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SOCIETE HISTORIQUE & ARCHEOLOGIQUE
DE L' O R N E
SOCIÉTÉ
HISTORIQUE
ET
ARCHÉOLOGIQUE
DE L'ORNE
TOME XXVI I — ««
publication Trin}e$trielle
ALENÇON
IMPRIMERIE ALEXÇON.NAISE. ii, RL'l; DES MARCHERIES
1908
1*3^03
LISTE DES MEMBRES
DE LA
m\M HiSfOHiQUE ^ jiiicHtoLoeiQiiE
DE L"ORNE
S/ège de la Société : M.EHÇOH, Maison d'OzA, place de Lamagdelalne
■<- x«t>«0,,'*C5IC8v.£>'0*v,->-
Membres du Bureau
0)
Président : M. Henri TOURNOUER (1911)
MxM.
/ l'Abbé DUMAINE (1911)
,,. ^, _, ) WiLFRiD CHALLEMEL (1911)
Vice-Présidents < t ^ ^t. . \iir\rrT:'\r /^nru^\
Le Vicomte du MOTEY (1909)
Albert CHOLLET (1909)
Secrétaire général : Le Baron Jules des ROTOURS (1909)
Secrétaire : l'Abbé LETACQ (1910)
Secrétaire-adjoint : l'Abbé DESVAUX (1909)
Trésorier : GILBERT (1911)
Archiviste-Bibliothécaire: l'Abbé RICHER (1909)
Bibliothécaire-adjoint : l'Abbé LETACQ (1910)
Bibliothécaire honoraire : le NEUF de NEUFVILLE
(1) La date qui suit chaque nom indique l'année d'expiration du mandat
des Membres du Bureau et du Comité de publication.
Comité de Publication
MM. H. TOMERET (1909)
.1. LEBOUCHER (1909)
Reynold DESCOUTURES (1910)
le comte de SOUANCÉ (1910)
Louis DUVAL (1911)
PaulROMET (1911)
Commission du Musée
MM. FEUX BESNARD
Reynold DESCOUTURES
l'abbé DESVAUX
A. GILBERT
le comle LE MAROIS
Albert MEZEN
Paul ROMET
le comte de SOUANCÉ
H. TOMERET
Membres Titulaires
(1)
«*
MM.
* Adigard (Pierre), avocat, député, membre du Conseil
général derOrne, à Domfront, et à Paris, 4, rue Chomel
(vii'^). — 1884.
Allard DuCHOLLET(le comte Maurice), A Q, à Paris, 114 bis,
boulevard Malesherbes (xvii'^). — 1896.
* Andlal (M"* la Comtesse d'), château de Voré, par Regma-
lard, et 4, rue de Marignan, Paris (viii*'). — 1900.
Angély-Sérillac (M*"* la comtesse d'), château de Sérillac,
par Beaumont-le- Vicomte (Sarthe). — 1907.
* Anterroches (Henri d*), château des Yveteaux (Orne), et
64, boulevara Malesherbes, Paris (vin*'). — 1902.
Arrou (M™* Joseph), 9, rue Bayard, Paris (viu'^), et château
de la Gatine, par Villiers-sous-Mortagne (Orne). — 1902-
Audiffret-Pasquier (le duc d'), château de Sassy, par Mor-
trée (Orne), et à Paris, 118, avenue des Champs-Elysées
(viii«). — 1906.
Aveline (César-Prosper), avoué, membre du Conseil
d'arrondissement, maire d*Alencon, rue du Jeudi, 33.
— 1884.
* Bansard des Bois (Alfred^ a Q, député, membre du Conseil
général de l'Orne, maire ae Bellême, à Bellême, et à
Parî^ 86, faubourg Saint- Honoré (viiP). — 1900.
* Barillet (Louis), artiste-peintre 3, rue Vercingétorix,
Paris (xiv*), et 28, rue au Pont-Neut, Alençon. — 1909.
Farox (Auguste), ancien instituteur, à la Perrière -au -
Doven. — 1904.
Beau (Amédée), ancien député, notaire honoraire, château
de Tubœuf, par Chandai (Orne), et à Paris, 3, rue Keppler
(xvi«). — 1882.
** Beau (Ferdinand), #, ancien officier de cavalerie, château
de Tubœirf, par Chandai (Orne), et à Paris, 38, rue
MarbeuE(viii«). — 1900.
** Beauchesne (le marquis Adklstan de), vice-président de
la Société Historique et Archéologique du Maine, château
de la Roche-Talbot, par Sablé (Sarthe), château de Lassay
(Mayenne), et à Paris, 8,. avenue Marceau (viii«). — 1883.
(1) Les nt>ins des Membres titulaicM de^la Canmission des Mbnumenl?
Ornais sont précédés d'un astérisque ; ceux des Membres fondateurs, de
deux astérisques. Lia date qui figure à la suite de ciiaque nom est celle
de riHioée de L'admission des Membres dans la. Sàciété. ^
VÏII MEMBRES TITULAIRES
MM,
* Beaudouin (le Docteur Frédéric), S5, rue du Château, à
Alencon. — 1905.
* Beaugé (l'abbé), curé de Saint-Laurent-de-Séez. — 1901.
Beauregard (de), château d'Aché, par Alençon. — 1884.
* Beauregard (Roger DE),châteaud'Aché,par Alençon. — 1903.
Benard (M"**), Grande-Rue, à Mortagne (Orne). ~ 1904.
Bernier (rabbé), chanoine honoraire de Meaux, docteur
ès-letlres, supérieur de l'Ecole Saint-Apais, à Melun
(Seine-et-Marne). — 1886.
Besnard (Félix), élève de l'Ecole des Beaux-Arts, 13, rue
du Collège, à Alencon, et 23, rue Oudinot, à Paris (vii«).
— 19j7.
Besnier (Georges), A Q, archiviste-paléographe, archiviste
du Calvados, ancien archiviste de la Meuse et de l'Eure.
— 1902.
* Beudin (l'abbé), curé de Laleu, par Le Mesle-sur-Sarlhe
(Orne). — 1893.
* Bidard-Huberdièhe (le docteur), t^, château de la Bérar-
dière, par Saint-Bômer (Orne), et à Paris, 9, rue de
Suresnes (viir). - 1882.
BiGNON (l'abbé), curé de Berd'huis (Orne). — 1900.
Bigot-Pont-Mesnil (M"*Amédèe), 9, rue Basse-des-Pronie-
nades, à Alencon. — 1904.
BissoN, propriétaire, à Sainte-Marie-la-Robert, i>ar Car-
rouges (Orne). — 1905.
Blaizot (P.), juge au Tribunal Civil, 14, rue du Neufbourg,
à Vire. — 1900.
Blanzay (le comte de), château de la Tanière, par Tessé-la-
Madeleine (Orne), et à Paris, 75, rue Saint-Jacques (v*).
— 1892.
Blin (^l'abbé N.-J.-B.), chanoine titulaire, aumônier de la
Miséricorde, membre de la Commission diocésaine d'Ar-
chitecture et d'Archéologie, à Séez. — 1882.
* BoissEY (l'abbé), curé de Beauchéne (Orne). — 1889.
BoissiÈRE (A.), château du Gast, à Tanville (Orne). — 1905.
Bonneval (le vicomte Bernard de), château de Vimer, par
Vimoutiers (Orne), et à Paris, 24, avenue d'Antin (vni«).
— 1905.
BouLLÉ (l'abbé), professeur au Petit Séminaire, Sées. — 1905.
* BoLRNisiEN (Jean), à Belléme, et à Paris, 41, rue de Saint-
Pétersbourg (viii«). — 1900.
* BouRNisiEN (M™* Jean), mêmes adresses. — 1901.
Brard, avocat, à Alençon, 15, rue d'Avesgo. — 1893.
Brébisson (de), château des Forges, par Longny. — 1906.
MEMBRES TITULAIRES IX
MM.
* Bricon (l'abbé P.), bibliothécaire au Grand-Séminaire de
Séez. — 19(K).
* Broc (le vicomte Hervé de), château des Feugerets, par
Bellènie (Orne), et à Paris, 15, rue Las-Cases (vu*).
— 1882.
* Brochard (Henri), avocat à Donitront. — 1905.
Broglie (le prince de), château de Cui, par Argentan.
— 1906.
* Brust (Constant), propriétaire à Laleu, par Le Mesle-sur-
Sarthe (Orne). - 1886.
BuGiET (Mgr), curé de La Chapelle- Montligeon (Orne). —
1907.
Cachet (le docteur A.), membre du conseil d'arrondisse-
ment, député de TOrne, à Domfront (Orne), et à Paris,
villa ScheiTer, 12 (xvi*^). - 18»4.
* Caix de Chaulieu (M'"^ la baronne Camille de), château des
Ostieux, par les Yveteaux, et à Paris, 26, rue Marbeuf
(viir). — 1903.
* Caix de Chauueu (M™* la baronne Gérard de), château de
Bernav, par Ecouché, et à Paris, 1, rue Beaujon (viii*).
— 1903.
* Canivet (M"'* Auj^uste), château de Chambois (Orne), et à
Paris, 11, boulevard Magenta (x*'). - 1883.
* Cardon, instituteur en retraite, à Exmes. — 1903.
* Cattois (l'abbé), chanoine honoraire, curé-archiprètre de
la Cathédrale de Sées. - 1900.
* Challemel (Wilfrid), A. Q, rue HauU vie, à La Ferté-Macé
(Orne). - 1882.
Champagne (M"''' la marquise de), château de Mesnil-Jean,
()ar Putanges (Orne), et à Paris, 25, rue de la Villc-
'Evêque (viii^. — 1882.
Charencey (le comte de), membre du Conseil général de
l'Orne, château de Champthierry, par Saint-Maurice-les-
Charencev (Orne), et à Paris, 72, rue de l'Université (vu*').
— 1882.
Chartier (Henry), avocat, à Mortagne. — 1885.
Chennevières-Pointel (le marquis de), conservateur au
Musée du Louvre, professeur à l'Ecole du Louvre, à Paris,
1, rue de la Chaise (vu*'). — 1882.
Chesnes (M""*" Henri des), chàter.u du Mesnil, par Nonanl-
le-Pin. — 1893.
* Chollet (Albert), docteur en droit, juge de paix, à Exmes
(Orne). — 18^K).
i MEMBHKS TITL'LAlliKS
MM.
CoxTADKS (le marquis dk), château de Saint-Maurice-du-
Désert, par La Ferté-Macé, et château de Montgeoflroy,
par Maze (Maine-et-Loire). - HKM).
* Corbière (Henri), maire de Nonant, président de hi Société
départementale d'agriculture de l'Orne, cliiiteau de
Xonant-le Pin. — HK)1.
Cornevillk(A.), maire de Saint-Victor-de-Reno, 16, rue des
Marcheries, Alencon. — llHJô.
CouRCiVAL (M'"*" la marquise de), ^, château de Courcival,
par Bonnétahle (Saiilie), et à Paris, 4(5, rue de Belle-
chasse (vu*'). 1887.
* Cousin, à Domfront, Grande-Rue. — 1903.
Creste (Georges), docteur en droit, trésorier de la Société
Percheronne d'Histoire et d'Archéologie, liPuris^^V^, vue
Vaneau (vu''), et à Mortagne. - 1ÇM)2.
Darel (Kahhé Charles), professeur à Saint-François de
Sales, 20, rue Labillardière, à Alençon. — 1900.
* Darpentigny (J.-B.), greffier de la justice de paix, à Putanges
(Orne). — 1882.
* Dauger (le vicomte Guy), secrétaire de la Commission
diocésaine dWrchitectiîre et d'Archéologie, château du
Jardin, par Putanges (Orne). — HK)3.
Daupeley (Paul), imprimeur, 33, rue Gouverneur, à
Nogent-le-Rotrou. — 190ô.
David (Fabbé), curé-doyen de Briouze (Orne). — 1900.
* Descoutures (Reynold), ancien greffier du Tribunal de
commerce, à Alençon, 42, rue de TEcusson. — 1882.
* Desmonts (l'abbé), curé de Saint-Georges-des-Groseilliers,
par Fiers (Orne). — 1900.
* Desvaux (l'abbé), curé de Damigny (Orne). — 1883.
* DiGUÈRES (Christian des), château de Mén»l-Glaise, par
Ecouché. - 1903.
* Du Buisson (Emile), à Longny. — 1904.
DuLAU, à Londres, 37, Soho-Square. — 1887.
* DuMAiNE (l'abbé L.-V.), vicaire général, président de la
Commission diocésaine d' Architecture et d'Archéologie,
à Séez, 15, inie des Cordeliers. — 1882.
Dupont (l'abbé Joseph), chanoine honoraire, 20, rue
Labillardière, à Alençon. -- 1886.
Dupont (l'abbé Alexandre), curé de la Trinité-des-Laitiers,
par Gacé (Orne). — 1899.
^ DupRAY DE LA Mahérie (Lucieii), membre du Conseil
fénéral de l'Orne, maire de Pervenchères, château de la
'errière, par Pervenchères (Orne). — lj899.
MEMBRES TITULAIRES XI
MM.
DupuY (rabbé), chanoine honoraire, ancien aumônier du
Lvcée, à Alencon, 7, rue de TEcole. — 1882.
Durand (Auguste), maire de Magnv-le-Déscrt, par la Ferté-
xMacé (Orne). — 1896.
* DuvAL (F'rédéric), archiviste-paléographe, archiviste de
la ville de Saint-Denis, secrétaire de la rédaction de la
Revue des Questions historiques, 59, boulevard Pasteur,
Paris (xv<^). — 19()0.
* DuvAL (Louis), I. i), archiviste du département de l'Orne,
ancien archiviste du département de la Creuse, inspecteur
des Archives communales et hospitalières, correspondant
du ministère de Tlnstruction publique pour les travaux
historiques, h Alençon, 47, rue Cazault. - 1882.
DuvAL (l'abbé), curé de Courteille-Alençon. — 1907.
Edouard (le Révérend Père) Lecorney, archiviste général
des mineurs-capucins, à Rome, 71, via Boncompagni.
— 1889.
Farcy (Paul de), vice-président de la Commission histo-
rique de la Mayenne, à Chàteau-Gontier, rue de la Poste
(.Nfayenne). — 1882.
Flaux (M"^), château des Hayes, par la Carneille (Orne).
F'leury (Gabriel), A. Q, imprimeur, 28, place de la Répu-
blique, à Mamers (Sarthe). — 1891.
* FoRTiNiÈRE (Paul HoMMEY DE la), jugc au Tribunal civil,
à Alençon, 2, rue Odolant-Desnos. — 1882.
Foucault (Albert), avocat à la Cour d'Appel, château du
Tertre, par Bellème (Orne), et à Paris, 10, rue de Copen-
hague (viii«). — 1905.
* Foulon (Eugène), architecte, à Laigle (Orne). — 1892.
* France de Tersant (André de), à Paris, 11, rue des Pyra-
mides (r**), et à Sannois (Seine-et-Oise). — 1898.
* F'rance de Tersant (Urbain de), à Séez. — 1903.
F'réville de Lorme (le comte Marcel de), ^, conseiller ré-
férendaire à la Cour des comptes, château de Livet, par
Beaufai (Orne), et à Paris, 12, rue Cassette (vi«). — 1901.
* Frileuze (de), 11, rue des Promenades, à Alençon.
— 1901.
* Frotté (le marauis de), château de Couterne (Orne), et à
Paris, 21, rue fearbet-de-Jouy (vu*). — 1901.
Galpin (Gaston), député, membre du Conseil général de la
Saiihe, château de Fontaine, par Fresnav (Saiihe), et à
Paris, 61 , rue la Boètie (viii'). — 1882.
•Garin (Paul), château d'Avoise, Radon, par Alençon et à
Paris, 15, rue Greuze (xvi*^). — 1ÎK)3.
"Gasté (Maurice de), château de h\ Genevraye, par le Meiie-
rault(Oriie), et à Paris, 6, rueGeorges-Bizet(xvi*). — 1900.
XII MKMBRES TITULAIRES
MM.
* Gatky (l'abbé), curé de Macé, par Séez. — 1890.
Gehmain-Lacour (Joseph), maire de Moulins-sur-Orne, k
Cuigny, par Argentan, et à Paris, 78, rue d'Anjou (viii*).
— 1890.
* GiBERT (Emmanuel de), château d'Echauffour (Orne). —
1902.
* Gilbert (A)., chef comptable divisionnaire en retraite aux
chemins de fer de l'Ouest, à Alençon, 81, rue des Tisons.
— 1896.
* GiLLET (Charles), membre du Conseil d'arrondissement,.
château de Dompierre, par Champsecret (Orne), et k
Paris, 8, rue de Levis (xvii*). — 1903.
Girard (l'abbé), vicaire général, à Séez. — 1883.
GoBiLLOT (René), négociant, 24, boulevard Hippolyte-P'aure,.
Châlons -sur -Marne (Marne), et à Mauves (Orne). —
1904.
* GoBLET (l'abbé F.), curé de Sainl-Jean-de-la-Forèt, par
Noce. — 19(K).
* Godet (l'abbé), curé du Pas-Saint-Lhômer, par Moutiers-
au-Perche (Orne). — 1882.
GoMOND (E.), ancien professeur agrégé au Lvcée, présfdent
honoraire de la Société d'Horticulture de TOrne, à Alen-
çon, 22, rue Candie. 1897.
* GoLTiEON (l'abbé Daniel), curé des Tourailles, par la Car-
neille (Orne). - 1903.
* GouRDEL (l'abbé), curé de Sainl-Hilaire-de-Briouze (Orne)^
1893.
*.Grente (l'abbé Georges), ancien élève de l'école des Carmes^
docteur ès-lettres, directeur du collège diocésain, à Saint-
Lô. - 1903.
* GuERCHAis (l'abbé), vicaire, à Mortagne. — 1903.
* GuÉRiN (l'abbé R.), chanoine prébende, aumônier du Monas-
tère de Sainte-C^laire, à Alencon, 5, rue de la Demi-Lune.
— 1886.
GuÉRiN (l'abbé Ambroise), curé de Saint-Pierre de Mont-
sort, à Alencon. — 1ÎK)2.
" GuESDON (l'abbé), chanoine titulaire, à Séez. - 1891.
GuESNON (A.), membre de l'Académie d'Arras, correspon-
dant honoraire du ministère de 1 Instruction publique»
93, rue du Bac, à Paris. — 1904.
* GuiLLKT (l'abbé), à la Chapelle-Montligeon. — 1904.
* GuiLLOCHiM (Victor), maire d'Argentan, avoué près le Tri-
bunal civil, 5, rue de l'Orne, à Argentan. — 1901.
MEMBRES TITULAIKES XIII
MM.
^ GuiLLOUARD (Jean), professeur à la Faculté de droit de
rinstitut Catholique de Paris, 3, rue Saint-Simon, à
Paris (vir). — 1903.
-GuiLLOUARD (Louis), aiicieu bâtonnier de Tordre des
avocats, professeur du Code Civil à TUniversité, membre
correspondant de l'Institut, à Caen, 9, rue des Cordeliers.
— 1882.
Harel (Paul), à EchauiTour (Orne). — 1883.
'* Havas (l'abbé), curé-doyen de Saint-Léonard d'Alençon,
10, rue des Marais, à Alençon. — 1904.
Heurtaumont (le vicomte de), conseiller d'arrondissement,
château de la Gohyère, par Saint-Mard-de-Reno (Orne).
— 1907.
^ HoMMEY (le docteur Joseph), A. Q, médecin de l'hôpital de
Séez. - 1897.
HoMMEY (Léon), ►{<, ancien membre du conseil municipal,
à Alençon, 5, rue de l'Ecole. — 1882.
Hubert (Joseph), notaire, à Sées, rue Billy. — 1906.
HuLOT (Paul), architecte, diplômé par le Gouvernement,
27, rue Singer Paris (xvi*). — 1905.
^ Jamet (l'abbé A.), curé de Guerquesalles, par Vimoutiers.
— 1899.
JossE (l'abbé), chanoine titulaire, chapelain de l'Imma-
culée-Conception, chanoine honoraire, à Séez. — 1882.
JoussELiN DE Saint-Hilaire (Mauricc), ingénieur des
Constructions civiles, 102, rue deVaugirard, a Paris (vi*),
et à Alençon, 10, rue de Bretagne. — 1902.
JouviN (Henri), 47 bis, avenue Bosquet, à Paris (vu*). —
1902.
* La Bretêche (A. du Moulin de), à Argentan, 17, rue des
Vieilles-Halles. — 1883.
* Lacroix (Fernand), ingénieur des Arts et Manufactures,
47, rue du Ranelagh, a Paris (xvi*). - 1904.
^ Lahaye (J.), propriétaire, 28, rue Cazault, Alençon. — 1904.
LaiNde (l'abbé), aumônier de l'Hospice dAlençon, 20, rue
Labillardière. — 1896,
Laporte, ancien sous-préfet, à Alençon, rue de Bretagne, 20.
— 1883.
La Serre (Roger-Barbier de), #, conseiller référendaire
à la Cour des Comptes, château du Houssay, par Moulins-
la-Marche (Orne), et 25, rue de Grenelle, à Paris (vu®).
— HK)1.
La Serre (l'abbé de), professeur au Grand Séminaire de
Paris, château du Houssay, par Moulins-la-Marche
(Orne), et à Paris, au Grand Séminaire. - 1904.
XIV MEMBRES TITULAIRES
MM.
* Lassaussaye (M"^), à Echauffour. — 1904.
* Leboucher (Jean), ancien pharmacien, conseiller d'arron-
dissement, vice-président de la Société d'Horticulture de
rOrne, premier adjoint au maire d'Alençon, 118, rue du
Mans, à Alencon. — 19()1.
Lebreton (l'abbé J.), chanoine titulaire, ancien vicaire
général, à Séez. — 1882.
Lechevrel (Joseph), licencié ès-lettres, à Saint-Paul, près
Fiers. — 1904.
Leclère (Adhémar), résident de France à Kratié (Cam-
bodge). - 1894.
Lecœur, pharmacien, lauréat des Hautes Etudes, à Vimou-
tiers (Orne). — 1896.
Lecointre (M"'*' Eugène), 11, rue Saint-Biaise, à Alençon
et château de l'Isle, par Alençon. — 1903.
Lecointre (Georges), à Alençon, 4, rue Jullien. — 1890.
Le Comte (Ernest), ^, membre du Conseil général de la
Sarthe, château de Monti^ny, par la Fresnaye-sous-
Chédouet (Sarthe), et à Paris, 124, rue de Provence (viii*').
— 1883.
* Le Faverais, avocat général, à Amiens. — 1903.
Lefébure (Léon), #, ancien député, membre de l'Institut,
cluUeauaeRonfeugerav,par Athis(Orne),à Orbey (Alsace)
et à Paris, 36, avenue Marceau (viii*'). — 1890.
Léger (Louis), à Paris, 8, rue Le Peletier (ix'). — 1899.
* Leguernay (François), ^, A. O, vice-président du Conseil
âénéral de l'Orne, président ae la Société d'Horticulture
e l'Orne, route de Sées, 1, à Alençon. — 1903.
Le Hardy (Gaston), secrétaire de \a Société des Antiquaires
de Normandie, château de Billy, Rots, par Bretteville-
rOrgueilleuse (Calvados), et à Caen, 9, rue des Cordeliers.
— 1882.
* Lemaitre (l'abbé), chanoine titulaire, à Sées. — 1886.
** Le Marois (le comte^, château de Lonray, par Alençon, et
à Paris, 59, rue Samt-Dominique (vu'*). — 1893.
* Lemarquant (Henri), L i}, #, sous-chef de bureau au
Ministère de l'Intérieur, à Paris, 11, rue des F'euillantines
(v*^), et à Ecouché (Orne). - 1883.
Lemonnier (l'abbé^, chanoine honoraire, archiprêtre de
Notre-Dame, à Alençon, 17, rue du Bercail. — 1900.
Le Monnier (Romain), publiciste, à Fiers. ~ 1903.
* Le Nei'f de Neifville (M.), I. ^|, président honoraire du
Tribunal Civil d'Alençon, bibliothécaire honoraire de la
Société historique et arcliéologiqiie de l'Orne, à Alençon,
3, rue du Parc. - 18S2.
MHMBRKS TITULAIRES XV
MM.
* LEPRKTRE(F'élix), avocat,!, rue de rEcole,à Alençon. — 19()3
Le Rouillé (Jules), château de la Fayeiicerle, à Saint-
Denis-sur-Sarthon (Orne). — 1907.
* Leroy (Paul), quincaillier, à La Carneille (Orne). — 1904.
Le Roy-White (J.), château de Rabodanges, par Putanges
(Orne), et 120, rue du Bac, Paris (vii«). — 1907.
Lessart, maire de Saint-Siniëon (Orne), h Alençon,
5, place Saint-Léonard. — 1892.
* Letacq (rabhé), aumônier des Petites Sœurs des Pauvres,
à Alençon, 151 hfs, rue du Mans. — 1887.
Levain (Charles), à Caorches, par Bernay (Eure). — 1882.
Levassort (Docteur), rue de la Sous Préfecture, à Mortagne
(Orne). — 1907.
* Le Vavasseur (M'"'' Gustave), château de la Lande-
de-Lougé, par les Yveteaux (Orne). - - 18%.
Léveillé (labbé), chanoine honoraire, supérieur du Petit-
Séminaire de La Ferté-Macé (Orne). — 1886.
* Le Veneur de Tillières (M"'' la comtesse), château de
Carrouges (Orne), château de Trégaret, par Sixt (Ille-et-
Vilaine), et à Paris, 89, faubourg St-Honoré (viir).— 1904.
Lévis-Mirepoix (le comte de), député, château de Chère-
perrine (Orne), par Mamers (Sarthe), à Alençon. 41, rue
du Cours, et à Paris, 121, rue de Lille (vii«^). — 1889.
LoRiLLEUX (Pierre), à Chantecocj, Puteaux (Seine). — 1906.
LoRMEAU (l'abbé), licencié ès-sciences mathématiques, doc-
teur en droit, protesseur au Collège de Juilly (Seine-et-
Marne. — 1905.
LouTREUiL, manufacturier, à Moscou, 17, Pretchialenka,
maison de la princesse Galitzin. — 1887.
LouvARD (Fabbé), chanoine honoraire, supérieur de TEcole
Saint-François de Sales, à Alençon, 20, rue Labillardière.
— 1904.
* LouvEL (Marcel), 110, rue Saint-Martin, h Argentan. — 1894.
* Ludre-Frolois (le marquis de), membre du Conseil géné-
ral de rOrne, maire de Longny, château de Longny, et à
Paris. 4, square du Bois-de-Boulogne (xvi*'). — 1906\
Macaire (Henri), L O, chef de division honoraire à la Pré-
fecture de rOrne, a Alençon, 10, rue de la Demi-Lune.
- 1882.
' Mackau (le baron de), ^, LQ, député, membre du Conseil
général de TOrne, chiiteau de Vimer, par Vimoutiers
(Orne), et à Paris, 22, avenue d'Antin (viir). — 1882.
* Mallet (Tabbé), chanoine honoraire, ancien professeur
d'archéologie au Petit Séminaire de Sées, membre de
la Commission diocésaine d'Architecture et d'Archéologie,
à Alençon, 9Î), rue des Tisons. — 1882.
XVI MEMBUES TITULAIRES
MM.
Mallkt, à Coiidé-sur-Sarthe, par Alençon. - 1907.
* Mallevoue (Fernand de), #, A. Q, à Paris, 22, rue de
Verneuil (vu*), et manoir de Samt-Germain-d'Aulnay,
par le Sap (Orne). — 1896.
Marais (Paul), I. ii, archiviste-paléographe, conservateur-
adjoint à la Bimiothèque Mazarine, à Paris, 23, quai
Conti (vi«). — 18S2.
Marais (Henri), hanquier, ancien président du Trihunal de
Commerce, à Laigle (Orne). — 1907.
Marcère (Emile des Hayes de), G.-C. ►îj, sénateur inamo-
vihle, ancien ministre, au Logis, Messei (Orne), et à Paris,
23, rue Montaigne (viir). — 1882.
* Margaritis (Raoul), agent de change près la Bourse de
Paris, à Versailles, 14, avenue de Vilieneuve-l'Etang, et
château de la Gàtine, par Villiers-sous-Mortagne. —
189^).
Margaritis (Pierre), 14, avenue de Villeneuve-TÉtang,
Versailles. — 1902.
Martin du Gard (Roger), archiviste-paléographe, 1, rue
du Printemps, Paris (xvii«). — 1905.
* Mauté (le docteur A.), médecin des Hôpitaux, 9, rue de
Monceau, Paris (viii^), et à Verrières, par Berd*huis
(Orne). — 1901.
* Méliand (l'abhé), curé de Villers-en-Ouche (Orne). — 1898.
Mesml (l'abbé), curé de Vingt-Hanaps. - - 1905.
* Mézen (Albert), architecte, diplômé par le Gouvernement,
à Alençon, 29, boulevard Lenoir-Dufresne. — 1900.
MoNTEMBAULT(Léon), aucicn magistrat, i\ Domfront. — 1901 .
* MoTEY (le vicomte Renault du), C. ►{<, G. O. ►Ji, avocat,
docteur en droit, membre du Conseil Héraldique de
France et de V Association des Che\Hiliers Pontificaux^
à Alençon, 44, rue Saint-Biaise. — 1884.
Moulinet, avocat, à Argentan (Orne). — 1902.
Nanteuil (le baron Amaury de la Barre de), château de
La Chevallerie, Hautéclair, par Arconnay (Sarthe). —
1897.
Nanteuil (le vicomte Emmanuel de la Barre de), château
de Moire, par Fresnay (Sarthe), et rue de TAsile, 1, à
Alençon. - 1899.
* NoRis (Charles), au Val-Sainl-Bônur (Orne), et à Paris, 21,
Villa d'Alésia (xiv*-). - 1904.
* Normand (Charles), architecte diplômé par leGouvernement,
président et fondateur de la Société des Amis des Monu-
ments Parisiens, 98, rue de Miromesnil, Paris. — 1904.
MKMBRES TITULAIRES XVII
MM.
Olivier (Fabbé), vicaire de Bazoches - en - Hoiihne. —
1899.
Parmentier (A.), ancien sous-préfet, receveur des finances
honoraire du xx*' arrondissement de Paris, à Alençon,
1, route de Paris. — 1907.
Paixhans (Louis), château de la Bijude, par Brelteville-sur-
Laize (Calvados), et 52, rue de Ponthieu, Paris (viir).
— 1907.
Patoi' (Urbain), avocat, à hi Fosse-Avrilli, par Doinfront.
— 1882.
Pavsant (rabl)é), curé du Mesnil-Gondouin, par Putanges
(Orne). — HH)5.
* Pelletier (Victor), maire de Condé - sur-Huisne. —
IIKIO.
Pierre (rabl)é I.), 115, rue Marcadet, Paris (xviir). —
HK)2.
* PiERREV (Maurice), château de La Guvardière, en hi Haute-
Chapelle, et à Paris, 76, rue de la f'aisanderie (xvi'). —
19():i
* Porcher (Jac({ues), 1, rue du Regard, Paris, et Le Clos-
André, à Gacé (Orne). - 1901.
PoiugiET (Kugène), O. 4jjJ, sénateur, membre du Conseil
général de r()rne. château de Blanche-Lande, par Mor-
trée (Orne), et à Paris, 23, rue Galilée (xvr). — 1882.
* Prempain (Charles), architecte, à Sées. — 1882.
* Pringault (Raoul), agent- vover en retraite, à Écouché
(Orne). — 11K)0.
* Prodhomme (le docteur), maiiv de Putanges. — 1903.
* Régnier (Louis). A. S,|, à Evreux, 9, rue du Meilet. —
1890.
RiBOUx(rabbé A.), curé deSte-Marie-la-Robert (Orne). —
1904.
* RiCHER (Tabbé A.), aumônier de la Providence, à Alencon,
15, rue du Pont-Neuf. — 18S2.
* Rivière (Albert), ^, ancien magistrat, château de la
Gatine, par Viliiers-sous-Mortagne (Orne), et à Paris,
52, rue d Amsterdam (ix^). — 1900.
RoBET (M"'), château de Malefïre, par Alençon. - 1900.
* Rocher (le docteur), rue des Cordeliers, à Sées. —
1904.
* Rœdeher (le comte), ^, nicMiibr.» du Conseil général de
rOrne, château de Bois- Roussel, par Essai, et 5, rue
Freycinet, Paris (xvi*'). — 1903.
*. Roger (M""' G?orges), à Planchi?s, pur S:iinl>G:iul)u rge. —
1904.
2
XVIII MKMBRKS TITULAIRES
MM.
RoMANET (le vicomte Olivier de), ►{<, archiviste-paléographe,
fondateur des Documents sur la province du Perche,
président de la Société Percheronne d'histoire et d'ar-
chéologie, château des Guillets, par Mortagne. — 1882.
RoMET (M'"'^ Paul), 24, rue du Pont-Neuf, à Alençon.— 1907.
** RoMET (Paul), memhre du Conseil général, vice-président
de la Société d'Horticulture de l'Orne, à Alençon, 24, rue
du Pont-Neuf, et château de Saint-Denis-sur-Sarthon
(Orne). — 1887.
* RoMKT (M"»*^ Charles), à Alençon, 34, rue du Jeudi. — 1903.
** RoMET (Charles), membre du Conseil d'arrondissement, à
Alençon, 34, rue du Jeudi. — 1893.
* RoTOURS (le baron Jules Angot des), A. Q, vice-président
de la Société d' Economie sociale, membre de la Commis-
sion diocésaine d'Architecture et d'Archéologie, maire
des Rotours, château des Rotours, par Putanges (Onie),
et à Paris, 35, rue Washington (viii*). — 1886.
Rotours (le baron André Angot des), château des Rotours,
par Putanges (Orne), et à Paris, 9, avenue de Villars(vn*)
— 1906.
RouLLEAUx-DuGAGE (le baroii Henry), château de Livon-
nière, à Rouelle, par Domfront, et à Paris, 5 bis, rue de
Berri (viir). — 1897.
* Sainte- Preuve (M™* la baronne de), château de Boisbulant,
par Alençon. — 1890.
Saint-Pierre (Henri deGrosourdy, marquis de), conseiller
référendaire honoraire à la Cour des Comptes, président
de r Union Bas-Xormande et Percheronne, membre du
Conseil général de l'Orne, château de la Vente, par le
Bourg- Saint-Léonaixl (Orne), et 25, faubourg Saint-
Honoré, Paris (viii^. — 1902.
Salze (Edmond), 3, avenue de l'Eglise, Le Chesnay-
Versailles (Seine-et-Oise). — 1885.
Sandret (Jean), A Q, architecte du Gouvernement et du
département de l'Orne, 15, rue des Champs, à Alençon.
— 1907.
* Sars (le vicomte Albert de), membre do Conseil d'arron-
dissement, château de Bellebranche,parBouère(Mayenne),
(Mayenne), et 31, avenue de Saxe, Paris (vii«). — 1903.
* Savary (Georges), Caissier à la Recette des Finances, à
Domfront. — 1901.
* Schalck de iJi Faverie (M™*' F.), membre de la Société des
Gens de lettres, au Val-Nicole, par Domfront, et à Pai'is,
avenue de la Grande-Armée, 8,*i (xvr). — 1882.
Semallé (le comte Robert de) château de Frebourg, jjar Ma-
mers (Sarthe), 16 bis, avenue Bosquet, Paris (vii*=). — 1905.
MEMBRES TITULAIRES XIX
MM.
* Sevray (labbé), à Montrée (Orne). — 1882.
* SouANCÉ (le comte de), chtiteau de Montdoucet, par
Souancé (Eure-et-Loir), et à Alencoii, 72, rue Saint-
Blaise. — 1887.
* ScRViLLE (Auguste), instituteur, à la Chapelle-Biche, par
Fiers (Orne). — 1886.
Tabourïer (l'abbé), vicaire, à Moulins-la-Marche (Orne).
— 1902.
Thoureau (Paul), château des Chaises, par Bellème (Orne),
et à Paris, 12, rue de Penthièvre(viii*).
Tomeret (Hippolvte), I. Q, (M. A.), ancien conseiller de
préfecture de TOrne, à Alencon, 19, rue Desgenettes. —
1882.
** TouRNOiER (Henri), A. Q, O. ^, archiviste-paléographe,
secrétaire d'ambassade honoraire, membre du Conseil
général de l'Orne, vice-président de la Commission diocé-
saine d'Architecture et d'Archéologie^ château de Saint-
Hilaire-des-Novers, par Noce (Orne), et à Paris, 5, bou-
levard RaspailXvir). — 1888.
* TouRNOUER (M"'« Henri), château de Saint-Hilaire-des-
Novers, par Noce (Orne), à Paris, 5, boulevard Raspail
(vn^^). — HKK).
* TouRNOUER (M"'^ Octave), château de Saint-Hilaire-des-
Novers, par Noce (Orne), et à Paris, 203 bis, boulevard
Safnt-Germain (vir). — 1888.
Triboté (l'abbé L.), chanoine honoraire, curé-doyen de
Bellème. — \Sm.
* Triger (Robert), docteur en droit, ancien conseiller d'ar-
rondissement, correspondant du Ministère de l'Instruction
publique et des Beaux-Arts, président de la Société histo-
rique et archéologique du Maine, aux Talvasières, près
Le Mans, et au \Ians, 5, rue de l'Ancien-EIvèché. — 1882.
Trified (l'abbé F.), curé-doyen de Noce. — 1900.
TuRGEON (Charles), professeur d'Economie politique à la
Faculté de Droit, de l'Université de Rennes, 21, boulevard
Sévigné, à Rennes. — 1883.
Ubald d'Alençon (le R. P.), 11, passage Stanislas, Paris
(vi«). — 1903.
* Vaucelles (le comte Jules de), membre du Conseil général
de l'Orne, château ae Lignou, par Briouze (Orne), et à
Paris, 18, rue de Marignan (vin''). — 1892.
* Vérel (Charles), A. Q, à Nonant-le-Pin (Orne).
* ViGAN (Victor de), à Bellème, et château de la Renardière»
par Bellème (Orne). — 1900.
ViGNERAL (le vicomte de), 16, rue Edmond-Valentin, Paris
(vni*), et château de Ri, par Putanges (Orne). — 1906.
XX MEMBRES TITULAIRES
MM.
* ViMARD (Achille), château des Tourailles, par la Carneîlle
(Orne), et 12, place Rougeinare, Rouen (Seine-Inférieure).
— 1904.
* Voisin (Etienne^, château de la Gàtine, par Villiers-sous-
Mortagne, et a Paris, 67, rue d'Amsterdam (viii*^). — 1900.
* Voisin (Félix), 0.#, membre de l'Institut, doyen de la Cour
de Cassation, ancien député, ancien préfet (le police, châ-
teau de la Gàtine, par Villiers-sous-Mortagne, et à Paris,
11 bis, rue de Milan (ix*-). — 1H99.
Cercle Littéraire, 5, rue Matignon, Alençon.
Sociétés Savantes et Etablissements Publics
Auxquels la Société Jiishrique et Archéologique de VOrne
adresse ses Publications et ses Correspondances.
Aîx. — Université d'Aix.
Alençon. — Archives départementales de TOrne.
Alençon. — Bibliothèque publique.
Angers. — Société d'Agriculture, Sciences et Arts.
Angoulème. — Société Archéologique et Historique de la
Charente.
Argentan. — Bibliothèque publique.
Arles. — Le Vieil Arles. — (Poste).
Avranches. Société d'Archéologie d'Avranches et Mortain.
.Bernay. Société libre d'Agriculture, etc., de l'Eure (section
de Bernay).
Bourges. — Société des Antiquaires du Centre.
Caen. — Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres
et Arts.
Caen. — Société des Beaux- Arts.
Caen. — Société des Antiquaires de Normandie.
Caen. — Société Linnéenne de Normandie.
Caen. - Comité des Assises de Caumont, 28, rue de Geôle.
- (Poste).
Chartres. — Société Archéologique d'Eure-et-Loir.
Châteaudun (Eure-et-Loir). — Société Dunoise.
Cherbourg. — Société académique.
Compiègne. — Société française d'Archéologie.
Guéret. — Société des Sciences Naturelles et Archéologiques
de la Creuse.
La Flèche. — Les Annales Fléchoises. — (Poste).
Laval. — Commission Historique et Archéologique de la
Mayenne.
Le Mans. - Société Historique et Archéologique du Maine.
Le Mans. — Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la
Sarihe.
Mortagne. — Société percheronne d'Histoire et d'Archéologie.
Moulins. — Société d'émulation de l'Allier.
Nantes. — Société Archéologique.
Paris. — Ministère de l'Instruction publique (Direction de
l'Enseignement supérieur, 5*^ Bureau). — (6 exemplaires).
Paris. — Bibliothèque Nationale, 58, rue de Richelieu.
XXII KCHANGES
Paris. — Bibliothc(|ue de la Sorbonne, rue de rUiiiversité.
Paris. — Bulletin de l'Union Bas-Normande et Percheronne,
34, rue de Vaneau.
Paris. — Comité des travaux historiques et des Sociétés
savantes.
Paris. — Bibliothèque de TEcole des Chartes, 19, rue de
la Sorbonne.
Paris. — Revue des Questions Historiques, 5, rue Saint-
Simon. — (Poste).
Poitiers. — Société des Antiquaires de l'Ouest.
Quimper. — Bulletin de la Commission diocésaine de Quim-
per et de Léon (Finistère). — (Poste).
Rennes. — Société Archéologique.
Rochechouart. — Société des Amis des Sciences de Roche-
chouart (Haute-Vienne.
Rouen. — Société de l'Histoire de Normandie.
Rouen. — Société Normande de Géographie.
Rouen. — Commission des Antiquités de la Seine-Inlérieure.
Saint-Dié. — Société Philomatique Vosgienne.
Saint- Lô. — Société d'Agriculture et d'Archéologie, 23, rue
des Images.
Saint-Malo. — Société Historique et Archéologique de l'arron-
dissement de Saint-Malo.
Toulouse. — Société Archéologique du Midi de la France.
Tours. — Société Archéologique de la Touraine.
Vannes. — Société Polymathique du Morbihan.
Versailles. — L'Art Sacré. — (Poste).
Société^ Étrangère^
Abbaye de Ligugé, Chevetogne, par Leignan, Province de
Namur, Belgique.
Albanv. — Université de l'Etat de New- York.
Bruxelles. — Analecta Bollandiana, 14, rue des Ursulines.
Costa-Rica (Amérique Centrale). — Museo Nacional.
Davenport. — Academy of Sciences.
Mexico. — Museo Nacional.
Monaco. — Annales du Palais de Monaco.
Montevideo. — Museo Nacional.
Neufchàtel (Suisse). — Société Neutchâteloise de Géographie.
Rio-de-Janeiro — Museo Nacional.
Stockholm (Suède). — Académie Royale des Belles-Lettres,
de l'Histoire et des Antiquités.
Washington. — Smitbsonian Institution.
PROCES-VERBAUX
Séance du 10 Octobre 1907
Présidence de M. Henri TOURNOUER, Président
La Société Historique et Archéologique de rOrnc qui
n'avait pas eu de réunion mensuelle depuis le 18 juillet, tient
aujourd'hui séance dans la salle de la Bibliothèque.
Etaient présents : M"" la baronne de Sainte-Preuve,
MM, Tabbé Bhicon, de Beauregard, Descoutures, Tabbé
Desvaux, Gilbert, René Gobillot, Gomond, Tabbé Mesnil,
l'abbé RiCHER, Paul Romet, baron Jules des Rotours,
Tournouer, Robert Triger.
Se sont fait excuser : MM. Félix Besnard, de Brébisson,
l'abbé Desmonts, l'abbé Dumaine, Louis Duval, Le Roy-
White, l'abbé Méliand, Paixhans, André des Rotours,
Sandret.
Plusieurs candidats sollicitent leur admission dans la
Société :
M°^ la comtesse d'Angély-Sérillac, château de Sérillac,
par Beaumont-le-Vicomte, présentée par M™* la baronne de
Sainte-Preuve et M»"*^ H. Tournouer ;
M. Jules Le Rouillé, château de la Fayencerie, à Saint-
Denis-sur-Sarthon, présenté par MM. Paul Romet et l'abbé
Desvaux ;
M. le vicomte de Heurtaumont, château de la Goyère, à
Saint-Mard-de-Réno, présenté par MM. rabl)é Guillet et
H. Tournoiier ;
2 PROCKS-VEHBAUX
M. Félix Besnard, 13, rue du Collège, à Alençon, présenté
par MM. Descoulures et H. Tourn';ûer;
M. Parmentiek, ancien sous-préfet de Morlagne et de
Domfront, présenté par MM. Louis Duval et Descoutures ;
M. le docteur Levassort, à Mortagne, présenté par MM.
J. Creste et Tournoûer ;
M. Le Roy-White, château de Rabodanges, présenté par
MM. le baron Jules des Rotours et Tournoûer.
H. l'abbé Desvaux fait part de la mort de M»"^ Millet, née
Bigot-Pont mesnil, membre de la Société depuis 1904, décédée
à Alençon, le 23 septembre dernier. M'"*' Millet était la mère
de notre ancien et si regretté collègue, Ernest Millet, le poète
de grand avenir, enlevé prématurément aux lettres fran-
çaises, le 25 mai 1891.
;. le Président interprète heureusement la reconnaissance
des excursionnistes de la Société envers M'"*' la baronne de
Sainte-Preuve, MM. Robert Triger et Paul Romet, présents,
pour le charme, l'allégeance, le confort et l'intérêt que leurs
superbes réceptions ou la maîtrise de leurs explications ont
apporté à nos journées des 27, 28 et 29 août dernier.
;. Robert Triger, à son tour, se déclare chargé par les
membres de la Société Historique et Archéologique du Maine,
d'exprimer leur gratitude pour l'accueil qu'ils ont reçu dans
l'Orne, et le grand plaisir qu'ils ont eu à s'associer à notre
tournée.
H. l'abbé Richer annonce la mise en vente du balcon en fer
forgé de la maison Desrues, rue du Château, que nous avons
eu plusieurs fois l'occasion de visiter. Chacun de nous
regrette que la pénurie de notre budget ne puisse permettre
d'en faire l'achat pour l'adapter à quelque partie de notre
futur musée. M. l'abbé Richer conserve la parole pour taire
part du vol commis en l'église Saint-Léonard d'Alençon, la
nuit précédente. Aucun des journaux, qui ont raconté par le
menu les détails de ce cambriolage, n'a paru savoir que la
tapisserie représentant une Sainte- Famille arrachée de son
cadre, avait été récemment classée en 1904. Les cambrioleurs
semblaient plus au courant de ces particularités.
PROCES-VERBAUX 3
M. le Président fait en résumé le récit de Texcursion du
mois d'août, au Mans, à Fresnay et les environs d'Alencon.
\\ parle de la nécessité de Tinstallation du Musée. Là,, encore,
nous sommes arrêtés par le manque de ressources. Le corps
de bibliothèque installé récemment dans la salle des réunions
étant loin de suffire pour contenir tous les livres et publi-
cations qui augmentent chaque jour, il est décidé de consacrer
<l'urgence le reliquat de 250 hancs restant de la souscription
pour Tameublement de notre local, à faire établir des rayons
supplémentaires dans la même salle. Espérons que de nou-
veaux bienfaiteurs permettront de réaliser Tinslallation du
matériel d'un M usée pour lequel les dons commencent à arriver.
M.Savary envoie des boucles d'oreilles d'homme qui se ven-
daient autrefois à Domfront, telles d'ailleurs que beaucoup
d'entre nous en ont encore vu l'usage autour d'eux, usage que
dans les campagnes on regardait comme un préservatif contre
les maladies d'yeux et quelques autres infirmités.
Descoutures offre un dessin de M. Lisch représentant
l'Exposition tenue à Alençon en 1858.
[. le Président raconte la séance générale de la Société
Percheronne d'Histoire et d Archéologie qui s'est tenue à
la fin de septembre dernier, à Mortagne, devant une assistance
d'environ cent personnes, ce qui constitue une manifestation
de sympathie considérable, étant donnée l'indilTérence habi-
tuelle des Percherons pour les questions qui s'agitent en ces
réunions. Plusieurs de nos collègues y ont successivement i)ris
la parole : M. Tournoùer, faisant lonctions de rapporteur
général, et MM. Georges Creste, René Gobillot, Charles
Turgeon, Louis Fournier, le docteur Levassort, qui vient
aujourd'hui prendre rang parmi nous. Pour imiter ce qui
se passe chez nous, une excursion avait été organisée dans la
matinée pour la visite de l'église du Pin-la-Garenne et du
manoir de Chanceaux.
A première vue, l'église du Pin-la-Garenne avec ses galeries
à jour, ses pinacles aux arrêtes capricieuses, donne l'illusion
d'une structure ancienne et ornementée. Ce n'est en réalité
-qu'une église fort commune du xi*^ siècle. Un vénérable
4 PROCES-VERBAUX
savant et antiquaire, M. Jules Patu de Saint-Vincent, l'a
compliquée d*une ornementation aussi abondante qu*apo-
cryphe. On a tôt fait de le reconnaître, car à part le pitto-
resque de l'ensemble, on se trouve en face du genre d'arclii-
tecture appliqué à Saint-Cénery par le baron Séguier, le
contemporain et le collègue en ferveur gothique du châte-
lain de la Pelonnière et du Pin. Plusieurs morceaux toutefois
méritent de fixer l'attention : un rétable qui serait, paraît il,
celui de l'église priorale de Chesnegalon, la grande fenêtre du
pignon occidental qui figurait autrefois sur le mur de chevet
de Notre-Dame de Mortagne. Elle fut apportée au Pin avec ses
verrières, lorsque vers le milieu du siècle dernier, on pro-
longea en hémicycle le chœur de Notre-Dame. A ne citer que
pour mémoire les ossement enlevés au Val-Dieu de tombes
déjà prohmées et fouillées en 1793, et que M. de Saint-Vincent
emporta comme étant ceux du comte du Perche Pierre II et
de sa fille Jeanne. Ceux qui assistèrent à cette exhumation,
dont nous avons connu plusieurs témoins, ne semblèrent en
prendre les résultats au sérieux que dans le procès-verbal.
Chanceaux, sur la paroisse de Saint-Jouin-de-Blavoult, est
un manoir de structure imposante avec de vastes salles aux
énormes cheminées, datant du xv* siècle, avec modifications
et adjonctions faites successivement jusqu'au xvui* siècle.
11 a été l'objet d'une notice fort curieuse par M. Adolphe
Vard, dans la Normandie Monumentale et Pittoresque.
H. le Président dépose sur le bureau un plan de Mortagne,
où l'état ancien se trouve indiqué de façon très habile sur la
topographie actuelle. Ce plan, tiré à un nombre limité d'ex-
emplaires, est en vente chez son auteur. M. Fournier, impri-
meur et libraire à Mortagne.
Il est ensuite fait choix des articles qui rempliront le pro-
chain bulletin et on décide que MM. le chanoine Guesdon et
Surville seront sollicités de faire des notices néci'ologiques de
MM. l'abbé Barret et Appert, dont la publication s'est trouvée
retardée jusqu'ici par des circonstances malheureuses.
MM. Tournoùer et Wilfrid Challemel préparent les biblio-
graphies de MM. de Contades et Appert et sollicitent les-
PROCES-VERBAUX 5
renseignements et documents qui pourraient leur aider à
rendre ce travail aussi complet que possible.
Il est annoncé qu'une nouvelle feuille du Pouillé du diocèse
de Sées sera prête à être distribuée aux souscripteurs pour le
l**" janvier.
Il est donué communication d'une lettre demandant des
renseignements sur les seigneurs qui ont accompagné Guil-
laume le Conquérant à la conquête de TAngleterre.
Lecture est également faite d'une lettre de M. de Brébisson,
où se trouve agréablement narrée une collaboration impro-
visée du célèbre botaniste normand, père de notre collègue,
aux fêtes théâtrales données sous le premier empire, par le
sénateur Rœderer. Les pièces, dont plusieurs étaient l'œuvre
même du châtelain de Bois-Roussel, étaient jouées dans un
pavillon construit à cet effet dans le parc du château. Il
portait le vocable de Matignon, le seigneur de Lonray, gou-
verneur d'Alençon, et ne fut démoli qu'il y a seulement une
trentaine d'années.
Enfin, pour clore la séance, M. le Président veut bien nous
faire part de la promesse donnée par M. le Maire d'Alençon
que des mesures vraiment efficaces seront prises pour la mise
en place du vitrail du xiv siècle « l'Adoration des Mages »,
dont les pièces mêlées continuent de servir en remplage au
tympan de la deuxième fenêtre sud de la nef de Notre-Dame
d'Alençon.
La Séance est levée à quatre heures.
Le Secrétaire- Adjoint :
L'Abbé A. DESVAUX.
-6 FHOCÈS-VEHBAUX
Séance du 14 Novembre 1907
Présidence de M. Henri TOURNOUER, Président
Le 14 novembre, à deux heures et demie, la Société Histo-
rique et Archéologique de l'Orne a tenu sa séance ordinaire
dans la salle de sa Bibliothèque, à la Maison d'Ozé.
Etaient présents : M"*' L. Robet, MM. Descoutures, Tabbé
Desvaux, Louis Duval, Urbain de France, Gilbert, Tabbé
Letacq, Tabbé Mesnil, l'abbé Richer, Paul Romet et
ToURNOUER.
Se sont fait excuser : M'"*' la baronne de Sainte-Preuve,
MM. de Brébisson, Tabbé Dumaine, Félix Besnard, labbé
GuERCHAis, Tabbé Desmonts, Tabbé Guesdon, René Gobillot,
Léon HoMMEY, le vicomte Dauger, Tabbé Mèliand, le
comte Rœderer, le baron Jules des Rotours.
M'nc jjj comtesse d Angély-Sêrillac, MM. Jules Le Rouillé,
le vicomte de Heurtaumont, Parmentier, ancien sous-préfet,
Félix Besnard, le docteur Levassort, Le Roy White, pré-
sentés à la dernière séance, sont proclamés membres de la
Société.
M. Léon Hommey donne sa démission de trésorier du
Comité organisé jadis pour recueillir les fonds nécessaires à
la réparation de la Maison d'Ozé et dont la mission elle-même
est terminée. Les pièces justificatives de la souscription, avec
l'analyse du dossier, sont déposées sur le bureau. Décharge
est donnée à M. Hommey de sa gestion, avec vote de l'inser-
tion au procès-verbal des remercîments qui lui sont adressés
pour le zèle, l'activité et le bon succès avec lesquels il a rem-
pli cette laborieuse fonction.
M. Mézen, architecte, fait présenter le règlement de compte
pour la façon et l'acceptation du corps de bibliothèque qui
PROCKS-VKRBAUX 7
vient d'élre placé dans la salle de nos séances. Il a été payé-
de ce chef la somme de 894 francs à M. Lehouc, menuisier à
Alençon. La Société satisfaite de ce travail, décide, sur l'avis
de M. le Président, que deux autres meubles dans le genre de
celui qui est installé, seront i)lacés de chaque côté de la
cheminée de la même salle, crédit étant accordé pour solder
les frais de cette acquisition.
M. Tabbé Richer, pour faire suite à cette question, annonce
que les frais d'installation dans la Maison d'Ozé joints à un
mémoire de reliure se sont élevés à la somme de 90 francs.
M. le Président annonce qu'il a reçu une somme de 1.146
francs pour rameublement de nos salles. Klle sera employée
à payer les bibliothèques.
M. Descoutures exprime un vœu chaleureux pour que la
salle des séances soit pourvue d'un appareil de chaufTage
d'effet pratique, certains sociétaires ne voulant pas, dit-il,
exposer leur santé à l'atmosphère sibérienne de notre local.
Satisfaction lui est promise.
M. le Président propose d'organiser définilivement la Com-
mission du Musée de la Société à la Maison d'Ozé. M. Tour-
nouer est nommé président d'honneur, M. Paul Romet,
président. Membres : MM. Descoutures, Louis Duval,
Tomeret, le comte Le Marois, Mézen, Félix Hesnard, le comte
de Souancé, Gilbert. Secrétaire, M. l'abbé Desvaux.
M. l'abbé Gatry, qui a déjà donné une superbe collection
de céramique ornaise, promet d'assurer plus tard à notre
Musée la possession de ses autres collections archéologiques
non moins précieuses.
M. Paul Romet dépose sur le bureau plusieurs spécimens
curieux des anciennes laïences de Saint-Denis avec un beau
lot de vieilles gravures.
M. le chanoine Guesdon offre une bulle de Benoît XIV,
fuhninant institution d'un doyen à la collégiale des Andelys,
en 1741.
Dom Paul Denis moine Bénédictin de l'abbaye de Solesmes,
8 PROCÈS-VERBAUX
actuellement exilée au château d'Appuldurcombe House, à
Wroxall, dans Tîle de Wight, demande des renseignements
sur dom Petey de THostallerie et sa famille, sur dom Simon
Bougis, né à Sées, en 1630, et sur les armoiries de sa famille.
M. Urbain de France qui a fait une étude approfondie des
vieilles familles sagiennes et argentanaises, possède sur ce
dernier des renseignements qui intéresseront extrêmement
l'érudition bénédictine.
M. Surville annonce une biographie de M. Daligault, ancien
directeur de l'Ecole Normale d'instituteurs de l'Orne, qui a
laissé à Alençon et près de ses anciens élèves une mémoire
entourée de vénération.
M. Guesnon offre un exemplaire de son docte travail sur la
surprise d'Arras par Henri IV, dont ^l. Louis Duval fait un
éloge compétent avec promesse d'un compte rendu pour le
Bulletin.
M. Louis Duval est prié de vouloir bien se charger désor-
mais de la bibliographie des travaux publiés par les membres
de la Société. M. l'abbé Desvaux trouve, en effet, que cette
Bibliograppie envahit trop sa Chronique Ornaise et que
M. Duval est particulièrement désigné, par ses études et ses
fonctions, pour s'acquitter de ce travail à la satisfaction et au
profil de tous.
Echange est voté de la collection de notre Bulletin contre
les Annales du Palais de Monaco,
M. le Président annonce que les plans de M. Wable sur le
vieux manoir de Courboyer et sa restitution architecturale
primitive, disparus de leur carton depuis plusieurs années,
sont enfin retrouvés. M. Lheureux, architecte à Alençon, qui
les avait acquis chez un marchand d'antiquités, s'est empressé
de les offrir à la Société dès qu'il en a connu l'origine, sans
vouloir accepter aucun dédommagement pour ses frais d'acqui-
sition. M. le Président Ta prié de vouloir bien agréer l'expres-
sion de notre reconnaissance.
H. le Président fait part de la publication de comptes rendus
PROCÈS-VERBAUX 9
sur notre excursion du mois d'août, insérés dans la Reçue du
Maine, \q% Annales Flèchoises, le Journal dWlençon, V Indé-
pendant de VOrn^, YAlmanach de VOrne, le Bellêmois et
autres publications pleines de sympathie pour la Société.
Déjà il a pu préparer un projet d'excursion pour Tété pro-
chain. Le pays à explorer est la région située entre Falaise et
Argentan. Nous aurions à visiter successivement Falaise,
Saint-André-de-Gouffern, le faubourg de Guibray, les anti-
quités de Falaise, avec coucher en cette ville. Le lendemain,
Mesnil-Villement sur les bords de l'Orne, la vallée de la
Rouvre, la Roche d'Oitre, la Forêt- Au vray, Rabodanges, Ri,
les Rotours, avec séance solennelle le soir à Putanges. Le
troisième jour serait consacré à Commeaux, Bazoches-au-
Houlme, Habloville, la Courbe et le Château -Gontier, Pom-
raereaux, la Queurie, avec dislocation de la caravane à Argen-
tan. Ce projet est acclamé à l'unanimité.
H. Tabbé Desvaux demande que des mesures efficaces
soient prises le plus tôt possible pour assurer la réalisation
d'un vœu précédemment émis à propos de la restiiuration du
monument élevé sur la tombe du curé Mérino, dans le cime-
tière Noire -Dame. Cette tombe est menacée d'une ruine
prochaine. Pareille observation à propos d'un autre vœu
pour que des notices ou mémoires historiques soient consa-
crés aux établissements religieux fondés dans le cours du
xix*" siècle à Alençon et autres villes de noire ressort, et qui
viennent d'être supprimés. Les chercheurs de l'avenir seront
heureux de pouvoir se documenter sur ces monuments de
notre histoire diocésaine dans les notes laissées par les
contemporains.
L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre
heures.
Le Secrétaire Adjoint :
L'Abbé A. DESVAUX.
POPHAIT D'UflfOlNE U BOliUBOK
Nous donnons celte année en tête de notre Bulletin, pour
continuer la suite des personnalités qui nous intéressent^
le portrait d'Antoine de Bourbon.
Antoine de Bourbon, pair de France, duc de Vendôniois»
comte de Convcrsan, Marie et Soissons, vicomte de Meaux,,
baron d'Espernon, Montdoubleau, Blou, Brion, Aurilly,
Ailly-sur-Noye, Sourdon, Broyé, Nogent-le-Rotrou, seigneur
d'Anghuien, Bournim, Bourbourg, Duneroles, Gravellinghes,.
Roddes en Flandres, Oisy, Ham, Bohaing, Beaurevoir,.
Hendinel, Tingry, Hucquelière, des Tonnelieux-de-Bourges,
des Transports-de-Flandres, châtelain de Tlsle, était fils de
Charles de Bourbon, V duc de Vendômois et de Françoise
d'Alençon. Par sa mère, fille de René et de Marguerite
de Lorraine, il se rattachait donc à la lignée des ducs d*Alen-
çon. Il naquit le 22 avril 1518 et épousa en 1548 Jeanne
d'Albret qui le fit roi de Navarre et père de Henri IV. Il fut
gouverneur de Picardie et d'Artois, Lieutenant-général du
royaume pendant la minorité de Charles IV; ayant embrassé
la religion catholique il s'unit au duc de Guise et au maréchal
de Saint-André contre les calvinistes ; il prit Bourges sur eux,,
assiégea Rouen et s'en einpara, mais, blessé à mort, il
succomba aux Andeivs le 17 novembre 15G2. 11 avait eu une
fille, Catherine, mariée à Henri de Lorraine, duc de Bar,
Cette gravure, de Balthasar Moncornet (1), porte comme
légende : « Anthoine de Bourbon, Roy de Navarre, Prince de
Béarn, duc de Vendosme et d'Alençon ». A gauche de
l'ovale, en haut, armes des maisons de Bourbon et de Navarre
surmontées de la couronne royale ; à droite, une couronne de
lauriers.
Il) Haltliasar Moncunict, peintre, graveur au burin, né à Rouen vers
1630 et mort après 1670.
EXCUi{S10^ Ali^I^OLOeiQUE
DANS
le Maine et le Pays d'Alençon
(1)
Dans une causerie très spirituelle faite à Bellême en 1906,
M. de Broc disait : « La Société historique et archéologique
de l'Orne est une société qui se promène et que l'on n'envoie
pas promener ! » Ce sont là deux vérités qui ont reçu dans le
Maine et le pays d'Alençon une éclatante réalisation.
La fête fut brillante, ininterrompue. Les régals y furent
infinis : il y en eut pour l'esprit, pour le cœur, pour les yeux
et même pour l'estomac. Voilà qui est bien matériel, mais
pour être archéologue, on n'en est pas moins homme; et puis
les festins ne sont-ils pas de tradition dans cette fête si
touchante des Noces d'argent?
Des Noces d'argent ! le joli mot I II évoque des idées de
joie, de prospérité, d'espérance ; tout cela tissé, il est vrai, de
quelques respectables cheveux blancs, si peu perceptibles
pourtant au milieu de nos blondes moissons historiques I
Mais, au fait, qu'a-t-elle à craindre du temps, notre Société ?
N'est-elle pas forte de tous les grands noms qui la fondèrent,
la présidèrent, et dont la tradition est, aujourd'hui encore, si
fidèlement continuée ?
(1) Nous exprimons des sentiments très vifs de gratitude à MM. Robert
Triger, Gabriel Fleury et Leboucher, qui nous ont permis de reproduire
dans le compte ren<lu un grand nombre d'excellents clichés leur apparte-
nant, et à M. Giraud, membre de la Société historique et archéologique du
Maine, qui a eu Textrême amabilité de prendre à notre intention des vues
fort intéressantes d'Alençon. Grâce à eux, notre récit est agrémenté
d'illustrations qui seront pour nous des souvenirs et des documents
infiniment précieux.
12 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
Avec d'aussi solides racines elle ne pouvait manquer de
sève, et c'est là le fait le plus remarquable de ces vingt-cinq
années si pleines de promesses : elle a su rester jeune, vivante,
active. Ainsi la vit-on passer dans les rues du vieux Mans,
sur les chemins de laSarthe et de l'Orne et même en Alencon!
PREAIIËRE JOURNÉE (27 Août 1907)
Le 27 août, vers huit heures du matin, la cour de l'hôtel de
Paris, au Mans, était envahie par une foule d'archéologues,
« vénérables Messieurs » de tous âges, auxquels se mêlaient,
ce qui est moins fréciuenl, « nobles Dames et Damoyselles ».
Au milieu des conversations bruyantes et des effusions des
reconnaissances, la trompette présidentielle eut de la peine à
se faire entendre. Peu à peu, cependant, par petits groupes
Ton s'achemina vers la place de la Préfecture. Là, nous
attendaient, en face de l'église de la Couture, deux immenses
véhicules. Ce fut une véritable prise d'assaut. Tant bien que
mal, tout le monde finit par se caser, et le cortège s'ébranla,
guidé par la voiture de l'aimable Président de la Société
historique du Maine.
Notre passage n'est pas sans provoquer la curiosité : des
Persiennes s'entr'ouvent ; des têtes paraissent aux fenêtres ;
et des artilleurs, au flair si réputé, n'hésitent pas à prendre
pour une noce le congrès des deux Sociétés réunies du Maine
et de l'Orne. Mais, déjà, les dernières maisons s'égrènent
derrière nous et nous sommes en pleine campagne, suivant
au grand trot la route de Pontlieue qui se déroule au milieu
des bois de pins et des landes mauves de bruyère.
L'Abbaye de PEpau
De la Victoria qui nous précède, est parti un signal. L'on
s'arrête. Tout le monde descend et la caravane s'engage dans
un petit chemin encaissé, rocailleux, au bord duquel, de
chaque côté, pendent languissamment de longues tiges
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EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 13
violettes de ronces. Mais cela dure peu. Devant nous, un
pont : nous le franchissons, et dans un fouillis de verdure, au
milieu des gazons épais et des hauts massifs d'arbres qui
projettent une ombre mystérieuse très douce, nous appa-
raissent les ruines grisâtres de Tabbaye de TEpau.
Immédiatement, Ton est pris par le charme du lieu, par sa
tranquillité ; et, à ce premier sentiment s'en ajoute, aussitôt,
un autre, plein de gratitude pour M™*' Charles Thoré, qui a
bien voulu nous ouvrir, toutes grandes, les portes de son
domaine.
Voici, entourée autrefois d'un cloître, la cour, au fond de
laquelle on peut admirer une salle capitulaire et une sacristie
aux ogives élégantes et légères (1). C'est là, dans cette cour,
que M. Robert Triger, d'un coup de son sifflet, nous a réunis
près de lui. Enfin, nous allons donc connaître les origines du
si captivant monastère!
En 1230, c'est-à-dire l'année même de sa mort, la reine
Bérengère de Navarre, veuve de Richard Cœur de Lion, fonda
l'abbaye de TEpau. Les moines de l'ordre de Citeaux qui y
furent appelés construisirent, de 1230 à 1234, la première
église, dans laquelle on retrouve plusieurs traces caractéris-
tiques de leur architecture. Ils jouirent de leur œuvre pendant
environ un siècle. Alors, s'ouvrit la guerre de Cent-Ans qui
amena avec elle tant de vicissitudes, et, certes le couvent
n'en fut pas exempt : ses alentours si calmes retentirent plus
d'une lois des cris des hommes d'armes ; puis, un jour, les
flammes s'élevèrent au miHeu des futaies, et, de l'abbaj'e, il
ne resta bientôt que monceaux de cendres et ruines accu-
mulées. C'était le moyen — radical, il est vrai — trouvé par
les Manceaux pour empêcher l'Anglais de loger à l'Epau.
Toute l'histoire du monastère, heureusement, ne fut pas
aussi lugubre. Au xiv*= et au xv^ siècles des réparations furent
faites accompagnées de remaniements nombreux. Ici, se
place une anecdote quelque peu leste, mais fort joyeuse quand
même et qui prouve que, toujours et partout, même dans les
cloîtres, « notre ennemi, c'est notre maître ». Quelques
(1) On aperçoit encore dans la sncriitie des restes de peintures du
XIV siècle, représentant le lavement des pieds, l'entrée de Jésus à Jéru-
salem, la préscit îlio.î au Temple.
14 EXCIKSION «ANS LE MAINE ET LE PATS D'aLEN<;ON
moines, à l'esprit vindicatif, ayant eu à se plaindre du Père
Abbé, trouvèrent plaisant de se déguiser, une belle nuit, en
diables, et d'infliger à l'autorité une discipline qui, pour
n'être pas prévue par la règle, n'en fut pas moins vigoureuse-
ment appliquée. Ce trait n'est évidemment pas un exemple de
ferveur monastique, mais il a une certaine saveur gauloise
qui n'est point pour déplaire.
Ancienne é);llse abbatiale de l'Kpau.
Demin de M. Boaet. — Communiqué par M. G. Fleury.
Après avoir admiré les restes de peintures de la sacristie (1),
et l'antique salle capitulaire. nous |)énétrons dans l'église,
toute parfumée encore des foins de la dernière récolte. C'est
un des plus beaux modèles de l'architecture cistercienne où
l'on retrouve, de chaque côté du chœur, trois chapelles
s'ouvrant sur le transept. Cette disposition donne au transept
une importance considérable, et, de ce fait, l'édilîce affecte la
forme d'une croix grecque.
(l)Vo)r ]a note précédente et i'ëlude puliljée sur l'abbaye de l'Epaa,
dans la Revtie hiatorique f( arehêotoglqae du Maine, par M. l'abbé
Frogcr et M. HIcordeau.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LK l'AVS DAI.KXÇON 15
Le chœur, sur plan carré, est éoliiiro ù son clievet par une
Iner^'eîIleuse fenêtre, pur
chef-d'œuvre du xiv siè-
cle. 11 est regrettable qu'à
une époque postérieure,
on ait traversé cette rose
par un arc de consolida-
tion, qui, s'il n'enlève
rien à la délicatesse de ta
fenêtre, nuitàla sveltesse
primitive et à la pureté
des lignes.
Dans la première cha-
pelle, à droite du chœur,
reposa autrefois la reine
Bérengère. Il n'y a plus
là , maintenant , qu'un
moulage de son tomheau
dont l'original a été don-
né, en 18:^1, à la cathé-
, . . ,, , Ablmje de l'Kpau.
drale du Mans, par la cumé de M. H.<fAnterroch^s
famille Thoré.
La nef principale, par laquelle nous sortons, est composée
16 EXCURSION DANS I.E MAFNE ET LE PAYS DALENÇON
de trois travées, flanquées d'un seul lias-côté ; elle est éclairée
par de délicates lenèlres en arc brisé, dont les plantes épou-
sent les lignes élégantes ; le lierre court, ici. dans les ogives,
grimpe le long des meneaux, sertît les fines roses, accrochant
ses guirlandes tenaces dans les dentelles de la pierre.
En quittant celle chapelle, on passe de l'enchanlement de
l'art à celui de la nature. Ce ne sont que coins d'omhre
calmes, grasses prairies frangées de saules, coupées de peu-
pliers. Vraiment, l'endroit est charmant ; et il était bien
choisi pour un monastère. L'atmosj>hère, seule, du lieu porte
au recueillement, et l'on aime à se représenter les moines
vivant ici dans la pénitence, se partageant entre la prière et
l'admiration. Mais, au fait, l'admiration des beautés divines
n'cst-elle ])as aussi une prière?
A la sortie de cette demeure silencieuse. M"" Henriette Tlioré
a l'amabilité de remettre à chacun une carte postale qui nous
rappellera Ji tous, et toujours bien agréablement, les bons
instants passés ici en « cette veille de la fête de saUil Augustin ».
L'Usine de? Eau)( de la Ville du tAar)^
Nous quittons l'Epau pour nous rendre à l'usine des eaux
de la ville du Mans, prouvant ainsi que notre Société a l'esprit
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS OALENÇON 17
large et qu'elle sait admirer à la fois les merveilles de Tart
antique et celles de la science moderne.
Cette usine, en effet, est bien une merveille et nous avons la
chance de la visiter sous la savante direction de celui même à
qui en revient tout Thonneur : M. Morancé. Nous y pénétrons
par une passerelle légère, en bois, d'où Ton aperçoit encore
très bien la place des anciens barrages formés de rangées de
pieux ou épieux : d'où le nom d'E^pau donné à toute cette
contrée.
En considérant ce site si pittoresque, on ne peut s'empêcher
de regretter la disparition du vieux moulin qui s'élevait,
autrefois, en cet endroit, et qui lui eût conservé un peu de
poésie.
Je n'entreprendrai pas ici un cours de mécanique. J'en
serais, du reste, fort incapable. Voici seulement une idée
générale du fonctionnement de cette usine :
Deux séries de machines, les unes hydrauliques, les autres
à vapeur, pouvant s'intervertir, actionnent de puissantes
pompes qui envoient les eaux de THuisne dans des bassins
de filtration fort bien aménagés. Ces bassins, eux-mêmes, se
divisent en quatre parties ou cuves dans lesquelles les eaux
passent tour à tour, y abandonnant chaque fois un plus
grand nombre d'impuretés ; de la quatrième cuve, elles
sortent aussi saines que possible.
Mais cela ne suffit pas. On a créé dans l'établissement un
laboratoire de bactériologie qui, tous les jours, analyse l'eau
et s'assure que ceux qui la consomment n'absorbent pas, par
goutte, plus d'un nombre donné de microbes. Heureux
Manceaux, auxquels on mesure les bactéries !
Du reste, tout, ici, se fait avec une telle méthode, avec une
si minutieuse propreté, que selon le mot de notre Président,
« l'eau en vient à la bouche ».
En sortant de ces bassins filtrants, le liquide n'est pas
encore complètement traité. 11 est pur, mais il a perdu un peu
de sa fraîcheur dans ces diverses opérations. Pour remédier
à cet inconvénient, la mécanique intervient de nouveau. Des
machines aspirent l'eau filtrée et la refoulent dans un
immense réservoir souterrain où sa température s'abaisse de
quelques degrés.
18 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
C'est de ce réservoir, situé non loin du château de Méhon-
court, que les eaux se répandent dans l'économie de la ville
du Mans.
Le temps ne nous a pas paru long. Il s'est évanoui sans que
Ton s*en soit aperçu, tant furent intéressantes cette visite et
les claires explications données.
Terminée depuis un an, à peine, cette usine modèle réunît
tous les perfectionnement désirables. Elle a nécessité à son
auteur une somme de travail considérable et de nombreux
voyages dans les plus grandes villes d'Europe. Le Mans peut
en être justement fier!
Ce rapport ne serait pas complet et tout n'aurait pas été
dit si Ton n'ajoutait que M. Morancé joint à sa science
éclairée de très sérieuses qualités d'administrateur ; il a su,
en effet, ne pas dépasser dans la construction de cet établis-
sement la limite des crédits prévus dans son devis qui s'éle-
vait à la gentille somme de 2 millions 500.000 francs. C'est
assez rare, de nos jours, pour que l'on ne passe pas sous
silence ce fait, tout à l'honneur de notre savant guide.
Nous sommes à la grille, sur le point de sortir ; mais, aupa-
ravant M. Triger tient à remercier notre cicérone et à nous
faire admirer encore une fois la disposition générale de cette
usine dont les bâtiments neufs et si parfaitement entretenus,
revêtent un cachet d'élégance, trop souvent laissé de côté,
aujourd'hui, par les ingénieurs. Tout cela est à l'éloge de
l'architecte actuel de la ville, M. Chotard, et du directeur,
M. Guinoiseau, désignés par la municipalité pour nous
accompagner dans notre visite, et que nous sommes heureux
de féliciter chaleureusement avant notre départ.
Vep^ te Tertre de Changé
Dehors, nos voitures attendent. Une seconde tbis nous
nous élançons à leur conquête, et, toujours précédés de la
Victoria présidentielle, nous filons vers le tertre de Changé,
où nous voulons aller rendre hommage au vaillant ttô« mobiles
qui s'y couvrit de gloire.
Le temps, malheureusement, ne nous a pas permis de
pousser jusqu'au tertre glorieux. Nous nous sommes arrêtés
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 19
au fameux « Chemin aux Bœufs ». Là, un des combattants,
M. Erard (1), ancien sous-oflicier du 33*^, nous a retracé
certains épisodes de la mémorable bataille du Mans.
Devant nous, quelques bouquets de sapins émergent de la
lande rose. C'est ici que les mobiles de la Sarthe passèrent la
nuit du 10 au 11 janvier 1871. nuit d'encre dont les deux partis
mirent à profit l'obscurité pour avancer leurs travaux
d'approche. Lorsque se leva l'auhe grise, nos lignes de tirail-
leurs se trouvaient à quelques pas seulement de celles de
l'ennemi. De leurs tranchées, les deux adversaires s'obser-
vaient. A un moment donné, un officier allemand s'avança
vers les nôtres. Les Français abaissèrent leurs armes ; les
Allemands en firent autant et... l'on ne tira pas ; mais, tout-
à-coup, une boule de neige vola dans l'air, partie on ne sait
d'où.
Ce fut le signal d'un combat homérique. Une bataille en
règle s'engagea à coups de boules de neige, dont la victoire
resta à ceux qui devaient être les vaincus du soir
Cette lutte puérile, alors que gronde le canon et que sifflent
les balles, fait honneur à ceux qui la soutinrent ; elle est,
chez eux, la preuve d'une force morale peu commune, d'une
gaieté que rien n'abat, d'un souverain mépris de la mort I
Voilà un fait... d'armes (?) peu connu. Il n'en est pas moins
digne de louanges et l'on aime à voir les Manceaux s'offrir
au trépas, le rire aux lèvres, en grands entants insouciants
et héroïques. C'était très crâne et très français.
Aujourd'hui, de cette campagne riante, il ne vient que des
bruits très doux, très atténués, comme ouatés de silence ;
rien ne rappelle les tracas et les tumultes de la bataille, mais
nous, nous nous souvenons, et nous saluons la mémoire de
tous les vaillants qui tombèrent là pour la France !
(1) M. Erard, membre de la Société d*agiiculture, sciences et arts de la
Sarthe, a fait paraître dans le bulletin de cette Société et en volume à
part, de très intéressants mémoires sous le titre : Souvenirs d'un mobile
de la Sarthe.
Animé du plus ardent patriotisme, M. Erard nous communique les notes
que « le Caporal de la 4* du deux » consignait chaque soir, sur un petit
calepin. 11 a écrit son livre, hier, comme il avait tracé ses notes, il y a
37 ans « le cœur tout chaud avec un réel enthousiasme », et l'on ne saurait
trop féliciter celui qui, après avoir porté très crânement le fusil, manie si
joliment la plume.
20 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
Nous rentrons au Mans à Tallure et par les voies les plus
rapides. Déjà, la chaleur se fait vivement sentir et les estomacs
commencent en chœur à crier famine.
A l'hôtel de Paris, où nous arrivons bientôt, la société
s'augmente de quelques retardataires. L'on peut dire que,
maintenant, « la famille est complète » pour s'élancer à la
recherche de nouvelles merveilles archéologiques ; et, au
Mans, cela ne manque pas. Dieu seul en sait le nombre... et
M. Triger !
Avant de nous perdre dans le dédale des places, des rues
et des impasses, il est bon de se rappeler, en remontant aux
origines de l'histoire du Mans, que l'on retrouve, ici, sept villes
successives, la ville gauloise, la ville romaine, celle des
invasions, la cité du moyen-àge, puis celle de l'ancien régime
et enfin la ville de la Révolution, suivie de celle des temps
modernes. Tour à tour, nous allons voir défiler devant nous,
au hasard de nos pas, des restes de ces époques nettement
caractérisées.
Le Musée et l'Église de ta Couture
Notre première visite est pour le Musée de la Préfecture.
II faudrait pouvoir lui consacrer une journée et nous avons
une heure, à peine, à lui donner. Dans ce passage si rapide
on risquerait de ne rien voir, mais, par bonheur, le savant
Président de la Société historique du Maine est là, dirigeant
notre admiration indécise.
Des salles de peinture, où les « Teniers » et les « Poussin »
voisinent avec les « Philippe de Champaigne », je ne veux
noter que quelques unités : quatre panneaux peints sur bois,
provenant du prieuré de Vivoin, et qui, tout en se rappro-
chant des primitifs, ont une origine régionale très certaine ;
une toile de David, Michel Gérard, membre de V Assemblée
nationale en lySg et sa Famille^ dans lequel l'artiste a rendu
la vie avec une saisissante intensité ; trois tableaux des
diverses batailles du Mans, celle de 1793, où l'on voit M"« des
Melliers se jetant aux genoux de Marceau (1), et celle du
(Ij Mii« Angélique des Melliers s'était vue, pendant la bataille, séparée de
sa mère et de sa sœur. Tombée entre les mains de grenadiers, elle fut
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 21
11 janvier 1871 dont deux peintres manceaux ont rendu
différents épisodes : la Charge d'Aiwoiirs, par M. Lionel
Royer, est particulièrement remarquée.
Ici, aussi, se trouvent plusieurs toiles ou dessins du
Mortagnais Monanteuil ; et, ce nous est une joie, à nous.
Ornais et Percherons, de voir si brillamment rappelé en ce
musée le souvenir de notre compatriote (1).
conduite au général Marceau. Ce dernier, moins sanguinaire que la plupart
de ses compagnons d'armes, fut touché de compassion. II prit sous sa
protection la jolie infortunée, la fit conduire à Laval, comme elle en avait
exprimé le désir, el la confia à une famille chez laquelle il la savait en
sûreté.
11 alla même lui rendre visite dans cette retaite, en compagnie de Kléber,
qui a laissé dans ses Mémoires une phrase la concernant : « On ne vit
jamais de femme ni plus jolie ni mieux faite et, sous tous les rapports,
plus intéressante : elle avait à peine dix-huit ans et se disait de Montfaucon ».
Aussi noble de sentiments que de nom, M>i« des Melliers apprend, un
jour, que toute famille qui donnait asile aux aristocrates s'exposait aux
derniers châtiments ; elle va, elle-même, se dénoncer et se voit jetée en
prison. Quelques jours plus tard, sa tête tombe sur Téchafaud.
La protection accordée par Marceau à W^^ des Melliers, n'en reste pas
moins tout à l'honneur du jeune général. 11 mérita, certes, bien, en cette
affaire, l'éloge qu'en faisait sa protégée dans une lettre écrite de sa prison,
et datée du 9 nivôse an II : a Vous savez qu'au Mans l'armée républicaine
a obtenu une victoire complète. J'ai eu le malheur affreux d'être séparée
de ma famille dans cette horrible déroute. Je désirais la mort et je n'ai
trouvé que de la pitié parmi les troupes républicaines. J'ai été sauvée par
le général Marceau qui m'a traitée, non seulement avec humanité, mais
encore ai-je à me louer de son honnêteté et de sa générosité ».
(1) Jean- Jacques- François Monanteuil, naquit à Mortagnc le 11 juillet
1785. Son père était d'origine Champenoise et se fixa dans le Perche par
son mariage. Il était maichand de laine et devint secrétaire de la mairie
de Mortagne. Patroné par M. Poissonnier de Prulai, le jeune Monanteuil
entra à l'Ecole centrale de l'Orne. Puis, manifestant de sérieuses dispo-
sitions pour l'art du dessin, il fut dirigé par son protecteur sur Paris, où
il eut pour maître M. Fresnais d'Albert. Il devint ensuite l'élève préféré de
Girodet, qui se l'associa pour la décoration du palais de Compiègne. Il fut,
de 1843 à 1851, professeur de dessin au collège d'Alençon, et, lorsqu'il
abandonna ses fonctions, il vint se fixer au Mans. C'est là qu'il mourut le
10 juin 1860. /Monanteuil, dessinateur et peintre, par Léon de la Sicotière,
Caen, 1865 in-8».)
Voici la liste des œuvi es de Monanteuil qui se trouvent au Musée du
N" 248 Deux Jeunes Filles (toile)
249 Portraits de son Père et de sa Mère —
250 Un vieux Maître d'école —
251 Le Portrait de Monanteuil —
252 Une jeune Bretonne —
253 Un OuMer —
254 Une jeune Paysanne —
255 Un Paysan breton —
Ces six derniers tableaux, nous dit le catalogue du musée du Mans, ont
été offerts par sa fille.
No» 433 Portrait de son Père (dessin)
434 Un Breton au Cabaret —
i2 EXCURSION DANS I.K MAINK ET [,K PAYS d'aLENÇON
Dans la même salle, se trouve mi émail des plus aDCÎens et
des mieux conservés ; il date du xii* siècle et senirait à lui
seul àillustrer la mémoire de Geoffroy Plantagenet. Il faisait
partie autrefois
du tombeau de
ce personnage,
mort en 1151 ,
tombeau qui fut
dans la suite dé-
truit par les pro-
testants. Jusqu'à
la Révolution, cet
émail resta atta-
ché pardescram-
poiis de fer à
i 'avant dernier
pilier de la net
(le la cathédrale,
du côté de l'épî-
tre.
Au dessus des
bureaux admi-
nistratifs, nicbc,
dans les combles
(le la prélecture,
une des plus ri-
ches bibliothè-
ques que l'on
puisse rêver.
Dans cette cité
des livres, règne,
en souverain très
accueilbint, M,
Guérin, qui nous
fait, avec une amabilité touchante, les honneurs de s;s tré-
sors. Pour quiconque aime les manuscrits ou les miniatures,
cette visite s'impose ; et, celui qui la tentera sera, certes, bien
récompensé de sa peine, car il trouvera là-haut un crudit,
du calme, et d'inestimables merveilles.
Lk Mans, — Musil-c : Email i\e CieiiITriiy Plaiita(!<.iii-t. '
EXCLUSION DANS LE MAINE ET I.E PAYS Ij'aI.EN(;0\ 23
On resterait volontiers ici, mais le programme nous rappelle
et nous fait rejoindre au plus vite nos compagnons qui, déjà,
sont à Notre-Dame de la Coulure.
Ce monument est une ancienne église abbatiale de Béné-
dictins, fondée vers
la fin du VI* siècle;
elle est un véritable
musée d'architec-
ture comparée, où
se retrouvent tous
les styles du xi" au
xv siècles.
« Au XI* siècle,
l'édifice se compo-
sait d'une nef ave( ■
bas-côtés, d'un tran
sept à deux absidio-
les et d'un chœur
circulaire, entouré
d'un déambulatoire
sur lequel s'ou -
vraient cinq cha-
pelles ; au-dessous
de ce cliœur se trou-
vait une crypte à |_„, j,,^, _ x„,re.|)amc .U- lu CoiiUire.
trois nefs. cnchéd- m. iLiCUti-n-ofiics.
« De cette église
primitive, il subsiste encore la cry()te, <lont les chapiteaux,
très archaïques, semblent remonter à une haute antiquité,
une chapelle du pourtour, le déambulatoire jusqu'à la nais-
sance des fenêtres, et une partie des murs latéraux de la
nef.
« Dans la seconde moitié du xii" siècle, la construction des
voûtes entraîna une translonnation complète de la nef. On
supprima les bas-côtés et on renforça les murs de grands
arcs en tiers-point et de piles vigoureuses qui formèrent
l'ossature d'immenses voûtes domicales, analogues à celles
de la cathédrale d'Angers et de la Trinité de Laval .
« Le XIII' siècle termina la façade occidentale, les deux tours
24 EXCLUSION DANS I.E MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
et l 'élégant porche qui les réunit. Les sculptures du portail
méritent une attention tonte particulière Sur le linteau se
déroule un jugement dernier, très délicatement traité, et sur
les pieds-droits se volent six statues d'apôlres, grandeur
naturelle, d'une ampleur et d'un mouvement si remarquables
qu'on serait tenté de les croire d'une époque postérieure,
« Aux XIV' et XV* siècles enfin, appartiennent la plupart des
ctiapelles actuelles a (1).
Au milieu de tout cela, passerait presque inaperçue — et
ce serait grand
dommage ! — l'ex-
quise Vierge de la
Couture, à laquelle
Germain Pilon a su
donner une grâce
délicate, une atti-
tude souple et élan-
cée, une très douce
expression de vi-
sage. La vue de celte
madone provoque à
la fois l'admiration
et la piété, el c'est
bien là le plus
grand triomphe de
l'artiste d'avoir su,
en même temps ,
servir l'art et la
mystique.
Lb Mans. ~ Vkrgede Germain Pilon, à la Couture.
Commaniiiaë par M. Robert Tri/fer.
Le Mu^ée ;irehéolo0lque
En nous dirigeant vers le musée archéologique, nous pas-
sons, sur la place de la République, devant le monument de
l'armée de la Loire.
(1> Robert Triger.
M
II
II
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 25
Sur le socle, deux groupes en bronze, symbolisant Toflensive
et la défensive, entourent le piédestal, sur lequel le général
Chanzy se dresse dans un geste de mâle énergie.
Les sculpteurs n'ont pas cherché ici Teffet dramatique de
mauvais goût ; ils ont représenté, dans toute son héroïque
vérité, la lutte suprême des mobiles et des marins, qu'ils nous
montrent se battant et mourant sous les yeux de leur géné-
ral (1).
Dans un coin de la place, l'église de la Visitation, construite
au xviii*^ siècle sous la direction d'une religieuse mancelle,
sœur Anne-Victoire Pillon, nous apparaît fraîchement recou-
verte d'un peu artistique crépi. L'intérieur, parait-il, mérite
une visite, mais le chronomètre de Président s'y oppose
formellement et répète, à sa manière, le mot du poète : Fugit
irreparahile tempiis. Oui, le temps fuit, et il nous rappelle
que le Musée archéolologique nous retiendra de longs instants.
Le Musée archéologique, créé par une décision du 28 mai
1846, n'est établi que depuis quelques années dans la crypte
de Saint-Pierre-la-Cour ; et, il faut le dire, nul écrin n'était
plus digne de recevoir les précieuses collections qu'on y allait
abriter.
Dans le jardin qui entoure ce musée, se trouve un fragment
d'entablement d'un édifice gallo-romain des premiers siècles,
découvert dans les fondations de l'enceinte de la fin du
m* siècle. C'est sur ce piédestal digne de lui, que monte
M. Triger pour nous donner quelques explications. Après
quoi, respectueusement, nous pénétrons dans la crypte
gothique, divisée en deux nefs et six travées, où tout a été
ménagé au double point de vue de la conservation et de
l'instruction.
On n'imagine pas l'embarras d'un rapporteur lorsqu'il doit
rendre compte de semblables richesses. Il taudrait tout citer,
et, dans ce cas, on tourne au catalogue ; ou, rien du tout, et,
c'est vraiment trop peu. La solution intermédiaire, quoique
bien imparfaite, est peut-être encore préférable.
En descendant les travées du milieu, on passe entre une
haie de six pierres tombales, celles des vicomtes de Beaumont.
(1) Ce monument, œuvre de Crauk et Croisy, a été érigé en 1885.
EXCLUSION l>AXS I.E M,' INE ET LE PAYS D ALENÇON
Destins de M. Hacher, d'après Gaignières.
Gommaniqaés par la Socléli archéologiqae da Maine.
EXCURSION DANS LE MAINE ET I.K PAYS d"aI,EN<;ON 27
Dans le fond de la nef de droite, un clumotne agenouillé,
d'une perfection vivante, a été très remarqué. Puis viennent
Le Mans. — Musée archéologique : Chanoine agenouillé.
Dessin île M. Verdier. — Cotnm. par la Soc. arch. du Maine.
des collections de poteries, de talences, de parures gauloises,
de silex taillés et d'armes au milieu desquelles se trouve une
28 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
épée, donnée par Louis XIII comme prix de tir à Tarquebuse,
en 1614, à un capitaine d'arquebusiers de la milice du Mans.
Décidément, il n'y a rien de nouveau sous le soleil, pas même
les concours de tir I
Au point de vue de la curiosité, on signale une petite
perruque en bronze destinée, parait-il, à recouvrir le chef de
quelque statuette antique.
Des émaux de très grande valeur occupent une vitrine dans
une des travées de gauche.
Mais ce que les amateurs de parchemins ne me pardonne^
raient pas de passer sous silence, c'est le fameux dessin de la
fin du xv*' siècle, représentant le jubé du cardinal de Luxem-
bourg à la cathédrale du Mans. Ce dessin, d'un travail et d'un
prix inestimables, constitue une des pièces les plus remar-
quables de toutes ces collections ; et, tout en l'admirant au
milieu de tant d'autres reliques, nous ne pouvons nous
empêcher de faire des vœux pour voir bientôt notre musée de
la Maison d'Ozé égaler celui-ci.
La Cathédrale
A notre sortie du Musée archéologique, nous nous dirigeons
à pas rapides vers la Cathédrale, dont nous faisons le tour
avant d'en franchir le seuil. Nous nous arrêtons devant le
magistral système de contreforts qui soutiennent les voûtes
du chœur et qui « se bifurquent en Y au-dessus du premier
collatéral, de manière à diviser plus également la circonfé-
rence extérieure et à éviter l'impression de « maigreur » que
produit sur ce point dans les autres édifices le trop grand
écartement des contreforts » (1).
Au dire d'un maître incontesté, M. Louis Gonse, cette
abside du Mans est « une des créations les plus grandioses de
Fart gothique, et toutes les hésitations, toutes les pauvretés
même qu'on remarque dans les parties hautes de Bourges ont
disparu dans le chœur du Mans. La construction y est conduite
d'un bout à l'autre avec la même assurance, la même virtuo-
sité ; à l'intérieur comme à l'extérieur, tout se fond dans une
(1) M. Triger
EXCURSION DANS LK MAINE ET LE PAYS D ALENÇON 29
vigoureuse unité, dans une brillante harmonie... Au point de
Tue statique, l'abside du Mans est avec celle de Cologne,
Lb Mans. — Plan de la cathédrale.
EXCLUSION DANS l.i; MAIXIi Ff l-K PAYS DAl.LXCON'
Phol. G, Flei
I.E Mans. — La catlicdrale : Tour.
Extrait de La cathédrale Saînt-JuJien du Man«, par MM. A. Le
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'alENÇON 31
qu'elle précède d'un demi-siècle, la plus savamment conçue
des absides gothiques » (1).
Devant le grand portail, nous avons pu considérer un des
vestiges de Tancienne ville gauloise^ le fameux menhir situé
à Tangle sud-ouest de la nef de la cathédrale, en lace de
l'escalier des Pans de Goron.
C'est une vieille pierre, élancée, jet dont ia surface présente
un drapé assez réussi. Malheureusement, l'afficheur public le
trouve un merveilleux emplacement pour y coller sa multi-
colore marchandise, et c'est fort regrettable. Pauvre menhir,
sur les flancs duquel s'étale aujourd'hui la fougueuse prose
des batailles électorales I Dire qu'à son origine il tut pierre
sacrée ! Quantum mutatus ab illo !
Nous gémirions bien longtemps sur cette déchéance, si
notre attention n'était attirée par le Grabatoire, antique et tort
jolie demeure du xvi*^ siècle, qui, après avoir servi d'habi-
tation aux chanoines et aux gouverneurs du Maine, se voit
transtormée aujourd'hui, par la force des choses et le malheur
des temps, en Palais épiscopal. L'évèque, vraiment, ne pou-
vait trouver gîte plus agréable et plus commode ; la largeur
de la rue, seule, le sépare de son église métropolitaine à
laquelle nous allons consacrer une longue visite.
« Trop longtemps reléguée à un rang secondaire, la cathé-
drale du Mans mérite de prendre place parmi les monuments
les plus remarquables de l'architecture nationale.
« Elle appartient, dans son ensemble, à trois époques
distinctes. Sa nef est du xi*" et du xii^ siècle ; le chœur de la
plus belle époque gothique, du milieu du xiii* siècle ; les
transepts des xiv* et xv* siècles.
« Bien que son style ne s'harmonise pas autant qu'on
pourrait le souhaiter avec celui du chœur, la nef est d'un haut
intérêt, grâce aux transformations dont elle offre encore les
traces très apparentes. On y retrouve même trois nefs succes-
sives, mélangées avec une hardiesse et un art surprenants :
une nef primitive du xi*^ siècle, représentée par les murs
latéraux des bas-côtés, les deux premières travées voisines du
chœur et une partie de la façade ; une nef du commencement
(1) Louis GoNSE : VArt gothique.
32 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
du xii*^ siècle qui comprenait deux rangées uniformes de
colonnes supportant des arcades en plein cintre ; enfin, la nef
actuelle, du milieu du xii® siècle, dont les remaniements
s'expliquent par la construction des voûtes.
« Les colonnes n'étant pas assez fortes, en effet, pour
supporter les nouvelles voûtes, on les renforça de deux en
deux par de gros piliers, et, pour rétablir la régularité des
arcades, détruite par Tadjonction de ces piliers, on n'hésita
pas à reprendre en sous-œuvre les arcades cintrées et à y
substituer des arcades plus étroites en arc brisé. En même
temps, on refit les parties hautes, ne conservant, par le
fait de la construction précédente, que les colonnes rondes
et les arcades cintrées, toujours visibles au-dessus des nou-
velles arcades.
« Cette reprise en sous-œuvre, si ingénieuse et si hardie,
était admise depuis longtemps par la plupart des archéo-
logues ; elle vient d'être prouvée définitivement par la décou-
verte, lors des restaurations récentes, d'une colonne primitive
demeurée intacte au centre d'une des piles de renfort. De
plus à cette dernière nef du milieu du xii® siècle appartient le
magniflque portail sculpté qui s'ouvre sur le milieu du bas-
côté méridional » (1).
Ne quittons pas cette nef avant d'avoir jeté un coup d'œil à
la merveilleuse fenêtre du grand portail, et surtout au vitrail
inestimable du xi^ siècle, situé en bas de la nef latérale de
droite. Cette verrière est l'une des plus rares qui restent de
l'époque romane. Elle est d'une extrême richesse de tons, et
l'on ne se lasse pas de voir flamber le soleil dans les rouges
foncés, les bleus clairs, les verts atténués et les jaunes vifs
qui nous retracent si magnifiquement l'Ascension glorieuse.
En sortant de la nef, on tombe en plein épanouissement
gothique et Ton s'enfonce dans J'abside légèrement obscure,
dont les fenêtres aux lancettes étroites et sveltes, s'élancent
dans la lumière tamisée des vitraux.
Si l'endroit est éminemment pieux, il est aussi très curieux
et mérite l'attention. Le chœur est entouré d'un déambula-
toire double et ressemble en cela à nombre de cathédrales,
(1) Robert Triger.
HXCUftSION DANS LE MAIXIi lii' LE PAYS D Al KXIJO;
Pliot. G FI.'ur)r
Lk >Tass. — La cathédrale : Chœur, déambulatoire.
Exilait df La cathédrale Saint-Julien du Mans, par MM. A. Ledra et G. Flenrx-
;i4 EXCURSION DANS LE MAINe'eT LE PAYS d'aLEN(;<>N
entre autres à celles de Paris et tiv Chartres ; mais, ici, les
deux parties du déambulatoire sont d'inéfîîde hauteur; c'est là
ce (]ui en Fait l'origiiialifé et In valeur.
Phol. G. Fleary
Lu ÏTans. — La catlicdralc ; Emplai'cinent du lirévialre public.
Extrait de La cathédrale Salut- Julien Hu Mans, par MM. A. Leitra et G. Fleiuy.
Avant de commencer le tour du chœur, nous pénétrons
dans la sacristie ornée de très jolis panneaux du xvi*^ siècle.
En quittant celle salle, en lace de la porte.nous apercevons
KXCLIISION DANS I.K MAIXK V.T I.E l'AYS DALKNljON îli»
dans la piciTC une large excavation. Là, ]>ni-nit-il, était autre-
fois le bréviaire publie qup venaient eonsullcr les chanoines
trop peu riches pour s'olTrir un oOice manuscrit.
Ce bréviaire était si prceii'ux que l'on dut l'abriter derrière
n-'t. G. Fleury
I.e Mans. — La cathtdrak- : SaliiU- Cécile, statut di; Hoyau.
Extrait de La cathédrale Salnt-.Iulicn du .Matis, par MM. A. Lrdra H G. Flearx-
36 EXCLUSION DANS I.E MAINK ET LE l'AVS D'aI.KNÇON
une grille, pour ii? jirulégcr contro les ciiiioniales convoitises.
Dès lors, les bons c)iiinoiiies n'eurent d'autre recours pour
tourner les feuillets, que de passer, à travers les barreaux,
leur index au préalable délicaleuicnt uiouillé.
Si c'était pniti(iue, celait peu élégant et en complet
■désaccord avec les règles de la plus élémentaire liygièue, voire
même de la propreté. Les cbanoines, peu raninés, y virent
Le Mank. ~ Callii-drale.
TomiKau de (jiiillaume de Laiigey
CUcIk- de M. II. ifAnlerrovh
une niortiltcation encore assez douce, qu'ils adoptèrent immé-
diatement en esprit d'Iiuniililé (1).
Après avoir médité, quelque temps, sur les mortifications
du vertueux chapitre du Mans, nous reprenons notre visite.
Dans une des chapelles absidiales se voit une sainte Cécile
de Hoyau, sculpteur manceau ; c'est une délicate terre cuite
du xvH' siècle, traitée avec beaucouj» d'art, mais empreinte
1 peut lire encore celte
^^A^
Ofi
''Q^j
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON 37
d*un certain cachet mondain qui contrarie, un peu, l'idée que
nous nous faisons de la sainte (1).
Avant de retrouver le bras gauche du transept, on va voir
la sépulture du comte du Maine, Charles d'Anjou, et le
monument de Guillaume du Bellay, seigneur de Langey,
mais dont il ne reste malheureusement plus que quelques
parties originales. Dans le transept méridional, repose, depuis
1821, sous son authentique tombeau, la reine Bérengère,
dont le souvenir nous était si vivement rappelé, ce matin.
Admirons encore, avant de sortir, la magnifique rosace
du transept septentrional ; elle offre, par sa légèreté et sa
hardiesse, beaucoup d analogie avec celle de Tabbaye de TEpau.
Le Vieuis M^H? et Sair)t- Benoît
La Fontaine disait dans son discours à M">*' de la Sablière :
Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet...
... Sur difl'crentes fleurs, Tabeillc s*y repose
Et fait son miel de toute chose.
Agissons-nous autrement ? Je ne le crois pas. Et voilà une
preuve bien évidente des rapports de sympathie existant
entre la poésie et Tarchéologie.
Sortant de la cathédrale, nous abandonnons un moment
l'architecture religieuse pour aller admirer les beautés du
vieux Mans. Pour commencer, nous passons devant la maison
de la reine Bérengère.
Remettant à ce soir la visite de l'intérieur, nous nous
contentons de jeter un regard sur Textérieur. La maison fut
construite de 1495 à 1520 et a été restaurée de nos jours par
M. Singher. Son ossature apparaît avec toutes ses parties
sculptées, qu'ornent en façade huit statues de bois, dont les
étranges pérégrinations méritent d'être rapportées.
(1) A propos de cette statue, on a relevé sur une des faces de l'orgue
rinscription suivante :
EX DONC B. LE ROUGE, PRESBITFRI JURIBt'S LICENTIATI, ECCLEStiE CANONICI,
FESTI BEATiE CECILIiE FONDATORIS C. BOYAU F. 1633.
38 txci;nsioN dans i,k maink iît le pays d'alençon
Vers le milieu du siècle dernier, un négociant des environs
d'Argentan, M, Duval, qui se piquait d'aimer les arts, passa
devant la maison de la reine Bérengère. Il aperçut les statues.
Elles lui plurent ; il les marchanda. Le propriétaire d'alors
les laissa pour peu de cliose et, par dessus le marché, se
chargea de les scier pour les séparer de leurs supports.
Notre marchand partit, enchanté, et arriva chez lui. Hélas 1
il avait compté sans
lamaîtressedu logis
qui, plus positive,
n'entendait rien à
l'archéologie. Elle
reçut si mal son
mari que, séance
tenante, les huit
statues prirent le
chemin du grenier.
Quarante ou ciu-
quante ans plus
tard, on retrouvait
ces cheis-d'œuvre
dans les combles
du château de Sacy,
dont lepropriétaire,
le duc d'AudifTret-
Pasquier, ne se dou-
tait pas avoir en sa
possession sembla-
Lr M*ns - Maison .le la rdne Béi-e..gii-e clans la ^jpg trésors . Cc
Clrande-ltuc. , „.
„,.,,, ^ ,, grand seigneur ht
noblement les cho-
ses ; il restitua à bon comjjte ces pièces importantes h
M. SingliLT, qui s'occupait alors activement de la restaura-
tion de l'édifice. Les statues retrouvèrent leurs places
d'elles mJmes, leurs sections de base s'adaptaut aux tron-
çons de leurs anciens socles.
En face, se trouve la maison des « deux Amis ». Jetons-lui
un coup d'œil sympathique ; elle le mérite, et hàtons-nous
vers la rue du PîHer-Rouge.
EXCURSION DANS LE MAINt F.T I.K PAYS D'aLENÇON 39
Pour y arriver, il faut passer au-dessus du tunnel et, vrai-
ment, le panorama est trop étendu pour que l'on y reste
indifTérenl. A l'horizon, les riants coteaux de la Sarthe
Lb Mans. -~ Maison d'Adam et d'Eve.
Comm'inii/HK pnr M. Robert Triger.
baignent dans la lumière ; plus près de nous, l'église du Pré
dresse sa flèche hardie, tandis que, non loin de là, le pont
en X atteste la science de nos ingénieurs.
40 KXCURSION DANS LE MAINK ET LE l'AVS I) ALENÇON
La rue du Pilier-Rouge a, pnrait-il, beaucoup souffert des
travaux du luuuel ; mais roii voit toujours, au coin de la
[.K Mans. - Itue de Vaux : Statue de sainte Madeleine et Hùle) (te Vai
tii/né par la Soeiélé arclii-ologiqae du Mniitf.
\S LK MAINK ET I.K PAYS D ALENC.ON
K Mans. — Enceinte Gnilo-ltomalne ; Tour Madeleine.
Co:iimaniqiiè par ta Socii'-lf aii:héo{ogi'iiie du Maine.
42 EXCURSION DANS I.E MAINE ET LE l'AYS D ALENÇON
Grand'Rue, le Pilier d'une éclatante couleur sang de bœuf,
que l'on a soin de bîidigeoinier d'.nniiée en année.
I.B Mass. ~ Ancienne porte de la Cigogne.
Coinmiiniiiaé par la Société archpoinfriqiie du Maittf.
A peu de distance de là s'ouvre la rue du Pilier-Vert,
de l'Ecrevisse ou des Trois-Pucelles, où se trouve l'hôtel du
Louvre. Malheureusement, l'on ne peut tout voir et quelque
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D*ALENÇON 43
chose nous appelle, que nous sommes impatients de consi-
dérer : la maison dite d'Adam et d'Eve.
Cette dénomination est due au fronton de la porte, où Ton
a cru reconnaître nos premiers parents. La vérité exige une
rétractation. Cette demeure fut bâtie, de 1520 à 1525, par un
médecin fameux, Jehan de TEspine qui, s'occupant d'astro-
logie, fit sculpter sur la façade des signes cabalistiques, des
astres et la scène mythologique que Ton prend pour un frag-
ment de l'histoire du Paradis Terrestre.
M. Triger nous explique tout cela et termine son petit
speech par cette conclusion originale autant qu'inattendue :
« Et maintenant, Messieurs, allumez vos cigarettes ! »
Tel est, en efTet, le seul moyen d'atteindre, tout en ména-
geant la susceptibilité des muqueuses nasales, la fameuse
cour d'Assé, cour des miracles et cour des merveilles, à
laquelle on accède par un couloir bas, saie et puant. C'est
une fleur du moyen -âge, perdue dans une grande ville
moderne, une fleur de robe délicate, mais pourquoi faut-il
que son parfum corresponde si peu à sa beauté ?
Par une autre venelle nous tombons dans une autre rue, où
abondent vieilles maisons et cours antiques. Nous la dégrin-
golons rapidement et notre élan vient se briser bientôt au
carrefour de la rue de Vaux. Là, près du vieil hôtel de Vaux
si remarquable, trône en une niche creusée dans l'angle d'un
mur, une gracieuse sainte Madeleine ; et, elle est touchante
infiniment, cette sainte qui, derrière sa balustrade de fer
forgé, veille sur le vieux Mans et lui sourit !
Mais déjà la tète de colonne est repartie. Tout-à-coup, elle
disparait sur la droite, et les retardataires la voient dévaler,
au milieu d'un grouillement d'enfants, l'escalier delà Grande-
Poterne, pour aller retrouver les restes si caractéristiques qui
demeurent là de la cité romaine.
Maintenant, il faut remonter, car, au numéro 9 de la rue de
la Verrerie on voit un escalier en bois de 1628, véritable bijou
perdu au tond d'une cour, où il voisine avec un vieux puits
fort curieux, dont le toit aflecte une bizarre forme de cloche.
De la rue de la Verrerie, où un commerçant âpre au gain a
fait afficher dans son échoppe : « Le Crédit est mort », nous
tombons dans celle du Petit- Saint-Pierre, puis, par les rues
44 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D ALENÇON
de la Tiuie-cjui-File et des Troîs-Son nettes, nous arrivons au
carrefour de la rue Dorée, de sanglante mémoire.
Au soir de la bataille du Mans, les Vendéens vaincus,
pressés par l'armée républicaine, cherchaient à passer la
Sarthe. Un seul pont leur restait : celui que commande la
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 45
rue Dorée. Cet étroit passage devint en peu de temps le théâtre
d*une inextricable mêlée et d'un affreux carnage. Les fuyards
arrivaient toujours, serrés de près par les Bleus. La cohue se
faisait plus grande et, des remous de cette foule apeurée,
parlaient des cris horribles de désespoir et d'effroi. Le sang
coulait à flots dans les ruisseaux et, dans cette boue rouge,
les blancs achevaient de mourir.
M™* de La Rochejacquelein a consacré, dans ses Mémoires,
des pages émouvantes à celte dernière catastrophe de la
défaite du Mans.
Du carrefour de la rue Dorée à Saint-Benoît, il n'y a qu'un
pas et il est vite franchi. Là, nous est faite l'agréable surprise
d'un lunch.
Dans la salle où nous pénéirons, au-dessus d'une porte, on
aperçoit une pompe grossièrement peinte, sous laquelle
s'étale cette inscription : « Quand l'eau de cette pompe cou-
lera, ici crédit on fera ». Or, nous n'avons bu l'eau d'aucune
pompe, cela est certain, et, pourtant, nous sommes partis sans
payer. On ne peut s'expliquer un tel prodige que par une
nouvelle attention de la bonne providence mancelle qui n'a
cessé de veiller sur nous.
Au dehors la nouvelle église Saint-Benoît dresse sa fière
tour blanche, à peine débarrassée de ses échafaudages. On
peut admirer sans réserve l'œuvre de l'architecte, M. Vérité,
car elle ne pèche ni contre le style ni contre le goût ; et l'on
aime à la voir s'élever sur l'emplacement des antiques sanc-
tuaires, au milieu de ce quartier Saint-Benoît, que M. Triger
appelle si justement « le champ de bataille de toutes les civi-
lisations autour du Mans )>.
A la fin du vii*^ siècle, après les invasions barbares, s'était
établi dans cette partie de la ville, « entre les murs et la
rivière » le célèbre monastère de Sainte-Scholastique, qui fut
détruit au x® siècle par les Normands. Sur ses ruines, s'étendit
bientôt une large place qui servit de marché aux bestiaux,
jusqu'à ce que le comte du Maine y fit élever une chapelle
sous le vocable de Saint-André. C'est cette chapelle qui
devint au xii* siècle l'église Saint-Benoît ; mais ses vicissi-
tudes n'étaient point terminées, car voici la guerre de Cent-
Ans et, avec elle, le pillage et l'incendie. Vers le milieu du
46 EXCURSION DANS LE MAINE ET I.E PAYS d'aLENÇON
XV' siècle, l« pauvre sanctuaire fut teslauré tant bien que
mal.
Les remaniements qu'il subit au commencement du xvi»
siècle furent les derniers. C'est ainsi qu'il arriva jusqu'à nous
Le Mans. - Nouvelle é(îlisc Salnt-llenoil. (Projet de M. Vérité.)
Commaniçtté par ta SocMê arehéologiqHt du Maine.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'alENÇON 47
bien délabré, avec cependant quelques parties intéressantes,
entre autres cette chapelle dite «de la confrérie de la Charité»,
que le plan actuel conserve dans toute sa pureté.
C'est sur Tinitiative du curé actuel, M. Tabbé Praslon,
reprenant les idées de son prédécesseur, Mgr Dubois, aujour-
d'hui évêque de Verdun, que les premiers projets turent
dressés. Nul doute, à en juger par ce qui existe déjà, que le
reste n'accuse la même perfection ; aussi, félicitons-nous bien
sincèrement M. le chanoine Praslon de l'habile direction
donnée à ces travaux d'où sortiront bientôt un pur chef-
d'œuvre (1).
Nous ne visitons pas l'intérieur envahi par un véritable
chaos de pierre de taille, une forêt de madriers, mais seule-
ment la chapelle des catéchismes et l'ossuaire, où M. le Curé
qui nous guide si aimablement, nous montre les restes de
tous les anciens paroissiens de Saint-Benoit, dont on a
retrouvé les sépultures dans l'église.
Le temps d'aller donner un rapide coup d'œil à une impo-
sante tour, vestige de l'enceinte romaine, puis au pont en X
que nous saluons admirativement au passage, et nous arrivons
à Saint-Julien-du-Pré.
C'est une ancienne église abbatiale de Bénédictines du
xi*^ siècle, bâtie sur l'emplacement du tombeau de saint Julien.
De très pur style roman, elle nous apparaît quelque peu
mystérieuse en cette demi clarté du soir, qu'atténuent encore
davantage les couleurs sombres des grands vitraux cintrés.
Seules les voûtes, reconstruites au xv*^ siècle, n'ont pas
épousé la sévérité des lignes romanes ; elles couronnent élé-
gamment ces murs construits en grand appareil, à l'intérieur,
alors qu'à l'extérieur ils le sont en petit appareil.
Au milieu de nombreux souvenirs, cette église nous rappelle
celui du roi Charles VI. C'est ici, en effet, que ce monarque
fit célébrer une neuvaine solennelle après son accident de la
forêt, en 1392.
Le temps nous manque pour nous permettre de nous
(1) M. Tabbé Praslon vient d'être nommé archiprêtre de la cathédrale
et chanoine titulaire (décembre 1907). Tous ceux qui, comme nous, ont
admiré son œuvre à Saint-Benoît applaudiront à cette distinction si bien
méritée.
EXCLUSION DAN.S l.i: -MAINK i: i
Li:il-Jtitk-ii (lu M:ii
EXCLUSION DANS I.K MAINK KT I.K l'AVS D'aI.KNÇON 49
absorhei- longuement. Il est tard. Vite l'on rentre à l'hôtel de
Paris où a lieu le diner et d'où nous repartirons vers neuf
heures jiour :;ssister à la réception qui nous attend à la
maison de la reine lîérengère.
Elle lui. cette réce|ilion, le digne couronnement de notre
archéologique journée, et c'tst avec émotion que nous péné-
trons en ces jardins où les merveilles dorment dans des
berceaux llt'uris. Celte maison ! ces parterres «ù poussent les
chefs-d'œuvre ! qu'eu peut-on dire '? sinon qu'ils sont un
véritable petit Cluny, mais un Clnny provincial, tout intime.
Lk .Mans. - Abside dt: l'êglisi.' du Pré eti 1880.
Deisin (!•' M. Uoui-t, vommuniiiiié fiar M. G. Fleiirj;
OÙ Ion a la bonne lortune de rcucontrerau lieu de rébarbatifs
gardiens, un amateur li'arl très acueîllant, M. Singber, qui,
lout-h- l'heure, nous fera, aidé de son (ils, M. Gustave Singher,
les honneurs de ses collections. C'estàcedistingué, autautque
généreux amateur, que le Mans doit d'avoir conservé la mer-
veilleuse demeure historique, où ont été entassées, avec une
ardeur inlassable, des richesses de tout genre, de tout style,
de loute provenance. Nous |)Ouvons, du reste, nous en
persuader bientôt, en parcourant des caves jusqu'au grenier,
ce bijou des xv* et xvi' siècles.
50 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
Nous sommes ici non seulement cIict. M. Singher, mais
aussi au siège de la Société historique du Maine ; et, voulant
nous souhaiter la hlenvenuc au nom de cette dernière, son
infatigable Président nous réunît daus la cour où les lampes
électriques fouillent au plus profond des plus délicates
sculptures.
Le M*ns. - Maisfiii <le la reiiie BircngtTe.
I^ jardin.
Aucun lieu lie convenait mieux pour exprimer les regrets
de notre éminent confrère, M. Lefèvre-Pontalis, directeur de
la Société française d"arcliéologie, que tous eussent été si
heureux de saluer en cette inoubliable soirée, dans ce cadre
féerique, où nous allons entendre M. Triger se révéler avec
toutes ses qualités d'esprit et de cœur.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 51
Diçcourç de M* ÏÏ^RIGEH
Mesdames,
Messieurs et chers Confrères,
Après la journée si bien remplie que nous venons de consacrer
à la vieille cité des Génomans, l'heure n'est plus aux longs discours
ni même aux dissertations savantes.
J*espère, en effet, que notre visite aux monuments du Mans
n'aura pas été une simple et agréable promenade, mais qu'elle vous
aura laissé des souvenirs durables ; qu'elle vous aura permis
d'apprécier d'une manière profitable l'intérêt d'une ville qui,
selon l'expression de notre premier maître, Aristide de Caumont,
présente les éléments d'un cours complet d'archéologie.
Tour à tour, nous avons rencontré sur notre chemin un menhir,
dernier vestige de l'oppidum gaulois, des remparts de l'époque
romaine, des monuments grandioses de Tarchiteclure religieuse du
moyen-âge, de vieilles maisons aux silhouettes pittoresques,
d'élégants hôtels de la Renaissance, des œuvres d'art de réelle
valeur.
Cette excursion à travers les siècles vaut, certes, bien des exposés
théoriques, car elle vous aura suscité des observations person-
nelles qui sont les meilleures leçons.
J'ose dire, dès lors, que nous avons bien travaillé, et qu'il n'est
point nécessaire de mettre plus longtemps à l'épreuve votre bonne
volonté et votre ardeur archéologique.
Je ne puis au moins vous faire grâce des remerciements et du
sympathique salut de la Société historique et archéologique du
Maine à votre entrée dans ce logis de la reine Bérengère dont la
générosité et le goCit exquis de M. Singher ont fait le plus charmant
bijou de notre écrin.
Votre visite de ce matin à l'abbaye de l'Epau vous a déjà fait
connaître la reine Bérengère, cette gracieuse suzeraine de la ville
du Mans au xiiie siècle qui fut, dit-on, la plus belle femme de son
temps, et, ce qui vaut mieux. Tune des plus pieuses et des plus
compatissantes aux misères humaines.
Vous pardonnerez donc à la gratitude des Manceaux de s'abriter
toujours sous son égide et de conserver son nom à ce logis, recons-
truit vers la fin du xvc siècle par Téchevin Robert Véron, habité au
siècle suivant par le premier de nos historiens, le conseiller au
Présidial Le Corvaisier de Courteilles.
Depuis le 24 juin 1892, date mémorable oii la maison de la reine
Bérengère, sauvée d'une destruction imminente et merveilleuse-
ment rajeunie par M. Singher, a vu s'ouvrir une nouvelle ère de
52 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D*ALENÇON
vie et de splendeur, nous avons eu Thonneur d'y recevoir de bien
amicales et bien flatteuses visites.
Aucune, mes chers conifères de TOrne, n'a évoqué de plus chers
souvenirs que la vôtre.
Les temps sont bien loin, assurément, où Normands et Manceaux,
poussés par de malins démons, se cherchaient volontiers chicane,
et, avec une égale vaillance, se pourfendaient d'estoc et de taille.
En achevant l'unité nationale, la Sainte de la Patrie, notre
héroïque et immortelle Jeanne d'Arc, les a si bien réconciliés
qu'ils s'aiment maintenant autant qu'ils s aimaient peu jadis.
Des liens intimes de confraternité et d'affection unissent parti-
culièrement nos deux Sociétés, et la Société archéologique du
Maine garde, entre autres, une inaltérable reconnaissance t\ votre
éminent fondateur, à notre maître commun et toujours regretté,
Léon de hi Sicolière, qui, aux derniers jours de sa laborieuse
carrière, voulait bien encore nous témoigner sa sympathie en
venant assister à notre installation dans ce logis cîe la reine
Bérengère.
Aujourd'hui, nous y voyons à votre léle, avec une bien vive joie,
le jeune et distingué successeur de Léon de La Sicotière, le fidèle
continuateur de ses traditions, notre excellent ami M. Tournoùer.
Non seulement son érudition, son activité et son infatigable dévoû-
ment garantissent à la Société archéologique de l'Orne un long
avenir de prospérité, mais il a un talent spécial pour composer les
gerbes de fleurs et renc're la science irrésistible en vous entraînant,
Mesdames et Mesdemoiselles, dans les rangs des archéologues, en
vous appelant à la rescousse pour stimuler si aimablement leur
zèle et leurs travaux.
Nous eussions été heureux aussi d'accueillir ce soir parmi nous,
comme nous l'avions tout d'abord espéré, un groupe nombreux de
membres de la Société d'histoire, lettres, sciences et arts de
La F'ièche. Des déplacements de vacances n'ont pas permis de
constituer ce groupe. Nous avons au moins le plaisir de voir les
absents représentés par le dévoué Vice-Président de la Société,
par le très sympathique directeur des A /ma/^s FléchoiseSy M. l'abbé
Paul Calendini. Nous lui adressons nos meilleurs remerciements,
et, en le chargeant de tous nos regrets pour ses confrères, nous le
prierons de leur dire que, puisqu'ils n'ont pu venir à nous cette
année, nous nous réjouissons d'aller à eux l'année prochaine dans
cette jolie ville de La Flèche où vit toujours respectée la mémoire
du bon roi Henri IV, et où nous attend la plus cordiale des
réceptions.
Au reste, Messieurs, nous aurions mauvaise grâce à garder
rancune à nos amis de La Flèche d'être en ce moment en vacances.
Beaucoup d'entre nous le sont également et notre Société historique
et archéologique du Maine est réduite à sa plus simple expression.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS DALENÇON 53
Si le temps nie le permeltait, j'iuirais à vous coninuiniquer près
de cent lettres d'excuses et de regrets. Je me bornerai à vous
transmettre les bien sincères regrets de mes confrères du bureau
M. le marquis de Beauchesne, noire très érudit Vice-Président, en
ce moment en Angleterre, MM. Brindeau, cic Lorière, l'abbé
Patard, Mautouchet ; les excuses de MM. Galpin, député de la
Sarthe, duc de Doudeauville et d'AilUères, membres du conseil
général, de M. Moreau, Président de la Commission historique de
la Mayenne, des généraux de Boisdeffre, de Verdière, de Cléric, de
M. Tamiral Coulombeaud, des colonels Lusson et (iasselin.
Par contre, une heureuse coïncidence est venue dédommager
notre patriotisme qui tient à ce que l'armée soit toujours repré-
sentée dans nos réunions, et nous avons Thonneur d'avoir parmi
nous en ce moment M. le colonel de Saint-Rémy, de passage au
Mans. Tous, j'en suis assuré, vous vous joindrez à moi pour exprimer
à M. le colonel de Saint-Rémy la joie que nous cause sa présence.
Messieurs, si les archéologues ont à redoubler aujourd'hui
d'efforts pour assurer la conservation de nos anciens monuments,
les historiens, eux, ont plus que jamais le devoir de revendiquer
l'indépendance de leurs consciences et de leurs appréciations. Ils
sont, en quelque sorte, les soldats de la Vérité, les justiciers des
peuples et des individus.
J'ai la ferme confiance qu'aucun de nous, dans sa modeste
sphère, ne faillira à ce devoir, et que nos Sociétés d'histoire locale,
toujours impartiales, contribueront à sauvegarder, sur notre terre
de France, les principes essentiels du Vrai et du Bien.
Unissons nos efforts dans ce but et marchons toujours en avant
pour la Vérité et la Justice. Aux satisfactions intimes ou aux décou-
vertes scientifiques que nous procurent nos études, ajoutons le
mérite de défendre l'indépendance des caractères, la liberté des
esprits. Ce sera l'un des plus beaux côtés de notre rôle, et, tôt ou
tard, la Patrie nous en saura gré.
A ce discours, M. Tournoùer répond par une improvisation
charmante, où il se fait l'interprète de toutes les reconnais-
sances.
Nous nous répandons alors, à notre guise, dans Tintéres-
sant logis, mais, hélas ! pourquoi faut-il n'avoir qu'une heure
ou deux I Comme l'on regrette de ne pouvoir, ici, savourer
toute chose en gourmet, la déguster en dilettante !
Chacun peut trouver à satisfaire ses goûts dans cette
exposition artistique. Rien n'y manque... même pas le buffet,
où derrière une table surchargée, des varlets, en costume
Louis XI, s'empressent au service des invités.
6
54 EXCURSION DANS LE MAINE EN LE PAYS D'aLENÇON
Quelques esprits chagrins pourront penser que, durant
cette journée, l'intérêt... gastronomique ne le céda en rien à
l'intérêt historique. A quoi nous répondrons d'abord, que nos
pères étaient grands mangeurs et grands buveurs, ensuite que
le but premier de notre Société est de conserver toutes les
traditions et que, dans ces conditions nous n'avons fait
qu'appliquer intégralement nos statuts.
Onze heures sont sonnées. C'est l'heure de la séparation, et,
en déambulant, dans la nuit tiède, vers Thôtel de Paris, je
pensais, en moi-même, que celui qui, pour caractériser un
chaleureux accueil, inventa l'expression, aujourd'hui prover-
biale, d'hospitalité écossaise, celui-là, certes, ne connaissait
pas l'hospitalité mancelle I
SECONDE jJOURNl^E (28 Août 1907)
« L'exactitude, dit-on, est la politesse des Rois » ; elle est
aussi celle des archéologues qui se sont trouvés, ce matin, à
la gare, à l'heure fixée par les deux présidents.
Le train qui nous emportait, pour ne pas manquer aux
traditions de la Compagnie de l'Ouest, est parti avec du
retard, et, après nous avoir consciencieusement brouettés
pendant une heure, nous a déposés à la halte de Piacé-Saint-
Germain. Là, nous attendaient plusieurs véhicules, parmi
lesquels on distinguait les deux grandes voitures bien connues
des excursionnistes de l'Orne, où nous trouvons déjà installés
bon nombre de nos amis et confrères d'Alençon, précédem-
ment arrivés. L'embarquement s'opère non sans difficultés,
au milieu du tumulte, et le convoi s'ébranle dans la direction
de Fresnay, traversant cette campagne si diverse d'aspects, si
riante sous le soleil, que parcourait, autrefois, montée
modestement sur un âne, une souveraine infortunée, la bonne
reine Berthe.
La petite ville de Fresnay, un des principaux centres de
tourisme des Alpes Mancelles, domine à pic la vallée de la
Sarthe qui la contourne. Elle a conservé un cachet antique du
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D ALENÇON
meilleur aloi, et se
glorifie, à juste li-
tre, de son église et
de son château qui
vont retenir long-
temps notre atten-
tion.
L'arrivée a lieu
sur la Grand'Place.
Aussitôt les groupes
se forment, les con-
versations s'enga-
gent et, au milieu
d'une haie de cu-
rieux, l'on s'ache-
mine doucement
versrégiise,aij seuil
de laquelle M. Tri-
ger nous arrête pour
nous donner, avec
son habituelle com-
pétence , quelques
explications.
L'église de Fres-
nay date de la se-
conde moitié du xii"
siècle, et reste un
des plus beaux mo-
numents de l'archi-
tecture romane dite
de transition.
Son plan primitif
comportait une seu-
le nef, à .trois tra-
vées, iterminée par
un chœur en hémi-
cycle. Ce n'est que Pressât. — Plan de régllse au xiii' sié de.
vers 1865 que, l'édl- Commaniqaé par M. Robert Triger.
imii
5 que, 1
fice se trouvant in-
Exlrait de l'Eglise de Fresnay-aur-SarIhe, par
EuK. Lefèvre-Pontalia.
56 EXCL'RÎION DANS LE MAINE ET LE PAYS D ALENÇON
sufTisant pour les paroissiens, on décida la construction des
deux bras du transept, travail qui fut exécuté avec une rare
perfection. Les fenêtres, closes de vitraux foncés, éclairent
faiblement cet intérieur, déjà rendu sombre par l'emploi du
grès roussard, que l'on trouve alternant ici avec la pierre
blanche. Mais cette sorte de dcnii-lumière ne nuit en rien à
l'impression artistique et religieuse.
Le portail occidental est terminé par un plein cintre, dont
les neoures présen-
tent en abondance
dents de scie et
grosses étoiles, sur
lesquelles apparais-
sent en relief cinq
tètes très expressi-
ves, fort remar-
quées. La porte qui
le ferme est un vé-
ritable ciief- d'oeu-
vre. Elle date de
1S28 et montre fine-
ment sculptés sur
les vantaux, à gau-
che, un arbre de
Jessé, à droite, les
douze apôtres avec
le texte du Credo.
Sur le carré du
transept se dresse
un clocher particu-
lièrement intéres-
sant. Il comprend une tour carrée, surmontée d'un étage
octogonal, percé d'élégantes baies géminées. Auxquatre coins
s'élèvent quatre clochetons hexagonaux, qui atténuent le pas-
sage du plan carré au plan octogonal. Cotte tour a pour pro-
totype celle de Saint-Aubin d'Angers, et cette similitude s'ex-
plique par ce fuit que les moines de Saint-Aubin étaient posses-
seurs de l'église paroissiale de Fresnay.
Quittant ce monument, nous traversons quelques petites
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE l'AYS D'aLEN(;ON 57
rues étroites, aux pavés disjoints, qui ont beaucoup d'analogie
avec celles du vieux Mans que nous parcourions hier ;
cependant, elles sont plus propres que ces dernières, et nous
pouvons atteindre sans encombre la place, au fond de laquelle
le château dresse ses deux puissantes tours d'entrée. Cette
place est l'ancienne hasse-cour ou baille du château.
Par une subtile association d'idées, ce seul mot de basse-
cour réveilla les appétits les plus engourdis, rappelant à tous
que midi était proche et que, derrièro nous, au dessus de la
Halle, dans la salle des fêtes, se préparaît un solide déjeuner.
Fresnat-sub-Sarthe. ~ Portail de l'église. — L'Arbre de Je: se.
Cliché de M. II. d'Anlerroehes.
On ne le laissa pas attendre et personne ne se fil prier pour
se diriger vers la grande table en fer à cheval, où chacun
trouva à sa place, outre le Guide illustré des Alpes-Maneeiles,
un charmant menu dessiné par M. Xavier Gasnos et très
finement gravé par l'imprimerie Monnoycr du Mans.
Au dessert, M. Tournoûcr se lève et, dans une fine et
chaleureuse improvisation, remercie le maire, M. Horeau, et le
curé-doyen de P'resnay, M. l'abbé Didion, de leur réception sî
cordiale, félicitant la municipalité d'avoir conservé à la ville
les restes du château de l'ancienne place forte. En même
temps, il salue très courtoisement M, Le Vayer, conservateur
58
SCURSION DANS LK JIAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
hoiioniire de la bibliothé(|ue de la ville de Paris, qui a bien
voulu honorer de sa (irésence noire réunion. Après avoir
adressé u:\ ir.ol de bienvenue à M. Normand, le distingué
directeur de « l'Ami
des monuments et
des arts », qui suit
noire promenade, il
termine par un sou-
venir reconnaissant
envers le très dé-
voué président de
la Société histori-
que du AJaine.
Tour à tour, le
maire, M. Horeau,
MM. Tiiger et Nor-
mand prirent la pa-
role, et ce fut un
assaut de senti-
ments délicats, un
mutuel échange de
vifs remerciements.
Après quoi, tout le
monde se mit en
marche vers la Porte
de l'antique forteresse.
Nous sommes ici en plein moyen-âge. Deux tours (1),
(1) Au dessus de la porle du château, fut Inaugurée, le 4 Juillet 1901,
par la ville de Fresiiay, la Société française d'archéo1<'gie et la Société
îiiatorique du Maine, une plaque commémorai Ive avec cette inscription
en lettres rouges ; A
Capitaine de Fi-esnay
1418-14-20
DéTenseur du Maine contre les Anglais
(lonipngnon d'armes de Jeanue d'Arc
l4-i9
Prévôt de Paris
143l)-144l]
A son sommet, la plaque pu^e Ici
mines à trois quintefeuilles de gueule
rinscriptlon, "' ■
sinople. et d'
s d'Ambruise de Lo
et, dans le bas, ai
de la ville de Krcsuay ; « Parti u'oi
é de fleurs de lys
1 lion de même brochant
EXCUKSION DANS LE MAINE ET l.E 1>AYS D AI.ENÇON o9
réunies par une courtine, diiiis laquelle on aperçoit encore
les rainures des chaînes du pont-levis, donnent accès dans
l'intérienr du châ-
teau. A gauche, des
salles sont encore
visihies , qui de -
vaient servir de
corps de garde. On
sort de cet appareil
tout militaire pour
entrerdans un char-
mant petit square,
des pelouses duquel
émergent des rui- Frësnav. - Porte du chàleau avant sa resUa*
nés grises, édentées, """" l"^-''""* •"■)■
crevées de larges
ouvertures où| le
lierre règne en maî-
tre (1).;
S'arrachant aux
évocationsdu passé,
l'on se sent attiré
vers les murs exté-
rieurs dominant la
... . Fbksnav. — Porte du château Ç. i; n).
rivière ; mais, avant
de rechercher les
poternes de ravitail-
lement, défendues
de mâchicoulis et
de petites tours ron-
des , on ne peut
s'empêcher de jeter
un regard sur le Trais
paysage que Jl'on i Fresnaï, - Porte du diii'.eau (Plan dt s Basscs-
découvre du saillant F':vis).
!— ;^^^'^». III ■ Commtiniqa'^ !. Il- M. Robert Triger.
le plus avance.
(I) C'est au mois de mai 1!)00 qur ':. Iloreau et son Conseil municipal
rachetèrent les teirrains du chdtoau, nli(-nt's sous la Révolution. Avec juste
raison. Ils voulaient conscivc^ l(s ri-rtCH de la forteresse que leurs pères
60 EXCURSION DANS l.K MAINK ET I.K PAVS D'AI.KNÇON
A trente mètres à pic, la Sarllie roule ses eaux d'un vert
noirâtre, dans les remous desquelles le soleil jette quelques
étoiles ; sur l'autre rive la pente remonte très douce, formant
de jolis vallonnements couverts de prairies ou de cliamps
aux teintes blondes, tachés de pommiers. En se penchant, l'on
aperçoit très distinctement, suivant aussi exactement que
possible les anfractuosités de la roelie, le chemin de ronde,
que, d'une ruine voisine, l'on distingue se TimPilanl dans les
Kri!Snav-si,'h-Sahtiir. — Porte de l'ancien clinteau.
Ctii-liê deM.de Cânh-al.
jardins entre de mélancoliques jioireiiux et des clioux plan-
tureux.
Vraiment le site est charmant et, à défaut d'hommes à
occire, les défenseurs de Frcsnay devaient, d'ici, tuer fort
aimablement le temps.
Sur toutes ces choses mortes, place un lin souvenir, celui
du vaillant que fut Amliroise de Loré.
avaient si vaillamment défendue. Ils transformèrent tout d'almrd les
terrains inoccupés d'alentour en un coquet jardin public, dont M. Dupuy,
ancien élève d'AIpliaiid, dirii;cH la création.
Puis l'on s'occnpa de la restauration des tours d'entrée. Ce fut M, Kol)erl
Triger que sa haute compétence désigna pour prendre la direction de ces
Ceci fait, on aménnitca dans la partie des bâtiments donnant sur te
square les bureaux de la Mairie ; et cela ne manque pas de pittoresque de
voir ces vieilles murailles guerrières abriter le pacifique rond de cuir
administi-atir.
EXCl'RSIOM DANS LE MAINE ET LE PAYS D'AI.ENÇON 61
Comme beaucoup d'autres, ce grand capitaine est un grand
méconnu, et c'est bien à nous, Manccaux et Ornais, à faire
sortir de l'ombre cette loyale ngurc, à lui donner dans
l'histoire la place qu'elle doit y tenir.
Né au château de Loré,prèsdu Grand Oisseau(l), Ambroise
de Loré n'eut jamais qu'un désir : se battre pour son Roi ;
et, à 19 ans. il assiste au désastre d'Axincourt. Il en rapporte
la haine de l'Anglais et la volonté de vaincre ; voilà ce qui va
expliquer celle vie de perjwtuels combats autour des
forteresses de Fresnay et de Sainte-Suzanne. Il a, semble-t-il,
le don d'ubiquité, el surprend ses ennemis, en quelque lieu
qu'ils soient, dans le temps qu'ils y jiensenl le moins.
Puis s'ouvre cette page merveilleuse de notre histoire,
l'épopée de Jehanne la Bonne Lorraine. Ayant d'alwrd, en lin
routier, suspecté la mission de la Pucelle, Ambroise de Loré,
après le siège d'Orléans, se cunvaincl de sa mission divine.
Désormais, il ne la quitte plus. Il est à Jargeau, à Beaugenoy.
(1) Le Grand Oisseau fait auJoui-<t'hui partie du département de, la
62 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'ALENÇON
à Patay, à Troyes, à Reims, à Paris ; partout, il se distingue,
toujours clief Iiabile et soldat intrépide.
Après le martyre de la Sainte, il reçoit du duc d'Alençon le
commandement de la place de Saint-Céneri. Le voilà, de
nouveau, sur le théâtre de ses premiers exploits; il va encore
en allonger la liste, et, lorsque le Roi Tarrachera à sa tant
chère terre du Maine, ce sera pour le nommer prévôt de
Paris.
Pourquoi Ambroise de Loré, qui fut peut-être le plus
valeureux défenseur de Tindépendance nationale au xv® siècle,
n'est-il pas plus connu ? Pourquoi son nom n'est-il pas cité
près de ceux des La Hire, des Xaintrailles, des Dunois ?
L'Histoire a de ces injustices inexpliquées. A nous, il appar-
tient de réparer le mal ; à nous, il appartient de rendre au
vaillant capitaine un hommage digne de lui. C'est ce que nous
faisons, en cet instant où, Tàme empanachée de ses prouesses,
nous évoquons sur ces ruines, témoins de sa bravoure, son
ombre glorieuse !
Souvenons-nous, telle est la leçon qui se dégage de tous ces
restes du passé I Souvenons-nous que ce pays du Maine n'a
été longtemps qu'un immense champ de bataille; au xv«
siècle, il vit la lutte contre l'invasion anglaise ; et, plus près
de nous, il assista, il y a 37 an*- '^'! dernier effort de l'armée
de la Loire.
Que d'hommes ont dû mourir là qui .nt fait de cette terre
une terre bénie !
Mais comme nous voilà loin de la bot r-e ville de Fresnay.
Elle disparait au milieu de son histoire et, pourtant elle a
une réelle valeur, un cachet spécial avec sa triple ligne de
défense, ses rues étroites et tortueuses, son château hardiment
campé sur la roche, commandant la pittoi îsque vallée de la
Sarthe, qu'il nous sera donné d'admirer, à diverses reprises,
au cours de cette journée.
Le départ, qui a lieu prés de la Halle, es! des plus agités.
Les coups de sifllet retentissent fréquents, iour à tour sup-
pliants et autoritaires. Enfin l'on s'ébranle 'l, avec un tinte-
ment allègre de grelots, notre convoi s', ngoufïre dans les
petites rues de la cité, longeant d'anc'jnnes maisons de
tisserands, aux escaliers fleuris.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 6^
Derrière nous, bientôt, tout disparaît, et nous roulons sous
un soleil de plomb dont les ardeurs abattent un peu la nôtre.
Pourtant, que de choses à voir ! les panoramas se succèdent,
enchanteurs, et jusqu'à Sougé-le-Ganelon, nous les voyons
changer constamment et s'étendre !
A Sougé, se trouvait autrefois un prieuré dont on aperçoit
encore de vieilles fenêtres, et dont les restes échappèrent à
rincendie de 1871. Ce bourg, en effet, étant très élevé, les
Prussiens le choisirent, de préiérence à tout autre, pour y
mettre le feu. Cette torche géante, aperçue de très loin, devait
être un avertissement pour les pays environnants.
Un autre souvenir se conserve de cette désastreuse guerre :
c'est celui du Général Cambronne, le dernier ballon sorti de
Paris qui atterrit ici, le 28 janvier 1871, et dont un brave,
M. Moulard, sauva les dépêches au péril de sa vie.
Tout remplis de ces tristes récits, nous saluons les jolies
maisonnettes relevées de leurs cendres et dans lesquelles
s'agite une population active. De nos voitures, nous jetons sur
tout cela un dernier et rapide coup d'oeil ; notre curiosité
avide n*est point entièrement satisfaite, mais les arrêts trop
fréquents nous sont interdits par notre programme. Sans être
descendus, nous repartons au milieu de la campagne aux
horiz distances ^t le temps. Déjà
même le soleil avait disparu sous l'horizon et Ton jouissait
pleinement de celte heure exquise, si reposante, des soirs
d'été, lorque ce n'est ni tout-à-fait le jour, ni tout-à-fait la nuit.
Les instants passèrent si vite ainsi, que l'on croyait à peine
être arrivé, lorsque le convoi s'engagea dans la majestueuse
avenue au tond de laquelle apparaissait, toutes fenêtres
éclairées, l'antique château de Saint-Denis.
Il y a un vieux proverbe qui veut que les amis de nos amis
soient nos amis ; le proverbe peut être vieux, le sentiment est
toujours vrai, et nous avons pu constater son éternelle
jeunesse, au seuil de cette demeure, où M. et M™* Paul Romet
accueillaient du même aimable sourire tous les archéologues,
connus et inconnus.
Avant de connaître la Société, j'aurais cru volontiers que
recevoir ainsi quatre-vingts personnes était chose difficile;
une fois de plus, je dois constater, ce soir, que ce délicat
problème a été résolu le plus heureusement du inonde.
L'orangerie, décorée pour la circonstance s'était vue trans-
formée en salle à manger. Sur les tables brillamment éclairées,
attendaient des menus à la fois somptueux et charmants,
reproduisant le château ou le parc, sous lesquels se cachait^
pour les dames, un bouquet, pour les messieurs, un œillet.
Au dessert. M, Tournoiier se leva et prononça le toast
suivant :
Madame,
L'un de nos poètes nationaux les plus populaires, dont l'esprit
fin et tant soit peu gascon, réjouissait les salons d'autrefois, Gustave
Nadaud, a dit quelque part :
Les voyages forment les hommes
Et nous en avons besoin tous,
Tant que nous sommes...
Cette observation très juste et très vraie a fait son chemin depuis
une trentaine d'années, et assurément, elle n'a mieux reçu son
application qu'au sein de la Société historique de l'Orne.
SAiKT-CËNKRi-LE-Gf>ni;i. - Eglise : Détails (îes fresques, - Cliché de M. nenë__Briaset,
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 73
Les historiens et les archéologues, les savants de chez nous,
puisqu'il faut les appeler par leur nom, ont compris la nécessité
de contempler durant leur vie autre chose qu'un même clocher
quelque attachant qu'il puisse être, et ont pensé qu'il convenait,
pour parfaire leur instruction, de s'en aller à la découverte d'autres
lieux et de nouvelles jouissances intellectuelles. Pleins d'ardeur,
d'endurance et de joyeuse humeur, comme il convient à des fils de
conquérants, ils se sont donc mis en chemin un beau jour et leur
enthousiasme, grandissant avec le goût de l'inconnu, est arrivé à
un tel point, que l'organisateur des tournées commence à désespérer
de le pouvoir satisfaire dans les années à venir.
Mais, lorsque ces vaillants pionniers normands ou percherons
sont partis, ils ne se doutaient guère qu'ils trouveraient sur leur
chemin, presque à chaque pas, des toits hospitaliers et des maisons
amies pour les reposer des fatigues de la route, réparer leurs
forces, et réchauffer leur zèle. Us ne se doutaient guère qu'ils
auraient d'autres mets que le ragoût traditionnel de l'auberge de
rencontre, accompagné de la salade non moins traditionnelle et du
fromage du crû, le tout arrosé du petit cidre aigrelet. Us ne se
doutaient guère qu'ils prendraient part à des festins dans des salles
brillamment parées et illuminées en leur honneur, pas plus qu'ils
n'auraient imaginé des réceptions en musique et des drapeaux
flottants à l'entrée des bourgs visités, ou des théories de fillettes
à gros bouquets, pour leur souhaiter la bienvenue.
Qu'avons-nous donc fait, mes chers Confrères, pour mériter tant
d'amabilité? La science archéologique aurait-elle perdu de son
austérité et conclu un traité d*alliance avec la science gastro-
nomique? Aurions-nous trop flatté le présent au détriment du
passé ? Rassurez-vous, car l'explication de ces merveilles est bien
simple, quand on connaît notre Société.
Notre Société, mais c'est une grande famille provinciale dont les
membres sont unis d'affection et d'amitié. Leur plus grande joie est
de se retrouver chaque année, leur plus grande satisfaction de se
convier les uns les autres. Mais, quand on se reçoit entre proches,
la simplicité est de règle et vraiment. Madame, vous avez fait trop
bien les choses.
Il est vrai que nous ne sommes pas une famille ordinaire par le
nombre et... l'importance; il est vrai aussi que c'est aujourd'hui
fête dans la famille qui célèbre ses noces d'argent. Vous vous en
êtes souvenue, sans doute.
Il est pourtant un autre motif de réjouissance ici et vous me
reprocheriez, mes chers confrères, de ne pas l'invoquer, puisqu'il
s'agit de fêter l'un des nôtres, l'hôte même de cette maison, vers
lequel, je le sais, vont toutes vos sympathies et toute votre estime.
Nous sommes heureux, mon cher ami, très heureux et fiers de
votre éclatante victoire, car, si c'est un membre de la Société
74 KXCL'RSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D*ALENÇON
historique qui reste Conseiller général, c est un homme de bien et
de devoir, très justement aimé de ses concitoyens, héritier des
traditions d'honneur paternelles, qu'Alençon a le bonheur de
conserver à l'Assemblée départementale. Connne président et
comme collègue, au nom de tous, je vous adresse d'affectueuses
et chaleureuses félicitations, en confondant dans un même toast
votre succès et celui de votre frère qui, lui aussi, a su vaincre pour
la bonne cause.
Mesdames, Messieurs, à la santé de nos aimables hôtes, à Monsieur
et à Madame Paul Romet !
Ces paroles qui traduisaient si éloquemment la reconnais-
sance de tous, suscitèrent de vifs applaudissements ; puis, à
son tour, M. Paul Romet prit la parole :
Mon cher Président,
En amenant à Saint-Denis les membres de la Société historique
de rOrne vous nous avez fait à Madame Romet et à moi un honneur
dont nous sommes fiers et un plaisir dont nous vous sommes
reconnaissants. Vous nous avez donné l'occasion d'ajouter un bon
et heureux souvenir à tant d'autres qui nous attachent si étroite-
ment à cette maison.
C'est donc à moi de vous remercier de votre amicale sympathie.
Nous n'avons fait que suivre de loin votre exemple, car nous ne
saurions oublier votre accueil et celui de Madame Tournoùer-
N'est-il pas tout naturel d'ailleurs que nous considérions comme
un très agréable devoir de vous aider dans votre entreprise de
faire mieux aimer ce pays, en le faisant mieux connaître.
Je tiens aussi à souhaiter la bienvenue à Monsieur Robert Trigcr
et aux membres de la Société historique de la Sarthe. Ils ont voulu
par leur présence témoigner des liens d'amitié qui les attachent
à nous dans le présent, et recherche dans le passé tout un
patrimoine de souvenirs communs enf.re Alençon et le Maine.
Saint-Donis n'est pas un de ces monuments curieux qui excitent
rintérôt de l'archéologue ou de l'historien, mais il n'est pas sans
souvenirs intéressants.
Tout près de la vieille église séparé par un ruisseau ou une douve
s'élevait autrefois le château.
J'en possède un dessin exécuté au commencement du xix© siècle
avant sa démolition. L'artiste sans prétentions d'ailleurs, une
enfant de quinze ans, Adèle Du Breuil, s'est surtout appliquée
à reproduire ses murs d'enceinte, son pont- le vis et ses tourelles.
Sur une légère éminence il dominait la vallée du Sarthon encaissée
par les collines de Bel-Air et de Souprat.
'■)
EXCLUSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENCON 75
a
C'était la demeure de la famille du Mesnil de Saint-Denis (1).
Cette famille d'origine Alençonnaise descendait directement de
Jean du Mesnil ; il lut anobli en 1449 par une charte de Jean, Duc
d*Alençon et par lettres patentes de (Charles VII pour les services
éminents qu'il rendit dans la lutte contre les Anglais.
Jean du Mesnil fut l'un des quatre principaux bourgeois qui
chassèrent les Anglais d'Alençon et y rétablirent l'autorité du duc.
Ce fut lui qui fit édifier la Maison d'Ozé.
Son troisième fils Pierre épousa Jeanne de La Pallu et fut l'auteur
de la branche de Saint- Denis. Pendant plus de trois siècles, cette
famille habita Saint-Denis et plusieurs de ses membres en s'établis-
sant dans les environs v fondèrent des branches différentes.
Gilles du Mesnil fils de Pierre, écuyer, seigneur de Saint-Denis,
lieutenant général au baillage d'Alençon, eut trois fils : Gilles,
Pierre et Jacques.
Jacques est le héros de la première nouvelle de l'Heptaméron de
la reine Marguerite de Navarre. Il mourut lâchement, assassiné à
Argentan sur les ordres de Monsieur de Saint-Aignan, procureur
de la Reine.
Afin de se débarrasser d'un témoin compromettant, Madame de
Saint-Aignan n'avait pas hésité à l'accuser auprès de son mari et à
le taire attirer perfidement dans un guet-apcns. Pour le faire dis-
paraître, son cadavre fut bralé dans un tour. Le crime lut découvert,
mais le coupable échappa au châtiment en se réfugiant en Angle-
terre.
Gilles du Mesnil épousa Renée du Moulinet dont un fils, Isaac,
qui épousa Marie Courtin, originaire de Beilème.
J'ai retrouvé son contrat de mariage qui date du 6 juillet 1393.
Il mourut le 31 octobre 1654, et fut inhumé dans le chœur de l'église
de Saint-Denis, dans la tombe de ses prédécesseurs ainsi qu'en
témoigne une ancienne copie de son acte de décès et en respectant
les termes mêmes en lesquels il est conçu.
Isaac de Saint-Denis eut une nombreuse descendance : cinq fils.
Gilles, l'aîné, et Antoine, le cadet, auteur de la branche de Buhéru
en la paroisse de Gandelain, épousèrent les deux sœurs : Marie et
Madeleine Martel, filles de Claude Martel, conseiller du Roi et
lieutenant en l'élection d'Alençon.
Le troisième, Jacques, auteur de la branche de la Plaisse, paroisse
(1) Les renseignements qui suivent ont été en partie empruntés à
M. le comte de Souancé, qui publia sous le titre Une Famille Alençon-
naise, une généalogie des du Mesnil. (Bulletin de la Société, 1906, p. 262).
Dans les papiers que nous avons en notre possession, le nom de du
Mesnil est presque toujours écrit en un seul mot. Il nous a paru plus
conforme à la tradition et à l'histoire de l'écrire en deux mots ; c'est
d'ailleurs un problème auquel nous n'avons pas la prétention de donner
une solution. P. R.
8
76 EXCURSION DAJ^JS LE MAINE ET LE PAYS D'ALENÇON
de Saint-Didier, de son mariage avec Louise du Mellenger eut deux
fils, dout le cadet fut Tauteur de la branche de Saint-Didier.
Si je ne me trompe, notre érudit Président nous a tout dernière-
ment appris Texistence de souvenirs inédits sur la Révolution
consignés par Madame Delahante, née Brossin de Saint-Didier, qui
pourrait bien être une descendante de cette famille (1).
Le quatrième, Abel, sieur de Colombiers, épousa Françoise
du Hamei. J'ai de lui plusieurs actes d*achats et d'emprunts faits
entre 1671 et 1676.
Le cinquième, Pierre, fut curé de la Ferrière-Eochard. Si j'en
crois les très nombreu c actes d'achat et de remboursement qu'il fit
pour son compte et ceiui d'Abel, il dut être un homme tout parti-
culièrement actit et avisé.
Georges du Mesnil, écuyer, seigneur de Saint-Denis, fils de Gilles
épousa en 1659 Françoise Le Goué, fille de noble Le Goué, bailli de
Lassay. Il fit reconstruire la ferme de la Grande Cour dont les
bâtiments entouraient la cour du château. Sur la maîtresse poutre
de la grange qui subsiste encore il fit graver l'inscription suivante :
G. DU MESNIL 1671.
Il eut six enfants, entre autres Jacques l'aîné et Alexandre, auteur
de la branche de Villiers.
La fille aînée d'Alexandre, Catherine, épousa le 11 juin 1740, à
Placé, Denis Duchène (ou Duchesne) procureur aux finances
d'Alençon, un des ancêtres du vénéré fondateur de notre Société,
Léon Duchêne de La Sicotière, dont nous gardons un fidèle et
reconnaissant souvenir.
Son frère, Pierre-Alexandre du Mesnil, eut deux fils dont l'un,
Pierre, maria une de ses trois filles au sieur Normand. Le domaine
de Villiers, qui est situé dans la commune de Saint-Denis, est
encore entre les mains de ses descendants.
Revenons à la famille de Saint-Denis. Jacques du Mesnil épousa
en 1695 Charlotte Lemaire et en eut au moins quatre enfants, ainsi
qu'en témoigne le curieux contrat de mariage d'une de ses filles
Marie-Catherine du Mesnil, veuve en premières noces de Jacques
Le Frère, sieur de Lerlignères, avocat au baillagc d'Alençon et
officier au bureau des finances.
Le fiancé était Messire François de la Haye, chevalier, seigneur
de la paroisse de la Lande près Lougé. Le contrat fut passé le
samedi 6«ne jour d'Avril 1726 au château deSaint-Denis-sur-Sarthon.
Parmi les signataires figurent en qualité de témoins pour la fiancée
Louis et Jean du Mesnil, écuyers, ses frères ; ceux du fiancé sont
(1) Souvenirs de M^* Delahante née Alexandrine- Charlotte-Sophie
Brossin de Saint- Didier, continués par sa fille Sophie Delahante,
baronne de Gravier. Evreux, imp. de Ch. Hérissey, 1906, 2 vol. gr. !n-8«.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'ALENÇON 77
Messire René -François de la Haye, chevalier, son frère et Messire
Jean-Charles Doisy, chevalier, seigneur d'OUendon, parent du dit
seigneur époux.
Le contrat débute ainsi :
« Pour parvenir au mariage qui au plaisir de Dieu sera fait en
face d'Eglise Catholique, Apostolique el Romaine, les cérémonies
d'i celle préalablement gardées et observées... »
Suivent les clauses du contrat. Marie-Catherine du Mesnil appor-
tait 200 livres de rente foncière avec les meubles, cedules, vaisselle
d'argent et autres effets mobiliers estimés à la somme de 7.000 livres.
En cas de décès de son mari, elle reprenait par préciput les habits,
linges, bagues, joyaux et autres objets servant à son usage et à
Tornement de sa personne.
Assurément cette jeune veuve avait dû être un parti fort
recherché.
Parmi les nombreux parents et amis qui ont signé se trouvent
Anne-Charlotte du Mesnil, sœur de la fiancée, Messire Jean-
Baptiste d'Erard, son beau-frère, Jean Turpin, sieur du Moté, et
J.-B. Loltin, curé de Saint-Denis.
Sept ans après en 1733 Louis du Mesnil épousa Anne de Bi ossin.
Il mourut à Saint-Denis en 1779. D'après les très nombreux actes et
baux que j'ai entre les mains il semble avoir très habilement
administré son domaine.
En 1746 il acheta moyennant 10.250 livres, plus 48 livres de vin
de marché, le moulin banal de Saint-Denis, nommé Gallet, qui avait
autrefois appartenu à Gilles du Mesnil, son arrière grand-père.
A propos de la banalité de ce moulin, il soutint un procès long
et embrouillé contre son cousin Pierre-Jacques du Mesnil. cheva-
lier, seigneur de Villiers, capitaine au régiment de Soissons.
II passa régulièrement des baux avec ses fermiers de la Grande
Cour, de la Petite Cour, de Mélivier et de Gallet. 11 ne négligeait
pas les faisances ; à l'un il réclamait 12 chapons à Noël, 12 poulets
à la Saint-Jean, 12 livres de sucre, 20 livres de beurre frais en mai
et en septembre, un gâteau de 10 livres aux Rois.
Avec un autre il partageait les fruits et les grains, il obligeait un
troisième à faire tous les trois ans un voyage au vin à Orléans.
11 élevait des bestiaux dans l'herbage du Parc réputé pour
Texcellence de ses produits, il les vendait et en inscrivait le prix :
2 bœufs, 157 livres.
1 vache, 30 livres.
2 cochons, 18 livres 7 sols.
Il vivait du reste à une époque où le pays était en pleine
prospérité.
Sur le Sarthon, dans la pittoresque vallée qui s'étend de la Roche-
Mabile à Saint-Denis, la famille Ruel de Belisle exploitait heureuse-
78 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
ment d^importanles forges. L'abondance du minerai qu'on trouvait
en maint endroit de la paroisse et notamment aux Jarrias, entre
Saint-Denis et la Perrière -Bochard, la proximité des bois, la facilité
des moyens de communication étaient d'ailleurs de sûrs garants de
réussite.
En 1750 Jean-Baptiste Ruel de Belisle obtenait du roi des lettres
patentes l'autorisant à fonder une manufacture royale de iayence.
Il faisait venir des ouvriers et des décorateurs de Rouen et de
Sinceny et donnait à toute la paroisse grâce à son esprit d'initiative
une activité nouvelle.
Le dernier seigneur et patron honoraire de Saint-Denis-sur-
Sarthon fut Louis-Jacques du Mesnil qui épousa Adélaïde du BouUay.
Ce fût lui qui fit construire le château où j'ai l'honneur de vous
recevoir aujourd'hui.
La route de Paris à Brest venait d'être tracée et le mouvement
du bourg se trouvait transporté de ce côté. Il fit donc édifier sa
nouvelle demeure en vue de la route avec une large avenue bordée
de pièces d'eau. ^
En dehors de ce changement, il ne modifia guère les traditions
paternelles. Les baux sont maintenus aux mêmes conditions et les
faisances restent les mêmes.
Il eut pour curé l'abbé Coulombet, un des hommes les plus
remarquables du clergé de cette époque, sur lequel notre
sympathique collègue le baron Jules des Rotours termine une
étude.
Peut-être Louis du Mesnil s'étonna-t-il tout d'abord des idées
libérales et des théories utilitaires soutenues et propagées par son
curé, en tout cas il faida de son appui et fut un des premiers à
entrer dans sa Société d'agriculture.
Madame du Mesnil, dont la charité est longtemps restée légendaire
dans le pays et qui, devenue vieille, allait encore de village en
village porter ses secours aux pauvres, montée sur un petit âne,
dut s'intéresser davantage à la fondation d'une maison de la
Providence où les petites filles étaient initiées par les religieuses à
la science ménagère et à l'art de la dentelle, sans parler de la
lecture et de l'écriture.
Cette maison existe encore à Mélivier ; la porte est surmontée
d'une plaque de granit sur laquelle se trouve l'inscription suivante
en lettres en relief :
La Providence
Bureau de Point d'Alençon
Depuis de longues années il existait déjà une école dont le maître
était le chapelain de la chapelle Sainte-Anne ; elle avait été fondée
en 1656 par Messire François de Samson et Marie de Montreuil, son
épouse.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON 79
La Révolution vint, Monsieur et Madame Dumesnil ne voulurent
imiter ni leur parent, François du Mesnil, ni leurs voisins de
campagne, les Tiger de Roufligny, à qui appartenait la terre du
Faux, ni Monsieur de Courtemanche, seigneur de la Roche-Mabile,
qui émigrèrent. Ils restèrent à Saint-Denis, dont le nom avait été
transformé en celui de Sarthon-sous-Chaumont, avec leur quatre
filles.
Au milieu de quelles craintes et de quelles alarmes vécurent-ils 7
c'est ce que nous ignorons, malheureusement.
Nous savons cependant que quelques énergumènes voulurent
s'emparer de leurs archives pour les brûler et qu'elles ne furent
épargnées que grâce au sang-froid et à Tinfluence de Tabbé Cou-
lombet.
Nous devinons aussi quels furent leurs sentiments lorsqu'ils
apprirent l'affreux massacre des deux frères Martin du Puisérot,
dont la famille était de Saint-Denis ; ils y étaient nés, ils y avaient
vécu, l'un d'eux y avait été vicaire pendant plusieurs années.
Quoi qu'il en soit, tout en restant fidèles à leurs convictions,
Monsieur et Madame du Mesnil surent ne pas se compromettre au
milieu d'une population qui du reste ne leur était qu'en très petite
partie hostile.
En 1804, le calme à peine revenu, Louis du Mesnil mourut à Paris
laissant sa terre de Saint-Denis à l'aînée de ses filles, Adélaïde, qui
avait épousé Nicolas de Château-Thierry Du Breuil. Elle resta entre
les mains de ses descendants jusqu'en 1848.
Peut-être, Mesdames et Messieurs, ai-je abusé de votre patience
en vous racontant cette longue histoire et cette fastidieuse généalo-
gie. J'espère qu'elle vous aura paru moins ennuyeuse dite à l'ombre
des vieux arbres que plantèrent les du Mesnil, sous les murs du
château qu'ils construisirent, au bord des sources qu'ils captèrent
et en présence du paysage qui leur fut familier.
J'espère aussi que votre indulgente bonté m'excusera puisque
ce soir, plus heureux que l'ami de Socrate, j'ai une grande maison
toute remplie d'amis.
Ce mot si délicat de la fin provoqua d'enthousiastes et
mérités bravos : après quoi, tout le monde se répandit dans le
parc féériquement illuminé. Des rangées de lumières faisaient
ressortir l'élégante ligne des pelouses à la française, tandis
que des lanternes rouges éclairaient les plus épais feuillages.
Le coup d'œil était vraiment charmant, et Ton eût aimé à
en jouir longuement, mais déjà, l'on se pressait aux abords
du salon où M. Toumoùer lisait une étude de M. des Rotours
80 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
sur le bienfaisant abbé Coulombel, curé de Sainl-Denis-sur-
Sarthon, vers 1753 (1).
Hélas! pourquoi le temps passe-t-il si vite? Ne pourrait-il
pas ralentir un peu sa course, lorsque l'archéologue, après
des journées de labeur, touche enfin Toasis rêvée. Déjà, onze
heures sonnaient, et, devant le perron, nous attendaient nos
voitures qu'il nous semblait à peine avoir quittées I Chacun
reprit sa place à contre cœur et tandis que nos chevaux nous
emmenaient grand train vers Alençon, des chants d'allégresse
et de gratitude retentissaient, qui portaient à nos aimables
hôtes un dernier merci de tous leurs invités reconnaissants.
Vers minuit et demi, nous atteignons Alençon dont les
pavés cahotants nous rappellent qu'ils sont un signe de
civilisation ; nous nous engouffrons dans les rues silencieuses
avec un grand bruit de fers, de grelots et de roues, pour ne
nous arrêter que devant les hôtels du Grand-Cerf et de
France.
Là, régna quelque temps une certaine confusion ; mais,
bientôt, la fatigue aidant. Ton se séparait, les yeux pleins de
sommeil, la tête pleine de rêves !
René GOBILLOT.
7FROI81ÈA1E TOURNÉE (29 Août 1907)
AiiENÇON
Histoire — Epcelnte — Porter — placer — Faubourg^
Malgré l'heure matinale du rendez-vous et malgré les
fatigues de la veille, la plupart des excursionnistes se retrou-
vent dès sept heures et demie au siège de la Société, en la
Maison d'Ozé, lieu fixé comme point de départ de la visite
d' Alençon.
Tout d'abord, M. le Président fait les honneurs aux membres
présents de nos deux nouvelles salles dont l'une est déjà
(1) M. des Rotours, désirant compléter cette étude par des documents
nouveaux, se réserve de 1 oublier ulté<*<eurement dans notre bulletin.
EXCUHSION DANS I.K MAINK ET I.E l'AVS I>'aLEN(;0\ 81
ornée d'une importante bibliothèque, due à la géuéiosité des
souscripteurs, et l'autre en voie d'organisation, pour la cons-
titution d'un musée essentiellement provincial.
—(S—Uiw'^îr*
At.ençon. — I^ Maiso:i il'Ozé (état avant la rcslaui-stiun).
Extrait du Srcrrt de la Maison d'Osé.
Avant la promenade en ville quelques explications étaient
nécessaires tant sur l'histoire générale d'Alençon que sur sa
configuration et ses transronnations successives. Si les sou-
venirs qui lui restent du passé sont assez rares, il y a lieu
d'évoquer toutefois les luttes dont elle fut le théâtre, les
périodes glorieuses ou néfastes de son existence, les physio-
nomies d'aspect bien différents qui présidèrent à sa destinée.
Alençon (1) est cité très ancienne. Nos vieux écrivains en
font remonter l'origine dès avant le vin' siècle. A cette époque
(1) Alercum, Alerliiim, Alenctam, Aletiçio, Alenciaeam, Alfncionum.
Aienconiam, — La plupart des renseignements qui suivent, sur la ville ou
sur les curiosités d'Alen;on, ont été puisés principalement dans l'œuvre
d'Odolant-DeMios et surtout dans un précieux manuscrit qui est en notre
possession et qui n'a Jamais vu le Jour, formant un gros volume in-l" de
82 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D ALENÇON
elle avait titre de centaine, c est-à-dire qu'elle englobait sous
sa juridiction cent villages ou paroisses.
Dans une vaste pleine fertile, à égale distance des forêts de
Perseigne et d'Ecouves, abritée des vents d'ouest par la butte
Chaumont, elle est arrosée par la rivière de Sarthe, qui prend
sa source à Somme-Sarthe, sur les confins de la Normandie
et du Perche, non loin de la Trappe, et qui reçoit à Âlençon
même la petite rivière de la Briante, venue de la forêt
d'Ecouves.
De peu d'étendue, Alençon était cependant assez peuplée.
Au xviii* siècle elle comptait environ 15.000 habitants. Il y a
cent ans, la population était tombée à 13.500. Aujourd'hui,
elle est relevée à près de 20.000.
S'il faut en croire les dires de nos historiens anciens et
modernes, le pays d'alentour aurait été occupé du temps de
César par les Aulerces, l'un des peuples les plus puissants de
la Gaule, divisé en Aulerces-Cénomans (cap. Vindinum-
Le Mans), Aulerces-Eburons (cap. Evreux), et Aulerces-
Diablintes (cap. Mayenne ou Jublains). Alençon, dont le nom
semble dériver de celui des Aulerces, aurait été le chef-lieu de
la peuplade entière.
D'autres prétendirent que les Alains, s'étant emparés de la
ville, y auraient bâti l'ancien fort de l'île du boulevard, à
l'entrée de Montsort, et que le mot Alenconium signifiait le
fort des Alains; d'autres encore font venir ce nom de l'anglais
alU tout, et du celtique Com, forteresse. Mais laissons là ces
considérations très incertaines et ne nous perdons pas,
comme le dit fort justement un chroniqueur, « dans les
ténèbres de l'antiquité ».
Au viii* siècle, Alençon fit partie de l'Hiémois, vaste comté
qui comprenait Sées, les environs d'Alençon, le Corbonnois
et le Bellèmois et avait pour capitale Hiesmes.
La cité souffrit beaucoup de l'invasion des Normands.
Charles le Simple céda à leur chef Raoul, en 911 (traité de
plus de 400 pages et intitulé : Recherches historiques sur les Antiquités
(VAlençon et sur les choses remarquables qui en dépendent^ tirées de
différents auteurs, tant imprimés que manuscrits. Il fut rédigé en 1805^ à
AJençon, et il porte Tcx-libris d'un René Morel qui semble en être
l'auteur. H. T.
EXCURSION DANS LE xMAINE ET LE PAYS D'aLENÇON 83
Sainl-Clair-sur-Epte), ou en 923, avec une partie du territoire
actuel de la Normandie, le pays d'Alençon.
Alençon fit partie du domaine ducal jusqu'à Richard I®"^,
qui, prisonnier de Louis VI, à Laon, fut délivré par Yves de
Creil ou Yves de Bellême. En reconnaissance de cette déli-
vrance Richard céda à Yves les territoires d'Alençon et de
Sées et une partie du Passais.
Les seigneurs de Bellême et d'Alençon, véritables fondateurs
de la ville, en firent une importante place forte en élevant son
château et fortifiant son enceinte. Toujours en guerre avec leurs
voisins, les ducs de Normandie et les comtes du Maine, furent
violents et cruels; plusieurs laissèrent de tristes réputations,
entre autres Guillaume II dit Talvas, persécuteur de Giroie,
sieur d'Echauffbur, bienfaiteur pourtant de sa maison. Ayant
fait étrangler, dit-on, sa femme en pleine rue d'Alençon, il se
remaria à Hildeburge, fille du sieur de Beaumont, et aux noces
invita avec d'autres seigneurs, Giroye. Au milieu des fêtes il le
fit arrêter, enfermer dans la tour du château qui porta depuis
son nom, lui fit crever les yeux, couper le nez et les oreilles.
Il fut vengé par sa famille qui ravagea les terres de Talvas.
Peu après, GeofTroi Martel, comte d'Anjou, s'emparait
d'Alençon et de Domfront. Guillaume se retira chez Roger de
Montgommery, avec sa fille Mabille, qu'il lui donna en
mariage. Soutenu par son gendre il mit le siège devant
Alençon, et ses troupes campèrent sur l'emplacement de l'Hos-
pice; pendant ce temps GeofTroi amenait des troupes d'Anjou,
qui se placèrent du côté de Montsort.Une lutte terrible s'engagea
dont Guillaume sortit vainqueur. A sa mort, Montgommery,
aux droits de sa femme Mabille, posséda Alençon et cette
maison fournit à la ville cinq seigneurs. Montgommery, attiré
en Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, qui marchait
à sa conquête, laissa l'administration de ses biens à Mabille.
Femme cruelle, surnommée la Louve d'Alençon, elle est
peinte sous les couleurs les plus défavorables. Elle sut cepen-
dant défendre ses droits avec une énergie indomptable et
travailler sans relâche à la défense de son comté. Elle mourut
assassinée en 1082. Son fils Robert lutta en Angleterre pour le
duc de Normandie; il y termina sa vie en prison. Guillaume
qui lui succède, se voit dépossédé de ses biens par le roi
84 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
d'Angleterre qui prend Alençon. A la mort de ce dernier, il
rentre en possession et part pour la croisade en 1147. La
branche des Monlgommery s'éteignit avec ses enfants, morts
sans postérité.
Philippe Auguste acquit Alençon et ses dépendances en
1220; Louis IX donna en 1269 le comté en apanage à Pierre,
son cinquième fils. Après lui, les comtes d'Alençon furent
Charles de Valois, Charles, son fils, tué à Crécy en 1346,
marié à Marie d'Espagne, Charles, qui prit l'habit de domini-
cain, Pierre II, passé comme otage en Angleterre lors du traité
de Brétigny. Celui-ci résida à Alençon et y eut une cour bril
lante. Il fréquentait le Val-Dieu et y fut inhume en 1404. Jean II,
premier duc d'Alençon (le comté ayant été érigé en duché
pairie en 1414) lutta contre les Bourguignons et contre
Henri V, roi d'Angleterre, et fut tué à Azincourl en 1415.
Il laissa un fils en bas âge, Jean II, qui ne put s'opposer à
l'occupation anglaise d'Alençon du 22 octobre 1417. Le
jeune duc s'était retiré auprès du dauphin Charles et fit ses
premières armes h ses côtés. Fait prisonnier, il lut enfermé
au Crotoy et ne dut la liberté qu'à une rançon de 300.000 écus
d'or. Retourné auprès du dauphin, alors proclamé roi, il
assista à ses entrevues avec Jeanne d'Arc. On sait que le duc
d'Alençon ne quitta pas la Pucelle qui lui dit au siège
d'Orléans : « Avant, gentil duc, à l'assaut ; ne craignez rien,
j'ai promis à la duchesse de vous ramener sain et sauf ». Il
combat près d'elle et au couronnement de Reims, il arme le
roi chevalier et y représente le duc de Bourgogne. Après la
cérémonie il le sert à table.
Aussitôt après, il retourne en son duché pour combattre
l'envahisseur. Saint-Cénery est attaqué par les Anglais, le duc
y envoie le brave Loré qui les repousse. Puis, grâce aux
quatre échevins d'Alençon, Jean du Mesnil, propriétaire de la
Maison d'Ozé, Jean Brosset, Jean Moinet et Guillaume le
Bouleur qui lui ouvrent la porte de Lancrel, il reprend
Alençon (1449). A peine fut-il au repos dans son château,
qu'il est accusé d'intelligences avec l'Angleterre, auprès du roi
de France ; il est arrêté, jugé à Vendôme et condamné à mort
en 1458. Enfermé à Loches, il y reste jusqu'à la mort du roi
et Louis XI lui rend la liberté. Mais il reprend des négo-
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON 85»
dations avec l'Angleterre et il est de nouveau saisi. Condamné
une seconde fois à morl, le roi, eu égard à sa vieillesse, se
contenta de le garder dans une maison particulière où il
mourut en 1476.
A sa mort, René, son fils, réclama ses biens. On lui rendit
seulement Alençon. Peu après, Louis XI le faisait arrêter et
enfermer, dit-on, dans une cage de ier. On le transféra à
Vincennes pour son procès et on le condamna en 1482 à la
prison perpétuelle. Charles VIII le remit en liberté et lui
rendit ses biens. Il épousa la pieuse Marguerite de Lorraine.
Mort en 1492, il fut inhumé à Notre-Dame.
Son fils, Charles, épousa la sœur de François I^^, Margue-
rite de Valois, et fut nommé premier prince du sang, gouver-
neur de Normandie, Bretagne et Champagne. Il fut à Mari-
gnan et à Pavie, où il ne sut délivrer le roi. Accusé de lâcheté
par la cour et par sa femme, il mourut, dit-on, de douleur
quelque temps après, à Lyon, en 1524. Il n'avait pas eu
d'enfants de Marguerite de Valois qui se remaria à Henri, roi
de Navarre. François I*""" laissa à celle-ci l'usufruit de son duché
d'Alençon où elle vint séjourner en 153() avec son mari. A sa
mort en 1549^ le duché fut réuni à la couronne et François II
le donna à sa mère Catherine de Médicis qui le posséda de
1559 à 1566. Charles IX le reprit en 1567 pour en faire Tapa-
nage de son frère François. C'est à ce moment que se place la
Saint-Barthélémy, dont on ne connut pas à Alençon les
scènes tragiques, grâce au sang-froid et à l'adresse de Mati-
gnon qui accourut de son château de Lonray pour empêcher
l'efTusion du sang. Le duc d'Alençon, de son côté, s'efforça de
protéger les protestants contre la Cour, ce qui lui valut la
prison dont il s'évada avec la complicité de sa sœur, la reine
de Navarre. Il fut bientôt appelé par Jes Flamands pour les
gouverner et fut nommé duc de Brabant. Après une malheu-
reuse expédition contre Anvers, contraint de se retirer, il vint
mourir en 1584 à Châteauthierry, Le duché fit retour à la
couronne. C'était la pleine lutte entre catholiques et pro-
testants. Les ligueurs tenaient Alençon malgré Montpensier»
gouverneur de Normandie, et l'assassinat de Henri III
leur donna des forces nouvelles. Le roi de Navarre ayant
pris Le Mans, tenta de s'emparer d'Alençon et la ville
S6 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
tomba en son pouvoir. Il y mit Hertré comme gouverneur.
Mais Henri IV, qui avait besoin d'argent, fut obligé de vendre
le duché d'AIençon au duc de Wurtemberg qui le posséda
huit ans. Marie de Médicis le racheta en 1612 et en fut nommée
duchesse. Son fils, brouillé avec elle, l'y assiégea et Créqui
emporta la place en 1620. Après elle, Alençon fut donné par
Louis XIV à Gaston d'orléans, son oncle. A sa mort, le roi
l'octroya à sa seconde fille, Elisabeth d'Orléans, appelée
Mademoiselle d'AIençon, à l'occasion, en 1667, de son mariage
avec Louis-Joseph de Lorraine, duc de Guise. Le duc mourut
en 1671 et la duchesse fit son séjour à Alençon. On sait les
souvenirs qu'elle y laissa et le bien qu'elle y fit. Elle légua,
en 1696, son palais à l'Hôtel-Dieu. De nouveau le duché
revint après elle à la couronne jusqu'en 1710. Louis XIV le
donna alors en apanage à son petit-fils, Charles de France,
mort en 1714. Il fut encore une fois réuni à la couronne jus-
qu'en 1774, époque où Louis XVI le donna à son frère, Louis-
Stanislas-Xavier, comte de Provence (1).
La ville d'AIençon, ainsi que le montre le plan ci-contre (2),
était ceinte de murailles, flanquées de dix-sept tours de
distance en distance et percées de portes.
Cette enceinte, qui avait environ 1.840 mètres de circonfé-
rence et formait une espèce de cœur ou triangle irrégulier aux
pointes arrondies, commençait à la porte de Lencrel et mon-
tait le long du Cours, où elle est encore visible dans les
jardins ; elle s'ouvrait à la porte de Sées, la plus forte de
toutes, passait derrière les maisons du bas de la rue Cazault,
à droite, et s'interrompait à la rivière, au bas de la rue de la
Poterne. Tout le côté sud d'AIençon n'avait pas de murailles ;
la rivière y suppléait ; seulement un fort, appelé le Boulevarty
et un moulin fortifié, détruit en 1840, protégeaient l'entrée
du côté du Maine. Les murs reprenaient à cet endroit, lon-
(1) Aujourd'hui, le titre de duc d*Alençon est toujours porté par un
prince de la maison de France, deuxième fils du duc de Nemours. Sa
femme, une pieuse ducliesse aussi, a noblement et héroïquement payé de
sa vie son amour des pauvres. Quant au prince, duc sans duché, il a
pourtant voulu se souvenir des bienfaits qu' Alençon devait à ses ancêtres,
en apportant tout récemment sa généreuse part à la restauration de la
Maison d'Ozé.
(2) Nous devons la communication de ce plan à notre obligeant archi-
viste et confrère, M. Louis Duval.
(^^
EXCURSION DANS LE MAINE ET LK PAYS D'AI.ENÇON 87
geaient la rivière pendant un certain temps et gagnaient la
porte de la Barre, en passant par les jardins de l'Hospice et
ceux compris entre la place Saint-Léonard et la rue des
Fossés, Quelques parties en sont bien conservées. De la porte
de la Barre, les murs allaient rejoindre le Château, en traver-
sant le jardin de M. d'Hauteclair et tombaient auprès de la
, — Porte de Laocrel.
— iSoctété Pliotograpliique de l'Oroe).
Tour Couronnée. La ligne reprenait à la rivière, derrière
l'Hôtel de Ville, et allait retomber à la porte de Lancrel, en
longeant les jardins du Collège.
Encore debout vers 1730, au dire d'OdoIant-Desnos, l'en-
ceinte était fort haute et épaisse, couronnée d'un parapet à
mâchicoulis. Un large rempart régnait tout le long, à l'inté-
rieur de la ville, converti en terrasses et jardins. Elle subit
VS EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D ALENÇON
des réparations à diverses époques, notamment sous Pierre II,
comte d'Alençon, au xiV siècle, et sous le duc François, au
XVI* siècle. Henri VI, d'Angleterre, avait obligé les habitants,
en 1448, à les entretenir en bon état.
Les portes de la ville étaient au nombre de sept, dont deux
ouvertes à la fin du xviii* siècle, pour en faciliter l'accès :
1. Porte de Lancrel, — Elle faisait communiquer la rue de
l'Ecusson avec le faubourg de Lancrel et possédait ancienne-
ment deux tours, bâties sous Louis XIII. Celte porte fut
détruite vers 1800, sous prétexte qu'elle resserrai! trop le
passage.
2. Porte de Sées (anciennement de Sagory). — Défendue
par un gros boulevard qui donnait sur le faubourg de Saint-
— Porte de Sartlie.
- (Société Ptiotographlque de TOrne).
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAÏS D ALENÇON 89
Biaise et celui de Cazault. Elle avait quatre gro^'ses tours. Ce
rempart et celte porte nuisaient au passage delà grande route
de Paris, ils lurent abattus par les ordres de M. de Pomme-
reuil, intendant en 1724.
3. La Poterne. — Passage à pied. C'était une fausse porte
autrelois. Son passage conduisait au faubourg Saint-Biaise et
au faubourg Cazault. Détruite en 1724.
4. Porte de Sarthe. — Près de l'Hôtel-DIeu. Composée de
deux tours, dans l'une desquelles était le grand moulin
d'Arondel, qui appartenait au domaine. Elle était détendue
par un gros boulevard élevé dans une île de la Sarthe, et fut
détruite en 1776. Cette porte conduisait à la grande route du
Albnçon. — Porte de la Barre.
Cliché de M. Leboucler. — (Société Photographique de rOroe).
90 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
Maine. En 1769 on ouvrit un second passage dans la même
direction, ce qui forma une cinquième entrée.
5. Pont-Neuf. — Ce pont, ou plutôt cette porte, prend son
entrée à la Grande-Rue, en face la rue aux Sieurs et rejoint la
rue du Mans. Elle fut ouverte par l'intendant Jullien en 1769
et terminée en 1781.
6. Porte de la Barre. — Composée de deux tours. Elle
conduisait à la grande route de Bretagne. Rasée en 1776.
7. En 1771, on ouvrit une nouvelle route vers la Bretagne,
appelée la Route-Neuçe, C'est la septième entrée. Elle se fit
malgré les protestations des habitants qui en redoutaient la
dépense pour leurs propres bourses.
Ces portes contenaient des logements qui servaient de
casernes aux troupes de la garnison, à renfermer les prison-
niers et à former des magasins. En temps de guerre elles
étaient défendues par des seigneurs de la chàtellenie qui y
avaient leurs jours de garde.
En dehors de l'enceinte s'étendaient plusieurs Faubourgs.
Le plus important, le faubourg de Montsort (1), faisait
autrefois partie de l'évèché du Mans ; depuis la Révolution il
appartient à celui de Séez. Il possédait deux paroisses : Saint-
Pierre et Saint-Paterne, et n'a plus depuis 1803 que celle de
Saint-Pierre érigée en cure en 1828. Au civil, Montsort a tou-
jours relevé d'Alençon. L'église eut à subir de nombreuses
transformations; on y retrouvait toutefois des traces évidentes
de la première construction du xii® siècle. En 1881, elle fut
réédifiée, sur un plan roman, par M. Hédin, architecte (2).
C'est à Montsort que fut fondé, en 1659, le monastère de la
Visitation qui occupa d'abord une maison de la rue du Mans,
vis à vis Saint-Pierre. En 16S8, il se transporta sur la place
des Poulies et y demeura jusqu'à la Révolution. Un instant les
religieuses avaient pensé pouvoir s'installer en l'hôtel où
demeuraient les intendants (3), mais la duchesse de Guise en
(1) Recherches sur la paroisse et sur Vég'Use de Saint-Pierre de Mont-
sort, par Tabbé Antoine, 1880.
(2) M. Tabbé Desgenettes, fondateur de rarchiconfrérie de Notre-Dame
des Victoires, en fut curé en 1816.
(3) Elles en avaient même fait Taequisition du sieur Pierre Froment,
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'ALENÇON 91
. ayant fait le retrait par droit de seigneurie, elles durent y
renoncer. Après leur expulsion le couvent servit de casernes
et le redevint en 1814 après avoir servi sous le premier
empire de palais sénatorial à M. Rœderer.
A Montsort également, furent établies les Bénédictines , en
1636, par deux pieuses veuves : MM™" Charles de Vanssay et
Marie Dauvet. L'installation sur la route du Mans était fort
belle. Sur ses ruines on bâtit une auberge et une manufac-
ture de basin.
Non loin de là une chapelle fut élevée en 1699 sur les plans
de la maison de la Vierge, à Lorette, par les soins de Louis
Savin, bachelier de Sorbonne, curé d'Ancinnes, pour servir
de sépulture à sa famille. Elle subsiste toujours.
Enftn, dans ce même faubourg, la grande place nommée le
Champ du Roi conserve le souvenir du camp que le roi
d'Angleterre, Henri V, y avait établi, en 1420, lorsqu'il vint
occuper Alençon.
Le Faubourg de Lancrel était occupé par les Bénédictins
qui y avaient anciennement un prieuré dépendant de Saint-
Martin de Sées, au lieu nommé la « Fontaine Saint-Isige » et
le Faubourg Saint-Biaise par un couvent de Capucins et la
demeure des intendants, devenue la Préfecture. A l'extrémité
de ce faubourg était l'église Saint-Biaise et, à côté, une chapelle
sous le titre de Notre-Dame-de-Gràce. Un calvaire y avait été
adossé, élevé par les soins du Père Duplessis, jésuite, en 1745.
Non loin, le carrefour des routes était marqué par un obélis-
que ou pyramide terminée par une fleur de lis dorée, et
mutilée en 1792.
Les autres faubourgs étaient ceux de la Barre, de Cazault,
de la Poterne et de Bretagne, ce dernier créé en 1784, dans le
parc du château.
Au début du xix* siècle, c'est-à-dire à l'époque de sa trans-
formation, par suite de la disparition de son enceinte,
Alençon comptait sept grandes places :
1° La Place Bonaparte, aujourd'hui place d'Armes ;
sieur de Mieuxcé par contrat du 20 mai 1673, moyennant 40.000 livres et
2.000 li\Tes de pot de vin.
9
92 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS DALENÇON
2° La Place du Cours, qui servait de marché pour les bœufs
et les vaches ;
8° La Place du Palais, où se trouvait la Halle aux Toiles.
Là était le Palais, c'est-à-dire toutes les juridictions, échi-
quier, présidial, baillage civil et criminel, police, eaux et
forêts, qui furent transportées dans la suite à Tancien château.
Cest sur cette place que les criminels étaient exposés et
exécutés ;
4. La Place La Magdelaine, du nom du premier préfet de
rOrne, formée de l'ancien cimetière de Notre-Dame, à la
fin du xviii** siècle. Le marché des fruits et comestibles s'y
tient ;
5° La Place Napoléon, aujourd'hui place Saint-Léonard^
formée également de l'ancien cimetière de l'église ;
6° La Place des Poulies, à Montsort, devenue un instant la
place de la Sénatorerie ;
7° La Place de V Egalité ou le Champ du Roi, aujourd'hui
place du Marché au Bestiaux, dont nous avons parlé.
Vieille? Maî?oi)$, Hôtel-Dieu, Saîi)t-Léoi>apd
Après ces explications rapides, la caravane se met en
route dans les rues de la ville, mais non sans jeter un coup
d'œil à la ligne importante de remparts qui borne la cour de
la Maison d'Ozé et fait face à la place du Plénitre (1). Ces
restes précieux, encore munis de leur chemin de ronde et de
deux fortes assises de tours, constituaient une partie de la
défense entre la porte de Sées et la ri\ière. Classés parmi les
monuments historiques en même temps que la Maison d'Ozé,
leur conservation est assurée autant que faire se peut. Il n'y
a qu'à souhaiter leur dégagement complet et la transformation
en jardin public des terrains qui l'a voisinent.
(1) Nous ne disons rien de la Maison d'Ozé, renvoyant nos lecteurs à
l'article que nous lui avons consacré dans le Bulletin des Ainh des
Monuments ornais, 1901, p. 29, et à l'élude très complète qui parut dans
ce même Bulletin et en tirage à part sous la signature du vicomte du
Motey, avec illustrations : Le Secret de la Maison d'Ozé, Imprimcri<^
ençonnaise, 1903.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 9^
Au sortir de la place de Lamagdeiaine, où le marché bat
son plein, jetant sa note hebdomadaire de gaité et d'animation
sur les alentours mornes et silencieux d'ordinaire, nous nous
engageons dans la Grande-Rue pournous arrêter au numéro 70,
devant la boutique de M. Mordefroy, marbrier, qui nous invile
très aimablement à pénétrer dans sa cour intérieure. Nul ne
pourrait, en effet, se douter.s'il n'en était averti, que là se cache
l'une des façades les plus intéressantes du vieil Alençon. Que
Albnçon. — Le Logis du Mesnil (Maison d'Ozé hu xv* siècle), et Remparts
de la Cité. — Extrait dn Secret de la Maison d'Oié.
lut-il ce logis aux murs épais et noircis, aux ouvertures de
granit surmontées de l'arc traditionnel du xv siècle en acco-
lade, à l'escalier usé, aux caves prolondes ? Les imaginations
ont beau jeu en l'absence de documents et nul historien ne
pourrait aifirmer ainsi que la tradition le veut, que ce fut là
demeure de Templiers. Nous Iranchissons le seuil el vers la
rue aux Sieurs nous retrouvons même façade, même archi-
tecture. Puis bientôt, c'est un dédale de petites ruelles qui
nous entraine en des cours ignorées et pittoresques, tout au
94 EXCURSION DANS I,E MAINE ET LE PAYS d'aI.ENÇON
bord de la Briante canalisée, et nous ressortons plus loin vers
les rues de la Juwerie et des Oranges (jui vont nous retenir
un instant.
A la satisfaction que nous cause la vue de hauts pignons à
rampants moulurés, de maisons ventrues à colombage qui
surplombent la chaussée et nous ti-ansporlent en plein
Moyen-Age, s'ajoute l'intérêt des souvenirs. C'est dans la rue
des Granges, en effet, que vinrent s'établir, en 1701, les reli-
gieuses de l'Union Chrétienne ou des Nouvelles Catholiques,
rassemblées par M'" de Farcy, dès 1679. Le but de cette
communauté était l'instruction de la jeunesse et en particu-
lier des enfants protestants ou calvinistes, mais il se trouvait
souvent dépassé par la contrainte qu'on exerçait sur eux.
L'établissement étant devenu considérable en peu de temps,
les religieuses durent abandonner leur premier local vis k vis
le Collège pour se transporter en celte rue des Granges, où la
supérieure. M"" de Bridière, fit élever de vastes bâtiments et
une chapelle dont l'entrée était rue de la Juiverie (1),
(1> La congr«gal)oD des Filles de l'Union Chrclienne fut fondée par
EXCURSION DANS I.E MAINE ET LE l'AVS d'aLENÇON 95
Tout proche cette comniunaulé vinrent s'établir, en 1780,
les Carmélites, après avoir occupé au fanhourg de Lancrel
une maison qui appartenait à M"' Rose des Chapelles, leur
proti;ctrice (1). Par suite de diflicultés survenues avec cette
Ai.HNi;oN. - U' \'leil Hôpital. — Cliché île M. de la lireircke.
dernière, elles achetèrent, rue de la Juiverie, la propriété de
M. Poulain de Marlenay, sieur de Saint- Paterne, où elles
édifièrent d'iiniK>rtantes constructions. Le jardin, qui se trou-
vait au même niveau que celui de l'Union Chrétienne, venait
aboutir à la Sartlie.
M°" Marie de Lomagne. veuve de M. Polaillon, résidaiil pour le roi à
Raguse et Jean-Antoine Vacliet, saint prêtre, originaire du Uauphiné. Ses
meinijres n'étaient pas, à proprement parler, des religieuses. Klles ne
faisaient que des viuux simples, portaient le costumes des veuves, pou-
vaient liériter, étaient obligées de Taire leurs Pâques à leur paroisse ; le
cnré était leur supérieur.
<1) Mil' des Cliapelles avait sollicité et obtenu de M°>° Louise de France,
carmélite à Saint-[>enis, l'établissement à Aiençon d'une communauté de
son ordre, lui assurant un asile dans une maison qu'elle avait acquise de
M. des Landes et la jouissance de ses propres biens. Les Carmélites
arrivèrent le '23 décembre 1777 et occupèrent cette habitation jusqu'au
7 mai 1778. Parties assez brusquement du faubourg de Lancrel, elles
durent accepter pendant vingt mois l'hospitalité à l'L'nion Chrétienne en
attendant que leurs nouvelles constructions de la rue delà Juiverie fussent
achevées. Elles y entrèrent le 30 décembre 1780.
96 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
La Gendarmerie et la Manutention occupent depuis la Révo-
lution ces deux grands enclos.
Nous quittons la rue de la Juiverie où, d'après Odolant-
Desnos, devait s'élever jadis une synagogue, pour pénétrer à
THôtel-Dieu.
UHôtel'Dieu est de fondation très ancienne. Dès le xiii«
siècle^ des donations lui sont faites par saint Louis et les
comtes d'Alençon. Etabli d'abord à Montsort, au Champ du
Roi, sur l'emplacement du cimetière de Sainte-Catherine, il
fut, de crainte que les Anglais qui dévastaient le pays, n'y
logeassent, transféré le 3 avril 1358 dans l'enclos de la ville,
sur la rive gauche de la rivière. Les offices, qui se tenaient
dans une chapelle assez vaste, construite par les habitants et
les comtes d'Alençon, sous l'invocation de saint Louis, au
boulevard de la porte de Sarthe, s'y continuèrent jusqu'à
l'époque où la duchesse de Guise, devenue comme la seconde
fondatrice de l'Hôtel-Dieu, fit ériger une chapelle nouvelle,
sous le titre de Saint-Jean-Baptiste.
Bientôt les locaux furent insuffisants et Louis XV, en 1724,
ordonna la construction d'un hôpital général, proche l'ancien.
De grands bâtiments s'élevèrent alors, qui constituent la
partie la plus importante de l'Hôtel-Dieu actuel.
En frontispice, sur l'un d'eux, l'inscription suivante se lit
encore :
D. O. M.
LUDOVICUS DECIMUS QUINTUS REX CHRISTIANISSIMUS
HAS AiDES
EXCIPiENDlS, ALENDIS ET AD LABOHEM EXCITANDIS,
ET CŒRCENDIS ERRONIBUS ET DESIDIOSIS
FUNDAVIT
D. LUDOVICUS FRANCISCUS LALLEMANT, COMES DE
LEVIGNEN, DOMINUS d'ORMOY, REGI A CONSILIIS
LIBELLORUM SUPPLICUM MAGISTER
ET APUD ALENCONIOS REI POLITICiE PR.EFECTUS,
OPUS PROMOVIT,
FRATRE EJUS D. R. D. JACOBO CAROLO ALEXANDRO
LALLEMANT, EPISCOPO SAGIENSI.
La chapelle, refaite, fut bénite en 1741. Elle n'offre rien
d'intéressant.
EXCURSION DANS LE HAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 97
Sous la conduite de l'économe, M, Lecomte, qui se met de
la façon la plus obligeante à notre disposition et auquel
l'Hôtel-Dieu doit la conservation de ses plus précieux souve-
nirs, nous visitons la salle du Conseil où ont été réunis plu-
sieurs portraits, sinon de grande valeur, du moins d'un
intérêt très réel. Ce sont :
1. S. A. R. Madame Isabelle d'Orléans, dachesse {TAlençon
qui a rétabli, beaucoup aimé et augmenté cet hôpital.
2. Marguerite de Lorraine, dachesse douairière d'Orléans
et d'Alençon, femme de Jean-Baptiste Gaston, fils de France,
3. Jean-Baptiste Gaston, Jîls de France, duc d'Orléans.
4. Louis XIV à cheval. La renommée l'accompagne. Au
lointain, vue de ville.
5. Le comte d'Acesgo d'Oailly, né à Essqy le 3 septembre
6. Portrait d'homme inconnu, du temps de Louis XIV, en
hahit militaire. Buste de trois quarts dans un ovale (1).
7. Maître Pierre Btar ( Belard ), docteur de Sorbonne,
<1) C'est le meilleur portrait de la collectEoii.
98 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'ALENÇON
curé d'Allençon, bienfaictear de l'hôpital général de cette
pille, décédé le 1 1 juillet lyao (1),
Dans cette même salle sont conservés deux beaux bahuts
renaissance.
Nous passons ensuite à )a lingerie des sœurs où de pieuses
reliques sont mises sous nos yeux : la quenouille de la
ducliesse de Guise et du linge marqué à son chiffre. Ces
humbles objets ne sont-ils pas restés là pour attester l'amour
que la princesse témoignait à ses pauvres d'Alençon ? On les
garde avec soin et avec reconnaissance (2).
Avant notre départ, M. l'Econome nous entraîne dans son
cabinet où il veut
nous faire voir trois
panneaux de bois
sculpté de la lin du
xviii' siècle, surles-
quels ont été figurés
en peinture le Châ-
teau, Notre-Dame et
l'église de Montsort.
Ces panneaux.trou-
vés par lui, dans
une maison de Ja
rue de l'Hospice,
sont des représenta-
lions fort curieuses
de ces trois monu-
, menls et constituent
des documents de
premier ordi-e. Il se-
rait à désirer que
des relevés précis
en soient faits, car
la reproduction par
la photographie en est malUeureusementjmpossible.
(1) Reproduit en tfte de Vlnvenlaire de» titres, papiers et fnaeiffnementa
concernant la care a'Alençon en ijao, par iV' P, Bclard, IflîKi.
(2) Nous avons publié daos le Bultetli) |1903, p. 9),"; une li)tért.'ssante
cororoun[cation de M. l'alibé Dcsvnux ïur les^ curiosités conservées à
l'Hôtel-Dieu.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE l'AVS D'aLENÇON 99
En poursuivant notre route par la rue deSarihe, nous nous
arrêtons un instant au numéro 14, chez M. Coureyeur, dont
la demeure présente des baies dans le genre de celles de la
Grande-Rue, mais plus riches, avec nervures flamboyantes
d'un bel effet. L'escalier en pierre, du w" siècle, a été coupé
au XVII* siècle dans sa partie inrérieure et toute la partie
supérieure repose sur une poutre horizontale en bois. Si le
temps ne nous pressait, nous pourrions noter encore bon
nombre d'autres ha-
bitations de style,
peu connues des
touristes, notam-
ment 16, rue du
Château et rue de
la Barre, mais il
faut se borner, car
un fort groupe d'ex-
cursionnistes doit
nous attendre dans
les environs de St-
Léonard, où... une
surprise, parait-il,
leur est ménagée.
Avant la cons-
truction de la route
de Fresnay, la place
Saint-Léonard était
le carrefour le plus
animé d'Alençon,
dont une partie se , ^ j j- w - i r-^-.
•^ Ai,iîS(;oN, — Façade d une Maison rue du Chutcau.
trouvait occu|)éepa r
le cimetière. Après la Révolution, trois hallesy lurentélévées,
couvertes en ardoise et composées d'un corps de logis et
de deux ailes, avec fontaine centrale. Ces halles avaient
remplacé les anciens étaux des boncliers et boulangers qu'on
appelait les Etaux du Di.nanche, ou Haltes au Pain. Indépen-
damment de ces étaux, les marchands avaient dans ce car-
refour et dans les rues avolsinaiites des galeries ou auvents,
appelés Porches, sous lesquels les chalands et promeneurs
100 EXCURSION DANS LK MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
pouvaient circuler à l'abri. La Grande-Rue, qui n'avait guère
anciennement que cinq mètres de largeur et dont l'alignement
devînt nécessaire pour la circulation des messageries et
voitures publiques allant de Paris en Bretagne, était bordée de
porches semblables du xV siècle, ce qui lui donnait un
aspect des plus pittoresques (1).
Alkncos. — Maison aux Arcades, Grande-Rue.
Cliché tir M. J. Lfhoaeher,
L'église de Saint-Léonard, dont le curé, noire aimable
confrère. M, l'abbé Havas, nous fait tes lionneurs, n'a plus
pour les archéologues beaucoup d'intért't i>ar suite des restau-
rations important.'s qu'elle eut à subir, vers 1840, de la part
de l'architecte, M. Dedaux, restaurations heureuses, hâtons-
nous de le dire, qui se continuL-rent depuis, grAce au zèle de
ses pasteurs,
La primitive église fut entreprise sur l'emplacement, croit-
on, d'un oratoire dédié à saint Martin (2), par les soins de
<1) On peut encore remarquer l'un de ces porches dans l'épicerie qui fait
le coin de la rue des [^mbarda. Ce porclic tut mis à découvert en 1901
pour la réparation de la maison. Caché depuis par la dei'anture dn
magasin, notre Société put du moins obtenir du propriétaire, M. Cliar-
bonney, que les grasses colonnes caractéristiques fussent conservées et
mises à découvert à l'intérieur. (Bail. rfM Amis des Monnmenls Omaie,
1901, p. 197. — Les [>orclics d'Alençon, par René de la Noe, dans la Rtcut
Normande el l'ercheronif, 189B, p, 315. — t*s Elaux, par G. Laoson,
même Bévue, 189H, p. 150).
(2) I..a sacristie occuperait l'emplacement de l'ancien oratoire.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON 101
René de Valois, duc d'Alençon, en 1489, et continuée par son
épouse, Marguerite de Lorraine, qui l'affectionnait très parti-
culièrement, Saint-Léonard ayant été considérée pendant
longtemps comme paroisse du château. La pieuse duchesse
y fit bâtir une chapelle sous le titre de Saint-Louis, près du
chœur. On y remarquait les armes des ducs d'Alençon unies
à celles de Lorraine, tant aux vitres qu'aux voûtes et murailles
et aussi une petite cheminée dont la trace est visible encore,
particularité qui s'explique par Thabitude qu'avait prise
Marguerite de Lorraine, de venir assister de grand matin, en
toutes saisons, aux mâtines et aux autres offices.
Outre le spectacle édifiant de ses dévotions, cette église lui
fut redevable de nombreuses libéralités, tant pour son entre-
tien que pour Tembellissement de ses cérémonies. Elle alla
jusqu'à lui abandonner son manteau ducal pour être converti
en chappe.
En 1560, les Huguenots pillèrent et ruinèrent Saint-Léonard
qui ne garda que ses murailles. Paroisse à l'origine, elle
devint succursale à la suite de ce vandalisme. Un vicaire
amovible, à la volonté du curé de Notre-Dame, la desservit.
Un second malheur vint l'atteindre en 1651. Le jour de
Pâques, à l'issue de la grand'messe, la voûte, construite avec
le lourd granit de Hertré, s'écroula. Elle fut remplacée long-
temps après par un lambris de bois et dans les dernières
restaurations par une voûte en plâtre (1).
La communauté du Carmel, dont nous avons rappelé le
souvenir en passant rue de la Juiverie, est aujourd'hui ins-
tallée place Saint-Léonard, derrière l'église, dans un vieux et
vaste logis que nous aurions grand plaisir à visiter si la
clôture rigoureuse de l'ordre n'interdisait à tout profane,
même archéologue, le moindre coup d'œil à l'intérieur. Le
seuil, cependant, peut être franchi et l'accès de la cour
d'entrée est autorisé. Les portes s'ouvrent donc devant les
membres de la Société Historique de l'Orne et leurs amis qui
témoignent d'un empressement vraiment singulier et quelque
(1) Antiquaire de la ville d'Alençon on Factnm historique pour Végliae
de Saint'Lt'Onard d*Alençon, par Lorphelin Chanfailly, 1685, réimprimé
par M. de la Sicotière en 1868. — L'église Saiut-Léouard d*Alençon, par
M. rabbé Hommey {Bull, de la^Soc. Hist. et Arch, de VOrne, 1887, p. 397).
102 EXCURSION DANS LE MAINE Ff LE PAYS d'aLENÇON
peu fébrile. Ce n'est pourtant pas cette partie moderne des
constructions, ni même une amorce d'escalier en colimaçon
d'une certaine allure qui attire leur curiosité ; ils cherchent
autre chose : de Tinédit, de Tinconnu, du prodige. Quelques-
uns ne vont-ils pas s'imaginer que le couvent n'aura pas de
secret pour eux et que, plus heureux que bien d'autres, ils
pourront à loisir contempler les restes importants de remparts
qui bornent le jardin des religieuses ! Un instant ils peuvent,
en vérité, le croire, car une seconde porte, celle-là intérieure,
s'ouvre à deux battants, mais... la merveille la voilà, sous
l'aspect de la plus jolie vieille Normande qu'il soit possible de
rêver, assise au rouet, filant le chanvre, toute disposée,
paraît-il, à nous causer du temps passé et à nous dire son
histoire. EUle ne semble nullement émue de tant de regards
fixés sur elle et son sourire aimable et accueillant ne se
dément pas, lorsque des mains indiscrètes se portent sur sa
robe de vieux linon ou sur sa coiffe en point d'Alençon. Il
faut cependant y aller avec elle avec précaution et délicatesse,
car si la belle dame n*est pas susceptible, elle réclame cer-
tains égards. Tous, d'ailleurs, le comprennent aisément en
examinant avec attention le merveilleux modelé de son
visage et de ses mains où la vie semble circuler sous la cire et
en énumérant les moindres détails de Thabillement recons-
titué de façon irréprochable et le plus coquettement du
monde. Tout est de l'époque de nos arriêre-grand'mères,
étoffes, fichu, bonnet, anneaux d'oreilles, croix normande, petit
fauteuil recouvert de toile de Jouy, rouet et fuseau, et c'est là,
pièce unique, travail des carmélites d'Alençon, que nos
aimables membres, M. et M"'*' Paul Romet, destinent au
nouveau Musée de notre société. Ce don inattendu est accueilli
avec la plus vive reconnaissance et le plus grand enthou-
siasme et Ton ne sait qui féliciter le plus, ou celles qui ont
conçu et exécuté un tel chef-d'œuvre, de leur admirable
talent, ou ceux qui l'ont provoqué, de leur pensée si généreuse.
En attendant, que la Normande puisse être reçue solennel-
lement dans la salle qui lui est destinée, les objectifs se
braquent sur elle, ce qui nous permet de donner dans ce
compte-rendu une reproduction excellente et tout à fait
inédite.
I-a Normande du Musée de la Sociétc- — CUvhv de .W, Pifrre Oiraad.
EXCURSION DANS LE MAIXK ET LK PAYS ÛALENÇOr; 103^
Il laul s'arracher poiirUuit aux charmes de l'apparition
pour gagner par la porte de la Barre doiil nous contemplons
la tour restée debout, et par les Promenades, la place d'Armes,
où deux monuments nous retiendront un peu de temps :
l'Hôtel de Ville, avec son Musée, et le Château.
pFoni}ei}a<le?. fAU9ée, H^tel de Ville, GMÉeau, Sibliottr^que
Les Promenades occupent l'emplacement du parc de l'an-
cienne résidence des ducs d'Alençon. Ce parc lut abandonné
à la ville par Louis XV, en 1774, et le premier arbre des
nouveaux jardins Tut planté le 20 novembre 1784, au son des
tambours et violons, dit la Chronique, Ce lieu agréable de
rendez-vous pour les Alençonnais remplaçait une autre
promenade que l'intendant, M. de Levignen, avait tenté de
créer tout le long du Cours, en 1764, Des rangées de tilleuls,
des bornes, des sièges y avaient été disposés, principalement
du côté de la porte de Sées, mais l'idée eut peu de succès et à
la mort de l'intendant, en 176(>, le tout fut rasé.
104 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS DALENÇON
La Mairie d'Alençon, en tant qu'institution, date de 147»S,
mais rédifice qui lui sert aujourd'hui de demeure et orne la
place d'Armes, est d'époque beaucoup plus récente. La
Mairie fut, en effet, primitivement établie dans une petite rue
qui aboutit dans la Grande-Rue, non loin de Saint-Léonard,
et qui en a conservé le nom. Plus tard, on la transféra sur
l'ancienne petite place du Palais, près le marché, au dessus
de la Halle aux Toiles. En 1783, avec l'agrément de Monsieur,
frère du roi, qui donna 20.000 livres, un bâtiment nouveau, à
usage d'Hôtel de Ville, fut édifié sur l'emplacement de l'ancien
Château. La première pierre en fut posée le 29 septembre, à
dix heures du matin et dans la base du premier pilastre, à
main gauche en entrant, fut placée l'inscription suivante,
gravée sur cuivre :
Le 29 septembre 1783, Messire Nicolas-Pierre
Gamard, chevalier, conseiller du Roi en ses con-
seils, auditeur ordinaire en sa chambre des comptes,
conseiller de Monsieur, frère du Roi et du duc
d'Alençon, en ses conseils, intendant de ses mai-
sons, domaines et finances, a pose la première
pierre de THôtel de Ville d'Alençon, au nom de
Monsieur, frère du roi, suivant Tautorisation de ce
prince dattéc de Brunoy du 4 août 1783, déposée à
l'Hôtel de Ville d'Alcnçon.
Bâti en arc de cercle, l'Hôtel de Ville actuel fait bon efïet
sur la vaste place (1). Depuis 1857, il sert en outre d'asile au
Musée de peinture, en attendant que des locaux mieux appro-
priés permettent de mettre en valeur certaines œuvres et
certaines collections vraiment dignes d'attention. C'est à la
suite de notre confrère, M. Leboucher, premier adjoint de la
ville, remplaçant le conservateur, M. Mary-Renard, empêché,
que nous pénétrons dans les salles. Entre autres toiles,
citons :
Le Mariage de la Vierge, par Jouvenet (1691), provenant
du collège d'Alençon. — La Trinité et V Assomption, attri-
buées à Ph. de Champagne, provenant du Val-Dieu. — Le
(1) UHôtel de ViUe et le Musée d'Alençon, par M. L. Duval (Norm.
mon. Orne 1, 17). — Sur Vétablissement d'un Musée dans la ville d'Alençon^
par M. de la SicoUère, 1839.
EXCLUSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON 105
Christ portant sa Croix, par Ribera, don de TEtal. — Lolh et
ses Filles, attribuée au Dominîquin, don du comte Curial. —
Le Mariage de sainte Catherine^ école du Pérugin, don de
TEtat. — Nature morte, par Chardin. — Saint Bernard
offrant la Communion au duc d' Aquitaine, par Restout (172^)),
provenant de la Trappe. - Moïse recevant les Tables de la
Loi, par Jollain (1780). provenant du Val-Dieu. — Portrait
de Néel de Cristot, évêque de Sées, par Aved. — Combat de
Chevaux, par Ach. Giroux. - Brume d'Octobre, Fin de
Tempête, Falaise de Granville, par Lansyer. — Adoration des
Anges, des Bergers et des Mages, par G. La Touche. —
On attend le Parrain, par FZmile Adam. — La Mort du duc
d'Enghien, par J.-P. Laurens, don de TEtat. — Charlotte
Corday, par Jos. Court. — Le Naufragé, par Géricault. —
Coucher de Soleil, par Français. — Portrait du comte Charles
de Lasteyrie, par Ary Scheffer. — Chevaux à V Abreuvoir,
par Veyrassat. — Le Denier de la Veuve, école hollandaise.
— Moines en prières, par Mura ton. — Paul et Virginie, par
Landon.
Une Collection de Point dAlençon, donnée par M. Huignard
et par M"'*^ Despierres.
Des Dessins anciens, don du marquis de Chennevières.
Un important Médaillier du célèbre graveur Chaplain, de
Mortagne.
Tout cela est disposé de façon bien désavantageuse dans
ces pièces trop exiguës et sombres. Combien de ces peintures
gagneraient à être isolées et mises en belle lumière ! Combien
de ces objets, dont les vitrines sont encombrées, auraient
intérêt à être classés et bien exposés ! C'est le souhait que
nous formons en songeant à la Maison d'Ozé qui s'apprête,
trop lentement à notre gré, à les recevoir.
A deux pas de THôtel de Ville s'élève ce qui demeure du
vieux Château ducsi\, restes encore imposants et importants,
mais faible partie cependant de constructions vastes, puis-
santes, dont le souvenir ne nous est plus conservé que par
l'image et les Chroniques. Son histoire est connue (1).
(1) O. Desnos, Histoire (VAlençon, 1787, I, 23. — Orne arch, et pilt.,
1845, 287. — Le Château d'Alençon, par M. L. Duval (Norm. mou. Orne, 1, 1).
10
106 EXCURSION DANS LE MAINK ET LE PAYS d'aLENÇON
Ce sont les seigneurs de la maison de Bellènie qui en
jetèrent les premiers fondements. Henri I'^'" roi d'Angleterre,
lui octroya au xi*" siècle son donjon carré qui fut, au xiv%
augmenté d'un étage et complété de quatre tourelles aux
angles, par Pierre d'Alençon. Ce donjon subsista longtemps.
En 1037, Marie de Médicis voulut le donner aux Jésuites,
mais la Chambre des Comptes refusa Tenregistrement. La
duchesse de Guise l'obtint pour elle-même. En 1712 on y
enferma les prisonniers des campagnes de Flandre ; en 1724,
les mendiants et vagabonds; en 1747, les régiments hollandais
prisonniers. Il était alors dans un déplorable état, aussi
songea-t-on à le démolir pour servir aux réparations de
réglise Notre-Dame, après Tincendie de 1744. Le comte de
RAnes, gouverneur, s'y opposa et, seul, le couronnement fut
abattu. En 1770, le roi céda le Donjon, en même temps que le
Château, pour y loger les juridictions, les finances et les
prisonniers, à la charge de travaux considérables qui furent
tel minés en 1775. Mais on eut la fâcheuse idée d'établir, pour
diviser les étages, des voûtes d'un tel poids que les murs se
lézardèrent et (jue i)cu d'années après, en 1786, on dut procéder
à la démolition totale (1).
Le pavillon d'entrée, qui subsiste, défendu par deux touis
massives, (ut construit au xv*^ siècle, par Jean II, et modifié
depuis. Le comble était orné de dentelles en plomb, et du
centre s'élevait une lanterne à jour surmontée d'une aiguille
dans laquelle reposait un lion. Il fut consumé par le feu en
1714. La façade regardant le Donjon était décorée de quatre
niches avec les figures de Pierre II, Marie de Chamaillard,
Jean I**" et Marie de Bretagne, sa femme. Avant les trois rangs
de petites fenêtres cintrées qui occupent l'intervalle des deux
tours sur la façade extérieure, existait une immense fenêtre
qui remplaçait elle-même d'étroites meurtrières et les longues
rainures où passaient les chaînes du pont-levis. Ce pont-levis
fut remplacé par un pont de pierre (2).
(1) Le Donjon avait 122 pieds de haut, y compris les quatre tourelles,
démolies dés 1773, qui avaient 14 pieds de haut et 8 de diamètre. Chaque
face du Donjon mesurait 52 pieds de largeur.
(2) Annuaire de VOine, 1842, p. 484.
H
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 107
Le Château étuil environné de fossés et de l'eau de la
Briante et d'un mur d'enceinte garni de onze tours, entre
autres la tour Giroie, démolle en 17S0, la tour Salée, qui
servait de magasin à sel, et la tour Couronnée, que nous
pouvons encore admirer. Elle est formée de deux tours super-
posi^es, la première crénelée, de 19 mètres de haut sur 12 de
diamètre, la seconde de 7 mètres de haut sur 11 de diamètre.
Elle servit longtemps de logement aux capitaines et scuver-
neurs, puis de magasin et enfin de prison.
Ai.ENroN. — Entrée de l'ancien Chàleau.
Une légende s'attache à cette lour qui a fait le sujet de
maints récits et chansons (1) :
A une époque très ancienne, la tour couronnée aurait été
le séjour d'une jeune châtelaine, nommée Marie Ansoii. Cette
dame, d'une rare beauté, était mariée à un de ces jaloux
despotes du Moyen-Age, dont les passions ne connaissaient
aucun trein. Compromise dans son honneur par de trom-
I)euses apparences, la malheureuse châtelaine ne pouvait
espérer de pardon. Condamnée au dernier supplice par son
brutal époux, elle fut attachée à la queue d'un cheval indompté.
108 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
L'animal traîna l'infortunée dans tous les détours du parc
d'Alençon et, suivant l'expression naïve de la romance popu-
laire qui a conservé le souvenir de la légende :
N'y avait arbre ni buisson
Qui n'eût sang de Marie Anson.
L'ordre de suspendre le supplice ne fut donné qu'au
moment où la victime était près de rendre le dernier soupir.
Alors le cruel mari tenta d'arracher à sa femme l'aveu de sa
faute, et l'abusant par un déguisement sacrilège, réclama sa
dernière confession à titre de ministre du Seigneur. Mais
Marie Anson ne cessa de protester de son innocence et le
remord pénétra l'àme du malheureux, juste expression de
son crime. Depuis Marie Anson, la Dame du Parc, apparaît
vers minuit, jette un cri de douleur et disparait.
Une histoire plus véridique, mais non moins étrange, nous
est rapportée. Dans cette même tour aurait vécu longtemps
une fille désireuse d entrer chez les religieuses de « l'Ave
Maria » qui ne purent la recevoir parce qu'elle avait été
domestique. Elle se retira alors dans la tour, prenant Thabit
du couvent et menant sa règle. Elle vivait d'aumônes qu'on
lui portait. C'était sœur Catherine. Quand on voulut faire un
magasin à poudre dans la tour couronnée, on lui loua une
chambre dans l'Hérault où elle mourut en 1725 en odeur de
sainteté. Son corps fut exposé dans la rue du Château où
chacun coupait des morceaux de ses vêtements pour en faire
des reliques et on l'inhuma au cimetière de Saint-Léonard,
proche la grande croix. Sur sa fosse fut plantée une croix
avec son nom .
Le palais proprement dit habité par les seigneurs d'Alençon
en temps de guerre était situé dans l'enceinte du château, au
lieu appelé « les Hautes-Cours ». En temps de paix, ils rési-
daient dans un autre palais situé dans le grand parc et qui
fut détruit par Henri IV.
C'est sur le sommet de la tour couronnée, où nous a conduits
l'autorisation préfectorale et le gardien-chef de la prison, que
nous échangeons tous ces souvenirs, reconstituant par la
pensée les constructions disparues et embrassant du regard
ce que fut la vieille cité d'Alençon. Le panorama est vaste, la
EXCLUSION DANS l.K MAINE KT LE PAYS D ALENÇON 109
vîile s'étend sous nos pieds et tout au loin la forêt d'Ecouves
borne l'horizon, mais la situation sur les parapets ûtroîts et
ajourés pour beaucoup d'entre nous qui ont l'horreur du vide,
est périlleuse, et la descente s'opère assez promplement.
D'autres s'attardent à hunier l'air pur des sotnmets élevés et
c'est à grand'peine que le sifllet présidentiel rallie chacun
sur la place.
Nous voici cependant repartis en longue théorie vers la
Bibliothèque où son conservateur, M. Richard, nous reçoit
fort aimablement ne se contentant pas de nous ouvrir les
portes de son sanctuaire, mais prenant la peine de mettre
sous nos yeux ses |)l«s rares volumes et manuscrits, précieux
souvenirs des abbaj-es de Saint-Martin de Sées, de Saint-
Evroult. de la Trappe, de Silly, de Cerisy, du Val-Dieu ou du
Chapitre de Sées.
L'écrin lui-même est digne des trésors qu'il renferme, car
se sont les célèbres boiseries du Val-Dieu qui encadrent les
rayons, mais nous n'en dirons rien puisque nos savants
conirères MM. Frédéric Duval et Félix Bcs[ ard en ont fait
une étude spéciale ([ui suivra ce compte renc'u.
110 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS b'aLENÇON
La Bibliothèque occupe l'ancienne église du collège des
Jésuites qui lut Fondé à Alençon jiar lettres patentes de
Louis XIII, en 1620. Cette église fut édifiée » In On du xyii*
siècle. Le 17 juillet 1679, le clergé de Notre-Dame vint en
procession bénir remplacement et M"™ de Guise en posa la
Alknçon. — Bibliollièque. — Ancieuur Chapelle du Collège.
première pierre. La construction dura quatre ans ; le 18 sep-
tembre 168;! elle était livrée au culte. Les cbroniqueurs de
l'époque la louent grandement et signalent comme l'une de
ses richesses un tableau de Pierre Jouvenet, représentant le
Mariage de la Vierge (I), que l'artiste avait lui-même donné
au père Le Rue, jésuite de grand renom h Paris, ^qui lui-
(1) Aujourd'hui conservé au Musée de peinture.
EXCURSION DANS l.K MAINK MT I.K l'AYS I)"a1.1£N(;i>N 111
m^nie en fit don iiu collège (i'Aleiiçoii. A la Itcvolntion, les
b;>tîinenls Tureiit eoiiv.'rtis en liosiiice el legiise (ut ]:nrti)gée
en deux élages au iioyen d'un vaste plam-her. Le rez-de-
Alknçom. — BiblioLbéque. — ClicM île M. Pift-ri- Giraui.
chaussée servit de théâtre jusqu'au moment où le Maxée de
seaîpture y fut installé ; te premier étage devint la Bibito-
Ihèque (1).
IVi KXCURSIUN DANS LE MAINE tT LK l'AYS D'aI-ENÇON
' Sigiiaions dniis ce musée quelques-unes de ses curiosilés,
(k'sliuées aussi à la maison d'Ozé : Statue de Catherine de
Nogarel, dame de Joyeuse en marbre ; bustes de Béatrice,
duchesse de Modène, du Docteur Desgenettes, par David
<i"Aiigcrs, de Malherbe, par LeK'vre, AWlexandre Dumas fils,
par Kil, Leroux, de M. de la Sicotière, pai- Denys Puecli
Ai.KN'^ON, — Musée de Sculpture. — Cliché île M. J. Lfboacher.
(moulage): moulages de l'œuvre tle Le Harivel-Du rocher,
bas- reliefs provenant des ruines deThèbes, Ninive, Persépolis
el Kliorsabad (estampages).
A c-ôlé lie la gi-ande salle de travail a été ouverte, il y a
quelques années, une autre salle très simple de décoration et
de dimensions restreintes où ont été réunies les collections
normandes et révolutionnaires léguées ii la ville par notre
il'Ali-m-on. par M. L. Duval (Norm. tniin. Orne, I, 31). - .\otfs sur un
tablrnu df Joiu-enet tippni li-nimt nit Maxrea'Alern'on, par M. dt Kobillard
de Beaui'ppaire (Mém. de l'Aradémie de Caeii, 18(i4, p. 344-;j5."i).
KXL'CItSlUN DANS LE MAI.VK KT 1-E !AYS DALEXÇON 113
fondateur. C'est là que les érudïts ornais et les amis de
M. de la Sicotière aiment à venir. Il y trouvent un peu de ce
qui Faisait le charme du logis de la rue Marguerite de Navarre,
raretés bibliographiques, livres souvent tetiilletésqui faisaient
la joie de leur possesseur et de ses contrères, vieilles connais-
sances qui parlent du disparu parce qu'ils furent les confidents
de ses pensées.
ppéfeeturc, Tribunal de Gon)n}ePce, Eglise Kotpe-Dan)e
En sortant de la Bibliothèque nous rentrons dans le centre
même de la ville par la place à l'Avoine où naquit Des-
genettes (1) et par la grande rue du Cours, l'une des plus
Alksois. — Hi'itel de la Préfcetuiv (aneicmie Iiilendoncei
belles voies d'Alençon que l'intendant Levigncn, ainsi que
nous le disions, avait eu la pensée de convertir en promenade
pour les habitants. Elle longe extérieurement l'ancienne
enceinte dont la trace se retrouve dans les jardins voisins et
vient aboutir à l'emplacement de l'ancienne porte de Sées.
Pour compléter notre visite il nous reste à voir la Préfecture,
le Tribunal de Commerce et Notre-Dame.
Par une laveur de M, le Préfet que nous apprécions vive-
ment, les portes de sa résidence nous sont grandes ouvertes
(1) Desifc nettes, le médecin de l'armée d'Egj'pte. serait né, ci-oit-on, en
1762 au numéro 7 de cttti- place, dans une maison avec pavill on et premier
étage en encorbellemenl.
114 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
et l'accès des appartements de réception nous est facilité. En
son absence, son secrétaire particulier, M. Fromont, nous
accompagne. Avant de gravir le grand escalier, un mot
d'histoire était nécessaire ; M. le Président s'en acquitte et
tous se groupent autour de lui.
L'Hôtel, occupé aujourd'hui par la Préfecture, fut éle^é
vers 1630, par M. Fromont de la Bénardièi"e, receveur des
tailles. M"" Elisalieth d'Orléans, douairière de Guise, duchesse
d'AIençon, désirant se réserver une habitation dans la ville,
en fit l'acquisition en 1675 et dès son arrivée l'année suivante
s'occupa de l'augmenter et de l'embellir. Elle y passait régu-
Alençon. — Préfecture. ~ Cliché de M. de la Brelèehe.
lièrement six mois de l'année. Elle mourut à Versailles en
1696, et par son testament du 30 mars 1695 laissait sa demeure
à l'Hôtel-Dieo de la ville, lui léguant en outre une rente de
800 livres.
L'Hôtel lut ensuite occupé par Louis-François Lallemant,
comte de Levignen, intendant de ta généralité, moj'ennant un
loyer de 600 livres.
Les biens provenant de la saccesston de la duchesse de
Guise ayant été donnés au domaiue du roi, par ordonnance
du 7 juin 1748, Louis XV, deux ans après, l'abandonna Ji la
ville d'AIençon qui en fil la demeure des intendants. Des
EXCURSION DANS I.K MAINK ET I.E l'AYS o'Ar.ENÇON IIS
réparations furent nécessaires: elles furent adjugées pour le
prix de 22.426 livres.
Sous l'intendant Jullien, d'importantes transformations
Albnçon. — Tribunal de Commerce. — Cliché de M. Pierre Girand.
eurent lieu. En 1766, l'Hôtel ne comprenait que le corps
central (grand escalier et deux ailes adjacentes). En 1767,
Jullien éleva le pavillon en retour, occupé aujourd'hui par le
]1(» EXCLUSION KAN.-) I.K MA1M-: Kl I.K l'AYS UAI.KNÇON
Conseil séiii'nil, et pour relier le iioiivenii |i»viIlon à celui sur
la rue, il Ht conslruirr, en mîi, un liiilinuul comprenant une
chiipelle cl diversis annexes.
Cliciiiliiéc de la Salle d'Audience. - Clk-hè de M. l'ieriv (iirnud.
Le pavillou tie 1767 caniprenail une gmnile salle à manger,
un salon de compagnie, la cliambie <ie M""' l'Intendanle, un
EXCLUSION DANS LK MAIM-; KT I.1-: l'AVS o'aI.ENÇON U7
cabinet de repos, la chambre de MM"*"' Jullien, un cabinet de
toilette el de bain, ilisiributiun qui n'a pas changé. Le devis
de ces réparations s'éleva à 82.fti)!) livres 17 sols 4 denieis (1).
<le la Salle d'«i
C'est ce pavillon, le plus iiitéressatil de l'Hôlel, que nous
sommes autorisés il visiter. Les décorations du s^tloii et de In
salle à m iiiger ont été respectées. Elles sont d'un goût par-
(1) Itap.Drt <l: M. Jean Saiiitret, architecte du département, au Conaeil
général en l;ti;t. - L'Ililfl th la p ;■'--• -i--, pa- ?!. !. tîuv.il (Norin-
118 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
fait et de pur style. L'Holel ayant été classé récemment parmi
les monuments historiques, d'importantes et excellentes
restaurations ont pu y être faites, notamment sur la façade
principale, dont Taspect a beaucoup gagné par la suppression
de très fâcheux hors d*œuvres.
Nous gagnons par un escalier dérobé la salle du Conseil
général et la visite s'achève par le tour du parc où nous nous
attarderions volontiers.
Mais riieure avance et c'est un peu en courant que nous
voyons le Tribunal de Commerce^ rue du Bercail, avec
l'aimable autorisation de son président, M. Perrier. Cette
charmante construction du xvi*^ siècle, avec sa tour octogone
et son porche curieux, donna l'hospitalité tout d'abord au
bureau des finances ou tribunal des trésoriers et grands
voyers de France établi par un édit de Louis XIII, de mai
16,%. La grande salle d'audience, décorée au xvii*^ siècle de
boiseries sculptées et très fouillées, est une des curiosités
d'Alençon. La cheminée accompagnée de deux cariatides qui
supportent un fronton puissant où deux amours soutiennent
un cartouche, est monumentale. Au centre, se trouvait jadis
un portrait de Louis XIII ; il fut à la Révolution arraché et
brûlé, La charpente du toit mérite une mention spéciale par
sa conservation et son exécution qui simule si parfaitement
la carène renversée d'un vaisseau.
Du Tribunal de Commerce nous passons à V église Notre-
Dame où M. l'archiprètre veut bien nous attendre ; ce sera
notre dernière étape, non la moins importante par l'intérêt
qui s'attache à son histoire comme à ses caractères architec-
toniques. Si le fâcheux incendie de 1744 n'était venu la priver
de son chœur et de son clocher contemporains de la nef, nous
aurions aujourd'hui sous les j-eux l'un des monuments reli-
gieux du diocèse les plus harmonieux et complets. L'adjonc-
tion hélas! au xviii*' siècle dans le style lourd de l'époque de
constructions massives en absolu désaccord avec la partie
primitive produit l'efTet le plus déplorable et frappe de son
incohérence l'œil le moins archéologue. Félicitons-nous tout
au moins que la nef n'ait pas été rasée en cette même occa-
sion et que nous puissions encore en admirer toute l'élé-
gance, la délicatesse et la pureté.
EXCl'RSION DANS LE MAIXK KT I.K PAYS d'aLENÇON 119
L'église Nolrc-Daiiie aurait été édifiée au xv* siècle, sur les
ruines d'un ancien prieuré de Bciu dictins, Tonde à la (in du
Albnçon. — Kglise Notre-Dame. — Ciit-hi- de M. Pierre Uiraiul.
13<) EXCLUSION DANS F.K MAINK KT I.K PAYS u'ALENÇO.V
XI' sti-ok', par MM. (rAclu' l'ide Liirrey. (l)La nef fut élevée la
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON 12Î
première vers le milieu du xiv* siècle et terminée avant
1444, par l'architecte Jean Tabur (1), à la suite du chœur des
moines qui fut respecté, puis le bas-côté nord qui touchait au
cimetière, ensuite le bas-côté sud pour lequel le prieur donna
le terrain, du côté de la grange dixmeresse, et enfin le porche.
Plus tard, Marguerite de Lorraine fit ajouter la chapelle du
Rosaire ou de Madame.
Dans la nuit du 2 au 3 août 1744, la foudre tomba sur la
flèche, fort belle, paraît-il, qui couronnait l'édifice, et détrui-
sit le chœur et la chapelle du Rosaire. Chœur et tour furent
alors réédifiés aux dépens des habitants, sur les plans de
l'ingénieur Perronet (2). Les travaux durèrent huit années,
pendant lesquelles les ofiîces eurent lieu dans l'église des
Capucins. Le 11 juin 1752, Notre-Dame était rouverte au
culte et bénite par un grand vicaire de Sées.
La nef subit des restaurations entre 18(52 et 1872 de la part
de M. Arnoul.
Le porche triangulaire, entièrement ajouré, à trois baies,
est de beau style flamboyant. La Transfiguration y est figurée
au dessus de l'arcade du milieu. Au centre le Christ, à ses
côtés Moïse et Elie ; au dessous les apôtres Pierre, Jacques et
Jean, ce dernier vu de dos. C'est l'œuvre de Jean Lemoyne,
maître maçon et de ses gendres Jean Fleury et Benoist Hubelin.
M. Dedaux, en 1847, y fit certaines réparations.
MaUet (Nonn. mon. Orne, I, 41). — Portail et Vitraux de Xotrr-Dame
dAlençon, par M™' Despierres, 1891. — Documents concernant V Eglise
Notre-Dame (TAlençon, par M™» Despierres, 1890. — Chaire à prêcher
dans V Eglise Notre-Dame cVAlençon, par M. Ruprich-Hobcrt (Bull, delà
Soc. des ÂnUq. de Norm.. 1874, 118).
(1) La première chapelle à droite en partant du chœur était la chapelle
des Tabur et de ses descendants qui y avaient leurs sépultures. Elle fut
depuis consacrée aux boulangers qui y placèrent leur patron, saint Honoré.
(2) Cette inscription se lisait anciennement au haut de la voûte du chœur
de réglise Notre-Dame d'Alençon, sur un carreau de marbre noir :
t Cette église ayant été en partie brûlée par le feu du ciel, la nuit du
2 août 1744, le rétablissement en a été achevé en 1750. Le chœur qui étoit
trop petit a été augmenté de 24 pieds de profondeur et, pour que Messieurs
les gros décimateurs ne fussent pas chargés d'un entretien considérable, il
a été ordonné par un arrêt du conseil du 21 juin 1745, que la partie qui a
été allongée resteroit à la charge des habitants qui ont fait poser la présente
inscription et celle qui lui con^espond perpendiculairement à la voûte
pour faire la séparation de ce qui sera entretenu et rétabli par Messieurs
les gros décimateurs (les bénédictins de Tabbaye de Lonlay) à l'entrée du
chœur, d'avec ce dont les dits habitans demeureront chargés, au bout de
ce même chœur, 1750. »
122 KXCURSION DANS I-K MAINK EN' LE PAÏS d'aLENÇON
Le grand aulel, cii marbre, lu) procuré par l'inlendant
de Levigiieii, Il est orné de quatre colonnes en inarbre rouge
et de chapiteaux etcornicbes de bel ordre corinthien. Le centre
Ar,KM_os. - roruhc de l-l-:(ilise Notre-Damp.
était occupé pur une Descente de Croix reniplaccc en 171W par
une Aiisoinjiliun du statuaire Tavcau. Le tout est couronné
par un l)al(]a([uin soiilenu sur quatre consoles dorées. Au des-
kxcuhsion'dans i.e MAIM-: i:t I.1-: i>avs ii'At.i;Nt;oN 123
sous de l'autel se trouve le caveiiu q«rscivil <lc sépulliirc à la
Maison d'Alençon et ijui reiiffinie, croît-on, entre autres
corps, ceux de René de Valois, de Charles '.V, son fils, et de
124 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
Jean de Navarre, fils unique de Henri IL Leurs lombes
auraient été constatées lors de l'ouverture du caveau en 1649,
1673, 1675, 1676 et 1749.
Dans réglise et sur le même emplacement, Marguerite
de Lorraine avait fait élever à son époux René un mausolée
-en albâtre. Au moment de la reconstruction du chœur,
M. de Levignen le fit transporter dans une chapelle préparée
à cette intention, près l'autel de la Vierge. On y avait joint un
grand marbre, en forme d'inscription, sur lequel étaient
rapportées les causes de cette translation (1). Mais le 8 sep-
tembre 1792, ce monument fut détiniit par une armée révolu-
tionnaire venue de Bretagne qui brisa beaucoup d'autres
choses à Notre-Dame et ailleurs.
L'une des plus belles œuvres d'art de Notre-Dame est la
chaire. Construite en 1536, elle est de pierre blanche à sujets
en reliefs du Nouveau Testament, L'escalier est pratiqué dans
l'épaisseur du pilier contre lequel elle s'appuye et qui fut percé
à coups de ciseau. L'abat-voix et le dossier furent ajoutés en
(1) Voici cette inscription :
« Ce mausolée de Monseigneur René de Valois, duc d'Alen^'on, mort en
1492, et de Madame Marguerite de Lorraine, son épouse, étoit ancienne-
ment placé sur le caveau de la sépulture de ce prince, situé au milieu du
chœur de cette église, mais la duchesse, son épouse, n'3' a pas été inhumée.
Sa sépulture est dans l'église de l'abbaye de S'* Claire d'Argentan, qu'elle
avait fondée en 1517, où elle se fit religieuse en 1519. Monseigneur
Charles IV de Valois, duc d'Âlençon, leur fils, décédé en 1524 à Lion, a eu
■aussi sa sépulture dans ce même caveau sous le chœur, à côté du prince
son père ; ainsi que Monseigneur Jean d'Albret, mort en 1530, âgé seule-
ment de 5 mois et demi, fils de Henri II, roi de Navarre et de Madame
Marguerite d'Orléans, son épouse, sœur de François I'% roi de France ;
laquelle étoit veuve en première noce de Monseigneur Charles IV, de Valois,
xluc d'Alençon, cy-dessus.
« Ce mausolée de Monseigneur René de Valois fut changé de place, lors
de la reconstruction de cette église ; et après avoir été placé d'alK)rd au
milieu du chœur, ensuite au côté gauche du chœur entre deux pilliers, en
dernier lieu, après que cette église fut incendiée en 1744 par le feu du ciel,
il a été transporté dans cette chapelle prés l'autel de la Vierge^ parce que
la disposition de la nouvelle réédification ne permettoit pas de le laisser
entre ces deux pilliers. Ce changement fut fait en conséquence d'un brevet
de permission du roi Louis XV, du 5 mai 1747, dont l'exécution a été
renvo3'ée à M. Louis François Lallemant, chevalier, comte de Levignen,
maitre des requêtes de l'hôtel du Roi et intendant de la généralité d'Alen-
çon, par les Foins duquel la plus grande partie de cette église a été recons-
truite et qui a procuré aux habitans le maitre autel, à quatre colonnes de
marbre, le sanctuaire et les fonts baptismaux ».
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 125
1765 (!). D'après une tradition, cette chaire serait Fœuvre
d'un prisonnier, qui l'aurait faite pour sauver son existence.
Ce qui est plus certain, c'est que l'illustre Bourdaloue,
professeur au collège des Jésuites d'Alençon, y prêcha.
Le huflet d'orgue est également remarquahle. Il fut construit
par un facteur nommé Verdier en 1537, mais restauré à
diverses reprises en 1652, 1720, 1847 et 1873 (2).
Si nous avons à déplorer la disparition de l'ancien chœur,
il nous faut aussi regretter la destruction des verrières du
XIV* siècle, au moment de ce même incendie de 1744, qui
ornaient les fenêtres des bas-côtés et qui représentaient des
traits du Nouveau Testament. Cette suite, à en juger par un
fragment très important, découvert dans l'une des verrières
de la nef, lors des dernières restaurations, eût été pour
Notre-Dame une richesse d'art incomparable et une beauté
de plus et nous n'aurions pas à leur place cette série regrettîible
de vitraux modernes dont le coloris et la facture jurent si
cruellement avec les verrières de la nef.
Ces verrières qui occupent dix grandes fenêtres viennent du
moins adoucir ces regrets tant elles olîrent d'intérêt et
d*admiration au visiteur. C'est entre les années 1527 et 1543
qu'elles furent exécutées par un Suisse. Elles représentent des
scènes de l'Ancien Testament, ainsi réparties :
A gauche :
I. Création. Sommeil d'Adam. Naissance d'Eve.
II. Tentation. Fuite du Paradis. Mort d'Abel.
III. Sacrifice d'Abraham (3).
IV. Passage de la Mer Rouge (4).
(1) Sur une plaque de plomb enfermée dans l'abat- voix on lit cette
inscription :
« La présente chaire a été réédifîée et remise dans un état plus décent
par les soins de Maître Henri Loiseleur, curé d'Alcn(^*on, de Messieurs Pierre
Toussaint, Jacques Paillard, écu3'er, s>' de Chenay, marguillier d'honneur
et Gaspard Brisard, marguilier gérant de l'église de Notre-Dame de cette
vUle. La sculpture par M* Aubineau, la menuiserie par Jacques Foncet
Mesnil, la dorure par Jean Le Queu, dit Verdure, et François Hélène
Dubourg, son neveu, en i'an 1765 ».
(2) Madame G. Despierres a publié le devis de construction {Journal de
rOrne, 1888) qui fut commandé à Gracin de Cailly et Simon Le Vasseur,
organistes et faiseurs d'orgues.
(3) Œuvre de Michel Fourmentin,
(4) Donné en 1535 par Félix de Brie, abbé de S. Evroult.
ia> ;..\t:riiSltlN DANS l.H MAIM-: ET 1,E PAYS d'aI.ENÇON
V. Serpent d'Aîraîn.
A droite :
I. l'résciitalion de la
Vierçe.
[i. Miiriage de la
Vierge.
III. Notre-Dame de
ritié.
IV. Aii]ionciation{])
V. Assomption (2).
Au dessus de l'orgue
une onzième verrière,
donnée en 1511 parla
Confrérie des Tan -
neurs, occupe la gran-
di'ouverture du pignon
L'arhre de Jessé y fi-
jîure ; deux petits pan-
neaux représentent ,
lun. des cordonniers
dans une modeste
éclioj)pe qu'orne une
statuette de l'Amour,
l'autre, des tanneurs
entourant une cuve et
des bourreliers façon-
nant une selle.
Ces vitraux, dont on
ne saurait assez louer
l'ordonnance, l'éclat,
la composition et le
dessin viennent de su-
Ai.Esr.oN. - Chaire Je Noire-Daine. bir.gràceaux sacrifices
'cik-hé de M. riri-re (Uraïui. que la Ville a su s'im-
poser et Ji la 'partici-
pation de IKtal une restauration des plus intelligentes et heu-
(1) l'ar He]tliiii;.l)uvo1, 15;!1.
(2) Dû à l'ierre Foiirmentiii, 1530. RelaiteapartiL- en 1840.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 127
reuses. Le travail confié à MM. Anglade, Socard et Tourne!,
peintres-verriers, vient de s'achever et il donne pleine satis-
faction. Nous ne pouvons mieux faire, pour bien montrer leur
importance, que de consigner ici les réflexions qui nous ont
été si gracieusement soumises par Tun des artistes, M. Tour-
ne!, et dont communication fut donnée au cours de notre
visite :
« Les sujets des vitraux de la nef de Notre-Dame d'Alençon
accusent un programme double et un peu décousu.
« A Test et au nord, ils se rapportent à Notre-Dame :
Naissance de la Vierge, Arbre de Jessé, Présentation de Marie
au Temple, Mariage de la Vierge, Notre-Dame de Pitié (sujet
qui rompt Tordre chronologique), TAnnonciation et la Visi-
tation, la Mort de la Vierge.
« Au midi, les sujets sont tirés de l'Ancien Testament.
Ce sont la Création, la Tentation, l'Expulsion du Paradis,
les Premiers Travaux d'Adam et d'Eve, le Meurtre d'Abel.
Ensuite vient le Sacrifice d'Abraham, préfigure de la Rédem-
ption, puis la verrière de Moïse ; le peintre-verrier a pris
comme sujet principal le Passage de la Mer Rouge, mais peut-
être dans la pensée du donateur, et quant au programme
religieux, le Moïse qui reçoit les Tables de la Loi avait-il
autant et plus d'importance, enfin le Serpent d'Airain continue
l'Histoire de Moïse, et représente aussi une préfigure du
Christ Rédempteur.
« Ces vitraux sont l'œuvre de plusieurs peintres-verriers.
L'échelle des personnages, le style et le caractère d'exécution
sont assez diflërents d'une fenêtre à l'autre. Ce sont des
œuvres originales, et je n'ai pas trouvé de figures empruntées
aux gravures ou peintures contemporaines, chose assez
fréquente dans les verrières du xvi*' siècle. Quelques figures de
la Présentation de Marie au Temple et d'autre part du Serpent
d'Airain m'avaient d'abord paru se rapprocher de types connus
mais je n'ai pu les retrouver ailleurs.
« Les deux premières fenêtres du côté nord. Création,
Histoire d'Adam et d'Eve, sont très belles. Les compositions
sont très silhouettées et bien lisibles, d'un beau dessin, de
style raphaëlesque. Cependant, on peut observer que les
128 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLEXÇON
corps nus présentent des extréniilés, bras et jambes, alourdies
et massives. Le dessin eût gagné en élégance à avoir des
formes plus dégagées et plus minces. Faudrait-il en conclure
que Tartiste, auteur des cartons, connaissait insuffisamment
la technique du vitrail, et que le peintre-verrier, simple
■exécutant, a respecté scrupuleusement le dessin, en mettant
le plomb en dehors de la forme, ce qui a contribué à
l'alourdir ? C'est une hypothèse.
« Ces deux verrières sont très remarquables par leur
ordonnance et la finesse de leur coloration : on peut s'arrêter
à de beaux morceaux, l'Eve de la Création, le groupe d'anges,
les animaux, et dans la deuxième fenêtre le chérubin aux
carnations rouges qui est d'un beau style.
« L'exécution est très particulière par l'emploi, pour les
draperies blanches, d'une grisaille transparente. Les grisailles
employées par les peintres-verriers pour la peinture des traits
et du modelé sont des couleurs noires, brunes ou rougeàtres
à base d'oxyde de fer ; ici, le peintre-verrier a eu ce raflîne-
ment d'employer pour les blancs une grisaille blanche, une
sorte de terre épurée, qui donne un modelé gras et nacré,
sans opacité et sans traits noirs. M. Henry Coulier, peintre-
verrier, m'a dit que Philibert Delorme rapporte que Jean
Cousin peignit les vitraux de la chapelle du château d'Anet
avec une grisaille blanche. Je n'en connaissais pas d'exemple,
et ces deux verrières d'Alençon, très probablement antérieures
aux vitraux d'Anet, sont précieuses par celte particularité.
« Les vitraux du château d'Anet out disparu, je crois.
Ils représentaient, d'après Lenoir qui les avait recueillis dans
son Musée des Monuments français : la Prédication du Christ
dans le désert, Abraham rendant à Agar son fils, et la bataille
gagnée contre les Amalécites par les Israélites, sous la
conduite de Moïse.
« La verrière suivante d'Alençon, le Sacrifice d'Abraham,
est une composition un peu lâche dans un trop grand cadre.
L'architecture présente une ornementation très riche.
« Le passage de la Mer Rouge est d'une composition lourde
et qui donne de grandes parties décolorées.
« La verrière du Serpent d'airain est absolument remar-
quable par sa chaude coloration, et par d'autres qualités sur
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 129
lesquelles je veux m'étendre. Cesl une œuvre de peintre, qui
s'étale de bord à bord du fenestrage, coupée par les meneaux,
et sans cadre d'architecture. C'est bien le type du vitrail de la
Renaissance, critiqué par Viollet-le-duc : c'est un vitrail-
tableau.
« Cependant ce vitrail a des qualités excellenles, des qualités
bien verrières et de bonne technique.
« Les vitraux de la Renaissance ne sont pas des tableaux :
ils en diffèrent par la composition, par la coloration et par
la facture. Ici, la composition est très lisible, conçue décora-
tivement pour concentrer l'attention sur la figure de Moïse et
sur le serpent en croix, tout en dispersant l'intérêt partout
et sur chaque panneau : il n'y a qu'un seul sujet, mais toute
la surface est garnie ; Tœil peut vagabonder comme devant
un vitrail légendaire, à plusieurs compositions.
« Le dessin n'est pas extraordinaire, il est assez bonhomme,
dépourvu d'emphase ; les mouvements sont calmes, et à part
les deux personnages couchés, les figures restent chacune
dans sa lancette ; il y a là certainement la volonté de ne pas
contrarier l'architecture et les divisions des meneaux de
pierre. 11 faut observer que la perspective est tout à fait sim-
plifiée. Les personnages, la foule des Israélites ne forment
qu'un seul premier plan, à la fois compact et ajouré.
« Les arbres, les tentes et quelques petites figures forment
un second plan, à une distance indéterminée, et sont là avec
un paysage lointain pour meubler, d'une façon plaisante,
la partie haute des lancettes.
« Ce vitrail diffère encore d'un tableau en ce qu'il n'y a pas
de noir, pas de parties opaques, pas de mise à l'efTet. 11 y a
un effet, certes, mais obtenu par les taches de coloration.
Cette coloration est constituée de peu d'éléments, par une
habile répartition de belles couleurs en nombre assez restreint :
ce sont les mêmes couleurs qui sont semées dans tout le
vitrail, d'où résulte une sorte de sobriété dans une gamme
chaude de rouge et de jaune. Les costumes contemporains, à
crevés, donnent une note pittoresque : le seigneur à grande
barbe, coiffé d'un chapeau à plume, pourrait être un portrait.
« Revenant à la coloration, je signalerai de beaux rouges
dégradés, des rouges veinés dans les costumes et les tentes.
130 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
et surtout des bleus gris merveilleux, qui, coupés de nuages
blancs, sufïîsent à décorer — et à peu de frais — tous les
panneaux des tympans.
<( Les deux premières verrières du côté Nord — Présentation
de Marie au Temple et Mariage de la Vierge — paraissent
traitées plus lourdement. Je ne les ai pas revues en place, ni
la Pieta. Je crois que mon confrère, M. Socard, rédigerait
volontiers une note sur ces vitraux. Des panneaux presque
complets d'une Adoration des Mages du xv*^ siècle étaient
dispersés dans les tympans et les panneaux droits de deux
fenêtres. C'est une heureuse trouvaille, car l'exécution en est
très belle et précieuse. Il tant souhaiter que ce vitrail soit
reconstitué et placé dans une fenêtre basse de l'église, parce
que le dessin expressif des têtes, la facture délicate demandent
à être examinés de près.
« Le vitrail représentant rAnnonciation et la Visitation est
d'une belle tenue. 11 est conçu et exécuté un peu en dehors
des traditions. Alors que d'ordinaire, les peintres-verriers
meublent le vitrail de détails et d'accessoires, coupent les
draperies de revers, de galons, de bordures de perles, pour
avoir un effet plus riche et pour diviser les surfaces, ici, on
trouve de grandes draperies d'un seul ton, des placards de
même couleur ; le sol est blanc, blanches aussi les architec-
tures d'encadrement et les architectures des palais des fonds.
« Cependant, le vitrail ne paraît pas pauvre. Les blancs
sont nacrés, le ciel bleu est très fin, les draperies sont riches
et joliment nuancées.
« Les silhouettes des figures sont lourdes, le dessin et
l'exécution ont un caractère délicat et timide, de grande
distinction. On rencontre d'ordinaire, pour les vitraux de
clair-étage, placés à une assez grande hauteur, une facture
plus brutale, un dessin accusé, des traits fermes. Ici, le
peintre-verrier a une exécution de miniaturiste, faite à petits
coups de pinceau, sans énergie, semble-t-il. Et le résultat est
excellent, parce qu'il n'y a pas une facture, un procédé pour
faire un vitrail, ni des principes de composition absolus aux-
quels on doive rapporter toute technique. L'artiste qui travaille
avec sincérité, selon son tempérament, apportant des qualités
propres, fait une œuvre plus imprévue et plus attachante.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 131
« Les panneaux inlërieurs devaient représenter autrefois
un soubassement d'architecture analogue à celui de la
verrière voisine — la Pieta — avec des inscriptions, des
cartouches et une riche inouluration. Les panneaux actuels
sont une fâcheuse restauration, répétant six fois le même
indigent motif d'ornementation.
« La dernière fenêtre représente la Mort de la Vierge. Tous
les tympans et moitié de la surface des panneaux droits sont
modernes. Dans bien des cas, Tœuvre des peintres-verriers
sera maintenant de restaurer les restaurations : il a fallu se
borner ici à faire le minimum de changements.
« Les morceaux anciens sont en tous cas d'une facture très
inférieure à celle des autres vitraux de l'église. Comme dessin
et comme exécution, c'est de la camelotte du xvi^ siècle, un
travail expéditif et sans recherche, tout à fait bâclé ; c'est
néann:oins un ouvrage de peintre, et de peintre-verrier,
conservant de l'intérêt pour nous par quelques qualités
traditionnelles, les belles couleurs, le luxe des vêlements
damassés, un métier assez vigoureux et fier, quand l'artiste
a pris le temps de dessiner.
« Dans la troisième lancette, on voit le Christ qui assiste
à la mort de sa Mère, au milieu des Apôtres : il a le torse nu,
il est revêtu d'un manteau violet-bleu ; il bénit de la main
droite. Dans la dernière lancette, saint Thomas, venu trop
tard, après les funérailles, reçoit d'un ange la ceinture de la
Vierge ; ayant ce gage, il ne doutera plus de l'Assomption de
la Mère de Dieu.
(( L'inscription : Aquœ nniUœ non poiueviint exiinguere
caritateni est assez singulière. Est-ce une allusion au voyage
des Apôtres auparavant dispersés au-delà des mers, et
miraculeusement réunis pour donner à la Sainte Vierge un
témoignage de charité et d'amour ? ou ce texte comporte-t-il
une autre explication?
« Le féneslrage des verrières présente deux types de tym-
pans, alternés. Les peintres-verriers ont été un peu gênés
pour garnir de sujets tous les à-jours de ces tympans, en trop
grand nombre et trop uniformes. J'ai déjà signalé le ciel bleu
coupé de nuages qui couronne la verrière du serpent d'airain.
« Dans la Présentation de Marie au Temple, les tympans
132 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
sont occupés par un énorme dôme d'architecture à écailles.
Au-dessus du Passage de la Mer Rouge, ils continuent
l'Histoire de Moïse. Dans la plupart des fenêtres, les peintres-
verriers ont représenté un concert céleste, et ils ont respecté
la construction et la forme des panneaux de tympans, en
disposant un ange dans chaque compartiment, sans le faire
dépasser dans le panneau voisin. Ils ont été évidemment em-
barrassés par ces fénestrages trop importants et trop divisés,
mais ils ont eu complète liberté de composer les vitraux
à leur gré, sans trop, semble-t-il, s'être mis d'accord entre
eux.
« Les verres employés sont en majorité des tons plaqués à
plusieurs couches. Ce procédé de fabrication, usité au xv*^ et
au xvi*' siècle, donne des tons composés (pourpres, verts, etc.)
nuancés et vibrants.
« Les verres ont malheureusement été très attaqués par
Teau de condensation qui les ronge, surtout sur les bords des
pièces, et laisse un dépôt très noir, auquel on ne peut
remédier. »
Nous n'ajouterons rien à ces lignes ; elles sufTisent ample-
ment à préciser la valeur de ces verrières et à confirmer tout
l'intérêt que présente leur étude.
Que dire de plus d'Alençon sinon souhaiter une monogra-
phie spéciale, dont les éléments sont tout prêts, mais disper-
sés. Nous n'avons fait que résumer les grandes phases de son
existence et noter ses richesses en touriste curieux ; quel-
qu'autre, nous Tespérons, se fera son historien.
II est bientôt midi lorsque nous nous retrouvons tous, après
ce tour de ville un peu rapide mais à coup sûr intéressant,
sur la place Lamagdeleine, notre point de départ. En hâte,
car nous nous savons désirés au logis si hospitalier de Bois-
bulant, nous nous installons dans nos grandes voitures et
nous quittons Alençon par le faubourg de Lancrel.
BOISBULANïï^
C'est à la Dormie, en Valframbert, que naquit, le 3 février
1812, Léon de la Sicotière et c'est à peu de distance de cette
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 133
demeure, berceau aussi de notre Société par son fondateur,
que le baron et la baronne de Sainte-Preuve eurent la pensée
délicate et heureuse de nous recevoir, au vingt-cinquième
anniversaire de notre existence.
Nul lieu ne convenait mieux pour évoquer le passe et les
souvenirs intimes qui s'y rattachent pour nous ; aussi la
réunion fut-elle ce qu'elle devait être, une réunion toute de
famille, sorte de prologue à la séance plus solennelle de
raprès-midi.
La route est vite franchie entre Alençon et Boisbulant et
nous arrivons à Theure militaire devant le perron du château.
A peine avions-nous mis pied à terre que la plus charmante
apparition nous arrête. Une normande est devant nous,
accorte et gracieuse, et nous croyons rêver en contemplant,
après celle du Carmel, cette nouvelle restitution impeccable
des vieux costumes Alençonnais. Mais ce n'est plus la vieille
de ce matin, si séduisante pourtant dans son mutisme
obstiné ; c'est la jeunesse et la vie qui vient à nous, qui nous
fait la révérence et nous débite en bon patois, à l'adresse de
^me Tournoiier, ce gentil compliment, accompagné d'un gros
bouquet :
« Bonjou, bonjou, tertous
« Ah I vous v'ia pas moins arriveu, javas toujou peu que
je n'veniez point !...
« Lé veuilles gens y disant com'ça qu'dans l'temps passeu,
y Tsant dé têtes aux grand' dames qui v'nant lé vas.
« J'm'y songis, non de d'ià... pisque nout' grand'père y
n'nuisit point à iestablir vont p'tite socieuteu, qui l'avant mis
président tout comme vouf bourgeois.
« Mei itout jvoulas faire queuque chose.
« C'est point que si biau (le bouquet), mais nona fait c'quon
nona pu et ce d'bon cœur pour seur. »
La jolie normande, ou plutôt M"*' Antoinette de Lavererie,
est acclamée à détaut du patois qui nous manque, même aux
plus érudits, pour répondre comme il convient à semblable
harangue. Nous ne quittons plus des yeux le petit bonnet qui
se trémousse dans la foule archéoloqique et c'est lui qui nous
introduit au salon où les présentations se font alors en règle
134 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
aux accueillants maîtres de maison. M. et M"**= de Lavererie,
le comte et la comtesse de Massol, M. et M"** Fred. de Sainte -
Preuve, la comtesse d'Angély, sont là pour nous recevoir
avec eux.
Peu après, au nombre de soixante-treize, nous nous trou-
vions réunis sous un immense hangar converti magiquement
en salle à manger et décoré de la façon la plus heureuse.
Le petit bonnet est toujours là, jetant une note joyeuse sur
nos habits sombres et monotones et animant de son entrain
la gravité des savants. On lui redemandera tout à Theure son
compliment qui sera de nouveau chaleureusement applaudi.
En attendant le Président se lève et parle ;
Toa^t de M l^OU^NOUE^
Madamk,
Depuis sept années que nous recueillons pieusement les souvenirs
du passé qui parlent le plus à notre cœur de Normand ou de
Percheron, il n'est pas d'instants meilleurs que ceux où nous
pouvons évoquer la mémoire de ('.onfrcres rej^rettés dont le
concours a puissamment aidé au développement de notre Société,
et, lorsque ces Confrères se trouvent avoir été les initiateurs
nu mes de Tceuvre que nous poursui\ons, desquels nous tenons
notre vitalité et nos traditions et dont l'influence heureuse se fait
toujours sentir au milieu de nous, il nous incombe envers eux un
devoir très doux de reconnaissance.
Il y a six ans, notre passa j^e à La Ferté-Macé nous permettait de
faire revivre, jjrès de Saint-Maurice, la noble et attachante physio-
nomie, l'esprit essentiellement délicat et littéraire de Gérard
de Contades, Tami enlevé si tôt à notre alléction. Deux ans plus
tard, c'est à La Lande que nous portions un honuiiage bien du au
vaillant Président qui tint d'une main si terme notre gouvernail,
donnant une impulsion forte à nos travaux, se prodiguant pour
nous à toute occasion, nous communiquant avec sa joyeuse
humeur son ardent amour de la terre normande ; de cette journée
il nous souvient toujours.
Et maintenant, en cette 2;> année d'existence, qui marque la pre-
mière étape dans la vie de notre Société, vous avez voulu. Madame,
que notre pensée s'altachàt davantage h celui que nous pouvons nom-
mer le chef de notre grande famille historique et, digne fille d'un tel
père, héritière de ses qualités bienveillantes comme de son intelli-
gence pourleschosesdu passé, vous nousavez attirés près du berceau
de la Dormie afin que nous trouvions là, dans ce lieu privilégié,
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 135
le souvenir plus vivant de rhomiue bon que nous n'avons cessé de
vénérer et que nous ne cessons de pleurer. Si Dieu avait daigné
prolonger son existence, si longue déjà pourtant et si bien remplie,
jusqu'à ce jour, il eût éprouvé une de ses plus douces joies, sans
doute, en voyant grandir sa chère Société dans le même esprit
d'union et d'affection. Mais il en avait l'assurance lorsqu'il nous
quitta, laissant à la digne compagne de sa vie et de ses travaux le
soin de veiller sur elle, et c'est leur pensée à tous deux qui préside
à cette réunion, bien telle qu'ils l'eussent désirée.
Tout à l'heure nous dirons à nos compatriotes, à beaucoup de
ceux qui l'ont connu, ce que fut pour nous Monsieur de la Sicotière
et le rôle prépondérant qu'il joua dans le grand mouvement
historique normand, mais c'est ici surtout que nous le retrouvons
tel que nous aimons à nous le rappeler, accueillant pour tous,
prodigue de ses conseils et de son érudition, sans étalage ni vanité,
conciliant et indulgent et cependant ferme dans ses décisions
comme dans ses convictions, vrai président et véritable ami.
Pour moi, je ne puis me souvenir sans émotion des causeries
charmantes que nous échangions soit à la Bibliothèque du Sénat
où ses collègues admiraient Pendurance de ce travailleur infatigable,
soit rue Marguerite de Navarre dans le sanctuaire préféré, ouvert
à tous. Ni l'un ni l'autre, nous ne nous doutions guère alors que la
Société Historique établirait entre nous un lien plus étroit et, si
l'on m'eût dit que j'aurais l'insigne privilège de succéder à tant de
valeur, je me serais défendu de tant de présomption.
C'est aussi un grand honneur pour moi. Madame, de réunir
autour de votre table hospitalière des Confrères qui sont les vôtres.
Merci, ainsi que Monsieur de Sainte-Preuve, de votre accueil si
particulièrement affectueux et confraternel. Merci de nous avoir
rappelé que vous êtes le trait d'union entre le passé et le présent
de notre Société.
A cet hommage, M. le Curé de Damigny, au nom de notre
Secrétaire général, retenu loin de nous par un deuil cruel,
tient à en ajouter un autre et il le fait en termes des plus
délicats, très goûtés :
l^oa^t de M. l'abbé DESVAUX
Madame,
Il vous souvient de la première excursion de notre Société.
En ces temps héroïques, seule, vous aviez osé risquer l'aventure
d'un voyage en la compagnie de ces archéologues, qu'un public
irrévérencieux se représente comme gens passablement originaux^
quelque peu maniaques, complètement... parcheminés t Depuis,
12
136 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'ALENÇON
votre bon témoignage nous a acquis l'appoint de grâces charmantes
et d*un juvénile entrain.
En ce premier jour de l'enquête scientifique, qui se poursuit
depuis sept années, nous lisions ensemble Tinscription bien connue
de la tourelle de Courboyer : Musarum domus hujusque domi
generi. C'est ici la maison des muses et du gendre d'un maître.
Traduite ainsi largement, il me semble qu'elle s'appliquerait avec
moins de prétention et plus de vérité à l'aimable logis, qui nous
donne à cette heure tant délicieuse hospitalité.
Au temps de notre jeunesse archéologique, nous allions à la
rue Marguerite de Navarre, rechercher renseignements, conseils,
encouragements de ce maître vénéré. Depuis, l'héritière très
distinguée des goûts paternels a su faire renaître à Boisbulant
même attirance, même empressement. Combien de fois, ce cénacle
aimé de nos poètes, n'a-t-il pas eu la primeur des vers les plus
conquérants de Gustave Le Vavasseur, Paul Harel. Florentin Loriot,
Ernest Millet ; il entend aujourd'hui Germain-Lacour et Wilfrid
Challemel. Ici, les musiciens ont trouvé les artistes, Frileuze et les
Nanteuil, Philippe de Chennevières, Le Harivel, Denys Puech et
notre jeune ami Louis Barillet. Les Ebel remplacent au piano
Gérard de I^verrerie qui s'en va brosser lumineusement quel-
que coin du paysage. A de certains jours, c'est réunion glorieuse
d'érudits, généalogistes, philosophes, littérateurs, économistes :
Mandat-Grancey, Tournoûer, Robert Triger, Eugène Grêlé, Maurice
de Gasté, la marquise d'Angély, Biétry, jusqu'à cette étrange Sakel-
laridès, si curieuse dans son allure d'étudiante russe et son archaïque
passion pour Saint-Simon et le phalanstère.
Les clercs, habitués de la cour de Marguerite de Navarre»
Clément Marot, le curé d'Alençon Caroli, Etienne Dolet et les
autres, s'y exposaient aux propos malsains. La plupart d'ailleurs
étaient de doctrine suspecte et sentaient le fagot. Tout au contraire,
les curés amis de Boisbulant sont gens de rigoureuse orthodoxie,
et si d'aventure, ils y rencontrent ma vénérée voisine, Madame Louis
de Fromont, elle leur apprend l'inappréciable secret de rester
toujours jeune, dans le don absolu de soi-même aux œuvres de
Dieu et de la charité.
Ici, les gens du livre coudoient les grands éleveurs, les hommes
de sport, les ingénieurs, les agronomes de marque, chez l'initiateur
éclairé et le plus compétent promoteur de toute société de rénova-
tion, de progrès et de protection agricoles.
Et pourtant, mon cher Baron, il est heureux que vous n'y teniez
point, car vous ne serez jamais décoré I Et vous ne devez pas
l'être I — Comment donc le Glleul du roy (1) pourrait-il recevoir
(1) Monsieur le baron Henri de Sainte-Preuve, fut baptisé à FrosdorfT et
tenu sur les fonts du baptême, par Mgr le Comte de Chambord et M"** la
duchesse d'Angoulême.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 137
l'accolade d'un chevalier de pacotille ? Mais si vous n'eussiez trop
tôt escorté la marche funèbre aux caveaux de Goritz, quelle
acclamation pour le geste royal honorant du Cordon bleu celui
dont seuls les intimes peuvent apprécier le grand cœur et la sûre
amitié !
Et maintenant, mon cher Président, puisque retenu par un deuil
impérieux, M. le Baron des Rotours me prie de vous exprimer les
sentiments de tous nos collègues, je suis heureux d'y ajouter
l'expression d'une amitié et d'une admiration déjà lointaines. Ces
trois jours, si vite passés, d'une excursion agréable et instructive,
les explications précieuses que vous donnez en cours de route, une
organisation matérielle absolument extraordinaire, ces renseigne-
ments énidits que vous avez condensés en une ravissante plaquette,
— nous devinons trop ce qu'ils ont coûté de recherches, de travail,
de démarches, pour ne pas vous en être tous profondément
reconnaissants.
Quant à mes confrères du clergé, ils vous ont une particulière
gratitude, puisque en ces jours de pénurie, votre délicate prévoyance
leur a permis de rester fidèles à la Société qu'ils aiment, quelques-
uns depuis son origine.
Hier soir, M. Paul Romet interprétait avec une grâce exquise la
parole d'un ami de Socrate. Hélas ! à nous autres s'appliquerait
mieux, mais avec trop de restrictions, la devise inscrite au fronton du
vieux manoir de la Dormie par une grande dame d'esprit. Madame
de la Sicotière : Parva domus, magna quies. Nos maisons de curés
sont trop petites et trop pauvres pour prétendre à l'honneur de
vous recevoir dignement, mes chers collègues, et encore à l'heure
actuelle, nous sont-elles âprement disputées. Elles abriteront
désormais plus de soucis que de repos. Et puisque pendant trois
jours, vous savez si bien nous faire oublier les amertumes du
présent, en délicieuse compagnie, chez des hôtes si aimables, tant
pis pour vous, mon cher Président, plus que jamais, nous nous
cramponnerons à vous I
Après la réponse et les remerciments du baron de Sainte-
Preuve qui se dit avec M*"* de Sainte-Preuve très heureux
d'accueillir chez lui la Société Historique de l'Orne, dont le
passage à Boisbulant est une bonne fortune pour ses habitants,
c'est le tour des poètes. Paul Harel débute :
ïï^oa^t de M. PauI HAI<EL
O cher Boisbulant, maison neuve.
Où du baron de Sainte-Preuve
138 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
J'entends souvent gronder la voix ;
Maison de Tétude et du rêve,
Beau logis dont le front se lève
Devant les bois ;
Ici nous trouvons Théritière
Du grand nom de La Sicotière,
Celle dont nous goûtons Taccueil,
La fille, rhôtesse et Tamie,
Qui semble garder la Dormie
Près de son seuil.
Dans le vestibule sonore
La Sicotière parle encore,
Il charme les ducs et les clercs.
Je vois, au lieu d'une ombre absente.
Rayonner sa tête puissante
Et ses yeux clairs.
Esprits sages ou folles tètes.
Orateurs, savants et poètes,
Comme il sourit avec douceur
A vos discours, à vos boutades,
Cher Millet, Loriot, Contades,
Le Vavasseur I
D'autres, que ramilié fidèle
Appelait jadis autour d'elle,
Jusqu'à Boisbulant sont venus :
Prêtres, soldats, vieillards, éphèbes.
Moines pensifs, foulant les glèbes
De leurs pieds nus.
Leurs regards plongaient dans l'histoire
Et parfois des rayons de gloire
Descendaient sur les fronts pâlis.
Quelques-uns gardaient l'espérance
De revoir sous le ciel de France
Les fleurs de lys.
Tous différents et tous les mêmes,
Puisqu'en de multiples poèmes
Ils s'appliquaient à révéler.
Pieux, la France d'un autre âge.
Ses héros, sa foi, son courage
Et son parler.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 130
Dressant la tour de rAlchimistc (1),
L'un faisait trembler dans l'eau triste
Des feux nocturnes sous les joncs.
Et l'autre traînait la rapière
Du reître, aux escaliers de pierre
Des vieux donjons.
Là, d'un galant sans amertume
Challeinel montrant le costume,
Le feutre, les éperons d'or,
La perruque et le col sans tache,
Piquait l'air avec la moustache
De Philidor (2).
Ici, debout pour une idée,
La Normandie et la Vendée
Chantaient l'hymne à la Royauté.
Nous avons tressailli naguère
En répétant le cri de guerre
Du grand Frotté.
Au loin, les cloches argentines
Dans la forêt, sonnent Matines,
La brume s'éparpille au vent.
Les pèlerins sont à mi-côte (3).
Je les attends, car je suis l'hôte
Du vieux couvent.
Je bois, sur les degrés du temple,
A Germain -La cour qui contemple
L'aube du siècle (4) aux feux ardents ;
A des Rotours, l'ami fidèle ;
A toi, Tournoûer, le modèle
Des Présidents I
Les allusions répétées à nos confrères sont soulignées par
des applaudissements fréquents et nourris ; ils ne cessent que
pour entendre notre ami Adigard interpréter les strophes si
fines de Wilfrid Challemel :
(1) Florentin-Loriot.
(2) W. Challemel : Le Promenoir.
(3) J. Germain-Lacour : A Mi- Côte,
(4) Jules des Rotours : Aube de Siècle.
140 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
ïï^oaçt de M- Wilired CHAIiIiEMEIi
A la baronne de Sainte-Preuve, qui m* avait
invité à Boisbulant avec mes confrère»
de la Société Historique .
Le maître illustre, qu*on regrette,
Et dont vivra le souvenir;
Dans son logis, noble retraite,
Un jour voulut nous réunir.
Voilà juste quatorze années ;
Quel festin savamment dressé I
C'est une des belles journées
Qui rayonne en notre passé I
Lui, rhistorien magnifique.
Couvait d'un paternel regard
La famille archéologique
Qui l'entourait de toute part;
Et Le Vavasseur fit éclore
(Jamais sa verve ne tarit)
Une gerbe multicolore
De son éblouissant esprit.
Pour tous ceux que La Sicotière
Aimait à nommer ses ami.s,
Chez vous, sa très digne héritière,
Aujourd'hui le couvert est mis.
Dans ce château, qui les attire,
Aucun savant n'est étranger :
C'est pourquoi votre fin sourire
Va de Tournoûer à Triger.
Mon déplaisir ne peut se peindre
D être loin de vous et loin d'eux.
Mais il m'est défendu d'enfreindre
Un régime trop rigoureux.
Antiquaire que les bruines
De l'Age ont glacé sans retour,
J'ai tant contemplé de ruines
Que j'en deviens Une à mon tour.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 141
O baronne de Sainte -Preuve,
Et vous baron, d'un ton dolent,
Je dis : Pour moi la rude épreuve,
Je ne verrai pas Boisbulant I
Certes la rude épreuve est pour nous de ne pas avoir en cet
instant notre cher ami et de ne pouvoir faire parvenir jusqu'à
lui un peu des manifestations joyeuses qui accueillent ses
spirituelles envolées.
Ces lectures terminent agréablement le déjeuner et le cortège
reprend solennellement mais gaiment sa route vers le château
où les causeries se prolongeront longtemps encore, en dépit
des invités impatients qui se pressent dans la Maison d'Ozé
pour entendre une séance... académique, sans académiciens.
Notre passage à Boisbulant marquera une date pour notre
Société et c'est lui prédire de nouvelles années heureuses et
fécondes que de mettre son avenir, en terminant ce compte-
rendu, sous les auspices de la fille de notre éminent fondateur :
la baronne de Sainte-Preuve.
H. TOURNOUER.
Ont pris part à tout ou partie de l'excursion :
Membres de la Société Historique et Archéologique
de rOrne
MM'^^^Paul RoMET.
la baronne de Sainte-Preuve.
Henri Tournoùer.
MM"®* Angèle Benard.
Marguerite Benard.
ROBET.
MM. Adigard.
Anterroches (Henri d').
Baron (Auguste).
Besnard (Félix).
Brébisson (de).
142 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS D'aLENÇON
MM. Bretèche (de la).
Challemel (Wilfrid).
Creste (Georges).
Darel (l'abbé).
Descoutures (Reynold).
Desmonts (l'abbé).
Desvaux (l'abbé).
Foulon (Eugène).
Germain-Lacour.
GoBiLLOT (René).
Goblet (l'abbé).
Godet (l'abbé).
GuERCHAis (l'abbé).
GuiLLET (l'abbé).
Harel (Paul).
HoMMEY (le docteur).
Jamet (l'abbé).
La Serre (Roger de).
Lemarquant.
Margaritis (Raoul).
Pringault (Raoul),
Richer (l'abbé).
RoMET (Paul).
Rotours (Baron André des).
Semallé (Comte Robert de).
Souancé (Comte de).
Tabourier (l'abbé).
Tournoùer (Henri)
Tripied (l'abbé).
Membres de la Société Historique et Archéologique
du Maine
MM. Trioer (Robert), président de la Société historique et
archéologique du Maine.
Le Vayer (Paul), conservateur honoraire de la Biblic-
ihèque de hi Ville de Paris.
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON 143
MM. SiNGHER (Adolphe).
AuBURTiN, président du Tribunal du Mans.
Calendini (Fabbé Paul), vice-président de la Société
d'Histoire de La Flèche.
Calendini (l'abbé Louis), curé de Chassillé.
Candé (le docteur), ancien médecin de la Marine,
du Lude.
Chardon (Charles), capitaine au 28* Territorial, de
Fresnay.
Clouet (Baron), de Mayenne.
Degoulet (Paul), du Mans.
Descars (Amédée), du Mans.
DiDioN (l'abbé), curé-doyen de Fresnay.
"x Erard, ancien sous-ofïîcier au 33* Mobiles, du Mans.
T LEURY (Gabriel), de Mamers.
Gasnos (Xavier), du Mans.
y GiRAUD (Pierre), du Mans.
Grandval (Georges de), du Mans.
GuÉRiN (Fénelon), conservateur de la Bibliothèque
du Mans.
Héry (Paul), du Mans.
Labiche (Colonel), du Mans.
LiNiÈRE (Raoul de), ancien officier, du Mans.
Luzu (Roger), élève de l'Ecole des Chartes, de Bouloire.
MoNNOYER (Charles), imprimeur au Mans.
MoRANCÉ (Joseph), président de la Société d'Horti-
culture, conservateur du Musée archéologique du
Mans.
MouLLÉ (Amédée), de Saint-Remy-de-Sillé.
Patard (l'abbé), curé de Villaines-sous-Malicorne.
Pralon (le chanoine), curé de Saint-Benoît, au Mans.
RoMET (Adrien), du Mans.
RoMMÉ (Edouard), de Sougé-le-Ganelon.
Saint-Denis (Albert de), du Mans.
M™e Saint-Rémy (de), du Mans,
M. Surmont (Armand), du Mans.
M"* Thoré (Henriette).
M. Triger (Gustave), ancien ingénieur des Télégraphes,
du Mans.
144 EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'aLENÇON
MM. TuAL, ancien capitaine au 33* Mobiles, du Mans,
Vaublanc (Adrien de), du Mans.
Étrangers aux deux Sociétés
MM™**Adigard.
Candé.
Creste (Georges).
Descoutures (Reynold).
JouiN,
Labiche.
la marquise de La Haye-Monbault.
DE LiNIÈRE.
Mareau.
Raoul Margaritis.
Albert Rivière.
la marquise de Saint-Pierre.
la comtesse R. de Semallé.
Thyébault.
MM"** Germaine Blot.
Candé.
GUÉRIN.
JouiN.
Geneviève et Marie La Mâche.
Isabelle Mareau.
Louise Margaritis.
Marie-Camille, Germaine et Jeanne du Martray.
Suzanne Rivière.
Henriette de Saint-Pierre.
Gabrielle et Thérèse de Saint-Rémy.
Adrienne de Semallé.
Françoise et Anne de Souancé.
Marguerite Tournoûer.
DE Valbray.
MM. Barbarix, conservateur à la Bibliothèque Sainte-
Geneviève.
Berthelot, architecte au Mans.
Brébisson (Henri de).
EXCURSION DANS LE MAINE ET LE PAYS d'ALENÇON 145-
MM. Cénival (de).
FoNTENAY (Jean de).
Gasnos, de Fresnay.
Gasnos (Henri).
Gentil (A.), président de la Société d'Agriculture^
Sciences et Arts de la Sarthe.
Guillaume (Joseph), professeur aux Facultés libres dea
lettres et de droit de Lille.
HoREAU (le docteur), maire de Fresnay.
Lair (Comte), inspecteur divisionnaire de la Société
Française d'Archéologie.
La Villemarqué (Henri de).
Patry, chef de gare à Fresnay.
PocQUET DU Haut-Jussé, aiicicn président de la Société
Archéologique d'Ille-et-Vilaine.
PoCQUET DU HaUT-JuSSÉ.
Rhein (P.).
Rhein (André).
Saint-Pierre (Louis de).
Saint-Rémy (le colonel de).
Saint-Rémy (Jean de).
Semallé (Jean de).
SiNGHER (Gustave).
ORIGINES
DE LA
SOCIÉTÉ HISTORIQUE & ARCHÉOLOBIOUE
DE L'ORNE
Monsieur le premier Adjoint (1),
C'est sous les auspices de la Municipalité d'Alençon que la
Société historique et archéologique de l'Orne a fait ses
débuts ; c'est aussi sous ses auspices qu'elle fête le 25® anni-
Tersaire de sa fondation. En effet, nous tenions notre pre-
mière séance le 16 janvier 1882, à l'Hôtel de Ville, et aujour-
d'hui, vous nous recevez dans une maison qui est vôtre, je
dirais presque qui est nôtre, puisque vous avez bien voulu
que nous y fixions tout dernièrement notre demeure.
Nous ne pouvons que nous féliciter de ces rapprochements
heureux, renouvelés à plusieurs reprises, en 1887, 1893 et
1899, lors d'assemblées générales, et que souhaiter la conti-
nuation de rapports aussi excellents, dans l'intérêt même de
la ville d'Alençon.
Ne nous est-il pas arrivé plus d*une fois de faire œuvre com-
mune, d'unir nos efforts pour son^développement et sa pros-
périté, n'ayant d'autre souci, chacun, que de lui faire tenir
une place d'honneur parmi les vieilles cités Normandes ?
En aidant au relèvement de la Maison d'O/é, notre Société
a voulu non tant assurer la conservation du logis de Jean du
Mesni], l'un des vaillants échevins qui délivrèrent Alençon de
l'occupation anglaise, que garder à la Ville un des rares monu-
ments qui lui restent du passé et qu'elle peut offrir àla curio-
(1) M. Leboucbep.
ORIGINES DE LA SOCIÉTÉ 147
site des étrangers. Cette œuvre vous allez la compléter très^
heureusement, en réservant ici à vos riches collections un local
digne d'elles et les Alençonnais vous en garderont une grande
reconnaissance. Ainsi nous aurons ensemble contribué à
rembellissement d'une ville qui nous est chère à l'un comme
à l'autre.
Veuillez donc, Monsieur le premier Adjoint, transmettre
à Monsieur le Maire, que nous regrettons vivement de ne
pouvoir saluer aujourd'hui, ainsi qu'à Messieurs les Conseil-
lers municipaux, nos remerciements chaleureux pour leur
hospitalité si courtoise et si cordiale.
Remerciements aussi, respectueux et très vifs, à Mon-
sieur l'Archiprêtre d'Alençon (1), que nous sommes heureux
de voir à cette séance. C'est une bonne fortune pour notre
Société de pouvoir désormais abriter ses travaux sous le
clocher du vieux sanctuaire de No*re-Dame, vénéré des
archéologues comme des Alençonnais.
Mesdames, Messieurs,
J'aurais voulu laisser à d'autres, à quelqu'un de ceux qui
furent à la peine il y a vingt-cinq ans, le soin et l'honneur de
vous retracer les origines d'une Société dont ils surent encou-
rager les premiers pas, soutenir les progrès avec une vaillance
et une fidélité^inlassables et qui, timonniers fermes, en dépit
des difficultés et des pertes irréparables, ont tenu sans fai-
blesse, depuis sa sortie du port, la barre du vaisseau où
vogue notre fortune. A eux, mieux qu'à moi, qui les ai suivis^
convenait cette tâche ; avec plus de précision et d'intérêt^
j'en suis sûr, ils eussent évoqué un passé que je n'ai pas connu.
Mais, du moins, me sera-t-il permis, en toute liberté, de con-
fondre dans un même hommage de reconnaissance les noms
des chers disparus et ceux des amis qui demeurent. Dans
cette phalange d'élite de la première heure les rangs se sont
singulièrement éclaircis, des chefs aimés ont disparu, des in-
telligences lumineuses se sont éteintes, des appuis ont manqué,
(1) M. l'abbé Lemonnier.
148 ORIGINES DE LA SOCIÉTÉ
mais, si fortes étaient les traditions, si sage et si sûre Tim-
pulsion donnée, que rien ne s'est perdu des résultats acquis.
Le vaisseau a continué sa course, sous un ciel clément, sans
tempêtes et le voici qui fait escale à la première étape, au
bout de vingt-cinq ans.
Faire escale dans la vie est devenu nécessaire au siècle où
nous sommes, car la vie n'est plus vécue ; on la brûle. L'auto-
mobilisme est dans toutes nos actions, aussi bien en affaires
qu'en plaisir ; on veut faire de la vitesse sans s'inquiéter du
chemin parcouru, au risque de se heurter à quelque obstacle
imprévu et, si la bienheureuse panne ne survenait à propos
de temps à autre, on ne saurait vraiment ce qu'il y a de beau,
d'utile et d'agréable dans le voyage. Au reste, les sages vou-
draient bien freiner l'existence ; ils ne le peuvent pas toujours,
car le progrès, qui n'est souvent qu'un recul en bien des
-choses, les emporte malgré eux dans un courant irrésistible.
Il semble du moins qu'à certains points de la vie le retour au
passé dut s'imposer, et, contradiction étrange, que plus l'esprit
cherche à se dégager des errements d'autrefois, plus il s'y sent
ramené par la force des choses. C'est que, tout semblables à
ces petits qui cherchent dans leurs premiers pas des mains
secourables, nous sentons le besoin, nous aussi, dans notre
fragilité humaine, pour suivre le droit chemin, de nous
laisser guider par l'expérience sur les traces de nos devanciers.
Ainsi la Société historique et archéologique de l'Orne a
marché depuis sa naissance et elle s'en est bien trouvée, de
sorte qu'aujourd'hui, à jeter un regard en arrière sur le labeur
accompli, elle a l'assurance de n'avoir pas dévié de la voie où
ses fondateurs l'avaient engagée et de pouvoir, si Dieu lui
prête durée, escompter un avenir fécond. Mais qu'a-t-elle
fait pour mériter cet éloge, que fera-t-elle pour justifier ces
espérances ? C'est ce que je voudrais vous dire en quelques
mots, certain d'avance que vous recueillerez pieusement les
souvenirs que j'évoquerai.
Pour expliquer la raison d'être en 1882 d'une Société histo-
rique dans l'Orne, pour comprendre la nécessité de faire
ORIGINES DE LÀ SOCIÉTÉ 149
appel à cette époque à toutes les intelligences appliquées
aux études locales ou plutôt régionales en vue de se grouper et
de s'unir dans la défense d'intérêts communs, il faut remonter
à soixante ans et plus en arrière et assister à ce grand et pro-
digieux mouvement provincial dont Arcisse de Caumont fut
en Normandie l'instigateur le plus ardent. Au lendemain de
la tourmente révolutionnaire, qui ne laissait après elle que
ruines de toutes sortes, ruines morales, ruines religieuses,
ruines intellectuelles et aussi ruines historiques, quand l'apai-
sement commença à renaître dans la société nouvelle et que
les forces revinrent avec l'espoir du relèvement, il fallut songer
à réparer. Si l'ordre social réclamait des mesures énergiques
et des lois sages, les traditions sacrées et le patrimoine artis-
tique commandaient le respect et la protection. Comme
après une mort, un inventaire s'imposait, l'inventaire du
passé, de plusieurs siècles, où devaient se consigner les pages
glorieuses, les revers hélas ! aussi, mais noblement subis et
réparés, les actions d'éclat pour la défense du sol, la marche
progressive jusqu'au plein épanouissement des sciences, des
lettres et des arts, toutes ces forces, toutes ces énergies mises
au service de la patrie, qu'elles se soient groupées autour du
drapeau ou qu'elles soient venues du cloître, unies dans un
même élan et dans un même amour du pays. Et ce labeur im-
mense avait encore un autre but, non moins noble et non
moins élevé : stimuler l'ardeur des générations futures par
l'exemple des générations passées, mettre sous les yeux des
jeunes les œuvres des ancêtres, en leur disant : Voilà ce qu'ils
ont fait pour la grandeur de la France, voilà ce que vous
devez faire pour que tant d'efforts n'aient pas été vains ;
comme eux, préparez-lui des années d'honneur et de gloire,
conservez ses richesses et ses souvenirs.
A ne considérer que la vieille et chère province à laquelle
tant de liens nous attachent, cette mission y fut entreprise avec
un véritable dévouement, un sentiment patriotique des plus
intenses et une ténacité qui en assurèrent le développement et
le succès. Comme je l'ai dit, Caumont était à la tête du mou-
vement ; ce fut un chef incomparable; par^l'influence qu'il
exerça autour de lui et, pendant plus de cinquante ans, mer-
150 ORIGINES DE LA SOCIÉTÉ
veilleusement secondé par ses compatriotes, il prodigua sans
compter son temps, son intelligence et son dévouement à la
terre normande. Archéologue l'un des premiers, s'il ne put
fixer avec précision les lois d'une science à ses débuts, il eut
du moins le mérite incontestable d'être le précurseur de9
VioUet le Duc, des Quicherat, des Lasteyrie, des Lefèvre-
Pontalis. Il sut parler, il sut écrire, il sut agir ; ses œuvres
sont de celles qui demeurent et qui servent ; ses deux grandes
conceptions, les Antiquaires de Normandie et V Association
Normande^ Sociétés toujours bien vivantes, continuent sa
pensée "et^la^propagent parmi leurs sœurs plus jeunes. De
tous les coins de la province on accourut à lui et sans tarder
rOrne prit nettement position. On vit s'associer alors à cette
nouvelle croisade des hommes tels que Libert, Patu de Saint-
Vincent, de Vigneral, de Chazot, de Brébisson, Galeron, pour
ne citer que ceux-là. Si ces noms et d'autres doivent être
inscrits en lettres d'or sur nos annales à côté de ceux de nos
chroniqueurs de jadis, il en est un que vous avez sur les lèvres
et dont le souvenir qui plane sur cette réunion reste profon-
dément gravé dans nos cœurs.
L'Orne eut aussi son Caumont, son enfant de prédilection,
auquel il^fit^la part large de dons et d'affection et dont il
reçut en^ retour^ une abondante récolte de fruits cueillis un
peu partout, au hasard des recherches et des découvertes,
avec une patience et une volonté peu communes. Léon de
la jSicotière^ naquit homme de travail, au sens le plus
étroit^du^mot, et ce fut là tout son secret. Le travail fut
pourjui toute sa vie un besoin, comme pour d'autres l'acti-
vité et, chez lui, l'activité se joignait au travail, car, l'esprit
toujours en mouvement, l'attention toujours en éveil,
il appliquait sans cesse ses belles qualités à quelque
problème historique, possédant de plus, si je puis m'exprimer
ainsi, le flair qui est la providence des chercheurs et comme
un don de seconde vue sur les choses du passé. Il avoua un
jour n'avoir jamais perdu une minute de son temps, et le fait
est que personne ne le trouva jamais inoccupé. ^ Je suis plus
fatigué de mes vacances que de mes travaux dont elles do-
raient me reposer, écrivait-il un jour, on a l'éternité pour le
ORIGINES DK LA SOCIKTK 151
faire (1). » De 1837, date de sa première œuvre, jusqu'à sa mort,
c'est-à-dire pendant près d'un demi-siècle, il ne cessa d'écrire
ou plutôt il ne cessa de penser. Venu à un moment où les
documents et vieux papiers étaient quantités négligeables,
il eut la bonne fortune pour lui et pour nous, de leur donner
asile. Il empilait matériaux sur matériaux, notes sur notes,
ju qu'aux plus futiles en apparence, il les complétait de ses
souvenirs et de ses observations, des traditions recueillies ou
des récits entendus et, doué d'une mémoire prodigieuse, en
môme temps que d'une grande facilité de plume, il faisait
éclore ces brochures multiples sur les sujets les plus divers,
qui étonnaient leurs lecteurs et faisaient leur admiration
Pendant ce temps, deux grandes œuvres se préparaient
patiemment : VOrne archéologique et pittoresque et Frotté,
L'une fut le début de sa carrière d'écrivain, l'autre en fut le
terme. Si, comme le dit Gérard de Contades, M. de la Sico-
tière « n'a jamais rien donné de mieux que son Frotté, parce que
cette histoire eut la singulière fortune d'avoir été écrite
précisément par l'homme qui pouvait et qui devait l'écrire,
avec une entière impartialité et sans idées préconçues » (2), don-
nons à VOrne pittoresque une place d'honneur parmi les publi-
cations normandes. Elle parut en 1845 et préc da de quel-
ques années l'apparition de la Normandie illustrée. Poulet-
Malassis en fut le collaborateur principal, mais le grand mérite
en revient incontestablement à notre fondateur qui, sans
avoir en vue peut-être encore la création de sa Société,
semble toutefois en avoir préparé l'éclosion par ces vastes
monographies qui restent les bases les plus sûres de nos
études. M. de la Sicotière excursionnait, en eiïet déjà, dans
ce domaine inépuisable de nos richesses naturelles et monu-
mentales ; il nous frayait la voie, traçait ces itinéraires que
nous devions suivre après lui et notait les points où notre atten-
tion d'historien, d'archéologue ou même de touriste devait
se porter. Si nous avons eu à compléter ses découvertes, com-
bien ne lui devons-nous pas de reconnaissance de nous avoir
gardé tout au moins le souvenir et l'image de tant de monu-
(1) Lettre à Gérard de Contades, 189C.
(2) Souvenir du 9 Octobre 1890, p. 12.
13
152 OaiGINES DE LA SOCIÉTÉ
ments détruits ou vandalisés. UOrne pittoresque demeurera
donc vraiment le livre par excellence de notre département,
qui ne vieillira pas et qui sera toujours utilement consulté.
Il n'a qu'un défaut, celui d'être peu commun ; aussi pour-
rions-nous souhaiter une édition nouvelle, si nous ne crai-
gnions d'enlever à l'ancienne le charme qui vient de sa rareté.
Fixer le moment précis où la pensée vint à M. de la Sico-
tière de faire appel à ses compagnons de travail pour faire
œuvre commune, est chose impossible. Elle dut se présenter
tout naturellement à son esprit alors que, sous son influence
entraînante, de toutes parts sur le sol départemental des
intelligences s'ouvraient aux études locales et se passion-
naient pour elles. Nous ne suivrons pas la marche progres-
sive de ce mouvement depuis la publication de VOrne pitto-
resque qui fut un pas décisif, qu'il nous suffise de le constater
et d'en voir les résultats aux environs de l'année 1880. C'est
l'époque où nous commençons à entrevoir la réalisation pos-
sible du groupement si désiré.
Sur tous les points du département en effet l'activité règne et
des noms surgissent qui font de suite autorité. Ce sont :
Gustave Le Vavasseur, Gérard de Contades, Philippe de
Chennevières, Libert, Louis Duval, Henri Beaudouin, Jules
Appert, Eugène Lecointre, Wilfrid Challemel, Reynold
Descoutures, l'abbé Rombault, Florentin Loriot, Louis Blan-
chetière. De la Lande à Alençon, de Saint-Maurice à Fiers ou
à la Ferté-Macé, à Domfront, à Bellome, les idées s'échan-
gent, des correspondances suivies s'établissent et c'est un
chassé-croisé de communications qui sont les prémices de la
grande œuvre en formation. Mais le centre de ce vaste rayon-
nement, c'est la rue Marguerite-de-Navarre ; c'est de là que
vient la lumière, la direction, et l'on sent déjà la main douce
et ferme tout à la fois qui prendra le gouvernail du navire
sur le chantier.
En janvier 1 879, sur l'heureuse initiative du marquis de Chen-
nevières, alors directeur desBeaux-Arts.une commission avait
ORIGINKS DE LA SOCIÉTÉ 153
été instituée à Alençon pour établir l'inventaire des richesses
d'art conservées dans les archives, musées, églises, mairies,
hospices et autres monuments publics du département de
l'Orne. Elle fut composée de trente membres, dont M. de la
Sicotière et la plupart de ses collaborateurs que je viens de
citer. La première réunion de cette Commission eut lieu à la
Préfecture le 14 août. M. de la Sicotière, quoique absent, fut
élu au premier tour, président par douze voix ; M. Arnoul,
vice-président ; M. Duval, secrétaire, et M. Alexandre, vice-
secrétaire. C'est à cette séance que fut exposé pour la pre-
mière fois, officiellement, par M. Le Vavasseur, le projet de
création d'une Société historique qui paraissait se rattacher à
l'objet même de la Commission. H fut approuvé en principe
par tous les membres présents qui se réservaient de discuter
les articles des statuts dont l'élaboration fut confiée à un
Comité composé de MM. de la Sicotière, Le Vavasseur, Le-
cointre, Libert, Arnoul, Alexandre, Duval et Poirier.
Dès avant cette réunion, M. Appert, auquel M. de la Sico-
tière avait soumis le projet, s'éiaii employé activement à
recueillir des adhésions ; il y avait réussi et écrivait le 22 août :
« Je vois avec plaisir que vous ne désespérez plus de trouver
chez nous les éléments d'une Société et je considère déjà
comme réalisé un rêve caressé depuis longtemps. Le moment
parait opportun ; si vous voulez bien vous en occuper, ce
sera vite fait. » Le lendemain même le Comité d'initiative
se réunissait à Alençon pour la formation de la Société.
M. Duval expose le projet, des idées sont échangées et celle
qui prédomine est de limiter les travaux à l'histoire et à
l'archéologie du département.
Toutefois le projet avait encore besoin de mûrir. M. de la
Sicotière s'y emploie de toutes ses forces. A la fin de 1880,
il convoque chez lui « leur vieux doyen », comme il se nomme,
ceux de ses amis dont le zèle est si grand pour les études d'his-
toire locale. Enfin, un an plus tard, les Statuts sont adoptés
et la première réunion officielle se tient dans la grande salle
de la Mairie le 16 janvier 1882, sous la présidence de M.
EugèneLecointre, ancien conseiller général, le vaillant maire,
dont l'attitude énergique et digne en 1870 a fait l'admiration
154 ORIGINES DE LA SOCIÉTÉ
des ennemis en même temps que celle de ses concitoyens tou-
jours reconnaissants.
Le bureau de la nouvelle Société était ainsi composé :
Président : M. de La Sicotière ;
Vice- Présidents: MM. de Contades, de Vigneral, Lecointre ;
Secrétaire général ' AL Le Vavasseur ;
Secrétaire : M. Duval ;
Secrétaire-Adjoint : M. Guillemin ;
Trésorier : M. Beaudouin ;
Comité de Publication : MM. l'abbé Rombault, J. Appert,
Arnoul, Blanchetière.
Le 28 février suivant les Statuts étaient approuvés par le
Préfet, M. Reboul.
Ainsi, après tant d'années d'efforts, la Société historique
et archéologique de l'Orne était fondée. Si l'édifice avait
demandé un tel labeur, il reposait du moins sur des bases
puissantes qui assuraient sa solidité et sa durée. Les adhé-
rents ne se firent pas attendre. Cent-soixante au début, ils
atteignaient la première année le chiffre respectable de deux
cents. Comment d'ailleurs refuser d'apporter son concours à
un président aussi accueillant et bon. C'était une heureuse
fortune de devenir son collaborateur et de nouer avec lui des
relations suivies. On ne se faisait donc pas prier et tous pou-
vaient dire comme M. de Vaudichon lorsqu'il adressait à
M. de la Sicotière son adhésion : « Je ne fus jamais, dites-
vous, quelque part, qu'un homme de bonne volonté. C'est
sans doute pour encourager les candidats que vous ne leur
demandez pour les accueillir. Monsieur le Président, que
cette vertu modeste ? Si la Société d'histoire et d'archéo-
logie de rOrne voulait bien m'admettre parmi ses membres,
je me trouverais honoré d'être leur collègue sous la prési-
dence d'un travailleur que l'histoire de notre temps placera
au nombre des hommes de bonne volonté qui resteront des
modèles (1)».
Modèle il le fut assurément, et modèles aussi sont restés nos
(1) Lettre du 12 mai 1882.
ORIGINKS DK LA SOCIKTK 155
fondateurs. Nous n'avons pour cela qu'à tourner les feuillets
déjà jaunis de leur correspondance, conservée pieusement
par une main amie, où nous retrouvons avec émotion quelque
chose encore de leur vie agissante et de leurs entretiens affec-
tueux que la mort seule est venue interrompre. Ce qui domine
en effet dans ces lettres, c'est l'ardent amour du travail, le
désir d'apprendre, la curiosité de l'inédit, c'est la confiance
mutuelle que se témoignent leurs auteurs, c'est l'amitié
fidèle et sûre, c'est par dessus tout l'affection profonde pour
le pays, pour tout ce qui peut parler de son passé et de ses
souvenirs ; sur cette terre aimée sont concentrées toutes les
pensées, toutes les recherches. Voyez cette réponse de M. de
la Sicotière à une demande de M. de Contades : a Demandez,
demandez, mon cher confrère et ami, vous ne demandez
jamais trop, jamais assez au gré de mon désir de vous être
agréable, de vous seconder dans vos excellents travaux, de
vous prouver ma reconnaissance et mon affection. )>
Et plus loin : « J'appartiens tout entier à mes chers con-
frères ». Et encore cet éloge bien vrai : « Vous avez le don de
plaire à tout le monde en n'écrivant comme personne (1 ). » En
deux lignes c'est tout Gérard de Contades, nature attachante
au plus haut degré, écrivain bien personnel, duquel on pou-
vait dire en toute sincérité : le style c'est l'homme, « styliste
délicat et nuancé en sa prose légère et fine », comme disait
Loriot.
Puis une autre fois, c'est une partie projetée avec le bon
Appert, cet homme d'une modestie aussi grande que son
savoir, aimé de tous, serviable à tous, l'un de ceux qui contri-
buèrent le plus à la fondation. M. de la Sicotière lui donne
rendez-vous à Domfront, au greffe, où ils fouilleront en-
semble les états-civils de la période révolutionnaire. De là^
ils iront à Saint-Maurice et en route ils découvriront des
« pays inconnus ». Surtout ils n'oublieront pas de visiter
l'allée couverte de la Bertinière et le champ de bataille de
Cossé, où ils échangeront des observations. Ce voyage en-
chante notre président ; il en règle les moindres détails,
comme un écolier en vacances. Gérard de Contades est pré-
(1) Lettre de 1893.
156 OaiGIXES DE LA SOCIÉTÉ
venu par ce mot : « J'espère vous trouver tout à fait rétabli.
Dans tous les cas ne forcez pas vos jambes à cause de nous.
Vous voir, vous remettre certaines bribes coUigées à votre
intention, causer avec vous de beaucoup de bonnes et vieilles
choses, me suffirait largement (1). »
Plus tard, notre Société devait faire cette même excur-
sion à Saint-Maurice et recueillir de ces souvenirs qui ne se
revivent plus : « Quelles journées nous vous avons dues,
mon cher ami, écrit M. de la Sicotère à Contades, quelle
reconnaissance nous vous en gardons! Quelle page de jeu-
nesse dans ma vieille mémoire (2). » De ce Saint-Maurice « si
expressif, disait Loriot, dans son recueillement et sa tran-
quillité douce, des sentiments et du caractère d'un habitant
ami de l'étude (3) », il nous souvient comme d'une maison de
famille... et il nous souvient aus<^i de même de cette autre
demeure, La Lande, toute poétique comme son maître,
tout imprégnée encore de son long séjour,
logis rose entre les feuillages
Avec des tons d'argent dans les mousses du toit (4)
où les heures passèrent douces, il y a quatre ans, à nous
ressouvenir.
Entre La Sicotière et Gérard de Contades, Gustave Le
Vavasseur fut notre président. « La jeunesse, par la joie, la
vigueur et la fierté animait toute son œuvre » a dit de lui
Contades. Elle anima aussi notre Société. La joie et la vi-
gueur se manifestait à chacune de nos réunions, la fierté de
sa Normandie, elle débordait dans ses discours comme dans
ses vers. Loriot, qui eut des envolées de génie, l'a chanté
excellemment dans un sonnet peu connu que je vous demande
la permission de vous redire :
(1) Août 1883.
(2) Lettre de 1892.
(3) Lettre de 1883.
<4) Paul Harel. A l'Absent.
ORIGINES DR LA SOCIÉTÉ 157
Sous le vert demi-jour des vergers pleins de pommes
Au sol cornélien toujours fécond en hommes
La nature indulgente a fait fleurir nos ans,
Mais tes robustes vers nous firent plus Normands.
Cet amour fait des fleurs, des prés, des bois, des landes,
Des gloires, des revers, des autels, des légendes.
Et des mômes tombeaux que l'on foule à genoux,
L'amour du sol natal, tu l'agrandis en nous !
Car tu prends dans ta main le faisceau de ces choses
Qui font qu'une patrie est chère, et tu composes
D'éléments si divers une seule unité.
C'est ta patrie, ô maître ; et ta verve couronne
Par un nouveau trésor les biens que Dieu nous donne
Par le trésor gaulois de ta saine gaité.
Historien, La Sicotière, poète, Le Vavasseur, littérateur,
Contades, avec des natures et des aspirations très diffé-
rentes, nos premiers présidents surent conduire la Société
dans le même sillon ; liés tous trois d'une amitié qui ne fai-
blit jamais ils ne voyaient dans leurs fonctions que le moyen
de se rendre plus utiles à l'œuvre commune, toujours soucieux
de sa marche régulière et de son avenir, toujours respectueux
des traditions.
Avec de tels chefs, nous ne pouvions faire que d'utiles et
fécondes choses. Leurs collaborateurs furent de même vail-
lance et d'égal dévouement. Pendant quinze années Henri
Beaudouin, avec une fidélité admirable, tint la plume de secré-
taire et ne la laissa que pour devenir secrétaire général. Je
rends à sa mémoire un hommage très particulier de gratitude
au nom de mes confrères. D'une grande rectitude de juge-
ment, esprit sûr, écrivain consciencieux, homme de bien et
de devoir, M. Beaudouin n'a laissé que des regrets parmi ceux
qui l'ont connu. Il tontribua dans une part très large aux
progrès et au développement de notre Société. A côté de lui
M. de Broise et son gendre Renaut ont veillé avec trop de
soins et d'intelligence sur nos publications pour que ne nous
leur adressions aussi un souvenir ému.
158 ORIGINES DE LA SOCIÉTÉ
Si je limite à ces noms, Messieurs, les témoignages d'admi-
ration que nous devons à tant d'amis dévoués, enlevés à
notre affection, comme je le disais en commençant, notre
reconnaissance va à tous, parce que tous, dans la mesure de
leurs moyens et de leurs pouvoirs, ont fait la Société ce qu'elle
est, c'est-à-dire une association essentiellement provinciale
dont la force réside dans l'union de ses membres et dans
leur amour du sol natal.
Et maintenant, après la première étape, l'ancre est levé et
le vaisseau va reprendre paisiblement sa route vers d'autre»
destinées. Pendant vingt-cinq ans, ainsi que son nom l'indique,
notre Société ne s'est occupée que d'histoire et d'archéologie.
Je ne dirai pas comme l'écrivait encore l'excellent Loriot, ce
bon compagnon, qui a peut-ôtre trouvé au milieu de nous
quelques-unes des meilleures heures de sa vie douloureuse :
a L'archéologie est comme le sommeil, elle procure un com-
plet oubli des maux de la vie (1).» Mais assurément, combinée
avec l'histoire, elle offre à celui qui s'y livre plus d'un délasse-
ment. C'est un repos au milieu des agitations et préoccupa-
tions des temps actuels; c'est une jouissance pour l'esprit»
qui remonte, par ces études, à la source des traditions
saines et de l'art pur; c'est une fierté pour le cœur, qui découvre
des âmes généreuses et des gloires nationales dans les exem-
ples du passé.
Nos confrères ont beaucoup écrit ; ils ont aussi beaucoup
agi ; ils ne se sont pas contentés de retracer des monographies
ou ae publier des documents, ils ont cherché à exercer une
protection efficace sur nos vieux souvenirs et nous les suivons
dans cette tâche qui est devenue Tune de nos préoccupations
les plus grandes. Depuis 1882, cette question de préservation
des monuments et des richesses d'art a fait des progrès énor-
mes. Les pouvoirs publics, les Sociétés savantes, même l'ini-
tiative privée s'en inquiètent et de toutes parts des mesures
se prennent pour lutter contre le vandalisme toujours en-
(l) Lettre à Gérard de Contades, 1888.
OKIGINES DE I.A SOCIÉTÉ liVJ
vahissant. La Séparation des Eglises et de l'Etat ajoute de
nouvelles craintes en ce qui concerne les édifices religieux,
et la Commission des Monuments historiques, qui s'en rend
bien compte, multiplie en ce moment les classements qui les
sauvegarderont. Nous nous associons pleinement à son ac-
tion, et nous ferons tous nos efforts pour prévenir des des-
tructions ou des détériorations qui porteraient atteinte à
notre patrimoine artistique. Les excursions que depuis sept
années nous faisons dans tous les coins du département et
même au-delà n'ont d'autre but que de faire connaître,
aimer et respecter nos monuments et les accueils que nous
recevons des municipalités et des populations nous sont un
témoignage précieux de sympathie et d'encouragement.
Cette sympathie et cet encouragement, vous nous l'ap-
portez aussi, Mesdames et Messieurs, par votre empressement
à répondre à notre appel aujourd'hui; mais faites plus encore
en vous associant à l'œuvre que nous poursuivons, en prenant
au milieu de nous, votre part d'action et d'influence, afin
que dans une union toujours plus intime nous travaillions-
ensemble au relèvement provincial.
En terminant, laissez-moi adresser des remerciements
chaleureux, puisque l'occasion m'en est offerte si agréablement,
à tous ceux d'entre vous et aussi à tous les Alençonnais qui
ont contribué si généreusement à la sauvegarde de cette
Maison. Lorsqu'il y a quatre ans elle était si menacée, je ne
me doutais guère que notre Société y fêterait peu après son
25® anniversaire, dans cette belle salle. C'est à vous que
cette transformation est due, à vous donc l'expression de
notre reconnaissance. L'œuvre va être complétée. La muni-
cipalité d'Alençon, qui vient de donner une preuve de l'intérêt
qu'elle porte aux reliques du passé en contribuant largement
à la restauration des vitraux de Notre-Dame, aura à cœur,
j'en suis convaincu, de faire de ce monument, à l'aide des
collections qu'elle possède et des dons qui lui viendront, un
musée digne de vous et de la Ville. Souhaitons que dans un
avenir prochain l'inauguration solennelle en puisse avoir
lieu. Ce jour-là, ayant été à la peine, vous serez à l'honneur.
TOURNOUER.
RAPPORT ANNUEL
9ixv le9 ïï^paVaU)^ de la Société
Mesdames,
Messieurs.
Par une matinée de Janvier de l'an 1536, arrivait tout droit
de Damigny, précisément en cette maison d'Ozé, noble
homme Jehan de Frotté, écuyer, seigneur de la Rimblière.
A la fois secrétaire du roi François I**" et de M"« Marguerite
d'Angoulême, sa sœur, et contrôleur des finances, le poète à
la lyre naïve et coquette n'y venait pourtant point lire ses
vers devant quelque docte et gracieuse assemblée, comme il
s'en réunissait alors à Alençon, et... aujourd'hui. Encore
moins songeait-il à accabler ses hôtes de quelque rapport
documentaire, comme vous en êtes, hélas I menacés. Il s'en
allait tout uniment quérir en ce logis Théritière de céans,
noble damoiselle Jehanne Lecoustellier, pour l'épouser à
réglise Notre-Dame, en présence du roi et de la reine de
Navarre. C'était un grave souci. Néanmoins il était guilleret
et de mine épanouie, le manuel du parfait chevalier prescri-
vant à tout galant homme, en pareille circonstance, d'être ou
de paraître parfaitement heureux.
Comme Jehan de Frotté, un autre secrétaire qui n'est plus
celui de la reine de Navarre, et chercherait en vain finances
à contrôler, vous arrive encore de Damigny. Avouera-t-il
qu'en ses tréfonds, il ne trouve point cette fière assurance qui
soutenait en son aventure le sire de la Rimblière. Celui-ci
n'avait point à s'inquiéter de l'appétit el du goût des convives.
Le Dangeau très informé de toute gentilhommière normande,
notre érudit confrère M. le Vicomte du Motey, n'assure-t-il
pas en un docte mémoire que M*"*= d'Ozé, triomphante belle-
RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 161
mère, avait préparé somptueuse victuaille pour recevoir
royalement ses royaux invités. Sur ce menu littéraire qui
vient de vous être soumis, en façon de programme, plusieurs
auront déjà marqué d'un signe de désir les succulences
mijotées à Echauffour, les gouleyantes épices de la Ferté, et
les friandes gâteries renouvelées d'un vieux gourmet, en son
vivant seigneur de Cuigny. Mais en toute frairie normande,
il faut quelques plats de solide résistance. Celui que je vous
présente sous forme de compte-rendu annuel des travaux de
la Société vous fait redouter une macédoine indigeste.
Rassurez-vous, les morceaux que Ton m'a fournis sont de
qualité, et je les précipite au court bouillon. Cet obligatoire
accompagnement de nos séances solennelles, distrayant pour
l'auditoire comme le palmarès au jour des prix, que ne
sont-ils plus là ceux qui pendant 25 ans surent le faire aimer
par un art exquis, — Gustave Le Va vasseur également pétillant
dans le verbe, l'image et la pensée, — ce gentilhomme de
lettres que fut Gérard de Contades, l'élégance et la distinction
même, — Henri Beaudouin particulièrement soucieux de
l'érudition sûre en la correction d'une forme sévère, — enfin
celui qui depuis bientôt 10 ans résume et fait applaudir ces
qualités maîtresses dans sa diction charmeuse. Celui-là du
moins vous avez le dédommagement de voir son nom à un
numéro plus attrayant du programme.
J'entre en matière et, selon l'usage consacré, je constate
tout d'abord que des récrues nombreuses, pleines de pro-
messes pour l'intérêt des bulletins et séances, sont venues
porter le nombre des membres de notre Société à un chifïre
qui n'avait point été atteint jusqu'ici. Par contre, ceux trop
nombreux que la mort nous a enlevés n'étaient pas unique-
ment des sociétaires aimables et simplement épris des choses
de l'esprit, leur concours et leurs œuvres nous manqueront
longtemps. A vous qui les avez connus et pratiqués, inutile
de souligner des mérites divers mais également appréciés.
M. le Comte Christian de Vigneral, l'un des fondateurs de
notre Société, fut continué dans les fonctions de vice-président,
aussi longtemps que le permettaient les statuts. L'Association
Normande l'avait choisi comme directeur, c'est dire combien
étaient estimés ses travaux sur l'histoire locale, l'archéologie,
162 HAPPORT ANNUEL SUH LES TUAVAUX DE LA SOCIÉTÉ
les questions agricoles et la sociologie. A cette heure inquié-
tante, où la gloire militaire et le dévouement au pays sont
notés de désuétude, nous autres archéologues, obstinés dans
les errements du patriotisme, nous rappelons avec certaine
fierté que notre collègue fut, aux jours douloureux, Tun des
héros de la défense de Paris. Nommé commandant des
mobiles d*Ille-et-Vilaine, il sut communiquer à ses Bretons
l'ardeur qui Tanimait, accomplissant avec eux des exploits
que n'ont point oubliés les vieux Parisiens de 1870.
A MM. Auguste Canivet, conseiller général de Trun, et
Gustave Daupeley, nos collègues MM. de Brébisson et
de Souancé ont consacré dans le Bulletin des articles nécro-
logiques. Ils auront été lus avec grand intérêt par ceux d*entre
nous surtout qui ont pris part à Texcursion de 1902 dans le
Pays d*Auge, à celle de Tan dernier dans le Perche. Vous vous
rappelez avec quelle cordialité empressée ces regrettés
confrères nous facilitèrent la visite de Chambois et de Nogent-
le-Rotrou, tout en nous y préparant rhosj)italité la plus
reposante.
L'an dernier, M. le Baron des Rotours vous signalait les
études consciencieuses et originales de M. Henri Chardon,
maire de Marolles-les-Brau)t, sur le rôle de Matignon, au
temps de la Saint-Barthélémy, à Alençon, à Caen, dans toute
la Basse-Normandie. Depuis, d'autres travaux sont venus
ajouter des chapitres très inédits à l'histoire littéraire et
anecdotique du Maine et du Saonnois. Ils ne nous font que
plus vivement sentir la perle de cet érudit confrère décédé en
pleine activité scientifique.
Ce bon M. Pringaull, un vieil Alençonnais d'origine, de
cœur et de tradition, n'eut point les loisirs et la préparation
nécessaires aux travaux d'érudition, et cependant il eut dans
notre Société un rôle très utile, remplissant la charge de
bibliothécaire-adjoint jusqu'au jour où sa santé afiaiblie le
contraignit à s'éloigner d'Alençon. Notre ami, M. Emile Brière
a très justement mis en lumière la physionomie attachante de
cet industriel épris des choses d'art, dans lesquelles il trouva
le charme de sa vie, le délassement des heures de travail. Il
nous le montre taisant de sa maison « un des intérieurs les
plus artistiques d'Alençon, la décorant avec goût de meubles
RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 163
anciens, de tableaux, de ces mille produits de Tindustrie des
siècles passés, si féconds en belles et naïves choses, où le
moindre objet sorti de la main d'un artisan portait en lui
un cachet de personnalité. » M. Pringault se parait volontiers
de son titre de membre de la Société archéologique, assistait
avec intérêt à toutes les réunions mensuelles, suivait les
excursions, et tous nous aimions à entourer d'égards afïec-
tueiix sa vieillesse aimable et toujours bienveillante.
Enlevé prématurément, peu de temps après son inscription
dans notre compagnie, M. le chanoine Grenet, supérieur de
la Miséricorde, a publié des écrits d'ascétisme, un manuel de
thérapeutique et d'hygiène pratique à Tusage des gardes-
malades. Mais la théologie mystique n*est accessible qu*à un
petit nombre, les manuels de médecine s'adressent surtout
aux protessionnels. Ce qui, hélas, est du domaine courant,
ce sont la souffrance, la douleur, la maladie, le délaissement :
par là, l'œuvre de M. le chanoine Grenet apparaît admirable-
ment bonne pour tous. Œuvre plus haute que les meilleurs
écrits, cette formation savante et pratique des religieuses
gardes-malades, élaborée méthodiquement par un psycho-
logue profond autant qu'éducateur d'âmes expérimenté.
Comme résultat tangible, voyez le dévouement inlassable de
vos sœurs de Miséricorde, qui ne grève point les budgets de
l'assistance, cette charité dont la compétence affirmée par les
brevets de l'autorité médicale, s'exerce de jour et de nuit, en
face de toutes les misères, apaisante à toutes les douleurs,
sous une livrée qui les désigne parfois à l'insulte lâche, peut-
être à la proscription, qui ne sera point exaltée par les
médailles d'honneur, les prix Montyon, les éloges ofïîciels.
Quelque soir, on les verra après une journée de labeur,
prendre simplement leur retraite dans la mort, sans autre
joie que d'avoir bien servi Dieu dans l'humanité souffrante,
sans autre espoir que ceux d'en haut. Mais à Alençon, comme
ailleurs, le plus souvent la bonne justice de Dieu est précédée
du respect attendri de tout cœur assez haut pour comprendre
et glorifier la beauté morale dans sa forme la plus touchante.
Ceux d'entre vous, mes chers Collègues, qui veulent bien
parcourir le Bulletin, constatent qu'il est toujours parmi nous,
comme à l'enthousiasme obligé de la première heure, des
164 RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ
travailleurs assidus aux recherches du passé. Beaucoup de
ceux, dont les savantes études remplissent les 25 volumes de
notre collection, sont, hélas, disparus, mais quelques-uns
continuent encore avec le même zèle, d'apporter leur contri-
bution au trésor commun. Pour le comité de lecture, la diffi-
culté ne gît point dans le souci d'approvisionner nos feuilles,
bien plutôt dans l'art délicat d'espacer, sans en tarir la
source, les multiples travaux qui lui sont adressés. En voj'ant
certains noms plus souvent en vedette, on aurait tort de
conclure qu'en ces luttes du labeur, il est mieux que ce soit
toujours les mêmes qui se fassent tuer, sous prétexte qu'ils en
on t pi us l'habitude . Ne vous semble-t-il pas que d'aucuns,surtou t
parmi les jeunes, en pleine activité intellectuelle et avec plus
de loisirs, hésitent trop à mettre en œuvre leurs observations
et leurs découvertes. Les maîtres d'antan, Léon de la Sicotière,
Gustave Le Vavasseur, Eugène de Beaurepaire furent encou-
rageants pour nos timides essais, et nous^ ces anciens jeunes
d'il y a 25 ans, nous aurions la même joie à savoir qu'après
nous le sillon tracé par nos devanciers, creusé par nos efforts,
ne sera pas déserté.
D'ailleurs la fièvre des recherches locales qui tourmenta
nos initiateurs est loin de se calmer. Selon que le prévoyait
un jour G. Le Vavasseur, elle tend à se propager, à augmenter.
Et ne sommes-nous pas tous un peu de ce ces fébricitants,
dans la plaine d'Alençon, sur les bords de l'Orne, du Bocage
Normand au Pays d'Ouche, dans le Perche et le Houlme?
La contagion a poursuivi nos émigrants à Paris, au Mans,
à Vire, Evreux, Mamers, Nogent-le-Rotrou, jusqu'à Chàlons-
sur-Marne, et comme tout chemin mène à Rome, elle sévit
dans les villas du Janicule, sur les pentes du Pincio, aux
jardins de Salluste, et je sais très atteint mon vieil ami le
P. Edouard d'Alençon, qui a popularisé le nom de votre ville
parmi les érudits des bords du Tibre et les habitués des
Archives Vaticanes.
Dans cette rapide excursion à travers le monde de nos
collaborateurs, ici même nous rencontrons tout d'abord l'un
de nos vice-présidents, M. le Vicomte du Motey, En sa vie de
publiciste, littéralement enfiévrée celle-là, vous vous demandez
comment il a pu trouver l'heure propice aux recherches
RAPPORT ANNUEL SUR LKS TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 165
longues et savantes sur les Origines des Antilles françaises >
Peut-être aussi l'objet de son travail vous semblera-t-il tout
d'abord d'un intérêt bien lointain. Soyez sûrs d'avance qu'il
évoquera des souvenirs et des noms plus intimement liés à
notre pays.
Comme pour faire suite à Y Analyse des actes du tabellion-
nage d^Alençon, que publia en notre Bulletin, il y a quelque
vingt ans, M. de Courtilloles de regrettée mémoire, M. le
comte de Souancé a eu la patience de feuilleter en les
résumant les actes paroissiaux dressés autrefois par les curés
d'Alençon, et qui forment le fonds d'archives de l'Hôtel de
Ville. Assurément pareille œuvre n'est point appelée à
devenir un livre de chevet pour les personnes amies des
lectures capiteuses, pas plus d'ailleurs que les tables comman-
dées par le ministère de l'Instruction publique, menées
laborieusement par notre confrère, M. Louis Duval, dans le
but de faciliter l'usage des volumes d'inventaires de nos
Archives départementales, et encore ces autres tables que
prépare consciencieusement M. de la Mahérie pour nos
documents Ces graves publications resteront inconnues au
public banal, mais elles tiendront place d'honneur dans toute
bibliothèque d'érudition normande. Après les Études sur le
Consistoire de Joué-du-Plain, le Collège de Domfront^ la
Réouverture des Eglises^ dans le Bellesmois^ en Van III, et
beaucoup d'autres, une collaboration active à divers pério-
diques, et comme pour se distraire lui-même, M. Louis Duval
a donné quelques pages moins austères sur Un enjant trouvé
à Alençon, décoré à Montereau. et quelques autres petits
soldats Alençonnais.
Et puisque j'ai prononcé le nom de notre bon archiviste,
comment n'y pas accoler celui de son neveu, M. Frédéric
Duval, archiviste de la ville de Saint-Denis, secrétaire de la
Revue des Questions historiques, toutes fonctions qui ne sont
point sinécures, telles surtout que les comprend notre jeune
collègue. Et pourtant, les heures libres que d'autres donne-
raient avidement au repos, aux joies familiales, son dévoue-
ment les consacre à l'éducation de la jeunesse ouvrière, dans
quelque œuvre parisienne de préservation.
Quelle vie bien employée. Messieurs, et quel exemple !
166 RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DK LA SOCIÉTÉ
L'activité sans trêve ne semble-t-elle pas d'ailleurs le propre
"de nos collègues alençonnais. A tout seigneur, Thonneur :
celui dont je parle sait d'expérience qu'en nos démocra-
ties agitées, l'honneur n'est pas sans gros soucis et de
multiples charges. En plus du labeur administratif, appelé à
chaque instant à présider, et par suite à porter la parole ou le
toast en les réunions les plus diverses, banquets municipaux,
solennités scolaires, fêtes mutualistes et autres, il parait
redouter par dessus tout la banalité, écueil si fréquent des
harangues officielles, où d'autres mettent un art suprême à
voiler l'ambigu ou l'hésitation de la pensée, sous la redon-
dance d'un vocabulaire fatigué. Et puisqu'elles ont été
recueillies par la presse alençonnaise, nous devons enregistrer
à notre actif littéraire ces allocutions, où chacun se plaît à
remarquer la logique de l'idée, la mesure du ton, l'élégance
de la forme, l'à-propos des raisons, le sens pratique des
déductions. Votre secrétaire, Messieurs, ne veut parler en ce
moment que d'un collègue estimé, toujours fidèle à notre
Société depuis tantôt 23 ans. D'ailleurs, assez d'autres ne
viennent-ils pas de proclamer la sympathie générale et la
confiance publique pour le premier magistrat de cette ville,
qui nous facilita jadis l'entrée de ce manoir historique et nous
y ménage aujourd'hui accueil si courtois.
M. Leboucher dirige en ce département les efîorts du
Touring-Club pour la protection des sites et monuments et
l'indication des objets d'art ou curiosités archéologiques.
Les Sociétés d'histoire naturelle, d'horticulture, de photogra-
phie le comptent parmi leurs coopérateurs les plus zélés.
Au Conseil municipal, il est le défenseur toujours en éveil des
causes qui nous sont chères. Dans la séance du 23 février,
n'est-ce pas lui qui a attiré l'attention de vos édiles sur une
superbe verrière du xiv** siècle, l'Adoration des Mages.
Ce précieux débris de l'église primitive, découvert de façon
si imprévue par M. Soccard, serait à l'heure actuelle l'une des
principales curiosités artistiques de Notre-Dame. Et pourtant
ses pièces viennent d'être replacées pêle-mêle pour continuer
à servir de remplage au trumeau d'une des fenêtres dernière-
ment restaurée. Provisoirement, assure-t-on. Chez nous le
provisoire, c'est ce qui dure le plus.
RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 167
Chaque année la bibliographie de M. Tabbé Letacq s'aug-
mente d'une douzaine de numéros ; heureux ceux qui lés
auront collectionnés dès le début, ils auront en la partie où il
s'est spécialisé, une bibliothèque unique et complète.
Autour ou plus loin du chef-lieu, nos érudits témoignent
d'une ardeur pareille. Le Baron des Rotours, collaborateur
attitré de toute revue historique ou sociale, appuie d'une
biographie substantielle et définitive le projet poursuivi par
M. Eugène Grêlé pour un triomphal centenaire « de l'écrivain
de grande allure », ce « Normand haut et glorieux que fut
Jules Barbey d'Aurevilly.
Les récents travaux de MM. de Marcère. Robert Triger,
Louis Régnier, Paul Blaizot, le Vicomte de Broc, le Comte
de Charencey, Surville, les PP. Edouard et Ubald d'Alençon,
René Gobillot, les études données au Bulletin par MM. de
France, Vérel, Guesnon, Darpentigny, Baron et Savary vous
sont assez connues pour qu'il soit superflu d'en exquisser ici
la plus simple bibliographie.
J'aurais plaisir à vous parler de nos poètes, des vers qu'ont
publiés à l'envie revues et journaux, d'autres réclamés par la
troupe de Molière : ce sera mieux, vous allez les entendre,
— d'un jeune artiste qui vous est très sympathique, M. Louis
Barillet, dont une revue militaire, la Sabretache, publiait
naguère une œuvre remarquée, mais cet hiver n'êtes vous pas
tous allés stationner quelque peu devant son médaillier et ses
paysages exposés en vitrine.
Mes confrères du clergé ne sont point restés inactifs en ces
labeurs de l'esprit. D'aucuns continuent à rassembler autour
d'eux les éléments épars de l'histoire provinciale : M. l'abbé
Godet au Pas-Saint-Lhomer, les abbés Macé et Gourdel à Athis
et Saint-Hilaire-de-Briouze, l'abbé Dupont à la Trinité-des-
Lettiers, MM. Mesnilet Loiseauà Vingt-Hanaps et la Chapelle-
Souef, l'abbé Jamet à Guerquesalles. Leurs livres et leurs
notices sont un régal pour tous ceux qu'intéressent les gestes
et mœurs des ancêtres.
Désormais en tête de sa belle collection d'histoire diocésaine,
notre vice-président, M. l'abbé Dumaine, pourra inscrire
comme le plus autorisé des imprimatur le bref très louangeur
14
168 RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ
que naguère lui envoya le Pape Pie X. Ce fui ce jour-là une
véritable joie dans le clergé diocésain.
M. le chanoine Guesdon augmente la série de ses études
d'ordre plus ecclésiastique.
D'autres prêtres, vu la situation critique faite à l'Église de
France, ont pensé qu'à des mœurs nouvelles, il fallait adapter
des méthodes d'évangélisation nouvelles. Le temps n'est plus
où le premier Bulletin paroissial, publié dans un coin ignoré du
Perche par un curé de village, dépourvu de tout prestige hiérar-
chique excita plus d'étonnement que de faveur (1). Ils sont
nombreux maintenant ceux qui se dévouent à cette œuvre de
vulgarisation religieuse. Quelques-uns de nos sociétaires s'y
distinguent entre tous: MM. David, Gougeon, Beaugé, Boissey,
Duval de Courteille, Beudin, Méliand, Goblet, Robert et
Tabourier. En même temps qu'ils s'efforcent de raviver
autour du clocher une vie paroissiale plus intense, ils contri-
buent aussi à taire aimer le sol natal, rappelant ses origines^
ses traditions, ses chroniques, à une génération absorbée par
les soucis matériels du présent.
Plus que ceux qui parlent, mieux que ceux qui écrivent, il
en est dans nos rangs qui méritent un singulier hommage, ce
sont ceux qui agissent.
Le monde appartiendra à ceux qui l'auront plus aimé, a
dit un sociologue que sa famille rattache à notre pays du
Perche (2). N'est-ce pas à cette conquête pacifique et dénuée
de tout retour personnel que se dévouent, en leurs mutualités,
dispensaires, œuvre des prisonniers libérés, des engagés
volontaires, de la réhabilitation des mariages irréguliers,
(1) Le Balle tin paroissial de Verrières parut le !«»" Janvier 1900. En ce
temps-là, un de nos plus vénérés confrères, directeur de la Semaine catho-
lique de Sées voulut bien le signaler comme la première leuille de ce genre
parue en Basse -Normandie. C'était constater aimablement la vérité. Un
correspondant que rien pourtant n'intéressait à la que^tion, en prit
ombrage. De façon très grincheuse, il revendiqua la priorité en faveur d'un
autre périodique, imprimé et complètement rédigé par M. Grandrémy,
curé de Balan, dans les Ardennes, sans autre intérêt pai*ticulier pour notre
région que le nom d'uue paroisse percheronne ajouté pour la circonstance
à un titre général. Le Bailetin paroissial de Verrières, émigré avec son
auteur à la porte d'Alençon, paraît, depuis 1902, sous le nom à'Echo de
Damigny, Il est aussi complètement bas-normand que jadis il était exclu-
sivement percheron. A défaut d'autre mérite, il continue de revendiquer la
priorité d'origine sur les autres bulletins paroissiaux du pays.
(2) M. le Comte de Mun, député.
RAPPORT ANNUKL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 169
oflîce central de la charité, patronage des apprentis, crèches
ouvrières, organisation du travail à domicile, etc., ceux qui
portent des noms entourés d'une respectueuse admiration.
Et ici vous désignez avant moi les Lefébure, Félix Voisin,
Macaire, Romet, Albert Rivière, André des Rotours, Laporte,
Tomeret, MM"*** Tournoiier et Paul Romet, tous épris du
besoin de diminuer, autant qu'il est possible, les suites inévi-
tables de la maladie, parfois de l'imprévoyance, les douleurs
ou les injustices dont souffre et souffrira toujours la société.
D'autres trouvent mieux de l'agiter violemment cette pauvre
société, ils prétendent la renverser de fond en comble, sous
prétexte de la rendre plus habitable, en des lointains où nul
de nous ne sera plus là pour contrôler leurs dires.
Croyez bien, Messieurs, qu'il y aurait aussi profit et agré-
ment à étudier ici des travaux et des livres parus autour de
nous. Ne serons-nous pas des premiers à les utiliser
et à les apprécier. Tels par exemple, la mise au jour, en
six gros volumes, du catalogue de la Bibliothèque de la ville,
par M. Edmond Richard, que j'appellerais volontiers un
travail de bénédictin, si l'expression ne semblait de tendances
suspectes, — puis l'enquête sur les documents économiques
de la Révolution, conduite par un professionnel de haute
compétence, M. Mourlot, inspecteur d'Académie, — enfin la
participation très remarquée de quelques-uns de nos compa-
triotes, tels que M. Mourlot lui-même, MM. Gabriel Fleury,
Audollent, Bazeille, Veuclin au Congrès des Sociétés savantes
de France, tenu à Montpellier en avril dernier.
Comment ne pas ranger parmi les livres intéressants pour
notre province la Vie du Père Eudes Mezeray, par M. Henri
Joly, de l'Institut, pour sa contribution à l'histoire du Houlme,
celle de Madame Louise de France, par M. Geoffroy de Grand-
maison, où l'on trouve des renseignements peu connus sur
les origines de l'ancien Carmel d'Alençon, — et bien, que
très sujets à caution au point de vue de l'impartiale et véridi-
que histoire, les Mémoires captivants d'Adèle d*Osmont, com-
tesse de Boiffne, l'héritière spirituelle et médisante d'une
grande famille normande, dont une miniature gracieuse,
signée d'Isabey, se trouve tout près d'ici, au château de
Verveine.
170 RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ
Il parut au temps des roses, le Dictionnaire biographique
de VOrne, et pendant presque un mois il eut grand succès de
curiosité. Par lui les générations les plus lointaines appren-
dront qu'en cette année de la comète, les hommes illustres
abondaient chez nous, comme les généraux dans la république
d'Haïti, Toutes les gloires y sont cataloguées, entre de nom-
breuses vocations à une célébrité qu'il reste à conquérir.
Vous qui n'avez point trouvé place en ce Panthéon tumultueux,
n'enviez pas trop une apothéose coûteuse et fragile. Pour
vous consoler, lisez plutôt Le Gars çiolonneux, Les iras Filles^
Les Chandeulles de mainnait et autres nouvelles de ce fln
lettré qu'est M. Emile Brière. Il n'est déception et hypocondrie
qui puissent résister à ces hilarantes patoiseries. L'auteur, un
Âlençonnais de race, de goût, de traditions, vit près de la
mélancolique demeure où vint achever de mourir notre cher
Millet, porte à porte avec le conteur merveilleux de La Bête
du Géçaudan, un publiciste de marque, et plus encore un
artiste, un archéologue, M. Léon Boutr5% chroniqueur très
dédaigneux de tout ce qui n'est point inédit en antiquités
alençonnaises.
Et maintenant. Messieurs, il me semble avoir rempli aussi
consciencieusement que possible la tache un peu austère qui
m'était dévolue. Je n'oublie point pourtant l'utile avertisse-
ment donné par G. Le Vavasseur aux infortunés rapporteurs
de ma sorte : « Si les petites mentions n'engendrent point les
grandes reconnaissances, les moindres omissions font naître
les grandes rancunes. » M'est-il échappé quelque oubli
regrettable, croyez-le bien, c'est un effet des ans. Sous leurs
cheveux blancs, les vieillards ont la vue courte et la mémoire
confuse.
A ces pages qui voulaient être sincères, reprochera-t-on le
ridicule des admirations mutuelles? Peut-être. D'aucuns en
effet arrivent difficilement à se convaincre qu'il puisse exister
des hommes à la lois archéologues, poètes et amis.
— Peut-être aussi quelque nouvelliste de la Reçue Hebdoma-
daire ou autre, tentera-t-il encore d'animer mes pâles
esquisses du coloris chatoyant de l'ironie. Je ne m'en offusque-
rais pas outre mesure. On ne porte pas les toasts avec du
tilleul. Entre gens d'esprit, l'ironie amicale et discrète/
RAPPORT ANNUEL SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 171
qu'est-ce autre chose qu'aisance et abandon dans la cordialité.
Ceux qui ont mauvais caractère n'y sauraient prétendre, ils
ont le geste lourd, la plume atrabilaire.
En notre pays normand, même quand on se va visiter entre
amis, on ne s'appuie point pour cela sur une canne à sucre.
L'Abbé A. DESVAUX.
LA MORT DU CERF
Pour Edouard Lecocq.
Sous la lande où se fait V attaque matinale.
Lancé d'un grand dix cors. On sonne la Royale,
Bientôt, confusément y valets^ chiens, cavaliers
Se mêlent à traders la brande et les halliers
Se dispersent un peu, se rejoignent, se suii^ent.
L'animal est au fond d'un ravin. Tous arrivent
Sur son derrière, il fuit, s'en va ruser plus haut :
Et c'est là qu'il échappe à la meute en défaut.
Une chienne est collée à la voie encor chaude.
Mais tout le gros des chiens .s'éparpille et clabaude.
Au fumet d'une biche on les voit .s'entêter.
Ils se nuisent entre eux. Il faut les rameuter.
Là-bas^ le cerf qui souffle est remis dans la harde.
Au fourré ténébreux il écoute, il regarde ;
Il s'écarte et revient, le col haut, Vœil au guet.
Soudain, plantant sa corne au ventre d'un daguet,
H lejorce à courir devant lui : ruse étrange
Et sentiment nouveau. Les chiens prennent le change.
Le daguet , Jeune, frais , léger, file tout droit.
Nous le suivons, la trompe aux dents, jusqu'à l'endroit
Où le piqueur, des chiens découvrant la folie,
Le^ devance au galop, les rompt et les rallie.
Et l'animal de chasse est enfin relancé.
Il s'éloigne en bordure, il refuse un fossé.
Rentre à fond de forêts, puis, Jlairant quelque embûche,
Il prend un grand parti, se forlonge et débuche.
Nous le chassons à vue au milieu des vallons.
Les chiens à travers champs lui mordent les talons,
H reprend les devants, gagne le haut des routes
Et là, plein d'épouvante, il se met aux écoutes.
LA MORT DU CERF 175
Enfin, rentré sous bois, il fait tête un moment.
Tout à coup, l'hallali. C'est un long hurlement.
Galopant aux lueurs d'un rouge crépuscule.
Nous arrivons, L* étang est là. Le cerf recule.
Il entre dans la case. Un chien, qui l'a mordu,
Revient, s'acharne au col, y reste suspendu.
Le fauve fait un bond, sa langue pend, V écume
Argenté son poil noir qui se hérisse et fume.
Lâchant prise, le chien laisse une plaie au cou.
Il tombe alors au.v pieds du cerf qui le découd.
Dans la bourbe, à deux pas, la meute en cercle aboie.
Tout Vétang réfléchit tout le ciel qui flamboie
Et le frisson du soir agite les coteaux.
Les chasseurs descendus ont tiré leurs couteaux.
L'animal songe à fuir, mais, avant qu'il se sauve.
L'un de nous a planté sa lame au cœur du fauve.
Et bientôt, effrayant la terre de son bruit,
La fanfare de mort s'élève dans la nuit,
Paul HAREL
LE BUSTE
Pour M"'* E. DE GiBERT.
En des bras arrondis, affectueux et beaux.
Vers le socle de pierre où luisent des flambeaux.
Parmi le jeu des ors, des bronzes et des cuiçres.
Dans le hall neuf et blanc où dorment les vieux livres.
Le buste de V Aïeul fut porté doucement.
Voici qu'il apparaît, çénérable et charmant.
Sur la cravate énorme un petit nœud se joue^
Les pointes du haut col, effleurant chaque Joue,
Unissent à Vorgueil de leurs sommets roidis
Le menton volontaire et les cheveux hardis ;
En un retrait profond les deux lèvres s'éploient.
Le nez semble frémir, le front fuit, les yeux voient.
L'Aïeul découvre ici les témoins du passé :
L*abbé, sous la perruque, en un cadre effacé.
Montre d'un doigt menu sa plume de Tolède
A la dame au manchon, qui cache une main laide.
Fière de son bonnet, droite, les yeux ardents,
La gorge nue, avec du rire entre les dents.
Quelle est, songe l'Aïeul, cette folle cousine
Qui se fit peindre ainsi, debout dans la cuisine ?
Passons. Le fleuve est là. Des barques, des roseaux.
Une arche. La tenture isole des oiseaux
Qui y gobant le poisson nécessaire aux voyages.
Cherchent déjà le ciel à travers les feuillages.
Çà et là, des châteaux ; en arrière, des bois.
On imagine loin quelque cerj'aux abois.
On entend retentir quelque galop sonore
I^ BUSTE 175
Dans le buste on dirait que Vhomnie écoute encore
Et qu'il a, tout ému, retrouvé chez les siens
Un des fastes nouveaux l'âme des temps anciens.
Paul HAREL.
LE PREMIER PREFET DE L'ORNE
J. V. M. LAMA6DELAINE
(1800-1815)
L'un des plus notables préfets (1) de Bonaptirle rapporte»
non sans satisfaction, que, lorsque celui-ci les reçut pour la
première fois, il leur dit : « La France date son bonheur de
rétablissement des préfectures ». En tenant pareil langage,
il ne cherchait certes pas à être désagréable aux préfets.
Mais s'il les conviait à prendre un sentiment aussi haut de
leur mission, c'est qu'il l'estimait lui-même de première
importance dans son œuvre de réorganisation française.
Il pensait que, comme en devait rendre témoignage le chan-
celier Pasquier dans ses Mémoires (2), le pays apprécierait
singulièrement « le bonheur de voir disparaître une foule de
petits fonctionnaires sans mérite, sans cai)acité, auxquels
les administrations de département et d'arrondissement
étaient livrées depuis dix ans », et qui, « sortis presque tous
des derniers rangs de la société, n'en étaient que plus enclins
à faire sentir le poids de leur autorité ». Puis avec cet art
supérieur, que montre en lui M. Albert Vandal (3), « de dis-
cerner dans le passé ce qui peut revivre », ce qui doit être
repris, et de l'ajuster au présent, il se rendait compte qu'en
restaurant, sous une désignation nouvelle, les intendants de
jadis, il réparait et remettait en jeu l'une des maîtresses
pièces de l'administration nationale, de même qu'il mettait
triomphalement en valeur dans son armée les réserves de
vaillance joyeuse et d'endurance héroïque amassées par une
(1) Thibaudeau, Le Consulat et C Empire^ I, p. 136.
(2) Tome I, p. 14«.
(3i l'nvèneinent de Itonn parti', II, p. 4r>3.
LE PREMIER PRÉFET DE L ORNE 177
longue tradition d'honneur et d'esprit militaire. Rœderer (1)
qui prit une si large part à l'élaboration de toutes les grandes
mesures du Consulat, et spécialement de la loi du 28 pluviôse
an VIII, assure que c'est Lebrun qui trouva le terme de préfet,
désignation quelque peu romaine, qui ne doit pas surprendre
venant d'un parrain aussi versé dans les lettres latines et
portant lui-même le titre de consul. Quel qu'eut pu être le
nom, Bonaparte eut tenu à l'institution : il lui attribuait un
rôle capital. L'un des sujets d'études les plus intéressants
pour cette époque est donc l'administration des premiers
préfets, même lorsque ceux-ci n'ont laissé qu'une notoriété
modeste, comme celui qui gouverna le département de l'Orne,
aussi longtemps que Napoléon gouverna la France, et dont
bien peu d'Alençonnais se doutent qu'ils jn'ononcent encore
quelquefois et qu'ils estropient un peu le nom, lorsqu'ils
parlent de la place de la Madeleine.
I
C'est avec un large éclectisme, qui était une nouveauté
significative, que le premier Consul arrêta la liste des quatre-
vingt-dix-sept titulaires de préfectures qui figurent dans
l'arrêté du 11 ventôse an VIII (2 mars 1800). On y trouve
d'anciens collaborateurs d'intendants (2), mais surtout des
représentants de toutes les nuances du personnel parlemen-
taire et administratif de la Révolution. Bonaparte n'éprouvait
aucune répugnance à employer d'anciens Jacobins, pourvu
qu'ils fussent de ceux qu'il appelait des Jacobins salés (3), les
Jacobins sucrés lui paraissant indécrottables dans leur
phraséologie pompeuse, collante et bête. Mais il se fit une
règle d'envoyer dans chaque département un homme du
(1) Œuvres, t. HI, p. 313.
(2) Ainsi Colchen, ancien délégué général du dernier intendant d'Aucli
et de Pau, Boucheporn, fut nommé préfet de la Moselle. — Rouillé d*Or-
feuil fils et ancien adjoint de Tintendant de Champagne fut sous-préfet,
puis préfet de l'Empire. — Et Talleyrand recommandait en l'an Vlli pour
une place de préfet {Archives Nationales, A F«v 33) le comte d'Agaj', fils et
ancien adjoint de l'intendant d'Amiens.
(3) H. Welschinger, Journal des Débats, 7 juillet 19()7.
178 LE PREMIER PRÉFET DE l/ORXE
dehors, non compromis dans les luttes, les violences et les
rancunes locales. C'est ainsi que tandis que la Sarthe donnait
un préfet à Toulouse, l'ancien Conventionnel Richard, que
rOrne, allait en 1802, tournir celui de Laon, l'ancien Consti-
tuant Belzais de Courménil, c'est du Midi que vint celui
d'Alençon (1). 11 était d'ailleurs d'une classe de fonctionnaires
dont sept (2) obtinrent, et dont presque tous ambitionnaient
assez naturellement, le titre de préfets, parce qu'ils en avaient
ébauché les fonctions, je veux parler des commissaires du
Directoire près les administrations départementales.
Celui qui occupait ce poste à Toulouse, Joseph-Victor-
Alexandre Lamagdelaine (3) était né le 9 décembre 1764 dans
une localité voisine, faisant actuellement partie du Tarn-et-
Garonne, Verdun-sur-Garonne. A\ocat et procureur du Roi,
avec dispense d'âge, près le baillage de Rivière- Verdun, puis
maire de sa ville natale, il était entré, dès 1790, dans l'admi-
nistration départementale de la Haute-Garonne, avait été
membre de son directoire et même, par intérim, procureur
général syndic. Il avait ensuite rempli les fonctions de prési-
dent du district de Grenade (près Toulouse) et de juge de
paix avant d'être, en l'an IV, élu par la Haute-Garonne juge
au tribunal de cassation. Alors il passa près de quatre années
a Paris, et ne revint dans la Haute-Garonne qu'en 1799 avec
le titre de commissaire du pouvoir exécutif près l'administra-
tion centrale du département. Il prêta le plus actif concours
qu'il put à la répression de soulèvements contre-révolution-
naires. « Vous êtes surveillant institué pour l'exécution des
lois », lui écrivait alors, comme à un vrai préfet, le ministre
de la guerre qui, dans ce temps-là, maudissait les rois et
(1) On voit {Archives Mationalea, A F^ 33) qu'au tableau préparatoire
il était porté au départemnit de l*Aisne tandis qu'au département de
rOrne figurait Thomas, autie commissaire central, du Midi aussi, de la
Gironde. Dans des notes non signées que M. E Dejean {Un pré/et da
Consulat, J.-C. Beufçnot igoy) attribue à la secrétairerie d'Etat, on avait
écrit de Lamagdelaine : « 11 serait mieux placé dans le Midi dont il connaît
Tesprit et le langage. On propose de le placer dans le département du Lot
ou dans celui de la Haute-Garonne. »
(2) A. Vandal, loc. citât., p. 230.
(3) Voir son dossier aux -4rc/iiVe« Xationalest F«"» I667. — Voir aussi
Dictionnaire de la liéçolulion, du D' Hobinet. et surtout Louis Duval,
Le département de l'Orne en lyi/g-iSoo, Ephémérides de Van VIII
(Alençon, 1901).
LE PREMIER PRÉFET DE l'ORNE 179
qui, plus tard, devait prendre rang parmi eux, le général
Bernadotle (1).
Est-ce à raison de cette expérience de la guerre civile que-
le commissaire de la Haute-Garonne fut envoyé dans un
département où Louis de Frotté avait prolongé une résistance
obstinée et où Ton ne s'était saisi de lui à Alençon, malgré
son sauf-conduit, que le 27 pluviôse an VIII (16 février 1800)
pour le fusiller le surlendemain à Verneuil? Les documents^
qui nous restent ne contiennent rien qui appuie cette
conjecture. Ils nous apprennent même que Lamagdelaine tut
d'abord désigné pour le département de TAisne. Le consul
Cambacérès qui, jurisconsulte et méridional, pourrait bien
avoir été son patron, le recommandait en ces termes : « De
rintelligence. Il s'est livré au parti de Texagération sans ei\
professer les dogmes. Il faudrait l'employer dans un départe-
ment moins éloigné de ses habitudes ». On ne le rapprocha
guère du Midi, puisque c'est comme titulaire de la préfecture
de l'Orne qu'il figure dans les nominations du 11 ventôse
(2 mars). Son acceptation donnée, il reçut sa commission
datée du 23 ventôse (li mars). Retenu par une indisposition,
il ne put quitter Toulouse que le 16 germinal (6 avril). Il passa
par Paris, et c'est seulement le 19 floréal (9 mai) que les
Alençonnais, vers la fin du jour, le virent arriver, que
l'administration centrale s'assembla pour le recevoir et qu'il
fut installé à la préfecture.
Il n'y avait pas tout à fait dix années que le dernier inten-
dant avait dit adieu (2) à ce grand logis Louis XIII, qui
n'avait eu depuis lors que des hôtes de passage, — directoire
du département — conseil générai — administration centrale
— représentants en mission, sortes de commissaires départis
intermittents. Maintenant seulement Jullien allait avoir un
vrai successeur. Il restait sur les lieux un certain nombre de
(1) Voir Proclamation 3 fructidor an VII (25 août 1799). Bib. Nat. Lb 2
2472. — Voir aussi une Proclamation de Lamagdelaine 15 pluviôse an VIII
(4 février 1800). Bib. Nat. L» a 473. Dans Les origines de la France
contemporaine, Régime moderne, I, 133, Taine cite des lettres de Lamag-
delaine de thermidor et fructidor an VII (août 1799).
(2) En juillet 1790. — De Jullien, le dernier intendant de la généralité
d* Alençon, j'ai déjà esquissé l'étude {Bulletin de la Société Historique de-
VOrne, 1893), et je la développerai daus un volume en préparation.
180 LE PREMIER PRÉFET DE l'oRNE
ses anciens collaborateurs (1) el plusieurs allaient être appelés
à reprendre leur tâche. Mais bien des changements s'étaient
opérés. Beaucoup des obstacles, plus nombreux que Ton ne
croit d'ordinaire, auxquels se heurtait l'administration royale,
avaient disparu emportés par les progrès de la centralisation
et de l'unification françaises. Néanmoins les préfets n'étaient
plus d'aussi grands personnages que les intendants. Ils
avaient moins d'initiative et d'autorité. Ils n'avaient point,
par exemple, la nomination de leurs sous-prélets, tandis que
les intendants choisissaient eux-mêmes leurs subdélégués.
Surtout ils étaient plus nombreux — trois fois plus nombreux
— et ils gouvernaient des circonscriptions moins vastes.
D'Alençon par exemple avaient cessé de dépendre Falaise,
Lisieux, Couches, Bernay, V^erneuil, Nogent-le-Rotrou. Ce qui
n'empêche pas que le premier préfet n'ait dû être accueilli par
beaucoup de ses administrés avec une déférence presque
religieuse, comme une sorte de Providence, « représentant
du pouvoir, avec tout ce que ce dernier mot contient pour la
province de prestige in(|uiétant, de puissance anonyme et
aveugle, d'alternative de manne bienfaisante ou d'inéluctable
malheur (2) ».
Le ministre de l'Intérieur Lucien Bonaparte avait tracé aux
prélets leur ligne de conduite dans la circulaire du 21 ventôse
(12 mars), dont un journal du temps (3) vante « l'éloquence
vraiment sentimentale » et dans laquelle nous admirons le
langage d'un gouvernement vraiment national ; puis par sa
circulaire du 6 floréal (26 avril) il leur avait recommandé de
ne pas abuser des proclamations et des placards (c reste
(1) Poimbœuf, l'ancien secrétaire de l'intendance, n'a guère cessé durant
toute la période intermédiaire, de remplir quelque fonction : il est payeur
•du département en l'an VIII et sera l'un des premiers administrateurs du
dépôt de mendicité reconstitué. Des contrôleurs des Contributions directes
nommés en l'an Vlll plus d'un avait été jadis employé aux vingtièmes.
Le vieil ingénieur Bœsnier dirige toujours le service des Ponts et Chaussées :
il se décide en l'an IX à demander non sa retraite, mais un coadjuteur, et
il meurt l'année suivante, dans son hôtel de la rue des Petites-Poteries,
âgé de quatre-vingt-deux ans {Bulletin de la Société Historique de VOrne^
1897). L'hôtel où réside le préfet, après l'intendant, garde le même archi-
tecte, Delarue.
(2) L. BatifTol [Re^ue Hebdomadaire, 31 août 1907) à propos du livre de
M. E. Dejean sur : Un préfet du Consulat.
(3j Le Citoyen Français, 23 ventôse an VIII.
LE PREMIER PRÉFET DE l'ORNE 181
d'égarement révolutionnaire ». Le préfet de l'Orne ne crut
pourtant pas qu'il lui lût interdit de s'annoncer par une petite
proclamation (1). Ellle porte la date du jour même de son
arrivée (19 floréal-9 mai). Il l'avait rédigée d'avance, et il n'y
dit rien « d'un événement très fâcheux » dont il avait,
raconte-t-il à son Ministre (2), failli être témoin le 18 floréal,
entre Saint-Maurice et Mortagne, l'attaque par cinq hommes
armés, emhusqués dans un bois, d'une diligence à laquelle
ils avaient volé environ 1200 irancs. « Puissé-je... lit-on dans
son adresse, ramener et maintenir dans ce département la
paix et la tranquillité ! Que toutes les erreurs soient oubliées,
tous les ressentimens éteints ; que ces iunestes dénominations
de partis, qui produisirent tant de malheurs ne soient plus
rappelées... Jt» protégerai spécialement les amis du Gouverne-
ment ; justice aussi prompte qu'impartiale sera constamment
rendue à tous mes administrés... Bons habitans des cam-
pagnes, agriculteurs utiles, et vous, non moins intéressans
pour la prospérité publique, manufacturiers, négocians,
reprenez, continuez avec zèle vos précieux travaux ; la puis-
sante protection du Gouvernement vous est assurée ».
Les habitants de l'Orne ne durent pas être très renseignés
par cette prose onctueuse sur le caractère de leur préfet. Nous
le sommes davantage aujourd'hui. Sans parler du témoignage
honorable (3) que lui rendit, dès l'an IX, le Conseiller d'Etat
Fourcroy, lors de son passage à Caen, nous pouvons, en
quelque sorte, écouter causer sur lui un homme de beaucoup
d'esprit et très fin observateur, Rœderer, le titulaire de la
sénatorerie (4) de Caen, auquel on avait donné une maison
à Alençon. Il connaît bien Lamagdelaine et n'est nullement
(1 et 2) Arch. Nat. F>"' 166i. J'ai donné le récit de cette attaque de
diligence dans un Rapport sur les travaux de la Société historique de
VOrne {Bulletin, 1900, p. 407).
(3) « Le préfet de l'Orne est un liomme doux, qui a des formes agréables
et dont l'administration plaît, en général aux liabitans de son département,
il a la fermeté convenable pour résister aux entreprises et aux menées des
prêtres fanatiques qui menacent souvent la tranquillité de ses administrés.
11 parait avoir une connaissance exacte de tous les objets de son adminis-
tration ». Arch. yai. A Fiv 1018.
(4) J'ai donné au Correspondant du 25 octobre 1907 une étude sur
Les sénatoreries et dans le Bulletin de C Union Bas-Normande et Perche-
ronne de Novembre- Décembre 1907 quelques détails de plus sur la séna-
torerie de Caen,
182 LE PREMIER PRÉFET DE L'ORNE
malveillant à son égard. Sans doute, d'après une tradition que
l'on peut bien se permettre de rapporter, puisqu'elle a été
recueillie par M. de la Sicotière (1), un jour où il se trouvait
que le préfet était trop mauvaise maîtresse de maison et
laissait trop voir qu'il manquait de femme légitime, il lui
arriva de crayonner du bout du doigt, sur une de ses glaces
sale de poussière, les lettres suivantes : c. o.. c h... Mais il
en parle plus longuement et autrement dans ses rapports (2)
sur la sénatorerie. En 1803, il le déclare « homme de cabinet,
administrant avec fermeté, ayant le goût et l'habitude des
affaires ». En 1805, il le montre « glorieux de penser que le
département qui a été le plus troublé par la guerre civile et le
brigandage est aujourd'hui le plus tranquille (3) ». En 1811,
à la préfecture d'Alençon, il répond à l'Empereur qui lui
demande si on est content du préfet : « Pour les affaires c'est
un homme très sûr. Intégrité, probité, justice, il n'y a que du
bien à en dire. Pour le personnel, il est un peu sauvage.
Il entend mieux les affaires que le monde et la société. Dans
un pays voisin de la Vendée, c'est un homme utile »-.
On aperçoit quel genre d'homme dut être le premier préfet de
l'Orne, qui signa d'abord le Citoyen, puis en 1809 le Chevalier,,
et enfin, en 1810, le Baron Lamagdelaine.
II
Un admirateur passionné — je devrais du*e un adorateur
— de l'œuvre napoléonienne, — M. Frédéric Masson, exaltant
(1) VOrne historique et archéologique^ p. 165.
(2) On trouve au tome III des Œnvres du Comte Rœderer ces deux
rapports et les notes sur le passage de Napoléon à Alençon en 1811.
(3) Il est absolument dévoué à l'Empereur; son collègue de la Manche,
M. Costaz ne Test pas moins. <k M. Costaz, poursuit Hœderer, a quelques
restes d'opinions républicaines, mais dés qu'il s'aperçoit qu'elles pourraient
ne pas s'accorder avec les vues ou les intérêts de l'Empereur, il les secoue.
M. Lamagdelaine, élevé dans la révolution et la république, mais moins
raisonneur que M. Costaz, n'a pas même besoin de s'arraisonner. Dans les
cas où les intentions de l'Empereur sont douteuses chacun se décide par
l'opinion qu'il s'en forme. Ainsi ni l'un ni l'autre n'estime les prêtres ;
mais M. Costaz croit que l'Empereur souhaite qu'ils soient honorés et
M. Costaz les accompagne à la procession de la Fête-Dieu. M. Lamagde-
laine croit que l'Empereur veut qu'ils soient contenus et surveillés... il n'a
point été à la procession de la Fête-Dieu ».
LE PREMIER PRÉFET DE l'ORNE 183
réceiTimenl le préfet (1), disait de lui : « Enumérer ses attri-
butions, ce serait résumer la vie nationale, dont il est l'agent
essentiel ». On ne tentera pas ici ce résumé à propos de
Lamagdelaine. Ce qu'il y a de plus important et de caractéris-
tique en ces multiples fonctions semble pouvoir se ramener
à deux grands chefs principaux. D'une part le préfet, cet
empereur au petit pied, selon l'expression de Napoléon lui-
même (2), a, dans sa circonscription, la haute inspection de
tous les services de l'Etat, veillant à leur fonctionnement
régulier et à leur coordination, au maintien de l'ordre, à la
sécurité nationale ; de là le droit de prendre des arrêtés de
police, de requérir la force armée, de là aussi le devoir de
renseigner et d'éclairer le pouvoir central. D'autre part il a
charge de gérer plus spécialement les intérêts de la région qui
lui est confiée, ou d'exercer une tutelle impartiale sur leurs
gérants. Quelques exemples suffiront pour donner une idée
de la manière dont le préfet de l'Orne s'acquittait de cette
double tâche, particulièrement difficile à remplir à l'issue de
dix années de désordre révolutionnaire (3).
Faire la police n'était pas une sinécure. Les documents de
l'époque sont remplisd'histoires de brigands. Lamagdelaine, la
veille même de son arrivée à son poste, avait failli être témoin
d'une attaque de diligence. Des incidents du même genre sont
relatés nombreux dans les curieuses Ephcmérides de Van VIII
que nous devons à M. Louis Duval. On pourrait montrer (4),
avec une abondance fastidieuse de pièces à l'appui, qu'ils ne
cessent pas d'être fréquents les années suivantes. Les remous
tumultueux ne tombent pas de suite après les grandes
tempêtes. Le préfet sans doute n'avait point à faire propre-
ment métier de gendarme, ni déjuge criminel. Mais il devait
avoir le souci que les forces de résistance fussent suffisantes,
et il ne se désintéressait pas des recherches. C'est ainsi que le
17 messidor an VIII (6 juillet 1800) il met à la disposition du
(Il Le Gaulois, 11 juillet 1907.
(2) Las Cases, Mémoires de Sainte-Hélène, II, p. 400.
(3) Voir mon étude L'an VI H dans VOrne au Bulletin de la Société
historique de VOrne, 1899.
(4) Voir notamment Extraits des rapports de police générale du
i6 pluviôse an VIII (5 février 1800) an sy nivôse an IX (19 janvier 1801).
{Bib. ^Vl^ Ms. fr. 11361).
15
184 LE PREMIER PRÉFET DE l'oRNE
sous-préfet de Mortagne un peu des fonds modiques dont il
dispose pour l'espionnage : il lui recommande de ne payer
qu*après service rendu, de ne pas dépasser 80 fr., de n'ajouter,
si Ton réclame pour menues dépenses au cabaret, que six ou
sept francs (1). Puis il pouvait indiquer au gouvernement
et appliquer lui-même, le meilleur moyen de mettre fin à ces
troubles, de dissocier les éléments disparates qui s y mêlaient,
bandits plus ou moins déguisés en militants politiques, ou
honnêtes gens révoltés ne demandant qu'à travailler en paix :
ce moyen c'était de donner au pays lassé un peu d'ordre et de
justice.
La police la plus ennuyeuse à faire, pensait vraisemblable-
ment Lamagdelaine, est celle des cultes et du clergé. Vous me
direz que ces ditficultés seraient bien simplifiées, si l'Etat
considérait moins la religion comme une afi'aire de sa
compétence, comme un service public à régir, ou une calamité
publique à combattre. Mais cette manière de voir, que je
crois juste, n'était guère répandue alors dans le monde
gouvernemental. En tous cas, elle n'était nullement en faveur
parmi les membres de l'Eglise constitutionnelle, qui essayait
de se reconstituer et de redevenir Eglise officielle. Le préfet
de l'Orne trouva ceux-ci assez actifs dans son département, et
dut être influence par eux. Il admit vite dans son intimité
Lelièvre, futur président du Conseil général et ancien vicaire
épiscopal de Lefessier, qui était devenu maire de Séez. Lorsque
l'évêque concordataire Mgr de Boischollet solennellement
installé le dimanche 25 juillet 1802 (6 thermidor an X) vient,
le mois suivant, pour la fête du 15 août, passer trois jours à
Alençon, il est logé et nourri à la préfecture. Mais Lelièvre
écrit triomphalement à Le Fessier : « Personne ne l'a fêté...
Je ne lui ai pas seulement dit bon jour, quoique j'aie passé le
dimanche trois quarts d'heure dans le même appartement que
lui et que j'aie ensuite dîné avec lui chez le préfet (2) ».
Contre les prêtres qui avaient refusé tout serment ou n'avaient
prêté que la promesse de fidélité à la constitution, les récla-
mations et les dénonciations des jureurs étaient incessantes.
Ces dissensions prenaient parfois un caractère macabre,
(1) L. Duval, Inr. citai, p. 220.
(2) Arch. IVnt. Vi 7429.
LE PREMIER PRÉFET DE l'oRNE 185
comme il arriva au printemps 1802, à Carrouges (1), où deux
fosses se trouvèrent creusées pour un seul cadavre. Sonneries
de cloches, églises, presbytères, donnaient de continuels
tracas au malheureux préfet. On devine de combien de solli-
citations et de délations il fut assailli lorsque le gouvernement
exigea que lui fussent soumises les premières nominations,
non seulement aux cures, mais à toutes les succursales. C'est
avec conviction que, le 25 novembre 1802, il écrit au citoyen
Poriquet, juge au tribunal de Cassation, combien il souhaite
d'être enfin débarrassé de « cette désagréable afîaire » (2).
Est-ce pour veiller à la police de son département que le
prétet se fit initier à la loge maçonnique d' Alençon la Fidélité,
dont son secrétaire Louis Du Bois était un des frères les plus
fervents, de même que le sous-préfet Barbotte fit partie, en
1803, d'une loge qui eut la vie courte, comme le pendu de
Domfront (3)? Je n'oserais dire ni oui ni non.
Comme gérant ou tuteur des intérêts départementaux,
Lamagdelaine fit d'utile besogne, dont le détail pourrait inté-
resser ceux qui en ont charge aujourd'hui. Il désigna au
choix du gouvernement les vingt-quatre membres du Conseil
général, qui au terme de leur première session (14 thermidor
an VIII — 2 août 1800) présidés par le général Le Veneur,
donnèrent des louanges sans réserves audit gouvernement et
à l'administrateur qu'il leur avait envoyé (4). Combien lui
fallut-il de patients efTorts pour remettre en ordre et pour
développer un peu les grandes routes et les chemins I Leur
état de délabrement était l'image apparente et fidèle de beau-
coup d'autres ruines. La plupart des établissements hospitaliers
offraient un spectacle dont « la sensibilité est douloureuse-
ment affectée », comme dit un conseiller général du temps, à
propos de l'hospice de Domfront, où sur vingt-quatre enfants
reçus il en était mort vingt-deux (5). Si peu dévot que fût
(1) Arch. Nat. F' 9 45».
(2) Curieuse lettre, dont l'original se trouve entre les mains de
M. H. Tournoûer et qu'il m'a gracieusement communiquée.
(3) Voir de Loucelles, Histoire générale de la franc-maçonnerie en Nor^
mandiPf 1875.
(4) Dés la session de l'an IX on sollicite pour lui une augmentation de
son traitement qui est de 8.000 fr.
(5) L. Duval, loc, citât, p. 280.
186 LE PREMIER PRÉFET DE l'ORNE
Lamagdelainc il était heureux de voir dans ces maisons
rentrer les religieuses, qu'il désignait sous cet euphémisme
dames respectables ; il rendait hommage à leur économie,
leur intelligence, leur dévouement. II admire en Tan XIII
(13 Vendémiaire, 6 octobre 1803), les progrès merveilleux
qu'elles ont su réaliser. « Que serait-ce, écrit-il (1) si le gou-
vernement s'empressait de rendre aux hospices les biens dont
ils ont été dépouillés avec autant d'ineptie que d'inhumanité I »
Il faut signaler enfin la reconstitution, en 1809, d'un dépôt de
mendicité, dont l'établissement avait tant occcupé, une quaran-
taine d'années plus tôt, l'intendant Jullien.
L'une des œuvres les plus laborieuses du premier préfet fut
l'organisation des communes. On les maintint beaucoup plus
nombreuses qu'il n'eût souhaité. Dans une lettre à son ami
Poriquet (2), il semble n'en proposer que 300 seulement.
Sa besogne eut été ainsi un peu simplifiée pour le choix des
maires, qui n'étaient pas faciles à trouver au début. C'était à
qui éviterait ces fonctions, qui ne sont un peu convoitées et
demandées que plus tard.
Lamagdelaine ne faisait pas tout son travail à la préfecture :
chaque année il parcourait son département. Dans sa tournée
de juillet 18l)3 (thermidor an XI), il passe à Juvigni, Dom-
front, Sées, Mortrée, Argentan, Briouze, Exmes, Laigle,
Tourouvre, Longny, Rémalard, Belesme, Le Mesle-sur-Sarthe.
Il préside des conseils de recrutement et des séances de vacci-
nation. Il voit et fait causer individuellement les juges
de paix. Il s'intéresse aux établissements nouveaux qui
peuvent développer la richesse du pays, ceux de Redern
« un riche comte Prussien », dit-il (3), qui possède de
grosses forges dans les arrondissements de Domfront et
d'Alençon, qui s'occupe de procurer à ses ouvriers des habi-
(1) Voir aux Archives Nationales (F « c m Orne 8 et 9) un certain
nombre de ses comptes-renius trimestriels et de ses comptes de tournée.
M. Léon Lallemand (La Révolution et les Pauvres, 1898, p. 144 et 150) cite
une lettre de Lamagdelaine (Arch, Nat, F<5 387) datée du 16 Messidor an IX
(5 Juillet 1801) se félicitant du retour des sœurs dans les hospices et décla-
rant que leur renvoi avait été une calamité.
(2) 17 floréal an X (7 mai 1802). (Lettre communiquée par M. H. Tour-
noûer). — De même il avait rêvé, et il tenta sans aucun succès, d'organiser
les bureaux de bienfaisance par canton.
(3) Dans son compte de tournée du 16 octobre 1810.
LE PREMIER PRÉFET DE l'ORNE 187
talions salubres et propres, qui défriclie et plante, ceux de
Richard Lenoir, ce hardi capitaine d'industrie dont les
filatures occupent tant de bras à Alençon et à Séez, et dont la
dernière usine en activité sera celle de Laigle, brûlée en 1814.
Il convient enfin de ne pas oublier tout à fait ceux qui
furent alors les collaborateurs de Tadministration préfecto-
rale : — les membres du Conseil de préfecture institué par la
loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), Vaugeon et Levé,
anciens membres de l'administration centrale du département,
Frainais-Dupré, ancien commissaire du Directoire exécutif,
Chartier, ancien membre du Direccoîre du département, et
Vieilh, ancien maire d'Alençon en 1793 (1) ; — les sous-
préfets (2), que Ton choisissait alors volontiers daiis le pays
même, parmi les notables, comme Delestang à Mortagne,
Barbotte ancien membre de la Législative à Domf ront, Boufi'ey
futur député (1808) puis Roulleaux-Dugage à Argentan,
M. de Chambray à Alençon quand le décret du 26 décembre
1809 eut doté de sous-préfets les chefs-lieux de département ;
— Renault, un secrétaire général qui était très antipathique
à son préfet, et qui resta pourtant en fonctions juxqu'aux
Cent jours ; — Louis Du Bois, son secrétaire particulier,
ancien biblothécaire de l'Ecole Centrale, actif lettré, écrivant
beaucoup et dont les Mémoires (3) seraient curieux à consulter
pour connaître, sinon l'histoire, du moins les histoires de
l'époque.
III
Sur le fond un peu monotone de vie régulièrement labo-
rieuse qui fut celle de Lamagdeiaine dans l'Orne se détachent
quelques journées marquantes : — installation solennelle de
Tévêque à Séez le 25 juillet 1802 ; — réceptions à la sénatore-
rie (4) ; — fêtes qui font sonner des noms de victoires ou
solennisent de grandes dates napoléoniennes, depuis Marengo
(1) Sur tous ces personnages, comme sur Louis Du Bois, consulter Louis
Duval, loc. citât.
(2) Voir mon étude Uan VUl dans VOrne.
(3) Ces Mémoires inédits sont conservés par M. Emile Travers.
(4) Ancien couvent de la Visitation, aujourd'hui caserne Ernouf.
188 LE PREMIER PRÉFET DE LORNE
en juin 1800 jusqu'à la naissance du roi de Rome (20 mars
1811). — C'est deux mois plus tard, le vendredi 31 mai,
avant-veille de la Pentecôte, à sept heures un quart du soir,
que Napoléon et Marie-Louise, revenant de Cherbourg et
partis le matin de Saint-Lô, arrivaient à la préfecture d'Alen-
çon. Ils partirent le dimanche matin pour aller coucher
à Chartres. Ce n'est pas ici le lieu de décrire les réjouissances
et les réceptions, dont ce séjour impérial fut l'occasion, la
brutalité avec laquelle l'Empereur traita Mgr de Boischollet
et lui arracha sa démission, l'arrestation de son grand-vicaire
Legallois : journées connues d'ailleurs, et durant lesquelles
e personnage le plus en vue dans la ville ne fut pas le
préfet (1).
C'est vers lui au contraire que se portèrent beaucoup de
regards, lorsqu'au commencement d'avril 1814 les Âlençonnais
apprirent la chute de l'Empire. Qu'allait faire le haut fonc-
tionnaire qui, en ces dernières années, surtout s'était proclamé
le séide de Napoléon ? D'abord il ne fit rien, se tenant soigneu-
sement coi et invisible. Puis, le 13, il partit brusquement pour
Caen, afin de présenter ses hommages à Monseigneur le duc
de Berry. Le 20, il fit imprimer pour les habitants du départe-
ment une proclamation qui se terminait par un chaleureux :
Vwe le Roi ! et dans laquelle il disait : « Jetons un voile
prudent et religieux sur le passé : fixons uniquement nos
regards sur la riante perspective d'un avenir réparateur » (2).
Manifestation inutile. Le 27 avril, le Comte Beugnot, jadis
son collègue comme préfet de Normandie, maintenant
commissaire provisoire au département de l'Intérieur, lui
écrit que « pour des raisons qui tiennent à l'état actuel des
choses, et qui sont étrangères à toute personnalité, » on lui
nomme un successeur. Le Vicomte de Riccé arrive le 3 mai,
et très correctement le Baron Lamagdelaine lui fait, le 4, la
remise du service. Onze mois plus tard, en avril 1815, les
rôles sont renversés. A la préfecture dont s'est éloigné Riccé
(1) EUes lui valurent pourtans la croix d'officier de la Légion d'honneur
(Journal du département de VOme, 7 Juillet 1811). 11 était cheyalier depuis
l'an XII.
(2) Arch, Nat. F 1 b I I667.
LE FKHMIER PRÉFET DE l'ORNE 189
et oii il va bientôt reparaître, rentre Lamagdelaine venant
comme l'Empereur, faire ses cent jours (1).
Dans une lettre à Beugnot, qu'il écrivait le 1"* mai 1814,
et qui est bien son testament de préfet, on lit : « Pendant
les quatorze années que j'ai administré le département de
l'Orne, je n'ai pas reçu un seul reproche ni de vos prédéces-
seurs, ni des autres ministres, sur le fond d'aucune affaire et
ma conduite administrative... J'ai exécuté les ordres de
l'ancien gouvernement... Fonctionnaire depuis l'âge de vingt
ans (ayant exercé avant la révolution au moyen des dispenses
d'âge que j'avais obtenues) je rentre dans la vie privée... »
avec le désir, aurait-il pu ajouter, de n'y être pas laissé trop
longtemps par le gouvernement du roi. Il eût volontiers
continué, comme nombre de ses collègues qui restèrent en
place, ou changèrent seulement de préfecture, à servir... la
France, n'est-ce pas? Le préfet de la Marne, le Baron de
Jessaint ne demeura-t-il pas fixe à Châlons^ de 1800 à 1838 ?
Longévité administrative comparable à celle de l'intendant
d'Alençon Lallemant de Levignen, qui avait occupé la vieille
maison de Madame de Guise de 1726 à 1766.
Le souvenir et la trace du premier préfet de l'Orne se per-
dirent vite, bien avant sans doute qu'il mourût obscurément
à Paris le 5 novembre 1839 (2). Pourtant il n'avait pas fait
(1) Il y a deux décrets de nomination de Lamagdelaine dans TOrne
{Arch. Nat. F> - > 166 7) l'un du 22 mars, l'autre du 6 avril 1815. On avait
hésité à l'envoyer dans ce département où l'Empereur songea à maintenir
le préfet qui était en fonction — Lamagdelaine retrouva à Alençon comme
sons-préfet, que « dans le courant de mai on en était encore a révoquer,
M. de Chambray ancien officier amputé, qui avait déclaré que du seul bras
qui lui restait il tuerait l'empereur », rapporte M. Jacques Régnier dans
son intéressant ouvrage Les Préfets da Consulat et de VEmpire (1907).
— Le 31 mai, le préfet écrit au ministre de l'Intérieur qu'il provoque des
fédérations de bons citoyens ; il s'en est déjà formé à Argentan, Alençon,
Domfront ; il s'en prépare à Mortagne. « Un des principaux avantages de
cette fédération, continue-t-il, sera, je n'en doute pas, de ranimer l'esprit
public, qui en a le plus grand besoin... Il y a encore beaucoup à faire, les
fédérés se trouvant dans un nombre infiniment disproportionné avec la
masse des habitans ». {^Arch, Nat. F« c m Orne 14).
(2) Son acte de décès lui donne les titres de baron et d'ancien préfet,
céiibataire, domicilié rue Colbert n» 2, âgé de soixante-quinze ans environ.
Aucun des déclarants n'est son parent. 11 avait eu deux sœurs dont l'une
avait épousé un M. de Binieix, cousin de l'amiral mort glorieusement
au combat d'Aboulcir (1798). C'est seulement en 1819 qu'il avait transféré
son domicile politique d'Alençon à Paris fArch, de VOrne série M, Etat-civil
des électeurs, lettre L), • •
190 LE PREMIER PRÉFET DE l'ORNE
besogne inutile. N'aurait-on pu dire de lui, comme on Ta
dit (1) de Beugnot, préfet de Rouen, qu'il s'était un peu
modelé « sur l'intendant de l'ancien régime, l'intendant à la
manière de Turgot », dont Alençon avait eu un excellent
exemplaire? Renouant la tradition de ces administrateurs, qui
n'avaient pu être supprimés que par un entraînement mani-
feste d'esprit anarchique, il avait contribué, pour sa part, à
restaurer une pièce essentielle de notre organisme gouverne-
mental. Et si elle n'avait pas rendu entre sef= mains tout ce
que l'on pouvait espérer, était-ce sa faute à lui seul ? Etait-ce
sa faute, si la France taisait des révolutions, et si, manquant de
racines traditionnelles assez fortes, le pouvoir qu'il servait
n'arrivait pas à maintenir plus constamment dans la pratique
le programme formulé le 11 ventôse an VIII (2 mars 1800)?
(( Vous n'avez point, disait-on aux préfets, à administrer au
gré des passions ou des caprices d'un gouvernement versatile,
incertain de son existence, inquiet sur sa durée... Le Gouver-
nement... ne connaît plus de parti, et ne voit en France... que
des Français... Accueillez tous les Français... Les méchants
et les ineptes sont seuls exclus de la confiance et de l'estime
du Gouvernement ; n'admettez pas d'autre titre d'exclusion à
la vôtre ». Belles instructions, trop rarement en honneur I
Il faut pourtant se persuader que les bonnes maisons font les
bons serviteurs, et que la bonne politique permet seule de
tirer pleinement prrti des bons préfets.
Baron J. A. des ROTOURS.
LISTE DES INTENDANTS D'ALENCON
Donnée, d'après Odolant-Desnos, dans VInçeniaire sommaire
des Archives départementales de VOrne, séries G et D (1877)»
1636-1644 Thiersault (Pierre), seigneur de Couches.
1644-1664 Fa V 1ER (Jacques), seigneur du Bouley.
1664-1672 MARLE(Bernard-Hector de), seigneur de Versigny.
1672-1676 Colbert (Michel).
(1) Et. Dejean^ loc% ciiat% p. 429.
LE PREMIER PRÉFET DE l'oRNE 19^
1676-1677 Méliand (Claude), seigneur de Bréviande.
1677-1684 Barillon (Antoine), seigneur de Morangis, etc.
1684-1689 Jlbert de Bouville (Michel-André), marquis
de Bizy.
1689-1700 Pomereu (Jean-Baptiste de), seigneur de la
Bretèche.
1700-1702 PiNON (Anne), seigneur de Quincj'.
1702-1705 BAUYN(Nicolas-Prosper),seigneurd*Angervilliers,
1705-1708 Guerchois (Pierre - Hector de), seigneur de
Sainte-Colombe, etc.
1708-1713 Jubert de Bouville (Louis-Guillaume), marquis
de Bi2j\
1713-1715 Feideau de Brou (Paul-Esprit), seigneur de
Villeneuve-aux-AuInes, etc.
1715 Foulé (Etienne-Hj'^acinthe), seigneur de Mar-
tangis,. etc.
1715-1720 Barberie (Jjjcques), marquis de Courteilles.
1720-1726 PoMMEREU (Micliel-Gervais-Robert de).
1726-1766 Lallemant (Louis-François) Comte de Lévignen»
1766-1790 JuLLiEN (Antoine-Jean-Baptiste-Alexandre) (1).
LISTE DES PRÉFETS DE L'ORNE
{Annuaire de l'Orne, 1907).
Le Baron Lamagdelaine, 23 ventôse an VIII (14 mars 1800).
Le Vicomte de Riccé, 25 avril 1814.
Le Baron Lamagdelaine, 22 mars 1815.
Le Vicomte de Riccé, 14 juillet 1815.
Le Marquis de la Morélie, 6 août 1817.
Le Marquis Séguier, 2 janvier 1823.
Le Comte de Kersaint, 2 avril 1830.
Clogenson (Jean), 5 août 18i^0.
Derville-Maléchard (Cl. J. F.), 14 juillet 1833.
Mancel (Eugène), 21 octobre 18^i6.
Le Comte Langlois d*Amillv, 25 mai 1837.
(1) V Inventaire sommaire omet son dernier prénom et donne à tort^
pour la fin de ses fonctions, Tannée 179U
192 LE PREMIER PRÉFET DE L'ORNE
ViDAiLLAN (de), 9 décembre 1848.
Le D*^ Berrier-Fontaine, com»"« du gouvernement, 1848,
Hérouard, commissaire-adjoint, 10 avril 1848.
Visinet (Auguste-Théodore), 6 juillet 1848.
Paulze d*Ivoy (R.), 20 novembre 1849.
Le Baron Clément (Ch.-J.-B.), 6 décembre 1851,
Le Baron Jeanin, 4 mars 1853.
Matharel (Victor de), 5 juillet 1859.
Magnitot (A. Le Rat de), 5 mars 1863.
Christophle (Albert), 6 septembre 1870.
DuBOST (Antonin), 3 janvier 1871.
Le Baron de Vaufreland, 23 mars 1871.
Larnac (Léon), 16 décembre 1874.
Lagrange de Langre (P.-S), 13 avril 1876.
Béchard (A.), 12 juin 1877.
Ferron (Henri de), 18 décembre 1877,
Reboul (J.-L.-E.), 12 janvier 1880.
Robert de Massy (Maurice), 28 lévrier 1882.
DouciN (Eugène), 29 novembre 1883.
Sée (Eugène), 12 février 1886.
Leroux (Gabriel), 16 août 1887.
Beverini-Vico, 25 mai 1889.
CouppEL DU LuDE (R.), 12 tévricr 1890.
Bret (Léonce), 26 mai 1896.
MoussARD (Emile), 9 septembre 1902.
Linière (Georges Fradin de), 5 septembre 1904.
LE BULLETIN
DE LA
Société Historique et APc()éologIqUe de fOppe
Hélas ! que f en ai çu tomber de ces Reçues
Ecloses au printemps et mortes aux frimas !
Estimables pourtant, légères de béçues.
Elles disparaissaient y un instant entreçueSy
De toutes les couleurs et de tous les formats.
Mais notre Bulletin, par son mérite insigne,
Quand des çoix présageaient un avenir brumeux,
De ses nobles parrains d^ abord se montra digne
Et sans peur affrontant la critique maligne.
Se fit place au soleil parmi les plus fameux,
La Sicotière aimait ce fils de sa pensée
A qui Le Vaçasseur chantait ses plus beaux çers ;
Contades, plume fine, açec goût nuancée.
Pour lui faisait reçiçre une époque éclipsée ;
Beaucoup le nourrissaient de parchemins diçers.
Pour Venleçer aux deux. Loriot dans V extase
Empennait une strophe au pindarique essor ;
Appert, peu curieux de clieçaucher Pégase,
De documents précis lestait sa docte phrase;
Bref tous s'évertuaient à lui faire un beau sort»
Le temps fuit, allongeant la douloureuse liste
Des premiers traçailleurs que nous avons perdus :
Vigneral, érudit dont la mort nous attriste,
Rombault au caste front, ce savant latiniste
Que Loriot parfois nommait Romboaldus ;
194 LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE L'ORNE
Le graine historien de V auteur d'IIélotse,
Beaudoin, qui fui pour nous secrétaire zélé ;
De Broise, dont la presse est d'illustre maîtrise
Et qui nous la prêta pour tenter V entreprise ;
Blanchetière pleurant son donjon écroulé ;
Lecointre, qui montra des vertus héroïques
Contre les Prussiens vainqueurs de la cité ;
Barret, que vous charmiez cartulaires antiques;
Tirard, le doux chercheur de menhirs authentiques.
Par qui notre Bocage est décrit et chanté.
Grâce à tous ces vaillants de V Archéologie,
Le Bulletin grandit, sûr de ne pas périr.
Il contenait de tout dans sa sphère élargie :
Histoire, linguistique, et généalogie,
Jusqu'à des vers ! Cela ne Va pas fait mourir.
Il poursuit son chemin depuis vingt-cinq années.
Protecteur du gf^and art légué par les aïeux,
S' indignant à V aspect d'églises profanées.
Défendant vieux châteaux el tours abandonnées.
Ruines qu'il dispute aux ans injurieux.
Vous, que nous avons fait notre grand dignitaire,
Tournoiier, par vos talents ce choix est mérit} ;
Estimant notre groupe un peu trop sédentaire.
Vous dîtes : Voyager sera plus salutaire :
Donc qui'm'aime me suive ite et docele.
A la voix de ce chef au savoir impeccable.
Tous les ans on répond : De ta suite, j'en suis !
L'itinéraire est prêt, d'un tracé remarquable.
Car notre Président, qu'aucun labeur n'accable.
Nous laisse le plaisir et garde les ennuis.
Le jour fixé. Von grimpe en de longues voitures
Qu'une jeunesse agile escalade d'un bond.
Des dames ont voulu leur part des aventures ;
Notre regard s'égaie à leurs claires parures :
Si V antique est divin, le moderne a du bon.
LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE L'ORNE 195.
Le même char-à-bancs côte à côte balance
Voisin, le magistrat au renom glorieux ;
Foulon qui sur nous tous étend sa vigilance.
L'éloquent Adigard, brillant de pétulance,
La Politique Vaime et lui fait les doux yeux.
Plus loin, c'est des Rotours, le si fin moraliste
Qui sur toutes les fleurs de V esprit {voltigea,
Dess>aux né très malin, Dus>al fameux chartiste,
U autres encore, par qui le Bulletin subsiste
Et qui V inventer aient, s'il n existait déjà.
O r Archéologie aimable et souriante
Dont les rapides chars s'éclairent de gaieté !
Ses grâces ont séduit la jeunesse bruyante :
Honneur à qui voulant la science attrayante
En dérida pour nous l'austère gravité !
Aux haltes du chemin notre troupe visite
Un manoir féodal que Vdge a dévasté.
Quelque clocher antique et que le temps effrite.
Ou bien un baptistère au très rare mérite.
Orné d'inscriptions et beau de vétusté.
Mais, longtemps oublié, l'estomac récrimine :
Vite au château voisin ! nous serons bien servis !
Toute face à ces mots, d'un espoir s'illumine :
(Test l'Archéologie avec sa bonne mine,
Varlets, poussez nous Vhuis! baissez le pont-levis !
On entre, chaud accueil, sourire de la dame.
Le mari fait : Sojyez les bienvenus ici !
Et plus tard, aux absents, le Bulletin proclame
Qu'exquis fut le repas, ravissant le programme
Et tout lecteur se sent archéologue aussi.
Donc qu'il vienne avec nous qui faisons œuvre utile,
Des menhirs inconnus sont encore à trouver
Et plus d'un monument ancien, qu'on mutile.
Va périr sous les coups d'une ignorance hostile ;
La tâche est glorieuse à qui les peut sauver.
196 LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE L'ORNE
Bulletin, qu'illustra le kodak et la plume y
Recueille encor le fruit de loisirs studieux.
La France d'autrefois mérite qu'on Vexhame,
Il est bon que Von puisse, en des Jours d'amertume,
Se réchauffer le cœur aux gloires des aïeux !
Mais si quelque censeur^ d'arrogance hautaine.
Jetait à nos labeurs un injuste mépris,
PoarsuiçonSy sans faiblir , notre route certaine.
Nous soutenant toujours du mot de Lafontaine :
a: Laissez dire les sots : le sapoir a son prix » .
WiLFRiD CHALLEMEL.
Un Gentilhomme Cultivateur
au XVIII» siècle
Saïqliel de FI{0??£ de la HIJVIBIilÈItE
Étude Biographique et Économique
Jean de Frotté, écuyer, fils d'un maître d'hôtel du connétable
de Bourbon, attaché à Marguerite d'Angoulême, duchesse
d'Alençon, en qualité de secrétaire et cité parmi les beaux
esprits qui faisaient l'ornement de sa cour, avait embrassé la
réforme qui compta de nombreux adhérents à Alençon au
xv!** siècle. Son mariage avec une riche héritière d'Alençon^
Jeanne Le Coustellier et l'acquisition de plusieurs fiefs
aux environs, l'avaient fixé dans ce pays, où ses descendants
se signalèrent, au temps de la Ligue, par leur zèle pour le
succès de la cause du représentant de la royauté française.
Henri IV, dit-on, leur en rendit lui-même un glorieux
témoignage (1).
Les conséquences de la révocation de l'Edit de Nantes
pesèrent d'une façon particulièrement dure sur cette famille
fortement attachée à la réforme. Deux de ses membres,
Charles de Frotté, sieur de Vieux-Pont et Jacques, sieur
de la Rimblière, sont cités parmi les réfugiés. Ils ne durent
cependant pas céder au premier mouvement de protestation
qui détermina un grand nombre de réformés à passer à
(1) « n y avait dans la famille des souvenirs historiques qu'on aimait
à réveiller et à citer aux enfants : a Si tu u'étois gentilhomme, gentil
homme Je te ferois ». L. de la Sicotiére, Louis de Frotté et les insurrec-
tions normandes, t. 1, p. 3.
198 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVUl* SIÈCLE
l'étranger bien avant 1683. Dix ans plus tard, on voit Jacques
et Samuel de Frotté, fils de Jean de Frotté, écuyer, sieur de
la Rimblière et de Marthe du Perche, verser, le 30 juin 1695,
une somme de 300 livres pour renregistrement des lettres de
réhabilitation dans les privilèges de noblesse, accordées, le
28 mai 1628, à Josias de Frotté, leur grand-père. Cependant
au mois d'août suivant Jacques de Frotté avait franchi la
frontière et avait mis son épée au service de Guillaume III,
roi d'Angleterre. A cette date il était incorporé dans le
régiment de Morton, campé près de Bruges sous le comman-
dement du duc de Wurtemberg, général de Tinfanterie, dans
l'armée rassemblée par Guillaume III pour Tinvestissement
de Namur. La ville et le château de Namur, conquis par
Louis XIV en personne, furent forcés h capituler le 4 août
et le l*^*" septembre. Au mois d'octobre Jacques de Frotté fut
renvoyé dans cette ville pour y tenir garnison (1).
Nous ignorons si Jacques de Frotté resta à l'armée jusqu'au
traité de la Haye qui mit fin à cette horrible guerre, tristement
marquée par le bombardement de Bruxelles, ville catholique,
remplie de commerçants français qui n'avaient rien fait pour
mériter de la part de leurs compatriotes un pareil traitement.
Sous le règne de la reine Anne, fille de Guillaume, il prit le
parti de se retirera Dublin, capitale de l'Irlande, résolution qui
à première vue peut paraître étrange, quand on remarque que
cette ville, comme toute l'île, était profondément catholique.
Mais il ne faut pas oublier qu'il s'y était produit alors un
mouvement en sens inverse de celui qui, en F'rance, avait
amené la révocation de l'Edit de Nantes, et où la politique eut
plus de part que le zèle pour la religion. Lorsque Guillaume
d'Orange, après sa descente en Angleterre, se fut déclaré le
protecteur des protestants, ceux-ci eurent soin de répandre le
bruit que les Irlandais papistes avaient projeté le massacre
général des protestants et préparé des chevalets, des scies, des
haches, des grils pour leur supplice. Le 23 décembre 1688, le
peuple de Londres saccaga et démolit les églises et les maisons
des papistes, y compris celle de l'ambassadeur d'Espagne.
(1) Documents communiqués par M. F. de Mallevoûe, que nous ne poU'
TOUS assez remercier de son extrême obligeance.
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIIl* SIÈCLE 199
De leur côtelés Irlandais de Dublin déclarèrent, le 28 décembre,
qu'ils étaient résolus à sévir contre les magistrats s'ils ne
concouraient pas avec eux à la défense de leur souverain
légitime, le roi Jacques II. Le 2 février, Guillaume d'Orange
exhorta le parlement à pourvoir aux besoins des protestants
irlandais. Le 5 mai 1689 fut publié un édit tendant à déter-
miner les Français protestants à se réfugier en Angleterre
après s'être défaits des immeubles qu'ils y possédaient.
Le triomphe définitif du roi Guillaume n'apaisa pas les
ressentiments des protestants. La neuvième année de son
règne, ils firent rendre un édit par lequel tous les enfants qui
n'abjureraient pas, dèsl'àgede huit ans, la religion catholique
furent déclarés inhabiles à hériter du bien de leurs pères
dont la propriété fut transmise de droit à leurs plus proches
parents protestants. La quatrième année du règne de la reine
Anne, proclamée le 18 mars 1702, les étrangers protestants
réfugies en Angleterre furent autorisés à se faire tous natura-
liser Anglais (1).
La séparation entre les deux frères, Jacques et Samuel
de Frotté, sieurs de laRimblière, était ainsi devenue définitive
et légale. Samuel, devenu chef de sa branche, épousa Suzanne
de Cleray, fille de feu Jean de Cleray, sieur de la Perrière (2)
et de d*"*' Suzanne Herbron. Les articles du mariage furent
(1) a L'Irlande reçut après la mort de Jacques 11 (1688). plusieurs milliers
de réfugiés qui se répandirent dans les villes de Dublin, de Cork, de
Kilkenny, de Waterford, de Lisburn et de Portarlington. » { Weiss, Histoire
des réfugiés protestants de France y depuis la Révocation de VEdit de
Nantes, Paris, 1853, 2 vol. in-16.
M. Ch. Weiss signale également un fait dont nous trouvons plus loin la
preuve dans une lettre de Jacques de Frotté, à savoir les efforts faits par
les réfugiés pour attirer en Irlande leurs coreligionnaires restés en France.
Il ajoute que les protestants venus de France rendirent à l'Angleterre des
services militaires dans la répression des soulèvements de l'Irlande.
— On peut consulter également Salmon, Nouvel abrégé chronologique
de VHistoire d* Angleterre, tomes 1 et II, Paris 1751, auquel sont empruntés
les extraits ci-dessus.
(2) La Perrière, canton de Pervenchères (Orne), où était situé le château
de Montimer, propriété de la famille.
Les relations entre les familles de Frotté et de Cleray remontaient beau-
coup plus haut. Le 10 mars 1636 Josias de Frotté, écuyer, sieur de la
Rimblière, avait reconnu que Jacques de Cleray, écuyer, sieur de Guichau-
mout, lui avait baillé la somme de 2250 livres, pour ramortissement d'une
rente de 150 livres due par Georges delà Haye, écuyer, baron de Coulonces,
qui avait acquis de lui la terre du Ménil-Imbert {Archives de l'Orne,
série E. Famille de Frotté).
16
200 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII® SIÈCLE
accordés, sous signature privée, le 15 mars 1710. La mère de
la future lui donna, par avancement d'hoirie, neuf mille
huit cents livres en argent, la reconnut pour sa présomptive
héritière et promit de lui garder sa succession. Marthe du
Perche reconnut également son fils Samuel comme son
héritier présomptif et promit de lui garder sa succession.
Ces articles turent signés par les contractants et par leurs
parents et amis convoqués comme Icmoins, à savoir :
Antoine de Neufville-Cleray.
Thomas de Cleray (sieur du Passage).
N. de Neufville de Condé.
Bordin (sieur de la Perdrière).
Madeleine de Neufville de Belfonds.
Hoiissemaine (Benjamin, sieur des Déserts, mari de
Suzanne de Cleray, tante de l'épouse).
G. Herbron ; Louise des Loges ; Loppé ; de Boislambert.
De Neufville de Saint-Laurent.
De Cleray de Saint-Clair.
Le dépôt de ces articles fut fait le 8 juin 1710 en l'étude de
M** Choisneet Bidon, notaires royaux à Alençon (1),
Le mariage fut célébré, non pas au domicile de l'épouse,
selon l'usage ordinaire, mais à la Haye, au diocèse d'Evreux (2).
Comme la famille de Cleray n'était pas moins attachée à la
réforme que celle de Frotté, tout porte à supposer que la
bénédiction nuptiale fut donnée en secret à la Haye, par un
ministre protestant. Samuel de Frotté fut père de trois enfants,
tous trois nés à la Rimblière. L'aîné, auquel il donna le nom
de Samuel, vint au monde le 12 mai 1711 et eut pour parrain
Isaac de Cleray, écuyer, sieur de Rougemont, pour marraine
Anne-Marie du Perche. Il fut baptisé dans l'église de Damigni
le lendemain et fut tenu sur les fonts par Jacques Hubert, de
Lonrai et par Suzanne Blivet, de Belfonds, pour l'absence du
parrain et de la marraine (3), suivant la note inscrite en tête
du Livre de raison de la famille.
(1) Documents communiqués par M. de Mallevoue.
(2) Probablement la Haye-de-Colleville, diocèse d'Evreux, élection de
Conches, généralité d'Alençon, canton de Hrionne (Eure).
(.S) C'est ce qui résulte de l'acte de baptême dressé par le curé de
Damigni, le 13 mai 1711, dans lequel il est dit que l'enfant est fils de
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII« SIÈCLE 201
2** Pierre-Jean de Frotté, né le 8 septembre 1713, baptisé le
10, eut, d'après le Livre de raison de la famille, pour parrain
Pierre Bordin, sieur de la Vergottière et pour marraine
demoiselle Suzanne de Cleray.
3° Jacques de Frotté, né le 14 mai 1716, porté baptiser le len-
demain, eut pour parrain, par procuration, Jacques de Frotté,
écuyer, sieur de la Rimblière, son oncle, et pour marraine
Jacqueline du Percha, femme de Louis des Loges, écuyer,
sieur du Fresne(l).
Le réfugié de Dublin, Jacques de Frotté, avait été invité
à être parrain de ce dernier enfant dès le commencement
de Tannée 1716, et s'était empressé d'écrire à son frère
qu'il acceptait.
Cette lettre nous semble valoir la peine d'être tirée du
carnet de famille dans lequel elle était précieusement
conserv'ée :
A Dublin^ ce 3 o^ Janvier i^i 6.
Ija perte que nous avons faite ce mois icy de nostre fille ainée,
mon cher frère, nous a mis dans une afiliction très grande ; elle est
morte de la petite vérole qui a fait de grands ravages dans ce paîs.
Le bon Dieu ne nous a pas laissés sans consolation : à Tâge de
dix ans et trois mois, elle nous a dit des choses pleines de piété
et de connoissance qui ont surpris tous ceux qui l'ont entendue.
Ses dernières paroles, quand je luy demandai si elle estoit bienaize
de s*en aller au bon Dieu, elle me dit : « Oui vraiment, mon bon
papa. Je Tay déjà veu ». Voilà la fin de ma chère fille. Elle ressem-
bloit si fort à ma mère que je Ten aimois davantage. Que j'ay de
joye d'aprendre que ma chère mère se porte bien, quoi qu'elle soit
absente de moy.
Je rends grâce à Dieu que le reste de vostre famille se porte bien
et le prie de tout mon cœur qu'il vous redonne la santé, afin que
vous puissiez élever vostre famille en la crainte de Dieu. Je suis
Samuel de Frotté, sieur de la Rimblière et de Suzanne de Cleray « qui ont
dit avoir été mariés en la paroisse de la Haye, diocèse d'Evreux, demeurant
actuellement en cette paroisse. »
(1) Il faut ajouter qu'il résulte du Registre des baptêmes de l'église de
Damigny pour cette année que, le 15 mai 1716, Jacques de Frotté, fils de feu
Samuel de Frotte, fut l)aptisé par le vicaire de cette paroisse dans l'église
de Damigny et qu'il fut nommé par Jean Houel et Marie Boul de la paroisse
de Lonray. Il parait résulter de ceci que l'enfant fut baptisé deux fois,
une première fois à la Rimblière, suivant le rite usité parmi les protestants
et avec l'assistance d«*s membres de la famille attachés à cette religion et
une seconde fois dans l'église de Damigni pour obéir aux ordres du roi.
202 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII* SIÈCLE
fâché que le cousin du Pasage soit dans Testât que vous me le
dépeignés ; mais je suis estonné que vous vous fussiez chargé de
cette Suson, puisqu'elle est toujours de mesrae. Faites mes baize-
mains au cousin de Rougemont. Ne cessez point de prier Dieu pour
le soulagement que Ton vous fait espérer. Il est puissant pour vous
accorder vos demandes, pouveu qu'elles soient faites avec zèle.
Nous y joignons les nostres tous les jours. L'inquiétude que vous
avez de vostre famille augmente la mienne.
Puisque vous me faites l'honneur de vouloir que je nonune
l'enfant que le bon Dieu vous promet, si c'est un garçon, vous savez
mon nom, si c'est une fille, ajoutez au nom de la marraine celuy de
Madelaine qui estoit le nom de feu ma fille.
Ma femme vous fait bien ses amitiés. Nous vous prions asseurer
ma mère de nos respects et nos amitiés les plus tendres. Je suis de
tout mon cœur vostre très humble et très obéissant frère.
RlMBLlKRE.
A cette lettre était joint le billet suivant adressé à Suzanne
de Cleray, sa belle-sœur et cousine :
Madame ma chère sœur et cousine,
J'accepte avec plaisir l'honneur que vous me faites de nommer
l'enfant que Dieu vous promet. Je ne l'accepterois pas si je n'étois
persuadé que vous l'éleverés dans la crainte de Dieu, comme le
reste de vostre famille. Vous estes née avec la connoissance de la
vérité ; si vous ne la communiqués pas à vos enfans, vous répondrès
devant Dieu de la perte de leurs âmes, mais j'espère mieux de
vous.
Vous me mandés que mon frère m'a écrit plusieurs fois. Je n'en
ay reçeu aucune pendant quatre ans, mais je suis certain qu'il en
a reçeu des miennes... Jcsouhaiteroisque vous me fassiez l'honneur
de m'écrire, du moins deux fois par an, pour aprendre de vos
nouvelles, car j'ay versé plusieurs fois des larmes dans ce long
temps que j'ay esté à recevoir de vos nouvelles. Ostès tous les
soupçons où me mettent ces longs silences et soyès persuadée que
je suis de tout mon cœur vostre très humble et très obéissant
serviteur.
RiMBLIËRË.
Ma femme vous embrasse. Tous ceux qui connoissent ma mère
luy font leurs baise-mains.
Samuel de Frotté ne devait pas tarder à succomber. Il était
mort depuis plus d'un mois lorsque Madame de Frotté mit au
monde son troisième (ils et avait été inhumé, à côté de sa
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII*' SIÈCLE 203
mère, dans le jardin de la Rimblière. Cest ce que nous
apprenons par une nouvelle lettre de Dublin, en date du
21 juin :
A Dublin, ce 21 Juin lyiG.
Vous pouvès aisément comprendre, ma très chère sœur, combien
a esté grande ma douleur lorsque j'apris, enmesmejour, la mort de
ma chère mère et celle de mon cher frère. J'ay trouvé ma consola-
tion en aprenanf qu'ils ont esté enterrés dans nostre jardin, car je
voy par là qu'ils sont morts au Seigneur. Mais rien ne ma esté plus
sensible que de voir trois pauvres petits enfans qui ne connoissent
pas leur main droite d'avec leur gauche sur les bras d'une pauvre
veuve qui est, à ce que je crois, dans de mortelles craintes pour
ces chers enfans. Puisque le bon Dieu les laisse sous vostre
conduite, vostre piété me fait espérer qu'ils connoistront Dieu et
sa sainte vérité, car sans cela il vaudroit mieux qu'ils n'eussent
jamais veu le jour. Vous en estes donc chargée, ma chère sœur, et
si vous voulez que Dieu vous conseille, ce sera en vous acquittant
de ce grand devoir que vous pouvez espérer la bénédiction pour eux
et pour vous et vous faire connoitre qu'il ne vous a pas abandonné.
Quand à nostre salut, il le faut atendre, non de nos œuvres, mais
seulement de la mort et passion de nostre Seigneur Jésus Christ, et
jamais de nos afilictions qui nous viennent à cause de nos péchés,
ou au plus qui sont des espreuves où le bon Dieu nous veut faire
passer, pour exercer nostre patience. Je vous remercie de la part
que vous avez prise à la perte que j'ay faite. Il faut estre content,
puisque c'est la volonté de Dieu.
Je suis tort aise que vous soyez tutrice de mes neveux. Vous ne
me mandés point si ce cousin qui est curateur est de mesmes
sentiments que vous. Dieu veuille que tous ensemble vous fassiez
vostre devoir envers eux. Je croyois mon cousin Bordin mort.
Embrassez le bien pour moy, le cousin du Passage aussy. Quand
vous escrirez au cousin de Rougemont, faites luy mes complimens.
J'embrasse ma cousine du Perche ; j'embrasse aussy ce cousin que
je ne connois pas et prie le bon Dieu qu'il vous veuille donner
à tous l'assistance de sa grâce. Je suis, etc.
Rimblière.
M. de Cleray de Bellefonds, que Madame de Frotté avait
piié d'accepter la charge de curateur, s'en était excusé par la
lettre suivante :
De Cleray, ce 14 avril iyi6.
Ijà perte que vous avès faite, Madame, m'a, je vous assure, esté
très sensible et que personne ne s'y intéresse plus parfaitement que
moy. Je prie le Seigneur de vous donner les consolations qui vous
204 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII*' SIÈCLE
sont nécessaires dans vostre afilictîon. Je regrette bien Monsieur
vostre mary ; je puis vous asseurer que dans toutes les occasions
où je pourrai vous estre utile à quelque chose que je m'y emploirai
de tout mon cœur. A l'esgard de vostre tutelle, je croj- que tous
les parens y sont esgaux, et comme ordinairement ce sont les plus
proches parens qui y sont appelés et que vous en avés. je croy,
suflisamment, à des degrés plus près que nous ne sommes, et que
mon employ souvent m'oblige à plusieurs voyages que souvent je
ne puis pas prévoir et qui pourroient m'esloigner, dans un temps
où vous pourriez avoir besoin des délibérans, ce qui arrive, dans
les tutelles, dans le temps que Ton y pense le moins : pour éviter
à ces inconvéniens, vous me fercs plaisir de m'en exempter,
comme je l'ay desjà esté dans celle de Madame de Neuiville qui ne
voulurent pas mesme m'y appeler, à cause de cette raison là.
Au surplus, Madame, à vous parler naturellement, j'entends si peu
les affaires que je ne serois de nulle utilité en pareille rencontre,
quelque bonne volonté que j'aye. Employés moy donc, je vous
suplie pour une autre faict, vous asseurant que je suis et seray
toujours très zélé pour tout ce qui vous regarde, estant parfaite-
ment, Madame, vostre très humble et très obéissant serviteur
DE Bellefonds.
Madame de Bellefonds vous fait mille complimens, priant Dieu
pour vostre conservation et celle de vostre chère famille. Nous
voudrions bien que vous fussiez plus près de nous, afin de pouvoir
contribuer à vostre consolation (1).
(1) Une lettre de Madame de Bellefonds à Madame de Frotté, sans date»
mais certainement bien antérieure à la mort de son mari, nous ir«itie aux
rapports qui unissaient les deux familles :
« A Madame de la Kimbliére, à la Perrière.
« Nous sommes arrivés, Madame, dans le moment que vou . estes partie.
Je suis faschée de n'avoir pas profité du plaisir de vous voir. Vous aunez
bien dû, tout au moins, nous donner un jour, puisque vous venès si rare-
ment dans nos cantons.
« Comme vous avés bien voulu vous charger de la lettre de Mademoi-
selle de Saint-Denis, je vous dirai que c'est pour une pipe de vin blanc
que peut estre l'on vous envera chez elle, ei f omme il ne faut pas qu'elle
reste plus de 24 heures dans la ville, à cause qu'elle payroit de bien plus
grands droits, je la prie de la faire mettre dans quelque faubourg. Mais
puisque vous voulés bien que vostre harnois ait la peine de l'aler prendre
chez elle, il faut que vous ayez la bonté de luy dire qu'elle vous fasse
avertir dans le moment qu'elle arrivera, et vous la feriez donc mettre chez
vous. Comme elle a peu de domestiques, il faudrait qu'elle vous envoyait
un petit garçon à qui vous donneriez quelque chose que je vous rendrai
bien ponctnellement. Je suis de tout mon cœur. Madame, de vous et de
Monsieur de la Rirabliére, très humble et très obéissante servante
DE MicE DE Bellefonds.
« Je compte que M. de Rougemont ne nous abandonnera pas et qu*it
nous restera. »
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII* SIÈCLE 205
De Dublin, la pensée active de Jacques de Frotté ne cessait
d'être fixée, avec une tendre et douloureuse sollicitude, sur ses
neveux de la Riiiiblière, et particulièrement sur Taîné. A la
date du 1718 nous trouvons une lettre de lui à sa belle-sœur
qui nous montre de quelles inquiétudes il était tourmenté :
A Dublirif ce i y Janvier lyiS.
J'ay reçu hier voslre lettre, ma chère sœur, avec beaucoup de
joye, ayant appris que vous esliès tous en bonne santé. Je vous
avoue que j*étois estonné de ne point voir de réponse à deux lettres
que je vous ay escriles, l'une par la voye de mon cousin de
Valframbert et l'autre par la poste ordinaire : celle que vous m'avès
fait l'honneur de m'escrire a resté un mois à venir. Je rends grâce
au bon Dieu, ma chère sœur, de ce qu'il vous a rendue à vostre
famille et j'espère, par là, qu'elle a part à son eslection. Feu mon
frère m'avoit bien asseuré que vous estiez une personne et que je
pouvois compter que si Dieu le retiroit, comme il ne doutoit pas
que ce ne fût bientost, vous auriez un grand soin de ses cnfans et
que vous les éleveriès dans la crainte de Dieu. Ces petites créatures
qui sont la moitié de nous mesmes et qui sont dans un âge si peu
avancé, dont le salut nous doit estre si cher, que ne demandent-ils
point à nos soins et à nostre prevoiance, particulièrement selon les
cstats où on se trouve ? Si le bon Dieu vous donne quelque calme,
c'est pour l'employer à cela ; mesme, vous me mandez que vostre
aine est de petite complection. Ah, mon Dieu ! qu'ils sont tous
jeunes et ne sont point encore propres pour prendre aucune
impression. 11 faut commencer par l'ainé qui, comme je croy, peut
avoir six ou sept ans. Ma femme et ma fille, font des vœux pour vous
et pour eux. La dernière ne les oublie pas dans ses prières ; elle
est auprès de moy, elle vous présente ses respects et ma femme
vous embrasse de tout son cœur.
Que vous me donnez de consolation de m'apprendre que mon
cousin du Pasagc (1) est mort au Seigneur. La bonne mort est
préférable à la vie lorsque nous manquons de nourriture spirituelle.
Je prie Dieu, ma chère sœur, en cette nouvelle année, qu'il vous
remplisse de toutes ses consolations, qu'il vous donne son Saint
Esprit qui vous fortifie par toute la puissance de sa force et qui
vous garde de tout mal. Je suis de tout mon cœur, vostre très
affectionné frère,
RiMBLIÈRE.
Je vous prie d'embrasser de ma part mes cousins de Rougemont
(1) Thomas de Cleray, témoin du contrat de mariage de Samuel de Frotté
en 1710.
206 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII« SIÈCLE
et du Bordin, mes cousines du Perche (1) et la famille de Bois-
Erard (2) et n'oubliez pas mon ami Loppé (3). Je prie le bon Dieu
qui bénisse mes pauvres neveus.
A Londres, pour Paris, Mademoiselle
de la Rimhlière à la Rimblière près d' A lançon
A lançon en Xormandie.
Les inquiétudes de Jacques de Frotté n'étaient que trop
justifiées. Une lettre de cachet, en date du 28 novembre 1718,
fut adressée à l'intendant d'Alencon, contenant ordre de faire
enlever ses trois neveux et de les mettre dans la maison des
Nouveaux Catholiques. Combien de temps restèrent-ils dans
cette maison ? On ne le sait pas au juste, mais on sait que des
ordres turent adressés, au nom du roi, à M. de Pommereu
(1) Du Perche, probablement de la famille de Nicolas du Perche, avocat
à Alençoii, auteur de la tragédie de liosimonde ou le Parricide puni, en
cinq actes et en vers. Rouen, Louis Oursel, 1640, in-8«, et de deux comé-
dies : Les Intrigues de la Vieille Tour de Rouen, 1640, in-12 et Rouen,
J.-B. Besongne, s. d. (vers 1700) in-12 de 32 p. ; L'Ambassadeur d'Afrique,
comédie, imprimé vers 1640,
« Le sieur du Perche, auocat, et ses trois filles : Marthe, âgée de vingt-
neuf ans ; Marie, âgée de vingt-sept ans et Jacquine, âgée de vingt-quatre
ans » (Ârch. de l'Orne, C. 607. Dénombrement des protestants).
Marie du Perche, en qualité de nouvelle convertie, fit représenter très
humbletient au roi, le 8 janvier 1733 « que les pertes qu'elle a essuyées ne
luy ayant pas laissé de quoy subsister, elle désireroit, pour se procurer
une vie plus aisée, vendre à rente viagère une maison située dans la dite
ville d'Alencon, seul bien qui luy reste dans sa vieillesse, dont on offre de
luy laisser la jouissance et de luy payer pendant sa vie 150 livres de
rente ».
Il lui fut, en conséquence, délivré un brevet l'autorisant à vendre cette
maison a sous l'inspection du sieur Intendant de la généralité d'Alencon,
sans que, pour raison de ce il luy puisse être imputé d'avoir contrevenu
aux ordonnances » (Ibid. Titres de Famille, série E. Du Perche).
(2) « Le sieur de Bois-Hérard a dit avoir sept enfans, scavoir deux
garçons et cinq filles, l'aisné des garçons aagé de neuf ans et l'autre de
quatre ans. Les deux premières filles aagées de quinze à quatorze ans estant
actuellement aux Nouvelles Catholiques et les autres demeurant chez luy.
— Médiocrement riche. Le Roy paye en partie la pension de deux de ses
filles. Il y en a une troisiesme mise aux Nouvelles Catholiques, par ordre
de M. de Pomereu. — L'aisné des garçons seroit bien aux Nouveaux
Catholiques et le Roy pouroit payer sa pension. (Ibid. n« 27).
(3) « Le sieur Loppé, marchand, a dit avoir trois enfans, scavoir un
garçon et deux filles et qu'une des dites filles est passée en Angleterre
depuis treize ans.
« Fort huguenot et riche marchand. Son fils a esté mis aux Nouveaux
Convertis, par ordre de M. de Pomereu ». (Ibid., n° 17).
Dans un état des Calvinistes d'Alencon en 1737 on voit figurer « le sieur
Loppé, sa mère et sa sœur, tous majeurs, vivant de leur bien (C. 609).
UN GENTILHOMME CULTIVATEUB AU XVIir SIÈCLE 207
qui fut intendant à Alençon du mois de juin 1720 à 1726, pour
les en retirer, probablement sur la réclamation de la mère et
de la famille. Deux des enfants furent alors confiés à Michel
Fouscher de la Rairie, grefiier de l'élection d'Alençon, qui fut
chargé de veiller sur leur éducation. Quant à l'aîné, Samuel,
il fut mis au Collège royal d'Alençon, tenu par les Jésuites et
alors très florissant. Ses études achevées, il se fit admettre
dans la compagnie de gendarmerie d'Alençon et y resta
quelque temps, sans cesser d'être placé sous la surveillance
du sieur de la Rairie, Une dernière lettre de Dublin nous
apprend que leur oncle leur fit, en 1724, une part dans son
testament, à condition qu'ils vinssent s'établir en Angleterre
et qu'ils pratiquassent la religion réformée :
A Dublin, ce 3 mai lya^.
Ma très chère sœur,
Comme je crains (jue vous n'ayez pas reçeu la lettre par laquelle
je vous mandoisle mariage de ma fille avec Monsieur de Chenevière,
capitaine de cavalerie dans ce royaume, je prends la voye d'un
of licier, parent de ma femme qui m'a promis de mettre cette lettre
à la poste si tost qu'il sera arrivé chez ses parens. Je croy que c'est
la voye la plus seure pour la faire parvenir jusque à vous. Ma fille
est déjà grosse, quoyque fort jeune ; elle a un fort bon mary et qui
est en un beau poste, si bien que la voyià bien établie, Dieu merry.
Je n'ay point oublié vostre famille en cette occasion : je donne, par
mon testament, cent livres sterlings à celuy de vos enfans qui voudra
venir vivre et exercer ia religion réformée dans ces royaumes.
Je souhaiterois de tout mon cœur avoir peu faire davantage, mais
j'ay perdu la moitié de mon gain sur la Mer du Sud (1), parce que
Ton m'y a remis mal à propos en souscrivant pour une partie.
Je vous prie présentement de bien réfléchir que ce que je fais c'est
(1) La Compagnie de la Mer du Sud avait dû son importance au traité
d'IItrech qui lui avait assuré le monopole à peu prés exclusif de la traite
des Noirs. C'est ce qu'on appelait le traité de l'Assiente (de l'espagnol
assiento, ferme). En vertu de cette convention, la Compagnie de la Mer
du Sud s'était engagée à fournir à l'Espagne 4,800 nègres par an pendant
trente ans pour ses Colonies. Elle faisait acheter de lourdes cargaisons de
malheureux noirs sur les côtes d'Afrique et les faisait transporter non
seulement dans l'Amérique espagnole, mais aux Antilles françaises.
Lorsque ce privilège qui couvrait des abus révoltants et même des
fraudes intolérables fut révoqué par le roi d'Espagne Philippe V, petit-fils
de Louis XIV, connu par ses sentiments d'humanité et son amour de la
justice, la Compagnie dut réduire le chiffre de ses dividendes. (Note
communiquée par M. le baron Jules Angot des Rotours).
208 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIIl* SIÈCLE
en veue de leur salut, que je souhaiterois qu'ils vinssent pour estre
mieux instruits, quoyque je ne ne doute pas que vous ne donniez
tous vos soins à les mettre dans le droit chemin; mais je connois
la jeunesse qui est aisément débauchée quand elle n est pas retenue
par les prédications. Nostre âme a besoin de norriture aussy bien
que nos corps. Voyez donc, ma chère sœur, ce que nous pouvons
faire ensemble pour tâcher d'en faire venir un icy. Je croy que
vous aurez eu soin de leur faire aprendre à bien escrire et à bien
chiffrer, ce qui est tics nécessaire. Faites moy réponse, je vous
prie, et croycs que je suis de tout mon cœur, vostre très humble et
obéissant serviteur et frère
Jacques Himblière.
Ma femme, mon gendre et ma fdle vous embrassent de tout leur
cœur. Nos amitiés à vos enfants.
Les avantages offerts à ses neveux par Jacques de Frotté ne
purent déterminer leur mère à s'en séparer. Elle n*en eut pas
même, la faculté. Il régne d'ailleurs quelque doute sur le sort
de Tun des trois enfants, si Ton s'en rapporte à Texposé fait à
l'intendant dans deux requêtes, Tune par la veuve de Samuel
de Frotté, l'autre par Fouscher de la Raisrie, chargé de leur
garde. Il n'y est en effet question que de deux garçons, à
savoir Taîné Samuel de Frotté et le cadet connu sous le nom de
M. de la Perrière. Je me borne à citer la requête du sieur
de la Raisrie qui est datée et suivie d'une ordonnance de
rintendant et qui peut servir à mettre en évidence les situa-
tions équivoques que créaient nécessairement les lois tyran-
niques relatives aux prétendus nouveaux convertis :
A Monsieur Tlntendant de la généralité d*AIençon
Supplie humblement Michel Fouscher de la Raisrie, de cette
dite ville.
Et vous remontre que deux des enfants de la dame veufve du
sieur de Frotey de la Rimbellière. escuier, demeurant en la paroisse
de Damigny auroient esté retirez de la maison des Nouveaux
Catholiques de cette ville, par ordre de Sa Majesté adressé à
Monseigneur de Pommereu, cy-devant intendant, lequel après les
avoir retirez les auroit fait conduire chez le supliant qui en
auroit signé sa charge, par le sieur de Selame, son garde, il y a
huit ans ou environ et de veiller à leur éducation, ce que le
supliant auroit fait comme à ses propres enfants, les ayant fait
étudier, Taisné ayant fait ses classes et se seroil mis ensuite dans
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII^ SIÈCLE 20^
la gendarmerie qui est dans cette ville depuis un an, sans néant-
moins que le supliant soit déchargé ; et le jeune qui estoit resté
chez luy s'en seroit ahsenté depuis quelques jours sans rien dire.
Ce que voyant, le supliant auroit écrit à la dame sa mère pour le
renvoyer, ce qu'il n'auroit voulu faire, et engagea la dame sa mère
de venir chez le supliant plusieurs fois, laquelle luy tesmoigna
qu'elle n'avoit jamais pu l'obliger de revenir, et mesme que pour
engager son dit enfant de le faire, elle l'avait mis plusieurs fois
hors de chez elle, n'estant nullement participante de cette absence.
Pourquoy le supliant a esté conseillé de vous présenter sa
requeste et de vous donner avis de cette absence et avoir recours
à vostrc authorité pour requérir, à ces causes, qu'il vous plaise,.
Monseigneur, faire revenir le dit enfant chez luy, veu la lettre de
Sa Majesté dont il est porteur; à joindre qu'il en a signé sa charge
et qu'il pourroit eslre inquiété en la suite, ce qu'il a bien inthérest
de craindre et vous ferez justice, remettant à vostre prudence de
décharger le supliant.
Signé FouscHER.
Et à la marge est écrit :
Veu la présente requeste, nous intendant d'Alençon, ordonnons
au sieur de la Rimbellière de retourner chez le sieur t'ouscher de
la Raisrie, si non il y sera par nous pourveu à Alençon, ce dix-neut
octobre mil sept cent vingt huicl
Signé LÉviGNEN.
Aussitôt qu'il fut en possession d'une copie de cette ordon-
nance et le jour même où elle fut rendue le sieur de la Raisrie
s'empressa de la communiquer à Madame de Frotté en y
joignant le billet suivant qui établit dans quels termes il était
avec cette dame :
Alençon, ce ig octobre 1^26.
Madame,
Je me donne l'honneur de vous écrire, pour vous marquer ce
que j'ay fait chez Monsieur l'intendant, au subjet de Monsieur de la
Perrière. Y estant allé lundy dernier pour avoir l'honneur de luy
parler, il me dit de luy présenter une requeste, ce que j'ay fait et
m'y a mis son ordonnance dont je vous envoyé coppie du tout,
tant de la requeste que de l'ordonnance. J'espère que vous serez
contente de l'énoncé dans ma requeste, comme j'ay eu l'honneur
de vous le marquer quand vous m'avez fait l'honneur de venir
chez nous, Monsieur l'Intendant n'estant pas content de ce procédé
ny de cette absence, ne voulant me décharger.
210 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII*^ SIÈCLE
Il semblerait résulter au contraire, d'une autre requête,
sans date, adressée à l'intendant par la même dame qu'elle
aurait eu grandement à se plaindre des exigences et des
procédés du sieur de la Raisrie au sujet de la pension de ses
•enfants dont il avait la charge. Je crois utile pour Téclaircisse-
ment de cette situation, embrouillée peut-être à dessein,
de citer encore cette pièce :
A Monseigneur Tintendant de la généralité d'Alençcn,
Supplie humblement Suzane de Clera}', veuve Samuel de Frotay,
sieur de la Rimblière, demeurant en la paroisse de Damigny ; et
nous remontre qu'elle a deux garçons, l'un âgé de dix ans et l'autre
d'onzcj (1), lesquels ont esté mis par vostre ordre en la maison du
sieur Fouchet de la Rairie, grefîicr de TElection de ce lieu, à la
pension de cent cinquante livres pour chacun des dits enfans,
laquelle fut arbitrée mesme par ledit Foucher qui en a esté tou-
jours payé de quartier en quartier et par avance, jusques au 5 de ce
mois qu'il fit refus de recevoir le payement du cartier écheu audit
jour, disant qu'il vouloit davantage, sans dire d'autres raisons.
Et quelques jours après la suppliante a esté surprise que ledit
t'oucher luy a fait signifier, par un sergent, vostre ordonnance par
laquelle il paraît que vous avez augmenté la pension desdits deux
enfans de cent livres, en quoy ledit Fouchet a surpris vostre
religion, parce que la somme de cent cinquante livres pour chacun
est plus que sufïisante et le procédé dudit Fouchet n'est pas
tolérable, parce que çà esté luy qui a fixé la pension à cette somme
et a reçu un quartier depuis la date de vostre ordonnance sur le
pied de cent cinquante livres. 11 n'a pas deu, arrière de la dite dame
et sans luy en avoir auparavant parlé, tenir un pareil procédé.
Mais comme la dite dame n'a de cpioy vivre que très médiocrement
et que ses enfans n'ont aucuns biens, elle a trouvé une pension sur
le mesme pied de cent cinquante livres chez un ancien catholique
de cette ville dont le fils est ecclésiastique lequel aura soin d'élever
les enfans et les instruire beaucoup mieux que ledit Fouchet.
Ce qui fait que la suppliante a recours à vostre authorité et requiert
à ces causes, qu'il vous plaise, Monseigneur, ordonner que les
enfans de la suppliante seront mis chez la personne qui veut bien
(1) Si les renseignements donnés par Madame de Frotté sur l'âge de ses
enfants étaient rigoureusement exacts, on aurait la date de cette requête,
puisque les deux aînés sont nés en 1711 et en 1715 et le troisième en 1716.
Mais ces dates sont en désaccord évident avec les âges attribués à ces
«nfants. S'il s'agit des deux aînés, la requête aurait pu être écrite entre
1722 et 1724. S'il s'agit des deux jeunes il faudrait la placer entre 1724
et 1726.
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIIl*' SIÈCLE 211
s'en charger, pour y estre nourris et payer la somme de cent
cinquante livres dont il se contente, et vous ferez justice.
Ce qui est certain, c'est qu'à la suite d'un placet adressé par
Samuel de Frotté au garde des sceaux, il fut autorisé, par
décision en date du 13 octobre 1727, à se retirer chez sa mère.
Il me parait utile de reproduire ce placet qui renferme des
renseignements intéressants :
A Monseigneur Chauvelin (1), ministre et secrétaire d'Etat,
Samuel de Frotay de la Rimblière, de la paroisse de Damigny,
proche Alençon, prend la liberté de représenter à Votre Grandeur
qu'il y a sept ans qu'il fut mis, par ordre du Roy, chez le nommé
Fouchet de la Rairie, pour estre instruit dans la religion catholique,
pendant lequel temps il a aussy fait toutes ses études chez les pères
Jésuites. II est temps présentement qu'il veille à ses affaires, parce
que sa mère est toujours malade et ne peut plus avoir le soin du
peu de bien qu'ils ont, quoique son inclination le porte à servir
Sa Majesté, lorsqu'il trouvera une place, à l'exemple de ceux de sa
famille, dont l'un de ses oncles a eu l'honneur d'estre capitaine
dans le régiment de Goas (2) et l'autre est actuellement dans le
régiment Dauphin-Dragons (3) et qui sert depuis plus de quarante
ans. Il a mesme fait ce qu'il a peu pour entrer dans les Cadets (4) :
(1) Chauvelin (Germain-Louis) fut nommé en 1727 garde des sceaux et
ministre, secrétaire d'Etat, au département des Affaires étrangères.
Il conserva ces fonctions jusqu'en 1737.
(2) M. de Goas figure au septième rang dans la liste des brigadiers de
dragons dressée en 1738. 11 avait été promu brigadier le l" février 1719.
(3) Le cinquième régiment de dragons portait le nom de Dauphin.
Il avait été crée eu 1673 pour le Dauphin de France, fils aîné de Louis XIV.
M. le marquis de Vassé avait été nommé mestre de camp de ce régiment
en 1727 ; il fut nommé brigadier le 12 octobre 1734, mais il conserva le
commandement de ce régiment. (Lemau de la Jaisse, Abrégé de la carte
générale du militaire de France.
Le marquis de Vassé (Emmanuel-Armand), baron la Roche-Mabile, avait
épousé en 1701 Anne-Bénigne-Fare-Thérèse de Beringhen, morte le
16 septembre 1745.
(4) Louis XIV avait créé en 1682 plusieurs compagnie de cadets-gentils-
hommes qui devaient être instruits et entretenus aux frais de l'Etat.
Louis XIV avait établi en 1682 des compagnies de jeunes gens à qui on
donne le nom de Cadets. Les enfants des gentilshommes et de ceux qui
vivaient noblement y étaient instruits dans tous les exercices militaires
et lorsqu'on les trouvait capables de commander on les faisait sous-
lieutenants, enseignes ou cornettes. Cet établissement fut renouvelé sous
Louis XV et on frappa, à cette occasion une médaille du roi, gravée dans
le Met cure de ianvier 1728.
il2 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII® SIÈCLE
il avoit, pour cela, toutes les qualités, ainsi quMla esté atestéparles
certificats qu'il avoit envoyez à Monseigneur le Blanc (l). Et mesme
comme il avoit pieu à Sa Majesté de créer des sous-lieutenances,
on luy avoit fait espérer de hiy en faire avoir une ; mais comme
cela n'a point eu lieu, il espère que Vostre Grandeur voudra bien
luy permettre d*aller chez luy prendre soin de ses affaires, en
attendant qu'il se trouve quelque place où il puisse servir selon sa
condition. C'est la grâce qu'il espère de Vostre Grandeur et il fera
toute sa vte des prières pour sa conservation. (Arch. de l'Orne,
C. 605).
Ce placet fui communiqué, le 3 octobre, à Tintendant d*Alen-
çon qui, le 13 du même mois, fit connaître au garde des
sceaux que le requérant n'avait pas attendu la permission
qu'il sollicitait, et que depuis dix jours il s'était retiré chez
lui sans vouloir revenir chez le sieur Fouchet quelqu'avertisse-
nient qu'il lui ait fait donner. « C'est à la vérité, dit l'inten-
dant, un jeune homme de dix-huit ans qui ne sent pas les
conséquences de sa désobéissance, mais qui mériteroit, au
moins, une sévère réprimande.
« Au surplus, Monseigneur, le sieur Fouchet et les pères
Jésuites chez lesquels il a fait ses études m'ont affirmé qu'il
étoit assez instruit des principes de la religion catholique
pour qu'il n'y ait nul inconvénient à luy accorder la grâce
qu'il demandait ».
C'est peut-être à cette affaire que se rapporte la lettre sui-
vante, adressée à Madame de Frotté par le sieur de la Rairie,
et dont la date n'est pas indiquée :
Madame,
Gomme le quartier de la pension de Monsieur votre fils est eschu
du cinq de ce mois, je vous prie de me l'envoyer et donnerez
quittance à la personne qui me le mettra aux mains. Comme vous
souhaiteriez bien l'avoir chez vous, vous pouyez y travailler et
écrire à Monseigneur le ministre. Je ne m'y opposeray point et, au
contraire, je vous donneray une attestation comme il fait son
devoir de catholicité. J'espère que vous me l'envoyrez par Monsieur
vostre fils qui est chès vous que j'attends et suis, en attendant.
Madame,
Vostre très humble serviteur Foucher.
(1) Claude Leblanc nommé pour la seconde fois ministre de la Guerre le
19 juin 1726, mort au mois de mai 1728.
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII*' SIÈCLE 213
La résidence de Samuel de Frotté à la Rimblière (1) et sa
catholicité semblent établies à cette époque, par un acte de
baptême, dans Téglise de Damigni, en 1728, dans lequel il
figure comme parrain et Marthe-Augustine Le Coustellier
de Bonnebos, sa parente. Madame de Frolté conserva cepen-
dant rentière administration et la jouissance de ses biens
jusqu'au 29 mars 1737. Par l'accord conclu entre Madame de
Frotté et ses trois fils, Samuel, Pierre-Jean, sieur de la Perrière
et Jacques de Frotlé, tous trois qualifiés du titre d'écuyer, elle
leur délaissa le revenu de la terre de la Rimblière, avec toutes
ses dépendances, pour vivre et s'entretenir, à l'exception du
pré à Noyer dont elle se réserva la jouissance et à la charge
de ne rien vendre, engager ou changer du fonds de la terre
sans son consentement, de n'abattre aucun arbre et de ne
faire des coupes de bois taillables qu'en tenîps et saison et de
n'employer le bois de charpente que pour les réparations des
bâtiments. Elle leur abandonna, en outre, deux petites rentes
foncières de 11 livres 10 sols et la moitié de tous les meubles
tant morts que vifs qui garnissaient le logis de la Rimblière
et ses dépendances, mais elle se réserva l'argenterie. Elle leur
laissa enfin une somme de 482 livres pour poursuivre et faire
juger en dernier ressort un procès engagé contre Jacques
Belivet, à l'occasion de Madeleine Doccaigne, son épouse.
Il fut stipulé enfin qu'elle entendait « toujours conserver la
maîtrise absolue de la terre de la Rimblière, et qu'elle se
réservait le droit de la retirer à ses fils pour en disposer à sa
volonté. Elle retenait, en outre, la jouissance de la chambre
dessus la cuisine et un logement pour ses chevaux et pour les
autres bestiaux qu'elle voudrait amener, plus un fanil pour
loger le loin du pré à Noyer.
Samuel de Frotté épousa, vers 1740, Marie-Anne Castaing,
(1) Samuel de Frotté, après avoir cessé de faire partie de la Compagnie
de gendarmerie d'Âlcnçon, avait consei*vé son habit d'uniforme. Le 16 mai
1737, il l'avait troqué avec son frère Pierre-Jean de Frotté, sieur de la
Perrriére, pour une pipe de petit cidre, fût et jus et lui avait, en outre,
cédé à prix coûtant ses gros boutons argentés de Strasbourg. Il vendit en
màme temps un autre habit à son frère, le chevalier de PYotté, pour
16 livres ; mais au mo^s d'octobre suivant il racheta son uniforme à
la Perrière qui lui céda, en outre, son manteau et son mauvais habit de
Pinchinal, le tout pour la somme de 15 livres. — En juillet 1738, il fit
retourner les parements de son habit uniforme.
214 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIIl*^ SIÈCLE
sœur de Jean Castaing, receveur des tailles d'Alençon,
née le 9 décembre 1709. Elle avait été mariée en premières
noces à Duval des Mares, qui, en 1735, ie l**" août, avait
pris en fieffé les biens de Jacob Boulaj', religionnaire
fugitif, sis à Cuissai, près de Damigni, et consistant en
trois journaux de pré et quatorze journaux de terre en
labour et en friche, moyennant une rente annuelle de
60 livres payable à la régie des biens des fugitifs. Samuel
de Frotté, après son mariage avec la veuve de Duval des
Mares, continua à jouir de cette fieffé et, à ce titre, son nom
figure dans les sommiers des rentes des biens des religion -
naires mis en régie. On y voit que la propriété en question,
nommée Roullée, était affermée, en 1755, au nommé Louis Fert
qui était chargé du payement de la rente. Samuel de Frotté
eut ensuite comme fermiers, pour celte terre, Mathieu Breu il
et le nommé Rocher. Le 27 février 1777 une nouvelle adjudi-
cation de cette terre eut lieu et la Roullée fut alors fieffée
à M. Taunay du Parc, moyennant une rente de 214 livres.
De plus le nouvel adjudicataire fut condamné, par ordonnance
de l'intendant en date du 27 mai 1773, à payer à M. de Frotté
de la Rimblière, une somme de 160 livres pour les planta-
tions et améliorations faites par M. Duval des Mares (1).
L'acte de mariage de Samuel de Frotté ne nous est pas
connu. Il résulte, au contraire, des termes du contrat de
mariage de Jacques de Frotté, son frère, et d'Anne Le Pistre,
fille du sieur Pierre Le Pistre et de Marie Le Bourge, demeu-
rant en la paroisse de Montmerré, passé à Bernay le 11 juillet
1745 que le mariage devait être « fait et célébré en face de
Nostre Mère Sainte-Eglise Catholique » (2).
II
C'est ici le lieu de donner une description du domaine de
la Rimblière. Il était composé de vingt-trois parcelles dont
(1) Archives de l'Orne. A 434, 435 et 436, et Livre de raison de Samuel
de Frotté.
La terre de Roullée fut adjugée en propriété à Joseph-Henri- François
Le Dcmées de Bezille, le 10 juillet 1796, pour le prix de 6.3S0 fr.
(2) Documents communiqués par M. de Mallevoûe.
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII* SIÈCLE 215
la contenance variait de 55 perches ou trois quarts d'arpent
à une acre. Il était, d'ailleurs, assez bien situé et arrosé par la
petite rivière de Briante, par le. ruisseau qui alimente le
moulin de Bourdon et par récoulement du trop plein des
douves qui entouraient le logis principal. Les moyens d'accès
y étaient faciles, grâce à sa proximité d'Alençon. On sait
aussi que les nombreux hameaux de Dainigni étaient tous
reliés entre eux par des chemins ruraux, aujourd'hui en
grande partie supprimés. Les terres labourables formaient
douze parcelles, les prés et pâtures, neuf parcelles. Outre le
logis seigneurial de la Rimblière, la propriété renlermait une
autre maison manable au village de la Corneillère.
La mouvance féodale était partagée entre les fiefs de
Damigni et de Lonrai. Les premiers propriétaires connus
sont François Pérou et Catherine Le Guay, sa femme, qui
vendirent cette terre, en 1536, à Jean de Frotté, écuyer, secré-
taire du roi et de la reine de Navarre, duc et duchesse d'Alen-
çon, fils de Jacques de Frotté, sieur de Neufvy, maître d'hôtel
de Charles de Bourbon, connétable de P'rance et de demoiselle
Jacquelte Séguier, pour le remploi des 2.500 livres composant
la dot et le don nuptial de Jeanne Le Coustellier, son épouse.
Il parait résulter d'un mémoire conservé dans le chartrier
de Lonrai, qu'en 1588 Louis et François de Frotté reconnurent,
en présence de Jean de Frotté, leur trère, que cette terre était
tenue du fief de Lonrai ; mais que la régularité de cette
déclaration fut contestée par le seigneur de Damigni.
Ce qui est certain, c'est que le propriétaire de la Rimblière
était sujet à contribuer à l'aménage des meules du moulin de
Lancrel (1).
Lorsque le marquis de Lonrai fut devenu seigneur direct
de Damigni, tout litige au sujet de la mouvance féodale n'eut
plus aucune raison d'être. En 1777, lorsque Samuel de Frotté
rendit aveu au duc de Montmorency, il déclara simplement
que la métairie de la Rimblière était située en entier sur le
territoire de Damigni, à l'exception de deux arpents de terre
(1) Quittance donnée à Samuel de Frotté le 17 juillet 1753, par le sieur
Garnier, pour huit journaux de terre, sujets à l'aménage des meules du
moulin de Lancrel, 4 livres 16 sols. — Archives de l'Orne, E. Famille
de Frotté.
17
216 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII*' SIECLE
situés sur le territoire de Lonrai. Ce qui est plus intéressant,
c'est que dans cet aveu est énoncé le droit de colombier
attaché à la propriété et Texistence d'une fuie à pigeons (1),
l'exemption du service de prévôté et exemption pour lui et ses
fermiers d'être tenus à moudre ses grains au moulin bannal
du dit seigneur.
Le revenu de la Rimblière parait facile à déterminer au
moyen des baux, quoique les conditions en aient assez souvent
varié. C'est ainsi qu'en 1698 elle fut baillée à moitié fruits,
pour 250 livres, plus diverses charges. En 1705, bail également
à moitié, pour 200 livres. En 1722, bail à ferme par la veuve
de Samuel de Frotté, pour 400 livres, de la même métairie
avec des réserves importantes retenues par la bailleresse,
à savoir « le grand corps de logis, cave, poulailler, le grand
jardin, le pré des Ebées, avec son écurie, et fanil dessus,
et celui qui est sur la bergerie y joignant, le hangard dedans
la cour pour lui servir de bûcher, l'herbagement de sa
cavale et poulain et d'une vache et son veau qui seront nourris
avec les bestes des preneurs dans les pastures et regains.
Retenant aussy la dite dame bailleresse deux cents de grosse
paille. Les parties pourront nourrir des volailles et cannes,
sans oyes, pour en disposer séparément et cependant nourrir
à la grange en commun. Retenant aussy tous les chesnes,
ormeaux, tant étroignés que non. S'obligeant en outre les dits
preneurs de nourrir un porcelet avec les leurs, parce qu'elle
le fournira de ses deniers et ce jusqu'au jour qu'elle voudra
l'enfermer pour l'engraisser ».
En 1738, bail à moitié, par le même, pour 250 livres.
En 1767, bail à moitié, par Samuel de Frotté, son fils, pour
350 livres.
Il faut dire que les propriétaires, à cette époque, cherchaient
tous les moyens pour dissimuler le revenu réel de leurs
terres pour échapper à la capitation. Au mois de janvier 1742,
Madame de Frotté mère, toujours taxée aux rôles du dixième
comme propriétaire de la Rimblière, adressa une réclamation
à l'intendant au sujet de ses impositions, excessivement
(1) 1743. Février « J'ai fait faire un pigeonnier dans leliaut du pavillon ».
(Journal de Samuel de Frotté).
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIIl^ SIÈCLE 217
augmentées, disait-elle, depuis huit ans. Ce qui est certain,
c'est qu'il résulte de l'extrait du rôle du dixième qui fut
adressé à M. de Frotté, en janvier 1712, qu'il y était compris
pour la somme de 40 livres.
M. de Frotté avait, en outre, à acquitter sa cote de la capita-
tion pour laquelle il était porté au rôle de la noblesse, à la
somme de 10 livres, en 1702, élevée à 16 livres en 1727 ; à
18 livres en 1734 ; à 27 livres en 1739 ; à 29 livres eu 1742.
Or en janvier 1742, Madame de Frotté mère se plaignait de
ce qu'étant imposée à 30 livres dans le rôle du dixième en
1734, elle aurait à payer cette année, pour son dixième, la
somme de quatre-vingt-treize livres 15 sols, quoiqu'elle n'eut
fait aucune augmentation à sa propriété. Le directeur du
dixième, M. Le Camus, auquel cette requête fut renvoyée,
estimant que, d'après les déclarations de Madame de Frotté,
signées des habitants de Damigni et du préposé, ainsi que du
certificat du sieur Desprès contrôleur (1) la Rimbliére, y
compris les revenus, ne valait que 600 livres de revenu,
déclara qu'il consentait, sous le bon plaisir de Sa Majesté, à
ce que le dixième de la suppliante lût réduit à 60 livres,
décision qui fut suivie d'une ordonnance conforme de
l'intendant.
Il résulte de ces constatations que le régime du métayage
fut adopté presque constamment par les propriétaires de la
Rimbliére à partir de 1698. Aussi Madame de Frotté affirmait
en 1742, que son mari, Samuel, premier du nom, avait
toujours fait valoir la dite terre et, qu'après son décès, elle
avait continué à faire de même jusqu'en l'année 1738 où elle
l'afferma à moitié, pour 250 livres.
A la mort de Madame de Frotté, décédée en sa terre de la
Perrière, le 19 juillet 1744, à l'âge de soixante-sept ans et
sept mois, son fils Samuel fut mis en possession du préciput
auquel il avait droit, en sa qualité d'aîné (2), mais il resta.
(1) Ce certificat, qui existe dans le dossier de la famille de Frotté, est
signé de H. Mallard, René Vienne et M. Girard, syndic de la paroisse de
Damigni.
(2) 11 eut à pa^'er, pour ce préciput, 500 livres à chacun de ses frères,
P. de Frotté et le chevalier, suivant traité fait entre eux le 25 janvier 1745.
Il faisait en outre une rente de 250 1. à M. de Frotté.
218 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIIl*' SIÈCLE
en outre, chargé de radministration de toute la propriété, en
vertu de conventions acceptées par ses frères, à savoir Pierre-
Jean de Frotté, sieur de la Perrière, et Jacques de Frotté,
connu sous le nom du chevalier.
Une note, consignée dans son Livre de dépense, à la date du
mois de novembre 1744, nous apprend que, d'après le rôle de
la taille de Damigni, il y avait dans cette paroisse six cent
seize arpents de terre de toute espèce qui avaient été détaillées,
et en outre quelques fonds dont le détail n'avait point été fait,
mais qui avaient été évalués sur le pied du fermage. L'article
de Jean Rattier est ainsi composé : « Taux personnel 12 livres,
afferme de M. de la Rimblière sa terre, valant de revenu
185 livres ; payera aux 2 sols 9 deniers pour livre, 25 livres
6 sols »
Une requête, adressée par lui à l'intendant, probablement
vers la même époque, expose que les terres labourables
dépendant de la Rimblière avaient été taxées sur le pied de
10 livres de revenu par arpent, comme les meilleures de la
paroisse ; tandis que toutes ces pièces étaient de propriété
différente et, par conséquent de différente valeur, qu'une
partie même était mélangée de cailloux et de peu de rapport.
11 demandait, en conséquence, que la production de ces
terres fût comparée avec celles de la plaine d'Alençon, pour
mettre en évidence qu'elles leur sont de moitié inférieures, et
qu'il en est de même des terres de Badoire, ce qu'il assurait
pouvoir être vérifié par experts choisis dans les paroisses
voisines et connaissant les dites terres.
En 1754 Samuel de Frotté faisait valoir lui-même la terre
de la Rimblière en tout son contenu, dont Jean Rattier était
ci-devant fermier, plus diverses pièces qu'il déclara alors
réunir à son domaine. Le détail en est exposé dans une
intimation par lui faite le dimanche 8 septembre 1754, aux
habitants en général de la paroisse de Damigni, d'avoir à ne
pas le comprendre dans leurs rôles de la taille de l'année
suivante, attendu sa qualité de noble.
Il revint au métayage en 1767 et loua à moitié à René Rocher
toute sa propriété, pour la somme de 350 livres, avec retenues
au profit du bailleur et des charges nombreuses spécifiées
avec précision dans le bail.
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII*^ SIÈCLE 219
Dans rintervalle il avait ajouté à son patrimoine de la
Rimblière plusieurs propriétés et divers morceaux de terre.
En 1731 , une journée de pré dans le Pré-Hains, pour 257 livres,
4 sols, et le champ de la Corneillère. Kn 1741, achat du pré
de la Fuye. En janvier 1744, une journée de terre sur le terri-
toire de Damigni, pour 374 livres, du sieur Frémont, bourgeois
d'Alençon, en janvier 1744 ; la terre du Chêne, louée 300 livres
au mois de décembre 1781 ; la terre de la Barre, louée 270
livres au mois de juillet 1782.
Il avait en outre une rente tontine de 121 Ir. et une rente de
120 livres due par la famille Castaing.
III
Le Livre de compte, tenu par Madame de Frotté et par son
lils aîné Samuel, nous fournit d'ailleurs des renseignements
plus précis encore sur l'administration du domaine de la
Rimblière et sur les améliorations qui y furent réalisées dans
le cours d'environ trois quarts de siècle. Ce livre écrit par plu-
sieurs mains était, en outre, une sorte de mémorial de famille.
C'est ainsi qu'on y trouve les mentions des naissances et des
baptêmes des enfants de Madame de Frotté, comme on l'a vu.
A la date de 1686, on relève cette note intéressante : « Le Iiindy
19* novembre 1686, mon frère de Kougemont est arrivé de
Hesdin où est sa garnison ».
En 1733, Madame de Frotté était en compte courant avec
Gabriel Beaulavon, son métayer. Au mois d'août, elle
avait reçu de lui 247 livres ; au mois de mars 1734, 84 livres ;
120 livres au mois d'avril et 221 livres au mois de mai suivant,
« y compris ce qu'il a donné pour le prébitaire de Cleray et
une pipe de chaux. Fait à la Rimblière, ce 23 may 1734 ».
« Le 5* jour de juin 1735, le dit Beaulavon m'a donné
180 livres de deux bœufs gras vendus à Gacé ; 97 livres de
deux bœufs qu'il m'a vendus et d'une pipe de poiré ; 9 livres
12 sols pour la nourriture de mes bœufs pendant douze jours ;
120 livres, tant du payement de Boisrel et de M. Bourdon, en
loin que autres choses. Lesquels payements rassemblés se
montent à la somme de 406 livres 12 sols, dont jeluy a}' donné
quittance ce jourd'huy ».
220 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIll® SIÈCLE
Le 1*^^ septembre de la même année, vente à Urbain Girard,
cabaretier à Damigni, de quatre pipes de cidre, à 15 livres la
pipe, auxquelles l'acheteur mit sa marque ; plus trois tonneaux
à 18 livres la pièce, dont deux logés dans la grande cave et
l'autre dans la maison du fermier.
C'est seulement à partir de 1735 que ce registre fut tenu
par Samuel de Frotté. Celte date se rapproche de son
mariage avec Marie-Anne Castaing, sœur du receveur des
tailles d'Alencon.
« Le 12 mars 1736, j'ay reçu 51 1. de ma mère, à compte
pour ma part d'une rente de 75 I. qu'elle nous fait.
« L'année 1736, ma mère avait 23 bestiaux sur la terre de
la Rimblière, sçavoir 2 bœufs, 2 bouvards de quatre ans et
2 de trois ans : 4 vaches, 4 génisses dont une avoit trois ans
et les autres deux ans et un petit taureau d'un an, plus
3 juments, un cheval prenant quatre ans et un autre prenant
trois ans ; 2 pouliches prenant deux ans et un poulain prenant
un an.
« Je dois à mon frère le chevalier 4 livres 1 sol, par l'accom-
modement que nous avons fait de ce qu'il me devait de ma
jument, à raison de la jument noire, tombée en son lot, qu'il
me cède le 6 avril 1737 ».
IV
Le Livre de comptes de Samuel de Frotté ne renferme pas
seulement des documents précieux au point de vue écono-
mique (1). Il contient, en outre, une véritable chronique
agricole, particulièrement riche en observations météoro-
logiques qui peuvent servir à compléter la série de celles que
j'ai colligées dans les documents de la même époque (2).
Je crois utile d'en donner ici un relevé :
(1) J'ai cru devoir retenir ces chiffres, ces détails techniques pour une
étude spéciale que Je me propose d'offrir, en toute simplicité, aux petits
comme aux grands cultivateurs de noire réi^ion, pour leur révéler dans le
gentilhomme duxviii« siècle dont J*ai esquisse le portrait, ce a bon mesna-
gier des champs » qui m'a semblé pouvoir leur être proposé comme
modèle.
^2) Phénomènes météorologiques et variations atmosphériques, séche-
resses, pluies, orages, etc., observés en Normandie, principalement dans
l'Orne, par Louis Duval {Bulletin de la Société Hist» et Arch. de rOrne^
t. XII-XXII. Tirage à part, 1903.
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII* SIÈCLE 221
Année 1732. « Le plus mauvais grain qu'on ait jamais vu ».
1737. Novembre. « Le 16, nous avons fini nos bleds tard,
rapport aux pluies qui ont duré depuis la fm de juillet jusqu'à
quelques jours après la Toussaint.
1738. Octobre. « Le 22, nous avons achevé nos bleds ».
1739. Janvier. « La nuit du 17 au 18, il fit une foudre très
très violente qui nous abattit six pommiers dans le plant ».
1740. « Fort hiver, année stérile en bleds, rapport à l'hiver
qui a été très rude. La gelée a duré sur la terre depuis les
Rois jusqu'à la fin de mars, près de trois mois et la neige
presque autant. Les terres froides ont produit très peu de
bled. Les menus grains sont abondants. Nos orges sont
passables. Notre avoine a manqué à lever ».
1741. « Mars et avril ont été très secs et très rudes, surtout
avril, pendant lequel il a presque toujours gelé. Le 5 et le 6 la
glace étoit d'un doigt d'épaisseur. Il a tombé plusieurs gibou-
lées de gresle et de neige. Le dernier jour du dit mois, au
soir, la terre fut couverte de neige.
Cette année est un peu moins stérile en bleds que la précé-
dente, mais il est peu de menus grains. La sécheresse a été
cause que les bleds n'ont point souche et que les menus grains
n'ont pu lever comme il faut. Le printemps a été très rude.
Nous n'avons point eu d'eau de pluie depuis le 17 février que
par orages, encore très peu. Nos blés sont fort chers ; il en est
mort et l'on n'a pas semé assez épais ; nos menus ne valent
guère. Il n'y a point d'herbiers dans les grains.
« Nous avons commencé à semer nos bleds le 3 octobre et
fini le 13 ».
1742. Mars. « Ce mois est remarquable par l'abondance de
neige qu'il tomba, la nuit du 1*'* au 2, jusqu'au 4, par inter-
valles. Elles étoient, dans ce pays, d'un demi pied de haut.
Elles ont duré quinze jours par les endroits, à la Perrière,
d'un pied et demi. Il y en avoit encore le 27.
« Le 2 août, nous avons commencé à couper nos bleds.
Nos menus grains ont été retardés de huit jours, après la
récolle des bleds, parce qu'ils n'étoient pas à maturité.
« Celte année a été abondante en grains dans ce pays ci,
mais il y a beaucoup de nielle. Nous n'en avons cependant
pas, à l'exception de sur le Parc où il s'en est trouvé très peu.
222 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII^ SIÈCLE
Ma mère en a beaucoup à la Perrière ; elle a celte année des
bleds en abondance.
« Cette année est remarquable par la sécheresse qui a
toujours continué ; Tliyver même a été sec, à Texception des
neiges qui sont venues au commencement de mars et qui
étoient hautes. Voilà deux années sèches tout de suite. Il a été
très peu de foins, ce qui Ta rendu fort cher : il valoit ici
3 livres 10 s. le cent, pesé dans le pré. Il a été aussi fort peu
de pois de toute espèce. Les chanvres sont fort rares
aussi, parce que le chenevis n'a su tout lever ; la filasse vaut
10 sols la livre, écrue. Il n'est point de pommes dans ce
canton, mais on a eu des poires en récompense. Dans le pays
du vin, la vendange a été abondante, mais la plupart du
raisin n'a su mourir ; la sécheresse l'en a empêché.
« Le blé se vend jusqu'à 40 sols le boisseau ».
— Octobre. « Nous avons commencé à semer nos blés le
5 de ce mois et nous n'avons achevé que le 25 viron deux
journaux et demi, sous le plant, qui étoient restés faute de
fumier ».
1743. « Le foin est à très grand marché cette année... Notre
orge et nos pois ne valent guère, quoiqu'ailleurs cette année
abonde en toute sorte de grains, ce qui les rend à très grand
marché. Le beau blé vaut 25 sols, l'orge 14 sols ; l'avoine 12 et
les pois et jarosses 14 ».
1744. « Cette année est très abondante. Les grains sont à
viron trois sols meilleur marché que la précédente ».
1745. « Le foin est très abondant cette année ; mais il est
très gâté sur les rivières. Mon pré des Ebées et mon pré Hains
s'en ressentent.
« On a bien eu de la peine, cette année, à faire la récolte,
rapport aux pluies abondantes qui ont duré la plus grande
partie de Tété et surtout le mois d'août qui a été si mouillé
que la plupart des blés ont germé dans les champs étant
coupés. On ne pouvoit les ramasser, parce qu'il ne se passoit
pas un jour qu'il ne plût. Il y en a eu qui ont resté trois
semaines sur Fécot (1), dont la paille étoit toute noire. Nous
(1) Escot, chaume coupé à ras de terre. On dit dans certains pays escoter
i écoter un arbre pour l'étêter.
ou
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII*' SIÈCLE 223
avons attendu le beau temps qui est venu le dernier jour
d*août. Nous avons fait une récolte bien sèche. Il y avoil déjà
plusieurs épis qui germoient sur bout. Le blé a plusieurs
prix : le moins bon vaut 22 et 23 sols ; le médiocre 26 et le
plus beau 30. Il y a beaucoup de paille, mais peu.de grain.
Le blé rend deux boisseaux le nombre. Les menus grains sont
abondants et surtout les pois. En mars le grain a augmenté
de 8 sols par boisseau et Torge, à la semaison, a valu jusqu'à
27 sols.
« Nous avons, cette année, sur la Rimblière cent pipes de
pommes ».
1746. « Cette année est passablement abondante en grains,
quant aux gerbes ; mais ils ont peu rendu. Les blés ordinaires
ne passent pas deux boisseaux, mais au dessous ; Torge viron
deux boisseaux et demi et Tavoine trois et demi, jusqu'à
quatre : le tout s'entend de la nombre (1). Le bled a valu 4 sols
toute Tannée et au dessus et l'orge 30, jusqu'à 32 sols ».
Cette chronique présente ici une lacune de six ans et
Samuel de Frotté lui-même a eu soin de nous en prévenir en
en taisant connnaitre la cause, à la fin de ses notes sur
l'année 1746 :
« J'ay discontinué à mettre en mémoire le produit des
grains de la terre de la Rimblière, pendant six années, parce
que Rattier l'a tenue à ferme de grain pendant ce temps ».
1751. « Les pluies continuelles pendant tout le mois de
juillet, jusqu'au 23 août, ont été cause qu'on a eu beaucoup
de peine à tirer les foins qui ne valent guère cette année,
parce qu'ils ont tous été mouillés ; une partie perdue sur les
rivières. Nous avons fané trois fois plus longtemps que
d'ordinaire ».
1753. « Mémoire des blés, pour le compte de Rattier, qui
est sorti à Pâques. Il y a peu de blé. Total, blé et seigle
84 nombres 8 gerbes. Rattier a eu peu de blé, parce qu'il a
levé très clair cette année, rapport à la grande sécheresse :
le mal a été général. De plus Rattier avoit enterré son blé trop
avant, de façon que la terre étant trop sèche dessous et le peu
(1) Nombre (la), mesure locale.
224 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII* SIÈCLE
de pluie qui est venue n'ayant pu pénétrer jusqu'à la semence,
elle n'a pu lever, faute d'humidité ».
1754. « Observations sur le foin. Il est encore plus rare
cette année que l'année dernière. L'année a été plus sèche,
surtout le printemps ; l'herbe est morte sur les hauteurs.
J'ai fait couper mon foin trop tost, ce qui Ta fait considéra-
blement diminuer à sécher ».
1755. « Blé et seigle. Total 160 nombres. Orge 54. Avoine 30.
Pois gris 10.
1756. « Le foin est abondant cette année. La rivière a
débordé dans le pré des Ebées, où nous n'avons eu que deux
buttes de gâtées à la chute de l'eau de la palle qui a inondé
les veilloches (1). Nous avons eu bien de la peine à sécher le
loin du pré des Ebées. Il a eu de la pluie en veilloches près de
quinze jours, excepté quelques journées et quelques après-
midi que nous éventions les veilloches. Nous avons fané un
jour pour deux heures et demie, le temps d'étendre le foin et
de le ramasser promptement. La grande rivière a débordé, de
façon qu'il y a eu quantité de foin pourri qui avait été mis en
ëtentente et qui étoit resté des quatre à cinq jours sans pouvoir
être ramassé. Cela est cause que le dernier loin est recherché ».
— Octobre. « Arbres fruitiers abattus par les vents et par
la foudre ».
1772. « Nous avons pour tous fruits à cidre cette année sur
la terre de la Rimblière viron trois pipes et demie de poires
et point du tout de pommes qui valent, aux environs d'Alen-
çon, ainsi que les poires, 33 livres la pipe prise sous les
arbres »•
1773. « J'ai logé la Corneillère où il y avoit peu de foin,
surtout dans le pré sur le chemin dont le côté joignant le
grand pré étoit rempli de sonnettes (2) ».
(1) Veilloehe, parvusfoeni camulas. Le Dictionnaire de Trévoux et celui
de Littré ne font mention que de la forme veillote ou veillotte. Le Diction-
naire du patois normand^ de Du Méril donne viellotte et vieilloche.
(2, Le Hhinanthus eristata, connu vulgairement sous les noms de Crista
gain « cocréte, crête de coq, pou des prés, trompe-cheval » et aux envi-
rons d'Alençon sous le nom de c sonnette », a cause de ses fruits à deux
loges, polyspermes, est considéré, par les cultivateurs, comme nuisible aux
prairies. Cette plante est classée par M. A. de Brébisson {Flore de Xor-
mandie, p. 223, Caen, Le Blanc-Hardel, 1869) dans la famille des Scrophu-
lariées.
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII*' SIÈCLE 225
1775. « La levée de foin du pré des Ebées : 49 buttes ont
fait six charretées, dont deux un peu gâtées par la pluie à
laquelle il a été exposé trois jours de suite étendu, ce qui Ta
décoloré ».
1781. « Peu de foin sur les hauteurs; abondance sur la
grande rivière qui a été très vase par le débordement ».
Les travaux agricoles de Samuel de Frotté, le soin avec
lequel il notait dans son journal non seulement tous les faits
qui intéressaient sa propriété, mais aussi tout ce qui concer-
nait l'agriculture du pays le désignaient évidemment pour
être inscrit au nombre des premiers associés de la Société
royale d'agriculture d'Alençon. Il s'y trouvait d'ailleurs en
compagnie de plusieurs voisins de campagne avec lesquels il
était en communion complète d'idées et de sentiments,
l'abbé Coulombet, curé de Saint-Denis-sur-Sarthon et doyen
rural d'Alençon ; M. du Mesnil de Saint-Denis, seigneur de
cette paroisse qui s'associa à son curé pour encourager la
culture et l'élevage par des concours ; M. Bourdon de Badoire
M. Bourdon de TAunai ; M. Chambay, fermier d'Avoise ;
M. Leguernay, fermier de Cerisai. Il a eu un avantage sur
eux, celui de se survivre à lui-même par son Journal agricole,
qui nous le montre jusqu'à la dernière journée de sa vie
toujours la bêche ou la plume à la main : tantôt dans ses
vergers ou dirigeant les travaux de ses domestiques, tantôt
dans le cabinet de travail qu'il avait fait accommoder dans
son logis de la Rimblière.
Il nous reste un autre témoignage de la part que Samuel
deFrotté prit aux travaux de la Société d'agriculture d'Alençon.
C'est une description de charrue des environs d'Alençon,
écrite en réponse à un questionnaire adressé à toutes les
Sociétés d'agriculture par celle de la généralité de Bourges.
Dans le petit registre où j'ai trouvé ce mémoire, on remarque
un extrait du Catalogue de la Bibliothèque de l'intendant
Jullien où figurent des livres d'histoire, de littérature et d'éco-
nomie politique, entre autres Mémoire sur les défrichements.
Amélioration des terres. Spectacle de la nature, VAmi des
226 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIIl' SIÈCLE
hommes, par le marquis de Mirabeau, etc. S'agit-il de livres
mis à la disposition de la Société d'agriculture par rintendant
Jullien ? On est porté à le supposer. Il est dit, en eflet, que ces
livres étaient contenus dans cinq caisses, ce qui indique un
déplacement.
Nous savons d'ailleurs que Samuel de Frotté ne resta pas
étranger au grand courant d'idées nouvelles qui se fit sentir
alors même à Alençon. Son beau-frère Jean Castaing ne
s'était pas contenté de créer un Théâtre de Société, sur lequel
il fit représenter vingt-quatre pièces, de 1753 à 1793, et qu'il
imprima lui-même ; il avait introduit, en outre, la Franc-
Maçonnerie à Alençon où l'on compta alors deux loges,
celle des Cœurs-Zélés, dont il fut le premier vénérable et où il
fut remplacé par M. de Foulongne, et celle de Saint-Christophe
de la Forte Union dont Samuel de Frotté fit partie, ainsi que
MM. Costard de Bursard, l'abbé Daguin, professeur de
physique au collège dAlençon et Le Sage du Parc(l). Il avait
pris, également, de moitié avec ce dernier, un abonnement au
Journal de Bouillon, et l'on eût pu le rencontrer encore avec
lui, en 1789, au Cabinet littéraire situé sur la place de l'Hôtel
de Ville, discutant les questions du jour. Il avait même fini
par se plier aux habitudes d'élégance qui distinguaient la
société polie de son temps et qui convenait, d'ailleurs, à sa
qualité de gentilhomme. Il s'était fait faire un bel habit de
taffetas, avait fait ajouter une bordure d'or à son chapeau
et un bout d'argent à son épée. Son carrosse lui servait à se
faire conduire à Alençon avec M"** de Frotté. Lorsqu'il
ramenait ses amis à la Rimbliêre, il était fier de leur faire
admirer la richesse de son parterre, émaillé de fleurs qu'on
ne voyait que chez lui.
Le potager ne fut pourtant jamais négligé. On sait qu'en
1739 il y avait fait faire un fort beau carré d'artichauts.
En 1787, il fit encore vendre par le jardinier de M. Crochard
pour 17 livres d'artichauts, en lui laissant 3 livres 13 s. de
bénéfice.
C'est en 1771 qu'il fit faire sa serre. Il n'y employa pas
(1) Les Loges ma^'oniiiques d'Aleiiçon. Revue ncrmande et percheronne
iUustréey quatrième année, 1895, p. 289 et suivantes.
UN GENTILHOMME CLLTIVATELU AU XVIir SIÈCLE 227
moins de vingt-sept charretées de pierres de blocage, sans
compter les pierres de taille. Il paya 51 livres 16 s. aux
perreieiirs de la Hantelle, pour l'extraction de ces maté-
riaux.
Au moins pendant quelque temps, René Chouippe, son
domestique lui servit de jardinier, lui tailla ses arbres et
reçut, pour cela, une petite gratification en 1780.
Au mois de mai 1783, il vendit à Tabbé Desjardins, vicaire
de Damigni, six vieilles cloches à melons pour 10 livres 15 s.,
mais en janvier 1787 il acheta, au prix de 6 livres, de Juffé,
vitrier à Alençon, deux grosses cloches, garnies de fil d'archal
et lui céda en outre deux vieilles cloches.
Au mois de mars 1784, il s'était procuré par Saint-Jean,
domestique de M. Bourdon de Badoire, un boisseau de pois
verds cuisants, vendus par M. Martel, de Sées, au prix de
3 livres 6 s. 9 d.
Enfin à la vendue de François Belloche, de Damigni, en
février 1786. Il avait acheté plusieurs outils de jardinage.
Arrivons enfin au parterre.
Vers 1770 il avait mis en réserve, pour M. Baudé, dix-huit
espèces d'oeillets : la Marquise, le Dauphin, Tricolore parfait ;
pour M. Vincent, trente espèces d'oeillets ; pour M. de la
Planche, dix-huit espèces ; pour M. de Livet, douze.
« En 1777, envoi à M. du Chesnay d'Authon de seize espèces
d'œillets, entre autres TEvêque charmant, le Bel Evêque,
TEvêque du Mans, le Cordon rouge, le roi de Maroc, THéroine.
« En 1780, le 2 mars, planté anémones, renoncules et semi-
doubles comme suit : dans l'ovale, en face des croisées de la
salle, renoncules nommées Coqs. Dans la planche opposée,
semi-doubles mêlées, les plus belles ; dans celle du côté
gauche, les plus noires.
« Le 3 octobre 1786, donné à M. des Fontaines, les marcottes
d'œillets ci-dessous, entre autres Sémiramis, Déesse des Roses,
l'Impératrice, l'Archevêque, l'Evèque de Cour, Ruban violet,
l'Evêque d'Orléans, le Doux Evêque, le Violet séduisant,
l'Evêque étranger, l'Adonis, Tircis.
« Envoi au même, au mois d'avril 1787 : Grand Maître,
Prince royal, l'Evêque de Chartres, l'Evêque de Nancy,
l'Evêque d'Amiens, Sylvandre, etc. »
228 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIlP SIÈCLE
Notes sans date. « Reçu de M. des Chesnes 12 livres pour
douze pots d'œillets qu'il a tait enlever ».
« M. Bidon fils doit douze margotes d'œillets ».
Ces noms de fleurs nous disent aujourd'hui peu de
chose. On ne peut y voir qu'un pale reflet des idées du temps.
Mais nous avons la preuve, grâce à Samuel de Frotté, de
l'existence d'une Société de fleuristes amateurs dont il fut un
des principaux membres et qui, d'Alençon, étendait ses rami-
fications jusqu'au fond du Perche et au delà de Falaise.
Le 12 février 1784 un correspondant aimable, spirituel et
maniant l'ironie avec finesse, lui écrivait du prieuré de Chêne-
gallon, près Bellême :
Monsieur,
La votre du 23 de Tautre mois a surpassé l'espoir que j'en a vois
conçu. Le témoignage favorable et juste de M. Salle-Desjardins me
rappelle avec plaisir notre ancienne amitié. Je suis très sensible à
la gracieuse invitattion que vous me laites d'aller voir vos fleurs,
si le hasard m'appelle dans vos cantons. Je ferai plus, j*y irai
exprès, dans la force de la fleur. Ce voiage me procurera une
double satisfaction. Celle de faire connoissance avec vous ne sera
certainement pas la moindre, mais je crains d'avance pour mes
œillets à mon retour. Je ne vous dirai pas combien je serois
enchanté de vous voir ic3% surtout dans le temps des jacinthes, et
je me persuade volontiers que vous ne voudriez pas venir dans ce
pais sans me faige cet honneur.
Je vous tais passer. Monsieur, une boîte renfermant des graines
d'oeillets doubles de la Chine, de bonne giroflée et de choux-fleurs
d'Angleterre, avec des griffes de renoncules et de semi-doubles et
des pattes d'anémones. Vous aurez peu d'espèces de ces dernières
parce que toutes les autres sont en terre dès le mois de novembre.
Il manque aussi quelques renoncules. Mais je vous donnerai le tout
l'an prochain. Si j'ai quelqu'autre chose qui puisse vous taire
plaisir, j'espère qu'à notre entrevue vous me le demanderez avec
autant de liberté que j'aurai d'empressement à vous les procurer...
L'hiver étant une saison où tout est, pour ainsi dire dans une
léthargie ou inaction, surtout l'œillet, je ne conçois pas comment
j'ai pu vous demander des marcottes pour ce temps. Sans être
riche, à beaucoup près dans ce genre, je sçai le temps de les trans-
planter et empoter. Le ton de franchise avec lequel vous avez relevé
ma balourdise m'a beaucoup amusé. Mais vous me permettrez, à
mon tour, de vous dire que vous auriez pu vous dispenser de
m'astreindre à garder scrupuleusement les œillets que vous aurez
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII*^ SIÈCLE 22^
la complaise de m'envoyer. Ah I Monsieur, ignorez-vous que comme
la fourmi n*est pas prêteuse, les fleuristes ne sont pas donnants...
Je ne me rappelle pas qu'on m'ait jamais reproché d'être pro-
digue de mes flleurs. On traitera, si l'on veut, de manie ma façon
de penser qui est de croire qu'une fleur devenant trop commune
perd de son mérite extrinsèque. Nous avons même ici beaucoup
de personnes qui demandent les fleurs les plus précieuses et pas
une à faire seulement le sacrifice d'un louis pour s'en procurer.
Enfin nous n'avons pas un amateur. J'en contente cependant tous
les ans, par des fleurs communes, mais je n'en demande à qui que
ce soit, pas même à un de mes confrères ; dans la crainte qu'il ne
me demande mieux je rejuse celles qu'il m'ofirc. Il est bon de
convenir qu'il a peu de chose.
Je vous prie de faire tenir chez M. delà Fromentinière, conseiller
en l'élection d'Alençon, près la porte de Lancrel, les marcottes que
vous me destinez et de me croire, avec les sentiments les plus
respectueux, etc.
Lemperrière Grandmouun (1).
Le 27 juillet 1785, un autre amateur, de goûts plus modestes,
J.-M; Mignon, vicaire de Lonray, plus tard ami de l'astronome
Lalonde et professeur de physique à TEcole centrale de
rOrne (2) lui écrit :
Monsieur,
Vous avez eu la bonté de me promettre des œillets de ceux que
vous abandonnez comme imparfaits. J'ose profiter de votre bonne
volonté. Je les estimerai et les cultiverai avec soin pour différents
motifs, et ce qui n'est pas digne de vos chapelles fera l'ornement
de nos jardins. Ce sera un acte de bonté de plus de votre part et
dont je serai reconnaissant. Je vous demande permission d'assurer
ces dames de mon respect et vous. Monsieur, de me dire avec les
mêmes senti mens, Monsieur, etc.
Enfin au dos d'une lettre de faire part de la mort de
Mademoiselle de Frotté de Couterne, en date du 27 août 1788,
on trouve une lettre de M. de la Rimblière sans adresse, mais
qui nous fournit une nouvelle preuve de l'existence d'une
(1) Pierre Lempérière était un des religieux du prieuré de Chêne-
gallon en 1784 (Archives de l'Orne. H 951).
(2) Mignon (Jean-Michel), né à Alençon, le 18 janvier 1744, avait suivi à
Paris le cours de physique professé à Louis-Ie-Grand par Sigaud de la
Fond. En 1750 il était vicaire à Cuissai. Il fut directeur de l'Ecole centrale
de rOme de Tan IX à l'an XII. Je lui ai consacré une courte notice dans
les Kphémérides île Van VI II, p. 147-151.
230 UN GENTILHOMME CULTIVATEUH AU XVIII*^ SIÈCLE
Société de fleuristes amateurs à Alençon et jusqu'aux environs
de Falaise, comme dans le Perche :
Monsieur,
Pour m'acquitter envers vous de mes anciennes promesses, je
je vous envoie par la messagerie d'Alençon à Falaise Télite de mes
œillets, en douze marcottes, que vous me demandez, avec leurs
noms et leurs couleurs, comme vous le désirez. Je vous prie d'en
agir de même à mon égard par l'envoi que vous me ferez de pareille
quantité des vôtres et d'éviter d'y comprendre aucun de ceux que
je vous envoyai Tannée dernière ; ils me seroient à charge. Vous y
joindrez, s'il vous plaît, ce que vous me destinez dliyacintes, de la
graine d'œillets de Chine, de balsamines et de giroflées. Je pro-
fite de cette occasion pour vous renouveler les sentiments respec-
tueux avec lesquels, etc.
Nous avons mieux. Dans un carnet intime du comte Louis
de Frotté, Léon de La Sicotière a eu la bonne fortune de
relever les impressions fraîches encore d'une visite qu'il
fit à la Rimblière, à l'époque où il était encore à l'Ecole
militaire (1) et il en a tiré un tableau de famille que nous
sommes heureux de reproduire :
Au modeste logis de la Rimblière, son grand-père et son grand-
oncle tenaient ménage commun à toute la famille » ; mais bons,
aimables, pleins de gaieté et d'entrain. L'oncle, en promenant son
petit-neveu dans ses jardins, lui disait sans cesse : « Mon ami,
chaque arbre que je plante, c'est avec l'espoir que tu te reposeras
sous son ombrage quand tu auras atteint mon âge, et que tu y
penseras quelquefois à ton vieil oncle, qui te regarde et qui t'aime
comme son enfant. 11 est bien naturel, à ton âge, d'avoir le désir de
voir le monde et d'y parcourir une carrière brillante ; mais soit
sûr qu'il vient un temps où l'homme sage, après avoir servi son
Roi, aime et désire la retraite.
Ce n'est que là que l'homme raisonnable trouve le bonheur sans
regrets, lorsqu'il peut faire le bien. Tu as la perspective d'être un
jour plus riche que je ne l'ai jamais été, mais tu ne seras jamais
plus heureux que je le suis depuis que je me suis retiré dans cette
(1) Dans son Livre de raison Samuel de Frotté, à la date du 2 mars 1785,
a placé cette note relative aux titres de famille qu'il fournit à son neveu
pour son admission :
« J'ay mis aux mains du jeune fils de mon frère le chevalier trois pièces
d'écritures en parchemin, pour preuves de noblesse, avec nos armoiries,
dont il m'a donné reconnaissance ».
UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII'^ SIÈCLE 231
terre après la guerre de 1740, ma religion m*interdisant d'espérer
les avantages auxquels j'avais droit comme d'autres » (1).
Le grand-père, qui lui aussi, avait quitté le service de bonne
heure, était le plus aimable homme du monde. Il avait aussi i)lus
d'ambition pour son petit-fîls et vo^'ait avec plaisir toutes ses idées
tournées vers la gloire. Hélas ! il devait lui survivre, et les rêves
de gloire ou de retraite formées par les deux vieillards, au profit
de Tadolescent devaient être tragiquement interrompus. Aucun
même des arbres qu'ils plantaient pour lui n'existe aujourd'hui.
Ombre et rêves, tout s*est évanoui (2).
Cette page qui nous montre, dans le futur chef des insurrec-
tions normandes, un esprit mûri avant lïige et même torte-
ment imbu des idées de son siècle, nous donne en outre
un portrait de son oncle fait d'après nature, tandis que, dans
l'étude qui précède, il ne nous a été possible de deviner son
caractère qu'au moyen de rapprochements de textes ou
d'inductions qui laissent sans doute beaucoup à désirer.
Il nous semble même que souvent quelques voiles nous ont
caché encore ses pensées intimes. Quoiqu'élevé au collège
des Jésuites, quoique ses maîtres lui aient délivré un certificat
de catholicité, quoique lui-même ait été agréé comme parrain
en réglise de Damigni, en 1728, quoiqu'il figure comme
témoin au mariage de J.-B. Déniées, avocat à Alençon, le
9 décembre 1760, et en 1775 au mariage de J.-B. de Chabet,
seigneur de Lignères, avec Marie-Anne de Frotté, il n'est pas
douteux qu'il était resté protestant de cœur. Comme son
père, comme sa mère, morte à la Perrière, comme sa femme
Marie- Anne Castaing, inhumée à la Rimblière, il fut inhumé
dans les formes prescrites par Tédil de Louis XVI sur l'état
civil des protestants. La mort, comme le prouve son Journal,
le surprit la plume à la main, car il se poursuit jusqu'au
n juillet 1789 et il mourut le 13 août suivant. La maladie
de sa femme, au contraire, avait été longue. Elle avait débuté
par un ulcère à la joue droite que soigna M. Dupont (3),
(1) Ces paroles ne semblent pas avoir été dites par le grand-père du
comte de Frotté et il est évident qu*il y a ici une interversion des noms
des personnages, le grand-père étant mis à la place de Toncle et
réciproquement.
(2) L. de La Sicotière, Louis de FroW* et les Insurrections normandes,
t. 1, p. 14.
(3; Jacques Dupont avait été reçu chirurgien à Paris le 12 décembre 1758.
18
232 UN GENTILHOMME CULTIVATEUR AU XVIII* SIÈCLE
chirurgien au commencement de 1786. Une sœur du curé de
Kadon, M"* Paris, qui se mêlait de médecine, déclara ensuite
qu'il s'agissait d'un cancer, mais que le mal était trop invétéré.
M. Libert (1) qui fit quatorze voyages à la Rimblière pour
soigner une fistule lacrymale dont soufi*rait Samuel de Frotté
et qui l'avait guérie (honoraires 22 livres 10 s.) tut enfin appelé
auprès de sa femme, lorsqu'il n'y avait pour ainsi dire plus
d'espoir (le 14 juin 1787). Elle mourut le l*"" novembre sui-
vant, entre six et sept heures du soir. Pour la faire inhumer,
M. Castaing avança l'argent fourni à M. Le Sage tant pour la
requête qu'il fallut présenter que pour son extrait mortuaire.
Les mêmes formes durent être observées pour Samuel
de Frottéj décédé le 20 août 1789. L'abbé Desjardins, son ami,
vicaire de Damigni, dut se borner à enregistrer la déclaration
d'inhumation qui suit, conformément à l'édit de 1788 :
« Nous Samuel Poulet, Conseiller du Roi et de Monsieur,
« leur Commissaire de police en la ville d'Alençon et dépen-
« dances du bailliage d'Alenzon, y demeurant, soussigné,
« certifions à qui il appartiendra que ce jourd'hui, 21® jour du
« mois d'août 1789, sur les viron sept heures du matin, avons
« vu mis en terre le corps de defi*unt messire Samuel de Frotté,
« écuyer, sieur de la Rimblière, paroisse de Damigny, veuf de
« dame Marie-Anne Castaing. Fait et délivré le présent
« présence des parents et amis du deffunt qui ont signé avec
« nous le dit jour et an, pour leur servir et valoir ainsi qu'il
« aviseront bien, conformément à l'édit du Roi de 1788.
« Le chevalier de Fkotté, neveu, de Frotté, neveu,
« LoppÉ, Poulet. Enregistré comme dessus le dit jour et an.
« Desjardins, vicaire.
Louis DUVAL.
Pendant la révolution il remplit les fonctions d'officier de santé au
3* bataillon des X'^olontaires de l'Orne.
^1) François Libert avait été reçu docteur en médecine à la Faculté de
Caen le 8 février 1779.
pour (e VI^IGÏÏ^-CINQUIÈ^E ANNIVERSAIRE
de la Société Historique et Archéologique de l'Orne
DIPTYQUE
EN DEUX SONNETS
L'HISTOIRE
J^ai regardé s'enfuir, au large de VIJisioin\
Les grands faits du Passé comme de grands bateaux ;
On les nomme de loin quand- ils fendent les eaux.
Majestueux et lents, tout alourdis de gloire.
Près du bord, où le phare a fait la nuit moins noire,
Naviguent doucement, parmi des i?ols d'oiseaux,
Les barques, humbles sa'urs des immenses vaisseaux ;
Elles portent des noms qu' ignore la mémoire,
Elles portent des noms qui nous sont chers pourtant ;
Etfai bien reconnu^ tout près de moi flottant^
L'HISTOIRE DE CHEZ NOUS, petite barque à voile.
Peut-être quelque jour, d'un élan libre et fier,
Sur les chemins mouvants où la guide une étoile,
U HISTOIRE DE CHEZ NOUS prendra la haute mer,
J. GERMAIN-LACOUR.
LA PIERRE
La Pierre a dit : Je suis à jamais le symbole
De ce qui traîne à terre et pèse lourdement ;
(Test en çain que/aspire^ en mon accablement.
Vers l'étoile qui brille et çers Voiseau qui oole.
Or VHomme a répondu : J'aurai Vaudace folle
De te faire à ton tour reine du firmament ;
Tu connaîtras la fin de cet affreux tourment
Où depuis si longtemps ta plainte se désole.
Et voici que des monts, des plaines, des forêts,
S'élancent çers le ciel les granits et les grès :
C'est le triomphe ailé y dans Vazur, de la Pierre...
Mais ri est-il pas ailleurs un miracle pareil.
Lorsque notre âme, dans V Amour ou la Prière,
Plane loin de sa boue et tout près du soleil I
J. GERMAIN-LACOUR-
;. - BiblktlùquL- : i:oisiiii- lUi Viil-lHeu. — Retiré /mi- M. F-'lix llrmanl.
LES BOISERIES
DE LA
BIBLIOTHÈQUE D'ALENÇON
Nous iVavons pas l'intention de raconter ici comment s'est
formée la Bibliothèque d'Alençon, les vicissitudes par les-
quelles elle a passé, Torigine et la nature des divers fonds qui
la composent. Nous n'avons pas davantage le dessein de faire
une étude archéologique sur le monument qui recèle ces
richesses.
Notre étude n'a d'autre objet que de mettre une fois encore
en valeur les magnifiques boiseries qui la décorent en les
reproduisant, d'une façon plus technique, pour la première
fois, en cherchant à fixer leur origine, en racontant enfin les
péripéties qu'elles eurent à subir pour échapper au vanda-
lisme révolutionnaire et pour devenir la propriété de la ville
d'Alençon qui les conserve avec un soin jaloux.
Ces boiseries ont été plusieurs fois décrites et reproduites (1).
La plus ancienne description qui en a été faite, à notre
connaissance, depuis leur arrivée à Alençon, a paru dans
l'Annuaire de VOrne de 1808 et a pour auteur Louis Dubois,
bibliothécaire ; elle est d'une scrupuleuse exactitude.
Après avoir raconté que la Bibliothèque avait été installée
dans l'ancienne chapelle du collège des Jésuites, bâtie vers
1620 et divisée, sous la Révolution, en deux étages pour y
(1) Voir surtout L. de La Sicotikre : Le Département de VOrne archéo-
logiqae et pittoresque^ Laigle, Beuzelin, 1845, p. 291, et Louis Duval ;
La Bibliothèqae et le Muèé*» de sculpture d* Alençon, dans la Normandie
monumentale et pittoresque, Orne, Le Havre, Lemâle, 1896-1897, 2 tomes
en un vol., l*^* partie, p. 31, photograv. — M. Félix Ravaisson trouve les
boiseries « splendides » : F. Ravaisson : Rapport sur les Bibliothèques de
V Ouest, Paris, Joubert, 1841, p. 245.
236 LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE d'aLENÇON
installer TEcole centrale ; après avoir dit que la partie supé-
rieure qui servait alors de salle de dessin, devint, après la
suppression de cette école, la Bibliothèque de la ville, Louis
Dubois décrit ainsi les boiseries qui, arrivées depuis peu de
la bibliothèque de la Chartreuse du VaUDieu, avaient été
mises en place par Delarue, l'architecte du département (1) :
« Au pourtour sont distribuées vingt-six cases d*armoires,
ornées de riches chambranles en menuiserie de la plus belle
exécution et terminées à leur partie supérieure par des tra-
verses entières, enrichies d'ornements et de cartouches fleu-
ronnés ; ces cases reposent alternativement sur un lambris
d'appui, formant armoire pour placer les manuscrits et les
objets les plus rares. Au-dessus de ces armoires et de ces
colonnes, on remarque un riche entablement composé d'ar-
chitraves, de frises et de corniches d'un style composite,
orné à sa Irise de consoles, de galbes, enrichi de feuilles
d'acanthe. Cette distribution forme des métopes baiiongues
ornées de médaillons et de cartouches, avec des guirlandes de
lauriers qui s'agrafent aux consoles » (2).
Nous ne pouvions donner de ces boiseries une description
plus exacte. Cependant nous étudierons encore leur facture
avant d'en raconter l'histoire.
Parmi les vingt-six armoires sculptées, on remarque que
les mêmes motifs sont répétés plusieurs fois. Il y en a six
(1) Ces boiseries correspondaient aux travées ou armoires de la biblio-
thèque. Ne pas confondre avec les boiseries de la chapelle du Val-Dieu qui
sont aujourd'hui dans l'église de Mortagne et dont M. de la Sicotirre a
donné une magnifique reproduction. — L. de La Sicotièrk, ibid, p. 2i>0.
(2) Annuaire de VOrne pour 1808, Alençon, Lepernay, 1808, p. 99. —
Une autre description qui ne manque ni de savoir ni de pittoresque est
due à un certain Morel, qui a laissé un manuscrit sur Alcnçon et ses
monuments, daté de 1805, appartenant à M. Tournoiier, à qui nous devons
cette obligeante communication : « L'église, qui était fort belle, a été par-
tagée en deux étages par le moyen d'un vaste plancher. Le bas, ou rez-de-
chaussée, d'un Heu d'adoration et de culte divin a été changé en le lieu le
plus profane; c'est un théâtre qui a pris la place du chceuret du sanctuaire.
La, ceux qui tout des tours de gobelets, de gipesicre, de physique, toutes
sortes de spectacles, la comédie, les danses, les concerts, etc., trouvent
toujours une place assurée. L'étage supérieur a une destination plus noble.
C'est là qu'est placée la bibliothèque publique... La boiserie et les tablettes
sont superbes, d'un très beau dessin et ornées d'une sculpture correcte et
hardie. Jamais la ville d'Alençon n'aurait pu faire exécuter un travail aussi
cher et aussi accompli. Mais il n'en a coûté que les transports ; ce chet-
d'œuvre de l'art a été pris à la riche abbaye du Val-Dieu, proche Mortagne ».
UN. - Hibliothèque : Détails de la Frhe.
{IMfvê dp M. Félix Jlesnartl).
LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE d'aLENÇON 237
différents que nous reproduisons ici après les avoir scrupu-
leusement relevés et dessinés.
Le style est composite ; on ne saurait l'attribuer ni au style
Louis XV, ni au style Louis XVI. La guirlande est Louis XV;
si elle était Louis XVI elle serait plus contournée et moins
plate. Les feuilles sont grasses et sculptées plutôt lourdement.
Les carrelages en losanges, formant remplissage autour des
médaillons, indiquent au contraire l'époque de la Régence.
Seuls les médaillons et cartouches couronnant le cinire des
armoires, sont d'un style plus pur, plus riche et splendidement
taillés à même le chêne. On voit, en effet, par une inspection
minutieuse des sculptures, que les artistes ont taillé franche-
ment d'une main sûre, en plein chêne.
La tradition rapporle que ces boiseries furent exécutées par
les religieux eux-mêmes, dans le cours du xviii'' siècle (1).
Il semble qu'on doive s'arrêter aujourd'hui à cette opinion.
Malgré bien des hypothèses émises, un fait parait certain :
c'est que ces boiseries ne sont pas du même artiste ; après un
examen attentif on s'aperçoit facilement qu'elles n'ont ni la
même facture, ni la même manière. Certains motifs sont
hardiment sculptés, d'autres sont plus timides, plus hésitants,
plus mous. On croirait que le sculpteur était moins maître de
son coup de ciseau, plus indécis sur la forme définitive qu'il
donnerait à son œuvre.
Nous ignorons donc à quelle époque et par qui ces boiseries
furent exécutées. Aucun texte précis ne peut nous renseigner
sur ce sujet. Les livres de compte des moines sont muets.
D'ailleurs ceux que nous possédons remontent à l'année
1753 (2), et nous en aurions de plus anciens que nous ne
saurions y trouver, sans doute, les renseignements cherchés
si, comme nous le supposons, ce travail a été fait par les
moines eux-mêmes.
Le style, avons-nous dit, est du milieu du xv!!!*" siècle.
L'histoire corrobore cette opinion. En effet, le monastère du
(1) Cette tradition est mentionnée par L. de La Sicotikrb, ibid., p. 175, et
par H. Geraud : Visite à la Bibliothèque et aux Archii'es d^Alençon^ dans
la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1840, t. 1, p. 535.
(2) Journal des Dépenses de dom Jacques Déjort, commencé le 20 mars
1753. (Arch. de l'Orne, H 2616.)
238 LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE D'aLENÇON
Val-Dieu, en partie détruit au xvi« siècle et reconstruit tant
bien que mal, fut complètement transformé au xviii'* siècle.
Sur un plan, gravé en 1769, par le R. P. Miserey, quelques
années après la restauration complète du monastère, rempla-
cement de cette bibliothèque est très nettement marqué (1).
« La Bibliothèque, affirme M. de la Sicotière(2), excitait Tad-
miration de tous ceux qui la visitaient. Sur huit mètres de lar-
geur elle avait vingt mètres de longueur, et contenait dans
de magnifiques armoires 2.151 ouvrages et 3.510 volumes... »
*
Mais voici la tourmente révolutionnaire.
Lorsqu'en 1789 l'Assemblée Nationale eut décrété la confis-
cation et la vente des biens du clergé, le district de Mortagne
nomma des commissaires pour faire Tinventaire des biens du
monastère du Val-Dieu, situé à deux lieues de Mortagne.
Quand ces commissaires eurent accompli leur mission et
rédigé leur inventaire, ils prièrent les moines d'apposer leur
signature au bas du document et d'exprimer leur avis sur la
destination à donner à leur bibliothèque. Les moines accep-
tèrent cette offre avec bonne grâce (3) et émirent le désir de
voir leur bibliothèque transportée à Alençon pour y demeu-
rer.
Ce vœu ne devait se réaliser que dix ans plus tard. Dans
l'intervalle les boiseries et la bibliothèque coururent les plus
grands dangers.
{\) y oavelle vue de la Chartreuse (la Val- Dieu , levé et dessiné par le
R. P. Miserey, religieux bénédictin, gravé par V. J. B. de Poilly, en 1769,
publiée dans la Normandie monumentale, Orne. Ibid., 2« partie, p. 194 :
La Chartreuse du Val-Dieu^ par M. Tabbé Desvaux.
(2) La SicoTiÈRE, ibid., p. 175.
(3) Invités, ainsi que la municipalité de Feings, à émettre leur sentiment
sur la destination qu'il convenait de donner à leur bibliothèque, les bons
pères... signalent les inconvénients d'une vente sur place ; ce n'était qu'à
Paris que cette pouvait avoir lieu avec avantage, si mieux n'aimait le
département conserver le tout. On trouve encore leur avis écrit au bas de
l'inventaire des livres du Val-Dieu signé par eux et par les commissaires.
(Archives de la Préfecture). — La Sicotikre, ibid, p. 175. — Il nous a été
malheureusement impossible de retrouver cette pièce aux Archives de
l'Orne. — Petald rapporte ce même fait, ibid., p. 535.
Albnçon. — Bibliotlièque : PUn et Coupe en Elévation.
{D'aprisV «Annuaire de l'Orne n de i8io)
Plan du 1°'' Etage (état actuel). — lielei-é par M. Félix Besnard.
y)
LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE d'ALENÇON 239
La Convention, par son décret du 28 frimaire an II, avait
nettement manifesté son désir d'assurer dans toute la Répu-
blique la conservation des monuments. Son décret, malheu-
reusement, n'eut pas partout la même efficacité, car il deman-
dait à la fois du goût et de la tolérance, qualités qu'on ne
rencontre pas toujours chez les administrateurs de districts
et chez les membres des sociétés populaires.
Précisément, la société populaire de Mortagne et les admi-
nistrateurs du district où était l'abbaye du Val-Dieu qui
possédait les riches boiseries, ne paraissent pas avoir, à
l'origine, fait preuve d'un grand sens artistique ni avoir
compris l'importance des pouvoirs dont le décret de la Con-
vention les avait investis. Dans les procès- verbaux des séances
de la Commission temporaire des Arts que nous avons
scrupuleusement dépouillés aux Archives Nationales, nous
trouvons en effet mention d'une lettre fort intéressante du
citoyen Payes, ingénieur des travaux publics dans les districts
de Mortagne et de Bellème. Le citoyen Payes, qui sans doute
connaissait la valeur des boiseries du Val-Dieu et appréciait
la richesse de sa bibliothèque, désolé de l'incurie dont il était
témoin, appelle l'attention du Comité d'Instruction publique
sur la nécessité de conserver les monuments des arts dont on
ne s'occupait pas (1).
Nous avons pu retrouver cette intéressante lettre qui nous
montre l'extraordinaire étroitesse d'esprit des membres de la
Société Populaire de Mortagne :
« Dans la séance de la Société Populaire de Mortagne du
5 prairial, écrit Payes, j'eus Toccasion de faire une sortie contre
l'esprit destructeur dont je voyais déjà le poison se glisser parmi
nous sous les couleurs du patriotisme. Vos profondes instructions
sur la manière d'inventorier les productions des arts et des sciences,
celles de Grégoire sur la Bibliographie m'avaient déjà éclairé sur
les manœuvres perfides de nos ennemis pour anéantir toute supé-
riorité en ce genre sur les autres nations. Je ne crus pas mieux faire
<1) « Le président fait lecture d'une lettre de l'ingénieur des Travaux
publics dans les districts de Mortagne et de Bellème sur la nécessité de
conserver les monuments des arts dont on néglige de s'occuper dans ces
districts. La Commission renvoyé cette lettre au comité d'Instruction
publique ». — Procès-verbaux des séances de la Commission des Arts,
séance du 15 prairial an II. {Arcn. \at. A F 17 7", f« 91).
240 LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE d'aLENÇON
que de lire à mes concitoyens quelques fragments de ces ouvrages
et le peu de réflexions (|ue j'}' ajoutai (pour désigner plus particu-
lièrement le genre de dévastation dont j'avais été témoin), restant
bien au-dessous de la vigueur de vos idées, ne fut qu*un avertisse-
ment, une invitation de s'en rapporter aux autorités constituées et
aux gens d'art avant de rien détruire et un délaj* demandé jusqu'à
ce qu'un ouvrage plus pressant (la salle de Société Populaire) fut
achevée.
Qu*ai-je obtenu pour toute réponse ?
Des improbations tumultueuses, des inculpations même dont la
fausseté plus encore que l'aigreur m'annoncèrent bien que je
n'avais rien à craindre. Elles ont été suivies de mon exclusion de
la Société
Jetez un regard de lumière sur ces aveugles qui n'ont pas encore
vu la raison. Eclairez-les sur leurs propres intérêts. Invitez même
toutes les sociétés populaires en retard sur cet objet et particuliè-
rement celle de Mortagne à nommer au plutôt des commissaires
pour inventorier les monuments des arts et des sciences. Le soin
qu'on leur verra* prendre à remplir leur mission fera peut-être
sentir que le salut de la patrie tient à la conservation des arts.
Alors ces citoyens, qu'un excès de zèle patriotique a sans doute
égarés, cesseront de s'écarter des bornes que vous avez su poser
pour garantir les arts et les sciences du choc impétueux du char de
la Révolution » (1).
Payes écrivit dans le même sens à la Commission des
Travaux publics. Il se plaint de la négligence et même de la
mauvaise volonté des administrateurs du district à nommer
des citoyens experts pour la confection des catalogues des
bibliothèques, pour la recherche et Tinventaire des objets de
science et d'art (2).
L'administration avait pourtant invité la Société Populaire
le 14 germinal à nommer ces commissaires. Elle répondit le
(1) Arch. Nat., F 17 1044, Orne : Copie de cette lettre fut envoyée au
Comité de Salut Public de la Convention et à la Commission temporaire
des Arts,
(2) La Commission des Travaux publics fait parvenir à celle des arts des
observations du citoyen Payes, ingénieur des travaux publics dans le
district de Mortagne et de Bellême. Ce citoyen se plaint de la négligence et
même de la mauvaise volonté des administrateurs de ce district à nommer
des citoyens experts pour la confection du catalogue des bibliothèques, la
recherche et l'inventaire des objets de science et art. La commission arrête
qu'il sera écrit aux administrateurs du district de Mortagne et de
Bellême pour les inviter à rendre compte du résultat de leur traitait d ce
sujet. Uauteur de la dénonciation ne sera point désigné dans la lettre,
Arch. Nat., A F 17 7, p. 121. Note et arrêté de la Commission des Arts^
séance du 20 messidor an II.
Les fiOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE d'aLENÇON 241
5 floréal ne pouvoir trouver des sujets qui se livrassent au
travail. Depuis, le Directoire lui proposa quelques noms
a et le choix n'a pas été fait à cause qu'il aurait pu tomber
sur jdcs citoyens qui auraient pu ne pas plaire et qui auraient
pu se lii>rer au travail 9 (1).
La mauvaise volonté de la Société Populaire était évidente.
Les Sans-Culottes de Mortagne, malgré leurs adirmations, se
souciaient donc peu des instructions de la Convention ou.
dans leur zèle, les interprétaient mal (2).
La Commission des Arts, à qui la lettre fut envoyée, avertie
de ces faits, décida en conséquence d'écrire aux administra-
teurs du district de Mortagne et de Bellême pour les inviter à
rendre compte des résultats de leur travail.
Il est probable que cette lettre produisit son effet car, le
8 brumaire an III, le Directoire du district, se passant proba-
blement du concours de la Société Populaire, nomma com-
missaire de Bibliographie le citoyen Bonhomme, qui s'était
acquitté avec soin de l'exécution des catalogues dans le dis-
trict de Laigle (3). I..e citoyen Gros, de Mortagne, lui fut
(1) Note des administrateurs du Directoire au district, en marge de la
lettre de Payes. Delestangest du nombre des signataires. La lettre de Payes
était certifiée par le Conseil général de la commune, par les adminisirn-
teurs du Directoire du district de Mortagne et envoyée par ces derniers.
Arch, Nat., F 17 1044, Orne.
(2) Le citoyen Pizet écrit de Mortagne que a la Société Populaire de la
même ville a reçu six lettres, une de la commune d'Avalan, une des
sections et une de la Société Populaire de Saint-Quentin, tendantes à
engager les citoyens de Mortagne a marcher sur Paris. Les trois autres
sont : l'une de Bernay, une de Soissons et une de la Côte-d'Or. Celles-ci
respirent le patriotisme, elles ont été lues et applaudies. Les Sans-Culottes
de Mortagne se feront toujours un devoir de se rallier aux Patriotes et
tVobéir aiix décréta rendus par la Convention. — Procès-verbal de la
Convention Nationale, 15 Juillet 1773.
(3) Les administrateurs du Directoire du district de Mortagne firent
part de cette nouvelle le 19 frimaire an III à la commission temporaire des
arts, a4Jointe au Comité d'Instruction publique.
« L'administration ayant successivement nommé, pour le classement
des livres des diverses bibliothèques, différentes personnes qui n'ont pu
accepter cette fonction, un citoyen qui avait à en remplir une semblable
dans le district de Laigle a enfin pu fixer son choix. Ce commissaire est en
activité et déjà son travail donne lieu de croire qu'il aura terminé ses
opérations dans un mois. Elles présenteront tout ce qui est demandé. On
peut évaluer le nombre des volumes dont il offrira bientôt la nomencla-
ture à 14 ou 15.000. — Arch. Nat„ P 17 1044.
19
242 LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE D*ALENÇON
adjoint le 2 frimaire suivant, mais à ce moment un grand
nombre d'objets d'art avait déjà disparu (1).
Le district de Mortagne, du moins, n'en connaissait pas,
car, le 20 pluviôse an III, l'agent national près ce district
repondait à la Commission temporaire des Arts qu'il ne possé-
dait en fait d'objets d'art qu'un télescope... (2).
Il avait sans doute envoyé trop de statues précieuses au
Creuset national (3), trop d'or et trop d'argent à la Conven-
tion (4).
La Commission, devant une semblable pénurie, renvoyé la
lettre au comité de physique et il ne fut plus, à notre connais-
sance, question de Mortagne à la Commission. C'était le
20 pluviôse an III (5).
(1) Louis DuvAL : Lps Commissions des Arts dans VOrne, dans : Réunion
des Sociétés des ))eaux-Arts des départements, 12» session, 1888, Paris,
l'Ion, 1888.
(2) L'agent national près ce district de Mortagne écrit à la Commission
de l'Instruction publique, le 14 pluviôse an III :
« J'ai reçu votre circulaire avec votre arrêté du 12 vendémiaire dernier
le neuf de ce mois...
« Je me suis fait rendre compte, citoyens, des inventaires des objets
mobiliers appartenant à la nation et destinés à être vendus et j'ai remar-
qué qu'il n'e-xistait aucunes pendules à compensateurs ny autres propres à
l'objet de votre demande.
<< 11 existe seulement un télescope conservé lors de la vente des maisons
religieuses. S'il eût existé quelque morceau précieux et digne d'être
conservé, vous pouvés cuider qu'il l'aurait été... » — Arch. Aa^, F 17
1()44.
(3) L'agent national du district de Mortagne écrit à la Convention que
les gros et petits saints sont en marche pour se rendre au creuset national
et subir la métempsycose. — Procès-verbaux de la Convention Nationale,
séance du 4 ventôse an II.
(4) Les administrateurs du Directoire du district de Mortagne annoncent
à la Convention Nationale qu'ils lui envoient 270 marcs 1 once 2 gros
d'argenterie des églises de ce dist.» ict. — Procès-verbaux des séances de la
Convention, 9 ventôse an II.
Les administrateurs du district de Mortagne annoncent qu'ils envoient
à la Monnaie 111 marcs 2 onces 7 gros d'argenterie, 1 marc 1 once d'or et
97 marcs 5 onces 3 gros de galons et étoffes brochées d'or provenant de
plusieurs églises de leur district. — Procès-verbaux de la Convention
yationale, T2 pluviôse an II.
(5) La Commission renvoyé à la section de physique uue lettre du
district de Mortagne qui dit ne posséder en objets d'arts qu'un télescope.
— Séance de la Commission des Arts, 20 pluviôse an III. Arch. Xat.,
F 17 8, f. 84.
Ale.sçon. — Bibliothèque : Les quatre Evaiigêlistcs.
(Clichés lie M. Pierre (iiraiid/.
LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE d'aLENÇON 243
Quelques jours plus tard, le 14 ventôse an III, la Société
Populaire de Mortagne, le Rocher de Mortagne, dont le van-
dalisme avait outré le citoyen Payes, se montrait plus avisée
en réclamant au district les boiseries du Val-Dieu pour orner,
sans doute, la salle de ses réunions...
Il ne fut pas donné suite à sa demande, mais Delestang,
dont on connaissait la science et le goût (1), lut chargé par
le Directoire du district, le 1*"* floréal de la même année, de
veiller au transport à Mortagne des livres et des boiseries de
la bibliothèque du Val-Dieu et d'assurer leur conservation.
Cinq mois après, les boiseries et les livres reposaient encore
au Val-Dieu et le district de Mortagne, par délibération du
2() brumaire an IV, sollicite de l'autorité supérieure la faveur
de « procurer à la commune de Mortagne l'établissement
d'une Bibliothèque Nationale et son placement défliiitif dans
ses murs » (2).
Quelques jours après, le 30 brumaire, le Directoire s'occupe
de la réalisation pratique de ce projet. On propose, lisons-
nous dans les délibérations du district, « l'ancien dortoir des
sœurs hospitalières occupé actuellement comme salle de cou-
pure dans l'atelier de confection et d'habillements militaires
pour être transformé en bibliothèque. On le meublerait en y
adaptant les boiseries du Val-Dieu, ou comme il est à crain-
dre, si rinsulTisance de hauteur des plafonds ne le permettait
pas, on échangerait ces boiseries contre d'autres plus en rap-
port. Considérant aussi qu'il est nécessaire et urgent qu'il soit
indiqué un citoyen dont les lumières et les connaissances en
littérature soient un titre pour obtenir d'être proposé et
nommé à la bibliothèque du district, est nommé à cet effet le
(1) Dblkstang est l'auteur de divers ouvrages imprimés et manuscrits
d'une certaine valeur. S. E. Frkrb : Manuel du Bibliographe Normand^
Rouen, 1857-1860, 2 vol.
(2) « Considérant que par l'arliele 7 du décret du 28 frimaire an 11, la
convention a manifesté sa volonté d'assurer dans toute la République la
conservation des monuments
« Considérant que le nombre des différents ouvrages dont le catalogue
a été formé par les commissaires s'élève à prés de 2.600....*.
« Arrête, ouï le procureur syndic, que telle autorité, commission ou
ministre qu'il compte sont instamment priés de procurer à la commission
de Mortagne, l'établissement d'une Bibliothèque Nationale et son placement
définitif dans ses murs ». — Archives de l'Orne, série L (complètement non
inventorié) : Administration du District de Mortagne.
244 LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE d'aLENÇON
citoyen Delestang un de ses membres, connu pour avoir
rédigé Thistoire de lacy devant province du Perche, 3 volumes
manuscrits, et par ses connaissance dans la botanique, pour
avoir composé plusieurs volumes d'herbiers, de plantes
naturelles, en conséquence arrête que le citoyen Delestang est
autorisé et chargé de veiller au transport des biens du Val-
Dieu en cette commune, d'en diriger le placement ainsi que
des boiseries pour les contenir, soit que celles du Val-Dieu
servent, soient qu'elles soient échangées par des boiseries
ad hoc » (1).
Mais le ministre de la guerre réclama le local que le direc-
toire du district convoitait. On songea alors à la maison de
l'émigré Blaru. « Elle aura l'avantage, étant plus haute de
plafond, de pouvoir utiliser telles quelles toutes les boiseries
de la bibliothèque du Val-Dieu » (2).
11 faut croire que des difficultés surgirent qui empêchèrent
la réalisation de ce projet, car près d'un an plus tard, le
28 fructidor an IV, le domaine du Val-Dieu était adjugé en
totalité à Jean-Nicolas Tou^tain, de Châlons-sur-Marne, pour
85.000 livres. La bibliothèque et les boiseries n'avaient pas
encore été enlevées, mais il avait été stipulé dans l'acte
d'adjudication que les lambris et les boiseries de la biblio-
thèque ne pouvaient faire partie de la çente, pas plus que les
colonnes de marbre de l'église. Les scellés furent mis sur la
bibliothèque (3). i
Le sieur Toustain, qui avait payé 85.000 livres le monastère,
voulait en faire une bonne affaire. Il démolissait tout.
« Je veux payer le Val-Dieu, écrit-il au département le
25 thermidor an V ; je veux par des actions frappantes rassu-
(1) 2« registre du directoire du district de Mortagne. Archives de VOrne,
série L.
(2) 21 frimaire : Le local proposé pour la bibliothèque étant réclamé par
le ministre de la guerre qui maintient les magasins de confection, on
propose la maison de l'émigré Blaru servant actuellement au district.
Elle aura l'avantage, étant plus haute de platon4« de pouvoir utiliser telles
quelles toutes les boiseries de la bibliothèque du VaNÔièu. — .Archives de
VOrne f série L, ibid. Registre du directoire du district. ~ Délibération du
21 frimaire.
(3) Cf. sur ce siyet Archives de VOrne^ série Q (non complètement
inventoriée), et l'étude très documentée de M. Louis Duval : Les Commis-
sions djf» Arts dans VOrne, déjà cité. C'est à cette étude que nous emprun-
tons leé détails qui suivent.
LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE D*ALENÇON 245
rer les amis du Gouvernement; je veux au prix de ma vie (1)
participer au triomphe de la République ».
Et Toustain, dans son zèle, pénétrait, malgi'é les scellés qui
avaient été fixés (2), dans la bibliothèque, y introduisait des
étrangers à Tinsu des autorités constituées.
L'administration du canton de Mortagne s*émut. Elle
requit le juge de paix du canton de s'y transporter, de dresser
procès-verbal de tout et de réapposer les scellés. Elle fit part
au département des actes de vandalisme de l'adjudicataire.
« La clameur publique vient de nous apprendre que le citoyen
Toustain, adjudicataire du Val-Dieu, fait enlever tous les matériaux
de démolitions, ainsi que différentes boiseries. Nous venons d'ap-
prendre que les meubles s'enlèvent très rapidement et qu'il est
temps d'y remédier. L'administration vous observe aussi, citoyens,
qu'il est urgent qu'il ait un nouvel inventaire fait de la bibliothèque
ou au moins qu'il soit vérifié, afin de connaître s'il y a quelque
chose d'enlevé. Nous croyons qu'il est . de toute impossibilité que
l'adjudicataire n'ait pas connaissance de la brisée des scellés. Nous
vous invitons de nommer des commissaires pour faire cette vérifi-
cation d'inventaire et de leur accorder une indemnité. Vous êtes
aussi invité de nous faire l'envoi de l'inventaire qui vous a été
adressé par l'administration de district concernant cette même
bibliothèque. »
Le citoven Toustain fut déclaré déchu de ses droits et
l'administration centrale du département, « considérant que
l'intérêt général exige qu'on assure au Gouvernement la
conservation de la bibliothèque », approuve les décisions de
l'administration municipale de Mortagne, ordonne au juge de
paix de vérifier autant que possible les enlèvements et sous-
tractions qui ont pu avoir lieu et ordonne au juge de paix de
choisir un gardien parmi « les habitants ou les plus proches
voisins de la maison ».
Mais le citoyen Toustain ne se tint pas pour battu.
(1) Toustain, en sa qualité d'acquéreur, faillit en effet être assassiné dans
la nuit du 6 au 7 prairial an V par une demi-douzaine d'individus restés
inconnus, qui, la figure noircie et vêtus de chemises ou sarrauts de toile
par dessus leurs habits s'étaient introduits dans les bâtiments du Val-
Dieu. Toustain put échapper à temps. Archives de VOrne, série Q, ibid.
(2) Une enquête fut ordonnée à ce sujet, le 9 messidor an V, par le
département. Archives de VOrnr, série Q, ibid.
246 LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHEQUE D^ALENÇOK
« On vient de nous donner avis, écrit au département le prési-
dent de Tadministration du canton, qu*un grand nombre d'ouvriers
devaient se transporter demain, à la réquisition du citoyen
Toutain, à la maison du ci-devant Val-Dieu pour renverser les
bâtiments qui leur seraient désignés par ce dernier. Il apporte une
si grande activité à ce travail qu'il parait vouloir faire disparaître
cette maison du sol où elle est située. Il est temps, enfin, citoyens
administrateurs, de songer a arrêter les dévastations qu'il commet
journellement. En attendant, j'ai charge un huissier de faire une
opposition aux entreprises du citoyen Toustain (1). »
Mais Toustain, infatigable, démolissait toujours. Il enleva
même les plombs des faitures (2).
La force seule pouvait avoir raison de son mauvais vouloir.
Le commandant du détachement de la 30* demi-brigade d'in-
fanterie légère en garnison à Mortagne, prend Tordre d'envoyer
au Val-Dieu pour y résider jusqu'à nouvel ordre, six hommes
pour s'opposer à toute démolition nouvelle et veiller à la
conservation des scellés de la bibliothèque.
Enfin, en l'an VI, le ministre de l'intérieur, par lettre du
9 floréal, fait savoir qu'il autorisait la réunion de la biblio-
thèque du Val-Dieu à celle de TEcole centrale d'Alençon.
Mais le temps passait. Une tentative de vol eut lieu dans la
nuit du 27 au 28 brumaire au VII. L'administration centrale
se souvint de la décision ministérielle et « considérant que
les objets des sciences et des arts déposés dans cette maison
sont trop précieux pour ne pas prendre les mesures conve-
nables pour les mettre en sûreté et les soustraire au pillage
dont ils sont menacés, chargea avec avis du commissaire du
directoire exécutif les citoyens Foselie, membre dudit direc-
toire, et Larue, architecte du déparlement, de se transporter
sur le champ au Val-Dieu pour y faire réapposer les scellés et
enquêter à Mortagne et aux environs « sur les mesures les
plus efficaces et les plus économiques pour la translation à
(1) Archives de l'Orne, ibid.
(2) Le 8 fructidor les mêmes administrateurs prirent contre Toustain un
nouvel arrêté dans lequel il est dit « qu'il est constant que le plus grand
nombre des bâtiments couverts d*ardoise sont dépourvus de tous les
plombs qui formaient leur faiiure et que ces plombs paraissent avoir été
enlevés par le citoyen Toustain ». — Archives de VOrne, série Q, ibid.
LES BOISERIES DE LA BIBLIOTHÈQUE d'aLENTON 247
Alençon » des objets de science et d'art qu'ils y auront
reconnus (1).
Les commissaires s'acquittèrent avec soin de leur tache et,
au reçu de leur rapport, l'administration centrale chargea
l'architecte du département de s'occuper des moyens de faire
enlever du Val-Dieu les boiseries, les colonnes et objets d'art
destinés à l'Ecole centrale de l'Orne (15 frimaire).
Huit jours plus tard (23 frimaire), le citoyen Jacques Fretlé
fut nommé commissaire pour faire le démontage des boiseries
de la bibliothèque et du cabinet d'histoire naturelle. François
Lagrue et Jean Maillard f jrent chargés du transport.
Le charroi se fit en plein hiver, en nivôse. Vingt-six voitures
furent nécessaires pour amener à Alençon les livres, les
boiseries, les colonnes et les objets d'art du Val-Dieu (2).
Louis Dubois, bibliothécaire de l'E^cole centrale depuis le
13 ventôse an VII, fil rentrer à Alençon tout ce que les anciens
dépôts des districts renfermaient d'intéressant et fit décré-
ter par l'administration que la bibliothèque serait installée
dans lu partie haute de la chapelle, alors occupée, comme
nous l'avons dit plus haut, par les salles de cours de l'Ecole
centrale.
Delarue fut chargé de l'aménagement. Il s'en acquitta avec
un zèle et un goût que nous admirons encore aujourd'hui.
Frédéric DUVAL,
FÉLIX BESNARD.
(1) Le 13 frucliclor, les régisseurs de l'enregistrement et du domaine
national, écrivant au ministre des flnances, constatent à leur tour les
dégradations considérables commises par Tadjudicatairc du Val-Dieu dans
cette propriété et dans les objets précieux qui ne font pas partie de la
vente, circonstances qui avaient déterminé la dépossession du citoyen
Tonstain et des poursuites pour raison de dilapidation. — Archii^es de
VOrne^ série Q, ibid.
(2) Les honoraires de rarchitecte qui avait rempli sa mission à la satis-
faction de l'administration s'élevèrent à 3(j0 livres. Archives de VOrne
série Q, ibid.
20 "^
BIBLIOGRAPHIE
Nous sommes heureux de signaler à nos confrères et à tous
ceux qui s'intéressent à l'histoire de la France ecclésiastique
la nouvelle édition du Recueil historique des archevêchés^
évêchés, abbayes et prieurés de France, par dom Beaunier,
que viennent de donner les Bénédictins de Ligugé (Ligugé,
Abbaye de Saint-Martin, Chenetogne, par Leignoen (Belgique)
— Paris, Vve Poussielgue, 1905 et 1906, 2 vol. inS^.
Le tome I, consacré à la province ecclésiastique de Paris,
contient, pour le diocèse de Chartres, des notices sur divers
monastères qui nous intéressent plus ou moins directement.
L'abbaye de N.-D. des Clairets, soumise à Tabbé de la
Trappe et située sur le territoire des communes de Mâles,
canton du Theil (Orne) et de Souancé, canton de Nogent-le-
Rotrou (Eure et-Loir), est représentée aux Archives de TOrne
par les art. 3919-3946 et 5538. Le Cartulaire de Vabbqye de
N.'D. des Clairets a été publié par M. le Comte de Souancé.
L'abbaye d'Arcisses, située également sur les limites de
rOrne et de l'Eure-et-Loir, commune de Brunelles, canton de
Nogent-le-Rotrou, mentionnée dans YEtat de la généralité
dWlençon sous Louis XIV (p. 192-193) est représentée aux
Archives de TOrne par les art. H 3918 et 5537, non cités dans
la Bibliographie donnée par les Bénédictins.
Le prieuré de Boissy-Maugis, canton de Rémalard (Orne),
dépendant de l'abbaye de Marmoutiers, est mentionné d'une
façon trop sommaire dans la nouvelle édition de l'ouvrage de
dom Beaunier. Les huit articles relatits à ce prieuré conservés
aux Archives de l'Orne renferment plusieurs chartes remon-
tant au règne de saint Louis (H 2479 — H 2486).
Le prieuré de Charcncey-le-Vieux, placé sous le vocable de
saint Barthelemi, situé sur la commune de Saint-Maurice-
Ics-Charencey, canton de Tourouvre (Orne), dépendant de
BIBLIOGRAPHIE 249
Tabbaye de Tiron, est mentionné dans le Cartulaire de Tiron,
publié par M. Merlet et dans l'Inventaire sommaire des
Archives d'Eure-et-Loir. Il avait été fondé en 1130, par
Gérard, fils de Fulbert. Son revenu au xviii* siècle] était de
480 livres.
Le prieuré de Longny (Orne), d'un revenu de 1.000 livres
au xviH* siècle était, comme Tiron et Saint-Martin-du-Vieux-
Bellême, un établissement bénédictin, mais d'origine moderne
puisque Ton fait honneur de sa fondation à M. et à M™* d'Es-
pinay au commencement du xyii® siècle. Il était situé à la
sortie du bourg, sur la route de Sainte-Anne. L'évêque de
Sées, Jacques Camus de Pontcarré, permit aux Bénédictines
d'Almenêches de s'y établir, avec le consentement de l'évêque
de Chartres dont dépendait Longny.
Le prieuré de Moutiers-au-Perche, canton de Rémalard, qui
représente l'antique monastère de Corbion, fondé par saint
Laumer au vi*^ siècle, dépendait de l'abbaye de Saint-Sauveur
de Blois. La Bibliographie donnée par les Bénédictins (p. 282)
fait bien mention de la notice sur le prieuré de Moutiers-au-
Perche, par notre confrère l'abbé Godet {Bulletin de la Soc,
hist et arch. de l'Orne, t. X), mais a omis de mentionner les
articles H 2000 à 2003, analysés dans l'Inventaire sommaire
des Archives de l'Orne, t. II, p. 20-21).
Rémalard, autre prieuré de Saint-Laumer de Blois, sous le
^ vocable de Saint-Germain, d'un revenu de 800 livres au
xviii* siècle, suivant YEtat de la généralité d'Alençon sous
Louis XIV (p. 197), Les derniers prieurs de Rémalard furent
l'abbé David, dont la succession fut adjugée à l'évêque de
Chartres en 1784 et M. de la Gottière, chanoine de Meaux,
prieur en 1789.
Réveillon, canton de Mortagne (Orne), qui figure dans le
Recueil de dom Beaunier (p. 286) comme faisant partie du
diocèse de Chartres a cependant toujours fait partie du
diocèse de Sées. Le prieuré de Saint-Pierre de Réveillon est
mentionné par dom Beaunier, comme dépendant de Saint-
Père de Chartres et comme jouissant d'un revenu de 450 livres
au xviii'' siècle.
D'autre part, Bart des Boulais, dans son Recueil des Anti-
quités du Perche (p. 251), publié par M. Henri Tournoùer dans
!250 BIBLIOGRAPHIE
les « Documents sur la province du Perche », nous apprend
que l'abbaye de Saint-Launier de Blois prenait les deux parts
des grosses dimes à Saint-Martin de-Réveillon, au diocèse de
Sées. Nous savons en outre que Tévêque de Blois possédait le
patronage de la cure de ce nom, dépendant du doyenné du
Corbonnais (Almanaeh ecclésiastique du diocèse de Sées en
ïySff, \>. 230. — Essai sur la topographie ancienne du
département de VOrne, canton de Mortagne).
Il est évident qu'il s*agit ici de Réveillon, section de la
Ferté-Vidame (Eure-et-Loir).
Réveillon (Orne) est représenté aux Archives de TOrne par
les art. H 2869-2873.
Louis DUVAL.
Le Gérant : A. DUMOUCIIEL
PROCES-VERBAUX
Séance du 16 Janvier 1908
Présidence de M. Hknui TOURNOUER, Président
Le 16 Janvier, à deux heures et demie, la Société Histo-
rique et Archéologique de l'Orne, a tenu sa séance ordinaire,
dans la salle de sa Bibliothèque à la Maison d'Ozé.
Etaient présents : M^^® Robet, MM. l'abbé Desvaux,
l'abbé DuMAiNE, Gabriel Fleury, Paul de la Fortinière,
Urbain de France, Gilbert, Leboucher, le comte
Le Marois, l'abbé Letacq, le vicomte du Motey, l'abbé
RiciiER, Paul Romf:t, le comte de Souancé, Tomeret,
TouRNOUER, le comte Jules de Vaucelles.
Se sont fait excuser : MM. Félix Besnard, de Brébisson,
Creste, Corbière, l'abbé Desmonts, Louis Duval, l'abbé
GuERGHAis, l'abbé Méll\nd, le marquis de Saint-Pierre,
le baron J. des Rototrs.
H. le Président fait part à l'Assemblée de deux réunions
tenues par la Commission du Musée, le 19 Décembre et le
16 Janvier. Il y a été délibéré sur les différents détails d'ap-
propriation, tentures, ameublement et décoration, et de la
façon dont seront utilisés, pour le meilleur coup d'oeil, plu-
sieurs dons, tels que gravures, plans et une cheminée Louis XV
provenant de l'ancien habitation des comtes du Perche à
Mortagne.
Le stock considérable des Bulletins et autres livres encom-
brants seront placés dans une chambre des combles laissée
à notre disposition par la Municipalité.
21
252 PROCÈS- VERBAUX
H. le Président présente un devis dressé par notre collègue
M. Mézen, pour deux nouveaux corps de bibliothèque des
tinés à la salle de nos séances. Ce devis sera exécuté par
M. Lebouc, menuisier à Alençon, pour la somme de 750
francs, payable en deux ans. Il est approuvé.
Des remerciements sont adressés à MM. Fleury, R. Triger,
Leboucher, et Giraud du Mans, pour les clichés qu'ils ont
offerts et qui illustreront le prochain Bulletin consacré à
l'excursion.
Des travaux promis par MM. Frédéric Duval et Besnard
sur la bibliothèque d*Alençon, le Père Ubald d'Alençon,
sur l'histoire du collège de Bueil à Angers, fondé par Grégoire
Langlois, évêque de Sées, M. le comte de Souancé, sur les
Gardes d'honneur du département de rOrne, en 1808 et
1813, paraîtront dans les plus prochains Bulletins. M. le
vicomte du Motey se propose pour faire le compte rendu biblio-
graphique du travail de M. le comte de Souancé, déposé sur le
bureau, qui a pour objet les registres paroissiaux d'Alençon,
avec le titre de Documents Généalogiques.
H. le Président donne lecture du projet de budget pour
les monuments historiques de France, avec la liste des monu-
ments historiques de l'Orne, et leur état budgétaire spécial ;
en même temps qu'il dépose sur le bureau le programme
du Congrès des Sociétés savantes.
H. Salles, maire de Fiers, a envoyé les statuts d'une nou-
velle Société historique, scientifique, littéraire, économique
qui vient de se fonder en cette ville, en même temps qu'un
Musée local.
Nous apprenons avec grand intérêt que le fameux lit de
justice du manoir d'Argentelles, dont VOrne archéologique
et pittoresque a heureusement conservé le dessin et la descrip-
tion, est enfin retrouvé. Après être passé par héritage de la
famille de Fiers dans celle de Courtivron, et d'Argentelles au
château de la Trinité-des-Lettiers, il avait figuré à une exposi-
tion des arts décoratifs, aux environs de 1884. Vendu mysté-
rieusement, on le croyait parti en Amérique. Il est tout sim-
PROCÈS-VEHBAUX 253
plement resté à Paris et appartient à M. Foule (4, rue de
Magdebourg).
H. Gilbert donne lecture de son rapport sur l*état financier
de la Société avec projet de budget pour Tannée 1908. Le
dévouement attesté par cette laborieuse gestion mérite à
M. Gilbert l'approbation et les remerciements des Sociétaires
présents.
Sur la présentation de deux de ses membres, MM. Laporte
et Tomeret, le Cercle Littéraire de la place d'Armes, à Alen-
çon, est agréé comme faisant partie de la Société.
II est ensuite procédé au renouvellement partiel des membres
du bureau. M. Tournouer est réélu président par 15 voix ;
M. l'abbé Dumaine, vice-président par 15 voix ; M. Wilfrid,
Challemel, vice-président par 16 voix ; M. Gilbert, trésorier,
par 16 voix ; MM. Louis Duval et Paul Romet, membres du
Comité de publication par 15 voix.
H. Leboucher émet le vœu que des monographies commu-
nales soient entreprises sous le patronage de la Société par
l'initiative de ses membres, et qu'elles soient conservées dans
notre bibliothèque, dans le cas où leur étendue et leur
nombre ne permettraient pas de les insérer au Bulletin.
La séance est levée à quatre heures.
Le Secrétaire- Adjoint :
Alb. desvaux.
Séance du 27 Mars 1908
Présidence de M. Henri TOURNOUER, Président.
Le 27 Mars, vendredi, à deux heures de l'après-midi, la
Société Historique et Archéologique de l'Orne a tenu sa
séance ordinaire dans la salle de sa Bibliothèque, à la Maison
d'Ozé.
254 PROCÈS-VERBAUX
Etaient présents : MM. de Beauregard, de Brébisson,
l'Abbé Desvaux, TAbbé Dumaine, Dupray de la Mahérie,
L. DuvAL, Gilbert, Leboucher, l'Abbé Mesnil, le Vicomte
DU Motey, Parmentier, TAbbé Richer, Tomeret,
Tournouer.
Se sont fait excuser : M^^ la Baronne de Sainte-Preuve ;
MM. Adigard, Chollet, Corneville, le Vicomte Dauger,
l'Abbé Desmonts, l'Abbé Letacq, le Comte Le Marois,
l'Abbé MÉLiAND, l'Abbé Patry, l'Abbé Paysant, le Baron
J. DES RoTOURS, le Comte de Souancé.
MM. Dupray de la Mahérie et de Frileuze sollicitent l'ad-
mission de M. Jochaud du Plessis, contrôleur des Contribu-
tions Directes à Alençon. Par contre, M. Bunoust, curé de
Fiers, envoie sa démission.
H. le Président fait remarquer les nouveaux corps de
bibliothèque, qui sont venus compléter l'aménagement de
notre salle d'études, depuis la dernière séance. Un tiers de
ces travaux a été payé sur le produit de la première sous-
cription.
La Commission du Musée s'est réunie dans la matinée.
Elle a approuvé un devis de deux cents francs pour diverses
boiseries à établir dans le local du Musée et cent cinquante
francs pour la pose des tentures. Cinq cents francs ont été
souscrits pour l'installation du Musée. Différents dons ont été
offerts : De M. Parmentier, deux sanguines de tableaux
de Leprince, le portrait de J. Huet, évêque d'Avranches ;
de M. Paul Romet, un portrait du V. Jean Eudes, trouvé à
Elbeuf ; le portrait d'une normande inconnue, curieux sur-
tout pour le costume et en particulier par une reproduction
des dentelles locales ; de M. Charles Romet, une vitrine
garnie d'échantillons anciens de Point d'Alençon ; de M. Des-
coutures, une vue de l'Exposition d'Alençon en 1858, peinte
par M. Lisch ; de M. Hulot, de Mortagne, une cheminée
Louis XV, provenant de la Maison dite des Comtes du Perche,
à Mortagne, et qui sera installée au devant de la cheminée
très commune de la Salle du Musée.
PUOCKS-VEIUiAUX 255
DifTérents travaux sont présentés pour ie Bulletin : Les
Gardes d* honneur du Département de VOrne, avec une aqua-
reHe, par M. le Comte de Souancé ; — Le Prieuré de la Ferté-
Macéy par M. Louis Duval ; — Les Saint-Simon-Courtomer,
par M. Vérel ; — Aubry-en-Exmes, par M. de Brébisson ; —
Histoire de l'église Saint-Léonard d'Alençon, par M. Olivier ;
— Les Protestants de Courtomer, par M. Ch. Vérel ; —
La Bibliographie de M. de Coniades^et de M. Appert, par
M. Tournouer ; — Guerres privées et Combats singuliers^ par
M. le Comte de Charencey ; — Bures, par M. Baron ; —
Histoire des Mines en Basse-Normandie, particulièrement dans
VOrne, par M. Frédéric Duval ; — enfin la Bibliographie
départementale, par MM. Tournouer, L. Duval et T Abbé Letacq.
Parmentier signale dans Touvrage de l'abbé Prévost, le
Monde Moral, la mention d'une mine d'or dans la foret de
la Trappe. A cet endroit, et dans le récit d'un voyage en nos
régions, se trouve une description intéressante d'Alençon,
pendant la première partie du xviiie siècle.
H. Adigard fait demander aux Membres de la Société
qu'ils veuillent bien lui communiquer des renseignements
inédits sur les mines en Basse-Normandie et les forges où le
minerai était exploité. Au cercle d'études, annexé à l'Union
Bas-Normande et Percheronne de la rue Vaneau, à Paris,
il a donné une conférence sur les mines de la Ferrière-aux-
Etangs, du Calvados et de la Manche, et il prépare un travail
d'ensemble sur cette question d'industrie locale. Il serait
heureux d'avoir également des renseignements analogues :
1^ Sur les actes des représentants du peuple envoyés en
mission dans l'Orne par la Convention ; 2° Sur les exécutions
dans l'Orne à toute époque. C'est l'occasion pour les membres
présents d'échanger différents aperçus sur les divers points
de ce questionnaire.
H. Louis Duval offre à la Société les volumes de l'Inven-
taire des Archives de l'Orne (Séries C, D et H). Il promet
une étude sur les Turgot, seigneurs de Ménil-Gondouin et
Guibray.
M. l'abbé Dumaine nous dit à cette ocrnsion au'il a
256 PROCÈS-VERBAUX
retrouvé le testament du plus connu de ces Turgot, dont le
nom a eu tant de relief dans Thistoire du Houlme.
[. Savary envoie une lettre pour signaler un acte de vanda-
lisme qui aurait été accompli à Domfront, sur les rochers du
Tertre Sainte-Anne que Ton transformerait en pavés. Une
lettre de M. Becker, ingénieur en chef du département, dit
qu'une délibération formelle absolument contraire a été prise
par la Commission de protection des Sites et Curiosités natu-
relles. On annonce à ce propos que ladite commission a obtenu
le classement du parc de Fiers, des rochers de Bagnoles>
dits le Roc-au-Chien, de la Roche-au-Diable, près Sées, pour
laquelle nous avions, à plusieurs reprises, formulé des récla-
mations contre les menaces et le commencement d'exploita-
tion dont elle était l'objet.
M. Leboucher signale les cartes éditées par le Touring-Club
et annonce que le nouveau Catalogue du Musée de Peinture
d'Alençon va être publié incessamment.
M. Tabbé Gatry envoie Tinscription de la pierre tombale
de l'historien de Sées, Pierre Maurey d'Orville, qu'il a relevée
dans le cimetière de cette ville. Elle est ainsi conçue :
ICI REPOSE
Le corps du digne, du noble et respectable
Pierre Claude S. Maurey d'Orville
(Chevalier de S^- Louis, décédé le 10 Décembre
1832
homme de mérite et de bien et vertueux chrétien,
il donna son âme à Dieu, son cœur à la Patrie,
ses biens à ses héritiers, dont il fut le bienfaiteur,
et aux pauvres dont il fut le soutien.
Il contribua aussi à la tranquillité
des bons habitants de la ville de Sées,
|)ar rheureux effet de la harangue
({u'il prononça et adressa en langue allemande
au maréchal Ploucker (sic) et à sa troupe
lors de l'invasion
de notre malheureuse patrie par sa troupe
Priez Dieu pour le repos de son âme
E. G. E. P. U. — C T.... F. Y. b, is.
en \KU.
PROCÈS-VERBAUX 257
« Un monument doit être prochainement élevé sur sa
tombe, ajoute M. l'abbé Gatry. Il serait intéressant de
recueillir les documents qui se rattachent à la vie de ce savant,
dont la mémoire commence à être oubliée. Son portrait serait
facile à retrouver, il existe. Plusieurs petites poésies de lui se
trouvent dans le Cadeau des Muses, almanach falaisien. Mais
le fameux Discours en langue allemande ???... mériterait
copie et traduction. Il est sans doute chez ses héritiers et
peut-être aussi à la mairie de Sées. »
H. Sunrille qui vient de prendre sa retraite, annonce
V Histoire féodale de la Perrière, puis un travail sur les Foires
et Marchés de Fiers.
M. le Président fait part d'un projet Ridouard sur la
protection des objets d'art français. Les dispositions en sont
tellement draconiennes, qu'il équivaut à une véritable main-
mise sur la propriété individuelle et soumet les amateurs et
les collectionneurs à une surveillance et à des répressions
d'un autre âge.
Il donne communication d'une lettre d'invitation de
M. l'abbé Calendini et d'un programme de congrès régional
à la Flèche, les 1®' et 2 Juin, sous la présidence de M. E.
Lefèvre-Pontalis, à l'occasion du cinquantenaire de la Société
d'histoire, lettres, sciences et arts de la Flèche.
[. le Président signale au Catalogue des Livres d*heures
imprimés au xv« et au xvi^ siècles, conservés dans les Biblio-
thèques de Paris, publié par Paul La combe, en 1907 :
a Les Heures à V usage de Sées, dont un exemplaire se
trouve à la Bibliothèque de Versailles. Elles furent imprimées
vers 1533, à Rouen, par la veufve de Jean Mallard et portent
la marque du Pot Cassé, ancienne marque de Tary, le matériel
de^ce dernier ayant passé en partie dans l'atelier de Jean
MaUard (1).
H. le Président transmet une demande de M. de Fiessac,
sollicitant des renseignements et clichés pour une brochure
(1) V. article d'Etienne Deville, dans la Revue Catholique de Normandie,
15 fanv. 1908.
258 PHOCÈS-VERBAUX
sur la Suisse Normande, éditée par la Compagnie des Chemins
de Fer.
Il donne ensuite des renseignements complémentaires
sur le projet d'excursion, à Falaise et environs, dont il a
été question aux précédentes séances. A ce propos, commu-
nication est donnée d'une lettre de notre confrère. M, l'abbé
Paysant, invitant la Société à s'intéresser aux curiosités de
Ménil-Gondouin ; « Probablement, écrit-il, la Société visitera
à la J'resnaye-au-Sauvage les souvenirs des Vauquelin ; c'est
voisin de Ménil-Gondouin, et près des souvenirs des Turgot
de Saint-Clair-Ménil-Gondouin. Je serais honoré si vous
pouviez et veuillez pousser une pointe jusqu'à la nouvelle
église, elle vaut la peine d'un dérangement et d'un sacrifice.
Quoi qu'on en ait dit, on peut y voir, quand on a des yeux,
des choses qu'on ne rencontre nulle part ailleurs. »
M. de Brébisson présente des vues de l'ancien Falaise.
M. le Président signale un article de M. l'abbé Désers, curé
de Saint-Vincent de Paul, à Paris, paru dans le Gaulois du
24 Décembre 1907 : Les trésors d'art de nos églises.
M. l'abbé Desvaux réitère un vœu plusieurs fois exprimé
par lui au cours de ces dernières années, toujours bien ac-
cueilli, mais resté sans exécution. Il s'agit de la restauration
de plus en plus urgente du monument élevé dans le cimetière
Notre-Dame sur la tombe du célèbre patriote et agitateur
espagnol le curé Mérino, mort exilé à Alençon. Rappel d'un
autre vœu pour la composition de notices historiques sur
les Instituts et Maisons religieux fondés dans notre diocèse
au cours du siècle dernier et qui viennejit de disparaître à
notre époque sous le coup des lois portées contre les établisse-
ments religieux. Ces notices composées par des contemporains,
témoins de ce qu'ils racontent, et décrivant de visu un état
de choses et de lieux que n'auront pas connu les générations
nouvelles, seraient plus tard utiles et appréciées.
L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à quatre
heures.
Le Secrétaire-A d joint.
Abbé DESVAUX.
PHOCkS-VKHBAL'X 259
Séance du 30 Avril 1908
Présidence de M. Henki T0URN()UP:R, Président
Le jeudi 30 Avril, à deux heures de relevée, la Société
Historique et Archéologique de rOrne a tenu la séance men-
suelle, dans la salle de sa Bibliothèque, à la Maison d*Ozé.
■»
Etaient présents : M"^^ la Baronne de Sainte-Preuve ;
MM. DE Bealregard, Chollet, TAbbé Desval x, L. Duval,
Paul DE LA FORTINIÈRE, GiLBERT, LeBOLXHER, LeSSART,
le Vicomte Dr Motev, J. du Plessis, TAbbé Richer, Paul
ROMET, ToMKRET et TOURNOUER.
Se sont fait excuser : MM. de la Bretèche, le Vicomte
Dauger, Creste, Descoutures, l'Abbé Desmonts, l'Abbé
DuMAiNE, l'Abbé Gatry, l'Abbé Ambroise Guérin, le Comte
Le Mardis, l'Abbé Méliand, l'Abbé Riboust.
[. le Président annonce le décès de M. de Courcival et la
démission de M. de Neufville, bibliothécaire honoraire de
*
la Société.
M. Jochaud du Plessis est admis parmi les Membres de la
Société.
Plusieurs nouveaux candidats sont présentés : M"^^ de
Lavererie, fille de notre fondateur et premier président,
M. de la Sicotière, présentée par M™^ la Baronne de Sainte-
Preuve, et M. l'abbé Desvaux ; — M. Pichon, huissier à Saint-
Paterne, présenté par MM. l'abbé Mallet et Gilbert ; —
M. Chareyron, par MM. Tabbé Richer et Gilbert ; —
M. Hubert, au collège de Domfront, présenté par MM. Tabbé
Richer et Savary ; — M. l'abbé Bidard, vicaire à Saint-
Pierre de Montsort, à Alençon, par MM. l'abbé Desvaux et
Tabbé Ambroise Guérin ; — M. Louis Deshayes, notaire à
Argentan, par MM, de la Bretèche et Tournoûer.
. le* Président envoie au nom de la Société un hommage
260 PHOCES-VEHBAUX
de sympathie à M. Robert Triger, à l'occasion de la mort de
son père. M. Triger père fut chef du service et inspecteur des
télégraphes, dans TOrne, en 1870 et jusqu'en 1878. Le 8 No-
vembre 1871, le conseil général de l'Orne lui vota des féli-
citations pour la remarquable façon dont il géra ce service
pendant la guerre et l'invasion allemande. Il est décidé
qu'à ce titre, une notice nécrologique lui sera consacrée au
bulletin.
M. le Président annonce différents dons pour le musée«
il en sera donné le détail en temps et lieu opportuns. Puis
il nous entretient à nouveau de l'excursion projetée pour le
mois d'Août, et dont il vient de refaire les différentes étapes.
Il dépose sur le bureau le programme du Congrès de la
Société française d'Archéologie, qui se tiendra à Caen, du
23 Juin au \^ Juillet, et excursionnera également à Falaise et
environs. Est annoncée la publication d'une nouvelle feuille
du Pouillé de Sées avec les tables dressées par MM. l'abbé
Richer et de la Mahérie.
'.. l'abbé Gatry, de Sées, envoie la communication suivante:
« Mardi dernier, 28 avril, Monseigneur a baptisé trois
cloche.^ à la chapelle de T Hospice de Sées. Les deux vieilles
petites cloches de cette chapelle possédaient les inscriptions
suivantes. Sur la petite, l'inscription était fondue dans le
métal en majuscules gothiques du xv© siècle.
pia Magdalena
Pro nobis jugiter ora,
« Et au-dessous, gravé au burin dans le métal :
L. Daquin, Ev. de Sées, 1702.
« Cette cloche était vraisemblablement celle de la Maladrerie
de la Magdeleine, qui a donné son nom au cimetière de Sées.
Cette léproserie, écrit M. le chanoine Dumaine, en la Wie
de Mgr d'Aquin, fut réunie en 1695 à l'hospice de Sées, La
cloche portée à l'hospice, dont Mgr d'Aquin était principal
administrateur, fut baptisée par ce pieux évêque en 1702, et
prit place dans le beffroi de la chapelle.
PROCÈS- VERBAUX 261
a Sur la plus grosse des deux vieilles cloches, se trouve
l'inscription qui pourrait sembler énigmatique :
« Tay été bénie par M. Damien Dangereux prêtre curé
de ce lieu, et nommée Marie Perrine par M^^ Pierre Thirauz
de Montgerard, chev. comte de Médavy, seigneur de la Haye,
Marigny, la Motte et autres lieux, et dame Marie-Henriette
Hue, son épouse, 1763.
« Mais précisément dans une commune voisine de Sées
était restée cette tradition que la cloche de Téglise de Saint-
Léger-de-la-Haye, paroisse réunie à celle de Macé par le
concordat, était à Thospice de Sées. La preuve était facile
à faire, M. Damien Dangereux, originaire de Bray-en-
Mortrée, était à cette date de 1763, curé de la Haye et messire
Thiroux de Montgerard (ailleurs écrit de Mauregard),
en était seigneur présentateur, comme propriétaire des biens
de Marie Joseph, duc d'Hostein, comte de Tallard, seigneur
du duché de Lesdiguiéres, comte de Médavy etc., chevalier
des Ordres du Roy, gouverneur du Comté de Bourgogne, gou-
verneur de Bazonçon etc. (pour Bezançon, sans doute).
« Ces divers titres sont énumérés dans la lettre de présen-
tation de M'6 Damien Dangereux à Isr cure de la Haye,
en 1738 (archives de TEvêché).
« M. Damien Dangereux avait fait refondre le métal d'une
cloche cassée en 1763 et le thrésor de la paroisse avait payé
pour ce 31 1. 10 s.
« Voilà rhistoire de la deuxième cloche.
<c Pauvres tintenelles, descendues de leurs beffrois abattus,
elles étaient venues, comme des vieilles, se réfugier à l'Hos-
pice 1 »
a Si vous communiquez ma note à la Société, veuillez
ajouter que la cloche de Mgr d'Aquin ne sera pas fondue
de nouveau, mais restera à l'Hospice de Sées, comme souvenir
historique. Tel a été le vœu des administrateurs de la
maison, et le désir de Madame la Supérieure. »
M. Tabbé Desvaux, en suite de cette intéressante commu-
nication émet le vœu que la cloche provenant de l'église de
Saint-Léger-de-la-Haye, soit conservée, s'il en est temps
262 PHOCKS-VERBAUX
encore, comme dernier témoin et vénérable souvenir d'une
I
église et d'une paroisse disparues. Ce vœu est pris en consi-
dération et M. le Président est prié de le transmettre à ceux
qui pourraient le réaliser.
A ce sujet, M. Louis Duval parle à nouveau des tableaux
qui ornaient Tune des salles de l'Hospice de Sées, et qu'il
n'y a point retrouvés, lors de sa dernière visite.
Des communications de MM. le Président, l'abbé Méliand,
l'abbé De^vaux annoncent la mise en vente pour le 17 mai
prochain, en l'étude de M^ Grimbert, notaire à la Ferté-
Fresnel, « des vestiges et emplacement de l'ancienne église de
l'abbaye de Saint-Evroult, et une portion des bâtiments de
cette abbaye, aujourd'hui transformés en logements, avec le
portail d'entrée ». Un vœu est émis pour la conservation de
ces précieux débris et leur classement, ne fût-ce qu'au point
de vue de la protection des sites et du pittoresque.
H. le Président fait part de la lettre qu'il a écrite au Maire
d'Alençon pour la restauration de la tombe du curé Mérino,
et la conservation et le relevé des choses intéressantes de
l'ancien Présidial d'Alençon, appelé incessamment à dis-
paraître pour faire place au nouvel hôtel des Postes, suivant
le double vœu, déposé à plusieurs reprises par M. l'abbé
Desvaux, et présenté à la dernière séance du conseil muni-
cipal par M. Leboucher.
H. Leboucher parle des travaux de la commission du
Touring-Club. Il espère qu'à la prochaine séance, il pourra
en communiquer le résumé par cantons.
Il est déposé sur le bureau un exemplaire du Catalogue
de la Bibliothèque municipale offert par la ville, en échange
des bulletins de la Société.
H. Louis Duval, sur le désir exprimé par M. Adigard
lui a envoyé des notes sur le droit d'exploitation des mines
au xviiic siècle. Dans les travaux du critique d'art Gault
de Saint-Germain, il a trouvé mention de Charles Lamy,
peintre d'histoire, membre de l'Académie, né à Mortagne
au Perche.
PHOCKS-VKlMiAUX 263
H. Chareyron fait présenter et offre à la société des billets
de logements délivrés par les Allemands pendant l'occupation
de 1871.
M. le Président parle de la protestation du Touring-Club
contre la digue si discutée du Mont-Saint-Michel, et qui outre
le danger qu'elle a fait naître pour la conservation des rem-
parts, menace de transformer rapidement la situation pitto-
resque du Mont de TArchange au Péril de la Mer, en éloignant
la mer par suite de l'amoncellement des sables. M. Adigard,
notre collègue, dans une réunion de la Pomme, s'est efforcé
de provoquer un mouvement d'opinion et d'action contre
cette malencontreuse digue, si appréciée des ingénieurs et
des esprits utilitaires.
Il est déposé sur le bureau plusieurs volumes des Mémoires
édités par la Société d'histoire contemporaine, ainsi qu'une
collection de photographies alençonnaises exécutées par
M. Juglet.
[. l'abbé Riboux, curé de Sainte-Marie-la-Robert, appelle
de nouveau l'attention de la Société sur le manoir dit Logis
de Sainte-Marie, qui ne trouve pas d'acquéreur pour en
assurer la conservation et la restauration. M. Simil, inspecteur
des Beaux-Arts, qui l'a visité par commission ministérielle
l'estime à 40.000 francs, et pense qu'avec 25.000 francs
consacrés à une réparation intelligente et artistique, il acquer-
rait une valeur de 120.000 francs. Il est à craindre qu'acheté
par les gens du pays, il ne soit abattu pour raison d'économie.
Le Père Ubald d'Alençon, capucin, signale aux Archives
Nationales un dossier intéressant les bénédictines de Vimoutiers
(Cote G3 171, n. 6), au xviiie siècle. Il y a notamment une
lettre originale de Jean Marie de Condorcet, datée de « Gacey »
28 Juin 1762, où cet évêque de Lisieux réclame pour ses
sujettes le droit de recevoir des novices, qui lui avait été
retiré par lettre de cachet du 4 Mai 1732, — Plus une
supplique des curés, vicaires, prêtres, gentilshommes et
habitants notables du bourg de Vimoutiers et paroisses
circonvoisines pour le même objet. Ceux qui exploreront le
fonds très riche des Archives de l'Orne relatif aux béné-
264 PKOCÈS-VERBAUX
dictines de Vimoutiers ne devront pas oublier les Archives
Nationales (G 9 171 n. 6 et suivantes). — Dans une brochure
récente, Les Franciscains de Maine-et-Loire pendant la Révo-
lution, par le P. Armel (Angers, 1908, in-S^) il y a plusieurs
notes intéressantes sur : Paul-Isaïe Valframbert, né en 1761»
à Alençon, chef de bataillon en 1792, au Mans (p. 46) ; —
le P. Toussaint-Charles Valframbert, récollet de la Beau-
mette (p. 46) ; — le P. Jacques AUoust, récollet, originaire
d' Alençon, ou du pays alençonnais (pp. 58, 59).
M™ la baronne de Sainte-Preuve demande s*il serait
possible à nos confrères de donner quelques renseigne-
ments sur les origines, alliances, etc.. de la famille Léguenot
du Catel, d'Isigny en Basse-Normandie. Elle offre à la Biblio-
thèque un vieux volume sur les travaux de la Société royale
des Arts du Mans. Ce volume feuilleté, séance tenante, par
plusieurs Membres, est trouvé des plus intéressants.
Pour terminer, M. Frédéric Duval « propose à la sagacité
« des Membres du Conseil — pour les distraire — en fm de
« séance — le déchiffrement du petit rébus suivant.
(( Lors de Tincendie qui dévora une partie de la Cathédrale,
a en 1564, plusieurs cloches s'écroulèrent. Sur l'une d'elles,
a on put lire l'inscription suivante, en lettres gothiques, —
« avec les armes de France et de Lorraine :
Je suis Anne, mère Marie
Qui en sonnant point ne varie
Et fut faite, sans plus enquierre
Uan et four que fut fait Pierre.
ê
(D'après Leluaux-Moncelliers. —
Bibl. Nat. n. acq. fr. 10557, fo 77 vo.)
II s'agit de savoir à quelle date la cloche fut fondue. »
La solution sera sans doute rapportée à la prochaine séance.
Celle-ci prit fin sur les quatre heures, et notre esprit n'y
chôma guère.
Le Secrétaire- Adjoint^
Abbé DESVAUX.
ORIGINES
DES
SAINT-SIMON -COURTOMER
A la date du 25 Août 1556, le sire de Gouberville, près
Coutances, écrivait sur son journal : « Frère Robert du
Moncel, bailly de Tabbaye de Cherbourg, le Parc et ung
autre que je ne cognoys, passèrent par céans et beurent.
Ils me contèrent comme ceux qui n'avoyent fourni leur
noblesse Tannée passée au Président de Mendreville, estoyent
déclarés contribuables et condamnés à six années de leur
revenu, du nombre desquels est maistre Jacques Davy,
bailly du Costentin, et tous ceux de son nom, et le dict
bailly condemné à 8.000 francs, Françoys Simon, sieur de
Beuzeville-au-Plain et de Sainte-Mère-Église et tous les
Symons, ses cousins et parents, comme les sieurs de Plainma-
rais et Grosparmy frères ».
En effet, par sentence du 19 Août 1556, Jean du Bost,
Président de la Cour des Aides, avait condamné les Simon
à payer 7.200 livres pour droits de francs-fiefs, mais ceux-ci
portèrent appel de ce jugement et obtinrent Tautorisation
de faire la preuve de leur noblesse devant le Parlement de
Rouen, à rencontre d'une généalogie produite par le fisc,
document qui semblait démontrer que les Simon apparte-
naient à la roture.
Cette généalogie ne se trouve pas au dossier de ce grand
procès, mais on peut sans doute en voir le résumé dans une
notice rédigée en 1675 par le marquis de Langey, lequel
avait alors quelques raisons de ne pas se montrer favorable
à la maison de Saint-Simon-Courtomer.
« J'ai vu, dit-il, toutes les pièces qui furent produites^
266 ORIGINES DES SAINT-SIMON-COURTOMER
dans ces procès tant de la part d'Artus (1), que de sa partie,
entre lesquelles pièces j'ai vu une descente ou généalogie
produite contre Artus, qui justifiait que les dits Cimon
étaient manants et habitants de la paroisse de Beuzeville-en-
Beautais, qui est un petit pays en Cotentin, qui porte le nom
de Beautais, et qui est à quatre lieues de la ville de Carentan,
séparé du pays qu'on nomme le Plain-Cotentin par un
marais, où est bâti le château du Hom, qui est à Monsieur le
Maréchal de Bellefons.
« Cette généalogie prouve que vers Tan 1525, il y eut
un paysan de cette paroisse de Beuzeville-en-Beautais
qui se nommait Cimont, dont je n'ai pas retenu le nom de
baptême, qui fit étudier un de ses enfants, dont je ne me
souviens pas non plus du nom de baptême, qui parvint à
être balli de la baronnie de la Haye-du-Puits, qui est à cinq
ou six lieues de Coutances.
« Ce bailly de la baronnie de la Haye-du-Puits eut trois
enfants, dont il fit étudier les deux cadets. L'un fut curé de
la paroisse d'Appeville, située dans le même pays de Beautais,
dont les habitants n'obéissaient à aucun seigneur, de sorte
que ce curé y ayant acquis du fonds de terre, il en fit aisément
un fief et s'empara facilement des droits d'église, en sorte
qu'il a laissé cette paroisse à ses héritiers et le marquis de
Courtomer, qui vit aujourd'hui (1675), l'a vendue au comte
de Franquetot près de 80.000 livres.
« Ce même curé, par son épargne, fit encore une terre
dans la paroisse de Bohons, qui se nomme la Petiteboudière,
qui vaut 3.000 livres de rentes aujourd'hui, s'étant emparé
de plusieurs marais qui étaient dans le voisinage de cette
ferme.
« L'autre cadet fut procureur du Roi, à Coutances.
« Leur aîné s'appelait François Cimont, qui hérita d'Appe-
ville et de la Petiteboudière, dans la paroisse de Bohon.
« Ce François eut la bienveillance d'un Président de
Rouen qui lui céda l'adjudication par décret de la terre
de Sainte-Mère-Église, située au Plain-Cotentin, qu'il eut
(1) Artus Simon était fils de François ; il avait suivi le procès intenté
par feu son père.
OHUilNKS DES SAINT-SIMON-COURTOMEH 267
pour dix-huit cents livres et qui vaut aujourd'hui dix-huit
mille livres de rentes (1). Il est vrai qu'on s'était emparé
de quantité de marais et de terres vaines et vagues qui en
font le plus grand revenu. Le même François eut encore
par décret et à vil prix, la terre de Beuzeville-au-Plain-Coten-
tin (2) )..
Les consorts Simon n'eurent pas de peine à prouver la
fausseté de cette généalogie, qui ne soutenait guère du reste
l'examen, au double point de vue de la vraisemblance et
du droit féodal. Aussi, sur la production même des pièces
authentiques que nous avons sous les yeux, obtinrent-ils
facilement le jugement dont nous donnons le texte in-extenso,
puisqu'il n'est autre chose que la filiation certaine des Simon,
ancêtres des barons puis marquis de Courtomer :
« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Comme
en la cause offrant et pendant devant nous entre Artus
Simon, sieur de Beuzeville, Sainte-Mère-ÉgHse, les Bouhons
et Appeville, fils aisné et héritier de deffunct François Simon,
en son vivant seigneur des dites terres et seigneuries, et
ayant reprins le procès en Testât que l'avoit le dit deffunct ;
^les Pierre et Jean dits Simon frères, les dits M^^ Pierre,
sieur d'Ingoville, et le dict Jean, sieur de Coudanges et de
Grosparmy, respectivement appellans de feu M® Jean du
Bost, en son vivant Président en la Court des Aides, com-
missaire député par le Roy, sur la recherche, taxe et
cotisation des droits deubs au Rov à cause des francs-fiefs
et nouveaux acquests récollés au païs, duché et générallité
de Normandie, d'une part, et le procureur général du Roy
en la Court de Parlement à Rouen et spéciallement commis
et député par ledict sieur en ceste partie, inthimé es dictes
appellations, d'autre part.
« Sçavoir faisons que veu par nous le procès d'entre les
dictes parties, les lettres de commission adressées aux dicts
commissaires du 8^ jour de Juillet et 26® jour de Mars 1556,
(1) L'adjudication dont il s'agit eut lieu vers 1538. Quant à la seigneurie
de Beuzeville, eUc appartenait à la famille Simon dès l'an 1513.
(2) Généaloffie de la famille de Saint-Simon ^ mémoire donné par le
Marquis de Langey^ aa mois d'octobre i6^5, mémoire que M. dllozier a
demandé. (Bibliothèque nationale, cabinet d'Hozier, volume 312.)
22
268 ORKilNES DKS SAINT-SIMON-COL'KTOMKR
avecqs les dictes lettres-patentes données à Paris le 7® jour de
juing 1559 parmi lesquelles estoit mandé procéder au jugement
et décision des dictes appellations par Tun des présidens
en la Court de Parlement de Rouen et M® Xicolle Le Compte,
M® des requestes ordinaires de Thostel du Roi et chacun
d'eux premier, .
« Sur ce premier requis appelles, des conseillers de la
dicte Cour du Parlement et de la dicte Court des Aydes
jusques au nombre de dix, avec les dictes lettres patentes
du 15® jour de Septembre audit an 1559 et 2® jour de Janvier
1560, confirmatives des dictes dernières lettres, arrest des
dicts juges deslégués donné entre les dictes parties après
avoir icelles ouyes en plaidoirie verballe le 16® jour d'Aoust
1564 par lequel sans avoir esgard à Texpédient faict et
accordé entre eux le 21® jour de juing dernier passé, elles
auroient esté appointés au Conseil et à mettre présentement
sur le bureau leurs lettres, tiltres et escriptures, joinct leur
plaidoyé qu'elles pourroient revoir sur le plumitif dedans
les dicts jours pour leur estre faict droict sur les dictes
appellations et principal de cause ainsy que de raison.
Le plumitif du greffier des dicts juges contenant des taxes
et cotisations des dicts droicts de francs-fiefs et nouveaux
acquêts faites par les dicts commissaires le 19® jour d'aoust
1556, dont est appelle, par lesquelles taxes iceux appellans,
pour n'avoir produit et faict apparoir de leurs Chartres,
tiltres et enseignemens concernant leur qualité et estât de
noblesse, auroient esté cotisés, à sçavoir : le dict François
Simon, à cause de son dict fief et seigneurie de Beuzeville,
à la somme de quatre-mille-huit cens livres ; le dict M®
Pierre Simon, à cause du dict fief d'Ingoville, à la somme
de huit cens livres tournois, et le dict Jean Simon, à cause
du dict fief, terres et seigneuries de Gondanges et Grosparmy
à la somme de saize cens livres tournois. Reliefs en cas d'apel
respectivement obtenu par les dicts appellans les 7® et 11«
jours djB décembre 1556. Sentence des dicts commissaires
du 24® jour de décembre 1556 par laquelle suyvant la réquisi-
tion faite par le procureur générai du Roy en la dicte Court
des Aydes les dits appellans auroient esté permis augmenter
et plus précisément articuler leur généalogie et descente de
ORIGINES DES SAINT-SIMON-COUKTOMER 269
noblesse et cependant les dictes taxes dont estoit appelé
teneues en surcéance.
« La dicte généalogie baillée par escript par le dict Artus
Simon, par la déduction de laquelle il maintenoit que de
defFunct Jean Simon, en son vivant, escuyer, seigneur de
Groussy et de Beuzeville-en-Bauptois, son prétendu cin-
quiesme ayeul (1) et de damoiselle Marguerite de Patoys,
sa femme, seroient issus Michel, Jean et Jeanne dits Simon»
escuyers. Du dict Michel, Taisné, et de damoiselle Denize
de Paris ,son épouse : Thomas et Jean dicts Simon, escuyers.
Dudict Thomas aisné et de damoiselle Thomine Âdigard,
son épouse : Richard et Jean dicts Simon, escuyers.' Du dict
Richard, aisné, sieur de Durescu et de damoiselle Marguerite
Joucn, sa femme : Jean Simon, escuyer, seigneur de Sainte-
Mère-Église, Beuzeville-au-Plain, Appeville et les Bouhons.
Du dict Jean et damoiselle Marie de Houteville, dame de
Rideauville, son épouse : le dict François Simon, escuyer,
et du dict François, seigneur des dictes terres et sieuries
et de damoiselle Renée de Trousseauville, son épouse, seroit
issu ledict Artus Simon, escuyer. »
PIÈCES JUSTIFICATIVES
l^ Contrat en forme d'eschange passé devant Thomas
du Marost, tabellion à Varenguebec, entre Jean Simon, escuyer,
(1) Selon un mémoire composé en 1754 par Clairambault, retouché en
1767 par Baujon et déposé le 20 décembre 1773 par (Ihérin, tous trois
généalogistes officiels, la maison Simon était connue en Normandie dès le
xu* siècle. Elle aurait eu pour premier auteur Robert Simon, chevalier,
qui suivit Richard Cœur-de-Lion dans son voyage en Terre-Sainte« et qui
était devenu, en 1169, l'époux d'Anne de Percy, de la maison des lords et
ducs de Northumberland. De ce mariage serait issu Jean I Simon, écuyer,
vivant encore au mois d'avril 1259, comme on le voit dans un acte du
bailliage du Cotentin, où Robin du Maresc de Beuzeville reconnaît avoir
vendu trois vergées de terre à Jean Simon, fils de Robert, écuyer, demeu-
rant à Benzerilie (parchemin de notre collection). Il aurait laissé deux fils :
1» Richard ; 2» Pierre. Ce dernier, écuyer, figure au nombre des gentils-
hommes qui comparurent devant Du Guesclin en 1313 et laissa un fils
unique, Guillaume Simon, écuyer, époux de Thomasse de Montmartin,
dont il eut Jean Simon, marié à Marguerite Le Patoys (Arch. Nat. MM, 10,
t. I, p. 613; extraits des preuves de noblesse de diverses familles faites par
les généalogistes des Ordres du Roi, depuis 1765 jusque et y compris 17S0).
Ces cinq dégrès ne purent être admis par la Cour parce qu'ils n'indi-
quaient que deux mariages.
270 ORIGINES DES SAINT-SIMON-COUUTOMEH
seigneur de Beuzeville-en-Bauptois, d'une part, et Thomas
Le Cheminant, d'autre, le 3^ jour de Mars 1389, produit
par les dicts appellans pour justifier la qualité d'escuyer du
dict Jean Simon, prétendu cinquiesme ayeul du dict Artus (1);
2^ Autre contrat passé par devant Chrestien Feboir»
tabellion au dit Varenguebec, le 14® jour de may 1408, par
lequel Gilles Yon, escuyer, se faisant fort pour Jeannette,
sa femme, fille de feu Jean Simon, escuyer, quitta à Michel
et Jean ditz Simon, escuyers, soubz âge, fils et héritiers du
dict feu Jean Simon, escuyer, leur père, de toutes choses
concernant le mariage de la dicte Jeannette, leur sœur,
pour les causes contenues au dict contract ;
3^ Une antienne chartre en latin du feu Roy Henri d'Angle-
terre, donnée à Rouen le 28® jour de fébvrier, an VII de son
règne, contenant donnation par luy faicte de plusieurs
fiefs, terres et sieuries appartenants au dict Michel Simon et
et autres dénommés en la dicte chartre à Jean de Robessart,
comme rebelles et désobéissans pour avoir suivy le party
du Roy contre le dict Roy Henri, Roy d'Angleterre (2) ;
lettres de vérification et de confirmation du dict don données
à Caen en la Chambre des Comptes du dit Roy Henri le
6e jour de Mars 1419 ;
4^ Autre contrat passé par dvant les tabellions de la baronnie
et vicomte de Bricquebec, le 17 novembre 1451, contenant
appointement et transaction faicts entre Philipot Hurel,
escuyer, pour luy, et la damoiselle, sa femme (3), fille de
(1) Jean Simon s'était marié en 1380. ba femme, Marguerite Le Patoys,
portait « un écusson chargé de dix pièces d'argent et d'azur, au chef
d'argent chargé d'une mollette de gueules ».
(2) « Au tomps de la scentc des Anglois faicte en pays et duchié de
Normandie, ledict Michiel Simon, pour acquitter foy et loyauté, aban-
donna tous ses biens et héritages et s'en alla demeurer en party du Roy,
nostre sire, et furent ses dits héritages donnés au sieur de Robessart, qui
tout le temps que les dits Anglois ont occupé la ditte duchié, en a jouy,
et esté allé ledit Michiel Simon de vie à trépas en l'obéissance du Roy,
nostre dit seigneur^ et sa subcession venue à Thomas Simon, son fils aisné,
qui bientôt après la réduction du pa^'s alla de vie à trcspas et lessa
^Richart, soubz âge » (Kxtrait d'un mandement d'Allain de Plumangart,
conseiller et chambellan du Roi, bailli du Cotentin, en date du 27 janvier
1467. - Collection Ch. Vérel.)
(3) Denise de Paris. Sa famille était originaire de Sainte-Mère- Eglise.
OKIOINKS UKS SAINT-SIMON-COL'HTOMKH 271
deffunct Robert de Paris, escuyer, (1), en précédent veufve de
deffunct Michel Simon, escuyer, d'une part, et Michel de Paris,
escuyer, fils du dict defTunt Robert, d'autre, pour la dot et
promesse de mariage^faictes au dict deffunct Michel Simon
et elle en faveur du dit mariage ;
5^ Coppie de partage faict et passé aux assizesde Carentan,
le lundy 19^ juillet 1456, entre Colin Le Gendre, escuyer,
conducteur et meneur par authorité de justice des enfants
soubz aâge de deffunct Jean Simon, escuyer, d'une part ;
et Jean Simon, escuyer, tant en son nom que comme meneur
des enfants soubz aâge de deffunct Thomas Simon, escuyer,
son frère aisné, d'autre, des successions héréditalles de deffunct
Jean Simon, ayeul et bisayeul des dictes parties et avec leurs
prédécesseurs, en ce non comprins bien entendu la succession
de deffuncte damoiselle Marguerite Le Patoys, leur ayeule
et bisayeule, laquelle succession demeureroit à partir une
autre fois ;
6^ Autre contract passé par devant les tabellions de Caren-
tan au siège du Homme, le \^^ jour de septembre 1452,
entre damoiselle Thomine Adigard, veufve de feu Thomassin
Simon, escuyer, sieur de Durescu (2), d'une part ; et damoi-
selle Jeanne Toustain et Guillaume Adigard (3), son fils,
frère de la dicte Thomine, d'autre, par lequel lui auroient
esté baillées plusieurs parties de rentes en assiette pour le
fournissement de 42 livres de rente à elle et le dict Thomassin
Simon promises en faveur du dict mariage ;
70 Sentence donnée es assises de Carentan, le 25 janvier
1466, par laquelle Richard Simon, escuyer, fils de feu Thomas
Simon, escuyer, fust passé aâge en quahté de noble personne
Lors de la recherche de Montfaut, elle possédait la seigneurie de Fosseville
et portait d'or à six molettes de sable, avec une bande d'azur chargée de
trois croisettes d'argent.
(1) Robert de Paris était premier maître d'hôtel du roi Charles VI en 1380.
(2) Thomas Simon, écuyer, mourut en l'an 1453, comme il est dit dans
l'acte de tutelle de ses enfants, dressé le 22 octobre 1453 (parchemin, coll.
Ch. Vérel).
(3) Guillaume Adigart habitait la Chapelle-en-Jugier. Il portait : d'argent
à trois équerres de sabie.
272 ORIGINES DES SAINT-SIMON-COURTOMEH
et des dictes assises le mandement obtenu par ledict Richard
Simon, escuyer, du bailly de Cotentin, le 17® jour de Janvier
1467, pour faire venir ses cohéritiers es successions de ses dicts
prédécesseurs aux fins de la récision desdits partages ;
8° Contract en forme de transaction faict et passé par
devant Roger Ruole et Gilles Lespée, tabellions en la vicomte
de Varenguebec, le 25® jour de Février 1470, entre Roger
Simon, escuyer et ses frères, enfans et héritiers de feu Jean
Simon, frère puiné de Michel Simon, escuyer, d*une part ; et
Richard Simon, fils de Thomas, iceluy Thomas, fils de Michel,
d'autre part, sur le descord d'entre lesdictes parties concer-
nant lesdicts partages ;
9'^ Acte de tutelle de Jean, Michel et Jeanne, enfans soubz
aâge de feu Richard Simon, escuyer (1), passé devant le baillj-
de Cotentin ou son Heutenant, le 17® jour de Mars 1474, par
laquelle la garde des corps et biens d'iceux soubz aâge avoit esté
baillée à Michel Jouen, escuyer, père de damoiselle Marguerite
Jouen (2), mère d'iceux soubz âage à la dite damoiselle, leur
mère, et à maistre Jean Simon, leur oncle (3) ;
10^ Autre contract en forme de transaction faict et passé
par devant Jean Guillebert et Gilles TEspée, tabellions à
Varenguebec, le 8 octobre 1497 entre nobles hommes Jean
Simon, sieur d'Aroult, fils aîné et principal héritier de deffunct
Richard Simon, en son vivant escuyer, sieur de Beuzeville-
en-Patoys pour luy et Michel Simon, son frère, d'une part ;
et Guillaume de la Ruette, d'autre part, avec des lettres
royaux obtenues en la chancellerie à Rouen, le 17® jour de
juing 1504, par ledict Jean Simon, escuyer, sieur d'Aroult,
fils et héritier de feu Richard Simon, escuyer, sieur de Durescu,
les dictes deux pièces produites par le dict Artus, appellant„
pour la justification de sa dicte qualité de généalogie;
(1) Richard avait été remis en possession en 1467 et 1470 des biens saisis
partes Anglais sur son grand-père, Michel Simon.
(2) Marguerite Jouen, fille de Michel, écuyer, portait d'argent, à six roses
de gueules, 3, 2 et 1.
(3) Jean Simon, écuyer, licencié en théologie, seigneur de Briqueville,
curé du Lust et de Saint-Pair-sur-Mer, puis grand pénitencier et chanoine
d'Avranches. 11 testa le 26 novembre 1507.
ORIGINES DES SAINT-SIMON-COURTOMEH 273
11^ Acte des assizes de Carentan- tenues le 5® jour de No-
vembre 1523, entre noble homme Jean Simon, sieur de
Beuzeville-en-Plain, pour lui et Marie de Houteville (1),
damoiselle, son espouse, d'une part ; Et Jean du Bec, escuyer,
sieur de la Bilonnière, pour luy et Marguerite de Houteville,
sa femme, d'autre, contenant la recognoissance faite par les
parties pour le faict de la terre de Rideauvillè ;
12*^ La copie du traicté de mariage d'entre noble homme
François Simon, seigneur et patron de Sainte-Mère-Eglise (2)
Beuzevjlle, Appeville et Rideauvillè, fils et héritier de feue
nobles personnes Jean Simon, en son vivant seigneur des
dicts lieux de Sainte-Mère-Eglise, Beuzeville, Appeville et
Rideauvillè, et de damoiselle Marie de Houteville, dame du
dict lieu de Rideauvillè, d'une part ; et noble damoiselle
Renée de Trousseauville (3), fille aisnée de noble et puissant
seigneur Messire Jacques de Trousseauville, chevalier, sei-
(1) Marie de HouteviUe était fille de Richard, écuyer, et de Catherine du
Quesne. Elle portait de sable, au chevron d'or, accompagné de trois trèfles
d'argent.
(2) Selon un ancien mémoire manuscrit, la première maison de Sainte-
Mère-Eglise, (autrefois Saintc-Marie-Eglise), était connue dés le xii^ siècle.
En 1135, Pierre de Sainte-Marie-Eglise assistait à la bénédiction de l'abbaye
de Montbourg en Normandie ; il portait d'azur, à six aigles en orle.
Les Sainte-Marie-Eglise ont donné en 1240 un évéque d'Avranches et
ont pris alliances dans les maisons suivantes : ChifTrovast en 1210 ;
Massieu, Manthes, Camprond, Carbonnel en 1397 ; des Monts en 1448 ;
Bosunam en 1500 ; de la Roque en 1501 ; de Her>'ieu en 1532 ; Mauduit, de
Tbieuville en 1559 ; de Corbelliers en 1568 ; de Grimouville en 1589 ; de
Mullot en 1620 ; de JaUot en 1660 ; de Lamare en 1667, etc.
Par arrêt du Conseil d'Etat du V^ septembre 1670, Guillaume et Robert
de Sainte-Marie-Eglise, à Auxcrre, furent maintenus dans la qualité de
nobles.
Louis-Anne de Sainte-Marie- Eglise, né le 26 novembre 1676, s'établit en
Allemagne en 1709 et laissa un fils, Ferdinand-Michel, qui mourut conseiller
à la cour d'Amberg, en Bavière. Le fils de ce dernier, Léopold, baron de
Sainte-Marie-EgHse, fut chambellan du roi de Bavière et président de la
Cour d'Appel de Neubourg sur le Danube.
Richard- Laurent de Sainte-Marie-Eglise, né le 25 Juin 1672, frère du dit
Louis-Anne, épousa en Irlande, à Dublin, Hélène de Morelle. Le fils, né de
cette union, prénommé Robert, baptisé le 2 janvier 1704, s'est marié en
1728 a Varly, près Bourges, avec Aune Brisson, dont il a eu : Anne-Cattie-
rine-Côlette de Sainte-Marie-Eglise. née en 1734, mariée à Sennecay, près
Bourges, en 1763, à Jean-Victor-Michel de Rochery.
(Généalogie de la maison de Sainte-Mère-Eglise, manuscrit. — Coll.
Ch. Vérel.;
(3) Trousseauville : de sable, à la croix ancrée et fleurdelisée ; alias,
de sable, à un fer de moulin d'or.
274 ORIGINKS DES SAINT-SIMON-COURTOMEH
gneur de Chesnebrun, Garennes et la Lacelle et de noble dame
Jeanne de Garennes, dame des dicts lieux de la Garenne et de
la Lacelle, d'autre part, passé devant les tabellions de Ches-
nebrun, le dernier jour de Janvier 1533 (1).
13° Adveu et dénombrement présenté à la Chambre des
Comptes par François Simon, écuyer, pour les terres et sei-
gneuries d'Appeville et Sainte-Mère-FLglise, le 19^ jour de
Décembre 1528, à luy succédez par le décès de feu noble Jean
Simon, son père, tenuz par foy et hommage du Roy à cause
de sa vicomte et chastellenie de Carentan ;
14° Autre adveu baillé par le dict François Simon, escuyer,
pour luy et la damoiselle, sa mère, du dict fief, terre et sei-
gneurie de Rideauville, au baron de la Hougue le 20 Décembre
1530;
15° Sentence donnée de M^' Jacques Mesnager, conseiller
et commissaire député par le roy sur le recouvrement des
reliefs, traiziesmes et droicts sieuriaulx deubs audit sieur au
pais de Normandie, le 6® jour de Septembre 1536, par laquelle
ledict François Simon, escuyer, auroit esté condamné payer
les reliefs deubz au Roi pour le décez de feu Jean Simon,
escuyer, son père, à cause des fiefs d'Appeville et Sainte-
Mère-Eglize ;
16<^ Extrait des registres des délibérations faictes par les
desleguez des gens de trois estats du pays de Normandie
en la convention d'iceux tenuz à Rouen par ordonnance du
(1) François Simon avait épousé en premières noces, par contrat du
18 septembre 1529, Jacqueline de Grimouville, fille de Jean, seigneur de
Tournebu, gouverneur de Falaise, et de Henée de Saint-Gilles. Il mourut
le 31 mai I.mS, laissant cinq enfants issus de son second mariage :
1» Artus Simon, baron de Courtomer ;
2» Jean, né en 1541, archiprêtre, curé de Sainte-Mère-Kglise, abbé de
l'abbaye de Saint-Georges et de Saint-André de Houhons ;
3" François, né en 1542, page en 1563 du duc de Bouillon, gouverneur de
Normandie. Il fut l'auteur des seigneurs de Heuzeville et eut douze
enfants ;
40 Charles, né en 1543, déeédé étudiant au collège de Harcourt vers Tan
1561 ;
50 Marie, mariée par contrat du 3 septembre 1557 à Jean de Tilly,
seigneur d'Ëscarboville, Taillepied et Franquetot.
M(émoire imprimé. — Coll. Ch. Vérel.)
ORIGINES DES SAINT-SIMON-COURTOMER 275
Roi, le 15® jour d'Octobre 1552, par lequel noble homme
François Simon, sieur de Beuzeville-au-Plain et Sainte-
Mère-Eglize, estant deslégué pour TEstat de la noblesse du
bailliage de Cotenlin, fut deslégué en icelle convention pour
Testât de noblesse de Normandie aller vers le Roy ;
17° Lettres missives du feu sieur de Langey, lieutenant
du gouvernement de Normandie envoyez au bailly de Cos-
tentin, le l^^ jour d'Avril 1554, pour exempter ledict François
Simon, escuyer, du ban et arrière-ban, comme estant retenu
par ordonnance du Roy pour l'un des deux gentilshommes
ordonnez estre près ledict Gouverneur ;
18° Accord et apointement faict entre noble seigneur
Artus et Jean Simon, seigneur de Beuzeville et Sainte-
Mère-Eglize, d'une part ; et noble seigneur François Simon,
leur frère puisné, enfans et héritiers de feu noble homme
François Simon, sieur des dictes terres et sieuries, touchant
le partage des fiefs, terres et seigneuries à eux succédez et
escheuz par le décez de leur dict deffunct père, recongnu
par devant le bailly de Costentin ou son lieutenant le 8® jour
de Juillet 1563.
a Veu aussv la généalogie baillée par escript par les dicts
Me Pierre et Jean dicts Simon, eux disans puisnez de la
maison et famille du dits Artus Simon, par laquelle ils main-
tenoient que du dict Jean Simon, escuyer, prétendu 5® ayeul
du dit Artus seroient issus le dict Michel aisné, Jean et
Jeanne, escuyer ; du dict Jean, puisné, et de damoiselle
Lemarquand, sa femme : Roger Simon, escuyer, sieur de
Plain-Marest et Grosparmy ; du dict Roger et de damoiselle
Philippine Dyonis, sa femme : Philippe Simon, aussy
escuyer, sieur des dicts lieux ; du dict Philippe et de damoi-
selle Catherine de Houteville, sa femme : les dicts M®^ Pierre
et Jean dicts Simon, appellans.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
1° Le testament de Jean Simon, escuyer, sieur de Beuze-
ville-en-Bauptois du 18® jour de juing 1446, par lequel il
276 ORIGINES DES SAINT-SIMON-COURTOMER
auroit nommé pour ses exécuteurs Jean et Thomas, escuyers^
damoiselle Marguerite Le Patoys, sa mère, et damoiselle
Mariette Le Marquand, sa femme ;
2p Un acte donné es assizes de Carentan le 8® jour de
Novembre 1457, contenant la vérification faicte par M^
NicoUe de Mante, escuyer, et NicoUas Morant, de traicté
de mariage faict et consommé entre Roger Simon, escuyer,
fils aisné de feu Jean Simon, en son vivant escuyer, et de
damoiselle Marie Lemarchand, sa mère, d'une part ; et
damoiselle Philippine, fille de Nicolas Dionis, escuyer, sieur
de Cacqueville et Thenelle, d'autre, le 4« janvier 1454 ;
3° La foy et hommage faicts par les dicts Roger Simon,
escuyer, es mains de Mons^ le Chancelier pour les fiefs^
terre et sieurie de Grosparmy, tenuz du Roi à cause de sa
chastelenye et vicomte de Carentan, le 23 d'Avril 1485 ;
4^ Accord et traicté de mariage d'entre Philippe Simon,
escuyer, fils aisné de Roger Simon, sieur de Plain-Marest,.
d'une part ; et damoiselle Catherine de Houteville, fille de
defîunct Hélie de Houteville, en son vivant, seigneur de
Cretesson, et damoiselle Marye de Brenville, son espouze,
d'autre part, en dapte du 2® jour de mars 1493 ;
5° Hommage et adveu présentez au Roy par Pierre Simon,,
escuyer, pour ses terres et sieuries de Plain-Marest et Gros-
parmy, teneues du dict sieur à cause de sa chastelenye et
vicomte de Carentan, et à luy succédez par le décez de
feu Philippe Simon, sieur des dictes terres et sieuries, son
père, le 24^ jour de janvier 1518, avec le mandement des gens
des comptes à Paris adressé au bailly de Costentin, ou son
lieutenant, le l^^" jour de fébvrier ensuyvant au dit an, pour
accorder main-levée de délivrance au dict Pierre, la sentence
sur ce donnée es assizes de Carentan le 10® jour de mai 1519
par laquelle, sur l'attestation et vérification de plusieurs
gentilshommes, main-levée auroit esté accordée au dict
Pierre Simon, escuyer, des dicts fiefs ;
6^ Attestation de M« Jacques Davy, lieutenant du bailly
de Costentin. du 15® de may 1534, par laquelle en faisant
OKIOINKS DES SAINT-SIMON-COURTOMEH 277
la monstre des gentilhommes noblement tenants se seroit
présenté Roger Simon, frère de noble et discrète personne
M® Pierre Simon, sieur de Plain-Marest et de Grosparmy»
avec soy homme en armes et chevaux ;
Plusieurs autres lettres, Chartres, tiltres et enseignemens
mises sur le bureau des dicts juges ;
Et oy le rapport du conseiller commissaire auquel par
ordonnance des dicts juges le tout auroit esté distribué ;
Le tout veu et considéré, nous avons dit et disons que les
dictes appellations et ce dont est appelle ont esté et sont
mises au néant, et en reformant le jugement, déclaré et décla-
rons les dicts Artus et M® Pierre et Jean dicts Simon, appellans,
exempts de la taxe et cotisation des dicts droits de francs-
fiefs et nouveaux acquests, ordonné et ordonnons qu'ils
seront rayez et distraicts du registre et roolle des dicts taxes.
Sy donnons en mandement au premier des huissiers des
dictes Courts de Parlement et des Aydes ce présent arrest
mettre à deub exécution selon sa forme et teneur ; de ce
faire, luy donnons pouvoir, mandons et commandons à tous
les justiciers, officiers et subjects du Roy, nostre dict sire,
et lui, en ce faisant , obéir.
Donné à Rouen et prononcé aux dictes parties le dix-
huitiesme jour d'Aoust l'an de grâce mil-cinq-cens-soixante
et quatre.
DU FOUR, greffier en ceste partie. »
(Scellé en cire rouge.)
Il est présumable que la Cour des Aides ne se décida pas
pas facilement à renoncer aux grosses sommes mises à la
charge de la famille Simon ; qu'elle chercha même à paralyser
par une nouvelle procédure les effets du jugement de 1564,
car ce ne fut que huit ans plus tard que les Simon furent
rayés du rôle des francs-fiefs, comme on le voit dans ce certi-
ficat mis au bas du jugement :
« Suyvant la teneur du présent arrest monstre et exibé à
moy, Guillaume Chonquet, demeurant en la ville de Rouen,
l'un des commis à la poursuitte et recouvrement des deniers
procédants de la recerche d'icelle commission des francs-
fliefs, et ayant en précédent le présent arrest donné ; faict
278 ORIGINES DES SAINT-SIMON-COURTOMEH
poursuitle à l'adjonction de Mons'' le procureur général du
roy pour le recouvrement des sommes esquelles les dicts
Symon, nommez audict arrest, auroient esté taxés, sçavoir
est : le dict François, à la somme de quatre-mil-huict-cens
livres ; pour le dict Pierre ; huict cens livres, et pour le dict
Jean ; saize cens livres, j'ay rayé d'iceluy roole les articles
d'icelles taxes, par le moyen qu'aux dépens des dicts Simon
et pour ma descharge m'a esté délivré extraict du dict arrest
par M® Nicollas Dufour, grefîler en ladicte Commission.
Pour tesmoing de quoy j'ay signé le présent de mon sing cy
mis le saizième jour d'octobre mil-cinq-cens-soixante etdouze.
CHONQUET.
Artus Simon, devenu baron de Courtomer par suite de son
mariage avec Léonore Le Beauvoisien, ne se contenta pas
de cet arrêt, pourtant susceptible de terminer pour toujours
les difficultés de sa famille avec la Cour des Aides. Invoquant,
à bon droit, « les bons et loyaux services « qu'il avait rendus
au duc d'Alençon « en plusieurs circonstances et manières »
il obtenait du Roi Henri III des lettres patentes qui empê-
chaient dorénavant toute confusion entre sa maison et
celles des autres Simon :
« Henry, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Polo-
gne, à tous ceulx que ces présentes lettres verront, salut.
Sçavoir faisons que nous désirant bien favorablement traicter
tant nostre amé et féal Chevallier Messire Artus Simon,
sieur de Beuzeville et ses frères, que Jacques Simon, écuyer,
sieur de Méantis et ses frères puisnais de la noble et ancienne
maison et famille du dict Cymon, en considération des bons
et aggréables services que leurs prédécesseurs et eux ont de
de tout temps fait aux nostres et qu'ils nous font et espérons
qu'ils nous feront, et continueront de bien en mieux à Tadvenir
et affin de leur en accroistre le desain et affection, faire
aussy qu'ils, et leur postérité, soient recongneuz et disernez
d'entre plusieurs autres du mesme surnom qui ne sont aucu-
nement de leur famille, et ce faisant éviter à la confusion
qui par trait de temps s'en pouroit engendrer, leur avons,
en inclinant libérallement à leur supplication et requête,
ORIGINES DES SAINT-SIMON-COURTOMEH 279
permis, accordé et octroie et de nostre grâce spécial, pleine
puissance et auctorité royale, leur permectons, accordons
et octroyons, voulons et nous plaît par ces présentes qu'ils
et chacun d'eux et leur postérité, naye et à naistre en loyal
mariage, puissent en adjoustant ce mot de Saint à leur dict
surnom de Simon, prendre, retenir et se qualifier doresnavant
et à toujours de Sainct-Simon, tant en jugement que dehors,
sans qu'en ce faisant il leur soit préjudicié en aucune manière
à leur tiltre et qualité de noblesse dont ils, et leur prédécess-
seurs joisent de si longtemps qu'il n'est mémoire du contraire,
ny que, soubz ce prétexte, aulcuns n'estant de leur dite
famille puissent prendre et usurper l'écusson de Içurs antiennes
armes, qui est de sinople, à troys lyons rempens d'argenU
ce que nous leur defTendons très expressément sur telle peyne,
amende et punission que de raison, pourveu toutesfoys
que telle adjection au dit surnom des dicts suppléants soit
sans fraulde et que tous les contracts, céduUes, obligations
et autres actes qu'ils ont cy-devant faicts soubz leur dit
surnom demeureront en leur force et vertu.
« Sv donnons en mandement à nos amez et féauls conseillers
tenans notre Court de Parlement à Rouen, Bailly de Costentin
ou son lieutenant, et à tous autres justiciers et officiers
qu'il appartiendra que ces dites présentes y facent lire,
publier et enregistrer, et du contenu joyr et user, les dits
supliants et leur dite postérité, pleinement et paisiblement,
cessans et faisans cesser tous troubles et empeschements
contraires, non obstant oppositions ou appellations quel-
conques pour lesquelles et sans préjudice d'icelles ne voulons
estre différé.
a En tesmoing de quoy, nous avons faict mectre nostre
seel à ces présentes.
« Donné à Paris, ce vingtième jour de Mars, l'an de grâce
mil-cinq-cens-quatre-vingts-cinq et de nostre Reigne le
douzièsme. »
HENRI (1).
(1) Ces lettres patentes furent enregistrées au Parlement de Houen, le
8 mars 1586.
280 ORIGINES DES SAINT-SIMON-COUKTOMER
Cette addition de nom se trouvait donc autorisée pour
les quatre branches existantes des Simon : 1° les Simon»
barons de Courtomer ; 2P Les Simon, seigneur de Beuzeville-
la Bastille et de la Fière ; 3^ Les Simon, seigneurs de Plain-
marais, Grosparmy, d'où sont sortis les Simons, écuyers,
sieurs de la Coutellière, légitimés par lettres royales en l'an
1622 ; 40 Les Simon, seigneurs de Méantis et de Digosville.
C'était du reste avec raison qu'Artus Simon avait fait
déclarer que lui et ses cousins, parties au procès, n'étaient
pas de la même famille que les autres Simon, très répandus
dans le Cotentin.
Ceux-ci étaient issus de Martin Simon, anobli en Septembre
1550 et de Richard Simon, qui reçut les lettres de noblesse
en l'année 1551 ; tous deux habitaient la paroisse de
Rauville-la-Bigot et portaient « d'azur, à la croix d'argent,
chargée de cinq croissants de gueules, et cantonnée de quatre
cygnes d'argent ». Ils ont formé dix branches, savoir :
A. — de Martin Simon, sieur de Virandeville :
l^ Les sieurs de Virandeville, Rondelaire, RoUonde»
seigneurs et patrons de Theurtheville-Bocage, sieurs de
Saint-André, seigneurs de Vandreville, sieurs des £stangs, à
Rauville-la-Bigot, Breuville, Teurtheville-Bocage ;
2P Les sieurs de Hercla et de Renouville, seigneurs de
Montreuil-sur-Lozon, fixés à Cosqueville et Montreuil-sur-
Lozon, dont sont issus les sieurs de Bertheauville, à Theur-
teville-Bocage ;
3^ Les sieurs de la Cour et les sieurs de Prémare, à Cou-
ville ;
A^ Les sieurs de Durescu, de la Chesnée, de Lillemont»
seigneurs et patrons de Virandeville, sieurs de Baudretot*
5^ Les sieurs des Moitiers, de Couville, la Chenée, Chau-
vigny, Saint-Laurent, à Couville et à Vasteville.
6° Les sieurs de Durescu, seigneurs et patrons de Carne-
ville, par échange de Tan 1616, sieurs de Francouville, à
Carneville. Ils portent le titre de comte depuis 1787.
ORIGINES DES SAINT-SIMON-COU RTOMER 281
B. — de Richard Simon, sieur de Claire :
7° Les sieurs de Claire, les sieurs de Barnavast et les sieurs
de Touffreville ;
8^ Les sieurs de Clermont, Briquehoul, seigneur d'Arque-
ville, à Colomby ;
9® Les sieurs de la Sommaizerie, Clerval et Préfontaine ;
\0^ les sieurs de Genestel, à Brix.
De ces dix branches, celle des Symon de Carneville est
seule survivante en la personne de M. Symon, comte de
Carneville, demeurant à Carneville, près Saint-Pierre-Église
(Manche).
Ch. VÉREL.
NOTICK
SUR
la Yie et les Œuvres
DK
M. Jcan-Baptistc DALIGAULT
Ancien Directeur de l'École Normale d'Alençon
(1811-1894)
AVANT-PROPOS
Celui dont nous entreprenons de retracer la vie, fut, au
témoignage des gens qui l'ont connu, un homme vraiment
remarquable et surtout foncièrement vertueux. Il était de
ceux qui, plaçant le devoir au-dessus de tout, honorent
autant les fonctions qu'ils remplissent que ces fonctions
les ennoblissent eux-mêmes. Chez lui, pas de composition
avec la conscience : ce qu'elle réclame devient par cela même
sa règle de conduite. Instruit, actif, très intelligent et de
manières agréables, il eût pu, mieux que bien d'autres,
conquérir une haute situation ; loin de là, sacrifiant ses
intérêts propres, il se dévoue à ceux d'autrui, en embrassant
la carrière pénible de l'enseignement, après que sa grande
piété eût paru quelque temps le porter vers l'état ecclésias-
tique.
C'est donc dans l'enseignement que nous allons le voir
franchir les diverses étapes d'une longue existence, toute de
désintéressement et d'honneur.
Nous diviserons notre travail en cinq chapitres.
NOTICE SUH LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 283
Dans le premier, nous traiterons de la jeunesse de M. Dali-
gault et de ses débuts dans renseignement.
Dans le second, de sa charge d'Inspecteur des Écoles
primaires du Calvados.
Dans le troisième, de sa Direction à l'École normale d'Alen-
çon.
Dans le quatrième, de ses travaux littéraires.
Enfin, dans le cinquième, de sa vie dans la retraite et de
sa mort.
Ancien élève de M. Daligault, c'est avec un sentiment de
vive reconnaissance et de vénération profonde que nous
nous mettons à l'œuvre. Puissent ces pages inspirer un
souvenir ému à ceux qui, comme nous, ont eu le bonheur
de recevoir les conseils et les leçons de ce maître regretté.
CHAPITRE 1er
La jeunesse de M. Daligault (1811-1837), — Sa naissance.
— 5a fahiille, — Son éducation, — // est reçu bachelier-
es-lettres. — Chargé d'une éducation particulière. —
Régent au Collège de Bayeux. — Professeur au Collège
royal (Lycée) de Caen. — Ses relations confraternelles.
— Son mariage. — Mort de sa jeune femme. — Précieuse
lettre d'un ami.
M. Jean-Baptiste Daligault naquit à La Chapelle-Biche,
hameau du Val-Tourneur, le 2 mars 1811, du mariage de
Julien Daligault et de Marie Jenvrin. Un trait, qui emprunte
aux circonstances critiques de l'époque un intérêt tout parti-
culier, montrera la foi vive de ces bons villageois. Après
avoir reçu la bénédiction nuptiale le 6 mai 1793, ils découvri-
rent, au bout de trois ans de mariage, qu'il existait entre eux
une affinité du quatrième au quatrième degré, exigeant une
dispense de l'évêque. Sans hésiter, et quoiqu'un enfant
fût issu de leur union, ils se séparèrent aussitôt et ne reprirent
la vie commune qu'après réhabilitation en bonne et due
forme de leur mariage par une nouvelle cérémonie religieuse,
qui eut lieu, le 27 février 1797, en présence et par le minis-
23
284 NOTICE SU« LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
tère des deux prêtres insermentés de la paroisse, MM. Banot
et Dufav.
Cette fermeté dans les principes religieux fut une
seconde fois soumise à une rude épreuve pendant la tourmente
révolutionnaire. Plusieurs énergumènes, ayant voulu forcer
Julien Daligault à participer à la dévastation du mobilier
de l'église (chaises, bancs, statues, etc.), furent tellement
irrités de son refus énergique qu'ils Taffublérent d'une vieille
étole, puis le traînèrent dans les rues de la bourgade en le
couvrant de blasphèmes et d'injures, et le traitant d'insolent
papiste, surnom qui est resté aux descendants et ne semble
pas près de disparaître. Notre Directeur, loin de s'en froisser,
regardait cette qualification plutôt comme honorable pour
lui et les siens. Un jour que nous passions en revue, à sa
demande, les surnoms, tous plus bizarres les uns que les
autres, des habitants de la commune, nous avions omis
intentionnellement celui de sa famille. Mais lui, vivement,
nous interrompit, en disant : « Et les papes, vous les oubliez. »
La probité du brave homme n'était pas moins remarquable.
On en a la preuve par le fait suivant, consigné dans notre
Histoire de La Chapelle-Biche : « Craignant le pillage de sa
maison, qu'il savî^it être suspecte aux puissants du jour, un
honorable et riche commerçant, Gabriel Jenvrin, dit le
Gros-Père, co-propriétaire de la forge et des bains de Bagnoles,
possédant une assez forte somme d'argent, renfermée dans un
vase de grès, pria Julien Daligault, qui ne passait pas pour
être riche, de vouloir bien emporter chez lui son trésor, et de
le garder jusqu'à des temps meilleurs. Ces temps arrivèrent,
mais le dépositaire, au moment de rendre la somme confiée,
aperçut une étiquette indiquant une somme qui lui parut
excéder le poids du vase, au haut duquel se trouvait un certain
vide. Craignant qu'un vol n'eût été commis, soit chez lui, soit
antérieurement nu dépôt, il s'avisa de compter les espèces,
et trouva mille francs de plus que n'indiquait l'étiquette.
Transporté de joie, il courut chez M. Jenvrin, la cruche à
la main» et prenant un air embarrassé : « Monsieur, lui
« dit-il, je vous rends le dépôt que vous m'aviez confié. J'ai
« eu la curiosité de vérifier le chiflre inscrit sur l'étiquette,
et je dois vous dire que j'ai constaté un mécompte de
NOTICE SUR LA VIE ET IJES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 285
« mille francs. — Que cela ne t'inquiète pas, mon cher ami,
« répond aussitôt M. Jenvrin ; j'ai commis une erreur, qui
« s'explique facilement par les transes au milieu desquelles
« je vivais. Je te remercie bien sincèrement du service que
« tu m'as rendu, et si jamais tu étais dans la gêne, je te prie
« de croire que ma bourse est entièrement à ta disposition. »
Non seulement Julien Daligault ne passait pas pour être
riche, mais, en réalité, il lui fallait toutes les ressources d'un
labeur opiniâtre pour subvenir aux besoins de sa jeune et
nombreuse famille, composée de six enfants. Ayant une
instruction un peu au-dessus de la moyenne, il enseignait, mais
dans la matinée seulement, outre l'obligatoire catéchisme
diocésain, à lire, à écrire et à chiffrer, aux enfants des villages
de Chanu, voisins de La Chapelle-Biche, recevant en retour,
à titre de salaire, une modique indemnité, tantôt en espèces,
quelquefois en nature ; l'après-midi, pour grossir un peu
ses gains, il travaillait au dur et pénible métier de cloutier.
Après la mort de Mathieu Allain, instituteur titulaire de
La Chapelle-Biche (1813), Julien Daligault fut autorisé,
faute de postulant ecclésiastique, à occuper le même emploi.
Il en exerça les fonctions jusqu'en 1820, dans son propre
village, et même dans une dépendance de son humble habi-
tation, en vertu d'un brevet du 3® degré, qu'il échangea,
le 15 février 1817, contre un brevet du 2« degré, délivré par
M. Alexandre, recteur de l'Académie de Caen, à la suite
d'un examen subi devant M. Houel, principal du collège de
Domfront. En rémunération de ses services pédagogiques,
qu'il était tenu de donner gratuitement le matin seulement,
il recevait du trésorier de la fabrique les revenus d'une
rente spécialement affectée à cette intention, par un ancien
curé, l'abbé Tablet, s'élevant à l'époque à 457 livres 18 sols (1).
Comme par le passé, une petite forge de cloutier continua
d'occuper le reste de son temps, venant apporter un appoint
indispensable aux maigres ressources de la famille.
(1) IVaprès les conditions de cette fondation remontant à 1744, Tinstitu-
tcur devait être prêtre, et désigné par le ctiré du lieu, assisté des princi-
paux paroissiens. Ce n'était donc qu a défaut d'un ecclésiastique qu'un laïc
pouvait être choisi ; c»qui fut toujours le cas à partir de 1809.
28o NOTICE SUR LA VIK KT LES (EUVRES DE M. DALIGAULT
Ces quelques détails rétrospectifs étaient utiles pour
faire connaître la situation de famille de notre futur Direc-
teur. C'est dans ce milieu modeste qu'il grandit, et comme il
était doué d'heureuses dispositions naturelles, de bonne
heure les leçons de français reçues sous le toit paternel
ne lui suffisant plus, il alla chaque jour au presbytère
prendre connaissance des premiers éléments du latin, sous
la direction du vénérable curé de la paroisse, M. Sebire.
Dans la suite, il fut élève boursier du collège de Tinchebray,
tenu par Tabbé Marie, puis entra à celui de Sées, avec l'in-
tention d'embrasser l'état ecclésiastique. Il y fit même une
année de théologie. Mais sa vocation l'appelait ailleurs.
Dans ces divers établissements, il sut toujours, par l'amé-
nité et la franchise de son caractère, se concilier l'afTection
d'un certain nombre de condisciples, qui lui restèrent fidèle-
ment attachés dans le cours de sa carrière, tels l'abbé
Crête, qui deviendra curé de Montsort, à Alençon, et
M. Lemonnier, qui occupera des fonctions universitaires
pareilles aux siennes.
Après avoir satisfait à la conscription dans le canton de
Fiers, où lui échut le n^ 79, M. Daligault débuta dans l'en-
seignement en qualité de précepteur, chargé d'une éducation
particulière au Sap, et deux ans après, c'est-à-dire le 19 août
1833, il se présenta à Caen pour subir les épreuves du bacca-
lauréat-ès-lettres. Ses réponses, d'après l'attestation de
M. Latrouette (1), président de la Commission d'examen,
furent jugées :
1" Kn grec, sur Sophocle Très Bonnes
2«» Kn latin, sur Tacite et Jn vénal . . —
3" Sur la rhétorique —
•1'» Sur rhistoire et la j^éographie. . . ^ —
5<> Sur la philosophie lionnes
r>" Sur les mathématiques Assez Bonnes
7" Sur la physique —
(1) M. Latrouette avait prolessé, durant neuf ans, la rhétorique au conège
de Domfront. Il est l'auteur de VHi'rmita^e Sninte-Anne^ notice insérée
dans VJIistoire de iJomfront, par Liard. •
r'
NOTICE sua LA VIE ET LES ŒUVKES DE M. DALIGAULT 287
Il fut donc reçu clans d'excellentes conditions, et son
diplôme, délivré par M. Guizot, ministre de l'Instruction
publique, porte la date du 24 septembre 1833.
Ce succès lui ouvrit les portes de l'Université, d'abord
en qualité de régent au collège de Bayeux, où il resta seule-
ment du 24 septembre 1833 au 21 septembre 1834 ; puis
comme professeur au collège royal (ou lycée de Caen), fonc-
tion qu'H occupa trois ans (1834-1837).
Ce laps de temps lui suffit pour gagner la confiante affec-
tion d'un collègue très distingué, M. Charles Marie (1), auteur
de plusieurs ouvrages remarquables, entre autres une His-
toire de France et une Histoire sainte, à l'usage de la jeunesse,
et VAbrégé chronologique de V Histoire universelle, continué
sous la direction de M. l'abbé Daniel, d'abord recteur d'Aca-
démie, puis inspecteur général de l'Instruction secondaire,
et enfin évéque de Coutances et Avranches. Si Ton veut
connaître le passe-temps ordinaire de nos jeunes professeurs,
en dehors bien entendu des soins de leur charge, écoutons
M. Marie, qui s'exprime ainsi, après douze ans écoulés :
« Où sont nos flâneries (2), nos causeries éternelles d'autre-
« fois au coin de votre feu que vous saviez faire si artistement.
«^ Car vous aviez sur moi, entre autres avantages, celui d'une
t cheminée qui ne fumait pas. N'allez pas croire toutefois
« que ce fût là le motif qui m'attirât et me retînt auprès
« de vous. Non, certes : parmi un personnel de collègues très
« mêlé, j'étais heureux de fréquenter le plus grave et le
« mieux élevé. J'ai donc gardé un bon et fidèle souvenir de
« votre entresol. Les tribulations ne nous manquaient pas ;
« mais grâce à plus de jeunesse, de santé, de loisirs, nous nous
« faisions aussi de gais moments, qui aidaient à supporter
« les autres. Mais depuis lors que de revers et de dures décep-
« tions dans notre vie privée, sans compter l'amertume des
« malheurs publics ! Pour vous du moins, dans ce qui vous
a est personnel, vous n'avez rien à vous reprocher ; vous
(1) Décédé à Venoix, prés Caen, eu 1888.
(2) L'une d'elles faillit lui coûter la vie. Un jour, s'étant approché trop
prés du canal, il tomba dedans et se serait infailliblement noyé si des
mariniers ne se fussent aussitôt portés à son secours. Il avait eu, disait-il,
le temps de faire un acte de contrition au fond de l'eau, mais n'avait
conservé aucun souvenir de ce qui s'était passé ensuite.
288 NOTICE SUH LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
« n'avez qu'à vous incliner avec respect et résignation
sous les coups de la main qui vous a frappé... »
Nous verrons bientôt à quelle terrible épreuve M. Marie
faisait allusion.
Par acte du 6 avril 1836, passé en la mairie de Cormelles,
près Caen, M. Daligault s'allia à M^ie Honorine-Bénina Pro-
vost, née à Ranville, canton de Troarn, le 4 janvier 1815»
fille d'un propriétaire-cultivateur. Ses apports en mariage
avaient été estimés à 6.000 francs, et ceux de la future à
7.500, par contrat sous régime dotal passé devant M^ Delà-
vande, notaire à Caen, le 22 mars précédent.
Les nouveaux époux s'installèrent à Caen, résidence
presque obligée du jeune professeur.
Le 30 décembre 1837, M. Daligault quitta la chaire qu'il
occupait au Lycée, pour remplir un poste mieux rétribué,
mais plus fatigant, celui de sous-inspecteur des écoles primaires
du Calvados, qu'il devait occuper onze ans et demi.
Mais avant de le suivre dans sa nouvelle position, il nous
faut parler de la catastrophe qui l'atteignit dans ses plus
chères affections.
Après deux ans d'union parfaite, la jeune dame Daligault
mourut presque subitement (1). Cette disparition rapide et
imprévue fut un coup de foudre pour l'infortuné époux, qui
voyait son bonheur à jamais évanoui. Les condoléances de ses
nombreux amis furent impuissantes à cicatriser une blessure
si cruelle.
Sur ces entrefaites, une lettre de son bon ami l'abbé Moulin,
curé de La Chapelle-Biche, arriva fort à propos. Nous en
donnons les principaux passages, à cause de l'effet salutaire
qu'elle produisit sur cette âme si profondément atteinte :
(1) QueUe fut la cause de cette mort »i soudaine ? M. Daligault ne nous
l'a jamais dit. De notre côté, nous nous gardions bien, dans nos longs
entretiens, de faire seulement allusion à une circonstance si crucile de sa
vie. Ou disait» entre élèves, à l'Ecole Normiale, que M"« Daligault était morte
à ses côtés, dans une promenade, frappée par la foudre, ainsi que leur
bébé, une petite fille. Mais, pas plus que la famille, nous n'avons de ren-
scigoement positif à ce sujet. Nous Ignorons même s'il a eu un enfant,
aucun écrit n'en faisant la moindre mention.
NOTICE St'U LA VIE ET LES ŒLVIIES DE M. i>ALlGAULT 28B
« La Chapelle- Biche, le 5 Mai 1838.
« Mon cher ami,
« Je prends part à ton affliction, et je me fignre bien la
vivacité et Tamertume de ta douleur. Etre, après deux ans
de l'union la plus heureuse, séparé de la personne qui, par ses
précieuses qualités, en faisait les charmes l Le coup est atter-
rant. Que ne puis-je, mon cher Daligault, te donner, dans un
moment si critique, les consolations que mon cœur te souhaite.
Mais, comme tu Tas fort bien pensé, tu n'as rien à attendre
des hommes, quelque bien intentionnés pour toi qu'ils soient ;
ils sont impuissants à te soulager dans une si affreuse cir-
constance. Celui, de qui part le coup qui t'a si vivement
frappé^ peut seul t'en adoucir le sentiment...
« Que tu fais bien preuve de ta foi et de ton bon jugement
en reconnaissant que la religion peut seule être ton soutien.
Tu n'as jamais, je le sais bien, douté un seul instant de
l'extrême besoin que l'homme a sur la terre de son secours ;
mais si tu en avais douté, que le moment actuel te le ferait
bien reconnaître ! Si tu n'avais les consolations de la religion
en ce moment, que te resterait-il, sinon, comme tu le dis,
un cruel désespoir ?
« Demande donc à la religion, mon pauvre ami, des conso-
lations, et elle t'en donnera de fortes et de puissantes. Elle te
dira d'abord que tu n'es séparé que pour un moment de cette
épouse chérie dont la présence faisait ton bonheur et qu'en
la pleurant, ton sort est bien différent de celui des impies,
parce que tu as, toi, l'espoir de la revoir un jour.
a Tu ne connais pas maintenant, mon pauvre enfant, les
secrets de la Providence, tu ne connais pas ses vues, tu ne
vois pas le rapport qu'a l'allliction si accablante qu'elle t'a
envoyée avec tes véritables intérêts. Tu sauras un jour le
motif qui l'a fait agir; en attendant qu'il te soit révélé, tiens-
toi bien persuadé qu'en ce que le Seigneur a fait il n'a consulté
que ton plus grand bien. Je ne connais rien de plus capable
de te consoler que cette considération bien méditée et de te
porter à te soumettre aux ordres du Seigneur et à adorer ses
décrets.
290 NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
« Je prends rengagement de mettre ta pauvre femme au
nombre de mes amis défunts et de faire pour elle ce que j'ai
coutume de faire pour eux, c'est-à-dire de penser à elle au
saint Autel tous les jours pendant plusieurs années. Il suffit
qu'elle te fût si chère pour qu'elle me le soit à moi-même, et
que je regrette de ne l'avoir pas connue !
« Et toi aussi, crois bien que je ne t'oublierai pas, et que
je prierai le bon Dieu de te faire tirer de ton malheur le parti
qu'il s'est proposé et qu'il a eu en vue. »
A la suite de cette lettre, M. Dahgault a écrit de sa propre
main :
« Que Dieu bénisse à jamais l'excellent abbé Moulin»
« l'auteur vraiment inspiré de cette pieuse et admirable
« lettre. Que ma famille, reconnaissante du bien qu'il m'a
« fait, ne cesse de prier pour lui et de vénérer sa mémoire (1)
(c Signé : DALIGAULT. »
CHAPITRE II
M. Daligault, inspecteur des Ecoles primaires du^Calvados
(1837-1849), — Difficultés de ces fonctions en 1840. —
Situation générale de r Instruction primaire dans les
arrondissements de Falaise, Lisieux, Pont-F Evêque,
Bayeux et Vire.
M. Daligault, promu Inspecteur primaire sur sa demande,
devait occuper ces fonctions dans le Calvados jusqu'au
20 juin 1849, date de son entrée à l'École normale^d'Alençon.
On peut se figurer combien ce poste, qui embrassait tout
le département, était pénible à remplir, alors surtout que
les voies ferrées étaient inconnues et les chemins vicinaux
clairsemés. Il fallait presque quotidiennement^cheminer
à pied, hiver comme été, par monts et par vaux, sans tenir
compte des intempéries, et coucher souvent dans de petites
(1) M. Moulin est décédé aumônier des Sœurs de Briouze, le 23 décembre
1876.
NOTICE sua LA VIK ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 291
hôtelleries de village, très peu confortables. Heureusement
le fonctionnaire était jeune, rempli d'ardeur et animé du
feu sacré. En veut-on une preuve : du 17 novembre au
31 décembre 1840, c'est-à-dire en six semaines d'hiver,
il ne visita pas moins de 28 communes, tant grandes que
petites. On peut dire avec vérité que personne n'a parcouru,
plus que lui, les campagnes de cette partie de la province.
En 1846, M. Daligault passa quelque temps dans sa famille
pour remettre sa santé altérée par les fatigues de son dur
labeur. Il aurait alors eu l'intention de faire ce que fit, quelques
années plus tard, son compatriote l'abbé Duguey, c'est-à-dire
de fonder une institution libre ; mais auparavant il aurait
souhaité entrer dans les ordres.
A ce sujet, le futur supérieur du célèbre collège de Tinche-
bray, M. l'abbé Foucault, lui écrivait, à la date du 31 décem-
bre 1850 :
« ...Un regret que j'éprouve, c'est qu'on ne vous ait pas
a mieux ménagé dans un temps. Avec la piété, les talents
« et la sagesse qui vous distinguent, je me serais mis à
« l'œuvre de tout cœur sous votre conduite, et je n'aurais
« pas douté du succès. »
Quoi qu'il en soit, notre inspecteur avait repris ses fonc-
tions dès 1848, ainsi qu'en témoignent des rapports que
nous possédons.
Il nous a paru intéressant de profiter de ces titres officiels,
particulièrement de ceux de 1839-40, pour montrer dans
quel état était l'instruction primaire du Calvados, au milieu
du siècle dernier.
Ce tableau ne sort pas de notre cadre, puisqu'il appartient
aux Œuvres de M. Dahgault.
Situation générale de V Instruction primaire dans le Cal-
vados en 1840. — Dans les arrondissements de Falaise,
Lisieux et Pont-l'Évêque, les bonnes écoles de garçons sont
presque toutes dirigées par des élèves de l'École normale
ou des instituteurs brevetés depuis la loi de 1832 ; les plus
292 NOTICE SUR LA VIE ET LES (EUVRES DE M. DALIGAULT
mauvaises le sont par les anciens instituteurs. Dans celles-ci,
l'enseignement est incomplet, la méthode vicieuse ou mal
employée et les enfants ignorants. Comment ne le seraient-ib
pas quand le maître lui-même ignore les choses qu'il devrait
enseigner ? La plupart de ces instituteurs (1) n'ont sur la
grammaire que des notions très superficielles ; ils enseignent
le calcul sans raisonnement, presque tous ignorent complète-
ment le système métrique. Les communes qui sont affligées
de pareils instituteurs sont bien obligées de les supporter,
mais elles ne veulent rien faire pour l'école avant d'être en
possession d'instituteurs capables. On a beau leur faire
Femarquer que le mobilier est insulFisant, que le local est
trop exigu, insalubre, mal éclairé, on vous répond invaria-
blement : C'est assez bon pour lui. Cette incapacité des
instituteurs ne justifie pas la conduite des conseils municipaux»
qui abaissent le taux de la rétribution ou élèvent le nombre
des indigents au-delà des limites raisonnables ; mais elle
l'explique en certains cas. 11 serait à désirer que l'on pût
forcer à venir suivre les cours temporaires de l'École normale
les instituteurs que l'on a reconnus n'être pas à la hauteur
de leur position. Les nouvelles connaissances qu'ils acquer-
raient, la bonne volonté dont ils feraient preuve finiraient par
leur concilier la bienveillance des communes. Les conférences
établies dans plusieurs arrondissements, quelque utiles
qu'elles soient, ne peuvent remédier au mal que nous venons
de signaler. Les instituteurs faibles n'osent avouer leur
ignorance en présence de leurs confrères. Ceux-ci craindraient
de les blesser en paraissant leur donner des leçons. Les pre-
miers n'emportent donc souvent de la conférence qu'une
idée confuse des matières qui y ont été traitées.
Le nombre des mauvaises écoles de filles est encore plus
considérable par rapport aux bonnes que celui des écoles
de garçons. Le côté faible des institutrices, c'est l'arithmé-
tique et surtout le système métrique. Il est vrai que la connais-
sance des poids et mesures intéresse plus, peut-être, les
jeones garçons que les jeunes filles, qui pour la plupart ne
(1> Dans le nombre il y avait passablement d« vieu]L soldat» de Tépopée
napoléonienne, que l'administration avait admis dans l'enseignement povCr
fenr procurer des moyen» d'existence.
NOTICE SUR LA VIE ET LES CECVRES DE M. DALIGAULT 293
doivent pas se livrer à des opérations commerciales. Mais
ces connaissances ont leur degré d'utilité, même dans le
cercle du ménage. Or, les neuf dixièmes des institutrices
ne connaissent du système métrique que l'unité monétaire
et ses sous-multiples. Celles qui font exception sont des
institutrices appartenant à la Providence de Rouen. En
général, les institutrices appartenant à des congrégations
religieuses sont beaucoup plus capables que les institutrices
laïques, et parmi les premières les Sœurs de la Providence
de Rouen semblent tenir le premier rang. Néanmoins, les
sœurs récemment sorties de la Providence de Lisieux se
distinguent aussi des autres institutrices. Les trois ans
que dure leur noviciat, qui autrefois n'était que de deux,
permet de les exercer plus sérieusement et sur un plus grand
nombre de matières. Il est à regretter que cette maison
cloîtrée repousse la surveillance des autorités préposées à
l'instruction primaire, quelques améliorations introduites
dans le plan d'instruction pourraient amener les meilleurs
résultats.
Les sœurs de Notre-Dame de Briouze sont les plus faibles
et généralement incapables.
La situation pécuniaire des instituteurs devient de plus
en plus mauvaise. Il ne peut en être autrement, puisque à
mesure que les communes se trouvent pourvues, chaque
instituteur voit diminuer le nombre de ses élèves, sans voir
augmenter son traitement fixe ou élever le taux de la rétri-
bution mensuelle. La moyenne du traitement des instituteurs
de campagne est de 350 à 400 francs. Encore que de pré-
cautions n'ont-ils pas à prendre et de ménagements à employer
pour parvenir à réaliser cette somme. Ils ne craignent rien
tant que de perdre leurs élèves, puisqu'en les perdant ils
perdent leurs moyens d'existen«e ; mais pour les conserver,
ils sont obligés de se soumettre aux volontés les plus bizarres
des parents, et de souilrir des abus qu'ils auraient le plus
grand désir de réprimer. Ainsi, il leur faut admettre des
livres non approuvés ou qui ne sont pas uniformes ; ils ne
peuvent sévir contre les enfants qui s*absentent de la classe
sans raison, ou qui s'y rendent trop tard ; ils doivent fermer
les yeux sur une foule de fautes commises en leur présence ;
294 NOTICE SUR LA V[E ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
ils sont même quelquefois obligés d'abandonner une bonne
méthode, pour en suivre une dont ils connaissent les incon-
vénients. Les parents ne sont pas seulement déraisonnables,
ils sont encore injustes. Si un enfant. a été retenu à la maison
le mardi ou le vendredi, ils le retiennent encore le mercredi
et le samedi, afin de comprendre le jeudi et le dimanche
parmi les jours d'absence et de faire à l'instituteur une
déduction de trois jours, quoiqu'il n'y ait réellement eu
qu'une absence de deux. Lorsqu'un instituteur juge à propos
de faire passer un élève d'une division inférieure dans une
division plus avancée, comme le taux de la rétribution
est souvent différent suivant le degré d'instruction des élèves,
les parents, croyant à tort ou à raison que l'instituteur
agit par un motif d'intérêt, s'opposent au dessein du maître
ou retirent leur enfant. L'instituteur est encore exposé à
perdre ses élèves, lorsque pressé par le besoin il réclame
auprès des parents la faible rétribution qui lui est due pour
le mois. En attendant qu'une grande mesure soit prise
pour améliorer le sort des instituteurs, il serait à désirer :
\^ que la rétribution mensuelle ne pût être perçue que par
le receveur municipal ; 2*^ que cette rétribution fût due par
tout élève qui aurait fréquenté l'école pendant le mois,
quel que fût le nombre des absences et quel qu'en fût le
motif, en exceptant toutefois le cas de maladie.
Si les instituteurs actuellement en fonctions éprouvent
pour vivre tant de difficultés, quel sera le sort des jeunes
gens qui sont à l'École normale et de tous ceux qui se desti-
nent à l'instruction primaire ? Les bonnes communes étant
toutes pourvues, ils seront obligés de s'établir dans des
communes pauvres, peu populeuses, manquant de local et
de mobilier, qui n'ont pu conserver leurs instituteurs ou
qui n'en ont jamais eu, communes dans lesquelles les incon-
vénients que nous venons de signaler, se feront encore plus
vivement sentir. Il est inutile de dire que les causes qui
s'opposent au bien-être de l'instituteur s'opposent également
à la prospérité de l'instruction. L'instituteur, préoccupé
de ses besoins qu'il ne peut satisfaire, alarmé du présent et
inquiet sur l'avenir, ne peut déployer le courage de celui
NOTICE SUR LA VIE ET LES (EUVRES DE M. DALIGAULT 295
qui apporte dans Texercice de ses fonctions une entière
liberté d'esprit.
Quant aux arrondissements de Baveux et de Vire, les
remarques qui précèdent leur sont également applicables.
De plus, il convient d'ajouter les observations suivantes :
L'élan donné à l'instruction se fait généralement sentir
parmi les populations. Cependant, dans beaucoup de commu-
nes rurales, les parents, ou pressés par le besoin, ou trop
préoccupés de leurs intérêts matériels, n'envoient leurs enfants
à l'école que cinq ou six mois par an. Les autorités locales
sentent presque partout le prix de l'instruction ; le clergé
se montre généralement favorable à l'enseignement primaire,
surtout lorsqu'il reconnaît dans l'instituteur des sentiments
religieux.
Le nombre des maisons d'école appartenant aux commu-
nes est encore bien borné. Peu de Conseils municipaux se
montrent disposés à faire des sacrifices pour cet objet. Il
faut reconnaître qu'un grand nombre de communes sont
grevées d'impositions extraordinaires, soit pour acquisition
de presbytère, soit pour réparation d'église, soit pour cons-
truction de routes nouvelles. Le mauvais état des maisons
d'école louées par les communes est très préjudiciable à
l'instruction ; la plupart de ces maisons sont trop petites,
mal disposées pour la tenue de l'école et plus mal encore pour
le logement de l'instituteur. Dans un certain nombre de loca-
lités, l'instituteur réside à trois ou quatre kilomètres de
l'école, ce qui est souvent pour lui une cause d'inexactitude.
Les conseillers municipaux se montrent toujours peu
généreux dans la fixation du taux de la rétribution. Au
reste, tant qu'une mesure générale ne sera pas prise, l'éléva-
tion de la rétribution serait souvent plus nuisibl-e qu'utile
à l'instituteur ; les parents connaissant dans le voisinage
une école où l'instruction se donne à meilleur marché ne
manqueraient pas d'y envoyer leurs enfants. C'est cette
même raison qui empêche des conseils municipaux bien
intentionnés de remplacer par un seul taux moyen les diffé-
rents taux de rétribution, qui ne sont pas sans inconvénients.
Sauf quelques exceptions fort rares, le seul cas d'inconduite
que l'on rencontre chez les instituteurs, c'est le penchant à
296 NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
l'ivrognerie, encore le nombre des instituteurs adonnés à
le boisson est-il assez borné, et la révocation vient ordinaire-
ment frapper ceux qui porteraient ce défaut trop loin. Le
personnel des instituteurs s'améliore de jour en jour sous
le rapport de la capacité. Les sujets actuellement admis au
brevet sont certainement à la hauteur de leurs fonctions :
il est même à craindre que l'instruction n'ait ses inconvénients
chez les instituteurs qui vont s'établir dans les petites com-
munes, les seules qui restent à pourvoir aujourd'hui. Réglant
leurs prétentions sur leur savoir, et ne pouvant les satis-
faire à cause de la modicité de leurs ressources, ils remplissent
leurs fonctions avec langueur et dégoût et finissent quel-
quefois par les abandonner. Le personnel des instituteurs a
aussi beaucoup gagné sous le rapport de la considération ; mais
il est à remarquer que les instituteurs célibataires sont les
plus considérés, et que la détresse dans laquelle on voit
souvent ceux qui ont des charges à supporter, diminue nota-
blement la considération dont ils jouissaient auparavant.
Il y a dans les arrondissements de Baveux et de Vire peu
d'instituteurs appartenant à des Congrégations religieuses.
Ceux-ci, pour le moins aussi capables que le commun des
instituteurs laïques, leur sont généralement supérieurs par
l'aptitude qu'ils ont pour l'enseignement, le dévouement
dont ils font preuve, et souvent aussi par les résultats qu'ils
obtiennent. Il est à regretter qu'un défaut d'allocation ait
obligé les Frères de la Doctrine chrétienne, établis à Vire,
de quitter cette ville où ils instruisaient gratuitement plus de
trois cents enfants, et où ils rendaient les plus grands services.
Quant aux institutrices, celles qui appartiennent à des
Congrégations religieuses sont plus capables que les autres.
L'arrondissement de Vire semble pourtant faire exception.
Cet arrondissement, qui se distingue par son grand nombre
d'écoles de filles, possède beaucoup de bonnes institutrices
laiques. Cependant les mauvaises écoles sont plus nombreuses
que les bonnes.
La méthode simultanée est la méthode généralement
suivie dans les écoles. La méthode individuelle n'est plus
suivie dans les écoles communales que par d'anciens insti-
tuteurs ou quelques institutrices sans capacité. La méthode
NOTICE SVn LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 297
mixte est pratiquée avec succès dans quelques écoles. Elle le
serait dans un plus gran*d nombre, si les instituteurs ne ren-
contraient pas, comme on Ta déjà dit, d'obstacles dans la
résistance des familles et la mauvaise disposition des locaux.
Le plus grand nombre des livres employés dans les écoles
sont approuvés ; il y en a pourtant deux non approuvés qui
sont bien répandus, et qui pourraient être remplacés par des
ouvrages beaucoup mieux choisis. Ce sont V Instruction des
jeunes gens et la Civilité imprimée en caractères gothiques.
Mais les parents ont une affection particulière pour ces deux
livres qu'un long usage a popularisés.
Les comités locaux qui remplissent bien leurs fonctions
contribuent puissamment à la prospérité des écoles ; mais
leur influence se fait sentir bien rarement, d*abord parce
que les membres dont ils se composent sont ordinairement
des personnes occupées, qui pensent exclusivement à leurs
affaires, et qu'ensuite ils sont pour la plupart complètement
incapables.
CHAPITRE III
M. Daligault, directeur de V Ecole Xormale d'Alençon (1849-
1871). — Félicitations de M. Ch, Marie, — Comment le
nouveau titulaire comprend ses fonctions. — Epuration
du personnel des élèves et améliorations diverses, —
Cours professés par le Directeur et distinctions honori-
fiques, — Invasion prussienne et installation de VEcole
Normale au Lycée, — Admission ù la retraite.
L'arrêté ministériel, qui envoyait T Inspecteur des écoles
du Calvados à T Ecole Normale d'Alençon, est daté du 20 Juin
1849. M. Daligault devait se rendre à son nouveau poste dans
le plus bref délai, pour remplacer M. Valette, directeur
sortant. C'est ce qu'il fit, bien résolu à se dévouer sans réserve
à la mission importante qui lui était confiée.
Ayant fait part de son changement de situation à son
ami, M. Marie, alors chef d'institution à Paris, il en reçut
la lettre suivante, datée du 9 Septembre :
« Je vous félicite de votre nouvelle position autant que
2^}H NOTICE SUK LA VIK ET LES (ELVKES DE M. DALKiAL'LT
VOUS pouvez VOUS en féliciter vous-même. Vous aurez sans
doute bien des ennuis à essuyer, une surveillance active et
fatigante à exercer, une responsabilité délicate à porter ;
mais en revanche vous serez à même de faire beaucoup de
bien par une action quotidienne et durable sur de jeunes
esprits. C'est là un genre de satisfaction que vous êtes capable
de goûter autant qu'homme du monde. Puis, vous ne serez
plus condamné à épuiser vos forces, à subir les intempéries
des saisons diverses le long des chemins vicinaux Bas-Nor-
mands. Aussi, j'espère que votre santé se trouvera bien
de ce changement de position, et que vous trouverez d'ail-
leurs, dans le séjour d'Alençon, bien des ressources et des
facilités qui devaient nécessairement vous manquer à la
campagne. Dieu veuille couronner vos efforts et votre zèle
intelligent de succès tels que vous pouvez les souhaiter ! »
Le nouveau titulaire jugea tout d'abord que l'organisa-
tion de l'École était défectueux, les travaux multiples imposés
au chef de l'établissement mettant celui-ci dans l'impossi-
bilité absolue de remplir d'Mue manière convenable la plus
importante de ses fonctions, la Direction.
En effet, disait-il, obligé comme économe de faire les appro-
visionnements, d'en régler la distribution, d'en surveiller
la consommation, de tenir six registres différents pour en
constater le prix et l'emploi (sans compter les mémoires
en triple expédition), d'en tenir autant pour effectuer et cons-
tater les recettes, de correspondre avec les fournisseurs,
avec les familles des élèves, avec la commission de surveil-
lance, avec la recette générale, avec la préfecture, etc.,
il était encore chargé de faire et par conséquent de préparer
trois cours, ceux de grammaire, de pédagogie et de style.
Pour faire cesser cet état de choses, il demande la création
d'un troisième poste de maître-adjoint.
Son rôle de directeur devait consister, suivant lui, à savoir,
relativement aux maîtres, s'ils étaient exacts à remplir leurs
fonctions, comment ils les remplissaient, comment ils se
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVHES DE M. DALIGAULT 299
conduisaient à Tégard des élèves, quelle autorité ils avaient
sur eux, quels exemples ils leur donnaient, quels sentiments
ils leur inspiraient, quel soin ils apportaient à la préparation
de leurs leçons ; en ce qui concerne les élèves, comment ils
se conduisaient dans les divers exercices de la journée, com-
ment ils observaient le silence partout où le silence était
commandé, comment ils travaillaient à l'étude, comment
ils répondaient en classe, quel était leur degré d'intelligence,
quel était leur caractère, de quels procédés ils usaient les
uns à l'égard des autres, quelles étaient toutes leurs qua-
lités bonnes ou mauvaises, si leur maintien avait toujours
cette décence qui est un des signes extérieurs de la pureté
du cœur, s'il ne s'établissait pas parmi eux des sociétés parti-
culières, si quelques-uns n'entretenaient pas de correspon-
dances suspectes, si d'autres n'avaient pas dans les mains
des ouvrages non approuvés ou immoraux.
En parcourant cette longue énumération de projets d'inves-
tigation, il est facile de prévoir que de grands changements
ne vont pas tarder à modifier les errements du passé.
Le 17 Juillet 1849, une perquisition générale, concertée
entre le directeur et les maîtres-adjoints, amène la saisie
de livres immoraux ou impies et de correspondances licen-
cieuses, qui compromettent plus ou moins dix élèves. Un
rapport signale ces faits à la Commission de surveillance,
qui provoque le renvoi des inculpés.
Cette exécution en masse ne tarda pas à être suivie d'une
autre, non moins exemplaire. M. Daligault soupçonnait
certains élèves d'avoir des penchants vicieux. En exerçant
une surveillance toute particulière sur eux, tantôt en étu-
diant leur physionomie, tantôt en examinant quels camarades
ils fréquentaient, quel genre de récréation ils préféraient,
tantôt en observant d'un œil scrutateur leur contenance
quand la leçon faisait ressortir les funestes conséquences
du vice, ou l'indispensable nécessité, pour l'instituteur,
d'une âme vertueuse et d'un cœur pur, ses soupçons se chan-
24
3(10 NOTICE SUR LA VIK KT LES ŒUVRES DE M. DALlGAt'LT
gèrent en une certitude, que des investigations dans les
placards, surtout dans la lingerie, et des interrogations dis-
crètes vinrent bientôt confirmer. La conséquence de ces consta-
tations fut que six autres élèves furent encore congédiés
(28 Janvier 1851).
De tels exemples étaient bien faits pour inspirer une crainte
salutaire aux élèves non compromis et les rendre plus cir-
conspects que jamais. Aussi le Directeur put désormais, avec
raison, porter sur eux ce témoignage : « Tous se montrent
animés d'un excellent esprit : exacte observance de la règle,
soumission entière aux supérieurs, bons procédés à Tégard
des condisciples, application soutenue à Tétude, recueille-
ment dans l'accomplissement des devoirs religieux, tenue
décente au dehors comme au dedans ; tel est le tableau
fidèle de leur conduite journalière. »
De son côté, M. l'abbé Turcan, alors aumônier de l'éta-
blissement, disait : «^Je comparerais volontiers les élèves de
l'Ecole Normale à des séminaristes : leur docilité, la douceur
de leur caractère, leur tenue modeste, leurs bons sentiments,
sont autant de traits qui leur sont communs avec les élèves
de nos séminaires. » Ces appréciations étaient corroborées
par l'excellent curé de Montsort, qui, pendant le mois de
Mai 1851, avait exercé différentes fois les élèves-maîtres au
chant des cantiques.
M. Daligault, strict envers les élèves, ne Tétait pas moins
vis-à-vis de ses collaborateurs, dont il n'aurait pas toléré
un sérieux écart de conduite. L'un d'eux (M. Barré), au retour
d'une promenade avec les élèves, prolongée outre mesure,
ayant eu l'inconvenance de répondre aux questions qui lui
furent posées que, étant fatigué, il n'était pas en état de
recevoir d'observations, fut l'objet d'un rapport, qui entraîna
un déplacement d'office, onéreux et rétrograde.
Une direction si vigilante et si ferme porta ses fruits.
Sept ans s'écoulèrent dans un calme presque absolu. En 1858,
deux élèves furent congédiés pour avoir entretenu avec le
dehors une correspondance illicite, et, deux ans plus tard,
sept autres furent l'objet d'un rapport sévère pour avoir
pris, dans un débit de boissons, au cours d'une promenade,
une tasse de café et fumé une cigarette, en violation d'un
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVKES DE M. DAUGAULT 301
article du règlement, qui interdisait, sous peine d'exclusion,
les cabarets, cafés et autres lieux publics.
Mais si le Directeur était intransigeant, surtout au triple
point de vue des principes religieux, de la conduite et des
mœurs, en revanche il était bon, afiable, vraiment paternel
avec ses élèves. La répartition des bourses était l'objet de
tous ses soins, tant il craignait de commettre une injustice,
susceptible d'entraîner un sacrifice immérité aux familles,
pour la plupart peu aisées. Il lui arriva de s'attirer le rej^oche
d'être inconséquent avec lui-même, parce que, après avoir
proposé une mesure certain jour, il demandait le contraire
vingt-quatre heures après ; s'il agissait ainsi, ce n'était pas
par légèreté de conduite, bien loin de là ; mais plutôt par
excès de scrupule. Il fut un économe modèle, surveillant
l'emploi des ressources de l'établissement avec un soin ex-
trême, regardant aux petites dépenses plus ou moins motivées,
mais dépensant largement lorsque l'amélioration projetée
lui paraissait d'une utilité incontestable. Aussi avec les
excédents réalisés dans les recettes de chaque exercice,
trouva-t-il le moyen de parachever l'installation de l'im-
meuble, qui, quoique occupé seulement depuis 1843, laissait
grandement à désirer sous bien des rapports. Un beau bassin
de natation, qui coûta plus de quatre miUe francs, et des
améliorations de toute sorte furent effectués en quelques
années. De plus, la durée des études fut portée, à partir
de 1851, de deux à trois ans, ce qui permit d'approfondir
davantage certaines matières ; et, dans la suite, une véritable
ferme agricole, appelée la Demi-Lune, et dirigée par un
professeur spécial, servit de champ d'expérience aux élèves*
maîtres.
Nous avons vu que M. Daligault, dès son entrée à l'Ecole
Normale, s'était réservé les cours de Grammaire, de Péda-
gogie et de Style. Il ne tarda pas à abandonner à un de ses
collaborateurs la Grammaire, pour la remplacer par un
cours d'Horticulture fort bien conçu, ainsi qu'en témoigne
le manuscrit illustré qu'il nous a laissé. En 1864, à la suite
302 NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
d'une modification dans la répartition des cours, il reste
seulement chargé de la lecture (avec la récitation) et du
français (exercices de style).
Ses anciens élèves, nombreux encore aujourd'hui, peuvent
témoigner du soin particulier qu'il apportait à l'exposé de
ses leçons et à la correction des devoirs, combien il tenait à
ce que les nuances de la pensée fussent convenablement
rendues, et combien aussi étaient vifs sa parole et son geste,
si connus et tant redoutés des auteurs novices, assez mal
inspirés pour avoir contrevenu gravement aux règles gram-
maticales. — « On parle français ici I » s'exclamait-il forte-
ment. L'appréhension d'une scène de ce genre eût suffi, à
elle seule, pour émouvoir les plus indolents.
L'habitude étant, dit-on, une seconde nature, toute sa
vie M. Daligault laissa percer le professeur, prêt à relever
les incorrections du langage et du style. Point n'était besoin
d'ailleurs d'être son élève, toujours le crayon en main il corri-
geait, corrigeait encore : mandements épiscopaux, discours
ou sermons ecclésiastiques, dictionnaires et livres divers,
articles de journaux, même jusqu'aux lettres ordinaires,
tout ce qui lui avait passé sous les yeux portait l'empreinte
d'un correcteur rigide, impitoyable pour les phrases incor-
rectes et les termes impropres.
Cette sévérité pour les autres, il se l'appHquait à lui-même.
Jamais aucun écrit, fût-ce un simple mot de billet envoyé
à sa famille, ne sortait de sa plume, ou plutôt de son crayon,
car il affectionnait particulièrement le crayon qui lui facili*
tait les rectifications, sans avoir été précédé d'un brouillon
ou minute, revu et corrigé jusqu'à ce qu'il approchât de la
perfection. Il lui fallait le mot exact, et non un synonyme
plus ou moins équivalent. Son écriture, toujours tracée à
main posée, était d'une régularité étonnante.
Un esprit si ordonné en toutes choses, allié à un amour
extrêmedu travail, ne pouvait manquer d'attirer l'attention
des autorités supérieures. Aussi, dès le 11 Janvier 1852,
le Ministre de l'Instruction publique, M. Fortoul, écrivait
à M. Jouen, recteur de l'académie de l'Orne : « J'ai l'honneur
de vous annoncer que, prenant en considération les bons
moignages dont M. Daligault est l'objet de votre part ,
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 303
je lui ai confère Je titre d'oflicier de T Instruction publique. »
Et le recteur en transmettant cette lettre ajoutait : « Je
n'ai pas besoin de vous dire, M. le Directeur, combien je
suis heureux que M. le Ministre vous ait accordé cette preuve
évidente de sa bienveillance et de sa satisfaction. »
Cette récompense, qui est trop souvent Tobjet d'une vani-
teuse recherche, fut reçue sans la moindre ostentation par
cet homme positif et de devoir avant tout. Sans doute, il
ne lui était pas indifférent de voir ses supérieurs apprécier
ses efforts ; mais faisant le bien pour le bien, la satisfaction
de sa conscience lui semblait primer toute autre considération.
Il le fit bien voir, du reste, en s'abstenant, à moins de circons-
tances exceptionnelles, de porter ses palmes, ainsi qu'il
agira pour la croix de la Légion d'honneur, qui lui fut con-
férée par décret du 13 Août 1866.
Cette conduite réservée, d'autant plus méritoire qu'elle
est plus rare, n'empêcha pas les félicitations d'aflluer à l'École
normale.
Tout d'abord, l'excellent M. Tourangin, trésorier général,
se présenta spontanément pour être le parrain du nouveau
chevalier ; puis, le préfet, M. de Magnitot, tint à devoir
d'épingler lui-même, en présence du personnel et dans le
local même de l'École, l'insigne glorieux sur la poitrine du
chef vénéré. En quelques mots, dit un journal du temps,
qui émurent profondément les élèves-maîtres, ce magistrat
rappela que la croix d'honneur donnée à un brave sur le
champ de bataille, en présence de ceux qui ont été les témoins
de son courage et de son dévouement, emprunte à cette
circonstance une valeur plus grande encore ; que c'était dans
ce but qu'il avait voulu venir dans cet asile du travail et de
l'étude, théâtre habituel du zèle infatigable de M. Daligault,
lui remettre l'emblème de la haute distinction à laquelle
il avait été appelé. M. le Préfet ajouta qu'il avait tenu à
mettre ainsi les futurs maîtres, auxquels l'honorable directeur
prodiguait ses soins et ses leçons, à même d'applaudir une
fois de plus à la récompense exceptionnelle décernée par
le Souverain. Ces paroles, d'abord religieusement écoutées,
furent ensuite accueillies par des bravos, qui témoignèrent
30-4 NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
hautement de la gratitude des jeunes gens pour leur excellent
directeur.
Cette manilestation sympathique trouva de Técho chez
les chefs les mieux qualifiés de l'Université. L'inspecteur
d'académie de Laval écrivit : « Enfin justice est faite !
Jamais l'étoile de l'honneur n'aura brillé sur un plus noble
cœur. » Un autre s'exprima presque dans les mêmes termes :
« Enfin, justice est rendue 1 Vos bons et loyaux services
sont reconnus et récompensés par une distinction que vous
pourrez porter hautement ; car je ne connais personne
qui s'en soit rendu plus digne que vous. Honneur donc et
mille fois honneur au nouveau chevalier. » Celui d'Alençon,
alors en voyage, manda de son côté : « Mon éloignement
ne me permet pas de vous dire de vive voix par quels services
réels est méritée cette distinction qui atteint le directeur
modèle. » Le proviseur du lycée de Colmar disait : « Voilà
aa moins une décoration qui est bien à sa place, et qui, con-
firmée par tous les honnêtes gens, ne sera discutée par per-
sonne. » M. Villemereux, l'auteur bien connu, se réjouissait
en ces termes : « Personne n'a été plus heureux que moi
à la nouvelle du succès de votre candidature, acceptée avec
autant d'empressement qu'elle avait été posée. » Enfin, le
Journal d'Alençon, le Nouvelliste de VOrne, et plusieurs
autres publications, se firent avec joie l'écho de la satisfac-
tion générale.
Les années qui suivirent cet acte de haute distinction
s'écoulèrent tranquilles et heureuses. Les rapports annuels
sont unanimes à constater le bon esprit qui animait le per-
sonnel de l'École.
Cependant, le Directeur approchait de la soixantaine,
et quoiqu'il eût conservé une vigueur que de plus jeunes
auraient enviée, il aspirait à un repos bien gagné. Malheureur
sèment survint alors la funeste guerre contre l'Allemagne»
qui causa tant de ruines dans notre infortuné pays. Nos
armées vaincues reculaient toujours* Les Prussiens, maîtres
du Mans, prirent la direction d'Alençon. L'École normale
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DAUGAULT 305
dut être évacuée pour servir d*ambulance, et le personnel
(maîtres et élèves) fut casé à la hâte au Lycée. Qui ne se
rappellerait, sans une émotion profonde, le dimanche 15 Jan-
vier 1871, jour du combat, et le lendemain, jour de l'entrée
des troupes prussiennes dans la ville d'Alençon ! Les transes,
les soucis, les difficultés de toute sorte, causés tant par
la présence des ennemis que par une installation des plus
défectueuses, furent très préjudiciables à la santé de Texcel»-
lent directeur. Laîssons-le raconter lui-même, avec sa modé-
ration et ses ménagements habituels, les angoisses de cette
période profondément troublée.
« Les études à l'École normale d'Alençon, n'ont pas subi,
dit-il dans son rapport de fin d'année, d'interruption propre-
ment dite pendant la funeste année 1870-71 ; il est cepen-
dant vrai de dire qu'elles se sont fortement ressenties des
événements.
« En effet, aux tristesses générales causées par les désas-
tres de la patrie, sont venus se joindre pour tous les habitants
d'Alençon les inquiétudes et même les terreurs résultant
de l'invasion prussienne, avec ses menaces et plus tard ses
exigences.
« Mais ce qui a surtout porté atteinte aux études des
élèves-maîtres par le trouble jeté dans leur vie morale et
matérielle, c'est l'abandon de l'École normale, transformée
en ambulance, et l'installation de nos jeunes gens au Lycée
d'Alençon. Une hospitalité bienveillante les y attendait
sans doute, mais que d'inconvénients inévitables !
« Ainsi, d'abord, faute de locaux (cuisine, cellier, bûcher,
etc.), nécessité de suivre un régime alimentaire organisé
par les soins du Lycée, régime suffisamment confortable,
nous l'admettons, mais qui pourtant laissait regretter celui
de l'École normale ; — repas fixés à des heures peu commodes»
le réfectoire unique étant occupé, aux heures convenables,
par les élèves du Lycée ; — mauvaise distribution des exer-
cices scolaires, et souvent brièveté de certaines leçons résul-
tant de rirrégularité dans le service du réfectoire.
« Un autre inconvénient plus grave encore peut-être,
c'est Tentassement des élèves dans une salle d'étude, en
amphithéâtre, exiguë et mal disposée, où les jeunes gens
IMHj NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒL'VKES DE M. DALIGALLT
n'ayant devant eux que des tables beaucoup trop basses
et trop étroites, n'ont pu ni écrire ni dessiner que lorsque,
au bout de deux mois, de petits pupitres, faits aux frais com-
muns de l'École et des élèves, ont été mis à leur disposition.
« Faute d'espace, privation pour ces jeunes gens, pendant
quatre mois et demi, de plusieurs moyens d'étude (livres
de lecture, instruments de musique, harmoniums, instru-
ments de physique, substances pour les manipulations
chimiques, etc.).
« Pas d'infirmerie à l'usage des élèves, et, par suite, néces-
sité pour le directeur de faire soigner les malades, au dortoir
lorsque les maladies étaient légères, et, quand elles étaient
graves, de faire reconduire les jeunes gens dans leurs familles
ou de les déposer à l'hospice d'Alençon.
« Dortoir convenable, mais dont les lits étaient peu
commodes, les sommiers en ayant été éventrés par les mobiles
qui s'en étaient servis pendant les vacances précédentes,
et qui y avaient laissé... Un élève n'a pu se débarrasser
entièrement de ces sales insectes qu'en rentrant dans sa
famille.
« Chambre du directeur entourée de domestiques plus
ou moins convenables, auxquels il n'avait aucun ordre à
donner, et qu'il tenait, pour éviter un plus grand mal, à ne
pas signaler à l'administration du Lycée.
« Enfin situation pénible de MM. les maîtres-adjoints,
obHgés d'habiter tous trois la même chambre.
« Si du moins nos malheurs s'étaient terminés avec notre
exil. Mais il n'en a pas été ainsi. Rentrés à l'Ecole, nous
n'avons trouvé au dehors qu'un immense cloaque, et au
dedans un immense foyer d'infection. Elèves et maîtres
se sont aussitôt mis à l'œuvre, mais ce premier nettoyage n'a
pas suffi : la mauvaise odeur persistant toujours, il a fallu en
faire un second, et inonder toutes les pièces de l'établissement.
Peut-être ne faisions-nous que remplacer une cause d'insa-
lubrité par une autre. Ce qui est certain, c'est que depuis
Pâques, c'est-à-dire dans une saison où il n'y a jamais de mala-
des, presque tous les élèves sont entrés à l'infirmerie, le plus
grand nombre pour bronchites ou rhumes de cerveau, deux
NOTICE SUK LA VIE ET LES ŒUVKES DE M. DALIGAULT 307
pour variole, un pour fièvre typhoïde, et un autre pour chorée
ou danse de Saint-Guv.
« Les maîtres n'ont pas été plus épargnés que les élèves.
Quatre ont été obligés d'interrompre leurs leçons, Tun pen-
dant trois semaines, les trois autres, dont le Directeur, pen-
dant près de deux mois. »>
Ce tableau, qui est loin d*étre chargé, fait voir dans quelles
déplorables conditions la promotion de 1870, dont faisait
partie celui qui écrit ces lignes, débuta dans la carrière
universitaire.
L'année précédente, M. Daligault avait terminé son
compte-rendu par cette déclaration :
« Ce rapport est le vingt-deuxième depuis notre entrée
à l'Ecole normale et aussi le dernier, puisque dans quelques
mois, l'heure de la retraite aura sonné pour nous. Si pendant
cette longue période de vingt-deux ans, l'Ecole normale a
été assez heureuse pour rendre quelques services à la cause de
l'instruction primaire, en bénissant Dieu de ce résultat,
nous devons constater la grande part qu'y ont eue nos zélés
collaborateurs. Mais nous ne saurions oublier celle qui revient
aux honorables personnages attachés par la loi à l'établisse-
ment, pour en être à la fois les surveillants et les protecteurs.
Oui, nous le déclarons sans hésiter, la prospérité morale et
matérielle de l'Ecole est surtout l'œuvre de la Commission
de surveillance, de cette Commission au sein de laquelle
nous n'avons cessé de trouver, tantôt des conseils pleins
de sagesse, tantôt de précieux encouragements, toujours un
appui ferme et une bienveillance extrême. Aussi, était-ce
pour nous un devoir, en même temps qu'une douce satis-
faction, d'exprimer ici à chacun de ses membres notre pro-
fonde et respectueuse gratitude ».
Désormais, la carrière active de M. Daligault était finie.
L'arrêté ministériel, qui l'admit à la retraite, est daté du
1er Juillet 1871. Emanant de Jules Simon, alors ministre de
l'Instruction pubhque, il porte en son article premier que
308 NOTK.E SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
M, Daligault est admis à faire valoir ses droits à la retraite
par ancienneté d'âge et de services.
Une lettre particulière du Ministre, accompagnant cette
pièce officielle, était conçue en ces termes : « En admettant
M. Daligault à la retraite, je ne puis m'empêcher de regretter
que cet honorable fonctionnaire n'ait pas cru pouvoir rendre
plus longtemps à l'Instruction publique ses bons et utiles
services, dont mon administration gardera le souvenir
ceconnaissant. »
De son côté, M. Allou, recteur de l'Académie de Caen»
ajoutait, laconiquement il est vrai, mais le cœur y était :
« J'associe mes regrets à ceux de son Excellence. »
Nombre d'anciens élèves envoyèrent aussi à leur vieux
maître l'expression de leur reconnaissance. L'un d'eux
écrivait : « Je laisserai à d'autres plus autorisés que moi
le soin de faire l'éloge de votre paternelle administration, mais
permettez-moi de vous témoigner de nouveau le sincère
attachement que je n'ai cessé de ressentir pour vous ; laissez-
moi vous dire que je n'oublierai jamais les sentiments d'af-
fection que vous m'avez constamment prodigués pendant
que j'ai été votre élève. »
Il est beau de terminer une carrière longue et pénible,
en laissant après soi des regrets aussi unanimes et aus«
sincères.
M. Daligault, élevé à la première classe de son emploi
le 29 décembre 1865, jouissait, en dehors de certains avantages»
tels que le logement, le chauffage et l'éclairage, d'un traite-
medt de 3.600 francs. Sa pension de retraite, basée en partie
sur ce chiffre, fut fixée à 2.384 francs.
C'est avec ces ressources, auxquelles s'ajoutèrent quelques
rentes, fruit des économies de toute une vie, que M. Daligault
vécut ses longues années de retraite au n^ 8 de la rue de
Mamers, à Alençon.
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 30^
chapitrp: IV
M, Daligault prosateur et poète. — Cours pratique de Péda-
gogie : félicitations, diverses éditions. — Autres ouvrages
en prose, restés manuscrits, — Poésies : bouts-rimes^
chansons, acrostiches, compliments, quatrains, charades.
Le principal ouvrage de M. Daligault et le premier en
date est le Cours pratique de Pédagogie, qui parut à la librairie
Dézobry, de Paris, en 1851. Chargé de préparer à la difficile
carrière de renseignement des jeunes gens qui passaient alors
à peine deux ans à l'Ecole normale, le nouveau Directeur
rédigea son cours de façon à mettre ses leçons en rapport
avec le peu de temps dont ses élèves disposaient, et à prévenir,
par l'ordre des matières et la clarté de l'exposition, la fatigue
qui accompagne ordinairement l'étude des questions arides
et sérieuses. S'il se décida à publier son travail, ce fut unique-
ment, dit-il, dans l'espoir de rendre quelques services, espoir
fondé sur l'opinion de ses supérieurs.
Connaissant ses principes religieux, on pense bien que la
connaissance de Dieu et l'observance de ses commandetnents
sont, pour lui, la fin pour laquelle chaque homme a été créé,
l'œuvre que la conscience aussi bien que la religion, proclame
comme la seule nécessaire. C'est le sentiment de cette vérité
qui l'a constamment guidé dans son travail.
Son livre, fruit d'une expérience consommée, fut fort
bien accueilli dès son apparition, non seulement par le Ministre
de l'Instruction publique, mais encore par tous les hommes
compétents en la matière. Les inspecteurs s'empressèrent
de le recommander aux instituteurs en exercice ; les Directeurs
d'Ecoles normales le mirent aux mains de leurs élèves, et
plusieurs en firent même la base de leur enseignement. Le
Conseil académique de l'Orne, dans sa séance du 11 Mars 1852,.
310 NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
l'approuva d'emblée, comme étant écrit avec précision et
clarté, et sous l'inspiration des plus pures et des plus hautes
convictions. — « Grâce aux enseignements de ce livre,
écrit le Directeur de TEcole normale des Deux-Sèvres, mes
élèves ont gagné en jugement, en connaissance des devoirs
de leur profession. Mon école annexe est, au dire des connais-
seurs, une école modèle, sous le double rapport du travail et
de la discipline. Deux instituteurs, ajoute-t-il, qui ont suivi
les préceptes qu'il renferme, ont été signalés comme étant les
meilleurs de leur arrondissement, en même temps que les
plus habiles et les plus consciencieux. »
M. Barrau, l'auteur de tant d'ouvrages estimés, y trouve
tout ce qui peut rendre recommandable un livre de ce genre :
sagesse dans l'ensemble des idées, vérité et exactitude dans
les détails, précision et netteté dans l'expression.
Un bon vieux pédagogue du canton de Fiers remercie
l'auteur en ces termes : « Votre livre prolongera mes jours.
Je regretterai toute ma vie de ne l'avoir pas possédé il y a
trente ans, car assurément mon compte serait moins long
et moins rigoureux devant Dieu, et ma santé serait moins
délabrée. »
M. Charles Marie, l'érudit professeur que nous connaissons
déjà, ne pouvait manquer d'unir sa voix à ce concert de
louanges. Il le fit en ces termes : « Vous devriez envoyer votre
livre à V Univers, à V Union, à V Assemblée Nationale, Il ne
faut pas craindre de le répandre le plus possible et de le faire
mousser : car il est très bon, très sage, fort bien écrit, et,
ce qui importe encore plus, d'un esprit parfaitement chrétien. »
La première édition du Cours pratique de Pédagogie, quoique
ayant fait l'objet d'un tirage important, fut enlevée dans
l'espace de deux ans. A la demande de plusieurs personnalités
marquantes, elle fut bientôt suivie d'une seconde édition,
qui compta 247 pages, soit 26 de plus que la première, la-
quelle en avait 221. Une préface indique qu'elle diffère peu
de son aînée, vu qu'aucune observation importante n'est
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 311
parvenue à l'auteur. Dans ces conditions, dit-il, il ne s'est
pas cru autorisé à la modifier par des additions ou des suppres-
sions qui auraient pu paraître regrettables.
La troisième édition date de 1864. Une préface spéciale
explique que les modifications y sont assez légères et peu
nombreuses. L'auteur appelle l'attention des instituteurs
sur une série de lettres, destinées à servir de types, pour le
fond comme pour la forme, à celles que les maîtres peuvent
être appelés à rédiger dans leur carrière pédagogique. Cet
important Appendice aux éditions précédentes a fait monter
la pagination à 266.
Enfin une quatrième édition était toute préparée pour
l'impression lorsque prit fin la carrière active de M. Dali-
gault. Cette circonstance jointe aux événements de 1870-71,
fit abandonner le projet. Une longue préface, destinée à
servir de riposte à certains détracteurs, se termine ainsi :
« Sans nous faire la moindre illusion sur les imperfections
que doit présenter un livre dont nous sommes l'auteur,
nous ne saurions, par respect pour des critiques de fantaisie,
le déchirer de nos propres mains. Il a reçu jusqu'ici, des fonc-
tionnaires de l'Instruction primaire, un favorable accueil ;
c'en est assez pour que nous n'hésitions pas un seul instant,
même au péril d'une condamnation nouvelle, à publier cette
nouvelle édition. »
Deux articles nouveaux (Enseignement de l'Histoire et
de la Géographie), dont nous possédons les originaux, devaient
être introduits dans cette quatrième édition.
Outre le Cours pratique de Pédagogie, M. Daligault avait
rédigé, avec le soin extrême qu'il apportait en toutes choses^
le Cours d* Horticulture, qu'il avait professé à l'Ecole normale.
Cet ouvrage important est resté manuscrit, ainsi que des
Notions sur le Calendrier, et des Observations sur VEcriiure
expédiée. Les nombreux rapports qu'il eut à rédiger, soit
comme inspecteur, soit comme directeur, et dont les minutes
sont entre nos mains, formeraient aussi de véritables volumes,.
312 NOTICE St'H LA VIE ET LES ŒUVHES DE M. DALIGAULT
et mériteraient une mention à part, tant à cause de leur
agencement remarquable que pour leurs qualités de style.
Mais cela sortirait de notre cadre. Nous allons nous borner
à parler du poète.
M. Daligault, prosateur excellent, ne dédaignait pas, dans
«es moments de loisir, de cultiver les Muses. Nous extravons
de notre collection les pièces suivantes» qui, par leur diver- '
site, permettront au lecteur de reconnaître qu'il savait
s'en tirer avec honneur.
En 1865, Alexandre Dumas père, proposa à son intime
ami, le poète Méry, improvisateur célèbre, et à tous les
amateurs de poésie, les bouis-rimés suivants, qu'il choisit
aussi bizarres que possible :
feninie
Catilina
ànie
fouina
jongle ou jungle
citoyen
ongle
païen
mirabelle
Mirabeau
belle
flambeau
Orestie (1)
Gabrio (2)
repartie
agio
figue
faisan
ligue
parmesan
noisette
pâté
grisette
bâté
*
(1) Titre d*une des pièces d'Alexandre Dumas.
(2) Nom familier d'une actrice pleine d'esprit et. dit-on, très désintéressée.
NOTICE SliR LA VIH ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 313
Méi y releva le gant par deux pièces, l'une improvisée et
l'autre méditée. Voici la première :
A MADAME LA COMTESSE M
(Vers imppo^nsés)
En vous voyant ce soir, jeune et charmanie j%7?im^,
Chez l'auteur iVHenri trois et de CatiliFia,
Pour écrire ces vers, la peur glaça mon dr^te.
Ma plume tressaillit, le poète ybama.
Oui. je regrettai l'Inde, et le Gange, et la jonfcle,
J'aurais voulu dans Rome être huniljle citoyen.
Vivre obscur, labourer la terre avec mon ongle,
Et m'appeler d'un nom musulman ou païen.
Hélas ! le jardinier greffant la mirabelle,
N'est pas digne, je crois, d'admirer Mirabeau,
Et le poète nain qui vous trouve si belle
Est l'aveugle devant la clarté iV un flambeau,
C'est le sourd écoutant les vers de VOrestie
Ou la divine voix de sa sœur Gabrio;
Ou Dumas aiguisant sa fine repartie,
Ou l'usurier chrétien réduisant Vag-io.
Cependant au dessert, entre marron et figue
Après un beau chevreuil, bien meilleur qu'un faisan^
Je me décide, enfin, contre moi je me ligue,
Et je vous fais ces vers, sablés de parmesan ;
Car vous m'avez promis, au lieu de la noisette,
D'un bonbon, d'un gâteau, d'un citron, d'un pâté.
De doux marrons glacés aimés de la grisette,
Et que j'aime aussi, moi, comme un àne bdté.
De son côté, M. Daligault prit part au concours par l'envoi
de la pièce suivante, signée du prénom d'une filleule qu'il
avait à Ecouché :
RESPFXT AUX FEMMES
11 faut être insensé pour juger de hi femme
Par celle dont l'amour perdit Catilina ;
Souvent à son cœur d'or est jointe une grande âme.
Devant Jeanne, l'Anglais éperdu fouina ;
Charlotte ose affronter un vrai tigre en sa jungle ;
Arrie a les vertus d'un mâle citoyen ;
La gracieuse Eslher sait d'Aman rogner Yongle ;
Clotilde, en son époux, triomphe du païen.
314 NOTICE SUR LA. ViK ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
Si rheureiise province oà croît la mirabelle
Ksi fière de Mérv comme de MirabeaUy
Elle a vu naître aussi la femme noble et belle
Qui du tendre Pétrarque alluma le flambeau.
J'admire avec raison l'auteur de VOrestie ;
Mais qui n est pas charmé par sa sœur Gabrio ?
De ses lèvres jaillit la fine repartie ;
Sa charité flétrit le perfide agio.
Ah I vous trouvez plaisant de nous faire la figue.
Gandins, chercheurs de dot, ou mangeurs de faisan !
Mon sexe s'inquiète autant de votre ligue
Que l'ours du pôle est craint sur le sol parm^esan.
Kt moi j'aimerais mieux dîner d'une noisette
Qu'attaquer avec vous un succulent pâté ;
Des gandins le moins sot, même pour la grisette.
Ne peut-être qu'un fat et qu'un âne bdté,
Mathilde.
Pièce composée à l'occasion de la visite faite à l'Ecole
Normale par M. Théry, recteur de l'Académie, et chantée
en sa présence par les élèves de l'établissement :
REFRAIN
Allons, cite! qu'on s'apprête I
Le moment est précieux ;
Célébrons ce jour de fête
Par nos chants mélodieux, (bis)
Irp STROPHE
Savez-vous, amis, la nouvelle?
Celui dont nous admirons tous
Les écrits, le cœur et le zèle
Va paraître au milieu de nous, (bis)
Allons, vite / etc.
2<' STROPHE
Faisant trêve à ces mille affaires
Qui l'occupent matin et soir,
Il apporte ici les lumières
De l'esprit, du vaste savoir, (bis)
Allons, vite! etc..
KOTiCE. SUR LA VIE £T LES ŒUVRES DE M, DALIGAULT 31Ô
3e STROPHE
Son premier vœti, c'est que Tenfance
En vertu croisse à nos leçons,
Pour ser\ir un jour cette France
Qu'il honore et que nous aimons, (btis)
Allons, i^ite/ etc.,
4c STROPHE
Sans chercher si Tœuvre est austère
Et demandé un rude labeur,
 celui que chacun révère
Montrons que nous avons du cœur, (bis)
AUimSi vite/ etc..
4»
♦ 4i
VOIX DES AMES DU PURGATOIRE
(A inscrire à l'entrée d'un cimetière)
O vous, chrétiens pieux, qui venez en ce lieu
Chargés de fleurs, présenta d'une amitié sincère.
Voulez-vous désarmer la justice de Dieu?
A vos fleurs unissez Tèncens dé la prière.
En attendant ici que s'achèvent lès temps.
Nos membres ne sont plus qu'insensible poussière ;
Mais notre âme gémit dans des feux dévorants,
Qu'éteindrait le secours puissant de la prière.
Priez dbnc, chers parents, et vous tendres amis.
Qui pleurâtes sur nous à notre heure dernière ;
Le ciel pour nous ouvert, le ciel par vous conquis :
Tel sera Theureux fruit d'une ardente prière.
Surtout que, par vos soins, le prêtre offVe, à l'autel,
Le sang qui ruissela sur le mont du Calvaire I
Ce sang eut la vertu d'apaiser TEternel ;
Il fut, il est, d'un Dieu l'ineff*able prière.
25
316 NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
STANCES EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE
^ arie 1 Est-il un nom parmi les plus heureux,
> ussi grand, aussi doux ? Sj'mbole d'innocence,
50 évéré des chrétiens, trois fois cher à la France,
NH 1 est, ce nom béni, le second dans les cieux.
M ve coupable vit l'humanité livrée
> l'empire des sens, aux penchants criminels.
C ne autre Eve, Marie, à l'ombre des autels
O randit et fut de Dieu la mère immaculée.
C n jour, elle connut l'excès de la douleur :
c/3 on cher fils expirait dans un affreux supplice.
H riomphante aujourd'hui, puissante protectrice,
n lie nous tend les bras et nous montre son cœur.
PRIÈRE POUR LE SALUT DE LA FRANGE
S ère du Rédempteur, appui des nations,
> la France en péril tends une main propice ;
5C ends à ses fils la toi, l'amour de la justice :
i-i Is se perdent, jouet de folles passions.
W levée au-dessus de la nature entière,
> ssise dans la gloire et la splendeur des cieux,
C nie auiTout-Puissant par d'ineffables nœuds,
O rande Reine, à ce titre oh 1 joins celui de mère.
rJ n de nos plus pieux et plus savants docteurs
c/: ans crainte te disait, je te le dis de même ;
H u nous protégeras, car le mortel qui t'aime
Cfl t t'implore a toujours obtenu tes faveurs.
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 317
LE BON SOLITAIRE
D ans un joli manoir, coqueltement assis
> u bord du frais vallon que le Gué-Huet arrose,
\r 'un de mes vieux amis doucement se repose ;
*^ 1 y vit en seigneur, il y dort sans soucis
O ardez-vous de penser que sa porte soit lente
> s'ouvrir, quand on vient implorer son secours ;
C ne aumône empressée et large attend toujours
r 'ouvrier sans travail et la veuve indigente.
H oujours applaudissant aux utiles projets,
O u champ des morts il a reculé les barrières ;
C n jour (je le pressens) la maison de prières
nomptera du chrétien quelques nouveaux bienfaits.
O h ! s'il m'était permis de franchir la distance,
H on manoir, cher ami, me reverrait bientôt^ .
^ 1 me serait si doux de t'y dire : Là-haut
n e bien qu'on fait ici reçoit sa récompense.
LES VRAIS BIENFAITEURS DE L'HUMANITE
r e plus solide appui de l'homme sur la terre,
> u milieu des dangers, des soucis, des labeurs,
ro ercé par le succès ou pleurant ses malheurs,
CD énis prêtres de Dieu, c'est vous. — Quel ministère I
M lever pour le ciel une foule d enfants,
^ rodiguer au troupeau les paroles de vie,
*^ nviter, conjurer, ranimer qui s'oublie,
n e n'est là qu'une part de vos soins vigilants,
> ccueillant les pécheurs avec un cœur de père,
V épandant autour d'eux un parfum de vertus,
N élés pour les conduire au festin de Jésus :
O ui, votre rôle est grand, sublime,... nécessaire. (1)
(1) L'abbé Picarzo, chanoine honoraire, coafesseur de M. Daligault, était
né le 15 octobre 1807, à Guença (Espagae). Ordonné prêtre en 1831, il
s'enrôla comme aumônier dans l'armée carliste, et en 1839 fut obligé de
se réfagier en France. Il vint se fixer à Alençon, où il fat nommé aumô-
nier des religieuses de Saint- Joseph de Gluny. Il est décédé le 27 janvier 1900.
S^lfr NOTICE SUH LA Vl£ ET L£S ŒUVRES DE M. DALIGAULT-
A M. L ABBÉ PICARZO (le jour de sa fête)
Tous vos amis d'Espagne et de France et dlei
Sonten fort grande joie (^n vous sachant guéri.
Digne fils de BenoU, que Dieu vous rajeunisse !
Et qu'un guide si bon
Don-don,
Cent ans et par delà
La-!â
Néus prêche et nous bénisse I (1)
♦ ♦
A A40NSE1GNEUR TRÉGARO
(Le jour de la fête de M: Vabhé Pix^arzo)
Monseigneur,
Il est enfm venu ce jour. tant désiré
De nous tous, et pourtant de qnelqirun redouté. :
Du modeste héros de la présente fête.
Grâce à Dieu, Monseigneur, nous voilà réunis,
Heureux de saluer Tun de vos plus chers fils.
D'honorer ses labeurs et ses vertus d'ascète.
Méis ce qui .d'allégresse inonde notre coeur»
(^est d*être présidés par Taimable pasteur
Dont le mm seul veut dite exquise hfenveiUaivce ;
C'est de revoir ce front qui jamais ne pâlît.
D'entendre encor la- voix qiri jamais ne faiblH;
D'admirer* I^énergie unie à la prudence."
3 Octobre iSga.
(1) Ce couplet était d'autant plus propre à flatter les principes lé^ti-
mistes du prétre-prooerit, qu'ail éhiit une rémMseenee de cekri chante en
1700 par le c«ré^ de Châtres (ainourcl'hui Arpi^oa» Seinc»-et^Oisc), lors du
Sassage du petit-fils de Louis XfV, Philippe V, allant prendre possession
u trône d'Espagne :
Tous les bourgeois de Châtres et ceus de Montihéry
Mènent fort grande! joie en vous.vojant id.
Petit-fils de Louis, que Dieu vous accompagne
Et qu'un prince si bon
Don-don
Cent ans et par delà
La-la
Règne dedans l'Espagne.
Le jeune roi, charmé de la délicatesse du compliment, cria : « Bis i».
Le pi'etre^ «'exécuta de bonne grâce, et le prince lui fît renrettre dix louis
pour ses< œnrres paro^ssMes. Mais le nraKn curé^ se' tournant vers
Plilfippei V, s'écria : « A .têboil toov; . sire^.dc dire» Bis ». Le moè éùdt
s^ituei, la repartie plaisante, et la. somme fut ' doublée -. par ordre du
pfinae..
NOTICE SUR LA VIE ET LES <I.UVHES DE M. DALIGAULT 3!'9
AUX RR. pp. MAUREY ET GOURDIN
(Cri de reconnait'tance)
VÉNÉRABLES PÈRES,
Vous êtes iali^és, épuisés, hors d'hakiae
Par les rudes labeurs de votre apostolat ;
Nous en gémissons, et ce n'est pas sans peine
Qu'on vous verra partir pour un autre climat.
Devant vous se dressaient le roi des noirs abîmes.
Et l'orgueil de ses fils, et l'empire des sens.
Et ce respect humain qui fait tant de victimes.
Et ce triste mépris des saints commandements.
Vous avez tout vaincu: pleins d'amour pour vos frères.
Vous les avez instruits, charmés, persuadés.
Aujourd'hui, grâce à vous, bénis et vaillants Pères,
De la paix de Jésus leurs cœurs sont inondés.
Les Habitants de Montsort (Alençon).
xer Avril i8g3.
A MES AMIS DE LA CH. B.
Dans ce jour aux souhaits consacré par l'usage,
Cinq noms, chers entre tous, ont fait battre mon cœur;
Je les bénis ces noms, et je dis au Seigneur :
« A mes amis, donnez santé, force et courage.
« Sur leur aimable enfant, répandez vos faveurs ;
« Elle porte déjà le doux nom de Marie :
« Formée à la vertu, de vos dons enrichie,
(« Elle ne connaîtra ni le mal, ni les pleurs. »
itT Janvier iHSq.
*%
A MON MARCHAND DE VIN
Je suis toujours content du vin de Saint- Pardon,
Qull soit de la Cabane ou de la Jardinière :
Chacun de ces deux crus, je raflirnie, est très bon ;
Et je bois de tout cœur à leur propriétaire.
320 NOTICE SUH LA Vlhi El Lfc.S ŒUVhEh DE M. DALIGAULT
DÉDICACE D'UN EXEMPLAIRE DU COURS DE PÉDAGOGIE
A Madame Alexandre,
Ce livre, dont le titre est fort peu séduisant,
Des femmes ne peut guère obtenir le suffrage ;
Je vous Toffre pourtant, car il est mon ouvrage :
Parfois le nom d'un père a sauvé son enfant.
ENIGME INEDITE
(Mots en carré)
Nous sommes trois géants, vrais enfants de la terre,
Et chacun de nous vit seul en son continent.
Voyageurs au sortir du sein de notre mère.
Nous marchons sans repos, chargés le plus souvent.
Solution
DON
OBI
N I L
CHAPITRE
V
M. Daligault dans la retraite (1871-1894), — Membre de la
Fabrique de V église de Montsort. — Ses occupations quoti-
diennes, — Son affection pour sa commune natale. — Ses
dispositions testamentaires, — Sa mjort. — Jugement
d'un dignitaire de V Eglise sur le défunt.
Voilà donc M. Daligault rendu à la liberté, déchargé de
tout souci matériel. Paroissien de Montsort depuis vingt-
deux ans, il y restera jusqu'à la fin. Ses^fidèles domestiques,
les époux Marchand, continueront de le servir. Le quartier
qu'il s'est choisi n'est ni trop central, ni trop excentrique ;
à ce double avantage il joint celui d'être^un des plus tranquilles
delà cité. De l'une des fenêtres du premier étage, l'on aper-
çoit même un coin de la riante campagne alençonnaise.
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 321
Dans cette paisible retraite, Tancien Directeur ne vivra
pas obscur et oublié. Réputé homme d'expérience et de
bon conseil, ses nombreux amis, ses anciens élèves continue-
ront de recourir à ses bons avis. Son vieil ami et ancien con-
disciple, le curé de Montsort, viendra des premiers faire
appel à ses aptitudes d'administrateur, en le faisant entrer
dans son Conseil de fabrique. Justement, on parle fort, depuis
quelque temps, de la reconstruction de l'église. Cette entre-
prise, grosse de conséquences imprévues, exige, pour être
conduite à bon port, du tact, de l'habileté et de la prudence.
Où mieux rencontrer ces qualités réunies qu'en M. Daligault ?
Nulle part. Aussi son admission parmi les fabriciens de la
paroisse fut-elle acceptée avec autant d'unanimité que
d'empressement. Dorénavant, les délibérations de l'assemblée
seront rédigées par ses soins, avec la concision et la netteté
qu'on lui connaît. La question de l'église sera poursuivie
activement, les difficultés seront surmontées, le succès cou-
ronnera lés efforts.
Cependant M. Daligault, habitué à tourner et retourner
les choses, à traiter les questions financières aussi scrupuleu-
sement que toutes les autres, en un mot exigeant que tout
se passe selon les règles de la plus stricte légalité, crut s'aper-
cevoir que sa façon d'agir était peu goûtée de ses collègues,
peu habitués à un examen aussi approfondi. Alors, sans
hésiter, il envoya sa démission écrite au Président de la
fabrique, M. le baron de Sainte-Preuve, mais en même
temps, pour ménager les susceptibilités de son excellent ami,
le vénérable curé de la paroisse, il lui écrivit :
« Mon cher Curé, nos relations d'amitié, plus encore que
« le sentiment des convenances, me font un devoir de t'infor-
« mer personnellement de la démarche que je viens de faire
« auprès de M. le baron de Sainte-Preuve, à qui j'ai envoyé
« ma démission de membre de Conseil de fabrique. Tu
« connais à peu près les motifs de ma conduite, et tu sais
« qu'ils sont sérieux. En tout cas, il est clair qu'il y aura
« profit pour moi, sans aucun dommage pour la fabrique»
« à ce que l'administration me donne un successeur. J'espère
« donc, mon cher Curé, que ma détermination ne portera
832 NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
« aucune atteinte à notre vieille amitié, et je n*hésite pas à
« t' offrir, persuadé que tu voudras bien l'agréer, une nouvelle
« assurance de mon profond dévouement.
« Signé : DALIGAULT. »
17 Octobre 1873,
Nous avons dit que M. Daligault était souvent consulté
par ses amis et ses anciens élèves. Nombre d'ecclésiastiques
ne dédaignèrent pas non plus de recourir à ses lumières,
A tous il donnait des conseils sages et pratiques, marqués
au coin du bon sens et de la raison. Il n'admettait pas qu'un
prêtre s'occupât de choses étrangères à son ministère sacré,
f Ce n'était pas sacerdotal », disait-il. Abonné au 'journal
La Croix, il protesta auprès de la direction contre l'usage
profane que l'on faisait de l'image du Rédempteur, en la
plaçant en tête de cette feuille ; et comme il ne fut pas tenu
compte de sa réclamation, il abandonna le journal.
Jamais il ne connut le désœuvrement : la lecture, la médita-
tion, quelques compositions poétiques occupaient ses loisirs,,
après qu'il avait mis ordre à sa correspondance. Suivant sa
vieille habitude, jamais il ne prenait de repos que fort avant
dans la nuit. Un repas substantiel au milieu du jour, avec une
frugale collation le soir, lui suffisait pour vingt -quatre heures.
Ce régime qu'il observa rigoureusement de longues années,
lui permit d'arriver à un âge avancé, sans ressentir d'inftrmrtés
graves. Nous l'avons vu, à l'âge de soixante-quinze ans»
monter et redescendre un escalier difficile, avec la rapidité
et presque la souplesse d'un jeune homme. Cependant les
longs voyages, surtout ceux en chemin de fer, à cause des
trépidations de la marche, lui étaient interdits. Nous pensons
que le dernier de cette nature qu'il ait entrepris, fut celui
d'Alençon à Briouze, où il alla, en 1876, assister à l'inhumation
de son meilleur ami, l'abbé Moulin. Chrétien pratiquant»
jamais il ne manqua, à moins de raison de santé, aux céré-
monies dominicales de sa paroisse. Dans l'église, il se faisait
remarquer par la ferveur de ses prières ; mais sa présence»
près de la chaire, était plutôt gênante pour le prédicateur, à
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 328-
cause du mouvement désapprobateur qu'il ne pouvait retenir,
si quelque expression l'avait choqué.
Sa grande dévotion envers la Sainte Vierge lui avait fait
accepter, comme indiscutables, les apparitions de Lourdes.
Toutefois, il découvrit dans les beaux livres de Henri Lasserre,
des erreurs et des discordances qui le frappèrent, au point
qu'il en écrivit à l'auteur. Celui-ci ayant reconnu la justesse
des observations et le sentiment chrétien qui les avait
provoquées, en remercia M. Daligault par la lettre suivante,
datée de Paris, le 29 Octobre 1877 :
« Mille remerciements. Monsieur, pour les corrections
« que vous voulez bien m'indiquer. C'est un véritable service
« que vous me rendez.
« Quelques-unes de ces fautes ont été déjà corrigées
« dans la seconde édition illustrée, qui a paru dans le courant
« de cette année. Mais il en est plusieurs qui avaient compléte-
« ment échappé à notre attention, et je vous suis très recon-
«c naissant de me les signaler. Je veillerai, dans une troisième
« édition, à ce qu'elles soient faites avec le plus grand soin,
« sauf un ou deux néologismes ou incorrections que je me
« suis permis intentionnellement pour rendre ma pensée
« presque dans sa nuance.
« Permettez-moi, Monsieur, de serrer la main qui a eu
« l'obligeance de me rendre ce bon office.
« Votre bien dévoué
« Henri LASSERRE,
« 55, rue de Vaugirard. »
Devenu octogénaire, M. Daligault conservait intactes
la plupart de ses facultés : son jugement était toujours aussi
sain, son esprit aussi pétillant, sa mémoire aussi sûre qu*en
pleine jeunesse. Seules la vue et l'ouïe avaient un peu faibli.
Néanmoins son amour du travail intellectuel était resté le
même. Nous pourrions citer, à l'appui de ce fait, l'exemple
d'un ouvrage historique, de plus de 400 pages, que, en vue de
le rendre moins imparfait, il lut et relut à Vaide d'un stéréos-
copCy ne pouvant plus lire les caractères ordinaires, qu'en
324 NOTICE SLK LA VIK ET J.KS ŒUVRES DE M. DALIGAULT
se servant de cet instrument grossissant. Il fallait vraiment
que le souvenir du sol natal, uni à une affection particulière
pour Fauteur, fût fortement enraciné chez lui, puisqu'il ne
craignait pas de s'imposer une corvée si fatigante et si
prolongée.
Nous avons eu déjà l'occasion de parler de la répulsion
qu'inspirait à M. Daligault toute manifestation extérieure,
faite pour flatter la vanité. En voici un nouvel exemple :
Un ancien instituteur, devenu commerçant à Fiers, avait
adressé à tous ceux qui, comme lui, avaient reçu les leçons
du vénéré Directeur, une circulaire les invitant à se réunir
en un banquet à Alençon, pour offrir une œuvre d'art au
Maître, en témoignage de leur reconnaissance collective.
Cette démarche, agréée de l'administration académique,
chaleureusement accueillie dans tout le département, promet-
tait un plein succès ; mais l'auteur du projet avait agi sans
pressentir M. Dahgauit à ce sujet, pensant que, comme tant
d'autres, il serait flatté de cet hommage public. Avisé de la
manifestation qui se préparait sur son nom, le vénérable
vieillard n'eut rien de plus pressé que de protester énergique-
ment contre toute tentative de ce genre. Cette fin de non
recevoir était si catégorique qu'il ne restait plus qu'à s'in-
cliner.
L'amour de M. Daligault pour son pays natal se manifeste
en maintes circonstances.
Dès 1845, lors de la reconstruction de l'église de La Chapelle-
Biche, il ne se borna pas à une générosité pécuniaire, il rédigea
encore les circulaires qu'il fallut lancer de divers côtés pour
provoquer des souscriptions. Nous avons sous les yeux les
minutes de celles qui furent adressées au roi et à la reine.
Ce sont des modèles de délicatesse et de style.
En 1872, lorsqu'il s'agit de faire refondre les cloches,
il prit encore une large part à la dépense. Au pasteur, qui
lui faisait un reproche amical d'oublier sa paroisse d'origine,
il répondit : « On le verra bien à mon décès ». _
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 325
Il devait justifier cette réponse au-delà même de ce qu'il
était permis d'espérer, en établissant les pauvres de la com-
mune ses légataires universels, par son testament olographe,
daté du 24 Août 1892, dont l'article premier est ainsi conçu :
« J'institue mon légataire universel le bureau de bienfaisance
« de la commune de La Chapelle-Biche, représenté par le
« maire qui se trouvera à la tête de ladite commune au
« moment de mon décès ».
Sa fortune n'était pas bien importante pour deux causes :
la première, sa générosité envers sa famille ; la seconde,
deux mauvais placements de fonds, entre autres celui-ci.
En 1844, il avait confié 4.000 francs à un notaire de Caen
pour les prêter sur hypothèque à un sieur Lebis, de Carentan.
Malheureusement le notaire s'était laissé tromper : l'hypo-
thèque se trouva de 3« ordre, et l'immeuble estimé au triple
de sa valeur vénale. Le résultat fut donc que M. Daligault
perdit ses fonds.
Pour comble de malheur, il entreprit sur le même sujet,
diverses procédures, qui tournèrent à son désavantage, et en
fin de compte doublèrent presque la perte. Bref, sur le dossier
de cette malheureuse affaire, on lit, avec la date 1872 :
Rien à faire,
M. Daligault, pressentant que sa fin ne pouvait être éloignée,
mit ordre à ses affaires. Avec sa prévoyance habituelle, il
régla ses funérailles, dressa la liste des personnes à inviter,
rédigea la lettre de faire part, voire même le court article
nécrologique à insérer au Journal d*Alençon,
Cela fait, il disposa de petits souvenirs (livres, manuscrits,
objets divers), en faveur de ses amis, mettant sur chacun le
nom du destinataire. Puis se jugeant prêt pour le grand
voyage, il attendit tranquillement la mort.
Elle vint le 1^^ Août 1894, à la suite d'une attaque d'hydro-
pisie, qui lui fit endurer de cruelles souffrances. Ses obsèques
furent célébrées selon ses intentions. Une foule nombreuse
et recueillie accompagna sa dépouille mortelle à l'église et
au cimetière. Un tombeau très convenable surmonta sa
tombe.
Ainsi finit cet homme remarquable, dont la vie fut toute
de droiture, de lovauté et d'honneur.
326 NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DAMOAULT
Nous ne saurions mieux conclure notre travail qu'en
reproduisant l'article suivant, dû à la plume d'un pieux
ecclésiastique, qui avait vu de très près M. Daligault à l'œuvre :
« Le vendredi, 3 Août 1894, avaient lieu, dans l'église de
Montsort, les obsèques de M. Daligault, ancien Directeur de
l'Ecole normale d'Alençon, chevalier de la Légion d'honneur,
décédé à l'âge de 83 ans.
« Cet homme était un grand chrétien. Deux fois dans le
cours de sa vie, il voulut se consacrer au service de Dieu
en embrassant le sacerdoce. Il en était digne par sa foi vive,
par sa vertu qui ne se démentit jamais, par son attachement
inviolable à la cause de Jésus-Christ et celle de la sainte
Eglise. Dieu ne permit pas que son désir s'accomplît. Il
l'appelait à une autre fonction où il a fait plus de bien qu'il
n'en aurait fait peut-être dans les rangs du Clergé. Cette fonc-
tion, c'est celle de Directeur de l'Ecole normale.
Il faut l'avoir vu à l'œuvre et avoir été témoin de la
conduite de ses élèves, pour apprécier, comme elle le mérite,
la carrière qu'il a remplie.
« Eclairé par la lumière de la foi, beaucoup plus sûre et
plus éclatante que celle de la raison, M. Daligault comprit
de suite que son devoir était de former des instituteurs
chrétiens ; que ceux-là seulement pouvaient former d'honnêtes
gens et des citoyens vertueux ; que, au jour de la mort, ce
serait le compte le plus rigoureux qu'il aurait à rendre à Dieu.
Il vit ces choses et se mit résolument à l'œuvre. Il a été plus
de vingt ans Directeur de l'Ecole normale, et, pendant tout
ce temps, il ne s'est jamais proposé d'autre but.
« Pour rien au monde il n'aurait souffert dans sa maison
un jeune homme sans foi et sans vertu. Comment un tel
jeune homme, lorsqu'il serait devenu instituteur, aurait-il
élevé les enfants ?
« Il exerçait sur tous une vigilance active, mais paternelle.
Autant il les aimait, autant il avait à cœur de conserver leurs
mœurs. La jeunesse d'ailleurs a plus besoin de surveillance
que de liberté.
NOTICE SUA LA VIE ET LES ŒUVRES DE Af. DALIGAULT 327
« S'il rencontrait parfois un sujet dépourvu des qualités
«essentielies à un bon instituteur, il demandait aussitôt son.
■départ. Pourquoi le garder ? Les défauts de l'école ne font-
piresque toujours que s^accentuer» quaad les jeunes gens en
sont sortis.
a Chose très rare I Malgré cette surveillance, il savait se
faire aimer et estimer de ses disciples. Pas un seul n'aurait
voulu le contrister. C'est qu'il était extrêmement bon pour
tous. Dans leurs peines, dans leurs souffrances et leurs mala-
dies, il avait pour eux une tendresse de mère. Cette tendresse
jaillissait de son cœur, qui était très aimant, et de sa charité
qui était très vive. Aussi continuait-il à s'intéresser à ses disci-
ples, même après qu'ils avaient quitté l'école. Dans leurs
embarras, ils étaient sûrs de trouver en lui un père affectueux
et dévoué, en même temps qu'un guide plein de science et
de sagesse.
« La prêté ne fut jamais Tennemie de la science: Ml Daligault
voulait que ses élèves fussent capables et instruits. C'est dans
ce but qu'il leur procurait d'excellents professeurs ; qu'il
exigeait d'eux un travail assidu, et qu'il se rendait compte
par lui-même de leurs devoirs. Il obtint par ces moyens
des résultats remarquables.
« Aux levons de pédagogie, il ajoutait des leçons de vertu«
Tous les jours, après l.\ prière du matin, il faisait lui-même
une lecture dans le livre de l'Imitation ; et très souvent,
à la fin de l'étude du soir, il venait en faire rendre compte.
Puis, partant de là, il jetait à pleines mains, dans ces jeunes
âmes, les semences de vertu qu'il avait cueillies dans son
propre cœur.
« Ce qu'il recommandait à ses disciples, il le faisait
lui-même. Les jeunes gens assistaient à la messe tous les
jeudis, et* aux offices du matin et du soir tous les dimanches.
M. Daligault les accompagnait toujours ; et* son respect pt)ur
nos saints MJ'Stères était tel qu'ils n'airaient qu'à jeter les
yeux sur lui pour comprendre ce qu'ils devaient être.
« Il communiait non seulement à Pâques, mais encore
aux principales fêtes^ de Tannée. La sainte Ëuc^ristie était
un aliment pour san âme, \ate cons&^tion pcKir son eœur, et
*jne force dans l'accomplissement de se« devoirs.
328 NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒIVRES DE M. DALIGAULT
« La génération d'instituteurs qu*il a formée a porté son
empreinte : elle a été bonne et chrétienne. Elle a fait un
bien qui durera longtemps.
a Heureuses les populations auxquelles Dieu donne de
pareils instituteurs! Les enfants sont instruits et bien élevés,
et, plus tard, ils deviennent des citoyens honnêtes et des
hommes consciencieux. j>
A. SUR VILLE.
APPENDICE
Li^te de? Élève? de M- DAL^IOAULl^
1850
Beuzeval, Blin, Chénel, Demacé, Derouet, Dreux, Duguey,
Favrie, Folloppe, Génissel, Glaçon, Groult, Legrain, Louvel,
Martin, Pelletier, Piel.
1851
Aubert, Aubin, Avenel, Ballon, Brionne, Bisson, Chevallier,
Deshayes, Durand, Duval, Esnault, Fleury, Fontaine, Gautier,
Leconte, Lefèvre, Lory, Martin, Quignard, Roger.
1852
Ballon, Besnard, Beuzeval, Catois, Collet, Cordier, Decaux,
Delaunay, Deslandes, Gougeon, Jean, Letellier, Loraille,
Prod' homme, Renault, Richard, Roger, Seigneur,
1853
Avenel, Béziers, Châtelais, Déforges, Hamon, Lamelet,
Lechâtellier, Lenormand, Marguerite, Menochet, Mesnîl,
Onfray, Reine, Sauque, Savary.
NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT 329
1851
Adam, Brard, Cardon, Chaligne, Charron, Gilbert, Lechat,
Lelièvre, Lemai, Lemasson, Levesque, Loraille, Mortagne»
Quentin, Préel.
1855
Binet, Blin, Bugleau, Gaillard, Fleury, Folie, Gouin»
Guibé, Hellouin, Huard, Lafleur, Landier, Leconte, Leroy,
Robieu.
1856
Gautier, Grandière, Lehugeur, Launay, Laurent, Lecoq,
Lefavrais, Orgeval, Pellouin, Poirier, Rocher, Vaidie.
1857
Carré, Chartier, Dourdoigne, Ernoult, Leblanc, Lecointe,
Leguay, Lemercier, Leroux, Louvel, Sébert, Vioilet.
1858
Bigeon, Bohard, Brard, Collée, David, Desvoies, Drou-
lout, Duval, Fauvel, Landemore, Lefèvre, Marcis, Morel,
Mousset, Pluet, Rainfray, Rivière, Rungette, Touche.
1859
Cholet, Dubos, Dufresne, Durand, Grier, Hellouin, Husnot,
Labbé, Laîné, Lebailly, Marchand, Monsallier, Plomel,
Prudent.
1860
Baron, Besnard, Bonhomme, Chesnais, Cusson, Delétang,.
Drouet, Dumesnil, Fouquet, Gouin, Guilmin, Héroux, Mulard.
Plannier.
1861
Boisgontier, Bourgine, Chevalier, Davy, Deséchalliers»
Duverdier, Fouré, Hergault, Lefoyer, Onfray, Quentin, Surty,
Thierry, Védier.
1862
Aunay, Bourdet, Frémont, Gendrel, Grippon, Hamelin,
Houlier» Lechêne, Leguedey, Letoré, Mouzet, Petit, Quentin.
Selles, Thomas, Vaidit.
334) NOTICE SUR LA VI K ET LES ŒUVRES DE M. DALIGAULT
1863
Berthault,. Bigeon, Billard, Cholet, Groult, Guérin, Jou-
veaux, Lefèvre, Lemauviel, Lepeintre, Morice, Piel» Pui»-
tienne, Ravet.
1864
Beaumont, Béhu, Delaunay, Gaumer, Lecreux» Lemar*
•quant, Lorieul, Louvet, Quettier, Sannegon, Signeux, Toutain.
1865
Baratte, Blanchard, Bourlier, Brisard, Deuzet, Fortin,
Laîné, Lamier, Lesellier, Oury, Pottier, Quandieu.
1866
Bêliez, Besnard, Bidault, Bourban, Corbière, Dufay,
Godet, Gruillère, Huet, Roussel (A.), Roussel (F.)f Sauvage,
Toutain.
1867
Friquet, Garnier, Gendrel, Gibourdel, Gougeon, Guittard,
Lepasteur, Manoury, Martin, Pauthonnier, Peilier, Ramond»
Vimont.
1868
Retourné, Croisé, Cusson, Deverre, Dourdoigne, Epinette,
Fourré, Germond, Grandguillot, Lelièvre, Ruel» Toutain,
Villette.
1869
Chéroii, Collet, Croisé, Davoust, Fleury, Gautier, Groult,
Halbout, Jean, Lemoine, . Louvel, Martin» Olivier, Réaux,
Richard.
1870
Bouilly, Cotreuil, Frébet, Jean, Lecoq, Levannier, Levayer,
Longuet, Loraille,. Marge» Mortagne, Roussel, Rupé, Surville
Toutain.
■■.1 K t 7 ^ -^ ' " '>*^.-.« 'lot 1
LES GARDES D'HONNEUR
DU DÉPARTEMENT DE L'ORNE
(1808-1813) 1
I
En 1808, Napoléon eut l'idée de créer, sous le nom de
garde d'honneur, un corps formé exclusivement de jeunes
gens, qui s'équiperaient à leurs frais et recevraient, après
une année de service, le brevet de sous-lieutenant. Ce projet
dut être abandonné par suite du petit nombre de jeunBs
gens qui répondirent aux appels pressants des préfets. Cepen-
dant, dès cette époque, des compagnies s'organisèrent dans
plusieurs départements pour former l'escorte de l'empereur
à son passage et prirent le nom de gardes d'honneur.
Elles ne pouvaient se réunir en tenue qu'avec l'autori-
sation du général commandant la division militaire (2) sur
la demande du préfet, et ne devaient pas compter dans leurs
.rangs des jeunes gens de la classe prochaine (3).
Dans les derniers mois de Tannée 1808, alors qu'il était
question d'un voyage de Napoléon dans le département de
rOrne, pour le commencement de 1809, le préfet, à l'exem-
ple de ses collègues des départements voisins, résolut de
(1) J'adresse tous mes remerciements à ceux qui ont bien voulu m'aider
dans ces recherches et spécialement à M. Du val, archiviste du dép< da
l'Orne, à M. Huet, capitaine au 14« hussards, à M. Detontaine, auteur d'une
étude aussi ducumentée que soignée sur les gardes d'honneur du Calvados»
et enfin à M. 'Poi*t, auquel est due cette remarquante flhistration représen-
tant un officier des gardes d'honneur à cheval du dép^ de l'Orne.
(2) Lettre du ministre de l'Intérieur du 24 avril 1810 au préfet de l'Orne»
rappelant cette prescription. (Arc h. de VOrne),
(3) Circulaire du miaistre de riirtérieur du 8 {anvfer 1810.
26
V
332 LES GARDES d' HONNEUR DU DÉPARTEMENT DE l'oRNE
m
former une compagnie à cheval. Il adressa, à ce sujet, au
préfet du Calvados, la lettre suivante :
«27 Septembre 1808.
« Mon cher Collègue,
« Quoique j'ignore à quelle époque S. M. pourra se déter-
miner à honorer de son auguste personne nos départements
de rOuest, je me propose d'organiser, dès à présent, une
garde d'honneur, d'autant mieux qu'il serait imprudent
de remettre à un autre temps cette formation, qui ne doit
pas être faite précipitamment. Comme vous venez de vous
occuper d'un semblable travail (1), je ne puis mieux m'adresser
qu'à vous. Obligez-moi donc, je vous en prie, en m'indi-
quant confidentiellement la marche que vous avez tenue
pour choisir les personnes qui doivent faire partie de la
garde d'honneur. Je désirerais, savoir aussi, comment vous
avez agi pour les réunir, leur donner des chefs, un uniforme
et enfin une organisation complète, de manière qu'à votre
premier ordre ils se trouvent préparés à s'acquitter dignement
de leur mission (2)... »
A la réception de la réponse de Caen, le chevalier de Lamag-
delaine s'occupa de suite à faire dresser la liste des jeunes
gens du département susceptibles de figurer dans les gardes
d'honneur.
D'Octobre à Décembre 1808, il réclama à maintes reprises,
aux sous-préfets et aux maires, des listes de proposition,
en leur rappelant que « cette formalité contribuera beaucoup
à mériter, tant au département qu'aux individus de la garde
d'honneur, l'attention, la protection et les faveurs de l'empe-
reur, tandis que leur refus pourrait les faire noter d'une
manière très-désagréable (3) ».
Il est probable que le succès ne répondit pas à son zèle.
(1) La garde d'honneur à cheval du département du Calvados fut orga-
nisée le 9 août 1808. (Les Gardes d* Honneur da Calvados^ par Henri
Defontaine, p. 22.)
(2) Arch, de VOrne.
(3) Lettres du préfet (Arch. de VOrne).
LES GARDES d'hONNEUR DU DÉPARTEMENT DE L'ORNE 333
car, le 21 Janvier 1809, il écrivit à son collègue de Seine-
et-Oise...
« Comme je vais faire incessamment une tournée relative
à la levée de conscription de 1810, je me propose d'en profiter
pour amener l'organisation complète et définitive de la garde
d'honneur. Je laisserai aux individus qui la composent la
nomination de leurs officiers. Quant au commandant, je
n'ai pris encore aucune résolution à cet égard. Monsieur
Amédée de Broglie était une des personnes auxquelles j'avais
songé pour cette place, et son nom, comme les titres qu'il
peut avoir à la mériter, m'étaient parfaitement connus. (1) »
Dans le courant de Février et de Mars, autres lettres
aux sous-préfets, pour stimuler leur zèle et les encourager
à faire de nouvelles démarches auprès des jeunes gens ayant
refusé.
« Je vous avoue, écrit le préfet, au sous-préfet de Mor-
tagne, le 4 Avril 1809, qu'il serait scandaleux, que des mes-
sieurs de Saint-Pol, il n'y en eut pas au moins un dans la
garde (2) ».
Cependant dans son désir de réussir et de voir animés
de son zèle, ses administrés peu enthousiastes, il écrivit à
M. de Montalivet, ministre de l'Intérieur:
« 8 Mars 1809.
" Monseigneur,
< Persuadé que S. M. daignerait d'ici quelque temps
honorer de son auguste personne, ceux des départements de
l'Ouest qu'Elle n'a pas encore visités, plusieurs proprié-
taires, riches et jeunes, se sont empressés de me témoigner
leur désir de composer une garde d'honneur et d'offrir en
cette qualité leurs services à l'empereur. J'ai accueilli leur
zèle et régularisé leur mouvement. Environ cinquante jeunes
gens sont inscrits et désirent composer une compagnie à chevaU
Avant des les autoriser à se former, à choisir leurs chefs,
à déterminer leur uniforme, j'ai cru devoir. Monseigneur,
prendre vos ordres à cet égard, afin de pouvoir, d'après vos
{l) Are 'f. de L'Orne.
(2) Arc h. de VOme.
334 LES GARDES d'HONXEUR DU DÉPARTEMENT DE LORNE
instructions, organiser définitivement ce corps, qui, comme
moi, brûle du désir bien sincère de prouver à S. M. son amour
et son dévouement (1) ».
A cette lettre le ministre répondit : « Qu'il approuvait la
formation dans le département de TOrne, d'une garde d'hon-
neur à cheval, suivant le désir de plusieurs propriétaires du
département ».
Le dimanche, 30 Avril 1809, en vertu de cette autorisation,
les propriétaires désignés furent convoqués et réunis, sous
•la présidence du préfet, pour élire leurs officiers et choisir
leur uniformes.
Poulain Martené de Saint-Pater fut nommé capitaine (2) ;
Thiboust de Touvoie, lieutenant (3) ; Sarrande de la
Charpenterie, sous-lieutenant (4) ; de Bonneval, maréchal
'des logis chef ; Doisnel et Droullin de Tanques, maréchaux
des logis ; de Saint-Sauveur, de Villiers d'Heloup, Robil-
lard de Brevaux et de Mésenge, brigadiers.
L'uniforme devait être le suivant (5) : habit, parement,
toUet, doublure vert foncé, revers et passepoils roses aux
retroussés et aux poches (en long) ; bouto^s ronds et blancs (6)
épaulettes, contr'épaulettes, dragonne, aiguillettes en argent;
gilet de casimir blanc ; pantalon collant vert foncé, orné
sur le devant de chaque cuisse d'un trèfle en galon d'argent
et sur le côté d'un galon de même ; demi-bottes bordées
d'un galon d'argent avec glands en argent ; chapeau demi-
claque, ganses et floches en argent ; cocarde tricolore ;
plumet blanc de 48 cent, et pour les officiers de 58 cent. ;
schabraque vert foncé bordé d'un galon en argent avec
glands et deux aigles en argent aux angles de la schabraque ;
fourniment blanc orné d'un galon brodé en argent en plein
sur les bords du cuir, celui-ci passé au vernis. Sabre de cava-
(1) Arch, de COrnr, lettre du 2îi mars.
(2) Il avait été avant 1790 capitaine de dragons.
■ (3) Il avait été page du duc de PcLtliièvre.
(4) 11 avait été avant 1790 officier d'artillerie.
(5) Journal du département de l'Orne du 7 mai 1809 complété et rcctiflé
par les notes de M. Defontaine. « *
(6) Comme ceux des hussards actuels. . .
LES GARDES d' HONNEUR DU DÉPARTEMENT DE l'ORNE 335
itsÎB légère. Les officiers portaient, la banderole de giberne
•et le ceinturon en maroquin vert galonné d'argent (1).
Pour arrêter la haute fantaisie de cet uniforme, le préfet
dut» peu à près, sur l'invitation de général, rappeler dans
une lettre, adressée, le 2 Août, à M. de Saint Pater a que les
officiers» sous-officiers, soldats et cavaliers de la garde d'hon-
neur ne doivent porter que les épaulettes de leur grade,
<:omme dans la garde nationale (2) » Pressé de compléter
et d'achever l'organisation, il écrivit à M. de Saint-Pater,
le 24 Juillet :
« Je vois avec plaisir que la garde d'honneur que vous
commandez se dispose définitivement à s'habiller et à s'équi-
per et vraisemblablement à se monter. J'approuve le léger
changement qu'elle a fait à son uniforme... Je vous prie
d'activer, autant qu'il sera en vous, l'entière organisation
•et l'instruction militaire de la dite compagnie ».
Puis, le 9 Août :
« Je crois que la réunion de la compagnie des gardes
d'honneur doit avoir lieu au plus tard le 15 Septembre*
D'ici cette époque, ceux de ces messieurs les gardes qui
n'ont pas encore de chevaux auront le temps de s'en pro-
enrer ».
EInfin, après cette dernière recommandation, le préfet
triomphant put envoyer au Ministre de l'Intérieur le rapport
suivant :
< 21 Août 1809.
« Monseigneur,
« La garde d'honneur à cheval de moa département,
organisée définitivement et sur le point d'être complètement
équipée, va se rassembler dans les premiers jours du mois
de Septembre prochain. Cette compagnie qui montre: les
plus favorables dispositions et qui est composée de jeunes
(1) Communication de M. Defontaine. L'uniforme du trompette était
Tin verse de celui des gardes quant à la couleur de l'habit, des rêvera et: du
pantalon. (Lettre du préfet au ministre du IS mai 1S09}. Arch^ de VOrne.
(2) Arch. de VOrne.
336 LES GARDES D* HONNEUR DU DÉPARTEMENT DE l/ORNE
gens appartenant aux meilleures familles du pays n'attend
plus que son guidon pour faire broder le tablier de son trom-
pette. Je leur ai promis que je leur remettrai, au nom du
département, le guidon, auquel ils attachent un grand prix
et qu'ils regardent, avec raison, comme une faveur signalée
et qui me semble leur être due, d'autant plus que dans les
autres départements, un tel présent a été fait aux gardes
d'honneur...
« J'ajouterai que récemment appelés par M. le général
sénateur commandant la 14e division, à se tenir prêts à
marcher contre les Anglais dans le cas où les 200 voiles
sorties de la rade des Dunes et signalées comme se dirigeant
vers l'Ouest, tenteraient à débarquer sur nos côtes, ces
jeunes gens ont témoigné beaucoup d'empressement et de
bonne volonté.
« Je vous prierais de m'autoriser le plus tôt qu'il vous
sera possible à faire broder ce guidon pour la garde d'honneur
à cheval de mon département (1) ».
Le 10 Octobre le ministre de l'Intérieur autorisa le préfet
à faire broder le guidon (2).
L'année 1809 se passa comme la précédente, sans que
Napoléon vînt visiter les départements de l'Ouest. Au commen-
cement de 1810, il fut de nouveau question d'un voyage
dans cette partie de la France. Le Préfet de l'Orne voulant
parachever son œuvre, écrivit aux Sous-Préfets, à la date
du 26 Mars 1810, pour leur faire connaître « que par
arrêté du 14 Mars 1810, il a nommé commandant en chef
de la garde d'honneur du département de l'Orne, Monsieur
(1) Arch. de VOrne,
(2) Lettre dn 16 octobre 1809.
Ce guidon fut-il Jamais brodé ? Eu annonçant à M. de Broglie sa nomi-
nation de commandant le préfet ajoutait en effet, dans une lettre du
30 mars 1810, « qu'il attendait le mois de Juin pour le recevoir à la tête de
la compagnie et profiter de l'occasion pour remettre à la garde d'honneur
le guidon brodé pour elle ». Le 19 juin, nouvelle lettre remettant la convo-
cation à deux mois.
En outre toutes les recherches pour trouver trace de ce guidon sont
restées infructueuses. Les personnes les plus érudites, les plus compé-
tentes sur tout ce qui concerne ces questions et spécialement les gardes
d'honneur, qui ont bien voulu m'aiaer dans ces recherches, n'ont rencontré
nulle part la description ou même la mention de ce guidon.
LKS GAKDES d'hoNNEUK DU DÊPAKTKMENT DE L'ORNE 337
Amédée de Broglie, qui a accepté (1) », et que « depuis Torga-
nisation de la garde d* honneur à cheval, il se proposait de
former une compagnie à pied, prise sur les principales villes du
département, et qui fera conjointement avec la garde à cheval,
son service auprès de S. M. lorsqu'elle daignera visiter le
département de TOrne (2) ».
Ce projet n'eut pas de suite, sans doute à cause des diffi-
cultés rencontrées dans l'organisation de la compagnie à
cheval, dont le contrôle était le suivant au 17 Août 1810 (3).
De Broglie (Amédée) (4), commandant en chef, 36 ans ;
Poulain de Martené de Saint-Pater (5), capitaine, 42 ans ;
Thiboust de Touvoie, lieutenant, 32 ans ; Sarande La Char-
penterie, sous-lieutenant, 39 ans ; de Bonneval (Charles-
René), maréchal des logis chef, 34 ans ; Doisnel (François),
29 ans, et DrouUin de Tanques, 43 ans, maréchaux des
logis ; de Saint-Sauveur, 28 ans, Villiers de Heloup (René),
Robillard de Brevaux, 39 ans, de Mésenge (Alexandre) (6),
21 ans, brigadiers ; Davesgo d'Ouilly (Jean - François).
27 ans, Dumesnil (Louis-Dominique), 31 ans, Quillel de
Fontaine (Jean-Louis) (7), 28 ans, Thomas des Chesnes
(Louis) (8), 30 ans, Cottereau (Julien), 28 ans, Chateau-
thierry du Breuii (Nicolas), 32 ans, Marescot (Gabriel) (9),
29 ans, Jorré Morinière (Jean-Baptiste), 32 ans, Mesenge
Martel (Marie-Auguste), 22 ans. Malassis Cussonnière
(1) Cette nomination fut approuvée le 24 avril 1810 par le ministre.
{Arch. de l'Orne, R.)
(2) Arch. de VOrne, R.
• (3) Arch. de VOrne.
(4) 11 éUit avant 1790 officier de cavalerie.
(5) Il était fils de Thomas-René Poulain, écuyer, sieur de Martené, et de
Jacqueline Turpio.
(6) Né à Alençon le 8 septembre 1787, fils de Claude-Lonis de Mesenge,
chevalier, seigneur de Martel, et de Marie- Henriette Goujon de la Binar-
diére.
(7) Né à Alençon le 17 septembre 1781, fils de Jean-Gabriel Qaillel de
Fontaine, conseiller du roi, avocat au baUlage et siège présidial, et de
Marie-Françoisc-Louise Paillard de Cheliay.
(8) Né à Alençon le 24 avril 1779, fils de Guillaume-Mathieu Thomas,
sieur des Chesnes, conseiller du roi, et de Geneviève-Adélaïde Brossin.
(9) Né à Alençon le 24 mars 1780, fils de Gabriel-Louis Marescot, con-
seiller du roi, et de Marie-Louise -Pélagie Duchesne
338 LES GAHDES D' HONNEUR DV DÉPARTEMENT DE L*ORNB
(Marie- Joseph) (1), 31 ans, PhiJippe Saint-Nicol»-
(Pierre-Charies (2), 21 ans, Champrel (Nicolas) (3), 37 an»,
Guedon Beauchène (Narcisse), 30 ans, Chagrin de Bnille-
mail, 23 ans, Lamondière, Chateauthierry, 23 ans, Choisne
de Trinqueville (Gabriel), 22 ans, Colombel, 30 ans,
de Corday de Renouard, 28 ans, Delonlay, 27 ans, Des-
rotours (Charies), 30 ans, Dubuisson-Desseaux, 38 ans,
Montreuil de Clavie, 24 ans, du Moulin la Bretèche,
22 ans, Godechal, 25 ans, Hellouin de Cenival (Alexandre) (4)
35 ans, Lahaye d'Ommoy, 24 ans, Perrier La Genevrayc,
24 ans, Angot de Fiers, 31 ans, Ruault du Plessis»
25 ans, Trippier-Frainais, 26 ans, Saint-Aignan la Bour-
dinière, 27 ans. Ballot, 34 ans, Bonnet de Bellou (Achille),
36 ans, Chartier-Desrieux, Laùivay-Cohardon, 27 an»,
Dubreuil Saint-Hilaire (Théodore), 19 ans, Guerouj;t_la
Gûhière (André), 26 ans, Mesenge (Auguste), 25 ans, Per-
rochel Morain ville, Servy, 29 ans, Villeieau La vallée,
28 ans, et Bourget, 22 ans, gardes.
Du reste il en fut de 1810, comme des années précédentes,
Enfin, dans les derniers jours du mois de Mai 1811, l'Empe-
reur et l'Impératrice quittèrent Saint-Cloud, pour visiter
une partie de la Normandie, en commençant par Caen.
Le 22 mai, à midi, L. M. venant de Rambouillet arrivèrent
à Chandai, où étaient réunies les principales autorités ainsi
que les gardes d'honneur à cheval du département. Après
la harangue du Préfet, les voitures se remirent en marche
précédées des gardes d'honneur. Après plusieurs arrêts :
au château de Tubceuf, appartenant au comte de Lilliers,
chambellan de l'Empereur; à Laigle ; à Sainte-Gaubmge-
sur-Rille ; au haras du Pin ; à Argentan ; l'Empereur et
l'Impératrice quittèrent le département de l'Orne à six
(1) Né à Alençon le 12 octobre 1778, fils de François-Charles Malassis de
la €us80Rnière, avocat, et de Eléonore-Liicrèce-Michelle Hourde-Launay:
(2) H était fils de Antoine Philippe de Saint-Nicolas, chevalier de Saint-
Louis, et de Marie-Claude-Jacqueline Coste de Vaugourdon.
(3) Né à Alençon le 11 avril 1771, fils de Etienne-François Neveu, sieur de
Champrel, écnyer, trésorier de France, et de Thérèse-Catherine des Doufts.
(4) Né à Alençon le 6 août 1776, fils de Alexandre- François-Charles
Hellouin -^e Cenival, et de Jean ne- Elisabeth Roré.
LES GARDES d' HONNEUR DU DÉPARTEMENT DE l'ORNE ^âft*
heures du soir à Maison-Rouge, dans la commune d'Occa-»
giies (1).
La semaine suivante, à leur retour, les souverains partirent
de Saint-Lô le 31 mai, arrivèrent à sept heures du soir à
Alenjon, sous Tescorte des gardes d'honneur qui les condui-
sirent à la Préfecture disposée pour les recevoir. Le lendemain,
l^f Juin, les réceptions et les visites prirent la matinée et une
partie de raprès-midi. A quatre heures» l'Empereur à cheval
et l'Impératrice en voiture, accompagnés de leur escorte,
parcoururent les principaux, quartiers dé la ville.
Le 2 Juin, à neuf heures du matin, le cortège impérial
quitta la ville, et passant par Saint-Julien-sur^Sarthe et
Mortagne se dirigea sur Chartres. A la limite du département»
prit fin le service des gardes d'honneur, dont le commandant,.
M. de Broglie, reçut de l'Empereur une bague ornée de son
chiffre en diamants (2),
Cette période d'une semaine constitue les états de services
de la gaçde d'honneur sédentaire du département de l'Orne.
II
Si jusqu'en 1813 les gardes d'honneur n'avaient été que
des troupes de parade, il n'en fut pas de même après la cam-
pagne de Russie, au cours de laquelle, presque toute la cava-
lerie de l'armée avait disparu, quand par le senatus-consulte
du 3 Avril 1813, Napoléon créa quatre régiments de gardes
d'honneur. Le contingent du département de l'Orne devait
contribuer à la formation du l^r régiment organisé à Versailles
le l*' Mai 1813 et placé sous le commandement du général
de division comte de PuUy.
Le Préfet, chargé de l'exécution du décret, fit établir à la
hâte les listes prescrites, car dès le 2 Juillet 1813, le Ministre
de l'Intérieur lui faisait connaître que le contingent devait
être entièrement prêt à partir du 15 au 2Û Juillet. Si certains
jeunes gens avaient pu être séduits par les brillants uniformes*
(1) Journal du département de VOrne du 26 mai 1811.
(2) Journal du département de VOrne du 9 juin l?il.
340 LES GARDES D'HONNEUK DU DÉPARTEMENT DE l'ORNE
couverts de riches broderies, rien de ce genre ne pouvait
alors les tenter, car le nouvel uniforme imposé aux gardes
d'honneur, était à peu près celui de simple hussard, d'un
drap un peu plus fin, avec le harnachement de la cavalerie
légère (1).
Malgré l'espoir du Préfet .de voir « qu'un grand nombre
de jeunes gens n'attendraient pas à être désignés, pour donner
à S. M. une preuve de leur dévouement pour son service,
de leur attachement pour sa personne (2) ». sur les cent
gardes qu'eut à fournir le département de l'Orne, il n'y en
eut que quarante et un à s'inscrire volontairement. Les autres
portés d'ofTice sur les listes invoquaient les motifs de dispense
les plus divers. Incorporés de Juillet en Octobre, ils furent
dirigés d'Alençon sur Versailles en détachements successifs.
Le 21 juin, 23 ; le 5 juillet, 18 ; le 8 juillet, 13 ; le
24 juillet, 27 ; le 5 août, 7 ; le 21 août, 9 ; le 26 sep-
tembre, 2 ; le 10 octobre, 1. Total 100, dont 41 volon-
taires et 59 désignés. ^
(1) Pelisse vert foncé, doublée de flaiieUe blanche, bordure des bords et
du collet, boudin et tour de manches en peau noire ; gants olives et
tresses blanches ; le fond du dnlman vert foncé doublé de toile à la partie
supérieure et de peau rouge à la partie inférieure avec collet et parements
écarlates ; tresse du collet des fausses poches et des parements de la même
couleur que ceUe de la pelisse. Culotte hongroise en drap rouge avec tresses
blanches ; boutons blancs ; ceinture cramoisie avec garnitures blanches,
schako rouge. (Décret impérial du 5 avril 1813.)
(2) Mémorial administratif du département de VOrne, n» 266, 10 avril
1813.
LES GAliDES D'HONNKUU DU DKPAHTEMENT DE l'ORNE 341
LISTE DES JEUNES GENS (1)
faisant partie du contingent des Gardes d'honneur du
département de VOrne et incorporés dans le i" régi-
ment des Gardes d'Honneur à Versailles.
(Juin-Octobre i8i3.)
1. Anthoine-Tocville (Jacques-Jules), né le \^^ Mai
1793, à Argentan, fils de Jean- Jacques, et de Marie- Jeanne
Troui-Loisel. Son père, sous-inspecteur des forêts, a 3.000 1.
de rente. Famille très considérée. Volontaire ; incorporé
à la 14^ compagnie.
2. Barbot-Desfosses (Cyrille), né le 9 Juillet 1793, à
Alençon, fils de François-Juste et de Victoire Desfosses.
Son père est propriétaire et négociant. Son aïeul maternel
était chevalier de Saint-Louis, commandant la capitainie du
Nord, au cap Français. Son oncle paternel était président du
tribunal. Il appartenait à une famille honnête et consi-
dérée : 2.000 1. de rente. Volontaire ; incorporé à la 7® com-
pagnie.
3. Barville (Louis), né le 15 Décembre 1792, à Alençon,
fils de Etienne et de Louise de Mésenge. Son père ex-noble
était avant la révolution ofiicier dans le régiment de la Sarre
et a été membre du conseil général du département a 8.000 1.
de rente. Désigné et incorporé dans la 6® compagnie.
4. Bessin (Jacques-André), né le 29 Octobre 1792, à Glos,
fils de Jacques et de Elisabeth Le Comte. Son père a 1.000
livres de rente. Un de ses frères, membre de la Légion
d'honneur, capitaine au 19« régiment de ligne, un autre
sert dans l'artillerie. Cette famille jouit d'une certaine consi-
dération. Volontaire ; incorporé à la 5® compagnie.
5. BicHAiN (Auguste), né le 24 Juin 1790, à Passais, fils
de Pierre et de Louise Ramard. Sa mère veuve a 1.000 1.
(1) L'orthographe des noms est teUe qu'eUe est sur les registres de la
préfecture. A la suite de chaque nom se trouve la mention : c Le jeune
homme a de l'éducation, de bonnes mœurs et Jouit de la considération
compatible avec son âge ».
342 LES GARDES D* HONNEUR DU DÉPARTEMENT DE l'ORNE
de rente, et sept enfants dont deux sont au service de la
grande armée. Famille considérée. Volontaire ; incorporé à
la 9« compagnie.
6. BoissENouLT (Michel-Toussaint), né le 1^ Février 1793,
à Carnette, fils de Michel-Etienne, et de Marguerite Lbguay.
Orphelin a 400 1. de rente, appartient à une famille honorée
et considérée. Volontaire ; incorporé à la 5® compagnie.
7: BouLAY (Prosper-Isaac-Martin), né le 10 Novembre 1796,
fils de Jean, et de Victoire Berenger. Son père négociant à
Alençon a douze enfants dont deux vélites dans les grena-
diers et chasseurs de la garde impériale ont été tués l'un
à la bataille d'Austerlitz, l'autre dans un combat de cette
campagne. Famille très considérée a 2.000 1. de rente. Dési-
gné ; incorporé à la 9® compagnie.
8. Bourlet-Saint-Aubin (Charles-Marie-Antoine), né le
6 Juillet 1788, à Versailles, fils d'Antoine-Simon, ex-noble,
et de Esther-Thérèse Prévost. Appartient à une famille
très considérée. Orphelin a 8.000 1. de rente. Désigné ; incor-
poré à la 16® compagnie.
9. Brossard (François-Léopold), né le 2 Novembre 1791,
à Argentan, fils de François et de Marie Guyon de Vauloger.
D'une famille noble, son père officier de gendarmerie, mort
en activité de service, a laissé peu de fortune : 1.500 1. de rente
à sa veuve et 800 1. de rente au jeune homme. Volontaire ;
incorporé à la 4® compagnie.
10. Chalmel (Louis), né le 30 Juin 1791, à la Ferté-Macé,
fils de Louis-François, et de Françoise Turbout. Son père
est décédé. Sa mère a 1.000 1. de rente. Son oncle décédé
avait été membre du conseil général. Cette famille appartient
à la très bonne bourgeoisie. Volontaire ; incorporé à la 12®
compagnie.
11. Chalmel-Lacour (Armand-Constant), né le 30 Bru-
maire, an IV, à la Ferté-Macé, fils de Alexandre-Fortuné,
et de Marie-Madeleine-Jacqueline Faneau. Famille honnête
et considérée, a LOOO 1. de rente. Proche parent du docteur
Bouttey, membre du corps législatif. Volontaire ; incorporé
à la 15® compagnie.
LES GAHOES d'HONNKUK DU DÉPARTEMENT DE L*ORNE 34^
12. Changehel (Pierre- Auguste), né le 16 Juillet 1793,
à Tinchebray, fib de Gilles et de Renée Calais. Son père,
négociant et président du tribunal de commerce de Domfront,
a 5.000 1. de rente, indépendamment de son commerce qui
est très étendu. Famille considérée et influente dans le pays.
Désigné ; incorporé à la 11® compagnie.
13. Charpentier (Emile), né le 5 novembre 1794, à Bellême»
fils de Jacques-Louis, et de Elisabeth Penier. Son père
a 6.000 1. de rente en propriétés territoriales. Famille consi-
dérée dant le pays et bien alliée. Désigné, incorporé à la
9® compagnie.
14. Chateauthierry (Auguste-Marie), né le 22 Mars,
1791, à_Saint-Lége r_^urTSsilhe, fils de François- Auguste,
ex-noble, et de Jeanne-Françoise de G ueroul t. Famille
ex-noble bien considérée et bien alliée. Orphelin, a 1.000 1.
de rente. Désigné, incorporé à la 9® compagnie.
15. Chateauthierry la Dépenserie (Éléonore-^ierre-
'Claude), né le 20 Pluviôse an IV, à Alençon, fils de Pierre-
Jacques-René, ex-noble, et de Marie-Eléonore-Rosalie
Bercher. Son père, décédé, était oflicier de Dragons, à la
Révolution. Sa mère avait une fortune médiocre : 1.000 1.
de rente. Famille considérée. Volontaire, incorporé à la
9« compagnie.
16. Cheradamme (Bernard- Jacques-Marie), né le 20 Mai
1786, à Carrouges, fils de Etienne- Jacques, et de Elisabeth
PiLET. Son père était avant la révolution juge au baillage
de Carrouges et de Lignères. Il est actuellement avocat à
à Carrouges et vit très honorablement ainsi que sa famille,
avec 2.000 1. de rente. Son fils a 4001. de rente lui venant de
sa mère. Volontaire, et incorporé à la 10® compagnie.
17. Chesneau DE LA Drouerie (AchUlc), né le 27 Juillet
1792. à Alençon, fils de Marin-René, et de Eugénie-Renée
DE ViLLiERS. Son père, ex-noble a 12.000 1. de rente. Son
grand'père était receveur général des tailles, à Atençon.
Famille très considérée et alliée aux plus anciennes maisons
du pays. Désigné et incorporé à la 6^ compagnie.
18. Chevrel DES Landes (Frédéric-François), né le
344 LES GAHDKS D* HONNEUR DU DÉPARTEMENT DE l/OHNK
22 Mars 1795, à Colombiers, fils de Thomas, et de Julie
DuPARC. A perdu son père. Son grand'père était conseiller
du roi, en Télection d'Alençon. Sa mère a 3.000 1. de rente.
Famille considérée à Alençon. Volontaire, incorporé à la
9® compagnie.
19. Choisne DE Tricville (Gabriel), né le 12 Janvier 1789,
à Neuville-sur-Touques, fils de Frédéric-Auguste, et de
Hélène-Félicité de Malvoue. Son père, ex-noble, a 40.000 1.
de rente, est un des plus riches propriétaires du département.
Famille considérée et bien alliée. On lui a contesté jadis sa
noblesse, mais d'après des renseignements parvenus depuis,
sa noblesse a été reconnue et prouvée. Il était garde d'honneur
du département. Désigné et incorporé à la 9« compagnie.
20. Clouet (Jean-Thomas), né le 19 Juin 1794, à Alençon,
fils de Jean-Michel, et de Justine-Félicité Foucqueron.
Son père, mort, était notaire à Alençon ; son oncle maternel
également notaire à Alençon, appartient à une ancienne
bourgeoisie, a 300 1. de rente. Volontaire, incorporé à la
11« compagnie.
21. Darde (Louis-Sever), né le 25 Août 1794, à Longny,
fils d'Antoine, et de Marie-Thérèse Gensey. Appartient à
une famille honnête. Son oncle est capitaine. Orphelin, il a
1.000 1. de rente. Famille considérée. Désigné, incorporé !à
la 16® compagnie.
22. Defoulongne (Jacques), né le 27 Septembre 1790,
fils de Jacques, et de Victoire-Adélaïde Duberne. Avant la
révolution, son père était garde du corps du roi et un de ses
oncles, officier de cavalerie. Famille ex-noble est ancienne
et alliée aux meilleures maisons du pays, a 3.000 1. de rente.
Désigné, incorporé à la 17 ^compagnie.
23. Delangle (Fortuné-Armand), né le 14 Octobre 1794,
fils de Fortuné-François-Pierre-Claude, et de Louise Joubert.
Son père, juge d'instruction au tribunal de Mortagne. Son
grand'père paternel est conseiller à la cour impériale de
Caen. Cette famille ayant 4.000 1. de rente appartient depuis
un grande nombre d'années à la magistrature. Désigné,
incorporé à la 17® compagnie.
LKS GAKDKS I) ' HONNEUK DU DKPAHTKMKNT DE l\)RNE 345
24. Deneuville (Nicolas), né le 15 Avril 1794, à Beauvoir,
fils de Rolland, ex-noble, et de Marie de Guillot. La fortune
de son père est très bornée. Cette famille est considérée dans
le pays et très ancienne. Désigné, incorporé à la 7® com-
pagnie.
25. Desfrançois Pontchalon (Charles-François-Théo-
pliile), né le 10 octobre 1792), à Valframbert, fils de
Charles-Ambroise, ex-noble, et de Zélie Leroy de Grand-
mont. Sa mère appartenait à une famille très distinguée.
Orphelin, a 700 1. le rente. Désigné, incorporé à la 9«
compagnie.
26. Deshayes (Michel), né le 15 Avril 1793, à Vimoutiers,
fils de Jean Michel, et de Marie-Rosalie Lachenaye de
Vaux. Son père a 15.000 1. de rente en propriétés territo-
riales, indépendamment d'un mobilier assez considérable.
Sa famille considérée appartient à une ancienne bourgoisie.
Désigné, incorporé à la 9^ compagnie.
27. Desvaux-Lamotte (Gui-Théodore), né en 1793, à
Cahan, fils de Gui, ancien juge de paix et de Jeanne Fres-
NA1S. Son père était avant la révolution juge de Condé-sur-
Noireau, de la Carneille et juge d'élection. Il a 1.000 1. de
rente. Famille considérée. Le jeune homme était étudiant
en médecine. Volontaire, incorporé à la 16® compagnie.
28. DoisNEL, (François) né le 31 Janvier 1780, fils de
René-François, ex-noble. Orphelin, a 12.000 1. de rente,
maréchal des logis de la garde d'honneur du département.
Sa famille est très considérée. Son père était chevalier de
Saint-Louis, capitaine de Dragons, dans le régiment de
Noailles. Le père et le fils avaient émic^ré. Désigné, incor-
poré à la 2® compagnie.
29. DoRNANT (Marie-Jacques-Joseph), né le 8 Décembre
1786 à Alençon, fils de Marie-Henri, ex-noble, et de Margue-
rite Cebert. Sa famille qui est très Considérée est alliée
aux meilleures maisons du pays. Un de ses frères est officier
de cavalerie. Désigné, incorporé dans la 15« compagnie.
30. Druet-Desvaux (Louis) né le 23 novembre 1793,
à Alençon, fils de Jean-Jacques, et de Madeleine Demées.
846 LES GARDES D'HONNEUH DU DÉPARTEMENT DE l'ORNE
■
Son père était membre du conseil général, inspecteur fores-
tier, a 10.000 1. de rente. Très considéré dans le département
Désigné, incorporé à la 6^ compagnie.
31. Dubreuil de Saint-Hilaire (Jacques-René-Théo-
dore), né le 28 Février 1790, à Saint-Hilaire, fils de Jacques-
Louis-Robert, ex-noble, et de Marie Le Frère de Maisons.
Famille ayant 20.0001. de rente en terre. Et garde d'honneur
du département. Désigné, incorporé à la 9« compgnie.
32. Dubur-Dolendon (Victor-Charles-Marie), né le
10 Janvier 1794, à Essey, fils de Charles-François, et de
Marie-Charlotte Deshayes. Famille considérée. Désigné,
incorporé à la 5® compagnie.
33. Dumont (Etienne), né en Août 1793, à Canap ville,
fils de Guillaume, et de Françoise- Anne Godet. Son père
propriétaire a 1.500 L de rente. Appartient à une famille
de la bourgeoisie estimée et considérée. Volontaire, incor-
poré à la 9« compagnie.
34. Dumont (Jean-Baptiste), frère du précédent, né le
21 mars 1794, à Montsecret. Désigné, incorporé à la 9^^
compagnie.
35. DuMOucHET (Pierre-Charles), né le 9 Mars 1796, à Glos,
fils de Pierre-Charles-Marie, ex-noble, et de Catherine-
Françoise-Suzanne de Vattereau. Ex-noble, orphelin, a
4.000 1. de rente. Ses oncles, chevaliers de Saint-Louis, étaient
Y^oloiifels d'infanterie avant la révolution. Son grand*père
maternel était capitaine des Grenadiers royaux. Volon-
taire, incorporé à la 9^ compagnie.
36. Dumoulin de la Bretêche (Alexandre), né le 12 Jan-
vier 1789, à Argentan, fils de Nicolas, ex-noble, et de Camille
Le Couturier. Ex-noble a 15.000 1. de rente, ex-garde d'hon-
neur du département. Son père était chevalier de Saint-
Louis et ofiicier de cavalerie. C'est une des anciennes famUles
du département et très considérée. Désigné et incorporé à
la 9® compagnie.
37. DuNEuoERMAiN (Charles-Christophe)» né le 31 Décem-
bre 1793, à Saint-Aubin-d'Appenai, fils de Charles-Jacques»
LES GARDES DHONNErU DU DÉPARTEMENT DE l/ORNE 347
€t de Marie-Louise Bigot. Son père a 2.400 1. de rente.
Famille jouissant d'une certaine considération. Volontaire,
incorporé à la 12® compagnie.
38. DupoNT-DuROCHER (Frédéric), né le 27 Floréal an II,
à la Ferté-Macé, fils de René, et de Marie-Jeanne Chamaillar.
Appartient à une famille honnête et considérée, ayant 1.500 1.
de rente. Volontaire, inscrit à la 7® compagnie.
39. Eudes (Philippe-Victor), né le 24 Octobre 1786, à
Saint-Denis-de-Briouze, fils de François-Étienne-Victor, et
de Aimée Dlbourg. Ex-noble, orphelin, a 1.500 1. de rente,
appartient à une famille considérée. Désigné, incorporé à
la 20® compagnie.
40. EvETTE (Armand-Charles), né le 10 Janvier 1790,
à ÉchaufFour, fils de Pierre-François, et de Françoise-Cathe-
rine Leudes. Famille considérée. Le père a été administra-
teur du département et a 1.200 1. de rente. Désigné, incor-
poré à la 5® compagnie.
41. Ferrey (Louis), né le 26 Janvier 1791, au Sap, fils de
Louis et de Catherine Beauvais. Son père a 3.500 1. de rente.
Famille jouissant d'une certaine considération. Désigné,
incorporé à la 5^ compagnie.
42. FoNTENAY (César), né le 10 Octobre 1795, à Blois,
fils de Jean-François, ex-noble, et de Jeanne Petrot. Son
père, mort, a laissé peu de fortune à sa veuve : 1.200 f. de
rente. Famille considérée, un de ses oncles était garde du corps.
Désigné, incorporé à la 9« compagnie.
43. FossARD (François-Joseph), né le 4 Mars 1796, à
Longni, fils de Jean-Baptiste-Édouard, et de Marie-Rosalie
Bence. Son père, juge de paix du canton de Longni, jouit
de Festime publique, n'a pas une grande fortune : 1.600 1.
de rente. Famille considérée. Volontaire, incorporé à la
4« compagnie.
44. Gallimée (Liber-Théodore), né le 10 Mars 1795,
fils de Claude-Nicolas, et de Dominique Marie Linguet. Il
était aspirant à l'école polytechinnique. Son père a été
officier d'infanterie, et est actuellement avocat et jouit d'une
348 LES GARDES D* HONNEUR DU DÉPARTEMENT DE l/ORNE
certaine considération, il a 1.200 1. de rente. Volontaire,
incorporé à la 9® compagnie.
45. Garmer Besnardière (Thomas-Auguste), né le
20 Octobre 1787, à Chanu, fils de Jean-Baptiste, et de Jeanne-
Julie James. Son père, jadis notaire, a 4.000 1. de rente.
Cette famille appartient à une bonne bourgeoisie. Désigné,
incorporé à la 12** compagnie."^
46. Gauche la Lande (Auguste), né le 6 Frimaire an III,
à Ménilglaise, fils de Jacques-François, et de Perrine-Thérèse
Le François. Son père a 1.500 1. de rente, ancien officier
d'infanterie. Famille jouissant d'une certaine considération.
Volontaire, incorporé à la 5^ compagnie.
47. Gauquelin des Paillères (Eugène-Valérie), fils de
Philippe, et de Marie-Madeleine-Françoise Gaillard, né
le 27 Septembre 1796, à Echalon. Son père a 6.000 1. de rente.
Famille considérée et appartenant à l'ancienne borgeoisie.
Désigné, et incorporé à la 9® compagnie.
48. Gautier (François-Marie), né le 15 Août 1795, à
Essey, fils de François-René-Charles, et de Marie Gelée.,
Son père a 1.000 1. de rente. Famille de bonne bourgeoisie.
Volontaire, incorporé à le 12® compagnie.
49. Gknl' (François), né le 8 Vendemiare an V, à Àvoisnes,
fils de Luc, et de Juliette-Catherine Morel. D'une famille
honorable et considérée. Orphelin, a 600 1. de rente. Volon-
taire, incorporé à la 5® compagnie.
50. Gérard des Rivières (Jacob-Lazarre-Charles), né
le 2 Septembre 1793, à Carrouges, fils de Jacob, et de Marie-
Louise LoGEARD. Son père, ex-membre du corps législatif,,
membre du collège électoral, a 1.200 1. de rente. Famille
considérée. Volontaire, incorporé à la 9® compagnie.
51. Godard Boulay (Louis), né le 13 Février 1793, à
Sées, fils de Pierre-Christophe, et de Marie Bobo-Preval.
Son père a 5.000 1. de rente. Famille de riches négociants- de
Sées, considérée et comptant plusieurs fonctionnaires.
Désigné, incorporé à la 9^ compagnie.
52. Goulard (Jacques-Marie), né le 1®^ Novembre 1796i
LES GARDES d' HONNEUR Dl' DÉPARTEMENT DE l/ORNE 349
à £ânes, fils de Jacques, et de Marie-Angélique Foyer.
Famille de bonne bourgeoisie ayant 1.000 1. de rente. Proche
parent de M. Oudineau Favrie, officier retraité, décoré de la
Légion d'honneur, et de M. Guérin, riche propriétaire du
département. Volontaire, incorporé à la 16® compagnie.
53. GuiBÉ (Prosper), né le 23 Nivôse an IV, à Alençon,
fils de Thomas, et de Marie-Françoise-Thérèse Leroux.
Son père était un des premiers négociants d' Alençon, a
8.000 1. de rente. Famille considérée. Désigné, incorporé à
la 16® compagnie.
54. GuiLLOCHiN LA Pelonnière (Pierre-François-Floreutin),
né le 21 Octobre 1793, à Brisard, fils de Pierre-François-Joseph
et de Marie-Madeleine-Apoline, Bacon des Rives. Son père,
notaire à 1.000 1. de rente. Famille de bonne bourgeoisie.
Alliée à plusieurs fonctionnaires. Volontaire, incorporé à
la 15® compagnie.
55. Hue (Erasme), né le 19 Août 1793, à Bellême, fils de
Yves, et de Julienne Pierre. Son père négociant, proche
parent du général Coin commandant en second Tartillerie
de la garde impériale. Cette Famille a 2.400 1. de rente et elle
est depuis un grand nombre d'années dans la classe des bons
commerçants. Le jeune homme a de sa mère 1.200 1. de rente.
Volontaire, incorporé à la 11® compagnie.
56. JoRRÉ LA Rochelle (Pierre), né le 31 Juillet 1784,
à Nantilly, fils de Pierre-Antoine, et de Marie Dubois.
Famille considérée ayant 2.000 1. de rente. Son grand'père
avait été capitaine de hussards. Il est néanmoins incertain
si cette famille était noble, mais du moins, elle est très consi-
dérée et bien alliée. Désigné, incorporé à la 20® com-
pagnie.
57. JuAS Passonnais (Arsène), né le 5 Messidor an IIL
à Vaucé, fils de Jean, et de Louise Mauguy. Orphelin» a
1.200 1. de rente, d'une famille considérée d'ancienne bour-
geoisie. Volontaire, incorporé à la 9® compagnie.
58. Labbé (Jacques-Alexandre), né le 14 Juillet 1790,
à Échaufïour, fils de Pierre-Jacques, et de Marie-Félicité
li'À) LES GARDKS D'hOXNKUH DU DKPAHÏEMKNT DE LOHNE
DE Pin A Y. Son père a 1.200 1. de rente, d'une famille consi-
dérée. Volontaire, incorporé à la 9^ compagnie.
59. Laigre Tournerie (François-Simon), né le 2 Mars
1788, à Passais, fils de François, et d'Angélique Le Bossé
Laitonnière. Son père mort avait 1.200 1. de rente. Son
grand'père maternel était garde du corps de Louis XV.
Famille considérée appartenant à la plus ancienne bour-
geoisie. Désigné, incorporé à la 9® compagnie.
60. Langlois Bonelière (Hippolyte-Jean-Baptiste), né
le 19 Novembre 1791, à Saint-Marc, fils de Étienne-Siméon,
<?t de Marie Boutry. Son père a 2.000 1. de rente. Famille
de bonne bourgeoisie. Désigné, incorporé à la 15^ com-
pagnie.
61. La Rol'vraye (Charles-Léonor), né le 10 Juillet 1788,
à Touquettes, fils de Jean-Vincent, ex-noble, et de Marie-
Louise Montchevrel. Son père a 8.000 1. de rente, et était
^vant la révolution gendarme de Lunéville. Volontaire,
incorporé à la 6® compagnie.
62. Laveille Descours (Jean-Charles-Théodore), né le
21 Décembre 1793, à Longny, fils de François, et de Marie
Thibout. Son père négociant, juge du tribunal de commerce
a 3.000 1.' de rente. Famille très considérée. Désigné, incor-
poré à la 9^ compagnie.
63. Lebeuf (Louis-Martin), né le 26 Mai 1792, à ^..aigle,
fils de François, et de Félicité Flissière. Son père mort était
notaire à Laigle. Sa mère est remariée à M. de Corboyer,
ancien ofiicier de dragons, de famille noble, chef actuel de la
6© cohorte de la garde nationale. Le jeune homme a 1.500 1.
de rente à lui et est cousin de M. Desmousseaux, préfet
de l'Escaut. Désigné, incorporé à la 19® compagnie.
64. Le Boi yer Saint-Gervais (Bernard), né le 10 Juillet
1788, à Mortagne, fils de Pierre-Nicolas, ex-noble, et de
Louise L e Tessier de la Bersière. Son père, ex-noble,
était chevallier de Saint-Louis et mousquetaire noir. Il
• a été pendant près de quatorze ans maire de Mortagne,
ayant une fortune de 3.500 1. Le jeune homme a à lui
1.000 fr. de r^nte. Désigné, incorporé à la 13® compagnie.
^-^S GARDKS D HONNErR Dl' DKPAKTEMENT DE l/OHNE 351
65.
17Q — '^ Cellier (Nicolas-Armand), né le 21 Décembre
^ ' ^ Longny, fils d'Auguste et de Marie Thibout. Sou
P . '^Cîeveur des domaines à Longny a 7.000 l. de rente.
. *^ jouissant d'une certaine considération. Désigné,
^~^^^Té à la 20® compagnie.
. r^ «--^EHANTiER (Charles-Victor), né le 16 Août 1790,
j *^ ailles, fils de Louis- Jean-Charles, ex-noble, et de Anne-
^^^ ^^ -Charlotte DorEzv. Son père a 1.200 1. de rente, a
^^j.^^^-X-de du corps sous Louis XV. Famille ex-noble consi-
mo^ ^^ ^^^^ ^^^^ alliée. Désigné, incorperé à la 9« com-
au^Y:^" ^E Hérissé (Paul), né le 26 Janvier 1794, au Ménil-
tietr^^^ 'ï'c, fils de Antoine, et de Aimée Quenault. Appar-
per^^^ à une famille considérée. Il a 2.000 1. de rente, ayant
^ son père. Désigné, incorporé à la 5« compagnie.
^^. Lemaire (Georges), né le 13 Février 1794, à Alençon,
fils de François-Jean, et de Anne-Angélique-Rosalie Caiget.
La famille ayant 3.000 1. de rente est une des plus anciennes
d'Alençon très bien alliée et compte plusieurs anciens magis-
trats. Son grand'père était trésorier de France à Alençon.
Volontaire, incorporé à la 9® compagnie.
69. Lemoine (Jacques-Adrien-Antoine), né le 13 Janvier
1792, à Mortagne , fils de Marie- Jean- Jacques, et de Marie
Fresnel. Famille très considérée avant 4.000 1. de rente.
Le jeune homme a 800 fr. de rente. Désigné, incorporé à
la 5^ compagnie.
70. Levain (René- Jérôme), né le 23 Mai 1790, à Sées,
fils de René, et de Marie-Anne de la Haye. Son père qui a
été garde du corps de Louis XVI est actuellement receveur
des droits réunis, il a 600 f. de rente. Un des frères du jeune
homme est sous-iieutenant au 5^ dragons. Famille considérée.
Volontaire, incorporé à la 9*^ compagnie.
71. LiARD la Bouquetière (Salomon), né le 14 juillet
à Mesnil-Herné, fils de Henri, et de Marie-Françoise Launay.
Il a 1.500 fr. de rente. Sa mère veuve a 2.400 1. de rente.
Il y a dans cette famille plusieurs fonct'cnnaires. Famille
352 LKS GAHDKS d'hONNEUU DV DÉPARTEMENT 1>E i/ORaXE
de bonne bourgeoissie. Désigné, incorporé à la 20® com-
pagnie.
72. Loisel-Precourt (Isidore-Sébastien), né le 6 Octobre
1788 à Gacé, fils de Gilies-Isidore-Auguste, et de Marie
Lallemand. Son père, avocat à Gacé a 1.200 fr. de rente.
Très bonne famille alliée à plusieurs fonctionnaires. Dési-
gné, incorporé à la 15® compagnie.
73. Magné-la-londe (Jean-Alexis-Boniface), né le
14 Mars 1791, à Falandre, fils de Charles-Alexandre, et de
Marie Leveque. Son père a 3.000 1. de rente. Famille consi-
dérée. Désigné, incorporé à la 5® compagnie.
74. Malitourne (Armand-Jean-François), né le 20 Fé-
vrier 1788, à Alençon, fils de Pierre- Jean, et de f. Marie-
Victoire Gelai. Son père a 12.00 f. de rente, était avant la
Révolution procureur au présidial d'Alençon. Son oncle est
conseiller de préfecture. Un de ses frères est membre de la
Légion d'Honneur, a servi dans la Garde Impériale ; y est
entré comme velite. Famille très honorable et très estimée à
Alençon. Volontaire, incorporé à la 20® compagnie.
75. Marivain (Guillaume-Auguste), né le 25 Décembre
1795, à Beauchêne, fils de Guillaume, et de Marguerite
Lemaitre. Son père a 3.000 1. de rente, négociant. Famille
appartenant à la bonne bourgeoisie. Volontaire, incorporé
à la 15^ compagnie.
76. MÉSENGE (Marie-Louis-Auguste), né le 28 Septembre
1786, à Boessé, fils de René-Louis- François et de Louise
DE LoiSEL. Appartient à une excellente famille ex-noble.
Son père, qui était garde du coqjs avant la Révolution,
jouit de^iûJJOO 1. de rente et cette famille jouit de la plus
grande considération. Il était brigadier de la garde d'honneur
du département. Désigné, incorporé à la 7« compagnie.
77. Mesenge-Martel (Marie-Louis-Auguste), né le 8 Sep-
tembre 1787, à Alençon, fils de Claude-Louis, ex-noble et de
Marie-Henriette Goujon. Son père, ex-noble, jouit de
15.000 1. de rente. Famille alliée aux plus anciennes mai-
sons du pays. Très conâdéré. Il était un des gardes d'hon-
neur du département. Désigné, incorporé à la 15® compagnie.
LES GARDES d'HONNEUH DV DÉPARTEMENT DE lV)RNE 353
78. MoLORÉ DE Fresneaux (Antoine-Henri-René), né le
19 Avril 1788, à Séez, fils de François-René, ancien officier
d'infanterie, ex-noble et de Charlotte-Sophie Got. Son père,
ex-noble, a 3.000 1. de rente, d'une, ancienne maison du
département. Famille très considérée. Désigné, incorporé à
la 6® compagnie.
79. Mouchard-Bonmartel, né le 11 Août 1792, à Ar-
gentan, fils de Antoine-Pascal et de Marie Desnouettes.
Son père, avocat à Argentan, a 2.000 1. de rente. Famille
considérée. Désigné, incorporé à la 20« compagnie.
80. Neveu, né le 14 Juillet 1796, à Medan, fils de Jean-
Jacques et de Jacqueline Bigot. Son père a 8.000 1. de rente.
Famille considérée. Désigné, incorporé à la 9« compagnie.
81. Paillard de Chenay (Pierre-Toussaint), né le
5 Février 1789, à Alençon, fils d'Antoine, et de Marie Margue-
rite Decaux. Père décédé, sa mère a 8.000 1. de rente. Famille
considérée et très bien alliée. Désigné, incorporé à la 20®
compagnie.
82. Pamard (Antoine-André), né le 8 Octobre 1796, à
Pontlieu, fils de Antoine et de Anne Trahan. Son père a
1.000 1. de rente en terre. Famille de bonne bourgeoisie.
Plusieurs de ses parents sont officiers. Sa mère est de famille
noble. Volontaire, incorporé à la 12« compagnie.
83. Pernelle (Louis-François), né le 5 Juillet 1784,
à Vimoutiers, fils de Michel et de Marguerite Vallet. Son
père négociant a 1.000 1. de rente. Cousin germain du capi-
taine de la compagnie de réserve du département de TOrae
qui est lui-même de bonne famille. Celle du jeune homme est
considérée et de la classe de l'ancienne bourgeoisie et dans
celle des bons négociants à laquelle elle appartient. Volon-
taire, incorporé à la 9® compagnie.
64. Perrier de la Genevraie (Marie-Louis-Achille),
né le 6 Août 1787, à la Genevraye, fils de Charles-Guillaume»
•et de Marie-Madeleine-Marguerite, Gueroust de Freville.
Son père ex-noble, était avant la révolution ca|^itaine de
Dragons. Sa mère a 4.000 1. de sente. Il a fait parîie de la
354 LES GARDES D* HONNEUR DU DÉPARTEMENT DE l/ORNE
garde d'honneur du département et jouit personnellement
de 6.000 1. de rente, depuis la mort de son père. Désigné,
incorporé à la 18® compagnie.
85. Philippe de Saint-Nicolas (René-Charles), né le
11 Janvier 1789, à Alençon, fils de f. Antoine-René, et de
Charlotte-Rose Vaugourdon. Son père, ex-noble, était
avant la révolution capitaine au régiment Dauphin cavalerie,
chevalier de Saint-Louis. Sa mère a 8.000 1. de rente. Famille
très considérée et alliée aux meilleures maisons du pays.
Il a fait partie des gardes d'honneur du département et a
500 1. de rente. Désigné, incorporé à la 20® compagnie.
86. PiCHON (Victor-Saint-Alban), né le 24 Juillet 1788„
à Sées, fils de Pierre-Charles, et de Anne-Renée Marchand.
Appartient à une des plus anciennes familles bougeoises du
pays, considérée et bien alliée, ayant 2.400 1. de rente. Le
jeune homme a 1.200 1. de rente. Désigné, incorporé à la
20® compagnie.
87. Piques des Demaines (Armand-Honoré), né le
28 Octobre 1791, à Tinchebray, fils de f. Philippe, et de Jeanne
Charlotte Poulain. Son père ancien négociant est mort
président du tribunal de commerce de Tinchebray, Sa rnère
a 4.000 1. de rente. Désigné, incorporé à la 15^ compa-
gnie.
88. PouLLAiN DU JoNCERAY (Louis), né le 20 Mars 1795,.
à Argentan, fils de Marie-Louis, et de Marguerite Rebtard.
Appartient à une bonne famille. Son père et son grand-
père étaient maîtres particuliers des eaux et forêts avant la
révolution. Ils jouissaient autrefois d'une assez jolie fortune,
mais qui a été beaucoup réduite par les effets du papier mon-
naie. On remarque parmi ses parents M. Leraarchant autrefois-
major au 4^ régiment de Cuirassiers, aujourd'hui chevalier de
l'empire, officier de la Légion d'honneur, colonel de la 23^ bri-
gade de gendarmerie. Volontaire, incorporé à la 11® com^
pagnie.
89. Poulet-Malassis (Jean-Zacharie-Auguste), né le
19 Septembre 1794, à Alençon, fils de Auguste, et de Sophie
lassis. Son père est sous-inspecteur des forêts ; son gr? nd-
'KS GA«I>KS d'HONNKLK DU DKPAUTKMKNT I>K l/OKNK 355
^^^^ membre du conseil municipal d'Alençon. Famille jouis-
^^^ d'une certaine considération; a 1.200 1. de rente.
^'Oiitaire, incorporé à la 7^ compagnie.
^0, Primois (Jean-Parfait), né le 10 ventôse an II, n j^^aig lp.
^ cfe Jean-Parfait, et de Marie-Julie Dijardin. Son père
^^^ jadis négociant. Sa famille est très distinguée dans le
^<>|ïîaierce de la ville de Laigle ; a 7.000 1. de rente. Dési-
o ^» incorporé à la 9^ compagnie.
• I^i^orvÈRE LA PoMMERiE (André-Marccl), né le 25 Mars
'• ^ A^rgentan, fils de André-Marie, et de Elisabeth Bour-
GiXE- Soix père a 1.200 1. de rente, avocat à Argentan. Famille
considéra ç. Volontaire, incorporé à la 9« compagnie.
^^" ^-VGAiNE (Benoît-Léonor), né le 30 Juin 1793, à
Mp^. ^R 3>^ , fils de Léonard, et de Marie-Victoire Esnault.
Son pèr*^^ est mort, sa mère a 1.500 1. de rente et jouit d'une
cet ^in^ considération. Désigné, incorporé à la 9« com-
pagnie^
^^- l^AMBURE (Louis-Melchior), né le 28 Avril 1787, à
E-^» tVls de' François-Claude-Michel, et de Agnès Lanel.
^ père était capitaine des vétérans. Il est mort en activité
d ^^rv'ice. Un de ses frères est membre de la Légion d'honneur.
c P^t.siine au 14^ de ligne. Famille originaire du département
^ ^ ^*tlure. On la dit fort honnête; a 300 1. de rente. Volon-
^^^, incorporé à la 5^ compagnie.
^4. Raveton (Jean-Maurice), né le 25 Janvier 1790, ù
^^ufay, fils de Charles-Félix-Zacharie, ex-noble, et de
^licite Le Hantier. Famille considérée; a 600 1. de rente.
*^èsigné, incorporé à la 9<^ compagnie.
95. Roussel -Mezerville ( François -Zacharie), né le
18 Mai 1788, à ÈchaufTour, fils de Jean-Gaspard, ex-noble,
et de Félicité de Raveton. Orphelin a 600 1. de rente. Famille
considérée. Désigné, incorporé à la 9^ compagnie.
96. Saint -Agn AN (Auguste -François -Pierre), né le
4 Août 1786, à la Ferrière-au-Doyen, fils de René- Jacques-
Pierre, et de Marie-Madeleine-Julie du Boiillonnet. Famille
ex-noble, une des plus anciennes du déparTement et des
356 LES GARDES d' HONNEUR DU DÉPARTEMENT DE l/ORNE
mieux alliées. MM. de Saint-Agnan sont trois frères : l'aîné
capitaine de Dragons, aide de camp, en activité : le plus jeune
est garde d'honneur au 1«' régiment et c'est le second qni
vient de partir pour la même destination. Cette famille jouit
de la plus grande considération : a 2.400 1. de rente. Le jeune
homme a 800 1. de rente. Le père est mort. La mère vit. Avant
la révolution elle avait sept frères et tous les sept étaient
chevaliers de Saint-Louis. Volontaire, incorporé à la 20®
compagnie.
97. Saint-Agnan (Henri-Pierre), né le 26 Juin 1796, à
la Perrière, fils de René-Jacques, ex-noble, et de Marie-
Madeleine-Julie DE BouiLLONNET. Appartient à une des
plus anciennes familles du département et des mieux alliées
ayant 2400 1. de rente. Le jeune homme a 800 1. de rente à
hii, il a un frère capitaine de Dragons, aide de camp à la
grande armée. Désigné, incorporé à la 9^ compagnie.
98. Segouin (Henri), né le 4 Mail784, à Ecouché, fils de
Jacques et de Henriette de Maubert. Son père est gendarme
à cheval et a plus de 2.400 1. de rente en terres et est d'une
famille honnête. Sa mère est de famille noble et alliée à plu-
sieurs des principales Maisons du pays. Deux des frères du
jeune homme sont officiers à la grande armée. Volontaire,
incorporé à la 6^ compagnie.
99. Veniard (Julien-Théodore), né le 11 Juin 1796, à Vire,
fils de Jean-François et de Louise Le Bailly. Famille ayant
1.200 1. de rente, appartenant à une très bonne bourgeoisie.
Volontaire, incorporé à la 11® compagnie.
100. Vivier (Stanislas), né le 21 Septembre 1794, à Vimou-
tiers, fils de Jean-Eustache et de Catherine-Louise Floriel,
Le père est magistrat. Famille très considérée, ayant
4.000 1. de rente et fait partie des plus anciennes familles
bourgeoises du dcpartem^^nt. Désigné, incorporé à la 9® com-
pagnie.
Dès le 26 Juillet, plusieurs gardes du contingent du départe-
ment de l'Orne partirent pour Mayence (1). Les autres les
(1) Lettre du général commandant le l"*^ régiment au préfet de TOrne.
.{Arch. de VOme, R.)
LES GARDES d'hONNEUU DU DÉPARTEMENT DE l'oRNE 357
suivirent de près, car le 1®' régiment en entier rejoignit l'armée
par détachements qui quittèrent Versailles entre le 19 Juin
€t le 3 Novembre 1813.
« Formés à la fin de l'Empire, suivant les expressions de
M. Defontaine, les états de services des gardes d'honneur
furent courts, mais s'ils n'assistèrent qu'à la campagne
d'Allemagne, en 1813, et à celle de 1814, en France, on ne
peut avoir qu'une opinion sur leur courage : ils furent au-
dessus de tout éloge. » (1).
O^ DE SOUANCÉ.
(1) Le^ Gardes tVlionneiir du Calvados, par M. Defontaine, p. 120.
Le 17 décembre 1813, les gardes furent pour la plupart versés dans les
régiments d'éclaireurs.
11 n'y a pas lieu de faire le récit des opérations dans lesquelles figurèrent
les gardes d'honneur pendant les campagnes de 1813 et 1814. Cette question
a été traitée dans les ouvrages militaires et on peut à ce su>et coneilher
«ntr'autres : Les Gardes d'honneur du fJalvados, par M. Defontaine ; les
Mémoires du comte de St^g'ur ; y os Gloires militaires, par Dick de Lonlay ;
le Journal du maréchal de Castellane,
NOTICE HISTORIQUE
SUR LE
COLLÈGE DE BUEIL
A ANGERS
Fondé par Grégoire LANGLOIS, Evêque de Séez,
pour des Etudiants en Droit.
( I 404 - I 867 )
Le but de la présente publication n'est pas de donner
l'histoire complète d'un collège de province. Il y aura, de
ci de là, plus d'un détail omis et peut-être même des fnits
importants.
Nous voulons seulement réunir et coordonner quelques
pièces, la plupart inédites et toutes peu connues, afin
d'offrir aux intéressés un chapitre substantiel de l'histoire
de l'enseignement en France au moyen âge.
Elles ne seront peut-être pas inutiles : M. S. Homniey
I dans sa récente Histoire générale du diocèse de Sées (t. IlL
• 1900, p. 230) trouve moyen de consacrer quatre lignes à ce
collège et d'y commettre deux grosses erreurs. Célestin Port
est à peine plus exact (1).
I. — Le Fondateur et son testament
Le collège dont nous parlons était à Angers. Il eut pour
fondateur Grégoire Langlois. Natif de la Baroche-sous-
Lucé (2). Ce Grégoire Langlois, un des précurseurs de
(1) Diclionna're df Mainv-rt- Loire. Il plrce la londutioii en 14C4 (t. I,.
p. 78), et plus loin en 1407 (t. I, p. ô'M).
(2) Aujourd'hui dans le canton de .luvigny-suus-Andaine, urrondissemenL
de Domfrunl (Orne). Dasochia de Lncero en latin.
NOTICK HISTOKIQUK SLR LE COLLÈGE DE BL'EIL 359
rhumanisme en France, était un homme d'un talent remar-
quable. Il fut d'abord archidiacre du Passais en Normandie,
au diocèse du Mans, puis évêque de Sées. Il avait été précé-
demment chantre de rétjHse du Mans et officiai de Rouen.
Il succéda sur le trône épiscopal au dominicain Guillaume
de Rances (ou de Villeray) en 1379. Il mourut en 1404.
Il fut enterré dans sa cathédrale. Son inscription tombale
que rapporte le Gallia christiana (tom. XI. p. 697) est ainsi
conçue •
Perpétuée memoriœ R. in Chrisio pairis Gregorii Angli
Sagiorum episcopi, collegii Sagiensis in Schola Parisiensi et
Bueillensi in Andegavensi /undatoris bene meriti cujus obitus
în diem III eidus maii (1) incidit anno Saliitis hominum
M.CCCCIV.
Par son testament, il fonda et dota de ses biens deux
collège, l'un à Paris, qui prit le nom de collège de Sées, et se
trouvait rue de la Harpe et des Maçons, vis à vis la petite
porte de l'église Saint-Côme et derrière les Cordehers, sur la
paroisse Saint-Sévérin (2), l'autre à Angers et qui reçut le
nom de Bueil.
(1) Cest-à-dire le 13 mai. D'après ArcU. \at. KK, 1084, p. 24, (îréjjoire
Laiiglois assista à l'assemblée de Paris (cf. Nocl Valois : ta France et te
_grand schisme, II, 376-397) où le roi Charles \'l avait convoqué les plus
savants prélats dans le but d'éteindre la division de rKglise catholique.
11 ne prit point part au concile de Constance quoi qu'on en ait dit, puis-
qu'il était mort auparavant.
(2) Sur ce collège de Sées fondé en 1427 (ii. st. 1428) on consultera avec
fruit VUistoire de la ville de Paris, de Félibien et Lobineau, Paris, 1725,
tom II, p. 808 et V, 689. — Alhenae Xormannorum, de H. Martin, éd. Bou-
rilune et Genty, tom II, p. 776. — Du Boula}*, Historia nniversitalis Paris,
t. V, p. 382-384. — Choppin, De sacra potitia, lib. III, tit. 5, n. 17. - Le
Pouilié de Savary. — Aux Archives Nationales H 3, 2555 ; M. 191 ((^ocheris
indique à tort M. 192) ; MM. 435 à 437 ; S. 65()1 à 656(9 et les registres S'
6567 à * 6575. — Le texte des statuts, plus longs que ceux de Bueil est dans
M. 191. — Le collège dut être ramené à la vie dès 1458 (acte de Charles VII
du 6 septembre 1455), puis au xviii* siècle par l'évêque de Sées Lallemand.
— En 1710 on modifia les statuts (MM. 437, fol. 27-29) - En 17701e collège
fut réuni à Louis le Crand 'et ne compta plus que quatre boursiers
^H. 2555). — Savary donne les noms des boursiers sagl^ns. D'après
MM. 437, René-Nicolas Dufriche Desgenettes, né à Notre-Dame d'Alençon
te 27 août 1725, y fut reçu le 8 avril 1750 et y demeura Jusqu'en 1756. D'après
M. 191 Fran^'ois-Nicolas Dufriche Desgenettes fit au collège une année de
physique à partir du 6 octobre 1780.
La maison devait être sous le vocable de rAnnonciation, mais en fait
«Ile était dédiée à saints Gcrvais et Julien, comme le dit Lebeuf, p. 414.
Le contrat d'achat de la maison, cour et jardin achetés par Jean Bellard
360 NOTICE HISTORIQUE SUH LE COLLÈGE DE BUEIL
C'est de ce dernier seul que nous nous occuperons.
L'évêque Langlois fut-il uni à la fondation angevine par
le^souvenir des études qu'il y aurait faites lui-même en la
capitale d'Anjou ? M. de L. Lens, dans son premier tome de
V Université d* Angers (Angers, 1880. in-8. p. 282) dit que ce
prélat y auraU peut-êtie été élève. Dans le tome III (p. 495-
520^ des Statuts, privilèges des Universités françaises de
Marcel Fournier, on relève au XIV® siècle nombre de clercs
ou laïques du diocèse du Mans qui fréquentaient les écoles
d'Anaers. Je ne pnis rien affirmer de positif en ce qui concerne
le fondateur du collège de Bneil (t) Grégoire Langlois.
Son testament lui-même nous a été conservé, en copie
contemporaine. Nous en possédons un long fragment dans
l'acte de fondation de 1424 qui sera cité plus bas (2), puis
dans le préambule des statuts du collège de Sées à Paris (3),
enfin dans VHistoria universitatis parisiensis de Du Boulay
(tom. V. p. 384). Le texte intégral est aux archives nationales
de Paris (M. 191). Voici le passage qui nous intéresse :
Item cum alias ego disposuerim et meae intentionis extiterii
et adhuc existât, fimdare et ordinare Parisius et Andegauis
à M' Ueuoult Laviellc, licencié es luis et chanoine de Senlis et à sa soeur
est du 22 juillet 1407. L*enclos était de la censive de l'Hôpital du Temple à
ParixS (MM. 435). — Une très complète description et quatre plans du ^
collê|{e en l'année 1764 sont dans H 3 2555.
L'abbé Ph. Barret a publié dans le Bulletin de la Société Archéolo^iqae
de VOrne (t. XIV, 1895, p. 151) un article sur le collège situé à Sées où il
donne quelques notes sur le collège de Sées sis à Paris et sur celui de
Bueil. Voir aussi une note (I) de M. L. Duval, même Bulletin, IL 332.
(1) Voici d'après le même livre du même Fournier (tome 1) quelques
noms d'étudiants du diocèse de Sées à Angers :
En 1378 : Pierre Chenau, prêtre, èco'ier en dr. can. (p. 499). — André
Osmond, clerc, lie. en loi et bac. en dr. can. (p. 502). — Guillaume
Haudri, clerc, lie. in utroque j. à Angers et en décret à Paris (p. 502). —
Guillaume Paris (p. 502). — Micliel Conùtis, diacre, bac. en lois, en
2' année, après avoir étudié pendant deux ans le dr. can. à Paris (p. 503).
— Richard /te Turre, sous-diacre, bac. en lois (p. 507). — Ysambert
Baiirot, étudiant en loi (p. 510). — André de Dueto, prêtre, lie. en loi. —
Guillaume Haye, prêtre, bac. en lois. — Jean ChaumolU le jeune, clerc,,
bac. eu lois. — Guillaume Carniru, clerc, maître es arts et bac. en décret.
— > Jean ChauveiU, cLerc, bac. en 1. (p. 523).
En 1393 : Nicolas Tracet, prêtre, étudiant en dr. can., en 2" année. —
Guillaume Landri, prêtre, étudiant en dr. can., en 2' année. — Guillaume
Renart, clerc, et. en dr. civ., en 2' année (p. 519).
(2) Arch. \at.. Parts, S. 6383.
(3) Arch. AVf., M. 191. Statuts fol. 2 v et 3 r.
NOTICE HISTORIQrE SUR LE COLLÈGE DE BUEFL 361
certum numerum Sholarîum prout executoribus meis visum
fuerit expediens, quœ super hoc onere volo et ordino qiiod ipsi
Scholarts dum et quoiiesve fundati et ordinati extiterint, habeani
talent quaniiiatem seu portionem librorum meorum tam juris
canonici quam civtiis, sicuti Execiifores met duxerint statuendum^
et ordinandum ac îpsis visum fuerit expedîens pro salute animœ
mex et benefactorum meorum,.. Et pro collegio Andegavensi
manerium seu domum quandam vocaiam de Bueil in vi^'o
Sauueresse situatam certasque in parochiis de Farmenteriis et
de Marigné décimas pro donatione ejusdem de bonis dictœ
executionis acquisiverint (1)
Puis révêque donnait le reste de ses biens aux pauvres (2),
il nommait ses exécuteurs testamentaires, dilectissimos meos
et amicos meos, uidelicet magistrum Robertum Brisoul et
Johannem Belardi canonicos Cenoman. Johannem Anglici
nepotem meum, magistrum Johannem Béton, Johannem
Anglici, dominos Johannem Renart et Johannem Charpentier
presbiteros, servitores et familiares meos et eorum quemlibet.
Quibus omnibus et singulis supplico ut diciam executionem
meam velint adimplere, defendere fideliter et tueri, et si non
omnes possint ad hoc intendere,volo quod très illorum possint
adimplere, augere seu detrahere ad eorum conscientias, dicto
M. Joanne Anglici semper vocato... Actum et datum in épis-
copali manerio Sagien anno domini millesimo quadringen-
tesimo quarto indictione duodecima mensis autem maii (3).
L'indication du jour n'existe malheureusement plus sur
parchemin qui semble comme lavé à cet endroit. Du Boulay
offre la même lacune. Une note insérée sur la charte au
xviii© siècle donne ce chiffre qui manque aujourd'hui :
13 Mai. Mais n'est-ce pas là simplement l'indication du jour
(1) Du Boulay : Historia Univers. Farvs, t. V, p. 383 et 384. et Arch. Nat.,
M . 191.
«
(2) Residuum vero honorum omnium meorum, si quid sit executîone
mea compléta et reparationibus meis Jacti» seu finanieia pro eis facta, si
qua debeatur, super quo attentis attemlendis et hits que reperivi tempore
nieo rejfero me honorum virorum arhitrio, do et lego per manus executo-
rnm meorum injra nominandorum pauperihus ecclesie et pnellis mari"
tÀUidis et aliis piis locis prout viderit expediens erof^andum, saper quibus
eflrum conscientias onero... .
(3) Arch.Nat., M. 191.
362 NOTICE HISTOKigUK SUR LE COLLÈGE DE BL'EIL
du décès ? Cette date est en elTet donnée comme le jour de
la mort par M. Chevalier (bio-bibliographie), par le Gallia
-christiana, par rinscription funéraire, par les statuts de 1424,
par Tobit célébré à Bueil. On ne peut donc fixer qu'ap-
proximativement le jour où Grégoire Langlois signa son
testament par lequel il fondait les deux collèges de Sées (1).
II. — Exécution des dernières volontés de
Grégoire Langlqis
Le testament fut recoiinu par les notaires apostoliques
•et impériaux : Jean Renard, Thibaut Songe et Nicolas
Trasset, prêtres. Quelques jours plus tard, le 17 Mai, on
inventoriait les biens du défunt (2).
Pour fonder le collège d'Angers, les exécuteurs de la volonté
de révêque Langlois achetèrent donc, des deniers du prélat,
deux dîmes de blé, vin et autres revenus, sises Tune à la
paroisse de Fromentières et l'autre en celle de Marigné en
Anjou (3), plusThôtelde Bueil (ou Bué), situé rue de la Roë,
alors dite Sauveresse, « entre l'hôtel et jardin de l'abbé de la
Roë d'une part et d'autre part de l'hostel, court et jardin
de la Jaille et à une maison et établi appartenant à la femme
et hoirs de Guillaume du Pron (4) m. Le contrat de l'acquêt de
la maison de Bueil est du 7 Avril 1410, avant Pâques (1411,
n. st.) et celui de la dîme de Marigné est du 24 Janvier 1420
(1421 n. st.). On ne peut pas dire que les héritiers se hâtaient
dans l'exécution des ultimes volontés de l'évêque de Sées.
Que l'on veuille- bien toutefois se rappeler que sévissait
(1) M. Fournier, l.cs Statuts, I, 377, fixe à tort le décès au 3 mai. D*aprés
Marin l^ruuverre (ms. ae la collection de M. Dumaine). Grégoire Langlois
aurait été ensépulturé non à la cathédrale mais à rabba\'e de Saint-André
•de-Gouflern.
(*i) Arch. .V«^, M. 191. Cet inventaire très curieux est en double expé-
<litioD. 11 mériterait d'être publié. Une copie en a Jadis été exécutée pour
les archives de l'évéché de Sées.
(3) Ces deux communes (cf. Angot, Dict. Mayenne, II, 231 et 780), sont
<ians le canton de Chateau-Gonthier. Cette double dîme fut achetée 4.500
livres. La rente était fournie par les curés de ces localités. Hibl. Angers,
ins. 1259 (1030).
(4) VitaMathœi Menagii par Gilles Ménage. Paris, 1674, p. 52. L'hôtel de
la Jaille devint plus tard celui de Mélinais. Cf. Péan de la TuiUeri^
(éd. r. Port).
NOTICK HlSTORIQUh SUR hK COLLHGE DE Hl'KIL *MVA
alors la guerre de Cent-Ans, la désolation des églises de France.
Charles VIII monta sur le trône en 1 122, ayant pour compéti-
teur heureux Henri VI d'Angleterre, L'année suivante le
roi de Bourges accordait au collège de Bueil le droit d'entrer
en paisible possession des biens achetés en Anjou, et défen-
dait à quiconque, notamment au seigneur de Ruillé et à
Tabaye de Saint-Serge qui élevaient des prétentions contraires,
de les inquiéter en quelque sujet que ce soit.
On trouvera cette pièce importante de Charles VII à
l'appendice (1).
Ce mandement royal nous montre que la lenteur des éxécu-
teurs testamentaires n'était pas si coupable qu'on eût pu le
croire. Ils avaient des circonstances atténuantes.
En conséquence de l'acte du roi, ils donnèrent aussitôt
procuration à Jean Belard (2), à Jean Langlois, écuyer,
seigneur de Cohon et à Maître Jean Langlois (3), par devant
l'abbé de Toussaint Guillaume et de Jean Eschivart, à
Angers, le 20 Mars suivant. Et le « transport » fut exécuté
à condition a que iceulx maistre et autres escoliers dudit
collège et leurs successeurs ne pourront vendre, aliéner,
eschanger ou engager en quelque manière que ce soit ou
puisse estre à personnes quelconques lesd. choses ainsi à
eulx baillées et transportées comme dit ».
(1) Arch, Xat., Paris. S. 6383. Il était intéressant de savoir si cet acte du
roi de Bourges se trouvait dans le trésor des Chartres. Le registre des
Arch. Nat.fJJf 172, qui renferme les actes des années 1422*1424 ne contient
que des diplômes émanant de Charles VI et d'Henri VI d'Angleterre. Rien
non plus dans les Monuments historiques de Tardif, ni dans les Ordon-
nances des rois de France. Au surplus, notre acte de Charles VII étant un
mandement et non une lettre à grand sceau, n'avait point à être enregistrée.
(2) Jean Bélard fut évêque de Fréjus de 1422 à 1449 (?) Cf. Alhaués :
Galiia christ, novissima, tom I (1899) p. 378-379. Il n*est pourtant point
mentionné avec ce titre dans cette pièce. En 1407, 1408 il apparaît comme
avocat au Parlement. Arch. Xat., S. 6555 et 6566 A.
(3) Jean Langlois, un des neveux de Tévêque de Sées, fut maître es-ails,
bachelier in introqiie jure (cf. B. Hauréau : Hist. litt. du, Maine, t. VII,
p. 2-5, et Arch, Nat., KK, 1084, p. 242 et M. 191). D'apris l'abbé Esnault
(KK. 1084, p. 243), il fonda le collège de Sées à Paris le 27 février 1427
(a. st.). Il fut pour ce motif chargé de procuration de M. Jean Charpentier,
curé de Marigné et de Jean Renart, curé de Boitron. se? coexécuteurs.
D'après l'acte de fondation de 1427 il était natif-de la Basochiade Lucexo;
il y est dit rector parochialis S. Seneredi prope Montent Securum. C'est
ce titre que l'ahbé Esnault a traduit par v< curé de S. Sénéré (S. Céneré),
près de Moutseur » (Montsùrs dans la Mayenne). Cf. Arch, Nat., S. 6383.
Du iiouUv a do mal transcrire en niettaot cari<m^m S. BerttrtU dans l'acte
de 1424.
.%4 NOTICK HISTOHKjL't; SLU LE COLLÊGt DE Bl'EIL
Les exécuteurs testamentaires se réservèrent le droit de
loger à l'hôtel de Bueil et donnèrent les pièces d'acquisition
à « Maistre Michel de Valoignes, maistre dudit collège et à
Georges Seniays, Colin Guy et Pierre de Médavi tous à
présent escoliers dudit collège ». Lesquels jurèrent de les
*^arder, observer et laisser à leurs successeurs.
Cet acte constitutif du collège est daté d'Angers, du
dimanche 20 Août 1421. Il fut conclu en présence de M^ Raoul
Le Mintier, docteur régent en l'Université d'Angers et
A^ Etienne Langlois, licencié es loys. L'original en est aux
irchives nationales à Paris (S. 6383).
Ce fut,, dit Hiret, Yvonet Hudebourg, secrétaire et notaire
(le Yolande d'Anjou (belle-mère de Charles VII) qui écrivit
cette charte (1). J'en doute absolument et je tiens l'affirmation
pour entièrement fausse. Ce qu'écrivit Hudebourg, le secré-
taire et notaire d'Angers ce fut le texte des statuts dont nous
parlerons bientôt.
Dans un manucscrit de la fin du xviii^ siècle (2), on prétend
que ce fut cette même princesse, Yolande d'Anjou, qui donna
la maison de Bueil « à la charge d'un denier » et l'on ajoute
qu'on paie maintenant (c'est-à-dire vers 1785) un sol de rente.
Je ne crois pas non plus cette assertion fondée : elle est en
opposition avec les documents qui précédent. Et Pierre
Rangeard qui à la fin du xviii® siècle vit les titres de propriété,
iiifirme que l'hôtel fut bel et bien acheté de « Jean sire de-
Bueil et de Chateau-fremont », pour la somme de quatre
cents livres (3).
Le vrai est sûrement que l'hôtel se trouvait sur le fief
d'Anjou et que la princesse Yolande le libéra de toute rede-
vance au nom de Louis III d'Anjou par ses lettres du 18 juillet
1420. Elle le fît, nous dit le même Rangeard (i. p. 446)..
^gratuitement eu considération « de Jehan Beslard » son
conseiller, lors doyen du Mans, un des exécuteurs testamen-
taires et pour reconnaître, ainsi qu'elle s'exprime dans ses
(1) D'après ms. (>16 icnt. Lemarchand), p. ;{23 de la Bibl. d'Angers.
Harthélciiiy Koger le répète après lui au .wir sièelc [Histoire dWnJou^
p. 80«S, et iiibl. d'Angers, ms. 876 (cat. Lemarchand), ainsi que Péan de la
Tuillcrie /éd. Porti.
(2) Angers, ms. 1259 ilOaOt.
(3) Histoire de iTniKU'rsitê dWn^ers, éd. Lemarchand, tome I, p. 435.
NOTICE HISTOHIQl'E SUR LE COLLÈGE DE BIEIL 365
lettres, les bons services qu'il avait rendus à défunt Monsei-
gneur le roi de Sicile et duc d'Anjou et rendoit même lors.,
s'en allant au service du roy de Sicile en son royaume de
Sicile, combien que, poursuit-elle, il n'ait été payé aucune
finance ; néanmoins lesdittes lettres doivent valoir, attendu
que les services mentionnez en icelle sont très considérables
et doivent équipoller la finance ». (I)
Heureux temps que celui où l'on payait ses impôts en
loyaux services !
Ces lettres furent vérifiées à la chambre des comptes
d'Anjou à Angers le 9 Septembre 1423 (2).
Le collège de Bueil était sous le double vocable de Saint-
Julien et de la Conception de Notre-Dame (3).
11 est inutile de dire ici, ce qu'était cette famille de Bueil,
dont le nom s'attache à notre collège. Elle tirait son nom de
l'apanage de Boglio, au fond d'une vallée des Alpes. Un
Jean de Bueil avait combattu les An-^lais en Anjou. Quinze
de Bueïl, dit-on, moururent en 1415, à Azincourt. En 1416,
il ne restait que des orphelins en bas âge. Les deux aînés
donnèrent naissance aux Bueil-Sancerre, de Touraine, et aux
Bueil-Fontaines d'Anjou, d'où sortit Racan. Leur oncle était
Hardouin de Bueïl, évcque d'Angers. On lui a fausesment
attribué la fondation du collège qui porta son nom (4).
IIL — Les statuts du collège
Le 7 Novembre 1424, on publia les règlements du collège,
en cinquante-trois articles. Ils forment la pièce principale
de l'histoire de la fondation du Bueil. Nous devons, en consé-
quence les étudier par le menu.
(1) p. Rangeard : Ilist. de CUniv. (C Angers, l 446.
i2) Rangeard. I, 44().
(3) Pouillé de Savary.
(4) Cf. L. Amollit : Honorât do Uiieil seigneur de Hacan, 1901 et Arijou
historiqinr, iuillct 1901, p. 92. — Carré de Russerole : Dictionnaire d^Indre-
et-Loire, Tours, 1H78, tome I. p. 4:>()-4G6. Bueil est dans la commune de
Ncuvy-lc-Roy, arrondissi nu-nt de Tours. — Gallia christiana, l. II, p. 139.
— Le Petii-Rucil était de la paroisse Saint- Sarason, cominuiie d'AufÇers.
Ménage dans la Vitn Matthœi Menagii étudie Tétymologie du mot Bueil,
p. 51.
366 NOTICK HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
Le texte s'en trouve aujourd'hui deux fois dans le manuscrit
1259 (1030) de la bibliothèque d'Angers, fol. 37 et fol. 94,
copies du xviii® siècle. Il a été imprimé par Lemarchand
dans son édition de V Histoire de V Université d* Angers de
Pierre Rangeard, 1877, tom. II, p. 307-329 et par Marcel
Fournier Les statuts, privilèges des Universités françaises,
n^ 467 du tome I, p. 377-385, d'après Rangeard. Suivant le»
archives municipales d'Angers (série II), ces règlements se
trouvaient dans le tome VII du Cartulaire perdu. C'est peut-
être là que P. Rangeard les avait trouvés. On les lira dans
l'appendice.
Ils débutent ainsi dans le vidimus qui les enregistre :
« A tous ceux que ces présentes lettres voirront, à la garde
des sceaux établis aux causes et contrats de la ville d'Angers
et du ressort pour très excellente et puissante princesse, la
reine de Jérusalem et de Sicile, duchesse d'Anjou, comptesse
de Provence et du Mainne, salut. Savoir, faisons que par
devant Yvonet Hudebourg, secrétaire et notaire de la dite
dame et tabellion juré de ladite cour, honorables et discrets
Jean Langiois esquier seigneur de Cohon, nepveu d'homme
de bonne mémoire, feu Grégoire Langiois» jadis evesque de
Séez et maistre Jean Langiois, prestre, coexécuteurs du
testament ou dernière volonté du dit feu evesque tant audit
nom que comme procureurs de R. père en Dieu Jean Beslard
evesque deFréjus, en Provence, coexécuteurdudit feu evesque,
si comme il est apparu audit notaire par procuration signée
de graingneur scel establi aux contrats de lacdite cour,
donné le vingtième jour de Mars, l'an mil quatre cents
et deux sur le fait et gouvernement du collège par eux fondé
à Angers par ledit feu évêque de Sèes, ont fait les statuts
et ordonnance dont le teneur est telle..,
Cette teneur, en voici le résumé :
Le collège se composera de huit membres : un principal ou
maître, un chapelain et six boursiers. Le maître et trois des
écoliers seront pris dans le doyenné de Passais, et les autres
dans le diocèse de Sées. Chaque semaine, le principal recevra
huit sols» le chapelain six, et chaque éodlier ciaq (art. I).
NOTICE HISTOHIOUK SUH LE COLLÈGE DE BUEIL 367
Pour être nommé boursier, il faut avoir quinze ans révolus,
connaître suffisamment ses grammaticalia (1), être enfant
légitime et capable d'étudier le droit civil et canonique (art. V).
Chaque écolier promettra d'observer les statuts et de ne pas
révéler les secrets du collège (art. VI).
Il sera tenu de se faire recevoir bachelier au commencement
de sa cinquième année de séjour et licencié au commencement
de la sixième (art. X).
Chaque vendredi, un des écoliers, sauf le chapelain, sera
interrogé en public sur une matière de droit, sous la prési-
dence du principal (art. XI).
Que tous les membres du collège soient de mœurs douces
et vivent en bon accord (art. XIII et XVII).
Qu'ils parlent latin (art. XVIII).
En cas de discussion, le principal ou l'écolâtre jugera ce
différent (art. XIX et XX).
Qu'ils ne fréquentent pas les lupanars (art. XXI) et ne
s'abandonnent pas à des jeux défendus (art. XXII) ; qu'ils
habitent une chambre au collège et non en ville (art. XXIII-
XXV).
Toute absence de trois mois, injustifiée, entraînera la
privation de la bourse (art. XXVI).
Un écolier sera chargé chaque semaine, à tour de rôle,
des emplois de réfectorier et de portier (art. XXVII).
On mangera à dix heures et à six heures (art. XXVIII).
On fera en temps opportun la provision de vin, bois, sel,
pois, fèves, verjus, lard (art. XXXII).
Le principal dressera l'inventaire de la maison chaque
année (art. XXXVIII).
Il y aura^une bibliothèque (art. XL et XLI).
% Deux coffres (arcaé) seront destinés à la conservation de
la lingerie, de l'argent et des archives (art. XLII).
Il y aura un chapelain, prêtre de bonnes vie et mœurs,
capable d'étudier le droit canonique. Il acquittera trois messes
par semaine auxquelles les boursiers assisteront (art. XLIV).
Chaque année, le 13 Mai, on célébrera l'obit^du fondateur
(art.LXLVI).
(1) La grammaire, la rhétorique, la dialectique ftrMumJ.
368 NOTICE HISTORIQUE SIU LE COLLÈGE DE BUEIL
On choisira chaque année, parmi les membres, un procureur
pour traiter les affaires du collège (art. XLVII et XLVIII).
Un domestique sera attaché à la maison (art. XLIX).
Il y aura fraternelle union entre le collège et celui de
Paris (art. L).
Le maître ou principal sera licencié en droit civil ou cano-
nique, ou du moins bachelier et tendant à la licence. Il admi-
nistrera le collège, présidera les exercices, tiendra Targeat»
rendra ses comptes aux boursiers une fois Tan (art. LI).
Le prologue de ces statuts indiquait les deux personnages
qui avaient le droit de nomination dans le collège : TEvêque
de Sées et TArchidiacre de Passais (1). Voici la finale qui
les clôturaient :
« Lesquels statuts et ordonnances cy-dessus divisés et
déclarés ont été signés de nos sings manuels du dit notaire
et des dits Jean Langlois, coéxécuteurs et procureurs des
susdits, et pour approbation et confirmation d'iceux y avons
mis et apposé le graingeur scel établi aux causes et contrat
de notre dite cour. Ce fut fait et donné à Angers le septième
jour de Novembre Tan de grâce mil q^uatre cent vingt 'quatre.
(Signé) J. Hudebourg, Langlois et Anglici, et scellé en double
queue cire jaune (2) ».
IV. Le COLLÈGE AU XVI^ ET XVIl® SIÈCLE,
Les comptes
Les faits de la vie du collège de Bueil ne nous sont que
médiocrement connus.
D'après les archives municipales d*Angers (série II. Résu-
mé de livres perdus), un procés-verbal fut dressé, le 31 Décem-
bre 1597, par MM. les députés de l'hôtel de Ville et de l'Uni-
versité en présence de MM. les procureurs et avocats du roi
de .la sénéchaussée, tendant à faire transférer les écoles de
(1) On trouvera ki liste des coUateurs, les évéques de Sées dans le
Gallia christiana, tome XI, ou dans Gams, ou dans VArt de i>èrijier les
dates de Mas-Latrie ; et les archidiacres du Passais dans A. Angot.
Dictionnaire de la Mayenne, tome III, p. 235 et Arch. xVaf., MM, 437.
(2) Rangeard : Hist, de VUnîv, d* Angers, M, 330 et Fournier, I. c.
NOTltE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE HUEIL i369
droit dans le collège de Bueil, par les raisons et motifs référés
dans ledit procès-verbal.
Malheureusement, ces motifs nous sont inconnus. M. de
Lens mentionne bien pour les écoles de droit, située chaussée
Saint-Pierre, Tincommodité de Téglise du voisinage de ce
nom et particulièrement du bruit de ses cloches qui trou-
blaient les leçons des professeurs (1). Mais n'y pouvons-nous
pas voir aussi la prospérité du collège lui-même ?
Le principal et les boursiers de Bueil consentirent à la
transaction vers 1598, «c pourvu que ks fondateurs et les
coUateurs dudit collège y voulussent consentir. »
Le 9 Juin 1600, MM. de THôtel de Ville résolurent donc
que le procureur général de l'Université ou un autre député
de cette compagnie se transporterait devers ces fondateurs
du collège de Bueil pour les engager à agréer cette transaction
et y souscrire par écrit et donner enfin procuration au principal
et aux boursiers dans le but de donner à rente le jardin
dépendant du collège (2).
L'affaire de la transaction ne dut pas avoir de suite, car
nous voyons les boursiers de Bueil aller toujours au dehors
de chez eux pour leurs cours. On se contenta, pour le moment,
de céder le collège à l'un des membres de l'Université qui en
fut plusieurs années le principal (3) Jean Ledevin.
Divers comptes originaux sont encore conservés à la biblio-
thèque municipale d'Angers dans le manuscrit 1259 (1030).
Ce sont ceux des années 1605, 1606, 1607, 1642, 1700-1709.
En 1605, M« Jean Ledevin, docteur de l'Université d'Angers
et principal a reçu 340 1. de ladîmede Fromentière, 301. de la
ferme de la Clouserie du Petit-Bueïl, 39 1. pour différents
louages de celliers, caves, greniers dans le collège (15 1. de
M. du Brossay), 130 1. environ de divers créanciers hypothé-
caires (41. de M. de Vaux — 7 1. 5 s. de la veuve Urceau, demeu-
Tant à Brissac — 22 1. 10 s. du curé de Marigné — 12 1. 10 s.
de Claude de Briant, sieur de Brey et de la Grenonière, etc.
Il a dépensé : pour les bourses : 62 1. 24 s. par semaine —
(1) L. de Lens : Université dWnsfers^ p. 283.
(2) Arch. Man. Angers, IL
(3) L. de Leiis : Cnhersité d* Angers, p. 283.
370 NOTICK HISTOHigUK SUR I.E COLLÈGE DE Bl'EIL
18 S. par semaine pour le chapelain. Le chapitre de sa^minse
extraordinaire » vaut peut-être la peine d'être cité tout au
lonig.
« Le dixième de fébvrier mil six cent cinq j'ay fait terrasser
la chambre de Thomin boursier, pour les matièrçs et la peine
des terrassiers, j*ay paie quarante solz, pour ce XL s. t.
« Le douzième dudict mois j'ay faict carreler le foier de
ma chambre. Pour le carreau, chau et sable, paie au care-
leur XII s. t.
« Le quinzième de fébvrier, j'ay faict blanchir le linge de
la chapelle. Pour ce III s. t.
« Le quinzième de mois de mars, j*ay faict tailler le voilier
du collège, j'ay paie au jardinier qui tailla ledict voi-
lier III s. t.
« Pour le desjeuner et disner du dict jardinier, demandé
luy estre alloué IIII s. t.
« Le vingtième du dict mois de Mars j'ay fait curer le
puis au collège par deux portes faix auquels j'ay paie vingt et
cinq solz pour ce XXV s,
« Pour une grosse de la constitution de rente de Monsieur
Briant, sieur de Brez, pour la mettre en l'arche. Item pour
une aultre grosse de constitution de rente de sire Jehan
Desnos, marchand ; pour les deux grosses paie à Monsieur
Molort, notaire, dix huit solz. Pour ce XVIII s.
Les feriez de Pasques j'ay paie le sonage a messieurs les
curés de Sainct-Maurille II s.
Le vingtième d'apvril, j'ay faict faire deux pochons
(burettes) et deux serviettes d'une aube usée. Paie à la lingére
quatre solz six deniers IIII s. 6 d.
Le vingt quatrième jour du dict mois d'apvril j'ay faict
achapter deux cierges pour la chapelle IX s.
Le mesme jour j'ay paie à' Monsieur Chevalier, chapelain
du collège, un cierge qu'il disoit avoir employé pour la cha-
pelle IIII s.
Et sur la fin du dict mois d'apvril j'ay faict écheniller les
arbres du collège. Pour le desjeuner et disner du jardinier
qui échenilla les dicts arbres paie III s. VI d.
Le treizième de may j'ay paie l'obit à six boursiers (suivent
les noms), à chacun diceux quinze solz, le tout revenant à
NOTich Hisioiugri-: si h im collkgk dk biieil 371
quatre livres diz solz. Pour ce II II 1. 10 s.
Pour le dict obit paie à Monsieur le Cliapelain vinq et
cinq solz. Pour ce XXV s.
Paie à Mre. Jehan Baugé qui aida à dire Tobit, huit solz.
Pour ce VIII s.
Pour mon obit, trente solz. Pour ce XXX s. (1)
Au mois de Juin le collège a faict faire une chasuble et
ung garniment d'autel d'aultres vieilles chasubles. Paie pour
la dicte chasuble et garniment d'icelle, plus pour le garni-
ment de l'autel VI.
Le quinzième de Juillet, j'ay rendu à Mre Jehan Bauge,
demeurant au collège, dix solz pour avoir achapté une chêne
de fert avec un bras, pour le puis du collège.. .. X s.
Le mesme jour j'ay faict çichapter trois brasses de corde
pour le puis du dict collège. Pour ce III s.
Sur la fin du dict mois de Juillet, j'ay faict achapter une
ceniture aube pour la chapelle. Pour ce VII s. VI d.
Le vingt sixième de Septembre, je m'en allay à Sablé et de
là à Fromentières pour estre paie de Delanne (le fermier de
la dîme). Pour la dépense de moi et de mon serviteur depuis
Fromentières jusques Angers et nous cousta vingt solz.
Pour ce XX s.
Pour le louage du cheval XII s.
Estant à Fromentières, le sieur Delanne, fermier, se chargea
des réparations. Pour la minute et copie de la prinse des
réparations de la grange, des cuves et pressoirs, paie à
Mre Robert le Masson dix solz. Pour ce X s.
Le quatorzième jour d'Octobre, j'ay faict achapter deux
cierges pour la chapelle. Pour ce IX s.
Le dixième de Novembre j'ai faict achapter une lampe
pour moi qui demeurera au collège. Pour ce.. XXV s.
Le vingt cinquième de Novembre j'ay baillé au clerc de
Monsieur de Sainct-Melainne vingt solz, tant pour ses peines
et vacations que pour les quotes qu'il avait déboursées pour
les prés du collège. Pour ce XX s.
Le quinzième de Décembre j'ay faict carreler toutes les
chambres de la salle basse et salle haulte du collège. Pour le
(1) Mêmes mentions plus bas, à la date du 14 octobre pour l'oblt de
deflunct M. Maillard, jadis principal du collège. .ï'omettrpî ers dernières.
372 NOTICE HISTORIQUE SUK LE COLLÈGE DE BUEIL
carré, chau et sable, et trois journées que emploia le careleur
iuy ai baillé trois livres. Pour ce III 1.
Le seizième jour du mois dict de Décembre le sieur de
Vaux m'avoit faict adjourner pour lui paier les rentes et
charges que lui doit la clouserie de Bueil ; pour avoir insinué
aux héritiers du défunct Heaume et à La Roche Lescot,
fermiers de la dicte clouserie, qui estoient tenus de paier
les dictes charges selon leur bail. Pour les dictes insinuations
paie huict solz. Pour ce VIII s.
Le vingt quatrième du dict mois de Décembre j'ay faict
achapter deux cierges pour la chapelle. Pour ce. . IX s.
a J'ay rendu à Monsieur Chevalier, chapelain du collège,
vingt et un solz qu'il avoit déboursé pour avoir faict faire
ung courii (1) à une fenêtre de sa chambre et ung crampon
plus une broche. Pour ce XXI s.
« J'ay paie à Monsieur Chevalier, chapelain du dict
collège quinze solz pour avoir dict tous les dimanches du
caresme l'absolution. Pour ce XV s.
Payé au clousier de Bueil soixante et quinze proins, à ung
carolus le proin (2), qu'il a faict aux vignes de la clouserie,
en l'année mil six centz cinq, selon le rapport du ferihier de la
dicte clouserie. Pour ce III 1.
J'ay paie à six boursiers... sept solz six deniers pour achapter
de la paille à mettre en leurs lictz, le tout revenant à quarante
et cinq solz. Pour ce XLV s*
J'ay baillé à Monsieur le Chevalier, chapelain du collège,
pour avoir de la paille dix solz. Pour ce! X -s.
Pour avoir achapté de la paille pour mettre en mon lict
et AU lict de mon serviteur XV s.
Pour le port des lettres envoiées à Nantes, Chasteaugontier,
Fromentières, Marigné, Brissac, Jarzé, Challonge (3), Sainct-
Laurent-des-Mortiers où sont deus les fermes et rente hypo-
thécaires, requiers m'estre alloué XXX s.
« Pour avoir faict nettoier le collège, porter les bouries
(Ij Verrou, cf. Dictionnaire de Godcfro}', v. Corroil.
(2) Cf. Dict, de Godefroy, v. provain.
(3) Le débiteur de cette localité était M. Clianinard. sieur du Challoqge.
Cf. Angot, Dict, Mayenne, I, 498, v. Chalonge (le).
NOTICE HISTORigiE SUH LE COLLÈCrE DE BUEIL 373
îtant du collège que des chambres du dict collège, requiers
im'estre alloué XXX s.
« Pour mon sel, vinaigre et vernis de Tannée mil six centz
cinq ^ XL
« Pour le sel, vinaigre, vernis de Monsieur Chevalier,
•chapelain du collège, pour la dicte année. . . . VII 1. XVI s.
« Pour le 5el, vinaigre, vernis de Mre François Thomin
Iboursier (1) VI 1.
« Pour la peinne de mon serviteur qui a fermé et ouvert la
porte du collège tout le long de Tannée mil six centz cinq,
irequers luy estre alloué Ill 1.
« Pour la procure, peinne et vacation du principal lequel
rauroit tout le long de Tannée géré et administré les affaires
I du collège, conduict les procès, sollicité le paiement des fermes
«et rentes hypothéquaires, icelles receuez, baillé acquiitz,
requiers luy estre alloué XX l.
« Pour la vacation du comptable (2), lequel auroit mis ses
pièces par ordre, dressé le présent compte par quatre jours
entiers, et pour Tescripture de la grosse et copie du présent
compte, requiers luy estre alloué XXX s.
« Pour le git et le calcul. »
La recette totale s'élevait à 531 1. 13 s. et la dépense à
467 l. 13 s. 6 d. Le chapelain et les six boursiers approuvèrent
le compte le 22 Janvier 1606 (3).
V. Le COLLÈGE AU XVIII® SIÈCLE. Le PRINCIPAL J. B»
Durand
Les autres comptes ressemblent à celui qui précédent, à patt
•quelques variantes. Celui de 1642 fait mention d'un procès
avec le curé de Fromentières, Julien Pellard, du Mans.
En 1702, procès à Paris intenté au collège par Moïse de
(1) Cette mention est répétée pour les cinq autres boursiers. Je romcts
ici.
(2) Marie Blouin.
(3) L'administration du collège fit dans les premiers temps des bénéfices
puisqu'elle acheta, postérieurement à sa fondation, la cLoserie du Petit-
BueU. Bibl. Angers, ms. 1259 (1030), fol. 101 v«.
374 NOTICE HISTOKIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
la Robinière, « homme de chicane et de ruine qui ne fait
procédure audit collège que pour avoir quelque déffaut sur
luy, n'ayant ledict collège aucune affaire à demesler avec luy
que sache le constable «.
Même date, on se plaint que MM. de la Faculté des Arts et
spécialement les Pères de l'Oratoire usurpent les droits du
principal du collège de Bueil qui sont d'interroger, examiner
et faire lesdits maîtres en la dite faculté des arts conjointement
avec le dit doyen et autres principaux du collège et d'en par-
tager également avec eux les profits et revenus, selon la
possession dans laquelle il a trouvé son collège en y entrant
et en lesdites pièces qu'il en a produit en pleine université.
En 1703, il y a pour 1022 1. de réparations exécutées surtout
à la Chapelle, plus 700 1. pour un clocher bâti « sur la tour
du grand degré où mettre la cloche pour sonner la messe et
avertir les boursiciers à l'heure de la retraitte, et pour distin-
guer le collège des maisons laïques » ; plus 80 1. de tables ou
bancs dans la grande étude et 400 1. d'ornements pour la
chapelle.
Le 8 Avril 1698 on décide que les vignes du Petit-Bueil
ne rapportant plus seront converties en terre labourable
(ms. 1259 (1030). En 1706 et 1707. la dîme de Fromentières
»
est abandonnée. Le fermier ne veut même pas la reprendre
« pour rien » et elle n'est pas relouée. L'hiver de 1709 est
proche.
Et je crois que cette crise pécuniaire eut de l'influence
sur la vie du coilèiie. Déjà l'observance des statuts était fort
relâchée. Dans sa visite à la maison de Bueïl, visite dont le
procès-verbal est de 5 Mai 1679 (1), Jacques de Boismotté (2),
licencié en droit canonique, chanoine du Mans et archidiacre
du Passais, constate que le principal n'a pas rendu ses comptes
aux boursiers de 1626 à 1675. Non pas que ce soit pour cause
(1) Ce procès-verbal fut dressé en présence de messire Pierre Bureau,
docteur en Sorbonne de la Faculté de théologie, doyen et curé de la Trinité
de Laval. Cf. Angot, Dict. Mayenne, I. 460.
(2) Jacques de Boismotté était du Passais. .4. Angot fDict Mayenne),
ledit mort en avril 1701 (t. I, p. 310), puis en 1699 (t. III, p. 233). La bonne
date ne peut pas être la seconde, car cet archidiacre accorde encore le
12 mars 1701 une bourse à son neveu Jacques de B. au collège de Sées.
Arch, Xnt,, MHt, 437.
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 375
de mauvaise a'îministration ! La caisse s'enrichit ! On a la
somme suffisante pour acheter 100 ou 120 1. de rente !
Le visiteur décrète donc que l'on majorera le revenu de
tous les membres, sauf en cas d'absence.
Il les oblige aussi à coucher dans leurs chambres, à assister
aux offices le dimanche et les fêtes, ce qui laisse à penser que
des abus se commettaient de ces côtés.
Et l'on en trouve, en effet, plus tard les traces dans un
mémoire (1) de S^ Durand, principal du collège depuis 1700 et
rédigé en 1709. La maison, dit-il, n'a pas de chapelain ; les
boursiers ont trouvé des levons à donner et résident au dehors;
ils n'ont pas couché au collège en 1700, 1701 et 1702 ; puis ils
vont non seulement au droit, mais à la médecine, à la théologie,
aux arts ; on admet en dehors des boursiers des écoliers
jusqu'au nombre de vingt et trente.
Ce Durand ne parait pas lui-même à l'abri de tout soupçon.
Les trois boursiers de Sées lui reprochent ses malversations.
C'est lui qui admet les pensionnaires étrangers (2). C'est lui
qui a établi un jeu de billard dans la chambre des réunions,
c'est lui qui a fait dresser un parterre inutile dans la cour,
c'est lui qui a fait « dans la salle d'en bas une grande
salle de parade de tapisserye de haute lisse, laquelle estoit
destinée pour îes répétitions desdits bourciers, et pour ce, fait
destruire la chaire qui y estoit posée, arraché et supprimé
plusieurs anciens livres de conséquence qui tenoient avec des
chaînes de fer à la muraille » ; c'est lui qui a « fait ériger un
clocher en l'air, fait fondre l'ancienne cloche qui estoit posée
sur l'appartement des bourciers et dont le son estoit suffi-
sant », c'est lui qui a commandé la pose d'un portail neuf.
Le principal Durand faisait valoir la modicité des revenus (3),.
les frais de réparations... On ne sait pas l'issue de la discussion
que dut sans doute terminer dans sa visite le délégué de
Mgr d' Aquin, évêque de Sées, François Babin (4), docteur
(1) BihL Angers, ms. 1259 (1030), f. 116 v<>.
(2) Thorode, ms. d'Angers, 879, p. 491, parle du collège de Bueil où l'on
tient un pensionnat sans enseignement public. Le principal qui l'habite
envoie ses pensionnaires au collège d'Anjou (fin xviii* siècle).
(3) Thorode (1. c.) constate la supériorité des dépenses sur les revenus du
collège (fin xviii* siècle).
(4) Cf. L. de Lens : Université d'Angers, p. 81-83 et C. Port : Diction-
juârede Maine-H^idH/ret v. fiftbin.
376 NOTICK HISTOKigUE SUK LE COLLÈGE DE BUEIL
en théologie et chancelier de l'Université, en vertu d'une
commission du 1^* Août 1709 (1), commission qui dut être
renouvelée le 24 Octobre 1713, pour le curé de Saint-Pierre
de Sées (2).
On songea à ramener de 1763 à 1774 le collège de Séea à
ses anciens règlements. Les coUateurs étaient les premiersr
à enfreindre leurs statuts ; ils choississaient leurs boursiers
ailleurs qu'en la faculté de droit, et Ton avait vu pour principal
un docteur en médecine, un en théologie et plusieurs maîtres
es arts (3). Des négociations furent donc entamées entre
l'Université et l'évêché de Sées. Une commission fut délivrée
le 24 Octobre 1771 pour M. Barrât, docteur en théologie et
chanoine de l'église royale de Saint-Martin d'Angers.
En 1784, les boursiers guidés par cet ecclésiastique, alora
professeur de théologie « se repentirent du siècle d'indépendance
dans lequel nous vivons, dit une Observation de l'époque (4),
et forcèrent le principal nommé M« Martin d'assigner à chacun
l'appartement qu'il devait avoir dans la maison afin qu'il
en fit ce que bon lui semblerait, et de payer lui seul auparavant
les réparations locatives qui depuis longtemps étoient prises
sur la masse commune. En outre, ils ne voulurent point signer
ses comptes, parce que sans aucun acte légitime, le principal
exigeait le sol pour livre dans la gestion des affaires et qu'il
prcnoit, outre les rétributions ordinaires, 18 1. pour la cire,
le pain et le vin. Il vit donc ses honteuses gratifications raiées
de dessus ses comptes. îi y consentît, croyant en être quitte
pour ceia. Mais non, à peine eut-il signé qu'on ^ui redemanda
(1) PouHlr de Savary. — Bibl. Angers, ms. 1259 (1030), fol. 94. — Etiules
Franciscaines, tome VIII (1902), p. b^-ô3A.
(2) Ponillc de Savait'. Le même Pouillé mentionne aussi, au 3 juillet
1733, une commissio vicarii f^encraVis (Sagiensis) pro maf^isiro Florcntio
Viffcr cnnonico cnthcilr. Ecdcsiœ Andc^accnsis.
(3) D'après !.. de Lens : rniccrsitc rVAm^crs^ p. 283 et 284. Je n*ai pu
trouver la source de ces aftirmatioiis, mais l'auteur méi'ite créance, jusqu'à
plus ample informé, l'n article WIT' d'une ordonnance de Louis XiV
toucliant les collèges de droit et enregistré au Parlement le 31 août li»82,
ordonnait que les places de boursiers ne soient pourvues que par ceux qui
ont droit d'y nommer et présenter, et que ces patrons le fassent sitôt la
place vide, ms. 1259 (lO;^). fol. 101.
(4) Bibl. Angers, ms. (1230), fol. 43. Le 8 novembre 1780, les agents géné-
raux du clergé avaient adressé aux évéques une très curieuse circulaire
pour connaître l'état des collèges et en promouvoir la réforme. Arch. .Va/.,
G 8 • 2h[l.
NOTICK HISTOIUOI'E SIR LE COLLÈGE DE BUEIL 377
le sol pour livres de tout le revenu du collège qu'il avait perçu
depuis trente-deux ans qu'il était principal (1)».
La base de cette nouvelle réclamation n'était pas aisée
à fixer: les biens avaient changé de valeur, les boursiers
n'avaient pas le droit de s'approprier cette somme. Mais ils
avaient nommé procureur un des leurs, et le principal fut
contraint à se démettre de tous ses pri\ ilèges, à se retirer et
à se contenter d'une pension de 500 1. par an pour le restant
de ses jours.
En 1784, un rapport sur la situation fut présenté au p^ési^
dent Roland, par Reboul je crois (2).
VI. — Listes des Principaux, Chapelains et Boursiers
Qu'il serait agréable pour Thistorien et fructueux pour le
philosophe de savoir non seulement la vie extérieure d'un
collège sous Tancien régime, mais encore de connaître à fond
la vie intérieure, son mouvement intellectuel ! En ce qui
concerne la maison de Bueil, nos regret.s sont entiers à ce point
de vue. Nous ne savons rien des travaux juridiques des
étudiants sagiens et manceaux. Ils suivaient les cours ordi-
naires de l'Université. Ls ne paraissent pas avoir écrit ou
publié quelque livre particulier.
Les noms des maîtres ou principaux ne se rencontrent plus.
Dans le manuscrit 1259 (1030) de la bibhothèque d'Angers,
nous n'avons relevé que les suivants :
1421. Maître Michel de Valoignes. Arch. Xat. Paris, S.
6383.
Avant 1605. M^ Maillard. Son obit était au 14 Octobre.
1605. Jean Ledevin. D'une famille de Sablé dont parlent
Célestin Port et A. Angot dans 'eurs dictionnaires.
1642. Siméon Pottier, licencié en droit. Ms. 1259 (1030)
fol. 70. Il fut prinicipal pendant près de soixante ans. Il
décéda en 1699. A sa mort il fit un legs au collège de Bueil de
(1) Hibl. Angers, ms. 12r)S) (1030'. f. 43 et s.
(2) Arch. .Vrt/.,M.101.
378 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
1.000 1. Cf. A. Angot, DM. Mayenne, tom. II, p. 338. Au
collège de Sèes, à Paris, on trouve un Simon Pottier, bour-
sier en 1678, en même temps qu'un Robert Onfray.
1700-1709. Jean-Baptiste Durand. C'est très probablement
le boursier manceau de ce même nom, de la fin du xvii® s*
li exerça tout seu: les fonctions de principal, de chapelain et
de procureur.
1784. M® Martin. La place de principal dut vaquer après lui.
On fit au collège des réparations considérables et le traite-
ment de ce fonctionnaire fut affecté à la liquidation de ces
frais. Archives d'Anjou de Marchegay, tom. I, p. 96.
Voici d'après le Pouillé du chanoine Savary (1) rédigé vers
1760, la liste des chapelains connus. Le jour indiqué corres-
pond à la date de la collation :
Etienne Le Saisy.
Albin Le Tessier, succède au précédent qui résigne sa charge
6 Septembre 1503.
Pierre Le Tessier. 27 Octobre 1504.
Paschase Le Tessier, par résignation du précédent.
Jacques Michel, permute avec le précédent pour la paroisse
d'Occagnes. 30 Septembre 1526.
Ursicin Hugot. Il ne prît peut-être pas possession de la
chapellenie, à cause de « sa longue absence » il fut remplacé par :
Jean Le Frère. 24 Mars 1528.
Jean Hugot.
Paul Graindorge, par permutation avec le précédent le
li Décembre 1542.
Jamet Louvet. Résigne sa charge et a pour successeur.
Jean Dufresne, alias Pitard, 22 Mars 1552.
Marin Frulet, 8 Décembre 1571.
Philippe Le François. Résigne sa charge et a pour succes-
seur :
Thomas Enard. 22 Août 1595.
Jean Thibault. 3 Novembre 1596.
André Louvel. 16 Septembre 1598.
(1) Je cite ce Pouillé d'après la copie ms. appartenant à la Société Archéo-
logique de l'Orne. Je n'ai pu voir le texte lui-même qui est à Tévêché de
Sées.
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 379
Jacques Chevalier, prêtre. 25 Mai 1601. Son nom est dans
les comptes de 1605. Ms. 1259 (1030).
Jacques Lemoine, prêtre. 11 Juin 1612. C'est lui sans
doute qui posséda la première bourse le 16 Janvier 1699.
Absent et gratifié d'un autre bénéfice incompatible, il eut
pour successeur :
Mathurin Louveau. 18 Janvier 1616.
Antoine Chartrain, sous-diacre. 27 Septembre 1618.
Noël Chevalier, meurt en charge, a pour successeur :
Louis Anquetin, prêtre du diocèse de Sées, 8 Février 1638.
Bertrand Germond. 17 Mars 1638. On trouve son nom
dans les comptes de 1642. Ms. 1259 (1030).
Michel Blondel, prêtre de la paroisse Saint-Gervais de
Sées. Résigne sa charge.
Jean Plessys, diacre, de la ville de Sées. 31 Août 1647.
Jérôme Plessys. Résigne sa charge.
Charles Morin, prêtre du diocèse de Sées. 24 Juin 1666.
Cette collatio fut plutôt une commissio ad deseruiendem donec
a domino Epîscopo provideatur. Elle ne devint définitive
que le 27 Mars 1667 après le décès de Jér. Plessys. Charles
Morin mourut en charge en 1667. Ms. 1259 (1030).
Jacques Boudet, sous-diacre. 10 Décembre 1677. Il ne
prit point possession de son poste.
Nicolas Morin, prêtre, 25 Octobre 1679, après la desertio
du précédent.
Gilles Boisgontier, prêtre du diocèse du Mans ; 28 Avril
1684. Il ne posséda qu'une commissio ad deserviendum capellam
coUegii Buellensis et percipiendos ejus frucius quamdiu vaca-
veriL II était boursier en 1679.
Alexandre Sennegon. On le trouve chapelain en 1694,
1697. Il a pour successeur :
Nicolas Louvel, prêtre du diocèse de Sées. 25 Octobre 1698.
Durand, Jean-Baptiste, principal, fait les fonctions de
chapelain.
Gabriel Vautier, prêtre de la ville de Sées, 2 Novembre 1721.
Michel Monnier, prêtre du diocèse de Sées, 1^^ Octobre 1738.
Lemore. On le trouve en 1790, exerçant depuis plusieurs
années. (Arch. dép. Maine-et-Loire. Q. 2471).
Le principal était nommé par l'archidiacre du Passais
29
380 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
et le chapelain par Tévêque de Sées. La même source qui
nous a conservé les noms des chapelains nous a donné ceux
des titulaires des trois bourses relevant de ce prélat.
PREMIÈRE BOURSE (1)
19 Septembre 1486. — Pierre Pillois, clerc, résigne en
Décembre.
28 Décembre 1486. — Pierre Fontenaye.
18 Septembre 1498. Jean Goulet.
13 Avril 1510. — René Moinet.
13 Avril 1513. — Jean de la Rosière.
13 Mai 1517. — Charles Brousset.
23 Août 1517. — Guillaume Brosset.
4 Novembre 1517. — Jean Moinet.
25 Novembre 1523. — Philippe de Saint-Aignan.
24 Décembre 1537. — Préel.
24 Novembre 1544. — Mathurin Séquet.
30 Décembre 1549. — Gaufridus Fretay.
20 Août 1556. — Jacques du Houlay.
4 Mai 1558. — Martin du Mesnil.
16 Septembre 1558. — Denis Le Frère.
20 Août 1560. — Guillaume Le Frère.
26 Juin 1561. — François Pif faut (Fiffault ?;. Résigne
en 1563.
24 Août 1563. — Pierre Lesage. Résigne en 1565.
6 Octobre 1565. — Pierre Brossart. « Déserte » le collège.
3 Novembre 1572. — Jean Sallet. Démissionne en 1577.
2 Octobre 1577. — Jacques Graindorge. Déserte le collège.
12 Juin 1584. — René Masson.
1 Février 1593. — Gabriel Paulmier. Démissionne en 1594.
31 Janvier 1594. — Gilles Paulmier.
7 Mai 1597. — François Scot des Noës. Démissionne en 1599
16 Janvier 1599. — Jacques Lemoine.
10 Janvier 1601. — Thomas Fillon.
(1) Pouillé de Savary. Original p. 735. D'après des notes prises par
M. J.-B.-N. BUn.
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 381
29 Août 1603. — Marin Lemoine.
17 Novembre 1607. — Marin Laveille, après décès du
précédent.
19 Mai 1615. — Antoine Chartrain, après résignation du
précédent.
20 Avril 1619. — Thomas Hays, après résignation du
précédent.
4 Janvier 1626. — Jean Cliesnel, après résignation du
précédent.
3 Juillet 1632. — Marin Contay, diacre de la ville de Sées.
15 Août 1636. — Grégoire Hourdebourg. Est diacre et
bachelier en théologie en 1642.
16 Juin 1646. — Jacques Bernard, clerc de la ville de Sées.
6 Février 1664. — Nicolas Morin, sous-diacre, de Percy
(Manche).
23 Octobre 1672. — Alexandre Louvel.
11 Décembre 1677. — Nicolas Hommey, après la démission
de Jacques Boudet.
29 Novembre 1684. — Louis Vautier, clerc de la ville de
Sées.
1^^ Septembre 1695. — Antoine Ermeneut, de la paroisse
de Saint-Gervais de Sées. Sa réception n'eut lieu que le
13 Novembre. Ms. 1259 (1030) fol. 87. Je crois que c'est
cet A. Ermeneut qui succède à Paris, le 19 Décembre 1701,
à Jacques Despierres, de Damigny, boursier depuis 1698,
au collège sagien de la rue de la Harpe.
16 Août 1707. — René Galiais (ou Gallain). Il reçoit deux
bourses à la fois.
7 octobre 1714. — Emmanuel Le Coq.
28 Septembre 1719. — François Le Monnier, clerc du
diocèse de Sées.
2 novembre 1727. — Michel Monnier.
1er Octobre 1738. — Antoine de Saint-Lambert, clerc
du diocèse de Sées.
18 Septembre 1744. — Jacques-Philippe Prodhomme, clerc.
8 Décembre 1747. — Jean- Jacques Masnier, sous-diacre.
30 Octobre 1748. — Antoine-Claude Olivier, clerc.
25 Octobre 1752. — François Roger, clerc de la paroisse
de Bray, près Mortrée.
382 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
16 Août 1757. — Charles-François de Leschamps, clerc,
Il devint missionnaire diocésain et mourut en exil.
17 Janvier 1761. — Jérôme-René Levain, clerc de Sées,
après démission du précédent. Voir plus bas, 3® bourse. II
alla en exil au moment de la Révolution, cf. J. B. N. Blin,
Les martyrs de la RévoL III. 60.
28 Septembre 1761. — Jean-Pierre Leprince. Cette colla-
tion ne fut pas suivie d'effet.
12 Octobre 1770. — Frédéric Dugas, sous-diacre, d'Alençon
Après démission de J. R. Levain.
17 Août 1773. — Frédéric Gelée, « per expleta studia
Frederici Dugas. » M. J. B. N. Blin (Les martyrs, III. 216 et
I. LXXVII) signale un Charles Gelée, né en 1759, qui se
fit capucin et prit le nom du P. Césaire de Mortrée.
14 Novembre 1780. — Auguste Dangereux.
DEUXIÈME BOURSE
16 Janvier 1491. — René Mallard.
23 Juillet 1503. — Pierre Petronil.
19 Septembre 1507. — Michel Busnel de Saint-Aignan.
8 Octobre 1512. — Denis Busnel, alias de Saint-Aignan.
2 Octobre 1516. — Gabriel Letessier.
28 mars 1522. — Antoine LeTessier.
23 Septembre 1522. — Mathieu Brunet.
26 Janvier 1536. — Jean Billard, alias du Merie. Au collège
de Sées, à Paris, on trouve deux Le Merle, Louis et Jacques,
comme boursiers en 1689. Ils étaient de la paroisse de Saint-
Gervais de Sées. Arc. nat. MM. 437. Cf. BulL Soc, Arch, de
rOrne. t, XIII (1894) p. 455 et tom. XXII (1903) p. 272.
art. de Ch. Vérel.
5 Août 1541. — Jean Erart.
14 Octobre 1553. — Jean Moignet.
9 Décembre 1553. — Vincent Fretté.
11 Octobre 1555. — ' Gaufridus de Groignault.
31 Août 1558. — Jean Collet.
'6 Octobre 1563. — François Piffault, après la résignation
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 383
de Martin du Mesnil nommé en 1558 à la première bourse.
Ce François Piffault paraît bien être le même que celui
qui bénéficia de la première bourse de 1561 à 1563. Il partit
en 1566.
8 Janvier 1566. — François Fretté. Il déserte.
7 Décembre 1571. — Denis Sagot. Il résigne.
13 Mars 1573. — Antoine Blondeau.
13 Mai 1582. — Daniel du Bu.
23 Mai 1585. — Christophe Hommey.
15 Février 1588. — Claude de Fontaines.
10 Mars 1593. — Philippe Le François.
19 Février 1600. — Thomas de Corday. Au collège de
Paris, le 21 Juillet 1704, est reçu comme boursier un Louis de
Corday Glatigny, de Saint-Gervais des Sablons. MM. 437.
Cf. les articles de A. Dallet et de A. Chollet dans les tomes XI
(1892) et XX (1901) du Bull, de la Soc. arch, de l'Orne.
8 Janvier 1605. — Robert du Toc. (Il signalait Le Toc.)
5 Mai 1609. -^ François Blondeau.
16 Mai 1612. — Gilles Pierre.
18 Octobre 1612. — Guillaume Berthre.
27 Septembre 1616. — Nicolas le Mitrier.
3 Janvier 1625. — Jérôme Guillaume, mort en 1626
20 Septembre 1626. — Paul Louvet.
26 Janvier 1632. — Nicolas de la Marre, clerc de Sées.
26 Avril 1635. — Nicolas Blondel, clerc de Sées.
14 Octobre 1641. — Paul Ferreul, clerc de Sées.
10 Juin 1657. — Charles Lepy.
3 Octobre 1641. — Jacques de Vaudemont, clerc.
6 Mars 1678. — François Baratte, clerc de Sées.
26 Octobre 1682. — François Amesland, clerc, de Sées.
? — Jacques Blanchard, écuyer. Ms. 1259
(1030) fol. 85.
31 Mai 1694. - : Robert Roger, clerc, de Sées. Il fut reçu
le 8 Novembre suivant. On le trouve diacre en 1697.
Cf. Soc. arch. de VOrne t. XIV, p. 157.
21 Janvier 1699. — Jérôme Montier, clerc, de Sées.
28 Novembre 1711. — François Le Pelletier, clerc, de Sées.
Il reçoit la collation d*une des deux bourses de René Gallais
(1^® Bourse).
2M %(frU,fi Hi%10HfQi:h %VH L£ collège de BtEJL
'51 (ff'i/phrt 1716, -- Charte» Bertin, clerc du d. de Sées.
'/l 0^ tobre I71Î*, - Jacques Tartarin» clerc du d. de Sées.
2ÎI Oci/fbre 1722, - Jacques Hommey, clerc, de Sees.
21 llécernbre 1732, Philippe Kattier, clerc du d. de Sces.
5 Avril 17rW, Jean Marette, du d. de Sées.
3 Octobre 1714, François Boullev.
2^1 Octobre I7?K;, Charles-François Flommelle.
24 Octobre 1754, Jean-André Ilays le Camus,
11 Janvier 1756, - Pierre Masnier, clerc. Au collège de
S^j'Mf k Paris^ est reçu comme boursier un Christophe Manier,
de Lorilay-r Abbaye/ le 29 Novembre 1704. puis un François
Manier* du même pays, le 13 Décembre 1706. Ce dernier ne fut
toutefois réellement reçu que le 18 Septembre 1709. Arch.
nat, MM. 437,
28 Septembre 1761. - Jean-Baptiste- Alexandre Girard.
Il était de Carrouf(c<i. Il fut chanoine à la cathédrale de Sées,
exilé en Allemagne et curé de Carrouges après le Concordat.
30 Octobre 1768. - - Jean-Joseph Le Maréchal.
29 Septembre 1772. - - F'rançois- Jacques du Haussay,
clerc du d. de Sée», démissionne en 1778. li fut reçu curé de
VnudclogeH ((calvados) et s'exila à la Révolution.
4 Octobre 1778. - Pierre-Nicolas-François Plet, clerc, de
In paroisse de Saint-Pierre de Sées.
TROISIÈME BOURSE (1)
31 Mnrs 1495. Léonard de Saint-Denis.
31 Août 1!)04. Jean Belhomme.
14 Février 1506. - Nicolas Cochon.
28 NoviMîibrc 151 L - Jean Fouinet. Il meurt.
'20 Décembre 151 L - Gervais Fouinet.
18 Septembre 1514. Jean Mallard.
22 Février 1515. Denis Le Court.
21 Janvier 1518. - Nicolas Crestc.
28 Juillet 1522. - Mnthurin Romet.
8 Décembre 1533. • Etienne Fallu.
^t) l^mim de S«viiry. Original p. 7a(i.
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 385
7 Septembre 1539. — Pierre Dufay.
3 Décembre 1543. — Mathieu Dolivet.
30 Mars 1547. — Michel Renouart.
15 Décembre 1549. — Pierre de Groignaux.
21 Décembre 1552. — Pierre Fousteau.
14 Janvier 1555. — Charles Guéroult.
5 Mai 1558. — Charles de Valée.
26 Avril 1559. — Nicolas Brunet.
2 Octobre 1577. — Adrien Gauquelin. Il succède au démis-
sionnaire Edmond Salies.
29 Septembre 1585. — Jean Thibault.
23 Février 1592. — Abraham du Bu. D'après le pouillé de
Savary, il avait reçu le 10 Juin 1587 collation d'une bourse
au collège de Sées à Paris. Dans le même Pouillé^ je trouve
le nom d'un Louis de Bu, titulaire d'une bourse au même
collège parisien, du 9 Novembre 1603 au 15 Janvier 1605.
19 Juillet 1594. — René Enard.
2 Novembre 1594. — Paul Guichard.
6 Mai 1596. — Jean de Haynault, de la ville de Sées.
D'une famille sagienne. D'après un document, par malheur très
mutilé, et aujourd'hui possédé par Mlle Marie Haynault
de Canteloup, des privilèges furent accordés par Charles-
Quint vers 1551, à Gervais de Haynault, nostro et sac. Ro^
Imperii fideli dilecto Gervasio de Haynault seu ab Hannonia
nato in dixcesi Sagiensi in Normannia, Cf.La Chesnaye Desbois.
Dict. de la noblesse, v. Hainault.
20 Avril 1597. — Michel Drugeon.
20 Décembre 1600. — Jacques Brisard.
29 Janvier 1603. — Pierre Fossey. Il cède au suivant.
11 Septembre 1604. — Etienne Bourdin (ou Bordin).
3 Janvier 1617. — Pierre Saisy.
5 Septembre 1619. — Gabriel Anquetin, qui succède à
Charles Saisy, résignataire.
2 Avril 1622. — Thomas Gorren.
24 Septembre 1627. — Nicolas Billard.
6 Novembre 1632. — Paul Billard.
11 Juin 1635. — Marin Robichon, de la paroisse d'Essay.
15 Octobre 1637. — André Fresnel, de la paroisse de
saint-Pierre de Sées.
386 NOTICE HISTORIQUE SUK LE COLLÈGE DE BUEIL
3 Mars 1644. — Laurent Sohier, clerc, de la paroisse de
Fleuré (Orne).
2 Décembre 1645. — Jacques Sohier, clerc, de la même
paroisse.
28 Avril 1663. — Jérôme Ameliant, clerc, de la ville de Sées.
12 Mai 1679. — Thomas Besnard, acolyihe, de la ville de
Sées.
17 Avril 1794. — François Clérambault, écoUer, de la
ville de Sées. Il prit possession par procureur le l®"" Juillet 1694;
mais tombé malade, il ne vint à Angers que le 21 Avril 1695,
par exception il fut payé depuis Juillet 1694. (Ms. 1259,
1030). fol. 86.
1©' Décembre 1711. — François Mérambert, clerc, du
diocèse de Sées.
2 Décembre 1712. — Pierre Pichon, acolythe, du dioc. de
Sées.
4 Octobre 1719. — Jacques Franconnet, clerc, du d. de
Sées. Un Jacques Franconnet, de la ville de Sées, est reçu
boursier au collège de la ville de Paris le 4 Nov. 1719. MM. 437.
18 Septembre 1721. — Louis Fromenger, acolythe, du
diocèse de Sées.
25 Avril 1731 (?). — François Dujardin, prêtre du diocèse
de Sées.
7 Novembre 1736. — François Savary, clerc, de la Ferrière-
Béchet.
13 Juillet 1743. — Claude Branchard, clerc, du d. de Sées.
30 Octobre 1748. — Jean-Guillaume Guérot, acolythe.
1er Février 1751. — Louis-Pierre Quéru, clerc, de Mortagne.
9 Juin 1756. — Jacques- André Savary, laïque. Plus tard
curé de Tanques, près Argentan (Orne).
3 Janvier 1766. — Jérôme-René Levain. Il jouissait de la
première bourse depuis le 17 Janvier 1761. Cela lui en fit deux.
Voir plus haut.
30' Octobre 1768. — Jean Masson, clerc. Plus tard curé
de Guibray, à Falaise (Calvados). Cf. J. B. N. Blin Les martyrs
de la Rév, dans le d. de Sées^ tome III, p. 60.
21 Octobre 1774. — Nicolas Lahaye, clerc, per expleta
studia Joannis Masson, Plus tard vicaire de Forges, près
Alençon.
NOTICE HISTORIQUK SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 387
? Godéchal... Peut-être celui dont parle J. B. N. Blin Les
martyrs de la Rév. dans le dioc, de Sées. III. 216. et I.
LXXVIII.
28 Septembre — Jean-Baptiste-François Provost
clerc per dimissionem Godéchal. Provost fut chanoine de la
cathédrale et mourut caché pendant la Révolution.
Si presque tous les noms des étudiants sagiens nous sont
parvenus, il n'en est pas de même de ceux du Passais.
D'après l'acte de fondation de 1424, trois boursiers s'y
trouvaient à cette date : Georges Semays, Colin Guy et Pierre
de Médavi.
Dans les divers comptes (1), je relève encore :
En 1605 Jean Chesneau, François Thomin et Robert Bou-
grain ; en 1642 Guillaume Pottier, René Coignard, Michel
Rattier; en 1664 Marin Legentil (fol. 78); en 1679, trois
étudiants en philosophie et en théologie, Gilles Boisgontier,
clerc, Pierre Chantepie et Jean Claude Le Verrier ; cette
année 1664, il n'y a pas de sagiens résidants ; en 1694 Jean
Dodard et Gougeon, tous manceaux.
Le 12 Novembre 1695, Jean-Baptiste Durand, écolier, du
doyenné de Passais, est reçu et succède comme boursier à
Jean Boisgontier.
En 1697, un autre manceau : Jean Dodard.
Le 13 Juin de la même année est reçu comme boursier :
Charles-René Dodard, écolier du diocèse du Mans, présenté
par l'archidiacre de Passais, le 10 mai 1697.
Pocquet de Livonnière (Bibl. Angers, ms. 1067, p. 303),
cite enfin un François Rebous, docteur en philosophie et en
théologie, né en 1620 dan» le diocèse de Séez et qui fut bour-
sier de Bueil, probablement.
(A suwre.) P. UBALD d'ALENÇON.
(1) BibL Angers, ms. 1259 (1030), fol. 85.
;io
BIBLIOGRAPHIE
Documents généalogiques
d'après les Registres des Paroisses d'Alençon
(1592-1790)
publiés par le Comte de SOUANCÉ (1)
Notre distingué confrère M. le comte de Souancé vient de
rendre un grand service à notre histoire locale. Avec une
patience de bénédictin, il a dépouillé tous les anciens
registres paroissiaux d'Alençon, et les registres protestants.
Il y a relevé avec un soin minutieux les actes concernant le
clergé, la noblesse, l'armée, la magistrature et la haute bour-
geoisie, les a classés et a fait de ce relevé méthodique un
gros volume de 486 pages.
Les travailleurs Ornais seront très reconnaissants à M. de
Souancé de cet immense labeur qui leur évitera bien des
recherches pénibles et assurera la conservation de docu-
ments précieux pour l'histoire d'Alençon et de toute notre
région.
Si cet ouvrage n'est pas et ne peut pas être d'une lecture
courante, il constitue pour les érudits un répertoire d'un haut
intérêt. M. de Souancé n'a pas voulu dresser de généalogies,
il s'est borné à ranger, par lettres alphabétiques, tous les
actes qu'il a rencontrés. Une préface et un avertissement très
clairs servent d'introduction au volume qui fait honneur aux
presses de Vlmprimerie Alençonnaîse,
Il est impossible d'analyser un tel recueil qui contient des
milliers d'actes et se recommande par son excellente méthode
On y trouve les renseignements les plus curieux et il constitue
vraiment le livre d'or de l'ancienne société d'Alençon.
(1) Un fort volame in-8* raisin de IV, 4S6 pages. — Paris, Honoré Cham*
pion, libraire, 5, quai Malaquais, 190S*
BIBLIOGRAPHIE 389
Sa place est marquée dans toute bibliothèque Ornaise,
car M. de Souancé a mis utilement en pratique le conseil :
CoUigite fragmenta ne pereanl.
Vicomte du MOTEY..
Un dernier mot sur le Collège de Longny
Dans le tome XXIV du bulletin de la Société Historique
et Archéologique de VOrne, M. Tabbé Godet a publié une
savante étude sur le collège de Longny. Une partie des
documents dont il s'est servi venait du Chartrier du Château
de Persay (1) ; c'est à la même source que j'ai trouvé les
éléments de la présente note.
Un des bienfaiteurs de ce collège était Pierre de Bailleul,
seigneur de Persay (d'hermines à la croix de gueules), qui
épousa à la fin du xvii® siècle Marie de Puisaye {d'azur à
deux lions léopardés d'or). M. et M^^ de Bailleul chargèrent
leurs héritiers de continuer à payer une rente de cent
livres tournois.
Par suite des partages du 17 Vendémiaire an X, entre les
trois enfants de Robert de Loubert, seigneur de Martainville
(petits enfants de Pierre de Bailleuil), et de Françoise de
Rély (d'or à trois chevrons d'azur), Marie-Charlotte de Loubert,
épouse du baron de Beausse, chevalier de Saint-Louis, ancien
capitaine d'infanterie, fut chargée de la rente due au collège
de Longny.
Comme le collège cessa d'exister à la Révolution, la
Nation s'empara de cette rente et la transféra à l'hospice
civil de Domfront par acte du premier vendémiaire an Xll.
M. de Beausse, qui habitait alors à Feillet (commune du
Mage), se fit autoriser, par le Conseil de Préfecture de l'Orne
dans sa séance du 20 mars 1812, à rembourser cette rente
à l'hospice civil de Domfront.
(1) Commune de Moulicent (Orne).
39() BIBLIOGRAPHIE
Ce remboursement mit fin à cette rente que les seigneurs
de Persay acquittaient depuis deux siècles.
R. B.
Ex-libris de Turgot, évêque de Sées.
En 1885, le comte de Contades publiait dans le Bulletin
de la Société Historique et Archéologique de VOrne une inté-
ressante notice sur un ex-libris de Dominique Barnabe
Turgot, évêque de Sées.
I/ex-libris dont il s'est occupé est daté de 1717 et mesure
77 % et demi de hauteur sur 59 % de largeur (dimen-
sions prises sur le filet d'encadrement). M. de Contades ne
savait pas qu'il en existait un autre daté de 1716 qui fait
partie de ma modeste collection. Le dessin des deux vignettes
est à peu près le même, c'est-à-dire que le cartouche et les
ornements qui accompagnent les armoiries sont à peu près
semblables. Celui de 1716 est plus grand, car il mesure 94 ^
de hauteur sur 75 % de largeur. Je suis donc disposé à croire
que trouvant cette marque trop grande pour les volumes
de petite dimension. Monseigneur Turgot aura fait faire
celle de 1717.
Outre mes études sur les ex-libris, tout ce qui touche aux
Turgot m'intéresse d'autant plus que grâce à la généalogie
dressée par mon cousin, M. G. le Hardy, nous descendons
lui et moi de la Dame des Tourailles qui restera célèbre par
ses vingt-deux garçons et par la charmante poésie de M. Gus-
tave Le Vavasseur.
En effet, Michel de Brébisson, écuycr, sieur de la Couture,
épousa en 1657, demoiselle Anne de la Ville, fille de Robert
de la Ville, écuyer, sieur de la Roche, et de demoiselle Louise
Turgot. Je n'insisterai pas sur le degré de parenté, mon but
était seulement de faire connaître l'ex-libris de 1716.
R. DE BRÉBLSSON.
Le Géraut : A. DUMOtCHKL
PROCES-VERBAUX
Séance du 30 Mai 1908
Présidence de M. TOUR NOUER, Président
Le samedi, 30 Mai 1908, à deux heures du soir, la Société
Historique et Archéologique de TOrne a tenu séance dans la
salle de sa bibliothèque en la Maison d'Ozé.
Étaient présents : M™® la Baronne de Sainte-Preuve ;
MM, E>EscouTURES, Tabbé Desvaux, Louis Duval, Gilbert,
Leboucheb, le Vicomte du Motey, Parmentier, Le Roy-
Write, Paul Romet, Tabbé Richer, Tomeret, Tournouer.
Se sont fait excuser : MM. de Brébisson, Chollet, Tabfeé
Desmonts, Tabbé Dumaine, Gobillot, Tabbé Letacq,
Lebourdais, de Margêre, Tabbé Méliand, Tabbé Mesnil,
PORIQUET, SaNDRET.
;\j[me de Lavererie, MM. Pichon,. Chareyroa, Hubert,
Tabbé Bidard, Louis Deshayes, présentés en dernière séance
sont admis comme membres de la société. A cette occasion,
MM. Chareyron, Deshayes et Hubert ont envoyé des lettres
de remerciements dont il est donné lecture. Celle de M.
Hubert est acompagnée du don de plusieurs ouvrages pour
notre bibliothèque.
Pluisieurs nouveaux candidats sollicitent^leur admission.
Ce sont M. Patrie, chef de gare à Fresnay-sur-Sarthe, présenté
par MM. Triger et Paul Harel.
M. Alfred Lemaitre, aneien. notaire (Paris 14^)v villa d'Alé-
sia;^ 27, etàVire, 5, ru€ Notre-Dame), présenté par MM. Duval
et Touxnoûer.
31
392 PROCÈS-VERBAUX
M. Joseph Guillaume, professeur à la Faculté Catholique
de Lille (Paris, 54, ^avenue de Breteuil), présenté par MM. le
baron des Rotours et Tournouer.
M"^6 Louis de Fromont (Alençon, 53, rue du Jeudi), pré-
sentée par M™6 la baronne de Sainte-Preuve et M. l'abbé
Desvaux.
M. Ledonné-Girardière, directeur du Crédit Foncier,
à Alençon, par MM. Louis Duval et Tabbé Richer.
M. Lebourdais, notaire au Pin-la-Garenne, par MM. le
docteur Levassort et Tournouer.
M. Le Roy-White, présenté par MM. Tournouer et des
Rotours, qui veut bien inviter les excursionnistes de la Société
à visiter^son château de Rabodanges.
M. le Président donne lecture de lettres de MM. le sénateur
Poriquet et Guillaume adressant des félicitations pour la
rédaction et l'illustration du bulletin contenant le récit de
la dernière excursion. A cette occasion, il donne de nouveaux
détails sur l'organisation et l'itinéraire de celle qui est
préparée pour le mois d'août prochain.
M. Paul Remet signale dans l'exposition théâtrale organisée
à Paris aux arts décoratifs, une aquarelle de M. Lamy, sur
le Foyer de l'Opéra, avec le portrait de Lautour-Mézeray,
y Homme au Camélia.
M. le Président présente trois manuscrits de travaux des-
tinés au bulletin : de M. l'abbé Mesnil, sur l'histoire de la
Forêt d'Ecouves; — de M. le vicomte du Broc, sur les livres
d'Heures au Moyen-Age et au xvi® siècle ; — de M. Lemaitre
sur le Manoir de Vaugeois et ses seigneurs.
Il nous entretient du monument qui doit être érigé à^Saint-
Cénery, en l'honneur de Paul Saïn, le peintre qui a popularisé
dans le monde des arts ce coin délicieux du pays Alençonnais
qu'on a baptisé du nom de Suisse Normande. L'honneur de
cette initiative et sa réalisation sont dues entièrement à notre
érudit compatriote, M. Léon Boutry et à M. Mary-Renard,
l'élève de M. Paul Saïn. Communication est faite ensuite de
PROCÈS-VERBAUX 393
la liste de nos compatriotes dont les œuvres ont figuré au
Salon des artistes Français. Cette liste sera insérée au Bulletin.
M. de Gasté prie la société d'adresser à l'administration
forestière les requêtes suivantes : \^ établir dans la forêt
d'Ecouves, à gauche en descendant vers Sées, à 400 mètres
environ en dessous du carrefour de la Branloire, au premier
tournant, dans le taillis le long de la route, un terre-plein
débarrassé de cinquante mètres carrés environ pour permettre
au touriste d'admirer le magnifique panorama qui s'étend
du château de Blanche-Lande à Champ-Haut, au-dessus du
Merlerault, en passant par les hauteurs d'Argentan, du Pin et
de Cisav.
2P Faire le même terre-plein, à peu près au même endroit,
mais à droite, de façon à admirer un autre panorama qui
s'étend de Champ-Haut à Perseigne, passant par les hauteurs
de la Gennevraye, Brullemail, MouUns-la-Marche, Tourouvre,
Longny, Mortagne, Bellême et Perseigne.
3^ Respecter pour toujours le double groupe de sapins
situé sur les hauteurs du Bouillon, près du carrefour des
Verreries. On aperçoit ce groupe de la moitié Nord-Est du
département, des hauteurs de Vimoutiers, Chambois, du
Haras-du-Pin, de Champ-Haut, MouUns-la-Marche, Tou-
rouvre, etc., etc.
M. Becker, ingénieur en chef, auquel la lettre de M. de
Gasté avait été communiquée, a répondu de façon très favo-
rable. C'est ce qui engage encore davantage la Société à lui
transmettre le vœu que la demande exprimée par M. de
Gasté soit prise en considération et réalisée par l'administra-
tion des Eaux et Forêts.
!. Charles Vérel prie « de vouloir bien délibérer sur l'utilité
et l'intérêt que présenterait la publication au bulletin d'un
inventaire des manuscrits conservés dans les dépôts publics
et surtout dans les collections particulières. En cas de décès
des propriétaires de ces documents, la Société pourrait par-
fois essayer de recouvrer ces pièces ou tout au moins veiller,
dans la mesure du possible, à leur conservation. •>
Les ruines de l'abbaye de Saint-Evroult, qui avaient été
394 PROCÈS-VERBAUX
nises en vente le 15 Mai, n'ont pas été adjugées. M. Grimbert,
notaire à la Ferté-Fresnel, annonce qu'un prix de 45.000 francs
est demandé pour la vente de tout l'ensemble de la propriété.
H. Tabbé Desvaux demande si la Société n'estimera pas
qu'il y aurait quelques mesures à prendre pour assurer le
respect et la conservation des restes grandioses d'un lieu
vénérable entre tous par ses souvenirs religieux, historiques,
artistiques et littéraires. N'en pourrait-on obtenir le classe-
ment, ne fut-ce qu'au point de vue pittoresque et de la pro-
tection des sites ?
M. Tabbé Desvaux signale dans le domaine du château de
Lonray, au lieu dit les Grouas, l'existence en grand nombre
de fragments d'aqueducs romains, mentionnés par M. de la
Sicotière dans l'Orne Archéologique, Quelques-uns de ces
fragments très bien caractérisés ne sont pas de dimensions
telles qu'on ne puisse les^ transporter- N'en pourrait-on pas
solliciter quelques échantillons pour le musée extérieur de
notre Société ?
Le R. P. Ubald d'Alençon répond ainsi à une demande de
renseignements précédemment faite sur dom Bougis de Sées:
« Une très instructive notice se trouve dans VHistoire du
diocèse de Sées, de l'abbé Esnault, aux arcliives nationales
(K K, 1084 pages 794 et 795). L'auteur fait naître dom
Bougis en 1630. Des lettres de dom Bougis sont à la biblio-
thèque nationaleaums.fr. 19678. Voir aussi VAthena Norman-
noriun du P. François Martin, édition Genty et Bourrienne,
page 487 (bibl. Epernay, ms. 24 ; — bibliot. Tours, ms.
1.394-1.475 à 1.748 ; — bibliot. nat. f. latin 13:206 et sui-
vants — et 13.622).
M. René Gobillot n'a rien trouvé à Châlons sur l'existence
de Toustain, l'acquéreur insolvable et le dévastateur de la
Chartreuse du Val-Dieu, au temps de la première confisca-
tion des biens d'Eglise.
M. l'abbé Desvaux croit pouvoir afRrmer que cependant
il ne peut rester de doute sur le pays de cet homme néfaste.
Tous les documents officiels conservés aux archives dépar-
PROCÈS -VERBAUX 395
tementslles indiquent Châlons-sur-Marne, comme le pays
et la résidence de Toustain, et presque toutes ses lettres
sont datées de cette ville.
H. le comte de Charencey nous annonce l'envoi des Bulle-
tins de la Société Philologique.
M. Leboucher nous met au courant de l'accueil fait par le
conseil Municipal d'Alençon à la demande d'une restaura-
tion de la tombe du célèbre général espagnol, le curé Mérino.
Il a été chargé de préparer une notice pour faire connaître
à ses icollègues le degré et le genre d'illustration de Mérino,
qui motiveraient cette demande. A cette occasion, M. Tomeret
donne quelques détails sur le grand pattiote qu'il a connu
dans son enfance, alors qu'il était venu habiter porte à porte
avec le général Bonnet, son grand. adversaire d'autrefois sur
les champs de bataille, dans la lutte héroïque pour l'indépen-
dance de l'Espagne.
Pour répondre à un vœu plusieurs fois réitéré par M. l'abbé
Desvaux, et présenté au Conseil Municipal par notre Société,
MM. -Leboucher, Lheureux et Thouin ont été nommés membres
d'une commission chargée de rélever et de conserver tout ce
qu'il reste d'intéressant dans les bâtiments de l'ancien
Présidial d'Alençon qui doiveat être prochainement démolis
pour faire place au nouvel hôtel des Postes.
M. le Président annonce que notre collègue M. le marquis
de Saint-Pierre a donné sa démission de président de l'union
Bas-Normande et Percheronne à Paris, et qu'il a été remplacé
en cette qualité par. M. le prince Louis de Broglie. Il signale à
notre attention le remarquable rapport lu à la dernière
séance par notre secrétaire général, M. le baron des Rotours.
Enfin M. Descoutures nous rappelle la mise en vente du
château de Rànes, de son mobilier, dans lequel figure, nous,
dit-il, une superbe galerie de tableaux de famille, que la plu-
part d'entre nous avaient visitée en 1903, pendant une
excursion de la Société en ces quartiers. Nous n'y pouvons
rien, mais satisfaction nous est donnée de savoir que les
acquéreurs, MM. Bernard et Richard de Lille sauront assurer
396 PROCÈS-VERBAUX
la conservation de cette demeure particulièrement intéres-
sante pour notre histoire locale.
La séance est levée à 4 heures et demie.
Le secrétaire-adjoint :
L*Abbé A. DESVAUX.
ŒUVRES & ARTISTES ORNAIS
qui ont iiguré cette année au
SALON DES ARTISTES FRANÇAIS
PEINTURE
BRISARD (Fernand), né à Hauterive. — Première poupée.
DUBREUIL (Mme Marie), née à Domfront. — Un bretteur.
FILIPPI (M^^ Marie-Madeleine), née à Juvigny-sous-
Andaines. — Quais de Bordeaux le soir.
HUREL (Suzanne M"«), née à Mortagne. — Paris le matin ;
la Crémière,
LÉANDRE (Charles-Lucien), né à Champsecret. — Por-
trait de Afne G...
LE FEBVRE (Georges-J.-J.), né à Bas-Hamel, Berjou. —
Gentilhommière normande.
LEMEUNIER (Basile), né à Antoigny. — Portraits de
M. et de M""* M...
PIERREY (Maurice), né à Alger. — Jésus au Jardin des
Oliviers, peinture décorative pour l'église de la Haute-
Chapelle.
RENARD (Mary), né à Alençon. — Derniers rayons, automne
à Saint-Cénery.
PROCÈS-VERBAUX 397
DESSIN
BROUX (SiLAs), né à Roubaix. — Tour de Vancien bureau
des finances à Alençon, aquarelle.
ARCHITECTURE
AMIARD (Louis-Georges), 'né à Fiers. — Château de Fiers.
BROUX (SiLAs). — Vieilles maisons, rue de la Juiverie, à
Alençon.
HÉDIN (Amédée), né à Aknçon. — Abbaye de Saint-Pons,
près Nice, aquarelle ; La rue de VEglise à Villefranche-
sur-Mer, aquarelle.
GRAVURE
DORNOIS (Albert), né à Sévigné. — Une gravure : La côte
de Trouville (eau forte).
LÉANDRE (Charles-Lucien), né à Champsecret. — Une
lithographie : Portrait de femme ; Six lithographies :
Portraits d'Anglada et de Waleffe ; Une communiante ;
Profil de jeune fille ; Pour un bénéfice ; Tête d'étude,
LESECQ (Julien), né à Fiers. — Une gravure sur bois :
Moutons rentrant à la bergerie, d'après Ch. Jacque.
ART DÉCORATIF
HERVÉ-MATHÉ (M^e Berthe-Marie), née à Mesnil-
Hubert. — Projet de vase céramique, décor au grand feu ;
Projet d*éventail, dentelle moderne à Taiguille, point
d' Alençon.
PESNÉ (Alexandre-Auguste), né à Argentan. — Une
vitrine contenant un panneau en cire : les Arts et les
Sciences.
SALON DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE
DES BEAUX-ARTS
PRINS (Pierre). — Le Pont de Saint-Evroult, soir, dessin
au crayon noir et de couleur.
398 PROCÈ&«tVERBAlJX
RANSON (Paul). — Forêt d'Ecouves. dessin au crayon noir
et de couleur, dessous de bois.
ART DECORATIF
Coït on point d' Alençon, dessiné .par M^^® Debès, exécuté par
les ouvrières de M. A. Lescure.
Voile, point d'Alençon, dessiné par E. Lefebure «t par M'^
DeUlUer.
VolanU en point d'Alençon, dessiné par M. Rapp.
Bande, en point d'Alençon, dessinée par Georges Martin*
LES LIVUES D'HEURES
AU MOYEN -AGE ET AU XVP SIÈCLE
I
Les livres d'Heures ressuscitent à nos yeux toute une époque;
ils restent les témoignages d'un art, le souvenir d'un luxe
qui ~f ut l'apanage des privilégiés du rang, alors que l'imprimerie
n'avait pas mis encore à la portée de tous ce que les manuscrits
devaient au talent des calligraphes et au pinceau des artistes.
Qui n'a tenu entre ses mains un de ces psautiers, de ces
missels, de ces volumes vénérables, gardés avec un soin jaloux
au foyer familial, ou confiés au dépôt de nos bibliothèques
publiques ? On admire en eux l'éclat d'un coloris respecté
par le temps, la finesse et la variété des figures retraçant des
scènes dont la précision supplée au peu d'espace que leur
réservent les feuilles de parchemin qui composent ces œuvres,
fruit d'un long et patient labeur.
Dans les siècles où le sentiment religieux inspirait tous les
actes de la vie, les premiers livres furent des livres de prières,
d'un usage restreint et empruntant un nouveau prix à leur
décoration. Ils étaient la possession presqu' exclusive des rois
et des reines, des princes et des princesses, des seigneurs et
dames de haut lignage auxquels on les destinait.
Le peuple illettré pouvait égrener entre ses doigts les cha-
pelets aux grains rustiques, dans les églises d'où montaient
vers le ciel ses ardentes prières ; mais aux races royales,
à la noblesse dont les châteaux couronnaient les hauteurs,
appartenaient ces Heures au vélin chargé de capricieuses
dorures, rappelant par les armoiries et les emblèmes héral-
diques des origines illustres.
Le talent des miniaturistes du xiv« siècle s'exerce de mille
400 LES LIVRES d'heures
manières sur les marges, ornées de fleurs et parfois de figures
burlesques. L'imagination et la fantaisie s'y donnent un
libre cours avec Tesprit satirique et gaulois. Le clergé n'est pas
toujours épargné par l'artiste railleur, représentant des
animaux à têtes mitrées, des renards vêtus en moines, et
souvent même des sujets peu convenables dont ne s'offus-
quait pas la dévotion de nos aïeux.
Les compositions du xv® siècle ont volontiers un caractère
tragique. C'est l'époque des danses macabres, des allégories
funèbres, des leçons de morale, données par des figures grima-
çantes qui viennent illustrer les vigiles des morts.
Les livres d'Heures, manifestation de la piété, furent l'éclo-
sion d'un art, d'une école française, apparue pour la première
fois au XIV® siècle, et qui, malgré les influences étrangères
qu'elle subit tout d'abord, n'en a pas moins imprimé à ses
oeuvres un caractère national.
Un prince qui connut à la fois la gloire des armes et celle
des lettres, et dont le goût éclairé fit un illustre protecteur
des arts, a résumé en ces lignes l'histoire des manuscrits
justement admirés de nos jours :
« Que ce soit à une main italienne ou à des réminiscences
d'Italie que nous soyons redevables de quelques-unes de ces
belles peintures, il est impossible de ne pas reconnaître dans
« nos très riches Heures » un ensemble essentiellement
français, le chef d'œuvre d'une grande école, d'un art dont nous
pourrions suivre ici même le développement dans de brillants
spécimens. Nous le voyons à son début, rude encore, déjà
puissant au temps de Bouvines, dans le psautier d'Inger-
burge de Danemarck. Ce qui précède est byzantin et Caro-
lingien. Alors vers 1200, l'art du miniaturiste français
paraît se confondre avec le verrier. Il s'adoucit, s'épure
un siècle plus tard, dans les grisailles du bréviaire de Jeanne
d'Evreux, atteint son apogée avec Pol de Limbourg et ses
associés ; se transforme sans déchoir, moins idéal, moins noble
'encore, sous le pinceau de Jean Fouquet, dans les heures
d'Estienne Chevalier ; reparaît élégant, harmonieux, pro-
saïque, souvent animé, dans la Guerre Gallique et les
Troades, subissant l'influence des Clouet, des Corneille de
Lyon, toujours français, même sous la signature de Godefroy
LES LIVRES d'heures 401
le Batave ou de Nicolo deir Abbate, et confondu dans
l'école de Fontainebleau. Les derniers manuscrits français
sont r œuvre de Jarry, froid, conventionnel, mais correct,
majestueux, comme le grand Roi, son contemporain. (1) »
Aux XI ve et xve siècles, le texte des livres d'Heures est
soumis presque toujours à une classification uniforme. Il
se compose de onze parties distinctes : le calendrier, les
extraits des quatre évangélistes, des oraisons, les Heures
de la Vierge, les Heures de la Croix, les Heures du Saint-
Esprit, les psaumes de la pénitence, les litanies, les vigiles
des morts, les quinze joies de Notre-Dame et les suffrages des
Saints. Au xvi® siècle, on y ajouta les Heures de la Trinité,
des oraisons variées, et dans la seconde moitié de cette
période, le livre se grossit de morceaux divers qui en forment
l'appendice.
L'invention de l'imprimerie propagea le livre d'Heures,
mais en modifiant son aspect. Aux miniatures succédèrent
les vignettes ; le burin du graveur remplaça le pinceau de
l'artiste. L'éclat des enluminures auquel les yeux s'étaient
habitués, faisant défaut, on lui substitua l'ornementation
imprimée, prête à recevoir la couleur que souvent l'on se plut
à y ajouter. Le vélin continua d'être en usage pour ces volumes
qui restèrent un objet de luxe.
En 1481, parurent les premières Heures gravées. Jean du
Pré, imprimeur français, est le créateur du livre illustré à
Paris, en attendant les imitations qui ne tardèrent pas à
se succéder en province. Elles s'imprimèrent pour chaque
diocèse et se multiplièrent entre les mains des fidèles.
Des libraires acquirent un reûom en éditant ces livres,
interprètes du sentiment religieux. Parmi eux se distinguent
Simon Vostre (1487-1520), Thielman Kerver (1497-1522),
Gillet et Germain Hardouyn (1497-1538), Mentionnons encore
Antoine Vérard, Geoffroy Tory, à la fois dessinateur, impri-
meur, libraire, et qui ayant dû à l'Italie son éducation artis-
tique, se montra supérieur par les arabesques de style Renais-
sance qu'offrent ses premières œuvres, éditées en 1543, par
Simon de Colines.
(1) Duc d'AuMALE, Chantilly, le cabinet des livres. Manuscrits, 2 vol.
ln-4°, Paris, 1900 I, 71.
402 LES LH'RES d'HEURES
Sous le règne de Charles VIII, la faveur qu'obtinrent les
livres d'Heures s'affirme par soixante quinze éditions, en
l'espace de vingt ans ; elle augmente encore sous Louis XII.
Mais en devenant, grâce à l'imprimerie, le partage d'un plus
grand nombre, les Heures perdaient la valeur du manuscrit,
le cachet personnel qui en faisait le mérite et l'originalité.
Au tempes de François !«' et d'Henri II, la gravure sur bois
est un art qui prête son concours à ces œuvres que produit
la France, et dont les imitations se répandent tardivement à
l'étranger.
Au XVII® siècle arrive la décadence du genre. Les Heures
ne ^ont plus que de petits volumes, contenant des offices
et des prières illustrés de façons diverses, précieux encore
si Petitot leur confère par «es miniatures une valeur artis-
tique. Cochin les orne à son tour au xviii® siècle, époque
d'incrédulité où les livres pieux sont de moins en moins en
faveur. Conservées comme des joyaux de famille, à l'abri des
regards du public elles semblaient vouées à l'indifférence, à
l'oubli, lorsque sous Loui^-Philippe, la hthographie les remit
en honneur par des reproductions' destinées à servir de
livres de mariage aux princes et aux princesses de la famille
royale.
Le livre d'Heures d'Anne de 'Bretagne, publié en 1859-
par la librairie Curmer, et tiré à 850 exemplaires, a permis
d'étudier le célèbre manuscrit (1) dont les 480 pages
renferment 40 miniatures de prix, et où l'ornementation
présente un caractère original par la multiplicité des plantes
figurées dans les marges.
La phototypie a vulgarisé, de nos jours, des œuvres qu'un
petit nombre d'amateurs avait été admis à contempler.
De récentes expositions ont attiré aussi sur elles l'intérêt du
public, en mettant en lumière des collections privées.
Le duc d'Aumale avait rassemblé de splendides livres
d'Heures parmi les merveilles qu'il accumula dans la demeure
des Condé dont la réédification éternisera sa mémoire. La
bibliothèque de Chantilly renferme le bréviaire de Jeanne
d'EvreuXy reine de France, œuvre du xiv^^ siècle, remarquable
(1) Il est conservé à la bibliothèque Nationale.
LES LIVRES d'heures 403
par la calligraphie et les enluminures des pages où les lis de
France se mêlent aux, chaînes de Navarre, et qu'illustrent
114 petits tableaux, peints en grisaille sur fonds d'or et de
couleur. Le bréviaire de Madame de Beaujeu, fille de Louis XI
et régente du royaume après la mort de son père, est écrit
sur un vélin de la seconde moitié du xv^ siècle. Des miniatures
en décorent les lettres initiales.
Au nombre des livres manuscrits dont le prince devint le
possesseur, et qu'il voulut lui-même inventorier (1), avec
d'intéressants commentaires, il faut citer les très riches Heures
du duc de Berry qui jouissent d'une juste célébrité, et qu'on
peut connaître par des reproductions. Le nom de leur premier
titulaire tient une place importante dans l'histoire de l'art.
Jean de France, duc de Berry, troisième fils du roi Jean II
et de Bonne de Luxembourg (1340-1416), otage livré à l'An-
gleterre par le traité de Brétigny, a droit à la reconnaissante
admiration des archéologues, car il fit construire à Paris
la Sainte Chapelle et le palais dont s'enorgueillit la ville de
Bourges. Le prince artiste aimait les lettres : tout en bâtissant
ses châteaux, il collectionnait des manuscrits. Six d?entr«
eux sont à Chantilly : d-'autres ont pris place dans plusieurs
de nos bibliothèques publiques.
Les très riches Heures, composées pour lui, sont un in-folio
de 206 feuilles de très beau vélin que décore une profusion
de lettres, enluminées de fleurons, de figures et d'emblèmes.
De nombreuses miniatures, la plupart contemporaines du
duc de Berry, sont les premiers chefs d'oeuvre du. genre et
représentent des scènes de la vie du prince. On y voit le
Louvre de Charles V, « le logis du Roi », devenu le palais de
justice. Pendant quatre siècles, ce manuscrit ne quitta pas
les environs de la Savoie et du Montferrat. Des mains^ de
Spinola,. le célèbre capitaine et banquier, il passa aux Serra
dont l'héritier le vendit pour 19.000 francs au duc d'Aumale.
Les Heures d'Eslienne Chevalier dont le prince fit aussi
l'acquisition, en 1891, furent exécutées, vers 1455, pour le
personnage de ce nom qui était trésorier de France. Le
(1) Ce catalogue conimenci^ par lui, en 1831, a été publié après sa mort,
avec l'Introduction qu'il lui destinait.
404 LES LIVRES d'heures
texte en a disparu ; mais les quarante minitiatures qu'on
y a découpées et qui subsistent tout entières, sont l'œuvre
de Jean Foucquet, un des maîtres de Tépoque. Dignes d'entrer
dans le « santuario » du musée Condé, elles ont été reproduites
en 1897, dans un beau volume qui les met à la portée du public-
Un autre livre réclame l'attention par sa valeur artistique
et le nom de son premier possesseur ; ce sont des Heures du
connétable de Montmorency, le fondateur du château de
Chantilly, celui dont la figure imposante se dresse fièrement
sur son cheval de bronze, attirant de loin le regard du visiteur.
Un des hommes les plus illustres de sa glorieuse race, il
joignait à sa rudesse guerrière le goût des arts et des lettres.
L'auteur d'un volume manuscrit qui lui est dédié (1),
Nicolas Viole, aumônier du Roi, le félicite, dans sa dédicace,
a de faire construire et bâtir une librairie très sumptueuse,
en sa maison et château de Chantilly », et il vante « son grand
et louable vouloir pour les bonnes lettres. »
C'est pour complaire à ce grand seigneur artiste que furent
composées les Heures qui méritaient de figurer dans ce « cabinet
des livres », dont la collection, commencée par le Connétable,
a été augmenté avec tant de science et de goût par son royal
successeur. Ces Heures manuscrites, un des plus remarquables
spécimens de l'art français, au xvi® siècle, renferment 118 feuil
lets de beau parchemin et quatorze peintures, exécutées pr:
différentes mains, qu'on peut citer parmi les modèles du genre.
Les bordures se distinguent par le talent et la richesse qui
ont présidé à leur décoration (2).
Un premier frontispice est orné des armes des Montmo-
rency, reconnaissables aux alérions d'azur dont le nombre
d'abord fixé à quatre, fut porté à seize par Philippe Auguste,
sur le champ de bataille de Bouvines, en souvenir de la part,
prise à cette victoire par Mathieu H de Montmorency.
Sur le second frontispice apparaît l'épée de connétable,
avec la devise de sa maison : Aplanos (3).
(1) Traité d'aulciins escripvains et autheurs ecclésiastiques par sainct Jérôme
traduction de Nicolas Viole. Manuscrit in-8° de 32 feuillets.
(2) ^L Lcopold Delisle a publié une savante analyse de ces Heures dans
deux articles accompagnés de nombreuses phototypies. Revue de Vart
ancien et moderne, vu, 321-334 et 393-404.
(3) Du mot urec : sans varier.
LES LIVRES d'heures 405
Le texte latin contient les Heures de Notre-Dame, Tofflce
des Morts, les sept psaumes de la pénitence et diverses orai-
sons dont quelques-unes semblent plutôt des menaces contre
les ennemis et les rivaux du connétable, alors disgracié.
Elles reflètent le caractère de celui que Brantôme a peint
avec l'originalité de son style et de son esprit :
« Le premier gentilhomme et baron chrétien de la France
ce qui lui redonde à un très grand honneur : aussi a-t-il
sceu bien en soy entretenir ce christianisme tant qu'il a duré
et n'en a jamais dcsrogé, ne manquant à ses dévotions n'y
à ses prières, car tous les matins, il ne failloit de dire et entre-
tenir ses patenostres, fust qu'il ne bougeast du logis, ou
fust qu'il montât à cheval, allast par les champs, aux armées :
parmy lesquelles on disoit qu'il falloit se garder des pate-
nostres de M. le Connétable, car en les disant et les marmottant,
lorsque les occasions se présentaient comme force desbor-
dements et desordres y arrivent maintenant, il disoit : allez
moy pendre un tel ; attachez cestuy-là à cet arbre ; faictes
passer cestuy-là par les picques tout ast'heure, ou les harque-
buses, tout devant moy; taillez moi en pièces tous ces marauds
qui ont voulu tenir ce clocher contre le Roy ; bruslez-moy
ce village ; bouttez-moy le feu partout à un quart de lieue
à la ronde.
« Et ainsi tels semblables mots de justice et poUice de
guerre proférait-il selon ses occurances, sans se desbaucher
nullement de ses paters, jusqu'à ce qu'il les ait parachevez,
pensant faire une grand'erreur s'il les eust retenus à dire
à un'autre heure, tant il y estoit consciencieux (1). »
On voit que même en priant Dieu, le connétable restait
c( le terrible rabroueur » dont parle d'Aubigné. L'oraison qu'il
adresse à saint Christophe, — patron de sa chapelle de Chan-
tilly, — prouve qu'il se souvenait des offenses, en feuilletant
ses Heures dont un cartouche fixe la date à 1549. Les minia-
tures de ce livre se distinguent des manuscrits plus anciens
par le choix des sujets empruntés à l'Ancien Testament,
(1) Les grands capitaines français. Voir : Un grand seigneur du xvi» siècle
par Ferdinand de Lasteyriet de l'Institut. Gazette des Beaux- Arts, Avril et
Août 1879, et Anne, duc de Montmorency, connétable et pair de France, par
Francis Décrue, Paris, 1889, in-S^.
406 LES LIVRES U*HEURES
tandis qu'au Moyen-Age elles représentaient des scènes de
la vie de la sainte Vierge et des Saints, et rappelaient la
Passion de Notre-Seigneur.
Comment ce manuscrit cessa-t-il d'appartenir à la Maison
de Montmorency ? On l'ignore. Sa trace se perd depuis le
xvi« siècle jusqu'en 1726. Le chevalier de Mouy auquel il
appartenait alors, l'offrit à Marie Lecksinska, et cette princesse
le donna au financier Pâris-Duverney d'où il passa dans la
maison de Cléron d'Haussonville, et tout récemment, le comte
d'Haussonville en a cédé la possession au Musée Condé. Il est
revenu ainsi, après une longue absence, au lieu même qu'habita
son illustre destinataire.
II
Les œuvres précieuses que conserve la royale demeure,
devenue, grâce à un don magnifique, la propriété de l'Institut,
ne sont pas les seules offertes à la curiosité artistique. La biblio-
thèque nationale de Paris dont les richesses sont si libérale-
ment mises à la disposition des travailleurs, renferme parmi
ses manuscrits beaucoup de livres d'Heures. Celui d'Henri II,
exécuté à la même époque et par les mêmes artistes que ceux
des Heures du Connétable de Montmorencv, est orné de dix-
sept belles miniatures. Les armes de France, placées sur le
frontispice, se retrouvent dans les fleurs de lis dont les lettres
initiales sont fréquemment enluminées. Sur une des pages du
volume on lit « les oraisons que ont accoutusmé de dire les
roys de France quant ils veulent toucher les malades des
escrouelles. »
Collection d'une valeur inestimable. Les Heures du Roi
René y rivalisent avec de curieux missels, d'antiques psau-
tiers. En les parcourant, on croit voir apparaître les figures
que reflètent ces feuilles, évocatrices d'un autre âge, et qu'on
touche avec respect, dans le grand silence de ces salles d'étude
où expirent les tumultueuses agitations de la capitale.
Je m'arrêterai ici sur un de ces manuscrits qui se rattache
à la Normandie. Les Heures de la famille Ângo, dites « Heures
des Enfants » parce que des groupes d'enfants nus s'y suc-
LES LIVRES d'hEUBES * 407
cèdent» presque à chaque page, et ne forment pas moins de
160 groupes épars^ présentent 956 compositions de tout
genre, où Ton compte 4.000 figures. Cette œuvre fut exécutée
en 1514, à Rouen, selon toute apparence. La famille Ango est
d'origine inconnue ; mais nous apprenons par le livre lui-même
qu'il fut commencé à l'occasion de la naissance et du baptême
de Marie Ango (28 juillet 1514). L'ornementation en est
remarquable par la finesse et la variété des peintures qui
forment les encadrements.
Marie Ango à laquelle furent destinées ces- Heures, épousa
Nicolas Le Sueur, ainsi que le constate un des feuillets blancs
du livre relié dans le courant du xvi^ siècle. Les naissances
d'enfants et de petits enfants viennent plus tard s'inscrire
sur d'autres pages, réservées d'avance au mémorial des
événements de famille. Les Heures devenaient ainsi des livres
de raison, et l'on y suivait la trace des générations qui s'en
transmettaient l'héritage.
Que de vicissitudes ont traversées la plupart de ces manufi-
crits, les uns restant sous le ciel qui les vit naître, d'autres
quittant leur pays d'origine pour passer dans des mains
étrangères ! C'est ainsi que les Heures de Blanche de France,
duxîhesse d'Orléans (1), précieuses par leurs décorationsv se
trauvent, on ne sait par suite de quelles circonstances^
en Allemagne, chez le prince de Stolberg-Wernigerode. Elles
lurent communiquées par lui à M. Léopold Delisle qui les a
révélées au public, dans une longue et intéressante analyse (2).
Lîne destinée singulière était réservée aux Heures du
maréchal de Boucicaut (3). On ignore si elles le suivirent en
Angleterre, dans sa captivité. Ce que l'on sait, c'est que
tombées plus tard en la possession d'Aymar comte de Poitiers,
elles échurent par héritage à la célèbre Diane de Poitiers,
duchesse de Valentinois.
A la mort d'Henri II, Catherine de Médicis fit plus que
disgracier sa rivale ; elle confisqua ses biens et ses objets
(1) Fille de Charles le Bel, roi de France, mariée en 1345, à Philippe
duc d'Orléans et comte de Valois, fils de Philippe VI de Valois» roi de. France.
(2) Bibliothèque de VécoLe des Charles, LXV I, 489.
(3) Jean le Meiiigre,si]« de Boucioaut, nôsn 1364, fait prlgimnlerà Aein^
court et conduit en Angleterre o(k il moun%l en 1421.
32
408 ' LES LIVRES d'heures
d*art. Le livre d* Heures de Boucicaut dut passer ainsi dans
sa bibliothèque qu'Henri IV, successeur des Valois, recueillit,
en la sauvant des créanciers dont elle allait devenir la proie.
Le Roi en fit don à Henriette d'Entragues, marquise de
Verneuil. Le volume était décidément voué aux favorites,
et Ton ne peut s'empêcher de sourire, en lisant sur une
des pages blanches, décorées des armes de la marquise,
les lignes que traça la main d*un inconnu pour mentionner,
le 5 Novembre 1601, la naissance d'un fils qu'elle eut d'Henri IV
et que l'on désigne sous la qualification de « petit Monsieur ».
C'était Gaston -Henri de Bourbon, plus tard évêque de
Metz. Dix-huit mois plus tard, le Roi lui-même prend la
plume et relate la naissance de sa fille naturelle, Mlle de
Verneuil (1), sur le feuillet du livre dont l'usage cessait d'être
édifiant.
Les Heures de Boucicaut devaient courir encore d'autres
aventures. A la mort de Gaston-Henri duc de Verneuil qui
laissait beaucoup de dettes, le précieux manuscrit fut vendu
et s'en alla en Angleterre où, grâce à l'acquisition qu'en fit,'
en 1887, un amateur. M. de Villeneuve, il revint en France.
Il y a été l'objet d'une luxueuse publication (2), et son origine
a été confirmée par plusieurs miniatures représentant des
scènes de la vie de Boucicaut dont les armes avaient été
recouvertes par l'écusson d'Aymar de Poitiers. Ainsi le livre
de prières du héros a repris sa place dans la patrie qu'illus-
trèrent ses exploits.
III
Nous nous sommes attardés au milieu des Heures manus-
crites. Ce sont les plus intéressantes au point de vue d'un art
dont nous venons de suivre les manifestations. Les Heures
imprimées méritent aussi cependant l'attention, lorsque
(1) Depuis duchesse de Vernon.
(2) Notice sur un manuscrit du xiv« siècle. Les Heures du Maréchal de
Boucicaut Société des bibliophiles français. 1889, gr. in-4o. ^et ouvrage
reproduit dix splendides miniatures du manuscrit original.
LES LIVRES d'heures 409
remontant aux premières époques de l'invention de Timprime-
rie, elles prennent place parmi les « incunables (1). »
La bibliothèque nationale possède un grand nombre de
ces ouvrages, communiqués à la réserve, table spéciale que
les lecteurs occupent sous les yeux d'un surveillant. Heures
en français et en latin, en vers et en prose, composées à Tusage
de Rome, de Paris et de différents diocèses, forment une
collection connue par les catalogues dont les indications
guident le travailleur dans le labyrinthe où il risquerait de
s'égarer.
L'un de ces catalogues (2) me révéla l'existence à Ver-
sailles (3) d'un livre d'Heures du diocèse de Sées, imprimé
en 1553. Peu de jours après, j'étais dans la ville du grand Roi,
et je feuilletais le volume qui rattache à notre province
l'étude générale présentée ici.
C'est un in-8« de 160 feuillets, en 21 cahiers, de caractères
gothiques, recouvert d'une ancienne reliure en veau, et dont
je transcris tout d'abord le titre :
Heures à l'usage de Sées, historiées tout au long avec plusieurs
suffrages et oraisons nouvellement imprimées à Rouen,
On les vend à Rouen par la veufve de Jehan Mallard,
tenant son ouvroir au Portail des libraires, la
plus prochaine de Véglise.
La marque du « pot cassé » qui apparaît sur une des pages
du livre, est celle du libraire Tory dont le matériel appartint
après lui à Jacques Kerver, autre libraire fort connu alors.
Ce matériel dut passer ensuite, du moins en partie, dans
l'atelier de Jehan Mallard, et c'est la veuve de celui-ci qu'on
voit figurer sur l'intitulé de ces Heures. La date de leur publi-
cation, se trouve fixée par le millésime de l'almanach : 1553-
1566.
Les divisions correspondent à celles qu'on adoptait géné-
ralement dans ces livres de prières. Au début, une petite
(1) On appelle ainsi les livres les plus anciens.
(2) Lacombe. Livres d'Heures imprimés aux xv« et xvi« siècles, Pr.ris*
1907, in-S'».
(3) Bibliothèque de la ville. F. a. ob. 110.
4Î0 LES LIVRES I>'HEURES
pièce en vers : les jours moralises, donnant à chaque jour de
la semaine une attribution chrétienne, puia contme intro-
duction : la manière de bien vivre dévotement et saluiairement
pwur chacun jour, pour hommes et femmes de moyen estais
composée par Jehan Quentin, docteur en théologie.
En quoi consiste cette méthode ? L'auteur va nous le
dire.
« Premièrement, levez-vous entour six heures du matin
en tout temps, et en vous levant, faictes ce qui s*ensuyt.
Merciez le créateur du repos que vous a donné la nuyct. »
« Quand vous serez tout appareillé, dictes en vostre hostel,
si bon vous semble, matines et prime. Allez à Téglise avant
que vous faciez autre œuvre temporelle... Si par occupation
raisonnable, vous ne pouvez estre si longuement en Téglise,.
rendez seulement grâce à Dieu de ses biens. »
Notre docteur en théologie énumère les f>ensées qu'on doit
avoir à l'église, et nous enseigne des sujets de méditation,
trop longs pour trouver place ici.
Le testament du pèlerin qui vient ensuite, renferme « cinq
requestes à Dieu » auxquelles succèdent les commandements
de Dieu, les oraisons du matin, les évangiles, les Heures de
la Passion, les matines de Notre-Dame, puis les Heures de la
Croix, les psaumes, des oraisons diverses, les psaumes de la
pénitence, les litanies des saints et les vigiles des morts.
Les oraisons, dans le style et l'esprit du temps, sont les
unes en latin, d'autres en français. Notons les « XV oraisons à
saincte Brigide » (Brigitte) les « cinq oraisons dévotes des
cinq playes de Nostre Seigneur à dire devant le crucifix. »
Le « chapelet de Jésus et de Marie » se compose de vers
alternant avec les Ave Maria. Chaque mois de Tannée est le
sujet d'une oraison spéciale. Eu tournant les pages du volume,
nous y trouverons les Heures de la Trinité, du saint "Sacre-
ment de l'autel, de la Conception, de sainte Barbe et de tous
les saints.
Pour le soir, la confession générale « que ung chascun bon
chrestien doibt dire tous les jours et principalement le jour de
Pâques devant que recevoir son seigneur et créateur. »
De nombreuses gravures ornent le texte et des quatrains
en expliquent le sujet. Les Vigiles de% Morts donflient lieu à
LES LIVRES BHEUKES 411
des scènes macabres. L'une d'elles représente Tenterrement
d'un chanoine, commenté par ces vers :
Un chanoine mort de Paris,
Ainsi qu'on faisait son service,
RespoDclît au clueur par ses diets
Que damné estoit pour son vice.
Ailleurs se rencontrant des sentences comme celle-ci :
Si tu Teu'X vivre sarment,
Ottroy à ta langue silence,
Ht ne désire largement
Des biens fors que pour ta substance.
Les versets du Stabat sont entremêlés de vers qui en sont
la paraphrase. Les mêmes oraisons se retrouvent assez sou-
vent reproduites par les livres de l'époque. Les Heures de
Sées avaient peut-être emprunté les vers qu'on va lire aux
Heures de la f amille^Ango dont il a été question précédemment :
MANIÈRE DE S0Y COMMANDER A LA VIERGE MARIE
Noble Mère du Rédempteur,
Fontaine de toute liesse,
Jamais lie peut avoir douleur
Celuy qui envers vous s'adresse,
Et pourtant, dame, à celle fin
Du tout à vous je m'abandontiie
Que tous mes péchés â Ja ifin
Vo6tre fûz Jésus ni£ pa^doniiit.
Cette autre ordis4>n à la sainte Vierge, — que je transcris
d'après le livre de Sécz, — existe dans les Heures de Thielmaa
Kerver d'une date plus ancienne :
L .
Glorieuse Vierge Marie,
A toy me rends et si te prie
Que too plaisir me soit ayder
En tout ce que j'auray mestier.
Garde mon corps de maladie
Et tiens mon âme en ta baillie.
Fay moy vivfe toujours en paix
El me defTens du sort mauvais.
Qu'il iwe me icice chose £aire
Qui à ton Fils puisse -desplak^e,
412 LES LIVRES d'heures
Et si te prie. Vierge honorée.
Que je passe jour et nu3'tée
Sans point pécher niortelleiiient
Fit sans mourir villainement.
Donne mo}' telle rcpentance,
Vierge, par ta digne puissance,
Que j'aye vraye contrition
Et en la fin confession.
Et quant mon dernier jour sera
Que l'àme du corps partira,
Vueille la en ta garde prendre
Et de Tennemy la déffendre.
Qu'il ne lui face villennie.
Je te supplie, Vierge Marie
Que la présente à ton cher Filz,
En la gloire de paradis,
Afin que de moy te remembre
I^ doulx salut je te vueil rendre
Que Gabriel Tange apporta,
En disant : Ave Maria.
Si grande et si universelle était la piété de la France chré-
tienne envers la Mère de Dieu qu'on ne s'étonnera pas de
voir se multiplier alors les prières qui lui doivent de gracieuses
inspirations.
Citons encore, parmi tant d'autres, cette « oraison de Notre-
Dame fort dévote » :
A toy. royne de haut paraige,
Dame du ciel et de la terre.
Me viens complaindre de Toutraigc
De Tennemy qui me faict guerre.
Las I chière Dame, secours moy,
Car je ne scay d'où confort querre, *
Vierge, si je ne Tay de toy...
Humblement je te fais prière.
Mère de nostre Rédempteur,
Que ta bonne grâce acquière
Par t'amour et par ta doulceur.
Tu es le chastel fort et seur
Où tous pécheurs se viennent rendre;
Je te supplye, oy ma clameur.
Et en mon faict vueilles entendre...
Par ta grant bonté souveraine.
Tu est le russel et fontaine
LES UVKES d'hEUUES 413
Qui lavez toute aine pollue.
Purge la de tache villeinc
Pour estre à Dieu nette rendue (1).
La même, foi profonde et ingénue, a dicté les vers suivants :
Dame qui de vostre doulx laict
Allaiclasses le créateur,
Prenez en gré le chapelet
De vostre pauvre serviteur.
Vous suppliant du fond du cœur
Que lu}' vueilliez impétrer grâce
Vers vostre filz, vray rédempteur,
Tant qu'à la fin pardon luy face (2).
S'il existe des dévotions universelles comme celle dont nous
venons de rappeler les formes ingénieuses et touchantes, il
y en a aussi de particulières à différents diocèses où des saints
et des saintes sont l'objet d'un culte spécial. Sainte Gene-
viève, libératrice et patronne de Paris, a naturellement sa
place sur les pages des livres d'Heures imprimés dans la capi-
tale (3). Ailleurs, on a rimé des oraisons en l'honneur de sainte
Barbe (4), de saint Ântoiiie de Padoue (5), dont le pouvoir
est décrit dans ces vers :
Il recouvre toutes choses perdues.
Toutes bestes sont par luy deffendues,
Et bien souvent procès à tort menez
A vraye justice et bon droit amenez.
Là ne se borne pas son intervention ; il préserve de toute
calamité, de la lèpre, de mainte infirmité. « Il donne remède
à mort subite ». En mer, il arrête la foudre et la tempête.
A tous périls il est remerc'iable, ^
Et aux pécheurs d'un amour pardonnable.
La diversité des oraisons, le mélange de la prose et des vers
distinguent ces livres d'Heures, si différents de nos parois-
(1) Heures de Thielman Kerver (1.525).
(2) Heures de CoutanceSy (1525).
(3) Heures à l'usage de Paris. (1565).
(4) Heures à C usage de Lis (eux. (1525).
(5) Heures à l'usage de Rouen vers 1584.
414 LES LÎVRES d'heures
siens d'aujourd'hui, et leur caractère parfois un peu jovial,
mêle le sourire à la dévotion. Il règne dans ces pages un
sentiment de piété profonde et non pas austère. L'esprit
chrétien s'y allie à la belle humeur.
Après tant de prières, semées d'avis spirituels, il est utile
d'apprendre, en les résumant, les moyens les plus sûrs d'aller
au ciel. Ils nous sont indiqués dans une pièce de vers intitulée :
La Voye de Paradis,
Qui veult en paradis aller
En peult icy la voye trouver.
Honorer Dieu souverainement
Et l'aymer .parfaitement.
Obédience sans murmure,
Pacience contre injure.
Humilité qui n'est pas faincte ;
Pauvreté sans nulle contrainte ;
Pureté de cueur et de corps;
Estre aux pauvres miséricors.
(Confession bien ordonnée
Est de Dieu enluminée.
Souvent' fréquenter ofaison
De cueur en grand' dévotion.
Toujours parler de vérité
¥A de cueur debonnaireté.
Avoir la volonté en hault
Et souvent plorer son deffaut
A son prochain toute amitié.
D'autruy mechef avoir pitié,
Sobriété et atrempance (1).
Penser de Jésus la substance
Et regarder les bénéfices
De Sacrement en tous délices.
En chacun jour penser souvent
A louer Dieu dévotement.
Et maintenir paix et concorde,
Ayant pour tous miséricorde.
Ce sont là les traicts et la voye
Qui l'homme en paradis envove (2).
(1) Modération.
(2) Heures à l'usage de Bourges (1586).
LES LIVRES d'heures 415
IV
Nous n'avons pas tout dit sur les livres d'Heures ; mais
ceux dont nous venons d'entrevoir les richesses ou de feuilleter
les pages, nous les ont fait connaître dans leur ensemble, en
nous montrant de quelle façon, en quels termes priaient nos
aïeux. Le vieux langage ajoute à leurs oraisons une grâce
naïve et familière, et les expressions d'un autre âge ont, de
nos jours, une saveur, une originalité pleines d'attrait.
De ces vélins aux ors vieillis, aux figures d'un art délicat,
aux enluminures fantastiques, s'échappent les élans de l'âme
vers Dieu, vers la Vierge que la Che\ralerie revendiquait
pour elle-même, en l'appelant « Notre-Dame ».
Elle est intéressante -et curieuse la transmission des manus-
crits que leur origine rattache à des noms glorieux, à des
races illustres. Leurs destinées furent étranges et diverses, à
travers les siècles qu'ils ont traversés victorieusement.
Depuis longtemps, la mort a couché sous les pierres tom-
bales ceux dont les lèvres murmurèrent de pieuses invocations
dans l'oratoire du château féodal et qui s^agenouillaient dans
les antiques cathédrales, monuments élevés par le génie des
siècles de foi.
Les Heures occupent une place dans l'Histoire religieuse
et dans celle de l'art. Elles sont précieuses à plus d'un titre.
Les familles qui en ont recueilli l'héritage, les conservent
comme des reliques du passé, et parmi ces feuillets, chargés
d'ans et de prières, on retrouve quelque chose de l'esprit et
du cœur de l'ancienne France.
H. i>E BROC.
BIBliIOGI^IlpHlE du DfPIlItî^lVlKN^ de l'OI^^E
pendant Tannée 1908
ADIGARD (P.). Débats parlementaires. Sessions ordinaire
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64, 100, 105, 106, 111, 131. - Discuss. du budget de mn, modifié par le
Sénat, 213. — Discuss. des interpellations relatives aux fraudes sur les
vins et à l'organisation de la magistrature, 491. — Discuss. du budget de
1908 (Intérieur), 1975 ; (Agriculture), 2270 ; (Postes et télégraphes), 2455;
(Colonies), 2788. — Discussion du proj. de loi tendant à modifier la loi de
séparation des Eglises et de l'Etat, 2978. 2979, son amend., 2980 ; parle,
2983, 2984, son amend., 2985. (Journal Officiel),
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présidée par M. Boutet de Monvel, trésorier payeur général
de l.Orne, assisté de M. Mourlot, inspecteur d'Académie et de
M. Tarot, proviseur du Lycée. Samedi 27 juillet. Rappel des
. biblioguaphif: de i/orne 417
prix d'honneur. Vues du Lycée. (Alençon, A. Herpin, 1907,
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de 674.471 livres au profit du sieur Cagnon pour le payement
des terrains, bâtiments, sis Section des Plants dont la
réunion au Muséum d'histoire naturelle a été ordonnée par
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le 7 février. (Indépendant de l'Orne, 14 février 07).
— La cheminée du prieuré, poésie. (Bull, de la Soc. hist. et
arch. de l'Orne, janvier 07, p. 173).
— Turquetin et la petite rose» (Id., p. 176-179).
— A Biétry, poésie. (Le Soleil, 30 juin 07 ; Le Jaune,
6 juillet).
- La mort du Cerf, poésie. (Journal d'Alençon, 17 sep-
tembre 07).
— Le Buste, poésie. (Journal d'Alençon, 17 septembre).
— La plainte du Lièvre, poésie. (Indépendant de l'Orne,
5 décembre 07).
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HÉBERT. Club des Cordeliers. Séance du 15 juillet 1792.
Présidence de Hébert : est un des commissaires chargés de
rédiger une adresse à l'Assemblée nationale pour lui deman-
der qu'elle décrète qu'il y a lieu à une Convention nationale.
— 17 frimaire an II. Arrêté qui déclare que Hébert a toujours
la confiance de la Société. — 22 nivôse. Sa rétractation de
Taccusation qu'il a portée contre Marat d avoir reçu du
ministre de la Guerre un abonnement à son journal. —
22 ventôse. Se défend d*avoir dénoncé Robespierre. (Inven-
taire des registres des sections de Pciris, conservés à la
Bibliothèque V. Cousin. La Correspondance hist. et arch.,
janv.-févr. 1907, p. 10 et 11).
Héloup. Documents économiques. V. Mourlot.
HELVÉTIUS. Le 20 brumaire an III. Le Comité de l'Instruc-
tion publique arrête que le citoyen Massieu, un de ses
membres, sera chargé de prendre les mesures convenables
pour procurer à la Nation les divers manuscrits de J.-J.
Rousseau, Le Mière, Mably, Helvétius, etc. (Procès-verbaux
du Comité d'instr. publ. de la Conv. nat., t. V, p. 208 et t. VI,
p. 943).
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travail en 1906. Paris. Impr. nal., 1907, p. 141-170).
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(Bulletin de la Soc. liist. et arch. de TOrne, avril 19()7;
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28 thei'midor an III. Rapport sur les dépenses d'établisse--
ment de la Bibliothèque du district de Laigle. Remis à la
deuxième section. (Procès-verbaux du Comité d'Instruction
publique de la Conv. nat., t. VI, p. 546).
— Pétition des administrateurs du département de
rOrne qui exposent ([ue bientôt la manufacture d'épingles
n'existera plus si promptement on ne s'occupe de lui procurer
les matières premières dont elle manque. 22 août 1791,
(Procès-verbaux du Comité d'agr. et de commerce, t. Il, p. .*W7.
Autres documents indiqués, F^^, 1321-1322, 1713 à Tan VI,
Ibid.).
— Xombre des prêtres constitutionnels et des réfractnires
dans le district. (Le clergé constitutionnel et' le clergé réfrac-
taire en 1791, d'après M. Sciout, par P. Sagnac; La Révolution-
Française, 14 déc. 1907, p. 504, 505).
LAIR (Jules), membre de rAcadémie des inscriptions.
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1809, chargé par arrêté du 25 pluviôse an II de la correspon-
dance de la Commission des arts.
Le 6 floréal au III, le citoyen Le Blond, commissaire pour
la recherche des objets de sciences et arts dans la Belgique,
remet au Comité dlnstruclion publique des volumes précieux
et des pierres gravées. Le 8, il annonce l'arrivée prochaine de
quarante-cinq caisses de sciences et arts et l'invite pour qu'ils
soient remis le plus promptement possible dans les dépôts
qui leur sont destinés. (Procès-verbaux du Comité d'Instruc-
tion publique de laConv. nat, t. VI, p. 131, 189, 828, XXXVII).
LE BOULANGER (l'abbé J.), aumônier des Bénédictines d'Ar-
gentan. Dentelle d'Argentan. (Journal de l'Orne, 6 juillet 07).
— Discours prononcé à la cérémonie de clôture de l'ensei-
gnement chez les Bénédictines d'Argentan. (Sem. cath. du
dioc. de Séez, 26 juillet 07, p. 480).
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Brulleinâil, .220; Carrouges, 151, 158, 16^^; Chaniboi*», .273
Champhaut, 211 ; Chaumont, 142 ; Domfront, 215, 310
43(5 BIBLIOGRAPHIE DE L*ORXE
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Laigle, ()2 ; Larchanip. 4S4; Mortagne, 83 ; Saint-Evroul, 333
Saint-Martin-rAigiiiIlon,47; Sées, 143; Ventes-de-Bourse (Les),
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çasculaires croissant spontanément ou cultivées en grand dans
le département de VOrne, 2*' fasciscule. (Rouen, impr. Lecerf,
1907, in-8% 04 p. Extrait du Bulletin dt la Société des Amis
des Sciences naturelles de Rouen).
— Xotes biologiques sur le Vison, (Bulletin de la Société
des Amis des Sciences naturelles de Rouen, séance du
4juillet UX)7).
— Xotes sur les plantes anciennement cultivées dans le
département de VOrne. (Bull, de la Soc. d'Horticulture de
rOrne, l*»- semestre 1907, p. :J8).
— Nouvelles observations sur les Roses des environs
dWlençon, (Ihid., p. 48 ; article reproduit in- extenso dans le
Journal des Roses, Grisy-Suisnes, Seine-et-Marne, 1907,
octobre, p. 160 ; novembre, p. 174).
— Xotes historiques sur la culture de la Rose au Moyen-
Age en Normandie, (Ibid., p. 44).
— Deux lettres inédites de Pierre-André Latreille, membre
de rinstitut, professeur au Muséum d'Histoire naturelle.
(Ibid., p. 59).
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— Extrait de V Essai sur V Histoire et les Antiquités de
Domfront, par Caillebotte, concernant deux chênes de Tan-
cienne lorèt du Passais. {Ibid., 2^" semestre 1907, p. 95).
— L* Hirondelle; le Martinet, le Gobe-Mouches et VEngoule-
i^eni. (Alnianach de l'Orne 1908, p. 67).
— Rats, Souris, Mulots. Campagnols, (Alnianach de
l'Indépendant de TOrne 1^.K)8. p. 113).
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LINIÈRE (Georges F. de), préfet de l'Orne. Discours aux
obsèques de P.-Th. Boschet, maire d'Argentan. (Journal
d'Alençon, 28, .50 mars, 2 avril \{)i)l ; Journal de l'Orne,
30 mars 1907).
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de Séez, (Sem. cath, du diocèse de Séez, 1*'" février 07, p. 72 ;
1" mars, p. 143; 29 mars, p. 209; 23 août, p. 548; 18 oct.,
p. 670; l"nov., p. 701 ; 15 nov., p. 737; 13 déc, p. 800;
20 déc, p. 813 ; 27 déc, p. 832).
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Lormarin, Manoir. Excursion dans le Perche. Photogra-
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obsèques de M. l'abbé Gougeon, curé des Tourailles. (Le Val-
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— Histoire de V église protestante d'Athis, recueillie à
438 BIBLIOGRAPHIE DE l'ORNE
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in^°, VII-231 p. et ^av.).
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Comptes-rendus par Louis Coquelin dans la Re.\iie des
Questions historiques, P** oct. 1907, p. 4i49 ; par P. B. dans la
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1907, p. 569.
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Filles au A'TT//*^ s. ; Gomerfontaine. Passages relatifs à trois
abbesses de Gomeriontaine qui intéressent notre région :
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MARTIN (Th.^Henri), correspondant de TAcad. des Sciences
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noiier. (Bulletin de la Soc. hist. et arch. de TOrne, janv. 1907,
p. 139-140).
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MADPETIT (Michfil-Rcné), député de la Sarthe, né à Alençon.
Lettres, i^8g-i ^gj, (Bulletin de la Commission hist. et
arch. de la Mayenne, t. XXIII, p. 91-92. M. de la Chaux, le
curé deCéaucé (Thomas-Julien Jardin), curé constitutionnel).
MAUVIEL. V. Verlaine.
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Bois. (La Revue hebdomadaire, 21 déc. 1907).
MESNIL (l'abbé). La Chapelle-Moche, Ses curés et ses
prêtres à V époque de la Révolution (suite). (Sem. cath. du
dioc. de Scez, 11 janvier 07, p. 80; l^*" février, p. 75; 3 mai,
p. 288; 10 mai, p. 306; 17 mai, p. 323; 31 mai, p. 356;
7 juin, p. 368; 30 août, p. 5(w ; 25 oct., p. 689; 6 déc, p. 783.
— A part. Sées, Paul Leguernay, id., in-8'', 39 p.).
Messei. V. Nécrologie,
MONANTEUIL (Jean-Jacques-François), peintre d'histoire, né
à Mortagne le 11 juillet 1785, élève de Girodet, mort en 18()0.
Lettre de Girodei-Trioson à Monanteuil (S. d.), (Correspon-
dance, historique et archéologique, septembre-octobre 1907,
p. 282). Relative à l'achat d'un de ses tableaux par la Société
des Beaux-Arts, rue Bergère, dont M. d'Est était secrétaire.
Monanteuil était élève de Girodet-Trioson, mort en 1824.
MONTORGUEIL (Georges). Le crâne de Charlotte Corday et
M. Lombroso. (L'Eclair, 18 août 07).
Montimer, château. Excursion dans le Perche, (Bull, de la
Soc. hist. et arch. de l'Orne, janv. 1907, p. 80. Photogr.).
Mortagne. V. Génissieu et Le Cacheux.
— Reurres de. V. Duval (L.).
— Coup d'œil rétrospectif sur, V. Fournier (L.).
— Tort considérable que les troubles des Colonies font au
commerce des Toiles, Demande de la confirmation du décret
du 12 octobre 1790, relatif à l'état des personnes non affran-
chies. (Procès-verbaux du Comité d'agriculture et de
commerce, 4 mai 1791, t. II, p. 223).
— Hôtel de Mortagne où sont déposés tous les modèles des
34
440 BIBLIOGKAPHIE DE l'ORNE
mécaniques propres à perfectionner les arts et principalement
les manufactures. (Id.. p. 117).
Mortrée. Réunion des Mobiles d\\rgentan'Mortréei8^o-^i,
Rapport d'Alfred Dornois. sergent-major. Faits militaires
relatifs aux deux cantons. (Journal de TOrne, 3 août 11)07 ;
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de délibérations des municipalités du district d'Alençon,
lySS-an IV, t. I. (Alençon, veuve Félix Guy et C'*, 1907).
1« Alençon, articles 1-1053, p. 1-365 ; 2° Condé-sur-
Sarthe, art. 1060-1173, p. 366-408; 3° Congé, art. 1174-
1222, p. 409-422 ; 4° Forges, art. 1223-1336, p. 421-441 ;
5" Gandelain, art. 1337-1403, p. 441-457 ; 6*^ Héloup,
art. 1404-1456, p. 456-474 ; 7" Larré, art. 1457-1508. p. 474-486 ;
8° La Roche-Mabile, art. 1509-1605, p. 487-507; 9« Pacé,
art. 1616-1733. p. 507-539. ; 'lO" Saint-Denis-sur-Sarthon, art.
1734-18(51, p. 539-572 ; 11« Semallé, art. 1862-1935, p. 572-588 ;
12« Valframbert, art. 1936-2089, p. 589-635.
Canton de Car/Bouges : 1° Carrouges, art. 2090-2177, p. 636-
668; 2°Beauvain, art. 2178-2265, p. (5(>8-688; 3« Fontenai-les-
Louvets, art. 2266-2290, i). 688-694 ; 4« Livaie, art. 2291-2307,
p. 695-699; 5° Longuenoë. art. 2308-2415, p. 699-725 ; 6^ Ménil-
Scelleur (Le), art. 2416-2425, p. 725-730 ; 7" Motte-Fouquet (La),
art. 2426-2469, p. 730-742 ; 8° Saint-Patrice-du-Désert. art.
2460-2541, p. 742-762.
Sur les 25 communes que renfermait la ville et canton rural d'Alençon
en 1790, moins de la moitié, douze seulement, figurent dans les analyses
données par M. Mourlot.
— 18 communes seulement sur 48 que renfermaient les cantons d'Alen-
çon et de Carrouges sont représentées dans ce Recueil. Manquent pour
Alençon: Cerise, Colombiers, Cuissai, Damigni. Kerrière-Bochard « La),
Froust(Le), LacelleiLai, Lonrai, Mieuxcé, Hadon, Saint-Céneri-lc-(iérei,
Saint-Germain-du-Corbéis, Saint-Nicolas-des-Hois.
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— Préside le Comité départemental d'hist. économ. de la
Révolution le 27 juillet 1906. (Commission de recherche et de
publication des documents relatifs à la vie économique de la
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Nécrologie. Mère Saint- Joseph, supérieure de Thospice de
Vimoutiers. (Sem. cath. du dioc. de Séez, 11 janvier 07, p. 25).
— M. l'abbé Clérice, anc. curé-doyen de Saint-Léonard
d'Alençoh. (Id., 15 lév., p. 112 et 22 fév., p. 126).
— M. l'abbé Gougeon, curé des Tourailles. (Id., 22 fév.
p. 128).
— Le R. P. Gabriel (Félix) Germain. (Id., 8 mars, p. 158).
— M, Vabbé François Maillard. (Id., 22 mars 07, p. 192).
— M. Dehaize (1840-1880). (Id.. 29 mars, p. 225),
— M. Vabbé Amiard, archiprêtre de Domfront. (Id., 26 avril,
p. 277).
— M. Vabbé Durand, vicaire à Chanu (Sem. cath., 17 mai,
p. 320).
— M. Auguste Buffard, ancien maire de Tinchebray.
(Id.. p. 322).
— M. Vabbé Roger, curé de Fresnes. (Id, 27 sept., p. 629).
— M. Vabbé Leveillé, curé-doyen de Messey. (Id., 25 oct.,
p. 686).
— Pauline Jariel. (Id., 8 nov., p. 719).
— Le R. P. Edouard Epinette, de la Congrégation du
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NÉEL DE CRISTOT (Louis-François), évèque de Séez. Xotice
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District d'Alençon : Quelques écoles ; Argentan, id. ;
Bellème, id. ; DomlVont, id. ; Mortagne, id. ; Laigle. 45 écoles
sur 104 communes. (Procès- verbaux du Comité d'instruction
publique de la Conv. nal., t. VI, p. 905).
— Prix d'encouragement léclamé par le dé[)artement de
rOrne pour les services rendus par le s*" Guerrier, fermier du
prieuré de Saint-Martin-du-Vieux-Bellême, à l'agriculture,
2 mai 1791. (Procès-verbaux du Comité d'agriculture et de
commerce, t. II, p. 209).
— Lettre des administrateurs du département au Comité,
25 nov. 1791. (Ibid., p. 405).
— Pour demander le partage des biens communaux,
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PESCHOT (rabbé). Notés percheronnes. (Bull, de la Soc.
perch. d'hist. et d'arch., avril 07, p. 93-96).
PIARRON DE M0NTDÉ8IR, négociant à Paris. Pétition rela-
tive aux graines de lin et de colza pour Timportation,
16 mars 1792. — Saisie de 256 pièces d'eau-de-vie, 18 juin id.
(Procès-verbaux du Comité du commerce, t. II, p. 722-784).
Pin (Le). Conservation du Haras, demandée par le départe-
ment de l'Orne, .2 juillet 1791. — Autorisation de vendre aux
cultivateurs du département 40 chevaux sur les 80 qui
composent le haras. (Procès-verbaux du Comité d'agriculture
et de commerce, t. II, p. 337-338).
— Remise faite à M. Gobillar des Lettres et Mémoires
concernant le Haras du Pin, 18 nov. 1791. (Ibid., p. 458).
— Renvoi d'une Lettre de la Section des Haras, 25 nov.
1791, p. 465. (Procès-verbaux du Comité d'agriculture de
l'Ass. législative. V. Arch. nat. R^ 432 et Arch. dép. de
l'Orne, c. 97-101).
444 BIBLIOGRAPHIE DE l'ORNE
— Lettre du ministre de rintérieur et délibération du
du département pour demander la conservation du Haras,
18 avril 1792. (Ibid., p. 560).
— Lettre du maire de la Cochère et pétition de la commune
d'Argentan pour demander que le domaine du Pin soit vendu
et en attendant régi par la direction du district d'Argentan,
4 mai 1792. (Ibid., îp. 566).
— Rapport de M. Rivery sur l'établissement d'un haras
dans rOrné. 16 mai 1792, p. 570.
PONTAVICE (Vicomtesse du). Une justicière : Charlotte
Corday. (Le Monde Moderne, mai 1907, p. 119-123).
POULET-MALASSIS. Lettres de Gh, Baudelaire, des 16 mai
1858 et 15 décembre 1859.
— Lettres inédites à Félicien Raps, (Mercure de France,
V' et 15 janvier 1907, p. 596-598).
PRENTOUT (Henri), professeur à la Faculté des lettres de
Caen. Les tableaux de i y go, en réponse à V enquête du Comité
de mendicité. Calvados. (La Révolution française, novembre
1907. Tirage à part). Contient des notes empruntées aux
documents donnés par M. Lasne en appendice à son Mémoire
sur l'assistance publique dans l'Orne pendant la Révolution
présenté à la Faculté des lettres de Caen pour le diplôme
d'études supérieures d'Histoire. V. Bibliogr. du département
de l'Orne pendant l'année 1906.
Préaux. Excursion dans le Perche. (Bull, de la Soc. hist. et
arch. de l'Orne, janv, 1907, p. 33-35).
PRIEUR de la Marne (le Conventionnel), en mission dans
rOuest d'après des documents inédits par M. P. Bliard.
(Paris, Emile Paul 1906, in-8°. Compte-rendu par L. Levy-
Schneider dans la Révolution Française, mars, mai et
juin 1907, p. 269, 449 et 568).
Prieur de la Marne (Pierre-Louis) et Prieur de la Côte dOr
(Claude-Antoine) furent envoyés en mission à l'armée des
côtes de Cherbourg, avec Romme et Laurent Le Cointre, par
décret du 30 avril 1793. — Mais Prieur de la Côte d'Or avait
été envoyé en mission dans les départements maritimes
BIBLIOGRAPHIE DE l/ORNE 445
depuis Lorient jusqu'à Dunkerque avec Defennon et Roche-
gude, par décret du 22 janvier 1791). (V. Archives de l'Orne,
L. 258).
PRINGAULT (Louis). Nécrologie, (Bull, de la Soc. hist. et
arch. de TOrne, avril 1907, p. 30(>-307).
REDON (J.), juge de paix de Mortagne. Nécrologie. L.-A.
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Rémalard. Comice agricole, V. Marchand.
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— (Le Siège de). V. Levassort.
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en collaboration avec M. Tournoùer. (Bull, de la Soc. hist. et
arch. de TOrne, janvier 07, p. 9-86).
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ROMAIN (J.). Les leçons du passé. La marche de la persé-
cution religieuse dans les paroisses du Houlme, à propos d'un
ouvrage récent. (Croix de rOrne, 6 janvier 1907).
ROTOURS (Baron Jules Angot des). Chronique du Mouvement
social. Pays de langue anglaise. (La Réforme sociale, 16 jan-
vier 07, p. 190).
— Une belle page de V histoire d'Harcourt, (Bull, de l'Union
bas-norm. et perch., janvier-février 07, p. 7).
— Soleil de février, poésie (Le Correspondant, 25 février 07,
p. 802; Bull, de l'Union bas-norm. et perch., mars-avril 07,
p. 31).
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Soc. hist. et arch. de l'Orne, janvier 07, p. 146-158).
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1597 à 1700 par M. F. Lachèvre. Compte-rendu. (Id., avril 07,
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de Saint-Antonin, près Rugles, qui demande la concession à
perpétuité d'un marais contenant 100 arpents, département
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de co.nmerce, II, 130.
Saint-Aubin-sur-Iton. Une Fête officielle sous la Révolution.
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Perche. (Bull, de la Soc. hist. et arch. de l'Orne, janv. 1907,
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2, 27 mai 1791. (Procès-verbaux du Comité d'agriculture et de
commerce, t. II, p. 223, 2(56).
— Présentation au Comité par MM. Guerrier, l'un de
chevaux de race anglaise nés dans le Perche, l'autre de béliers
de race anglaise nés en Picardie. Présentation au procès-
verbal, 16 sept. 1791, (Ibid., p. 426).
•
Saint-Martin-rAiguillon. V. Le Cacheux.
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Glapion. Alençon, Imprimerie Alençonnaise, 1907, in-8°,
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Sainte-Scolasse et un reliquaire de Sainte-Scholastique.
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SCHALCK DE LA FAVERIE (M-"*^ Félicité-Louise Louvel).
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11 p. in-8°).
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7 mars 07. Bull, de l'Union bas-norm. et perch., mars-avril 07,
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— Excursion archéologique dans le Perche, en collaboration
avec M. Tabbé Richer. (Bull, de la Soc. hist. et arch. de
rOrne, janvier 07, p. 9-86).
— Saint-Hilaire-desSoyers. (Bull, de la Soc. hist. et arch.
de l'Orne, janv. 07, p. 89-122 et à part, Alençon, 1907, 71 p. in-8°.)
— Discours prononcé au Comice agricole de Noce, tenu à
Berd*huis le 8 septembre. (Journal de Nogent, 12 septembre ;
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3. Chronique bibliographique. (Action Franciscaine, janvier
1906 et juillet 1906).
4. Les Œuvres du P. Basile au Mans. (Action Franciscaine,
mars 1906).
5. Bulletin d'Histoire Franciscaine. Publications Hollan-
daises. (Etudes Franciscaines, avril 1906).
6. Le Père Timothée de la Flèche, évêque de Béryte, et les
affaires ecclésiastiques de son temps (1703-1730). (Annales
Fléclîoises. mai-juin 1906 et Etudes Franciscaines, août 1906).
7. Bulletin d'Histoire Franciscaine. (Etudes Franciscaines,
juillet et octobre 1906).
8. Le Cardinal de Richelieu et les Capucins de Chalons-sur-
Marne. (Id., juillet).
9. Le Couronnement de N. D. de Paix à Paris. (Annales
Franciscaines, octobre 11K)6).
10. Prières et poésies du moyen-âge en Vhonneur de Saint-
François d'Assise. (Etudes Franciscaines, octobre 1906).
11. Bulletin d'Histoire. (Id., novembre 1906).
En 1907 :
1. Les Franciscains de Berthancourt et de Bethléem à
Mézières et à Charleville. (Revue hist. ardennaise, mars-
avril 1907, p. 68-96. Tirage à part, chez Picard, Paris, in-8*»
de 31 p.).
2. Notice nécrologique sur le P. Benoît-Joseph. (Annales
Franciscaines, février, mars, avril. Tirage à part in-8° de
16 p. Paris, Mersch.
3. Bulletin d'Histoire. (Etudes Francise, mars 1907).
4. Le P. Séverin Girault mort aux Carmes en 1792. (Etudes
Francis., mai et juillet. Tir. àpartde44p., Paris, Poussielgue).
5. Reginald Balfour. (Annales Francise, septembre).
6. Bulletin d'Histoire Franciscaine. (Etudes Francise, juin).
7. Lettres inédites de Lamennais à propos de l'édition des
Lettres d'Atticus. (Etudes P>ancisc., août et Revue de Bretagne,
septembre).
8. Bulletin bibliographique. (Action Franciscaine, octobre).
9. Vie inédite de S. François d'Assise, texte du XIII^ siècle.
(Etudes Francise, octobre).
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19()7, iii-16 d. XVIM48 p.).
11. Jean Bernadotte. (Intermédiaire du 30 octobre 1907).
12. Bulletin d* Histoire Franciscaine. (Etudes Franciscaines,
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VANDIER (M.-Ed.-B.). Silhouettes Bellêmoises, par M. H. Tour-
noi'ier (Bulletin de la Soc. hist. et arch. de TOrne, janv. 1907,
p. 137-139. Portrait).
VAUGEOIS. 6 thermidor an III. Le citoyen Blondin, auteur
d'un précis de la langue française, demande au Comité
d'Instruction puJ)lique par l'organe des représentants du
peuple Vaugeois, Potlier. Chauvin et Bohan que sa méthode
soit adoptée. Renvoyé au Jury des livres élémentaires.
(Procès-verl)aux du Comité d'inslruclion publique de la
Convention nationale, t. VI. p. 453.
Ventes-de-Bourse (Les). V. Le Cacheux.
VÉREL(Ch.). Sonant-le-Pin (suite et (in). (Bull, de la Soc.
hist. et arch. de l'Orne, avril 07, p. 217-242. Tirage à part).
VERLAINE Cécile (Mauviel E., vicaire de Saint-Bômer-les-
Forges). Miniatures. Sonnets impressionnistes sur la cathédrale
de Séez. (Flers-de-l'Orne. Imprimerie E. Jehan, in-cS'^ oblong,
sans pagination).
VIEL DE BOISJOLIN. Compris dans la troisième classe des
savants, artistes et hommes de lettres qui ont droit aux
récompenses nationales : l.ôOO livres (10-10 truclidor an III).
(Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de la
Conv. nat., t. VI, p. 553 et 031).
VIGNERAL (le Comte Christian de), directeur de l'Associa-
tion normande. Portrait. (Annuaire de l'Association nor-
mande, UK)7, p. 639-(;54).
VILLEDIEÏÏ (M'"* de). V. Desjardins.
VIMARD (Achille). Discours prononcé aux obsèques de
452 BIBLIOGRAPHIE DE l'oRNE
M. l'abbé Gougeon, curé des Tourailles. (Croix de TOrne,
10 février 07 ; Le Val-Marie, fév.-mars 07).
Vimouliers (Hospice de). V. Nécrologie.
VOISIN (Rév. Père). Discours prononcé à l'Association
amicale des anciens élèves de Sainte-Marie de Tinchebrav.
(Croix de rOrne, 15 septembre).
WAINS (Henri). Nécrologie, par P. Hardy- Obsèques, (Journal
d'Alençon, 8 et 10 octobre 1907.
L. DUVAL et H. TOURNOUER.
NOTICE HISTORIQUE
SUR LE
COLLÈGE DE BUEIL
A ANGERS
Fondé par Grégoire LANGLOIS, Évèque de Sécz,
pour des Etudiants en Droit.
( I 404 - I 867 )
VII. — Le cardinal Mathieu Cginterel
Le plus célèbre de tous les élèves du collège de Bueil, c*est
à coup sûr Mathieu Cointerel (Contarellus) qui devint car-
dinal.
Ciaconi (1), Pocquet de Livonnière (2), Célestin Port (3)
après Ménage (4) ont écrit son histoire curieuse. Je n'ai
qu'à la rappeler brièvement ici, et à dire comment « cet
artisan de sa fortune », fils d'Hilaire Cointerel et d'Yvonne
(Guyonna) Vivan, né en L509, ou 1519, alla étudier le droit
à Angers. Est-ce un écart de jeunesse, un scandale amoureux,
qui l'obligea de quitter cette ville et de gagner Rome où il
vécut du travail de sa plume ? On le dit, mais c'est peu croya-
ble. Sa famille, mieux renseignée mais plus intéressée à la
solution du problème, prétendait au contraire qu'un jour
il rencontra un prince étranger devant l'église de Saint-
Maurice avec plusieurs personnes de sa suite fort appliquées
à considérer la beauté du clocher. Le jeune homme les aborda,
(1) Vitœ t't res fceslfr Pontificnm^ éd. 1630, col. 17()3.
(2) Bibl. Angers, ms. 1067, fol. «1 ot ms. 1068 (cat. Lcmarchand).
(3) DU't. Maine-et-Loire, 1, 72."î-726.
(4) Vita Pétri .Erodii, p. 211. Voir aussi à la bibliothèque d'Angers le
ms. de Hcrtlîc, n" 896 (cat. Lemarchand), tome II, fol. 90.'
454 NOTICE HISTORIQUE SUR LK COLLÈGE DE BUEIL
devint leur cicérone, leur fit visiter les attractions de la ville,
tant et si bien qu'il entra dans les bonnes grâces de ce prince
et partit avec lui en Italie jusqu'à Venise. Là, il entre comme
précepteur dans la famille de Bovi, puis tombe malade,
est soigné par le médecin Boncompagno frère du professeur
de droit de Bologne lequel fut plus tard pape sous le nom
de Grégoire XIII. Ce fut l'origine de sa fortune. Il devint
référendaire de l'une et de l'autre signature, secrétaire des
brefs. Il fut choisi par Pie V pour être le conseiller de son neveu
Michel Bonetti, dit le cardinal Alexandrin, envoyé en léga-
tion en France, en Espagne et en Portugal. Il fut enfin dataire,
puis cardinal en 1583. « Ce fut sa grande habileté dans la
jurisprudence, aussi bien que son intégrité, qui lui procura
ces dignités ! >• aflirme Pocquet de Livonniére (1).
Le fait d'avoir été distingué par un personnage comme saint
Pie V, d'avoir compté parmi ses amis des hommes comme
René Choppin et le Tasse, n'est pas pour amoindrir restime
due au cardinal Cointerel.
Il mourut le 27 novembre 1585 (2). 11 laissait une pension
viagère de 300 écus à sa nièce Madeleine Cointerel. Il donnait
son bien (3) à Virgilio Crescentio, gentilhomme romain,
chargé de servir la rente à sa nièce. Il fut enterré dans la
chapelle Saint Mathieu qu'il avait fait construire à ses frais
(de bonis sibi a deo coUatis) dans l'église de Saint Louis des
Français. Il avait jadis donné dix mille écus d'or pour bâtir
le frontispice de ce temple national, et une même somme aux
jésuites pour leur église du Gesu. Vu inventaire de 1618,
malheureusement ignoré de Monseigneur d'Armaillacq, nous
a conservé le souvenir des largesses faites par ce même car-
dinal au même temple de Saint Louis des Français (1).
(1) Bibl. Angers, ms. 1067, fol. 81. Cf. iMoroiii, Dictionnaire, t. XVII,
p. 51.
(2) Son anniversaire était fixé au 27 novembre. Cf. d'Armaillacq, L'égUse
nat. de Saint-Louis des Français, p. 189.
(3) Suivant Pocquet de Livonniére, qui a tort, il légua son bien à
l'hôpital de la Trinité des Pèlerins. Ménage dit pourtant avec clarté que ce
don fut Hœuvre de François C, neveu du cardinal.
(4) Hall. Soc, Ag-r. Sarthe, t. XI, p. 536-538. — X. Barbier de Montault,
Notice sur Vétat de l'Eglise nationale de Saint-Louis des Fr., Poitiers,
1855, p. 15.
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 45Ô
Son portrait, inséré avec une notice dans la « Chronologie
collée», se trouve en outre à la bibliothèque nationale de
Paris, aux Estampes, dans la collection N 2. Cette seconde
pièce, la seule intéressante, fut gravée par F. Stu^rhelt,
en buste, de trois quarts à gauche, dans un cartouche ovale.
Elle a été reproduite dans le Répertoire Archéologique d'Anjou
en 1861 d*après le cuivre original actuellement au musée
d'Angers, Pocquet de Livonnière cite aussi un portrait
reproduit dans un livre de « Henriet j. consul et expert ».
Un tableau à Thuile, du xvi^ siècle, se trouvait encore
au xviii^ siècle au Mans, ch«z un chanoine (1).
L'inscription du tombeau de Cointerel est publiée dans la
Vita Peiri .Erodii de Ménage (p. 218), dans Ciaconi (ûiiœ et
res gesiae pontificum^ éd. 1630, col. 1763), dans le Répertoire
archéologique de V Anjou, 1861, p. 142, et dans le Bulletin de
la Société d'Agriculture de la Sarthe, t. xi (1867-1868) p, 536.
Voici ce texte d'après une copie qu'a bien voulu prendre
pour ce travail Mgr Guthlin, le recteur actuel de Saint-Louis-
des Français :
D. O. M.
MATTAEO. CONTARELLO
TfT. S. STEPHANI
S.R.E. PRESB. GARD.
ÏTVIVS. SACELLI. FVNDATORI
VIRGILIVS. CRCSCENTfVS
EX TEST. H AERES POS .
M. D. XC (2)
Son éloge funèbre fut prononcé en latin par le P. François
Rémond, jésuite dijonnais, et imprimé eil 1586. (Sommer-
vogel, BibL de la C»* de Jésus^ t. vi, col. 1652). Ménage en
en a composé un qui fut imprimé tout d'abord dans la Vita
(1) Rép^. arch. Anjou^ 1861, art» de V. Godard-Faultrier La Commune de
Morannes.
(2) Cf. Revue des Sociéléa savantes, 1889, tome IX, p». 268-^67. Ménage'
dDiMie à tort la date de : mi»lxxxvi, et Pocquet de Livonnière] celle de
1585. La pierre ronde portant cette épitaphe existe toujours dans le pavé de
la chapelle Saint-Matthieu. Mgr d'Armaillaoq dans sa- notice (p. 150-154) ne
la reproduit point. Th. Gauvin, Essai sar l'Armoriai du dioc, da Mans,
p. 67, blasonne inexactement les armes de notre cardinal*
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456 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
Peiri Mrodii (1675) p. 211-219, puis dans la seconde partie
de V Histoire de Sablé, p. 66 et s.
Cointerel, dit Pocquet de Livonnière (1. c.) « fit un recueil
de toutes les minutes de dispenses accordées par Grég. 13,
en des occasions importantes. Le card. d*Ossat loue beaucoup
ce travail (dans une lettre au maréchal de Villeroi), et sans
doute qu'il a bien servi à Pirrhus Corradus. » Godard-F'aul-
trier (1) qui Ta cherché n'a pu savoir ce qu'était devenu ce
recueil qui est resté sans doute dans les archives d'une des
congrégations romaines.
Le nom de Cointerel n'est cité ni dans la brochure de Torrigio
(De em. Cardinalibus scriptoribus) de 1641, ni dans VHisioire
littéraire du Maine de B. Hauréau.
Une double question doit être posée ici. De quel pays au
juste était natif Cointerel? Fut-il vraiment étudiant ou bour-
sier au collège de Bueil ?
Les uns le font Manceau et le disent de Sablé (Sarthe) ;
d'autres, au contraire, comme Claude Ménard dans son
Histoire d'Anjou et Frizon dans son Gallia purpurata, comme
Girault de Saint-Fargeau, Célestin Port placent le lieu de sa
naissance à Morannes (canton de Durtal en Maine-et-Loire),
c'est-à-dire en Anjou. Les raisons sur lesquelles s'appuyent
les deux opinions ne sont pas absolument convaincantes.
Qu'il y ait eu des Cointerel (Conterel, Contrel, Contarel, Coin-
treau) à Morannes ou dans le pays de Sablé, il ne s'en suit
pas nécessairement que le cardinal du xvi® siècle soit natif
de Morannes ou de Sablé.
D'autre part, ces renseignements ont pourtant quelque
valeur. Nous savons par Ménage que notre personnage était
apparenté aux Cointerel du Maine. Sa mère était de Poillé
(canton de Brûlon) ; un de ses frères habita Solesmes ; son
neveu François était manceau. D'après les Insinuations ecclé-
siastiques du Mans relevées par le savant abbé A. Angot,
Mathieu Cointerel était prieur de Huillé, en Anjou, mais
son frère Jean, sa belle-sœur Jeanne habitaient Poillé et
une de ses nièces était de Solesmes (2). Le P. Rémond dit
(1) Cf. liêpertoire arch. Anjou, 1861, p. 136-144. — Le Paige, Dictionnaire
du Maine, v. Sablé, tome II, p. 481-482.
(2) llevae hist, drch. Maine, tome XVII (1897). p. 285-287. A. Foucault
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 457
que son panégyrisé était du Maine. On l'a repris pour cette
afTirmation ; mais n'est-ce pas lui qui a raison contre
Célestin Port, puisqu'il est le plus autorisé à émettre un juste
avis ? Le Père Hilarion de Coste, dans sa vie du Père
Mersenne, le dit manceau. Ménage, qui a vu tous les papiers
de famille de Mathieu Cointerel, le dit de Sablé. Le calen-
drier des bienfaiteurs de Saint-Louis-des-Français l'appelle
Cenomanensis (1) ainsi qu'une bulle de Grégoire XIII à lui
adressée le 24 Décembre 1574 (2). Lui-même se regardait
comme manceau et à la Daterie signait Matthœus cenomanus,
ainsi qu'en a bien voulu m'en assurer M. Léonce Célier qui a
étudié spécialement ce rouage de l'administration pontifi-
cale. Enfin dans les actes consistoriaux des archives du
Vatican, à la date du 12 Décembre 1583, où il fut créé
cardinal, on parle de lui en ces termes : Matthœus Cantarellus
Cenomanensis, Datarius Papœ et canonicus S. Pétri de
Urbe(3),
Il paraît donc bien prouvé que Cointerel fut pour le moins
originaire du diocèse du Mans.
Suivant L. de Lens, et Célestin Port lui-même, le cardinal
Cointerel fut dans sa jeunesse élève de Bueil. Or pour être de
Bueil, il fallait venir du diocèse de Sées ou du Passais, qui
était normand et manceau (4). Cointerel n'étant pas Normand
devait donc être du Maine. Et cela s'accorde très bien avec
l'opinion de Pocquet de Livonnière qui fait de lui un étudiant
en droit, et avec ce que l'on sait de la compétence de notre
dans son Hist. de Poillé ne dit rien du sujet qui nous intéresse. {Rev.
hist. arch. Maine, 1899).
(1-2) Bulletin delaSarthe, t. XI, p. 533-536. La bulle du pape concède
des indulgences à la chapelle Saint- Matthieu, in ea capella quam dilectus
filins Matthœus Contarellus cenonianus Datarius et prœlatus noster dômes-
ticas... Cf. d'Armaillacq, L* Egalise nationale de Saint- Louis des Fr., Rome,
1894, p. 189.
(3) Renseignement fourni par notre savant confrère et ami le Père
Edouard d'Âlençon. Cf. d'Armaillacq, 1. c, p. 15. Cet auteur le fait « natif
du Mans t, La difficulté sur le pays d'origine de Cointerel s'explique :
Morannes (du pays d'Anjou et du diocèse d'Angers) est à quelques kilo-
mètres au sud de Sablé, et Poillé à'peu de distance au nord de cette même
localité. Sablé et Poillé étaient, comme à présent, du Maine et du diocèse
du Mans.
(4) Le Passais se partage aujourd'hui entre l'Orne, la Mayenne et la
Sarthe. Cf. H. Le Paverais, Les Origines du Passai», dans Bull. Soc.
Arcfi, Orne, t. VII (1888), p. 53-62.
458 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEJL
personnage en matière juridique, les élèves de Bueil étant,
eux aussi, des étudiants en droit.
Le même Pocquet de Livomuère (1), toutefois, peu consé-
quent avec lui-même, nous affirme que Cointerel étudiait chez
un sien oncle maternel, chanoine de Saint-Màurille, et ailleurs
prétend que c'était chez un avocat d'Angers, son parent.
S'il eût mieux suivi le texte de Ménage, il eût été plus précis
et moins fautif, et il eût affirmé avec son devancier que « la
tradition de la ville d'Angers et celle du collège de Bué »
était que « Mathieu Cointerel avoit esté boursier de ce
collège )) (2). Et c'est sans doute ce que veulent dire Ciaconi
{loc. cit. col. 1763) quand il prétend que Cointerel étudia in
gymnasium Angerii, et Frizon quand il affirme que grandior
in gymnasium Andegavense missus est.
Somme toute, la question du pays où Cointerel prit nais-
sance ne semble pas encore absolument tranchée. Nous
pencherions plutôt, cependant, et à rencontre de l'opinion
commune, du côté de ceux qui le regardent comme natif de
Sablé ou de Poillé et nous le tenons sûrement pour originaire
du Maine et pour élève de Bueil. Enfin, bien que membre
de ce collège, il ne paraît point venir du Passais.
VIII. L'ÉTUDIANT DE SÊES ET ReNÉE CoRBEAU
Il ne nous reste plus, pour terminer l'histoire anecdotique
du collège de Bueil, qu'à signaler un fait un peu singulier,
voire même assez piquant et gai.
Voici comment, avec tout le charme d'une simplicité
enfantine, le narre un véridique contemporain, Jean Peleus(3).
Je cite ce très grave auteur parce cfue son récit est la base
des racontars postérieurs.
« Un jeune gentilhomme escholier estudiant à Angers,
natif de la ville de Sées, en Normandie, s'accoste d'une jeune
fille aagée de vingt ans ou environ, nommée Renée Corbeaui,
(1) BihL Angers, ms. 1067 (cat. Lemarchand) p. 81 et saiv. Ce manascrft
a été pubHé dans la Revue de VAnjoii^ en 1862.
(2) Ménage, Vita Pétri .Erodii, p. 212.
(3) Les Œiwres de M' Julien Heletvty advocat en ParlemenU Paris, 163&»
in-fol. Questions iHustres, p. 248-249. Peleus était d'Â4igers.
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 499
fille d'un habitant d'Angers, laquelle belle et d€ bonne grâce,
et encore plus advisée, voyant que le jeune homme estoit
cspris de son amour, tira de lui promesse de mariage»
moyennant laquelle ils couchèrent ensemble à la desrobée,
et devint grosse et enceinte. Ce que la mère d'elle ayant
descouvert et déclaré au père, les pauvres gens bien affligez
prennent résolution avec la fille que le lendemain ils feraient
contenance de s'en aller à dix lieues de là, et que cependant
elle donnerait assignation à son amy de la venir trouver
pour jouyr de leurs amours, ce qui est fait. Le père et la mère
de la fille partent, l'assignation est donnée par la fille au jeune
homme qui ne manque pas de s'y trouver. Le père et la mère
de la fille retournent sur l'advis qu'on leur donne de ce qui
se passe en la maison, entrent dans la chambre de leur fille
assistez de notaire et tesmoins, prennent l'amoureux sur le
fait, lequel se voyant descouvert, recognoist de bonne foy
que la fille estoit sa femme, qu'il lui avoit promis mariage,
qu'il estoit prest d'en passer le contract. Après l'avoir passé,
il part d'Angers pour s'en aller trouver son père, lequel ne
peut jamais trouver bon ce mariage, pour l'empeschement
duquel le fils se met in sacris et prend les ordres, soit que cela
vint de luy, soit qu'il vint de son père. »
Cependant le père de la fille ne l'entend pas de cette oreille ;
il fait informer à Angers de ce rapt, et décréter de prise de
corps contre le ravisseur. Le jeune homme perd sa cause à
l'audience et par arrêt du président de Villeray, il est con-
damné à la pendaison « si mieux il n'aymoit épouser la fille ».
Comment faire ? Il n'est pas assez calme pour réfléchir.
On le mène à la chapelle, il se confesse, le voilà entre les
mains de l'exécuteur de la haute justice, le gibet est préparé
« quand cette pauvre jeune femme pleine d'amour, de cou-
rage et de pitié, et encore plus garnie de prudence et de juge-
ment, passe à travers les huissiers en la Chambre où la Cour
estoit assemblée, se jette aux pieds d'icelle, et luy fait une
belle et sage remontrance pour accuser (lisez : excuser) le
jeune homme, s'accusant elle mesme « et confessant que
l'entrée qu'elle lui avait donnée en ses bonnes grâces « estoit
cause de ses malheurs ». Si la Cour voulait le faire mourir,
qu'on l'envoyât aussi au gibet « estant bien raisonnable
460 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
qu*elle luy tint compagnie au supplice puisqu'elle avoit
commis le forfait avec luy ». Il fallait avoir, continuait-elle
« compassion d'une folle jeunesse aveuglée d'indiscrétion
et d'amour » ; il y avait « moyen de sauver le jeune homme,
de satisfaire à la justice et de contenter son père et sa mère
offensez ». Le légat du Pape allait arriver. On lui demande-
rait l'absolution et la démission de relever l'empêchement
posé par la cléricature (1).
Ce discours fut dit de très bonne grâce, la coupable pleurait,
et la Cour fut émue. Elle ordonna donc qu'avant de procéder
à l'exécution de l'arrêt, le condamné se pourvoirait. Mais
quand le Légat, Alexandre Octavien dé Médicis (plus tard
Léon XI en 1605) fut arrivé et qu'il eut entendu la cause
et conféré avec les docteurs et prélats ses compagnons, il
trouva le fait si étrange qu'il jugea le coupable ne mériter
aucune miséricorde. « Le dernier remède fut de supplier le
roi (Henri IV) d'intercéder... vers monsieur le Légat lequel
en fin se laissa gaigner aux prières de sa Majesté, pleine de
clémence et de bonté, et délivra la dispense, moyennant
laquelle le pauvre condamné opta le mariage qui fut solen-
nisé en face d'église, et depuis il emmena sa femme en sa
maison à Sées, où l'on dit qu'ils vivent maintenant en grande
concorde et amitié !... »
Julien Peleus termine son récit par ces paroles : « J'ay voulu
donner ceste histoire à la postérité tant pour l'instruire de
ce qui s'est passé de mon temps au Palais que pour recom-
mander la rare vertu d'une si brave femme, qui peut bien
estre parangonnée aux plus illustres du passé et me réjouis
grandement de ce que la ville où j'ay pris ma naissance
porte des femmes de si grande vertu ! (2). »
L'avis de Peleus n'est-il pas toujours bon et déplairait-il
à quelque lecteur ? Il ne faudrait pour nous qu'ajouter ici
un seul détail : celui qui prouverait que l'étudiant de Sées,
l'anonyme basochien, l'ami de Renée Corbeau, était bien
(1) J. Peleus dit que l'étudiant de Sées était in aacria. Le cas vaudrait
d'être bien examiné et prouvé.
(2) Œuvres, p. 249. Cf. Pocquet de Livonniére, Les lUiiatrett de l'Anjou^
(éd. du ms. 1067), tome 11, coL 1145. — Bruneau de Tartifume dans le ms.
870, p. 506 de la bibl. d'Angers, et C. Port, Dictionnaire, tome l, p. 743-744.
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 461
membre du collège de Bueil. Nous avouons n'avoir jamais
trouvé cette preuve ; mais jamais non plus nous n'avons fait
le vœu de n'écrire que des histoires ennuyeuses et pour ce
motif le lecteur bienveillant me pardonnera d'avoir fait
pour son délassement doucement fléchir les régies d'une
critique sévère.
IX. — Le PENSIONNAT DU COLLEGE DE BuEIL. — Le
MAITRE TrIOCHE. PROGRAMMES ET PROSPECTUS
Il n'est pas étonnant qu'après des histoires pareilles,
les boursiers contractent l'habitude de ne plus coucher au
collège et se contentent de recevoir par an 100 livres du
principal qui garde le reste (1). La maison de Bueil fut conver-
tie dès le début du xviii^ siècle en pensionnat.
S'il en faut croire les divers fascicules de VAlmanach d'An-
jou de la fin du xviii® siècle, deux nations (celle d'Anjou et
de Normandie) ont encore à cette époque deux bourses à
Bueil. Nous ne sommes plus aux six d'antan, sans compter
les postes de chapelain et de principal. Autre changement :
« Il y a dans ce collège une pension pour les écoliers qui
veulent aller à celui des prêtres de l'Oratoire » (Collège
Neuf ou d'Anjou, aujourd'hui la Mairie).
Le 23 Août 1776, un sieur Trioche publiait dans les Affiches
d'Angers l'annonce qui suit :
« Le sieur Trioche, l'aîné (2), maître de grammaire latine
et française, nouvellement admis par MM. de l'Université
d'Angers pour l'éducation de la jeunesse, donne avis aux parents
qu'il se chargera, avec l'attention la plus scrupuleuse, des
enfants qu'on fera l'honneur de confier à ses soins, pour leur
enseigner les principes de la langue latine, unis à ceux de
la langue française, conformément à un nouveau plan, qu'il
a présenté et qui a été approuvé' par MM. de l'Université.
Il se propose de faire part au public de ce nouveau plan,
dès qu'il aura trouvé une maison commode pour l'exécution
(1) Arch. mun. Angers, BB, 119, f. 17. — Thorode, ms. 879, p. 492. La
notice de Thorode, en ce qui concerne Bueil, n'a pas été publiée par l'abbé
Emile Longin.
(2) Robert Trioche, pédagogue, cf. Angers, ms. 1259 (1030), f. 159.
462 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
entière. Comme un des points principaux de ce plan est
d'exercer les élèves non seulement à écrire, mais encore à
à parler correctement les deux langues, le sieur Trioche
prendra avec les parents les arrangements qu'ils croiront
convenables pour garder chez lui les enfants même pendant
les heures destinées à la récréation afin d'être à portée de
veiller sur les mœurs autant que sur la pureté du langage.
Il se chargera de faire entrer les enfants au collège dès qu'il
les en jugera convenables, comme aussi de faire des répéti-
tions à ceux qui y seront entrés. »
Ce Trioche nous intéresse. Il avait à cette date 23 Août
1777 — sa classe ouverte « vers le milieu de la rue Baudrière,
au-dessus du parfumeur «.Le mois suivant, il occupe la maison
qui dépend de la chapelle Saint-Sébastien sise à l'entrée
du faubourg Bressigny. Le 18 Août 1780 il est « nouvelle-
ment pourvu de l'office de premier huissier audiencier au
siège des traites foraines. » En janvier 1783, le 3, il annonce
un cours de géographie chez lui, rue de la Croix-Blanche.
Aux vacances de 1784, il est installé au collège de Bueil.
Son programme vaut la peine d'être cité. Ce n'est à vrai dire
qu'une annonce insérée dans les Affiches d'Angers du 13
Août 1784, mais que de réflexions ne suggèrent-elle pas ?
Elle a pour titre : « Cours d'éducation nouvellement établi
au collège de Bueil. »
La voici :
« Ce n'est pas sans douleur que, dans la capitale de l'Anjou,
ville d'Université, d'Académie, ville en un mot où l'on se
fait gloire de réunir les arts agréables aux arts utiles ; ce
n'est pas, dis-je, sans douleur qu'on voit les parents forcés
d'expatrier leurs enfants et de mettre en des mains étrangères
le soin d'une éducation dont ils pourraient eux-mêmes aider
le succès s'ils trouvaient sous leurs yeux une institution
capable de répondre à leurs vues.
« Qu'il s'établisse à Angers une institution de cette espèce
et tout y gagnera. La ville ne verra point porter à un sol
étranger une consommation avantageuse à laquelle elle
avait droit de prétendre et le collège ne se verra pas privé
des. sujets qui, par leur naissance, semblaient destinés à
lui faire honneur.
NOTICE HWTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 463
« D'après ces réflexions sérieuses, et encouragé par plu-
sieurs personnes de ia plus haute considération, M. Trioche
vient de se charger du collège de Bueil, rue de la Roë, où il
se propose d'établir un cours d'éducation, à l'instar de l'Aca-
démie de Liège. Il ne se dissimule point la hardiesse de son
entreprise et il se flatte néanmoins qu'avec le secours des
meilleurs maîtres de la ville qu'il saura s'attacher, il pourra
mériter la confiance de MM. les parents.
« Conditions : La pension est de 440 livres, dont la moitié
se paie d'avance, comme il est d'usage dans les pensions.
.Pour ce prix on fournit le logement, la nourriture, le feu,
la lumière, le linge de table, les leçons de français et de latin.
En entrant on paie un louis d'or pour différents objets ou
faux frais.
« Pour la commodité des parents, on se chargera, outre la
pension, de fournir le blanchissage, les leçons de danse»
les livres, le papier, les plumes et encre, pour la somme de
540 livres.
« Les enfants seront peignés soigneusement tous les jours,
et comme il est intéressant que les mêmes peignes et autres
instruments de toilette ne servent pas à tous les enfants,
MM. les parents sont priés de fournir en entrant deux peignoirs,
une boîte de toilette qui renfermera deux peignes, une éponge
et une boîte à poudre et à pommade. On fournira la poudre
et la pommade pour la somme de 10 livres par an.
« On aura grand soin d'entretenir les enfants dans la plus
grande propreté et chacun aura à part son essuie-main
et son linge (fournis par la maison).
« La dépense pour les maîtres particuliers de dessin ,de
langues, de mathématiques, de musique et d'armes sera
au compte des parents.
« On recevra les jeunes gens depuis l'âge de six jusqu'à
quatorze ans.
« Les enfants ne sortiront jamais sans être accompagnés,
et ceux qui seront en état d'aller au collège y seront conduits
par un des maîtres conformément au règlement de l'Uni-
versité.
c( MM. les parents sont priés de donner en entrant un
habit uniforme ; savoir : un habit prune-monsieur, avec un
464 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
grand collet bleu-ciel, doublure et veste bleu-ciel, et culotte
noire ; les boutons plaqués se trouveront à la pension.
« La religion étant la base de l'éducation, il est inutile
d'assurer à MM. les parents qu'on veillera avec l'attention
la plus scrupuleuse à ce que les enfants en remplissent tous
les devoirs.
« Règlement de la maison. Le lever sonnera à 6 heures
en été et à 7 heures en hiver. Une demi-heure après, on s'assem-
blera dans la chapelle pour y faire la prière en commun. Après
la prière, on donnera le déjeûner qui ne durera qu'une demi-
heure ; on n'y mangera pas le pain sec, comme c'est l'usage,
parce qu'on n'aura pas de dessert aux autres repas. A 8 heures,
on entrera à l'étude jusqu'à 8 heures et demie pour se préparer
à la classe qui commencera alors et finira à 10 h. i/^- ^ ^0 h. 14»
commencera l'étude pour faire le devoir de la classe. A 11 h. 1^
jusqu'à midi, la récréation et l'instant des leçons particu-
lières. A midi, on sonnera le dîner. La table des enfants sera
la même que celle des maîtres, qui mangeront avec eux.
a A Ih. y^on entrera à l'étude pour se préparer à la classe
qui commencera à 2 heures. A 3 h. V2, la récréation et la
collation jusqu'à 4 h. V^- A 5 h. ï/^, la récréation et les maîtres
particuliers jusqu'au souper à 7 heures. A 8 heures la prière
en commun dans la chapelle et le coucher.
« Les jours de promenade seront le dimanche après vêpres,
et le jeudi. En cas de mauvais temps ces jours-là, on profi-
tera du premier beau temps dans la semaine.
« Comme M. Trioche veut toujours continuer à faire lui-
même sa classe, soir et matin, aidé de deux sous-maîtres au
plus, il a l'honneur de prévenir qu'il ne se chargera pas de
plus de 30 ou 35 pensionnaires.
« On ne diminuera rien des frais de la pension pour les
absences ou vacances, de quelque durée qu'elles soient.
« On ouvre les classes le 1^^" Novembre et les vacances
commencent au 1®' Octobre. Les parents sont maîtres de
laisser les enfants pendant les vacances.
« Si les enfants sont malades, ils trouveront dans la maison
qui est fort aérée, tous les secours qu'on peut désirer, et MM.
les parents seront chargés des frais.
« Tous les articles ci-dessus énoncés seront exécutés
NOTICE HISTOHIQUE SUH LE COLLÈGE DE BUEIL 465
SOUS les yeux de rUuiversité qui veut bien se charger de veilJer
à leur exécution. »
En novembre 1785, M. Trioche annonce pour le lundi
25 l'ouverture du cours de géographie. « Il donnera, à l'ordi-
naire, par les démonstrations de la sphère et les différentes
opérations qu'on peut faire sur le globe terrestre, il donnera
la solution des différents problèmes qu'offrent à résoudre
la variété des saisons, des climats et le cours des différentes
planètes. Chaque leçon sera terminée par l'exposition de divi-
sions principales des parties différentes du monde. Le cours
commencera à 11 heures précises. Le prix est de 6 livres
par mois pour les externes et de 3 livres pour les pensionnaires
du collège de Bueil. Tout le monde sera admis sans distinction
d'âge ni de sexe. (1) »
X. — Le PROCIREUR Lemore. — Ruines et disparition
Je doute fort du succès de toute cette pompeuse réclame.
Le collège de Bueil qui n'avait jamais vu des jours de grande
prospérité, ne les connut pas plus à la fin du xviii® siècle
que dans les âges antérieurs. Dès le 28 Juillet 1786, la maison
était de nouveau à louer. Au mois de Septembre suivant,
le procureur, l'abbé Lemore, cherchait toujours à rendre fruc-
tueux ce capital. A la Saint-Jean de 1787, le notaire Lechalas
n'avait pas encore trouvé d'issue à cette regrettable situation.
La maison « servant ci-devant de collège, composée de diffé-
rents appartements, caves, écuries et autres commodités,
cour et jardin, propre à y établir une manufacture et à y
faire un commerce étendu, » la maison était vide. Elle ne fut
enfin habitée qu'au mois d'Août 1788 par le chevalier de
Jassaud, commissaire des guerres divisionnaires (2).
L'auteur de V Observation sur le collège de Bueil (ms. 1259
1030. fol. 43, déjà cité et qui signe : p. j. h.) se demande com-
ment MM. de la faculté de droit ont ensuite laissé convertir
(1) C«s documents, ou prospectus, tirés des Affiches d'Angers, ont été
publiés plus au long par F. Uzureau dans sa brochure L'Enseignement
secondaire en Anjou, Angers, Germain et Gi*assin, 19U3, in-8. Extrait des
Mémoires de la Soc, nation, d'agrivulttire,,. dWngers.
(2) Uzureau, ibid., p. 51.
466 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
le collège « en une boutique de carrossiers. Je ne sais pas^
comment, continue-t-il, la chapelle qui en petit est assez
belle n'est point devenue une remise ou une écurie. Cela
7)ourra se faire, on ne peut pas tout réformer à la fois ».
L'ironie est amère !
Le triste de l'affaire, c'est que les rentes étaient toujours
touchées par des boursiers qui les employaient on ne sait
à quel usage.
La place du chapelain avait vacante depuis de longues
années. L'article ii des statuts prévoyait lui-même qu'en
cas d'insuffisance des revenus du collège, cette charge pour-
rait être supprimée. Le sieur Lemore, devenu procureur du
collège et ensuite chanoine de Saint-Martin, plus fin que
ses confrères, se fit donner tous les titres de la maison, les
garda par devers lui, malgré un article des statuts (le xlii®)
qui veut qu'ils soient déposés dans un coffre fermant à trois
ou quatre clefs. Dans ces titres, il remarqua cellui qui établis-
sait le bénéfice de la chapelle. Il demanda alors à son évêque
la permission d'en jouir, et sur le refus qu'il éprouva, il porta
l'affaire à Rome et s'installa dès lors chapelain du collège
de Bueil et perçut les revenus à la charge d'acquitter trois
messes par semaine.
« Depuis longtemps, écrit l'anonyme « p. j. h. » on n'en
dit plus que deux ; je crois qu'il serait bon de demander quel
est l'évêque qui en a fait la réduction. Je conseille très fort
à M. le Curé de Saint-Maurille de veiller à l'acquit de ces
messes (1). »
A la Révolution, le procureur Lemore dont nous venons
de citer le nom, à deux reprises, cherche à sauver le bien
confié à sa vigilance. Il écrit le 22 Décembre 1790 à « Messieurs
du département de Maine-et-Loire » :
« Messieurs, les boursiers du collège de Bueil fondé en la
ville et université d'Angers ont l'honneur de vous exposer
que depuis six semaines ils réclament en vain auprès du
district d'Angers leur maison collégiale mise en vente quoi-
qu'elle soit évidemment dans le cas d'exception prononcée
par la loi en faveur de ce genre d'établissement.
(1) Bibl. Angers, ms. 1259 (1030).
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 467
« Les motifs d'opposition qu'ils ont présentés au district
portent sur les mêmes raisons qu'ils vont vous déduire avec
la plus grande confiance en votre justice... »
Suit l'exposé de la fondation, dans le but de montrer qu'il
s'agit d'un bien laïc et de Province, et non d'un bien ecclé-
siastique.
« La maison de Bueil, continue Lemore, est toujours
collège puisque les boursiers qui en sont propriétaires, sont
en.exercice à l'Université suivant le mode d'exercice prescrit
par leurs statuts ; elle est fond de charité et d'éducation
puisque le revenu sert à payer la pension alimentaire des
pauvres étudiants ; elle est maison hospitalière et de refuge
puisque les boursiers s'y retirent et c'est ainsi qu'elle est
nommée dans plusieurs arrêts du Parlement, lettres de nos
rois et dans un acte authentique en datte de 1420 oà
Jolan, reine de Sicile, duchesse d'Anjou, après avoir accordé
grand nombre de privilèges au collège de Bueil, ajoute :
«Amortissons en tant qu'en nous est les hôtel de Bueil, jardins
et autres appartenances quelconques d'icelui, tout ainsi
comme se comporte, sans que jamais parmi nous, nos succes-
seurs en ayant cause, il puisse ne doive être mis hors des
mains des dits exécuteurs maître, ny écoliers, ny autres, ayant
cause du dit collège. »
« Au collège de Bueil ce 22 Décembre 1790.
LEMORE
Procureur du collège
de Bueil (1)
Le directoire ne prit pas la requête en considération. Il
n'avait pas vendu le collège et il ne le vendrait que sur des
ordres exprès. Quant aux saisines et opposition dont l'expo-
sant demandait la main levée, on ne devait l'accordw qu'après
que la Nation serait entièrement payée des sommes déboursées
par elle pour les élèves du dit collège, sommes qui montaient
à 3027 1. 19 s. 10 d. (2).
(1) Arch. dép. Maine-et-Loire, Q, 247L
(2) Arclî. Maine-et-Loire, Q, 247L
468 NOTICE HlSTOKigUE SIR LE COLLÈGE DE BUEIL
Le 9 juin 1791, le Directoire obligeait le procureur Lemore
à fournir sous trois jours le tableau des élèves et de rendre
compte de sa gestion tous les ans au conseil général de la
commune d'Angers (1).
D'où je tire cette conclusion : c'est que même en 1791»
Bueil avait toujours quelques bénéficiers cfe se^ bourses.
Mais les étudiants ne résidaient plus au collège. Ils n'y avaient
pas résidé durant tout le xviiie siècle.
Bientôt c'est l'ultime fin. L'immeuble est vendu au citoyen
Jean-Pierre Petit, sellier, pour 20.100 1., le 5 Février 1793.
En voici la description d'alors : « Composé au rez-de-chaussée
d'un porche d'entrée, trois boutiques à cheminée donnant
sur la rue, un escalier de dégagement à l'angle de la cour,
une tour de pierre à l'angle opposé où est un autre escalier,
trois pièces à feu en retour sur ladite cour... De l'autre côté
de la même cour une chapelle avec un vestibule au devant
où est un escalier de pierre, une cuisine, un bûcher et une
décharge au derrière, un petit salon et une écurie au bout... »
L'estimation avait monté à 18.000 1. (2).
La vente à Jean Petit ne fut peut-être pas suivie d'effet.
On lit ces paroles dans un rapport du maire Pilastre, le
6 Juillet 1795 :
Cet étf^blissement possède : 1° une maison spacieuse sise
dans la ville d'Angers affermée à plusieurs particuliers 1.500 1.
2P une closerie appelée le petit Bueil sise paroisse de Saint-
Samson de cette ville, affermée 120 livres ; 3^ une dîme,
paroisse de Fromentières qui était affermée 1.200 livres.
Total : 3.820 livres (3). »
La chapelle construite au xv^ siècle, n'a été démolie qu'en
1865-1867. C'était, nous dit Célestin Port (4) qui l'a vue
encore debout, l'édifice primitif à plan carré (6°^60 de côtés)»
avec voûtes d'arrêtés prismatiques, portant à la clef Tècusson
du fondateur. Sur la façade s'ouvrait un oculus en forme de
rose élégante.
Cette clef de voûte est au musée d'antiquités Saint-Jean,
(1) Arch. Maine-et-Loire, Q, 2471.
(2) Arch. dép. Maine-et-Loire, Q 2471.
(3) Archives d'Anjou de Marcliegay, 1843. tome I.
(4) Dictionnaire de Maine-et-Loire (1878), tome I, p. 78.
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 469
à Angers. Elle porte sur la catalogue le n^' 2.300. Elle est en
calcaire blanc et mesure 0.75 de diamètre. Elle est ornée
d'un écu chargé de trois pommes de pin posées deux et un,
et d'une rose en abîme.
Le même musée, sous le n^ 453, renferme une pierre de
tuf portant deux blasons avec crosses en dedans, mitres et
branches d'olivier, deux étoiles en chef, et dans le champ
une main tenant un cœur. Ces armes se rapportent à l'un des
frères de Pierre Donadieu de Puycharic dont la statue porte
le même Stemma (Musée Saint-Jean, n^ 2.346). Elles viennent
comme la clef de voûte précédente, du collège de Bueil.
Ce sont les seuls vestiges matériels qui demeurent de
l'œuvre de l'évêque de Sées, Grégoire Langlois, avec les
documents des archives nationales de Paris et ceux de la
bibliothèque d'Angers. Habeni sua fata collegia I
P. UBALD d'ALENÇON.
470 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
APPENDICE
Mandement de Charles VIL i8 Janvier i^aS fo. st)
(Arch. Nat., S. 63153. Copie de 1424. Parch.)
Charles par la grâce de Dieu roy de France, à tous les justiciers
el officiers de notre royaulme ou à leurs lieuxtenantz, salut.
L'humble supplication de nos amez les exécuteurs ou ordennance
de derraine voulenté de feu Grégoire jadis evesque et Sees avons
receue contenant qoe comme pour adco m plisse nient dud. testa-
ment ils aient institué onleané et establi en la viJJ^ et université
d*Angiers un collège de certain nombre d'escoliers pour illecqueç
estudier et profïiter et aussi dire certain nombre de messes par
chacune sepmaine, tant pour le remède et salot de Tâme dud. feu
evesque et des autres trespassés, à la dottation et fondation duquel
collège 5'ceiilx exécuteurs ayent despriecza achaté du père de notre
amé et téal chambellan le sire de Montenay la grant disme de
Fromentière en Anjou pour lors à lui appartenant, et en faisant
led. contrat s'estoit obligié led. vendeur d'acquiter les dilz acha-
teurs et leur aians cause de foy et hommage, de ventes, rachaz et
indempnitez et de tous autres charges et de nous quelxconques,
sauf des anciennes rentes et devoirs, en luv faisant et à ses hoirs
et aians cause certain devoir annuel, el pour tenir et adcomplir les
chefs dessusdiz s obligea pour lors led. vendeur, comme plus à
plain peut apparoir par lettres autentiques faittes et passées en
notre chastelet de Paris, et il soit ainsi que en la cour de Chas-
teaugontier par aucun temps es demandes du procureur de lad.
cour on ait fait demande ausd. exécuteurs de ioy et hommage,
rentes, rachatz, indempnité et autres droiz, et depuis cela bonne
recognaissance de ce rendue et renvoiée à la court du seigneur de
Ruillé, duquel on dit ladicle disme estre tenue et mouvant sanz
moyen; sur quoy ledit sire de Montenay ait pour eulx prins Taveu,
charge, garantie et deffense, laquelle cause est en voie de durer
longuement. Par quoy lesditz exécuteurs qui ont très grand deslr
et voulenté de faire leur devoir et acquitter leurs unies en l'exécu-
tion dud. testament et mesmement au regard de la dqttation dudit
collège, auquel ils ont enlencion de céder, bailler et transporter
lad. disme, ce qu'ilz ne peuvent bonnement faire, obstant led.
procès et aussi aucun autre procès qu'ils ont par devant Pierre
Ginot commis à Angiers en rotfice de lieutenant de seneschal
et aussi comme conservateur des privilèges de noire fille l'Uni-
versité d'Angiers, à rencontre de Tabbé et convent de saint
NOTICE HISTOHigUE SUR LE COLLÈGE DE Bl'EIL 471
Cierge près de lad. ville d*Angiers et tant conjointement que
diviseenient led. procès à cause desditz privilèges depuis nagaires
dévolu en la court de Parlement par appel fait par lesd. exécu-
teurs ou leur procureur et sur lequel appel n'a encores point
esté procédé, sauf ycelui relevé et l'autre procès de devant led.
lieutenant comme commissaire sur ce de notre très chiere et très
aimée mère la royne de Sicile duchesse d'Anjou appointé en droit
par devant luy, lexquelx religieux leur font demande de certains
devoirs ou charges à cause de lad. disme, et aussi pour ce que la
coutume et usage dud. pais, comme on dit, on ne peut faire trans-
port d'aucunes terres ou héritages qui sont en litige, ne aussi des
procès et causes meuz et pendans à cause desd. terres ou droiz
d'icelles pour doubte d'encourir vice de litige. Par quoi led. collège
est en voie de demourer sanz dotte ou iondacion, qui seroit contre
la voulenté dudit feu evesque et à la très grant charge desdiz exé-
cuteurs qui pour l'acquisition de lad. disme ont paie une très
grosse somme de deniers et en leur très grand grief, et aussi pour
ce que préjudice et dommage si comme ils dienl, requerans sur ce
notre grâce leur estre impartie ; pour quoy nous inclinant à leur
supplication, et mesmement que ce touche grandement la chose
publique et aussi notre dite fille l'Université et que d'une chose
seroit que led. collège et les escoliers qui desia y sont demourassent
ainsi deflbndez et icculx supplians, de notre grâce especial avons
donné et octroie, donnons et octroyons congié et licence de céder
et transporter par euix, ou leurs procureurs à ce suffisamment
fondé, lad. disme de fromentiere aud. collège et ausd. escoliers qui
dès a présent y sont et y seront ou temps avenir, sans pour
occasion de ce encourir en aucun inconvénient, paine ou vice de
litige. Non obstant les procès dessusd. et lad. coutume de non
pouvoir transporter chose litigieuse ou quelconque autre coutume
qui seroit ou pourroil estre contraire aud. transport. Nous voulons
icelui transport ainsi fait estre bon et vallable et demourer en sa
force et vertu et sans ce que pour raison d'icelui led. seigneur de
Ruillé ne autre leur puisse donner aucun destourbis ouempesche-
ment, voulant ainsi que lesd. escoliers ou leur procureur fussent
fondé à démener lesd. procez et tous autres touchant lad. disme
ou lieu desdiz exécuteurs. Si vous mandons estroitement enjoi-
gnons, en commettant, se mestier est, et à chacun de vous si
comme à lui appartiendra, que de notre présente grâce vous
souffrez et laissez joir et user plainement et paisiblement lesd.
supplians. Car ainsi nous plaist il estre fait et à iceux supplians
l'avons octroie et octroions de notre dicte grâce especial par ces
présentes. Non obstant quelxconques lettres subreptices impétrées
ou à impétrer au contraire. Donné à Bourges le xviij jour de
janvier l'an de grâce mil quatre cent vingt et trois, et de notre
règne le second. Ainsi signé par le Roy a la Relacion du Conseil.
G. du Breil.
36
472 NOTICE HISTOIUOUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
STATUTS DU COLLÈGE DE BUEIL
(BibL d'An^erfi, nis. i^5g (io3o), f. 3j et q4)
Universis presentia statiita seii ordinationes inspecturis sit
notum quod ciini bone memorie doiiiinus Gregorius Anglicus qiion
dam episcopus Sagicnsis de basochia de Luceio diecesis Cenoma-
nensis oriundiis, per multa tempora anle ejus obitum colloquendo
cum suis ofliciariis et familiaribus ac aiuicis et propinquis de
génère, de bonis sibi a Deo collatis super fundatione unius coUegii
Parisiis et unius Andegavis, in quibus coUocarentur pauperes
scohires partini de diecesi Sagiensi, maxime de locis in quibus
episcopus sagiensis est dominus temporalis, si idonei reperirentur,
alioquin de toto diocesi ; et partim de decanatu de Passayo Ceno-
manensis diocesis, in casu quo idideni sufficientes essent qui
peterent, alioquin de toto archidiaconatu de Passayo, illos tamen
de suo génère pracferendos undecunique suflicientes essent qui
peterent, alioquin de toto archidiaconatu de Passayo, illos tamen
de suo génère prcterendos undecumque sufficientes reperirentur
qui peterent, plura verba protulisset, et in ejus ultima voluntate
predictorum non oblitus, tamen pauca propter metum seu dubiura
oneris reparationum ecclesie Sagiensis et maneriorum domino
episcopo spectantium qu» sequumtur expressit verba :
« Item cum alias sic disposuerim et meo intentionis extiterit et
adhuc existât fundare et ordinare Parisiis et Andegavis certum
numerum scolarium, prout execuloribus meis visum tuerit expe-
diens, quos super hoc onerari volo et ordino quod ipsi scholares
duni et quando fundati et ordinati extiterint, habeant talem quan-
titatem seu portionem librorum meorum tam portionem librorum
meorum tam juris canonici quam juris civilis sicut ipsi executores
mei duxerint ordinandum et statuendum ac ipsis visum fuerit
expediens pro salute anime mee ac benefactorum mearum. »
Et in fine prœdicte ultime voluntatis constituit executores in
forma quae sequitur :
« Executores vere meos facio, nomino, eligo, et ordino dilectissi-
mos meos notos et amicos meos, videlicet magistrum meum Rober-
tum Brisoul et Joannem Beslard canonicum cenomanensem et
Joannem Anglicum, dominos Joannem Besnard et Joannem Char-
pentier presbiteros, servitores et familiares meos, et eorum quem-
libet. Quibus omnibus et singulis supplico ut dictam executionem
meani velint adimplere, deffendere fideliteret tueri, et si non omnes
possent ad hoc intendere, quod très illorum possint hoc implere,
augere seu detrahere ad eorum conscientiam, dicto Magistro
Joanne Anglici semper vocato ut supra ».
Et dictis Brisoul et Resnard onus recusantibus, alii quinque
assument in tractu temporis ad premissa peragenda terram de
Blandaville cum juribus suis ac perlinentiis in parrochia de
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 473
Chevanes (1) in castellania de Château Loudun et aliis parochiis
-circuni vicinis, et quoddain manerium seu domiim in vico cytarae (2)
parisiensis situm prope ecclesiam parochialem sanctorum Cosnie
et Damiani, et ex altéra parte vici etiam doinum Capelli rubei, et
alleram domuni ex altéra parte jungcntem in cenciva hospitaliorum
pro collegio parisiensi ; et pro coUegio andegavensi manerium seu
domum quamdam vocatam de Bueil in vico Sauveresse certasque
in parochiis de Fromentieres et de Marigné décimas pro dotatione
«jusdem quas de bonis dicte executionis acquisierint, et ut placuit
domino Roberto Brisoul sublato dudum de medio et magistro
Joanne Beslard ad episcopalem Forojuliensem in Provincia dignita-
tem assumpto et ibidem agente atque domino Joanne Carpentario
pro nunc occupato ; Nos Joannes Ânglici nepos prefati domini
testatoris et Joannes Anglici presbiter executores ut pretertur,
nominibus prediclis et eliam tanquam procuratorcs constituti pro
dicto reverendo pâtre episcopo Forojuliensi executore ad transfe-
rendum dictum manerium seu domum de Bueil cum predictis
decimis ad dotationem magistri, capellani et scolarium, procurato-
res ad facicnda statuta et scolarium ordinationes, ad regulandum
magistrum, capellanum et scolarium collegii de Bueil Andegavi pro
temporibus futuris successive instituendos, et pro nunc jam insti-
tutos, que omnia unusquisque tenebitur jurare, inviolabiliter
observare in ejus institutione in eodem collegio ac etiam successu
temporis quandocumque fueril requisitus, etiam ad reservandum
nobis potestalem, quoad vixerimus, augendi vel minuendi, aut
alias reformandi statuta seu ordinationes sequentes.
I
Nos igitur nominibus quibus supra, nomine Domini nostri Jesu
Christi primitus invocato, insequendo domini fundatoris volunta-
tem quantum possumus, statuimus et ordinamus quod in collegio
Andegavis fundato erunt octo persone, unus principalis ac magis-
ter, alius capellanus et sex alii scolares quorum quatuor, scilicet
magister et très bursasii erunt de decanatu de Passayo in diocesi
Cenomancnsi, si ibidem reperiantur sufficientes et adhuc ceteris
paribus preferantur illi de Basochia unde dominus fundator extitit
oriundus ; alioquin undecumquc sumantur in archidiaconatu de
Passayo, et quatuor alii, scilicet capellanus et 1res alii scolares,
erunt de diocesi Sagiensi, presertim de civitate et aliis in quibus
dominus episcopus sagiensis est dominus temporalis, si idonei
reperiantur, alioquin de quacumque parte diocesis anledicti,
exceptis tamen consanguineis dicti domini fundatoris qui unde-
cumque fuerint de natione Çenomanie ant Normanie poterunt ibi
(1) BibL Angers, ms. 1259 HOSO), foL 94 vo : Chevriers.
(2) Hue de la Harpe.
474 NOTICK HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
locum habcre et aliis preferri, habebunlque bursas singulis septi-
manis présentes, magistcr scilicet octo solidos turonenses, capel-
lanus sex solidos turonenses, et quilibetalioruni scolarium quinque
solidos turonenses bone monete, marcha argenti valenteoctolibros
vel circa.
II
Verumtamen ut duret et non pereat coHegium, ordinamus quod
in casu sterilitatis fructuuiii aut alio infoi*tunio aut incursu arma-
torum aut alio inipedimeiilo quo non valeant décime antedictc ad
solutionem bursarum modo predicto et ad sustenta tionem repara-
tionuni doniorum, capelle. etaliarCim necessitatum collegii quod
burse etiam eodeni modo omnium diminuantur, dempto capellano
qui titulo oneroso possidet et magistro cujus solum burse iisque ad
quinque solidos poterunt in casu predicto diminui et alii se absen-
tabunt durante hujus modi sterilitateantimpedimentotantummodo,
bursas suas non amittentes, sed, terlilitate redeunte, ad eas libère
redibunt, eas percei)turi in futurum.
III
Item statuimus et ordinamus quod post obilum noslrorum trium
executorum prenominalorum, scilicet domini episcopi Forojulien-
sis, Joannis Anglici nepotis dicli fundatoris. et Joannis Anglici
presbiteri. executorum ut supra, et non ante, collatio bursarum
illarum de decanatu et archidiaconatu de Passayo modo pnedicto
ad archidiaconum dicti loci de Passayo pertineat et aliarum de
diocesi sagiensi ad dominum episcopum sagiensem et eorum suc-
cessores in eisdem dignitalibus, nostristamen statutis in suo robore
duraturis.
IV
Item quod nullus (Fe novo recipiatur, aut jam receptus amplius
percipial bursas qui in patrimonio seu benelîciis. communibus
annis habeat importatis ultra quadraginta libras reditus, exceptis
tamen magistro et capellano qui bursas dimitterc non cogantur.
V
item statuimus quod in collegio predicto nullus recipiatur nisi
sufficienter fuerit in grammaticalibus eruditus, bone tndolis»
honesle vite et conversationis, etatis légitime, scilicet quindecim
annorum ad minus, et de legitimo matrimonio procreatus, habi-
lisque et idoneus ad jura civilia ant canonica audienda, talisque
repertus per magistrum coUegii qui presentibus aliis de collegio
ipsum examinabit in sua receptione quoad scientiam, et de aliis
quantum poterit se informabit, et ultra triginta solidos pro jucundo
adventu in collegio non compellatur solvere, et sub eadem summa
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 475
socii cuni niagistro secundum. persone statum valebunt nioderare
taliter quod iiuUus gravetur.
VI
Item statuimus quod quilibet in sua receptione ac ctiain post,
quoties requisitus fuerit per principalem, juret statuta collegii
inviolabiliter obscrvare, utilitatem, commoduin et honorem. ejus-
dcm procurare, ad quemcumque statum devenerit, et pro posse
augmentare, magistro seu principali reverantiam et honorem
exhibere, in licitis honestisque obedire, ac sécréta collegii neniini
extrâneo revelare, bonaque ipsius collegii non alienare, eorunidem
alienationi non consentirez se et sua presentia ad hoc obligare.
VII
Item statuimus quod quilibet de novo receptus infra nientem a sua
receptione solvere teneatur collegio duas mappas novas bone tele
et suilîcientis longitudinis, quelîbet quatuor ulnarum, et competen-
tis latitudinis, quarum una ad minus sit operata ; et pro qualibet
mappa duas longerias ejusdem latitudinis et operis ; et super hoc
non fiât gratia nisi usque ad mensem adhuc cum cautione jura-
toria ; post quem mensem transactum ei substrahantur burse quo
usque solverit.
VIII
Item statuimus quod quilibet scolaris habeat infra mensem a
tenipore sue receptionis libros quibus tune legetur ordinarie, et
extraordinarie, in primo anno, et sic in secundo ; in tertio vero
totùni cursum juris in quo studebit et ipsos habeat tanquam suos
quandiu in dicto collegio remanebit.
IX
Item statuimus quod quilibet scolaris leclionem doctoralem de
mane et extraordinariam audiat, sub pena privationis dimidîe
burse, nisi fuerit impeditus légitime, et per principalem seu magis-
trura approbatum impedimentum ac pro justo reputatum ; et si
assuescat sepe deficere in dictis lectionibus omnino privetur.
X
Item, et quod quilibet scolaris teneatur in principio anni quinti
post suani receptionem gradum baccalaureatus recipere, et gradum
licentie in principio anni sexti post baccalaureatum acquisituni in.
collegio vel alibi, et post licentiam receptam in altero jurium.
terapore supradicto, in reliquo teneatur acquirere licentiam circa
principium anni quinti immédiate subsequentis sub pena privatio-
nis bursarum ; post quos gradus adeptos vaceni burse istius sic.
476 NOTICE HISTORigUK SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
graduatijpost très menses a tempore licentie ultime, et alteri con-
ferantur, exceptis tamen magistro et capellano quoad amissionem
seii perditionem bursaruni post adeptionem predictoruni graduum.
XI
' Item staluimus quod unus de scolaribus, dempto tamen capel-
lano, maxime postquam aiidiverit per duos annos, suo ordine
teneatur rcspondere semel inhebodmada, scilicet die yeneris, hora
competenti post prandium, de una lege, decretali, vel questione,
presentibus omnibus scolaribus dicte domus qui présentes esse et
contra respondentem ordine debito arguere tenebuntur, sub amis-
sione unius burse, prin^^ipali eorum seu magistro audiente hoc et
dirigente ; et [si fuerit dicta dies impedita, sequenti vel aitera de
precedentibus hujus modi hebdomadc fiant ejusmodi disputatio-
nés ;'et tenebitur respondens afïigere suas conclusiones in valvis
aule in die precedenti ; nullus tamen de predictis scolaribus plus-
quam semel in mense invitus respondere cogatur.
XII
Item, quod dicti scolares maxime baccalaurei in actibus publicis
universitatis, videlicet et receptionibus et aliis disputationibus
arguant, si locum habere poterint.
XIII
Item, omnes de collegio sic amiciabiliter vivant quod unus alte-
rum non dementiatur, sub pena quator denariorum, nec dicat
opprobria aut verba injuriosa sub pena denariorum sex, vel alia
pena majori juxta qualitatem et quantitatem injurie ; nec alius
aliuni percutiat injuriose sub pena ^missionis bursarum ; nec
iamulum sub pena amissionis unius burse, ant privationis totalis
secundum casus exigentiam.
XIV
Item nullus verba inhonesta maxime in locis publicis collegii
proférât neque cantet, vel tam alte loquatur aut aliquid inutile
faciet quod per hoc studium impediat sociorum sub pena duorum
denariorum pro qualibet vice.
XV
Item, quod nulla facta divisione dieceseum ant nationum pre-
dicti scolares sic con vivant sicut fratres ejusdem diecesis ac
nationis, nec uni de una natione faciant deliberationem soli contra
alios, nullaque sit differentia in camerarum assignatione per ma-
gistrum, quin unus de una natione possit manere cum alio de
altéra natione ; qui autem hujusmodi divisionem fecerit, pena pri-
NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 477
vationis puniatur. Non graduati autera déferre tenebuntur gradua-
tis ; et inter non gradiiatos poslerius recepli prioribus, in niensa,
sede, gratiis. deliberatione et ceteris quibus contigerit temporibus
congregari, salvis tanien semper in omnibus prioritatibus magistri
et capellani post ipsuni.
XVI
Item quod nullus arma de die aut nocle portet per villam, aut
brigam seu rixam faciat, nec se associet cum scolaribus, aut aliis
quibuscumque talia perpetrantibus sub pena privationis.
XVI I
Item, omnes déférant et maxime per villam vestes honestas, non
nimia brevitate, aut longitudine notandas, sub pena arbitraria.
XVIII
Item omnes de domo ad invicem loquantur latine et precipue in
locis communibus, scilicet aula, capella, et alibi ubi conveniunt in
collegio, nisi adsint extranei propter quos oporteat aliter loqui sub
pena unius denarii pro oratione perfecta, in aliis vero locis loquan-
tur latine quantum erit possibile.
XIX
Item, si contingat contentionem oriri inter scolares in domo,
maxime, terminetur contentio per principalem cui in hoc tene-
buntur obedire, cum con^ilio ceterorum, nuUum processum super
hoc coram quovisjudlce faciendo, sub pena privationis durante
tali litigatione sive processu ; et si contingat contentionem oriri,
principali eorum hoc ignorante, tenebuntur ceteri qui hoc noverint
in casu quod infra diem naturalem ad invicem concordati non
fuerint, ad notitiam principalis deducere.
XX
Item si contingat aliquam contentionem oriri inter principalem
et aliquem seu aliquos de scolaribus, tenebuntur dictus principalis
et secum contendentes se submittere dicto et ordinationi doctorum
nationum Cenomanie et Normanie actu regcntium, si qui sint, et
in casu discordie dictorum. Dominus scolasticus ipsos concordabit,
cujusdictioni obedire tenebuntur. sub pena substractionis bursa-
rum parti nolenti, quamdiu sic steterit ; et hoc post obitum nos-
trorum trium executorum prenomintorum, quia terminationem
hujusmodi disco;*diarum nobis et unicuique nostrorum, quoad
vixerimus retinemus ; ubi tamen super hoc ad nos, aut aliquem
nostrum in brevi et faciliter possit esse accessus aut ad nostraiT>
notitiam pervenire.
478 NOTICE HISTORIQt'E SLR LE COLLEGE DE Bl'EIL
XXI
Item omnes a lujianari ettavcroLs abstineant. nuilusque mulieres,
cuiusqœ conditionls existant, ad domuni noctu adducat, aut
de die, nisi in tali sr)cietate et taies sint quod constet principali
iiide nullam malam suspicîoneni orituram, sub pena privationis.
XXH
Item nul lus vacet ludo taxillorum aut aliis ludis inhonestis seu
prohibitis, nec ludis permissis ut palme et aliorum iudonim»
maxime in locis communibus. et in sallis non iudat vel alibi non
minus continuet si quod studium suum impediat sub pena priva-
tionis burse, et si post monitionem competentem per principalem
factam non destiterit, omnino privetur. Juvenes autem, scilicet non
graduati, hic vel alibi domum non exeant sine licentia magistri,
nisi causa lectionis, prepositure, aut alterius necessitatis rationa-
bilis sub px'na quatuor denarionim.
XXIII
Item tempore estât i s a festo Pasche usque ad festum beati Dio-
nisiî, porta claudatur cum barra in hora nona de sero ; et alia
parie anni in septima hora ; post cujus clausionem principalis
habeat in sua caméra claves; et si quis post hujusmodi clausionem
exiverit domo, sit perpetuo privatus. Unusquisque autem de
collegio habeat clavem parvi ostii in dicta porta constitutif quod
teneatur semper clauderc, dum et qoando domum intraverit aut
exiverit sub pena uniusdenarii.
XXIV
Item quod nullus jaceat extra domum in villa, vel extra, nisi
causa ralionabili quam tenebitur manifestare magistro si possit, et
ab eo licentiam accipere ; si autem in contrarium fecerit. pro una
vice privetur dimidia bursa, pro secunda vice bursa intégra ; et si
assuescat vel continuet, privetur omnino. Ad principalem autem
spectabit huiusmodi delinquentes revelare eollatoribus bursarura
citius quam commode fleri poterit, in casa quo delictum commis*
sum taie fueril ex quo sequi debeat privalio ; intérim poterit prin-
cipalis hujus modi delinquentibus bursas substrahere.
XXV
Item quod quilibet teneatur licentiam petere a magistro si velit
ire extra villam per aliquantum tempus, cui magister non recuset
licentiam impertiri causa rationabili coram ipso allegata ; hic
tamen honcste recédât quod débita in collegio solvat, et restituât
NOTICE HISTORIQtE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL 479
■sih'i tradita in custodiani per mngistrum, aut propter hoc sufficien-
tem cautionem emittat.
XXVI
Item, quod nullu^ possit se absentare a collegio ultra très inenses
sub pena privationis nisi de licentia niagistri; quam quideni licen.-
tlaiii non inipertietur magister nisi ejusdem petentis evidens fuerit
utilitas, aut urgens nécessitas, puta in prosecutione benefîcii, aut
alterius boni quod magistro pateat evidenter.
XXVII
Item, quod quilibet de dicto collegio in suo ordine sit prepositus
per unam hebdomadam integrani, incipienleni die sabbati, et
habeat claves dispense et arce ibidem existentis, durante ejus
prepositura ; qui fideliter et sollicite querat cibos et parare faciat
secimduni temporis exigentiam et coraniunem. vivendi modum
rnoduni scolariuni, non secundum placitumautaiTectum proprium;
qui etiam suniet famuluni ad paranduni, si opus fuerit, et ser-
vienduni in prandio et in cena ; qui etiam de receptis per ipsum
et cibariis quesitis et pretio distincte, per singulos dies preposi-
ture sue habeat in seripturis reddere rationem, et relîqua in die
subbati proxime sequenti post prandium ; et si quid fuerit expen-
sum ultra bursas. hoc teneatur quilibet pro parte sua restituere
ipsi preposito, et in casu reservationis ad requestam ipsius prîe-
positure; poterit retinerc de bursis futuris débitons magister usque
ad summam preposito debitam.
XXVIII
Item tempore eatatis, sciiicet a festo pasche usque ad festum
beati Dionisii, pulsetur per prepositum pro prandio hora décima,
et pro cena hora sexta, sic tamen quod sine candela cenetur, et in
tempore hyemali, sciiicet a dicto festo sancti Dionisii usque ad*
carampyrium (1) pulsetur pro prandio in décima, et pro cena hora
quinta ; diebus autem jejjiiniorum preceplorum ab Ecclesia fiât
prandium hora débita^ nec in illis cenabitur in aul^, nec alibi
expensis communitatis. Caveat autem prepositus quod omnia in
dictis horis parata sint et bene dispcsita sub pena arbitraria
mense commun! applicanda, per niagistrum et socios arbitranda
secundum casus exigentiam.
XXIX
Item nullus adducat extraneum ad prandium ant ceram sociorum
nisi sit persona honesta, et nisi ei provideat aut prius sciât a pre-
(1) Carniprivium. Rangeard..
480 NOTICE HISTORIQUE SUK LE COLLÈGE DE BIEIL
posito an satis pro sociis et dicto extraneo ; quo comperto et scito
habeat solvere pro rata.
Item, quod biirse absentiuiii aut delinquentium non accrescant
presentibus, sed thcsauro collegii reserventur ; et aliter in niulctis
seu pénis aliis peciinariis observabitur, que niense communi appli-
rabuntur et exigentur per singulos prepositos in suis preposituris
fideliter et diligenter, sub pena solutionis earumdeni penarum ;
ubi auteni essent récusantes solvere ipsi preposilo, certificatus
magister sullicienter super hoc per ipsum preposituni, sumniam
debitani per ipsosde bursis eorum solvat.
XXXI
Item nuUus prandeat aut cenet in caméra sua sub'pena amis-
sionis portionis pro illa hora, sed omnes simul convenianl in aula,
nisi causa infirmitatis aut alia causa societatis honestc alicujus
extranei aut plurium (1).
XXXIl
Item, quod congruo tempore fiant munitiones seu garnitiones
viclualium et necessariorum quorumcumque, puta. vinoruni, ligno-
rum, salis, pisorum, fabarum, verjuli et lardi ; et quod quilibet ad-
hibeat juxta dispositionem principalis cuni consilio et assotiatione
duorum vel trium antiquorum et notabilium de coUegio in emp-
tione eorumdem cum ipso, et contribuet quilibet pro rata ad hoc
si opus fuerit ; et redigantur in scriptis per magistrum ; et habeat
magister custodiam dictarum munitionum, et onus dispensandi
singulis preposituris requisitus super hoc hora competenti ; et
vinum a preposito exponatur ad dicam (sic) et non aliter sub pena
privationis bursarum et expulsionis omnium quorumcumque a
collegio per magistrum ; et tenebitur quilibet quotidie dicare cum
famulo vinum expensatum per ipsum eadem die, et in fine cujus-
libct pippe statuere quod apparebit per dicam suam exposuisse
cum parte detrimenti communis viginti pintarum pro qualibet
pippa et aliis supervenientibus infortuniis pro parte sua, sub
pena substractionis bursarum ex tune ; computabit etiam magister
cum aliis de collegio de aliis munitionibus ter vel quater in anno
satisfaciendo tam collegio quam sociis, si quid eis debeatur.
XXXIIl
Item, ordinamus quod quadraginta libre turonenses, quas nunc
tradimus, in dictis munitionibus impleantur, ad periculum tamen
(1) Au fol. 97 v« ces deux articles .30« et 31« sont intervertis, de même
dans Kangeard, II, p. 319, et Fournier. p. 381-382.
NOTICE HISTOHIQIE SVIX LE COLLÈGE DE BUEIL 481
eorum pro qiiibus fient, et singiilis annis per magistrum, a quolibet
de collegio bursario et a seipso pro rata sine detrimento recupe-
rentur ; et in casu recusationis de solvendo fiât detentio bursarum
usque ad satisfactioneni plenariam. Ubi autem non sufficerit dicta
summa, contribuât quilibet pro parte sua substractioni bursarum.
XXXIV
Item nuUus adducat extraneum ad jacendum in domo nisi de
licentia magistri petita et obtenta.
XXXV
Item si contingat aliquos extraneos et hospites in domo recipi, '
hoc fiât cum assensu magistri et ceterorum de collegio, et non
recipiantur nisi scolares bone vite et honeste conversationis^
volentes proficere in altero jurium, qui eisdem regulis et statuti»
quoad modum vivendi adstringantur quibus bursarii sub pena
expulsionis a domo in continenti, et qui in sua receptione jurent
non revelare sécréta collegii, imo servare honorem et utilitatem
ejusdem pro posse, et sic hospitentur ; et quod duo possint esse
in eadem caméra, et solvere quilibet per annum quatuor libras
turonenses bone monete thesauro collegii applicandas pro conduc-
tione dicte camere, ustencilium, communibus et famulo, et ultra
hoc solvere pro manutenentia dictorum ustencilium more bursa-
riorum quinque solidos per annum, et contribuere pro rata in
munitionibus faciendis ; numerus autem hujusmodi hospitum
nunquam numerum bursariorum excédât.
XXXVl
Item nullus vasa stannea collegii ant alia quecumque ipsi collegio
pertinentia portet in villam, quoad vasa et cetera tradita famulo in
custodiam, nisi hoc nuntietur ipsi famulo, et de aliis nisi de licen-
tia magistri.
XXXVII
Item, nullus lectum, lecticam, rotam ant alia ipsi col'iegio perti-
nentia et posita in qualibet caméra audeat portare extra domum,
neque transferre de caméra in cameram sine licentia magistri^
imo quilibet teneatur reddere que erunt sibi assignata et ea in
communi reparatione propriis expensis manu tenere (1).
XXXVIII
Item, et de omnibus ustencilibus collegii, singulis annis in
carimpirio fiât inventarium et visitatio per magistrum et notabi-
(1) Ces deux articles 36 et 37 sont intervertis au fol. 9S«
482 NOTICE HISTORIQUE SUR LE COLLÈGE DE BUEIL
liores de coUegio ; et si quid fuerit perditum, queratur diligenter
quod si non possit inveniri, solvat ille in cujus custodia erat ; si
quid autem fuerit consumptum, deleatur a precedenti inventario ;
si quid vero de novo fuerit emptum aut datum, illud de novo
scribatur.
XXXIX
Item, quilibet de collegio, sive bursarius sive hospes, teneatur
singulis annis in dicto termino carimpirii quinquesolidos tuponen-
ses pro manutenentia et reparatione dictorum ustencilium ; et si
quid ultra prêter hoc fuerit necessarium, illud suppléât collegium.
xxxx
Item, in collegio sit una libraria in qtia libri diebite disponantur,
in pulpitis incatenentur cum catenis termantibus ad seram, cujue ce que pouvait être à cette époque un abbé commendataire,
c'est-à-dire pourvu avec surabondance de pensions ecclésias-
tiques, sans charge d'nmes. Aussi les compliments et les éloges
ne lui ont-ils pas fait défaut pendant sa vie et après sa mort.
C'est ce qui nous procure l'avantage de n'avoir que la peine
d'y puiser largement pour le faire connaître. Voici oomment
le dépeint l'un des plus qualifiés de ses panégyristes,
Dambourney, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences,
Belles-Lettres et Arts de Rouen :
« M. Lacroix, dit-il, fut un des hommes les plus instruits
et les plus aimables de son temps. Né avec une constitution
délicate, il trouva des ressources précieuses dans la sobriété
et un exercice raisonnable, dans la gaieté et les doux
épanchements d'un caractère vif et franc. Jamais son âme
active ne sut mieux se délasser d'un travail que par un autre.
Sa maison était le temple de la paix, comme celui des sciences
et des beaux-arts. Une bibliothèque nombreuse et choisie,
d'excellents tableaux, des statues de grands maîtres et les
meilleures estampes annonçaient son goût ».
(2) Le roi n'eut la nomination du prieur commendataire de la Ferté que
depuis la réunion de Fabbaye de Saint- Julien au collège des Jésuites de
Tours en 1735. Le curé de la Ferté était dans le même cas.
490 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ
L'abbé de la Croix parcourut brillamment la carrière
des dignités ecclésiastiques. Elevé à la prêtrise, il se fit rece-
voir docteur en théologie, en l'Université de Paris, comme
membre de la Société royale de Navarre. Il fut nommé
chanoine, obéancier et baron du chapitre de Saint-Just-de-
Lyon (1), officiai primatial, vicaire général du diocèse et
enfin abbé commendataire de Saint-Rambert-en-Bugey, en
1775.
La charge importante de trésorier de France, au bureau
des finances de la généralité de Lyon qu'il avait achetée,
contribua, en outre, à augmenter ses revenus, tout en lui
procurant des relations agréables. Un de ses confrères, au
bureau des finances de Lyon, l'accompagna dans le voyage
qu'il fit en Italie, vers 1739, à un âge où il était à même de
profiter du fruit de ses observations. Il s'y lia avec un des
trois frères Slodtz, probablement René-Michel, qui fut envoyé
à Rome par l'Académie de peinture et de sculpture, en
qualité de pensionnaire. Il y rencontra également le célèbre
Soufflot qui préludait, par l'étude des monuments de l'Italie,
aux grands travaux d'architecture qu'il a exécutés à Lyon et
à Paris.
Une anecdote assez piquante nous révèle qu'alors le docte
abbé portait perruque. Or voici ce qui lui arriva, d'après
Dambournay : « Etant à Rome, il désira célébrer dans la
basilique de Saint-Pierre, mais il portail perruque. Le sacris-
tain exigea qu'il la quittât et il célébra en enfant de chœur. »
On sait, en effet, que dans les peintures de ce temps-là
les enfants de chœur sont représentés la tête complètement
rasée. Quant aux perruques, elles n'étaient pas tolérées à Rome,
dans les cérémonies officielles. On cite même le refus d'au-
dience opposé parles officiers de la cour pontificale au chargé
d'affaires de Louis XIV, M. Doppeville, parce qu'il avait la
tête couverte d'une perruque (2).
En France même, les ecclésiastiques porteurs de perruques
(1) La dignité de grand obéancier ou obédientiaire était le premier de
cette église. Le titulaire était l'orateur né du clergé de Lyon et, en cette
qualité, chargé de porter la parole à l'entrée des rois, des papes et de leurs
légats.
(2) Histoire des modes frcuiçaises, p. 276.
DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA PERTÉ-MACÉ 491
furent longtemps exposés à toutes sortes de censures.
En 1675, l'archevêque de Rheims interdisait aux chanoines
en perruques d'approcher de l'autel principal de TEglise
cathédrale, mais leur permettait de célébrer aux autres
autels (1).
L'abbé de la Croix, dans son voyage en Italie, ne se borna
pas à étudier les chefs-d'œuvre qu'on y admire. Il étendit le
cercle de ses recherches sur le domaine scientifique. C'est à
la suite d'une excursion dans l'Italie méridionale qu'il dut
rédiger ses Observations sur le Vésuve et sur les volcans, qiii
portent la date de 1739 (2).
Ces observations le conduisirent à composer, la même
année, un Mémoire sur les tremblements de terre (3).
On connaît aussi de lui des Observations sur Cayenne et
la Guyane, 1766 (4).
Il paraît s'être occupé d'astronomie, car on cite de lui
des Réflexions préliminaires sur la lune, 1754 (5).
On lui doit encore, comme contributions aux sciences
économiques, un recueil de pièces statistiques sur la popu-
lation de Lyon, portant la date de l'année 1768 (6).
La médecine elle-même, ou tout au moins la diétique,
ne fut pas étrangère à ses études, car il existe un mémoire
de lui intitulé : Du régime de santé des gens adonnés à l'étude,
portant la date de 1753 (7).
On doit rapporter enfin à la philosophie son Mémoire sur
les causes des opinions et des erreurs des hommes, daté de
1754 et 1765 (8).
Par le nombre et la variété de ces travaux, on est autorisé
à croire que dans le recueil manuscrit des mémoires de
l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon dont
(1) Histoire des modes françaises, p. 280.
. (2) Manuscrit du palais des Arts du Lyon (Catalogue Général T XXX,
pages 108, n» 74.
(3) Ibid, n» 228, p. 113.
(4) Ibid, page 108.
(5) Ibid., p. 103.
(6) Ibid., no 307, p. 142.
(7) Ibid, no 229, p. 114.
(8) Ibid, no 144, p. 76.
492 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ
il était membre (1) et dans les mémoires de la Société d'agri-
culture de Lyon, on aurait chance de rencontrer quelques
autres mémoires dûs à ses recherches.
C'est ici le lieu de parler des établissements relatifs aux
sciences et aux arts dont il dota sa ville natale, de sa maison
de campagne, près de Lyon et de donner quelques détails
sur son genre de vie.
On doit en partie à M. La Croix, dit Dambourney, l'éta-
blissement à Lyon d'une École gratuite de dessin, celui d'une
Bibliothèque, d'un Jardin botanique, d'un Cours de chimie
et d'un Cabinet d'histoire naturelle.
(( Sa maison de campagne, sans décoration fastueuse,
présentait toutes les commodités que l'on peut désirer :
ses bosquets dessinés avec élégance, offraient des vases,
des statues agréables, des inscriptions spirituelles. C'est là
que, tous les ans, il tenait ce qu'il appelait ses Etats (2). 11 y
rassemblait, tour à tour, les personnes qu'il voyait à la ville,
et la loi qu'il s'était imposée de ne recevoir que sur invitation
le mettait dans le cas de ne réunir que des hommes qui se
connaissaient entre eux, et qui, tous ensemble pouvaient penser
tout haut.
« Dans une ville de passage comme Lyon, il fut souvent
obligé de haranguer, à la tête de son chapitre, des voyageurs
de premier ordre, et son éloquence naturelle le servit toujours
heureusement. Une de ces circonstances lui procura l'amitié
du cardinal de la Rochefoucault, qui, pendant son séjour à
Lyon, se plaisait à venir se délasser chez lui du cérémonial
et de la représentation ».
Dominique de la Rochefoucault, nommé archevêque d'Albi
en 1737, abbé général de l'ordre de Cluny, en 1757, présida
en 1759, l'Assemblée du clergé de France, où il eut le plaisir de
(1) Bibliographie des travaux historiques et archéologiques public parles
sociétés Savantes de France, par R. de I.asteyrie, T. 11, p. 586.
(2) « La bibliothèque de M. Tabbé Lacroix, baron obéancier de Saint-
Just, dit l'abbé Eupilly, est nombreuse et bien composée. On y voit des
recueils considérables d'estampes sur difTérens sujets : le cabinet qui les
renferme est embelli par des tableaux, des marbres, des bronzes et autres
pièces curieuses >.
{Dictionnaire historique et politique des Gaules et de la France, t, IV, art.
Lion^ p. 257.
DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ 493
rencontrer de nouveau l'abbé de la Croix qui y remplit les
fonctions de député du diocèse de Lyon. Monseigneur de la
Rochefoucault ayant été nommé alors archevêque de Rouen,
Tabbé de la Croix fit le voyage de Rouen pour lui rendre
visite. L'Académie des sciences, belles-lettres et arts de cette
ville s'empressa de Tinscrire au nombre de ses membres et le
pria d'établir une correspondance suivie avec celle de Lyon.
Le secrétaire général de cette Académie, d'Ambourney,
fut à même de l'apprécier et après sa mort de prononcer
son éloge.
« M. la Croix, dit-il, avait le talent de faire des vers de
société fort agréables, mais il les a tenus renfermés dans son
portefeuille.
« Nous avons appris avec douleur, la perte de cet ami des
Beaux-Arts qui fit toujours servir à l'intérêt de la société
les fruits de ses longues études et le goût délicat et sûr qu'il
avait reçu de la nature (1). »
II
Au milieu de ces travaux multiples, on comprend que
l'abbé de la Croix ait un peu perdu de vue son prieuré,
auquel pourtant il déclarait, en 1731 « qu'il y a un membre
de fief noble nommélefief de More, dont le chef est assis en la
paroisse de la Ferté-Macé, auquel y a domaine fieffé et non
fieffé, justice et juridiction, à cour et usage, hommes, homma-
ges, rentes en deniers, reliefs, treizièmes et autres droits
et devoirs seigneuriaux, tels qu'à fief noble appartiennent ;
et consiste le domaine non fieffé en un manoir seigneurial,
composé de deux salles, chambres et greniers dessus, avec
jardin à porée, cour ; et est le tout assis au bourg du dit
lieu de la Ferté-Macé, contenant ensemble une journée de
terre environ, jouxte d'un costé l'église et cimetière du dit
lieu, d'autre côté, la rue aux Riaux, d'un bout les fossés et
d'autre bout JuUien Barré ou ses représentants. » (2)
(1) Précis analytique des travaux de l'Académie de Rouen, T. V, p. 328.
(2) La déclaration du revenu du temporel du prieuré de la Ferté-Macé,
membre dépendant de l'abbaye de Saint- Julien-de-Tours fut faite au Roi
par Antoine de la Croix, le 28 Avril 1731. Ce document intéressant a été
494 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ
Un rapport qui fut adressé, le 18 décembre 1772, à l'inten-
dant de la généralité d'Alençon Antoine -Jean -Baptiste
Jullien, par Thomas de Launay, exempt de la maréchaussée,
vint ramener Tattention de Tabbé de la Croix sur le temporel
de son bénéfice de la Ferté ou à l'exemple de ses prédéces-
seurs il n'avait jamais mis les pieds. L'abandon, hélas I
était complet. Les murs étaient encore solides, mais les deux
salles du bas, les deux chambres et le grenier n'étaient plus
utilisés que pour servir à loger du bois et du foin. L'un des
deux jardins attenant à la maison prieurale, était clos d'une
simple haie.
L'idée vint alors à l'exempt de la Ferté de proposer
d'utiliser l'ancien prieuré, qui, disait-il, « était un bien appar-
tenant au roi », en une bonne et solide geôle pour le logement
des prisonniers, vagabonds, soldats indisciplinés et autres qui
donnaient tant à faire à la maréchaussée.
Voici un extrait de ce curieux rapport :
« Monseigneur,
« Relativement à vos ordres, sitôt mon arrivée à la Ferté-
Macé (1), je suis occupé de ce qui a rapport à la prison, la
mauvaise maison qui en sert jusqu'à présent ne pouvant
absolument, tant par sa petitesse, son manque de solidité
que par sa situation, subsister pour cet usage. Elle consiste
en une espèce de salle basse, de dix-huit pieds carrés, donnant
sur une petite rue de traverse, mal muraillée en devant
jusqu'à six pieds seulement et une chambre dessus, de même
grandeur que la salle, mais dont les murs ne sont que blocage
ou terrassis, qui sert de logement au geôlier. La salle seule
*
publié par M. Wilfrid Challemel, dans sa remarquable étude intitulée La
Ferté'Macé en 1745. La place du Marché, parue dans le Journal de la FerU-^
Maté, 12« année, n» 39 et suivants et reproduite dans la curieuse plaquette
imprimée par M. W. Challemel, in-16o. M. le comte de Contades l'a insérée
en entier dans TAnnuaire pour le canton de la Ferté-Macé, p. 29-33. La
Fcrté-Mâcé, Veuve A. Bouquerel 1883, in.l6«.
(1) Il semble que Thomas de Launay était depuis peu de temps à la Ferté.
Son nom nous apparaît pour la première fois dans un procès-verbal de
capture d'un cavaUer du régiment de Condé, coupable des crimes de rapt
et d'adultère, surpris en ilagrant délit à 11 heures du soir, le 8 Décembre
1772, à l'hôtel du Lion d'or, place du Marché (Archives de l'Orne, Série B.
Maréchaussée).
DERNIERS JOUHS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ 405
sert de prison. A cet effet, elle a été retranchée en trois partie»,
sçavoir, une dans le fond, qui sert de cachot et le reste en
deux parties, dont l'une sert d'entrée et l'autre de prison
pour le civil. Chacune de ces pièces n'a pas plus de six pieds
en carré. Il n'y a ni cour, ni guichets, ni chapelle, enfin
aucunes nécessités indispensables pour une prison, et le
défaut de solidité met dans l'impossibilité d'y pouvoir tenir
en sûreté le moindre prisonnier.
« Le Roy pourroit se servir pour cet objet d'un emplace-
ment commode qui lui appartient. Il y a dans ce bourg les
restes d'un bâtiment joignant l'église qui a servi de demeure
autrefois à des Bénédictins, qui fait actuellement partie
du prieuré de la Ferté-Macé, à la nomination de sa Majesté,
le prieur n'en fait aucun usage, laisse même tomber le tout
en ruine, regardant ce bâtiment et ce qui en dépend comme
lui étant plus onéreux que profitable. A peu de frais, sa
Majesté peut s'y procurer une prison solide et commode en
ce que les prisonniers, au moyen d'un grillage à l'église,
entendroient la messe. On pourroit encore y tirer une
audience, chambre de conseil et greffe (1) ».
L'intendant de la généralité s'empressa d'informer de cette
(1) Archives de l'Orne, C. 13. Auditoire et prison de la Ferté-Macé
(1772-1777, 11 pièces.
Un rapport bien postérieur à cette date, il est vrai, mais rédigé par un
fonctionnaire digne de toute conAance, M. Lesage, receveur de l'enregistre-
ment à la Ferté-Macé (4 floral an XIII), nous donne de ce bâtiment une
idée bien différente :
« L'Abbaye en question, réclamée, avec le jardin et dépendances, par le
conseil de la commune, n'est point l'ancienne Abbaye qui a été démolie avant
la Révolution. C'est une nouvelle bâtisse que devaient faire faire les héritiers
de l'avant-dernier prieur qui ne purent s'arranger pour les réparations
avec le dernier. La Révolution a empêché que cette maison n'ait été finie.
Ce sont quatre murs mal couverts, avec deux mauvaises planchers sur les
salles. On peut y pratiquer une cuisine, une salle, deux chambres et deux
cabinets. Les croisées n'ont jamais été placées : il n'y a de bon que les murs
et la charpente. Ce bâtiment a environ quinze mètres de longueur sur sept
de largeur. Aucune autre espèce de logement n'en dépend, mais seulement
deux petites portions de terrain, l'une au-devant de la maison, servant
de chemin, et l'autre au bout, vers le nord, contenant chacune viron huit
mètres de largeur sur neuf à dix de longueur.
t Le jardin ne contient que vingt et un mètres de largeur sur viron vingt-
six de longueur au midi : il est couvert par un mur qui endommage le
côté le plus considérable, parce qu'il est en fausse équerre. Le loyer se
monte à 55 fr. 50 et ce jardin est loué fort cher. II est situé à viron trois
mètres de la maison qui le domine et ne convient qu'à elle, c — Archives de
rOme, série G. •
496 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ
situation M. Cochin, conseiller d*Etat, intendant des finances
(Bureau des domaines .et aides) et nous croyons utile de
donner simplement un extrait de sa lettre :
» Vous concevrez aisément. Monsieur, Timpossibilité de
garder des prisonniers dans un pareil bâtiment, dont ils
peuvent s*évader à chaque moment. Il a pu suffire ci-devant,
lorsqu'il n*y avait qu'une haute justice, mais présentement
qu'il réside dans ce lieu une brigade de maréchaussée qui
arrête fréquemment de mauvais sujets, il est indispensable
de procurer des prisons plus sûres et plus grandes ; autrement
la brigade sera obligée à chaque capture qu*ene fera, de
transférer les prisonniers à Alençon, ce qui occasionnera
beaucoup de frais à la charge du domaine.
« Comme il pourroit estre coûteux de construire de nou-
velles prisons, ne pourroit-on pas prendre pour cet usage
un vieux bâtiment qui était anciennement occupé par les
religieux bénédictins et qui dépend du prieur de la Ferté-
Macé, à la nomination du Roy ? Je n'ay pas cru devoir
faire dresser le devis des réparations qu'après vous avoir
consulté » (1).
Passerat de Montleduc, subdélégué de l'intendant et bailli
de la Ferté-Macé, émit naturellement un avis favorable.
Par malheur le moment n'était pas opportun, car la
baronnie de la Ferté-Macé était encore engagée au marquis
de Rânes et celui-ci était en train d'en négocier la remise au
roi (2).
L'affaire resta ainsi en suspens jusqu'en 1775, où le marquis
de Belbœuf, procureur général au parlement de Normandie,
saisit de l'affaire le Contrôleur général.
En conséquence, M. Moreau de Beaumont, conseiller
d'Etat ordinaire et membre du Conseil roval des finances,
écrivit à l'intendant de la généralité d'Alençon le 2 Avril :
Monsieur,
« M. de Belbœuf informe M. le Contrôleur général, que les
procès criminels ne peuvent s'instruire à la Ferté-Macé,
(1) Archives de lOme. C 1139, fo 217.
(2) Comte de Contades. — Rasnes, Histoire d'un chàleau normand^ Paris.
H. Champion 1884, In-8<'.
DERNIERS JOURS DV PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ 497
faute de prison, et propose d'en établir dans les bâtiments
dépendant d'un bénéfice à la nomination du Roi, que le titu-
laire céderait d'autant plus volontiers pour cet usage qu'il les a
lui-même abandonnés.
« Comme le projet de ce magistrat. Monsieur, se trouve
entièrement conforme à celui que vous aviez proposé vous-
même à M. Cochin en 1772, pour établir des prisons dans ce
bourg, et que la difficulté qui avait alors empêché de s'y
arrêter est levée, par l'efTet de la rétrocession que M. le
marquis de Rasnes a faite récemment au Roy du domaine
de la Ferté-Macé, je penserois que ce seroit à présent le
moment de s'en occuper, pourvu que son exécution ne se
trouvât pas, d'ailleurs, plus difficile aujourd'huy qu'elle ne
vous l'avoit paru en 1772... »
Une dame de Sées, originaire de la Ferté, Françoise-
Jeanne Dupont de Saint-Georges, dont la mère avait été
fermière du prieuré, servit alors d'intermédiaire pour les
négociations qu'il fallut engager avec le prieur. Cette dame,
alors veuve de Jean du Buisson, sieur du Parc, garde de la
porte du Roi et dont le fils, le sieur du Buisson du Parc,
écuyer, était actuellement fermier du prieuré avait conservé
des relations avec l'abbé de la Croix qui l'avait même chargée
de s'occuper de ses intérêts à la Ferté, au moyen d'une
procuration spéciale qu'il lui avait donnée. Ce fut donc
naturellement à elle que le subdélégué de Sées, sur l'invi-
tation de l'intendant d'Alençon, s'adressa d'abord. Elle lui
apprit que quelques années auparavant un gentilhomme de
la Ferté avait demandé à acheter les bâtiments du prieuré,
dans l'intention d'y faire sa demeure, mais que l'abbé de
la Croix avait répondu qu'il ne pouvait vendre et qu'il
consentirait seulement à l'accenser, moyennant une rente en
blé, ce que le gentilhomme ne voulut pas accepter (1).
Le 30 juillet 1773 le même subdélégué rendit compte à
l'intendant de la réponse faite par le prieur à la veuve
Duparc-Buisson. Il consentait à céder au roi la maison prieu-
rale avec les deux jardins attenants, l'un grand, beau et
(1) C. 13. — Lettre de Soalhat, subdéléguc à Sées. à l'intendant,
11 juin 1773.
408 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA PERTÉ-MAGK
enclos de hauts murs, loué 18 livres, l'autre plus petit et
voisin du premier, loué 7 livres, mais pouvant être aisément
affermés 40 livres. La veuve Duparc-Buisson écrivit de nou-
veau à Tabbé, le 6 mars 1776, à l'instigation du subdélégué,
en lui envoyant une caisse de bougies. La réponse de Tabbé
ne se fit pas attendre. Sa lettre datée de Lyon, scellée d'un
cachet en cire rouge à ses armes (malheureusement effacées),
accompagnée d'un lambrequin, est intéressante et vaut la
peine d'être reproduite, même à titre d'autographe :
« Madame
« Madame la veuve Du Parc Buisson
a à Séez, Basse-Normandie.
« Lyon, 11^ mars 76.
« Je reçois, Madame, dans le moment, votre lettre du
6® et j'y réponds tout de suite, comme vous me le demandés.
Je vois que vous avès consféré avec M. votre Subdélégué,
touchant la maison de mon prieurey qui peut convenir pour
y faire un lieu d'audience, une jurisdiction et des prisons.
S'il ne s'agit que de la louer pour un temps, affîn d'y
arranger ces différens objets, la procuration que vous avès
de moy peut y suffire ; mais s'il est question, comme je dois
le croire, d'un établissement permanent et de l'aliénation
perpétuelle de ce bâtiment, il y a bien des formalités à
remplir, tant pour la sûreté du Roy (si c'est pour luy que
Ton traite) ou du seigneur, que pour la mienne et celle de
mes successeurs à ce bénéfice. Dans ces circonstances, Madame,
je pense que M. le Subdélégué ou M. le Procureur général,
à qui, dites-vous, il a écrit sur cet objet, doit s'expliquer sur
la rente annuelle que l'on fera au prieur, pour l'indemniser
de la cession qu'il fait de ce bâtiment et indiquer sur quels
revenus sera prise cette rente dans la province. Vous sçavés
que jen ai demandé 80 livres, d'après le préliminaire indis-
pensable. M. le Procureur général, qui connoit les formes
judiciaires et canoniques pratiquées en pareil cas, voudra
bien me faire parvenir icy un mémoire de celles dont il entend
faire usage et le modèle de la procuration que j'auray à
donner pour conduire cette aliénation au terme désiré. Il
DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-IIACÉ 499
conviendroit, je crois, que vous fissiez parvenir la présente à
M. le Subdélégué, pour qu'il puisse prendre les arrangements
qu'il croira convenable pour cette affaire.
« Je suis avec un véritable attachement, Madame, votre
très humble et obéissant serviteur.
« L'Abbé LACROIX,
« prieur, vie. gén.
« J'attens la caisse de bougies que vous mannoncés ».
Ces préliminaires posés, M. Maillet, ingénieur de la géné-
lité, fut chargé de dresser un devis du bâtiment de l'abbaye
que le bailli de la Ferté-Macé, Passerat de Montleduc, trans-
mit à l'intendant, le 12 Août 1776 :
« Il m'a paru, dit-il, on ne peut plus surpris lorsque je luy
ai parlé d'audience et m'a semblé ne s'occuper que de l'objet
des prisons. Comme le lieu où nous tenons l'audience n'est
qu'une mauvaise salle qu'un aubergiste nous preste et que,
faute de bâtiment appartenant à sa Majesté, j'ai destiné à
cet usage, j'aurois présumé, d'après ce que j'avais eu l'honneur
de vous écrire dès 1772 et votre réponse du 27 novembre
1774, que vous embrassiez les deux objets, absolument néces-
saire pour l'utilité publique et le bien de sa Majesté... J'espère,
Monseigneur, que vous voudrez bien ne pas laisser l'entre-
prise imparfaite et procurer, pour le siège, tout ce qui est
nécessaire pour l'administration de la justice, autant que le
bâtiment et l'emplacement le peuvent permettre.
« P. S. — J'ai l'honneur de vous observer que les jardins
dépendant du bâtiment de l'abbaye ne faisant qu'un seul
et même, n'étant d'aucune utilité au prieur faisant à son
regard un très mince objet, le tout n'étant loué que 50 livres,
ne doivent point du tout estre distraits de la cession. Ils sont
nécessaires aujourd'hui, soit pour la geôle, ou autre chose qui
pourroient avoir rapport à l'objet dont il s'agit ».
A la fin d'avril 1777, les choses étaient encore au même
point. De là une nouvelle lettre éplorée du bailli, en date
<iu 25 avril :
500 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ
Monseigneur,
« La crainte de vous fatiguer retient souvent ma plume,
néanmoins, le besoin public et le service du Roy remportent.
Je ne peux me dispenser de vous réitérer nos besoins de
prison et d'auditoire... Il est quantité d'abus auxquels, sans
équité, on ne peut remédier que par de légères peines, qui
cependant multipliés deviennent de conséquence par impunité.
« La populace (1) ne peut se contenir qu'autant qu'on
ne l'abandonne pas à elle-même. Les exemples ne sont
pas rares pour prouver les inconvénients qui résultent de
son indiscipline, celle de ce canton n'est pas meilleure
qu'ailleurs, pour ne pas dire plus. Nous sommes même obligés
de laisser sans poursuite beaucoup de décrets de prise de corps,
faute de prisons. Par la suite, le public considérera nos ordon-
nances comme un épouvantail sans force ni vertu (passez
moi l'expression) (2).
« Le bailli insiste de nouveau sur la nécessité de prendre
possession de tout le terrain en question, pour pouvoir,
même avant l'exécution des réparations, tenir néanmoins
les audiences dans une partie des bâtiments et pour y avoir
un lieu commode où Ton pourrait, pour vingt-quatre heures
au moins, détenir les individus arrêtés, tant par la maré-
chaussée qu'à la requête du ministère public et des particu-
liers. »
Des instructions furent transmises dans ce sens à M. ilaillet,
ingénieur, le 17 Mai 1777.
Une lettre de l'intendant d'Alençon à M. Bertin, contrôleur
général, en date du 18 mars 1778, nous fait connaître que
les informations relatives à cette affaire n'étaient pas encore
terminées à cette date. Il paraît toutefois, d'après une note
publiée dans VEcho de la Ferté-Macé, à propos des décou-
vertes de squelettes faites sur l'emplacement de l'ancien
cimetière, lors de la construction de l'aqueduc partant de la
(1) Cette appréciation est assez remarquable dans la bouche du
fondateur, à la Ferté-Macé, de la loge maçonnique dite l'Union, en 1778.
Mgr de JoufTroy Gonssans, évêque du Mans, dans les notes de sa visite
épiscopale à La Ferté-Macé ne portait pas, d'ailleurs, un jugement plus
favorable sur le caractère des habitants. Il déclare net •> que la paroisse
est fort difficile à gouverner, les paroissiens étant chicaneurs, intéressés, etc, »
(2) G 1.144 io 151.
DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ 501
maison en encoignure située à l'angle de la place du marché
et de la rue de la Halle-à-l' Avoine, qu'en 1780, l'abbaye
était convertie en prison et que les prisonniers pouvaient
entendre la messe, au moyen d'un guichet ayant vue sur une
fenêtre de l'église.
L'abbé de la Croix eut donc la satisfaction de se voir enfjn
débarrassé de l'entretien de son prieuré. Il continua à
employer utilement son temps, à Paris et à Lyon. C'est à
Paris qu'il mourut, en son hôtel de la rue de Tournon, le
17 mai 1781. Le Journal de Paris fit mention de sa mort et
donna l'énumération complète des titres et dignités dont il
était revêtu. Son éloge fut prononcé à l'Académie de Lyon par
M. Deschamps, dans la séance publique du 28 août 1786.
M. Damhourney lui rendit le même hommage au nom de
l'Académie de Rouen. Il fut remplacé par un de ses neveux,
portant le même nom que lui, dans la dignité d'obéancier du
chapitre de Saint-Just.
Comme prieur commendataire de la Ferté-Macé, il eut
pour successeur l'abbé Joseph-Daniel de Montfayon, clerc de
chapelle de Monsieur, disparu pendant la Révolution et dont
il nous a été impossible de retrouver la trace.
III
L'aliénation du presbytère de Saint-Denis, comme bien
national, eut lieu en floréal ou prairial an V. L'adjudication
en fut faite au S^ Férard, de Domfront, au prix de 1 1 à 1,200 fr.
dont un quart payé en numéraire, suivant un rapport du
receveur de l'enregistrement. L'administration municipale
y consentit alors, « parce que l'Abbaye et ses dépendances
suffisaient au logement d'un instituteur dont il était question
dans le temps... Je ne puis vous fournir les arrêtés de la
municipalité parce qu'ils ont été pillés par les chouans ».
Le même rapport nous donne une description intéressante
de cet ancien presbytère :
« Le ci-devant presbytère consiste dans un salon, une
cuisine, une laverie, une chambre, un cabinet et grenier dessus,
une cave, un bûcher, une étable, une écurie, une grange, un
fournil, un pressoir, des latrines, toit à porcs, une cour, une
502 DERNIERS JOURS DU PRIEURE DE LA FERTÉ-MACÉ
fontaine et une mare d'eau, un verger, un jardin plus grand
que celui de l'Abbaye de près de trois quarts. Quatre pièces
de terre et une chénevière, sises aux environs de la maison
presbytèrale et deux prés plus éloignés en faisaient l'apanage,
le tout estimé 700 livres de rente ».
L'emplacement du presbytère a d'ailleurs été nettement
déterminé par par M. W. Challemel. Il élait situé près de
l'ancienne église de ce nom. En remontant la rue Saint-Denis,
dit-il, on arrive à un petit chemin qui longe le jardin de
»
M. Rallu et conduit à un lavoir récemment creusé, c'est en
face que se trouvait le presbytère. Il existe encore en cet
endroit et a continué de s'appeler Cour du Presbytère (1).
« Il est certain, « écrivait le Directeur des domaines,
le 23 brumaire an XIV, « que cette aliénation s'opéra sans
qu'il s'élevât aucune réclamation de la part de la municipalité.
Il est néanmoins possible que cette municipalité ne s'abstint
de toute demande à cet égard que par la considération et
l'espérance que le bâtiment de l'Abbaye pouvait luy être
donné en remplacement du dit presbytère. Mais ce remplace-
ment, en le supposant connu alors, fut un simple projet dont
il ne reste aucune trace. »
Il paraît résulter d'une lettre adressée au receveur de l'enre-
gistrement qu'en vendémiaire an V, la municipalité songea à
réclamer ce bâtiment, comme bien national, pour le logement
d'un instituteur communal. II est certain que cette proposi-
tion fut présentée alors à l'Administration centrale de l'Orne,
comme le prouve une copie certifiée d'une lettre en date du
7 vendémiaire an V, adressée à l'Administration municipale
du canton de la Ferté-Macé et d'une autre lettre de M. Durand,
alors commissaire près cette administration et depuis membre
du Conseil d'arrondissement de Domfront (2).
(1) La Ferté-Macé en 1743, note.
(2) Nous vous remercions, citoyens, de l'avis que vous nous donnez rela
tivement à la maison dite de l'abbaye et le jardin y attenant. Nous aurons
soin de surveiller l'exécution de l'arrêté que nous avions pris aux fins de
la conser\'ation de cet objet qui paraît d'utilité publique.
Salut et fraternité.
SIGNÉ : F. M. P. BOURDON et F. BUQUET.
Le 13 floréal an XIII, M. Durand écrivit à un de ses amis de la Ferté :
t Lorsqu'on voulut vendre le temporel du presbytère, l'Administration
centrale demanda à celle de la Ferté si la conservation du presbytère n»
DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTË-MACÉ 503
L'historique de Tancien presbytère terminé, il nous faut
revenir à celui de Tancienne Abbaye ou prieuré.
M. Lesage, nommé receveur de l'enregistrement en l'an V
de la République, déclarait en 1808, que M. Bagot, adjoint
de la commune, lui avait assuré que la maison dite de l'Abbaye
« avait toujours servi de maison d'arrêt, même longtemps
avant la régie de feu M. Le Clerc, son prédécesseur. Précisant
davantage, il écrivait le 20 juin 1808 au directeur de l'enre-
gistrement et des domaines, M. Baraly, qu'avant son arrivée
au bureau de la Ferté, en l'an V, la maison ci-devant dite
de l'Abbaye, consistante dans une salle et deux espèces de
cachots, deux chambres sans croisées servant de greniers
et une cour derrière de viron six pieds de large, ancienne
mesure, fut abandonnée par le Département à la commune
pour servir de prison, en échange de la maison presbytérale
qui fut vendue. Cette maison y a toujours servi. Un nommé
Hubert occupe gratis cette salle, pour avoir le soin des pri-
sonniers, »
La célèbre Convention passée le 26 Messidor an IX (15 Juil-
let 1801), entre le pape Pie VII et le premier consul en réta-
blissant la liberté du culte et l'exercice public de la religion
cathoEque, fournit à la municipalité de la Ferté-Macé une
nuirait pas à la vente des objets qui eir dépendaient. A cette question *
TAdministration répondit que si l'on croyait qufe la conservation du pres-
bytère préjudiciât à la vente des objets qm en dépendaient, elle ferait la
cession, à condition qu'on lui donnerait à la place la maison dite l'Abbaye.
Les motifs de cette résolution furent l'éloignement du presbytère, le désA-
grément de la position, lorsque non seulement les titres en dépendances,
mais même le plan et les bâtiments de la cour aiiraient été vendus.
Les choses en restèrent là jusqu'au tems où M. Guillais soumissionna
l'abbaye et le jardin. Je fis alors mon possible, malgré l'opposition de M. de
la Girardière, pour anpècher la réussite de ses projets, Je ils partir sur4e*
champ un exprès par le citoyen Bourdon qui me fit réponse et m'ordonna de
rester tranquille, m'assurant que la maison et le Jardin ne seraient point
vendus. Cette lettre doit être encore ches M. Baf^t» dans la liette de la tahlt
du cabinet, parmi les papiers que j'y ai laissés. •
Archives de l'Orne, série Y. Edifices du cnHe.
Dvrand (Etienne), prétie, éta^t né à la Ferté-Biaoé le 2 novembre 1753.
U fut nommé le 14 prairial an VIII, membre du ConseU d'arrondissement
de Domfront. 11 fut un des premiers professeurs du Collège de Domfront lors
di 8K réouverbuie.
Ba0ot (Fnnçois-Mickel), membre de rAdnrinistratioii du canton de la
f arié-Macé sous le Directoire, fut nommé pnmier adjoint de la Cmamumm
le 1 "' messidor an VIIL II fut maintenu dans les mêmes fosetlMW par airêté
du 22 décembre 1807.
38
6()4 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ
occasion inespérée de rendre à sa destination première le
local occupé jadis par le prieur et par les religieux qui desser-
vaient Téglise. La loi du 18 Germinal an X, par laquelle fut
proclamée loi de la République le décret du Corps législatif
portant promulgation de ce Concordat, contient, en effet, un
paragraphe relatif aux édifices du culte. Il y est dit (art.
LXXIV) que les édifices anciennement destinés au culte
catholique, actuellement dans les mains de la Nation, seront
mis à la disposition des évêques, et Tart. LXXVI ajoute
que, dans le cas où il n'y aurait pas d'édifices disponibles
pour le culte, Pévêque se concerterait avec le préfet pour
la désignation d'un édifice convenable.
Le 15 Germinal an XI (6 Avril 1803), le conseil municipal
de la FertéMacé, sous la présidence de son excellent maire,
M. Leclerc-Labarre (1), qui avait tenu la conduite la plus
digne pendant la Révolution, prit la délibération suivante :
Art. 1. — La maison, ainsi qu'elle se contient, connue
sous le nom de l'Ancienne Abbaye, avec le jardin environné
de murs qui en est limitrophe, formeront l'établissement du
presbytère de la Ferté-Macé.
Art. 2. — Bien entendu qu'il n'est pas compris dans cette
cession un espace de terrain qui dépendait de cette ancienne
Abbaye, lequel terrain joute au levant la rue qui longe le
dit bâtiment cédé, au midi les nommés Bellanger et Laîné,
à l'occident le dit Laine, comme représentant les héritiers
de Bellanger et le nommé Riquet, teinturier, chacun en partie
et au nord la dite rue des Quatre-Roues.
Art. 3. — La somme de 1.573 francs cinquante et un cen-
times qui avait été accordée, par arrêté du préfet du départe-
ment de l'Orne, en date du 26 germinal an X, pour les pertes
occasionnées aux levées des habitants de la Ferté-Macé à
fournir par le percepteur de la commune de la Ferté-Macé
est destinée à subvenir aux réparations du dit bâtiment, et
(1) Le Clerc-Labarre (Jean-François), membre de TAdministratlon du
canton de La Ferté-Macé sous le Directoire, avait été nommé maire le
21 thermidor an VIII, à la place de M. Quéru, nommé maire le 28 messidor,
mais aussitôt démissionnaire. Il mourut le 23 Décembre 1806 et fut
remplacé par M. Quéru.
DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ 505
•dans le cas où le résultat d'un devis qui sera préalable-
ment dressé, cette somme ne suffirait pas pour atteindre le
maximum de l'adjudication qui en sera faite au rabais, le
surplus sera pris et réparti au marc le franc, d'après le vu des
taxes des particuliers imposés sur le rôle des contributions
foncières de la commune de la Ferté-Macé.
Le Clerc-La Barre, Maire,
Le 27 germinal, même année, le Conseil municipal prit
une délibération dans le même sens. Mais Le Clerc-La Barre
compromit alors le succès du projet en déclarant au préfet
que la maison de l'Abbaye servait actuellement de pri-
son. Or, comme la situation du, canton réclamait une
maison de dépôt, cet arrêté allait contre les vues de l'admi-
nistration supérieure.
Le Conseil, par une nouvelle délibération, en date du
7 Prairial, s'empressa de protester de son zèle pour le main-
tien de l'ordre et pour tout ce qui intéressait la sûreté publique :
« Le Conseil sait qu'il est indispensable qu'il y ait, surtout
dans ce canton, où il existe une gendarmerie à cheval, une
maison de dépôt. »
La suite de la délibération contient une démonstration très
habile de la possibilité d'établir dans le même local la maison
de dépôt et le presbytère :
« Considérant que le bâtiment, le jardin et issue de l'Ab-
baye qui ont été désignés par la délibération du Conseil le
27 germinal dernier, quoique d'une valeur moindre de plus de
moitié que le bâtiment et dépendances de l'ancien presbytère
qui a été vendu au profit de la République sont cependant
beaucoup plus étendus qu'ils ne doivent être pour l'usage
d'un dépôt ;
« Que le Conseil en se reportant à sa délibération du
27 Germinal dernier par laquelle il avoit destiné la maison de
l'Abbaye pour le logement du curé, se persuade cependant
que celle-ci n'éprouve pas les mêmes obstacles lorsque le
gouvernement saura que l'aliénation du ci-devant presbytère
n'eut lieu, comme bien national, que parce que le local de
l'Abbaye fut réservé comme plus propre à l'usage d'un
manoir presbytéral ;
506 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MAGÉ
« Que le vœu du Conseil avoit été de faire construire un
bâtiment convenable pour recevoir les prisonniers en dépôt.
« Que ce vœu auroit même été déjà exécuté, si ce n*est
que, pour subvenir aux frais de cette construction, le Conseil
avait projeté de faire avant cela autoriser son président à
faire Taliénation d'une portion de terrain dépendant de la
ci-devant abbaye, mais qui en est séparée par une rue ten-
dante de celle des Quatre-Roues à la porte du mur collatéral,
vers le nord de l'église de la Ferté-Macé.
« Que la vente de ce local qui jouxte, au levant, la rue ci-
devant désignée, au midi les héritiers de Bellenger et leurs
représentants, à l'occident les citoyens Laine et Riquet,
chacun en partie, au nord la dite rue des Quatre-Roues,
devant être sollicitée du gouvernement, ne peut manquer
d'être autorisée : 1° parce que l'emploi des prix qui en pro-
viendroient est destiné pour une cause utile et indispensable
au canton de la Ferté-Macé ; 2P parce qu'elle offre une ressource
d'argent qu'on ne peut se procurer d'aileurs sans une surtaxe
aggravante sur ceux sur lesquels elle seroit répartie.
« Le Conseil arrête :
« Art l*^. — En persistant à la délibération prise par le
Conseil Municipal, le 27 Germinal dernier, la maison,
jardin et issue connus sous le nom de l'Abbaye, sont itérât!-
vement indiqués et désignés pour servir de logement au
curé de la Ferté-Macé.
« Art 2. — Ne sont compris en la concession faite en
l'article ci-dessus la salle à droite en entrant dans le dit bâti-
ment, laquelle servira pour maison du Conseil Municipal.
« Art 3. — Comme la maison de l'Abbaye dont il est parlé
dans l'article précédent avoit, depuis quelque temps, servi à
l'usage de maison de dépôt et qu'un local moins considé-
rable que celui-là suffiroit, il sera construit ou fourni par le
canton de la Ferté-Macé une maison de dépôt convenable
à cette destination .
« Art 5. — Pour subvenir aux frais de constructxoA de
cette maison de dépôt, il sera fait incessamment une pétitioa
au gouvernement, à l'effet de faire autoriser le maire de cette
DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACË 507
commune à faire l'aliénation du petit Jocal dépendant de
i* Abbaye ci-devant désignée, dont le prix évalué à la somme
de mille francs, sera employé à cette destination...
« Art 6. — Attendu que le prix qui proviendroit de cette
vente n'égaleroit pas les frais de la construction, tant de la
dite maison de dépôt que ceux des réparations à faire au bâti-
ment de Tabbaye, qui sont indiqués pour le service de maison
presbytéraie et que la somme de 1,573 francs 51 centimes
qui avoit été indiquée pour subvenir à ces dépenses ne peut
ni doit servir à cet emploi que' du consentement de ceux
auxquels elle est destinée qui ont souffert des pertes dans leurs
récoltes, le Conseil municipal arrête qu'il sera fait un appel
nominal de tous les citoyens qui possèdent des biens ruraux
dans l'étendue de cette commune, mercredi 3 messidor
prochain, depuis deux heures après midi jusqu'à six heures
du soir, à la maison commune, par le secrétaire et en présence
du Conseil qui y tiendra sa séance publique ad hoc, afin que
personne n'en ignore.
« Art 10. — Comme il faut un terme, soit à la répartition,
soit à la destination de cette somme de 1.575 fr. 51 centimes
et que ceux qui en sont depuis longtemps les dépositaires se
feront sans doute un devoir de s'en dessaisir, le Conseil arrête
que s'il n'est fait aucune réclamation, son intention seroit
que le montant de cette somme soit destiné tant pour !a
contribution aux frais de construction d'une maison de dépôt
que pour les réparations de la maison de l'abbaye, destinée
pour maison presbytéraie.
Art. 12. — Si quelque citoyen ayant droit de prétendre
une part à la somme ci-dessus la réclame, les citoyens
Clérice-La Lande et Challemel-La Lande, tous deux membres
de ce Conseil, sont dès maintenant nommés commissaires
pour lui être fait répartition du contingent qui lui seroit
assigné, et sur le vu du certificat desdits commissaires, le
Conseil décernera au profit de chacun des réclamants un
mandat qui étant souscrit du reçu du porteur servira d'acquit
et vaudra de décharge au dépositaire jusqu'à due concurrence
de la somme y contenue.
508 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ
« Art 13. — Si la somme dont il s'agit n'est réclamée par
aucun des individus qui auroient droit d'y prétendre, le
dépositaire sera tenu de s'en dessaisir, sur le vu d'un mandat
du Conseil municipal, lequel mandat, si la présente est homo-
loguée lui vaudra de décharge».
J'ai tenu à reproduire les parties essentielles de cet arrêté
parce qu'on y voit qu'à la Ferté, sous le Consulat, on avait
encore l'habitude de traiter les affaires municipales dans les
formes en vigueur sous le régime antérieur à la Constitution
de l'an VIII et avec la même liberté qu'à l'époque où le corps
municipal avait dans ses attributions, l'administration du
canton tout entier.
La combinaison hardie et ingénieuse proposée par l'Assem-
blée municipale ne fut pas adoptée. Celle-ci continua néan-
moins, comme on le voit par sa pétition au Préfet, en date du
20 pluviôse an XIII, à se dire en possession légitime des
bâtiments de l'Abbaye et du jardin en dépendant :
« La commune de la Ferté-Macé a toujours joui de cette
maison depuis l'aliénation de l'ancien manoir presbytéral...
Quoique le dit jardin ait été cédé, dit-on, à la Légion d'hon-
heur, en attendant la décision du gouvernement y relative,
le Conseil Municipal demande à être autorisé à faire faire les
réparations de la dite maison de l'Abbaye. La réclamation
qu'a l'honneur de vous faire le Conseil municipal est d'autant
plus urgente que depuis longtemps les Ministres du culte
sont sans logement ; que la commune a une somme disponible
de 1.573 fr. 51 centimes, pour appliquer aux réparations de
la maison de l'Abbaye, dont l'intérieur n'a jamais été para-
chevé ; que le logement des Ministres seroit une double charge
pour la commune, puisqu'elle seroit obligée d'acquitter
annuellement des loyers si elle n'avoit à sa disposition la
dite maison. »
Cette pétition fut apostillée par le receveur de l'enregis-
trement, M. Lesage, qui déclara que la maison ne consistait
exactement que dans les quatre murs, et par le sous-préfet
de Domfront, M. Barbotte, qui motiva son avis sur ce que
la maison dite de l'Abbaye avait été concédée à la com-
mune pour servir de logement au curé.
DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ 509
Le jardin attenant à Tabbaye n'en fut pas moins attribué
à l'administration de la Légion d'honneur qui en avait pris
possession dès le 16 frimaire an XIL Ce jardin avait été
affermé, devant le maire de la Ferté, le 4 germinal an IX,
pour trois, six ou neuf années à Julien Fanneau des Hayes,
moyennant 50 fr. 60 centimes, le capital étant estimé à
L680 francs.
Ce fut en vain que l'administration de l'Enregistrement
et des domaines, chargée de la deuxième division, dans sa lettre
à M. Barraly, directeur à Alençon, en date du 22 germinal
an XIII, émit l'avis qu'il était de toute justice que la dite
maison et le jardin fussent conservés à la commune comme
propriété communale.
Une lettre du Ministre des Finances, Gudin, en date du
26 Fructidor an XIII, nous fait connaître qu'à cette date
la maison de l'Abbaye servait toujours de dépôt.
Pendant ce temps, le vénérable curé de la Ferté-Macé,
M. François Chalaux qui, sous la Révolution avait souf-
fert pour la foi, la détention et la déportation, bien que,
de caractère doux et tranquille, bien que s'étant montré,
en 1789, partisan de réformes raisonnables et modérées, était
sans logement. Il était alors âgé de soixante-quinze ans.
En 1778, lors de la visite faite à la Ferté-Macé par l'Evêque
du Mans, il était âgé de quarante-huit ans et depuis huit ans
curé de cette paroisse. Il avait alors pour vicaire son frère.
Suivant les notes de l'Evêque il se montrait charitable,
faisait ce qu'il pouvait pour maintenir la paix et travaillait
beaucoup. Rendu à la liberté en 1795, lorsque la Convention
eut reconnu la liberté des cultes, il était revenu à la Ferté
et y avait été reçu comme en triomphe. Il avait été sous le
Directoire écroué de nouveau à Alençon, mais à la demande
de Le Clerc-La Barre, il avait été placé sous la garde de la
Municipalité de la Ferté-Macé. Les considérants par lesquels
fut motivé cet arrêté ne font pas moins d'honneur à l'Admi-
nistration centrale de l'Orne qu'au vénérable ecclésiastique
qui en fait l'objet :
« Considérant qu'il résulte des renseignements donnés
par l'Administration du canton de la Ferté-Macé, que le nommé
Chalaux a, dans tous les temps, prêché une morale douce,
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que sa conduite est celle d'un homme ami de la paix et
qu'enfin il n'y a pas lieu de le considérer comme dangereux,
« L'Administration du département de l'Orne, ouï le com-
missaire du Directoire exécutif, arrête que le nommé Chalaux«
ex-curé de la Ferté-Macé, va être mis sur le champ en liberté
et confié au citoyen La Barre, qui le gardera chez lui, sous
la surveillance de l'Administration municipale de la Ferté-
Macé. »
Une notice conservée sur un registre de l'Evêché de Sées
nous apprend que dès 1795, il avait repris l'exercice du minis-
tère sacré à la Ferté. a Ses instructions et ses catéchismes
étaient très suivis, quoiqu'il manquât d'organe pour parler
en public ; sa paroisse était parfaitement desservie et les
sacrements étaient fréquentés. »
M. Quéru, nommé maire pour la seconde fois, le 27 Décem-
bre 1806, à la mort de M. Leclerc-Labarre, eut l'honneur
d'achever l'œuvre commencée par son prédécesseur. Il fallut
pour cela des efforts et des sacrifices considérables. Sur sa
proposition, le Conseil municipal demanda, le 26 Mai 1807,
l'établissement de centimes additionnels en proportion avec
les dépenses à faire. La situation financière ainsi solidement
établie. Napoléon, par son décret du 4 décembre 1809,
autorisa le maire à acquérir, au nom de la commune, aux
enchères publiques, dans la forme prescrite pour Taliénatioa
des biens nationaux, le bâtiment dit l'Abbaye, appartenant
au domaine et estimé 4.000 francs, afin d'y loger le curé et
les vicaires. Tels sont littéralement les termes du décret,
dont l'original est conservé aux Archives départementales.
L'adjudication, qui n'eut lieu que le 13 Avril 1810, devant
le Préfet de l'Orne, fut faite au prix d'estimation. L'adjudi-
cation des réparations et reconstructions, immédiatement
publiée, eut lieu le 13 mai suivant. Une première soumission
de 5.000 francs fut faite par le Percepteur des Contributions,
M. Bobot ; l'un des vicaires, M. l'abbé Mauny, en fit une
seconde de 4.500 francs ; un entrepreneur, Michel Lepeigneux,
offrit alors 4.000 francs pour l'entreprise qui, après un rabais
à 3.926 francs, offert par Bobot, lui fut adjugée a u prix de
3.900 francs.
Quéru de la Mouchetière (Jean-Baptiste-Louis), occu|>e.
DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACÉ 511
-comme son prédécesseur, une place distinguée dans la galerie
des Maires de la Ferté-Macé ; lors de sa nomination comme
maire, le 24 Décembre 1806, il était âgé de cinquante
ans et il exerçait la profession d'avocat. Il remplaça, au
Conseil général de F Orne, M. Lemeunier de la Gérardière
(Guillaume-René), né à la Ferté-Macé, le 29 Février 1759,
administrateur du Département pendant la Révolution,
nommé membre du Conseil général le 14 Prairial an VIII,
sorti par suite du tirage au sort qui eut lieu en Tan 1807.
Nommé conseiller général, par décret du 28 Août 1808, il prit
part aux travaux de cette Assemblée jusqu'à la session
extraordinaire du 20 Mars 1815. Elu maire le 28 Mai suivant
en exécution du décret impérial du 3 Avril, et ayant accepté
ces fonctions, il fut révoqué à la seconde Restauration. Il fut
remplacé par M. Pichon (Alexis-Louis), le 6 Octobre 1815.
Lorsque les réparations furent terminées, Tabbé Cbalaux
put donc enfin s'installer dans son presbytère avec ses vicaires.
C'est là qu'il mourut, le 3 Novembre 1817. Son ami et com-
patriote l'abbé Legallois, vicaire général de Mgr de Bois-
choUet, incarcéré à Vincennes, par ordre de Napoléon,
en 1811, nommé pour la seconde fois vicaire général par
Mgr Saussol, étant venu à la Ferté-Macé, pour y faire ses
adieux à sa famille, y fut frappé de paralysie. Transporté au
presbytère, il y mourut au bout de quelques jours, le
l«r décembre 1817. Il fut inhumé dans le cimetière de Saint-
Denis (1). Sa mémoire, comme celle de l'abbé Chalaux, est
restée en vénération à la Ferté-Macé.
Louis DUVAL.
(1) J. B. Blin, Les mariyn de la Révolution dans le diocèse de Sées»
T. 111, p. 224-246.
512 DERNIERS JOURS DU PRIEURÉ DE LA FERTÉ-MACK
APPENDICE
Éloge de M- l'Abbé LA CROIX^ Par M- Darpbournay
M. La Croix, docteur de Sorbonne, doyen de Saint-Just, vicaire
général du diocèse de Lyon, abbé de Saint-Raniberg-en-Bugey,
trésorier de France, des Académies de Lyon, de Rouen, etc., de la
Société d'Agriculture de Lyon, fut un des hommes les plus instruits
et les plus aimables de son temps. Né avec une constitution
délicate, il trouva des ressources précieuses dans la sobriété et un
exercice raisonnable, dans la gaieté et les doux épanchemenls d'un
caractère vif et franc. Jamais ànie active ne sut mieux se délasser
d'un travail par un autre. Sa maison était le temple de la paix,
comme celui des sciences et des beaux-arts. Une bibliothèque
nombreuse et choisie, d'excellents tableaux, des statues de grands
maîtres, et les meilleures estampes annonçaient son goût.
Dans un voyage qu'il fit en Italie avec M. Soubri, son confrère au
Bureau des Finances, il se lia avec le célèbre M. A. Slodts et
M. Soufilot, dont il présagea les succès.
Etant à Rome, il désira célébrer dans la basilique de Saint-
Pierre, mais il portait perruque, le sacristain exigea qu'il la quittât
et il célébra en enfant de chœur.
On doit en partie à M. La Croix l'établissement à Lyon d'une
école gratuite de dessin, celui d'une bibliothèque, d'un jardin
botanique, d'un cours de chimie et d'un cabinet d'histoire
naturelle.
Sa maison de campagne, sans décoration fastueuse, présentait
toutes les commodités que l'on peut désirer