Skip to main content

Full text of "Bulletin de la Section de géographie"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



II 

>3f 



•'C^..' i' 



/ 



,« 



4 



BULLETIN 

DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE 



ANGKRS, IMP. A. BURDIN ET C*«, RUE GARMRR, 4. 



MINISTÈRE 

DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS 



COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

ET SCIENTIFIQUES 



BULLETIN 

DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE 



ET DESCRIPTIVE 



ANNÉE 1891. — N" 4. 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

1891 



C 1 



BULLETIN 



DU 

COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

ET SCIENTIFIQUES 



SECTION 
DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE 



^c 



PROCES-VERBAUX 



SÉANCE DU SAMEDI lo JANVIER 189 



' PRÉSIDENCE DE M. L*AMIRAL JURIEN DE LA GRAVIÉRE, 

MEMBRE DE L*INSTITUT 

La séance est ouverte à trois heures. 

M. Hamy, retenu chez lui par une indisposition, s'excuse de ne 
pouvoir point remplir aujourd'hui ses fonctions de secrétaire. M. Mau< 
Nom veut bien le suppléer, et donne lecture en son nom du procès* 
verbal de la dernière séance qui est adopté. 

La correspondance comprend : 

Un mémoire manuscrit de M. G. Dumoutier, correspondant du 
Ministère à Hanoï, sur le mont Bavi. (M. Hamy, rapporteur.) 

Un autre mémoire manuscrit de M. Tabbé Verlaque, correspondant 
du Ministère à Fréjus^ intitulé : Supplément au Dictionnaire géogra- 
phique de l'abbaye de Saint-- Victor de Marseille. (M. A. de fiAli« 
THÉLBMY, rapporteur.) 

Diverses demandes de souscriptions. (M. Maunoir, rapporteur.) 

MM. ScHEFER, Levasseur et DuvEYRiER Communiquent plusieurs 
rapports relatifs à des demandes de souscriptions et de subventions. 

GÉO6R. HIST. ET DBSCillPT. -- VI. I 

141049 



— 2 — 

Après une courte discussion Si laquelle prennent part MM. Charmes, 
JuRiEN DE LA Gravière, Levassbur et ScHEFER, les conclusions de 
ces rapports sont renvoyées à la CJommission centrale. 

M. Levasseur analyse un ouvrage du commandant Boulengier 
intitulé : Les Origines de la Méditerranée. 

« L'auteur, rejetant Topinion d'après laquelle les positions données 
par la Géographie de Strabon ne seraient pas exactes, attribue à la 
Méditerranée des temps historiques^ des dimensions et des formes en- 
tièrement' différentes de celles que nous lui voyons aujourd'hui. IPoù il 
résulterait que, depuis l'époque du géographe grec, la mer qui baigne 
l'Europe méridionale aurait subi des transformations considérables. 

« Elle aurait perdu m kilomètres dans sa longueur et 200 à 260 
kilomètres dans sa largeur. Or, rien, dans les nombreuses études dont 
la Méditerranée, si parcourue par les navigateurs, a été l'objet depuis 
Strabon, n'indique des modifications de cette importance. :» 

M. HiMLY rappelle à ce sujet que, pendant plusieurs siècles, les 
cartes de la Méditerranée ont été afifectées d'erreurs considérables 
dues à Ptolémée, mais que les navigateurs ont rectifiées. 

M. Bouquet de la Grye pense que si la Méditerranée avait subi, 
en réalité, des changements de dimensions comme ceux que comporte 
la théorie de M. Boulengier, il en aurait été fait mention dans les 
documents et, en particulier, dans les cartes marines publiées depuis 
plusieurs siècles. 

M. Levasseur ajoute que M. Boulengier est partisan de la théorie 
d'une mer libre aux pôles. Or, cette manière de voir est en désaccord 
avec les indications fournies par les expéditions qui se sont le plus 
approchées des mers polaires. L'auteur des Origines de la Médi- 
teiranée défend d'ailleurs l'opinion de Strabon, d'après laquelle les 
Pyrénées auraient été dirigées nord-sud, ou encore celle de César qui 
voulait que la Grande-Bretagne fût un triangle dont un des côtés 
regardait le nord, 

M. Bouquet de la Grye rend compte des n*** gS, 96, 97 du 
Bulletin de ta Société des Etudes maritimes et coloniales, dans 
lesquels il ne voit rien à signalera la Section. Il en est de môme pour 
le Bulletin de la Société de géographie de Rochefort (1889-1890), 
t. XI, no 3. 

M. Bouquet db la Grye appelle dès aujourd'hui Tattention sur 



— 3 — 

un travail consacré à Sninte-Catherine par M. Gigoux, dans le recueil 
de la Société de géographie de Rochefort. 
U reviendra sur ce mémoire^ quand la publication en sera terminée. 

M. DuvEYRiER dit quelques mots d'une inscription communiquée à 
la Section par M. Collignon. 

« L'inscription arabe de Telemsàn communiquée par M- Collignon 

ne me parait présenter d'autre intérêt que celui de la date qu'elle 

donne : 88& de l'hégire, c'est-à-dire i483 de notice ère. L'inscription 

est donc relativement assez ancienne; elle a été gravée neuf ans avant 

•la prise de Grenade par les chrétiens. 

€ Je n'ai malheureusement pas trouve Ja moindre mention du savaat 
et pieux jurisconsulte 'A.li Ben Mançoùr auquel elle se rapporte. Ge 
saint éruditn'a pas assez brillé pour que son nom ait été conservé 
dans la biographie des docteurs musulmans rédigée, au commence- 
ment du xvii*' siècle, par Ahmed Bâbâ, de Timbouktou. Les autres 
livres de référence que j'ai à ma disposition, c'estià- dire les ouvragés 
dlbn*Khaldoûn, le grand historien de la Berbérîe, celui d'Ez^âni, 
etc., sont antériieurs à la fin du ix® siècle de Thégire, époque à laquelle 
l'histoire du royaume de Telemaân ne nous est pr^ue pas connue. » 

La séanoe est levée à quatre heures et demie. 

Pour le Secréimre : 

m 

Ch, MA.UN01IR. 



4 — 



SÉANCE DU SAMEDI 7 FÉVRIER 18g 



PRÉSIDENCE DE H. L'AHIAAL JURIKN DB Là ORAVIËRE, 

WKMBRB DB L'INSTITUT 

Le procès-verbal de la séance du lo janvier est lu et adopté. 

M. Hamy, après avoir rappelé les circonstances dans lesquelles la 
mission de Madagascar fut organisée par le Comité des Travaux histo- 
riques et scientifiques, expose les résultats généraux de ce beau 
voyage, tels que M. Catat les a présentés à la sous-commission, réunie 
pour Tentendre le vendredi 3o janvier dernier. 

Cette sous-commission, composée de MM. Duveyrier, GRANDmiER, 
Hamy, Maunoir, Périn et Schefer, de la Section de géographie, 
A. Milne Edwards et Vaillant, de la Section des sciences, Maspero, 
de la Section d'archéologie, et Levasseur, de la Section des sciences 
économiques, à laquelle avait bien voulu s'adjoindre M. Girard de 
RiALLE, représentant du Ministère des Affaires étrangères, a cons- 
taté que les instructions, qu'elle avait données à M. Catat, ont été 
suivies aussi exactement que possible. 

Interrogé par divers membres, le chef de la mission a fourni des 
renseignements précis sur ses itinéraires, quMl avait reportés sur une 
carte à grande échelle; sur la constitution du sol, les gisements au- 
rifères, les zones forestières et les régions agricoles, la flore et la faune, 
enfln sur les populations, dont il a spécialement étudié les caractères 
et la distribution géographique. Il a donné un aperçu général des 
collections recueillies, qui sont en ce moment rassemblées au Mu- 
séum d'histoire naturelle, où elles seront prochainement exposées 
dans une des salles du laboratoire d*anthropologie. 

M. Hamy fait ensuite connaître l'état des publications de la Section. 
Le quatrième et dernier fascicule de 1890 est sous presse et ne far- 
dera pas à paraître : les matériaux du premier fascicule de 1891 sont 
en partie réunis. M. Hamy propose d'y imprimer, outre les procès- 
verbaux et rapports, le mémoire de M. Gallois sur le géographe 
français Oronce Finée, qui doit accompagner les quatre feuilles de la 
carte 4e la Bibliothèque de Bàle que la Section a fait phototyper 



— 5 — 

l'année dernière; la notice sur le Darvaz et le Karatégfuine que 
M. SciiEFER a présentée à la Section de la part de M. Grenard, ancien 
élève de rÉcole des Langues orientales vivantes, enfin les mémoires 
de M. Jammes et de M. Rey-Pailhade qui n'ont pas pu prendre place 
dans le volume de 1890. 
Ces propositions sont adoptées. 

M. Hamy ef M. Maunoir donnent connaissance des rapports qu'ils 
ont rédigés sur deux demandes de missions. 

M. Maxinoir lit en outre un rapport sur une demande de sous- 
cription ; ces divers rapports sont renvoyés à la Commision centrale. 

M. Maunoir a été prié d'examiner une carte manuscrite en six 
feuilles, à Téchelle d'environ i/3oo,ooo, dressée par M. de Morgan 
pendant son voyage dans le nord de la Perse. 

< Cette carte, dit M. Maunoir, donne le littoral de la mer Caspienne 
d*Astrabad, dans l'ouest, à TAtrek dans l'est.' 

< C'est la ligne suivie par l'itinéraire de M. de Morgan. Il envoie 
dans le sud deux branches dont l'une s*étale autour de Recht, avec 
un prolongement jusqu'à Kasvin, dont l'autre embrasse le massif du 
Bemavend avec la région qui l'environne. 

< M. de Morgan ne donne que ce qu'il a vu de pays sur sa ligne de 
marche, mais il a su voir beaucoup, à en juger par la quantité des 
éléments compris dans la carte. Le nombre des localités dont il fixe 
l'emplacement est considérable, les massifs montagneux sont figurés 
largement, mais avec beaucoup d'intelligence du terrain. Les cols 
sont soigneusement indiqués, l'emplacement des mines est marqué 
avec soin et les éléments utiles aux archéologues sont abondants. 

< Il est difficile de déterminer le degré d'exactitude d'une carte, 
sans savoir de quels procédés s'est servi le voyageur pour les levés; 
mais il est évident que M. de Morgan s'est préoccupé des déterminations 
de mesure; il note en particulier des altitudes barométriques déter- 
minées par lui. 

€ Dès que M. de Morgan sera revenu, il y aura lieu de lui demander 
des informations qui feront certainement ressortir la valeur de son 
travail. » 

M. Maunoir analyse les n^' 3 et 4 du Bulletin de la Société de 
géographie de Toulouaey pour 1890. 



— 8 — 

M- Trivier, dont Titinéraire avait été déjà parcouru, et décrit, preaqu^ 
entier par des prédécesseurç, ait. été bien proPit^blei aes intérêts. La 
relation du voyage, publiée en ces temps dernier^, n^abonde pas ea 
détails utiles pour la géographie ou Thistoire naturelle; mais il faut 
espérer que l'explorateur, homme d'action, nous dédomn^agera, par 
les résultats de la nouvelle expédition dans laquelle il est actuellement 
engagé. » 

M. Hàmy présente quelques observations à Toccasion de 1^ vcarte 
marine de Pedro Reinel, qui fait partie des collections de la Biblio- 
thèque Royale de Munich. 

< 

M. G. ns LA NoÉ donne lecture d'un rapport sur un volume de 
MM. Rosapelly et de Cadaillac sur La cité de Bigarre. 

MM. A. DE BARTHÉtEMY, Maunoir. G. Périn sont priés de se 
joindre au bureau pour étudier, en ce qui concerne la. Section» 1^ 
modifications à apporter à la liste des correspondants «n province ou 
dans les colonies et pays de protectorat. 

La séance est levée à quatre heures et demie. 

Le Secrétaire, 

E-T. Hamy. 



— 9 — 



SÉANCE DU SAMEDI 7 MARS 1891 



PRÉSIDENCE DE M. L' AMIRAL JURIEN DE LA GRAVIÈRR^ 

MEMBRE DE L'INSTITUT 

La séance est ouverte à trois heures. 

Le procès-verbal de la séance du 7 février est lu et adopté. 

La correspondance comprend, trois ouvrages en hollandais, pré- 
sentés à M. le Ministre de l'Instruction publique par M. le baron 
J. de Baye, correspondant du Ministère, au nom de M. J.-J. Meyer, 
ofûcier civil du gouvernement des Indes néerlandaises. M. Tamiral 
JuRiEN DE LA Gravièi^e veut liieu se charger d examiner ces publica- 
tions relatives à Java et à Celles. 

M. Bouquet de la Grye lit un rapport sur un mémoire de 
M. Bloch intitulé : Nos droits de pêche à Terre-Neuve ^ publié par la. 
Société des études coloniales et maritimes. 

M. Hamy donne la description d'un aths manuscrit sur parchemin, 
qui appartient à la Bibliothèque municipale du Havre. Cet atlas, 
d'origine catalane, probablement composé à Barcelone, renferme treize 
feuilles de. o^,%g de haut sur o"',4o de large : cinq de ces feuilles 
donnent, le littoral africain avec Madagascar; cinq autres font con- 
naître l'état d'avancement delà carte d'Amérique. L'une nous montre 
Terre-Neuve et l'Atlantique du nord jusqu'à l'Irlande et au Portugal, 
les quatre autres figurent les contours du nouveau continent", depuis 
la Floride jusqu'à Tembouchure de La Plata. Leur étude intime permet 
de fixer très approximativement la date de l'ouvrage, postérieure à la 
fondation de la Villa Rica de Cortez et au voyage ordonné par Garay, 
antérieure à l'expédition d'Ayllon. M. Hamy insiste sur l'intérêt tout 
spécial que présente la feuille 11 où se trouve représentée, pour la 
première fois, à l'aide de documents positifs, la courbe du golfe du 
Mexique. 

Il propose à la Section de faire reproduire cette curieuse pièce 
par l'héliogravure, à l'appui de la notice détaillée qu'il donnera au pro- 
chain Bulletin. Cette proposition est adoptée. 



— 8 — 

M. Trivier, dont Titinéraire avait été déjà parcouru. et décrit, presque 
entier par des prédécesseurç, ait été bien profitable i aes intérêts.. La 
relation du voyage, publiée en ces temps dernier^, n*abonde pas ea 
détails utiles pour la géographie ou Thistoire naturelle; mais il faut 
espérer que Texplorateur, homme d'action, nous dédommagera par 
les résultats de la nouvelle expédition dans laquelle il est actuellement 
engagé. » 

ML Hàmy présente quelques observations à Toccasion de 1^ «carie 
marine de Pedro Reinel, qui fait partie des collections de la Biblio- 
thèque Royale de Munich. 

« 

M. G. de; la Noé donne lecture d'un rapport sur un volume de 
MM. Rosapelly et de Cadaillac sur Jm cité de Bigarre, 

MM. A. DE Barthélémy, Maunoir. G. Périn sont priés de se 
joindre au bureau pour étudier, en ce qui concerne la. Section,, les 
modifications à apporter à la liste des correspondants en province ou 
dans les colonies et pays de protectorat. 

La séance est levée à quatre heures et demie. 

Le Secrélairei 

4 , ■ 

E-T. Hamv. 



- a - 

Amiens et Abbeville. Il fait ressortir l'intérêt des rêsulttts obtenus 
à laide d'une subvention minime et demande qu'une nouvelle alloca* 
tion soit votée peur contii)<ier d^s IraVâtfx de mèèfte tordre dans le 
départenp^pf de la Seio^-Inférieure*. Celte propQsilion esft reiiyQfée 
à la Commission ceatralç» avec un avis favorable» 

La Section adopte et complète la liste des correspondants proposés 
par la commission mixte, qui a tenu séance le «amedi 28 février, et 
dresse la liste des propositions de récompenses à présenter à M. le 
Ministre de l'Instruction pubU(}uej à rocoasion du procbaiu CojQgiès 
des Sociétés savantes. ' . ?,.,,. 

La séance est levée à quatre heures trois quarts. 

Le Secrétaire^ 
E.-T. Hamy. 



— 12 — 



COMPTE RENDU DES FOUILLES 
EXÉCUTÉES DANS DIVERSES ENCEINTES FORTIFIÉES 

DE LA VALLÉE DE LA SOMME 

PAR M. LE COLONEL G. DE LA NOE 

Lè^Ministère de l'Instruction publique avait bien voulu sur ma de- 
mande mettre à la disposition de M. Yauvillé une somme de 35o francs 
pour exécuter des fouilles dans diverses enceintes fortifiées de la val- 
lée de la Somme. J'ai l'honneur de rendre compte aujourd'hui du ré- 
sultat de ces recherches*. 

Entre Amiens et Abbeville^la Somme coule sur le fond plat d'une 
large vallée que dominent à droite et à gauche des coteaux élevés dé- 
coupés en nombreux promontoires par les vallées latérales. 

A toutes les époques ces promontoires ont été occupés par les popu- 
lations qui recherchaient les positions faciles à fortifier et d'un accès 
naturellement difficile. Aussi nous y trouvons mélangées le plus sou- 
vent les traces des difl'érentes époques, débris de l'âge de pierre, en- 
ceintes d'oppidums, vestiges d'habitations gallo-romaines, ruines de 
châteaux du moyen âge. 

C'est ainsi que, dans la partie de la vallée qui s'étend entre Abbe- 
ville et Amiens, on rencontre un nombre relativement considérable 
d'enceintes fortifiées anciennes, dont les plus remarquables sont celles 
de Tirancourt, de Liercourt et de l'Étoile. Signalées depuis longtemps 
aux archéologues, elles ont été très bien décrites par le comte d'Allon- 
ville' qui leur attribuait une origine romaine et voyait dans celles de 
Tirancourt et de l'Étoile les vestiges des camps élevés par César pen- 
dant l'hiver qui suivit la cinquième campagne de la guerre des Gaules, 
tandis que celle de Liercourt aurait été construite pendant la hui- 
tième. 

Mieux renseignés aujourd'hui sur les caractères de la fortification 
romaine nous aurions pu, d'après le seul aspect de ces enceintes, 
affirmer qu'elles ne pouvaient pas être attribuées aux Romains : leur 

X. Le compte rendu détaillé de? fouilles, par M. Vauvlllu, paraîtra dans le Bul- 
letin de la Société des Antiquaires de France. 

a. Dissertation sur les camps romains de la Somme^ par le comte d'AUon- 
ville. Clermont-Ferrand, imprimerie de Thibaud-Landriot, i8a8. 



— 13 — 

assiette, leur tracé, les dimensions de leurs profils s'y opposaient. Mais 
il restait à fixer la date de leur construction. C'est pour cet objet que 
nous avions demandé l'exécution des fouilles dont nous allons faire 
connaître les résultats. 

Enceinte de Tirancourt. 

Les recherches faites dans l'enceinte de Tirancourt ont montré que 
sa construction devait être antérieure à l'arrivée des Romains en Gaule. 
Les objets recueillis consistent, en effet, uniquement en poteries très 
grossières et en silex taillés, à l'exclusion de tous débris gallo-romains 
ou d'une époque ultérieure. Les caractères généraux de cette enceinte 
sont d'autre part ceux des oppidums gaulois. Elle occupait l'extré- 
mité d'un contrefort élevé dont les pentes raides formaient son unique 
fortification sur la plus grande partie dé son pourtour; sur le reste elle 
était fermée par un retranchement précédé d^un large fossé. 

L'oppidum de Tirancourt nous fournit deux observations nouvelles. 

Sa surface, qui est de ao à ai hectares, est plus faible que celle des 
oppidums connus jusqu'à ce jour. Cependant elle est encore notable- 
ment plus grande que celle des enceintes d'une autre époque; bn peut 
donc continuer à admettre que X étendue était l'un des caractères dis- 
iinctits de l'oppidum gaulois. 

La seconde observation porte sur la composition du retranchement. 
Les fouilles n'ont fait reconnaître l'emploi d'aucune disposition ayant 
eu pour objet de donner à la muraille un parement extérieur verti- 
cal, conformément à une disposition que recherchaient les Gaulois 
au moment de la conquête romaine ; car on n'a relevé ni traces de 
poutres à l'intérieur du retranchement, ni grosses pierres ayant pu 
soutenir les terres et former mur de soutènement. D'où il résulterait 
que les Gaulois se seraient contentés parfois d'un simple rempart en 
terre, à pente plus ou moins raide. Mais ce serait trop se hâter de con- 
clure et nous pensons qu'il convient d attendre que d'autres recherches 
du même genre ait confirmé le fait d'une façon indiscutable. 

Même s'il était prouvé qu'il en ait été delà sorte, il resterait à savoir 
si ce g^nre de retranchement a été employé simultanément avec les 
autres ou s'il ne doit pas être rapporté seulement au début de la for- 
tification gauloise, alors que les Gaulois n avaient pas encore trouvé 
le moyen de donner au parement extérieur de leurs murailles la ver- 
ticalité, qui en faisait un obstacle beaucoup plus efficace que la simple 
pente de leurs premiers retranchements. 



— 14 — 

P'après cette maniëpce de voir, il faudrait fçiire remou^er la cons- 
truction d^ Féncéinte de Tiranœurt à un asse^ grançl nombre d'an- 
n.ées avant la conquête romaine. JL*étendue relativeipent restreinte de 
sa surface, qui correspondrait à une population n[ioin.s dençe, la gros- 
sièreté des poteries et Tabondance des silex recueillis dans son fossé, 
sont autant de faits qu'on peut invoquer en faveur de cette conclusion. 

Enceinte de Liercourt, 

< « 

L'enceinte de Liercourt occupe Textrémité d'un promontoire élevé 
situé sur la rive gauche de la Somme. Elle a la forme d'un quadri- 
latère, assez irrégulier d'ailleurs, dont trois côtés sont bordés par les 
versants raides de la vallée de la Somme et de deux vallées adjacentes, 
le quatrième par un retranchement d'un relief assez considérable 
précédé de deux fossés en partie comblés aujourd'hui. 

Les fouilles faites dans ces fossés ont produit des silex taillés et de 
nombreux débris de poteries de diverses époques, indiquant que Ten- 
sen\ble de la position a été occupé depuis les temps préhistoriques 
jusqu'au moinent de l'arrivée des Frauks et peut-être au delà. La 
découverte, à l'intérieur de l'enceinte, d'habitations des époques néoli- 
thique, gauloise et gallo-romaine conduit à la même conclusion. 

En présence de ces occupations successives il serait bien difficile, 
^non impossible, de fixer la part qui revient à chaque époque dans 
la construction des fortifications^ dont il ne reste plus d'ailleurs que 
des ruines, qui n'ont qu'un rapport lointain avec leur disposition pri- 
mitive. Nous ne nous attarderons pas à les décrire. Nous constaterons 
seulement que la position est de celles que les Gaulois recherchaient 
pour leurs oppidums et qu'il est fort probable qu'ils furent les premiers 
à la fortifier. Dans ce cas, il faudrait leur attribuer la construction 
du fossé contigu au retranchement, qui correspondait à un vide assez 
grand poiu* fournir les matériaux d'une solide muraille, et admettre 
que cette muraille s'élevait sur l'emplacement du retranchefnent 
actuel, en englobant une surface de 32 à 33 hectares très suffisante 
pour un oppidum. 

Plus tard seulement, vers la fin de la période gallo-romaine et 
peut-être au moment de l'établissement des Franks dans cette'région, 
une nouvelle enceinte aurait été construite sur l'emplacement de la 
muraille primitive dont elle aurait utilisé les matériaux et le fossé, 
et un nouveau fossé aurait été creusé, en avant du premier, pour 
augmenter la résistance de cette fortification d'un nouveau type. 



— J5 — 

Ia position de Liercourt a été occupée, mais localement, à une 
époque encore plus récente* On trouve, en effet, le long de Tescarpe- 
meni qui domine la vallée de la Somme, c'est-à-dire sur le côté du 
quadrilatère opposé au grand retranchement, les ruines d'une en- 
ceinte circulaire de 3o inètres environ de diamètre entourée d'un 
fossé. Cette disposition qui rappelle la fortification féodale parait 
devoir faire attribuer la construction de cette petite enceintç à une 
époque postérieure à l'arrivée des Normands en France. La nature 
des. poteries recueillies dans cette partie de la position confirmerait 
cette manière de voir. 

r 

Enceinte de V Etoile. 

L'enceinte de l'Étoile diffère essentiellement, par son étendue et par 
son tracé, des deux précédentes avec lesquelles elle n'a d'autre res- 
semblance que sa situation à Textrémité d'un contrefort formé par la 
rencontre de deux vallées. Elle couvre à peine 9 hectares de surface 
et sa fortification n'emprunte presque rien aux obstacles naturels du 
sol. Tracée en forme d'ellipse, elle est formée sur la moitié environ 
de son développement, la plus éloignée du point de rencontre des 
deux vallées, par un retranchement en terre dont le relief a sa plus 
grande hauteur au milieu et s'abaisse ensuite de plus en plus, de 
part et d'autre, pour disparaître complètement. Ce retranchement est 
remplacé, sur l'autre moitié du pourtour^ par une terrasse qui se rac- 
corde avec le terrain extérieur par un talus raide, dont la hauteur 
augmente d'autant plus qu'il se rapproche davantage du confluent des 
deu); vallées. Deux fossés parallèles, séparés par un intervalle de 6 à 
7 mètres, précédaient la partie de l'enceinte munie du retranchement. 
Creusés dans la craie ils ont été facilement retrouvés par les fouilles. 

Les dispositions que nous venons de décrire sommairement ont un 
caractère tout particulier, par lequel Tenceinte de l'Étoile se distingue 
de toutes celles que nous connaissons et qui la rend plus intéress^te 
ft étudier. Aussi serait-il à désirer que des fouilles plus étendues y 
fussent faites dans le but de fixer exactement la date de sa construption. 

Les débris que M. Yauvillé y a recueillis nous fournissent bien 
quelques données sur cette question, mais rien d absolument certain. 
On y a trouvé des poteries grossières et des silex taillés ; mais les 
poteries gallo-romaines et même mérovingiennes s'y sont rencontrées 
en nombre plus considérable. Or, si Ton considère que le contrefort de 
l'Étoile, comme tous ceux qui bordent la vallée de la Somme, a dû 



I 



I 

— 6 — 

c Les premières pages de celte livraison du Bulletm de là Sodéié 
de gi^ogràphie de Toulouse sont consacrées au résumé d'une com" 
mnnication adressée à la Société par le vicomte de Brettes, sur son 
voyage dans le Grand Chaco. C'est avec une mission du Ministère de 
l'Instruction publique qu'il Ta accompli. Dans cette communication où 
les aventures occupent la plus grande place, il est parié de 5a posi- 
tions déterminées astronomiquement. Si les observations faites par 
M. de Bretteis se trouvent datii^ des rapports adressés au Ministère, 
l'administration rendrait service au voyageur et à la science en ïes 
livrant à l'examen des calculateurs. Malheureusement M. de Brettes 
n'a jamais présenté aucun rapport sérieux, fait aucune publication 
d*ôrdre scientiflque qui permette d'apprécier exactement la valeur 
des résultats de sa mission. Le temps ne lui a pas fait défaut, car le 
voyage, dont il a rendu compte à la Société de géographie de Tou- 
louse, remonte à 1887. 

« Par des déplacements successifs le Grand Lac, le Tonlé-Sap, dé- 
versoir du trop plein des eaux du Ménamkhong a recouvert d'allu- 
vions épaisses le sol de la dépression qu'il occupe. Au-dessous de ces 
dépôts M. Jammes a trouvé des kjcskenmaedding et des gisements 
d'objets en pierre et en bronze, avec de nombreux squelettes et une 
quantité d'ossements d'animaux. Trois civilisations ou trois époques 
distinctes ont été révélées par les fouilles de M. Jammes ; l'époque 
de la haute pierre polie, l'époque de transition où les instruments de 
bronze sont mêlés à deux de pierre, enfin, à proximité de la surface, 
l'époque du bronze pur. 

« Au plus loin que porte l'histoire, l'Indo-Chine aurait été peuplée 
par une race de couleur très foncée, aux cheveux longs, au nez aquilin 
et se rapprochant des peuples de souche aryenne. Les Khmers qui 
vinrent plus tard asservirent ces autochtones représentés aujourd'hui, 
d*après M. Jammes, par les Gouis, les Penong, les Mois du Laos et du 
haut Cambodge. 

« L'un de ces érudits comme la province n'en compte pas assez, 
M. Trutat, a entretenu la Société de géographie de Toulouse, des 
curiosités archéologiques de Naples et surtout de PompéL Cette 
communication a fourni au Bulletin de la Société un intéressant 
chapitre. 

c Le récit d'une excursion à Saint-Ferréol, Lampy et Sorrèze; 
exécutée par des membres de la Société, puis d'une course d'alpinistes 
dans la vaflée encaissée et difficile, sorte de barranca, de la Neste de 
Louron, par M. Fontes, enfin la suite de la description de la Me- 



— 7 — 

djehla par le capitaine Bojté et un chapitre sur Segôu-Sikoro, extrait 
du volume tout récemment, publié par M. Caron, lieutenant de vàfe- 
seau, sont les documents les plus originaux que renferme le cahier 3-4 
du Bulletin de la Société de géographie de Toulouse. 

« Le cahier n°' 5-6 du même recueil renfermé un travail de M. G: 
Vincent sur le Développement du commef^ce français dans F Afrique 
subéquatoriale par V expansion coloniale de C Algérie et du Séniégal, 
Ce document est un plaidoyer en faveur du Soudan et de la cons- 
truction du chemin de fer transsaharien. Il ne renferme aucune indi- 
cation, aucune vue d'un caractère nouveim. • «'««'• 

c Un article, emprunté au Bulletin de la Société de géographie de 
Lyon, constitue l'un des plus importants chapitres du Recueil de 
la Société de géographie de Toulouse. Ce chapitre est un résumé de 
la communication dans laquelle M. Trivier^ capitaine au long cours, 
a exposé son voyage à travers l'Afrique, du lo décembre i888 au 
!•' décembre 1889. Liii, quatorzième comme voyageur, premier 
comme Français, il a traversé le continent qui préoccupe tant, au- 
jourd'hui, les États européens, qui les préoccupera plus encore dans 
l'avenir. 

« Le voyageur se montre un peu sceptique au sujet de TÉtat indé- 
pendant du Congo et met le roi des Belges en garde contre les illu- 
sions dont le leurrent les journalistes. Pour M. Trivier, l'État libre 
du Congo n'est « qu'une réédition plus avancée de la République de 
Counani »... — Si, ajoute-t-il ailleurs, <k le pavillon de l'État inde- 
xe pendant flotte toujours sur ces territoires, c'est en réalité le croissant 
« musulman qui commande ». Il est certain, pour prendre la question 
avec plus de mesure, que l'infiltration arabe, partie de l'est, gagne du 
terrain vers Touest. M. Trivier n'a pas eu trop à s'en plaindre^ car 
le traitant Tippo-Tib lui a fourni les moyens et les conseils néces- 
saires pour continuer sa route. Un traité en bonne forme stipulait 
que le voyageur français, par les soins de Tippo-Tib, serait conduit à 
Zanzibar et nourri, moyennant une somme convenue. L'Arabe a 
tenu parole. D^autres voyageurs n'avaient eu, du reste, qu'à se louer 
de ses services. 

c Le voyage de M. Trivier s'est heureusement accompli et il faut 
rendre justice au courage, à la « virtuosité », pour ainsi dire, dont 
le voyageur a fait preuve. Malheureusement pour lui, des amis trop 
zélés se sont efforcés de le mettre en parallèle avec M. Stanley ; il 
n'a mérité cependant « ni cet excès d'honneur, ni cette indignité ». 
La science n'a pas vu jusqu'ici que la traversée de l'Afrique par 



— 8 — 

M^ Trivier, dont riUnéraire avait été déjà parcouru et décrit, presque 
entier par des prédécesseurç, ait été bien profitable i aes intérêts. Ls^ 
relation du voyage, publiée en ces temps derniers, n^abonde pas en 
détails utiles pour la géograpbie ou Thistoire naturelle; mais il faut 
espérer que Texplorateur, homme d'action, nous dédommagera par 
les résultats de la nouvelle expédition dans laquelle il est actuellement 
engagé. » 

M.. Hamy présente quelques observations à Toccasion de I9 <»rle 
marine de Pediro Reinel, qui fait partie des collections. de la Biblio- 
thèque Royale de Munich. 

■ 

M. G. de; la Noé donne lecture d'un rapport sur un volume de 
MM. Rosapelly et de Cadaillac sur La cité de Bigorre, 

MM. A. DE Barthélémy, Maunoir. G. Périn sont priés de se 
joindre au bureau pour étudier, en ce qui concerne la Section,, 1^ 
modifications à apportera la liste des correspondants en province ou 
dans les colonies et pays de protectorat. 

La séance est levée à quatre heures et demie. 

Le Secrétaire, 

E-T. Hamy. 



— 9 



SÉANCE DU SAMEDI 7 MARS 1891 



PRÉSIDENCE DE M. L* AMIRAL JURIEN DE LA GRAVIÊRE« 

MEMBRE DE L'INSTITUT 

La séance est ouverte à trois heures. 

Le procès-verbal de la séance du 7 février est lu et adopté. 

La correspondance comprend, trois ouvrages en hollandais, pré- 
sentés à M. le Ministre de Tlnstruclion publique par M. le baron 
J. de Baye, correspondant du Ministère, au nom de M. J.-J. Meyer, 
ofûcier civil du gouvernement des Indes néerlandaises. M. Tamiral 
JuRiEN DE LA Gravièi^e veut bien se charger d examiner ces publica- 
tions relatives à Java et à Célèbes. 

M. Bouquet de la Grye lit un rapport sur un mémoire de 
M. Bloch intitulé : Nos droits de pèche à Terre-Neuve^ publié par la. 
Société des études coloniales et maritimes. 

M. IIamy donne la description d'un atlas manuscrit sur parchemin, 
qui appartient à la Bibliothèque municipale du Havre. Cet atlas, 
d'origine catalane, probablement composé à Barcelone, renferme treize 
feuilles de. o°>,a9 de haut sur o'",4o de large : cinq de ces feuilles 
donnent(,le littoral africain avec Madagascar; cinq autres font con- 
naître l'état d'avancement de la carte d'Amérique. L'une nous montre 
Terre-Neuve et l'Atlantique du nord jusqu'à l'Irlande et au Portugal, 
les quatre autres figurent les contours du nouveau continent", depuis 
la Floride jusqu'à Tembouchure de La Plata. Leur étude intime permet 
de fixer très approximativement la date de l'ouvrage, postérieure à la 
fondation de la Villa Rica de Cortez et au voyage ordonné par Garay, 
antérieure à l'expédition d'Ayllon. M. Hamy insiste sur l'intérêt tout 
spécial que présente la feuille 11 où se trouve représentée, pour la 
première fois, à Taide de documents positifs, la courbe du golfe du 
Mexique. 

Il propose à la Section de faire reproduire cette curieuse pièce 
par rhéliogravure, à l'appui de la notice détaillée qu'il donnera au pro- 
chain Bulletin. Cette proposition est adoptée. 



— 10 — 

M. Hamy analyse ensuite le volume du Bulletin de la Société nor-- 
mande de géographie, pour 1890. 

« Le Bulletin de la Société normande de géographie est le mieux 
présenté et Tun des plus intéressants qui nous viennent de la pro- 
vince. S'il lui arrive, trop souvent encore, qu'il reproduise des confé- 
rences déjà faites ailleurs ou des notices qui ont déjà reçu une large 
publicité, du moins nous apporte*t-il chaque année un certain nombre 
de choses originales. Je mentionnerai, en particulier, dans le volume 
de 1890, la relation du voyage au Laos de M. Jacques Taupin. Chaîné 
en octobre 1887, par M. Filippini, d'une mission politique et coÂi- 
merciale au Laos siamois, M. Taupin a pénétré jusqu'à Oubon et a 
séjourné pendant sept mois dans ce centre important, étudiant sur 
place le pays et ses habitants et poussant parfois quelques pointes dans 
les régions moins connues du voisinage, comme Sanassai par exemple. 
On trouve dans le mémoire de M. Taupin des renseignements abon- 
dants sur le Laos inférieur, ses voies de communication, son com- 
merce, son ethnographie, son histoire. Le voyageur a rassemblé aussi 
des données sur les idées religieuses et cosmogoniques des Laotiens, 
leur organisation sociale et politique, etc. Le travail de M. Taupin se 
termine par le récit d*un séjour au pays des Braous, qu'il a visités en 
traversant au retour la province de Stung-Trêng. 

c Un second travail mérite d'être mentionné, c'est un commentaire 
sur un mémoire d'Abraham du Quesne, relatif aux ports du Havre, 
de Fécamp et de Honfleur, dont M. Ch. Bréard reproduit le texte 
inédit, emprunté aux archives de la marine. 

« Les considérations de M. Petitot sur L origine asiatique des Esqui- 
maux n'avanceront pas beaucoup, je le crains bien, les difficiles 
questions que l'auteur traite avec ses procédés habituels. Mais on lira 
avec beai^coup d'intérêt ce que le colonel Chaillé-Long dit du dernier 
voyage de Stanley et de certaines nouveautés scientifiques que con- 
tient le livre récemment publié {)ar le voyageur. Le capitaine Decaze, 
qui est en garnison à Rouen, a aussi communiqué en décembre à la 
Société le récit inédit d*un voyage à travers le Soudan français, à la 
suite du colonel Archinard, pendant la campagne de 1888; on trouve 
dans ces pages des impressions très personnelles et une peinture fort 
vivante des pays traversés entre la côte et le Niger. }» 

M. G. DE LA NoÉ donne lecture d'un rapport sur les fouilles 
exécutées grâce à son initiative, par M. 0. Vauvillé dans les anciennes 
enceintes fortifiées de Tirancourt, de Liercourt et de TÉtoile, entre 



- i^ - 

Amiens et Abbeville. Il fait ressortir Tintérèt des rêsultuts obtenus 
à Taide d'une subvention minime et demande qu'une nouvelle alloca* 
tion soit votée pouï* continuer dcis iravâux de mètne' ordre dans le. 
départeqi^pt de la Seân^Inférieurç* Cette propasition Qat Tehyof ée 
à la Commission centrale, avec un avis favorable. 

La Section adopte et complète la liste des correspondants proposés 
par la commission mixte, qui a tenu séance le «amedi 28 février, et 
dresse la liste des propositions de récompenses à présenter à M. le 
Ministre de r.Instruc(ioq publique^ à roccasioa du procb^n; Co/ignès 
des Sociétés savantes. ' r,,.. 

La séance est levée à quatre heures trois quarts. 

Le Secrétaire, 
E.-T. Hamy. 



— 12 



COMPTE RENDU DES FOUILLES 
EXÉCUTÉES DANS DIVERSES ENCEINTES FORTIFIÉES 

DE LA VALLÉE DE LA SOMME 

PAR M. LE COLONEL 6. DE LA NoîÊ 

.\- ■ * ' 

Lelifinistère âè nnstruction publique avait bien voulu sur ma de- 
mande mettre à la disposition de M. Yauvillé une somme de 35o francs 
pour exécuter des fouilles dans diverses enceintes fortifiées de la val- 
lée de la Somme. J'ai Thonneur de rendre compte aujourd'hui du ré- 
sultat de ces recherches*. 

Entre Amiens et Abbeville, la Somme coule sur le fond plat d'une 
large vallée que dominent à droite et à gauche des coteaux élevés dé- 
coupés en nombreux promontoires par les vallées latérales. 

A toutes les époques ces promontoires ont été occupés par les popu- 
lations qui recherchaient les positions faciles à fortifier et d'un accès 
naturellement difficile. Aussi nous y trouvons mélangées le plus sou- 
vent les traces des différentes époques, débris de l'âge de pierre, en- 
ceintes d'oppidums, vestiges d'habitations gallo-romaines, ruines de 
châteaux du moyen âge. 

C'est ainsi que, dans la partie de la vallée qui s'étend entre Abbe- 
ville et Amiens, on rencontre un nombre relativement considérable 
d'enceintes fortifiées anciennes, dont les plus remarquables sont celles 
de Tirancourt, de Liercourt et de l'Étoile. Signalées depuis longtemps 
aux archéologues, elles ont été très bien décrites par le comte d'AUon- 
ville' qui leur attribuait une origine romaine et voyait dans celles de 
Tirancourt et de l'Étoile les vestiges des camps élevés par César pen- 
dant l'hiver qui suivit la cinquième campagne de la guerre des Gaules, 
tandis que celle de Liercourt aurait été construite pendant la hui- 
tième. 

Mieux renseignés aujourd'hui sur les caractères de la fortification 
romaine nous aurions pu, d'après le seul aspect de ces enceintes, 
affirmer qu'elles ne pouvaient pas être attribuées aux Romains : leur 

I. Le compte rendu détaillé des fouilles, par M. Yauvillé, paraîtra dans le Bul- 
letin de la Société des Aniiquairex de France. 

a. Dissertation sur les camps romains de la Somme^ par le comte d'AIIon- 
ville. Clermont-Ferrand, imprimerie de Thibaud-Landriot, 18^. 



— 13 — 

assiette, leur tracé, les dimensions de leurs profils s'y opposaient. Mais 
il restait à fixer la date de leur construction. C'est pour cet objet que 
nous avions demandé l'exécution des fouilles dont nous allons faire 
connaître les résultats. 

Enceinte de Tirancourt. 

Les recherches faites dans l'enceinte de Tirancourt ont montré que 
sa construction devait être antérieure à l'arrivée des Romains en Gaule. 
Les objets recueillis consistent, en effet, uniquement en poteries très 
grossières et en silex laillés, à l'exclusion de tous débris gallo-romains 
ou d'une époque ultérieure. Les caractères généraux de cette enceinte 
sont d'autre part ceux des oppidums gaulois. Elle occupait l'extré- 
mité d'un contrefort élevé dont les pentes raides formaient son unique 
fortification sur la plus grande partie de son pourtour; sur le reste elle 
était fermée par un retranchement précédé d^n large fossé. 

L'oppidum de Tirancourt nous fournit deux observations nouvelles. 

Sa surface, qui est de 20 à 21 hectares, est plus faible que celle des 
oppidums connus jusqu'à ce jour. Cependant elle est encore notable- 
ment plus grande que celle des enceintes d'une autre époque; on peut 
donc continuer à admettre que V étendue était l'un des caractères dis- 
tinctife de l'oppidum gaulois. 

La seconde observation porte sur la composition du retranchement. 
Les fouilles n'ont fait reconnaître l'emploi d'aucune disposition ayant 
eu pour objet de donner à la muraille un parement extérieur verti- 
cal, conformément à une disposition que recherchaient les Gaulois 
au moment de la conquête romaine ; car on n'a relevé ni traces de 
poutres à l'intérieur du retranchement, ni grosses pierres ayant pu 
soutenir les terres et former mur de soutènement. D'où il résulterait 
que les Gaulois se seraient contentés parfois d'un simple rempart en 
terre, à pente plus ou moins raide. Mais ce serait trop se hâter de con- 
clure et nous pensons qu'il convient d attendre que d'autres recherches 
du même genre ait conGrmé le fait d'une façon indiscutable. 

Même s'il était prouvé qu'il en ait été de la sorte, il resterait à savoir 
si ce g^nre de retranchement a été employé simultanément avec les 
autres ou s'il ne doit pas être rapporté seulement au début de la for- 
tification gauloise, alors que les Gaulois n*avaient pas encore trouvé 
le moyen de donner au parement extérieur de leurs murailles la ver- 
ticalité, qui en faisait un obstacle beaucoup plus eflicace que la simple 
pente de leurs premiers retranchements. 



— 14 — 

P'aprës cette maniëpce de voir, il faudrait fi^ire reçioa^ 1$^ COD^- 
truction d^ fénceinte de Tirancourt à un asse; grand nombre d'an- 
nées avant la conquête romaine. L'étendue relativement restreinte de 
sa surface, qui correspondrait à une population moins den8e, Ic^ gros- 
sièreté des poteries et Tabondance des silex recueillis dans son fossé, 
sont autant de faits qu'on peut invoquer en faveur de cette conclusion. 

Enceinte de Liercourt, 

L'enceinte de Liercourt occupe l'extrémité d'un promontoire élevé 
situé sur la rive gauche de la Somme. Elle a la forme d'un quadri- 
latère, assez irrégulier d'ailleurs, dont trois côtés sont bordés par les 
versants raides de la vallée de la Somme et de deux vallées adjacentes, 
le quatrième par un retranchement d'un relief assez considérable 
précédé de deux fossés en partie comblés aujourd hui. 

Les fouilles faites dans ces fossés ont produit des silex taillée et de 
nombreux débris de poteries de diverses époques , indiquant que l'en- 
sen^ble de la position a été occupé depuis les temps préhistoriques 
jusqu'au moment de l'arrivée des Franks et peut-être au delà. La 
découverte, à l'intérieur de l'enceinte, d'habitations des époques néoli- 
thique, gauloise et gallo-romaine conduit à la même conclusion. 

En présence de ces occupations successives il serait bien difficile, 
i^non impossible, de fixer la part qui revient à chaque époque dans 
la construction des fortifications, dont il ne reste plus d'ailleurs que 
des ruines, qui n'ont qu'un rapport lointain avec leur disposition pri- 
mitive. Nous ne nous attarderons pas à les décrire. Nous constaterons 
seulement que la position est de celles que les Gaulois recherchaient 
pour leurs oppidums et qu'il est fort probable qu'ils furent les premiers 
& la fortifier. Dans ce cas, il faudrait leur attribuer la construction 
du fossé contigu au retranchement, qui correspondait à un vide assez 
grand pour fournir les matériaux d'une solide muraille, et admettre 
que cette muraille s'élevait sur l'emplacement du retranchement 
actuel, en englobant une surface de 32 à 33 hectares très suffisante 
pour un oppidum. 

Plus tard seulement, vers la fin de la période gallo-romaine et 
peut-être au moment de l'établissement des Franks dans cetteVégion, 
une nouvelle enceinte aurait été construite sur l'emplacement de la 
muraille primitive dont elle aurait utilisé les matériaux et le fossé, 
et un nouveau fossé aurait été creusé, en avant du premier, pour 
augmenter la résistance de cette fortification d'un nouveau type. 



— 15 — 

Ia positiQn de Li^rcourt a été occupée, mais localement, à une 
époque encore plus récente. On trouve^ en elTet, le long de l'escarpe- 
ment qui domine la vallée de la Somme, c'est-*à'dire sur le côté du 
quadrilatère opposé au grand retranchement, les ruines d'une en- 
ceinte circulaire de 3o mètres environ de diamètre entourée d'un 
fossé. Cette disposition qui rappelle la fortification féodale parait 
devoir faire attribuer la construction de cette petite enceintç à une 
époque postérieure à l'arrivée des Normands en France. La nature 
•des, poteries recueillies dans cette partie de la position confirmerait 
cette manière de voir. 

Enceinte de V Etoile, 

L'enceinte de l'Étoile diffère essentiellement, par son étendue et par 
son tracé, des deux précédentes avec lesquelles elle n'a d'autre res- 
semblance que sa situation à l'extrémité d'un contrefort formé par la 
rencontre de deux vallées. Elle couvre à peine 9 hectares de surface 
et sa fortification n'emprunte presque rien aux obstacles naturels du 
sol. Tracée en forme d'ellipse, elle est formée sur la moitié environ 
de son développement, la plus éloignée du point de rencontre des 
deux vallées, par un retranchement en terre dont le relief a sa plus 
grande hauteur au milieu et s'abaisse ensuite de plus en plus, de 
part et d'autre, pour disparaître complètement. Ce retranchement est 
remplacé, sur l'autre moitié du pourtour^ par une terrasse qui se rac- 
corde avec le terrain extérieur par un talus raide, dont la hauteur 
augmente d'autant plus qu'il se rapproche davantage du confluent des 
deux vallées. Deux fossés parallèles, séparés par un intervalle de 6 à 
7 mètres, précédaient la partie de Tenceinte munie du retranchement. 
Creusés dans la craie ils ont été facilement retrouvés par les fouilles. 

Les dispositions que nous venons de décrire sommairement ont un 
caractère tout particulier, par lequel Tenceinte de l'Étoile se distingue 
de toutes celles que nous connaissons et qui la rend plus intéressante 
& étudier. Aussi serait-il à désirer que des fouilles plus étendues y 
lussent faites dans le but de fixer exactement la date de sa construption. 

Les débris que M. Vauvillé y a recueillis nous fournissent bien 
quelques données sur cette question, mais rien d absolument certain. 
On y a trouvé des poteries grossières et des silex taillés ; mais les 
poteries gallo-romaines et même mérovingiennes s'y sont rencontrées 
en AQmbre plus considérable. Or, si l'on considère que le contrefort de 
l'Étoilei comme tous ceux qui bordent la yallée de la Somme, a dû 



— 16 — 

être occupé à Tépoque néolithique, on IrouYera tont natnrel de retrouver 
dans les terres du retranchement des silex et des poteries de cette 
époque, sans qu'il soit nécessaire pour cela d^admettre que ce dernier 
ait été construit par les hommes de Tâge de la pierre. Ces débris, en 
effet, qui se trouvaient répandus à la surface du sol, ont été tout 
naturellement introduits dans le retranchement, au moment de sa 
construction , avec les terres voisines et ramenés ensuite dans le 
fossé par les eaux de ruissellement. 

Mais les poteries gallo-romaines et mérovingiennes, en nombre 
beaucoup plus considérable^ indiquent par leur situation dans le fossé 
une accumulation successive résultant d'une occupation prolongée 
pendant les époques correspondantes. L'enceinte aurait donc été 
construite vers la (in de la période gallo-romaine ou peut-être au 
début de l'arrivée des Franks sur les bords de la Somme. Quelque 
probable que nous paraisse cette opinion, nous voudrions lavoir con- 
firmée par des fouilles nouvelles. Ces recherches seraient d'autant 
plus désirables qne nous ne connaissons encore aucune enceinte for- 
tifiée en terre qu'on puisse attribuer aux Franks avec certitude et que 
si nous pouvons espérer en rencontrer une, c'est précisément ici, sur 
les bords de la vallée de la Somme, qui formait, vers 44^» l^i limite 
méridionale du royaume des Franks. 

A la gorge de la grande enceinte dont nous venons de parler, sur 
la pointe extrême du contrefort de l'Étoile, on remarque d'autres 
vestiges de fortifications qui ne sauraient provenir d'un ouvrage élevé 
à ta même époque. Les débris qu'on y rencontre consistent, en effet, 
en tuiles et en poteries d'une date notablement plus récente que les 
débris trouvés dans la grande enceinte. Cette petite enceinte, formée 
principalement d'un monticule elliptique de 20 mètres sur 39 entouré 
d'un fossé profond, rappelle la fortification féodale. Sa forme générale, 
les débris de maçonnerie qu'on y retrouve, la présence d'un puits 
maçonné au centre du monticule, la tradition même qui veut qu'une 
tour ait été construite autrefois sur ce point, nous engagent à consi- 
dérer ces restes de fortiGcations comme provenant d'un château fort 
du moyen âge, qui n'aurait eu aucun rapport nécessaire avec la 
grande enceinte. 

En résumé, les fouilles de M. Vauvillé ont permis de reconnaître : 

i*' A Tirancouit, les restes d'un oppidum gaulois d'une origine 
probablement très ancienne; 

a« A Liercourt, l'emplacement d'une station préhistorique, devenue 
plus tard l'assiette d'un oppidum gaulois sur les ruines duquel, posté^ 



— 17 — 

rieurement au v" siècle, une nouvelle enceinte se serait élevée sur le 
même plan, mais plus compliquée dans le détail. £n outre, à Tintérieur 
de la position, les traces d'un petit château fort datant du x* siècle au 
plus tôt; 

3* Enfin, à l'Étoile, les restes de deux enceintes fortifiées, dont la 
plus grande ne parait pas pouvoir remonter au delà du v« siècle, et 
dont la plus petite, qui peut avoir été construite vers le x^' siècle, 
date probablement d*une époque encore plus récente. 

Des fouilles plus étendues auraient été nécessaires pour fixer avec 
plus de précision la date de ces enceintes et nous devrons attendre 
pour le faire que d'autres recherches du même genre nous fournissent 
des données nouvelles. En attendant, celles que nous venons de résu- 
mer suffisent pour les classer et surtout pour les faire efiacer de la 
liste des € camps romains » ou des € camps de César > où elles 
figurent depuis si longtemps avec beaucoup d'autres enceintes. qui ne 
méritent pas plus qu'elles cette dénomination. 



(^ifcOOB. BISTOR. BT DKSCRIPT. — VI. 



— 18 — 



LES ORIGINES DE LA CARTE DE FRANCE 
LA CARTE D'ORONCE FINE 

PAR M. L. GALLOIS 

Oronce Fine, né à Briançon en 14^4^ mort à Paris en 1555, n'est 
guère connu que comme mathématicien. Les historiens des mathéma* 
tiques, Montucla, Delambre, lui ont seuls, dans leurs ouvrages, con- 
sacré quelques lignes. Encore le traitent-ils assez durement, car ils 
ne signalent guère de lui que ses tentatives malheureuses pour ré«* 
soudre le problème de la quadrature du cercle. Je ne veux point m'at- 
tarder à montrer combien on a tort de ne tenir compte, dans une 
œuvre considérable, que des défaillances qui peuvent s*y rencontrer. 
Fine a rendu de grands services aux études mathématiques, en tra- 
vaillant à les rendre plus accessibles à tous, en remontant surtout aux 
sources grecques et particulièrement à la Géométrie d'Euclide, dont 
il a donné plusieurs éditions. 11 serait aussi injuste de se refuser à 
reconnaître l'importance de son enseignement, que maladroit d*es- 
sayer de l'absoudre de ses erreurs. Mais il est toute une partie de 
l'œuvre de Fine qui jusqu'à présent n'a pas attiré l'attention et celle- 
ci est inattaquable. Il fut en effet un de nos premiers géographes et 
sa renommée, comme tel, ne fut pas seulement grande en France 
pendant tout le xvr siècle ; elle se répandit encore dans les pays voi- 
sins. C'est ce géographe inconnu que je voudrais tirer de l'oubli, en 
étudiant seulement ici une de ses œuvres les plus importantes, sa 
grande carte de France, la première carte de notre pays qui ait été 
dressée et imprimée en France*. 

On n'étudie guère d'ordinaire dans Thistoire de la géographie que 
l'histoire des découvertes géographiques. C'est là certainement un des 
côtés les plus brillants de cette histoire : c'est son côté héroïque. Il 
en est un autre cependant, qui ne présente pas moins d'intérêt : c'est 
l'histoire des progrès de la science géographique. Les résultats des 
explorations récentes n'entrèrent pas en effet, auxv* et au xvi« siècle, 

I. Pour la biographie d'Oronce Fine et l'étude de ses travaux, je me permettrai 
de renvoyer le lecteur à mon travail: De Oroniio Fin»o^ gallico geographo, 
Paris, Leroux, 1890. 



— 19 — 

immédiaiemeiii dans la science. Ce n'est que peu à peu, en appor- 
tant une ample moisson de faits nouveaux, qu'ils contribuèrent à mo« 
difier les vieilles théories imaginées par le moyen âge pour expliquer 
le monde. Il fallut bien se résoudre, quand les navigateurs eurent 
visité Thémisphère austral, à reconnaître qu'il pouvait y avoir des 
antipodes et que la zone torride n'était pas inaccessible. La discus- 
sion dut cesser devant le fait partout reconnu. Il y eut donc, à cette 
époque, une véritable révolution dans la science géographique ; et 
cette révolution, ce furent les savants qui Taccomplirent, par opposi* 
tion aux navigateurs, beaucoup moins préoccupés de travailler au 
progrès de la science que de satisfaire à leur passion rarement désin- 
téressée pour les découvertes. Qu'on ne se méprenne pas sur l'impor- 
tance du rôle que jouèrent alors les savants : l'esprit humain ne 
renonce pas en un jour à ce qu'il a admis pendant des siècles. Les 
idées ont leur évolution comme le monde organique. Ce ne fut pas 
non plus sans eiTcHl que de nouvdles méthodes de raisonnement se 
substituèrent aux procédés déductifs et qu'on admit l'existence du 
fait constaté. L'époque de la Renaissance a été une époque de crise 
intellectuelle, d'émancipation pour les esprits. Dans le domaine de la 
géographie, fine a été un des artisans de cette émancipation. 

Comment un mathématicien pouvait-il être alors amené à s'occu- 
per de géographie? Il n'y a rien là qui doive nous surprendre. La 
terre fiût partie du système solaire. Les astronomes la regardaient 
donc comme étant de leur domaine. Ils l'étudiaient après avoir étudié 
les astres. La géographie était l'appendice de la cosmographie, et c'est 
dans les livres de mathématiques du temps qu'on trouve ce qui inté- 
resse surtout cette science. Il ne faut d'ailleurs pas regretter qu'elle 
n'ait été alors qu'une dépendance des mathématiques. Rien ne pou- 
vait lui être plus favorable. L'ceuvre des géographes, à cette heure où 
le monde connu s'étendait de toutes parts, devait être surtout de dres- 
ser des cartes. Il fallait pour cela savoir déterminer les longitudes et 
les latitudes et inventer de nouveaux systèmes de projection. C'était 
une œuvre de mathématiciens. L'École allemande de géographie du 
XVI* siècle ne doit son importance qu'à ce fait qu'elle a été une école 
de mathématiciens ; et c'est parce que les géographes français de cette 
époque ont été, eux aussi, des mathématiciens, qu'ils ne tiennent pas 



u Pour rfai»tolre de VÈcoh aUcttiande de géographie, voir mon travail : Us 
Géographes allemands de la Remtwanct {Btbiiolhèque de ta Faculté det Lettres 
de LyoTit t. Mil) Paris, Leroux, 1890* 



— 20 — 

une place trop efTacée à côté de leurs nombreux confrères d'Alle- 
magne'. Comme les Allemands et à leur exemple, Fine s'est attaché 
à résoudre ces problèmes; comme eux aussi, il a voulu joindre la 
pratique à la théorie et il a dressé des cartes. Il a figuré sur ses map- 
pemondes les nouvelles découvertes ; il a même eu l'honneur de les 
voir imitées par un des géographes allemands les plus méritants, bien 
qu'il ne soit guère plus connu que lui : Jean SchOner. Gomme les 
Allemands aussi, il a voulu faire connaître son pays et c'est pourquoi 
il a dressé sa carte de France. 

Il y a une division fondamentale à établir dans l'histoire de la car- 
tographie à Tépoque de la Renaissance. Les faiseurs de cartes ont obéi 
alors à deux tendances. Les uns ont reproduit ou imité Ptolémée, les 
autres se sont inspirés des cartes marines ou portulans. Ces cartes 
marines, fondées sur l'usage de la boussole, les marins italiens et ca- 
talans les avaient depuis longtemps mises en usage, et elles avaient 
atteint une précision remarquable. Elles ne donnaient, il est vrai, que 
le dessin des côtes; on ajoutait quelquefois, pour l'intérieur du pays, 
quelques détails rudimentaires, mais ces détails étaient presque tou- 
jours sans valeur. Il était trop naturel cependant, ayant le dessin des 
côtes, qu'on ait cherché à y inscrire le dessin de Tintérieur, et ainsi 
les cartes marines ont donné naissance à des cartes continentales. 
Des mappemondes seules furent d'abord dessinées sur ce modèle. La 
célèbre carte catalane de i3y5 et son prototype récemment découvert 
de i339 sont autant des cartes continentales que des caries ma- 
rines. Mais plus tard on dressa de la même façon des caries locales. 
C'est ce qui est arrivé, nous le savons d'une manière certaine, pour 
l'Italie. Une très curieuse carte d'Italie, en deux feuilles, a été trou- 
vée par M. Paul Fabre jointe à un manuscrit de la Chronique de Jor- 
danus ^ Cette carte, qui doit être du commencement du xrv* siècle a 
le contour des portulans. Dans l'intérieur certaines provinces sont 
dessinées avec de nombreux détails, d'autres sont laissées en blanc. 
D'où tirait-on ce dessin intérieur? sans doute de cartes locales, 
comme nous en connaissons quelques-unes*. Pour les parties laissés 
vides, ces cartes locales manquaient probablement. Lltalie a donc 
eu de bonne heure sa carte, œuvre, on peut le dire, anonyme, puis- 



I. Cf. Paul Fabre, Noie sur un manuscrit de la Chronique de Jordanus {Mé- 
langes d'archéologie et d'histoire publiés par l'École française de Rome^ 6* année, 
i885, p. 39Ô) avec une reproduction de celte carte. 

a. Voir les planches VI, VII, VlUde TAtlas de Jomard. 



— 21 — 

qu'elle était le résultat des travaux de tous. Cette sorte de carte empi- 
rique nous a été conservée. Elle se trouve gravée dans la Géogra- 
phie en vers de Berlinghieri, qui parut dans la seconde moitié du 
xv« siècle*. 

Mais à côté de celte cartoj^raphie traditionnelle, il en existait une 
autre, celle de Ptolémée. La Géographie de Ptolémée était restée per- 
due pour rOccident au moyen âge. On n'avait de lui que ses œuvres 
astronomiques. Ce fut à la fin du xiv siècle seulement que la Géogra- 
phie fut apportée d'Orient en Italie. 

On se mit aussitôt à la traduire en latin. Giacomo d*Angelo da Scar- 
peria dédiait, en 1409 ou i4io,sa traduction au pape Alexandre V. 
Parmi les vingt-sept cartes annexées à l'ouvrage, et qui avaient été 
également traduites du grec, il s'en trouvait une d'Italie. Mais les 
Italiens, quoique très respectueux de l'œuvre du maître, ne se lais- 
sèrent pas influencer par ce tracé défectueux. On sait que Ptolé- 
mée avait donné 20 degrés de trop en longueur à la Méditerranée. 
Il avait, pour ainsi dire, étiré cette mer et Tltalie se trouvait ainsi 
beaucoup trop allongée vers l'Orient. On se rend immédiatement 
compte de cette déformation en examinant la position relative de 
Venise et de Rome. Sur nos cartes modernes, ces deux villes sont 
à peu près situées sous le même méridien ; sur la carte de Ptolémée 
Rome est très loin à l'est du méridien de Venise. Je ne puis m'attarder 
ici à montrer comment ces deux types de cartes d'Italie réagirent par 
la suite l'un sur l'autre. Us restèrent pendant longtemps distincts. 
Une seule tentative maladroite fut faite pour les mélanger, & la fin 
du XV* siècle, ce fut Tœuvre d'un Allemand, Dom Nicolas '. Ce ne 
fut que beaucoup plus tard, vers le milieu du xvi* siècle que Vin- 
fluence ptoléméenne prévalut sur la forme de l'Italie, avec la carte 
de GastaldOy œuvre cependant très étudiée et très remarquable pour 
l'époque; et cette déformation ne disparaîtra qu'au xvm* siècle lors- 
qu'on rendra à la Méditerranée sa véritable longueur. 

Ce double courant, on le retrouve également dans l'histoire de la 
carte de France. Parmi les caries de Ptolémée il s'en trouvait une de 
la Gaule, qui fut très souvent reproduite en Italie au xv« siècle et de 
très bonne heure introduite en France. £n 14^7^ en effet, le cardinal 



I. Geografiadi Francesco Berlinghieri Fiorentino Florence, Nicole Tede- 

sco, sans date. 

a. Sur ce personnage généralement connu sous le nom de Bonis, voir Us 
Géographes allemands de la Renaissance, ch. n. 



— 22 — 

Guillaume FiUasire faisait copier pour lui la traduction de ia Géogra- 
phie et des cartes. Ce manuscrit est conservé aujourd'hui à la Biblio-^ 
thëque municipale de Nancy. La carte de la Gaule de Ptolémée était 
fort défectueuse. Le tracé des côtes surtout était très imparfait. Elle 
ne pouvait suffire aux nécessités de la pratique. Il semble qu'elle n'ait 
d'abord été en France^ en Italie surtout, qu un objet de curiosité. 

Il y en avait une autre en effet, répandue en Italie au xv* siècle, et 
très probablement d'origine italienne. Ck>mme la carte moderne d'Italie, 
elle avait été dressée à l'aide des portulans qui avaient fourni le des** 
sin des côtes. L'intérieur avait été rempli à l'aide de documents d*une 
autre provenance* Cette carte existait dans la bibliothèque des Médi- 
cis. Elle figure dans la liste des ouvrages qui furent prêtés au dehors 
entre i483 et i49i ^ H ne peut s'agir dans ce passage d'une carte de 
Ptolémée, la distinction y est très nette. Ce type est incontestablement 
celui que nous trouvons reproduit, comme la carte analogue d'Italie, 
dans la Géographie à^ Berlinghieri*. Son contour est bien celui des 
portulans. On s'en aperçoit du premier coup à la position relative des 
deux côtes atlantique et méditerranéenne qui est défectueuse. Toute- 
fois nous ne pouvons pas affirmer que nous soyons là en présence du 
type absolument pur. Il est possible que, dans une très faible mesure, 
cette carte ait subi l'influence de celle de Ptolémée, notamment pour 
la direction de certaines rivières. Et cela est d'autant plus admissible 
que nous avons, jointe à un manuscrit de Ptolémée conservé & la Bi- 
bliothèque nationale, une autre reproduction de ce type, mais où l'in- 
fluence de Ptolémée est déjà beaucoup plus sensible*. Sur cette der- 
nière, la côte de la Méditerranée est ptoléméenne. Quoi qu'il en soit, il 
y eut en Italie au xv® siècle une carte moderne de France, issue des 
portulans et très distincte de la carte grecque. 

Lorsqu'on examine avec soin la carte reproduite par Berlinghieri ; 
lorsqu'on la compare surtout à celle de Ptolémée, on est frappé de sa 
perfection relative. Elle est d'abord très complète, dans l'intérieilr 
sont inscrits un très grand nombre de noms. Elle est aussi très iné- 



I. M. Plccolomini cite parmi ces ouvrages un exemplaire de Ptolémée, « di 
M<* Nlccolo Tedesco, dipinto, bello, pleoolo é la pHtura délia Franeia ehe era 
in caméra de Cancellieii». Piccolomini, Intomo aile condizioni ed aile vicende 
délia Libreria Medicea privaia, Florence, 1870, p. 127, cité par Mûntz, Revue 
critique^ 1880, p. a ta. 

a. JM. Nordenskidld a donné une peUte reproduction de cette carte, dans son 
Fac-similé Atlas, p. i3. 

5. Ms. de Ptolémée, fonds latin, 48od. 



— 23 — 

gale, certaines provinces y sont beaucoup mieux traitées que d'autres. 
Les montagnes, chose remarc[uable, y sont représentées par des mas- 
sifs, dans lesquels les fleuves prennent leurs sources et où on lit éga- 
lement les noms d'un certain nombre de villes. Tout ce dessin révèle 
une connaissance du pays prise dans le pays même, liais de quels élé- 
ments cette carte a«t-elle été composée? J'ai le regret de ne pouvoir 
répondre. Je ne connais aucune carte de détail, digne de ce nom, an- 
térieure à cette carte générale^ aucune allusion à une œuvre de ce 
genre. Et cependant il faut bien que celte image dessinée en Italie ait 
été empruntée à des documents venus de France. Des cartes locales 
ou provinciales, quelque imparfaites qu'elles fussent, devaient exister 
dans notre pays. Il est presque inadmissible que nos rois n'aient pas 
eu même une représentation grossière de leurs domaines; qu'ils 
aient pu guerroyer sans avoir eu au moins devant les yeux un tracé 
des principales routes. Les pèlerins^ les marchands avaient des itiné- 
raires; il n'était pas très difficile, ayant la longueur des étapes, de 
marquer sur un plan les directions suivies et la position des princi* 
pales villes. Il règne actuellement sur toutes ces questions une obscu- 
rité que des documents nouveaux feront sans doute disparaître. Il est 
malheureusement impossible, jusqu'à présent, d'élucider ce problème. 
Nous sommes en présence, à la fin du xv* siècle, en Italie, d'une carte 
de France déjà très satîs&isante, sans pouvoir dire de quels éléments 
elle est composée. Cette carte ne fdt publiée que dans un ouvrageassez 
rare, écrit en italien, et qui n'eut qu'une édition. Ce fut une autre 
qui prévalut. 

La seconde, par la date, des cartes de France qui furent imprimées 
se trouve, avec d'autres cartes modernes dans l'édition de Ptolémée 
de Dom Nicolas d'Allemagne, généralement connu sous le faux nom 
de Donis. Celle^^i parut à Ulm en 1482, puis en i846. Dom Nicolas 
fait subir à la carte de France le même sort qu'à celle d'Italie ^ Fas- 
ciné par le grand nom de Ptolémée il ne peut se résoudre à abandon- 
ner les contours de la carte de la Gaule. Mais, comme le dessin inté- 
rieur de la<:arte grecque est par trop défectueux, il se résout à substi- 

I. La carte de France ainsi modifiée ne se tronve pas dans les manuscrits 
quê nous posiédoni de l*œuvre de Dom Nicolas, qui ne contiennent que trois 
cartes modernes. l'Italie, l'Espagne et les régions du nord. Elle apparaît pour 
la première fois dans l'édition d'Ulm de i48a qui ne fut sans doute publiée 
qu'après la mort de l'auteur. Mais comme cette carte a été dressée suivant les 
mêmes principes qua les précédentes, on ne peut douter qu'elle ne soit de Dom 
Nicolas. 



— 24 — 

tuer celui de la carte moderne, qu'il introduit, comme il le peut, dans 
cette nouvelle forme. Pour cela, il conserve à peu près la direction des 
fleuves de Ptolémée, et dans les intervalles il place, au jugé, les détails 
empruntés à la nouvelle carte. Tout au plus se laisse- t-il aller quel- 
quefois à modifier certaines parties de la côte, à en marquer avec plus 
de précifiion les accidents. Il est à peine nécessaire de faire remarquer 
que cette maladresse n'est pas l'œuvre d'un Italien, mais d'un Alle- 
mand, d'un savant, si on peut lui donner ce nom, dont la science a 
été tout entière puisée dans les livres, et qui n'a naturellement aucune 
confiance dans le tracé des cartes marines. En même temps, Dom 
Nicolas renonce au système si intelligent de représentation des mon- 
tagnes adopté sur la carte de Berlinghieri et commence à substituer 
aux massifs de longues arêtes. L'influence de Dom Nicolas fut dé- 
plorable. Le contour ptoléméen qu'il substitue à celui des portulans 
va se perpétuer plus ou moins corrigé sur les cartes de France, jus- 
qu'au jour où l'Académie des sciences, sous Louis XIV, fera procéder 
à une détermination exacte des principales positions de nos côtes et 
redressera scientifiquement ce contour. 

La troisième est l'œuvre de l'École alsacienne, c'est la carte dres- 
sée par Waldseemûller* et qui parut, sans son nom, dans l'édition de 
Ptolémée publiée à Strasbourg en i5i3. Waldseemûller et son colla- 
borateur Ringmann ne peuvent, en aucune façon, être comparés à Dom 
Nicolas : ce sont de vrais savants. Ils ont^ les premiers, fait imprimer 
une mappemonde montrant le Nouveau Monde. Ils ont donné à ce 
nouveau monde le nom d'Amérique, erreur très excusable, au mo- 
ment où elle se produisit et qu'ils cberchèrent ensuite vainement à 
réparer en indiquant sur leur carte de i5i3 que Christophe Colomb 
était le véritable auteur de la découverte. Ils ont donné enfin une édi- 
tion de Ptolémée très supérieure aux précédentes. Ils reproduisent, 
dans cette édition, les. vingt-sept cartes grecques et à la suite, sans 
les confondre avec celles-ci, comme dans un atlas spécial, ils donnent 
des cartes modernes, parmi lesquelles une carte de France. Cette carte 
est faite sur le modèle de celle de Dom Nicolas, mais elle lui est très 
supérieure. Quels documents a-t-on employés pour la rectifier, nous 
ne pouvons le dire exactement, mais en beaucoup d'endroits elle est 
corrigée. Pour la côte méditerranéenne, Waldseemûller est revenu 
au tracé de Berlinghieri et des portulans. Sa carte comprend d'ailleurs 



I. Cf. Les Géograf. hes allemands de la Renaissance, ch. iv. L iilcole alsacienne- 
lorraine* 



— 25 — 

non seulement la France mais tout le pays jusqu'au Rhin et la Suisse. 
Il a profité pour dessiner ces régions des cartes modernes de la Lor- 
raine, de TAlsace, de la Suisse qu'il avait introduites dans son atlas 
et en partie di*essées lui-même. Il a é^lement pour rectifier les posi- 
tions des villes dans l'intérieur du pays fait usage d'itinéraire». On 
prend sur le fait, entre Chambéry et Valence, l'emploi d'un routier. 
Toutes les stations, à défaut d'autre document plus précis, sont pla- 
cées là sur une même ligne droite. Comme Dom Nicolas, Waldsee- 
mûller représente les montagnes par de longues chaînes. Malgré toutes 
ces imperfections, malgré l'influence fâcheuse de la carte de l'édition 
d'Ulm, cette carte de WaldseemûUer n'est pas mauvaise, quand on 
pense surtout qu'elle avait été faite hors de Francfe, par un savant qui 
n'avait pas visité le pays. 

Une autre carte de France se trouve encore dans l'édition de Pto- 
lémée parue à Strasbourg en iSaa^ mais cette carte grossière n'est 
qu'une imitation très défectueuse de la précédente. Il n'y a pas à en 
tenir compte. 

Telles étaient les cartes de France existantes, lorsqu'Oronce Fine 
fit paraître la sienne*. Cette œuvre, souvent citée au xvi* siècle, est 
restée depuis presque complètement ignorée. La Bibliothèque natio- 
nale n'en possède que des imitations ou des contrefaçons italiennes, 
amoindries, et dont on ne pouvait garantir la parfaite ressemblance 
avec l'original tant que celui-ci se déroberait aux recherches *. J'ai 
eu la bonne fortune de le retrouver à la bibliothèque de l'Université 

X. Je signalerai encore parmi les cartes de France antérieures à celle de Fine 
une carte manuscrite qui se trouve dans un manuscrit du BritUh Muséum, 
lïarleian, n^ 6ao5, qui commence ainsi : Francoys par la grâce de Dieu Roy de 
France, secund Cxsar vicleur et domateur des Souyces le detmier jour d'avril 
un moys après la nativité de son secund filz en son parc de Sainct Germain en 
Laye rencontra Jule Cxsar et ^interrogea subtilement du contenu ou premyer 
lyvre des Commentaires. Le manuscrit est daté de lôxg. La carte très soignée 
n'est qu'une copie de celle de WaldseemûUer. 

3. Totius Gallix descriplio, cum parle Anglix, Germaniés, Flandrix, Braban- 
tue, Italise^ Romam usque. Orontio F. Delph. autore. Venetiis ad Signum BibliO' 
thecK Divi Marci. Dominicus Zenoi Venetus excudebat MDLXÎ, t feuille. — II 
existe de cette carte un second tirage, daté de MDLXUI. — Totius Gai lise de- 
scriptio cum parte Anglix, Germanise f Flandrùe, Brabantùe, Italis, Romam usque. 
Orontio F, Delph. autore^ Venetiis ex jeneis formis Bolognini ZallerH MDLXl. 
~ La même carte avait été reproduite auparavant à Rome, mais sans le nom 

de Fine : Totius Gallim descriptio Pyrrho Ligorio Neap. auctore Romm 

MDIVIIL Michaelis Tramezini formis, — Autre tirage : Claudii Ducheti formis 
MDIXXL 



— 26 — 

i^ ftm^^ H i^4àiê h roMifeance bien connue de M. le D' Louis Sieber, 
^ A n m^ 'tf^ftf 40t eHIe bibliothèque, de pouvoir en donner une repro> 
f«irr>Aii (j^m^ f»fie te compose de quatre feuilles deslindes à être 
<'nH0m t/^mététmtM mesure o^^gS sur o«,68 (sans les marges). Elle 
4^ j^st^AK mur h^Mf et d'un aspect très élégant. A gauche, en haut, 
«* *0ksn»f^ Ut Monogramme d'un graveur inconnu. Six écossoDs de 
«iIas iii M pfminttÊê sont dessinés dans la bordure. On lit en haut : 
A^^-w ftnUf» dêneriptiOf en bas : Orontins F, Delphmas facie^ 
fufi / ^ 74 0'jAUt 4«fe de i538 n'est, comme je vais le montrer, que 
é0\0: if »ti 4m f$fimen de la carte : le premier tirage, fait d^ailleursavec 
u iriiHtut ^itftifM, est plus ancien. 

ift^M tm ealaloffne des œuvres de Fine antérieurement parues, 
n*ur t^ 0ff^ iMéi de Tédition d'Euclide qu'il publia en i536, on Ht 
* ii4ii*;rfiAVi <Mivi»nle : Charlûf iive chorographia Galliarum, elegan^ 
h^^m^m^ d^f^Afn f)ans une seconde édition d'£uclide, parue en t544« 
^> ^i^tét #yr M/#dfff^ comme il suit : Chof*ùgrapMa Galtiarum, seu 
rh^rf/f Oolhé'/âff/f iz/rphif impiessa. On trouve, dans cette même liste, 
;VH>rrti iMi ffuive^ ihrmtn^féHt mais qui ne sont pas publiées encore : 
O^/h/ifTtm ^h/iToyraphia ntïta^ ad justam locorum positianem^ summa 
4*ff/f^ftftA fïïtâ^in, ^n^ndata et depicta. Les mêmes mots se répètent 
4<»iHi to ffo^i^ifoééàiiion d'Euelide, donnée en i55t. 

f/a^^ v»4 propres indications, Fine avait donc publié déjà en i556 
fi«i4ir f ;ri^4^ fi** fnutjs et en 1 544 plusieurs tirages en avaient été faits* 
Ifom è 0MUi 4aUt il avait revu et amélioré sa carte pour une seconde 
^t\.u/tn qui n'avait pas paru encore en i55i. C'est tout ce que nous 
mff^m par Fîoé loi-méme. Des témoignages contemporains nous 
p0 niml t^mi d'être plus précis. Mizaud, son ami, qui publia après sa 
mrtrf. tAn Funèbre Sf/mkolum^ donne dans cet opuscule un catalogue 
d^ 94^ ri^ivreii et ne signale qu^une seule carte : Chorographia Gallia- 
rum *0 Omïkitt^ dans sa Bibliotheca universalisj parue à Zurich 
ea i$4^% ettedr> loi : Gallim totius nova description gallice œdita 
FarUûê^ apud Simonem Colinœum, iSJ25, in tabula drciter sex 
rh/irtarum magnitudine. L'appendice à cet ouvrage publié par Con- 
ra/1 Genn^ en t5^5 ne signale rien de plus. Ce serait donc en tSsS, 
d'après Gesnery que Fine aurait publié en français chez Simon Coline, 

I . funèbre SymMum tirorwn aliquot illuêtnum de optimo et docli$êinio viro 

Ofontio FinMO Lutetim apud ^^dium Gourbintmif êub inHgni Spei, prope 

fJoiie^um Cùmerûctnte MDLV. 

fl. Getnenif , BibUoéheca unherâaii», née eaialogtu omniwn ëcHplamm ioeu- 
pleti$9imuM Tiguri, i545. — Appendix Bibiiothecx Conr. Gesneri. Tiguri, i555. 



— 27 — 

une carte de France, de la dimemion d'environ six feuilles. Cette 
description parait s'appliquer exactemmt A noire carte : le titre, en 
latin, «at te mAme. Les noms et la légende sont en français. Li 
dimension de liz feoilles environ, dont parle Gesner, ne veut pas 
dire que ta earte ait six feuilles; il ne l'avait vue, sans doute qu'as- 
■emblée. Hais «i la planche est celle qui a dû servir dès i5:i5 (nous 
avenu vu, en eOiat, que la carte n'avait été gravée qu'une fms) le 
tirage wt un des nombreux tiragea poatérieun. Pour celui-ci, Fine 
avait conQé sa plancha à un autre imprimeur, GérAme de GourmonI , 
dont on ne s'étonnent pas de lire le nom sur la carte, puisqu'il se 
trouve dans nn cartouche spécial aves la légende qui est imprimée et 
non paa gravée. C'est d'ailleurs ce môme GérAme de Gourmont qui, 
en i53G, lui a imprimé sa carte de Palestine. Quant à ladatede i536 
qui est gravée, le ^, à coup sûr, et probablement aussi le 5 sont d'une 
autre main que les deux première chiffres. Il s'agit là d'une correc- 
tion introduite après coup sur la {Manche. On peut donc affirmer, je 
crois, que la cartede la Bibliothèque de Bâle n'est qu'un des nombreux 
tirages poatériears de la carte gravée et imprimfe pour la première 
fois en tSaS. Quant i la deuxième édition, revue et corrigée, qu'avait 

jamais gravée, 
lifllcnlté d'une 

l'abord qu'elle 
Cellee-ci ont- 
ité appliquées 
giludes et des 
tre part, pour 
an trouvera es 
les longitudes, 
occidentale de 
18. El es deux 
est a dire des 
loz eslevalions 
legrex des lali- 
natz, seelon la 
ure : en fhcon 
I quantité des^ 
;ment qu'il est 
^nt jour, de 



— 26 — 

de Bâie, et je dois à l'obligeance bien connue de M. le D** Louis .^.«.^ , 
conservateur de cette bibliothèque, de pouvoir en donner une repro- 
duction. Cette carte se compose de quatre feuilles destinées à être 
réunies. L'ensemble mesure o>°,95 sur o^^GS (sans les marges). Elle 
est gravée sur bois, et d'un aspect très élégant. A gauche, en haut, 
se trouve le monogramme d'un graveur inconnu. Six écussons de 
villes ou de provinces sont dessinés dans la bordure. On lit en haut : 
Totius Galliâs deseripîio^ en bas : Orontius F, Delphinas fade* 
bat, 1538, Cette date de i538 n'est, comme je vais le montrer, que 
celle d'un des tirages de la carte : le premier tirage, fait d'ailleurs avec 
la même planche, est plus ancien. 

Dans un catalogue des œuvres de Fine antérieurement parues, 
imprimé en tète de Tédition d'Euclide qu'il publia en i536, on lit 
l'indication suivante : Ckarla^ twe chorographia Galliarum, elegan- 
iissime depicta. Dans une seconde édition d'Euclide, parue en i544t 
ce texte est modiâé comme il suit : Chm'ographia Galliarum^ $eu 
charta Galiicana sœpius impressa. On trouve^ dans cette môme liste, 
parmi les oeuvres terminée^) mais qui ne sont pas publiées encore : 
Gailiarum chorographia noM^ ad jusfam tocorum positionem^ summa 
diligentia aucta, etnendata et depicta. Les mêmes mots se répètent 
dans la troisième édition d'Euclide, donnée en i55i. 

D'après ses propres indications, Fine avait donc publié déjà en tôd6 
une carte de France et en i544 plusieurs tirages en avaient été faits. 
Mais à cette date il avait revu et amélioré sa carte pour une seconde 
édition qui n'avait pas paru encore en i55i. C'est tout ce que nous 
savons par Fine lui-même. Des témoignages contemporains nous 
permettent d'être plus précis. Mizaud, son ami, qui publia après sa 
mort son Funèbre Symbolum, donne dans cet opuscule un catalogue 
de ses œuvres et ne signale qu'une seule carte : Chorographia Gailia- 
rum *• Gesner, dans sa Bibliotheca universalisa parue à Zurich 
en 1545 ', cite do lui : Galliœ totius nova description gallice œdita 
Parisiis, apud Simonem Colinseum, 1525 y m tabula circiter sex 
charlatmm magniiudine. L^appendice à cet ouvrage publié par Con- 
rad Gesner en i555 ne signale rien de plus. Ce serait donc en 1625, 
d'après Gasner, que Fine aurait publié en français chez Simon Coline, 

I . funèbre Symbolum virarum aliguot Ulitêlrium de optimo et docUisimô viro 
Ofontio FifuÊO,*,». LutetiM apud Mgidiwn Gourbinamy êub insigni Spêi, prope 
Coilegtum Cameracense MDLV, 

9. Géineras, Bibliotheca universalis, site eatalogus omnium scriplorum loeu- 
pletissimus Tiguri, i545. — Appendix Bibliolhec/e Conr, Gesneri. TiguH, lô.W. 



— 27 ~ 

une carte de Frtnœt de la dimeasion d*environ six feuilles. Getle 
description parait s*appliquer exactement à noire carte : le titre, en 
latin, est le même* Les noms et la légende sont en français. Li 
dimension de six feuilles enyiron, dont parle Gesner, ne veut pas 
dire que la carte ait six feuilles; il ne Tavait vue, sans doute qu'as- 
semblée. Mais si la planche est celle qui a dû servir dès i5i5 (nous 
avons vu, en effet, que la carte n'avait été gravée qu^une fois) le 
tirage est un des nombreux tirages postérieurs. Pour celui-ci, Fine 
avait confié sa planche à un autre imprimeur, 6ér6me de Gourmoni, 
dont on ne s'étonnera pas de lire le nom sur la carte, puisqu'il se 
trouve dans un cartouche spécial avec la légende qui est imprimée et 
non pas gravée. C'est d'ailleurs ce même Gérôme de Gourmont qui, 
en i536, lui a imprimé sa carte de Palestine. Quant à la date de i538 
qui est gravée, le £, à coup sûr, et probablement aussi le 3 sont d'une 
autre main que les deux premiers chiffres. Il s'agit là d'une correc* 
tion introduite après coup sur la planche. On peut donc affirmer, je 
crois, que la carte de la Bibliothèque de Bâle n'usât qu'un des nombreux 
tirages postérieurs de la carte gravée et imprimée pour la première 
fois en iSaS. Quant à la deuxième édition, revue et corrigée, qu'avait 
préparée Fi né, il est inflniment probable qu'elle ne fut jamais gravée; 
ce qui ne paraîtra pas étonnant, quand on pense à la difficulté d'une 
pareille opération et aux frais qu*elle devait nécessiter. 

Gomment cette carte a^^elle été dressée? Notons d'abord qu*elle 
repose sur tout un réseau de longitudes et de latitudes. Celles-ci ont^ 
elles été déterminées directement, ou n'ont-elles été appliquées 
qu'après coup? Voici ce que dit Fine à propos des longitudes et des 
latitudes, dans la légende même de sa carte, c Daultre part, pour 
gens qui entendent aulcunement lart de géographie, Ion trouvera es 
deux oostez, et parallèles transversaulx, les degrez des longitudes^ 
oast a dire des distances du vray occident, ou extrémité occidentale de 
la terre, distinguées par lignes et nombres competens. £t es deux 
costex lateraulx, sont notez les degrez des latitudes^ cest a dire des 
distances du cercle equinoctial, lesquelles sont égales aux eslevations 
du pôle septentrional. Item parmy et au long desdits degrex des lati* 
tudes, sont inserez les parallèles distincteurs des elimatz, scelon la 
différence des plus graas jours, de quart en quart dheure : en fbcon 
que lordre desditz climats est a senestre, et a dextre la quantité des- 
ditz plus grans jours, respondans ausditz climatz. Tellement qu*it est 
facile scavoir, la longitude, latitude, climat, et plus grant jour, de 
chascun lieu comprins en ceste présente Carte gallicane : mesme- 



— 28 — 

ment et plus ayseement en produisant subtilement les méridiens et 
parallèles, cest a dire les degrez longitudinaulx et des latitudes, au 
long et travers de ladicte carte. Finalement cy dessoubz sont notées 
les lieues francoyses de deux mille pas, les communes dont chascune 
vault trois mille pas, et les grandes de quatre mille, respondans a 
ung d^[re latitudinal, et proportion de ladicte carte, a celle Gn quon 
ait les distances des lieux a son plaisir et aussi a celle fin que chascun 
puisse adiousler telz lieux qu'il luy plaira, par la comparatiou et dis- 
tance de deux ou trois lieux notez et situez en la carte. Car pour faire 
court, ce seroit ung trop grand labeur, ei requérant meilleure recom* 
pense de exprimer et comprendre tout justement. Daultre part nostre 
principale intention a este pour satisfaire a la requeste daulcunsbons 
personnages, et de faire une générale réduction de toute la Gaule, et 
de généralement descripre et reformer les longitudes, latitudes et 
situation des lieux principaulx, bortz maritimes, fleuves, et montz 
plus notables, pour préparer la voye a chascun de lamplier et corriger 
a son plaisir. Plaise donc a toutes gens de bonne sorte^ benignement 
supporter les faultes et prendre en gre ce labeur pour le présent, 
en attendant mieulx, ou de moy, ou dung aultre quant il plaira a 

dieu » Il résulte de la lecture de ce passage, que ce n'est point 

par souci de la précision mathématique que Fine at tracé sur sa carte 
les longitudes et les latitudes, mais beaucoup plutôt dans Tintention 
d*étre utile, afin que chacun puisse facilement savoir : c la longitude, 
latitude, climat, et plus grant jour, de chascun lieu comprins en 
ceste présente Carte gallicane ». Il dit plus loin, il est vrai, qu'il a 
c généralement descript et reforme les longitudes, latitudes et situa- 
tion des lieux principaulx », mais, comme il igoute que.c*eut pour 
c préparer la voye a chascun de lamplier et corriger a son plaisir », 
on en peut conclure qu'il n'a pas la prétention d'avoir atteint la préci- 
sion absolue. D'ailleurs le procédé qu'il indique pour placer par 
approximation sur la carte les lieux qui ne s*y trouvent pas indiqués, 
ne témoigne pas non plus d'une grande préoccupation d'exactitude. 
Nous avons encore une autre source d'information. Dans sa Cosmo- 
graphie en latin, qui fait partie d'une sorte d'encyclopédie mathéma- 
tique, la Protomathesis, publiée en i53ay il a introduit une longue 
liste de longitudes et de latitudes. Or ces nombres correspondent très 
suffisamment aux positions marquées sur la carte. Comment donc les 
a-t-il obtenus? Voici dans quels termes il parle de cette liste : c Quam 
pro judicio nostro, dit-il, alque observationum collatione multiplici, 
quam veriorempotuimuseflecimus, in eoruni potissimum gratiam qui 



— 29 — 

fabulas aslronomicas supputare vel horaria solaria aliave astronomica 
vel cosmographica instrumenta ad propria m fabricare regionem. » 
Ainsi c'est encore dans un but d'utilité pratique que Fine a dressé 
cette liste, c'est pour venir en aide à ceux qui voudront en un point 
quelconque se server de tables astronomiques ou fabriquer des c^idrans 
solaires. La table, il l'a construite, le plus exactement possible, autant 
qu'il a pu en juger, et en comparant de nombreuses observations. On 
reconnaîtra qu*il s'exprimerait tout autrement s'il avait lui-même fait 
des observations directes. D'ailleurs il n'avait que trente et un ans 
lorsqu'il publia pour la première fois sa carte; il eût eu bien peu de 
temps pour achever des opérations aussi longues et aussi minutieuses. 
J'ajouterai un argument d*un ordre tout différent. La modestie n'était 
pas considérée comme une vertu par les savants de ce temps, si fiers 
de leur science. Quand ils parlent d'eux-mêmes, ils ajoutent plutôt 
qu'ils ne retranchent à leurs mérites. Fine n'eût pas manqué de parler 
quelque part de ses observations astronomiques, s'il eût pu en tirer 
honneur. Pour qui le connaît il ne peut y avoir aucun doute à cet 
égard. 

L'examen de la table elle-même, ou, ce qui revient au même, des 
principales positions de la carte, va achever de nous montrer quelle 
est la valeur de ces longitudes et de ces latitudes et comment elles ont 
étéobtenues. Chose singulière, Fine ne nous dit pas quelle est l'origine 
de ses longitudes. S'il accepte, comme on le fît presque toujours à cette 
époque, Torigine de Ptolémée, Paris devrait avoir pour longitude 
q3<> 3o'; il donne q3* qui doit être un nombre arbitrairement choisi. 
Ck>mparons ces longitudes avec celles, mathématiquement détermi- 
nées, que donne la Connaissance des temps. 

Pour rendre la comparaison plus facile, consignerons Paris comme 
le centre des opérations de Fine, et transformons les nombres modernes 
en les rapportant à cette longitude 33"* de Paris*. Nous apercevons 
immédiatement entre les deux tables des coïncidences remarquables : 

• 

Longitudes Table de Fine Table moderne 

Co^ac ao*ao' ao*»2o' 

Rodez a3 i5 23 i4 

Heaux q3 3o a3 32 

Montpellier 24 3o 24 33 

Le Puy . 24 3o 24 33 

t. J'ai donné la comparaison de la table de Fine avec la table moderne, dans 
roufnge dté : De OronHo Finmo^ gallieo geographj. 



»le de Fine 


Table moderne 


3o°i5' 


28^22' 


28 3o 


27 18 


18 i5 


20 27 


18 10 


20 3 


18 i5 


19 3o 


26 


25 29 



— 30 — 

Mais il y a aussi des différences oonsidéfables^ comme les suivantes : 

Longitudes T 

Strasbourg 3o°i5' 

Briançon 

Bazas 

Oloron 

La Rochelle 

Lyon 

Ces erreurs sont import<intes : pour Bazas, par exemple, l'erreur est 
d'environ 176 kilomètres; pour Briançon, pays natal de Fine, où il 
était revenu lorsqu'il dressait sa carte spéciale du Dauphîné, elle est 
de 90 kilomètres environ ; pour Lyon, et sa longitude de Lyon est 
loin d*ôtre une des plus mauvaises, l'erreur est encore de plus de 
5o kilomèlres. Pour bien apprécier Fimportance de ces erreurs, il 
faut se rendre compte que sous le 5o« parallèle une erreur de longitude 
d'une minute correspond à une dislance de i^^^yioS, et sous le 44* â 
une distance de ii^'",333. 

Pour les latitudes, il en est également de très bonnes : 

Latitudes Ttble de Fine Table moderne 

Poitiers , 



Blois 

Verdun 

Caen 

Angers 

Mais il en est aussi de défectueuses 



Limoges» . . 
Clermont-Fer/and 
Avranches . * 
Briançon. . . 
Lyon. . . . 



46^35' 


4735 


49 10 


49 10 


47 3o 

• 


• 

45*45' 


4450 


5o 


44 


45 i5 



46*36' 


4735 


4» 10 


49 ti 


4728 


47«5o' 


4547 


48 4« 


4454 


4546 



Il importe d'ailleurs de remarquer que dans sa table. Fine donne 
toutes ses longitudes et ses latitudes avec une approximation de 
5 minutes, puisque ses nombres se terminent toujoui^ par un o ou 
par un 5. Or, cette approximation coiTespond pour les longitudes à 
une distance moyenne de 6i^n,5oo et pour les latitudes à une distance 
de 9^°>,i75. Ce sont là des longueurs appréciables. On peut donc dire 



— 31 - 

que ni cette liste ni cette carte ne reposent sur des déterminations 
précises. 

A Taide de quels documents la carte de Fine a*t>elle donc été cons- 
truite? D'abord» à l'aide des documents antérieurs. Nous prenons sur 
le fait cette imitation quelquefois senrile, fçrâce à une particularité 
très curieuse. La Loire est en effet unie à la Saône sur cette carte, à 
peu près à la hauteur de Chalon, par un cours d'eau, dont les sources 
se rejoignent en deux points, de manière à enfermer une sorte d'île. 
Or cette communication vient des cartes antérieures. Sur la carte de 
Berlinghieri en effet, on trouve là un petit lac qui se déverse dans la 
Loire seule. Sur la carte du manuscrit de Ptolémée, ce lac a deux 
effluents, Tun vers la Loire, l'antre vers la Saône. Dom Nicolas parait 
s'être mépris sur (a signification de ce dessin ; il trace là un cours 
d'eau à double communication. Waldseemûller reproduit le môme 
tracé, et Fine le copie à son tour. Autour de ce lac, Fine inscrit les 
noms suivants : Challon (Chalon-sur-Saône), Tornut (Tournus), 
Saint-Gengon (Saint-Gengoux*le-Royal), Digoy (Digoin), Borbon, 
(Bourbon-Lancy), Desise (Deeise), et, sur la rive même du double 
cours d'eau, Froche, qui ne peut étre^ à mon avis que Torcy (écrit 
Troca, chez Dom Nicolas, Thoca chez Waldseemûller). Tout^ ces 
localités sont voisines des deux rivières Dheune et Bourbince, dont 
les sources sortent toutes deux de l'étang de Longpeodu^ G*est pro- 
bablement cet étang qui était dessiné sur les cai'tea italiennes avec 
un seul effluent, comme dans Berlinghieri, ou avec deux comme sur 
la carte manuscrite. C'est là une preuve de plus de la précision 
quelquefois remarquable de ces cartes. 

Les parties de sa carte pour lesquelles Fine s'est le plus directe- 
ment inspiré des cartes antérieures sont naturellement les régions 
étrangères à la France proprement dite. Car il ne se contente pas de 
représenter le royanme de France ; c il fault premièrement noter, 
dit-il dans la légende» que luniversel et total pays de la Gaule est 
distinguée en deux principales parties, cest a scavoir la Gaule cisal* 
pîne, et la Gaule transalpine ». Il nous donne donc tout le pays 

1. Cette communication est fort bien Indiquée sur une carte non datée mais 
qui doit être du xvi* siècle, conservée à la Section des cartes de la Bibliothèque 
nationale : Carte géométrique du environs de PEstang de Longpendu^ dont leau 
tombe dans l'Océan et dans la Méditerranée, comprenant grand part du Comté 
de Charolois par Jan Van Damme, s^ d'A$nendale. On Ut aussi sur une carie 
de De Fer, datée de i^ : Lac de Longpendu par lequel on peut communiquer 
de la Méditerranée à rOcéan, C*est là que passe aigourd'hui le canal du Centre. 



— 32 — 

jusqu'au Rhin, la Suisse, et la plaine du Pô tout entière, avec les 
côtes de la rivière de Gènes et de la Toscane jusqu'à TArno. La partie 
voisine du Rhin reproduit à peu près le dessin de la carte de Wald- 
seemûUer qui avait utilisé lui-même pour cette région ses cartes 
d'Alsace et de Lorraine. Il en est de même pour la Suisse, dont 
Waldseemûller avait donné un croquis assez exact. Pour Tltalie du 
nord, il a dû se servir de la carte moderne dltalie reproduite par 
Berlinghieri, mais la copie n'est pas identique à l'original. 11 a eu 
certainement en main d'autres documents, à moins qu'il n'ait recueilli 
des informations auprès de ceux qui connaissaient mieux ce pays. A 
cette époque, nombreux étaient les Français qui avaient passé les 
Alpes et les guerres d'Italie avaient naturellement attiré l'attention 
sur la géographie dn Piémont et de la Lombardie. On peut même 
dire que ces régions étaient mieux connues en France que certaines 
provinces françaises. Un ouvrage, paru en i5i5, donnait la liste des 
passages c par lesquels on peut passer et entrer des Gauleses Ytalies» '. 
Une carte d'Italie avait même été gravée antérieurement en France, 
mais très grossière, et qui n'était destinée sans doute qu'à donner 
une vue d'ensemble de la péninsule '. 

Pour la France proprement dite, les documents antérieurs ne suf- 
fisent plus. Fine a évidemment profité de toutes les informations, de 
tous les documents qu'il a pu recueillir. La côte est empruntée en 
partie à Waldseemûller, et c'est ainsi que se transmet indirectement 
l'influence de Ptolémée. Pour les différentes provinces, il importe de 
distinguer, il en est qui sont traitées avec plus de soin les unes que 
les autres. Pour le Dauphiné, il l'avait dessiné c ad vivum », dit-il 
lui-même. Il avait dressé une carte de cette province qu'il offrit au 
roi François V^ et qui ne fut pas publiée. Je n'ai pu malheureusement 
retrouver ce précieux manuscrit. Parmi les autres provinces, celles 
qui lui sont le mieux connues sont l'Ile-de-France, la Picardie, la 
Guyenne. La vallée du Rhône est également assez exacte. Au con- 
traire la Bretagne, la Normandie, la Provence sont défectueuses. Le 
cours de la Loire est fort mal dessiné. Il ne sait pas exactement où 
elle prend sa source. Le fleuve s'interrompt brusquement, en amont, 
à la hauteur de Vienne, bien au nord du Puy ; il en est de même 

I. Totale et vraye deêcription de loue lee passages^ lieux et destroicU par 
leequelx on peut passer et entrer des Gaules es Ytalies» A Paris^ à ta rue SaincU 
Jacques en la maison de Totissains Denis, i5i5. 

3. Cette carte est reproduite dans l'ouvrage de M. Delaborde : VEa:pédiHom de 
Charles VIII en Italie, PariK, ibS8. 



— 33 — 

de TAllier dont il place la source au nord de Brioude. Toute celte 
région est fort mal connue. A-t-il eu pour dresser sa carte quelques 
croquis de provinces? J'ai déjà dit combien il me paraissait impro- 
bable qu'il n'ait pas existé antérieurement quelques cartes de ce 
genre. II a dû également faire usage d'itinéraires '. Nous sommes 
malheureusement très pauvres en ouvrages géographiques du com- 
mencement du xvi« siècle en France. Un livre de Bouleng^er, qui 
nous promet d'après son titre, sans doute trop ambitieux, une m calcu- 
lation, description et géographie vérifiée du royaume de France», 
paraît être à jamais perdu '. Un autre qui nous annonce une <c des- 
cription de la CSarte gallicane » ne tient pas sa promesse'. La carte 
de France de Fine reste en somme le monument le plus important de 
la géographie française à cette époque. Malgré ses imperfections, elle 
n*en est pas moins une œuvre très méritoire, c'est le canevas indis- 
pensable sur lequel d'autres ont travaillé. 

Deux autres cartes de France seulement parurent en France au 
xvi^ siècle. Celle de Jolivet en i56o et celle de Postel en 1670 *. Tous 

I. Je citerai parmi les itiaéraires les plus anciens, le suivant, imprimé en 
caractères gothiques et sans date : S'ensuyt le chemin de Paris à Lyon, de Lyon 
à Venise et de Paris à Romme par Lyon. Item plus le chemin de Paris à Romme 
par les haulles Allemaignes. Avec le chemin depuis Lyon jusques en Hiérusalem 
et combien il y a de lieues de ville en ville et avec ce sont toutes les Églises de 
Romme 

a. Cet ouvrage n'est connu que par son titre et par un très court et très 
insuffisant résumé qu'en donne duYerdier dans sa Bibliothèque : Calculation^ 
descr^tion et géographie vérifiée du royaume de France, tant du tour, du large 
que du long d'iceluy^ déchiffrée par le menu jusques aux arpens et pas de tet^e 
en iceluy compris^ avec la computation, valeur et somme des deniers qui se 
peuvent libét*alement exiger sur ledit pays sans molestation des hahitans; 
ensemble la descnption du bien spirituel et ecclésiastique et dénombrement des 
archevêchés, évêchés et abbayes dudit royaume, avec le taux du vacant dHcelles, 
le tout calculé et sommé par maistre Loys Boulenger, très expert géométrien et 
astronome; imprimé à Lyon, 45i5. D'après La Croix du Maine, il y eut une 
autre édition de cet ouvrage à Toulouse en i565. 

On ne sait presque rien de ce Boulengier. Cf. G. Marcel, Louis Boulengier 
d'Alby. Bullet. de géog, hist. et descript., 1890. 

3. En ce présent Livre est la description de la quarte Gallicane tant desca 

que delà les mon s. Et autres parties de VEw*ope Hem quarculation faicte 

par maître Loys Boulengier des deniers qui peuvent estre levés ou royaulme de 

ronce à prendre un soulz par feu Lyon, i535. Ce livre qui devrait contenir, 

entre autres choses, au moins un extrait de l'ouvrage de Boulengier précédem- 
ment cité, ne répond pas à son titre et ne se compose que de 33 pages. Cf. 
Marcel, ibid. 

4. Jolivet, Galliég regni potentissimi descriptio, i56o ; Postel, La vraye et 

GAOOR. HIST. KT DKSGRIPT. — VL 3 



— 34 — 

deux corrigent et améliorent Toéuvre de Fine, mais ce ne sont pas 
ces deux cartes qui méritent le plus d'attirer l'attention, dans l'his- 
toire de la cartographie française à cette époque. L'intérêt doit se 
porter surtout sur les cartes de détail, les cartes de provinces, comme 
celles de Licinius Guyet, de Nicolas de Nicolay*. Rien ne pouvait 
être en effet plus utile, pour aider au perfectionnement des caries 
d'ensemble, que d'entreprendre ainsi une reconnaissance du sol, pro- 
vince par province. C'est à quoi les géographes travaillèrent surtout 
pendant la seconde partie du xvi» siècle. L'éditeur Bouguereau, de 
Tours, des ateliers duquel sont sorties presque toutes ces cartes, 
pourra dès 1692 en composer un atlas de la France, et toutes, elles 
serviront à dresser la grande carte de France de laGuillotière, qui ne 
parut qu'en i6i3, mais qui fut terminée bien avant*. Cette belle et 
grande carte, qui résume tous les travaux entrepris sur la géographie 
de la France au xvi« siècle, suffira à la curiosité du xvii* jusqu'au 
jour où l'Académie des sciences fera procéder au levé général des 
côtes. Alors commence en France Tère de la cartographie de précision 
et des levés topographiques et astronomiques, dont .le résultat défini- 
tif est notre belle carte d'État-major. 

entière description du royaulme de France et ses confins avec taddresse des che- 
mins et distances aux villes inscriptet et provinces dHceluy^ 157O. 

1. Cf. Drapeyron, U Image de la France sous les derniers Valois (i535-i569) 
et sous les premiers Bourbons (1589-1682), Aet;. degéog., t. XXFV, 1889. 

2. On )it dans la légende : «< Cette carte recueillie des restes de cette féconde et 
riche bibliothèque de feu M. Pithou, est, suivant Fintention de Fr. de la Guillotière 
son autheur, rendue au public comme un dépôt sacré qui ne pouvolt sans offense 

lui être plus longuement recelé L*autheur, homme laborieux et excellent 

en cet art, a certifié par son testament y avoir travaillé vingt-cinq ans et plus. » 



— 35 — 



LES ANCIENNES CIVILISATIONS DE L'INDO-CHINE 



L'AGE DE LA PIERRE POLIE AU CAMBODGE 

d'apbès de récentes découvertes 

PAR M. LUDOVIC JAMHES 
Ancien Difect<nir de TËcole Cambodgienne de Phnom-penh (Cambodge). 



I 

• 

En parcourant les provinces avoisinantes du Grand-Lac Ton-le- 
sap, dans le Haul-Cambodge, le voyageur s*arrête saisi d'admi- 
ration, devant de superbes monuments qui rappellent, par leurs 
proportions colossales, ceux de Tanlique Egypte. Les ruines d*Ang- 
kor ont été suffisamment décrites par le capitaine de vaisseau 
Doudart de Lagrée et M. de La Porte, pour que j'aie besoin d'en 
parler dans ce travail. 

En étudiant ces prodigieuses manifestations du génie de la race 
khmère, nous remontons jusqu'aux frontières de l'histoire, car 
nous n'avons au delà, pour éclairer nos connaissances, que les 
pâles lueurs d'une obscure légende qui ne peut nous fournir que 
des données incertaines. Mais, voici qu'une découverte de date 
récente vient agrandir notre champ d'études et reculer de plusieurs 
milliers d'années l'histoire des civilisations qui précédèrent la 
période brillante des temples. 

En 1878, M. Moura, représentant du protectorat français au 
Cambodge, en recherchant les origines du peuple khmer dans 
les bonzeries des pagodes bouddhiques, apprit que les Cambod- 
giens trouvaient dans des amas de coquillages, des objets en 
bronze et en pierre qu'ils conservaient précieusement dans leurs 
maisons. Poussé par la curiosité et par l'intérêt qui s'attachait à 
ces trouvailles^ il se rendit au village de Somrong-sen situé sur 
un amas de coquilles que les indigènes exploitent pour la fabri- 
cation de la chaux à bé^el. Ne pouvant exécuter de fouilles à 
cause de l'inondation qui couvrait le pays, il se contenta de 
recueillir quelques objets que les Cambodgiens conservaient dans 



— 36 — 

leurs cases et les expédia au docteur Noulet de Toulouse, qui les 
ût connaître dans une brochure ornée de dessins fort bien exé- 
cutés. M. FUchs, ingénieur français des mines, M. Roux, M. Corre, 
médecins de la marine, ont aussi rapporté en France quelques spé- 
cimens en pierre, provenant de ces mêmes gisements. 

Mais avant d'entrer dans quelques détails sur les travaux que 
j'ai entrepris dans les nombreuses stations préhistoriques que j*ai 
découvertes dans le Haut-Cambodge, je crois qu'il est utile de 
faire comprendre le régime hydrographique du Grand-Lac Ton-Ie- 
sap, dans le voisinage duquel se trouvent les amas coquilliers, ou 
kjôkkenmœdings, qui nous ont révélé l'existence de la civilisation 
de la pierre et du bronze. On n'en connaissait qu'un seul : celui 
de Som-rong-sen. J'en ai reconnu quinze et fouillé quatre. 



II 

Le Cambodge est arrosé par un des plus beaux fleuves du 
monde; le Mé-kong, qui prend sa source aux montagnes du 
Thibet. Après avoir arrosé dans un cours immense le Laos et une 
partie du Cambodge il vient se jeter dans la mer par huit bouches 
principales, qui, parles nombreux cours d'eau secondaires qu'elles 
forment, enserrent la Basse-Cochinchine dans un véritable réseau 
de voies navigables. 

Tous les ans, de juillet à novembre, le Mé-kong, gonflé par la 
fonte des neiges du Plateau central, déborde et couvre de ses 
eaux les contrées de bas niveau qu'il traverse. Pendant quatre mois 
de l'année le Cambodge est sous l'eau ! Mais, au nord de ce dernier 
pays, existe une vaste dépression de terrain de i3o à i4o kilomè- 
tres, occupée par le Grand-Lac Ton-le-sap, qui reçoit le trop plein 
des eaux du Mé-kong, à l'époque des crues annuelles. 

La différence de niveau entre le Grand-Lac et le Mé-kong étant 
de plus de lo mètres, le courant, pendant la crue, remonte vers 
le nord, par le bras des lacs et le Ton-le-sap se remplit; l'inon- 
dation terminée, le lac se vide et les eaux se déversent de nouveau 
dans le Mé-kong. Le lac Mœris, en Egypte, nous offre un phéno- 
mène de ce genre et le régime hydrographique du Nil est sem- 
blable à celui du Mé-kong, sauf en ce qui concerne retendue de 
la crue. 



— 37 — 

On se fait une idée de la grande quantité d'alluvions déposées 
annuellement au fond du Ton-le-sap par des courants vertigineux 
de 7 à 8 nœuds à Theure, et on comprend aisément les déplace- 
ments qu'a dû subir, à travers les âges, l'estuaire de cette nappe 
d*eau. 

Le Grand-Lac qui, à Tépoque des hautes eaux, a partout une 
profondeur de lo à 12 mètres, et que sillonnent les gros vapeurs, 
n*est plus, aux basses eaux, qu'une vaste plaine de boue où la 
sonde accuse à peine des fonds de 80 à 90 centimètres. Sur ses 
dos d*âne laissés à sec et sur ses rivages viennent se ûxer, pendant 
six mois de Tannée, de florissants villages cambodgiens et anna- 
mites, qui s'adonnent à la culture du riz et à l'industrie de la 
pêche dont le revenu est estimé à plus de 4 millions de francs. 



III 

Dans les provinces riveraines du Grand-Lac existent de vastes 
amas de coquillages, que les indigènes exploitent pour la fabri- 
cation de la chaux à béteL Pour se procurer ces coquillages, les 
chaufourniers creusent, d'espace en espace, des puits de 3 à4 mè- 
tres de profondeur; après les avoir soigneusement lavés dans les 
cours d'eau voisins ils les soumettent à l'action lente d'un feu de 
charbon de bois, dans des fourneaux en forme de cône renversé 
et formés de branches protégées à l'intérieur contre l'action du 
feu par une paroi en briques sèches. 

Le principal de ces bancs de coquillages, celui de Somrong-sen, 
a près de 3 kilomètres de long sur 2 de large. Il est exploité de 
mémoire d'homme pour la fabrication de la chaux. La quantité 
de coquilles extraites depuis les temps reculés est vraiment sur- 
prenante; on s'en fera une idée par le fait que je vais citer : pour 
rappeler les grands événements de la vie, la naissance d'un roi 
ou d'un prince, ou mieux l'inauguration d'une bonzerie, d'une 
pagode, les Cambodgiens ont l'habitude de planter un arbre sacrée 
un banian le plus souvent. Il existe à Somrong-sen, non loin de 
la pagode, un grand banian qui fut autrefois planté à l'inaugura- 
tion d'un monastère bouddhique, détruit par un incendie, il y a 
plus de quatre-vingts ans. 

Les fabricants de chaux ont respecté les enyirons de ce banian 



— 38 — 

sacré qui se trouve aujourd'hui à plus de 3 mètres au-dessus du 
terrain des fouilles. Les vieillards du village affirment ijùe le 
banc de coquilles était au niveau du sol sur lequel se trouve 
l'arbre dont je viens de parler, et qui parait situé actuellement 
sur un petit monticule. 



. IV 

Avant de rechercher Tongine des stations préhistoriques que 
je signalerai plus loin, il est intéressant de parler d'une légende 
qui a cours dans le pays et qui donnera une idée des naïves 
croyances des peuples de Tlndo-Chine. 

Voici donc comment les savants cambodgiens expliquent la for- 
mation des amas coquilliers. 

« Lorsque les grands rois khmers voulurent bâtir les temples 
d'Ang-kor, la pierre à chaux manquait totalement au Cambodge. 
Ang-kor, à cette époque, se trouvait sur les bords de la mer. On 
arma de grands navires montés par des marins chinois, qui furent 
chargés d'aller chercher sur des côtes lointaines des coquillages 
pour la fabrication de la chaux nécessaire à la construction des 
superbes monuments. Une violente tempêté assaillit ^u retour la 
flotille avant son entrée au port et tous les baie^ux sans exception 
sombrèrent. Les squelettes que nous rencontrons tou^i, les jours 
au sein des amas sont ceux des équipages chinois qui montaient 
les navires. Ce qui fut un malheur pour nos ancêtres est un 
bonheur et une fortune pour nous. La divinité voulut nous con- 
server une source de richesse et nous fournir la chaux nécessaire 
à la mastication de notre bétel. » [Passage traduit d'un ancien 
document en langue siamoise.] 

Ce qui a fait encore accréditer cette légende» c'est la rencontre, 
dans Tamas coquillier d'An-luon-padau, village situé à loo kilo- 
mètres de Phnom-penh, de plusieurs pièces de bois munies de 
poulies à leur partie supérieure et paraissant avoir servi de m&ls. 
Ces poteaux servaient, sans doute, dans les habitations lacustres 
néolithiques, à monter des fardeaux jusqu'au niveau des maisons 
conslruilos sur pilotis. Ces poteaux sont assez bien conservés et 
possèdent la dureté de la pierre. 



— 39 — 



Mais comment se sont accumulés ces immenses amas de co- 
quilles? se sont-ils naturellement formés au sein des eaux à une 
époque où le Grand-Lac Ton-le-sap couvrait une étendue de pays 
plus considérable? ou ont ils été laissés à sec par un fleuve dont 
le lit se serait déplacé depuis? 

Le docteur Noulet pense avec quelques savants que les objets 
trouvés parmi les coquillages pourraient bien avoir été rencontrés 
par un cours d'eau et roulés à de grandes distances. 

Les fouilles que j'ai entreprises dans quatre principales stations 
me permettent de réfuter une pareille assertion. Les sépultures 
innombrables, la position des squelettes encore parés de leurs 
ornements de pierre, les poteries remplies de débris d'aliments, 
les bâches et les instruments que les parents plaçaient pieusement 
à côté du cadavre sont encore dans un état de conservation et 
dans une situation telle que le doute n'est plus permis à cet 
égard. 

Ces coquillages sont tout simplement des débris de cuisine, des 
rejets amoncelés par les générations qui en faisaient la base de 
leur nourriture. 

Ce sont des kjôkkenmœdings. 

Les nombreux puits que j'ai fait creuser entre 4 et lo mètres de 
profondeur me permettent d'affirmer que les amas coquilliers du 
Haut-Cambodge sont du genre de ceux que les savants danois 
ont signalés sur les rivages de la mer du Nord. 

L'épaisseur de la couche varie d'un endroit à un autre et n'a 
aucune uniformité. Dans certains endroits, elle atteint 8 et lo mè- 
tres de puissance. Les coquillages alternent avec des lits de vase, 
et, dans un grand nombre de puits, paraissent comme amoncelés 
et mélangés à des débris de toute sorte, ossements d'animaux, 
fragments de poterie, etc. 

Le Grand-Lac Ton-le-sap nourrit, encore aujourd'hui, à quelques 
espèces près, les mêmes coquillages. Cependant, ceux des kjôk- 
kenmœdings sont plus robustes et plus épais que ceux qui vivent 
actuellement. 

Sans aucun doute, les stations préhistoriques se sont trouvées à 
une époque bien loin de nous sur les rivages du Grand-Lac qui 



— 40 — 

occupait une vallée profonde entre les montagnes de Pursat et les 
plateaux élevés de la province de Kompong-swaï. Certaines en 
sont aujourd'hui distantes de 60 kilomètres. 

Le Ton-le-sap annuellement comblé par les apports alluviaux 
du Mé-kong diminue de jour en jour de profondeur pour s'étendre 
en surface, et c'est ce qui explique Ténorme étendue de la crue 
qui comprend, du côté de Test^ un rayon de près de aoo kilo- 
mètres. 

Le Mé-kong est un des fleuves du monde qui charrient le plus 
d'alluvions. Pendant les dix années que j'ai passées en Gochinchine 
et au Cambodge, il m'a été donné d'assister à, la formation et à la 
disparition d'iles couvertes de verdure, emportées par le courant 
vertigineux du fleuve à l'époque des hautes eaux. Dans la province 
de Kratié on peut mesurer, à vue d'œil, la quantité de terre 
arrachée annuellement aux berges que le courant ronge aussi 
d'une façon surprenante, à la hauteur du poste de Krauchmar. 

1® Pour nous résumer nous dirons donc : que les amas coquîUiers 
que Ton rencontre çà et là, dans les provinces du Haut-Cambodge, 
sont dus à la maîn de Thomme. 

2® Aux époques reculées, le Grand-Lac Ton-le-sap, véritable mer 
intérieure, possédait une profondeur et une étendue plus consi- 
dérables. 

3» Sur ses rivages vécurent, aux temps préhistoriques, des po- 
pulations très denses, si nous en jugeons par l'importance et le 
nombre des amas que nous avons observés. 

4** Le Mé-kong fut la voie naturelle des migrations de ces peuples, 
et c'est sur les bords de ce grand fleuve que les chercheurs de 
l'avenir devront porter leurs investigations. 



VI 

Parmi les quinze stations de la pierre et du bronze que j'ai pu, 
jusqu'ici, reconnaître dans le Haut-Cambodge, huit se trouvent dans 
la région du Grand-Lac. Comme je Tai dit plus haut, des villages 
sont établis à leur surface et les exploitent pour la fabrication de 
la chaux. 

L'amas coquillier de Som^^ong-sen est le point où se sont portées 
mes plus actives recherches. Sa situation qui me permettait, 



— 41 — 

d'ailleurs, de rayonner dans une étendue de pays considérable, 
le voisinage d'un cours d*eau accessible aux jonques, pendant 
huit mois de Tannée, m'engagèrent à choisir ce village comme 
centre de mes opérations. J'y ai fait creuser et minutieusement 
fouiller plus de i 50 puits par des indigènes. 

La station d'An-luon-padau située à 4o kilomètres de Som- 
rong-sen et éloignée de tout centre, ne permettait pas à. mes mo- 
diques ressources, malgré son importance, d'y entreprendre de 
grands travaux. Une vingtaine de puits m'ont cependant fourni 
un nombre respectable d'objets de toute sorte. 

Bong-xa et Kop-ché^ cette dernière surtout, sont d'une grande 
richesse et peu remaniées par les chaufourniers. Les débris de 
poterie y sont tellement nombreux qu'ils suffiraient à l'empierre- 
ment des rues d'une ville I La forêt vierge a aujourd'hui envahi 
celte ancienne station qui fut, sans doute, habitée à l'aurore des 
civilisations indo-chinoises. Le calme le plus imposant règne dans 
ces solitudes. Seul, avec quelques travailleurs cambodgiens, au 
milieu des fourrés impénétrables, mon esprit se reporta à l'époque 
où les hommes polissaient la pierre et créaient le noyau des 
populations qui devaient plus tard envahir la grande presqu'île. 
Je fus saisi d'une profonde émotion. 

Les autres amas, situés en pleine forêt, sont vierges de tout re- 
maniement et sont surtout intéressants à. ce point de vue. 

Les travaux de peu d'importance que j'ai exécutés dans l'amas 
de Kamnianh^ sur la rive droite, m'ont fourni la preuve que la 
grande civilisation d'Ang-kor a laissé de nombreuses traces dans 
ces parages. 

Immédiatement au-dessus de la couche de coquillages, j'ai 
recueilli deux poteries khmères et constaté la présence de nom- 
breux débris. 

Ainsi se sont succédé, dans les mêmes parages, pendant des 
milliers d'années, tant de peuples divers dont l'alluvion épaisse 
du Mé-kong nous a révélé les vestiges. 

La station de Dat-hô située au bord du bras des lacs, au-dessous 
du poste de Kompong-chhnang, est aussi très importante. 

Les Portugais possédaient un fort dans les environs, il y a en- 
viron quatre cents ans. 

A Phnom-chereu l'existence de la pierre polie a été aussi 
signalée dans les montagnes. Je n'ai pu visiter cette station à cause 
de son éloignement et de la difficulté des moyens de transport. Les 



— 42 — 

iodigèoes afDrment que le séjour dans les montagnes de Phaom- 
cbereu est terrible pour les Européens. Je réserve cette excursion 
pour plus tard. 



Dans les fouilles que j*ai entreprises dans quatre amas coq uillîers 
dans la région des lacs, j'ai ordinairement traversé trois couches 
distinctes : 

Im première, en commençant par le bas, contenait seulement 
des objets en pierre et des poteries grossières. Cette couche repré- 
sente l'époque de la hautf* pterf*e polie. 

La deuxième caractérise l'époque de transition; on y rencontre 
quelques objets en bronze mélangés à ceux eu pierre; les poteries 
paraissent plus finement exécutées et leurs formes sont moins 
grossières. 

La troisième, près de la surface, est celle du bronze pur. Cepen- 
dant quoique les objets en ce métal soient plus nombreux que 
ceux on pierre, l'usage de ces derniers n*est pas encore complète- 
ment abandonné. Les poteries sont plus parfaites et quelques-unes 
sont ornées de dessins qui n'excluent pas un certain art. 

D'après les observations de M. Ptichs, ingénieur des mines, le 
régime des eaux du Ton-le-sap change à vue d'œil et tend à se 
doplacor dans un autre estuaire. 

Jo n'ai pas besoin d'insister sur les richesses archéologiques 
que doivent contenir les alluvions épaisses de cette mer intérieure, 
et le champ immense offert à l'activité des chercheurs! 

TiHiH les amas coquîUiers que j'ai visités, et sur quatre desquels 
sont établis dos villages cambodgiens, sont situés dans la zone de 
l'inondation ot recouverts, tous les ans, de juillet à novembre, de 
3 à 4 mètres d'eau. Le dépôt alluvial se continue donc encore de 
nos jours, 

Los cases des indigènes actuels, construites sur pilotis, de façon 
À so trouver à Tabri des plus hautes crues, doivent, après cinq A 
six mille ans, être la n^production fidèle des habitations lacustres 
autour desquelles leurs ancêtres néolithiques entassèrent cette 
prodigieuse quantité i\^.' coquillages utilisés aujourd'hui par les 
màeheurs de bétel. 



J 



— 43 — 



VII 

Sépultures, — Presque tous les objets eh pierre que j*aî recueillis 
dans mes fouilles proviennent des sépultures situées en quantité 
innombrable au sein des amas. Les hommes des stations néoli7 
thîques du Haut-Cambodge semblent avoir eu un grand culte pour 
les morts. Les cadavres étaient simplement déposés dans la couche 
de coquillages sans cercueil ni dalles de pierre. Aucun débris de 
bois n'a été trouvé à côté des squelettes dont un assez grand 
nombre avaient la tête prise dans une poterie. Cette poterie servait 
à protéger le visage du mort lorsque le fossoyeur recouvrait le 
corps de terre. 

Cette pieuse coutume et les vases remplis d'aliments, que les 
parents déposaient à côté de celui qui partait pour le grand 
voyage, prouvent surabondamment que ces peuples croyaient à 
une autre vie. 

Certains squelettes avaient sur le front trois ou quatre haches 
en pierre en parfait état de conservation et parfois volumineuses. 

D'autres avaient un assortiment d'hameçons en os ou en bronze 
autour du cou. 

Des objets en terre cuite, cylindriques, munis d'une rainure et 
percés d'un trou dans toute leur longueur, semblent avoir servi à 
plomber des (ilets. J'en ai trouvé jusqu'à dix amoncelés dans une 
sépulture, péle-méle avec les os du bassin. 

Un filet avait été, sans doute, déposé sur le cadavre d'un pé- 
cheur. 

Il est rare que la hache polie manque au mobilier funéraire, et 
c'est dans les sépultures que j'ai recueilli les plus beaux échan- 
tillons. Les poteries sont le plus ôouvent placées à côté de la têle 
et contiennent de grands coquillages, des os et des vertèbres de 
poissons. Quelques-unes sont de dimensions remarquables et me- 
surent o°^,i5 de diamètre et o°*,a5 de hauteur. 

Dans certains endroits les squelettes abondent et sont placés 
côte à côte dans des positions différentes. 

Ils sont le plus souvent couchés sur le dos ou à plat ventre. 
Quelques*uns ont les bras croisés et ramenés à la hauteur du 
front. 

Ils sont presque toujours parés de leurs bijoux en pierre (ou en 



— 44 — 

bronze dans les couches supérieures). Un seul squelette avait au 
bras droit douze bracelets en pierre noire, qui ont tous été retirés 
intacts. 

Le conglomérat est parfois tellement compact qu'il est presque 
impossible de retirer les objets sans les briser en petits fragments. 

Il eût été plus pratique, sans doute, d'exécuter une large tran- 
chée, mais, outre que j'ai été obligé d'adopter les moyens primi- 
tifs des chaufourniers cambodgiens qui exploitent les amas, mes 
modestes ressources ne me permettaient pas d*entreprendre des 
travaux d'une trop grande importance. Ce n'est d'ailleurs qu'à 
force de promesses et de sacrifices, que j'ai pu déterminer les 
superstitieux cambodgiens à toucher aux restes humains. 

Le maire du village de Somrong-sen me voyant un jour em- 
baller soigneusement des ossements dans des caisses me demanda 
sérieusement si je les emportais en France pour faire des médi- 
caments I Comme je riais de sa naïveté il m'affirma que les méde- 
cins chinois savaient composer, avec des ossements humains piles, 
des di*ogues possédant de grandes propriétés curatives, et que son 
fils avait été guéri de cette façon d'une forte fièvre paludéenne, 
qui le tourmentait depuis plusieurs mois. 



VIII 

Instruments m pierre polie^ ciseaux, haches, gouges, erininettes. 
— Comme il est aisé de le constater, par un simple coup d'œil jeté 
sur les instruments que j'ai l'honneur de présenter, nous retrou- 
vons chez certains d'entre eux des formes européennes. Je me 
contenterai de mentionner tout particulièrement ceux qui ont une 
forme remarquable et spéciale à l'Indo-Chine. Je les appellerai : 
haches à talon, avec saillie d'emmanchement. Ces instruments, 
munis d'une partie étroite les terminant, ne paraissent pas être 
sortis d'une aire de dispersion relativement restreinte. On en ren- 
contre au Siam, en Birmanie et surtout en Basse-Cochinchine. 

D'après les Chinois établis dans le voisinage du Grand-Lac, 
cette forme ne serait pas rare dans la province de Canton?? 

La plupart des haches trouvées en Basse-Cochinchinc sont à 
talon. Au Cambodge cette forme est relativement plus rare, mais 
les instruments, outre qu'ils sont mieux conservés, possèdent un 



— 45 — 

cachet de fabrication qu'ils n'ont pas en Cochinchine, où ils sont 
en majeure partie en quarzites et ébréchés par le temps. 

La pierre noire avec laquelle sont fabriquées les haches polies 
du Haut-Cambodge n'existe pas dans le pays. Il est aisé de i:^- 
marquer que certaines d'entre elles possèdent une légère incur- 
vation dirigée dans le sens de l'emmanchement*. Avec un peu de 
pratique on peut deviner sûrement la façon dont l'instrument a 
été emmanché et prévoir par conséquent son usage. Comme je 
Tai dit, les plus beaux échantillons proviennent des sépultures. 

Mes fouilles m'en ont fourni plus de mille. 



IX 

Objets de parure, — Poteries, — Le nombre des bracelets en 
pierre de formes diverses, des perles, pendeloques, etc., est très 
considérable. La station de An-Iuong-padau est la plus riche sous 
ce rapport. (Un seul squelette portait au cou huit cents perles de 
petite dimension.) Tous ces peuples eurent donc, comme les Cam- 
bodgiens et les Annamites d'aujourd'hui, un goût excessif pour la 
parure. 

Certains bracelets trouvés sur des squelettes de dimensions plus 
qu^ordinaires paraissent exigus et peu propres à permettre le 
passage de la main. Mais il ne faut pas oublier que les Chinois et 
d'autres peuples de la presqu'île indo-chinoise gardent, jusqu'à 
leur mort, les bracelets en jade et en jais qu'ils portent aux bras 
depuis leur tendre jeunesse. C'est ainsi, sans doute, que les 
hommes néolithiques du Haut-Cambodge emportaient dans la 
tombe leurs pamres et leurs attributs. 

Quarante poteries ont été retirées entières; il est ordinairement 
très difficile de les extraire intactes du conglomérat avec lequel 
elles font corps le plus souvent. Elles sont presque toujours 
fendues en de nombreux endroits par la pression des terres et 
leurs débris sont incalculables au sein des couches. 

En travaillant à ciel ouvert ou en pratiquant des galeries étayées 
et spacieuses, on pourrait arriver à les sauver presque toutes, en 
les dégageant du conglomérat et en les recouvrant d'une couche 
de résine quand elles sont en trop mauvais état. 

1. Cette incunration s'observe dans quelques haches scAndinaves. 



— 48 - 

forme allongée, sonl aujourd'hui en or ou en argent, au lieu d'être 
en pierre. 

Les pendants d'oreille, qui paraissent monstrueux à ceux qui 
n'ont pas vu la grosseur démesurée des morceaux d^or ou d'ivoire 
que les Cambodgiennes portent dans leurs lobes déformés, n'ont 
rien qui doive étonner. 

Contrairement à Tusage actuel, les hommes de Somrong-sen 
portaient les cheveux longs et noués derrière la tête. UépingU à 
cheveux manque rarement, en effet, dans les sépultures, et se 
trouve toujours dans la région occipitale. 

Les nombreux ossements de bêtes fauves, telles que félins, 
cervidés, bovidés, grands pachydermes, etc., prouvent que la 
chasse absorbait une partie de leur temps. 

Presque toujours ces ossements sont dispersés de côté et d'autre 
et portent la trace d'instruments tranchants. 

De tous les restes d'animaux, les os de rhinocéros sont de 
beaucoup les plus nombreux. On en chargerait de nombreux con- 
vois de chemin de fer I 

J'ai pu reconstituer des squelettes presque complets de ces 
grands pachydermes, déposés non loin des foyers parmi des 
débris de charbon et de poteries. 

Aujourd'hui, le rhinocéros a disparu de ces parages et il faut 
remonter jusqu'au Siam, à 4oo kilomètres, ou redescendre vers 
les plaines marécageuses de Long-than en Cochinchîne pour ren- 
contrer ces animaux. Et encore sont-ils très rares. 

Les restes humains retirés du sein des amas prouvent que la 
race de Somrong-sen avait une haute stature et se faisait remar- 
quer par une force très grande, ainsi que le témoignent les aspé- 
rités et dépressions des os longs, aux endroits des insertions des 
muscles. L'épaisseur de certains crânes atteint // et i2 milli- 
mètres. 

Les crânes sont franchement dolichocéphales. 

Malgré l'épaisseur de ses os et ses allures un peu sauvages, cette 
race a dû produire de bien beaux spécimens de la morphologie 
humaine ! 



Xlt 

tl ressort de ces découvertes que l'Indo-Chine fut primitivement 



— 49 — 

habitée par une race aux cheveux longs, au nez presque aquilin, 
à la démarche Oère, et qui se rattache par de nombreux carac- ^i 

tères anthropologiques, aux peuples de souche aryenne, issus de -j 

la presqu'île gangétique. 

Les Khmers, venus de Tlnde, la trouvèrent fortement constituée 
et arrivèrent à la dominer peu à peu. Cette invasion indienne 
n'eut pas un caractère essentiellement guerrier, mais plutôt paci- 
fique ; les relations commerciales et toutes de pénétration y jouè- 
rent un rôle prépondérant. 

Ce n'est que bien plus tard que la civilisation khmère, arrivée à 
son apogée, éleva les temples superbes qui font l'admiration des 
voyageurs. Les peuplades couïs, pnongs, rongs et moïs, qui habi- 
tent encore aujourd'hui les contrées inexplorées du Laos et du 
Haut-Cambodge, sont les représentants de cette fière race que les 
conquérants indiens trouvèrent établie dans le pays. 

Les Cambodgiens, tout en ayant conservé dans leurs mœurs, 
quelques pâles reflets de ces civilisations lointaines, ont assez 
purement conservé le type indien à travers les âges. Ce sont encore 
actuellement les mêmes danses, les mêmes cérémonies religieuses, 
les mêmes costumes que ceux que nous représentent les bas-reliefs 
des monuments khmers. 

L'architecture cambodgienne est une faible imitation de l'archi- 
tecture colossale des temples. 

Que reste-t-il aujourd'hui de cette brillante époque d'Ang-kor? 
Rien ou presque rien. 

La richesse des stations que j'ai fouillées contraste singulière- 
ment avec l'état de dénûment des villages établis à leur surface. 
Ici sous le sol, tout nous donne une impression d'aisance, de con- 
fortable et même d'abondance; là haut, à la lumière, dans les 
villages, règne partout la plus abjecte pauvreté. 

L'industrie cambodgienne est tellement primitive et grossière 
qu'on est forcé de reconnaître qu'elle se rapproche beaucoup plus 
de celle des kjôkkenmœdings que de l'époque brillante des temples 

Mais, si la nature marche vers le progrès avec la régularité d'un 
chronomètre, les peuples souvent reculent et suivent la loi qui 
régit toutes choses : « Naître, croître, progresser, décroître et 
mourir. » 

Pressé entre la civilisation chinoise et l'immigration annamite, 
le jour n'est pas éloigné où le peuple khmer, qui fut autrefois 
grand et fort, comptera sa dernière famille. 

GAOOB. HISTOR. IT DB8CRIPT. — VI. 4 



— 48 - 

forme alloagée, sont aujourd'hui en or ou en argent, au lieu d'être 
en pierre. 

Les pendants d'oreille, qui paraissent monstrueux à ceux qui 
n'ont pas vu la grosseur démesurée des morceaux d'or ou d'ivoire 
que les Cambodgiennes portent dans leurs lobes déformés, n'ont 
rien qui doive étonner. 

Contrairement à l'usage actuel, les hommes de Somrong-sen 
portaient les cheveux longs et noués derrière la tète. Uépingle à 
cheveux manque rarement, en effet, dans les sépultures, et se 
trouve toujours dans la région occipitale. 

Les nombreux ossements de bêtes fauves, telles que félins, 
cervidés, bovidés, grands pachydermes, etc., prouvent que la 
chasse absorbait une partie de leur temps. 

Presque toujours ces ossements sont dispersés de côté et d'autre 
et portent la trace d'instruments tranchants. 

De tous les restes d'animaux, les os de rhinocéros sont de 
beaucoup les plus nombreux. On en chargerait de nombreux con- 
vois de chemin de fer I 

J'ai pu reconstituer des squelettes presque complets de ces 
grands pachydermes, déposés non loin des foyers parmi des 
débris de charbon et de poteries. 

Aujourd'hui, le rhinocéros a disparu de ces parages et il faut 
remonter jusqu'au Siam, à 4oo kilomètres, ou redescendre vers 
les plaines marécageuses de Long-than en Cochinchine pour ren- 
contrer ces animaux. Et encore sont-ils très rares. 

Les restes humains retirés du sein des amas prouvent que la 
race de Somrong-sen avait une haute stature et se faisait remar- 
quer par une force très grande, ainsi que le témoignent les aspé- 
rités et dépressions des os longs, aux endroits des insertions des 
muscles. L'épaisseur de certains crânes atteint // et iJi milli- 
mètres. 

Les crânes sont franchement dolichocéphales. 

Malgré l'épaisseur de ses os et ses allures un peu sauvages, cette 
race a dû produire de bien beaux spécimens de la morphologie 
humaine I 



XII 
Il ressort de ces découvertes que Tlndo-Chine fut primitivement 



— 49 — 

habitée par une race aux cheveux longs, au nez presque aquilin, 
à la démarche Oère, et qui se rattache par de nombreux carac- 
tères anthropologiques, aux peuples de souche aryenne, issus de 
la presqu'ile gangétique. 

Les Khmers, venus de Tinde, la trouvèrent fortement constituée 
et arrivèrent à la dominer peu à peu. Cette invasion indienne 
n'eut pas un caractère essentiellement guerrier, mais plutôt paci- 
fique; les relations commerciales et toutes de pénétration y jouè- 
rent un rôle prépondérant. 

Ce n'est que bien plus tard que la civilisation khmëre, arrivée à 
son apogée, éleva les temples superbes qui font Tadmiration des 
voyageurs. Les peuplades couïs, pnongs, rongs et mois, qui habi- 
tent encore aujourd'hui les contrées inexplorées du Laos et du 
Haut-Cambodge, sont les représentants de cette fîère race que les 
conquérants indiens trouvèrent établie dans le pays. 

Les Cambodgiens, tout en ayant conservé dans leurs mœurs, 
quelques pâles reflets de ces civilisations lointaines, ont assez 
purement conservé le type indien à travers les âges. Ce sont encore 
actuellement les mêmes danses, les mêmes cérémonies religieuses, 
les mêmes costumes que ceux que nous représentent les bas-reliefs 
des monuments khmers. 

L'architecture cambodgienne est une faible imitation de l'archi- 
tecture colossale des temples. 

Que reste-t-il aujourd'hui de cette brillante époque d'Ang-kor? 
Rien ou presque rien. 

La richesse des stations que j'ai fouillées contraste singulière- 
ment avec l'état de dénûment des villages établis à leur surface. 
Ici sous le sol, tout nous donne une impression d'aisance, de con- 
fortable et même d'abondance ; là haut, à la lumière, dans les 
villages, règne partout la plus abjecte pauvreté. 

Liodustrie cambodgienne est tellement primitive et grossière 
qu'on est forcé de reconnaître qu'elle se rapproche beaucoup plus 

de celle des kjôkkenmœdings que de l'époque brillante des temples 

Mais, si la nature marche vers le progrès avec la régularité d*un 
chronomètre, les peuples souvent reculent et suivent la loi qui 
régit toutes choses : « Naitre, croître, progresser, décroître et 
mourir. » 

Pressé entre la civilisation chinoise et l'immigration annamite, 
le jour n'est pas éloigné où le peuple khmer, qui fut autrefois 
grand et fort, comptera sa dernière famille. 

GioOR. HISTOR. IT DB8CR1PT. — VI. 4 



— 50 — 

Ils Boat à peine aujourd'hui huit cent mille ! 

L'esclavage et le despotisme ont éteint chez eux tout élan géné- 
reux et libre, et, tandis qu'à ses côtés, TAnnamite travaille et 
progresse, le Cambodgien vit dans Ténervemenl et dans la plus 
profonde indifférence. 

L'archéologie préhistorique nous réserve en Indo-Chine bien 
des surprises. 81 je devais tracer un plan aux chercheurs de 
l'avenir, je leur conseillerais de découvrir dans les montagnes de 
Pursat et de Phnom-chereu les nombreuses stations de la pierre 
éclatée qui existent, j'en ai la preuve, sur le versant oriental de 
la chaîne ; de suivre pas à pas les progrès des sociétés primitives 
dans la plaine, jusque sur la rive droite du lac, 0(1 les kjôkkenmœ- 
dings s'échelonnent. En descendant le bras du Ton le-sap ils 
trouveront sur les deux rives de nombreux amas coquilliere qu'il 
faudra disputer à la forêt impénétrable, et redescendront vers 
Phnom-penh pour remonter le Mé-kong jusqu'aux frontières du 
Laos, pays du bronze. Quelle belle perspective! 

Je ne doute pas que de sérieux efforts, dirigés dans ce sens, 
soient couronnés par un éclatant succès et rendent d'inappré- 
ciables services à l'histoire de l'homme. 

Les peines et les privations que j'ai endurées, les sacrifices que 
j'ai dû m'imposer seront largement atténués, si j'ai fait entrevoir 
les richesses archéologiques d'un pays qui n'a reçu, jusqu'ici, 
que quelques pâles lueurs de l'histoire et si j'ai réussi à tracer un 
programme aux chercheurs qui viendront après moi, dans cette 
grande presqu'île aujourd'hui française, que les savants étrangers 
connaissent, hélas I bien mieux que nous. 



— 51 — 



3 

o 



NOTE SUR ON CRANE HUMAIN TROUVÉ DANS LES ALLUVIONS ANCIENNES 
DU MÉ-KONG A PHNOM-PENH (CAMBODGE) 

En creusant un puits à 200 mètres environ du fleuve, les ouvriers an- 
namites rencontrèrent à 7™,5o de profondeur un crâne humain solide- 
ment encastré dans Targile. Appelé immédiatement sur les lieux, j'arri- 
vai, non sans quelques difficultés, à enlever le crâne parfailcmont intact. 

A la profondeur de 7",5o, les ouvriers puisatiers avaient traversé quatre 
couches d'alluvion bien distinctes. 

^ ( La première f la plus épaisse, se composait d'une terre argileuse 
^» ( légèrement rougeâtre mélangée de détritus organiques. 

•^g C La seconde^ d'un aspect plus rougeâtre encore et presque sem- 
g ( blable comme composition à la première. 

10^ ( La troisième, — Argile noirâtre très compacte et tout à fait sem- 
blable à l'argile du lit du fleuve dont les briquetiers se servent 
pour fabriquer les tuiles et la poterie à Phnom-penh. 

o ( La quatiième couche qui renfermait le crâne humain avait om,5o 
"c^ i ^'^P<iisseur au moment de la trouvaille et n'a pas été complète- 
® ( ment traversée, argile noirâtre, mélangée de graviers. 

Aucun débris de poterie, aucun instrument pouvant permettre de dater 
l'époque. Pourtant il était aisé de reconnaître que le terrain n'avait pas 
été remanié. A l'époque des basses eaux la différence de niveau est à cet 
endroit de près de 9 mètres, sur la berge, et il a été facile de constater à 
l'inspection de la coupe, que les couches correspondaient identiquement 
à celles que les Annamites avaient traversées en creusant le puits. 

Malgré les recherches des ouvriers auxquels j'avais promis une prime, 
la mâchoire inférieure n'a pu être retrouvée. Aucun ossement, du reste, 
ne se trouvait dans le voisinage. Le crâne date donc bien de l'époque du 
dépôt et semble avoir été roulé. 

L'intérieur de la boîte crânienne est encore à moitié remplie d'argile *. 

Grand développement de la partie postérieure; arcades sourcilières 

I. A l'époque de rinondation les crues du Mé-kong atteignent parfois 11 et 
ij mètres à Phnom-penh où la moyenne des hauteurs de la berge est de ii^,bo, 

A Kra-tié, haut fleuve, elle est de 17 mètres et de 18 environ à Sambor (ra- 
pides de Sambor). 

Sumbor, dernier poste français, sur la frontière siamoise. Station préhisto- 
rique dans le voisinage. 



— 52 — 

bien marquées. Région occipitale projetée en arrière. Front fuyant et 
étroit relatÎTement à la partie postnieure. 

Ce crâne, malgré quelques notables diflerences, appartient, je crois, â 
la race actuelle qui habite le Cambodge et le Siam [race khmère an- 
cienne] *. 



X Les Gambodgieiis D*eiiterreat jamais leurs morts profondément. Le plus 
souvent, le cercueil est simplement déposé sur le sol et tapissé extérieurement 
d*une couche d'argile. Us construisent ordinairement un petit abri en feuilles 
de palmier d*eau ou en chaume pour garantir la tombe contre les intempéries, 
en attendant que le moment de la crémation soit venu. 

Les pauvres n*ont pas de cercueil et sont enterrés à 0^,20 de profondeur, et 
même moins, dans une natte sordide. Parfois ce sinistre paquet est confié an 
courant du fleuve et il m'est souvent arrivé dans mes nombreux voyages i 
travers les inextricables arroyos du Cambodge, de Toir des cadaTres ainsi em- 
paquetés le long de mon bateau. Les rameurs écartaient nonchalamment cette 
pourriture et continuaient leur route en chantant 

Pendant le choléra de 1887, j'ai vu les chiens déterrer les cadavres, dans les 
environs de Phnom-penh et se repaître dlmmondes lambeaux de chair. 

Les corps des riches sont souvent brûlés quelques jours après leur mort, 
parfois après plusieurs années. Cette cérémonie est l'occasion d'une fête splen- 
dide et de copieuses libations. 



— 53 — 



LE DKRVAZ ET LE KARATÉGBINE 

TRADUIT DU RUSSE DE M. ARANDARENKO 
PAR M. GRENARD 

Les glaciers éternels de la chaîne de TAlaï et du plateau de 
Pamir, au sud du haut massif du Tian-Chan, envoient dans la 
direction du sud-ouest deux rivières considérables, le Kizil-Sou 
ou Sourkh-Ab, et, plus au sud, le Piandj, rivières dont la réunion 
près du village de Saraï-Katagone, dans le heyiik de Kourgan- 
Tioupé, forme le plus grand fleuve de TAsie centrale, TAmou-Da- 
ria. De ces deux rivières, le Sourkh-Ab et le Piandj, quelle est celle 
qui doit être considérée comme la source de TAmou ? C'est une 
question à laquelle beaucoup hésitent à répondre, parce que le 
cours supérieur de ces deux rivières est peu connu, mais les 
montagnards indigènes des environs reconnaissent dans le Piandj 
TAmou-Daria supérieur; le Piandj, en effet, fournit une plus 
grande masse d'eau; il est dominé par des chaînes de montagnes 
plus considérables, et son cours est une fois et demie plus long 
que celui du Sourkh-Ab. Les deux rivières sont séparées par la 
chaîne de Pierre le Grand qui, avec ses nombreuses ramiOcations 
ayant des noms locaux, atteint sous le méridien de Kokand, à 
partir de la vallée du Khingâb, une largeur de 120 verstes. 

Comme, d'après la nomenclature admise par les indigènes, les 
chaînes de montagnes et leurs ramifications portent des noms de 
rivières qui y prennent leur source, Ténumération des affluents 
du Sourkh-Ab et du Piandj , d'après les dernières informations 
géographiques tirées des voyages faits dans TAlaï, dans le Kara- 
téguine et le Dervaz par les naturalistes Ochanine, Smirnof et 
Regel, accompagnés de topographes, expliquera, croyons-nous, 
tout le caractère du massif montagneux du haut bassin de TAmou- 
Daria. 

1* Le KizilSou, qui prend au milieu du Karatéguine le nom de 
Sourkh-Ab, et, à partir du village de Diourtkoul, celui de Vaguich 
(Vach) prend sa source dans les monts Alaï et reçoit sur sa rive 
droite les afSuents suivants: le Zankou, le Kovout-Jasman, le 



— 54 — 

Khyntch, le Sor-Boug, le Tagaba, le Poumbatchî, le Moudjîgaror, 
le Khakimi, le Lougour, rAbiguerm, Sur sa rive gauche, il reçoit 
leMouk, le Nouchar, le Fatkhabot, le Kouglik, le Khidjbarak, le 
Rounaou^le Kliingùb, le Zimonak, le Rogan, le Khoja-Veli-Châh. 
De ces affluents, les plus importants pour la masse de leurs eaux 
et le nombre de leurs branches sont le Mouk, le Zankou, le Sor- 
Boug, le Kovout et le Khingâb qui se jette dans le Sourkh-Ab, près 
du village de Pandaoutchi après avoir arrosé Vakhia et Khoulass. 

2* Le Piandj, sur le territoire du Dervaz, est, en certains en- 
droits, resserré jusqu'à n'avoir que lo sagènes (ai™,34) de large, 
par des montagnes aux neiges éternelles; il reçoit les affluents 
suivants en commençant en amont : à droite, Tlazguilon, le 
Vantch (long de loo verstes), le Pichkharv, le Kyrgavat, le Voul- 
khorouk, le^Djarf, le Djarf-Païa, le Khimbaou, le Patkounaou, le 
Jaghyt, le Djokaou, le Zagaraou; à gauche, le Djachtak, le Maï- 
moï, le Djavakhou, le Khodor, le Goumaï, le Sanlytch, le Phou- 
lon, le Koufaou (long de i5o verstes). 

La haute rive du Piandj supérieur, ainsi que les vallées des 
affluents et de leurs branches, est occupée par les villages du 
Dervaz, le dernier beylik de Boukhara du côté de Test; au nord, 
le Dervaz touche au Karatéguine, beylik arrosé par le système du 
Kizil-Sou — Sourkh-Ab. 

Borné au sud par les montagnes du Badakhchan, au nord par 
le Karatéguine, à Test par le Raouchan-Choungan et à Touest par 
les beyliks de Koulab et Baldjouan, le territoire du Dervaz a une 
longueur générale d'environ 4oo verstes et une largeur, avec les 
chaînes longitudinales, de lao à 60 verstes. 

Dans le Dervaz, les plus larges vallées du Piandj et du Khingftb, 
se dirigeant de Test vers le sud-ouest et le nord-ouest, coupent des 
montagnes de schiste siliceux et argileux, et par places de schiste 
talqueux^ en couches tantôt verticales, tantôt obliques. Les roches 
cristallines affleurent en beaucoup d'endroits (sur le Khingàb, le 
Khoumbaou, le Sagrydacht, le Koufaou), et parmi ces roches c'est 
le granit qui couvre le plus grand espace; mais on trouve aussi 
des calcaires carbonifères. Le plus grand développement des 
roches cristallines se remarque dans le sud du Dervaz, les pentes 
des couches septentrionales sont plus douces que les méridionales, 
ce qui explique que les affluents de gauche du Piandj et du 
Sourkh-Ab sont plus longs et plus abondants. Ainsi, le plus grand 
affluent de gauche du Piandj, dans le Dervaz, le Koufaou, a 



— 55 — 

i4o yerstes de longueur. Coupant le territoire du Deryaz de Test au 
nord-ouest, l'affluent de gauche du Sourkh^Ab, le Khingàb a une 
longueur d'environ 25o verstes et quinze affluents secondaires plus 
ou moins considérables, nommément : TArzoung, le Langar, le 
Raynaouj le Loughi-Kharii, le Sabzy-Khorf, le Khoma-Poulat, le 
Jazgan^ le Ribat*Va], le Chour, le Chokaou^ sur la rive droite; le 
Goundar-Sogrydacht, le Polizak, le Khorsong, sur la rive gauche. 

Presque tous les affluents supérieurs du Piandj et du Sourkh- 
Ab sont alimentés par des glaciers latéraux qui sont recelés dans 
les défilés à une hauteur de 12 à i5,ooo pieds et sont accompa- 
gnés de moraines de cailloux de diverses espèces. 

Quelques rivières (le Khingàb, le Sagrydacht, le Jazilou, leKou- 
faou) roulent de menus grains et de minces feuilles d'or^ que les 
montagnards débarrassent de la gangue par le lavage. Outre l'or, 
comme objet d^exploitation, on rencontre dans le Dervaz du 
soufre sur le Khingàb et une riche mine de fer sur le Vantch. 

La végétation forestière^ arbres et arbrisseaux, est très pauvre 
dans le Karatéguine comme dans le Dervaz, 

Les arbres [Vartcha^ le bouleau^ Férable, le pommier sauvage, 
le poirier, le noyer, le peuplier blanc, le saule, le frêne) ne se 
rencontrent nulle part en bois compacts, mais ils sont dispersés 
sur les pentes des monts et dans des fissures inaccessibles, en 
individus isolés assez loin les uns des autres. En fait d'arbres cul- 
tivés, on trouve dans les jardins le mûrier blanc, Tabricotier, le 
prunier, le poirier, le pommier, le cerisier et rarement la vigne. 

La plus grande quantité d'arbrisseaux (Vépine-vinette^ Taubé- 
pine, l'amandier piquant, le nerprun, le genévrier, le néflier, 
divers églantiers, le tamaris) couvre les deux rives du Khingàb et 
de ses affluents; mais, en général, la végétation forestière est 
sensiblement insuffisante pour la construction et pour le chauffage 
des habitations. Presque tous les indigènes du Dervaz et du Kara- 
téguine se chauffent avec du fumier. 

En revanche, la z6ne des herbages dans les montagnes du Ka- 
ratéguine, et particulièrement sur les bords du Khingàb dans Iç 
Dervaz, est abondante et variée ; la garance et Tabsinthe y domi- 
nent. La richesse des herbages y attire Tété, du Hissar, du Bal- 
djouan, du Koulab, du Boïssoun^ des masses de moutons, de bé- 
tail à cornes (sur le Khingàb) et de chevaux (dans la vallée du 
Dachty-Bidon, près du confluent du Khingàb avec le Sourkh-Ab). 
Ces troupeaux sont conduits, les uns par leurs maîtres nomades, 



— So- 
les autres par de simples bergers. Les gros moutons à la queue 
grasse, les grands chevaux aux os larges, au nez bossue, des gens 
du Hissar, errant en troupeaux sur le bord des rivières et le peu- 
chant des montagnes, s'y engraissent rapidement et attirent des 
marchands de Boukhara, Samarkand, Ouratioubé, qui, en échange 
des marchandises qu'ils apportent, indiennes, matay étoffes de soie 
rayées, alatcka, coutil, calicot, peignes, miroirs, bracelets et col- 
liers communs) acquièrent un mouton pour la valeur de 4^6 rou- 
bles, un cheval pour ao à 4o roubles, une tète de bétail à cornes 
pour 8 à ao roubles. Le commerce en gros ne porte que sur 
les moutons, sur les chèvres et en partie sur le bétail à cornes ; 
quant aux chevaux, un seul marchand n'en achète pas plus d*une 
dizaine. Les marchands mènent leurs troupeaux par les plus 
courts chemins frayés depuis longtemps à travers les montagnes. 
Ils acquittent, au profit du gouvernement, en certains endroits 
des beyliks où ils passent, une taxe de 20 kopeks par cheval, 10 
par àne ou tête de bétail à cornes^ 5 par tête de petit bétail. Les 
endroits de péage sont le pont de Nourak, à travers le Sourkh-Ab, 
sur la route qui de Baldjouan mène au Karatéguine, à la vallée du 
Syr-Deria et à Hissar, et un point de la steppe, à Hissar-Pirchad, 
sur la route de Boukhara. 

Quoique les fonctionnaires boukhariotes assurent que la taxe 
(^l, bâdj) est uniquement consacrée à l'entretien des ponts sur le 
passage des bestiaux, en réalité la somme entière que rapporte 
la taxe, environ 60,000 roubles, entre dans le trésor des beysou 
indirectement dans celui de l'émir; mais les opérations des collec- 
teurs sont attentivement contrôlées, non seulement par les beys, 
mais encore par des fonctionnaires spéciaux commissionnés par 
Témir lui-même. 

L'absence de forêts dans le Dervaz, l'insignifiance de la végé- 
tation arborescente, la nature du climat avec de longs hivers 
(i5 septembre- 1*' mai) où la neige tombe en abondance, avec une 
température estivale de -(- 16", un froid hivernal qui atteint — 35** 
pendant les orages fréquents en cette contrée, tout cela se réper- 
cute sur le règne animal, sur la manière de vivre et le caractère 
du montagnard, comme nous l'expliquerons plus loin. En fait d'à- 
maux sauvages, on rencontre, dans le Dervaz et le Karatéguine, la 
panthère, Tours brun, le loup, le renard, la martre, le bélier 
sauvage, la chèvre montagnarde, la marmotte, le sanglier et le 
lièvre. Parmi les poissons domine le barbeau. 



— 57 — 

Parmi les animaux domestiques, la première place appartient 
au bétail à cornes, d'assez petite taille, que Tabondance du four- 
rage permet d'élever, en petit nombre, du reste, pour la vente, 
les besoins du ménage et le chaufiage. Ensuite viennent une très 
petite espèce de brebis à la queue non grasse, et une espèce de 
chèvre qui se distingue par un poil excellent. Les chevaux et les 
ânes sont en très faible quantité ; seuls, les montagnards riches, ou 
qui ont fait le service militaire, en possèdent et n'en possèdent 
qu'un seul chacun. En fait d'oiseaux, on trouve partout dans les 
montagnes la perdrix, çà et là Voular, le choucas des Alpes, la 
tourterelle, la colombe, etc. La plupartont un plumage qui les dis- 
tingue d'une façon tranchante des oiseaux des basses vallées, 
comme cela se remarque aussi pour la poule domestique com- 
mune. 

On trouve encore, en fait d'animaux domestiques, le paon, 
apporté de l'Inde ainsi que le chien de chasse. Ces chiens sont 
abâtardis, mais n'ont pas perdu leur aptitude à la chasse que les 
montagnards pratiquent sur une grande échelle. ^ 

Nous sommes obligé de parler ici en même temps du Dervaz, 
sur le cours supérieur du Piandj et du Khingâb,et du Karatéguine 
qui occupe la vallée étroite du Kizil-Sou-Sourkh-Ab sur une lon- 
gueur de 35o verstes; car ces deux contrées sont intimement liées 
au point de vue géographique, politique, ethnographique; leur 
nature physique est très analogue, la vie y est la même, et leurs 
habitants ont les mêmes idées sur le monde et les mêmes qualités 
morales. 

Avant de parler de la vie des montagnards, de leurs coutumes, 
de leur caractère, de leurs occupations, de leurs relations avec 
leurs voisins, indiquons, aussi complètement que possible, le sort 
passé et présent de ces pays; faisons connaître leur situation 
administrative d'aujourd'hui, leurs forces de production et les 
divers impôts qui y sont établis. 

En l'absence de toute espèce de documents historiques sur le 
Dervaz et le Karatéguine, la vie politique passée de cette région 
ne peut être esquissée que d'après les traditions seules, très dignes 
de foi, d'ailleurs, à cause du penchant qu'a une peuplade ren- 
fermée de transmettre à la postérité des récits sur les exploits des 
ancêtres, sur l'histoire de son propre pays et des pays voisins. 

La situation géographique du Dervaz, ses montagnes aux neiges 
perpétuelles, ses routes dangereuses, son isolement, son éloigne- 



— 58 — 

ment des plaines, où les Arabes, les Mongols, les Turcs, les Euz- 
beks ont signalé leursexploits, déterminent absolument sa destinée 
historique et son insignifiance politique. D'après tous les témoi- 
gnages^ on peut affirmer que le Dervazet le Karatéguine n'ont pas 
pris part à l'histoire générale de TAsie centrale, qu'ils n'ont eu sur 
son développement qu'une influence indirecte, en abritant dans 
leurs défilés contre les envahisseurs étrangers les aborigènes des 
vallées de TOxus et de Tlaxarte, les anciens Perses du culte de 
Zoroastre^ et les débris de l'armée d'Alexandre, qui conservent 
par tradition le souvenir de leur ancienne qualité d'étrangers et 
de conquérants d'où ils ont tiré le nom de Châh-Evladi-Iskender. 

Cependant, malgré leur isolement, le Dervaz et en partie le Ka- 
ratéguine, à cause de Textréme pauvreté de leur sol et du peu de 
ressources qu'ils offrent, ont toujours été étroitement unis par des 
liens économiques aux beyliks voisins relevant de Boukbara ou 
de Kokand. Cet état de dépendance économique forcée a depuis 
longtemps entraîné ces pays dans les fréquentes agitations poli- 
tiques ^e l'Asie centrale, qui ainsi ont influé sur leur destinée 
quoiqu'à un degré très faible, 

On sait que le Dervaz fut autrefois gouverné par Kirghiz-Khan, 
lieutenant et propre fils du hardi conquérant et habile adminis- 
trateur Abdoullah-Khan, khan de Boukbara (1Ô38-1597). Kirghiz- 
Khan donna le nom de Kalaï-Khoum (^ luiî) à sa capitale, sans 
doute parce qu'il y trouva un énorme vase de granit, qui y 
est conservé, ouvrage, assure-t-on, des compagnons d'Alexandre 
réfugiés dans la « prison {zindân) de Hazret-Souleiman ». comme 
les montagnards eux-mêmes nomment le Dervaz à cause de sa 
nature inaccessible et sauvage. Mais ce pays, ayant trompé Tes* 
pérance qu'avait conçue Abdoullah-Khan d'y trouver des richesses 
minérales, ce conquérant s'efforça de frayer une route plus courte 
vers l'Inde, et construisit un caravansérail de briques sur le che- 
min de Badakhchan. Bientôt après le Dervaz fut délivré du joug 
de Boukhara et demeura longtemps sous l'autorité de rois indi- 
gènes. Ce fut pour le Dervaz l'époque politique la plus brillante 
et la plus troublée. Ces princes indigènes s'emparaient du pouvoir 
suprême, soit par des usurpations ouvertes et la destruction de 
leurs adversaires, soit par des intrigues de partis et des querelles 
de familles; alors une oligarchie se formait, qui s'engraissait aux 
dépens des faibles, jusqu'à ce que le parti d'un nouveau préten- 
dant se fût fortifié et eût escaladé la citadelle (ark) de Kalaï^Kboum 



— 59 — 

sur le mont Noch-Vachim, pour crier au roi ; « Va-t'en! nous ne 
voulons plus de toi. » 

Jamais au temps des chahs indigènes les montagnards ne furent 
tranquilles, soit à cause des querelles entre les parents du roi, 
ordinairement investis du gouvernement de provinces détachées 
(Khoulass, Vakhia, Vantch) et qui s'efforçaient de mettre à leur 
tour la main sur la province plus séduisante de Kalaï-Khoum, 
soit à cause des tentatives sans cesse renouvelées des chahs pour 
soumettre à leur puissance les pays voisins de Ghougàn, Raou- 
chûn, Karatéguine et Baldjouân^ où dominait aussi l'oligarchie la 
plus déréglée, qui facilitait aux turbulents princes du Dervaz 
Taccomplissement de leurs plans de spoliation. 

Laissant de côté l'histoire du Dervaz après Kirghiz-Khan nous 
citerons seulement les chahs indigènes de notre siècle. Mouzrab- 
Chàh (1812-1822) a laissé la mémoire d'un prince sage entre tous. 
Après lui régnèrent Châh-Turk (i822-i83oX Ibrahim-Châh (i83o- 
1837), Sultan-Châh (1837-1 845), Ismaïl-Châh-Ibrahim-Chakhof 
(i845-i863), Châh-Dervaz-Ismaïl-Chakhof (1863-1870) et enfin Sy- 
radjidin-Sultan-Chakhof (1870-1876). 

Sous Ismaïl-Châh les Dervaziens réussirent non seulement à 
établir leur suzeraiueté sur le Karatéguine et le Chougân dont 
ils firent des vice-principautés, mais encore à rendre tributaires 
le Koulab et le Hissar malgré leur résistance. Mais lorsque, enivré 
du succès de quelques escarmouches contre les Koulabiens, Ismaïl- 
Châh essaya d'étendre sa domination plus loin vers l'occident, il 
finit par être fait prisonnier par le prince de Koulab, Sary-Khan, 
et le Dervaz perdit non seulement le Karatéguine mais aussi ses 
meilleures provinces sur le Khingàb, Vakhia et Khoulass. Après 
la résistance victorieuse de l'énergique Sary-Khan, qui, à la suite 
de son triomphe sur le Dervaz, parvint à réunir sous sa domina- 
tion le Hissar, le Baldjouân et le Karatéguine, les successeurs 
d'Ismaïl-Chah, pour conserver au moins le Dervaz central, recher 
chèrent l'appui de l'émir de Boukhara. La politique de Syradjidin 
(1870-76) le conduisit d'abord à se constituer vassal de l'émir à 
qui il alla offrir des présents [tartouk) à Chehrisebz, puis à perdre 
son indépendance personnelle, à. se faire dépouiller de son titre 
de chah par Mouzaffer-Khan, et enfermer dans la citadelle de 
Boukhara. Quant au Dervaz il devint un beylik de Boukhara, 
comme le Hissar et le Koulab l'étaient depuis 1868, le Karatéguine 
depuis 1869 : il fut réduit dans l'hiver de 1877 par un détache- 



— 60 — 

ment des troupes de Témir sous les ordres du général KhoudaY 
Nazar Parmanatch, ^près une résistance insignifîante des mon- 
tagnards. 

Aujourd'hui le Dervaz est administré par un bey de Témir, 
rénergique Mourad-bey qui réside constamment à Kalaï-Khoum. 
Il a à sa disposition une garnison d*un bataillon de fantassins 
boukhariens {j^.j^y serbaz) au grand mécontentement de ceux qui 
ont à faire un service pénible dans cette lointaine prison mon- 
tagneuse privée pendant la moitié de Tannée, en cas d'avalanches 
ou de tourbillons de neige, de toute espèce de communication 
même avec le pays le plus proche, le Karatéguine*. 

Les traditions orales du Karatéguine rapportent que les pre- 
miers habitants furent les Kirghizes Kara et Téguine du pays de 
Kokand, dont la contrée reçut le nom. Toutes les traditions s'ac- 
cordent à dire que jusqu'en 1868 le Karatéguine fut indépendant 
et gouverné par une oligarchie de princes hériditaires. Mais, 
comme les prétendants à cette dignité étaient partout très nom- 
breux dans le Karatéguine comme dans le Dervaz, chaque fois 
qu'un prince mourait, s'élevaient des querelles entre compétiteurs 
et des discordes intestines. Cela affaiblit l'état politique du Kara- 
téguine au point que le peuple même sentit la nécessité d'un 
gouvernement plus stable. A leur tour, ses puissants voisins de 
Boukhara et de Kokand se disposèrent à faire leur profit de ce 
morceau de territoire de 5oo verstes de longueur. L'émir de 

X. Nous citerons ici les passages à travers les montagnes qui relient le Deryaz 
avec le Karatéguine et ce dernier avec le Fergana et la vallée du Zaravchan : 
i<> en commençant par en haut, Agba (passage) Kardoni-Kaftar, du village 
DjUandi (Karatéguine) à Langar (Vakhia supérieure) ; 3^ Agba Agataï, du village 
Outal à Argonk (Yakhia) ; 3° Agba Saganaki de Almalyk à Laïroun (Yakhia) ; 
4<* Agba Louli-Kharvi, de Ganicha à Ichtion ; 5° Agba Falouma, de Falouma à 
Sabzy-Khor; 6* AgbaDoucha-Khakou, deZigbit à Doucha-Khan ; 70 Agba Ghakh- 
Kondag, de Makhol à Chakaou (Khoulass) ; 8» Agba Yadoutch, de Yadoutch au 
Possououn; 9® Agba Toundak, du village Yakhak (Karatéguine) à Gondara 
(Baldjouàn) ; W* Agba Namok, de Rogon (Karatéguine) à Ghaîdon (Baldjouàn) ; 
ii« Agba Khoch-Kharf, de Talkhk-Tchachma à Koutdouz-Zaman (Baldjouàn). 
Tous ces passages sont à gauche du Sourkh-Ab ; à droite sont les passages sui- 
vants : i» Kitchik-Kara-Mouk qui mène au village Ouloug-Kara-Mouk (district 
de Marghelan) ; a* Gadaili, de Pitokoul (sur Zankou) à Hazret-Chàh-Mardan (Fer- 
gana) : 30 Koumbel, de Tandy-Koul (sur Zankou) à Soukh (Fergana) ; 4® Kara- 
Kouch-Khan, de Zaour à Zardoli : 5" Toutak, de Yarktch à Zardoli (Fergana) ; 
6*Matcha, de Nazar- Aïlak à Hazret- Moussa (sur le Zaravchan supérieur); l» Pak- 
chir de Garif à Pakchif (sur le Zaravchan). 



— 61 — 

Boukhara aujourd'hui régoant a été plus heureux en cela que ses 
prédécesseurs. 

En i868 le maitre indépendant du Koulab, Sary-Khan voulant 
mettre ses provinces à Tabri des tentatives de l'émir de Boukhara, 
essaya de conclure une alliance militaire avec le Karatéguine. 
Mais le prince d'alors Mouzaffer jugea dangereux pour lui-même 
d'accepter une telle proposition et il envoya la lettre de Sary-Khan 
à rémjr de Boukhara. Irrité de la conduite perfide de son beau- 
père, Sary-Khan envahit avec un détachement considérable le 
Karatéguine, s'en empara en quelques jours et fit prisonnier Chah 
Mouzaffer. Mais les affaires du Koulab ne se rétablirent pas. Force 
fut à Sary-Khan de précipiter son retour à la nouvelle de l'inva- 
sion de l'émir dans le Koulab. Il dut renoncer à sa conquête et, 
après la signature 'd'une promesse de secours, laissa le Karatéguine 
sous l'autorité du même Mouzaffer, son parent. Bientôt et presque 
en même temps les deux princes intraitables de Karatéguine et 
de Koulab perdirent leur souveraineté. En un mois et demi le 
Karatéguine fut pris par un corps de troupes de Kokand sous le 
commandement de Ghir Aly Pansad, et en même temps l'armée 
de l'émir de Boukhara s'empara du Koulab sans beaucoup d'efforts. 
Sary-Khan réussit à s'enfuir à Kaboul, mais Mouzaffer-Ghâh fut 
envoyé comme prisonnier de guerre au khan de Kokand, Khou- 
daïar. 

Mais Ghir Ali Pansad lui-même ne resta pas longtemps dans le 
Karatéguine. Lorsque l'armée de l'émir, après la prise de Koulab, 
s'approcha de la place forte de Guerm à la frontière occidentale, 
Pansad s'enfuit avec son petit détachement dans le khanat de 
Kokand par le même chemin qu'il était venu, à travers le Kitchi- 
Karamouk. Le Karatéguine fut pris par les Boukhariens et l'émir 
y envoya comme gouverneur Mohammed Rahim Pchouk (le 
camard). Depuis cette époque cette partie considérable et relati- 
vement riche du Kohistan est restée complètement dépendante de 
Boukhara. 

Depuis l'occupation effective du Dervaz par les Boukhariens, 
les montagnards du Piandj, du Khingâb, du Sourkh-Ab et aussi 
les gens du Chougàn^ qui avaient fourni beaucoup d'esclaves à 
Boukhara par suite des invasions des Dervaziens, commencèrent 
à mener une vie paisible, calme et laborieuse. Le bey, contrôlé 
par un système d'espionnage qui est très développé en Boukharie 
et par des fonctionnaires envoyés chaque année pour inspecter 



— 62 — 

les troupes et la conduite du bey, instruit eu outre par le supplice 
infligé en 1880 à son prédécesseur Davlet-bey, gouverne avec mo- 
dération, met la population à Tabri de toute injure et de toute 
vexation de la part des amlakdar placés sous ses ordres. 

Aujourd'hui Torganisation administrative du Dervaz et du 
Karatéguine est la même que dans les autres beyliksde Boukhara. 
Tout le Dervaz se divise en six districts et le Karatéguine en sept 
dictricts dont chacun a pour chef un amlakdar choisi parmi les 
parents du bey avec un nombre déterminé de nouker, ou cava- 
liers de milice, choisis parmi les notables du pays, non pas tant 
pour leur faire faire un service quelconque que pour avoir en eux 
un moyen d'influence sur la population. 

Ces noukers sont recrutés par enrôlement volontaire parmi les 
montagnards distingués soit par leur naissance soit par leurs ser- 
vices; ils reçoivent des grades boukhariotes ; on leur donne des 
robes en présent, et, en guise de traitement annuel, une certaine 
quantité de grains, proportionnellement au grade, depuis 100 bat- 
mans au colonel jusqu'à 12 au simple nouker (alaman). 

Les rôles comptent six cents hommes pour le Dervaz et quatre 
mille pour le Karatéguine. Ces derniers reçoivent un traitement 
inférieur de moitié à celui des Dervaziens et leur effectif diminue 
graduellement par suite des manœuvres du bey de Karatéguine 
Khouda-Nazar-divan-bey (généralissime) en vue d'augmenter le 
revenu qu'il tire de son beylik. Sans doute le système suivi 
aujourd*hui dans le Karatéguine en ce qui concerne les noukers 
se justifie pleinement par la tranquillité complète dont jouit cette 
contrée, par l'absence de tout service de la part de cette milice, 
par Tinutilité de son influence sur les montagnards^ par la dépense 
sans profit des trois quarts des revenus pour son entretien; mais 
le gouvernement de l'émir ne se décide cependant pas à supprimer 
définitivement dans tous les beyliks cette très nombreuse et peu 
utile milice de cavaliers, héritage du conquérant Tchinguiz-Khan. 
A plus forte raison l'exemple du Karatéguine ne peut-il être suivi 
par le Dervaz, soumis depuis peu de temps, où les noukers servent 
jusqu'à un certain point de médiateurs entre la population et 
l'administration et où la perception des impôts n'est possible que 
par le concours de fonctionnaires choisis parmi les montagnards 
eux-mêmes. 

Le système des impôts dans le Dervaz et le Karatéguine est 
encore aujourd'hui le même qu'il a toujours été. L'amlakdar, qui 



— 63 — 

a dans son ressort un district de quelques dizaines ou centaines 
de villages [kichlak), perçoit au temps des moissons un kharadj 
de un dixième sur le produit des céréales et sur les fruits récoltés 
du mûrier blanc et en outre un mouton sur chaque propriétaire de 
maison, indépendamment de la quantité de bétail qu'il possède. 
Cet impôt se nomme tankha. Outre ces impôts réguliers, établis 
depuis un temps immémorial, tout propriétaire doit, en hiver, 
fournir le chauffage ù son nouker et de la paille pour les animaux; 
il doit aussi donner vingt kopeks pour frais de route en cas d'ex- 
pédition au delà des frontières du Dervaz ou du Karatéguine. Il 
arrive que cette milice de cavaliers et particulièrement les officiers 
(ameldar) prélevant pour eux-mêmes une taxe qui n'est pas mé- 
diocre sur les villages qui leur sont assignés par le bey, com- 
mettent des abus, extorquent des sommes plus considérables que 
celles qui sont fixées. Ce système pèse en général lourdement sur 
la population ; mais au moins le bas peuple est-il à présent affran- 
chi de la corvée qu'il devait aux gros propriétaires, sous les rois 
héréditaires du pays. 

En fait, le produit des impôts dans ces beyliks montagneux est 
tout à fait insignifiant; les finances du Dervaz ne suffisent pas 
même à couvrir les dépenses nécessaires à Tentretien d'un ba- 
taillon à Kalaï-Khoum. 

En joignant aux deux sortes d'impôts mentionnés ci-dessus, le 
kharadj et le tankha^ la taxe de 5 roubles par an sur les pro- 
priétaires qui s'occupent régulièrement du lavage de l'or pour 
leur compte particulier^ nous pouvons établir comme suit le 
tableau des impôts du Dervaz et du Karatéguine : 



KARATÉGUINE 








BATMAISS 


TÊTES 


ROUBLES 


Kharadj sur le blé, Torge 

Tankha 


70,000 


10,740 


3o,ooo 

io,74o 

3,000 


Taxe sur le lavage de l'or 

Total 


43,740 







— 64 — 



I 



DERVAZ 






Kharadj sur le blé, 1 orge 

Tankha 


26,000 


6,000 


20,000 
6,000 
1,000 
5,000 


Taxe de 1/20 sur les mûriers 

Taxe sur le lavage de Tor 

Total 


32,000 



Ed retranchant du total les trois quarts du kharadj et du 
tankha, employés par Tadministration à Tentretien des noukers, 
en défalquant également l'entretien des amlakdars et de leurs 
gens, nous pouvons fixer le revenu net du Karatéguine à 1 0^000 
roubles environ et celui du Dervaz à 6,000. Ces revenus sont à 
la disposition, sans contrôle, des beys locaux qui payent avec 
d*autres ressources les présents considérables qu'ils envoient à 
Fémir. Ainsi le gouverneur du Karatéguine perçoit une taxe du 
quarantième sur le bétail de tous les nomades du Hissar, du 
Koulab, du Baldjouan et du Karatéguine, et, de plus, encaisse 
les impôts de l'ancien beylik de Kourgan-Tioubé, transformé en 
simple district par l'émir, afin d'augmenter les ressources de son 
cher et vieux serviteur, le général Kbouda-Nazar divan-bey. 

En somme, en comptant ce qui reste de la taxe sur le bétail, 
une fois la somme de 3oo,ooo roubles payée à l'émir^ les revenus 
du bey de Karatéguine sont d'autant plus importants qu'il lui est 
permis de ne point envoyer à l'émir de plus riches présents que 
ses collègues. 

Ces présents annuels, fixés par la tradition, consistent ordinai- 
rement en neuf paquets de robes^ de dix robes par paquet, valant 
de 10 à 200 roubles, en neuf chevaux avec un riche harnais d'ar- 
gent et une housse brodée, en buffles ou yaks au nombre de deux 
à cinq, en un sac de monnaie d'argent de Boukhara de 4)Ooo à 
10,000 roubles. La valeur d'un tel cadeau est de lo à i5,ooo rou- 
bles en tout; mais il est des années où Ton doit faire trois ou 
quatre cadeaux de ce genre^ et naturellement ils sont^ en pareil 
cas, de moindre importance. 

Les revenus du bey de Dervaz sont tellement faibles qu'il est 
dispensé des cadeaux et qu'il reçoit de Témii* un supplément assez 
considérable; car les ressources propres du boy suffisent à peine 



— 65 — 

à son entretien et à celui de sa famille, de ses nombreux domes- 
tiques et des messagers à cheval. 

Le système des impôts expliqué, exposons, pour finir ce qui a 
irait à Tadministration du Dervaz et du Karatéguine, qu*outre 
les amlakdars, il y a au-dessous d'eux, dans chaque village, des 
agents nommés erbâh. Ces agents sont chargés de la police, de 
l'exécution des sentences judiciaires; ils n'ont aucun traitement, 
mais ils ont le droit de recevoir quelques présents des habitants 
du village à l'occasion des ventes de terrain, des partages de suc- 
cession, des fêtes de famille. Bon an, mal an, le revenu de ces 
agents ne dépasse pas 3o roubles. 

Pour la justice, il y a dans chacun des deux beyliks quatre cadis 
avec un petit nombre de naïbs et de mouftis, sortes d'espions légaux. 

Pour surveiller la moralité du peuple selon l'esprit du Coran, 
les Boukhariotes ont établi des raïs, qui ont réussi à organiser au 
milieu même des montagnards un système d'espionnage, à im- 
planter toutes les cérémonies musulmanes, et même à familiari- 
ser les Dervaziens avec le tchachhan (voile noir en crin de cheval) 
qui s'adapte mal à la vie libre des montagnardes. En attendant, 
c'est le seul résultat des missions boukhariotes dans le Dervaz et 
le Karatéguine. Pour le reste, la vie des montagnards demeure 
aujourd'hui telle qu'elle était il y a mille ans. 

Le montagnard est l'enfant d'une rude et sauvage nature. Son 
type, son caractère, sa philosophie, tout porte la marque de la 
nature physique particulière avec laquelle il doit combattre sans 
cesse, à laquelle il est obligé de s'adapter. Rejetés dans ces milieux 
par des événements historiques inconnus, probablement par des 
persécutions religieuses, les anciens aborigènes de l'Asie centrale 
conservent encore aujourd'hui le type de l'ancienne race persane. 
Il ne faut aucunement regarder ces montagnards comme des métis 
Tadjîks. Ceux-ci sont représentés par les habitants de Khodjend, 
Ourgout et autres villes du Turkestan; ils se distinguent nette- 
ment des Karatéguiniens et, en particulier, des Dervaziens, tant 
par le type que par le langage, qui chez les montagnards abonde 
en expressions dialectales*. Les habitants du centre du Dervaz 

t. Voici quelques exemples notés dans le Dervaz en 1882 : 

Français, Persan, Dervazien. Yazge'an. 

diga 
kout 

5 



village abàdi 




kichlak 


maison khané 




bouna 


Géoor. rist. et dbscript. 


— VI. 





— 66 — 

comprennent peu la langue purement persane des Karatégui- 
niens, ont peine à s'expliquer avec les montagnards du Vantch et 



Persan 


Dervazien 


Yazffe/an 


doud 


dou 


zad 


fih 


aou 


khakh 


zémin 


zoumln 


zamin 


àtech 


alaou 


étiss 


rouz 


rcz 


miss 


cheb 


chaou 


chouhb 


cham 


>i 


» 


soubh 


sabh 


rokhond 


nàn 


noua 


zougàn 


chir 


char 


date 


goucht 


guycht 


kouft 


merd 


merd 


vakhouk 


zen 


zàn 


indjik 


péder 


baba 


Tid 


méder 


mouma 


nagn 


berader 


bièr 


brid 


khàher 


khàher 


phorok 


pucer 


batcha 


potiss 


doukhter 


dikhtar 


agak 


kouh 


koh 


gortchouck 


sengue 


sengue 


barr 


deria 


dariô 


darié 


sàl 


sàl 


sal 


màh 


mouh 


mit 


'id 


'âd 


nd 


mihmàn 


mihm&D 


mismouss 


berf 


bourf 


zoïkh 


bàrân 


bourùn 


bayada 


asp 


asp 


varka 


gouspend 


mech 


raoaou, mouou 


màdà gaou 


gaou 


gaiou 


dérendé 


daranda 


vourk 


bour meti 


) ovoum bdied 


t khakh-min 
1 adjob-rozik 


âbi khourden 


aspi màra 


[ j comme en persan 


/ vork marâ naghir 
' ) bddi oî 


nahari bédéhind 


der cyaichouaa 


\ 


kotchichoumo 


bicioner khou- 
nouk 


i comme en persan 


i biciàr yakhol 


hizouin bérid 


hizoum bérid 


f chonoun vont 



Français 

fumée 

eau 

terre 

feu 

jour 

nuit 

soir 

matin 

pain 

lait 

viande 

homme 

femme 

père 

mère 

frère 

sœur 

Aïs 

Ûlle 

montagne 

pierre 

rivière 

année 

mois 

fôte 

hôte 

neige 

pluie 

cheval 

mouton 

vache 

bète féroce 

donnez-moi à boire s 

donnez à manger ^ 

à mon cheval ) 
dans votre pays il 

fait très froid 

apportez du bois 

Les noms de nombre sont en diTvazien comme en persan; mais Us dif- 
fèrent dans le dialecte yazgelan : i, vouk; a, xou; 3, sout\ 4» 'cAiV; S, tindj] 
6, pou; 7, khout; 8, gottchl; 9, nou; 10, douss. 



— 67 — 

a'enteadent pas du tout le langage de leurs voisins du Chou- 
gân\ 

Le type des Dervaziens et des Karatéguiniens est à peu près 
semblable: teint basané; cheveux droits, épais, noirs, roux ou 
châtains; yeux noirs ou brun clair; visage régulier, expressif; 
nez fort, front tantôt bas, tantôt large et haut ; taille au-dessus 
delà moyenne, constitution solide, poitrine large, muscles vigou- 
reux, mollets minces, corps bien proportionné, plutôt maigre, 
mais parfois non sans embonpoint. 

11 nous est arrivé de voir aussi des femmes de ces contrées, et 
parmi elles beaucoup avaient de fort beaux visages» 

Le caractère de la nature et du climat, les étés frais, les hivers 
très froids avec 18 pieds de neige, les pluies abondantes ont accou- 
tumé les montagnards à une vie renfermée et pénible, qui à son 
tour leur a donné un grand attachement au sol natal, un carac- 
tère sombre, mais sans méchanceté, la patience, la volonté éner- 
gique, la faculté de supporter toutes les privations, l'audace, Fen- 
durcissement aux fatigues de la marche, au point qu'ils peuvent 
faire à pied de 80 à 100 verstes par jour avec leur sac à provi- 
sions ou un fardeau de 5o kilogrammes sur le dos. 

Peut-être le lecteur mettra-t-il en doute ce que j'avance ici, et, 
moi-même, je ne croyais pas à la possibilité de telles marches 
avant d'avoir été dans leDervaz, où j ai fait à cheval, en compa- 
gnie de montagnards à pied, des journées de 80 verstes à travers 
des cols couverts de neige et hauts de près de 4»ooo mètres*. On 
m'a même présenté le fameux messager Bâbi-Karaoulbeg, âgé de 
trente-six ans,qui, chargé d'un message par le bey, réussit à faire 
au milieu de mai la route de KalaY-Khoum à Khovalyng (sur le Yakh- 
Sou) en faisant d'une traite, de 3 heures du matin à 7 heures du 
soir, i4o verstes à travers les cols Roubat, Rigàn, Polizak, hauts 
chacun de i3,5oo pieds. Du reste, Bàbi reconnaît n'avoir jamais 

1. LesTadljiks de la montagne ont conservé tout tV faitTancien type iranien, 
modiûé en certains endroits par un mélange de sang d'Aryens blonds; les 
Tadjiks de la vallée sont une variété de la race persane, fortement altérée par 
des éléments arabes et turcs. 

3« Notons à ce propos que la puissance de Tliabitude et des conditions de lu 
Tie agissent également sur les colons russes du Turkestan et en fait des mar- 
cheurs et des cavaliers infatigables. Il m'est arrivé de faire des marches de 
4o verstes dans les montagnes du Zaravchan, et de parcourir en ^4 heures 
a6o verstes avec des chevaux de rechange et jusqu'à ivi verstes par jour avec 
un seul cheval. 



— 68 — 

fiiit (!<' pureilKunarche qu'en 1880 pour affaire de service, el avoir 
Um^U*nn>^ n^s8('nti une douleur aux moilets; cependant il se dé- 
dtiv^ prêt à n'comrnencer. il m*a expliqué que dans une marche 
dtiiiii itm inonta^ncti^ ta première condition est de ne pas s'arrêter 
pour s(» r('po}><*rp et qu'il est beaucoup plus facile de moater, en 
leuHul k lu main un bftton derrière le dos, que de descendre du 
roi citiiiii lu valh'H'. J'ai pu me convaincre par moi-même de la 
jiialtUNao i|o ro« obHorvatiouH. 

Si coii uiouttigniinU sont de si grands marcheurs, la cause en 
n:%i vtunsi (buito (i la uc^coHHiti^ où ils sont de gravir des pentes escar- 
pi^oH pour KonM»r IcMir bh^ do courir à travers les crêtes rocheuses 
ii la pournuilo t\oH bt^liorn Hauvagos, des chèvres et des ours, de 
fairt^ t»n hiviM* iIoh voy«K**î* <1o plusieurs centaines de verstes à 
Koulab, (i llln^ar, ^ Kokaud, ot morne à Boukhara pour y gagner 
ilo oiti h .|o huiblo8 ot aoliolor de la toile à chemises pour leur fa- 
uiillo.un motiohoir pourtour fommc^de la farine, du sel et rien de 
phiïi« iwv lour vio duiv ot pou ais<^c ne comporte pas de superflu. 
Si \<m)a doiuandox t\ uu montagnard, qui a été à Boukhara, 
pour«)u<n il no tran^porlo pas sa famille dans cotte ville où la vie 
0*1 moillouiv ol plus laoilo 4^ gagnor, vous obtiendrez une réponse 
do 00 goufi^ î Nouî^ >a\ou> qu'A Houkhara ol i\ Samarkand il fait 
moOlour MMV qno oho7 uon^; il y a do la lorre labourable, du 
M'/, do^ moutons pins grN\s quo los nAtros; mais nous aimons 
«>M<v dtNuoo p.-^trio;! '// .« tv//.7>?> ^j <Ji^^ *^t quand nous sommes 
.^ ^^^^ukh,1r,'^^ d «<^o^ s<MiihIo quo nous s<M>unos on prison; nous 
^^.^n> Ji/«KNn> do roxomr, 

XxM'jr*^»*» r,Nt.v *viinAU;t"* U \io domo>tit^uo vîo TindiiTone, son 
i\^v,^4 1. î'i^x >J^ «^>t'^»v^^îh^n *^u Wl^n<^i^ sos id<^os ol ^'^^ <\^ntum<^, 
Vi«^,i> «^.r.Mi> «;uo «"j^Nr.^ li»f Wi%nîAi.no> «irmos la oalîuTV du S4>l 

t\ ♦!,». J »A \:\\'t r)..i.x^*»u*' l'».^^iIxu^ ô'^rxks ,ojïn^*3\ sonlor- 
r,v,.^ i'\ h '.Ms^^r ;v.: : .-/i^i »'?r n...fi\ r>J <*^rt d;v»:l >.^i!n"i.S("' jan n^ 



— 69 — 

La densité de la population, qui prouve rancienneté de la vie 
agricole, est si remarquable que toutes les basses terres où la 
charrue peut s'enfoncer et même les pentes jusqu'à 9,000 pieds 
de hauteur sont occupées par la culture; et cependant on ne ren- 
contre pas de très grands propriétaires, le possesseur de 4oo ta- 
naps (109 hectares) est considéré comme riche. 

i/insufBsance de la terre arable se fait sentir surtout dans le 
sud du Dervaz, sur le Piandj. L'agriculture y est si insignifiante 
qu'elle ne suffit pas aux besoins des habitants. Ils suppléent à la 
farine de froment ou d'orge par de la farine faite avec des baies 
de mûrier blanc ou avec de la racine de tatarok dont )e goût rap- 
pelle le chou-rave. Mais le bataillon boukhariote en garnison à 
KalaY-Khoum fait venir du blé du Vakhia ou du Karatéguine, où 
les terres arables sont beaucoup plus considérables; seulement 
les produits y ont si peu de débit qu'un batman de 4 pouds (65 ki- 
logp.). après un transport pénible à travers les cols neigeux de 
Chàh-Kondah, de Rogân, de Roubât, se vend à peine 5 roubles. 

Dans le Karatéguine comme dans le Dervaz la culture est exclu- 
sivement printanière; le sol est arrosé par la pluie et Ton ne 
trouve d'aryks que dans les jardins du bas pays, où l'on fait un 
peu de jardinage (concombres, courges, carottes, oignons) et de 
la luzerne qui donne seulement deux coupes à l'année au lieu de 
six comme dans le Zaravchan. 

Accoutumé à son sort, le montagnard n'éprouve presque aucune 
peine à gravir des pentes de 6,000 à 10,000 pieds avec une légère 
charrue, plus exactement une araire, dans la langue du pays : 
djouft, un sac de semences sur les épaules et accompagné d'une 
paire de bœufs ou d'ànes, pour labourer et semer au milieu de 
mai, pour moissonner au milieu de septembre. Dans le Karaté- 
guine les semailles ont lieu d'octobre à mars et l'on fait la récolte 
en juillet-août. Dans le Dervaz on ne donne qu'un labour après 
Tensemencement, dans le Karatéguine on en donne deux. On 
sème surtout du froment et de l'orge, mais dans le Khoulass, le 
Vakhia, sur le Yantch on sème aussi le millet, la houlque [qounâk), 
la fève (bokai), le coton, qui rendent de 10 à 4o pour 1, selon la 
quantité des pluies. Dans le Karatéguine le rendement est de moi- 
tié plus faible parce qu'on ne laisse pas reposer la terre et qu'on 
ne lui fournit pas d'engrais et aussi parce que l'été est souvent 
privé de pluie, particulièrement dans le pays bas, à commencer 
par la capitale, Guerm. 



— 70 — 

Guerm possède un bazar, le seul qui existe dans le Karatéguine 
et le Dervaz. Le marché se tient le jeudi. Au bazar, comme àToc- 
casîon dans les villages, les transactions commerciales consistent 
surtout dans rechange des produits locaux de l'agriculture et de la 
chasse contre des marchandises telles que les toiles de coton, les 
soieries rayées de couleur, les indiennes, les mousselines de l'Inde, 
le sakyz (mastic) k mâcher, le tabac à priser, les médicaments. Sur 
le marché de Guerm les prix ont été dans l'été de 1 882 les suivants : 
vaches: 10 à 1 5 roubles; bœufs: lo à 3o roubles; chevaux : 20 à 4<) 
roubles; moutons : 1 à 2 roubles; chèvres : 60 kopeks ài rouble; 
froment: 20 kopeks le poud (i6^r,38o); orge : 25 kopeks le poud; 
lentilles: 6okopeksles4pouds; lin: 1 roub. 60 kopeks les 4 pouds. 

La terre se vend dans le Karatéguine 20 roubles la déciatine 
(109 ares) et 4o quand elle est pourvue d'aryks. Dans le Dervaz 
méridional elle est un peu plus chère, et le prix des jardins est 
en proportion de la quantité des mûriers : ainsi dans le Dervaz un 
jardin ayant vingt mûriers se vend cent pièces (85o mètres) de 
toile de coton ou 4o roubles. 

Les montagnards ne connaissent ni les monnaies, ni les mesures 
de poids, de longueur et de capacité ; ils emploient dans les tran- 
sactions comme unité de poids le kalatouch ou bonnet et comme 
unité de valeur la pièce de toile decotondei2archines{8",53). Une 
telle pièce vaut en argent 4o kopeks dans le Dervaz; une pièce 
de soie rayée ; 60 kopeks, la paire de basde laine; 20 kopeks, la paire 
de bottes en peau mégissée, 4o kopeks. 

Quand nous aurons ajouté que dans les bonnes maisons les tra- 
vaux de culture et la moisson se font avec l'assistance des parents 
moyennant la nourriture journalière, que la mouture des grains, 
pour laquelle on emploie des moulins à eau très primitifs, coûte 
le vingtième de la récolte, que pour Téclairage on use d'huile de 
lin ou de noix, et que la culture des arbres à fruits, mûriers, 
pommiers, pruniers, cerisiers, abricotierSi a très peu d'importance 
dans le Karatéguine et surtout le Dervaz, il ne nous restera plus 
rien à dire sur l'agriculture. 

La statistique agricole peut être établie approximativement de 
la façon suivante. Si Ton admet que le Karatéguine possède 612 vil- 
lages contenant 10,740 maisons et 60,000 âmes et le Dervaz 35o vil- 
lages contenant 6,000 maisons et4o,ooo âmes ', si, d'autre part, on 

I. Ln multiplicntion pnr 5 du nombre do» mnUons pour obtenir le nombre 



— 71 — 

évalue la quantité moyenne des semailles de chaque maison à 
60 pouds (980 kilogr.) dans le Karatéguine, à 20 pouds (32; ki< 
logr.) dans le Dervaz, et le rendement respectivement à 5 et 10 
pour i, on peut fixer en gros la récolte du Karatéguine à 3 millions 
de pouds (5oo,ooo quintaux] et celle du Dervaz, y compris le Va- 
khla, le Khoulass et le Yantch à 1,200,000 pouds (200,000 quin- 
taux.) 

Le bétail, gêné dans son développement par la longueur et les 
neiges abondantes de l'hiver, par la rareté du fourrage et des pâ- 
turages d'hiver, est tout à fait insigniOant dans le Dervaz et bien 
peu considérable dans le Karatéguine, où les Kirghiz conduisent 
des moutons et même des chameaux et des bêtes à cornes sur les 
bords du Sourkh-Ab supérieur libres de neige, même en hiver, à 
cause des vents violents qui y soufflent sans trêve. En général, sur 
le Sourkh-Ab, une maison possède en moyenne vingt moutons ou 
chèvres, quatre têtes de gros bétail et il y a un cheval pour qua- 
rante maisons; dans le Dervaz, le plus riche montagnard n'a que 
quatre vaches, deux paires de bœufs, un cheval, vingt moutons, 
trente chèvres; la majorité n'entretient qu'une vache et un ou 
deux bœufs, surtout pour le chauffage; il est, en efl'et, difficile de 
faire des approvisionnements d'herbe et plus encore de construire 
des étables par suite de la rareté du bois. 

L'exiguïté de ces moyens d'existence tirés de la culture et du 
bétail a conduit les Dervaziens à chercher un supplément dans 
d'autres travaux, le lavage de l'or sur le haut Piandj qui rapporte 
à un ouvrier de 4 à, 8 roubles en deux mois, l'exploitation de mines 
de fer sur le Yantch, le tissage du coton*, la chasse aux renards, 
aux martres, aux ours^ aux béliers et aux chèvres sauvages. 

La chasse, avec toutes les fatigues et les privations qu'elle en- 
traine dans des montagnes couvertes de neige et souvent inacces- 
siblesy n'en est pas moins pour le montagnard un plaisir aussi 



des habitants ne donne pas dans l'Asie centrale un résultat bien exact. Une 
longue observation me permet d'affirmer que le multiplicateur en question 
ofu^Ulc entre 3 et 7 selon les lieux ; il Tarie suivant l'aisance de la population 
qui permet au maître d'entretenir deux ou trois femmes, suivant les condi- 
tions hygiéniques, suivant qu'on morcelle les propriétés par des partages, ou 
qu'au contraire la famille entière (tirok) demeure unie pendant plusieurs 
générations. 

I . Un homme tisse en un hiver (six mois) de quarante h soixante pièces de 
toile faite avec de la ouate achetée dans le Koulab et le Hissar. 



tt .^» *'o;**rp' »** vi;t>-i** 2^ '.'"li. :•* likJ^ t^ «ir-i''iiBF> tu. ^rU^aç^ 
s'f*f\ i a ■»* t;*-'. -îiiTi-siimiu^fir t'J* tt* il 1i'*-ï-*tc^ t iil ';L^*ii0iRk.L 

y A f t >'K **'V*-t5 V:v:-^' : r^a: it*-» ^*'lzç fiiîil^î- & Hft^^-ÇL ^ la 

^>*^^ </• I '/', p, •'^ C-^r *^'V: ^'.-.nr* p.T-ii:i: j'::is>rr5 zoés. Cette 
»//#^>^ 'J'; K'.,'<^'*i u <r>', f/*t tr-f^ fit:w*r.v. r^k^ zzj^ î^lDe qui «w»- 
fft* h^^' '4 \''4*\**'. ^'4Kti^,x*: .h z:/'zz.> y.zT. l^^z^ix.' pljs pêiûble et 
éi»ft'/*'fé M/>< ''«t i;* ^'r#;j*,Vî iWi'.rl-i'iK..^ et par surprise, la chasse de 
soU fif ^donphf tlnii&r^^ ('jtUïUi^*. fe'etprimfrnt î^^ moataCTards. Le 
fhit''t'hr, ft'fiUtfii tUwH lift ^/éiCtU; <rijir da paio.quelquesboolettcs 
tU' htnttf* tU' ftthrUir^ uft paqu^^t d'allumettes soufTrées poar alla- 
nitif /lo té'ii u \*o''rit>,lou, attachant à son cAté des raquettes faites 
lin thiiimt*^^ ItrnwUt'M /i lu rnenure de ses pieds, tenant en main un 
iihhiui^i MM fiinllt H'ifMfoMce »ûul, quels que soient le tempsetlasaf- 
niih, dfum h*4 liiHU Ich pluM inaccessibles du voisinage, ou dans les 
MiMMlii/ifMtK l'^lolKHiMm irurin centaine de verstes; il suit à la piste 
riiiM'N, In |HiMllM«rn MU Ihh hc'ilinrH et les tue à coup sûr en s'appro- 
i<lHiMl (\ Im ili^rnlinn. Kii ('hm dn huccùh rapide, il emporte son butin 
i>liM^ ImI, ti| hI (Mt (liMix ou trois jours il a tué quelques béliers ou 
l'Iinvii'K II lf<» iMilnull, fail vonir dos gens de chez lui et la chasse 
MnlniMilMo h\ Mil l'Mn irinHUOcôs, lo chasseur disparaît dans les 
MiMMliiHihin, onniil Nur lu uoigo proFoude, passant la nuit dans un 
ItMihM \\\\ >iuu« \\\\ riH'lHM\ ol poursuit 8H route pendant une se- 
s\\*\\\\\^ \\\ \U\\\s\\\^\^\\ U\\\\ quo tlurout si\^ provisions. 

I s^ y\\\\t**y\^\v oomH uu dnngor sorioux lorsqu'il a le malheur de 
♦\^hO^«M »\u \\\\ wwv^, Hrtu^ Hvoir pi>^p;m^ son fusil à mèche, ou lors- 
\\\\ \\ \\\\^ M\\ \\\w |\{^nUuMvot U i«anquo;cot animal se jette alors 
Uu>>^\>^>M»< '•^M lo oh,^\vMu\ IVtourvlil on lui Tnippant à la iêle de 
• ^ U^^SjOh^ \|U\^i^o ^^1 Uit \\io U \ù\ Lo$ aooidiMUs do oo ^^nre arri- 



— 73 — 

On chasse beaucoup le renard dans le Karatéguine, surtout en 
automne et en hiver; on fait, avec l'aide de chiens, une battue qui 
se termine toujours heureusement. Quant aux martres, on les 
prend à l'appât dans des pièges particuliers, faits avec des pierres 
ou des filets. 

Les produits de lâchasse se vendent sur place à des marchands 
venusdeBoukharaet de Samarkand, ou bien sont envoyés, quand 
l'occasion se présente, à Koulab et à Hissar. Une dépouille d'ours 
vaut 5 roubles, de renards 80 kopeks, de martre 3 roubles, de 
panthère 2 roubles. 

Dans le Dervaz et le Karatéguine, on tue, dans le courant de 
l'année, jusqu'à trois mille renards, mille martres, cent ours, 
quarante panthères, mille chèvres ou béliers. On chasse les per- 
drix à l'aide de bâtons, et les canards â l'aide de vautours. Ce 
genre de chasse est assez développée et constitue l'occupation 
favorite des montagnards, particulièrement dans le Karatéguine, 
et le Koulass sur le Khingâb. On fait aussi avec des limiers une 
grande chasse aux marmottes (sougour) vivant en nombreuses 
familles dans des terriers à la limite des neiges éternelles. Les 
peaux de marmottes se paient 5 kopeks la pièce. 

La chasse est pour les montagnards à la fois un besoin de 
l'âme, parce qu'elle est une distraction dans leur^vie monotone, 
et un supplément nécessaire à leurs maigres moyens d'existence; 
car, faute de débouchés, leurs produits agricoles ne peuvent se 
vendre à des prix suffisants pour leur permettre de compléter 
leur mobilier domestique et leurs vêtements, si modeste qu'en 
soit la dépense. 

Sous l'influence d'une nature sauvage, d'un climat âpre, d'une 
pauvreté invincible, la vie du montagnard est sauvage aussi, 
étrangère à toute espèce de luxe, remplie par une lutte pour la 
vie, obstinée, énergique, non pas toutefois contre les hommes, 
mais contre la nature elle-même, contre la rareté du bois, contre 
l'abondance de la neige et des pluies de printemps, contre les 
avalanches de neige (tama), qui font périr non seulement des per- 
sonnes isolées, mais des villages entiers (Laktch, Bounaï, Maroum, 
Mâridian). 

Ces exigences inexorables de la nature déterminent le mode 
de construction des habitations. 

Les villages sont situés les uns sur les bords des rivières, les 
autres presque à la hauteur des neiges éternelles et toujours dans 



Il* mtin» pnnible ex^m» aux UirrentH 
tich<wriiipmportpnt,il«sm«h«r^(»nLi**rs, 
Il rlft maiHon». ilrt itix acROLmais htîau— 
iM It") liiit (nar;<^N ok m vautrant pan d« 
iro fnon np. pmi iffin* pan lu part-a;^ •!«)« 

iKii*» ne ■wint, pîia -tfmhlahJH'V a irf'iix lit* 
it il"* lîonr*. et I."* cniutrunti' 
p<) l'is unes atix aiiim. nna 
■ mai-* mi'mft ■•cil.>^ -te pr>»ui 
la-iMt» t'rinnftini^na|p:''ili"i ^ 
lin toii, lift Irtrrp plat. "X un ti 

n ut. ifi^«ïrwini dans *^ «If 

mtaznarii. Nrttiafiiin*«( union 

I btmoiAA. et Wfl bniit <l»n9 
«ï^ft rl.i viilazft %K mit. a miii 
t rtlonnrtmftnt N-.ii-^ ■iilmw^ s< 
h*nrtr>r au «-.mnn«>t '(<» la p<'. 

ïlITl-t^ IlOI» -flji,.!* pCiIll" 1« i',r 

pr.iir W mctiico-i. uni» caa 
trtrit il rr.it ^n faiv -Ift la p..r'.t 
n^ il** la mai-">n. <',hamrir'* = 
WiO 4 ml-hanwir, [>^*.l'i(>'^ 
n^ariihiriA ^t".;* aiv-l-^o^u- 
n «ont ► sc-r. n^'* r.rr^rs ■ 
^ ha.iUiif i-.fin . tj .l.^,a mr 
ïf'jïîin ■l»Cip.i* p^.'ir l^n ^n'a. 
mir l"»!! ^'l'iT^ il r<inripi.<*^ d* 
«r» d'ac^ik, > pUf'.fi/l .^Pai- 
nt M<'<ir(M'4 par Ut tum-f^ qai 1 
«MU ntwt UiTtf. r/->n<'hft 'le 4i: 
! rt 'i^»a«r^st.l<* y r»srnftnt a 
T Cm l» ti^tail »«t par'^'W Viii 
* «afifSil fi^.\tf,t^'-t '.rifr paf 
it« /(t.* A-tt-i-nr» U faw...:* ' 
r*'.nrii^ ») i/*^ 'iifT'rri^i.t*, I 
prtt'iaul li> j'.nr Urct.* '( .<^ U 
«iifariU yxM-nl 'l^ti',r^ a**-!-, I 



8oroulenl8ur le fumier, grimpent aux pochereàqoî mieux mieux; 
la nuit tout le monde se couche, sénés les uns contre les autres, 
|09 uns sur de la paille, Ips autres sur une peau de b^le ou sur un 
morceau de feutre déchiré; ils se couvrent do robes usées, delam- 
beaux de ouate, débris de quelque ancienne couverture. 

il n'y a point dans la maison de vtltpments de rechange. Cha- 
que homme a pour l'osage de l'année entière une paire de che- 
mises, des caleçons ou des bas de laine, «ne paire de bottes, un 
bonnet avec un chiffon do coton en nuise de turban, une roho de 
dessus en laine [tchekmm] et des cuinttes de laine. Les femmes 
ont une paire de chemises, une robn de colon, une sorte de che- 
mine (le de!>8iis en laine {atita) et des galoches. On pnicf^do nu 
lilanchissage trois fois par an ; pour cette opération on se couvre 
do quelqne» haillons ou d'nn vMement emprunté au voisin, 

I^s ustensiles de ménage se composout invariablement d'un 
chaudron de fonte, d'une bouillotte de fonte éuRl^ment, de qnel- 
(I lie» vases d'argile pour l'eau, le lait aigri, la préparation des 
mois de deux ou trois tasses d'argile. Joigneï-y doux ou trois 
nacs pleins d'herbes alimentaires ' on méilicales, une provision 
(lo savon prossier, une peau mégissée sur laquelle on fait la prtto 

. , 1.» las vopniicellL's. un SRC de cuir flue lo montagnard emporlo 

un fnsilftmf'che. 
lie ft travers tes 
rcle, de grosses 
tisserand primi- 
kHn de permettre 
h mèche et c'est 

ce qu'ils ont une 
*me une partie i\ 
. prés de Koknnd 
dj, isolés, privés 
'r, sans sel, sans 
■vus de rnmbuBti- 
éritablemenl Ira- 

imr k» montagnard*. 
npwi'i'A, mouchounit. 
imak, pii'hotim^ lot- 
Mil*, (ardn, lalarAH, 



— 74 — 

une position où ils soient le moins possible exposés aux torrents 
de pluie (si/i), et aux avalanches qui emportent des rochers entiers. 
Les villages renferment peu de maisons, de dix à cent, mais beau* 
coup d'habitants, parce que les fils mariés ne se séparent pas de 
la famille paternelle et parce qu'on ne pratique pas le partage des 
successsions. 

Les villages de la montagne ne sont pas semblables à ceux de 
la vallée, car ils n*ont point de cours, et les constructions surtout 
dans le Dervaz, sont jointes les unes aux autres, non seulement 
celles d'une même famille mais même celles de presque tout le 
village. Les maisons sont aussi de forme originale ; elles sont basses, 
avec des murailles solides, un toit de terre plat et un trou au pla* 
fond pour le passage de la fumée. 

Entrons dans une maison et observons dans ses détails la vie 
matérielle et morale du montagnard. Nousfûmes un jour conduits 
à la demeure d'un riche Dervazien, Safer Karaoul Beg, qui s'em* 
pressa de faire passer ses femmes, et ses brus dans la maison 
voisine, d'où tout le beau sexe du village se mit à nous regarder 
furtivement avec crainte et étonnement. Nous eûmes soin de nous 
baisser pour ne pas nous heurter au sommet de la porte et nous 
entrâmes. A gauche nous vîmes une stalle pour le cheval ou la 
vache, à droite un enclos pour les moutons, une cage pour les 
oiseaux domestiques, et^ tout droit en face de la porte d'entrée, 
une chambre pour les gens de la maison, chambre séparée de 
l'étable par une mince cloison à mi-hauteur. Le sol de cette cham- 
bre commune est élevé d'une archine (oi",7i) au-dessus du solde 
l'étable, et les mesures en sont 5 archines carrées de surface 
(îi"»<i,5o) et a 7*a^<**^''^es de hauteur (i^jôo), si de la surface totale 
on retranche le foyer, le berceau d'argile pour les enfants, les ar- 
moires d'argile installées sur les côtés et remplies de farine et 
d'ustensiles divers. Les murs d'argile, le plafond épais, soutenu 
par de solides colonnes, sont noircis par la fumée qui laisse dans 
toutes les fentes ou crevasses une forte couche de suie grasse. 
L'humidité, une odeur acre et désagréable y régnent même l'été, 
et à plus forte raison l'hiver où le bétail est parqué sous le même 
toit. Aucun nez européen ne saurait supporter une pareille atmos- 
phère. C'est dans un tel gite que demeure la famille de Karaoul 
Bey, composée de six personnes d'âges différents. En été les 
femmes seules s'y tiennent pendant le jour tandis que les hommes 
sont aux champs, que les enfants jouent dehors avec les chiens. 



— 75 — 

se roulentsur le fumier, grimpent aux rochers àqui mieux mieux; 
la nuit tout le monde se couche, serrés les uns contre les autres, 
les uns sur de la paille, les autres sur une peau de bête ou sur un 
morceau de feutre déchiré ; ils se couvrent de robes usées, de lam- 
beaux de ouate, débris de quelque ancienne couverture. 

11 n*y a point dans la maison de vêtements de rechange. Cha- 
que homme a pour Tusage de Tannée entière une paire de che- 
mises, des caleçons ou des bas <Je laine, une paire de bottes, un 
bonnet avec un chiffon de coton en guise de turban, une robe de 
dessus en laine {tchekmen) et des culottes de laine. Les femmes 
ont une paire de chemises, une robe de coton, une sorte de che- 
mise de dessus en laine {agta) et des galoches. On procède au 
blanchissage trois fois par an ; pour cette opération on se couvre 
de quelques haillons ou d'un vêtement emprunté au voisin. 

I^es ustensiles de ménage se composent invariablement d'un 
chaudron de fonte, d'une bouillotte de fonte également, de quel- 
ques vases d'argile pour Teau, le lait aigri, la préparation des 
mets, de deux ou trois tasses d'argile. Joignez-y deux ou trois 
sacs pleins d'herbes alimentaires * ou médicales, une provision 
de savon grossier, une peau mégissée sur laquelle on fait la pâte 
et hache les vermicelles, un sac de cuir que le montagnard emporte 
toujours en voyage. Vous pourrez trouver encore un fusil à mèche, 
un sabre, quelques minces bâtons pour la marche à travers les 
défilés, des raquettes de saule en forme de cercle, de grosses 
galoches de bois pour l'hiver, un petit métier de tisserand primi- 
tif installé dans un coin au-dessus d'une cavité afin de permettre 
au tisserand de s'asseoir, cinq ou six flambeaux à mèche et c'est 
tout. 

Les Karatéguiniens vivent un peu mieux parce qu'ils ont une 
sufQsante quantité de blé, dont ils vendent même une partie â 
Matcha sur le haut Zeravchan, parce qu'ils sont près de Kokand 
et du Hissar. Mais la vie des riverains du Piandj, isolés, privés 
de blé qu'ils remplacent par la farine de mûrier, sans sel, sans 
viande et sans lait, mal vêtus et presque dépourvus de combusti- 
ble, est une vie pour ainsi dire végétative et véritablement tra- 

1. Il y a quinze espèces d'herbes alimentaires employées par les montagnards. 
En Toici les noms : korevch, galaialilch, zirky poûy-pourmich, mouchoundj 
aourouçoky tourownaki-agou^ zirh-sourMi^ outchim-toukhmak^ pichoum^ taz- 
kouhiy goulbout, matar, samlUch^ sagoça, tchavâry, kamar^ kânk^ larân^ talarâriy 
goular, kot^ zouhotidf ziphy. 



— 76 — 

gique, pleine de tourments pour les enfants et les vieillards, 
vouée à une lutte opiniâtre contre la rigueur de la nature. Cepen- 
dant le montagnard supporte tout, et seule, une très mauvaise 
récolte peut le forcer à quitter sa famille, à se rendre à Koulab^ 
à Hissar, à Marguélan ou ailleurs, pour se créer quelques ressour- 
ces par le travail ; puis il revient dans sa maussade patrie, à la- 
quelle il est instinctivement attaché comme le tigre à sa jungle. 

Malgré ces mauvaises conditions d'existence, malgré le défaut 
de secours médical régulier contre les maladies et les épidémies, 
les fièvres malignes, l'hydropisie, la petite vérole, le typhus, les 
maladies sont plus rares et la mortalité plus faible que dans la 
vallée où les médecins ne manquent pas. La durée moyenne de 
la vie est telle que dans le Karatéguine on rencontre dans chaque 
village trois ou quatre centenaires et beaucoup de personnes de 
soixante à quatre-vingts ans. Mais il convient d'ajouter que ces 
témoignages de longévité ne sont pas d'une exactitude rigoureuse, 
les indigènes ne sachant pas fixer le nombre de leurs années. 

Les habitants des villages voisins d'Âbi-Guerm respirent un 
air de santé tout particulier. Depuis leur enfance ils se baignent 
tous les jours même en hiver dans Teau d'une source sulfureuse 
à la température de aS"* à Sa^ Réaumur. Cette source attire en 
été une foule de malades du khanat de Boukhara, de Samarkand, 
du Fergana. 

Les travaux des champs, la chasse, en partie, sont les seules 
occupations qui rompent la monotonie de la vie du montagnard. 
En hiver, il n'a rien à faire qu'à débarrasser sa maison de la neige. 
Cependant il ne s'ennuie pas et se considère comme tout à fait 
heureux sUl est rassasié et s'il a des enfants. 

Voici l'emploi d'une journée d'un indigène. La famille se lève 
entre 4 et 5 heures; la maitrosso de maison fait chauffer sur 
les charbons, qui ont couvé toute la nuit sous la cendre» du 
bouillon (cAiV) fait avec une poignée de farine, quelques oignons 
et carottes ; les hommes visitent le bétail, lui donnent à manger, 
ouvrent la porte de l'enclos aux moutons, celle de la cage à la 
volaille ; tout cela ne se passe pas sans que ler^ enfants n'attra- 
pont quelques bonnes taloches. Cotte première besogne terminée 
tous s'asseoient on cercle dans la maison et , se passant l'un à lautre 
une cuiller, mangent leur maigre brouot avec une galette de fa- 
rine d'orgo ou de froment cuite telle quelle dans le chaudron et 
quelquefois mélangtW' avec do la farine de mûrier ou de la farine 



— 77 — 

tirée de la racine d'une plante sauvage appelée tatincy racine très 
répandue, très employée et très goûtée des montagnards malgré 
son amertume. A midi, on mange de la même galette à raison de 
loo grammes par personne adulte, et le soir on mange du même 
bouillon que le matin, ou des vermicelles [achi-ard) avec du lait 
aigre et des herbes ; les pauvres se contente généralement d'une 
boulette de farine de mûrier ^ Quant à la viande et au gibier, le 
Dervazien n'en mange pas plus de deux fois par an chez lui, et 
cinq fois chez les voisins, à l'occasion d'un mariage, d'un enter- 
rement, d'une circoncision. 

Ces trois actes fondamentaux de la vie d'un mahométan s'ac- 
complissent dans la montagne avec des cérémonies qui sont en 
substance les mêmes que celles pratiquées par les indigènes du 
bas pays. 

Les hommes se marient ordinairement à seize ans, les filles à 
douze, âge un peu prématuré, car le climat rigoureux de la mon- 
tagne ne permet pas aux femmes de se développer aussi vite que 
dans la plaine ; mais en revanche elles vieillissent moins rapide- 
ment, malgré les fatigues excessives auxquels elles sont condam- 
nées. Les parent fiancent quelquefois leur fille dès son enfance 
(gàvara-bakhch), et cela est souvent un prétexte à procès si la 
jeune fille refuse le mari qu'on lui a destiné {damât) ; d'autres fois 
les fiançailles se font lorsque la jeune fille a atteint sa majorité 
sans aucune contrainte de la part des parents. 

Dans le premier cas le prétendu paye son futur beau-père pe- 
tit à petit dans l'espace de plusieurs années. Dans le second cas 
les fiançailles se font à la suite d'une enquête préliminaire, de 
pourparlers avec les parents, parfois d'entrevues secrètes entre 
les deux jeunes gens. 

Lorsqu'on est assuré du consentement des parents de^la jeune 
fille, on leur envoie deux ou trois proches parents du prétendu 
pour faire la demande en mariage. Ces envoyés sont appelés 
zaoutchi dans le Karatéguine, et gobroçon dans le Dervaz. Si 
les parents consentent, ils invitent ces envoyés à rester dans 
le mihmânkhané (chambre extérieure pour les hôtes), et ils les 
traitent du mieux qu'ils peuvent. Une fois leur consentement dé- 
claré, les mandataires du prétendu se joignent dans les trois ou 

1. Dans le Dervaz une famille aisée, de six bouches, ne consomme pas plus de 
x,6oo à X9650 kilogrammes de blé. 



— 78 — 

quatre jours à une ambassade de huit ou diK voisins qui apportent 
à la maison de la fiancée des galettes, des gruaux au lait [chir- 
àrountch), du pilav, des fruits secs et d'autres mets. Tous les 
hôtes soupent à la maison; au préalable, ils récitent mentalement 
des actions de grâce à AUâh, en se caressant la barbe, ensuite 
ils adressent leurs félicitations au maître de la maison. Les dons 
offerts sont envoyés aux femmes pour reparaître dans le mihmân" 
khané après avoir été préparés, et servir au dîner des ambassa- 
deurs. Ceux-ci, peu amateurs d'abstractions, se mettent à traiter 
du prix à payer par le futur aux parents de la fiancée. Ordinaire- 
ment on se met promptement d'accord et le jour même la famille 
du prétendu a connaissance de la dépense à faire. Elle ne monte 
pas très haut ; les gens de conditions moyenne donnent un che- 
val, deux bœufs, une vache, un fusil, trois pièces de soie rayée, 
autant de toile de coton, 3 batmans (194 kilogr.) de farine, un 
bœuf pour tuer, enfin quelques cadeaux destinés à la fiancée : 
quelques mètres d'indienne pour une chemise et des pantalons ; 
4 archines (2™, 84) de coutil pour un vêtement de dessus ap- 
pelé altcha ; deux mouchoirs de coton ou de soie {roumal) et 
de deux paires de galoches. Le soir du jour fixé pour la cérémo- 
nie nuptiale {nikâh)^ les voisins et quelquefois tout le village se 
rassemblent dans la maison delà fiancée, le futur arrive avec ses 
compagnons, tout le monde soupe, cause de choses et d'autres, 
puis un molla demande à la Oancée qui est entre deux parrains 
(peder-veJâl) si elle consent librement à épouser un tel ; quand il 
a reçu une réponse affimative, il demande au futur s'il veut pour 
femme d'une telle et combien il a payé de dot [mehr). Le molla 
rédige Tacte de mariage [nikâk-khatt), en y insérant la mention 
des dépenses faites par le fiancé, et récite une prière [khoutba), 
La cérémonie terminée, la jeune fille se retire dans une maison 
voisine. 

Le même soir, les hôtes, hommes et femmes, se régalent d'une 
grande quantité de vermicelles (ou^ra) trempé dans du lait aigre 
avec des légumes verts, des gruaux au lait et enfin du pilav, A 
dix heures, le banquet prend fin, le fiancé reçoit des parents de 
la fiancée une robe et se dirige vers sa demeure au milieu des 
chansons de ses compagnons. Une demi-heure plus tôt, les fem- 
mes du village ont conduit en procession la jeune fille chez son 
mari à la lueur des flambeaux. Elle entre dans une chambre 
séparée, formée pour la circonstance par des rideaux ; là le jeune 



— 79 — 

homme présente pour la première fois ses compliments à sa femme 
et lui permet de passer la nuit avec ses compagnes et de se réga- 
ler tout à son aise avec elles. Le lendemain^ on apporte de la mai- 
son de la fiancée la dot, en échange de laquelle les nouveaux ma- 
riés donnent quelques modestes cadeaux. Dans les quinze ou 
vingt jours les nouveaux mariés vont voir les parents de la jeune 
femme, leur font présent d'un mouton, de cent galettes, de dou- 
ceurs diverses, et ils reçoivent en retour une vache, une chèvre^ 
cinq moutons, un mouchoir et des galoches. Puis la vie rentre 
dans l'ornière creusée par les siècles et poursuit sa route ordi- 
naire avec ses retours de joies et de douleurs. 

Le divorce [ialàk] est très rare ; il n'a lieu que si la femme est 
méchante, mauvaise travailleuse, et ne s'entend pas avec les au- 
tres femmes de son mari. Le divorce prononcé par sentence judi- 
ciaire [khatti-talak] donne à la femme pleine liberté de se rema- 
rier, ce qui a toujours lieu, car une femme divorcée coûte moins 
cher. Il arrive que le divorce est préparé par les secrètes intrigues 
d'un amant, mais il faut dire que les violations de la foi conju- 
gale sont extrêmement rares parmi les montagnards. 

La séparation de corps pour incompatibilité d'humeur se pra- 
tique également, mais est plus souvent réglée à Tamiable que 
par contrainte judiciaire. Les Dervaziens, qui sont de braves gens, 
quoique emportés, aiment peu recourir à la justice. 

Chez les montagnards, comme chez tous les vrais croyants, la 
cérémonie la plus solennelle est la circoncision qu'on pratique sur 
les garçons de huit à dix ans. La coutume veut qu'on invite à 
cette fête non seulement les habitants du village mais encore tous 
ceux des villages voisins. Aussi voit-on souvent assemblés chez les 
riches jusqu'à cinq cents hommes ou femmes qui se régalent, 
pendant trois jours entiers, àQpilav et de mets divers dont l'abon- 
dance et la valeur sont en rapport avec la richesse du maître de 
la maison. Dans cette fête tandis que les femmes bavardent en 
causant des menus faits journaliers, les hommes, jeunes et vieux, 
montent à cheval pour se livrer au jeu classique appelé hop- 
kori'Oulak, Dans le Dervaz il y a des amateurs qui jouent à pied. 
Au soir du troisième jour la fête se termine, les hôtes se séparent 
et rentrent chez eux ; le jour suivant le sm^tarach fait en secret 
Topération qui a été l'occasion de la fête. Le père, chef de famille, 
règle soigneusement ses comptes et rend grâces à Dieu lorsqu'il eu 
tes quitte pour vingt moutons^ deux batmans de gruaux de riz, 



— 80 — 

douze chèvres, deux batmans de galettes, etc., le tout valant en- 
viron i 4o roubles. Les pauvres ne dépensent guère que i o roubles. 

Lorsqu'on célèbre les funérailles, on distribue au cimetière à 
chaque assistant une archine {o^yi) de soie rayée ou de toile de 
coton en guise de souvenir [irtych] et Ton régale les voisins pen- 
dant trois jours. Les frais montent à 3o et 60 roubles pour les 
gens de condition moyenne, au quintuple pour les riches qui dis- 
tribuent en souvenir de l'indienne. 11 est inutile de dire qu'aux 
, funérailles des gens riches Taffluence du peuple est plus considé- 
rable et les repas sont plus plantureux. Durant toute Tannée qui 
suit les funérailles on délivre le vendredi une grande tasse de 
soupe et dix galettes à Timam et à chaque personne qui prie 
pour le mort. 

Les habitants du Dervaz et du Karatéguine sont tous musul- 
mans sunnites ; mais ils n'ont pas un bien grand zèle religieux ; 
ils se soucient peu de leurs mosquées mal construites et de leurs 
imams qui reçoivent quelques maigres gratifications des fidèles 
pour Taccomplissement des cérémonies du mariage ou des funé- 
railles^ pour l'enseignement de la lecture et de récriture aux en- 
fants. Le revenu annuel de l'imam consiste dans les cadeaux [fiti- 
rirouz) que lui fait chaque fidèle d'une tasse à thé de grains de 
blé, lors du jeûne ramazan et de la peau d'un mouton, d'une chè- 
vre sacrifiés à la fête annuelle du Kourvàn-Baïrân. Gela fait en 
tout une vingtaine de roubles au plus. En outre les fidèles aident 
leur imam à labourer sa terre, à rentrer sa récolte, à faire sa 
provision de combustible, qu'il faut aller chercher à grand' peine 
dans des montagnes élevées et rocheuses, à trois ou quatre jour- 
nées de marche du village. 

La mosquée paroissiale de chaque village sert aussi de lieu de 
réunion aux jeunes gens qui y passent leurs soirées {gochtak), s'y 
entretiennent et y couchent. D'après une coutume ancienne due 
à l'étroitesse du logis des montagnards où souvent deux ou trois 
familles partagent côte à côte la couche conjugale, les garçons 
à partir de dix ans et en général tous les célibataires prennent 
un peu de combustible, une galette, quelque chose qui leur serve 
de literie où ils puissent se coucher et se rendent à la mosquée 
où ils passent gatment leur temps à causer, à plaisanter et à 
chanter ; puis ils s'endorment côte à côte sur le plancher devant 
le bûcher commun et retournent chez eux, à l'aurore, laissant la 
place libre aux vieillards qui viennent prier. 



— 81 — 

Dans les montagnes ces soirées passées dans les mosquées en 
hivar remplacent les réunions (gochtack) qn'on se plait à orga- 
niser dans les villes et les bourgs de TAsie centrale avec le con- 
cours inévitable de danseurs {batchèh)^ jolis enfants, qui servent 
au divertissement des Sartes. 

Outre le jeu de kop-kori-oulak et les luttes athlétiques, le diver- 
tissement favori des montagnards consiste à nager en chantant 
sur des outres de cuir {toursouk) dans les eaux du Piandj, du 
Khingàb, du Sourkh-Âb. 

Les montagnards n*ont point d'autres distractions ; leurs fem- 
mes en ont moins encore; car» mariées, dès Tàge de douze ans, 
elles sont absorbées par les occupations du ménage et parles soins 
à donner aux vieillards, pour qui elles ont le plus grand respect. 

Pour compléter cette esquisse ethnographique, il nous reste à 
faire connaître, d'après ce que nous avons pu observer sur place, 
les traits distincUfsdu caractère des indigènes, leurs croyances el 
leur culture intellectuelle. 

Gomme toutes les populations primitives et non corrompues, les 
montagnards ont un caractère à la fois bon et emporté ; ils pren- 
nent en commun soin des orphelins et ils pratiquent la vendetta 
(khounddr) ; ils sont respectueux de la vieillesse et du bien d'autrui, 
véridiques, Gdèles à leur parole, hardis dans le danger et pleins 
de mépris pour les lâches, patients, durs à la peine et aux pri- 
vations dans leur lutte avec la nature et les phénomènes sociaux, 
hospitaliers au point de partager de bonne grâce leurs dernières 
miettes même avec un hôte de hasard. 

Quant aux qualités de l'esprit on doit reconnaître aux Derva* 
ziens et aux Karatéguiniens de Tîntelligence, un penchant à Tob- 
servation, une vaste mémoire, dont ils font preuve dans la con- 
naissance de leurs généalogies, de leurs traditions, de leurs lé- 
gendes et dans l'étude des sciences orientales. Beaucoup déjeunes 
gens du pays se rendent aux médressés de Boukhara et de Samar- 
kand et y font leurs études complètes avec plus de rapidité et de 
succès que leurs camarades de la plaine qui restent, de seize à 
vingt-cinq ans, à la médressé, à apprendre par cœur la théologie, 
la jurisprudence et la philosophie orientales. 

Par suite de leur vie renfermée et de l'absence de notions 
exactes sur les lois de la nature, les montagnards sont pleins de 
superstitions el de la crainte de l'esprit du mal, du vengeur {lat- 
gdr) et du ptoiecieixr (patdkAgdr). 

GÉOGB. BISTOB. ET DISCBIPT. — VI. 6 



— 82 — 

Dans le Dervaz on ne connait ni Tannée de l'èi^e mahométane, 
ni le nom des mois, ni le nom des contrées étrangères. On consi- 
dère le soleil [afidb) comme la source de la vie, la lune comme le 
séjour de3 morts^ Tastre polaire [koutar) comme le guide des 
voyageurs. Les éclairs et le tonnerre sont attribués aux tentatives 
du diable pour monter au ciel dont les anges le répoussent en 
lui jetant des pierres enflammées. Dieu envoie le printemps et 
l'été du paradis, l'automne et l'hiver de l'enfer. 

Les tremblements de terre^ qui se prolongent souvent de cinq 
à dix minutes et causent des avalanches et la ruine de villages 
entiers, sont attribués à l'enfer frémissant des péchés des hommes. 

Dans les chansons, les contes et les proverbes des Dervaziens 
se réfléchit la gène matérielle, parfois la jalousie envers ceux qui 
vivent dans l'abondance, le désir d'échapper à Tinfluence d'une 
vie rude et d'un sort injuste. Voici leurs chansons favorites de 
quatre vers chacune : 

« Les descendants des familles nobles et pures comme l'argent 
sont aujourd'hui pires que le fer rouillé. 

cf Le mendiant, qui courait de porte en porte, est devenu riche 
et mange des friandises sucrées. 

« Le vieux renard était au-dessous du mulet et du chien ; le 
voilà maintenant changé en tigre. 

« Celui qui jadis mettait à proflt les restes de ses repas est de- 
venu un roi puissant et fier. 

c( L'homme généreux qui a toujours partagé son pain avec ceux 
qui avaient faim est devenu mendiant lui-même et ne trouve 
aucune assistance ; il n'y a plus de nos jours ni conscience ni 
pudeur. 

« Aux chevaux on lie la bouche et ils ne hennissent pas; un 
bœuf gorgé de nourriture beugle à plein gosier. » 

 côté de ces poésies gnomiques il y a beaucoup de gais cou- 
plets chantant les fleurs, la voix du rossignol amoureux, les sou- 
cis domestiques de la colombe, etc. 



— 83 -- 



L'HEURE NATIONALE ET L HELKE INTSTRSELLE 

PAR M. J. DE RET-PAILIIADE 
Membre de la Société de ^éo^raphîe de Toulouse. 

Le Bureau des longitudes^ après avoir étudié à diverses 
reprises runification .de Iheure en France, en Algérie et en 
Tunisie, a nommé, le 4 janvier 1889, une commission pour lui 
faire un rapport à ce sujeL 

La commission a présenté un rapport le 4 juin suivant et le 
Bureau des longitudes Ta adressé au Ministre de Tlnstruction 
publique en proposant à son approbation, un projet de loi 
devant être soumis au Parlement, ainsi que divers arrêtés minis- 
tériels. 

La nécessité de celte mesure et les conséquences qui en 
résultent pour Toulouse, vont être examinées rapidement. 

Les motifs qui ont déterminé les administrateurs des chemins 
de fer à adopter une heure uniforme et légale pour toutes les 
stations d'un même pays, militent en faveur de l'adoption d'une 
heure unique pour tout le territoire de la France et de notre 
grande colonie africaine. 

On emploie encore simuUauéraeut trois sortes d'heure : heure 
de Paris, heure du chemin de fer, heure locale, c'est-à-dire du 
méridien du lieu. 

H s'ensuit que si en parlant d'une heure, on ne spécifie pas de 
quelle sorte d'heure il s'a^t, il y a trois instants qui corres- 
pondent à rindication donnée. 

Ces heures sont : 

!• Heure de Paris ou heure movennc du méridien de Paris; 
pratiquement, c'est l'heure que marquent les pendules des 
bureaux des postes et des télégraphes, et l'horloge extérieure 
des stations des chemins de fer. Le bureau central des télé- 
graphes de Toulouse, et de chaque chef-lieu de département, 
reçoit chaque matin, l'heure de Paris par son fil direct. 

2® Heure légale du chemin de fer, qui est iudiquée par les 
pendules de la salle d'entrée des gares et de la voie. Cette heure 
est eu retard de cinq minutes sur celle de Paris; 



— 84 — 

3" Heure locale ou du méridien du lieu, on obtient cette heure 
en augmentant ou en diminuant celle de Paris, de quatre minutes 
par degré de longitude, suivant qu'elle est orientale ou occiden- 
tale. 

Toulouse, située à o^ôa'Si" de longitude ouest (Observatoire), 
diffère de Paris de 3"3o*en moins. Le siège de la Sociéié de 
géographie de Toulouse, étant environ à i' de plus à l'ouest que 
l'Observatoire, deux montres réglées, Tune sur cet établissemeut, 
l'autre sur le méridien qui passe au point [où je me trouve pré- 
senteraient une différence d'environ quatre secondes. Ici, à la 
latitude de 4'^** 37', une longueur de 335^,172, comptée dans le 
sens est-ouest, correspond à une seconde. 

Les recherches de physique générale, ainsi que les relations 
sociales et commerciales, gagneront beaucoup à l'unification de 
l'heure. Il est utile de rappeler ici que c'est en 1816 que fut 
adoptée en France l'heure moyenne en remplacement de l'heure 
solaire vraie. 

La municipalité de Toulouse a fait régler, dès le 10 mars 1890, 
toutes les horloges publiques de la ville sur l'heure de Paris, 
en les faisant avancer de 3™3o« sur l'ancienne heure. Cette 
différence est si petite qu'elle est passée inaperçue. 

L'adoption de l'heure de Paris^ ou heure nationale, comme 
on propose de la désigner, va faire varier, suivant les longitudes^ 
les époques de l'année où le soleil passera au méridien du lieu 
à midi national. 

Ainsi, à Toulouse, avant la réforme de l'heure, le soleil était 
sur la ligne nord-sud, à midi des quatre jours suivants : 

i5 avril, — i4 juin, — 3i août, — 24 décembre. 

Maintenant, ce phénomène ne se produira plus aux mêmes 
époques, mais aux suivantes : 

5 mai, - 23 mai, — 11 septembre, - 17 décembre. 

L'uniQcation de l'heure va diviser la France et l'Algérie en 
zones longitudinales présentant des particularités dignes d'être 
notées. 

Les lieux situés dans la zone du cenire, limitée par les méri- 
diens passant par o"58' longitude ouest et i"34' longitude est, 
pourront trouver quatre fois par an la direction du nord en 



observant rombre d'un style vertical à midi national, Toulouse 
est comprise dans cette zone 1. 




Les deux zones 11, comprennent les partie» qui se trouvent : 

t* Entre les longitudes est i<34' et 3*37' ; 

a' &itre les longitudes ouest o"58' et 4' 4'- Ces régions n'au- 
ront que deux fois par an, coïncidence du midi solaire et du 
midi national. 

EoBn les deux zones III reoferment les lieux situés au delà 
de 3*37' longitude est e( au delà de 4*4' loof^tude ouest. Ces 



— 86 — 

pays n'auront jamais le soleil au méridien à midi national. A 
Brest, par exemple, le lo février, le soleil passera au méridien 
4i minutes après le midi légal. La plus petite différence aura 
lieu le 2 novembre et sera d^environ 1 1 minutes. 

Chacun sait que le nombre de minutes qui s'écoulent entre 
le lever du soleil et midi, n'est généralement pas égal au nombre 
de minutes qui séparent midi du coucher du soleil. 

L'adoption de l'heure nationale va exagérer la différence entre 
la matinée et la soirée. Ici, le i®*" janvier, ^ ^ ^ 
le soleil se lèvera à 7*^39™ 3o», soit. . . . 4 20 3o avant midi 
et il se couchera à 4 36 3o après midi 

Différence i6°> 

La soirée sera donc plus longue que la matinée de 16 minutes. 
Cette différence ira en augmentant jusqu'au 11 février, où elle 
atteindra alors sa valeur la plus grande, 36 minutes. A partir de 
ce moment, elle diminuera jusqu'à devenir nulle le 5 mai, qui 
est, comme on l'a vu, le jour où le soleil passe au méridien de 
Toulouse à midi national. 

Du 5 mai au 23 mai, les matinées seront plus longues que les 
soirées; le maximum aura lieu le i5 mai; la différence ne sera 
ce jour-là que de 4* secondes. 

Du 23 mai au 11 septembre, les soirées reprendront le dessus 
sur les matinées. La plus grande différence aura lieu le 26 juillet ; 
à cette époque, la soirée aura 19 minutes de plus que la matinée. 

Enfin, du n septembre au 17 décembre, les matinées l'empor- 
teront sur les soirées. Le !•' novembre, la matinée aura 25 minutes 
de plus que la soirée. 

A partir du 17 décembre jusqu'au 5 mai les soirées seront 
plus longues que les matinées. 

Afin de peindre aux yeux les différences qui auront lieu pour 
les levers et couchers du soleil, entre deux villes situées sur la 
même latitude, mais à des longitudes très éloignées, j'ai tracé 
les courbes des levers et couchers du soleil à Nice. On voit que 
les matinées seront toujours plus longues que les soirées. Le 
!«' novembre, à Nice, la matinée aura une heure un quart de 
plus que la soirée. 

La latitude fait varier aussi d'une manière très notable, les 
heures des levers et couchers de soleil. A l'époque du solstice 
d'été, le soleil se lève à Paris 20 minutes plus tôt qu'à Toulouse 



— 87 — 



lij 
en 



(A 

a. 
m 



l^"— 




















1 wnof 


1 ^•«m*^ «n 


«D f» QO a> O 


*« »4ro •« w) 


« 1^ 00 O O 
«< «• ^ «4 94 


— 94 
94 34 


OO ■♦ Ift 
94 94 94 


<e i-« oo A o*« 

91 91 94 91 00 CO 


^1 

a 


•9 9< «P 'X 00 CQ 

^ »i M m 


00 14 lA o «« 
•* — -*»« 


•* «o r^ 00 o* 

m 94 SA 94 » 


00 


OS O O» 
94 IA94 


Ci a> 

>0 94 


O O O 
Irt 94 an 


e> O» 00 t>« <o Irt 
94 ao 94 ir 94 art 


g i>r <0 «o V9 m' 


« ■* «♦ rt m 


»1 (M « •« O 


oo 


O O ■»- 


•^ 94 


94 00 00 


•♦ «♦' an an d d 


jaqdQBJp^ 




jainofv 1 




•sjsg^î;^. 


«»5 o •»<•»< « 
xfi -^ O» O» •< 


oco9i'W94 •**» «omoo 


00 t» 
94 


094 •* 

art OO w« 


ititti-^mmm 

ao 00 «< art CO 


g <N »i »i m fi 


»l 94 <»« 94 94 


94 94 «M « «< — *- *« O O 


O O 


Oi Oi Oi 


00 00 00 r^ r< 


. 




Il 


jaqoniu)a^ 1 


g 


H 
CE 


« »0 ■* «M — 00 

ui -^ f> m 


<0 ro O eo 94 

94 •« w* CO 


^.""-.".^ 


to 00 o ■*« o 
lo -^ oo •♦ 


o o> 

m afs 


-r-91 94raoo<4"4'<¥ 


g o r^ r- r^ 00 


00 00 o> 9 o> 


a> O O O O 

-V^ ^i4 ^M m^ 


o v< — « »< .^ 


v4 V 


049494 94 94 94 04 94 91 


. 








Jdq9UVJ)8^ 




H 

s. 

H 


• 0003000 OOO9»Q0 


'^.^^.*« 


OOe» <m94 00 

** oo lO -4 


^" 


wooart l'voeirtw^fo 


Sf<<5»<94(N»1 ■« ^ •« O O 

ja)nofv 


s o o«< «• 


•*» 94 


91 91 CO 


00 oo 




1 art ao an «O d 




jsqoavjjd^ 




& 1 


•» ^ o «o ^ w 

« PS 9* <N -^ 


00 ■>«•<■ (O <o 

« ■<> 00 


1^ t>- «o art .* 

94 .*« lO ■* 


f** Oi <o en e» 

oo •»< « 09 


S^ 


•♦0091 OA-«00lrtl« 
art0094 "^ eo -^ iti n 


g Sï Oï Ck 9 A 


Oi o» «■» 00 


OO 00 00 r» r^ 


i^ r«« !>•« « 


«o <o 


Irt art irt an •4* •♦ •♦ oo oo 






J 


ajnofv 




a 
"1 


ncOrooooïOk Oi O «> o 

-«« 91 CO "^ mm o* m 

B 1^ r* r^ r^ r^ oo oo oo oo oo 


•t 94 o> (O •« 

"* sn art -- 

oo 00* 00 d C-. 


r-^Vo r* 94 »ft oo ■** 

^91 94 00 00 00 ■<* 
• • • • ■ • 

5) O) 0> OS A A C< 


00 ■* Irt 

«t ■♦-♦ 

■ • • 

o 06 o> 


••r> art "♦ 00 "wN « 

-* •♦•*•♦•♦ 00 

• ••••• 

A Os os es os A 


jajnofv 1 


Si 


tn to in ^ ir> tfs o r^ oo o ^ 
• •••• ••••• 


co aO 00 o fc 

ao ^ m •«> 

• a • > 
91 00 OO M OO 


:r 30 — -* r«. 

• • ■ ■ • 

OO ^ ■*•*.♦ 


• • 
ao in 


•0 0694 anr<094># 
91 oo art - «M 00 •<• art 
• ■ • ■ ■ • • 1 

artu^art <0«art40« 


jajnofv 1 


H 




• r- o « r» <»i 

94 (M 'W o 


» r^ •** •* t-- 


•^•I94 04»l 94^ ^^^ 


00 ^ 


-» «O 94 00 art 00 O 00 r>« 
m^ »< 9«oo^ •♦ art 


S o o o o d 
ja^nory 


O ooo o 


O O O O O o o 

J9q3atj)0}{ 


O OO 


o o 


ooo oooddo 
jotnofy 






-< 


■s -«4 (O lA r^ o 
• • • • • 

g r^ t>i «O «O <9 


»»< fO 00 -* ir» 

>ft « •• •♦ 

• • • ■ • 

afi JO «o «rt •♦ 


o>o9r>-i^ir>. 9-1 00 ■*'w*oo 

»l -M 1/? «^ 91 -^ Jft .^ 00 -N 
.* <♦ 00 « oo' 00 94 94 M* 94* 


• • 

•4 — 


^ S^ J, M d d o 




j.>)nofv 




>i 


«B oo «o r) o «e 
g tfi lo M m' lA 


94 oc M t- 94 
» CO »t « 

• • • ■ 


000000»»»! 91^ ^«.^^ 


dd 


in r* 00 o 94 oo lO r» os 

•♦94 •«- m OO •*• art 00 

• •• •«•■ • 

O o» o» o> œ 00 00 r« t«> 




Ji 


^^^^ 




ïjnory 




xi 


« « o r>» <N t^ 

94 09 M -^i «^ 

• t • * ■ 


». •* <0 00 30 

le io lA m m 

fc- fr^ tN- r<« »<^ 


OOt^tOOSO «094 o — ■♦ 

• •■•• •• •• 


r- Cl 

* • 


«* 'N Tl »i *• o 
»ft -r oc 94 -« 

ri» r^ «A c^^ «#« A^h 


6C:-C:C:!^ 






" -==•=== _ Il 




jd)nofv 


1 


[Il 


1 a 


W os t^ 'O PO CJ 
94 m 94 M -M 

■ « • • 

g r« r»eo w O» 


«O 94 r» 94 « 

•^ ^ ro 94 

• • • • ■ 

tf^ o o «4 ^4 


o 00 ao r- oo 
ifi ^m in — 


0> 30 t^ o 00 
oo lO — <»5 lO 


o to 

— 94 


— «O e> 
•* ao 


94 an «o « o an 1 
91 00 •♦ an mH 1 


— 9Ï 94 94 00 


00 00 .* ««r •♦ 


aA art 


anan «O 


d d d d r-' r»* 1 






»inofv 


-" — '^ , -- — 






Ji 






h 


nvof 


«« 9< CO'^l tf) 


<0 t<i 00 o> o 


— 94 «ï •* « 


<0 1^ 00 o> o 

— — « « 94 


•»<94 

94 91 


» •♦ Irt 

•4 94 94 


o r* 00 0»0 «^ 
91 91 94 91 00 00 



— 88 — 











gy, 


i^ 


> 


ï 






e 

1 

J 




. 










m 


Kin 




1 


7 


k 








'' J 


^ 








/ 


f. 














/ 

• 

y 





f\. 








1 




/ 














r 












?7aZ 


■a 


i 


/ 




• 


1 


. 




1 

le 


i 


y 
















L 
















g 


7i 


-,i 














3 




7 


















r 


















! ' 


Ma, 


crm 


un. 
















{ ! 


:• 


















\) 




















i 

m 

J 




















i 










■ 










\, 




















V 


&j 


^ 














**• 

5' 

•g 

•J» 

i 




t 


^â 


acû; 


lUTl 


^ 












\ 


5^ 


iR 


te' 












■ 


















- 






\\ 




















9 




















<^ 
















\ 


■ 

V 
















s 












« 


H<L 


rùi 


\ 


• 

\ 












N 

un 




V.. 




. 








\ 


\'-- 


















^\ 


> 


-2 








\ 


V 


T^ 


k 






^ 


• 


\ 




- 








— 


— 


1 




— 



S o 

a 
o 

a 



en 

O 



:;a 

en 

P 

§ 

o 



0) 

m 
07 



P 
O 















1 


\l 






^ 














i 

/ 

• 










1 












/ 




















K 


à 






/ 








1 








1 

/ 
/ 


f 

m 
• 


J 


û 


4 

t 








1 








> 


i 


f 












e 






• 




/ 














J 






/ 




f 














,r 






• 


,/ 
























/ 




















/ 
/ 

• 


L 


















^ 


1 


1 




















s 


1 


' 




















a 


i 






















• 


i 




















€ 


. 


i 






















\ 

• 


\ 








• 












\ 

• 

\ 


\ 

\ 


\ 


















â 




• 

\ 


y 




















• 


• 

\ 


\ 
















1 








■ 


• 


k .. 












s 














V 


1 






— 


s 












^ 

>• 


^ 


o 






li 














» 

i 


\ 








^ 














-L 


J 




J 



a 
p 



4» 
O 

•«s 

2 

p 



•g 

p 






•p 



I 

o 



00 r^ <© '^ 



I 



00 r^ ^O lO *a* 



«^ I/) (O 



CO 






o 



00 



...... j^g,| 



— 89 — 

et se couche ao minutes plus tard qu*ici. Dans le but de rendre 
ce travail aussi complet que possible, j*ai dessiné un graphique, 
qui permet de trouver facilement les levers et couchers du soleil, 
pour tous les points de France et d'Algérie. 

L'unification de Theure va avoir une autre conséquence. Le 
soleil restera toujours le régulateur des horloges, mais les 
montres qui donneront l'heure nationale d'après les observations 
de cet astre varieront avec la longitude. 

liC tableau ci-dessus (p. 88), a été calculé pour Toulouse; ces 
nombres doivent être substitués à ceux qui figurent autour des 
cadrans solaires de nos jardins publics, qui donne en effet une 
heure en retard de 3"> 3o' sur celle que nous avons maintenant. Ils 
donnent le moyen de trouver l'heure de Paris, à laquelle l'ombre 
d'un style vertical, se projette suivant la ligne nord-sud. Ce 
tableau s'obtient en augmentant ou en diminuant l'équation du 
temps de 4 minutes par degré de longitude occidentale ou 
orientale. 

Lorsque dans un avenir prochain, chaque peuple civilisé aura 
adopté une heure légale, les études internationales de physique 
générale et de météorologie deviendront plus faciles à comparer. 
A l'aide d'une addition ou d'une soustraction, qui sera la même 
pour toute les observations venant d'un même pays, sans dis- 
tinction de longitude; on rapportera les heures étrangères à 
l'heure française. 

Enfin, on prévoit le jour, peut-être plus rapproché de nous 
qu'il est permis de l'espérer aujourd'hui, où les progrès accom- 
plis réclameront impérieusement l'adoption d'une heure univer- 
selle, heure universelle, qui je me hâte de le dire, ne sera employée 
que pour les services télégraphiques internationaux, ainsi que 
pour les trains de chemins de fer qui traverseront tout le con- 
tinent européen et tout le continent asiatique. 

On pourra alors se rendre un compte exact de la marche de 
ces trains internationaux, sans être obligé de faire de nombreux 
calculs. 



— 90 — 



Cfi 



bo 

4> 

T3 

o 
O 

es 

•s «* 

S « 

-§ g 

O 4> 
« -^ 

GO ^ 






3 -S 

M) 

ea • 

**^ O 

« 2 

o ^ 

Ctf 'q3 

co co 

g « 






c:> 



en 

o a 

8 i 



4) 05 
-3 




,7^?»Ô 



^ 



00 



np sojuoif 



o 


3 




3 


0) 




3 


o 




c^ 


rt 




03 


• *\ 




CL 

-a 

ce 


en 

Cl 

es 


• 

13 


(X 


3 


3 

2 


73 


Cl 


3 


o 


^^ 


3 


3 


•F« 


O 


«T) 


"3 






•2" 


0) 





;^ 




M 


»« 


ce 


• • 


B 


3 


<^J 




O 


3 


a> 

Cl 

3 
«1 


o 








9 




3 


S 


«n 


'Sb 


*4) 


CO 


3 


3 


« 


^ 


g 


B 


V 


fi^ 




'O 


o; 


•^ 

V 


*« 


»« 


'O 


u 


-3 


3 


bO 




^^ 


C9 


3 


<4^ 


ts 


(D 


ed 








S4 


■^ 




etf 


3 

S 


0) 


CL 


a 


en 




•^ 


^ 


3 


s 


^ 


O 
3. 


•3 


.s 




S 


V-- 


OA 


0) 


09 


3 


•^ 


TS 


3 


3 
3 

-3 


> 
S 




^ 


O 


4) 


•pi* 


Cri 


,3 


-S 


en 


OQ 


S 




3 


ja 


S 


•3 


S 




Cl 


O 


•« 


V 


3 


ô 


u 

3 


en 

90 


ffi 


O 






C} 


"•* 


3 




3 


Xî 


V 


ctf 


£ 


••^ 


S 


^J 


3 


0) 


« 


■§ 


o 


Cl 


B Vi^ 


3 


9? 


•3 


O 


> 




O 


OJ 


3 


^h^ 






o 


.s 


3 
O 


en 


3 




^ 
O 


O 


3 


>> 


03 


cd 


o 


^i^> 




O 
Cl 


3 

0) 

6 


»J 


^3 


bo 

3 

cd 



— 91 — 



O 



en 

X 

a 

O 

n 



D 



I 

o 






6 

es 
'eu 

.- Cl Qi> 



a- -S 

2> 2 

• c 
o o 

9 tfj 

o o 
en 






9* 



M 

<=> ^ ^ 

t, es « 

« -. «^ 



CO 



fr4 

o fi 
p o 
o ^ 

Cl p: 

^S5 



o 

)0 



S S 

M a 

9 3 

•g s 

C3 < 






»4 

«• 

1 

fiÛ 



e 



M 

* 



a 



Il •? 

sis 

», .2 ». 

cScS 5 






O M I M 



+ 



s + 



05 



en 



O 

3 



~» s. « _ 



9 



o 



a 

S. 

en 

'H. 
S 

0) 
M 
O) 

M 

P 

C» 

T3 






IM B Q) 

S o S 

è « g 

■g -2 2 
s i2 °- 

S S » 

*- g S 

» o ^ 

q3 ® iS 

> '2 
o p ^ 

o ^ eu 

"« S «5 
p^ _o -i> 

5 «J *'5 

s --^ 

« o ® 

'O »ft '3 

S •«•■g 

g s 






en 

3 

Cm 
05 



O 

in 



11 
.S 

a 



9 



.«d 



2, g, 3 S a 



en 

P 
O 

M 

CA 



B 



m 



1— < 

I 



a « 

ô — 

P « 

a u 

Q n3 



8 

S 

9 O 

•mm 

g S 

P. 

-J ^ 

o a> 



en 



a 

05 

p 



O) 

U 
bO 

o 

P 

C0 



o 
co 

S *'• 
g ë 

« p 

P ■" 



tn 



« 

Ta 

•3 I 

t 






X 






o 
«s 



«4 U 

3 9 



I 

8 4» p 



p 05 

«n .2 

S 3 

P 



) S.S. 



s s 



II 



p 
o 



C/3 



O 
M 


t3 

u 

P 
o 



en (^ 

a> o 

« n 

9 ^ 



<p . 

O m I >n 
» ^ 1 



H 

S 

^ I 

33 



-o 
P 
o 

05 

è . 

'^ &* 

P O 
05 

^ p 
«^ o 

en 

«•S 



a- M 



lO 






A QO 






03 



<v 



ë e 

» a 

05 O 

73 C5 

0} 05 

.t: o 

75 S 



en 

U O 
m 

P 05 
•p 'P 





c? 


ro 




es 


p 




Ctf 


05 


OJ 






O 


ua 


P 


ctf 


o 


1^1^ 



ce 05 

^ *-^ 

rp g' 

i2 « 

o Cl 

: I 

fe e 

u 

P P 

O V 

'■' 3 

05 o 

,^ 05 

"^ 3 

05 P 

> 05 

05 -^ 

"^ O 

05 C^ 

-O © 

p ^ 

S *« 

*« -S 

p 



o 

P» 



'CS 

00 



a 
•«o 
fiû 






& ai 



« 9 

^ O 

o ••• 

O Q 




O 

1 

O 



»• 
« 

u 

9 
O 



CO 



■e 

I 






^ B X« _|_| ■♦ I 



lA 91 



a 



m 



co 






P9 





■g 




« «9 



•3= s. 

•- » O ^ 

» '.3 22 



t. a 

I Â 

: s 

= » 






t. S h 

r I ^ 

9 9 o 



e 9 

U »3 



»o co 
•**co •• 



9 

I 

•s i 

ta 



(M 

ir» 

11 



K 

co 



44 2 2 



co 



9 



9 9 

t z 

to fa 

£ a 



o r^ 

■3 co 



1 = 



n 



9 



es 

■P 



8 

I i 

II 



— 92 — 



COMPTES RENDUS ET ANALYSES 



RosAPELLY et N. DE Cardaillac. — La Cité de Bigorre. 

Dans un volume intitulé : La cité de Bigorre^ MM. Rosapelly et A. de Car- 
daillac cherchent à déterminer l'emplacement du castrvm Begorra qu'ils 
identifient avec Saint-Lézer, village du canton de Vic-Bigorre. 

Pour justifier leur opinion ils invoquent les textes et les découvertes 
archéologiques. 

Pour Texamen de la partie de leur thèse qui s'appuie sur les documents 
écrits nous avons eu recours aux lumières de M. Longnon dont l'opinion 
fait autorité en pareille matière. Ce sont les notes qu'il nous a fournies 
que nous allons reproduire tout d'abord. 

On admet, d'une façon générale, le principe de la corrélation des cités 
de la Gaule romaine avec les anciens diocèses de notre pays qui, en 
grande majorité, ont subsisté sans variation territoriale importante jus- 
qu'à la Révolution. Ce principe semblait particulièrement applicable au 
diocèse de Tarbes, primitivement de Bigorre, qu'on regardait comme iden- 
tique à la civitas Turba ubi castrum Begorra, mentionnée par la Notice 
des provinces et des cités de la Gaule au nombre des douze cités de la 
Novempopulanie, parce que l'on n'a relevé jusqu'ici aucune preuve du 
contraire. C'est pourquoi M. Longnou avait pensé pouvoir en chercher le 
chef-lieu à Cieutat, jadis chef-lieu de l'un des archiprêtrés du diocèse de 
Tarbes, en se fondant d'une part sur le nom de ce lieu représentant le 
mot latin civitas et, d'autre part, sur les vestiges antiques qu'on y signale 
et que Froissart, le fameux chroniqueur du xi\* siècle, mentionne comme 
les ruines d'une ville détruite jadis par les Vandales : il préférait Cieutat 
à Tarbes, qui, ainsi qu'il ressort d'un texte de Grégoire de Tours, était 
originairement un simple vicus, nommé Talva. 

MM. Rosapelly et de Cardaillac ont cru retrouver ailleurs qu'à Cieutat 
et à Tarbes le siège de la civitas Turba et, pour n'avoir pas à examiner les 
titres de Cieutat, ils ont assigné au territoire de la civitas Turba une déli- 
mitation tout à fait nouvelle, qui, sans tenir nul compte des anciennes 
limites diocésaines, est uniquement fondée sur les noms de lieu et parti- 
culièrement sur les noms tels que La Hitte ou La Fitte qui semblent devoir 
être traduits en français par « la borne ». Il est impossible d'imaginer une 
théorie plus étrange et surtout moins scientifique, puisque les vocables 
de cette espèce, n'indiquant pas nécessairement et seulement des limites 
de cités antiques, peuvent ne remonter qu'au moyen âge et désigner même 
parfois la limite de deux domaines ruraux. 



— 93 — 

Plusieurs parties de Tancien diocèse de Tarbes, notamment la partie 
sud-est de cette circonscription où était située Gieutat, sont ainsi mises en 
dehors de la Bigorre romaine. MM. Rosapelly et de Gardaillac croient d'ail- 
leurs justifier Texclusion de Gieutat à l'aide d'un texte du xn« siècle qui, 
à leur avis, indiquerait que cette localité aurait alors dépendu de Go- 
minges. Or ce texte est interprété d'une manière fâcheuse, car lors môme 
qu'il prouverait que Gieulat ne faisait pas partie du comté de Bigorre au 
XII* siècle, il n'en résulterait nullement qu'il eût été étranger à la cité 
romaine de même nom. Les circonscriptions féodales n'ont jamais été con- 
sidérées, en principe, comme la représentation fidèle des cités de l'époque 
romaine. 

La question de la civitas Turha ne semble pas résolue par le travail de 
MM. Rosapelly e\ de Gardaillac. Elle demeure entière et nous serions 
curieux de savrV ce que sont les traces de castramétation (mentionnées 
p. 173) et les vestiges antiques de Gieutat. Quoi qu'il en soit, la civitas 
Turba doit être distinguée du caslrum Begorra et la question soulevée par 
les mots : ctri/os Turha ubi castrum Begorra, de la Notice des cités de la 
Gaule paraît devoir être ainsi résumée : « Quel est l'emplacement de la 
civitas Turbo que M. Longnon estime ne pouvoh* être Tarbes; quel est 
celui du castrum Begorra où le siège cpiscopal a été transporté à une 
époque voisine du déclin de la période romaine? » 

Nous passons maintenant à l'examen des preuves tirées des découvertes 
archéologiques. 

La colline de Saint- Lézer présente à sa partie supérieure et sur son 
pourtour de nombreux ressauts, formant gradins, de 2 à 4 mètres de hau- 
teur et, çà et là sur les pentes des versants, tantôt à leur base, quelque- 
fois à leur sommet, parfois enfin dans une position intermédiaire, des 
débris de maçonnerie de diverses époques. 

MM. Rosapelly et de Gardaillac voient dans cet ensemble la trace de 
fortifications élevées à différentes époques, mais ayant conservé chacune, 
malgré les occupations successives, leurs caractères propres et distinctifs. 

G'est ainsi que la terrasse en forme de quadrilatère, qui occupe le point 
culminant de la position et que limitent sur deux côtés les versants de la 
colline et sur les autres des talus de 3 à 4 mètres de hauteur, marquerait 
l'emplacement d'un oppidum, gaulois ou celtibérien, tandis que les tracés, 
qui s'étendent au delà en englobant . tout le sommet, correspondraient à 
une enceinte gallo-romaine. 

Il nous est impossible de partager cette manière de voir. 

Nous ne saurions admettre, en efl'et, que l'occupation gallo-romaine 
n'ait pas fait disparaître les traces de la précédente. 

D'autre part, les caractères que les auteurs attribuent à la fortification 
des deux époques ne sont pas ceux que les documents écrits et les décou- 
vertes archéologiques nous ont fait connaître. 

Les oppidums de la Gaule étaient caractérisés par leur étendue. Yeson- 



— 94 — 

tio comprenait i33 hectares; Bihrax (Vieux-Laon), Tun des plus petits 
parmi ceux dont Torigine gauloise est certaine, en comprenait une tren- 
taine. L'oppidum de Saint- Lézer aurait eu à peine i hectare de surface. 

L*enceinte des oppidums était formée par une véritable muraille en 
pierres et poutres ou en pierres et terre, qui a laissé partout une masse 
imposante de débris au-dessus du sol. A Saint-Lézer elle aurait consisté 
en un simple écrétemerU des terres, suivant l'expression même des auteurs, 
que ne surmonte aucun rempart. 

En ce qui concerne les enceintes gallo-romaines nous savons qu'elles 
consistaient en une muraille en moçonnerie de forte épaisseur, flanquée 
de tours et précédée d*un fossé dans les parties où la pente du sol n'était 
pas assez raide pour opposer un obstacle sufflsant à l'assaillant. A Saint- 
Lézer nous trouvons sur certains points un simple écrétement des terres, 
comme dans la prétendue enceinte celtibérienne, des ressauts de 3 à 
4 mètres de hauteur, qui peuvent être facilement attribués aux travaux 
de culture, et, çà et là,, quelques pans de murs ou des blocs de maçonne- 
rie dans lesquels nous voyons plutôt des restes de mur de soutènement 
et de constructions diverses que les débris d'une enceinte fortifiée ; car on 
n'y remarque aucune disposition spéciale à la fortification. 

Enfin nous signalons l'absence de fossé dans les parties de Tenceinte 
où la pente plus douce de la colline en aurait cependant exigé l'emploi. 

Après ces observations, nous pouvons nous dispenser d'entrer dans le 
détail de la description de MM. Rosapelly et de Gardaillac. Mais il est un 
passage de leur ouvrage dont nous devons parler, parce qu'il contient une 
théorie contre laquelle il est nécessaire de protester. 

Auprès de la terrasse qui occupe le point culminant de la colline s'élève 
un monticule de terre ou de débris, en forme de tronc de cône dont la 
face supérieure a la figure d'une ellipse de 3o mètres de long sur 20 de 
largeur. Pour MM. Rosapelly et de Gardaillac ce monticule aurait été cons- 
trait en même temps que la terrasse et devrait être, par conséquent, 
attribuée comme celle-ci aux Geltibériens. Ils en concluent que. les mo</es 
que nous rencontrons si souvent dans la fortification d'une époque beau- 
coup plus rapprochée de nous sont d'origine gauloise ou celtibérienne. 
Mais ils oublient de démontrer que le monticule est contemporain de la 
terrasse, et nous avons vu, d'autre part, que l'origine celtibérienne de cette 
dernière était loin d'être prouvée. Enfin ils ne remarquent pas que l'une 
des parties essentielles de la motte féodale, h fossé, manque ici complè- 
tement et que par conséquent ce monticule n'est pas à proprement parler 
une motte. Ils ne produisent donc aucune preuve nouvelle contre l'opi- 
nion qui fait remonter au ix« ou au x« siècle au plus tôt la constraclion, 
chez nous, des premières mottes fortifiées. 

Gependant on ne saurait nier que le sommet de la colline de Saint- 
Lézer a été occupé à une époque assez reculée, sinon par les Gaulois, 
dont l'occupation en noml>re n'est pas suffisamment démontrée par la décou- 



— 95 — 

verte de deux monnaies et de deux tessons de poterie grossière, du moins 
par les Gallo-Romains qui ont laissé des traces plus nombreuses. Mais 
rinstallation de ces derniers s*est vraisemblablement bornée à quelques 
villas ; car les débris qu'on rencontre à la surface du sol ne sont pas assez 
nombreux pour faire croire à l'existence d'une ancienne ville, encore 
moins d'un eastrum. 

Plus tard seulement, à une époque difficile à préciser, mais qui peut 
s'étendre jusqu'au xv» siècle et peut-être au delà, un château fort en 
maçonnerie a vraisemblablement couronné le sommet de la colline et on 
en retrouverait les traces dans la terrasse supérieure et le monticule de 
débris qui l'accompagne. La présence d'un reste de fossé en avant de la 
foce nord de cette terrasse, la plus accessible de l'enceinte, et le nom de 
Castelbach conservé à cette partie de la colline sont en faveur de cette 
conclusion. 

E. DE LA NoÉ. 



Bloch (H.). — IVos Droits de pêche à lerre-Neuve {Bulletin de la 
Société des Études coloniales et maritimes^ n*"* 96-97, juillet- 
août, 1890). 

Le Bulletin 96-97 de la Société des études mantimes et coloniales contient 
un article intéressant sur la pèche à Terre-Neuve et sur les droits de la 
France dans ces parages: cet article est dû à M. H. Bloch: il nous parait 
utile de le résumer. 

Les droits que nous avons sur Terre-Neuve sont basés sur une jouis- 
sance séculaire, puisque, en 1675, les neuf dixièmes des navires qui pé- 
chaient à Terre-Neuve étaient de nationalité française. 

Ces droits sont constatés par l'article i3 du traité d'Uirecht (i7i3)ainsi 
conçu : 

« Il ne sera pas permis aux Français non plus d'y fortiQer aucun lieu 
ni d'y établir aucune habitation en façon quelconque, si ce n'est des 
échafauds et cabanes nécessaires et usités pour pécher le poisson, ni 
aborder dans la dite lie, dans d'autres temps que celui qui est propre pour 
pécher et nécessaires pour sécher le poisson. 

« Dans la dite lie il ne sera pas permis aux dits sigets de la France de 
pécher et de sécher le poisson en aucune partie, que depuis le lieu appelé 
cap de Bona-Vista jusqu'à l'extrémité septentrionale de cette lie, et de là 
en suivant la côte occidentale jusqu'au lieu appelé Pointe-Riche. » 

Le traité de Paris (17^0) confirma ces droits de la France, mais peu 
après commencèrent les discussions entre les pêcheurs français et anglais, 
ces derniers s'infUtrant peu à peu sur le territoire dont la pèche avait été 
cédée pendant une partie de Tannée. 



— 96 — 

Le traité de Versailles (1783) stipule que « pour prévenir les querelles 
qui ont eu lieu jusqu'à présent entre les deux nations anglaise et française » 
on limite à la côte ouest de Terre-Neuve le droit de pêche appartenant 
aux Français. G*est la portion de Terre-Neuve appelée depuis cette époque 
le French-Shore. 

L'article 5 de ce traité reconnaît que la pèche en concurrence est impra- 
ticable, et Tarticle 4 que la propriété de l'île appartient à la Grande- 
Bretagne. 

Ainsi c'est un droit de pèche exclusif, s*exerçant pendant une partie de 
Tannée sur la côte ouest de Tile, que nous donnent les traités sans nous 
permettre des établissements permanents mais en nous accordant le droit 
de couper dans les bois des matériaux nécessaires à la réparation ou à la 
construction d'abris temporaires. 

Or, depuis le siècle dernier, la population anglaise de Terre-Neuve s'est 
fort accrue, de nouveaux colons ont envahi la côte ouest et, comme la 
pèche est la seule industrie possible, ils viennent forcément faire une con- 
currence nouvelle aux intérêts de nos nationaux et contrairement au texte 
et au sens de nos traités. 

Les légistes de Saint-Jean de Terre-Neuve ont d'ailleurs trouvé dans le 
libellé du traité d*Utrecht matière à discussion. 

Quelques armateurs français péchaient des homards, or le homard n'est 
pas un poisson et dans la langue anglaise on ne dit pas pêcher le homard 
mais le capturer, d'où un nouveau conflit cherché, car, se basant sur cette 
interprétation, des colons anglais ont fait des établissomcnts peimanenls 
de homarderie et couvert de casiers des baies où nos nationaux ne trou- 
valent plus rien. 

Pour éviter des difficultés immédiates, notre gouvernement n'a pas 
donné des ordres explicites à la division de Terre-Neuve et la question 
actuelle se compliquerait d'un modus vivendi où nos droits ne sont pas en 
fait conservés dans leur intégralité. 

Quoi qu'il en soit, le gouvernement français se trouve dans une situation 
légale indiscutable et qui n'est pas discutée par celui de nos voisins ; mais, 
à côté de ce dernier^ le parlement de Terre-Neuve pousse à l'extrême des 
revendications inacceptables, fait des lois comme celles relatives à laboête 
(qui a tourné, il est vrai, contre ses auteurs) et intervient de toutes façons 
pour empêcher une entente entre les gouvernements anglais et français. 
C'est à la sagesse d'aviser et plusieurs solutions ont été présentées pour 
modifier une situation de plus en plus difficile au fur et à mesure de 
l'augmentation de la population de Terre-Neuve et, aussi faut-il ajouter, 
de la population française de Saint-Pierre-de-Miquelon, qui s'accrott par 
les naissances plus encore que celle de ses voisins. 

A. BODQUET Dt LA GrYS. 



J 



BULLETIN 

DU 

COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

ET SCIENTIFIQUES 



SECTION 
DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE 



PROCES-VERBAUX 



SÉANCE DU 4 AVRIL 189 



PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND, MEMBRE DE l'iNSTITUT, 

VICE-PRÉSIDENT 

La séance est ouverte à trois heures. Le procès-verbal de la 
séance du 7 mars est lu et adopté. 

La correspondance comprend : 

Des lettres d'excuses de MM. l'amiral Jurien de la Graviêre, 
H. Duveyrïer et de la Noé, empêchés tous trois d'assister à la 
réunion ; 

Une lettre de M. Veudin, de Bernay (Eure), relative à un ma- 
nuscrit du livre de Muller sur les voyages et découvertes des 
Russes dans la mer Glaciale, daté de 1768. (M. Hamy, rapporteur.) 

M. Bouquet de la Grye donne lecture d'un rapport sur le der- 
nier Bulletin publié par la Société de géographie de Rochefort : 

« La Société de géographie de Rochefort a publié, dans son qua- 
trième trimestre 1889-90, deux articles très intéressants. 

« M. Parfait, capitaine de vaisseau, ayant visité les possessions 
allemandes de la côte sud-ouest de l'Afrique, a décrit d'une façon 

GiOOR. H19T0R. BT DESCRIPT. — VI. n 



— 98 — 

très vivante, le littoral qui s'étend sur une longueur d^environ la'* 
entre les fleuves Orange et Kumen, en enserrant en un point le 
petit territoire anglais de la baie Walfish. Cette longpe étendue de 
côtes (près de s,4oo kilomètres), séparée de Tintôrieur par une 
large région de hautes dunes, manque absolument d'eau douce. 

« La première colonie fondée par Luderitz en faisait venir du 
sud par les goélettes qui la ravitaillaient. 

« On imagina ensuite d'employer la chaleur du soleil pour faire 
distiller de Teau de mer dans des bacs recouverts d'une cloison 
vitrée, mode d'opérer qui donna d'assez l)Oi)s f^sult^ts, 

« La colonie Luderitz n'eut pas de succès par suite de la difO- 
culté de nouer des relations avec Tintérieur. 

« On ne peut en efl'et franchir avec des voitures attelées de 
bœufs les hautes dunes qui s'étendent loin de la c6te, si Ton ne 
suit le lit desséché d'un torrent, et le voyage dure au moins trois 
jours. 

<( Une fois ces difficultés vaincues, on se trouve, il est vrai, dans 
une région riche en pâturages et cqntenapt^es mines de cuivre et 
de plomb argentifère. 

« Ce territoire allemand dont l'étendue est considérable peut 
avoir un bel avenir; mais Tén^igratioi^ nç s'y fera que lorsqu'on 
aura relié l'un de ses ports, Xns9, pequena, par une voie ferrée 
avec l'intérieur. 

<i Toutefois Vhinterlandj dont l^ côte Qgure sur \q% certes 
comme possession allemande, est habité p^r 4es indigènes qui 
pourraient susciter de sérieux embarras aux colons; à l'heure 
actuelle la factorerie, située sur la plage, p'a comme population 
qu'un seul blanc qui en est le gardien» c'est uae poasessioq presque 
in partibus, 

« Ce qui en fera la valeur ultérieure, lorsque le vieux mopde se 
trouvera trop à l'étroit dans ses limites, c'est la beauté et l^ sa- 
lubrité du climat, la richesse des mines et rabpnde.pce ^p poi^pp 
à la côte. 

« Une société allemande a essayé de commencer, à Itzibinque 
situé à l'est de la baie de Walfish, l'exploitation d'une mine de 
plomb et de cuivre argentifère, mais les menées des Anglais ont 
poussé les naturels à chasser les ouvriers qui ont dû se réfugier 
à Walfish même, c'est-à-dire en territoire anglais, 

« C'est ce port qui sert à approvisionne^ les ipdig^Qçs de oplpn- 
nades de Birmingham et d'^^rmes ^ feii. 



■^ 99 — 

« Le eommandaDt Parfait a visité au nQvà de Walfisb la baie 
du Tigre, riche en poisson et Port-AIexauder, qui eat aussi le siège 
de nombreuses pêcheries. 

« C'est h Port-Alexander que se termine le régime des sables et 
que la mer devient oalme. Une rivière se jette dans la mer près 
de Port*Alexaader; elle est utilisée pendaut une partie de Tannée 
pour les arrosages de cultures assez étendues. Des puits four- 
nissent pendant la sécheresse h tous le^ besoins. 

(( En résumé» le récit du commaudanti Parfait donne une idée 
exacte d'une possession, dont le nom est à peine connu en France, 
quoiqu'elle soit plus étendue que notre pays. » 

Le même numéro de la Société de géographie de Rocbefort 
contient un article fort intéressant de M* Daniel Bellet, sur le 
voyage du Rév. William Deans Cowan à Madagascar, que M. Bou- 
QUBT DE hK Gbys analyse en ces termes : 

« Ce clergyman anglais, qui a parcouru plusieurs provinces non 
encpre soumises au joug des Hovas, fait un éloge enthousiaste dp 
la beauté de cette terre, reine de ToQéan Indien t et il indique 
comment il a été amené en sa qualité d'Européen, d'Anglais et de 
missionnaire, à essayer de réconcilier les gens d'Ivobitrosû et les 
chefs Zafirambo qui étaient en guerre. 

a Les détails des entrevues avec les délégués des deux partis 
donnent une idée très nette des mœurs originales des indigènes. 

« La narration du Rév. Deans Cowan se termine par les phrases 
suivantes dont il est intéressant de donner la traduction, parce 
quWies ont éfé prononcées dans deqx grandes villes anglaises, 

« La Grande-Bretagne est à Madagascar le type de tout ce qui 
« est grand et bon comme empire, et c'est sur elle que les Mal- 
« gâches s'efforcent le mieux de modeler le leur. 

a Toute la civilisation malgache est le résultat des efforts des 
a chrétiens. Le seul désir, le seul espoir des indigènes, c'est d'être 
« réunis à notre pays; avoir à supporter quelque chose de la 
« France, ou être sous son autorité, c'est pour eux une abomi"» 
« nation. » 

« Ce sont ces sentiments, qu'entretiennent à Madagascar les 
collègues du Rév. Deans Cowan, et cela explique les difficultés 
que reooontre le résident général à Tananarivo. » 

« Dans le premier numéro du Bulletin de la même Société pour 
l'année 1891, continue M. Bouquet de la Gryk, nous trouvons une 
description intéressante de la ville de Battambang à Siam par 



— 100 — 

M. Rochedragon. Ce voyageur a eu l'honneur d^étre reçu par le 
vice-roi qui porte le nom officiel de Phngea-Katha-thom-Thora- 
nin-Ream-norin-Entrea-Thibodi-aphaipiri-Pheah. Le nombre de 
ses dignités est supérieur à dix mille, celui de ses femmes ne dé- 
passe pas soixante et il n'a que quatorze enfants. 

« Les détails donnés par M. Rochedragon sur les coutumes et 
sur les mœurs des habitants de cette région sont intéressants ; 
rhistoire de deux aventuriers français que l'auteur résume n'est 
pas faite malheureusement pour relever notre pays aux yeux des 
indigènes. 

« M. Rochedragon donne ensuite le récit de son voyage aux 
ruines de Banôn, ville qui fut fondée avant Angkor. 

u Banôn, située au sommet d'un monticule, a une forme rec- 
tangulaire el présente cinq tours dont une centrale. Les nom- 
breuses sculptures sont en parties effacées par le temps , mais 
on voit encore, dans l'intérieur, des bouddhas en bronze. M. Ro- 
chedragon, après de nombreux pourparlers, en enleva un qu'il 
transporta au Musée de Saigon. » 

M. Grandidier fait connaître sommairement divers mémoires 
insérés par MM. H. Coudreau, J.-G. Reichenbach, Bloyet, Sever- 
tzow, Bonvalot, Capus et Mizon dans les derniers fascicules du 
Bulletin de la Société de géographie de Paris. 

M. Hamy rend compte du troisième et dernier fascicule du Bul- 
letin de la Société de géographie et d'archéologie de la province 
d^Oran pour 1890. 

« Ce fascicule est bien plus archéologique que géographique; 
les quatre-vingts premières pages sont consacrées à une histoire 
de la lampe antique en Afrique, de M. P. de Cardailhac, dont 
l'examen revient d'office à la Section d'archéologie du Comité. 
Les seules observations que je puisse utilement présenter, à pro- 
pos de ce travail, c'est qu'il ne dit rien de la lampe primitive des 
constructeurs de mégalithes et qu'il est extrêmement laconique 
sur les survivances, pourtant si curieuses, qu'ont laissées les 
lampes antiques chez les indigènes actuels de la Berbérie. 

« M. J. Canal continue sa monographie de l'arrondissement de 
Tlemçen, qu'il y aura lieu d'analyser lorsqu'elle sera terminée. 
Enfin M. Camille Brunel, poursuivant la série des traductions inau- 
gurées dans le Bulletin par le regretté Francisque Michel, donne 



— 101 — 

en français la carieuse relation de la guerre de llemçen de Fran- 
cisco de la Gueva. On sait que l'heureuse campagne dirigée contre 
cette capitale, au printemps de i54i, par don Martin de Cordoue» 
comte d*Alcaudate, fut une véritable croisade, entreprise aux 
frais du général, en dehors de tout esprit de conquête, et dans le 
seul but de détruire un royaume ennemi du nom chrétien. Fran- 
cisco de la Gueva était Taumônier de l'expédition dont il se fit 
Thistoriographe et sa relation suit minutieusement, jour par jour, 
les faits et gestes du commandant de l'expédition depuis son 
départ de Malaga et son débarquement à Mers-el-Kébir. 

« On trouvera dans les dernières pages du Bulletin d'Oran des 
tableaux statistiques fort instructifs sur le mouvement des ports 
de la province en 1888 et 1889. A ne tenir compte que du tonnage 
réely la balance s'équilibre partout, sauf à Béni-Saf, au profit de 
1889. L'augmentation générale est d'environ 17,800 tonnes. » 

M. Hamy donne aussi lecture d'un rapport sur un mémoire 
adressé à la Section par M. G. Marcel et intitulé : Les Portugais dans 
l'Afrique australe ; le TchambèJe, source du Congo^ découvert par les 
Portugais en i 796. 

M. MAUNom analyse les n*^" 7 a 12 du Bulletin de la Société de 
géographie de Toulouse, pour 1890. 

« Le Bulletin n* 7-8 ne renferme que deux documents de 
quelque importance. Le reste du fascicule est consacré aux actes 
de la Société. L'une de ces notices est la relation, présentée par 
M. G. Labit, de son voyage au Japon. G'est Texposé animé des im- 
pressions de route d'un touriste dont l'excursion au royaume du 
Soleil levant a été rapide^ dont la relation doit l'être plus encore. 
M. Labit y a donné ce que peuvent contenir quelques pages d'une 
description des sites et des centres visités : la mer intérieure 
constellée d'iles, Kobé et Yogo les localités jumelles, l'ancienne 
résidence féodale d'Akashi, Yokohama la cité commerçante, la 
vaste Tokio dont ses parcs et ses lacs font « une ville bâtie à la 
campagne », Nikko la ville sainte aux temples innombrables. 

<c L'exposé de M. Labit parle un peu de tout, histoire et poli- 
tique, religion et philosophie, coutumes de la vie publique et de 
la vie intime, aspect des paysages et caractère des hommes ; le 
tout est vivant, coloré, et l'articie de M. Labit est d'une lecture 
attrayante. 



— 102 — 

« M. Pressey-Rolland^ dans la seconde des notices données par 
le Bulletin de la Société de géographie de Toulouse^ nous conduit 
de Kampot à une petite localité située dans le nord- est, ttomang- 
Chol, dont il est pardonnable d'ignorer Texistence. La notice, qui 
relate ce voyage motivé par quelque affaire politique, est à la fois 
intéressante et instructive ; elle renferme de jolies descriptions 
et les détails qu*elle donne sur les animaux et les végétaux de la 
contrée révèljBUt un auteur préoccupé des sciences naturelles. Un 
croquis sans échelle indique l'itinéraire suivi et fait apparaître 
quelques noms de hameaux qui ne figurent encore sur aucune 
carte. 

« Le cahier 9-10-11-12 delà même Société renferme une no- 
tice consacrée au Congo français par M. de Poumayrac, comman- 
dant de poste à Diélé. Elle débute par un exposé rapide de nos 
progrès dans la région de l'Ogoôué et du Congo, depuis le mo- 
ment où, après MM. de Compiègné et Marche, M. de Brazza entre- 
prenait l'exploration de cette partie de l'Afrique tropicale, pour 
donner enfin à la France un territoire plus vaste qu'elle. Le tra- 
vail de M. de Pommayrac est, quant au reste, consacré suHout à 
des détails sur les peuplades qui habitent le Gabon-Congo ; ces 
données-là, il est toujours utile de les enregistrer, car, sur les 
champs envahis par la civilisation blanche, le passé se fait vite, 
les choses d'hier n'existeront plus demain. 

« M. Du Paty de Clam a consacré un article aux fastes chrono- 
logiques de la ville de Nefta ; c*est un document qui intéresse à 
la fois l'histoire et la géographie, mais dont la fin ne paraîtra que 
dans le prochain cahier du Bulletin de la Société de géographie 
de Joulouse, 

« La République sud-afrîcaine, le Transvaal, fait le sujet d^une 
étude économique et politique, par M. Menu de Menil. 

« M. t'ontes a présenté une description détaillée et de visu de 
Sylvanès et de ses environs, qui fait une fois de plus penser à 
toutes les beautés trop peu connues, trop peu appréciées, que 
renferme notre France. Il faut reconnaître que les habitants ne 
font généralement rien pour attirer, puis retenir les visiteurs et 
réaliser ainsi un bénéfice économique. 

« Le dernier article du Bulletin est intitulée : Importante dé- 
couverte à Martres^ 7 olosanes. L'auteur de l'article est M. Félix 
Regnault, qui expose la découverte faite par M. Albert Lebèeue, 
en 1889, d'un important gisement archéologique, sans doute aun 



— 103 - 

atelier de sculpteurs gallo-romains, établi à proximité des car- 
rières de marbre du pays. » 

M. ScHEFER dit quelques mots du dernier volume publié par la 
Société asiatique. 

» 

La séance est levée à quatre heures et demie. 

Le Secrétaire, 
E.-T. Hamy. 



— 104 — 



SÉANCE DU a MAI 1891 



PRÉSIDENCE DE H. L' AMIRAL JURIEPT DE LA GRAYIÈRE, 

MEMBRE DE L*INSTITUT 

La séance est ouverte à trois heures; le procès-verbal de la 
séance du 4 avril est lu et adopté. 

La correspondance comprend : 

Une lettre de M. Beau vois, correspondant du Ministère à Cor- 
beron (Côte-d'Or), accompagnant l'envoi de deux brochures, Tune 
sur la Tula primitive, berceau des Papas du Nouveau -Monde 
(M. Hamy, rapporteur), l'autre sur les voyages transatlantiques des 
Zeno (M. Scbefer, rapporteur) ; 

Une lettre de M. le vicomte de Potiche, membre de la Société 
d'archéologie d'Avranches, jointe à un volume sur la baie du 
Mont^Saint'Michel et ses approches (M. le colonel de la Noé, rap- 
porteur). 

M. DE Barthélémy donne lecture d'une note sur le Supplément 
au Dictionnaire géographique du cartulaire de Saint-Victor de 
Marseille, envoyé au Comité par M. Fabbé Verlaque. 

« Lorsque le travail de M. Tabbé Verlaque, intitulé : « Supplé- 
« ment au Dictionnaire géographique du Cartulaire de Saint-Victor 
« de Marseille », me fut soumis en 1890, dit le rapporteur, je m'at- 
tachai principalement à Tensemble de la communication. Remar- 
quant que Tauteur s'était exclusivement occupé du département 
du Var, je conclus que je ne pouvais proposer à la Section de pu- 
blier un supplément partiel à un volume qui intéresse une cir- 
conscription bien plus étendue. En présence de cette observation, 
je ne jugeai pas à propos d'entrer dans le détail qui eût été de la 
compétence du commissaire responsable de l'impression du ma- 
nuscrit, si celle-ci avait été décidée. 

« Aujourd'hui, M. l'abbé Verlaque envoie de nouveau son tra- 
vail rédigé de manière à embrasser toute la Provence. 

« Abordant le détail et la manière dont l'auteur a traité le sujet, 



— 105 — 

je remarqae que^ pour un grand nombre de localités, les assimila- 
tions et les rectifications proposées sont très conjecturales, parfois 
en opposition avec les règles de la philologie. 
« Je citerai, au hasard, les noms de lieux suivants : 

Albiano ou Alberiano, Aubenas. 

Altaiaria^ La Lauzière. 

Albareto, Valbarelle. 

Amaralatis^ Menerbe. 

Bedada, La Bedoule. 

Beraldununtj Beaudument. 

Bonizuniy Beyne. 

Campus Macanij Saint-Chamas. 

Campus Martini, Gamas. 

. Cabriana, La Coutronne. 

Carias, Jarjayes. 

Casa FrambertOy Chàteau-Gombert. 

' Galiana, Galignan. 

GorvialitiSy Gordes. 

Leviriaga, Lauris. 

MavriscuSy La Resclave. 

SenedOj Seyne. 

« Il est à regretter que M. Tabbé Yerlaque n'ait pas appuyé ses 
hypothèses sur des textes qui leur aient donné certitude ou vrai- 
semblance. 

« Gomme dans mon premier rapport, je persiste à dire que le 
manuscrit de M. Yerlaque, revu et complété, ne peut pas élre 
édité sous le patronage du Comité, mais qu*il figurerait utilement 
dans les publications d'une Société savante de la région. Tel qu'il 
est, il nécessiterait, d'accord avec l'auteur et le commissaire res- 
ponsable, un travail considérable de révision pour lequel on trou- 
verait difficilement quelqu'un de bonne volonté. » 

M. DuvETRiER lit un rapport sur deux manuscrits présentés à la 
section au nom de M. le capitaine Winckler et intitulés : le pre- 
mier, Histoire du pays des Khoumirs; le second, Journal de route 
en Tunisie. 

«( h' Histoire du pays des Khoumir par le capitaine Winckler, est 
plus exactement celle du nord de la Tunisie. Elle débute par une 
notice sur les Khoumir, sur le sol qu'ils habitent, sur les inscrip- 



- ÎÔ6 - 

ttotlB tattties dil hord-ôuest dé k Tunisie et sut* leâ Vblës rdthtitiëft 
qui sillonnent Pancienne régence tout entiè^ë. 

« Parlant du peuple, l'auteur dit que les Khoumlf font usage 
d'un « patois arabe ». S*il désigne ainsi le langage arabe de tout 
le Maghreb, il est dans la vérité ; mais on se demande s'il ne s'agi- 
rait pas d'un dialecte berbère et non d'un patois arabe. En effet, 
l'une des quatre tribus qui composent l'agglomération des Khou- 
mir : les Dedmaka ou Tademekka, est d'origine berbère pure. 
C'est là un point qu'il eût été important de développer. 

« Pour M. Winckler, qui s'appuie sur les traditions juives, grec- 
ques et arabes, le nord de l'Afrique, y compris la Tunisie, fut 
peuplé d'abord par les Hyksos ou Pasteurs et par les Chananéens, 
race qu'il rattache, ainsi que les Berbères, à la famille sémitique. 
Les traditions rapportées par Salluste et les écrivains sémitiques 
autorisent à croire à des invasions chananéennes anciennes en 
Afrique; quant à la parenté des Ghananéens avec les Sémites, 
elle paraît aussi difficile à. admettre que la preuve de l'exactitude 
de Tétymologie du nom des Numides, proposée par Tauteur. Sui- 
vant lui. Numide viendrait de nome, partie, division, « en égyp- 
tien ou en syriaque »| et d'ida, yeda^ place, limite, contrée 

M. Winckler oublie de dire en quelle langue. Sans faiire appel à 
l'érudition de maîtres dans la connaissance des langues syriaque 
ëi égyptienne ancieniles, langues qui, d'ailleurs, n*api)artiënnént 
pas à la même famille, je crois qu'à l'exemple de Pline lé Natura- 
liste, nous pouvons faire dériver le nom Numides de No[JLdtSG( (paâ^ 
teurs, tiotfaades). tlW en gl-eb aussi, et non en égyptien ni en 
sytîaqlié, que vo[;.t] à le sens de distribution, partage. Le subslatltif 
VojjLoç n'existé dans là langue copte que parce que, sur le tâhl, les 
Égyptiens l'èiiipruntèreht àiix Grecs. 

« M, "Wincklëb he i*es^ectë pas assez Torthogràphe des homs 
propres, et 11 changé d'orthograjîhë pour un même nom. 11 écrit 
Kroumir pour KhoQmir; It'beà poUi* Rebîa'; SIdi Abdabla pour 
Sîdi 'Abd-Allah; MedjerdàhpourMedjerda; MecknapourMàkena; 
Sakklà polir tlâkhela ; Mhley Assan pour Moûlet Hasan ; Kaïrouan, 

Khaïrouâh pôiir Oaïroiiân, etc Il commet dans le même ordre 

d'idées des erreurs plus graves en écrivant et en traduisant Sidi 
Abdallah ben Djemel « monseigneur Abd-Allah fils de chsLmeau » 
aii lieu de Sîdi *Abd-Allah ben Djemàl (sous eiitendu Ed-DIn) 
« monseigneur *Al)d Allah fils de Èeauté de la ^eligiôtl >>. Depuis 
lotiglémps lé t&xlë imprinié d^El-fiekrt tlbuà âliVré la forme arabe 



- m - 

iiJlJ^ ChiqbtmâHifû oli Chaqbàriya ôoQà laquelle les Arabes ont 
rendu le hôtn latin de Siccà^ VenenUy aujourd'hui là ville d'ËU 
Kâf. ^Tègligèant ce document respectable, l'auteur dit que c'est 
en Chat Ben Nahar î « Ilivage flls du Fleuve 1 », que les Arabes 
ôilt It-ansfofmê le nom de Sicca Veneria. 

h M. tissot à retrouvé le Tusca /tumen^ frontière de l*Afrique 
propre et des Maurétanies dans l'Ouâd Ël-Kebir de tabarqa, limite 
séculaire entre la Tunisie et TAlgérie. Pour lui. malgré Texiguïté 
du cours de rOuàdEl-Kebir de Tabarqa, la valeur de cette assimi- 
lation est hors de doute. M. Winckler, au contraire, voit le Imca 
fiumen dansl'Ouàd Zàn, ou Ouàd Zouara, qui se jette dans la Mé- 
diterranée une vingtaine de kilomètres plus à Test, et il a négligé 
de Justifier ses vues sur ce point de géographie comparée. 

« Certain passage où j*ai trouvé Salluste présenté comme « un 
« roi des Numides » m'a enlevé toute confiance dans la solidité des 
chapitres historiques du travail que voud m'avez chargé d'exattti'^ 
ner; 

« Abandonnons-nous le terrain géographique et histoMqttë^ 
nous rencontrons des assertions tout au moins très hasardées : 

tt L'auteur dit^ entre atlt^ëë choéës, qhe dad» lé pays des KHou- 
mir, on a obfi<9i-té, p^t îin teth^ië de ëilSotscb, des tëmpératui^es 
de 4^** le jour. Tout météorologiste s'élèvera contre une pareille 
a^sertibU.Ouahd on cite des teili|)ératures sans ajouter qu'elles ont 
éiè mesui^ées au soleil, il s'agit de ta température de l'air à i'om- 
bt'e, là seule qui soit comparable dans tous les pays. Or, jamais la 
température de Tair ne peut monter Jusqu'à 48^ dans le pays des 
Khoumir. C'est dans le Sahara que, très rarement, on trouve ce 
maximum. Mais il y a mieux. Suivant M. Winckler« le minimum 
de la nuit, en temps de sirocco^ est de 4o''llI 

« Enfin, le capitaine Winckler qualifie de /ima^ron de montagnel^ 
gastéropode marin qui fournissait la pourpre aux anciens I 

« Est-il néceddaire d'ajouter (|ue sods se forme actuelle, le ifaé- 
moire du capitaine Winckler ne me parait pas devoil* être publie ; 
il faudrait qu'on le revit et corrigeât à tous les pointsde vue avant 
de l'imprimer. Et je voudrais qli'ûh êrudit, jplus vërsÔ qUe moi 
dans l'histoire de la Tunisie aux époques romaine et vandale, prit 
la peine de vérifier ce que je n'ai pu faire, faute de livres, la partie 
historique ancienne de ce travail. 

« Quant au Joui*iial de route en Tunisie^ le capitaine Winckler 
ne présente maintenant que des notes qu'il rédigera plus tard. 



' 



— 108 — 

Ces notes ont trait aux itinéraires de *Aïn* Dràham, chez les Khou- 
mtr à Gafsa, dans le DJerid ; de Gafsa à Nafta ; de Gafsa à QaçiiQ; 
de Tebessa à Gafsa; de Gafsa à Ràs El-*Ayoûn et de Gafsa à 
Gàbès. Elles donnent remplacement et la description d'une quan- 
tité de ruines romaines et contiennent par conséquent beaucoup 
d'indications utiles, qui prendront toute leur valeur quand l'auteur 
aura un peu amélioré sa rédaction. » 

M. Hamy analyse un manuscrit de M. Dumoutier, correspondant 
du Ministère à Hanoï, intitulé : Noies sur la rivière Noire et le mont 
Ba-Vi {Tonkin). Sur la proposition du rapporteur, la Section vote 
l'impression de ce travail dans le Bulletin en cours de publication. 

Quelques-unes des nombreuses photographies qui accompa- 
gnent le mémoire pourront être reproduites avec le texte. 

M. Tamiral Jurien de la Gravière communique le rapport qu'il 
a bien voulu rédiger sur diverses publications en hollandais, adres- 
sées à M. le Ministre de l'Instruction publique par M. J.-J. Meijer, 
contrôleur de l'administration intérieure à Java et à Madoura. 

M. de LA NoÉ rend brièvement compte des premières publica- 
tions de la Société de géographie de Lille pour l'année 1891. 

M. ScHEFER communique un rapport verbal sur une demande de 
mission^ dont l'examen lui a été renvoyé. Les conclusions favo- 
rables de ce rapport sont adoptées sans discussion et seront sou- 
mises à la ratification du Comité central. 

M. ScHEFER dépose ensuite sur le bureau de la Section un volu- 
mineux manuscrit intitulé : La Cour de Pékin, envoyé de Séoul par 
M. Maurice Courant, et demande l'impression de ce travail dans 
un des prochains Bulletins. Cette demande est acceptée. 

Lecture est donnée des titres des communications qui seront 
faites au prochain Congrès des Sociétés savantes. 

La séance est levée à quatre heures et demie. 

Le Secrétaire^ 
E.-T. Hamy. 



— lOÔ — 



SÉANCE DU 6 JUIN 1891 



PRÉSIDENGE DE H. ALEX. BERTRAND, liEMBRE DE L*INSTITUT, 

VICE-PRÉSIDENT 

La séance est ouverte à trois heures; le procès- verbal de la 
séance du 2 mai est lu et adopté. 

M. Hamt résume les travaux de la Section de géographie, au 
Congrès des Sociétés savantes tenu à la Sorbonne» du 22 au 26 mai 
dernier. De la note qu'il communique il résulte que les séances 
ont été un peu plus suivies que les années précédentes; la moyenne 
des auditeurs s'est élevée à une vingtaine environ et le nombre 
des communications a atteint environ quarante, réparties en six 
séances. 

Les plus importantes de ces communications, rédigées par 
leurs auteurs, sont distribuées, suivant Tusage, à des commis- 
saires, chargés de -les examiner et d*en proposer l'impression 
totale ou partielle, s'il y a lieu. 

M. DE Barthélémy voudra bien rendre compte des communica- 
tions de MM. Chauvigné {Géographie historique du pays de Véron) 
et Bladé {Un comté de Vasconie au temps de Louis le Débonnaire) ; 
M. Alex. Bertrand examinera le mémoire de M. Harant, intitulé 
Otmus, chef-lieu du pagus Otmensis à l'époque gallo-romaine; 
M. Bouquet de la Grye, la note de M. J.-V. Barbier sur Vortho- 
graphe des noms géographiques; M. H. Duvetrier, celle de M. Winc- 
kler. Orographie et hydrographie de la vallée supérieure de tOued- 
el'Kébir: M. Hamy, les documents nouveaux de M. Bonnet sur 
la mission de Lenoir du Roule en Ethiopie et les Recherches an- 
thropologiques en Khoumirie de M. le D' Bertholon; M. Héron db 
ViLLEFOSSE, le travail de M. Lièvre, intitulé : l^s limites des cités 
de l'ouest de la Gaule; M. Levasseur, la note de M. Breitmayer 
sur le canal de jonction du Rhône à Marseille; M. Longnon, celle 
de M. Tabbé Pigeon sur certains lieux dits du département de la 
Manche. 



^ Hù — 

M. Maunoir donnera son avis sur les monographies communales 
de M. Baby, et M. de la Noé sur les manuscrits de MM. Delort, 
Barthélémy, Haillant, Tabbé Lemire, Luguet et Triboulet. 

M. Haht lit un rapport sur un volume récemment publié par 
M. le D"^ Verneau et intitulé : Cinq années de séjour aux îles Canaries, 
Ce rappqrf çst renvoyé» ^vec m wm favorable» à, la Gûmmtosion 
centrale. 

Le rapport de M. de la Nq^ ^yr \q Jiyre da M. de Potiche, inti- 
tulé : La baie du Mont-Saint-Michelets^opproches^ est égalemeill 
renvoyé, avec avis favorable, à la même Commission. 

Ju^ séapce e^t leyée ^ quatre beurea ua quapt. 

La Secrëtqive, 

E.-T. Hamy. 



m — 



SÉANCE DU 4 JUILLET 1894 



PftJÉSIDBfCE DE M. BOCQCVr DE LA 6KTE, MEMBRE DE LtXS^nTTT 

La séance est oaferte à trois beom; le pioeè^Tfiilial d« la 
sémiee da 6 jaio est la et adopté. 



La correspondance se compose : 

Pu lettre^ d*excases de MM. Alex. Bbrtbaiid et Juribv de ta Glu- 
tiêre; 

D'une lettre d'en?oi accompagnaiit une bfoebure de M* U de la 
Beaolière sur les voyages de Haniel l^e iiiràec (M . Bamw rap- 
porteur). 

M, DE Barthélémy communiqae on rapport siir deux mémoires 
prés^té§ au dernier Congrès des Sociétés s^YAutos, par MU, Bladé 
et ChauTÎgnéf 

11 propose l'impression du premier de ces écrils sans aucune 
modificatiou et demande que les affirmations du second relatives 
auK origines mauresques d'une partie de U population du pays de 
Yérou soient atténuées par Tauteur, 1^ thèse etbnogénique déve* 
loppée par M, Cbauvigné étant fort exagérée. 

Après une courte discussion, à laquelle prennent part MM. Bou- 
quet m LA GfiTp, Hamy et ScuEFEei les conclusiona du rapporteur 
sont adoptées. 

M. Bouquet ds la Grye analyse les dernières pubUçetions de la 
Société des Études maritimes e^ coloniales et de la Society bre«^ 
tonne de géographie. Il signale en p^irticuljeri à la Sectioui un 
travail de M- Maurice Ordinaircj dans le premier de ces recueils 
intitulé : L'Afrique française depuis C accord anglo-français^ du 

qoût 1890; et dans le second^ une note de M, Xi Caillet^ qui 
contient diverses traditions cosmogoniquea repueilliei) par cet 
officier, de la bouche de Paiore, ancien régent des lies Tuamotou. 

M. ^Aj|T, à Toccasion de la note de Mi CaiUet» apnoi^ce à la 



— 112 — 

section la présentation prochaine d*un mémoire manuscrit de 
M»' d*Axieri, sur les inscriptions de l'île de Pâques, dont ce sa- 
vant prélat a trouyé la clef. On sait que les fameux bois parlants, 
de Râpa Nui, n'offrent d'analogues en Océanie qu'à Célèbes et 
dans les îles Pelew, et que jusqu'à présent tous les efforts tentés 
pour en fixer la signification avaient complètement échoué. 

M. Bouquet de la Grye lit ensuite un rapport sur une note de 
M. J.-V. Barbier, secrétaire-général de la Société de géographie 
de l'Est, communiquée à la Section de géographie du Congrès de 
la Sorbonne, par M. Ch. Gauthiot. 

« M. Barbier, secrétaire général de la Société de géographie de 
l'Est, a envoyé au Congrès de la Sorbonne, une note sur l'ortho- 
graphe des noms géographiques. Il désirerait voir publier cette 
note in extenso et non une analyse, dans le volume du Congrès 
de 1891. Pour que la Commission puisse prendre une décision à ce 
sujet, je vais lui donner un exposé succinct du contenu de cette 
note. 

« M. Barbier déclare tout d'abord qu'il faut abandonner la 
théorie, aussi décevante que séduisante, d'écrire les noms comme 
on les prononce et qu'il faut apprendre à écrire avant de pro- 
noncer. Cette thèse est défendue par son auteur en s'appuyant 
sur ce que les prononciations varient et dans certaines langues 
sont difficiles à transcrire. Au contraire, un mot écrit ofBcielle- 
ment échappe à toute contradiction. Enfin, les relations que l'on 
a par l'écriture sont plus étendues que par la parole. 

« M. Barbier est heureux de voir que les noms géographiques 
écrits par les peuples qui emploient les caractères latins sont 
presque partout conservés avec leur orthographe originale et il 
demande qu'en Afrique, pays récemment partagé entre les na- 
tions européennes, on prenne dans chaque zone l'orthographe de 
la nation^ maîtresse virtuelle du pays. 

« M. Barbier félicite l'Institut géographique de Vienne d'avoir 
appliqué l'alphabet latin aux mots slaves de la Bosnie et de l'Her- 
zégovine, mais il craint qu'on n'en arrive à latiniser le turc. Pour 
la Grèce, il faut nous accommoder de la traduction vocale que 
chaque pays emploie, c'est-à-dire autant que nous le compre- 
nons, conserver à la fois l'orthographe et la prononciation intro- 
duites en France et en Angleterre depuis trois cents ans. 
« En ce qui concerne le russe, M. Barbier renvoie à M. Léger, 



— 113 — 
tout en penchant pour l'usage d'un alphabet latin mâtiné de 

« En Annam, dît-il, il est puéril de tenter une transcription 
phonétique.. • 

« Je crains que Tabondauce des matériaux mis en œuvre par 
le très érudit secrétaire de la Société de géographie de Nancy et 
les variations de récriture de certains noms géographiques qu'il 
a rencontrées n'aient à latin lassé sa patience, et que pour la for- 
mation du lexique auquel il travaille il ne se soit arrêté à prendre 
cette règle, évidemment simple, pour les pays employant Talphabet 
latin : de transcrire simplement récriture locale. 

« Mais en dehors de ces cas, ne faut-il pas arriver à une tra- 
duction la plus exacte que possible des sons? Partout d'ailleurs 
est-ce que le son n'a pas été de beaucoup antérieur à sa figuration 
et ne doit-il pas la dominer au point de la modifier progressive- 
ment en la simplifiant? 

« M. Barbier déclare du reste qu'il a accepté les règles de trans- 
cription de la Société de géographie de Paris, donnant ainsi un 
désaveu à sa profession de foi, puisque la base de la transcription 
est le son. 

« D'ailleurs, énoncer qu'avec l'écriture on pourra se reconnaître 
plus facilement dans un Guide de chemin de fer que si on pro- 
nonçait le nom de la localité, n'est-ce pas parler plus en savant 
de cabinet qu'en voyageur. 

« Je crois donc que, malgré l'étendue de la note de M. Barbier 
et la connaissance qu'elle montre, chez son auteur, de beaucoup 
de langues et de grammaires, sa publication ne pourrait faire 
avancer l'œuvre à laquelle la Commission s'est intéressée^ celle 
de l'unification, dans la mesure du possible, de l'orthographe inter- 
nationale des noms géographiques. 

« En conséquence, j'estime qu'elle ne saurait être publiée in 
extenso par les soins de l'administration et par suite avec sa sanc- 
tion au moins apparente. » 

Les conclusions de M. Bouquet de la Grye sont adoptées. 

M. DuvEYRiER communique un rapport sur le mémoire adressé 
au Congrès des Sociétés savantes, par M. le capitaine Winckler 
sur Vorographie et V hydrographie de la vallée supérieure de COued- 
el-Kébir. 

« Ce court manuscrit, dit M. Duveyrier, donne des indications 

GkOOR. H18T. ET DBSCAIPT. — Vi. 8 



— 114 — 

géographiques iutéressanles el en partie nouvelles. Mon senti- 
ment serait donc qu'il y a lieu de rimprimer, malgré seè imper- 
fections parmi lesquelles la plus grande est la manière dont les 
noms propres arabes et berbères sont rendus en écriture fran- 
çaise. » 

M. DuvEYRiER propose que l'on imprime le travail en épreuve et 
qu'on envoie celte épreuve en Tunisie, afin d'avoir une liste des 
noms propres correspondants à ceux qu'énumère Fauteur, écrite 
en caractères arabes, liste à laquelle on se conformera dans l'im- 
pression définitive. 

Les conclusions du rapport de M. Duveyrier sont adoptées par 
la Section. 

M, Hâmy demande Timpression des documents présentés à la 
Section par M. le D' Bonnet et relatifs à la mission d'Ethiopie sous 
Louis XIV, dont ils complètent l'histoire. Il propose également 
de publier, en Tacccompagnant des figures les plus nécessaires, 
le travail de M. le D' Bertholon, de Tunis, sur l'anthropologie de 
la Khoumirie, envoyé au Congrès par ce laborieux collaborateur. 

Ces propositions sont adoptées. 

M. Hamy rend compte du manuscrit de M. Albert Tissandier, 
résumant la mission archéologique accomplie par ce voyageur, 
dans l'Inde, à Ceylan, en Chine et au Japon, C'est un très court 
résumé d'un voyage fort étendu et il ne contient aucun docu- 
ment qu'il soit utile de publier au Bulletin; on y trouve ce- 
pendant de nombreuses photographies, reproduisant de beaux 
dessins de M. Tissandier, et dont plusieurs pourraient être utile- 
ment exposées au Musée Guimet. 

M. HÉRON DE VILLEFOSSË a examiné le mémoire lu par M. Lièvre, 
au Congrès des Sociétés savantes, sur les limites des cités de l'ouest 
de la Gaule. Il en propose l'impression, avec quelques corrections 
légères, au Bulletin de la Section, et demande que Ton joigne au 
texte la petite carte dressée par l'auteur. 

Ces propositions sont adoptées. 

M. LoNGNON ne croit pas qu'il y ail lieu de publier la note lue 
au même Congrès par M. l'abbé Pigeon, en réponse à la g* ques- 
tion du programme. Ce travail sera renvoyé à l'auteur avec une 
lettre de remerciments. 



— ns — 

» 

M. Maunoir adresse un rapport sur le manascrii de M. Baby^ 
dont le résumé a été communiqué à la Section pendant le dernier 
Congrès des Sociétés savantes. Ce manuscrit est intitulé : Vœuvre 
nationale des monographies communales de la France, 

c( De Foix, dit M. Maunoir, M. Paul Baby a envoyé au Congrès 
des Sociétés savantes, à la Sorbonne» un projet de publication qui 
ne manque pas d'intérêt, mats dont la réalisation rencontrerait 
des difficultés pratiques qui semblent avoir échappé à Tauteur du 
projet. 

« L'exposé de M. Baby débute par des considérations générales, 
patriotiques, empreintes des intentions les meilleures et de beau- 
coup de conviction. 

« M. Baby a commencé par prêcher d'exemple en faisant éta- 
blir, pour le département de TAriège, une série de cartes et de 
monographies destinées à figurer sur les cahiers d'élèves des 
écoles. La couverture du cahier porte d'un côté la carte de la 
commune à i/5o,ooo, avec tous les détails topographiques ; d'un 
autre côté est une notice descriptive de la commune. Carte et no- 
tice ont été rédigées avec soin, dit M. Guyon, inspecteur d'Aca- 
démie de TAriège, dans un rapport officiel. 

« Voilà un essai fort louable et dont on ne saurait trop féliciter 
M. Baby. Mais généralisant le sujet, l'auteur de ce travail voudrait 
voir constituer une Association nationale des monograpfnstes fran- 
çais , dont il indique le plan^ le fonctionnement, l'organisation. 
Malheureusement l'exposé de ce projet révèle une certaine inex- 
périence des hommes et de l'administration. M. Baby compte sur 
le concours gracieux des savants et des littérateurs de chaque 
département pour l'exécution ou la surveillance du travail ; il 
voudrait voir le Ministère de l'Instruction publique et celui de 
rintérieur intervenir pour la réalisation de l'œuvre. L'administra- 
tion des Postes accorderait la franchise pour les correspondances 
échangées par les collaborateurs de l'entreprise ! Enfin des édi- 
teurs départementaux auraient, chacun pour son département, le 
monopole de la confection et de la vente des cahiers scolaires. 

« L'idée de M. Baby est excellente en elle-même, mais les moyens 
qu'il propose pour la réaliser demanderaient à subir une révision 
fondamentale. 11 y aurait lieu, tout d'abord, de savoir si M. Cadrât 
aine, imprimeur-éditeur à Foix, dont l'intervention a permis à 
M. Baby de réaliser son essai de monographie communale, se loue 
de cette opération. Si elle a été suffisamment rémunératrice, la 



— H6 — 

solution du problème a fait un pas, et il semble qu'en d'autres 
départements des éditeurs pourraient oser une entreprise de même 
genre. Ils trouveraient sans doute, auprès du Ministère de Tlns- 
truction publique, dont le rôle serait alors limité dans des propor- 
tions acceptables, un concours utile. N'existe-t-il pas, d'ailleurs, 
dans plusieurs départements, des Sociétés de géographie qui trou- 
veraient dans un travail du genre de celui que propose M. Baby, 
une occasion excellente d'affirmer leur vitalité, de montrer de 
manière irréfutable qu'elle&^sont en mesure d'agir, de rendre des 
services ? 
(c Un essai de ce genre devrait les tenter. » 

M. le colonel G. de la Noé examine les communications de 
MM. Delort, Haillant, l'abbé Lemire, Luguet et Triboulet, qui ont 
été renvoyées à son examen. Il propose de donner un court extrait 
de la première dans le procès-verbal. Les renseignements réunis 
par M. Hailiant et M. Luguet seront bons à utiliser plus tard pour 
les travaux d'ensemble, dans lesquels on se servira des notes de 
même nature envoyées de tous côtés, et relatives^ les unes, aux 
conditions de l'habitat dans les diverses régions de notre pays; 
les autres, aux modifications subies par le littoral français. 

Le travail de M. Lemire est bien fait et intéressant, et M. de la 
NoÉ en propose l'impression in extenso dans le Bulletin de la 
Section. 

Quant à la note de M. Triboulet, M. de la Noé constate que 
l'auteur avance des faits sans les démontrer, et propose ce que 
beaucoup d'autres ont proposé déjà, sans donner les moyens 
pratiques de réaliser son idée. Il n'y a pas lieu d'insérer sa com- 
munication. 

Les conclusions du rapport de M. G. de la Noé sont adoptées. 

La Section aborde l'examen du programme du Congrès de 1892, 
dans lequel un certain nombre de modifications sont introduites 
sur la proposition de M, Hamy. 

La séance est levée à quatre heures et demie. 

f^ Secrétaire^ 
E.-T. Hamy. 



— H7 — 



MÉMOIRES 



L'ŒUVRE GEOGRAPHIQUE DES REINEL 

ET LA DÉCOUVERTE DES MOLUQUES 

PAR LE D* E.-T. IIAMY 
1 

On n'a coaau pendant bien longtemps des Reinel que ce qu'en 
ont écrit Barros et Herrera^. 

Le premier de ces historiens avait conservé le souvenir de deux 
personnages de ce nom, employés à la côte occidentale d'Afrique 
par le gouvernement portugais vers 1487. L'un, Rodrigo Reinel, 
envoyé du château d'Arguin à Huâdem *, avait été nommé facteur 
d'une factorerie de Maures créée dans cette ville par le roi don 
Joào '. L'autre, Pero Reinel, accompagnait dans le même temps, 

1. Fr. Kunstmannestle premier, entre les géographes modernes, qui ai trappelé 
les textes de ces auteurs en les analysant sommairement dans la dissertation 
Ueber einige der ûltealen Karten Amerikas, qui termine Touvrage Die Ent- 
deckung Amerikas nachden âltesten Quellen geschichtlich dargestellt, Mûnchen, 
1854, in-4«, p. ia6. 

9. Oadem (Yalentin-Ferdinand). « Yon der Insel Arguim, ihrem Gastell, ihrem 
Handel, yon dem Festlande und seiner W'ûste, der Stad Oadem^ dem Salze und 
anderen Ortschaften, yen den Yôlkern in diesen Gegenden und Wûsten, den 
Thieren, YOgeIn, Kraiitem und B&umen, wie yon den Sitten der Bewohner » 
(Fr. Kunstmann, Valentin Ferdinatufs Beschreibung der Westkaste Afrika's bis 
zum Sénégal mit Einleitung und Anmerkungen [Aus den AbhandL der k. bayr. 
Akad. d,W,,m C1.,Y1II Bd., 1 Abth]. Mûnchen, i856, in-40, p. 4o). — Ouadan 
des cartes modernes, à 400 kilomètres enyiron à Test de la baie d'Arguin. 

3. « Neste mesmo têpo que el Rey do m JoSo se visitava et carteaua cô estes 
Principes barbaros, mandao tambem per yia de castello de Arguim a cidade 
HuSdem, que este ao Oriente délie obra de setenta legoas, assentar hïïa feitoria 
com os Mouros, por ali concorrer algum resgate de ouro : ao quai négocie forâlo 
Rqfirigo Reinel por feitor, Diogo Borges escriySo et Gonçalo d'Antes por homem 
da feitoria » {Decada primeira da Asia do Joûo de Barros dos feilos que os Por- 
iugueses fezerùo no descobrimento et conquista dos mares et terras do Oriente^ 
Lisboa, i6a8, f« 59). — C'est peut-être ce même Rodrigo Reinel qui fit plus tard 



— 118 — 

en qualité de moço (Tesporas*, Técuyer Rodrigo Rabello allant en 
mission par le rio Cantor", près du Mandi Mansa, l'un des plus 
puissants entre les chefs du pays mandîngue. Des huit personnages 
qui composaient la petite expédition portugaise, Pero Reinel re- 
vint seul ; c'était, en effet, dit Barros', « un homme accoutumé 
à aller dans ces régions ». Les autres étaient morts en route de 
maladie. 

On ne sait rien de plus de ce Pero Reinel ; aucun texte n'auto- 
rise donc à le rattacher, non plus que Rodrigo, un de ses proches 
sans doute, aux cosmographes de môme nom, bien postérieurs en 
date, dont parle à son tour Antonio de Herrera. 

Ces nouveaux Reinel sont mentionnés trente-cinq ans plus tard^ 
en i5a2, par l'historiographe des Indes. 

Sébastian el Cano vient de ramener à Séville les débris de l'ex- 
pédition de Magellan ; la route par l'ouest vers les terres des 
Épices est ouverte aux Espagnols ; on a besoin de pilotes expéri- 
mentés, connaissant plus particulièrement les découvertes rela- 
tives aux Indes des Moluques, las Indias de los Malucos. On enrôle 
donc Simon de Alcaçaba Sotomayor, chevalier portugais, « grand 
marinier et cosmographe », dont on avait jusqu'alors ajourné les 
offres de services, et Ton reçoit à la Casa Real Jorge Reinel et 



partie de Texpédition de Cabrai et fut fait prisonnier à Galiout en même emps 
que Aires Correa tombait sous les coups des Mores : « Hum Rodrigo Reinel, que 
fora cativo em Galecut no tempo de PedraWares quando matàram Aires Correa 
Cabrai » (Barros, op. cit. Dec. I, liv. VII, cap. vi). 

I. Moço fidalgo, degré de noblesse inférieur à celui defidalgo escudeiro. 

a. La Gambie, ailleurs nommée rio Gambea de Gantor (Barros, Dec. I, liY. ill, 
c. vin, f» 49)« 

3. « Porque neste tempo mâldou Pero d'Euora et Gonçaleanes a ol Rey de Tu- 
curol (Takhrour), et assi a el Rey de Tungnbutu (Timhouktou)^ et per outras 
yezes mandou a Mandi Mansa per Tla do rio Gantor {la Gambie) : aqual principe 
era dos mas poderosos daquellas partes da provincia Mandlnga. Ao quel negocio 
foi hum Rodrigo Rabello escudeiro da sua casa, et Pero Keinel moço d'esporas, 
et Jofio GoUaço besteiro da camara, com outros homCs de 8ervi<^o q (ioisifto nu* 
mero de outo pessoas. E levarSo Ihe de présente cauallos, azemalas et mulas oon 
seus areos et algûas sortes de eousas estimadas entrelles, por jà Ift ter mSdado 
outra Tez. Ede todos estes escapou Pero Reinel por serhomen costumado andar 
naquellas partes : et os maes faleçerSo de doença » (Barros, t6td., f» 58). 

Je reproduis à dessein ce texte dans son entier, afin qu'il soit bien entendu qu'il 
s'agit ici d'un voyage dans l'intérieur et qu'on ne saurait en tirer, comme on Ta 
fait, cette conclusion que le Pedro Reinel de 1487 « passait pour un navigateur 
expérimenté w. 



— 119 — 

Pedro Reinel^ pilotes portugais de grande réputation*, pilatoi 
portugueses de mucha fama*. 

Il est fort probable que Tun et Tautre attendaient cette nomi** 
nation depuis un certain temps déjà dans le port de Séville. En 
effet, Navarrete a publié, en 1837, d'après une copie faite jadis par 
Munoz à Lisbonne, une lettre au roi don Manuel écrite par son 
facteur en Andalousie, Sébastian Alvarez, et qui signale la pré- 
sence à Séville de deux Reinel, le père et le fils, cartographes tous 
deux, travaillant pour le compte de TEspagne. 

Alvarez a vu une sphère et une carte qu'exécutait le fils et sur 
lesquelles étaient placées les Moluques ; le père est venu les 
finir', et cette œuvre, qui a servi de modèle à Diego Ribeiro, dit 
toujours Alvarez, était terminée avant le 18 juillet 1619, date de 
la lettre de cet agent au roi de Portugal. 

La flotte de Magellan partait le ao septembre suivant de San-* 
Lucar de Barrameda, munie de vingt- trois cartes marines dont 
dix-huit avaient été exécutées dans l'atelier de Nuno Garcia^ de 

1. «I Ha via alg^unos dlas que se havia ofrecido de servir al Rei Simon de Alca- 
çaba Sotomayor, Gavallero Portugués, que havia dexado el servicio del Rei de 
Portagal, ofreciendo de ser de mucho fruto, en )a navegacion de las îndias de 
los Malucos, porque era gran Marinero, i Gosmografo ; i mientras se aguarda 
ba el fin que tendria el Armada de Hernando de Magallancs, no se tomô con él 
resolucion ; pero con la Ilegada do la Nave Victoria, fue recebido por continuo 

de la Casa Real Hecibiàêe tatnlnen à Jorgt Reinel^ i à Pedro Heinel^ Pilotas 

Poriugueêês demucha fama » — (Ant. de Herrera, Hm^oW a gênerai de losHe- 

chos de los Castellanot en las Islas y Tierra Firme del Mar Oceano. Dec. III, 
libr. IV, cap. xiii. Madrid, 1726, in-4^, p. iSa). 

3. Cf. J.-B. Sehmeller, Ueber einigeùllere handschriflliche Seekarlen (Ahhandl. 
derphiloêoph, philoiog. Class. derkônigl. bayerisck. Akad. d. Wissensch. 6d. IV, 
f» a49, 1847, in-4**) » — fr. Kunstmann, Die Entdeckung Amerikas, p.*ia6 ; — 
H. Harrisse, ap, ciL^ p. t63. 

3. .*..* « la cual tierra de Maluco yo vl asentada en la poma y carta que aqui 
hiao el hijo de Reinel « la cual no estaba acabado cuando aqui vino su padre por 
él, y su padre lo acabô todo, y puso estas tierras de Maluco. Por este padron se 
bacen todas las cartas que las bace Diego Hiveiro, como tambien los cuadrantes 
y espéras. » (Carta eacrita enSevilla al Rey de Portugal por Sébastian Alvarez 
su factor^ sobre las contradictiones que sufria MagallaneSy y de sus diligencias 
y persuasiones para que el y Falero se volviesen â Portugal. Da noticia de las 
armadas que se pteparaban para otros destinos [Coleccion de Muiioz^ quien la 
extrada en Lisboa del original] ; H. «F. de Navarrete, Coleccion de los Viages y 
Oescubrimientos que hUneron por mav los Espafioles desde fines del siglo xv, 
t. iV, no XV, p. xux et i56. Madrid, t637, in-4°)* 

4. « a3 cartas de marear, disent les comptes de la flotte, bêchas en perga- 
minos por Nuno Garcia » (Navarrete, t. IV, p. 8}. La Relacion del Coste que 



— 120 — 

Toreno, soit par ordre de Rui Falero, soit par ordre de Magellan 
lui-même. Toutes ces cartes, celles en particulier que Magellan 
avait fait faire, avaient dû s^inspirer des travaux des Reinel. Nous 
savons, en effet, par le célèbre historien des Moluques, Argensola, 
qu'à son arrivée en Gastille, Magellan se servait déjà d*un planis- 
phère de Pedro Reinel, où étaient tracées les Moluques. 

On sait que le grand navigateur portugais, n'ayant pas ren- 
contré, à son retour à Lisbonne, Taccueil que ses services dans les 
mers des Indes et en Afrique lui avaient mérité, se dénationalisa et 
passa en Gastille où, pour se venger du déni de justice de son mattre 
D. Manuel, il s'efforça de démontrer que les Moluques, récem- 
ment découvertes par son ami Serrào, étaient en dehors de la 
ligne de démarcation de la bulle d'Alexandre VI et, par conséquent, 
devaient revenir à r£spagne\ C'est principalement à l'aide d'un 
planisphère dessiné par Pedro Reinel, vn Plants ferio dibuxadopor 
Pedro Rey ne r, qu'il parvint à décider l'empereur Charles-Quint 
à revendiquer ses droits', et obtint ainsi les ordres nécessaires 
pour l'organisation du premier voyage autour du monde. 

tuvo la Armada de Magallanes insérée plus loin dans le même volume, parle 
de 24 cartes exécutées pour le voyage et dont une fut envoyée au Roi. « i3,ia5 ma- 
ravedis por siete cartas de marear que hizo (Nuno Garcia) por la orden de 
Rui Falero a cinque ducados ; ii,a5o maravedis que se pagaron À Nufio Garcia 
de once cartas de marear que hizo por la orden de Fernando Magallanes ; 
i3,5oo maravedis por otras seis cartas de marear que hizo haçer Rui Falero 
con una que enviô à S. A. » 

1. Cf. Navarrete, t. lY, p. xxix et sqq., lxxiii et sqq., 18S-189, etc. 

a. 11 se servait aussi pour ses démonstrations, suivant Herrera (Dec. Il, libr. II, 
cap. xix), d'un globe bien peint, vn Globo bien pintado, dont on ne connaît pas 
l'auteur. 

3. « Hizo discurso, que pues el Haluco distaua seyscientas léguas de Bfalaca 
para oeste, q son poco mas menos de treinta y seis grados, yazia fuera del 
limite Portugues, segun las cartas antiguas. Buelto a Portugal, no le hizieron 
merced, antes se juzgo por agrauiado, y sintiendo el diffauor, passo a Gasttlla, 
trayeîido vn Planisferio dibuxado por Pedro Reynel. Por el qual^ y por cÔfe- 
rencias, que por cartas auia tenido con Serrano, persuadio al Emperador 
Carlos V, que las Malucas eran de su derecho. » {Conquisia de las islaa Malucae 
al rey felippelll N^ S°^ escrita por el Licenciado Bartolome Leonarào de Argen- 
sola, capellan de Su Megestad de la Emperatriz y Retor de Yillahermosa. Madrid, 
1609, info, p, 16.) — Gf. Lendas da India por Gaspar Correa, publicadas de 
ordcm da classe das sciencias moraes, politicas e bellas lettras da Academia 
Real das sciencias de Lisboa, t. II, p. 38 et 6â5. Lisboa, 1860, in-4«. 



— 121 — 



II 

Il serait assez malaisé de se rendre compte aujourd'hui de Tim- 
portance des documents géographiques ajoutés ainsi à la con* 
naissance des mers de TExtrôme-Orient, si un hasard heureux 
n'avait point préservé de la destruction plusieurs originaux de 
Pedro Reinel, et notamment une carte marine de Tocéan Indien, 
d'un intérêt tout à fait exceptionnel. 

Il existe à Munich dans un dossier, mal étudié jusqu'à présent, 
qui se trouve au Conservatoire supérieur de l'armée bavaroise, 
une carte marine portugaise comprenant les Moluques, non datée, 
mais postérieure au retour de l'expédition d'Âbreu (i5i3], sans 
nom d'auteur, mais ressemblant à s'y méprendre jusque dans ses 
détails à une autre pièce signée du nom de Pedro Reinel. 

Cette carte, si précieuse pour l'histoire de la géographie de 
l'Extrême-Orient, fait partie d'un lot de quatre cartes marines 
manuscrites, réunies sous un titre commun et portant un seul et 
même numéro d'inventaire ^ L'auteur du Catalogue géographique 
du Conservatoire de l'armée, publié en i832, considérait trois de 
ces cartes comme faites par un certain Salvat de Pilestrinay qui 
a signé et daté la première à Majorque en i5ii ; il voulait bien 
toutefois reconnaître qu'il était douteux que la quatrième^ celle 
justement qui nous intéresse^ fût l'œuvre du même auteur qui 
avait dressé les trois autres*. 

I. La description que je donne ici de ce précieux monument est faite diaprés 
un excellent fac-similé sur parchemin exécuté h Munich par Otto Progel. 

3. o Die ganz Welt yorstellend, auf Pergament gezeichnet 

« x) Ganz Europa und Theil Yon Africa und Asien enthaltend mit den Bildnis- 
sen der Herrschen ; 

« a) Ganz Afrika und die sûdllche H&lfte von Europa ; 

« 3) Afrïka, Asien und Europa in Allgemeinen, mit den bekannten TbeU von 
Amerika ; 

« 4) Die Kûsten yon Sûd-Afrika und Sud- Asien. 

« Die ersten Nros von Salyat de Pilestrina en Mallorques en lay MDXI gefertiget. 
Nro 4 ungewiss of Ton gleichem Autor 4 bl. ». 

(Catalog ûber die im kôniglisch bayerschen Haupt Comervatarium des Armée 
hefindUchei Landkarten und Plane, Mûnchen, iSSa, inS^, s. 6-7.) 

J'observerai seulement, en passant, que la troisième et la quatrième de ces 
cartes, dont la Bibliothèque nationale de Paris possède de très t>elles copies 
ezécutées par Progel en i836 (Fnv. gén.^n» loao), Tune et l'autre de facture net- 
tement portugaise (le ne parle pas du n*" a que le ne connais point), ne peuTent 



— 122 — 

Kunstmann accueillit ces doutes, au cours de ses études sur la 
cartographie du Nouveau-Monde, où il s'occupait en passant de 
la collection de Munich. Mais il se borna à les fortifier quelque 
peu, à Taide d'indications de détails, qui montraient que certains 
contours extrêmes étaient postérieurs à la date (i5ii), juxtaposée 
à la signature de Salvat de Pilestrina*. 

Kunstmann n'alla pas plus loin ; il revint même quelque peu 
sur ses pas en admettant que le dessin des quatre cartes de Munich 
trahissait une même école, eine 5cAu/e, quoiqu'elles ne provinssent 
pas toutes de Salvat*. 

Ce Salvat, dont nous ne savons absolument rien autre chose, 
est certainement un Italien établi à Majorque, et originaire de la 
ville de Palestrina '. Sa nationalité transparaît dans son œuvre ; 
il a conservé certaines habitudes décoratives des cosmographes 

point émaner d'un dessinateur, italien d'origine et traraillant à la mode migor- 
caine, comme notre Salvat de Pilestrina. Il existe, d'ailleurs, à la Bibliothèque 
publique du Havre, un atlas de treize cartes, sorti manifestement (je le prouverai 
dans un autre travail), de Tatelier de Salvat, et comprenant la totalité du monde 
connu des cosmographes de Majorque en i5i9. On n'y a absolument rien re- 
présenté des terres de rExtrême-Orient. 

I. « Bei der zuletzt genannten (Nro 4) hat der Yerfasser des Cataloges indessen 
gezweifeit, ob sie zu don vorhergehenden gehôre. Yielleicht hat ihn hierzu der 
Umstand bewogcn, dass sich auf ihr die Moluccen mit den Beisatze » ithas de 
« Maluco doQde a o cravo » verzeichnet finden, der auf den schon bestehenden 
Handel mit Gewûrzneiken hinweist. Fast dieselben Worte flnden sich indessen 
auch auf der vierte Karte unseres Âtlasses (c'est le n^ 3 du Catalogue), die in 
der Abbildung nur wegen der allzugrossen Breite der Karte weggelassen werden 
mûssten, denn es heisst auch auf ihr : ilhas de maiuqua donde vem o crauo ». 
In das Jahr i5ii kAnnen aber beide Karte nicht gehôren, veil Albuquerque 
erst in dicsem Jahre von Malacca aus den Handel mit den Moluccen lu erôffnen 
trachtetc. » (Fr. Kunstmann^ Ueber einige der ûUesten Karlen Amerikaa[Die Ent- 
deckung Amerikas, nacfi der clltesten Quellen geschichtlich dargesUUt]. HûB' 
chen, iS59, in-4°). — Kunstmann résume ensuite le voyage d'Abreu et Serrano 
qu'il connaît mal, n'ayant pos consulté le texte de GalvSo, dont Hakluyt avait 
pourtant donné une traduction anglaise dès i6oi. 

u. tt Die Zeichnung der vier Karten, welche im Gataloge der Hauptconserva- 
torium der Armée zusammen angcgehen sind, verrûth ûbrigen eine Schule, 
wenn sie auch nicht aile von Salvat de Pilestrina, dessen weiten Lebensver«i 
hàltnisse uns unbekannt slnd herrûhren » (Fr. Kunstmann, /oc. cii*)* 

3. M. H. Harrisse a proposé de lire son nom 8alvat[ore] de Palestrina : nous 
aurions là, ajoute-t-il, l'œuvre d'un cosmographe vénitien ou romain établi à 
M(^ orque, car « Pilestrina » n'est pas un nom msjorquin de personne ou de 
lieu (H. Harrisse, Jean et Sébastien Cabota leur oHgine et leur» voyagea, eto« 
Paris* Leroux, i88a, in-4i«, p. i6i). 



— 123 — 

de son pays. La languette, par exemple, taillée à gauche du 
lecteur, est ornée d'une miniature de la Vierge portant TEafant 
Jésus ; les points cardinaux et collatéraux sont occupés par de 
petits médaillons bleus renfermant des têtes d'Amours roses à 
cheveux dorés qui représentent les vents. 

Il copie en même temps les roses catalanes portant au centre 
les symboles ou les initiales des huit points principaux de Tho- 
rizon* et ornemente sa carte, là où cela est possible, de figures en 
pied reproduisant les portraits de convention des puissants de la 
terre ' ou de petites vignettes, qui représentent les ports principaux 
du monde commercial'. Ailleurs, ce sont des écussons\ des pa- 
villons armoriés, etc.*. 

Presque tous ces accessoires empruntés à la fois aux deux 
écoles, italienne et catalane, sont absents de la carte n" 4 du dossier 
de Munich, dont Tornementation discrète consiste exclusivement 
en quelques larges inscriptions pseudo-gothiques, en un certain 
nombre de roses ornées, d'un style particulier, en deux échelles 
sobrement décorées et en quelques drapeaux flottants, avec ou 
sans flammes, parcimonieusement distribués le long des côtes. 

Les inscriptions, en grandes lettres noires de o"*^oi5 de hauteur, 
portent quelques traces de dorure. Elles forment les mots : tropico 

DE CANCER-', GIRCOLO EQUINOCIAL'-', POLO ARTICO*', POLO AMTARTICO^, 
TROPICO DE CAPRIGORNIO*^. 

Les roses de vents offrent trois variétés : J'une de ces roses, 
beaucoup plus grande que les autres, peinte immédiatement à 
droite de la deuxième inscription {circolo equinocial), comprend 
une figure centrale, formée d'une sorte de feuille bleue trilobée, 

I. Ces signes caractéristiques des cartes catalanes» ou de celles qui en sont 
dérivées, sont dans le même ordre, +, S, 0, % 1»^>T» d, qui correspondent 
à la nomenclature locale {Uevant^seloch^ mijorn^ llebeych, ponent^mtstraly Ira- 
muntane et grech), 

a. Rey de Ghinea, rey de Nubia^ rey de Vigana^ Preste Jokan d'India, Solda 
de BabilCôiaf rey de lurchia^ GrÛ cha de Tartaria^ rey de Rossia, rey de Pol~ 
lonia et Boemia^ rey de Ungria^ Emperador de Alamâya, rey de Francia^ rey 
d*Ispanya, 

3. Les plus importantes de ces vues représentent Venise et Gènes, puis Barce- 
lone, Valence, Lisbonne et Saint-Jacques de Gompostelle, Le Caire, Jérusalem, etc. 

4. Notamment pour TÂngleterre, TÉcosse et ilrlande, la Corse, la Sardaigne 
et la Sicile, etc. 

5. Les pavillons sont nombreux, depuis le pavillon horizontalement rayé de 
vert et de blanc qui domine le cap de btucador, jusqu'à celui de Gènes, qui 
flotte encore à Gaffa, Savastopoli, etc. 



— 124 — 

base de l'aiguille aimantée, autour de laquelle rayonnent seize 
pointes bleues et rouges alternées. De cette figure centrale sortent 
huit grandes flèches bleues, ombrées de noir, à doubles échan- 
crures prises deux fois sur chaque bord, et qui correspondent 
aux points cardinaux et collatéraux. Des flèches vertes, plus 
courtes parce qu'elles émanent d'un cercle intérieur tracé au ni- 
veau des échaqcrures des grandes flèches internes, correspondent 
aux points de troisième ordre (l6^*) ; elles ne sont échancrées 
qu'une fois et répondent aux pointes rouges de la rosace centrale. 
Enfin, les points de quatrième ordre (32*"), sont figurés par de 
courts triangles rouges. Le tout est surmonté d'une large aiguille 
en forme de fleur de lis contournée, peinte de bleu et à laquelle 
se rattachent d'élégants petits pendentifs rouges. 

Les autres roses sont tout à la fois moins grandes et plus sim- 
ples. Elles appartiennent à deux variétés; Tune ayant les huit 
pétales principaux alternativement rouges et bleus ou tous bleus, 
une fois échancrés de chaque côté; l'autre présentant les mêmes 
alternances de couleur, sans aucune découpure. 

Les échelles sont encadrées de filets alternativement rouges et 
bleus, agencés de telle sorte que si la moitié gauche du cadre est 
bleue au-dessus de la graduation, elle sera rouge au-dessous et 
inversement. L'un de ces encadrements se termine aux deux bouts 
par de simples équerres, l'autre se ferme par un double biseau 
un peu concave orné de trois petites boules et prolongé par deux 
points coloriés. 

Les drapeaux, plantés tous sur de petites collines vertes, sont 
de deux sortes : les uns, carrés, ont la couleur du Portugal et sont 
surmontés plusieurs fois d'une longue flamme rouge ; les autres^ 
triangulaires, rouges avec un croissant blanc, sont réservés aux 
pays musulmans. On rencontre aussi parfois superposés deux 
étendards triangulaires, l'un rouge et l'autre bleu. 

Les côtes sont cernéesdans la plus grande partie de la carte d'un 
mince filet vert qui s'étale ailleurs en taches plus ou moins éten- 
dues. Les points du littoral, où sont plantés les drapeaux et les 
étendards, sont généralement figurés sous l'aspect d'une colline 
verdoyante. Les petites lies et les Ilots sont généralement peints 
de bleu ou de rouge ; les lies plus grandes sont en vert; les noms 
qui accompagnent les terres isolées sont écrits en rouge. La no- 
menclature suit d'ailleurs toutes les règles usitées dans les cartes 
marines, et il est inutile d'y insister. 



125 — 



III 



Tous ces détails se retrouvent, ou bien peu s'en faut, dans une 
autre carte de Munich, bien connue de tous ceux qui s'intéressent 
à l'histoire de la géographie et qui est signée, celle-là, en grosses 
lettres pseudo-gothiques 

Jnus||'PEDRO H.eine|l afez||. 

Cette seconde carte, qui appartient à la Bibliothèque royale, où 
elle est classée sous la mention Cod. iconogr. i32, a été décrite par 
J.-A. Schmeller, dans un mémoire lu par ce savant bibliothécaire 
à FAcadémie des sciences de Munich le 2 décembre i843% et par- 
tiellement publiée en chromolithographie par Fr. Kunstmann, 
K. von Spruner et G.-M. Thomas, dans leur magnifique atlas de 1 859, 
dont elle forme la planche première*. 

Ces auteurs ont malheureusement négligé de reproduire l'extré- 
mité orientale de la carte, qui offrait l'intérêt, signalé déjà par 
Schmeller, de donner le nom d'un des plus anciens propriétaires 
de ce précieux document. On lit, en effet, dans l'espace vide qui 
correspond au centre de l'Afrique, tracés d'une autre main que 
celle du cartographe, ces mots : 



AmEDE 



c 



^i il /WM 




I. J.-A. SchmeUer, Uzher einige altère kandschrifUiche Seekarten {Abhandl, 
der J Cl, d, Ak. d, Wm., IV Bd. Abth., I, s. a47-a5o. Mûnchen, 1847, in-4^)« 

Q. Allas zilr Entdeckungsgeschichte Amerikas, aus Handschriflen der k. Hof, 
und StaatS'Bibliolhek, der k. Université l und des Hauptconservatoriums der k. 
b. Armée f herausgegeben yon Friedrich Kunstmann, Kari yon Spruner, Georg 
M. Thomas. Mûnchen, 1869, gr. in-f°. La brochure in-4''» citée plus haut, Die 
Entdeckung Amerikas, etc., contient entre autres choses l'explication des plan- 
ches de cet atlas. 

3. Je dois le fac-similé, reproduit ci-joint, à M. le D' Laubmann, directeur 



— 126 — 

Anne de Sanzay, compte de Magnagne, signature autographe de 
Tua des personnages les plus extraordinaires de ce xyi** siècle, 
qui compte pourtant tant d'individualités exceptionnelles. Filleul 
du connétable Anne de Montmorency', Sanzay appartenait à 
une grande famille du Poitou, et combattit d'abord contre les 
Barbaresques, avant de devenir Tun des plus terribles entre les 
chefs de bande qui désolèrent l'ouest de la France pendant les 
guerres de religion. Notre confrère, M. Anatole de Barthélémy, a 
publié jadis une notice très riche en documents de toute sorte, 
sur ce redoutable partisan ; je ne puis que renvoyer à ce cons- 
ciencieux travail les lecteurs, que ne rebuteraient pas les récits 
d'une longue vie de brigandages*. 

C'est sans doute quand il armait contre les Algériens, que Sanzay 
s'était procuré la carte de Reinel, où il a mis son nom. Ses navi- 
gations dans la Méditerranée ne devaient guère durer d'ailleurs. 
Un boulet de canon lui emporta un bras, remplacé par un appa- 
reil métallique, qui lui valut plus tard le sobriquet de Bras de fer. 
Puis il fut prisonnier à Alger, où sa captivité a trouvé, il est vrai, 
des adoucissements, plaisamment commentés par Brantôme dans 
son Discours premier sur les dames de son temps*. 

Revenons à Pedro Reinel et à sa carte marine* pour insister 
seulement sur son identité avec l'œuvre non signée du Uaupt^ 
conservatoriumy que nous, attribuons au même cartographe. 



de la Bibliothèque royale de Bavière , que je prie d'agréer tous mes remercl- 
ments pour son obligeante communication. 

1. D*où ce prénom de Anne, très embarrassant pour Schmeller, qui nesatait 
si c'était le nom d'un homme ou d'une femme <% was auf einen frûhem Besitzer 
oder eine Besitzerin zu gehenscheint » (p. sSo). 

2. A. [de] Barthélémy, Anne de Sanzay y comte de la Magnanne^ abbé séculier 
de Lantenac, Saint-Brieuc, 18Ô2, br. in-80. 

3. Brantôme, Discours premier sur les dames de son temps ; cf. Barthélémy, 
op. cit. y p. 6. 

4. La carte a, suivant Schmeller, n pieds 2 pouces bavarois de long, a pieds de 
large; elle est terminée par une languette adroite; c'était donc une carte roulée, 
une carte marine d'usage courant et non pas, comme on Ta dit « une feuille 
détachée d'un portulan ». On y voit à droite la plus grande partie de l'Europe 
et une partie de TAfrique, à gauche les terres américaines du haut nord dé- 
couvertes par les Corte Real (Cf. Bull.de Géog.ïlist. et Descript.y t.!, pi. III, 1886). 
La côte d'Afrique est dessinée dans Poriglnal depuis Libida, à Test de Tripoli, 
jusqu'au cap Vert. Les côtes occidentales d'Italie, le littoral de la France et de 
la péninsule ibérique, une partie de la Néerlande et les lies Britanniques sont 
également représentées. C'est toute cette extrémité droite, un peu banale, 



— 127 — 

Les inscriptions en majuscules, comparées à celles de la carte du 
Conservatoire de Tarmée, ne montrent dans la forme des lettres 
que des différences insigniOantes. Les lettres courbes, les rf, les o, 
sont plus arrondies ; les a, lés n, les r, demeurent absolument 
semblables, et Tagencement des lettres est tout à fait identique. 

Nous retrouvons Téchelle de degrés bicolore, ouverte en équerre 
à ses deux extrémités; Tautre échelle, terminée par une boucle 
losangique à peine différente ; les roses de vent plus simples, 
mais avec les ombres noires et les écbancrures des aiguilles ; la 
fleur de lis bleue ouvragée, agrémentée de petits points rouges*; 
les drapeaux portugais et mauresques, carrés ou triangulaires, 
plantés sur de petites collines vertes; le mince galon vert qui court 
le long des côtes et s'étale en nappes sur les grandes terres insu- 
laires*; les petites lies coloriées en bleu, rouge, vert, avec leurs 
noms en rouge, etc. Enfin, l'écriture des deux cartes est iden- 
tique, autant du moins que Ton en peut juger sur les copies dont 
nous pouvons disposer. 

Les seules différences, qui méritent d'être signalées, se tirent de 
la présence sur la carte marine signée Pedro Reinel^ de deux 
drapeaux de Tordre du Christ, plantés sur le Maroc et à Terre- 
Neuve, et de deux échelles de degrés, Tune noire et blanche sui- 
vant du nord au sud, à travers toute la carte, la ligne de démarca- 
tion pontificale, l'autre blanche et grisâtre, courant obliquement 
du nord-est au sud-ouest, à une petite distance des grandes terres 
découvertes par les Corte Real. 

Ces différences sont, on le voit, bien minimes et ne sauraient 
infirmer la conclusion qui s'impose à l'observateur impartial. Les 
deux cartes sont de même mairie et si l'une offre quelques particula- 



que Kunstmann a supprimée en enlevant en même temps la légende d*Anne 
de Sansay. Sa reproducUon va bien en bas jusqu'au cap Vert, mais elle ne 
commence en haut qu'un peu à Test de Gibraltar. Au centre sont figurés les 
archipels de TAtlantlque, Canaries, Madère, Açores, etc. 

I. 11 y a bien dans le détail de petites modifications, mais elles ne sont pas 
assez importantes pour changer l'aspect général de la pièce. Ainsi, Tune des 
roses secondaires, coupée par le bord inférieur de la carte, a les pétales peints 
en rouge ou en vert foncé, et l'aiguille en est rouge. Les autres ont les pointes 
alternées de rouge et d'un vert sombre, qui peut être, il est vrai, le résultat d'une 
décomposition lente du bleu. 

%, Sauf cependant iancerotte, avec la croix de Gènes traditionnelle et la 
Grande Canarie, finement rayée de rouge et de blanc. Le cap Vert est couvert 
d^nne large tache verte* 



— 128 — 

rites accessoires que ne présente pas lautre, c'est qu'une quinzaine 
d*années séparent leur fabrication. 

La première carte, celle de TAtlantique, daterait, à notre avis, 
de i5oa ou environ; la seconde remonterait au plus tôt à 1617, 
puisqu'elle renferme dans ses portions orientales des tracés in- 
connus des cartographes avant le retour d'Abreu de son voyage 
des Moluques (i5i2), et la vulgarisation très imparfaite de ses 
Recouvertes dans les Indes, puis en Europe (i5i6). 



IV 



Nous avons dit que le facteur Alvarez avait vu à Se ville les deux 
Reinel achever une carte où étaient placées les Moluques. La 
carte marine du Hauptconservatorium de Munich montre, en effet, 
pour la première fois, un tracé relativement assez fidèle d'une 
partie de la Sonde et desilesdes Épices, que les cartes antérieures 
ignorent toutes complètement*. 

Au delà de Seilam (Ceylan), que Ton voit à l'extrémité gauche 
de la reproduction photographique qui accompagne notre travail 
(PL VI) la côte indienne se détourne versle nord et le golfe de Ben- 
gale se dessine avec une exactitude relative, inconnue jusqu'alors. 
Les bouches du Gange et du Brahmapoutre sont sommairement 
indiquées ; le Pégou, avec son fleuve, le Salouen, est bien recon- 
naîssable. En avant d'un cap répondant au cap Negraîs, cinq iles^ 
sur deux rangs, rappellent la présence de Tile Preparis et du 
groupe de la Grande Andaman. Plus bas, la côte offre deux ouver- 
tures qui semblent correspondre à l'embouchure des rivières de 
Tavoy et de Tenasserim. 

Tous ces contours sont à l'état de simple trait, fermement des- 
siné et un seul mot peut s'y lire : celui de pegu, le Pégou. A partir de 

I . Il est remarquable que ce soient aussi les Reinel qui, les premiers, aient 
fait connaître les contours approximatifs de Madagascar. La carte dite de Gan- 
tino et celle de Canerio représentaient bien San Lorenzo, récemment décou- 
verte, mais en faisaient un long quadrilatère irrégulièrement écbancré. (Cf. 
L. Gallois, Une nouvelle carte marine du xvi" siècle. Le portulan de Nicolas de 
Canerio (Lyon, 1890, br. in-S^, pi. II). M. Grandidier a fait exécuter le fac-similé 
des deux cartes sus-mentionnées et celui de la pièce que j'attribue aux Reinel 
dans Tatlas historique qui accompagne son grand ouvrage sur Madagascar. 



— 129 — 

Queda^ la ligne se renforce et se colore eu vert^ les détails se 
multiplient le long du rivage, où Ton reconnaît plus ou moins 
Poulo-Ladda, Poulo-Pinang, Dinding, Sambilong, etc., avec ce 
seul nom ilhas de Sammarinsy un nom aujourd'hui disparu. On 
distingue assez bien les entrées de Pérak et de Panagin, de Ma- 
lacca (Malaca), de Mouar (rio de Muar) et de Batou-Passat (rio 
frremoso) ; les basses de Gapacia {Capacya), le cap Parcelar {cavo 
de Meduar), Poulo-Pisang (Pulupica)^ et enfin Singapour {Anca" 
pura). 

En face, sont dessinées deux des lies Nicobar {Nyeobar), puis 
on trouve Ganispora^ singulièrement exagérée comme presque 
toujours dans ses dimensions*, puis Sumatra, assez exacte dans 
ses contours orientaux et septentrionaux, mais fort raccourcie en 
même temps que beaucoup trop large*. 

Le long du détroit de Malacca, on peut lire, sur la côte suma- 
traise, les noms de Pacem (Paséi), de Dani, sans doute Deli, d'Aru 
(les lies Arou), de trra de Ryu (Riouw), et enfin de Campar 
(Kampar). 

Quelques-unes des localités dont on vient de dresser lalisteétaient 
connues depuis Marco Polo. Les iles Nicobar sont nommées Necu- 
veran par le grand voyageur vénitien ; Ganispora et Pacem cor- 
respondent au Gauenispola et au Basma de sa relation*. 

D'autres, comme os baixos de Capacea^ font partie de la nomen- 
clature du voyage de Diego Lopez de Siqueira en iSog^. 

I. C'est ici Fensemble des petites îles Poulo-Nankai, Poulo-Bras, Poulo-Wai, 
près de la tète d'A^'eh (Cf. H. Yule, The hook of ser Marco Polo the Venetian. 
2^ éd., vol. II, p. 290. London, 1876, in-S®). 

9. On y voit le tracé de deux embouchures de fleuves indéterminés, dont le 
dessinateur a considérablement exagéré Timportance. 

3. H. Yule, op. citf vol. Jl, p. a65 et 270. a83 et 289-29»». 

4. Les autres noms propres que je relève chez ce voyageur sont Nicubar^ 
Malaca, Sumatra^ Pedir^ Pacem, Ylha de Poluoreira (Poulo-Varela). Pedir est 
meutionné ainsi que Pacem, comme cité de Sumatra, et son roi possède une 
rivière d*huile, por sua terra corria hù rio deilo (cueiïe) (Galvfto, ed, cil., p. 106). 
11 est question des Bacas^ les fiattaks anthropophages, les Bathech de Conti 

Poggii Bracciolini Fior entini /fù^orûp de vatHelate fortutUB libri IV. Lutetiœ 
Parisiorum, 1723, in-4, p. i3i). « Esta ylha de Samatra he a primeira terra 
q* la sabemos, em q' se come carne hamana, huas gentes que viuem nas 
serras que se chamam Bacas, douram hos dentés, dizem que a carne dos homes 
pretos he mais saborosa que a dos brancos. » (/6td.) Cette opinion sor la chair 
des blancs comparée à celle des noirs était encore prêtée, il y a quelques 
années, aux anthropophages de la Nouvelle-Calédonie. La dorure des dents 

GÉOOR. BIST. BT DSSGRIPT. — VI. 9 



— 130 — 

D'autres encore figurent dans la célèbre lettre sur Malacca de 
GioYanni daEmpoli (i5i4) : Pecù (Pegou), Den (le Dani de Heiael, 
Deli) *. 

Mais il faut arriver jusqu'à Duarte Barbosa (i 517)^ pour trouver 
mentionnés, dans le chapitre Ba muy grande ilha de Çamatra^ des 
localités du sud des détroits, Compar (la Campar des Reinel)^ 
Andiagao (Indrajiri), enfin Macaboo (Menang Kabou), le pays de 

ror •. 

Un groupe de dix-sept îles de moyenne grandeur, coloriées en 
bleu et en rouge^ dans les intervalles desquelles sont jetés, comme 
au hasard, d'innombrables Ilots, occupe le sud de la péninsule ma- 
laise, en face de Campar dont il est séparé par un canal qui porte 
le nom de Sabâ. C'est l'archipel qui s'étend de Mapor à l'est, à 
Groot Karimon, à l'ouest, et de Battam et Bîntang au nord, à Lîngga 
et Singkep au sud, et que Straat Saban sépare en effet du terri- 
toire sumatrais de Kampar. 

des Bacas n'est sans doute autre chose que Tensemble des embellissemeats 
de diverse nature procurés à la bouche des Battaks à l'aide du laiton. Siqueira, 
ou plutôt son abréviatear, mentionne en dernier lieu d'autres sauvages de 
Sumatra, les Dara, qui auraient des queues comme des carnassiers, que tam, 
ràbos como cameiros. 

1. On y reuooutre encore les noms de Zamatora ou Zamatra^ Passe (Pacem), 
Pedir (Hdvr), Poluerera (Poulo-Yarela) isola de' Chini, l'ile des Chinois, en face 
de Malacca {Litiera di Giovanni da Empoli a Leonardo suo padre intomo al 
viaggio da lui faito a Malacca e frammenli di altre leliere del medesimo^ ecc, 
publ. da 1. Grâberg da Hemsô {Archiv. storic. ilaliano. App., t. III, p. 49i ^3, 
54) eco.). 

9. Parmi Im villes de Çamatra, Dnarte Barbosa meuUoone : « ... Pedir^ honde 
nase muyta e fermosa pimenta, mas non tam fine nem forte como ha de 
Malabar, tombem se cria muyta seda, mas nom tam fioa com ha de China... 
Pansem ... tem hum bellissimo porto, e nelle nase grande quantidade de 
pimenta^ de que se oarregSo navios : outro se chama Achem igualmente da 
parte do Norte situado n*hum cabo desta Ilha em 5 graos, oatro Compar, 
ouiro AndiagaOy outro Macaboo^ que tem muyto ouro que aquy nase... » 
(Duarte Barbosa, p. 375). Andiagao est une mauvaise lecture pour Andragao, 
le manuscrit espagnol traduit en anglais par lord Stanley of Alderley écrit 
Andraguide (p. 196 de l'édition de Duarte Barbosa de la Société Hakiuyt). Cas- 
tanbeda doune la forme And9*agide {Uistoria do livro segvndo do descobrimenlo 
e conqvislM da îndia peioê Porlugueses, Lisboa, i833, 1. Il, cap. cxi, 1. 11, p. 353). 
Eredia, la forme Atèdriguir (Godinho de Eredia, Malaca, l'Inde méridionale et 
le Caihayy reprod. et trad. par M. L. Jansen. Bruxelles, 1882, in-4, fac-similé, 
34 T9). Les autres mots sont torits Campar et Manancabo dans Tédition Stanley, 
Ped»^ Pikfiem^ Campar^ Menaneaàot dans Gastaneda, qui donne aussi les mots 
iiMni, PoAM^i'Vtrai Cmvapura^ etc. (eap. cii, cxvi, etc.). 



— 131 — 

Plus au sud encore, sont figurées deux grandes lies peintes de 
vert, Tune desquelles, la plus méridionale et la plus vaste, ne peut 
correspondre par sa forme et par sa position qu'à Textrémîté sud 
de Sumatra, quoiqu'elle porte rînscriptîon Ilha de Jaavaa, C*est 
pour nous, sans le moindre doute, le pays de Palembang avec le 
district des Lampongs, considéré par le géographe portugais 
comme une terre distincte du reste de Sumatra, erreur qui s'ex- 
plique aisément par la nature même des atterrages formés de 
vastes plaines, basses et marécageuses, s*étendant au delà du large 
estuaire de Banjou Assin. 

La seconde terre, située plus au nord, correspond parfaitement à 
l'île de Bangka, dont la côte nord-ouest prolonge d'ailleurs, comme 
sur la carte des Reinel, la limite septentrionale du pays de Palem- 
bang. 

Java est plus à droite ; on retrouve assez aisément la forme dé 
ses côteà septentrionales, avec la saillie qui correspond au Ban- 
djaràn» et le canal qui sépare la résidence de Sourabaya de Vile de 
Madoura. Mais le cartographe qui a donné le nom vrai de cette 
terre, à celle qu'il avait par erreur détachée de Sumatra, n'ayant 
plus, sur le portulan fort sommaire qu'il possède, d'autre vocable 
à appliquer à une grande île que celui de Simbabau, transporte 
ce mot à Touest comme il a fait du précédent, au lieu de le ré"> 
server à l'île de Sumbawa, à laquelle il appartient sans aucun 
doute. 

Ces deux erreurs en entraînent une troisième. Le seul nom, de* 
meure disponible dans la très courte nomenclature que possède 
notre géographe, est celui de cabo da frroresta^ le Floresboofd 
des caries modernes^ àrextrémité orientale de Vile da méma nom. 
C'est à la première grande terre, à Test de Java, qu'il s'einpreese 
de l'appliquer. 

Madoura est bien reconnaissable, trop réduite seulement, comme 
Java, d'ailleurs, dans sesdimensioas en travers. Les terrea du voi- 
sinage, Kangilan, etc., sont suffisamment indiquées. Le géographe 
a même tenu compte des petites fies plus au nord, Kafimoû, 
Bawean, etc. 

Bali, Lumbok sont eu place, et l'ile transformée eu ^rrore«ta. 
Flores, ne peut être que Sumbawa, qni vient à la suite des autres» 
dans la nomenclature des Iles de la Sonde. Les mots ilka de f^^, 
éerits un peu au-dessus et à gauche, s'appliquent d'ailleurs d^une 
manière particulièrement exacte à l'immense et terrible volcan 



— 132 — 

de Tambora, dans la presqu'île du même nom sur la côte nord 
de Sumbawa. 

La chaîne se continue, sans nomenclature aucune, assez loin en- 
core dans Test : un certain nombre de terres en représentent la 
prolongation. Puis un énorme banc, tracé en pointillé, avec de 
petites croix signalant des récifs et quelques îles incluses, s'incurve 
lentement vers le nord-ouest, comprenant à la fois dans son ex- 
pression graphique, tout ce qu'il y a encore de terres inconnues à 
l'orient des précédentes. 

Il est remarquable que Java, (Simbabau) Sumbawa, (Frroresta) 
Florès et une autre île encore de la chaîne se prolongent consi- 
dérablement, toutes quatre;, dans la direction du sud, fournis- 
sant ainsi le premier modèle de ces déformations spéciales que 
reproduiront en les amplifiant tant de cartes portugaises et fran- 
çaises'. 

Une petite île se détache au nord de la Sonde orientale, Solita- 
rya, Seroua peut-être. Au nord-est de cet îlot, à la distance et 
dans la direction voulues, sont placées les îles de Banda, ilhas de 
babay, avec l'inscription caractéristique aquy a az maisiz « Ici il 
y a les macis. » 

Banda était connue, depuis les voyages de Nicolo di Gonti, comme 
l'une des îles aux Épices, mais c'étaient les clous de girofle {garo- 
fani) que lui attribuait comme production particulière le célèbre 
voyageur italien *. Le livre de Yarthema, imprimé pour la première 
fois à Rome en décembre i5io', a rendu à Banda sa véritable spé- 
cialité botanique, le muscadier^, dont le noyau est la muscade, et 

1. Encore à la fin du siècle, Linschoten assarait que la largeur de Java est 
«.incongneue jusqnes à présent, aucuns estimants queUe soit partie de la terre 
Australe qui regardant le cap de Bonne Espérance s'estend Jusques a ceste 
coste. Toutes fois, elle est communément tenue pour Isle ».(flû^. de la navi- 
gation de Jean Hugues de Linschot HoUandois aux Indes orientales , etc., 3« éd., 
Amsterdam, i638, in-fol.,p. 35.) 

a. Cf. Poggii Bracdolini Florentin!, Hietoriœ de varietate fortunae. Ed. cit., 
p. i36. 

3. Itinerario de Ludovico de Varthema Bolognese neUo Egypte, nella Suria, 
nella Arabia deeerta et felice, nella Persia, nella India et nella Ethiopia. La fede, 
el tnvere et costunU de tutte le prefate provincie. Con gratta et privilegio infra 
notato, Stampato in Roma per maestro Stephano Gnillireti de Loreno et maestro 
Hercule de Nani Bolognese ad instantia de maestro Ludovico de Henricis da 
Ckimeto Vicentino. Nel aonq MDX a di vi de decembrio. 

4* Les Voyages de Ludovico di Vartkema ou le Viateur en la plus grande 
partie d! Orient, traduits de l'italien en français par Balarin de Raconis, publ. 



— 133 — 

dont Tarille est le macisy si recherchés de nos ancêtres* mais au- 
jourd'hui en grande partie abandonnés Tun et Tautre. 

Au commencement du xvi« siècle, le macis était encore un article 
de commerce fort important et notre cosmographe ne manque pas 
de signaler bien exactement le centre de production de cette pré- 
cieuse marchandise. Il détermine plus loin avec la même netteté 
la patne du clou de girofle. 

Le petit groupe de Banda est couvert, du côté du nord, par 
des tles plus importantes, Céram avec ses annexes, Amboine, Ho- 
nimoa, etc., et Bourou avec Amblauw. On reconnaît assez bien 
dans notre carte le tracé général de la c6te sud de Céram, et un 
peu plus à l'ouest Amboine, puis Bourou. Mais aucune de ces 
terres ne porte de désignation particulière. 

On ne trouve, non plus, aucun nom sur une grande île située un 
peu plus loin dans le nord-est et jointe aux précédentes par une 
zone épaisse d'écueils qui se contourne en une sorte de croissant 
irrégulier, dépassant un peu Téquateur du c6té du nord. Cette 
terre ne peut être autre chose que la presqu'île septentrionale et 
occidentale de la Nouvelle-Guinée^ le Wonim-di-Atas des cartes 
hollandaises modernes, augmenté des îles des Papous, qui en 
dépendent au nord et s'étendent jusqu'à la ligne. Entrevues par 
les Portugais, dès le début de leurs expéditions dans Test, les 
tles mélanésiennes allaient être abordées un peu plus tard par 
Jorge de Meneses, auquel on en attribue généralement la décou- 
verte. 

La carte des Reinel se termine par un certain nombre de petites 
terres irrégulièrement disséminées, les unes au nord, les autres au 
sud de Téquateur, et qui portent Tinscription, ilhas de maluco 
domde a o cravo. Ce sont les Moluques, la patrie du clou de girofle, 
une autre épice, très goûtée jadis, et qui occupait une large place 
dans les importations commerciales de l'Extrême-Orient en Eu- 
rope*. Varthema avait le premier indiqué avec exactitude la véri- 

par M. Ch. Schefer. {Recueil de Voy. et de Docum.pour servir à Vhist. de la géogr, 
depuis le xiii« Jusqu'à la fin duxvi« siècle, etc.). Paris, i88a, m-8,t. IX, p. 041-344* 

I. Voy. sur lliistoire de la muscade et da macis : W. Heyd, Histoire du 
commerce du Levant au moyen âge, trad. Farcy-Renaud, t. II, p. 78, 5oo, 548» 
n. 3 ; 644-^43 't — I^^ voyages en Asie au xiv« siècle du bienheureur frère Odoric de 
Pùrdenone, pnbl. par M. H. Cordier (Recueil de Voy. et de Docum,, etc. Paris, 
1891, in-8, t. X, p. 104, 140, i45-46, 161, 164-66, 169-71, 271). 

a. Cf. W. Heid, trad, ct<., t. II, p. 6o3, etc. ; H. Cordier, Odoric de Pordenone, 
éd. eit,, p. i45-i5o, etc. 



— 134 — 

table origioe des clous de girofle que Nicolo dî Conti faisait en* 
core venir de Baada, ainsi que nous le rappelions plus haut. Dans 
cette partie de son récit, où le voyageur imagine^ à Taide des ren- 
seignements que lui fournissent ses compagnons de route, une 
expédition h Monocq qui n'a jamais été faite, on le voit expliquer 
comment a en ladicte ysie croist le clou de girofle et a plusieurs 
autres petites ysles autour qui sont deshabitées » '. 

Duarte Barbosa, en ^^17, connaît par leurs noms cinq de ces 
îles Moluques. Ce sont : Pachel (Batchian), Moreu (Mareb), Machian 
(Makyan)y lidor et enfin Temate*. Notre cartographe en dessine 
neuf qui comprennent, il est vrai, tout à la fois, les vraies Mo-* 
luques et les terres, que Barbosa nommait Andam^^ correspon- 
dant très vraisemblablement au groupe d'Ombirab, qu'on laisse 
i droite en gagnant la baie de Batcbian. 

La carte des Reinel se termine du côté de l'est par une longue 
ligne, tracée au simple trait, qui doit représenter» tout à fait au 
hasard, la côte occidentale du Nouveau-Continent. Ces rivages, 
obliquement dirigés du sud-est au nord-ouest, viennent former 
avec ceux de l'Extrême-Orient de l'Asie qui marchent^ du sud- 
Quest au nord-est, un large détroit, au milieu duquel les carto* 
graphes portugais ont disséminé les lies des Chins^ ou Chinois^ 



Les Reinel avaient assurément puisé dans quelque portulan des 
premiers voyages aux Moluques les renseignements consignés sur 
la carte que je viens d'analyser. Une certaine connaissance d'un 
archipel se développant au sud de la presqu*ile malaise, la mise 

1. Les Voyagea de Ludovico di Varthema^ éd. Schefer, p. a44« L*étnde du 
récit de Yarihema m*a conduit à admettre avec Tiele (De Europëera in der 
Maleiêchen Archipel {Bijdragen lot de Taal-Land-en Volken Kunde van Neder^ 
Wndsch Indie, IV v., 1 D. p. 3àa, 1878) et avec M. Schefer, que jamais le 
voyageur o*avait réellement fait le voyage aux fies des Ëpices, qull a raconté 
è la suite de celui de Sumatra et de la cité de Pédir. — Empoli parle aussi 
des girofles de Moluques : « É più avanti sono Maluc, donde viene garofani » 
(Letiera di Giovanni da Empoli, ed, cit., p. 81}. 

3. Ed. ci7., p. 378-380. 

3. Ed. et/., p. 378. 



— 135 — 

en place relativement exacte des détroits de Saban et de Bangka, 
l'hypothèse d'un canal séparant du reste de Sumatra les cantons 
méridionaux de cette tle, les notions assez précises sur Torientation 
générale de la Sonde, le détroit de Madoura, les tles de Banda et 
le macis, Céram, Bourou et Amboine, les Moluques et le clou de 
girofle, enfin sur le pays des Chins ne peuvent avoir leur -source 
que dans une relation quelconque de la mémorable expédition qui 
mit en 1Ô12 aux mains des Portugais les tles des Épices. 

Ce voyage si important, qui achevait la prise de possession par 
le Portugal du commerce de l'Extrême-Orient, avait été entrepris 
par ordre d'Albuquerque à la fin de décembre i5i 1*. Trois navires, 
montés par cent vingt hommes*, étaient partis de Malacca sous les 
ordres d'Antonio d'Abreu, capitâo môr, qui s'était distingué ati 
siège de cette ville*. Abreu commandait le navire Santa-Caterina, 
Francisco Serrào étaitsous-capitaine et montait un second navire 
dont le nom ne nous a pas été gardé; Simào Afonso était à bord 
d'une caravelle latine construite tout exprès pour le voyage. Les 
pilotes étaient Gonçalo d'Oliveira, piloto môr, Luys Botim, Fran- 
cisco Rodriguez dont nous retrouverons plus tard le nom' et 
l'œuvre, enfin deux indigènes fournis par Nynapam, riche mar- 
chand de Malacca, qui fut autorisé à joindre à l'expédition une 
jonque chargée de marchandises avec un facteur, pour enseigner 
aux Portugais la traite des épices*. Le facteur portugais était Joâo 
Freyre; l'écrivain, Diogo Borjes*. 

L'expédition, chargée de marchandises appropriées Savait pour 

1. BaiTOS, op. d^,Dec. Il, Uv. VI, c. v. -— Albnquerqae (Commen/artos, parte 
ni, p. 184 et Gorrea (op. et/., t. II, p. a65) donnent ponr date le mois de no- 
vembre. 

9. Il y avait, en outre, hait esclaves sur chaque bord pour le service des 
pompes, 

3. Correa, ùp» cit., t. Il, p. !i35. — « Antonio de Abreu que era homem de 
bom r«çado. » — Cf. Commentarios do grande Afonso dalboquergtie capitâo 
gérai que foi dos Indias Orientais. Parte lll, p. i8q. Ltsboa, Reg. Offlcin. 
Typogr., i774,in-i!i, etc. 

4. Correa, op. cit., t. II, p. ai5, aja. — Ce marchand malais est nommé 
Nehôda Ismaei par Barros et Ninachata dans les Commentaires d*Albuqnerque 
(part. III^ p. i83) qui nous apprennent que le capitaine de la jonque malaise 
partie et rentrée avec Abreu, s'appelait Cogequirmani. 

5. Castanheda, op, cit., 1. 111, c, lxxv. — Correa (t. II, p. 265) nomme le pre- 
mier Gomez, le second Pero. 

6 — « roupas de Cambaya e outras cosas que valiao en Maluco (Correa, op. 
cit., t. II, p. 266). 



— 136 — 

objectif de découvrir la route des îles d'Épicerie, ilkas (TEm" 
pecearia ; le gouverneur de Malacca avait dressé des instructions 
spéciales, que Castanheda nous a conservées, sur la conduite à 
tenir à l'égard des naturels que l'on allait visiter ^ 

Les journaux de bord de cette audacieuse entreprise n*ont pas 
été conservés, mais Antonio Galvâo, le conquérant et Tapôtre des 
Moluques, en a donné, dans sa précieuse histoire des découvertes', 
des extraits étendus qui vont nous permettre de rectifier et de com- 
pléter les données géographiques de la carte marine des Reinel. 

L*escadre portugaise, en quittant Malacca, s'engage dans le dé- 
troit de Saban, estreito de Sabam, longeant la c6te de Sumatra et 
laissant à sa gauche, du côté du levant, d'autres lies nommées 
Salîtes; q' chaman dos Salîtes* y et parvient à Palembang que Galvâo 
donne comme une tle distincte de Sumatra, ylha de Palimbào^ ce 
qui concorde, on le voit, avec le tracé des Reinel. Au delà de 
Palembang est l'ile de Lmuparam, Lucipara, un îlot tout au sud 
du détroit de Banka, à l'entrée de la mer de Java\ Abreu et 

1. « Et a principal cousa q ho gouernador dea ao capitSo moor em régi- 
meato, et que Ihe mais encomendou, foy que naquela viajem nSo fize&Be 
presas nem tomadias, nem arribasse sobre nenhûa nao, nem Ibe desse caça, 
nem sayse em nenhum porto, saluo hQa pessoa ou duas, et em todos os 
portos a que chegasse desse présentes aos reys et senhores da terra, ou aos 
gouernadores delas, et pera isso Ihe deu escarlata baiia et outros panos 
somenos, et veludo de Meca, q foy tomado en bfia nao de Calicut, nem dou- 
tras partes, assi nas ilhas do crauo como na das maças, ou fossem de mouros 
ou de gentios, antes Ihes desse todo fauor et ajuda que Ihes fosse necessario ; 
et que do mesmo modo q eles carregassem carregasse elo, goardando em tudo 
os costumes da terra et em Maluco nem em Banda nSo saysem nenhûs criados 
dos capitSos nem outras pessoas, saluo ho feytor et seu escriuSlo, et ate qua- 
tro pessoas que Ihe pera isso ordenasse. (Castanheda, loc. cit,, p. 357.) 

3. Tratado que compas noère e notavet capilào Antonio Galvâo^ dos diuersos 
e desuayrados caminhos, par onde nos tempos passados a pimenta e especearia 
veyo da India as nossas partes, e assi de todos os descobrimentos antigos e 
modemos que sùo feitos ate a era de mil e quinhentos e cincoenta. Éd. angl. 
London, HakluytSoc, i86a, in-8, p. 115*119.— L*auteur, qui terminait ce livre 
en i553, est mort à Lisbonne en 1557. On connaît une édition rarissime de son 
livre publiée en i563. 

3. « Ilhas que se chamam CéiBien (Cartas de Affbnso de Albuquerque segutdas 
de Documentos que as elucidam, publicadas de ordem da classe de sciencias 
moraes, politicas e bellas lettras da Àcad. Real das Sciencias de Lisboa. T. I, 
p. 65, Lisboa. Typ. da Acad. Real das Sciencias, 1884, in-4. 

4. Voir la carte de Versteeg {Oosterkelft der Residtntie Palembang), Luci- 
para est aussi le nom d'un cap qui forme la limite méridionale extrême du 
même détroit. 



— 137 — 

ses compagnons font yoile pour Tile de ce nom, pella nobre ylha 
da Java, dont ils courent toute la côte vers Test, pour pénétrer 
ensuite dans le canal qui la sépare de Madoura, foram a Leste 
correndo sua costa per antre ella e a ylha de Madeira, Les rela- 
tions entre les explorateurs portugais et les indigènes ne furent 
probablement pas faciles ; du moins le journal, résumé par Galvào, 
ne fait- il guère l'éloge des mœurs et du caractère des Javanais*. 

Après Java et Madoura, nos navigateurs longent successivement 
les côtes septentrionales de Baliy dUAnjano (I^mbok)', de Simbaba 
(Sumbawa), de Solor*^ de Galao (Kwella, Lomblen), de Mauluea* 
(Maloua, Ombai), de Vitara (Wetter), et enfin d'Arus (Arou), la 
patrie désormais célèbre des oiseaux de paradis*. 

Ils ont vu d'autres tles encore, sous le même parallèle, entre 
sept et huit degrés, « si voisines les unes des autres, qu'elles pa- 
raissaient ne faire qu'une seule terre »*. 

D'autres terres plus au nord nourrissent, dit Galvâo, des peuples 
plus blancs, gentes mais aluas^ vêtus de chemises, de pourpoints 
et de caleçons, comme les Portugais, vestidas de camisasy gibôes, 
e ceroulas como portugueses, se servant de monnaie d'argent, tem 
moeda de prata^ gouvernés enfin par des personnages ayant pour 
insignes des baguettes vermeilles et que notre auteur rattache 
pour toutes ces raisons à la Chine'. D'autres peuples encore sont 



I. « À gente desta ylha he mais bellicosa e que menos tem en cota a vida 
que se sabe na redondeza, et dizem q* as molheres ganham soldo polas armas, 
e por qoalquer consa se desafiam e matam hus a outros, como se fazë a 
Mocos, e inuentam polejarem galos c5 naualhas, porq* ho principal seu de 
senfadamento he sanguinolento. » (Galvfio, éd. ct7., p. ii6). -^-Conti exprime sur 
les Javanais des sentiments à peu près identiques (Poggii Bracciolini Florentini 
HistoriK de varietate forturue libri IV. Lutetiœ Parisiorum, 1704, in-4, p. i33). 

a. Le plus haut sommet de Lorabok porte encore le nom de Rindjani. 

3. Solor n'est pas immédiatement sur la route suivie par Abreu vers Test, 
mais en est toute voisine et jouait probablement dès lors un rôle assez im- 
portant dans la Sonde orientale, pour attirer son attention. 

4. Je corrige ici le mot Mauluea du texte portugais. 

5. « Àrus, donde vé os passaros myrrados, q* sam mui estimados pera 
penachos. » (6alvSo,e<^. ct7., p. 116 ) —Voir ce que dit Linschoten des oiseaux 
de paradis. 

6. « Et entras q* jazem nesta corda da parte do Sul, em sete ou oito graos 
daltura, et tam juntas huas com as outras, q* parece todahûa terra. » (GalvSo, 
éd. d/., p. 116.) 

7. « Os q* gouemam a republica, trazë nas mSos varas vermelhas, por onde 
parece que deuem de ser da China e nam tam somente estas, mas ha por 



— 138 — 

tatoués, gentes pintadas, et on leur attribue ce nom de Chins^ que 
les Reinel localisent, nous l'avons dit, tout au nord de leur carte. 
Il est assez difficile de baser quelque conjecture solide sur des 
descriptions d*un caractère aussi vague : étant donné surtout que 
Galvâo a oublié de nous dire à quelle période de leur voyage ses 
compatriotes furent en rapport avec ces peuples demi-civilisés, 
dont les Malais orientaux fourniraient de nombreux exemples, 
depuis Bornéo et Célèbes jusqu'à. Misool et Salwattie. 

Antonio d'Abreu, n'ayant pas trouvé les Iles qu'il cherche, en 
poursuivant sa route à Test de la Sonde, se décide à remonter au 
nord. Il découvre le groupe de Banda, Botolanguim (Rosingain), 
Gumuape (Gounong Api)*, gagne Burro (Bourou), puis Amboine 
(Amboino)^ visite la côte d'Honimoa? (Wonim-di-Muar) ; enfin 
d'Amboine atteint Céram où il jette Tancre au fond de la baie 
de Tarouno, où la rivière Kolli-KolU porte encore le nom que le 
commandant portugais attribue à son mouillage (Guli-Guliy. 

Les insulaires de cette partie de Céram étaient anthropophages^ 
et nos navigateurs virent avec horreur dans leurs cases des cada* 
vres humains dont ces cannibales faisaient leur nourriture. 

C'est dans la baie de Tarouno qu'on brûla le navire de Serrâo 
qui ne pouvait plus servir : cette baie fut le terme du voyage pour 
la plupart des hommes qui composaient l'expédition. Ceux*lÀ 
seuls, en effet, une dizaine en tout, Serrào à leur tète, allèrent 
jusqu'aux Moluques, ou, comme on disait alors, aux lies du Clou, 
ylhas do crauo, qui échappèrent au naufrage de la jonque sur 

aqai outras de gentes pintadas, que disem ser dos Chins pouoadas. » (GalvSo, 
ed, cit.f^, 117.) 

I. Je rétablis ici Rosolanguim^ énuméré par Galvâo entre Wetter et Arou. 
Rosingain est si près de la Grande Banda qu'il est impossible d'admettrA 
qu'ayant vu la première, les trois vaisseaux d'Abrea n'aient point vu la 
seconde. Le Gunong Api, la montagne de feu, n'est guère loin dans l'ouest et 
l'éruption de son volcan ne pouvait pas manquer d'attirer l'attention des 
navigateurs " porque do mais alto délia (ylheta) corre sempre e de contino 
ate mar ribeiras de fogo, cousa muito pera ver. » (Galvâo, «d. cU.^ p. 117). 
C'est une interpolation d'Hakluyt qui, dans le texte anglais de i6ui, traduit 
Gumnape par Teruati ; le texte portugais mentionne seulement ylheia que sb 
chama Gumuapè, 

a. « Daqui foram aa ylla de Burro et Damboino, et costearam a costa 
daq'Ua q' se chama de Muar. Damboino surgiram em bu porto, q' se dU 
Guli-Guli^ saltaram em terra, tomaram hua ponoaçam que ali estaua, e tcharam 
nas casas homes mortos dépend arados porque comem carne humana. » 
(Galvâo, p. 117.) — GuUi-GuHi, Çeiram, Bow'o (Bodriguei). 



— 139 

laquelle le second d*Abreu avait pris place pour rentrer à Ma- 
lacca. On avait acquis cette jonque à Banda en même temps qu'on 
y chargeait de la muscade, du macis et du girofle *. 

La jonque se perdit sur les basses de LuBupino ou Lucupino*, 
et il fallut tout le sang-froid, tout le courage de Serrâo et de ses 
compagnons pour sortir sains et saufs de la lutte qu'ils eurent à 
soutenir, à peine sauvés des flots, contre une troupe de pirates 
malais. Cernés par ceux qu'ils croyaient déjà leurs prisonniers, 
les barbares durent se résigner à conduire les débris de l'expédi- 
tion portugaise à Amboine. Les Portugais et ceux de Malacca 
qu'ils avaient avec eux, bien reçus par les gens de Rucutelo (Hou* 
kourila, sur la côte sud-est de l'île), leur vinrent en aide dans 
une expédition contre ceux de Veranula, ciudad finitima de Ba- 
tochina, Bachan (Batchian), au sud des Moluques. Le bruit des 
victoires remportées par les gens d'Amboine, grâce au concours 
de Serrào, vint bien vite aux oreilles des rois de Ternate et de 
Tidor, et le premier, Boleyse, s'empressa d'envoyer une ambas- 
sade auprès de ces belliqueux étrangers, dont il comptait tirer un 
grand proflt dans ses guerres contre ses voisins. Argensola donne 
de longs détails sur la venue à Amboine des dix navires et des 
mille soldats de Ternate, et sur la réception solennelle faite dans 
son lie par Boleyse à Serrào et à ses compagnons*. 

« Ce furent les premiers Portugais, dit de son côté Galvâo ^, qui 



I . Il s'est glissé, dans le texte imprimé de GalvSo, une grossière erreur & 
propos de Banda qu'il place par 8<> de latitude sud. n Banda q' e$taa em oilo 
graos da parte do SuL » Or les îles Banda sont entre 4® et 5^. Je suppose qu*ea 
composant le texte de Galvâlo on aura pris un 5 pour 8 et traduit le chiffre 
mal lu par le mot oito. 

a. « Padeciô su Junco naufragio en las Islas de Lucupino, ^ signiflca islas 
de tortugas, cuya abundancia y grandeza los dleron el nombre » (Argensola, 
op. cit., p. 6). Ces lies de Lucopino sont sans aucun doute les Ilots de Lucipara, 
isolés dans le milieu de la mer de Banda, entre Amboine et la Sonde. La carte 
de Melvill von Carnbee (i854) inscrit, à côté du mot Lucipara, Schild pad E^f 
lies des Tortues. 

3. Argensola, Conquista de las islas Malucas, éd. cit», p. 7-8. ~ Correa a 
donné de tonte cette histoire une version erronée ; il a cru en effet que le 
SerrSo parvenu à Ternate était, non pas le lieutenant d'Abreu, mais un autre 
SerrSo envoyé comme facteur à Banda, par Gracia de Sa, capitaine de Malacca 
en i5i8 (Correa, op, cit., t. 11, p. 710.) 

4. Par une singulière distraction, le vieux texte portugais de i56a, qui n'est 
décidément pas soigné, a remplacé le mot de Portugais par celui d'Espagnol. 
EspanhoeSy et Ton y lit la phrase a foram hos primeyrot ESPANHOËb que viram 



— 140 — 

vinrent aux îles du Clou, qui gisent à un degré de la ligne vers le 
nord. Ils y restèrent sept ou huit ans*. » 

Antonio d'Abreu suivit sa route pour Malacca, avec la Santa- 
Caterina, la caravelle latine et la jonque de Nynapam, ayant décou 
vert toute cette mer et les terres nommées ci-dessus, mais il mou- 
rut en chemin en revenant en Portugal rendre compte de^ sa 
mission*. 

Le 20 mai toi 3, un vaisseau rentrait à Lisbonne de Malacca avec 
1,901 quintaux de noix muscades, 553 quintaux de macis, etc., etc. 
Tout porte à croire que c'était, sinon la Santa-Catefnna elle-même, 
du moins un bâtiment rapportant les épices chargées à Banda par 
Abreu au printemps de Tannée précédente*. 



VI 

En même temps que l'expédition d'Abreu partait de Malacca^ 
un autre navire se dirigeait également vers l'est pour faire des 
découvertes. Ce navire était commandé par un homme de mer, 
qui devait, un peu plus tard, attacher son nom à l'une des plus 
grandes entreprises qu'il ait été donné à l'homme de tenter : 
c'était MAGELLAN. Faisait-il tout d'abord partie de l'escadre 
d'Abreu, comme l'ont assuré quelques historiens portugais? Avait- 
il une mission spéciale à remplir pour Albuquerque dans les 
mers orientales ? Aucun document précis ne nous a été conservé 
sur ce voyage, et l'on sait seulement que celui qui, quelques 
années plus tard, allait commander la première expédition autour 
du monde, s'avança hardiment à 600 lieues à l'est de Malacca, 

as ylhas do crauo, que jazem da linha contra ho Norte em hum grao,. onde 
esteueram sete ou oyto annos. Antonio Dabreu fez su caminho pera Malaca, 
deixando descuberto todo aqnelle mar et terra nomeadas. » (GalvSo, p. 119). 
Dès 1601 Haklayt avait corrigé Terreur. 
1. Neuf ans même, en ce qui concerne SerrSo (Cf. Argensola, op, cit.y p. i4). 
a. Barros, op. cit„ Dec. lll, Uv. V, cap. vi. 

3. Cf. W. Heid, Histoire du commerce du Levant au moyen âge, trad. fr. de 
Furcy Renaud. Leipzig, 1886, in-8, vol. II, p. 548, n. a.''— Abreu avait été, en 
effet, retenu quelque temps à Malacca, avant de gagner Cochin, pour prêter 
son concours À diverses entreprises tentées alors contre les Malais (Cf. Correa, 
op. et/., t. II, p. 380-387). On ne saurait donc s^étonner de voir son navire 
rentrer seulement à Lisbonne en mai i5i3. 



— 141 — 

jusqu'à certaines tles, muu Jsl<u, où il put se mettre en commu- 
nication avec Francisco Serrào, déjà réfugié à Ternate*. On 
ignore quelles sont ces îles; il pourrait bien se faire qu'elles 
correspondent à quelque point de la côte nord de la Nouvelle- 
Guinée, dont Texeira, beaucoup plus tard, attribuait à Magellan 
la découverte. 

Quoi qu'il en soit, les renseignements rapportés par Magellan 
comme ceux qu'on devait à Abreu furent gardés secrets par le 
gouvernement des Indes. Giovanni da Empoli ne connaissait en- 
core que vaguement ces divers voyages à la fin de i5i 5, et la lettre 
qu'il écrivit de Cochin le 16 novembre de cette année* mentionne 
seulement le retour dans ce port de deux des compagnons de nau- 
frage de Serrào et la réussite d'une seconde expédition aux Mo- 
luques, d'ailleurs à peu près inconnue, qui suivît la première. Il 
s'agit très probablement du voyage d'Antonio de Miranda, qui alla 
créer à Tîdor et à Ternate les deux premiers établissements 
qu'aient eus les Portugais dans ces lies. 

La troisième expédition des Portugais aux Moluques, commandée 
par Tristan de Meneses, devança de six mois seulement l'arrivée 



I. « En este mismo têpo, auiendo Magallanea passado seys clentas léguas 
adelante hazia Malaca, se hallaua en vnas Islas, desde donde se correspondia 
c5 Serrano. El quai, como le auia sucedido ta bien en Ternate co Boleyse, 
escriuio a sa amigo los fauores y riquezas, que del auio recibido, y que 
per se boluiesse a su compaAia. MagaUanes dexando persuadir, propuso la 
yda al Maluco : pero en caso que en Portugal no premiassen sus seruicios 
como pretëdia, desde donde luego tomaria la derrota de Ternate, cÔ cuyo 
Reye en nueue anos enriquecio Serrano tanto. » (Argensola, op. ct7., p. i5.) 

3. Cf. Capitoli di una LeUera^ che acrive Giovani da Empoli FiorenUno, de* 
di i5 di Novembre i5i5, in Cuccino, citlà d^India ; venula in Cananor per 
Cambaia 7 detto et ricevuta in Lisbona adi 22 d'oUobre i5i6 {Biblioth. Maglia- 
becchiana, Cod. 80 délia classa XIII, publiée par Grâberg de flemsô & la suite 
de la lettre d'Empoli déjà citée {Archiv.storic, italiano. App., t. III, p. 85-86). 
Voici le texte d^Empoli : « Di Malacca sono venuti navi e giunchi con molta 
quantité di specie, garofali, macis, nuce, sandali et altre richezze. Hanno 
discoperto le cinque isole di garofani ; e sono signori dui Portogalesi ; coman- 
dano e reggono la terra a bacchetta : terra di molta carne, larance, limoni 
et arbori di garofali che per se medesimi nascono senza aitro, che sono corne 
a noi i boschi. Sono corne melaranci, et fanno quelii rami di fiori ; e quelli 
che sono grossi più degli al tri, sono che li lasciano troppo stare in su 11 
arboli. Qui ci è dui che sono atati là Ire anni^ che si perderono quando di qua 
erano faltra fiata e forono straportati là; e son vi stati sino abbiamo mandata 
a discoprirt que* luoghi^ dove H abbiamo trovati. Iddio sia laudato di tanta grazia 
e gran cose ! » 



— 142 — 

par le aord des survivants de Texpéditioa de Magellan. Elle avai 
pour principal objectif de ramener de Ternate Francisco Serrào, 
qui depuis son naufrage vivait près de Boleyse, dont il était devenu 
Tamiy et qui avait acquis dans les îles une grosse fortune et une 
influence énorme. 

Ancien ami de Magellan, auteur d'une correspondance dont, 
nous Tavons vu plus haut, ce dernier avait tiré parti pour con- 
vaincre les conseillers de Charles-Quint, Serrào inspirait des 
craintes fort sérieuses au gouvernement des Indes. 

On redoutait, à bon escient, une intervention en faveur des 
Espagnols quand ils se présenteraient avec Magellan à. leur téte^ 
Serrào dut s'embarquer à bord d'un des navires de Tristan, chargé, 
il est vrai, d'une mission spéciale de Boleyse pour le roi D. Manuel. 
Une tempête dispersa Tescadre et Serrào mourut obscurément, 
dans une embuscade d'Indiens, le jour même^ à ce que Ton assure» 
où Magellan tombait lui aussi sous les coups des Mores de Çebù 
(27 avril 1021)*. 

En dehors de ses lettres à Magellan, qui n'ont pas été conser- 
vées, Francisco Serrào n'avait rien rédigé sur son voyage et sur 
son séjour aux Moluques, et le petit opuscule que Ton a récem- 
ment publié sous son nom, n'est qu'une sorte de roman géogra- 
phique à peu près sans valeur'. 

C'est donc, en somme, le portulan d'Abreu, augmenté de quel- 
ques données encore vagues sur les Moluques, tirées peut-être 
des lettres de Serrào à Magellan, qui constitue la base des addi- 
tions faites à la carte des mers d'Orient par les deuxReinel. 



1. On peut voir dans les procès-verbaux de la Junte de 1634 para deiermi- 
nar laposesion y propriedad de las islas Malucas (Navarrete, t. IV, p. 371 
qu'il passait, en effet, pour avoir soutenu auprès du roi indigène, sou ami, les 
intérêts de TEspagne, â cuyj Rey habia dicho muchas veces apretàndoU la mono, 
que aguelias islas eran del Rey de Castilla. 

a. Argensola, 0;?. cit,^ P* i?* 

3. Lord Stanley d'Alderley a imprimé une traduction de ce factuni k la Un 
de Tédition de Duarte Barbosa qu'il a donnée à VHakluyt Society (A Descrip- 
tion of ihe coasla of East Africa and Malebar in the beginning of the sixleenth 
œntury by Duarte Barbosa, etc. London, 1866, in-S, p. :2a5). Le chef de Tex- 
pédition est appelé Juan dans le titre et Francisco dans le corps du récit; la 
date, rectifiée par lord Stanley, est /5^f dans le manuscrit original (Bibl. roy. 
de Munich, n<> 670) et le petit bateau^ monté par cinq Malais, trois Portugais 
et un CasUllan, se promène avec une admirable désinvolture de Malacca k 
Pegu, pour toucher à Pedir sur Sumatra, puis à Bandan, aux Ues de Malut 



— 143 ~ 



VU 



Les contours de l'Indonésie se retrouvent tout à fait identiques 
sur une autre carte à peu près contemporaine, et qui porte le n* 3 
du même dossier composite du Hauptconservatorium de Munich*, 
dont le n<> 4 est le document que nous venons d*étudier. 

Cette magnîûque pièce, que Kunstmann a publiée en partie dans 
son atlas, est un grand planisphère, deux fois plus large (i^^M) 
que haut (oi",63)*. Elle ne porte pas de date, mais elle a dû être 
exécutée en 1617 '. On y voit, en effet, représentés avec quelques 
iadécisions, les contours de la presqu'île yucatèque découverte 
cette année méme^ au prix de grands sacrifices, par Francisco 
Hernandez de Gordova, et ceux du littoral de la mer du Sud, mar 
visTo PELos CASTELHANOS, à uue Certaine distance à Touest et à Test 
des îles des Perles visitées dans le même temps par Yasco Nunez 
de fialboa. De plus, un pavillon portugais est planté sur un point 
du rivage du Céleste-Empire; or, nous savons que si les couleurs 
de Portugal ont été montrées en Chine dès iSi^ce n*est que trois 
ans plus tard que Rafaël Perestello rapporta, d'un voyage fait à 
bord d*une jonque, quelques rares informations sur cette contrée, 
où ce négociant avait d'ailleurs réalisé dMmmenses bénéfices *. 

La carte n* 3 du Hauptconservatorium n'a pas de nom d'auteur, 
00 si elle a été signée, le nom a été emporté dans la brutale dé- 
chirure qui a arraché l'angle inférieur gauche du parchemin. Mais 
on peut, sans aucune hésitation, assurer que cet auteur appartient 
à l'école portugaise ; certains détails d'exécution tendraient même 



(tes Moluques) et en particulier à Tidory^ à Bomey (Bornéo), à Zayton (Canton) 
et enfin à JaTa. 

z. J'ai étodié ce document à l'aide d une beUe copie en couleur sur véUn, 
que possède la Bibliothèque nationale (Inv. Gén., n» loao = 56a7). 

a. AtlcLS zur Enideckunggeschichte Amerikas^ etc. Bl. IV. 

3. Fr. Kunstmann, Ueber einige der âilesten Karten Amerikas, p. i3o. — Cf. 
H. HarrJdse, Jean et Sébttstien Cahot^ leur origine et leurs voyages (Recueil de 
l'«y. et de Docum. pour seruir à rhist. de la géographie depuis le xiii* jusqu^à 
la fia du xvio siècle^ t. 1, p. {67. Paris, i8$a, gr. in-8). — La Bibliothèque na- 
tionale de Paria possède une bonne copie en couleur du document tout entier 
sous le u» 56^7 (Inv. Gén., n» loio). 

4. Cf. Ljungstedt (A.)., An historical Sketch of the Portuguese Selllements in 
China. Boston, i836, i vol. in-8, p. 1. 



— iU — 

à faire croire qu'il se rattache à Tatelier des Reinel. Il a gardé le 
mince filet vert qui court le long des côtes et les massifs ver- 
doyants qui indiquaient les montagnes, les deux types de roses des 
vents à pointes droites ou échancrées, la forme toute spéciale de 
Taiguille de la boussole, etc. Mais les grandes inscriptions sont en 
capitales romaines. Tin té rieur des terres est faiblement teinté de 
jaune et, surtout, les roses ou \et pavillons sont richement dorés 
ou argentés, tandis que de jolis petits navires, finement minia- 
tures, voguent sur toutes les mers. 

Ce n*est donc pas une carte de navigation, c'est une carte de 
luxe, telle qu'on peut se figurer une œuvre destinée à quelque 
personnage princier. 

Le parchemin, deux fois plus large que haut, ainsi que nous ve- 
nons de le dire, est exactement coupé en deux par une méridienne 
formée de petits cercles rouges, espacés de degré en degré, et qui 
correspond à la ligne de démarcation pontificale de i494> séparant 
la terre de Brésil {t. brasilli) d'une part et de Tautre les terres des 
Corte Real, comprises dans la zone portugaise, du reste de TAmé- 
rique, dévolue aux Espagnols. La délimitation est extrêmement 
nette : le monde espagnol est tout entier à gauche de la ligne, le 
monde portugais en occupe toute la droite. Or, par une concession 
tout à fait inattendue, l'auteur, qui appartient sans aucun doute 
à la nationalité portugaise et se rattache, nous venons de le dire, 
à Técole des Reinel par maints détails d'exécution, place les tles 
Moluques à l'extrémité occidentale de sa carte, c'est-à-dire dans 
le carré des possessions eszagnoks. 

Un sujet loyal de Sa Majesté Très-Fidèle n'eût pas consenti à 
trahir ainsi sur le parchemin une cause nationale. Les Portugais 
se disaient chez eux dans les îles de Test, si éloignées qu'elles 
fussent de la ligne de démarcation, et leurs astrologues ou leurs 
pilotes raccourcissaient systématiquement la route de Galicut par 
la côte de Guinée, pour pouvoir maintenir toutes les tles des Épices 
dans la zone lusitanienne'. 

Pour qu'un cosmographe portugais ait embrassé la cause de 
l'Espagne d'une façon aussi manifeste que l'auteur de la carte dont 
nous discutons l'origine, il fallait qu'il appartint à cette petite troupe 
de mécontents qui abandonnèrent le Portugal et prirent du ser- 
vice à Séville, dans les premières années du règne de Charles-Quint. 

I. Cf. Nayarrete, t. IV, p. 34;, 348, etc. 



— U5 — 

Le plus célèbre de ces transfuges, Magellan, avait apporté, avec 
lui, nous Tavons déjà rappelé plus haut, un planisphère composé 
spécialement pour les besoins de la cause qu'il venait plaider en 
Espagne, et nous avons pensé, un moment, que la carie n^ 3 du 
HaupUanservatorium exécutée avec luxe, suivant les principes 
des Reinel, dans le courant de 1517, c'est-à-dire très peu de temps 
avant le passage de Magellan en Espagne, pouvait être précisément 
ce planisphère dessiné par Pedro Reinel, dont nous parle Argen- 
sola*. 

Mais cette hypothèse doit être tout à fait écartée. En effet, Ma- 
gellan a écrit pour le roi un court mémorial dont Navarrete a pu- 
blié le texte', et un certain nombre des longitudes calculées par 
le grand navigateur et consignées par lui dans cette courte note 
sont tout à fait inconciliables avec celles de notre carte'. 

Elle n'est point non plus en harmonie avec les données adop- 
tées plus tard (i5a4) à la junte de Badajoz par les astrologues et 
les pilotes de la casa da contratacion*, à la tète desquels figurait 
Simon de Alcaçaba; ce n'est donc point encore l'œuvre de ce cos- 
mographe que nous avons sous les yeux. 

Diego Ribeiro, le troisième des transfuges venus de Portugal, 
est à Séville dès iStg, mais son rôle se borne tout d'abord à co- 



I. Cf. Argeosola, éd. cit., p. 16. 

3. Mémorial que dejô al Bey Fernando de Magallanes cuando partie a su ex- 
pedieion, declarando Ut» alluras y siluadon de las islas de la Especena y de 
las Costa» y cabos principales que entraban en la demaroacion de la Corona de 
Aragon (Navarrete, col, cit., t. IV, p. 188). 

3. Les loDgitades varient peu du document écrit au document figuré pour le 
cap Saint- Augustin ou pour Sant Anton des tles du cap Vert, mais il y a une 
différence de lo à 11 degrés pour le cap de Bonne-Espérance, reporté beau- 
coup trop vers Fouest par Magellan; Terreur en sens inverse pour le c. de 
Hancta Maria est de près de 4 degrés; il y a 3 degrés encore de différence 
poar Malacca, etc., etc. 

4. C'étaient D. Hernando Colon, Simon de Alcazaba, le docteur Salaya, Pero 
Ruiz de Villegas, fray Tomàs Duran et le capitaine Juan Sébastian del Cano, 
astrologues et pilotes. Simon de Alcazaba fut récusé par le roi de Portugal 
« por haber seido su vasallo y uatural di aquel reino, y dice que se viene 
contra su voluntad, y que por esto le tiene por sospechoso ». il fat remplacé 
par le maestro Alcaraz (Navarrete, t. IV, p. 3a8-339, 36 1). Le bachelier Tarra- 
gona, pilote major, Sébastian Cabot, capitaine et pilote major, Juan Vespuchi, 
pilote et les autres pilotes de la casa de contratacion^ Diego Rivero enfin 
assistaient comme conseils aux conférences particulières des Espagnols (id , 
p. 331,339). 

Gboor. HisTon. KT nsscniPT. — VI. 10 



— H6 — 

pier les cartes des Reinel, comme Tassure le facteur Sébastian 
Alvarez * . 

Je ne vois donc que ces derniers pilotes, auxquels il soit pos- 
sible d'attribuer la paternité d'un monument qui porte d'ailleurs 
jusqu'à un certain point la marque de leur travail. 

Cette pièce est la dernière en date de celles qu'il est permis de 
comprendre provisoirement dans leur œuvre. Elle fixe l'état des 
connaissances acquises en Portugal sur l'Extrême-Orient, au mo- 
ment où le premier voyage autour du globe va si grandement 
élargir le champ des navigations lointaines, entre la Plata, d*une 
part, doniSolis a marqué l'embouchure, et de l'autre les rivages de 
la Chine où Andrade et Pires viennent de débarquer. 



Vill 

Pedro Reinel avait assurément formé quelques élèves, avant 
d'abandonner sa patrie pour l'Espagne. L'un des pilotes portugais, 
qui continuent le plus nettement la tradition de ce cosmographe, 
est Francisco Rodriguez, le pilote de la caravelle latine du voyage 
de i5ii, dont les Commentaires d*Albuquerque célèbrent les ser- 
vices nautiques et Thabileté cartographique * et auquel on doit un 
important atlas conservé à Lisbonne. Cet atlas, reproduit en es- 
quisses par Santarem ' dans sa célèbre collection, contient une série 
de feuilles, qui représentent à grande échelle toute la navigation de 
l'archipel Indien. C'est comme une édition, très agrandie et fort 
améliorée^ de la petite carte qui a été le point de départ de notre 
travail. La feuille n^ 18 met en place Niquibar et GamùspoUa^ et 
l'Ile du poivre, Sumatra (esta ilha terra de Çamara, homde a muita 
pimenta) avec Pidir et paccimy et en face la péninsule malaise qui 
porte les noms de Quedaa, rio do trom, baixoi de capaciay rio de 
melldciy muarj rio fermosso, et enfin Sangipiiraf Singapour. 

1. Navarrete, t. IV, p. i55. 

a. M Francisco Rodriguez, homem maocebo, que «empre andou na India p^ 
pilote e sabia mui bem fazer hum padrâo ». (Bd. cit., parte Hl, p. ifo.) 

3. Portulan dressé entre les années i5a4-i53o par Francisco HodrigueZf pitote 
portugais qui a fait le voyage aux Moluques (Santarem, eoL cit.), -^11 va mob 
dire que les dates assignées à Tatla» sont données par Santarem, qni ignorait 
que Rodriguez fût déjà a Malacca en i^ii. 



— 147 — 

Rodrigaez corrige l'errear de ses devanciers, en soudant les 
deux fragments jusque-là séparés de la terre sumatraise; File de 
Palembang disparaît, c'est la fin de la grande lie, istn ke a fim da 
ilha de Çnmatara (feuille n^ 19). 

Il marque pour la première fois sur la carte le nom de Tile de 
Banka qu'il confond du reste avec la ville de Baniam [ilha de 
banta). Il sait comment s'appelle le détroit qui sépare Java [ilha 
de laàos) de Sumatra; se chama Ssunda, c'est la Sonde. 

Il a recueilli, chemin faisant, quelques noms de localités java- 
naises^ Ssurubaya, Sourabaya, Gracie, Grésik. 

Il épumère plus complètement que ses devanciers les autres 
grandes tlea de la chaîne: Ilha de Madura^ Madoura; Ûallaram. 
Bali; Lamboqnoy Lombok; Ssimbaua, Sumbawa; Aramnramy Man* 
gérai; l'un des noms de Flores*; Cabo de Frollis, Floreshoofd; Ilha 
de Solor, Solor; Batutara^ Wetter; Timor enfin, ilha de Timor ^ 
homde nace ssamdalo, Giovanni da Ëmpoli avait déjà, donné Timor, 
comme le pays du saotal. Timor, onde mené sandali bianco e ver- 
miglio*. Duarte Barbosa parle aussi du santal de Timor et du com- 
merce important qui se fait de ce bois aromatique dans Tlnde et 
la Perse*. 

Bornéo, les tlesde Banda (i/Aa« de bainda^ homde nacem ass maças) 
Céram (Ceiram) Bourou (Bouro) sont indiqués. Il en est de même 
de Gulîi'Gulliy où Rodrigaez avait hiverné en i5iî-i5i2 avec 
Abreu et Serrào. Le groupe d'Arrou [Huro] porte encore le nom 
de /. dos papag<Uos; Rodriguez a pris pour des perroquets les 
oiseaux de paradis, que ces lies commencent à exporter en grand 
nombre*. 

I. Est-ce à Mangerai, Vun des noms de Florès, que correspond ainsi Ara- 
maram, ou ce mot n'est-il pas plutôt nne forme un peu durcie d'Oleniolcni, 
nom d'une des tribus de la bande nord de Tile? 

a. Lettera di Giovanni da EmpoH, éd. cit., p. 81. 

3. « Nesta ilfaa (de îlmor) ta muytos sandalos branquos que hos Mouros 
muyto estimaom na Tndia e Persia, honde se gasta muyta soma dcles e tem 
grande valia na Malabr, Narsyngua, e Cambaya » (Livro de Duarte Barbosa, 
ed, cit., p. 377)» 

4. Rodrigaez connaU aussi, bien mieux que ses devanciers, les côtes de )a 
Chine et Tune de ses cartes remonte jusqu'à Pékin, dont elle dresse le plan 
et enseigne la route. On peut se demander dans quelle mesure les contours 
relatÎTement précis des cartes de Bodriguez n'ont pas été empruntés par ce 
pilote à une pièce indigène dont] Albuquerque lui avait fait faire un extrait 
pour le ro^ de Portugal avant son départ avec Abreu. II est question de cette 
pièce, dont l'original était dès lors perdu> dans une lettre du grand capitaine, 



— 148 — 

Les Moluques font Tobjet d'une mention spéciale : estas çuatro 
ilhas [...?] 8sam as do Maluquo homde nace o cravà. 

Nous retrouvons, enOn, dans le nord-est, la grande lerre figurée 
déjà par les ReineL et qui cette fois porte un nom, désormais 
célèbre dans les annales des navigations orientales, //Aa de papoia, 
Tile des Papous, la péninsule occidentale de la Nouvelle-Guinée 
avec les lies secondaires qui Tentourent^ 

récemment publiée qui porte la date du i** avril lôia {Carias de Afforuo de 
Albuquerque seguitas de Documenios que as elucidam etc., t. I. p. 64-65. Lisboa, 
Typ. da Acad. Real das sciencias. 1884. in-4''). Voici le texte d* Albuquerque : 

<f Tambem vos vay hum pedaço de padram que se tirou dûa gramde carta 
dum pilote de jaoa, aquall tiahahocabo deboôa esperamça, portugall e a terra 
de brasylly ho mar rroxo e ho mar da persia, as ilhas do crauo, a navega- 
çâm dos chios e gores, com suas lynhas e caminhos dereytos por omde as 
naos hiam, e ho sertim, quaeesreyaos comfyuauam huos cos outros ; parece me, 
Fenhor, quefoy a milhor cousa que eu nuuca vy, e voss alteza ouuera de fol- 
gar muyto de ha ver; tinha os nomes por letra jaoa, e eu trazio jao que sabia 
1er e espreuer; mamdou esse pedaço a voss alteza, que frandsco rrodiguez em- 
pramlôU sobre a outrât domde voss alteza poderâ ver ver dadeiram ente os 
chins domde ven e os gorcs, e as vossas naos ho caminho que am de fazer 
pera as ilhas do crauo e as minas do ouro omde sam, e a ilha de jaoa e de 
bamdam, de nos nozcada e maças e a terra del rrey de Syam e asy o cabo da 
terra da nauegaçam dos chins, e asy para omde volve e como daly a diamte 
nam nauegam : a carta primcipail se perdeo em froU de la mar\ co piloto c 
com pero dalpoem pratiquey ho symtir desta carta, pera la saberem dar 
rezam a voss alteza; temde este pedaço de padram por cousa muyto certa e 
muyto sabida, porque he a mesma nauegaçam por omde eles vam o vem min* 
gua Ihe o arcepedego das ilhas que se chamam celate, que jazem amtre Jaoa 
e malaca. » 

Il parait résulter de cette lettre d'Albuquerque que Rodriguez avait fait une 
sorte d*adaptaUon d'une grande carte javanaise, ou plutôt arabe, détruite de- 
puis lors, et sur laquelle on ne s*explique pas aisément, il faut bien le recon- 
naître, les indications relatives au Portugal et surtout au Brésil. Il est assez 
probable que, suivant les habitudes des cartographes de son temps, Rodriguez 
avait introduit dans un cadre de sa fabrication les dessins fournis parla compo- 
sition indigène et que c'est à l'ensemble ainsi obtenu que s'adressent les éloges 
d'Albuquerque. 

Quoi qu'il en soit, l'atlas de Rodriguez que Santarem nous a conservé, pos- 
térieur en date au />a</ram de i5i2, doit se ressentir de l'influence exercée par 
ce document sur l'œuvre du cartographe portugais. 

On ne paît d'ailleurs presque rien de bien précis sur les cartes des Arabes 
et des Chinois, relatives à rExtréme-Orieut, et il est impossible, pour l'instant, 
de déterminer leur part d'action dans les progrès de la géographie portugai^^e 
au commencement du xvi* siècle. 

I. Je ne lis pas complètement la légende qui suit les mots Ilha de Papoia 
dans la copie de Santarem. Je crois pourtant comprendre qu'elle donne l'in- 



La grand Vouie de Tarchipel Indien est connue jusque vers ses 
extrémités les plus orientales et si Tœuvre des Reinel et de leur 
école n*est pas encore complète, du moins les navigateurs ont-ils 
dès lors à peu près les moyens de gagner la Sonde, Banda et les 
Moluques avec une sécurité relative. 

Les cartes de Diego Ribeiro de 1629 constatent ingénieuse- 
ment ces progrès énormes dans la connaissance des mers de TEx- 
tréme-Orient 

Une flotte entière y est peinte, marchant à toutes voiles dans les 
routes récemment ouvertes, et chacun des jolis petits navires, 
qui passent sous les yeux du lecteur, lui jette la triomphante 
devise : Vengo de MalucOj Vay à MalueOy Je viens des Moluques, Je 
VAIS AUX Moluques. 

dication de la distance de ce point à la terre Sauta Cruz, par conséquent à la 
ligne de démarcation pontificale qui longe à Touest cette terre, c'est-à-dire 
le Brésil. 



— 150 — 



NOTES 

SUR LA RIVIÈRE NOIRE ET LE MONT BA-VI (TONKIN) 

PAR G. DUMOUTIER 
Chargé de mission du Ministère de l'Instruction publique. 



Géographie y orographie, 

La rivière Noire, que les Annamites appellent Song-Bo, est un 
(les principaux affluents du fleuve Rouge. Elle prend sa source en 
Chine, dans la préfecture de Pou-Eul, et descend sous le nom de 
Pa-Pien-Kiang d'un massif montagneux qui donne également nais- 
sance au Mékong. 

Elle reçoit, sur le territoire chinois, deux ruisseaux assez im- 
portants, le Ha-Mo et le Sa-Pou, qui descendent de Ta-Lang. 

Après la réunion de ces trois cours d'eau, la rivière prend le 
nom de Li-Sicn-Kiâng, traverse en se dirigeant vers le sud-est, 
une petite partie de F^aos septentrional et pénètre ensuite sur le 
territoire annamite où elle coule presque parallèlement au fleuve 
Rouge jusque vers le barrage de Cho-Bo appelé aussi Hao-Trang. 
Puis, après avoir fait un coude brusque, elle remonte vers le 
nord, traverse les gorges de Phu'o'ng-Lam, et va baigner le pied 
du Ba-Vi, avant de se jeter dans le fleuve Rouge, au-dessous de 
Ilung-lloa. 

La géographie de la rivière Noire n'est guère connue que depuis 
ces dernières années, et cela, grâce à divers itinéraires civils et 
militaires, aux travaux des ofliciers topographes du corps d'occu- 
pation et aux voyages de M. Pavie. 

I^es affluents principaux sont : 

1» Sur la rive droite, le Song-Na qui vient du Yûng-Nan et se 
jette îi Laï-Chî\u. Cette rivière serait assez navigable malgré les 
rapides, et on pourrait, dit- on, descendre de la frontière de Chine 
à Laï-Chàu par le Song-Na avec des pirogues indigènes portant 
jusqu'à vingt hommes. Cette rivière a un affluent, le Nam-Lun, 
qui est navigable à partir de Phong-Tho; 



— 151 — 

2« Le Nam-Ma, qui est peu considérable et impropre à la navi- 
gation pendant la plus grande partie de la saison sèche ; 

3* Le Nam-Mo, navigable aux sampans indigènes sur une partie 
seulement de son parcours, vers Hiên-Traï; il arrose presque tout 
le district de Chieu-Tan, descendant de Binh-Lu ; la partie supé- 
rieure prend le nom de Ngoi-Mac; 

4° Le Song-Hoa qui reçoit plusieurs affluents et arrose le district 
de Phu-Yên. 

A partir du Song-Hoa et jusqu'au confluent du fleuve Rouge sur 
la rive gauche, on ne compte plus que quelques torrents et arroyos 
sans importance^ à l'exception toutefois de celui de Tu-Vu qui 
arrose toute la région de Yên-Lang. 

Sur la rive droite, les affluents sont insignifiants; aucun d'eux 
n'est navigable. Ce sont des torrents, la plupart encombrés de 
roches^ comme le Suoï-Nuôm près le rapide de Chuông, le SuoY- 
Lang, qui aboutit au rapide de Vot-Mê, et l'arroyo de Cao-Phong. 

Au point de vue de la navigabilité, la rivière Noire peut se diviser 
en trois sections : la première, du confluent au barrage de Hao- 
Trang; la seconde, de Hao-Trang à Laï-Châu; la troisième, de 
Lai-Châu à la frontière. 

La première section comprend environ 8o kilomètres : elle est, 
sauf en certains points peu nombreux, pendant la saison sèche, 
accessible à toutes les chaloupes de commerce. Les Messageries 
fluviales ont établi depuis le commencemenl de cette année, un 
service régulier, du confluent au barrage. 

Le. confluent est obstrué par de nombreux bancs de sable au 
travers desquels il faut chercher un chenal. Depuis Trong Ha, qui 
est le point de passage de la route de Son-Tây à Hung-hoa, jus- 
qu'à Phu'o'ng-Lam, le cours de la rivière est calme et régulier; sur 
la rive droite, on rencontre le poste de Bat-Bat près du village dé 
ce nom; on passe la route de Son-Tay à Phuc-Lam : les rues de ce 
village sont très soignées, les cases sont propres et entourées 
d'une haute palissade de bambous. 

Les premiers rochers calcaires se drossent avant d'arriver à Tu- 
Piia|> qui se trouve presque au pied du Ba-Vi. Ces rochers s'ap- 
pellent \e^ tours Notr^'^Dame à cause de leur silhouette particu- 
lière qui évoque le souvenir de l'église métropolitaine de Paris. A 
La-Pho, près de Vong-Fja, la rivière atteint i kilomètre et demi de 
largeur et découvre de nombreux bancs de sable ; les échouages 
y sont fréquents. 



— 152 — 

A Dong-Son, les montagnes se rapprochent de la rive droite ; à 
Long-Mo elles enserrent étroitement la rivière de chaque côté, 
puis c'est une succession ininterrompue de mamelons couverts de 
forêts à la base desquels serpente la rivière plus resserrée et 
partant plus profonde jusqu'au cirque de Phu'o'ng-Lam où Ton 
pénètre dans les gorges. 

De Phu'o'ng-Lam au barrage de Hao-Trang, les berges, à pente 
raide et quelquefois à pic, sont admirables; des hameaux s'ac- 
crochent au flanc des collines ou se cachent, au fond de vallées 
étroites, au milieu d'un fouillis d'arbres et de broussailles que 
surmontent et dominent les hauts panaches des aréquiers. 

C'est au barrage de Hao-Trang, à droite et à gauche du village 
de Cho-Bo, que commencent les falaises de calcaire couvertes de 
broussailles qui impriment à cette contrée son cachet inoubliable 
de grandiose sauvagerie. 

Le barrage est un amoncellement de blocs d'un calcaire très 
dur, gris et noir veiné de blanc que le pied des indigènes, dans 
les méandres du sentier qui l'escalade sur la rive gauche, a par- 
faitement poli. 

Au travers de ces blocs, les eaux se précipitent par des passes 
étroites et impraticables à la navigation. Une seule passe pourrait 
être améliorée : on a fait, dans ce but, sauter quelques roches 
et une chaloupe à vapeur a pu la franchir, mais au prix des plus 
grandes difQcultés. Les pirogues longues et efOlées des indigènes 
et les trains de bambous descendent par ce chenal. 

Au-dessous du barrage, la rivière reprend son calme au milieu 
d'un grand bassin presque entièrement entouré par les hautes 
murailles de calcaire qui se continuent jusqu'à Diêm où Ton ren- 
contre les terrains primitifs. Alors commence une série d'étages 
successifs, séparés par des rapides, entre lesquels la rivière est 
calme. 

Au-dessus de Su-Yut, la rivière fait un coude brusque et reçoit 
comme affluent la petite rivière qui longe le chemin de Maï-Ch&u : 
à cet endroit, une pointe rocheuse s'avance jusqu'au milieu du 
courant et forme le rapide de Vot-Mé que prolongent de longs 
bancs de galets et qui forme des tourbillons dangereux. 

Les rapides les plus sérieux ensuite sont ceux de Diém, de Hang* 
Mîên, de Yap et de Thac-Chu'o'ng; ce dernier est plutôt une suc- 
cession de barrages formés par Téboulement des falaises rocheuses 
de la rive. 



— 153 — 

D'après les Mu'o'ngs, la navigation des pirogues n'est jamais en- 
travée par ces barrages; ce ne serait qu*au-dessusde Tam-Phong, 
près de Phu-Yên, que se rencontreraient les véritables difficultés. 

Les grosses jonques remontent difficilement cette partie de la 
rivière, tant à cause de l'absence de chemin de balage sur les 
berges à pic que de la profondeur de Teau qui ne permet pas la 
marche à la perche, îl faut se contenter de barques efQlées et 
légères. Au Thac-Chu'o^ng, les bateliers sont obligés de fixer des 
amarres aux arbres du rivage pour se déhaler. Le Thac-Mo-Tôm 
a peu d'importance, mais près de Gia-Phu se trouve le Thac-Dang 
qui est fort dangereux ; deux énormes roches s'avançant de chaque 
côté de la rive ne laissent au milieu de la rivière qu'un couloir 
sinueux, de ta ou i5 mètres de largeur seulement, où l'eau s'en- 
gouffre. Il est impossible aux pirogues quelque peu chargées de 
le remonter, il faut opérer un transbordement. Avant d'arriver à 
Laï-Châu, on doit encore franchir le Thac-Canh-Bê, le rapide de 
Mu'o'ng-Say et le Thac-Than. 

C'est à Laï-Chàu, sur la frontière laotienne, que cesse toute na- 
vigation; le lit de la rivière qui a i5o mètres de largeur est com- 
plètement obstrué par des roches et des bancs de galets. On compte 
en moyenne de vingt à vingt-cinq jours de pirogue pour remonter 
du barrage de Hao-Trang à Laï-Châu pendant les basses eaux, et 
jusqu'à quarante aux hautes eaux. 11 ne faut que six jours pour 
descendre. 

L'avis de tous les gens compétents qui ont étudié cette partie 
de la rivière Noire est que les rapides y sont moins nombreux que 
dans le fleuve Rouge, mais qu'ils sont bien plus considérables et 
qu'ils offrent à la navigation de très sérieuses difficultés. 

Toute la contrée sillonnée par la rivière Noire depuis la Chine 
jusqu'au mont Ba-Yi est essentiellement montagneuse : les voies de 
communication par terre se réduisent à de simples sentiers dont 
la plupart sont impraticables pour des Européens. On appelle ce 
pays le territoire des chàus. Le châu est un district, une sorte de 
préfecture de la montagne; on compte sur la rivière Noire seize 
chàus; ils furent à différentes époques réunis en confédération, 
puis soumis, séparément ou collectivement, à la suzeraineté nomi- 
nale tantôt de la Chine, tantôt du Siam, tantôt de l'Annam, voire 
même, à de certaines époques, de ces trois États à la fois, suivant 
en cela la fortune des provinces laotiennes de la rive gauche 
du Mékong^ avec lesquelles les Chàus doivent être confondus 



— 154 — 

géographiquement et même^ suivant M. Pavie, ethnographîqoe- 
ment. 

Les seize districts ou châus de la rivière Noire sont ceux de Chiéu- 
Tàn, Laï-Diên-Bien, Luàn^ Tuân-Giao, Quinh-NhaY, Lon-La, Tuân, 
Phu-Yên, Da-Bac, ce dernier est au barrage de Hao-Trang; puis 
sur la rive gauche : Maï-Son^ An, Moc, Maï, Thuy-Vi et Van-Ban. 

Le chàu de Chiéu-Tan est un des plus intéressants; il comprend 
deux cantons, Dong-Qui et Phong-Tho. C'est un pays de longues 
vallées resserrées et profondes et de hautes montagnes boisées 
dont les plus considérables, au nord, sont quelquefois couvertes 
de neige en novembre, décembre et janvier. Il y a là des altitudes 
de plus de 2,000 mètres et tout porte à croire que cette région 
pourra, dans Tavenir, être au Tonkin ce que les hauteurs de Bui- 
tenzorgsontà Java et les pentes de THimalayaaux Indes anglaises, 
le sanatonum où les Européens iront^ à une altitude suffisante, 
oxygéner leurs poumons et s'imprégner d'air frais pendant les 
lourdes chaleurs de Tété. 

Ce chàu est traversé par la chaîne rocheuse qui forme la ligne 
de partage des eaux entre le fleuve Rouge et \i^ rivière Noire; trois 
cols seulement permettent les communications par cette chaîne 
entre les deux rivières : ce sont ceux de Van-Cho-Ho( 1,700 mètres) 
surlaroutede Phong«To àBa-Xat;celuideO'Qui-Ho (1^800 mètres) 
sur la route de Binh-Lu à Lao-Kay, et celui de Cao-Co (700 mètres) 
sur la route de Bao-Ha à Than-Uyên. Cette dernière route est, 
dit-on, très praticable. 

Les centres d'échanges, pour les habitants de cette région, sont 
Vu'o*ng-Bo-Diêm, Mu'o'ng-Lu, Ha-Héou ; ce dernier se trouve sur le 
territoire chinois; Ta-Ping qui appartient au chàu de Laï et Bac* 
Ha qui est à Ngoc^Huyén. Un grand marché se tient de plus tous 
les cinq jours à Tam-Du'o'ng et MuVng-Hung; autrefois tous les 
habitants de ce chàu allaient au marché de Cho*Bo près du bar- 
rage de Hao-Trang, ainsi qu'à Ba-Vang : ils en sont empêchés au* 
jourd'hui par les pirates 

A part celui de Chiêu-Tan, les chàus qui offrent le plus d'intérêt 
sont ceux que traverse la voie de communication trouvée et suivie, 
à plusieurs reprises, par M. Pavie pour aller du Tonkin à Luang- 
Prabang, c'est-à-dire par Laï-Chàu et Diên-Biên-Phu. 

Le chàu de Laï, appelé aussi Chàu-Nhiép, était, il n'y a pas 
encore longtemps, à la fois tributaire de la Chine, de Luang-Pra- 
bang et de l'Annam. C'est à Laï-Chàu que s'étaient réfugiés les 



— 135 - 

Pamllons de toute couleur, rouges, noirs, jaunes, venus du Yûn- 
Nan par la rive gauche. 

Ils s'étaient retranchés dans une petite forteresse, barraient le 
fleuve, rançonnaient les barques marchandes et et essaimaient sur 
les centres importants où ils vivaient en parasites; on les appelle 
les H6s. 

Le général siamois qui se tient de l'autre côté en permanence, 
à la tête d'une petite armée destinée à affirmer les droits du Siam 
sur cette partie du Laos, voulut, en 1886, entrer en relations avec 
les Thôs de Laï*Châu, mais il commit la faute de saisir comme 
otages trois des fils du chef de canton de Dién-Bién-Phu et de les 
expédier à Bangkok. Le père, très influent, leva,, le i*'* avril 1887, 
cinq cents hommes auxquels s'adjoignirent des Hôs de Laï-Châu. 

La troupe se mit en marche sous la conduite du fils aîné, Dinh- 
Van-Khi, que les Laotiens appellent Kam-Oum ; elle arriva à 
Luang-Prabang le 10 juin^ s'en empara, réduisit la ville en cendres, 
après quoi elle rentra à Laï-Chàu. La cour de Siam rendit ud des 
captifs. 

Au bruit de ces événements, le gouvernement de protectorat 
organisa une démonstration militaire, mais si ces peuplades peu 
guerrières acceptent volontiers une suzeraineté quelconque, elles 
répugnent à recevoir un maître et c'est ce qui explique que, même 
au lendemain des événements de Luang-Prabang^ elles envoyè- 
rent secrètement des émissaires pour appeler les Siamois. 

Cependant l'action militaire eut lieu; le colonel Pernot s'empara 
de Laï-Châu, et sa démonstration, qui fit grand bruit sur toute la 
rivière Noire et jusqu'au cœur de Laos, eut pour résultat la créa* 
tion de cinq postes militaires nouveaux dans la région monta- 
gneuse : ce sont les postes de Laï, Tuan-Giao, Quinli-Nhai, Van-Bu 
et Son-La. 

Nous avons parlé de Dién-Bién-Phu; c'est pour l'avenir du Tonkin 
un poste de la plus haute importance, situé au milieu d'un vaste 
plateau, sorte de nœud géographique formant, aux sources du 
Son-Ma, un point de partage entre les eaux du bassin de la rivière 
Noire et celles de la vallée du Mékong. La ville est entourée de 
pâturages; c'est une réunion de plusieurs villages qui comprenaient 
autrefois^ dit-on, environ six cents maisons; le village le plus im- 
portant est Ba-Vang qui est le siège du phu; on y remarque un 
temple élevé à la mémoire des rois Lé. A une heure de Ba-Vang, 
se trouve un ancien fortin qu'on appelle Phong-Thon-Xa. 



— 156 — 

11 ne faut de Laï Châu, pour se rendre au Nam-Ou, affluent de 
Mékong, que cinq jours par terre en passant par Diên-Biên-Phu. 

Les indigènes viennent de LaY-Châu à Diên-Biên-Phu on un jour 
et demi seulement, mais en Tétat actuel des routes, il faut, & des 
Européens transportant des bagages, quatre jours au moins. 

En partant de Laï-Châu, la route est praticable à tous les convois ; 
elle est, du reste, assez fréquentée et bordée de maisons sur 
presque tout son parcours dans la plaine, qui est très cultivée. On 
traverse la rivière Noire à Mu'o'ng-Tông sur des sampans. De cette 
localité à Lang-Meo la route monte pendant cinq heures de marche. 
Lang-Meo n'est qu'une réunion de quatre pauvres villages. On 
descend ensuite pendant six heures et on atteint MuVng-Muôn où 
se trouve un ancien fortin dépendant de Laï-Ghàu. Diên-Biên- 
Phu est à cinq heures de Mu'o'ng-Muôn. C'est près de Laï-Châu que 
se dresse le massif de Ta-Phinh, couronné par un vaste plateau de 
3o,ooo hectares d'étendue que son altitude moyenne, 1,800 mètres, 
gratifie d'un climat tout particulier. En mai, juin et juillet, qui sont 
les mois les plus chauds du Tonkin, le thermomètre sur le plateau 
de Ta-Phinh varie entre 16 et 25 degrés centigrades; on compte 
annuellement trois mois de neige, soit décembre^ janvier et février. 
Le froid ne permet pas au riz d'y mûrir régulièrement; on s'y li- 
vrait autrefois, avant le passage des bandes chinoises qui ont 
ravagé le pays, à la culture du blé. Les indigènes cultivent la 
pomme de terre qui se récolte en août, le haricot nain, le haricot 
flageolet et le haricot rouge ; on les plante partout dans les champs 
de maïs, utilisant la tige de maïs pour soutenir la liane du haricot. 
Les arbres fruitiers sont le pêcher, le noyer, le pommier, le poirier, 
le prunier, dont deux espèces estimées en France, la reine-claude 
et la mirabelle. On trouve aussi dans les jardins la fraise et la 
framboise. 

Les indigènes sont de mœurs douces et hospitalières, robustes 
et pleins de santé ; ils ne connaissent pas la fièvre et répugnent à 
descendre de leur plateau dans les vallées où ils prétendent ne 
pouvoir vivre sans danger plus de deux jours. 

Le plateau de Ta-Phinh est donc un pays de colonisation euro- 
péenne: l'élevage y donnerait des bénéfices considérables; la vigne 
y réussira très certainement et avec elle toutes les cultures des 
pays tempérés. 

La situation est admirable : c'est un centre de culture et de 
commerce entre la Chine, le Laos et le Tonkin. Signalé par le 



— 157 — 

apltaine Michelez, Tintrépide et regretté topographe, il vientc 
d'être exploré et étudié par M. Poulain, officier de reoseignements 
de la région de Son-La, au rapport de qui nous empruntons ces 
détails. 



Faune, produits végétaux. 

On trouve dans le bassin de la rivière Noire de nombreux ani- 
maux, des buffles, des bœufs, des porcs en graind nombre, des 
chiens, des chevaux, des éléphants, des rhinocéros, des cerfs, des 
tigres, des singes, des ours noirs, des chats tigres, des pangolins, 
des écureuils gris, etc. 

La flore est extrêmement variée. Les indigènes cultivent le riz^ 
le maïs, Tortie de Chine, le taro, la patate, le coton, l'arachide, 
Taréquier, le papayer et Toranger. Parmi les essences forestières 
à exploiter, on peut citer le bambou, le bois de fer qui est très 
commun du côté de Than-Uyên, le teck qui parait être assez rare, 
et les produits suivants qui sont Tobjet d'un important trafic et 
méritent une mention toute spéciale. 

Le cunaoy ou faux gambier, tubercule tinctorial ligneux, qui 
donne en abondance un cachou des plus résistants. 

Il croit dans les forêts, après les racines d'un arbre dont on 
ignore le nom scientifique; sa production est telle que son expor- 
tation^ en 1889, a presque égalé comme poids celle du riz. 

La matière colorante s'obtient en divisant la boule de cunao en 
copeaux que l'on fait macérer dans l'eau pendant un certain temps; 
le tubercule ne doit pas être trop vieux car il perd en se desséchant 
toutes ses propriétés. Les étoffes teintes sont étendues à. l'air; la 
lumière a beaucoup d'action sur cette couleur et la développe 
d'une singulière façon ; le côté de Tétoffè exposé aux rayons lumi- 
neux est plus foncé que le côté opposé. 

Le tabac ^ également cultivé par les montagnards, est, de leur 
part, l'objet des plus grands soins; les champs affectés à cette cul- 
ture sont bien entretenus et fortement fumés; la plante se déve- 
loppe rapidement et, à la récolte, les feuilles sont divisées en deux 
catégories selon la qualité et la finesse ; on en fait des paquets liés 
aux deux extrémités et qui sont, en cet état, vendus sur les 
marchés. 

La préparation industrielle des feuilles de tabac est des plus 



~ «58 — 

défectueuses, la farmentation h^q est pas réglée et le tabac indi- 
gène serait un excellent tabac s'il était mieux traité. 

La gomme laque {sticklack des ÂnglaH») existe en abondance dans 
toute la rivière Noire; c'est une sorte de gomme rouge provoquée 
par les piqûres et les sécrétions des fourmis sur les rameaux de 
certains arbres; les Annamites l'appellent cank-kiériy ce qui si- 
gnifie excréments de fourmis. On en tire un carmin très solide 
et d'une fort jolie nuance. Voici de quelle manière procèdent les 
indigènes : après avoir pilé et réduit en poudre le oanh-kién qui 
se présente sous la forme de grosses écorces rugueuses et brillantes, 
on le met dans des paniers garnis intérieurement de feuilles de 
bananier, et on snspend ces paniers an-dessus d'aiie chaudière en 
ébullition ; la vapeur d'eau pénètre la gomme; la masse entière, 
amollie, arrive à la consistance de la gélatine et s'agglutine quelque 
peu. 

On pose alors le panier sur un récipient et Ton verse sur le 
canh-kién une certaine quantité d'eau chaude qui, en filtrant à 
travers ta masse, se charge de la matjère tinctoriale. 

On se sert également du canh-kién pour teindre les dents; à cet 
effet, on prend une certaine quantité de la poudre que l'on arrose 
avec de l'alcool de riz, et on étend cette pâte sur une feuille de 
bananier dont on recouvre toute la mâchoire. 11 va sans dire que 
le patient doit s'abstenir de toute mastication pendant l'opération 
qui dure quelques jours, il ne lui est permis d'avaler que des ali- 
ments liquides. Au bout de trois ou quatre applications journa- 
lières, les dents ont pris une belle teinte rose; on applique alors 
un autre mastic composé de coque torréfiée de noix de coco pilée 
et macérée dans l'huile, et la mâchoire devient absolument noire 
et luisante. 

Le camphre est obtenu, dans certains districts, d'une sorte de 
plante ayant de grandes analogies avec la camphrée de Montpel* 
lier. Cette plante croit avec une yignenrpeu commune, aussi bien 
dans le terrain montagneux que dans la plaine ; elle est bisan- 
nuelle et se reproduit d'elle-même. Elle n'est pas originaire du 
pays; elle a, dit-on, été apportée par les Chinois qui l'ont exploi- 
tée pendant très longtemps; depuis leur départ, cette culture est 
presque abandonnée. 

Les indigènes nomment la plante daï-bi, et le produit, qu'ils 
appellent bang-phien^ est obtenu de la façon la plus rudimentaire. 
Dans une bassine de fonte placée sur le feu et contenant une 



— 159 — 

quantité proportionnelle d'eau ils mettent des feuilles et des tiges 
hachées de la plante; quand rébullition se manifeste, ils placent 
une bassine de cuivre remplie d'eau froide au-dessus d'un petit 
eu vêlage de bois dont l'extrémité inférieure repose à peu près 
hermétiquement sur les bords de la bassine en fonte. Les vapeurs 
qui s'exhalent de la chaudière, emprisonnées dans le cuvelage de 
bois, se condensent au contact de la chaudière d'eau froide et les 
cristaux de camphre s'attachent aux parois ; on les recueille en 
raclant au moyen d'une grande cuiller de bois. Le camphre ainsi 
obtenu n'est pas très pur : il contient une forte proportion d'une 
huile essentielle, de couleur verte, qui modiQe son parfum et dont 
il serait facile de l'isoler. 

L'arbre à laque^ que l'on appelle dans le pays cdy-sotif est un 
arbrisseau très vigoureux, très vivace^ qui croit rapidement et en 
abondance dans les terrains rocailleux impropres à tout autre 
culture. Les indigènes le sèment sur place ; les graines doivent 
préalablement avoir macéré dans l'eau pendant trois ou quatre 
jours; après quarante-huit heures on les voit germer. 

I/arbrisseau reprend très bien de repiquage; il s'élève à la hau- 
teur de 3 mètres environ et atteint rarement la grosseur du bras. 

11 faut attendre trois ans avant de le mettre en exploitation ; on 
obtient la laque en pratiquant sur l'arbre des incisions qui le 
privent de son écorce sur une surface d'un pouce carré environ. 
Un suc blanc laiteux s'écoule par cette plaie : on le recueille dans 
des coquilles disposées sous les entailles. 

Les entailles doivent élre faites le soir et la laque recueillie le 
lendemain de bon matin^ car l'action de la lumière est telle que le 
produit noircit rapidement lorsqu'il y est exposé. 

Le suc ainsi recueilli a lapparence d'une crème épaisse; il con* 
tient une forte proportion d'eau dont il se débarrasse par le repos 
en vase clos; la laque surnage, on la prend avec des cuillers et on 
la filtre à travers une étoffe de coton pour en extraire les impu- 
retés, poussières, insectes, débris d'écorce, etc. 

La laque la plus pure, qui s'obtient au premier filtrage, s'appelle 
son-mat'dau ; le second filtrage donne la laque de deuxième qua- 
lité ou son-roi, et ce qui reste constitue la troisième qualité ou 
son^bo. 

La laque est un produit fort cher et d'une consommation énorme 
dans tout l'Extrême-Orient; la laque du Tonkin est très estimée ; 
le commerce est presque entièrement accaparé par les Chinois qui 



— 160 — 

ramassent toutes les quantités disponibles pour les expédier dans 
leur pays. 

Nous mentionnerons pour mémoire le thé, Tindigo et Técorce 
à papier, nous proposant d'y revenir un peu plus loin quand nous 
étudierons certaines localités où ils croissent plus spécialement. 



Produits minéraux. 

Sous le rapport minéralogique, la partie montagneuse du Ton- 
kin est, sans contredit, une des plus riches qui soit au monde. Dans 
le bassin de la rivière Noire, les schistes carbonifères se retrou- 
vent au même niveau qu'à Dong-Triêu, Quang-Yén et Kébao, de 
l'autre côté du delta ; ce sont les mêmes assises qui, inclinées et 
recouvertes par les dépôts alluvionnaires, se redressent par plis- 
sements successifs jusqu'à Tourane ; les premières couches de 
houille se retrouvent à Su-Yut, au-dessus du barrage de Hao- 
Trang. 

Le nitre se rencontre en abondance dans cette même région ; la 
mine de Su-Khong, abandonnée depuis la seizième année de Gia- 
Ix)ng (t8i7), payait annuellement à l'État une redevance en nature 
de 180 kilogrammes de nitre. Celle d^ Minh-Nong, abandonnée 
en 1821^ payait 100 kilogrammes. On trouve des traces d'exploi- 
tation de nitre à Ban-Dam^ Hiéu-Trai, Ban-Vinh, Trinh-Bang, 
Mang-Tam-Ban, etc. ; partout les puits ont été comblés et les mines 
abandonnées à la suite de faits de guerre et de piraterie. 

Une mine de soufre était exploitée dans la montagne de Thuan- 
Châu; elle payait à l'État une redevance de 120 kilogrammes de 
soufre par an ; mais un décret de Minh-Mang ayant, en i834, pro- 
hibé la vente du soufre, la mine fut soigneusement comblée en 
i835 et est restée inexploitée jusqu'à ce jour. 

On trouve du fer dans le massif du Ba-Vi ; deux mines étaient 
autrefois exploitées par les Annamites, celle de Cam-Tranh et celle 
de Bon-Lap: leur redevance annuelle était de 3oo kilogrammes de 
fer brut. 

Sur la rive gauche de la rivière, le cuivre abonde ; les Annamites 
avaient ouvert cinq mines dans un périmètre assez restreint; ces 
mines donnaient de beaux bénéGces, mais on dut les abandonner 
faute d'ouvriers mineurs. A Trinh-Lang, une mine de cuivre rouge 
devait payer par année 4oo kilogrammes de cuivre pur comme 



— 161 — 

redevance; en 1816, le chef d'exploitation se chargea de l'entre- 
prise à ses risques et périls, moyennant une redevance de 6, 120 ki- 
logrammes ; il continua d'exploiter dans ces conditions jusqu'à la 
deuxième année de Minh-Mang (1821), époque à laquelle il fut 
abandonné par tous ses ouvriers. 

En 18419 Thiên-Tri, qui venait de montrer sur le trône, donna 
Tordre au gouverneur de Hong-Hoa de recruter des habitants pour 
exploiter de nouveau cette mine dont l'impôt fut d'abord abaissé 
à 25o kilogrammes^ puis porté trois ans après à 4oo kilogrammes. 
En i848, la mine fut abandonnée de nouveau par les ouvriers et 
l'on procéda à son comblement. 

La mine de cuivre de Laï-Xong payait^ en 1822, 190 kilogrammes 
de cuivre d'impôt. 

La mine de Phong-Du payait 4oo kilogrammes en i83o; com- 
blée en i838, elle fut rouverte en 1839, puis comblée encore en 
i84i et livrée de nouveau à l'exploitation en i845 ; ce n'est qu'en 
i85o qu'elle fut défînitivement abandonnée à cause de l'eau mal- 
saine qui envahissait les galeries et causait des maladies aux mi- 
neurs. 

Les mines de cuivre de Mang-Do et de Souï-Lam sont abandon- 
nées pour la même raison depuis 1823. 

Il ne parait pas que l'argent ait été dans le bassin de la rivière 
Noire l'objet d'une exploitation sérieuse, si ce n'est à Phu-Thang, 
où existait sous Minh-Mang une mine qui payait une redevance 
annuelle de 60 taëls d'argent. Nous avons vu à plusieurs reprises 
de beaux échantillons de galène entre les mains des indigènes, 
mais nous n'avons pu en savoir exactement la provenance. 

L'or a été trouvé dans maints endroits, peut-être à l'état de 
filons, à Yet-Ong (ou Ken-Ong), si on en croit les indigènes, mais 
assurément à l'état de paillettes et de pépites dans les terrains 
alluvionnaires. 

Les terrains aurifères de la région de la basse rivière Noire, qui 
ont été de la part des Annamites et des Chinois l'objet d'une exploi- 
tation suivie, sont : ceux de Huong-Son-Dong, dont la redevance 
était fixée à un demi-taël seulement; Bang-Lo, qui, après une 
longue et fructueuse exploitation, fut comblée à cause de sa pro- 
fondeur, la douzième année de Minh-Mang (i83i), puis rouverte en 
i84o, et mise de nouveau en adjudication, moyennant une rede- 
vance annuelle de lo taëls d'or; elle payait encore 10 taêls sous 
le règne de Tu-Duc. 

GéOOB. HI8T. ET DB8CRIPT. — YI. Il 



— 162 — 

Gia-Nguyên payait, en i85o, a laëls d'or. 
Yet-Ong, mine très profonde, payait d*abord en i83i 6 taëls 
d'or, mais les inspecteurs des mines ayant reconnu, en 1842, la 
richesse des filons, portèrent la redevance à 7 taëls. 

Quelques prospections ont été faites dans ces dernières années 
par des Européens ; une mine d'or a été découverte à Bai- Van, au 
pied de Ba-Yi, par M. Dumas, de Hanoï. Des échantillons du pré- 
cieux métal Ogurèrent en 1887 à TExposition franco-coloniale de 
Hanoï. Cette exploitation qui donnait de belles espérances fut bru- 
talement interrompue par un fait de piraterie. 

Nous donnons ci-après le texte d'un rapport déposé par M. Du- 
mas à la Résidence générale, à Tappui de sa demande de conces- 
sion. Ce rapport a été publié à cette époque par les journaux de 
la colonie. 

« Le 5 mai 1886, je partais de Phu-Lang-ThuVng pour faire un 
voyage d'exploration, aûn de constater si réellement, au Tonkin, 
il y avait de Tor dans certaines régions supposées aurifères. Je ne 
voulais pas visite^ les mines officiellement reconnues qui avaient 
été exploitées autrefois par les Annamites, avaient payé une rede- 
vance quelconque au gouvernement de l'Ânnam et dont l'existence 
précaire et de courte durée se terminait toujours par cette sen- 
tence : Le rendement de la mine ayant été jugé insuffisant, ou 
bien, par suite de l'appauvrissement des filons, son comblement 
fut décidé, etc., etc. 

« Je voulais chercher sans but déterminé, sans parti pris, au ha- 
sard. Pour cela, un guide d'une localité à une autre me suffisait. 
C'est ainsi que je visitai les versants est de la chaîne de mont de 
Bavî, en passant par Ten-Lé, Fossets, Khem, Ke-Son, My-Lu'o^g, 
My-Duc, etc., les vallées et ruisseaux, sans pouvoir constater la 
présence de l'or, ou autre chose que quelques traces insignifiantes. 
« Je revins sur mes pas et contournai le mont Ba-Vî pour explorer 
les versants ouest qui longent la rivière Noire. 

« Là je fus plus heureux et constatai, dans différents endroits, 
des traces d'or bien accusées. 

« Enfin, après avoir visité cette région, je m'arrêtai plus sérieu- 
sement à Bai- Van, où se trouvaient des traces d'or assez accen- 
tuées pour motiver une exploitation ultérieure. 

« Je remarquai çà et là quelques trous béants, peu profonds, 
creusés, d'après les renseignements des indigènes, par des Chinois, 
Pavillons noirs ou jaunes, qui avaient essayé, disaient-ils, d*ex- 



i 



— 163 — 

ploiler quelques parcelles d'or. Mais riasufiiâaace de leurs moyens 
d'action les aTait bien vite réduits à rimptuîssanee. Ils n'avaient 
pu obtenir le moindre résultat rémunérateur malgré la modicité 
de leur main-d'œuvre. De plus, Teau des pluies et Tinûltration 
avaient dû les gêner complètement^ aussitôt atteinte la profondeur 
insignifiante de i°*,5o, puisqu'ils n'avaient pas le moindre moyen 
d'épuisement sérieux à leur disposition. 

« Mes renseignements obtenus réduisent à des essais insignifiants 
les tentatives qui furent faites, il y a longtemps déjà, dans cet en- 
droit absolument sauvage. 

a Je ne tardai pas^ par des expériences répétées» à reconnaître 
l'exactitude de ces renseignements. 

€ Les premiers essais par simple lavage me permirent de re- 
cueillir quelques pailletteSy quelques pépites^ quelques petits grains 
d'or, mais je dus constater, séance tenante, que, quelques soins 
et quelque attention que j'apportasse à l'opération, les neuf 
dixièmes de l'or contenu dans la terre ainsi lavée, échappaient à 
l'action mécanique directe à cause de la finesse et de la ténuité 
de cet or. J'en fis la preuve en reprenant la terre déjà lavée dans 
laquelle je retrouvai encore de fortes traces d'or fin, 

« Le doute n'était pas possible : cette terre était bien saturée 
d'or natif dans une proportion à déterminer exactement par l'a- 
nalyse chimique; mais son exploitation par les seuls moyens 
mécaniques du lavage direct ne saurait donner aucun résultat 
rémunérateur. Il faut absolument l'action absorbante et l'affinité 
du mercure pour recueillir cette poudre d'or. 

« Convaincu par mes expériences que la richesse de ces gise- 
ments était largement suffisante, sauf à employer ultérieurement 
les moyens les plus pratiques et les plus perfectionnés pour leur 
exploitation dans des conditions rémunératrices^ j'en demandai 
la concession en périmètre, réservé d'abord, et tout récemment, 
en concession définitive de propriété exclusive. 

a Ayant acquis le droit de recherche en périmètre, réservé par 
une occupation régulière, je me mis à Tœuvre pour compléter 
mes^ expériences précédentes par des essais industriels d'exploi- 
tation en petit, et je me servis de l'agent universellement employé 
à cet effet, le mercure. Mon installation, quoique bien défectueuse, 
(j'étais obligé de laver la terre irrégulièrement en la jetant dans un 
petit iltdce où l'on versait de l'eau à la main avec des seaux) fonc- 
tionna tant bien que mal* 



I' 

I 

I 



— 164 — 

« Apres quelques jours de travail, je voulus voir si Tamalgation 
s'opérait bien ; je fis recueillir le mercure et je procédai, comme 
il est d'usage^ à la filtratioa du mercure à travers une peau de 
chamois. L'opération terminée, le mercure filtré avait passé à 
travers la peau de chamois sans y laisser la moindre trace d'or à 
Tétat d*amalgame. 

« J*avais cependant bien vu, ainsi que mes collaborateurs et 
ouvriers, de For circuler dans le sluice et se noyer dans le mer- 
cure. Pourquoi rien n'était-il resté dans la peau de chamois ? 

« J'eus alors recours à la seule épreuve possible pour constater 
que Tor avait été entièrement et complètement dissous par le 
mercure. 

« A cet effet, je fis évaporer, sur une plaquette de fonte placée 
sur un feu de charbon, une petite quantité du mercure en ques- 
tion (déjà filtré), et le dit mercure évaporé laissa effectivement au 
fond de la plaquette une croûte d'or natif. 

« Tout allait pour le mieux ; il ne fallait dans ce cas qu'effectuer 
la distillation complète du mercure pour lui faire restituer l'or» si 
bien amalgamé, qu'il était absolument dissous. 

<f Pour cela, une cornue en fonte était indispensable et je dus 
faire des démarches auprès du directeur du Parc d'artillerie à 
Hanoï, pour en faire confectionner une, alors que je ne pouvais en 
obtenir dans l'industrie privée. 

(t Lorsque je fus en possession de cet appareil, tout se passa 
pour le mieux, et le mercure restitua l'or qu'il avait pris. 

La seule explication qui se puisse donner de ce phénomène sin- 
gulier (car dans la plupart des cas l'or est amalgamé par le 
mercure, mais non entièrement dissous), c'est qu'il doit exister 
dans le minerai en question, des éléments dissolvants, tels que le 
chlore ou le brome qui, se combinant avec le mercure, lui don- 
nent une puissance]dissolvante telle que l'or est entièrement dis- 
sous et passe à travers les pores d'une peau de chamois, tandis 
que, dans la plupartdes cas ordinaires, le mercure est filtré, mais 
Tor reste sous la forme d'une pète fine grisâtre. Il n'y a plus qu'à 
évaporer l'excès de mercure, et la poudre d'or reprend sa couleur 
naturelle. 

« J'allais obtenir un résultat complet, en recueillant une quan- 
tité d'or quelconque, lorsque dans la nuit du a6 décembre dernier, 
nous fûmes attaqués par des pirates ou bandits de la région. Au 
premier moment, mon collaborateur, M, Faure, et deux de nos 



— 165 — 

hommes furent blessés. Malgré cela, nous repoussâmes les assail- 
lants. Malheureusement, ils avaient saccagé les appareils d'exploi- 
tation, et sur 20 kilogrammes de mercure, nous ne pûmes en re- 
trouver que 5 kilogrammes environ. 

« Dès le lendemain, personne ne voulant plus rester dans cet 
endroit, je dus cesser mes expériences. 

« Depuis, suffisamment édifié sur la valeur d'exploitation de 
ces terrains, j*ai adressé une demande en concession déQnitive 
de propriété, et j'ose espérer que la bienveillance de M. le Résident 
général me permettra de l'obtenir. 

« Je n'attends que la délivrance de ce titre pour prendre mes 
dispositions et commencer une exploitation régulière en grand. 

<( Il y a de For dans cette région, et il n'est pas douteux qu'une 
entreprise de cette nature, obtenant des résultats rémunérateurs, 
n'amène des exploitations similaires à ses côtés. 

« Ainsi, la pacification et la sécurité dans cette région s'obtien- 
dront d'elles-mêmes lorsque des groupes d'Européens et des cen- 
tres de travail existeront sur différents points. 

« J'ajouterai que dans toutes les circonstances où les Annamites 
ont exploité des mines d'or, ils ont toujours, paralt-il, considéré 
la poudre d'or très fine, bien souvent invisible, comme une quan- 
tité négligeable, alors qu'au contraire c'est la quantité la plus con- 
sidérable ; ils se sont toujours attachés à ne prendre que les par- 
celles visibles, ayant un poids spécifique et pouvant être extraites 
par simple lavage. Il y aurait donc encore beaucoup à faire, 
même après eux. 

« Signé : Dumas, négociant à Hanoï. » 

A l'époque peu éloignée encore où les Chinois travaillaient les 
mines, du côté de Liên-Son (huyén de Lap-Thanh)^ un groupe de 
ces Asiatiques avaient mis en exploitation un minerai appelé terre 
de Lién-Son (Dat-Liên-Son). 

Ce minerai contient plusieurs métaux, parmi lesquels domine 
le cuivre ; mis en fusion, il donne un métal assez dense qui, par 
le frottement, prend une belle couleur cuivrée. On ne l'exploite 
plus aujourd'hui. 

Les opérations qu'on lui faisait subir étaient assez curieuses ; 
on ne se servait de ce métal que pour la confection des socs de 
charrue et de la plaque de métal qui préserve le bois de cet ins- 
trument d'agriculture. 



— 166 — 

Bien que le miaerai ne soit plas exploité, on ne laisse pas que 
de fabriquer encore des socs de charrue en métal de Dat-Lidn-Son ; 
on recueille^ à cet effet, avec le plus grand soin, la ferraille des 
vieux instruments, on la concasse et on la soumet de nouveau à 
la fonte. 

L'outillage du fondeur de socs de charrue se compose d'une 
forge, d'un jeu de moules fabriqués avec une sorte de terre glaise 
(dat-do), mélangée de balle de riz. Cinq hommes sont nécessaires 
pour l'opération. 

On place dans le fourneau de la forge un certain nombre de 
débris de fonte concassée qu'on recouvre de charbon de bois; au 
moyen d'un très fort soufQet on active la combustion du charbon : 
le métal entre en fusion, s'écoule dans le récipient inférieur, et 
quand ce premier temps est achevé, on renverse le fourneau, on 
soulève le récipient inférieur et on verse le métal liquide dans les 
moules ; après que le moule est refroidi on l'ouvre, et l'objet est 
prêt à être mis en vente. 

Tout le massif calcaire dont les blocs gigantesques forment une 
ceinture au delta tonkinois, depuis la baie de Ha-Long et Dong- 
Triéu jusqu'au Thanh-Hoa, en passant par le haut fleuve Rouge 
et le Song-Day, est d'une richesse excessive en marbres de toute 
couleur. 

En escaladant le sentier vertigineux qui franchit la muraille 
calcaire de Hao-Trang, dans la direction de Thach-Bi, on peut 
voir, dans les aspérités de la roche polies par la main ou le pied 
des voyageurs, les mances de marbre les plus fines et les plus 
riches. 

Une carrière de marbre est exploitée sur le Song>Day, en face 
de la mission de Ké-So, par les frères Guillaume. 

Les autres roches sont des schistes, des serpentines, des quartz, 
des porphyres, etc. 



Ethnographie, 

Le pays des Châus n'est pas habité par une seule race, mais 
par un certain nombre de peuplades qui n'ont entre elles que des 
liens de parenté fort difficiles à établir. 

Leur ethnographie est peu connue ; leurs différents dialectes 
n'ont encore été l'objet d'aucun travail comparatif, et on ne sait 



— 167 — 

de leur histoire que ce que les Chinois et les Annamites nous en 
ont dit dans leurs annales. 

Plusieurs voyageurs ont cependant écrit sur les montagnards 
de ces régions, mais leurs récits sont absolument contradictoires, 
selon qu'ils ont abordé le pays par le Laos ou par le Tonkin. Nous 
nous rangeons à Topinion de ceux qui disent que c'est par le Laos 
qu'il faut étudier les habitants de la rivière Noire^ ou tout au moins 
ceux que les Annamites, d'après les Chinois, appellent Mu'o'ngs, 
et qui forment le fond de la population. 

Quant aux autres peuplades qui se cantonnent à différentes alti- 
tudes dans toute l'étendue de la région montagneuse du Tonkin et 
du sud de la Chine, comme autant d'Ilots épars ou de témoins en* 
core en place d'anciens peuples disparus, leur étude est des plus 
difficiles. 

De prime abord, on remarque que les noms actuels de ces di- 
verses peuplades, tels que nous les présentent les caractères chi- 
nois, ne sont que des sobriquets, presque toujours injurieux, ce 
qui fait qu'on a toujours hésité à leur accorder quelque valeur 
ethnique. 

11 est cependant possible que ces noms aient bien été, dès l'ori- 
gine, an moins comme connaissance, ceux par lesquels ces gens 
se désignaient eux-mêmes dans leur propre langue^ et que les 
Chinois, ayant eu plus tard à transcrire au moyen de leurs carac- 
tères ces sons étrangers aient, par un sentiment de mépris dont 
ils sont coutumiers envers tout ce qui n'est pas chinois, choisi, 
parmi leurs idéogrammes dont le son s'en rapprochait le plus, 
ceux-là seulement dont la signification présentait à l'esprit une 
idée désavantageuse. 

C'est ainsi, par exemple, que le mot Mu'o'nff^ qui signifie en 
cambodgien et en laotien une principauté, si petite qu'elle soit, 
une circonscription administrative, voire un village, et qui par 
extension a été appliqué aux habitants mêmes de ces circonscrip- 
tiens administratives, aurait été écrit par les Chinois, tantôt au 
moyen du caractère ilfu'o'n^, qui signifie inculte, grossier, tantôt 
par un caractère homophone, que les Annamites prononcent 
Mu'o'ng [Mœong)^ et qui signifie chien sauvage. 

Presque tous les noms de tribus, nous Tavons dit, sont dans ce 
cas : le mot Man^ qui est le nom d'une peuplade nombreuse dont 
les familles sont éparses dans le Tonkin montagneux, est figuré 
en chinois par le caractère ilfan, qui signifie barbare, Laos, qui 



— 168 — 

est le nom des Laotiens, par le caractère Lao^ qui signifie chien des 
bois brûlésy et Miao par un caractère qui se prononce en annamite 
Méo et veut dire chien des terres incultes. 

Il ne serait pas invraisemblable^ toutefois, que certains de ces 
qualificatifs eussent été, même dans leur acception défavorable, 
des noms d'origine, tirés d'une région, de certaines habitudes, 
d'un caractère particulier, d'une singularité de costume, etc., et 
que ces montagnards les auraient conservés à travers les âges. 
C*est ainsi que les Annamites descendent d'une peuplade qui, dès 
les temps les plus reculés, s'appelait les Pieds fourchus (Giao-Chi), 
à cause de l'écartement excessif de leurs gros orteils, et que les 
annales chinoises, nous parlant des divisions administratives de 
l'antique royaume de Hung, qui comprenait alors les montagnes 
du Tonkin actuel, nous cite les Eperviers rouges (Chàu-Dien), qui 
habitaient la basse rivière Noire, les Savants (Van-Lang), qui 
rayonnaient autour du confluent de la rivière Claire et du fleuve 
Rouge, les Paisibles guerriers, qui vivaient sur le territoire de 
Bac-Ninh, etc., toutes dénominations qui nous font involontai- 
rement songer à l'ethnographie américaine. 

D'où venaient ces peuplades qui n'avaient avec les Chinois 
aucun lien de parenté^ et à quel point du tronc primitif convient-il 
de rattacher ces branches importantes de la famille humaine? 
Ici encore, on est réduit aux hypothèses : on sait seulement 
qu'elles venaient de l'ouest. 

Dès les premiers siècles de notre ère, on entend parler d'une 
puissante confédération de peuplades établies à l'ouest de l'Indo- 
Chine et qu'on appelait les six royautés (Luc-Chiéu), ou bien en- 
core les royautés du sud (Nam-Chiéu). On cite parmi les plus 
fortes de ces royautés celle des Mong-Xa ; or, les Mông (Hu'o'ng) 
et les Xa sont des tribus encore assez importantes de ces mon- 
tagnes. 

Ces peuplades confédérées se livrèrent à de fréquentes incur- 
sions sur le territoire du bas Tonkin ; elles parvinrent même, au 
ix« siècle de notre ère, à s'emparer sur les Chinois de la forteresse 
de Daï- La (Hanoï), installèrent dans la contrée une garnison de 
vingt mille hommes, et furent pendant quelques années les mat- 
tresses de l'Annam. 

Une autre confédération, également très belliqueuse, que Ton 
appelait Ai-Lao^sQ trouvait au sud de celle-ci. Plus tard, la partie 
arrosée par la rivière Noire fut organisée aussi en confédération 



— 169 — 

sous le nom de seize districts (Thap-Luc-Ch&u) ; nous les avons 
sommairement mentionnés plus haut. 

Les principaux groupes ethniques que Ton rencontre aujourd'hui 
dans le bassin de la rivière Noire sont les Meos, dont nous avons 
déjà parlé, les Chinois les appellent Miao-Tse ; ils sont originaires 
des montagnes du Koueï-Tcheou ; les plus anciens écrits desChi« 
nois les décrivent comme ayant des ailes aux cuisses. 

Ils sont divisés en trois familles : les blancs, les noirs et les 
rouges (Bach-Meo, Hach-Meo, Hong-Meo). Les premiers portent 
des habits blancs; les seconds des habits noirs; les derniers des 
habits blancs et un turban rouge. Ils paraissent offrir de nom- 
breux points de ressemblance avec les Mans; on les appelle, du 
reste, les Man-Méos ; ils habitent le sommet des montagnes et se 
livrent à des cultures tout à fait primitives. Leurs vêtements et 
leurs chaussures sont en fibres de ramie ; ils incinèrent leurs 
morts; on les rencontre du côté de Hong-Hoa, dans les huyens de 
Thuy-Vi et de Van-Ban, et plus haut jusqu'à la frontière du Yun- 
Nan. Ils s'étendent au travers du Tonkin jusque dans le Quang-Si, 
par les huyens de Vinh-Thuy, Vi-Chàu, Dé-Dinh et Vinh-Dién de 
la province de Tuyén-Quang. Ils portent les fardeaux dans des 
hottes à bretelles. 

Ces montagnards, d'après les Annamites, auraient été attirés 
dans le pays par les familles nobles des Mu'o*ngs, dans le but 
d'augmenter la population ; on leur fit d'abord de grands avan- 
tages, on leur concéda des terres, on les exempta d'impôt ; puis, 
quand ils furent bien établis^ on les frappa d'une contribution 
personnelle de s taëls d'argent et 3 ligatures, et on leur imposa, 
en outre, les plus dures corvées. Ils se révoltèrent sous Tu-Duc; 
ce fut dans la province de Tuyen-Quang, la tribu des Bac-Meo de 
l'arroyo de Bac*Dông, près Vi-Xuyen, qui donna le signal. 

Les Hach-Meo s'en mêlèrent, et l'insurrection se propagea dans 
tout le pays. 

Il y eut des massacres considérables, le pays fut dépeuplé et 
ruiné; dans les provinces de Son-Lang, Quang-Yen, Gao-Bang, 
Thaï-Nguyên, Hong-Hoa, depuis la frontière de Chine jusqu'à 
Phu-Doan ; il ne resta pas trois habitants sur dix. 

Seul, au milieu de la province de Tuyen-Quang, un groupe de 
villages administrés par un chef nommé Nong-Hung-Thac et son 
fils Dao-Van-Chu'o'ng se défendit de telle façon qu'il se conserva 
intact au milieu de la dévastation générale. 



— 170 — 

Il 7 a encore des Meos à Phu-Yên et & Thuàn-Chàu, à cinq jours 
du barrage de Hao-Trang; on dit qu'ils couchent sur la cendre et 
qu'ils ont coutume d'offrir de la cendre en présent aux nouveaux 
époux. Nous regrettons de n'avoir pu nous en assurer par nous- 
même; nous aurions voulu savoir si d'aventure ils n'accompa- 
gnaient pas leur présent du traditionnel Mémento ^ quia pulvis 
es 

Les Nung sont vêtus de bleu et inhument leurs morts; on les 
rencontre surtout dans les régions de Qui-Thuàn, Hu'o'ng-Yu« 
Long-Châu, Tu-Thanh, Tràn-An, Phu-Châu et Dién-Châu, Les 
Annamites disent qu'ils viennent du Quang-Si ; ils étaient imposés, 
sous l'administration de Minh-Mang, à raison de 2 taëls d'argent 
par maison et par an. Les Nung passent pour d'excellents mineurs: 
les mines de la région de Hong-Hoa, comme celles de Son-Tay, 
Thay-Nguyén, Cao-Banget Lang-Son ont été longtemps exploitées 
par eux. 

Les Thôs forment une peuplade très hétérogène dont les groupes 
épars n'ont pas tous la même langue; ce sont les restes de ces 
colonies militaires que le gouvernement chinois préposait à la 
garde des frontières et des territoires nouvellement annexés. Pour 
la plupart, ramassis de vagabonds et de prisonniers libérés, ap« 
partenant à toutes les origines, on les fixait dans la contrée, en 
leur abandonnant une partie du sol et l'État était quitte envers 
eux. On les appela les territoriaux, du caractère chinois 7ou, en 
annamite 2'hd qui signifie 50/, territoire. 

Les Mans sont divisés en sept tribus ou familles : les Son-Tu- 
Bach, Son-Tu-Hac, Son-Trang-Bach , Son-Trang-Hac, Dai-Baui 
Tiên-Ban et Cao-Lan. 

Leurs vêtements sont de couleur bleue : le costume des femmes 
se composé d'une tunique à pans fendus sur les côtés et dont ceux 
de devant sont noués en ceinture, laissant pendre ceux de derrière 
comme un habit à la française ; un pantalon très collant s'arré- 
tant au-dessous du genou ; un cache*sein tout enjolivé de petites 
ganses blanches en barrettes et une rangée de minuscules boutons 
d'étain ; la coiffure se compose d'un turban d'étoffe bleue qui, au 
lieu d'entourer la tête, la drape à la façon de certaines coiffures 
de la campagne de Naples; le col, les manches, les bordures de 
la culotte et de la tunique sont brodés de dessins représentant 
des swastikas; un grand ornement, figurant une croix latine au 
sommet d'un triangle, est brodé dans le dos de la tunique, et des 



— 171 — 

paqaefs de pompoas rouges et blancs sont attachés dans le dos et 
sar les hanches. Nous arons donné un de ces curieux vêtements 
au Musée ethnographique du Trocadéro. Les Son-Tu-Bach et les 
Son-Trang-Bach portent des broderies blanches, les Son-Tu-Hac et 
les Son-Trang-Hac des broderies noires et les autres des broderies 
ronges. Les Dai-Ban et les Tiôn-Ban portent attachées, dans le dos 
de leur tunique, sept sapëques de cuivre enfilées; on les a sur- 
nommés, à cause de cela Xa-Dau-Tién. Les Cao-Lan ont des habits 
noirs et blancs, très amples. Les hommes portent parfois des 
colliers d'argent rappelant les torques gaulois; les femmes ont des 
boucles d'oreilles et des colliers de verroterie. 



Arbalète et (lèches des Mans du mont Ba-il. 

Les Mans habitent les sommets des montagnes. Ils procèdent 
aux défrichements nécessaires à rétablissement de leurs villages 
et de leurs cultures en incendiant les forêts. 

Ils incinéraient autrefois leurs morts, ils ne paraissent plus au- 
jourd'hui pratiquer cette coutume qu'en faveur de leurs chefs; ils 
se servent, pour la chasse et la guerre, d'arbalètes et de flèches, 
quelquefois empoisonnées. Us portent les fardeaux dans des filets 
attachés aux épaules. 



— 172 — 

Les Mans cultivent le sésame, le ricin, le taro, le papayer, le 
tabac, l'arachide, un peu de canne à. sucre, l'ortie de Chine et 
deux plantes fort intéressantes, le Ruellia indigotiea et l'arbris- 
seau à papier. 

Le Ruellia indigotiea a été décrit une première fois par le D' C, 
Thorel qui l'avait rencontré dans la vallée du Mékong (voyage 
d'exploration en Indo-Chine]. Cette acanthacée est la seule plante 
indigofëre qui soit cultivée au Tonkin ; 
elle croit à l'ombre des grands arbres; 
elle ne paraît pas être spontanée dans 
la région de la rivière Noire, se sème 
d'elle-même et fleurit en janvier. 

Les Mans fabriquent eux-mêmes leur 
indigo. Le procédé qu'ils emploient est 
des plus primitifs : ils prennent les 
feuilles et les tiges de la plante et après 
les avoir hachées menu, les laissent 
macérer pendant deux ou trois jours 
dans une sorte d'auge creusée dans un 
troDC d'arbre. Quand ta macération pa- 
rait snfTisBDte, on ajoute une certaine 
quantité de chaux et d'urine, de pré- 
férence de l'urine de gens âgés qui est 
sans doute plus ammoniacale, et l'on 
FauuUle k couper le rii de agite fortement le mélange pour isoler 
montagne. [^ matière colorante. On verse alors le 

liquide dans un autre récipient afin de 
le débarrasser des débris végétaux, el on le laisse reposer; quand 
l'indigo est suffisamment précipité, on décante les eaux-mères et 
OD obtient un produit pfileux qui est employé dans cet état, les 
indigènes ignorant les procédés de dessication. C'est avec ce bleu 
que les femmes mans teignent leurs étoffes et telle est la solidité 
de cette teinture, que les vêlements, quelque usés ou exposés aux 
intempéries qu'ils soient, conservent entièrement leur couleur. 

L'arbrisseau & papier, que les Annamites appellent cdy-gio, est 
une daphnoldée qui atteint a mètres de hauteur et donne pour 
fleurs de grandes panicules pendantes et blaoch&tres. L'arbuste 
met deux ans à atteindre sa croissance; on l'exploite comme l'osier 
dans nos pays, en le récépaat tons les ans; c'est son écorce qui 
ferl k la fabrication du papier annamite. Cette écorce est un pro- 



— Î73 — 

duit fort cher; on la transporte par bottes dans les marchés de la 
plaine. 

Les Mans tirent leur amadou de la bourre du latanier ; ils re- 
cueillent, au collet d'une fougère arborescente qui croit dans 
toutes leurs montagnes, une autre sorte de bourre que les Chinois 
appellent kim^mao^ poils d'or, et dont on fait des coussins ; le 
kimmao possède, dit-on, de puissantes qualités hœmostatiques. 

Nous avons eu l'occasion de manger, chez les Mans, une sorte de 
patate non sucrée, absolument comparable à la pomme de terre; 
ils rappellent fang-doi-bec et la patate ordinaire fang-doi-xL 

Les Mans sont peu sédentaires. Quand ils changent de montagne, 
ils emportent avec eux les yases qui contiennent les cendres de 
leurs chefs. Le premier de leurs chefs s'appelle phi^ le second hiéuy 
le troisième thén et le quatrième quang. 

Indépendamment de ces grandes peuplades étrangères qui for- 
ment le tiers environ de la population du pays desGh&us, on ren- 
contre encore : les Ho-Dao (têtes de tigres) ; les Langs (loups) : les 
Yaos (chiens sauvages) que les livres chinois signalent comme 
ayant une queue et qui, avec les Giams, paraissent appartenir à 
la famille Man ; les Yaos et les Giams sont groupés en villages 
dans les montagnes de Hu'o'ng-Binh du châu de Ghiéu-Tan; ils 
portent des vêtements blancs et des broderies à leur turban. Les 
JTaSy dispersés dans tout le pays, portent leurs fardeaux dans des 
hottes à bretelles. Les Lam-Tién, qui parlent le même idiome 
que les Yaos^ portent les fardeaux dans les hottes retenues par 
une seule bretelle sur le front. 

Nous avons gardé pour la fin les Mu'o'ngs qui sont de beaucoup 
les plus nombreux dans ces montagnes et qui sont la peuplade 
gouvernante. Ils appartiennent à la famille Thaï et seraient ori- 
ginaires du Tibet. 

D'après M. Pavie, les Laotiens dans leurs divisions territoriales, 
au point de vue ethnographique et politique, comprennent trois 
régions entre la rivière Noire et le Laos proprement dit. Ce sont 
le paya des douze cantons et le pays des six cantons habités par 
les Pou-Thaï, et le pays de Tran-Nlnh, habité par les Pou-Eul. 

Le mot mû'o^ng n'est pas un nom de race, il est, en langue thaï 
l'équivalent du mot annamite châu ; c'est par une erreur que l'usage 
a consacrée, au Tonkin tout au moins, que l'on a appelé Mu'o'ngs 
les Thaïs de la rivière Noire. Ce sont des gens très dociles, doux, 
hoapitaUerset travailleurs, plus robustes que les Annamites; leur 



— i74 — 

nature indépendante les a soustraits à l'influence de la Chine qui 
a si complètement métamorphosé les Annamites de la plaine. D'un 
caractère fier autant que docile, ils reçoivent volontiers des conseils, 
mais difficilement des ordres : tonte leur histoire et les événements 
de Luang-Prabang en font foi. 

Jusqu'à la fin du siècle dernier, les seize chàus de la rivière 
Noire furent indépendants sous l'autorité de chefs héréditaires : ils 
ne payaient aucun tribut, aucun impôt; ils perdirent cette indé- 
pendance sous Minh-Mang et la recouvrèrent sous Tu-Duc. Leur 
chef politique a le titre de quan^lang; le chef héréditaire a le 
titre de an-gia et ses fils celui de phùtruong ou trien^hién, ou dao- 
hao. 

Les fonctionnaires subalternes prennent, selon leurs grades, le 
titre de then-ban-bung, long^bung-cuong, quang-su-lam^ doo-man, 
cuong^daOy then-daù-buoc et kha-ke-tang. 

Le pouvoir est transmis par ordre de primogéniture dans la 
ligne m&le seulement; les cadets prennent un titre secondaîie, 
les nobles ne s*allient qu'entre eux ou avec des familles de man- 
darins annamites, les mésalliances sont très rares, les vieilles 
filles prennent le nom de co-lang. Le peuple professe le plus grand 
respect pour les familles nobles ; les vieillards du peuple, eux- 
mêmes, prodiguent des marques de respectueuse déférence aux 
jeunes gens des grandes familles et n'oseraient jamais s'asseoir 
auprès d'un enfant noble, ce qui est, comme on le voit, fort diffé- 
rent des usages chinois qui placent le respect dû aux vieillards 
au-dessus même du respect dû au souverain. Cependant, chez eux, 
les qualités de famille sont très développées, la vieillesse est ho- 
norée; ils sont monogames et très respectueux de la femme; le 
père a le droit de mort sur son fils. 

Les seize chàus furent annexés par le roi Minh-Mang qui les 
divisa, comme le delta, en préfectures, sous>préfectnres, cantons 
et communes et voulut leur imposer des administrateurs anna- 
mites. Cette tentative échoua pleinement : les mandarins de la 
plaine n'eurent dans la montagne aucun prestige, aucune autorité, 
ils ne purent même pas assurer le recouvrement de l'impôt; Minh- 
Mang, exaspéré, voulut les imposer par la force; il envoya des 
troupes, mais les soldats périrent presque tous de fatigue. 

Lechàu, actuellement, est gouverné par un fonctionnaire qu'on 
appelle tri-châu, c'est le grand chef justicier : il délègue ses pou- 
voirs au chef du canton et au maire pour des aflfaires de faible 



— 175 — 

importance. Il a droit, de faire exécuter les sentences enlrainant 
la peine de mort. 

Les pénalités sont la réprimande, le rotin ^ la décapitation. 
L'impôt est perça par le chef du village qui le fait parvenir au 
tri-cbàu par le chef de canton. 

Un tri*chàu, en temps de paix, a une garde de soldats composée 
de vingt hommes commandés par un doî; on paye les soldats, une 
ligature de cuivre et un picul de riz par homme et par mois. 

Vers la fin de 1886, deux administrateurs du Tonkin, MM. Gouin 
et Moulié, écrivirent sur Torganisation politique des Mu'o'ngs 
une brochure très étudiée. A la suite de cette publication, Paul 
Bert organisa une province Mu'o*ng avec siège administratif à Gho- 
Bo sur la rivière Noire, et ne fit entrer dans l'administration in-* 
digène de cette province que des éléments mu'o'ngs. 

Depuis, le siège de la province a été transporté à Phu'o*ng-Lam, 
puis reporté à Gho-Bo où il est encore en ce moment-ci, mais on 
parle de nouveau de le fixer définitivement à Phu'o'ng-Lam. 

La province est administrée par un résident français; elle com- 
prend environ 6,000 kilomètres carrés; le reste du pays desGhâus 
est divisé en régions militaires. 



Région du Ba- Vi. 

La partie de la rivière Noire commandée par le mont Ba-Vi 
oftte on vaste champ à la colonisation ; malheureusement jusqu'à 
ce jour, la malchance qui poursuit notre belle possession du 
Tonkin a semblé s'attacher plus particulièrement à cette région 
même ; des colons ont été massacrés et, par suite des entreprises, 
qui paraissaient devoir être fructueuses, ont dû être abandon- 
nées. Gertains faits ayant eu en France un pénible retentissement 
et pouvant influer d'une manière très fâcheuse sur la mise en 
exploitation de ce magnifique domaine, nous croyons nécessaire 
de donner sommairement dans cette étude la raison de ces faits. 

Pendant la période d'organisation des pouvoirs civils au Tonkin, 
les bords de la rivière Noire étaient parcourus par de hardis in- 
dustriels européens qui, sous prétexte d'étudier le pays et de 
nouer des relations commerciales avec les bons montagnards, se 
livraient à toutes les opérations qui caractérisent les voleurs de 
gi*and chemin. Intimidant les autorités indigènes, terrorisant les 



— 176 — 

liers, ils prélcTaienl dans les TiUages des dîmes de toute 
nature ; on en cite un qui opéra, sons prétexte d'achat, une assez 
forte razzia de bœufs, les fit conduire par quelques Mw^o'ngs qui 
devaient recevoir Fargent jusque près du delta, après quoi il se 
débarrassa des conducteurs auxquels il substitua des Annamites, 
et fit Tendre le troupeau Tolé sur les marchés de Son-Tay et de 
Hanoi. D'autres, à Taffût sur le bord de la rivière, guettaient les 
radeaux de bois et de bambous, qu'ils s'appropriaient, menaçant 
de leur fusil les pagayeurs, qui détalaient en abandonnant le 
conToi. On les appelait l'association If incAei/er, Remington et O^; 
ces kardu pûmniert furent les premiers échantillons de Français 
que connurent les montagnards de la rivière Noire. Dans ces con- 
ditions, il ne faut pas trop leur en Touloir de n'avoir que des no- 
tions très imparfaites sur nos intentions dans leur pays et de 
n'avoir pas en toute occasion manifesté une confiance aveugle 
dans leurs protecteurs. 

En 1887, deux Français, MM. M... et L..., allèrent se fixer dans 
le pays mn'o'ng pour s'y livrer à la culture et à l'exploitation des 
bois. D'abord bien aiccueillis, ils ne tardèrent pas à exaspérer 
contre eux toute la population par leurs exigences et par certaines 
maladresses résultant de leur ignorance complète des mœurs du 
pays. Néanmoins, leurs affaires prospéraient et l'avenir leur sou- 
riait à tel point que M. M... n'avait pas hésité à faire venir son 
frère de France pour prendre part à Tassociation. 11 descendait à 
Uanoî avec M. L... au devant de ce frère qui arrivait par le pa- 
quebot, lorsque M. L... fut pris, dans la jonque, d'une attaque de 
choléra, à laquelle il succomba. Son compagnon retourna à la 
rivière Noire avec son frère, mais lorsque les Mu'o'ngs, qui se 
croyaient débarrassés de leurs exactions, les virent revenir, ils 
attaquèrent pendant la nuit la case dans laquelle ils reposaient, 
et le nouveau débarqué fut tué d'une balle dans le ventre. Le sur^ 
vivant mourut six mois après à l'hôpital de Hanoï. 

La même année, la famille d'Â..., composée du père, ancien 
repris de justice, de la mère et d'un fils d'une douzaine d'années, 
alla s'établir au pied du mont Ba-Yi. Cette famille devint la ter- 
reur de la contrée, et le père et le fils se rendaient, armés jus- 
qu'aux dents, sur les marchés environnants, mettaient les mar- 
chands en fuite et s'emparaient de tout ce qui était à leur 
convenance. Les indigènes tolérèrent cela pendant deux ans, après 
quoi, ils se firent justice eux-mêmes ; le père, la mère et le fils 



— 177 — 

furent un jour cernés dans leur case et massacrés; cela ne se se- 
rait pas passé autrement dans des pays plus civilisés. Les jour- 
naux de la métropole qui ont raconté ces meurtres n'en ont pas 
donné les motifs, ce qui fait que Ton s'est trompé sur Tétat du 
pays et qu*on a cru que la rivière Noire était à feu et à sang. A 
l'heure même où nous écrivons ces lignes, la justice française se 
transporte dans le pays mu'o'ng pour procéder à une enquête sur 
quatre assassinats commis par un Français. Il ne faudrait certai- 
nement pas de nombreuses histoires comme celles-ci pour amener 
les indigènes à ne plus vouloir supporter les Européens; mais en 
fait, pendant que se passaient ces événements, le pays était habité 
et parcouru par d'autres Européens qui, agissant d'une façon 
correcte, n'ont jamais eu qu'à se louer des procédés des indi- 
gènes envers eux. Que des colons sérieux entreprennent des cul- 
tures dans cette région, pourvu qu'ils respectent les biens et les 
femmes des indigènes, ils n'auront jamais rien à craindre. 

Le pirate blanc fait naître le pirate jaune, mais Thonnéte 
homme qui, se bornant à planter et à trafiquer, devient une 
source de richesse pour le pays même, est respecté et protégé par 
les villages auxquels il procure du travail et du bien-être. 

Et quelle magnifique contrée que celle-là et que n'est-on pas 
en droit d'en attendre? Nous l'avons à plusieurs reprises parcourue 
en compagnie d'un savant botaniste officiellement chargé d'y 
expérimenter des cultures et d'en étudier la flore, et nous en 
sommes toujours revenu émerveillé. Nous ne pouvons terminer 
cette étude succincte sans parler de ce botaniste, dont les travaux 
sont justement appréciés au Muséum, et dont le nom est désor- 
mais scientifiquement lié à celui de la rivière Noire. M. Balansa 
est un savant qui a consacré toute sa vie à l'étude de la flore des 
tropiques. Chargé de missions depuis trente ans, il ne se contente 
pas de parcourir des itinéraires en collectant des échantillons 
d'herbier, il se fixe dans une localité pendant des années, en re- 
connaît la flore, et y fait des essais de culture dont il attend sur 
place les résultats. C'est ainsi qu'il a successivement habité la 
Nouvelle-Calédonie, l'Asie Mineure, le Paraguay, .la Colombie, 
l'Algérie, le Maroc, Java, l'Australie, etc. Pendant les quatre 
années qu'il a passées au Tonkin, il a parcouru le pays dans tous 
les sens, et il n'est pas unAnnamitequi neconnaisse le «Vieillard 
occidental », comme ils l'appellent. 

Son insouciance du danger et sont inaltérable bonne humeur 

GAOOR. BUT. ET DESCAIPT. — VI. la 



— i78 — 

sont légendaires au Tonkin; rien n'égale sa confiance dans les 
indigènes ; sans cesse en course, seul, dans les endroits les plus 
suspects, jamais il n'a possédé la plus petite arme défensive, il 
nie l'existence des pirates, même quand ceux-ci commettent leurs 
dépradations autour de lui, ce qui est arrivé quelquefois ; jamais 
il ne se laisse distraire de son unique préoccupation. 

Nous Tavons vu un jour sur le point de périr dans un des ra- 
pides du barrage de Hao-Trang, penché sur le bord d*un rocher 
couvert d*herbes visqueuses : voulant atteindre une plante hors 
de portée, il glissa et disparut dans Teau bouillonnante. Comment 
s'en tira-t-il, il l'ignore lui-même, mais quand nous arrivâmes 
près de lui, il nous fit voir, triomphant, la toufie d'herbe qui 
avait failli lui coûter la vie et que, dans sa chute, il avait dextre- 
ment arrachée au passage. C'est au village de Tu*Phap, sur le 
bord de la rivière Noire, et au pied du mont Ba-Vi, que M. Balansa 
avait fixé sa demeure. Pendant les trois années que nous l'y avons 
connu, il a étudié la flore des environs et expérimenté pour le 
compte du protectorat un certain nombre de cultures riches, 
entre autres celles du café et du quinquina. 

Tu-Phap est un gros village dont les habitants vivent de la 
pêche, du produit de l'exploitation des bois et de la culture du 
riz. 11 est le centre d'un marché assez important, qui se tient tous 
les dix jours ; il existe dans la basse rivière Noire quatre de ces 
marchés, à Cho-Bo, Phu*o'ng-Lam, Ke-Son et Tu-Thap. Ce sont des 
centres d'échanges où les montagnards apportent leurs produits 
forestiers et d'où ils remportent les ustensiles de poterie, les 
étoffes, les verroteries, outils, etc., apportés par les Annamites, 
ainsi que le sel, article important, qui constitue presque à lui 
seul la monnaie d'échange dans le haut pays. D'après un rapport 
officiel, plus de 100,000 piculs de sel (le picul de 60 kilogram- 
mes), auraient été vendus pendant les mois de novembre et dé- 
cembre 1889, sur le seul marché de Cho-Bo. Autrefois, ces mar- 
chés étaient fréquentés par les Laotiens; ils n'y viennent plus 
depuis les troubles de i885 ; à peine aperçoit-on de temps en temps 
des étoffes de soie et ramie ou de coton, des écharpes rayées ou 
brochées, de provenance laotienne. Voici la nomenclature des 
produits que nous avons trouvés Tan dernier sur un de ces mar- 
chés. 

Gingembre, poivre; trao-diac (fruit d'une mimosée) ; haricots ; 
vésou de canne à sucre, sel, sucre indigène ; n-an (gingiveracée) ; 



— 170 — 

noix de bancoui ; qiui-giac (graine de cluëiacée) ; graines de sésame , 
avec riz nép (gluant), riz de montagne, riz blanc de la plaine, 
paddy ; tray^quay et xay^tdn (racines masticatoires que Ton mé- 
lange à la chique de bétel) ; sen (bois de teinture) ; bo-bo (écorce 
à papier) ; caramboles, jujubes, cunao (tubercule tinctorial); 
courges, cire d'abeille^ cire végétale, coton, champignons secs 
ipeziza); ortie de Chine, manioc, rotin^ oranges et citrons; feuilles 
et boatoDB de thé indigène ; sucre noir en tablettes, pâtisseries et 
confiseries annamites; porcs, poules, canards, oies, pigeons, tour- 
terelles vertes comme des perruches ; rangs de perles jaunes, 
blanches et noires, de provenance chinoise (ces perles servent à 
broder les vêtements des Mans, et à faire des colliers); cannelle; 
étoffes tissées et teintes dans la montagne ; plats en bois creusés 
au ciseau ; cinabre et chromate vendus comme fard et comme 
médicament; pièces de soie annamite; médecines chinoises, végé- 
tales et minérales; amulettes; indigo sec, indigo liquide; alcool 
de riz ; pétards chinois; bleu d*aniline anglais ; baguettes d'encens 
pour le culte ; tabac annamite coupé, tabac de montagne en 
feuilles^ tabac colonial en paquets (marque tricolore) ; Gnetum 
scandem (graine alimentaire que l'on mange cuite) ; avirons de 
pirogue en bois de xôi ; cirage de Paris (marque Bisseuil et O^) ; 
savon anglais (Windsor) ; bougie de Bruxelles ; allumettes alle- 
mandes et japonaises ; lait condensé anglais; bonneterie anglaise 
(chaussettes et bas) ; cotonnades de Hong-Kong; foulards imprimés 
allemands ; papier de verre et papier d'émeri anglais ; coutellerie 
annamite ; lampes à opium de fabrication allemande ; vert an- 
glais (marque Victoria Green) ; peignes en bois chinois ; porcelaine 
de^ Canton ; poterie annamite ; aiguilles anglaises. 

Nous n'avons trouvé que le cirage Bisseuil comme article de 
provenance française 

Près du village de Tu-Phap, se trouve, sur la rivière Noire, un 
important village flottant, établi sur des radeaux de bambous ; il 
est peuplé de familles de pécheurs et de conducteurs de trains de 
bois. 



Le mont Èa-Vi. 

Le chemin que M. Balansa nous fit prendre un jour pour aller 
de Tu-Phap à Tun de ses champs d'essai sert, comme tous ceux 



/^ 



— 180 — 

qui vienaeni de la forêt, au traînage des bois. Ce trainage s'ef- 
fectue au moyen des buffles ; Tarbre abattu et dépouillé de ses 
branches est divisé en tronçons d'une longueur moyenne à Tex- 
trémité desquels on pratique une mortaise qui permet d*y passer 
une grosse corde; le buffle est attelé à cette corde et la pièce, 
ainsi traînée jusqu'à la rivière, est précipitée dans l'eau où on la 
relie à d'autres au moyen de liens de rotin jusqu'à ce qu'on ait 
constitué un radeau suffisant; cela fait, on établit sur le radeau 
une petite paillotle, on installe sur les côtés de longues pagaies, 
à l'arrière une sorte de gouvernail et trois ou quatre individus, 
quelquefois avec leurs familles, s'installent sur le radeau qu'ils 
dirigent^ en descendant le courant, jusqu'à Hanoï où il est vendu. 

Les sentiers ainsi frayés sont naturellement encaissés, très 
battus et très propres. En se dirigeant vers le Ba-Vi, on laisse 
presque tout de suite les rizières, car le terrain se relève très 
sensiblement. En dehors d'un périmètre assez restreint autour des 
villages, les collines des approches du Ba-Yi sont pour la plupart 
incultes; la broussaille la plus épaisse les envahit. On remarque 
surtout un gigantesque roseau {Saccharum arundinaceum) que les 
Annamites appellent cây-lau: il atteint 8 à lo mètres de hauteur, 
et ses tiges, surmontées de longs panaches, sont tellement pressées 
qu'il est très difficile et dans tous les cas fort imprudent d'y pé- 
nétrer. De chaque côté du sentier de trainage ces tiges forment 
un véritable mur. On monte encore et les roseaux de la jungle 
font place à de beaux arbres jusqu'au moment où, dans une 
éclaircie, sur un coteau, on aperçoit une plantation de thé. 

Le site est très attrayant, la maison indigène bien tenue, de 
jolis pruniers et de très gros châtaigniers {Castaneopsis) l'abritent; 
les arbres à thé, régulièrement espacés, atteignent 3 et 4 mètres 
de hauteur; la plantation comprend à peu près un demi-hectare 
d'étendue: elle est bordée d'une double rangée de papayers sur- 
chargés de fruits. 

Le sentier contourne ce mamelon et, après une demi-heure de 
chemin sous bois par une pente douce, on arrive au plateau des 
caféiers. Le défrichement^ en plein bois, a été fait d'une façon 
très rudimentaire par les indigènes, néanmoins, les jeunes plants 
surgissent droits, verts et brillants de sève. 

La végétation, sur ce plateau, est très vigoureuse; nous avons 
remarqué un très grand nombre de camellias en fleur: ces arbres 
atteignent la taille de nos beaux pommiers de Normandie, les in^ 



— 181 — 

digènes en recueillent la graine pour faire de Thuije ; les espèces 
oléagineuses paraissent du reste être en majorité dans cet endroit. 
De grands banians dominent le tout, escaladés eux-mêmes par 
des lianes monstrueuses dont les tiges, soudées au tronc des 
colosses, sont grosses comme des arbres. De place en place, des 
orchidées épiphytes s^accrochent aux branches des ficus. 

Dans quelques endroits, des broussailles foulées, des trouées 
brutales dans les grandes herbes et une certaine odeur de ména- 
gerie qui prend à la gorge font passer devant le3 yeux des visions 
peu rassurantes, il y a des tigres dans le pays. Ajoutons que 
M. Balansa ne s'en préoccupe pas plus que des pirates. 

A 3oo mètres environ de la plantation, le plateau se termine 
brusquement et on descend, par un chemin très rapide dans un 
vallon de peu d*étendue planté de grands arbres et traversé par 
un ruisseau assez large qu'il faut traverser sur un pont formé de 
deux bambous accouplés et posés sur des chevalets. 

Ces sortes de ponts font penser aux exercices acrobatiques de 
M*"* Saqui, et, la semelle de nos chaussures étant loin d'avoir la 
souplesse de la plante du pied de la célèbre funambule ou même 
de celle des indigènes, il nous est quelquefois arrivé de préférer 
passer sous le pont que de passer dessus. 

De l'autre côté du ruisseau, le terrain n'est plus le même : les 
pentes raides commencent, de gros blocs de quartz^ à facettes 
brillantes, surgissent du sol, blancs comme des blocs de sucre ; on 
aperçoit les fûts grêles et élancés d'une plantation d'aréquiers, 
c'est le village mu'o'ng de Viep. 

Les villages mu'o'ngs ne sont jamais bien peuplés, ils se com- 
posent de dix à vingt maisons, rarement plus. Ces maisons sont 
toutes élevées sur pilotis, à une hauteur d'au moins 2 mètres du 
sol; on y accède par une échelle. Le dessous des cases, à claire- 
voie, sert de refuge aux porcs, à la volaille, et de hangar pour 
remiser les instruments aratoires qui sont peu nombreux et très 
rudimentaires. La maison mu'o'ngest toujours isolée; elle occupe 
généralement le centre d'une cour plantée d'aréquiers et de pa- 
payers et entourée d'une palissade de bambous secs. 

Si l'on gravit Téchelle d'une de ces maisons et qu'on pénètre à 
l'intérieur, on est reçu par le maître du logis qui vous accueille 
toujours de son mieux et vous invite à prendre place sur le plan- 
cher d'honneur^ formé de cinq à six madriers posés à plat, aii 
fond de la case, auprès d'une fenêtre. On ne peut se défendre d'un 



— 18Î — 

certain malaide en travei^sant pour la première fois la chambre 
d*une maison mu*o'ng, le plancher est élastique; c*est un assem- 
blage de bambous refendus, aplatis et nattés, suspendu sur deâ 
poutrelles de bambous; il cède sous le pied et se relère quand on 
est passé : on a l'impression troublante de marcher & Tintérieur 
d'un grand panier suspendu. 

La maison comprend généralement une seule et vaste pièce ; 
une cloison à hauteur d'homme, en nattes de bambous comme 
tout le reste, en isole cependant une partie, à peu près le quart, 
qui sert de chambre pour les femmes. Le second quart est occupé 
par le foyer, qui est carré et mesure environ a mètres de côté. 
I/àtre se compose de larges pierres plates posées sur le plancher 
de bambous et recouvertes d'une épaisse couche de cendres. Au- 
dessus du foyer, suspendu aux poutrelles de la toiture, se trouve 
un grand cadre ou étagère servant & remiser les ustensiles de 
pêche, filets, nasses, paniers et récipients divers. Tous ces objets 
sont naturellement très enfumés et ceci n'est pas sans intention 
de la part des Mu'o'ngs ; la fumée tanne les filets et, pénétrant 
le bambou des engins de pêche et des paniers les rend imper- 
méables, imputrescibles et inattaquables aux tarets et aux fourmis 
blanches. 

Non loin du foyer se trouve le berceau des enfants; il affecte la 
forme d'une longue corbeille plate, en bambou tressé ; il est sus- 
pendu par des cordes de jute à une traverse du toit. 

L'autre moitié de la case ne contient rien que le plancher de 
bois sur lequel on reçoit les hôtes. Deux ou trois tablettes sont 
accrochées à la paroi : elles reçoivent de menus objets; Tarbalète 
et le carquois sont suspendus à un crochet de bois, ainsi que le 
riche fusil à la crosse si bien ornée, parfois décorée d'ivoire et 
d'argent, et qui devient de jour en jour plus rare; ces fusils sont 
de fabrication indigène : le canon est très long et la crosse courte 
est recourbée comme une crosse de pistolet. Ces fusils s'épaulent 
sur la joue, aussi tous les tireurs mu'o'ngs ont*ils une cicatrice 
sous l'os malaire droit. On trouve^ aussi dans l'armement, des 
couteaux et des sabres. 

Quelques vases de terre et une ou deux marmites de cuivre 
provenant du delta constituent toute la batterie de cuisine. 

La toiture en chaume est très épaisse ; elle forme un pignon 
élevé ; les deux côtés descendent très bas et débordent sur les 
parois de la maison, afin d'empêcher le soleil de pénétrer à l'inté- 



— 183 — 

rieur par les ouvertures pratiquées autour de la case, et qui se 
ferment tout simplement au moyen d*un volet de paillottes. 

L'hospitalité de ces montagnards est proverbiale; dès qu*on 
franchit le seuil d'un enclos on est invité à entrer dans la maison 
où l'on vous offre le thé et le bétel. Leur thé est une décoction 
effroyablement astringente et concentrée dans laquelle les feuilles 
vertes du précieux arbuste nagent tout entières. Quant à la chique 
de bétel, elle est, à notre avis, d*un grand secours contre la soif; 
elle provoque une salivation abondante, parfume la bouche et 
possède, diton, de précieuses qualités toniques. 

Les MuVngs du mont Ba-Vi sont de beaux et solides gaillards ; 
leur figure est plus mâle, leurs yeux sont moins bridés que chez les 
Annamites ; leur allure est aussi plus martiale et plus fière, c'est 
une race énergique et résistante. 

Leur costume diffère peu de celui des paysans du delta ; ils 
portent communément à la ceinture une sorte de sabre d'abatîs 
écourté, dans une gaine de bois cerclée de plusieurs tours de 
grosse corde; ce sabre est pour eux l'outil à tout faire : il suffit 
seul à la construction d'une case et constitue en outre, entre les 
mains de son propriétaire, une arme sérieuse. 

L'attirail du fumeur est rudimentaire : il se compose d'une botte 
ronde en bois d'un pouce de diamètre, pourvue d'un couvercle, 
elle contient l'amadou du latanier; cette botte est suspendue à un 
gros cordonnet de coton dans lequel sont enfilées trois sapèques 
de cuivre, un fétiche; à l'autre extrémité du cordonnet pend le 
briquet; quant au quartz, il est partout sous les pieds. La pipe est 
formée d'un tube de bambou de 3 à 4 centimètres de diamètre, 
fermé à une extrémité par la cloison naturelle du nœud; à 5 ou 
6 centimètres de cette extrémité se trouve le fourneau, formé très 
souvent d'un simple morceau d'écorce roulée. Le fourneau fait 
avec la pipe un angle de 45*; pour fumer, on remplit d'eau le 
tuyau à peu près jusqu'au quart et l'on aspire au travers, la 
fumée vient dans la bouche avec un glouglou de narghilé. 

Les femmes sont vêtues d'un petit jupon qui tombe aux genoux 
et d'une tunique croisée sous la ceinture. Le cache-sein n'est pas 
attaché autour du cou par des cordons comme chez les femmes 
annamites: il se compose d'une seule pièce d'étoffe à rayures, pro- 
bablement de provenance laotienne, pliée en plusieurs doubles 
épais, placée sur la poitrine et retenue par les deux côtés croisés 
de l'ouverture de la tunique; ce vêtement laisse voir la nais- 



— 184 — 

sance de la gorge que les femmes annamites cachent avec tant de 
soin. 

La coiffure des femmes est très coquette et très légère ; c'est un 
mouchoir drapé sur le sommet de la tête, dont une extrémité re- 
tombe par derrière. 

Les hommes et les femmes portent, lorsqu'ils vont dans la mon- 
tagne, des jambières d'étoffe qui montent de la cheville aux genou x . 

Les enfants sont remarquables par leur vivacité et leur appa- 
rence de santé. Ce ne sont plus les êtres malingres, malpropres, 
couverts de plaies^ des deltas du Mékong et du fleuve Rouge, 
ce sont de beaux enfants joufflus et pleins de sève, dont les 
fraîches couleurs rappellent celles de nos petits paysans français. 

L'attirail de pêche comprend tous les engins des Annamites. 
Les Mu'o'ngs du pied de la montagne cultivent le riz dans la plaine 
et dans les vallées, ceux des bords de la rivière plantent du mais 
sur les bancs de vase que la baisse annuelle des eaux met à dé* 
couvert. Ils labourent superficiellement cette terre meuble et 
grasse au moyen d'un long bambou dont l'extrémité taillée en 
biseau est durcie au feu. Les rizières situées sur le bord des cours 
d*eau encaissés sont irriguées de la façon la plus ingénieuse au 
moyen de hautes roues élévatoires dont le bambou fait tous les 
frais. Immergées dans le courant rétréci à cet endroit pour lui 
donner plus de rapidité elles sont mues par la force hydraulique 
et servent parfois aussi de moteur pour faire mouvoir et claquer 
les uns sur les autres des appareils de bambous dans le but d'ef- 
frayer les oiseaux. 

Dans d'autres endroits, les quartiers de terre ensemencés sont 
pourvus d'une petite logette en paillotte, juste assez grande pour 
permettre à un homme ou un enfant de s'y (enir couché ou ac- 
croupi; un gardien y veille constamment, afin d'empêcher les 
oiseaux de picorer la semence et, plus tard, les rongeurs de couper 
les jeunes pousses de la plante. 

Les villages de la montagne sont moins prospères : la pêche leur 
fait défaut; la culture est moins facile. Entourés de forêts vierges, 
les habitants se livrent à l'exploitation, il serait plus exact de dire, 
au massacre des bois. Ils n'arrachent pas l'arbre, ils le coupent à 
hauteur d'homme, le débarrassent des branches et de la cime 
qu'ils abandonnent sur place et, pour lui ouvrir un chemin vers 
un sentier ou le traînage puisse s'opérer, sapent au travers du 
taillis, sacrifiant ainsi des centaines de jeunes arbres pour en 



— 185 — 

avoir un seul. Sur les pentes escarpées des environs de PhuVng- 
Lam et de Cho-Bo, des troncs d*arbres sont précipités directement 
dans la rivière d'une hauteur de loo et de 200 mètres. Parfois aussi, 
pour obtenir une certaine surface propre à la culture du riz de 
montagne, les Mu*o'ngs incendient la forêt, détruisant pour 
aoyooo francs de bois dans le but d'obtenir une récolte éventuelle 
de 10 piastres ; si encore ils entretenaient leurs champs, ce serait 
un sacrifice une fois fait, mais la broussaille repousse vite, et il 
est rare qu*au bout de trois ans le Mu'o'ngqui n'entretient pas sa 
terre ne Tabandonne pas pour s'en procurer une autre par le 
même procédé. Pour protéger les récoltes dans les montagnes, 
ils construisent également des abris, mais ils les perchent sur de 
hauts bambous afin de mettre pendant la nuit le guetteur à Tabri 
de la patte du tigre. 

Pour arriver aux villages mans du mont Ba-Vi, il faut, en sor- 
tant de Tu-Phap, se diriger vers la partie orientale de la monta- 
gne; arrivé à l'extrémité des rizières, on rencontre, ombragée par 
des banians gigantesques, les plus beaux peut-être qui soient au 
Tonkin, une pagode dédiée au génie du Ba-Yi. Passé cette pagode, 
on commence Tascension des mamelons qui forment au mont 
proprement dit comme un colossal escalier d'accès : ces mamelons 
sont en partie cultivés par les Mu'o'ngs ; c'est là que se trouve la 
maison de Dinh-Yan-Vinh, le chef héréditaire des Mu'o'ngs-Bi. 
Les villages mans se rencontrent à l'altitude moyenne de 700 mè- 
tres; le sentier qui y conduit est parfois extrêmement difficile et 
rapide : il descend dans des gorges, franchit des torrents, grimpe 
sur des rochers, mais la fatigue qu'on éprouve est largement 
compensée par la beauté du panorama que l'on a sous les yeux 
dans ces régions élevées, et la végétation extraordinaire au mi- 
lieu de laquelle on marche. M. Balansa, qui a étudié la Ûoredu 
Ba-Vi, assure qu'elle est une des plus riches du monde entier. On 
est frappé d'y rencontrer des arbres qui, à Java par exemple, ne 
s'observent qu'à de hautes altitudes, comme les chênes et les 
châtaigniers; les hyménophyllées tapissent les roches; d'autres 
fougères, arborescentes ou non (M. Balansa en a pu déterminer 
cent une espèces), élèvent de place en place leurs palmes gracieuses 
comme des plumes au-dessus des volutes de leurs crosses vertes ; 
de grands bouquets de bambous éclatent comme des gerbes d'ar-* 
tifîce et portent à de grandes hauteurs leur feuillage grêle qu'a- 
gite la moindre brise; les chênes et les châtaigniers forment de 



— 186 — 

hautes fotaies, les rotins et les bambous sarinenteux s'accrochent 
à leurs troncs, escaladent leurs plus hautes branches, relient les 
arbres entre eux et recouvrent ainsi de grands espaces d'un uni- 
forme manteau aérien qui ne laisse filtrer entre les feuilles pressées 
qu'une douce lumière verte. Les bégonîacées et les aroïdées se 
penchent au-dessus des ravins, se mirent dans l'eau des torrents 
tandis que les palmiers et de nombreuses espèces de gingibéracées 
complètent avec leur feuillage ornemental la décoration féerique 
de la forêt vierge. 

Le village de Lang-Kok se présente tout à coup devant les yeux 
sur les pentes très rapides d'un ravin en entonnoir, de l'autre 
côté d'une crevasse que Ton franchit sur un tronc d'arbre. Les 
cases, basses et d'apparence misérable, sont éparpillées sans ordre 
au travers d'un espace déboisé dont les trois quarts sont sillonnés 
par de longs bambous posés horizontalement à diverses hauteurs 
sur des supports; ces bambous, dont on ne saisit pas d'abord le 
rôle, sont des aqueducs destinés & porter l'eau dans l'intérieur 
même des cases, chaque chaumière a le sien, alimenté par le 
torrent qui descend des sommets. Après avoir ainsi désaltéré le 
village, le torrent précipite ses eaux claires et bouillonnantes au 
fond de la gorge de Lang-Kok, sur un lit de roches et de galets 
roulés au milieu desquels les vertes serpentines, les quartz écla- 
tants de blancheur et les schistes saupoudrés de fines paillettes 
de mica, scintillant au soleil comme des diamants, forment une 
mosaïque naturelle. 

La case man, en raison de la grande déclivité du sol qui atteint 
parfois 4^^, est à moitié soutenue sur des pilotis de bambous; 
c'est dans la partie suspendue qu'est la chambre de la famille; la 
partie encastrée dont le sol forme le plancher sert de cuisine et 
de salle de réunion. Le feu brûle constamment dans la maison 
man: le foyer est simplement sur l'aire au milieu de la case, deux 
ou trois troncs d'arbre sont disposés de façon à se toucher par 
leurs extrémités que Ton rapproche au fur et à mesure de la com- 
bustion; sous la maison se réfugient les pourceaux et les volailles. 
Il n'y a, dans ces villages difficilement accessibles, ni chevaux ni 
buffles, & peine quelques chiens. Les cases sont entourées de 
petites plantations où domine le Ruellia indigofère. Les Mans sont 
hospitaliers^ niais craintifs et défiants, la moindre allure suspecte 
met les femmes en fuite et les hommes en éveil. Nous avons eu la 
surprise, en 1887, de trouver au milieu de cette peuplade perdue 



— 187 — 

par delà les forêts vierges, et ftu-dessus des nuages, une école 
fréquentée par une trentaine de bambins. Le maître, un Annamite 
de la plaiQe de Son^Tay, recevait de ces pauvres sauvages un 
maigre salaire, moyennant quoi, il enseignait à leurs enfants les 
caractères chinois et la morale de Confucius. 

Les Mans sont fort superstitieux. Ayant remarqué dans la mai- 
son du chef qui nous donnait l'hospitalité une sorte de bâton en 
bois tourné surmonté d'une pomme à facettes et terminé par une 
pointe, nous voulûmes le prendre pour Tobserver de plus près : 
notre hôte nous fît comprendre qu'il n'y fallait pas toucher; 
c'était, m'a-t-on dit, le fétiche de la famille. 

C'est au-dessus des villages mans, vers le pic oriental du massif, 
que M. Balansa, sur les instructions de Paul Bert, avait commencé 
ses essais de plantation de quinquina. 

On sait que, par une exploitation effrénée, ces précieuses es- 
sences deviennent de plus en plus rares; on a dû songer à intro- 
duire leur culture dans les colonies dont les conditions climatolo- 
giques se rapprochaient le plus de celles de leurs pays d'origine : 
des essais qui ont, du reste, pleinement réussi, ont été faits aux 
Indes et à Java. C'est à Java que M. Balansa était allé chercher 
les plants et les graines avec lesquels il avait commencé ses ex^ 
périences. Dans un rapport publié à l'époque où nous avons 
visité ce qu'il appelait sa closerie des quinquinas, M. Balansa ren- 
dait compte de ses premières observations; parmi les plants rap- 
portés de Java, un certain nombre, ayant souffert pendant la tra- 
versée, n'avaient pu s'enraciner, mais ceux qui avaient survécu 
étaient de la plus belle venue. Par contre, les semis qu'il avait faits 
le jour de la transplantation, c'est-à-dire vers la fin de décem- 
bre 1886, avaient parfaitement réussi; les graines de Cinckona led* 
geriana germèrent au bout de quarante jours. 

Au commencement d'août, les pieds étaient assez vigoureux 
pour se gêner mutuellement ; il fut procédé au repiquage qui 
réussit au mieux ; aucune plante n'avait souffert des froids de 
l'hiver, alors que tout autour d'elles les tiges de patates étaient 
gelées. M. Balansa répondait du succès et affirmait qu'aux environs 
seuls de sa closerie et dans des terrains jadis boisés et d'une fer- 
tilité extrême, dont l'altitude n'est pas inférieure à 5oo mètres, on 
pourrait planter facilement et à peu de frais quatre cent mille 
pieds du Cinchona ledgeriana, qui est la plus riche en quinine des 
nombreuses variétés du Cinchona ealisaya. 



— 188 — 

Qui aurait pu croire que quelques mois seulement après ces 
constatations, alors que, tous les frais de ces premiers essais et 
toutes les études préliminaires étant faits, on n^avait plus qu'à se 
croiser les bras et à laisser croître en les surveillant les précieuses 
rubinacées, on abandonnerait tout? Cela est vrai cependant; de- 
puis notre visite, les champs d'essai de Tu-Phap et du Ba-Vi ont 
été délaissés, et la forêt vierge, un moment inquiétée, a repris ses 
droits; caféiers, théiers, quinquinas, arbres à gutta-percha, et 
tant d'autres espèces, dont Tacclimatement importe à un si haut 
point à l'avenir de notre colonie sont maintenant abandonnés. 

Des essais de M. Balansa^ il ne reste plus debout dans cette ré- 
gion .que quelques champs de citronnelle. Cette culture, qui avait 
à l'origine déchaîné contre le naturaliste les quolibets de maints 
esprits étroits et jaloux^ a été continuée par une grosse maison 
industrielle; des appareils distillatoires ont été installés, et l'usine 
de parfums fonctionne régulièrement depuis le commencement de 
Tannée, dans la rue Dupuis, à Hanoï. 

La citronnelle, dont il est question ici, est une graminée assez 
rustique {Andropogon Schœnantus\ que l'on rencontre jusque chez 
les Mans du Ba-Yi ; elle végète, du reste, à peu près partout au 
Tonkin ; elle redoute seulement les terrains imperméables, là où 
l'eau séjourne deux ou trois jours après les fortes pluies. Dans ces 
conditions, elle ne tarde pas à périr. 

Les terres à canne à sucre paraissent être les meilleures pour 
elle, à la condition que les crues des rivières ne puissent les at- 
teindre. Elle ne croit pas dans les terrains saumàtres. 

C'est une plante vivace à souche cespiteuse, qui dure un grand 
nombre d'années. Dans les plantations du Tu-Phap, les touffes 
sont à un mètre l'une de l'autre, ce qui produit dix mille touffes 
à l'hectare ; la citronnelle ne fleurit jamais ou presque jamais. On 
peut la faucher à toute époque; huit coupes peuvent être faites 
dans l'année. Le rendement de cette culture est très rémunéra- 
teur. 

On compte environ cent cinquante touffes pour produire un 
kilogramme d'essence, soit environ aoo kilogrammes par bec- 
tare, en faisant huit coupes par an. Le litre d'essence, en se ba- 
sant sur une fabrication annuelle de 3,ooo kilogrammes, ne peut 
revenir, tous frais compris, à plus de i'',5o le kilogramme; l'es- 
sence est plus légère que l'eau. Le prix de vente à Paris est de 7 
à 8 francs le kilogramme. On donne à ce produit sur les marchés 



— 189 — 

d'Europe le nom d'essence de verveine, ce qui semble indiquer 
que YAndropogon Schœnanthus du Tonkin se rapproche beaucoup 
comme parfum de YAndropogon nardm, qui produit l'essence de 
verveine du commerce. 

La parfumerie française était jusqu'à ce jour, pour ce produit, 
tributaire de TAngleterre, qui la tirait de ses possessions de Tlnde. 
Le produit anglais paie, à l'entrée en France, i franc par kilo- 
gramme. Cette taxe est de nature à compenser très largement le 
fret du produit tonkinois qui, lui, entre en franchise dans nos 
ports. 

Le vétiver était aussi cultivé à Tu-Phap, mais Tessai n'a pas duré 
assez longtemps pour donner des résultats concluants ; le vétiver 
croît au Tonkin, et surtout vers la rivière Noire dans tous les en- 
droits marécageux ; c'est une culture qui devrait aussi produire 
de beaux bénéfices : le kilogramme d'essence vaut en moyenne 
600 francs. 

Nous avons dit plus haut que les graines oléagineuses étaient 
en abondance dans la région du Bavi ; voici quelles sont celles qui, 
à notre avis, pourraient, en dehors des graines de camellia, donner 
lieu à une exploitation industrielle : 

Le sésame, qui est cultivé par les Mans; il y en a de deux es- 
pèces : l'une d'elles ne vient bien que sur les pentes des montagnes. 

Le fruit du cay-yap; le cay-yap, Garcinia Balansœ (Bâillon), 
est un grand arbre spontané ayant un peu le port du sapin. Il 
produit un fruit jaunâtre de la grosseur d'une pomme et renfer- 
mant quatre grosses graines oléagineuses. L'huile qu'on en retire 
n'est pas comestible, mais on pourrait s'en servir pour faire du 
savon. La quantité d'huile contenue dans un fruit est si considé- 
rable que si l'on allume ce fruit avec une allumette, il brûle comme 
une torche. Par incision, on peut obtenir, du tronc de l'arbre, une 
résine jaunâtre propre à l'éclairage. 

Le Calophyllum Inophillum (tamanou des Néo-Calédoniens), 
autre guttifère commune en Gochinchine et dont les graines sont 
oléagineuses ; cette espèce est assez rare : on en trouve une se- 
conde espèce dans les montagnes calcaires vers Cho-Bo. 

Le cotonnier croit dans les montagnes du Tonkin, mais on n'ex- 
trait pas d'huile de ses graines. 

Le ricin, cultivé partout, surtout dans les parties alluviales 
des grands cours d'eau, donne une huile exclusivement employée 
ici à l'éclairage. 



— «90 — 

Le Jatropha curcas (pignon dinde des Français), est très com- 
mun dans les villages, surtout dans les haies. 

Le bancoulier (aleurites), assez rare ; ses fruits sont de la gros- 
seur d'une noix et produisent une huile siccative. 

VElssococca, grand arbre ressemblant au bancoulier ; il est 
assez commun dans les forêts du mont Ba-Vi ; ses graines, trois ou 
quatre fois grosses comme celles du ricin, produisent l'huile ap- 
pelée par les Annamites dàu trâu {yao kiao). Cette huile, très pré- 
cieuse, rendue siccative par la cuisson, est incorporée à la laque 
du Tonkin dans ses différentes applications. 

Le mont Ba-Vi a une hauteur approximative de 1,200 mètres; 
sa silhouette découpée s'aperçoit^ par un temps clair, de tous les 
points du delta. 

Ba-Vi est un nom vulgaire : il signifie trois sommets ; son nom 
poétique est Tan-Vien (parasol rond). Les Annamites entourent 
cette montagne d'une vénération craintive ; ils y rattachent toutes 
sortes de légendes merveilleuses, la considèrent comme sacrée, et 
prétendent que son sommet est la demeure d'un Génie puissant 
qui fait éclater la foudre sur la plaine. 

Des souvenirs historiques touchant aux origines mêmes de la 
nation annamite se rattachent au Ba-Vi ; la tradition les présente 
sous la forme gracieuse de légendes, il en est de fort curieuses. 

La plus ancienne est relative au différend entre le Génie des 
montagnes et le Génie des eaux. 

Tous deux se disputaient la main d'une jeune princesse ; ce fut 
le premier qui l'obtint, et il emmena sa femme au sommet de Ba- 
Vi. Furieux de sa déconvenue^ le Génie des eaux déclara la guerre 
au Génie des montagnes ; il ameuta les typhons et déchaîna les 
monstres aquatiques à l'assaut du Ba-Vi. Il y eut une lutte ter- 
rible dans laquelle le Génie des eaux fut vaincu; il dut se retirer, 
mais chaque année il revient à la charge, et quand les Annamites 
voient le fleuve Rouge, la rivière Noire, la rivière Claire et le Song- 
Day sortir de leur lit, confondre leurs eaux dans la plaine et 
inonder le pied du Ba-Vi, ils disent : a Voilà encore les deux génies 
qui se disputent la femme. » 

Le génie du Tan-Vien ne permet pas que Ton viole sa retraite; 
aussi est-il difficile de déterminer des Annamites à faire l'ascension 
de la montagne. Us prétendent qu'il se manifeste aux mortels, 
quand il fait beau temps, sous la forme d'un nuage qui s'accroche 



— 191 — 

& la partie supérieure du pic. Trois pagodes lui sont consacrées 
dans la montagne, en mémoire des trois sommets, et aussi des 
trois étages de la montagne qui» disent les Annamites, sont de 
couleur différente ; le dernier étage, qui est la demeure du dieu, 
est rouge ; il faut dire^que le sommet du Ba-Vi parait ainsi quel- 
quefois aux gens de la plaine, quand il est éclairé par les feux du 
soleil couchant. 

La pagode supérieure se trouve vers le second tiers de la mon- 
tagne, au milieu de la forêt vierge, dans un site dont rien n'égale 
la sauvagerie. Quand cette pagode a besoin de réparations, le 
génie enlève les charpentiers dans les villages et les transporte 
dans la pagode; ces gens reviennent de même chez eux sans avoir 
conscience du travail qu'ils ont fait. 

Tous les trois ans, dit-on dans la contrée, les voisins du mont 
Ba-Vi ont coutume d'offrir au Génie du Tan-Yien des haches de 
bronze et de pierre ; le huyén de B&t-Bat fournit les haches de 
bronze. 

L'offrande se fait dans la pagode de la forêt ; le Génie vient 
chercher ces haches et s'en sert pour frapper les mortels pendant 
les orages. Du sommet nuageux du Tan-Vien, disent les indigènes, 
et au milieu des éclairs, il lance indistinctement des traits de 
bronze et de pierre. Ces traits s'enfoncent profondément dans la 
terre, mais chaque coup de tonnerre les fait remonter, et on les 
retrouve bientôt à la surface du sol, où on les recueille avec soin, 
car ils constituent un talisman précieux contre la foudre. 

Ces réminiscences des Ages préhistoriques et ces allusions aux 
armes de pierre et de bronze qui ont précédé l'âge du fer sont 
intéressantes à retenir; cependant nous devons dire que ni à Bàt- 
Bat ni à Tong-Thién ni à Ba-Vi, nous n'avons pu obtenir le moindre 
renseignement au sujet des offrandes dont parle la légende écrite. 
Quant aux trouvailles de haches de pierre et de bronze à la sur- 
face du soi, elles ont dû être très fréquentes à une certaine époque, 
au fur et à mesure des premiers défrichements» mais aujourd'hui 
elles sont, avec le système de culture des rizières, presque impos- 
sibles, au moins dans le delta. 

On trouverait certainement des reliques préhistoriques dans la 
région montagneuse si elle n'était presque entièrement recouverte 
d'un impénétrable tapis de broussailles, et si les indigènes, qui 
attachent à ces objets des vertus miraculeuses, ne les cachaient 
avec un soin jaloux. M. Lauue, officier de milice, a trouvé une 



— 192 — 

hache en pierre verte (probablement en serpentine), dans une 
sépulture du châu de Mai; cette hache lui fut volée par ses soldats 
muVngs. Voici un détail curieux que nous tenons de ce même 
officier : les Mu*o'ngs, qui sont assez heureux pour trouver une 
hache de pierre, la placent dans une tasse pleine d'eau, et cette 
eau acquiert immédiatement pour eux des qualités médicinales 
propres à tous les maux. 

Les légendes abondent chez les peuples de la rivière Noire : nous 
avons retrouvé quelques-uns des apologues indiens qui, parvenus 
en Europe par la route opposée, ont fourni de si jolis thèmes à nos 
fabulistes, tels que le Renard et le Corbeau, les Trois Souhaits^ et 
quelques autres encore, malheureusement travestis de telle sorte 
qu'il faudrait les traduire en latin, puisqu'il est pour cette langue 
morte des privilèges refusés aux langues vivantes. 

Nous avons également retrouvé des souvenirs de sacrifices 
humains que l'on faisait autrefois près de Moc-Tinh à une sorte 
de génie dont la pagode existe encore; ce génie qui était anthro- 
pophage faisait une énorme consommation de chair humaine et 
dépeuplait la contrée; on ne parvint à Tadoucir un peu qu'en lui 
élevant un temple : il consentit alors à ne dévorer qu'une victime 
par an. Donc, à partir de cette époque, le 3o" jour du la® mois, 
on conduisait un homme dans la pagode et on l'immolait au génie. 
Ces sacrifices se continuèrent jusqu'au règne de Dinh-Tién-Uoang 
(970 de notre ère). 

Le génie Ma-Ca-Lo jouit d'une grande renommée et est fort 
redouté sur la rivière Noire. Pendant que le soleil est au-dessus 
de l'horizon, ce génie est en tous points semblables aux autres 
hommes, il va, vient, se livre à toutes les occupations ordinaires 
sans que rien puisse révéler sa terrible personnalité; mais dès que 
le soleil est couché, il devient une sorte de vampire privé de tête, 
d'entrailles et de foie, et pénètre dans les maisons où il suce le 
sang des vieillards et fait mourir les jeunes filles. Aux premières 
lueurs du jour il redevient un homme. 

Ce génie est originaire du village de Ua-Lo, huyên de Van- 
Châu, province de Hong-Hoa. Pendant un voyage qu'il fit dans la 
province de Tuyén-Quang, il parvint à épouser une femme dont il 
eut une fille. 

Dans la même province de Hong-Hoa, à Moc-Chàu, se trouvent 
des génies qui ont le pouvoir d'introduire des pierres et du bois 
dans le ventre des hommes qui ne tardent pas à mourir sans qu'il 



— 193 — 

soit possible au médecin de reconaaitre la maladie. Lorsque 
quelqu'un soupçonne qu'il est victime d'un de ces génies, il doit 
se hâter de faire des sacrifices, et il est rare que le génie ne se 
laisse pas attendrir. On peut se préserver de ces accidents en por- 
tant communément des vêtements de couleur très noire. Il est 
un moyen radical de préserver sa maison de l'atteinte de ces 
génies, c*est d'y brûler une lance : jamais ils n'osent dès lors s'ea 
approcher. 

Il est question d'ériger, sur le plus haut sommet du fia-Vi, la 
statue de saint Michel terrassant le démon sous la forme du 
dragon, et de faire de la montagne le but d'un pieux pèlerinage. 
La statue, d'après un article de M. Romanet du Caillaud paru dans 
le Pèlerin^ serait déjà fondue et on n'attendrait qu'une occasion 
pour procéder à son érection. Nous ne pouvons qu'applaudir à ce 
projet qui aura pour résultat de mieux faire connaître le mont 
Ba-Yi, en y attirant et qui sait, en y fixant peut-être un plus grand 
nombre d'indigènes et d'étrangers, mais l'allégorie de l'esprit du 
mal sous les traits du dragon nous parait très mal choisie et 
surtout très impolitique. C'est le tigre qui, au Tonkin, est l'emblème 
du mal et l'incarnation du diable; c'est l'image du tigre qui orne 
les autels des soraiers et des taoïstes; c'est le tigre que l'on charge 
de tous les méfaits, auquel on attribue toutes les calamités 
publiques et privées, maladies, épidémies et damnations; c'est la 
figure du tigre que l'on exorcise. Le dragon, au contraire, est 
l'emblème de la science, de la vertu, de la valeur militaire et de 
la noblesse d'origine; c'est l'animal bienfaisant que l'on oppose 
constamment au tigre ; on appelle le roi « auguste dragon » ; c'est le 
dragon des nuages qui distribue la pluie aux moissons et sauve 
le peuple des horreurs de la famine : il n'est pas au Tonkin de 
symbole plus respectable et plus universellement respecté. 

Il nous semble donc que les promoteurs du sanctuaire du 6a-Vi 
n'ont pas suffisamment réfléchi à la différence radicale qu'il y a 
entre le dragon annamite et celui de l'Apocalypse, et nous craignons 
fort que l'apparition sur le Tan-Vien d'un personnage terrassant 
le dragon ne soit très mal interprétée par le pays et n'aille contre 
le but que se proposent les auteurs. 

Les Pères des Missions étrangères ont établi des paroisses dans 
le pays des Châus, mais seulement vers le haut fleuve Rouge et 
sur le versant du Song-Ma, nous n'en connaissons pas sur la 
rivière Noire. Cependant plusieurs de leurs catéchistes ont vécu 

GÂOOK. HIST. BT DB8GRIPT. ^ VI. l3 



— in — 

parmi les montagnards, et nous donnons ci-après, à titre de docu- 
ment curieux, le texte même d'une lettre en latin que nous écrivait 
un de ces catéchistes annamites, en réponse à quelques questions 
que nous lui posions sur le pays qu'il habitait; on verra de quelle 
façon est employés de nos jours la langue de Cicéron par quelques 
indigènes du haut Tonkin. 



« Fabula naturalis de Laos de Chaos. 

« Olim rex Hung* gubernavit omnes regiones montanas quœ 
divisas suntln multas partes, interquas alia major suprema voca- 
batur Muong-Pha, alia autem minor infirma vocabatur Muong-Din. 
De parte superiori gubernabat rex Chau-Pha nominatus, qui sic 
dividit et constituît quatuor tempora et octo tiêt\ pluvia ex cœlo 
descendentia, aestiva ex terra ascendentia, et caetera secundum 
ordinem, quem creavit Chau-Pha, vivunt. 

« De parte inferiori gubernabat rex Bung-Vuong, qui inferiorem 
partem separavit in duas regiones, inter quas alia superior voca- 
batur Muong-Nua ; in illa sunt montes et lapides et terranae et ves- 
perrimœ qui in illa oriuntur, împeritissimi et rudissimi omnium 
rerum. Sed etiam qui in ea regione sunt varii, habent nomina 
propria et linguas varias et proprias diversas : Quân-Muong-Laoy 
QuânChau-Hang, Quân Muong Hong-Huyen, Quân-Muông, Quân- 
Man, Quân-Xa, Quân-Meo, Quân-Lu\ Quân-Giao, Quân-Muâi, tôt 
Muong, habent linguas proprias et differentias habitus et vestitus, 
vito et vivo, prîcter Laocences et Chaocenses semisimiles de linguis 
et litterîs, qui non solum habent linguas proprias, 36 chu, 25 dau. 

« 1° In Laos sunt templa in quibus La-Sa-Chau, Chau-hua{Su'), 

« 2® Tota membra Laocencium impressa et fincta flguris pictîs 
omnium rerum, circulum capilli et vertice capitis et capita illorum 
rasa sunt. 

« 3" Illa adorant cœlum et phi-huon^ phi-giao {ma-cua, ma-nhâ, 
bô-mé), 

« Alia autem inferior divisa est in varias partes : Quàn-Muong- 
M, Quân- Muong 'Cho, Qudn-Kéo, qui sunt sapientes et perili om- 
nium rerum, qui habent terras planas. 

I. Les rois Hunt; forment l'ère protohistorique de rAunam: leur dynastie 
n'îgna pendant deux mille ans environ. 



— 195 — 

« Rex/^un^ Kuon^ et filii ej as semper gubernabant omnes populos 
in pace moataneos {ô-Muong-luong) multis abhinc annis postremo 
illorum successor appellatus Le-n-Hiêu cum primo mandarino 
Quach'Câng et secuado Quack-tôt gubernabat Muôn. Tune in illo 
tempore rex el aullci aonamitiei consilium ineuntes mîserunt 
milites ad expugnandum cum illis ne forte sensim occupabunt 
nostras partes; quamvis voluerunt resistere adversus illos tamen 
non potuerunt et nultam victoriam acceperunt; hi, excitati pu- 
dore, simulaverunt areescere duos mandarinos elegantissimos et 
excipere illos hnmaniter intenderunt fallire îllos, inter faciendum 
iter illorum, milites missi expugnaverunt adversus ad occupandas 
omnes regiones montanas. Tune omnespopuH montanei, propler 
absentiam dnorum illorum, victi sont. 

« Ex quo omnes regiones montan» pertinent ad conditionem ré- 
gis annamitici in omnibus sive majoribas sive minoribus; etiam 
in tnbutis. Ex quo très Bui/en-lao^ Irinh-co^ Muâng-hang^ Sdm- 
lia, SAm-tû et omnes Châu, omnes IHuông, omnes Tho non habent 
regem propriumet possunt parnm intelligere linguas annamiticas, 
ax quo paucî volunt imitari mores et eonsuetndînes Boa-dân '. 

« Noia^ i^ Qootannid populi laocences interficiebant aliquos ho- 
mines ad fel afferendvm régi in Lang-Prabang residentis pro usu 
qootiâiano. 

<t Nota, a* Inter omnes homines supradîctos phu-Meo habebant 
habitus et Testitos similes hominibus arabianis praeter capillos 
intexos similes Sinicis tantum. 

« Tanta verba sunt breviter exprimenda secundum intelligen- 
tiam. 

« Petrus Ng. minh Dang, manu mea subscripsi. » 



Linguistique, 

La langue des 7'haîs ou Mu'o*ngs des châus de la rivière Noire 
est un dialecte laotien ; on Técrit au moyen de lettres à forme 
laotienne. 

L^alphabet employé n*est pas le même pour les seize chàus. On 
en compte trois qui offrent entre eux certaines différences dans 

1. Hoa-dan; l'écrivain se sert ici d'une expression littéraire pour indiquer 
les Chinois (le peuple fleuri). 



— 196 — 

la forme comme dans le nombre des lettres. Chacun de ces al- 
phabets est cependant compris dans toute l'étendue de la rivière 
Noire. 

Le premier alphabet est composé de onze voyelles et de trente- 
six consonnes, dont dix-huit recto-toniques et dix-huit vario- to- 
niques; il est employé dans les chàus de Luân, Chiéu-Tan, Laï et 
Quinh-Nhai. 

Le second alphabet comprend onze voyelles et trente-trois 
consonnes, dont dix-sept recto-toniques et seize vario-toniques; 
il est employé dans les châus de Tuân-Giao, Ninh-fiién, Son-La^ 
Yen, Maï-Son. 

Le troisième alphabet est spécial à Phu-Yen-Chàu ; il compte 
onze voyelles et trente-deux consonnes^ dont dix-sept recto-to- 
niques et quinze vario-toniques. 

Les signes-voyelles, qui sont en même nombre dans les trois 
alphabets, se placent comme dans tous les alphabets dérivés du 
sanscrit, soit avant la consonne, soit au-dessus, soit au-dessous. 

Les indigènes des châus de la rivière Noire s'intitulent aussi 
Thô8^ ainsi qu'il résulte d'un manuscrit pour l'étude de leur langue 
que nous avons trouvé au Tonkin. Le vocabulaire, que nous 
donnons ci-après, est extrait de ce manuscrit ; nous le faisons 
suivre d'un vocabulaire recueilli chez lesThôs de Cao-6ang, d'un 
second recueilli chez les Th6s du haut fleuve Rouge, à la hauteur 
de Tuân-Quàn, et d'un troisième appartenant aux Thôs de Mang- 
Hao, sur le territoire chinois. 

Nous terminerons par un vocabulaire du dialecte des Mans. 



— 197 



Voeabalaire Th6 (Thaï on Mnong des ChaAs) 





Rivière Noire. 




Ciel, 


buon. 


Désert, 


6ng ou thungna 


Solei), 


ta pha. 


Champ cultivé, 


na. 


Lune, 


dong buong. 


Pont, 


co. 


Étoile, 


dao. 


Étang, 


nông. 


Nuage, 


pha. 


Mare, 


phong nam. 


Vent, 


lôm. 


Rivière, 


lang tue. 


Pluie, 


phAn. 


Sentier, 


tang kièp . 


Tonnerre, 


pha dang. 


Village, 


muông. 


Éclair, 


cô liêm. 


Camp, 


ban. 


Grêle, 


ma kiêp. 


Voisin, 


chieiig ou bân. 


Rosée, 


càu. 


Marché, 


phai lat. 


Arc-en-ciel, 


tu hông. 


Sentier, 


tang xua. 


Voie lactée, 


xu mo pha. 






Le jour. 


tan nghêo. 


Homme, 


quàn ou do cuôn. 


La nuit, 


tang khun. 


Prince, 


vu. 


Le soir, 


mut. 


Sujet, 


khôi. 


La lumière, 


hung. 


Maître, 


xây. 


Beau temps, 


phang han. 


Élève, 


pau. 


L'année, 


pi. 


Bisaïeul, 


pi. 


Le mois. 


buon. 


Aïeul, 


pu. 


Un jour. 


nui. 


Père, 


po. 


L'heure, 


chu. 


Mère, 


mé. 


La chaleur, 


dêt. 


Grand'mère, 


gia. 






Fils, 


lue. 


Terre, 


din. 


Fille, 


lucxao. 


Pierre, 


hin. 


Garçon , 


lue chai. 


Sable, 


sa. 


Fille, 


lue khuôi. 


Boue, 


pung ou khun. 


Épouse, 


lue po ou mia. 


Eau, 


nam. 


Époux, 


phua. 


Feu, 


phi. 


Frère aîné, 


ai; à Tuân-Chàu 


Montagne, 


pu. 




on dit: pi. 


Forêt, 


pha. 


Frère cadet, 


nong. 


Fleuve, 


nam luong. 


Sœur aînée, 


noi y à Tudn-Chàu 


Torrent, 


huôi. 




on dit : xao. 


Fontaine, 


huôi. 


Sœur cadette, 


nong xao. 


Colline, 


bang. 


(Frère aîné du 




Caverne, 


tham. 1 


père), oncle. 


lung. 



— f08 -- 



(Sa femme), tante, pao. 
(Frère cadet du 

père), oncle, ao. 
(Sa femme), tan te, lua. 
(Sœur aîné de Ja 

mère), tante, a. 
(Son mari), oncJe, ao khuôi. 
(Frère cadet de la 

mère), oncle, con na. 
(Père de Tépoux), 

beau-père, po pu. 

(Mère de mari), 

belle-mère, mè gia. 
(Père de la 

femme), beau- 

Père, po ta. 

(Mère de la 

femme), belle- 
, raère, mè nai. 

Étranger, khach. 



Lit, 

Plateau, 

Siège, 

Lampe, 

Vase, 

Marmite de cuivre, 
Bol, tasse. 
Assiette, 
Baguettes pour 

manger, 
Mortier, 
Pilon, 

Grande jarre, 
Couteau, 
Hache, 
Scie, 
Marteau, 
Faucille, 
Charrue, 
Pelle. 
Billot, 
Bois à brûler, 



phu. 

ban. 

tang. 

tien. 

cai. 

mo. 

thuôi. 

le. 

thu. 

chue. 

tang. 

hay. 

mit. 

khoan. 

cua. 

lo. 

thây. 

pau. 

dung. 

ban bat. 

lua. 



Mesures de poids. 



Khan, équivaut à la livre annamite 

600 grammes. 
Bitty un dixième de khan. 
Lan bac, un dixième de bia. 
Pong, un picul. 



Bœuf, 


khoai. 


Cheval^ 


ma. 


Porc, 


mu. 


Chien, 


ma. 


Poule. 


cay. 


Canard, 


pêt. 


Buffle, 


ngua. 


Chèvre, 


be. 


Ëléphanti 


chang. 


Tigre, 


xua. 


Cerf, 


phan. 


Singe, 


linh. 


Chat, 


miéu. 


Serpent) 


ngu. 


Oiseau, 


noc. 


Vers, 


pong» 


Ver à sole, 


mon. 


Fourmi, 


chung. 


Abeille, 


bong. 


Arbre, 


co. 


Plante, 


gia. 


Fleur, 


poc. 


Fruit, 


mac. 


Fruit de jaquier. 


mac mi. 


Gingembre, 


khinh. 


Banane, 


mac cu6i. 


Orange, 


mac pen. 


Grenadier, 


miét la. 


Bambou mâle» 


may. 


Bambou femelle. 


may he. 


Prendre, 


au. 


Faire, 


et. 


Dedans, 


khu6ng. 


Dehors, 


thua. 



- 199 



Dur. 


khanh. 


Apre, 


phat. 


Mou, 


té. 


Acide, 


sâm. 


Haut, 


na. 


Salé, 


khêp. 


Bas, 


tua. 


Amer, 


kham. 


Grand, 


luongi 


Doux, 


vien. 


Petit, 


noi. 


Plein, 


tam. 


Loin, 


lac. 


Non, 


bô. 


Près, 


kho. 


Oui, 


mi. 


Longtempsi 


hung. 


Obtenir, 


doi. 


Vite, 


man. 


Perdre, 


xe. 


Large, 


hê. 


Rassasié, 


um. 


Étroit. 


ten. 


Famine, 


giac. 


Devant, 


con. 






Derrière, 


lang. 


Tête, 


hua. 


Milieu, 


ngun. 


Oreille, 


hu. 


Égal, 


phièn. 


Œil, 


ta. 


Un instant, 


hin. 


Nez, 


lang. 


Vaincre, 


lan. 


Bouche, 


pac. 


Diminuer, 


xuât. 


Sourcils, 


bao ta. 


Profond, 


lue. 


Cheveux, 


hâm. 


Peu profond» 


tân. 


Dents, 


khéo. 


Épais, 


na. 


Menton, 


cang. 


Mince, 


pang. 


Barbe, 


nuôt. 


Élevé, 


xung 


Joue, 


kéra. 


Bas, 


tam. 


Front, 


den. 


Étendu, vaste» 


quang. 


Langue, 


lin. 


Étroit, restreint» 


khép. 


Duvet, 


kh(^t ham. 


Beaucoup, 


lai. 


Coin des lèvres, 


kêm pac. 


Pu, 


noi. 


Cou, 


kho. 


Sec, 


hao. 


Gorge, 


po kho. 


Humide, 


non. 


Épaules, 


pa. 


Gras, 


pi. 


Main, 


mu. 


Maigre, 




Doigt, 


nich mu 


Fort, 


khan. 


Poitrine, 


uc. 


Faible, 


nay. 


Ventre, 


pôm. 


Malade, 


chep. 


Chair, 


chin. 


Cela, 


nua. 


Nombril, 


sapa. 


Ceci, 


nây. 


Dos, 


eo. 


Être (oui). 


nan. 


Aisselle, 


hac hè. 


Bleu, 


kheo. 


Cuisse, 


cô kha. 


Rouge, 


danh. 


Genou, 


hoa khau. 


Blanc, 


don. 


Pied, 


tin. 


Noir, 


tbam. 


Os, 


lua. 


Jaune, 


luong. 


Peau, 


nang. 





200 




Sueur, 


heua. 


Grenouille, 


côc. 


Parole, 


va. 


Moutarde, 


phat cat. 


Rire, 


houe. 


Vignon, 


ham po. 


Appeler, 


he. 


Ail, 


ham cat. 


Manger, 


kin. 


Noix d'arec, 


mac lang. 


Boire, 


hiêc. 


Bétel, 


pu. 


Pleurer, 


hay. 


Chaux, 


pôn. 


Exhorter, 


xâm. 


Vin, 


laou. 


Aller, 


pay. 


Tabac, 


khoanheo. 


S'asseoir, 


nang. 


Drogues, 


gia. 


Se tenir debout. 


yeun. 






Se coucher. 


non. 


Habit, 


xeua. 


Dormir, 


nan. 


Robe, 


giang. 


S'éveiller, 


phu mea, phu 


Ceinture, 


xa éo. 




meï. 


Natte, 


phuc. 


Se lever, 


pai teun. 


Couverture, 


pha. 


Pardonner, 


tiôt ou xa. 


Coussin 


mon. 


Colère, 


nhai. 


Matelas, 


ném. 






Rideau, 


giaou. 


Maison, 


tam heuou. 


Store, 


tôt. 


Porte, 


tou. 


Jambière, 


mat. 


Fenêtre, 


xou. 






Mur de terre, 


vanh. 


Chaud, 


bon. 


Palissade, 


ho. 


Rond, 


am. 


Colonne, 


xau. 


Carré, 


muôi. 


Mur en torchis, 


pha. 


Pointu, 


khèu. 


Plancher, 


thiêc heuon. 


Ëmoussé, 


dan. 


Cour, 


cang khuong. 


Droit. 


kinh. 


Escalier, 


thamoulô heuon 


Tortueux, 


gian. 


Ventail de porte. 


pha tou. 


Commander, 


poc. 


Panneau tableau, 


tan. 


Demander, 


tham. 


Riz cuit. 


khâu. 


Un, 


neung. 


Riz gluaut, 


khâu xi. 


Deux, 


xong. 


Paddy, 


khàu dœui. 


Trois, 


xam. 


Millet, 


mac nga. 


Quatre, 


• 

XI 


Canne à sucre, 


mac cat. 


Cinq, 


ha. 


Patate, 


mac pom. 


Six, 


hoc. 


Poisson, 


pa. 


Sept, 


chèt. 


Sel, 


ceua. 


Huit, 


pèt. 


Crevette, 


kuong. 


Neuf» 


câu. 


Crabe, 


pou. 


Dix, 


xip. 


Coquillage, 


hoi. 


Mille, 


pien. 


Anguille, 


gueun. 


Dix mille, 


man. 



201 — 



Lourd, 


nac. 


Arriver à, 


hot. 


Léger, 


kbin. 


Couper, 


tat. 


Naturel, 


cheu ou mên. 


Tuer, 


kha. 


Vrai, 


té. 


Mourir, 


tai. 


Faux, 


beo. 


Cbercher, 


xoc. 


Nouveau 


men. 


Saisir, 


pat. 


Vieux, 


càu. 


Inviter, 


xo. 


Oublier, 


dam. 


Donner, 


heua. 


Se souvenir, 


teua. 


Submerger, 


xâm. 


Balayer, 


quat. 


Surnager, 


phu. 


Laver, 


xœoi ou lang. 


Uer» 


phuc. 


Lettre, caractère, 


XŒU. 


Étendre, 


xoka. 


Retourner, 


meua. 


Mettre à la can- 




Ouvrir, 


khay. 


gue. 


xo kem. 


Fermer, 


hap. 


Combattre, 


ti. 


Joli, 


di. 


Reprocher, 


bang. 


lAÎd, 


bai. 


Pourquoi, 


xœung. 


Assez, 


po. 


Moi| 


hftu. 


Longtemps, 


xiéu 


Toip 


mœung. 


Trop, 


lé. 


i\inier, 


kouong pang. 



Division d'un jour. 



Minuit à 2 heures. 


xeu 


Midi à 2 heures 


xang ngo 


2 à 4 heures, 


pao 


2 à 4 heures, 


mit 


4 à 6 heures. 


nhi 


4 à 6 heures, 


xan 


6 à 8 heures, 


mou 


6 à 8 heures. 


gian 


8 à 10 heures. 


• 

XI 


8 à 10 heures. 


met 


xo à midi. 


su 


10 à minuit, 


hœu 



Dans ce vocabulaire comprenant plus de quatre cents mots, nous n*en 
trouvons guère plus de vingt qui paraissent empruntés au chinois et 
une dizaine qui sont de provenance annamite. C*est la numération qui 
offre la plus grande proportion de mots chinois. 



xam 


(trois) 


Chinois 


son 


xi 


(quatre) 


» 


sse 


ha 


(cinq) 


M 


ou 


pét 


(huit) 


» 


ptt 


edu 


(neuf) 


» 


kUu 


xip 


(dix) 


» 


ché 





^ 202 — 




Quelques 


expressions 0t)nt identiques ou à peine 


altérées : 


hhay 


(ouvrier) 


Chinois 


khay 


ho 


(fermer, joindre) 


» 


hap 


kUou 


(longtemps) 


» 


xiéu 


quét 


(balayer) 


Annamite 


quat 


cua 


(scier) 


» 


cua 


miao 


(chat) 


Chinois 


miéu 


ma 


(cheval) 


» 


ma 


sa 


(sable) 


» 


sa 



Le nombre des mots étrangers varie, du reste, d*uii endroit à l'autre, 
sans doute selon la plus oU taioins grande proximité du pays voisin, et 
l'importance et la fréquence des relations entre les indigènes et les 
étrangers. — Cependant on verra, par les vocabulaires suivants, des ThAs 
ou Mu'o'ngs du haut fleuve Rûuge tonkinois, de ceux de la région chinoise 
de Mang-Hât) et de ceux des environs de Cao-Bang, qu'il existe, dans cette 
aire géogMphique peu étetldhé, entre des gens paraissant procéder de la 
même origine, des écarts de linguistique assez notables. 

Le vocabulaire des Thôs du haut fleuve Rouge a été recueilli par nous 
aux environs de Yen-Bay ; nous devons celui des Th6s de Cao-Bang 
à Tobligeance de M. le lieutenant-colonel Palle qui a été pendant long- 
temps résident de Cao-Bang. Quant à celui de Mang-Hao, nous l'avons 
établi avec Taide des équipages th6s qui font régulièrement par le fleuve 
Rouge le transit des marchandises entre Haûoî et le Yûn-Nan. — Quel- 
ques-uns de ces bateliers parlent couramment Tannamite. Nous avons 
remarqué, non sans étoûnement, dans la prononciation de ce dernier 
dialecte, la présence du th anglais ; nous Tavons figuré par un z' pour le 
th doux, et par un ç* pour le tk dur. 



des Ma'o*ng8 de la répon de Masg^Bbo (Yûn^Nan). 



Ciel, 


bnon. 


Grêle, 


mac huit. 


Soleil, 


tang ouan. 


Arc-en-ciel, 


rong hoa. 


Lune, 


dong buon. 


Le jour, 


van deo. 


Étoile, 


dao di. 


La nuit. 


ham deo. 


Nuage, 


vua(veua). 


Pierre, 


E'in. 


Vent, 


roum. 


Terre, 


nam. 


Pluie. 


hôn tao. 


Sable, 


nam ç*nè. 


Tonnetre, 


pha rai. 


Boue, 


nim mi z am 


Éclair, 


tit phi. 


Eau, 


ram. 





«03 — 




Feu, 


phi. 


Bois à brûkri 


phum. 


Montagne, 


pô ç'ân. 


Pambou, 


la nga. 


Forêt, 


cô mây. 






Fleuve, 


ta dinh. 


Bœuf» 


ti xiê. 


Torrent, 


ca vi. 


Cheval, 


ma (mot chinois). 


Caverne, 


nam cam* 


Porc, 


mu. 


Champ cultivé, 


na. 


Chien, 


ma. 


Pont, 


kieou (mot chi- 


Poule, 


cayjpn. 




nois). 


Coq, 


cay len. 


Étang, 


tam. 


Canard, 


pit. 


Sentier, 


tang van ni^ 


BufQe, 


ouai. 


Village, 


luông deo. 


Chèvre, 


bé. 


Marché, 


van ni paî heu» 


É'éphant, 


xang (mot chi- 
nois). 


Homme, 


phu deo 


Tigre, 


khouc. 


Chef, 


phu saî. 


Cerf, 


vuôn. 


Maître, 


pho. 


Singe, 


linh. 


Instituteur, 


z'en z'ôn. 


Chat, 


meo (mot chi- 


Élève, 


z'en lue. 




nois). 


Père, 


po. 


Serpent) 


ngUa. 


Mère, 


mé. 


Oiseau, 


to roc. 


Grand^mère, 


toa. 


Ver à soie. 


mon. 


Fils, 


lue. 


Fourmi, 


tu mat. 


Fille, 


lue bue. 






Garçon, 


lue ç aï. 


Arbre, 


CO deo. 


Époux, 


pao. 


Fleur, 


doc hoa. 


Épouse, 


ya. 


Fruit, 


mac. 


Aïeul, 


pi. 


Feuille, 


nham. 


Frère cadet» 


nongk 










Tête, 


chao. 


Lit, 


shan. 


Oreille, 


baeu ruea. 


Siège, 


tang 


OEil, 


ta. 


Lampe, 


tang fem phi. 


Nez, 


mat dang. 


Vase en cuivre» 


peun lu6ng( 


Bouche, 


zota phaii 


Marmite de cui vit 


1, mo luong. 


Sourcils, 


veun ta. 


Vase de terre, 


phat ngoa. 


Cheveux, 


phon châu. 


Tasse, 


thuôi 


Dents, 


heo. 


Assiette, 


toan. 


Menton, 


khang. 


Couteau, 


xa. 


Barbe, 


môm. 


Hache, 


ouan ç^éo. 


Front, 


p'ia. 


Scie, 


kh*en. 


Joue, 


né. 


Marteau, 


van pou. 


Langue, 


lin. 


Faucille, 


phat lièm. 


Cou, 


kho (mot atinfl*^ 


Charrue, 


phat zay. 




mite). 





204 




Épaules, 


rong ba. 


Manger, 


keun. 


Bras, 


chen. 


Pleurer, 


thay. 


Main, 


va feun. 


Aller, 


pay. 


Doigt, 


nhieng feun. 


S'asseoir, 


nang. 


Poitrine, 


pa ac. 


Se tenir debout, 


deun. 


Ventre, 


tông 


Dormir, 


nîn. 


Chair, 


no. 


Se lever, 


theun ma. 


Jambe, 


cô ca. 






Pied, 


ca« 


Maison, 


ghan, heun. 


Os, 


doc. 


Porte, 


pat tou. 


Peau, 


nang. 


Fenêtre, 


pat cam lao. 






Mur, 


xiông. 


Rire, 


z*ieou. 


Colonne,. 


zau ran. 


Appeler, 


man ni (viens ici). 


Plancher, 


pen lao. 


Boire, 


kéun. 


Cour, 


tieng h6ng. 



Vocabulaire des Th/^s du haut fleaye Bouge. 



Un, 


nung. 


Douze, 


thip thudng. 


Deux, 


thuông. 


Vingt, 


thao thip. 


Trois, 


tham. 


Trente, 


tham thip. 


Quatre, 


thi. 


Quarante, 


thi thip. 


Cinq, 


ha. 


Cinquante, 


ha thip. 


Six, 


gioc. 


Soixante, 


gioc thip. 


Sept, 


chat. 


Soixante-dix, 


chat thip. 


Huit, 


bet. 


Quatre-vingts, 


bet thip. 


Neuf, 


càu. 


Quatre-vingt-dix, 


càu thip. 


Dix, 


thip. 


Cent, 


gioi nung. 


Onze, 


thip nung. 






Un être animé. 


tu. 


Monsieur, 


bu. 


Cochon, 


tu mu. 


Père, 


bo. 


nufOe, 


tu hoai. 


Mère, 


mè. 


Éléphant, 


tu chang. 


Oncle, 


luna. 


Chien, 


tu ma. 


Tante, 


a. 


Poule, 


tu cay. 


Frère aîné. 


bi. 


Oiseau, 


tu noc. 


Frère cadet, 


nong. 


Rat, 


tu nu. 


Enfant, 


lue. 


Canard, 


tu bât. 


Garçon, 


lue bao. ' 


Cerf, 


tu nan. 


Fille, 


lue thao. 


Poisson, 


tu cha. 


Neveu, 


lan. 



— 205 — 



Manger du riz, 
Boire du vin, 
Boire de Teau, 
Prendre du sel. 
Prendre du feu, 
Aller se coucher, 
Le jour, 
La nuit, 
Soir, 

Ténèbres, 
Lumière, 
Il fait chaud, 
Il pleut, 
Jour (un jour), 
Mois, 

Cette année, 
L an dernier, 
Aller en bateau, 
Aller en mer, 



kin khâu. 
kin lân. 
kin nâm. 
an cua. 
an phay. 
non. 

trang van. 
trang khung. 
trai. 
kbam. 
yung. 
phat det. 
pha phân. 
men. 
buon. 
bi nav. 
bi na. 
bay rua. 
bay bé. 



Aller à pied, 

Eau trouble, 

Eau claire, 

Eau de fleuve, 

Porter de Teau, 

Cuire du riz, 

Toi, 

Moi, 

Où vas-tu ? 

Je vais me pro- 
mener, 

Que vas-tu ache- 
ter? 

Où demeures-tu? 

Je demeure à 
Tauberge, 

Village, 

Grand village, 

Petit village. 



bav bôc. 
nam khim. 
nam thau. 
nam tao. 
ham nam. 
hung khâu. 
mung. 
lan. 
mung bay ro 

lan bay cho. 
mung bay tu 

rang, 
mung ro ro. 

nong ro quan. 

ban, 

ban luong. 

ban noi. 



Vocabulaire des Thâs de Gao-Bangr. 



Acheter, 


gin. 


Age, 


pi. 


Aller chercher, 


pày sa. 


Année, 


penàng. 


Approcher, 


pây ao. 


Aujourd'hui, 


van pim. 


Avoir, 


mi. 


Bambou, 


co may. 


Barbe, 


an mum. 


Barbiche, 


cai mum 


Bas, 


thâm lai. 


Beaucoup, 


mi lai. 


Bois, 


phun. 


Bouche, 


an pac. 


Bouton, 


cat. 


Bras, 


an mâng. 



Caisse, 



hom. 



Canard, 


tu pét. 


Cartouches, 


pây ma. 


Casque, 


an tô. 


Cent, 


pac. 


Chaise, 


an tang. 


Chapeau, 


an tup. 


Chapon, 


tu cai ton. 


Chat, 


tu meo. 


Chemin, 


teo tang. 


Chemise, 


côngsuôtapdang. 


Chercher (quv*l- 




que chose), 


sa. 


Cheval, 


tu ma. 


Cheveux, 


cai pium. 


Chien, 


tu ma. 


Cinq, 


hâ. hung. 


Cochon, 


tu mu. 


Combien (cela 




coûte-t-il?) 


kilaL 



— Î06 — 



Côté, 


pang. 


Homme (P), 


con, quftn. 


Cuisse, 


pang ca. 


Huit, 


pat. 


Deçà (en), 


pang nây. 


Ici, 


nây. 


Delà (au), 


pang pung. 


Interroger, 


sam. 


Demain, 


voan luong. 






Demander (qudl« 




Jarret, 


péca. 


que chose),' 


sam. 


Jouet, 


van, van nung 


Dent, 


an keo. 






Descendre, 


long pây. 


Lentement, 


khué man. 


Dessin, 


sây. 


Lit, 


an thuong. 


Deux, 


nbi. 


Loin, 


khué lai. 


Dix, 


trip, sap. 


Lune, 


an hay. 


Doigt, 


nîu mâng. 






Donner (quelque 




Main, 


pa mang. 


chose), 


giû men. 


Mais, 


bop. 






Maison, 


an suàn. 


Eau, 


man. 


Manger, 


tin khan. 


Écrire, 


cai la. 


Moi, 


kao. 


Encore, 


tâm mue. 


Mois, 


buàm. 


Enfant, 


lue dik. 


Montagne, 


eau. 


Étoile, 


dao di. 


Monter, 


kên pây. 


Être (se tenir), 


giu, 






Éventail, 


mâc cuî. 


Natte, 


pin, pen phuc. 






Neuf, 


khân. 


Femme (la), 


mi, me ninh. * 


Nez, 


an dang. 


Femme (épouse), 


me lue. 






Fenêtre, 


an tang. 


CEii, 


mac ta. 


Fermer, 


hâp tu. 


(Ihluf de poule, 


xe cai. 


Ficelle, 


cai me se. 


Œuf de cane, 


xe pet. 


Fille, 


lue San. 


Oreille, 


an tslou. 


Fleuve, 


tao ta. 


Orteil, 


niu ca. 


Fusil, 


sung. 


Où (ad. de lieu), 


tân. 






Ouvrier, 


cai tou. 


Gvçw. 


lue ban. 






Genoux, 


an en, 


Paddy, 


cao. 


Grand, 


cai. 


Paletot, 


công sue. 






Panier, 


an tiông. 


Habitant^ 


quàn xuàa. 


Pantalon, 


công qua. 


Habiter, 


giu. 


Papier, 


sué, se suA. 


Haut, 


sung lai. 


Parasol, 


an cung. 


Herbe, 


c6 ngà. 


Perdrix, 


tu cai péc. 


Heure, 


em. 


Père, 


mi, hin hoi. 


Hier, 


van AgM, 


Petit, 


sai. 





— 20T — 






Photophore, 


an tang. 


Sept, 




xiêt. 


Piastre, 


mông ngôn. 


Six, 




loc. 


Pied, 


paca. 


Soleil, 




ta van. 


Pierre, 


hin. 


Soulier, 




eue cai. 


Pinceau, 


mai bet. 








Pirate. 


5énk. 


. Table, 




an trong. 


Plume, 


mai pit. 


Tamtam, 




an tr6ng. 


Poisson, 


pia. 


Terre, 




tôm. 


Porter, apporter, 


ao pây. 


Tête, 




an tu. 


Porte, 


an tou. 


Trois, 




trâm. 


Poule, 


tu cai. 


Tu, toi. 




mo. 


Près, 


saeu. 


Un, 




vet. 


Quatre, 


tri, xi. 


Vendrts 




ao. 


Rivière, 


teo ta. 


Venir, 




lai. 


Riz, 


cao. 


Vieillard, 




khuai. 


Ruisseau, 


an cui. 


Village, 
Vile, 




ban. 
con ké. 


Sapèque, 


tien. 

Phr 


Vouloir, 
oses. 




ao. 


Il y en a. 






mi. 




Il n y en a pas. 






bô 


mi. 


Combien cela vaut-il ? 




cai 


ki lai tièu. 


Où conduit ce chemin ? 




teo 


tang pây tat. 


Gomment s'appelle ce village? 




ban ke lang. 


Ya-t-ilun village là? 




giu 


ne mi ban. 


Où habites-tu ? 






an 


xuân mo giu tâu. 


A quelle distance est ce village ? 




cao 


ban pây sen khué. 


Qui vaȈ? 






ke 1 


neu qua ti nây. 


Où vas-tu? 






pây 


tên. 


D'où viens-tu ? 




^ 


pây 


tèn ma. 


Que fais-tu ? 






bât 


ca lang. 


Où es-tu ?^ 






giu 


tèn. 


Que veux-tu ? 






hao kê lang. 


Quel âge as-tu ? 






mo 


ki lai pi. 


Combien y a-t-H d'hommes dans ce 


village ? 


ban 


giu ne mi ki lai 








quàn. 


Combien y a-t-il de pirates à Luc-Kl 


lU? 


Luc 


;-Khu mi ki lai séck. 


Il y en a 3oo. 






mi 


tram pac. 


Ont-ils beaucoup de fuaila ? 




eênh mi mi lai sung. 


Aller cherober du bois, 




ao] 


[khun. 



— Î08 — 



Faire du feu. 
Eau potable, 
Prendre du poisson, 



het phày. 
nam dai. 
ban pia. 



Yoeabulaire Kan. 



Un, 

Deux^ 

Trois, 

Quatre, 

Cinq, 

Six, 

Sept, 

Huit, 

Neuf, 

Dix, 



a. 

• 
1. 

bô. 

bi. 

cha. 

cho. 

nhi. 

yat. 

du. 

sap. 



Huile, 


lao. 


Poule, 


chay. 


Canard, 


ap. 


Cochon, 


tung. 


Buffle, 


ngong. 


Cheval, 


ma. 


Chien, 


lo. 


Chat» 


mao. 


Chèvre, 


yung. 


Éléphant, 


trang. 


Cerf, 


trung. 


Chevreuil, 


yay. 


Tigre, 


yau. 



Toi. 
Mol, 
Aller, 



mày. 

ya. 

ninh. 



Boire, 


hop. 


Boire de Teau, 


hop am. 


Boire du vin, 


hop tiu. 


Boire du thé. 


hop tra. 


Tabac, 


yen. 


Fumer, 


hop yen. 


Eau, 


am. 


Eau trouble, 


am lo. 


Eau claire, 


am vang. 


Manger, 


nhin. 


Manger du He, 


nhin hang 


Manger de la 




viande, 


nhin a. 


Empereur, 


hung ti. 


Impératrice, 


lung au. 


Ciel, 


yung. 


Terre, 


vi. 


Homme, 


mân. 


Sauvage, 


kem mân. 


Garçon, 


mân yao. 


Fille, 


mân ta. 


L'homme, 


mân pha. 


La femme. 


mân au. 


Jeune homme. 


mân tây. 


Vieillard, 


mân eu. 


Maison, 


beo. 


Porte, 


keou. 


Forêt, 


kem. 


Montagne, 


ki. 


Rizière, 


S^^E' 


Frère atné, 


rà. 


Frère cadet, 


bé. 


Bateau, 


thang. 



— 209 — 

Laisse aller le cheval , tung ma phi liéng. 

Es-tu marié ? mây mai ao ma treng. 

Je suis marié, ya ay mai ao. 

€omhien as-tu d'enfants? mây tu sa tao sây. 

Combiens as- tu de frères? mây tu sa rô bê. 

Quel âge as-tu? mây sa sâp nhang. 

Où vas-tu? mây ninh thâu. 

Je vais en bateau, ya ninh thang. 

Je vais à pied, ya ninh bay. 

Remarque. — Dans la numération nous trouvons trois mots qui sem- 
blent venir du chinois : 

I (deux), en chinois prononcé à Tannamite nki, 
Yu, pr. you (neuf) en chinois mandarin kieou, 
Sap (dix), en chinois prononcé à Tannamite thap; 

Et un mot qui vient de Tannamite : 
Bô (trois), en annamite 5a : 

Un certain nombre des autres mots du vocabulaire sont également 
empruntés au chinois ou à l'annamite. 

Hop (boire) ; chinois mandarin, ho. 

TiUy prononcer tiou (vin); chinois mandarin, tsiéou. 

Tra (thé); annamite tra; chinois mandarin, tck^a. 

Yen (tabac) ; chinois mandarin, yen. 

Lao (huile); chinois mandarins, yeou. 

Ma (cheval); chinois mandarin, ma, 

Meo (chat); chinois mandarin, miao, 

Yung (chèvre); chinois mandarin, yang. 

Trang (éléphant); chinois mandarin, kiang. 

May (toi) ; annamite, may. 

Ya (moi); chinois prononcé à l'annamite, nga. 



OÉOOR. HIST. n DBSCRIPT. ~ VI. i4 



— 210 



COMPTES RENDUS ET ANALYSES 



Marcel (G.). — Le$ Portugais dans l'Afrique australe; le Tchambèze^ 
source du Congo, découvert par les Portugais en / 796, {Rev. de 
Géogr., t. XXVI, p. 161-174.) 

M. Marcel a trouvé dans un recueil de cartes manuscrites ou gravées 
qui vient du géographe Raudrand, mort en 1700, une carie du Manamo- 
tapa (sic)j qui est particulièrement intéressante, parce qu'elle prouve 
Tancienneté de Toccupation des Portugais dans des régions dont les An- 
glais leur contestent la propriété aujourd'hui. Le cours du Zambèze y est 
tracé d'une manière relativement très exacte ; les chutes de Kebrabasa et 
la cataracte de Moroumboua sont indiquées par des inscriptions spéciales. 
Des forts s'élèvent dans les localités dites de S. Estevâo et de Ghicova, 
et des marchés sont mentionnés sous le nom de feiras à Mazapa et Man- 
zovo. Enfin diverses légendes signalent l'existence de mines d'or, minas 

do Quro. 

M. Marcel rapproche ce curieux document des cartes de Mercator, 
Hondius, Sanson, etc., et des globes de Goronelli, et conclut de cet ensemble 
de renseignements que depuis la fin du xviio siècle, les Portugais con- 
naissaient le Zambèze, au moins jusqu'à Zumbo, et qu'ils avaient des 
établissements fortifiés et des marchés, non seulement sur le fieuve, mais 
encore dans l'intérieur du pays, nommé aujourd'hui par les Anglais 
Mashona Land. 

M. Marcel résume ensuite ce que Ton sait des voyages de Gregorio 
Mendes, de Gonçalo Pereira, etc., et montre que c'est à ce dernier qu'est 
due la découverte du Tchambèze, l'une des sources du Congo (1796). G'est 
ce même Pereira qui servit de guide deux ans plus tard au colonel 
F.'J. de Lacerda e Aimeida, mort sur les rives du Tchongou en 1798, 
après avoir visité Lunda, la capitale du Gazembe. 

On trouvera, à la fin de l'intéressant mémoire de M. Marcel, une re- 
production de la carte du Manamotapa de la collection Baudrand. 

E.-T. Hamy. 



Severtzow. — Étude de géographie historique sur les anciens iti- 
néraires à travers le Pamir. {Bull, de la Soc. de géogr. de Paris, 
3« et 4" trina. 1890.) 

Le mémoire du D' Severtzow est très important au point de vue de la 



— 211 — 

géographie historique de l'Asie centrale. Connaissant bien toutes les ex- 
plorations que ses compatriotes ont faites dans le Pamir, ayant lui-même 
visité cette région, le savant russe était dans les meilleures conditions 
pour traiter un sujet qui a donné lieu à tant de discussions, mais il avait 
sur les Vivien de Saint-Martin, sur les Rémusat, sur les Klaproth, sur les 
Pauthier, etc., le grand avantage d'avoir vu le pays. Aussi a-t-il pu re- 
trouver avec plus de probabilité que ses devanciers Tancienne route com- 
merciale que, d'après Ptolémée, les caravanes suivaient pour aller de 
tiactres à la Sérique et quUl était impossible de fixer avec précision avant 
l'exploration des vallées de Hissar et du Karatéghine ; il a également pu 
identifier les itinéraires de Hiouen-Thsang et de Marco Polo, qui sont 
restés incompris jusqu'à son voyage dans les grandes vallées du Pamir 
central . 
Dans cette longue et intéressante étude, ie D' Severtzow a fait preuve 

d'une grande érudition. 

A. Gbandidier. 



Reicuenbach (S. C). — Etude sur le royaume d'Assinîe. [BulL de 

la Soc. géogr. de France , 3« trim. 1890.) 

Le royaume d'Assinie, qui est placé depuis 1843 sous notre protectorat, 
fait partie de nos possessions du Sénégal, lieutenance des rivières du 
Sud. Il s'étend de l'ouest à Test sur une largeur d'environ 55 milles et du 
nord au sud sur une longueur de 175 à 200 milles. M. Reichenbach, qui 
a été résident de France dans ce pays, en fait dans le mémoire qu'il a 
communiqué à la Société de géographie une étude complète. 

Après avoir retracé l'histoire assez courte du reste de ce royaume qui 
n'a pas plus de cent cinquante ans d'existence, il donne d'intéressants 
renseignements sur sa population qui comprend sept tribus bien dis- 
tinctes, et dont il décrit en détail les mœurs, les coutumes et la religion. 
Il y a également dans cette note un aperçu de la faune et de la flore de 
l'Assinie, ainsi que des données sur le commerce. 

A. Grandidier. 



X. Caiixet. — Traditions polynésiennes. (Soc. bretonne de géogr. ^ 

Bull.n*i6, 1891.) 

On sût avec quel soin on recueille les vieilles traditions de noire Éii»- 
toire et les légeades transmises d'âge en âge dans nos campagnes avui 
d'y être remplacées par les faits divers d'un petit journal. 

Il n'est pas moins intéressant de conserver les genèses de populations 



— 212 — 

dites sauvages que Ja civilisation européenne va entraîner dans son tour- 
billon ou anéantir. 

Nous pensons donc que des remerciements doivent être adressés à 
M. Gaillet, ancien commandant particulier des ties Tuamotou, pour avoir 
publié dans le 46* Bulletin de la Société bretonne de géographie, une nou- 
velle forme de la tradition des Maoris touchant l'origine du monde. 

En raison de Timportance du sujet, nous croyons utile d'en donner 
l'analyse. 

Au commencement, Tunivers était contenu dans un œuf au centre du- 
quel étaient le germe et Tovaire. 

Au moment de la maturité Tœuf se brisa et son contenu se partagea 
en trois couches. C'est sur celle inférieure que furent créés les plantes 
et les animaux. 

Ce n'est qu'après deux essais non réussis que fut créé un homme par- 
fait, Hoatea, puis une femme, Hoatu. Leur descendance fut nombreuse, 
mais comme elle étouffait sous la voûte de la deuxième couche, à force 
d'efforts les hommes la repoussèrent au delà de la cime des arbres, puis 
firent un trou qui leur permit de grimper sur la deuxième couche, d'y 
planter des arbres et d'y vivre. Ils firent de même pour la couche supé- 
rieure, puis ils édifièrent les cieux, composés aussi de trois voûtes : l'une 
réservée aux étoiles, l'intermédiaire au soleil et le ciel inférieur à la lune» 

Le génie du mal, Taaroa i te po, resta dans la couche terrestre infé- 
rieure. 

Ce dernier voulut sortir un jour de sa demeure pour incendier le ciel 
supérieur, mais il fut vaincu par trois héros, Tamarua, Oru et Ruanuku. 

Après ces événements les hommes furent mortels. Après leur mort ils 
sont jugés par Tumu et suivant leurs actions sur la terre ils sont plongés 
dans la couche inférieure ou s'élèvent dans l'un des trois cieux. 

Une autre légende a trait à la chronologie des premiers Maoris. 

Huahea qui habitait la couche supérieure eut de Taaora six enfants qui 
ne connaissaient pas leur père. Le plus jeune Mani titi itii voulait savoir 
quel était le mari de sa mère, l'épia et vit un matin un homme sortir de 
la cabane où elle couchait et disparaître dans un puits. 

Une autre fois il aperçut sa mère et le même homme descendre en- 
semble dans le puits gardé par deux génies. 

Mani les combattit, puis défonçant le puits avec une grosse pierre, il 
pénétra sous la deuxième couche sous la forme de son oiseau favori, puis 
redevenant homme et ayant vaincu la matière et les bètes envoyées contre 
lui par Taaora, il reconquit ses bonnes grâces et reçut en récompense le 
soin de régler le cours du soleil, ce qu'il fit en le prenant par sa chevelure 
au moment où il disparaissait dans un puits à l'est du monde. Il les força 
alors à rétrograder et à suivre une course régulière dans le deuxième ciel. 

A. BODQCKT DE LA GrTE. 



BULLETIN 

DU 

COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

ET SCIENTIFIQUES 



SECTION 
DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE 



PROCES-VERBAUX 



SÉANCE DU 7 NOVEMBRE 189, 



PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND, MEMBRE DE L^INSTITUT, 

VICE-PRÉSIDENT 

La séance est ouverte à trois heures. Le procès verbal de la séance 
du 4 juillet est adopté. 

Lecture est donnée de la correspondance qui se compose : 

De lettres d'excuses de MM. l'amiral Jurien de la Graviêre et 
Bouquet de la Grye, qui ne peuvent assister à la réunion de la 
Section; 

D'une lettre de M. le baron de Baye, correspondant du Ministère^ 
accompagnant l'envoi d'une brochure de M. J. Meijer, intitulée Ijarila 
ki asdoera, het verkaal van ki-asdoera, publiée dans les Bijdragen 
tôt de Taal'Land and Volkenkunde de La Haye (M. Jurien de la 
Graviêre, rapporteur); 

D'une lettre de M. Tabbé Gautier, correspondant du Ministère, 
faisant hommage d'un recueil de notices imprimées par lui sur Saint* 
Cyr-rÉcole et ses environs (M. de la Noé, rapporteur); 

D'un travail de M. J. Tirard, archéologue, à Condé-sur-Noireau, 

GiOGR. HI8T. ET DESCRIPr. — VI. l5 



— 214 — 

intitulé Recherches sur les travaux militaires du littoral du Calvados 
à V époque gallo-romaine (M. de la. Noé, rapporteur); 

D'un album de M. de Mont€ssus de Ballore qui a pour titre le5a/- 
vador préhistorique (M. Hamy, rapporteur). 

MM. Hamy et Maunoih donnent leur avis sur deux demandes de 
missions soumises à Texamen du Comité. 

M. Grandidier lit un rapport sur la mission de M. F. Foureau au 
Tademayt et analyse les travaux de MM. le colonel Bassot, H. Ck)udreau, 
Fourneau, le colonel Humbert et Jaime, publiés dans les i" et 2® tri- 
mestres du Bulletin de la Société de géographie de Paris. 

M. Hamy rend compte des premiers rapports adressés au Ministère 
par MM. Dècle et Dutreuil de Rhins, chargés de missions scienti- 
fiques, le premier dans le sud de l'Afrique^ le second dans le Tur- 
kestan chinois. 

M. Leyasseur a pris connaissance du manuscrit rédigé pour le 
Congrès de la Sorbonne par M, Varinard et intitulé Histoire de Véai- 
ture. Il n'estime pas qu'il y ait lieu d'imprimer ce texte dans le Bul- 
letin de la Section. Quant à la note de M. Breittmayer sur le canal 
de jonction du Rhône à Marseille^ renvoyée également à l'examen de 
M. Leyasseur, il suffît de faire remarquer, que, depuis notre dernière 
réunion, elle a paru dans le n^ 4 du Bulletin de la Société de géogra- 
phie de Marseille pour 189t. 

M. Ch. Maunoir analyse le premier n"" du Bulletin de la Société 
de géographie de Toulon de Tannée courante : 

c Le Bulletin qui porte les n"" 1 et 2, dit le rapporteur, contient aux 
premières pages Y Annuaire, c'est-à-dire l'état du bureau, du con- 
seil d'administration et des membres de la Société. Nous y apprenons 
que cette Société de géographie, Tune des plus actives, des plus fio* 
rissantes parmi les nombreuses Sociétés françaises de géographie, 
compte 6 membres de droit, hauts fonctionnaires du clergé, de la 
magistrature, de l'armée et de ladministration ; 8 membres d'hon- 
neur dont 4 officiers généraux ; le chiffre des membres honoraires et 
correspondants est de 19; celui des membres à vie de 3, celui des 
membres fondateurs de 126; enfin, le chiffre des membres titulaires, 
s'élève à 359 et l'élément militaire y entre pour une assez forte pro* 



— âls — 

poflion. C'est un tolal de 5i5 personnes qui, sans être toutes des 
adeptes de ]a science, prêtent le concours du nombre et de leur bon 
vouloir aux eflbrts de la Société dont le budget s'équilibre autour de 
4yOoo à 5,000 francs en recettes et en dépenses. 

€ La Société de Toulouse échange ses publications avec celles de 
soixante dix neuf associations similaires en France et à l'étranger. 

€ Outre VAnnuav*e pour le commencement de 1891, le n^* 1 du 
Bulletin de Id Société toulousaine de géographie contient une revue 
géographique dans laquelle M. Guénot, secrétaire général de la 
Société, traite du partage de l'Afrique, de la convention anglo-fran- 
çaise relative aux eaux qui baignent la côte entre le cap Blanc et le 
cap Vert, et présente les principaux faits, les principales conséquences 
de la campagne du colonel Archinard au Soudan français. 

c Le procès verbal d'une des séances renferme une chaleureuse 
allocution du colonel Robert, chef d'état-major du 17® corps d'armée, 
élu président pour 1891. 

€ Il faut constater aussi l'annonce faite par M. J.-A. Rayeux, pro- 
esseur agrégé d'histoire et de géographie au lycée de Mouh'ns, d'un 
ouvrage intitulé : Les Départements français; il comprendra une 
suite de monographies départementales traitées moins largement que 
ne le fait la Géographie d'Elisée Roclus, moins minutieusement que 
ne le font les Guides Joanne. 

c Les deux documents essentiels du cahier 1 et a du Bulletin sont 
des études qui relèvent plus de l'histoire que de la géographie, à 
laquelle quelques maladroits amis ont la prétention un peu naïve de 
vouloir rattacher toutes les questions, toutes les choses de ce monde. 
c Le premier des documents à signaler pour mémoire donne les 
fastes chronologiques de la ville de Nefta, en Tunisie, de 1369 ^ < ^^9 ; 
c'est la fin d'un travail, d'ailleurs utile, du comte du Paty de Clam. 
Il ne renferme que quelques indications relatives, sinon à la géogra- 
phie proprement dite, du moins à Thistoire de la géographie. 

c Le second document, dû à M. Adher, directeur de l'école publique 
de Grenade, donne sous le litre de instruction publique dans la 
Haute-Garonne, de 1790 à 1806^ d'intéressantes pages d'histoire 
administrative locale qui ne touchent point à la géographie. 

< Dans le cahier n"^' 3 et 4, après une conférence historique, arlitisque 
et littéraire de M. Trutat sur Rome, ses monuments^ ses musées, après 
un rapport substantiel de M. Guénot sur le mouvement géographique 
français, après un article de M. Vincent sur Vaccord anglo-français 
en Afrique, il faut signaler les recherches historiques sur l'altitude de 



y 



— 216 — 

Toulouse, par M. J. de Rey-Pailhade, ingénieur civil des mines. Tou- 
louse, selon Tauteur, a été la première ville de l'univers à connaître 
sa hauteur au-dessus du niveau de la mer : « Il résulte, jusqu'à 
« preuve du contraire, que la capitale de la France ni aucune ville du 
« monde, éloignée de la mer et située notablement au-dessus de son 
«c niveau, ne connaissait sa cote d'altitude au milieu du xvii^ siècle. > 
Toulouse, ajoute-t-il, non sans un petit rayon de fierté, a été la pre- 
mière cité à posséder ce document géographique 

« Paul Riquet, dès i664, près de deux siècles avant l'achèvement de 
la grande carte de France, fixa la première fois l'altitude de Toulouse 
par les études nécessaires à l'établissement d'un canal d'Océan à Mé- 
diterranée. M. de Rey-Pailhade résume l'historique de ces études, puis 
il nous fait passer en revue les diverses opérations à la suite desquelles 
Toulouse a vu varier sa cote d'altitude, à l'embouchure du canal du 
Midi, entre i36»,i4 et i24"',i4. La cote inscrite sur le côté gauche 
de la porte du Capitole, d'après TÉtat-major, est de i43",5o; sur le 
côté droit, le nivellement Bourdaloûe y a inscrit i43in,8o. Le nivelle- 
ment qui s*exécute de nos jours n'a pas encore porté ses opérations 
jusqu'à la « cité Palladienne » de Toulouse. 

(L II n*est guère à signaler dans le no 5-6 du Bulletin de la Société 
toulousaine qu*un travail original, présentant un caractère scienti- 
fique, c'est le commencement d'une étude intitulée : le Bassin de 
de rÈhre et ses corrélations géographiques ; Tauteur en est le com- 
mandant Litre, qui entreprend de donner en grandes lignes la des- 
cription du bassin de l'Èbre. Le sujet est traité d'un point de vue spé- 
cial, dans l'hypothèse de facettes déterminées par le refroidissement 
inégal de l'enveloppe terrestre. Il conviendra d'attendre la fin du 
travail de M. Litre pour se bien rendre compte si les conséquences 
de l'hypothèse n'ont pas été poussées un peu trop loin. » 

M. le colonel de la Noé donne un court aperçu des dernières 
publications des Sociétés de géographie de Montpellier et de l'Ain, et 
insiste sur l'intérêt des géographies détaillées, dont ces deux compa- 
gnies sont en train de doter les départements où elles ont leur siège. 
Il serait bien désirable que les autres Sociétés de la province se déci- 
dassent à imiter cet exemple ; la géographie aurait beaucoup plus à 
gagner à ces études de détail qu'aux généralisations plus ou moins 
brillantes auxquelles se complaisent le plus souvent nos Sociétés 
géographiques provinciales. 



— 217 — 

M. DE LA Noé analyse ensuite un petit volume du capitaine 
René Roy, intitulé : Répertoire des termes militaires allemands. 

c M. Roy, dit le rapporteur, ne se contente pas de donner la 
traduction française de ces termes militaires. Il accompagne cette 
traduction d*un commentaire qui fait de son ouvrage une sorte d'aide- 
mémoire. 

c On pourrait lui reprocher de n'avoir traduit que les termes mili- 
taires proprement dits, à l'exclusion de certains autres également 
utiles cependant aux armées en temps de paix ou en temps de 
guerre, tels sont, par exemple, les termes topographiques, dont la 
défmition faciliterait beaucoup la lecture des cartes allemandes. C'est 
une lacune facile à combler, et, tel qu'il est, le livre de M. Roy est 
appelé à rendre de grands services. :ù 

M. Hamy rend compte à la Section de Tétat de ses publications. Le 
fascicule 2 du Bulletin pour 1891 a paru au commencement d'août, 
et le fascicule 3, presque entièrement composé, sera prêt pour le 
10 novembre, date assignée à sa publication par l'administration. Il 
comprendra, avec le procès-verbal de la séance actuelle et ses 
annexes : i** une note de M. Hamy sur le géographe juif Cresques, 
communiquée à la Section il y a plusieurs années déjà et demeurée 
manuscrite ; 2° le long mémoire de M. Maurice Courant sur la cour 
de Pékin, sa constitution, sa vie et son fonctionnement. 

A Toccasion de ce dernier travail, M. Hamy rappelle avec quel 
empressement M. Devéria, professeur à l'École des Langues orien- 
tales vivantes, s'est mis à la disposition du Comité pour surveiller le 
choix des caractères chinois introduits dans le mémoire de M. Courant 
et dans quelques autres qui l'ont précédé dans notre Bulletin. Sur 
la proposition de M. Hamy, la Section vote à M. Devéria des remer- 
ciements qui lui seront transmis par l'administration. 

La séance est levée à quatre heures et un quart. 

Le Secrétaire, 

E.-T. Hamy. 



— 218 ~ 



MÉMOIRES 



CRËSQUES LO JUHEU 

NOTE SUR UN GÉOGRAPHE JUIF CATALAN 

DE LA FIN DU XIY^ SIÈCLE 

PAR M. E.-T. HAMY, MEMBRE DE L'iNSTITUT 

J'ai déjà eu Toccasion d'entretenir la Section de géographie du 
Comité des travaux historiques d'une curieuse découverte qui m'avait 
été signalée de Barcelone, par Don Manuel de Bofarull y Sartorio, 
directeur des archives de la couronne d'Aragon. Ce savant historien 
avait bien voulu, à ma requête, examiner attentivement les volumes 
de ces précieuses archives, qui contiennent les actes de 1373 et des 
années suivantes ' et il avait trouvé dans un de ces registres (n** 1 665, 
f* 26 V*) la copie de deux lettres particulièrement intéressantes pour 
l'histoire des géographes catalans. 

Ces deux lettres écrites par D. Juan, duc de Gérone, fils aîné (pri- 
mogenilo de Aragon) de Pierre V le Cérémonieux, qui fut plus tard 
roi d'Aragon sous le nom de D. Juan Pel Cazador, sont ainsi rédigées : 

Mossen Johan. Nos ab nostra letra notifQcam a nostre Car Cosi lo Rey de 
França que 11 enviam per lamat de conseil nostre Mossen Guilleiiî de 
Gourcy portador de la présent .1. nostre Mapamundi E corn en P. Palau 
tenga lo dit Mapamundi volem ens manam que al dit P. liurcts una letra 
quens trametem enterclusa dedins aquesta e que tantost liurets façats 
liurar lo damunt dit mapamundi al dessus dit Mossen Guillem sens que 
de regonexença ne dapocha mencio fêta no sia. E aço fet hajats Cresques 
lo juheu qui lo dit mapamundi ha fet lo quai si aqui es axi com pensam 
que deu esser posa en la juheria E vos présent enform lo dit Mossen G"^ 
de totes les coses que mester sia affî que ho puxa retrer al dit Rey. £ en 
cas quel dit juheu aqui no fos haiats dos bons marinersqui del dit mapa- 
mundi enformen al devant dit Mossen Guillem al mils que poren. 

Data Terraclione sub sigillé nostro secreto V>die novembris anno a Nati- 
vitate Doroini M» CGC LXXX» primo. Primogemtus. — Dominus Dux man- 
dauit mihi Petro de Tarraga. ~ Dirigitur Johanni Januarii. 

I. J*espérais que M« Bofarull y trouverait quelque renseignement sur Tatlas 
catalan de Charles Y, que je considérais d^à comme quelque présent du roi 
d'Aragon au roi de France» 



— 219 — 

INFA5T, etc. Â] feel nostre en P. Palau tinent les claus del Archiu dels 
ameses deldit senyor Rey et nostres en Barchinona salut e gracia. Sapiats 
que Nos hauem délibérât de trametre a nostre Car Gosi lo Rey de França 
le nostre Mapamundi que vos tenits en lo dit Archiu. Ou volem eus ma- 
nam queJ dit mapamundi liurets tantost al amat de conôell mostre Mos- 
sen G. deCourcy qui aquell portara al dit Rey recobran daqueu solament 
aquesta Jetra en loch dapocha e de manament. Data ut supra. 



La lecture de ces deux documents nous apprend qu*à la date du 
5 novembre i38i, D. Juan^ voulant faire un présent au nouveau roi 
de France, le jeune Charles YI, âgé d'un peu moins de treize ans, 
résolut de lui envoyer par Guillaume de Gourcy une mappemonde, 
qui lui appartenait et qui se trouvait déposée dans les archives à 
Barcelone, sous la garde de P. Palau. Le prince règle les dispositions 
à prendre, pour la remise de l'objet précieux qu'il destine à son cher 
cousin le roi de France « nostre Gar Cosi lo Rey de França ». Puis il 
ordonne de faire chercher l'auteur de la mappemonde Gresques le 
Juif ce Gresques lo juheu qui lodit mapamundi a fet » que l'on trou- 
vera dans la Juiverie, si comme le pense D. Juan, il est bien à Barce- 
lone. Gresques fournira à Guillaume de Gourcy toutes les informations 
utiles à répéter au roi de France et s'il n'est point présent, on requerra 
deux bons marins qui renseigneront de leur mieux l'envoyé du prince. 

La chose se passe, je le répète, en novembre i38i. Il est, par 
conséquent^ tout à fait impossible que la mappemonde, lo mapamundi, 
envoyée en France après cette date, puisse être le fameux atlas 
catalan de la Bibliothèque nationale, qui se trouvait déjà au Louvre 
en novembre précédent, alors que faisant^ par ordre du duc de 
Bourgogne, le récolement des livres du feu roi Gharles Y, Jean Blan- 
chet mettait en marge de la courte notice descriptive de l'atlas ' ces 
trois mots : Il y est*. 



1. <c Vne qte de mer en tabliaux faite p manie de Tnes tables painte et ysto- 
riee figurée et escripte et fermât a iiy fermoers » (B. N. Ms. Fr. 21700, fo xi y). 
Le texte de janvier 141 1 {ibid,^ fo hi^] est seulement un peu plus détaillé : 
« Item Tne quarte de mer en tableaux fte par manier de vnes tables painte et 
historiée figurée et escripte et fermant a quat fermouers de cuivre laquele 
quarte contient six grans fueilles qui sont de bois, sur lesquelz fueillez est cole 
le nchemin ouquel sont faictes lesd. figures couût de cuir blanc a deux ron- 
deaux ouurez. » 

3. L*atlas catalan (Bibl. nat., Mss. Esp., n» 3o} est de Tannée 1376; il figure 
cependant déjà dans l'inventaire dressé par Gilles Malet en 1373, mais il y est 



— 220 — 

La correspondance, découverte par Don Manuel de Boffarull y 
Sartorio, n'apporte donc, par malheur, aucune lumière nouvelle sur 
l'origine de l'atlas de Charles Y qui est d'ailleurs antérieur de cinq 
années à l'envoi ordonné par le duc de Gérone. 

Toutefois, en nous signalant le nom d'un cartographe de Catalogne, 
tout à fait contemporain de ce magnifique monument de la géographie 
catalane, et fournisseur du prince héritier d'Aragon, elle autorise, dans 
une certaine mesure, à attribuer provisoirement à ce même carto- 
graphe, la paternité d'un mapamundi envoyé probablement quelques 
années plus tôt à la cour de France dans des conditions toutes sem- 
blables à celles que les documents de i38i sont venus nous faire con- 
naître. 

Nous savons d'ailleurs que Cresques travaillait encore huit ans plus 
tard, pour le même D. Juan devenu roi d'Aragon. Cette année, en 
eifet, suivant un livre de comptes cité par M. J.-M. Quadrado ', il 
touchait 60 livres 8 sous pour un mapamundi que, deux ans plus tôt, 
le roi l'avait chargé de faire. 

On serait en droit de se demander si cette nouvelle mappemonde 
n'est point celle dont il est question dans une lettre du 1'' juin 1890, 
écrite de Saragosse par D. Juan l^' à Gaston-Phébus, comte de Foix. 

Don Juan, el Caçador. envoie une astrolabe, une mappemoncfe, une 
horloge de sable et un almanach calculé pour trois ans, en échange 
desquels il demande au célèbre veneur pyrénéen deux lévriers à long 
poil pour la chasse du sanglier. 

La lettre, qui décèle entre les deux princes, qu'une même passion 
domine, une sorte d'intimité quasi professionnelle, se termine par de 



inscrit dans la dernière partie du chapitre qui est consacré aux livres placés dans 
la salle basse de la Tour de la Librairie et M. L. Delisle suppose que Gilles Malet 
« a enregistré à la Un de ce chapitre les volumes qui entrèrent dans la biblio- 
thèque du Roi postérieurement à Tannée 1373 n (L. Delisle, Le cabinet des 
manitscrits de la Bibliothèque impériale fU \, p. aj-aS, Paris, 1868, iUi^o). Quoi qu*il 
en soit, la note marginale de Jean Blanchet démontre l'existence de ce précieux 
atlas dans la bibliothèque du Roi en novembre i38o, un an avant l'envoi en 
France de la mappemonde de Cresques. Cette dernière a pu être prise par le 
duc de Berry, dans la bibliothèque duquel (i4oa-i4i 6) on pouvait voir plusieurs 
mappemondes (n<» 191- igS) dont une première « escripte et historiée en vn 
grant roole de parchemin » (L. Delisle, op. cit., t. III, p. 186) et une seconde « en 
vns tableaux de bois longues fermans en manière d'vn livre » n'ont pas d'ori- 
gine avouée à l'inventaire. 

I. J.-M. Quadrado, La Juderia de la ciudad de Mallorca en 4394 (Boletin 
de la Real Academiade laHistoria, t. IX, p. 809, n9 1, Madrid» 1886). 



— 221 — 

curieuses confidences sur des sonneurs de trompe qu'on prenait alors 
en Allemagne. 

Lo Rey Darago. 

Conte Car Cosi nos vos enviam per Perico esplugues de la nostra cam- 
bra un esiralau un mapamundi unes hores darena et un almanach de très 
anys. E ab aço porets cascun dla e cascuna nuit quinahora sera posât que 
sia clar 6 scurt et lo sol et la luna et les planètes cascun dia enquin 
signe son. E Perico mostrar vos ha com se fa. Ë pregam vos quens 
trametats dos lebrers ab pei lonch per la caça del porch. Nos hauiem 
enuiat Couches ministrer nostre en Alamanva et ans amenât un minis- 
ter jove qui corna fort prop la guisa de Everli. E axi matex hi hauiem 
enuiat BiassofT et ans scrit que sera a nos a Sant Johan et que amena 
dos ministrers et quel un es millor que Everli et per que enuiats nos 
Johan de Beses et maestro* Johan dels Coitels per ço que oja los dits 
ministrers et que us en faça relacio.Dada en Çaragoça sots nostre' segell 
secret lo primer dia de Juny En lany de la nativitat de Nostre Senyor 
M CGC XCI. Rex Johannes. 

Dirigitur Comitis Fuxensis. 

Dominus Rex mandavit michi Bernardo de Jonquerio*. 

Le cosmograpbe Cresques du livre de comptes de 1889 serait, sui- 
vant M. Quâdrado, le même personnage qu'un certain Jafïuda Cresques 
qui figure parmi les Juifs de Majorque violemment convertis à la 
religion chrétienne à la suite de Tinvasion du quartier juif connu 
sous le nom de la Call et du massacre d'une partie de ses habitants 
(a août 1391). La liste de ces néophytes, publiée par M. Quadrado*, 
contient sous le n» 43 le nom de Jaffuda Cresques, qui a pris le nom 
chrétien de Jacobus Ribes. On lui a demandé ce qu'il fait et ce qu'il 
veut faire. Il tient une grande hôtellerie, magnum hospitium, près de 
la porte du Temple, dont le jardin touche à son mur, et demande à 
habiter ou à louer^ habitare vel locare. 

L'identité, entre ce Jaffuda Cresques, hôtelier et logeur, et le géo- 
graphe du roi, ne me parait pas actuellement démontrée, et j'en attends 

1. Cette pièce a été copiée par Don Francisco de BofaruU y Sans dans le 
Registre 196 1, fol. 8 ▼<>, des Archives générales de la Couronne d*Aragon, et 
publiée dans le tome III de la Revista Historica (Barcelona, Enero 18^, in-4<>) 
où elle occupe le n» 1 1 dans une série de seize lettres réunies sous le titre de 
Coieccion de cartas inéditaa del Archiva général de la Corona de Aragon — 
Ret/naido de D, Juan L 

2. Op. «7., p. 299. 



— 222 — 

des preuves que M. Quadrado ne manquera sans doute pas de nous 
administrer. 

Quoi qu'il en soit d ailleurs^ si Ton ne parte plus de Gresques après 
1891, aucun document géographique ne nous est parvenu sous le 
nom de Jacobus Ribes. 

Don Martin, el Humano, qui monte sur le trône en 1896, est un 
prince ami des lettres et des sciences. Il possëde une riche bibliothèque 
où figurent des livres d'astronomie et de géographie '. 

On lui connaît une mappemonde; c'est celle qu'il se fait donner 
par Guillem Ros, citoyen de Valence, en juin 1399. 

Lo Rey. 

Entes hauem que vos hauets una carta de pregami en laquai es pintat 
lo mon appeJlada Mapamundi E per tal car nos haciem aquella de gran 
nécessitât vos pregam affectuosament que la dita caria nos trametats 
encontinent Ë farets nosen placr molt gran Jo quai en son cas el loch 
nos recordarabe. Dada en Çaragoça sots nostre segell secret a XI dies 
de juny delany M. CGC. XGVIIII. Rex Martinus. — Dominus Rex misit 
signatam expediri. ^ Dirigitur Guillelmo Ros Givi Valencie '. 



La mappemonde de Guillem Ros était-elle encore de Gresques? I^ 
roi Martin ne nous en a rien dit. 



I. Cf. D. M. Milà y Fontanals, De los Trovadores en Espafia. Barcelona, 1861, 
in-8», p. 488-489. 

3. Arch, Gen. de la Corona de Aragon. Regislro, n® aa4^> fol. 336. — Je dois 
cette copie, comme les deux premières, à l'inépuisable complaisance de 
D. Manuel de BofaruU y Sartorio. 



— 223 — 



LA COUR DE PEKING 
NOTES 

SUR LA CONSTITUTION, LA VIE ET LE FONCTIONNEMENT 

DE CETTE COUR 

PAR M. MAURICE COURANT 

Dans le présent travail, je me propose d'étudier la cour impériale 
de Péking. Le sujet est vaste, une vie d'homme suffirait à peine 
à en faire le tour et en parcourir toutes les voies. Je ne dissimule 
pas ma faiblesse pour entreprendre un aussi long voyage : mais 
ce que je veux tâcher de faire, c'est seulement d'apercevoir et de 
marquer les grandes lignes, le plan d'ensemble de cette cour. 
Cela, du moins, je m'efforcerai de le faire avec toute la précision 
et l'exactitude qu'il me sera possible d'atteindre : heureux si je 
ne reste pas trop loin du but. 

Les principaux points de cette étude seront les suivants : la 
maison impériale, empereur et princes, avec sa constitution et 
son conseil ; les différents événements qui modifient l'état des 
personnes de la maison impériale, entre autres, mariage, mort, 
avènement, avec le cérémonial usité dans ces circonstances ; les 
différents corps et les diverses administrations qui entourent l'em- 
pereur et sont chargés du fonctionnement de la cour impériale, 
c'est-à-dire les hauts dignitaires de la cour, les gardes du corps, 
l'intendance de la cour, les médecins, explicateurs et astrologues 
de Sa Majesté; le Ministère des Rites et plusieurs autres admi- 
nistrations qui ont k régler les questions de cérémonial. Je cher- 
cherai à dégager la condition des personnages et administrations 
dont j'aurai à parler ; je tâcherai de montrer leur rôle et leurs 
rapports. Telle sera la première partie de mon travail. 

Sur la plupart des points, il y a abondance de documents offi- 
ciels qui se trouvent dans la Gazette de Péking, dans les an- 
nuaires administratifs, dans Y Encyclopédie administrative et dans 
quelques autres ouvrages ; pour deux ou trois questions cepen- 



— 224 — 

dant, qui ioachent à la vie iotime du palais, la pénurie de textes 
est presque complète, et j'ai dû me contenter de renseignements 
oraux. Des documents que j'ai entre les mains, je me servirai de 
deux façons : l'exposé même des faits, contenu dans la première 
partie, ne sera presque que la traduction de passages pris dans 
les ouvrages que j*ai consultés, passages trop fragmentés, trop 
nombreux et trop divers pour que je puisse, sauf par exception, 
en citer les sources ; je me bornerai à relier ensemble ces lam- 
beaux de phrases chinoises, et à en faire des phrases françaises. 
A Tappui des points les plas importants, je donnerai un certain 
nombre de mes documents, en traduction intégrale ; ces traduc- 
tions formeront la seconde partie de mon travail. Je préfère les 
mettre à part craignant qu'insérées dans l'exposé même, elles 
n'en rendent la contexture encore plus hachée et la lecture plus 
difficile. 



La maison impériale, 

La famille qui règne aujourd'hui en Chine est mantchoue. A 

cause de son nom de Ngai-sin, 9c W (or), il s'est formé dans le 
peuple des légendes la rattachant à une dynastie tartare qui, sous 

le nom de Kin, 'S£ (or), a dominé le nord de la Chine aux xii* et 
xui'' siècles. 

L'empereur K'ang-hi, ^ !m1 , à qui l'on parlait de ces légendes, 
répondit que les Ngai-sin ne descendent pas des Kin (Tartares 

Niu-tchen, JK ^), mais que les Ngai-sin et les Niu-tchen sont 
deux branches collatérales^ issues de l'antique tribu des Sou-chen, 

nS ^ , qui était établie dans le territoire actuel de la province 

de Girin, |:i ^ , et dont les archers étaient renommés à l'époque 

de l'empereur Chwen, ™ (aaSS-aaoS avant notre ère). C'est dans 
la seconde moitié du xvi* siècle que les Ngai-sin ont commencé à 
étendre leur pouvoir en Mantchourie, d'où ils ont gagné le Tché-li 
et sont arrivés, à la faveur des dissensions qui ont déchiré les 

règnes des derniers Ming, W , à renverser cette dynastie. Quand 



— 225 — 

■ 

ils ont commencé à prétendre à dominer tout Tempire chinois, 

sous le règne de T'ai-tsong, /^ \Sl (i636), ils ont donné à leur 

dynastie le nom chinois de Ts'ing, ÎW, qu'elle porte encore 
aujourd'hui. La conquête s'est trouvée achevée sous le règne de 

Chwen-tché, ™ Vp (1644-1662), ou plutôt encore sous celui de 
K'ang-hi (1662-1723). 
Le règne d'un empereur de Chine peut être désigné de deux 

façons, soit par le nom de règne, nr m* , (B ^ , soit par le 





nom de temple, m ZSL , de Tempereur dont il est question. Lors 
de Tavènement, deux caractères sont choisis avec soin pour pré- 
senter un sens favorable, en rapport plus ou moins direct avec les 
circonstances de l'époque, et servent à désigner le temps du règne ; 
ce sont ces deux caractères, tels que K'ang-hi, JCien-longy 

?u ^, Kwang-sin^ 'Jurm^ dont on se sert souvent pour 
désigner l'empereur lui-même ; il faudrait dire non pas la i5* année 
du règne de Kwang-sin, mais la i5« année de l'ère Kwang-sin, 
comme on dit l'an i3o6 de l'hégire. Ces caractères K'ang-hi, 
K'ien-long, Kwang-sin, sont ce qu'on appelle les noms de règne. 
On peut dire aussi : sous le règne de tel empereur^ mais il faut 
alors employer, comme chaque fois qu'on parle d'un empereur 
mort, le nom qui est inscrit sur sa tablette funéraire dans son 
tombeau; au lieu de dire l'empereur K'ang-hi, on dira l'Ancêtre 

Saint, Empereur Miséricordieux, Wê yj\ 1— • ae «P ; pour l'em- 
pereur K'ien-long, on dira l'Aïeul Sublime, Empereur Parfait, 

1^ "^ W â iR . Pour parler de l'empereur régnant, on doit 
dire tout simplement l'Empereur, ou employer quelque terme 
équivalent. Quoi qu'il en soit, pour la commodité de la rédaction, 
je continuerai d'employer les noms de règne pour désigner les 
empereurs mêmes. 

L'empereur a un nom postnom, comme tout Chinois : à partir 
de son avènement, seuls ceux qui lui sont supérieurs peuvent 
prononcer ce postnom ; et le cas ne se présente que si un empereur 
a abdiqué et remis le pouvoir à son fils, ou s'il existe une impé- 
ratrice douairière. De plus le second caractère du postnom impérial 
subit une modification de forme et ne peut être écrit qu'ainsi 



— 226 — 

modifié pendant toute la durée de la dynastie. L'empereur K*aag-hi, 
se conformant à un usage répandu en Chine avec de légères 
variations dans Tapplication, donna à tous ses fils des postaoïns 
analogues, formés de deux caractères, le premier et la clef du 
second étant communs à tous. L'empereur K'ien-long {1736-1796) 
fixa quatre caractères qui devaient être les premiers caractères 
des postnoms de quatre générations de ses descendants, la 

première génération devant avoir le caractère Yong, /I^, la 

seconde le caractère Mien^ /nS , la troisième le caractère H, ^4è , 

et la quatrième le caractère 7W, 9C . Des décrets de i8a6 et 1867 
ont fixé huit autres caractères pour servir à huit générations 

successives, î^ wt WB. w ^ iMl ^ WS: . De plus, les empe- 
reurs ont toujours eu soin, à l'exemple de K'ang-hi, en donnant 
des postnoms à leurs fils et petits-fils ou à leurs collatéraux les 
plus rapprochés, les seuls auxquels ils accordent l'honneur d'un 
postnom donné par décret, de choisir pour seconds caractères des 
caractères ayant une même clef pour les membres d'une même 
génération \ Quand un collatéral plus éloigné a été adopté par un 
membre de la famille impériale la plus proche, l'adopté a dû 
changer son postnom pour le mettre en harmonie avec ceux des 
princes de sa génération. 

La dignité impériale se transmet de père en fils. Il n'y a pas 
d'héritier présomptif désigné comme il y en avait sous les Ming : 
les Ts'ing ont renoncé à cette coutume à cause des compétitions 
et des crimes qui en résultaient. Habituellement le fils aine monte 
sur le trône : mais l'empereur peut désigner son successeur par 
son testament ; le fait de la désignation d'un cadet pour accéder 
au trône, s'est produit deux fois, en faveur de Yong-tcheng, 

Je (1723-1736), troisième fils de K'ang-hi, et de Hien-fong, 




t. Le fils aîné de l'empereur Tao-kvang, ^^ jfQ , mort avant son père, 

portait le postnom de ^^ $^ (avec la clef ^ ), tandis que les postnoms de 

ses frères renfermaient la clef "ff j ^ w? j ^ 9^ j ^ W 1 ^ PS j 

TV W j tQ Ifi • Cette irrégularité vient de ce qu'un décret, rendu après 
la mort du prince, a modifié les postnoras des autres fils de Tempereur. 



— 227 — 

Mit S (i85i-i862}, quatrième fils de Tao-kwang, WLyC : les 
frères aiaés de Hien-fong étaient morts, mais Tua d'eux avait laissé 
un fils. A la mort de Yong-tcheng et de Hien-fong, le trône a passé 
à leurs descendants. 

Le dernier empereur, T'ong-tché, W Vp (1862-1875), fils de 
Hien-fong, étant mort fort jeune et sans enfants, Tinfluence de 

Ts'ehi, iS )fS , impératrice de TOuest, veuve de Hien-fong, mère 
de T*ong-tché, Tune des deux régentes pendant la minorité de ce 

prince, a fait désigner comme empereur Tsai-tien, % ir, un en- 
fant de trois ans, cousin germain de T'ong-tché(postnom: " ï?-) : 
Tsai-tien est fils de Tun des frères de Hien-fong et de la sœur de 
rimpératrice Ts'ehi. C'est ce prince qui est sur le trône et dont le 
règne porte le nom de Kwang-sin. Il a été donné en adoption 
posthume à l'empereur Hien-fong : il est donc considéré comme 
le frère de son prédécesseur immédiat. Plus d'un Chinois a vu ce 
choix avec déplaisir : car l'empereur T'ong-tché se trouve actuel- 
lement sans descendant, même adoptif, qui puisse lui adresser 
les prières obligatoires des descendants à leurs ancêtres. Pour que 
tout se passât correctement, il eût fallu donner en adoption pos- 
thume à T'ong-tché, ™ J'?- , un prince de la génération suivante 

ayant dans son postnom, le caractère Pou, 4^ . On a imaginé un 
correctif qui consistera à donner en adoption posthume à T'ong- 
tché, l'un des fils à naître de Kwang-sin. Mais si le fils adoptif de 
T'ong-tché vient par la suite à monter sur le trône, l'empereur 
Kwang-sin n'aura pas dans sa descendance un empereur pour lui 
offrir les sacrifices impériaux ; et si le fils adoptif de T'ong-tché 
ne monte pas sur le trône, c'est l'empereur T'ong-tché qui sera 
privé des sacrifices impériaux : les deux alternatives sont égale- 
ment fâcheuses. 
Les fils de l'empereur ont tous également le titre de tolok'iako^ 

^ HE S W W; ils sont élevés ensemble dans l'intérieur du 
palais. Vers l'âge de seize ou dix-huit ans, chacun reçoit un palais 
où il s'établit, une dotation lui est assignée et un décret lui 
confère le titre de grand prince du premier ou du second rang, 

W^Wii,:^SS^i, avec une désignation nobiliaire 



— 228 — 



spéciale, ^ ^ , formée â*un ou deux caractères qui sont choisis 
pour offrir ua sens favorable (par exemple : prince de la Libéralité 

et de la Vénération, t?* m ; prince du Respect, ^ ; prince de 




la Générosité, ^). En général les fils de l'impératrice sont grands 
princes du premier rang et ceux que l'empereur a eus de ses 
autres femmes sont du second rang : mais la règle n'a rien 
d'absolu. S'il arrive que l'un des fils de l'empereur soit fou ou 
idiot, on ne lui donne aucun titre et on le tient, sa vie durant, 
enfermé dans un palais où rien ne lui manque de ce qui peut 
adoucir sa réclusion. Si un fils d'empereur^ ou même quelque 
prince moins rapproché de la personne du souverain, se rend 
coupable d'un crime, on lui envoie un lacet et l'ordre de s'étran- 
gler. 

Les filles de l'empereur portent aussi des titres différents suivant 
que leur mère est l'impératrice ou l'une des autres femmes, 

IS'liw'Â'*,^?Hw±. Quand une princesse est en âge 
d'être mariée, l'empereur charge un haut personnage revêtu du 

titre spécial de Médiateur, tï Xff /C & , de chercher un gendre, 

^ l^lf : le gendre doit être Mantchou ou Mongol; son père, son 
grand-père et son bisaïeul doivent tous trois avoir obtenu au moins 
la deuxième classe du deuxième rang du mandarinat civil, ou la 
première classe du deuxième rang du mandarinat militaire : ces 
rangs correspondent aux fonctions de président ou vice-président 
de ministère, vice-roi, gouverneur ou trésorier provincial, maré- 
chal ou lieutenant général dans les Bannières, général de division 
dans Tarmée chinoise. Beaucoup de princesses sont données en 
mariage à des princes mongols pour resserrer les liens qui les 
unissent à la dynastie des Ts'ing. Ces conditions de rang sont 
seules demandées. Le Médiateur s'entend avec la famille du gendre. 
Outre la dot de la princesse^ une pension est accordée au gendre. 
Le lendemain du mariage, celui-ci doit adresser à l'empereur ses 
remerciements officiels pour le bienfait qu'il a reçu ; il est toujours, 
vis-à-vis de sa femme, dans la position d'un inférieur. Les gendres 
impériaux ne sont pas désignés par leur nom, mais par les titres 
de grand gendre, second gendre, troisième gendre, suivant que la 
princesse qu'ils ont épousée^ est l'aînée ou Tune des cadettes. Us 



— 229 — 

débutent en général dans les fonctions publiques par le second 

•w H^ JL pr 

rang des grands ayant charge à la cour, WL i^ y\ EcL , et doivent 

alors accompagner partout l'empereur et se tenir à sa disposition; 
ils obtiennent ensuite des places très lucratives et peuvent arriver 
à tous les postes, sauf à celui de directeur de Tlntendance de la 
Cour et aux commandements militaires effectifs; ils peuvent 
toutefois avoir des grades dans Tarmée. Ils portent sur le chapeau 
un globule rouge et le poitrail de leur cheval est orné d^une double 
frange rouge. Si la princesse qu'ils ont épousée vient à mourir, 
ils ne peuvent une seconde fois épouser une fille d'empereur. Leurs 
fils, sans appartenir à la maison impériale, obtiennent parfois 
des titres de noblesse impériale. 

Huit familles princières ont, dès les origines de la dynastie^ 
reçu leur titre avec droit de transmission héréditaire à perpétuité : 
ces huit maisons descendent toutes des deux premiers empe- 
reurs mantchous, T'ai-tsou et T'ai-tsong, yK WL |^ 3S. iP*, 

3K ^ 3C 3S. Tp*, dont les règnes portent les noms de T'ien-ming, 

^ ^(1616), rien-ts'ong, ^ ^Ê. (lôajjetTch'ong-te, MWi 
(i636). Cette faveur leur a été accordée à cause des services rendus 
parleurs chefs primitifs, fils des empereurs T'ai-tsou ou T*ai-tsong, 
à Tépoque de la conquête; l'un de ces princes, le prince de Sou, 
porte encore aujourd'hui le nom populaire de priuce de Corée, 
parce que le premier prince de Sou a soumis ce royaume. Ces 
princes, désignés d'ensemble sous le nom des huit princes au 
casque de fer, portent les titres de grands princes du premier rang 

de Li, ma. , de Jwei, ^ , de Yu, H^ , de Sou, m , de Tcheng, ™ , 

de Tchwang, ^; grands princes du second rang de Chwen- 

tch'eng^ W^ ^j et deK'o-k'in, Tu Wi . Une neuvième maison 

est celle des princes de Yi, m : le fondateur était le treizième 
fils de K'ang-hi et il reçut l'hérédité perpétuelle de son frère monté 
sur le trône sous le nom de Yong-tcheng. L'hérédité perpétuelle 
a été donnée à deux des frères de Hien-fong : au prince de Kong^ 

, à cause des services rendus par lui lors de la guerre de 1860 
et contre la conspiration qui a eu lieu à la mort de Hien-fong; et 

GAoon. HI8T. KT DB8CRIPT. — VL 16 




— Î30 — 

au prince de Chwen, PÇf par son ûls qui règne actuellement. 
Les titres tenus avec droit d'hérédité perpétuelle passent au fils 
aîné, sauf exceptions motivées : les cadets obtiennent fréquemment 
des tilres inférieurs de noblesse impériale. 

Au-dessous des titres de grand prince du premier et de grand 
prince du second rang, existent ceux de princes du premier et du 

second rang, ^ w ^w^SIUJ^'T*, de ducs du pre- 
mier, du second, du troisième et du quatrième rang, ^ ® «K 

r^V4W^ H -^ , de nobles du premier, du second, du troi- 
sième et du quatrième rang, JPI H tIt ^ , W H W ^ , ^ 

H Hv* 9 , ^ ® W -J^ ; ii y a donc en tout douze degrés de 
noblesse impériale. 

La loi commune de transmission de ces titres est la suÎTanle : 
les titres nobiliaires sont personnels et ne passent au fils du pos- 
sesseur primitif que par décret spécial de Tempereur; si un dé- 
cret confère au fils un titre de même degré que celui que partait 
le père, la qualification nobiliaire Tarie le plus souvent; ainsi nn 

prince de Hwai, ^, a eu pour fils un prince de Jwei-min» W 

^ . Souvent latné de la famille obtient, à la mort de son père^ 
un titre d^un ou deux degrés inférieur au titre de celui-ci; les 
autres fils reçoivent alors le titre de noble impérial, qui les met 
au neuvième, dixième, onzième ou douzième rang de la noblesse; 
les fils des concubines n'obtiennent généralement pas de titre, à 
moins qu*il n'y ait pas de fils de la première femme. Générale- 
ment les fils n'ont pas de titre du vivant de leur père. Si un noble 
d'un rang quelconque rend quelque service qui lui gagne la fa- 
veur impériale, un décret lui confère le degré immédiatement su- 
périeur, mais sans lui permettre de porter le titre correspondant; 
il sera prince du premier rang, ayant degré de grand prince du 
second rang, et il faudra un nouveau décret pour qu'il puisse 
s'intituler grand prince du second rang. Cette ascension dans la 
hiérarchie est rare; elle ne s'accorde que pour des services signa- 
lés, ou dans des occasions importantes, telles que le mariage de 



— S3I — 

Tempereor. Celai qui resd des services plus signalés eocore, ob» 
tient la t r a nsmissio n héréditaire de son titre pour trois, cinq« 
aept ou neuf générations ; Thérédité perpétuelle n*existe que pour 
les onze maisons dont j*ai parlé plus haut. En général, le degré 
de noblesse baisse à chaque génération, et bien des descendants 
d*empereuR« sont simples membres de la maison impériale sans 

titre nobiliaire, 7|C s. . 

Beaucoup de chefs mongols ont reçu différents titres de noblesse 
impériale et un grand nombre de ces princes et ducs mongols ont 
le droit de transmission héréditaire perpétuelle ou limitée à trois» 
cinq, sept, neuf générations. Un titre spécial de duc est donné 

an père de Timpéralrice, ^ 4S ^ ; les fils des filles de l'em- 
pereur peurent aussi être ducs; le chef de la famille de Confucins 
et le chef d'une branche de la dynastie des Ming actuellement 
surrivante sont également ducs et ont un rang marqué à la cour 

lorsqu'ils y paraissent, VT ae ^, wfi ^. Mais toutes ces der* 
nières catégories de nobles ne sont pas comptées dans la maison 
impériale, bien qu'ils aient les privilèges attachés à leur degré de 
noblesse. 

L'adoption est très répandue en Chine, pour assurer la perpé* 
tuité des sacrifices aux ancêtres : à plus forte raison est-elle fré- 
quente dans les différentes familles de la maison impériale qui 
désirent naturellement plus que toutes les autres, que ces sacri- 
flces ne cessent pas d'être offerts. L'adopté doit toujours être un 
collatéral d'une génération inférieure à l'adoptant; dans la famille 
impériale, un noble du postnom de Yi ne pourra adopter qu'un 
collatéral portant le postnom de Tsai. L'adoption ne peut jamais 
porter sur un fils aîné ni sur un membre d'une autre famille; elle 
n'a lien que du consentement de tous les membres de la famille 
qui sont de la même branche que les intéressés. La seule céré* 
monie est le prosternement de l'adopté devant son père adoptif. 
Les adoptions qui touchent les parents les plus proches de Tem- 
perenr sont consacrées par décret : c'est ainsi que l'empereur 
Tao-kwang a donné son cinquième fils en adoption à son frère ; 
un fils cadet du prince de Kong a été adopté par son oncle, le 




prince de Tchong, S : depuis lors, Tadoption a été annulée, 
parce que, le fils aîné du prince de Kong étant mort sans enfants, 
la maison de Kong n'avait plus d'héritier. Les adoptions pos« 



— à32 — 

th urnes sont même en usage : j*ai parlé de celle qui a fait de 
l'empereur actuel le fils adoptif de Hien-fong ; de même un colla- 
téral assez éloigné a été donné en adoption posthume au prince 

de Yin-tché, S ^ , fils aîné de Tao-kwang. 
Les membres, fort nombreux, de la maison impériale, qui n'ont 




pas de titre nobiliaire, 7j< 3È, , sont connus sous le nom popu- 
laire de « Ceintures jaunes », W ^ "T^ , à cause de la ceinture 
jaune qui les distingue. A la maison impériale se rattachent en- 
core les Gioro, fil iBl, ou « Ceintures rouges », W- ^ y : ce 
sont ou des descendants des chefs Ngai-sin antérieurs à T'ai-tsou 
et T'ai-tsong, ou des membres plus rapprochés de la maison im- 
périale, dont un des ancêtres a été dégradé et privé de la cein- 
ture jaune. 

Outre cette ceinture jaune distinctive, les tsong-ché ont seuls 
droit à la robe ayant quatre fentes dans le bas et au chapeau sur- 
monté d'un bouton de ts'ing-kin, n 1e^ (sorte de lapis à pail- 
lettes d'or) ; ils font seuls l'agenouillement au lieu de la génuflexion ; 
même sans aucune fonction, ils sont assimilés aux fonctionnaires 
du quatrième rang, ce qui leur donne le droit de porter le ratio- 
nal orné d'un tigre. Ils ne peuvent d'ailleurs exercer en province 
que les plus hautes fonctions, telles que celles de vice-roi, gouver- 
neur, etc., afin d'éviter les dissentiments avec les autorités qui 
leur seraient supérieures. A Péking, ils peuvent avoir des postes 
de rang beaucoup moins élevé. Sauf le cas de fonctions en pro- 
vince, ils ne peuvent s'éloigner de Péking ou de Moukden, @ 

^ , seconde capitale de l'empire, à une distance de plus de qua- 
rante li. Ceux qui se trouvent trop pauvres pour vivre à Péking, 
sont, sur leur demande, envoyés à Moukden aux frais de l'empe- 
reur qui leur fournit un logement et des terres à cultiver ou affer- 
mer; cet établissement pour les tsong-ché a été fondé sous le règne 





de Kia-k'ing, Jm Si . D'ailleurs toute profession leur est inter- 
dite. Il y a une vingtaine d'années, le prince de Kong a fait re- 
chercher et punir ceux des tsong-ché qui s'étaient éloignés de 
leur résidence, ceux qui avaient réussi à se glisser dans les fonc- 
tions publiques inférieures ou qui exerçaient un métier. 11 parait 



— 233 — 

néanmoins que nombre des maisons de jeu de Péking appar- 
tiennent à des tsong-ché qui les exploitent par Tintermédiaire d'un 
préte-nom. Les tsong-ché reçoivent du trésor 3 taëls par mois 
jusqu'à dix-huit ans, et ensuite 4 taëls. 

Tous les nobles ont droit à des pensions fixées d'après leur de- 
gré et payées par le trésor; ils sont souvent délégués pour faire 
les prières d'usage en l'honneur des membres défunts de la Mai- 
son impériale, pour assister l'empereur dans les sacrifices et pour 
prendre part aux cérémonies du palais. Certaines marques d'hon- 
neur, telles que la plume de paon, leur sont accordées beaucoup 
plus facilement qu'aux autres Mantchous et aux Chinois. 

Les nobles des six degrés supérieurs (grands princes, princes 
et ducs du premier et du second rang) ont droit à huit marques 

distinctives, / > 7s : le bouton de ts'ing-kin et la plume de paon 
à deux yeux sur le chapeau, la bride de pourpre et la housse pour 
la selle, la théière portée à dos d'homme, les clous à grosse tête 
sur la porte de leur palais^ les pavillons, habituellement roulés, 
à droite et à gauche de la porte principale et les chevaux de frise 
auprès des entrées de leur palais. Les princes ont de plus la lan- 
terne en corne de bœuf, la robe de cour à quatre dragons et por- 
tent sur le chapeau un bouton en torsade de soie rouge au lieu 
du bouton en pierre précieuse. 



Le conseil de la maison impériale^ TK yv /nf . 

Toutes les affaires concernant la maison impériale sont du res- 
sort du conseil de la maison impériale, "^ /V /fif , dont le siège 
est à Péking. Ce conseil se compose d'un président, de deux vice- 
présidents, de deux assesseurs et d'un assistant et a sous ses 
ordres plusieurs séries de secrétaires et de rédacteurs. Le prési- 
dent, les vice-présidents et les assesseurs sont membres de la 
maison impériale ; la règle, observée partout ailleurs en Chine, 
d'après laquelle deux proches parents ou alliés ne peuvent être 
employés dans la même administration, n'est pas suivie pour le 
conseil de la maison impériale ; seul le fonctionnaire ayant le 
titre d'assistant doit toujours être un Chinois. 



! 



— 234 — 

Ce conseil tient l'état civil de la maison impériale. Il y a des 
registres pour les naissances, pour les mariages et pour les décès. 
On mentionne les noms des père et mère, le postnom donné à 
Tenfant, son sexe, le jour et Theure de sa naissance ; les noms et 
postnoms des conjoints, la bannière à laquelle ils appartiennent 
Tun et Tautre, le jour du mariage; le nom du mort, le jour et 
rheure de sa mort et l'indication : mort de maladie, ou : mort à 
l'armée. Les déclarations de naissance et de décès doivent être 
faites dans un délai de trois jours, soit verbalement par les pro- 
ches, soit par écrit. La déclaration de mariage doit être appuyée, 
pour celui des conjoints qui n*est pas de la maison impériale, 
d'une sorte de certificat d'identité délivré et scellé par le capitaine 
de bannière compétent; il n'y a dispense de cette obligation que 
si le mariage a donné lieu à un décret impérial. Les membres de 
la maison impériale, conformément à la loi chinoise, ne peuvent 
jamais se marier entre eux; ils ne peuvent se marier avec les Chi- 
nois. Toutefois un tsong-ché peut acheter des Chinoises et en faire 
ses concubines et, si celles-ci ont des enfants, leur mariage se 
trouve mentionné sur les registres de l'état civil par l'inscription 
même de la naissance. Ces registres portent aussi mention des 
adoptions : on note le nom du père, celui du père adoptif et celui 
de l'adopté. 

Les registres sont tenus en double, suivant deux méthodes : 
les registres généraux des naissances, des mariages, des décès 
contiennent chacun l'une de ces sortes de faits, jour par jour, 
dans l'ordre où ils se présentent; ces registres généraux servent 
à établir pour chaque branche de la maison impériale trois re- 
gistres séparés pour les naissances, pour les mariages et pour les 
décès. Des registres semblables sont tenus pour les tsong«ché éta- 
blis à Moukden. De plus tous les registres sont tenus en man- 
tchou et en chinois. Tous les dix ans, une commission spéciale, 

Jl W W , est constituée par décret ; elle comprend toujours 
quelques lecteurs ou explicateurs, W Wj1W wl> de l'Acadé- 
mie impériale, w W hti; elle est chargée de la collation des 
registres et du recensement des membres de la maison impériale. 
Copie des registres de Péking est ensuite portée à Moukden par 
un dignitaire de la cour délégué à cet effet; de même, copie des 
registres de Moukden est apportée à Péking. Si un membre de la 



-~ 235 — 

maison impériale a des foaclioas en province et qu'une naissance, 
un mariage ou un décès aient lieu dans sa famille, il dresse et en- 
voie à Péking une déclaration scellée par tous les fonctionnaires 
manichous de sa résidence. 

D'après les registres de Tétat civil, le conseil de la maison im- 
pénale dresse la liste des membres de la noblesse en âge de se 
marier; la liste est présentée à l'empereur qui y inscrit : « Je suis 
informé » et par là, il se désintéresse de la question. Il arrive 
aussi que, par une faveur spéciale, l'empereur délègue comme 

Médiateur, 4Ï w /C KL , un grand de la cour qui s'occupe du 
mariage d'un prince ; la dot de la femme est alors fournie par 
l'empereur; dans d'autres cas, l'empereur se contente de faire 
des présents. 

Quand un membre non noble de la maison impériale fait au 
conseil de la maison impériale sa déclaration de mariage^ il reçoit 
5o taêls pour un premier mariage, 3o taëls pour un second ma- 
riage s'il n'a pas de fils du premier, i5 taëls seulement s'il a un 
fils : car, dans ce cas, la continuation de la famille est déjà assu- 
rée. Jadis, lors du premier mariage, l'empereur déléguait un 
grand personnage pour examiner l'intelligence et les capacités 
du jeune homme et lui donnait ainsi l'occasion d'obtenir un poste 
dans l'administration ; un don accessoire était même ajouté ; cette 
coutume n'existe plus. Pour le mariage d'une fille de tsong-ché, 
l'empereur fait aussi un don de 5o taêls. 

A la mort d'un tsong-ché assimilé aux fonctionnaires de troi- 
sième rang, le conseil de la maison impériale donne loo taëls 
pour les funérailles ; il donne 5o taëls pour les funérailles d'un 
tsong-ché qui n'a exercé aucunes fonctions et qui, par consé- 
quent, est du quatrième rang. Quant aux funérailles des nobles, 
elles donnent lieu à des décrets dont l'exécution n'est pas tou- 
jours de la compétence du conseil. 

Tout ce qui concerne l'emploi des tsong-ché comme fonction- 
naires, nominations, avancements, dégradations; la proposition 
des tsong-ché pour faire les prières et surveiller les travaux aux 
tombeaux des empereurs de la dynastie; en général, tout ce qui 
touche d'une façon quelconque un membre de la maison impé- 
riale est du ressort du conseil. Il a, par exemple, des attributions 
de justice criminelle et civile : les crimes et délits des tsong-ché 
sont jugés par lui seul. L'une des pénalités est l'exil à Moukden ; 



— 236 — 

une autre consiste dans la radiation des registres et la privation 
de la ceinture jaune, avec assimilation aux simples Mantchous; 
jadis une pénalité intermédiaire était la substitution de la cein- 
ture rouge à la ceinture jaune, mais ce châtiment n'est plus en 
usage depuis plus de deux cents ans. Le châtiment corporel le 
plus sévère qui fût applicable autrefois, était Temprisonnement ; 
aujourd'hui les tsong-ché sont punissables de mort, mais seule- 
ment après radiation des registres et privation de la ceinture 
jaune. Le meurtre d'un tsong-ché est plus sévèrement châtié que 
le meurtre d'un Mantchou ordinaire ou d'un Chinois. Toute con- 
testation civile entre tsong-ché est du ressort du conseil de la 
maison impériale. Une contestation, s'élevant entre un tsong-ché 
et un homme qui n'appartient pas à la maison impériale, est jugée 
par une commission mixte prise dans le conseil de la maison im- 
périale et dans l'autre tribunal compétent; devant tout tribunal, 
un homme ordinaire, Chinois ou Mantchou, parle à genoux, un 
tsong-ché reste debout. 

Les ducs qui n'appartiennent pas à la maison impériale, dé- 
pendent des administrations et tribunaux ordinaires; les princes 
et ducs mongols sont sous la juridiction de l'administration des 

frontières, ™ 





Après cet exposé de la constitution de la maison impériale et 
des attributions du conseil chargé de régler les affaires qui la 
touchent, je dois étudier les faits principaux de la vie de l'empe- 
reur et des princes qui forment la tête de cette maison. J'aurai 
d'abord à parler de l'éducation de l'empereur; le fait d'un empe- 
reur enfant ne s'est présenté que trois fois sous la dynastie des 
Ts'ing : l'empereur actuel avait trois ans à son avènement; T'ong- 
tché est monté sur le trône à sept ans; K'ang-hi était très jeune 
aussi quand il est devenu empereur. J'indiquerai ensuite quelle 
est réducation des fils d'empereur et des fils des princes; puis 
je m'occuperai, pour l'empereur et les princes, du mariage, de la 
naissance des enfants, des funérailles, des testaments et de l'avè- 
nement. J'arriverai ainsi à la fin d'une seconde division de mon 
travail. 



— 237 — 

r 

Education de t empereur. 

L'empereur actuel a été confié aux soins de servantes choisies 
par les impératrices régentes, Ts'e-ngan, î@ ^, et Ts'e-hi, 

ÎS Wt , sur présentation de Tlntendance de la Cour, P3 ?ct /ly ; 
ces servantes devaient marquer à l'empereur le plus grand res- 
pect et se tenir à genoux devant lui. Dès l'entrée au palais, il a 
dû être séparé de sa mère et de son père, le prince de Chwen, 
car il aurait dû se prosterner devant eux, ce qui en même temps 
était peu séant pour l'empereur; d'ailleurs les régentes pouvaient 
appeler, pour voir l'empereur, le prince de Chwen et sa femme. 
L'empereur a été élevé sous les yeux des impératrices régentes, 
qui lui ont donné elles-mêmes les premières notions de politesse 
et de lecture que l'on donne à tout enfant chinois. 
Quand l'empereur a atteint l'âge de sept ans, le Grand Conseil, 

•^ 1^ mty la Grande Chancellerie, F^ ^ , et les hautes cours 
(ministères, etc.), dressent une liste de personnages connaissant 
à fond la littérature, l'histoire, les rites et la science du gouver- 
nement ; ils doivent tous avoir au moins trente ans et ne peuvent 
pas en général dépasser soixante ans; parmi eux, la régence dé- 
signe un gouverneur, m& piP w, et plusieurs sous gouverneurs; 
le gouverneur de T'ong-tché et celui de Kwang-sin ont été tous 
deux Chinois; Kwang-sin a eu deux sous-gouverneurs, l'un Man- 
tchou et l'autre Chinois; les gouverneurs et sous-gouverneurs doi- 
vent parler le pékinois et être membres de l'Académie impériale. 
Le gouverneur a sous sa direction les explicateurs impériaux pour 

les livres canoniques, « ^ ^ B , et les explicateurs ordi- 
naires de l'empereur, P ^ ^ ^ "& B . Dans la salle où 
l'empereur doit étudier, est suspendue une tablette qui porte le 
jour et l'heure de la leçon ainsi que les noms des gouverneurs et 
explicateurs qui en sont chargés; les noms sont seuls inscrits, les 
postnoms ne l'étant pas à cause du respect dû par l'empereur à 
ses précepteurs. Dans la salle d'étude, bibliothèque d'En-haut, 

Jl W w , bibliothèque du Sud, m W W , salle de la Vertu 
supérieure, 5k fB WL , la table de l'empereur est tournée vers 



— 238 — 

le sud ; à sa^ucbe, toutes tournées vers Touest, sont placées les 
tables du gouverneur et des soos^gouTerneurs et explicateurs as- 
sistant à la leçon ou chargés de la donner. Sur an socle sculpté 
est posée une tablette en bois précieux portant rinscription : « Ta- 
blette de Confucius, le maître antique, le très saint, le très parfait, 

En arrivant, Tempereur est suivi par tout son cortège qui reste 
hors de la salle. L'empereur va s'incliner devant la tablette de 
Confuciusy puis devant les gouverneur et explicateurs qui se 
tiennent debout; ils lui répondent par un prosternement. Les 
jeunes princes, proches parents de l'empereur et élevés avec lui, 
se prosternent aussi. L'empereur présente ensuite lui-même aux 
gouverneur et explicateurs du thé, du vin et une collation, après 
quoi il s'assied. Le maître lit le premier le texte de la leçon; 
l'empereur d'abord, puis les jeunes princes répètent phrase par 
phrase; si l'empereur se trompe, le maître frappe sur une table 
et le prie de se reprendre. La leçon finie, le plus jeune des princes 
qui étudient, s*incline devant la tablette de Confucius et avertit 
l'empereur qu'il est temps de se retirer. Tous se lèvent; l'empe- 
reur s'incline devant la tablette, puis devant ses maîtres; ceux-ci 
lui répondent par le prosternement; les princes se prosternent 
et l'empereur sort sous les yeux du gouverneur. Celui-ci inscrit 
ce qui a été étudié, avec les observations qu'il a à faire ; ces notes 
sont remises à la Grande Chancellerie. Les leçons ont lieu le matin 
et dans l'après-midi, et durent chacune environ trois heures. 

L'empereur étudie le chinois et le mantchou; il apprend h écrire 
ces deux langues et fait du tracé des caractères « bonheur » et « lon- 
gévité », ffO w , une étude spéciale. Il ne compose pas de Wen- 

tchang, 3v ^ (développements en prose mesurée et cadencée 
sur un thème donné) ; mais il fait des dissertations sur des sujets 
concernant 'les rites, le gouvernement, l'histoire; il apprend la 
versification : quelques empereurs de la dynastie, K'ien-long par- 
ticulièrement, se sont distingués comme poètes. L'empereur doit 

lire les livres canoniques et les livres classiques^ ^ fS fh 9, 
les historiens les plus importants et des passages de l'Encyclopé- 
die administrative de la dynastie, 7C ÎW W :W ; l'explication 
des textes est dirigée par les expUcateurs selon leurs spécialités. 



— 239 — 

L'empereur apprend aussi à tirer de l'arc et à monter à cheval, 
sous la direction de hauts dignitaires de la cour. Il a pour com* 
pagnons d'exercices les jeunes princes de sa maison ; parfois des 
concours s'organisent entre eux : mais les princes doivent tou-* 
jours laisser la victoire à l'empereur. L'équitation est dirigée par 

le grand écuyer, ™ '^ y^ bL . 

J'aurai d'ailleurs par la suite à revenir sur les fonctions et pri- 
vilèges et du grand écuyer, et des gouverneur et explicateurs. 



Éducation des princes. 

L'éducation des fils d'empereur est analogue à celle dont je 
viens de parler ; ils la reçoivent tous ensemble de précepteurs 
désignés par Tempereur; ils n'ont d'ailleurs pas autour d'eux la 
même hiérarchie de gouverneur, sous-gouverneurs, explicateurs : 
ces fonctionnaires sont attachés seulement à la personne du sou- 
verain : l'éducation des fils d'empereur est complète vers l'âge de 
dix-huit ans; ils reçoivent alors un titre et une qualification no- 
biliaires, une dotation leur est assignée et l'empereur donne à 
chacun un palais où il doit s'établir. 

Les jeunes nobles de la maison impériale étudient avec des 
maîtres choisis par leur père, ou parfois par l'empereur; les 
jeunes gens d'une même branche familiale sont élevés ensemble; 
il existe des écoles entretenues par l'empereur pour l'éducation 

des tsong'Chô et des gioro, ^TC ^ , W S» ^ ; ces écoles sont 
dirigées par le conseil de la maison impériale. Les jeunes nobles 
doivent savoir le mantchou, connaître l'Encyclopédie administra- 
tive de la dynastie et être capables de monter à cheval et de tirer 
de l'arc ; en dehors de ces connaissances spéciales, leur instruc<- 
tion ne diffère pas de celle de tous les Chinois de bonne famille. 
A dix-huit ans, les jeunes princes doivent subir un examen, 

^ iK BÊ ^, au conseil de la maison impériale devant un 
prince et de hauts dignitaires spécialement délégués ; le fils aîné, 
qui est appelé à avoir par la suite le titre même du père, ou un 
titre peu inférieur, doit seulement écrire son nom, son postnom 
et son Age, et répondre à des interrogations sur l'Encyclopédie 



— 240 — 

administrative; sMl fait preuve d*uae trop grande ignorance, on 
lui donne pour s'instruire un délai de trois ans, à la 6n duquel 
il doit se présenter de nouveau. S*il ne passe pas davantage ce 
second examen, on lui inflige certaines punitions, telles que in- 
terdiction de mariage pendant un laps de temps fixé, et même 
privation du titre auquel il pourrait avoir droit à la mort de son 
père et qui est alors donné à Tun de ses cadets. Pour les fils cadets, 
Texamen est plus sérieux et, s'ils le subissent d'une façon conve- 
nable, ils obtiennent des charges au palais, un rang élevé de fonc- 
tionnaire, des distinctions honorifiques, telles que la plume de 
paon, et, à la mort de leur père, un titre nobiliaire. Peu de diffé- 
rence est faite entre les fils de la femme de premier rang et ceux 
qui sont nés des autres femmes. Quant à ceux qui ne peuvent su- 
bir l'examen, ils servent dans les Bannières auxquelles ils appar- 
tiennent^ ou restent privés pour leur vie de toutes fonctions. 



Impératrices et dames du palais^ 
Mariage, 

A la fin de l'éducation se plaçait jadis la cérémonie de la prise 

du chapeau viril, TtSb HB, qui a été supprimée par la dynastie 
actuelle, lorsqu'elle a imposé la natte à tous les Chinois : les en- 
fants portant la natte à partir de sept ou huit ans, les rites de la 
prise de la coiffure virile n'avaient plus de raison d*étre; les rites 

du mariage, IBSUSty qui occupaient le second rang, ont donc 
passé au premier. 

C'est vers l'âge de seize ou dix-huit ans que l'empereur se ma- 
rie. D'après les ordres de Timpératrice régente Ts'e-hi qui attache 
beaucoup d'importance à l'observation des rites de l'antiquité, 
une étroite surveillance aurait, me dit-on, été jusque-là exercée 
sur le jeune empereur Kwang-siu par son gouverneur et par les 
eunuques, afin d'empêcher toute relation malséante avec les 
femmes qui vivent dans l'intérieur du palais. Une ligne de con- 
duite moins rigide avait, semble-t-il, été suivie à l'égard de l'em- 



— 241 — 

pereur T'ong-tché : car, dès avant son mariage, il avait une femme 

de second rang. Li-fei, JK Jtu , qui donna le jour à une princesse ; 
et c'est alors que l'empereur T'ong-tché fut considéré comme en 
Âge de se marier. D'ailleurs les lettrés qui m'ont parlé de ce fait, 
le considèrent comme contraire aux principes ; la question n*a pu 
être soulevée que trois fois sous la dynastie actuelle; avant T*ong- 
tché et Kwang-siu^ seul K'ang-hi s'était marié étant déjà sur le 
trône, et c'est aux règles fixées à cette époque que l'on s'est con- 
formé pour l'ordonnance des mariages de T'ong-tché et de Kwang- 
siu*. 

Quand approche l'âge oCi l'empereur doit se marier, l'impéra- 
trice régente fait écrire aux lieutenants généraux, w wt , des 

huit Bannières, et aux vice-rois, mS m , et gouverneurs, 722L fiK, 
des provinces, qui doivent rechercher dans leurs juridictions les 
filles de fonctionnaires mantchous âgées de treize à vingt ans; 

des listes sont adressées au Ministère du Cens, /^ np , qui pré- 
pare un tableau général portant le nom et Tàge des jeunes filles, 
le nom et les grades de leurs père et ascendants ; ce tableau est 
mis sous les yeux de Timpératrice douairière; celle-ci, tenant 
compte surtout de Tillustration des familles et des services ren- 
dus à l'empire, marque un certain nombre de noms et renvoie les 
listes au ministère qdi fait écrire, pour chaque jeune fille dési- 

I» Pour ce chapitre, outre les renseigaements oraux assez nombreux que j'ai 
pu obtenir, je me suis serri des décrets publiés dans la Gazette de Péking et 
de deux séries d'instructions officielles qui ont été imprimées les unes sans 
titre par les soins du Ministère des Rites, les autres avec les titres de Céré- 
monial du mariage impérial yZ JOS IfSt Fr > Trousseau de l'impératrice 

d'après les coutumes mantchoue et chinoise^ \f^ @| ^fc V£, t P^r l'Intendance 

de la Cour. Ces deux derniers ouvrages ont été mis en vente chez certains li- 
braires. — Ce sont les instructions du Ministère des Rites et de l'Intendance de 
la Cour, relatives au mariage de l'empereur T'ong-tché, que M. Devéria a tra- 
duites et enrichies d'abondantes notes dans son ouvrage Un Mariage impérial 
Chinois (i vol. in-i8, Leroux, 1887). Après ce très intéressant volume, je ne 
puis songer à insister sur le cérémonial même du mariage : je ne ferai que le 
résumer, de façon à maintenir la suite de l'exposé en indiquant les différences 
qu'il y a entre les cérémonies du mariage de T'ong-tché et celles du mariage 
de Kwang-siu ; et dans ce chapitre, je m'étendrai seulement sur les points qui 
sont en dehors du Mariage impérial chinois. 



— 242 — 

gDée» une iabletie poriant son nom, son âge et les grades et dis- 

linciloDs obtenus par ses ascendants. Les jeunes filles, y9 ^^ , 
sont convoquées par l'intermédiaire des lieutenants généraux et 
des vice-rois et gouverneurs, pour être amenées à Péking à une 
époque fixée. Si Tune des jeunes .filles désignées est malade ou a 
quelque infirmité, ses parents avertissent l'autorité et Timpéra- 
trice délègue un fonctionnaire pour s'assurer de l'exactitude du 
fait ; ce fonctionnaire, après examen, informe le Ministère du Gens; 
si la maladie est réelle, la jeune fille est dispensée de se présenter; 
si Texcuse est fausse, les parents sont punis; lors du mariage de 
l'empereur actuel, l'impératrice Ts'e-hi avait donné des ordres 
très sévères sur ce point. 

Les parents, père ou, à son défaut, oncle paternel ou frère afné, 
amènent les jeunes filles, à leurs frais^et, quand toutes sont réu- 
nies à Péking, le ministère en informe Timpératriee qui fixe le 

jour où elle les recevra, 'W S . Au jour indiqué, les parents les 

conduisent à la porte du nord de la ville impériale, ^ ^ rT ; 
tous les fonctionnaires du Ministère du Cens et ceux de la maré- 
chaussée de Péking, fË m wt il , s'y trouvent convoqués pour 
sorveiller et mettre de Tordre. Les voitures entrent dix par dix; de 
petites constructions ont été disposées à Tavance sur la large ave- 
nue qui conduit de la porte Ti-ngan à la salle Gbeou^hwang, 

w as. WL : les jeunes filles y descendent avec leurs parents qui, 
ne pouvant les accompagner plus loin, les attendent à cet endroit. 
Les fonctionnaires du ministère viennent les chercher et les mettre 
en ordre dix par dix ; deux secrétaires sont adjoints à chaque 
groupe : Tun marche en tête et porte les tablettes des noms des 
jeunes filles; l'autre secrétaire marche le dernier. Ils les con- 
duisent jusqu'à la porte Chen-wou, " BÇ r f : des eunuqoes 
prennent les tablettes, font entrer les jeunes filles dans TenceinCe 
du palais et les conduisent auprès de Timpératrice, devant la- 
quelle elles se prosternent. L'impératrice les interroge en chinois, 
puis remet aux eunuques un certain nombre des tablettes qui lui 
ont été présentées; les eunuques emmènent sur-le-champ les jeunes 
filles ainsi congédiées ; elles sont reconduites à leurs parents par 
les secrétaires du ministère et peuvent immédiatement quitter 
Péking. 



— 243 — 

Après avoir causé quelque temps avec les jeunes filles qu'elle 
a retenues près d*elle, Timpératrice les congédie à leur tour : 
celles-ci attendent à Péking qu*un jour soit fixé pour une nou- 

relie audience, zf\ S . L'impératrice leur envoie des présents 
par riatermédiaire du ministère. Au jour de la seconde audience, 
elles sont amenées dans les mêmes conditions que la première 
fo!s;rîmpéralriceen élimine encore quelques-unes : ces dernières 
reçoivent des présents avant d'être renvoyées chez elles. 
Celles qui restent viennent ensuite passer un jour dans des 

maisons préparées auprès du palais de Timpératrice, fl* Ss : 
celle-ci les voit pendant plus longtemps que les premières fois et, 
sachant lesquelles ont le mieux « les vertus, le langage, la beauté 

et Thabileté aux travaux qui conviennent à la femme », 9w VSi 

iS W ^ ^ i@i ^ , fait enÛQ un dernier choix. Celles qui 
sont éliminées à cette troisième audience reçœveiit des présents 
et peuvent quitter Péking ^ Les élues restent d'abord avec leurs 
parents; puis des logements leur sont préparés par le Ministère 

des Travaux, -^ np , soit à l'intérieur du palais impérial, soit 

dans un palais, ni , mis à leur disposition par Temperenr ; des 
dames du palais sont chargées de leur enseigner les règles de 
Tétiquette; des eunuques et des servantes du palais sont à leur 
disposition. Celles des jeunes filles qui montrent quelque défaut 
grave peuvent être rendues à leurs parents. 
Un décret, rendu au bout de quelques mois, fixe quelle sera 

l'impératrice, % Ji« ^ ^ , et un autre décret fixe quelles se- 
ront les deux princesses épouses, 3(u ou ^, et détermine leurs 
noms : Timpératrice» femme de Kwang-sin, appartient à la tribu 

Yébouala^ M^MULI^; elle est fille de Kwei-sîang, ^ 
Wr , frère de l'impératrice Tse'hi, alors vica*lieotenant général, 
fV W r^ , et depuis vice-président de ministère en expectative, 

I. C*est de lettrés mantchous que je tiens tous ces renseignements sur le 
eboix des jeunes filles, M ^ ^ I9C • J'ai dd (|iiitter PéUag ftTaat et In 



— 244 — 

iK TO W wP . Les deux princesses épouses, âgées alors Tune 
de quinze ans, Tautre de treize ans, sont filles de Tch'ang-sin, 

;M ^ , de la tribu T'at'ala, #» #» l^'J ^ ; les deux princesses 

épouses ont reçu les noms de Kin-p'in, ** /^ , et de Tchen-p'in, 

3^ 5K . Avant leur élévation, depuis l'époque où Timpératrice 
douairière les avait choisies, elles habitaient dans l'intérieur du 

palais : un palais, «4> S^ , fut alors assigné à la future impéra- 
trice ; huit eunuques portèrent sa chaise, avec tout le cérémonial 

dû aux impératrices, jusqu'à la porte Chwen-tchong, ilB ^ Il , 






d'où les préposés aux équipages, 5S rR UST , menèrent la sou- 
veraine jusqu'à sa demeure provisoire ; les deux princesses épouses 
furent conduites chez leur père par des eunuques du palais pour 
attendre la date du mariage. 
Quinze autres jeunes filles sont élevées au rang de dames du 

palais, ^ yv , six du premier rang, y> |yC , neuf du second 

rang, /ti ^ : le décret qui les concerne n'est pas publié ; l'im- 
pératrice douairière leur donne des noms analogues à ceux des 

princesses épouses^ par exemple Adresse, ^, Élégance, JPi. 
Après leur élévation, elles sont provisoirement reconduites chez 
leurs parents par les eunuques. Enfin les dernières parmi les 
jeunes filles choisies par la régente sont données en mariage à 
des princes auxquels l'empereur veut marquer une grande faveur. 
Plus de deux mois avant l'élévation de l'impératrice, des décrets 
avaient ordonné au Ministère des Rites d'examiner l'Encyclopédie 
administrative et les précédents des années K'ang-hi et T'ong- 
tché afin de déterminer le cérémonial à suivre; le Bureau d'Astro- 
logie, W< y< m. , eut ordre de fixer les jours ; le Conseil des Cé- 
rémonies, Wb m m , qui n'existe que pour l'époque des mariages 
impériaujT, fut constitué et formé de fonctionnaires du Ministère 

des Rites, Wb np , du Ministère des Travaux, -31 ^ , et de Tln- 

AToir pu vérifier dans YEncyclopédie adminislrative, qu'il ne m'a pas été pos- 
sible de rencontrer à Séoul. 



— 248 — 

tendance de la Cour, n np nw • Les diBërentes administration^ 
qui devaient prendre part aux cérémonies ou les préparer, Grande 

Chancellerie, P] ^ , Académie Impériale, 1^ >n^ ^ , Minis- 
tère des Rites et Ministère des Travaux^ HS np , -l* np , Conseil 
des banquets, jfu W m , Conseil des Cérémonies, Wl flS ^ , 
Préposés aux Équipages, SS ^ imf , Bureau des Manufacture?^ 

Wl im SBl , durent se conformer aux instructions contenues dans 
les rapports du Ministère des Rîtes et approuvées par décret, et 
agir sous la surveillance du conseil spécial des cérémonies du 

mariage^ 1RS ^k S& . Les cérémonies à accomplir furent réglées 
de la façon suivante et ne diffèrent que pour quelques détails de 
ce qui avait eu lieu sous T'oog-tché : 

i" Les cadeaux, d'accordai lies, w9 >iv (i4* année, ti* lunei 
a« jour ; 4 décembre 1 888) ; 

2"* La confirmation des accordailles, yv Ipl (i4^ année, la^^lune, 
4* jour; 5 janvier 1889); 

3» Les prières au ciel, à la terre et aux ancêtres, ^ W 
(i5° année, 1" lune, 26* jour ; 26 février 1889); 

4" L'investiture et la réception, JVT JL ^ SE (iS® année, 
1" lune, 27* jour; 26 février 1889); 

5* La visite, Wl Ma (i5' année, 2° lune, 4* jo'^r; 5 mars 1889); 





G"" Les félicitations, iSS ^ (i5^ année, 2« lune, 4° jour ; 5 mars 
1889); 

f Le banquet, W 'Se (iS* année, 2* lune, 5« jour; 6 mars 
1889). 

Dans le mois qui précéda la cérémonie de Tinvestiture, des dé-^ 
crets parurent dans la Gazette et désignèrent les princes et hauts 

dignitaires chargés d'étrô médiateurs, Ib VZ , PQ K , de porter 





le décret de faire-part impérial, i^ wl , le livre d*investiture et 
le sceau, "^ m JC , d'adresser les prières au ciel> à la terre et 

GAOOn. BUT» ET DBSCRIPT. « VL IJ 



— 246 — 

aux ancêtres et dé servir de grands chambellans, Il vl 7C 

S» , pour rentrée de la souveraine au palais. 

Tous les détails des cérémonies, qui devaient avoir lieu depuis 
rélévatipn de Timpératrice. avaient été précédemment réglés par 
une série d'ordres qui sont recueillis dans le Cérémonial de Vln^ 





tendance : des princesses par alliance, Wm w, eurent mission de 
|)orler les vêtements de cérémonie à la future impératrice et de 

Taider à monter en chaise; des dames d'atour, jAT 3 , et des 
eunuques durent porter chez Timpératrice le livre dlnvestiture et 
le sceau et donner lecture du livre d'investiture dans les appar*- 
tements intérieurs. Ces mêmes instructions fixèrent le nombre et 
le rang des eunuques qui devaient porter les sceaux, sceptres et 
autres attributs, décidèrent par qui ils seraient désignés, décla- 
rèrent que le Ministère des Rites et le Conseil des Cérémonies, 7^ 

flS ^ , avaient à préparer les palanquins et tables nécessaires 
au palais et chez Timpératrice pour transporter et déposer les 

mandat, pH i sceau^ livre d'investiture et décret; que les ten- 
tures de soie pour le palais seraient fournies par Tlntendance, 
mais que le soin des autres objets incombait au Conseil des Céré- 
monies du mariage, itsL Wi Wl ; que les attributs de l'empereur, 

IS *B§ © ÎW, devaient être rangés sous la surveillance des di- 
recteurs de rintendance et que les emblèmes de l'impératrice, 

^ ^ , seraient mis en ordre par le Ministère des Rites et le 

Conseil des Cérémonies, uk flfi ^ . 

Dans le palais que Timpératrice habitait depuis son élévation, 
les portes étaient confiées aux eunuques impériaux « les femmes et 
eunuques de service étaient envoyés par rintendance, mais la 
nourriture était préparée par les soins de la maison paternelle de 
rimpératrice, qui dut s'occuper aussi de fournir les chandeliers, 
tapis, étoffes de soie, cadres pour les tendre, tout cela, il est vrai, 
aux frais de rintendance. Le Conseil des Cérémonies du mariage 
fit faire les inscriptions sur papier rouge qui durent être suspen- 
dues chez l'impératrice les jours de fétd, et en particulier le jour 



*— 247 — 

des accordailles et le jour de la eonfirmatioa des accoràailles. La 
collation offerte au père de rimpératrice le jour des' accordailles, 
ainsi que les viandes et gâteaux envoyés à sa mère par l'impéra- 
trice douairière furent préparés par Tlntendance. 

Un certain souci d'économie parait dans ce fait que la maison 
paternelle de la future impératrice a été chargée de s'occuper de 
sa nourriture jusqu'au jour du mariage et de veiller à l'achat de 
tous les objets nécessaires jusqu^à ce moment. La mêine idée se 
retrouve dans la suppression des banquets qui avaient été offerts 
à la mère de l'impératrice le jour des accordailles et le jour final 
du banquet) lors du mariage de T'ong-tché : chacun de ces deux 
banquets a été remplacé par l'envoi de gâteaux^ de moutons et 
de jarres de vin. Enfin les recommandations au sujet des objets 
offerts à l'impératrice pour les accordailles et la confirmation des 
accordailles, qui doivent être d'abord conservés dans son palais 
et qui seront ensuite remis aux eumiques de l'Intendance, ces 
recommandations dénotent la même préoccupation. 

Les instructions préliminaires que je viens de résumer ordon* 
nent encore au Conseil des Cérémonies du mariage de préparer 
les vêtements de l'impératrice et fixent le costume des princes et 
liants dignitaires, des princesses et des dames d'honneur pour les 
cérémonies où leur présence est requise. 

Un autre volume publié par l'Intendance contient la liste des 
objets formant le trousseau de Timpératrice. Ce trousseau a été 
payé par l'Intendance; il formait la charge de deux cents séries 
de porteurs; le cortège du trousseau accompagné d>unuques et 
de gardes et surveillé par un grand ayant charge à la cour^ com^ 

mandant les gardes, w ^ 1W Pî >^ & , et par un directeur 

de l'Intendance, SB W Pî <W Iw I^ E , est entré au palais 
le a4 de la !'• lune (23 février) vers 6 heures du matin et le a5 de 
la même lune (^4 février) à la même heure. 
Jje volume publié par le Ministère des Rites expose le détail des 

cérémonies ofQcielles : les unes, accordailles, wi ^ , confirma* 
tion des accordailles^ 7% W^ , Investiture, /W Jt , et réception, 

iSl , et de plus les cérémonies du premier jour dans le rituel 
de l'Intendance forment et constatent l'union des deux époux. 
Dans {es deux premières, l'emperettr ne parait pas lui-même : un 




~ 248 — • 

âceptre, fP , signe de la délégation impériale, est remis en grande 

solennité aux médiateurs, lE Wl K , par un grand chancelier, 

yv ^ dt ; la cérémonie a lieu dans la grande salle du Trône, 

jSi 4^ ^ ; les médiateurs, précédés des emblèmes impériaux 
et suivis des présents d'accordailles, portés dans des palanquins, 
se rendent, en passant par l'ouverture centrale des portes, au 
palais de Timpératrice où ils sont reçus par le père de celle-ci, 
agenouillé hors de la porte avec ses fils et frères ; lecture est 
donnée, dans la grande salle de Thabitation, du décret par lequel 
rimpératrice douairière ordonne le mariage de Tempereur : le 
père de Timpératrice écoute, agenouillé; les cadeaux lui sont 
remis. Puis un banquet est offert, au nom de Tempereur, aux 
membres de la famille de l'impératrice. La confirmation des accor* 
dailles se passe de même : mais il n^'y a pas de banquet. Les 
cadeaux faits. pour le mariage de l'empereur Kwang-sin ont été 
un peu moins coasidérables que ceux qui avaient été faits lors du 
mariage de Tempereur T^ong-tché. 

L'investiture et la réception, qui avaient eu lieu le même jour 
sous T ong-tché, ont été complètement confondues pour le mariage 
de Kwang-sin; le cortège, après avoir porté le livre d'investiture 
et le sceau, est revenu ramenant l'impératrice, tandis que précé- 
demment les médiateurs étaient d'abord allés procédera l'investi- 
ture, étaient rentrés au palais et étaient retournés pour chercher 

la souveraine. Le sceau est en or, jK ; le livre d'investiture, W , 
est formé de minces feuilles d'or : il est l'équivalent de Tacte de 

mariage, 3l« W, remis d'ordinaire" à la mariée pour servir de 
preuve. Au jour fixé, les orchestres du palais sont disposés dans 
les environs de la salle T'ai-ho, les emblèmes de l'empereur, les 
emblèmes de l'impératrice, les palanquins, chevaux, éléphants, 

sont rangés dans les cours; les aides de camp, Ix ^ TC &, 

les grands ayant charge à la cour, Pï /C jSL , les gardes à queue 

de léopard, ^ ^ ^ W ^, les ministres des Rites, 15 nP 

^ & , les grands chanceliers, !A ^ JT , les chambellans, 

fS flB ^ B , hérauts, Hl W W et huissiers, 'Si S W , 



— 249 — 
sont rassemblés. L'empereur, après avoir été saluer l'impératrice 

douairière au palais Ts'e-nîng, ÎS W W, va dans la salle du 
Trône et regarde le sceptre de délégation, le livre d'investiture et 
le sceau. Ces objets sont alors remis aux médiateurs qui se rendent 
chez rimpératrice avec tout le cortège impérial. Ils sont reçus de 
la même façon que le jour des accordailles et lecture est donnée 
de Tordre impérial. Des princesses par alliance se sont rendues di 
l'avance auprès de la future impératrice; lorsque les vêtements de 

cérémonie TtS ^ ont été apportés à la suite du cortège des 
médiateurs, Timpératrice s'en revêt : la coiffure et la robe sont 
ornées de perles, les boucles d'oreille sont à pendants en perles, 
un collier de perles se porte au cou, deux autres colliers en perles 
et corail se portent en sautoir, le foulard de cou est à ornements 
d'or et le mouchoir est en soie tout entouré de fils de soie tres- 
sés. L'impératrice, conduite par les maîtresses de cérémonies, 

vl US I^ W , va s'agenouiller dans la grande salle des appar- 
tements intérieurs; elle écoute la lecture du livre d'investiture 
faite par un eunuque et reçoit le livre d'investiture et le sceau 
qui sont ensuite reportés aux médiateurs; ceux-ci sont restés dans 
la grande salle extérieure. Au moment indiqué par le Bureau 

d'Astrologie, ^ 1K !m. , Timpératrice monte dans une chaise 




jaune où ont été placés un caractère « dragon », WS , écrit de la 
main de l'empereur et deux sceptres de congratulation en or, 

'sK 9h ]b^ . La chaise, soutenue par des eunuques et portée par 

les préposés aux équipages impériaux, Si Rrc Wf^ se met en 
marche, précédée par les médiateurs, le sceptre de délégation, 
l'orchestre de marche, et par les emblèmes de l'impératrice et 
suivie des grands ayant charge à la cour et des gardes impériaux; 
des porteurs de lanternes et d'encensoirs accompagnent le cortège, 
qui se met en marche vers ii heures du soir. 

Arrivés à la porte Ta-ts'ing, /C îfw II , les médiateurs et 
autres hauts dignitaires descendent de cheval; les premiers vont 
rendre compte de leur mission, les autres se retirent; les palan- 
quins vont jusqu'à la porte K'ien-ts'ing, W ffil ri , et là les 
ministres des Rites prennent le livre d'investiture et le sceau et 



~ 250 — 

les portent dans la salle Kiao-rai, >? ^ ®v , disposée à cet effet. 

Dans le palais K'îen-ts'ing, ?S ÎW O , sous la galerie extérieure, 
l'impératrice descend de sa chaise et monte dans un palanquin 
surmonté d'un paon; elle parvient ainsi dans une des chambres 

du palaïs Kwen-nîng, *V m W, où elle attend l'empereur; elle 
porte alors un diadème en forme de phénix, une robe jaune claîV 
brodée de dragons et une veste à huit écussons brodés de dragons; 
elle a la tête couverte d'un voile rouge et ornée de fleurs en bourre 
de soie. L'empereur, en arrivant, découvre le visage de sa fiancée ; 
il s'assied sur le lit nuptial du cOté gauche et elle du côté droit, 

lui faisant face. Alors a lieu le repas rituel, *« S ^ , servi par 
les princesses par alliance : après quoi des femmes de l'Intendance 
emportent la table. Le Cérémonial de Vlntendance donne beaucoup 
moins de détails sur les rites accomplis dans les appartements 
intérieurs de l'impératrice et sur son arrivée au palais, que n'en 
donnait le cérémonial rédigé sous T'ong-tché. A cette époque, 
l'impératrice s'était rendue & pied du palais K'ien-ts'ing jusqu'au 
palais Kwen-ning. 

Les cérémonies dont j'ai à parler maintenant ont pour but 
d'annoncer le mariage impérial et de présenter l'impératrice à 
l'impératrice douairière et aux ancêtres impériaux. 

La veille de l'investiture, des membres de la famille impériale 

sont chargés d'annoncer ^ tt le mariage au ciel, à la terre, 

aux ancêtres et aux dieux protecteurs, J|tt ^ : cette cérémonie 
se passe suivant les rites habituels. 
Le lendemain du mariage, l'impératrice adresse ses prières au 

dieu du foyer, la W, dans le palais K'wen-ning. Après une 
légère collation, l'empereur et ellç vont brûler des parfums et se 

prosterner dans la salle Cheou-hwang, W M m , où sont les 
portraits des ancêtres impériaux; un prince est délégué d'avance 
pour faire suspendre les portraits et ensuite les remettre en place 
suivant les riles voulus. L'empereur conduit ensuite l'impératrice 
dans les salles du palais où sont les tablettes des ancêtres les plus 
proches; ces rites accomplis, les souverains vont présenter des 
sceptres do congratulation à l'impératrice douairière qui leur en 



-1 



— 251 — 

donne d*autres pour les féliciter. Ensuite Timpératrice, suivie des 
concubines impériales et des princesses, va se prosterner devant 
Tempereur et le féliciter; elle reçoit elle-même les félicitations 
des concubines et des princesses qui se prosternent devant elle. 
Enfin elle va brûler de Tencens devant Timage de Bouddha. Ces 
félicitations, ces visites aux portraits et aux tablettes des différents 
ancêtres sont fort détaillées dans le rituel : j'y ai constaté, depuis 
le règne de T'ong-tché, des changements d'affectation pour 
quelques-uns des palais. 

Trois ou quatre jours après, a lieu la visite officielle, Wi Ma , 
de la jeune impératrice à Timpératrice douairière : les emblèmes 
de celle-ci et l'orchestre sont disposés près du palais Ts'e-ning; la 
jeune impératrice vient faire trois agenouillements et trois révé- 
rences devant l'impératrice douairière; celle-ci mange et boit, 
assise sur le trône; la table de la jeune souveraine est dressée dans 
un coin de la salle; elle finit de manger la première, va saluer 
rimpératrice douairière pour la remercier et ne se retire que quand 
cette dernière s*6st déjà retirée. 

Un ou deux jours après cette cérémonie, l'empereur donne le 

décret, a{h ^, pour faire part de son mariage à l'univers. Le 
décret est présenté & l'empereur dans une séance solennelle tenue 

dans la grande salle du Trône, ^ ™ Kî! , puis remis par un 
grand chancelier aux ministres des Rites qui, accompagnés de tout 
le cortège impérial, mettent le faire-part dans un palanquin à 
dragons et le suivent jusqu'au pavillon supérieur de la porte 

T'ien-ngan, ^ ^ \\ : les fonctionnaires civils et militaires, les 
octogénaires et les Mantchous de rang subalterne, réunis au sud 
de la porte, s*agenouillent et écoutent la lecture du décret. Le 
décret est alors posé dans un plateau en forme de nuage, soutenu 
par des cordes de cinq couleurs qui sont passées dans le bec d'un 
phénix d'or : le plateau descend lentement et des employés du 
Ministère des Rites le remettent dans le palanquin à dragons. Le 
document est porté, suivi du même cortège, au Ministère des Rites 
qui est chargé de Timpression. 
Le même jour, l'empereur, suivi de toute la cour, va féliciter, 





, l'impératrice douairière dans le palais Ts'e-ning : l'em- 
pereur entre dans le palais, les nobles des six premiers rangs et 



^ 252 ^ 

les nobles mongols sont au pied de Tescalier de la porte Ts'e-nîng; 
les hauts fonctionnaires, les gardes du corps, les nobles des six 
derniers rangs, les fonctionnaires au-dessous du second rang sont 

debout encore plus loin. Au signal donné par les huissiers, *î^ 

^ Br , l'empereur et tous les assistants s'agenouillent et se 
prosternent. En sortant du palais Ts'e-ning, l'empereur va à la 
grande salle du Trône pour recevoir les hommages de tous les 
princes et fonctionnaires et entendre la lecture des adresses de 

félicitations, ^ . Quand le lecteur, S ^ W , a fini de lire, 
l'adresse de l'empereur à l'impératrice douairière est immédiate- 
ment portée à la Grande Chancellerie, Pî S , avec les adresses 
des fonctionnaires à l'impératrice douairière. L'empereur donne 
alors le décret de faire-part dont j'ai parlé plus haut et, quand il 
s'est retiré, les adresses à lui présentées par tous les princes et 
mandarins civils et militaires sont portées à la Grande Chancellerie. 
Pendant ce temps la jeune impératrice, suivie des concubines des 
empereurs défunts^ de celles de l'empereur régnant, des princesses 

par alliance, Ifw , des princesses impériales, w 3E , et des 

femmes de hauts fonctionnaires, 7v bL 'np 9^ , va au palais 
Ts'e-ning faire trois agenouillements et trois révérences devant 
l'impératrice douairière; elle va ensuite, avec les concubines, au 
palais K'ien-ts'ing^ s'agenouille devant l'empereur et lui présente 
un sceptre de félicitation, comme elle en a présenté un à l'impé- 
ratrice Ts'e-hî. Elle reçoit enfin dans son propre palais les hom- 
mages de toutes les concubines. 

Enfin le lendemain a lieu le banquet, ^Sf ^, qui termine les 
cérémonies du mariage : les tables pour les princes, pour le père 
de l'impératrice, pour les chambellans et pour les explicateurs* 
sont dans la salle T'ai-ho au pied du trône; sous les galeries exté 

Heures sont les tables des censeurs, ™ JS , des hauts fonction- 
naires de l'administration des frontières, ^fS^^, et des 
simples nobles impériaux et gardes du corps; dans la cour sont 
dressées les tables des fonctionnaires de troisième classe et 
au-dessous et des envoyés tributaires; les membres de la famille 
de l'impératrice sont placés d'après leur classe. Le père del'impé- 



— 253 — 

ratrice est conduit, avec ses fils et frères, devant le palais de 
rimpératrice douairière et y accomplit le rite des trois agenouil*- 
lements et neufprosternements. Tous les assistants se prosternent 
quand l'empereur est arrivé dans la salle et s*est assis; on s'age- 
nouille et se prosterne quand Tempereur boit le thé et quand 
l'empereur boit le vin ; on fait de même avant de boire le thé ou 
la vin que l'empereur fait servir. Après le banquet ont lieu trois 

séries de danses, ^h ^WyT^ "^ w,-&^W, exécutées 
par de hauts fonctionnaires : la musique de ces danses est chantée. 
Il y a encore quelques autres divertissements; puis tout le monde 
se prosterne et l'empereur se retire. Au mariage de T'ong-tché, 
un banquet avait été donné par les impératrices régentes à la mère 
de l'impératrice et aux femmes de sa famille; au mariage de 
Kwang-sin, l'impératrice douairière s'est contentée d'envoyer aux 
dames de la famille de l'impératrice vingt tables de gàteauX| 
vingt moutons et vingt jarres de vin. 

A l'occasion du mariage de Kwaog-siu, un décret a accordé des 
présents aux ministres étrangers; un banquet leur a été offert an 
Tsong-li-yamen. Des faveurs spéciales ont été données aux princes 
et hauts fonctionnaires : élévation de titres ou de pensions pour 
les nobles impériaux (le fils du prince de Kong a reçu le rang de 

grand prince de deuxième classe, 7m ï W); autorisation pour 
les fils de quelques-uns d'étudier dans les bibliothèques du palais; 
don de gardes supplémentaires pour le prince de Kong; pour 
d'autres, don de grades de fonctionnaire; élévation de rang, 
fonctions au palais, permission de porter la veste de cheval jaune, 
de se servir de rênes pourpre pour les nobles mongols; titres et 
fonctions plus élevés pour les hauts dignitaires. Enfin de l'avan- 
cement a été donné aux fonctionnaires subalternes des différentes 
administrations qui ont eu à s'occuper du mariage impérial. 

Quant aux deux princesses épouses, Wy si leur union avec 
l'empereur n'est pas solennisée de la même façon que celle de 
l'impératrice, elle n'est pas dépourvue de tout cérémonial, puisque 

quatre médiateurs, Jc PU K , ont été désignés, dans la Gazette 

impériale^ pour la cérémonie de l'investiture, iPl ^ ; leur livre 
d'investiture est en argent. L'entrée de leur trousseau au palais a 
eu lieu, le a4 de la i'* lune (a3 février), de 5 à 7 heures du matin. 



— 254 ^ 

BOUS la surveillance d*un directeur de Tintendance; elles-mêmes 
ont été amenées au palais le a5 (a4 février) vers 4 heures du 
matin. 

Les deux princesses épouses et les quinze dames du palais ont 
pour mission de servir l'empereur et la jeune impératrice et de 
suppléer celle-ci auprès de Tempereur. Les dames du palais 
recevraient, me dît-on, comme les princesses épouses, des livres 
d'investiture en argent; le nombre de quinze, qui serait conforme 
aux rites, serait d'ailleurs plus d'une fois dépassé : Hien-fong avait 
trente-cinq concubines; depuis i858^ il existait deux impératrices 
qui lui ont toutes deux survécu. 

Siy à Tépoque de son avènement, Tempereur est déjà marié, sa 
femme de premier rang devient impératrice, et il désigne à sa 
volonté les princesses épouses et les dames du palais parmi les 
concubines qu'il a déjà.; si l'empereur est veuf lors de son avène- 
ment, sa femme reçoit le titre et les honneurs posthumes d'une 
impératrice : la femme de premier rang de Hien-fong, morte avant 
son avènement, est honorée sous le nom de Hiao-te-hien-hwang- 

heou, ^ lB ®l â ^; en 1862 (a« année Hien-fong), cet 
empereur éleva une de ses concubines au rang d'impératrice : 
c'est celle qui plus tard fut connue sous le nom d'impératrice de 
l'Est; en i855 ou i856, une concubine, devenue dame du palais, 
fut choisie comme princesse épouse parce qu'elle avait donné un 
fils à l'empereur; elle devint impératrice de l'Ouest en i858; c'est 
elle qui est l'impératrice douairière actuelle. En montant sur le 
trône, l'empereur peut se contenter des femmes qu'il a déjà, ou 
en choisir d'autres^ suivant les règles que j'ai indiquées, afin de 
compléter les nombres consacrés. 

Lorsque, pour la première fois après le mariage, l'impératrice 
arrive à la période de menstruation, elle en avertit l'impératrice 
douairière et toutes deux délibèrent et décident laquelle des 
princesses épouses sera appelée à se tenir, le soir suivant, à la 
disposition de l'empereur. Un eunuque va avertir celle qui est 
désignée et lui porte, en témoignage de sa mission, le livre 
d'investiture et le sceau de l'impératrice. Celle qui est ainsi favo- 
risée met ses vêtements de cérémonie, se prosterne et, prenant 
elle-même le livre d'investiture et le sceau, se rend au palais de 
l'impératrice : elle la remercie de son bienfait et, s'excusant pour 
cause d'indignité, la prie de transférer cet honneur à l'autre 



— 255 — 

princesse épouse. L'impératrice ne donne pas son autorisation ; 
elle conduit la princesse chez Timpératrice douairière; Timpéra- 
trice reste debout, la princesse s'agenouille, l'impératrice douai- 
rière, assise, lui dit : « Sois attentive et respectueuse, pleine de 
douceur, soumise aux convenances; n'aie ni orgueil ni jalousie, 
conforme-toi aux rites : c'est pour cela que tu es élevée à cette 

kX nm. n^ /W RW W . La princesse se relève et présente le thé 
à l'impératrice douairière; elle présente une tasse plus petite à 
l'impératrice qui s'assied alors, après que l'impératrice douairière 
le lui a ordonné. LUmpératrice douairière demande à la princesse 
épouse si elle sait le mantcbou, sUnforme de ses connaissances 
en littérature chinoise, puis la congédie. 

Désormais la princesse qui a été choisie demeure dans un palais 
désigné par l'impératrice douairière et^ suivant la situation de ce 
palais, elle est appelée, dans le langage usuel, princesse du palais 

oriental ou princesse du palais occidental, ^ w , El &. Elle 
a six ou huit femmes à son service, au lieu de quatre; les objets 
à son usage sont en or uni et sa table, ainsi que sa literie, sont 
entretenues d'une manière plus somptueuse. Quand elle doit 
recevoir l'empereur, on allume le soir à sa porte des lanternes 
ornées de phénix. 

Le jour où Tune des princesses épouses est pour la première 
fois désignée, l'empereur, après sa visite du soir à l'impératrice 
mère, se rend chez l'impératrice, mais il ne la voit pas : pendant 
la période de menstruation, un rideau reste toujours baissé entre 
eux. L'impératrice avertit l'empereur de son état ; et l'empereur, 
à son gré, passe la nuit seul, ou ce rend chez la princesse désignée. 
Dans ce dernier cas, des eunuques vont l'avertir, portant chez elle 
les objets à l'usage de l'empereur et préparent le vin, le tabac et 
la collation. Quand l'approche du souverain est annoncée, la 
princesse, en vêtements de cérémonie, va s'agenouiller sous la 
galerie extérieure pour attendre l'empereur : elle le remercie de 
son bienfait et lui présente une tablette portant inscrits son âge, 
le nom de son père et celui de sa mère. L'empereur entre et, après 
s'être assis, ordonne de faire entrer la princesse épouse : celle-ci 
se prosterne et reste agenouillée sur un coussin; l'empereur peut 
la faire relever, causer avec elle et lui faire partager sa collation. 



— 256 — 

Vers 10 heures du soir, l'impératrice mère envoie une de ses 
servantes : Tempereur ordonne qu'on la fasse entrer; elle se 
prosterne devant lui, va saluer la princesse qui lui dit : a Je me 
prosterne avec respect devant S. M. Timpératrice douairière », puis, 
agenouillée devant l'empereur, lui rappelle que l'heure du coucher 
est arrivée; elle retourne ensuite au palais de l'impératrice mère. 
Alors la princesse 6te ses vêtements de cérémonie et aide Tempe- 
reur à se dévêtir. 

Le lever se passe avec les cérémonies ordinaires : les vêtements 
sont présentés à l'empereur par la princesse épouse et les dames 
du palais agenouillées. La princesse se prosterne devant l'empereur 
fit le remercie de son bienfait; elle doit envoyer à Tînipératrice 

douairière un linge taché de sang, -& TR , comme preuve de sa 
virginité. Puis elle va, en vêtements de cérémonie, remercier 
l'impératrice douairière et l'impératrice. Le père de la princesse 
épouse, averti de Thonneur fait à sa Bile, doit présenter un placet 
pour remercier du bienfait impérial. 

Quand l'empereur revient par la suite chez la princesse, les 
règles observées sont à peu près les mêmes. Si, pour une raison 
quelconque, menstruation, grossesse, maladie, l'impératrice et les 
deux princesses épouses sont empêchées de recevoir l'empereur, 
elles délibèrent avec Timpératrice mère et décident chez quelle 
dame du palais l'empereur se rendra pour la nuit; la dame qui est 
choisie, remercie l'impératrice mère, l'impératrice et les deux 
princesses; mais elle ne doit aucun remerciement aux autres 
dames du palais, même à celles qui ont le pas sur elle. Sa famille 
n'est pas avertie de l'honneur qu'elle a reçu. 

Telles sont, me dit- on, les règles conformes aux rites et que 
l'influence de l'impératrice Ts'e-hi fait observer actuellement. Il 
n'en est pas toujours ainsi : « Dans une salle du K'ien-ts'ing-kong, 

w In W , se trouve une collection d'autant de fiches de jade 
qu'il y a de femmes au palais; leur nom y est gravé et, lorsqu'une 
de ces fiches a été retournée parle souverain, l'eunuque de service 
va suspendre le soir une lanterne à la porte des appartements de 
la femme ainsi choisie. Celle-ci, comprenant ce signal, attend 
qu'un eunuque vienne l'emporter sur son dos, enveloppée seule- 
ment d'un grand manteau rouge sans manches*. » Ce fait a été 
rapporté par des lettrés. 

I. Cf. Un mariage impérial chinois, p. aa, note. 



/ 



^ 257 — 

Un eunuque est spécialement chargé de tenir note du nom de' 
la femme avec qui Fempereur passe chaque nuit : ce registre sert 
de preuve en cas de grossesse. 

Il y a un choix de dames du palais au commencement du règne; 
quelques-unes sont désignées en surplus, afin de combler les vides 
qui peuvent se produire; d'ailleurs, comme je Tai dit plus haut, 
il arrive que des empereurs dépassent de beaucoup les nombres 
consacrés. Quelques empereurs ont choisi des dames du palais 
parmi les servantes du palais : le fait s'est passé sous K'ang-hi; 
K'ien-long a eu une femme musulmane, ce qui est non moins 
contraire aux rites. En tous cas, il n'y a pas dans la durée d'un règne 
un second choix solennel comme celui que j'ai décrit. Une dame 
du palais peut, par la faveur impériale, passer du second rang au 
premier, et même devenir princesse épouse et impératrice : j'ai 
cité plus haut un fait de ce genre. Quand une dame du palais ou 
une princesse épouse donne un enfant à l'empereur, son titre s'aug- 
mente du caractère « kwei », M (noble] ; l'empereur peut même 

ajouter le caractère « kwang », M. (impérial) ; enfin, par une faveur 
toute spéciale, l'empereur donne un nom honorifique d'un ou de 
deux caractères. D'ailleurs ces distinctions peuvent être posthu- 
mes : c'est ainsi que la mère du prince de Chwen, grand'mère de 
l'empereur actuel, a reçu le titre posthume de Tchwang-tch'eng- 

kwang-kwei-fei, n^ Iw M. M ^ . 

L^impératrice n'a de nom, W^Z^, que dix ans après soA 
mariage, à moins qu'elle ait auparavant donné naissance à uil 
prince. Ensuite de nouveaux noms honorifiques lui sont donnés, 
deux caractères par deux caractères, dans des occasions solennelles^ 
régence, remise du pouvoir, mariage. C'est ainsi que le nom de 

l'impératrice douairière se compose de quatorze caractères, 

A la mort d'un empereur, les titres de l'impératrice et deâ 

princesses épouses s'augmentent du caractère « t'ai » ^ (grand); 
toutes, ainsi que les dames du palais choisies par l'empereur 
défunt, demeurent dans le palais et sont attachées au service des 
impératrices douairières; elles sont chargées d'enseigner les rites 
aux jeunes filles choisies pour devenir dames du palais ou femmes 




— 258 —, 

des princes impériaux. Jamais elles ae peuvent devenir épouses 
ou concubines du nouvel empereur. Quelques-unes vivent jusqu'à* 
un âge fort avancé : en 1888, Tune d'elles est morte, qui était au 
palais depuis le règne de K'ien-iong (i736-t796). 

Les épouses et dames du palais vivent cloîtrées, ne sortent que 
pour suivre l'empereur quand il voyage; seuls leurs père et mère 
peuvent venir les voir les a et 16 de chaque mois. Elles sont 

entretenues par la cassette impériale, K wS ^ : les simples 

dames du palais ont comme « argent pour le fard » AS ^^ «K 
1,000 taëls par mois au maximum; les princesses épouses ont 
to,ooo taëls, plus i,ooo taëls par caractère de leurs noms honori- 
fiques; rimpératrice a 60,000 taëls; l'impératrice douairière touche 
10,000 taëls pour chaque caractère de ses noms honorifiques, ce 
qui fait 140,000 taëls. 



Mariage des princes. 

Le mariage des fils d'empereur donne lieu à un choix solennel, 
semblable à celui que j'ai décrit plus haut. C'est l'impératrice 
régnante qui fait ce choix par trois éliminations successives; elle 
donne à chaque jeune fille un nom et, après qu'elles ont séjourné 
dans le palais pendant deux ou trois mois, elle désigné celles qui 
épouseront les fils de l'empereur et celles qui seront données à 

d'autres princes, in x9; avis en est donné aux familles par 
l'intermédiaire des lieutenants généraux des Bannières ou des 
autorités provinciales; les parents doivent remercier du bienfait 
impérial. Le choix d'une femme pour un prince impérial ne donne 
pas lieu à un décret, à la difierence du choix de Timpératrice et 
des princesses épouses qui est officiellement annoncé. |^a dot de 
la femme est fournie par la cassette impériale. Si, au boot de 
trois ans, le prince n'a pas d'enfants, il peut acheter des concu- 
bines; mais il doit arriver souvent qu'il en achète auparavant. 
S'il devient veuf, il peut adresser un rapport à l'empereur qui lui 
choisit une autre femme. . 
Les cérémonies du mariage sont réglées par un Conseil des 

Cérémonies^ ^ HBl m S , analogue à celui qui existe pour le 



mariage impérial. Ces cérémonies ne diffèrent pas de celles qui. 
ont lieu pour tout mariage mantchou et qui se retrouvent dans 

le mariage impérial. Le jour des accordailles, w ^ , celui de la 

confirmation des accordailles, tS 1P , celui du mariage sont fixés 
d*après les règles de Tastrologie; on détermine de même pour 

chaque jour le cété favorable, m JJ . Les fiancés et tous les 
assistants sont en costume de cour; seulement pendant le com- 
mencement de la cérémonie, la fiancée a la tête couverte d'un 
voile rouge orné de glands tout autour; elle ne doit pas être 
fardée ce jour-là. On va la chercher chez ses parents dans une 
chaise rouge : à son arrivée, le fiancé lance trois flèches à terre 
au pied de la chaise; la fiancée met pied à terre^ entre dans une 
des salles de devant de l'habitation et se prosterne devant les 
tablettes du ciel et de la terre qui ont été placées du côté favorable* 
Pour passer dans la chambre nuptiale, la fiancée doit enjamber 
une selle placée sur des pommes, en travers du seuil : la selle et 
les pommes sont un symbole de tranquillité par suite d'un jeu de 
mots chinois. Le fiancé retire le voile rouge de sa future femme . 
et prend quelques fleurs de sa coiffure pour les piquer dans le 
mur de la chambre. On leur présente ensuite des gâteaux de 

viande, RS TT ^ ^ P^ , dans Tun desquels est cachée une 
petite boule de farine : les deux fiancés prennent chacun un de 
ces gàteauxy au hasard^ et, suivant que Tun ou Taulre trouve la 
boulette de farine, c'est un signe de postérité masculine ou fémi- 
nine; puis le fiancé mange de la viande de mouton et une sorte 

de macaroni en signe de longévité, ^ w P*; il en donne à sa 
fiancée; ils boivent du vin dans deux coupes attachées ensemble, 

t% S. La mariée change alors sa coiffure de jeune fille, P9 fl^ : 
ses cheveux étaient partagés au milieu du front et allaient tout 

droit vers les oreilles, couvrant ainsi une partie du front, W TM ; 
désormais les cheveux, au-dessus du front, se dirigent à peu près 
horizontalement, puis descendent verticalement vers les oreilles, 
laissant tout le front découvert. Après ces cérémonies, les assistants 
se retirent. Le lendemain, la nouvelle épouse remet à sa belle- 
mère un linge taché de sang, m^ -& , comtoe preuve de sa virgi- 



— 260 ^ 

uiié. Le mari offre à sa femme une bouteille pleine de grains dé 

rizy TBL 9c f^; elle va ensuite mettre du bois dans le fourneau 

de la cuisine et adresser des prières au dieu du foyer, VSi ^ ^ , 

Jvu w . Enfin le mari présente à sa femme tous ses plus proches 

parents, TT JK /l^ , et offre un repas aux parents de sa femme. 
Toutes ces cérémonies ont lieu au mariage des princes fils 
d'empereur, des princes, ducs et nobles impériaux : au mariage 
des princes, l'empereur se fait représenter par un noble et de 
hauts dignitaires. L'acte de Tétat civil est dressé dans les bureaux 
du conseil de la maison impériale; pour les princes impériaux, une 

déclarationestfaite par le Conseil des Cérémonies, ^ iG'm m^ 
d'une part au conseil de la maison impériale, et d'autre part à 
l'administration de la bannière à laquelle appartient la mariée- 
Un livre d'investiture en argent est remis aux femmes des princes : 
pour le mariage des princes impériaux, les présents des accor- 
dailles, le trousseau, le livre d'investiture et tous les autres acces- 
soires sont de la compétence du Conseil des Cérémonies. 

Les grands princes du premier et du second rang, ^ dt , «P 
zil, ont le di'oii d'avoir une femme de premier rang, ISS , et 
quatre autres femmes, IRH 1m , recevant aussi un livre d'in- 
vestiture; les princes du premier et du second rang, -H 4W ,-K 

V* , en peuvent avoir, en moins grand nombre; les ducs et nobles 
n'ont qu'une femme légitime. 



Naissance des enfants» 

Les cérémonies à l'occasion de la naissance ont peu de solennité : 
le fond en est le même chez tous les Chinois, chez les princes et 
même dans la famille impériale. Le troisième jour après la nais- 
sance a lieu le bain, uC ^=^ : les femmes de la famille se réunis- 
sent; dans un bassin plein d'eau, chacune met des sapèques, des 



— 261 — 

œufs rouges, des fruits, -B* ^ , de petits sceptres de félicitation, 

9h ]b^ ; la sage-femme qui a présidé à raccouchement se sert 
de Teau de ce vase pour laver Teufant, et les objets qui sont au 
fond, lui restent comme bénéfice. Ce jour-là, des cadeaux sont 
faits à la mère et à Tenfant. 
Si, au bout d'un mois, la mère et l'enfant se portent bien, on 

procède aux relevailles, ÏW yà ; si quelque maladie est survenue, 
on attend davantage ; un repas est offert aux amis et à la famille 
qui apportent des cadeaux ; la mère sort de sa chambre pour la 
première fois. Le postnom est donné à Tenfant par le chef de la 
famille, père, grand-père paternel, frère aîné du père; le père 
annonce la naissance à ses père et mère en se prosternant devant 
eux. Pour les membres de la maison impériale, une déclaration 

est faite au conseil, :^ yv /nf , dans les trois jours. 

Si un prince natt dans la famille même de Tempereur, un rapport 
est adressé et l'empereur, comme chef de famille, donne un post- 
nom, qui est souvent choisi par TÂcadémie impériale, 1^ ^ ^ . 
Enfin à l'occasion de la naissance d'un fils d*empereur, un décret 

solennel, a{r m, annonce le fait à tout Tempire; des prières^ 




tt , sont dites pour l'annoncer au ciel, à la terre et aux 





ancêtres; l'empereur reçoit les félicitations, Se ^^ de sa cour 
et gracie des criminels. Le postnom, choisi avec le plus grand 
soin, est annoncé au ciel, à la terre^ aux ancêtres et à l'empire. 



Mort et funérailles des princes» Testaments* 

La mort d'un prince est déclarée au conseil de la maison impé- 

riale, comme celle de tout tsong-ché, >TC Œ. ; elle est annoncée 

à l'empereur par un rapport, S lU , présenté par le fils ou 
quelque proche parent du mort, mais toujours censé écrit et pré- 
sente par le mort lui-même. Un décret désigne un noble, de rang 
inférieur au mort, pour aller, à la tête de dix gardes impériaux» 

GAOOR. jaiBT. BT DBSGRIPT. — VI. iS 



— 262 — 

faire des prières et rendre des honneurs an mort, ^ i$ ; Tem- 

pereur lui envoie un linceul brodé de caractères tibétains, PC mk 

% vRf et lui remet toutes les peines qu'il a pu mériter dans 
l'exercice de ses diverses fonctions; lyooo taëls sont donnés pour 
ses funérailles; parfois même, elles sont entièrement aux frais de 
la cassette impériale et conduites par un haut fonctionnaire 
spécialement désigné : dans ce cas^ on brûle de l'encens et on dit 
des prières à chaque pont où passe le cortège. 

Ces honneurs sont accordés aussi pour la plupart à nombre de 
hauts fonctionnaires. L'ensemble des funérailles ne diffère pas 
pour un prince de ce qu'il est pour tout homme sortant du com«> 
mun : des prières sont dites la nuit pour éloigner les esprits maU 

faisants, rK M ; d'autres prières sont lues le jour par des prêtres 
taoïstes et par des prêtres et religieuses bouddhistes, j^ ûm 

W J^ ; le troisième jour après la mort, quand le corps a été mis 

en bière, tons les parents et amis viennent le saluer, VK ^^ ; un 
autre jour, ils se réunissent de nouveau et chacun à son tour, les 
plus proches parents les premiers, se prosterne devant le cercueil, 
en tenant un flambeau allumé, qu'il passe ensuite à celui qui vient 

après^ ^ ^L ; un autre jour, les parents et amis apportent des 
objets en papier, lingots d'argent, ustensiles, nourriture, animaux^ 




que Ton brûle et qui doivent servir a u mort dans l'autre vie, 

La nuit qui précède le convoi, les parents veillent auprès du 

cercueil, rr W ; on garde le cercueil pendant un nombre impair 
de jours. Le convoi comprend desbonzes, des prêtres taoïstes, des 
musiciens jouant du tambour, du gong ou de la trompette, des 
pleureurs, des porteurs d'enseignes et d'ombrelles brodées; on 
porte aussi des animaux, cerfs et grues, et des pavillons foits en 
branches de pin; on jette en l'air des sapèques en papier et l'on 
brûle des maisons en papier pour fournir une habitation au mort. 
Les proches, frères, fils, petîts-Qls, suivent à pied ; les fils sont vêtus 
de blancs, les petits-fils sont en blanc avec une marque rouge sur 
I^épaule, pour le convoi d'un grand-père paternel, et une marque 
bleue pour le convoi d'un graad-père maternel; les parents moins 



— 263 — 

proches et les amis sont vêtus de couleurs sombres. Us mootent 
généralement en voiture à la sortie de la ville. 

Le catafalque des princes et des mandarins du premier rang est 
couvert d*un drap rouge à dragons brodés; les porteurs sont vêtus 
de vert, ce qui est une coutume purement mantchoue. Pour les 
princesy ils sont au nombre de quatre-vingts; le convoi des princes 
est suivi des tablettes honorifiques et des présents envoyés par 
l'empereur, et aussi de leurs faucons, chiens, chevaux et chameaux ; 
des gens armés de fouets sont chargés de maintenir Tordre et 
d'autres doivent veiller à ce qu'il ne se produise pas d'incendie. 

Chaque famille princière, comme toute famille chinoise, a son 
lieu de sépulture : quand le convoi y est arrivé, on descend le 
cercueil en terre, les bonzes lisent des prières^ touis les assistants 
font des prosternements; il n'y a que les proches parents qui 
jettent un peu de terre dans la fosse. 

Le deuil pour la mort des princes et le deuil qu'ils portent eux- 
mêmes, suit les règles ordinaires : d'abord vêtements blancs, puis 
vêtements de couleur sombre; durée de vingt-sept mois^ dont 
cent jours de très grand deuil, pour la mort des père et mère; 
durée de douze, huit, cinq et trois mois pour les parents moins 
proches; pour les parents maternels et pour la femme, le grand 
deuil est observé tant que le cercueil est dans la maison. Pendant 
la durée du grand deuil, on doit s'abstenir de toute affaire et de 
toute distraction; et, en réalité, les fonctionnaires quittent leurs 
fonctions pour cause de deuil. L'empereur ne prend le deuil que 
pour la mort de ses parents et aïeuls : il le porte en blanc, puis 
en couleurs sombres; il ne prend pas le deuil pour un collatéral, 
si rapproché qu'il soit, à moins que ce collatéral soit son frère 
et son prédécesseur : dans les autres cas, il se borne à aller en 
personne faire des prières auprès du cercueil. 

Le testament des priqces est double : Tun des deux^ 9 iW , 
est présenté à l'empereur au nom du mort, qui proteste de son 
dévouement et prend, en quelque sorte^ congé du souverain. Si 
le mort n'a pu rédiger ce testament, un proche parent l'écrit et 

le présente. Le second testament, S "^ , « W , renferme les 
dernières volontés, il n'est soumis à aucune forme légale ; il arrive 
souvent que les dernières volontés soient orales; les fils ou les 
proches parents en sont les exécuteurs : ce testament règle le par* 
tage des biens et renferme parfois des clauses imposais aux fils 



— 264 — 

et petits-fils certaines obligations, par exemple ne pas boire de 
vin, ne pas fumer d*opium, sous peine d*être déshérités. D'ailleurs, 
si, le testament fait, le malade revient à la santé, le testament est 
nul de droit. Les biens se partagent également entre tous les en- 
fants, des deux sexes, qu'ils soient fils ou filles de femmes légi- 
times ou de concubines; les fils de femmes légitimes continuent 
souvent de vivre ensemble sous l'autorité de Talné; les fils des 
concubines s'établissent souvent à part. Au reste, le partage n'est 
nullement obligatoire et l'indivision est fréquente. 



Funérailles impériales» 

A la mort d*un empereur, son successeur est tout désigné pour 

présider aux cérémonies funéraires, 3E K : il enlève les franges 
rouges du chapeau officiel et se rend à la place réservée à celui 
qui conduit le deuil, c'est-à-dire à l'est du corps, le visage tourné 
vers l'ouest, et fait entendre les gémissements commandés par 
les rites. Le cercueil est placé dans une des grandes salles du 
palais intérieur, une table est posée en avant; les insignes impé- 
riaux et de petits drapeaux rouges à dessins sont rangés dans la 
cour, devant la salle. Des princes, ducs et hauts dignitaires, dé- 
signés pour former le conseil des funérailles, K Wi St , sur* 
veillent la mise en bière; on accomplit alors le rite des libations. 
Tous les princes, ducs et nobles de la maison impériale ou d'ori- 
gine mongole ou chinoise, tous les fonctionnaires, l'impératrice 
avec les dames du palais, les princesses impériales et les prin- 
cesses par alliance, les femmes des hauts fonctionnaires, vont 
dans le palais, à des places marquées suivant les rangs et font les 
libations et les gémissements; tous les hommes doivent avoir en- 
levé les franges rouges du chapeau, toutes les femmes ont 6té 
leurs boucles d'oreilles et leurs ornements de tête. 

Alors on prend le deuil : auparavant chacun se fait raser la 
tête et faire la natte, ce n'est qu'à l'expiration du grand deuil que 
l'on peut de nouveau songer à ces soins de toilette. L'empereur 
habite, pendant cette première période, dans une construction 
en nattes élevée dans une cour du palais; les fils de l'empereur, 
les membres rapprochés de la famille impériale, les membres du 



j 



— 265 — 

conseil des funérailles se retirent dans des salles spéciales de lears 
demeures et se purifient par une sorte de jeûne et en s'abstenant 
de tous rapports avec leurs femmes ; les vêtements de grand deuil 
sont en étoffe blanche unie. Les impératrices, les dames du pa- 
lais, les princesses se coupent les cheveux et s*habillent de blanc. 
Pendant le grand deuil, le sceau est mis en bleu sur les décrets 
et toutes les pièces officielles. L'Encyclopédie administrative pres*> 
crit cent joure de grand deuil et cette durée est en général ob- 
servée, bien que les testaments impériaux ordonnent souvent de 
quitter le grand deuil au bout de vingt-sept jours. Pour le demi* 
deuil, qui dure jusqu'à la fin du vingt septième mois après la 
mort, la couleur rouge et les broderies sont interdites. On reprend 
le grand deuil pour approcher du cercueil. 

Les fonctionnaires qui n*ont pas à s*occuper des funérailles 
portent le deuil vingt-sept jours ; ils se contentent d'enlever la 
frange et le globule du chapeau; pendant ce temps ils mettent le 
sceau en bleu; au bout de cent jours, ils peuvent se raser la tête; 
mais, pendant un an, les mariages solennels leur sont interdits 
et, pendant vingt-sept mois, il ne leur est pas permis de jouer ni 
d'entendre de la musique. Les fonctionnaires provinciaux peuvent 
célébrer des mariages solennels après cent jours et entendre de 
la musique au bout d'un an. Pendant les trois jours qui suivent 
la nouvelle de la mort de l'empereur, les fonctionnaires de chaque 
ville se réunissent matin et soir pour les gémissements. Le peuple, 
à Pékinget dans les provinces, pendant vingt-sept jours, ne peut 
ni se raser la tête, ni porter de couleur rouge ou de broderies, 
ni célébrer des mariages solennels ; pendant cent jours, on ne 
peut faire de musique. Les princes mongols et les envoyés co- 
réens, qui se trouvent à Péking au moment du deuil, suivent les 
règles prescrites pour les princes et fonctionnaires de même rang. 

Pendant la durée du grand deuil, trois fois par jour, les princes 
et dignitaires se réunissent près du cercueil ; le matin et le soir, 
on dispose les insignes impériaux. Au temps marqué par le Bu- 
reau d'Astrologie, l'empereur vient à l'est du cercueil et fait les 
gémissements rituels; les membres du conseil des funérailles 
amènent ensuite- les écuyers tranchants et échansons qui appor- 
tent des mets; l'empereur lui-même s'incline et pose ces mets sur 
la table; après s'être agenouillé, il verse trois coupes de vin dans 
le vase à libations; les assistants accomplissent les mêmes rites, 
on emporte les mets et l'empereur se retire. 



— 266 — 

A un jour fixé, les princes et princesses, les dignitaires et leurs 
femmes se réunissent et se rangent aux places habituelles pour 

un sacrifice solennel, JSic ™ . Des mets sont préparés à droite et 
à gauche du trône où est posé le cercueil; neuf moutons sont au 
dehors, sous une tente de couleur jaune. L^empereur vient de- 
vant la table, regarde les mets et donne le signal des gémisse- 
ments; une prière^ apportée par les présidents du Ministère des 
Rites, est lue devant la table; Tempereur et les assistants font 
trois libations. Puis la prière, les mets, des vêtements de l'empe- 
reur défunt, des lingots en papier représentant 90,000 taëls sont 
portés à un foyer : les ministres des Rites marchent en tête avec 
les fonctionnaires qui portent tous ces objets, Tempereur suit; 
des gardes et des grands ayant charge à la cour accompagnent ; 
l'empereur fait les gémissements et les libations, puis se retire, 
les objets sont ensuite brûlés. 

Avant q ue le cercueil soit transporté à la salle funéraire, ^M W , 

qui est la salle Kwan-te, située au King-chan, fR @ ^ , on 
fait le même sacrifice. La translation a lieu vers le vingt-septième 
jour. Avant le départ, Tempereur va faire les gémissements et les 
libations devant le cercueil : le cercueil une fois posé sur un bran- 
card, le conseil des funérailles fait encore des prières Q,vant qu*on 
se mette en route; à chaque porte et à chaque pont où Ton passe, 
on fait trois libations et l'on brûle des lingots; l'empereur et les 
princes et ducs accompagnent à pied. Les impératrices et les 
dames du palais se rendent d'avance à la salle funéraire. A Tarri- 
vée, le cercueil est posé sur un trône, une table est mise en avant, 
des libations sont faites, on gémit, on brûle des lingots. Pendant 
vingt-sept jours k partir de la translation, Tempereur demeure 
dans une salle latérale, puis il retourne, jusqu'au centième jour 
après la mort, dans la salle eh nattes où il habitait précédemment. 
Chaque jour des prières sont faites suivant le même rituel usité 
lorsque le cercueil était dans le palais. Il arrive fréquemment qu'à 
partir de ce moment, l'empereur quitte le grand deuil et délègue 
chaque jour des princes pour faire les sacrifices k sa place; tous 
les cinquièmes, septièmes et neuvièmes jours, l'empereur fait les 
sacrifices lui-même et reprend les vêtements blancs pour ces oc- 
casions. 
Le Bureau d'Astrologie fixe un jour pour le premier sacrifice, 



— 267 — 

-w S> : les insignes impériaux sont disposés devant la salle 
Kwan-te; Tempereur offre lui-même le sacrifice, quatre-vingt-une 
espèces de mets, vingt-sept moutons, onze grandes coupes de vin; 
on brûle un drapeau rouge en papier^ 4^0,000 taëls en lingots de 

papier et une prière lue au préalable; le grand sacrifice, y^ ^ ^ 
est semblable. Le lendemain du premier sacrifice et du grand sa- 
crifice, l'empereur délègue un prince pour accomplir des rites 





accessoires, fl^ ^, où Ton présente onze sortes de mets, cinq 
moutons, cinq coupes de vin et 3o^ooo taëls en lingots. A la fin 
du premier mois et le centième jour, on fait des sacrifices ana- 
logues. 
A la même époque, les princes et hauts dignitaires, sur l'ordre 



de l'empereur, proposent les noms honorifiques, tm Wu , et le 







nom de temple, f^ ISL : après l'approbation impériale, ces noms 
sont gravés et écrits sur des registres et sceaux en jade, en ta- 
blettes d'encens et en taffetas. Des prières sont dites aux autels 

du ciel, de la terre, des dieux protecteurs, Htfc ^ % , ainsi 

qu'au temple des ancêtres impériaux, >BC ^ , et à la salle Fong- 

sien, ^ yfc \fSL . Au jour fixé par les astrologues, l'empereur va 
dans une des salles du trône voir les registres et sceaux disposés 
sur des tables; l'empereur s'agenouille devant ces registres et 
sceaux, après quoi les grands chanceliers les déposent dans des 
palanquins jaunes; un parasol jaune ouvre la marche, puis vien- 
nent les palanquins; les princes et ducs suivent; le cortège se 
rend à la salle du catafalque. Pendant ce temps, l'empereur met 
des vêtements blancs et va par un autre chemin à la salle Kwan- 
te; tous les nobles et les fonctionnaires du quatrième rang et au- 
dessus sont assemblés au dehors. Les registres et sceaux entrent 
par la porte centrale et sont placés sur des tables devant le cer- 
cueil; l'empereur entre par la porte de gauche, s'agenouille trois 
fois, fait neuf inclinations, puis présente respectueusement les 
registres et les sceaux au cercueil; lecture est ensuite donnée du 
texte inscrit sur les registres et les sceaux. Après une triple liba- 
tion, on brûle des lingots d'argent, les registres et sceaux en en- 
cens et en taffetas. Quand ces objets sont à demi brûlés. Tempe- 






— 268 — 

reur se retire et rend un décret solennel pour annoncer les noms 
donnés à son prédécesseur. 

Le convoi part de Péking environ cent jours après le décès et 
se rend au tombeau préparé longtemps à l'avance. Si le tombeau 
n'est pas prêt, comme cela a eu lieu pour l'empereur T'ong-tché, 
le convoi part néanmoins et le cercueil est déposé dans une salle 
proche de remplacement choisi, en attendant rinhumation. Avant 
le dé'part, avertissement en est donné au ciel, à la terre, aux an- 
cêtres et aux dieux protecteurs. La veille du départ, l'empereur 

et les princes font les libations d'adieu, A -^ , HsL -^ : on offre 
trente et une sortes de mets, neuf moutons, quinze grandes coupes 
de vin, i5o,ooo taëls en lingots; puis on brûle les chaises impé- 
riales et tous les insignes pour les sorties en chaise. Le jour du 
départ, les princes et princesses, les dignitaires et leurs femmes 
sont rassemblés, chacun à son rang; l'empereur puis tous les 
fonctionnaires font trois libations devant le cercueil; l'empereur 
se place ensuite à l'est de la grande porte de la salle, s'agenouille 
quand le cercueil passe et le suit à pied jusqu'au grand cata- 
falque dressé sur des tréteaux. Devant le catafalque, un président 
des Rites fait trois libations, s'agenouille trois fois, se prosterne 
neuf fois; on brûle des lingots, puis les quatre-vingts porteurs, 
vêtus de soie rouge, se mettent en marche, précédés des insignes 
impériaux et des palanquins contenant les titres. Toutes les bou- 
tiques sont fermées dans les rues que traverse le cortège, les 
enseignes ont été enlevées; les membres éloignés de la maison 
impériale, agenouillés des deux côtés de la rue, attendent le pas- 
sage du cercueil et se joignent au convoi, s'ils le veulent. L'empe- 
reur, vêtu de blanc, suit à pied jusqu'à la porte de la ville ; puis 
il monte en chaise et se rend par une autre route au lieu marqué 
pour l'étape; de même, en quittant chaque station, l'empereur 
suit quelque temps à pied, puis prend un autre chemin pour être 
prêt à recevoir le cercueil quand il arrive à la salle en nattes dres- 
sée spécialement devant la pagode où l'on s'arrête. L'impératrice 
douairière vient aux stations par une autre route que le convoi. 
Les routes, ponts et lieux d'arrêt sont préparés à l'avance par les 

soins des maréchaux des guides, wl ^ !A & . Tant que dure 
le voyage, les gémissements, libations et offrandes ont lieu le ma* 
tin avant le départ, à la halte du jour et le soir à l'arrivée. Les 
mandarins qui résident à moins de too li de la route, doivent se 



— 269 — 

trouver à genoux sur le passage du convoi» se prosterner neuf 
fois et assister, à la place marquée, aux sacrifîces que Ton fait 
aux haltes. Des libations sont faites à chaque porte et à chaque* 
pont. 

Les fonctionnaires des tombeaux viennent recevoir le cortège 
jusqu^à 10 li en dehors de Tenceinte réservée; les insignes impé- 
riaux sont rangés à droite et k gauche de la route depuis la grande 
porte qui marque l'entrée de Tenceinte jusqu'à la porte de la sé- 
pulture ^ Quand le cercueil a été déposé dans la grande salle» 
Tempereur, les princes et les dignitaires font les gémissements et 
les libations. Le même jour, des fonctionnaires sont chargés d'an- 
noncer l'arrivée de l'empereur défunt aux empereurs enterrés 
dans les différents tombeaux» à l'esprit protecteur de la vallée 
funéraire et à l'esprit de la montagne où est établie la nouvelle 
sépulture. Le lendemain de l'arrivée» l'empereur» les fonction- 
naires du cortège et ceux des tombeaux se réunissent pour le sa- 
crifice : on offre vingt-cinq sortes de mets, sept moutons» quinze 
coupes de vin et 90,000 taëls. 

Avant l'inhumation» on fait le sacrifice de translation» S 9!r » 
semblable aux libations d'adieu. Au moment fixé par les astro- 
logues» le cercueil est transporté dans une salle en nattes devant 
le tumulus et posé sur une sorte de chariot; l'empereur et les 
fonctionnaires font les libations et brûlent des lingots. Le jour de 
l'inhumation arrivé» on fait glisser le chariot dans le couloir in- 
cliné construit en pierres» qui conduit à la salle hypogée : le cer- 
cueil est mis sur une table de pierre, MS 1^ , au milieu de la 
salle autour de laquelle sont rangées des statues de pierre; sur 
les tables disposées devant la couche à dragons^ on brûle de l'en- 
cens; puis les portes pleines» en pierre» qui sont aux deux extré- 
mités du couloir» sont fermées de telle sorte qu'on ne puisse les 
franchir sans les briser. Devant la porte fermée, l'empereur fait 
la triple libation et les gémissements. 

Reprenant alors les vêtements de cour, il se rend avec toute la 
cour dans la grande salle de la sépulture. Un trône est dans cette 
salle» et devant le trône une table, sur laquelle est posée la botte 
qui contient la tablette funéraire : un haut dignitaire place la 

i • Un tombeau [impérial se compose essentiellement d'une salle renfermant 
un trône et d'un tumulus placé en arrière ; une salle hypogée est construite 
BOUS le tumulus. 



— 270 — 

tablette sur le trône, puis on fait le sacrifice de consécration, 

^ ^ ; on brûle de rencens et des lingots, on lit et on brûle une 
prière, on fait la triple libation pour fixer Tesprit dans la tablette; 
le président du conseil des prières supplie l'àme de vouloir bien 
se rendre dans le temple des ancêtres. L'empereur s'approche du 
trône, s'agenouille, prend la tablette et la dépose dans une chaise 
jaune. Cette chaise, précédée par le parasol jaune, par des grands 
ayant charge à la cour, des grands chanceliers et d'autres digni- 
taires, se met en route vers Péking. Matin et soir, l'empereur 
offre un sacrifice à la tablette. 
£n arrivant la chaise de Tàme se rend au temple des ancêtres, 

>AC ^ . Trois jours auparavant, des prières ont été dites dans ce 
temple, ainsi qu'aux autels du ciel et de la terre. Les fonction- 
naires, en habit de cour, sont réunis et placés suivant leur rang. 
L'empereur prend respectueusement la tablette dans la chaise, la 
pose sur une natte au milieu de la salle et la lit à haute voix; il 
s'agenouille trois fois; ensuite il met la tablette à la place qui lui 
est réservée, et s'agenouille de nouveau trois fois. Après cette cé- 
rémonie, 7r W^ f l'empereur mort est compté au nombre des 
ancêtres de la famille impériale. 

Au premier et au second anniversaires de la mort, l'empereur 
va au tombeau et fait des sacrifices. Vingt-sept jours après le se- 
cond anniversaire, il fait encore un autre sacrifice et quitte le 
demi-deuil. Au troisième anniversaire, on fait encore au tombeau 
un sacrifice spécial. 

Les rites des funérailles d'une impératrice douairière sont à peu 
près les mêmes. Toutefois, on ne met le sceau à la couleur bleue 
que pendant quinze jours; la durée générale du deuil est de cent 
jours pour les fonctionnaires et de vingt-sept jours pour le peuple. 
Les prières de chaque jour sont faites par les princesses et les 
dames d'atour; le convoi est suivi par les femmes de service de 
l'impératrice, montées à cheval, entourées d'eunuques et de 
gardes. La salle du catafalque est la salle Yong-se au Kîng-chan, 

^ |X| 7j< ^ lëc . Les autres cérémonies sont les mêmes que 
j'ai déjà décrites. Si l'impératrice douairière n'a été élevée au 
rang d'impératrice que depuis la mort de l'empereur son époux, 
sa tablette ne peut être mise au temple des ancêtres que du con- 
sentement de toute la famille impériale : c'est dans de telles cir- 



— 271 — 

constances que la mère de Tempereur K'ien-long, qui, du vivant 
de Yong-tchoDg, n'était que concubine de cet empereur, a été 
rangée parmi les ancêtres impériaux. 

A la mort d'une impératrice, le deuil est conduit par son fils 
ataé; Tempereur porte le deuil treize jours; le prince impérial, 
ûls de l'impératrice, garde cent jours le grand deuil; il en est de 
même pour les membres du conseil des funérailles et pour les 
gens du service personnel de l'impératrice. Le deuil des fonction- 
naires est de vingt-sept jours; l'emploi du sceau bleu est de treize 
jours, mais seulement pour les lettres officielles, le sceau rouge 
étant apposé sans interruption sur les décrets et rapports. Lorsque 
l'empereur ou l'impératrice douairière font des libations, ils ne se 
prosternent pas, le prince qui conduit le deuil, se prosterne à 
leur place. Les registres et sceaux où sont inscrits les noms ho- 
norifiques, sont présentés par des médiateurs, Jc pQ JK ; les 
autres cérémonies sont conduites par le prince impérial et se font 
comme pour les funérailles de Tempereur, seulement les offrandes 
sont moins considérables. Les fonctionnaires ne viennent sur le 
passage du convoi que d'une distance de 5o li. Au bout de vingt- 
sept mois, le prince quitte le deuil. 

Lorsqu'une princesse épouse ou une dame iiu palais vient à 
mourir, l'empereur prend le demi-deuil pendant dix jours au plus 
et suspend les audiences pendant cinq jours au plus, d'après le 
rang de la défunte. Le deuil est porté par les enfants de la prin- 
cesse, par les membres du conseil des funérailles et par des fonc- 
tionnaires spécialement désignés; il dure seulement jusqu'au 

grand sacrifice, yv ^ ; un peu auparavant ont lieu les prières 
pour la consécration de la tablette; après le grand sacrifice, la 

tablette est mise dans la salle, ^ ^ , de la sépulture. Les titres 
honorifiques, s'il en est décerné, sont présentés avec le même cé- 
rémonial que pour une impératrice. La salle du catafalque est si- 
tuée dans la ville impériale, au nord-est du palais, i^ JS^ m • 
Le lieu de sépulture est dans la même enceinte réservée que les 
sépultures impériales. 

Les princes impériaux qui n'ont pas obtenu de titre nobiliaire, 
à cause de leur jeunesse, ceux à qui est accordé le titre posthume 

de prince héritier, >aC *T^ , sont inhumés dans le voisinage des 



— 272 — 

tombes impériales. Il en est de même pour les princesses impé- 
riales non mariées. Les funérailles des princesses impériales ma- 
riées sont faites par les soins d'un conseil des funérailles; elles 
sont enterrées dans des tombeaux séparés, qui ne sont ni auprès 
des sépultures familiales de leurs époux, ni auprès des tombes 
impériales. Les rites de ces funérailles diffèrent peu de ceux de 
Tenterrement des princesses épouses et des dames du palais. 



Testament de Vempereur^ avènement, régence. 

Les grands princes du premier et du second rang^ les membres 

du Grand Conseil, W^ vSt SSl , le gouverneur de l'empereur et, 
de plus, les hauts personnages que l'empereur a désignés de vive 
voix, ou simplement fait appeler auprès de lui pendant sa der- 
nière maladie, sont appelés ministres exécuteurs testamentaires, 

Wl np 7C pL ; l'empereur doit toujours avoir un testament, 

JB 8m : s'il n'a pu en écrire un, les exécuteurs testamentaires le 
rédigent^ de concert avec les impératrices douairières. A la mort 
de T'ong-tché, l'impératrice, sa femme, n'approuva pas le testa- 
ment rédigé par les deux impératrices douairières et par les exé- 
cuteurs testamentaires : elle ne pouvait admettre la décision qui 
faisait Kwang-sin empereur et fils adoptif de Hien-fong et privait 
T'ong-tché de descendance; peu après elle s'empoisonna avec des 
pilules d'or. 

Le testament écrit par l'empereur est déposé dans ses archives 
spéciales; deux copies en sont faites, Tune est conservée à l'autel 
du ciel, l'autre au temple des ancêtres. Le testament contient dé- 
signation de l'héritier et fixation de la durée du deuil; en géné- 
ral, le nouvel empereur prolonge le temps prescrit par le testa- 
ment. Souvent le testament résume à grands traits les événements 
du règne et pose des règles de conduite pour les successeurs : 
c'est ainsi que K'ien-long a interdit à ses descendants les voyages 
dans les provinces chinoises, à cause des dépenses énormes qui 
en résultent et qu'il avait constatées par lui-même. Dans le testa- 
ment de l'impératrice douairière, lÊi rp , se trouvent des près* 



— 273 — 

criptîons pour le deuil^ des conseils sur le gouvernement qui con- 
cordent toujours avec les idées de Tempereur^ et des éloges pour 
les égards dont elle a été entourée jusqu'à sa mort. Ces testaments 
sont, avec ou sans modiBcatîons, publiés dans tout Tempire. 

La mort de Tempereur est généralement tenue secrète jusqu^au 
moment où l'héritier désigné est entré au palais et a été reconnu 

par les dignitaires, /V ^ yC ^ . L'héritier est amené solen- 
nellement à la salle du Trône par les princes et hauts dignitaires; 
il refuse d*abord le fardeau qu'on veut lui imposer et proteste de 
son incapacité : quand il a accepté, les princes et dignitaires res- 
tent encore un instant debout devant lui et le regardent comme 
pour s*assurer qu'il est bien l'héritier désigné; puis tous se pros- 
ternent. Ce jour-là, Tempereur ne monte pas sur le trône. L'em- 
pereur actuel, lors de son avènement, avait trois ans : les princes 
de Twen et de Kong allèrent le chercher au palais du prince de 
Chwen et marchèrent à droite et à gauche de la chaise où il était 
avec sa nourrice; il fut amené à la salle du Trône, puis conduit 
chez les impératrices douairières Ts'e-ngan et Ts'e-hi devant les- 
quelles on le fit prosterner pour les remercier du bienfait qu'elles 
lui accordaient, en l'appelant au trône. Ensuite le prince de Chwen 
vint reconnaître son fils comme empereur, mais sans s'agenouiller 
devant lui; le prince de Chwen et sa femme se prosternèrent de- 
vant les impératrices douairières pour les remercier. 

Le trône ne pouvant rester vacant même un instant, le premier 
acte du nouveau souverain est d'annoncer au monde son avène- 
ment et son nom de règne; il fait ensuite part de la mort de son 

prédécesseur et s'occupe des funérailles. L'intronisation, Ist iS , 
prend place un mois environ après la mort de l'empereur. Le 
nouvel empereur, en habit de cour, se rend auprès du cercueil 
de son prédécesseur et déclare respectueusement qu'il accepte 
ses ordres; il se prosterne ensuite devant l'impératrice douairière, 
après quoi il va à la salle du Trône : un ministre des Rites le prie 
de monter sur le trône, ce qu'il fait; tous les princes et digni- 
taires font trois agenouillements et neuf prosternements; le sceau 
est apposé, en présence de l'empereur, sur un décret solennel qui 
est publié dans l'empire. Des adresses de félicitations sont pré- 
sentées, mais ne sont pas lues. Après cette cérémonie, l'empereur 
reprend les habits de deuil. 
Lorsqu'il y a lieu à régence, la question est réglée soit par 



— 274 — 

l'empereur défunt, soit par les exécuteurs testamentaires; elle 
n'est pas prévue par TEncyclopédie administrative. A la mort de 
Hien-fong, les deux impératrices douairières ont été régentes et 

.le prince de Kong corégent, Wi ^ ni ; à la mortdeT'ong-tché, 
une supplique fut présentée par tous les princes et dignitaires 



aux impératricesi pour les supplier de prendre la régence, 

Wt w ^C ; les impératrices acceptèrent, et cette fois il n*y eut 
pas de corégent. Quand le jeune empereur eut sept ans, il com- 
mença d'assister au conseil, assis au-dessous des régentes^ der- 
rière le môme rideau qu'elles. L'impératrice de l'Est mourut en 
1881, la régence resta à la seule impératrice Ts'e-hi. En 1887, 
Tempereur prit en mains le gouvernement, et la régence se trans- 
forma en simples conseils officiels, Wh WC , de Timpératrice douai- 
rière : le nom de l'empereur fut dès lors inscrit sur tous les rap* 
ports après celui de la régente. Au mois de mars 1889 ^^^ ^^^^ '^ 

remise du pouvoir, m ^ : l'empereur et la Jeune impératrice 
présentèrent leurs félicitations à l'impératrice douairière; puis 
l'empereur écouta la lecture des adresses de tous les fonction- 
naires et donna le décret solennel destiné à être publié dans l'em- 
pire; depuis cette époque, le nom de ]'empereur est seul inscrit 
sur les rapports; les décrets, sauf ceux qui ont trait au prince de 
Cbwen, sont rendus en son nom seul; les présentations et les exa- 
mens du palais sont faits suivant les règles anciennes. 
Quelques jours après la remise du pouvoir, deux caractères 

furent ajoutés au nom de l'impératrice, z^ Jl W^ ^. La veille 
d'une cérémonie de ce genre, l'empereur présente un placet à 
l'impératrice pour la prier d'accepter ce nouveau nom; le jour, 
l'empereur, avec toute la cour, se rend au palais Ts'e-ning, s'age- 
nouille devant l'impératrice douairière et lui présente respec- 
tueusement le livre et le sceau en or sur lesquels sont écrits les 
nouveaux noms; lecture est donnée des textes, puis l'impératrice 
reçoit les félicitations de la cour. 



J'ai maintenant à parler de la cour^des hauts dignitaires qui la 
constituent, des corps chargés des services qui la touchent direc*» 



— 275 — 

tement el des administrations qui en règlent le cérémonial. Pour 
tous ces points, j'ai surtout puisé dans la Gazette de Péking^ dans 

les Annuaires, M^^M,^ ^ f(^W ^ Pi %, et 
dans VEncychpédie administrative. 



Dignitaireê de ta eour. 

La cour impériale comprend les membres de la noblesse impé- 
riale et ceux de la noblesse mongole qui se trouvent à Péking; les 

personnages ayant le titre de haut fonctionnaire, /C bL , c'est-à- 
dire ceux qui sont au moins mandarins de la première classe du 

second rang,-lt — * PP ^ vice-rois, vice-présidents de ministère 
et au-dessus) ; les fonctionnaires de Péking supérieurs à la seconde 

classe du troisième rang, fS ^^ w , par conséquent les prési- 
dents de la plupart des cours secondaires; et enfin ceux qui 
exercent à la cour des fonctions spéciales leur donnant le titre de 
haut fonctionnaire sans qu'ils en aient réellement le rang. 

La plupart des fonctions de la cour sont conférées comme hautes 
distinctions à de très grands personnages, sans règles fixes et par 
le bon plaisir impérial; je ne sais si la liste que je vais donner est 
complète^ car je n^en connais pas d'énumération systématique. 

Les grands du palais impérial, W m yZ i3^ , sans nombre 
déterminé, avec les princes mongols qui leur sont assimilés, 

II9 m TT ^ , doivent assurer à chaque instant Texécution des 
ordres de Temperear : quelques-uns d'entre eux sont toujoun au 
palaisy prêts à répondre à Tappel du souverain et à transmettre 
ses commandements. 

Les grands ayant charge à la cour, ™ yv bL , sont au nombre 
de douze; six d'entre eux sont à la tête des gardes; chacun d'eux 
veille au palais pendant vingt-quatre heures. Ils sont suppléés en 

cas de besoin par lessan-lché-ta-lch'en, ^oR !A iSL , qui sont 
en nomlMre indéterminé. Ces fonctions sont ordinairement données 



— 276 — 

à des membres de la maison impériale et très couvent la survi- 
vance est accordée aux fils des titulaires. 

Les grands chambellans, m 91 yC bL , sont au nombre de 
dix : lorsque l'empereur se rend dans une des salles du palais, 
lorsqu'il va prier à un autel, ils doivent aller en avant et s'assurer 
que tout est préparé pour recevoir Sa Majesté. 

Les aides de camp, ^ Ja 7C bL , au nombre de deux, vont 
toujoui^ à cheval à côté de la chaise impériale. Parmi les aides de 
camp et les grands chambellans, quelques-uns sont remplacés 
chaque année. 

Les gardes à queue de léopard, 9N ^ ™ W fiw , au nombre 
de huit, forment Tescorte immédiate du souverain^ quand il sort 
de son palais. 

Les chefs des guides, Ç| *^ /C & , précèdent et conduisent 
le cortège impérial; ils ont droit à un vêtement de dessus de cou- 
leur jaune. 

Les grands écuyers, œ '^ !A & , ont la surveillance sur les 
équipages impériaux. 

Les directeurs de l'Intendance de la Cour, m& W K] <^ W 

7C iSL, ont la surveillance des services intérieurs du palais. 

Outre ces fonctionnaires habituels de la cour, lorsque Tempereur 
voyage, il choisit, sur présentation des différentes hautes admi- 
nistrations, un nombre non fixé de maréchaux des guides, fm ^ 

yC S^ , et de maréchaux de Tescorte, m M !A S^ , qui ont 

à surveiller les travaux d'aménagement des chemins et des lieux 

de halte, iT » , à conduire le cortège, à maintenir l'ordre parmi 
les marchands qui se sont établis aux haltes et parmi les po- 
pulations des endroits que l'on traverse, et à servir d'arrière- 
garde. 

Chaque fois qu'une cérémonie doit avoir lieu, des princes et 
hauts dignitaires sont désignés à l'avance pour accomplir les 

diff'éi*ents rîtes, porter le sceptre et le sceau, fl^ W jW W $ 

présenter la coupe, t& ^ , s'assurer du nombre et de l'état des 



— 277 — 

animaux pour les sacrifices, W lfi% ^ ^ : mais aucune de ces 
fonctions n*est permanente. 

Missions provisoires ou fonctions sont toutes données à des 
Mantchous; ceux qui les obtiennent, exercent presque toujours 
d'autres fonctions importantes dans les Bannières ou les administra- 
tions, ministères et conseils. Ces hautes fonctions ne donnent pas 
droit à des émoluments, mais à de simples indemnités pour le bois 

et Teau, ^ ^ . 



Gardes du corps, 

Les gardes du corps sont pour la plupart des Mantchous appar- 
tenant à Tune des trois Bannières supérieures (jaune bordé, jaune 
uni, blanc uni). Les soldats de ces trois Bannières peuvent, après 
sept ans de service, passer des examens d*équitation et de tir à 

Tare et être nommés gardes, w ITO ; l'obtention de cette fonction 
est particulièrement facile pour les tsong-ché. Les Chinois peuvent 
y atteindre également si, après avoir passé les examens militaires 
des trois degrés (correspondant aux examens civils que Ton 
nomme souvent baccalauréat, licence et doctorat), ils passent 
encore un examen supérieur : la garde impériale serait donc pour 
les grades militaires ce que l'Académie impériale est pour les 
grades civils; dans la garde impériale, les Chinois ne peuvent 
dépasser le grade de capitaine. A ces deux classes de gardes, s'en 
ajoute une troisième, composée de soldats des trois Bannières 
supérieures qui font le même service que les gardes, mais sans 
avoir le titre; cette distinction leur facilite par la suite l'obtention 
du titre. 
Quatre-vingt-dix gardes, de rang inférieur, ne portent sur le 

chapeau que la plume de corbeau, ^ 1^ ; les autres ont la plume 

de paon à un œil, -P* HR ?E i^ . Les gardes à queue de léopard 
sont choisis parmi les nobles appartenant à la garde : ils sont 
spécialement attachés à la personne de l'empereur, tiennent la 
bride de son cheval et portent les lanternes auprès de sa chaise. 

GiOOB. B18T. BT DUCRIPT. — VI. I9 



— 278 — 

Les gardes sont divisés en plusiours corps dont chacun est spéoia- 
lement chargé de la surveillance d'une des portes ou d*un àe% 
bâtiments du palais. Us demeurent dans la ville et ont des jours 
de service fixes. Pour tous les délits, bruits» querelles, négligences 
de service, si les faits se passent dans Tenceinte du palais, ils soat 
sous la seule juridiction de leurs chefs. 

Un petit nombre de gardes parvient au grade d^officieri un plus 
petit nombre encore aux grades supérieurs : la plupart, .après un 
certain temps de service, sont replacés dans Tarmée avec un avào*^ 
cernent ; ils perdent en général la plume de paon, mais conservent 
le titre honorifique de garde. Les officiers des gardes sont presque 
tous des cadets de la maison impériale^ Les grades supérieurs, y 
compris celui de grand ayant charge à la cour, commandant des 

gardes, vR W fw P3 Tv El , sont donnés à de hauts person- 
nages, souvent avec survivance. 



Préposés aux équipages impériaux, 

Cette administration, qui, à une exception près, ne comprend 
que des Mantchous, est sous la surveillance de trois grands du 
palais impérial; Tun porte le titre de directeur des équipages 

impériaux,^ 1m W' y^ S; les deux autres sont sous-dîrec- 

teurs,!5i m wt ^Ê 'M K ; un sous-directeur chinoisi 





m% , leur est adjoint. Ils ont sous leurs ordres deux premiers 

préposés aux équipages, 7Gb W- , deux seconds préposés, ^ J^ , 

et deux assistants des prières, Ivl JvL 7(£ -^ , qui se tiennent à 
droite et à gauche de l'empereur dans certains sacrifices ; il y a de 
plus un grand nombre de fonctionnaires inférieurs, répartis en 
bureaux, au nombre de sept, et en sections. L'administration des 
équipages s'occupe de tout ce qui constitue le cortège de Tempe^- 
reur, et ceux des impératrices ei dames du palais, voitures, ani- 
maux et insignes impériaux ainsi que It montrera la liste suivante 
des o^agaains et sections. 



— 279 — 

Magasin des chaises et voitures, SI ^ Hl . 

Écurie des chevaux, >^V 4S9 1^ . 

Magasin des parasols, wt WL ^ . 

Magasin des arcs et flèches^ ^ 5^ ^ . 

Magasin des sceptres et des banderoiles, ]^ pP ^ . 

Magasin des bannières et pavillons, ^ 1^ RI . 

Magasin des flabellums, J^ 4 ™ . 

Magasin des haches et pertuisanes, "^ sSSL kI . 
Section des préposés aux fouets (les prosternements et génu- 
flexions et autres rites des cérémonies de la cour sont commandés 

par des claquements de fouet), Wf w W ^ . 
Heotioti des préposés aux coussins pour les prosternements 

(mise en place), l^^P^WMW. 
Magasin des sabres, ^ftlM «9. 

Magasin des lances et hallebardes, AJ ^ k| . 

Écurie des éléphants (certains chars de Tempereur sont traînés 

par des éléphants), ^W^^ . 
Magasin des pavillons triangulaires» Wk « iw • 
Section des préposés aux emblèmes impériaux, ^ ^ W ^ . 

Section des préposés aux palanquins, ^ ^ w % . 

Section des préposés aux voitures jaunes, 1^ W& W ^ . 

Section des préposés aux voitures ornées, B& $9 W ^ . 

Section des proposés aux voitures à éléphants, ^ f^ w ^ . 

Section des préposés aux voitures en cuir, -^ ^ W ^ . 

Section des préposés aux voitures en bois, 4^ ¥9 W ^ . 
Section des préposés aux tapis eti Obres de palmier, ^ wB 

mm. 



— 280 — 

Section des préposés aux coussins pour les prosternements 

(garde),ffW«a. 
Section des proposés aux palanquins en forme de paTÎIIon, 

te impériale, J9 ^^ 



services domestiques 
es dames du palais : 
origine des serviteurs 
lonquéte de la Chine, 
lantcbous réduits au 
: châtiment a été eu 
it des prisonniers de 
serviteurs étaient de 
étaient serviteurs de 
descendants forment 
les Chinois d'origine 
I ayant presque tous 
me qui a été employé 
linois, Coréens, Mon- 
s la même condition. 
*ois Bannières, dites 

aux trois Bannières 
mi. 

intérieures ne sont 
ent parler, serviteurs 
idance de la Cour. Ils 
ont entrée au palais, 
i; aucun signe exté- 



— 28i — 

rieur ne les distingue. Les mariages entre gens des Bannières 
extérieures et gens des Bannières intérieures, interdits primitive- 
ment, sont permis depuis l'époque de Chwen-tché : les enfants 
suivent la condition du père. C'est là que reste toujours la marque 
originelle : les enfants d'un serf impérial sont, à leur naissance, 
inscrits sur les registres de Tétat civil de la Bannière intérieure à 
laquelle ils appartiennent; à dix-huit ans, ils doivent entrer au ser- 
vice de l'empereur ; s'il n'y a pas de poste vacant et qu'ils soient sans 
ressources, ils peuvent obtenir pendant quelque temps i taël et demi 
par mois; mais ils n'ont pas droit à être employés; ils dépendent 
ainsi, sans rachat possible, de l'Intendance de la Cour; ils ne 
peuvent avoir dans l'administration ordinaire que des fonctions 
inférieures, presque uniquement en Mantchourie et en Mongolie, 
ou dans l'armée, et ne peuvent jamais entrer dans les ministères. 
Pour être assimilés aux autres Mantchous, il leur faut être affran- 
chis, 10 ^ : l'affranchissement est accordé à tout serf impérial 
qui arrive à l'Académie impériale; mais les examens sont plus 
difûciles pour les gens de l'Intendance que pour les autres Man- 
tchous et les Chinois, car on reçoit fort peu d'entre eux. L'affran- 
chissement est aussi accordé par décret, pour de grands services 
rendus. Pour les fonctions de l'Intendance, il existe trois degrés 
d'examens, le mantchou y joue uu certain rôle; la vente des 
charges existe aussi, et beaucoup plus que dans le reste de l'admi- 
nistration; enfin la survivance est presque de règle pour les 
employés des magasins impériaux et pour les collecteurs des 

revenus, ^ S^l . 

Llntendance forme ainsi une administration fort influente, puis- 
qu'elle tient presque tous les services du palais, et où ne sont 
employés que les gens des Bannières intérieures : seuls les direc- 
teurs, au nombre de quatre, et le directeur général sont pris dans 
les Bannières extérieures. Ils ont sous leurs ordres les secrétaires 
et copistes dont j'ai indiqué plus haut les modes de recrutement : 
les rangs se distinguent comme dans l'administration ordinaire, 
par le bouton du chapeau et les broderies de la robe. Un seul 
homme peut remplir plusieurs fonctions dans l'Intendance, mais 
il ne touche que les appointements simples. 

Les différentes divisions de l'Intendance de la Cour sont les 
suivantes. 

La cassette impériale^ Bi W ^ : chaque impôt doit fournir 



— Î82 — 

an une quotité fixe qui est versée par tes autorités pro^to- 

is chargées de la perception, aux ministères el autres admi- 

■ations : la cassette a sa part marquée et reçoit en outre tout 

ui dépasse le fixe dea Tersameots, Elle reçoit le reveau des 

is de riateodance. 

I maf^aeio de la joaillerie, w JP. 

) magasin de la pelleterie, ^ "p- . 

> magaaio des porcelaines, fin ^ . 

I magasin des Eoieriea, VX. ™ , 

I magaslo des vêtements, ^ ™ . 

I magasin des tbés, ^ ^, 

s six magasins reçoivent et gardent les cadeaux et tributi 
entés à l'empereur; ils ont également charge desenvoii régu- 
faits par les représentants de l'Intendance dans les provinces, 
tête de chacun, comme à la tête de la cassette impériale, se 
rent des secrétaires de première classe dépendant de l'Inten- 
e, auxquels sont adjoints, pour la surveillance, un ou deux 
itaires de ministère. 

chambre dea comptes, W hT ^ , n'a pas la maniement 
leniers ; elle règle la comptabililé d& toute l'Ialondanae. De 

c'est elle qui s'occupe du choix dea eunuques, sfirvimtea, 
ricei et de tous les serviteurs et ouvriers loués pour la pAlait, 
viendrai bientôt sur le choix des eunuques et de^ servantes. 

bureau de gérance des maisons de foaotionnairaa, W W 

W- , administre les maisons qui sont fournies par l'IateadancQ 
certain nombre de ses membres. 

idministration des redevances, W iB W fl , perçoit le 
lu des terres de l'Intendance et le verse & la cassette impériale, 
domaines de rintendanee sont formés principalement des 
1 appartenant & dea mandarins de la dynastie des Hlog et qui 
té confisquées Ion de la conquête; cet terrea sont louéea k 
ituitë à des hommes de l'Intendance qui, de p6re en fila, les 
litent ou les font exploiter : ils sont appelée collecteurs des 

ma, /\ fil ^ ^; ils peuvent 6tre révoqués pour faute 



— 283 ^ 

(l'i^diDJnistratîon et rintendanae choisit alors un autre gérant; A 

cette adrpinistratîon, se rattache le corps des huissiers, ra ^ , 
qui sont chargés de poursuivre le recouvrement des redevances. 

Le bureau des bâtiments, @ ^ ^ , est chargé de l'entretien 
du palais et de la plupart des travaux qui s'y font; ceux qui sont 
plus partiouliôrement importants, sont du ressort du Ministère des 

Travaux, J- w . 

Le bureau des manufactures, tS SR^ ^.y est sous la surveil- 
lance spéciale des directeurs de l'Intendance; il est chargé de 
procurer à Tempereur ou de faire exécuter pour lui tous les objets 

que désire Sa Majest4. L'une des manufactures, wi yii. ^ , située 
autrefois dans la ville impériale sur l'emplacement du nouveau 

Pei-t'ang, ES T ^, est maintenant à l'ouest de la ville, 





; elle doit tisser et teindre le^ étoffes commandées par Tempe- 
reur, d'après les indications et dessins qu'il donne. Cette manu* 
facture a la spécialité d'une teinture rouge pourpre. 
Les principales manufactures dans les provinces sont à Kieou- 

kiang, yL 50-, pour la poroelaine; à Sou-tcheou, ^ Til , 

Hang-toheou, 1% Tri , Kiang-ning, Ol ffi , pour les soies, jades 
taillés et autres ol\|ets. Ces manufactures sont dirigées par des 

administrateurs spéciaux, mc ^ , qui sont au nombre de trois et 
résident à Kiang-ning, Sou-tcheou et flang-tcheou; ils doivent 
envoyer chaque année à l'Intendance une quantité Axée des pro- 
duits des manufactures placées sous leurs ordres; de plus ils 
exéoutent les eommandes qui leur ^ont transmises par les direc- 
teurs de l'Intendance, et sont chargés de tous les achats à. faire 
dans les provinces de leurs oireonBcriptions, Il existe en outre 

deux postes d'administrateurs des douanes, if^ SB m W , pour 

le compte de Hutendanee : Tune dans la province de Canton, W* , 

l'autre à la douane de Hwaî-ngan, i^ ^ (Kiang-nan); ces 
administrateurs perçoivent les droits qui reviennent à l'Intendance 
et font, comme le^ administrateurs des manufactures, les achats 



— 284 ~ 

qui sont à faire dans leurs circonscriptions. Dans les provinces 
où il n'existe ni administrateur des manufactures, ni administra- 
teur des douanes, les gouverneurs sont chargés des achats pour 
rintendance. Les postes d'administrateur sont toujours donnés à 
des fonctionnaires de l'intendance, pour un an seulement; parfois 
un année de prolongation est accordée. Les fonctionnaires, qai 
remplissent ces postes très lucratifs, conservent d'ailleurs leur 
rang et leurs fonctions dans l'Intendance à Péking. 

La chambre des rites, ^ fli ^ , s'occupe des prières et 
sacrifices qui se font dans l'intérieur du palais; elle avertit l'em- 
pereur des jours fixés et règle les détails des cérémonies d'après 
les usages consacrés; lorsque l'empereur n'accomplit pas lui-même 
les rites, elle rappelle qu'il y a lieu de déléguer un haut dignitaire 
pour représenter le souverain. La chambre des rites^ outre les 
secrétaires qui la dirigent, comprend des fonctionnaires spéciaux : 

quatre lecteurs des prières, ^ ^ W , et trois élèves-lecteurs, 

treize aides des cérémonies, jR Ifia ^P, chargés d'indiquer à 
à l'empereur les prosternements et génuflexions qu'il doit faire, 
quatre élèves-aides des cérémonies, cinq préposés aux objets du 

culte, ^ ^ W . Le bureau chargé des tablettes pour les esprits, 

W W , et le bureau chargé des fruits pour les offrandes, :^ W , 
se rattachent à la chambre des rites, ainsi que l'administration 

de la musique ordinaire, ^ i ^ , De plus la chambre des 
rites s'occupe de l'avancement et de la dégradation des eunuques 

du palais et en réfère au Ministère des Fonctionnaires^ ^ np • 

La chambre de l'abondance, ^ S ™ , a la surveillance des 
bestiaux destinés aux sacrifices de la religion domestique impé- 
riale et de ceux qui servent à l'usage du palais. 

L'administration des eunuques et servantes, ™ M Bv W 

^ F^ W w 9 1^ @ , est Tune des plus importantes de 
l'Intendance; elle n'a à s'occuper ni du choix ni du paiement des 
eunuques et des servantes qui dépend de la chambre des comptes, 
ni des avancements et dégradations qui dépendent de la chambre 
des rites, ni des châtiments qui sont du ressort de la chambre 



— 285 — 

de justice, W: /•'J hI : néanmoins^ pour plus de clarté, je réunis 
ici tout ce qui a rapport aux eunuques et aux servantes. 

Le nombre des eunuques du palais varie entre deux et trois 
mille : le nombre conforme aux règlements serait trois mille'. 
Tous les cinq ans, les princes doivent fournir au palais chacun 
huit jeunes eunuques ayant déjà servi chez eux; ils reçoivent 
aSo taëls par eunuque. Le nombre d*eunuques obtenu de la sorte 
étant insuffisant, la chambre des comptes a des registres ouverts 
pour les demandes d'emploi et appelle ceux qui sont inscrits, 
suivant les besoins du service. Pour être inscrits, les postulants 
doivent faire constater qu'ils sont réellement eunuques ou, s'ils 
ne le sont, se remettre à des opérateurs reconnus par Tlntendance ; 
toutefois ces opérateurs ne sont pas dépendants de l'Intendance, 
et c'est du patient qu'ils reçoivent leur salaire ; l'opération ne peut 
être faite que du consentement du patient, elle consiste dans 
l'ablation de toutes les parties génitales- externes. Beaucoup 
d'eunuques sont originaires du sud du Tché-li, et aussi d'un village 
situé à 3 ou 4 lieues à l'ouest de Péking. Bon nombre de 
parents font faire l'opération à leurs enfants vers l'Âge de dix ans; 
mais il y a aussi des hommes faits, même des gens mariés, qui se 
soumettent à la castration, et cela jusque vers trente ans; plus 
tard, Topération serait trop dangereuse. Le but de ceux qui 
deviennent eunuques est de s'assurer au palais une vie peu active 
et des fonctions lucratives. Les parties enlevées aux eunuques sont 
conservées par eux : ils doivent les présenter pour monter en 
grade et ils les font enterrer avec eux. 

Les eunuques reçoivent par mois d'abord a taëls et du riz; 
leurs appointements peuvent s'élever jusqu'à la taëls; ils ont des 
profits très considérables. Ils remplissent tous les postes inférieurs 
de la domesticité, sont hommes de peine, balayeurs, jardiniers, 
portiers; une brigade d'eunuques, sous les ordres de l'un d'entre 
eux, est attachée à chaque bâtiment du palais; dix-huit d'entre 
eux sont lamas ; d'autres sont comédiens et donnent une repré- 
sentation tous les mois, régulièrement; ils en donnent, de plus, 
autant que l'empereur l'ordonne. Les eunuques peuvent obtenir 
des insignes officiels, mais ils cèdent le pas aux fonctionnaires, 

I. Beaucoup des renseignements que j'ai sur ce si;get viennent d'un article 
de M. Stent {Royal Asiatic Society, North China Branck, 1877) S j'en ai vériûé la 
plupart dans des documents chinois, ou à l'aide de lettrés. 



284 



qn «Mt à fam dans kns dre 
où a ii*exîsCe ni admiustnt^ar 
teurâes douanes, les gonrer 
rintendanee. Les postes d'à 
àes fiMictionnaires de llnlr 
on année de |«olon^ir 



raog et leurs fooetion 

Ia chambre des 
sacrifiées qnî se fon 
percor des jours G 

les usages consacr 
les rites, elle rap^ 
V^r représenU 
secrétaires qui 

quatre lecteo 



treize aides 
* l^empereu 
quatre élè- 




à un prequer 

actnei, fort en 

>a«oo do trusième 

d'après on décret 

régente Tonlait 

^^^liittoopéebéeque par 

de Feoipereor 

fAliù n em ent laTO- 

i oMirt dans le Qian* 



3ioîo«rs fîMi i^préctês 




rf 



^ 



eolte, Wi 

seiatia 

de la T 
rites s' 



^'^ ^jmiAiMdejade i>lanc. 

'*_^^,^ iins des baraquements 

"* '^ viiBK foment beaucoup 

jSMinte dn palais. Ils ne 

\^:SL -K Voilent être rentrés 

In palais ne peut plus 

à mourir de &im. 

.jTt 3Kv^ — ^ ^ ^'^^ toqjours 



r^ 



i»ii 



4 1 



de serrice du palais, 

ie ;:ïslîce, ^ W ^ï ; 
et ramener les eu- 



dn 



pa 



La 
best- 

riai( 






1-' 



31 

rj 

ei 



^^. -'^ ]^ ^ j3*^ "' "^c- n» :* rîttw. Feunuque est bà- 

^.£ *^^-. A '^"'^ ^1, r»ssïflw. reuToyé du palais. 

^^ ^ H^ '*' , ^-«nn 3*?n* tes châtiments pour 

^pr-- * ^ ^Jî*''^'*. ; .'•«"«■'^^ **^ ^^ ^^° *^*^J^^ appar- 

^* * m-r*. lo«qu*on châtiment est 

^ ♦^ air?s« ï* fapporl au Ministère 

^ _ ^ ^ a nj ffr dte& ^s<ot responsables de 

4,km^-^ - " ||[ p. ^f|^ ^jt 3«i& j:riw* elle est réglée par 

^w^-. MU . jnyfratrim mère appelle 




flk^ T9maÊif tes eonuques, dépen- 

^*t«ira«^ 3r s» AamKrf des rites, de la 

^ ^ '^mTsCnû»3« **^ eunuques et ser- 

* H A«*« *** evMBiptes, par Vinter- 

^\ ;,jyi«»ï»:àw << Je l'administration des 



— 287 — 

os jeunes filles mantchoues âgées de quinze 

I. rimpératrice qui fait son choix; les excuses 

> parents sont facilement admises. Les servantes 

arries et un peu payées ; elles remplissent les of^ 

j^ues auprès de l'empereur, des impératrices et des 

alais. A vingt-cinq ans, ou au plus tard trente ans, 

i^eavoyées cbes elles, elles ne peuvent demander à par- 

.ravant, mais peuvent se faire renvoyer en commettant 

.e faute, par exemple en cassant un objet. Les servantes du 

< amassent de Targent, apprennent les usages ètlea rites : 

si trouvent-elles facilement à se marier en quittant le palais. 

Le bureau de la police, W vC ^ , a été institué par Tempe- 
reur Yong-tcheng, afin d'avoir des gens pour l'accompagner quand 
11 sortait Incognito, ce qui lui arrivait fréquemment, me dit-on. 
Aujourd'hui ce bureau n'a plus qu'à faire la police et arrêter ceux 
qui pénàtreot dans las parties interdites du palais. 

Lu pharmacie impériale, wï 1^ M , est sous la surveillance 
directe du directeur général de l'Intendance ; elle a simplement 
h se procurer et {i garder les ingrédients nécessaires à la compo^ 
sitiQQ des médicaments qui sont préparés par las médecins de 
Tempereur. 

Les cuisines impériales, V^* ^ ^ W , sont sous la surveil- 
lanoQ imm^idiate de deux autres des directeurs. Outra la parson- 
nal ordinaira da secrétaires da différentes classes, elles aom« 

prennent trois premiers écuyers tranchants, J^ ^ iE, et un 

aide, P^ ffil W ; dix écuyers tranchants ordinaires, ^ Jl w 

l^j deux premiers écbansons poqr le thé, M ^ jfc , et un aide 

•■î ^ wll j et six écbansons ordinaires pour le thé, 3Ç -t w 

WS . Les euisiniers sont ou des hommes des Bannières intérieupes, 
ou plus souvent des Chinois loués par Tlntendance. 

Les écuries impériales, Jt mH ^ , ont charge des chevaux 
dont l'empereur se sert à l'ordinaire ; ceux du cortège impérial 
dépendent des préposés aux équipages impériaux ; les chevaux 
de Tempareur viennent des parcs d'élevage qui sont h, Kalgan, 



— 286 — 

même de rang inférieur; ils sont tous soumie h un preiQÎer 

eunuque, W W W W . Le premier eunuque actuel, fort en 
faveur auprès de l'impératrice douairière^ a le bouton du troisième 
rang ; c'est le plus) haut rang qu'il puisse obtenir, d'après un décret 
de l'empereur Kia-k'ing ; cependant l'impératrice régente voulait 
le faire manda^n du scoond rang et n'en a été empêchée que par 
l'opposition du prince de Chwen. Souh le règne de l'empereur 
T'ong^tché^ l'impératrice de l'Ouest avait aussi extrêmement favo* 
risé un jeune eunuque qui depuis a été mis à mort dans le Gban-' 
tong; d'ailleurs les jeunes eunuques sont toi]gour3 forl appréciés 
au palais. Leii eunuques comédiens forment une hiérarchie séparée, 
dont le plua haut rang donne droit à un bouton de jade blanc. 

Les eunuques de service se tiennent dans des baraquements 
dressés dans les cours du palais. Les eunuques fument beaucoup 
Topium et y sont autorisés même dans l'enceinte du palais. Ils ne 
peuvent jamais sortir sans chapeau officiel et doivent être rentrés 
avant la nuit tombée* Un eunuque chassé du palais ne peut plus 
être employé nulle part : il est donc condamné à mourir de flaim. 
Quelques eunuques deviennent fort riches, mais ils sont toujours 
mépriséfi et haï9 par le peuple. 

Les eunuques, et en général tous les gens de service du palais, 

sont sous la juridiction de la chambre de justice, W tHJ ^ ; 
cette chambre est aussi chargée de poursuivre et ramener les eu- 
nuques fugitifs; au premier délit de ce genre, l'eunuque est bâ- 
tonné, au second, exilé, et au troisième,' renvoyé du palais. 
L'amende, la bastonnade, l'exil, le renvoi sont les châtiments pour 
les délits qui se présentent d'ordinaire ; le vol d'un objet appar- 
tenant à Tempereur est puni de mort. Lorsqu'un châtiment est 
appliqué, la chambre de justice adresse un rapport au Ministère 

de la Justice, /m) HH • Les eunuques chefs sont responsables de 
leurs inférieurs, Lorsque Taifaire est peu grave, elle est réglée par 
les eunuques chefs; il arrive aussi qw l'impératrice môre appelle 
les coupables devant elle. 

Les servantes du palais, » JK , comme les eunuques, dépen- 
dent de la chambre des comptes, de la chambre des rites, de la 
chambre de justice et de l'administration des eunuques et ser- 
vantes. Tous les trois ans, la chambre des comptes, par l'inter- 
médiaire de l'administration provinciale et de l'administration des 



— 287 — 

Bannières, oonvoque les jeunes filles mantehoues âgées de quinze 
ans et les présente à Timpératrice qui fait son choi%; les excuses 
présentées par les parents sont facilement admises. Les servantes 
sont vêtues, nourries et un peu payées ; elles remplissent les of- 
fices domestiques auprès de l'empereur, des impératrices et des 
dames du palais. A vingt-cinq ans, ou au plus tard trente ans, 
elles sont renvoyées cbeit elles, elles ne peuvent demander à par* 
tir auparavant, mais peuvent se faire renvoyer en commettant 
quelque faute, par exemple en cassant un objet. Les servantes du 
palais amassent de Targent^ apprennent les usages et les rites : 
aussi trouvent-elles facilement à se marier en quittant le palais. 

Le bureau de la police, w vC ^ , a été institué par Tempe* 
reijr Yong-tcheng, afin d'avoir des gens pour l'accompagner quand 
il sortait Incognito, ce qui lui arrivait fréquemment, me dit-on. 
Aujourd'hui ce bureau n"a plus qu'à faire la police et arrêter ceux 
qui pénètrent dans les parties interdites du palais. 

La pharmacie impériale, wï 1^ M , est sous la surveillance 
directe du directeur général de l'Intendance ; elle a simplement 
h se procurer et {i garder les ingrédients nécessaires à la compo-^ 
sition des médicaments qui sont préparés par laa médecins de 
Tempereur. 

Les cuisines impériales, W ^ ™ w , sont sous la surveîl- 
Imoo immédiate do deux autres des directeurs. Outre le person- 
nel ordinaire de secrétaires de différentes classes, elles corn» 

prennent trois premiers écuyers tranchants, |Pj ^ it , et un 
aide, jPÎ ffll WU ; dix écuyers tranchants ordinaires, ^ Jl w 
W i deux premiers écbansqns pour le thé, M ^ -ït , et un aide 
PÎ ^ WM { et six échaosons ordinaires pour le thé, 3^ Jl. "Rf 

Wl . Les euisiniers sont ou des hommes des Bannières intérieupes, 
ou plus souvent des Chinois loués par l'Intendance. 

Les écuries impériales, Jt m9 ^ , ont charge des chevaux 
dont Tempereur se sert à l'ordinaire ; ceux du cortège impérial 
dépendent des préposés aux équipages impériaux ; les chevaux 
de l'empereur viennent des parcs d'élevage qui sont è, Kalgan, 




— 288 — 

^ P (Mongolie) et dans le Léao-tong, W, M (province 
de Moukden). Les écuries sont sous la surveillance immédiate de 

l'un des directeurs de Tlntendance. Après les surveillants, ^ ™ , 
et secrétaires, le personnel des écuries se compose de dix-neuf 

écuyers, W ^ "^ ^ , trois préposés à la sellerie, WWMj 

trois vétérinaires, ^ "pT S ^ ^ , et seize palefreniers en 

chef, Ito :K . Aux écuries sont rattachés quatre préposés aux 

troupeaux, ^ S , qui ont charge des vaches, moutons, etc., 
entretenus dans les dépendances du palais. 

Le dépôt militaire^ ^ vR ^ , placé sous la surveillance d'un 
des directeurs de llntendance, comprend comme fonctionnaires 

spéciaux ti*ois préposés aux tentes, ^ Qb, et trois aides; trois 
préposés aux parasols, ^ ^ w \^ , et trois aides; trois fabri- 
cants d'arcs, ^ L£ 13 Ul ^, et trois aides; trois fabricants 
de flèches, tR hu @ Ul 3^^ et trois aides; un fabricant de 
flèches à pointe mousse, WB ^ l£; quatre huissiers, fp W; 

La chambre de la vénerie, ^ ^ ^ , a dans sa dépendance 
les bateaux, les chiens, les faucons de l'empereur, c'est-à-dire ce 
qui^sert pour la chasse et la pèche. 

Le palais habité par l'empereur Yong-tcheng avant qu'il mon- 
tât sur le trône, aujourd'hui transformé en lamaserie^ ^ i^ S , 
la salle de la Grande Chancellerie, «1^ -9^ ^ , et divers bâti- 
ments situés dans le palais impérial, ffi w » , ™ Jt iëc, 
sont administrés par des membres de llntendance spécialement 
délégués. De la même façon sont administrées les deux écoles de 

Hien-ngan-kong, ^ ^ » , et du King-chan, WC W , qui sont 
situées dans les dépendances du palais et où des enfants man- 
tchous sont élevés gratuitement. 

Les parcs impériaux, ^ ^ ^ , sont sons la surveillance de 






— 289 — 

différents princes; ces parcs sont gardés par des détachements 
des Bannières; les uns servent de terrains de chasse, d'autres de 

H* ' 

résidences d'été; d'autres fournissent au palais des fleurs et des 

arbres. Ce sont le Nan-yuen, m ?£, le Yuen-ming-yuen, |B| 

Il 59 ® (palais d'Été), le Tch*ang-tch'wen-yuen, :^ ^ @, le 

Yiho-yuen, SI ^ ® , le tsing.yî-yuen, 1^ 3Ë ® , et le Tsing- 

\i^ 

■^^^kS k^^^A V^V^A 

ming-yuen, Wf ^ 19 ; tous sont situés dans les environs de 
"^ Péking. 

- ' Le palais impérial situé à Géhol, Wi V^ (province de Mouk* 

den) et celui de Moukden sont régis par l'Intendance de la Cour; 

les surveillants, W W , sont délégués par l'Intendance de Péking 
pour une durée d'un an, avec prolongation possible d'une année. 

Un censeur^ fO^ JS , et un secrétaire sont délégués par la cour 

Jrfh^ ^M^^^ M^^ft 

des censeurs, w ^ ^ , auprès de l'Intendance de la Cour. 



Intendances des palais princiers, 

Les cinq Bannières inférieures (blanc bordé, rouge uni, rouge 
bordé, bleu uni, bleu bordé), comme les trois supérieures, com- 
prennent chacune une partie, dite Bannière intérieure, formée 
des serviteurs héréditaires des huit princes à casque de fer. L'ori- 
gine de ces serviteurs est le même que celle des serfs impériaux; 
leur condition est fort analogue : cependant ils ont dans les exa- 
mens la condition des autres Mantchous» ils peuvent arriver à 
toutes les fonctions publiques; mais alors, quel que soit leur rang, 
ils doivent toujours se prosterner devant leur maître. Cette marque 
de servage ne disparaît que par un décret d'affranchissement ou 
par le rachat qui est possible aux serfs des princes, tandis qu'il 
n'existe pas pour les serfs impériaux : leur nom est alors rayé du 
registre d'état civil tenu dans le palais du prince dont ils dépen- 
dent. Les serfs des princes reçoivent du gouvernement une cer- 



l1^ 



— 290 — 

laine quantité de riz, en leur qualité d^hommes des Bannières; ils 
ont droit à être payés par leur maître. Chez chaque prince, ils 

lont sous les ordres d'un majordome, ^ ^, pris parmi eux. 
Souvent leâ princes prennent des filles de leurs Serfs cooàme 
femmes de second rang ou concubines. 

Les princes peuvent en outre louer des serviteurs, mantchous 
ou chinois. Seuls avec Fempereur^ Ils ont le droit d*avoir defl eu- 
nuques : les grands princes du premier rang en peuvent avoir 
trente; ceux du second rang ont droit à vingt; les princes du pre- 
mier rang en ont dix et ceux du second rang en ont six; les ducs 
-quatre; les princesses filles d'empereur trente. Les prinoel peuvent 

donner le titre de gardes, ^ tm, à un certain nombre de leurs 
serfs l en général, ils ne peuvent avoir des gardes que de troi^ 
sième et de quatrième classe; par faveur spéciale,. l'empereur 
peut accorder aux grands princes des gardes supplémentaires de 
troisième et de quatrième classe et un nombre fi^re de garded de 
première et de deuxième classe. Les gardes accordés par décret 
sont payés par Tempereur. 

Les huit princes à casque de fer ont conservé un droit de pa- 
tronage sur les descendants des soldats mantchous qui servaient 
sous leurs ancêtres à l'époque de la conquête. Les obligations de 

ces clients, ^ ^^ ^ ™J , se réduisent au devoir de venir saluer 
et féliciter le prince au nouvel an, à ranniversaire de sa naissance, 
pour son mariage et dans quelques occasions analogues. 

Les maisons princières de Yi, de Kong et de Chv\^en, bien que 
dotées de l'hérédité perpétuelle, ont beaucoup moins de serfs que 
les huit plus anciennes; les causes qui avaient amené l'extensioti 
du servage â Torigine de la dynastie, c'est-à-dire la guerre et Tin- 
certitude des conditions dans des temps troublés, ont presque 
totalement disparu dès l'empereur K*ang-hi. La plupart des serfs 
de ces trois maisons tirent leur origine de l'Intendance de la Cour : 
quand l'empereur établit^un de ses fils^ il attache à sa personne 
un certain nombre de serfs impériaux, dont la condition devient 
alors complètement semblable à celle des serfs princiers. Le degré 
de noblesse de la plupart des maisons princières baissant de gé- 
nération en génération, les pensions et le train de maison dimi- 
nuent aussi; il arrive enfin que les nobles aflfranchissent volon- 
tiers leurs serfs moyennant finance. 



— 201 — 

Les domaines des princes ont une double origine. Les uns leur 
ont été donnés par des décrets des premières années Chwen-tché 
pour assurer dans chaque maison les sacrifices dus aux ancêtres; 

ces terres, ^ tO , inaliénables, sont administrées par des col- 
lecteurs des redevances, ^ S ^ Sk , que chaque prince a 
choisis parmi ses serfs dès Torigine et qui sont restés gérants de 
père en fils sauf cas de faute grave. Les autres sont les terres de 
propriétaires chinqis^ qui pour se faire un protecteur contre les 
brutalités de la conquête mantchouO) ont fait don de leurs terrds 
à un prince et lui ont remis les titres de propriété ; ces titres sont 
conservés par le prince; la terre a été immédiatement rétrocédée 
au propriétaire primitif» qui a pris le nom de collecteur des re- 
devances, w^ yu ^ fift , au moyen d'une location perpétuelle. 

G*est là une véritable recommandation, ^ Wi » semblable i celle 
qui a été en usage en Europe au moyen Âge. Une redevance fort 
légère a été fixée, consistant en charbon, filets^ poisson^ volaille^ 

d'où des noms difiërents suivant la nature de la redevance, J^ /^ , 

^ ^ ,m J^ ,yS9 -P,t8| J^ yS^ J^ \ aujourd'hui, toutes 
les redevances se paient en argent. La recommandation a conti- 
nué à être en usage et il s'en présente des cas jusqu'à présent; 
elle est sanctionnée par décret impérial ; celui qui s'est recom^ 
mandé à un prince et tous ses descendants sont serfs de ce prince ; 
à la mort du collecteur des redevances, son fils ainé^ ou le fils de 
son fils aine, lui succèdent; à leur défaut, un autre fils, ou un 
parent plus éloigné prennent sa place ; en cas de mauvaise admi- 
nistration d'un collecteur, les terres sont confiées à un de ses pa- 
rents, jamais elles ne peuvent sortir de la famille. Les terres de 
ce genre ne sont aliénables qu'au profit de Flntendance du palais 
ou d'un prince de la maison impériale, nul autre ne pouvant exer- 
cer le patronage qui est une des bases du contrat. 



— 292 — 

Cour des médecitu de tempereur. 




La cour des médecins est actuellement placée sous la haute 
surveillance du directeur général de l'Intendance» mais elle est 

organisée à part. Elle se compose d'un président, ^ K , de 
deux vice-présidents, 2E ^ tO , 'tl ^ xO , de quatre pre- 
miers médecins^ W V ^ W w SB W' , de quinze médecins 

ordinaires, W 9^ et d'élèves en nombre illimité. Pour être 
élève à la cour des médecins, un examen est prescrit ; un méde- 
cin quelconque peut s'y présenter; le président de la cour l'inter- 
roge : un mannequin en cuivre, percé d'un grand nombre de 
trous qui correspondent aux différents organes reconnus par la 
médecine chinoise, sert aux démonstrations; ce mannequin est 
recouvert de papier; le candidat doit, à l'aide d'une longue ai- 
guille, atteindre à travers la feuille de papier les organes que dé- 
signe le président. Aujourd'hui, il n'y a pas d'examen effectif : 
les candidats achètent de la cour le titre d'élève^ qui leur permet 
d'étudier sous la direction des médecins de l'empereur; ces mé- 
decins sont choisis par décret parmi les élèves; ils sont payés'. 
On n'exige d'eux que des connaissances médicales, aussi ne peu- 
vent-ils jamais passer dans d'autres administrations, ils doivent 
avancer dans la cour des médecins. 

Deux médecins sont toujours de service au palais, ils sont re- 
levés tous les cinq jours. Si l'empereur ou l'impératrice sont ma- 
lades, on appelle en consultation le président de la cour, un vice- 
président et quatre ou cinq médecins; ils tâtent le pouls, écrivent 
une ordonnance et préparent eux-mêmes les médicaments. Si la 
maladie est grave, les hauts fonctionnaires envoient à l'envi des 
médecins renommés. L'empereur peut toujours à volonté consul- 
ter des médecins étrangers à la cour. Quand un prince ou un 
haut fonctionnaire est malade, l'empereur lui envoie quelques- 
uns de ses médecins. 

1. La plupart des médecins sont chinois. 






— 293 — 

Lorsque l'empereur guérit, les médecins qui Tout soigné, re- 
çoivent des présents ; s'il meurt, ils sont dégradés et sévèrement 
punis. 

Les accouchements sont faits au palais, comme partout ailleurs 
en Chine, par des sages-femmes : leur science est purement pra- 
tique, leurs recettes sont secrètes et sont la propriété de certaines 
familles. L'Intendance de la Cour fait venir les plus renommées. 
Suivant que l'accouchement a été heureux ou a eu une issue fa- 
tale, la sage-femme reçoit des présents ou est punie. 



Explicateurs impériaux. 

Les explicateurs sont de deux sortes. Les explicateurs ordi- 
naires de l'empereur^ P p| 7^ m Vî, W , sont au nombre de 
vingt, huit Mantchous et douze Chinois; ils sont choisis par dé- 
cret spécial dans le conseil de surveillance, ^ W* /^ , et dans 
l'Académie impériale, ^ ^ ^ , sans distinction de rang, de- 
puis les présidents de l'Académie, ^ 1^ , jusque parmi les sim* 

pies docteurs, tl^ w , $W H^ , w Bv . Us sont de service sui- 
vant un rôle : leurs fonctions consistent à être toujours à la dis- 
position de l'empereur, le suivre partout où il va, lui donner des 
explications sur tous les sujets sur lesquels il interroge, et tenir 
le procès-verbal de ses actions et de ses paroles remarquables. Ils 
dépendent d'une section spéciale de l'Académie. 

Les explicateurs impériaux pour les livres canoniques, IK SE 

Wi W » sont choisis par décret spécial, sans distinction d'admi- 
nistration, parmi les fonctionnaires du troisième rang et au-des- 
sus. A certains jours fixés par les rites, ils expliquent en solennité, 

dans une salle du palais, 3v ^ ^ , des passages des livres ca- 
noniques et des livres classiques : l'empereur est présent et com- 
mente après eux* 

Ces explicateurs, les premiers comme les seconds, servent de 
précepteurs à l'empereur enfant. Ils sont sous la direction d'un 

GioOB. HIST. R DB8GA1PT. — YI. ao 



.t 



— Î94 — 

gouverneur, ^ hW 1W , chargé de réducation de Tempereur. 
Le titre de gouverneur est conféré à vie et donne à celui qui le 
possède, une influence considérable; le poste de gouverneur est 
toujours rempli, quel que soit l'âge de l'empereur; celui qui en 
est titulaire, généralement exerce en même temps d'^autres fonc- 
tions. Il en est de même pour les explicateurs des livres cano- 
niques, qui sont souvent présidents ou vice-présidenta de minis- 
tère. 

Les explicateurs, avec d'autres membres de TAcadémie spécia- 
lement désignés, font le service des bibliothèques du palais, 

Jl W W , m W W , ^fc JK B ; ils préparent pour l'em- 
pereur Jes pinceaux et l'encre, lui donnent les livres qu'il désire, 
écrivent ce qu'il leur dit. 

Les gouverneur et explicateurs ont le droit de s'asseoir devant 
l'empereur, quand Sa Majesté le leur a dit ; leurs honoraires aug- 
mentent d'année en année jusqu'à une certaine limite ; l'empe- 
reur leur fait souvent des présents de mets, parfums, vêtements, 
chevaux, voitures. Ils ont le droit de présenter des rapports au 
Trône sur toutes les affaires; ils obtiennent facilement des 
charges importantes. 



Bureau d'Astrologiey 

Le Bureau d'Astrologie est placé sous la surveillance d*uii 

prince : il se compose de deux présidents, SR JE , de quatre 

vice-présidents, m. ™ , et d'un assez grand nombre de secré- 
taires répartis en trois sections. Un examen spécial est subi par 
les bacheliers pour entrer dans cette administration ; les foncr 
tionnaires qui en font partie ne peuvent avancer que dans le 
bureau même et ne peuvent passer dans aucun ministère et dans 
aucune cour. 
Les trois sections du Bureau d'Astrologie sont : 

La section du temps, ^ œ iT* , qui règle le calendrier, dé* 



— 295 — 

termioe Tépoque des solstices et des équinoxes, fixe les jours 
fastes et néfastes^ dont la connaissance a la plus grande impor- 
tance pour tous les actes de la vie d'un Chinois, et spécialement 
pour tout ce qui concerne i'empereur. Pour ses travaux, la sec- 
tion du temps s'appuie sur des tables établies au xvii* siècle par 
les Jésuites. 

La section d'astronomie, yZ. 3C 4n, observe les phénomènes 
célestes, particulièrement les comètes et les éclipses, avertit l'em- 
pereur des faits intéressants et lui en présente des dessins. 

La section des clepsydres, (W ^J ^, avait pour mission de 
surveiller les deux clepsydres qui étaient à Péking, l'une à l'ob* 

servatoîre, ™ ^ S, l'autre à la tour du Tambour, WL lSc\ 
la seconde ne fonctionne plus. Cette section s'occupe des posi- 
tions favorables des astres et des circonstances topographiques, 

fS^t ^ ; elle détermine les jours propices^ |=| H , i=i ^ , aux 
cérémonies importantes^ fixe pour ces jours-là le côté favorable 

de l'horizon, pi JJ , choisit l'endroit où doit être ouverte une 
porte dans le palais, où doit être placé un fourneau dans les cui- 
sines, examine les routes, fleuves, collines et arbres qui avoi- 
slnent les tombeaux impériaux et fixe la position exacte et 
l'orientation que ces tombeaux doivent avoir. 



Conseil des prières. 

Ce conseil et les trois autres dont je parlerai après, sont char- 
gés des cérémonies officielles : ils les préparent et les conduisent, 
en se conformant aux décisions du ministère des rites. 

Le Conseil des prières, placé sous la surveillance d'un ministre 

des Rites, comprend deux présidents, 9w , deux vice-présidents, 

^ 9f^ , des assesseurs, des secrétaires et des copistes. 11 existe 
de plus un certain nombre de fonctionnaires spéciaux : vingt* 

huit aides des cérémonies, ]h Mm. R|i, qui indiquent à Tempe'» 



reur quels prosternements il doit faire; huit lecteurs de prières, 

^ Wt^ ; un conservateur des objets du culte, ^ fv- ic t 

et deux conservateurs adjoints, f^ iSB . Le Conseil des prières 
ne s'occupe que des cérémonies du culte officiel, celles de la reli- 
gion domestique de l'empereur étant du ressort de la chambre 
des Rites ; il prépare les animaux et les objets pour les sacrifîces. 
La musique des cérémonies ofQcielles dépend de ce conseil ; il 

a donc parmi ses employés six chefs d'orchestre, Wl ^ W, 
vingt-deux premiers musiciens, ^ Ifê , cent quatre-vingts mu- 
siciens ordinaires, % Œ, trois cents danseurs, 3$ £. Les 
musiciens se divisent en deux orchestres, l'orchestre religieux, 

W ™ ^, et l'orchestre des banquets, ^ Bp ^ ; chaque 
orchestre a un directeur et deux sous-directeurs dépendant du 
Ministère des Rites : une section de ce ministère porte le nom 

de Hinistëre de la Musique, % rP, elle est dirigée par deux 
princes et un président de ministère qui exercent une haute sur- 
veillance sur )a musique du Conseil des prières. 11 existe aussi ud 

orchestre de marche, =9^ «! ^ , dépendant de l'orchestre des 
banquets. 

C'est au Conseil des prières que se rattachent aussi les surveil- 
lants et gardiens des autels du ciel, @ -U , de la terre, "^ ^ , 
de l'agriculture, TL S , du soleil, ™ B , de la lune, P' M', 
et des dieux protecteurs^ $t ^ . 



Conseil dei banque tt, 

~e conseil, placé sous la surveillance d'un président de ministère 
compose de deux présidents, IPl, de deux vice-présidents. 
™ , et de secrétaires. Il comprend la section des hauts fonc- 



^ .1 



— 297 — 

tionnaires, 7C W ^ , la section des viandes, ^ sl ^ , la 

section des vins, ^ SB. ^ , la section des épices, ^ SS ^ , 

et un magasin administré par deux conservateurs, ^ ^ ^ . 
Il est chargé de faire préparer les repas présentés à Tempereur 
avant qu*il quitte les autels où il est allé sacrifier, ceux qui ont lieu 
au temple de la Littérature, les banquets des mariages de l'empe- 
reur, des princes et des princesses impériales, ceux qui ont lieu 
aux anniversaires de Tempereur et des impératrices, les banquets 
offerts chaque année aux princes mongols, ceux qui sont donnés 
aux envoyés porteurs des tributs, aux explicateurs des livres 
canoniques après leur explication, aux docteurs nouvellement 
reçus, aux membres de la Commission de rédaction de la vie de 

l'empereur défunt, W ^ PP , lors de Tachèvement de leurs tra- 
vaux, aux médecins de Tempereur, et enfin ceux qui se font aux 

tombeaux impériaux, 





Conseil des écuries. 

Ce conseil, composé de deux présidents, ™ , de deux vice-pré- 
sidents, j^ ^ , et de secrétaires, a la charge des toiles et des 
cordes que Ton tend le long du passage de Tempereur; des tentes 
et accessoires nécessaires à ceux qui accompagnent Tempereur 
en voyage, sans être de sa suite de cérémonie ; des bêtes de somme^ 
chevaux, mulets, chameaux qui portent tous ces objets; et enfin 
des pavillons portatifs, tentes, toiles d'enceinte employés aux 
tombeaux, aux autels et aux temples. 



Conseil des cérémonies. 
Ce conseil, sous la surveillance d'un président de ministère, est 



— 298 — 

composé de deux présidents, ™ , de deux vice-présidents, j^ 9W , 
et de secrétaires ; il comprend en outre seize huissiers mantchous 

et deux huissiers chinois, R^ W, et quatre maîtres des céré- 

moniesi fv Sœ, qui surveillent tous les détails des solennités du 
palais. 



Ministère des Rites, 

Seul parmi les ministères, le Ministère des Rites s'occupe des 
questions de cérémonial, il est presque seul à les régler : à propos 
de chaque cérémonie, il est appelé à examiner les précédents, à 
consulter l'Encyclopédie administrative de la dynastie et à proposer 

au Grand Conseil, -Ç 1^ Wl , un règlement prévoyant tous les 
détails; c'est aussi le Ministère des Rites qui étudie et propose 
toutes les modifications à l'étiquette existante; il y a nombre de 
ses attributions qui sont de l'administration générale de l'empire : 
je n'indiquerai que celles qui touchent spécialement à la cour. 
Comme tous les autres ministères, il se compose de deux prési* 

dents, M W , de quatre vice-présidents, W W , de directeurs, 

W T* , de secrétaires et copistes, M ^r W , 3E ™ , ^ TO 

^ , de différents grades. La direction des cérémonies, Wi VU ^ , 

s'occupe des examens provinciaux et métropolitains, 7r> W^ , 9 

^ , ^ IpC , et de la présentation à l'empereur de ceux qui sont 
reçus docteurs; du règlement des détails, ordre des fonctionnaires, 
génuflexions, prosternements, rites à accomplir, dans les solen- 
nités de la cour, et spécialement dans celles qui ont lieu à propos 
d'événements heureux; du choix des modèles et couleurs pour 
les vêtements, voitures, chaises et insignes que l'on emploie dans 
ces solennités, ou lorsqu'il y a lieu de modifier les modèles et 
couleurs en usage. 

La direction des cultes^ W^ ^ ^ , exerce une surveillance 




— 299 — 

sur les autels, 3t ^ , le temple des ancêtres impériaux, 3K 

le temple de Confucius, ^ JSa , et tous les temples publics; elle 
fait faire des prières au moment des éclipses, expédie le calendrier 
impérial aux provinces et aux États tributaires et règle les rites 
des funérailles impériales et des funérailles faites aux frais de 

Tempereur. Elle a sous ses ordres les chefs des bonzes, m w9, 

et ceux des religieux taoïstes, ^ ma y qui, dans chaque préfecture, 
règlent les affaires des communautés bouddhistes et taoïstes 
d'après les ordres de Tadministration. 

La direction de Thospitalité, ± v ^ , reçoit les envoyés 
tributaires, présente à Tempereur les tributs et les présents des 
provinces; elle a charge des objets qui lui sont ainsi remis, les 
transmet au Trésor ou aux magasins qui doivent les garder, 
s'occupe des dons que l'empereur fait aux tributaires, aux manda- 
rins et aux temples. Les envoyés tributaires sont présentés à cette 

direction par le bureau des interprètes, W W fh Pf pB , qui 
dépend du Ministère des Rites ; ce bureau a compris des interprètes 
pour le birman, le siamois, le laotien, Tannamite, le coréen, la 
langue des îles Lieou-h''ieou ; l'annuaire actuel ne porte plus que 
huit interprètes pour le coréen; il y a en outre deux introducteurs 

maftres des cérémonies, it ^ )^ ^t . 

La direction des banquets, >m ïM ^ , règle les rites des ban- 
quets impériaux, fixe la forme, la matière, le nombre des coupes, 
bouteilles et autres objets de service, détermine quelles viandes 
et quels vins doivent être servis, désigne les places de ceux qui 
prennent part aux banquets. Elle a la surveillance des parcs où 
sont conservés les bestiaux achetés ou envoyés de Mongolie pour 
les sacrifices ou les banquets. 

Les tombeaux impériaux, Wt tr , dont trois sont près de 
Moukden, les autres étant dans le Tché-Ii, les uns à Test, ^ 1^^ 

les autres à Touest, G9 1^, de Péking, dépendent du Ministère 
des Rites qui, à chaque tombeau délègue un secrétaire pour veiller 
à Tentretien des bâtiments et à la conservation des objets; ces 
secrétaires sont toujours des hommes des Bannières et souvent des 



— 300 — 

tsong-ché : ils sont en charge pendant six ans. Chaque tombeau a 

des employés inférieurs, 7^ m rn , également mantchous, pour 
allumer les lampes, brûler Tencens, préparer les viandes et le thé 
& Tépoque des sacrifices : les sacrifices sont faits soit par Tempe- 
reur lui-même, soit par des princes spécialement désignés. Les 
tombeaux sont gardés par des détachements de soldats des Ban- 
nières; Tadministration générale des tombeaux se compose de 

deux princes ou ducs désignés pour trois ans, m fSt ]A & » 
des généraux mantchous dans le ressort desquels sont situés les 
différents tombeaux et d'un vice-président de ministère de 
Moukden; les princes gardiens des tombeaux siègent alternative- 
ment à Moukden, aux tombeaux de Test et aux tombeaux de 
l'ouest; ils ne peuvent rentrer à Péking sans autorisation impériale. 

Chaque année, le Ministère des Rites envoie un de ses vice-pré- 
sidents inspecter les tombeaux des Ming, *l ^^1^, dont 
l'administration est laissée au duc Ming. 

Au Ministère des Rites, se rattache le Ministère de la Musique, 
dont j'ai parlé plus haut. 



Académie impériale. 
Conseil de surveillance. 

Commissions de rédaction. 

L'Académie impériale est chargée, sous la surveillance de la 

Grande Chancellerie, F^ @ , et en réservant l'approbation du 

Grand Conseil, 9 1% SSlj de la rédaction des décrets de faire- 
part, prières, inscriptions de sceaux et de livres d'investiture, 
inscriptions pour les temples; du choix des caractères pour les 
noms de règne, noms de temple, noms honorifiques, noms nobi* 
liaires» Elle compose toutes les inscriptions et écrit tous les 



un 




— 301 — 

ouvrages que désire l'empereur. Un certain nombre d'académi- 
ciens sont toujours explicateurs impériaux. 

Le conseil de surveillance avait mission, au temps des Ming, 
de diriger les études de l'héritier présomptif : il n'a plus aujour- 
d'hui aucunes fonctions effectives. Huit de ses membres sont 
explicateurs impériaux. 

A certaines époques, des commissions de rédaction, prises parmi 
les fonctionnaires de la Grande Chancellerie, parmi les membres 
de l'Académie et parmi les hauts fonctionnaires et complétées par 

grand nombre de secrétaires de différents ordres, A ^r ^P , 

J^ , 3E ™ , et de traducteurs pour le mantchou, sont cons- 
tituées par décrets spéciaux ; elles durent jusqu'à l'achèvement 
des travaux qui leur sont confiés. Tous les dix ans, est formée la 
Commission de vérification de l'état civil de la maison impériale, 

ik j^ pp ; une commission de révision de l'Encyclopédie admi- 
nistrative, W ^ PB , fonctionne en ce moment : cette révision 
n'avait pas été faite depuis plus de soixante ans. Une autre com- 
mission, ^ Iw pB , rédige l'histoire des guerres ; une autre, 
H ™m, prépare l'histoire de la dynastie, sans la publier. 

Enfin une commission, W^i^ PP, dont un des présidents de 
l'Académie fait partie de droit, est constituée à la mort de chaque 
empereur pour noter ses actes exemplaires et ses paroles remar- 
quables, Ée W\ . Toutes ces commissions se composent de pré- 
sidents, m& W^ , censeurs, ^ ^ , rédacteurs^ n& ^ , et se- 
crétaires collecteurs, 4& 11^ . Les travaux, écrits en chinois, puis 
traduits en mantchou, sont copiés et présentés à l'empereur dans 
les deux langues, après quoi ils sont imprimés et publiés, s'il y a 
lieu. 



Grande Chancellerie. 
La Grande Chancellerie a quelques attributions relatives au ce- 



— 302 — 

rémonial. Lors des cérémonies importantes, les chanceliers, J^ 
it , ou les vice-chanceliers, Wl vfir y^ ^ it, sont sou- 




vent choisis pour porter et présenter les sceptres, décrets^ sceaux, 
livres d'investiture. Le procès-verbal journalier des actions de 
l'empereur, dressé par les explicateurs ordinaires, est remis à la 
Grande Chancellerie. Elle dirige la rédaction des décrets de faire- 





part, ^ m) ; des prières ou éloges qui sont brûlés aux tombeaux 
des morts illustres ; des inscriptions sur les sceaux et livres dMn- 
vestiture. Elle surveille le choix des caractères des noms de règne, 

H ^ , noms de temple, ^ ^ , noms honorifiques décernés 

avant et après la mort, m ^ , vm ^ , noms nobiliaires, ^^ 




• Les commissions de rédaction sont sous sa surveillance et 
comprennent toujours quelques lecteurs, W ^ ^ jt , ou vice- 
lecteurs, 1^ ^ , de la Chancellerie de Tempire. 



Ch^and Conseil. 





Je ne veux pas terminer ce mémoire sans parler du Grand Con- 
seil : ce corps n'a pas d'attribution de cérémonial, ses membres, 
en leur qualité de grands conseillers, ne figurent dans aucune so- 
lennité ; mais il est le rouage suprême du gouvernement et c'est 
lui qui décide, sous la présidence de l'empereur, toutes les ques- 
tions, rituelles ou administratives. 

Le Grand Conseil est une création mantchoue : sous les Ming, 
la Grande Chancellerie avait la haute direction du gouvernement, 
Le Grand Conseil comprend un nombre indéterminé de ministres, 

^ 1^ >IC & , qui ont en même temps d'autres charges : ces 
ministres, depuis fort longtemps au nombre de cinq^ sont actuel- 
lement le prince de Li, Wi ^ ^ , président ; Ngolohopou, 
wWi^W, explicateur impérial^ grand chancelier, minisire 



— 303 — 



de la Guerre ;TchangTché'Wan,5R ^ -pli, explicatour impérial, 

grand chancelier, ministre du Cens; Hiu Keng-chen, nr ^ ^ , 
ministre de la Guerre, membre du Taong-li-yamen ; Swen Yu-wen, 

^ 9w tX , explicateur impérial, ministre de la Justice, membre 
du Tsong-li-yamen ; les trois derniers sont des Chinois. 

Les séances ont lieu en présence de Tempereur, au palais K'ien- 
ts*ing, tous les matins au lever du jour, et de plus, chaque fois 



que l'empereur le juge convenable. Soixante secrétaires, ^ ff^ , 
gont attachés au conseil. Quant aux statuts mêmes de ce corps et 
à ses attributions exactes, il est difficile de les définir, TEncyclo- 
pédie administrative étant muette sur ce point. 

J*ai tâché dans ce travail de rassembler les principaux traits de 
la cour impériale et de noter les grands événements de sa vie ; je 
me suis efforcé de développer les différents points, non d*après 
Tabondance des documents, mais d'après leur importance relative 
eu égard à la cour. Quelques recherches historiques, quelques 
rapprochements avec les institutions d'autres pays, quelques dis- 
cussions sur les idées directrices de tous ces rouages, eussent pu 
être intéressantes : je me suis interdit cependant toute excursion 
hors des faits contemporains^ ne voulant pas tronquer et fausser 
des questions importantes en les resserrant dans des limites aussi 
étroites que celles du présent travail. 

Séoul, le i8 octobre 1890. 



304 — 



SECONDE PARTIE 

TradartloBB. 



Adoption de l'empereur Kwang-siu. 
(Décret.) 

Tong-tché XIII, ia« lune, 7* jour. 
(14 janTier 1875.) 

Le 6« jour de la i2« lune de la i3« année T*ong-tché (i3 janvier 1876), 
(la Grande Chancellerie) a reçu les ordres bienveillants des Impératrices 
douairières : 

<c L'Empereur, porté par un dragon, est monté parmi les hôtes célestes : 
il n'a pas laissé d'héritier, ce qui est (un malheur) irréparable. Que 
Tsai-tien, fils de Yi-hwan, prince deChwen, devienne par adoption fils de 
l'Empereur Wen-tsong-hien ^ et monte sur le trône pour continuer la série 
des Empereurs. Lorsque l'Empereur qui succède maintenant, aura obte- 
nu un fils, que ce fils soit donné en adoption à l'Empereur qui vient de 
mourir, pour continuer sa race. — Décret spécial. » 
. Respectez celai 



Établissement des Isong-ché à Mouhden. 
(Rapport ad Trône, Gazette de Péking,) 

K'wang-siu XIV, i a* lune, 7» Jour. 
(8 janvier 1889.) 

Vos esclaves, K'ing-Yu* et Ak'etan*, agenouillés devant V. M., présen- 
tent à Ses regards sacrés un rapport respectueux, au sujet de l'établisse- 
ment des tsong-ché qui ont transporté leur domicile à Moukden : les 
temples, yamens et maisons construits à l'origine, ont éprouvée par suite 
des inondations, de graves dégâts, il y a lieu de réparer les plus impor- 
tants. 

Vos esclaves ont reçu précédemment du secrétaire tsong-ché, Tch'wen* 

I. Hien-fong. 

9. Maréchal de Moukden. 

3, Vice-président du Ministère des Travaux de Moukden. 



— 305 — 

Hi, du préposé en chef aux registres de l'état civil, Siuen-Hi, du direc- 
teur de Técole, Fou-Ming, etc., le rapport suivant : 

« Dans la première décade de la septième lune de cette année 
(8-17 août 1888}, de grandes pluies sont tombées plusieurs jours de 
suite : le sol a été couvert de cinq pieds d'eau; de plus le Hwen-ho ayant 
débordé sur sa rive nord, Teau est venue renverser les temples et ya- 
mens de rétablissement des tsong-ché ; Teau a atteint, les maisons d'ha- 
bitation, en a abattu plus de quarante ; plus de trente menacent ruine et 
sont hors d'usage; il y a des endroits où le terrain seul est conservé, 
d'autres où le terrain même n*est pas resté. » 

Vos esclaves se sont aussitôt concertés et ont délégué Yu-Ghou, fonc- 
tionnaire du quatrième rang, capitaine, et Ts*ing-P'ou, secrétaire, pour 
se rendre sur les lieux et examiner les faits. Ces fonctionnaires nous ont 
ensuite adressé un rapport disant : 

« Ayant ensemble examiné les travaux (rendus nécessaires) par Tinon- 
dation dans rétablissement des tsong-ché, nous les évaluons de la même 
façon qu'avait fait le rapport primitif. » 

Ayant examiné les archives de la i8« année Kia-K'îng (]8i3-i8i4), 
époque où a été fondé rétablissement des tsong-ché, nous trouvons le 
passage suivant : 

a Pour les temples, yamen, école publique, chancellerie, etc., les tra- 
vaux d'entretien seront faits par le Ministère des Travaux de Moukden, 
qui sera averti par lettre. Les réparations aux maisons d'habitation 
seront faites par les tsong-ché eux-mêmes. » 

Mais les grandes pluies de cette année sont une calamité publique ; les 
dégâts qui ont eu lieu sont bien différents de la ruine naturelle par 
vétusté. Si Ton fait faire les réparations par les tsong-ché eux-mêmes, 
ils ne pourront éviter de grands embarras d'argent. D'autre part, les 
travaux à faire dans ces conditions étant très nombreux» si l'on vient en 
aide à tous pour les réparations, il y faudra certainement des sommes 
extrêmement considérables. 

Vos esclaves, après mûre réflexion, sont d'avis qu'il n'y a qu'un moyen : 
d'abord choisir les réparations les plus urgentes et ordonner au Bureau 
des Devis de faire un projet conforme aux mesures indiquées par le rap- 
port primitif et d'appuyer sur ce projet une estimation sérieuse. 

Temple du dieu de la guerre : 

Grande salle trois travées* 

Ailesde l'est et de l'ouest, chacune une travée. 

Grande porte une travée. 

Mur d'enceinte, longueur totale 3 1 toises 5 pieds*. 

Un mur en face de la grande porte. 
I. La toise {ichang) vaut 10 pieds [tché)m 



— 3Ô6 — 

Temple de la littérature : 

Grande salle sept travées. 

École publique : 

Bâtiment central. . r trois travées. 

Maisons à Test et à l'ouest de la cour, chacune .... trois travées. 

Grande porte une travée. 

Mur d'enceinte, longueur totale 46 toises. 

Un mur en face de la grande porte. 

Yamen : 

Bâtiment central trois travées. 

Maisons à Test et â rouest de la cour, chacune .... trois travées. 

Grande salle trois travées. 

Maisons latérales à Test et à Touest, chacune trois travées. 

Grande porte une travée. 

Mur d'enceinte, longueur totale 46 toises. 

Un mur en face de la grande porte. 

Chancellerie : 

Bureau des archives sept travées. 

Bureau public cinq travées. 

Grande porte une travée. 

Mur d'enceinte, longueur totale 46 toises. 

Un mur en face de la grande porte. 

En nous fondant sur les règlements, qui prescrivent de recevoir les 
sommes concurremment en argent, sapèques et billets, notre évaluation 
d'ensemble pour l'achat des matériaux est de 6,993 taêls, iS, pour le louage 
des ouvriers de 543 taêls, 604. 

Nous demandons à V. M. Ses instructions pour commencer les répara* 
tiens. Si Elle daigne nous accorder son consentement^ nous prendrons 
aussitôt les sommes fixées au Ministère du Gens de Moukden; nous dé' 
léguerons des fonctionnaires pour préparer les matériaux, en attendant 
le printemps prochain : cette époque favorable étant arrivée, un jour de 
bon augure étant choisi, on se mettra aux travaux pour rétablir l60 lieux 
dans l'ancien état. A l'achèvement des travaux, une liste détaillée en 
sera adressée au Ministère des Travaux pour Texamen et l'apurement. 

Quant aux maisons d'habitation des tsong-ché, nous proposons, lorsque 
les magasins se seront un peu remplis, de présenter un rapport à V. M. 
pour La prier d'ordonner la réparation totale de ces maisons; et pour 
le moment de désigner parmi elles celles dont les réparations sont 
urgentes : ce procédé est-il convenable? 

Nous avons cru devoir rédiger respectueusement ce rapport, et nous 
supplions à genoux S. M. l'Impératrice douairière et S. M. l'Empereur 
d'y jeter leurs regards. 



— â07 — 

Rapport respectueux. 

(La Grande Chancellerie) a reçu Tapostille au vermillon : « Ordre au 
ministère compétent d*être informé conformément à la demande. » 
Respectez celai 



Élévation de l* Impératrice et des Princesses épouses, 
I.~ (DAcum, Gazette de Péking,) 

Kwang-siu XIV, io« lune, Séjour. 
(8 novembre 1888.) 

(La Grande Chancellerie) a reçu avec respect les ordres bienveillants de 
S. M. l'Impératrice douairière Ts*e-hi-twan-yeou-k'ang-yî-tchao-yu- 
tchwang-tch'eng : 

« Depuis que TEmperenr est parvenu à Son tour à la dignité suprême, 
Son âge a augmenté de jour en jour : il convient de choisir une personne 
3age qui soit Sa compagne, qui L*aide à diriger le palais, qui pratique les 
devoirs d'épouse et qui soutienne Sa vertu impériale. Nous avons donc 
choisi la fille du vice-lieutenant général Kv^eï-Siang, de la maison de 
Yéhouala' ; elle est de caractère droit, de manières parfaites, vertueuse 
et sage : Nous ordonnons qu'elle soit élevée au rang d'Impératrice. — 
Décret spécial. » 

(La Grande Chancellerie) a reçu avec respect les ordres bienveillants 
de S. M. rimpératrice douairière T*se-hi-twan-yeou-k'ang-yi-tchao-yu- 
tchwang-tch'eng : 

n Nous ordonnons que la fille âgée de quinze ans de Tch*ang-Siu, ancien 
vice-président de ministère, de la maison de T'at'ala, soit faite Princesse 
épouse, sous le nom de Kin (Éclat des gemmes). 

« Nous ordonnons que la fille âgée de treize ans de Tch'ang-Siu, ancien 
vice-président de ministère, de la maison de T'at'ala, soit faite Princesse 
épouse, sous le nom de Tchen (Précieuse). » 

Respectez celai 



IL — (Extrait du Cérémonial du mariage impérial publié par Tlntendance de 

la Cour.) 

Élévation de rimpératrice. 

Ce jour-là (Kwang-siu XIV, lo» lune, 5o jour; 8 novembre 1888), au 
palais de rimpératrice, des chefs des eunuques et des femmes du palais, 
désignés à l'avance, seront de service : la Chambre des Services respec- 

I. C*est là le nom de famille de l'Impératrice; les Mantchous ne se servent 
pas habituellement de leur nom de famille ; chez eux, le nom de Camille est 
souvent tiré du nom d*une locahté« 



— 308 — 

tueux* priera S. M. llmpératrice douairière de désigner ceux qui y 
devront aller. 

Élévation des Princesses épouses et des Dames du palais. 

En sortant du palais, on passera par les portes Ghwen-tcheng et Cheo- 
wou. Nous ordonnons que chacune de ces dames soit accompagnée jus- 
qu'à la maison paternelle par un surveillant général du palais K'ien- 
tslng et deux eunuques de la Chambre des Services respectueux. Après 
quoi les surveillants et eunuques rentreront immédiatement au palais. 

Le jour de TÉlévation de llmpératrice, quand S. M. sortira du palais, 
elle doit monter dans une chaise à huit porteurs. Nous ordonnons que 
cette chaise soit introduite d'avance dans le palais ; des porteurs eunuques 
la porteront jusqu'en dehors de la porte Ghwen-tcheng, les préposés aux 
équipages la porteront pour continuer la route. Elle sera accompagnée 
d*eunuques-chefs, qui auront été désignés par S. M. llmpératrice douai- 
rière, à la prière de la Chambre des Services respectueux. Pour ce qui 
est de la compétence des préposés aux équipages, Nous ordonnons que 
tout soit préparé d'après les règlements en usage pour les Impératrices. 
Lorsque S. M. aura été menée à son palais, toutes les portes dudit palais 
devront être gardées par des eunuques-chefs désignés par llmpératrice 
douairière sur la prière de la Chambre des Services respectueux. 



Costumes des Princesses et Dames de la Cour, 
{Extrait du Cérémonial du mariage impérial publié par llntendance de la Cour.) 

De plus, pour faire respectueusement leur service dans toutes les cé- 
rémonies du mariage, Nous ordonnons que les Princesses par alliance 
et Dames d'honneur portent la coiffe mantchoue, qu'elles revêtent la robe 
longue à dragons et la robe de dessus à huit écussons et qu'elles aient 
le collier en perles. Pour les cérémonies des félicitations, qu'elles revêtent 
de nouveau le costume de cour. Nous ordonnons que les Dames d'atour 
portent la coiffe mantchoue et revêtent la robe longue à dragons. Que 
celles qui ont droit au collier en perles, portent le collier en perles. 



Règlement de quelques-unes des cérémonies qui précèdent le jour du 

mariage, 

(Extrait du Cérémonial du mariage tmpérta/ publié par Tlntendance de la Cour.) 
Les préliminaires du mariage impérial sont divisés en deux jours. 

i« Bureau dépendant de llntendance de la Cour et chargé de la direction im- 
médiate des eunuques. 



— 309 — 

On fera respectueusement entrer le trousseau de Tlmpératrice dans le 
palais (i»« lune, 25* jour et 26« jour; 24 et 25 février 1889) : pour le fard, 
les fleurs de bourre de soie, le yoile et autres objets, l'argent sera fourni 
par le palais; la maison paternelle de Tlmpératrice s'occupera (des achats 
et préparatifs). Nous ordonnons que les deux sceptres de félicilation en 
or et en jade, qui ont été précédemment donnés à llmpératrice, soient 
portés dans des palanquins à dragons et forment les premières entrées. 
Nous ordonnons de déléguer un grand ayant charge à la Cour, comman- 
dant les gardes, et un directeur de llutendance ; de choisir des gardes 
de la porte K'ien-ts'ing, des gardes de la grande porte, des fonctionnaires 
de rintendance pour conduire le cortège du trousseau avec tout le res- 
pect voulu et s'occuper de tout le long de la route. Nous ordonhons que 
le trousseau soit respectueusement apporté par les porteurs de l'adminis- 
tration des équipages et les gens de l'Intendance, de tous ordres, qui 
seront de service ; ils seront désignés d'avance. On entrera par la porte 
Tong-hwa, on passera par les portes Hie'-ho, Tchao-te, Tchong-tso, Heou- 
tso, on entrera dans la porte K'ien-ts'ing et on déposera et rangera 
les [objets dans le palais Tchong-ts'vvei : l'eunuque-chef de ce palais les 
recevra. 

Pour la confirmation des accordailles du mariage impérial, nous ordon- 
nons que, la cérémonie achevée, les objets rituels, les satins et les toiles 
du palais soient conservés provisoirement dans le palais de l'Impératrice. 
Lorsque Ton fera entrer le trousseau, ces satins et toiles seront emballés 
séparément dans des caisses : les autres instruments et vases, en or et 
en argent, les objets rituels, etc., une fois les cérémonies des accordailles 
et de la confirmation des accordailles étant terminées, seront remis au 
surveillant Lîeu-Ying, qui les recevra et les fera rentrer au palais. Les 
harnachements et bâts de chevaux, employés pour l'entrée au palais, 
seront rendus au yamen compétent. 

Pour le jour de la cérémonie du mariage (i'* lune, 27» jour ; 26 février 
i889), après que l'Impératrice sera descendue de sa chaise à phénix, deux 
chefs-eunuques délégués prendront respectueusement le caractère dragon 
et les sceptres de félicitation (dans la chaise de l'Impératrice) et les dé- 
poseront dans le palais Tchong-ts'wei. 

Pour le jour des accordailles du mariage impérial, Nous ordonnons 
que le banquet, qui doit être donné au père de rimpéiatricc, dans le 
palais de l'Impératrice, soit préparé d'après les règlements. Il est inutile 
de préparer un banquet pour la mère de l'Impératrice : Nous ordonnons 
que ce point soit modifié et que l'on donne des tables chargées de gâteaux, 
des moutons et du vin. Le Conseil des Cérémonies devra, après délibéra- 
tion, décider les quantités et s'occuper de l'exécution. Après le banquet, 
les tables et autres objets seront donnés aux chefs-eunuques du palais de 
l'Impératrice. 

GiOOR. HIST. ET DESCRIPT. — Vi. 31 



— 310 — 

Porcelaines fabriquées par la manufacture de Kiettu-kiang pour le mariage 

in^rUd. 

(Rapport au Tr6njc, Gazette de Péking.) 

Kwang-ftiu XY, x** lune, 18* Jour* 
(17 fénier 1889.) 

RAPPORT ANNEXE DE TE-HIXG i 

En outre, 

J'ai reçu de Tadmiaistrateur de Kieou-klang, Lî Hi-lien, le rapport 
suivant : 

« Chaque année, la fabrique de Kieou-kiang, après avoir cuit les por- 
celaines, bouteilles et plats de tous genres* pour le grand envoi et avoir 
livré les porcelaines de commande de toutes sortes, écrit sur un re^stre 
jaune le nombre et la nature des pièces fabriquées et soumet ce registre 
au regard impérial. 

« Dans le courant de la quatorzième année, nous avons fait, pour être 
disposés dans le palais lors du mariage impérial, des assiettes» bols, 
tasses, soucoupes, etc., le tout très fin et orné de dessins, soit en tout 868 
pièces de qualité supérieure, dont le coût total a été 2,5oi taêls,i9i953. 
Le Ministère du Gens (Finances) nous a alloué, pour cuisson et fabri- 
cation des porcelaines du mariage impérial, la somme de 2,600 taëls» 
qui ont été pris sur les droits des douanes maritimes et sur les impôts 
envoyés à Péking : cette somme, conservée à la manufacture, a été em- 
ployée en totalité et, de plus, elle est inférieure de i taêl, 191963 au mon- 
tant des dépenses : la manufacture a fourni le complément. »> 

(( De plus, pour le grand envoi de cette même période, dans le courant 
de la quatorzième année, on a fabriqué 80 pièces de porcelaine (bouteilles), 
qualité supérieure, 1,240 pièces de porcelaine (assiettes, etc.), qualité su- 
périeure. Nous avons, de plus, reçu commande de bouteilles bleu de ciel 
à dessins uns, de grandes assiettes de la dimension d'un pied, pour les 
présents impériaux; d'assiettes, bols, tasses, soucoupes et vases de sacri- 
fice, pour Tusage de la Cour; plus diverses porcelaines, bouteilles, as- 
siettes, etc., en tout 7,962 pièces de qualité supérieure, dont le coût total, 
matière, travail, etc. est de 28,343 taëls, 1868982. Nous avons réglemen- 
tairement payé aux ouvriers des fours la somme de 10,000 taëls ; cette 
somme intégralement acquittée, il manquait i8,343 taëls, 1868982, que, 
d'après les précédents et les règlements, nous avons pris sur le surplus 
des impôts. » 

I. Gouverneur du Kiang-si. 

9. ^C ^^ désigne les bouteilles de tous genres, en porcelaine et |Bi -Sir 
les assiettes, plats, etc. 



^ 3U — 

u Nous avons, d*aprè« les règlements, eipédié à Péking, par navire à 
vapeur, à la date du 21 de Ja 9* lune 

les porcelaines commandées par le mariage impérial, celle du grand envoi 
de Tannée et celles des commandes spéciales, pour être livrées au maga- 
sin des porcelaines; nous avons envoyé à l'Intendance et au Ministère 
du Gens, pour être examiné et réglé, le registre détaillé par articles des prix 
de main-d'œuvre et d'achat de matériaux. De plus nous avons rédigé 
le registre jaune, portant les sortes et nombres de toutes ces porcelaines 
et nous vous prions de la transmettre par un rapport au Tr6ne. >> 

Votre serviteur, ayant examiné ce compte-rendu et Tayant trouvé 
axact, croit devoir présenter le présent rapport annexe et mettre respec- 
tueusement le registre jaune sous les yeux de 6. M. en la priant d'y 
jeter Son regard sacré ^t de donner Ses instructions. 

Présenté avec respect. 

(La Grande Ghancellerie) a reçu Tapostille au vermillon : « Que le yamen 
compétent soit infoi*mé; que le registre jaune soit envoyé en même 
temps. » 

Respectez cela I 



Trousseau de Clmpérairiee diaprés les coutumes manlchoue et chinoise. 
(Vplj^me publié par Tintendanee de 1%. Qour.) 

Le 24* jour de 1^ i'* lune de la i5« anoée Kwang-sju (^3 février 1889), 
de 1^ à 7 beui^ dn malin, le trousseau de g. M* {'impératrice entrera 
dana le palais, 

if «utrée : sceptre de féUatjSMiOa en or, donné par S. M. l'Empereur. 
Porté dans un palanquin à dragons. 

2* et 3« entrées : sceptres d9 féUcijlaUo^ ep or, de S. M. l'Empereur. 
Portés dans d^s piaJia9qjuiJ9s /^ dragons* 

4* entrée : une botte contenant un serre-tète, et une botte contenant 
des cols, les boites ayi^^t m pied et neuf pouces. Portées dans un palan- 
quin à dragons. 

5« entrée : une boite contenant un serre-téte, la boite ayant un pied et 
neuf pouces. Portée dans un palanquin à, dragons. 

6^ ^entrée : i»ne boite coatenant un serro-téte, la botte ayant un pied et 
neuf pouces. Portée dans un palanquin en étoffe jaune plissée. 

7* entrée : une botte contenant neuf pièces d'étoffe de différentes sortes, 
chacune pour un vêtement. Portée dans un palanquin en étoffe j^upe 
plissée. 

8» et 9* entrées ; (de raém^ que la 7» entrée). 

10" entrée : un épi de millet en jade bleue, comme sign^ de paix. Porté 
sur un plateau entouré d'un rebord en étoile plissée. 



— 312 — 

ti« entrée : chandeliers de table, en cuivre et émail cloisonné, en forme 
d'éléphants, comme signe de grande paix'; par paires*. Portés sur un pla- 
teau, etc. 

12* entrée : un écran à cinq feuilles, à sommet ondulé, orné de dragons 
et phénix et fait de bois rouge". Un miroir en cuivre y est joint. Ensuite 
une grande enveloppe en satin rouge, brodée de caractères « double 
joie » en or. Portés sur plateau, etc. 

i3* entrée : un coffret de toilette* en bois rouge sculpté, avec carac- 
tères « bonheur » et « longévité ». Ensuite chandeliers à boule, en or, 
par paires. Portés sur plateaux, etc. 

i4" entrée : grands chandeliers d*or à plateau, ornés de caractères 
« joie », par paires. Portés sur plateaux, etc. 

i5« entrée : grandes amphores à goulot et anse*, avec coupes et pla- 
teaux ; le tout en or, orné de caractères « bonheur », <« longévité » et 
« double joie » ; par paires. Portés sur plateaux, etc. 

i6« entrée : boîtes en or pour le blanc à farder; par paires. Portées sur 
plateaux, etc. 

170 entrée : grands plateaux à thé, en or, avec fleurs de pommier sau- 
vage* et caractères « bonheur » et « longévité » ; par paires. Portés sur 
plateaux, etc. 

Ensuite plateaux à thé en or, ornés de sceptres de félicitation ; par 
paires . 

Tasses à couvercle, en or, ornées de caractères « bonheur » et « longé- 
vité », 

Suivent des tasses à thé avec caractères « bonheur » et « longévité », en 
porcelaine à fond jaune, par paires, et des tasses avec couvercles, à ca- 
ractères « bonheur » et « longévité », en porcelaine à fond jaune ; par paires. 

i8« entrée: boites rondes en or, pour le savon; par paires. Portées sur 
plateaux, etc. 

Boites rondes en or, pour Thuile de cannelier ; par paires. 
Deux paires de grandes et petites boites rondes, en argent, pour mettre 
le rouge. 

19e entrée : boîtes rondes en argent, pour l'huile ; par paires. Portées sur 
plateaux, etc. 

1 . Éléphants portant une bouteille : jeu de mots entre T^ et j^ 5 ^ et ^ • 

2. Le nombre des paires n'est en général pas indiqué* 

3. Cet écran est un petit paravent. Le bois dont il s'agit est une sorte d'acajou. 

4. Coffret à tiroir et renfermant un miroir. Les boucles des chandeliers 
servent à les attacher au coffi-et. 

5. Ces amphores, en forme de théières à quatre côtés, le dessous é\idé pour 
y placer un réchaud, servent surtout à contenir le vin, que l'on verse aux 
époux dans la cérémonie du mariage. 

6. Symbole de l'élégance féminine. 



— 313 — 

Boites rondes en argent, avec les caractères « joie réciproque »s pour 
mettre les noix d*arec ; par paires. 

ao* entrée : vases à fleurs, contenant des canneliers en or, avec fleurs 
et feuilles en agate rouge et blanche et en plumes de martin- pêcheur; 
yases contenant des camélias* en jade vert et rouge; par paires. Portés 
sur plateaux, etc. 

2i« entrée : grands plateaux à fruits, jaunes à Textérieur, rouges à Tin- 
térieur, ornés des cent enfants en couleurs; par paires; avec pieds en bois 
rouge. Portés sur plateaux, etc. 

22e entrée : bottes rondes pour les gâteaux, de couleur rouge, à dessins 
et vernies, ornées d'éléphants en signe de grande paix; par paires; avec 
pieds en bois rouge. Portées sur plateaux, etc. 

23® entrée: écrans à poser debout, ornés de dragons et monstres' 
sculptés en jade blanc; par paires; avec pieds en bois rouge. Portés sur 
plateaux, etc. 

24° entrée : un vase ovoïde, en bronze, à deux anses, ayant figure d'a- 
nimal, avec pied en bois rouge. Porté sur plateau, etc. 

25« entrée : bols en jade blanc, ornés de fleurs d'althea^; sur ces bols, 
sont écrites des poésies impériales; par paires; avec pieds en bois rouge ; 
renfermés dans des boites à couvercle en verre. Portés sur plateaux, etc. 

26* entrée : un brûle-parfums à trois pieds, en bronze; avec pied en bols 
rouge. Porté sur plateau, etc. 

Un gobelet en bronze, de forme carrée, orné de feuilles de bananier; 
avec pied en bois rouge. 

Un poisson- dragon" sculpté en jade blanc; avec pied en bois rouge. 

27« entrée : une montagne avec des pins et des cigognes*, sculptée en 
jade blanc; avec pied en bois rouge. Portée sur plateau, etc. 

28* entrée : bols à reflets vert bleu et bleu violacé ; par paires ; avec 
pieds en bois rouge. Portés sur plateaux, etc. 



I. Terme tiré de la morra chinoise, employé quand les deux joueurs devinent 
en même temps. 
3. Le cannelier est le symbole des succès dans les examens et dans les car- 



rières mandarinales ; le camélia représente les hautes fonctions, m J£ , la 






richesse, |g| , et la noblesse, 

3. Le caractère employé indique un monstre homme et bœuf et n'ayant 
qu'une jambe. 

4. Jeu de mots entre ^$Ç et ^ . 

5. Sorte de carpe qui se transforme en dragon, dans une certaine région du 
fleuve Jaune. 

6. Allusion aux fiénies qui vivent habituellement sur les montagnes cou- 
vertes de pins et en compagnie des cigognes* 



— 314 — 

Un porte-pinceaux orné de pins et de cigognes, en Jade de Han-tchoûg- 
fou* ; avec pied en bois rouge. 

29* entrée : une plaque ronde, ajourée ', en jade vert poli, atec les ca- 
ractères i< bonheur » et « faveur impériale » ; avec pied en bois rouge. 
Portée sur plateau» etc. 

3o* entrée : bols en porcelaine lang-yao'; par paires ; avec pieds en bois 
rouge. Portés sur plateaux, etc. 

3i« entrée : écrans en jade de Han-tchong-fou sculpté, représentant des 
Génies; avec pieds en bois rouge; par paires. Portés sur plateaux, etc. 

32* entrée : bols en porcelaine bleue et blanche, représentant Si-ché* et 
les nénuphars ; par paires ; pieds en bois rouge. Portés sur plateaux, etc. 

Une montagne avec des Génies, sculptée en jade de Han-tchong-fou; avec 
pied en bois rouge. 

33* entrée : feuilles et graines de nénuphar" entrelacées, sculptées en 
jade blanc ; avec pied en bois rouge. Portées sur plateau, etc. 

34* entrée : boîtes rondes pour le lait, sculptées en jade vert, avec in- 
crustations de jade blanc; par paires; pieds en bois rouge. Portées sur 
plateaux, etc. 

Un brûle-parfums en forme d'animal, orné de caractères « joie », ayant 
deux anneaux, fait en jade de Han-tchong-fou; avec pied en bois rouge« 

35® entrée : un vase en forme d'amphore, avec couvercle, orné de ca- 
ractères « joie », portant deux figures d'animaux, fkit en jade blanc; avec 
pied en bois rouge. Porté sur plateau, etc. 

36e entrée : amphores en forme de Kwan-yin, faites en porcelaine à re- 
flets bleu violacé et bleu vert ; par paires; pieds en bois rouge. Portées 
sur plateaux, etc. 

Un brûle-parfums carré, à figure d*animal, en jade de Han-tchong-fou. 
Le couvercle, en bois rouge, a des fleurs en relief et au sommet un bou- 
ton en agate. 

37« entrée : amphore aplatie, à couvercle, avec deux anses, en figure 
d'animal, ornée do sculptures représentant des dragons au repos% faite 
de jade blanc; avec pied en bois rouge. Portée sur plateau, etc« 

I. Hnn-tchong-fou, ^ fp j^, est situé dans le Ghàn-si, |^ VS ; cette 
sorte de jade est couleur d'ivoire. 

a. Certains nobles tenaient jadis une plaque de cette sorte devant leur visage 
en la présence de l'Empereur. 

3. Sorte de porcelaine rouge. 

4. Sl-ché, S ffXSi f fort belle jeune flil.e, fut aperçue par le roi tandis qu'elle 
cueillait des nénuphars (v« siècle avant notre ère). 

5. Le nénuphar est le symbole du sage, ^f ^§ ; il est aussi» à causa de ses 
nombreuses graines, le symbole d'une nombreuse postérité. 

6. C'est-à-dire recourbés en forme d'iMise, 



— 315 — 

38* entrée : vases à panse arrondie et large embouchure, en porcelaine 
à fond blanc, avec dessins en couleur représentant les huit Génies ; par 
paires; avec pieds en bois rouge. Portés sur plateaux, ctc. 

Un vase carré en jade blanc, avec sculptures représentant la plante de 
longévité du Tibet; avec pied en bois rouge. 

39* entrée : une amphore aplatie, ayant un couvercle et deux anneaux, 
en figure d*animal, faite en jade blanc ; avec pied en bois rouge. Portée 
sur plateau, etc. 

Un vase en bronze, à trois pieds, avec des anses et un couvercle, orné 
de nuées d'orages (modèle des Tcheou); avec pied en bois rouge; cou- 
vercle sculpté à bouton en jade. 

40* entrée : un vase en bronze, analogue au précédent (modèle de Fou* 
kwei des Tcheou); avec pied en bois rouge; bouton au sommet en jade 
sculpté. Porté sur plateau, etc. 

41* et 42° entrées ; horloges européennes en or, à dessins entrelacés; 
par paires; aveo pieds en bois rouge; formant deux entrées. Portées sur 
plateaux, etc. 

43* et 44* entrées : horloges européennes en or, à dessins entrelacés 
sur les quatre faces; par paires; avec pieds en bois rouge; formant deux 
entrées. Portées sur plateaux, etc. 

45° et 4^* entrées : braseros en émail cloisonné, à dragons et phénix ; 
par paires, avec pieds en bois rouge ; formant deux entrées* 

47* entrée ; tables* en bois rouge, à dessins sculptés, pour mettre au- 
près d'un k'ang; par paires. 

48« et 49* entrées : tables rondes, en bois rouge, ornées de sceptres de 
félicitation et de kakis' sculptés; par paires; formant deux entrées. 

5o*' entrée : tables à thé, en bois rouge; par paires. 

5i*, 52", 53<', 54° entrées : huit chaises, en bois rouge, ornées de ma- 
' tières précieuses ; divisées en quatre entrées. 

55'' et 56' entrées : tables à k'in',en bois rouge; par paires; divisées en 
deux entrées. 

570 et 58« entrées : tables à trois tiroirs, en bois rouge; par paires; divi- 
sées en deux entrées. . 

59* et6o« entrées : grandes tables longues*, faites de bois rouge à des- 
sins sculptés; par paires; divisées en deux entrées. 

I. Généralement ^ est une table allongée, 4^ une table carrée, /L une 
petite table. 

s. Jeu de mots sur ^ et >nP • 

3. Ces tables ont des ouvertures ménagées afin de renforcer les sons du 
k'in. 

4. Ces tables sont formées de longues et fortes planches que Ton pose sur 
des tréteaux. 



— 316 ^ 

6i* et 62* entrées : étagères-bibliothèques en bois rouge ; par paires ; di- 
visées en deux entrées. 

63* et 64" entrées : grands paravents à miroirs (en verre européen), en 
bois rouge sculpté à dessins; par paires > divisés en deux entrées. 

65" entrée : tabourets pour les pieds, en bois rouge; par paires. 

66* entrée : une table de toilette, en bois rouge sculpté, orné de dra- 
gons. Ensuite un grand vêtement peignoir, en satin rouge, brodé de des- 
sins et de caractères « double joie » en or ; une cuvette en or. 

Vingt bottes en bois rouge, à dessins sculptés, portées sur des plateaux 
entourés de rebords en étoffe plissée ; formant dix entrées. 

Vingt caisses en bois rouge, à dessins sculptés, portées sur des plateaux 
entourés de rebords en étoffe plissée : formant vingt entrées. 

Grandes armoires à dessins sculptés ; par paires ; divisées en quatre 
entrées. 

Ce qui est détaillé ci-dessus forme en tout cent entrées. 

Le 25* jour de la i** lune de la i5* année Kwang-siu (24 février 1889), 
de 5 à 7 heures du matin, le trousseau de S. M. Ulmpératrice entrera 
dans le palais. 

I'* entrée : sceptre de félicîtation en jade, donné par S. M. l'Empereur. 
Porté dans un plÔanquin à dragons. 

2* et 3* entrées : bottes contenant des cols ; ces bottes ayant un pied et 
neuf pouces. Portées dans des palanquins à dragons. 

4* entrée : souliers à dessins', de tous genres, dans une botte de un 
pied et neuf pouces. Portés dans un palanquin à dragons. 

5» entrée : (voir 4* entrée). 

6* entrée : souliei's à dessins, de tous genres, dans une botte de un pied 
et neuf pouces. Portés dans un palanquin en étoffe jaune plissée. 

7* entrée : assortiments de toilette (porte-éventail, miroir, porte-montre, 
blague à tabac)* dans une botte de un pied et neuf pouces; mouchoirs à 
dessins, de tous genres, dans une botte de un pied et neuf pouces; portés 
dans un palanquin en étoffe jaune plissée. 

8* et 9* entrée: (voir 7* entrée). 

10* entrée : chandeliers de table à caractères «joie», de couleur rouge, 
sculptés et vernis; par paires. Portés sur plateaux entourés de rebord en 
étoffe plissée. 
1 1* entrée : une table à trois tiroirs avec miroir dans un coffret ; le tout 




I. Caractère M 1 brodé. 

pour clefe, cure-dents, 91 ^S» ^^ ^ aiguilles, |^ ^^, pour les noix 
d'areci fn fJS , portefeuille. 



— 317 — 

orné de caractères « bonheur » et u longévité » ; en bois rouge sculpté. 
Porté sur plateau^ etc. 

Ensuite une enveloppe pour le miroir, faite de satin rouge brodé de 
caractères « double joie » en or. 

12* entrée : petits chandeliers d'or à plateau, ornés de caractères 
•c joie » ; par paires. Portés sur plateaux, etc . 

Ensuite une lampe à Thuile, en or. 

i3« entrée : rince-bouche en or; par paires. Portés sur plateaux, etc. 

i4* entrée : bassins en or pour mettre Teau à lisser les cheveux ; par 
paires; boîtes rondes en argent pour le savon; par paires. Portés sur pla- 
teaux, etc. 

i5« entrée : boîtes rondes en argent pour le blanc ; par paires ; bâtonnets 
en ivoire et argent; par paires. Portés sur plateaux, etc. 

Cuillers en or, avec le caractère «joie » ; par paires ; fourchettes en or, 
avec le caractère « joie » ; par paires. 

i6® entrée : bols en porcelaine à fond jaune, avec les caractères « bon- 
heur » et « longévité )> ; par paires. 

Crachoirs en or {pour se rincer la bouche) ; par paires. Portés sur pla- 
teaux, etc. 

17* entrée : coupes en or à ouverture évasée ; par paires; un bassin en 
or pour se laver les mains. Portés sur plateaux, etc. 

Un crachoir en argent (pour le rhume) ; vases en argent pour faire ma- 
cérer* ; par paires. 

i8« et ig* entrées : grands chandeliers à poser à terre, en bois rouge 
sculpté et en verre orné de dessins de plantes; deux paires; formant deux 
entrées. 

20* et 21 « entrées : braseros en émail cloisonné, à dragons et phénix; 
par paires ; formant deux entrées. 

22* et 23* entrées : horloges en émail cloisonné et verre, ornés de 
fleurs entrelacées; par paires; formant deux entrées. Portées sur pla- 
teaux, etc. 

24' entrée : grands vases à fleurs ornés de kakis et de sceptres de fé- 
licitation, contenant (des grenadiers et) des grenades ouvertes avec tous 
leurs grains', ornées de plumes de martin-pêcheur; par paires; pieds en 
bois rouge; boîtes avec couvercles en verre. Portés sur plateaux, etc. 

25* entrée : une amphore aplatie, à quatre anneaux, en figure d'ani- 
mal, avec couvercle; faite en jade blanc. Un cornet pour boire en jade 
de Han-tchong-fou sculpté, avec pieds en bois rouge. Portés sur pla- 
teaux, etc. 

26* entrée : plateaux en porcelaine verte, style orné, avec les emblèmes 

I. Les macérations dont il s'agit sont destinées à la préparation de pommades 
et pAtes de toilette, 
a. Les grains de la grenade indiquent une nombreuse postérité. 



— 318 — 

des huit Génies ' dessinés en couleurs ; par paires; avec pieds en bois rouge. 
Portés sur plateaux, etc. 

27* entrée : plateaux à fruits en jade blanc, ornés de fleurs de chry- 
santhème * , par paires ; avec pieds en bois rouge. Portés sur pla- 
teaux, etc. 

28* entrée : vases à panse arrondie, avec couvercles, en porcelaine fond 
blanc, dessins en couleurs représentant cent cerfs'; par paires; avec pieds 
en bois rouge. Portés sur plateaux, etc. 

29* entrée: bols en jade vert, par paires; avec pieds en bois rouge et 
bottes à couvercles en verre. Portés sur plateaux, etc. 

3o" entrée : grands plateaux à fruits en porcelaine blanche et bleue, 
dessins représentant des nénuphars et des pies'; par paires ; avec pieds 
en bois rouge. Portés sur plateaux, etc. 

3x« entrée : bols en jade blanc, par paires; avec pieds en bois rouge. 
Portés sur plateaux, etc. 

320 entrée : gobelets de forme carrée, ornés de plantes de longévité 
(sorte de champignon) ; par paires; avec pieds en bois rouge. Portés sur 
plateaux, etc. 

33« entrée : une montagne sculptée en jade blanc, avec des Génies. 

Une amphore aplatie, avec couvercle, ayant quatre anneaux, en forme 
d'animal, avec ornement saillant en forme de hallebarde, faite en jade 
blanc ; avec pieds en bois rouge. Portée sur plateaux, etc. 

34* entrée : boites rondes pour les fruits, ornées de montagnes, avec 
les Génies du Bonheur, de la Faveur impériale et de la Longévité ; de 
couleur rouge, vernies, à dessins; par paires; avec pieds en bois rouge. 
Portées sur plateaux, etc. 

35« entrée : une bouteille cylindrique avec anses, en émail faite par 
ordre impérial. 

Un bassin en émail, en forme de rognon, fait par ordre impérial ; avec 
pieds en bois rouge. Portés sur plateaux, etc. 

36e entrée : écrans à cerfs et cigognes sculptés en jade blanc ; par paires. 
Portées sur plateaux, etc. 

37" entrée : amphores à goulot droit, en porcelaine vert jaune, avec 
dessins en couleurs représentant des plantes; par paires; avec pieds en 
bois rouge. Portées sur plateaux, etc. 

I. Éventail; ftno; sabre et chasse-mouches; planche à btttre la mesiire; 
gourde; panier do fleurs; flûte ; fhilts de lotus. 
a. Symbole du mérite caché. 

3. Jeu de mots sur J% et ^^ « 

4. Les pies sont signes de bonheur, donc signe de postérité ; de plus il y a un 

jeu de mots sur ^^ ^E , et '^ ^ , ensemble. 



— 319 — 

38« entrée : une montagne en jade blanc, avec des pies, des pruniers * 
et des Génies. 

Une amphore aplatie ornée du dragon des nuages, sculptée en jade de 
Han-lchong-fou ; avec pieds en bois rouge. Portées sur plateaux, etc. 

39* entrée : cerfs et lotus en bronze; par paires. Portés sur plateaux, etc. 

4o* entrée : montres en métal doré, faites pour être posées sur des 
meubles ; par paires. Suivent des couvercles en verre. Portés sur pla- 
teaux, etc. 

4i* entrée : vases à mettre le thé, en porcelaine à fond blanc, avec des- 
sins représentant Therbe de longévité du Tibet ; par paires ; pieds en bois 
rouge. Portés sur plateaux, etc. 

4a' entrée : brûle-parfums, amphores, botte ronde, en jade blanc, for- 
mant un assortiment*; pieds en jade vert; boîtes à couvercle en verre. 
Portés sur plateaux, etc. 

43* entrée: licornes' en bronze; par paires; avec pieds en bois rouge. 
Portées sur plateaux, etc. 

44* entrée : un bassin en forme de feuille de lotus, à reflets bleu vert et 
bleu violet. 

Un bol à dessins représentant des altheas, fait en jade vert bleu. Avec 
pieds en bois rouge, boites à couvercle en verre. Portés sur plateaux, etc. 

45* entrée : vases à panse arrondie, en porcelaine à fond jaune avec 
dragons verts; par paires; avec pieds en bois rouge. Portés sur pla- 
teaux, etc. 

46« entrée : une cloche en bronze, modèle^des Tcheou ; avec pied en 
bois rouge. Portée sur plateau, etc. 

47* entrée : grandes amphores en porcelaine à fond jaune, ornées des 
cent enfants* en couleurs; par paires; avec pieds en bois rouge. Portées 
sur plateaux, etc. 

48« entrée : un trône en bois rouge sculpté. 

49« entrée : tabourets pour les pieds, en bois rouge; par paires. 

5o* entrée : tables à thé en bois rouge ; par paires. 

5 1*1 52», 53«, 54* entrées : huit tabourets pour s'asseoir^ en bois rouge 
sculpté ; formant quatre entrées. 

55*, 56*9 ^7% ^9* entrées : huit chaises à dossier semi-circulaire, en 
bois rouge sculpté; formant quatre entrées. 

59* entrée : tables en bois range sculpté, pour mettre près du k*ang, par 
paires. 

1. Le prunier est le symbole de l'élégance, Jeu de mots entre ^(^ et ^^i 

a. Cet assortiment d'objets est usité pour le culte de GonfUcius. 

S. La licome signifie la bonté envers tous ; elle signifie aussi la postérité im- 
périalOé 

4* Ce motif d'ornementation très fréquent est un symbole de nombreuse pos- 
tenté. 



— 320 — 

Go*, 6i^ entrées : tables à k*în, en bois rouge; par paires; formant deux 
entrées. 

62», 63« entrées : tables à trois tiroirs, en bois rouge ; par paires ; for- 
mant deux entrées. 

64«, 65" entrées : grandes tables en bois rouge sculpté ; par paires ; for- 
mant deux entrées. 

66* entrée : un lit formé d*une planche posée sur des tréteaux, en bois 
rouge sculpté. 

Suit une garniture de grands rideaux, en satin rouge brodé de carac- 
tères « double joie » en or. 

Vingt bottes à dragons et phénix sculptés, vernies en rouge. Portées 
sur des plateaux entourés de rebords en étoffe plissée; formant dix en- 
trées. 

Vingt caisses à dragons et phénix sculptés, vernies en rouge. Portées 
sur des plateaux entourés de rebords en étoffe plissée ; formant vingt 
entrées. 

Grandes armoires à dessins sculptés ; par paires ; divisées en quatre en- 
trées. 

Ce qui est détaillé ci-dessus, forme en tout cent entrées. 

Le trousseau (d'après les coutumes mantchoue et chinoise), en deux 
jours, comprend deux cents entrées. 



Mori de Vlmpératrice de l*Est. 

(D^RET.) 

Kv^ang-siu VII, 3« lune, i5* jour. 
(il avril 1881.) 

• 

Le ii« jour de la 3<> lune de la 7* année Kwang-siu (9 avril 1881), la 
Grande Chancellerie a reçu un décret impérial : 

« Depuis Notre avènement. Nous avons été avec reconnaissance l'objet 
de la sollicitude profonde et sans bornes de feu S. M. Tlmpératrice douai- 
rière Ts'e-ngan-twan-yu-k'ang-k'ing-tchao-ho-tchwang-king : pendant sept 
années, depuis que Nous sommes monté sur le trône jusqu'à ce jour. Nous 
avons reçu Ses soins affectueux et Nous avons été l'objet de Sa joie mater- 
temelle. Toujours Nous La voyions s'avancer pleine de santé et de force ; 
soir et matin, Elle donnait toute Son attention au gouvernement : Nous 
Nous réjouissions dans le secret de Notre cœur et Nous espérions avoir le 
bonheur de Lft ^oir parvenir à plus de cent ans. 

M Le 9 de cette lune (7 avril). Elle se trouva soudain indisposée: on Lui 
présenta des médicaments propres à La guérir, afin qu'Elle se remtt im- 
médiatement. Contre toute attente, le xo, la maladie s'aggrava tout à coup, 
les humeurs remontèrent, la respiration fut obstruée ; l'état devint déses* 



— 321 — 

péré et, entre 7 heures et 9 heures du soir, Elle expira ; quelle borne 
pourraient avoir Nos pleurs et Nos prosternements ? 

« Nous avons reçu avec respect Ses dernières volontés, Nous ordonnant 
de porter le deuil vingt-sept jours, ce qui est peu pour apaiser Notre cœur : 
on portera donc le deuil pendant cent jours et le demi-deuil pendant 
vingt-sept mois, pour manifester quelque peu la sincérité de Notre dou- 
leur. 

« La feue Impératrice Nous a prescrit de tâcher de maîtriser Notre dou- 
leur, de songer avant tout aux affaires de TEmpire, de toujours avoir 
présents à Tesprit les enseignements et les soins de S. M. Tlmpéralrice 
douairière Ts'e-hi-lwan-yen-k*ang-yi-tchao-yu-tchwang-tch'eng : comment 
oserions-Nous ne pas Nous conformer à ces dernières recommandations? 
Nous Nous efforcerons d'obéir% ces préceptes. 

<c Quant aux rites des funérailles, Nous déléguons pour s'en occuper 
Yi-tsong, Grand prince de Twen, Yi-hin, Grand prince de Kong, le prince 
Yi'kwang, le Grand de Notre palais King-Gheou, le Grand Chancelier Pao- 
Yun, le Vice-Grand Chancelier, Président de Ministère, Ling-Kwei et les 
Présidents de Ministère Ngen-ïch*eng et Wong-T*ong-he. » 

Respectez celai 



Travaux faits à Voccamn des funérailles de VImpéralrice de VEst, 

(Rapport ad Trônb, Gazette de Péking.) 

Kwang-siu XIY, ii« lune, xô« jour. 
(17 décembre 1888.) 

RAPPORT ANNEXE DE LI HOMG-TCHANG * 

En outre, 

J'ai reçu du trésorier Song-TchVen le rapport suivant : 
(cDans le 9° mois de la 7^ année (octobre-novembre 1881) Wang K'i- 
tsiun, alors sous-préfet de premier rang de la sous-préfecture de dépendance 
directe de Tswen-hwa, a rempli la mission importante de déposer le cer- 
cueil de S. M. l'Impératrice Hiao-tcheng-hien* au Ting-tong-ling, dans 
la vallée P'ou-siang. Le Maréchal des Guides fit établir un tertre pour 
l'abri en nattes devant la pagode de Long-fou : les travaux furent exécu- 
tés avec attention et sans erreur. Après évaluation sérieuse et claire, on 
demande pour acquitter ce compte la somme de 9,891 taêls,447- Vu 
qu'autrefois on n'avait jamais établi de tertre pour l'abri en nattes à la 
pagode de Long-fou et qu'alors pour la première fois on en a établi à la 
requête du Maréchal des Guides; considérant que les circonstances sont 

I. Vice-roi du Tché-li. 

a. Nom du temple de Tlmpératrice Ts'e-ngan. 



— 322 ^ 

les mêmes que pour les deux sous-préfectures 4^ Fong-Jwen et de Yu- 
rien, où Ton a alors pour la première fois établi oi^ tertre à la pagode 
de Tao-hwa, il convient, conformément aux archives^ 4% présenter un 
rapport à S. M., demandant que le compte soit apuré. » 

Votre serviteur, ayant examiné ce rapport et l'ayant trouvé exact, a 
envoyé par lettre le registre des travaux exécutés au Ministère des Tra- 
vaux : il convient de plus qu'il rédige ce rapport annexe et prie V. M. d*y 
jeter Son regard sacré et de donner ordre au Ministère d'en prendre eoil* 
naissance. 

Présenté avec respect. 

(La Grande Chancellerie) a reçu l'apostille au vermillon : « Que le Mi- 
nistère des Travaux soit informé. >» 

Respectez cela ! 



Honnewn funèbres rendus au Qrand prince de Twen. 

(Déchbts, Gazette de Péking,) 

i* Kwang-siu XV, i» Inntf i^ J9ur. 

(i8 février 1889.) 

(La Grande Chancellerie) a reçu le décret impérial suivant : 

(c Notre oncle, le Grand prince de Twensd'un caractère digne de toute 
confiance, s'est toujours comporté avec la plus grande vigilance. Dès sa 
jeunesse, il reçut de Notre Aïeul l'Empereur Siuen-tsong-tch'eng', qui le 
chérissait, le titre de Grand prince du deuxième rang. Feu Notre Père, 
TEmpereur Wen-tsong-hien', pour manifester ses sentiments fraternels, 
réleva au premier rang des Grands princes. Dans les années Tong-tché, 
l'Empereur Mou-tsong-yi* lui accorda plusieurs fois de très grands hon- 
neurs. Depuis Notre avènement. Nous avons songé aux princes de Notre 
famille avec une profonde affection et avons encore rehaussé leur éclat. 

« Le 17 de cette lune (16 février), souffrant d'une maladie des jaml>es, 
le Prince de Twen Nous demanda un congé. Nous envoyâmes alors Nos 
médecins examiner son état. Nous apprîmes avec respect que S. M. l'Impé- 
ratrice douairière Ts'e-hi-tv^an-yeou-k'ang-yi-tchao-yu-tchwang-tch'eng 
irait en personne (avec Nous) pour le vohr. La maladie était déjà très grave 
et Nous avons dès lors été fort inquiet» 

« Nous espérions pourtant que les médecins et les médicaments le 
guériraient et qu'il se remettrait peu à peu. Aujourd'hui, en apprenant 
sa mort. Notre affliction a été profonde. 

I. Cinquième fllâ de Tao-kwang, frère de Hien-fong. 
a. L'empereur Tao-kwang. 

3. L'empereur Hien-fong. 

4. L'empereur T'ong-tché. 



— 323 — 

<c Nous ordonnons que le Grand prince de Twen reçoive les honneurs 
funèbres suivant Je règlement des Grands princes du premier rang; Nous 
lui donnons un linceul brodé de caractères tibétains ; Nous déléguons 
le Prince de premier rang, Tsai-ying pour se rendre aujourd'hui, à la 
tète de dix gardes, chez le Grand prince de Twen et faire les libations ; 
Nous déléguons Thé-tseng, directeur de Tlntendance de la Cour, pour 
s'occuper des funérailles; toutes les autres affaires seront traitées par 
des fonctionnaires. Nous lui remettons toutes les peines qu'il a pu en- 
courir dans l'exercice de ses fonctions. Quant aux autres honneurs 
funèbres, que le yamen compétent s'en occupe après examen des^règle- 
ments. 

a Au fils du Grand prince de Twen, Tsai-iien, duc du deuxième rang 
Nous accordons par hérédité le titre de Prince du premier degré et Nous 
lui octroyons le rang de Grand prince du deuxième degré. 

« A son autre fils Tsai-yi, Prince du premier degré, nous accordons 
un congé de cent jours pour le deuil. >» 

Respectez cela. 

î^' Kwang-siu XV, i" lune, 190 jour. 

(18 février 1889.) 

(La Grande Chancellerie) a reçu le décret impérial suivant : 

« Notre oncle, le Grand prince de Twen, venant de mourir, Nous avons 

déjà donné un décret et choisi le Prince de premier degré Tsai-ying pour 

aller faire les libations. 
« Auyourd'hui Nous venons d'apprendre avec respect que S. M. Tlm- 

pératrice douairière Ts'ehi-twan-yeou-h'ang-yi-tchao-yu-tchwang-lch'eng 
se rendra en personne (avec Nous) au palais du Grand prince de Twen 
pour y faire les libations, afin de montrer toute Sa bienveillance pour Ses 
proches. » 
Respectez cela! 



Testament de V Empereur Tong-tché. 

(DECRET.) 

T'ong-tché XIU, ia« lune, 7» jour, 
(14 janvier 1876.) 

Le 6« jour de la i2« hme de la i3« année (i3 janvier 1875) Tong-tché (la 
Grande Chancellerie) a reçu respectueusement les ordres solennels de 
l'Empereur : 

« Nous avons reçu l'Empire, par le bienfait immense de feu Notre Père, 
l'Empereur Wen-ts<mg-hiea. Monté sur le trône étant mineur, Nous avons 
vu avec reconnaissance les deux Impératrices douairières, du jour de 



— 324 — 

Notre avënement, gouvernant comme Régentes, donner tous Leurs soins 
aux affaires, soir et matin. 

« Lorsqu*Elles nous ont ensuite prescrit de prendre en main le pouvoir 
Nous avons médité les principes de Nos Ancêtres sacrés et de Notre Mai- 
son et Nous avons pris comme base le respect pour le Ciel, Timitation 
des Ancêtres, le soin dans le gouvernement, Tamour pour le peuple. 
Songeant à Notre faible vertu, comment aurions-Nous osé n'être pas 
plein d'activité le matin et encore le soir? chaque jour, sans repos, pen- 
dant plus de dix ans, Nous avons reçu les conseils maternels des Impé- 
ratrices et Nous Nous sommes efforcé de Nous conformer à la Raison cé- 
leste. Par bonheur Nos armées ont étouffé successivement les rébellions 
du Kwang-tonget des Nian-fei,les bandes du Yun-nan etdui(wei-tcheou, 
celles; du Ghàn-si et du Kan-sou, Miaotse et Musulmans, tout est séparé- 
ment rentré dans le devoir, la tranquillité a reparu : et cependant Notre 
peuplevn'est pas encore guéri des maux venus du fléau de la guerre, et 
chaque fois que Nous y songeons, arraché au sommeil, Nous ne pouvons 
reposer. Chaque fois que les provinces ont été ravagées par la sécheresse 
ou les inondations, les autorités provinciales Nous ont demandé des dé- 
grèvements et des secours, toujours Nous avons usé de bienfaisance ; Notre 
cœur craignait (de ne pas faire assez de bien) : c'est ce que, dans la capi- 
tale et dans les provinces, les fonctionnaires et le peuple savent également. 

« A la ii« lune de cette année (décembre 1874), malgré Notre santé 
vigoureuse, Nous avons été pris de la petite vérole et Nous avons songé 
à Nous soigner. Mais, depuis quelques jours, la vie Nous abandonne à 
chaque instant davantage, de sorte que Nous ne nous relèverons pas. 
N'est-ce pas la volonté du Ciel ? Alors Nous avons pensé à la question si 
importante de la succession au trône : pour transmettre TEmpire, il faut 
trouver un homme. 

« Nous avons reçu avec respect les ordres bienveillants de LL. MM. les 
Impératrices douairières, prescrivant par décret spécial que Tsai-tien, 
fils de Yi-hwan, Grand prince de Chuen, devienne par adoption fils de 
l'Empereur Wen-tsong-hien et monte sur le trône pour continuer la série 
des Empereurs. Notre successeur est plein d'amour pour les hommes, 
plein de respect filial ; il est d'une intelligence éclairée : il est digne que 
TEmpire lui soit confié. Le Ciel, qui fait naître les hommes, l'élève à la 
dignité suprême pour être le chef et le pasteur du peuple. Mais que, 
chaque jour, il applique tous ses efforts et toute son attention à affermir 
à jamais Notre trône, en connaissant les hommes et donnant la paix au 
peuple; qu'il soutienne et vénère les deux Impératrices douairières, qu'il 
console leur cœur maternel ; qu'il prenne soin de tous ses ministres et 
serviteurs, civils et militaires, dans la capitale et dans les provinces : et 
tous épuiseront loyalement leurs forces pour remplir attentivement leurs 
fonctions et pour aider Notre successeur à gouverner glorieusement : 
et alors Notre cœur sera consolé. 



— 325 — 

ce Pour le deuil, qa*il soit de vingt-sept jours suivant les règles an- 
ciennes. 

« Que ce décret soit publié et annoncé par tout TEmpire, afin que tous 
le connaissent. » 

Respectez cela ! 

Mort de VEmpereur Tong-tehé. 
(Décbr.) 

Tong-tehé XIII, ia« lune, ?• jour. 
(i4 janvier 1876.) 

Le 6* jour de la 12» lune de la i3* (i3 janvier 1876) année T*ong-tché, 
(la Grande Chancellerie) a reçu le décret impérial suivant : 

« Le 5 de cette lune, entre 5 et 7 heures du matin, le feu Empereur, 
porté par un dragon, est monté parmi les hôtes célestes. 

« Nous avons reçu avec respect les ordres bienveillants de LL. MM. les 
Impératrices douairières Ts*e-ngan-twan-yu-k'ang-k*ing et Ts'e-hi-twan- 
yeou-k'ang-yi, Nous prescrivant de monter sur le Trône. 

« Incliné vers la terre, implorant le Ciel, Nous Nous sommes en vain 
efforcé de retenir ici-bas Tâme de Notre prédécesseur. Agenouillé, Nous 
avons médité comment feu S. M. l'Empereur, depuis son avènement il y 
a treize ans, a reçu avec respect les principes de Sa Maison et S'est con- 
formée aux conseils maternels des Impératrices douairières. Avec des 
efforts diligents et une attention profonde, il n'est pas un jour où II n'ait 
vénéré le Ciel, suivi les préceptes de Ses Ancêtres et fait des soins du 
Gouvernement et de l'amour pour le peuple la préoccupation de Sa pen- 
sée. Dans le choix des fonctionnaires, Il a protégé les gens sages ; Il a 
étouffé les rébellions; la vie du peuple, le plan des affaires de l'État ont 
été sans cesse présents à Son esprit. Parmi tous les êtres vivants, il n'en 
est pas qui ne déplore cette mort avec la plus grande sincérité. 

« Pour Nous, Nous pleurons des larmes de sang et Notre cœur est 
écrasé de douleur : comment Nous serait-il encore possible d'exprimer 
Nos sentiments? Nous songeons seulement, puisqu'un fardeau tel que 
l'Empire incombe à Notre faiblesse, que Nous aurons un appui dans tous 
les fonctionnaires, civils et militaires, de la capitale et des provinces : 
tous mettront tous leurs efforts à Nous servir loyalement et Nous aider à 
bien gouverner. II faut que les vice-rois et les gouverneurs administrent 
le peuple avec douceur, afin que cette vue réjouisse dans le ciel Tâmo 
de feu S. M. l'Empereur : Nous espérons fortement qu'il en sera ainsi. 

« Quant au règlement du deuil, Nous avons reçu avec respect le testa- 
ment de S. M. qui prescrit, suivant les anciennes règles, un deuil de 
vingt-sept jours ; mais Notre coeur ne peut supporter (une durée si brève) : 
il faut que, d'après les règles de l'antiquitéi le deuil soit observé pendant 

GtooR. HI8T. ET DiscniPT. — VI. an 



— 3Î6 — 

trois ans, afin de nanifesler quelque peu la profondeur de Nos regrets. 

tf Les rites importants des prières aux Autels et aux Temples ne donrent 
naturellement être diminués en quoi que ce soit à cause du deuil : pour 
le choix des fonctionnaires qui Nous remplaceront, et pour les rites que 
Nous accomplirons en personne, Nous ordonnons que les administrations 
compétentes examinent les anciens règlements et Nous liassent part de 
leurs délibérations. 

« Le deuil, pour les fonctionnaires et le peuple de TEmpire» sera dé- 
terminé par les règlements fixés. 

« Que ce décret soit publié dans la capitale et dans les provinces afin 
qu'on le connaisse. » 

Respectez cela I 

Introuisation de VEmpereur Kwang-siu. 

(DiGRR.) 

Tong-tch*é XIII, la^lune, 19* jour. 
(96janTier 1876.} 

Notre Administration Tient de recevoir le décret impérial Buivant : 

« Aujourd'hui, le Ministère des Rites a présenté un rapport, i propos 
du jour de Notre intronisation et des cérémonies du décret de proclama- 
tion. A la vue de ce rapport, Notre éflM>tion a redoublé. Mais Nous avons 
songé que, feu S. M. TEmpereur Nous transmettant le tr^ne de Ses An- 
cêtres, Nous Noos efforcerons de Nous conformer anx prières (qne tons 
Nous adressent). 

« L*année prochaine sera ht première année Kwang-siu (suocessiein 
éclairée). 

« Conformément au choix du jour fovoraMe fait par le Bureau d'Astro- 
logie, les importantes cérémonies de llntronisation et de la proclamation 
publique auront lieu à la i'* lune, le so« jour, dont les signes sœt Won- 
woo, entre 5 et 7 heures dn matin. 

« Que toutes les administrations que cela concerne se préparent res- 
pectuensement, d'après les anciennes règles. » 

Respectez cela I 

ÉtahUêumeni de la Régence. 

(Déciir.) 

Tong-tché XIII, ia« lune, 8« jour. 
(i5 Janvier 1875.) 

Le y jour de la ci* lime de la 1 3* année T'ong-tché (14 janvier iSyS) 
(b Gnmét OhanceUerie) a reçu le 4écret impérial suivant ; 



— 327 — 

«r En ce jour, un rapport a été présenté par les Princes et Ducs, les 
Grands Chanceliers, les dignitaires des Six Ministères et des Neuf Cours, 
et autres fonctionnaires, pour supplier LL. MM. les Impératrices douai- 
rières de prendre la régence. Nous avons respectueusement présenté ce 
rapport aux regards maternels de LL. MM. les Impératrices douairières 
Ts'e-ngan-twan-yu-k'ang-k'ing et Ts'e-hi-twan-yeou-k'ang-yi et Nous 
airons reçu leurs ordres bienveillants (qui suivent) : 

u En lisant le rapport des Princes, Hauts dignitaires et autres, Nous 
sentons une douleur que Nous ne pouvons apaiser. L'établissement de 
la régence n'est qu'un moyen transitoire : mais il convient seulement de 
8<mger que l'Empereur qui vient d'arriver au Trône, est maintenant 
encore mineur; déplus les affaires actuelles sont nombreuses et difficiles; 
les Princes et Hauts dignitaires ne peuvent pas ne pas obtenir réponse 
à leurs suppliques ; puisqu'il n'y a que ce moyen, Nous ferons provisoire- 
ment ce qui Nous est demandé. Quand l'Empereur aura terminé Son 
éducation, Nous procéderons à la remise du pouvoir. 

a Respectez cela ! 

M En recevant ces instructions bienveillantes. Nous avons ressenti une 
profonde reconnaissance. A la pensée que, malgré Notre faible vertu et 
Notre humilité. Nous avons reçu de LL. MM. les Impératrices douai- 
rières l'ordre bienveillant de monter sur le Trône et qu'avec Notre inex- 
périence, le mandat suprèn^e Nous a été confié. Nous sommes plein de 
gratitude pour feu S. M. l'Empereur qui Nous a transmis ce fardeau. 
L'Empereur défunt Nous a laissé une grande mission et jeté dans les dif- 
ficultés, Nous restons désolé» livré à Notre faiblesse : heureusement 
Nous comptons sur la protection de LL. MM. les Impératrices douai- 
rières qui prennent Elles-mêmes le gouvernement. 

« Vous tous, Princes, Hauts dignitaires. Fonctionnaires de tous rangs 
de la capitale et des provinces, vous devez Nous venir en aide, mettre 
tous vos efforts, employer toute votre vigueur et votre loyauté à Nous 
aider à bien gouverner, pour consoler l'âme de feu S. M. l'Empereur 
dans le ciel, pour répondre à l'attente des fonctionnaires et des peuples 
jusqu'à la mer : alors Notre félicité sera vraiment profonde. 

a Quant à l'ensemble des affaires de la régence, Noua ordonnons aux 
Princes et Dignitaires que cela concerne, de délibérer comme il convient 
pour fixer des règlements et de Nous présenter à ce propos un rapport 
détaillée. 

Que ce décret soit publié dans la capitale et dans les provinces pour 
qu'on le connaisse. » 

Respectez cela l 



— 328 — 

Rapport du Grand Conseil au sujet de la remise du pwvoir, 

(Gazette de Péking.) 

Kwang-siu XIV, ii« lune, ai« jour. 
(a3 décembre 1888.) 

Vos serviteurs, Ché-teS Ngo-lo-ho-pou', Tchang Tché-wan*, Hiu Keng- 
chen«, Swen Yu-wen", agenouillés» adressent un rapport pour demander 
des instructions. 

A la i"* lune de la x3* année Kwang-siu (janvier-février 1887), S. M. 
l'Empereur a pris en main le Gouvernement» en S'aidant des conseils of- 
ficiels de S. M. rimpératrice douairière. Dans Tensemble de toutes les 
choses gouvernementales, il y avait lieu pour les unes de revenir aux an- 
ciennes règles, pour les autres de modifier la procédure ancienne, pour 
d'autres de différer Texécution :Vos serviteurs, après délibération officielle, 
avaient présenté, le 17* jour de la 10* lune de la la* année (12 novembre 
1886), un rapport contenant une série d'articles ; le 20* jour de cette lune 
(i5 novembre 1886)» Nous avions respectueusement reçu les ordres bien- 
veillants de S. M. rimpératrice douairière : « Qu'on se conforme à la dé- 
libération. » Cela est dans les archives. 

Le deuxième mois de Tan prochain (mars 1889), auront lieu les céré- 
monies de la remise du pouvoir. Il n'y a pas lieu de délibérer à part sur 
tous les points où Ton est déjà revenu aux anciennes règles : mais il faut 
s'occuper à présent des points pour lesquels on doit revenir à ces an- 
ciennes règles et de ceux où Ton doit apporter des modifications provi^ 
soires. Après une délibération approfondie et après nous être entendus, 
dans une entrevue, avec S. A. le Grand prince de Ghwen, nous sommes 
tombés d'accord sur les articles suivants que nous présentons avec respect 
à la décision impériale. A savoir : 

Pour les rites des sacrifices à Confucius et des explications solennelles, 
ainsi que pour l'expédition des affaires au palais K'ien-ts'lng, il y a lieu 
d'attendre avec respect des instructions spéciales avant de procéder à ces 
cérémonies. 

Item : les rapports des fonctionnaires de la capitale et des provinces 
devront porter inscrite la formule : u Aux regards sacrés de S. M. l'Empe- 
reur » ; les rapports présentés pour saluer LL. MM. continueront à être 

présentés en double exemplaire, l'un à S. M. rimpératrice douairière, 
l'autre à S. M. l'Empereur. 

I . Grand prince de U. 

a. Mantchou, de la Bannière bleue bordée, Explicateur Impérial, Grand Chan- 
celier, etc. 

3. Chinois, Explicateur Impérial, Grand Chancelier, etc. 

4. Chinois, Président au Ministère de la Guerre. 

5. Chinois, Explicateur Impérial, Président au Mhiistère de la Justice. 



— 329 — 

Item : pour les présentations de tous les fonctionnaires faites par les di- 
verses administrations, nous proposons que, après Texamen des rapports 
par S. M. , on Lui demande Ses ordres, au moment où Elle fait appeler en 
audience Ses serviteurs, conformément au règlement actuel, et qu'on 
agisse d*après les ordres reçus. 

Item : pour les examens militaires du degré supérieur, autrefois le Mi- 
nistère de la Guerre priait, par un rapport, S. M. d'assister en personne 
aux examens : nous proposons de prier que Ton revienne à Tancienne 
règle. 

Item : lorsque le Ministère de la Guerre présente un rapport tendant à 
la nomination de hauts dignitaires surveillants des purifications, (les noms) 
étaient jadis écrits séparément, en caractères mantchous, sur de grandes 
tablettes; pour les fiches d'appel à en-téte rouge et à en-téte vert, (après 
remise desquelles) on attend respectueusement que l'Empereur fasse son- 
ner de la trompe par les Bannières, l'on écrivait autrefois en caractères 
mantchous sur de grandes tablettes : nous proposons au Trône de revenir 
aux anciennes règles. 

Item : pour les autorisations d'exécuter les criminels, nous proposons 
que l'on se conforme provisoirement au règlement actuel. 

Ayant soumis les articles ci-dessus aux regards sacrés de S. M. l'Impé- 
ratrice douairière et de S. M. l'Empereur^ nous attendons avec respect 
Leurs instructions pour nous y conformer et nous occuper de faire savoir 
ce qu'il y aura lieu, aux administrations de la capitale et des provinces. 

Rapport respectueux. 

(La Grande Chancellerie) a reçu les ordres bienveillants qui suivent : 

« Qu'on se conforme à la délibération. » 

Respectez cela ! 

Remise du pouvoir. 

(DACRST.) 

Kwang-siu XV, a« lune, i«» jour, 
(a mars 1889.) 

Le 19» jour de la 6« lune de la i4« année Kwang-siu(27 juillet 1888) (la 
Grande Chancellerie) a reçu avec respect les ordres bienveillants de S. M. 
rimpéralrice douairière Ts'e-hi-tv^an-yeou-k'ang-yi-tchao-yu-tchv^ang- 
tch'eng : 

« Précédemment, quand S. M. l'Empereur a commencé à s'occuper en 
personne du Gouvernement, Nous n'avons pu faire autrement, pour les 
décisions à prendre, que de Le conseiller quand il s'est présenté quelque 
affaire, et Nous Nous sommes efforcée de répondre aux vœux des Minis- 
tres, qui Nous demandaient de donner Nos conseils officiels pour le Gou- 
vernement pendant quelques années. Voici que, depuis deux ans» i'Em* 



— 330 — 

perear, après le «oin des affaires, a eontinaé ses études : 11 a pénétré de 
plus ea plus profondément dans les affaires de TÉtat, petites et g^randes. 
Il est capable en temps opportun de prendre des décisions et de fixer des 
arrangements convenables : Nous en sommes extrêmement joyeuse. 

« Au premier mois de Tan prochain (février 1889), après racfaèvemeiit 
des cérémonies du mariage, il convient que TEmpereur prenne en main 
le Gouvernement pour répondre aux espérances des Ministres et des sujets 
dans tout TEmpire. 

« Nous ordonnons que le Bureau d'Astrologie choississe, dans le 2* mois 
de Tannée prochaine (mars 1889), un jour favorable pour la remise du 
pouvoir, et qu'il Nous adresse un rapport à ce svyet. » 

Respectez cela! 

Le 9.2 de la 6' lune (3o juillet 1888) (la Grande Chancellerie) a reçu de 
nouveau avec respect les ordres bienveillants de S. M. Tlmpératrice douai- 
rière : 

« Le Bureau d* Astrologie Nous présente un rapport : conformément & 
Nos ordres, il a choisi un jour favorable et il attend que ce jour soit fixé 
par la volonté impériale. Nous ordonnons que la remise du pouvoir ait 
lieu le 3* jour de la 2* lune de Tannée prochaine (4 mars 1889). » 

Respectez cela ! 



Faveurs octroyées à Voccasion de la remise du pouvoir. 

(DicRBT, Gazette de Péking.) 

Kwang-siu XV, i5« lune, 22* Jour. 
(ai février 1889.) 

(La Grande Chancellerie) a reçu les ordres bienveillants de S. M. Tlm- 
pératrice douairière Ts'e-hi-twan-yeou-k'ang-yi-tchao-yu-tchwang- 
tch'eng. 

i< L'Inspecteur général des Douanes, Sir Robert Hart, fonctionnaire du 
premier rang, portant la plume de paon, s'occupe depuis longtemps des 
Douanes maritimes avec exactitude et sûreté ; il y donne toute son atten- 
tion ; ces derniers temps, les produits des Douanes ont augmenté chaque 
année : (il a administré) avec la plus grande distinction et d*une façon ac- 
complie. 

« A Tapproche de la remise du pouvoir, il convient de lui accorder de 
nouveaux honneurs pour encourager son zèle déjà si grand : Nous ordon- 
nons que trois générations des ancêtres de Sir Robert Hart reçoivent le 
grade de fonctionnaire de la première classe du premier rang. » 

Respectez cela ! 

Séoul, le 94 novembre 1890, 



— 331 — 



COMPTES RENDUS ET ANALYSES 



Jagobs (J.). et MEUfiR (i.-J.). — Le^ Badouis. La Haye, Martiu 

Nijhoff, 1891, 1 vol. in-8*. 

L'ouvrage se compose de deax parties dtstinctes : M. le Dr JuJee Jacobs 
s'est chargé de la paiite ethnographique ; M. le eooirôleur Meijer s'est 
réservé la partie qui devait traiter de la langue et de la littérature des 
Badouis. 

La population connue sous le nom de Badouis se compose d'une qua- 
rantaioe de familles environ (p. 60). Cette tribu habite la partie occiden- 
tale de rtle de Java. Elle vit complètement à l'écart du reste de la popu- 
latiou. Grâce à leur isolement, les Badouis ont conservé une civilisation 
tout à Élit rudimentaire. La richesse leur est interdite. Us vivent de ce 
qjm la nature leur offre en abondance. D'un caractère égal et joyeux, ils 
06 coQAaisseiit xû la jalousie, ni la dissimulation, ni la méfiance. Le vol, 
l'escroquerie^ le meurtre, les mauvaises mœurs n'ont point accès parmi 
eux. Quiconque se rendrait coupable de quelque acte immoral serait, à 
l'iDstant, banni de leurs villages. 

Ils pratiquent la circoncision et gardent dans leurs familles une cer- 
tajae quantité de sel qui se transmet comme un héritage sacré de père 
en fils. Cet usage est probablement le souvenir symbolique d'un temps 
de persécution où h sel, si nécessaire à l'alimentation, fit défaut aux 
Badouis. 

Plus ou moins ascétique, la religion de cette tribu qui a pu continuer 
de vivre à Técait, même après la conquête européenne, olfre beaucoup 
d'analogie avec les doctrines du bouddhisme. Le mystère qui forme le 
principe fondamental de la vie des Badouis n'a pas permis cependant 
d^approfondir Tlntéressante question. Nul n'est autorisé à pénétrer dans 
leurs sanctuaires. 

Us prétendent descendre d*«ne population dî^ersée qui occupait, il y 
a quaitre siècles, l'ancien royaume de Pad^jarm, situé dans la résidence 
actuelle des Preangers. fis remooileraieBt ainsi à une époque où l'invasion 
de fislannsme n'avait pas encore supplanté la religion bouddhiste dans 
l*fle de lava. 

Les recherches de M. le contrôleur Mei}er sur la langue et la littérature 
des Badouis tendent à confirmer cette prétention. La langue des Badouis 
cependant n'est pas écrite. Il faut la juger sur les récits oraux de leurs 
légendes religieuses. M. Meijer a recueilli le texte de ces récits d'un style 
fort naïf, ce n'est pas la partie la moins curieuse de l'ouvrage. 

Dans ce groupe isolé de Javanais nous rencontrons une race de forte 
structure, d'une taille plus élevée que celle des tribus environnantes. 



— 332 — 

exempte de folie, d'épilepsie et de crétinisme. N*en peut-on conclure que 
la thèse qui condamne fatalement à disparaître toute race repliée sur 
elle-même aurait besoin de confirmation? Voici une population peu nom- 
breuse dont le sang ne s'est jamais mélangé à celui des autres tribus et 
il se trouve que c'est la plus belle, la plus vigoureuse tribu de Ttle. Le 
même phénomène s'est produit dans l*Ile de Bali. Ajoutons cependant 
que chez les Badouis la mortalité des enfants paraît dépasser la moyenne. 
Seulement cet âge critique passé, la vigueur de la race s'accentue et 
frappe tous ceux qui la comparent au reste des Javanais. 

E. JURIRN DB LA GrAVIÈRB. 



Blotet. — De Zanzibar à la station de Kondoa. {Bull, de la Soc, de 

géogr, de Paris ^ 3« tri m. 1890.) 

M. le capitaine Bloyet que le Comité français de TAssociation interna- 
tionale africaine avait chargé en 1880 de fonder dans TOussagara une 
station scientiÛque et hospitalière et qui est resté cinq années dans cette 
région, Ta étudiée avec plus de détail que n'avaient pu le faire les voya- 
geurs qui l'ont traversée à la hâte en route pour les grands lacs. Il y a 
fait des observations météorologiques suivies, y a déterminé de nom- 
breuses latitudes, et en a levé la carte avec soin. Quoique la note du ca- 
pitaine Bloyet soit très courte, elle n'en apporte pas moins de précieux 
renseignements sur cette partie de l'Afrique. 

A. GRANDmiBR. 



CouDREAU (H.). — Le Contesté franco-brésilien. {Bull, de la Soc, de 

géogr. de Paris^ 3* trim. 1890.) 

M. Coudreau, dont les voyages à travers la Guyane sont bien connus 
des géographes, fait dans cette note l'historique complet des difficultés 
et réclamations qui se sont produites depuis le xvue siècle jusqu'à nos 
jours au siiget de la délimitation des Guyanes française et brésilienne, et 
qui ne sont pas encore tranchées aujourd'hui. Il montre que les terri- 
toires dont le Brésil nous conteste la propriété ne mesurent pas moins 
de 260,000 kilomètres carrés avec une ligne de côtes de 4oo kilomètres, 
tandis que la Guyane française n'a pas plus de io5,ooo kilomètres carrés, 
soit une superficie deux fois et demie moindre que celle du territoire con- 
testé; il appelle l'attention sur les facilités qu'offrirait à la colonisation ce 
territoire formé pour une moitié de prairies faciles à défricher et salu- 

bres, et qu'habitent cent mille Indiens. 

A. Graudidier. 



BULLETIN 



DU 

COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES 

ET SCIENTIFIQUES 



SECTION 
DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE 



DOCUMENTS OFFICIELS 



CIRCULAIRES ADRESSEES AUX MEMBRES DU COMITÉ 



Paris, le 14 mai 1891. 

Monsieur, 

En raison du voyage de M. le Président de la République, que 
je dois accompagner, j'ai été amené à modifier la date à laquelle 
s'ouvrira le 29® Congrès des Sociétés savantes, à la Sorbonne. 

J'ai l'honneur de vous annoncer, en conséquence, que la séance 
d'ouverture fixée au mardi 17 est remise au vendredi 22 mai cou- 
rant. Les journées des vendredi 22, samedi 23, lundi 26 et mardi 
26 mai seront consacrées aux travaux du Congrès. Je présiderai, 
le mercredi 27 mai, la séance générale de clôture, qui sera tenue 
dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. 

Permettez-moi de faire un pressant appel à votre dévouement 
pour m'aidera imprimer une activité plus grande aux discussions 
du Congrès, dont vous trouverez ci-inclus le programme. 

Je vous serai tout à fait obligé. Monsieur, d'assister aux séances, 
d'intervenir directement dans les débats et d'inviter vos collabo- 
rateurs à y prendre part à leur tour^ pour soutenir ou pour com- 

GÉOOIU HISTOIU n DBSCRlPT. -- VI. 33 



— 334 — 

battre les théories émises, de façon à mettre en lumière les tra- 
vaux souvent si méritoires de la province. 

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération très distin- 
guée. 

' Le Ministre de Tlnstruction publique 

et des Beaux-Arts. 

Pour le Ministre et par autorisation : 
Le Directeur du Secrétariat et de la Comptabilité^ 

Charmes. 



Paris, le i6mai 1891. 

Monsieur, 

J*ai l'honneur de vous annoncer que l'ouverture du Congrès 
des Sociétés savantes aura lieu, à la Sorbonne, 1b vendredi 2a mai 
courant, à a heures précises. 

Les travaux du Congrès se poursuivront durant les journées des 
samedi a3, lundi a5 et mardi a6 mai. 

Je vous serais reconnaissant, Monsieur, de vouloir bien assister, 
aussi souvent que vous le pourrez, à ces réunions. 

Le mercredi 27 mai, à 2 heures précises, je présiderai la séance 
générale de clôture du Congrès. Je serais heureux qu'il vous fût 
possible d*honorer de votre présence cette cérémonie, où une 
place spéciale vous sera réservée. 

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus dis- 
tinguée. 

Le Minisire de nnstruciion publique 

et des Beaax^Arts. 
Pour le Ministre et par autorisation : 
Le Directeur du Secrétariat et de la Complabilitéy 

Charmes. 



PROGRAMME DU CONGRÈS DES SOCIÉTÉS SAVANTES EN 1891. 

SECTION DE GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE. 

i^ Déterminer les limites d'une ou de plusieurs aneieimes pro- 
vinces françaises en 1789. 
a» Signaler les documents géographiques manuscrits les plus 



— 335 — 

intéressants (textes et cartes) qui peuvent exister dans les biblio- 
thèques publiques et les archives des départements, des communes 
ou des particuliers. Étudier spécialement les anciennes cartes 
marines d'Origine fraùçaîse. 

3<> Inventorier les cartes locales manuscrites et imprimées, cartes 
de diocèses, de provinces, plans de villes, etc. 

4^ Biographie des anciens voyageurs et géographes français. — 
Missions seieatifiquês françaises à l'étranger avant «789. 

5^ De rhabitat On France, c'est-à-dire du mode de répartition 
dans chaque contrée des habitations formant les bourgs, les vil- 
lages et les hameaux. — Dispositions particulières des locaux 
d'habitation, des fermes, des granges, etc. Origine et raison d'être 
de ces disposilioos. — Altitude maximum des centres habités . 

60 Tracer sur une carte les limites des différents pays (Brie, 
Beauce, Morvan, Sologne, etc.), d'après les coutumes locales, le lan- 
gage et l'opinion traditionnelle des habitants. — Indiquer les causes 
de ces divisions (nature du sol, ligne de partage deseaux, etc.). 

70 Compléter la nomenclature des noms de lieux, en relevant 
les noms donnés par les habitants d'une contrée aux divers acci- 
dents du sol (montagnes, cols, vallées^ etc.) et qui ne figurent pas 
sur les cartes. 

8® Dresser la carte d'une portion du territoire français dont les 
noms présentent une terminaison caractéristique, tels que acy ozy 
ville, court, etc. 

90 Chercher le sens et l'origine de certaines appellations com- 
munes à des accidents du sol et de même nature (cours d'eau, 
pics, sommets, cols, etc.). 

10® Étudier les modifications anciennes et actuelles du littoral 
de la France (érosions, ensablements, dunes, etc.). 

ii<» Chercher les preuves du mouvement du sol, à l'intérieur du 
continent, depuis l'époque historique; traditions locales ou ob- 
servations directes. 

12» Signaler les changements survenus dans la topographie 
d'une contrée depuis une époque relativement récente ou ne re- 
montant pas au delà de la période historique, tels que déplace- 
ments des cours d'eau, brusques ou lents; apports ou creuse- 
ment dus aux cours d'eau ; modifications des versants, recul des 
crêtes, abaissements des sommets sous l'influence des agents at- 
mosphériques ; changements dans le régime des sources, etc. 



— 336 — 

ARRÊTÉ 

Le Ministre de rinstruction publique et des Beaux-Arts. 

Arrête : 

M. le vice-amiral Jurien de la Gràvière, membre de rAcadémie 
française et de TAcadémie des sciences, président de la Section de 
géographie historique et descriptive du Comité des travaux his- 
toriques et scientiûques, présidera la séance d*oaverture du Con- 
grès des Sociétés savantes 

Suivant Tordre de leurs travaux, MM. les délégués des Sociétés 
savantes formeront des réunions distinctes dont les bureaux seront 
constitués ainsi qu'il suit. 



GÉOGRAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE 

Président : M. le vice-amiralJuRiEN de la Gravière. 
Vice-présidents : MM. Alexandre Bertrand, Bouquet de la Grye. 
Secrétaire : M. le docteur Hamy. 



— 337 — 



RÉUNION DES bÉLÉGUÉS 

DES 

W\m> SâHMS de paris et des MPÂHiENTS 

A LA SORBONNE 



PROCES-VERBAUX 



SÉANCE GÉNÉRALE D'OUVERTURE 



PRÉSIDENCE DE M. L' AMIRAL JURIEN DE LA 6RAVIÈRE 

La ag* réunion des délégués des Sociétés savantes de France 
s'est ouverte le vendredi sa mai 1891, à deux heures, dans le 
grand amphithéâtre de la vieille Sorbonne, sous la présidence de 
M. le vice-amiral Jurien de La Gravière, membre de TAcadémie 
française et de l'Académie des sciences, président de la Section 
de géographie historique et descriptive du Comité. 

Étaient présents : MM. Gréard, Himly, Mascart, Levasseur, 
A. de Barthélémy, Tranchant, Chabouiilet, D' Hamy, de Boislisle, 
Lyon-Caen, Léon Vaillant, colonel de La Noë, Marty-Laveaux, 
de Marsy, Albert Babeau, Xavier Charmes, Doumet-Adanson, Ga- 
zier, Joret, Maxe-Werly, 3. Finot, Bladé, Borrel, Ernest Petit» 
Letaille, Espérandieu, baron Textor de Ravisi, Eug. Lefèvre-Pon- 
talis, Tranchau, etc., etc. 

M. le vice-amiral Jurien de La Gravière prend la parole et 
souhaite la bienvenue à MM. les délégués des Sociétés savantes au 
nom de M. le Ministre de Tlnstruction publique, au nom du Co- 
mité des travaux historiques et scientiflques et, en particulier^ au 
nom de la Section de géographie historique et descriptive de ce 
Comité dont il est président. 



— 338 — 

Après avoir expliqué en quelques mots ce que la prépondérance 
de Paris sur la province a d'utile et de légitime à ses yeux, et 
constaté la force que donne à la France Sd, centralisation politique 
et administrative, Torateur ajoute : 

« En échange du rôle prépondérant que vous ne voulez pas con- 
tester à. la capitale, vous êtes assurément en droit d'attendre que 
cette capitale si largement dotée se conduise vis-à-vis de vous en 
bonne mère. Il ne faut pas que Paris attire à lui tout le suc nour- 
ricier du sol; sou devoir est de rendre avec usure aux provinces 
ce qu'il en reçoit. 

« Tel est le sentiment de justice qui semble avoir inspiré à un 
ministre de l'Instruction publique, M. Rouland, l'heureuse pensée 
de mettre chaque année en contact, pour procéder au partage de 
la moisson scientifique, la province et Paris. 

« Pour la poursuite des patientes études, la province a de grands 
avantages. Paris lui donn'e le branle^ mais elle possède ce qui 
manque à Paris : le recueillement. Vous nous avez montré, vous 
nous montrerez encore ce que le recueillement peut produire. 

« Appelé cette année à l'honneur d'ouvrir le vingt-neuvième 
Congrès des Sociétés savantes, vous me permettrez de me féliciter 
d'avoir à succéder à des hommes tels que M» Léopold Deh'sle 
M. Milne Edwards, dont la place est depuis longtemps marquée 
dans l'histoire de la science. L'honneur qui m'incombe ne m'est 
d'ailleurs, en aucune façon, personnel ; il appartient tout entier 
à la Section de géographie historique et descriptive du Comité, sec- 
tion qu'une confiance dont je n'étais vraiment pas digne, et dont 
je me sentirais parfois embarrassé, sans le concoura de mon sa- 
vant confrère, M. le docteur Hamy, a bien voulu me convier à 
présider. » 

M. lef Président donne ensuite lecture de l'arrêt ministériel cona^ 
tituant les bureaux des cinq sections du Congrès. 

La séance est levée à deux heures et demie. 



— 339 



SEANCE DU VENDREDI aa MAI 



PRÉSIDENCE DE M. L*AMIRAL lURIEN DE LA GRAVIÈRB, 

MEMBRE DE L'INSTITUT 

Immédiatement après la clôture de la séance générale, les 
membres de la Section de géographie se rendent dans la salle qui 
est affectée à leur réunion dans la nouvelle Sorbonne. 

M. LE Président leur souhaite la bienvenue et procède à la dé- 
signation des assesseurs. 

MM. Lennier, président de la Société géologique de Normandie, 
et le capitaine Colette, membre des Sociétés de géographie de 
Paris et de topographie de France, sont désignés à ce titre. 

Le bureau se compose ainsi de MM. Tamiral Jurœn de la Gra- 
YiftRB, membre de Tlnstitut, président; Alex. Bertrand et Bou- 
quet DE LA Grye, membres de l'Institut, vice-présidents; Hamy, 
membre de Tlnstitut, secrétaire; Lennier et Colette, assesseurs., 

M. lb Président donne lecture du programme adopté par la 
Section. 

M. Auguste Chauvigné, secrétaire général adjoint de la Société 
de géographie de Tours, lit un mémoire intitulé : Géographiç his- 
torique du payé du Vénm en réponse & la 6** question du pro- 
gramme. 

Le Véron est une contrée de Tancienne province de Touraine 
située au confluent de la Vienne et de la Loire, entre ces deux 
cours d'eau et les confins de la forêt de Chinon. C'est un pays plat 
recouvert de prairies et de champs d'une fertilité merveilleuse à 
cause des terrains d'alluvions qui en composent le sol. La ligne 
de démarcation que trace à Test M. Cbauvigné est appuyée.non 
seulement sur de nombreux textes de toutes les époques, mais en- 
core sur Tétude et Taspect du sol ; la voie romaine qui allait de 
Chinon & Huismes (Oxtma), la lisière de la forêt, accentuent ces 
limites naturelles. 



— 340 — 

Les preuves morales abondent tout autant que les preuves phy- 
siques à l'appui de cette délimitation : le caractère, les mœurs et 
les coutumes des habitants, présentent des différences sensibles 
du Véron aux contrées voisines. 

L'auteur attribue à cette population une origine méridionale et 
croit retrouver les caractères d'un type africain qu'il qualifie pro- 
visoirement de maure chez un certain nombre d'individus. M. A. 
Chau vigne fait appel aux spécialistes de Paris^ qui pourraient faire 
dans le Véron des études intéressantes et appuyer sur des données 
scientifiques les hypothèses du géographe. 

La description très complète du pays donnée par M. Chauvigné 
renferme un certain nombre de détails curieux et particuliers, et 
le mémoire est accompagné d'une carte du Véron soigneusement 
dressée par l'auteur. 

M. Hamy, croit devoir faire des réserves au sujet de la théorie 
de M. Chauvigné sur l'origine prétendue mauresque de certains 
habitants du Véron. Il serait bon de ne présenter que comme tout 
à fait hypothétique une conception que n'appuie pour le moment 
aucune détermination ethnique quelque peu rigoureuse. 

M. Bladé, correspondant de l'Institut, ne sait pas ce que pourra 
donner Tenquête ethnologique sollicitée par M. Chauvigné. Il croit 
devoir rappeler seulement que les recherches des historiens sur 
les traces qu'auraient laissées en Aquitaine les invasions sarra- 
sines ont été tout à fait infructueuses. Il résume à ce propos les 
investigations jadis poursuivies par Reinaud et explique quelques- 
unes des causes des erreurs commises par ce savant orientaliste. 

M« DE MoNTESSUS DE Ballore, de la Société des sciences natu^^ 
relies de Saône-et-Loire, présente et commente un certain nombre 
de planches représentant des antiquités du Salvador, qu'il a co- 
piées au cours d'une mission dont il a été chargé dans cette con- 
trée. Il fait remarquer notamment les affinités intéressantes que 
présentent certains de ces objets, vases à baume, trépieds, sif- 
flets, etc., avec leurs similaires du Mexique et surtout du Pérou. 

Cette communication provoque un échange d'observations entre 
MM. Hamy, de Montessus et Vibert. M. Hamy serait disposé à con- 
sidérer à première vue quelques-unes des pierres dessinées par 
M. de Montessus au Salvador, comme transportées à une époque 
indéterminée^ mais relativement récente^ du Pérou dans cette 
partie de l'isthme. 



— 341 — 

M. Breittmayer, de la Société de géographie de Marseille, donne 
lecture, au nom de cette société, d'un mémoire intitulé : Le Canal 
de jonction du Rhône à Marseille, Une voie d'eau intérieure tra- 
verse la France du nord au sud, suivant la Seine et le Rhône; son 
importance commerciale est depuis longtemps appréciée. On a 
souvent cherché à l'améliorer, et il est de plus en plus nécessaire 
de la faire aboutir au sud dans le port même de Marseille, comme 
elle aboutit au nord au port du Havre. On parviendra à ce résul- 
tat en creusant du Rhône à Marseille le canal dont cette ville, 
pressée par la concurrence des ports étrangers, demande avec 
instance la prompte exécution. 

M. Breittmayer expose quelles sont les difficultés que présentent 
les embouchures du Rhône^ et comment il faut éviter à la batel* 
lerie du fleuve le trajet maritime qui lui est actuellement imposé. 
D'ailleurs, le chemin de fer aboutissant à Marseille même, il faut 
qu'il en soit de même pour les bateaux du Rhône. 

Le projet actuel est celui que l'on a déjà proposé il y a plus 
d'un demi-siècle. Il ne comporte pas un canal maritime, qui se- 
rait trop coûteux, mais le prolongement pur et simple de la voie 
de navigation intérieure, avec un tirant d'eau de a à 3 mètres. 
Marseille aurait ainsi les deux issues par eau et par chemin de 
fer, qui sont nécessaires au développement de son port. 

M. le Df Bonnet, du Muséum d'histoire naturelle de Paris, com- 
munique, en réponse à la question 4' du programme, une nou- 
velle série de pièces inédites relatives à la mission en Ethiopie de 
Lenoir du Roule, dont il a déjà été question au Congrès des So- 
ciétés savantes de 1890. Ces documents forment à la Bibliothèque 
nationale un dossier dont l'origine exacte est inconnue, mais qui 
semble avoir été composé vers 1707 par Benoît de Maillet, consul 
général au Caire, dont les papiers sont devenus, dans le courant 

I du siècle dernier, la propriété de l'État, 

I 

M. Dupont, de la Société de topographie de France, insiste sur 
l'utilité de la photographie pour les études topographiques et fait 
connaître quelques applications à Tétude du terrain faites, sous 
la direction de M. Triboulet, par les élèves qui suivent les excur- 
sions de la société qu'il représente. 

M. GAUTmoT lit, au nom de J.-V. Barbier, secrétaire général de 



— 342 — 

la Société de géographie de Nancy, une notice intitulée : État de 
la question de Forthographe dee nom% géographiques, 

M. le capitaine Colette, Tun des asBesseurs, commence la lec- 
ture d'un travail intitulé : VQEwote topographique de la Société de 
géographie^ extrait d*un livre en préparation qui a pour titre : La 
Topographie française de 17 89 à 1889, 

Ce résumé historique d'une partie des travaux accomplis depuis 
i8ai par la Société de géographie met principalement en relief la 
transformation, embryonnaire & son origine mais incessante, des 
méthodes et, par suite, de renseignement de la géographie. Cette 
transformation qui a, suivant l'expression de M. Colette, changé 
la face de la terre, s'accomplit sous Faction d'hommes comme 
Laplace, Cassini, Puissant, Haxo, Pelet, Barbie du Bocage, Gora- 
bœuf, Blondel, les Malte-Brun, dont M. Colette apprécie rapide- 
ment les principaux travaux. 

La séance est levée à quatre heures et demie. 



— 343 — 



SEANCE DU SAMEDI MATIN a3 MAI 



BIÉSIDBNGE DE M. 6« LBNNIER^ ASSESSEUR 

La séance est ouverte à neuf heures et demie. 

M. Drapeyron, secrétaire général de la Société de topographiei 
professeur au lycée Charlemagne, communique une note inti- 
tulée : De la répartition des cours de géographie dam Venseignemeni 
classique, S^appuyant sur les résolutions votées par le groupe pé- 
dagogique du Congrès international des sciences géographiques 
de Paris (1889) et considérant : !<> le temps réservé & renseigne- 
ment de la géographie dans les classes des lycées et collèges ; 
a? Taptitude des élèves à ahorder fructueusement, à tel ou tel âge 
moyen, telle ou telle partie de la science géographique ; enfin 
S^" rindispensable concordance & établir entre les cours de géograr 
phie d'une part, et de l'autre ceux d'histoire et de sciences natu- 
relles et mathématiques, M. Drapeyron propose la répartition sui- 
vante : 

Cours préparatoire : Le voisinage et le globe (étudiés d'une ma- 
nière concrète). — Huitième : La France (simples observations sur 
la carte et lectures courtes et saisissantes). — Septième : L'Europe 
(idem), — Sixième : Le Monde (idem). Insister sur le thé&tre de 
l'histoire d'Orient. — Cinquième ; La France» Quelques prome* 
nades géographiques. — Quatrième : L'Europe» moins le détail de 
la Russie. Le bassin de la Méditerranée dans son ensemble. No- 
tions sommaires de cartographie et de topographie. — Troisième : 
L'Asie^ avec le détail de la Russie d'Europe, et l'Archipel asiatique. 
— Seconde : L'Afrique, l'Amérique, l'Océanie, TAustralie. Insister 
sur les colonies et sur le régime colonial. — Rhétotique : La 
France. Lecture de la carte d'État-major et excursions topogra- 
phiques. — Philosophie : Géographie générale. Relations des di*- 
verses parties du globe entre elles. 

On remarquera que, d'après cette répartition, il n'y aura plus 
de classe sans géographie. Le cours de géographie de philosophie, 
couronnement nécessaire de toutes les études géographiques au 



— 344 — 

lycée, ne demandera qu'une heure et demie, durant le second 
semestre de Tannée classique. C'est Tinstitution de ce cours en 
philosophie, et non ailleurs, qui a été l'objet des plus vives ins- 
tances du Congrès de 1889. 

M. Drapeyron ajoute que, désormais, chaque cours de géogra- 
phicy bien que les mêmes matières se représentent deux ou trois 
fois dans les diverses classes, aura son caractère bien distinct^ et 
ne fera plus double ou triple emploi. 

Observons encore bien ceci : 

Désormais, la géographie sera le guide constant, nous ne disons 
pas l'auxiliaire, de l'histoire. Dans les premières classes, la géo- 
graphie deviendra la douce initiatrice des sciences naturelles. 
Dans les classes intermédiaires, elle devra les convoyer et profiter 
de leur contact. Dans la classe la plus élevée, celle de philosophie, 
elle apparaît elle-même comme une science vraiment philoso- 
phique (voir le mot de Strabon), nourrie de la moelle des autres 
sciences. 

M. Boule présente, au nom de M. Delort, une note en réponse 
à la 4" question du programme. Au centre du plateau de la Pla- 
nèze, dans le Cantal, s'élève un morne basaltique sur lequel est 
bâti le village de Tanaville. Or, il résulte d'une enquête insti- 
tuée par M. Delort que, alors qu'on n'apercevait jadis de Tana- 
ville que le sommet des tours de la cathédrale de Saint-Flour. 
aujourd'hui, du même point, on peut voir toute la ville. M. De- 
lort explique ce phénomène par un affaissement du plateau in- 
termédiaire qui abrite le village de Fraissinet. On a invoqué pour 
cause de cet affaissement un tremblement de terre qui aurait eu 
lieu vers 1826; mais il résulterait de certaines observations que 
le phénomène se continuerait jusqu'à présent lentement et sans 
secousse. 

MM. Colette et Bladé rapprochent de l'observation de M. De- 
lort certains faits tout semblables qui se seraient produits dans 
la région pyrénéenne, et dont la constatation bien précise serait 
subordonnée à des opérations minutieuses de nivellement qui 
n'ont pas plus été faites à Saint-Flour que dans le Midi. 

M. Lennier rappelle que certaines oscillations, analogues à celles 
de Fraissinet, sont causées par l'action des eaux souterraines tra- 
versant des couches sableuses profondes qu'elles détruisent len- 
tement. 



— 345 — 

M. BouLB connaît la localité et est disposé à expliquer Taffaîsse- 
ment de Fraissinet par le tassement graduel des dépôts de pro- 
jection (lapilli, ponces, etc.) sur lesquels reposent les basaltes. Il 
accepte, d*ailleurs, qu'on fasse une part aux mouvements séis- 
miques du sol. 

M* DE LA NoÉ ne voit, dans les phénomènes signalés à Fraissi- 
net, qu'un affaissement local, dont il reste à. mesurer bien exac- 
tement Tamplitude, et qui s'expliquerait aisément par l'altération 
des éléments volcaniques que les basaltes surmontent. 

M. Barthélbmt, de la Société d'archéologie lorraine, donne lec- 
ture d'un mémoire sur la distribution géographique des enceintes 
vitrifiées ou calcinées. Ou compte en Europe plus de vingt ouvrages 
fortifiés dont les enceintes présentent ainsi des traces de vitrifica- 
tion ou de calcination. Il y en a en Allemagne et en Scandinavie, 
en Ecosse et en France. Dans notre pays seulement, on a signalé 
les enceintes de Péran (Côtes-du-Nord), de la Courbe (Orne), de 
Sainte-Suzanne (Mayenne), de Puy-de-Gaudy, Chàteauvieux et 
Thauron (Creuse), de Hartmannwillerkopf (Haut-Rhin), etc. M. Bar- 
thélémy a groupé tout ce que l'on sait de ces diverses enceintes, 
qu'il compare à celles qu'il a lui-même observées en Lorraine, à 
la Fourasse, à Sainte-Geneviève, etc. Il serait disposé à les con- 
sidérer comme les ouvrages d'un même' peuple, et à en faire re- 
monter la confection au premier Âge du fer. 

M. LuGUET, de la Société dWchéologie de Saintes, et M. Maillant, 
de la Société d'émulation des Vosges, ont envoyé deux notes en 
réponse à. deux questions du programme. M. Hamy résume ces 
notes qui traitent, la première, des modifications anciennes et 
actuelles du littoral d'Oléron, la seconde, de Vhabitat dans le 
canton de Xertigny, arrondissement d'Épinal. Ces notes seront 
renvoyées à Texamen de M. de la Noé, qui réunit tous les docu- 
ments des deux enquêtes entreprises sur les modifications du lit- 
toral de la France et sur les variations de l'habitat dans les 
diverses provinces. 

M. Lièvre, correspondant du Ministère à Poitiers, lit un travail 
sur la Détermination des limites des peuples de f ouest de la Gaule 
au moyen des bornes militaires^ de la Table de Peutinger et de r Iti- 
néraire d'Antonin, 



— 346 -r. 

M. Babt eommuniqae un mémoire intitulé : VŒuore naiionak 
des monographies communales de la France et expose notamment 
ce qu'il a pu faire dans le département de rAriège. Le procédé 
employé pour répandre ces monographies consiste k imprimer sur 
les couvertures des cahiers destinés aux devoirs joomaiierB des 
élèves la notice descriptive de la commune avec une carte» en 
donnant au 5o,ooo* toute la topographie. Un certain nombre de 
ces couvertures imprimées sont présentées à la Section. 



La séance est levée à onze heures et demie. 



— 347 — 



SÉANCE DU SAMEDI SOIR. 



ntiSIDElfCE DE M. ALEX. BERTRAND, MEMBRE DE L*INSnTDT, 

VICE-PRÉSIDENT 

La atence est ouTerte à deux heures. 

M. GATAT» de la Société de géographie de Paris, fait oonnattre la 
distribution géographique des tribus de Madagascar, qu'il distingue 
en deux grands groupes* l'un d'origine indonésienne, Tautre 
d'origine africaine. Les Indonésiens occupent Taxe de Ttle, les 
nègres les deux côtes orientale et occidentale. M. Catat présente k 
l'appui de sa communication une collection de photographies très 
nombreuses et très remarquables, dont Texamen permet de saisir 
parfaitement les caractéristiques générales des diverses popula- 
tioDs madécasses. 

M. Ch« Yarat, président de la Société sinico-japonaise, lit un 
chapitre d'un ouvrage qu'il doit prochainement publier sur la 
Corée. Ce chapitre est destiné à faire connaître l'histoire ethnique 
de cette grande presqu'île divisée par l'auteur en quatre périodes, 

« Une première période commence aux temps fabuleux et com* 
prend l'arrivée successive des éléments constituants de la natio* 
nalité coréenne, qui détruisent les autochtones, et finissent, 
après de longues luttes intestines, par constituer un État. 

« La deuxième période montre les luttes de cet État contre la 
Chine. Après des alternatives de succès et de revers^ la Corée 
devient tributaire de l'Bmpire du Milieu, tout en conservant son 
indépendance intérieure, qu'elle affirme en fermant ses portes et 
à la Chine et au reste du monde. 

« Ces deux premières parties sont tirées principalement des an- 
nales chinoises, la troisième est empruntée uniquement aux chro- 
niques japonaises et traite des guerres entre Coréens et Japo- 
nais. Ceux-ci, comme les Chinois, sont contraints de se retirer, 
mais sans laisser aucune trace de leur influence. Au contraire ils 
subissent celle de la Corée, car ce sont les Coréens qui sont les 



— 348 — 

premiers éducateurs des Japonais en introduisant chez eux non 
seulement ce qu'ils ont reçu de la Chine^ mais aussi ce qui leur 
est propre au point de vue de Tagriculture, de Tindustrie et des 
arts, toutes choses d'ailleurs que les Japonais reconnaissent eux- 
mêmes devoir au génie coréen. 

« Malheureusement, pendant que les Japonais continuaient à 
marcher dans la voie du progrès, les Coréens complètement ren- 
fermés chez eux, doublement entravés par leur organisation so- 
ciale divisée en huit classes presque infranchissables, ainsi que 
par les interdictions légales d'exploiter leurs mines ou de créer 
quoi que ce soit qui puisse exciter la convoitise de leur puissant 
voisin, ne tardent pas à s'amoindrir dans leur isolement^ et voient 
s'endormir leurs brillantes qualités. 

« La dernière partie de la lecture de M. Varat traite, par ordre 
de dates, d'après des documents hollandais, français, anglais, 
russes, américains^ italiens et allemands, les rapports de la Corée 
avec les puissances occidentales et des résultats qui en adviennent 
non seulement en Corée, mais par contre-coup en Chine et au 
Japon. 

« Il montre notamment que, grâce aux traités avec les puis- 
sances occidentales, la Corée voit chaque jour se détacher de plus 
en plus le frêle lien qui la retient à la Chine, en même temps que 
ses affinités ethniques recommencent à s'affirmer d'un côté par un 
goût prononcé pour les produits occidentaux, dont l'importation 
s'élève à 65 pour loo des marchandises introduites dans la pres- 
qu'île, et d'un autre côté par l'entraînement spécial qui porte les 
Coréens à émigrer vers les centres russes de la Sibérie orientale. » 

M. Harant, de la Société historique et archéologique de Château* 
Thierry, lit un mémoire sur l'emplacement d'Otmus, chef-lieu du 
pagus Otmensis à l'époque romaine, et qu'il place aux Hérissons, 
entre la ville de Château-Thierry et le village de Saint-Martin qui 
en dépend. 

M. ViBERT, de la Société de topographie, fait connaître ses re- 
cherches dans plusieurs grottes de la vallée de l'Ardèche. A la 
suite de cette communication une discussion s'engage entre 
M. Martel, de la Société de Géographie de Paris^ et M. Vibert. 

M. Martel, observant que les longueurs indiquées dans cette 
intéressante communication paraissent être le résultat d'une esti' 



— 349 — 

mation approximative et non pas de levés topographiques, fait 
observer qu*en matière de grottes, il est bon de ne se prononcer 
sur les dimensions qu'après avoir fait les plans et coupes aussi 
exacts que possible. Pour la grotte de Saint-Marcel, par exemple, 
M. Martel vient d'apprendre ces jours derniers qu'aucune mesure 
précise n'a encore été prise et que le chiffre de 7^",5 d'étendue 
n'a rien de définitif. Partout les paysans et les premiers visiteurs 
ont toujours une tendance à exagérer les proportions de ces noirs 
souterrains inconnus dans lesquels, bien loin du soleil, on perd 
si vite la notion du temps et de la distance. Le mois dernier le 
Journal des Débais annonçait la découverte en Corse d'une caverne 
de 60 (soixante) kilomètres de longueur à Ponte-Lecciall Rensei- 
gnements pris auprès du propriétaire et explorateur de la caverne, 
M. Pelazzi, cette nouvelle fut absolument controuvée. La grotte 
très profonde, il est vrai (110 mètres de dénivellation), est relati- 
vement courte : la longueur imaginaire qu'on lui avait attribuée 
lui aurait fait traverser toute l'épaisseur de la chaîne granitique 
des monts Corses, ce qui était a priori invraisemblable. Ce fait 
montre à quelles exagérations on est exposé dans les questions 
de cavernes et prouve l'utilité des relevés géométriques exacts et 
des renseignements précis. 

M. Colette termine la lecture de son mémoire sur l'œuvre topo- 
graphique de la Société de géographie de Paris depuis sa fonda- 
tion. Cette dernière partie est consacrée à mettre en lumière le 
développement, par la géographie topographique, de ce grand 
mouvement d'exploration dont la Société de géographie de Paris 
a été en partie l'initiatrice et qui a couvert le globe d'un réseau 
d'itinéraires de plus en plus exacts, depuis ceux de René Caillié, 
à travers le continent africain. 

La séance est levée à quatre heures et demie. 



GÉOGR. UIST. et DESCHIKT. — Vi. !l4 



— 350 



SÉANCE DU LUNDI MATIN 25 MAI 



PRÉSIDENCE DE M. COLETTE» AâSESSSUR 

La séance est ouverte à neuf heures et demie. 

M. J.-Fr. Bladé, correspondant de l'Institut, lit un mémoire sur 
un comté de Vasconie au temps de Louis le Débonnaire. Il s'agit du 
comté de Fézensac {comitatus Fedentiacus), qui apparaît en Soi. 
Ce gouvernement représentait les anciens comtés mérovingiens 
d'Ëauze et d'Auch ; cela résulte expressément de deux textes, Tun 
de 817, Tautre de 818, utilisés par M.BIadé. Le Fézensac carolin- 
gien était donc beaucoup plus vaste que les comtés de même nom, 
tels que nous les voyons constitués en 920,960 et i283. Il équiva- 
lait aux territoires qni formaient, vers la fin de la période féodale 
les comtés de Fézensac, d'Armagnac (moins Rivière-Basse), d'As* 
tarac, de Pardiac^ de Gaure, de Fézensaguet, de Magusac (avec le 
surplus de Tarchidiaconé de même nom). 

M. Câstonnet des Fosses, de la Société de géographie commer- 
ciale, communique un travail intitulé : Relations de V Allemagne 
et de la Pologne avec V Extrême-Orient^ au moyen âge et dans les 
temps modei^nes jusqu'en i 789. Le mouvement d'expansion qui se 
produit en Allemagne, dit M. Castonnet des Fosses« n'est pas 
nouveau; il existe au contraire depuis longtemps. Les villes han- 
séatiques assayèrent de nouer des relations constantes avec l'Asie 
au XIV® siècle; les Hanséates commerçaient par terre avec les ri- 
verains de la Caspienne et, dans leurs comptoirs en Europe, Ton 
voyait du poivre, du gingembre et de la cannelle. Ces produits 
arrivaient par terre, par Novgorod ; les marchands hanséates 
allaient jusqu'à Samarcande, c'était là où ils communiquaient 
avec l'Extrême-Orient; l'émancipation des Pays-Bas fit tort à la 
Hanse, mais elle commerça néanmoins avec l'Inde; à la fin du 
xviie siècle l'Électeur de Brandebourg fondait une Compagnie des 
Indes. Au commencement du xvm*, l'Autriche fondait une Compa- 
gnie des Indes à Trieste, une colonie au Coromandel et essayait 



— 351 — 

de s'emparer da la Birmanie ; la Prusse envoyait une expédition 
au Bengale à la même époque et le duc de Holstein négociait 
avec la Perse un traité en vertu duquel il aurait eu en quelque 
sorte le monopole du commerce des soiries. 

PourlaPologne nous trouvons des ambassadescnvoyéesen Chine 
au zvu* siècle et des expéditions maritimes allant de Dantzig 
dans rinde. 

M. Hamy résume, à propos de la communication précédente, 
ce que Ton sait des routes commerciales de TEurope centrale au 
moyen âge et insiste sur la nécessité de publier, autant que pos- 
sible» les textes originaux relatifs aux anciens voyages scientifiques 
ou commerciaux, et surtout à ceux qui sont dus à nos nationaux. 

il, Pj^REZy de la Société de topographie, Ut une courte note inti- 
tulée : La Topographie et VHuloire. 

M. TaiBOULCT^ de la même société, communique un résumé de 
ses procédés pour la triangulation du sol au moyen de panoramas 
photographiques. 

M. le baron Textob dk Ravisi, de la Société académique indo- 
chinoise, lit un mémoire sur les chemins de fer dans Tlndo-Chine 
considérés au point de vue des intérêts français et des intérêts 
anglais^ Il rappelle les rivalités coloniales de la France et de TAn- 
gleterre, que pourrait Caire cesser une entente sur les territoires 
intérieurs de la péninsule et sur les chemins de fer de pénétration 
en Chine. Il étudie ensuite les divers chemins de fer projetés, soit 
sur le territoire chinois, soit en Indo-Chine, les six voies françaises 
de pénétration au cœur du pays, les points importants à desservir 
sur le littoral ou dans Tintérieur, et montre quels seraient les ré- 
sultats les plus utiles à poursuivre dans Tintérêt de nos colonies 
et de nos territoires de protectorat. 

M. Tabbé Lemire, du Comité flamand de France, en réponse à 
la 5« question du programme lit un mémoire sur Thabitat dans la 
Flandre française. Deux types d'habitations rurales existent dans 
cette province : Vhofstede et la censé; M. Lemire en indique les ca- 
ractères communs et les diflérences. 

Ces deux espèces d'habitations rurales sont situées générale- 



— 352 — 

ment dans les bas-fonds ou à mi-c6te des renflements du sol 
pour être à Tabrî des vents et à portée des eaux stagnantes. Elles 
sont orientées de façon à regarder le sud, à tourner le dos au nord, 
et à opposer à Touest d'où viennent les pluies un fort pignon, 
comme les églises lui opposent une tour. Les matériaux de cons- 
truction sont pour les anciennes le bois, le torchis et le chaume 
qu'on trouvait sur place, pour les plus récentes la brique et les 
pannes. 

Mais dans Vkofstede, Thabitation de Thomme est séparée du logis 
des bêtes et des granges, à distance du fumier et des exhalaisons 
malsaines, ouverte, bien aérée, et ne serait pas compromise avec 
les étables en cas d'incendie. Elle a devant elle un petit jardinet, 
ou du moins un gazon et des fleurs, comme en Angleterre la mai- 
son du maître. 

Elle permet à Thomme une vie à part de celle du valet de ferme 
et des bêtes. Sa dénomination A'hofstede [hofstadtt ail.) indique 
un manoir, une maison de propriétaire rural saxon. 

Dans la cense^ l'habitation de l'homme est unie à celle des bêtes 
et aux granges, et forme avec celle-ci un carré clos. Elle est à 
proximité de tous les services ruraux, et indique par là que son 
occupeur est chargé de tout ce qui l'entoure. Le nom de censé ré- 
vèle une terre cultivée moyennant redevance. 

Si on ajoute que Vhofstede est circonscrite à la Flandre flamin- 
gante et que la censé est propre à la Flandre wallonne, que ces 
deux types existent de temps immémorial sans se supprimer Tun 
l'autre, on aura la preuve qu'à la difl'érence des langues et des 
mœurs s'ajoute celle des habitations, et que par conséquent le 
principe suivant a une vérification de plus : La maison, c'est la 
race. 

La séance est levée à onze heures et demie. 



— 353 



SÉANCE DU LUNDI SOIR 



PRÉSIDENCE DE M. ALEXANDRE BERTRAND, MEMBRE DE l'iNSTITUT, 

VICE-PRÉSIDENT 

La séance est ouverte à deux heures. 

M. Bellanger, membre de la Société de topographie, donne le 
résumé de ses théories sur les reliefs du globe et formule ses 
idées sur les modiCcations à introduire dans renseignement de la 
topographie. 

Cette communication donne lieu à un échange d'observations 
entre MM. Alex. Bertrand, Boulangier et de la Noé. 

M. Lebourgeois, de la même société, résume l'histoire des pro- 
jets de chemin de fer transsaharien; il énumère les ouvrages 
consacrés à la question, fait connaître les tracés proposés et en 
discute les avantages. Il termine en répondant aux diverses ob- 
jections formulées contre le principe même de Tentreprise et 
contre les divers projets formulés par M. Tingénieur Duponchel 
et ses successeurs. 

M. TnouLET, de la Faculté des sciences de Nancy, présente les 
plans détaillés des lacs de Géradmer et de Longemer. Il expose 
ensuite les résultats des diverses expériences qu*il conduit depuis 
longues années afin d'expliquer les phénomènes principaux de la 
circulation océanique. II résulte des mesures de densité absolues 
prises par le Challenger ainsi que des données recueillies par les 
expéditions océanographiques de la Pola et du Tschemomoretz 
en 1890, qu'il existerait au sein des océans une sorte de circulation 
chimique par suite de laquelle les eaux de la surface de la mer 
concentrées par Tévaporation descendraient jusqu'à une profon- 
deur de i^ooo mètres environ et abandonneraient sous forme de 
précipités ses constituants les moins solubles. Ces derniers arrive- 
raient au contact du fond et y produiraient certains phénomènes 
chimiques (nodules manganésiens, christianite, etc.). La nature 



— 354 — 

du fond dépendrait donc en partie de la climatologie superfi- 
cielle. 

M. DE Potiche, de la Société académique du Contentin, lit un 
mémoire intitulé Concordance de V Itinéraire d^Antonin avec la carte 
de Peutinger, relativement à la voie romaine de Condate à Alauna 
et Coriallo, 

L'auteur propose de substituer des milles à des lieues dans le 
premier de ces documents. Cette substitution faite, il espère 
prouver : 

1** Que les deux itinéraires concordent; A) par le détail, entre 
Condate et Cosèdia == Peutinger i5i^««,i = Itinéraire, i3ok«,4 
+ ig^n» du détour par Avratiches, soit i4g^"*,4; B) par Tensemble 
zz Peutinger 2 i5kn»,5 m Itinéraire, voie directe ancienne 160^"» 
-h détour sur Avranches 19 + prolongement sur Coriallo 37, to- 
tal 216; 

2« Que la ligne de l*Itinératre a été jadis établie en ligne rigou- 
reusement droite, comme toutes les voies romaines; 

3o Qu'elle avait exactement 160 kilomètres de long aussi bien 
dans son inscription de chiffres que sur le sol lui-même ; 

4* Qu'à l'époque de l'Itinéraire la baie actuelle était réellement 
traversée sur un parcours de a3 kilomètres par une voie romaine. 

M. Alex. Bertrand croit devoir faire des réserves expresses sur le 
système qui vient d'être exposé. 

M. le chanoine Pigeon, de la Société académique de Coutances, 
lit un travail sur le sens et l'origine de certaines appellations 
communes & différents pics ou sommets. Il cherche notamment à 
expliquer les mots de Tombe et de Tombelaine qu'on retrouve 
dans différentes contrées de la France^ et en particulier dans la 
Baie du Mont-Saint-Michel. Le premier de ces deux pics, le mont 
Tombe, s'est d'abord appelé Mandane, Mandalus ou Mandanus, 
qu'on retrouve dans la loi Salique et signiflant tombeau. L*abbaye 
de Mandane que M. Pigeon place sur le rocher même du Mont* 
Saint-Michel, s'est révélée par des ruines nombreuses et un tom- 
beau celtique ou d'origine franque; et il en conclut que le mont 
Tombe de 708 n'est qu'une traduction du mot Mandoado, Man- 
doalo, Mandalus et Mandanus. 

M. Pigeon tente ensuite de prouver que Tombelaine qui s'est 
d'abord écrit Tumbelena^ Tumbelenia, Tomba Elena ou Helena, 



— 355 — 

rappelle dans son second nom Lena, Lenia, Hetena, les Nehalenia 
gauloises et le mont Helanus cité par Grégoire de Tours où des 
yierges druidesses rappelaient tout à fait les druidesses de Tile de 
Sein dont parle Pomponius Mêla. Le mot lena signifiant encore, 
dans les plus anciens mots du celtique armoricain, vierge ou reli- 
gieuse, et toutes les légendes des x*, xi" et xn^ siècles nous mon- 
trant sur ce rocher le tombeau de cette vierge du mont Tombe- 
laine, M. Pigeon conclut que les monts Tombe et Tombelaine 
tirent leur nom^ non de leur forme, mais de tombeaux véritables 
qui ont existé sur le haut de ces monts. 

M. CuAFFANjON, de la Société de géographie de Paris, résume 
les principaux résultats ethnographiques et archéologiques du 
voyage d'exploration qu'il vient d'accomplir au Venezuela et dans 
la Colombie. 

D'abord, continuant ses études sur les races indiennes de TOré- 
noque et de FEssequebo, il a pu recueillir des notes de linguis- 
tique et des inscriptions importantes et nouvelles; puisiîapoursuivi 
l'étude de peuplades qui, disséminées dans un grand espace de 
terrain, n'en appartiennent pas moins à une race unique, mais 
peuvent être réparties en trois groupes : i^ les Indiens du conti- 
nent (versant ouest des Cordillères); 2" les Caraïbes des Antilles; 
3^ les Goajiros de la presqu'île de Maracaïbo. 

En Guyane, au point de vue géographique, l'explorateur rap- 
porte un relevé du cours du rio Cuyani. 

En Colombie, il a retrouvé des inscriptions des anciennes tribus 
dont il présente un grand nombre de dessins, la plupart apparte- 
tenant aux Chibchas et aux Panches. Il a relevé aussi le plan du 
fameux temple du soleil des Chibchas de Sogamosa. Ce monu- 
ment construit en bois avait deux enceintes; l'une, intérieure, de 
i5 mètres de diamètre, et l'autre de 48 mètres environ. 

Enfin, du c6téde San Agostin, a fleuri la civilisation dite anda- 
qui, mais qui, selon M. Chaffanjon, ne peut être attribuée aux 
Indiens actuels de ce nom. Le voyageur a photographié toutes 
les statues de San Agostin dont on n'avait jusqu'à présent, no- 
tamment au Trocadéro, que des reproductions partielles et fort 
incorrectes. 

M. CouDREAU, de la Société de géographie de Paris, après avoir 
brièvement rappelé les résultats principaux de ses dix années de 



— 356 — 

voyages entre le fleuve des Amazones et la mer des Antilles, aborde 
le problème de la distribution des tribus sauvages qui peuplent 
cette vaste étendue de territoire. C'est là avant tout à ses yeux, une 
question de linguistique. Or pour M. Coudreau d'abord et avant 
tout, il y a unité linguistique entre toutes les populations de TAmé- 
rique équinoxiale, et voudrait- on tracer une frontière entre les 
Tupis et les Guaranis qu'on y distingue, qu'il y faudrait vite renon- 
cer. La frontière tupi-guarani n'existe pas, et pour la représenter, 
il faut disposer sur la carte des séries de taches très irrégulièrement 
enchevêtrées. M. Coudreau cite à l'appui de sa manière de voir 
les observations de M. von der Steinen^ découvrant des Caraïbes 
dans le Haut-Xingu. 

La séance est levée à cinq heures. 



— 357 — 



SEANCE DU MARDI 26 MAI 



PRÉSIDENCE DE M. 6. LENNIER, ASSESSEUR 

La séance est ouverte à neuf heures et demie. 

M. E. Belloc, de la Société zoologique de France, présente un 
nouvel appareil de sondage portatif, à fil d'aciery destiné à Tétude 
des fonds sous-marins et lacustres. 

Cette machine est pourvue d'un compteur de tours à cadran in- 
diquant la quantité de mètres de fil déroulé et par conséquent la 
profondeur atteinte, d*un tambour pouvant enrouler 2,000 mètres 
defdd*acier, et d'un frein dont le rôle est de régulariser le dérou- 
lement du Cl et de signaler le moment précis où le plomb de sonde 
touche le fond. 

Le poids de cet appareil, qui peut tenir dans une caisse deo°',4e 
de côté, est d'environ 20 kilogrammes. 

M. le baron J. de Guerne, de la Société de géographie de Paris, 
présente un manuscrit du xvni' siècle, intitulé : Journal d'un voyage 
fait à Paris en 1759. Ce voyage, entrepris par trois ou quatre 
personnes appartenant à la même famille, eut pour point de dé- 
part la ville de Mons. Commencé le 3o juillet, il était terminé le 
i4 septembre 1759. Les excursionnistes, après avoir eu quelque 
peine à trouver place dans la grande diligence de Paris et être 
restés pour cette raison près d'une semaine en Flandre, arrivent 
enfin dans la capitale. Ils y visitent bon nombre d'établissements 
publics et surtout des églises dont la description, bien qu'un peu 
monotone, fournit cependant quelques détails curieux sur plu- 
sieurs monuments aujourd'hui disparus. 

M. le capitaine Winckler, collaborateur de la Commission du 
nord de l'Afrique, présente à la Section un mémoire sur l'orogra- 
phie et l'hydrographie de la vallée supérieure de TOued el-Kébir, 
accompagné d'une carte de ce cours d'eau. Ce travail est destiné 
à compléter la description géographique du nord-ouest de la 
Tunisie, publiée par le Comité en 1888. 



— 358 — 

M. le D' Bertholon, de Tunis, ex-médecin-major au 4* zouaves, 
a poursuivi depuis quelques années l'exploration anthropologique 
de la Khoumirie et de la Mogodîe. Il établit le chiffre de la popu- 
lation de ces deux régions, étudie l'origine traditionnelle de cha- 
cune des tribus et en fixe les caractères physiques (taille, couleur 
des yeux et des cheveux, morphologie crânienne et faciale, etc.). 

La deuxième partie du mémoire de M. Bertholon est consacrée 
à Tétude des caractères ethnographiques. 

Les tribus que Tauteur nous fait ainsi connaître sont au nombre 
de vingt et une. Les principales sont les Khoumirs proprement 
dits, les Meknas, les Nefza, les Ouchtetta, les Fatnassa, les Am- 
doun, etc., les Mogod, les Bedjaoua, etc. 

M. GoDiN, professeur au lycée Louis-le-Grand, membre de la 
Société de topographie, lit un mémoire intitulé : Topographie^ To- 
ponymie, 

M. le D' Verrier, de la Société africaine de France, résume un 
travail intitulé: Du choix d'un terrain pour installation d'une colo^ 
nie, dans lequel il passe successivement en revue les conditions 
à demander au sol, au point de vue de sa composition et de ses 
productions végétales et animales et aux eaux considérées parti- 
culièrement comme boissons. Il termine en exposant rapidement 
les règles générales de Tacclimatement. 

M. Victor LnuiLiiERy de la Société académique de TOise, présente 
un plan en plusieurs couleurs de la ville de Beauvais en i 789, 
ainsi qu'une notice formant légende explicative de ce plan, et 
donnant, sur les monuments civils et religieux, les fortifications, 
ponts, moulins et prisons de la ville à cette époque, des détails 
précis. Cette uotice a été écrite Tannée dernière sur la demande 
de M. le Ministre de l'Instruction publique, déférant à un vœu 
exprimé par le Comité des travaux historiques et son auteur en 
donne l'analyse. 

Non seulement elle est la légende développée du plan, mais 
elle offre sur les institutions de toutes sortes de la capitale du 
Beauvaisis des documents nouveaux. Elle donne les noms des 
hommes qui étaient alors les plus marquants dans le pays & 
l'évéché-comté, au chapitre cathédral, dans les collégiales, & 
l'élection, bailliage présidial, au grenier à sel, à l'administration 



— 359 — 

municipale. 11 y est parlé longuement d'une institution spéciale à 
Beauvais aux xyii' et xvni« siècles qui, sous le nom des Irois Corps^ 
dirigeait tout ce qui était relatif à l'instruction publique et aux 
établissements charitables et hospitaliers. 

Enôn de nombreux documents sur l'industrie locale, la physio- 
nomie générale de la ville, le concours des corporations à l'élec- 
tion des députés du bailliage aux États généraux, les finances et 
les fonctions municipales, la population, etc., complètent le ta- 
bleau de la ville de Beauvais telle qu'elle était en 1789. 

11 est certain que cette année mémorable a été pour beaucoup 
de villes de France le moment où a commencé une transforma- 
tion complète. Les institutions anciennes qui les régissaient, les 
juridictions compliquées et enchevêtrées qui les divisaient, leurs 
vieilles organisations municipales et religieuses, détruites presque 
subitement, existaient encore à cette époque. 

L'étude que M. Lhuillier a faite de la ville de Beauvais il y a un 
siècle, et qu'il résume par son plan et sa notice, est intéressante 
pour l'histoire du Beauvaisis. Il serait à souhaiter que son exemple 
fût suivi et qu'on fit un travail analogue pour toutes les anciennes 
villes, surtout pour celles où les institutions municipales et reli- 
gieuses présentaient des particularités curieuses. Ces documents 
graphiques, historiques et géographiques, puisés aux vraies 
sources, seraient d'un grand intérêt et permettraient de tracer un 
tableau exact de l'état provincial de la France au moment où dis- 
parurent les institutions que la Révolution de 1789 a si rapide- 
ment balayées. 

M. Varinard, de la Société de graphologie, lit une note sur l'his- 
toire de l'écriture considérée dans ses rapports avec le dévelop- 
pement de la civilisation. 

Après avoir constaté que MM. Bazin de Bëzons, Lanéry d'Arc, 
DE Sainte-Marie et Ch. Soller, qui s'étaient fait inscrire pour des 
communications, n'ont pas répondu à l'appel de leur nom, 
M. LE Président déclare la session close. 

La séance est levée à dix heures et demie. 

Le SecrétairCy 

E.-T. Hamy. 



— 360 — 



MÉMOIRES 



LES LIMITES DES CITÉS DE L'OUEST DE LA GAULE 

DÉTERMINÉK8 

D'APRÈS LES BORNES MILUAIRES 
LA TABLE DE PEUTINGER ET L'ITINÉRAIRE D'ANTONIN 

PAR M. A. -F. LIÈVRE 

Il nous serait difficile de retrouver aujourd'hui les trois cents 
peuples qui^ au temps de l'indépendance^ composaient la Gaule. Nous 
ne connaissons guère que ceux qui après la conquête furent jugés 
assez importants pour constituer une cité, soit à eux seuls, soit en 
leur annexant quelques petits États limitrophes. Ces cités sont deve- 
nues les diocèses et, grâce à cette circonstance, nous pouvons nous 
en représenter rétendue, mais seulement par induction et approxima- 
tivement, celle-ci ayant pu subir et, en fait, ayant subi parfois de 
notables changements. Il n'est donc pas sans intérêt de déterminer 
directement, quand on le peut, la limite exacte des anciennes cités. 
Les bornes milliaires, la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin 
nous en fournissent le moyen, mais sur quelques points seulement, 
ceux où une voie qui figure sur l'un de ces deux documents ou dont les 
bornes ont été conservées passait d'une cité dans une autre. 

Nous allons rechercher ainsi : i" sur la ligne de Tours à Bordeaux, 
la limite des Turons et des Pictons, celle des Pictons et des Santons, 
et celle des Santons et des Bituriges Yivisques ; a<> sur la ligne de 
Poitiers à Nantes, la limite des Pictons et des Andecaves ; ^^ sur 
la ligne de Poitiers à Bourges, la limite des Pictons et des Bituriges 
Cubes. 



I. — Limites des lurons et des Pictons, des Pictons et des Santons^ 
des Santons et des Bituriges sur la ligne de Tours à Bordeaux. 

La voie de Tours à Bordeaux est une de celles qu'on connaît le 
mieux. Son tracé à travers des plaines calcaires, où il n'a rencontré 



— 361 — 

aucune difficulté sérieuse, a été fait comme au cordeau par longues 
sections et presque partout on le suit encore aujourd'hui facilement. 
On possède enfin un certain nombre de ses mîlliaires, dont les indi- 
cations précises, s^ajoutant à celles de la Table et de l'Itinéraire, nous 
permettent à la fois de déterminer la valeur exacte de la lieue entre la 
Loire et la Gironde et de fixer sûrement les limites respectives des 
quatre peuples dont elle traversait le territoire. 

De Tours à Poitiers la voie passait à Pont-de-Ruan et Saint-Épain, 
traversait la Creuse à Port-de-Pile et, après avoir franchi la Vienne à 
Cenon, arrivait à une petite ville dont les vestiges sont aujourd'hui 
connus sous le nom de Vieux-Poitiers et qui s'appelait alors Briva, 
La chaussée longeait ensuite la vallée du Clain jusqu'à Poitiers, en se 
tenant tantôt sur le plateau, tantôt à mi-côte. 

Il y a de Tours à Poitiers, d'après la Table, xlii lieues, qui, à 
2,436 mètres, font io2,3ia mètres. Mesurée sur la ligne, la distance 
est, en effet, d'environ «02 kilomètres et 3 hectomètres. 

On a retrouvé à l'état de sarcophages, dans le cimetière de Cenon 
quelques-unes des bornes milliaires qui autrefois étaient sur le bord 
de la voie. Il y en a deux au nom d'Antonin le Pieux, une dédiée à 
Constance-Chlore et une autre à Galère. 

Sur Tune de celles d'Antonin on lit : LIM • X ; FIN* VI. Ces deux 
chiffres additionnés donnent 16 lieues, c'est-à-dire 38,976 mètres, 
comme distance de la capitale des Pictons, Limonum, à la limite de 
leur territoire, fines^ et nous portent à peu près à 2 kilomètres 
au delà dlngrande. Ce milliaire, d'après ces mêmes indications, devait, 
se trouver un peu au sud du Vieux- Poitiers. 

La seconde borne d'Antonin, transportée comme la précédente au 
château du Fou, porte : LIM. IX ; FIN- VII. Elle était, par conséquent, 
à 1 lieue de la première dans la direction de Poitiers. 

Des indications concordantes de ces deux milliaires il résulte 
qu^anciennement la frontière des Pictons et des Turons se trouvait à 
Ingrande, ou, pour parler plus exactement, au petit ruisseau qui au 
nord et non loin du bourg se jette dans la Vienne. C'est, du reste, ce 
que rappelle le nom même de cette localité. Le Poitou, empiétant 
d'une paroisse, a depuis reculé ses limites jusqu'à Port-de-Pile, c'est- 
à-dire jusqu'à la Creuse. 

De Poitiers la voie se dirigeait sur Saintes en passant par Rauranum, 



— 362 — 

Brioux (Brigiosum) el Aunay (Aunedonnacum)y qui étaient autant 
de mansions. 

Il n'y a aucune utilité à décrire ici la ligne, dont le tracé n'est ai 
douteux ni contesté ; mais il n'est pas indifférent pour noire sujet de 
bien fixer la position de Rauranum^ que la Table appelle Rarauna. La 
forme Rauranum^ donnée par l'Itinéraire, paraît préférable^ parce 
qu'elle se trouve aussi dans une épître de Paulin à Ausone et que 
celui-ci ayant un domaine dans celte localité^ où parfois même il 
résidait, son ami n'en pouvait ignorer le véritable nom. 

Entre Limonum et Rarauna la Table compte xvi lieues, qui^ à 
a, 436 mètres, font près de 39 kilomètres et nous portent dans la plaine 
de Château -Sarrasin, un peu au delà du bourg de Rom. Au lieu de 
XVI rilinéraire donne xxi, ce qui est une erreur venant de ce qu'un 
copiste a pris un y pour un x. Nous verrons d'ailletirg tout à l'heure 
que deux bornes milliaires, trouvées dans le cimetière de Rom, cor- 
roborent rindication de la Table. 

Rom, qui du côté de Poitiers est à la distance voulue pour être 
identifié avec Rauranum, remplit la même condition par rapport aux 
deux stations qui viennent ensuite dans la direetion de Saintes. Il est, 
comme le veut la Table, à t % lieues de Brioux, et les 4^ kilomètres 
et demi qui le séparent d* Aunay correspondent exactement aux 
20 lieues exigées à la fois par la Table et ritinéraire. 

Rauranum, plus important que le Rom de nos jours, qui est tout 
entiercompris dans une boucle de la Dîve, s'étendait sur une longueur 
d'environ 1 kilomètre et d^i, depuis le pont jusq[ue près du lieu dit 
Très-Vées. A en juger par la plus ou moins grande abondance des 
vestiges, la mansion se composait de deux groupes de constructions, 
l'un à la place du bourg actuel, Tautre, au sud, dans la plaine dite 
de Château-Sarrazin, où on voyait encore quelques ruines il y a une 
cinquantaine d'années. La chaussée de Tours à Bordeaux en formait 
la principale artère. 

Cette ligne y croise celle de Périgueux à Nantes. 

Une voie secondaire mettait Rom en rapport avec Limoges et par 
un embranchement sur celle de Nantes il communiquaitavecvnpoint 
de la côte, encore indéterminé. 

Rom depuis les Romains a continuellement décliné. Les premiers 
missionnaires du christianisme y bâtirent une ^lise, autour de laquelle 
se forma un cimetière, qui pendant une longue suite de générations 
fut le rendez-vous funéraire des populations environnantes et qui 
«'étend sous uae grande partie du boujng. Au x* siècle Rom était une 



— 363 — 

viguerie ; avant la Révolution il avait encore le titre d'arcbiprêtré. 
Ai^ourd'hui il n'est plus que le chef-lieu d'une commune et une mine 
archéologique. Cette lente décadence est venue de ce que les grandes 
voies qui s'y croisaient ont toutes été successivement abandonnées par 
la circulation. 

L'opinion qui identifie Rauranum et Rom est ancienne et à peu près 
générale. Dans ces derniers temps seulement un savant a transporté 
cette station à Sainte-Soline, à 8 kilomètres au delà de Rom. La voie 
passait, en effet, à Sainte-Soline, dont l'église a même été bâtie en 
partie sur la chaussée à une époque où celle-ei n'était plus ni entre- 
tenue ni surveillée. Mais Sainte-Soline ne saurait être Rauranum, 
A part Fautorité de celui qui l'a émise, cette opinion a tout contre elle : 
d'abord la convergence ou le croisement de plusieurs voies, qui a lieu 
à Rom et non à Sainte-Soline; ensuite les vestiges romains si abon- 
dants dans la première de ces localités et qui font absolument défaut 
dans la seconde; enfin les distances données par les anciens documents 
et qui ne peuvent s'appliquer qu'à Rom. Sainte-Soline, en efflet, est 
à 19 lieues de Poitiers, non à 16, et, conséquemment, se trouve à 
9 lieues seulement deBrioux et à 17 d'Aunay, alors que, d'après la 
Table, il y a xii lieues de Rauranum à Brigiosum et que, d'après la 
Table, l'Itinéraire et les bornes il y en a xx entre Rauranum et Aune- 
donnamm. Rom pourrait peut-ètfe aussi arguer de son nom, qui de 
bonne heure a prédisposé en sa faveur^ mais il n'en a nul besoin, et 
d'ailleurs en pareille matière on a tant abusé des quasi-homonymies 
que le mieux est aujourd'hui de ne pas invoquer ce genre de preuves, 
et en ce qui concerne Rom, par exemple, de laisser à ses adversaires 
la liberté d'y voir un pur effet du hasard. 

Mais laissons Rauranum où on voudra le mettre; écartons aussi la 
question controversée de la valeur de la lieue gauloise et, puisque nul 
ne conteste que Umonumei Aunedonnacum soient Poitiers et Aunay, 
retenons seulement que d'après la Table et l'Itinéraire Aunedonna- 
cum est à XVI 4- XX = xxxvi lieues de Limonum. 

Maintenant consultons les bornes. 

Il y en a deux au Musée de Niort^ provenant Tune et l'autre du 
cimetière de Rom. La plus ancienne est de Tétricus et porte : C[ivt- 
tas) P(ictonum) L{eugae) XVI, FIN(e«) L(eugae) XX. Sur la seconde, 
qui est au nom de Tacite, on lit de même : C[ivitas) P{ictonum} 
L{eugae) XVI, F[ines) L[eugae) XX. Ces deux milliaires, indiquant 
la même distance dans chaque sens, ont dû être à peu près au même 
endroit à 16 lieues de Poitiers et à 20 lieues A\x fines. Je dis à peu près 



— 364 — 

au même endroit, parce qu'il n'est pas nécessaire d'admettre que 
l'un ait remplacé l'autre ; ils ont pu occuper des points dififérents, 
l'un à l'entrée, l'autre à la sortie d'une station. 

Ainsi d'après ces bornes le fines des Pictons était à xvi -|- xx zn 
XXXVI lieues de Poitiers. Or, nous venons de voir que d'après la 
Table et l'Itinéraire Aunedonnacum se trouvait également à xvi + 
XX = XXXVI lieues de la capitale. Il faut nécesairement en conclure 
que Aunedonnacum et fines sont un seul et môme endroit, autrement 
dit que la limite de la cité pictone du côté des Santons était à Âunay. 

C'est une fausse notion de la lieue gauloise qui a porté M. Espéran- 
dieuà placer le fines k\d^ Yilledieu, dont le nom seul, qui équivaut à 
une date d'origine, aurait dû suffire pour le mettre en garde contre 
cette erreur. M. Ragon, de son côté, séduit par une vague homopho- 
nie, a cbercbé les confins des deux peuples à Yinax, qui, du reste, est 
à 8 kilomètres de la voie. 

Ajoutons que cette ancienne frontière a subsisté jusqu'à la suppres- 
sion des provinces et qu'avant la Révolution elle se trouvait à Virolet, 
à 3 kilomètres au sud d'Àunay, où était aussi la limite des diocèses. 

En sortant du Poitou la chaussée entrait chez les Santons, traversait 
Mediolanum, leur capitale, passait par Tamnum^ Saint-Seurin, Saint- 
Romain, Saint-Bonnet, Saint -Giers-la-Lande, Brandy Saint-Marlin-la- 
Ghaussade, qui lui doit la seconde partie de son nom, arrivait à Blaye 
et de là à Bordeaux. 

C'est de cette ville, capitale des Bituriges Vivisques, qu'il nous 
faut maintenant repartir pour retrouver, sur la voie déjà parcourue, 
la limite de ce peuple et des Santons. 

De Bordeaux à Blaye, à en croire la Table ou du moins la repro- 
duction que nous en avons, il n'y aurait que ix lieues. C'est une 
erreur évidente : le copiste a omis ou le temps a fait disparaître un 
premier chiffre. 11 faut lire xix : c'est d'ailleurs ce que porte l'Itiné- 
raire. Ces 19 lieues font 46,284 mètres. Par la route moderne, dont 
le tracé est à peu près le même, il y a 48 kilomètres. De Blaye au 
bourg de Saint-Ciers-la-Lande, il y en a 19 et demi^ équivalent à 
8 lieues de 2,436 mètres. Si aux 19 lieues de Bordeaux à Blaye nous 
ajoutons les 8 lieues de Blaye à Saint-Ciers nous avons 27 lieues entre 
cette bourgade et la capitale des Bituriges. 

Or, il y a au Musée de Bordeaux une colonne milliaire, trouvée à 
Saint-Ciers-la-Lande et qui justement porte ce chiffre xxvii, sans 
indication ni de capitale ni de fines, M. Julian a publié cette inscrip- 



— 365 — 

lions et n'en ignorait pas la provenance; mais, pour avoir méconnu 
à la fois le véritable tracé de la voie et la valeur de la lieue gauloise 
dans rOuest, il n*a pu tirer aucun parti de ce document important. 
Il n'est pas douteux que xxvii ne soit une distance et que cette dis- 
tance ne soit celle d'un chef-lieu ; et comme d'autre part la borne ne 
donne pas la distance du fines^ il en faut conclure qu'elle était 
plantée au fines même. Or, Saint-Giers, où elle a été trouvée et qui 
était traversé par la voie de Saintes, est exactement à xxvii lieues 
gauloises de Bordeaux. Saint-Ciers était donc la dernière localité bitu- 
rige du côté des Santons. Cette limite n'a pas varié depuis : après avoir 
été celle de deux cités, de deux diocèses et de deux provinces, elle 
est encore celle de deux départements. 



II. — Limite des Pictons et des Bituriges sur la ligne de Poitiers à 

Bourges. 

Cette voie est indiquée à la fois sur la Table et dans l'Itinéraire. 
On peut de plus la suivre presque partout sur le terrain. 

Elle sortait de Poitiers par le faubourg Saint-Saturnin, passait 
près de la Pierre-Levée et à Saint-Julien-l'Ars, franchissait la Vienne 
à Saint-Pierre-les-Églises et la Gartempe au-dessous de Saint-Savin, 
TAnglin à Ingrande et la Creuse au Blanc. Elle arrivait ensuite à 
Ârgenton, où elle se confondait avec la voie venant de Limoges. 

Un fines est indiqué sur cette ligne, à xx lieues de Poitiers par la 
Table, et à xxi par l'Itinéraire. Vingt lieues de a,436 mètres ne nous 
portent pas tout à fait à Ingrande; mais les xxi de l'Itinéraire 
nous conduisent à Ingrande même. Deux bornes confirment cette 
indication de l'Itinéraire. L'une, d'Antonin le Pieux, porte : FIN -VU, 
UM • XIV, double distance qui donne celle de Poitiers à Ingrande. 
Sur le second milliaire, au nom de Sévère Alexandre, on lit : LIM • 
L • XI, FIN 'X, ce qui fait également 21 lieues entre la capitale et le 
fines. 

Ingrande, qui était à la limite de deux peuples, est resté partagé 
entre eux jusqu'à la Révolution : la plus grande partie dépendait du 
diocèse de Poitiers, mais dans un ancien état de Tarchiprètré de 
Montmorillon, à l'article Ingrande, on lit : cette c paroisse avoisine 
tellement le diocèse de Bourges qu'une partie du bourg est paroisse 
de Concremier ». 

Le fines des Pictons et des Bituriges Cubes était donc Ingrande. 

GÉOOR. HIST. ET DB8CRIPT. — VI. a5 



— 366 — 



III. — Limites des Pictons et des Andecaoes sur la ligne de Poitiers 

à Nantes, 

La Table n'indique sur cette ligne qu'une seule station, Segora^ 
qu'elle place à xxxm lieues de Poitiers, à la rencontre d'une autre 
ligne allant vers Angers. Segora, c'est Saint-Clémentin et Voultegon, 
deux localités séparées seulement par la chaussée elle-même et qui 
se trouvent à 8) kilomètres de Poitiers, distance voulue. 

Au-dessus du nom de Segora^ près de la ligne d'Angers, mais 
parallèlement à celle de Nantes et faisant suite au mot Porlunam- 
netUj est inscrit le chiffre xviii, qui ne peut représenter la distance 
de Nantes, situé à plus de 25 lieues de Segoraj et encore moins celle 
d'Angers, distant de 36 lieues. 

Un nom de station ou un fines a dû être omis sur la ligne de Nantes 
et cela parce que la place a manqué pour l'inscrire^ tout l'espace entre 
Segora et le port des Namnètes étant pris par le long mot Portunam- 
netu. 

Cette mansion ou ce fines^ dont le nom manque, nous pouvons 
avec la seule indication de la Table en retrouver la place. 

Partant de Segoraj c'est-à-dire de Voultegon et Saint-Glémentin, 
les XVIII lieues (43,848 mètres] nous conduisent jusqu'à un petit cours 
d'eau qui limite au nord-est la paroisse de Saint-André-de-la-Marche. 
Cette paroisse était la dernière du diocèse de Poitiers avant le démem- 
brement de i3i7, qui 1 attribua à celui de Luçon. Celles de Saint- 
Machaire, et de la Renaud ière, que la chaussée traverse ensuite, 
dépendaient du doyenné des Mauges, qui faisait partie du diocèse 
d'Angers et avait gardé les limites en même temps que le nom d'un 
ancien pagus» Il y a donc tout lieu de croire que nous sommes là 
aux confins de la cité des Pictons et de celle des Andecaves. Nous 
ignorons quel nom portait alors la bourgade la plus voisine de ce 
fines et qui depuis s'est appelée Saint- And ré-de-la- Marche; mais nous 
croyons pouvoir conclure qu'elle est celle dont la distance de Segora 
est indiquée sur la Table, autrement dit que la limite des deux peu* 
pies était à Saint-André-de-la-Marche. 



— 367 — 






H 



C/3 

H- 1 



H 

as 

Ci) 



a 
o 



a: 

O 

. 1 




— 368 — 



UN COMTÉ DE VASCONIE 
AU TEMPS DE LOUIS LE DÉBONNAIRE 

PAR M. J.-F. BLADÉ 

L'étude de la géographie politique et ecclésiastique de la Vasconie 
franque soulève, durant la période carolingienne, maints problèmes 
dont nos érudits ne se sont pas assez inquiétés. Il me semble pour- 
tant que la chose en vaut la peine. On en jugera par un exemple 
tiré du comté bénéficiaire de Fezensac. Ici nous pouvons obtenir, en 
effet, de précieuses certitudes, et simplifier, par surcroît, l'examen 
futur de plusieurs autres questions. 

Le comté bénéficiaire de Fezensac apparaît pour la première fois en 
8oi, c'est-à-dire vingt-trois ans après la création du royaume d'Aqui- 
taine par Charlemagne (778). On lit dans la Vie de Louis le Débon- 
naire écrite par l'Astronome limousin*, qu'en Soi Burgundio, gou- 
verneur du comté de Fezensac (comitaius Fedentiacus) étant mort, 
on lui donna pour successeur Liutard, dont lesVascons ne voulurent 
pas. De là une révolte où plusieurs hommes périren t par le fer. Fina- 
lement, cette rébellion fut comprimée, et la Vasconie cispyrénéenne 
rentra momentanément dans l'obéissance. 

Voilà la seule mention du Fezensac à Tépoque carolingienne. Mais, 
grâce à d*autres renseignements^ il n'est pas difficile de savoir quelle 
était, en 801, l'étendue du comté de Fezensac. Un de nos plus auto- 
risés géographes semble bien croire qu'alors ce district était absolu- 
ment le même que le comté féodal du même nom. Je vais prouver que 
ce n*est pas assez dire. Et puis, cet érudit ne prend pas assez garde 
que, depuis gao, le comté féodal de Fezensac a subi, par trois fois, des 
restrictions importantes. Si je le démontre, il resterait donc à chercher 
toujours au point de vue du savant dont je discute la doctrine, si 
l'un des trois Fezensac féodaux représente bien le Fezensac carolin- 
gien. 

Le premier de ces trois comités féodaux apparaît en 920. Il fut 
alors attribué à Guillaume-Garcie, second fils de Garcie-Sanche, dit 
le Courbé, duc de Gascogne. Sanche-Garcie, frère atné de Guillaume- 

I. Astron., Vit, Ludov, PU imperat.^ ad ann. 801, ap. Bouquet, VI, 91. 



— 369 — 

Garcie, garda la Grande Gascogne. Quant à leur frère puîné, Arnaud- 
Garcie, il obtint le comté d'Âstarac. 

En 920, le premier comté féodal de Fezensac englobait les territoires 
suivants, tels qu'il est facile de les restituer vers la fin de la période 
féodale : comtés de Fezensac, d'Armagnac (moins le pays de Rivière - 
Basse), de Cardiac, d'Astarac, de Pardiac, de Gaure, vicomtes de 
Fezensaguet (moins la paroisse et seigneurie de Labrihe), de Magnoac, 
et le surplus de Tarchidiaconé du même nom. 

Ici, trois observations importantes. 

Le comté de Gaure n'avait qu'une fort médiocre étendue. Jamais il 
ne forma le lot distinct d'une lignée suzeraine. Nous le voyons 
changer plusieurs fois de maîtres. 

A l'origine, le comté d'Armagnac n'englobait que TËauzan, et le 
pays désigné plus tard sous le nom de Bas-Armagnac. Quant au dis- 
trict de Rivière-Basse, il dépendait originairement de la vicomte de 
Monfaner, alors comprise dans le comté de Bigorre, et qui ne cessa 
jamais d'appartenir au diocèse de Tarbes jusqu'à la Révolution. En 
1096, la portion de ladite vicomte généralement désignée depuis sous 
le nom de Montanérès, fut annexée à la vicomte deBéam. Les suze- 
rains de ces derniers pays s'étaient également rendus maîtres du pays 
de Rivière-Basse vers ii55'. En ia6o. le district de Rivière-Basse fut 
apporté en dot à Géraud Y, comte de Fezensac, d'Armagnac, etc., par 
Marthe, fîUe de Gaston VU, vicomte de Béàrn. Ainsi, le comté d'Ar- 
magnac se trouva comprendre désormais les pays d'Eauzan, de Bas- 
Armagac et de Rivière-Basse. Mais ce dernier n'a jamais appartenu ni 
au Fezensac carolingien, ni au comté de même nom tel qu'il exis- 
tait en 920. 

La petite portion de la yicomté de Fezensaguet situé sur la rive 
droite de l'Arrats était représentée par la paroisse de Labrihe, com- 
prise dans la Gascogne toulousaine. On désignait ainsi la région 
démembrée du comté de Toulouse et représentée par les jugeries de 
Rivière et de Verdun, le comté de l'Isle^ourdain, la vicomte de 
Guinsèz, et les châtellenies commingeoises de Muret et de Samatan, 
plus la paroisse et seigneurie de Labrihe*. Mais celle-ci n^est à com- 
prendre ni dans le Fezensac carolingien, ni dans celui de 920. 

Passons au second comté féodal de Fezensac. 

En 960, Othon, dit Falta, suzerain de ce pays, mourut à la survi- 



1. Maria, Hist. du Béam^ 3.^. 

3. Oihenart, Notitia utnusque Vasconùe, 35a-353. 



— 370 — 

vance de deux fils : i° Bernard-Othon, surnommé Mancius Tinca» 
qui devint comte de Fezensac, et dont le fief engloba sous ce nom les 
territoires désignés, vers la fin de la période féodale, sous les noms 
de comté de Fezensac et de vicomte de Fezensaguet (moins la paroisse 
de Labrihe) ; 2° Bernard, dit le Louche, dont le domaine se limitait 
encore, pour les raisons déjà dites, à l'Eauzan el au Bas-Armagnac. 

Ici, je ne dois et ne veux toucher à l'histoire que pour lui em- 
prunter des indications vraiment utiles. C'est pourquoi je ne recher- 
cherai pas s'il exista réellement, comme on Ta prétendu, un pays 
de Fezensaguet distinct du Fezensac vers le milieu du x* siècle, et 
si ce territoire fut ensuite réuni au Fezensac. Tout ce qu'il m'im- 
porte de constater ici, c'est qu'en ia83, Gaston, second fils de Gé- 
raud V, comte d'Armagnac et de Fezensac, obtint, après la mort de 
son père, la vicomte de Fezensaguet, et la transmit à ses héritiers. 
Tel fut le troisième et dernier démembrement du comté de Fezensac, 
dont la composition et l'étendue ne varièrent plus désormais. 

D'après ces explications, et toujours en me plaçant au point de vue 
de l'érudit dont je discute la doctrine, le Fezensac de 920, le comté 
de Guillaume-Garcie aurait donc compris le territoire représenté, 
vers la fin de la période féodale par les comtés de Fezensac et d'Ar- 
magnac (moins le pays de Rivière-Basse), et la vicomte de Fezensa- 
guet (moins la paroisse de Labrihe). Je confesse d'ailleurs que ces 
attributions sont purement implicites. Il n'en est pas moins vrai 
que nous devons distraire dudit territoire, ainsi que je viens de le 
montrer : 1° le pays de Rivière-Basse; a*^ la paroisse et seigneurie 
de Labrihe, dépendantes de la vicomte de Fezensaguet, mais com- 
prise dans la Gascogne toulousaine. Par contre, nous devons donner 
au Fezensac de gao le futur comté de Gaure, sur lequel Térudit en 
question ne s'explique pas. Voilà donc en quoi consistait véritable- 
ment le Fezensac de Guillaume-Garcie. 

Mais le comté carolingien de Fezensac se bornait-il à ce territoire? 
Le savant dont j'examine l'opinion semble bien le croire, car il fait 
du comté d'Astarac un fief suzerain de très ancienne origine, sans 
même avoir l'air de soupçonner qu'il ait pu auparavant appartenir 
au Fezensac carolingien. Or, c'est précisément ce qui a eu lieu, et je 
ne suis pas embarrassé de le prouver. 

J'ai déjà dit que le comté d'Astarac prit naissance en gao. Mais ce 
fief suzerain subit plus tard deux démembrements. Le premier, 
concernant la vicomte de Magnoac, était déjà consommé avant 937, 
par le mariage de Faquilene, fille d'Arnaud-Garcie, premier comte 



— 371 — 

d'Asfarac, avec Garcie-Arnaud, comte d'Aure, à qui elle apporta cette 
terre en dot^ Mais en quoi consistait alors ladite vicomte? Elle n'en- 
globait pas assurément toute Tarchidiaconé de ce Magnoac compris 
dans un diocèse d'Auch. Les comtes d'Aure, et plus tard leurs suc- 
cesseurs les comtes des Quatre- Vallées (Aure, Magnoac, Nestes, Ba- 
rousse), n*ont jamais possédé, en effet, dans ledit archidiaconé que la 
vallée de Magnoac, comprenant Castelnau-de-Magnoac, Casteres, Mon- 
léon et Yiosos*. Mais le reste de Tarchidiaconé de Magnoac dépendit 
toujours, je le répète, du diocèse d'Auch et subit longtemps Tinfluence 
politique de l'Astarac. Il faut donc donner ledit reste à ce comté, qui 
perdit encore le comté de Pardiac érigé à ses dépens en ioa5 en 
faveur de Bernard, dit Pelagor, troisième fils d'Arnaud II, comte 
d'Astarac. 

Tels sont les compléments derniers du Fezensac de 801. L'érudit 
dont je m'inquiète ne semble pas y avoir songé. Mais moi, qui comble 
cette lacune, je suis tenu de prouver mon affirmation. 

Liutard et Burgundio, les comtes bénéficiaires de Fezensac en 801, 
ne sont pas les seuls gouverneurs de ce pays connus durant la période 
carolingienne. En 818 nous trouvons Bernard, sous lequel le prêtre 
Sanche donna à l'abbaye de Sinsorre une terre dans la vallée de Sei- 
gnan {in valle Signano) constituée par un petit affluent de la Gesse 
[Gessœ], La donation fut faite re^/iûn^e Leudovico imperatore^ et Ber- 
nardo comité, et Elesezo vicecomite*. En 818, il n'y avait pas à 
Toulouse de gouverneur nommé Bernard. Ce fonctionnaire aurait 
d'ailleurs porté le titre de duc et non de comte, comme il appert de 
documents antérieurs et postérieurs à la date précitée. Nous ne trou- 
vons, dans cette ville, de Bernard qu'en 819. C'était le fils de 
Bera, gouverneur de Barcelone, et il devint alors duc de Septimanie 
et comte de Barcelone \ Notre Bernard ne pouvait donc être qu*un 
comte de Fezensac. Si je fais cette observation, c'est que vers les der- 
niers temps de la période féodale la limite orientale de cette portion 
de l'Astarac s'arrêtait au cours de la Guisone, qui coule ici, durant 
un certain parcours, à peu près parallèlement à la Gesse. Ainsi, le 
comté bénéficiaire de Fezensac s'étendait au moins jusqu'à ce dernier 
cours d'eau en 818. Si la vallée de la Gesse a été plus tard comprise 
dans le comté de Toulouse, en attendant de passer au Comminges 

I . Dom Brugeles, Chroniques ecclésiastiques du diocèse d'Anche a34i 558. 
a. Monlezim, Histoire de la Gascogne^ II, 447* 

3. Dom Brugeles, Chron. ecelés. du dioc. d'Auch^ Preuves, II< partie, p. 8. 

4. Histoire générale du Languedoc, \. IX, c. xciv. 



— 372 — 

languedocien, la chose n'est pas faite pour nous étonner. Il est« en 
effet, prouvé par plusieurs textes irrécusables que les comtes de Tou- 
louse ont plusieurs fois fait acte de suzeraineté sur TAstarac*, bien 
que ce pays eût été attribué en 920 à Arnaud-Garcie. Il y a donc eu, 
de ce côté, des variations de limites qui sans doute ne nous sont pas 
toutes connues. Mais voici bien la preuve qu'en 818 le Fezensac s*é- 
tendait jusqu'au cours de la Gesse à l'est, englobant par conséquent 
le pays situé à l'ouest de ce cours d'eau et de celui de la Guisone, 
c^est-à-dire le futur comté d'Âstarac. 

S'il pouvait rester encore quelques doutes à ce sujet, ils seraient 
assurément levés par une donation faite en 8 1 7 par Louis le Débonnaire 
au profit de l'abbaye de Sorèze, en Toulousain, de diverses terres, 
et notamment de celles de Marseillan et de Lartigue. Ces terres avaient 
été vendues à l'empereur par Aricat^ autrefois comte d'Auch : quas 
nobis Aricatus cornes quondam in pago Auxense per instrumenta 
chartarum tradidit, hoc est villa, quœ dicitur Blizenziacus cum 
ecclesiis ibidem fundatis in honorem sanctœ Marias et sancti Joannis, 
immo cum territoriis de Pelra Acuta, cum œdificiis et adjacentiis 
suis, cum servis et ancillis quoque; aliamvillam quœ dicitur de Mon^ 
tejoco, quantumcumque per eamdem donationem cum omnibus ap- 
pendiciis suis, et villam quœ dicitur Exartigat, cum omnibus œdi- 
ficiis vel appendiciis suis^ quantumcumque ad ipsam villam pertinet, 
et villam quœ dicitur Vacarius, cum ecclesia quœ ibidem in honorem 
sancti Joannis dicata est^ cum œdificiis et adjacentiis suis, et villam 
quœ dicitur Marceltianus, una cum ecclesia quœ ibidem constructa 
est in honorem sancti Martini, etc.*. Parmi les localités susnommées, 
je me borne, pour faire court, à n'en identifier que deux. Lartigue 
représente sans conteste Exartigat, et Marseillan Marcellianus. 

Remarquons d'abord qu'Aricat est donné comme ayant été comte 
d'Auch. Et comme cette ville a toujours été comprise dans les trois 
comtés féodaux de Fezensac, qui en furent démembrés, il s'ensuit 
qu'elle appartenait au comté carolingien de Fezensac mentionné dans 
le texte de 801, au pays ou comté d'Auch, d'après le diplôme de 817 '. 

Il importe de faire observer que ce comté englobait précisément un 

1. hisl. gén, du ÏMnguedoc, 1. X, c i, iv, xiii, Pr. GGXGVI ; 1. XXV, c. lxxxv, 
Pr. CCLXVI. 

a. Dom Brugeles, Chron. ecclés. du dioc. d*Auch, Preuves, II* partie, p. 43. 

3. Dom Brugeles, Chron. ecclésiast du dioc. d'Auch, 4 18; abbé Girat de la 
Ville, Histoire de tabbayede la congrégation de Notre-Dame de la Grande-Saune, 
t. I, S6i-36a ; II, 14S.144. 



— 373 — 

lerriloire identique à celui des diocèses primitifs d'Eauze et d'Auch, 
dont la réunion forma le second diocèse d'Âuch. Les prélats qui 
ré^rent celui-ci relevèrent les pouvoirs des anciens métropolitains 
d'Eauze. De ce vaste district ecclésiastique, il ne faut, en effet, dis- 
traire que Gabarret, perdu par le diocèse d'Aire et gagné par celui 
d'Auch avant la fin du xii* siècle. Bref, le Fezensac carolingien cor- 
respond aux comtés mérovingiens d'Eauze et d*Auch. Et remarquez 
aussi au Fezensac carolingien. Donc le diplôme de 817 constate qu'a 
une date antérieure le pagus Auxensis du comte Aricat était syno- 
nyme du comiiaius Fedentiacus de 80 1 , du comté de Burgundio et de 
Liutard. Et ce n'est pas tout. En me limitant à Exariigat et à Mar- 
cellianus, c'est-à-dire à Lartigue et à Marseillan, je constate avec une 
foule de textes que ces deux localités ont toujours appartenu au comté 
d'Astarac. Donc il faut donner ce futur comté au Fezensac carolingien. 
Nous devons aussi faire de même pour les démembrements de l'As- 
tarac, je veux dire le comté de Pardiac, la vicom.ié de Magnoac et le 
surplus de Tarcbidiaconé de même nom. 

Ainsi, le Fezensac carolingien englobait un territoire identique à 
celui des diocèses primitifs d'Eauze et d'Aucb, qui forma, dès l'époque 
carolingienne, le nouveau diocèse d'Auch. De ce vaste district ecclé- 
siastique^ il ne faut distraire que Gabarret, perdu par le diocèse 
d'Aire et gagné par celui d'Auch vers 980.- Bref, le Fezensac carolin- 
gien correspond aux comtés mérovingiens d'Eauze et d'Auch. Et 
remarquez qu'alors la vieille influence d'Eauze est perdue. C'est Auch 
qui en hérite (pagus Auxiensis) un nom ancien usité concurrem- 
ment avec l'appellation nouvelle de Fezenzac [comitaius Fedentiacus). 

Dans une telle situation, il n'est pas admissible qu'Eauze fût 
encore la métropole religieuse de la Vasconie cispyrénéenne. Je sais 
qu'on a prétendu que cette ville avait été détruite par les Sarrasins 
d'Abd er-Rahman lors de la grande invasion qui aboutit à la bataille 
de Poitiers (732). Mais Eauze est encore nommé dans un document 
postérieur, dans l'Anonyme de Ra venue [Elusa)^ dont la partie con- 
sacrée à la Guasconia et à la Spano-Guasconia est incontestablement 
rédigée avec des informations de la basse époque mérovingienne. 
Eauze aurait donc cessé d'être métropole à une époque encore indé- 
terminée du vil' siècle, en attendant d'être détruite durant le ix", à 
une date qu'on ne précise pas davantage. Mais ce n'est là qu'une 
portion des problèmes que soulèvent l'histoire et la géographie histo- 
rique du sud-ouest de la Gaule carolingienne. 



— 374 — 



MÉMOIRE ET LETTRES 
DELENOIRDU ROULE AU CHANCELIER DE PONTCHARTRAIN 

SUR SA MISSION EN ETHIOPIE. 

PAR M. LE D' BONNET 

Les documents que j*ai l'honneur de communiquer à la Section de 
géographie historique et descriptive sont extraits d'un Recueil de pièces 
manuscrites sur TËthiopie ' conservé à la Bibliothèque nationale (fonds 
français, n° 9096) ; la majeure partie de ces pièces, minutes ou copies^ 
se rapporte à l'ambassade de Lenoir du Rouie auprès du Negous et 
aux événements qui l'ont précédée ou déterminée (1697-1^05); cet 
ensemble constitue un dossier dont lorigine précise est inconnue, 
mais qui, très probablement rassemblé par Benoît de Maillet *, consul 
général au Caire (1692- 1707), est entré à la Bibliothèque royale dans 
le courant du siècle dernier avec d'autres manuscrits de cet auteur*. 

Plusieurs documents contenus dans le Recueil de la Bibliothèque 
nationale ont été publiés soit dans la Relation du P. Jérôme de Lobo \ 
soit dans l'excellente étude que M. le vicomte de Caix de Saint-Ay- 
mour a consacrée à l'histoire des relations de la France avec l'Abys^ 
sinie"; parmi les pièces restées inédites, un mémoire et deux lettres 

I. On y a joint par mégarde la Relation d'un Voyage au Pérou. 

a. Ce qui semble autoriser ma supposition, c'est moins la constatation de quel- 
ques pièces de ce dossier portant des corrections de la main de Benoit de Maillet 
que la présence d'un document dont le Consul du Caire avait le plus grand in- 
térêt à ne pas se dessaisir : il s'agit de son Mémoire justificatif au comte de 
Ferriol, a mbassadeur à Constantinople ; ce mémoire porte une attestation de Lenoir 
du Roule certifiant que cette pièce est identique à celle qu'il a remise lui-même 
à Constantinople au comte de Ferriol, en juin 1702; en marge, de Maillet a 
ajouté la mention suivante : « Relation que je cite à Sa Grandeur (de Pontcbar- 
train) dans mes lettres et mémoires du 8 février 1703; justification d'une partie 
des faits que j'y avance. » 

3. Notamment deux manuscrits de Telliamed (n»" 9774-7^ du fonds françab) 
et des fragments sur P Egypte (n^ 173 10 du même fonds). 

4. Belation historique d'Abyssinie du P. Jérôme de Lobo, trad. par M. Le 
Grand, prieur deNeuville-Ies-Damos, etc., Paris, 1738, un vol. in-4*. 

5. Vicomte de Caix de Saint-Aymour, Histoire des relations de fa France avec 
VAbyssinie chrétienne sous les règnes de Louis XIÏJ et (/eLout«A7 F (1634-1706) ; 
Paris, 1886, un vol. in- 18. 



- 375 — 

de Lenoir du Roule au chancelier de Ponlchartrain m'ont paru pré- 
senter un intérêt tout spécial, en raison des nombreux détails que 
l'ambassadeur donne au ministre sur l'état du pays, Tesprit des 
populations et sur diverses particularités de son voyage; ces trois do- 
cuments forment le complément de la correspondance de Lenoir du 
Roule communiquée Tannée dernière par M. Th. Lhuillier à la Sec- 
tion de géographie historique et insérée dans le V* volume de son 
Bulletin (p. îi84 et suiv.). 



I 

Mémoire touchant Vaffaire d'Ethiopie, présenté par le S' du Roule à Mon- 
seigneur de Ponlchartrain, Ministre et secrétaire d'État 

Il y a deux objets principaux dans la résolution que Monseigneur a prise 
d'envoyer en Ethiopie. 

Le premier est l'augmentation de notre S'» Religion dans TAbissinie, 
et le second est rétablissement d'un commerce entre la France et ce 
Royaume. 

A regard du premier, il est certain que le Roy d'Ethiopie paroist dans 
toutes les dispositions qu'on peut désirer pour y recevoir nos Missionnaires, 
et que même, il Ta témoigné, tant par le bon accueil qu'il a fait aux 
derniers Jésuites qui y ont passé et qu'il a logés dans son Palais, que par 
ce qu'en publient les Religieux de S' François arrivez par la dernière ca- 
ravanne, qui sont porteurs d'une lettre de ce Prince au Pape ; ainsy, tout 
ce qu'il y a à faire sur ce sujet, est de choisir des Religieux sages et sca- 
vans, qui aient beaucoup de douceur et dont les manières insinuantes 
puissent engager ce Prince et ses peuples à les écouter, c'est de ce com- 
mancement d'où tout dépend ; si avec les bonnes qualitez cy-dessus 
esnoncées, ceux dont on aura fait choix avoient la connoissance de 
quel[que] art ou profession utile, comme ingénieur, peintre, horloger, 
médecin ou chirugîen, ces qualités leur donneroient non seulement des 
entrées faciles, mais engageroient le Roy et les peuples à les retenir. 

On peut observer que le Clergé d'Abissinie est persuadé de l'ignorance 
dans laquelle il est actuellement et qu'il a témoigné en plusieurs occasions 
vouloir s'instruire, ce qui paroist évidament dans un envoy qu'il fit au 
prédécesseur du Patriarche des Grecs d'Alexandrie, pour luy demander 
qu'il luy envoyast des prestres pour luy enseigner et aux peuples les 
vérités de la Religion Catholique, témoignant, par cette démarche, qu'ils 
avoient peu d'attachement pour la secte des Coptes qui les gouverne 



— 376 — 

actuellement. Ainsy, on voit par ce que le Clergé a fait en cette occasion, 
qu'on trouvera de la facilité à se faire escouter et à les faire rentrer dans 
le sein de TEglise dont ils sont séparez depuis si longtems. Quoyqu'il 
paroisse que le Patriarche des Coptes soit le chef de cette église, on ne 
doit pas néantmoins trop compter sur les lettres de recommandation qu'il 
pourroit donner, n'ayant pas sur ces peuples et sur leur clergé un grand 
pouvoir, cependant il faut le ménager sans s'engager dans une dépense 
considérable. 

Pour ce qui est du commerce, il est difficile de pouvoir bien dire ce 
qu'on pourra faire pour son établissement, ny les marchandises de France 
qui pourront avoir cours en Abissinie ; on scait seulement que les clin- 
qualleries pourront s'y débiter utilement, aussy bien que quelqu'uns de 
nos draps. 

Le S' du Roule mettra tout en usage pour sMnstruire à fonds, sur les 
lieux, de ce qu'on pourra y porter. A l'égard des retours, les meilleurs 
qu'on puisse faire, sont de Tor en petits lingots et en poudre, il raporle 
un eschantiilon de cet or qui est venu do ce pays là» des dents d'éléphans. 
des plumes d'autruche, des gommes, de Tencens, de la civette et des 
drogues pour la médecine. Enfin, il donnera toute son attention pour 
démesler ce qu'on doit porter ou retirer et il s'asurera, autant qu'il luy 
sera possible, des routtes qu'on devra tenir, du temps qu'on devra y aller 
et retourner, c'est ce que Monseigneur scaura par son retour. 

Comme led. S' du Roule s'est donné l'honneur d'écrire à Monseigneur 
tout ce qu il scauroit de certain au sujet du S' Mourat, il se contentera de 
dire qu'il pouvoit se passer aisément de luy pour faire ce voyage, et, à 
l'égard du S' Poucet, il pourra estre utile, au cas qu'il se rende de Rome, 
où il est actuellement, au Caire, lors du départ de la Caravane. 

Monseigneur aura la bonté de se souvenir de donner encore de nou- 
veaux ordres à M' de Fériol, Ambassadeur à Constantinople, pour faire 
obtenir aud. S' du Roule un comandement pour le laisser sortir d'Egipte 
et pour y revenir. Du reste led. S' du Roule n'oubliera rien pour faire 
honneur aux ordres de Monseigneur et il espère mériter sa protection 
par l'exactitude qu'il apportera à les exécuter. A l'égard de la dépense, 
elle ne peut estre que très forte, étant obligé d'avoir quantité de chameaux 
pour porter les présens, les provisions et les domestiques qui seront en 
grand nombre ; mais il remercye Monseigneur de ce qu'il a réglé et il 
espère mériter par sa conduite que Sa Grandeur aura soin de sa fortune 
à son retour. 

(Pièce non datée, mais très certainement rédigée à la fin de 1703 ou au 
commencement de 1704 d'après une note anciennement ajoutée en marge; 
ce Mémoire parait différer sur plusieurs points de celui dont M. de Caix 
de Saint-Aymour cite des fragments [op. laud., p. 223]. 



— 377 — 



u 

Monseigneur, 

Vostre Grandeur a été déjà informée, par les lettres de Mons' le Consul, 
de Tarrivée icy du S. Poncet, au mois de sept, dernier, et de son départ 
pour TEthiopie par la Mer Rouge avec Mourate et le P. du Bernât. Elle a, 
sans doute, apris depuis le peu de succez de leur entreprise, que nous 
avons su par plusieurs lettres et par le retour icy de Gedda de ce Père, 
depuis environ deux mois. Il m'a dit qu'il étoit parti du Caire pour Suez 
le 26 septembre, que les S'* Poncet et Mourate si rendirent au comman- 
cernent d'octobre, qu'ils sembarquèrent tous le 3 décembre. Que Mourate 
y avoit essuïé plusieurs avanies de la part du Pacha, qui avoit fait visiter 
ses bardes avec la dernière exactitude et ne lui avoit rendu ses lettres, 
dont il s'étoit d'abor emparé, qu'après s'estre aproprié une partie de ce 
qu'il emportoit avec luy ; que lorsque luy, P. Dubernat, s'étoit embarqué 
à Gidda pour retourner à Suez, il y avoit laissé Mourate sur le point de 
passera Messaouah, à la côte d'Habèche; qu'à l'égard de Poncet, qui 
étoit aussy pour lors tout prest de partir pour Mocca avec un envoyé du 
Grand Seigneur auprès du Roy de l'Hiémenne, il luy avoit dit qu'il ne 
passeroit en Ethiopie qu'après avoir su à quelles conditions il y pouroit 
rester ; que quoy qu'il ne lui eut pas dit ouvertement qu'il y étoit marié, 
il le luy avoit donné fort clairement à penser, ce qui s'accorde avec ce 
que nous en avions déjà scu par les lettres du Père Paulet Jésuite, écrites 
à Gondar, au mois d'aoust 1701, dont Vostre Grandeur a eu connoissance. 
Voilà, Monseigneur, ce que j'ay apris de la bouche de ce Père qui espère 
que Votre Grandeur luy fera justice d'aprouver sa conduite lorsqu'elle 
aura été informée, qu'outre la soumission qu'il doit à ses Supérieurs, qui 
luy avoient ordonné de partir, comme il fit au mois de septembre, c'est 
que les contr'ordres ne lui ont été expédiez qu'au mois de novembre sui- 
vant et ne sont enfin arrivez icy qu'au mois d'avril dernier. 

On a su depuis que Mourate étoit passé à Messaouah. Ainsy, si la nou- 
velle est véritable, j'espère que nous le verons à la cour du Roy d'Ethiopie. 
Mais je ne puis dire la même chose de Poncet; car, outre les raisons cy 
dessus, qu'il a dites au P. Dubernat, on m'a assuré qu'il avoit publié icy 
hautement qu'il n'avoit nulle envie de retourner en Ethiopie, mais qu'il 
passeroit aux Indes. Il en a déjà pris le chemin ; le tems nous aprendra 
la suitte de ses desseins. II a cependant emporté avec lui le cofre des 
remèdes qui dévoient estre présentez au Roy d'Ethiopie. Mais il n'y a que 
demy mal, puisque je suis en état d'y supiéer, ayant été assez heureux 
dans le désordre que j'ay souffert par la tempête dans mes équipages, 
que le cofre de chirugerie que j'ay fait faire et augmenter presque du 
double à Marseille, a été conservé dans son entier. M' le Consul luy a 
donné outre cela, entre le Père Dubernat et luy, cent vingt sequins pour 



— 378 — 

mon compte, pour la dépense de bouche que j'étois obligé de leur fournir, 
il y a joint même quelques cristaux de Venise. Je crois, Monseigneur, que 
Vostre Grandeur a aussy esté informée de la mort du P. Bichot, arrivée 
icy le 23« avril dernier, environ trois semaines après le retour de Gidda 
du P. Dubernat. Comme le premier s'étoit donné de grands mouvemens 
pour Taffaire d'Ethiopie qu'il prétendoit mener et faire réussir suivant 
ses vues et par les seules intrigues, je serois assez porté à croire que le 
retour inopiné du P. Dubernat, par où il a vu tous ses desseins avortez 
et le fruit de tant de veilles perdu, a été le coup qui Ta frappé à mort, ou 
tout au moins qui y a beaucoup contribué, car il paroissoit avant cela 
jouir d'une très bonne santé. 

Quelques précautions, Monseigneur, que j'ay prises en France, selon 
que le tems me Ta pu permettre, pour m'assurer de deux aumôniers 
François, je crains fort cependant que je ne sois forcé de me servir dlta- 
liens, car, d'un costé, voilà la porte fermée aux Jésuites jusqu'à de nou- 
veaux ordres, ce qui me prive de deux excellons sujets qu'ils ont icy; de 
l'autre, le P. Irénée, Supérieur des Capucins, sur lequel j'avois si fort 
compté, est attaqué de la pierre depuis 5 ou 6 mois, ce qui le met dans 
la nécessité de demander à ses supérieurs de pouvoir repasser en France 
pour s'y faire tailler. D'ailleurs, le P. Capucin que j'ay amené avec moy 
de Toulon nous ayant fait connoistre son peu de santé, par l'épuisement 
où il s'est trouvé pour quelques fatigues qu'il a souffert pendant notre 
passage, n'a pu s'empescher de nous témoigner le refroidissement de son 
zèle pour notre voyage, ce qui nous a déterminé à revenir au P. Jean- 
Marie Coton, Religieux Piquepuce, chapelain d'Alexandrie, qui, nonobs- 
tant la délicatesse de son tempérament, a accepté avec beaucoup de joye 
et de soumission le parti que je lui ai offert, suivant les ordres de Voslre- 
Grandcur. Mais je n'ay pas trouvé, Monseigneur, la même docilité dans 
le Père Maximilien de Paris, Religieux Piquepuce, ci devant chapelain de 
M. le Consul, lequel m'a donné pour toutes excuses la foiblesse prétendue 
de sa poitrine, ce que j'ay été obligé de prendre pour argent comptant, 
quoyque j'ay esté indigné de voir qu'un jeune Religieux, plein de vigueur 
et de santé et dans la force de l'âge, aime mieux croupir icy dans une 
molle et dangereuse oisiveté que de s'exposer, sur les ordres de son 
Prince, à souffrir quelques fatigues en servant Dieu et son Roy. Ainsy, 
je me suis vu obligé d'envoyer un exprès au Révérendissime de Jérusalem 
pour le prier de m'envoyer un Religieux François, pour servir de com- 
pagnon au P. Jean-Marie Coton et m'accompagner tous deux en qualité 
d'aumôniers. 

Quoyque j'aye écrit déjà diverses fois à M' l'Ambassadeur à Constanti- 
nople pour avoir un commandement pour ma sortie d'icy, je ne compte 
pas néant moins si fort dessus, que je ne songe, avec Mons' le Consul, à 
nous assurer de quelques puissances d'icy, ce qui n'est pas sans difficulté ; 
car tout le crédit qu'il a auprès du Pacha ne servira de rien, si ce gou- 



— 379 — 

verneur est fait Mazoul ou déposé, comme on l'apréhcnde, avant le dé- 
part de notre caravane qui se dispose, suivant le bruit connu, à partir de 
la haute Egypte avant deux mois. Nous ménagerons pendant ce tems là 
quelques Béis des plus puissants qui sont amis de M. le Consul, afin de 
surmonter, par des présens, toutes les difficultés que la jalousie des 
Turcs peut faire naître pour faire obstacle à notre sortie. 

Depuis la présente lettre écrite, on vient présentement d'assurer que le 
Pacha est continué encore pour une année ; mais ces sortes de nouvelles 
veulent estre confirmées. 

Je n*ai encore rien touché de la Nation; M' le Consul n'oublie point ses 
soins pour faciliter le payement qu'elle me doit faire ; elle m'a promis 
qu'elle le feroît incessamment. 

J'ay reçu, depuis mon arrivée icy, Monseigneur, l'honneur de la lettre 
de Votre Grandeur du 3o janvier; j'auray soin de l'informer avant mon 
départ d'icy de tout ce qui se sera passé touchant notre aflTaire. 

J'ai l'honneur d'estre.., etc. 

Au Caire, le p' juin 1704. Do Roule. 



m 



Monseigneur, 



Depuis la lettre que j'ay eu l'honneur d'écrire à Vostre Grandeur, le 
3o« juin dernier, par laquelle je l'informai entr'autres de la peine que j'avois 
à tirer de la Nation les sommes qu'elle a ordre de la Cour de me payer 
pour mes appointemens et avances, je n'en ai pu recevoir jusqu'au jour de 
départ qu'environ 7,600* sur près de 12,000* qui m'étoient dues au i5 
de juillet der', ce qui a engagé M' de Maillet de se servir de l'argent qui 
étoit en dépôt dans la Chancellerie pour achever mon payement, dont je 
luy ai donné une quittance générale pour estre envoyée à Votre Grandeur. 

Je suis enfin parti du Caire, le 19" du mois de juillet dernier avec mon 
monde et mes équipages, muni du commandement du Pacha et des lettres 
du corps des Janissaires, avec celles de Béis les plus accréditez, adresées 
aux puissances de la haute Egypte. Je n'ay pas laissé, nonobstant cela, de 
trouver des difficultez sur la route et même icy, dont je n'ay pu venir à 
bout qu'à force d'argent. Mais je n'auray point de regret aux cinquante 
séquins d'or que j'ay dépensez, si celuy qui commande icy tient la parole 
qu'il m'a donnée, qui est d'envoyer prendre les principaux marchands de 
la Caravane et de leur recommander nos personnes et nos effets. Car 
nonobstant qu'un de ceux là, qui est chargé des commissions du Roy de 
Sennar, m'ait promis de me favoriser en tout ce qu'il poura, presque tous 
les autres s'opposent à nostre passage et témoignent une jalousie extrême 



— 380 — 

de notre voyage. Ils afTectent même de vouloir me faire passer pour une 
personne de considération, quoyque le commandement et les lettres ne 
parlent que de quatre ou cinq marchd. francs, avec leurs valets; ce qui 
fait encore connoistre que la Nation du Caire n'a pas oublié de leur donner 
de bons avis, puisqu'ils publient aussi que je vais auprès du Roy des 
Abissins pour leur apprendre à faire de la poudre et du canon pour 
faire ensuitte la guerre au Grand Seigneur, ainsy que j'ay déjà eu Thon- 
neur de l'écrire à Votre Grandeur, dans ma précédente. 

Je ne repeteray point icy à Votre Grandeur, Monseigneur, les justes 
soupçons que j'ay, aussy bien que M' de Maillet, que toutes lesdiffîcultez 
que nous trouvons nous viennent de la part de la Nation, suivant que le 
Sr Fornetti, qui est faufilé avec les plus factieux nous Ta assuré plusieurs 
fois par serment, et dont même il a donné sa déclaration que M' le Consul 
a envoyée à Votre Grandeur. Le R. P. Irénée, Supérieur des Capucins, m'a 
dit aussy plusieurs fois qu'il n'avoit point d'autre sentiment que nous sur 
cet article, que ce n'étoil pas la première fois qu'il avoit vu la Nation 
former des desseins criminels et préjudiciables à sa propre sûreté, qu'il 
savoit certainement que c'étoit elle-même qui, par un esprit de jalousie 
et de rage contre M' le Consul, avoit engagé les Turcs, il y a environ un 
an, à demander la démolition de la Chapelle de ces Pères, dont elle ne 
put cependant venir à bout par la sage conduitte de M^ de Maillet, qui 
sut dissiper cette rage comme Votre Grandeur en a esté informée dans le 
tems. Mais ce qui n'est pas moins surprenant, Monseigneur, c'est de voir 
les P. P. Italiens réformez de S' François travailler sourdement, et peut- 
être même de concert avec la Nation, pour faire échouer notre voyage. 
C'est encore le sentiment du même P. Irénée, Supérieur des Capucins, 
qui m'a assuré que ces Pères Italiens n'apréhendent rien tant que mon 
passage, dans la "crainte que je ne donne d'autres informations à mon re- 
tour, que celles qu'ils ont présentées à la Cour de Rome. Je me suis bien 
aperçu de quelques visites et conférences nocturnes de ces Pères avec 
ceux de la Nation, ce qui est un indice de quelque mislère; mais je n'ai 
rien pu savoir de plus que l'apréhension qu'ils ont de nous voir réussir. 
Cependant je leur ai donné toutes sortes de marques de confiance, jusqu'à 
leur demander quelqu'un de leurs Pères pour me servir d'aumonier, ce 
qu'ils n'ont pas toute fois trouvé à propos de m'accorder, médisant, pour 
leurs raisons, qu'ils ne pourroient disposer d aucun des leurs sans la par- 
ticipation du P. Josèphc, préfet de la mission d'Ethiopie, qu'ils attendent 
à tous momens avec une recrue de dix-neuf Religieux qu'il amenne de 
Rome, sans les quatre qui sont arrivez ce mois dernier. 

Je prends la liberté, Monseigneur, d'envoyer cy joint à Votre Grandeur 
une liste des Religieux François que j'ay trouvez en Egypte, par où elle 
conoiî^tra le peu de fonds qu'il y a faire sur la plupart de ces gens là et 
en même tems la nécessité dans laquelle je me suis vu de partir sans au- 
mônier, après le refus ou les excuses de ceux-cy, ainsi que des Pères 



— 381 — 

Italiens et après avoir inutilement attendu pendant plus de six semaines 
le Religieux Picquepuce François que le Révérendissime de Jérusalem 
prétendoit, par sa lettre du premier juin, qui me viendroit joindi'e inces- 
sament. J'ay cependant laissé, entre les mains de M' de Maillet, une obéis- 
sance en blanc, que le même Révérendissime m'a envoyée, pour la re- 
mettre au premier Religieux qui se trouvera de bonne volonté pour ce 
voyage ; car les Pères Italiens tachent de le décrier, le plus qu'ils peuvent, 
pour le*j raisons quej'ay desjà eu l'honneur de représenter à Vostre Gran- 
deur. 

Je la supplie cependant. Monseigneur, de faire attention à ce que j'ay 
rhonneur de luy avancer, par ma lettre du 3o« juin, touchant les folles 
dépenses dans lesquelles j'ay été obligé d'entrer, qui m'ont été suscitées 
par les intrigues criminelles et punissables de la Nation. Que Votre Gran- 
deur, pleinement informée de la vérité du fait, ait la bonté de la charger, 
s'il luy plaist, de rembourser au porteur de ma procuration les mille 
piastres sévillanes de pures avanies qu'elle m'a causées jusqu'à ce jour, 
sans celles qu'on nous pourra peut estre faire avant notre"départ d'icy, 
suivant les prédictions de nos marchands du Caire qui ont toujours dit, 
et avec beaucoup d'assurance, que nous ne passerions jamais la haute 
Egypte. Et, en conséquence de ce premier fait clairement établi et prouvé 
que Votre Grandeur rende la même Nation responsable de toutes les ava- 
nies qu'on nous pourra susciter à notre retour, jusqu'à notre sortie d'E- 
gypte ; n'y aïant, comme je crois, que cette seule précaution qui puisse 
nous empêcher d*éprouver, en revenant, les vexations des Turcs soutenues 
et favorisées par nostre propre Nation. 

Je nay esté occupé, depuis cinq jours qu'il y a que je suis ici, qu'aux 
préparatifs de mon voyage, car on assure que la caravane partira le la 
ou le i5 de ce mois, nonobstant les chaleurs excessives de la saison, ce 
qui fait apréhender qu'il ne périsse quantité de chameaux et qu'on ne 
soit obligé, par conséquent, d'abandonner leurs charges au milieu des 
déserts ; mais je croy m'estre muni contre ces accidents, en prenant les 
plus forts chameaux que j'ay pu trouver et leur donnant peu de charges. 
Voilà, Monseigneur, tout ce qui s'est passé jusqu'à ce jour. 
A Sioute, dans la haute Egypte, le s aoust 1704. 
En continuant. Monseigneur, d'informer Votre Grandeur de ce qui se 
passe ici journellement à notre sujet, j'ay l'honneur de lui dire que peu 
de jours, après ma lettre ci-dessus écrite, ceux de la caravane ont été se 
plaindre au Commandant d'icy que les Arabes qui sont sur notre route 
les ont envoyé menacer de les piller entièrement s'ils souffrent que nous 
marchions avec eux. Comme nous avons cru que la chose pouvoit estre 
concertée entr'eux tous, ou pour nous faire dépenser encore de l'argent 
dont on est ici très affamé, ou bien pour nous intimider par la crainte 
d'estre entièrement dépouillez et parvenir ainsy à leur fin, qui est de nous 
rebuter, d*une manière ou d'autre, et de nous obliger enfin de quitter la 

Gbogr. uistor. n dbsgript. — VI. 26 



— 382 — 

partie, nous avons fait sonder ce commandant et promis un présent 
honnête s*ii vouloit interposer son autorité pour accommoder cette affaire. 
Après plusieurs jours de négociation, il nous a fait porter parole enfin, 
qu'il se chargeroit de faire convenir les Arabes, sans dire néant moins à 
quelles conditions, mais qu'il faudroit pourluy et l'entremetteur environ 
quarante sequins. Le marchand du Roy deSennarqui paroist s'intéresser 
à notre passage, se trouvant parent de celuy qui commande les Arabes, 
est allé le trouver il y a plus de huit jours pour tacher de finir l'affaire ; 
ce ne sera qu'à son retour que nous saurons de quoy il s'agira. 

Pendant tout ce tems là, ceux de la caravane voyant que nous tenions 
bon conti'e toutes leurs cabales et que nous pourionsà la fin passer mai- 
gré eux, se sont avisés d'une invention qui a failli nous perdre entière- 
ment. Ils ont suscitez quelques Gheikes (qui est une sorte de canaille qui 
a beaucoup de crédit sur l'esprit du peuple, à la faveur du zèle qu'ils 
témoignent pour leur loy), lesquels luy ont fait entendre non seulement 
que nous portions des canons et des armes au Roy d'Ethiopie pour lui 
aprendre à faire la guerre au Grand Seigneur, mais encore que nous 
étions des sorciers, à propos de quoy ils débitoient mile sotises de nous 
et entr'autres que nous allions couper le Nil afin qu'il ne paf(se plus en 
Egypte. 

Le peuple de ce païs cy, encore plus crédule et superstitieux qu'ailleurs, 
a cru d'abord toutes les impertinences qu'on luy a dites de nous, de 
sorte que pendant plusieurs jours nous avons été l'entretien de toute la 
ville. 

Les Gheikes, profitant de la conjoncture, alloient solliciter les puissances 
pour nous faire chasser et empêcher absolument de passer plus avant; et, 
quoy qu'ils se vissent renvoyez avec mépris, ils ne se rebutoient point, 
et.continuoient tousjours leurs pratiques parmi le peuple. Enfin, avant hier 
12 de ce mois, sur les 4 à 5 heures du soir, étant tous dans la maison où 
nous nous tenons toujours renfermez pour éviter de nous attirer des affaires, 
nous fumes surpris de la voir tout environnée de Gheikes et de quantité 
d'autres canailles qui murmuroient hautement contre nous. Ils venoient 
de voir une partie de nos bagages qui sont dans une grande place formée 
vis à vis la maison, et sortirent persuadez que tout étoit plein de canons 
et d'armes. C'est ainsy qu'ils raisonnoient cntr'eux et encore que nous 
étions pour couper le iNil ; lorsque nous étant aperçus de ce soulèvement, 
j'envoyai aussitôt un de mes valets, qui est un chrétien du pays, avertir 
le commandant du danger où nous nous trouvions. Cet officier qui n'i- 
gnoroit pas les faux bruits qu'on a voit répandus de nous, puisque les 
Glieikes l'avoient esté solliciter diverses fois, nous envoya sur le champ le 
secours dont il croyoit que nous avions besoin ; ainsy nous vîmes arriver 
quelques cavalliers et d'autres gens de main, qui chargèrent et ècartên^nt 
cette canaille à grauds coups de bâtons et nous en délivrèrent ainsy en 
peu de tems. Le Caimacam du Kiaschif vint ensuite avec sa garde et après 



— 38:i — 

avoir resté quoique tems à la maison, il y laissa quatre de ses gens, que 
je luy demauday, qui y ont passé la nuit. 

C'est ainsy, Monseigneur, que nous avons vu apaiser cet orage qui na 
nous mcnaçoit pas moins que de nous faire abandonner le pals et da voir 
peut estre nos bagages pillez. Cependant, quoyque tout paroisse à présent 
tranquille, nous avons retenu deux des gardes de la porte du comman- 
dant pour rester à la nôtre jour et nuit jusqu'à ce que la caravane sorte 
pour aller camper dehors. 

J'ay oublié de dire à Vostre Grandeur, au commencement de ma lettre, 
que peu de jours après mou départ du Caire, j'ay envoyé faire civilité au 
Patriarche des Coptes et le prier de nie donner la lettre pour le Uoy d'E- 
thiopie et celle pour son Métropolitain qu'il m'avoit promise dans la 
visite que je luy avois rendue quelque Icms auparavant, dont j'ay rendu 
compte à Vôtre Grandeur par ma lettre du lo juin. Mais 11 s'excusa de 
les donner, disant qu'il craiguoit que cela ne luy lit des aiïaires avec les 
Turcs; outre que lorsque Mourate êluil venu au Caire, il ne luyavoit 
point apporté de lettres ny du Koy, ny de -^oji M-lropolilain, C'est alafj. 
Monseigneur, que j'uy tou^jouii cru qu'il ne fallait point du tout comi.rT 
sur ce Patriarche, malgré tout ce qu'en dis'iil le pere Bichol, el lr« .i - 
marches qu'il luy a fait faire tant en France qu'a H ime, lesquelles n'-r' nt 
à autre fln que de luy attirer quelque pré.si'fil jwjur luy faire dirt: pe»; ut 
ce lenis là tout ce qu'il voudroil, sans toute Wm «^ue (ton Egibe y -lU 
part en aucune façon, 

A Sioute, le ij aoust i^u^. 

Mon séjour devenant icy plu» lorric qti.- je i.'- m.' l eiois fljron'. j- diitim 
la liberté. Monseigneur, d'infoninfr \.tj. «^'i.nu.ui ri..|fl.,ituatit«.,.ii iim. 
nous trouvons depuis le l'i de c rii',i^ ;i.>i|ij >, ,-,■ iiiurj'liuv j» 

Le nommé Belal ' qui se Irome .1,;-.;. •,.-> .:.,iii,>.,oih. du K..' .1.; .s*f 
nar, duquel j'ay déjà eu l'Iioiii.e.jf .1. ,,...i,., . \.,i,.„ i.mndei:-. -t <nii -,■ 

aussy le chef de la Caravane, . .-I ■:.• , .- ,.. , , „„|„ ,|„.,| _, ^, . ^,,. ^^ 

Arabes commandez paru».], f^ ), u i..-.,,,,] (awwui bbou.v!. , 

la piller si elle soull'roll qu" nv.if |,.,-ri,jii ,i.. r ..|j,.. n ,.,,y, ^ ,ji, 
sur le bruit qui s'est n'^pi^i,.!', .j.-.- ll.^.„ im,,,,,,,,,.,, „„. t..,,^ '.„„^''" 
avec nous, ils se sont a— < n i .. / ■.■ t. ,.„.., u.ui.'niem t-i. - ■n,rti(-i-, 
dépouilles à nostre |,a"..;-i .- .in .,,,, , ,, ,„. ,.|,„„j| ^^^ _'^^ _ ' '" 
pour nous si nous ii"u\ii n- nf i...iMi... ,„ ,j |,j.,.| .(., ^„__ 
pour noua servir de mim , ..,.,. 

Quoyque nou-i aiiiir < Il > ,.^ 

faire que de m'atUi'lnp ■■ >■' .. ,„, . ,,, ^_^_ |^^_ ^ ' "' """'■ 
par des presens de 1j *.i.. i ,,,.,. ,,. ,|,,„,|„ ^ -i-m" j- ■• -.i- 

I. Bélacaujvuil M d. <....>... .■..(„.„„ 



— 384 — 

comme le seul en quy je pouvois prendre quelque confiance, je n'ay pas 
laissé de m'apercevoir que ses liaisons avec les meschans de la caravane 
Tempechoient de faire pour moy tout ce qu'il devroit ; jusque là même 
que plusieurs personnes me sont venu avertir qu'il étoit d'intelligence 
avec les autres pour faire échouer icy mon voyage, qu'il se serviroit pour 
cela de toutes sortes de moyens et que cette menace des Arabes en étoit 
un. Dans cette incertitude, j ay fait parler au commandant de ce lieu, afin 
de finir la négociation que j'avois commencée avec luy pour nous faire 
avoir des assurances contre les Arabes et obliger ceux de la caravane 
de nous soufi'rir avec eux. Mais il m'a fait dire que la chose ne dépendoit 
plus de luy ; à quoy il a ajouté que le Kiaschif de Sioute, dont il n'est que 
le substitut, luy avoit écrit de Djirdgé, où il réside ordinairement, touchant 
notre afifaire que pour avoir les assurances que nous demandions, il lui 
falloit donner 192 piastres sévillanes qu'il auroit soin de luy faire tenir; 
qu'il en falloit 80 pour luy substitut, 28 pour les Janissaires, 2 à son 
Efendi, 23 au Caimacam et 7 aux gardes de sa porte, ce qui se monte en 
tout à trois cent trente deux piastres sévillanes. Gomme il nous fit entendre 
en même tems que notre affaire manqueroit si nous n*en passions par où 
il nous disoît et que nous savions d'ailleurs qu'il étoit obsédé par les 
marchands de la caravane, afin de nous obliger de nous enretourner sur 
nos pas, j'ay cru ne devoir pas hésiter un moment de luy accorder tout 
ce qu'il demandoit, afin de finir l'affaire tout d'un coup. Ainsy je luy ai 
fait porter sur le champ l'argent dont nous étions convenus, de crainte 
qu'il ne me fit faire de nouvelles propositions si je différois de quelques 
jours. 

Belal qui pendant cette négociation étoit allé à Dgirdgé, quoy qu'il me 
l'eut dissimulé à son départ, en est de retour depuis deux jours, aussy bien 
que l'exprès qu'on avoit envoyé au Kiaschif pour notre afifaire ; mais Je 
n'ay pas encore pu parvenir à rien conclure avec son substitut qui est à 
présent inabordable. On m'assure même que ceux de la caravane sont 
plus résolus que jamais de ne point souffrir que nous nous joignons avec 
eux. 

Enfin, Monseigneur, je ne puis assez exprimer à Votre Grandeur les 
difficultez que je trouve icy à faire réussir l'affaire dont elle m'a fait 
l'honneur de me charger, car tout est contre nous. Les Turcs, quoyqu'a* 
mis en aparence, à cause de l'argent qu'ils ont reçeu de nous et de celuy 
qu'ils espèrent peut estre de tirer encore, s'y oposent sourdement par 
raison d'Etat. Les marchands de la caravane, le sont ouvertement et 
fortement dans la crainte de voir passer leur commerce en des mains 
étrangères ; les Arabes, dans la seule vue de profiter de nos dépouilles 
et enfin les Ghrestiens du païs, par le motif de la Religion. Si on joint à 
cela les intrigues de ceux de la Nation du Caire, qui ont donné le branle 
à tout, et les pratiques secrettes des Religieux Italiens Réformez du tiers 
ordre, je croy qu'on demeurera d'accord qu'une affaire, toute aisée en 



— 385 — 

aparence, ne pouvoit pas rencontrer plus de difûcultez. J'espère toutefois» 
Monseigneur, que Tatention particulière que j'aporte à rechercher tous 
les moyens de surmonter tant d'obstacles, m'en fera venir à la fin, Dieu 
aidant, heureusement à bout ; c'est de quoy j'espère avoir l'honneur d'in- 
former Vôtre Grandeur dans peu de jours, puisqu'on assure que la cara- 
vane partira dans le commencement du mois prochain. 

A Sioute, le a6 aoust 1704. 

Tant de belles promesses qu'on m'avoit faites se sont enfin évanouies. 
Belal, chef de la caravane, n'a pu rien obtenir d'elle en ma faveur, sup- 
posé qu'il y ait travaillé de bonne foy, comme il me l'a tousjours dit. Il a 
même à la fin parlé comme les autres qui ont déclaré au commandant 
d'icy, il y a cinq jours, que sur les menaces qui leur ont été faites par 
les Arabes, ils ne pouvoient pas se résoudre à se voir piller avec moy et 
pour l'amour de moy. Le commandant qui me fit porter cette parole, me 
fit dire en môme tems qu'il me feroit rendre l'argent que j'avois donné, 
ou tout du moins une bonne partie, puisque je ne passerois plus. Après 
cela ceux de la caravane croyant tous que je n'avois plus d'autre parti à 
prendre que celuy de m'enretourner, puisque je ne pouvois plus marcher 
avec eux et que pour m'oster toute espérance d'avoir de nouvelles pro- 
tections du Caire, ils avoient tqusjours publié qu'ils partiroient dans trois 
ou quatre jours, et cela par remises continuelles, crurent véritablement 
estre venus à bout de leur dessein. Mais j'ay paré heureusement le coup 
en sacrifiant encore environ cent cinquante pistoles, avec ce que j'ay déjà 
donné, afin d'engager le commandant à me faire trouver une routte pour 
sortir sûrement d'icy à couvert des insultes des Arabes et de la mauvaise 
volonté des gens de la Caravane. Ainsy cet officier me donne une escorte 
qui me conduira le long du Nil jusqu'aux confins du Royaume de Sennar. 
Je feray en sorte de partir demain, 5* de ce mois« jour favorable et de bon 
augure pour la suitte de mon voyage, puisque c'est celuy de la naissance 
de notre grand Monarque. 

J'ay l'honneur, Monseigneur, d'observer à Votre Grandeur que le com- 
mandant d'icy, dont je viens de luy parler, m'a dit qu'il a apris que les opo- 
sitions que j'ay trouvées au Caire pour mon voyage m'ont été suscitées 
de la part de nos François même et qu'il ne doute pas que celles qui 
m'ont esté faites icy, de la part des gens de la Caravane, ne viennent du 
même endroit ; qu'il ne peut atribuer à autre chose la grande obstination 
de ces derniers à ne vouloir point nous recevoir avec eux, puisqu'ils en 
ont agi tout autrement avec les Pères Italiens, lorsqu'ils passèrent en 
troupe il y a quelques années. A quoy j'ajouteray que cette menace de 
la part des Arabes est trop afectée pour ne voir pas que c'est une suite 
de leurs intrigues avec lesquelles ils ont cherché à m'intimîder et me . 
faire retourner sur mes pas. Car si les Arabes avoient eu une si grande 



— 386 — 

.envie de profiter de mes dépouilles, pourquoy mfî font ils avertir qu'ils 
s'assemblent extraordinairement pour m'aller attendre sur le» passages? 
n'auroient-ils pas dft au contraire cacher leurs mouvemens pour tacher 
de me surprendre tout d'un coup? J'espère qu'avec le tems nous aurons 
de plus grands éclaircissemens de cette afTaire. 

Je suplie cependant Votre Grandeur, Monseigneur, de faire attention 
que les intrigues honteuses et criminelles de la Nation du Caire, m'ont 
déjà coûté seize cent trente deux piastres sévillanes qu'il n'est pas juste que 
je perde. Ainsi après qu'elle aura connu la vérité de ce que j'ay l'honneur 

. de luy avancer, j'espère qu'elle obligera celte mt^me Nation à rembourser 
cette somme au porteur de ma procuration au Caire. 

J'envoye au S^ de Lisle, géografe, quelques observations que j'ay faites 
sur le cours du Nil en le remontant depuis le Caire jusqu'à Dgirdgé. J'au- 
rois pris la liberté de les présenter à Votre Grandeur si elles avoient été 
plus considérables et plus recherchées. J'espère que la suite de mon 
voyage m'en fournira qui seront plus dignes de sa c^iriosité. 

Le S. Lippi * continue de s'apliquer à la recherche des plantes; il en a 
déjà envoyé quelqu«îs caisses de Marseille qu'il a adressées à Monsieur Fa- 
gon. 

A Sioute, lo 4 sept. 



Le nouveau changement arrivé dans notre affaire depuis la dernière 
date cy dessus, est des plus favorables que je pouroîs souhaiter. Je quitte 
le Nil, .Monseigneur, pour prendre la route des grands déserts et marcher 
avec la Caravane qui me témoigne depuis quatre jours autant d'amitiez 
et d'empressement de m'avoir, qu'elle m'avoit fait paroîstre auparavant 
d'aversion et d'éloignement de toute union. J'atribue cet heureux chan- 
gement au dernier argent que j'ay distribué et à la résolution où elle m'a 
vu, de ne rien épargner pour passer malgré elle, ce qui n'auroit pas 
manqué de luy attirer mon juste ressentiment des cent cinquante pistolcs 
que j'avois sacrifiées, suivant que j'ay eu l'honneur de le marquer cy- 
dessus à Votre Grandeur. Il n'y a encore que deux cent cinquante piastres 
sévillanes de distribuées et qui sont fort aventurées. Je tacheray de sauver 
le reste en passant à El Ouah, qui est le dernier endroit de la domina- 
tion Turque. 

M' de Maillet qui a connu par mes premières lettres les grandes ©posi- 
tions que je trouvois ici, malgré ce commandement du Pacha et les lettres 
des puissances du Caire dont j'estois muni à mon départ, étant d'ailleurs 
informé des efforts qu'on faisoit là bas pour faire échouer mon voyage, 
a cru ne devoir rien négliger de son costé pour m'y aider à me tirer 
d'affaire. Il m'a envoyé pour cet eiïet le S. Fornotli avec deux nouveaux 

I. Voyez le présont BunelinAome V, p. 43^ et suiv. 



— 387 — 

commandemens du Pacha et des lettres d'Ismael Réi et de la Porte des 
Jannissaires. II l'a fait accompagner, pour plus grande précaution, d'un 
Tchiaoux et d'un Capigi dos Jannissaircs qui arrivèrent tous ici le 7® de 
ce mois. 

Je prend la liberté, Monseigneur, d'observer à Votre Grandeur que Ten- 
voy de ces gens cy me jette dans une nouvelle dépense d'environ cent 
cinquante piastres sévillanes, à mettre, comme les autres, sur le compte 
de la Nation du Caire qui ne se lasse point de me procurer des avanies de 
toutes sortes. Je vois bien qu'elle n'a d'autre dessein que de m'obliger, 
d'une façon ou d'autre, d'abandonner mon entreprise, soit par la difficulté 
de surmonter tous les obstacles qu'elle m'opose, ou bien par l'épuisement 
où elle veut me mettre et l'imposibilité par conséquent de fournir à toutes 
les dépenses dans les quelles elle cherche à me faire entrer. 

Quoyquemon affaire ait été réglée deux jours avant l'arrivée du S'For- 
netti, puisque ceux de la Caravane m'étoient venu donner avis que les 
Arabes qui les avoient menacés et moy aussy, venoient de leur envoyer 
dire que nous pourions passer en toute assurance et que pour sûreté de 
leur parole ils laisseroient icy des otages, quoyque ceux de la Caravane, 
dis-je, me fussent venu prier d'oublier tout ce qui s'estoit passé de leur 
part, le mettant sur la crainte prétendue qu'ils avoient eu des Arabes, et 
me priant avec instance de me joindre avec eux pour faire la môme route, 
en s'obligeant par serment devant le Commandant d'icy, de partager avec 
moy tous les périls qui pouroient m'arriver, je croy nonobstant cela que 
la venue du S*" Fornetti n'a pas esté inutile. J'envoyai led. S', le même 
jour, porter toutes ces pièces au Commandant qui fit venir les chefs et 
principaux de la Caravane auxquels il les lut; il leur donna ensuitte un 
commandement particulier qui leur estoit adressé pour nous faire passer 
avec eux par la première caravane. Ces chefs aïant reçu et lu le com- 
mandement, le portèrent sur leur teste, pour marquer qu'ils étoient près 
d'y obéir, puis ils dirent avec le Commandant, en présence de tout le 
monde, la ftithaqui est la prière de la paix et d'union usitée parmi les 
Mahométans, ensuitte de quoy ils jurèrent que nous marcherions ensemble 
et ce qui m'arriveroit leur arriveroit. Ainsy je puis compter à présent, en 
quelque façon, mon passage assuré. Je me prépare à sortir demain, pour 
aller camper avec la Caravane, où j'ay déjà envoyé une partie de mes 
équipages. 

J'ay apris hier d'Ali Tchelobi, le commandant d'icy, une chose dont je 
me suis tousjours douté et dont j'ay eu cy devant l'honneur de dire mon 
sentiment à Votre Grandeur : c'est l'union et l'intelligence secrette de nos 
François du Caire avec les Pères Italiens Réformez pour faire échouer mon 
voyage. Votre Grandeur trouvera ci-joint les déclarations des S*"* Fornetti 
et Macé, qui sont contre le crime des uns et la mauvaise foi des autres. 

Voicy, Monseigneur, une autre nouvelle : Relal vient de m'avouer que 
le Patriarche des Coptes avoit fait venir chez luy les principaux marchans 



— 388 — 

do la Garavano ot leur avoit dit de se donner bien de garde de mener avec 
eux les François qui avoient dessein de passer en Ethiopie, que ce n*étoit 
point dos marchans, mais des gens mal intentionnel et qui avoient dessein 
de couper le Nil. On peut juger par ce dernier trait du caractère de 
rhommc et du fonds qu*on y peut faire. 

J*o$père» Monseigneur, que Votre Grandeur aura assez de bonté pour 
•xcuser toutes les répétitions d'une lettre écrite à tant de reprises; et 
comme je croy que ce sera peut ,estre la dernière que j auray I*honneur 
do luy écrire jusqu'à mon retour au Caire, faute de comoditez et de voies 
sures» je la suplie d'agréer ces dernières assurances de mes très humbles 
respects et de me continuer Thonneurde sa protection puisque j ay celuy 
dVstre avec un profond respect et un attachement inviolable, Monseigneur, 
de Votre Grandeur..., elc. 

Leçon Du aouLB. 



A Sk>uU> «Uns la h»uto lvi^pt«\k' io»i«|4. i^u^- 



— 389 — 



GÉOGRAPHIE HISTORIQUE DU PAYS DE VÉRON 

PAR M. AUG. CHAUYIGNÉ 



Situation; causes physiques de la division; limites; topographie ; 

localités; origines. 

Le pays de Véron, situé à l'ouest de Tancienne province de Tou- 
raine, représente assez exactement un vaste triangle isocèle dont le 
sommet se trouve au confluent de la Vienne et de la Loire, en face 
de Candes, et dont les côtés égaux sont formés par les deux cours 
d'eau. 

La base est donc la partie la plus indécise des limites du Véron, 
puisqu'au premier abord elle ne semble reposer sur rien d'apparent; 
mais, en examinant avec soin la configuration du sol, et en s'appuyant 
sur des documents anciens, nous allons voir qu'il n'est pas impossible 
de déterminer la ligne de démarcation entre le Véron et le reste du 
territoire de la province de Touraine. 

A 2 kilomètres, à l'ouest de Cbinon, sur la rive droite de la Vienne, 
se trouve le village de Saint-Louand\ qui, de toute antiquité, est 
désigné comme étant situé sur le territoire du Véron. Gbinon même 
est signalé par quelques légendes sous le nom de Chinon-^n-Vét^on ; 
cependant les témoignages manquent de précision, et tout me porte 
à croire que cette ville est le point extrême de la contrée sur le cours 
de la Vienne. 

D'autre part, au nord de la contrée, sur le cours de la Loire et de 
rindre, les bourgs de Néman* et de Huismes^ (Oxima) sont unis au 

1. Diplôme de gSS publié [par Baluze, Histoire généalogique de la maisùn 
d'Auvergne, Preuves, p. a3. — Charte de Saint-Florent, ann. 973, D. Housseau, 

n« io344> ^tc. 

2. Archives dlndre-et-Loire, E. i58-x63 à i65. 

3. Cartulaire de C archevêché de Tours. En 1268 a été faite, au sujet de la forêt 
du Tolet, appelée aussi Thelot, une transaction entre le doyen de Téglisc de Tours 
et le seigneur de Montsigou et de Guzé. II y est dit que les dépendances de la 
chàtellenie de Huismes s'étendaient Jusque sur le territoire de jNéman. — les 
promenades pittoresques en Touraine^ par M. l'abbé CheTalier, p« 4^. 



— 390 — 

Véron par des liens intimes, mentionnés dans divers titres, et par la 
domination que les collégiales de Candes, de Saint-Mesme, de Saint- 
Gatien, les abbayes de Fontevrault, de Turpenay, de Saint-Martin 
de Tours, etc. exerçaient sur ce pays. Huismes situé sur la pointe du 
premier contrefort de la vallée peut donc être considéré comme le 
point extrême du Véron au nord. 

En tirant une li^ne, du nord au sud, par ContehauU\ on obtient 
un tracé qui forme ki limite extrême, à l'est, du pays qu'on peut et 
doit comprendre sous le nom de Véron. 

La démarcation, que je donne ici comme probable d'après les do* 
cuments, est encore confirmée par l'examen du sol. 

Il est connu, d'une façon certaine, que la forêt de Chinon, fort ré- 
duite aujourd'hui, occupait, au temps de la civitas Turonum^ non 
seulement les landes actuelles du Ruchard, mais aussi une partie du 
Véron, au nord deChinon. 

Pour ne donner ici qu'une preuve anecdotique à cette affirmation, 
je citerai celte légende fort ancienne qui dit : 

Chtnon, petite ville, grand renom, assise sur pierre ancienne, au 
haut le bo*s, au has la Vif*nne*. 

11 est alors aisé de cf ►m prendre que le massif boisé de la presqu'île 
a dû opposer une barrière certaine à l'extension de la population, et 
que la lisière de la forêt a formé une limite naturelle au pays. 

D'autre pari, la voie vicinale romaine qui allait de Poitiers à Angers, 
en longeant la rive droite de la Vienne jusqu'à Chinon, se poursui- 
vait également en ligne droite vers Huismes, pour prendre la rive 
gauche de la Loire et se continuer jusqu'à Toui's. Par la fréquenta- 
tion de cette voie, la seule qui existait de ce côté jusqu'au cours du 
xvnr siècle. une vie toute difîéi'ente, plus active, traçait son sillon dis- 
parate au milieu de ces terrains solitaires, et semble leur avoir donné 
d'elle-même une démarcation sur les confins de l'imposante forêt. 

D'ail Ieui*s l'aspect du pa)*s de Vérou est tout particulier et présente 
des caractères assez en opposition avec le reste de la contrée. 

Sur la plus grande partie de son étomlue — qui mesure, de l'est 
à l'ouest, environ i3 kilomètres et, du nord au sud, une moyenne 
de 7 kilomètres — le sol s'abaisse presque jusqu'au niveau des rivières. 
Sauf au centre où commence peu à peu le reullement qiii sépare les 



1. AniiiTos d*Iiulro-et-Loiro. <». 177. ContoKiull relevait pour la dîmo par 
moiti»' de la coll/viaV de Saint-Mmmo dt» Ctiinon et do celle de Caiide». 

2. Morerî. Grind IHcti^mnniiS' Khi'^riq'ieA. U. p. ^». 



— H91 — 

denx vallées, c>st nn vaste pays de plaines d'un aspect gai, verdoyant 
et coquet. Les ferres d*all avions qui les compooent sont d'une fécon- 
dité surprenante, répandant partout, dans \\ contrée, une aisance qui 
touche à la richesse. Dos prairies grasses où croît un bétail vigoureux, 
s'étendent au loin, autour des fermes, parmi les champs de chanvre, 
et les rideaux de peupliers, de noyers, de chênes, de mûriers et de 
pruniers. Des bancs de sable, mêlés des meilleurs dépôts d'alluvioos, 
résultant des fréquentes inondations dont le pays est favorisé, s'éten- 
dent sur les premiers mamelons du coteau et portent des vignobles 
généreux, estimés presque à l'égal des bons crus de Chinon. 

Au premier abord l'étymologie du mot Véron pourrait sembler 
aisée à trouver ; ce n'est point par les mots Verronum ou Verum^ qu'on 
peut ariiver à l'établir solidement. 

Ces mots ne sont que des transformations latines ; le véritable mot 
d'origine sortirait du breton et ne serait autre que le composé Deron 
qui a produit, par mutation du B en V, le mot définitif: Véron. 

Or, Ber-on signifie littéralement : le courant de l'eau, c'est-à-dire 
pour la contrée qui nous occupe : pays dans le cours de Veau, 

La composition du sol, tout formé, comme nous l'avons dit, de 
terrains d'alluvions, et la constatation des primitifs et divers change- 
ments du lit de la Vienne et de la Loire' viendraient à l'appui d'une 
telle étymologie. 

C'est sur la partie inférieure du sol, dont les hauteurs varient entre 
3o et 43 mètres au-dossus du niveau do la mer, que se trouvent disper- 
sées les localités dans lesquelles se groupe la population du Bas- Véron. 

En commençant par Chinon et en faisant le tour de la presqu'île, 
c'est d'abord : Saint-Lnuand, puis Banzay*, Le Port-Gui/ot', Savigny*, 



1. Éludes sur la Tourainp, par MM. l'abbc^ Cheval ior ot Chariot, p. 43 à fx). 

2. Danzay est l'uno dos localitr'S les plus anciennes du Vrron. Le Cartulaire 
de Fontevrnult (Bibl. de Tours, n® 1169, p. 2.H) d<'signo Danzey en Vérori. — Le 
manuscrit 1171, f^ 27 (Bibl. de Tours), contient la copie d'une charte où Ton 
relèTc cette phrase importante : « Est autem ipse alodus in Verrone in villa 
qu;e dicitur Domziacus, in vicaria Caïnonensi ». (Extrait du Livre noir de Saint- 
Florent, ch. XXVII, fo 18, 3* et r)0.) 

3. Arch. d*îndre-et-f^ire, G. 6ô'j. 

4. Savijçny est le lieu le plus important des plaines du Bas-Vnron. D. Hous- 
seau, au t. XIV de son Uifttoire fie Touraine et d'Anjou^ nous apprend que son 
église " n'était qu'une chapelle appelée : la chapelle des Anffes oh les cha- 
noines de Candes envoyaient dire la messe pour la commodité des bergers qui 
habitaient ce lieu qui n'était que des bois et prairies. » (Bibl. de Tours, manus- 
crit i3o9, fo 3^)8.) 



— 392 — 

La Gilbardière^, Bertignoles*, Le Pelit-Chouzé *, Avoine*, et 
Néman*. 

Si nous franchissons les premiers degrés de la côte, nous rencon- 
trons, au centre du pays, le dominant presque avec des airs de capi- 
tale, le bourg de Beaumoni-en- Véron^ assis à Tappui de son mamelon 
crayeux, au milieu de vignes plantureuses et de la magnificence de 
sa végétation. 

Puis ce sont des hameaux coquettement enfouis dans les bouquets 
d'arbres; rien de grand et d'imposant comme les vastes solitudes ou 
les agglomérations remuantes, mais un calme troublé seulement par 
un travail ardent et par un acharnement opiniâtre à demander au sol 
plusieurs récoltes par an. 

Cette terre n'est pas seulement fécondt^ en produits de toutes sortes, 
les souvenirs historiques y fourmillent; son passé est de ceux qui 
marquent dans l'histoire d'un pays, tant par les vieilles familles no- 
biliaires que par les esprits cultivés qui y ont vu le jour. A chaque 
pas le pied du voyageur heurte une pierre ancienne, et son regard 
découvre, de quelque côté qu'il se tourne, de nombreux châteaux, 
des tours, des clochetons et des portiques. 

Aux temps les plus anciens, alors que le sud de la Touraine subis- 
sait la domination des hordes sarrasines, venues jusque sous les murs 
de Tours dans l'espoir de piller la riche abbaye de Saint-Martin, ces peu- 
plades industrieuses s'établirent dans les contrées les plus abritées 
et les plus fertiles. Quand Charles Martel, en 732, vint refouler Tarmée 
d'Âbdérame par la victoire de Tours, les ancêtres de nos Kabyles 
laissèrent, en fuyant, des traces profondes de leur séjour. 

Il paraît même probable qu'un certain nombre d'individus faits 
prisonniers dans la mêlée, restèrent en captivité aux mains des vain- 
queurs, qui les forcèrent à travailler la terre dans les environs, sous 
leur surveillance. 

Le Yéron, cette terre promise, dut en recevoir et les engager plus 



I. Arch. d'Indre-et-Loire, E. 3i8. Rôle des ûefside Touraine. 
a. Gartulaires de FonteTrault et de rarcheyéché de Tours. •- Arch. d'Indre- 
et-Loire (Biens nationaux). 

3. Arch. d'Indre-et-Loire, G. i4« 

4. Mémoires de la Société arch. de Touraine, t. IX, p. i64-aa5. Archives 
d'Indre-et-Loire, E. 164. 

5. Bulletin de la Société arch, de Touraine, 1877, p. 110-114. 

6. Manuscrit n» i3o8, p. 117, Bibl. de Tours; Archives d'Indre-et-Loire, E., 
Reg^tre 164. f'' 85. 



— 393 — 

particulièrement à s'y établir. Par sa situation en dehors de toute 
circulation active, enfermée entre ses deux cours d'eau et sa forêt, la 
race qui l'habitait forma une souche qui se perpétua, même jusqu'à 
nos jours» et dont je parlerai en détail plus loin *. 

On sait qu'en 968 * une assemblée importante de prélats et de sei- 
gneurs fut tenue en Véron pour une délibération fort grave. Il y fut 
question des incursions des Normands qui dévastaient les bords de 
la Loire et chacun s'alarmait alors de la prochaine fm du monde. 

Toute la période du moyen âge ne fut qu'un long sommeil pour le 
Véron, qui resta presque complètement en dehors du mouvement qui 
entraîna le reste de la province. 

C'est au cours du xvui® siècle qu'on trouve la trace de l'établisse- 
ment d'une route entretenue entre Chinon et Port-Boulet, passant 
par Saint-Louand, Coulaines, Beaumont-en- Véron et Avoine. 

Dans le courant du xv« siècle et pendant toute la Renaissance 
s'élevèrent de tous côtés des constructions importantes^ abritant les 
plus illustres familles et prenant une part considérable dans Thistoire. 
C'est ainsi qu'on voit eu'îore l'élégant manoir de Coulaines*, près de 
Saint-Louand, quia appartenu successivement aux familles de Maussé 
et Quirit; le castel de Razilly*, qui abrita M'i* de Razilly, Uu poète 
dont les œuvres, non sans mérite, sont pourtant presque inconnues ; 
Destilly ', châtellenie du x" siècle, incendiée en 1662 et reconstruite; 
Matefelon •, fief dépendant d'Ussé ; La Courtinière \ dont il reste à 
demi ruiné, un superbe portail du commencement du xviii* siècle. 

Telles sont les particularités physiques de ce pays que l'examen de 
de la carie qui accompagne ce mémoire pourra rendre plus frappantes 
pour le relief du sol ou pour la situation du pays de Véron dans son 
ensemble. 



I. Dans Les promentides pittoresques en Touraine, p. 3i2, M. l'abbé Chevalier 
signalait déjà, en 1869, le caractère particulier de la race des habitants du 
Véron. 

a. Cartulaire de Saint-Florent de Saumiir. 

3. Archives d'Indre-et-Loire, G. 14. 

4- Id., E. i63; Histoire de Touraine, par Ghalmel, III, 391. 

.^. Id., G. 654; ^' 164 ; Bibliothèque de Tours, i3o8. 

6. Id., E. i63-i65. 

7. Archives dlndre-et-Loire, E. i63. 



— 394 — 



II 

Causes morales de la division : caractère de la population; particu- 
larité anthropologique ; langage; superstitions; coutumes locales. 

Ainsi que je Tai dit plus haut, les voies de communication ne furent 
établies que très tard dans le Véron. En 1766 nous ne trouvons trace 
que de la seule route de Port-Boulel à Ghinon qui se continuait au 
delà vers Azay-le-Rideau et Tuurs à travers la forêt de Ghinon. Jusqu'à 
celte époque la population vécut sédentaire sur un sol qui la nourrissait 
largement, exempte de besoins extérieurs et retenue encore par un 
caractère tranquille, sauvage et défiant. Les plaines basses des bords 
de la Loire et de la Vienne restèrent longtemps à Tétat de marécages, 
nés élevant qu'à la longue par les ensablements successifs. Les commu- 
nications étaient, par conséquent, difficiles entre les diverses localités 
que ne pouvaient relier des routes soudainement détruites. Toute 
pensée de déplacement était donc en dehors des habitudes et des choses 
possibles; quand, aux jours de foire de Ghinon, qui n'était pourtant 
qu'à 2 lieues de Savigny, il fallait porter au marché les produits du 
sol ou de la ferme, il était de coutume de voir les Véronais s'ache- 
miner par caravanes, montés sur des mules ou des chevaux, et por- 
tant en croupe les ballots ou les paniers qu'on allait vendre. 

Mais ces excursions étaient elles-mêmes peu fréquentes et il m'a 
été affirmé par des vieillards et des habitants du pays, qu'il n'était pas 
rare de voir les jeunes hommes de vingt-un ans venir pour la première 
fois de leur vie à Ghinon, à l'occasion de la conscription militaire. 

Ils étaient alors l'objet de l'attention générale, non seulement par 
leurs airs sauvages, mais encore par leur constitution corporelle et 
par le caractère de leurs physionomies. Ils étaient généralement 
grands, maigres et nerveux, leur teint était basané, leurs traits éner- 
giques, leurs yeux à la sclérotique blanche, aux prunelles noires. Us 
portaient des cheveux luisants et ondulés, une barbe noir de jais, 
et une légende, qui se perpétue encore de nos jours, les désignait sous 
le nom de Bédouins de Savigny, Bédouins du Véron. 

En parcourant le pays ces temps derniers, il m'a été permis de ren- 
contrer plusieurs des individus qui perpétuent, par eux-mêmes et par 
leur descendance^ la race caractéristique du Véron. Ges grands diables ^ 
comme on les appelle encore, sont tous vifs, intelligents, soupçon- 



— 395 — 

neux, maigres, doués d'une grande force musculaire et parlent avec 
précipitation. Leurs yeux noirs et profonds flambent sous un front 
carré. Le nez est souvent arqué, les dents sont blanches et les lèvres 
minces. 

Ce type est particulièrement marqué chez une vieille femme de 
Savigny, qui est connue, même sur les actes notariés, sous le nom de 
Ali, 

Les causes de ces accentuations ethniques sont assez faciles à dé- 
duire. L'état sédentaire de lu population, très longtemps réfractaire à 
toute importation, a provoqué des mariages presque uniques entre des 
gens de même souche. A Beaumont, à Avoine et à Savigny, comme 
dans la campagne environnante, tous les gens sont unis de parenté, 
et il leur arrive, en s épousant, de se retrouver deux ou trois fois 
cousins par diverses branches. 

Il faut ajouter que cet état de choses a provoqué, surtout dans les 
derniers siècles, une dégénération sensible de la race ([ui comptait 
beaucoup d'infirmes et d'idiots. Mais la civilisation a depuis lors pénétré 
dans ce pays isolé, et une infusion de sang nouveau par des mariages 
étrangers a régénéré la population. 

Les derniers types des anciens Véronais sont donc rares maintenant 
et tendent à disparaître avec le caractère du pays et ses mœurs an- 
ciennes. Je crois qu'il y aurait là, pour des spécialistes, une étude du 
plus haut intérêt et dont les résultats pourraient conûrmer des hypo- 
thèses que provoque l'histoire de la grande invasion arrêtée à Poitiers 
par Charles Martel. 

Quoi qu'il en soit, l'esprit de la population est absolument en rapport 
avec ridée qu'il e.st permis de se faire du mélange de deux races. 

Un rien excite ces tempéraments, bons de nature, mais faciles à la 
colère; leur résistance à la fatigue est légendaire et ils conservent un 
penchant vers la rapacité confinant à la filouterie. 

Des discussions violentes éclatent parfois pour des affaires d'intérêt, 
avec une ardeur peu commune. On raconte qu'il existait à Savigny, il 
n'y a pas encore très longtemps, une véritable dynastie de maires dont 
la puissance était énorme aux environs. Enclins à ramener tout à eux- 
mêmes età soustraire leurs administrés à Faction des tribunaux régu- 
liers, ils avaient établi chez eux une sorte de cour de justice où ils 
réglaient, tous les lundis, les différends survenus la veille dans les 
cabarets. 

Le sentiment religieux est très développé parmi les gens du Véron ; 
leur esprit, intelligent pour la culture, reste très borné pour les choses 



— 396 — 

surnaturelles. Les pratiques de la sorcellerie sont mêlées à celles d'une 
foi aveugle, que leurs tendances morales portent aisément jusqu'au 
fanatisme. Les églises, les chapelles, les croix à l'angle des chemins 
sont nombreux et témoignent de l'influence puissante des abbayes qui 
tenaient le pays sous leur domination. 

Toutes ces particularités, et surtout les derniers représentants de 
la race maure, disparaissent presque complètement dès qu'on s'avance 
vers l'est près de la forêt de Chinon. La fertilité du sol se dérobe 
pour faire place aux plateaux arides et aux landes; les localités se dis* 
persent sans intérêt et sans souvenirs historiques. Le caractère des 
habitants change avec le sol ; les coutumes et la manière d'être de- 
viennent banales ; l'esprit s'altère et tranche d'une façon éclatante avec 
les populations voisines. 

La limite que j'ai indiquée sur la carte ci-jointe, et qui coupe la 
presqu'île devant la forêt, au sortir du Véron, est donc justifiée, non 
seulement par la configuration du sol, mais encore par le caractère 
et les mœurs des habitants. Elle laisse à sa gauche, d'une façon très 
nette, toute cette contrée privilégiée, fidèle à ses traditions, qui peut 
être comparée à de certaines régions de la Vendée, et définie assez 
exactement en l'appelant : Le Bocage de la Touraine. 



— 397 — 



L^HABITAT DANS LA FLANDRE FRANÇAISE 

PAR II. l'abbé LEMIRE 

Le Comité flamand de France signale à la Section des sciences 
géographiques deux types d'habitations rurales que Ton trouve dans la 
Flandre française : i* Vhofstede, ferme ouverte, qui domine dans la 
Flandre flamingante (arrondissement de Dunkerque et majeure partie 
de l'arrondissement d'Hazebrouck) couvrant une zone limitée sur 
trois de ses côtés par la mer, le Pas-de-Calais, la Belgique, et sur le 
quatrième par une ligne allant d'Aire à Ypres, le long du renflement 
de terrain qui sépare la vallée de la Lys de celle de TYser; 2° la censé, 
ferme close, qui appartient à la Flandre wallonne, et qui s'étend à toute 
la région où l'on parle le français. 

Ces deux espèces d'habitations rurales ont, en vertu de leur desti- 
nation et des conditions topographiques et météorologiques du pays 
où elles se trouvent, des caractères communs que nous étudierons 
d'abord. Mais elles oflrent aussi des différences très frappantes et tout 
à fait caractéristiques. Nous suivons dans ce travail les indications du 
questionnaire publié par le Comité. 



L — RESSEMBLANCES ENTRE l'hOPSTEDE, PERME FLAMANDE, Et LA 

CENSE, FERME WALLONNE 

L Situation des fermes. — Comme les villages eux-mêmes, 
elles sont généralement bâties dans les bas-fonds, — par une raison 
de prudence, a-t-on dit, pour cacher aux regards des ennemis les 
fermes et leurs trésors. Cette habitude aurait été prise du temps des 
Normands (?). — Des raisons d'ordre matériel sont beaucoup plus 
vraiseoiblables. Comme on n'avait point de puits creusés ou forés, on 
bâtissait pour avoir de l'eau, à proximité des mares, des fossés, et des 
ruisseaux ou becques (fl. beek). S'il y avait des renflements de terrain, 
on bâtissait tout au plus à mi-côte, afin d'étra protégé contre les vents 
et le froid. '^ L'hygiène semble demander qu'on bâtisse sur les hau- 
teurs. L'air est meilleur et plus vif; on évite l'infection des eaux sta- 

GéOOR. HIST. ET DESCBIPT. — VI. TTf 



— 398 — 

gûantes. — Le paysan croit qu'il faut des motifs plus graves pour faire 
autrement que les ancêtres, et Texpérience ne lui donne pas com- 
plètement tort. Si par l'eau on contracte les maladies qui affectent 
l'estomac et les entrailles, par l'air se transmettent celles qui entament 
les bronches. De là peut-être, la fréquence des phtisies et des pneu- 
monies chez les gens et les bêtes, et la diminution des maladies plus 
épaisses, celles que l'on guérissait par les purges. Un élément plus 
subtil atteint un organe plus délicat. 

Orientation des fermes. — Sauf de légères déviations qui s'expli- 
quent par des raisons secondaires, l'orientation des fermes est cons- 
tamment la même. La maison regarde le soleil, pour recevoir en plein 
la chaleur et la lumière, double avantage dans nos pays froids et bru- 
meux. On est invinciblement attiré par le soleil, et, quand on bâtit sans 
tenir compte de cet attrait, on est mal à l'aise dans une maison ; on 
abandonne les salles qui sont au nord ou à l'est; on se meut instincti- 
vement comme un homme qui veut éviter son ombre. — L'habitation 
rurale tourne le dos au nord ; elle lui oppose un toit très bas qui des- 
cend presque à terre, grâce aux appentis. — Les salles de devant sont 
hautes, parce quil faut de Tair. Celles qui sont derrière la maison 
sont basses, parce qu*il faut éviter le froid. Contre Test l'habitation 
oppose un pignon, un toit en pente, une construction annexe ; elle fait de 
même contre l'ouest d'où viennent les pluies violentes et persistantes, 
chassées par le vent. Si la maison les recevait en plein le long de sa 
façade, elle en serait inondée par les joints des portes et des fenêtres. 
Cette orientation imite celle des églises qui ont la tête à l'orient, et qui 
opposent aux vents pluvieux d'occident le solide rempart d'une grosse 
tour : elle arrête l'humidité et protège la charpente de la nef. 

Groupement des fermes, — Dans toute la région observée, les 
fermes sont isolées. Il en a été ainsi de temps immémorial. C'est une 
tradition germaine : Tacite observe que les Grermains ne groupent 
point leurs maisons, — par ignorance de la bâtisse, dit-il, — ou par 
désir de s'établir près d'un ruisseau, d*un champ, d'un bois. Cette se- 
conde raison est la meilleure*. 

I. De moribu8 Gennanorum, XVI : « Colunt discreti ac dlferei, ut fons, at 
campus, ut nemus placuit. Vices locant, non in nostrum morem, connexis et 
cohxrentibus sdiûciis; suam quisque domuni spatto circumdat, sive advenus 
casus ignis remedium, sive inscitia a^dificandi. — Leurs demeures sont éparses, 
isolées, selon qu'une source, un champ, un bocage ont déterminé leur choix. 
Leurs villages ne sont pas, comme les nôtres, formés d'édifices continus : cha- 
cun laisse un espace vide autour de sa maison, soit pour prévenir le danger 
des incendies, soit par ignorance dans Tart de bâtir. * 



— 3i)Ô — 

Les fermes sont donc au centre du domaine cultivé. Cela permet 
d*être à proximité des terres, de rassembler facilement les récoltes, 
de surveiller les ouvriers qui sont aux champs, d'y charrier plus com- 
modément le fumier. 

Les fermes importantes ne tiennent aucun compte des grand'routes. 
Elles communiquent avec elles par une avenue jadis bordée de beaux 
arbres et qu'on appelle drève (du fi. dreef) et, aujourd'hui qu'on abat 
les arbres pour cultiver les plus petits lambeaux de terre, par une 
route nue, recouverte de gravier. 

Les fermes plus petites^ celles qui n'ont ni passé, ni vaste circons- 
cription territoriale, ni tenure fixe, viennent se coller le long des 
routes. Ces fermes sont plus communes dans le pays wallon. Cela 
tient à un morcellement plus grand de la propriété,à un genre de cul- 
ture plus besogneux et plus roturier, à l'union des petites industries 
d'hiver avec les travaux des champs. 

Au delà de la Flandre, dans le Cambrésis, les fermes sont groupées 
autour de l'église. 

Description de la ferme, — En règle générale, la maison de ferme 
n'a point d*étage. Il n'y a d'exception que pour certaines fermes prin- 
cipales, appartenant à des propriétaires riches qui se réservent une 
extrémité du corps de logis, l'élèvent d^un étage, et viennent y passer 
quelques jours en été. 

Généralement aussi, tous les appartements sont au rez-de-chaussée. 
Le grenier, suivant l'étymologie du mot {granarium)^ ne sert que 
pour le grain. 

Une maison de ferme comprend d'ordinaire sur la façade trois salles 
qui se suivent. Deux d'entre elles communiquent et sont accolées 
à la cheminée; la troisième est séparée des deux premières par un 
corridor qui traverse la maison de part en part; car^ diaprés un dicton 
flamand, pour qu'une maison se distingue d'une cabane, il faut 
qu'elle ait une porte de derrière : sans cela elle ne serait qu'un kot (fl.) 
(en angl. cot^ d'où cottage). Ce mot kot désigne tout logis qui n'a qu'une 
ouverture, et annonce que celui qui Toccupe n'a point le droit de sortir 
sur le terrain voisin, qu'il n'a ni jardin, ni cour. 

Les trois salles dont nous venons de parler sont : la salle com- 
mune, maison proprement dite [huys), où la famille prend ses repas, 
où il y a du feu en hiver, où est le foyer, où Ton cuit les aliments, où 
l'on reçoit les visiteurs, où l'on vit. On y trouve partout, outre \q poêle 
unique (siube des Allem. et des Holl.), l'armoire, l'horloge, la table, 
les chaises, le bénitier, le Christ et l'image de la Vierge. La cheminée 



— 400 — 

(avec vaste manteau) est double. Elle sert pour la salle suivante, qu'on 
appelle la chambre haute, quand elle est la chambre à coucher dupera 
et de la mère (on y trouve l'armoire [Û, kas; ail. k%rten\) où sont les 
habits suspendus, l'argent, les papiers de famille) ; qu'on appelle la 
voûle^ quand elle est au-dessus de la cave ; et enfin le lalon^ quand 
elle est réservée pour les repas de ducasse, de baptême, de noce et 
d'enterrement. 

A gauche du corridor est une salle servant de chambre à coucher 
pour plusieurs membres de la famille et quelquefois pour les parents, 
quand celle dont nous venons de parler est un salon. 

Derrière ces trois salles principales, sont des appartements moins 
larges, parfois de simples appentis. Ils servent de chambres à coucher 
(une pour les garçons, une pour les filles, une pour les grands-parents 
ou pour la servante). Ils sont aussi destinés à des usages accessoires : 
relaverie {wassch kamer) avec étagère pour les assiettes et les plats, 
office ou dépense (spinde) où Ton serre les provisions : beurre, viande, 
pain. 

Les principales fermes ont une cave, peu profonde, — parce que, 
n'étant pas cimentée, elle doit se trouver au-dessus du niveau où les 
eaux stagnent, — et surmontée d'un plancher qui exhausse le sol de 
la salle qui la recouvre. 

Aux environs de Bergues, les fermes ont deux caves : la cave au 
fromage, qui est au nord pour la fraîcheur; la cave au beurre qui est 
au midi. 

Quoique l'herbe soit excellente en Flandre, ce n'est qu'aux environs 
de Bergues qu'on fabrique le fromage : (détail à noter et qui semble 
faire croire que la fabrication du fromage a été enseignée par les reli- 
gieux de Saint- Winnoc de Bergues, comme les religieux de Maroilles 
ont donné le secret du fromage de ce nom). 

Matériaux de construction. — Les anciennes fermes sont en briques 
dans le Noordland (cantons de Bergues et de Bourbourg), Hollande 
française, où le bois est rare. Les plus importantes sont en briques 
dans le pays wallon, quand elles ont été construites par des moines 
ou de grands seigneurs, qui avaient les moyens de faire venir des 
briques de loin ou d'en faire cuire. Mais, dans l'ensemble du pays elles 
sont en bois, couvertes en chaume, et les interstices des poutres sont 
remplis avec du torchis*. 



1. Cela rappelle un usage germanique. Cf. Tadte, Ù9 morihus Gtfmanorum^ 
XYl : a Ne cœmentorum quidem apud Ulos aut tegularum usus : materia ad 



— 401 — 

Tous ces matériaux se trouvaient sur place : 

La paille ne s^exportait pas et avait peu de valeur. Le bois n'était 
ni rare, ni cher. Il fait la solidité des vieilles fermes. Rien ne rem- 
place cette ossature, ce squelette de bois d'orme ou de cœur de chêne. 

Le toit en chaume diminue le froid en hiver et la chaleur en été; 
il entretient une température plus uniforme, de sorte que les grains 
se conservent mieux. 

Le torchis est badigeonné de blanc, de jaune, et parfois^ autour des 
fenêtres, d'une raie bleue *. On renouvelle ce badigeon de temps en 
temps. La base est Teau de chaux. 

Les fermes de construction récente sont en briques et couvertes en 
pannes. La toiture en pannes ne doit pas se renouveler tous les vingt ans 
comme celle en chaume. Elle diminue les chances d'incendie et les 
frais d'assurance. Les artistes regrettent les toits de chaume et les 
murs de terre. Ce qui est primitif est beau. Penchez sur un toit de 
chaume le front grave d'un orme, et vous avez un Ruysdael, l'éter- 
nelle poésie de l'habitat humain, un abri fragile sous un arbre immor- 
tel, une tente sous un palmier. 

L'hygiène a perdu à leur disparition. Si l'on ne conserve plus les 
grains, comme autrefois, on conserve du moins la paille, le foin, les 
fruits, les pommes de terre. Tout cela ne peut être laissé impunément 
sous les pannes, comme on le laissait sous la paille. Les fermiers in- 
telligents mettent sous les pannes une doublure de paille. 

Nombre des habitants, — La maison de ferme ne sufGt d'ordinaire 
que pour le logement d'une famille comprenant le père et la mère, 
les grands-parents, quand ils n'ont pas de quoi se retirer et vivre de 
leurs rentes, les enfants, dont le nombre moyen, et, suivant un dicton 
populaire, le nombre parfait, est de cinq^ ce qui fait maison pleine, 
disent les Flamands, un enfant à chaque coin et un au milieu. 

Usages de la maison, — Elle n'est utilisée que comme habitation 
familiale. Avant la création des filatures et des tissages mécaniques, 
il y avait, dans les appentis des petites fermes wallonnes, des métiers 
de tisserands qui occupaient les hommes en hiver. Ils tissaient ce que 
filaient les femmes. 

omnia utuntor Informi, et citra speciem aut delectationem. — Ds n'emploient 
si pierres ni tuiles; ils se servent de h^% brut, sans penser ni à la déeoration 
ni à ragréroent ». 

I. « Quxdam loca diligentiùs illinunt terra lia pura ac splendente, ntpictu- 
ram ac lineamenta colonim [imitetur. — Ils enduisent certaines parties d'une 
terre luisante qui imite la peinture. » Ibid, 



— 402 — 

Rapport de la maison de ferme. — Construite en dur, elle coûte 
18 francs le mètre cube pour la bâtisse. Elle ne rapporte générale- 
ment rien au propriétaire. Elle est l'annexe des terres cultivées, 
Tabri nécessaire de Toccupeur; elle coûte au fermier les réparations 
et les contributions. 

Quand elle est jointe à un moulin, elle est donnée en location avec 
prisée stable; à chaque bail on estime les bâtiments : si leur valeur 
est diminuée, l'occupeur doit une indemnité; il en reçoit une, si la 
valeur est augmentée. 

Dans un village à cheval sur le pays v\rallon et le pays flamingant, à 
Vieux-Berquin, TLospice de Seclin suit un mode de location de ferme 
tout spécial : 

Le sol est mis aux enchères à chaque bail. 

Mais les bâtiments de ferme appartiennent en propriété à Toccu* 
peur qui trouve là une garantie contre Téviction ou contre les enchères 
d'un voisin jaloux. 

Annexes de la maison^ et bâtiments de ferme. — Les annexes de 
la maison sont le fournil ; quand la ferme est couverte en chaume, 
il en est distant de 100 à 200 mètres. Quand la ferme est couverte 
en dur, il est attenant à la maison d*habitation, posé contre elle, et 
sert à la fois de cuisine, de fournil et de buanderie (h*uUkeusken). 
Le bûcher est près du fournil. 

Les bâtiments de ferme proprement dits sont nombreux et variés. 
Toute ferme comprend au moins : 

i° Les écuries et étables pour chevaux, vaches, porcs, et le poulailler, 
rangés autour ou posés en face du trou à fumier. Quand la ferme est 
grande, elle a une bergerie et parfois un colombier. 

2* Les granges, généralement deux : une très grande pour le blé^ 
Tautre plus petite pour les mars. 

Les foins et la paille se conservent dans des hangars, mais plus 
communément sur des planchers rudimentaires formés de plançons, 
de claies et de branchages, et nommés delt en flamand et chenel en 
patois wallon. 

3<> Les remises, servant à abriter les chariots et les instruments ara- 
toires, et qui sont ou de simples appentis ou des bâtiments isolés. 

Entourage de la ferme. — A proximité de la ferme, il y a : 

1® L'abreuvoir des chevaux qui recueille le trop-plein de Tean 
tombant des toits ou que l'on vide du fumier (point d'abreuvoir com- 
mun dans les villages) ; 

ao La mare d*eau potable, pour le service de la cuisine, pour la lessive 



— 403 — 

et pour les bétes; de vieux têtards de saules y trempent leur pied, y 
mirent leur tête. 

3' La pâture {het hof en fl.), close de haies vives (aubépine), 
ayant sur son pourtour une ligne de beaux ormes, et plantée jadis 
de noyers, de pommiers, de poiriers, de pruniers et de cerisiers 
(ceci ne concerne point le pays voisin de la mer). Aujourd'hui, les 
arbres fruitiers sont devenus rares en Flandre, parce qu*on a abattu 
les grands ormes qui les protégeaient contre les coups de vent. 
Fouettés par le vent auquel ils donnent une grande prise, ils per- 
dent leurs branches, leurs fruits, leur vie. La pâture était donc 
autrefois le verger. Elle ne l'est plus que dans la vallée de la Lys. 

On tâche de remplacer ce verger d'autrefois, par de petits poiriers 
allignés dans un jardin. Ils ne remplaceront point les bons fruits rus- 
tiques chers à nos aïeux. 

4* Le potager, rélégué parfois dans les champs. Le Flamand l'appelle 
koolhof^ jardin à choux, parce que le choux est indispensable pour 
la soupe de ferme. 



II. — DIFFÉRENCES ENTRE LA FERME FLAMANDE ET LA FERME 

FRANÇAISE 

Une première différence résulte des ressources inégales qu'offrent 
les deux pays pour la culture et l'élève des bestiaux. Elle concerne 
les dépendances de la ferme. Uhofstede ou ferme flamande a comme 
annexes : 

1* Dans les cantons de Steenvoorde et de Bailleul, le séchoir à hou- 
hlofiy situé, comme le fournil, à une certaine distance de la ferme. 
Il est appelé keel ou hommelkeet. Le mot Ae^Mésigne tout endroit sec 
où Ton conserve quelque chose à l'abri de l'humidité, par exemple 
du foin, du sel, hooi keet^ zout keet; 

a» Dans toute la région de Flandre, Vécanguerie^ étable de l'écan- 
gueur^ cabane où travaille celui qui fait tomber la paille du lin avec 
l'écang, isolée, à cause de la poussière et du danger d'incendie, zwin- 
gelkot; 

3* Dans quelques villages, le pressoir à cidre, devenu inutile et 
relégué comme objet de rebut, parce qu'il n'y a plus assez d'arbres 
fruitiers en Flandre. Autrefois on y faisait du cidre, et les rainettes de 
Furnes ont encore leur réputation. 



— 404 — 

L'hofstede offre comme annexes en fait d^étables : 

1° L'étable à engraisser les bêtes à cornes {vette-stal) que Ton ne 
trouve point dans le pays wallon, parce que la race bovine flamande 
se prête mieux à Tengraissement que celle du pays français. Elle est 
plus grande, a plus de chair, donne moins de lait, mais un lait plus 
riche en beurre. 

2* L'étable à poulains (kachel-stal) que Ton ne trouve que dans les 
cantons de la Flandre où la terre est assez légère pour que les ju* 
ments pleines puissent la travailler sans danger pour leur poulain. 

Ces étables sont remplacées, en pays wallon, par des porcheries 
généralement plus considérables qu'en haute Flandre. La culture ne 
s'y restreint pas à l'élevage de la race bovine. Elle est en outre plus 
variée quant aux produits du sol; mais elle offre quelque chose de 
moins distingué quant à Tapparence extérieure de la ferme et, pour 
la manière de vivre, de moins aristocratique. 

La différence principale entre les deux sortes de fermes que nous 
avons considérées jusqu'à maintenant, est dans la disposition de l'ha- 
bitation de l'homme par rapport à celles des bêtes. 

Dans l'hofstede, Thabitation de l'homme est séparée des autres 
bâtiments. Parfois elle est posée sur une motte de terre ; plus souvent, 
elle est simplement à l'écart et elle a devant elle, à une certaine dis- 
tance, les étables et granges, entre lesquelles elle regarde et reçoit l'air 
et la lumière. Quand elle est moins grande, elle relègue ces bâtiments 
à sa droite ou à sa gauche, de manière à rester seule en vue. Quand 
elle est très petite, elle n'admet dans son voisinage, sur la même ligne 
qu'elle, que l'écurie du cheval, ce compagnon de l'homme, dont le 
Flamand parle avec une terminologie de membres humains, et qui 
demande des attentions plus grandes et reste à l'étable toute l'année. 

Cet écart, cet isolement de Thabitalion humaine, permet d'entre- 
tenir devant elle un parterre de gazon et de fleurs, et souvent un tout 
petit potager. On y trouve le buis traditionnel servant pour le jour 
des Rameaux, quelques plantes aromatiques: persil, céleri, sarriette, 
thym, sauge; quelques légumes verts ; oseille, épinards, poireaux; 
quelques plantes médicinales d*un usage familier : la mauve pour les 
bêtes, la chélidoine pour les poules; mais toujours quelques fleurs : 
la rose, le tournesol, la rose-trémière, la marguerite, fleurs simples, 
fraîches et grandes. 

Le jardinet [bloem hof) se retrouve partout, et rappelle la bordure 
de gazon, chère aux peuples d*origine saxonne, 6t qu^on remarque 
devant les maisons de maître à Londres, à Douvres, etc. 



— 405 — 

Quelquefois ce jardinet est séparé de la cour |Mir une petite muraille^ 
ou bien par une haie de buis. 

Outre la conservation de ce petit jardinet auquel le Flamand tient 
beaucoup, il trouYe, dans l'écart de son habitation, plusieurs avantages 
appréciables : 

1* Au point de vue de la propreté. — Les bêtes ne passent point 
sous le regard de Thomme, ni sur le trottoir de la famille, ni devant 
les fenêtres ; elles n'entrent jamais dans les. corridors et les salles. 

Q? Au point de vue de t hygiène. — L'homme est à distance du fu* 
mier, du trou à purin, de toutes les exhalaisons qui peuvent être nui- 
sibles. Sa maison est plus ouverte, plus aérée, plus froide peut-être. 

30 Au point de vue des incendies. *- L'écart de la maison en diminué 
les chances, en circonscrit les ravages. 

4* Au point de vue moral. — L'hofstede met en évidence la dignité 
et la supériorité de rhomme. Il est en dehors des bestiaux qui ne 
circulent point près de lui; il n'en prend point la surveillanice obligée 
par Tendroit où il assi^ sa maison. Il est à l'écart des serviteurs et 
des servantes qui soignent les bêtes, Sa fille n'est point tneiije mais 
dochter, son fils n'est pas knecht mais zoone. Il y a moins de fami* 
liante, moins de laisser-aller entre le maître et les domestiques qui 
logent près de lisurs bétes. 

A cette supériorité que lui donne la situation de sa maison, s'ajouta 
pour l'occupeur de Thofstede, toute une série d'autres petites consi- 
dérations extérieures qui assurent un autre genre de supériorité. 

Remarquons qu'il vit en Flandre, pays où les chevaux sont plus 
beaux, plus soignés, plus brillamment harnachés, qu'en pays wallon; 
où les vaches sont de race flamande pure, plus grandes, plus belles, 
donnant un lait plus riche; où l'herbe dans les pâturages est plus 
dense, plus menue^ plus nourrissante ; où le fermier lui-même, mieux 
nourri, ayant la bière et les fortes viandes, mange à l'écart de ses 
domestiques, travaille moins, se promène volontiers dans les champs 
la boulette sur Tépaule, contemple ses herbages, est grand de taille, 
musculeux, moins nerveux, moins actif que le fermier wallon. 

Ceci permet une conclusion qui, pour ressortir, demande un mot 
d'explication sur la disposition de la censé. 

La censé forme un carré avec les bAtiments de ferme. Elle est com« 
plètement fermée. Toutes les portes et les fenêtres donnent sur la cour 
intérieure. Au dehors il n'y a que des soupiraux, des fenêtres d'ap- 
pentis, et les portes indispensables pour l'entrée des gens et des bêtes, 
pour le transport du fumier et des récoltes. 



— 406 — 

La maison d*habitation est reliée aux étableset aux granges; elle 
est soudée à elles par des murs et par des toits brisés. 

Autour de la cour intérieure, dont la plus grande partie est occupée 
par Je fumier, il y a un trottoir, et au-dessus de ce trottoir, les toitures 
s'avancent et surplombent de manière à ce qu'une personne puisse 
circuler, par les jours de pluie, sans se mouiller. 

Les bâtiments sont plus nombreux et plus complets peut-être que 
dans la ferme flamande, parce que la culture est plus variée, les ré- 
coltes plus diverses, et la basse-cour plus importante. 

Voici les avantages de la disposition de la censé : 

Le fermier peut garder à volonté sous ses yeux toutes ses bétes, et 
les surveiller, tout en les mettant à Tair. 

Il peut d'un regard voir ce que font les garçons de ferme, les ser- 
vantes, les batteurs en grange. 

Le soir venu, il barre sa porte et il est chez lui comme dans un 
cloftre, outre que pendant le jour, sa femme, ses enfants, sa servante, 
sont à Tabri des regards indiscrets des passants. 

La cour fermée est plus chaude en hiver, ainsi que les étables et 
la maison. 

Mais en revanche, Tincendie dans la censé, c'est la ruine complète. 

De plus, au point de vue moral, il y a un plus grand rapproche- 
ment entre l'homme et les animaux. Le fermier semble être leur 
gardien. Il en prend un caractère plus roturier, plus manant. 

Si nous ajoutons à ces observations diverses un dernier mot sur 
rétymologie même des mots hofstede et cense^ notre conclusion sera 
peut-être bien motivée. 

Le mot hofstede [hofsiadt en allem.) désigne une maison avec do- 
maine attenant ; il rappelle la villa des Romains et notre maison de 
campagne. Originairement il ne se dit que de la ferme dont Poccupeur 
en est le propriétaire, et il désigne, suivant nous, la ferme de Tagri- 
culteur saxon qui n'est ni suzerain ni vassal, mais qui est libre sur 
sa terre et dans son manoir. La terre attenante à la maison n'en est 
point séparée, ni séparabie. Il y a peut-être quelques pièces distinctes 
appelées terres courantes, mais Yhofstede reste indivis. 

Le mot censé désigne une terre donnée à bail, une terre tenue 
moyennant redevance, une censelette, quand elle est petite ; en latin 
censui^ en flamand pacht goed, en ail. pacht gutt, L'occupeur est 
donc ici, à proprement parler, fermier. 

Il est à remarquer que, malgré les inconvénients de leur mode res- 
pectif de disposer leurs fermes, les Flamandset les Wallons y tiennent 



— 407 — 

avec une invincible fidélité. Malgré les incendies, le Wallon dût sa 
ferme. Bfalgré les vents, les voleurs et les pluies, le Flamand ouvre la 
sienne. 

Il y a là un caractère permanent, une différence traditionnelle. 

En outre rho&tede ne devrait être que la maison de l'agriculteur pro- 
priétaire; la censé, celle de Tagriculteur locataire. Mais, dans les deux 
pays, le type principal est devenu caractéristique. On a oublié que 
l'hofstede est un manoir, et on a bâti sur son modèle et appelé de son 
nom toute ferme flamande. On a oublié de même que la censé est 
une maison de ferme tenue en bail ; et on a bâti, sur son modèle et 
appelé de son nom toute ferme wallonne. 

L'bofstede est donc la maison rurale du propriétaire ; elle tient du 
manoir; son maître parle le flamand. 

La censé est la maison rurale de Toccupeur fermier ; elle rappelle le 
cloître et la maison romaine ; son maître parle le français. 

Dans la première, il y a l'idée de propriété. 

Dans la seconde, celle de redevance. 

L'hofstede est d*prigine saxonne. 

La censé est d'origine gauloise ou romaine. 

La maison, c'est la race. 



— 408 — 



EXPUCATION DES DEUX PLANS 



I. — HOF8TEDB ou FBRMB DO PATS PLAMAlfD 

Ferme [ouverte des enTirona de Cassel et de Steenvorde. — Exploitation : 
16 iiectares. 

Plan général. A, maison d'habitation; B, écuries; C, granges; D, hangars et 
remises; E, fournil; F, éconguerie; 0, séchoir à houblon; H, arrière-cuisine; 
I, fumier; J, abreuvoir et purin ; K, fumier de paille; L, appentis pour la paille; 
Mil» abris pour le eharbon ei débarras; N, fonds pour la drèche; 0, petit Jar- 
din d'agrément et trottoir; P, P", P*, entrées suivant la direction de la chaussée 
voisine. 

Détails, a, maison ou salle commune; 6\ voûte; b\ salon; c, c*, c*, c*^ 
chambres; d, relaverie; e, porte de la cave du nord ou cave à fromage; e*, 
porte de la cave du sud ou cave au beurre : f, écurie pour deux chevaux ; p, 
chambre du domestique ; A, étable pour Teiigraissage; i^ étable pour les vaehes; 
t*, étable pour les veaux ; jj*, porcheries; k^ cabinet; /, poulailler; m, aire; 
nn\ tas. 



II. — FbRMB wallonne ou CBN8B 

Type de la vallée de la Lys. Exploitation : la hectares de terre à labour et 
4 hectares de p&turages. 

Plan général. A, maison d'habitation et écurie pour deux chevaux ; B, 
granges; G, étables; D, étables et petite grange; E, E', portes d'entrée ; F, 
fumier avec trottoir à Tentour; G, bûcher; H, fournil; I, abreuvoir. 

Détails. A% corridor; a, salle commune ou maison; a', foyer; b, salon ou 
voûte; c*, c*, !••, c*, c», chambres; rf, dépense; e, rclaverie; /; escalier et entrée 
de cave; A, cuisine; x, écurie pour deux chevaux; y, débarrassoir; z, provi- 
sions pour les bétes; t, aire: /, 7*, tas; AS A% hangars et remises (appentis); 
/', étable pour les veaux; m, couloir; n*, n\ n*, n*, porcherie; 0, lieux d'ai- 
sances; f), aire; q, tas; r, bailler; «, poulailler. 



K'. 






1 



q 



&3 



1 









fia 



Q Z-^ 



*♦ 

^ 

^ 



-•^ ^ 






' I : •• 



"% 
^ 

n 





••««■•••a 




en 
H 






Q a: 

^ o 

^ > 

Pu H 



P 






Pâ 



Èâq « 



iililiiiMiinMlMiminnii M iimh 11, 








m 




V, 


^ 


<« 








o o 

te 

S > 

H ^ 
O « 

H 

H 

D 
O 

U 

ta 



El 



A 







en 

14 

tu 

< 
H 

a 

m 
ag 



çj *- 



D 
O 

o 






en 

•< 

H 

Q 

H 
■H 

> 
< 

H 



^ 



H 

a* 

H 







— 411 — 



DESCRIPTION DE LA PARTIE SUPÉRIEURE DE LA VALLÉE 
DE L'OUED EL-KÉBIR (LA GRANDE RIVIÈRE). 

PAR M. LE CAPITAINE WINCKLER 

Orographie. — A Touest du djebel Bir {Thammes mons) se trouve 
une région montagneuse qui fait partie de la KhoumiHI^ proprement 
dite et qui est arrosée par Toued el-Kebir {y Armoniacus ou YArmua 
des anciens). 

Cette région, formant une sorte de cuvette d'une douzaine de kilo- 
mètres de diamètre, est limitée : 

Au nord-est par le djebel eUFersig d'une étendue de 3 kilomètres 
et demi et de 720 mètres d'altitude. 

A Veslj par une partie du massif central des Khoumirs, c'est-à-dire 
par le djebel Bir, point culminant de la chaîne de montagnes qui 
s'étend entre Tabarca et Bizerte. Le djebel Bir, qui atteint i,o4o mètres, 
se prolonge vers le sud jusqu'au col d'el-Méridj situé à 5 kilomètres 
d'Aîn-Drabam*. Le kbanguet el-Méridj présente à l'ouest des ravins 
à pic de plus de 100 mètres de profondeur; 

Au sud, cette cuvette est limitée sur une étendue de 8 kilomètres 
par les contreforts septentrionaux peu élevés se détachant du djebel 
Adissa et se dirigeant sur le Méridj et le djebel Groubis des Gouaîdia 
dont le sommet présente le plateau boisé de Chennata t>ù se trouve le 
camp abandonné dit c camp de la santé » ; 

Au sud-ouest, le djebel Adiâsa, qui s'étend sur une longueur de 
3 kilomètres et demi, élève son sommet à 880 mètres au-dessus du 
niveau de la mer ; 

Enfin, au nord-ouest, on remarque le djebel Dougreg, qui a 7 kilo- 
mètres de longueur et qui atteint 73o mètres d'altitude. 

Du nord-est au sud-ouest, le djebel Sidi-Abd-Allah-ben-Djemâl, 
dont la longueur est de 5 kilomètres et de 810 mètres d'altitude, 

I» Nous pensons qu*i] n'est pas superflu de dire que cette région est presque 
partout boisée et qu entre les col» d'Aïn-Draham et du Méridj, il existe sur le 
versant occidental du djebel Bir de la peUte centaurée dite jacée, en grande 
quantité ; cette plante médicinale, trempée dans Teau pendant une demi-journée, 
donne aux habitants un breuvage amer ayant la propriété de les préserver de 
la fièvre intermittente. 



— 412 — 

coupe cette petite région en deux parties inégales, laissant la plus 
grande à Toued Zoubia, affluent de droite de Toued el-Kebir. 

Une autre montagne, le djebel Dinar, d'une altitude de 43o mètres 
seulement, prolonge le djebel Adissa jusqu'à une dizaine de kilo- 
mètres dans la direction nord-ouest et se termine au khanguet Aoun, 
en Algérie. 

Hydrographie. — L'oued el-Kebir, qui en Tunisie parcourt une 
distance de i3 kilomètres, a un courant assez rapide et son volume 
d^eau est considérable pendant les grandes pluies; ce cours d*eau 
s'élargit un ^u en face de la koubba de Sidi Abd-Allah ben Djemâl 
et atteint à la frontière de 8 à lo mètres de largeur; à ce point son 
courant devient moins rapide et sa profondeur est de ao à a5 centi- 
mètres en temps ordinaire. Au moment des pluies le lit s'élargit de 
plusieurs mètres et atteint en certain endroit o",8o de profondeur. 

L'oued el-Kebir est formé par deux torrents qui ravinent sans cesse 
le versant occidental du djebel Bir, mais sans toucher à l'éperon sur 
lequel sont situés le camp, les magasins et l'hôpital militaires d'Aîn- 
Draham. Ces ravins traversent une partie du petit village européen 
et se réunissent pour former le Liefcha, près du marché arabe situé 
en face sur le versant oriental du djebel Sidi-Abd-Allah-ben-Djemâl. 

Alimenté par de nombreuses sources qui sortent du djebel Bir et 
principalement du djebel Abd-Allab, le Liefcha prend le nom deZrah 
à hauteur de la koubba qui abrite le tombeau de Sidi Abd-Allafa ben 
Djemâl, le saint le plus vénéré des Khoumirs. 

Bâtie sur un grand plateau du sud-est du djebel Abd-Atlah, cette 
koubba est dans une situation admirable d*où Ton a un point de vue 
magniOque; le plateau est dominé au nord-ouest par la crête boisée 
de la montagne qui le met à l'abri des pluies chassées par les vents 
du nord-ouest. 

Il est regrettable que le village d'Aîn-Draham ne se soit pas créé 
là, à ce point qui indique aussi l'emplacement d'un hôpital où les ma- 
lades de la plaine seraient venus se faire soigner ou se reposer pendant 
la saison des grandes chaleurs. 

Les vestiges de trois grandes ruines romaines que l'on remarque 
au nord-est de la koubba, indiquent suffisamment que les Romains 
avaient su choisir cette région tempérée pour s'y établir et, de nos 
jours encore, les indigènes campent sur ces ruines, été comme 
hiver, mais ne dressent jamais leurs tentes sur le versant occidental 
du 4jebel Bir où Voa a installé à tort ]» camp occupé par nos troupes 
depuis i88i. 



t AoUTL 








Camp^de^ 

vante |^ 



5 Thcanmès snans 



GkOOK. HI8T0H. BT UKSCRIPT. — VI. 



•JllJ 



— 414 — 

L'oued Zrah coule d'abord du nord-est au sud-ouestjusqu'à la mon- 
tagne appelée Àdissa; là, il prend une direction sud-est-nord-ouest, 
passe dans une ^^org^e profonde et sauvage formée par le kef Sidi- 
Abd-Âllah et le djebel Adissa et, après avoir franchi la frontière algé- 
rienne près de Bordj-el-Hammam, il coule de Test à l'ouest sous le 
nom d'oued el-Kebir. 

Ce cours d'eau reçoit en Tunisie les eaux des nombreux petits 
thalwegs qui débouchent du col d'el-Méridj, du djebel Adissa et de 
ses contreforts. 

L'oued Zrah ne reçoit que deux affluents qui sont à droite, savoir : 

1" L'oued Zoubia, qui prend sa source sur le versant méridional du 
djebel el-Fersig, coule du nord-est au sud-ouest et arrose une belle 
petite vallée fertile en céréales; elle est limitée par deux magnifiques 
forêts de chênes qui couronnent à l'ouest les crêtes du djebel Dou- 
greg et à Test celles du djebel Abd-Allah. 

a* L'oued Dougreg, qui sort du versant septentrional du djebel el- 
Fersig, sous le nom d'oued Delma, coule de l'est à Touest dans le 
pittoresque khanguet Ras où passe la route moderne de Souk-el-Arba 
à La Galle ; contourne ensuite le djebel Dougreg, dont il prend le nom 
près de Fedj- Kahla, coule enOn du nord-est au sud-ouest et se jette 
dans Toued Zrah en face de Bordj-el-Hammam. 

De Fedj-Kahla sort aussi l'oued el-Houtqui coule du sud-est au nord- 
ouest et se jette dans le lac Guera-el-Hout situé au sud-est de La Galle. 

Du djebel Dinar sortent plusieurs ruisseaux dont le principal, dans 
le versant septentrional^ prend sa source au benchir Dine-ez-Zebda ; 
ils sont tous tributaires de gauche de Toued el-Kebir. 

En Algérie, ce grand cours d'eau reçoit aussi à gauche : 

1° L'oued Bou-(jouss qui sort du djebel Kelb-el-Aïn de la petite 
Khoumirie, et qui roule les eaux qui sortent du versant méridional 
du djebel Dinar. 

2* L'oued Zitoun ; 

y L oued Gheffia ; 

Et 4* l'oued Mafrag, sans doute le Jtubricatus des anciens, ce 
dernier mélange ses eaux à celles de l'oued el-Kebir, à 3 kilomètres 
avant de se jeter dans la mer et à ao kilomètres à Test de Bône. 

La région que nous venons de décrire semblerait plutôt appartenir 
à la province de Gonstantine qu'à la Tunisie car la frontière actuelle 
entre Fedj-Kahla et le djebel Kelb-el-Aïn n'est qu'une limite conven- 
tionnelle qui n'est nullement justifiée par la nature du terrain. 



415 — 



EXPLORATION ANTHROPOLOGIQUE DE LA KHOUMiRlË 

PAR M. LE D^ BERTHOLON 
Ex-médecio major au 4* zouaves. 



INTRODUCTION 

M. Winckler, capitaine au train des équipages, a publié dans le n° 2 
du Bulletin de géographie historique et descriptive de Tannée 1888, 
un mémoire très détaillé sur la géographie du nord-est de la Tunisie 
(p. 62-112). L'anthropologie et l'ethnographie de cette partie ne sont 
pas encore connues Ayant eu l'occasion de mener à bonne fin l'explo- 
ration systématique des tribus de cette région, nous venons complé- 
ter par leur description le mémoire du capitaine Winckler. 

Les tribus que nous décrirons dans ce mémoire sont comprises 
entre la Méditerranée au nord, la Medjerdaau sud, l'Algérie à l'ouest, 
une ligne allant de Bizerte à Medjez-el-Bab à Test. 

Ce pays peut être subdivisé pour la commodité de la description en 
deux régions : 1^ la Khoumirie à l'ouest; a° la Mogodie à l'est. Une 
ligneée collines élevées allant du cap Nègre à l'oued Béjà, et prolon* 
gée far cette rivière au Bud, marque la séparation des deux régions. 

Les tribus que nous rencontrons successivement sont : 

L — Khoumirie. 

10 Kboumirs proprement dits. 
20 Maknas» à l'est. 
3° Nefzas, à l'est. 

i° Ouchtettas, enclavés entre les précédents. 
50 Fatnassas, à l'est des Nefzas. 
60 Amdouns, au sud des Maknas. 
7" Territoire de Béjà, au sud-est des précédents. 
8° Chiahias, à l'ouest du précédent. 

90 Oulad Bou-Salem, au sud des précédents, s'étendant au ssud de 
la Medjerda. 



— 416 — 

100 DjendoubaSy à Touest des précédents, même remarque. 

11» Hakims, à Touest des précédents. 

12° Oulad Soltan, au nord des précédents. 

i3'' Oulad Sedira, à l'ouest des deux tribus ci-dessus. 

i4° Ghazouans, au nord-ouest des Oulad Soltan. 

i5° Khezaras, entre les Ghazouans et les Oulad Sedira. 

i6° Merassens, à Touest des Kbezaras. 

17° Ouchtettas, à Touest des Oulad Sedira, au sud des précédents. 

18° Béni Mazzen. 

19» Oulad Ali, bordanf la frontière. 



II. — Mogodie, 



1° Mogods. 



2° Bejnouas. 

3"* Villages de Chaouacb, Toukkaber et Heydous. 



RENSEIGNEMENTS SUR LES ORIGINES DES TRIBUS 

I. — Khoumirie. 

Dénombrement de la population. — Ce territoire, d'après les rele- 
vés des bureaux de renseignements de la Tunisie, contient une popu- 
lation d'environ 65, 000 indigènes. Les caïds ont fourni les états de 
leurs administrés en spéciOant le nombre de femmes et d^enfants. On 
comprend qu'il ne faille accepter les chiffres donnés qu'avec quelques 
doutes. Les musulmans n'aiment pas à faire connaître le nombre de 
leurs épouses. De plus, presque personne en Khoumirie ne connaît 
son âge. Dans dépareilles conditions le chiffre des enfants est quelque 
peu sujet à caution. Aussi ne donnons-nous que pour ce qu'elle vaut 
la proportion du chiffre des enfants à la population. Nous l'avons éta- 
blie : 1° pour les tribus de plaine; 2° pour les tribus de montagne. 

1° Tribus de montagne. Sur 1,000 habitants, on compte 873 enfants 
2° Tribus de plaine. — — — 4oi — 

S'il était permis de comparer ces chiffres approximatifs avec les 
données plus sérieuses que fournit la statistique européenne, nous rap- 
pellerions que sur 1 ,000 habitants, on compte 354 enfants au-dessous 
de quinze ans en Angleterre, 348 en Prusse, 3io en Belgique, 275 en 
France. Les habitants de la Khoumirie possèdent donc une certaine 



— 417 — 

fécondité. Les gens de la plaine plus riches paraissent croître plus 
rapidement que ceux de la montagne. 

Ces 65,000 indigènes ne se subdivisent pas en moins de dix-neuf tri- 
bus auxquelles, il faudrait joindre un certain nombre d'Oulad Bou- 
Salem qui habitent le nord de la Medjerda, au sud-ouest de Béja. Les 
plus importantes de ces tribus sont la confédération des Khoumirs 
formée de trois tribus, dont la population s'élève à 6,600 habitants, 
les Nefzas 7,700, les Âmdouns 6,000, les Djendoubas i3,ooo, dont une 
partie habite au sud de la Medjerda. D'autres tribus, comme les 
Khezaras (894 habitants), les Ouchtettas de Béja (699), lesMerassens 
(682) sont minuscules. 

Prétendues origines. — Ces populations n'ont pas de traditions 
écrites sur leurs origines. La plupart font remonter leur ancienneté 
aux premiers temps de l'islam. Il y a toujours un marabout quelconque 
très religieux, faisant au besoin des miracles, qui, venu dans le pays, 
y a fondé la tribu ou une fraction de la tribu. 

Nous allons, d'après les documents recueillis par le service des 
renseignements, résumer l'historique des principales fractions et sous- 
fractions. 

Khoumirs. — Ibn Khaldoun les fait descendre de Houmir hen 
Amar. Ils seraient venus d'Arabie à l'époque de la révolte du patrice 
Grégoire (973 ap. J.-C). Auparavant, on leur fait suivre un itinéraire 
très accidenté. La tribu poussa d'abord jusqu'au Maroc, vers Fez et s'é- 
tablit à la Seguiat-el-Hamra. Un membre, séparé du gros, vint dans 
la Khoumirie actuelle. Il s'appelait Abdallah-el-Khoumiri, Il laissa 
sept fils qui sont les soi-disants fondateurs des Khoumirs actuels. 

Autre version» — Les Khoumirs étaient une tribu maghzen des 
CAaftidt, confédération religieuse du sud tunisien. Il y a deux siècles, 
la confédération ayant été détruite, les débris des Khoumirs se réfu- 
gièrent dans la montagne actuelle, habitée par des Berbères. Ils leur 
imposèrent leurs lois, leurs habitudes et leur langue. 

Autre version, — Un groupe de Berbères Senhadjas, venu dans 
le pays, s'y serait mélîmgé avec des Berbères refoulés de l'ouest. 

Outre ces traditions générales, chaque groupe en possède une qui 
lui est particulière. Ainsi, il y aurait parmi les Khoumirs environ 
cinq cents tentes provenant de la tribu arabe des Drids, fixées surtout 
dans la fraction des Ataflas et des Gouaîdias. 

Les TadmekaSy Khoumirs reliés administrativement aux Ataftas, se- 
raient, d'après M. Duveyrier, parents des Tadmekas, Touareg des bords 
du Niger. La tribu se serait ainsi séparée en deux fractions, dont 



— 418 — 

Tune se serait fixée en Tunisie. Sans nier cette affirmation, je n'ai 
pas trouvé en Khourairie de tradition ayant trait à cette migratlan. 

Les Zouaouas de Tabarca, incorporés dans les Khoumirs (dix-sept 
tentes), sont originaires de Bougie et Fort-National. Venus il y a cent 
cinquante ans, sous le règne d'Hamouda-Bey, ils formaient un maghzen 
chargé de la protection de Tabarca. 

Maknas, — LesMaknas se disent enfants du pays. Sur les huit frac- 
tions qui composent la tribu, deux seulement prétendent avoir un 
étranger dans leurs ascendants < Les Habahchaa se disent issus d^un 
Marocain immigré, il y a six cents ans. Les HagAeinas seraient des* 
cendants d'un Heddil, qui auraient acheté des terres aux Maknas. 

Ouchtettas de Béja, — Cette petite tribu se divise en deux fractions : 
1° celle des Delalatas (Derheïhyas) provenant des'Ouchtettas de Touest; 
1"" celle des Béni Madjeur provenant de la tribu du même nom du Kef. 
Comme la précédente, cette tribu serait donc formée d'éléments du pays . 

Nefzas, — Les plus anciens de la tribu se souviennent à peine de la 
génération précédente. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant 
qu'ils affirment avoir été de tout temps dans le pays. Quelques^-una, 
par analogie de noms, disent leurs ancêtres originaires du Nefzaoua, 
dans le Djérid Le chef de la migration, nommé Bou-Aliy est le fonda- 
teur d'une des fractions de la tribu. Une autre fraction, celle des Béni 
Seidy dit descendre d'un individu originaire de la tribu du même nom 
qui se trouve dans l'Ënfida. Enfin lés Oulad Houimel descendraient 
d'un marabout marocain, venu dans le pays, il y a cinq siècles. Les 
six autres fractions ne se disent pas d'origine étrangère. 

Fatnassas, — Cette tribu se donne les origines les plus diverses, selon 
ses fractions. La fraction des Oulad Hâta n'a pas d'histoire. Les frac- 
tions suivantes seraient originaires de Tunisie : les Oulad Bou-Redir 
seraient venus, il y a six cents ans, du Djerid. Les Tefeddinas et les 
Béni Immed de Kérouan, les derniers depuis six cents ans; les 
Redaifas, des environs de Medjez-el-Bab; les Maghrouas du djebel 
Ousselet. Les Reddadas du Maroc. 

Les Ababaas seraient une fraction des Béni Abbés de Kabylie, 
arrivée d'Algérie, il y a quatre cents ans, et admis comme khamès 
par les Fatnassas. Enfin, sur 3,ioo Fatnassas, on compte t,4oo Ghe-^ 
raàas. Ce sont des Algériens venus des environs de Djidjelli, après 
la destruction des établissements des Génois par Barberousse, il 
y a environ trois cent cinquante ans. Les Ghérabas vivent disséminés 
au milieu des Fatnassas, ne se marient pas avec eux. Ils sont très tra- 
vailleurs, hospitaliers. 



— 419 — 

Amdouns. — Cette tribu aurait les origines les plus diverses. Deux 
tribus dont les noms ont disparu de la région paraissent avoir possédé 
le territoire actuel avant les Amdouns. Celaient les Oulad Nacer et 
les Oulad Hasse'in^ tribus arabes. Ces Arabes auraient quitté le pays, 
après avoir vendu leurs terrains à divers immigrants. Des onze frac- 
tions des Amdouns, cinq seraient originaires du pays tunisien, sa* 
voir : i® les lebbebas, descendant d'une femme Lalla Tebbouba, 
venue du Djérid avec ses six ûls. Elle aurait fait nombre de miracles ; 
a« les Oulad Ahmed fraction des Oulad Yacoub du Kef . Us ont acheté 
leur territoire aux Oulad Nacer; 3<> les Koukas^ fraction des Koukas 
de TeboiHrsouk, d'origine tripolitaine; ils ont acheté leur territoire aux 
Oulad Hasseîn (1715-1732) ; 4^ les Djabej^s, fraction des Madjers du 
Kef, ont acheté aux Oulad Nacer ; 5° les Maghraouas, fraction des 
Maghraouas des Fatnassas. 

La fraction de Zaouiet Medine proviendrait de Sidi Medine, neveu 
de Sidi Bou-Medine, le célèbre marabout de TIemcen, venu dans le 
pays depuis sept cent trente-cinq ans. Les Oulad Brahim^ également 
originaires d'Algérie, sont une fraction des Arabes Drids. De 1699 à 
1728, ils achetèrent leurs territoires aux Oulad Hassein. Les ZeddineSj 
comme les précédents, proviendraient des Drids; ils ont acheté aux 
Oulad Nacer. 

Les autres fractions sont les Béni Malek, originaires du Maroc et 
ayant acheté aux Oulad Nacer. Les Remadhnias, venus en 1694, et 
ayant acheté à la même tribu; les Oulad Khelef, En résumé, les Am- 
douns paraissent contenir un élément arabe (si leurs traditions sont 
pactes) grefifé sur un fonds berbère, plus important. 

Ten*itoire de BéjUy et ville. — Les habitants de cette région seraient 
fort môles. Sur 8,800 habitants du territoire, 3,86i proviennent de tri- 
bus voisines (Amdouns, Bou-Salem, Madjers, Nefza^, Maknas). Dans 
la ville, il existe quelques descendants : 1° de Turcs; 2^ d'Algériens, 
appelés Gherabas (occidentaux), venus depuis deux à trois cents ans; 
3** des Aouaoudas, autres Algériens, immigrés en 1780. On peut noter 
aussi une centaine de Marocains, 4oo Juifs et 53 Européens et Mal> 
tais (i884)* Ces Européens se décomposaient ainsi : hommes 27, 
femmes 12; enfants i4' Il y avait parmi eux 1 3 Français. Aujourd'hui 
des travaux de chemins de fer et l'organisation de services divers ont 
accr