensuite dans l'Est le long 
du lo*" parallèle jusqu'à la rencontre du Chari qu'il descend jusqu'au 
Tchad, il dessine sur la carte annexée au Protocole de l'arrange- 
ment franco -allemand du 4 février iSgi une silhouette bizarre, 
dont la partie supérieure a été spirituellement nommée le bec t/f 
canard. Ce bec n'a rien de fantaisiste et il faut louer MM. Monteil 
et Haussmann d'en avoir exagéré la longueur en nous obtenant 
Bifara. D'ailleurs, l'article 3 du Protocole établit que l'Allemagne 
et la France, en ce qui concerne la Bénoué et ses affluents, se 
reconnaissent respectivement tenues d'appliquer et de faire respecter 
les dispositions relatives à la liberté de la navigation et du com- 
merce énumérées dans l'Acte de Berlin, de même que les clauses 
de l'Acte de Bruxelles relatives à l'importation des armes et spiri- 
tueux. Ces stipulations sont expressément étendues au Chari, au 
Logone et à leurs affluents. Les commerçants et les voyageurs 
français et allemands devront désormais être traités sur le pied 
d'une parfaite égalité en ce qui concerne l'usage des routes et autres 
voies de communication terrestres. 



— 281 — 

Une sage prévoyance dispose , en outre, tes deux Gouvernements 
à admettre «t qu'il y aura lieu, à Tavenir, de substituer progressive- 
ment aux lignes idéales qui ont servi à déterminer la frontière telle 
qu'elle est définie par le présent protocole un tracé déterminé par 
la configuration naturelle des terrains et jalonné par des points 
exactement reconnus, en ayant soin, dans les accords qui inter- 
viendront à cet efiet, de ne pas avantager Tune des deux parties 
sans compensation équitable pour Tautre^^U. 

La frontière dont il est question ici est celle qui limite à TEst le 
Cameroun ; celle du Sud a été définitivement établie par la Con- 
vention du ùU décembre i885 et mesurée sur le terrain par une 
récente Commission franco-allemande de délimitation dans laquelle 
MM. le D' Cureau et Bonnassies représentaient notre pays. 

Quand le capitaine Lenfant aura rédigé son rapport et fait con- 
naître les résultats de ses dernières reconnaissances, particulière- 
ment dans la région montagneuse qui sépare M'Bourao de Léré, il 
sera temps d'aborder la question de la frontière Nord-Est. En atten- 
dant, nous constatons que la France, avec le tracé actuel, possède 
les têtes de la navigation tant sur la voie Kebbi-Bénoué-Niger que 
sur la voie Toubouri-Logone-Chari, et qu'une journée de portage 
permettra de passer de l'une à l'autre. Deux mois et demi sufiiront, 
d'après les évaluations de la mission , pour se rendre de Bordeaux 
au centre de notre empire africain, tr Voilà en somme une route 
splendide, nous écrivait le capitaine Lenfant. Trois mille kilomètres 
de fleuve pour aller au Tchad pas un rapide , pas une roche , en 
dehors d'un transbordement de trente kilomètres pour changer de 
plan horizontal et éviter la cataracte. Par le Congo, il y a seize 
déchargements, des quantités de rapides, trois centj^ kilomètres 
de portage. y> 

Si nous envisageons le prix du transport, la tonne, par la voie 
nouvelle, semble devoir revenir à moins de 600 francs. Le déchet 
par cette voie serait très faible, puisque les transbordements sont 
réduits au minimum. Au contraire, par la voie du Congo, la 
tonne reviendrait à i,5oo francs avec un considérable déchet. 

Il est hors de doute que de tels résultats transformeraient les con- 
ditions économiques dans la région exploitable du bassin du Chari. 

(*) S 7 de V Annexe à l'Acte rot^irmatif du i5 mar» i8gù; Chambre des dé- 
potés, 189/!!, n* 598. 



— 282 — 

Même en admettant que la voie ne restât ouverte que pendant 
la période des hautes eaux, le fait de disposer pendaut ce temps 
d'une route praticable suffirait à développer nos importations par 
cette voie, à faire naitre des éléments de tra6c et à donner Tessor 
à certaines cultures riches, telles que celle du coton. 

Dans la dernière lettre qu'il nous écrivait du Tchad, le capitaine 
Lenfanl nous citait un exemple typique, 11 avait acheté à Rouen un 
ballot de pagnes 910 francs; il Ta vendu, dans le Baguirmi, 
760 francs au profit de la mission. Son acheteur a gagne de 35o 
à âoo francs sur ce ballot. Ce petit fait a son éloquence et montre 
quel parti la France pourrait tirer de cette voie pour les transports 
si elle était organisée, 

En somme, soit qu'on se place au point de vue géographique 
proprement dit, soit qu'on envisage l'avenir économique des vastes 
région! qui s'étendent au sud du Tchad et spécialement dans les 
pays Mandara Moundang, Moussgou et Laka, soit quon examine 
le profit qui peut résulter, pour nos possessions du Soudan central 
et du Congo, de communications plus faciles, on est frappé de l'im- 
portance de la découverte du capitaine Lenfant, qui vient de clore 
glorieusement la série des explorations dirigées depuis un demi- 
siècle par le Niger ou par le Chari vers la contrée mystérieuse dont 
Barlh fut le premier à signaler l'intérêt. 



283 



LES KHAS, 

PEUPLE INCULTE DU LAOS FRANÇAIS 

N0TB8 ANTHROPOMÉTRI0UK8 
KT KTHNOGRAPHIQUKS, 

PAR M, IS DOGTBUR NO^L BRRNARD, 

Médecin «ide-io^or des troupes cotonioleB au Uo«« . 



INTRODUCTION. 



Dh5piNIT10N. — METHODE D'OBSRRVATION. 
PIYI910N DU TRAVAIL, 

On a donné le nom de Khâs aux nombreuses tribus diles k sau- 
vages ^ qui habitent les régions montagneuses du Laos. Les KhAs 
portent, au Cambodge, le nom de Pnong, en Annam, celui de 
Mois. (tHs représentent, dit le lieutenant-colonel Tournier, rési- 
dent supérieur au Laos, au moins un tiers de la population, on 
en trouve sur tout le territoire. Us sont divisés en plus do 
soixante familles, qui parient toutes un dialecte différent. r» 

La présence dans la péninsule indo-chinoise de ces peuplades 
restées arriérées au milieu des civilisations rayonnantes des Anna- 
mites, des Chinois, des Thaïs et des Kmers, U multiplicité des 
idiomes, la variation des types physiques, la différence des mœurs 
out éveillé la curiosité de tous les voyageurs. Les KhAs ont été sou- 
vent dépeints. Ils Mut présentés sous les traits les plus divers. Leur 
type physique est tour à tour rapproché de celui des Peaux-Rouges 
d'Amérique I des Négritos, des Indonésiens. Sauvages misérables 
pour les uns, ils sont pour d^autresde superbes guerriers à Tallure 
ipenaçapte, ou bieu encore de paisibles montagnards aux mœurs 
patriarcales. Ces impressions sont sincères et à coup srtr très con- 



— 28â -- 

sfiencieusement rendues. 11 n'est pas possible au voyageur qui passe 
d'englober dans une même description les caractères physiques en 
apparence si variés des Khâs. Seul, un séjour prolongé dans le pays 
habitue l'observateur à distinguer ces caractères qu'il est dès lors 
en état de mieux préciser; les différences dans les détails du vêle- 
ment et de la toilette accentuent les dissemblances. Les conditions 
très variables dans lesquelles les impressions sont ressenties accu- 
sent les divergences d opinion. Le Khâ, employé comme coolie 
porteur, courbé sous un poids lourd, uniquement vêtu d'une mince 
ceinture, le visage caché sous les cheveux en broussaille, apparaît 
comme un être amoindri, triste et las. Sous ses habits de fête, il 
se transforme : il se drape d'une étoffe aux couleurs éclatantes, ses 
cheveux peignés et reluisants sont relevés en chignon sur le 
sommet de la tête, ses oreilles sont ornées de larges boucles en 
métal poli, et il va de son pas ferme et souple, faisant saillir les 
muscles sous la peau cuivrée, le carquois à Tépaule, l'arc au bras, 
le sabre au côté évoquant le souvenir héroïque de Black-Bird, l'Oi- 
seau noir, et de tous ces Peaux Rouges illustres dont les exploits 
merveilleux ont passionné nos jeunes imaginations. Dans son vil- 
lage, auprès de sa femme et de ses enfants, au milieu de ses 
buffles et des animaux qu'il élève, il apparaît comme un mon- 
tagnard paisible, bien différent encore de ce qu'il est lorsque, 
tapi dans un buisson, il attend, pour le frapper, son ennemi 
surpris. 

Il n'est pas de type humain qui n'ait donné lieu à des descrip- 
tions contradictoires dues à ces causes nombreuses d'erreur. Le 
moyen d'éviter ces erreurs est de s'efforcer de surveiller ses impres- 
sions en tenant compte du milieu et des circonstances, de n'ac- 
cepter qu'après un contrôle rigoureux les affirmations venues des 
indigènes, enGn,et surtout, de réunir le plus grand nombre pos- 
sible de documents précis parmi lesquels les mensurations anthro- 
pométriques et la photographie tiennent le premier rang, et de se 
garder de généralisations hâtives. 

J'ai pu, au cours d'un séjour de trois ans au Laos, étudier dans 
leurs villages un certain nombre de tribus Khâs, compléter ces 
recherches dans les centres laotiens (Attopeu, Saravone, Stung- 
treng, Khong, Boumuong, Luang-Prabang) où elles viennent 
vendre et échanger leurs produits. Los données que j'ai réunies sont 
de trois ordres : i"" Caractères anthropométriques et descriptifs 



— tî85 — 

observés surleKbâ vivaut, accompagnés de photographies; 9*" Ren- 
seignements ethnographiques que j'ai recueillis chez les Khâs eux- 
mêmes; 3"" Renseignements ethnographiques qui m'ont été commu- 
niqués par les fonctionnaires français et les mandarins laotiens, en 
relations conslaates avec les Khâs des diverses tribus. Enfin, j'ai 
relevé les caractères anthropométriques les plus importants d'un 
petit nombre d'individus des peuples qui les entourent. 

Si l'étude anthropologique des Khâs peut apporter des éclaircis- 
sements sur la parenté de ce groupement humain avec les types 
connus, la connaissance de leurs idiomes est appelée à donner des 
indications précieuses sur leurs origines et leur histoire. Aucune 
ôtude préliminaire ne me préparait à ces recherches linguistiques, 
je ne les ai pas entreprises. J'aurais dû me borner, en effet, à la 
rédaction de vocabulaires qui ont été établis déjà au moyen d'in- 
termédiaires meilleurs que ceux dont je disposais. Je ne donnerai 
donc sur ce point que quelques indications générales. Pour suivre 
avec fruit l'étude des idiomes Khâs, il serait nécessaire de parler 
couramment la langue laotienne de façon à supprimer tout inter- 
médiaire et h se mettre directement en contact avec les Khâs eux- 
mêmes dont les chefs parlent à peu pràs tous le laotien. Il faudrait 
de plus disposer d'un temps assez long pour séjourner dans chacune 
des nombreuses tribus. 

Les notes qui suivent sont divisées en trois parties qui se sub- 
divisent elles-mêmes en un certain nombre de chapitres. 



286 — 



PREMIÈRE PARTIE. 
I. Lb miubu. — IL Distribution oéographiqub dks Kaâb. 



GHAPlTRfe PBBMIKR. 

LB MIUBU. 

lA fofét Hftifière et lei Lâotfetfft. - La grande fofét et fdi Khâs. 



Aspoot générali 

Du Thibet et du YuuDam descendent gur le Lacw de bautes 
inontagneB qui forment jusqu'au 1 8* degré latitude Nord ua massif 
compact à travers lequel les eaux bondissantes du Mëkong se creu- 
sent un lit encaissd, étroit et rocailleux. Puis le basain s^élai^t et 
le fleuve poursuit ta course au milieu des plaines ondnléaa qui 
vont en s'élargissent jusqu'au Cambodge et au Delta. La chaîne 
annamitique se détache du massif montagneux septentrional « elle 
ferme à TËst le bassin du Mékong qu elle barre de petits chaînons 
secondaires où prennent naissance une infinité de cours d'eau. 

Tout le pays est couvert d'une forêt immense qui hérisse les ver- 
sants des montagnes, couronne leurs créies, s'engouf&e dans les 
gorges profondes, moutonne sur les moindres aspérités du sol et 
s'étend à l'infini sur les vallées et les plaines. Chaque fois que d'un 
point élevé l'horizon s'élargit, c'est le même spectacle : un océan 
de verdure sombre, frangé par endroits d'une écume blanche for- 
mée par des bouquets de feuilles plus pâles, ondule sur les hau- 
teurs, déferle vers la plaine pour se perdre, aussi loin que porte la 
vue, dans le bleu estompé des montagnes qui se fondent vaporeu- 
sement dans le ciel. Les lignes sinueuses des cours d'eau, d^un 
éclat de métal poli sous la lumière du soleil, rayent de petits traits 
argentés la nappe uniforme; et c'est à peine si apparaissent, éparses 
et rares les quelques taches jaunes du sol mis u nu pnr la charrue 
du laotien et par le sabre d'abatis du kkà. 



— 287 — 
La forêt olairtêrs. Les Laotleni. 

Cependant la forêt change de nature avec les altitudes, d'aspect 
en un même lieu avec les saisons. Dans la plaine, les arbres à 
résine d^especes peu variées poussent clairsemés; ils étendent de 
/i à 8 mètres de hauteur leurs branches tordues dont les feuilles 
larges, rondes, parcheminées, ont une couleur indécise, un vert pâle 
comme saupoudré de gris. A leurs pieds le sol est Iflbouré profon- 
dément par une infinité de vers de terre, qui soulèvent le sol en 
monticules aux premières pluies. Des herbes folles poussent par- 
tout. De ci, de là, quelques buissons , et des termitières qui portent 
leur dôme d^argile rouge jusqu'à 6 mètres de hauteur. Puis, brus- 
quement, dans un pli de terrain, un bosquet impénétrable, fait 
d'arbres superbes et de brousse épaisse, ofTre un refuge aux ani- 
maux de plume et de poil. Sur les cimes qui émergent par endroits, 
le sol est presque nu, ailleurs, entre des arbres maigres, il est 
couvert de bambous épineux. Cest la forêt clairière qui se déroule 
sans fin. 

A la saison des pluies, de mai à novembre, elle prend Taspect 
riant d'une pelouse immense où toutes les teintes du vert chatoient 
dans les jeux d ombre et de lumière. La température oscille entre 
35 degrés le jour à Tombrê «t ûb ddgréi pendant la nuit. Lorsque 
les pluies cessent, le soleil a bientôt desséché le sol, la forêt revêt 
alors un aspect désolé; seuls left arbres résineux gardent leurs 
feuilles et, à perte de vue, la grisaille des troncs d'arbre se fond 
avec la couleur terne du feuillage et la teinte jaunâtre des herbes 
sèches. Le thermomètre descend i une température moyenne 
maxima de qS à Sa degrés de novembre a jauvier; il atteint, de 
f<^vrier à mai, &o degrés. 

Au bord des cours d'eau, dans les petits bosquets poussés sur te^ 
bas-fonds, les ébats des coqs et des poules sauvages, les appeh) 
des paons, le cri strident des singes, le bramement des cdtts font 
retentir les échos. Mais au cœur de la forêt clairière desséchée ta 
vie semble suspendue : le bruissement léger d'une feuille qui tombé 
et tournoie sur le sol, le bruit sec d'une branche qui casse, le sif- 
flement du vent dans les arbres troublent seuls le silence accablant 
qui s'appesantit sur cette nature infiniment monotone. 

Les Laotiens se sont établis dans les sites les plus riants, sur les 
l)ords des rivières et à leur confluent avec le Mékong. Ils ont ap- 



— 288 — 

porté au paysage le décor des cocotiers, des aréquiers, des jacquiers, 
des bananiers; ces arbres, par masses compactes, détachent une 
note fraîche sur le fond sombre de la forêt. 

Leurs petits centres de vie active, reliés par les cours d'eau, 
animent autour d'eux, en un rayon assez étendu, les vastes soli- 
tudes dans lesquelles ils sont disséminés. De très loin, les sonneries 
éclatantes des gongs, les vibrations sourdes du (am>tam, annoncent 
aux voyageurs Tapproche des villages; les cimes des cocotiers les 
signalent à la vue. Ce sont les oasis de la forêt déserte et silencieuse. 
Accroupis dans les plaines, ces villages, faits de maisons sur pilotis 
sous lesquelles grouillent les buffles, les porcs, les chiens et les vo- 
lailles, abritent une population souriante, tranquille et indolente. 

Incapable d'une activité soutenue tant pour le bien que poui* le 
mal, limitant son effort à ce qui est strictement indispensable pour 
l'existence au jour le jour, aimant les jeux et les chansons, la 
famille laotienne est bercée et doucement endormie par l'atmo- 
sphère humide, chaude et égale de ces vallées basses où la terre, 
sans cesse fertilisée, nourrice inépuisable d'un petit nombre d'en- 
fants, permet une vie facile et rend la lutte inutile. 

La grande forêt Les Khàs. 

En passant des plaines et des petites collines aux altitudes supé- 
rieures, la forêt insensiblement se transforme. Les buissons, les 
arbustes deviennent plus nombreux, les bananiers sauvages se 
groupent en bosquets touffus (altitude 3oo mètres). Plus haut ce 
sont les pins, qui, d'abord épars entre les arbres de la forêt clairière, 
arrivent à couvrir des étendues considérables (5 oo mètres). Puis ap- 
paraissent des variétés de chênes ot de châtaigniers et des arbres 
géants qui portent leur tête à ko mètres au-dessus du sol. La richesse 
de la végétation s'accroît, les arbres de toutes espèces , de toutes tailles 
se resserrent, leurs feuillages s'entrecroisent, tandis que les lianes 
puissantes les enlacent, formant une trame inextricable dont les 
intervalles se garnissent d'arbrisseaux et de plantes herbacées. Sur 
les pics élevés (de 5oo à 2,000 mètres) la terre, emportée par les 
pluies diluviennes, laisse le roc 5 nu ou recouvert d'une mince 
couche, où croissent péniblement quelques arbres rabougris et des 
herbes grêles. Sur quelques points la crête dénudée, ciselée en den- 
telb'S, détache finement sur le ciel ses arêtes >i>es. La végétation 



— 289 — 

reste puissante sur les flancs; dans les entailles profondes des 
gorges elle se développe avec une exubérance extraordinaire. 

Trois saisons se partagent Tannée : une saison sèche brûlante, de 
février à juin; une saison de pluies, de juin à novembre, et une 
autre saison sèche, mais tempérée, de novembre à février. La saison 
sèche (de février à juin) taille des éclaircies nombreuses dans la 
masse compacte de verdure qui du sol atteint la cime des arbres ; 
ceux-ci , par endroits , conservent seuls des feuilles et leurs troncs 
élevés, reliés par des lianes tortueuses, sont comme le squelette 
desséché de la forêt. Alors les petits torrents se tarissent, la chaleur 
atteint ko degrés pendant le jour et ne descend pas au-dessous de 
3o pendant la nuit. La vie se retire sur les bords des cours d'eau. 
Kn mai et juin, les premières pluies réveillent en une éclosion 
superbe tous les germes endormis et la grande forêt redevient 
impénétrable. C'est la période où Tair chaud et saturé d'humi- 
dité subit les moindres variations de température (de 35 degrés 
maxima pendant le jour à 95 degrés minima pendant la nuit); 
les pluies tombent avec une violence inouïe; les torrents roulent 
dans leurs lits profonds et rocailleux des eaux limoneuses; les 
sangsues se dressent innombrables sur tous les sentiers ; Teau regorge 
de toutes parts jusqu'aux premiers jours d'octobre. En novembre, 
les nuits fraîchissent et le thermomètre accuse des oscillations 
étendues; sur les hauteurs, il descend jusqu'à lo et même 5 degrés 
au-dessus de zéro et il s'élève jusqu'à 35 degrés aux heures 
les plus chaudes du jour. La sève accumulée pendant la saison 
humide se répand en frondaisons magnifiques jusqu'au moment 
où la saison sèche s'établit, en février ou mars. Mais de tout temps 
la fièvre des bois règne sur cette forêt sans fin, dont le sol, recou* 
vert d'une épaisse couche de végétaux décomposés, s'enfonce sous 
le pied et dégage une seateur suffocante. 

Partout règne pendant le jour un silence profond. Loin d'avoir 
ce caractère de désolation qu'il donne à la forêt clairière , ce silence 
accroît l'impression de grandeur et de majesté de la grande 
forêt. 

La vie animale se dissimule à l'observateur. Les cerfs, les san- 
gliers, les buffles, les éléphants, les rhinocéros, les panthères, les 
tigres, aussi bien que les petits quadrupèdes, se cachent dans leurs 
repaires impénétrables. Les oiseaux de petite taille que l'on s'atten- 
drait u voir animer la volière immense que forme, à perte de vue, 

G^oeRAPiiii-:, N" 2. — 190/i. Il) 



— 292 — 




— 293 — 

Leur nombre, estimé à &oo,ooo individus, ne saurait être fixé 
exactement; il est peut-être beaucoup plus considérable. Partagés 
en une soixantaine de tribus, les Khâs sont inégalement répartis 
sur les divers points du territoire. Ils se sont insensiblement éloi- 
gnés du Moyen Laos dont Thistoire mouvementée convenait peu à 
leur habitude de la solitude et à leur amour de Tindépendance. On 
en compte encore 90,000 qui habitent en majeure partie la pro- 
vince la plus méridionale. Les massifs montagneux du Haut Laos, 
le versant occidental de la chaîne annamitique, les plateaux du 
Tranninh et du Bas Laos donnent asile à tous les autres. Sur une 
population totale de 169,576 habitants, le royaume de Luang- 
Prabang compte 62,997 Khâs pour 66,665 Laotiens et 99,984 in- 
dividus de groupes ethniques divers. Certaines régions comme le 
Darlak dans le Bas Laos ne sont peuplées que par des Khâs. 

Les principales tribus qui habitent le Laos septentrional répon- 
dent aux appellations suivantes, Khâs : Kouénes Kaos, Kouéncs 
dams, Lemet, Kmous, Lawas, Thioles, Youns, Mousseux, Khâs 
Khouis, Koussung, Sidas, Ounis, Hochs, Mes. 

Les Tahoï, Kontous, Vég, Alaks, Cédangs, Rognaos, Banhars, 
Goclars, Halans, Djaraïs, Rades, occupent la chaîne annamitique 
dans la partie correspondante au Bas Laos. Enfin, les Bolovens, 
Nia-Hœuns, Souks, Lovés ou Loués, Sengs, Mânes, Halong-Doangs , 
Salang, Braos, Peunongs, Tiengs, Souhés, habitent les massifs 
secondaires situés dans le bassin du Mékong. 

La détermination exacte de Thabitat de chacune de ces tribus 
ne présenterait pas ici un grand intérêt. H me suffira d'indi* 
quer la situation de celles sur lesquelles a porté mon examen : 
Lové, Seng, Tieng, Nia-Hœun, Boloven, Souhé» Ngë pour le Bas 
Laos; Kmouk, Më, Hoch, pour le Haut Laos. Les Lovés occupent 
le massif compris entre la Sékong, la Sesau et la Sésane. Les Seng 
habitent le massif au Nord d'Attopeu, entre la Sékong et la Seka- 
mane. Les Tieng, réduits à trois villages, sont situés à une faible 
distance du centre administratif Attopeu. Le plateau des Bolovens 
est peuplé par trois groupes principaux : Bolovens, Nia-Hœuns, 
Souhés, auxquels viennent s^ajouter quelques familles émigrées de 
la rive gauche de la Sékong, Alaks, Ngés, Hins. Le plateau des Bo- 
lovens est situé entre le 1 15'' degré et le 116* degré de longitude 
Est et entre le 17** 5 et i8'5 de latitude Nord. 11 est formé 
par une série de plateaux dont laltitude varie entre 3oo ot 



— 294 — 

i,aoo mètres, li est limité à TEstet au Sud-Est par le cours moyen 
de la Sëkoag qui se jette dans le MékoDg à Stuugtreng, au Nord 
et à rOueiit par la plaine de la Sëdone qui se déroule aux pieds de 
ses dernières ramifications depuis Saravane jusqu'à son embou- 
chure (Paksé sur le Mékong). Le plateau des Bolovens présente 
environ 80 kilomètres de longueur du Nord au Sud sur 60 kilo- 
mètres de largeur de TEst à fOuest, Il donne naissance à un aillueot 
important du Mékong, la Sédone, et à un grand nombre de petits 
cours d*eau qui se jettent dans la Sédone et la Sékoog. Les tribus 
qui rhabitent n'occupent pas de territoires nettemeut dëUcnilés; les 
villages sont séparés par de grandes distances, isolés par des vallées 
profondes. Cependant, d'une manière très générale, on peut établir 
la division suivante : les Nia-Hœuns occupent la partie méridionale 
du plateau située entre le cours de la Sépien à l'Ouest, le cours do 
la Sékong à l'Est. Ils remontent jusqu'aux sources de la Sëpîen. Les 
Bolovens s'étendent de cette limite Nord jusqu'aux sources de la 
Sédone. Les Souhés couvrent les derniers contreforts du plateau 
jusqu'à la rive gauche de la Sédone. Les Alaks, les Ngès, venus de 
la rive gauche delà Sékong, ont quelques villages dans les pays 
Souhés et Bolovens. Les Hins habitent à quelque distance de notre 
centre administratif de Saravane. Enfin les Khâs du Haut Laos, 
Kmous, Mes, Hocks appartiennent tous au royaume de Luang^Pra- 
bang. 

ir PABTIE. 

m. GARAGTfcBBS MORPHOLOGIQrRS DBS KhÂS. IV. GARAGTi!!RBS PHV- 

MI0L00IQUR8 RT PATHOtOOIQlTRS DES KhAs. V. GlRAGTftlIRS 

MORPHOLOGIQURS DES PRUPLRS RN CONTACT IMMEDIAT AVKC tRS 
K11Â8. 



CHAPITRK 111. 

GARACTBaSS NORPflOLOOIQUBS DBS IHAS. 

Mensuration de la tète du vivant. - Mensuration du corps. - Garaclères des- 
criptifs. - Unifçrroitë du type physique. - Places des Kbâs parmi les née» 
humaines. 

Orne tribus ont fourni les éléments de cette étude, sur le vivant, 
des caractères physiques des Khâs. Huit appartiennent au Bas 



— 29B — 

Lao6 : Lové, Song, Nia*Hœun, Bolovens^Hin, Ngë,Tieng, Souhé; 
trois au royaume de Luang-Prabang : Kmou, Mes, Hoeh. Les 
mensurations portent sur un total de q3o individus qui se répar- 
tissent de la manière suivante : 

?rOS DB LA TRIBU. SUJETS BXAMIllés. 

Lové 1 5 

Seng 15 

Nia-Hœun 95 

Boioven af) 

Hin /io 

Ifgfé 10 

Tieng 1 5 

Souhé a» 

Kmou 35 

Mes a5 

flof h 1 5 

Tous les individus mesurés sonl des hommes adultes, de 
formes normales. L^étude des femmes n'a pas ëté possible : la ro« 
eherebe des points de repère aurait donne lieu à des interpréta- 
tions fâcheuses de la part de ces primitifs peu préparés à com- 
prendre la curiosité scientifique. J*examinerai pour chacun des 
caractères Tensemble des résultats obtenus sur les diverses 
tribus. 

Cette m(*thodc d*cxposition prosente l'avantage, sur Tétude de 
chaque tribu en particulier, de mettre en relief les dissemblances 
el les ressemblances des groupes, d'éviter les redites et de simplifier 
les commentaires. 

Mention sera faite avec chaque mesure des procédés employés 
pour Tobteuir. Les indices sont toujours les indices des moyennes. 

MINSUllÂTlOIf DB Là tAtB DU VITAMT. 

Indice céphaUque. — L'indice céphalique, qui exprime le rap* 
port de la longueur de la télé (de la glabelle au point maximum 
postérieur) à ia plus grande largeur, est un des caractères les 
plus importants. Ces deux mesures sont prises au compas d'épais- 
seur. 

Le tableau suivant donne les mesures simples des deux dia- 



296 — 



mètres de la tote, Tindice que donnent les diamètres, les maxima H 
minima des indices : 



NOM 



DIS LA TBIBU. 



Lové. . . . . 

Seng 

Nia-Hœun, 
Boloven. . 

Ngé 

ffin 

Tieag. . . 
Souhé. . . 
Kmou . . . 

Mes 

Hoch. . . . 



DIAMETRE 



TAINS VBBSO 
MOTm. 



Bi 



millim. 

i38 h 
i38 7 
lUh 3 

189 a 
189 o 
i/tsi s 
1&7 5 
1&3 9 
i/is 9 
161 9 



AMiéno- 

POSTéBIlCR 
MOTIH. 



Tnillim. 

189 1 
187 1 
187 4 

190 5 
181 o 
189 
i85 9 
181 1 
180 6 
186 6 
186 5 



INDICE 

GKPHALIQOB. 



78.11 
7^4.11 
76.10 
76.29 
76.90 
76.86 
78.40 

8i.4o 

79-39 
76. so 

76.91 



INDICES 

GÉPBALIQDBS. 



■AXDIA. 



77.60 
79.10 
80.60 

84.10 
83.69 
86.88 
88.3o 

91-7» 
85.63 

81.86 

89.19 



69.S0 
68.3o 
69.&0 
6â.5o 
79.71 
65.97 
79.50 
79.58 
76.60 
70.10 
79.53 



De ces chiffres se dégagent les constatations suivantes : 

1^ A l'exception des Souhës mésaticéphales et des Tieng sous- 
dolichocéphales pour le Bas Laos, des Kmous sous-dolichocéphales 
pour le Haut Laos, toutes les séries sont dolichocéphales; 

a** Sur onze tribus, quatre pour le Bas Laos, deux pour \v 
Haut Laos, présentent — fait important — le même indice de 
dolichocéphalie 76. LesLove's et les Seng atteignent un degré élevé 
de dolichocéphalie; 

S"" L'écart entre Tindice maximum et Tindice minimum , variable 
pour chaque série, oscille entre 8,/i et 19,6 unités. Certaines séries 
seraient donc très homogènes et d'autres fortement mélangées. 

La classification par indices donne une idée exacte de l'homo- 
généité de chacune d'entre elles. 



297 — 



NOM 



DS LA TRIBU. 



Lové 

Seng 

Nia-Hœan . . 
Boloven .... 

Ngé 

Hin 

Tieng 

Souhé 

KlDOU. 

Mes 

Hocb 

BBBBHBBSBBlAi 



O 



H 



O « U l> 

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i5 

7 

93 

5 

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1 
5 
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10 

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1 
1 

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4 

1 



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B 

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H 
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K 
H 

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a 

B 
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K 



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B 



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•"s 



i5 
i5 

95 

a5 

lO 

ho 
i5 

90 
95 
95 

i5 



Le nombre des sujets composant chaque série est faible. 

Recherchons néanmoins, pour faciliter les comparaisons, la 
proportion pour cent, dans chacune des séries, des huit grandes 
divisions de Tindice céphalique. 



NOM 



DB LA niBO. 



JLovë 

SoDg 

Nia-Hœun 
Boloven. . . 

Ngé 

Hîn 

Tieng . . . 
Souhé. ... 
Kmou. . . . 

Mes 

Hoch. ... 





. 




S 


a 


• 


•4 


ij 


&3 


1 DS 
g-- 




M 


Bd ■ 


* a 


H 


u 


w 


M 


a 


a 




o 





■ 










93.3 


6.6 


// 


93.3 


6.6 


B 


6/i.o 

• 


90.0 


16.0 


60.0 


39.0 


Lo 


70.0 


10.0 


10.0 


57.5 


99.5 


10.0 


33.3 


33.3 


96.6 


10.0 


90.0 


60.0 


90.0 


4o.o 


94.0 


64.0 


90.0 


16.0 


60.0 


96.6 


6.66 



i 



BB 



B 
B 

B 

&.0 
10. 
10.0 

6.6 

90.0 

16.0 

B 

6.6 



* 


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a 


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B 


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B 


9 


B 


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B 


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B 


U 


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U 


10.0 


B 


B 


B 


II 


B 


a 



a 



i« eu 



# 
f 

// 
// 

B 
9 
f 
f 



— 298 — 

k r«xfeplioft des Tiengs, des Sotihi^ et des Kmous, toutes let 
séries sont donc composées ea majeure partie de dolichocéphales. 
Tandis que les Loves et les Sengs ne comprennent que quelques 
lous-<lolichocépliales, chez les Nia-Hœuns et les Mes les mésaticé* 
phales apparaissent; les Bolovens, les Ngés, les Hins^ les Hochi 
manifestent quelques sous-brachycéphaies. Mais la faible propor* 
tion de ces éléments n'en laisse pas moins persister une homogé» 
nëité très nette dans te sens de la dolichocéphalie pour ces huit 
séries appartenant aux diverses régions du Laos. 

Chez les Tiengs d'Attopeu et les Kmous de Luang-Prabang, le 
nombre des dolichocéphales diminue sensiblement, les sous-dcdi* 
ehocéphales et les mésaticéphales prennent plus d'importance. Lt 
dolichocéphalie reçoit l'appoint d'un élément brachycëphale qui 
donne naissance à une proportion à peu près égale des indieee de 
la dolichocéphalie franche à la mésaticéphalie et à la sous-bra- 
ohyeéphatie. Chez les Souhés du plateau des Bolovens il s'établit 
un noyau de mésaticéphalie au-dessus et au-dessous duquel se par«- 
tagenià peu près également la dolichocéphalie et la braehyetfphalie. 

On peut donc tirer de l'examen des indices céphaliques de 
93 sujets ces premières conclusions, à savoir que : 

i"" Huit tribus sur onze présentent très nettement le type doli-* 
chocéphalique tandis que les trois autres comprennent un noyaa 
important de ce mâme type; 

d" Un ou plusieurs éléments brachycéphaliques sont venus 
amender la dolichocéphalie première et ont donné naissance à des 
sous-dolicho , mésati , sous-brachycéphales dont le nombre varie pour 
chaque tribu avec le degré de fusion des deux éléments extrêmes 
en présence. 

En effet les Tiengs, les Souhés et les Kmous sont en contact per- 
manent avec les populations laotiennes. Comme nous le verrons 
plus loin, les Souhés, tout en reconnaissant leurs origines Khâ- 
Laotiennes, n'acceptent plus le nom de Khâs et subissent de plus en 
plus la religion des Laotiens. 

Les diverses familles khâs examinées appartiennent donc, au 
point de vue de l'indice cépbalique, au même type dont la pu^ 
reté est plus ou moins altérée par un ou plusieurs métissages. Nous 
reviendrons plus loin sur cette constatation. 

Indice frontal. — L'indice frontal est le rapport du diamètre frontal 
minimum au diamètre transverse maximum. Il exprime le déveloi>« 



— 299 — 

pement tmmvene relatif de In région ertbiieiiiie antérieim. Le ém* 
mètre frontal minimum est pria au eompas'-giissiëre. 



NOM DE LA TRIBU. 



Lové 

Scng .... 
Nia-Hœun 
Roioven . . 

Ngé 

Hîn 

Tieng 

Souîië . . . 
Kmou . . . 

Mè6 

Hocb.... 



DIAMÈTRE 



TRANSTinSK 
MAKIMini. 






roUlinètreg. 

i38 A 
i38 7 
ikh 3 

l45 9 

189 k 
189 o 

1^7 5 
|/i3 9 

161 9 



FRONTAL 
MIRIMIIH. 



millimèlres. 
to8 3 
107 5 
107 7 

107 5 
io4 7 
10& 8 

109 9 
106 o 

103 8 

106 5 

108 3 



INDICE 
FROHTAI.* 



78.9A 
77.5/1 
74.63 

7^»09 
75.10 

75.39 

77.98 

71.86 

79.48 

74.89 

76.3s 



Nous retrouvons dans ce caractère physique les mêmes ressem- 
blances et dissemblances que pour Tlndice c^pbalique. Nia-Hœuns, 
Bolovens, Ngës, Hins, Mes et Hochs ont des indices frontaux qui 
diffèrent très peu les uns des autres. 

Les Lovés et les Sengs ont un indice plus élevë; les Souhés et 
les Kmous présentent au contraire an indice beaucoup plus faible. 
Cependant les Tiengs s^éloignent de ces deux dernières séries dont 
Tindice céphalique les rapproche. 

Indice facial. — L'indice facial est le rapport de la largeur maxi^ 
mum de la face à la longueur ophryo-alvéolaire, mesures prises 
au compafr-glissière. (Voir le premier tableau page 3oo.) 

La longueur ophryo-alvéolaire est faible en raison de Técartement 
considérable des apophyses zygomatiques. Ces indices placent les 
Kbâs parmi les bcea courtes, 



300 — 



NOM DE LA TRIBU. 



Lové . . . . 
Seng . . . . 
Nia-HœuD 
Boioven. . 

N«é 

ffin 

Tieng 

Souhé . . . 
Kmou . . . 

Mes 

Hoch.... 



LARGBDR 

BUTGOMATIQUB 

■OTIRill. 



millimètres. 
Iil5 O 
137 O 
198 5 
1 a8 7 
]3o 5 
ia6 
193 o 
196 k 
i3i 5 
i3i 
139 8 



LONGDEDR 

OPHBTO- 

■OTIRSI. 



roillimètivt. 
89 O 
89 
89 

83 
81 
81 
80 

80 8 
83 8 
83 
80 6 



o 

7 
o 

6 

9 
1 



INDICE 



65.(3o 
6/1.61 
6^.35 
CyàM 
6a.37 
65.00 
67). 1 9 
63.99 
63.7a 
63.38 
60.G9 



Indices nasaux. — 1° Indice transversal. — Cet indice, le plus 
important des caractères prosopomëtriques, donne le rapport de la 
longueur maximum du nez en dehors des ailes à la hauteur totale 
du nez de la racine à labaae. Lea mfiMiraa aoai priaaa au compaa- 
glissière. 



NOM 

DE LA TRIBU. 



Lové 

SoDg . . . . 

Nia-Hœim 
Boioven. . 

Ngë 

Hin 

Tieng. . . . 
Souhé . . . 
Kmou . . . 

Mes 

Hoch.... 



HAL'TEOR 

MOYKNNB 
»0 IKZ. 



millimètres. 

hb go 
43 96 
/ta 3o 
hh 80 
/to 90 
Ui 18 
h'j 96 
hh 75 
/i9 /i8 
ho 39 
39 70 



LARGEUR 

M0TB!fNB 
DO ■■*. 



millimètres. 

38 06 

35 80 
38 96 

38 t6 

36 3o 

37 5i 
37 60 

39 4o 
39 76 
36 36 
35 90 



INDICE 

NASAL 
TkAHkflMAIi. 



89.91 
89.87 
89.81 

85.17 
88.75 
91.07 
79.6G 
88.1/1 
85.7/i 
90.10 
90.69 



MWIMA. 



98.76 
96.00 
97.86 
98.70 
98.63 
98.86 
99.60 
97.60 
97.6a 
97.60 
97.99 



MliflMA. 



7^.00 

71.73 
79-3o 
75.50 
76.08 
78.96 
70.00 
79.56 
71.76 
80.00 
89.50 



— 301 — 

il ressort de ces chiifres que : 

i° A rexception des Tiengs, des Lovés et des Sengs, mësorhi- 
niens, les autres tribus sont platyrhiniennes; 

9" La platyrhinie oscille entre les indices moyens 85.17 et 
91.07; 

3** L^écart entre les indices individuels, variable dans les diverses 
tribus, va de 1/1.79 unités chez les Hochs à â5.68 unités chez les 
kuious; 

/i" Les variations se produisent dans le sens de la mésorhlnie, 
tes indices maxima atteignant tous, à l'exception des Tiengs, le 
même degré de platyrhinie accentuée. 

La classification de ces indices donne la valeur de ces variations. 



DB 


NOM 
LA TBIBU. 


LEPTO- 
RIIIiMKNS 
■out »B 70. 


MÉSO- 
RHINIENS 
70 - 84,9. 


PLATY- 

Rumnifs 

86-99,9. 


Lové 




» 

H 

II 
M 

U 

M 

il 

K 
// 
K 


10 

1^ . 

'1 
11 

3 
3 

19 

8 

10 

6 

1 


5 
7 

91 
1/1 

• 

7 

37 
3 

19 . 

i5 
18 


SflBIl ■■•••■ •..•••....••••■»■ 


Nia-Hœun 


Boloven 


Np^ 


0^ 

Hin 


Tîenir 


Soulid 


Knioii ....T ^.,., 


Mes 


Hock 





Ces chiflres fournissent pour chaque tribu les proportions pour 
cent indiquées dans le tableau de la page 3o3 : 

La mësorhinie atteint donc une importance considérable chez les 
TiengSy moindre chez les Lovés et les Sengs, réduisant la valeur de 
la platyrhinie qui est, au contraire, te caractère constant des huit 
autres séries. 

Mais comme les indices maxima de toutes les séries représentent 
le même degré de platyrhinie et que des oscillations importantes 
se manifestent, tant sur la valeur de Tindice que sur le nombre de 



— 302 — 



ces indices, dans le sens de la mésorbinie, il paraît vriiisembiabW 
de considérer la platyrbinie comme un caraclère commua, qui esl 
plus ou moins altéré par Tadjonction d'un élément mésorhinien. 



NOM 
DE LA TBIBD. 



Lové 

Seng . . , . 
Nia-Hœun 
Boloven . . 

Ngé 

UiA 

Tieflg. . . . 
Souhé. . . 

KUMHl. . . . 

M.68 • • • • • 

Hoch . . . . 



LBPTO- 
RHINIENS. 



H 

M 
t 

M 
M 

II 
II 

a 
u 

H 
H 



MÉSO- 
RHINIENS. 



66.66 
53.3o 
16.00 
lA.oo 
80.00 

7.50 
80.00 
/io.oo 
&0.00 
s5.oo 

6.66 



PLATT- 

RUYNIBNS. 



33.34 

Â6.70 

8â.oo 

56.00 

70.00 

93.5o 

ao.oo 

60.00 

60.00 

75.00 

93.33 



î)® Indice nasal antéro^poitérieur. — Cet indice complète fexpres^ 
sion de la forme exacte du nez. H représente le rapport de la saillie 
totale ji sa plus grande largeur. La première mesure est prise avec 
ane petite règ^e graduée en déprimant légèrement la peau. 



mu DE u TRIBU. 



Lové . . . . 
Seng .... 
Nia-Hœun 
Boloven. . 

N|î* 

Hin 

Tienf.... 

Souhé . . . 

Kmou... . 

Mes 

Hoch 



LARGEUR 

HOTBNNB 
M m. 



38 06 

35 60 
38 96 

38 16 

36 3o 

37 5i 
37 %o 

39 '10 
36 76 
36 36 
3*'> 90 



SAILLIE 

MOTBHNB 

Ml «n. 



SO 06 
9 W 

6 90 

7 66 

8 3o 

9 «1 

9 ft«^ 

8 10 

8 ou 

9 *irt 
« i3 



mmoi 

RASAI. 



5a.63 
53.96 
hZ.hk 
&6.S0 
6o.4t 
5i.ao 
it.»9 
Aft.94 
i9.oA 
5 1.60 
5o.5o 



308 



Il existe donc, entre findice des Nia-Hoeuns {liiM) le pius 
faible et celui des Seugs (5 3. 96) le pius élevé, uu écart de dix 
unités dans ieqael prennent place les indices moyens des autres 
tribus. D'une manière absolue la saillie du nés est de faible im- 
porUace; elle est diminuée en fait par sa relation avec la largeur 
considérable. 

Langueur de f ouverture palpébrale et largeur inter oculaire. — La 
longueur de Touverture palpébrale a élé obtenue en mesurant le 
diamètre biangulaire externe, puis le diamètre biangulaire interne. 
Le second est soustrait du premier et la difTérence divisée par deux. 



NOM OË LA TRIBU. 



Lové 

Seng 

Nia^Hasun 

Boloven 

Nb« 

Hin 

Souhé 

Kmaii 

Mes 

Hoch 



DIAMÈTRE BIANGULAIRE 



EXTKHNR. 



milli mètres. 

u 

g 

u 
9& 55 
96 i5 

f 
100 85 

96 U 
98 60 

97 «5 



INTERNE. 



millimètres. 
t 

M 



H 

3a 55 
33 90 

n 
3d 65 

33 0/1 

34 90 
83 53 



LONGUEUR 

DE L^OUVERTOIIB 

PAUBMALI. 



millimètre. 
f 

H 
f 

n 

3i 00 
3i i5 

K 

36 10 
39 16 

39 90 

3i 86 



La longueur de rintervalle interoculaire est inférieure à la lar- 
geur maxima du nez. 

Bouche, — Les chiffres par séries sont les suivants ; 

NOM DE LA TRIBU. LONGUEUR DE LA BOOGHR. 

Lové 49"" 90 

Seng. 48 90 

Niaïœuu * * » * 48 3u 

BoloveD /iy ku 

Nçé K 

llm.... «.••• &5 5o 

Tieni^f... • 5o 70 

Souhc^ H 

Knwu // 

Mi's AH 5o 

Uoch H 



— 304 — 

Les chiffres individaels varient de Aa millimètres à 56 milli- 
mètres. 

Oreille. — La lou^eur de Toreille a ëté prise du rebord supé- 
rieur du pavillon à la partie la plus inférieure de réchancrure qui 
sépare le tragus de Tantitragus, en d'autres termes, des deux points 
extrêmes de la partie cartilagineuse du pavillon. 

Le port de boucles d'oreilles extrêmement volumineuses déforme 
irrégulièrement les lobules des oreilles, qui ne sont pas comparables 
entre eux. La largeur représente la largeur maxima du pavillon. 
Ces deux mesures sont prises au compas-glissière. 



NOM DE LA TRIBU. 



Lové 

Seng . . . . 
Nia-Hœun 
Boloven. . 

Ng^ 

Hin 

Tieng. . . , 

Souhé . . . 

Kinou . • . 

Mes 

Hoch.... 



LONGDBUR 
de 

L^OailLLS. 



mUlimèlres. 

titi 33 
63 90 
kh 70 
47 70 

Ê 

hS 5o 

&5 70 

# 

kl 38 

A3 00 



LARGKDR 
de 

L^OKEILLS. 



millimètret. 
«6 80 
a6 93 
96 90 

96 99 
# 

9& l5 

97 73 

Ê 
99 80 
98 90 

M 



Les chiffres individuels varient, pour la longueur, de 5& milli- 
mètres à 37 millimètres; pour la largeur, de 33 millimètres 
et 91 millimètres. 



MENSURATION DU CORPS. 



TaUle. — Cette mesure est prise à la toise. 

Les moyennes, toutes inférieures ai m. 60, classent donc les 
diverses tribus parmi les petites tailles. Elles oscillent entre 1 m. &o 
minima et 1 m. 70 maxima. Ces deux chiffres extrêmes sont excep- 
tionnels. Chaque série est bien homogène, comme le démontre le 
chiffre très faible des tailles au-dessus de 1 m. 60 , si i on excepte 
leb Bolo\cns dont la moyenne u^atteiul cependant que 1 m. 599. 



— 305 



NOM 

BB LA TRIBU. 



Lové 

Seng 

Nia-Hœun . . . 

Boloven 

Ngé 

Hin 

Tieng 

Souhé 

Kmoii 

Mes 

Hoch 



■I 



MOYENRES. 



nictre. 



TAILLES 



HAXIMA. 



627 

586 
589 

5/10 

590 

56o 
56o 
535 
599 
539 



mètre. 
600 
680 
690 
700 
660 
610 
660 
680 

63o 

()3o 
600 



MINIMA. 



mètre. 
/160 

53o 
&90 
&60 
/190 
/i3o 

530 

/iHo 
/i3o 
600 
/i6o 



AD- 
DESSOUS 
Di l" 60. 



l5 
10 

10 

8 
38 

19 

18 

»9 
39 

19 



AU- 
DESSUS 
Ml" 60. 



a 
h 

7 

9 
1 

9 

3 

a 

5 

3 

3 



DE 

t-65 

1 1- 70. 



9 
1 
1 

6 
1 


B 

9 

n 
ti 
tt 






L'ensemble des séries présente ainsi une homogénéité remar- 
quable. 

HESUBB8 SIMPLES DE LA TAILLE, LA GRANDE ENVERGURE 
ET LE PÉRIMÈTRE THORAGIQUE. 



NOM DE LA TRIBU. 



Lové 

Seng .... 
Nia-Hœun 
Boioven . . 

Ngé 

Hin 

Tieng 

Souhé . . . 
Kmou. . . . 

Mes 

Hoch.... 



TAILLE. 



mètre. 
597 

586 

58-j 

599 
5/io 

590 

56o 
56o 
535 
599 
539 



GRANDE 

ENVERGURE. 



mètre. 



f ^ ." 
50D 



586 

61a 

690 

» 
1 567 
1 601 

t 

// 

« 

II 



PÉRIMÈTRE 



THORAGIQUE. 



mètre. 

779 
o 784 

790 

898 

n 
768 
80a 

II 

H 
t 



PROPORTIONS DU CORPS. 



Les proportions du corps chez le vivant présentent des variations 
trop faibles parmi les diverses races pour constituer un bon carac* 
1ère différentiel. 



GéooRAPiue, N" 2. — kjoû. 



îiO 



— 306 — 

Les mesures qui suivent ont été prises : la taille et la longueur 
de la iéte à la toise, les largeurs bi-acromiale et bi-iliaque au com- 
pas d'épaisseur. 

Pour la grande envergure le sujet étend les bras, le dos appuyd 
il la muraille, les points extrêmes sont marqués au crayon, la dis- 
tance qui les sépare est mesurée au ruban. Les mesures suivantes 
sont prises au ruban : hauteur au-dessus du sol de racromion, de 
Tépicondyle, de Tapophyse styloïde du radius, de Textrémité infé- 
rieure du médius, de Tépine iliaque antéro-supérieure, longueur 
du tronc prise de la fourchette sternale au sol , le sujet étant assis h 
terre le tronc droit, la distance de Textrémité inférieure du médius 
au bord supérieur de la rotule dans l'attitude verticale, les muscles 
de la cuisse au repos, la longueur du pied, le périmètre thoracique. 

PillNGlPÂLRS PROPORTIONS DU CORPS, 
TAILLE = 100. 



NOM 

DE LA TRI Cl 

Lové 

Seng 

Nia-Ilœun. . . . 

Bolovcn 

HÎQ 

Tieng-Vol 



TBTE. 

LONGUE un 

(le 

Li tin. 



i3.79 
iB.oa 
13.60 
13.83 
i3.5a 
i3.»9 



TRO^C 
CT 000. 



35,6/1 
35.{>6 
35.73 
35.08 
35./i7 
37.97 



TRONC. 

- ,y^ - 

LARGEUR 

BI- 
ACBOVULI. 

S /j . 1 9 
îlîl.76 
33.90 

â3.S9 
93.43 



LABGBUB 

•I- 
lUA^OI. 



16 33 
i6.]s 
16.5/1 
16. Al 
16.1 3 
i6.a4 



NOM 

(1(- 

LA TRIBU. 



MEMBRES. 



Lo\é. . • • 

Scng. . . . 
Nia-Hœun 
Bolovcn. . 

llin 

Ti»'ii/f-Vol 



GRA<VDE 

BRVkl- 

«Uki. 



101.83 
1 10.00 
101.89 
100.76 
iod.55 
ion. 36 



DISTANCE 
ROTULK. 



8.10 

7.67 

8.19 

6./i6 
6.83 
7.U'» 



MBMBRI 

THOn/- 
GtQL'l 

total. 



45.7/i 
4/1.67 

45. o5 

45.68 
4 5.o5 
45.90 



BRAS. 



19.64 
19.04 
19.44 

1 9.8 1 

19.03 

»9-73 ; 



AVANT- 
BR4B. 



«AIN. 



j4.8S 
15.39 
1 4.69 
15.17 
i5.54 
i5.64> 



MRMBBB 



ABOOII^AU 



PIED. 



1 1.31 

10.34 

1 1.09 
10.69 
10.81 
10.69 



53 7a 
5i.33 
59.64 

53.89 
5 3. Ou 
.53.08 



l 



15.64 
14.39 
i5.o8 
i4.85 
i4.6s 
i5.54 



— 307 — 

Le membre abdominal est mesuré de Tépine iliaque antéro-su- 
périeure au sol. 

Il rësulte de ce tableau que : 

i"* La léte est longue en raison de la petitesse delà taille; 

^"^ Le tronc est bien proportionné tant pour sa longueur que 
pour le périmètre thoracique; 

3^ Les membres supérieurs ont une longueur moyenne. Les 
rapports des divers segments du bras ne présentent pas non plus de 
caractère spécial; 

A" Les dimensions du pied et de la main sont normales. 

GAftlGTàBBS DBSGHIPTirS. 

Restent maintenant à grouper tous les caractères qui contribuent 
n déterminer les types humains et qui ne sauraient être fixés par 
des chiffres. Ils se rapportent à la peau, au système pileux, aux 
(raits de la physionomie, à la forme générale du corps. Les des- 
criptions qui suivent s'appliquent indifféremment à toutes les tribus 
dont les caractères physiques viennent d'hêtre étudiés. 

Peau. — Il n'est pas rare de rencontrer des piroguiers laotiens 
dont la peau nue a pris sous Tinfluence de la vie en plein air une 
teinte tirant fortement sur le rouge. Ces sujets tranchent sur les 
représentants de la classe riche qui, moins exposés au soleil, ont 
conservé leur couleur jaune se graduant du clair au brun. Chez les 
Khâs la teinte est à peu près uniforme. Elle représente tontes les 
nuances du marron plus ou moins clair à la teinte cuivrée. Au 
toucher la peau est fraîche et polie. Elle est d^autant plus veloutée 
que la couleur est plus foncée. Il n'est pas possible de déterminer 
s'il se dégage des Khâs une odeur spéciale à la race. Le poisson 
conservé dont ils assaisonnent leur riz crée partout où ils sont une 
atmosphère spéciale qui empêche la perception des odeurs moins 
fortes. 

S^ïïùme pileux, — Les Khâs ont une chevelure très abondante, 
({uelques poils très rares i la face et au pubis; tout le reste du 
^corps glabre. Je n*ai rencontré qu'un Boloven ayant une barbe bien 
fournie, la poitrine, les épaules et les membres velus. Par contre, 
il était très chauve et la calvitie à re degré est exceptionnelle chez 
les Kbas. En général ils prosentent un mince pinceau à la roni- 

30. 



— 308 — 

missure des lèvres, quelques poils épais au menlon et sur les 
joues. Les vieillards seuls laissent pousser quelquefois ces poils 
luisants gros et droits. 

A l'exception de quelques hommes qui ont adopté la coupe de 
cheveux courts des Laotiens, tous portent les cheveux longs, soit 
relevés en chignon sur le sommet ou le derrière de la tête, soit 
retombant en broussaille sur les épaules. Ces cheveux gros, durs, 
ont tous les caractères extérieurs des cheveux droits, présentant 
des traces légères de très larges ondulations dues à leur longueur 
beaucoup plus qu'à leur forme. On rencontre assez rarement des 
individus frisés. Leur couleur est d'un noir intense; chez le vieil- 
lard ils blanchissent. Quelques enfants présentent une teinte châ- 
tain plus ou moins foncée qui, par comparaison, les fait paraître 
blonds. Ces sujets sont presque tous atteints de misère physiolo- 
gique et ces cheveux décolorés sont d'une teinte sale et terne. 

Traits de la phymnenUe. — Les divers indices et rapports ont 
donné les proportions exactes de la tête et de la face. Il ne s'agit 
ici que d'examiner la forme générale du visage, les principaux 
organes qui le composent et le jeu de ces organes. 

Vu de profil, le visage est légèrement oblique; le maxillaire su- 
périeur est proéminent; les incisives supérieures recouvrent en 
avant les dents correspondantes de la mâchoire inférieure lorsque 
la bouche est fermée sans eiforts. L'épatement et l'écrasement du 
nez donnent l'illusion d'un prognathisme beaucoup plus accentué. 
Vu de face, en effet, le milieu du visage s'aplatit, tandis que la 
partie inférieure avance et que les côtés s'élargissent très fortement 
aux pommettes pour finir presque en pointe par un très petit men- 
ton. La tête présente sous cette incidence la forme pentagonale ou 
losangique. La face parait large et courte. Le front resserré, étroit 
et bas, aux bosses frontales peu saillantes, ne contribue pas à di- 
minuer cette impression. Les arcades sourcilières sont peu accen- 
tuées , les sourcils peu fournis. Mais l'aplatissement et la largeur 
de l'espace interoculaire, l'effacement de la glabelle contribuent 
à donner l'impression erronée d'orbites profonds qui semble se 
dégager de certains sujets. Les pommettes saillantes se portent 
fortement en dehors. Le nez présente une infmité de variations indivi- 
duelles. On peut distinguer quatre types principaux entre lesquels se 
placent de nombreux intermédiaires. 



— 309 — 

Tantôt ie lobule, légèrement aminci et arrondi à son extrémité, 
plonge entre deux ailes divergentes nettement dessinées : les narines 
ont une forme elliptique à grand axe transversal; leur plan regarde 
en dehors. Le dos, de forme épatée à sa naissance, devient légè- 
rement busqué à son extrémité. Cette forme se présente souvent 
chez les Lovés, dont j'ai entendu dire humoristiquement, par com- 
paraison avec les autres Khâs. qu'ils avaient le nez sémitique. 

Tantôt le lobule lourd, épais, empoté, ne dépasse pas le plan 
des narines. Les ailes très épaisses sont divergentes. Les narines 
elliptiques, à grand axe transversal, regardent en avant. Le dos est 
nettement concave. 

Chez d'autres individus le nez est petit; le lobule fin ne dépasse 
pas les narines arrondies et regardant en dehors; les ailes sont 
minces, divergentes; le dos est convexe. 

Dans une quatrième forme le lobule mince et arrondi plonge 
entre les deux ailes, bien dessinées, divergentes. Les narines ellip- 
tiques à grand axe traosversal regardent en bas et en dehors; le 
dos est concave. D'une manière générale, les narines larges ont des 
mouvements de dilatation et de contraction très prononcées. 

L'œil petit, mais bien ouvert, présente une très légère obliquité, 
l'angle interne étant légèrement abaissé; il n'est pas bridé comme 
l'œil de l'Annamite ou du Chinois; la caroncule lacrymale est 
visible. La paupière est mince et munie de cils quelquefois assez 
longs qui donnent, avec la coloration brun foncé de l'iris, de la 
profondeur au regard. 

La bouche parait grande pour la dimension de la tête; les lèvres 
sont fortes, surtout la lèvre inférieure qui est souvent retroussée. 
Quelquefois cependant, chez le vieillard, elle parait fine en raison 
sans doute de l'absence de dents qui permet aux lèvres de s'affaisser 
de dehors en dedans. 

Les oreilles s'écartent peu de la tète. Le pavillon est bien ourlé 
et arrondi à sa partie supérieure. La forme du lobule varie avec la 
nature des boucles d'oreilles en faveur dans la tribu : bien détaché, 
un peu charnu chez les Khâs qui portent des boucles de petit vo- 
lume, il est réduit chez d'autres à un mince bourrelet annulaire 
dans lequel tiendrait une pièce de 5 francs. Fréquemment le 
bourrelet rompu pend en deux tronçons. 

Denis. — Il n'est pas possible de distinguer la valeur de l'émail 



— 310 — 

chez les Khâs. Tous ont les dents laquées. Souvent elles sont bien 
plantées, régulières et du plus beau noir. Chez quelques-uns elles 
sont obliques d'arrière en avant, exagérant le prognathisme supé- 
rieur. 

Certaines tribus, comme les Lovés, usent les incisives de façon à 
ne laisser subsister que de petites pointes aiguës. Nous reparlerons 
plus loin de ces particularités. 

Caracûres généraux du corps. — Les Khâs sont de petite taille, 
mais bien proportionnés. Leur système muaculaire est développé 
et d'autant plus apparent que le tissu adipeux est très réduit. Les 
muscles se dessinent fortement sous la peau. Cependant les membres 
supérieurs, le thorax et les cuisses sont plus robustes que les 
jambes restées un peu grêles. L'obésité n existe pour ainsi dire pas. 
Il est surprenant de constater les formes harmonieuses de Tadulte 
alors que Tenfant est presque toujours déformé par un abdomen 
volumineux dû au mode d'alimentation défectueux. 

La femme Khâs présente, à des degrés divers, les mêmes carac- 
tères physiques que Thomme. Ils participent Tun et l'autre aux 
mêmes travaux indispensables à la vie avec cette difféi^nce, cepen- 
dant, qu'elle assure les plus grossiers et les plus durs. Aussi la 
première grossesse est^Ue pour la jeune femme le commencement 
d'une déchéance physique très rapide. L'appréciation sévère de 
beaucoup de voyageurs sur les charmes de la femme khâ est très 
naturelle. 

Le sexe féminin est représenté en grande majorité par les petites 
filles qu'un ventre disgracieux déforme et par les femmes-mères 
flétries dès le premier enfant. T^es jeunes filles nubiles et non 
encore mères sont peu nombreuses et leurs familles ne se soucient 
guère de les soumettre h la critique des étrangers. 

Il faut bien reconnaître qu'elles présentent un type compar«nblc 
à celui de la Laotienne tant vanté : la taille est plus petite que celle 
de l'homme; les membres inférieurs sont un peu courts et gros, 
les attaches fortes, le bassin large. Mais le buste est bien pris, les 
épaules sont arrondies , les seins eu segments de sphère au bout 
hémisphérique, et la physionomie est souvent éclairée par de 
beaux yeux noirs auxquels des cils longs donnent une fort belU 
expression. Pour en arriver à distinguer la beauté dans des types 
humains aussi différents des nôtres, il faut que l'œii se soit fait à 



— *311 — 

ces roriues, si disgracieuses à noire sens, des nez épatés, des pom- 
mettes saillantes qui élargissent la face, à la couleur des dénis, 
caractères qui, de prime abord, évoquent pour nous le type idéal 
de la laideur. 

U?iIF0RNlTR DU TYPE PHYSIQUE. 

De Tétude qui précède se dégagent quelques considérations gé- 
nérales. 

Certains caractères ne présentent dans Tensemble des séries 
aucune différence. La couleur de la peau, la nature des cheveux, 
éléments si importants pour rétablissement des groupes ethniques, 
les caractères descriptifs sont les mêmes pour ces tribus. Toutes 
appartiennent à la division des petites tailles. 

Pour les indices frontal, facial, nasal antéro-postérieur, les 
mesures de Toreille, de Tœil et de la bouche, Técart entre les chif- 
fres extrêmes dans l'ensemble des tribus n'est pas plus grand que 
l'écart des chiffres extrêmes dans chacune des tribus examinées 
isolément. S'il existe des différences dans les moyennes, il n'y a 
dans les diverses séries que des variations dans la répartition de 
types communs à toutes. 

Restent les deux indices les plus importants, le céphalique et le 
nasal transversal. Ils méritent de retenir plus longuement l'atten- 
tion. 

Huit tribus sur onie ont un indice céphalique qui les classe 
parmi les dolichocéphales. Les Souhés sont mésaticéphales, les 
Tiengs, les Kmous sous-dolichocéphales. Mais cesonxe tribus, étu- 
diées par la méthode des sériations, présentent sensiblement les 
mêmes indices minima de dolichocéphalie. Par contre, les varia- 
tions sont considérables dans le sens de la bracbycéphalie. Les pro- 
portions des indices de sous-dolichocéphalie, sous-bracbycéphalie et 
bracbycéphalie sont très inégales. Il suffit, pour s'en convaincre, de 
se rapporter aux tableaux de l'indice céphalique* Il semble donc 
qu'un noyau commun de dolicbocéphalie existe pour ces divers 
groupes. Ce noyau, resté presque intact dans certaines tribus, di- 
minue d'importance chez d'autres sous l'action d'éléments brachy- 
rcpbalea. Ainsi apparaissent insensiblement tous les intermédiaires 
entre ce type primitif dolichocéphale et le type secondaire bracby- 
ccphale. Dans les tribus qui, par situation géographique, relations 
commerciales ou orgueil de race, poursuivent presque exclusive- 



— 312 — 

ment leur croisement avec l'élément brachycéphale, la sous-doli- 
chocéphalie diminue très rapidement. Les Khâs Souhés, en s'anis- 
sant aux Laotiens, fournissent de ce fait un* exemple remarquable. 
Dans une même famille j'ai pu constater l'existence d'enfante dont 
les uns ont la brachycéphalie du père et les autres la dolichocé- 
phalie de la mère. 

Lorsque dans la vallée de la Sédone l'on remonte sar le versant 
septentrional du plateau des Bolovens on peut suivre dans les vil- 
lages souhés les divers intermédiaires du type laotien au type 
khâ. Les Tiengs d'Attopeu sont dans une situation analogue. 
D'après une légende, ils ont été consacrés par un chef laotien 
d'Attopeu au service des pagodes. Ils sont enclavés en pays laotien 
et subissent le métissage du plus fort. Les Kmous étudiés plus haut 
habitent le royaume de Luang-Prabang où le croisement des deux 
races est beaucoup plus accentué que dans le Bas Laos. Les onze 
séries examinées paraissent donc avoir un type originel dolichocé- 
phale plus ou moins modifié par la brachyccphalie des peuples 
voisins. 

L'étude de l'indice nasal montre que la platyrhinie est le carac- 
tère constant. Chez les Tiengs, Lovés, Sengs, mésorhiniens, le 
noyau platyrhinien existe comme dans les autres groupes, mais la 
mésorhinie exceptionnelle chez ceux-ci atteint chez ceux-là une fré- 
quence plus grande. (Voir le tableau de l'indice nasal.) 

En résumé, ces onze séries qui appartiennent au Bas et au Haut 
Laos présentent un grand nombre de caractères communs et des 
plus importants au point de vue de la classification. Les différences 
qui existent entre elles sont dues aux proportions inégales des élé- 
ments étrangers qui sont venus modifier le type primitif. Mais ce 
type et ces élémente étrangers se retrouvent, en quantités va- 
riables, il est vrai, dans chacune des tribus. 

Elles n'ont pas été spécialement choisies; elles occupent au Sud 
et au Nord du Laos de vastes territoires. Elles peuvent être consi- 
dérées comme représentant les principaux aspecte des peuplades 
khâs. Parmi ces peuplades, elles représentent même les groupes 
physiquement les moins homogènes, puisque leur contact immédiat 
avec les races voisines les expose à des croisements. Et cependant, 
serait-il possible de trouver en elles des caractères permettant do 
les différencier nettement? Non. Malgré la multiplicité des tribus, 
malgré les dissemblances apparentes qui tiennent surtout au cos- 



— 313 — 

tume et à ia coiffure, malgré les modifications que certains métis- 
sages ont fait subir par endroits aux caractères primitifs, le type 
physique des Khâs offre une uniformité remarquable. 

PUCE DBS KHAS PARMI LES RACES HUMAINES. 

Ce premier résultat acquis, nous pouvons considérer les sujets 
peu nombreux constituant chaque tribu comme formant un seul et 
même groupe composé de aSo individus, et Texamen nouveau de 
cette série importante, en dégageant le type physique réel, véri- 
fiera notre première conclusion. 

La couleur de la peau, la nature des cheveux, les caractères 
descriptifs de la tête et du corps sont communs, nousTavons vu, à 
la série toute entière. 

Les indices frontal, facial, nasal antéro-postérieur, les dimen- 
sions de Toreille, de l'œil, de la bouche, rapprochent les éléments 
de ces tribus diverses groupées ensemble. Pexaminerai maintenant, 
par la méthode des sériations, qui a Tavantage de donner mieux 
que la méthode des moyennes la physionomie d'ensemble des grou- 
pements, les deux indices céphalique et nasal. 

La série au module de deux unités de aSo Khâs est r^ulière. 
Il y a un centre de fréquence entre les groupes 76-75, 76-77, et 
de chaque côté une décroissance dont les nombres prédominent 
dans le sens de l'exhaussement de l'indice. Nous avons vu précé- 
demment que pour six séries sur onze Tindice moyen était de 76 n. 
C'est donc bien cet indice qui représente la forme crânienne du 
plus grand nombre. 

La sériation au module de cinq unités montre plus nettement 
encore l'importance de la dolichocéphalie. 

D'après la nomenclature Deniker, il y a un noyau d'hyperdoli- 
chocéphalie qui pourrait bien représenter le type peu primitif qu'il 
ne serait peut-élre pas impossible de retrouver comme type moyen 
dans les villages les plus isolés de la chaîne annamitique. Enfin 
l'influence exercée par la sous-brachy et brachycéphalie apparaît 
ici avec netteté. 

La sériation au module de deux unités est irrégulière. Elle pré- 
sente bien un centre de fn^quence de mésorhinie entre les groupes 
83-83 et plusieurs centres de fréquence de platyrhinie, le premier 



— 314 — 

entre les indices 86-87, '^ second entre 90-91, le troisième entre 
96-96. Cette asymétrie montre le mélange des deux éléments m^ 
et platyrhiniens. 

La sériation au module de cinq unités est beaucoup plus régu- 
lière. Elle donne un centre de fréquence entre 90 et 9& et de 
chaque cAté une décroissance dont les nombres prédominent dans 
le sens de la mésorhinie. Plus de la moitié des sujets, 119 sur aSo, 
se trouvent compris entre les indices 85 et 96. C'est donc dans la 
platyrhinie moyenne que se trouve le type le plus fréquenL La 
mésorhinie donne le tiers des cas. Enfin il faut signaler un noyau 
important de platyrhinie accentuée. Ne représenterait^il pas ie 
caractère primitif de Tindice nasal transversal? 

Le type physique commun aux tribus khâs du Bas et du Haut 
Laos précédemment étudiées se présente donc sous la forme sui- 
vante : 

Cheveux droits et noirs. 

Peau jaune tirant sur le rouge. 

Corps glabre. 

Taille petite variant, de tribu à tribu, de 1 m. Sa à 1 m. 69. 

Tête étroite et longue (dolichocéphalie); indice cépbalique moyen dn 
vivant, 76 m. 

Nez aplati, généralement concave : platyrhinie moyenne; indice nasal 
transversai du vivant, oscillant entre 85 et 96. 

Pommettes saillantes. 

Face courte et large chamœprosopopie. 

Forme générale de la tête vue de face, pentagonale ou losangique. 

Ce sont là les traits caracténsHqties de la race itidonésimne. Les Khds 
appartiennent donc, au point de vue purement physique, à la race 
indonésienne, c'est-à-dire à cette race dont l'intérieur des grandes 
lies de f Archipel Indien possède encore les groupes les plus carac- 
téristiques, Battaks de Sumatra, Dayaks de Bornéo, Âlfourous de 
Célèbes, etc., et dont Junghun et Logan, au point de vue linguis- 
tique, et le docteur Hamy, au point de vue anthropologique, ont 
établi les caractères généraux et moniré les affinités. 



— 315 — 



CHAPITRE IV. 

CARAGTKEKS PHYSIOLOGIQURS BT PATHOLOQIQUKS DBS KHÂB. 

Caraclères physiologiques : Fonctions de nutrition, relations, reproduction. - 
Durée de la vie. — Caractères pathologiques : Maladies des enfants. - Mda- 
dies endémiques et leurs eomplications (fièvre des bols et paludisme, dysen- 
terie aîgtté, goitre). - Maladies e&démo-épidémiqnes (choléra, variole, pha- 
gédenisme des pays chauds). - Maladies de la peau. - Lèpre. - Tuberculose. 
- Maladies vénériennes. 

Caractères physiologiqaes et pathologiques des Khàs. 

L'<$tade de» caractères physiologiiiues et pathologiques d'un grou- 
pement humain doit reposer, pour Atre complète , sur des obser- 
vations nombreuses, sur des statistiques étendues. Malheureuse- 
ment les occasions sont rares d.ms les ambulances du Laos de faire 
ces observations, les Khàs redoutant TbApital à Tégal de la prison. 
Aassi les notes succinctes qui suivent ont-eUes ëté recueillies en 
majeure partie dans les villages khâs où , avertie de mon passage , 
la population venait me demander des soins. 

GARAGTBRIS PHYSIOLOGIQUES. 

Foiution$ de nutrition et tTatmmiUoion. — Cest le rix gluant qui 
forme la base de ralimentalion. Quelques boulettes de riz cuit à la 
vapeur, assaisonnées de poisson de rivière pilé et conservé dans le 
sel, constituent la nourriture ordinaire. Elle s'enrichit quelquefois 
de maïs, de bananes, de tubercules sauvages trouvés dans la forêt, 
de poisson frais et de viande coupée en longues lanières et sécbées 
au soleil. Occasionnellement, des mets singuliers, comme les four» 
mis ailées, les éphémères libellules, insectes de toutes sortes, ser- 
pents, rats, souris, placentas des animaux domestiques, varient les 
menus de la famille. Lorsque la chasse a été fructueuse ou qu'en 
rhouucur d'un puissant génie, buffles, porcs, volailles ont été 
sacrifiés, ces hommes .si sobres se livrent à des excès gastrono- 
miques étonnants. Pendant plusieurs jours ce ne sont que festins où 
Teau des toirents cède la place au vin de ris, boisson capiteuse 
dont le goût rappelle de très loin celui du cidre. 

Les enfants prennent le sein de leur mère jusqu'il l'Age de quatre 



— 316 — 

ou cinq ans. Mais, dès le jour de la naissance, ils sont gavés plu- 
sieurs fois par jour avec du riz cuit à Teau. La mère mâche de 
petites boulettes, elle les introduit au fond de la bouche du nour- 
risson dont les protestations ne sont pas écoutées. Il ne tarde guère 
à se soumettre à ce régime et il prend part aux repas de la famille 
dès qu'il est assez grand pour en manifester le désir. Cette alimen- 
tation défectueuse, en outre de la mortalité qu'elle crée, contribue 
h donner à un grand nombre d'enfants cet abdomen volumineux, 
ces membres grêles, ces cheveux ternes et décolorés; symptômes 
d'un rachitisme naissant. Mais, si elle laisse une trace durable, 
c'est dans la petitesse de la taille et non dans la forme élégante et 
la vigueur du corps de l'adulte. Sur les aSo individus examina, 
181 ont une taille inférieure à 1 m. 60, 38 ne dépassent pas 
1 m. 65, 11 atteignent à peine i m. 70. Il est à remarquer que 
les tailles les plus élevées sont celles des chefs , dont les conditions 
d'existence sont un peu meilleures. Un petit nombre de sujets dont 
la vitalité est moindre conservent les difformités d'un rachitisme 
incurable : nanisme, déformation des os et du thorax, abdomen 
volumineux, musculature faible, diminution de l'intelligence. 
L'emploi du lait des animaux est inconnu comme aliment et médi- 
cament. 

Fanctwns de relation. — Les Khâs dont nous connaissons la taille 
sont robustes et résistants à la fatigue. Le jeu de leur physionomie 
rend avec vivacité leur étal d'àme. La crainte, la surprise, la joie, 
la méfiance, la confiance se voient mieux dans le regard, dans les 
exclamations qu'ils poussent que dans les gestes dont ils sont 
sobres. En marche, leur allure est rapide. Au repos, ils prennent 
l'attitude accroupie, les pieds reposant à plat sur le sol, les fesses 
touchant les talons, attitude qui est celle de presque tous les 
extrême-orientaux et qui est fort pénible lorsqu'on n'est pas en- 
traîné à son usage. Malgré le travail purement physique auquel ils 
se livrent, ils dorment peu. J'ai toujours été surpris de les voir, 
après une longue marche en montagne sous le poids de fardeaux 
assez lourds, se grouper k l'étape du soir, autour du feu de cam- 
pement, et deviser, en fumant la pipe, bien avant dans la nuit. Le 
lendemain, bien avant le chant du coq, ils se réchauffaient aux 
dernières flammes du foyer en attendant le départ. 

Les sens de l'ouïe, de la vue, de l'odorat ont une acuité remar- 



— 317 — 

quable. Les Khâs distinguent à des distances considérables les 
moindres bruits de la forêt, ils décèlent de loin, à Todeur qui s'en 
dégage, les végétaux qu'ils utilisent et la présence des fauves; ils 
excellent à reconnaître les moindres traces d'animaux, à remar- 
quer dans les fouillis des sous^bois une branche cassée par d'autres 
passants si elle est de nature à donner une indication utile sur la 
direction ou la sécurité de la route. Ces aptitudes sont d'ailleurs 
communes à tous les peuples incultes. 

Fonctions de reproduction. — Les signes de la puberté se mani- 
festent assez tard dans les deux sexes. La menstruation chez les 
GUes n apparaîtrait que vers la quinzième année, au dire de quel- 
ques chefs khâs qui ont appris, au contact des I^aotiens, la mesure 
du temps. Elle serait la condition expresse du mariage; mais il 
serait téméraire d'affirmer que dans la promiscuité où vivent gar- 
çons et filles la vie sexuelle ne commence pas avant. Il ne semble 
pas y avoir de période remarquable pour la conception marquée 
par des fêtes traditionnelles, les saisons ou les travaux de la tribu. 
Les femmes mènent à bien leurs grossesses malgré les plus durs 
labeurs, et les cas davortement sont assez rares. Les grossesses 
triples sont connues, mais tout à fait exceptionnelles; elles sont 
considérées comme un malheur pour la famille, laquelle, dans le 
but d'apaiser les génies malfaisants, abandonne, selon les indica- 
tions du sorcier, les trois nouveau-nés, ou l'un ou deux d'entre 
eux, et les laisse mourir sans aucun soin. 

Il se peut que l'allaitement très prolongé des enfants tende à 
diminuer le nombre des conceptions, le fait a été signalé chez les 
Chinois par Morache. Le nombre des enfants, par couple, est de 
un à trois en moyenne, de six au plus exceptionnellement. De 
l'ensemble des chiffres que j'ai recueillis, il résulte que pour 
100 couples il y a 278 enfants, dont 178 seulement arrivent à 
l'adolescence, ce qui donne en moyenne 1.78 enfant vivant pour 
1 décédé. Les couples sans enfants sont rares, les cas de stérilité 
chez la femme et chez l'homme sont peu fréquents, mais on en 
rencontre dans toutes les tribus. 

Durée de la vie. — Le petit nombre des enfants et des vieillards 
a été signale par tous les obser\ateurs. S'il était possible d'établir 
exactement la durée moyenne de la vie dans les diverses tribus, le 



— 318 — 

chiffre obteDU serait très faible. La mortalitë des eniants est consi- 
dérable, les vieillards sont "peu nombreux, Tâge de soixante-dix 
ans serait pour eux exceptionnel. Enfin, parmi les causes ordi- 
naires de la mort , les épidémies de variole et de choléra font très 
fréquemment, ot sans distinction dage et de sexe, d*irréparables 
ravages. 

CARAGTKRKS PATHOLOGIQUES. 

Je passe sur rénumération trop longue des troubles organiques 
communs à toutes les races et sur lesquels il ne m'a pas été donné 
de noter des particularités intéressantes. Le manque total de con- 
naissances hygiéniques et thérapeutiques les plus simples rendent 
sûrement mortelles les maladies graves et donne aux plus bénignes 
une durée et une importance anormales. Par contre , presque toutes 
les affections aiguës guérissent rapidement chez les adultes lors- 
qu'elles sont soumises à une médication rationnelle. C'est que la 
sélection qui s'opère dès le premier âge ne permet qu'aux sujets 
robustes d'atteindre un développement complet, et Ton conçoit 
qu'ils opposent désormais le maximum de résistance aux causes 
morbides ambiantes. 

Maladies des enfants. — Nous venons de voir que la mortalité' 
infantile est considérable. Le mode défectueux d'alimentation des 
enfants favorise les gastro-entérites, les diarrhées de toutes sortes 
auxquelles les nouveau-nés sont si grandement exposés dans tous 
les pays. 11 favorise encore le rachitisme qui aggrave les diverses 
affeclions de l'enfance. Il n'est pas un de ces petits êtres qui ne soil 
porteur de vers lombricoïdes : les troubles gastro-intestinaus, 
compliqués de convulsions, de troubles nerveux graves que provo- 
quent ces parasites, font de nombreuses victimes. La santonine, si 
elle était répandue dans ie pays par l'administration française, ne 
manquerait pas d'acquérir la faveur dont jouissent la quinine 
contre la fièvre et la teinture d'iode comme antiseptique, remèdes 
efficaces, excellents moyens de pénétration pacifique de ces popu- 
lations que nous voulons gagner à notre influence. Après ces ma- 
ladies infantiles viennent les affections communes à tous les âges 
de la vie, que nous allons examiner maintenant. 

Maladies endémiques et leurs camplicatimn. Fièvre des bois eî palu- 
disme. — La lièvre des bois est répandue sur tout le territoire 



— 319 — 

laotien, aussi bien sur les rives du Mékong et de ses atlluents que 
dans les forêts qui couvrent tes plateaux et les montagnes. La mise 
en culture déjà ancienne d'une petite étendue de plaines a assaini 
les régions habitées par les Laotiens: toutes les tentatives de défri- 
chement en ont donné la preuve. Sur les plateaux, sur les 
montagnes et dans la grande forêt, la fièvre des bois sévit avec 
violence. 

Peu de Français ont voyagé au Laos sans souffrir de la lièvre, 
peut-être n'en existe-t-il pas un seul qui n'nit subi plus ou moins 
ses atteintes. Les Annamites et les Chinois présentent à cette affec- 
tion une sensibilité extrême, dès qu'ils quittent les centres laotiens 
établis aux bords des cours d'eau pour pénétrer dans l'intérieur du 
pays. On peut dire qu'il n'est pas un Annamite ou un Chinois qui 
ne soit gravement atteint après quelques mois de vie active au 
Laos. Les Hos eux-mêmes, montagnards du Yunnam^ viennent 
demander des soins dès qu'ils arrivent, en caravanes, à Luang- 
Prabang. Les Laotiens présentent plus de résistance. 

J'ai eu l'occasion d'observer pendant deux mois sur le plateau 
des Bolovens (Bas Laos), k la saison des pluies, la sensibilité com- 
parée des Annamites, des Laotiens et des khâs à cette maladie 
endémique. Les détachements de garde indigène mis en observation 
se composaient de 160 miliciens annamites, de ko miliciens lao- 
tiens, de 3oo coolies porteurs laotiens et d'une soixantaine de 
coolies khâs-hins. Tandis que, parmi les miliciens chargés seule- 
ment de leur fusil, de cartouches et d'un jour d« vivi*es, tous les 
Annamites étaient plus ou moins gravement frappés d'accès de 
fièvre, les Laotiens n'en présentaient pas un cas. Sur les 3oo coolies 
laotiens, surmenés par les di£Bcultés de la marche en montagne 
sous la pluie, une quarantaine furent atteints; les Khâs restèrent 
indemmes. Dans d'autres circonstances où j'avais, comme coolies 
porteurs, des Laotiens et des Khâs, les premiers seuls manifestèrent 
quelques poussées fébriles. Je n'ai jamais vu, dans les villages, les 
Khâs présenter la forme chronique de la fièvre; tous les Annamites 
faits prisonniers et maintenus en esclavage par les Khâs depuis de 
longues années et libérés par l' Administration française étaient 
frappés de formes cachectiques. Les Khâs, les plus anciens occu- 
pants du sol, semblent donc mieux acclimatés que leurs voisins et 
mieux préparés qu eux h vivre et à travailler dans la grande forêt 
qui rouvn> les plateaux et les montagnes du Laos. 



— 320 — 

H ne m'a pas ëtë possible de rechercher, dans les cas nombreux 
de fièvre des bois que j'ai trailës, la présence de rhématozoaire de 
Laveran. Cliniquement cette affection présente la forme nette de la 
fièvre rémittente bilieuse palustre. Elle est caractérisée par les vo- 
missements bilieux, les selles liquides foncées, les urines plus ou 
moins colorées par la présence de la bile, Tictère et, suivant les 
individus, par on état de dépression ou d'excitation mentale très 
marqué. Me est enrayée et prévenue par ladministration de la 
quinine. 

Enfin, elle passe à Tëtat chronique avec tous les symptômes 
du paludisme chronique. La splénomégaiie est extrêmement fré- 
quente; les lésions viscérales du paludisme chronique compliqué 
se rencontrent chez les vieux résidants. Les formes cachectiques ne 
sont pas rares chez les Chinois et les Annamites qui font un long 
séjour dans ces contrées. Il semble donc que Torigine paludéenne 
de la fièvre des bois du Laos ne soit pas douteuse. 

Dysenterie aiguë. — La dysenterie, connue des Laotiens, existe- 
rait aussi chez les Khâs; ils parlent en effet d'une diarrhée épidé- 
mique qu'ils différencient du choléra, qui s'accompagnerait de 
douleurs abdominales très vives et de selles sanglantes. Rarement 
suivie de guérison, elle ne passerait pas h l'état chronique. Le seul 
moyen de faire cesser la contagion serait d'évacuer le village et de 
le rebâtir sur un emplacement nouveau. II s'agit là probablement 
de la dysenterie aiguë, aggravée par l'ignorance des moindres soins 
hygiéniques. 

Goitre, — Le goitre qui est très rare chez les Laotiens, habitants 
des plaines et des vallées, est extrêmement fréquent dans les diverses 
tribus khâs, habilant des hauteurs. Il est beaucoup plus répandu 
dans les montagnes du Haut Laos que sur les plateaux du Bas Laos. 
Je l'ai rencontré cinquante fois sur cent sur les coolies mâles, des- 
cendus pour la corvée des différents points du royaume dans la 
ville de Luang-Prabang. Les hommes paraissent être aussi souvent 
atteints que les femmes. Le volume de la tumeur varie du simple 
gonflement du corps thyroïde, inappréciable k première vue, à la 
grosseur d'une grosse orange ; elle occupe le plus souvent un des 
lobes du corps thyroïde, quelquefois les deux. Je n'ai jamais vu de 
goitreux eulaché decrétinisme, probablement parce que les crétins 



— 321 — 

sont emportés dès Tenfance. Un certain nombre d'entre eux sont 
rachiliques, leur léte est forte et large, leurs membres noueux, 
mais ils possèdent une activité suffisante pour partager les travanx 
de la tribu. Aucune cause déterminante bien définie de cette ma- 
ladie n'a été constatée. La composition chimique de Teau, la pau- 
vreté de Talimentation, Tinfluence du paludisme, la présence de 
microbes spécifiques sont des facteurs pathologiques qui méritent 
de retenir Tattention. Leur étude serait plus difficile à faire dans 
ce milieu que dans les régions plus civilisées où les causes du 
goitre endémique n'ont pas encore été nettement établies La cause 
occasionnelle qui pourrait être mise en avant est la façon dont les 
Khâs portent la hotte : fixé par un lien autour de la tête et repo- 
sant sur le dos dans toute sa longueur, ce panier de rotin , en tronc 
de cône, de o m. 5o de hauteur, nécessite une tension forcée et 
prolongée du cou qui provoquerait ta congestion habituelle de cette 
région et du corps thyroïde. 

Maiadies endàno-épidimiques. Le choléra, — Les Khâs présentent 
une sensibilité très vive à Tinfection cholérique, qui fait chez eux 
de terribles ravages. Les épidémies de choléra se déclarent d'ordi- 
naire pendant la saison la plus chaude, de février à mai, pour cesser 
en juin , dès l'établissement de la saison des pluies. Elles provien- 
nent soit de la contagion indirecte des Laotiens par les produits 
échangés, soit de la reviviscence d'anciens germes restés latents à 
la suite d'une épidémie antérieure. Cette seconde cause est de beau- 
coup la plus fréquente. En effet, dès que le choléra est signalé 
dans les villages laotiens, les Khâs cessent toute relation avec la 
région contaminée. Leur éloignement dans la forêt, leur dissémi- 
nation par petits groupes facilitent leur isolement. Lorsque plu- 
sieurs décès ont prouvé la présence du choléra dans un village khâ , 
leshabitants, voyant dans le déchaînement du fléau les maléfices du 
mauvais génie du lieu, s'enfuient dans la forêt, n'emportant que ce 
qui est nécessaire à leur vie. Ils se déplacent le long des torrents 
jusqu'au moment où il ne se produit plus aucun décès imputable à 
l'intervention du diable. 

La saison des pluies approche, ils choisissent alors un emplace- 
ment nouveau, construisent des maisons et vont à leur ancien vil- 
lage prendre les objets qu'ils avaient momentanément abandonnes. 
A la saison des pluies succèdent les mois assez froids de novembre, 

(jéouHApiiii, N" 2. — 190'!. ai 



— 322 — 

décembre , janvier et février ; c'est la période de repoa et d'abon- 
dance après la saison des pluies, le moment des cbasses fruc- 
tueuses. £n mai commencent les grands travaux de déboîsement 
pour les semailles; le gibier fuit, dans les plaines, la sécheresse 
des hauteurs; les journées « d'une chaleur accablante, sont suivies 
de nuits relativement fratcbes. S'il existe alors des germes cbdé- 
riques apportés du village abandonné, ils trouvent dans ces indi* 
vidus fatigués par les plus gros travaux de l'année, débilitée par 
une noumture moins abondante, dans cette saison malsaine, les 
éléments nécessaires à leur repuliulation. Une nouvelle épidémie 
se dédare et le cycle recommence; survient-il un cas de choléra, la 
contagion est foudroyante. Maison, literie, vêtements, récipients 
utilisés pour donner à boire au malade, parents et amis qui le 
soignent, animaux domestiques qui circulent dans Thabitation sont 
souillés et répandent l'infection. Les Khâs mangent avec leurs doigts 
et portent direclement à la bouche les souillures de leurs mains. 
En quelques jours on voit disparaître des villages entiers. Fort 
heureusement pour l'avenir de la race, ces épidémies ne sont pas 
annuelles pour un même village, de longues périodes s'éooalenl 
sans que ce village soit atteint, mais il n'est pas d années où elles 
ne soient signalées sur un point quelconque du pays. 

Pendant l'épidémie de dholéra de 1909 à Luang-Prabang, j'ai 
hospitalisé douie Khâs venus au marché de la ville et atteints par 
la contagion avec une soudaineté remarquable. Un d'entre eux pré- 
senta la forme foudroyante du choléra rapide : un KhâKmouk, 
arrivé le matin à 7 heures, tombe à 9 heures sur le sol comme un 
homme ivre; une demi-heure plus tard il est secoué par un spasme 
violent, il émet simultanément par la bouche et l'anus deux jets de 
liquide en fusée; de dix en dix minutes il donne desselles séreuses 
riziformes très abondantes et des vomissements d'abord jaunâtres, 
puis séreux; il accuse des crampes douloureuses dans les jambes, 
les traits se crispent, il devient aphone; une heure après, la tem- 
pérature rectale tombe à 36 degrés, la peau est froide, visqueuse; 
il ne tarde pas à perdre connaissance. Six heures après le premier 
jet gastro-intestinal il était mort. 

En ville, où il y avait, sur une population de 8,000 habitants, 
huit décès par jour, les malades ne mouraient que dans la 
deuxième journée de la période algide. 

Sur les onze autres Khâs, dix présentèrent la forme rapide et 



— 323 — 

uioarurent dans la phase dalgidité au bout de viugi-quatre ou 
quarante-huit heures. Uu seul, une femme, présenta la forme ienle 
et guérit, après avoir souffert, pendant six jours, d'un exan- 
thème s^étendant aux membres supérieurs et inférieurs et au 
tronc. 

La varioh, -— La variole est aussi redoutable pour les khâs que 
les épidémies cholériques. Eile continue chei eux les ravages 
fpi^elle exerçait autrefois sur toute la population du Laos. Mais 
tandis que les Laotiens accueillaient avec enthousiasme Texpan- 
sion de la vaccine, lesKhés, toujours méfiants, se refusaient à lac- 
copier. Les tribus les plus voisines des centres importants com- 
mencent cependant» devant la disparition presque complète du 
fléau chex les Laotiens, à se laisser gagner; mais le bloc immense 
de la population khâ reste désespérément réfractaire et, tous les 
ans, elle paye, dun nombre considérable de victimes, sa crainte 
ancestrale de tout ce qui est nouveau. 

MàlaHêi de la peau. — Les maladies de la peau sont très fré- 
quentes, comme il arrive ches tous les peuples peu vêtus qui né- 
gligent les soins de propreté et vivent dans une promiscuité qui 
favorise la contagion. 

Le furoncle est très commun, mais il se produit isolément et ne 
donne pas naissance à la furonculose généralisée qui frappe si 
souvent les Européens dans les pays chauds. 

La gale est répandue. Les individus qni en sont atteints arrivent, 
par le grattage, à se couvrir de plaies suintantes ou croûteuses qui 
font hésiter tout d'abord sur le diagnostic. 

Je n'ai jamais vu de teigne ni de pelade; si ces maladies exis- 
taient chez les Khâs, elles ne tarderaient pas à se généraliser dans 
toutes les tribus. 

Je n'ai rencontré, non plus, aucun cas de Kimo^ connu chez 
les Laotiens du Bas et du Moyen Laos et qui ne serait antre chose 
que le pian. 

LWlicaire, le prurit, le psoriasis ne sont pas très rares. 

L*eezéma, l'herpès circiné, l'acné, le vitiligo sont extrêmement 
fréquents. 

J'avais souvent remarqué , siégeant plus particulièrement sur les 
membres inférieurs, la poitrine et les épaules, une sorte d'icthvose 



•11 . 



— 324 — 

due à une desquamation de la peau tantôt par petites lamelles, 
tantôt furfuracée, que je considérais comme une forme aggravée 
d'herpës circiné, lorsque, en passant le 96 juillet 1901 dans le 
village khâ de Ban Kou Noï, sur le versant septentrional du 
plateau des Bolovens, j'aperçus, sur la place du village, un Khâ 
dont les cuisses et les épaules présentaient la desquammation déjà 
observée; mais, au milieu du dos, la peau était décorée de trois 
cocardes formées de cinq anneaux concentriques brillants^ séparés 
par autant d'anneaux inscrits dans les précédents et de teinte plus 
sombre. Sur les bords des parties desquamées et furfuracées se 
dessinaient quelques segments en cercle presque effacés. Au toucher 
la peau présentait une rugosité accentuée, elle restait sèche à la 
friction; le malade éprouvait parfois des démangeaisons assez vives. 
Il s'agissait là, selon toute vraisemblance, de plaques de tokelan 
dont Taspect initial n'avait pas été modifié par le grattage. Le 
lendemain, je retrouvais un cas un peu moins net de la même 
affection. En trois ans je n'ai pu rencontrer chez les Laotiens, ni 
chez les Annamites en séjour au Laos un seul cas semblable. Il est 
intéressant de signaler le lokelan «qui semble, dit le professeur Le 
Dantec, avoir eu pour foyer d'origine Tarchipel malais i», chez les 
Khâs dont nous avons vu la proche parenté avec les populations 
sauvages de ce même archipel. 

La lèpre. — La lèpre est bien connue des Khâs. Certaines tribus 
paraissent être plus durement frappées : les Banhars, les Rognaos 
par exemple. Ces deux tribus isolent les lépreux dans les villages 
qui leur sont affectés et qu'il leur est di£Bcile de quitter. D'autres, 
au contraire, comme les Bolovens, les laissent errer en liberté. 
Quelques-unes les chassent dans la forêt, où ils vivent misérable- 
ment. Le nombre en serait peu considérable et je n'en ai jamais 
rencontré sur ma route. 

Tuberculose, — Les ali'ections de l'appareil pulmonaire seraient 
les plus communes et causeraient une mortalité considérable. Malgré 
l'attention que j'ai portée dans la recherche de la tuberculose pul- 
monaire chez les nombreux malades que j'ai auscultés en voyage, je 
n'ai jamais pu trouver un ensemble de symptômes permettant d'af- 
firmer son existence. Maison avril 190a est entré à l'Hospice in- 
digène de Luang-Praban{; un Khà kmouk nettement tuberculeux. 



— 325 — 

atteint d^hémoplysie, mis en prison depuis quelques mois à lasuilc 
d'un assassinat. Il ne m'a pas été possible de savoir si Taffection 
avait étë contractée après Temprisonnement, ou si elle avait seule- 
ment subi une aggravation du fait du changement brusque d'exis- 
tence imposé au prisonnier. 

Je n'ai jamais vu de tuberculose locale; si elle existe chei les 
Kbâs, la tuberculose ne se présente pas sous les formes chroniques 
à long terme, et la disparition rapide des sujets contaminés est un 
puissant moyen de prophylaxie naturelle pour la race. 

Maladieê vénériennes. — La blennorrhagie est connue; ii n'en est 
pas de marne de la syphilis. Il ne m'a pas été donné de constater 
chez les Khâs cette maladie que les Laotiens, profondément 
infectés, ne tiendraient que depuis trente ans des Siamois. 

En résumé, les Khâs, dont le type s'est conservé jusqu'à nous 
élégant et robuste dans son milieu sauvage, sont peu féconds et 
présentent une mortalité infantile considérable. Us ont pour le pa- 
ludisme une immunité précieuse qui les a protégés contre leur 
ennemi le plus redoutable. Mais, sensibles aux affections pulmo- 
naires et intestinales, ils sont chassés et forcés jusqu'au fond des 
feréts par le choléra et la variole. Traqués enfin par la civilisation , 
si funeste aux groupements humains peu évolués, il semble qu'il 
leur soit bien difficile d'enrayer leur décadence, désormais plus 
rapide. 

CHAPITRE V. 

GARAGTRRBS H0RPH0L06IQUBS DBS PBUPLBS BN CONTACT IMMBDIAT 

AVBG LBS KHÂS. 

Laotien§ de Luang-Prabang. - Annamites de Quantry. 
Chana de la rive droite du Mékong. — Hos du Yunnam. - Lus de Muong Sing. 

Les Khâs se sont défendus de tout temps avec énergie contre la 
pénétration guerrière ou pacifique de leurs voisins plus civilisés. 
C'est ce qui explique que. cette population, la plus ancienne du 
Laos, n'ait pas été entraînée par le courant des migraiions hu- 
maines qui ont parcouru les vallées du Mékong et de la Ménam et 



— 326 — 

qu'elle n*ait pas été perdue dans le flot des peuples conquérante. De 
nos jours encore, le plus grand nombre des tribus itehappent a 
notre influence. Seuls les groupements les plus proches des pro- 
vinces laotiennes et annamites se laissent lentement gagner. Quel- 
ques-unes manifestent des traces bien nettes de métissage; les 
Souhés du Bas Laos fournissent du métissage khA«iaotien un 
exemple remarquable, lis montrent une fois de plus Timpression 
profonde que la bracbycëpbalie exerce sur la dolichocëphalie lorsque 
ces deux formes se trouvent en présence. Les Tiengs d^Attopeu, les 
Kmous du royaume de Luang-Prabang accusent à un degré moindre 
la même évolution. 11 est probable que la province du Gammou 
fournirait quelques exemples de croisement khft«annamite ainsi que 
la frontière orientale de la province de Darlak dans le Bas Laos. 
L'influence des Siamois doit se faire sentir sur la vallée de la Mé- 
nam dans le même sens que celle des Laoliens sur le Mékong, 
puisque Siamois et Laotiens présentent le même type physique plus 
ou moins modifié par l'action du milieu. Ce croisement du KhA s'est 
accompli jusqu'à nos jours par le seul moyen de Tesclavage au 
cours des guerres incessantes qui existaient de peuplade à peu- 
plade. Il tend à s'accroître et à se généraliser sous l'influence des 
relations pacifiques que les puissances européennes et les grands 
peuples orientaux, comme le Siam et la Chine, entretiennent avec 
leurs voisins et imposent à leurs protégés. 11 est donc intéressant de 
connaître les types humains avec lesquels les KhAs, que nous con- 
naissons bien maintenant, vont se Irouver tous les jours en contact 
plus étroit. 

Dans les notes qui suivent, j'ai examiné au point de vue phy- 
sique cinq groupements qui représentent : i*" le type laotien de 
Luang-Prabang qui est le plus pur de tous les ThaTs; 9* le type 
annamite de la province de Quantry, limitrophe du Moyen Laos; 
S"" le type Chan des États Chans de la rive droite du Mékong; 
A'' le type Hos, Yunnanais du nord de Sémao; enfin 5*" le type 
Lu, peu connu et généralement rapproché du type laotien. Sans 
doute le chifl're des mensurations est peu considérable. Mais comme 
il n'est pas facile d'aller chercher sur place des documents sem- 
blables, toutes les observations, quelque incomplètes soient«elles , 
méritent de retenir l'attention. Si elles ne permettent pas de eon- 
clusions certaines, elles donnent du moins des indications inté« 
fessantes, 



- 327 



L40TIBN8 DR LUàlfO-PHABANG. 



Nombres de sujets examinés, 5o. 

Taiilê, •— La taille oscille entre i m. /i8 et i m. 70. Ces deux 
chiffres soat exceptionnels. Elle atteint comme moyenne 1 m. 58 1. 

Ces 5o tailles se divisent ainsi qu'il suit : 

Petites tailles au-dessous de 1 m. 60, <i3; tailles au-dessous de 
la moyenne, 1 m. 60 à 1 m. 6&g, 99; tailles au-dessus de la 
moyenne, 1 m. 65 à 1 m. 699, &; grandes tailles, 1 m. 70 etau- 
dessus, 1. 

Ces sujets sont des hommes du peuple. Il est à remarquer que 
dans les familles de mandarins, et en particulier dans la famille 
royale , les tailles sont supérieures à la moyenne. 

Indice céphaliqtie, — Les diamètres sont pris au compas d'épaifr* 
seur. 

lliatlR fliPBALIOlIR 
D. A. P. D. T. M. j^ M»milM. 

1 i 10 17^*7 16Ô.0 89.99 

10 à 20 t7'j.9 169.4 86.75 

20 à 30 176.7 1Û7.8 84.6o 

30 à 40 177.3 166.0 8ft.66 

60 à 50 176.9 1 67.6 83.3a 

MoTBRlflS 175.15 167.1a 83.99 

■■■■■■■■■■• ««Bai^HBa «ilVBBMM^ 

L'indice céphalique moyen est de 88.99. 
Ce caractère oscille entre 77. &5 et 96.96. 
La séria tion de ces 5o indices au module de 9 unités donne le 
résultat Suivant : 

Sériation au module de 9 unités : 

77-78 6 

79-^0 7 

81-82 7 

88-86 19 

85-86 6 

87-88 6 

89-90 3 

91-92 8 

98-^6 1 

96-96 j 



— 328 — 

Cette série est peu homogène, mais elle est régulière. Elle pré- 
sente un centre de fréquence entre 83 et 8/i , ce qui correspond 
bien à Tindice des moyennes 83.99, et ^^ chaque côté une décrois- 
sance dont les nombres se balancent à deux unités près. La sous- 
brachycëphalie très accentuée chez quelques-uns est donc en lutte 
ici avec des éléments dolichocéphales qui tendent à abaisser son 
indice. 

Indice frontal. — Le diamètre frontal minimum a été pris au 
compas-glissière. 

D. F. M. D. T. M. IHDICB. 

1 à 50 111.53 1/17.13 75.80 

Le diamètre frontal minimum est petit par rapport au diamètre 
transverse maximum, ce qui donne l'impression d'un développe- 
ment crânien remarquable. 

Indice facial. — Les longueurs ophryo-alvéolaire et bizygoma- 
tique sont prises au compas-glissière. 

LORGUBUR 
OPBBTO-àLTtfOLAIlB. I^* BUTO. INBICB. 

là 50 74.57 137.3 58.57 

Indices nasaux, — 1® Nasal transversal. 

Les deux mesures se prennent au compas-glissière. 

HAUT. N. LABG. R. IHDIGBS. 

1 à 10 àà.a 33.8 76.47 

10 4 20 Û5.3 34.3 75.71 

20 4 30 43.1 34.a 79.35 

30 à 40 45.7 34.8 76.03 

40 à 50 44.9 34.1 75.94 

MoTBNNB 44.64 34.94 76.79 

L'indice moyen est de 76.73. 

Ce caractère oscille entre 65. ai etgS.iâ. 

Ces 5o indices se divisent ainsi : 

Leptorhiniens — 70 6 

M^rhiniena -f 70 à 84.9 . . .- 4o 

Platyrhinieos -f 85 à 99.9 4 



— 329 — 

9"" Indice antéro-posiérieur. 
Mesures prises au compas-glissière. 

SAILLIE H. LAieiOI H. INMOI. 

1 à 50 *9«7fi 34.aA 57.71 

Longueur de roiiverture palpébrale et largeur interoculaire : 

MAHirU LOR6UB0I 

intoriM. ptlpébraie. 

1 à 50 3a— 06 3i— 33 

OreiBê. — Mesures prises au compas-glissière. 

LON6DBDB. LABOBUR. 

1 « 50 4a— 61 a6— 65 

La mesure de la longueur ne comprend pas le lobule. 

Bouche, — Laigueur prise au compasflisaière. 

LornuBim. 
1 à 50 65 19 



du corpi, — Les mesures sont les mêmes que celles 

qui ont été prises sur les Khâs. La double équerre a été substituée 
au ruban. 

Mesures simples : 

Tu&e 1- 58i 

Grande envergure 1 656 

Périmètre thoraâqae 8 779 

Dîstaiice médiii9-iotule o 098 

Proportions rapportées à la taille, 100. 

Longueur de taie 1 9.7 1 

TroQC nns cou 39.97 

Tronc et cou 36.70 

Longueur biacromiale a3.86 

Largeur biiliaque 1 6.8a 

Grande envergure. .... « 1 0&.8S 

DisUnee médiMi-rotule , 6.a 1 

Membre tborarîque total. . . , 45.i 5 



— 380 — 

Bras i8»63 

Avant-bras , 1 5.4i 

Main • . . . • 1 1 .90 

Pied 1 5. 1 o 

Caraetères deêcripHfê. — Les cheveux sont droits et noirs. 

La peau jaune devient brunâtre sous l'action du soleil. Le visage 
et le corps glabres présentent une légère pilosité à la commissure 
des lèvres, au menton et au pubis. Les yeux noirs foncés et droits 
ne sont pas bridés. Le nez est tantôt droit, tantôt épaté et fin, ra- 
rement busqué. 

Le visage est d'un ovale harmonieux. Pas de prognathisme des 
maxillaires ou des inci8ivea« Les lèvres sont souvint déformées 
par rhabitude de chiquer le bétei. La face longue et la largeur du 
crâne atténuent la saillie accentuée des pommettes. Le corps bien 
musclé, sans adiposité, est robuste et* élégant. Les Laotiens repré- 
sentent le type physique qui se rapproche le plus en Indo-Chine 
de notre conception de la beauté. 

AifNAinm M LA paoviNca m ovant iy. 
Nombre de sujets euminés, 9 5. 

TaiUe. — Elle oscille entre 1 m. 5i et 1 m. 65 et atteint comme 

moyenne 1 m. 558. 

Ces 95 tailles se divisent de la manière suivante : 

Petites tailles au-dessous de 1 m. 60, 30; tailles au-dessous de 

la moyenne, de 1 m. 60 à 1 m. 6^9, 5. 

Indke dpkalique. 

a* Ai P« D» T. INMCB OiVIAUQOI. 

1 à 10 t83.4 iA7.é 80J7 

10 à 30 179.7 i44«A . ëo.8o 

20i25 iS&.a i5&.o 83.6o 

MonmiB 189.& lÂg.se 8i.&8 

Lindiee céphatique des moyennes est de 81.&6. 
Ce caractère oscille entre 79.10 et 8&.65. 
Sériation au module de 9 unités : 

W-7» . 

7â-75 1 

76-77 « 



— 331 -^ 

78-79 4 

80-81 6 

82-83 5 

84 4 

Ici) encore, la MNi»«bradiyeéplialio est altérée par rélëment doli- 
ehoeéphai^. 

Indmfivntal. 

B. p. M. D. T. M. INBICI. 

1 à 35 119,98 1 49.96 75.99 

Inâke famal. 

LONGOBUR LABOBOI 

OMITO-AlfiOLAIU. ■SICOIUTI9OI. IHMOB. 

l à 25 71.83 i35.63 53.75 

Il en résuite que si le crâne est bien développé, la face est courte 
et très large. 

Indices nasaux, — 1 "^ Nasal transversal : 

HAunim «. uMMm n. miei. 
1A25 43796 36785 SÔtt 

L'indice moyen est 83.83. 

Ce caractère oscille entre 70.88 et 98.73. 

Les 9 5 individus se divisent en : 

Lapiorhiniens ^70 • • • • • 

Uéiorhioîens 70 4 84.9 1 a 

PiaiyrhinieiM 85 â 99 i3 

Il n'y a pas homogénéité dans cette série qui se perlage par 
moitié entre la mésorhinie et la platyrhinie. 
Q"" Indice nasal antéro-postérieur : 

LABOBOI H. SAaUB N. INDiCi. 

1425 36.85 ai.sS &7.II 

Lai^ur de Touverture palpébrale et de la largeur iaterocu- 

laire : 

osvMffOiB •. iiffn- 



1 à 25 39.88 33.46 



— 332 - 

Hauteur de ia tète : 

t à 95, 99 centim. 56. 

Rapport à la taille, p. loo, ik.txH. 

Caradirei desaripiifê — Les Annamites examinés ont les cheveux 
droits et noirs. La peau est jaune pâle. Les yeuK obliques mongo- 
loïdes sont noirs. 

Ils ont le visage et le corps glabre. Le nez est concave, épaté et 
fln. Le visage a une forme pentagonale due à Técartement considé- 
rable des pommettes par rapport à la longueur de la face. Progna- 
thbme léger du maxillaire supérieur. Le corps bien pris est robuste 
et élégant. 

GHANS DE MUONG NOÏ ( BTAT9 CHANs). 

Nombre de sujets examinés, 9o. 

TaiUe. — La taille moyenne est de i m. 696. 

Ces 90 tailles, dont les extrêmes sont 1 m. /i8 et 1 m. 69, se 
divisent de la manière suivante : 

Petites tailles au-dessous de 1 m. 60, 9; tailles au-dessous de ia 
moyenne, 1 m. 60 à 1 m. 6/19, 8; tailles au-dessus de la moyenne, 
1 m. 65 à 1 m. 699, 3. 

Indice eéphalique. i>* a. p. b. t. ihmcb db moyiitius. 

1 à 10 179.8 i48.9 8a.8i 

10 à 20 173.9 t47.7 85.53 

Moyenne 176.86 1 48.3 88.85 

Ce caractère oscille entre 77.3/1 et 89.98. 

Sériation au module de 9 unités : 

77-78 9 

79-80 3 

81-82 6 

83-84 4 

85-86 a 

87-88 9 

89-90 1 

Le centre de fréquence de cette série se place entre 81 et 8&; 



— 333 — 

il correspond sensiblement au résultat donné par Tindice des 
moyennes, 83.85. 

La forme la plus fréquente est la sous-brachycéphalie. 
Indice frontal, 

D. p. M. D. T. M. IMBIGB. 

1 à 20 io5.i5 1/Î8.3 70,91 

Indice facial, 

LOIfGDBUl LOHGUBDI 

OPBITO-iLfiOLAIBI. UBTOOBiTIQn. INBICB. 

1 à 10 83.35 i3i.A 63.35 

La lace est longue, si on la compare aux types précédents. Elle 
(^st dimiuuëe en apparence par la largeur bizygomatique qui est 
considérable. 

hidices noêaux, — 1 "" Nasal transversal. 

HADTIUB N. LAB6BDB (I. INOIGB. 

1 à 10 45.9 35.0 76.93 

10 à 20 46.1 36.5 79.17 

MOTBRHK ', &6.0 35.75 77*71 

Ce caractère oscille entre 63.63 et 87.79. 

Ces 5o indices se divisent ainsi qu'il suit : 

LeptorhinienB -70 3 

Mésorhiniens 70-86.9 \h 

Piâtyrhiniens 85-87.79 3 

Lindice moyen est très nettement mësorhinien. 
!i° Indice nasal antéro-postérîeor : 

LABOIUI K. 8A1LUB N. INDICB. 

1 A 20 35.75 18.8 59.58 

r^ongueurs de l'ouverture palpébrale et biangulaire interne : 

DISTAIIGB OUTBRTURB 

PUNCOLAIRK IllTfcB5I. PALTinàll. 

! à 20 3/1.55 30.7a 



_ S84 ^ 

La distance binugiiiaire intoroe eai très oonsidârable par rapport 
à Touverture palpébrale petite. 

Bouche, 

LORGVBUI. 

i à 90 48— & 

Rapports à la taille, p. too: 

Rapport à la taille, p. loo : 

LOMUEVRt» SIMPLU». 
TAIU.I. «lARM unriMimi. lAirrai» »s u itn. 

Ià20 i"596 1-687 o-ai3 

Tôïe 1 8.3A 

(jrande envergure 106.70 

Caractères descriptifs. — Lescheveui sont droits et noira, relevés 
eu chignon sur le sommet de la léte. 

Les yeux noirs sont légèrement obliques et bridés. La peau jaune 
claire devient brun Atre sous Taction du soleil. La pilosité est presque 
nulle sur le visage et sur le corps. Le nez concave est le pins sou- 
vent épaté avec des ailes épaisses. Le visage est laiige et kmg, les 
pommettes sont saillantes. Prognathisme léger du maxillaire supé- 
rieur. Le corps est bien pris sans adiposités ni maigreurs. 

LUS DB MU0N6 SING. 

Nombre de sujets examinés, 10. 

TaUk. — La taille oscille entre 1 m. &8 et i m. 69. 

Elle atteint comme moyenne 1 m. 589. 

Ces 1 tailles se divisent ainsi : 

Petites tailles au-dessous de 1 m. 60, &; tailles au-dessous de la 
moyenne de 1 m. 60 à 1 m. 6&9, 5; taille au-dessus de la moyenne 
de 1 m. 6B à 1 m. 669 , 1 . 

Indice ûép ha U fite. 

B. i. p. O. T. ■. MfilGI DM HOTUrKl». 

1 è 10 t^U.k ià8.6 86.90 

Ce caractère oscille entre 78^37 et 99.1*). 



— 336 — 

Indkefrimtal. 

D. F. M ioa.7 

Di T. M i4S.O 

Indice, 69.4 

Indice facial. 

Longueur opbryo-alvéolaire 87.6 

Largeur bizygomatique 1 3 1 .7 

Indice 66. 5i 

Indices noêoux. — 1'' Nasal transversal : 

Hauteur N 43.3 

Largeur N 34.7 

Indice 80. 1 H 

L'indice moyeu e»l luesorhiuieu. 

Ce caractère oaeille entre 7o«83 et 90.&7. 

Ces 1 o individus se divisent : 

Leplorhiniens, 70, o; mësorhinieus, 70 à 8/1.9, 7* plAiyhi- 
aieos, 85 et plus, 3. 
9'' Antéro-postérieur : 

Laq^ur N 34.7 

Saillie N 1 9.0 

Indice 56.75 

Longueur de Touverture palpébrale et largeur interocuiaire : 

OuTeiiure palpébrale 3o.t 5 

Distance bisygomatique interne 33.8 

Oreaie. 

Longueur 69.1 

Largeur 96..I 

La merare de longueur ne comprend pas le lobvle. 

Bmicke. — Longueur, &8 millim. 7. 

Longueur de la tête rapportée à la taille, 100. 
Mesure simple, 90 cent. /i5. 
Rapport à la taille, 19.87. 

CaracAres deseriptifB, — La peau est jaune pâle. Les cheveux . 
d'un beau noir, sont droits et ondulés. Les yenx brun feneé sont 



— 336 — 

petits. Légèrement obliques. Le nez, à dos concave et épate le plus 
souvent, est quelquefois droit ou busqué. 

La forme du visage est un ovale allongé. Pas de prognathisme. 
Les pommettes sont saillantes et larges. De petites tailles, ils sont 
robustes et bien pris. 

HOS, CmNOIS DUTUNNAM (iHUONr, KOU-MUONG ISa). 

Nombre de sujefa examinés, lo. 

TaiUe. — La taille oscille entre i m. 55 et i m. 78. 
Elle atteint comme moyenne 1 m. 6&. 
Ces 1 o tailles se divisent en : 

Petite taille, au-dessous de 1 ni. 60, 1 ; tailles au-dessous de la 
moyenne, 1 m. 60 à 1 m. 6^9, 5 ; tailles au-dessus de la moyenne, 
1 m. 65 à 1 m. 699, 1; grandes tailles, 1 m. 70 et au-des- 
sus, 3. 

Indice céphaMque, 

D. A. P 183.7 

D. T. M 1 48.1 

Indice et moyennes 81.0(1 

L'indice céphalique oscille entre 75 et 85.3 1. 

La forme la plus fréquente est la sous-brachycéphalie. 

Indice frontal, 

D. F. M io3.5 

D. T. M 1 A8.1 

Indice 69.88 

Indice facial. 

Longueur ophryo-dvéolaire 99,9 

Largeur biiygomatique 1 àa.i 

Indice 70.89 

Indices nasaux. — i' Nasal transversal : 

Hauteur N 47.8 

Largeur N 35.3 

Indice 73.86 

Ce caractère oscille entre 66.66 et 821.9 'i. 



— 337 — 

Ces 10 individus se divisent en : 

Leptorhiniens, a; mésorhiniens, 8; platyrhinieus, o. 

2** Antéro-postérieur : 

La]*geur N 3/1.9 

Saillie N 2o.5 

Indice 58.78 

ijongueur de Touvertore palpébrale et largeur interoculaire : 

Ouverture palpébrale 3 1.<) 

Distance biangulaire interne 82.6 

OreUle. 

Longueur /J6.7 

Largeur .'to. 1 

La mesure de la longueur ne comprend pas le lobule. 

Bouche. — Longueur, 5o millim. 6. 

Rapport à la taille p. 100 de la hauteur de la tête (0 m. 3â), 
i3.&i. 

Caractères descriptifs. — Les Hos ont les cheveux droits, noirs. lis 
les portent en tresse sur le dos. La peau est jaune pâle. Les yeux 
noirs sont mongoloïdes. 

Le corps et le visage glabre présentent quelques poils à la com- 
missure des lèvres et au pubis. Le nez à dos concave a un lobule 
fin. Quelquefois il est droit ou légèrement busqué. Le visage est 
ovale. Les pommettes sont saillantes et larges. 

De taille moyenne en général et souvent supérieure à la moyenne, 
les Hos sont de très beaux hommes à la démarche un peu lourde*, 
lis ont, en vieillissant, une tendance à fadiposité. 



(jïtOGnAPHIE, N" '2. — Mjo'l. 



•» «I 



— 340 — 

partiment où les poules se réfugient la nuit, mieux gardées contre 
leurs ennemis. Les vérandas affectent des dimensions différentes. 
Les toitures sont plus ou moins élégamment construites et tressées. 
En général, les Khâs du Midi, Alaks, Rognaos, ont des maisons et 
des villages mieux construits que ceux du Nord. Cependant, les 
Kouènes, les Kmous, les Lemet, sont connus pour le confortable 
relatif de leurs installations. Les Rognaos et les Gédangs élèvent au 
milieu du village un vaste bâtiment de so à 3o mètres de longueur 
et de i5 mètres de haut, où habitent, lorsqu'ils ont atteint Tâge 
nubile, et jusqu'à Tépoque de leur mariage, tous les jeunes garçons. 
Le foyer central, dans lequel le feu est entretenu sous la 
cendre, sert à la fois au chauffage et à l'éclairage de la famille. 
Aucune ouverture de sortie nest ménagée pour la fumée qui tapisse 
en noir les parois de la salle et sMchappe par la porte. Certaines 
tribus fabriquent des torches en bois résineux ou en filaments de 
bambou finement divisés et agglutinés avec de la résine; ces der- 
nières donnent une jolie flamme et très peu de fumée. 

Mobilier. — Le mobilier est des plus simples : nattes, coussins, 
paniers, tiges de bambous et gourdes pour tenir Teau, jarres de 
terre, grands plateaux finement tressés pour séparer le riz de son 
enveloppe, quelques lambeaux d'étoffe , des sabres d'abatis , l'arc et le 
carquois accrochés au mur, les instruments à tisser et les filets de 
pèche ou de chasse constituent tout l'ameublement. Dans un coin, 
collées au mur, quelques bougies de cire d'abeille, des fleurs 
séchées, des boulettes de riz, marquent la place de l'autel des 
ancêtres. Le mortier, taillé dans un tronc d'arbre, et le pilon pour 
la décortication du riz , restent devant la porte. 

Gi*eniers à riz. — A côté du village, se trouvent les greniers à riz 
communs à tous les habitants. Ils affectent la forme de grands 
cylindres de a m. 5 o de diamètre sur 9 mètres de hauteur, ou de 
cubes de même élévation, et de 3 mètres sur 9 mètres. Ils sont faits 
en bambous très finement tressés, formant de grands paniers her- 
métiques qui s'ouvrent par une petite trappe attachée au moyen 
d'un simple rotin. Les Nia-Hœun, en guise de serrure, font passer 
le rotin à travers la coque d'un œuf vidé que le moindre conlact doit 
briser. C'est assez dire que les greniers à riz sont placés sous la pro* 
tection de tous et constituent un bien commun. Chacun de ces 



- 3S9 

de verdure qu^ déc<Mipe un rond 8111* le ciel. Siu* le pourtour de 
resfNice occupé par les maisons, des broussailles touffues, épi- 
neuses, sont accumulées; deux étroits passages sont ménagés, 
ferm4fo par de sdides portes faites d'un tronc d'arbre dégros i. Pour 
pénétrer dans Tintéricur après avoir francbi la porte, il faut passer 
dans an couloir large de 1 mètre et long de 3 ou & , iaiJlé dans 
répaîaseur de la broussaille. Cette disposition permet une défense 
facile ^n raison des armes en usage. Quelques hommes, dissimulés 
le iong du couloir, peuvent résister avec leurs lances à une troupe 
nombreuse. 

Maùon. — Les maisons sont rangées en cercle , adossées à la forêt. 
Sur Tespace circulaine Caisse libre au milieu d'elles, s'élève la 
maison des passagers. Autow de la maison, des troncs d'arbre de 
3 mètres de hauteur, taillés en pointe à leur extré^mité Ubre, 
décortiqués et polis, sont ilchés .en rond jsur le sol. Cbacun d'eux a 
été planté à l'occasion du aacrifice d'un buffle que les Khis &nt aux 
génies pour calmer leur colère ou prévenir leurs bienfaits. Toutes 
les maisons , de forme quadranguiaire , sont ooodtruites sur des pilotis 
de I a 8 mètres de hauteur* EÂles mesurent, en moyenne, U niètoes 
de largeur sur 5 è 10 mètres de longueur et s mètres d'éléyation. 
Les planchers et les myurs sont en bamlMMis écrasés, les toita cou- 
verts de pftille de rit. Chaque maison est munie, à sa partie an- 
térieure, d'une véranda. A l'intériear, des cloisons de bambous 
divisent Thabilation en .deux ou .plusûeurs obaaibres. Au milieu 
de la plus grande pièce, quatre planohes maintiennent un peu de 
terre et des cailloux aur lesquels le feu eat sans cesse entretenu. 
Cette pièce est la salle commune. Sous le plancher, entre les 
pilotis, le poulailler, la porcherie en bambous, ouverts toute la 
journée, aont soigneusement clos a la nuit tombante. Une échdlo 
est appuyée du sol sur le bord du plancher. Td est le village ity|ic 
c^e Ton rencontre très fréquemment dans le fias-Laos et qui subit, 
suivant les tribus, quelques modifications. 

Oans les pays où règne une sécurité relative, l'endos de lirous- 
saiHes, les portes n'existent pas. Souvent, les maisons, «u lieu 
d'affecter ia disposition en cercle, sont placées sur deux rangées 
porallèles dont les vérandas se regardent; rarement elles s'entassent 
sans ordre. Les Bolovens construisent les murailles en écorce 
d'arbre. A i arrière de leurs maisons, ils ménagent un {letit rom- 



sa. 



— 842 — 

dévêtir complètement, et cependant iéur costame est on voile bien 
transparent de leur nudité. Entre gêna de la même tribu, ila sent 
peu soucieux de la correction de leur tedue, mais j ai fréquemment 
observé qu ils sont gênés par la Curiosité de l'étranger. Une fenlme 
qui , nue jusqu'aux banches , se mêle le pins naturelienlent du monde 
anx groupes d'bommes de son village, se jette précipitamment un 
voile snr la poitrine dès qu elle remarque que le regard d'nn étran* 
ger se fixe un peu trop longuement sur elle. Elle manifeste ainsi 
qu à ses yeux Timpudeur est dans le regard lui-même et non jl^int 
dans h costume qui le suscite. 

Les jours de fête, en temps de guerre, leKbâ disjiose autour du 
thorax, en croix de Saiût> André, une forte couverture de eotan qui 
constitue une bonne armure contre les flèches. Dans la province de 
Darlak, quelques tribus uliliâent un vêlement très primitif fait de 
lanières d'écorces d arbre aplaties avec des pilons et cousîtes feutre 
elles avec du rotin. Cette mode originale doit remonter à une 
époque très ancienne* Elle ne subsiste que dans les tribus les plus 
misérables et lès plus sauvages. Dans le Haut-Laos ^ le plusgradd 
nombre de Khâs achètent aux Lus des pantalons descendant jusqu'à 
la cheville et de petites vestes courtes. Sur les marchés laotiens, 
les femmes se procurent des élofTes toutes faites; Il existe des tribus 
oi!l le tissage dés étoffes est une des industries principales à laquelle 
font appel les tribus voisines qui exploitent un autre produit 
d'échange. Ces étoffes, ordinairement coloriées en bleu par Tin- 
digo, s'enrichissent quelquefois dé rayure^ multicolores rouges, 
jaunes, noires et blanches, et de perles ou de petits cailloux fixées 
sur le tissu. 

Coiffure. — Le goût de la parure se ftiétilfeste, du i*èsle, chez le 
khâ, sôus des fortaes trf»s variées. Sa longue chevelure quelquefois 
f en vadrouille?) sur leà épaules, est relevée d'ordliiaîré éli chigrtôii, 
tnnt/llt âur le âommet de la tête, tantôt sur la nuque. Lés Lethéts 
du Haut-Laos, les Lovés du Bas-Laos, ramènent Sli^ lé frôtit 
quelc|ueô riaèches de cheveux qu'ils coupent à la même longueiir au- 
dessus des sourcils, sorte dé coiffure à la ctiien. 

Tatouage. — Ils ne pratiquent le tatouage, cette manifestation 
si primitive de la parure qui est devenue chez certains peuples 
comme les Laotiens et les Birmans iin art véritable, qu'au contact 
des peuples qui en font usage. 



— 343 — 

Mulilaiimu Hknique». — Mais ils se livrent à des muliialioiis, 
difêrse» suivant le§ Iribiiê, êi beancmip pli» graves. Lea Lovés dans 
le Bas-Laos, les Hoebs daos le Haat-Laos, liment les dents inmtves 
des jeunes gens soit en triangle, soit, lorsque la dent sasse pendant 
le limage, en demi-cercle. Cette opération, pratiquée par les anciens 
an moyen d'une pierre dnre, demanderait deui on trois heures par 
dent. Les 8eng du Bss^Laos, les voisins les plus immédiats des 
Lovés f qni ironvent ce luxe barbare , en vantent on autre tout aussi 
cruel* Ils ont coutume d'enrouler en spirale, trës serré sur tonte la 
hauteur du cou des adolescents, un fil de cuivre de un demi-centi- 
mëlre de diamètre. J'ai mesuré des colliers de ce genre qui avaient 
de sii k neuf centimëlres de hauteur. L'adaptation est longue et 
douloureuse, en raison des moyens primitiFs employés. Quelquefois, 
ces colliers trop étroits deviennent de véritables instruments de tor- 
ture I la peau s^ulcère et la suppuration se prolonge des semaines 
et des mois. Avant que le patient ne se soit habitué à ce carcan d*nne 
forme spéciale < il éprouve delà gène dans les mouvements du cou 
et de la contracture dans les muscles. Mais il supporte sans se 
plaindre toutes ces souffrances, dans l'espérance de l'estime que sa 
parure nouvelle doit lui proeurer. Je demandais un jour à un 
groupe de Lovés et de Sengs quels avantages sérieui ils retiraieut 
d'épreuves aussi douloureuses. Ma question les fit rire bruyamment 
et ils répondirent tous à la fois ; «Mais aucune femme ne serait 
flattée d'appartenir à un homme qui se serait soustrait à cet usage; 
il n'aurait que le rebut du village t^. Et comme je mitonnais que 
des tribus aussi proches eussent des goAts si différents , Lovés et 
Sengs affirmèrent par un hochement de tête l'infériorité du voisin. 

Ces mutilations cruelles sont particulières aux hommes de cer- 
taines tribus. Mais la perforation du lobule de l'oreille, mutilation 
plus anodine, est commune à tous les Khis des deux sexes. Elle se 
pratique au cours de la seconde enfance, au moyen d'une fine 
baguette de bambou. L'orifice pratiqué est progressivement agrandi , 
et l'élégance consiste à y loger Tobjet cylindrique le plus volu- 
mineux possible : rondelles de bambous, feuilles d'arbres roulées, 
noyaux de fruits, morceaux de métal, boulettes en étoffe. Notre 
civilisation a ajouté à cette liste les bouchons de bouteilles de 
Champagne et les boites d'allumettes suédoises qui jouissent d'une 
faveur marquée. Il arrive quelquefois que le lobule transformé en 
mince bourrelet annulaire, oiï pourrait être enchâssée une de nos 



— 3/iA — 

pièces de cinq francs, »e. rompt et pend en deux tronrous. (^est la 
un accident dont souffre la coquetterie du Khâ. Je me suis attirt* 
quelquefois de vives sympathies en rétablissant par une suture 
Tanneau charnu primitif. 

Braceku et colliers. — Les bracelets et les colliers mobiles de 
métal en cuivre, en argent ou en or, sont répandus partout. Chez 
les Djaraïs, les femmes portent les bracelets de la cheville au jarret 
et les hommes du poignet au coude. Les colliers en pierres diverse- 
ment colorées, auxquels nous avons apporté le perfectionnement 
des perles multicolores, sont aussi très estimés. Les goûts sont diffé- 
rents : telle verroterie qui sera recherchée dans un village n'aura 
aucune valeur dans le village voisin. 

Enfin les fleurs, les plumes des oiseaux fixées dans les cheveux, 
derrière Toreille, donnent des ornements d'une beauté et d'une 
fraîcheur sans cesse renouvelées. 

«r C'est par ces moyens , me disait après une longue conversation 
sur ce sujet, le Khamchongsa, vieillard vénérable et influent de la 
tribu des Nia-Hœun, c'est par ces moyens que les jeunes gens 
cherchent à se plaire. N'en est-il pas de même chez vous??». Mais 
oui, le goût de la parure est le même, dans son principe, à travers 
les temps et les pays. Il est l'expression de ce besoin qu'éprouvent 
les êtres de sexe différent, de dissimuler les défectuosités phy- 
siques ou de mettre eu relief les formes harmonieuses pour se rap- 
procher le plus possible d'un idéal de beauté, variable avec les 
milieux, dans un but plus ou moins conscient de séductiSn char- 
nelle. C'est un des facteurs de la reproduction. Ne nous étonnons 
pas trop de la cruauté des Khâs qui liment les dents et enserrent le 
cou dans un collier de cuivre. Nos jeunes femmes ne se déforment- 
elles pas par le corset, devenu, d'appareil de contention utile, un 
véritable instrument de torture ? La perforation des oreilles n'a-t- 
elle pas été longtemps en honneur chez nous? £t quelle difiérence 
cxiste-t-il entre les colliers mobiles des Khâs et les nôtres, si ce 
n'est la qualité du métal et des perles et leur disposition? 

MOYENS D'EKISTBNGB. 

Feu. — Nous avons vu à propos des caractères physiologiques, 
quelle était la nourriture des khâs. Nous connaissons leurs habita- 



— 3/i5 ^ 

lions, leurs vêtements. Il nous reste à rechercher maintenant 
comment ils se procurent ces moyens d'existence. 

De nos jours, les tribus les plus arriérées obtiennent du feu par 
la percussion du silex contre un morceau de pyrite de fer ou de fer 
métallique. Ce procédé s'est substitué partout à celui du frottement 
de deux morceaux de bois, qui semble avoir été le premier en date. 
Mais tous les Khâs savent encore employer ce moyen sur une ba- 
guette de bambou bien sec; ils pratiquent une encoche en V, sur 
laquelle ils frottent une autre baguette plus fine. Au-dessous de 
ces baguettes, ils répandent quelques brins d amadou, de paille 
très fine ou de raclure de bambou bien sèche qui s^enflamment aux 
petites particules de braise rapidement obtenues par le frottement. 
C'est la méthode du sciage. Dans les villages , ils allument rare- 
ment le feu, qui est entretenu sous la cendre dans tous les foyers. Les 
allumettes leur causent une vive admiration; elles constituent pour 
les Laotiens qui les achètent dans nos grands centres, un produit 
d'échange très avantageux. 

Poterie. — Les Khâs se procurent par des échanges des récipients 
de fonte, de cuivre ou de fer, qui présentent l'avantage de la solidité. 
Ces marmites, venues de Chine ou d'Annam, sont uu des principaux 
éléments de la fortune d une famille. Les Djaraïs fabriquent des pots 
en enroulant autour d'un moule des boudins de terre argileuse 
qu'ils modèlent avec une petite massue de bois, pour donner une 
épaisseur uniforme à la paroi du vase. La cuisson de cette poterie 
s'opère dans des moules de balle de paddy qui brûlent très lente- 
ment. Mais dans les villages les plus reculés, chez certains Lovés, 
par exemple, les grands récipients sont faits d'un tronc d'arbre 
creusé, et les petits ovec des morceaux de bambous de fort calibre. 
Les aliments cuisent dans des récipients de bois dur, qui peuvent 
être mis plusieurs fois sur le feu, ou dans des bambous qui ne 
sont utilisés qu'une fois. Le transport des liquides se fait presque 
exclusivement dans des tubes en vannerie. L'usage des paniers de 
vannerie, rendus imperméables par l'application d'une résine, 
répandu chez tous les Laotiens, est connu de beaucoup de tribus 
Khâs. 

Outdê de tiniastrie primitwê. — Les outils indispensables aux 
besoins les plus pressants de la vie sont peu nombreux. Dans presque 
tons les villages j'ai trouvé des outils de pierre taillée et polie; ils 



— 346 — 

ne scmt pas Tœ^fre des habitants aettiels du paya ebez iaaquela en 
les trouve. Les khâs prétendent que ce sont des arnifs a^ee lesqoetles 
les génies bons etmadf ais règlent letirs différends. Elles dessineraient 
dans Tair, en tombant sur la terre, des éelain^ l'omparablea k eeiiK 
qni annoncent le tonnerre. Aussi, leurs tertns sont^elles préeiensea, 
et ces tesliges d'un antre ège sont gardés dans les maisons eomme 
porte^faonbeur. Souvent, ils sont placés dans les greniers à rit , pour 
les pfot^er contre Tincendie^ Leur nombre est eonaîdérable sur 
fous les points du Laos. 

Beaucoup plus rares sont les instruments de bronse : j'ai en grand' 
peine k me procurer quelques échantillons de bâches et de pointes 
de flèchoi Khâs et Laotiens leur donnent la même origine miracn-» 
leuse qu'aux outils de pierre. 

Le fer a pénétré aujotird'hui dans toutes les tribus kbâd. Le 
minerai se retrouve partout au LaoSi Les Gédangs, tribu da Ba»«- 
Laoa^ qui habitent sur le versant occidental de la chaîne dftnami- 
tique, traitent le minerai à la mode catalane; c'est un de leurs prin- 
cipaux produits d'échange. Les négociants laotiens, annamites ou 
chinois, importent chez les t^hâs le fer en barre ou les sabres, les 
haches, les bêches, dont la valeur très élevée, il y a quelques 
années, a rapidement baissé. Les instruments de fer ont rendu plus 
facile la fabrication des ustensiles faits avec le bois, qui est la 
matière premîore la plus fréquemment utilisée. 

AGRIGILTURR. 

Agriculture, — La richesse de la végétation dans les forêts du 
Laos fournit à ses habitants une nourriture variée et facile. Les 
bambous, dont les jeunes pousses sont pour les Européens un lé- 
gume agréable; les bananiers, dont les bourgeons sont comestibles 
et les fruits savoureux; les jacquiers, avec leurs fruits volumineux et 
nutritifs; les baies de toutes sortes, les tubercules sans nombre, 
les champignons et toutes les plantes comestibles qui couvrent ce 
sol inépuisable sufliraient, au dire des khâs, à les nourrir pen- 
dant deux du trois ans, si, pour une raison quelconque, ils devaient 
vivre exclusivement de produits naturels. Beaucoup de tribus ont 
du faire oette expérience, après des récolles mauvaises, lorsque des 
guenrea intestines les avaient empêchées de cultiver le sol, lorsqtle 
le bétail avait été rassié ou massacré. Cette alimentation naturelle 



— 3A7 — 

abondanle permet au Khâ, de ménager ses eflbriâ, de n'entre- 
prendre qne des cultures rudimentaires. 

Le$ raïs. — \A seale véritablement importante est eelle du riz. 
Le Khâ ne fait pas de riiièrea eomme TAnnamite^ le Cambodgien, 
le Lftirtien, le Birman, ses voisins. Il sème le ris en mdnlagno) re 
mode de culture porte le nom de rat; A la fin de la saison des 
pluies, les notables du village ehoislssent sur le flade d'une hauteur 
une sutface dé forêt suffisante pour produire la quantité de grains 
nécessaire à la rie des habitants. Les hommes valides procèdent 
immédiatement au débroussailiement ; les arbres gigantesques ^ les 
fourrés impénétrables , tombent en quelques jours sous le sabre 
d'abatis. Le Khâ est un bûtiheron extraordinaire; Dans ce travail de 
déboisement, il déploie une habileté et une activité merveilleuses. 
Lorsque ce premier labeur est accompli, tout le village prend 
quatre ou cihq mois de repos pendant lesquels le soleil brûlant 
dessèche eet amas de broussailles et de trônes d'arbres abattus^ En 
avril, on met le feti sous le bois mort, et la montagne s'éelaire 
d'immenses incendies. Dans la nuit, les flammes jettetit des lueurs 
rougeâtres sur le vert sombre des masses compactes environnantes 
et les détachent en ombres chinoises fantastiques sur le ciel. L'in- 
cendie dure plusieurs jours. Le sol se recourre d'une dpaisse 
couché de eendres grises que les premières (iluies font pénétrer 
dans la terre. Alors les habitants valides du village se portent sur 
l'emplacement mis à nu; ils construisent des abris improvisés 
qu'ils habiteront jusqu'à la récolte. L'espace destiné à la culture 
est entouré de broussailles épaisses, et les semailles colnmencent; 

l* rit. — Les femmes armées d'un bâton pointu font, espacés 
de m. 3o, des trous à fleur de terre dans lesquels elles laissent 
tomber detix ou trois grains de rit. Et c'est tout. Lés pluies ^ tous 
les jours plus abondantes, arrosent le champs Le ris pousse, les 
épis so foifment , se dorent. Le cultivateur n'intervieht à nouveau 
que pour la moisson. En octobre, il coupe les épis; Les femmes 
font les gerbes dont elles chassent les grains en les frappant sur le 
sol. Les hottes se remplissent et le riz, muni de sa balle, est porté 
dans les greniers du village. Dès lors, le raï est délaissé jusqu'à 
Taiinée suivante. Il (rffre de loin l'aspect d'un cimetière de village 
absudonné : les troncs des gros arbres coupés à un mètre du sol et 



— 348 — 

perdus dans les herbes folles, semblent être les croix brisées de 
tombes depuis longtemps oubliées. En pays khâ, on traverse des 
étendues de montagne considérables dévastées de cette manière. Un 
raïesl ensemencé pendant trois ans, api*èsquoi la terre, qu^aucun 
détritus n'enrichit plus, que les pluies lavent, devient stérile. Des 
plantes grêles poussent de-ci de-là. Les terres qui ne sont plus re- 
tenues parles grands végétaux glissent dans les ravins, et le roc est 
mis à nu. De petits arbustes malingres s'étiolent désormais sur ce sol 
qu'ombrageaient naguère les géants majestueux de la grande forêt. 

Le riz des raïs est du riz gluant. Quelques Mousseux du Haut- 
Laos cultivent seuls le riz blanc sec. Les femmes décortiquent les 
grains au moyen d'un pilon à main qui frappe dans un mortier de 
bois. Les grains décortiqués sont mis dans un entonnoir de van- 
nerie un peu lâche qui bouche l'ouverture d'une marmite d'eau 
bouillante. La vapeur d'eau qui se dégage et le pénètre suflSt à la 
cuisson. Quand le riz est cuit, il est pétri en boules de la grosseur 
d'une tête d'enfant nouveau-né, et chaque boule est enfermée dans 
des paniers cylindriques de même volume. Quatre ou cinq cents 
grammes suffisent à l'alimentation. Les Kbâs ne connaissent pas la 
meunerie. 

Parmi les produits de la forêt, ils ne conservent que les bananes 
en petite quantité. Les fruits sont fendus dans le sens de la lon- 
gueur, séchés au soleil et fortement comprimés dans des tubes en 
bambous bien bouchés. Les bananes ainsi préparées rappellent et 
remplacent très bien les figues sèches. 

Les KhAs ne sont pas prévoyants. Ils ne récoltent que la quantité 
strictement nécessaire pour les semailles suivantes, la consommation 
annuelle et les échanges indispensables. Ils ne soupçonnent pas 
l'utilité des greniers de réserve. Aussi la famine les surprend-elle 
fréquemment. Ils sèment dans les raïs pour varier leur nourriture, 
quelques plants de maïs, des cucurbitacées dont les fruits fournissent 
des récipients commodes, de l'indigo pour les teintures et du tabac. 
Quelques tribus du Nord cultivent le thé en petite quantité pour le 
mélanger au tabac. 

Le tabac. — Les feuilles de tabac hachées en menus filaments se 
fument dans la pipe et en cigarettes. La pipe est, de beaucoup, le 
mode le plus répandu. Elle est communément en bois de bambou 
ou en bois dur plus ou moins habilement travaillé. Les pipes métal- 



— 349 — 

liques apportées par les Chinois sont très recherchées. Les cigarettes 
sont roulées avec des feuilles de bananiers séchëes ; elles affectent 
la forme de troncs de cône très allongés, dont le petit bout se met 
dans la bouche. La femme fume autant que Thomme, et il n'est pas 
rare de voir la pipe paternelle à la bouche des plus jeunes marmots. 
Les vieux fumeurs mettent au fond du fourneau de la pipe une 
boulette de filaments de bambous, très souple, qui s'imprègne 
plusieurs jours durant de nicotine et accentue la saveur du tabac 
dans la chique. 

Vin de riz. — Les Khàs ne connaissent pas le café; ils n emploient 
pas le thé comme boisson. Ils préparent une liqueur excitante par 
Talcool qu'elle contient, le vin de riz. Une jarre de bois ou de terre 
est remplie aux deux tiers de grains de riz non décortiqués et for- 
tement humectés deau. Au bout de quelques jours, dès que la 
fermentation commence , Torifice est solidement bouché avec de 
Targile. Quand une occasion se présente , la jarre est mise en perce ; 
les buveurs aspirent le liquide au moyen de tubes longs et minces 
en bambous. Cette boisson capiteuse rappelle d'assez loin le goût 
du cidre. La jarre de vin de riz joue chez le Khâ le rôle rituel du 
calumet de paix des Indiens de rAmérique. Elle est la garantie de 
rhospitalité amicale et de ia confiance réciproque. 

Chasse. — Mais si la forêt donne à ses habitants un sol riche 
qui fournit, sans être travaillé, des récoltes abondantes, elle abrite 
dans ses profondeurs des animaux qui viennent le leur disputer et 
contre lesquels ils doivent se défendre. 

Les oiseaux, après les semailles, grattent le sol pour déterrer les 
graines; avant la récolte, ils coupent les épis. De tout temps, les 
singes en colonies nombreuses, animaux destructeurs par excellence, 
capables de dévaster en quelques instants des cultures immenses, 
sont une menace redoutable. Les cerfs, les daims, les sangliers 
trouvent dans les raïs des pâturages délicats. Tous ces animaux 
s'habituent rapidement aux mannequins que le vent agite, aux 
clochettes de bois employées pour les éloigner. Les amas de brous- 
saille forment une barrière insuffisante à leurs incursions. L'emploi 
des pièges, en détruisant un certain nombre d'ennemis, a l'avan- 
tage de procurer une nourriture facile. Tantôt ce sont des pieux de 
bambous finement appointés et durcis au feu sur lesquels viennent 



— 350 — 

s embrocfaer ies maraudeurs de grande (aille eii essayaot de forcer 
la haie. Tantôt ce sont des trappes habilement dissimulées. Les 
lacets réussissent surtout eonire les oiseaux et les petils quadru- 
pèdes. Un des pièges les plus ingénieux consiste dans une îranche 
d ai%re ou de bambou fortement tendue et eourbée vers le soi par 
une corde fixée à fleur de terre au moyen d'un système de dédan- 
chetnent très sensible. A mi-lougueur de cette corde est attaché so- 
lidement un nœud coulant dont Tanse s'évase au-desstts dju dédan- 
chement sur lequel sont placées quelques boulettes de ris. L'animal, 
pour manger le riz, frotte le sol avec son museau, fait jouer le dé- 
danchement. La branche d'arbre se redresse alors brusquement, et 
l'asjtnal est. enlevé en fair, pris par le cou. Les systèmes sont, du 
reste, variés à l'infini et nous n'avons rien à apprendre à ces pri- 
mitifs dans la construdion des engins de diasse* Le moyen le meil- 
leur de protéger leurs récolles est encore la surveillance de tous 
les instants (}ii'ils exercent sur les raïs surtout la nuit, à la 
lueur des felix allumes dès le crépuscule, fl est un ennemi contre 
lequd aucune défense n'est possiMe, c'est le rat. Quand H traverse 
en bataillons serrés et innombrables un raï en culture, il laisse le 
désert derrière lui. Tous les moyens échouebt devant le flot sans 
cesse accru : ni barrières, ni pièges, ni flèdies rie sauraient l'ar- 
rêter. C'est une des calamités les plus justement redoutées dans le 
pays. Elle est plus fréquente dans le Nord que dans le Sud. 

Le Khâ est un excellent chasseur. Les armes sont les mêmes 
pour la cbasse et pour la guerre : arc et flèches empoisonnées dans 
toutes les tribus, fusil à pierre parmi ceHes qui sont eu contact 
avec les Laotiens. Nous les étudierons avec tous les détails utiles à 
propos de la guerre. Il attend le gibier à fafllàt, ii le poursuit à la 
trace dans la forêt, il le traque en battues. A l'affût, il esiidle, 
pour attirer le cerf, à imiter le cri de la femdie au moyen d'une 
feuille d'arbre pliéo en deux et dont il met les deux bords Irbres 
entre les lèvres. L'imitation est à ce poin^t parfaite que non seule- 
ment los mdles ariivent à son appd, mais le tigre lui-même se 
laisse prendre au subterfuge. Au lieu de se présenter comme le 
cerf qui va au but sans méfiance, le tigfe s'approdie, en diasseur, 
sans bruit, pour surprendre sa proie et quelquefois il tombe sur 
rhomme, victime de sa virtuosité. 

Le tigre se rencontre sur tous les points du Laos. Dans cer- 
taines régions, il crée un danger redoutable. ToiHes les nutU», H 



— 351 — 

vient rod«r dans \m viUages, et ies habitants terrifies sont eon- 
dnomés à s'ulmner im crépiMciile à Tanbe. H est rare de reneon- 
trer des individus blessés par le tigre; #a blessure est presque 
toMjwirB mortelle par riëfection dont se cenpiiquent les plaies. 
Lee Khât n'iiésîtent pas h tuer ce fauve raaigiHJ le respect qu'ik 
pf)»fiesaent pour lui et les fimnules ée dféCéreaoe qu'ils emploient 
pMir déaîgaer le mgneur tigre. Les os, les ongles, les dents, les 
poils des moustachas sont des porte-bonheur dont ils aiment k 
orner leurs bijoux. 

GMKne tous les primitifs, le KbA a une conBaissanee parfaite 
bien 4|u'inconscîenie d« milieu dans lequel il vit. Les moindres 
bruits de (a ferét, les traces les plus légères sur les sentiers ont une 
signification pour lui. Et comme il est capable d une patience in- 
lassable et d'une souplesse physique simienae, il «st pour ies ani- 
maux qui vivest du même sol que lui, un adversaire dangereux. 

U suit pendant de longues heures les ti^apeaux de cerfs, de 
baeufs ou de buflles sauvages, les surprend au repos etfirappe 
d'une flèche empoisonnée le gibier qu'il choisit. Sous 1 aiguil}<m de 
la douleur, le Messe Cuit épeidument dans les bois jusqu'au mo- 
méat oà le ptHson agit et le terraase. Le chasseur le auit, sans 
hâte, aux empreinites qu'il laisse sur la terre, aux herbes folies 
qu'il a couchées, aux branches qu'il casse, certain de le retrouver 
agonisant ou mort. Dès qu'il tient sa victime vaincue, il lui coupe 
l'oreille et Toff^re en hommage au génie de la foret. Quelquefois il 
jointe celte offrande les organes génitaux de l'animal. 

Les Khâs s'attaquent rarement aux grands animaux» éléphants, 
rhinocéros, que les Laotiens, au contraire, viennent chasser dans 
leurs pays. Les hoeufe et les buflles sauvages sont déjà pour euxuu 
gros gibier. Le cerf et le sai^lior ont ses préférences avec les 
lièvres, les agoutis, les singes, les écureuils, les bétes de plumes, 
coqs, paons et tous les petits animaux qu'ils atteignent plus fa- 
cilement. La cfhair du sanglier est la plus recherchée. Ils se la pro- 
curent en grande quantité par des battues d'une nature spéciale. 
Les plus fins limiers repèrent avec soin l'habitat de quelques 
familles de sanglier. Sur une grande circonférence autour de la 
rq^ou marquée, ils allument simultanément de grands feux qui 
forment de toutes parts une barrière de fumée et de flamme. Les 
sangliers eflrayt's, ne trouvant pas d'issue, se réfugient au centre 
de IVnromto laissée libre. Toute la population du village se porte 



— 352 — 

alors sur les lieux, resserre le cercle autour des sangliers étroite- 
ment parqués, tend des filets aux principaux passages, embusque 
des chasseurs aux meilleurs endroits. 

Puis femmes et enfants vont de tous côtés, battant les buissons, 
poussant de grands cris, dans le refuge forcé des sangliers qui 
s'enfuient de toutes parts. Les malheureux animaux affolés s'en- 
travent dans les filets où ils sont massacrés à coups de lances, sont 
percés de flèches par les chasseurs postés et, le soir venu, on 
compte jusqu'à cinquante et quatre-vingts têtes de sangliers au 
tableau. Ces chasses miraculeuses sont de grandes fêtes pour le 
village et toute la contrée. Les festins se succèdent et les garde- 
manger se remplissent pour quelque temps. La viande est dé- 
coupée en fines lanières, passée au feu très vif et séchée au soleil. 
Cette préparation constitue un mets dont notre cuisine tire un 
parti agréable. Les morceaux de qualité inférieure sont piles dans 
un mortier avec du piment et du sel et conservés dans des tubes 
en bambou. Ces conserves, d'un genre primitif, ne tardent pas 
à dégager une odeur fétide tout à fait répugnante. 

Enfin, il faut citer comme produits occasionnels de la chasse 
les serpents, les lézards, les fourmis, les insectes de toutes sortes 
qui, suivant les circonstances, varient Talimentation. 

Pêche, — La pêche dans les torrents auprès desquels les 
Khâs construisent leurs villages fournit un produit moins abon- 
dant, mais plus régulier et plus facile à prendre que celui de la 
chasse. Les engins les plus communs sont les nasses de rotin en 
entonnoirs ou en sabliers, les filets en forme d'éperviers. Ils pra- 
tiquent la nuit une poche originale. Dans les endroits oi!l Teau 
claire et peu profonde court sur un gravier brillant, le pêcheur 
s'avance la nuit venue, tenant dans la main gauche une torche, la 
main droite armée d'une lancette en bambou de longueur variable. 
Un poisson apparalt-il sur le gravier, il est transperce aussitôt 
avec une sûreté de main étonnante. Ce procédé fructueux est en 
honneur partout. Une partie du poisson se mange à Tétai frais. 
Le reste, finement pilé avec du sel et du piment, est conservé 
dans des tubes de bambou. Cette préparation est le principal 
condiment de la cuisine khà. Elle constitue avec le riz la base de 
l'alimentation et le plus souvent la nourritre quotidienne exclusive. 

Domestkatnm el élevage des animaux. — Le mode de culture en 



— 353 — 

usage chez les Khâs, leur mode de transport à dos d'homme ne 
nécessite Temploi d'aucune béte de somme ou de labour. 

Cependant certaines tribus dans le Haut et surtout dans le Bas- 
Laos élèvent les buffles, les bœufs et les chevaux. Le buffle est 
considéré comme un animal dont le sacrifice est agréable aux 
génies. Il sert aussi, comme le bœuf et le cheval, de produit 
d'échange. Il est étrange que les Khâs, si peu soucieux, d'améliorer 
leur existence primitive, se soient préoccupés d'une domestication 
aussi peu facile s'ils ne se sont pas trouvés autrefois dans la néces- 
sité de l'entreprendre. Ne pourrait-on pas voir dans ce fait anormal 
la continuation d'habitudes anciennes datant du séjour des Khâs 
dans les plaines du Mékhong? Le porc et le poulet sont les véri- 
tables animaux domestiques de toutes les tribus. Les chiens, peu 
nombreux, semblent leur venir des Laotiens. Les chats, dont la re^ 
production est si rapide, retournent presque tous à l'état sauvage. 
Quelques singes vivent heureux d'une douce captivité. D'ailleurs, 
l'élevage consiste uniquement à éviter la dispersion des troupeaux 
dans la forêt et à les garder des fauves. 

Induitries. — L'industrie des Khâs est rudimeiitaire. Ils fabri*' 
(|uent eux-mêmes les objets peu nombreux nécessaires à la vie. Ce 
sont des vanniers habiles qui travaillent avec goût le bambou et le 
rotin; les hottes, les poncées, les nattes sont solides et parfois élé- 
gantes. Les hommes fabriquent les métiers à tisser, les instruments 
de guerre ou de chasse. Les femmes filent le coton et tissent les 
étoffes grossières nécessaires à la famille. Le métier à tisser se 
compose simplement de deux traverses de bois entre lesquelles 
sont tendues deux séries de fils à travers lesquelles passe la navette 
maniée à la main. Le coton de ces habits est, en général, coloré 
en bleu; sur ce fond se détachent quelques rayures blanches, 
rouges ou jaunes. Ces teintures prennent rapidement par le lavage 
une teinte fanée. La teinture bleue s'obtient par la macération des 
feuilles d'indigo dans l'eau. Les Cédangs fondent le fer d'après la 
méthode catalane; ils le forgent pour la fabrication des armes. 

Enfin sur les cours d'eau qui présentent des alluvions aurifères, 
les Khâs consacrent quelques mois de la saison sèche au lavage 
des sables. Ils recueillent de petites quantités de poudre d or. La 
région on ces orpailleurs sont le plus nombreux est la proviuro 
d'\Uoj)eu, dans lo Bas-Lnos. 



a54 - 



CHAPITRK VII 

\lk; FAMILIALE. 



jMabiage et situation sociALK DE LA FEMME : Rapport des sexes a\anl le mariais ;- 
Endogamie par rapport ft la tribu; - Polygamie; - Divorce; - Adultère. — 
Lm invANTs iT LIS vitiiXAWi : Nausance; * Noms; - fehieatioa; - Raqiecl 
de6 vieillards. — La mo^t : KiUerreineBti - SépMliuraa; - Oiî{|iiie du «uile 
des morts. 



MARIAGE £T SITUATION 80GIALE DE LA FEMME. 

HajpporU Jkê texe$ avant le mariage. •— * Dans les tribus khâs du 
Haut-Laoft et dans le plus grand nombre de celles du Bas-Laos, les 
jeunes gens, garçons et filles, habitent la maison paternelle jusqu^au 
jour où ils fondent une famille nouvelle. Ghes lee Cédangs et les 
Rognaos du Bas-Laos, les garçons se retirent la nuit dans une grande 
maison située au milieu du village. Aucune tradition connue 
n'indique que la virginité de la femme soit exigée par le mari, lin 
grand nombre de mariages s'accomplissent dès Tapparition d'une 
grossesse qui témoigne des engagements pris à Tavance par les 
intéressé. Les relations sexuelles semblent donc pouvoir s^établir 
de bonne beni*e. Mais le mariage régulier n^est célébré que lorsque 
la jeune fille est nubile, cest^à^ire vers la quinzième année. 

Endogamie. — Les mariages se contractent eolre individus de la 
même tribu, et encore les unions se font^elles le plus souvent dans 
le même village ou eniré villages voisins. Sur le plateau des Bolovens, 
par exemple, aux limites des territoires occupés par les Bolovens et 
tes Nia-Hcaun, il se trouve que certains villages de ces deux tribus 
sont plus rapprochés qu ils ne le sont des villages do la tribu à 
laquelle ils appartiennent. Aucun uiariage ne se produit cependaut 
entre eu]^. Chaque tribu jalouse de conserver le caractère qui lui 
est propre veille rigoureusement à ce qu il ne soit pas altéré par un 
croisement quel qu il Koit. Le métissage de tribu à tribu ne s'opère 
que par les femmi^s esclaves a la suife d'une guerre , jamais par 
conseulement réciproque. Il résulte de ces unions contractées entre 
g<»is d'un même village ou de villages voisins appartenant à la 
même tribu que tous les habitants d'une région sont parents. Cette 
consanguinité doit a>oir une influence bonne ou mauvaise sur 



— 355 — 

rëvolttiioo de la race. Gerlaios usages, qui oui acquis force de loi, 
tendraient à prouver que les diverses tribus ont constata les mau- 
vais effets des mariages entre parents trop proches. C'est ainsi que, 
si une femme a deux filles et deux fib, les enfants de ses filles ne 
pourront pas se marier entre eux, tandis que les enfants des fils 
seront autorisés à le faire. Mais les enfants des filles ne pourront 
pas épouser les enfants des fils. Cet usage, qui interdit les unions 
entre cousins germains parles femmes, montre que les Khfts con- 
sidèrent l'apport de la mère dans Thérédité comme plus considé- 
rable que l'apport du père. 

Pob/gmme. — Le plus grand nombre des Khâs sont monogames 
parce qu'ils sont misérables et que le nombre des filles balance 
sensiblement celui des garçons. Dès qu'un événement heureux per- 
met à un d'entre eux d'avoir plusieurs femmes, il devient aussitôt 
polygame. La pdygamie est donc la base de l'institution matri- 
moniale. Lorsqu'un jeune homme veut obtenir la main d'une 
jeune fille, ses parents font la première démarche et débattent avec 
les parents de la jeune fille l'indemnité pécuniaire que ceux-ci de- 
vront toucher. Toute approximation en monnaie de noire pays de 
ia valeur de celte indemnité est un peu arbitraire. Le plus souvent 
elle eat constituée par des produits en nature ; par exemple un 
buffle, deux porcs, deux marmites de cuivre constituent une dot 
très convenaMe qui vaudrait cinquante francs de notre argent. 
Elle peut être inférieure à cette valeur, rarement supérieure. A la 
date fixée pour le mariage, le fiancé se présente chez sa jeune 
femme et remet, en présence des parents et amis conviés à la 
Doee , la somme convenue. La cérémonie est très simple. Les nou- 
veaux époux écoutent les conseils judicieux que les personnes 
d'âge leur donnent. Un repas copieux est servi, arrosé de vin de 
ris, et tandis que les invités boivent encore dans la maison des 
lietuxrparents, le jeune mai'ié entraîne sa femme sous le toit qu'il 
a conatruit pour labriter. Si le mari n'a pu verser complètement 
l'indemnité fixée d'un commun accord, il habite chez les pèi*e et 
mère de sa femme jusqu'à ce qu il ait payé ou qu'il ait fourni uu 
travail équivalent à sa dette. 

De cette manière, le mari dédommage la famille de sa femme 
de ia perte qu'il lui occasionne en ia privant des services qu'elle 
rendait. Le prix de ces S(.*rvices ne va pas à la femme, mai» ù si^s 



— 356 — 

parents, mattres de l'enfant quils ont mis au monde. Sons le toit 
conjugal, la femme mariée devient rhnmble esdave de son mari. 
C'est elle qui assure les travaux les plus mdes; elle descend au 
torrent chercher Teau nécessaire au ménage , elle va dans la forêt 
couper le bois, elle décortique le riz, elle prépare les aliments, 
elle s'occupe des animaux domestiques, elle tisse les étoffes ponr 
les vêtements de la famille et pour les échanges utiles au bien- 
Hre général. A la saison des raïs, elle accompagne son mari, le 
seconde dans le travail de débroussaillement, sime les grains, 
surveille la récolte, fauche les épis, bat les gerbes, pcM^te le riz au 
grenier. De temps en temps, elle met au monde un enfant quelle 
nourrit et élève sans s'affranchir de ses occupations habituelles. 

Cependant le mari se tient dans son rôle de défenseur du foyer. 
Il assiste avec calme aux efforts debéte de somme que sa femme ac- 
complit pour subvenir à tous les besoins matériels. Mais qu'il soit 
nécessaire de faire un effort dans l'intérêt général de la famille, 
du village ou de la tribu, l'homme, l'arc et le carquois à Tépanie, 
lo sabre à la main, abattra la forêt voisine, atteindra les fauves 
dans leurs repaires, poursuivra sur le sentier de la guerre l'en- 
nemi commun. 

La femme préparée par l'éducation à ce rôle pénible accomplit 
courageusement sa lâche. Qu'il vienne au mari le désir de loi ad- 
joindre une compagne, elle ne s'opposera pas à une collaboration 
précieuse. D'autant moins que, dans tous les peuples polygames 
d'Extrême-Orient, la véritable maîtresse du foyer est la femme 
épousée eu premières noces. Son autorité est reconnue sur toutes les 
épouses que la volonté du mari amènera sous son toit. En droit, 
son consentement est nécessaire à la célébration du mariage. Dans 
la pratique, elle ne lo refuse jamais. La place que la nouvelle 
épouse prend dans le lit conjugal est largement payée par le travail 
dont elle assumera désormais la part la plus grande. Les veuves, 
parnît-il, trouvent très facilement à se remarier, ce qui prouve- 
rait, en raison de la rapidité avec laquelle les femmes perdent leur 
jeunesse et leur charme sous Tinfluence du travail forcé et des 
maternités pénibles, que le choix est restreint pour les aspirants 
au mariage. 

Divorce, — Si la femme accepte l'autorité du mari, elle n'en garde 
pas moins le droit de rompre les liens qui l'unissent ii lui. Le divorce 



— 357 — 

par consentemeal réciproque ou sur la demande d'un seul con- 
tractant est dans les usages, L^boinuie n'a aucun intérêt au divorce: 
la femme représente un capital considérable difficile à renouveler. 
La femme, au contraire, peut avoir à se plaindre de la somme 
énorme de travail qui est exigée d'elle; elle est entraînée au divorce 
lorrH|u elle eatrevoit la possibilité d'un établissement meilleur. Les 
anciens du village écoutent les doléances et fixent les compensa- 
tions nécessaires à une rupture. Si les deux époux sont d'accord , 
ils reprennent leur liberté en se partageant les enfants; la m^re 
prend les plus jeunes et le père confie à ses parents les aines. 
L'époux fait-il opposition à la demande de sa femme, celle-ci doit 
rembourser tout ou partie de la somme qui a été versée par le mari 
avant le mariage. Est-ce au contraire la femme qui refuse la sépa- 
ration, le mari doit lui laisser ses bijoux et payer une indemnité 
qui n'excède guère en nature une vingtaine de francs. 

Aduhàre, — Le divorce est rarement la conséquence de l'adultère. 
L'épouse outragée porte plainte devant le conseil des anciens. Si 
c'est le mari, il peut répudier sa femme et la voir condamnée soli- 
dairement avec son amant à une forte amende. Dans le cas où le paye- 
ment n'est pas effectué, il peut exiger la vente à son profit, comme 
esclaves, des deux coupables et même la peine capitale. Quand il 
les surprend en flagrant délit, il a le droit de les tuer. 11 n'arrivt' 
généralement pas h ces moyens extrêmes et il se contente de gar- 
der sa femme en exigeant de l'amant le payement d'une forte 
somme. La femme répudiée peut être condamnée à épouser aus- 
sitôt son complice. Si, au contraire, c'est le mari qui ait été in- 
fidèle, la famille de la femme reçoit une indemnité et celle-ci peut 
demander le divorce. Dans le cas où la complice du mari est 
mariée, les deux coupables se trouvent dans la situation indiquée 
plus haut. La complice est-elle une jeune fille, sa famille a droit à 
une indemnité. La peine de l'csclavago ou de la mort que le mari 
outragé a le droit de réclamer n est jamais exigée dans la pratique. 

Et tout se termine d'ordinaire par des indemnités matérielles. 

• 

LES ENFANTS ET LES VIEILLARDS. 

Naiuance. — Une naissance est un sujet de joie pour la famille 
et le village. L'accouchement se fait rapidement , d'ordinaire sous la 
surveillance d'une vieille parente. En attendant l'heureuse délivrance 



— 358 — 

de la femme , les jeunes gens se groupent sur la place du village et 
devisent gaiement. Tout le monde prépare la fête pour le soir. Les 
porcs et les volailles sont dépecés, les jarres de vin de rit pré- 
parées. Survient-il une complication imprévue, un sacrifice aux 
génies est aussitôt décidé. Ce sont d'abord des œufs qui sont offerts 
à la divinité peu favorable, puis par gradation un poulet, un porc, 
une chèvre, un buffle enfin. Dans certaines tribus du Sud, pen- 
dant Taccouchement, le village est consigné et le sacrifice du 
buffle est fait dès le début du travail. Les jeunes gens armés d'arcs 
et de flèches tirent sur le malheureux animal attaché jusqu'à ce 
qu'un trait mortel le fasse rouler sur le sol. Alors le vainqueur se 
rend auprès de la parturiente et lui adresse des encouragements 
assaisonnés de farces un peu lourdes qui font la joie des assistants. 
Lorsque l'enfant a vu le jour, Tallégresse ne connaît plus de bornes, 
les danses, les chansons, rendues de plus en plus gaies par lee 
libations, se prolongent quelquefois pendant plusieurs jours. Si le 
nouveau-né est un garçon, la famille est fière de posséder un 
mâle qui deviendra un défenseur de la tribu. Si c'est une fille, 
c'est un capital d'une grasse valeur dont s'enrichit la mnison. 
Au moment des relevailles de la femme, une nouvelle fête réunit 
le» amis. 

Ntms, — Ce n'est qu'à l'âge de deux ans qu'un nom est donné à 
Tenfant dénommé jusque Ih con nih traduisible en français par le 
mot familier bébé. Les noms auraient une signification se rapportant 
à l'avenir heureux de leurs propriétaires. Leur choix est un événe- 
ment dans la famille. Le sorcier est convoqué avec tous les person- 
nages importants du villsge. La discussion s'engage sur les circon- 
stances dans lesquelles a eu lieu la naissance, sur les événements 
accomplis depuis ce jour. Enfin , un nom réunit les suffrages. Il ne 
reste phis qu'à consulter les génies. Le sorcier retire du petit autel 
sur lequel poulet, bananes, eau parfumée ont été disposés pour 
eux, un bol contenant dos grains de riz. Il les retire deux par deux 
jusqu'à ce que le bol soit vide. Si à la fin, il ne reste qu'un grain 
de riz dans la tasse, les génies désapprouvent, tout est à recom- 
mencer. S'il reste deux grains et que par conséquent le nombre 
de grains soit pair, les dieux sont favorables et le nom est définiti- 
vement accepté. Mais qu'une maladie survienne peu après et la 
question du nom est remise à l'étude. Le sorcier trouve toujours 



— 359 — 

quelques bonnes raisons pour expliquer que la faveur des génies se 
soit détournée du jeune enfant. Sa science ne saurait être mise en 
cause. H donne une consultation nouvelle dans les mêmes conditions 
et le nom est changé. 

ÉittcaHùn. — Cependant Tenfant grandit. Dès quMl sait marcher, 
il joue sous les pilotis de la maison avec les animaux domestiques. 
Vers cinq ou six ans, il commence à s'exercer aux travaux de la tribu. 
Garçon, il suit son père à la chasse, à la pêche; il joue avec de petits 
arcs h sa taille; il apprend à se familiariser avec les bruits de la forêt; 
il connatt les végétaux utiles et petit à petit, il natt à la vie d'homme. 

Lea filles restent, au contraire, avec leur mère; elles s'occupent 
des enfants plus jeunes qu'elles; elles aident au ménage jusqu'au 
jour où elles suivent leurs maris pour fonder une famille nou- 
velle. Les Khâs n'ont^as d'écriture; ils ne connaissent pas la 
mesure du temps. Leur instruction se borne à recueillir pour le 
transmettre h leurs descendants l'empirisme des ancêtres. Les en- 
fants grandissent tout naturellement dans la vie commune sans 
être soumis à une discipline quelconque, sans recevoir de correc- 
tions. Le përc, maître absolu de sa famille, commande et chacun 
obéit sans résistance en vertu d*un atavisme séculaire. 

Rêiped dei wcitlards, — En avançant en âge , le pfere de famille 
devient dans la tribu un sage conseiller et il est entouré de considé- 
ration. Il doit cependant reconnaître l'autorité des chefs jeunes que 
la guerre ou quelque événement important a mis en vue. La force 
physique et l'nudace priment chez ces batailleurs impulsifs la sagesse 
et l'expérience. Du reste, les vieillards sont peu nombreux. La mort 
qui frappe cruellement sans distinction d'âge et de sexe ces popula- 
tions misérables ne permet pas à l'adulte une bien longue course. 

LA MORT IT L8 GULTB DtS MORTS. 

Enterrement», — Les Khâs ne brûlent pas leurs morts comme les 
Laotiens. Ils les enterrent. Un décès vient-il k se produire, la famille 
se répand en lamentations. Les amis accourent. On procède à la toi- 
lette du mort qui est dtapé dans une pièce d'dtoife; la tête seule, les 
yeux ouverts, reste à nu. Puis le cadavre est roulé dans une forte 
natte, ficelée avec du rotin. Les notables sont placés dans des cer- 
cueils, faits des deux moitiés d'un tronc d'arbre creusées et lutées 



— 360 — 

avec do la ivsine. Lorsque le corps est mis on biore, on le garde dans 
la maison de un à Irois jours. Sans cesse les parents ol les amis 
veillent sur le cercueil. Ils chantent, presque sans interruption, 
un air funèbre composé d'un thème très court. Ce chant extrême- 
ment monotone dit la louange du mort. Il produit sur les étrangers 
qui passent une très vive impression de tristesse. Enfin, au jour 
marqué, le cercueil est porté à quelque distance du village dans 
une fosse d'un mètre de profondeur que Ton remplit de terre. 

Sépultures, — L'ornementation du tombeau varie avec les tribus. 
Les Nia-Hœun font autour de la tombe une barrière de bambous de 
un à deux mètres de haut et ils enfoncent dans la terre de petites 
lancettes de bambous acérés qui en défendent l'accès contre les san- 
gliers et les chiens sauvages, violateurs de sépultures. Ils déposent 
sur la terre du riz, du poulet, des fruits pour l'âme du mort jus- 
qu'au moment où ils jugent que , délivrée de la tombe , elle vient 
habiter sous le toit familial. Les Bulovens construisent, au centre 
du cadre en bambou qui entoure le tombeau, une maisonnette 
où ils suspendent de petits bibelots sculptés, poissons, volailles, 
buffles et bœufs, des paniers d'aliments, riz, poulets, viandes, 
fruits que les oiseaux et les singes font disparaître régulièrement, 
des vêtements, le plus grand nombre des objets nécessaires à la 
vie. Des tiges de bambous ornées d'oriflammes multicolores attirent 
de loin l'attention. Les regrets que laisse un mort se mesurent aux 
sacrifices que fait sa famille pour orner son tombeau. Un admi- 
nistrateur me racontait que, trouvant un jour sur sa route un chef 
khâ, presque nu et grelottant de froid, il lui demanda quelle était 
la cause de sa misère : crJe n'ai plus rien, lui répondit-il, j'ai porté 
tout ce que je possédais sur la tombe de ma femme t). 

Culte des morts, — Dans le Bas-Laos où les usages khâs se sont 
conservés avec beaucoup plus de pureté que dans le Nord, le culte 
des morts est en honneur dans toutes les tribus. Chez quelques-unes 
d'entre elles, il a fait naître l'art de la statuaire primitive. Les Khâs 
Taboï de la rive droite de la Sékong, les Kontau de la rive gauche, 
les Rognaos et d'autres tribus de la province du Darlak ont de véri- 
tables cimetières. Les tombes sont entourées de troncs d'arbres sur 
lesquels se dessinent grossièrement la silhouette ^de femmes ac- 
croupies, les coudes sur les genoux, les mains ouvertes couvrant 



— sel- 
les yeux, les cheveux épars dans une attitude de douleur et de dé- 
solation (Lieut.-CoL Tournier, Notice 9ur k Laos Jrançais). Parfois 
ces sculptures sur bois, à peine ébauchées, représentent par des 
organes génitaux maie et femelle le contraste de la nature toujours 
féconde en face de la mort inlassable. Quelles que soient la forme 
et Tornementation en usage, les tombes dans le cadre majestueux 
de la forêt produisent une vive impression. Les soins naïfs dont 
elles sont entourées manifestent le trouble profond de Thomme, 
même le plus primitif, en face du problème de la mort. 

La pensée, chez le Khâ, ne se transmet ni par Técrilure, ni 
par Tart. L'empirisme grossier qui lui sert de science de la vie 
lui vient tout entier de Tancétre. Et même après que celui-ci 
a cessé de vivre, après que son corps en putréfaction a été ense- 
veli dans la forêt, il continue à habiter avec ses enfants dont 
tous les actes sont guidés par son enseignement. Il est bien là, au 
foyer familial, le protecteur, Tami, le conseiller prudent et sage. 
Aussi, la surprise douloureuse de la séparation passée, la famille 
qui croyait Tavoir perdu à jamais le retrouve au milieu d'elle. Le 
fils aîné, héritier par la force physique et par Tàge de Tautorité 
paternelle, présente des œufs, des volailles, des fruits sur la porte 
de la maison pour inviter son père, sous cette forme matérielle de 
rhospitalité, à revenir habiter définitivement sous son toit. Et c'est 
à partir de ce moment que la tombe est abandonnée. Le mort vit 
d'une vie nouvelle par le souvenir de ses actions et il vit avec d'au- 
tant plus d'intensité que son r61e a été plus actif et plus utile. La 
pensée n'a point suivi le corps dans sa décomposition organique. 
Elle plane, impalpable, sur tous ceux qui, trouvant en elle une 
satisfaction sentimentale ou utilitaire, entretiennent son souvenir. 
Elle restera pour ceux-là immortelle, puisqu'elle ne périra qu'avec 
eux et sans qu'ils s'en rendent compte. Mais comme toute force, 
capable d'engendrer un acte utile, peut aussi se montrer nuisible, 
il conviendra de ne rien faire qui soit de nature à contrarier cet 
esprit du mort, habitant du foyer. Il faudra même chercher à lui 
plaire en flattant ses goûts. L'imagination aidant, sous l'influence 
des sentiments attendris, du respect ou de la crainte que provoque 
le souvenir des parents disparus, on voit s'établir un ensemble de 
conventions et de pratiques destinées à honorer leur mémoire. 
Tous les membres de la famille, selon leur importance et leur 
passé, ont pris successivement leur place sur l'autel d'où ils dispa- 



— 362 — 

roltront chacun à leur tour éloignés et remplacés par les nouveaux 
venus. Le culte des morts est créé. F^es esprits des ancêtres iront se 
joindre aux génies de la montagne, de la forêt, de la chasse, etc., 
pour commander aux phénomènes naturels dont le Khft ressent les 
bons ou les mauvais eflets. 



CHAPITRE Vlil. 

VIR SOCIALE. 
DtrtiKlNGBS I^E MOBViS RMtRR tB8 Knk^ DU NORD ET GKDt BD MiDI. — ObgAMI- 

sATioN icoHoMiQOK. Formes de la propriété : collective, familiale, lodividuêHe. 
- Esdavago pour d«Uei et esclavage de guem. — OadAinaATioli sogulb t La 
tribu : ses chefs. - Le passé des Kbâs raconlé par les Laotiens. - Événemaata 
conlemporains. - La tribu, unité sociale de la race. - Le village. * Le conspîl 
des anciens. — Mobalb sociale et justice. - Morale utilitaire. - Religion. - 
Dinig et Galam. •« Ordalies. « Solidarité, politesse et hospitiHté. — RaLATtoirs 
t>AGif iQORs BT GQRRBiiRBS» •*- Gooimerce. " Moyens de coimnanication. «> Guerre : 
armes, tactique, poisons de flèches. 

Au cours de la description de la vie matérielle et familiale des 
Khâs, nous avons constaté que les tribus du Haut- Laos ont conservé 
les bases de Torganisation commune h la race tout entière, mais 
que beaucoup d'usages sont chez elle en voie de disparition. Les 
tribus du Bas-^Laos gardent plus fidèlement les traditions dont 
répanouisKement marqua la période ta plus brillante de l'évolution 
de ces peuplades. Si tous les Khis actuels sont des descendants 
dégénérés de leurs ancêtres , ceux du Nord ont subi , socialement , 
une décadence plus rapide que ceux du Midi. Les Khâs, venus du 
Sud, mieux adaptés aux climats chauds qu'aux pays, un peu froids 
en hiver, où ils se sont installés dans le Nord , ont peu souffert 
cependant de cette différence des climats et Taction du milieu a 
été sur eux peu considérable puisque physiquement ils ne présentent 
pas une dégénérescence plus sensible que celle des Khâs du Midi. 
Au contraire TinRuence des peuples que les hasards des migrations 
leur ont donnés comme voisins , a lourdement pesé sur leur évolution. 
Dans le Moyen-Laos, dans les provinces du Camnion et de Son 
Khône, les Khâs, nous Tavons vu, ont fui les relations trop immé* 
diates que Annamites h TFst, Laotiens et Siamois à TOuest, tentaient 



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iiout la maison. Les amendes 
sociales, qui font loi, obligent 
n esclavage. Les sorciers, appelés 



— 3(J/i ^ 



ORGANISATION EGONOIIIQI R. 



Formes de la propriété. - Propriété collective. — La forme de la 
propriété dépend du mode de travail et des moyens de production. 
Les Khâs présentent à la fois les formes, colleclive, familiale, indi- 
viduelle de la propriété collective, par la tribu et le village. La 
tril)u conquiert et sauvegarde le territoire sur lequel elle vit dissé- 
minée. Les villages se distribuent le sol, assez vaste et assez sauvage 
pour que la répartition se fasse sans querelles d'intérêt. Chaque 
village exploite en commun Tétendue de terrain capable de nourrir 
ses habitants. Le sol, les instruments de travail, la récolte, les pro- 
duits des échanges qu'on en retire sont communs. Communs aussi 
les produits de la chasse, de la guerre, et de la grande industrie 
comme la préparation du fer, Torpaillage des sables aurifères. Au 
partage chaque habitant, quelle que soit sa situation, reçoit la part 
qui lui revient égale pour tous. Le chef du village touche en outre 
de chacun des habitants une fraction de leur part qui constitue une 
réserve pour les offrandes aux génies, pour Thospitalité aux voya- 
geurs. Ce partage s'effectue avec une minutie étonnante. S'agit-il 
d'un cerf tué à la chasse, les parties de l'animal de valeur comestible 
inégale seront coupées en menus morceaux pour que tous les inté- 
ressés aient des lots de qualité et de quantité à peu près les mêmes. 
Ce travail considérable se fait en général gaiement et les réclama- 
tions sont rares. 

Propriété familiale. — La famille possède son habitation, les ani- 
maux domestiques et le mobilier sommaire d'usage commun à ses 
divers membres. Elle s'enrichit du produit des travaux qui s'exé- 
cutent à son foyer : c'est au sein de la famille que se fabriquent les 
jarres, les vêtements. Et dans celte industrie prennent naissance 
les différences les plus sensibles dans la situation de fortune. Une 
famille nombreuse qui comprend beaucoup de filles parvenues à 
l'état adulte est évidemment favorisée du sort puisque la femme est 
le facteur principal de travail. 

Propriété individuelle. — Cette propriété est restreinte aux bijoux, 
aux pipes, aux armes dont la fabrication est due à l'ingéniosité de 
chacun. Mais elle peut s'accroître par le prêt en nature que Tindividu 
fait à son semblable sur les rations qui lui sont attribuées. 



— 365 - 

Esclavage pour dettes, — Un Khâ emprante-t-il à un habitant de 
son viHage du riz, des vêtements, une valeur quelconque de la pro- 
priété individuelle ou familiale, il s'engage j^ rembourser ce prêt à 
une date fixée d'un commun accord. L'échéance arrivée, si le 
payement n est pas effectué, il devient avec sa femme et ses enfants 
la propriété de son créancier qui , par contre, se charge de Tentretien 
de toute la famille. Il lui doit son travail et celui des siens jusqu'à 
concurrence du montant de sa dette. Le débiteur est devenu «r esclave 
pour dettes n. L'esclave pour dettes redevient homme libre dès qu'il 
s'est acquitté. L'affranchissement est très lent en raison de la faible 
estimation de la valeur du travail. Le labeur d'un homme vigoureux 
pour un an est évalué au prix de sou entrelien plus l'équivalent en 
nature de cinq francs de notre monnaie. La moindre dette nécessite 
donc plusieurs années de servage. Si le maître n'est pas satisfait de 
son esclave, il a le droit de le vendre dans la tribu, pour la valeur 
de la dette un peu majorée. Chez son nouveau propriétaire, l'esclave 
conserve tous ses droits primitifs. Dans aucun cas il ne peut être 
vendu sur le marché des esclaves en dehors de la tribu. Cette situation 
ne revêt point le caractère d'inhumanité que nous donnons au mot 
d'«r esclavage y>. Sans doute elle est une forme de l'exploitation de la 
misère. Un individu qui perd sa liberté la recouvre rarement et il 
faut quelquefois plusieurs générations pour qu'une famille se libère. 
Mais, au foyer du maître, il partage le plus souvent ses repas, 
il s'associe à ses travaux , il vit de la vie commune de la tribu , il 
conserve ses droits sur sa famille. Il est rare qu'il subisse de mau* 
vais traitements dont il peut se plaindre aux anciens du village. 
Les femmes sont défendues contre les abus d'autorité. Une esclave, 
violentée par son maître, est de ce fait considérée comme quitte de 
sa dette et affranchie. Mais tandis que Tesclave mêle ne se livre 
qu'aux travaux des hommes, la femme esclave assume les besognes 
les plus dures du travail écrasant réservé aux femmes dans la 
maison qu'elle sert. Dans un pays où la propriété individuelle de 
la terre n'existe pas, la fortune est représentée par le nombre et par 
la force des bras qu'un individu peut faire travailler. Tous ceux qui , 
par un heureux concours de circonstance, peuvent rendre des ser- 
vices matériels aux voisins moins heureux sont à TaffiUde ces prêts 
dont le non-payement enrichit rapidement la maison. Les amendes 
pour les infractions aux conventions sociales, qui font loi, obligent 
souvent les coupables a se mettre en esclavage. Les sorciers, appelés 



— 366 — 

à décider de la gravite de certain» manquemeats, exploitent cruel- 
lement cette situation contre le» pauvre» et le» faible», éternelles 
victimes de tou» le» états sociaux. 

Bêdamge de guerre. — Trë» différente est la condition de Tesclavc 
de guerre. Le» Khâs sont batailleurs ; Tappât du butin qu'une guerre 
heureuse rapporte les pousse à faire de» razxias sur le» lerriloires 
voisins. LesCédonga, par exemple, sont connus pour les rapts fré- 
quent» de femme» et d'enfants qu'ils font subira la population 
annamite. Les esclaves de guerre omstiUiaieot autrefois un produit 
d'échange de grande valeur. Le» femme» surtout étaient recherchées. 
Les grand» marché» d'esclaves du Laos, celui de Sierapang sur la 
Sékong, étaient le rendex-vou» de toutes le» trihu» environnante». 
Les malheureux esclaves sans espoir aucun d'affranchissement étaient 
traités comme des être» productif», mais inférieurs au niveau social 
de la tribu. J'ai soigné plusieurs Annamites, volés dan» le jeune âge 
et grandis au milieu des populations Khâs. Tous gravement frappé» 
par le paludisme chronique, présentaient un tableau lamentable de 
déchéance physique. L'Administration française, en supprimant au 
Laos la traite des esclaves, en contraignant les tribus soumises à son 
influence à la paix» a heureusement transformé cet état de choses. 
Les tribus indépendantes, dont les acte» sont gênés par notre contrôle 
tous le» jours plus proche, ne tarderont pa» à abandonner com- 
plètement cette pratique barbare de Tesclavage de guerre, qui est 
une des angoisses les plu» poignantes de leur vie tourmentée. 

ORGANISATION SOCIALE. 

La h-ibu, — Cette organisation économique des khâs est la bast' 
de leur organisation sociale. Les individus réunis en famille se 
groupent étroitement autour du chef de la maison; les familles le 
plus souvent parentes, dont les intérêts commuas touchent aux 
condition» les plus immédiates de la vie, constituent Tnnité solide 
du village, sous la direction des chef» de famille; les village», ainsi 
constitué», rapproché» par une origine des coutumes, des beaoins 
et des aspiration» commune» forment la tribu dont les intérêts sont 
réglés par le conseil des chefs de vilhige. 

La tribu est donc composée par la réunion d'un certain nombre 
de villages, dont chacun a sa vie propre, mais qui tous habitent 
le même territoire et sont susceptibles de s unir pour une action 



— 367 — 

commuue. Les lieufi qui raltachent les villagos entre eux sont moins 
liuissaots en apparence que ceux qui unissent les familles dans un 
même village parce que les intérêts qu'ils sauvegardent sont plus 
rarement en jeu« Mais leur existence se manifeste dans les aoles 
essentiels de la vie : Mariage autorisé senlement entre les villages 
d'une même tribu, défense du territoire commun > guerre offimsive 
contre les tribus voisines, révolte contre Topprassion. 

On peut, avec vraisemblance, se deasander s'il n'existerait pas 
entre les villages constituant la tribu, un lien d ordre superstitieux 
un tatam, que je n'ai pu retrouver parce que ma curiosité éveillait 
la défiance, mais qu^un hasard pourrait révéler aux observateurs 
attentifs. 

Les chefs, — Lorsqu'un événement important émeut la tribu 
tout entière, les anciens du village se réunissent et délibèrent lon- 
guement Les décisions se prennent à Tamiable. En principe tous les 
représentants des villages sont égaux. Mais en réalité, les plus riches 
et les plus forts physiquement l'emportent dans le débat. Ce rtaines 
tribus reconnaissent l'influence d'un chef. Chez les Nia-Hœnn , par 
exemple, le Khamchongsa , beau vieillard de soixante-dix ans, est le 
conseilter inspecté de la tribu. Il n'a sur elle aucune autorité ma- 
térielle et son action morale, appuyée sur une famille nombreuse et 
riche, se borne à trancher les litiges délicats. Ce pouvoir limité peut 
être méconnu par quiconque se refuse à l'accepter. C'est ee quMl 
m'exposait lui-même avec bonhcHuie, durant les deux jours pendant 
lesquels il m'accompagna sur le plateau des Bolovens. «r Cependant, 
chexles Djaraîs, dit le colonel Tournier (Noikê sur U Ims Frm- 
im), on rencontre deux véritables rois : l'un porte le titre de Roi 
du Feu et l'autre celui de Roi de TEau. Ils exercent de plus un 
véritable pontificat, car tous les Khâsde l'Ëxtréme-Sud les recon- 
naissent comme cbefs religieux et leur envoient à ce titre un tribut , 
même ceux qui sont soumis à l'influence des missionnaires de 
Kontoum. Très obéis, très écoutés et très redoutés, ils sont consi- 
dérés comme les descendants des anciens rois du pays. Il y n 
quelques années, le roi du Cambodge leur envoyait encore des 
présents annuels en souvenir des services que ces chefn KhAs lui 
avaient autrefois rendus et ceux-ci dans leur vanité et leur igno- 
ranee inconscientes prétendaient que c'était li un tribut qui leur 
était dû.n 



— 368 — 

Ces rois du Feu et de TËau sont -ils réellemeat des descendants 
des anciens rois du pays et peut-on admettre qu'à une époque très 
ancienne les tribus Khâs étaient groupées en un seul et même 
peuple, sous la direction d'un chef unique? Les Khâs n'ont pas 
d'écriture. Ils ne connaissent pas la mesure du temps Les récits de 
chasses et de guerre, qu'ils disent quelquefois, les mythes qu'ils 
cachent jalousement n'ont pas de date même approchée. Les tribus 
qui, depuis un siècle, ont changé d'habitat ont déjà perdu le 
souvenir de leur migration. Leur histoire reste donc enveloppée 
d'une obscurité complète. Les légendes laotiennes, l'histoire des 
luttes soutenues par les Laotiens contre les Khâs dans ce dernier 
siècle, les événements auxquels nous assistons depuis une dizaine 
d'années, sont les seuls éléments d'appréciation et de critique que 
nous possédons. 

Le passé des Khâs raamté par les Laotiens. — Les Laotiens con* 
sidèrent les Khâs comme les premiers habitants des plaines du 
Laos. Ils auraient formé autrefois un grand empire qui soutint des 
guerres glorieuses contre les puissances voisines. Le plus célèbre 
des rois qui présidèrent à ses destinées, Thao i Chuong Loun, 
d'après un manuscrit que le second roi de Luang-Prabang a bien 
voulu mettre à ma disposition, régnait sur le Muong Kha Say, 
pays qui constitue aujourd'hui la partie du royaume de Luang- 
Prabang situé sur la rive gauche du Mékong. Avec l'aide de chefs 
de Muong La Na (Birmanie, États Schous, Sip Song pan nas) il 
s'empara de Muong Prakhan (Annam)et de Muong La Nam Heun 
Hin (Anko Vat) dans une guerre de longue durée où il trouva la 
mort. Les grandes jarres en pierre qui ont attiré l'attention de 
tous les voyageurs sur le plateau du Tranninh auraient été construites 
à cette époque pour contenir les réserves d'alcool nécessaires aux 
armées khâs en route pour l'Annam. Quatre rois khâs se seraient 
succédé sur ce trône de Muong Kha Say. Le dernier de ces rois 
eut à supporter le choc de l'invasion thaï. Chassé de la vallée du 
Mékong, il se retira sur les hauteurs. C'est à cette époque que 
remonterait le morcellement des Khâs en tribus distinctes dans les 
montagnes où ils auraient fui les envahisseurs. Cette légende per- 
mettrait de supposer qu'il y eut à une date très reculée des rois 
khâs exerçant sur des régions très étendues du Haut-Laos Tautorité 
que les loi.sdu Fuu et de l'Eau, à une date plus récente, exerçaient 



— 369 — 

sur le BaS'Laos. Maûs est-il bieo cooforme à l'évoiation historique 
quun peuple» barcetë par un ennemi redoutable, ae divise en 
petits groupes, continuant à vivre sur un même territoire, e&poséi 
h étro suceesaivement vaincue sans effort, au lieu de se grouper plus 
étroitement auprès de son chef pour opposer, par Tunion, le 
maûmum de résistance ? 

minemmtê amiempwainê. — Nous savons d'autre part que, il 
y a une soiiiantaioe d'années, tes diverses tribus du plateau des 
Bolovens envahirent dans une action commune la vallée de la 
Sédone et vinrent menacer le grand centre laotien de Bassac sur le 
Mékong. En 1901 1 le soulèvement des Kbâs Bolovens, Soubés, 
Alaks sur ce même plateau montra comment, sous le comman- 
dement effectif de chefs religieux, exploités peutr-étre par des mécon- 
tents, les tribus kbâs savent s unir pour la guerre et marcher k la 
mort avec un aveu^ement fanatique qui peut faire croire k une 
discipline raisonnée. Le plus influent de ces chefs. Bac Mi dit Ong 
Keo, était un Khâ de la tribu des Ngé. Il parcourait tout d*abord 
le pays comme sorcier, pratiquant la médecine et accompliasaBt des 
curea prétendues miraculeuses. C'était le « poumiboun «, celui qui 
apporte le bonheur. 

Peu à peu, il prit sur ces populations un tel ascendant que 
TAdministration française se préoccupa des conséquences possibles 
de son influence. Mais, aussitôt, tout le pays se trouva en armes, 
les villages furent désertés, les femmes et les enfants se cachèrent 
dans la forêt tandis que les hommes descendaient vdans le sentier 
de la guerre V). Une pagode s'éleva oà tous les villages apportaient 
leurs offrandes. Bac Mi fut roi. Sa parole ae rencontrait pas un 
incrédule. Personne ne doutait, sur son affirmation, qœ les balles 
des miliciens conduits par les Français se changeaient en fleura de 
fraogipMiiera au contact des amulettes qu'il distribuait aux guer*- 
rien. Noua retrouvions dans les villages qu'ils évacuaient préeipi- 
tanuBent, il rap()roche de nos troupes, un nombre considérable de 
bougies de cire d'abeilles, en faisceaux ou demi-brûlées, témoins 
dea fètea religieuses qui se célébraient partout oà passait le pov* 
mibouD ou ses envoyés. La population laotienne, dle-même, ae 
(If^mandait si, après tout, ce sorcier n'avait pas quelque pouvoir 
surnaturel. Que serait-il advenu si notre intervention n'avait tué 
dans Tœuf l'iniluence de cet homme? M aurait-il pas lui aussi 

GéoGRiPHiE, N" 2. — lyo'i. ah 



— 370 — 

groupé, pour un certain temps, des forces considérables, qui au- 
raient constitué une puissance avec laquelle les voisins auraient 
dû compter? Cet ëvénement tout récent, dont l'intérêt est considé- 
rable en ce qui concerne l'interprétation de Thistoire des Khâs, 
montre que les tribus sont susceptibles d'abandonner, par des in- 
fluences politiques ou religieuses, leur individualité, pourse grouper 
sous Tautorilé d'un chef unique. Mais, les raisons qui avaient pro- 
voqué cette union cessant d'exister, chaque tribu a repris sa vie 
propre, pour réparer dans le calme de la paix les maux terribles 
que la guerre déchaîne sur les populations primitives. 

La tribu, unité sociale de la race. — 11 est donc vraisemblable 
d'admettre que la tribu est bien l'unité sociale de la race khâ. Les 
rois khâs du Hau^Laos, comme les rois du Feu et de l'Eau du Bas- 
Laos, ont été des chefs occasionnels dont le règne eut une durée 
variable, dont le prestige a survécu plus ou moins longtemps aux 
événements qui l'ont fait naître. Les Khâs, d'origine indonésienne, 
se sont déplacés du Sud au Nord sous la forme sociale du grou- 
pement en tribu. Mais les tribus si fréquemment en guerre les unes 
contre les autres, pour des intérêts particuliers, se rapprochent 
instinctivement pour se défendre contre l'ennemi commun. 

Conseil des anciens, — Dans la tribu, chaque village a sa vie 
propre. Les chefs de famille, maîtres sous leurs toits, décident 
ensemble des intérêts communs à tous. Parmi eux , il en est un 
qui représente le village aux yeux des étrangers. C'est d'ordinaire 
le plus riche. 11 n'a aucune autorité matérielle en dehors de sa 
propre famille. Il n'ordonne rien sans l'approbation du conseil des 
anciens. S'agit-il de discuter de la paix ou de la guerre, du chan- 
gement d'emplacement du village, de l'organisation d'une grande 
chasse, son avis peut être combattu par tous et il est sans cesse 
exposé à perdre sa prépondérance au profit d'un orateur plus 
heureux. Le conseil des anciens s'occupe de tous les détails de la 
vie matérielle que nous connaissons déjà ; il peut avoir à régler les 
conflits de la vie familiale, il est le détenteur des conventions 
sociales, il est eu même temps le justicier et tout ce qui a trait au 
culte des génies est soumis à son contrôle. 



371 



MORALB SOGULB ET JUSTICE. 

Morale utilitaire, — Les Khâs ont une morale utilitaire. Ils ne 
disent pas d'un acte qu'il est bon ou mauvais en soi, ils le dé- 
clarent simplement utile ou nuisible à Tintérét public ou privé. Un 
crime, contre la communauté est considéré comme beaucoup plus 
grave que le même crime commis contre Tindividu. Une action est 
d'autant plus coupable qu'elle toucbe davantage h la vie maté- 
rielle. Les greniers à riz, propriété communale, sont déclarés 
inviolables et placés sous la sauvegarde de tous; le riz, constituant 
la base de Talimentation, est le bien le plus précieux du village : le 
vol de riz, dans les greniers, est puni de mort. D'individu à indi- 
vidu, le même vol n'est frappé que d'une amende. De tous les 
attentats à la vie familiale, l'adultère est considéré comme le plus 
criminel puisqu'il la frappe dans ses sources. Nous avons vu, 
({u'en principe le mari outragé peut exiger la mort ou la vente 
comme esclaves des coupables; dans la pratique, il considère le 
dol comme parfaitement réparable : l'amende et l'esclavage pour 
dettes lui suflBsent. Enfin, l'assassinat est le dommage le plus 
grave contre l'individu. Il frappe secondairement la collectivité. Il 
n'est puni que de l'amende : c'est le prix du sang. Mais ce prix 
est élevé; il atteint jusqu'à deux ou trois cents francs, et la famille 
de l'assassin est responsable du payement sur sa liberté. Toute 
la série des fautes qui se placent entre ces trois formes essen- 
tielles, pour le Kbâ, de la criminalité sont passibles du dédom- 
magement pécuniaire. Lorsqu'un individu est incorrigible et con- 
stitue un danger pour le village, il peut être condamné à mort. 
Mais l'exécution est tout à fait exceptionnelle. Le coupable est 
vendu comme esclave dans une tribu voisine. Ainsi la communauté 
se débarrasse d'un être nuisible et elle bénéficie du prix de la vente 

Ces actes, considérés comme criminels lorsqu'ils intéressent le 
village ou les groupements voisins liés par l'amitié, deviennent, 
au contraire , méritoires lorsqu'ils sont accomplis aux dépens des 
étrangers ou des ennemis. Le vol, l'assassinat, le faux serment sont 
alors de bonne guerre et suscitent Testime et le respect. La mo- 
raie sociale est donc un moyen de défense des individus contre les 
individus soumis aux mêmes conditions d'existence dans l'ensemble 
des circonstances essentielles de la vie. Elle se transmet sous forme 
de traditions orales que les pères enseignent à leurs enfants, et 

ah. 



— 372 — 

ces traditions seraient très simples si elles ne se compliquaient 
pas du lourd bagage des fautes contre les pratiques religieuses. 

Reliffim. *^ Je ne dirai quun mot de la religion, sur laquelle 
je reviendrai plus loin avec détails. Les Khâs ont un culte pour un 
certain nombre de génies qui représentent la volonté agiasante dans 
les phénomènes naturels utiles ou nuisibles dont ila subissent les 
efl'ets. Ce sont : raï h6, te génie de la forêt; rai pan, le génie de la 
chasse, etc. Le sorcier est le prêtre de cette religion. Ses arrêts font 
loi. Et il complique à Tenvi les prescriptions qu'il proclame indis- 
pensables à la vie normale du village. La tradition s'empare des 
usages ainsi établis, et le Khâ se trouve dans l'inquiétude constante 
d'y manquer. 

Dieng el Cakm. -— L'ensemble de ces usages, interdictions 
d'accomplir certains actes à des moments déterminés, obligations 
de certaines manifestations à heures fixes, constitue la eoulnnie 
du ((Dieng 7) dans le Bas-Laos, connue dans un grand nombre de 
tribus sous le nom de «Calam^. C'est le tabou des Polynésiens. 
Toute infraction au dieng est une faute très grave qui entraine de 
fortes pénalités. Lorsqu'un village, après l'épuisement des terres, 
se transporte sur un autre emplacement, tous les villages en- 
vironnants sont prévenus. Personne ne doit traverser lu roule 
que parcourent les habitants du village, en cortège, pour se rendre 
à leur nouveau domicile. Le malheureux qui s'égarerait sur le sentier 
suivi aurait gravement offensé les génies, et il payerait de sa 
liberté son erreur involontaire. Une femme accouche- 1« elle dans un 
village, rentrée du village est consignée; aucun étranger à la tribu 
ne peut pénétrer dans l'enclos. Il est interdit de tuer tel ou tel 
animal i la chasse quand le vent souffle dans un certain sens. Un 
Khâ ne peut prendre l'initiative d'accomplir un acte, inconnu jusque- 
là, sans que le conseil du village ait jugé sileealamnedoitpasêln? 
prononcé. C'est ainsi que lorsque je parcourais le plateau des Bo- 
lovens pour recueillir des mensurations anthropométriques, certains 
villages se refusaient a tout examen, tandis que d'autres s'offraient 
volontiers au compas, en échange de perles et d'étoffe d'andrinople 
rouge, agréables s^s doute aux dieux. Cette coutume complique 
exlraordinairement l'existence qui serait si 8im[de chex res pri- 
mitifs aux mœurs palriareales. 



- 373 — 

Parfois, ils en font un singulier usage. Il m'est arrivé de de- 
mander en arrivant dans un village si je pourrais trouver du riz, 
des poulets, nécessaires au ravitaillement de mon personnel. A 
peine avais-je ouvert la bouche que le (t calam^ fatidique retentissait. 
Mais quand je sortais de ma poche quelques menues monnaies re- 
luisantes au soleil, ces braves gens échangeaient un regard de con- 
voitise et ils consentaient à faire pour moi une exception à la règle , 
immuable quelques secondes auparavant. 

Tout près du poste d'Attopeu, sur la Se Ramon, quelques vil- 
lages Khà Tieng ont été', il y a de longues années, affectés par un 
prince laotien, au service des pagodes bouddhiques, d'où leur 
nom de Tieng Vat(Vat = pagode). L'histoire raconte que ce prince, 
fils d^un roi de Vientiane, aimait passionnément les courses de 
pirogues. Au Laos, toutes les pagodes possèdent des pirogues de 
course, longues, eflSlées qui, les jours de fête, se disputent les 
applaudissements de la foule. Le prince d'Âttopeu provoqua les 
pagodes en un match solennel. Il ne réclamait pour ses piroguiers 
que Thonncur do vaincre, mais il s'engagait, en cas de défaite, 
à mettre sous l'autorité des pagodes les villages Tieng du voisinage. 
Il fut vaincu et tint parole. Ces Tieng ont conservé l'habitude de 
construire leurs villages en cercle, avec des palissades. Ils portent 
le costume national. Ils continuent à parler leur langue et se ma- 
rient entre eux. Mais ils ont prononcé le calam, peut-être sous la 
prudente inspiration des bonzes laotiens, sur les métaux précieux. 
Rn visitant ces villages, je rencontrais un jour un malheureux en- 
fant de cinq ans, atteint de paralysie infantile des deux membres 
inférieurs, accroupi sur le pas d'une porte. Comme il manifestait 
à mon approche une grande frayeur, je mis dans sa main une 
pièce d'argent. L'enfant souriait déjà à ce joujou lorsque la mère 
accourut, arracha brusquement la pièce de ses mains et nerveuse- 
ment la jeta loin d'elle en criant : tr calam, calam I?). Un vieillard 
khà, présent à la scène, m'expliqua qu'il était interdit à la tribu de 
posséder des métaux précieux, argent ou or; le cuivre, lefer,rétain 
étaient seuls autorisés. Je donnais alors au bébé qui pleurait quel- 
ques sous dont la mère s'empara avidement en me remerciant d'un 
sourire. Un Tieng qui posséderait de la poudre d'or ou des barres 
d'argent s'empresserait de tes porter k la pagode comme un objet 
impur dont les bonzes, sans nul doute, feraient un saint emploi. 
Cette interjection w calam t», prononcée avec une émotion respec- 



._ 374 — 

tueuse pour arrêter un acle dout les conséquences doivent être 
désastreuses, se traduit très exactement par le mot français presque 
le même : calamitë! calamité I 

OrdaUes. — L'appréciation de l'importance des délits de droit 
commun et d'ordre superstitieux appartient, avons-nous dit, au 
conseil des anciens du village qui juge d'après la tradition. Quel- 
quefois l'accusé nie sa culpabilité et il convient de le confondre 
ou de l'absoudre. Le sorcier intervient à nouveau pour lui faire 
subir les épreuves. Elles seraient assez variées. Un administrateur 
me racontait avoir assisté chez les Lovés à l'épreuve de l'eau. L'ac- 
cusé, conduit au bord de la rivière, doit plonger et se maintenir 
sous l'eau un temps donné en s'accrochant à un bambou solidement 
planté. S'il sort vainqueur de l'épreuve, l'acquittement s'impose. S'il 
refuse de s'y soumettre ou s'il remonte à la surface avant le temps 
voulu, saculpabilitéest démontrée. Convient-il de connaître laquelle 
de deux dépositions contradictoires est conforme à la vérité, les deux 
témoins plongent sous l'eau et celui qui remonte le dernier est 
considéré comme le véridique. Ce procédé d'instruction a du moins 
le mérite de n'être pas inhumain. 

Solidarité, politesse, hospitalité. — Si les Khâs ont des traditions 
relatives au moyen de se défendre les uns contre les autres, ils en 
ont aussi pour s'entr'aider. Tous les habitants viennent en aide 
à la famille qu'un accident laisse sans abri, après un orage, un 
incendie. A la guerre, à la chasse, ils se prêtent un mutuel con- 
cours. Entre eux ils s'adressent la parole sur un ton cordial. Hs 
parlent avec respect aux vieillards, mais ils ne manifestent pas 
vis-à-vis de leurs chefs la platitude habituelle aux extrêmes-orien- 
taux, lrui*s voisins, Chinois, Annamites ou Laotiens. Leur attitude 
la plus polie consiste à s'asseoir parterre, les jambes repliées sous 
les cuisses en réunissant les deux mains l'une contre l'autre par les 
paumes les doigts allongés. Aux étrangers sympathiques ils oifirent 
une hospitalité large. 

RELATIONS PACIFIQUES ET GUBRRIBRBS. 

RelatUms de voisinage, — Les khâs, nous l'avons vu, évitent le 
contact des races étrangères; même tribu à tribu, ils ont peu de 
rapports. Entre les villages les plus rapprochés d'une même tribu 



— 375 — 

s'ëUblissent les liens d'une véritable amitié. Encore cette amitié 
ne donne-t-elle lieu à aucune manifestation intéressante. Blie se 
borne à réunir les habitants qui ont a se prêter un concours mutue 
dans les actes importants de la vie familiale ou commerciale. Les 
relations que les Khâs entretiennent avec leurs voisins, leur sont 
imposées par les nécessités de Texistence : ils échangent leurs pro- 
duits entre enx ou sur les grands marchés du Laos et des territoires 
limitrophes; ce sont là des relations pacifiques, forme primitive 
du commerce. Ils se rencontrent dans les sentiers de la forât pour 
se procurer des esclaves, pour défendre leurs territoires, pour 
venger les injures faites à la famille, au village, à la tribu. Ce sont 
là des relations hostiles, forme primitive de la guerre. 

Commerce. — L'étude de la vie matérielle des Khâs montre 
quelles étaient leurs ressources naturelles, agricoles, industrieiies. 
Tous cultivent le riz gluant dans les raïs; c'est leur principal produi t 
d'échange entre eux ou avec les Laotiens. Certaines tribus fabriquent 
des étoffes, du fer en petite quantité, des objets en bambous, hottes , 
paniers, vannerie, dont le superflu trouve un écoulement facile 
dans les tribus moins favorisées. Dans le Bas^Laos les habitants de 
la Haute-Srepok construisent et descendent à Stuntreng des pirogues 
que les Chinois, les Malais, les Laotiens leur achètent. Dans le Haut 
et dans le Bas-Laos quelques tribus recueillent dans les sables 
aurifèores de la poussière d or qui est très recherchée des Laotiens. 

Par contre le sel, cet aliment essentiel, manque à l'alimentation 
des Khâs. Les Laotiens en recueillent dans des affleurements aux 
environs de Soukhone, Âttopeu, Vientiane, Luang-Prabang, ils en 
importent du dehors, et les Khâs viennent chercher sur les grands 
marchés du pays ce produit, d'un prix inestimable pour eux. Les 
métaux, surtout le fer et le cuivre, les objets fabriqués, sabres, 
gongs, marmites, les tissus laotiens ou d'importation européenne, 
les verroteries de tout genre, jouissent chez eux d'une grande 
faveur. Enfin, depuis quelques années, le plomb, la poudre et les 
fusils sont très vivement appréciés des tribus limitrophes des centres 
laotiens; chez elles les armes à feu tendent à se substituer aux arcs 
et aux flèches empoisonnées. 

Les Khâs n'ont pas de monnaie. Ils procèdent par échange et les 
commerçants laotiens, chinois ou annaoïitesexploitent méthodique* 
ment leur naïveté et leur convoitise enfantine pour les objets bril- 



— 876 — 

Iflnts et nouveaux. TantAt tes commerçanfi se rendent dans les tiI- 
lagea Khâa, lantAt ce sont ies Khâs qui descendent dans les TÎUages 
laotiens. Sur tous les points du Laos, les KhAs qui vont & la ville 
se présentent sous le même aspect. Ils marchent en file indienne, 
hommes, femmes et enfants, la hotte sur te dos, de leur pas régu- 
lier et rapide, échangeant quelques paroles brèves. Les femmes sont 
courbées par le poids, les hommes moins chargés les encadrent 
allègrement; devant eux le chef conduit la file Tare au bras et le 
sabre au côté. Aussitôt arrivés, ils se répandent dans la ville échan- 
geant leur riz au grand bénéfice des Laotiens et repartent pour 
leur montagne. Cependant la notion de la monnaie pénètre chez 
un grand nombre d'entre eux, et ceux qui payent Timpôt à l'Ad- 
ministration française aiment mieux Targenl que les produits 
d'échange. 

Quelques tribus font de Télevage : les chevaux des Rades sont 
parmi les meilleurs de Tlndo-Chine et la province de Darlak pourra 
fournir, lorsqu'elle sera tout entière venue à notre influence et 
que l'élevage sera pratiqué avec méthode , une richesse considé- 
rable. De même les KhAs ont appris, sur presque tous les points du 
Laos, À Saravane et à Attopeu, notamment, à recueillir le caout- 
chouc. Les avantages matériels que le commerce lucratif leur appor- 
tera sera peut être un des meilleurs moyens de pénétration des 
tribus qui se soustraient encore à notre action. Ces nouveaux pro- 
duits d'échange remplaceront les esclaves dont la traitée, autrefois 
le meilleur élément de richesse, est rigoureusement poursuivie dans 
toutes les parties du Laos. 

M&yeni de communication. — Les moyens de transport et de com- 
munication que nécessite un commerce aussi simple sont tout h fait 
primitifs. Tous les fardeaux se portent k dos d'homme, dans la 
hotte dont le Khâ ne saurait jamais se séparer. Les ton^ents auprès 
desquels ils bAtissent leurs villages sont ban*és de chutes et de 
rapides qui rendent la navigation difficile. Dans les meilleurs en- 
droits, ils emploient exceptionnellement les radeaux de bambous. 
Généralement ils voyagent par voie de terre, dans les sentiers de la 
forêt qui se différencient peu des passages tracés par les bétes 
fauves. Tout au plus quelques coups de sabre ont-ils abattu les 
branches les plus gênantes à hauteur du visage. Ces sentiers tor- 
tueux descendent dans les ravins^ grimpent les montagnes, sans 



— 877 — 

aucun $ouci de la ligne droite ou du moindre effort. Un eours d'eau 
se préflenie-t-il, le Kliâ le passe k gué. Ce n'est que si le courant 
est trop rapide ou que la profondeur devienne dangereuse en 
temps de crue, que les villages construisent un pont suspend)!. 
Ce pont se compose d'un gros bambou de 9o centimètres de diamètre 
qui repose tous les i o mètres dans l'angle aigu d'une liane pliée 
en forme de V. Les extrémités libres des branches du V s'atta- 
chent à deux lianes plus fortes, parallèles distantes d'un mètre 
environ et fixées à leurs extrémités à des arbres solides des deux 
rives du cours d'eau. On passe donc sur le pont en marchant sur 
le bambou et en se tenant avec les mains aux lianes qui font rampe 
parapet. Quand la rivière a une cinquantaine de mètres et qu'on 
se trouve au milieu , tout le pont se balance dans le sens vertical et 
et dans le sens horizontal. Si cette haute acrobatie est amusante, 
il faut bien reconnaître que Ton n'est certain d'arriver à bon port 
que lorsqu'on sent de nouveau sous les pieds la terre ferme. Les 
Khâs, lourdement chargés, passent sur ces ponts avec une aisance 
et une sûreté de pied vraiment curieuse. 

Guêtre, — La gueire a été, jusqu^à ces dernières années, le moyen 
pour les Khâs de se procurer des richesses faciles. Mais comme dans 
tout combat il y a un vainqueur et un vaincu, ce dernier n'oubliait 
pas le dommage subi et il se tenait prêt à mettre à profit une circons- 
tance favorable pour prendre la revanche. En pays khâ , une injure 
de village à village , de tribu k tribu ne s'oublie pas. Vingt ans , 
trente ans après , le désir de la vengeance est aussi ardent au cœnr 
des vaincus que le lendemain de l'offense. Les usages fixent à un 
prix déterminé la valeur d'un dommage, mais les partis en pré- 
sence ne s'entendent jamais et, seule, la guerre offire une solution 
qui satisfait momentanément tout le monde en donnant l'espoir de 
la victoire sans rien coûter à l'amour-propre local. La guerre, c'est 
l'espérance d'un bien-être plus grand, mais c'est aussi la crainte de 
l'esclavage, de la destruction des villages, de la spoliation et de la 
mort. De tous les dangers que la nature crée autour du primitif, 
l'homme est pour lui le plus redoutable. Aussi, d'un bout à l'autre 
du territoire immense sur lequel ils sont disséminés, les Khâs ont- 
ils vécu , et vivent-ils encore dans l'inquiétude constante d'une sur- 
prise armée des tribus voisines. Sans cesse ils se tiennent prêts à 
l'attaque ou è la dcffen^e. Le guerrier solide, habile à manier les 



— 378 — 

armes, courageux dans le danger, ingénieux diins la tactique, est 
rétre supérieur du village ou de la tribu. A travers les douleurs de 
renfantement, la mère remercie le génie de la maison si c'est uq 
garçon qu'elle met au monde. Sous Taccablement des labeurs do- 
mestiques qu'elles assument, les femmes regardent Toisiveté des 
hommes avec reconnaissance. N ont-ils pas les mains vides et le 
corps au repos pour pouvoir saisir plus rapidement leurs armes et 
s'élancer hardiment à la défense du foyer? 

Armes. — Le sabre , le poignard et la lance sont les armes en 
usage qui se manient à la main. La flèche est l'arme de jet unique- 
ment employée avant l'introduction, très récente dans le pays, du 
fusil à pierre. Le sabre se compose d'une poignée de o m. 3o 
de longueur, en cuivre ouvragé en ivoire , et d'une lame en fer de 
o m. 60 à o m. 76 de longueur, légèrement courbe, terminé le plus 
souvent en pointe, quelquefois un peu arrondie à son extrémité, et 
tranchante seulement par sa face convexe. Cet instrument, bien en 
main , est une arme de corps à corps redoutable. Le poignard a un 
manche de o m. 90 de longueur et une lame de o m. &0, droite, 
effilée, a un seul tranchant. La lance est faite d'un long manche de 
bois de 1 m. 5o à 3 mètres de longueur, de o m. 09 à o m. o5 
de diamètre, terminée à l'extrémité la plus effilée par une lame 
de o m. 3o de longueur. Cette lame terrible en pointe, est à un ou 
deux tranclianls. L'arbalète et la flèche sont d'un usage beaucoup 
plus courant que les armes de main. L'arbalète se compose essen- 
tiellemenl de deux pièces de bois dur perpendiculaire l'une à 
l'autre. La première de o m. 76 à 1 m. 90 de longueur, o m. o& de 
hauteur et o m. os d'épaisseur, dimensions moyennes. La seconde 
de même hauteur, longue de o m. 5o et ajustée de champ et per- 
pendiculairement sur la première qu'elle dépasse de o m. 10 en 
avant. Aux deux tiers en arrière de la longueur de cette pièce est 
creusée, de part en part, une ouverture dans laquelle une gâchette 
en os formant saillie aux bords supérieur et inférieur de l'orifice qui 
sert de cran d'arrêt. En arrière de la gâchette , sur la face supé- 
rieure, est ménagée une encoche dans laquelle se place la corde 
tendue de l'arc. A o m, o/i en avant de la gâchette, sur la même 
face, est creusée une rainure de o m. oo5 de profondeur, destinée 
à recevoir la flèche. La corde s'attache aux deux extrémités de la 
grande pièce de bois. Pour bander l'arc, le tireur tend la corde et 



379 — 




f^^.!!^!^!^^ 



/. Arbalète, 
Z.iA(fà^etU tt sort méeanùmc^. 
S". Tïéche enduite cfâ poison 
6. T^ormer dii^rses de Triches, 
7 Lartc&éte . 



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7 




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Arbalète, flèche Jet lancette de« Khèe. 



— 880 — 

la place en arrière du cran d'arrêt. Il fixe ensuite la flèche sur la 
rainure. Puis saisissant la branche perpendiculaire avec la main 
gauche dans son tiers antérieur, la main droite en arrière du 
cran d*arrét, Tindex sur la partie de la gâchette qui dépasse en 
dessous, il élève Tare de façon à mettre Tobjet visé, Taxe de la 
flèche et son œil sur la même ligne droite. Son index de la main 
droite fait agir la gâchette qui bascule légèrement en avant; la 
corde se détend et fait partir la flèche. Le coup porte avec précision 
jusqu à uue cinquantaine de mètres. La corde de Tare est en peau 
de buffle , en rotin et en lanières d'ëcorce d'arbre tressées. Ln flèche 
est taillée dans le bambou; la pointe affecte des formes diverses : 
sagittaire, lancéolée, à encoche unilatérale. Quelquefois, une inci- 
sion dans le bois la rend très peu adhérente à la tige, de façon à 
ce qu'elle reste dans la plaie au moindre effort de traction. La 
tige est arrondie, elle mesure de o m. &5 à o m. 65 de longueur. 
L'empenne est en fragments triangulaires de feuilles sèches de ba- 
naniers. 

Pour chasser l'éléphant ou le rhinocéros, certaines tribus 
emploient des flèches de i mètre de longueur, o m. 9 de dia- 
mètre et terminées par une pointe de fer. A signaler, enfin , un 
engin spécial et très redoutable, dont l'usage est répandu partout : 
la lancette. La lancette est une petite baguette de bambou effilée à 
ses deux extrémités, longue de o m. 3o. Les Khâs enfoncent cette 
baguette dans le sol, de façon à ce qu'elle émerge de o m. i5 et 
qu'elle soit facilement dissimulée par les herbes. La pression du 
pied dans la marche sur un de ces points suffit k le traverser de 
part en part. Cette blessure, douloureuse, donne naissance à des 
phlegmons profonds, souvent très graves. Dans les cas bénins, le 
malade est immobilisé de vingt jours à un mois. 

Tactique. — Dès que les hostilités commencent entre deux vil- 
lages, tous les sentiers se hérissent de lancettes, tandis que les arbres 
abattus barrent les routes et que les villages s'entourent de brous- 
sailles. Jamais les adversaires ne se rencontrent dans une clairière en 
bataille rangée. Leur guerre est une véritable chasse à l'homme. Us 
se postent à l'affût dans des fourrés inextricables, et ils tirent 
sur leurs ennemis k bout portant, sans que ceux-ci aient pu s'aper- 
cevoir de leur présence. Ils cherchent à se saisir des femmes , des 
enfants, dos hommes isolés, otages précieux qui enrichiront la tribu 



— 381 — 

commB esclave», si l'entente oa peut s'établir entre les villages aux- 
queU ils appartiennent. Ces guerres sont plus ineurtriir«s par 
l'existeune misiSrable à laquelle elles vouent les combattants, 
empécUée d'accomplir les travaux néeesasirei à la vie commune, 
que par les ormes primitives en usage. El cependant, ces armes 
sont empoisonnées. 

Poùotu de fiches. — J'ai recherché, dans le but de trouver un 
tiaitement à ces blessures dangereuses, quelle était ta nature des 
puibOUB employés. J'ai pu me procurer des échanlillona de poison 
Lové, Seng, Boloven , Nia-Hœun , Alak, Ngé, Kou- 
tou, Tahoï, Djoraï, Souhé, pour le Ba»-Laoe; Moua- 
acux, Kuiouti, Hocb, Lemet, pour le Haut-Lao«. 
Ces poisons sont conservés dans des tubes de bam- 
bou. Ils pr^nteot tous, à l'état frais, l'aspect de 
l'eitrul d'opium. En vieillissant, ils se desstehent 
eu blocs dont la cassure brillanle rappelle absolu- 
ment celle de l'aloès employé en pharmacie. A l'élal 
de masse molle. Us se couvrent facilemont do moi- 
siasures. Mes eipériences ont porté sur les gre- 
nouilles, tes souris, les cbiens et les boucs, ËUaB 
ont donné un premier résultat très net; tes poisons 
employés par lei» diverses tribus khâs sont au nombre 
de deux : le poison employé pu les Lovés et les 
Seng, le poison employé par les Itolovens, Nia- 
llœun, etc., tous les atilres Khâs du Nord et du 
Midi. Je les désignerai provisoirement, pour plus 
de simplicité, bous le nom de pmtoK de* Loti» 
et de pmtmt de» Bolovent, 

Poison tU$ Bohoeiu, — Cie poison, d'après tous r/^ift,.^. 
les renseignements donnés par tous les iudigùue» qui 
l'emploient, ceit citrait d'un arbre d'une vingtaine de màtres 
de hauteur, ù écorce lisse d'une couleur blnnchâtre, à feuillage 
vert foncé en forme de parasol dont les premières breuobas pren- 
nent naissance sur le (roue ù une grande hauteur. Pour obtenir 
le poison, ou fait une incision dans l'écorce et on recueille un 
ItUex blanc qui se coagule rapidciieot et prt^ud une teinle brun 
foncé.It sullirait, au dire de certain», de trempei' les ilèrbee dans 
le lale\, de lus faire sécher au soleil, de les retremper doux 



— 382 — 

fois de la même mauiëre pour être certain de les utiliser avec succès. 
D'autres porteraient le latex sur un feu doux et verseraient goutte 
à goutte du jus de gingembre sur la préparation, jusqu'à ébul- 
lition de la masse. La suite de l'opération serait la même que pré- 
cédemment. Ces renseignements sont tout à fait insuflSsantâ pour 
déterminer exactement Toriginede ce poison. Ils permettent cepen- 
dant d'émettre Thypothèse que le poison des Bolovens pourrait 
n'être autre chose que i^antiarine. 

On sait, en effet, que YAntiaris Toanearia [hmille des Artocarpées, 
groupe des Ulmacées) est un grand arbre au tronc droit recouvert 
d'une écorce blanchâtre et lisse. Pour préparer VUpas antiary poison 
végétal des iles de la Sonde, les indigènes font des entailles au 
tronc de l'arbre et recueillent le suc dans un tube en bambou. En 
se desséchant, il forme une masse brune légèrement rougeâtre. 
C'est de VUpas antiar que Caventou et Pelletier ont extrait un glu- 
cosidc qu'ils ont appelé Yantiarine, qui est un toxique cardiaque 
très violent. Le poison des Bolovens se manifeste chez les animaux par 
les symptômes suivants: lorsqu'un animal est piqué avec une flèche 
chargée d'une forte dose de poison, il ne manifeste tout d'abord 
aucun malaise. Au bout de trois ou quatre minutes, il parait 
inquiet, le rythme de sa respiration s'accélère, il se couche. La 
gêne respiratoire augmente, le blessé agit de tous ses muscles pour 
la faciliter. Le pouls se précipite. 11 est secoué de temps en temps 
par de grands frissons, suivis quelquefois deyomissements, mais il 
reste couché, les pattes en résolution musculaire complète repliées 
sous le ventre. S'il se renverse sur le dos, il a de la peine à se 
remettre sur ses pattes. Par moments, la respiration semble se ra- 
lentir pour s'accélérer de nouveau après quelques secondes. Pen- 
dant les périodes de ralentissement, il semble que la vie va 
s'éteindre. Elle reprend peu à peu pour diminuer encore. Ces crises 
se produisent de cinq à dix fois. L'animal meurt au cours de l'une 
d'elles , de dix minutes à une demi-heure après le moment où il a 
été blessé. La rigidité cadavérique s'établit très lentement. 

Pmson des Lovés, — Il ne m'a pas été possible de recueillir des ren- 
seignements sur le mode d'extraction et de fabrication de ce poison, 
dont l'aspect est absolument semblable à celui des Bolovens, mais 
dont les effets sont différents. Il résulte d'une première série de 
recherches, (ju'il faut un centigramme de poison sec pour tuer un 



— 383 — 

kilogramme de chien. Le bouc résiste beaucoup plus énergiquement 
à son action. Un chien, dont le poids est déterminé, est piqué à la 
cuisse par une lancette à vaccination chargée d'un nombre de cen- 
tigrammes de poison délayé dans Teau froide, égal au nombre de 
kilogrammes que représente son poids. Il ne manifeste tout d'abord 
aucun trouble, aucune douleur. Au bout de cinq minutes, Tanimal 
devient inquiet. 11 s'agite, ne peut conserver aucune position cou- 
chée ou debout. Il ne tarde pas k saliver abondamment. Il passe 
fréquemment la langue sur son nez ; sa peau frissonne légèrement 
comme sous l'action d'un chatouillement. De légers mouvements 
convulsifs apparaissent dans les muscles de la mâchoire et des 
membres; de longs frémissements agitent tout le corps. La respira- 
tion devient haletante ; l'animal fait entendre des gémissements. 
Après dix minutes de cet état de malaise, surviennent quelquefois 
des vomissements, presque toujours une émission d'urine et de 
matières fécales. Puis, brusquement, l'animal pousse un cri, roule 
sur le sol, secoué par des mouvements convulsifs à grande ampli- 
tude. Les maxillaires se rapprochent convulsivement, les dents 
grincent, la respiration s'arrête; le pouls est petit et rapide. Les 
muscles des membres, de la poitrine, de l'abdomen se raidissent, 
la fête est rejetée en arrière, le corps tout entier forme un arc à 
concavité postérieure. Les yeux sortent de la tête, les pupilles sont 
dilatées. La crise a une durée de une à trois minutes environ. Le 
chien reste couché sur le sol, la respiration se rétablit, la réso- 
lution musculaire devient complète. Le moindre bruit, le craque- 
ment des chaussures sur le plancher, provoquent de nouvelles 
crises. Ces accès paroxystiques se reproduisent de trois à six, à 
quelques minutes d'intervalle. Cinq minutes à une demi-heure 
après le début de l'expérience , l'animal est secoué par un dernier 
spasme et meurt. A l'autopsie, on constate seulement de la con- 
gestion des pouoions et des muqueuses ; le ventricule gauche est 
vide , les gros vaisseaux sont gorgés de sang. 

Ces symptômes reproduisent exactement le tableau clinique de 
l'empoisonnement par la strychnine. Je ne disposais pas à l'ambu- 
lance de Luang-Prabang des moyens suffif^ants pour procéder à une 
analyse chimique de la substance végétale toxique; j'eus alors l'idée 
d'empoisonner un bouc avec une dose très forte de poison Lové et 
de rechercher dans les organes de l'animal , par la méthode de Dra 
gendorif, employée en médecine légale, la présence de la strych 



— Uh — 

nine. Je n obtins pas Talcaloïde en quantité suffisaate et daoa uu 
état de pureté qui permiâsent de réaliser avec une netletë absolue 
la réaction de la strychnine, je procédai alors par la méthode 
physiologique recommandée par Tardieu. Trois grenouilles de 
même taille sont placées sur une table. Sur les deun premières on 
pratique, à Taide d'un bistouri, une incision peu profonde qui 
coupe la peau et met à nu les muscles, et au moyen d'un tobe en 
verre on fait un petit décollement en euMe-sac sous la peau. Sur 
la première grenouille, j'introduis au fond de la plaie deux milli- 
grammes de strychnine pure; sur la seconde , j'introduis une bou- 
letie de deux milligrammes du résidu obtenu sur la cupule de por- 
celaine après le dernier traitement par la benxine* Les deux 
incisions sont recousues. La troisième grenouille, saine, servira de 
témoin. Chacun de ces animaux est placé dans un bocal de deux 
litres plein d'eau et numéroté i, s, S. Au bout de cinq minutes, 
la grenouille n** i et la grenouille n"" a s'agitent ; elles ouvrent fré^ 
quemment la bouche, puis la grenouille n"" a s'arrête et brusque- 
ment ses membres se détendent comme des ressorte, fille est raidie 
et flotte rigide dans le liquide, agitée de longs frémissements» 
Après une minute, les musdes entrent en résolution, la grenouille 
remonte à la surface pour respirer. Elle nage de nouveau tranquiUe- 
ment jusqu'au retour de la crise qui se produit de cinq en cinq 
minutes. Une chiquenaude sur le bocal en provoque la manibsla- 
tion immédiate, La grenouille n*" i n'est influencée qu'au bout de 
huit minutes; les crises sont plus espacées, elles présentent les 
mêmes symptômes. Elles se produisent parfois en même temps sur 
les deux sujets en expérience. L'identité des symptômes est alors 
remarquable. La grenouille n"* a empoisonnée avec du poison Lové 
meurt en trente minutes ; la grenouille n** i ne meurt que seixe 
heures après l'inoculation. Pendant ce temps , la grenouille témoin 
nage tranquillement et avec souplesse dans son bocal. L'absence 
complète de renseignements sur le mode d'extraction et de fabri- 
cation du poison Lové ne permet aucune certitude sur son origine 
v(*|{étale. Ce poison a base de strychnine ne serait41 pas le ^itkkàe^ 
habitants de Java, obtenu par décoction de la racine de slry«A«of 
tieutéf liane des grandes forêts de l'archipel Malais? 

L(^s Laotiens racontent que les KhÂs augmentent la toxicité de 
leurs poisons w ajoutante la substance végétale de la chair et de pré- 
férence de la matière cérébrale en putréfaction. J'ai expériuienté 



— 885 — 

des poisons frais pris sur les Khâs en guerre ou en chasse : jamais 
rinocuiation d'une certaine quantité de sang, de foie, de cer- 
veau, etc., d'un onimal mort sous Tinfluence de ce poison, n'a 
causé le moindre accident à l'animal inoculé. Il ne semble donc 
pas y avoir d'action microbienne dans les poisons khâs. 



CHAPITRE II. 

VIB PSYCHIQUE. 

CAMAcràBis IHTBLUCTOKLS. — Langue, écriture, numération, mesure du temp«. 
— Médecine. — Arts. — GABAcràBis miuoieoi it moradx. — Idée religieuse 
et idée morale. — Génies et sorciers. — Influences bouddhiques. 

Langue. — Les Khâs comptent au Laos une soixantaine de tribus 
qui toutes parlent une langue monosyllabique, rude et grasseyante, 
qui a subi des variations locales assez considérables pour que la 
plupart des tribus n'arrivent pas à se comprendre entre elles. Au 
Darlack, les Rad^s, les Djaraïs parlent le Tc^est, la langue des Malais 
qui étaient autrefois maîtres d'une bonne partie de l'Annam el du 
Bas-Laos, et qui disparaissent vaincus après une lutte de plusieurs 
siècles contre les Annamites. 

Ecriture. — Les Khâs n'ont pas d'écriture, mais ils ont pour se 
renseigner dans la forêt, sur la possibilité' de suivre tel ou tel 
chemin, sur l'interdiction de franchir une limite donnée, sur 
l'existence d'un danger, des signes couAentionnels représentés par 
des figures hexagonales, triangulaires, en bambou et en rotin , me- 
surant m. 5o dans leur plus grande dimension et suspendus, 
de façon à atlirer le regard , aux arbres ou à des piquets plantés en 
terre. Ils correspondent aussi par des planchettes à encoches dont 
je n'ai jamais pu me procurer un échantillon. 

Numération. — Ils comptent bien jusqu'à trois et ont des mots 
spéciaux pour les chiffres i, 9 et 3. A partir de &, les Khâs que j ai 
interrogés employaient les noms laotiens jusqu'à lo. Au delà de 
ce cbiffire , ib n'ont pas la notion de la valeur d'un nombre. Ils ex- 
priment leur impression par le mot ir beaucoup n, dont ib varient 
l'importance par des intonations plus ou moins aiguës et prolongées. 
Pour s'aider dans le calcul mental si simple, qui leur est nécessaire , 

GéouiiPHii, y 2. — 190&. th 



— 386 — 

ilis ne se servent pas comme les Laotiens des doigts de la main où 
du pied, ils coupent des bâtonnets de la longueur d'une allumette, 
et chacun d'eux représente une unité. Dans un village Nia-Hœun, 
sur le plateau des Bolovens, je trouvai les habitaniâ consternés : 
un mauvais génie, disaient41s, s'acharnait sur eux, et les décès 
étaient nombreux depuis un an. Us étaient en train de rebâtir leur 
village sur un emplacement nouveau ; ils furent incapables de me 
dire le nombre exact des morts, et comme j'insistais, le chef du 
village énuméra le nom des défunts, représentant chacun d'eux par 
un petit bâtonnet. Quand l'énumération fut terminée et vérifiée 
par les autres habitants qui suivaient notre entretien, le vieillard 
récapitula : tr Deux décès pendant les semailles, trois pendant la 
moisson, etc., vous voyez cela fait beaucoup t). Je n'ai pu arrivera 
faire calculer le total par aucun des Khâs présents : il y avait treize 
bâtonnets. 

Maure du temps, — Rien d'étonnant dès lors à ce que les Khâs 
ne connaissent pas la mesure du temps. Ils rapportent les événe- 
ments de leur vie aux faits qui ont plus particulièrement attiré leur 
attention. Ong Keo est né le jour où le grand arbre mort, qui se 
trouvait à l'entrée du village, s'est abattu sur le sol. Le village a 
reçu du village voisin une offense pour laquelle il préparc sa 
vengeance, peu avant la mort du chef Tiantalussa. Cette précision 
leur suflSt. Pas un Khâ ne sait son âge. Quand on pose une 
question dans ce sens, les assistants se regardent étonnés et sou- 
rient. Voilà une curiosité qu'ils n'ont pas. 

Médecine. — Le sacrifice au génie d'un œuf, d'un poulet, d'un 
porc, d'un buffle, suivant les circonstances, constitue toute leur 
médecine. Cependant , il est d'usage de frotter les régions malades 
avec le sang des victimes , on peut voir dans cette manœuvre une 
forme primitive du massage. Il est surprenant que des peuples qui 
ont su utiliser les sucs végétaux pour empoisonner leurs armes, 
n'aieut pas eu Tidée de mettre h profit leur empirisme pour le trai- 
tement des maladies. 

Arts, — Les Khâs ont des arts d'agrément. Us aiment la musique 
et la danse. Us modulent sur la flûte des airs monotones et doux , sortes 
de Ranz des vaches^ qui, dans le grand silence des forêts, produit 
une impression très mélancolique* Les batteries de bambous sont 



— 887 — 

composées de tubes de longoeors inhales et qui rendent sous le 
choc d'une baguette du même bois des sons différents , suivant leur 
taille. Chaque musicien tient un de ces tubes dans la main gauche 
et tape avec la droite, suivant un rythme qui rappelle Tair des 
Lampions, Les batteries de gongs ne sont qu'un perfectionnement 
de ce système. Le gong se compose de 7,9, 19 éléments. Fabriqués 
en cuivre et souvent fort beaux, ces gongs affectent la forme d'un 
cylindre de o m. Ao à o m. 80 de diamètre, dont Tune des extré- 
mités seulement est fermée par la plaque vibrante. La tocpie de nos 
juges ou de nos universitaires donne en réduction une idée assez 
nette de la forme de cet instrument. Quelques-uns de ces instru- 
ments sont ornementés avec beaucoup d'élégance. Au tiers environ 
de la longueur, un anneau rigide qui fait corps avec le reste du 
gong, permet de le suspendre à hauteur d'homme au moyen d'un 
lien en rotin attaché k la charpente sur un des câtés de la maison. 
Les exécutants se placent debout en face de la batterie sur laquelle 
ils s'escriment à coups de poings, en ayant soin de frapper à son 
centre la plaque vibrante qui rend le son qui lui est propre. Gela 
traduit des accords parfaits qu'accompagnaient les sourdes réso- 
nances du fm-tam et les Bonorités aiguës des timbres formés 
d'un alliage de cuivre et d'étain. Ces gongs sont d'un prix élevé et 
une série complète représente, quand elle est belle, une valeur 
de i,QOo à i,5oo francs {Notice iur le Laos français). 

Le chant se borne aux airs funèbres et aux chansons guerrières. 
Il tient une place très secondaire dans les manifestations artistiques 
des Khâs. Les danses, au contraire, sont très goûtées. TantAt elles 
se bornent à une série de mouvements rythmés des bras et du torse 
exécutés sur place, tantôt elles simulent les combats, comme le 
Kunlong, dans laquelle les danseurs déploient une grâce et une 
légèreté remarquables. Enfin , les danses se compliquent parfois de 
scènes mimées qui simulent un enlèvement, un flagrant délit 
d'adultère bouffon, et qui s'accompagnent du tintamarre assour- 
dissant de l'orchestre au grand complet. 

GARACTàRKS RBUGIBUX IT MORAUX. 

Idée t^igieuss. — Le développement intellectuel du Khâ, connu 
maintenant par ses manifestations industrielles, scientifiques, 
artistiques, nous apparaît comme extrêmement limité. Dans son 
existence, si âprement disputée aux forces coalisées de la nature. 



— 388 — 

il semble qu'il ait dû se trouver sans cesse en présence d'initiatives 
nouvelles et que son intelligence en travail sous Taiguillon du 
besoin ait dû être appelée à un progrès ininterrompu. Mais il a 
entrevu, sous les phénomènes naturels qui se développaient paral- 
lèlement à lui, des forces soumises à une volontë, il a comparé 
cette volonté à la sienne propre, et il en a fait la manifestation 
du bon plaisir d'êtres mystérieux auxquels il a prêté ses passions. 
Dès lors, chaque phénomène devient un acte volontaire dont il faut 
démêler les mobiles, de façon à les rendre favorables à ses besoins. 
L'esprit d'observation du Khâ, poussé dans ce sens, découvre tout 
autour de lui un monde de génies puissants épiant ses moindres 
gestes. L'esprit des ancêtres au foyer domestique, le génie de la forât, 
le génie du torrent, le génie de la chasse, etc., ne le laissent jamais 
libre d'agir sans témoins. Tout son eifort intellectuel doit tendre a 
trouver les moyens propres à ne mécontenter aucun de ces maîtres 
de son existence. Il les flatte. Chacun des actes importants de la vie 
de la famille ou du village est précédé de sacrifices et de prières. 
S'agit-il de semer un champ, tous les génies sont suppliés d'être 
favorables à la récolte. Cependant, la récolte est détruite par les 
rats : les esprits réfléchis de rechercher alors dans quelles con- 
ditions le travail a été entrepris. Tantôt, c'est un corbeau aperçu le 
matin sur le sentier qui conduisait au champ, tantôt, c'est le chan- 
gement de direction ou de force du vent, signes avertisseurs négli- 
gés, qui justifient à leurs yeux les dispositions hostiles des génies. 
Désormais il en sera tenu compte. Toutes les décisions à prendre se 
trouvent commandées par une infinité de prescriptions dont la con- 
naissance est longue à acquérir. Une grande influence est réservée 
à ceux qui, dans la tribu, possèdent cette science complète, but de 
toute intelligence et de toute activité. Ainsi, les Khâs ont perdu Tin- 
dépendance que leur condition d'existence semblait devoir leur assurer 
et leur vie est devenue un esclavage terrible, sous la menace con- 
stante de malheurs qu'un simple oubli involontaire peut déchaîner. 
Les Laotiens racontent l'histoire de ce Khâ qui avait violé l'interdit 
d'un village, faute d'avoir aperçu le signe indicateur placé à l'en- 
trée du chemin, qui tomba malade aussitôt après avoir reconnu 
son erreur, et mourut le lendemain. J'ai vu des Khâs, après avoir 
célébré les sacrifices aux génies, après avoir reçu des mains du sor- 
cier des amulettes sacrées, marcher au feu avec la conviction 
absolue que les balles des Français se changeraient à leur contact 



— 389 — 

en fleurs de frangipaniers. Une foi aussi solide dans des supersti- 
tions ëtayées sur des siècles de terreur enfantine ne permet pas 
au Khâ d^admettre la moindre notion nouvelle; son esprit est 
actuellement fermé atout progrès, et Tidée religieuse rudimentaire 
qui lui explique le pourquoi des secrets de la nature est la seule 
arme qu'il veuille utiliser pour sa défense contre les forces in- 
connues qui agissent sur lui. 

Idée morale. — Cette idée religieuse est absolument distincte de 
ridée morale. Celle-ci, fondée sur la notion de Tutile et du nuisible, 
se développe parallèlement, comme le moyen de défense des indi- 
vidus contre les individus soumis aux mêmes conditions d'existence. 
Le Khâ n'est ni bon ni mauvais ; sa liberté dans la vie sociale a 
pour limite la liberté du voisin. Les conventions qui se rapportent 
à la réglementation des conflits qui surgissent entre eux sont 
beaucoup plus simples que les conventions destinées à prévenir 
les conflits avec les puissances divines. 

Dans les tribus que le bouddhisme a effleurées par suite d'un 
contact séculaire, ces deux idées religieuse et morale se fusionnent. 
Chez les Souhés du plateau de Bolovens, par exemple, la con- 
ception d'une seconde existence heureuse ou malheureuse après la 
mort, suivant que le défunt a été bon ou mauvais, s'est très nette- 
ment établie. Les méchants doivent revivre dans le corps des ani- 
maux les plus vils à leurs yeux, comme le porc et le chien ; les 
bons, dans un monde meilleur, goûteront des félicités semblables k 
celles qui font le bonheur sur la terre. 

Ainsi, ces peuplades incultes qui trouveraient dans leur combat 
de tous les jours centre le milieu, les animaux et les hommes, un 
emploi peut-être fécond de leur activité physique et de leur intel- 
ligence, s'épuisent dans une lutte vaine et pleine d'angoisses 
contre les chimères et les fantômes que créent leur imagination en 
vue de conjurer les forces aveugles de la nature. 



— 890 — 



L'ORCANIE 



GÉOLOGIQUJE ET HISTORIQUE 

PAR M. AUGUSTE PAWLOWSKI , 

Licencié es lettres, ancien élève de rÉcole des chartes, 
membre de la Société de géographie de Rochefort 



On désigne sous le nom d'Orcanie un plateau sous-marIn situi! 
à Touest de l'Ue de Ré, par 4° 45' de longitude Ouest et 46" 1 1' 
de lalitude Nord, c'est-à-dire à environ 5o kilomètres de la cote du 
Marlray en Ré. 

Le rocher d'Orcanie ou de Rocliebonne, terme sous lequel il 
figure dans les cartes hydrographiques modernes (^), constitue un 
platin dirigé du N. 0. au S. E., dont le sommet, à la Congrée, est 
à près de 5 mètres au-dessous du zéro des marées moyennes. 

Cet écueil dangereux pour la navigation, et qui a inspiré aux 
marins des légendes comme celles du Malstroêm, était déjà connu 
au XV'' siècle sous le nom d'Orcanie, et pointé avec attention par 
les cartographes (^l 

Il nous apparaît sous son vocable moderne dès les xv* et 
XVI* siècles , dans le célèbre Grand Routier de la mer de Pierre Garcie ^^\ 
et dans la fameuse Cosmographie d'Âlfonce (^). 

Les routiers hollandais du xvi* siècle commencent à pratiquer 

(*) Cartes des côtes de France, partît comprise entre Tile d^Yeu et Chassiroii, 
publiée par le Service hydrographique de la Marine, édition d'avril 1898. 

^*) Horcaniay dans Charta Navigatoria , xt* siède, Bibl. d^Upsal (reprod. dans 
NoiMWKJOLD, Periplui; Slookhohn, 1897, in-fol.). — OrcamQ, dans Ambmi 
9uf|€p, |636 {Ptrîplu^). — Oecama de Fbudci d'Amgonb, 1Â97 (Bibl. de Wolfeu- 
buttel). — Qrcama, dans Foblari, Méditerranée, 1^69 (Bibl. Nat., Caries, 
vol. B. 1707). — Diego Homem, 1669, dans Pertplui, — Antoine Lapbkbb, La Vera 
DêêcriUionê éMla nangatione di tutta FEumpa, 1679 (Bibl. Nat, Caria, Ge DD, 
vol. 1 i/io). — Arquaignê, icopuluê, dans Pictavim ducatuê detcriptio vtdgo le pau 
de P&ictou; Amsterdam, Biaeu, 1669, etc. 
. t^) PoMtm. — Cf. mes mémoires sur cet hydrographe. 

^*) ffA Toucst suroest des Ballaines et de ladite isie de Roy en la mer treite 
lieues y a ung mauvais rochier qui s'appelle Rochebonne et est dangereux pour 
navires car il ne paraist point» {Coêmographie de Jehan Aixoponscb et Paulin 
Sbcalabt, i565. Bibl. Nat., mss., fonds français 676, R. A7 r^). 



— 891 — 

autour du plateau des sondages, qui sont rapportée daiiftleB Mir^rs 
el les Flambeaux de la seconde moitié du siècle (^). 

Les navigateurs se sont rendu compte que Rochebonne se con** 
pose essentiellement de deux fragments : les Banches^Vertes et la 
falaise du Sud-Est (^). 

Toutefois on peut s'ëtonner que Paul Yvounet, d'ordinaire si bien 
renseigné et si précis, n indique au-dessus du point culminant que 
deux brasses d'eau (^). 

Il est vrai que le pilote Bougard va plus loin et assure «r qu'il y 
a des roches qui paraissent à Tuni de Teau de basse-mer?) ^^h 

L'exploration des fonds fut poursuivie au xviii* siècle, particu** 
lièrement pour les sondes, qui révélèrent la présence, au Nord du 
plateau , de graviers; au N. 0. et au Sud, de coquillages; au S. S. Ë. , 
de gros graviers, et à l'Est, de sables roux(^). 

Mais il faut arriver jusqu'à Beautemps-Beaupré (^) pour qu'on ait 
bien compris la position respective de la Cotigrée et du rocher de 
TEst. Alors que la Congrée figurait dans les Miroirs comme au S. 0. 
du platin voisin, elle fut reconnue par nos ingénieurs comme se 
drossant au N. 0. 

t^) I. LooTS, De Boch van Vrankryk en't Inkomen van*t Canaal ( Amsterdatti , s. d.) 
indique A brassos minimum (Congrée) et 7 brasses autour dé la Gongrée (Bibi. 
Nat, Cartes, Ge DD, i63). — Copié par Louis RiiràBD, AtUu dt la tuungatitm 
9t du commerce; Amsterdam, Régner et Josue Ottens, 1789. La carte : 6alUm\ 
Bitcajœ et Galiuim Sinui (Bibl. Nat., Cartes, GeDD, 9o5) appelle le plateau : 
Bokedon ou Urhania. 

(*) Nouvelle Carte marine eroitiante en degrét de France (Biscaïe en Galisse), 
par Nicolas db Vaiis; Amsterdam, by Ânt de Winler en Claes de Vriès, geom^ 
s. d. (Bibl. Nat., Cartes, Ge DD, i63). — Les chiffres de De Vriès, 35 au Nord 
de la Congrée, 65 à TOuest, 3o au Nord du plateau du Sud, 60 à FEst de ce 
plateau, 65 au Sud, sont assez exacts. 

^') ffRokedon on Urkanier". — (r Rochebonne, à 10 lieues de Yeu, en forme dé 
Iriadgle. An rocher qui est le plus au Sud, il y a le moins de profondeur, ne de- 
meurant dessus que 9 brasses d^eau de basse mer. Au cousté du S. 0. le fond y est 
de pierre petite noire; au cousté du N. £. , de sable bleu. Un peu à TOuest, mais pas 
trop loin de la susdite roche, il y en a encore une autre sur laquelle de basse-mer 
ii demeure 5 brasses d*eau.7) (Paul Ytodret, Le grand e nouveau Miroir ou Flam- 
beau de la mer, traduit du flamand en français par Paul Yvonnet; Amsterdam, 
Hendrick Donker, 1686 (Bibl. Nnt., Cartes, Ge DD, vol. i83, p. 86.) 

^*) Le Petit Flambeau de la mm-, ou le véritable guide det pilotée câtiers^ 168s, 
et édition revue, corrigée cl augmentée; Le Havro-de-Gràce, 1689, pet. in-4*, 
p. 174 (BibL Nat., Cartes, Gc FF, 786). 

(^) Le Pùna$U, par Tabbé Dicqukmabe, 177a (Bibl. Nat., Cartes, C, i3o6). 

W 1818-1819. 



— S92 — 

Les reeherches savantes de M. Bouquet de la Grye ont dëfinitive- 
menl fixe la topographie des Rochesbonnes. Mais la géologie en était 
parfaitement ignorée. Pavais pensé queTOrcanie pouvait être un frag- 
ment détaché de Tile de Ré ^^\ n osant poser, comme Reclus, Thypo- 
thèse d'un continent disparu, de quelque mystérieuse Atlantide (^). 

La question de Rochebonne me parait aujourd'hui résolue. Je 
dois à Taimable obligeance de M. de Joly, ingénieur adjoint au 
directeur des Phares, communication d'une très récente découverte 
qui est d'importance capitale. Lors des travaux commencés il y a 
quelques mois sur la tête de la Congrée pour la construction d'un 
phare, destiné à remplacer le feu flottant, les ouvriers ont dû 
attaquer la falaise sous-marine. Les matériaux rapportés sont tous 
des schistes, micaschistes et talcschistes. 

Or, ces pierres constituent les rivages de l'tle d'Yen, de Belle- 
Isle et de Groix. L'Orcanie est donc de même formation que ces 
lies, et il faut la rattacher à leur émersion. 

En second lieu, les lies de Ré et d'Oléron sont exclusivement 
d'origine calcaire. L'Orcanie se présente donc comme un monde 
distinct de Ré et d'Oléron, dont les assises sont identiques à celles 
du continent. 

Si l'on considère que Belle-Isle et Groix n'ont aucun rapport de 
composition géologique avec les terres voisines de Quiberon et de 
Port-Louis, il faut admettre que l'ensemble de tous ces plateaux 
faisait partie d'un continent distinct. 

Un autre argument, et non des moindres, nous est fourni par 
l'étude de la carte océanographique de ces régions. 

L'Orcanie se trouve très exactement à la limite du plateau des 
sondes de 5o mètres. La ligne de démarcation de ce plateau touche 
à l'Ouest de l'Ile d'Yen, au S. 0. de Belle-Isle et atteint l'ile de Groix. 

L'Orcanie est donc une falaise spéciale, dernier débris d'un 
continent disparu. Mais, tandis que Yen, Belle-Isle et Groix n'ont 
cessé d'aiBeurer, Rochebonne s'est effondrée sous les eaux. 

Aux historiens de nous prouver si elle eut quelque parenté avec 
la terre des Atlantes. 

^*> Le Golfe du Poitou à travert Ui dgei; Paris, Imp. Nationale, 190a, p. 5, 
extr. du Bull. d« géographie hiit, et deêcript,, 1901, n" 3. 
^*' Nouvelle Géographie univei-êelle, t. H : la France, p. Ooi. 



BULLETIN 



DU 



COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

ET SCIENTIFIQUES. 



SECTION 
DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE. 



PROCÈS-VERBAUX. 



SÉANCE DU SAMEDI 16 AVRIL 190&. 



PRESIDENCE DE M. BOUQUET DE LA GRYE« MEMBRE DE L'INSTITUT. 

La séance est ouverte à k heures et demie. 

M. le Secrétaire donne lecture du procès- verbal de la séance du 
5 mars, qui est adopté, et de la correspondance, qui comprend 
des demandes de subventions et de souscriptions, dont Texamen 
est renvoyé h MM. Hamt, Marcel, de Margbrib et Tbissbreng de Bort. 

M. Hamy rend brièvement compte des travaux de la Section de 
géographie du dernier Congrès des Sociétés savantes. Les séances, 
tenues avec beaucoup de râlante, ont été suivies par un audi- 
toire qui s'est élevé jusqu^au chiflre de 3i personnes, mais est aussi 
descendu à 7 à Tune de ces séances du matin, toujours si peu 
suivies, même dans les sessions de province. Parmi les orateurs 
soflSsamment nombreux, qui ont pris la parole, se trouvaient en 
majorité d'anciens habitués de la Section; nous avons fait toute- 
fois quelques très bonnes recrues cette année, parmi lesquelles il 
convient de nommer MM. Ferrand, de Grenoble, Ferrasse, Hulot, 

GéMIAPHIB, N"* 3. — I90A. 96 



de Laugardière et Soyer. L'Algérie et les colonies étaient repré- 
sentées par plusieurs travaux, au nombre desquels on remarquait 
spécialement deux mémoires de MM. Flamand et Noël Bernard. 

' Le cdmpte rendu , dont M. Haiiy yient dé teminef la mide en 
état, ne sera pas inférieur en qualité et en volume à ceux des der- 
nières sessions. 

M. DE Saint-Arroman invite la Section à désigner deux sous-com- 
missions chargées, Tune de i^igep le programme du Congrès qui 
doit se tenir à Alger à Pâques prochaines, l'autre de préparer la rc- 
visioa dès firtâs déi conrespond^nto du MlniiUro^ Ueat déeidé que 
ces deux sous-commissions, composées des membres du Bureau et 
de MM. Aymonibr, de Barthélémy, P. Botkr et G. Marcel, se réu- 
niraient le samedi 3o avril à 3 heures et demie. 

M. Bouquet de la Grye lit un rapport sur les derniers travaux 
de la Société de géographie de Rochefort. 

Le dernier Bulletin de la Soeiélé de géo^aphie de Rochefort 
(oct.-déc. 1908) contient un article sur les dernières insurrections 
de la Chine, auquel la situation actuelle du conflit russo-japonais 
donne un régain d*aotaalité. L'écrivain aoooynM qui Ta feorni au 
Bulletin a une connaissance parfaite du sujet qu'il traite, et il im- 
porte d'appeler sur lui l'attention du public, car il touche de près 
à noa intérêts ^n Extrême-Orient. 

Au mois de janvier i9o3, un mouvement révolutionnaire devait 
éclater à Canton; il s'agissait d« s'emparer de la ville t de tuer les 
Maadarina et de proclamer la déchéance de U nioaarcbie Mant- 
choue. 

Déootiyert à temps, le mMveiiMiit avorta et la plupart des eon- 
jurés purent s'enfbir à Hong-Kong. 

Déjà en 1896, en 1898 et en 1900, des eonapiratioss avaient 
ëdaté à Canton , toutea motivéta par le désir de seeoiier la tyrennie 
des autorités, leur vénaliti et leur rapacité. 

La population chinoise avait été humiliée par lei avccèa die 
Japonais considérés comme uqe race inférieure, et elle ae par* 
donnait pas au gonfernement dTavoir subi le traité de Simono« 
saki. 

L'empereur Kuang 8in sentait de son e6té que des réformée 



— 396 — 

étaient nécessaires et il appela auprès de loi , sur Ta? is d'un censeur, 
K'ang ¥u Wei comiBe une personne d'un profond sat oir et animée 
d'idées progressistes. 

Sur ses conseils^ des édits furent pitimaigiiAs abolissant les exa- 
mens litlérairea pour ie choix des Mandarins, créant des écoles 
dans toutes ies pnrrinoes et supprimant des milliers de sinécurei. 

C'était une nourette Chine qui allait appandtre ntilîsaol tews les 
perfectionnements des sciences oecidentides. 

La vieille impératrice Tse bi, k l'annonce de ees réformes, •€« 
courut à Pékin et força Tempereuf à signer lui--mélne sa dé^béance^ 
Plusieurs des rdCormatevrs furent dëccpités, tes têtes d'antres fnrenl 
mises à prix et K'ang Yn Wei, prérenu k tempSy put se sattfer sur 
nn vaisseau de guerre anglais. 

Il se rendit à Londres, od ie poursuivit la haine de Timpératrieie^ 

Si ce savant chinois croit encore que Confucius et Mencius ont 
tracé ies véritaMen réglée dn goirr eiu anient, ià li'e^>èrep)ifS qu^fine 
réforme en Chine pinsne se faire sus Tassistanoe d'mi gonremo*' 
ment étranger^ d ceÉtn assistance il la deatHHide h rAngteterre. 

Ses idées sont pnriagées par le cbef de la réforme révofastiM'-' 
naire Sun Yat Sen„ médecin né à Henobio el ayant fiit ses étndes 
à Honi^Koasg. Il accnae la dynastie des Tsîng de CiToriser leC exae-' 
tiens des Mandarins, de maintenir le peupte dans l'ignorance elée 
défendre sous peine de mort nns aaodiicatîon des eentnmes on deis 
pratiques industrielies^ 

Après la paix de StoMmosaki, le parti révehit i e — ir e ifcmta 
une partie des soldali Iscenciési, se lia avec len realrebnifdiers el 
les pirates et tenta de s'emparer de Canton^ tevtntife qui édbswa. 
Sun Yat Sen put s'enfnir en Angleterre ,« eà Tambassade cimcise 
demanda son eitmditien qui fni reiasée« 

L'insurrection Maàm de naaiyean en 1 90» seus l'actiasi diredr 
de la Société secrète In Triade. Dki mnile bomme» bntlirMt à Wei 
cfaeeu i'amhae impériale cnmmnndée par le vieux générai Lieon Yin 
Foc,, mais des débites sttccesaivcs furent ensnite nfligées «noi réve^ 
Itttionnaires^ et Snn Yat Scn dnt eneere ujne fois s'cnfnir h Hengl 
Kong et au Japon. 

C'est encore d'iua port anglais (fÊe l'insnrrectieni est partie il y a 
un an et qn'dle a échoué peur la tressièBar fets. 

Le genvernement anglain,. Edèle en ceia à sa poiitifue génénriai« 
fournit des armes et incite des tionbèes. amoifnelnilesf iaÉéteseé.. Uni 

96* 



— 396 — 

haut fonctionnaire n'hésitait pag à dire : si rinsurreetion réassit, 
nous examinerons s'il ne nous convient pas de la reconnaitre 
comme un gouvernement régulier. 

Une nouvelle insurrection éclatera donc fataionent. Les caisses des 
réformateurs ont encore deux millions de dollars, et dans ce cas 
des précautions sont à prendre en ce qui nous concerne, pour qne 
les troubles ne gagnent pas la frontière du Tonkin. 

Tous les détails des insarreotions antérieures avaient été exposés 
avec beaucoup de détails par M. Gordier dans ses volumes sur la 
Chine, l'article du Bulletin de la Société de géographie y ajoute 
quelques faits récents qui engageront a relire ce qui avait été écrit 
il y a quelques années. Pour employer une expression usuelle, la 
Chine est à un tournant de son histoire et nous sommes* liés k eHe 
par de puissants intérêts. 

M. DoMBsifiL analyse les derniers bulletins des Sociétés de géo» 
graphie de Nantes et de Dunkerque. Le premier de ces bniielins 
témoigne du travail accompli par Tassociation nantaise en i^oS» 
crLe bon compte rendu qu'elle donne des travaux du congrès tenu 
à Rouen par les Sociétés françaises de géographie, les procès-ver- 
baux de ses réunions et le choix de ses conférences montrent avec 
quel soin elle se tient au courant des événements géographiques 
et des découvertes de nos explorateurs, yt 

La Société de géographie de Dunkerque, continue le rapporteur, 
s'occupe toujours de préférence de la géographie et des intérêts 
économiques et commerciaux de la région du Nord-Ouest, sans 
toutefois se désintéresser de la géographie générale. 

A ce propos, M. Thomas Deman publie dans son Bulletin n"" ai 
(janvier 1908) une note dans laquelle il essaie de préciser la for* 
mule actuelle des Sociétés de géographie commerciales. 

Dans ce même fascicule, M. Eugène Etienne signale le dévelop^ 
pement économique que prennent nos possessions d'outre-mer et 
fait ressiMrtir la progression des échanges entre nos colonies et la 
Métropole. En vingt ans, le commerce total des colonies françaises 
a augmenté de 589 millions de francs. Aujourd'hui la France four<* 
nit &i p. 100 des artides qu'elles achètent, mais ne reçoit que 
&6 p. 100 de ceux qu'elles exportent. Il y a là une indication à 
méditer. Il importe de créer en France d« nouveaux marchés 
pour la vente de nos produits coloniaux. 



— 397 — 

A noter dans le Bulletin de septembre 1903 (n'' 39) une étude 
de M. Colrat de Montrozier sur la Question cotonniire. 

Avant 1900, aucune de nos colonies africaines ne se préoccu- 
pait de la culture du coton, Tagriculture tenait, jusque-là, peu de 
place dans nos préoccupations. Depuis nous avons suivi l'exemple 
d autres nations : Une er Association cotonnière coloniale t» s^est 
fondée. D'intéressantes études ont été entreprises , et de savants 
oatoralistes qui en ont été chargés préparent la mise en valeur de 
nos possessions. Une importante mission, qui a été dirigée par 
M. Chevalier, va rentrer en France avec de nombreux et précieux 
renseignements. 

Le Bulletin n"" 51 3 de décembre 190 3 de la même Société donne 
une intéressante d Revue maritime et coloniale pour Tannée 1908 y» 
de M. Georges Mosaei. 

Ajoutons que chaque fascicule contient une «Chronique géo* 
graphique et coloniale^ bien documentée. 

Les Bulletins publiés en 1903 et à la fin du 1"' trimestre de 1903 
par la Société de géographie commerciale du Hawe sont en partie 
remplis par les conférences qui ont été données par cette Société. 

La plus importante a été faite par le capitaine Lenfant sur r La 
flottille du bas Niger ^. Une autre mérite d'être signalée. Son auteur, 
M. Pilon, est ailé en Perse où il a observé les coutumes et les 
mœurs des habitants. II raconte agréablement ses impressions de 
voyage, mais n apporte rien de nouveau sur la géographie du pays 
dont il n'a parcouru que les routes les plus fréquentées. 

En dehors des conférences, ces Bulletins renfermei^t les premiers 
chapitres d'une longue et copieuse étude sur les Mois, par M. le 
capitaine A. Gautier. Nous l'analyserons dès qu'elle sera terminée. 

Pour terminer, nous signalerons une causerie sur la «Culture du 
coton au Soudan?» faite à la Bourse des cotons du Havre, parle 
capitaine Lenfant. 

M. H. CoRDiRR présente un rapport favorable sur un récent en- 
voi de M. Beauvais, interprète de France à Yun Nan Sen, intitulé : 
La rivilre noire du ff Tribut de Yw^, Étude de géographie ancienne chi- 
noise, n propofte d'imprimer aussitôt que possible ce travail dans 
le Bulletin du Comité. 

M. A. GaiNDiniBR résume les numéros de La GéogrofMg des 1 5 dé* 



~ 398 — 

oèoabre t9o3, i5 janvier et i5 février ig6&, qui ont été renvoyés 
à son examen : 

t"* LffontdêÊ OuSiif fhénêmhnê £érmùn fat les êmx tdmHmUs 
(BêUêgarde, Ain), par M. Emile Ghaix-Dn Bois. ^ M. Ghaix*Du 
Boia a tfludié avee soin le pont des Oulles, qui préaeate noe grande 
riehesse de détails d^érosîon et oà les étu^ sont beaucoup plus 
faailea qu^ailleurs ; il y a deux canona, Tun eoatinueilement en ac* 
tivité, lautre intermittent; il y a des centaines de marmites depuis 
5 oentimètres jusqu*à h mètres de diamètre et depuis S milHmëtres 
jnsqu^à 6 mètres et piua de profondeur, dont on peut étudier tous 
les degrés de développement, à Tétat d'ébauche, k l'état inter- 
médiaire en «fond de bouteille?» et à Tétat complet; cWt, dit 
M. ChaixrvDu Bois, le parfait musée de l'érosiott mécanique. 
M. Chaix-Du Bois, qui a accompagné son travail de très bonnes et 
très intiéressantes photographies, oonolut en disant que rtou^ les 
phénomènes signalés par M. Branhes dans ses diverses publica- 
tions sur Térosion mécanique trouvent leur confirmation au pont 
des Oulles et que, grAce à lui, le mode d'action de Teau tour- 
billonnante est bien et dûment connu t?. 

2° V excursion glaciaire du ix* Congrès géologique international, par 
Jean Brunhes et Louis Gobet. — M. Penck a inauguré des idées 
nouvelles en matière de géologie glaciaire et de géographie alpine. 
Dans Texcursion dont il est rendu compte dans cette note et qui a 
duré quatorze jours, il s'est eflforcé de prouver qu'il ne fallait pas, 
comme certains géologues, regarder les divers stades d'approfon- 
dissement des vallées et les terrasses qui en sont les témoins bis- 
toriques, comme dus à des changements du niveau de base, à des 
variations des niveaux d^s mers, à des phénomènes d'aval par 
conséquent, mais qu'ils sont au contraire dus à des ph((nomènes 
d^amont, à des variations de la glaciation en rapport avec les 
grandes vicissitudes des glaciers. H nie que le rôle des glaciers soit 
réduit à un simple façonnement superficiel dans le creusement des 
vallées, et il prétead que les glacier^ opèrent par eux^ipépies un 
énorme travail d'apprQfQQdispeipent, comme il ditt un msrcrewf^-^ 
ment, La note insérée dans La Giqgraphis^ qu accompi^ent d'in*- 
térossaotes photographies, ^gnple les faits les plus significfitifs et 
les plus démonstratifs pour la théorie de M. PeDck que les congres* 
sistes ont observés successivement, dans la zone des terrasses, 
dans la sone dos moraines et sur les glaciers, et ses auienrs en ter- 



— 89» — 

minant disent : «rQu'est^» qui ereuBe! tt comment le creàseihènl; 
s'opère*t-îl? Est^e la glaoe? on bien serait^e Teau? ou pour parler 
pins exaetement : eet-ce pour une part la glace? mata pour une 
part aussi serait-ce Tèau} Nous posons la question sans vouloir dàs 
maintenant ia résoudre. » 

3^ Otêgraphiê de la Corée, par le D^L. Laloy. -^ La Corée a été, 
à juste titre, comparée i fltalie. Elle forme en effet une région 
parfaitement délimitée par une chaîne de montagnes et par un 
bassin fluvial drainé par TÀnmok Gang et le Tuman Gang. Sa 
géographie est encore fort imparfaitement connue. M. KotA, dans 
deux voyages d'hiver exécutés en 1900-1901 et i90i-i9oa, a 
paroonru ce pays en tous sens, et sa reletion apporte une fouie de 
faits nouveaux et précise ceux qui étaient imparfaitement connue; 
M. Laioy a résumé dans cette note les observations topogmphiques 
et surtout orogmpbiqueé de M. Kotô ( il dit que les formations ar- 
cbéennes, composées comme ailleurs de gneiss, granités et mica- 
schistes, ont formé de vastes plis onduleux dirigés du Sud-Sud- 
Ouest au Nord-Nofd'^Est ou du Sud^Ouest au Nord^-fist; les deux 
crêtes principales de ce type sont le No-ryông et le Chhya-ryông* H 
y a de plus de nombreux petits plissements dans le Chyo^sydng. 
Près de la moitié de la péniosule est occupée par des plis de cette 
eartégorie, qu'il convient de rattacher an système chinois de la 
Chine méridûmale. 

U^ Le UioÈhKiakg et la timère de Kmg*Vwin^Fou (Kouang-Si)^ 
par M. Frençois. -«^ M. François e fait en 1899 ua voyage dans le 
Kouong^i en vue de reconnaître le degré de navigabilité de la ri«- 
vière Liéott«Tchéeu-Fon et de juger l'importance du commerce qui 
emprunte cette voie. Dans cette note, routeur décrit sa navigation 
avec un luxe de détails dans lesquels nous ne ^pourrons le suivre. 
En somme, les deux principales matières du trafic d'exportation 
sont t i'opinm de Kouèi-Tcheeu et les bois fournis për les districts 
Miao^Tseu et Yao, où les indigènes conservent encore des foréti. 
Des araohides, des huiles à laquer et quelques grains ajoutent un 
peu au «hiffre de ce commerce. 

5* La miêdon Ln^mA de la Bétiêui au iaê Tchad, *-«- La mission 
que la Société de géographie a confiée au capitaine Lenfaut a eu 
un succès complet. L'intrépide explorateur a reconnu rexistenee 
d'une ligne d^ean continue entre le Logone et la Bénoué, c'est^- 
dire entre le bassin du Tchad et celui de TAtlantique. Le note que 



— 400 — 

publie la Société dans son numéro du 1 5 février donne les ren- 
seignements sur la navigation sur le Mayo-Kabi du 1 5 septembre 
au 3 novembre igoS. On sait que le Mayo*Kabi est une plaine 
bordée de collines hautes de i lo à 1 15 mètres jusqu'au village de 
Lata à Gourounsi, au bord de Toubouri, qui en est à 9 o kilomètres 
et qui est à iio mètres au-dessus de Kabi, la rivière coule entre 
des gorges profondes et est semée de rapides; il ne peut donc être 
question de navigation. Il y a une journée de portage. 

En résumé, la route explorée par le capitaine Lenfant se pré» 
sente dans les conditions de viabilité suivantes : 

De Bordeaux à Garoua, &5 jours en bateau k vapeur; 

De Garoua à Lata, 6 jours avec des bateaux calant 3 pieds et 
longs de 3o mètres: 

De Lata à Gourounsi, i jour de portage; 

De Gourounsi au Tchad, 9 à lo jours de chaland* 

Le prix de transport de la tonne ne parait pas devoir revenir à 
plus de 5 00 francs avec 1 ou 3 p. 100 de déchet, au lieu de 
Q,ooo francs et de 5o à 60 p. 100 de déchet par la voie du 
Congo. 

La mission a donc pleinement réussi, et les résultats ont une 
grande portée scientifique et pratique. 

6^ Exploration en BoUme, par M. G. de Gréqui-Montfort. •— La 
mission entreprise dans la haute Bolivie, sur Tinitiative privée et 
aux frais de M. de Gréqui-Montfort, avait pour but d'étudier les 
habitants des hauts plateaux dans le présent et dans le passé, de- 
puis le lac Titicaca au Nord jusqu à la région aigentine de Jujuy 
au Sud. L un des membres^ M. Neveu-Lemaire, a étudié tout par* 
ticulièrement les lacs Poopo et Titicaca où il a fait de nombreux 
sondages et où il a recueilli d'intéressantes collections zoologiques 
et botaniques. 

Un autre, M. Courty, s'est occupé de la géologie et de la minéra- 
logie des Andes, principalement dans les districts de Chichas, Po- 
tosi et Lipez et dans la région d'Oruro, qui sont les parties les 
plus intéressantes à ce point de vue du haut pays bolivien. M. de 
Mortillet a effectué des recherches paléontologiques a Tarija et des 
fouilles archéologiques àTiahuanaco qua continuées après son de* 
part M. Courty; les découvertes ont été considérables, et M. de Gré* 
qui-Montfort a réussi à se rendre acquéreur d'une très riche col- 
lection de fossiles formée dans la plaine de Tarija par MM. Echazu* 



— 401 — 

M. Guillaume a pris ato mtttsuratioiis et photûgraphies 4e typed 
divers : Aymaras, Quichuas et métis. Enfin^ M. Boman a paansaura 
la funa argentûoie qui était encore mai connue et y a fait d'intéres- 
santes collectiona archiéologiqùes, anthropométriques et etbno* 
graphiques. En somme, là missÀon Gréqm*Montfeirt a eu un pleîii 
succ^ et a rapporté de très nombreuses et très importutes coUec- 
tioiis. 

7'' Qéographie de la frkcipaulé de Bathtmg^ par le R. P. Soulié. 
— Le Père Soulié a levé k la houssole ia carte de la principauté 
tibétaine de Bathang^ qui, dessîmëe k t : 1.168.000% est tri>8 su- 
périeure au double point de vue de Texactitude et des noms de 
lieux k celles qu'on possédait jusqu'à ce jour; il y a joint une très 
intéressante description géographique de ce pays encore si peu 
connu» 

Cette principauté, qui paraît aiijourd'hui présenter peu d'kité* 
rét« tombera peut«étreun jour dans le domaine colonial de Tlado- 
Chine française, lorsque les Anglais Agrandiront leurs poesesaionB 
de rinde aux dépens du Tibet et que les Russes deviendront oflB- 
cieliement les maîtres des pix>vinces chinoises du Nord, qui leur 
appartiennent depuis longtemps de fait. Toute tentative , nous ré- 
vélant la topographie de ce pays mystérieux, est donc digne de 
nos éloRes. 

8" Études botanique» exécutées dans Farch^l polaire «wieHeoin, |iar 
l'expédition Syerdrup. — Les divers Iravaui^ exécutés au c^wrsde 
Texpédition comprennent : 1'' des collections et observations faites 
dans le Groenland danois (1898); 9° des colledtions et observa- 
tions faites dans le Groenland du Nord^^Ouést (août 1898 et ooât 
1899); i'' divers travaux botaniques sur la terre d'Ellesmere 
(1898-1909); k"" eiMCursions au NorthDevon (1900* 1903); '5° ex- 
cursions au North-Kent et autres Ilots du détroit de Jones (1901- 
1909)4 Le nombre dexemplaires reçuedllis est d'environ &o,ooo, 
comprenant B,ooo espèces tant de phanérogames que de crypto- 
games. De sanvblables matériaux permettront dfi donner qn expos45 
k peu près exact ;de la végétation de la terre d'£Uesm^re, 

M. G. Margbl a été chargé d'examiner . une notice intitulée : 
Documents relatifs h Pierre de la Clide, fondateur de la tille de Saint-- 
Louis* 

tr Cette notice, dit le rapporteur, présenterait cette année un in- 



— 402 — 

tér^l; (mit particulier en raiioii de TExpesitioii qui va se tenir à 
Saiat-^Louis, si elle itait plut complète. 

^En effet, c'est un de nos compatriotes, Pieirede La Glède qui, 
le 16 février iffiA, choisil ie premier pour s^y établir, l'emplace- 
ment aotue) de la ville de Saint-Louis (Missouri). 

«Le moiment est propiee pour rappeler qu'en dehors du Canada 
proprement dit, il est, aux Etats-Unis, nombre de villes — et non 
des moindres -*^ qui furent fondées par noa oompatrfa^tes» Au Nord 
et au Midi 1 Chicago et la Nouvelle^rléans sont dans ee cas. 

fr Pierre de La CMe était fils d*un avocsit au Parlement de Pau 
qui appartenait à une vieille famille originaire de la. vallée d*Aspe 
en Béam^ il fut baptisé à Bedons, ie a) novemlm 17^9. Il était 
négociant à la Lopisiane depuis 17&6 lorsqu'il fonda la ville de 
Saint-Louis. Cette circonstance était restée dans une sorte d^ouMi 
qusnd, en 18&7, son nom fut donné k Tune des principales ave- 
nues de la ville et qu^on célébra l'anniversaire de fa fondation 
de la cité par des fêtes très brillantes pour f époque. 

fr La notice qui nous a été soumise est muette sur les circonstances 
qui avaient amené La Glède en Amérique et qui le déterminèrent 
à s'établir sur le site de Saint-Louii. Elle n'en dit pas davantage 
sur son existence dans cette ville, die nous apprend seulement 
qu'il mourut en 1778 près d'un lieu nommé Ketmas 00 Ahmmaê 
(chez les Indiens Ar^^amm) , au cours d'un voyage qnSl (hisaît de la 
NouveHe-Orléans à son établissement de Saint-Louis. 

rSi le silence est d'or, ce n'est pas en matière biographique. 

(f Avouons d'ailleurs que ce n'est pas dans le but de nous fournir 
ces renseignements qu'a été écrite la notice en question. C'est un 
travail parement généalogique destiné à rattacher certains per- 
sonnages actuellement vivants à une souche fort ancienne» 

(f De cette suite d'aïeux, il n'en cet qu'un seul qui compte et c'est 
justement sur celui4à que la notice est le plnè avare de renseigne- 
ments. ^ 

<t Espérons que les descendants de La Clède trouveront è Saint* 
Louis, sur leur oncle d'Amérique, les détails dont nous regrettons 
l'absence, n 

La séance est levée à 5 heures trois quarts, 

Le Secréîain, 

B.-T. fl*Nr. 



3W8 — 



^NOE DU SAMEDI 7 MUI 1904. 



^mf^^wm^T"^ 



I 

La séance est ouverte à 4 beure» et demiç; U .prQoèsf^verhal. 4^ 
la réunion préeéden^ iiyant é(é adopté, M, le Secrète dopa^ 
lecture d un rapport de. M. liemoin^, cbajrgé d^s coura .d'tiù^toKa $t 
de géographie au Collège ^oWin. délégué du Miai^tèrâyiidr^fi^A 
M. le Minidtn^ de rinstructiop publique aur |e Congre». dea Sopiétéa 
françaisea de géographie qui vieut de a^ réunir k T^mA dn. 3 w 
7 avril. La Section décide que ce travail sera imprimé dans un de 
ses prochains bulletins. 

« 

M, DB SÀiNt-AaRO^AN fait connaître que l^axpositioq d^s collec- 
tions recueillies par la omission de M. le comia de Cf éqùiw-Mpntfort^ 
dans rAmérique du Sud, s'organise d^s une des dépendances dû 
palais du Trocadéro et qu'elle s'ouvrira vers le i5 ou le 9o mai, 
Les membred delà Section (Je Géographie seront' personnellement 
invites à assister à cette ipauguration. 

L'administration a reçu un exemplaire de là seconde année ait 
Ge&gmphm KàUnâer ( 190(1-1 goS), publié par' la maison Justin 
Perth , et le tient à la disposition des membres du CohiTtë. 

M. HiMt pvéaMile queiqm^ «bservffiioM an Âuyat d^uii# demande 
de aabvention de 9o« franes; adressée à* M: te Mini^ifre de fin- 
atitietiott puUiqiM' pafr It Sootéié ' danijlbi^oise d^eilinolQgie et 
«Tanthnopologie à 6re«obl#. Cette tlenande sera lenvoy^ avec Vivls 
iavorable à la oommiaaieta eeairele. 

M, Hf^\ djlo««Muiteu.4|edqiie8 utûh des demidnjBiilbtfitâi/eïJb 
Sodéié degéogr^lm de IMe et, ei^ parèiouKar*. de k bvifltotft'eoh*- 
férence &ite pav M.MMtet Duboia, en nebtde.iieveipbre deiinier, 
devant cette compegi^ie,. «Sens la iner^ dîeait Bîehelieq, il n'dat 
politique x|o'an puisw soatenîp^^ C'est ocile pensée qa'e dé¥alap|Me 
M. Marcel Dubois, qui plaide en faveur du.déYeloppemeat de k 



r- Mi — 

Ligue maritime française, qui ne comple encore que 5,ooo adhé- 
rents, tandis que Tassociation maritime des Allemands en a 6&o,ooo. 
La décadence de notre marine Tofilige et Tinquièle; il en cherche 
la cause dans nos mœurs et dans notre législation , et proclame la 
nécessité de la création d*un puissant mouvement d'opinion d'où 
puissent sortir des réformes urgentes. 

Une seconde conférence est empruntée aux notes du docteur 
Maclaud, président de la Commission de délimitation de la Guinée 
portugaise. Le rapporteur relève encore, en passant, des études sur 
la frontière d'Espagne, un agréable voyage de M. Merchier dans le 
Berry, «rà la suite de George Sand?»; une notice, peu scientifique 
mais pittoresque et amusante, de M. G* Houbron, intitulée /^ type 
féminin en Flandre, enfin des récits d^excursion par M. Cantineau, 
et notamment celui qui est consacré à Dunkerqae en igo3. 

« 

(T La Société de géographie d'Oran, dit le même rapporteur, achève 
la publication de son vingt- troisième volume. Les derniers fascicules 
sont surtout consacrés i Tarchéologie; le colonel Derrien, Tabbé 
Pain, MM. A. Koch, Bel, etc., font connatlre des monuments plus 
ou moins intéressants de TOmnie romaine; je me borne à men- 
tionner, au point de vue de nos études, Tétude sur Une station de 
hains de mer à Tépoque romaine et la Notice sur la station romaine du 
Port-aux-^Poules, toutes deux signées de M. Ad. Kock. M. Mouliéras 
poursuit son curieux travail sur les Zkara, «une tribu zeoele anti- 
musulmane?) du Maroc; je reviendrai plus tard sur cette mono* 
graphie en cours de publication, yt 



La li?rai4on qui termine le 3&' volume du Bulblm de U Société 
ni^rmande de géfB^fraphie contient une étude $ur le Canal des Deuûù^ 
Mers, par M. Octave Justice; une autre de M. Gœgg sur le Chemin 
de fer de la Jungfma^ et h twmel du SimpUm; deux cauaeries de 
M*"* Jean Pommerol, sur le C&mmêree Éranésakarien et sur les 
Touareg; enfin des souvenirs d'une excursion en Danemark de 
M. G. Lecarpentier. Ces confiéreiices, faites h Rènen et k Dieppe, 
où s'est récemment fondée nneJXahàe la Société normande, con- 
tribuent ù répandre en Normandie le goût des choses géographiques , 
et le progrès de nos études s'accuse dans la province par une aug- 
roentalion senaible du nombre des membres de la Société, qui s^est 
accru de gi en tgoS. 



— A»5 — 

M. Hamy présente à la section plusieurs photographies qui ont été 
faites aux environs d'Aîn-Sefra par M. le comte Jean de Kergorlay, 
au cours d'un récent voyage dans le Sud-Oranais. Les plus inté- 
ressantes montrent des tumulus découverts en grand nombre par ce 
voyageur, les uns à Test de la source, au pied de Djebel Mekler, les 
autres dânif la vallée de TOued-Namous , au S. 0. de Maghar-Tahtâni. 

la séance .est levée à 5 heures et demie. 

Ïa Séculaire, 

E..T. Hamy. 



J 



4M — 



SÉiNCIJ DU SAMEDI h. JUIN 190&. 



•«•i«>**»«M 



La séance est ouverte à 4 Iwttie» Hikinia; fo fro ew - wA ri dé la 
séance du ^ luai est lu et adopté. Parmi les pièces de la correspon- 
dance fi^rufeixt le compte rendu des travaux du second Congres du 
Sud-Ouest navigable, dont Texamen est renvoyé à M. Bouquet de 
LA Grte, et deux brochures de M. Beauvois, correspondant à Cor- 
beron (Côte-d*Or), que M. Hamy voudra bien examiner. 

La correspondance comprend en outre une demande de subven- 
tion formée par la Commission française des glaciers, en vue de 
poursuivre des observations scientifiques dans les Alpes. Sur un 
rapport de M. de Margerie, la Section a émis un vœu favorable à 
cette demande. 

M. Bouquet de la Grye rend brièvement compte des derniers 
bulletins de la Société bretonne de géographie, à Lorient. 

M. 6. Marcel a examiné le livre de M.P.Masson sur ¥ Histoire des 
établissements et du commerce français dans C Afrique barbaresqucy qui 
est renvoyée, avec avis favorable, à la commission centrale. 

Le même membre présente à la Section la copie d'une suite de 
lettres écrites à d'Ânville par le cardinal Passionei , qu'il a annotées 
et accompagnées d'une préface dont il donne lecture. La Section 
vote rimpression de ce travail au troisième bulletin de Tannée 
courante. 

M. DE Margerie présente un rapport de M. Ch. Jacob, commu- 
niqué au nom de la Commission française des glaciers, dont il 
était question plus haut. M. de Margerie demande, en terminant 
cette communication, que le travail de M. Jacob, dont il fait valoir 
tout rintérét, soit publié dans le BuUetin de Géographie du Comité. 
La Section adopte les conclusions du rapporteur, sous les réserves 
habituelles en ce qui concei^ne les crédits actuellement disponibles. 



— 409 — 

ment par M. André Léfèvre sous le titre de Germaine et Slaves, m-- 
gines et croyaticee. 

Ce dernier ouvrage n'est autre chose, si je ne me trompe, que le 
texte d'un cours que M. Lefebyre a récemment professé & TEcole 
d'anthropologie et qu^il publie débarrassé de tout l'appareil d*éru- 
dition qui t servi à en construire Tédifice. Il se compose de deux 
parties inégales en dimensions et en intérêt. L*étude des Ger- 
mains, plus développée et plus solide, comprend Texamen rapide 
de leurs origines depuis les temps homëriques jusqu à Germa- 
nicus, l'examen critique de la Germanie de Tacite, un récit écourté 
des grandes invasions et enfin un exposé des mythologies Scandi- 
nave et germanique. Ce qui concerne les Slaves est plus bref et 
beaucoup moins net, et ne comprend que deux chapitres, celui des 
Origineê et celui des Mydiologiee des Slaves et des Finnois. Je ne sau- 
rais entrer dans le détail de cette pablication lonfrue,.qtti a les 
qualités et les défauts déjà signalés dans les autres ceurres du 
même auteur. M. Lefbvre est bien au courant des travaux les. plus 
récents, il les critique avec méthode et netteté, et son livre pourra 
rendre des services à plus d'un lecteur. Regrettons toutefois que les 
indications de sources y soient systématiquement absentes.?) 

La séance est levée à 5 heures et demie. 

Le Secrétaire y 

E.-T. Hamv. 



GéMRAPHlE, N' 3. — 1904. 37 



— AtO — 



SKANCK DU SAMEDI 3 NOVEMBRE 1904. 



n^'f 



PRÉSIPBNCK PK M. ^OUQU^T DE U Qï^n. MeMB^E DE HWSTlTUT. 

La séance est ouverte à U heures et demie; après lecture faite du 
procès-verbal de la séance du samedi a juillet, le Secrétaire dé- 
pouille la correspondance , qui comprend des envols de MM. de Flotte 
de Roquevaire, Girod, Gravier, Meunier et de Segonzac, soumis 
à Texamen de MM. Grandimer, Haht, Marcel, wr Margerib et 

I^EfSSERENG ftE BoRT. 

M. Hamv fait connaître Téiat des poI^lieatioDs de la Section , mù* 
méntanëpient arrêtées par des oirconstances exoepUonnellûa. Après 
uhe oovrte di^ussion, k laquelle prennent part MM. HiHtY, m 
MiiiGmE «I de SAnsTH^snoMAN, il eal déoidé que des dévarohes 
sopoDt faites auprès de M. le Direoteiar de rËnaetgnement lupnrioar 
pour iippeler toute sa sqUicitiide sur celte tît^atiom 

M. Bouquet de la Grte dit quelques mots du bulletin 336 de 
la Société des études maritimes et ocJoniales^ et n^tamnifent du 
travail consacré dans ce numéro par M. Joubert au Somaliland. 
Cette pointie extrême de l'Afrique est grande comme le tiers de la 
France et partagée aujourd'hui entre l'Angleterre et l'Italie qui 
n'en tirent que de médiocres profits. Les Anglais luttent au Nord 
avec le Mad MuUah, qui fuit devant les troupes et revient lors- 
qu'elles s'éloignent. Le pays est du reste aride et les produits sans 
grande importance. On sait peu de choses sur le chiffre de sa popu- 
lation, les estimations variant du simple au décuple. Il n'y a que 
peu d'établissements fixes dans l'intérieur des terres. Notre colonie 
d'Obock se trouve à peu de distance de la limite qui sépare son 
territoire de celui dévolu aux Anglais, par suite nous avons eu sou- 
vent des démêlés avec les Somalis qui venaient razzier les cara- 
vanes allant au pays éthiopien. La construction du chemin de fer et 
rétablissement des postes a mis fin h ces incursions. Nombre de 
voyageurs européens ont pénétré dans l'intérieur du Pays des 
Somalis et en ont donné des itinéraires et des descriptions intéres- 
santes. Plusieurs ont payé de leur vie leur courageuse témérité. La 



— 411 — 

prise de pogi^eagion de la côte par Tlttlie et TAiigleterre a fait tout 
au moiAS casser les aMaaainata des marins naufragés pr^s du cap 
Guardafui. La description du pays Somali a été fiiite par M. Georges 
Révoil dans les trois volumes qn il a publiés à la suite de ses explo- 
rations. M. Joubert donne, à la fin de son article, la liste de toutes 
tes autres publications faites sur œtte terre africaine. 

M. Hamy résume une lettre du capitaine Duchemint de Tétal^ 
major de Dakar, relative à des mégalithes dëcouTerts par cet officier 
au nord de la Gambie, sur les confins de la colonie anglaise. Ce softt 
des cromlechs formés de gros blocs de latérite taillés en cylindres 
hauts de â m. 5o à 3 mètres, qui encadrent des tumulua» Un de 
ces tumulus a été fouillé et n a donné qu'un peu de poterie cassée 
et des ossements, mais ces ossements sont d'un caractère négritîque 
si accentue qu*il serait impossible de méconnaître 1 origioe nègre des 
constructeurs. M. Hamy rapproche ces monuments, dont M. To4d 
avait déjà entretenu l'Institution anthropologique de I^ndrea, des 
tumulus qu'érigent encore les Sérères dans le Saloun, etc. 

M. Hamt rend compte ensuite d'une brochure [La grotte de May- 
ranneê [Gard] , Nîmes , i goi , br. in-S** de i g p, et 5 pi. ) , où MM. Ma- 
zauric, Mingaud et Vedel ont rendu compte de la fouille de la grotte 
des Buissiëres, à Mayrannes, en tgoS et tgo&. Les auteurs du 
travail ont découvert dans ce gisement et ont décrit et figuré une série 
assez importante d*objets d'ailleurs fort bien connus | les uns néoli- 
thiques, les autres de Tâge de bronze. Les bronzes, qui sont tous 
fondus, sont surtout des bracelets; il se trouve aussi dans la même 
eonche des bagues, des spirales, un pendant, un disque, une petite 
dague. Une chambre sépulcrale sise a droite et au^essus de la plate- 
forme d^entrée, contenait plusieurs squelettes rattachés a l'époque 
du bronze par les auteurs de la découverte, malheureusement un 
seul de ces crânes, assez bien conservé, était celui d'un enfant et 
ne peut rien nous apprendre, par conséquent, sur le type ethnique 
local. 

M. Gabriel Mabobl analyse le quatrième trimestre du Bidletin de 
la Société de géographie de MareeiUe. tr A eftté dr comptes rendus de 
eonférences qui ne nous présentent qu^un très médiocre intérêt, 
avec les extraits ordinaires de la chronique géographique et colo- 
niale par le Secrétaire général de la Société, M. Jacq. Leotard, ce 

«7- 



— 412 — 

fascicule contient deoi articles qni doitent retenir un pen notre 
attention. Kun, qui a poor titre : Le dérdoppemeni économique de 
ManeSk de iSSS'à igooy par M. Barré, est le résuma d^un mé- 
moire que Tauteur avait présente an concours ponr le prix Beanjoor 
et qui fut couronné au nom de la ville de Marseille. 

«r Que le développement de raclivité économique de la seconde 
ville de France n'ait pas diminué pendant les seixe dernières années 
du siëde écoulé, cela n'est pas pour nous étonner, pas plus que 
Taugmentation de la population et le progrès de la richesse pu- 
blique. M. Barré en donne des relevés saisissants. II y a notamment 
pour la situation du port, des détails sur la longueur des quais, 
sur Toutillage, sur Tactivité des diverses sections, des renseigne- 
ments précieux pour les économistes; mais ce qui serait particu- 
lièrement intéressant, ce serait d'établir d'une part ce que les 
grèves ont coûté au port de Marseille, mais surtout ce qu'elles lui 
coûteront dans l'avenir par répercussion; nous aurions voulu 
mettre en regard de ces tableaux les mêmes données relatives au 
port de Gènes pour la même période et cette comparaison n'aurait 
pas laissé que d'être éloquente. 

crLe second article qui doit retenir notre attention est une confé- 
rence faite à la Société de géographie de Marseille sur la déca- 
dence et l'insalubrité des îles de la Réunion et de Maurice. Là, 
comme partout ailleurs, les déboisements exagérés ont amené, avec 
le ravinement du sol, des irrégularités dans le régime des pluies et 
de longues sécheresses. Nous avons donc gaspillé les dons merveil- 
leux qui avaient fait donner à ces ties le nom d'Eden : végétation 
splendide comprenant la flore des terrains tropicaux et de la zone 
tempérée, climat d^une salubrité parfaite, eau d'une limpidité mer- 
veilleuse, immunité absolue à l'égard des maladies tropicales. C'est 
à partir de t86i que Tinsalubrité des iles a progressé d'une façon 
désastreuse. D'octobre 1866 à la même date de l'année suivante 
plus de /io,ooo malades sur 36o,ooo âmes sont tués par le palu- 
disme à Maurice, et la mortalité y est encore de 60 p. 1,000 
en 1901 et de 3/i p. 1,000 en 1909, et cette morlalilr porte sur 
les indigènes bien plutôt que sur les troupes européennes. Dans 
cette intéressante étude, M. le docteur Raynaud attribue le déve- 
loppement du paludisme à la ruine des plantations de cannes à 
sucre et à la misère qui en est résultée. En 1881 il y a i5o,ooo 
hectares cultivés, en 1903 le total tombe à 80,000, le reste est 



— 413 — 

abandoimé en friehe. L'immigration cooBÎdénible des Asiatiques, 
qui ont le désouci complet de ia propreté, est une autre cause d'in- 
fection. A Maurice, ia misère se développe par Texcès de la main- 
d'œuvre et de bouches à nourrir; à la Réunion, c'est, au contraire, 
le manque de bras qui engendre la gène. Qu'on ajoute le dévelop- 
pement de l'alcoolisme, la promiscuité des gens et des animaux, 
ainsi que d'autres raisons secondaires, et Ton aura les causes d'une 
situation à laquelle il serait relativement facile de porter remède. 
Le drainage des villes, Tassèchementâes canaux et des étangs, la 
destruction des moustiques, Tisolement des malades et des soins 
intelligents, tels sont les remèdes que préconise le docteur Raynaud 
contre une décadence qui ne parait pas irrémédiable. ^^ 

M. DK AIargbrib fait connaître les derniers travaux de la Société 
languedocienne de géographie de Montpellier. 

vrLes quatre derniers fascicules du BuUetin de cette compagnie 
sont occupés, en majeure partie, par la suite des Mémoires de 
MM. Grasset-Morel {Mmipellier et ses iSûraii»), Marcel Hardy {La 
végétation du Languedoc^ XXVI ^ 6n), et Malavialle {UEnteigtiement 
de la Géographie)^ dont j'ai déjà eu l'honneur d'entretenir le Oomité 
à plusieurs reprises et sur lesquels il n'y a pas lieu d'insister. 

(tAu tome XXVI, M. Malavialle a consacré quelques pages (^39- 
3/17) à la mémoire d'Adolphe Duponchel (1890-1903), ingénieur 
en chef des ponts et chaussées, qui fut président de la Société lan- 
guedocienne de géographie pendant qualorxe ans et contribua plus 
(|ue personne à doter cette association de la vitalité remarquable 
dont elle jouit. Duponchel se Ht d'abord connaître par d'importants 
travaux d'hydraulique agricole; attiré par les questions coloniales, 
il fut ensuite le premier, sinon a concevoir, du moins à formuler 
en termes précis le projet grandiose d'un chemin de fer trans- 
saharien. Son œuvre écrite, qui a trait aux sujets les plus variés de 
science spéculative ou de polémique courante, est considérable; le 
premier volume de la Géographie du département de tEérauUy auquel 
il collabora, après avoir établi le plan général de l'ouvrage, est un 
livre de valeur : certains points de l'histoire des atterrissements 
du Rhâne, en particulier, doivent à Duponchel leur solution défi- 
nitive. 

trM. L. Fernand Viala, ingénieur civil des mines, expose (XXVI, 
p. 4ot, /it6; XVII, p. 1/1-96) des considérations économiques sur 



— 414 — 

TEêfogne. Il nous promène aux eiinrons de Grenade et dans les 
mines d'Orgiva, dans la ré^on de Tarragone, autour de Reus et 
de Barcelone, en suivant les traces des Romains. Sa conclusion est 
que irTEspagne, grâce à son climat et k son système hydrogra- 
phique, peut trouver dans la culture du sol beaucoup plus que 
dans Te^ploitation du sous-sol , des sources de richesse en quelque 
sorte inépuisables ff« 

(f C'est à des questions du même ordre qu'est consacrée la confé- 
rence de M» Octave Justice sur L'Or y sa produetiôn, $a géographie, 
ton f^Ie (XXVI, p. 417-437; XXVH, p. 97-89). 

ttM, A. Pézières, instituteur public à Ferriëres, discute Tëtymologie 
du mot Londrea (XXVII, p. 79*74). Cest de localités dn départe- 
ment de THérault et non de la capitale de la Grande-Rretagne qu'il 
s'agit; à feiemple de M. Berlhelé, il y voit te sens de «e terrain 
marécageux (Lundrœ)y qu'il s'attache à justifier par fe^tamen du 
pays. 

ffDans le même fascicule (p. 74-77), M. Pierre Vidal parlé de 
Tascension que fit au Canigou Pierre III, roi d'Aragon, en isBS. 
«Cet exploit est connu par la seule chronique lotine de Fra 
Salimbene. Il semble résulter du récit de Salimbene (dont, entre 
parenthèses, le texte vient d'être reproduit et traduit par le Révé- 
rend W. A. B. Coolidge dans son bel ouvrage sur Jôgias Sindêr et les 
origines de V Alpinisme ^^)) que c'est par Velmanya et Prât Cabrera 
ou par Taurinya et la forêt de Balatg que Pierre III monta du Ca- 
nigou. La description ne saurait convenir, en efiet, qu'i l'Estanyol, 
le seul lac existant sur cette montagne, là même oà le Club Alpin 
français a fait récemment ériger un chalet pour les touristes. 

(tDans le fascicule suivant, relevons la première partie d'un 
rapport de M. le commandant Bordier sur k C&ngrh natiùnal de 
géographie de Ttms (p. 101-11 3), dont la lecture est fort atfa- 
chante, et un travail du même auteur, communiqué au même 
congrès sur la mie tranêàjricainê de Tunisie àLoangû par le Tehad 
(p, i3i*i43).7î 

M. P. Sghradba, qu'une longue absence a empêché de rendre 
compte plus tôt des publications de la Société de géographie corn- 
morciale de Bordeaux, demande la permission de parler aujour- 

(» In-8% Granable, 1904, p. ià6*-i5i*. 



— 415 — 

i*hiii de la période de 1909 à 190 3, rrf8<|rv«iit lannée 196/1 pour 
one de no$ proehaiaes réuaîoiig. 

(rJe oemmence p«r dire que le BnUetSn dont j'tiài faÎMiraiialyse 
ne donne que partiellement Tidée de raoiilrilé de la Sociëlé .-de 
géographie iDOfdelaiseé 

<r Cette société) en eCEat, se âgnak autant pan soiir aoiîpn et «piir 
son inAneoiee que par ifea pablioationtf. 

If Non eootenCe de stimnler les études géogitlphiques à Bardea«i!i 
même, elle a fondé de» âeMions actirei à Agen, Bergeraé,.sttàyev 
Péngneiix, La Roeheik et Tarbes» G'qat dono iur iiout le^No^^Ouest 
de la France' que se répand son activités La^Seciété d'océeniOgrapkie 
du golfe de Oaaeogfte est sortie de son seîil; des <t6nrf6reDoeav'des 
excursions, soit à Bordeaux, sdit dans les yilles Toisiaes^ groupent 
fréquemment ses niembre8« Une section coloniale et du oommenee 
extérieur a été fondée, et toafl> len membre» de la Sdctétié peuvent 
prendre part à ses études spéciales sana aucun supplément desotir* 
safcion. Cette Section manifeste son activité pai* la publication heb^ 
domadaire d'une sérié dé notes et d'inforraatîçna daae k Bmmê 
eùlomak et 4ommemaled0 Bordeaux et du Sud*0ui9ii' et .elle a fondé 
un bureau régional d'informations qui répond à toaiOs lès demandée 
ntlatives au commerce et aux colonies. 

rrCes indications suffisant pour montrer que la Société de géo« 
graphie commeroiak de Bordeaux existe surtout par Taction.' B 
suffit du reste de paUcourir ia liste des membue» .de son kireau 
pour y trouver les noms de la plupart éés hçmmee d'étude ou *d'a& 
faires qui ont conserféà notre métropbledu Sud«*OuBst «une partie 
de son ancienne activité ou qui s'efforcent de raccroitre* 

er Bordeaux, nous detons le confesser^ li^est pbis ce quelle était 
il y u quaravite ana seulement , une rifle de commerse autonome , 
possédant sa flotte de voiliers et commerçant dinectemeât avec 
tontes les mers et tous les pays du globe. A paît quelques maisons 
persévérautes et entrejnienaates qui ont coUse^é on dé^^ppédes 
débouchés directs vers des régions tdles que le Sénégal ou quel^ 
ques autres régions coloniales françaises, le eomiaieree de Bôrdeuuis 
est devenu tributaire, dans une large mesuré, des grandes uiHre^ 
prises de navigation étrangères, et. le firat. irpar oonnaissement 
direct)) ayec transbordement à Londres, Liverpod, Hambouig, le 
Havre , représente une grande partie du commerce bordelais* Cette 
transformation, qui a retiré k notre grand port de fOèéan une 



— 416 — 

partie de son existenoe propre et qui eu a fait comme le satellite 
d'autres ports plus hardis ou mieux renseignes, parait préoccuper 
à juste titre la Société de géographie oonmierciale. Parmi les 
articles que nous relevons dans le BuUetin de igoS, un nombre 
relativement considérable émanent de correspondants de la Société 
dans des ports étrangers. Au cours des années précédentes les cor- 
respondances de Hambourg, le port le {dus propre à servir de point 
de comparaison à Bordeaux, ont tenu une grande place dans le 
BuUeim, En 1 908, ce sont Christiania et Buenos-Ayres qui tiennent 
la tète de ce service de correspondance étrangère. M. G. Amuéus , 
à Christiania, M. Lix-Klett, ancien présidait de la Chambre de 
commerce de Buenos-Ayres, prodiguent les renseignements pra- 
tiques et puisés aux sources. Pour Buenos-Ayres surtout, qui a été 
une grande colonie bordelaise et qui pourrait ou devrait continuer 
à Tétre, Tutilité de ces rapports commerciaux et scientîBques est 
inappréciable. Ceux qui, comme Técrivain de ces lignes, ont vu à 
Tœnvre Tinfatigable M. Lix-Klett, savent que les intérêts du com- 
merce français ne peuvent être mieux défendus. 

irLes études régionales tiennent aussi une large place dans le 
Bulkùn de la Société de Bordeaux. Les migrations de la sardine 
en 1903, par un trop modeste anonyme; des comptes rendus de 
voyages d'afiaires au Sénégal, ce vieux champ d^activité des Bor- 
delais, résumé par M. Marcel Daunas, avec un sent pratique qui 
n'exclut pas le pittoresque; des études sur les torrents pyrénéens 
de la vallée d'Aspe et sur le régime des forêts, par M. P. Buffault; 
sur les races d'Algérie, par M. H. Busson; sur les cultures arbus*- 
tives à préférer dans le Sud Tunisien ou dans le sable des dunes 
landaises, par MM. 6. Wolfram et Briffault, des communications 
et des comptes rendus de conférences provenant presque exclusi- 
vement de voyageurs qui rapportent leurs propres observations, 
montrent que Bordeaux renferme aujourd'hui commo par le passé 
de puissants éléments de vitalité, auxquels un groupement actif 
peut communiquer une force nouvelle. On pourrait regretter que la 
partie des informations et de la chronique des voyages soit moins 
largement représentée dans ce bulletin que dans ceux de quelques 
autres sociétés de géographie françaises. C'est là une simple obser* 
vation sur laquelle nous ne voulons pas nous appesantir, puisque 
nous savons que ces renseignements, qui tiennent peu de place 
dans le Bulletin, sont mis avec libéralité à la disposition, non seu- 



— 417 — 

lement des membres de la Sociéië, et dans le local des séances, 
mais du public tout entier, vis-à-vis duquel la Société de géo- 
graphie commerciale de Bordeaux remplit très généreusement sa 
mission d'inrormatrice.^ 

La séance est levée k 5 heures et demie. 

fét Secrétaire, 

E.-T. Hamy. 



— A1« — 



MÉMOIRES. 



LETTRES I]>(ÉDITES 

I 

DU CARDINAL PASSIONEI À D'ANVILLE, 



PAR M. GABRIEL MARCEL, 
Membre du Comité. 



Les biographes de d'AnviUe : Dacler, de Manne el tant d'autres, 
(]ui n'ont fait que les résumer, s'accordent à dire que ce géographe 
suivait avec Tintérêt le plus vif toutes les explorations, qui! solli- 
citait des voyageurs les renseignements les plus précis et les plus 
circonstanciés, qu'il entretenait enfin dos relations suivies avec les 
savants de l'Europe entière pour se tenir au courant des progrès de 
la géographie ou pour se procurer les ouvrages et les cartes dont 
il avait besoin pour ses travaux. 

De ces faits, qu'il serait intéressant de trouver des preuves plus con- 
\aincanles que les assertions d'auteurs qui se copient sans vergogne! 

Parmi les très nombreux brouillons de cartes de d'Anvillo qui 
se trouvent à la Bibliothèque nationale, on rencontre bien des es- 
quisses manuscrites qui ne sont pas de notre géographe; elles ont 
dû lui être communiquées par des explorateurs. Mais c'est son im- 
mense correspondance qui aurait pu nous fournir des indications 
certaines, malheureusement elle est dispersée si elle n'a pas été 
détruite lout entière ^^K 

Le hasard, qui a plus d'une fois favorisé les chercheurs, a mis 
entre nos mains un paquet de quinze lettres ^*^^ adressées à d'Anville 
par le cardinal Passionei. Ces lettres, non seulement confirment ce 
qu'on savait déjà, mais elles prouvent la persévérance, la ténacité 
que mettait le géographe dans ses demandes de renseignements; 

(^) Notre ami, M. Henri Cordicr, possède depuis lou|Ttemps un dossier de 
d'Anville, mais qui ne contient que des extraits de ses lectures et des notes rela- 
tives à la géographie ancienne. Il existe un certain nombre de lettres de d'Anville 
h Hennin dans la Bibliothèque de Plnstilut; nous en préparons la publication. 

(^^ Elles proviennent de la collection d'autographes formée par M. le marquis 
de Gourio du Refuge. 



^ 4id — 

eileB montrent également en quelle haute estime le tenaient lea sa* 
vants les plus connus de cette époque. 

Quelques ren8eij[nements biographiques sur ie cardinal Passio- 
nei, nous feront connaître le correspondant de d'Anville et met- 
tront en valeur tout Tintérét de ces lettres. 

Né à Fossombrone en 1689, Dominique Passionei s'était déjà 
fait connaître par dlmportants travaux d*érudition, lorsqu'il fut en- 
voyé à Paria pour remettre la barrette au nonce Oualtieri. Il y resta 
deux ans et s'y lia avec tout ce que la Cour et là Ville comptaient 
de savants, d'hommes de lettres et d'artistes. Chargé d'importantes 
missions à Utrecht, h Bade, en Suisse, nonce à Vienne ah il se lia 
particulièrement avec le Prince Eugène , Passionei archevêque , car- 
dinal, directeur de la Bibliothèque Vaticane, faillit devenir Pape 
en 1758. Mais cette vie si occupée ne l'empêcha pas de continuer 
ses travaux d'érudition, de réunir une importante collection d'anti- 
quités, statues, bas-reliefs, inscriptions, et de former une précieuse 
bibliothèque qui fut, à sa mort, incorporée h relie des Augustins. 

Voici en quels termes élogieux parle de Passionei , dans la notice 
insérée dand fHùtùite dé f Académie Us inscripHonê ^^K le secrétaire 
perpétuel Charles Le Beau, Tauteur de ¥fKtimr& du Bàn-Etnpite : 
ffSon savoir futimmense,jameié homme ne posséda si parfaitement 
rhisloire littéraire. Il n'était presque aucun homme de lettres en 
Europe qui ne se flt honneur de lui écrire, He te consulter, de lui 
envoyer ses ouvrages. . . Une lechire assidue, commencée dès IVn- 
fance et continuée pendant le cours d'une longue vie , au milieu des 
plus grands emplois, dans la fatigue des voyages, dans le tumulte 
des Cours, comme dans le repos et le silence du cabinet, une intel^ 
ligence rapide, une mémoire prompte et fidèle, qui n'avait rien 
perdu h l'êge de soixnnte-dix-neuf ans, une bibliothèque de plu* 
de 60,000 volumes, remplie des imprimés les plus rares, des manu- 
scrits les plus intéressants et qu'on pouvait appeler le supplément 
de toutes les bibliothèques ^^\ comme son esjirit était le supplément 

^') Tome IL On peut consulter aussi : Gouukt, Eloge du cardinal Paaionei, La 
Haye, 1703, în-ti, elGALcm (L.), Methorie j>er la rita dtl eûrdinul fhutitmM, 
noRM, 1769, iD»8". 

^^^ A ta mort de Passionei, Du Tiilot, minislrc du duc de Parme, dom l^hi- 
Up|ie avait ie dcMeia d'acheter cette supcrtM» bibliothèque et d*ao iioniiDar Pa» 
ciaudi bibliothécaire, roaia ie pape Bonuit 1\\\ iM voulant patf qu*eUo sortit de 
Rome , l'acheta lui-même. On pourra lire dam im LtUvê twt i* Italie du Pfcôdoni 



— 420 — 

de tous les esprits* tels étaient les titres qui Tavaient rendu comme 
l'arbitre de toute la littérature de TEurope.D 

Le Beau dit encore : irli recevait avec politesse tous les étrangers; il 
parlait à chacun sa langue; il servait avec empressement leur cnrîosité, 
et la nation française a toujours tenu un rang distingué dansson cœur. 

rr Après avoir visité à Rome les chefs^ œuvre modernes de Tart et 
les précieux restes de Tantiquité, au sortir du Vatican et du Capi* 
lole, on se transportait avec plaisir sur les collines de Frascati, où 
le cardinal s'était ménagé une retraite charmante. Là, on retrouvait 
enrore tous les siècles heureusement réunis; les murailles et les 
galeries étaient couvertes d'anciennes inscriptions grecques et latines, 
au nombre de huit cents; les livres, les tableaux, les statues, les 
plantes, les fleurs présentaient dans une noble simplicité les agré- 
ments de notre siècle, et le cardinal lui-même formait la nuance 
de l'antiquité et du moderne; il joignait les mœurs antiques avec ce 
que peut avoir de plus libre et de plus aimable la moderne urbanité, -n 

Ces lignes flatteuses sentent un peu trop l'éloge académique; 
la Correspondance de Cayius nous fournit certaines appréciations 
dissonantes. Paciaudi (t. I, p. 90) lui apprend que Passioueî est 
appelé II Rome trie cardinal Scanderberg, parce qu'il gronde, brave 
et menace toujours n, et Cayius lui répond qu'il se félicite de n'éli-c 
pas en relations directes avec ce cardinal au caractère impérieux 
et exigeant, enfin l'abbé Barthélémy connaît l'orgueil et la suscep- 
tibilité de celle Émiaence. (T. II, p. a3g.) 

Quoi qu'il on soit de ces travers, ils ne percent pas une fois dans 
la longue correspondance qu'il entretint avec d'Anville et dont nous 
ne possédons par malheur qu'une faible partie. 

Les lettres que nous publions ici s'échelonnent du mois de mai 
1750a novembre 1 7B7. Ces sept années sont presque les dernières 
du cardinal Pa8sionei,qui mourut en 1761 à l'âge de soixantc-dix- 
nouf ans. 

Au ton qui règne dans la correspondance de Passionei, on sent 
toute l'amilic qu'il professe pour d'Anville; h chaque instant perce 
l'estime en laquelle il tient le savant géographe; ses compliments 
ne sont pas de vagues et banales formules de politesse, ils sont 
vraiment l'expression fidèle de ses sentiments. C'est à la fois l'homme 

de BroMe», un moyen de quels proches plutôt indéitcnis mais trop rréf|uentf« 
chez les liibiiophiles, il avait trouvé le moyen d*ciiriehir m biltliol}W*qiie des ou- 
vra^ lefl plus rares et les plus précieux. 



— 421 — 

et le 80 vaut qu^il apprécie. Il saisit avec empressement, il sollicite 
même Toccasion de rendre service à d'Anville. 

Pimagine que ce dernier appréciait à sa valeur la jouissance quW 
éprouve a se voir ainsi compris et servi par un homme qui vous 
csl supérieur par le rang social, par Timmense fortune, mais que 
IMnidition et la similitude des goûts littéraires font votre égal. C est 
un sentiment qui se perd et tend même à disparaître complètement 
à notre époque ou tout le monde a la persuasion exagérée de sa 
valeur, où Ton ne veut admettre aucune supériorité. Mais , au temps 
où vivait d'Anviile, une telle amitié, si déférente, si aôtive de la 
part du cardinal, devait être d'un prix inestimable. 

La première lettre de Passionei est datée du i3 mai 1760, mats 
la correspondance a commencé un peu plus tôt; c'est ce qu'il Tant 
conclure de la liberté, de la familiarité de ton qui y règne. Il n'est 
guère vraisemblable que le cardinal ait connu d'Anvilte lors de son 
séjour à Paris, de 1706 à 1708, ce dernier n'ayant aloi^s que de 
neuf à onze ans. S'il le vit h son second voyage à Paris chez l'abbé 
de Longuerue, il le considéra sans doute comme un enfant d'une 
précocité remarquable , le premier ouvrage de d'Anville, une carte 
de la Grèce ancienne, porte en effet la date de 1713. Un document 
que nous avons eu la chance de rencontrer, nous fixe sur la date 
exacte où commencèrent les relations épistolaires du cardinal et du 
géographe. C'est une lettre de La Curne de Sainte-Palaye , datée de 
Rome le 6 juillet 1 7^9 , dans laquelle il annonce à d'Anville, sons le 
couvert de Faiconet, que c'est le cardinal Passionei qui lui fournira 
tous les renseignements géographiques dont il aura besoin ^^\ 

('} D« Roma^ ce 6 jiûllol 17^9. 

Vous m^avez donné, Monsieur, un ample mémoire de cartes et d'infttruclioiis 
géographique!» que vous souhaiticx avoir de ce paya-ci : j^ai lait on anûvant toutes 
mes diligences pour vous satisfaire; après avoir consulté différentea personnes, ju 
me suis enfin adressé à M. le Gard. Passionei très curieux de tout ce qui est géo- 
graphique. Il a gardé votre écrit qu'il n*a point voulu me rendre et, comme il est 
très au fait de vos talensetde vos connoissances, il se charge de la correspondance 
avec voua et du soin de voua servir en tout ce que vous povrres désirer, sans 
m'accorder seulement Thonneur de la médiation entre vous. Il est actuelleroenl 
indisposé, mais vous aurez une lettre de lui dès qu'il sera en état d'écrire. 11 n'y 
a voit que ce moyen le de m'oster le regret de ne pouvoir vous servir moi mcsme 
et vous marquer tous lessentimens les plus sincères avec lesquels je suis, Monsieur, 
votre très hamble et très obéiaaant serviteur S" PALiTB. 

A Monsieur, Monsieur Pdconet , pour remettre à M. d'Anville , géographe, à Paris. 



— 424 — 

pris ehez lui de ne jamais parler de sa santé. Ses dernières lettres 
sont vraisemblablement perdues, car nous ne connaissons aucon 
motif sinon Yige qai Tait empêché d^ëcrire à d'Anfille. 

Encore sommes-nons bien heureux que cette correspondance n'ait 
pas disparu tout entière. Elle fait honneur à notre éminent géo- 
graphe, à celui que Passionei dit être référé en Italie comme une 
divinité géographique , elle montre Taffection que montrait à Thommc 
Tun des plus hauts personnages de la cour pontificale, un des 
érudits les plus éclairés et les plus célèbres du x?iii" siècle. Cest à 
ce titre que nous avons publié les lettres de Passionei à d'Anviile. 



Rome, ie i3 may i75o('^ 

J*ai reçu vos deux dernières lettres, monsieur, et j^ai attendu pour y 
répondre en forme que j*ensse en des nouvdies de toutes les tentatives que 
f ai faites pour recouvrer les cartes que vous desirez, et après des redierches 
infinies et avoir intéressé plusieurs amis en dîflMrens endroits, on m*a enfin 
déterré la carte génoise de Chaffrioux^') (<tc), dont k titre est en espagnol; 
ce que je vous en dis n*est point pour me faire valoir, mais il a falu s^y 
prendre cooune j*ai fait pour pouvoir réussir. 

Je réponds maintenant aux différents articles de vos lettres : 

i*" D n'existe aucune carte du Milanois postérieure à celle de Trat* 
lino^^^ (««?); 

9*" On ne trouve sur les Marais Pontains aucun Plan plus précis ni plus 
correct que celui de Meyer^*^ mais je n'épargnerai aucun soin ni diligence 
pour vous en découvrir et procurer quelque Carte ms. ; 

3* On ne trouve rien sur la partie supérieure du Teverone^^ au-dessus 



(*) On voit par le conlexte de cotte lettre que la correspondance entre d'Anville 
et Passionei durait depuis quelque temps déjà et que les demandes de renseigne- 
ments de d'Anville étaient nombreuses. 

<*) T«pografia de la Liguria dedîcada al Exceil^^Senor Gonde de Melgar, Go¥er- 
nadory Capitan gênerai del Eitado de Milan, por D. Joseph Ghafrîon lng° del 
Ex*' q' la hizo y del. 1786. 6 f". BN. Cartes Pf. i85. hag^, (Le titre courant 
porte : Carta de la Ririera de Genoa oon sus verdadcros confines y caminos. ) 

(') Stalo di Milano e provincîc confinanti dalle parte orienlate da Guil. Car. Frat- 
tino, 1703. Cette carte n^est pas k la Section géographique de la Bibliothèque natio- 
nale. On trouve Tapprédation de la carte de Frattino dans Tanalyse géographique 
de ritalie dcd^Anville, p. 66 et suivantes de la réimpression faite par de Manne. 

(*} Le Paiudi Pontine delineatc da Cornelio Meyer et novamente intagliate da 
Gio. Batt Palda, 1678. Bibt. nat Caries Pf. 186, 6(78. 

^*) Affluent gauche du Tibre célèbre par les célèbres CaaentêUe di TiVo/i. 



— ft25 ^ 

de Sabiaco ^^^ ; mais , pour ie dessous , je vous trouverai qudque chose 
qn'ua de mes amis a ëbauchë etm*a promis; 

A° Pour ce qui regarde ie GarigUano ^*^ près de Sora ^'^ et del Sacoo ^^\ 
je n'ai encore pu en parier et je n'attends pour eda que le retear du doc 
de Piombinesera , seigneur de ces endroits là; nous en oonfib'eronB ensemUe 
et, comme il est fort de mes amis, vous pouvez être assure que s'il y a 
quelque chose, nous Taurons; 

5° Qiuint à la carie du Bergam^*^ (ttc) un de mes amis qui est de Bei^- 
mas que {sic) même a écrit pour sçavoir si dla existait, on lui a dit qu'il y 
en avait effectivement une de Leone Pallavicini et que s'il s'en trouvait un 
exemplaire, on le lui enverrait; 

6' Enfin j'ai parié de la carte du P. Eschinardi <*- aux RR. PP. Jésuites; 
ils ne l'ont pas actuellement , mais ils m'ont promis de faire leur possible pour 
la retrouver. 

Je vous suis obligé de la peine que vous vous êtes donnée pour la Géo- 
graphie du P. Briet^'^ et j'écris h Paris pour qu'on vous rembourse sur-le- 
champ; vous aurez la bonté de remettre ces trois volumes à M. de Sainte- 
Palaye^'\ qui aura incessamment une occasion pour me les envoyer. 

Gomtez toujours sur mon zèle à vous obliger et à vous témoigner en 
toute occasion que c'est du meilleur de mon cœur que je suis entièrement 
à vous. 

D. Gard! Passiorki. 



(^> Ville du Lalium, sur la rive droite du Teverone. CTest près de cette tille que 
fut fondé par saint Benoit le monastère fameux de Sacro Sffico (la sainte cafetne). 

(s) Fleuve de Tltaiie centrale qui se jelto dans le golfo de Gaèie. 

(') Ville de la Terre de Labow. 

(*} Sacco, gros torrent du territoire romain, appelé Tolero dans la partie iofc- 
Heure de son cours, affluent du Liri ou Garigliano. 

^*^ Los cartes de Tétat de Bergame ne sont pas nombreusei^. Nous ne connais* 
sons pas de carte do Bergamo par Pallavicini; nous ne connaissons que : Descrit- 
tione del terrîterio Bresciano con li suoi confini, rilfatto per me Leono Pallavicino 
piltore, Tanno MDLXXXXVll, 6 feuilles. D^AnvilIe en parle dans son analyse de 
ritalie, p. 7 A de la réimpression de De Manne. 

W Le jésnite François Eschinardi, né à Rome en i6fiS, mort en 1700, profes- 
seur de mathématiques è Florence, è Pérouse, an Collège Romain, auteur d^un 
grand nombre d'ouvrages. Nous ne savons de quelle carte il est ici question. 
Serait-ce une carte accompagnant sa Descrizione di Roma, publiée en 1 760 , in-8*T 

(') Le jésuite Philippe Briet, géographe et hblorien, né & AbbeviHe en 1601, 
mort en 1688. Il s'agit ici de ses Pardlela geographitt veteris et novœ. — Parisiis, 
16&8, 3 voL in*&^ 

<*) J.-B. de La Gume de Sainte-Palaye , dont le nom reviendra plusieurs fois dans 
ces lettres, éradit, membre de T Académie française en 17 58, associé de f Académie 
des Inscriptions en 1794, né è Aaierreen 1697; maft en 1781. 

GéoosAPHii, N* 3. — 1904. 98 



Rome Le i3 Janv' 1751. 

Monsieur ie Marquis de l'Hôpital en partant d*ici. Monsieur, s'est charge 
de vous rèmettiT nû petit pacquet qni contient la Carte parChaflWoui; elle 
Mt en à feoiUes et celle de i'Ëliiiriovetas^^' {nie) en une feuille, fai enfin 
déterré celle du Bei^amasque. J'en ai (ait un petit rouleau que M. le duc de 
Nivemois^'^ s'est charge de vous faire passer. 

Parmi les cartes que j'ai de vous , il m'en manque une qui est cefle^*' de 
l'Italie, dressée sous les auspices de M.le duc d'Orléans, i7iS(3,en9 feuilles. 
Je voas serai très obligé de me l'envoyer. En revanche, s'il y a quelque 
chose m que je puisse faire pour vous, vous me trouverez toujours dis- 
posé à vous témoigner que c'est du meilleur de mon cœur que je suis entière- 
ment À fous. 

D. Cardl Passionbi. 

Rome , le 98 avril 1 76 1 . 

Il y a effectivement longtemps, Monsieur, que vous devriez avoir reçu 
ce que je vous envolais sous l'adresse de M. Mariette ^^^ et je suis extrême- 
ment surpris que le pacquet ne lui ait point encore été remis, Taiant con- 
signé il y a longtemps au nommé Giraud libraire qui partait et faisait partir 
quelques balots pour Paris et qui vint dire à mon bibliothécaire qu'il avait 
ordre de M. Mariette de se charger de ce que j'avois à lui envoier par la 
voyede Marseille à l'adresse des Frères Colomb; c'est donc h ce Giraud 
qu'il faut s'adresser, ainsi que je le marque à M. Mariette pour sçavoir des 
nouvelles de ce pacquet et être eiaetement informé de oe qu'il sera 
devenu. 

Depuis ce tems vous devez avoir reçu demi petits Rouleaux de Cartes 
dont le premier fut confié aux soins de M. le marquis de THopit^^^^ et 
l'autre à ceux de M. de La Bruere secrétaire de M. le duc de Nivernois. Ces 
deux M" qui sont successivement partis d'ici pour Paris me promirent 

..(i) Eltruria vetiis et oova< Teodoro Venarayne sculp. 179^, t isuiHe B. N. 
rafles G l8ô^6^ 

(') Louis-Jules Barbon Mandni-Mwarini dac de Nivernois, né â Paris, en 1718, 
ambassadeur à Rome de 17 48 à 1759 « pois à Berlin et à Londres, ministre d'état 
en 1787, mort an 1798. Membre de T Académie française et de rAcadémie des 
Inscriptions. . 

(>) BibL Nat,, Gartas B a668. 

ft) Jean-Pîerre Mariette, fib du graveur, imprimeur et libraire, amateur d^art, 
né à Paris en 1694, mort en 1774, 19 décembre 1760 assorié libre de l'Aca- 
démie de sculpture et de peinture. L^abbé Barthélémy qualifie Mariette le (rfuB 
galant homme du monde* (Gorresp» de Caylos, t II, p« 196.) 

W Paul François de Galluccio m'* de L^Hoipitai, né le 1 3 janrier 1697, "^"^ 
le 3o janrier 1776, lieutenant générai, ambtnadeur à Naples de 17&0 à 1745. 



— â27 — 

qu'auMÎtAt lear arrivée ib vont feraient remettre ooi cartes» Je oompte donc 
que vous me ie ferez sçavoir. 

J ai enfin entre lea maint une oopie de la Carte du coure du Tybite^*^ 
faite par un de noe pluaaçaYane mathëmaticiette et qni n'avoit iauMia iroidn 
la communiquer à personne. Vous verrez, je m'en flatte, qu'die est digne 
des soins que je me snis donnés pour la faire copier de manière que vous 
en fussiez content; vous êtes ie premier pour qui l'auteur ait fait ce sacri- 
fice et je ne sçaurois vous dire les peines que j*ai eues à vous la procurer 
et malgré cela le plaisir que je me fais de vous Toffrir comme un témoignage 
de restine qne je fais de vens et une preuve que je sma du madleuT de 
BKmeœor entièrament à voua. 

a GanU PAaaiimai. 

A Monsieur D'Anville géographe ord'* du Roy k Paris. 



Rome^fê 19 mal 1759. 

J ai reçu avec bien du plaisir votre lettre, Monsieur, datée du aâ avril et 
je suis charmé que M" de L'Hepilal et de La Bruere vous aient successive- 
ment remis les deux pacquets dont ils s'étoient cbargés ppur vous. Je vous 
ai très certainement envoie la carte de Gènes par Chafnoux et si elle ne 
s'est pas trouvée dans les deux pacquets susdits, elle sera dans celui que 
j'ai mis sous l'adresse de M. Mariette et qui fut consigné, il y a fUni de six 
mois , au nommé Giraud comme je vous le marquois dans ma dernière. Il y 
a donc longtemps que le tout devrait être à Paris si on avoit la même exac- 
titude que j'ai pour les commissions dont je me charge. 

Je n'attends qu'une occasion favorable pour vous envoler la Carte du 
Cours du Tybre que je vous ai d^à aunoneée et dont je voile répète q«e 
voas serez content étant le seul qui en aies eue {sic) une eopie. 

Je vous remercie par avance de Tattention que vous av«z de m'eflvolér un 
Exemplaire de votre dernier ouvrage qui est la Carte d*Afrique^, vous ne 
m'aviez pas marqué à qui voua l'aviez remise. 

Je vous eovoie l'éckircifseoient que vous me demandiez tojncfaant les 
Doovdlea eutrepriaes dea deux Feras Jesoiftaa qoi se noauneiit Merte et 
Boacowich^'^ et qu'on dit être bafailes en cotte matière et la eopi«du BiUet 

(^> Le cardinal ne nomme pas fauteur de cette carte dont il sera mù^ ^tarienis 
foÎ9 question. 

t<) Nous croyons qu*!! s'sgh ici de la Garle particcdière de la tMa «eddentale 
de fAfnqne et da eôutn des rîûèr^ de Sénégal et de Gamble en ee q^i est cènai. 
Dressée poar la Compagnie des Iodes par le S' D^Antiile el qui porte la date ie 
jiffflet 1751 , d feoilles B. N. Cartes, Atlai^ de d'Anvifle. G*eit Âranoe qae eeloW 
en paHe an cardinal Pasilooei. 

<') Le jésuite Christophe Maire et non Lemere on Lemire, comme on le fWra 

f8. 



— 428 — 

dicte par le P. Boscowich vous instruira de ce que vous pouvez désirer à 
ce sujet 

Je soubaite que vous me fournissiez souvent les oocaâons de vous 
témoigner que c'est da meilleur de mon cœur que je suis entièrement h 
vous. 

D. Cardl Passionei. 

Rome, le s 5 7**" 1751. 

Je reçois toujours vos lettres avec plaisir, Monsieur, et sois okarmé quand 
je trouve les occasions de pouvoir contribuer en quelque chose aux ouvrages 
si utiles et si nécessaires dont vous ne cessez d'enrichir le Public; vous rece- 
vrez donc incessamment, si vous ne Tavez déjà raçue, In Carte du Cours du 
Tibre qui est partie il y a déjà quelque tems. 

Le moment d après avoir reçu votre lettre, je n'ai pas manqué de parler 
au Bibliothécaire de la Barberine et de lui communiquer un extrait de votre 
lettre au sujet des Cartes dont vous y faites mention et dout vous désireriez 
la confrontation. 

Il m'a répondu que feu dom Moiithelon Bibliothécaire des Feuillans de 
la rue S* Honoré lui avait fait la même demande, il y u environ un an, sans 
qu'il eut pu y satisfaire , attendu qu'il n*y a dans la Bibliothèque qu'un 
Catalogue très peu exact sur céUe matière. Il m'a cependant promis de faire 
de nouvelles recherches et de nouvelles diligences pour voir si on pourroit 
les retrouver; vous pouvez compter que si on découvre quelque chose vous 
en serez informé et on suivra vos intentions. 



appelé dans celie correspondance, est un mathéofialicien anglais qui dirigeait a Roioe 
le collège des Anglab lorsqu'il fut chargé d'accompagner lo P. ^oscnwich chargé de 
déterminer deux d^cs du méridien on Italie. Ce dernier ontra de bonne heure 
dans la Compagnie de Jésus, pi*ofoss:i les mathématiques et la pbilosophio à Rome 
et à Padoue et remplit diverses missions diplomatiques. Cest lui qui fut chaigé 
par le pape de chercher les moyens de soutenir la cathédrale de Saint-Pierre qui 
menaçait de s'écrouler. Enfin il reçut la mission de dresser la carte Irigonométriquc 
des Étais de TÉglîse. U est Tautenr d*an projet de desséchemnit des Marais Ponlins. 
Venu en Fnnce «n 1 77 4 « il fut attaché au DépAt de la marine et s'occupa à cette 
époque de nombreux travaux d'optique. Il publia les résultats de ses opérations 
avec le P. Maire, aotn le titre : De liUeraria expeditione, in-^°, dont la traduction 
française fut publiée en 1770 en un volume in-4* : Voyage aetronomique et ecien- 
t^iqm doM VÉtat deVEglûe, avec une carte. Boscowich mourut en 1787. 
Ajoutons ce renseignement curieux : Paciaudi (lettre XXV) écrit à Gaylus : rNous 
avons envoyé k Paris le P. Boscowich, jésuite ragusain, malhématidcn asseï 
célèbre, mab ie phis grand visionnaire du monde, un homme qui parle pour dix, 
bavarde, ennuie et assomme tout le monde par son babil éternel et ses discours 
inutiles, n 



— 429 — 

PuÎMia^a s'agit ici de grands ebemiDs <'\ je compte qae vous connaiBses 
Touvri^e de Pr«tilli('\ imprimi à Naples, 17&5, in-folio en italien. Cet 
auteur, qui est fort estime et dont tos journaux font un {sic) ample mention « 
a fait un traite de la via Appia où, à cette occasion, il parie dés autres 
grands chemins. C'est un livre à consulter, où on trouvera de bonnes choses 
et quelques cartes qui sont très exactes. 

J'écris dans ce moment à Naples pour le thème sujet et si je puis en 
avoir quelque chose qui puisse servir à notre dessein , je vous en informerai 
sur le champ; comptez donc, je vous prie, sur mon zèle à vous témoigner 
en toute occasion , par des effets , que c'est du . meilleur de mon ooaur que je 
suis entièrement à vous. 

D. Gardl Pabbiorki, 

P.S. — le vous 86rai très obligé , M^naieur, de £ure mettre les lettres ci- 
ineluses à la peate le pins promptement que vous pourrez. . 



Rome, le ag mars 1759. 

Pai reçu votre lettre avec bien du plaisir. Monsieur, et j*attendois pour 
y répondre que j'eusse parlé à M. BaDerini («c), bibliothécaire de la fer- 
bcrine. Je le fls appeler ces jours passés et lui aiant lu Tartide de votre 
lettre qui le regardait, il m'en parut surpris, et me dit quil n^avoil aucun 
lieu de se plaindre de vous et n'avoit jamais en intention de rien faire ni 
dire qui put donner le moindre soupçon qu^3 eut aucun mécontentement 
contre vous; il me dit au contraire qu'il était mortiCé d'avoir jusquli pré* 
sent travaillé en vain pour retrouver les cartes que vous désireriez (sic) , mais 
qu'il ne. s'en tieudroit pas aux diligences qu'il avoit déjà bites et qu'il les 
redoubleroit jusqu'à ce qu'il vit enfin qu'il n'y eut plus d*espérance de 
réussir. 

Quant à la carte du oonrs du Tibre, dont je vons «i euToië copie, je 
viens de recevoir une lettre de M. de Raymond, chargé ci-devant du détail 
de la maison de M. le Duc de Nivemois h Rome, par laquelle il me marque 
que vous recevrez incessamment cette copie. Je compte donc aux termes de 
sa lettre, ou que vous devez déjà l'avoir reçue ou que vous la recevrez 
avant que cette lettre vous parvienne. 

Vous ne devez pas douter que je n'aye toujours un désir bien ainoère de 



O On voit, par es panage, ce que d'Aaville demandait tm blbliotbéeaîn} de la 
Bai4>erine : Simon BoUarini, antiquaire (17 16-1770). 

(^) Pralilii (Francesco-MBria), lavant antiquaire, né à Napiss en 1710, mort 
en 1 770. Délia Via Appia ricfmoêciuia t dê$eriUa da Rêma a Briméiêi, — Napoli, 
1765, in-fol. 



- 480 — 

fidre ponr vous totit ce qui p«at déjfM^iidre de moi pour vons prottt«r, en 

toute occasion, combien je suis dn meilleur de mon oœur en ti èr em e n t 

à vous. • 

D. Gardi. Pasuoihi. 

P.-5. — Le P. Boscowilz et son collègue ne sont tout au fins qa'i la 
uioitîrf de leurs opâratioiis; ils ont rencontré de très grandes difficultés. 

, . . Rome, le 5 juillet l'jbfk. 

Votre lettre du âg avril, Monsieur, m*aiant été remise dans le moment 
que je partois avec notre Cour pour la campagne, je n*ai pu y répondra 
qu'à mon retour et vous dire combien j'ai admiré la justesse de vos obser- 
vations; c'est en effet, avoir approché bien près du but, puisque dans vos 
opérations il ne se trouvé sur 85 mOies ^^) .qu*un tiers de miHe de différence. 
L'auteur de la carte du cours du Tybre, à qui f tsi commtmiqaé vos ré- 
flexions, en a été surpris à un point que je ne puis vous l'exprimer. 

Je verrai avec plaisir et avec satisfaction votire ouvrage de la Grèce an- 
cienne ^'^ et lorsqu'il sera fini, vous pourrez le consigner à H. de Sainte 
Pal4)fQy.,qUL m^ le iev^ pasfer, je vous, dirai m^me que je s^ai impatient 
de b recevoir* aiant beaucoup raisonné autre fois de cette carte avec M, de 
Toureil ^^\ péièbre traducteur de Démosthène, et qui étoit fort de mes amb 
dans le te^. que j'étipis cbaz vous. 

^^) Nous ne savons à (|uoi fait allosion ici le cardinal Passionei, mais noua 
trouYoas aans XÉlog$ de d^Ànvitle, puhHë par Dacier, une autre preuve frappante 
dé fexactâtude du géographe -, nous dous donnons le plaisir de reproduire ce pas- 
sage : ((Avec fes seules connaissances qn*!! avait puisées dans les autenrs anciens 
et Tapi^cation exacte des mesures itinéraires, sans rien emprunter aux modemas 
que la nomenclature, ii composa une carte (d*Italie) qui proove nôenx qoe Isa. 
meilleurs raisonnements combien Tancienne géographie est utile pour (îclairsr la 
géographie actiielle* Il y. réduisit de plasîears milliers da lianes carrées retendue 
^p8 MM. Sanson et Deiisle donnaient â l'Italio dans leurs cartes al fit un si grand 
nombre de corrections coosidc^rableH qu*il crut qu'il devait exposer les raisons qui 
Ty avaient déterminée dans une Analyse qu'il publia en 174a. Quelques années 
après, le pape Benoit XIV ayant fait mesurer le degré du méridien dans TElat 
ecclésiastique et tirer une chaîne de triangles dans tout rinlenralle des deux roen, 
M. d*Anville eut la satisfaction, sans doute la plus grande qu^ put dénrer, de voir 
ses corfeetioiis confirmées par les opérations des géomètres at d*étre presque par- 
venu, par réradition et la critique, À une exactitude qui paraissait réservée à la 
géométrie.» 

^*) Il est aans doute ici qoestri^n de fo carte ayant pour titre t Orme entiquœ 
spécimen geographicum , qui ne fut taise au jour qu'en i^^a. 

<*> Jacques de Toureil, nommé en 1691 membro de l^Àeadémie des Inscriptions, 
vétéran de la même Académie en 1708, avait succédé en 169a à favocat MicM 
Leclerc. D mourut en 1716. 



— 481 — 

Je vous répète que je vous ottre bien dncèremeiit tout oe qui peut dé- 
pendre ici de moi pour vous, puisque «^est du meilleur de mon cœur qnis 
je suis entièrement à vous, sans aucune réserve ^^^ 

D. Gardl PAêdioiiBi. 

Rome, le aS avril 1753. 

Vous ne devez pas douter. Monsieur, que je ne reçoive toujours avec un 
nouveau plaisir les marques de votre souvenir et avec la pins vive recon- 
naissance celles de votre attention à me Caire part des ouvragée qui aocteat 
de votre plume. Je vois, par votre lettre du 95 mars, que vous voue* d'en- 
richir le public de quantité de nouvelles cartes qui, j'en suis sAr« répondront 
à la haute idée que j*ai de leur auteur; je vous sais un gré infini 4^ ce que 
vous ave£ bien voulu remettre à M, de Sainte-Pakye un exemplaire de 
chacune et je les attendrai avec impatience pour jouir de la satisfaction de 
les parcourir et y admirer la main du maître qui y aura travaillé. 

Je viens aux deux articles de votre lettre, qui me paraissent vous inté^ 
resser le plus, qui sont une Description de la province del MygeUo cpfla 
carta del medesmo ^') et les positions principales, de TÉtat du Suut-Siège. 
Quant au premier article, j*y satisfais en partie sur-fe-cbamp en vous.ea** 
voiant la Carte del Mugello, La Descrizione de cette proviQce, imprimée à 
Florence, chez Albrizzi, in-4% ne se trouve point ici et nepowroit d'ail-* 
leurs être envoyée par la poste , puisque vous me dites de ne vqus envoyer 
par cette voye que ce qui pourra se mettre sous Tenveloppe d'une lettre , 
mais vous pouvez compter que je vous la procurerai incessamment, ayant 
déjà écrit b Florence pour cda. ^ 

Quant aux positions principales et respectives des 1 5 on 16 vHles de 
rÉtat du Saint-Siège, tdles qu'elles résultent des opérations des PP. Le 
Mère et fioseowich, il n'est pas possible de voas les procurer pour le pré- 
sent, attendu qu'ils n*ont point encore caieuié leurs dtstanced respectives eC 
qu'ils ne peuvent me les donner que daas un mois et demi ou Aenx ; vous 
devex être bien sûr que je ne perdrai point de vue cet objet et que dès que 
les travaux de ces deux Pères sera (ne) au point de pouvoir vous sàcisfidre 
sur ce que vous désirez, j'aurai l'attention de vous envoyei* les positions 
des endroits que vous observez par votre lettre. 

Vous trouverez ci-joint un petit Mémoire ooncemant la Carte dd Af»* 
geUo ^^' et une dissertation du chevsdier Guazzesi sur la m Comm, etc. 

(^) Les mots : 9 sans rëserre aucune» tiont de la main de Passionei, qui n« fait 
jamais que signer «e» lettres. 

^') Ls Mugello est une région fertile et agréable de la Toscane. Il sera plusd*une 
fois question, dans ces lettres, de la Description et de la carte do Mugello. Ni la 
Description ni la carte du Mugdlo ne se trouvent é la Bibliothèque nattonale. 

(S) Nous ne pensons pas que le petit mémoire sur la carte du Mogello soU la 



— 432 — 

Vous m saunes me faire plus de plaisir que de vous adresser à moi 
<|uand vous crokes cpie je pourrai vous être utile k qudque chose, soit 
pour vous ou pour vos amis, n'ayant rien plus à cœur que de vous 
tëmoigner en toute occasion Testime que je fais de votre mérite et combien 
je suis du meilleur de mon coeur, et sans aucune réserve entièrement à 



vous^^K 



D. Gardl. Passionbi, 



La Garta del Mugello si trova neÙa descrizione délia provincia del Mu- 
gdlo 6tta dal gia Dotf* Giuseppe Maria Broncbi. 

Questa Garta non si crede che sia fatta per fissarc le giuste posizioni 
de* luoghi tanto per la longitudine che per la latitudine, ma unicamente 
perché il lettore possa appresso a poco comprendere le distange che sono 
fra on luogo e Taltro deQa provincia ed i confini della medesima colle allre 
|>rossime provincie defla Toscana. 

Gon questa occasione si accenna che il cavalière Lorenzo Guarzesi {sic) ha 
latto una bdlessima Dissertazione intomo la Via Gassia per quai tralto che 
guidava da Ghiusi a Firenze. 

Non sarebbe maie che il sig* d'Anville ne fosse informa to, perche quant 
nuque Ëgli sia riverito come una Divinita geografica^*), in quai che punto 
gli é scemato il cidto, cisè in quelle della interpretazione data deir Ilîne- 
rario di Anionino ove parla di questa via a quelle parole -» Ad fines scu 
cnsas Gcesarianas. 

■ 

Rome, le SI novembre 1753. 

Ge n*est qu'à mon retour h Rome que j'ai reçu votre lettre datée du 
ih octobre • Monsieur, Je sens tous les justes reproches que je mériterois 
de votre part si je n^avois des excuses bien i^itimes à vous donner de mon 
retardement à vous procurer ce que je vous avois promis, car depuis le 
moia de mai il m'a &lu (sie) faire diflSerens voyi^s hors de Rome qui ne 
m ont poiu* ainsi dire permis de vacquer k aucune affaire ici. 

Je vous dirai donc que quant à ce qui concerne le premier objet de vos 
demandes, je veux dire les différentes positions que vous désirez de certains 
endroits de l'Italie, résultant des opérations des R.R. P.P. Boscowich et ie 

petite note en italien qui accompagne cette lettre; quant à la dissertation du che- 
valiec Guaneai sur la voie Cassia , on verra , par les lettres suivantes , qu^elle fait 
partie d^ane série de dissertations qui ont pour titre : Dissertaiioni del cavalière 
Guauesi, dont noot ne con—iwona que la seconde édition, pabKéc à Pîseen 1 7C1, 
in-A^ La dissertation de Guauesi donl il est question y porte le titre : Disser- 
tazione V interne alla via Gassia per quel tratto che guidava da Ghiusi a Firenze. 

(*) Les mots eo italique sont de la main da cardinal. 

('} Tout en faisant la part de Pexagération italienne, cette phrase pronve la 
haute estime en laquelle était tenu ie savant géographe. 



— 438 — 

Mire, vous ne aamnin croire combien de fois je les leur ait fait demander 
sans ]es avoir encore obtenues , me remettant lonjours de jour en jour cl 
se retranchant sur dire que leurs opëraons notaient paà encore au point 
ou ils les désiraient pour pouvoir en communiquer quelqne chose, ce qui, 
entre vous et njoi, me parait une honnôte défaite, mais je les leur feiai 
demander encore une fois et pour la dernière et les forcerai de s'expliquer 
sur le oui ou le non. Je vois , comme vous , que ce que vous demandez est 
moins que rîen^'^ et ne peut rien Atcr du mërîto de leurs travaux, mais 
qui sait ce qu ils imaginent. 

Je me flatte que, de votre côté, vous serez bien convaincu qu'il n'est 
pas en mon possible de faire autre chose que de les avoir sollicité {sic) et 
de les solliciter comme j*ai fait et comme je ferai et vous devez être assure 
que je ressens moi-même une vraye mortification de ne pas obtenir une 
bagatelle que vous désirez, n^ayant rien de plus à cœur que de pouvoir 
vpus témoigner, en toute occasion , l'estime que je fais de votre mérite et 
ta vive reconnaissance que je conserve de toutes vos attentions pour moi. 

Quant k la dissertation du chevalier Lorenzo Guazzesi, voy^ut qu*on ne 
la trouve point a, Florence où je l'ai demandée , je viens d'écrire en droiture 
à l'auteur pour qu'il m'en procure un exemplaire le plutôt («tV) qu'il sera 
possible et aussitôt que je l'aurai reçu , je vous le ferai passer sur le cham^i 
par la voye que vous m'indiquerez. 

Je viens de faire écrire dans lé moment à Naples pour avoir les éclair- 
cissements que vous demandés touchant les ordres qu^on vous a dit que le 
Roi avoit donnés aux commandans de ses troupes dans les difTéreiitos pro- 
vinces de son Etat de faire dresser les cartes des cantons où ils se trouvaient* 
j'ai mai'qué en même temps qu'on me fit savoir b quel terme en étaient 
ces opérations et, s'il existait déjà quelques cartes, de me les envoyer, de 
sorte que si celle de la Terra ii Lavoro est déjà sortie, comme vous me 
rassurez, et si, depuis celle-là, il en est sorti quelqu'entre , vous pouvez 
compter que vous les recevrez promptement et par la voye susdite. 

Je ne saurais assez vous remercier par avance des nouveaux morceaux 
que vous me destinez et je ne ferai que me répéter en vous assurant que je 
reçois avec une avidité et une satisfaction sans égales tous les ouvrages qui 
sortent de vos mains, étant sur d'y trouver ce degré de perfection quW 
chercherait en vain ailleurs. Ne regardez pas ceci comme un compliment, 
je vous prie, mais comme une justice qui vous est due, que tout le monde 
est forcé de vous rendre, mais que personne ne vous rend avec plus de 
plaisir que moi, étant du meilleur de mon cœur, avec une estime très dis- 
tinguée, Monsieur, entièrement k vous. 

i>. Cardl. PjissioKRr. 

(*' Nous ne partageons pas l'opinion du cnrdinal , et nous considérons avec les 
PP. Maire et Boscowich que donner à d'Anville les positions rectifiées par eux des 
illes de TÉUit de TÉglise , c'était déflorer absolument lenr ouvrage. 



— 434 — 

R«ne, k 18 jtmMr 176t. 

Ce n^est qu^aujourd'hui , Monsieur, que je me trouve eu ëtat de remplir 
la promesse que je vous fis par ma dernière lettre, puisque ce ne fut qu^hier 
que je reçus la petite dissertation du chevalier Guazzesi sur la Via Cassîa 
et je ne perds pas un moment de tems pour vous Tenvoyer. Vous verrez 
qu*dle a été détachée d'un Recueil de Dissertations du même auteur, h 
première feuille se trouvant numérotée to3, mais elle n'en est pas moins 
entière, et les dissertations qui précèdent celle-ci nont rien à faire avec 
celle-là. 

Quant aux Cartes géographiques et Plans des villes du Royaume de 
Naples et de Sicile que vous auriez désiré(«tV), vous verrez parla lettre dont 
je joins ici la copie en espagnol , que le projet médité h cette occasion n*a 
point encore été exécuté et que la Carte de la Terre de Lavor n'a pas paru , 
comme on vous Tavait dit et assuré. J'ai voulu vous envoyer en langue 
espagnole la copie de cette même lettre qui a été écrite en conformité de la 
note que j'avais donnée pour votre commission à M. le Duc de Cerisano ^'^ 
mon ami, Ministre du Roi de Naples en cette Cour; vous voyez que je ne 
pouvois pas mieux m'adresser pour être exactement informé de ce qui 
existoit ou n^existoit pas touchant la matière qui vous intéresse. Vous 
pouvez compter que si jamais le susdit projet est porté à exécution , vont 
en serez informé , et je me ferai un vrai plaisir de vous envoyer toutes les 
cartes géographiques qui pourront sortir nouvellement. 

J'aurois bien voulu être assez heureux pour vous satisfaire sur les diffe-' 
rents points de positions respectives que vous demandiez de certaines villes 
d'Italie entre elles, mais il ne m'a pas été possible de réussir auprès des 
Pères Boscowich et Le Mire, qui se retranchent toujours k dire qu'ils don- 
neront incessanunent eux-mêmes au public le résultat de leurs opérations. 
Ont-ils de meilleure raison que celle-là pour refuser une bagateHe qui 
n'intéresse en rien l'honneur de leur travail et de leurs fatigues? C'est ce 
que je ne sais pas. Je vous dis seulement les choses telles qu'elles sont et 
vous jugerez de la mortification que j'ai de ne pouvoir vous contenter sur 
cet article par l'empressement que j'aurai toujours de vous convaincre en 
toute occasion que c'est avec un dévouement sans ^1 que je suis du 
meilleur de mon cœur, Monsieur, et au delà des expressions entièrement 
à vous et êans attcune réserve ^*\ 

D. Cardl Passiokbu 



{') Le doc de Gedisano reçut plus d'une fois de fioo souverain des missions do 
couCance. G'esrt ainsi qu'il s^efforça d'acheter de fausses peintures antiques qu'un 
nommé Guerra répandait dans Rome et que le roi de Naples voulait faire placer au 
Musée, à côté di^s vraies peintures d'Herrulanum. (Voir Gorresp. de Gayliis, t* I, 

p« â09 Ct/NlMIfll.) 

(^^ Les mots en italique sont autQ|;raphcsu 



— 4*5 — 

Romtjê t démembra iTft^w 

II n*y a <jue très peu de jours, Monsieur, que j*aî reçu ie petit paquet 
de vos cartes g^grapbiques que vous aviez conBë aux soins de M. de Sainte- 
Palaye pour me les faire passer, et je serais très fach^ de ne pas vous 
marquer sur le champ combien je suis sensible à votre attention et aux 
témoignages de souvenir que vous me donnez en toute occasion et ce ne 
sera pas pour vous flatter si je vous dis que je reçois avec une sa&raction 
sans ^ale et vois avec admiration tous les ouvrages dont vous enrichissez 
le public h qui vos travaux sont si utils (ne). 

Je vous répéterai que je sens avec une peine infinie que, malgré Teavié 
bien sincère, je peux même dire l'empressement que j*ni eu de pouvoir 
vous servir dans deux petites commissions que vous m*avez données, je 
n'ai pas été jusqu'à présent assez heureux pour y réussir ; il est vrai que 
ni lune ni Tautre ne dépendaient pas de moi et ne pouvoient s*obtcnîr 
que par mes sollicitations et par mes soins. 

Quant à la première qui regardait quelques points fixes de certains en- 
droits de f Italie, résultant des travaux et opérations des PP. Bosco wich 
et Le Mère, il n'y a rien que je n*aye fait pour les déterminer à me les 
donner et il n'y a pas eu moyea de les obtenir; je vois bien qu'ils n'ont 
pas manqué de mauvaises raisons pour se défendre de les donner, u^ais 
enfin il a fallu eni passer par là. 

Quant h la seconde , qui concerne quelques cartes du royaume de Naples , 
il n'y a pas de ma faute puisque jusqu'à présent il n'est encore rien sorti 
de ce que vous pouvez désirer, mais certainement on sera très attentif, 
lorsqu'il paraîtra quelque chose, de m'en avertir et ()e me le procurer, 
comme je vous l'ai déjà marqué et, sur le champ, vous en serez informé 
et pourvu par la voye que vous m'avqz indiquée. Que le peu de succès que 
vous avez eu dans ces deux occasions ne vous rebute pas, je vous prie, 
peut-être que nous serons plus heureux dans quelqu'autre conjoncture et 
que nous trouverons des obstacles moins invincibles; car, de mon cdté, 
je puis vous assurer de toute ma bonne volonté et du désir bien sincère 
que j'ai de trouver des occasions qui puissent vous oonvaincre qu'on ne 
peut vous être plus parfaitement dévoué, ni plus entinremout à vous, 
Monsieur, qufi je le suis du meillottr de mon cœur, 

D. CardI pAssroif ri, 
Rome, [e ih Janvier i^SG. 

Je voua suia trèa obligé, MoBMeor, de Tintérét q«e voua fwoaà à ea ^ 
ne regarde et dea nonvetox tteoignages que v»iU voàios bitii m*en 
donner h Voeemkn de mon agrégation à votre iflnstre Compagnie ^\ 

(^) Le cardinal venait d'être nommé aatoeié étranger de 1^ Académie ém In 



— 436 — 

Je me sans très flatté de rhoonear qu*elle in*a fait et de l'attention que 
vous avez eue de vous ressouvenir de quelques petits services que je vous 
ai rendus et qui ne m'ont que bien faiblement dëdomagt^s (sic) de ce que 
vous avez fait pour mol. Aussi al-je souvent désiré que vous me fissiez 
naître des occasions par où je puisse vous convaincre de mon sincère dé- 
vouement h vous obliger et je serai bien charmé si vous agrées ma diligence 
à vous faire passer la carte que vous désirez , faite par les Pères Mer et 
Boscowîch que je vous envoyé par cet ordinaire sous l'adresse de M. de 
Sainte-Palaye , me réservant de vous faire passer l'ouvrage en entier par 
la voye que vous m'indiquei*ez et le tenant tout plié et battu à cet effet. 

Vous ne devez pas douter que je ne voye avec plaisir la carte que 
vous me destinés, surtout dans les circonstances présentes; vous pourrez 
la confier bien pliée à M. de Sainte Palaye qui me la fera passer ou par la 
poste ou par la premièii; occasion. Je vous prie, Monsieur, de compter sur 
l'étendue de mes sentiments pour vous et de croire que c'est du meilleur 
de mon cœur que je suis entièrement à vous et sans aucune réserve. 

D. Cardl Passionii. 

Rome, lo r^j juillet 1756. 

La lettre que vous m'avez fait lamilié de m'écrire , Monsieur, en date du 
17 mai, m'ayant trouvé hors de Rome ou j*ai passé tout le mois de juin, 
ce n'a été qu'à mon retour que j'ai pu vous en accuser la réception et vous 
dire que mon premier soin a été de fiiire appeler plusieurs de nos libraires 
qui font en ^éme temps le commerce des caries géographiques pour leur 
proposer de prendre trois cens exemplaires de la Carte des environs de 
Rome^^^ que vous venez de terminer et je n'ai point craint, sur votre pa- 
role , de les assurer que c'étoit ce qui avoit paru de plus parfait dans ce 
genre jusqu'à? présent. Presque tous se sont excusés de s'en charger attendu 
qu'ils en ont de ces mêmes lieux faites ici tout récemment dont ils trouvent 
leur débit avec avantage et qui pourroient leur rester en se chargeant de 
la vôtre. J'ai fait appeler un libraire francols très honn,ôle homme et qui fait 
un débit considérable de Cartes géograp. et de Pians de Rome, etc., qui 

scriptions, en remplacement dû' marquis Sèipioû MaffH, qui était mort en i53&. 
Il semble, d'après ces ipoto : (rJe me sens très flatté de Thonneur qu'elle m'a fait 
et de Taltenlion que vous avez eue de vous ressouvenir de quelques petits services 
pue je vous ai rendus^, que d'Anvilie n'avait pas été étranger à cette élection. 

t') Nous pensons qu'il s'agît ici de la carte publiée dans les Mémoirei de l'Aca- 
démie deê Inwmptioni, t. XXX, p. 198, qui aeoompagne le mëmoiro de d'An ville, 
lu le 1 3 août 17&6, Mémoire, %ur Vétendmê de Vametetme Botne et iur h$ grandi» 
voies qui tariaient de oelte viHe, et qui a pour titre : Viariini RouianaruBi ia cir*- 
cuitu Roma;, tabula longimelrica. 1 f*' avec 9 cartouclios, l'un donnant le plan 
de Rome ancienne, l'aatre celui du Portus Augustî. 



— 487 — 

Bi^a Ht que hiea vcrfoniiers il soiMcriroit poiir>doo «nemphiros mai» qtm 
le prix loi paroÎMort un peo hmt pour loi pour pouvoir y faire qnelq«M 
[NTofit et que.si voos pcoviez en relâcher quelque petite ohose, non seu- 
lement il sonseriroit poorlcB 8oo susdits eiempiaires , mais qtt*il prendroit 
encore quelques exemplaires de tos autres caries géographiques de divers 
endroita. J'attends avec bien de Tinipalienee votre réponse ià -dessus pour 
terminer sur-le-champ cette affaire , ayant véritablement vos intérêts à cœur 
et même dans cet intervalle, je retournerai k la charge pour lui persuader, 
comme il est vrai, que vous vous êtes beaucoup relâché du prix que doit 
valoir la susdite carte et l'engager k se rendre à vos désirs. Je serai bien 
flatté si je réussis dans, la première occasion que vous me doBoeft de 
marquer, quoique faiblement et daoa une minutie «.mon zèle à vous obUgier 
et mes sentiments de recoonoissance pour toutes les atteotâons que vous 
n avez cessé de me témoigner depuis que je suis en oommeKoe avec vous et 
dont vous venez de me donner de nouvelles marques en remettant n M. de 
Sainte Palaye pour moi un exemplaire de votre Carte da Canada ^^\ ]joah^ 
stane et Terres angloises que je verrai avec beaucoup de satisfaction. 

Je vous répète, Monsieui*, quon ne peut mu ajouter aux seuliments 
d'estime et de. dévouement avec lesquds je suis du meilleur de mon cœur 
très parfaitement et entièrement k vous «I saiu aucune 



D. CaMl. Passionei. 



Rome, te 9 4 aoât 1757» 

Je suis très flatté, Monsieur, des nouvelles marques d'attention que 
vous venez de me donner en me faisant passer par la voye de M. de 
Sainte-Paiaye, vos cartes des cdfes de la Grèce ^'^ de la Louisiane ^'^\ 
Canada et les mémoires qui les accompagnent il faut convenir, Monsieur» 
que vous êtes infatigable et que la République des. lettrée vous a de 
grandes obligations, et je vous dis cela sans compliment; on ne peut rien 
voir d'exécuté avec autant de précision que ce que vous nous donnez et il 
scroit bien à souhaiter que ceux qui entreprennent des ouvrages dans ce 
genre vous. prissent pour leur modèle et missent de l'activité aussi dans 
leurs travaux; nous n'attendrions pas si longteois une carte du Royaume. 



<*> Cette carte, qui soriit en 1765, fut accompagnée d'un très curieux Mémoire 
de 96 pages, in-/i", qui parut Tannée suivante. 

<*) Les côtes de la Grèce et TArchipel 1766, elle fut accompagnée d'un mé- 
moire ayant pour titre : Analyse de la carte intitulée : Les côtes de la Grèce. . . 
1757, 60 pages ÎD-A*. 

t^) Il a été déjà question de cette carte dans la lettre précédente, è moins que 
ce ne soit la carte de la Louisiane, dressée en mai 1731, publiée en 1759. 



— 4S8 — 

lie Napien ^ n'ert p^int encor» sortie qpioiqtae pianiie et attendtte tkfmîs 
ienftess ei qœ je ne manquerai pas de voos envoyer quand die p«n^. 
Je vondroît bien, Moanenr, que voos me fiwiei naître quelque oeca- 
non ou je pnme vous donner des marques de aaa leeonneiannee, de mon 
zèle à vous obliger et de l'esUme distinguée avee inqudie je sus du meil- 
leur de mon cosur. Monsieur, très parbitement et entièmaeni à vousw 

D. Cardl. Passioitri. 

Borne, le s3 aofembre 17Ô7. 

Je mi» toujours trè» flatte, Monsienr, du piainr de reeeveir de tob 
lettres et je suis teinjeinn dam radmiration ainsi de voir que vous êtes 
tuCitigtUe dails tos travaui et qu'aucune diflieaHë ne tous rebute et que 
trous savee les applanir tontes k la aetisfaetion du puldie. Je ne suis donc 
point do tout surpris du travail que vous aver entrepris sur les voyes 
Romaioes^'^, etc. L*ëtode consommée que vous avez faite de ces matiëvs 
ne vous mid étranger dans aucune partie, je ue dirai pas de f Europe, 
mais bien du monde connu ; vous en avee donné des preuves dans tout 
ce qui est serti de votre plume; c'est une justice que tout le monde 
vous rend et vous doit, mais que je vous rends avec [rios de plaisir que 
qui que ce soit. 

Je ne perds point de vue la carte du royaume de Naples ; je ne la croîs 
pas encore sortie et j'écris aujourd'hui même pour qu'on m'en donne des 
nouvelles plus positives « car il y a longtemps que celui que j'ai chargé de 
la commission de me donner des informations à ce sujet ne m'a écrit ; dès 
qu'il paraîtra qudqiie chose de ce royaome-lh on des environs, je serai 
exact à vous le fidre passer, ne desirattt rien avec plus d^empressement 
que de pouvoir vous donner en toute occasion des témoignages de mon 
dévouement et de Testime distinguée avec laquelle je suis du meilleur de 
mon cosur; Monsieur, parfaitement et entièrement & vous. 

* 

JD. Cardi. pAsaiosai. 



''ï Ceîi un s6jel qiiî ftit toujours cher i d*Anville. Il avaîl paMié en 1 789 , 
peur THii^loire romaine de RoUiû et Grftier, une ^ Carte de fltafie proprement 
dite», où Tobjet principal a été de tracer les voies romaines. U s^agil sans doute ici 
de son mémoire sur l'étendue de Tancienne Rome et sur les grandes voies qhi 
sortaient de cette ville hl le i3 août 1766 à TAcadémie des Inscriptions, dont il a 
déjà été question dans la lettre du ih juillet 1706. 



— A39 — 



LES 

TfiJlNSF0RM4TI0NS DU LITTORAL FRANÇAIS. 



—^■^•mm»m 



LE GOLFE DE BROUAGE 

ET LE PAYS MARENNAIS 

k TRAVERS LES AGES, 

D'APnès U 6É0L06IK, LA CARTOGItAPHIB ET L'HISTOIRE "> 

PAB M. AUGUSTE PAWLOWSU , 

Licencie es lettres, andeti élète de TÉcoledes Chartes, 
membre de la Smâété de f é ôgii phie de IWcbefort 



Après avoir cludié, avec le golfe du Poitou ^''^\ le régime des atler- 
rissenients dans riaimense baie où la Sevré, la Vendée et le Lay 
dessinent leur capricieux thalweg, j*avais cru devoir, en retraçant 
rhisloire mouvementée du sol arverlois^, montrer comment la 
nature, par le jeu des érosions et la puissance désorganisatrice des 
dunes, modifie les rivages à travers les siècles. 

Mes recherches sar les transformations de la péninsule médo- 
caine ^^^ exposaient i quels résultats il faut s^attendre quand les 
deux éléments : apports fluviaux ou marins, et désagrégations océa- 

0) Voir, au sujet de la traDi»formalioD de T Auiiis-Samton{jo , une curieuse l^tre 
signée Deionne, et datée de Valognes, le i" juillet 1783 (Mémoire relatif aux 
environs de la Roclieile, m», papier, 8 feuillets et 6 feuilleti libnci, BibI» dw pcots 
et chaussées, ms. 9$^o). 

(') Le Golfe du Poitou à traven le$ âgée; Paris, Imp. Nal., 1909, ia-S"» eitr. 
du RulL de géogr» hiit. et dêêoripi., 1901, n* 3. 

(^) Lee Paye d'Arveri et de Yaves; Paria , inp.. Nat. , 1 908 , in-8% extr. du ménp 
BuUetiiif 1903,11* 3. 

^*) Le$ ViUeê dtepartiee et la câu dm fei^e de Médoci Paris, Imp. Nat., 1903, 
in-8% extr. du mène BuUeàm, 1903, n* t. 



— SAO — 

niques, s'associent, témoignant de réterneHe vitalité de Técorce 
terrestre. 

Nous voulons, aujourd'hui, vous entretenir du golfe de Brouagc 
et vouB faire connaitre les révolutions opérées de la Seudre à la 
Charente, révolutions douloureuses, qui ont causé la ruine d^un 
de nos ports les plus considérables. Et voici qu'un nouveau facteur 
s'offrira à nous : l'incurie des hommes, comme si la terre, toujours 
en gestation, ne 9ufi|s&it pas pour prouver que rien n'est immuable 
ou définitif. 

. • • • 

Cette étude est entièrement nouvelle. Disons cependant qu'il y 
a vingt-cinq ans, M. Louis Delavaud publiait à Rochefort (^) un tra- 
vail consciencieux et documenté sur les Modifications des cèles de la 
CharerUe-lnfirieure. La valeur de l'ouvrage lui valut d'être couronné 
par l'Académie des sciences. Toutefois, comme ses prédécesseurs, 
MM. Fleury ^^^ et Lacurie ^^\ et comme son successeur, M. Jules 
Girard ^^^ M. Delavaud n avait pu pousser très avant ses conclusions. 
Aucun des savants que les changements littoraux préoccupaient, 
pour cette région , n'avaient eu à leur disposition les riches trésors 
des archives, enfouis encore dans la poussière, et qui nous furent 
révisés grâce à l'initiative de la Société archéologique de Saintes. 

Ainsi que dans les mémoires que j'ai publiés antérieurement, 
j'ai complété les renseignements puisés dans les cartulaires par 
l'examen des pièces cartographiques du passé, et surtout au moyen 
des documents des Ministères de la guerre, de la marine et des 
travaux publics, des Archives nationales et de notre Bibliothèque 
de la rue Richelieu* 

Ainsi, pouvons-nous voir comment, pas ù pas, méthodiquement 
et normalement, ce qui fut jadis la mer de Broue a pu devenir au 
vingtième siècle un territoire de marais salants, de marals-gâts et 
de pâturages ^^l 

<*> Bulletin de la Société de géographie, i" année, 1879*80. L Dklavaud, Lés 
Câlee de la Charente 'Inférieure et leure tnodificatione anàenneê et acluellêe, 
p. i65 & 306. 

('' P.-J. Flburt, Mémoire eur le gitement probable du Purt de» Sêntone, dans 
Métn. de la Société dee Antiquairet de rOueet, iSho (18&1), t. VII, in-8**. 

^') Notice Mir le paye de* Santone, dans Bull, monumental, t. X, 18A&. 

^'^ Lee Rivaget de h France, autrefoie et aujourd'hui; Paris, i8S8,in-8*. 

^^^ Le Tbriii a pu dire : «rCet arrondissement, nflonnc^ de toutes pnrts par 



— 441 — 



I 



Le golfe de Brouage est essentiellement limité, au Nord, par 
rOcéan; a TOuest, par la Seudre; au Sud et à TEst, par les col- 
lines et les falaises du canton de Saint-Porchalre. 

Comme réchancrure poitevine, cette baie était, au début, encom- 
brée dlles et de bancs, auxquels les Humanistes de la Renaissance 
donnèrent le nom significatif de ((Colloque des lies?). 

Alors que sur la rive gauche de la Seudre et en Oléron, les sables 
forment Tétendue des côtes ^^\ rochers et alluvions occupent Tan- 
cien et le nouveau rivage ^'^\ 

Au Sud, ou dans les lies, dressant leurs promontoires affouillés, 
des lits superposes de calcaires et d'argiles dominent la plaine 
monotone ^^K Ces collines ne sont d'ailleurs que le prolongement 
régulier des falaises insulaires d*01éron (UesdeMarennes etSaint- 
Just), d'Aix et Madame (Moëze, Beaugeay)^^) et font partie de la 
zone du crétacé inférieur (^). Leur direction est parallèle, du 

r Océan et ses nombreux embranchements, offre, peut-être |Uus que TAunis et ia 
Saintonge, des traces de Taction que la mer a jadis exercée et eierce encore jour- 
nellement sur iea cètesn. (Bèglemêni général et notice sw* l$$ moroà de Varrondiêr 
sMMnl de MarenncM; Rochefort, 1896, in-8% p. i33.) 

(0 Dans le délia de la Seudre, l'analyse du sable donne : silice, 8&.8; alu- 
mine et peroxyde de fer, 9.7; carbonate de chaux, i9.5; matières non doaées, 
o.oS. — A la pointe du Ghapus, au contraire : vase marno^sableuse gris jaune, 
argile gris brunâtre, mica argenté et verdAtre, fer oxydulé, chaux, 7. — Ai kilo- 
mètre Ouest du Moulin de la Géte, vase marno-aableuse brunâtre; résidu do 
la levigatîon, 59 p. 100; fragments de coquillages; chaux, 8.4. — Ai kilomètro 
Ect, tdsm. — A 9 kilomètres Est« vase mamo-^bleuse brun grisâtre; chaux, 7.9» 
(Dnissi, Lithologie du fond de$ men de France, Paris, 1879, in-8*, tableaux, 
p. 6.) 

(*) DoB, Mod/ificatimu euhiee par le$ cétee de la Ckarente»Jinférimtref dans 
Ann. de la eeetion dee eeieneee neUurellee de T Académie de La Rochelle, 187a, 
n* 11, p. 55. 

(^) DopaiROT et Eut di BiiunoiiT, Kxplicat. de la carte géol,, t 11, p. 69 S-* 
696. 

(*) L*lle de Marennea appartient au crétacé d'Oléron. (Fliobuo di Biiuroi, 
Mém, emr l'état phjfeiquê du territoire de la Charento^lnférieure; La Rochdlc, 1838» 
in-Â*, p. 99.) — A Marennea, le soi renferme du calcaire A Caprinellea, avec dea 
parties spathiqoes , du fer hydraté, de Targile et des saUei siliceux. (MiiiAn, Mém, 
eur lee dépâte Uttoreiux de NatUee à Bordeaux, dans Soc» l Àn néen n e; Bordeavx, 
i858,t. XXIl,p. 83.) 

^*) Carte géol. de DufBUOT et Eux di Buomoit. -^ tA Soubise, le coteau 

Gkooiapbii, N** 3. — 190/i. 99 



— 44Ï — 

N. 0. au S. E., et se prolonge jusqu'à Jonzac, suivant un plan anti- 
dynal ^^K 

Entre les éléments rocheux et TOcéan le rivage s'est empâté par 
les atterrissements^^). Les matières, décomposées par les vagues, se 
sont déposées dans ce bassin plus calme, par le phénomt'ue de lévi- 
gation dont M. Bouquet de la Grye a si bien expliqué le méca- 
nisme ^^K Je ne crois pas qu il faille déclarer, comme M. Mauës î^\ que 
les matériaux sont des résidus de falaises bretonnes, mais plus 
simplement des vases girondines, aspirées dans le Courrau par la 
mer charentaise ^^\ En tous les cas il est bien certain que ta Cha- 
rente aussi bien que la Seudre charrient trop peu de limon pour 
avoir pu seules combler la baie de Broue ^^K 

Ces dépôts, de composition variable, et qu'on désigne sous le 
vocable de terre de hri^''\ ont constitué les laisses et les marais du 
crpaïs de Brouagen. 

est formé de calcaire compact et terreux?? (Doprbnot et Eue de BBiUMonT, Mé- 
moire , t. îl, p. 17). — A Saînt-Froult, gypse en rognons et petites veines d^argitc 
(idem, p. 18). — Au Sud de Rochefort, vers Royan, calcaires légèrement cristallins, 
avec cavitéB d'hippuriles, fréquenta vers Sanjmi et le Ona« {Idem, p. 18.) 

^) BoissvLiKR, Plmemeni du m^ dam le mau^99ndéMy 1$ détroit dm Poûim H U 
bâsnn de la Ckûrêntê, dans Ann, de la Soe, frmuç, fwit Vixwmoemimt dêt êâmieês, 
Congrès de Toulouse, 1887, ^* partie, p. 595. 

^) G*est ce qoe Leseon {Aperçu tUUisti^ $w la maraù de BtoutLgê, dans /oiir- 
nal de$ tùyagB», i8t5, t. XXVICI) appelle si antibcîentifiqiiement vim littoral 
formé par le retrait de la mert». 

<') hiou de* côté* de France, 1878, ifH8*, t. Il, de Loire à Bidaasoa, p. ado* 
9S1. — A. Paitlowski, Lb Ptyt d'Arvert, p. 11. 

^^ Deseriplion phynquê, géologique $t minomlogiquê de Im Charente^k^Hriênre f 
Bordeaux, i853, in-8*, p. 3o. O^était autst Tidée de Flotbiao db Bbllevi», ouvr. 
cité, p. 9^* 

W BoDQDBT DB LA Gryb, Pilote, p. 93 1. 

<*) Flbvriao »b BsLLBTtTB, outr. dté, p. 95. «Leur appoK n^est cependant pas 
niable. GottlHtil dans des failles crétacées et jurassiques , elles entraînent des car* 
bonates de chaux. L^argile du bri vient du lins, de roxfordien,du kimmcrid^pen, 
du wakbed)). (Dblbbsb, p. 191.) 

(^) Fleuriau donne comme composition du bri charentais 4 /i p. 100 de silice, 
38 d^adumine, 18 de chaui carbonatée (ouvr. cité, p. 96, note). — L*ana1ysc du 
bri de marais fourmi des résultats variables avec la profondeur du dép^l. Alors 
qu*à la surface Fl^'urian a trouvé 19 parties 6 de carbonate de cbaus, 06 de si-> 
lice, ^7 d*alnminé et fer; k 1 mètre, il oblint àlt,t6 de silice, 33.3 d'alumine 
et fer, 18 de carbonate de chaux, h,bh dVau et pcrfe. (Notice miUoroL pour 
eervir à la itatietique de la Charenle-If^êrieure , La Rochelle, i888,in-&*,p. 1 3.) — 
M. DB LAPMttiiT ( Tfoit^ de Gédogie; Paris, 189S, in-^% L I, p. 653) dit que le 



— 448 — 

CerUdna géologues oal aasurë quo le sol du golfe de Broui^ , 
cooune celui, d'ailleurs » des golfes de Poitou et d'Auuis, 8id>i&sait 
un mouvement d'aiTaissement ^^h Victorieusement, M. Dor leur a 
répondu ^^^ que jamais la mer n avait envahi les terrains conquis 
sur le flot, 6t que, par conséquent, cette théorie ne saurait être 
maintenue, car il suffirait, dans cette zone basse, d-une faible dé- 
nivellation pour produire d'importantes transformations topogra- 
phiques ^^l 

De même, il ne saurait être question d'admettre un soulèvement 
de la croûte ^ojbale ^'^K 

• 

liri od mpftt id de Is ¥a«e gmê verditre, de Targile, du qutrli, dM débrie de mol* 
liiBqoes, des foraminiieres et i o f» tao de calcaire. *-* Vcàei le tlJ^eau de-M. Mai- 
rand (ouvr. cité, p. g 4) pour Marenoes de la vaae recueiUie : 

Résidu argilo-siliceux, 84.76; alumine et peroxyde de fer, 9.70; carbonate de 
chaux, i9.5o. Les foraminifères ont joué an rôle important dans la formation des 
terrains charentaîs, et M. Parât a pu écrire : 

vGe sont les cadavres de foraminifères qui, tombant sans cesse et comme en 
pluie serrée au fond de nos océans, ont contribué pour beaucoup à former, depuis 
Forigiae du monde, ces coucjies énormes qui coursent nos terrains crétacés et 
surtout dans le tertiaire nos bassins de la Gironde. (Pabat, Lei Ir^mMtUê Petits 
datu Um voêet de la Charente et îet plagen du département , dans Soc, de Géogr. de 
Roekefirt, 1879, p. i&5.) 

Les vases d'atterriimMnt ont une t^éiatîm spéiÂBle* (PsasomiAT, BiUl. de U 
Société botanique, 1861, t. YIII, p. 680, et Lmtb, Flore de VOuêêt, 1. 1, p. 7 
«148.) 

<') tLe fond des marais de firouage n'a dû irès probablement son comblamont, 
d*almd très rapide, puis KrsduâUtmcBt de plua en plus lent, qu'à on ^ger abaia- 
aement da sol, peut-être à catle ascittatioo técalaîn que nous cberebons à coya- 
slaler.ff (Poi^mr, i>fs CkangÊmuÊiê du mfmu du êol m Àuui» H SumtêHge, dans 
BulL i9USo€.dê géogr. d» Bockê/ort, i88i^-i88d, p« 89.) 

^'' Ouvr. cité, p. 5 6-5 7. (rLes terrains prêtées par les digues coflSioueni de 
a'eodiaiiswr A TOuest des ^gues, et ceux à TEst aa subissent auciaa ohan|emenl 
d^akilade par rapport aux eaux de la mer. Dana d« ctrconatanoas très rares, tes 
djguee ont été coupées par de violeatealeapétes, mais on n'a juaak «aàredeular 
Tenvahissement de ia mer pae-dessas ki digues, oe qui serait Is résttitai de 
raffaÎMement da littoral s*ii exiataiti» — L'afiaissement n'existe ai pour les ter- 
raias d'allunons, m pour las «ulrasu {Idem, p. 57-58.) 

(») Jules Giuas, Soulè9mmut$ tf d rfj prss s isni dii set sur lés otfCss de i* Vmms , dans 
BM. dé U Société i9géùgn^, 1875, p. 936. 

(^ «La profondeur de la Charente semble dimiauer eatrala mer rt Rocbefort» 
(J. GixABD, Soe. de géogr. f 1876, p. 986). «Le ael de Ilocbefert s'est exhaussé 
d*an mètre depuis Louis IIV». {Dt Unàmun. Irmlé do géologiâ, L I, p. 855.) 

M. Mairsod (auv. cîlé, p. 98) s*élève vigsairfiuismwnt cenlat fiabinat qoi sou- 
tlsot eeUe théorio. La rectîficatioii de M. Mairand porte sur le texte suimot : «La 

99. 



— 44& — 

L'erreur commise dans les deax hypothèses me semble provenir 
de ce fait qu^on tel sol manque forcément de solidité; qn^il y ait de 
légers tassements, on peut ie supposer; que des matériaux orga- 
niques déterminent des >acilIations peu sensibles de Técorce, par 
suite de leur décomposition, la chose est possible ^^^ Il convient de 
ne pas aller plus loin, et je n^accorde aucune créance aux conclu- 
sions de M. Biteau qui fonde, sur la multiplicité des tremblements 
de terre dans la Charente-Inférieure, une argumentation spécieuse 
et hasardée ^*^ 

Le bri décèle la présence ancienne de TOcéan sur les terres ac- 
tuellement émergées. Mais cette présence est encore confirmée par 
les traces reconnues de cordons littoraux à Poat*rAbbé, Saint-Jean* 
(PAngle, sur les deux rives de rAmoult, qui fut un bras de mer 
pendant Tantiquité ^). Mieux encore, ces cordons sont jalonnés de 
débris d'habilalions^^^ 

II 

Aussi bien pour le golfe de Broue que pour les autres anfractuo- 
sités du littoral français, Texlrême zone de la mer devient manifeste 
lorsqu'on considère la carte de Tétat-mâjor et les courbes d'alti^ 
tude^^). A l'extrémité du promontoire de Charente, vers k Passe- 
côte de France qui borde 1* Atlantique s^éiève de siècle en nècie d^nne quinlité 
seiuîMe. Les cales des vaisseaux établies à Roebefort du temps de Louis XIV sont 
aujoard'hoi à plus d*un mètre an-dessus des cales modernes. Les marais salants 
passent k Tétat de marais gâts non pas qne la mer se retire, mais bien parce 
que le sol se soulève rêeliement» {D0 la OmwêitmiMn intérieure ém gkht, dans 
/{eous dn Devuc-Mondeê, sept i855, p. 39o). — La Ckapuê, par Poi.oifT-S4i6HU 
{Porté dé Francey t. VI, p. 17a). 

(*) Des sondajipes a une profondeur de 35 mètres à Bronage confirment la pr^ 
mi^ idée. Dans ic golfe du Poitou, d^autre part, au lien dit la BomUlfnuef près 
du confluent de la Vendée, et au Pont-qui-bout, sous Marans, mi a observé des 
émanations d*antiques végétations. (FLioauv, onv. cilé, p. 96.) 

t') i5 en trois siècles. <f La Charente-Inférieure n*est pas volcaniqae, mais re« 
pose sur un feu souterrain. n BrriAo, Las Tremblêmtnti de am dmu U CkêtwnU^ 
Inférieure y dans Soc, de géogr, de Rûchefirî, i884-i88o, p. 6i<4a. -^^ Li Tiavi, 
Règlement général et notice $ur le» tnaraiê de fmrrondiuement de Metrennee (Rodie- 
fort, f 896, in-8*) , ne croit pas à un mouvement sisniique(p. i3&). ir La retraite 
dn la mer provient uniquement des aUerrissemeats.ii(/d9iiiy p. i35.) 

^') ABciai, Histoire deLaRœheUe; La Rochelle, 1719, 9 voL in 1% 1. 1, P* ^T- 

<^^ Massioo, HiUùire ^Auniê, Smmionge et Potion; Paris, t8&S, t. I, p. lî. 

<'> Carte de TËUt-Major : Saintes N.O. et N. fi.; La RocheHe, S.O. et S. fi 



— 44S — 

auX'Bœufs, q«i rcdie la eAte du Port-des^-Barques a Tex-tie 
Citoyenne (aujowd^hui Madame), le rivage s*iiicurvait vers TOuert 
pour îoanaeT^ de toute antiquité, la pointe couronnée de nos jours 
par Tobservatoire militaire de Piédemont. Nous ne croyons pas 
devoir, en ce moment, engager le prohlèoie de savoir si les platins 
de la Longée et les hant$-fon4s des Onneam et de TE^pëe, ainsi que 
rtle Madame, se rattachaient aux coteaux de Saint-FK>ult. Celte 
question noua semble devoir être jointe & Tétude du golfo^d'Aunis 
et Charente, qui fera Tobjet d'un travail ullërieur. 

En principe, selon nous, le pédoncule d'union se présenterait 
plus à TEst, vers la flèche actuelle de sable de la Passe -aux - 
Bœufs. 

De Piëdeniont, le littoral suivait le flanc occidental des bauteura, 
baignait le pied de la Laujardière, la Piçkonnerie, te Vert, Chas- 
sefer, Grojàrd, la Rouillasse, le Grand-Parc, et se dirigeait vers 
remplacement actuel de la station de Saint- Aignant» en dessinant 
une péninsule vers les CaSbudières (à la hauteur de fieaugeay). 

A rOoest, des lies, de ferme allongée, formaient au continent 
uri rempart contre les atteintes de TOcéan : Ttle de Saint- FrouU, 
limitée aux Roux, à Moêze, le Breuil, et la Ghoislëre, le banc du 
Breuil, Filot de Thionnet (Tbionnet, la Touche, les Granges, le 
Collant), flanquée du banc émergé qui perpétue la dénomînalion 
d'Ile Bourdean (le bourg de Teau) et de Loubresse. LHle Beaugeay, 
prolongeant vers le Sud les falaises calcaires de Hle Madame , com- 
prenait Beauregard, la Loubartière, le Grand-Jart, qui rappelle 
le souvenir des marais disparus, le Cioine, Poineuf, Borreau, la 
Combe, la presqu'île de la Tour, Tanse de Beaugeay, les deux Mou- 
lins, et la croupe de Beaumont, éloignée de la Touche d'un demi- 
kilomètre. 

De la station actuelle de Saint-Agoant(^), la côte esquissait un 
coude vers TOueat, aur le lieu de la pelite ville de Saîntr-Aignant, 



Cwto du Miai^t'fe de rintériaur, feiiilio \*a5 : Rociiclbrt. — Cf. Laqdb», ouvr« 
cito, p. 595. — P.J. Flbqrt, ouvr. ^té, carte. — hk SisvÀaàu, ouw« oîlé, 
carte. — Maoki, Mûvk de la carte géoeraU de parliê de Boê-Poitêu., Aumt, 
SainUmgê et ikt a4^jacêlU0i, 1701, p. 6 et 7. 

U) M 008 ne croyons pas néceMtire d'admettre avec Leseon l'existence d'un canal 
entre Eciiillaûi et Moatberault, qui eût (ait d'ËcbiUaiVSoiibiqe ui|e tie. (l^assoi, 
HîBUnre, archéologie al légendei dêi Marekee de Samto^gê; SaiolM, iS/i5, ii&-8", 
p. 89.) 



— kàê — 

laissait sur la grève les Fontaines, Villeneuve, projeUît le promon- 
taire de la Geurmandiëre, le Roseau et Saint^Port; sur le bord de 
Teau, se (rouvaient le Chevreau, le pmi de SainlJeau d*Ang)e(port 
dëchu et oublie), la Bernetière, les moulins de Beaulieu, Saint** 
Symphorieo (^), Lornut, la GbAtaignerie, Penicaud. La légère col- 
line qui porte les Coudres pouvait Âtre reliée par un gua avec 
rile (') qui de la Mauvînière s*élève en pente raide et dresse le pro- 
monibire de Broue (97 mètres) (^K Vers la oète i5, une ëehancmre 

t>) f La mer devait loucher TégUse, letoa Ussoii {Fa^Uê, I1 p. 1 16). crChAleau 
de Bleiiac, q6 remontaient jadis les vaisseaux. 9 ](MAsaEf 9 3' carré d^Aanis et 
Saintongo, aux Archives de la Guerre, dépôt que nous désignerons par les îui- 
tiales, A. G.). — «La mer battait contre les coteaux de Saint-Symphorîen ci 
on iroUTO.deaiibalititéa de vestigaa de booi^y cbapelisB^ églises etpuîift 11 y avait 
un km port dani le vallon entre la €hataig&eraj et la Maisoiuie« et ati sud dii 
moulin de la Massonne?). (Masab, in-4^ ms. i36, p» 399-3^3 « A. Q.) 

('' Lssson {HUlotre et archéologie, p. 90) dit que le banc de sable qui faisait la 
jonction est encore visible de nos jours. Il est vrai qu^ailleurs il déclare que Brone 
était lie ou presqu*fie. (Ftafas, I, p. 999.) 

W Sar le Aanciest, triM^ nombreuses du briiemeat de U mer iiir le» rodera 
(P.-J. PiBvaT« GUemênt du prQu^ontfire d$$ SanUm» , dans lUm, 4#9 4*1119. de V0u€9tp 
i8âo (i84i), t. YH, p. 69). — Non loin de là, près de Blénac, «ron voit les 
vestiges d^une forteresse, où Ton assure qu'il y avait un port considérable, ce qui 
se confirme quand on a creusé des fossés dans les quartiers, par les débriR de 
bâtiments de mer quW y trouve.» (Missa, Mém. da it* carré, p. 4 , A. G.) 

«Le chAteau de Blénac était le part du pays,» (M asss, ia^-A*, 1 36, p. 3aQt A* &) 
(rL*ile était entourée de la mer et les bonnes gens disent qu^au-dessus de la tour il 
y avait un fanal pour éclairer les vaisseaux. i» (Idem, p. 3 90.) 

trOu assure que les bâtiments remontaient jusqu*au château de Bfénac, où sont les 
vestigea d'une forteresse qui défendait son port. Oà a tronté, réoemm^nt, proche 
de ia bri^^lerie de la grande lande, des débna de vaissetux»" (Massi, in«l^« as^ 
i36, p. 98, A. G.) 

«Le bon sens veut que la tour de Broue ait été construite pour servir de fanal 
et de point de marque pour les habitants qui voulaient entrer de nuit dans ce 
pGTt. La tradition et un bruit générai m*avaient persuadé à tenir qnVn voyait en- 
core dans les mm^ de cette vieille bâtisse dea organeanx on gros annaavx de fnr 
scellés exprès, dit-on, pour servir de corps-morts a amarrer les vaisseaux qui y 
allaient pour charger les sek des marais. Quelques traditions ont voulu mettre en 
avant que tons ees marais aalans de Moete k Marennes étaient jadis en pleine 
mer, sans être assujettie aux flux et reflux de FOeéen , excepté le Gonrran qu'on 
ne peut réfoter et qui sûrement a été très profond, puisqu'il s*est trouvé depuis 
peu, par un particulier en faisant un fossé au pied de laffita hiatenr, une barque 
envasée qui a été estimée k ses metubren par les connaisseurs être un bâtiment de 
5o tonneaux ... 9» L*aiiteur pense qnc ee marais a pn être un lac qui sVst envasé. 
( PairrisHiUA^ JIMn. «iir la mllê d» BrôuagBj ms., 95 avril 1797, p. 985-988, 
A. G.) 



— 4A7 — 

s'enfonçait dans la direistion du diftteau de lléna«« Le ritage 
reioeiktalt vers le Nord, laissait sui une hautebr de «7 mètres 
Saint-Nadeau, Saint-Sornin, Château-Gaillard ^U, la Prée, où «éi 
dëtroit peu profond permettait à des canots d atterrir dans ïûe de 
SaintrJust (^l Le littoral était ensuite maiy}ué, à f Ouest ^ parBien^ 
Assis, la Catheline, Leuse, le Gita, où fon passait TrdsemUaUe- 
ment là mer de Sendre ^^h 

Peot«4tre SaintrSornin fonsait^il une lie, ei h .coupure eâV élé 
au pied du Grand-Bois (^). La cftte ouvrait la baie de Faveau, à rfisfet^l, 
et gagnait Toulon (®) par la Maison-Neuve, Berthegile, les Musses, et 
Gué-Chailloux. 

L'île de Saint-Just^'), fragment de Saint-Sornin, abandonnait à 
rOeéan, sur son versanit orientai, les Pibles e|t Redon. Apvès Sâint- 
Jnst, la côte, bordée d^n satdlîte, était jalonnée aux 4uB<8Aux>'i^ 
la Seigneurie, à Boumet, où une faille avait détaoké rileda celle 
de Maronnes, fléchissait vers TOuest, puis vers le Sud, vers Mau^ac; 
Lusae était sur la mer de Seudre, ainsi que Rocbebonne, au nbm 
caractéristique, lieu d'atterrissage des pAchaurs d'autrefois; Boîe^ 
rond, les Touches, la Puisade et Ghanteloup. 

Lille de Marennes W, plus massive, avait pour limites i le Maine, 
Pont d'un Dénier, Node, Pessefier, la Pîmpelière, la* Garde, GhAi«- 



^^^ er Ancien port.» (Ma88«, 93* carré d'Aunis et Saiptongt, A. G.) 

(') ffLe coteau de Saint- Just est coupé par un vallon profond qui indique que 
la mer en Iiaignait les bords et formait une He». (P.-J. Plioit, GiêmMnt îu fto- 
montoirê dêê SimU>u^,dÊD»Mém.dÊ$ Aniiq.itPOmttt t8Ao<LSAi), t VU, p. 69^) 

w Pour aUer, sdon Liaaov, à SûaU*SorQio.(ffiilotni «t êrcUokgiê, p. 89}» 

^*) ff Au pied de Piantis, on a mis au jour d« coquilles mannes.» (P.-J. Fudsi^ 
Giteinent du promontoire deêSantonâjàié â-dessus, t. Vil, p. 70.) 

^*> «La tradition assure que Faveaux fut jadis un port de mer fameux 0(1 abon- 
daient quantité de marchands, que Ton dit être Saint-Pierre de Nazei.II est vrai- 
semblaÛe qa'il y ait en un port ftmraz , cir Téglise est très bellai» ( Misai , ilfr•/l^ 186, 
p. 3i5, A.G.). «Favos avait été, selon la tradition, ville et port de mer9(MAarttf, 
Màm, dn 11' carré, p. t5). «La traditioa veut qn*« Faveaax il y eut jadis un 
riche port de mer.» (Gadtiib, StatiêUque, p. 307.) 

(*) frOn assure que Tooion foi nue ville considénble et on port de mer» 
(lÉAsai, Mém, dtt t3' carré, p. ih). — Cf. Masse, m-6% id6, p. ^09 et 3ii. 

^^^ «rOn tirait jadis de bonnes huîtres vertes de Saint-Just » (Miisi, in«&% t86, 
p. 999, A. G.) 

(*) (rL*Ile de Marennes était jadis séparée de la terre ferme par iiq vallon oè 
la mer remoatait, entre Undroo et la Noblesse de la Chasse.» (Méjw, Mém, du 
11* carré, p. i5.) 1 



— 448 — 

nade, Lombaze, Larseau, le Lindron. Au large, le rocher d'Errç 
derait affleurer de baase mer et nourrir les premiers autochlones 
des Ilots saofvages. 

Dans le golfe de Broue , TUot d'Hiers formait la sentinelle avancée 
de ces régions solitaires. Dans la mer de Santonie ou de Seudre, des 
bancs s'exhaussaient sous Tinfluence des dépôts limoneux, Ârlouan, 
NieuUes (Petit-NieuUe et la Corderie, GrandrNieulle, les Touches 
et MontauiMin), Saint-Martin et Ghâlons, Souhe, Monsanson ^^\ 
rilate, la Figeasse, le Mortier et la Bernauderie* 

III 

Aux heures de la prime antiquité, tout le littoral méridional du 
golfe ne présentait sans doute d'autre aspect que celui d une im- 
mense futaie , où le chêne noir se mariait à f ormeau ; des rives de 
la Chavente aux bei^s de la Gironde, était tressé un impénétrable 
rideau de verdure, barrière qui, plus tard, séparera ie pays doîi 
du royaume des troubadours. Si la forêt de Rochefort s*est effacée 
sous la hache des bûcherons, si les yeuses de Royan ont fait plact; 
aux sapins dunaires, les collines de Saint-Nazaire et les bords de 
TAmoult gardent jalousement leurs bois séculaires, qui joignaient, 
jadis, leurs rameaux à ceux de la forêt d'Aulnay (^). 

Ces rivages n'étaient pourtant point ignorés des hommes des âges 
préhistoriques; ils ont laissé de ci, de là, de nombreuses traces do 
leur passage et les monuments explorés viennent témoigner de la 
présence de la mer dans les régions par nous indiquées. 

La péninsule de Soubise renferme encore trois dolmens (') à la 
Sausaie, une grotte à Saint-Nazaire ^*^ 

Dans le golfe même, Tile Bourdeau offre une tombelle^^^ Fré- 

(*) trJtdis cap éievë.9 (P.-J. Fuiubt, GUêmtnt du fromomtoirê de$ Stmlmu^ dans 
M^. det AfUiq. ds l'Ouest, iSho [18A1], t. VII, p. 69.) 

(^) Cf. Alfred Madit, Histoire des grandes forêts de la Gaule et de ^aticienm France ; 
Paris, i85o, m-8% p. 987-988. 

(^) Gbaudsuc m Cbiiahr», Notice sur les monuments celtifuee du département 
de la Charente-lirférieure , àmoB BuU. monumental, i83/^, t I, p. 57. — Li Tbisb^ 
oavr. cité, p. 996. 

^*) Commiu. des arts et mon, kist. de la Charenie-lnf. , 1 1 , p. SCq^ ^- Mdsskt, 
Ckar.'Iirf. préhisi., p. 88. 

(*^ GnAOBBUG DB GBABAiniBB, p. 6i. LesBOD déelare que Plie n'est qu'an HieC da 
sol. (Fastes, I, p. iio.) 



'— 449 — 

maiiloux, au pied d'Hiers, est dans le même cas ^^K Beaugeay pas- 
fiëdail un dolmen ^^\ Loubresse en conserve un dans le marais ^^l 

Sur les falaises du Sud, Tactivitë humaine se manifestait à Saint- 
Âignant(^); à la Glisse, pi*ës de Champagne, où Ion a retrouvé des 
souterrains (^) ; à Saint- Symphorien^^); à Pirelonge, commune de 
Saint-Romain de Benêt, qui possède une curieuse grotte ^^); à Sa- 
Monceaux (*), dans Ttle de Marenncs^^), entre Saint- Sornin et 
Broue (>«). 

N'étaient les tombelles de Frëmailloux et de la Mauvinière, on 
pourrait estimer qu'à Tëpoque de la pierre polie et des premiers 
habitants du pays, le golfe de Broue s'ëtendait jusqu aux rivages 
dont nous avons trace les limites. Mais il est logique de supposer 
que les limons girondins affluant par la coupure du Bréjat^^^^ se 



^*' Ghaiidbdc db GiAZAiTffKs, p. 6i. — BooaiGiioii, Rechirchit topograpkiqueê , 
kiêtoriquêê, miktoir$ê tî eritiquêiy »ur Im antiquiiéê gûulùiêêê H romaine» de la 
froêiê^e de Séiniftnge; Saintes, tn ii, in-4% p. i53 et 180. — IIumst, Ckar,'ït%f, 
ffréhitt., p. 46. 

('^ Beeiuil de la Commieêton des arU et mon, hi$L de la Ckai-enU'iHf, y i885, 
t. Y (1" de la a* série), p. 1 80. — Massiou, ouvr. cité, 1. 1, p. 106, parle de doux 
dolmena. — Lnsoif, Faêteê, I. I, p. 10 5. 

(^) BoDBiGnoii, ouvr. eité, p. 180. *— Lesson y voit une butie relliqiio. {Foàtei, 

I, p. IfO.) 

(*) Cf. BmU, Ànàivee de Setimtoage, U 111, p. 33t. — A la Jeune-OroUère et à 
la MoUe-Leu, lumuti (Mosskt, Ckar,'Inf* préhiet, ^ p< 77)- A ViUeneuva-Pineaudanl 
et Sainft-MartÎQ , haches polies. (Uem^ p. 77.) 

<*> li s'agirait, il est vrai, selon un archéologue, d*une excavation creusée il y 
a plusieurs siècles par tes eaux de TAmaise, dérivant de rArnoult, qui baignait 
Poni*rAbbé (dans BêcueU de la Com mù iton dee arU et mon, Attl. de la Chm\-lnf, , 
t885, t. V (1" de la a' série), p. 178, signé B. G. — Sépultures gauloises (t), 
d'après Mussr, Charenie-lnf, prékiêt, , p. 36. 

(*) Tumulus près de la Griperie (Mussir, Char.^lnf, frdhiet», p. 96)» Tumn- 
lus, près la Morandière. (Idem,) 

(') Ascii» la Commiêe.d$earU et mon. kiet. de la Char.'Inf», L YI, 1889. Connu, 
de M. de Saint-Amand, p. 46-47. — Mossit, Char.-Inf. frékiêt, , p*9a. 

(•) Dolman de Berthegile. (Mobbau, Bull, dee Anliqtkoiree de VOemt, i838, 
p. i5i. — Mussit, Ckar.-'lnf» jfréhût.n p* 77*) 

^*) A la Cbainade, on a mis k jour des grattoirs » une hache de pierre polie. 
{Ree. de la Commie». dee arU et mon. kiei. de la CkÊr.*înf., t. VU, i884, 
p. 175.) 

^^^' Tmnulus hémisphérique au milieu de la bruyère et de la plaine arooarée. 
Il i>8t séparé du hameau par le bras qui couvrait les marais de la Mauvinièro. 
(IfosaiT, Ckar.'htf, prêkieLt p. 9:*).) 

(") CL Le Paye d^Af^erU 



— 460 — 

déposaient déjà, prolon^feant les promontoires et retiant les tlesaa 
continent. Ainsi s'expligaerait Fexistenfe du monument de Frémail- 
loux, au pied de la pointe méridionâie d'Hiefs, et eelui de la Mau- 
vinière dans le détroit des Chauves. 

IV 

L'Océan baignait-il, à Theure où Rome imposait son jougf à la 
Gaule asserrie, les conforts extrêmes de Saint-Romain de Benêt? 
On n'en saurait douter, aflSrment les uns, puisqu'à Pirelonge^^^ se 
trouve un remarquable monument romain, qui dut être une 1m- 
iîse^^). Toutefois» TobjeCde la pyramide de Pirêlenge n* pasété 
nettement défini, et les oontroverses i son sujet n'ont pasman* 
que ^^^ 

Cette balise, si la tpur est telle, aurait guid^ les navigateurs 
désireux d aborder Toulon. Le Terrier de Toulon aura fait couler 
autant d'encre peut-être qu'Ântros et Nommagus. S'il est-eertain 
que le village de Toulon est voisin d'un camp de Crfsar^^, est-il 
vraisemblable de placer à Toulon le port des Santons î*^ ou le No- 

^*> (rDe Pyra longa, bueber ëlevé.'» Boubioroit, ouvr. cilé^ p. an. 

(rLa tour de Pirelonge fut, selon quelques-uns, une balise pour gukW lestais- 
soaux qoi rémoataient de la mer à Toulon. Les prtâries juaqu'aiHleam de Saison 
ét«îent jadis baignées par la mer.» (Massi, Mém, dn i S* carré.) 

(') Massiou, I, p. 110. — Lièvre estime qne c'est un /omim. (A.*F. Lièvni, 
Jjes Chêmint gvtti/oet $1 romaine snfrs la Loire et la Gtrmiits; Poitiers, i8qs, in>8*, 
p. 85.) -*^ Balise, d'après P.*J. FLBoaT, ouvr. cité, p. Go. 

^^ C'est un niommienl conmiénioratif, d'après La 8AirrA«lM, ouvr. cité, p. Bo; 
un mausolée, selon BotaiGHoir, p. sa. Cf. Bull* de la Sœ. éeo Ar^iv, ePAamiâ ot 
Snintongê, t. III, 1880-1 889. — L. U Toar d$ PMongtei k itgrmiZd'£Mn,p. 1O7 
rtt 37/1; IV, i88S-188â, p. 89-60 et 4o9-âo8; V, i885, p. A8-49. Borne 
limite ou un omemenlT) (Bull, m&num,, t. I, i83é, p. sèt). --* vPMonge est 
un trophée mifitaire, un mausolée ou un point d*observsftienf». GAvriia, Statio- 
tiqucy p. è9« 

^^) (tTurris Longini ou Camp de César, i une demi4i6oe<n Sud de Sablonceaux; 
forteresse destinée à protéger le port de Toulon. On y vmt des restes d'aqncdoc 
et des ruines de cbaussée que Ton reconnaît par delà jusqu*à Saujon , à une demi- 
lieue, par une multitudt* de pierrailles qui y sont répandues.'» La SADTAckai, onvr. 
cité, p. 87. — BouRioifON, p. 919-995. — H. Di TiLLT, 5ttr la DécouvwU diurne 
oneeiatê à Satat-Romain do BêHêt . dans BmU, de la Soe. dê$ Àrekitê9 d^Aunii et 
SamUm^o, L III, i88o<-i88», p. 831-333. 

(^) «Le port était exactement à Laujardière, où déboleit la voie romaine. Ce 
port était figuré il y a deux cents ans sur une carte dn pays, appartenint è la 



— 451 — 

Yioregum des Itinéraires ^^\ ou plas folleuKHit k ffonerm d'Ausone ^^? 

Ainsi que je Tai déclaré dans le Pays d\irv€rt^^\ M. Muller a re*- 
connu^^) que le port d«8 Santons ne figurait pas dans les premières 
éditions manuscrites du grand géographe grec. On est donc obligé 
de croire que ce nom a été ajouté après coup, et j'estime inutile 
de gloser topographiquement sur une interpolation* 

rétablirai dans mon étude sur le irays de Didonne et Royan 

famiUe du Paroir, Lemoine, de SablonceauXi a ru cetle carte^n. (Lesson/X^/t*», 
p. 79.) — LassoN, Foêt^, I, p. 60. — Massioo, ouvr. cilé, I, p. 48. — Lacu- 
me, ouvr. cité, p. 610. — Bouoricaud dit qu^on s^y rendait pnr deux voies : soit 
par le bassin de Brouage, entre Hîcrs et Beaugcay, en' longeant Saint-Just et 
Saint-Somin, en eotoyant la pr<$sqa*lle de' Rfour, en patMant entre Sainl-Sofuin 
vi la Qvb0 de Cadfeuil (Stint<Nadt«u) et devant le Gua; soi! par la Scudrc. ( Boui« 
RiCAOD, Mo9'euM$ ei $on arrondistemeiUi Marcnnc», iB60, io-B", p. 11.) -^ P.-J. 
Flkuhy, ouvr. cité, p. 60-61. 

^*) De Aquitannia in Gallias : Blavio (Biaya) Biaye, XJX, 19; Tamnum (Tal- 
mont), XVI, 16, 99; Noviorcgum (Saujon), XII, la. {Ilinm'airt d'AtUonin, 
c. un, dMM' Rêcueél de$ hinérmru ^meietu de Fortia d UasAfi; Paris, knp. royale, 
i8A5, iiH4%p« i38.) •-« Li SâUfiftiBi, p. S8. -^ Massioo, I, p. 106 : feNoYio- 
regnm, près du Porius Santonnm.» *— Bovn«ioir« p. ft^3. -^ crNorioMguiii te 
dressait aur le eoleaa de Saint^Roatma» , au dire de Massiou , «avr. citd, t i , p^ 47. 
-*« P.-J. Flbvby, ouvr. càté, p. Oi. — «Auprès de Toulon devait être Novîorei 
{;um, de regMê, à côté.» (Lisson, Lifirt» hisL al arehéoL aar la Smnt&nge H 
l'Auuit; La RooheHe, iSAo, m-8% p. 76.) 

(*) MoaiAu , 'Jkyiporl 9ur Ih fo m lJê t à fain dam Pmronditêmnènt -de SâùUm; 
dans Bull, monum,, t IV, i838, p. 387. — La SAOTAaàaa, onvr. cîlë, p. 96. 

^« P. aa. 

^*^ ProLKMéa , éd. Didot PHface. — Boofignon le place à Broue (p. aSâ). «^ 
Ansand, ters Marennes (Félix Arsard, Ettaide géog, hUt. anciatm; Paris, 1887, 
in»8^ p. 3(>ii). — • (rSanUmum promontoriam et Portus, cap de Saintonge, ad 
Mareuias oppidum.?» (Morit, Nomenclatura gêograpkica (ïclûimm; Paris, i643, 
pet in-j9, p. a3.) — Adrien Valois a commis une lourde méprise en le plaçant 
à Brouage, alors sous les flots. {Notitia GoUiarutnfp. r>o8.) •*- LVrreur a éuiautfie 
par Dom Jacques MAaTiR (//tslottv dêê Ganlm; Paris 1754, 9 vol. in-6*, t II: 
Dict, Uifog, dêê OamlêÊ^ voc. Portns Santon am). — «La Seudre, sur T Océan, en 
Saintonge, au Sud de Brouage.9) (Ësp.-Jos. Cuaudor, DicHonnaire nUfrpréU wm*- 
nud dêê noms (oftna de la géogr, tme, et moderne; Paris, 1777, ÎIl>-8^) — C^ 
avoc raison que Tabbé de Longuenio fait obaerver que Brouage -eat modcvn*. 
Vovoz P.-J. F&BUBT, Pwi dêê SantoM, p. 58. — A Temb. de la Saudro, ttekia 
d*AiiviLLa, Noiicê de l'aneiëHrtê (innlê; Paris, 1760, in-A*, p. 198 et 177-178. -- 
frDoit être sur TOcéan», proclame La Martinière(/>i>f.g(«g. etcnlt^aa dm Gmdet 
et de la France, vor. Sanlonum Portus). — Diisjar»in8 te croit A Braoage ( p. 966). 
— «Probablement Marennes sur la Seudre. <> (DascaAvm, Dief. de géog, anc. et 
wùdêvhe; Paris, DiJot, i885; in<8*, voc. Sanlonum Pertosn.) — Bn Seudre, selon 
La Termb, ouvr. cité, p. 139. ' 



— 452 — 

remplaGement probable de Novioregum. Je me refuse h le Yoir à 
Toulon. 

La vërîtë est que Toulon se trouve sur ou près d*uoe voie ro- 
maine ^^) qui de Mediolanum se dirigeait sur Saujon par Cbaugrelon , 
les bois do Chatenet, Puineuf, Feusse, la Chapelle, Pirelonge, le 
Terrier et Griffarin. 

Cette voie est jalonnée de dc^bris dont on ne saurait nier Tori- 
gine ^^^ 

Au N. E. de la baie, les Romains s'étaient établis à la Sausaie^^^ 
peut-être à Loubresse, si Ton admet avec Gautier que les conqué- 
rants V élevèrent un monument aux morts ^^l 

Le golfe de Broue offrant aux poissons les fonds gras de ses 
limons devait ùtre parcouru des pécheurs romains. Cependant, je 
me refuse à accepter Thypothèse de Losson qui en fait un séjour 
proféré des baleines ^^K 

(') La SàDTAoàiiK, p. 87. — Voie de Mediolanum au Portu» SaoUNUim, n* a. 
frPaaaont à Cbaugrclon ( briques à rebords), Ica bois deChalcii6t(coinanuic de Ré- 
taud), Puineuf, Mouroux, Brochanla, laissant Varxay à droite, trwveraant Foosee 
(cunuDunc de Tbéiac), se confondant à ia Chapelle avec la route do Saioli» a 
lioyan, décrivant un angle vers Pirelonge, Griffarin, longeant le Terrier {k gau- 
che) et s*engageant dans la plaine de Saujon. t» (LACcaia, ouvr« cité, p. 610.) — 
ffUn embranchement de Toulon se dirigeait eur Pbmpierre et la Graqge, fran* 
r hissait la Scudra et s'engageait dans les cltamps de Médis. n {Uêm, p. 61 1.) — 
DouaioROH, ottvr. cité, p. 998. 

{*) (tAu Champ de la Cavalerie, près Toulon, on a trouvé de^ sépultures de !a 
fin de rère romaine.» {Aet» de la Cammiss, dêê Momim. ki»t, de la Ckw.^lnf,, 
t. VUI, 1 885-1 886, p. B37.) — «Après Novioregum, ia voie poslc a gauche do 
Terrier, A une demi*liciic do Pirelonge, près de Vilieoeuve; va à travers champs, 
laisse Pisany à gauche et passe à Vanay, Fief-Galet, les Guillots (insciîplion 
sépulcrale).» Bocbiomoh, p. 999. — «A Novioregum (Toulon), débris de pierres, 
ciroeut, briques, marbres, médailles.» (Moasiu, Noiict but Ut déceueerUë /aiUê dans 
la CharetUi-Infà'ieurê en t83j, dans Bull* moHumental, t IV, i838, p. 33 1* 
339.) — «Débris de maçonnerie antique, fourneaux è chauffe-bains, etc.» (La 
mAmb, Rapport eut U$ fouillée à /aire dam Varroadieeemeikt de SsinlM» même 
Bulletin, p. 337.) — «Il y a quinte ans, entre Toulon et la Beraauderie, on a 
déc4Mivcrt une villa gallo-romaine, un pavé en mosaïque A compartiments, des 
médailles, des fragments de marbres.*» (Gautibs, Statiêtique, p. 69-5 0.) 

(^) «Coostructioiis gallo-romaines.» Aetê$ de la Gommim. det maniim. Aisl. de ta 
CkmAnf,, t. VHI, 1885-1886, p. 336. 

<*) L. Gaotibr, 5la<i«li7tia« p. 3 18* 

(^) C*estsur un des points du golfe santon que furent jetées, soua Tibè^^ los 
3oo baleines do grande taille que Pline (ix, 5) mentionne; Lassoa, FaeleÊ, 
p. 111. 



— â53 — 

Je me refuse encore davantage à reconnaître à Broue le promon- 
toire des Santons , malgré les éloquentes explications de M. Fleury ^^K 
En effet, si quelque pointe avait dâ frapper l'attention des naviga- 
teurs oôtiers, ce n'est assurément pas Téperon de cet Ilot où pénin- 
sule perdu dans Tarchipel séodrien, mais de préférence le relief de 
Die de Marennes ou la double corne des collines de Saint-Nazaire. 

Deux raisons péremptoires s'opposent à l'identification proposée 
par M. Fleury : les chiffres donnés par Ptolémée (^) et Marcien 
d'Héradde (') et la présence de la voie romaine de Saintes à Saujon. 

Les recherches érudites de M. Muller(^) permettent d'alBnner 
que le Prmnmitorium Santonum se trouvait en dehors de la mer de 
Santonic , alors que le tracé de la route Saintes-Saujon nous oblige 
Il considérer les environs de ce bourg comme n'étant plus, sous 
le règne des empereurs, un fragment de l'Océan, mais déjà un 
estuaire empâté et assez étroit pour autoriser les communications 
terrestres. 

S'il n'est pas douteux que la mer léchait encore les falaises du 
rivage orientaldu golfe, il est non moins certain que des dépôts se 
formaient à la base des Ilots calcaires, toujours plus étendus , el quç 
la baie de Broue était assurée d'une disparition rapide. 

La cartographie des commentateurs de Ptolémée ne vient point 
infirmer ces observations, mais leur donne plus particulièrement 
une confirmation ^^^ 



(^^ GUemeni du yrûmonUtire dtt StUUons , ouvr. cité , surtout les conclusions (p. 78). 

— BoumiiGiuD, ouvr. cité, p. ia-i3. — PorU de France, U VI, p. 88. 

(<) <r£ctmM»»dUpotrlç'Z^ pLç' Z" S'.nPTifhim&t^MyAl, th^p.fit; ëdtt. Didot, 
p. 900. — GovOitT, Extrmiê dêê auteart grece ûottcernarK^ Vhistoh^ dn Geulet; 
Paris, 5 vol. ia-8", 1. 1, p. 95 1. 

t-^) tr A«^ Se Tapoùpva «ofAfcofi êuÇoXë» M ISatrrfJtrAMr àupop aléS, vot', &1dê, ne\ 
À«o Se Xavréptùv àupwt M KaptvréXX&u w&tOfUfO iMSoXà$ e^dS. pf^ ^dê, pp\ n 
Périple, II, 91 , édit. Didot, t. Il, p. 559. — Gooort, ouvr. cité, I. I, p. 319. 

(*^ L» merareB données varient avec les manuierits de Ptolëméc : 

i6',3o — 66',ft5 
i6*,i5 — â5*,ft5 

A7M5 
Û7',45 

M. Muller adopte i6%3o el /i6^65, édit Didot. 

(') Pas de goUe dans TédiUon d*Ulm, Léon. Hol, 1&89; Bibl. Nat., G. 34, rés. 

— Idem dans Tédition de Rome, lAgo (repfod. de Tédil. de 1678 de Rome); 
Bibi. Nat., G., 46G, rés. -- L*édilion de Rame, i5it , Bernard SUvain (BiM. 



— 464 — 

Le comblemetti progressif du goife de Broue se perpétue à travers le 
moyen Age* Déjà commeacé à llieureoù domina sur noire littoral la 
civilisation romaine (^), il s'accentua sans nui doute à mesure que 
la baie diminuait en étendue. Mais il faut remarquer que letat 
actuel est le résultat d'une agglutination. Les iles voyaient se pro- 
longer leurs platins^lss détroits se transformai^at en chenaux. Sur 
les laisses, apparurent les premières salines. On peut les faire 
iremoater au viii'' siècle ^^l 

Leurs richesses devaient attirer les convoitises des Normands, et 
Ghariemagne se trouve dans la nécessité d'installer des postes de 
défenses dur les hauteurs ^^K 

Pourtant oAn avait point encore déboisé le pays, et le golfe de 
Broue coqsqrvait sa parure de chênes qui couronnaient les flancs 
des ttes de Moëie et Marennes et les rives eontiaenialea. 

Nât., 0. 4i Jr) indique deax golfes k la suite du Promontoire des Santons, sans 
doute ceux de Broue et d'Aunis. — Rien à tirer pour ce rivage de Té^tion de 
ftda, BMe. J.SehoU, n" 3o&0 <et 3o6o du Dépôt d« k Marine. •— LVdition 
de i56i ^ Venise, V. Yalgrisi (édit. RuscelU), et celle de 1676, Venise, ZilolU 
(n*** 3o66 et 3067 du même dépôt) transposent Tordre du Portiu et du Promotk- 
torium, La Pùrlin est figuré k Tembouchure de la Gironde, le Protnontof^um h 
rissue du Ganenteltos. — Même transposition chez Mercator, Jod. Kempens, 
Gtlogne, 107^ «t 1^78 (a.^ 3<o54 et B057 da même dépôt). — li, Mereatur, 
Francfort et Amsterdam, typ. Hondiuset Gom. Nicolas» tbhk et i6o5 (a*'*3o5ô, 
même dépôt). — Le golfe de Broue est dessiné dans Tédition de P. Bert, Amster- 
dam, Hondius, 161g (n" 3o56 du même dépôt). — L'édit. de Séb. Munster, 
1639, rétablit Tordre interverti par les Vénitiens, mais le Promontoire est gravé 
très au S. 0« du Caaaatellus, dont il est«jéparé par une vaste anfractuoaitc 
(n" 3o59 du même dépôt). 

(*) G'«it sans raQtif que M. Boorricaud estime que la eomblemeni débuti à 
répoqne des Wisigoth^ (ouvr. cité, p. ai ). Il a dû s'inspirer de Leason, qui assure 
que les Wisigoths ont livré une bataille sur ces rives {Fatêet, I, p. lao). N'écrit- 
il pas qoa la Tour de Pirtloofe est le tombeau d'un chef goth? (LeUm hi$t. et 
archéoL 9W la StMiongê; La Rocbalia, i84o, in-8*, p. t6.) 

('} «S'il fallait s'en rapporter à Belleforest^ il y avait déjà des mamis saknis 
k Marennes au vu* siècle 1 puisque la roi D«(|oberi fit doa de qaelfpios salines k 
Pabbaye de Saint^Denis, quand il confisqua le» biens des enfants de Sadregifile, 
duc d'Aquitaine. Ces domaines consistaient, selon lui, rren terres assises tant en 
Anjou qu^en Poitou, et aux Muremnet pour le fait des Salines. n (Arcère, ouvr. 
cité I, p. 91.) — Minas, ouvr. cité, p. qo3. — Chroniques de Saint-jPenis, 
liv. V, ch. XV (Lb Tirmi, ouvr. cité, p. 178). 

^^) «Redeunte vema temporc, medio fore martis, rex Aquisgrani djgressus llttus 
Ooeaai Gallid periottrevit, et in ips» noari , qaod tone pîraîis Northmauiids înfes- 
tiun ont, cJa sg êm instikul, prndya dispoauîtt. (Bonraia», Fila CmM Mmgm, 
«a 8oo« 1. 1, p. a&d de l'édil. Teakl, Soc es Hiist. de iVanœ.) 



— 465 — 



Tel éUxii du moins laspect de cette région à raurorc du \i° siech». 
lin réseau de verdure, des salines à la base des falaises, d(*s 
pêcheries, et des moulins à Testuaire des ruisseaux ^^\ taudis <j[uc In 
limon redressant les fonds marins livrait à Tactivité humaine de 
nouveaux territoires [marina). 

A cette époque, où les documents ne sont pas encore légion, 
l'expression de teiTe neuve et de sol ancien appliquée à Marennes 
est on ne peut plus caractéristique ^^. Et la Charte de fondation de 
Notre-Dame de Saintes montre ëloquemment que côtes et lies se 
développaient en population ^^l D'ailleurs, le double avantage de 
la Seudre et de la mer de Broue aidait les transaotiAn» ^^\ 

An înilieu du xi" siècle, les satines de Saint» Aignaot sont eu 
faveur, et l'acte qui en assure la propriété à la Trinité de Vendôme 
témoigne par là que la mer abandonnait le rivage oriental du 
golfe ^^l 



(*) Gartul.de la Trinité de Veudôme, publié par Métai0, dans Archivée (TAunU 
Bl SamUmge^ t XXII : to4o,.(tfore9taquc nominatur Mari li huit) (p, 34},-— <rfios- 
cun Sancti Auiani el boacum de GoluisbariLs , cura oronibus ulililatibus suis, sali- 
nis, aqais moleodinuxn, piscationibusp (p. 34-35). — io6fl-io58, Guillaume 
d* Aquitaine donne k la Trinité de Vendôme (rmedieUtem de foresta que nomînalur 
Maritima» (p. A 4-45)* — Gartul. de Sainlon^e, publiés par Tabbé Th. Grasîlicr 
(Niort, GlouMt, 1871, a vol. in'-4**)» t. II, cartuL de N.^D. de Saintes: 10/17, 
Cbaiie de fondation de N.-D. de Saintes , par Geoffroy et A^nèsitrecciesiamSancti 
iahannis de Aqglis... item in ipso hoc pago Santonico locum qui dicilur Maritimus, 
eodesiam Saocti Saturnipi Maremne, et Saocti Justi, et Sancti Pétri de Salis, el 
Sancti Martini de Senzilach (Saint-Martin), et Sancti Laurenlii de Gado . . insu- 
paretiam dedimus. •• ecdaûam Sancti Pelri et Sancti Eutropi de Broa, cum 
décima todus terra Maremnie , tara a^rum quam vinearum , nemorum et mari- 
narum^ a Monte Aquiliao (Monhelin) usque ad Ghapusium... etc.?) (p. 3). «rSiKa 
Baconei (ibid,)n. 

(') Gartuiaires de Saintonge, t. II. Gartul de N.-O. de Saintes : Geoffroy et 
A^ès font abandom à aN.-D. de Saintes de la moitié «terra da Maremnia et de 
Veteri et de Novan (p. i54). 

(') Voir note 4. Gharte confirmée en 1 ogS par le pape Urbain (cartul. de N.-D. 
de Sainte», p. 10). 

(*) Gartul. da i\.-D. de Saintes: ffUla omnis terra (Maremnie) clauditur ex duo- 
bua maris laieribus, canaii videlicet Seudra et Broatga» (p. 3). 
. ^^^ En 1068, Geoffroy signe un acte par leqiiei Guillaume Vil de Guyenne con- 
firme k la Trinité de Vendôme la donation des aimes sur le se) de la terre de 



— 456 — 

Toutefois la navigation était encore praticabie jusqu'à Broue 
dans la seconde moitié du siècle ^^\ 

Le progrès des atterrissements est souligné, au xii* siècle, par 
Tapparition de nouvelles salines à Marennes^-), h Saint-Aignant (^); 
par la formation de marais gâts à Saint-Sornin ^^), à NieuUe^^), à 
Marenncs ^•l 

A la pêche, à Tindustrle du sel, les populations joignent les 
pâturages des bestiaux, la glandée dans les bois littoraux, la con- 



Saini-Aifpuiiit (Tbomas, Mémoires pour Mrvtr à Phiitoire de la vHU et du port de 
Rochefert; Paris, 1838, in-8% p. h). — Cest aux environs de Saint-Aignant 
que se trouvait le moulin vde Roiallatu», possession de la Trinité, et objet d*an 
litige (Acte de io65-io8a dans le OartnI. de la Trinité, p. 63). — De même, 
vers 1 080 , Fredelandus donnera a Tabbaye de N.-D. de Saintes «in viUa Camp»- 
nia (Champagne), totam decimam terre nove de Ajotbîs;) (Gartul. de N.-D. de 
Saintes, p. 88). — Sur celte terre des Ajolbs, conquise sur la forêt, voir aussi 
Gartul. de N.-D. de Saintes, p. 88 (1079-1096). — Tignore s^il fant considérer 
comme acquise la terre de Roguoirach dont parie une cbarte de io83 i 1099 
(Gartul. de N.*D. de Saintes, p. 86). 

(*) Gartul. de la Trinité : 1078, Guy de Poitiers abandonne les droits qu*il voa* 
lait percevoir sur les Trinitaircs : trDe Aias ( Aix) in insolam Olarionis navigavit et 
indc ad castcllnm quod Broa vocatur vcnit» (p. 6i-6a). 

(') Gartul. de N.-D. de Saintes, 1100-1107 : «rUoulin et jars Putei Salneri» 
(p. 161). — 1169 : «rConqueritur prîorissa de Marenmta de Junîo quiaufert ei 
asnctîam de terra Atcscrivaoa, et de terra Sosda et cordatam et charrei de tenra 
Raymundi Gbaret et de terra Tîndencium ... et duas gallinas censuales de terra 
Pclrl Vitatis qui est juxta landam Alangevinam; însuper anfeii ci terram de La* 
iiaudoiisonera , terram Pétri Helie , prata Sancti Nicholaï et decimam de Monte 
Aîglino, cl medietatem décime de salina Bemo, et de salina de Dalo, et de 
salina Tcmplariorum , et peatbgium de Gado. . . et domum de MaurcUia. . . et 
Icrciam partem décime de Pictavineria, et ecclesiam de Monte-Aigfino quam facdi- 
iiravit in parrochia de Gado» (p. 175). 

('^) Gartul. de N.-D. de Saintes , avant 1 1 1 9 : un privUège du pape GaKxte II con- 
firme le don de la terre de Beurlay trcum augmentas saline Sancti Anianif» (p. is). 
— Après 11 5o, litre de la saline Yînochia, <rque est in parrochia Sancti Anianis 
(p. 45). 

^*) Gartul. de N.-D. de Saintes, 1119 : cr Palus Aubarsn (p. 17a). 

(') Gartul. de N.-D. de Saintes, s. d. (vers ii5o). Dans cette charte figure un 
Joubcrl ffdc Toscha Botunda» (p. 167). 

(*) Gartul. de N.-D. de Saintes, m 9-11 36 : «Décima Maremnie, et flilva, et 
mariscumn (p. 169). — En 11 36 on voit citer près de Marennes le moulin de 
Pabeirach (p. 1 59 ). — Avant 1171, Ymberge de Périgueox , prieure de Marennes , 
achète er prata in palude Daubars, décimas Glosdicii de Saurespina et de Seailer, 
prœler boc cliam molendinum de Palart (Pëlart dans TAe de Nieulle). . . domnm 
de Maureleira. . . decimam de Baza (La Boise )?) (p. 168). 



— 457 — 

stniction des navires à Saint-Aignant et Broue ^^\ grâce au maintien 
des forêts (2). 

Au centre du golfe, Hiers commençait à s'animer (^). Mais le 
fait capital de ce siècle, cest la conquèle de Tlle de Marennes sur 
le courrau d'Oléron, et la formation des terres basses du Cbapus ^^\ 

Les textes qui nous sont parvenus des trente premières années 
du %iii* siècle ne nous laissent aucun doute sur le rapide envase- 
ment de la côte occidentale des lies de Marennes, SaintrJust et 
Saint-Sornin (^), et sur le rétrécissement du lit de la Seudre, qui 



('- Chartes de la Trinité de Vendôme , concernant h Poitoii et la Saintonge , 
par GiBT, diins Archivet d^Àunis et Saintonge, t. XII : Diplôme de Louis VII crbw- 
cuft de Sancti Aoiani et bosciis de Goliimbariis , cum saiinis, aquis, molendinis, 
piscationibus, etcn (p. 379). — Gartul. de N.-D. de Saintes, 1 ift6 : privilège du 
pape Eugène III «rdesilva que vocatur Baconeis. . . ad naves, ad furnos calefa- 
ciendos, etc. Item salinas quas possidetis apud Sanctum AnianumT) (p. i5). 

(*} Gartul. de N.-D. de Saintes, iihS : «boscusde Gado (le Goa), Encombrathi» 
(p. 61). 

(') Gartul. de N.-D. de Saintes. Une charte d* Agnès do Barbeiieux mentionne 
le nom de Gauviang, chapelain «rde Broa et de Herio» (ch. de 1 1 68-1 1 Sa). 

^^> Gartul. de N.-D. de Saintes, après 1119 : le comte de Poitou accorde à 
Tabbaye la dime crtocius terre Maremnie, tam de terra plana et vinearum quamde 
bosco et maresco à Sanclo Saturnine ad Gapusium» (p. 171). — Gartul. de N.-Dt 
de Saintes, Gh. de Bernard, évéque de Saintes, 116a : vin décima videlicet tam 
terre ioIm quam dulds que est a Gapusio usque ad montem Aiglinum, et indu- 
ditur duobus canalibus, scilicet Broatgia et Seodra» (p. 157). 

(^> Gartul. de N.>D. de Saintes, 1990 : le blé irmaresiorum a molendino de 
Ghalon usque ad Gaposium» (p. 178). — Gartul. de Saintonge, t. I. Gartul. de la 
Garde, 1919 (décembre) : charte touchant un litige causé par le marais tffnam* 
cum de Soiœran (p. ti5), confirmée en juin 1991 (p. 118) (Soloira, Soler, si 
Ton en rapproche plusieurs documents de 1196-1916, 1196 (p. 96) et 1196- 
1916 (p. 98 ) mentionnant un certain Mainard de Soler, peut-être aussi proprié* 
taire de salines (rquicquid juris habebant in «oiimirio Mainardi, presbyteri», s. d«)« 

— Gartul. de N.-D. de Saintes, t. 1990 : charte de SibiUe de Dohe, prieure de 
Marennes : «Sibylle de Dohe, daudente mariscum de Transmare (vers Bourcefranc) 
super lerragio dicti marisci questio mota fuit» (p. 176). — Gartul. de la Garde, 
1990 : ffv sohdos censualps quos hnhoH^in in pratis marisci de Soloin» (p. 1 16); 

— s. d. (v. 1990): (tde pratis de Soloira» (p. 96); — juin 1991, ufrai(p. 118); 

— 1998, charte de Robert de Sableuil : cr terra salsa de Tester (Tétier) de Soloira» 
(p. 195); — 1998, donation faite parie même de : tr terra salsa ad sepias (poissons 
qu'on faisait sécher) capiendas, que terra vocatur terra de Mulsa, et communicat 
se in piscatione cum terra que vocatur Lo Tajath, que etiam terra est prope et 
juxta est'rium vel canalem de Recoiena et est eliam juncta terre sabî Pétri Boviv 
(p. 196); — 1998 (p. 1^7), 1999 (p. 198), 1933 (p. i3o): tr terra deu Tajath, 
terra deu Ram». 

GéooBAPHiE, N' 3. — 190&. 3o 



— 458 — 

livre aax indigènes marais salants et palus; car il faut nettement 
distinguer les territoires industrialises de ceux que le retrait du flot 
transformait en marécages inutiles, avant que la volonté et le labeur 
des habitants n'en constituât des terres arables et productÎYes. 

Les atterrîssements de Hiers (^) ne sont pas moins manifestes, et 
la vague s'éloigne des murs de Saint-Âignant (^). 

L'Océan a définitivttnent abandonné les ooteaux de Cadeuil 
et des Contres, et l'antique mer de Brooe cède la place k de vastes 
marais pourris ^^K 

A cette date, les hauteurs n'étaient pas encore complètement 
dépouillées de leurs bois, et dans les clairières des vignobles éta- 
laient leurs pampres joyeux (^). 

Vers i95o, une série de chartes noas confirme l'alluvionnement 
rapide de tout le bassin : du chenal du Lindron à celui de Dercie, 
en passant par Artouan , dans le canal de Seudre ^^\ à Saînt-Sym- 
pborien (^\ à Saint-Jean-d' Angle ^^^ i Saint-Fort ^^\ à Saint-Aignant, 

(i) GartuL de N^. de Saintes, v. 1990 : André, prévM «rde Heriov ptrle de 
ffsalis et ammalium que santin maresiis de bailia sua» (p. 178). 

(» Gartul. de la Trinité , v. 1 300 : confirmation d*un accord en faveur de 
Tabbaye de Montiemeuf qui acquiert la sadîne de Bercherunl (p. 119); — lettres 
de Henri, évéque de Saintes, et da sénéchid sur le méoM sujet; — lettre de 
Tabbesse de Saintes sur les marais de Gorbet, trjoita Magnom Gampom» (p. lao). 

^') En ie56, Hugues de Doe (Broue) donne erses maraûn devant b château de 
Gbesson, joignant am autres marais (Dnrs b'Aqsst, la Tour dt arma» iitS^ 
1789, dans ilre^titfi d'Àuniê et Satnloaga, t. XIX, p. 363). 

(*) Gartol. de la Garde, 1998 : Robert de Sableuîl abandonne ses droits sur 
ttnmmu et iaiidas et terras... et qoasdam vineas... in feodo de Gb^MOrton 

(p. 195). 

(*) En 1 9&5 , Geoffroy de Doe donne au prieuré de Sainte-Gemme le moulin de 
Galat (vers Saint-Martin). La même année il autorise Tabbeye de Saintes è bétir 
un nouveau moulin à PélarL En 19 48, il fait abandon au prieuré de Samie- 
Gemnio des fiefs de Manrevaod et Maynard tren Maiennesi» (ven le Maine, sur 
le cbonal du Undron^ En i948, il concède au même treb de ses fiefs en cUe 
de Maronnes, proche Runden. (Daim d^Aubst, La Tour d$ Brout, p. 363.) En 
1367, il donne le Brandaox (à SaintnliHt) (idam., p. 36A). — GartnL de la 
(iarde, mai 1 aàfi : charte touchant les dlaaes sur les marais, terres et prés «que 
dicti fratres poesident et explectamt in Marempnîa in territorîo de Artoenu (p. i3&). 

^^ En t »5e, Geoffroy de Doe livre à Sainte-Gemme des terres douces et salées 
sur SainiSymphorien ( Dkhts 9*A08st, p. 36â ). 

(^) En «9 /il, Geoffroy de Doe concède à Sainte-Gemme le lueraia «dit les 
Mavoys<9 è Saint-Jean d* Angle ( Dbhts n'Aosar, tèid.). 

(•) Gartul. de la Trinité, 19S9 : accord entre k Trinité et N.-D. de Saisies sur 
les marais de Saint-Port, «rprope marerium quod vocatur Bona Filiez et iralîe in 



— 459 — 

dont le port est encore prospère, mais est éloigné de la mer. Le 
territoire entre Saint-Just, Broue, Saint^Aignant, Beaugeay se 
couvre de canaux, sans cesse parcourus par des navires qui empor** 
tent les produits des riches salines ^^K 

Les transactions sont telles dans le havre de Saint-Aignant qu'on 
voit Alphonse de Poitiers s'y intéresser ^^^ et les favoriser. 

L'atterrissement ne subit aucun arrêt pendant la seconde moitié 
du xiii* siècle ^^l 

Au xiv* siècle, il est aussi marqué, tant à Saint*Aignant, Ville^ 
neuve et Sainl»Fort ^^\ Malaigre ^^\ dans la baie de Saint^Jean* 
d'Angle, que sur la rive droite de la Seudre^^). 

capiterivuti desœndenits de esteiia de Petra, et tendant Yemit Podium HoBselli 
et a& aree aunt, sUe in saiina abbatîs et convenius de Valencia, quodam bocio 
inlermedion ; plus loin, on parle du cours d*eau du Jars (Jasi) (p. iSy). 

(*) Cartul. de la Trinité, 1 954 : Geoffroy de Doe fait cadeau k l^abbaye de Mon- 
tiemeuf de ses dr<Mts sur les canaux de Bufgong, de Saint-Aignaiit, sur iê port de 
cette ville, sur le canal de Goliai, «usque ad Mdaygnm et oBqae ad canalom 
de Petra, et si navis aliqua qiplicaretur vel devenîret ad camdeïn de Petra ita 
cpiod plancha eaaet a parte Maiaygre?) (p. ida). On lit dans cette charte ces mois 
curieux : ftBrfmgia (Broue) uaque ad terram dukem'» (p. i83). — Malalgre est 
appelée (rlocut de Marisagron dans ima charte de la Trinité de i3a4 (p. 905). 

t*) Gartul. de la Trinité, i955 .'Alfonse de Poiiien eiempte de maitôte les 
vaîsseaui abordmt à Saint-Aignaot (p. i3d-i35)« — CL une donation de i958 
d'Arnaud Alexandre de Saint-Jean d'Angle (p. i35-i36). 

(^) Gartul. de la Triaité, i aSi : Amédée do Bois ofiro à Tabbaye de Montienienf 
(imareaiamsuuni apud La Gonsoudère» (p. i58)(ealre Saiai-Aigiiaat et Mdalgre). 

— En tada, Gésûrd de Rochefort abandooœ les marais salants qu'il peasédaii 
sur le canal de rÉ[»ne, Ar&houan et ses marais (Diais d'Aosst, onvr. dté, p. 36& ). 

— Le même, en i9o5, confirme le don du port de TÉpine et des salines de 
Gonstantin àNancreais. {Idmn., p. 364 é) 

(*) Gartul. de la Trinité, idaa : Phil. PahattcUi achète le siiième d'un maraia 
(cinriparia de Borgonl» (p. 191). En i8s4, vente de trois èottsaiwcr de rente 
ff super maresio vocato la grant Barooeira, contineiiti Lv areaamarasii , corn vittihaâ 
suis, quod maresium est juxta la Pelîle Baronera et i'fiehange, et juita Ardoynen 

(p. 909). 

^^} t339 i dans un procéa-verbai entre l'ahbaye de Mentiemeuf et celte de 
Sablooceaux il est parlé de l'ile de Malaigre, et dans son voisinage crd'ime sarlière 
qui est près d'un jas qui est appelé le jas Levesque». (Dans B'Ausar, oafr. dté, 
p* a3i.) 

(8) Gartul. de la Garde, 1 3i 1 : fiUoa pecia TÎnee sita in Langdron (le Lindron)» 
(p. iA5). — Gartul. de la Trinité « i3i9 : Arribet de Sainl^âionim vend Sa aires 
de marais «rcum jAsia, conchis, vittabos et periineocas snb que vocantar La Pre- 
saye, site jnita sea coatîgQe eapid itineria per quad ilor apôd Bomeyum et «na 
parte, et contîgne capitî du jaa de Racbay et mv areas maresîorimi joita 

3o. 



— 460 — 

Mais il semble que Tcispect général de la contrée tende à se 
modifier. Les chartes de i3oo à i35o ne sont plus remplies de 
détails sur les bosquets de la crête marennaise. La population 
défriche à outrance pour planter des vignes. Cette pratique n*est 
pas suivie par les indigènes de Beaugeay, de Villeneuve et de 
Saint-Aignant, et le carlulaire vendômois recèle de nombreuses 
donations de chênaies et do fragnëcs ^^l 

11 faut croire que les ilcs de Maronnes, Saint-Just et Saint-Somin 
s'étaient soudées à la fin du xiv* siècle, ou bien que lesdétroils qui 
les séparaient ainsi que le Gua de Sablonceaux étaient réduits à des 
canaux minuscules, car une route facile avait été établie du Cbapus 
à Sablonceaux, et il n'est point question de ponts ou de gués sur 
son parcours dans de précieux hommages adressés à Renaud VI de 
Pons, et conservés en nos Archives nationales f^^. Après le chenal 

maresium capeliani Sancti Saturnini') (p. i85). — iSso : Guy de Rochefort aban- 
donne le marais de Germain (près TEspine) (Dirts d'Ausst, ouvr. cité, p. 365). 
— 1335 : Bail à rente de marais et sartières en la rivière de Seudre, au Nonveral 
(Dents d^Ausst, ouvr. cité, p. 37&). — J*ai reculé devant Tidentification de 
nombreux noms : crGorallo (i3&5), Appleton (1367), Acheneau (1367), La 
Bemardière, Prisse (1391), La Boucbardière (i3g5)«) (Dbrts d'Ausst, p. 368- 
369). Où faudraît-ii les placer? 

t*) Gartul. de la Trinité : i3i/i. L'abbaye de Montierneiif fait Tacquisilion des 
bob du Plessis, trde Piesseio juxla Viltanovamn (p. ii^3).— 1317. «rNemus dou 
Ghatdier» (p. 178). Cf., i33i. «rVinea juxta nemus de Ghastelleiro') (p. saS). 

— i3&5. cr Nemus vocatum Parvum Ghastellerium?>. — iSig. Acte de vente d*un 
bois, ffinfeodo de Ghateiecio» (Le Gaslot), au N. E. de Saint-Aig^nant (p. 188). 

— i3a3. Acte de vente d*un bois «juxta nemus aus Picbat ex una parle, et nemus 
QHS Vichereis de janua Sancii Aniani ex altéra, ctiter per quod iturde Yillanova 
versus seu er^ja Talnorum Gharantonum?) (p. âoi). — iSig. Acquit de 99 de- 
niers de cens d'une vigne sise «rjuxta fonlem Pomariomm'» «rin feodo de Nemore?) 
(Fontaine près les Vignauderies) (p. 186). — iSsA. Le fief de Tausserat, à 
Beaugeay, crde Bogayon, est en vigne et bois (p. 91 1 )• 

^'> 1 399. Hommage de Jean Thomas à Renaud VI <r Dominus de Sancta Nomaye , 
de Broda, de Monte- Aiglino et de Ghaissoux in Marempniaii. Il y est parlé de 
mothes et de bois «sita prope Feusse (au N. de Luiac) prout ae exlendit inter 
viam puplicam per quam itur de la Beuitour de Feusse (anj. La Borderie) vaque 
ad quadrivium per quod ilur ad herbergamentum de Feusse. . . et exinde ad 
poiratum de Salis (Marennes) et usque ad prioralum de Sabloncellis. . . item unam 
parvam pcciam palude sitam intcr viam puplicam per quam itur ad vivarium de 
Feusse... les ifastax de Broliio in looo vulgariter appellato Le Vivier... 
vînee et terre que fuerunt à la Bousille in feodo aus Riguonsn. (Arch. Nat, 
J. 1096"). — Gf. J. Ghavanov, Renaud VI d$ Pùm, dans Àrehi9$9 tPAunis $t 
Saintonge, (. XXI, p. 196-195). — Une seconde charte complète la précédente 



— 461 — 

de Pelart, celui de Recoulaine, celui de l!Épine, nous voyons ap- 
paraître le chenal de Marennes ou rivière de Marennes. Entre 
Ma rennes et Hiers, les salines sont déjà florissantes, et Charles le 
Bouvier, hérault de Charles V, proclame que le commerce du sel 
(T enrichit moult fort le pays?) ^^\ 

Hiers et Marennes, en i/ioo, ne sont plus séparées que par le 
déversoir des eaux stagnantes de Tintérieur (^). 

ArO. N. 0., le Chapus projette son promontoire effilé, qui 
attire l'attention des premiers cartographes (^). Les apports du flot 

pour la topographie de Marennes : iSgS, aven et dénombremenl de Thomas 
Sluer : (rCTest assavoir les harbergemens de la Raymondière et de la maison Jchanne 
Mordie, des arbergeroens de k rivière et des arbergemens aux Brachei et à Da- 
valon des Blanchars et de la Biancharde et de Hervé Malemort Le fiea de la 
lUymondièrc lequel s^cstand dès la cbappa Myre-Raube, sieur de la Gastaudière, 
d'une part, el de l'autre part tenant au chemin pobiic par où Ton vait de Feusse 
au Chapus et d'autre part aux habergemens de la Raymondière retournant la voye 
publîcque tenant boys d'une part et les vergiers de mondict herbergement. ^ On 
voit daxiB celle charte qu'une voie publique allait du Bruilh (le Breuil) k la 
Rivière, une autre du Bruilb à la Bouchardière ; une autre «rque l'on appelle le 
courant jusques aux rivières soubz la Blanchardièren. trllne voie publicque venant 
devers Feusse vers les maroys salans. — hem tous les maroys qui sont encloux des 
lo chef de la douhe tenant à mon boys, seguans le tour de Tayve jusques à mon 
moulin fondu de Nantras (Nancras) cnsemblement ob mes maroys blayons retour- 
nant vers la chanon de Nantras jusques à la Monliasse pastau coustant le maroy 
devers mon pré jusques à la fontaine de la Raymondière.» (J. Ghavahoii , Renaud VI 
de Porn, pages i3i-i33.) 

(*) Lk TsRMBfp. 1^7. 

<*J 1 hoS. Hommage d*H. de Beaumont. Il y est mentionné un quartier de 
vigne sis è Vacheresse, deux quartiers de landes et terres «rassiz à la coste ou nve 
de la mer»; (rie chemin par où Ton vait de ladicte coste vers Salit en Marempne»; 
le fieu des grous, le Sentier d'Hiere à Fontmalhou (Fraumatlloux) Puy de Grom, le 
Puy Baudoin, «rie Grand puy d'Ayrabletu (à l'E. S. E. de Fraumailloux , dans 
le marais), er une maison assise devant le port d'Iers, l'arliergement de Gliatel-Gal- 
hart, le Puy apelié n\e Puyficier», le fief de Mairebeuf, trie fieu de Sinches, assiz 
prez la rive de la mem (Archiv. nat. J. 1036"'"'). Gf. J. Cdaviroh, ouvr. cité, 
p. 179-174). — 1611. Aveu et dénombrement du fief de Pny d^Amon. (Dbhts 
ft'AossT, ouvr. cité, p. 869.) 

('} Capuzû, dam la Ckarta Navigatnria de i35i (Porlolauo Laurent. Gadd., 
seu Atlante mediceo ( Nordihsuold , Periplue ; Stockholm , 1 897, infol. ). — Zapuzo , 
anonyme du xiv* siècle (id,, Periplui, p. Ai). Ge portulan est celui de Tammar 
Luxoro de Gènes. — Zapuio, dons la Garte catalane do 1875, conservée è la 
Bibi. Nat. — Zaputo , dans Charta navigatoria , Portulan Pinelli Walckenaer, de 1 384 
(Periplue, pi. XY). — Caputo, dans G. Soleri, i385 (Periplue, pi. XVIIt). — 
Gaputo, Gtroldis, Venise, 1^96 (idem). — Gomparez Capuço dans Fredurt 
d*AncÔQe, 1697 (Bibliothèque de Wolfenbutlel ). 



— 462 — 

oat transformé le cap mawif de l*lle de MarenoeB en une ûhche 
poiatée ven Oléron ^^). 

Au S.E. de Tancien golfe, à mesure que la mer reculait, lea 
salines se gâtaient, et la culture imposait au sol conquis de nou- 
velles productions. On plantait des fèves oà jadis le pécheur 
recueillait le sel ^^K 

VI 

Les pièces d'archives de la seconde moitié du xy' siècle devien- 
nent encore plus précises, et je ne sache pas qu aucun rivage fran- 
çais ait pu être tracé avec plus d'assurance que le pays de Mareaues 
et Broue à cette date pourtant lointaine dans l art de la topogra- 
phie. Sur le versant de la Seudre, on pourrait déclarer que la zone 
littorale dessinait une ligne presque droite du Chapus à Saujon, 
englobant les lies de NieuUe, Souhe et lllate. Tous les terrains à 
TEst et TE. N. £• de cette ligne conventionnelle étaient agglomérés 
au continent, mais morcelés de sartiëres et de chenaux, dédale de 
salines, de palus, de terres arables et de landes ^^). 

^^^ 1A19 et 1/190. Aveu et dénombrement des frères Hardîllon toudiant les 
droite de prévôté «du gi^io du Chapus à Saint-Nadeau, en terres doukes et 
saléesj). (Dwys b*Aiisst, ouvjt. cité, p. 36g.) 

(*) Cartul. de U Trinité, 1 407 : Autorisation donnée aux moines de Monliemeuf 
de faucher des fèves crde tonnella Sancti Fortis usque ad canaie Saneti Aniani et 
usque ad terram dulccm^v (p. a 8a). 

(S) Un arrenteroent de fonds par Jeanne de Viilars pour ses biens de Luiac 
s'exprime ainsi : r Une certaÎBe place de bois ou buissons Yacante et en ruyne 
nommée iesQuyneau, près la barrière de Foussac, tenant dW c6té au long do 
grant boys de les Quyneau. , , et à nng sentier qui vait de ladite barrière de Fous- 
sac en Arthouau. . . d*un bout è ung veii chemin ancien qui descend de Foussac 
en )a rivière, d'autre bout au sentier dessusdict. . • une veille jonchera qui se 
tient d'un bout au chemin public qui vait de nostre troihi dudict lieu, au port des 
Lilleaax, d'autre bout aux clonxaus du jox de Jehan Fabien.. . d'un cousté à 
nostre péage de firaguygnac, d'autre cousté aux landes. . ., etc. (Chartes sainton- 
geaises de l'abbaye de Saint-Florent de Saumur, publiées par Paul MiaonisAT, 
Archiffêt d'Auniê et Sainionge, t. IV, p. ^73). — Cette charte est complélée et 
fixée par un aveu de la même abbesae de Saintes de 147a. «Ainsy comme i'ayve 
départ la terre de nostredit seigneur et la noustre , et ainsy s^en dévale le long de 
la rivière (la Seudre n'ett plu» qualifiée mer) au chat du peyré de Nyeul (1 rappro- 
cher de i'tle de Nolo, devant Bourcefranc) et du peyrat de Nyeul jusques au rival 
(ruisseau) de Gogony, et du rival de Cogony jusques au Pont de Peylart.?» (Idem», 
p. 4^il.) ((liem un lieu qui est tenant d'un chief en droict le Saui, où fut jadis 
le moulin des Ardeillons de Sainl-Just (vers la Touche ou la Puîsade). •• Item 



— 463 — 

L^extension d'Hieraost «Uestée par un ftveu de ik'jà ^^h La piaÎM 
de Saint-Sofrnin à Samt^Symphorien est en grande partie deiaé* 
chée ^'^K Un réseau de chenaux y a été creuse ^^K 
Un réseau identique relie Saint-Port k Beaugeay ^^\ 
C'est donc bien à tort, et par le seul fait de la tradition que 

noslre fieu du Port de Srilefl (Salis ou Marênnes) qui se tient d'une part an bonrg 
reil de SaUes ei à an sealier qui départ la terre da seigneur de IHms et la nouiftre, 
laquelle terre est a{^lée les Grois» et la rivière Salant en alant tout le loc^ de le 
rivière de Seudre, jusques au chemin de bord de Saule» (p. ^8d). Cette charte cite 
le Poyx delà Bobine, le fieu de Lomme, le fieu de Mamieu (p. 683), ceux du 
Rat, des Landes, du Petit et Grand Breuil (à Marennes), le fieu Vieilh. le Plan- 
tier, Ombaze (auj. Lombaze), Tii*epeu, la Couture, la Chai&ède (auj. Chainade), 
la Morlière, k fief aux Ogîers, et «le rivid de la MorreUèreu (p. 484-485 ). 
L^atterrissement est encore plus manifeste si Ton observe que cette charte capitale 
ajoute : crie tiers que nous avons et prenons en Tayve assise à Saint-Just, appelé du 
Port-Neufn (p. 485 ). — Plus au Sud, elle paHe de tria terre doolce qni s^appelle 
Souhe, et la terre salée qui ment de Sainte-Gemme, et dndh moulin de GhAlon 
en venant tout le Rin de Tayve jusqu'au Moulin-Neuf » (p. 490). Plus loin^on lit : 
((la moitié de la couttume qui se lève au Piirt de ChAlonn (p. 491), Enfin nous 
sommes édifiés sor ratterrissement du pays de Dercîe à Toulon par le texte d'une 
baillclte de Sablonceau qui nomme comme fermes, Beaulleu, le Mortier et Sau- 
mier. (Ahîbayet, dans Archivet ^Auntâ et SainUmge, t. X, p. 8)7.) 

^') Aveu et dénombrement de la Moriière et la Blancbardièrc. (Dbnts d'Ausst, 
onvr. cité, p. 871.) 

<4 i475é Fief des Bonnes Filles (chartes de Sainl-Fiarent de Saumori p. 48 1- 
48a0 

^) 1 478. Aven de Jean de Saiat-Gelais touchant ses marais i «rlesquels temtoîrea, 
maroys, caves et chenaulx soat et moavent du moulin du Talus (auj. le Talu« 
près Broue) de la paroisae de Saint*âympliorien. • . Si comme la chenau deseend 
jusqu'à mon moulin de Mabdgre (chenal de Broue), et dudit moulin si comme 
Texstier descend jooques au Penl de Saint-Fort, et d'icelny pont si ooimne Teistier 
descend jnequea à la rivière de Puy Rousseau (Podium BoaeUi, le Roseau), et 
d'icelle rinère commence et départ la terre doalce et les maroys jucques à la 
Grange aox Chdroux (le Gheltreau) et d'iiecque entre lesdictes terres jucques 
aux rivières des Combes de Salles. n (Aveux êtdénomlMremei^M, dans Areki9ê$ 
^Awtû et Stdntùnge, i. XXUI, p. 388.) 

^^^ Cartul. de la Trinité. Délimitation du prieuré de Montiemeuf , 1 484* 1496. 
«Du Port de la Tonnelle, lequel port est au dedans de ladite terre de Montier- 
neuf , rendant tout le long de ladite terre doulce de Saint<^Fort jusqu'au chemin 
par lequel on va et vient de Saini-Fort à Maltaigre* et d'iedoy chemin passant 
entre les marays salans de ladite seigneurie de Mallaigre et les marays de ladite 
seigneurie de Montiemeuf, descendant en ladite chenal de la Tonnelle, lequel 
chenal descend en la grant chenal de GouUias, et d'iceile descendant en la grant 
chenal de Saint- Aignes et d'iceile montant jusques aufHrès de la fontaine Charies. • • » 
(p. 3oo et 3oi). 



— 464 — 

Guy de Pons s'intitule, et que des successeurs s^intituleront plus 
de deux siècles après lui , fr Seigneurs des isles d'OIleron , Marempnes, 
Arvert, Brouhe et Cheussoux9}(^). 

Il ne faut demander rien de plus aux rares spécimens de la 
science cartographique du xv* siècle. Ils sont, évidemment moins 
bien renseignés que les chanceliers préposés aux cadastres des 
baronnies et des monastères. Mais j'estime qu'il faut remarquer la 
forme onomastique donnée par Juan de la Cosa à cette contrée (^) : 
Brouaie, qu'un portulan hollandais modifie peu après en Brouage ^^K 
Le tr Champ de Broue?) n'est encore qu'un marais. Nous allons le 
voir, cent ans plus tard, naître, briller et disparaître. 

Par un hasard inexplicable, les documents se raréfient au 
XVI* siècle. Un affranchissement de François de Pons, de 1619, 
pourtant, a l'avantage de nous fixer sur le retrait de la mer de 
Nantras au Chapus, vers Node et Châtain,» encore baignés par 
l'Océan (*). 

D'un autre c6të, un arrêt du Parlement de Paris, de iB^o, 
témoigne que les ports de Marennes, de Broue, de Chessou et de 
Montélin (Dercie ou le 6ua) sont encore accessibles aux navires (^^ 

t*) Gb. de 1&93. (Chartes saialongeaîses de la Couronne, publiées par Paul di 
Flbubt, dans Archivei d'AwÙB et Saintongê, l. Vil, p. &5i). — On n'avait pu 
jusqu^îci identifier Chessous. M. Denys d^Aussy avait estimé que c'élail une balte 
auprès de Montélin (ouvr. cité, p. 335). Il s^était mépris. Chessou te trouvait 
dans rtle de Saint-Just, au Nord de Lutac et Mosac, vers Feosse, ainsi qa*il 
résulte d*une intéressante carte sans date, manuscrite (fin du vni* aièele), intitu- 
lée : tt Carte de TAunis, Saiutonge et lies». (Bibl. Nat, Cartes, vol. C, 9519.) 

(*} Juan de la Cosa, i5oo (dans Nobdrnsejold , JVijp/tit, pi. A3). 

('} Bibl. Nat, Manuscrits, fonds franc. 96,909, aux armes de Richelieu. 

(*) 1619. François de Pons affranchit vingt-cinq livres de marais salants «assis 
en Dardaine. . . lesqnels tiennent d^un costé aux marois de la dame de Cormes, 
d*autre costé aux jats desdîts marois, lesquels jats s'eatant jusques à la ooste (lire 
la laisse de mer), d*un bout, à la chenal de Dardaine, et d^autre bout au nnsaeaa 
de Tacoyement desdils marois, en ce compris un autre jats frappant au chemin 
comme ron va de Nodes au Chapus» (Marennes, OUron, Arvert, dans Ard^ivee 
J^Aunit etSainionge, t. VI, p. 955). — En 1579, La Popelinière écrit : «Près de 
Brouage, y a une petite bourgade au bord de la mer qu^on nomme le Chatin.» 
(Edit. de i58], 9 vol. in-fol., liv. 93, 191 , t. I.) 

W Du 97 août i59o (Diiirs d^Ausst, ouvr. cité, p. 376). — Le port de Broue 

ne devait pas tarder à être comblé, car, cinquante ans plus tard, Bernard Palissy 

écrivait : <f Estant en lisle de Broue, les habîtans du païs m*ont atteste que aic/rs- 

foit ils avaient veu le canal du havre de Brouage venir au pied de ladite tour. 



— 465 — 

Force est donc de s*en tenir aux pièces cartographiques et aux 
premiers routiers des Flandres (^^ 

De leur ëtude trois faits se dégagent explicitement : i'' le havre 
de Brone est encore assez lai*ge pour être figuré comme une anfrac- 
tuosité de la côte^^); st"* Jacopolis, la ville de Jacques de Pons, 
fondée en i555, occupe, pendant toute la seconde moitié du 

* 

laquelle tour 8*appelle tour de Broue à cause de lide où die est assise. . . Il est 
aajourd*huy impossible d*aller le long du canal pour approcher de ladite tour.» 
(Œuvre» complitei; Paris, i8â&, in-i8, pages 976-977.) — erEn 1G90, cepen- 
dant, on construisait des bâtiments de quaranle tonneaux au pied de cette hauteur 
sur laquelle était élevée la Tour de Broue, à Textrémité du canal. En creusant un 
lossé au pied de cette hauteur, on découvrit en 1 797 la quille d*un bâtiment 
qu'on jugea avoir été de cinquante tonneaux. Au-dessus de la Tour de Broue, les 
ouvriers trouvèrent aussi, en creusant, des coquillages, une ancre et des débris 
de bâtiments de mer.» (Arcère, p. 77.) 

(*) Il n*y a rien à tirer, pour cette région , de la carte d*Oronce Fine. ( ToHua 
Gallim dueripiio, Venise, Dominique Zenoi, i5Gi; Bibl. de Bâle.) 

^*^ En 1&95, Charles Vlll avait voulu y entretenir quelques vaisseaux, «^n rai- 
son de sa profondeur (Grùndê Eneyeiopéiie, art. Brotuigê, t. VIII, pages 1 65* 166). 

— FosLARi, Mêàilmrttné9, 1669 (Bibl. Nat, B 1707), et Diego Homero, iSGg 
(dans NoaoBirsKJOLD, Periplu*, n* 98). — Ant. LAPaèaB, La Vtra D$»cnUûmê 
ddla nmigatione di iuUa Vkw^ùpa, 1679 (Bibl. Nat., Caries, Ge DD, vol. 11 ho). 

— OsTiLLiDs, Orhiê Tkéotrum; Anvers, 1570 : GaUim nova dêteripii», par Jean 
Jolivit; Bibl. Nat., Cartes Ge DD, 90o5). — G. Postbl, La «rajft et entière 
Dtffcnpltafi du royaume de France (Bibl. Nat., Cartes, Eip. n** 9 33). — A. TaiviT, 
Cbfmflgrapj^ts umveredle; Paris, 1675; 9 vol. in-foL, t. II, f. 5i5, v*« — Pierre 
RooiBB, P^onuifi viemarumque regionum fidûenna deeer^tio, 1675 (Bibl. NaL, 
Cartes, B 1707), indique trois anfractuosités : i** entre Saint-Naiaire et Saint - 
Fronlt; 9* entre Saint-Froult et Jacopolis; 3* entre Jacopolis et Mareniies. — 
WioBRABB, Spéculum; Leydc, Plantin, 1&86. — N. Boogubhaolt, LeDauphiné, 
Languedoc, Goêcoigne, Provence et Xaintongif 1696 (Bibl. Nat., (Partes, B 
1707), imite P. Rooibb. — J. Hobdius, GaUia, 1600 (Bibl. Nal., Cartes, B 
1707). — J. Hobdids, Carte du Pàù de Xaintonge, s. d., vers 1601 (Bibl. Nat., 
Cartes, B 1707) dessine un grand marais salant de Saint-Froult au lai^ de 
Montiemeuf et Saint-Jean d^Aogle, et prolonge le havre de Brouage au S. E. 
de Saint-Jnst Un déversoir est marqué entre Uiers et Maraynet. — Même oirto, 
Poictoti, Pietavieniie comitatue^ du même, s. d. (Bibl. Nal., Estampes, Vx 90). 

— Même carte, dans Mbbuu, Coêmograpkia genoralit, liv. lit; Amsleidaro, 
Hondins, lOai, p. 397 (carte de très petites dimensions). — Même carte, 
J. Jansokiw, 16A6, Uoudius (Bibl. Nat., Cartes, Ge DD 1197)* — Id, Jaksorii, 
cinquième partie du Grand ÀUoê ou hydrographie géneraie de toute la tertre; 
Amsterdam, i65o : ePascaart van de rnsten Van Andatusia, etc.» (Bibl. Nat., 
Cartes, Ge D D 1199). — Lucas, fils de Jean Chabtibb (comp. par Guill. BtT- 
nard; Anvers, Jean Bellère, 1600). Le Nouveau Miroir det voiagee marine (carte 
ffDie seecusie vantlandt van Poictou en de Bordeaux, etc. 9; Bibl. Nat., Cartes, 



— 466 — 

xYi^ siècle, la tète de Tesluaire du havre, sur la iner<^); S'aille d'Aire, 
qui n'était, à Torigine, qu'un banc de sable, à Test du Ghapus, 
s'est acerue des apports limoneux du courrau et se rapproche du 
continent (^). Entre Hiers et le Breuil, le canal de Mërignac se jetait 
dans la mer à la hauteur de Nantras ^^). * 

D*autre part, Saint-Froult était encore au bord du flot et séparé 
de Saint-Nazaire par un bas-fond de marécages ^^\ et, sur le littoral 
delaSeudre, une baie se dessinait entre Ârtouan et Nîeulle^^). Là, 
les alluvions ne s'étaient pas déposées également. 

Ge D D, vol. 3i/i) donne de ce havre les profondeurs snivantee : an oooflaent du 
chenal de la Craie, 3 br.; devant Broaage, /t; an Sud de Piédemeul, 6. Hatîn dn 
Gbnpus à Tile Madane, Snd. — Idem dans Laeag Jana. Wa^hiàcb, 7%rMor«rM 
ou cahmet de la roulte mminêêqw, édit* par Bonaventnre d^Aaeviiie, Gaiaia, 
]6oi (Bibi. Nat, Cartes, Ge F F 3696). A TO. N. 0. du havre, au Nord de Ma- 
ronnes, est déjà marqué un banc. — Cf. La PopBLmlaa : «Le canal qui venant 
de la grand mer $*9mh<ntehê dans ce lieu (Brouage) est grand, large, et si net qu*il 
suffit pour recevoir toutes sortes de navires si grands quHls soient. En ontre, ce 
bras de mer reçoit les vaisseaux de toutes mers, c'estÂ-dire de tous flots. n (édit. 
de iTiSi , 9 voLin-foL, liv. a 3, 189, 1. 1). — Voir aussi sur firouage : Mémoires 
de la Ligue; Discours du siège de Brouage par le prince de Condé, t. Il, p. 1. — 
Arckrb, ouvr. cité, I, 190. — Archives des Affaires étrangères, Mém. et doc, 
France, vol. 8B6elsuiv., 896-898,903, 906, 1675-1/177, i5o8. — D*AuBioir<, 
Hiêtoire unitênêlle (pauim), — De Thoo , potstm. 

(') Obteluos, Or6fs Thêatrum. — G. Postel la met en arrière du havre, mais 
sa carte ne saurait avoir une valeur absolue. — Pierre Rogier. — Bouguenaolt. — 
Appelé déjà Brouage par Hondius. 1600. — Brouage n'est pas marqué sur mer 
dans J. Hondius, s. d., vers 1601. — Reporté en arrière par Lucas, fils de Jean 
Chartier, 1600. — Cf. La Popelinière : «Brouage étant le lieu presque tout d*eatt 
de mer, le reste ne sont que lieux marécageux tv (édit. de i58i, a vol. in-fol., 
liv. 91 , 169, t. I). — Les salines de Brouage couvraient eneore 8,000 hectares. 
(Brouage, par Cbahat db FaixcaiMORT, dans Port» de France y t. Vi, p. i&&.) 

(^) A. Thbvbt, Co$mographie. — La première mention de cette lie se trouve 
dans un arreniement de 1170 de Richard d'Angleterre à Jean Emery de la Pim^ 
pelière qui accepte le boil de Tile d^Arie, pour 96 livres tournois. En 161 1 , cette 
ile échut à Isaac Martel (Lagubir, ouvr. cité, p. 697). La Tbbmb (ouvr. dté, 
p. 179) dit qu'Aire a dû être plus considérable; qu*au N. 0. la prise de Potenc 
a été ruinée par le flot (p. 170 ). 

(') A. Tbbvbt, CotmogfHupkie. — Pierre Rogier et Bouguenault — J. Hondius, 
s. d., v. i6ot, et GalUa, 1600. — Lucas, fils de Jean Chartier, 1600, marque 
deux brasses dans celte échancrure. — Lucas Janx. Wagenaer, 1601. 

^^) Pierre Roorb. — - Wioenabb , Spéculum , 1 586. — J. Hou oins , s. d. « vers 1 601 . 

(^^ Lucas , fils de Jean Chartier, 1 600. — Lo Popelinière laisse supposer que 
le canal de Lindron ne franclmsait guère le détroit compris entre Marennea et 
Saint-Just, car il parle seulement du «rPas de Marennea?» (édit. de 1661 , 9 vol. 
in-fol., liv. 91, 159, t. I). — «En i585 on fortifia les pas de Saint-Somtn, 



— 467 — 

VII 

Avec ie itii*' siècle nous entrons dans la période des détails minu- 
tieux. Dans la première moitié du grand siècle, le flanc occidental 
de rile de Marennes ne cesse point d*étre bordé de salines, dont le 
rapport est assez considérable pour que Tabbesse de Saintes fasse 
Tacquisition de cinq cents aires de marais noureaux (^). 

De Marennes, le littoral se dirigeait vers le N. 0., contournait 
les terres conquises de Gagouillac (^^ et constituait u& port k Bour- 
cefranc^^), et un autre au Chapus ^^l 

Du Chapus, le rivage s^inclinait vers le S. E., passant à Chalin 
et à Sainte-Soudière ^^\ au nord de Node ^^\ et se dirigeait en des- 
sinant une anse(^), et laissant au large nie d'Aire^*). 

Suiat-JuBt et Marennes , qai sont trois lies deni le marns quHb sppdlent les pftsi» 
(D*Aoii6Hi, Mémoirtê, Uv. V, ch. ix). — Lb Tbivi, p. 173. 

^^ i6i5. •— crSoo ayree de roaroîs salleos, seiset sitiiez au lieu appelle Geae, 
en la priée de Noulac, vers la rivière de Seudre.» Le même texte parle de la prise 
de Buqpos. {Marmmêi, OUron, Arvert, déjà cilë, p. 973.) 

(^ Gagoniilat, acte de 1689 reproduit dans un arrêt du Grand Conseil du Roi 
de i633 (Archivea de M. Denys d^oasy. Cf. ouvr. dté, p. 36o). Sausoh , La Sam^ 
tongê veri le Mid^ avec le Brouageaii, terre d'Arverî, etù. (édit. Gérard Valet et 
Petius Scbenck, Amsterdam, s. d. (Bibl. Nat. , Bst , Vx 90 , et Areh. Nat. , N V ao6, 
Samtonge). — Le même, La SainUmge ver» le eeptênirion aveeq le paye d'Aulmx 
(k. d., v. ]65o) [même dépêl, même cote]. 

(*) Au Petîi^Port (Pùrti de France, t. VI, Lé Choptu, par Polont et Saignes, 
p. 1 79 ). — SAiiatN , cartes citées , v. 1 65o. -*- Carte des Pertuis Breton etd*Antiocbe 
et de la pasae de Mamausaon, ms. , s. d. (xTin* s.) [Bîlrf. Nnf. , Est., Va. Char. Inf.]. 

(*) Restes d*une ancienne jetée au Landier (Arts de France, t. VL Le Chaput 
par PoLORT et SAieass, p. 17a). Carte des Pertuis Breton et d*Antioche, s. d. 

<^) Carte du Pau d^Aulnù, vUle et ffouvem§ment de La Rochelle; Paris, M. T^i- 
vemier, 1697 (Arch.Nat., N N** Saîntonge).— Nouvelle carte marinf croiuante en 
degrée iTuue partie de$ eâtee de Poitou, Aunie et Sainîonge, par N. ni Vaiis; 
Amsterdam, by Ant de Winter en Claes de Vries, s. d. (Bibl. Nat., Cartes, rec. 
factice Ge D D i63}. — Carte du Pâte J^AuniM, ville et gouvernement de La Ro- 
chelle, par Jean Li Clbiic; Paris, 1691 (Bibl. Nat., Est., Vx ao). — Sansok, 
caries citées, v. i65o. -— Carte des Pertuis Breton et d'Antiocbe. — Carte générale 
de P&ici&u, Xaintcnge et pay» ^Auinix, s. d. (Dépôt de la Marine , Rivièros , n" 57). 

(*) Saksoit, cartes citées, v. i65o. 

('> J. La Ctanc , Paris , 1 9 1 . — W . Janx Blabo , Zeeapiegel ; Amsterdam , 1 68 1 , 
(Bibl. Nat., Cartes, Ge (T. 899). Les observations de cette carte sont reportées dans 
J. Aerti CoLOH, Spiêgel der Zee (Amsterdam, i699) : «De Custen van Ptoicton en 
Xantoigne, van den Cardinael de rivier van Bourdeanx^i (Bibl. Nat, Cnrtos, 
Ge D D 3i3). 

(") Coetê d'Aunix, s. d. (BibL Nat. , Est. , Va. Char. Inf.). — Do Cablo, Carte de 



— 468 — 

Brouage n'était sans doute pas absolument sur mer, bien qu on 
montre encore, sur la face nord des remparts, les anneaux où 
s'accrochaient les navires, mais le havre baignait une partie de cette 
façade et le lieu encore dénommé le Port (^). 

En dépit de l'exploit maritime de 1687 ^^\ comme si les atterris- 
sements ne suffisaient pas pour dépouiller ce pays des avantages 
que lui concédait la présence de TOcéan, malgré Tobslruction du 
chenal, le havre de Brouage était encore assez large ci profond, 
assez pratique pour que Richelieu ait fait de l'ancienne Jacopolis le 
rendez-vous de ses escadres du Ponant, et pour que le cardinal de 
Sourdis y ait expédié ses meilleurs vaisseaux ^^K 

Viile Dolleron et de la coate de Brouage, 1687, ms. (Bibl^ Nat., Cartes, C, 
9519). — Mauvaise carte de Melchîor Tiverribr, 1697 (Bibl. Nat, Caries. Ge 
1) D 697 et B 9389) iotituiée trCarle de la coste de La Roehelle k Brouaige et do 
risle d'OléroD, observée par le S' de Chatilloim. — Sânsom, cartes citées, v. i65o 
(lie Dayre ou Aire). — «Aire», Carie des Pertuis Breton et d*Antioche. — Carte 
gâiérale de Poictou, Xaintonge, etc., s. d. 

(^) Carte du Paie de Xaintonge rJ. le Clerc eicudit», v. iGâi (Areli. NaL, N N 
906, Sainloage). — Melchîor Tavernicr, 1697. — wLe plan de Brouage, ainsi 
qu'il se peut fortilierD, s. d. (v. j 6s6) marque la mer sous les murs de la ville et 
(les marais salants autour des remparts (Bibl. Nat., Cartes, C 9519). — Dans le 
même recueil : Carte de llsle Dolleron et de la cosle de llrouagei» , par Du CaHo, 
1697, ms.; carte hydrogr. des «rcosies de Brctaigne, Guienne et de partie d*E8- 
paigne» , 1695, d*un trop petit cadre; plan de Brouage. — Plan de Brouage, par 
Provençal, s. d. (Bibl. Nat., Est., Vf. 6). — Cf. deux plans de Brouage (Bibl. 
Nat., Est., Va* Marennes), s. d. (v. i635). — Cf. Mém. ms. par Jean Sellier, 
(T marchand juré en sel et entrepreneur en les salines, exécuté sur Tordre du due 
de Richelieu» (Archiv. Nat., Char.-Inf. , cartes, n* 99). — Brouage sur mer, 
dans «Carte générale de Poiriou, Xaintonge, etc.», s. d. — Masse écrit en 1706: 
ffLes anciens du pays assurent qu'au milieu du xvii* siècle les plus gros vaisseaux 
étaient k flot de basse mer devant Brouage et les beauprés touchaient aux murs» 
(Masse, Mém. du 11* carré, p. 1). — «rEn 1699 le comte de Doignon retire a 
Brouage quinze ou seize vaisseaux de guerre et sept galères» (Massi, Mém. 
relatif à Brouage, p. 196). 

(') «Louis de Gondé, en i586, se proposa de gâter te havre de Brouage», 
diaprés un historien protestant (PitTTBSiiLLB, ouvr. cité, p. 993). 

(-^) trLe vaisseau nommé le Suint-Jean, le Cheval- Marin, TEspérance-cn-Dieu, 
la Salamandre, le Don-de-Dieu, la Notre-Dame, la Marguerite. — Audit Brouage, 
il a été amené jMr le sieur Pallot deux gi-ands vaisseaux et deux potaches venus de 
Saint-Jeao-de-Lui. Audit lieu resteut deux galiotes, deux brigantins, 9 pinasses, la 
grande galère et quelques chaloupes» ( Voyage et inspection maritime de M. dMit- 
frevillc dans les ports et havres, dans Correep. de Henri d'EaeouOleau de Sourdie, 
1889, 3 vol. in-À", t. m, p. 9o5). — Pourtant, déjà d'infreville pousse ce cri dV 
larme :« A Brouage il n*y a aucuns deniers destinés pour le port, auquel il no se fait 



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En arrière de Brouage, au pied de IKot d'Hiers, le chenal de 
Mërignac départissait les salines et déversait dans TOcéan les eaux 
stagnantes des environs d'Hérablet (^). A Test de Brouage, les eaux 
venues de Saint-Symphorien etBroue se concentraient en un grand 
canal, qui affluait dans le havre au centre de marais salants (^). 

Le canal de Saint-Aignant persiste, mais vraisemblablement à 
peine praticable ^^\ comme celui de Broue vers 16&0. 

Au delà du havre, la côte se dirigeait à peu près parallèlement 
à la route actuelle de Moëze à Brouage, non loin de Loubresse 
perdue dans les marais t^), contournait le promontoire de Saint- 

aiiran travail, quoiqu'il se remplisse et bouche de vase» (Idem, p. 189). — CoëU 
d^Aunix, s. d. (Bib. Net., Est., Va. Gharcnte-Inf.). — Les citations de celle carte 
s^appliqiieraient à celle de J. Loots : De Boch van Vrankrtfk en't Inisûmen van't 
Canaal (Bïhl. Nat., Cartes, 6e DD 1179, rcc. i63) qui lui est postdrîeure. — 
Large havre daos Zeetpiegel; W. Janz Blaeu. Amslerdarn, i63i : De Kutten van 
Vranekrijck tviichen Olonê $n de Rivier van Bourdeaux (Bibl. Nat., Cartes, Ge fl*. 
89g). — Carta partieolare délia coeta di Guasconnia, dans Dell 'Arcano del mare, 
di D. Ruberto Dodlbo, dnca di Nortumbria, conte di Warwick; Firenie, Fran- 
ceaco Ooofri, 16/17 (Bil>l' N^^*i Imprimés, V. A 96). — Saivson. cartes cilce8,v. 
iGdo. — Voyez aussi Antoine de Fer, Carte générale de France, 1668 (DépAt 
de la Marine, Rivières, 0* 99). — tr Ab ipso Carantonis ostio se in(rens maris operil 
sinus qui, ab occidente, terram subintrans portum fadt tota Europa célébrera, 
cujus œquc est tranquiilus accessus quam eidpiendis navibus talus; 900 naves 
inlerdnm ona die videas expcllere quie ex Broagio et Sanfeonids salinis in Hispa- 
niam exportant» (Georges FoniiriiR, Geograpkien orbiê noiieia fer Ulara maria et 
lipoêfluviorum; Paris, Heuault, 16&8, in-19, p. 3i 1 ). — <rlt est très sûr qu*en 
1O96 le havre de Broua^ était très beau, large et profond» (Masse, in-/î*, i36, 
p. 9H, A. G.). 

^*) En i6â8 un acte parie des marais de la Rocbe (Les Saîntes-Claircs de 
Saintes, par Louis Aodiat, dans Ardi. éPAunie et Saint^nge, t. XIX, p. i58, 
note). 

('} En 161 5 il est créé au profil d*Abraham de Guip un f