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BULLETIN 



DE LA 



» f 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE 



Deuxième Série. 



tome zx. 



BUREAU DE LA SOCIÉTÉ. 



(ELECTIONS àu 12 Ukl 1843.) 



Président. 
Wice-Présidents. 

Scrutateurs. 
Secrétaire. 



M. le baron Roussi» , amiral et pair de France» 

M. le baron Delessert, membre de l'Institut. 

M. Auguste de Saint-Hlaibb, membre de l'institut. 

M. Mirmiluod, dépoté. 

M. L. Vivien , géographe. 

M. N<$ei. Desvergers. 



Liste des Présidents honoraires de la Société depuis son 



origine. 



MM. 
Le marquis 3é Laplace. 
Le marquis de Pastoret. 
Le vicomte de Chateaubriand. 
Le comte Chabrol de Volvic. 
Bec^det. 

Le baron Alex, de Humboldt. 
Le comte Chabro*. de Crousol. 
Le baron Çcvier. 
Le haron IIyde de Neuville. 
Le duc de Doudeawville. 
J.-B. Éyriès. 
Le comte de Riony. 

Correspondants étrangers dans V ordre de leur nomination. 

MM. MM - 

Le docteur J. Mease, à Philadelphie, LecomteGRABERGDEHEMSd,à Florence 4 

H. S. Tanner, à Philadelphie. Le colonel Long, à Philadelphie. 

W. Woodbridoe, à Boston. Sir John Barrow, à Londres. 

Le lt col. Edwar» Sabine, à Limerirk. Le capitaine Maconochie , à Sidney. 

Le colonel Poinsett, à Washington. Le capitaine sir John Ross, à Londres. 



MM. 

EfUMOHT d'UrVILLE. 

Le duc Dkcazes. 

Le comte de Monta livet. 

Le baron de Barante. 

Le lieutenant-général Pei.et. 

Guizot. 

De Salvandy. 

Le baron Topinier. 

Le comte de Las Case». 

Villrmain. 

Cunjh Gridaine. 



Le col. tf'ABRAHAMsoN, à Copenhague. 

Le professeur Schumacher, à Altona. 

De Navarrete, à Madrid. 

Le docteur Reinganum, à Berlin. 

Le capit. sir J. Fhànrmn, à Londres. 

Le docteur Richardson, à Loudres. 

Le professeur Rafn, à Copenhague. 

Le capitaine Graah, à Copenhague. 

Ainsworth, à Edimbourg. 

Le conseiller Adrien Balbi, àVienne. 



Le conseiller de Macedo, à Lisbonne. 
Le professeur Karl Ritter, à Berlin. 
P. -S. du Ponceau, à Philadelphie. 
Le capitaine G. Bagk. 
F. Dubois de Mo*TPEREUx,à NeufchàleL 
Le cap. John Washington, à Londres, 
Le col. Ferdinand Visconti, à Naples. 
P. de Angelis , à Buénos-Ayres. 
Le docteur Kriegk, à Francfort. 
Adolphe Erman, à Berlin. 



TARIS. — IMPI'.lMtRIK DE BOURUOUNE ET MAK'IIM.JI r 

ru* litcol» , 30. 



BULLETIN 



RE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE, 



Deuxième Série. 

îomf Uinflttême. 




PARIS, 

CHEZ AUTHUS BERTRAND, 

LI1KAIKB Dl LÀ SOCIÉTÉ DE CtOCltrlll, 
an wimintu, ■* «3. 

184X 



COMMISSION CENTRALE 



* 



COMPOSITION DU ©UREAIK 
(Élection du 6 janvier iSi^O 

Président. M. Jomarb. 

Fice-Présidents. MM. Roux de Rochelle , Puillok-Boblate. 

Secrétaire-général M. Berthelot. 

Section de Correspondance. 

«nu *»i«t MM. C. Moreau. 

MM " « J ?-l a *„,»»«» Noel-Desvergcr». 

^rb,é d« Bocge. D -Orbig»y. 

Dubuc. ™°™«1- 

Jaubert. Warden - 

La fond. 

Section de Publication. 

MM. AB-Mta— • MM. £££«»»- 

Ausart - Le vicomte de Sanlarem. 

H Avezat ' Ternaux-Compans. 

Denaix * Vivien 

Desjanhn». Le baron Walckenaer. 

Guigmaut. 

Baron de Ladoucette. 

Section de Comptabilité. 
MM. Le colonel Corabœuf. MM. ^ert.^ 

Daussy. De la Roquette. 

Eyries. 

Membres adjoints de la Commission centrale. 

MM. De Froberville. 
MM. Conteaux. Imbert dcg Mottelettes. 

Cortambert. 
Couthaud. 

Cornue cAar#e rfe /« publication du Bulletin. 

MM. Albert.Monteo.ont. MM. D = 

Ansart. De la Roquetle. 

D' A f * ac ; Roux de Rochelle. 

Berthelot Texier. 

Cal, î er | - . Thomassy. 



« rh.nellier notaire honoraire, trésorier de la Société, rue de Seine. 
M. SI ! généra. et bib.iotbécaire de 1. Société, rue de .Cuver- 



iité , n° aî. 



BULLETIN 

1)1! L* 

SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE, 



PREMIERE SECTION. 



MÉMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET «APPORTS. 



Qlblqijbsmots.>iW£ Danemark, la Suède et la Norvège 
à propos des Éléments de géographie générale de 
M. Adrien Balbi (i). 



Un savant italien , que nous sommes habitués à con- 
sidérer comme un compatriote, connu par d'important* 
travaux géographiques publiés en langue française, 
M. Adrien Balbi , fient de faire paraître en un volume 
in 12 de 55i pages des Éléments de géographie géné- 
rale que j'ai annoncés d'avance dans mon Rapport è la 
séance générale de la Société de géographie du mois de 
décembre iS^s. C'est une réduction du grand ouvrage 
du même auteur, publié précédemment sous le tîlre 
modeste S Abrégé de géographie, qui a obtenu, comme 

<i) Élémeati de géographie générale , ou Deieriplion abrégée de la 
un*, tu.; par Adrien BalLi. Pari», i8j3. CWJuln Heacmanl. 



(6) 
on le sait, un beau et légitime succès, et dont l'édi- 
teur, M. Jules Renouard, prépare en ce moment une 
quatrième édition. 

Je n'ai point l'intention de rendre compte ici de 
l'œuvre récente de M. Balbi , si bien et si conscien- 
cieusement élaborée; je n'en parlerai qu'incidem- 
ment, sauf à y revenir plus tard. Consulté par ce 
savanten ce qui concerne les royaumes de Danemark, 
de Suéde et de Norvège, pays assez mal traités par nos 
géographes , et sur lesquels je lui avais fourni autrefois 
quelques informations , j'ai ouvert avec empressement 
mon portefeuille à M. Balbi et revu les épreuves qu'il 
a jugé utile de me soumettre, en indiquant en marge 
les corrections qui me semblaient indispensables. 
Mais la place par trop restreinte mise à ma disposition 
pe me permettant pas d'entrer dans certains détails, 
jç réunis, sous forme de lettre , d'autres observations 
que j'adressai à M. Balbi le 8. octobre 1842. Je com- 
plétai ces observations dans des conférences que nous 
eûmes ensuite. Le savant italien n'ayant adopté qu'une 
partie des indications que je lui ai fournies, il m'a 
paru convenable de les reproduire dans le journal de 

la Société. 

Je m'étais proposé d'abord de donner dans ce nu- 
méro du Bulletin dont la direction m'est confiée, un 
aperçu de la géographie des trois royaumes Scandina- 
ves , contrées dans lesquelles j'ai résidé pendant plu- 
sieurs années, et que j'ai eu le loisir d'étudier en m' ai- 
dant des ouvrages et desdocuments officiels publiés dans 

ces pays ainsi que des conseils des savants qu'ils ren- 
ferment. Mais plus j'ai avancé dans mon travail , et 
plus je suis demeuré convaincu de l'impossibilité de le 
terminer assez à temps pour ne pas trop retarder la 



( ?) 

publication du journal de la Société, qui aurait déjà 
dû paraître. J'y renonce donc. pour Je. moment. 

Je me bornerai aujourd'hui à la publication de ma 
lettre à M. Balbi , en l'accompagnant seulement de 
quelques notes, et d'un tableau comparatif de la po- 
pulation die la Norvège , en 1801, i8i5 , 1828 et 
i&35, tableau contenant, outae les divisions admi- 
nistratives de ce royaume » la superficie de chacune 
de ces divisions , la latitude et la longitude des princi- 
pales villes* etc. , etc. Usera suivi d'un résumé com- 
paratif de la population du jnÇme royaume pacrti/f 
ou province» de 4769 à i835, et d'un tableau de la 
superficie de chacun des stifts , ainsi que du nomhrç 
d'individus par mille carré géographique à différente» 
époques. 

Paris ,1c 8 octobre 184 3. 

À M. le çiiiiv. Adrien de Balbi , 

Je rous renvoie, mon cher ami, avec quelques ob- 
servations , l'épreuve du Danemark , de la Suède et 
de la Norvège que vous avez bien voulu me commu- 
niquer. Je suis malheureusement fort occupé en ce 
moment, mes livres et mes cartes sont presque tous 
emballés, je suis donc forcé d'être très succinct. 

Sans revenir sur les remarques que j'ai portées sur 
votre épreuve, je vous dirai d'abord franchement que 
je ne conçois pas comment vous avez calculé les su- 
perficies. 

Celle des îles du Danemark, de la presqu'île du 
Jutland et des trois Duchés , est évaluée par les meil- 
leurs géographes danois , parmi lesquels je citerai 
en première ligne M. Auguste Baggesen , dont loti- 



(8) 
vrage a paru à Copenhague en 1 84o, ^SUSSU* 

à environ 1,021 (i) 

Celle des îles Fœrôe *3 i/3 

— de Y Islande. . . ' 1 ,800 

— des Indes occidentales. . . 8 4/5 (a) 

— des établissements à la côte 

de Guinée 1S0 (3) 

_î"*£%{ T ™»q uel > ar °7/8 

"""""" Coromandel i p r o 

€tmBmpA9.\oerampore m . . . . . o ô/o 

du Groenland (4). • • • inconnue 

Total général de la superficie "" 

en nombres ronds. • . . 3,oo4 m * c. allem, 

ou 48,044 na. c. g. 

Vous l'évaluez à. 34 1,000 id. (5) 

(1) Dont a35 1/4 mill. c. pour les îles danoises. 



448 1/1 — 


pour le Jutland. 


164 i/a — 


pour le duché de Schleswig* 


i53 3/4 — 


— de Holstein. 


»9 — 


— de Laaenborg 



Nombre égal. 1,02 1 « 



(1) Dont 4 4/5 ""H* c P our l*>^ e de Sainte-Croix. 

a — — Saint -Thomas, 

a — — Saint-Jean. 



M/* 

(3) Ces établissements situés entre le 5° 44' et ^ e 6° i5' de lati- 
tude N., et le 10* i5' et le il° 45' de longitude O. de Copenhague, 
ont, suivant les géographes danois, 3o milles de long sur 5 milles de 
large , ou environ i5o milles carrés allemands. 

(4) Les géographes danois indiquent seulement une étendue de 
cotes qu'ils évaluent à 3oo milles environ du nord au sud, sans 
parler de la largeur. 

(5j Les Danois, comme les Norvégiens, emploient quelquefois le m il k 
allemand de i5 au degré de latitude, du moins dans l'espèce, carie 
mille de ces derniers est de 8,837 au degré ; et les Suédois s'en servent 



( 9) 

Je ne suis pas non plus d'accord avec vous relative- 
ment à la population du Danemark et de ses colonies. 

En effet , les meilleurs géographes nationaux et les 
relevés officiels que j'ai consultés , évaluent la popula- 
tion à la fin de 1839: 

1 • Des îles danoises en Europe , du Jutland et des 

trois Duchés à 2,i5o,ooo hab. (1) ; 

a° Des îles Fœrôeà 7,4<>o (2) ; 

3° — de Y Islande à. . • 56, 000 (3) ; 

»— — M — — — — — » — — — —————— — i— ——«—»— ————M 

également, quoiqu'ils fassent habituellement usage dû mille de Suède, 
infiniment plus grand que le mille allemand , puisque 1 mille carré 
suédois = 1,07 milles carrés allemands. M. Balbi ayant employé le 
mille géographique de 60 au degré, pour comparer ses évalua- 
tions avec les miennes, on doit multiplier le nombre de milles 
carrés allemands par 16. Même en agissant ainsi, on ne trouvera pour 
tout le Danemark et ses colonies qu'une superficie d'environ 48,o44 
milles carrés géographiques. L'énorme différence qui existe ne peur 
provenir que d'une évaluation de superficie que le savant italien aura 
peut-être donnée au Groenland ; mais alors sur quelle base ? 
(1) Dont 736,000 pour les îles danoises. 

558,ooo pour le Jutland. 

Total. . 1,294,000 pour le Danemark proprement dit. 

— 353,ooo pour le duché de Schleswig et îles voisines. 

— 461,000 — deHohtein. 

— 42,000 — de Lauenborg. 



Populat. totale r 

r r . i,i5o,ooo. 

en Europe. ' ' 



Europ 

Je dois faire remarquer toutefois que suivant le dernier recensement 
de i834 et i835, la population du Danemark proprement dit et des 
trois Duchés s'élevait seulement à 3,029,581 âmes. 

(1) D'après le recensement officiel des. îles Foerôe fait en 1801 , la 
population de ces îles ne s'élevait qu'à 5,a65 âmes. 

(3) La population de l'Islande a éprouvé de grandes variations , 
dont j'ai indiqué les causes dans mon article Islande de X Encyclopédie 
des gens du monde. 



( ><>) 

. Report. . . • a,2i3,4oo 

4° — du Gmenland à. • 7,5oo (i) i- 

5° — àz& Indes occidenta- 
les à . , 43,178 (») î 

6° Des établissements sur la 
côte de Guinée à 56, 080 (3) » 

5 De l'établissement de Tran- 
quebar (côte de Coromandel) à. . *3,aoo (4) ; 

8° De l'établissement de &?- 
rampore ou Frederikspagor dans 
le Bengale à ._ i2,5oo (5), 

Total -général de la popu- 
lation du Danemark et 
de ses dépendances. . . 2,555,858 bab. 
Vous n'élevez celte population 
qu'à 2, 12 5 9 ooo 



Différence en moins. . s3o,858 hab. 



(1) Sur les 7,5oo habitants, 2,000 sont des métis; le nombre des 
indigènes s'élevait à lo,ooo environ lorsque Egède arriva sur cette 
côte; mais la petite vérole, apportée d'Europe en 1733, en fit périr 
plusieurs milliecs. 

(2) En 1 835 la population de 

6i«-Croix était de 6,8o5 hwa - ,ib - donl 4,91 3 d « ^ ul " •• *• 19,876 •*'■*• 
S 1 -Thomas — 8,707 — 5,665 - — 5,3 1 5 

£i-Jean — 532 — 4*5 — '>943 

16,044 27,134 

1 6,o44 
Nombre égal. . . . fô^tyS. 

(3) Dont 56, 000 nègres et environ 80 Européens, y compris 70 
hommes dans les garnisons des différents forts. 

(4) Dont 2,000 pour la ville de Tranquebar , sur lesquels 235 
seulement sont Européens. Les troupes du gouvernement de Tran- 
cjuebar sont de 100 hommes, dont 3 Européens outre le commandant. 

(5) Dont 11,200 pour la vil'e de Srrampore , i,3oo habitent le 
«illage de Pearapore. 



( >' ) 

Je n'adopte pas davantage vos divisions administra- 
tives du Danemark. Suivant les meilleures autorités 
telles que Baggesen , Gudme, Gliemann, etc. , les pos- 
sessions de ce royaume en Europe doivent être divi- 
sées en cinq provinces : 

La première , composée des lies de Sélande ( Siœl- 
bànd) , Fionie (Fycn) et Laaland ou Laland-Falster 
et des petites lies qui en dépendent, forme trois 
stifis (i) subdivisés en 9 amts (2) que vous appelez 
bailliages, et que je nommerai préfectures , car Yamt- 
m and est surtout un administrateur comme nos pré- 
fets. La ville de Copenhague ( Kiobenhavn ) , capitale 
du royaume, forme avec celle de ChHstianshavn , qui 
peut être considérée comme un de ses faubourgs , une 
division distincte. 

La deuxième province renferme la presqu'île de 
Jutland {Jylland) divisée en 4 stifts, savoir : Aal- 
borg, Aarhuus, Viborg et Vibe, subdivisés en 10 
amts (3). 

La troisième comprend le duché de Slesvig ou 
Schleswig, divisé en : 

i° i3 villes ( i3 stœder) (4) ; 

a° 8 districts nobles (adelige districter). 

(1) Les stifts (stifter] forment ordinairement en Danemark, comme 
en Norvège , la circonscription d'un évêché ; ce sont aussi des divi- 
sions administratives subdivisées en plusieurs amts (amter). 

(2) Copenhague , Fréderisborg , Holbek , Soi ôe , Piaesloe , Bor- 
nholm , Odensce (Odense) , Svenborg et Maribo. 

(3) Hjôrring, Thisted, Aalborg , Viborg, Randers , Aarhuus, 
Skanderborg , Veile, Ringkjôbing et Ribe. 

(4) Apenrade, Burg dans l'île de Femern, Eckernfôrde, Flensborg, 
Friedrich sî ad t, Garding, Haderslev ou Hadersleben, Husum, Slestig, 
Sônderborg dans l'île de Ails , Tonder, Tonning et OErôeskjôbing , 
dans l'île d'OEiôe , o*'^ H *i*ûte forteresse d« Frifiderichsoru 



( It ) 

3° 9 amts ( Jmtmandskaber) (i) ; d'au 1res géogra- 
phes en comptent io. 

La quatrième province renferme le duché de Hols- 
tein ( Holsteen ) divisé en : 

i° i4 villes (2) ; 

9 7 districts nobles ; 

3° i3 amts (3) ; d'autres géographes n'en comptent 
que 9. 

La cinquième province enfin comprend le duché 
de Lauenborg, divisé en : 

r 3 villes (4); 

9 Biens nobles formant trois districts; 

3° l\amts (5). 

Le relevé de la population des principales villes de 
Danemark à la fin de 1 839 que vous trouverez ci-après, 
pourra vous être, je crois, de quelque utilité. J'en 
ai puisé les éléments dans l'ouvrage de Baggesen ; je 
vous donnerai de semblables relevés pour la Norvège et 
pour la Suède, 



TT 



(1) 1. Haderslev ; 2. Ap'enrade et Lygumkloster ; 3, Norborg €t 
Siinderbarg; 4. Flensborg ; 5. Tônder ou Tôndern; 6. Brestedt ; 7. 
ilusum; 8. Gottorf, et 9. Uutten. Ces neuf amts en forment réellement 
onze, et ils ont dans leur dépendance les iles et districts de Nord- 
strand, Pellworm et Femern , ainsi que les districts de Eiderstedtet de 
■Stapelhohn. 

(2) Altona , Gliickstadt, Heiiigenhafeq , Itzehoe, Riel , Krerope , 

Lùtgenborg , Neustadt , Oldenborg , Oldesloe , Pion , Rendsborg , 
•Segtberget Wilster. 

(3) 1. Kiel et Gronshagen ; 2. Bordesholm ; 3 Rendsborg ; 4* Pl° n ; 
5. Arensboek; 6. Eismar ; 7. Neumiinster; 8. Segeberg , Travendal et 
Reinfeld ; 9. Retwitscb ; 10. Reinbeck; 11. Tremsbuttel ; 12. Trittau; 
i3. Steinborg. De ces i3 amts, qui en forment réellement 16, dépen- 
dent les districts de Nordre et Sonder Ditmarsk, le comté de Rant- 
«au , et les Seigneuries de Herzborn et de Pinneberg. 

(4) Lauenborg , Môlln et Ratzeborg. 

(5) 1 . Steinhorst ; 2. Ratzeborg ; 3. SchwarUcnbeck et \. Lauenborg. 



( 'S ) 



Copenhague 


lï 3,ooo h 


. Aalborg 


7,»o U , 


Alton» 


3o,5oo 


Aarnuus 


7,000 


Flenaborg 


4,000 


Gluck stadi 


6,MM 


Slesvig 


11,000 


Itteboe 


5,5c 


Rcndsborg 


■ 0,000 


Roetkilde 


3,oou 


Odense 


9,000 


Ralzeborg 


i,3oo 


Elseneur (HeUingôr) 


7,700 


Lauenborg 


l,KW 



Quanta la Norvège, l'observation verbale que je 
vous ai déjà faite subsiste encore, du moins en partie. 
Vous ne distinguée pas , ce me semble , d'uDe manière 
assez tranchante la Norvège de la Suède , et je n'ap- 
prouve pas votre appellation de monarchie norwég/eno- 
suèdoise. J'aimerais mieux suédo-norvégienne, puisque la 
Suède a sous tous les rapports une importance bien 

(i) Dans les autru parties de la monarebie danoise , ou trouve 
peu de villei importante! par leur population. 

Les lies Fœroe ont pour capitale Thorthavn «tuée dans l'île Slro- 
miie, atec une population de 800 lia bit, 

Reiicvitj ou Rtyhiavik, capitale de l'Islande, n'a que 700 

Le Groenland n'a pas de ville. 

On peut citer dans les établissements danois aui 
Indes occidentale» ; 

ChriiûanitctL, dans l'île de Sainte-Croii, qui a une 
population composée de 1,100 blancs , et d'environ 
i,3oo nègres et de 3,100 hommes de couleur, en- 
semble 5,ooo 

Caroline-Amélie, dans l'île de Saint-Thomas, dont 
ta population est de 9,5 oo , blancs , hommes de cuu- 
lenr et noirs , et en ; joignant les marins et les éiian 

On ne cite pas de ville remarquable dans Pile de 
Saint-Jean. 

La même observation s'applique ans établissement 
danois sur la côte de Guinée. 

Tronquebar, chef lien de rétablissement danois «ui 
la rôle de Coromandrl n'a que *i«OSJ 




( i4 ) 

supérieure à celle de la Norvège ( 0. Je ferai relativement 
h la superficie de la Norvège et à celle de la Suède la 
même remarque que j'ai déjà faite pour le Danemark. 
Je ne conçois pas sur quoi vous basez vos calculs. 
Vous évaluez en effet la superficie de ces deux royau- 
mes à 2a3,o45 mill. c. géogr. 

Et je trouve pour la Norvège. . 5^55 m. c. ail. 

Pour la Suède 8,600 — 

En y ajoutant pour l'Ile Saint- 
Barthélémy 3 — 

Total i4,556m.c.all.(î). 

Vous différez aussi, et dans une tout autre proportion, 

dont a35 Européens , tandis que Porrear en a . . . 5,ooo 
et Tillaîi * 3,ooo 

On en donne à Serampore, qu'on appelle aussi Frede- 
riksnagor en Danemark , et qui est situé dans le Ben- 
gale sur la rive gauche de l'Hoogly it,aoo 

Je ne parle pas des îles Nicobar , dont la superficie est évaluée a 
12 milles carrés allemands, quoique elles soient, depuis 1 755, cen- 
sées appartenir au Danemark qui avait formé un petit établissement 
à la grande Nicobar. Les Anglais qui s'en étaient emparés pendant 
la guerre, les avaient à la paix restituées aux Danois. Mais après 
le malheureux essai de colonisation fait par ces derniers de i83i , 
à i834 leur colonisation fut tout-à-fait abandonnée, d'après un ordre 
royal de Tannée 1837. 

(1) Je viens de lire dans le tome VIII du Précis de la. géographie 
universelle de Malte-Brun, publié en 1829, une note portant que 
m M. Adrien Balbi désigne la péninsule Scandinave sous le nom de 
monarchie norwégieno-suédoise ; mais qu'il propose la dénomination 
de suédo-nonvégienne , plus douce à la prononciation. » Jusqu'à 
présent M. Balbi avait persisté à conserver la première dénomination, 
et je suis heureux d'avoir pu le décider à adopter définitivement 
celle que je lui ai proposée par un motif un peu plus grave que celui 
que lui prête Malte-Brun , l'euphonie. 

(a) Ces 1 4)356 milles carrés allemands dont se compose, suivant les 
auteurs nationaux que j'ai consultés, la superficie totale delà Suède et 



i -S) 

en ce qui concerne la population. Celle de la Nofi>ége 
est évaluée dans le dernier recensement officiel arrêté 

au 29 novembre 1 855 à 1,194,812 h. 

Celle de la Suède était suivant For- 
sell, qui a puisé ses informations dans 
les recensements officiels : 
en 1825 de 2,771,252 

en îf&ode 2,905,863 



Augmentation en 5 ans. i34,6n. 

En supposant que la population a 
augmenté en Suède dans la même pro- 
portion de i85o à i855, on aura pour 

celte dernière année. . 3,o4o,474 ci : 3, 040,474 (») 

1 . . . - — ~_ . - . — _ -. 

de la Norvège , forment un total de 229,696 milles carrés géographi- 
ques. La différence n'est donc que de 6,65 1 milles carres géographi- 
ques. Je dois ajouter que Foraell évalue la superficie de la Suéde à 
3868,i6 milles carrés suédois ; et comme, suivant lui : 1 mille c. suédois 
as 2,07 m * c * allem., il en résulterait que cette superficie serait de 
8,007 m. carrés allemands seulement, au lieu de 8,600 à laquelle Rii*e 
l'évalue; et comme d'un autre côiéTheodorSundler, dans le So/vfc/r, ne 
donnant à la supeificie de l'île Saint-Barihélemy que 1/2 m. c. suédois 
ou i,o3 m. c. allemand , il s'ensuivrait que la superficie totale des 
deux royaumes ne serait que de 13,761 m* c. allemands ou 220,176 
m. c. géographiques. 

(1) D'après Forsell, la population de la Suède a éprouvé les va- 
riations suivantes : 



Population de 
la tilk de 
Stockholm 

Du rcMc de b 
Suide 

Population 

< 


wl7>l. 


sa 1805. 


la 10 0. 


» 1015. 


s» 1520. 1 ta 1825. 

! 


irlSiO. 


55,700 
1,730,027 


72,050 
2,3*1,490 


65,450 
2,304.540 


72,909 
2,392,077 


» 
f 


T9,47J 

2*91,779 


82,000 
2 823 8 tf 

2,90>,*63 


1,785,7 n 


1,414,140 


1 
V49.990 2,465.<A9 

! 


2,584,690 1771,2*9 



O.i voit par le relevé ci-ilr»**o* que de 1810 à i83«o la populitiufj 



( i6) 

Report 4,s5 1,286 h. 

En y ajoutant pour la population de 
Tîle de Saint-Barthélémy (1) 16,000 

On trouvera pour la population totale 
des deux royaumes à la fin de 1 835. . . 4> a 5i,a86h. 

m 

Vous ne portez cependant cette po- 
pulation qu'à 3,866,ooo 

Différence en moins 385,286 h. 

Vous ne pouvez omettre dans la Norvège les villes de 
Frederikshald et de Stavanger % c'est près de la première, 
située dans le Sôndenfieldsk et peuplée de 4»9 21 âmes, 
que Charles XII a été assassiné au siège de frede~ 
riksteen sa forteresse , et la seconde située dans le 
Nordenfieldske avec une population de 4*857 âmes a 
un port très fréquenté; ni Tromsoe, peuplé de i,365 
âmes , résidence d'un évèque dont la juridiction s'é- 
tend sur les amts de Nordland et de Finmark , et de 
Yamtmand ou préfet de ce dernier amt. 

Voici au surplus la population des principales villes 

. 

«le la Suède a augmenté de 535,873 , ou terme moyen chaque cinq ans 
de 1 33,9G8 9 ce qui s'éloigne peu du nombre que j'ai indiqué plus 
haut et je ne tiens même pas compte des pertes de territoire que la 
Suède a éprouvées. Si l'on considère ensuite que , selon toutes les 
probabilités , la population de la Norvège , ainsi que celle de la 
Suède, ont continué de s'accroître pendant les huit années qui se sont 
écoulées de l835 à 1843, il en résultera que la population totale 
de ces deux royaumes dépasse aujourd'hui 4i*5 1,286, nombre aua 
quel je me suis arrêté. Theodor Sundler évalue la population de 
la Suède, en i836, à 3,025,ooo. 

(i)La population deSaint-Barthé!emy,que, dansmalettreàM. B;»lbi, 
j'ai évaluée à 16,000 âmes, je ne me rappelle plus sur quelle autorité, 
est portée par Riise , géographe danois , seulement à 8,000 âmes , par 
le Dictionnaire de Piquet à 3,ooo ; par Sundler, écrivain suédois, à 
3,000; et par Balbi à 10,000. 



(17) 
de la Norvège , d'après le dernier recensement officiel 
de i855: 



Stavanger 4fi5j 

Kongsberg 3,54o 

Tromsôe 1,365 

Bôraas 2,3oo 

Hammerfest 3 9 i 

Vardôe (i) i53 



Christiania a3,i2i 

Bergen 22,839 

Trondhiem où Dron- 

theim 12,358 

Christiansand 7,666 

Drammen 7> 2 5o 

Frederikshald. . . . 4,921 

Forsell divise la Suède en 24 lân ou districts, et 
nous fait connaître en même temps que la ville de 
Stockholm forme un district à part; vous en trouverez 
les noms ci-après : 

Mariestad. Orebro. 

Wenersborg. Carlstad. 
GôteborgouGôtheborg. Falu. 

Withj. Gefle. 

Stockholm. Hernôsand. 

Upsala. Otftersund. 

Westerâs. Umeâ. 

Nykoping. Piteâ. 

Le même géographe suédois, déjà cité, donne ainsi 
la population des principales villes de Suède : 



Malmo. 

Gbristianstad. 

Halrastad. 

Carlskrona. 

Wexiô. 

Jônkôping. 

Ralmar. 

Linkôping. 



Stockholm en 1822 
Gôtheborg (3) — 

Carlskrona — 

Norrkoping — 

Malmô — 

GeHe — 

Kalmar — 

Upsala — 

Lund — 

Wi,by — 

Garlshamn — 



• • • • 

• • • • 

• • • • 

• • • 

• • • 



74,365 (2) 
16,61 5 
10, 636 
10,043 
8,3 77 

5,206 
4>499 

4*349 

4,080 



3,794- 

Voir le tableau de la population comparative de la 
Norvège , page 20. 



(1) M. Balbi l'appelle à tort Wardôehuus; c'est la petite forteresse 
et non la ville qui porte le nom de Vardôhuus ou Vardâehuus; celui 
de la ville est Farda ou Vardôe. 

, (3) On a vu dans une note précédente que la population de 
Stockholm, qui ne s'élevait en i8o5 qu'à 72,652 âmes était en i83o 
de 82,000; cette population a dû augmenter depuis, ainsi que celle de? 
autres villes. Sundler évalue, par exemple, la population deGothebora- 
et de ses faubourgs à a3,320 h., et celle deNorkôping à plus de 1 2,00c 

(3) Nous l'appelons en France Gothembourg. 



XX. JUILLET. 2. 



2 



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3S 



oc 

«5 



( '9) 
Le» deux tableaux ci-centrc mer. 
lalion de la Norvège • augmenté 
suivantes : 

De 1769 à 1801 (5* ans d'ernira 
De 1801 » i8»S ('4 "!"" 
De i8i5 à l8a5 ( i« am tl'esmro 
De i8.5 à l83i ( 10 an ) 
De ,769 a ,l>3i(6S««i 11 
Pendant ce» 66 ans ranaaaenui 
Dan» le "•/' d'Aeenlim» «• 
CbrisuanaBDr 
Bergen 
TracHuusas 
NordlmM::^n»B»: 
Le rapport entre k Mras • 
suivi depni» 1765 ■ T- T"e 
entre les rfi/a. Celui 
rativement le pi 
entre les itifu ne Iurnuia ss at - 
varié; la popsuauoi a Jr -, ';«. 
été inférieure 1 r=* » .-.:« ->^|. „ ,, i/l(i , 
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"'* "«'«««l.nl.Pii^"*^ 




( •») 




( >9) 
Les deux tableaux ci-contre montrent que la popu- 
lation de la Norvège a augmenté dans les proportions 
suivantes : 
De 176g à 1801 (32 ans) d'environ 22 p. 0/0 

De 1801 à 181 5 ( 14 ans) seulement de 2 p. 00/00 
De i8i5 à 1825 ( 10 ans) d'environ 18 p. 0/0* 
De 1895 à i855 ( 10 ans ) i3 p. 0/0 

De 1769 à i835 (66 ans) (1) 65 p. 0/0. 

Pendant ces 66 ans l'augmentation a été , savoir : 
Dans le stift d'Agershuus de 62 p. 0/0 

Christiansand 72 » 

Bergen 58 » 

Trondhiem 92 » 

Nordland et Finmark 39 » 

Le rapport entre la superficie et la population a 
suivi depuis 1769 à peu près la même proportion 
entre les stifts. Celui d'Agershuus a toujours été compa- 
rativement le plus peuplé. La différence comparative 
entre les stifts de Christiansand et de Bergen a peu 
varié; la population du stift de Trondhiem a toujours 
été inférieure à celle des trois premiers, et enfin le 
stift de Nordland n'a pas cessé d'être comparativement 
témoins peuplé des cinq stifts. 

Sous le rapport ecclésiastique, et même sous le rap- 
port administratif, le royaume de Norvège peut être 
divisé en cinq grandes provinces portant le nom de 
stift, et ayant à leur tête un administrateur appelé 
stiftamtmand et un évêque , résidant tous les deux au 
chef-lieu du stift(z). Chacun de ces stifts est subdivisé en 

(1) Il y a même des stifts , tels que ceux d'Agershuus et de Nord* 
land dont la population a diminué pendant cet intervalle de temps* 

(2) Les deux amt de Nordland et de Finmark ne forment pas à pro- 
prement parler un stift, et n'ont point de stiftamtmand ; cependant on 



( ao ) 
nmt % dont l'administration est dirigée par un attitmafid, 
titre qu'on ne peut traduire exactement en français 
que parle mot préfet (1). Le stiftamtmand forme avec 
l'évêque ce qu'on appelle la direction du stifl ( stifts- 
direction) de laquelle ressort tout ce qui concerne les 
églises, les écoles, les établissements de bienfaisance, 
enfin toutes les affaires publiques du stift; il admi- 
nistre Yamt du chef-lieu. Quant aux autres amts com- 
pris dans la circonscription de chaque stift, le stift- 
amtmand n'& pas à s'en occuper, et il n'exerce aucune 
juridiction sur les fonctionnaires auxquels l'adminis- 
tration en est confiée. Ceux-ci correspondent directe- 
ment 'comme lui, pour les affaires de leur amt , avec 
les chefs des différents déparlements, et comme lui 
aussi ils font directement au roi, tous les cinq ans 
environ, des rapports sur la situation économique de 
leurs amts respectifs pendant cette période. 

Les cinq stifts] sont, ainsi qu'on le voit dans le re- 
levé ci-dessus, ceux de : 

i°Àgershuus, comprenant \e*nmts à % Jgershuus t de 
Smaalehnerie , de Hedemark » de Christian, de JarU- 
berg et Laurvig , de Buskerud et làjbgderie ou district 

les désigne souvent sous le nom de stift des Norlands ou Nortan- 
dehe, et an éVêque résidant aujourd'hui à Tromsôe exerce sa juridic- 
tion sur ces deux ams. 

(i) M. Balbi s'est étonné dans son Abrégé de géographie de ce que ni 
X Àlmanach royal de Suède et de Norvège^ ni les géographes qu'il a 
consultes , n'ont pas indiqué d'une manière distincte les chefs-lieux 
des 17 bailliages' (préfectures) de ce dernier royaume. La raison en 
est fort simple; d'abord parce que plusieurs des amts n'ont pas même 
une seule ville , et ensuite parce que, à l'exception des stiftamtmœnd 
qui résident toujours dans le chef-lieu du stift , qui est en même 
temps celui de Yamt qu'ifs administrent , les amtmœnd ou préfets 
n'ont pas de résidence obligée, qu'ils habitent quelquefois à la 
campagne et souvent même dans des villes situées hors de leur amt. 



F. 2 , pag. 20. 



$35. 



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(3 
fa 

es 

eu 

M 
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H 



SUPERFICIE (1) 



kJH *lLLt£ CAtfeÉS 

de 15 au degré, 

d'apt-èj 



le profess. 
Holst. 



»» 

96,832 

» 

65,290 



» 
79,728. 



95,177 



» 
» 
'» 

92 
» 

M 

7* H 

» 

472 A 






le capit. 
Hooseii. 



» 
» 

94 
» 

76,01 

>» 

M 7 ,98 






t 
6 

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3 
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3 

S 



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1* 
II 

ta o 



» 
1504 

» 
» 

»> 
1216,16 



» 
7167,68 



7863,64 



» 
» 
63 

» 
» 
» 

» 
53 



LATITUDE ET LONGITUDE 
des principales villes. 



Latitude. 



11 



» 

13 

» 



59° 54' 39" 

59 39 33 
» 
» 
» 
» 



H 



•g 3 S. a 

.r ^ *o « 

o »« 

o s 



8° 24' 3" 



M 



59 11 



» 
» 



9 
» 
II 



» 



8 13 2 



» 
» 

» 
» 



8 32 13 



» 
» 



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•|V&9 9Jquioa 91/11 £91*9 

•ipvuiaijf 9\ 19 pavtpjoja 9\ jnod « 000'i 
19 ' 9ivao{p|i9ui 9fyuoN «| jnod 91/U Ï9J/8 



inop '9I/II «?««> »linn 29L*9 ? a8?AJO|i il 9p 9pgj9dni 
iaon|Vi» 'pitripJMps Jn9W9jwd 9| \n\ f?idv 19 * i«|oh Jii9«s9jojd 91 

•l*»9 uquioa 0t9*9 



04 *098 1!» a 

* J |iop 09 if onbnv 'iptmaij npi9 'sçjutt ramai oçi'i iivaaop 

*P pnbnv 'pavipjON np 99«odui09 '9|8ao|P!J9Ui 989AJON v( f 000*2 

9 19 « inaïqpaoJi op 19 B98J98 9p ' passai !is{jqo 9p 

^|anqua8y ( p «j/gt j9i |iwa9idmo9 < 9ivaowu9UJ999AJOM v| ? 0^9,8.. .. 



13 




SUPERFICIE 



IN MILLES CABRES 

de 15 au degré, 

d'après 



le profess. 
Holst. 



67,67/1 



1,891 
176 H 



» 



408,434 



NO 1 * 

70,776 



72,742 



SÔtH » 

79,640 

Nord » 

59,852 



Nord » 

58,763 



» 

Finm 37,504 

» 

» 



317 £ 

» 



» 




363 


• 

57 


» 




» 




281 


_4_ 


» 




» 




321 





le capiU 
Roosen. 



1944,74 
156,27 



s y 

«■S* 

5 a 
2 S 



M 



94,812 



402 



800 



1,200 



I 



5,752 « 



X» 

296,18 



337,22 



290,51 



329,77 



419,52 





2051 

» 

m 



» 
» 



31115,84 

» 

2500,32 



4738,88 



5395,52 



» 
4648,16 



s -s 

Jls 

ï 8 

H « 

2- S 

a* 
I- 

■ s» 

no 



LATIT0DB ET LONGITUDE 

des principales Tilles. 



5276,32 



6712,32 



» 
27 

» 



» 
23 



» 

13 





16 



» 
15 





Latitude. 






H 



S a • 
g $* 

5 s 



5825,21 



32816 

» 



9 



» 



58° 27' 33" 
58 58 21 



60 23 48 
» 

» 



62 44 21 

63 6 58 

63 25 53 

» 



» 



67 16 27 
» 
» 

69 39 14 

70 39 40 

» 
70 22 35 
70 4 40 



93203,36112 



fl») 



3' 19' 1" 
3 15 41 



2 57 21 




» 


» 



4 52 44 

5 26 36 

8 52 32 

n 
» 



» 

12 7 20 

» 

16 36 
21 16 20 

28 48 
27 35 15 






ïtt Finmark). Les villes de TromsÔe,Hamnrierfest et Vardôe 
% classées dans les districts ruraux. 

ï tableau ci-dessus , 1° que la population moyenne de la 

AmAB anvirAn ■«•■» mtll* i»ma>*& n^AitmnMiinA A* Ca an «•*_. 



( " ) 

rural de l'a m* de Brqtsberg, appelée Nedre-TeUetnark, 
avec les villes de cet amU Le chef-liei} de ce stift est 
Christiania , qui est en même temps capitale de toute 
la Norvège. 

*° Christiansand , comprenant YOvre-Tellemark , se- 
conde fogderie de Yamt de Bratsberg , ainsi que les 
amts de Nedmœs et Raubygdelauget, de Lister et Man- 
dai, et de Stavanger. Le chef-lieu Au stift est Chris- 
tiansand. 

3° Bergen , formé des amts de Nordre-Bergenhuus et 
Sôndre-Bergenhuus , et de la fogderie de Sôndmôr dé- 
pendant de l'ami de Romsdal. Le chef-lieu du *ff/ï est 
Bergen. 

4° Trondhiem, comprenant les deux, autres fogderies 
de Yamt de Romsdal appelées Nordmôr et Romsdal, 
ainsi que les amts de Sôndre-Trondhiem et Nordre- 
Trondhiem. Le chef-lieu du «tff/fr est Trondhiem , qu<* 
dans, le reste de l'Europe on appelle assez mal à pro- 
pos Drontheim. 

5° Nordiand ou Nordlandène , formé dea deux amts 
de Nordiand et de Fipmark. 

Djï la Roquettk. 



[Voir le Tableau de la population comparative, etc., joint à ce 
Cahier. ] 



( « ) 

Notice historique sur le Bureau topographique du 
royaume des Deux-Siciles. 



Dans une note insérée au numéro du mois de mai 
1842 du Bulletin de la Société de géographie, sur les 
travaux hydrographiques exécutés dans le royaume des 
Deux-Siciles , j'ai annoncé que je consacrerais une no- 
tice spéciale au bureau topographique , à la tête du- 
quel se trouve placé M. le colonel Visconti. Je vais , 
quoiqu'un peu tard, acquitter ma promesse , et c'est 
dans la lettre qu'a bien voulu m'écrire le savant napo- 
litain que je puiserai mes informations. 

Avant l'occupation du royaume de Naples par les 
Français, en 1806, il existait dans ce royaume une 
charge de géographe du roi. Elle était remplie par An- 
toine Riizi Zannoni, de Padoue, auteur de l'Atlas du 
royaume de Naples, en 3a feuilles, de l'Atlas maritime 
des Deux-Siciles, en 26 feuilles, et d'autres ouvrages 
géographiques. Dès leur installation dans le pays, les 
Français créèrent un cabinet topographique , qui fut at- 
taché d'abord à la maison du roi. Dans les dernières 
années du règne de Murât, cet établissement, réuni 
au ministère de la guerre et marine sous le titre de 
section topographique, fut placé sous la direction deRizzi 
Zannoni. Ce géographe venait de mourir, lorsqu'au 
mois de mai 1814 M. Visconti arriva à Naples, et fut 
nommé son successeur. Quelques mois s'étaient à 
peine écoulés que, par un décret du 29 septembre 18 14, 
rendu, ainsi que nous l'avons dit précédemment, sur 
la proposition de M. Visconti , la section topographique 
fut supprimée. On créa à sa place un Dépôt général de 
la guerre , dont il fut nommé directeur, et on prescrivit 



{ 23) 
en même temps le levé de la grande carte topogra- 
phique militaire, à l'échelle de 1 /20000 e . Un autre dé* 
cret rendu, le 21 décembre 181 5, par le roi Ferdi- 
nand I er , confirma le Dépôt général, de la guerre , et 
l'attacha à l'état-major de l'armée. Le préambule de 
ce décret porte que le Dépôt , où les officiers de l'armée 
devaient trouver tous les moyens de s'instruire, serait 
mis à la disposition immédiate du Conseil suprême de 
la guerre, qu'on venait alors de constituer, et qui était 
destiné à remplacer le ministère de la guerre, dont il . 
avait toutes les attributions. Par l'article 1**, le colonel 
directeur du Dépôt de la guerre conférait directement 
avec le conseil suprême ; l'article 2 attachait à ce Dépôt 
un corps royal d'ingénieurs géographes faisant partie 
de l'état-major de l'armée , et composé d'un colonel , 
commandant le corps et directeur du Dépôt; d'un 
lieutenant-colonel ou major, de huit capitaines et de 
huit lieutenants. En temps de guerre , dit l'article 4 » 
chaque chef d'état-major divisionnaire doit avoir à sa 
disposition un officier ingénieur-géographe, et plusieurs 
de ces officiers sont aux ordres immédiats du chef de 
l'état-major général de l'armée. Les officiers ingénieurs- 
géographes devaient être tirés de l'école militaire de la 
même manière que les officiers d'artillerie et de génie 
( art. 5 ). Une bibliothèque militaire fut établie au 
Dépôt pour l'instruction dos officiers de l'armée (art. 7). 
Le levé de la grande carte topographique militaire de 
tout le royaume, à l'échelle de 1/20000% fut prescrit 
par l'article 10. D'après l'article 12, un professeur 
d'astronomie et de géodésie fut attaché au Dépôt, pour 
apprendre aux jeunes officiers ingénieurs géographes 
la géodésie dans toute son étendue, et l'astronomie, en 
tout ce qui a trait aux opérations géodésiques , et pour 



( "4) 

faire des observations astronomiques au Dépôt Ce 
professeur fut aussi chargé de la térifi cation des opé- 
rations géodésiques et de la direction des calculs. Con- 
formément aux dispositions de l'article i3, le Dépôt 
. fut partagé en quatre sections, d'après la nature des 
travaux intérieurs, savoir : i rc , correspondance et ad- 
ministration ; 2*, bibliothèque , recueil de cartes, con- 
servation des instruments, mémoires militaires et 
politiques, traduction en italien des ouvrages étrangers 
utiles aux militaires , etc. , etc. ; 3 e , dessin ; 4 e , gravure. 
Enfin l'article îG décide que les ingénieurs-géographes 
ou militaires qui, du temps de Rizzi 2Jannoni, appar- 
tenaient à la ci-devant section topographique du mi- 
nistère de la guerre, conserveront leurs emplois. Une 
imprimerie fut enfin attachée au Dépôt, pour l'impres- 
sion des œuvres militaires , des ordres du jour, etc. , 
qu'on jugerait nécessaire de publier. 

.Le conseil suprême de la guerre venait de cesser 
d'exister, après moins d'une année de durée, lorsque 
le général autrichien comte de Nugent passa au service 
des Deux-Siciles , avec le grade de lieutenant-général , 
et réunit dans sa personne le commandement suprême 
de l'armée au ministère de la guerre. Il modifia l'or- 
ganisation du Dépôt général de la guerre en le parta- 
geant (décret du 22 janvier 1817) en deux établisse^ 
ments tout- à -fait distincts. L'un reçut le titre de Bureau 
topographique , et l'autre celui de Dépôt de la guerre; 
mais tous deux furent placés sous la dépendance du 
bureau de l'état-major , fraction du commandement 
général qui se confondait alors avec le ministère de la 
guerre. Le Bureau topographique s'occupait uniquement 
des travaux topographiques, des reconnaissances mi- 
litaires, ainsi que du dessin et de la gravure de ces tra- 



( «5) 
vaux. Au Dépôt était confié le soin de réunir, de dresser 
et de conserver les mémoires, les ouvrages, les projets, 
les plans, tous les matériaux enfin concernant l'art de 
la guerre. La bibliothèque , ainsi que la collection des 
cartes géographiques de toute espèce , la typographie 
militaire et la calcographie, c'est-à-dire l'impression 
et la gravure des travaux du bureau topographique en- 
traient dans les attributions du Dépôt de la guerre: Dans 
cette singulière organisation, un colonel de l'état-major 
dirigeait le Bureau topographique, et un autre le Dépôt 
de la guerre; les officiers ingénieurs-géographes, ne 
formaient pas un corps particulier, mais faisaient partie 
du corps de l'état-major, qui devait en fournir au Bu- 
reau topographique le nombre nécessaire aux travaux 
de la carte topographique militaire. On réduisit beau- 
coup le nombre des ingénieurs géographes non mili- 
taires, ainsi que celui des dessinateurs et des graveurs ; 
l'astronomie avec toutes ses attributions fut conservée. 
Malgré les vices de cette organisation, le colonel 
Visconti parvint à faire beaucoup de travaux avec le 
concours du capitaine-général Nugent , qui appréciait 
assez bien les opérations topographiques, et aimait à 
s'en occuper. C'est ainsi qu'on mesura avec la chaîne de 
Ramsden une base géodésique de 12,4*7 m ^tres entre 
Gastelvolturno etPatria; que la grande triangulation du 
royaume avança considérablement, et qu'on fit toutes 
les opérations relatives à l'hydrographie de la mer 
Adriatique dont il a été parlé dans la notice précé- 
dente. Le bureau topographique dut également au 
capitaine -général Nugent une allocation annuelle de 
24*000 ducats ( 101,760 francs). Cette somme, suffi- 
sante pour ses travaux, a été grandement rédaite de- 
puis , et elle ne s'élève aujourd'hui qu'à 8,000 ducaU 



( i6) 
( 33,920 francs) , auxquels on peut ajouter le produit 
net annuel de l'imprimerie militaire, qui est d'environ 
6,000 ducats (35 9 44o fr. ). 

Le régime constitutionnel ayant cessé au mois de 
mars 1821, l'armée fut presque dissoute. On conserva 
néanmoins le Bureau topographique, mais avec un très 
petit nombre d'officiers ingénieurs géographes. Cet 
établissement languit pendant quelques années, et peu 
de travaux de campagne furent exécutés. Lorsque 
l'armée eut été réorganisée en 1 833 (décret du 21 juin), 
on réunit sous le commandement d'un directeur- 
général des corps facultatifs et de quatre généraux 
inspecteurs, le corps royal d'artillerie, celui du génie, 
le Bureau topographique faisant partie du génie, et les 
collèges militaires ou établissements d'éducation mili- 
taire. Le Bureau topographique et les collèges mili- 
taires sont sous les ordres immédiats d'un général 
inspecteur, et celui-ci sous ceux du directeur-général. 
Tel est l'état actuel de cet établissement, appelé : Reale- 
Officio topografico* 

Pendant le temps que la Sicile fut séparée du 
royaume de Naples, c'est-à-dire de 1806 à i8i5, le 
lieutenant-général Bardella fonda à Palerme un Bureau 
topographique qui formait la 3 a section de l'état-major 
général de l'armée sicilienne. Cet établissement, resté 
indépendant du Bureau topographique de Naples, ne 
reçut jamais d'allocations suffisantes; et comme il 
manquait en même temps d'opérateurs, il en est ré- 
sulté qu'il a produit peu de chose. On lui doit Joute- 
fois une carte de la Sicile en 4 feuilles, réduite d'après 
celle de Schmetlau, dont les planches furent perdues 
a l'époque de la révolution de Palerme, en 1820. 11 
renferme une bibliothèque militaire et scientifique , 



( «7) 
ainsi qu'une imprimerie militaire , et a été réuni 
en i833 (décret du 21 juin) au Bureau topographique 
de Naples , divisé en 4 sections , dont il forme la 3*. 
La i re section a dans ses attributions les travaux inté- 
rieurs ou observations astronomiques faites à l'obser- 
vatoire de l'établissement , les calculs astronomiques et 
géodésiques, le dessin, la lithographie et la gravure. 
L'observatoire astronomique et le cabinet des machines 
et instruments en dépendent. Ce cabinet, riche en 
cercles et théodolites répétiteurs de Belle t, Gambey, 
Reichembach, Estel, Brangton, Simne, Bauman, etc., 
renferme un excellent instrument comparateur des me- 
sures, fait à Londres, en 1840, par le célèbre Simne, 
et semblable en tout à la standard scale de la Société 
royale astronomique de Londres (î). Le micromètre 
de cet instrument donné 1/2000 • de la ligne décimale 
du pied anglais, ce qui équivaut à i/8oo e du milli- 
mètre. L'observatoire possédé un cercle répétiteur fixe 
de i5 pouces de diamètre, dû à Reichembach; une 
lunette méridienne de 3 pieds 1/2* de Fraunhofer; 
une pendule à compensation, par Jensen et Grimaldi; 
et trois chronomètres, par Arnold , Pennington et Ber- 
thoud. On y trouve aussi tout ce qui est nécessaire pour 
les observations météorologiques , ainsi que des baro- 
mètres, thermomètres, hygromètres, anémomètres, 
pluviomètres, etc. , etc. 

La 2 e section est chargée de l'administration, et 
s'occupe de l'imprimerie , des gravures , des lithogra- 
phies, et de tout ce qui concerne la typographie. A la 
4 e section enfin appartiennent les travaux extérieurs ou 
de campagne. 

(ï) Voir le tome XI des Mémoires de cette Société. 



(.8) 

La bibliothèque du Bureau topographique n'appar- 
tient à aucune des quatre sections. C'est la meilleure 
des bibliothèques publiques de Naples en ce qui con- 
cerne les sciences et l'art militaire. Elle se tient exac- 
tement au courant de tout ce qui se publie de mieux 
en France et en Angleterre, et possède une bonne col- 
lection de cartes géographiques de toute espèce. Le 
nombre de volumes qu'elle contient est de près de 
18,000 tomes réliés ; tous les militaires ont le droit 
d'y venir étudier; et ceux qui ne le sont pas le peuvent 
aussi, mais avec un permis du directeur du Bureau lo- 
pographique. 

Ce bureau , tel qu'il a été organisé par le décret du 
21 juin 1 833, se compose : 

D'un chef ou directeur, qui est un officier supérieur 
du génie , et depuis quelque temps d'un sous-chef; 

De 4 capitaines de génie , chefs de section ; 

De 4 lieutenants, parmi lesquels un quartier-maître» 
secrétaire du conseil d'administration ; 

De 4 élèves , sous-lieutenants du génie ; 

D'un bibliothécaire à Naples ; 

D'un sous-bibliothécaire à Palerme; tous les deux 
officiers de l'armée en non-activité ; 

D'un astronome , professeur d'astronomie et de géo- 
désie; 

D'un astronome correspondant à Palerme , charge 
supprimée en ce moment , depuis la mort de M. Cac- 
ciatore, directeur de l'observatoire royal de Palerme; 

De 3 ingénieurs-géographes , non militaires , de 
1" classe; d'autant de 9 e classe, et d'un nombre égal 
de 3* classe ; 

De 11 dessinateurs, dont 3 de 1", 3 de a e . et 5 de 

5 e classe; 



( a 9 ) 
De 9 graveurs, partagés en 3 classes comme les des- 
sina leurs; 

De 10 surnuméraires, dont 6 dessinateurs et 4 gra- 
veurs ; 

Et enfin de 3 dessinateurs lithographes divisés en 
3 olasses. 

Les ingénieurs-géographes non militaires forment 
une catégorie provisoire qui doit s'éteindre dans un 
temps donné , car ils doivent être définitivement rem- 
placés par des sous-lieutenants» En attendant, ils pas- 
sent successivement dans les classes supérieures au fur 
et à mesure des vacances jusqu'à leur extinction com- 
plète. 

On voit par cet exposé qu'il n'y a pour les travaux 
de campagne que 7 officiers subalternes et 11 ingé- 
nieurs non militaires, en tout 18 opérateurs. Ce 
nombre est un peu restreint, et il le paraîtra davantage 
si l'on observe qu'il y a toujours quelques malades, et 
que les jeunes officiers sortant de l'école militaire qu'on 
attache au Bureau topographique doivent acquérir de 
l'instruction sur le terrain avant qu'on puisse les em- 
ployer avec profit à lever à la planchette et aux trian- 
gulations. Il paraîtrait qu'il existe aussi d'autres causes 
qui empêchent les travaux de marcher avec une cer- 
taine activité; mais il est à espérer que le gouverne- 
ment napolitain, qui montre des vues assez libérales, 
secondera le zèle éclairé du savant directeur, emploiera 
les moyens nécessaires pour les faire disparaître , 
et que le monde savant ne tardera pas à posséder 
une carte topographique, exacte et complète du beau 
royaume des Deux-Siciles. 

De la Roquette. 



( «o ) 
Note sur le percement de l'isthme de Panama, 

( Extrait de la Revue indépendante, 10 juillet i843 , p. 1 58. ) 



Nous recevons d'un de nos collaborateurs et amis , 
qyi a des relations suivies avec l'Amérique du Sud , la 
lettre suivante, que nous nous empressons de publier. 

t Au moment où Ton s'occupe sérieusement de per- 
cer l'isthme de Panama , et de réunir par un canal 
les deux Océans» j'ai pensé que les nouvelles récentes 
qui me viennent de ce pays pourraient intéresser vos 
lecteurs. Voici quelques fragments extraits de notre 
correspondance de Panama , à la date du 10 mai 
dernier. 

• La compagnie franco-grenadine, quia obtenu la 
concession du percement de l'isthme, vient de terminer 
les travaux d'exploration , qu'elle poursuivait depuis 
quatre ans, sous la direction de M. Morel, ingénieur 
français. Mais avant de se mettre à l'œuvre pour creuser 
le canal qui doit réunir les deux mers , elle a adressé 
au gouvernement de la Nouvelle-Grenade une demande 
qu'il vient de soumettre aux chambres, et qui a pour 
objet de faire déclarer la neutralité absolue de l'isthme 
de .Panama dans tous les troubles ou mouvements 
politiques, neutralité qui serait mise sous la protection 
et la garantie des gouvernements français et anglais. 
Jusqu'à ce que cette demande ait été sanctionnée par 
le congrès, la compagnie n'entreprendra aucuns tra- 
vaux ; mais il y a tout lieu de croire que les chambres, 
actuellement réunies, s'empresseront de consacrer 
par leur vote l'adhésion qui vient d'être sollicitée. 
» La notice présentée au mois de janvier dernier à 



( 5i ) 
l'Académie des sciences, et reproduite par les jour- 
naux de Paris , vous a déjà fait connaître les résultats 
les plus saillants des recherches et des explorations 
faites par la compagnie concessionnaire. Voici quel- 
ques détails qui n'ont pas encore été donnés, et dont 
l'exactitude peut être garantie. La largeur de l'isthme 
n'est que de 53 kilomètres 97 mètres; la longueur du 
canal qui doit joindre les deux rivières de C ha grès et 
de Rio-Grande ne dépassera pas 4o kilom. 225 mètres. 
Le point le plus élevé de la ligne tracée pour le canal 
se trouve à 10 mètres au-dessus du niveau de l'Océan. 
Quant à la différence du niveau des deux Océans, il 
parait qu'elle dépend des marées, qui sont extrême* 
ment fortes. Ainsi, une partie de la journée, l'Atlanti- 
que est supérieur à l'océan Pacifique, et vice versa; 
dans une autre partie du jour, il lui est inférieur. Con- 
séquemment, il existe un moment de la journée où 
les deux mers sont tout-à-fait de niveau. Dans tous les 
cas , cette différence alternative n'est pas un obstacle 
pour le percement du canal, qui doit avoir quatre 
écluses, etdont l'exécution offre très peu de difficultés.! 



Sur la hauteur de la ville de Moscou et des rivières Mos- 
kowa et Oka au-dessus du niveau de la mer, par 
J. Kamel. 

( Extrait du Bulletin scientifique de l'Académie de Saint- 
Pétersbourg, tome XI, p. 3oo. ) 

Dans ces dernières années, plusieurs physiciens 
ont cherché à déterminer la hauteur de Moscou au- 
dessus du niveau de la mer, par le moyen d'observa- 



( Si ) 
(ions barométriques; mais les résultais auxquels ils 
sont parvenus diffèrent beaucoup les uns des autres. 
Ainsi» en 1828» M. Erman avait trouvé, d'après les obser- 
vations du professeur Perwoscblschikoff, 699,84 pieds 
de Paris (227™, 5) ; mais M. le professeur Hansteen re- 
connut bientôt qu'on avait , par erreur, pris pour des 
toises ce qui était des mètres dans les tables de Gauss ; 
il corrigea donc la hauteur, et la réduisit à &8g p v 8g 
(94™, a). M. Erman , dans son ouvrage intitulé, Voyage 
autour du monde , 2* partie , 1" vol., i835 , p. 352, 353 
et 4<>6 , en prenant pour comparaison les observations 
de Dantziget Millau, donne pour la hauteur du bâti- 
ment de l'Université au-dessus de la mer 58o p 2, 
( i26 m ,io) , mais M. Perewoschtschikoff ayant calculé 
lui-même ses observations, trouva 285 p ,834 (92°, 8). 

Nous devons une nouvelle détermination de la hau- 
teur, de Moscou aux travaux de M. le chevalier Von 
Gerstner, qui , pour un projet de chemin de fer, a éta- 
bli un nivellement depuis l'Amirauté à Saint-Péters- 
bourg, jusqu'à Moscou. Dernièrement, pour l'étude 
du chemin de fer de Moscou à Kolomna, un nivelle- 
ment a été exécuté depuis la porte de Twer à travers 
la ville jusqu'à Kolomna et jusqu'à la rivière Oka , par 
les ingénieurs de M. Von Gerstner. J'ai assisté à la partie 
dece nivellement qui a été fait à travers la ville, et je me 
fais un devoir de faire connaître à l'Académie la hau- 
teur de quelques points principaux. 

L'entrée sous la nouvelle porte érigée à la barrière 
de Twer à la glorieuse mémoire de l'empereur Alexan- 
dre , comme le reconstructeur de l'ancienne métro- 
pole, est élevée de 71,65 sashen (1) au-dessus du 

(1) La sagène d'après Kelly égale 2 m ,i 34.260; 



( 53 ) 
pavé du milieu de la porte de l'Amirauté, sur la 
rue Gorochowaja à Saint-Pétersbourg, lequel pavé est 
élevéde i% 1/2 (5 m ,2o) au-dessus de la hauteur moyenne 
du cours de la Newa. 

Le commencement des boulevards de Twer, auprès 
de l'ancienne porte, 75',4 (i6o m ,9o). 

L'entrée du palais du gouverneur» sur la Twers- 
kaja, 72 8 ,73g (i55«,*7). 

Le passage sous la porte Woskressenskische, qui con- 
duit de Rrasnaja-Ploschstad au Kremlin, à droite de la 
chapelle de la Sainte-Mère de Dieu, 65%338( 1 39m, 43). 

L'endroit de Krasnaja-Ploschstad , où se trouve le 
monument de Minin etde Poshasky, 66/807 ( 1 4o m ,86) . 

L'entrée du Kremlin parla porte Sainte ou du Sau- 
veur, 67%538(i44V5). 

Le milieu du nouveau pont sur la Moskwa, au des- 
sous du mur qui entoure Kitaigorod, 59", 162 (126™, 25); 
on a trouvé que ce point était élevé de 5 8 ,72(i2 m ,2i) au- 
dessus du niveau des eaux du fleuve, en sorte que la 
Moskwa est élevée de 5i%942 lno m ,84) (1) au-dessus 
de la Newa , Saint-Pétersbourg, devant l'Amirauté. 

Le marché de Tagan est élevé de 67* , et la barrière 

d'après le journal des voies de communication (Balbi) 2 m ,i336; 
d'après M. de Prony 2, i345; 

d'après les tables de réduction de Belcher 2, 1342 ; 

on peut donc adopter 2 m , 1 34 pour réduire les saçènes en mètres. 

P. D. 

(1) Ces 3 nombres ne s'accordent pas, et il faut supposer une er- 
reur de3sash., soit sur la hauteur du pont au-dessus de l'eau, 
qui serait de 8*72 ou une erreur sur le chiffre de 5i,<j4 2 i °H enfiu 
sur 59,162 qui devrait être 56, 162 , car la différence de i* 1/2 dont 
le sol de l'amirauté est élevé au-dessus des eaux moyennes de la Newa 
doit être ajoutée à la différence entre l'élévation du pont et la hau- 
teur au-dessus des eaux de la Moskwa. P. D. 

XX. JUILLET. 3. 5 



(34) 
de Pokrow, par laquelle on Ta de Moscou à Kolomna 
de 66*,ga5 an-dessus du sol de l'Amirauté. Au con- 
fluent de la Mostwa avec l'Oka, qui se jette lui-même 
dans le Wolga auprès de Nishnij-Nowgorod , le niveau 
de l'eau a été trouvé , le 21 avril 1837, de 46"»*77 au- 
dessus de la Newa devant l'Amirauté; comme à cette 
époque les eaux de l'Oka étaient au-dessus de leur hau- 
teur moyenne d'environ x\S ou a', on doit lesVetran- 
cher de la quantité trouvée ; il en résultera donc que 
le niveau de l'Oka est élevé de 44%*77 au-dessus de la 
Newa à Saint-Pétersbourg, et que la Moskwa a une 
chute de 7*,665 depuis Moskou jusqu'à son confluent 
avec l'Oka. 



Sur la différence de niveau entre la mer Caspienne et la 
mer Noire, par M. Hommaire de Hell. 

( Extrait des Comptes-rendus de l'Académie des sciences, 

10 avril , i843. ) 



M. Hommaire De Hell présente un mémoire sur la dif- 
férence de niveau entre la mer Caspienne et la mer 
d'Azow. 

M. Hommaire De Hell cite les discordances que divers 
observateurs ont trouvées quand ils ont voulu détermi- 
ner celte différence. 

Ainsi M. Parrot et Engelhart avaient trouvé, en 
1812 , par des observations barométriques, 54%47 et 

5&\7. 

En 1839, MM. Fuss, Sabler et Savitsch, chargés 

par l'Académie de Saint-Pétersbourg de faire un tra- 
vail entre les deux mers , au moyen de distances zéni- 



( 35 ) 

thaïes , donnent pour premier résultat 55 m ,jo , et plus 
tard 25 met, ce qui annonce une grande incertitude. 
; M. Hommaire DeHell a obtenu la même différence 
par un nivellement immédiat exécuté en i83g et 1840. 
Premièrement, en 18X9 il remonta la Kouma, qui se 
jette dans la mer Caspienne, et gagna ensuite les sources 
du Manitch , qui se jette dans le Don non loin de 
l'embouchure de ce fleuve. Ce nivellement dura cinq 
jours , et donna 4 â<n ,66 pour l'élévation des sources 
du Manitch au-dessus de la mer Caspienne. 

L'année suivante, il commença à l'embouchure du 
Manitch et remonta jusqu'à sa source; ce fut l'ouvrage 
d'an mois, elle résultat fut, pour la source du Ma- 
nitch, une élévation de 24 m ,356 au-dessus du niveau 
de la. mer d'Azow. En retranchant ce chiffre de celui 
obtenu dans l'opération de la mer Caspienne, on a 
pour la différence de niveau entre les deux mers , 
i8 m ,3o4. 

M. Hommaire DeHell conclut que cette différence ne 
peut pas être attribuée à ce que la Caspienne serait le 
centre d'une vaste dépression du globe , et qu'elle ne 
peut provenir que du retrait des eaux de la mer Cas- 
pienne, par suite de l'évaporation non compensée 
parla quantité d'eau que lui versent les fleuves; le Volga 
et l'Oural ayant notablement diminué de profondeur, 
en raison des défrichements qui ont eu lieu sur leurs 

rives. 

MM. Arago , Beautemps-Beaupré ' et Élie de Beau- 
mont ont été nommés commissaires pour examiner ce 
mémoire. 



(56) 
Observations météorologiques, faites à Hès Yémen, 



Mois de 






1 1 
•i 



5 
6 

7 
8 

9 
10 
11 

12 
13 
1/i 
15 

16 
17 

18 
19 
20 

21 
22 
23 

24 



DEGRÉS DU THERMOMÈTRE 



CENTIGRADE. 



25 

26 
27 

28 

29 
30 
31 



5 h.m 

23° 
22 
» 
25 



» 
» 

21,5 
» 
21 

21,5 
» 

» 
» 

» 
» 



21,5 

20,7 
» 

» 



6 h.m 

24,3 
21,5 
23 
24,3 

25 

26,5 

22,5 

21 

21,5 
20,5 
20,5 

20,5 
22 

21 

21,5 

20,8 

22 

21,5 

20,8 

22,5 



21 
20 
21,8 

19,8 

21 

20,5 

22 



9 h. m 

27,5 
45 
29,5 
29,8 

28,8 
28,7 
28 

» 

30 
30 
29 

29,5 
30 



♦7 
29 
30,5 

30,5 
30,7 
29 

29,7 



29 

29,7 

30,5 

30,ï 

28,5 

29 

28,5 



midi. 

31,5 
53,5 
35,3 
37 

36,5 

37 

37,7 

37 
34,7 
35 
34,5 

34,7 
36 

34,5 

3/T 
34,7 

35,7 
34,5 
34 

35 



34 
35 
37 



S h. ». 

» 

39,5 

» 
33 

32,3 
35,2 
35 



32 
33 
30 

33 
33,5 

33 
30 
30,2 

30 
30,2 
» 

33 



31 

30,2 

35 



36,2 35,7 



34 
36 
36 



29,5 

35 

33 



6 h. 

26 
32,3 
28 
30,3 

28,3 
30,7 
33 

29,5 
28 
29,5 
29,5 

28,5 
30 

29 

29,5 

29 

29 

29 

» 

30 



28 
29 



32 

» 
31,5 
30,5 



9 k... 
» 
» 



27,5 

» 
» 
» 
» 

26 

» 

» 
» 

M 

28 
27,5 
» 

27 



25 

2d,2 

M 



minait 
» 

25 
25,3 
» 

» 
» 
» 

» 
» 

» 

25,5 



» 

» 

26 
25,5 
» 



SITUATION DES VENTS. 



28 

» 

29 

» 



24 



23,7 

24 
» 

26 

» 
27 



6 b. m. 

calme, 
calme, 
calme, 
calme. 

calme, 
calme, 
calme. 

calme, 
calme, 
calme, 
calme* 

E. 
E.S.E. 

E.N.E. 

S. 
calme. 

N.E. 
calme, 
calme. 

E.N.E. 



calme, 
calme, 
calme. 

0. 

S. 

S.O. 

calme. 



midi. 

S. 
calme, 
calme. 

S. 

calme. 

S.O. 

calme. 

calme. 

S. 
S. 
S. 

calme, 
calme. 

calme. 
S.O. 

S. 

N.E. 
calme, 
calme. 

E. S. E. 



s. 
s. 

o. 

s. 
s.o. 

calme. 



6 h. •. 

s. 

S; 

S.O. 

s. 

S.E. 

S. 

s. 

s. 

s. 
s. 

S.O. 

s. 

S.O. 

s. 

s. 

S.O. 

N.E. 

S. 

calme. 

S.E. 



S. 

S. 

S.O. 

0. 

S. 

s.o. 

s. 



minuit. , 

calme/ 
calme. | 
calme, j 
calme. I 

calme, 
calme, 
calme. 

calme. 1 
calme, j 
calme, j 
calme. 

calme, 
calme. 

calme, 
calme, 
calme. 

calme, 
calme. 

calrae.j 

I 

S. 



S. 
S. 

s.o. 

o. 

s. 
s. 
s. 



Les trombes formées par la poussière que le vent enlève du sol du Téhama 
les arrête; et quand elles sont détruites, la poussière reste comme un nuage 

(1) Voir la Notice intitulée : Observation* géographiques sur quelques parties de 



( 3?) 
par M. Passama , officier de la marine française (1). 
janvier 18/42. 



ÉTAT DU CIEL, 



6 b. m. 

beau, 
beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
beau, 
nuag. 

nuag. 
nuag. 

nuag. 
beau, 
beau. 

couv. 
beau, 
beau. 

couv. 



beau, 
beau, 
beau. 

beau. 

beau, 
nuag. 
couv. 



9 b. ni. 

beau, 
beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
beau, 
nuag. 

nuag. 
nuag. 

nuag. 
beau, 
beau. 

couv. 
beau, 
couv. 

couv. 



beau, 
beau, 
beau. 

beau. 

beau, 
nuag. 
couv. 



midi. 

beau, 
beau, 
beau, 
nuag. 

beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
nuag. 

beau, 
beau, 
beau. 

nuag. 
beau, 
couv. 

beau. 



beau, 
beau, 
nuag. 

nuag. 

beau, 
beau. 



6b. s. 

nuag. 
beau, 
beau, 
nuag. 

nuag. 
beau, 
beau, 

nuag. 
beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau. 

nuag. 
beau, 
beau. 

nuag. 
beau, 
nuag. 

beau. 



beau, 
beau, 
nuag. 

nuag. 

beau, 
beau. 



nuag. beau. 



9 b. s. 

beau, 
beau, 
beau, 
nuag. 

nuag. 
beau, 
nuag. 

nuag. 
beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau. 

nuag. 
beau, 
beau. 

nuag. 
beau, 
beau. 

beau. 



beau, 
beau, 
beau. 

nuag. 

beau, 
beau, 
beau. 



minuit. 

beau, 
beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
beau. 

nuag. 
beau, 
beau, 
beau. 

nuag. 
beau. 

nuag. 
beau, 
beau. 

nuag. 
beau, 
beau. 

beau. 



beau, 
beau, 
beau. 

nuag. 

beau, 
beau, 
beau. 



OBSERVATIONS. 



beaucoup de poussière, 
étoiles filantes , du N. au S. et du 
N.O. au S.E. 



étoiles filantes, du N.O. au S.E. 

grande poussière, 
deux étoiles filantes, du N. au S. 
plusieurs étoiles filantes , du N. au S. 
le matin , de gros nuages amoncelés 

sur les montagnes, 
nuages très bas. 
la poussière obscurcit le ciel à 3 h. 

du soir. 



plusieurs étoiles filantes, du N. au S. 
et de TE. à PO. 

étoiles filantes du N. au S. 

poussière, étoiles filantes du N.N.E. 
au S.S.O. 

à 2 h. après-midi plusieurs trombes 
de poussière s'élevant très haut et 
durant environ 3 minutes. 

beaucoup de poussière. 

nuages sur les montagnes dans la 

matinée, 
nuages très bas sur les montagnes 

pendant toute la nuit. 



s'élèvent quelquefois à une hauteur prodigieuse quand aucun obstacle ne 
épais. (Le tout peut durer 20 minutes. ) 

l'Vémen, t. XIX, pag. 162 et 219 du Bulletin de la Société de géographie. 



(38 ) 



Mois de 



1< 


DEGRÉS DU THERMOMÈTRE 








16 




SITUATION DES VENTS. 




CENTIGRADE. 








6km 


9 h. m 


midi. 


3 h. ». 


6 b. s. 


9 k. ». 


•• 

miD'iit 


6 h. m* 


midi. 


6 fa. •• 


minait. 


1 


25*2 


28,5 


36 


33,5 


30 


» 


» 


calme. 


calme. 


S. 


s. 


2 


24 


30,5 


37 


35,7 


31 


28 


24 


N. 


N. 


N. 


N. 

i 


3 


22,7 


30,2 


36,7 


34 


31,5 


29 


24,5 


E. 


S. 


S. 


S. 


*/ 


22,5 


29,5 


34,7 


30,5 


29 


20 


24,5 


calme. 


S. 


S. 


S. 


5 


22,5 


30,5 


37 


33 


29,7 


27,2 


25,5 


E. 


S. 


S. (fort). 


calme. 


6 


21,5 


29 


36,5 


34 


30 


27,5 


» 


S.E. 


S. (gr.v.) 


S. (fort). 


S (gr.brue) 


7 


22,7 


30 


37 


34,5 


» 


30 


» 


S (gr.v.) 


S. (gr.v.) 


S. 


S. 


8 


24 


30,5 


35,5 


33,7 


30,5 


27,7 


25 


E. 


E. 


S. 


S. 


9 


23,5 


30 


33,7 


32,7 


29,5 


27 


» 


E. 


E. 


S.E. 


S.E. 


10 


22,7 


28,5 


33 


32 


29 


» 


» 


S.E. 


S.E. 


S.E. 


S. 


11 


24 


30 


37,5 


33 


29 


26 


24,5 


N.E. 


N. 


N. 


N. 


12 


24,5 


29 


34,7 


33 


30 


27 


26 


N.O. 


calme. 


N. 


N. 


13 


24 


28 


36 


» 


» 


» 


» 


N.O. 


N.O. 


N.O. 


N.O. 


lu 


25 


29 


36 5 


33,2 


29 


27 


26 


N.O. 


N.O. 


'N.E. 


E. 


15 


25,5 


29,5 


38 


33,7 


31,5 


29 


27 


S.O. 


S.O. 


S.O. 


S.O. 


16 


26 


30 


37,5 


35 


30 


» 


» 


E. 


S.E. 


S. 


S. 


17 


24,7 


29,5 


36 


33,5 


30 


27 


25,5 


S. 


S. 


S. 


s. 


18 


23,5 


30,5 


37 


33 


30,7 


26,7 


25,5 


S. 


S.O. 


S.O. 


S.O. 


19 


26 


30,7 


37,5 


33,5 


29,7 


» 


24,7 


S. 


S. 


S. 


s. 


20 


24,5 


29 


36,5 


31 


28,7 


26 


24,5 


s. 


s. 


calme. 


calme. 


21 


21,5 


28,5 


36 


33,5 


30,7 


» 


» 


S. 


S.O. (fort) 


S.O. (fort) 


calme. 


22 


23 


29 


35,5 


32 


28,5 


26 


25,5 


N. 


N. 


N.O. 


N.O. 


1 


24 


28,5 


34,7 


31,5 


27,2 


26 


24,7 


N.O. 


N.O. 


N.O. 


1 N.O. 


'» 


Arrivée à bord. 


vents du N.E. 







Le 12 , de 3 à 5 h. du matin , petite pluie. A midi on ne voit pas la base 
pluie. De 7 à 10, de nombreux éclairs dans TE et le S.O. A 11 h., minuit 
12 et 13. Le 16 et le 19 , météores lumineux ; le premier du S. au N. et 
lumière , durant de 3 à 4 secondes. 



(»9) 



février 1M2. 



ÉTAT DU CIEL. 



OBSERVATIONS. 



6 b. m. 
COUV. 



GOUV. 
COUV. 

nuag. 
beau, 
beau, 
beau. 

nuag. 
nuag. 
beau, 
nuag. 
nuag. 
couv. 

nuag. 
nuag. 
beau. 

beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
nuag. 
pluie. 



9b. m. 
COUV. 



COUV. 



midi. 

beau. 



COUV. 



beau. beau. 



8 b. s. 

beau. 



couv. 



nuag. 
beau, 
beau, 
beau. 

nuag. 
beau, 
beau, 
nuag. 
couv. 
nuag. 

nuag. 
nuag. 
beau. 

beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
nuag. 
pluie. 



beau, 
beau, 
beau. 
beau. 

beau, 
beau, 
beau, 
nuag. 
couv. 
nuag. 

nuag. 
nuag. 
beau. 

beau. 

beau. 

beau, 
beau, 
nuag. 
nuag. 



9 b. s. 

beau. 



couv. 



beau. beau. 



beau, 
beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
beau, 
nuag. 
couv. 
nuag. 

nuag. 
beau, 
beau. 

beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
nuag. 
nuag. 



beau, 
beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
beau, 
nuag. 
couv. 
nuag. 

beau, 
beau, 
beau.. 

beau, 
beau. 

beau, 
nuag. 
pluie. 

pet. pi. 



minait. 

beau. 



couv. 

beau. 

beau, 
beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau, 
beau, 
nuag. 
pluv. 
nuag. 

beau, 
beau, 
beau. 

beau, 
beau. 

beau, 
nuag. 
pluie, 
nuag. 



pluie de quelques instants, 
beau. 



du 31 janvier au l* r février, temps 
couvert; montagnes couvertes le 
matin. 

il y a des nuages jusque sur les mon- 
tagnes du S. 

la poussière est telle que par moments 
on ne distingue rien à dix pas. 

nuages sur les montagnes. 

beaucoup de poussière à 3 h. du soir. 

l'air est rempli de poussière ; on ne 

distingue rien à cinquante pas. 
étoiles filantes du S.O. auN.E. 
étoiles filantes du S.O. au N.E. 
étoiles filantes du N.E. au S.O. 

de 3 à 5 h. du matin , petite pluie, 
à 7 h. du matin , pluie de quelques 

minutes, 
des éclairs dans TE. et le S.E. 

à 9 h. du soir, un météore lumineux 

de ro. à l'E. 
grande poussière , éclairs dans TE. 
poussière, étoiles filantes du N. au S. 

et du S.O. au N.E. 

étoiles filantes du N.O. au S.E. 



éclairs dans TE. 



du Djebel Deubas , éloigné de 45 minutes seulement. A 5 h. du soir, petite 
et 1 h. du matin, pluie fine. A Saafan , pays au nord de Hès, il a plu les 11, 
l'autre de TE. à l'O. Hauteur angulaire, 30 degrés environ; traînée de 



(4o) 



ILE DE MADAGASCAR. 



RECHERCHES SUR LES SAKKALAVA, 

PAR M. V. NOËL. 

(Suite.) 

Les événements qui se sont succédé dans les pays 
sakkalava , sous le règne de ces trois derniers prin- 
ces , sont trop importants par leurs résultats pour 
que nous les passions sous silence , et il ne sera pas 
hors de propos de consigner ici les renseignements 
historiques que nous possédons sur Mayotte 9 ile qui 
est habitée par des Sakkalava, comme nous l'avons 
déjà dit, et que, par cette raison, nous ne devons 
pas négliger. Nous croyons toutefois de notre devoir 
de déclarer que tout ce que nous avons appris sur 
l'histoire de ces derniers temps nous vient d'un 
Arabe nommé Ioussouf ben-Moallem-Moussa, homme 
qui pouvait passer pour un érudit parmi ses compa- 
triotes de la Grande* Comore, qui avait beaucoup 
voyagé, et avait pour ainsi dire été témoin oculaire 
de la plupart des faits que nous avons écrits en arabe 
sous sa dictée, et que nous nous contenterons de 
traduire textuellement. Nous nous imposons d'autant 
plus volontiers celte tâche , que pendant le séjour qu'il 
fit avec nous en 1840, à bord de la gabare la Pre- 
voyante,donl\e commandantfaisait alors l'hydrographie 
de Nossi-bé, nous lui avions promis de publier sous 
son nom, à notre retour en France, tous les rensei- 
gnements dont nous lui serions débiteur. L,e bon 



(4i ) 

comorois éprouvait une joie anticipée el naive de voir 
sa narration figurer dans nos livres; mais l'affection 
qu'il avait vouée aux Français devait lui être funeste ; 
moins d'un an après que nous l'eûmes quitté, il tom- 
bait assassiné par les gens de Mangala , l'un de ces 
bandits qui entourent la reine Tsi-ouméi-kou , et la 
prise de possession de Nossi-bé par la France n'ayant 
eu lieu que postérieurement à l'exécution du crime , 
la mort de notre malheureux historien resta inven- 
gée. Puisse l'accomplissement de notre promesse en- 
courager quelques uns des habitants de ces contrées 
éloignées à faire connaître leur pays aux voyageurs de 
notre Europe» et l'expression de nos regrets, portée 
à la veuve et aux enfants de Ioussouf, adoucir l'amer- 
tume de leur deuil 1 
Nous traduisons : 

Histoire de Mayotte et des Sakkalava depuis V invasion 
de Radama dans le royaume de Bouéni, par le cheikh 
Ioussouf ben el - Moallém - Moussa , de la grande 
Comore (1). 

L'île de Mayotte , si l'on en croit les princes d'An- 
jouan, aurait toujours été vassale des rois de ce dernier 

(i) Nous trouvons parmi les dictées de Ioussouf les lignes suivantes 
sur cette île : Les imams et sultans de Mascate ont depuis longtemps 
une grande influence dans mon pays natal (Angazidja ou la grande 
Comore), dit Ioussouf ben Moalem-Moussa ; cependant ils n'ont ja- 
mais eu de prétentions à la souveraineté de cette île, inabordable 
sur presque toute sa circonférence; leur qualité d'hérétiques ne leur 
permet pas d'en être les suzerains , et la prière du vendredi ( la 
Khothba) s'y fait au nom des différents chefs qui la gouvernent, 
circonstance qui prouve que ceux-ci se considèrent non seulement 
comme indépendants de princes étrangers, mais encore comme in- 



(4* ) 

pays; mais les Mayoilais paraissent n'avoir prononcé la 
Khothba en leur nom qu'à de courts intervalles et lors- 
qu'ils y ont été forcés par les événements. Pendant 
le règne du sultan Ahmed, qui gouverna Anjouan de 
1 760 à 1 785 , la puissance des Anjouannais avait déjà 
considérablement souffert des incursions annuelles des 
SaLkalava dans leur lie , et leur autorité sur Mayotte 
n'était plus qu'illusoire. May olte.é lait alors dans un état 
de troubles continuels ; sa population essentiellement 
hétérogène et la position de Tchmgoni, son ancienne 
capitale, au centre de cette population, laissaient les 
rois qui y faisaient leur résidence -exposés à toutes les 
conséquences des révolutions que les sultans d'An- 
jouan ne manquaient pas de provoquer, toutes les 
fois que les premiers prenaient des allures d'indépen- 
dance trop significatives. C'est dans ces circonstances 
qu'une famille arabe de Zanzibar, famille originaire de 
l'Oman, s'établit à Tchingoni,où elle acquit bientôt une 
grande considération par l'emploi qu'elle faisait des 
richesses que lui procurait son commerce. Le roi de 
Mayotte donna safille en mariage à celui de ses membres 
qui jouissait de la plus grande influence, jeune homme 
appelé Salih ben-Mohammed ben-Béchir-el-Mondzary 

dépendants les uns des autres. Ces chefs sont de diverses origines; 
le plus important par les richesses et la considération est un Arabe 
appelé Chéri f- Ahmed le Hachemite. Un assez grand nombre d'Arabes 
et des Persans venus originairement de Ghiraz, composent la ma- 
jeure partie de la population soumise à son autorite'. Le sultan Fé- 
Fombo est celui qui gouverne la plus grande étendue de territoire , 
quoiqu'il ne possède que le quart de l'île vers le Nord; il prend en 
conséquence le titre de Mogni-Moukou , mot qui, dans la langue 
des indigènes, signifie grand chef. Le sultan Bana-Fombo et autres 
viennent en seconde ligne. 



(43 ) 

e*-'Omany,et dont un des neveux , Sald-ben Abdallah 
ben-Béchir el-Mondzary , est maintenant à Zanzibar. 
Le roi de Mayotte étant mort vers 1790, Salih ben- 
Mohammed abandonna la secte des lbadhiies , qui 
est celle des Arabes de l'Oman , et embrassa la secte 
orthodoxe de Chaféy t à laquelle appartiennent les 
Comorois; toutes les voix le désignèrent alors pour 
remplacer au pouvoir son beau-père. 

Le premier soin du nouveau sultan fut de transférer 
le siège du gouvernement à Andzaoudzi, Ilot sur lequel 
il fit établir les fortifications que l'on y voit mainte- 
nant, et c'est à cette mesure sans doute qu'il faut 
attribuer la durée , inouïe jusqu'à lui, et la tranquillité 
de son règne. Néanmoins, dit Ioussouf, les fortifications 
sont impuissantes contre les trahisons domestiques. 
Salih ben-Mohammed fut assassiné vers 181 5, parles 
ordres d'un nommé Maouâna-Mâddi, Mayottais qui 
avait toute sa confiance. 

Après quelque années de règne» Maouâna-Mâddi 
épousa une femme sakkalava de Mozangai , et fit à 
cette occasion la connaissance de plusieurs princes sak- 
kalava , et entre autres de Tsi-lévâlou , appelé depuis 
Andrian-Souli. Lors de la conversion de celui-ci à 
l'islamisme , en 182? , Maouâna-Mâddi lui écrivit pour 
le féliciter à ce sujet , et peu de temps après, lui pro- 
posa une conventiondont les clauses principales étaient : 
Que si l'un des deux chefs mourait sans héritier légi- 
time , son pays appartiendrait de droit au survivant ; 
que dans le cas où l'un serait forcé d'abandonner ses 
États, l'autre devrait employer tous ses moyens pour 
l'y rétablir, et que s'iLne pouvait parvenir à ce résul- 
tat , il devrait admettre le prince dépossédé au partage 
de la souveraineté de son pays , et lui céder la moitié 



(44) 

de son territoire. L'exécution des articles de cette con- 
vention était obligatoire pour les successeurs légi- 
times des parties contractantes. Les circonstances al- 
laient bientôt permettre à Andrian-Souli de donner 
des preuves de sa bonne foi. 

Après plusieurs campagnes infructueuses contre les 
Sakkalava du Ména-bé , Radama fit la paix avec le roi 
de ce pays , le prince Rami-Tràha , dont il épousa 
la sœur en i8a3. Tranquille désormais du côté 
de ce redoutable ennemi, le seul prince de Mada- 
gascar qui lui ait opposé une véritable résistance , le 
roi d'Apkova dirigea ses armées contre les Sakkalava 
de Bouéni , dont il envahit le territoire à la fin de la 
même année. Ses promesses et la présence d'une ar- 
mée nombreuse et disciplinée, firent accepter sa do- 
mination sans combats , et Andrian-Souli se voyant- 
abandonné des siens , fut obligé , au moins en appa- 
rence , d'accepter les conditions du conquérant. Mai» 
l'année suivante , les Sakkalava exterminèrent les gar- 
nisons hova laissées dans leur pays par Radama ; celle 
de Mozangai seule , commandée par l'habile et intré- 
pide Ramanatéka , depuis roi de Mohelly, parvint à 
triompher des efforts des assaillants , qu' Andrian- 
Souli dirigeait en personne. Bien que ce dernier eût 
défait deux fois les troupes envoyées contre lui par 
Radama à la suite du soulèvement des Anti-bouéni , 
la persévérance de son ennemi le lassa à la fin , et ii 
s'embarqua dans les derniers mois de 182S pour se 
rendre à Zanzibar, où il sollicita vainement pendant 
deux ans du sultan de Mascate les secours qu'il jugeait 
indispensables pour reconquérir ses États sur les 
Hova. Il se rendit en 1827 a Mascate, et y trouva le 
sultan Séyid-Said ben-So.ulthan, lequel ét^it alors sur 



( 45 ) 

le point de partir pour surveiller le siège de Mombaze; 
ce prince lui promit que dès que celle place serait 
tombée en son pouvoir , il mettrait h sa disposition la 
plus grande partie de son monde. Mombaze ayant été 
pris peu de temps après , Séyid-Said retourna à Zanzi- 
bar avec Andrian-Souli. Le premier allait remplir l'en- 
gagement qu'il avait pris vis-à-vis du prince malgache, 
quand la mort de Radama, arrivée au milieu de 1828, 
vint rendre à l'ancien roi de Bouéni toutes ses espé- 
rances , et lui fit refuser une intervention peut-être 
inutile dans les circonstances actuelles et dans tous 
les cas dangereux. 

Andrian-Souli revint donc à Bouéni comme il en 
était parti» c'est-à-dire seul et accompagné seulement 
de quelques fidèles. Il débarqua à la fin de 1828 à 
Mourounsauga , l'un des ports ou baies de la côte des 
Sakkalava du nord. Les habitants allèrent à sa rencon- 
tre, le reçurent en triomphe, et s'insurgèrent de toutes 
parts. Andrian-Souli se mit à leur tête, et se signala 
dans différents combats, mais ne put toutefois s'em- 
parer de Mozangaï. Le commandant de ce poste , le 
général Mérîssa , se mit bientôt h sa poursuite avec 
des forces considérables , et marcha sur Mouroun- 
sanga. Le roi de Bouéni crut prudent d'éviter l'en- 
nemi, abandonna ce village, et se retira avec son 
monde dans d'impénétrables forêts , dans un lieu ap- 
pelé Barr-maliai ou Barr-mahamâï , non loin de la 
baie de Bâva-touba. Mérissa n'ayant pu forcer les 
Anli-bouéni dans leur retraite , retourna à Mozangaï , 
et Andrian-Souli retourna à Moûroun-sànga. 

Quelque temps avant ces événements, en 1829, 
Maouàna-Màddi , roi de Mayolte, fut assassiné par les 
ordres de sa propre sœur, qui mit sur le trône son fils 



( 46 ) 

Moûgni-Moukou, jeune homme de quinze ans. Le fils de 
Maouâna-Mâddi, Bâna-Kômbo, alors Âgé de douze ans, 
eut heureusement le temps de s'embarquer, se rendit à 
Mouroun-sanga auprès d'Andrian-Souli, et réclama de 
ce prince l'exécution du traité qu'il avait conclu avec 
son père. Quelque difficile que fût sa position, An- 
drian-Souli n'hésita pas , et conGa au fils de son ami 
une flottille et quelques centaines de Sakkalava. Ces 
forces jetèrent l'épouvante parmi les habitants d'An- 
dzaoudzi, qui , pour se faire pardonner la faute qu'ils 
avaient commise en acceptant pour roi Moûgni-Mou- 
koû , s'empressèrent de le mettre à mort , et de pro- 
clamer Bana-Kombo. 

Les rigueurs que l'humeur belliqueuse d'Andrian- 
Souli lui fit exercer sur les Anti-bouéni qui refusaient 
de marcher à l'ennemi, lui aliéna ce peuple, décidé à 
goûter enfin , après tant de combats , fût-ce même 
au prix de son indépendance , quelques instants de 
repos. Les Anti-bouéni jetèrent les yeux sur la sœur 
du roi, Andrian-Moungôri-arrivou , et l'élurent An- 
drian-Souli, après avoir pris conseil des Antalotes 
et des Sakkalava qui lui étaient restés fidèles, sur ce 
qui restait à faire, s'embarqua avec eux pour Mayotte, 
où ils arrivèrent en i83a. Bana-Kombo reçut bien 
celui à qui il devait son trône, et conformément au 
traité conclu entre Maouâna-Mâddi et le roi de Bouénî, 
il lui abandonna en toute souveraineté le pays compris 
entre Moussappéré et une baie à laquelle les réfugiés 
donnèrent en souvenir de leur patrie le nom de baie de 
Bouéni. Quelque amical qu'eût été l'accueil fait à An - 
drian-Souli par Bana-Kombo, la mésintelligence ne 
tarda pas à éclater entre ces deux chefs. 

Les Sakkalava avaient fertilisé>par leurs labeurs des 



(47 ) 
champs condamnés depuis longtemps à la stérilité 
par l'insouciance et la paresse des indigènes, et ceux-ci 
virent avec inquiétude la prospérité des étrangers. 
Inspirés par la jalousie, ils laissèrent aller leurs bœufs 
dans les plantations des Sakkalava , dont la longani- 
mité , après des représentations réitérées à ce sujet , 
finit par se lasser; ils prirent le parti de tirer sur tous 
les bestiaux qui se trouveraient dans leur limite. Les 
Mayotlais demandèrent alors à Bana-Kombo l'expul- 
sion d'Andrian-Souli; et Bana-Kombo, soit par crainte 
des habitants, soit qu'il fût alarmé d'avoir à ses côtés 
une puissance rivale, lui ordonna de quitter l'Ile avec 
ses sujets. Andrian-Souli fut d'autant plus étonné de 
cet ordre, qu'il avait fait tout ce qui dépendait de lui 
pour maintenir ses compatriotes dans les bornes d'une 
excessive modération, circonstance que n'ignorait pas 
Bana-Kombo. Ses réclamations furent pourtant mal 
écoutées par celui-ci , et Andrian-Souli lui demanda 
inutilement, et comme une grâce, de lui permettre 
de rester dans l'Ile jusqu'à ce que, la récolte étant mûre» 
ses compagnons pussent, sans s'exposer à mourir de 
faim, aller à la recherche d'une terre plus hospitalière. 
L'inflexibilité de l'ingrat et parjure Bana-Kombo , en 
même temps qu'elle éteignit dans le cœur d'Andrian- 
Souli tous les sentiments d'amitié qu'il nourrissait pour 
le fils de son ancien ami , exaspéra au plus haut degré 
ses Sakkalava, qui coururent aux armes, défirent les 
Mayottais dans plusieurs rencontres, et se vengèrent de 
Bana-Kombo en le chassant lui-même de l'Ile qu'il 
n'avait pas voulu partager avec leur chef. Bana-Kombo 
s'enfuit à Mohelly auprès du sultan Ramanatéka, et le 
pria de négocier la paix avec son adversaire. — Rama- 
natéka était un prince courageux et un militaire ha- 



( 48) 

bile, mars il élait cruel, menteur et sans foi. Il était 
parent de Radama , roi des Hova , et a ce titre , sa 
mort était jurée par Ranavalou. Les sicaires de cette 
princesse arrivèrent à Mozangaî, que gouvernait alors 
Rainanaléka , au moment où cet homme remarqua- 
ble s'embarquait avec soixante officiers ou soldats dont 
l'existence était également compromise. Les fugitifs 
abordèrent à Anjouan à la fin de 1828, à l'époque 
où Andrian-Souli retournait à Mourounsanga , et y 
furent bien reçus par le sultan Abdallah , qui leur 
abandonna le quart de son lie. Un an après leur 
arrivée dans ce pays , l'un des frères du sultan , 
Séyd-Aly, leva l'étendard de là révolte. Rama-na- 
téka, oubliant la généreuse hospitalité d'Abdallah» 
se ligua avec le prince rebelle , auquel sa coopération 
procura la victoire. Abdallah étant tombé entre les 
mains de son frère lui dit : « Le pays est à toi ; ne me 
» tue pas, car je suis ton frère. RamanaléLa te trahira 
t comme il m'a trahi. • Abdallah se rendit à Mozam- 
bique. Un navire anglais étant arrivé à Anjouan en 
i83o, le capitaine demanda où élait le sultan Abdal- 
lah ; on lui raconta ce qui s'était passé entre ce prince, 
Ramanatéka et Séyid-Aly, et il dit alors à celui-ci que 
Ramanatéka était un traître qu'il ferait bien de chas- 
ser. Ramanatéka sentit en effet que sa présence à 
Anjouan devenait importune , il se rendit à Mohelly 
avec tous les siens , s'imposa comme roi du pays aux 
habitants, stupéfiés de tant d'audace, entoura de mu- 
railles Foinbôni la capitale de l'Ile, se fit musulman , 
ainsi que ses compagnons, et attendit de pied ferme 
ses ennemis. — Tel élait l'homme entre les mains du- 
quel Bana-Kombo, chassé de Mayotte en i8ô3, allait 
remettre ses intérêts. Ramanatéka écrivît à Andrian- 



Souli et l'invita à se rendre à Mohelly , ce que celui-ci 
fit sans balancer. Les deux Malgaches s'entendirent 
au détriment de Bana-Kombo, et il fut convenu entre 
eux que Ramanatéka serait mis en possession d'An- 
dzaoudzi , et qu'Andrian-Souli conserverait la souve- 
raineté de la partie de la grande lie qu'il occupait; 
Sur ces entrefaites, Bana-Kombo, dû consente- 
ment d'Andritin-Souli, était retourné à Andzaoudzi ; 
Ramanatéka renvoya Andrian - SôuK à Mayotte , 
accompagné de trente soldats hova et comorois , 
commandés par un Hova converti nommé Cheikh 
Ahuied-Màna-Kouézi, qui s'établit sur l'Ilot d'An- 
dzaoudzi , et dit à Bana - Kombo que son maître 
désirait qu'il allât le trouver avec ses principaux of- 
ficiers. Bana-Kombo n'eut aucun soupçon et se con- 
forma au désir de Ramanatéka. Dès que les Mayottais 
furent arrivés à Mohelly , ce prince les fit incarcère** 
séparément , et envoya à Mayotte une lettre supposée 
dans laquelle Bana-Kombo lui cédait Mayotte en toute 
souveraineté. La réponse des indigènes de celte lie , 
qui ne se doutaient en aucune manière de la super- 
cherie , fut qu'ils feraient selon la volonté de Bafta- 
Kombo, et obéiraient désormais à Ramanatéka. L'as- 
tucieux Hova rendit alors la liberté à ses prisonniers, 
et leur dit avec ironie : • Messeigneurs, je vous rends li- 
ft bres aujourd'hui, parce que ce jour est un jour de joie, 
»etje veux que vous y preniez part. Vous saurez que le 
» sultan de Mayotte, Bana-Kombo, a abdiqué en ma 
» faveur : voici la lettre des habitants qui sanctionne 
» un acte si généreux, i Bana-Kombo dévora son cha- 
grin , et connut, mais trop tard, qu'il avait été le jouet 
d'un perfide; et Andiian-Souli , qui n'avait voulu que 
se donner un associé ; craignit de s'être donné un 
xx.. juillet. 4* 4 



( 5o ) 

maître impérieux. Bana-Kombo resta quelque temps 
auprès de Ramanatéka , qui lui promit de le nommer 
son successeur au trône de Mohelly et de Mayotte. 
Mais le fils de Maouâna-Mâddi connaissait la valeur 
des promesses du Hova ; il se rendit à Ànjouan auprès 
du sultan Abdallah, qui, après avoir fait la paix avec 
son frère Séyid-Aly , était remonté sur le trône , et lui 
abandonna avant de mourir ses droits sur l'Ile de la- 
quelle il avait été expulsé. 

Les appréhensions d'Àndrian-Souli au sujet de Rama- 
tiatéka furent plus tard justifiées par la conduite de ce 
dernier. En i836 (1) , ce prince quitta Mohelly, dé- 
barqua secrètement à Mayotte avec des troupes , el 
chercha à s'emparer traîtreusement d'Andrian-Souli. 
Bien que celui-ci eût l'habitude de faire bonne garde, 
il faillit être la victime de ce guet- apens , et n'eut que 
le temps de se jeter dans une pirogue avec l'une de ses 
femmes» un esclave nommé Makhloug, et son épargne 
contenue dans un coffre. Les fugitifs étaient arrivés 
comme par miracle sur la côte Est d Anjouan , près 
d'un lieu appelé Angomadjou , quand la violence des 
lames renversa la frêle embarcation. La femme d'An- 
drian-Souli se noya, la cassette du malheureux prince 
s'engloutit , et son esclave le déposa mourant sur le 
rivage. 

La nouvelle du naufrage d'Àndrian-Souli parvint 
rapidement aux oreilles du sultan Abdallah, dont les 
soins le ramenèrent à la vie. Le roi de Bouéni lui 

(i) Les Comorois divisent le temps par périodes des sept années 
lunaires. La première année de chaque période est celle du vendredi, 
jour saint des musulmans; la seconde, celle du samedi, et ainsi de 
suite jusqu'à celle du jeudi, qui est la septième. L'année i836 était 
celle du mercredi. 



(5, ) 

raconta ce qui l'avait forcé à la fuite. Abdallah, extrê- 
mement intéressé aux infortunes d'Andrian-Souli , 
et outré de la nouvelle perfidie de Ramadaléka, vou- 
lut l'aider à se venger de lui. Il fit préparer une flot- 
tille , dont il donna le commandement à son frère 
Séyid-Aly, qui reçut Tordre de se rendre à Amboun- 
gou, où régnait Tâfiki-Androu. Tâfiki-Androu estfrère 
utérin d'Andrian-Souli; mais comme celui-ci ne te- 
nait ses droits au trône de Bouéni que de son père 
Odzza, le premier n'était qu'un simple chef. Quand 
Andrian-Souli partit pour Zanzibar, Tâfiki-Androu se 
relira à Amboungou avec ceux desSakkalava de Bouéni 
qui répugnaient à subir le joug des étrangers, et se fit 
roi dé ce pays. Son poste le plus avancé au nord est Am- 
boûkoutou , village situé sur la côte sud de la baie de 
Bombéloc, en face de la ville de Mozangai, occupée de- 
puis longtemps par l<?s Hova. Tâfiki-Androu se dît au- 
jourd'hui le chef de tous les Sakkalava du nord de la 
Grande-Terre; et ce n'est pas une prétention sans 
fondement, puisqu'il est le seul chef sakkalava , si l'on 
en excepte ceux du Ména-bé, qui ait su se maintenir 
sur l'ile de ses ancêtres, et que d'ailleurs l'émigration 
a enlevé au pays de Bouéni tout ce qui pouvait se 
vanter d'appartenir à ce peuple par l'origine. Quoi qu'il 
en soit, dit le pauvre loussouj ', quand Tâfiki-Androu vit 
.son frère débarquer dans son pays avec Séyid-Aly, il en 
ressentit une grande joie. Dès qu'il eut été informé du 
motif de leur voyage, il leur confia trois cents de ses 
plus braves soldats, dont il donna le commande- 
ment à deux officiers appelés PilipîlietTsimikîki, et re- 
mit h son frère une somme d'argent assez considérable. 
La flottille d'Abdallah étant retournée à Anjouan , ce 
prince trouva que les forces qu'elle amenait n'étaient 



( 5» ) 
pas suffisantes pour le but qu'Andrian-Souli se propo- 
sait d'atteindre , et conséquemmenl il s'embarqua 
avec lui sur un navire américain, pour le port de 
Mourounsanga où résidait. Andrian-Mougôri-arrivou. 
Cette princesse leva une armée de mille hommes / 
commandés par le brave Fiounzouna, l'un de ses 
chefs les plus distingués, et son plus ferme appui dan» 
lès conseils. Ce nouveau renfort se dirigea sur An- 
jouan , et toutes les troupes sakkalava partirent pour 
Mayotte. Mais Ramanatéka avait fui à leur approche , 
et n'y avait laissé qu'une garnison de cinquante hom- 
mes qui furent vendus comme esclaves. Trois de ses 
officiers étaient restés dans l'Ile; l'un d'entre eut* 
Mâna-Kouézi, fut immédiatement mis à mort; lé» 
deux autres, nommés Cheikh-Ahmed et Dàdi-Djouma, 
furent envoyés à Anjouan , et périrent par les ordres 
de Séyid-Alaouy , fils du sultan du pays. Cependant 
Andrian-Souli goûtait à peine depuis quelques années 
les douceurs du repos à Mayotte, lorsque le sultan 
Abdallah, ayant résolu la ruine de Ramanatéka , fit 
un appel à son allié. Andrian-Souli se mit à la tête des 
Sakkalava , et ses forces unies à celles que comman- 
daient Séyid-Aly etSéyid-Housséin* frères du roi d'An- 
jouan, composèrent une armée de mille hommes en- 
viron. Déjà de sanglants combats avaient été livrés * 
l'Ile entière de Mohelly était au pouvoir des princes 
alliés , et il ne restait plus à Ramanatéka que sa capi- 
tale. Un désastre vint arrêter le cours des prospérités 
de ses ennemis : Abdallah avait donné l'ordre d'atta- 
quer Fomboni par mer pendant qu' Andrian-Souli Tal- 
querait par terre ; mais une tempête s'éleva pendant 
celte opération, et le navire sur lequel se trouvaient le 
sultan Abdallah et ses frères Alv et Housséïn avant 



. f 53 ) 

mal manœuvré, alla se briser contre les récifs qui, 
avoisinent le mouillage de cetle ville. Les malheureux, 
princes tombèrent vivants au pouvoir de Ramanaléka. 
Andrian -Souli reconduisit alors les troupes à Ânjouan, 
oà Ton apprit peu après qu'ils étaient morts de faim 
dans leur prison. Séyd-Alaouy fut salué sultan, et 
il congédia Àndrian - Souli qui depuis a toujours 
régné seul sur Mayolte. Deux ans après l'avènement 
au pouvoir du prince Alaouy, qui eut lieu en 1837 , 
l'un de ses oncles appelé Séyid - Hassan se ligua 
contre lui avec Ramanatéka ; mais jusqu'à présent 
(m*i i84o), grâce aux secours d'Andrian - Souli , 
resté le fidèle allié du fils de celui qui l'accueillit , 
Alaouy a pu leur résister. — Pendant qu'Andrian- 
Souli combattait Ramanatéka à Mohelly, les Anli- 
bouéni, gouvernés par sa sœur , tentaient sur la 
Grande-Terre de s'affranchir du joug des Hova. Celte 
reine étant morte en i838, Tsi-ouméi * kou , qui 
lui succéda , envoya au sultan de Hascate en qualité, 
de plénipotentiaire , son premier ministre Nabïkou. 
Ce Sakkalava lui proposa la suzeraineté de Bouéni , à 
la condition qu'il ferait construire sur les côtes de ce 
pays des forts en pierre qui pussent mettre les habi- 
tants à l'abri des attaques des Hova. Comme Nahïkou 
n'avait reçu de Tsi-ouméi-kou aucune lettre qui fit 
connaître l'objet de sa mission , Séyid-Said lui dit 
qu'il ne pouvait considérer la démarche de sa maî- 
tresse comme officielle. Nahïkou partit de Zanzibar 
sur une corvette du sultan appelée Karlo , qui se ren- 
dit d'abord à Bourbon et ensuite à Bàvatouba, lieu qui 
était devenu la limite sud des Anti-bouéni. Le com- 
mandant de ce navire, nommé Séy id-Moussallim , en* 
gagea Tsi-ouméï-kou à envoyer à Zanzibar une dépu- 



I 54 ) 
talion d'hommes éminents parleur rang) et à faire 
connaître ses intentions par écrit. Tsi-mandroùhou , 
petit-fils d'Andrian-Mihavoûlsi-arrivou > Tsi-Mihârou , 
fils de Tsi-Alâna, roi d'Ankara, Tsi-Magnërigni son frère 
et Bouba-Mahâretsi allèrent dans celle colonie arabe , 
et remirent à Séyid-Saïd une lettre de Tsi-ouméï-kou 
qui confirmait ce que Nahikou lui avait dit verbale- 
ment Said envoya peu après deux de ses bâtiments de 
guerre àBava-Toubaavec cent cinquante hommes en- 
viron. L'un de ces navires, /# Sultan, resta seul à Bava- 
Touba , et l'autre, le Karlo, mit immédiatement à la 
voile. Les Hova , par des attaques dirigées à propos , 
empêchèrent les Arabes de construire le fort qu'ils 
avaient reçu l'ordre d'ériger dans la baie de Bava- 
Touba, pour protéger Tsi-ouméi-kou. Bientôt l'offi- 
cier qui commandait les Arabes se prit de querelle 
avec le commissaire des bâtiments ; une lutte s'en- 
suivit, et l'un d'eux fut grièvement blessé au cou. Le 
capitaine d'un bâtiment arabe qui se trouvait sur rade 
intervint , fit emprisonner à son bord les deux adver- 
saires, fit rembarquer les troupes arabes sur le Sultan , 
et ordonna le départ pour Zanzibar. 

Les Anli-bouéni, abandonnés à eux-mêmes et gou- 
vernés par un enfant, furent acculés par les Hova 
jusqu'à Barr-mahamài , et furent ensuite forcés de se 
retirer à Nossi-bé, où ils s'établirent en 1859. — 

Ici finit la relation de Ioussouf : peu de mots suffi- 
ront pour la compléter. La France prit possession de 
Nossi-bé le 5 mars 1841 ; M. Gouhot, capitaine d'ar- 
tillerie, en fut nommé gouverneur, etparvint, après un 
combat brillant où il eut à lutter avec vingt Français 
contre plus de trois cents hommes déterminés, com- 
mandés parle rebelle Mangala , à faire respecter la 



(55) 

domination française. Séyid- Hassan chassa son ne-, 
veu du trône d'Anjouan en 1839, prit le nom de 
sultan Salem, et fit en 1840 une expédition contre 
Àndrian - Souli , que le courage des SakkaJava de 
Mayotte fit échouer. La révolte d'Andrian-Avi, jeune 
Antankara qui s'était déclaré à Mayotte pour le nou- 
veau sultan d'Anjouan, fut étouffée en 1841 par An- 
drian-Souli. Ramanatéka , appelé Abderrhaman par 
les Mahillois , mourut dans la même année , et laissa 
le trône à sa fille Sooûd , enfant d'une dizaine d'an- 
nées qui gouverne Mohelly sous la régence de sa mère, 
ancienne femme de Radama et veuve de Ramanatéka ; 
enfin , Séyid-Alaouy, qui, après avoir été vaincu par 
les meurtriers de son père et par son oncle , s'était 
réfugié à Mozambique, mourut en 18^2 dans cette 
ville , en léguant ses droits à son fils Mougnanlâouy ou 
Séyid-Hamza. 

§ IV. Des différentes classes chez les Sakkalava 

et du gouvernement. 



Les Sakkalava de Bouéni sont divisés en six classes ; 
la première est celle des princes du sang royal, appelés 
Ampandzâka maheré njandzâka , ou princes habiles à 
régner; la seconde est celle des simples Ampandzâka 
ou parents éloignés ou douteux des rois : cette caste 
est presque aussi nombreuse chez les. anti-bouéni que 
celle des cher if s ou descendants ,de Mahomet parmi 
les musulmans. Viennent ensuite les Anaka ridrian 
( fils de seigneurs ) ; ils sont les descendants des prin- 
cipales familles qui ont suivi les Voûla-mëna dans 
leurs conquêtes: parmi ces familles, celles des Touhi- 



(56) 

touchi, des Zâza-Boûti et des Andrabâla ont ac- 
quis, par d'éminents services qui leur procurèrent l'aj- 
liance des Zafi-voûla-mena 9 le litre $ Ampandzaka. 
Les Anakombé composent la bourgeoisie , et ce qu'on 
pourrait appeler la nation ; ils sont attachés, soit à des 
Ampandzdka, spit ù des Anaka ndrian dont ils forment 
la meilleure milice, et dont ils cultivent les terres. Lea 
Ampouria sont les esclaves faits à la, guerre, et les 
Andèvou les esclaves provenant d'achat. Ces derniers 
sont employés à la garde des troupeaux et à la culture 
de la terre; les premiers forment une classe nom-: 
breuse également employée aux travaux de l'agricul- 
ture. 

Royauté et des pouvoirs VEtat. 

\! Ampandzaka-mandzaka ou souverain que les Sak- 
kalava du Nord appellentsouvent aussi Zanahari datant, 
Dieu sur la terre, est entouré par eux d'une vénération 
qui ressemble à de l'idolâtrie, et le vulgaire attribue 
naïvement la création du monde à ses ancêtres. Les 
diverses parties de son corps et ses moindres actes sont 
désignés par des* noms et des verbes étrangers à la 
langue commune , mots qui forment un vocabulaire à 
part appelé Foula fdli 9 mots sacrés, ou Voûla n' am- 
pandzdka, mots princiers. La personne et les biens 
de l'Ampandzâka-mandzâka sont fali t sacrés, et il est 
à remarquer que, bien que les meurtres et les em- 
poisonnements ne soient rien moins que rares parmi 
les Sakkalava du Nord, de souverain à seigneur et de 
seigneur à vassal, aucun régiciJe n'entache jusqu'à ce 
jour l'histoire de ce peuple. 

Les fonctionnaires de l'État sont les suivants : le 



( h ) 

Ranghilsi ni ampandzaka mana n'tani , ou ministre du 
roi commandant les forces de terre , sorte de minis- 
tre de la guerre et des affaires étrangères ; le Taliri 
oumouri arrwou ( directeur des mille choses) ou mi- 
nistre de T intérieur; le Faha télou (troisième en di- 
gnité ) , grand maréchal du palais , et éço,nome des. 
biens de la couronne ; et enfin les simples Ranghitsi 
p' ampandzaka ou conseillers du roi. dont le nombre 
n'est pas déterminé , et s'accroît en raison de la fair 

blesse du prince. 

V Ampandzaka-mandzaka transmet ses ordres au 

Ranghitsini ampandzaka mana n'tani; ce dignitaire au 
Talé ni oumouri arrivou; celui-ci au Faha-télou % et ce 
dernier les communique aux Ranghitsini ampandzaka, 
qui doivent se rassembler en kabbar ou conseil, et 
donner leur avis sur la proposition royale. Une fois 
le conseil entendu , et quelle que soit l'opinion émise 
par ses membres , si le roi persiste dans sa volonté , 
ses ordres sont immédiatement exécutoires. 

Malgré cette prérogative , nulle part le métier de roi. 
pour nous servir de l'expression de Louis XIV , n est 
plus difficile que chez lés Sakkalava. Le mécontente- 
ment des grands, quoique silencieux, n'en est pas 
moins redoutable, et le Mana-n'-Tani surtout est amé- 
nager. Une mesure impopulaire , un ordre qui blesse 
l'omnipotence féodale des barons madécasses, et le 
Dieu sur la terre va vivre dans la retraite comme un 
simple mortel. Les actes les plus insignifiants, comme 
les plus importants, l'ensemencement d'un champ 
royal oufali, un achat de riz pour la maison du roi , 
l'édification d'une cabane pour sa majesté , de même 
que lès questions de paix et de guerre , et l'adminis- 
tration de la ba"*e justice, nécessitent la formation de 



( 58) 

nombreux kabbar el la présence du roi appelé à faire 
connaître son vouloir suprême, et ne lui laissent au- 
cun repos. 

Les kabbar ont ordinairement lieu en plein air, sous 
un hangar disposé à cet effet. Toutes les classes sont 
admises dans ces sortes de réunions, et le peuple en- 
tier se trouve par conséquent initié au secret du gou- 
vernement. Le héraut du roi, Vâda-bé , annonce son 
arrivée au son d'une coquille nommée answê , qui 
forme une espèce de trompe. Les Ampandzaka et lea 
Anakandrian prennent place autour du roi , du Mana' 
n'Tani, du Talé ni oumouri arrivou et du Faha-tëlou. 
Les Ànakômbé demeurent à une distance respec- 
tueuse , et les Ampourla et les Andêvou , quand ils 
n'appartiennent pas en propre à l'Ampandrâka-Man- 
dzaka , doivent se tenir en dehors du hangar. 

Quand le conseil est réuni , le héraut pousse un 
cri aigu pour imposer silence à l'auditoire. Le roi» 
par l'intermédiaire du Fâha-tëlou (l'étiquette exU? 
géant qu'il n'adresse directement la parole à nul autre 
qu'à lui pendant la séance ), fait connaître à l'assem- 
blée le motif de la réunion. Lorsqu'un orateur désire 
parler, il adresse sa demande au Fâha-tëlou , qui la 
transmet au roi , et , si le prince y adhère , le même 
officier lui fait signe de parler. L'orateur qui a la pa- 
role n'est jamais interrompu jusqu'à ce qu'il ail indi- 
qué qu'il a terminé son discours par les mots : hefa 

M 

fiwoulângou-kou , j'ai fini de parler. Un autre orateur, 
après en avoir obtenu l'autorisation , prend alors la 
parole et émet ses propres opinions, sans considérer 
si elles s'accordent avec celles du préopinant ou si 
elles sont différentes. Quelquefois, sur l'ordre du roi, 
l'une des personnes qui composent l'auditoire est ap- 



(59) 
pelée à parler , soit pour donner son avis , soit pour 
constater un fait, ce dont elle s'acquitte toujours avec 
une aisance respectueuse. Dans ce cas, si l'orateur 
ex abrupto est un esclave , il doit , quand il a fini de 
parler, aller se prosterner aux pieds du roi, et, s'i* 
est libre ou noble, en faire le simulacre en pronon- 
çant le mot : kouêzi, je vous salue, mot qui appartient 
au vocabulaire royal dont nous avons parlé , et dont 
on ne se sert qu'on parlant au souverain. 

Lorsque le roi se trouve suffisamment éclairé, il met 
fin à la séance royale par ces mots : hefa kabbâri , le 
conseil est fini , ou haï-nâï , nous avons pris connais- 
sance; et son départ devient le signal de la dispersion 
générale. Il arrive pourtant que sa majesté daigne 
donner ses raisons à l'assemblée par l'organe de son 
Fâha-lêlou, et que le Mana'n'tani et le Tâlé-ni-oumôuri- 
arrïvou défendent la pensée royale; mais ces cas 
sont rares, et paraissent aux courtisans une dé- 
rogation à l'infaillibilité du fils de l'or. Pour l'ordi- 
naire , l'Ampandzaka se relire donc avec les siens , 
et prend en comité privé une résolution définitive. 

Quand , dans un kabbar royal, deux partis se trou- 
vent en présence , ils se conduisent l'un envers l'autre 
avec une circonspection parfaite , et la présence du roi 
lesmaintient toujours dans les bornes parlementaires. 
Mais , dès que ce dernier est rentré chez lui , les cris , 
les provocations partent de tous côtés, et plus d'une 
rencontre de ce genre a été ensanglantée. Les minis- 
tres et les conseillers du roi sont surtout exposés à la 
tempête populaire ; leurs maisons sont souvent assail- 
lies de pierres et de projectiles moins innocents, et ils 
sont tenus assiégés jusqu'à ce qu'ils aient promis de 
faire droit à la demande des mutins. Au reste , une 



f 60 ) 

simple promesse du roi ou la moindre concession fait 
tout rentrer dans Tordre. 

Si une grande partie des nobles se déclarent contre 
l'Ampandzâka , Us manifestent leur mécontentement, 
en choisissant pour eux et leurs vassaux le domicile le 
plus éloigné possible de la cour. Les principaux d'en- 
tre eux se réunissent alors en kabbar, prononcent la 
déchéance du roi, et élisent à sa place un prince de sa 
famille. Lorsque celui-ci accepte la royauté , Tancieu 
roi se voit ordinairement abandonné de tous ses au- 
tres sujets; mais ses officiers et ses vassaux immédiats 
lui restent toujours fidèles» et il conserve à leurs yeux 
fton caractère sacré et indélébile d'Ampandzâka. 

Il est probable que ceux qui ont vanté l'éloquence des 
Sakkalava dans les kabbar n'entendaient pas un mot de 
leur langue, et quoique nous ne soyons guère plus 
avancé qu'eux à cet égard , il nous a été facile de nous 
apercevoir que cette prétendue éloquence n'est que. de 
la volubilité. Les orateurs Sakkalava s^embarras&ent 
fort peu des répétitions, et Ta substance de tel de leurs 
discours qu'ils mettent une demi-heure à débiter, 
pourrait s'exprimer en deux minutes. À moins qu'ils 
ne soient hors de la présence du roi, ils ne font au- 
cun geste en parlant, tiennent leurs yeux machina- 
lement fixés sur leurs armes ou un objet quelconque, et 
ressemblent plutôt à des écoliers qui récitent quelques 
pages apprises par cœur qu'à des hommes éloquents 
qui cherchent à porter la conviction dans les esprits. 

Nous n'avons parlé jusqu'à présent que des per- 
sonnages de la cour dont les emplois ont un caractère 
politique , et qui , par leur position dans les conseils 
du prince, sont appelés à jouer les rôles les plus im- 
portants. Nous dirons maintenant quelques mots de 



(6i ) 

divers employés, qui , pour n'être que subalternes et 
appartenir plus directement au roi , n'en exercent pas 
moins une certaine influence sur le gouvernement, et 
de quelques autres presque insignifiants, mais que 
l'on sera bien aise de connaître pour se faire une idée 
de la cour des rois Sakkalava. 

\J Ampissikili ni Ampandzâka , ou devin du roi , est 
' chargé de consulter son art sur l'opportunité ou la 
sagesse des mesures que croit devoir prendre le sou- 
verain , sur le sort des princes et princesses , les noms 
& leur donner à leur naissance, les remèdes à appor- 
ter à leurs maladies, les lieux où se trouvent des tré- 
sors, et enûn sur toutes les questions qui intéressent 
la curiosité des bonnes femmes de noire vieille Eu- 
rope. L'Ampissikîli est ordinairement astronome (am- 
piâssi-anakinta) , et doit faire connaître au roi les jours 
fastes et néfastes ( Zôvajali). 

Les Ampiâssi-firazânga ni [Ampandzâka , conserva- 
teurs royaux des traditions sakkalava, sont des vieil- 
lards instruits* dont les fonctions sont d'enseigner au 
souverain tout ce qui concerne lu conduite et les 
mœurs de ses aieux {Atâo ni~râzd) , afin de le prému- 
nir contre d'impopulaires innovations ( Zâkatsi-natâo 
mrâza). 

L' Ampitânghé ni Ampandzâka est chargé de prépa- 
rer le poison appelé tanguin, et d'éprouver par ce 
breuvage l'innocence ou la culpabilité des accusés qui 
comparaissent devant l'Ampandzâka pour crime de 
lèse- majesté ( harratia n'atâo ârni-ni zâka - sâroutsi 
ou/a//) (i) , ou de ceux que la partie plaignante sou- 
met à la justice royale. 

(i) Mauvaise action commise envers quelque chose de redoutable , 
ou de sacré. 



(6i ) 

L' Ampizâvatsi ou Ampamouri ni Ampandzâka est le 
r.ircoûciseur attitré de la cour, et il joint souvent à 
celte qualité celle de chirurgien et de médecin* 

UAda-bé, à la fois héraut, huissier et aide-de- 
camp du roi, personnage à long bonnet, chamarré 
d'argent, et arifté d'un bâton d'ébène ; le Moallimon 
Ou écrivain arabe; YÀmpihântsamâni, du barde Sak- 
kalava chargé de célébrer la grandeur du roi et les hauts 
faits de ses , ancêtres; Y Ampaha-mêké ou bouffon, 
chargé de le faire rire par ses danses licencieuses et 
ses poses grotesques, vivent avec le fils de l'or dans 
une sorte d'intimité. 

Transmission du pouvoir. 

L'histoire des Sakkalava du Nord se divise en deux 
époques différentes l'une de l'autre sous bien des rap- 
ports; pendant la première et la plus brillante, com- 
prise entre le règne d'Ândrian-Mandissou-arrivou et 
celui de son petit-fils Andrian-nihivia-ni-arrivou, mort 
sans enfants vers 1760 environ, la souveraineté cbe& 
ce peuple a été héréditaire dans la ligne directe et à 
l'exclusion des femmes , mode de succession qui jus- 
qu'à ce jour a subsisté sans interruption chez les Sak- 
kalava du Mêna-bé. Pendant la seconde, qui commence 
à l'extinction de la ligne directe des Zâfi voûla-mëna, . 
et , jusqu'à l'avènement de Tsi-ouméi-kou , embrasse 
trois générations seulement (1), sept princes et trois 

(1) Andrian-Souli, prince qui peut être âgé de quarante-cinq ans, 
est l'arrière-petit-fils d Andrian-Nahilitsi-arriTou, frère d'Andrian- 
Nihiviani-arrivou. Tsi-mihârou, roi d'Ankara, homme d'une quaran- 
taine d'années , est aussi l'arrière-petit-fils de la princesse Souz, la- 
quelle était contemporaine d'Andrian-Nihiviani.arrivôu. Tsi-miharou 
est fil* de Tsi-alâna, fds de Limbouinou , fds de Souz. 



(63 ) 

princesses appartenant h différentes brariches de cette 
famille occupent le trône à tour de rôle. 

Ces circonstances et celle de la déposition d'An- 
drian-Souli par ses sujets en i832, nous portent à 
penser que plusieurs des souverains de Bouéni ne sont 
pas restés au pouvoir jusqu'à leur mort , et que le 
peuple de ce pays profila des rivalités que la mort 
d'Andrian-Nihivïa ni-arrivou fit naître parmi les pa- 
rents de ce prince , pour s'arroger le droit d'élire et 
de déposer ses rois.» 

L'admission des femmes au pouvoir chez un peuple 
de la même origine que les Sakkalava du Mëna-bé , 
serait restée pour nous un fait entièrement inex- 
pliqué, si l'intelligent ministre du roi de Mayoltc 
auquel nous devons la plupart des renseignements 
que nous possédons sur Madagascar , ne nous eût 
donné quelques détails à ce sujet. La paternité 
étant toujours considérée comme douteuse chez les 
Sakkalava , par suite de l'extrême relâchement des 
mœurs, le premier roi de la dynastie des Zafi voûla- 
mëna, Àndrian-dâhéfoutsi , fit décréter par son con- 
seil que les princes et princesses du sang ne s'allie- 
raient qu'entre eux , et qu'au besoin le prince 
régnant épouserait sa propre sœur. Celte sage dispo- 
sition, encore en vigueur de nos jours dans le Mëna- 
bé, fut mal observée par les Voula-mêna de Bouéni ; 
et les Sakkalava de ce dernier royaume» dans la crainte 
d'être gouvernés par des princes étrangers au sang 
royal , établirent, conformément à leurs idées sur l'in-^ 
certitude de la paternité , que les enfants provenant 
de princes Voula-mêna et de femmes étrangères à leur 
famille» ont moins de droits au trône que ceux qui 
naissent de mères Voula-mêna , quelque oLscur que 



(64) 
puisse être le père de ceux-ci , el à quelque sexe qu'ils 
appartiennent d'ailleurs , et que par conséquent , les 
Femmes pouvaient régner. Les enfants des princes 
sont appelés Tsi-mahêré nfandzaka ; faibles quant au 
droit de régner , et ceux des princesses , makêré n'/an- 
dzâka, nom qui a la signification opposée. Les enfants 
des princes Tsi-mahêré sont déchus de tout droit au 
trône; les enfants des princesses Tsi-mahêré devien- 
nent au contraire mahêré , aux droits solides. 

( La suite à un prochain numéro. ) 



CARTE DU MUSÉE BOURBON, A NAPLES 



La Société de géographie Vient de recevoir de M. le 
chevalier de Santangelb, minisire des Affaires inté- 
rieures à Naples, un exemplaire du fac-similé d'Une 
carte du moyen-âge , dont l'original est conservé au 
Museo Borbonico; la lettre d'envoi , bien que datée du 
8 décembre 1842 , n'est parvenue à la Société que tout 
nouvellement , quelques jours même avant là carte. 
Cette lettre est ainsi conçue : 

« La Bibliothèque royale de Naples vient de publier 
.une carte maritime du XV siècle, et monsignor 
.Rossi, membre du comité de cet établissement, s'oc- 
icupe'a l'illustrer dans un mémoire qui bientôt sera 
'.mis sous presse. Permeltei-moi dé vous offrir un 
.'exemplaire de celte carte, où est tracé avec exacti- 
! lude l'état des connaissances géographiques avant que 
\ les talents elle noble dévouement d'un Italien eussent 



(65) 

• chassé les ténèbres qui enveloppaient cette science. 
» Je ne manquerai pas de vous adresser l'ouvrage de 

• monsignor Rossi aussitôt qu'il me sera possible. » 

Peut-être le mémoire de M. Rossi est-il déjà imprimé et 
mis en circulation; mais comme nous ignorons à quelle 
époque il nous parviendra , nous croyons opportun de 
donner ici un premier aperçu du monument géogra- 
phique dont nous, devrons une explication complète 
au savant Napolitain. 

L'original est dessiné en travers sur une peau de vé- 
lin large de 89 centimètres, et longue de 110 centi- 
mètres , non compris une portion qui se prolonge sur 
la gauche en se rétrécissant, et qui répond au cou de 
l'animal. La gravure occupe deux planches de format 
grand-aigle; elle est signée du nom de G. Rodini, en qui 
l'on ne peut se dispenser de reconnaître , au seul aspect 
de ce morceau, un talent paléographique très remar- 
quable. 

Le champ de la carte est à peu près le même que 
celui des deux premières feuilles de l'atlas catalan de 
1375, conservé à la Bibliothèque royale de Paris, et 
bien connu par le fac-similé et la Notice de MM. Bu- 
chon et Ta s tu, publiés par l'Académie des Inscriptions 
et Belles-lettres dans le i4 e volume des Notices des 
Manuscrits ; c'est-à-dire qu'elle représente en grand 
détail les rivages de la Méditerranée avec ses dépen- 
dances, ceux de l'Océan entre le cap Boyador et les 
Iles Britanniques, avec les Canaries et les Açores , et 
en outre quelques indications plus vagues au nord et 
an sud de ces limites. 

Des pavillons armoriés se déploient sur les diverses 
capitales , et quelques légendes explicatives se lisent 
sur les espaces nus, où elles remplacent des indica- 
xx. juillet. 5. 5 



(66.) 
lions plus précises : ces légendes sont en langue cata- 
lane, dont les formes se retrouvent d'ailleurs emprein- 
tes dans toute la nomenclature. 

Sans cherchera déterminer avec une grande précision 
la date du monument, on peut remarquer du moin» 
qu'un pavillon mauresque flotte encore à Grenade • 
prise par les rois catholiques le s janvier 1492 ; qu'en 
Chypre est arboré le drapeau des Luzignan , dont le» 
droits passèrent en 1489 à la république de Venise ; 
que la bannière impériale des Comnènes n'a point 
encore été remplacée à Trébizonde par celle des Turks> 
qui s'en rendirent maîtres en i46s« Si l'on pou- 
vait considérer comme significative l'absence de tout 
drapeau dans la Navarre» il y aurait lieu de se sou- 
venir que ce royaume se trouva réuni à l' Aragon 
le 28 juin i458 entre les mains de Jean II; mais 
il faut se garder d'attacher trop d'importance à un 
indice négatif, qui peut provenir d'un simple oubli. On 
voit sur Thessalonique et sur Constanlinople un dra- 
peau qui semble présenter, sur un champ de gueules , 
une croix d'or cantonnée de quatre croissants adossés 
de même. Si Ton pouvait y reconnaître» à raison de ces 
croissants , l'étendard des Turks , la prise de Thessa- 
lonique en 1429, celle de Constanlinople en i453, vien- 
draient fournir une limite chronologique fort impor- 
tante. Mais il semble plus probable que ce drapeau 
est celui des Paléologues, dont les quatre, ^ caractéris- 
tiques auront été déformés au point de ressembler à 
des croissants; et dans ce cas la carte serait antérieure 
à l'année i4*3 , date de la cession de Thessalonique 
aux Vénitiens. Ceci n'est au surplus qu'une détermi- 
nation superficielle et provisoire» en attendant le tra- 
vail de monsignor Rossi, où nous trouverons sans 
doute l'éclaircissement de toutes les incertitudes. 



(«7 ) 
t)n peut juger d'après ce court aperçu de la place 
qui appartient à la carte du Musée de Naples dans la 
série des monuments cartographiques du moyen-âge. 
H est facile de voir qu'elle ne doit être classée ni parmi 
les mappemondes systématiques ni parmi les simples 
portulans, mais bien dans eette catégorie intermé- 
diaire des cartes hydro-géographiques à projection 
plate, représentant la totalité ou une partie seulement- 
du monde coanu, par développement du cylindre os- 
culateur de la sphère terrestre. Nous savons d'ailleurs, 
qu'elle est une production de l'école Catalane, qui ri- 
valisait de mérite et de célébrité avec l'école Génoise et- 
l'école Vénitienne. La carte de Naples prend, dans l'or- 
dre chronologique 9 le seooad rang parmi les monu- 
ments connus de cette école, dont le plus ancien est 
la carte royale de iS^5 conservée à Paris et décrite 
par MM. Buchon et Taslu; le troisième rang appartient 
à celle de Mathias de Villadestes de i4*3, conservée 
autrefois au couvent des chartreux de Val-de-Cristo 
près Segorbe , où. Joaquin-Lorenzo Villanueva l'avait, 
examinée en 1806, mais dont nous ignorons le sort 
ultérieur; au quatrième rang doit être comptée la carte 
anonyme découverte en 1789 dans le marquisat de 
Sobrello en Italie, et décrite dès la même année par le 
savant abbé Borghi, puis en 1794 par le mayorquin 
Cladera, qui en fixe approximativement la date vers 
l'année i43o; au cinquième rang se place celle de 
Gabriel de Yalseca de 14^9» conservée à Mayorque, 
insuffisamment décrite en 1789 par Antonio - Ray- 
mundo Pasqual, et que M. Tastu a promis de pu- 
blier; il faut ensuite compter au sixième rang la 
carte mayorquine signée de Pierre Roselli et datée de 
i4 ( j4» provenant de la Bibliothèque de Jean-Sigfried 
Mœrl, de Nuremberg, et mentionnée plutôt que dé- 



(68) 

cri te par Christophe de Murr en 1801 ; enfin la der- 
nière place reste à la carte valencienne en six feuilles 
de Jean Or lis, acquise en Portugal par le célèbre 
Perez Bayer , et devenue la propriété de Gladera , qui 
la décrivit en 1794 en lui assignant une date voisine de 
1496. De ces cartes, les unes, comme celle de 1875* 
donnent la totalité du monde connu ; les autres, comme 
celle de Naples, n'en offrent que la moitié occidentale. 
L'étude de la géographie du moyen-ftge est entravée 
par la dispersion et le défaut de publicité des monu- 
ments qui en sont restés. La Bibliothèque royale de 
Naples et monsignor Rossi en particulier rendent un, 
signalé service au monde savant en mettant en circu- 
lation un des curieux échantillons du talent cartagca** 
phique de nos aïeux. 

?aris, juillet 1 843. 



(69) 



DEUXIEME SECTION. 



Actes de la Société. 

EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 



PRÉSIDBMGfi DE M. JOMARD. 



Séance du 7 juillet i845. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. le ministre de la marine écrit qu'il a fait distri- 
buer dans les ports militaires , suivant le désir ex- 
primé par la Société , les programmes du prix d'Or- 
léans, et qu'il a prescrit les mesures qui pouvaient 
leur assurer la plus grande publicité. 

M. Drouyn de Lhujs annonce , en réponse à une 
lettre de M. le président, que M. le ministre des af- 
faires étrangères vient d'adresser des lettres aux con- 
suls de France à Tanger, Tripoli, Tunis et Mogador 
pour leur recommander le nommé Abd-el-Rahmân , 
de Chingeti , parti de Gondar pour se rendre au Ma- 
ghreb , à travers l'Afrique septentrionale, voyage dont 
la nouvelle a été donnée par M. Antoine d'Abbadie. 

M. le chevalier de Santangelo , ministre de l'inté- 
rieur à Naples, adresse h la Société une carte mari- 



(7<>) 
timc du xv* siècle , publiée par la Bibliothèque royale 
de Naples , retraçant l'élat des connaissances géogra- 
phiques au moyen-âge. M. de Sanlangelo annonce en 
même temps que M 8 * Rossi prépare un Mémoire pour 
accompagner celte carte; il s'empressera d'en adresser 
un exemplaire à la Société aussitôt qu'il aura paru. 
M. Jomard rend eompte à cette occasion des démar- 
ches qu'il a faites depuis plusieurs années pour provo- 
quer la publication de ce curieux document du musée 
bourbonien. 

M. Jéhenne , capitaine de corvette , adresse à la So- 
ciété^ au nom de M. Petit» chirurgien-major de la 
Prévoyante 9 deux manuscrits qui sont le fruit de ses 
travaux pendant les divers séjours qu'il a faits à Mada- 
gascar. Le premier est un Vocabulaire des langues 
sakkalave et betsimisaraclç, et le deuxième un Essai de 
grammaire sakkalave , suivi de quelques notes histo- 
riques sur les peuples de la cqte ouest de Madagas- 
car. La Commission centrale accueille avec intérêt 
ces deux manuscrits , et elle les renvoie à la section 
de publication. 

La Société de géologie adresse la *• partie du tome V 
de ses Mémoires , ainsi qu'une carte géologique du 
département de l'Aisne, exécutée par M. le vicomte 
d'Archiac, et éditée par ses soins. 

M. le Président annonce que M. Francis Lavallée , 
vicç-consul de France à la Trinidad de Cuba, et l'un 
des correspondants les plus anciens et les plus zélés 
de la Société, est présent à la séance; il offre en son 
nom plusieurs plans lopographiques et hydrographi- 
ques faisant partie de l'atlas de l'île de Cuba, par don 
Rafaël Rodriguez ; un Tableau du recensement de la 
population de cette île en 1841; une Notice historique 



( 7» ) 
et géographique sur la ville de San-Juan de los Re- 
medios , ainsi que quatre objets destinés au musée de 
la Société ; enfin , deux imprimés relatifs à un nou- 
veau loch et à un nouvel instrument pour sonder , 

• 

] maginés par M. Preston , de Londres. Des remercie- 
ments sont adressés à M. Lavallée. 

M, Jomard fait hommage d'un N° du journal 
d'Hawaii, imprimé sur les lieux en dialecte hawaiien, 
et d'un autre document en anglais imprimé au même 
lieu, qu'il a reçus de M. Richards, minisire américain 
établi dans ce pays. 

Le même membre communique la copie de plu- 
sieurs inscriptions puniques recueillies près de Ma- 
ghrao par M. Hdnneger , copie qui lui a été remise 
par M. Delaporte. Il sera fait une copie de cette in- 
scription pour le Bulletin ou pour les archives de la 
Société. 

M. Jomard appelle de nouveau l'attention de la 
Commission centrale sur la carte réduite de l'Edrisi , 
annoncée dans le tome IV des Mémoires de la Société, 
et qu'il a préparée pour la gravure. Cet objet est ren-r 
voyé à l'examen de la section de publication. 

M. Thomassy est nommé, au scrutin, membre du 
comité du Bulletin, en remplacement de M. Barbie du 
Bocage décéder. -, 

La Commission centrale accepte l'échange de la 
Revue orientale avec le Bulletin de la Société. 

M. Noël Desvergers est prié de rendre compte du 
Recueil d'opuscules géographiques de M. Adrien 
Balbi, récemment offert à la Société par son fils, 
M. Eugène Balbi. 



( 7» ) 
Séance du 21 juillet i843. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

H. Jomard , obligé de faire un voyage pour le réta- 
blissement de sa santé, écrit qu'il regrette de ne pou- 
voir remplir pendant quelques séances ses fonctions 
comme président de la Commission centrale. — 
M. Roux de Rochelle, un des vice-présidents, occupe 
le fauteuil. 

M. E. de Mont-Louis, enseigne de vaisseau de la 
marine royale, attaché à la station des côtes occiden- 
tales d'Afrique t écrit à la Société, en date de Gorée , le 
âB mai i845, qu'il vient d'être appelé au comman- 
dement du comptoir d'Àssinée , dans le golfe de Gui- 
née , et qu'il espère pouvoir lui fournir d'utiles rensei- 
gnements sur les points de la côte et de l'intérieur de 
ces contrées encore si peu connues. La Commission 
centrale accueille avec empressement les offres de 
M. de Mont-Louis, et lui vote des remerciements. 

H. Roux de Rochelle fait part des nouvelles qu'on a 
reçues de M. le comte de Gastelnau , sous la date du 
19 mai i843 ; il avait fait une excursion intéressante 
à Ténériffe > et il se proposait de mettre à proGt son 
séjour au Sénégal pour aller visiter le royaume d'Âckar 
sur la côte d'Afrique ; l'expédition devait ensuite se 
rendre au Brésil. 

M. Coulier présente à la Société la 5* édition de sa 
Description générale des phares, augmentée de 168 
descriptions d'établissements nouveaux. L'auteur an- 
nonce qu'il doit la plus grande partie de ces impor- 
tantes additions à la bienveillance de S. M. l'empereur 
de Russie , qui a rendu un grand service à la science 



(73) 
en ordonnant , d'après sa demande , une description 
complète des phares sur toute l'étendue des côtes de 
ce vaste empire. — M. de la Roquette est prié de 
rendre compte de cet ouvrage, 

M. le Président communique, de la part de la famille 
de M. Barbie du Bocage, le catalogue des cartes fai- 
sant partie de sa collection. 

M. Pricot de Sainte-Marie , capitaine d'état-major, 
présente à la Société sa grande carte de la régence de 
Tunis , publiée au Dépôt de la guerre , et il annonce 
qu'il lui communiquera , dans sa prochaine séance , 
le Mémoire qui accompagne cette carte , ainsi que 
plusieurs plans de villes qui n'ont pas été gravés. 
M. le capitaine Pricot est sur le point de retourner à 
Tun}s pour compléter ses travaux géographiques et 
les étendre , s'il est possible , sur les contrées voisi- 
nes ; il prie la Commission centrale de lui remettre 
ses instructions. 

M. Thomassy fait une communication verbale sur 
un Traité de la sphère de Nicolas Oresme, grand-mal- 
tre du collège de Navarre sous Charles V. Ce Traité 
encore inédit, et composé d'après les anciens cos- 
mographes, constate la renaissance des études classi- 
ques sur la géographie dès le milieu du xiv* siècle , et 
mérite d'être cité dans l'histoire de la science. 

M. le secrétaire lit un fragment sur les droits civils 
et politiques des Sakkalava , extrait d'un Mémoire de 
M. Noël sur l'Ile de Madagascar. — Renvoi au comité 
du Bulletin, 



( 74 ) 

MEMBRES ADMIS DANS LA SOCIÉTÉ. 

Séance du 7 juillet 1 843. 

M. Nicolas Pabdo Pimbntel, rédacteur en chef di> 
Noticioso et Lucero de la Havane* 

Séance du « 1 juillet. 

M. Pricot de Sainte-Marie, capitaine au corps 
royal d'état-major. 

Ouvrages offerts a la Société* 

Séance du 7 juillet i84.5. 

Par la Société géologique de France : Mémoires de 
cette Société, tome V, a* partie. — Carte géologique, 
du département de l'Aisne , exécutée et publiée sous 
les auspices de M. Legrand , sous-secrétaire d'État des 
travaux publics» par M. le vicomte d'Archiac, éditée, 
par la Société géologique de France, 184* l * feuille , 
à l'échelle de 1 /160,000 e . 

Par M. J: Fleutelot : La Grèce depuis dix ans. 
Paris , i843. Broch. , in-8de 4 feuilles. 

Par M. Muiray : Hand-Book for travellers in France :- 
beinga Guide to Normandy, Brittany; the ri vers Loire, 
Seine v Rhône, and Garonne; IheFrench Alps , Dau- 
phiné , Provence , and the Pyrénées ; with descriptions 
of the principal roules, railways, the approaches to 
Haly, the chief watering places, etc. With five tra- 
velling maps* London , i845, 1 vol. in- 12. 

Séance du 2 1 juillet. 

Par M. le ministre de l'agriculture et du commerce ; 
Documents sur le commerce extérieur, N 0i 1 à 43 , 

in-8. 

Par M. Coulier : DescriplLoa générale des phares , 



(75 ) 

fanaux et remarques existant sur les plages mariti- 
mes du gïobe, à l'usage des navigateurs , 5 e édition , 
1 vol. 

Par M. Hamilton : Âddress to the anniversary meet- 
ing of the Royal geographical Society, Broch. in-8. 

Par les auteurs et éditeurs : Annales maritimes et co- 
loniales , juin. — Revista trimensal de historia e gco- 
graphia ou J ornai do Instiluto historico geographico 
Brasileiro, N* io Julho de 1841. — Boletin enciclope- 
dico de la Sociedad economica de Amigos del pais , 
N us 3, 4 • i843. — Nouvelles annales des voyages» juin. 
— Bulletin de la Société de géologie , tome XIV , 
feuilles 21 à s4* — L'Investigateur, journal de l'Insti- 
tut historique, juin. — Annales delà propagation de 
la Foi , juillet. — Journal des missions évangéliques , 
juillet. —Bulletin de la Société industrielle d'Angers, 
mars et avril. — L'Écho du monde savant. 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 

AOUT l843. 

I ■ ■ M II ■ ■ I III ■ | | ||, 

PREMIÈRE SECTION. 



MÉMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET RAPPORTS. 



Voyage ad pôle sud et dans l'Océanie, jwr les corvettéî 
l'Astrolabe et la Zélée , exécuté par ordre du Roi 
pendant lés années (857, i838 9 i83g et 1840 f sous 
le commandement de Af . Dumont d'Ubvillb , capitaine 
de vaisseaux analysé par M. Albert-Montémont , 
membre de la Commition centrale de la Société de 
géographie de Paris. 

Le puissant intérêt qu'éveillent les voyages de long 
cours, tels que celui dont nous allons nous occuper, 
s'est encore accru tout-à-coup par la fin si cruelle du cé- 
lèbre marin qui l'avait accompli. Après avoir, au milieu 
d'innombrables périls, achevé heureusement son troi- 
sième tour du monde, il venait, en 1 842, et dans une pro- 
menade avec sa femme et son jeune fils, sur un chemin 
de fer, ensevelir, en une seule et même fois, lelir triple 
destinée sous la catastrophe du 8 mai. Le Roi avait di- 
gnement récompensé les éminents services du chef de 
l'expédition au pôle sud, en le nommanl contre-amiral; 
M. Dumont d'Urville , rentré au foyer domestique, où 

XX. AOUT. 1. G 



il se reposait de lant de fatigues et de dangers sur mer, 
était occupé de mettre paisiblement en ordre et de 
publier sa relation, lorsque la mort a subitement 
fermé une si belle carrière et de si nobles travaux* 
Toute la France s'est émue à cet affreux désastre : té- 
moin les funérailles de l'illustre amiral , témoin les 
regrets universels dont la presse a été l'écho ; et la 
science a surtout déploré la perte irréparable du grand 
navigateur qui possédait la connaissance intime desdi-* 
vers archipels océaniens» et dontl'intrépide excursion à 
travers les glaces antarctiques avait acquis une nouvelle 
gloire à la patrie. 

Tandis qu'organe des savants et des sympathie» 
généreuses de la France et de l'étranger , la Société de 
géographie fait tailler le marbre et ciseler le bronze 
pour élever dans ta capitale , au cimetière du Mont- 
Parnasse, on monument à l'illustre émule de Cook et 
de Bougainville , comme la ville natale de ce marin 
lui en prépare un autre ; les compagnons de son voyage 
en continuent fidèlement la publication sousla direction 
supérieure de l'un d'eux, M. Jaquinot, capitaine de 
vaisseau , et par les soins laborieux de M. Vincent Du- 
moulin, ingénieur-hydrographe de l'expédition. Déjà 
einq volumes de l'ouvrage ont paru , et nous en offri- 
rons une rapide analyse» en nous attachant plus par- 
ticulièrement à l'exposé des résultais que la géogra- 
phie proprement dite en a recueillis. 

Mais avant d'aborder cette esquisse des exploration» 
rte t Astrolabe et de la Zélée, qu'il nous soit permis de 
consigner ici quelques détails biographiques sur le 
brave amiral qui maintenant appartient à l'histoire» 
Ces courts détails ne peuvent qu'intéresser le lecteur,, 
et nous devons d'autant jnoins négliger de payer ce- 



(79> 
tribut à la mémoire de M. d'Urville, qu'il nous hono- 
rait de son amitié, et qu'il a bien voulu attacher notre 
nom à l'un des archipels (1) par lui découverts dans sa 
dernière circumnavigation, 

Dumont d'Urville (Jules-Sébastien-César) naquit « 
le 23 mai 1790, àCondé-sur-Noireau, déparlement du 
Calvados. Le nom d'Urville provenait d'un fief noble 
qu'avait acquis un de ses ancêtres, À deux ans, le fu- 
tur marin tombait dans un brasier ardent , et devait , 
par une fatalité bizarre» périr à cinquante-deux dans 
la fournaise deswagons d'un chemin de fer! A sep tans, 
il herborisait sans savoir encore écrire. En 1 798 , son 
oncle, M. deCroisilles, vicaire général, alors retiré des 
honneurs et vivant dans la retraite , lui donnait une 
première instruction; et deux années plus tard, le 
jeune élève traduisait déjà couramment Quinte-Curce 
et Virgile. Les vies de Plutarque et le théâtre deRacino 
étaient ses livres favoris. Doué d'une grande mémoire , 
il récitait sans faute des tragédies entières. A douze 
ans , il faisait sa rhétorique , et apprenait en trois 
mois l'algèbre du premier degré. 11 s'adonna dès sa 
première jeunesse à la natation, qu'il aimait avec pas- 
sion. En i8o3, il soutint avec éclat une thèse sur les 
prolégomènes de la philosophie ;. et entré comme 
boursier à l'école secondaire de Bayeux , il traduisit 
bientôt les dialogues du philosophe grec Lucien. 

Son goût pour la navigation perça aussi de bonne 
heure , et se fortifia surtout par la lecture des voyages 
d'An son, de Bougainville et de Cook. Il osa parier avec 
un de ses condisciples, qui rêvait d'être sénateur à 
cinquante ans, qu'à cet âge il serait contre-amiral; et 

• 

(1) Les Uts Montémont, situées par i5o° 3' E. 1 1° if S. 



(8o ) 

cet ami, s'il eût vécu , aurait ainsi perdu la gageure 
de collège. 

En 1809 , le jeune d'Urville est reconnu par les exa- 
minateurs admissible à l'École polytechnique ; mais il 
prend une autre direction , et à dix-sept ans il est reçu 
àspiraùt de marine. Le 28 mai 1812 , il devenait ensei- 
gne de vaisseau ; mais 9a première navigation ne data 
que de 181 4 # sur la faille de Marseille , qui ramena de 
Païenne en France la famille d'Orléans. Il épousa en 
181 5 une jeune et belle Provençale» fille d'un horlo- 
ger de Toulon, ange de grâce et de bonté que ta Pro- 
vidence allait rudement éprouver, et qui, dans les mê- 
mes flammes dévorantes du désastre de Meudon ; 
devait mêler si lamentablement sa cendre à celle de soft 
dernier enfant et de son loyal époux. 

En 1819, d'Urville accompagnait le capitaine Gau- 
tier dans une mission qui avait pour objet le relève- 
ment des côtes de la Méditerranée, et contribuait, par 
un savant mémoire remis à notre ambassadeur à Con- 
stantin ople, à faire acquérir pour le musée du Louvre 
la Vénus de Milo. Dans la même année il obtenait le 
grade de lieutenant de vaisseau , et songeait dès lors 
à celte Océaniequ'à trois reprises il devait explorer. Il 
partit de Toulon le 1 1 août 1 822, à bord de la corvette 
la Coquille, sur laquelle M. Isidore Duperrey allait faire 
une campagne de trente et un mois et treize jours, com- 
prenant un parcours de plus de u4>ooo lieues, lequel 
valut à la géographie la découverte des îles Clermont- 
Tonnerre et Lostange, Duperrey et d'Urville, ainsi 
que diverses reconnaissances sur la Nouvelle-Irlande et 
la Nouvelle-Guinée. 

Le 12 novembre 1825, d'Urville, nommé capitaine de 
frégate, étaitmis à la tête d'une nouvelle expédition datis» 



f 



(8i ) 

le Grand-Océan, à bord de la corvette la Coquille, dont 
le nom était changé en celui de V Astrolabe , qu'avait 
porté un des bâtiments de l'infortuné La Pérouse , 
parce que M. d'Urville avait en même temps mission 
d'en rechercher, les débris naufragés. Partie le a * avril 
1826 , V Astrolabe revint à Marseille le 25 mars 1829, 
après avoir accompli un voyage d'environ 25,ooq 
lieues qui avait duré trente-cinq mois. Le résumé de 
cette longue et difficile navigation comprend le relè- 
vement de plusieurs havres de la Nouvelle-Hollande , 
et de 45o lieues de côtes de la Nouvelle-Zélande, l'ex- 
ploration des lies Viti , alors encore très imparfaite- 
ment connues , et déplus de 100 lieues de côtes de la 
Nouvelle-Bretagne ; la découverte de plusieurs lies et 
le relèvement de près de l\oo lieues de côtes de la 
Nouvelle-Guinée; le tour de la Nouvelle-Hollande, avec 
la reconnaissance des lies Norfolk, d'Erronan, Fataka; 
la relâche à Vanikoro , théâtre du naufrage de La Pé- 
rouse; enfin de nombreuses et importantes décou- 
vertes dans les archipels des Mariannes, des Garolines 
et dans le détroit des Moluques, etc. 

De si beaux résultats ne pouvaient être méconnus 
par le gouvernement, qui s'empressa de conférer à 
M. d'Urville le grade de capitaine de vaisseau. Une 
place vacante à l'Académie des sciences , par le décès 
de M. Rossel, semblait revenir à l'illustre navigateur; 
mais le scrutin de la docte compagnie en décida autre- 
ment. M. d'Urville se consola de cet échec , en se li- 
vrant avec ardeur à l'étude comparée des langues 
asiatiques et des races humaines de l'Océanie. 

C'est au milieu de ces savantes élucubrations que le 
surprit la révolution de juillet i83o. Chargé par le gou- 
vernement de conduire Charles X à la terre étrangère , 



(8* ) 

il s'acquitta de sa mission à la double satisfaction dn 
pouvoir nouveau et du pouvoir déchu ; et après avoir en- 
tièrement achevé la publication des *4 volumes du 
voyage de l'Astrolabe, il se retira en i835 à Toulon 
pour y reprendre ses études favorites. L'amiral Rosa- 
mel, alors ministre de la marine, le tira de sa soli- 
tude , et lui confia l'expédition dont nous devons ac- 
tuellement essayer de rendre compte. 

Le 7 septembre 1837 , les corvettes V Astrolabe et la 
Zélée quittèrent la rade de Toulon. Trois mois après , 
elles attaquaient le détroit de Magellan , pour le par* 
courir dans les deux tiers de son étendue, et relever tous 
les accidents de ce développement de plus de cent lieues 
de côtes. Vingt-sept jours suffirent à ce travail, pendant 
lequel on fil plusieurs relâches, et l'on communiqua 
avec les Patagons. Dans une de ces relâches , le com- 
mandant de l'expédition trouva suspendu à un arbre 
de la plage un petit baril avec un poteau portant l'in- 
scription Post-office. Il prit connaissance des papiers 
que renfermait ce baril, et vit que la première idée de 
ce bureau de poste en plein vent, due â un capitaine 
américain, remontait fe i835. Ce n'avait été d'abord 
qu'une bouteille ;deux ans plus tard on autre navigateur 
y avait ajouté un poteau avec l'inscription; et en 1837, 
un capitaine anglais substituait le baril â la bouteille. 
M. d'Urville profita de cet établissement ingénieux en 
le perfectionnant; il y créa un vrai bureau de poste au 
sommet de la presqu'île Santa Anna. Une inscription 
qu'il fit mettre en très gros caractères portant ces 
mots < Boîte aux lettres , » pourra sans doute attirer 
l'attention des navigateurs qui ne voudraient pas mouil- 
ler au Port Famine. Il suspendit h un poteau une vé- 
ritable boite aux lettres bien conditionnée et doublée 



(85) 

de zinc intérieurement. Du reste, il parait, d'après 
une note du voyage, qu'on ne peut mouiller au Port 
Famine sans apercevoir le poteau en question, dressé 
sur la colline en face du mouillage. Mais indépendam- 
ment de cette botte, le baril fut rétabli à sa place. Les offi- 
ciers del'expédition laissèrent des lettres dans ce bureau, 
en plein air, avec l'espoir , qui s'est réalisé , qu'elles 
pourraient parvenir de cette manière en Europe , à 
leurs familles , lorsqu'ils allaient s'aventurer dans le 
périlleux labyrinthe des glaces antarctiques. 

En examinant avec soin Port Famine et ses alentours, 
M. d'Urville se convainquit de l'excellent choix qu'a- 
vait fait primitivement le navigateur espagnol Sar- 
miento pour établir sa colonie. Dans tout le détroit , 
ajoute le commandant, nul autre point n'aurait of- 
fert les mômes avantages , spit pour la bonté et la sû- 
reté du mouillage, soit pour les ressources de tout 
genre qu'on y peut trouver. Nulle part le sol ne parait 
susceptible d'y être cultivé avec le même succès. 
M. d'Urville quitta ce lieu avec la persuasion qu'il se- 
rait de nouveau occupé pour ne plus être abandonné , 
et qu'alors le détroit de Magellan serait plus fréquenté, 
à cause de la navigation facile et douce qu'il offre , 
pendant que la traversée des mers du cap Horn est 
toujours pénible et souvent dangereuse. 

Avant le capitaine Gook, nul navigateur n'avait * 
quitté les côtes d'Europe avec le dessein de pénétrer 
dans les régions antarctiques. On tenait pour constant 
que des glaces immenses, continues* infranchissables, 
signalaient au loin les approches du pôle austral , et 
en défendaient l'accès aux hommes» Sauf quelques 
tentatives isolées, comme celle d'un vaisseau de Simon 
de Cordes, qui fut entraîné jusqu'au 64° lat. S., on 



(84) 

avait renoncé à diriger des navigations de ce côté , lors- 
qu'en 176g et 1770,1e capitaine Kerguelen découvrit 
par 5o°lat. S. et 70° long. 0. un groupe d'Iles Çui reçut 
son nom. Ce fut vers cette époque , où le célèbre Cook 
avait déjà fait ses belles découvertes, que le gouverne- 
ment britannique le chargea d'une mission vers les 
plages australes. Cette mission fut remplie avec une 
constance et une intrépidité jusqu'alors sans égale. 
Cook parcourut une étendue de plus de cent degrés 
en longitude au-delà du parallèle de 6o° de lat. S. , ei 
parvint deux fois à une latitude fort élevée , c'est-à- 
dire en 1773 à 67° 10' par le méridien de 38° E. , et 
en 1774 à 71° i5' par le méridien de 10g O. Les 
terres de Sandwich furent Tunique découverte opé- 
rée dans cette longue et pénible exploration , qu'au- 
cun navigateur n*osa depuis renouveler jusqu'en 1 819, 
année où la Russie expédia le capitaine Bellinghausen 
pour exécuter une campagne de découvertes dans l'o-r 
céan Pacifique et aux mers australes. 

Le 2a décembre, au sud de la Nouvelle-Géorgie, le 
commandant russe découvrit une petite lie volcani- 
que par 5s° i5' lat. S., et la nomma Traversey. 11 
atteignit le parallèle de 6g° So'/où les glaces compactes 
durent le faire rebrousser vers le nord. En 1820, la 
tentative qu'il renouvela ne le porta que jusqu'à la 
latitude de 70° S. , à 2 ou 5° à l'est du point où Cook 
avait lui-même franchi celle de 71°. En poursuivant sa 
route à l'est, Bellinghausen découvrit par 69 5o ; deux 
lies qui furent nommées Alexandre I er et Paul I° r , 
mais qu'il n'approcha point, et qui se rattachent vrai- 
semblablement aux terres de Graham , un peu plus 
tard découvertes par Biscoe. Le navigateur russe re-» 
vint à C?onstadt en 1821. 



( 85 ) 

Le 19 février 1819 , le capitaine anglais Smith avait 
eu connaissance du groupe de New-South-Shetland , 
que Bransfield allait également reconnaître. Un autre 
capitaine anglais, Powcll , découvrait en 1821 , par 
61* 4°'» les New-Soulh-Orkney. Forster marquait en 
1828, par 63* 26' lat. S., 66° 26' long. O., le capPosn 
session avec la terre de Clarence plus au sud. En 
i838, Biscoe trouvait par 64° 4^' lat. S., 68° 1 i' long, 
O., sa terre de Graham, et par 65° 57' lat. S., 45° long». 
E. la terre d'Enderby. En février i832, par 67 lat. S. 
74° 18' long. O. , il reconnaissait une lie très élevée , 
qu'il nomma ile Adélaïde. D'un autre côté , Weddell , 
en 1823, avait, ce qui est encore douteux, atteint le 
parallèle de 74° i5' S. par 36* 4°' long. O. 

Tel était, dans les régions australes, l'état des dén 
couvertes géographiques, lorsqu'en janvier i858, 
V Astrolabe et la Zélée s'élancèrent vers le sud. Elles 
trouvèrent par 65* une infranchissable banquise, c'est-, 
à-dire un vaste banc, une immense plaine de glace 
compacte et immobile. Ce merveilleux spectacle frappa 
les yeux de nos marins, et voici dans quels termes en 
parle M. d'Urville : 

t Sévère et grandiose au-delà de toute expression , 
tout en élevant l'imagination, il remplit le cœur d'un 
sentiment d'épouvante involontaire. Nulle part l'homme 
n'éprouve plus vivement la conviction de son impuis^ 
sance. C'est un monde nouveau dont l'image se dé- 
ploie à Ses regards; mais un monde inerte, lugubre et 
silencieux, où tout le menace de l'anéantissement de 
ses facultés. Là, s'il avait le malheur de rester aban- 
donné à lui-même, nulle ressource, nulle consola- 
tion, nulle étincelle d'espérance ne pourraient adoucir 
ses derniers moments, et il devrait s'appliquer la fa- 



( 86 ) 

jeuse inscription de la porte de l'Enfer de Dante : 
Lasciate ogni speranza, voi ch 9 entrate; laissez toute es- 
pérance , vous qui pénétrez dans ces lieux. » 

Les bords de la banquise, observe M. d'Urville» 
sont ordinairement bien dessinés, et taillés à pic 
comme une muraille; mais quelquefois ils sont brisés r 
morcelés , et forment de petits canaux peu profonds 
ou de petites criques dans lesquelles des embarcations 
pourraient naviguer , mais non les corvettes. Alors les 
glaces voisines , agitées et travaillées par les lames , 
sont dans un mouvement perpétuel qui , à la longue , 
amène leur destruction» La teinte habituelle de ces 
glaces est grisâtre , par l'effet d'une brume presque 
permanente. Mais s'il arrive que cette brume dispa- 
raisse et que les rayons du soleil puissent éclairer la 
scène, alors il en résulte des effets de mirage vraiment 
merveilleux. On dirait d'une grande cité se montrant 
au milieu des frimas, avec ses maisons, ses palais, 
ses fortifications et ses clochers. Quelquefois même on 
croirait avoir sous les yeux un joli village avec ses 
châteaux, ses arbres et ses riants bocages, saupoudrés 
d'une neige légère. Le silence le plus profond règne 
au milieu de ces plaines glacées, et la vie n'y est plus 
représentée que par quelques pétrels voltigeant sans 
bruit , ou par des baleines dont le souffle sourd et lu. 
gubre vient seul rompre par intervalles cette désolante 
monotonie. 

Après avoir été emprisonnées pendant plus d'un 
mois au milieu de ces solitudes glacées , les deux cor- 
vettes parviennent à se frayer une issue et à regagner 
la mer libre. Elles vont ensuite explorer d'autres ban- 
quises , et durant cette nouvelle exploration , elles 
découvrent par 63° j 7' lat. S., 6i° 18' long. 0.„parages 



(«7) 
voisins ou peu éloignés des lies New-South-Orkney, 
une grande terre haute que M. d'Urville nomma Terre 
Louis-Philippe, afin de consacrer le nom du roi qui 
avait eu la première idée des recherches vers le pôle 
austral. Pour fortifier l'opinion qu'une chaîne de glaces 
peut en hiver lier la Terre Louis-Philippe aux lies New- 
South-Orkney et aux terres Sandwich, M. d'Urville 
ajoute que, selon lui, la glace ne saurait se former en 
pleine mer ; mais que les masses de glaces libres , 
. qu'une cause quelconque a pu détacher des terres 
pour les laisser flotter au gré des vents et des couv- 
rants, facilitent singulièrement la formation des champs 
de glaces : i d'abord , ajoute le célèbre marin, en con- 
tribuant à diminuer les agitations de la surface , et 
surtout en donnant un point d'appui aux glaces qui 
viennent à se former entre leurs flancs , et finissent 
par s'étendre au 'point d'aller s'unir aux glaces, dont 
une autre montagne a été le noyau; de manière que 
cet ensemble de petits systèmes glacés peut former 
une vaste plaine solide , susceptible de lier entre elles 
des terres fort éloignées les unes des autres. » 

Après la découverte de la Terre Louis -Philippe, 
V Astrolabe et la Zélée traversent les lies New-South- 
Shetland, et viennent déposer leurs malades à la baie 
de Talcahuano sur les côtes du Chili , où elles arri- 
vent en avril 1 838. Ellesy font un séjour d'environ deux 
mois , pois elles reprennent la mer, et se dirigent aux 
lies Manga-Réva ou Gambier. On atteignit ces lies au 
commencement d'août i838. On y rencontra des mis- 
sionnaires français et une population inoffensive. Ces 
îles, découvertes en 1797 par le capitaine "Wilson , 
qui leur donna le nom de Gambier, amiral anglais, 
n'avaient plus été visitées depuis lors jusqu'en 1 8a6 , 



( 88) 

année où le capitaine Beechey y mouilla, En i854 > 
deux missionnaires catholiques de la maison de Picpus, 
à Paris , y abordèrent sur un navire anglais , et entre- 
prirent la conversion des naturels au christianisme , 
tâche dans laquelle ils ont en partie réussi. 

Le groupe de Manga-Réva ou Gambier se compose 
d'une réunion de petites lies hautes, entourées par 
un immense brisant d'environ 4° milles de circuit, 
dont le sol est assez élevé pour former une bande ver- 
doyante clans la moitié de son étendue» depuis le 
N.-O. jusqu'au S.-E. , en passant par le nord. Cette 
bande de récifs laisse en divers endroits des solutions 
de continuité, ou du moins des espaces où les coraux 
ne sont pas assez près de la surface des eaux pour en 
interdire l'entrée à de grands navires. Les deux prin- 
cipales sont celles du S.-E. et du S.-O. Parmi les lies 
hautes, les seules qui soient habitées et même habita- 
bles, sont Manga-Réva, Taravai, Aka-Marou et Àv- 
Kena. La principale est Manga-Réva , qui n'a guère 
que 4 milles de longueur sur î mille de largeur 
moyenne. Dans sa partie méridionale seulement, où 
s'élève le mont DufF, sa largeur atteint a milles et 
demi, ce qui donne à l'Ile entière la forme de la co- 
quille appelée huître-marteau. La surface est médio- 
crement hoisée , et les pâturages y dominent. On y 
trouve assez abondamment de l'eau pour les habitants; 
mais elle est difficile à faire pour les navires en relâche. 

Dans leur étal primitif, ces lies ne nourrissaient au- 
cun autre quadrupède que le rat. Les naturels l'affec . 
tionnaienl, et il devint très nuisible; mais les mission- 
naires en détruisirent en grande partie la race en 
amenant avec eux des chats, qui, à leur tour, se 
30 ni multipliés au point de devenir incommodes. Les 



( »9) 
missionnaires ont aussi introduit les chèvres et lés 
volailles. 

Les deux corvettes quittèrent, lei5 août i838, Man- 
ga-Réva, pour voguer vers l'archipel des Marquises ou de 
Nouka-Hiva , qu'elles atteignirent le 20 , après l'avoir 
aperçu dès le 16. La vue des bâtiments fit arriver à la 
nage autour d'eux une multitude de jeunes filles qui 
venaient offrir leurs faveurs. Elles pouvaient avoir de 
douze à dix-huit ans 5 il y en avait de plus jeunes. Elles 
étaient dans l'état de nature, sans autre vêlement que le 
ceinturon étroit qui leur entoure les reins. En un mo- 
ment elles eurent envahi les corvettes; mais des filets 
tendus par l'ordre exprès du commandant les empê- 
chèrent d'avancer, et ce ne fut qu'à la nuit qu'elles 
furent admises dans les navires. 

Les Noukahiviennes» dit la relation, sont générale* 
ment plus blanches que dans les au très archipels de l'O- 
céanie. Avec des mains et des pieds bien tournés, une 
gorge arrondie , des yeux vifs et expressifs, plusieurs 
passeraient pour jolies en Europe. Les hommes sont 
mieux encore que les femmes ; plusieurs d'entre eux 
annoncent la vigueur, la force et même l'intelligence. 
Malheureusement, leur contact avec les Européens 
leur a fait perdre le peu de qualités qu'ils avaient, et 
leur a laissé en échange les vices de leurs hôtes, 
À la suite de la civilisation, les maladies ont aussi 
étendu rapidement leurs ravages au milieu de ces 
peuplades qui occupent un degré élevé dans l'échelle 
des nations polynésiennes. Celte belle race de sauvages 
est grande, svelte, bien proportionnée; elle a le nez 
droit, les lèvres médiocrement grosses, les dents fort 
blanches, le visage ovale; la tôle est nue, les cheveux 
sont, noirs ; les deux sexes vont , je le répète , entière- 



( 9<>) 
ment nus , sauf le petit maro ou ceinturon. Les lobes 
des oreilles sont percés pour y loger des ornemente , 
c'est-à-dire le plus souvent une dent de porc. La peau 
n'est pas plus foncée que celle des Arabes , quoiqu'au 
premier coup d'œil le tatouage les fasse paraître pres- 
que noirs. 

Les Noukahiviennes ignorent à peu près les idées de 
pudeur et de chasteté. S'unir à l'homme par amour, 
par besoin ou par intérêt , est pour elles un acte sans 
conséquence, puisqu'à leurs yeux une fille est mal* 
tresse de son corps. Seulement , elles doivent faire 
partager à leurs parents les bénéfices qu'elles retirent 
du trafic de leurs charmes, et la femme n'est estimée 
parmi ces sauvages qu'en raison des petits profils 
qu'elle procure étant fille , et des passions qu'elle sait 
éteindre et rallumer lorsqu'elle est devenue femme* Les 
plus jeunes filles accompagnent leurs sœurs plus âgées 
dans leurs tendres ébats, pour être , dit le voyage , 
initiées de bonne heure aux rapports avec l'homme. 
Voilà l'éducation première du beau sexe des îles 
Marquises. La natation est la seconde, et il s'y livre 
chaque jour, par troupes, en joyeuses naïades qui ont 
soin de faire beaucoup de bruit pour éloigner le re- 
quin , ce redoutable ennemi de la plage noukahi- 
vîenne , lequel pourrait les attaquer, si elles s'aventu- 
raient en silence sur les flots dont il aime le calme. 

Nouka-Hiva et tout le groupe des lies Marquises pa- 
raissent fort loin de subir la grande transformation 
morale déjà opérée h Taiti , aux Sandwich et dans 
les autres lies de la Polynésie. Les Noukahiviens lien- 
nent à leurs mœurs primitives et à leurs usages: seule- 
ment, ils ont sucé nos vices, et ilsse prêtent avec ardeur 
aux désordres de l'ivresse et du libertinage. Us n'aiment 



( 9* ) 
pas les missionnaires , et disent que leurs guerriers 
Hapas et Taipiis les tueraient , s'ils changeaient leurs 
coutumes. 

Les Noukahiviens n'allument pas de feu dans leurs 
cases; ils cuisent leurs aliments sous une huile basse, 
ouverte des deux côtés , et dont la fumée s'échappe 
sans obstacle. Le fruit à pain et le poisson forment 
leur principale nourriture; les cochons sont nom- 
breux, mais ils sont taboues, c'est-à-dire prohibés, 
depuis une fête solennelle où Ton en dévora un trop 
grand nombre. Si un homme est tabou pour une 
femme, elle ne peut pas mettre la main sur sa tête r 
ni.manger avec lui ou en sa présence. Les pirogue» 
sont tabouées pour les femmes; elles ne peuvent pas y 
monter : c'est pourquoi les corvettes les virent arriver 
& la nage, tandis que les hommes étaient dans leur* 
pirogues. Certains oiseaux, certaines plantes , certains 
poissons, etc., sont tabous, et les naturels n'y touchent 
pas. Lorsque les femmes se sont froltées et jaunies 
avec la racine de curcumaet l'huile de coco , elles sont 
tabouées jusqu'à ce qu'elles aient été se laver dans l'eau 
des ruisseaux ou de la mer. Les jeunes filles ont sur- 
tout l'habitude de s'envelopper dansdes nattes enduites 
de poussière de curcuma, pour se jaunir ainsi le corps, 
qui en eihale une odeur nauséabonde, considérée par 
ces Bébés polynésiennes comme un parfum délicieux» 

Six tribus différentes se partagent l'Ile Nouka-Hiva, 
qui a donné son nom à l'archipel; ce sont : les Nouhiva 
ou Tai , les Hapas , les Taipiis , les Âlaioa , les Kai- 
, Home et les Atoupa. Des guerres continuelles , entre- 
mêlées de trêves momentanées, divisent ces tribus. 

Les objets de l'usage le plus commun et que l'on 
rencontre dans toutes les cases sont des nattes , des. 



(92 ) 

gourdes, des tasses en noix de coco , des berceaux pour 
les enfants, de petits coffres, des jattes en bois et des 
calebasses. Un morceau de bois rond et un battoir leur 
suffisent pour la fabrication de leurs étoffes. On les con- 
fectionne en les battant d'une main sur la pièce en 
bois, tandis que de l'autre main on les étend , et on y 
jette par intervalles quelques gouttes d'eau pour y 
entretenir l'humidité. Quand l'étoffe se déchire, il 
suffit de rapprocher les bords de la déchirure et de la 
battre pour les réunir. 

L'ensemble des lies Marquises, situées par 7 55' 
io° 3o' la t. S. , i4i°-i43° 6' long. 0., présente une po- 
pulation d'environ- 20,000 habitants. Le climat est 
celui de presque tous les pays interlropicaux , bien 
que de grandes pluies et des coups de vent se succè- 
dent de novembre à avril. La température moyenne 
est de s5 à 3o° centigrades. L'arbre à pain, le coco- 
tier, le bananier, le goyavier, sont les principales ri- 
chesses de ces lies fortunées, devenues aujourd'hui 
possessions françaises. 

Le 3 septembre 18*8, les corvettes V Astrolabe et la 
Zélée quittent l'archipel des Marquises pour se rendre 
àTaiti, cette oasis merveilleuse, située par 18 10'- 
16 55' lat. S., i5a°-i54° long. 0., et aujourd'hui pla- 
cée sous le protectorat de la France , ainsi que tout 
l'archipel de la Société , dont Taïti est la principale 
lie. Elle était dès le g en vue des deux navires, qui y 
jetèrent l'ancre le même jour. 

Malgré toutes les prédications des missionnaires, la 
dépravation morale des Taîtiens et la prostitution des 
femmes parurent encore à M. d'Urville au-dessous de la 
vérité. Les chefs , dit-il , sont les premiers à offrir leurs 
femmes et leurs filles pour un lava ou dollar ; et leur 



( 93) 

avidité pour l'argent cherche à se satisfaire par les 
moyens les plus vils et les plus révoltants. D'un autre 
côté, les missionnaires, dont la puissance y était si 
grande il y vingt ans, n'ont plus maintenant qu'une 
ombre d'autorité sur les indigènes* et l'immense église 
construite en 1823 est presque entièrement abandon- 
née. À l'arrivée des corvettes, les belles Taïtiennes 
renouvelèrent les scènes des Noukahiviennes auprès 
des matelots français; le temps de la ferveur évangéli- 
que était déjà bien loin de leur souvenir. 

Taïli n'est donc plus ce qu'elle était au siècle de 
Wallis, de Bougainville et de Cook. Ces rivages tou- 
jours verts , ces ruisseaux argentés , ces ravins profonds 
et boisés rappellent sans doute encore la reine de l'O- 
céanie ; mais la population innocente , enfantine , 
douce , naïve et joyeuse, a fait place à une multitude 
sale et déguenillée , astucieuse et vile, débauchée et 
vénale. Ainsi donc , encore une fois, les missionnaires 
ont tout à -fait manqué à leur mandat. 

Papéili , capitale de l'Ile et de tout l'archipel , a une 
apparence de ville. On y trouve un et môme plusieurs 
palais, les consulats anglais, français et américains , 
avec les pavillons des nations qu'ils représentent; un 
môle ou quai de débarquement, des hôtels , des bou- 
tiques, des enseignes, etc. ; en un mot, tout ce qui 
constitue une cité. Cependant le coup d'oeil n'embrasse 
qu'une seule file de maisons ou cases qui bordent la 
grève. Le nombre de maisons pourvues de portes et de 
fenêtres n'est pas considérable. La plupart ne diffèrent 
en rien des cases ordinaires construites en paille et en 
roseaux. Chaque habitation a du côté de la campagne 
un assez grand enclos ou jardin palissade , ayant une 
issue sur la grande route de Matavoï , cette œuvre 

XX. AOUT. %. 7 



( 94) 
des femmes pénitentes, que les missionnaires avaient 
surprises en conversations criminelles avec leurs ga- 
lants, et qu'ils condamnaient à des travaux forcés. 
Papéiti n'est en réalité qu'un gros village de i,5oo ha- 
bitants. Les ressources du pays consistent en bœufs , 
cochons , volailles et fruits ; il y a une auberge tenue 
par un Anglais. Le protectorat de la France introduira, 
nous l'espérons , de nombreuses améliorations dans 
cet archipel , en commençant par la suppression des 
règlements tracassiers des méthodistes anglicans. 

M. d'Urville s'éloigna de Taiti le 16 septembre, pour 
aller visiter Àpia , port de l'Ile Opoulou , que La Pé- 
rouse désigne sous le nom d'Oyo-Lava» Cette Ile sem- 
ble à M* d'Urville , comme elle avait déjà paru à La 
Pérouse , bien supérieure à Taiti elle-même, pour la 
beauté et la fertilité des terres. La côte est couverte de 
beaux arbres d'une admirable verdure, qui a bien plus 
de développement qu'à Taiti ; partout on y distingue de 
belles plages de sable , de jolies anses, des villages po- 
puleux et parfaitement ombragés. Du rivage à l'inté- 
rieur, le terrain s'élève en pente assez douce pour 
pouvoir être habité et cultivé, si les indigènes étaient 
capables de travailler. C'est sous ce rapport surtout, 
ajoute M. d'Urville; que l'Ile Opoulou est bien supé- 
rieure à Taiti, dont les plages de la base sont seules 
praticables , tandis que l'intérieur est abrupt et si ro- 
cailleux, que la culture en resterait toujours extrême- 
ment pénible, si toutefois elle n'était pas impossible. 
Les villages, qui ne sont pas des villes, comme l'avait 
pensé La Pérouse, à moins qu'elles n'aient depuis dis- 
paru , sont généralement placés sur les pointes des 
terres , entourés d'admirables touffes de cocotiers , et 
souvent traversés par de jolis ruisseaux qui tombent 



(95) 
quelquefois en cascades des montagnes voisines. Des 
églises ont été nouvellement bâties par les naturels , 
sous la direction des missionnaires anglais. 

« Nos matelots , dit le chef de VJstrolabe, habitués 
aux faciles beautés de Nouka Hiva et de Taiti, ont 
voulu ici renouveler leurs galanteries; mais , à leur 
grande surprise, ils ont été désappointés. Les femmes, 
qui d'abord avaient semblé disposées à accepter les 
propositions des Français , ont refusé ensuite les pro- 
vocations série uses» et elles paraissent se soumettre avec 
sincérité aux défenses de leur nouvelle religion. Mais 
elles indiquaient volontiers à dos hommes le chemin 
d'une tribu voisine , où ces peuplades conservant leurs 
premières croyances, sont encore toutes disposées à 
trafiquer des faveurs de leurs femmes , et dès ce mo- 
ment cette route a été souvent parcourue par les habi- 
tants des corvettes. » 

H. d'Urville rectifie les noms des lies composant 
l'archipel des Samoa , dont dépend Opoulou. Il avait 
dans un autre voyage donné à ce groupe le nom 
d'Hamoa, d'après les insulaires de Tonga, qui ne pro- 
noncent jamais la lettre s , à laquelle ils substituent 
ordinairement la lettre h. Opoun s'appelle Olo-Singa; 
Leone, To-Hou; Fanfoue, Féti-Houla. Ces trois lies 
portent collectivement le nom de Manoua, Quant à 
l'archipel véritable de Samoa, l'Ile Maouna de La Pé- 
rouse est réellement Toutou-lla; l'île des Pêcheurs, Aria- 
Moua ; Oyo-Lava , Opoulou ; puis Manano , Apolina ; et 
enfin Sevai, que par erreur La Pérouse nomme Poua. On 
estime la population de ce groupe à 80,000 habitants ; 
Sevai et Opoulou en contiendraient 25, 000; Toulou- 
Ila, 10,000; Manano, 7,000; Apolina, 3, 000. Le 
groupe de Manoua serait le moins habité. Ces lies ont 



(96) 

chacune un chef ou arii, et sont indépendantes les 
unes des autres. Elles n'avaient pas de culte avant l'ar- 
rivée des missionnaires. De là cette facilité qu'ils ont 
eue à y faire accepter le christianisme. Auparavant les 
jeunes filles disposaient librement de leurs charmes , 
net les hommes avaient autant de femmes qu'ils pou- 
vaient en nourrir. Un des chefs actuels, bien que 
chrétien , en a encore doux. - 

Les hommes de cet archipel sont en général grands 
%t bien faits , vigoureux et hardis. Aucun des deux 
sexes n'a la figure tatouée, mais leurs cuisses sont cou- 
vertes de dessins. Leur corps est aussi tatoué fré- 
quemment par des plaies et des cicatrices qui s'accor- 
dent mal avec la réputation qu'on leur a faite d'hom- 
mes pacifiques. On remarque de plus parmi eux , ce 
qu'on ne voit pas chez les peuples sauvages, des bos- 
sus, des boiteux, et surtout des borgnes. Les filles 
sont bien proportionnées , en général très jolies , mais 
avec un air décidé comme les hommes , dont elles ont 
presque les manières. 

Ces insulaires ont des communications avec les lies 
Viti et les habitants de Tonga. Leurs maisons ou cases 
et leurs pirogues sont d'une construction élégante et 
h&gère. Les cochons abondent dans l'archipel et y sont» 
vil prix; les poules sont plus rares* quoique peu chères; 
les coquilles sont très communes. Il existe à Samoa 
une grande espèce de serpent boa, de a à 3 mètres de 
longueur, mais qui n'est pas dangereux. Une belle es- 
pèce de ramier , bonne à manger, fourmille dans les 
bois. 

La partie des naturels d'Opoulou qui ne s'est pas 
convertie à la religion chrétienne a conservé ses usa- 
ges primitifs. Elle porte les cheveux longs, quelque* 



( 97 ) 
Fois relevés sur le sommet de la tèle par un lien de 
feuilles ou d'écorces de cocotier. Une ceinture étroite 
sert d'unique vêtement. Le tatouage couvre presque 
tout le corps. Les convertis ont les cheveux coupés 
ras ou à la Titus. 

De l'Ile Opoulou. les corvettes filent vers Vile.Vavao., 
dont le groupe entier compte environ ti,ooo habitants. 
De là elles vont faire un séjour aux lies Hapai et aux 
Iles Vili. Les Hapayens sont de beaux hommes ; leurs 
femmes ont aussi des traits réguliers, une belle poi- 
trine et des seins parfaits ; mais elles tendenl de bonne 
heure à Tobésité. Les Vitiens sont également de beaux 
hommes, bien qu'avec des formes un peu. grêles. Ils 
ont la peau .d'un brun jaunâtre , analogue à la couleur 
de la suie; leurs cheveux sont crépus, mais moins lai- 
neux que ceux des nègres. Le tatouage est ordinaire. 
Le Vilten , nu de la tête aux pieds , cache seulement 
les parties génitales avec une étroite bande d'étoffe. 
Les femmes ont une ceinture en paille. L'huile de coco 
est employée à lustrer la peau , et la préserve de la piqûre 
des insectes. Les Vitiens sont encore cannibales, et n'en 
font pas mystère; dans leurs guerres ils mangent im- 
pitoyablement leurs morts. Les enfants des deux sexes 
vont entièrement nus, et les jeunes filles ne mettent 
la ceinture de sayne qu'à 1 âge de puberté. La coiffure 
est très ébouriffée f côté unique vers lequel se porte 
la coquetterie des Vitiennes; les barbes de la cein- 
ture tombent jusqu'à mi-cuisse, et c'est la seule con- 
cession qu'elles fassent à la pudeur. La polygamie est 
ici générale ; la sultane favorite est seule exempte des 
durs ouvrages. 

- L'archipel des lies Viti est un des plus vastes et des 
plus nombreux de l'Océanie. La grande quantité d'Iles 



(9») 
au ilols qui le composent , et surtout la multiplicité 
des écueils qui encombrent ses mers» et souvent réunis^ 
sent un grand nombre de terres, naguère séparées 
par les eaux, en font un des points les plus dangereux 
pour la navigation. Le Hollandais Tasman le découvrit 
en i645. Un siècle après, il fut visité par Cook, puia 
par Bligh, Barber et Wilson ; mais en 1897, F Astrolabe 
en fit seule une reconnaissance suivie et complète. 

Cet archipel se compose principalement de deux 
grandes lies, Viti-Lebou, qui en occupe à peu près le 
centre , et Vanona-Lebou , qui le limite vers le nord. 
Ensuite viennent un grand nombre d'Iles, dont quel- 
ques unes sont encore importantes, et par leur éten- 
due et par leur population. Toutes ces terres sont, du 
reste, généralement hautes, médiocrement boisées, et 
paraissent d'une grande fertilité. Sans aucun doute , 
observe M. d'Urville, elles doivent leur existence aux 
feux souterrains , et elles ont dû voir leurs sommets 
couronnés* par plus d'un cratère aujourd'hui éteint. 
Des sources d'eaux chaudes y paraissent abondantes. 
Les lies basses y sont rares et de peu d'étendue. On 
dirait , ajoute M. d'Urville , que les polypiers qui en 
construisent la base ont commencé leur travail tout 
récemment. La population des lies Yiti parait nom- 
breuse et entreprenante. Presque tout l'archipel est 
habile ; mais les lies voisines des tribus puissantes sont 
souvent dévastées par des guerres cruelles et incessan- 
tes. Les vaincus sont massacrés sans pitié , et ensuite 
dévorés par les vainqueurs. 

Une des croyances des Vitiens, c'est que si un homme 
ou une fille se livrait à l'acte de la génération avant 
l'âge de dix-huit ou vingt ans , il mourrait immédiat e- 
ment. Alors , souvent et malgré leurs désirs, les jeunes 



(99) 
gens restent sages jusqu'à l'époque du mariage; et à 
son tour, la jeune fille , si elle se marie, n'appartient 
qu'à son mari. Dans le cas contraire , elle reste libre 
de ses volontés , et dispose à son gré de ses faveurs. 
C'est grâce à cette croyance que la race des lies Viti 
s'est conservée avec toute sa beauté. Les femmes aiment 
beaucoup leurs enfants; la stérilité est rare, et on la 
regarde comme un grand malheur. La terre ici fournit 
presque sans travail une nourriture abondante , et les 
enfants sont une source de richesse en même temps 
qu'une jouissance vraie pour les parents. On a aux fies 
Viti un grand respect pour les morts , dont les corps 
sont déposés dans des morais, mais sans aucune 
prière ; seulement on cherche k le placer le plus près 
possible de la maison de l'esprit. 11 faut ajouter que , 
malgré ce respect pour les morts , on tue les vieillards 
infirmes, et qui ne doivent plus traîner qu'une triste 
existence. Une fosse est préparée, la victime y des- 
cend, et son bourreau l'assomme d'un coup de 
massue. 

Lorsqu'un chef meurt , on immole toujours sur sa 
tombe plusieurs de ses femmes. Los hommes et les 
femmes se coupent une phalange du pied ou de la 
main, pour témoigner de leur douleur à la mort d'un 
chef ou d'un parent , et ils montrent avec honneur 
ces horribles blessures. 

Gomme aux lies Tonga, les habitants des lies Viti 
font usage du kava , breuvage enivrant qui est employé 
surtout dans les grandes occasions. Le tabou règne aux 
Iles Viti comme aux lies Tonga ; et c'est le grand 
prêtre qui l'applique , après avoir consulté l'esprit. 

Dans les cas de maladies, les prêtres ou nambetti 
jouent encore un grand rôle : le malade les fait appeler 



( ^o ) 
„tles charge d'aller porter une offrande dans la maison 
de l'esprit, afin d'en obtenir sa guérison; au cas de 
mort , l'offrande appartient à l'envoyé, mais il est rare 
que le malade attende patiemment la mort à la suite 
des souffrances. Lorsque le prêtre déclare qu'il ne croit 
plus à la guérison , le malade prie ses parents de l'ai- 
der à quitter la vie. On le porte dans une fosse, on le 
couvre de terre , en ne laissant visible que la tête , puis 
on l'étrangle, et on immole avec lui ses femmes, si sa 
fortune lui a permis d'en avoir un certain nombre. 

Ajoutons que les naturels des lies Viti , sous un ciel 
de feu, aiment le farniente et le pratiquent largement. 
Les femmes sont chargées de tous les soins domesti- 
ques; elles cherchent et préparent la nourriture d'i- 
gname et de taro , sans que les hommes s'en mêlent. 
Enfin , comme aux lies Tonga , les Vitiens aiment la 
musique , ont des tambours et des flûtes, et exécutent 
des chants qui ne manquent ni d'expression ni d'har- 
monie. La conque leur sert pour appeler les guerriers 
aux armes. 

En quittant l'archipel Viti, le 29 octobre 1 838 . 
M. d'Urville se dirigea vers les Iles Salomon, en se li- 
vrant, dans sa traversée , à des explorations diverses, 
telles que la reconnaissance , i° des terres que Sur- 
ville appela terres des Arsacides^ mais qui doivent con- 
server le nom de Malaïta , imposé par le premier dé- 
couvreur Ortega ; a° des terres de Guadalcanar , sui- 
vies de la chaîne continue des lies de Sesarga, Florida, 
Buena Vista etGalera, etc. 

L'archipel des lies Salomon, découvert en i56y par 
l'Espagnol Âlvaro Mendana de Neira , qui leur imposa 
cç nom à cause de l'idée au'il s'était faite de leur ri- 



( 101 ) 

chesse, s étend du nord-ouest au sud-est, sur un es* 
pace de .200 lieues, entre o°-io° latitude S. et i5o°-i6o* 
longitude E. 11 se compose de huit à dix lies princi- 
pales , et de beaucoup d'autres moins considérables , 
dont le nombre n'est pas encore définitivement déter- 
miné. La, charpente de ces lies, d'après la relation que 
nous analysons, est presque partout la même: c'est 
une longue chaîne de montagnes souvent fort élevées, 
laquelle en forme le oentre en courant dans la direc- 
tion générale du groupe. De beaux versants viennent, 
par un plan peu incliné, s'étendre jusqu'au rivage, 
qui généralement se présente bas et souvent garni 
de palétuviers dont le pied est baigné par l'eau salée. 
Une végétation active £t vigoureuse en couvre la tota- 
lité, et ce n'est que de distance en dislance que l'on 
aperçoit de rares intervalles où le sol n'est couvert que 
de fougères, souvent incendiées par les indigènes. Les 
principales lies ont de belles plaines surmontées au 
loin de hauts sommets , d'où descendent de superbes 
rivières qui fertilisent le sol. 

. M. d*Urville fait remarquer que les caractères phy- 
siques des Salomoniens sont très difficiles à indiquer, 
parce que si leur ensemble est le même , il existe de 
nombreuses nuances, suivant les points de l'archipel 
où vivent les naturels. Ceux de Chrisloval sont en 
général petits et faibles , bien que parfaitement con- 
stitués. Ceux de l'Ile Isabelle semblent tenir d'une 
peuplade moins bien partagée. Ils ont la peau noire, 
sauf quelques uns qui sont cuivrés. Les cheveux sont 
crépus et serrés, souvent ébouriffés à la manière des 
Papous. Le visage porte toujours un air de défiance. 
Les Salomoniens ne se tatouent point. Ils mâchent le 
bétel, ce qui noircit leurs dents, lesquelles autrement 



( 102 ) 

seraient très blanches ; témoin les dents des femmes 
qui s'abstiennent de ce végétal. 

Le beau sexe salomonien n'est pas mieux traité par 
les hommes que dans les autres archipels habités par 
des sauvages. Il est parqué dans la maison des chefs 
ou founaki . et sert à leurs plaisirs. Il est chargé des 
travaux du ménage. Un homme n'est pas riche s'il 
n'a pas beaucoup de femmes. Il parait avoir pour 
elles assez d'affection ; mais la possession d'une com- 
pagne n'est estimée par lui qu'en raison des plai- 
sirs sensuels qu'elle lui procure; et un mari, s'il 
est permis d'employer ce terme en des parages où le 
mariage n'est qu'un vain mot , s'inquiète peu qu'elle 
les prodigue à d'autres qu'à lui-même. 

Les hommes vont entièrement nus , sauf le maro 
qui leur entoure les reins; les femmes sont nues 
aussi, et elles accumulent sur leurs fesses une si grande 
quantité d'herbes sèches, recouvertes par unmorceau 
d'étoffe, qu'elles ont des postérieurs monstrueux. 
Voyez jusqu'où va se nicher la coquetterie! et que 
vont dire nos élégantes dont certaine mode ou addition 
postiche trouve ainsi une rivalité dans les herbes se-, 
ches des Salomoniennes ? 

L'industrie des Salomonien» ne brille point dans la. 
construction des cases, mais dans les ornements, 
les armes et surtout les pirogues, qui sont d'une grande 
légèreté. Le maro est d'une étoffe grossière, qui couvre 
à peine les parties naturelles. Par compensation à 
une complète nudité, les Salomoniens se barbouillent 
la figure et le corps avec de la chaux , et se font des 
peintures très burlesques, Les armes sont l'arc , les 
flèches, la lance en bois et le casse- tête. Leurs in- 
struments de musique sont des flûtes , des bambou* 



( i°5 ) 
et des chalumeaux» et ila sont tellement musiciens 
que tous leurs mouvements se font en cadence. 

Après la reconnaissance pénible et complète des lies 
Salomon, les deux corvettes poursuivent leur naviga- 
tion 9 et vont explorer les lies Monte-Verde ou Nougouor, 
dont le groupe forme un cercle d'Iles, d'Ilots et de 
récifs. Les naturels appartiennent au type brun ou 
cuivré peu foncé. Leur taille est moyenne , leur visage 
un peu aplatis le nez est large et peu saillant; le front 
développé» mais fuyant; leurs dents sont d'une écla- 
tante blancheur; enfin leur physionomie est douce 
et gracieuse. Us portent les oheveux longs et lisses » 
flottant sur les épaules ou noués derrière la tête , sur 
laquelle sont posés de grands chapeaux chinois dont 
les ailes sont très relevées sur les côtés» et les bords 
courbés en arc de cercle. Ces insulaires ne se tatouent 
pas » et un simple maro en tissu de paille est leur 
unique vêtement» que même ils cèdent» du reste» 
volontiers pour une bagatelle. 

En gouvernant vers les lies Hogoleu» on rencontra 
les lies Dunkins » dont les habitants ont le type carolin, 
le corps régulier, les membres sveltes , la peau cuivrée» 
la bouche petite, les dents belles et la physionomie 
assez agréable. Us portent la barbe à la juive; leurs che- 
veux longs, noirs et lisses» sont retroussés en chignon. 
Le haut de la tête est bien fait » le derrière un peu 
saillant. On trouve ensuite l'Ile Tsis, petite Ile vol- 
canique peu élevée» dont le sol est presque entière- 
ment couvert de cocotiers» d'arbres à pain» de pan* 
danus et d'une grande variété de plantes. Elle est 
entourée d'an récif de corail qui en rend l'abordage 
difficile. Les naturels sont cuivrés et se teignent la 
peau. 



( »o4 ) 

Les corvettes traversent l'archipel Hogoleu, et après 
avoir exploré quelques parties des tles Garolines , elles 
voguent vers les Mariannes , pour aller se reposer à 
Gouaham, qu'elles atteignent le i* r janvier 1839. Elles 
en repartent le i5, passent au milieu des llesPelew» 
touchent à Mindanao , puis à Sanguir, et de là se ren- 
dent directement à Ternate , où elles jettent l'ancre 
le * février. 

Ternate est , avec Tidor, la plus importante du groupe 
des lies Moluques, dont Gilolo est la plus grande. 
Cette Ile ne compte qu'environ 5, 000 habitants» et 
Gilolo en a le double ; mais elle est , comme Tidor» la 
résidence d'un sultan. Le terrain des Moluques, bien 
qu'essentiellement volcanique , est riche et fécond ; de 
vastes plaines entourent le pied de ces volcans encore 
mal éteints, et se couvrent d'une riche végétation. Le 
volcan de Ternate a aujourd'hui le pjus d'activité , et 
la lave en arrive quelquefois jusqu'à la mer. Malgré ce 
volcan, c'est l'Ile de Ternate que les Hollandais ont 
choisie pour leur principal établissement dans les Mo- 
luques proprement dites. Cet établissement dépend du 
gouvernement général des Moluques, dont le siège esta 
Âmboine. Ternate , Manado , Macassar, Banda, sont 
les points principaux de ce département, qui embrasse» 
sous le nom de gouvernement des Moluques , les gran- 
des terres de Célèbes » celles de Céram , de Banda, et 
les Moluques proprement dites. Le gouverneur est 
tenu de faire des tournées annuelles dans les diverses, 
parties soumises à sa domination. 

Amboine , où les corvettes mouillèrent le 5 fé- 
vrier 1839 , a sa capitale assise sur une plaine peu éten- 
due derrière un fort, appelé fort Victoria. Elle est k 
peine visible de la mer; pour y pénétrer on traverse le. 



( io5 ) 

fort sur un pont-levis. Les principales rues offrent de 
belles maisons, et chaque maison a un jardin avec 
une cour derrière» plantée de beaux arbres fruitiers. 
Le quartier chinois et le quartier malais sont plus rap- 
prochés de la rivière, dont le lit est très large et qui 
joint la mer au nord du fort Victoria. Le palais du gou- 
vernement est dans le beau parc de Balou-Cadja , où 
l'on trouve réunis tous les agréments de la vie, sous le 
tnel embrasé des Moluques. La population de l'Ile est 
évaluée à 5o,ooo habitants répartis entre les deux pres- 
qu'îles qui forment une résidence de gouverneur, pro- 
prement dite. On compte parmi eux un petit nombre 
d'Européens et de métis qui habitent presque tous la 
ville ; puis des Chinois et des Malais de diverses lies ; le 
reste est composé de purs Amboinais qui ont en grande 
partie embrassé le christianisme. 

Les Amboinais sont naturellement très indolents 
et très adonnés è leurs plaisirs , comme tous les peu- 
ples malais, surtout depuis leur conversion à la reli- 
gion chrétienne ; ils satisfont leur goût effréné pour le 
vin de Sagouer, que l'Ile produit en grande abondance. 
C'est un suc doux et rafraîchissant que l'arbre du même 
nom donne par incision, et qui par la fermentation 
se convertit en liqueur acre et enivrante. La nourri- 
ture principale est la moelle de sagoulier, qui, broyée, 
lavée et séchée , devient une fécule dont on fait des 
galettes tenant lieu de pain. Le gouvernement hollan- 
dais relire des indigènes, outre le bénéfice de son 
monopole, un impôt personnel , un droit sur la vente 
du sel, de l'opium, du vin de sagouer et de l'arac. Il 
les assujettit à toutes les corvées, eteeux-ci les supportent 
sans murmure , parce qu'ils sont délivrés de la tyrannie 
de leurs anciens chefs natifs appelés Orang-Kayas, Un 



( >o6) 
petit nombre d'agents hollandais suffit à tout cela, La 
garnison d'Àmboine n'est guère que de 5oo soldats , 
dont 5oo Européens et 900 Malais ou nègres. Ces trou- 
pes sont casernées dans le fort; chaque soldat a une 
femme avec lui et reçoit pour elle une ration de ris. 
Ces sortes de mariages temporaires sont tolérées par 
les mœurs très relâchées de ces colonies > et il est peu 
d'Européens qui n'aient une liaison de ce genre, qu'il 
peut rompre à sa guise et sans qu'on y trouve aucune- 
ment à redire. 

Ici s'arrête la publication du voyage au pôle sud et 
dans POcéanie ; la relation du séjour à Amboine ter- 
mine le cinquième volume publié» Nous consacrerons 
à l'ouvrage un second article quand les derniers vo- 
lumes auront vu le jour; mais en attendant, et pouf* 
compléter provisionnellement la narration, il nous 
parait convenable et même indispensable d'en offrir 
une idée sommaire, à cause surtout de l'affectation que 
semblent mettre les journaux et revues britanniques 
à oublier ou affaiblir le mérite de la dernière expédi- 
tion de M. d'Urville , spécialement en ce qui touche 
les régions australes. 

Quoique métropole des Moluques , Amboine n'a pas 
ses magasins bien fournis , et le besoin de vivres oon* 
duisit les deux corvettes à Batavia , capitale de toutes 
les possessions néerlandaises dans l'Inde. On y |>assa 
dix jours , puis on se rendit à Singapour, station an- 
glaise dans le même archipel, et qui reçut les cor- 
vettes le 27 juin. Elles en repartirent bientôt et s'en 
furent compléter la reconnaissance des llesNatunas, 
Souloti et autres. La saison , la mer et les vents ne per- 
mettaient plus de voguer vers Manille ou Macao, ni de 
se présenter une seconde fois à l'entrée du détroit de 



( i°7 ) 
Torrès pour rentrer dans le Grand Océan , au détroit 
de Macassàr; il fallait déjà lutter contre des courants; 
on vint s'amarrer dans la baie de Lampoung, sur le 
détroit de la Sonde , rivage perfidement enchanteur de 
la grande lie de Sumatra. Les deux corvettes en empor- 
tèrent la dysenterie , et elles n'eurent plus à espérer de 
refuge salutaire que dans la Tasmanie, où elles parvin- 
rent enfin , après une longue et pénible traversée , et 
après avoir dû jeter à la mer les corps de quatorze ma- 
telots et de trois officiers; et des nombreux malades 
que V Astrolabe et la Zélée déposèrent à Hobart-Town, 
plusieurs encore succombèrent à leurs souffrances. 

Quelques jours seulement de mouillage dans ce port 
suffirent pour rendre la vie aux équipages. Le com- 
mandant se décide tout-à-coup de remettre à la voile» 
Il a appris qu'une flottille américaine et deux navires 
anglais, voulant tirer profit de la campagne des Français 
dans les glaces, ont résolu de nouvelles tentatives. Il 
croit l'honneur national engagé, et s'écrie : En avant ! 
Aussitôt) les équipages , confiants dans l'étoile de leur 
chef, obéissent avec joie. Le i er janvier 1840, les cor- 
vettes lèvent l'ancre et s'élancent de nouveau vers le 
Sud. Parvenues, le 17, sous le 63 e parallèle, déjà elles 
se trouvent enveloppées d'énormes blocs de glace qui 
menacent de les défoncer ou qui les attirent dans des 
courants pour les bloquer et les broyer contre des 
banquises. Cependant, le 19, on aperçoit une terre 
par66°3o' lat. S.,i38°a'long.E. Elle se dessine au loin, 
elle offre l'image de la stérilité , mais semble révéler 
un continent ou plusieurs terres s'étendant vers le 
pôle. Les embarcations envoyées par le commandant 
rapporlentdes fragments de roche qui ne laissent plus de 
doute et constatent la nalure de celte terre granitique a 



( i°8) 
laquelle M. d'Urville donne le nom de terre A délie, afin 
de perpétuer le nom d'une épouse dévouée qui avait 
consenti trois fois à une longue et cruelle séparation , 
dans l'intérêt de la science et de la gloire du pays, el 
qui devait, deux ans plus tard, dans la paix de nos arts 
et au sein de nos plaisirs tranquilles, se perpétuer 
d'une autre manière avec son époux et son fils, 'par 
un horrible événement ! 

Les corvettes sortirent des glaces le 1 er février, après 
avoir découvert une seconde terre, qui fut appelée 
Clarie 9 et en rapportèrent la presque certitude d'avoir 
surpris la position mystérieuse du pôle magnétique. 
Elles étaient de retour à Hobart-Town le 1 7 février. 

Le bruit des nouvelles découvertes de M. d'Urville se 
répandit rapidement par la presse anglaise dans toute 
l'Australie. Nos rivaux cherchèrent aies lui contester; 
mais efforts impuissants ! M. d'Urville est resté avant sa 
mort possesseur absolu et découvreur unique des 
terres Louis-Philippe , Adélie et Clarie. Les dernières 
découvertes de James Ross et de ses compagnons , 
parvenus ensuite jusqu'au 7 8° 4' de latitude sud, n'ont 
rien enlevé au mérite de celles du commandant de 
V Astrolabe. S'il a été moins heureux que ses succes- 
seurs, il n'a montré ni moins de lumières ni moins de 
résolution ; et lorsque le capitaine Ross publiera lui- 
même sa relation , il s'empressera sans doute de re- 
connaître les avantages qu'il a tirés de la découverte 
de la terre Adélie, en ce qu'elle lui indiquait en 
quelque sorte la' nécessité de se rapprocher du pôle 
austral, et d'aller chercher dans l'est une route qu'on 
savait, grâce aux découvertes de M. d'Urville, ne pas 
exister sous le méridien d'Hobarl-Town. 
Trente mois d'une navigation continue, des travaux 



( *°9 ' 
immenses d'hydrographie et de physique , deux car- 
gaisons de collections pour l'histoire naturelle , enfin 
les résultats de ceux du premier plan du voyage , ainsi 
que les rappelle une savante biographie de l'amiral 
d'Urville * publiée par son digne ami M. Isidore Le- 
brun , ne suffirent pas à cet illustre et intrépide marin 
pour reprendre la voie directe de l'Europe. Il quitta le 
mouillage d'Hobart-Town le 26 février, pour se diriger 
sur les Iles Auckland et en achever la reconnaissance 
encore incomplète. De là il fit roule pour la Nouvelle- 
Zélande, et y opéra le relèvement de toute la côte orien- 
tale de l'Ile du Sud. L'autre île, lka-Na-Mawi, et l'ar- 
chipel Loyally revirent ensuite l'Astrolabe, qui les 
avait explorés déjà en 1827. De la Nouvelle-Zé- 
lande on fit voile pour la Louisiade , dont la côte mé- 
ridionale fut suivie dans tous ses contours. Celte 
reconnaissance d'une étendue de deux cents lieues a 
appris que, contrairement à l'opinion reçue , la Loui- 
siade n'est point séparée de la Nouvelle-Guinée. 

Le 3i mai 1840, l'Astrolabe et la Zélée font roule à 
l'ouest, et franchissent audacieusemenl le dangereux 
détroit de Torrès. Le 12 juin, elles voguaient sur une 
mer libre et revenaient par Timor à l'Ile Bourbon. 
Enfin, le 6 novembre 1840, elles rentraient à Toulon, 
après une absence de trente-huit mois, ayant parcouru 
la moitié des mers qui couvrent le globe , traversé 
sept fois l'équateur , et pénétré à deux reprises sous le 
cercle polaire austral. Le 3i décembre, le ministre de 
la marine expédia le brevet de contre-amiral à M. d'Cr- 
ville, capitaine de vaisseau depuis onze années; les of- 
ficiers furent avancés d'un grade , les matelols d'une 
classe, et plusieurs décorations de la Légion d'Honneur 
furent distribuées. Ce ne fut qu'au printemps de 1841 

XX, AOUT. 3. 8 



( no J 
que l'amiral vint à Paris pour préparer la publication* 
de sa relation et recevoir de la Société de géographie 
sa grande médaille d'or, qui allait être aussi décernée, 
deux ans plus tard, au capitaine James Ross pour ses 
découvertes vers le 78* parallèle sud. L'infortuné Du- 
mont d'Urville aura ignoré cette justice accordée à son 
heureux émule, auquel il l'eût rendue avec empresse- 
ment lui-même , si la catastrophe du 8 mai 1843 ne 
l'eût enlevé à la science, au pays et à l'amitié. 

ÂLBBRT-MoifTBftfONT. 



Table des positions géographiques principales de la 
Russie , rédigée par M. Struve , directeur de l'obser- 
vatoire central de Poulkova* 

( Lu à l'Académie impériale des sciences de Pétersbourg, 

te 12 août i84^0 



La table des positions géographiques principales de 
la Russie, que nous allons reproduire, et qui est due 
aux savantes recherches de M. Struve , astronome , 
présente l'état adtuel de la géographie astronomique 
de l'empire moscovite. Ce travail authentique des posi- 
tions russes , établi d'après une critique approfondie 
de nombreuses autorités , nous semble d'un haut in- 
térêt pour la science, et nous pensons que nos lecteurs 
nous sauront gré de l'avoir reproduit. 

Obligé de faire un choix des points les plus impor- 
tants, M. Struve a admis dans sa table, 1* toutes les 
villes et les forteresses dont les positions exactes sont 
connues; *° plusieurs bourgs et villages importants, 



( ni) 
et des places frontières ; 3o les phares; 4° d'autres 
points essentiels pour la géographie , tels que les mon- 
tagnes, les embouchures de fleuves ou rivières, les pro- 
montoires ou caps, etc. Il déclare qu'il a tâché de 
baser les positions sur les meilleures autorités , et il a 
soin de les rappeler dans son mémoire. Il est glorieux 
pour la France de pouvoir dire que les premières 
bases de ces opérations scientifiques avaient été posées 
dès 1737 par un Français, Joseph de l'Ile , alors pre- 
mier astronome de Saint-Pétersbourg. > 

La table en question, et qui va suivre, contient 5o8 
lieux , dont 396 appartiennent à l'Europe, 90 à l'Asie, 
et 22 à l'Amérique. On voit par là que les fondements 
de la géographie quant à la Russie d'Europe sont déjà 
fort avancés. M. Struve indique, dans ses remarques 
préliminaires , ce qui reste à faire pour atteindre au 
degré désirable d'ensemble et de perfection. 

Dans l'orthographe des noms de lieux , il a tenu 
compte de la différence des alphabets, et remplacé 
les lettres russes par des lettres ou compositions de 
lettres françaises analogues. Les longitudes sont comp- 
tées du premier méridien russe, qui est supposé à 
20° à l'ouest de l'observatoire de Paris. 

A. M. 



( 11* ) 

POSITIONS CMÉOGRAVHIQUES S* RUSSIE. 



M)MS DBS LIEUX. 



Gouvernement 

ou 

Province. 



Latitude. Longitude. 



Abagaïtouïevsk , place frontière. 
Abo, ville, ci-devant observatoire. 
Ak-Boulak , fontaine de steppe. 



Akerman, ville, église sur la montagne. Bessarabie. 
Akbtyrkd , ville, éfelise de l'Interceàsion. Kbarkov. 



Irkoutsk. 49°34'38 ,/ 

Finlande. 60 26 58 

Steppe des Kirguises 47 1 5j 



Akmetchet , tour du cap occidental. 

Alaguèze , montagne , cime. 

Aloupka , village, pavillon. 

Anaklia, forteresse. 

Anapa , forteresse , église. 

A rabat, forteresse, bastion oriental. 

Ararat grand , mont , cime. 

Ararat petit, mont , cime. 

Ardatov sur l'Alatyr, ville , caibédr. de la 

Trinité. 
Arensburg, ville. 
ArkhangueUk, ville de Gouv. , cathéd. de 



46 11 5i 
5o 1 7 58 



Tauride. 

Grousino-ïmérétie. 
Tauride. 
Mingrélie. 
Circassie. 
Tauride. 

Grousino-lméiclie. 39 42 24 
— — 39 39 1 1 



45 3i a4 
4o3i36 
44 24 3o 
42 22 24 

44 54 24 

45 1753 



i35 
3v) 

7* 

48 

5* 

5o 

61 

5r 

5 9 
54 

53 

61 

62 



'29*21 

5 7 7 

2939 

1 28 

36 39 
21 56 

5i o 
43 36 

1 1 24 
58 32 

9 2 4 
57 3o 

4 12 



Simbirsk. 
Livonie. 



54 5o 49 
58 i5 10 



63 54 o 
4o 7 i5 



la Trinité. 
Astrakhan, ville de Gouv., cathédr. de 

l'Assomption. 
Atchouiev, bourg. 
Azov , bourg, église 
Baïat, village au pied de l'Ararat. 
Bakou, ville. 

Balaschev, ville, cathédr. de la Trinité. 
Baldjikansk , poste militaire. 
Balta, ville, marché. 
Bargouzio.sk, ville. 
Barnaoul , ville. 

Belev, ville, église de l'Intercession. 
Belgorod , ville, cathédr. de la Trinité. 
Belosaraïsky, ancien phare, 
rifle. 



Arkbanguclsk. 64 3a 8 58 1 3 32 



Astrakhan. 

Cabcasie. 

lékaterinoslav. 

Grousino-Imércli< 

Pr. Caspienne. 

Saratov. 

Irkoutsk. 

Podolie. 

Irkoutsk. 

Tomsk. 

Toula. 

Koursk. 

Iékaterinoslav. 

Bessarabie. 

Tobolsk. 

Amérique. 

Amérique. 

Caucasie. 

Voronèje. 



Bender, vi 
Berezov, ville* 
Bering , baie. 
Bering, cap. 
Beschtau, mont , cime. 
Bobrov , ville , cathédr. de la Trinité. 
Bogouslav, ville, cathédr. Ste Praskovie. Kiev. 
Bogoutchar, ville, église de la Trinité. Voronèje. 
B\lgar,ancienne ville, église dans les ruines Kazan. 
Bolkhov , ville , cathédr. de la Trinité. Ofél. 
Bolscheretsk , Ostrog, Kamtchatka. 

Borgo, ville. Finlande. 

Borissov, ville, cathédr. de la Résurrection. Minsk. 
Borovsk, ville, cathédr. de l'Annonciation. Ralouga. 
Bouinsk, ville , église de la Trinité. Simbirsk. 

Boukhtarminsk , ville, monticule Mokh- 

nataïa Sopka. Omsk. 

Bratslav, ville, église catholique. Podolie. 



46 20 53 

45 42 38 

47 648 

39 52 39 

40 21 20 

5i 33 14 

49 l 7 l5 
47 56 12 

53 36 45 

53 19 5i 

53 48 17 

50 35 42 

46 58 o 
46 5o 32 
63 55 59 
59 7 20 
65 o 3o 
44 6 5 
5i 538 
4g33 2 
49 56 2 

54 5g 2 

53 26 26 
52 54 3o 
60 24 16 

54 1446 

55 12 26 
54 5 7 53 

49 36 12 
48 49 26 



65 45 o 
55 27 i5 
5 ? 454 

62 10 4» 

67 3o 43 
60 49 8 

I27 5g 26 

47 1749 

127 2 6 4o 
101 36 4a 

53 5o 26 

54 17 18 

55 5 36 
47 16 o 
82 43 36 

.239 6 i3 
201 53 o 

60 4 I M 

5 7 43 44 

48 33 10 

58 i5 38 
66 44 24 

53 42 36 
1 74 3o o 

43 23 35 
46 10 14 

54 10 o 
65 58 17 

101 i3 3o 
46 37 12 



I "S ) 

Gouvernement 

ou 

Province. 



NOM8 DK8 LIEVJJf. Pr^FnrP LatltUile. Longitude. 



Bi es t-Litovsk. ville, couvent Franciscain. Grodno. 52° 4'54" 4» »8'4*" 

Briansk, ville, ég. delà nativité du Sauveur. Orél. 53 î4 ?3 5s 3 34 

Chamisso (fr) , île , cime. Amérique. 66 i3 1 1 ai5 53 4$ 

Chrislinestad, ville. Finlande. 62 16 9 38 57 5o 

Dagerort, phare. Estonie. 58 54 5g 3g 5î 3o 
Danube (fr), embouchure de Guéor- 

guievsk , pointe N.>-E. de l'île. Bessarabie. 44 53 44 47 >4 ^4 

Derbent, ville. Pr. Caspienne. 4 a 4 9 65 33 ai 

Disna , ville , église. Vil no. $5 34 >° 45 5a 33 

Dj a nguer, résidence du Djanp,uer-Khan. Astrakhan. 48 45 55 65 1 4 38 

Dmitrov, ville, cathédr. de l'Assomption. Moskva. 56 20 4 a 55 11 ai 

Dmitrovsk , cathédr. du Saint-Esprit. Orél. 5a 3o a4 5a 5o 28 
Dnestr-Liman , embouchure de Tsare- 

grad , cap méridional. Bessarabie. 46 4^° 48 9 49 

Bomesness , phare , le plus haut. Gourlande. 574539 4° *6 2a 

Dorogobouje, ville, ég. de l'Intercession. Smolensk. 54 55 1 5o 57 1 

Dorpat, ville, observatoire. Livonie. 53 aa 47 44 3 3 '5 

Doubno, ville, couvent des Bernardins. Vol y nie. 5o a 5 ia 43 a a 4' 

Douglas, cap. Amérique. 58 53 O aa4 48 36 

Drouia, ville, couvent des Bernardins. Vilno. 55 47 2 1 45 7 57 

Diinaburg, ville, cathédrale. Vitebsk. 55 43 4 44 9 ^7 

Diïnamtinde, forteresse, église. Livonie. 57 a 42 4 1 4 2 '9 

— , phare. — 57 3 37 4' 4 1 '6 

Ek-holm , phare. Estonie. 5p4< 8 43 27 35 

El borus, mont, cime orientale. Caucase. 43 21 o 60 647. 

— — , cime occidentale. — /païQi 60 6 7 

Saint Elie (fr), mont. Amérique. 60 17 35 236 4& 39 

Ernba, forteresse «urla rivière Emba.. Step. des Kirguises. 48 19 21 70 5 27. 

Enaré, village. Arkhanguelsk. 68 56 3o 44 55 4 5 
Est (fr), cap, le plus oriental du continent 

asiatique. P. des Tchouktchis. 66 6 o 2«<8i3 3o 

Fellin, ville, église. Livonie. 58 21 ^6 43 3 5 48, 

Feodosia, ville, milieu du marché» Taurtde. 45 1 25 53 3 54 

Friednchstadt, ville, église. Courlandc. 56 37 8 4* 44 57 

£agra, forteresse. Abkhazie. 43 > 8 o 57 49 18 

Gfatchina , ville, palais. Saint-Pétersbourg. 5g 23 5i 47 46 9 

rjatsk, ville, cathédr. de l'Annonciation. Smolensk. 55 33 30 5a 4° 10 

^lasenap, cap. Amérique. 55 i4 48 2i4 49 J 8- 

^loukhov, ville, cathédr. de la Trinité. Tchernigov. 5i 4° 3<J 5i 36 18 

^oldingen, ville, église lettonienne. Gourlande. 56 58 ao 39 38 29 

} or bitsa, forteresse. Irkoutsk. 53 6 6 1 ^6 47 44 

>ori, ville. Grousino-lmérétie. 4 1 57 56 61 2 1 27 

^orodetskoi, cap. Arkhanguelsk. 67 4 1 l 58 42.23 

^orodok , ville, église des Grecs unis Vitebsk. 55 27 34 47 4® 54 

*oumri, ville, quarantaine. Grousino-lmérétie. 4° 46 58 61 a6 3a 

rouriev, ville, centre de l'ancienne fort. Orenbourg. 47 6 38 69 38 ao 

?ourzouf, port, cordon. Tauride. 44 3i 56 5i 57 a 

p oussinoi- Nos, cap, cabane. Nova-Zemlia. 7310 o 69 4° ° 

rroville, cap. Amérique. 573430 125 53 3b 

Jribovaïa , baie, cap méridional. Nova-Zemlia. y3 5 o 71 1 o 



( "4) 

Gouvernement 

noms des lieux. Province, latitude. I<ongiiudt 

Grobin , ville , église. Goarlande. 56°3a' 1 6" 38*4<>'5i 

Grodno, ville de Gouv., cou v. des Dominic. Crodna. 53 4o 44 4 1 2 9 $7 

Gnélendjik, forteresse, milieu. Gircassie. 44 33 a4 55 43 35 

Guéorguievsk, ville, cathédrale. Caucasie. 44 8 5o 6l 96 

Guillaume (fr), île, milieu. Nova-Zemlia. j5 5i 30 76 34 ° 

Hang-ô-udd , phare. Finlande. 5g 45 58 4° ^7 3o 

Hasenpoth , ville , église catholique. Courlande. 56 43 a3 39 16 1 

llelsingfors , observatoire. Finlande. 60 9 4^ 4 a ^7 5 

Hermogène (fr) , Ue, pointe méridionale Amérique. 58 10 o 226 a3 3f> 

Hinchinbrook , cap. — 6oia3o 23 1 oa5 

Hogland, île, phare supérieur. Finlande. 60 5 4» 44 ^7 ° 

— — — inférieur. — 60 6 ao 44 37 19 

Iakoutsk , ville de Province. Iakoutsk. 6a 1 5o 1 47 a3 25 

Ialta , ville , église. Tauride. 44 3 9^ v 5i 5o53 

Iamburg, ville, cathédrale. Saint-Pétersbourg. 59 aa 39 46 1 5 1; 

lamyschevskaïa , forteresse , église. Tomsk. 5 1 5a Sj 95 1 35 : 

Iaransk, ville, église delà Glorification. Viaika. 6a 10 4 66 fàh 

Iaroslav , ville de Gouv. Jaroslav. Sy 37 33 57 5o 

Iéfrémov, ville, cathédr. de la Trinité. Toula. 53 8 la 55 48 5} 

Iégorlitsk, quarantaine, église St. Michel. Caucasie. 46 aa 8 58 29^ j 

lékaterinbourg, ville, cathé.Ste. Catherine. Perm. 56 5o 14 78 14 ai 

lékaterinoslav, ville de G.,ég. de la Triuit. Iékaterinoslav. 4& 27 5o 52 45 29 
Iékaterinskaia^gavaQ, port, pointe boréale 

nommée Podouschnik-Nos. Arkhanguelsk. 69x317 5i 73 

lélets, ville, ancienne cathé. de l'Assomp. Orél. 5a 37 a5 56 la 3 

Iélisawetgrad, ville, cathé. del'ASsomption. Kherson. 48 3o a3 49^7 J 

Iél oty kha , rivière, embouchure. lénisseisk. 61 39 5i 107 56 j5 

Iénikalé , forteresse, épars. Tauride. 45 3037 54 17 i3 

— , phare. — {5 s3 ta 5J 10 31 

lénisseisk, ville. lénisseisk. 58 27 17 109 56 1\ 

lénotaievsk, ville, centre. Astrakhan. 47 x 4 a 4 64 45 33 
Ievpatoriia , ville , église grecque au bord 

ae la mer. . Tauride. 45 1 1 44 5 1 1 fa 
Ilpinsky, cap. Kamtchatka. 094830 1 83 37 
Ioukanskïe , îles , baie de l'observation. Arkhanguelsk. 68 3 10 57143c 
Iourbourg, ville, église catholique. Kovno. 55 7 18 4° *6a" 
lourievets-Povolsky , ville, église de l'En- 
trée du S. Kostroma. 57 19 5 60473; 
Irkontsk., ville de Gouv. , gymnase? Irkoutsk. 531716 1 ai 555; 
Ischim, ville, église. Tobolsk. 56 5 5i 87 7 34 
Izioum , ville , cathédrale du Sauveur. Kharkov. 49 ! » 2 5 5459^ 
Izmaïl, ville, cathérale. Bessarabie. Àfi ao 3o 46 27 36 
St. Jacques , couvent sur l'Ararat. Grousino-Imérétie. 39 46 1 a 6a 1 30 
Jakobstadt , ville , église. Courlande. 56 39 47 43 3a i3 
Jélésinskaïa , forteresse, église. Tomsk. 53 3a 1 5 935818 
Jijeguînsk , île , tour. Arkhanguelsk. 65 1 2 o 54 3a i{ 
Jitomir, ville de Gouv., couvent des Ber- 
nardins, sur le marché. Volynie. 5o i5 36 46 30 21 
Radiak, 'île port St Paul. Amérique. 57 46 5o 335a6 3< 
Kaïnsk, ville, église. Tomsk. B5 26 5g 95 58 9 



( >i5) 



NOMS DES LIEUX. 



Gouvernement 

ou 

Province. 



Caiane, ville. Finlande. 

iCalgalakscha, village, embouch. de la riv. Arkhanguelsk. 
K.alouga, ville de Gouv.,égl. sur le marché. Kalouga. 
KLaménets-Podolsky, ville de Gouv., cou- 
vent des Trinitaires. Podolie. 
Kamtchat^koi, cap, pointe méridionale. Kamtchatka. 
Kamyschin., ville. Saratov. 
Kandalakscha , village , église sur le bord 

delà rivière. Arkhanguelsk. 

Kanine,cap. Arkhanguelsk. 

Kanontine , cap , cabanes. — 

Karatchev, ville, église de Notre-Dame de 

Kazan. Orél. 

TCarsoun , ville , cathédr. de TElévarion. Simbirsk. 
Kassimov, ville, cathédr. de l'Ascension. Riazan. 

Kazan , ville de Gouv., cathédr. au Rreml. Kazan. 
— — — observatoire. — 

Kazbek, mont , cime. Caucase. 

Kern, ville, cathédrale. Arkhanguelsk. 

Kerct , village , église. — 

Keretskoi, cap, croix sur le bout oriental. — 

Kertch, ville, église de la forteresse. Tauride. 

Kharkov,ville de Gouv., église St. Nicolas. Kharkov. 

Kheratsaiska, forteresse. Irkoutsk. 

Kherson, ville de Gouv., cathédr. de 



l'Assomption sur le marché. 
Khersonèse , phare. 
Kholm , ville, cathédrale. 
Kiev, ville de Gouv. , palais. 
Kildine, île , bout S. E. 
Kilia , bourg, cathédrale. 
Kinbourne, forteresse, épars. 
Kirensk, ville, 
Kirsanov , ville , cathédrale. 
Kislitsa , village sur le Danube, église. 
Kislovodsk , forteresse , milieu. . 
Kizliar, ville, église arménienne. 
Kline , ville. 

Klioutchevskaïa-Sopka , mont , cime. 
Kok-skar, île, phare. 
Kola, ville, cathédrale. 

Kolomna, ville, église de l'Assomption. Moskva. 
Konstantinogorsk , forteresse , milieu. Caucasie. 
Konstantinograd, ville, cathé. del'Annonc. Poltava. 
Koschkine , phare. Pétersbourg. 

Kostroma , ville de Gouv. , cathédr. de 

l'Assomption. Kostroma. 

KoudarinsK, forteresse. Irkoutsk. 

Koupiansk, ville, église de l'Intercession. Kharkov 



Kherson. 

Tauride. 

Pskov. 

Kiev. 

Arkhanguelsk. 

Bessarabie. 

Tauride. 

Irkoutsk. 

Tambov. 

Bessarabie. 

Caucasie. 

Caucasie. 

Moskva. 

Kamtchatka. 

Estonie. 

Laponie. 



Latitutle. Longitude. 



64°t3'3o" 
65 45 4 
54 3o 27 



45033' 3" 
5a 22 52 
53 56 57 



48 40 3o 44 i4 a5 
56 o o 180 37 o 
5o 5 6 63 4 « 



67 743 


5o 6 2 


68 3g 12 


61 13 


67 1 1 3o 


61 27 32 


53 725 


52 4o 48 


54 n45 


64 39 35 


54 56 11 


5q 3 3f 


55 47 5o 


664742 


55 47 23 




42 4* 3 


62 10 55 


64 56 33 


5s 18 58 


66 16 45 


5 1 1 2 3o 


66 1954 


57 26 9 


45 21 8 


54 9 i*5 


49 5 9 2 7 


53 56 45 


5o 28 53 


122 23 22 


46 3 7 38 


5o 17 »4 


44 33 45 


5i 2 57 


5 7 8 47 


48 5o 12 


5o a6 53 


48 i3 2i 


69 19 24 


Si 1 3i) 


45 a6 3 


46 55 34 


46 33 21 


49 ,a 9 


57 47 ° 


125 4*4^ 


52 39 6 


60 24 17 


45 24 1 


46 4i i3 


43 54 8 


60 23 5 1 


43 5i 4* 


64 22 6 


56 30 19 


54 27 5 1 


56 4 »8 


178 10 48 


59 4* 


42 41 19 


68 5a 48 


5o 4° ! 7 


55 6 20 


56 25 56 


44 2 32 


60 4^ 1 


40 22 20 


53 9 26 


59 59 27 


48 45 28 


5 7 45 5a 


58 36 2 


5o 1 2 3o 


124 57 20 


49 4^ 52 


55 19 i5 



( MO) 

Gouvernement 

von» des lieux. Province. latitude. Longitwi; 

Koursk , ville de Gonv. , couvent de la 

Sainte Vierge. Koursk. 5io43'4i" 53°54'n 

Koazmischtchev , cap. Kamtchatka. 59 5 o 18059 

Kovel, ville, marché. Volynie. 5i la 5j 4 2 2 o3: 

Kovno y ville de Gouv. , hôtel-de-ville. Kovno. 54 53 55 4 1 33 4: 

Kozelets, ville, ég. de la Naliv. delà S. V. Tchernigpv. 5o 54 38 48 47 36 

Kozlov* ville, église de l'Assomption. Tambov. 5a 53 19 58u5o 

Kozmodemiansk , ville. Kazan. 56 20 45 64 1 5 ij 

Krasnoïarsk , ville de Gouv. • Iénisseisk. 56 1 2 no 33 2: 

Krasnoïe-Sélo, ville, église. Pe'tershourg. 59 44 ° 47 44 5«i 

Kréménets, ville, couvent des Basilie ns. Volynie. 5o 5 4 1 43ai5j 

Krémentchoug, ville, église du Sauveur. Poltava. 49 4 4 5i 5 56 

Kreutzburg , bourg , église. Vitebsk. 56 3o 49 4^ 3î 19 

Kronotskaïa-Sopka , mont. Kamtchatka. 54 45 o 178170 

Kronotzkoi , cap. — 54 54 o 1 79 53 
Kronstadt, ville, observatoire du corps 

des pilotes. Pétersbourg. Sg 5$ 2 1 47 a5 3o 

Kyguyvine , cap. Amérique. 64 46 o ao5 43 

Laïschev , ville. Kasan. 55 23 5o 671336 

Lapaminsk, port, corps-de-garde. Arkhanguelsk. 64 4^52 58 1020 
St. Laurent (fr) , baie , écueils (knouku) 

à l'entrée orientale. P. des Tchouktchis. 65 37 5o 206 56 3o 

Lemsal, ville, église. Livonie. 57 3o 58 4 2 3a 5i 

Lenkoran, ville. Pr. Caspienne. 38 43 5o 66 27 i5 

Lépel, ville. Vitebsk. 54 53 9 46 21 iq 

Lgov, ville, église Notre-Dame. Koursk. 5l 4 1 l 9 5a 5916 

Libau, ville, nouvelle église protestante. Courlande. 56 3o 47 38 4<> 5 

Lida, ville, couvent des Carmélites. Vilno. 53 53 17 4 2 5? 36 

Linglingaï, mont. P. des Tchouktchis. 65 36 3o 199 33 

Liouisin,ville, cgi. en bois sur la montagne. Vitebsk. 56 32 53 45 23 a3 

Ltpetsk, ville, cathédrale. Tambov. 52 36 4' Sy i5 r 

Lopatka,cap. Kamtchatka. 5i o i5 1742230 

Loubny, ville, cathédrale. Poltava. 5o o 53 5o 41 5q 

Louga, ville, église. Pétersbourg. 58 44 4 47 3oXj 

Loutsk, ville , couvent de la Trinité. * Volynie., 5o 44 ^O 4a 5y 5j 

Lovisa , ville. Finlande. 60 27 25 4<3 56 i 
Makariev, ville sur le Volga, cathédrale 

de Notre-Dame de Kazan. Nîjn y-Novgorod. 56 5 8 6? 44 5- 
Makhno vka, ville, égl.cath. St.Népomouc. Kiek. 49 43 20 4621 7 
Mamadysch, ville. Kazan. 55 43 3 1 69 5 18 
Manzansky, poste militaire. Irkoutsk. 49 25 55 126343* 
Marioupol , village, église St. Charlame. Iékaterinoslav. 47 5 21 55 i5 6 
Matotchkin-Schar, embouchure de la ri- 
vière Matotchka. Nova-Zemlia. j3 i% 5o 71 4016 
Matotchkin-Schar, çap Baranius. — 731933 72 o 36 
Méjetchken , cap. P. des Tchouktchis. 65 28 4o 199 3 
Mertens , cap. — 64 33 1 5 an5 20 
Méschtchovsk, ville, cath.de l'Annonciat. Kalouga. 54 1923 5a 58 31 
Mécène, yille, cathédrale. Arkhanguelsk. 6$ 5o 18 61 56 13 



( '»7 ) 



NOMS DES L1EEX. 



Gouvernement 

ou 

Province. 



Latitude* Longitude. 



Mglrn, ville, cathédr. de la Résurrection. Tchernigov. 
Minsk, ville de Gouv., hôtel-de-ville. Minsk. 

Mitau, ville de Gouv., observatoire du 

gymnase. Courlande. 

Moguilev, ville de G., collr'ge des Jésuites. Moguilev. 
— sur le Dnestr, ville , église catho- 
lique sur le marché. 
Mogoïtouievsk, poste- militaire. 
Mojaïsk, cathédr. St. Nicolas. 
Morjovets, île, bout N. Ou. 
Morschansk , ville, cathédrale. 
Moscou (fr), capitale % observatpire. 
Mozdok , ville , caihér. du St. Esprit. 
Mozyr , ville , hôtel-de-ville. 



Podolie. 

Irkoutsk. 

Moskva. 

Arkhanguelsk. 

Tambov. 

Moskva. 

Caucasie. 

Minsk. 



Mtsensk, ville, église sur le Marché Bouge. Orél. 
Mulgrave, poit. 
Nargen , phare. 
Narva, ville , hôtel-de-ville. 
Nassau, cap. 
Navarine, cap. 
Néegtchan, cap. 

Néjine, ville , eathédr. St. Nicolas. 
Nertchinsk, villa. 
— mine. 

Neuschlott , ville. 
Névél, ville, cathédrale. 
Newnham, cap. 

Nijne-Déwilsk , ville, cath. St. Michel. 
Nijne-Kolymsk , ville. 
Nijne-Oucliusk, ville. 
Nijny-Novgorod , ville de Gouv., catbécb 

de la Glorification. Nijny-Novgorod. 

Nikolaïev *ville , observatoire. Rheison. 

Novaïa-Ladoga, ville, cathéd. St. Nicolas, l'étersbourg. 
Novgorod,vilie de Gouv., cath. Ste. Sophie. Novgorod. 
Novgorod-Séversky, ville, cathéd. de l'As-, 

somption. Tchernigov. 

Novo-Arkhanguelsk, forteresse sur l'île 

de Sitka , église. Amérique. 

Novodvinskaïa, forteresse, épars. Arkhanguelsk. 

Novograd-Volynsk, ville, église St. Joseph. Volynie. 
Novorjev , ville , église. Pskov. 

Novossil, ville , église de l'Assomption. Toula. 
Novo-Tcherkask, ville de Province , église 



Amérique. 

Estonie. 

Pétcrsbourg. 

Nova-Zenilia. 

P. des Tchouklchis. 

Tchernigov. 
Irkoutsk. 

Finlande. 

Vitebsk. 

Amérique. 

Voronéje. 

Iakoutsk. 

Irkoutsk. 



53° 3'5o" 
53 54 9 

56 3 9 5 
53 53 49 

48 26 36 

5o 21 21 

55 3o3i 
66 45 27 
53 26 32 

55 45 ai 
43 43 5t 

52 3 12 

53 16 53 
59 34 20 
59 36 22 
59 22 46 
76 33 o 
62 16 o 
64 55 3o 
5i 248 
5i 55 34 
5i 1837 
61 52 7 

56 1 3 
58 42 o 
5i 3a 54 
68 3i 53 

54 55 22 



56 1940 
46 58 21 
60 639 
58 3 1 23 



5o»3o'34" 

45 i348 

4 1 23 36 

48 o o 

4527 6. 
i3i 39 20 

53 4 » o 

60 7 55- 
59 29 5* 

55 i3 44 
62 21 20 

46 55 43 

54 16 o 
237 57 39 

42 1040 

45 5i 35 
80 3 7 i5 

19S 44 3o 

2o5 22 3o 

49 35 10 

l34 13 21 

137 16 6 

46 38 3o 

47 34 47 
2.5 i5 36 

56 4 * 
178 36 11 
116 41 32 

61 4o34 
49 38 24 

49% 4 

48 56 ia 



52 o 46 5o 56 1 



St. Nicolas. 
Novo-Tsouroukhaïtouïevsk , forteresse. 
Nykhta, cap. 
Obdorsk , bourg. 
Oboï;<n , ville , cathédrale. 
Odensholm , phare. 



P, des Cos. du Don. 

Irkoutsk. 

Amérique. 

Tobolsk. 

Koursk. 

Estonie. 



57 2 52 

64 4 1 5o 
5o 35 39 

57 2 18 
52 58 16 

47 24 35 
5o 23 21 

65 33 3o 

66 3i 7 
5i 12 3i 
59 18 19 



242 10 3o 
58 8 o 

45 182a» 

46 59 3» 

54 44 >9 

57 45 4 ^ 

i36 4> 57 

209 4<> 4^ 

84 21 3r 

53 58 23 

4i i35 



( "8 ) 

Gouvernement 

ou 

Province. 



nous dbs lieux. «i Latitude. Longitude, 



Odessa , ville , cathédrale. Rberson. b6°2g' 6" 

— phare. — ifi 2% 49 
Okhotsk , ville Je Province. Okhotsk, Sg ao io 
Olioutorsk , cap. Kamtchatka. 59 58 o 
OHooets , ville , cathédrale. Qonets. 6o 58 5a 
Olviopol, ville, marché. Kherson. 4& 3 & 
Omsk, ville, tour de la maison de police. Tobolsk. 54 58 55 
Onega , ville , église St. Michel. Arkhanguelsk. 63 53 36 
Opotckha , ville , cathédrale. Pskov. 56 4a 5 1 
Oranienbaum , ville , palais. Pétersbouig. 59 54 57 
Orél, ville de Gouv., église sur le marché. Orél. 5a 5y 58 
Orenbourg, ville , église du bazar. Orenbourg. 5i 45 3 1 
Orrengrund , phare. » Finlande. 6q 16 35 
Orscha , ville , collège des Jésuites. Moguilev. 54 3o aa 
Orskaïa, forteresse, église en pierres. Orenbourg. 5i 12 19 
Oschmiany, ville , église catholique. Vilno. 54 a5 a4 
Ostaschkov, ville. Tver. 57 9 4° 
Ostrog , ville , couvent des Carmélites. Vol y nie. 5o 19 4 1 
Ostrogojsk , ville, cathédrale. Voronèje. 5o 5i 27 
Ostrov, ville. Pskov. 57 ao 3o 
Oichakov , ville , église. Kherson. 4^ 36 3i 
Oufa , ville de Gouv. , cathéd. de Notre- 
Dame de Smolensk. Orenbourg. 54 4 3 34 
Ouman , ville , couvent des Basiliens. Kiev. 4& 44 53 
Oukinskoi, cap, montagne éminente. Kamtchatka. 5n 54 o 
Ounalaschka , île, port III oulouk. Amérique. 53 5a a5 
Ounimak, île , bout S. E. — 54 3o o 
Ouralsk, ville, église de Notre-Dame de 

Kazan. Orenbourg. 5i 1 1 a3 
Oust-Kaménogorsk, ville, église. Tomsk. 49 56 48 
Ooust-Labinskaïa , forteresse , milieu. Caucasie. 45 ta 38 
Oust-Strétensk , poste militaire. Irkoutsk. 53 1943 
Oust-Syssolsk, ville, cathéd. de la Trinité. Vologda. 61 40 9 
Ouvroutch , ville, couvent des Brésiliens. Volynie. 5i 19 7 
Ozernaïa , forteresse. Orenbourg. 5 1 35 59 
Ozernoi , cap. Kamtchatka. 57 38 o 
Pavlograd, ville, cathédrale. Iékaterinoslav. 4& 3i 57 
pavlovsk , ville , palais. Pétersbourg. 5$ 4 ' 9 
— sur le Don, cathédr. de Notre- 
Dame de Kazan. Voronèje. 5o 27 33 57 47 49 
Penza , ville de Gouv. , nouvelle cathéd. Penza. 53 1 1 o 6a 4 • 33 
Péréïaslav, ville , église du couvent de 

1 Y Ascension. Poltava. 5o 4 >9 49 9 11 

Pérékop, ville, porte en pierre des remparts Tauride. 46 8 43 5i ai 39 

Péraslav-Zalésky, ville, cathé. du Sauveur. Vladimir. 56 44 9 56 3 1 8 

Per m, ville de Gouv. Perm. 58 1 i3 74 6 i5 

Pernau , ville , église allemande. Livonie. 58 a3 6 4 3 9 58 

Péterhof , ville, église. Pétersbouig. 5g 53 i5 47 ^a 56 

|5t. Pétersbourg (fr), capitale, observatoire 

de l'Académie des sciences. — 59 56 3 1 47 57 57 



48 a4'î;' 


4« 


2537 


160 53 3o 


188 


8 


5o 


39 12 


48 


3i 10 


9» 


444 


55 


4854 


46 


19 8 


47 


a45i 


53 


4629 


7 2 


46.4 


44 


6 55 


48 


5 ai 


7 6 


11 54 


43 


36 11 


5o 5a 6 


44 


10 28 


56 


4 7 8 


46 


°47 


49 


i3 10 


73 39 14 


47 54 9 


180 3a 


an 


7 36 


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9 36 


69 


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100 


1818 


57 


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ao5i 


68 3â 33 


46 


a 7 45 


7» 


3i59 


180 


54 


53 


34ia 


48 


6 5o 



( "9) 

Gouvernement 

KOM8 des meux. Province. l<atttwJe. Longitude. 

St. Pétersbourg, observât, de l'état-major. — 59°56'i6" 47°58'38" 
— observatoire du corps des 

cadet» marins. — 59 56 6 47^627 

Pétropavlovsk, ville. Tobolsk. 54 5a 32 86 37 10 

Pétrop.»vlovsky , port , église, Kamtchatka. 53 059 1761956 

Pétrovsk, ville, cathéd. S. Pierre et Paul. Sar.itov. 5a 18 53 63 4 a 

Pétrovskaïa, forteresse, partie méridionale Iékaterinoslav. 46 48 54 54 35 3n 

Petrozavodsk, ville de G., égl. du St Esprit. Olonets. 61 47 2 4 52 4 8 

Piatigorsk, ville, eaux d'Alexandre Caucasie. 44 2 $9 60 44 4^- 

Pi 11 c'y a , ville, cathéd. de la Trinité. Arkhanguelsk. 64 4 1 47 61 6 24 

Pinsk, ville, couvent sur le marché. Minsk. 52 6 36 43 46 3o 

Piriatitie,'ville,caih. delaNativ. delaS. V. Poltava. 5o i4 4^ ^o I2 47 

Pitsounda , bourg , église. Abkhasic. 43 9 i° 57 55 4 2 

Pokrov, ville, cathéd. de Notre-Dame. Vladimir. 55 55 o 56 5i 4° 

Polangen, bourg, église catholique. Courlande. 55 55 9 38 44 ° 

Polotsk , ville , collège des Jésuites. Vitebsk. ' 55 29 16 4^ s5 a3. 

Pohava,ville de G., églisede la Purification. Poltava. 49 35 4 521622 

Ponoï, village. Arkhanguelsk. 67 4 3o 58 47 9 

Poretchie , ville , cathédrale. Smolrnsk. 55 1 5 55 ^g\oi^ 

Porkala-udd , phare. Finlande. 595610 4 a 3 a5 

Porkhov, ville, cathédrale. Pskov. 57 4548 47 i3 12 

Possolsky, couvent. Irkoutsk. 52 19 1 23 57 4 

Poti,malaïa, c'est-à-dire petite, forteresse. Grousino-Iméiélie. 4 a 816 591735 

Poulkova , observatoire central. Pétersbourg. £9 46 19 47 59 1 5 

Povorotnoï, cap. Kamtchatka. 52 23 25 1762825 

Presnogorkovsk , forteresse. Tobolsk. 542936 83 19 18 

Proujany, ville, église sur le marché. Grodno. 52 33a4 4 a "4° 

Pskov, ville de Gou v., cathéd. de la Trinité. Pskou. 57 49 *$ 45 5927 

Radomysl , ville , église des Grecs nnis. Kieu. 5o 3o 26 4° 54 57 

Rappin , village , église protestante. Livonie. 58 5 57 45 7 7 

ltaumo , ville. Finlande. 6t 8 o 39 6 5o 

Redoute-K aie, forteresse, milieu. Mingrélie. 4 a 1624 59 i5 45 

lléïni , ville, église grecque. Bessarabie. \$ 2657 45 55 12 

Réjitsa , ville , église. Vitebsk. 56 29 59 44 ^9 ***9 

Ren-skar, île , phare. Finlande. 595528 42 1 7 

Resal , ville de Gouv., église St. Olaus. Estonie. 59 26 35 4* 3 4 ^° 

Riajsk , ville , église de l'Intercession. Riasan. 53 4? 3l 57 44 * * 

Riasau, ville dé Gouv., cathédrale. — 54 38 9 572416, 

Riga, ville de Gouv., église du Dôme. Livonie. 56 57 o 4 1 4^ '3 

Rodney 9 cap. Amérique. 64 4^ ,2 2jf 22 12 

Rogatchev, ville, centre du marché. Moguilev. 53 44 ai 47 43 2a 

Romy, ville , cathéd. du St. Esprit, Poltava. 5o 44 5° 5i 10 4^' 

Rossiény, ville, couvent des Carmélites. Kovno. 55 22 49 4° 44 4? 

Rot-skar, ile, phare. Finlande. 5g^58 9 44 ao a 3 - 

Roumiantsov, cap. Amérique. 61 5a ° 211 12 o 

Rouskoïe-Oustie, village sur l'indiguirka. Iakoutsk* 71 o >9 167 10 3a 

Samara , ville sur le Dnepr. Iékaterinoslav. 48 29 35 53 00 

— ville. Simbirsk. 53 lo t? 67 44 ^ 2 

Saramk , ville. Penza. 54 io57 626257 

Saratov, ville de Gouv. , ancienne cathéd. Saratov. 5i 3i 34 63 44 '^ 



( 120 ) 

Gouvernement 

ou 

Province. 



KOMS DES LIEUX. Pr»v?niv> Latitude. Lotlgitudt. 



Sarytchev, mont. Iles Kouriles. 48° 6' o" i70°5a ; 6 
Scbhatsk, ville, église de la Trinité. Tambov. 54 i 7 5g ?3 43 
Srhavli , ville , église catholique. Vilno. 55 56 o 4° 58 56 
Schenkoursk, ville, cath. de 1 Annonciat. Arkhanguelsk. 62 5 48 60 35 26 
Schilkinsk, raine. Irkouist. 5a 35 1 5 i36 qo55 
Schipounskoi , cap. Kamtchatka. 53 6 o 1 77 3o i5 
Schiveloutch , mont, cime. — 56 4<>3a 178 £627 
Schlock, ville, église. Livonie. 56 56 44 4i 17 !I 
Schliisselburg, viHe , cathédrale. Pétersbourg. 59 56 39 48 4 ! ^ 
Schoulbinsk, poste militaire, Tomsk. 5o a3 7 98 54 ^ 
Sébèje, ville, église de la Nativité. Vitebsk. 56i6 4? 4*> 9 55 
Sélénguinsk, ville. Irfcoutsk. 5i 6 6 124 18 6 
Sémiiarsk , poste militaire, église. Tomsk. So 53 i3 95 5g 58 
Sémipalatinsk, ville, église de la forteresse. — 5oa4^3 97 55 33 
Sénguilei, ville, cour de justice. Simbirsk. 53 57 55 66 3o 54 
Séniavine, cap. Amérique. 56 a3 42 217 37 i# 
Serguiievsk, bourg. Orenbourg. 53 56 43 68 5o au 
Seqioukhof , ville, nouveau marché. Moskva. 54 54 55 55 5 59 
Ses-skar, île , phare. Finlande. 60 a 7 fS 1 24 
Sevastopol, ville, église St. Pierre et Paul, Tauride. 44 36 aa 5i 1 1 o 
Sevsk, ville, cathéd. de l'Assomption. Orél. 5a 93a 5a 1 1 3a 
Simbirsk , ville de Gouv. , église de l'As- 
cension près du bava r. Simbirsk. 54 18 49 S6 5 10 
•Sirnferopol, ville de Gouv. , cathéd. Tauride. 44 56 5g 5i 46 8 
Skvira, ville, cathéd. de l'Assomption. Kiev. 49 43 59 47 2 1 8 
Slavianosserbsk, ville, égl. St. Pierre et Paul lékaterinoslav. 48 35 3a 5y o 5o 
Slonim, ville, couvent des Bernardins. Grodncu 53 5 18 42 58 5 
Smolensk, ville de Gouv., cathéd. de 

l'Assomption. Smojensk. 54 47 l & 49 43 5 

Solovetsk , île, cathéd. du couvent. Arkhanguelsk. 65 1 aa 53 a4 35 

Solvytchegodsk, ville, égl. de l'Intercession Vologda. 61 1944 ^4^7 1 

Sommera, île, phare. Finlande, 6oiaa5 45 18 8 

Sosnitsa, ville, église de la Ste. Croix. Tchernigov. 5i 3i aa 5o 10 56 

Sosnovets, île , tour. Arkhanguelsk. 662920 58 23 3 

Soudak, bourg. Tauride. 44 5o 18 5a 38 f 

Soukhoum-Kafé, forteresse, milieu. AbkhasLe. 4 2 5g 18 58 3939 

Souliné, embouch. du Danube, phare. Bessarabie. 45 9 >5 47 2 °3o 

Spanberg, cap. P. des Tchoutkchis. 64 4 2 3o 2o3 8 o 

Spask, ville. Kazan. 55 2 49 67 3 3 

Spencer, cap. Amérique. 65 16 4 a aïo 5a 12 
Sredniki , bourg , église catholique sur le 

marché. Kovno. 55 443 41 219 

Staraïa-Ladoga, ville, église'St. Jean. Pétersbourg. 60 o 24 49 $7 21 

Staraïa-Roussa , ville, cathédrale. Novgorod. 57 5p, i5 49 o 53 

Sxarobelsk, ville, cath. de l'Intercession. Kharkov 49 16 58 56 35 47 

Staroboud, ville, église delà Nativité» Tchernigoy. 5a 35 12 5o a5 17 

Staroï-Oskol, ville, église de Notre-Dame. Koursks 5 1 1 7 5o 55 3 1 5o 

£tarokonstantinov, ville, couvent des Do- Volynie. 49 45 2I 44 ^2 3o 

minicains. 

ftlavropo), ville de Province, cathédrale. Caucasie. 4^ 3 9 9? 39 i 



( l«i ) 

Gouvernement 

m>ms dks m eux. Province Latitude. Longitude. 

tavropol, ville. Siinbirsk. 53°a7'56 // 67 2*22" 

tolbovoï, cap. Kamtchatka. 56 40 3o 181 1 o 

torvnoï, phare, premier. Tauride. 44 $7 10 5i 1 4 ^5 

— — second. — 44 ^7 1 5i 1721 

t.élna , ville , palais. Pétersbourg. 595114 47 4^ ll 

t ré tensk, ville. Irkoutsk. 52 1 4 47 *35 19 7 

urop , phare. Estonie. 59 27 55 4 2 2 45 

walferort, phare. Livonie. 57 5435 3g 44 *>i 

Weaborg, forteresse, épars sur Gustafs- 

svards ô. Finlande. 60 8 23 4 2 $9 '4 
iyzran, église de l'Assomption. Simbirsk. 53 912 66 8 4 l 
l^ganrog, ville, église St. Michel. Iékaterinoslav. 47 12 i3 56 35 57 
L'akil, cap, phare. Tauride. 45 5 54 54 7 4 
fa mari , bonrg, église au bord de la mer. Caucasie. 45 1 2 58 54 23 47 
fâmbov, ville deGd'uv., couvent de Notre- 
Dame de Kazan. Tambov. 52 43 1 2 59 8 54 
l'ara , ville, église St. Nicolas. Tobolsk. 56 54 52 92 3 37 
Fa rkhankout, phare. Tauride. 45 20 42 5o 9 o 
Tawastehus, ville. Finlande. 61 018 4 a f o 47 
Tohapline , cap. P. des Tchouktchis. 64 24 3o 2o5 26 o 
Tchatyrdag, mont, ciine occidentale. Tauride. 44 44 ° 5i 57 6 
Tcheboksary, ville. Kazan. 56 857 645628 
Tt-heliaba, ville , cathéd. de la Nativité Orenbourg, 55 10 21 79 2 53 
Ti-hembar, ville cath d. St. Nicolas. Penza. 52 58 2 61 6 37 
Tchcrepovets, ville, cathéd. de la Ré sur- 59 718 55 36 5 

recfion. Novgorod. 

Tcheikassy , ville, cathédrale. Kiev. 49 26 57 49 4*> l ^ 

Tcbemigov, ville de Gouv., cathédrale. Tchernigov. 5i 2925 48 % 23 

Tchornoï-Iar , ville. Astrakhan. 4^ 4 i3 63 53 4° 

Trhindant, forteresse. Irkoutsk. 5o 34 o i33 10 45 

HYhirikov, île. Amérique. 55 49 O 222 32 36 

Tc-histopol, ville. Kazan. 55 22 36 j68 19 54 

Tchitansk, forteresse. Irkoutsk. 52 117 i3i 537 

Tthoukotskoï, cap joujnoi, c'est-à-dire 

méridional P. des Tchouktehis. 64 16 o 204 4o ° 

Telschi , ville , église catholique. Vilno. 5559 7 39 55 28 

Tendrovsky, phare sur le bout N. de l'île. Tauride. 4^ 19 17 49 If 8 

Tétmuschi, ville. Kazan. 54 56 45 66 32 6 

Thaddée, (fr), cap. P. des Tchouktchis. 62 42 o 19718 o 

Tïflils, ville de Gouv. , jardin du couver* 

neur général. Grousino-Imérétie. 4 1 4 1 4 62 3o 16 

Tigilskaïa , forteresse. Kamtchatka. 57 45 55 176 16 o 

Tioukalinsk, ville. Tobolsk. 55 5a 4 1 895248 

Tiiaspol, vile, cathédrale. Kersun. 46 5o 7 47 '7 3o 

Tobolsk , ville de Gouv. Tobolsk. 58 1222 85 56 4 

Tolboukhin, phare. Pétersbourg. 60 2 33 47 I311 

Tomsk, ville deGouv. Tomsk. 562939 102 4936 

Toiak, ville. Tver. 57 29 52 43 o 

Toi nea , ville. Finlande. 65 5o 5o 4 1 53 3o 

Toropets , ville , cathédrale. Pskov. 562925 49 18 i5 



( lit ) 

Gouvernement 
fcous Dto lieux. Province. 

Totrna, ville, église de l'Apparition. Vologda. 

Toula , ville de Gouv, , cathéd. de l' As- 
somption. Toula . 

Tpunkinskaïa, forteresse. Irkoutsk. 

Tourkinsk , eau. — 

Touroukhans, ville. Iénisseisk. 

Toutchkov , ville , église. Bessarabie. 

Troïtskaïa, forteresse, catfaéd. de la Tri- 
nité. Orenbourg. 

Troïtskossavsk , forteresse. Irkousk. 

Troki , ville , église des Bernardins. Vilno. 

Tsalka , forteresse. Transeaircasie. 

Tsarkoïe-Sélo, ville, église du palais. Pétersbourg. 

Tsaritsyn , ville , cath. de l'Intercession. Saratov. 

Tuckum, ville, église. Coui lande. 

Tver, ville de Gouv. Tver. 

Uniba , bourg. Arkhanguelsk, 

Ut-ô , île , phare. Finlande. 

Uts-jocki, village. Arkhanguelsk. 

Valouiki , ville , cath. de Notre-Dame. Voronèje. 

Varsovie (fr) , capitale , observatoire. Roy- de Pologne. 

Varzoukha , rivière , village Kousomèn. Arkhanguelsk. 

Yélije , ville , église St. Elic. Vitebsk. 

Vélikie-Louki, ville , cathédrale. Pskov. 

Verkhne-oudinsk, ville. Irkoutsk. 

Verkho-ouralsk, ville, église de 1* Appari- 
tion. Orenbourg. 

Viazma , ville , cath. de la Trinité Smolensk. 

Viazniki, ville, cathéd. de Notre-Dame 

de Kazan. Vladimir. 

Vikoulova , bourg , église. Tobolsk. 

Vileika , ville , église St. George. Vilno 

Vilkomir, ville , égl. catbol. St. Pierre. Kovno. 

Vilkovo , village sur le Danube , église. Bessarabie. 

Vilno , ville de Gouv. , observatoire. Vilno. 

Vinnitsa, ville, couvent des Dominicains. Podolie. 

Vitebsk, ville de Gouv., collège des Jé- 
suites. Vitebsk. 

Vladimir, ville de Gouv. , cathédrale. Vladimir. 

— ville, église des Capucins. Volynie. 

Volkovysk, ville, église du faubourg. Grodno. 

Vologda, ville de Gouv., cath. de l'As- 
somption. Vologda. 59i3 35 5y33î3 

Volsk, ville sur le Volga, centre du 

marché. Saratov. 5a a 9 65 436 

Voronèje, ville de Gouv., cath. St. Mi- 

trofau. Voronèje. 5i39a3 56 5 1 44 

Voronov, cap, bord boréal. Arkhanguelsk. 60 3i 4 5o 5o 38 

Vyschny-Volotchok, ville, cathédrale delà 

Résurrection. Tver. 57 35 1 a 5aao45 



Latitude. 


Longitude 


59°58'ia" 


6o°a6'i; 


54 1 1 45 


55 16 h 


5i 45 5 


118 29 5 


5a 56 46 


126 33; 


65 54 56 


1 o5 1 7 5o 


45 ao 36 


46 29 ; 


54 43t 


79 la5 9 


5o ao 57 


1 24 a4 1 


54 38 17 


4a 36 25 


4i 36 a3 


61 4336 


5943 a 


48 3 3. 


48 41 5 9 


62 1 2 4 n 


56 58 1 


4° 49 2I 


56 5c 44 


53 37 8 


66 44 3o 


5i 5a 4^ 


59 46 27 


39 x i5 


69 5i 3© 


45 16 i5 


5o ia34 


55 48 38 


5a i3 5 


38 41 5i 


66 1745 


54 34 ; 


55 36 35 


48 5i î8 


56 ao3i 


48 10 10 


5i 4943 


ia5 24^' 


53 5a 34 


76 5i 26 


55 1341 


5i 57 4 


56 1447 


09 5o n 


56 4918 


88 1451 


54 29 43 


44 35 a; 


55 i5 ai 


4a 26 4 


45 a4 i3 


47 i544 


54 4 1 


42 57 36 


49 '4 4 


46 72; 


55 1 1 35 


47 5a 22 


56 738 


58 456 


5o 5i 


4 1 57 5o 


53 9 35 


4a 7 54 



{ i*3 ) 

Gouvernement 

ou 

Province. 



noms des lieux. Pmvhw Latitude. Longitude. 



V^ttgra, ville, cath. delà Résurrection. Olonest. 6i° o'a5" 54° 8'54" 

Walk, village, église. Livonie. 57 464° 43 4 2 4^ 

Wasa, ville. Finlande* 63 4 2 ° 392010 

Wenden , ville , église. Livouie. 571846 4 2 56 17 

WeiTO , ville, église. — 57 5i 5 44 4° 35 

"Wesenberg , ville , église. Estonie. 59 2 1 3 44 2 2 4 

"VViborg, ville. Finlande. 60 42 4 a 4^ a ^ 5o 

"Windau , ville , église. Courlande. 57 23 5>2 89 1 3 40 

"Wolmar, ville, église. Livonie. 573221 43 5 33 

T^siporojskaïa-Sétcha , bourg. Iékaterinoslav. 47 3 1 35 5 2 2 3o 

a^méïnogorsk,mme. Tômsk. 5f 918 995955 



( «>4 ) 

ILE DK CUBA, 
tableau de là population des villes et bourgs de cette île en 1842 



Une commission nommée par le capitaine général 
de File de Cuba pour le recensement de la popula- 
tion, a dressé , en 184*» un tableau comprenant les 
villes et bourgs de cette île, avec le nombre des habi- 
tants de chacune d'elles. Les personnes qui s'occupent 
de géographie et particulièrement de statistique nous 
sauront gré de la communication de ce travail, publié 
en espagnol, et qui manquait depuis 1827, année où pa* 
rut un premier recensement, lequel, malgré ses imper- 
fections , servit alors de point de départ h l'administra- 
tion locale. Le nouveau travail que nous publions sem- 
ble, d'après le jugement de M. Francis Lavallée , qui a 
longtemps exercé dans l'Ile les fonctions de consul, et 
qui nous a remis ce document, devoir être considéré 
comme le plus exact et comme digne de figurer dans 
les ouvrages spéciaux. 

La susdite commission , dans son travail , a men- 
tionné pour l'Ile entière, 12 villes, 11 bourgs, 108 vil- 
lages et 1 54 hameaux , répartis ainsi qu'il suit, pour 
les trois départements qu'elle renferme, savoir : 



Départements. 


Villes. 


Buuigs. 


Villages. 


Hameaux. 


tement occidental. 


6 


3 


73 


35 


— central. 


3 


3 


18 


61 


— oriental. 


3 


5 


*7 


58 


Totaux. 


13 


11 


108 


i54 



Le résumé de l'état général présente pour les classes 
d'habitants les chiffres ci-après , savoir : 



( "5) 



Blanc*. 



Hommes 

de 
coulear. 



Noirs. 



Hommes 

de 

couleur 

non libres. 



Noirs 
esclayes. 



3 44)0*3 



Il3,873 



6o,395 



418,29! 



Département occidental.] 



s5,a8o 



4i,i83 



5,885 



3 15,389 



Département du centre. 



21,294 



10,285 



2,849 



47,3o 7 



Département oriental. 



Total. 



631,760 



195,608 



41,480 


i3,3i6 


2,240 


63,825 


88,054 


54,784 


10 >974 


425,521 



x 80,2 56 



1,007,624 



Ainsi l'Ile de Cuba renferme 4*8> s 9 1 blancs, 
88,o54 hommes de couleur, 66,784 noirs, 10,974 hom- 
mes de couleur non libres, et 4*5,5si noirs es- 
claves; en tout, 1,007,624 habitants pour la popula- 
tion fixe des trois départements. Il faut y ajouter 
38, 000 individus de population flottante , composée 
de la garnison des villes et forteresses, de* équipages 
des navires nationaux et étrangers et des voyageurs : 
ce qui, pour toute l'Ile de Cuba, donne un total 
de 1,045,634 individus. A. M. 



xx. août. 4* 



( '«6 ) 

Tableau des populations des villes et bourgs de Vile de Cuba , 

par ordre d'importance. 



) 



Villes et bourgs. 

Havane ou Habana. 
Santiago de Cuba. 
Pcerto-Prinpice ( Santa Ma- 
ria de). 
Matanzas. i 3,88 a 

Pueblo-Naevo. 3,573 

Versalles. i,536 

Trinidad. 
Sancti-Spiritcs. 
Batamo (San Salvador). 
Horcon. 
Régla. 
guanabacoa. 
Villa-Clara. 
San Antonio. 
Los Rebiediob (San Juan). 
Holguin. 

GuiNES. 

Manzanillo. 
Guanajay. 

CaRIDAD DEL GoBRB. 

Jésus del Monte. 

Raracoa. 

Fernanoina , o Cienfuegos. 

Bbiucal. 

Cerro. 

Santiago» 

Tunas. 

Cardenas. 

Caney (San Luis). 

JlGCANl. 

Casa-Blanca. 

Mariel. 

Embarcàdero de Sagua la Grande. 1 ,a 1 

Madruga. 

Cano. 

Moron. 

San Fernando de Nuevitas. 

Yarey de Gibara. 

Artemisa. 

Vereda nucva. 

Esperanza , o Puerta del Golpe. 

Jarcco. 

Alquizar. 

Tiguabos. 

PlKAB DEL RlO. 

Calvario. 



Habitants. Villes et bourg». 

137,498 Batabauo. 

24,7§3 Mayari abajo (San Gregorio). 

Guatao. 

24,o34 Gùira de Melena. 

Casilda. 

18,991 Saltadero (Santa Catalina del 

Lajas (San José de las). 

1 2,768 Puentes-Grandes. 

9,484 Qnivican. 

7,480 RosARio (Santa Maria). 

7,243 Quemados. 

6,755 Las Vegas (San Antonio). 

6,634 Rio-Blanco (San Antonio). 

6,1 32 Gibacoa. 

4,757 Tapaste. 

4,3 1 3 Sabanilla. 

4. 1 99 Gay ajabos. 
3,5 1 5 Las Lajas (Santa Isabel). 
3,299 Los Palos o Nue va Paz. 
2,908 Guaymaro. 
2,661 Sibanicn. 
2,648 San Diego de Nunez. 
2,6o5 Garaballo. 
2,437 Caimito. 
2,269 Jésus Nazareno. 

2.200 Gabezas. 

2,i5o Santa Cruz (Puerto-Principe). 

1^53 Zanal. 

1,828 Ceiba-Mocba. 

1 ,680 Cabanas, 

i,45i Gimarrones. 

1,391 Melena del Sur. 

i,3 18 Lagnillas. 

H oyo- Colora do. 

1,1 54 Coralillo. 

1,118 Bahia-honda. 

968 Alacranes. 

916 Canas. 

899 San Gristobal. 

880 Nueva Gerona. 

879 w ajay. 

840 San Luis de la Ceiba. 

838 Pueblo Nuevo. 

828 Arroyo-Arenas. 

799 Gascorro. 

7 85 Case ri o de Banao. 

732 Guanabo. 



habitants. 

6 9 3 

679 
669 

664 

662 

). 620 

5 9 8 

$92 

59<> 

587 

578 

553 

5i8 

48i 

45 3 

45 1 

435 

428 

4n 
400 

394 

386 

3 7 4 

3 7 3 

362 

36s 

35 7 

353 

341 

335 

33 1 

328 

3 2 3 

3i5 

3io 

3o? 

2 99 

*97 
291 

289 

284 

283 

282 

280 

274 

272 

270 



( "7 ) 



Villes et bourgs. Habitant». 

Colonie de Vives. 265 

Ciego de Àvila. a63 

San Matias de Rio-Blanco. 260 

Mordazo. a54 

San Miguel de Nuevitas. 254 

Ciego Montero. a5a 

Palacios. 249 

Guara. 249 

Mantua. 249 

Guisa. 248 

Aguacate. 248 

Banes. 244 

San Fernando de Gamerones. 238 

Quemado de Giiines. 236 

Marianao. 23a* 

Corral-falso. 228 

Candelaria. 223 

Puerta de la Gûira. 224 

Paso-Real. 218 

Arroy o-Nar an jo . 2 1 3 

Los Yeros (San Juan ). 211 

Jibaro (San Antonio Abad del). 210 

Barrera. 207 

Alvarez. 204 

Quiebra-nacha. ao3 

Consolacion del Sur. 1 99 

Guayabal. 197 

Pozas. 196 

Palma de Soriano. 196 

Ri ta de Tara. 194 

Pal raillas. 1 93 

Hangrejeras. 189 

*3anao. 188 

Limonar. 1 84 

Las Mangas. i83 

Baga. 182 

Mayajigua. 181 

Datil. 180 

Arimao. 179 

Rancho-Boyero. 1 76 

Guanes. i55 

De rr oc al. i5a 

Virtudes. l5i 

Santa Gatalina. i5i 

Santa Gruz. i47 

Managua, j 47 

Calabazar. 146 

Hato-Nuevo. i4^ 

San Juan y Martinez. i4' 

Mantilla. i3g 

Roque. i38 



Villas et bourgs. Habitant*. 

San Luis (San Juan y Martinet). 137 

La Salud (Santo Gristo). 137 

San Nicolas. i34 

Goaybacoa. i33 

Mojanga. i3a 

Ti-arriba. i3a 

Santa Anna. i3i 

Santo Domingo. i<3c 

Geronimo de Penalver (San). 128 

Pipian. 127 

San Miguel de la Entrada. 127 

Magaraoombas ] s3 

Guanaja. 121 

Bermeja. 12c 

Arroyo-Apolo. 1 ig 

Caiinito del Sur. 110 

Caunado. 118 

Santa Cruz ( Rio-blanco ) . 114 

Luyano. 1 1 1 

Buen aventura. m 

Garacucey. 110 

Marrero. io3 

San Diego. 96 

Boca de Gamaiioca. g5 

Gojimar. 93 

Vives (Moa). 92 

Corral-nuevo. 89 

Goncepcion de Ermita vieja. 87 

Jaymanita. 87 

Cantarrana. 87 
Ghorrera ( San Antonio de la ). 86 

Jicotea. 82 

Mordaio. 82 

Gamino Real ( Guatao ). 81 

San Francisco. 8 1 

Jacominos. 80 

Embarcadero de Zaza- 8a 

Yaguaramas. 7g 

Tumbacuatro. 76 

Rincon. 74 

Gamarioca. 74 

Santa Gruz de Cumanayagua. 73 

Ganimar. 72 

Moningar. 67 

Canasi. 65 

Looia de Gamarioca. 62 

Gercado. 62 

Gorojo. 62 

San Antonio Cbiquito. 58 
San Francisco (Miguel del Padron). 57 

Santa Glara. 57 



( »*8) 



Villes èl boargs. 

Herradura, 

Bacnranao. 

Playa de Santa Ana. 

Boca del Rincon. 

Berneja (Alacranes). 

Galafre. 

Jaguey (Managua). 

San Miguel del Padron. 

Boca de Guanabo. 

Limones. 

San Augustin. 

Guacimas. 

Rio Hondo. 



Renseignements sur la colonie des noirs libres de Libéria 
(communiqués par M. Wardbn). 



HabiUtlU. 


Villes 'et bourgs. 


tfatritafits. 


56 

53 


Surgidero. 
Tuar>agiïey. 


39 
39 


53 


Boca de Jaruco. 


38 


5i 
5i 


Cubita-abajo. 
Loma de San Juan. 


3 7 

32 


48 

48 

46 


Casiguas. 

Felipe. 

Mulata. 


3a 
3i 

28 


45 
45 


Baja. 

Santo Cristo ( Mariel ). 


24 


4» 


Puerto Escondido. 


f 9 


39 
39 


Tumuri. 


'4 



M. Roberts, gouverneur de Libéria , a acheté du roi 
et des chefs du territoire du Grand-Sess 6,4oo acres 
de terres fertiles, dans les districts de Bekley et d'E- 
dina, dans le comté du Grand-Bassa, et bornés ainsi 
qu'il suit : commençant à l'embouchure de la rivière 
Povv et s 'étendant de là u milles au sud -est; ensuite 
25 milles vers l'est; puis 10 au nord-ouest; de là dans 
une direction ouest jusqu'à l'embouchure de ladite 
rivière de Pow. 

Le prix de ce terrain fut fixé à î ,ooo barres ou 5oo dol- 
lars, qui devaient être payés par la Société de la colonisa- 
tion américaine. Les principaux produits de ces deux 
districts sont le riz et l'huile de palmier. 

A la date de la cession , deux comptoirs , l'un amé- 
ricain, l'autre anglais, se trouvaient dans les limites de 
ces districts, lesquels eurent le droit de commercer 
librement pendant trois ans. 

Le gouverneur Roberts espère faire l'acquisition de 



( i*9 ) 
tout le pays situé entre les caps Mount et PaUnas. Le 
21 octobre 1842 , il faisait des préparatifs pour l'explo- 
ration de la rivière de Saint-Paul , dans le but d'ouvrir 
une communication avec les naturels du pays situé 
audelà de B.opor.a. 

La même année , la ferme coloniale produisit 3, 000 
livres de sucre et plus de 200 gallons de mélasse. La 
directeur du magasin public avait expédié pour New* 
York 19,000 gallons d'huile de palmier, s5 tonneaux 
de cainwood; 8,5oo gallons de cette huile, ay aient été 
fournis par M. Teague en paiement pour le brick le 
Régulus. 

Los recettes de la Société pour la colonisation, en 184 2, 
s'élevaient à io,586 dollars, dont 8,533 provenaient du 
commerce avec la colonie. 

On fait des préparatifs pour l'établissement d'une 
cafeterie au cap Palmas,où le sol est très propre pour 
la culture du cahier. 

Le phare du cap Mesurado K à 2 étages et 24 pieds car- 
rés, était terminé. 

Un édifice en pierre, à 2 étages , 56 pieds de long 
et 34 de large, destiné à une maison de ville et uqe 
chambre de conseil, était commencé à Monrovia. 

Le 21 août, le navire le Mareposa arriva de Norfolk 
avec 23a émigrants qui devaient être établis dans un 
terrain fertile près le bord sud-est de la rivière Saint- 
Paul, à 4 milles environ au-dessous de Millsburg (1). 

W. 

(1) African Bepository and New-York journal of 21 January 1843. 



■VP 



( »3o) 

Nouvelle station des missionnaires américains sur les 
l)ords du Gabon (i) , fleuve de V Afrique occidentale. 



La Société desmissions de Boston vient d'établircelte 
station, à environ 20 milles au nord de l'équateur. Sui- 
vant le rapport du secrétaire de la Société, M. Wilson 
aurait remonté le Gabon jusqu'à la distance de 70 mil- 
les de son embouchure, où il reçoit ses affluents supé- 
rieurs. Il trouva le pays bien peuplé, et y rencontra 
des individus qui demeuraient à dix ou douze journées 
plus avant dans l'intérieur, et dont la figure et les traits 
différaient beaucoup de ceux des riverains du fleuve. 
Ces naturels ne font usage ni de tabac ni de liqueurs 
spiritueuses, et l'esclavage n'existe pas parmi eux. Leur 
pays s'étend h plusieurs centaines de milles dans l'in- 
térieur du côté méridional des montagnes de la Lune. 
La découverte de tribus inconnues du monde civilisé 
est un des grands résultats des explorations des mission* 
naires : elle ouvre un vaste champ à leurs travaux 
futurs, ainsi qu'aux investigations des géographes et 
des naturalistes. Les missionnaires ont depuis aban- 
donné la station du cap des Palmes pour s'établir sur 
le Gabon , où ils espèrent travailler avec fruit. 

La colonie de Libéria compte aujourd'hui so mis- 
sionnaires prédicateurs, dont 18 sont des gens de cou- 
leur. Le nombre des membres de l'église est de 900 
environ. W. 

(1) Les missionnaires écrivent Gaboon. 



f i3i ) 

Quelques détails sur les îles du cap Vert et du golfe de 
Guinée, par M. Peuchgabic, capitaine au long cours. 

ILES DU CAP VERT. 

Elles sont comprises entre le 14* et le i8« degré 
de latitude N. et le s4* et le 28 e degré de longitude O. 
du méridien de Paris , formant un groupe de dix Sles 
plus ou moins grandes. 

Le vent , dans leur voisinage , varie du N. au 
N.-O. , lorsque le soleil approche du zénith. Pen- 
dant la saison des pluies, on a des brises de terre et 
de mer. Les premières soufflent toute la nuit, cessent 
à 10 heures du malin, et les secondes commencent 
pour se terminer vers les 5 heures du soir. 

Le commencement des pluies a lieu vers la mi-août , 
continuant jusqu'en octobre presque san$ interrup- 
tion ; les vents du S. au S«~0. soufflent pendant cette 
époque avec raffales; les maladies sont fréquentes, et 
les habitants souffrent de beaucoup d'incommodités; 
l'atmosphère est presque toujours humide ; les grandes 
vapeurs qui s'élèvent du sol en sont en majeure par- 
tie la cause. 

Pendant la saison sèche , les nuits sont froides et 
humides; la rosée qui tombe la nuit est si grande, 
qu'elle fournit à la végétation tout le suc nourricier 
qui la rend si belle , et qui donne à ces îles l'aspect 
d'un printemps continuel. 

La mer dans leur voisinage est remarquable par des 
lits ou amas d'algues flottants. On a souvent cherché * 
d'où pouvaient venir ces végétaux marins. Il est cepen- 
dant prouvé que cette plante, qui est le fucus natans d'A- 
mérique , croit sur les rochers et au rivage du golfe du 
Mexique et des Florides, d'où elle se détache quand 



( «30 

elle arrive à son état de maturité, est portée par les 
courants sur la côte d'Afrique , et repoussée eùsuile , 
soit par les courants» soit par les vents alizés. 

Je n'ai jamais vu cette plante flétrie , quoi que , 
comme toutes les autres plantes marines , elle ait ses 
phases de croissance, de maturité et de dépérisse- 
ment. Il parait qu'elle continue à végéter bien longtemps 
après qu'elle a été détachée. J'ai remarqué que des glo- 
bules d'air la soutenaient à fleur d'eau. Après en avoir 
mis une plante dans une caisse pleine d'eau et ayanl 
crevé les globules , je vis que la plante perdait la puis- 
sance de flotter ; elle coula quelque temps après , dé- 
périt, et se noya sans jamais plus reparaître à la sur- 
face. Je crois m'êlre expliqué le phénomène de n'avoir 
jamais remarqué aucun dépérissement à cette plante 
qui fût au moins apparent, 

ILES DU GOLFE DE GUINÉE. 

Elles sont au nombre de trois , situées à peu près 
sous le même méridien , et à très peu de distance les 
unes des autres. Ces lies sont toutes des produits vol- 
caniques. Le climat est le même, et leurs productions 
sont à peu près semblables ; elles peuvent offrir aux 
navigateurs qui vont faire le commerce de la troque à 
la côte d'Afrique et dans le vaste golfe de Guinée 9 
quelques ressources. 

FEBNANDO-PO. 

Cette lie est la plus au nord; elle est située vis-à-vis 
la rivière du vieux Callebar, dont elle n'est éloignée 
que de 4o milles environ , et de la côte élevée de Ca- 
méroous que de 18 milles. 

Primitivement, elle fut occupée par les Portugais. 



( iS3 ) 

qui l'ont découverte; ils y bâtirent un fort sur la côte 
est. Les nègres qui l'habitaient étaient d'un caractère 
féroce» les chagrinèrent longtemps, et forcèrent les 
Portugais, fatigués de leurs turpitudes, de l'abandonner, 
désespérant de les soumettre. Les Espagnols en prirent 
plus tard possession , y formèrent un établissement ; 
mais» soit cruauté, soit mauvais traitement envers les 
naturels, ceux-ci les en chassèrent, et devinrent de 
nouveau seuls possesseurs de celte lie, où ils vivaient , 
comme auparavant , à l'état sauvage. 

Depuis cette dernière époque , le commerce de la 
côte occidentale d'Afrique ayant pris de l'extension , 
les Anglais , qui le ^faisaient presque exclusivement, 
jetèrent les yeux sur celte île, et pensèrent qu'un éta- 
blissement servant d'entrepôt aux navires qui se li- 
vraient à ce commerce ne pouvait que leur être d'une 
grande utilité , tant à cause du commerce lui-même 
que des ressources que les navires pourraient y 
trouver. 

Ils en prirent possession, choisirent un point con- 
venable pour un établissement, et ce fut dans le fond 
de la belle baie de l'Ouest qu'il fut fondé. On l'appela 
Glarence. 

La position avantageuse de celte tle , à portée 
de quatre grandes rivières navigables , du golfe de 
Biaffra , Bonny , vieux et nouveau Callebar , Camé- 
roous, et peu distante de celle de Bénin, dans le 
golfe de ce nom , dont le commerce alors était consi- 
dérable pour les Anglais, qui en avaient exclusivement 
le monopole, ne pouvait manquer que d'offrir une im- 
portance réelle à un semblable comptoir , et surtout 
en parvenant avec modération, et par le contact du 
commerce d'échange, à soumettre les hordes de né- 



( .34 ) 

grès habitants de cette lie à un état de civilisation 
qui devait être bientôt satisfaisant. 

Les Anglais ne se trompèrent pas ; et tel qu'ils l'a- 
vaient prévu et calculé , ils ont aujourd'hui un ex- 
cellent point de relâche pour les navires, et un en- 
trepôt qui facilite leur commerce de long cours et de 
cabotage. 

Les naturels sont en ce moment soumis et tran - 
quilles ; ils commencent même à être industrieux. 

Le sol de cette ile est extrêmement fertile; elle pro- 
duit en abondance et sans beaucoup de culture tous 
les végétaux de la zone lorride , des porcs , des vo- 
lailles, des cabris en grand nombre ; l'eau est excellente. 
Cette lie est très élevée, et peut être vue, d'un temps, 
clair, à 20 lieues. Venant de l'ouest, elle parait 
comme trois montagnes coniques qui s'abaissent sensi- 
blement vers le sud. 

Le climat est un peu plus salubre que sur la côte 
ferme ; cependant, à l'époque des grandes chaleurs ou. 
après la pluie , les fièvres y sont communes et perni- 
cieuses. 

ILE DV PRINCB. 

Celte lie, qui est la plus petite des trois, est située 
au S.-S.-O de Fernando-Po , et en est éloignée de 35> 
lieues environ. Elle appartient aux Portugais : c'est la 

résidence du gouverneur général, Elle est très élevée . 
couverte de montagnes et de pics; quand on la voit 
de 10 à 12 lieues, on dirait des Ilots détachés. Elle a 
deux bons mouillages, celui de Saint-Antoine au N.-E. 
et celui de la baie de l'Ouest. On trouve peu de res- 
sources à Saint-Antoine , bien que ce soit le chef-lieu 
de l'Ile, soit pour réparer des avaries majeures, soit, 
pour bien se ravitailler. Il y a abondance de provisions, 
fraîches et de bonne eau. 



( i35 ) 

L'air est peu salubre à Saint- Antoine, surtout de- 
puis janvier jusqu'en avril : aussi, quand on n'a besoin 
que d'eau , de bois et de vivres frais , il vaut mieux 
aller à Ouest-Baie , bien que l'on ne vous y laisse que 
s4 heures. 

Celte lie produit du café et du cacao; ces deux fèves 
seraient d'une qualité bien supérieure si on les cultivait 
avec soin. La canne à sucre y a été autrefois cultivée ; 
elle y vient très belle. On y voit encore en plusieurs 
endroits les restes des anciennes sucreries ; mais de- 
puis que la traite offrit de grands bénéfices , on a né- 
gligé les productions du sol pour se tourner vers le 
commerce des esclaves , branche d'industrie bien plus 
lucrative. On pourrait avoir toute sorte de fruits 
et de végétaux , si les Portugais s'adonnaient à la cul- 
ture d'une terre très productive; mais le caractère 
indolent des habitants fait que toutes les cultures sont 
ignorées ou négligées, et c'est quasi par force qu'ils 
retirent des arbres Je café et le cacao, qui y vient sans 
presque aucun soin. 

L'Ile du Prince est aussi admirablement située pour 
servir d'entrepôt au commerce de la côte d'Afrique. 
Son beau port de Saint-Antoine offrirait un lieu de 
sûreté pour les navires du commerce de toutes les ca- 
pacités, et la baie, avec ses deux belles anses bien 
abritées , un mouillage sûr pour les vaisseaux. 

SAINT-THOMÉ. 

Elle est située au S.-S.-O. de la dernière, à s6 lieues 
environ; elle est plus considérable que l'Ile du Prince. 

Couverte de hautes montagnes et de pics, on la voit 

de bien loin. La plus élevée a environ a,5oo mètres 

au-dessus du niveau de la mer. 

Au nord , elle a une baie au fond de laquelle est 



( i36 ) 

bâlie une assez belle ville , résidence du gouverneur 
de l'Ile, dépendant de celui de Saint- Antoine de 
Tlle du Prince. La population de cette ville est d'envi- 
ron 5 à 6,000 âmes de différentes races; celle des 
blancs est de a5o, celle de couleur de 5 à 6oo; le 
reste, nègres libres ou esclaves. 

L'Ile produit du café et du cacao ; comme à l'Ile du 
Prince, on n'en soigne pas la culture; on ne le re- 
cueille pas en temps convenable , on le relire mal de 
la coque , de sorte qu'il est très peu marchand. La 
production annuelle est d'environ 200,000 livres ; 
elle pourrait en produire trois o u quatre fois plus. 
C'était aussi un lieu d'entrepôt d'esclaves : aussi les 
habitants sont-ils dans la même position que ceux de 
l'autre tle. 

Les saisons sont les mêmes sur ces lies qu'a ta côte 
ferme, dont elles ne sont éloignées que d'environ, 
4o lieues. 

Les mœurs sont portugaises; l'évêque est le seul 
prêtre blanc , les autres sont nègres ; ils vont recevoir 
leur ordination au Brésil. La population de Tlle est à, 
peu près égale à celle de l'Ile du Prince. 

ANNOBON. 

Petite île située au S.-S.-O. de Saint-Thomé, à- 
35 lieues environ. Elle est d'un très joli aspect , bien 
boisée et accidentée; elle est habitée par des nègres qui 
ont un petit village dans le N.-E. , avec un bon mouil- 
lage. Elle n'est visitée que par des navires qui passant 
près , vont y acheter des provisions qui y Sont trèa 
abondautes, et que Ton échange pour très peu de. 
chose ; l'eau est très bonne. 



( > 5 7 ) 

DEUXIÈME SECTION. 



Actes de la 

EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 



PRÉSIDENCE DE II. ROUX DE ROCHELLE. 

Séance du t\ août 184 5. 
M. le conseiller de Macédo, secrétaire perpétuel de 
FAcadémie royale des sciences de Lisbonne , remercie 
la Société de l'envoi de son Bulletin , et lui adresse , 
au nom de cette Académie, la i re partie du tome I 
( *° série ) du Recueil de ses Mémoires. M. le Président 
fait observer que ce volume contient nn Mémoire 
étendu sur les travaux géodésiques exécutés en Portu- 
gal , et il prie M, le capitaine Gouthaud d'en rendre 
compte à la Société. 

M. Lepelletier de Saint-Remy , secrétaire de la So- 
ciété maritime de Paris, adresse le manifeste des deux 
premiers N°* du Recueil publié par cette nouvelle in- 
stitution , en exprimant le désir de recevoir le Bulletin 
en échange de cet envoi. — Le comité du Bulletin 
est invité à faire un rapport sur cette demande. 

M. Bineteau, qui a préparé la gravure lithographique 
de plusieurs planches sur les antiquités de l'Amérique 
centrale, désire recevoir les ordres de la Société sur 
la suite qu'elle se propose ch donner à ce travail. — 
Renvoi aux sections de publication et de comptabilité. 
M. le capitaine Pricot de Sainte-Marie donne com- 
munication de plusieurs plans manuscrits des villes de 
la régence de Tunis qu'il a levés pendant son séjour 
dans cette contrée. 

M. le D r Mallat fait une communication verbale sur 



( »38 ) 

les araignées sériféres des Philippines ; il offre à la 
Société pour son musée deux de ces insectes conservés 
dans deux petits bocaux, divers échantillons de soie 
et quelques fragments de minéraux recueillis pendant 
son voyage. — Remerciement à M. Mallat, et dépôt au 
musée de la Société. 

M. d'Avezac présente un aperçu verbal sur diverses 
cartes catalanes manuscrites. D'après ses recherches , 
le nombre de ces monuments géographiques serait de 
sept, depuis la plus ancienne carie connue de i3*j5 9 
qui a appartenu à Charles V. M. d'Avezac est prié de 
rédiger une Note à ce sujet pour le Bulletin. 

Séance du 1 8 août 1 843. 

M. le ministre de l'agriculture et du commerce 
adresse à la Sociélé la suite des documents qu'il fait 
publier sur le commerce extérieur de la France. 

M. de Skalkowski , conseiller de cour de l'empire 
de Russie , écrit d'Odessa , le 4 janvier i843, pour an- 
noncer à la Société l'envoi de plusieurs ouvrages qu'il 
a publiés sur l'histoire , la statistique et la géographie 
de la Russie méridionale. M. Desjardins est prié de 
rendre compte de ces ouvrages lorsqu'ils seront par- 
venus à la Sociélé. 

M. Grosilhes Galvet informe la Société qu'il possède 
un Géorama de 5 mètres de hauteur , et qu'il est dis- 
posé à le céder à un prix modéré aux personnes qui 
désireraient en faire l'acquisition. 

M. de la Roquetle offre à la Société , au nom de 
M. Garl Roosen, capitaine de génie norvégien, une 
carte générale de Norvège que cet officier a dressée et 
publiée en 1829, et une carte particulière du Nordland 
et du Finmark, que le même officier a fait paraître 

en 1841. 



( '59 ) 

M. d'Avezac communique un Noie sur la carte ca- 
talane du Musée de Naples,et il s'applique à faire 
ressortir l'intérêt de ce document, dont une expli- 
cation complète doit être donnée par monsignor Rossi. 
M. d'Avezac pense que la date en peut être provisoire- 
ment estimée antérieure à l'an i4i5, date de la ces- 
sion de Thessalonique aux Vénitiens par les Paléolo- 
gues, en sorte que celte carte serait, après l'atlas de 
1575, le plus ancien monument connu de l'école 
catalane. M. d'Avezac ajoute qu'il y aurait un grand 
intérêt à s'occuper d'un travail héraldique qui» 
en rendant raison des pavillons armoriés répandus 
sur les cartes du moyen âge, servirait de fil conduc- 
eur pour la détermination des dates de ces docu- 
ments. 

M. Thomassy lit un fragment d'un Mémoire sur 
le Maroc , et présente des considérations sur les pê- 
cheries des côtes occidentales d'Afrique. M. Berthelot, 
en rappelant les recherches qu'il a faites à ce sujet, 
donne des détails sur les sécheries de poissons qui 
sont aujourd'hui établies sur les côtes de Provence. 

M. le capitaine Pricot de Sainte-Marie annonce son 
prochain départ pour Tunis. Cet officier, muni de 
tous les instruments qui lui sont nécessaires pour 
continuer les levés de la carte de celte régence, pro- 
met à la Société de la tenir au courant de ses tra- 
vaux. 

OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIETE. 

Séance du 4 août i843. 

Par F Académie royale des sciences de Lisbonne : 
Historia etMemorias. u a série, tome I, parte 1, in-4. 

Par madame À rthus- Bertrand : Voyage dans l'inté- 
rieur de l'Amérique du nord, exécuté pendant les 



( «4o ) 

années »85a, 1835 et i834» par le prince Maximilien 
de Wied-Neuwied ; ouvrage accompagné d'un atlas 
de 80 planches , dessinées sur les lieux par M. Charles 
Bodmer. Paris, 1840, 41 et 43. 3 vol. in- 8, avec une 
carte et 3i vignettes. 

Par la Société maritime: Bulletin de celte Société, 
N°* 1 et s* , in- 8. — Exposé du but de la Société mari- 
time, broch. in-8. 

Séance du 18 août. 

Par M, le ministre de F agriculture et du commerce : 
Documents sur le commerce extérieur. N°\ 44 à 58. 
Paris, juin i843, in-8. 

Par M. Alhert-Montèmont : Notice nécrologique sur 

5. A. R. M gr le duc d'Orléans , prince royal , et sur 
M. le vicomte de Morel-Vindé, tous deux membres de 
la Société nationale de vaccine. Paris, i843, in-8. 

Par M. Paul Autran : Éloge historique de M. l'abbé 
Brunet , prononcé dans l'Académie de Marseille 
( séance publique du 11 juin i843). Marseille, i843, 
broch. in-8. 

Par Af. le capitaine Roosen : Kart over Norge af C. B. 
Roosen, 1829, 1 feuille. Rart over det Nordlige 
Norge, Nordlands og Finmarkens Aniter af C. B. Roo- 
sen, Christiania , 184 1 , 1 feuille. 

Par les auteurs et éditeurs : Journal asiatique , mai 
et juin. — Recueil de la Société polytechnique, juin. 
— Journal des missions évangéliques , août. — Mé- 
morial encyclopédique, juillet — Boletin enciclo- 
pedico de la Sociedad de amigos dcl pais. N™ 5 et 

6. Valencia, i843. — L'Écho du Monde savant. — Nou- 
velles annales des voyages, juillet. — L'Investigateur, 
journal de l'Institut historique, juillet. — Bulletin de la 
Société maritime de Paris. 5* cahier. 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 

SEPTEMBRE l845. 

i , i — 

PREMIÈRE SECTION. 



MÉMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET RAPPORTS. 



DES 

CARAVANES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE (.). 

Pab m. R° THOMASSY. 



I. 

Les populations de l'Afrique et de l'Asie n'ont pas 
comme nous les libres voies de la civilisation, les 
grandes routes navigables ni les chemins de fer, qui 
suppléent à l'absence des fleuves ou à l'impossibilité 
des canaux; mais à défaut de roulage et de diligences , 
de locomotives et de bateaux à vapeur, elles emploient 
la caravane ; et pour la conduire à travers les océans de 
sables, elles ont le chameau, ce vaisseau du désert, 
sur lequel le nomade aime à se glorifier de n'avoir ja- 
mais fait naufrage. 

(i) Ce Mémoire a été lu dans une séance de l'Académie des sciences 
morales et politiques. 

XX. SEPTEMBRE. 1. 9 



( »4») 

Ce poétique surnom nous indique déjà que le cha- 
meau est l'élément primitif, essentiel, de l'association 
voyageuse qu'il s'agit pour nous d'étudier. Nulle bête 
de bât ou de selle ne résout, en effet, aussi bien que le 
chameau le problème de l'économie et de la facilité des 
transports; et pour le fardeau comme pour la longue 
course, il défie également tous les animaux dont on lui 
fait des auxiliaires. Sa nourriture n'entraîne d'ailleurs 
presque aucune dépense ; car il vit de quelques biscuits 
xTorge salé , et de plantes arides et coriaces dont le sol 
le plus ingrat est toujours abondamment fourni. Il 
peut enfin braver l'affreux tourment de la soif jusqu'à 
rester plus d'une semaine entière sans s'abreuver; et 
c'est dans ces conditions qu'il porte de 600 à 1,000 
livres , c'est-à-dire de quoi nourrir et désaltérer des 
familles entières de voyageurs. Ainsi destiné aux tra- 
versées du désert, il franchit les espaces uniformes, les 
solitudes immenses , où l'on ne voit que ciel et sable , 
et il s'oriente parmi leurs dunes flottantes, dont les 
changements gigantesques, rapides, continuels, trou- 
blent la vue et rappellent les vagues et les lames les plus 
terribles de l'Océan. Ajoutons que le dromadaire ou 
chameau coureur joint à tous ces avantages la faculté 
de parcourir jusqu'à 5oo milles en quatre jours. 

Dès lors plus d'obstacle insurmontable aux communi- 
cations des peuplades disséminées dans les oasis et sur 
les divers plateaux de l'Afrique ; plus d'impossibilité 
d'y rapprocher les habitants des régions fertiles , d'en* 
tretenir chez eux un certain état social» et même d'y 
introduire une certaine civilisation. 

Mais ce qui n'est pas moins remarquable , c'est que 
l'homme de ces régions sauvages a été formé lui- 
même pour n'être dans son état normal qu'en les ha- 



( «43 ) 

lritant. L'Arabe surtout vil dans le désert comme dans 
son élément essentiel. // y est, dit Léon l'Africain , 
comme un poisson dans Veau; et de là son aversion pro- 
fonde , instinctive» pour la vie des cités» dont les murs 
lui semblent une prison, et les populations des races 
d'hommes dégénérées. Lui, au contraire, maître du 
désert et régnant dans l'espace , croit y avoir conservé 
la pureté primitive du noble sang de ses aïeux. Cepen- 
dant, comme la vie pastorale ne peut toujours suffire à 
ses besoins , il se met souvent en rapport avec les 
villes pour échanger les produits de sa solitude contre 
ceux de la cité. C'est alors que le commerce devient 
l'occupation de tous ses loisirs , le complément néces- 
saire de ses travaux de pâturage et d'agriculture» en un 
mot, la satisfaction de cette patiente et courageuse 
ambition d'acquérir que la pauvreté du désert a tou» 
jours suggérée à ses habitants. Le commerce assure 
d'ailleurs le profit des courses lointaines et aventureu- 
ses ; et il sourit d'autant plus aux populations solitai- 
res que loin de contrarier leur amour pour une liberté 
sans frein , il en est en quelque sorte l'appât et la ré- 
compense : aussi le nomade ne manque-t-il jamais 
d'aller demander aux villes qu'il méprise leurs pro- 
duits manufacturés et tous les fruits du travail séden- 
taire* Il en prend d'abord sa part, et puis s'en va échan- 
ger le reste de tribus en tribus, d'oasis en oasis, jus- 
qu'au terme où l'empire des traditions, non moins 
fort que celui de la nature , lui a dit qu'il s'arrêtera. 
C'est alors que la caravane , formée et accrue successi- 
vement de tous les marchands que réunissent des in- 
térêts semblables , devient le grand lien des relations 
commerciales entre les populations les plus éloignées, 
et supplée aux puissants moyens de transport et de 



\ U4) 

communication dont notre Europe moderne a été 
dotée par l'industrie. 

Mais la caravane n'est pas seulement la locomotive 
intelligente du commerce ; elle est encore celle de ht 
religion et de tous les intérêts moraux des popu- 
lations qu'elle traverse. Elle seule, par exemple, permet 
d'accomplir l'obligation du pèlerinage à la Mecque, qui 
met en mouvement les sectateurs de l'islamisme et 
les réunit périodiquement au foyer de leur civilisa- 
tion» Chacun d'eux, d'après le Coran , doit, en effet, 
s'y rendre personnellement au moins une fois dans sa 
vie , et en cas d'empêchement légitime , comme celui 
de maladie ou de pauvreté, il doit s'y faire représenter 
par un pèlerin qu'il délègue à cet effet. Grâce donc à 
ce précepte de Mahomet , la pensée des musulmans, 
constamment tournée vers leur ville sainte, les y con- 
duit encore des extrémités de l'Afrique; et comme 
sans la caravane ils ne pourraient accomplir ce de- 
voir, comme ces pieux voyageurs la créeraient au 
besoin pour eux-mêmes , il en résulte que la religion , 
aussi bien que le négooe, la maintient en activité, et 
l'empêche de déchoir en la rendant doublement né- 
cessaire. De là , cet autre surnom d' Hadji-Baba donné 
au chameau, qui n'est pas seulement le vaisseau du dé- 
sert, mais est aussi pour les Arabes le père des pè- 
lerins* 

Ajoutons que dans la langue des Indous et des mu- 
sulmans d'Asie , l'idée de pèlerinage et celle de mar- 
ché s'expriment par le même' mot mêla (1), tant le 

(i) « Le mêla est le nom que Ton donne aux réunions de pèlerins 
et de marchands qui, les uns par dévotion , les autres pour gagner 
de l'argent , et quelques uns pour l'un et l'autre objet , se rendent 



( *45 ) 

commerce et la religion» en associant leurs intérêts, 
s'identifient naturellement dans l'esprit des races ôrien* 
taies 1 C'est ainsi que la caravane a toujours fait mar- 
cher de concert l'instinct du négoce et le prosélytisme 
religieux , l'amour du gain et la robuste foi des mu« 
sulmans. 

Instrument nécessaire des communications de l'A- 
frique et de l'Asie , elle a d'ailleurs constamment 
préoccupé les successeurs du prophète , et par elle 
seule il a été donné aux kalifes de maintenir si long- 
temps l'unité de religion parmi leurs innombrables 
sujets. Les routes et les caravansérails, que ces sou- 
verains avaient établis pour la sécurité et la com- 
modité du pèlerinage , étaient en même temps pour 
eux comme les bras de l'administration intérieure. 
C'étaient les plus fortes garanties de l'unité de leur em- 
pire, et c'est pourquoi la surveillance en fut toujours 
confiée à un prince de la dynastie, ou au personnage le 
plus important de l'État C'est par le même motif que 
les anciennes familles d'Arabie se sont toujours hono<- 
rées de descendre des chefs qui avaient été conducteurs 
des pèlerins ou chargés de les abreuver sur k fou te ; car 
elles reconnaissaient en eux les fonctionnaires de la 
civilisation primitive des Arabes , les grands promo- 
teurs du commerce et de la religion. 

Les voies de pèlerinage étaient en outre des itiné- 
raires pour les armées et des véhicules pour la guerre 
sainte. Aaron-el-Reschid avait jadis pris pour devise 
et fait graver sur son casque : • Le pèlerinage est une 

dans les lieux considérés comme sacrés , aux fêtes de certains dieux 
indiens et des personnages réputés saints parmi les musulmans. » 
( Mémoire sur la religion musulmane dans ÏInde , par M. Garcia 
de Tassy. Nouveau Journal asiatique, N° d'août i83i .) 



( '46 ) 

source de gloire. » Il avait lui-même fait huit fois le 
pèlerinage de la Mecque , et il attribuait à ces pieux 
voyages d'avoir huit fois vaincu ses ennemis en ba- 
taille rangée : c'est que les caravanes» qui l'avaient 
transporté à la ville sainte, étaient aussi des instru- 
ments de puissance contre les infidèles et contre les 
schisma tiques, et que nul ennemi du Coran ne pou- 
vait échapper en Asie ou en Afrique- à ces machines de 
guerre et de domination* 

N'est-ce pas enfin la caravane qui a aussi secondé le 
prosélytisme pacifique des musulmans ? Avec elle les. 
missionnaires de l'islamisme se sont élancés dans les 
brûlants espaces qui séparent le pays des blancs de la 
Nigrilie ; avec elle ils ont traversé des déserts sans 
bornes, et sont allés porter la parole de Dieu et du 
prophète aux peuplades nègres de l'intérieur, dont ils 
ont renversé les fétiches , aboli les sacrifices humains , 
restreint la polygamie , relevé la famille et l'état social 
sur des bases supérieures, et sur les notions de la 
morale chrétienne adoptée par Mahomet. 

C'est ainsi que ces missionnaires reprirent au profit 
de la religion nouvelle l'œuvre des anciens solitaires de 
laThébaîde, et s'approprièrent en Afrique les Ira- 
vaux des premiers missionnaires chrétiens. 

Mais, qui le croirait? c'est par le même moyen qu'ils 
vont encore de nos jours porter l'islamisme chez les 
noirs du Soudan en parlant des bords de la mer 
Rouge ou de la Méditerranée. Quelquefois même ils 
partent de la Turquie, d'où ils se rendent par mer 
dans les régences barbaresques , et de là juqu'à la 
Sénégambie et à la côte de Guinée. 

Ce qu'il faut enfin rappeler au christianisme pour 
qu'il apprenne à se servir des hommes et des iqstru- 



( '47 ) 
ments propres à la civilisation de l'Afrique , c'est que 
ces missionnaires musulmans , quelque grossiers et 
incultes qu'ils soient eux-mêmes, convertissent par mil- 
liers les sauvages habitants de l'intérieur. Or ces der- 
niers , une fois saisis par l'islamisme et imbus de son 
esprit, sont arrachés pour jamais à l'influence chré- 
tienne , à moins d'efforts extraordinaires et de moyens 
tout nouveaux pour nous , dont le succès dépendra 
de l'emploi que nous ferons de l'association voya- 
geuse. 

Quoiqu'il en soit de cet avenir, la caravane, en s'a- 
dressa nt à l'esprit et au corps des races africaines, en 
satisfaisant à la fois leurs intérêts religieux et commer- 
ciaux, est vraiment la seule condition de vie large et 
complète et de mouvement général dans un continent 
où les populations sont encore si divisées d'origine, de 
traditions et d'intérêt. D'un autre côté , quoi de plus 
remarquable dans ces régions que nous appelons sta- 
tionnantes et immobiles, mais dans lesquelles il serait 
bien plus juste de reconnaître la persistance de la 
nature , que de voir la caravane se renouveler comme 
un phénomène naturel , aussi périodiquement, par 
exemple, que la crue du Nil? Constante et salutaire 
comme ce fleuve nourricier de l'Egypte , elle alimente 
les oasis qu'elle traverse, en y déposant son trop-plein 
de marchandises , ou bien elle y complète ses provi- 
sions de voyage jusqu'à ce qu'arrivant au but de son 
cours, elle décharge sa cargaison au centre d'un com- 
merce supérieur. C'est ainsi qu'elle apparaît réguliè- 
rement à des époques déterminées; et puis tout rentre 
dans le repos habituel , où l'esprit des populations se 
reporte sur la variété des caravanes antérieures, et lea 
compare h celles dont il attend le retour. 



( '48) 



II. 



Il serait ici trop long d'entrer dans les détails du 
matériel et du personnel de la caravane ; contentons- 
nous d'indiquer dans quelles conditions morales elle 
se met en marche, et à quel droit des gens elle de- 
mande ses premières garanties de sécurité et de succès. 
Commençons à cet effet parles entreprises les plus aven- 
tureuses, c'est-à-dire par celles où marchands et pèle- 
rins stationnent dans de rares oasis , et ontà franchir 
d'immenses espaces pour se mettre en rapport avec les 
populations nomades. 

Nous avons déjà remarqué l'analogie que ees traver- 
sées du désert avaient avec la navigation. Pour la cara- 
vane, comme pour la flotte marchande, ces voyages 
ne sont qu'un même sillage à travers les sables 
ou à travers les eaux. Dans l'un et l'autre cas, les 
conditions d'isolement, de protection ou d'hostilité 
sont donc parfaitement semblables. Cette analogie a 
d'ailleurs été nécessaire en Afrique par suite des rap- 
ports intimes du commerce de terre avec celui de mer* 

Transportons-nous , par exemple , avant la décou- 
verte du cap de Bonne-Espérance, à cette époque dont 
nous signalerons plus bas les différences avec la n&tre , 
mais dont les antécédents s'offrent à nous pleins d'à- 
propos , puisque la navigation avec l'Inde tend de plus 
en plus à reprendre comme alors le passage de l'E- 
gypte à la place de celui du Cap. À cette époque donc 
où l'Orient inondait l'Occident de ses produits , où 
l'Afrique, comme l'Asie, enrichissait l'Europe, qui ve- 
nait s'alimenter aux échelles du Levant, .c'était par des 
caravanes que se faisait l'immense commerce des conr 



( «49 ) 

t 

tinents asiatique et africain ; et comme le commerce 
de mer, surtout dans la Méditerranée » n'était alors 
que la continuation de celui de terre» il en prenait 
aussi le nom , de même que l'accessoire prend le nom 
du principal» Ainsi les vaisseaux génois et marseillais 
accomplissaient leurs caravanes en allant commercer 
dans le Levant. Les campagnes maritimes des cheva- 
liers de Malte s'appelaient aussi caravanes ; enfin les 
pèlerinages des musulmans à la Mecque » par voie de 
mer» ont toujours conservé ce nom , et prouvent l'a- 
nalogie et les rapports intimes qui existaient alors 
entre les deux manières de commercer. 

Mais qu'en résulte-til maintenant ? c'est qu'en 
échangeant les marchandises avec les associations 
voyageuses» les flottes échangeaient aussi leurs idées» 
.leurs coutumes et leur législation ; de sorte que par 
ces échanges comme par suite des circonstances 
semblables» où soit au long cours, soit au prochain 
terme , la caravane de terre et celle de mer poursui- 
vaient leur but» l'une et l'autre étaient nécessaire- 
ment soumises à certains principes communs. Or» 
ces principes» modifiés ou plutôt développés par les 
progrès de la navigation chrétienne» survivent encore» 
chez les nomades» aux transformations qu'ils ont dû 
éprouver dans le droit public de l'Europe. On est même 
sûr de les trouver dans leur état primitif sur le conti- 
nent africain; d'où l'on pourrait conclure» à priori, que 
la traversée des mers de sable y est subordonnée au 
même droit des gens qui» du xi e au xv* siècle f par 
exemple » protégeait chez nous l'intercourse maritime 
de la chrétienté. 

Eh bien ! si» malgré le progrès des idées chrétiennes, 
cette protection avait alors besoin de s'appuyer sur la 



( i5o ) 

force , il ne faut pas nous étonner s'il en est encore de 
même pour le commerce de l'Afrique. La force est donc 
pour celui-ci la meilleure garantie de sécurité; mais celte 
force n'exclut pas d'autres garantiesmorales qui lui ser- 
vent de sanction. Or, c'est grâce à ces dernières que la 
caravane peut négocier l'épée à la main avec les tri* 
bus dont elle traverse le territoire. Elle marche donc 
constamment armée; et à l'exemple des sociétés se* 
dentaires, même des plus civilisées, elle aussi a 
pour devise : Si vis pacem , para bellum. C'est ainsi 
que , de son point de départ jusqu'à son point d'ar- 
rivée, elle conclut des traités de paix ou de trêve , ou 
bien transige en payant tribut. Mais pour que ces trans- 
actions ou ces traités aient lieu, il faut évidemment 
qu'ils s'appuient sur un respect traditionnel et sur quel-» 
que notion de droit. Gela est d'autant plus vrai qu'il 
est inouï de voir les nomades violer leurs engagements. 
Bien plus, ces peuples barbares sont si accoutumés à 
conclure et à respecter de temps immémorial leurs 
traités avec la caravane , qu'ils les font avec elle sans 
pourparler et avec de simples signaux. La caravane 
sait aussitôt si elle a affaire à des ennemis , à des neu- 
tres ou à des alliés, et se gouverne en conséquence. 
Or, si ce n'est pas là une preuve évidente qu'un certain 
droit desgens, différent sans doute du nôtre, mais non 
moins réel, existe chez les nomades, je ne sais où la con- 
science des diplomates pourra jamais le reconnaître. 

Telles sont donc les garanties morales où l'on peut 
entrevoir en germe le principe qui tend à protéger la 
marchandise sur le dos de la caravane , comme il la 
protège déjà chez nous à l'ombre du pavillon. Ce qu'il 
y a de sûr, c'est que, dans l'un et Vautre cas, le com- 
merce des neutres en Afrique conserve assez générale- 



( là» ) 

ment sa liberté. Il n'est pas libre sans doute en vertu 
d'une notion parfaite du droit; mais c'est du moins à 
l'abri de certains faits également protecteurs, résultant 
de nécessités et d'intérêts semblables à ceux qui ont 
fait régulariser peu à peu le code maritime des na- 
tions civilisées. Ainsi partout où un certain ordre social 
et le respect des droits d'autrui peuvent se maintenir» 
c'est-à-dire,le p!ussouvent,loin des nations européennes 
qui se sont appliquées à tout diviser pour mieux do- 
miner, la caravane africaine jouit d'un caractère sacré 
qui la rend inviolable. Le droit d'asile existe alors pour 
elle; et même au milieu des luttes nationales et des 
guerres civiles, une sorte de trêve et une paix de Dieu 
la protège contre toute agression. En Abyssinie, par 
exemple , nos voyageurs ont vu des caravanes traverser 
paisiblement l'espace qui séparait deux partis prêts à 
en venir aux mains (1). 

Nous reviendrons plus bas sur les causess et sur les 
conséquences pratiques du respect instinctif que, dans 
certaines limites et à certaines conditions, les popu- 
lations naturellement commerçantes et religieuses 
de l'Afrique conservent pour la caravane. Qu'il nous 
suffise de le signaler maintenant comme un des carac- 
tères de la vie morale de cette association. Qu'on ne 
suppose pas d'ailleurs que ce respect soit général : il 
ne saurait l'être là où tout est divisé, morcelé par la 
nature du sol et par les hostilités des tribus; mais, bien 
qu'à l'état incomplet et toujours précaire parmi des 
races incultes , un fait aussi permanent n'en est pas 
moins destiné à être érigé pour elles en principe, si 

(i) C'est M. Antoine d'Abbadie, voyageur aussi exact qu'intrépide 
et intelligent, qui nous a dit avoir été témoin de ce fait. 



( i5* > 
bous savons nous en servir un jour pour les civi- 
liser. 

L'application de ce principe pourrait être même 
beaucoup plus prochaine qu'on ne pense. Il suffit de 
voir, en effet, comment, dans le Maroc, ce sanctuaire 
de puritanisme musulman , les déclarations de guerre 
contre les chrétiens n'ont jamais interrompu avec eux 
les relations commerciales. Ainsi depuis le fameux Mu- 
ley Ismaël , contemporain de Louis XIV, jusqu'à la 
cessation de la piraterie barbarésque, notre commerce 
direct avec cet empire a pu continuer pendant la guerre 
aussi bien que pendant la paix , et y trouver dans 
l'un et l'autre cas les mêmes avantages et la même 
protection. Les Maures , il est vrai , puisant leurs prin- 
cipales ressources dans le commère extérieur, et par 
conséquent dans l'arrivée des vaisseaux chrétiens, 
avaient besoin de l'exportation de leurs produits indi- 
gènes comme de l'importation de ceux de l'Europe ; et 
il était naturel que le Maroc laissât arriver nos mar- 
chandises pour nous vendre les siennes. Mais il en 
est de même pour beaucoup de tribus de l'intérieur 
ou du littoral africain , par exemple , des kabiles de 
Bougie et de Constantine , qui ont toujours commercé 
avec l'ancienne Régence d'Alger, malgré leurs hostilités 
si fréquentes avec le. Divan. 

Il y a donc là un fait curieux à constater, et peut- 
être aussi un principe susceptible d'application immé- 
diate : c'est de voir consacrer au sein de la barbarie ce 
besoin moral si peu respecté de nos jours, que la guerre 
entre deux puissances ne doit interrompre ni troubler 
le cours des transactions privées entre leurs citoyens 
Ainsi les peuples rapprochés de la nature , et qu'il 
nous coûte si peu d'appeler barbares, peuvent encore 



( i53 ) 

donner des leçons aux peuples civilisés ) et les mêmes 
questions que ceux-ci débattent sur la mer s'agitent 
aussi d'oasis en oasis à travers les océans de sables , 
comme si Dieu voulait montrer partout l'identité de la 
conscience humaine. 

Au surplus, tout ce qui précède ne s'applique bien 
qu'aux traversées du désert , que les Arabes nomment 
voyages de course. 

Quant aux voyages de terre et aux stations que la ca- 
ravane fait de ville en ville à travers des populations 
plus compactes et plus sédentaires , elle suit entière- 
ment les lois de police et de sûreté qui gouvernent ces 
populations. Et d'abord elle y trouve un repos assuré 
dans les hôtelleries, où des magistrats veillent à ce 
que les greniers soient toujours pleins des approvi- 
sionnements nécessaires. Dans l'empire ottoman et en 
Perse , c'est le gouvernement ou les bâchas des pro- 
vinces qui se chargent d'établir ces retraites publi- 
ques. Fort mal bâties sans doute , et fort incommodes 
pour nous Européens du xix« siècle, elles sont bien loin 
de répondre à ce que nous en disent les Mille et une 
Nuits, ou à aucun de nos rêves dorés sur l'Orient; 
mais elles n'en sont pas moins une des institutions les 
plus utiles, et celle qu'il nous importe le plus d'éche- 
lonner nous-mêmes sur les routes où nous voulons 
rappeler les caravanes. 

Or, parmi ces caravansérails, les uns sont dotés 
comme fondations religieuses pour faciliter le pèleri- 
nage à la Mecque , et dans ceux-là l'hospitalité est 
sans réserve. Leur établissement était jadis le privi- 
lège des sultans ou des chefs musulmans qui s'étaient 
rencontrés trois fois en bataille rangée contre les chré- 
tiens. Il est aussi des caravansérails où l'on ne trouve 



( i54 ) 

que le simple logement , et d'autres enfin construits 
comme nos auberges dans un but intéressé, et où l'on 
n'obtient rien sans payer. 

Tous ces caravansérails sont de forme carrée , à peu 
près comme les cloîtres de nos abbayes , et comme eux 
présentent à l'intérieur des galeries voûtées supportées 
par des pilastres. Bien que les plus magnifiques» sur- 
tout parmi ceux qui existent encore» ne soient guère 
que des monstres d'architecture, ils suffisent toutefois 
à l'abri des voyageurs , et servent en même temps d'en- 
trepôt et de marché dans le voisinage des villes» où 
ils sont toujours construits. L'arrivée de la caravane y 
est toujours proclamée à l'avance, après avoir été an- 
noncée le plus souvent par des pigeons destinés à ce 
genre de message. C'est alors que son passage et ses 
diverses haltes appellent sur toute la route la vie com- 
merciale et le mouvement des affaires. Chaque cité , 
en lui accordant protection, y trouve l'occasion de 
remplir son trésor par la perception des droits d'en* 
trée ; et la contrée tout entière participe aux échan- 
ges consommés dans le caravansérail. 

Ainsi la caravane devient une foire ambulante qui 
vend et achète sans cesse» exploitant et fécondant Tune 
après l'autre toutes les ressources locales jusqu'au 
terme de sa course» quiadurésouventplusieurs années. 
Alors le marchand, qui a commencé avec peu, se trouve 
infailliblement enrichi » s'il a bien calculé son itiné- 
raire et prévu l'accroissement de valeur que certains 
produits acquièrent d'une station à l'autre. Hais ce 
qui devient plus curieux peut-ôlre à remarquer, c'est 
qu'assurée des mouvements du commerce général et 
des retours périodiques de la caravane, l'industrie locale 
et privée ne va jamais au-devant des voyageurs. Au lieu 



( »55 ) 

de se déranger, elle attend qu'on vienne lui demander 
ses produits; et de là sans doute le caractère station- 
naire de cette industrie qui forme le plus singulier 
contraste avec les destinées mobiles de l'association 
voyageuse dont elle n'est pourtant que le résultat. 
Ce fait général n'explique-t-il ^pas encore la conduite 
des marchands musulmans de nos jours , toujours im* 
passibles et flegmatiques, et qu'à notre grand étonne- 
ment l'avidité du gain la moins douteuse ne peut 
jamais déterminer è provoquer les acheteurs? A ce 
trait particulier, nous reconnaissons comment la cara- 
vane a laissé son empreinte sur les mœurs orientales et 
çn a fondé l'immobilité sur son propre mouvement. 

III. 

Partant maintenant de ces considérations comme 
de la théorie de nos recherches, nous pourrions en 
poursuivre le but immédiatement applicable à nos 
possessions africaines; mais ce sera l'objet d'un autre 
travail. Répétons d'ailleurs que des faits que nous avons 
signalés, la plupart sont à présent réduits aux plus mi- 
nimes proportions, par suite de la décadence de l'is- 
lamisme. On dirait les rejetons rabougris d'une riche 
végétation; mais ils n'en restent pas moins comme des 
germes toujours prêts à renaître au profit d'une civili* 
salion nouvelle, et comme les données essentielles de 
touteslesquestionscommercialesetreligieusesquenous 
aurons à résoudre avec les races orientales. Les pèleri- 
nages , par exemple , sont bien déchus de leur ancienne 
splendeur. Dans les temps de ferveur de l'islamisme , 
lesKalifes et les grands personnages accomplissaient en 
personne ce devoir sacré. Mais depuis longtemps la 
plupart des chefs musulmans, surtout en Turquie, 
croiraient s'abaisser s'ils s'en acquittaient eux-mêmes. 



( «56 ) 

Ils se contentent de le faire remplir par d'autres, et se 
considérant comme ayant part à leur mérite, ils pren- 
nent aussitôt le titre à'hadji. Aussi, qu'en est-il ré* 
suite? Cette indifférence religieuse des Ottomans a 
porté un coup fatal à leur commerce , surtout dans les 
provinces de l'Asie-Mineure et de la Syrie, où jadis la 
foule innombrable des pèlerins communiquait partout 
le mouvement à la richesse publique. Réciproquement* 
les révolutions qui ont abaissé la puissance maritime 
et continentale des musulmans ont du même coup 
refroidi leurs croyances , et , en amoindrissant leurs 
richesses et le bénéfice des grandes caravanes, elles 
ont de jour en jour diminué le nombre des pèlerins. 
Ainsi, depuis que la découverte du passage de Bonne- 
Espérance a détourné le commerce de l'Inde de la 
route de l'Arabie et de l'Egypte, l'islamisme, attaqué 
sur ses derrières et dans ses richesses jusqu'alors inex- 
pugnables, vaincu par la croisade commerciale de Vasco 
de Gama bien plus que par toutes les croisades du 
moyen-âge, a successivement perdu autant de pèlerins 
que de marchands. Celte religion , toutefois, n'est pas 
encore près de mourir; on peut même prévoir qu'elle 
se réveillera en partie avec le goût des pèlerinages, 
lorsque le commerce aura repris la route qui fit jadis 
la puissance commerciale des musulmans. A cet évé- 
nement , qui ne peut tarder, certaines caravanes re- 
prendront aussitôt leur cours, et recouvrant leur an- 
cienne prospérité, elles convieront nécessairement les 
pèlerins à se rendre une dernière fois à la Mecque. 
C'est alors que notre civilisation aura à respecter 
tous ces pieux voyageurs , si elle veut s'ouvrir à son 
tour les grands itinéraires de l'Afrique. Remarquons 
bien, au surplus, que dans le seul intérieur de ce conti- 
nent, de nouvelles destinées attendent et appellent 



( i&7 ) 
l'association voyageuse; car là seulement les cara- 
vanes , échappant à la concurrence de la navigation 
chrétienne, peuvent renaître comme par le passé, et 
doivent même à jamais se maintenir. 

Quant aux associations qui traversaient jadis l'Algérie, 
en attendant de nous en occuper avec détail, n'oublions 
pas que depuis le xvn e siècle elles ne se composaient 
guère que de pieux voyageurs. Ce qu'il importe aussi de 
rappeler, c'est qu'au retour d'une caravane de la 
Mecque , la dynastie aujourd'hui régnante dans le Ma- 
roc y fut portée sur le Irône par des pèlerins. Cette dy- 
nastie descend, en effet, d'Ali Schérif, descendant du 
Prophète , qui, sur la fin du xvi e siècle, naquit à Jambo, 
près Médine, fut amené de l'Arabie par des pèle- 
rins maures , et ensuite élu empereur à Talifet, où 
il mourut en 1664 (1070 de l'hégire). Ses deux fils, 
Muley Arxid et le fameux Muley lsmaël , relevèrent la 
fierté musulmane si longtemps courbée devant l'Es- 
pagne et le Portugal : aussi n'y eut-il rien que de na- 
turel si pendant leur règne les pèlerinages reprirent 
faveur. Les princes maures ont i.insi ranimé parmi 
leurs sujets l'antique austérité de l'islamisme; et c'est 
encore par le même moyen qu'ils en soutiennent la 
ferveur primitive, comme s'ils voulaient rendre à l'in- 
stitution du pèlerinage tout ce qu'ils en ont jadis reçu. 

L'islamisme» il est vrai, est plus unitaire dans le 
Maroc que partout ailleurs , et par celte raison, il y est 
aussi plus étroitement orthodoxe et plus exalté (1). La 
secte malékile, qui régit cet empire, prescrit, par 

(1) « Ainsi dans le royaume de Fez et de Maroc, dit Saint-Olon, le 
rauphti et le cadi ne sont qu'une seule personne administrant la mos- 
quée et la justice. En Turquie, au contraire, ces deux fonctions sont 
distinctes. » 

XX. SEPTEMBRE. «• 10 



(•58) 

exemple, le pèlerinage de la Mecque à quiconque 
peut se pourvoir des choses nécessaires durant ce 
voyage ; tandis que la secte hanéfite de Turquie est beau- 
coup plus indulgente. Cette dernière ne fait un devoir 
strict du pèlerinage qu'à ceux qui joignent aux provi- 
sions nécessaires une bonne santé» la commodité d'une 
voiture et la sûreté de la route : conditions qui affran- 
chissent de l'accomplissement du précepte un nombre 
de fidèles toujours croissant chez les Turcs. Les Maures 
au contraire ne s'arrêtent ni devant les fatigues» ni de- 
vant les dangers du désert» et se distinguent entre tous 
les pèlerins par leur fanatisme et leur intrépidité : aussi 
la guerre de l'Algérie» bien qu'interceptant leur grande 
voie à la Mecque» n'a- 1- elle jamais pu les empêcher de 
communiquer avec cette ville sainte. Tout ce qui en est 
résulté» c'est qu'à notre grand détriment» ces com- 
munications ont été détournées de nospossessions nou- 
velles , et que nous avons perdu , avec les voyageurs » le 
commerce et les moyens d'influence que leur passage 
devait nous assurer. 

Maintenant donc » c'est par le versant méridional de 
l'Atlas» et à travers les déserts dont il est semé» que 
les caravanes conduisent chaque année à la Mecque les 
pèlerins les plus fervents de Fez et de Maroc. Leur nom- 
bre est sans doute fort diminué » mais leur fanatisme 
s'exalte en raison des obstacles de la route. Nos voya- 
geurs ont récemment rencontré ces aventureux Ma- 
grebis sur les bords de la mer Rouge. Ils les ont vus aller 
aussi dans V Arabie-Heureuse, cherchant» pour la guéri- 
son des maladies, les simples dont leurs livres de méde- 
cine leur avaient appris la vertu salutaire. Ajoutons 
qu'en s' aventurant parfois dans les sables de l'intérieur, 
et s'échelqpnant par les oasis du Sahara, parles stations 
du Soudan et du Darfour, ces pèlerins-marchands 



( i«9 ) 
atteignent l'extrémité sud de l'Abyssinie, et là se 
divisent, tantôt pour suivre la route de Gondar vers 
l'Ile deMoussawa, le meilleur port du golfe Arabique , 
tantôt pour traverser les hautes terres et les déserts 
affreux qui séparent l'Ethiopie de l'Egypte , joindre 
alors le cours navigable du Nil qui les voiture au Caire 
avec ce qu'ils ont apporté de plus utile et de plus pré- 
cieux, et arriver enfin, après des milliers de lieues, 
jusqu'à la terre sacrée de l'islamisme. 

Rien, au reste, n'est plus commun que ces voyages 
d'une extrémité à l'autre de l'Afrique ; et c'est môme 
ce qui permit à l'intrépide Caillé de tenter la décou- 
verte de Tombouctou en partant du Sénégal. Il se Otpas- 
serpour un Arabe d'Alexandrie qui retournait dans son 
pays natal, et sa réponse paru» si naturelle que, loin de 
le soupçonner de mensonge , chacun s'empressait de 
lui venir en aide, la charité musulmane lui assurant 
ainsi d'étape en étape son pain quotidien. 

Le pèlerinage dure ordinaircmentplusieurs années, 
pendant lesquelles la cinquième partie ou le quart 
des pieux voyageurs succombent souvent aux fatigues 
et aux dangers de la route; mais ceux qui en échappent 
s'en retournent chez jeux avec le titre honorable de 
hadji, et ont seuls droit de porter le turban. Reçua 
avec les plus grands honneurs , ils deviennent les ex- 
perts et les sages de leur patrie, et jouissent de toute la 
considération de leurs compatriotes, qui leur accor- 
dent, comme aux marabouts, le privilège de sainteté. 

Ainsi, parles caravanes, les impénétrables sentiers 
du désert relient la Mecque et le Caire à l'autre extré- 
mité de l'Afrique septentrionale, et, mystérieux véhi- 
cules de la barbarie, conduisent encore la sève musul- 
mane de son tronc épuisé à son rameau le plus lointain. 



( '6o) 

Note sur les divisions administratives , et sur la superficie 
et la population comparatives des provinces de la Suède 
de 1795 à i855 , par M. de La Roquette. 



J'ai publié dans \q Bulletin de la Société de géographie 
du mois de juillet i843 un relevé des divisions ad- 
ministratives, de la population et de la superficie de la 
Suède, d'après Forsell et d'autres statisticiens et géo- 
graphes suédois modernes. Dans le tableau ci-joint 
je vais donner» sur le même royaume, des infor- 
mations semblables plus exactes et plus complètes, 
puisées dans de» documents officiels que M. Leyon- 
marck a eu la bonté de me communiquer. 

Pour faciliter la comparaison, tout en conservantles 
superficies en milles carrés suédois , je les ai réduites 
en milles carrés géographiques de 60 au degré. Or, 
comme le mille curré suédois est égal à 2,07 milles 
carrés allemands de i5 au degré, et que ce dernier 
mille carré corresponde 16 milles carrés géographiques 
de 60 au degré , j'ai multiplié le nombre de milles car- 
rés suédois par 35, 1 2. Afin d'obtenir le nombre d'habi- 
tants de chaque province, et ensuite de toute la Suède 
par mille carré géographique , j'ai dû faire une opéra- 
tion invero* . c'est-à-dire diviser par 33, 12 le nombre 
d'habitants que <U>* documents officiels attribuent à 
chaque mille carré suédois. 

Il résulte du tableau que je présente ici : 

i° Que la population approximative que , dans mon 
premier travail, j'attribue à la Suède en i835, année 
prise pour terme de comparaison, diffère peu de 
celle qu'on trouve citée dans les documents officiels , 



( »6« î 

puisque je l'évaluais à 3,040,474 &me$« 

et qu'elle est de 3,025,439 • 

Ce qui offre la différence minime de 1 §,o35 * 
2* Que la population de la Suède proprement dite , 
c'est-à-dire non compris la Finlande (i), a augmenté , 
savoir: de 1795 à i8o5 (10 ans) de 139,331 âmes, 
ou de 5,8 p. 0/0; de iÇo5 à i8i5 (10 ans) de 62,994 
âmes, ou de 2,1 p. 0/0; de 181 5 à 1 855 (20 ans) de 
^60,373 âmes, ou de 22,7 p. 0/0 ; et enfin de 1795 à 
i835 (4o ans} de 744.998 âmes, ou de 32,6 p. 0/0. 

3* Que les provinces comparativement les plus peu- 
plées, en 181 5 comme en 1 835, sont : 

[par mil. car. géog. 
le Malmohus', qui avait en 181 5 tao âmes et en i835 i5i âmes 
le Blekinge — 91 — 114 

leGôtheborg — go — na 

et que celles dont la population comparative a été le 
moins élevée pendant les deux mômes années sont : 



(f ) On sait que par l'article 4 du traité de pa/x signé ù Nystad le 
3o août (10 septembre) 1721, la Russie, en restituant à la Suède la 
majeure partie du grand-duché de Finlande conquis en 1713 et 
1714 > «en réserva une portion dans le règlement des limites, et que, 
par les articles 4 et 5 des traite* de Jonkôping du jo décembre 1809 
et de Paris du 6 janvier 18 10, la Suéde acheta la paix par la renon- 
dation à tous ses droits sur la totalité du grand- duché de Finlande, 
qui fut définitivement cédé à la Russie avec Jes Ues Aland et avec la 
partie du Wâsterbotten , située à Test de la rivière de Tornea «4 
de celle de Muonio , qui y tombe. 

On évaluait la population du grand-duché de Finlande possédé 
par la Suède en 1795 à 761,661 

en 1 800 à 836,ooo 
«t M. A. Balbi évalue la population de 

ce grand-duché à la fin de 1836 à i,35o,ooo. 



_(-»«» ) 

[par mil. car. géog. 
le Norrbotten, qui n'avait en i8i5que i,5 âme et en 1 835 que 2,0 âmes 
le Wâsterbotten — i,5 — a, 3 

le Jàmtland — 2,6 — 3,2 

4° Que les provinces dont la superficie est îa plus 
étendue sont : 

le Wâsterbotten, qui a 22470,529 mil. car. géog. 
le Norrbotten — 22365,57 1 — 

le Jàmtland — 13397,769 — 

et que celles qui ont le moins de superficie sont : 

le Blekinge, qui a 796,735 mil. car. géog. 

le Gottland — 899,175 — 

le Halland — i3o5,i27 — 

5° Que , en n'ayant point égard à la superficie, les 
provinces les plus peuplées de la Suède étaient : 

en 1795, l'Ostergothland, dont la population s'élevait à i55,oia 



— TElfsborg — 
— - le Malmôhus — 

en iSo5, l'Ostergothland - r 

— l'Elfsborg — ■ 

— le Malmôhus -— 
en i8i5, le Malmôhus — 

— l'Ostergothland — 

— l'Elfsborg — 
en i835, l'Elfsborg — 

— le Malmôhus — 

— rÔstergothland — 

et les provinces les moins peuplées 



i48,i44 
136,776 

162,859 

156,371 

*49> 8 9* 
i65,432 

1 63,83 1 

1 59,664 

210,259 

209,584 

197,045 



en 1795 , le Jàmtland 

— le Wâsterbotten 

— le Norrbotten 

— le Gottland 
en i8o5, le Jàmtland 

— le Gottland 

— le Wâsterbotten 

— le Norrbotten 
en i8i5, le Gottland 

— le Wâsterbotten 



dont la population réunie 
netait que 67,890, ou 
apprnximativeinentpour 
chacune que d'environ 



22,630 

30,129 
31,819 

32,988 
33,872 
34,017 
33,38o 
3.3,487 



( i63) 

— le Norrbotten , dont la population s'élevait à 34,i3a 

— leJâmtland — — 35,0 1 5 
en i835, leGottland — — 4°>67i 

— le Jâmtland — — 44> a ^9 

— le Norrbotten — — 45>356 

— le Wàsterbotten — — 53,1 44 

6 e Que la superficie occupée par la ville de Stock- 
holm est de 4»90i milles carrés géographiques de 6o 
au degré , et que la population de cette capitale , qui 
était en 1795 de 74*378 âmes , a été réduite en 180& à 
72,652, s est un peu relevée en 181 5, puisqu'on l'é- 
valuait à cette époque à 73,989 , et enfin qu'en i835, 
on a reconnu qu'elle s'élevait à 82,655. 

7 Que les eaux qui s'étendent sur la surface delà 
Suède en occupent un peu plus de la 1 2* partie ; 
que les grands lacs Hfilar , Hielmaren, Wettern et 
Wennern en forment un peu moins de la 49 e partie ; 
et enfin que la proportion entre les eaux et les terres 
est de 1 à 10 1/2, et entre les quatre lacs ci-dessus 
désignés et les terres de 1 à 45 environ. 



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( iG5 ) 

La relation du premier voyage autour du monde a-t-elle 
été composée en français par Antoine Pigàphète ( 1 ), com- 
pagnon de la navigation de Magellan ? — Par M. Rd 
Thomassy. 

L'examen que nous avons pu faire à Nancy d'un ma- 
nuscrit français de la célèbre relation dePigaphèle, nous 
a fait entreprendre ces recherches (a). Et d'abord on ne 
connaît que quatre mss. de cette relation : un seul en 
italien, les trois autres en notre langue, et tous les 
quatre dédiés à un Français, à Villiers de l'Ile- Ad a m, 
grand-maltre des chevaliers de Rhode , par Antoine 
Pigàphète, reçu chevalier de cet ordre au retour de son 
immortel voyage autour du monde. 

S'il fallait s'en rapporter aux apparences, la ques- 
tion serait déjà décidée en faveur de la langue fran- 
çaise. Mais cette question se complique ; car aux xv e et 
xvi e siècles les premières relations , comme l'ont très 
bien remarqué le président Desbrosses et M. de Hum- 
boldt, n'ont pas été publiées dans leur texte ori- 
ginal. 

Ainsi la relation de Cadamosto , le Vénitien , a été 
publiée en latin , bien qu'il l'eût écrite en italien pour 
ses compatriotes , et certainement aussi en portugais 
pour le Portugal, qui l'avait alors à son service. 

Il en fut de même de Christophe Colomb , qui écri- 

(j) Telle est l'orthographe de ce nom dans les mss. que nous croyons 
contenir la relation originale du célèbre voyageur. On sait d'ailleurs 
-que l'orthographe italienne du xvi" siècle employait indifféremment 
fvtph. 

(a) Le m s. en question nous a été communiqué avec la plus gra- 
cieuse obligeance par M. Beaupré, juge au tribunal de première in- 
stance de Nancy. Ce fut durant la mission que M. le ministre de l'In- 
struction publique nous avait confiée en i84i, pour faire le catalogue 
analytique et raisonné des mss. de la bibliothèque publique de cette 
ville. 



( i66 ) 

vait à la fois au pape et au ministre d'Espagne, pour 
leur donner des nouvelles de ses découvertes. Quant 
au trop fameux Améric Vespuce , on ignore si ses pre- 
mières relations furent rédigées dans la langue des 
cours d'Espagne ou de Portugal qui l'avaient tour à 
tour employé. Toutefois, comme Vénitien , il en com- 
posa une pour ses compatriotes , laquelle fut d'abord 
traduite en français et puis du français en latin. Toutes 
ces traductions manuscrites, imprimées souvent en 
plusieurs langues avant que l'original l'eût été dans la 
sienne, rendaient aussitôt incertaine , môme pour des 
contemporains, la question du texte primitif: question 
ensuite d'autant plus difficile à résoudre que ces tra- 
ductions se multipliaient avec plus de rapidité par la 
presse, en Allemagne, en Suisse , en France et en Ita- 
lie. Telle était, en effet, l'ardente et généreuse curio- 
sité de l'époque pour la découverte des nouvelles par- 
ties du globe, qu'à défaut de relations originales , on 
se contentait le plus souvent d'en avoir les traductions 
de seconde ou troisième main. 

Quant à Pigaphète, en quel idiome a~t-il composé la 
relation dont il a successivement entretenu Jean III , 
roi de Portugal, Charles-Quint, Louise de Savoie, ré- 
gente de France pendant la captivité de François I er ; 
enfin le pape Clément VII, et sans doute aussi d'autres 
personnages éminents , tous désireux de seconder ou 
de connaître le progrès des découvertes géographiques ? 

Il est d'abord probable que Pigaphète a dû rédiger son 
voyage en plus d'une langue ; mais la question est de 
savoir quel était son texte préféré, celui qu'il offrait 
comme l'original de sa relation, et, puisque les quatre 
mss. qui en restent sont tous dédiés au Français Vil- 
liers de l'Ile-Adam , si ce n'est pas en français qu'il 
Ta définitivement rédigé. 



( '67 ) 
Avant d'examiner directement celle question, rap- 
pelons quelques circonstances de la vie de Pigapkète. 
Né à Vicence , vers la fin du xv e siècle , il devint Tos- 
can d'intérêts et d'opinion à l'époque précisément 
où les victoires de Charles VIII et de Louis XII rani- 
maient l'ancienne influence de notre idiome dans 
toute l'Italie septentrionale. Sous Louis XII en parti- 
culier, celle influence avait si bien repris son empire, 
que Jean-le-Maire, alors historiographe de la reine de 
France , composa un traité sur l'accord des langues 
française et italienne, en considérant cet accord comme 
celui même des nations qui parlent ces deux idiomes- 
C'est ainsi que rappelant, d'un côté, le voyage de Dante 
à Paris et les constantes relations du peuple de Florence 
avec la noblesse française, cet historiogaphe nous ap- 
prend de l'autre : • qu'aux temps modernes plusieurs 
i nobles hommes de France fréquentent les Halles , se 

• délectent , et exercitent au dit langaige toscan à cause 
» de sa magnificence , élégance et douceur ; tandis que 

• les bons esprits italiques prisent et honorent la langue 
» françoise , et se y déduisent mieulx qu'en la leur 

«propre à cause de la résonance, de la gentillesse et 

9 courtoisie humaine (î). • 

Si le traité encore inédit de Jean le Maire avait été 
connu, peut-être se serait-on demandé plus tôt si An- 
toine Pigaphète , cet esprit italien si distingué , n'était 
pas du nombre de ceux qui préféraient notre langue 
française à la leur, et si par conséquent sa relation 
n'avait pas élé rédigée en français. 

Ce qu'il y a de sûr , c'est que la protection que nous 
accordions alors à la république de Florence assu- 
rait , particulièrement dans la Toscane , la prépondé- 

(i) Autre ms. de la collection de M. Beaopré. 



( i« ) 

rance renaissante de la langue française. Pigapliète , 
issu d'une noble famille , et par conséquent initié de 
bonne heure aux grandes affaires de son pays , n'avait 
donc pu rester étranger à l'usage de noire idiome. 
C'est alors que désireux de s'embarquer avec Magellan 
pour tenter le premier voyage autour du monde, il 
alla trouver Charles-Quint , pour qui le français était 
une langue maternelle. On sait d'ailleurs que ce prince 
devait bientôt se faire prêcher en notre langue par son 
confesseur et conseiller le français Jean Glapion (1), au 
milieu de la cour de Bruxelles» où tant de person- 
nages illustres , flamands , espagnols , anglais et alle- 
mands allaient se donner rendez- vous. Par ce seul fait, 
Charles-Quint, la plus haute expression de la société po- 
litique de son temps, nous montre qu'au début du 
xvi e siècle le français était encore , comme au moyen- 
âge, la langue de la chevalerie, c'est-à-dire la langue 
de toutes les classes élevées, et des guerriers comme 
des hommes d'Étal. 

Je ne rappellerai donc pas la devise française , Qui je 
défends est maître, quele roi d'Angleterre, Henri VIII, prit 
alors dans ses conférences avec François I er et Charles- 
Quint , ni celte autre devise du prince Henri le Navi- 
gateur : Talent de bien faire que les matelots portugais 
avaient gravée en notre langue sur les monuments de 
leurs découvertes géographiques, comme pour attester 

(i) Voir le sermon en question recueilli à Bruxelles par Volcyre», 
secrétaire du duc de Lorraine, et publié dans le Recueil du Polyr 
graphe. C'est là que Volcyre nous apprend que Jean Cl api on était 
« du Maine , natif de libres et honorables citaius de la Fer té-Bernard.* 
C'est donc par erreur que la Biographie des hommes remarquables de 
la Flandre occidentale (Bruges, i&*43) fait naître Jean Cl api on 
dans cette province. 



( >6 9 ) 

au monde la présence toujours active de notre ancien" 
génie chevaleresque. Mais ce qui me fait rentrer direc- 
tement dans mon sujet, ce sont les mots qu'au retour 
de la plus périlleuse des navigations Pigaphèle fit gra» 
ver sur la porte de sa maison paternelle : Il nest rose 
sans épines. Noble et touchante allusion à la gloire de 
son voyage et aux maux qu'il avait soufferts ! Cette devise 
française, qu'on voit peut-être encore à Vicence dans 
la rue de la Lune , atteste quelle était la langue privi- 
légiée dePigaphèle. Il faut dire aussi qu'il venait alors 
d'être créé chevalier de Rhode ( 3 octobre i5s4 ) » et 
qu'à Rhode le français n'avait jamais cessé un instant 
d'être la langue familière et officielle des chevaliers de 
Saint-Jean de Jérusalem. Le Français Viliiers de l'Ile- 
Adam était grand-mal tre de l'ordre à cette époque 
de glorieuse mémoire, et ce fut à sa demande que 
Pigaphète, nouvellement décoré du titre de chevalier , 
composa la relation de son voyage avec Magellan. 

En quelle langue a donc été composée la relation 
de ce premier voyage autour du monde? 

Si l'on se rappelle maintenant que toutes les co- 
pies manuscrites qu'on a conservées de cette rela- 
tion sont dédiées au grand-maître Viliiers de l'Ile- 
Adam , on n'hésitera sans doute pas à répondre. Tou- 
tefois, nous avons dit qu'un de ces mss. était rédigé 
en italien : c'est celui qui a été découvert, il y a environ 
quarante-quatre ans, par M. Amoretli dans la biblio- 
thèque Ambroisienne de Milan ; mais ce savant, bien 
loin d'y reconnaître la relation originale remise au pape 
ou au grand-mal Ire de Rhode, n'y voit qu'une copie de 
ce grand travail. Qu*a-t-il en effet rencontré dans celle 
copie? un bizarre mélange d'italien, de vénitien cl 
d'espagnol, que dans sa traduction en bon italien il 



( *7° ) 
s'est efforcé de faire disparaître , en même temps qu'il 
éclaircissait les nombreuses obscurités de ce texte in- 
correct. Ces détails, donnés par l'éditeur lui-même sur 
le ms. qu'il a mis en lumière» et dont il n'était sans doute 
pas disposé à sacrifier ni amoindrir la valeur, suffisent 
pour nous convaincre qu'on ne doit point y rechercher le 
texte avoué par Pigaphète(i). Cherchons donc ailleurs 
l'original de sa relation , c'est-à-dire dans les mss. 
français dont il nous reste à parler. 

Le texte de ces derniers est d'abord remarquable par 
une clarté de style qu'on ne trouve pas supérieure dans 
nos meilleurs écrivains du commencement du xvi e siècle : 
on en jugera parles extraits que nous donnons plus bas. 
Mais , pour mieux l'apprécier, rappelons ce que nous 
avons déjà dit : qu'il existe trois mss. français de Piga- 
phète. Deux sont à la Bibliothèque du roi. Le troisième 
appartient à M. Beaupré, de Nancy ; et celui-ci est sans 
contredit le plus complet et le plus correct : on dirait 
une édition , revue et corrigée par l'auteur, sur le ma- 
nuscrit de sa première relation. Quant au texte que nous 
possédons à Paris , il se trouve presque identiquement 
reproduit dans deux mss. , le N° 68, fonds Lavallière , 
et le N° 10270 B, ancien fonds de la Bibliothèque du 
roi. Ce dernier, qui est en papier, parait dater du pre- 
mier quart du xvi e siècle» et présente une écriture un 
peu antérieure à celle du mss. Lavallière; tandis que 
celui-ci , sauf l'omission (*j)de quelques passages com- 
promettants pour la pudeur, n'est que la reproduction 

(1) Les autres arguments de M. Amoretti , pour établier ce fait, ne 
sont pas moins concluants. Voir p. xl, de son Tntroduzione. Primo 
vlaggio intorno al globo. In Milano» 1800. 

(2) Cette omission de détails peu chastes pourrait faire croire que 
le beau ms. de Lavallière est celui-là même qui fut offert à la Régente, 
Louise de Savoie. 



( >7> ) 
littérale du précédent, faite avec luxe sur beau vélin, et 
avec lettres historiées. Quant au ms. de M. Beaupré , 
la calligraphie en est parfaitement semblable à celle 
du ms. Lavallière, et il est de la même époque, par 
conséquent postérieur aums. N° 10270 B. 

Remarquons maintenant que celui-ci, outre la prio- 
rité de Técriture et de l'orthographe , porte tous les ca- 
ractères de la relation originale de Pigaphète. Pour s'en 
convaincre, il suffit , en effet , d'en lire le titre : « Navi- 
gation et descouvrement de la Indie supérieure faicle 
par mo/Àntoyne Pigaphète , Vincentin, chevallier de 
.Rhodes. » — La rubrique du ms. de M. Beaupré signale 
en outre « les isles de Molucques où naissent les clous 
de girofle : » détail qui s'adresse surtout à la curiosité 
publique et semble écrit après coup. On y lit ensuite 
pour dédicace : Antoine Pigaphète, patricie Vincentin et 
chevalier de Rhodes, à illustrissime et très excellent seigneur 
Philippe de Villiers Vile' Adam, inclite grand-maître de 
Rhodes , son seigneur osservantissime » , avec la devise 
NEAGECITO (ne âge citô). 

Citons maintenant le texte français du manuscrit de 
M. Beaupré , et voyons , â la simple lecture . si c'est là 
une traduction ou bien l'original revu par l'auteur. 

« Prologue de Anthoine Pigaphète sur le présent livre sien 
traictant la navigation des isles Molucques. Fernand 
de Magaglianes , Porlugaloys, capitaine général de 
V armée voyagière; et la hayne que les patrons et 
aultres capitaines avoient contre luy. 

Chapitre premier. 

« Pour ce qu'il y a plusieurs gentz curieux, très illus- 
tre et très révérend Seigneur, qui non seullemcnt se 
contentent d'escoulter et scavoir les grandes et mer- 



( *7» ) 
veilleuses choses que Dieu m'a permys veoir et souffrir 
en la longue el périlleuse navigation que j'ai faicte , 
ci-après escriple; mais encores veulent scavoir les 
moyens et façons et le chemin que. j'ai tenu pour y 
aller, non adjoustant foy (i) ny ferme créance à la fin , 
si premièrement ilz ne sont bien advertiz et cerciorez 
du commencement; pourtant, Monseigneur, il vous 
plaira entendre que me trouvant en Espaigne Tan de 
la nativité Nostre Seigneur mil cinq centz dix et 
neuf à lacour de sérénissimeRoy des Romains,- avecque 
le révérend seigneur Mon$ r . François Cheregato, alors 
prothonolaire apostolique et ambassadeur du pape 
Léon dixiesme : lequel par sa vertu parvint depuis à 
l'évesché de Aprutino et principautté de Tlieramo ; et 
congnoissant tant par lecture de plusieurs livres que 
par rapport de plusieurs clercz et entendus, qui prati- 
quoient avec ,1e dit prothonotaire les très grandes et 
espouentables choses de la mer Océan , je déliberay 
(avecq la bonne grâce de l'Empereur el susdit seigneur) 
expérimenter et aller veoir à l'œil parties des dites 
choses, au moyen de quoy je peusse satisfaire à la 
volunté 'jdesditz seigneurs , et ancores a la mienne ; afïirn 
qu'il fut dit que j'ay fait ledit voyaige et bien veu à 
] 'oeil les choses cy-après escriptes, et pour me acquérir 
quelque fameux nom après la postérité. 

»Et pour venir à deschiffrer le commencement de 
mon voyage, très illustre Seigneur, ayant entendu qu'il y 
avoit en la cité de Sévigle une petite armée au nombre 
de cinq navires pour faire ce long voyaige, c'est assavoir 
pour trouver et descouvrir(2) les isles de Maluque d'où 

(i) Foy ni, manque dans nos. n° 10270 B, ancien^ fonds de la Bibl. 
du Roi. 

(2) Et descouvrir, ma?) que dan? ms. n° 10270 B. 



( »73) 
viennent les espisseries. De la quelle armée estoit 
capitaine général Fernand de Magaglianes, gentil- 
homme portugaloys, commandeur de sainct Jacques 
de l'Espée, qui avoit faict plusieurs voyages en la mer 
Océane , où il s'estoit porté très bonnestement et en 
homme de bien. Je partis avecque plusieurs lettres en 
ma faveur de Barselonne, là où pour lors l'empereur 
eàtoit, et veins par mer jusques à Malègue et de là m'en 
allay par terre , tant que jarrivay à lu susdicle cité de 
Sévigle, où demouray l'espace de troys moys, actendant 
que la dicte armée fust en ordre et preste pour faire son 
voyaige. 

c Et pour ce, très illustre Seigneur, que au retour 
dudict voyaige , m'en allant à Romme vers la sainteté 
de nostre Sainct Père, je trouvay voslre seigneurie à 
Monterose , où de sa grâce me feist bon recueil, et me 
dotma après à congnorstre qu'elle désiroit avoir (1) 
par escript les choses que Dieu par sa grâce m'avoit 
permis veoir en mon dit voyaige; dont, pour satis- 
faire et obtempérer à vostre volunté, j'ay réduyt en 
ce petit livre les choses principalles au mieulx que 
j'ay peu... » 

La découverte des lies Moluques avait été le but 
principal du voyage de Magellan; nous allons donc 
extraire de préférence le passage qui la concerne. Mais 
d'abord un mot du chapitre xxvu* de la Relation, où 
Pigaphète parle avec le plus de détails de l'héroïque 
navigateur, et le glorifie après l'avoir vu jfcérir au milieu 
de son audacieuse entreprise (2). 

V 

(1) Avoit désir d'avoir y dans le ras. n° 10270 B. ancien fonds Bibl. 
du Roi. 

(2) Je cite toujours le texte duras, de Nancy, qui est plus complet 
que ceux de la Bibliothèque du Roi, et semble , comme nous l'avons 
déjà dit , accuser une révision de l'auteur. 

XX. SEPTEMBRE. 3. 11 



( '74 ) 

Le Roi cl la Reine de Ziubu, tle du groupe de Bts^ 
scif es àans ]*archipel des Philippines, étaient déjà bap- 
tisés, et leurs sujets, en embrassant le christianisme, 
avaient juré fidélité au roi d'Espagne, lorsque les habi- 
tants de l'île Maltan et leur chef Cilapulapu refusèrent 
de prêter le même serment de foi et d'hommage. Ma- 
gellan marcha aussitôt contre eux , et l'incendie de 
leurs maisons ayant exaspéré ces derniers habitants : 

• Lors viudrent, dit Pigaphète , tant furieusement 
contre nous, qu'ils passèrent une flèche envenimée A 
travers Ja jambe du capitaine, par quoi il commanda 

de nous retirer peu à peu Mais lui, comme 

bon capitaine et chevalier, tousjours se tenoit fort 
avecques aulcuns aultres plus d'une heure ainsi corn- 
ha tans; et ne se voulant plus retirer, ung Indien luy 
gecta une lance de canne au visaige, et lui soudain de sa 
Jance le tua et la luy laissa dedans le corps, Puis voulant 
mestre la main à l'éspée , ne la peut tirer que à moitié » 
à cause d'une plaie de lance de canne qu'il avoit au 
bras; ce que ces genz voyant se giclèrent tous ver» 
luy , dont l'un avecq ung grand javelot, qui est comme 
une pertisane, mais plus gros, lui donna ung coup en 
la jambe gauche par laquelle il cheut le visaige devant; 
dont tous soudain se geclèrent sur luy avecques lances 
de fer et de cannes et avecq ces javelots : tellement 
qu'ils occirent le miroer, la lumière, le confort et 
notre vraye guide» Quand ces gens le férissoient, plu-, 
sieurs fois se tourna en derrière pour veoir si nous 
étions tous es navires. Puysle voyant, le mieulx que 
peusmes , saulvames et mismes les blessés es navires 
qui desjà s'en partoyent (i) » 

(i)Lea ross. de la Bibl. du Roi disent plus brièvement * «ces cens 



( «75 ) 
« J'ay espérance en vostre très illustre seigneurie , 
dit alors Pigaphète au grand-maître Villiers de l'Ile- 
Aamd, que la renommée d'un vaillant et noble (i) 
capitaine ne sera point eztaincte ne mise en oubly eu 
nostre temps; car entre ses aultres vertus» il estoit le 
plus constant en une très grande fortune et gros affaire 
que jamais fut ung aultre. Il supportoit la fain plus 
que tous les aultres. Il naviguoit et faisoit carte ma- 
rine (a) ; et que cela soit vray est veu appertement; car 
jamais aultre n'avoit eu tant d'engin, hardiesse ny 
sçavoir de circuir une foys le monde, comme il y avoit 
desja donné ordre. Mais ceste bataille entrerompit sa 
très magnanime entreprise : laquelle bataille fut faicte 
à ung sabmedi le vingt et septième jour d'avril , mil 
cinq centz vingt et ung; et la voulut faire le capitaine 
au jour de sabmedi, pour que c'estoit son jour de 
dévotion • 

voyant ce, et que le capitaine avoit fait brusleraulcunes de leurs mai - 
sons 9 pourles cnyder e*poventer, eulx devenus plus furieux, nous lancè- 
rent tant de lances ferrées et tirèrent tant de flèches, mesmes à l'endroit 
du capitaine , que à peine povyons nous défendre. Finalement , euh 
nous repoussans jusques à la ryve, nostre capitaine vertueusement 
combattant ayant eu une flèche à la jambe , ung indien d'entr'eulx lui 
gecta une lance de canne envenimée au visaige * qui le tua tout royde, 
et nous pressèrent tant que fusmes contraincts nous retirer en noz 

bateaux et laisser là le corps mort du capitaine général avec les 

aultres des nôtres mortz. » 

On voit combien la leçon du ni*, de M. Beaupré est supérieure à 

cette dernière , qu'elle complète et rectifie. 

(1) Et noble, qui est omis dans le ms. Lavall, se trouve dans le ms. 

N° 10370 B. , lequel est d'ailleurs presque entier* meut conforme au 

ms. Lavallière. 

(a) Les wss. de la Bibl. du Roi offrent ici uue leçon moins pré- 
cise; car 00 y lit : « En l'art de la mer estoit le plus expert et savant 

qui fuat au monde. * 



( >7*) 
J'arrive maintenant à la découverte des Moluques. 
Et d'abord : < Là devant que le capitaine mourust, 
nous eusmes nouvelles des isles de Mallucque, » est-il 
dit au milieu du XXVIII 9 chapitre. 

C'est de là qu'il faut passer au XXXVi', où on lit : 
« Adonc le pilot qui nous estoit demouré dist com- 
ment «es quatre isles est oient Malueqme : de quoy nous 
remereiasmes Dieu» etpargrande joye deschargeasmes 
toute notre artillerie. 

Ce n'est pas à s'esmerveiller si nous estions fort(i) 
joyeux , veu que avions esté en travaux et périls l'es- 
pace de vingt et cinq mois, deux jours moins, à 
cercher Malueque ; et que par toutes ces isles jusques à 
Malucque, le moindre fondz que nous trouvasmes estoit 
de cent et de deuscentz brasses , tout au contraire de ce 
que nous avoyent dit les Portugatoys, quelàonnepou- 
voit naviguer pour les grandes pierres et le ciel obs- 
cur, comme ils pensoyent (a) : de quoy estoyent dé- 
eeuz... » 

Quant à la cause qui avait porté Magellan à entre- 
prendre cette périlleuse découverte , l'auteur nous 
l'apprend à la fin du même chapitre , en s'adressant 
toujours au grand-maître de Rhode. 

« Affin que vostre très illustre seigneurie saiche les 
isles où naissent les girofles , il y en a cinq : c'est assa* 
Voir Tarenate r Tadore,Muth\Machian et Bacchian..... 
Toute ceste province où naissent les girofles se nomme 
Mallucques. Il n'y avoit pas encore huit rnoys que 
s'estoit mort en Tarenate ung Porlugalois appelé Fran* 

(i) Moult, variante ms. n° 10270 B. 

(2) Comme ils avaient imaginé, variante du 111%. 11 ° 10270 Bt 



( '77 ) 
cois Serran , capitaine général du Roy de Tarenate 
contre le Roy de Tadore : lequel (i) feil tant qu'il con- 
traignit celluy roy de Tadore donner une sienne fille 
pour femme audit Roy çle Tarenate et bailler quasi 
tous les enfants de ses principaulx pour ostaiges. De 
laquelle fille nasquit celluy nepveu du Roy de Tadore. 
Puys fut faicte la paix entre eulx. Und jour estant venu 
Francoys Sarran en Tadore pour acheter des girofles , 
ce Roy le feit empoysonner avec des feuilles dites 
hêtres, et ne vesquit que quatre jours. Son Roy le voq- 
loit faire ensevelir selon ses manières etcoustumes; 
mais troys chrestiens, &es serviteurs., ne le voulurent 
consentir. 

» Cestuy Francoys laissa ung filz et une fille petite , 
qu'il eut d'une femme qu'il prist en Java la grand, et 
deux centz barrilz de girofle. Il estoit grand amy et 
parent de nostre bon et loyal feu («) Capitaine général, 
et fut cause de Pesmouvoir à faire ceste entreprise et 
voyage (3), pource que plusieurs fois, estant nostre ca- 
pitaine à Mallacque, lui avait escript comme il se tepoit 
là (4). Le seigneur Manuel , jà Roy de Portugal, par non- 
vouloir croislre la pension et gaiges de nostre dit Capi- 
taine général que d'un teston le moys pour tous ses 
bienfaits et mérites, vint en Espaigne où il eut de sacrée 
Majesté tout ce qu'il voulut demander... » 

Après ce passage, le dernier qui soit relatif à Ma* 
gel 1 an, venons à la conclusion de Pigaphète lui-même.. 

(1) Qui, dans les mss. de la Bibl. du Roi. 

(2) Feu, omis dans les mss. de la Bibl. du Roi. 

(3) Et voyage , omis dans les mss. Bibl. du Roi. 

(4) Comme il se tenait la; avec toute la phrase suivante, est omis 
dans les mss. de la Bibl. du Roi. Nouvelle omission qui montre toute 
l'importance du ms. de M. Beaupré. 



( «78 ) 
Nous la trouvons dans le LVII* chapitre de sa relation, 
qui porte pour rubrique : 

« Des Lechii qui sont en terre ferme et de leur Roy. 
De l'isle Hau et aultres. De dix sortes d'hommes qui 
sont en la grande Inde. Nos gens naviguèrent le cap de 
Bonne-Espérance. De la souflrèle et mortalité d'eulx 
es navires. L'astuce de noz gens aux Portugaloys pour 
avoir dès vivres. Trèze de nos gens furent des Portu- 
galoys retenuz. Noz gens arrivent à Sévigle, où feirent 
leurs veuz, et l'auteur partit d'à vecques eulx pour s'en 
aller. • 

Voici comment finit ce chapitre, et avec lui le 
voyage de Pigaphète. 

« ..... A la lin contrainctz de grande nécessité 
allastaes aux isles de Cap- Vert. 

•Mercredi neufviesme de juillet arrivasmes à une 
d'icelles, dicte Sainct Jacques, où soudain envoyasmes 
le bateau en terre, pour avoir des vivres, soubz ceste 
faincte et couleur de dire aux Portugaloys que noslre 
trinquet estoit rompu soubz la ligne équinoxiale , com- 
bien que (1) fust sur le cap de Bonne-Espérance (s), 
et comment, cependant que acoustrions nos navires (3), 
nostre capitaine général avecq les autres deux na- 
vires s'en estoit allé devant en Espagne. Ainsi avecq 
nos marchandises et ces bonnes parolles (4) eusmes 
deux batteaux pleins de riz; et commandâmes aux 
nostres du bateau que eulx estants en terre deman- 
dassent quel jour il estoit : ausquelz fut res pondu que 

(i) Quelle fust, variante ms. 20270 B. 

(2) A aventure, variante [id.). 

(3) Cependant. .. navires. Omis dans le ms. n° 10270 B. 
(.{) Et ces bonnes paroles. Omis dans lems. 10270 B. 



( '79 ) 
aux Porlugaloy s esloit jeudi , dont furent moult esbahiz, 
pour ce que à nous estoit mercredi; et ne scavions 
comment avions faylli; car tous les jours, je, qui estojs 
toujours sain, avoys escript sans aulcune intermission 
chascun jour. Maisainsi que depuys nous fut dit, il 
n'y avoit point de faulte Car nous avions tousjours fait 
nostre voyage par Occident et retourné au même lieu 
du partemenl, comme fait le soleil, dont le long voyage 
avoit. emporté l'advantage de vingt et quatre heures, 
ainsi que clérement se veoyt..... 

• Samedi sixiesme de septembre mil cinq cenlz vingt 
et deux enteasmes en la Baia de Sainct Lucar, et n'es- 
tions que dis boy t hommes, et la phispart malades, du 
reste de soixante qui estoyent partiz de Mallucques , 
xtant les ungz moururent- de faim, les autres s'en allè- 
rent en l'aie de Timor» et les aultres avoyent été punis 
^ inocj pour leurs délietz. 

«Depuis le temps que partismes de cette Baia jus- 
tjues au jour présent, nous avions fait quatorze mille 
quatre centz et soixante lieues et accomply le cercle du 
monde de levant au ponant. 

«Lundi huytième de septembre, gectasmes l'ancre 
près le mole de Sévigle et y descharge asm es toute l'ar- 
tillerie; et le mardi, nous tous en chemises et piedz 
nudz, allasmes,chascun une torche en la main, visiter 
le lieu de SaincteMarie de la Victoire et celui deSaincte 
Marie de Lanticque. 

• Moy,partyde Sévigle, allay à VagHadole, où je pré- 
sentai à la sacrée majesté de Monseigneur Charles, 
non or ny argent , mais chose pour eslre prisée 
d'uri tel seigneur; et entre les aultres luy donnay ung 
livre escripl de ma main, traictant de toutes les. choses 



( i6o ) 

passées de jour en jour en nostre voyage. Puys m'en 
party de là et allay en Portugaloys, où je parlay au 
Roy Monseigneur Jehan , des choses que j'avoys veues, 
Et passant par l'Espaigne, vins en France où je feis 
ung don d'aulcunes choses de l'aultre émispère à 
madame la Régente , mère du très cbrestien Roy Mon- 
seigneur Francoys. Après vins en Italie où j'estably à 
tousjours ma demeure; et ordonnay cestes miennes 
vacations et vigiles au très illustre et noble seigneur 
Philippe de Yilliers Lisle-Adam , très digne grand? 
majstrede Rhodes (1). • 

Tel est le texte , digne sous tous les rapports de Tu- 
sage que Pigaphète avait dû faire de notre longue, 
Faut-il maintenant se demander si ce voyageur a pu le 
composer en français ? En vérité» lorsque c'est pour oA- 
tempérerau désir d'un Français comme Villiers de l'Ile- 
Adam que l'ouvrage est composé, et que c'est par un 
nouveau chevalier» heureux de lui en faire la dédicace, il 
semble que la question est superflue. Les convenances 
de la dédicace réfutent tous les doutes; les circonstan- 
ces morales déterminent la conviction. 

Mais une objection s'est toujours présentée , et faute 
de l'examiner de près, on l'a laissée jusqu'ici sans 
réponse. C'est une relation française du voyage de 
pigqphète, publiée par Fabre (2) , et terminée par ces 

(1) Le ms. 10270 B de la Bibl. Royale, où nous ayons [déjà lu 
dans le titre de la relation faite par moy^ porte à la fin ces mots : 
« Le chevallier Antoyne Pigaphète. » Cette orthographe du nom de 
l'auteur est celle que nous avons cru devoir suivre comme la plus au- 
thentique. 

(2) À Parts, en la maison de Simon de Golines , libraire. Sans date 
f t gothique. 



( 181 ) 

mois : Cy finit V extrait du dût livre translaté de 
italien en /rançois. Donc, a-l-on ajouté, l'original de 
Pigaphète était en italien. Hais, répondrons-nous à notre 
tour, si la relation originale eût existé en cette langue, 
comment quelques années après, c'est-à-dire en i536, 
la traduction française de Fabre eûte-lle été retournée 
en italien dansl'édition in-4° de Venise ( 1) , lorsqu'il eût 
été si facile de retrouver l'original en Italie» s'il eût ja- 
mais existé en italien? Ce n'est pas tout : l'édileur de 
1 536 affirme à ce sujetun fait évidemment inexact, et qui, 
répété parRamusio, a produit toute la confusion qu'il 
s'agit ici de démêler. Ce fait consiste à dire que Pigaphète , 
ayant envoyé sa relation à Louise de Savoie, régente de 
France, celle-ci pria « l'illustre philosophe Fabre , qui 
iivait fait ses éludes en Italie, de la traduire en français.» 
Mais comment Fabre aurait-il entrepris de la traduire 
par ordre de la Régente sans mentionner cet ordre , 
lorsque ce fait seul pouvait illustrer son travail? Le 
silence de Fabre détruit ici l'affirmation de l'éditeur 
de i536. 

C'est donc bien plutôt sur une relation sèchement 
résumée, et envoyée d'Italie par quelque nouvelliste 
contemporain, qu'a dû être faite la traduction dé Fabre. 
Cette explication est vraiment la seule admissible à 
propos d'uneœuvre aussifaulive qu'incomplète. Pour se 
convaincre» en effet» combien les pensées et les senti- 
ments de l'héroïque Pigaphète y sont mal rendus» il n'y 
purait qu'à comparer «cette traduction avec le texte de 
nos mss. français ; mais il nous sera plus que suffisant 
de citer ici le seul litre de l'abrégé de Fabre : 

(r) Édition de la bibliothèque de M. Ternaux-Compans. Citer 
cette bibliothèque , c'est rappeler l'obligeance infinie avec laquelle 
$on docte propriétaire la communique aux amis de la science. 



( i8a ) 

• Le voyage ei navigation faictpar les Espaignolz es 
Iles de Mollucques ; des Iles qu'ils ont trouvé au dict 
voyage, des Roys d'icelles, de leurs gouvernement et 
manière de vivre , avec plusieurs autres choses. » Titre 
qui évidemment n'accuse en rien celui de l'auteur. 

Lisons maintenant le titre dums. de Nancy : 

« Navigation et descouvrement de la Jnde supé- 
rieure et Iles de Molucques où) naissent les clous de 
girofle, faiclepar Antoine Pigaphète, Vincentin, cheva- 
lier de Rhodes , commençant en l'an M. V. c et XIX. » 

Or, qui ne voit qu'ici tout est précis , substantiel , 
autant que tout est vague ou diffus dans la traduction 
de Fabre? Preuve donc que cette traduction n'a pu 
être faite sur un texte original , mais seulement sur le 
résumé de quelque scribe italien. Le litre du plus an- 
cien mss. , qui est celui de la Bibliothèque du roi , 
N° 10270 B , est encore plus court et plus net :« Na- 
vigation et descouvrement delà Jndie supérieure, faicte 
parmoy Antoyne Pigaphète» Vincentin, chevallier de 
Rhodes. » Ainsi l'objet du voyage et le nom de celui 
qui a eu la gloire de l'accomplir et de le raconter, 
voilà ce qu'il faut dire , et ce qui est dit dans ce texte 
français. Mais au lieu de ce langage fier et digne, le titre 
italien traduit par Fabre ne nomme pas même Piga- 
phète , et se contente de citer les Espagnols. Enfin cet 
« illustre philosophe , • non content de sa prolixité, 
complète ce titre bizarre par ces mots : avec plusieurs 
autres choses (i). 

(1) Ce titre est d'autant plus singulier qu'il contraste davantage, 
par sa longueur, avec la sèche et courte analyse où Fabre ne fait 
jamais intervenir Pigaphète qu'à la troisième personne. 

Voici, en outre , un exemple des contre-sens que Fabre s'y permet : 
c'est lorsqu'il fait dire au chevaleresque voyageur qu'il ne présenta 
à Charles-Quint « or, argent ne chose précieuse digne ttuny ti grand 



( '»3 ) 

Je le demande, est-ce ainsi qu'aurai l parlé Piga- 
phète, el d'ailleurs aurait-il omis qu'il élait l'auteur de 
la Relation? Ce n'est donc qu'un méchant scribe qui a 
pu tronquer et dénaturer son langage; et dès lors c'est 
rejeter hors de la question la traduction de Fabre. Il 
ne reste donc plus que nos mss. français, dont le texte 
doit nécessairement être considéré comme l'original 
que nous cherchions. 

Ainsi le problème est résolu , el Pigaphète a honoré 
notre langue par un monument unique , par la rela- 
tion française de la première navigation autour du 
monde. 

MAGUELONE 

(en Bas-Ijwguedoc) . 

I r * partie. 
PAÏl H. R° TUOMASSY. 

ORIGINK DE LA VILLE DE MAGUELONE. 

Une question fort débattue parmi les géographes- 
antiquaires du midi de la France est celle de savoir si 
l'Ile et la ville de Maguelone, ancien évêché du Bas- 
Languedoc, aujourd'hui réduit à une église abandon- 
née, se trouvent désignées dans les textes des géographes 
grecs ou latins, et même s'il ne serait pas possible 
d'en rapporter l'origine à une époque plus éloignée fi). 

seigneur , mais un livre e script de sa main , etc. » ( fol. 76 ). Nous 
avons déjà vu que Pigaphète disait dans un sens tout contraire. « Je 
lui présentay, non or ni argent, mais chose pout estre prisée d'un tel 
seigneur; et entre les aultres luy donnay ung livre escrit de ma main, 
traictant de toutes les chose* passée* de jour en jourennostre voyage.» 
(1) Voir, en dernier lieu, le Mémoire de M. Eug. Thomas dans tes 
publications de la Société archéologique tU Montpellier^ n° 1, page 5 1, 
<835. 



( «84 ) 

Pour les érudits qui jadis voyaient tout dans l'hé- 
breu , et à l'aide des étymologies Faisaient tout re- 
monter à la civilisation phénicienne , le nom de Mague- 
lone se rapprochait assez de Magedo 9 de Magon % et 
autres mots puniques ou phéniciens» pour fournir 
matière à quelques conjectures; mais ces conjectures , 
malheureusement pour elles , ont été combattues et 
retournées avec autant de droit au profit des origines 
celtiques : témoin ce qu'a fait Astruc, l'auteur de sa- 
vants Mémoires sur le Languedoc, qui voit dans Magalo 
un vrai nom celtique, en supposant, dit-il, qu'il ne 
vienne pas de Mag 9 ville, autre mot celtique , et du 
grec aXwv , nom d'une colonie phocéenne indiquée sur 
les rivages du Midi de la Gaule parle géographe grec 
Arfémidore (i), 

Quant aux auteurs qui pour résoudre la question s'ar- 
rêtent à l'époque grecque et romaine, ils ont d'abord, 
avec le témoignage d'Artémidore rapporté par Élienne 
de Byzance, ceux de Strabon et de Ptolémée; ensuite 
les textes latins de Pomponius Mêla, de Pline et de 
Festus Avienus. Ce dernier géographe est le plus récent 
en date, car il paraît contemporain des premières 
invasions barbares dans le midi de la Gaule ; mais il 
est considéré par tous les savants commenta teurscomme 
le reproducleur d'anciens périples carthaginois; et il 
nous présente, à ce litre, le plus ancien témoignage, le 
premier par conséquent que nous ayons à discuter. 

C'est dans son Ora maritima (2) que Festus Avienus. 

(1) Voir Astruc, page 375 de ses Mémoires. 

(2) Voy. Festus Avienus , Ora marit. , V$. 604. Nous en donnons, 
ici, d'après l'édition des classiques latins de Le m aire (Poetœ latin i 
fninores,t. V, p. 477)? un texte beaucoup plus correct qu'on ne (e 
trouve communément. 

Blasco propter insula est, 



( ««S) 

nous fait connaître avec une précision remarquable 
l'état général des lieux où nous allons chercher l'ori- 
gine de Maguelone. Nous y voyons dépeint tout le lit- 
toral qui s'étend depuis le montSetius ou promontoire 
de Sète (1) jusqu'à l'embouchure du Rhône. Or, dans 
les traits nombreux qui caractérisent si bien ce tableau * 
il n'en est pas un seul qui puisse faire supposer qu'à 
l'époque où remonte cette description, Maguelone 
existât sur le rivage où nous la voyons aujourd'hui. 
Nous allons donner la traduction du poéte-géographej 
mais comme cette traduction est faite sur un texte un 
peu différent de celui d'Astruc et des érudits que nous 
voulons réfuter, nous avons d'abord à justifier que ce 
texte est aussi beaucoup plus corret* En d'autres termes» 
il faut prouver qu'il s'applique à toute la côte du Bas- 
Languedoc depuis le mont de Sète jusqu'à la rive gauche 
du Rhône, limite primitive de la domination des Ligures» 
et nullement à la portion d'étang qui a conservé de nos 
jours le nom d'élang de Thau. Pour cela , nous n'avons 
qu'à lire, sans préoccupations locales, le texte de l'Ort> 
maritime* ; et nous y voyons que F. Avienus j fait » non 

Teretique forma cespes eefitur salo. 
In continent! et inter adsurgentium , 
Capita jugorum , rursùm arenosi soli 
Terga eiplicantur; seque fundunt littora * 
Orba incolarum. Setius inde raons tumet 
Procerus arcem et pinifer. Setii jugum 
R a dice fusa in usque Taphrum pertinet ; 
Taphron paludem namque gentici vocant 
Rhodani propinquam flumini : hujus alveo 
Ibera tell us atque Ligyes asp«ri , 
I ntersecantur. Hic sat angusti la ris ' 
Tenuisquc censu civitas Polygiom es. t. 
(i) Sète et non Cette, orthographe vulgaire repoussa par Fltymo- 
logie. 



( «86) 
de la topographie, mais une description de géographie 
très générale, qu'il y jette un coup d'oeil large et rapide 
sur le littoral de la Méditerranée, et que tout chez lui 
se dessine à grands traits , en allant d'Occident en 
Orient. La marche comme la nature de ce travail exclut 
donc l'hypothèse d'après laquelle Astruc, en faisant 
rétrograder la description, cherche l'Érau là où Isaac 
Vossius signale au contraire le Rhône. Astruc voit encore 
lepiéFégmé, monticule insignifiant, làoà il faut évidem- 
ment reconnaître le mont Seù'us marqué par tous les 
géographes , parce que ce mont frappe en effet tous les 
regards. Or, ce sont deux erreurs capitales, trop géné- 
ralement acceptées par les antiquaires du midi; mais 
une fois ces erreurs corrigées, le texte de l'édition de Vos- 
sius redevient la plus fidèle description de l'état primi- 
tif de la contrée, et cesse d'être une source de méprises 
pour les géologues comme pour les historiens (i). Voici 
donc le sens de ce texte carthaginois reproduit par 
le poëte-géographe : 

Après avoir parlé de Brescou , dont le nom est resté 
attaché à un ilôt voisin de la ville d'Agde, Agathopolis 
qu'il ne mentionne pas, parce que ce nom grec appar- 
tient à une époque postérieure, Festus Avienus con- 
tinue : 

« Au-delà, dit-il, s'élève le mont Setius, élancé par 
le sommet , couvert de pins , et dont le pied glisse dans 
l'étang de Thau ( Taphrum ). Cet étang, que les indi- 
gènes appellent ainsi , avoisine le Rhône , dont le lit 

(i) Rectifier à ce propos Terreur géologique de M. Henri Reboul, 
au sujet du Mesua de Pomponius Mêla» ( Géologie de la période 
quaternaire, par M. Henri Reboul, correspondant de l'Institut, 

P' 94-98- ) 



( «8 7 ) 
sépare les Ibériens des âpres Ligures. Là se trouve 
une petite cité, el de peu de revenu : c'est PolygUun. • 

Le Taphrum , où se baignait le mont Svlius, et qui 
s'étendait jusqu'au Rhône, représente donc ces eaux in- 
térieures découpées aujourd'hui en plusieurs petits 
étangs , et qu'une étroite plage de sable sépare de la 
Méditerranée au fond du golfe de Lion (i). Or, le 
long de crlte côte sablonneuse on ne voit aucunement 
que le géographe ait indiqué Maguelone ; car Poligium 
parait désigné comme se trouvant entre les Ligures 
et les Ibères, parlant vers l'embouchure du Rhône, 
où tout d'ailleurs se prêtait si bien à l'établissement 
d'une cité, L'Ilot de Maguelone , au contraire, en pré- 
sence de cette plage inculte et sauvage, ne pouvait mé- 
riter la moindre attention dans les temps primitifs de 
la Gaule, alors qu'une seule petite ville était mention - 
née à partir du mont Setius jusqu'au pays des Ligures. 

Après F. Avienus, nous citerons Pomponius Mêla , 
qui nous montre les mêmes lieux transformés par la 
civilisation Romaine. Voici le passage où cet autre géo- 
graphe descend jusqu'aux détails de la topographie. 
Après avoir parlé de Nîmes, il ajoute : Ultra sunt stagna 
Volcarum, Ledum /lumen, castellum Latara, Mesua collis 
insinctus mari penè undique , ac nisi qubd augusto aggere 
contïnenti annectitur, insula (9). C'est avec ce texte, 

(1) « Mare Leonis; ideo sic nuncupatur qaod est semperasperum, 
fluctuosum et crudele. » Guillaume de Nangis, dans la Vie de saint 
Louis. Malgré l'étymologie et le sens commun, on trouve pourtant sur 
des cartes moderne» : le golfe de Lyon ( Lugduni ). 

(2) Pompon. Mêla, De situ orbis, lib. Il, paç. 337. Edition de 
Vossius, qui préfère Ledits Jiumen d'après Sidoine Apollinaire et 
Festus Avienus , et qui ne met pas de virgule après Mesua, 



( 188 ) 

où tdut est caractérisé par son mot pfrôprë , qu'on a 
voulu appliquer le mot collis à la position faiblement 
culminante que présente File de Maguelone , tandis 
que le mont Setius , cité par tous les géographes , le 
mérite assurément cent fois plus. II faut aussi remar- 
quer comment le Taphrum de F. Avienus est ici re- 
présenté par les étangs des Volces , ^dont P. Mêla 
nous dépeint les plagess exposées à tous les vents du 
midi. Du reste, fort peu de villes, ajoute ce dernier 
géographe, car les ports sont rares, et toute la plage 
est exposée aux vents du sud et de l'Afrique : quia 
rari portus , et omnis plaga austro atqu AJrico expo- 
sita est. 

Combien celte dernière phrase relative à tout le 
golfe de Lion, s'applique avec force à notre plage 
désolée du Bas-Languedoc ! La nature ingrate n'y a 
créé aucun abri pour les vaisseaux, et tous les efforts 
de Fart peuvent à peine y conserver ceux qu'on est 
parvenu à y établir. Aussi P. Mêla, qui indique si bien 
les ports de la Provence et tus ceux qu'on trouvait 
au-delà des étangs des Volces, ne dit il pas un mol 
des mauvaises relâches qui s'y rencontrent entre les 
villes d'Arles et d'Agde. Pline précise davantage cette 
pensée. Oppida de cœtero rara t prœjaccntlbus stagms : 
• fortpeude villes derrière les étangs, i Gomment donc 
serait-il question de Maguelone sur le rivage désert? 
Strabon dit la même chose des parages en question, en 
jes considérant depuis Arles jusqu'à Narbonne; ce qui 
prouverait que le port d'Adge , compris entre ces deux 
cités , n'était alors qu'un mauvais abri, t Des fleuves , 
dit-il, avec des villes sur leurs bords, don la navigation 
sans importance se fait avec de petits vaisseaux, c'est-à- 



( «8lO . 
dire Laite sur le Lèz , Agde sur l'Erau (i),.etc. • 
Mais rien qu'on puisse rapporter à Maguelone, ainsi 
délaissée de tous les géographes, et sans doute pas sans 
motif. Voyez au contraire à quelques lieues de lu comme 
le mont Setius ou Sigius frappe l'attention de tous nos 
auteurs. Cité surtout par Strabon et Ptolémée (a) , 
il ne pouvait rester en. oubli. Strabon même attache 
h cette position une certaine importance; car il la 
considère comme le point de divison de deux golfes , 
dont l'un s'étend à droite vers Narbonne et l'autre à 
gauche vers Marseille (3). 

Le mont Setius est d'ailleurs, situé entre le Castellum 
Lalara et le port A'Adge , qu'indique si bien P. Mêla; 
de là encore sa position si remarquable sur une plage 
livrée aux assauts d'une mer souvent orageuse. C'est 
la colline ou la montagne ( collis et mons étaient syno- 
nyme chez les Latins ) qu'il importe le plus de faire 
connaître aux navigateurs; et il est impossible de n'ê- 
tre pas frappé de la description qu'en fait Pomponius 
Mêla : Mesua collis incinctus mari penè undique et nisi 

(i) Qu'il nous soit encore permis de restituer la véritable ortho- 
graphe de ce mot et de lui rendre sa physionomie originelle. ISA- 
rauris des Latins est devenu, dans les chartes du ix« siècle , Araur et 
Araou. Ce dernier nom , qui appartient à la langue romane , s'est 
conservé dans la prononciation du patois languedocien , et c'est lui 
qu'on a coutume d'écrire en français Hérault, par une bizarre ortho- 
graphe qu'il serait temps d'exclure de la nomenclature officielle. 
( Voyez Journal de l'instruction publique, i5 mai i836. ) 

(2) Sigium dans Strabon, SITION opoç (lib. IV, pag. 181 ) ; et dans 
Ptolémée'&tium, Ztjrtov (II, 5) ; et à la marge, comme synonymes , 
Sigius et Mesua collis. 

(3) Auo xoXwovç àyoptÇov txxitxou rfe llytov opoç. — Celui du côté de 
Marseille nommé raXotTixV, d'où le roivUx^ £àW<ra de Ptolémée (Vid 
sup. ) 

XX. SEPTEMBRE. 4< 12 



( '9° ) 
quocL.** insida i dont tous les caractères lui conviennent 
si bien. Vouloir confondre une pareille position avec 
Maguelone, c'est vouloir bouleverser tous les textes 
des géographes et s'aveugler sur l'aspect des lieux. 

Loin de moi toutefois de prétendre que , placée sur 
le rivage ibero-ligures , entre Marseille et Arles d'un 
côté, et Narbonne de l'autre, Maguelone n'ait été 
abordée par les caboteurs de ces puissantes cités. 

Assurément lorsque la ville phocéenne , rivale de 
Garthage et des rivages de l'Afrique, étendait ses colo- 
nies sur les côtes méridionales des Gaules depuis An- 
tibes jusqu'à Ampurias, elle ne dut pas manquer de 
faire visiter un poste aussi rapproché d'elle que l'Ile 
en question ; et partant les pêcheurs purent souvent y 
jeter l'ancre, y bâtir leurs cabanes, en faire un lieu de 
rendez-vous passager et lui donner un nom. Mais avant 
de s'y fixer en permanence , les Phocéens avaient à oc- 
cuper des positions autrement avantageuses. Gomment 
donc auraient-ils bâti une ville dans ce lieu , où le mal- 
heur des temps put seul déterminer des fugitifs à y 
construire plus tard un établissement durable? 

D'un autre côté, avec les progrès de la civilisation ro- 
maine dans les Gaules , Narbonne, qui d'auxiliaire de 
Marseille était devenue son émule, par le privilège qu'elle 
avait de servir d'entrepôt au commerce de l'Espagne ; 
Narbonne , également intéressée à connaître l'hydro- 
graphie des rivages gaulois , et profitant des notions 
qu'elle avait dû acquérir des Massaliotes, dut connaî- 
tre aussi le poste intermédiaire de Maguelone ; mais 
rien ne prouve ni ne rend même probable qu'elle y ait 
eu un établissement politique ou civil, cité, château ou 
autre établissementfixe. Entre Narbonne et Marseille se 
rouvaient, en effet, Agde la Phocéenne, et le camp 



( >9<) 
romain d'Arles à l'embouchure du Rhône, dont la 
proximité rendait parfaitement inutile l'établissement 
supposé à Maguelone. D'un autre côté , le mont Srgius, 
poste bien plus favorable au point de vue commercial 
et naval , restait, à cette même époque, couvert d'une 
forêt de pins, et ne parait avoir eu aucune importance 
par ses habitants. Il n'était donc pas naturel d'aller 
occuper un Heu aussi peu convenable que Maguelone, 
quand on n'était point encore à l'étroit dans les lieux 
que la nature rendait bien plus avantageux. 

Il y eut pourtant une époque, et une seule, où,. par 
sa position insulaire, Maguelone devint le poste le plus 
propice aux vœux des populations; et ici nous touchons 
enfin è ses "véritables origines. Ce fut lorsque les Bar- 
bares, débordant de toutes parts, se précipitèrent le 
fer et la flamme à la main sur toutes les provinces mé- 
ridionales de l'empire. A cette époque , Venise sortait 
des* lagunes de l'Adriatique et se peuplait de fugitifs 
échappés à la fureur d'Attila ; Pise naissait par-delà une 
chaîne de montagnes escarpées qui protégeaient son 
berceau ; et Amalfi, bâtie par une colonie romaine, loin 
de l'invasion d'Alaric, au fond du golfe de Sale me, sur 
un roc de la montagne de Cama, recevait de ses fonda- 
teurs le nom de l'asile que ceux-ci avaient d'abord 
trouvé sur les bords du Melfi. 

Eh bien ! c'est alors que Maguelone dut naître à son 
tour pour servir de boulevard aux populations de la 
Narbonnaise. Celles-ci durent s'y réfugier aux premiers 
feux des invasions , au lieu de rester sur le continent, 
livrées, comme sur une grande route , à la violence 
de tous les dévastateurs. De leur côté , les Barbares , 
anéantissant par leur présence les relations du com- 
merce, des arts et de l'agriculture! ne durent respecter 



( *9 a î 
qu'une seule industrie, qui par son emplacement 
comme par sa nature pouvait échapper à la destruc- 
tion : c'était la pêche exploitée par les pauvres habitants 
des côtes. Il suffisait, en effet, à ces derniers de quel- 
que Ilot ou de quelque rocher pour y trouver un asile ; 
et tandis que leur obscurité les mettait à l'abri de tout 
pillage, leur sauve -garde toujours assurée contre des 
invasions purement continentales était dans leur bar- 
que mise à flot. • C'est ainsi que des pêcheurs, dit Noël 
de la Morinière , conservèrent leur liberté dans les 
lagunes de Commachio , de Venise, au milieu des 
étangs de Narbonne , en plaçant entre elles et la cupi- 
dité des Barbares de vastes marais qui leur tenaient 
lieu de remparts (1). • 

Peuplée de la sorte par une association de pêcheurs 
et par des fugitifs, l'Ile de Maguelone acquit bientôt par 
mer, sous la domination des\Visigolhs, toute l'impor- 
tance que les villes voisines avaient perdue sur terre à 
la suite des invasions. Elle s'accrut de toutes les rela- 
tions commerciales que sa position lui permettait d'a- 
voir avec le littoral de la Narbonnaise , avec l'Espagne 
et l'Italie , et même avec l'Afrique et l'Orient. C'est 
alors que , parmi les -villes de la province , elle fut élevée 
au rang de cité (civitas) . Elle ne dut pas tarder non plus 
à être jointe au continent , par une chaussée dontnous 
parlerons plus bas, laquelle fut restaurée dans le xi a 
siècle , mais dont l'origine remontait certainement à 
l'époqtie des Wisigoths. C'est ainsi que l'Ile de Tyr, 
peuplée aussi par des fugitifs, s'éleva en face de Palée- 
Tyr, qu'avait ruinée une invasion Assyrienne, et plus 
tard fut unie au continent par la chaussée d'Alexandre, 

( i) Histoire générale des Pèches, par Noël de la Morinière, p. 196. 



( '93 ) 

qui servit à réparer pendant la paix les maux qu'elle 
lui avait apportés avec la guerre macédonienne. 

Du reste , que celte comparaison et les autres que 
nous avons pu employer, à défaut de preuves positives, 
ne fasse point tort à notre modeste Maguelone; elle 
ne fut ni Tyr, ni Venise , ni même une ville de pre- 
mier ordre. Maguelone ne fut qu'un chef-lieu de 
comté, dont les suzerains visigoths, devenus les alliés 
de Pépin et de Charlemagne contre les Sarrasins, eu- 
rent la gloire de donner à la France saint Benoit d'A- 
niane, réformateur des moines d'Occident. Elle fut 
pourtant quelque chose de plus sous le rapport reli- 
gieux ; car c'est comme siège d'évêché qu'elle joua son 
principal rôle , et c'est à ce titre surtout que le chris- 
tianisme y implanta ses légendes , que la poésie y ap- 
porta ses romans chevaleresques , et que l'histoire y a 
laissé d'utiles souvenirs. 

II. 

OBIG1NES DE l'ÉVECHÉ ET DU COMTÉ DE MAGUELONE. 



Nous savons déjà comment les invasions barbares 
permirent de fonder Maguelone au milieu de la nature 
la plus ingrate et dans les circonstances géographi- 
ques les plus défavorables. Il nous reste à rechercher, 
pour compléter le tableau de ses origines , quels du- 
rent être ses progrès et son importance jusqu'à l'épo- 
que où elle prit date certaine dans l'histoire. Et d'abord 
c'est en 589 de l'ère chrétienne, au troisième concile 
de Tolède , tenu en Espagne par les Wisigoths, que 
Maguelone se trouve mentionnée pour la première fois 
dans les actes de ce concile. Son évêque Boëce s'y était 



( »»4 ) 

fait représenter par l'archidiacre Genesius, qui signa : 
archidiaçonus pro Boecio episcopo Magalonensium. 

Ainsi If aguelone était alors chef-lieu d'évêché. Mais 
comment prit-elle ce titre ? comment, dernière née 
panai les villes de la Narbonnaise, put-elle se faire ad- 
mettre sur le premier rang dans la géographie ecclé- 
siastique de celte province ? L'histoire ne dit rien à cet 
égard, et nous avons h découvrir les origines de l'é- 
vêché, comme nous avons déjà retrouvé les origines 
de la ville. 

Rendez-vous des populations romaines qui avaient 
échappé au déluge des invasions» Maguelone dut se 
recruter bientôt après d'autres fugitifs qui venaient 
y chercher asile et protection contre les persécu- 
tions religieuses des Wisigoths ariens. Ces Barbares, 
en effet , après être passés et repassés plusieurs fois 
en dévastant tout le midi de la Gaule, s'y établirent 
comme auxiliaires ou plutôt comme héritiers des 
empereurs d'Occident ; mais en même temps ils s'ef- 
forcèrent d'y propager l'Arianisme , et d'y perpétuer 
les querelles religieuses de l'empire d'Orient avec l'E- 
glise Romaine. De là des calamités nouvelles qui firent 
affluer les populations orthodoxes vers les lieux où la 
mer les mettait en rapport direct avec Rome , leur 
grande métropole. C'est ainsi que la population primi- 
tive de Maguelone dut être composée de fervents ca- 
tholiques et d'une portion notable du clergé de la Nar- 
bonnaise. Delà, précisément, la nécessité de former un 
nouveau chefJieu de diocèse, pour remplacer aux yeux 
des habitants orthodoxes les villes épiscopales voisines 
occupées par des évêques ariens. L'évèché de Mague- 
lone serait donc sorti de la persécution des envahis- 
seurs , comme la ville était déjà née des désastres de 



( »9* ) 
l'invasion. La nature de cet évôché nous explique 
d'ailleurs pourquoi il n'est pas mentionné dans les 
premiers conciles des Wisigoths ; c'est que ceux-ci, 
en tant qu'ariens, ne pouvaient le reconnaître, tan- 
dis que d'un autre côlé il se trouvait de date trop ré- 
cente pour être officiellement proclamé dans les con- 
ciles catholiques. Mais ces obstacles à la reconnaissance 
de l'évêché de Maguelone disparurent enGn à l'époque 
de la conversion dès Wisigoths au catholicisme. Ceux-ci, 
en effet, ne pouvaient moins faire que de reconnaître 
le nouvel évôché, dépositaire jusqu'alors et presque, 
martyr de la véritable foi; c'est l'époque précisément 
où Maguelone parut pour la première fois dans les 
tables de leurs conciles , alors que Récarède se conver- 
tissait à l'orthodoxie. Le représentant du nouvel évêché 
signa donc, en 58g , les canons du concile de Tolède 
avec les autres évêques de la première Narbonnaise ; 
or, si l'on songe à la gravité d'une pareille signature et 
au changement qu'elle ôon&tatait dans la géographie 
ecclésiastique, on verra que cette circonstance pouvait 
seule amener la reconnaissance officielle de Maguelone, 
et lui faire attribuer une circonscription diocésaine 
au détriment des évêchés voisins. Telle est la seule ex- 
plication naturelle des faits relatifs à l'établissement 
du nouveau siège épiscopal. 

Maintenant, si, à défaut de preuves positives, on veut 
s'éclairer de quelques rapprochements historiques , 
on n'a qu'à se rappeler comment fut érigé, vers la même 
époque, l'évêché de Venise, dont l'histoire se rapproche 
encore ici de celle de Maguelone. Cet événement reli- 
gieux s'accomplit en des circonstances parfaitement 
analogues, en 606, sous l'empire des Lombards, autres 
Barbares ariens , et à la suite du schisme qui partagea 



( '96 ) 
le diocèse d'Aquilée. L'église de Venise s'élant érigée 
elle-même en siège épiscopal, les populations ortho- 
doxes de la côte et des lies y élurent on patriarche 
fidèle à l'église romaine.; et celui-ci alla résider à 
Grado , tandis que la partie du diocèse soumise aux 
Lombards continuait à reconnaître et à soutenir le pa- 
triarche schismatique d'Aquilée. La Vénélie forma donc 
à elle seule une circonscription ecclésiastique, témoi- 
gnage de sa nouvelle importance, et signe avant-cou- 
reur de sa prospérité. Alors , en effet , les riches familles 
ennemies de la domination politique des Lombards ou 
de leur hétérodoxie vinrent se joindre à la popula- 
tion des îles, et jetèrent les véritables fondements de 
Venise la dominante. C'est ainsi que le nouvel évêché 
signala en quelque sorte l'apparition de cette puis- 
sante république. 

Mais ce n'était encore là qu'un évêché de fait , un 
évêché contesté , dont l'étal précaire se prolongea 
pendant tout le vu siècle. Il ne fut reconnu comme 
évêché permanent qu'à la fin du schisme qui avait si 
longtemps divisé Rome et Aquilée; et encore fallut-il 
de nombreuses et difficiles négociations pour que le 
patriarche d'Aquilée renonçât à réclamer la portion 
de son diocèse accordée au patriarche de Grado. 
C'est ainsi que les ecclésiastiques vénitiens obtinrent 
un diocèse séparé , dont l'origine peut nous expliquer 
celle de l'évèché de Maguelone. — Le troisième concile 
de Tolède, où Récarède et les Wisigoths se convertirent 
au catholicisme , fut aussi la fin du schisme qui avait 
partagé la Narbonnaise; et la reconnaissance officielle 
du siège épiscopal de Maguelone dut y être , comme à 
Venise , un moyen de réconciliation pour tous les 
partis. 



I *97 ) 

Mais, en devenant évêché, Maguelone prit nécessai- 
rement un litre analogue dans l'administration civile : 
ce fut le titre de civitas, dont il importe de préciser 
le sens géographique , pour comprendre les circon- 
stances religieuses et politiques où nous verrons fi- 
gurer le représentant du nouveau siège épiscopal. 

Parmi les divisions territoriales de la Gaule romaine 
conservées par les Francs après leur conquête , civitas 
ne doit jamais être confondu avec le mot urbs ; car la 
cité était un démembrement de la province, et formait 
à la fois une division civile et ecclésiastique : ainsi, la 
première Narbonnaise en eut d'abord cinq, dont les 
établissements étaient, Toulouse, Béziers, Nîmes , Lo- 
dève et Uzès. À une époque postérieure , un nouveau 
chef-lieu fut créé : c'était Agde, dont le choix indi- 
quait déjà l'importance croissante des villes maritimes. 
Plus tard, enfin , nous voyons la cilé de Maguelone , 
seulement nommée à la fin du vi* siècle , et ne figu- 
rant du reste qu'à titre d'évêcbé au troisième concile 
de Tolède. Mais alors évêché et cité étaient deux termes 
corrélatifs en géographie. Comprenant la même cir- 
conscription territoriale, le premier la désignait sous 
le rapport ecclésiastique , et le second sous le rapport 
civil. Telle fut la tradition du système divisionnaire 
des Romains, maintenue sansaltération jusque sous les 
Rois francs des deux premières races (i). L'évécbéde 
Maguelone était donc en même temps une cité, et à ce 
titre elle avait son comte ou son préfet , aussi bien que 
son évèque. 

(0 Voyez l'ouvrage dt M, %. CvS**t4 f *o*tt '/u$*t p*t V\tt*ii*it *>#» 
i83o ; Essai taur le *y*u'-tue 4«?* dm»*'/!»» initUtntU* A*t f« (^*utf 
depuis l'âge rorauu juwju * JU to* 4* l* 4tn**<>* t ïiSstMUfpiiit* P*tn* 



( '9« ) 

Tout ce que nous connaissons de l'organisation des 
comtés et des diocèses s'appliquera donc à la circon- 
scription administrative de Maguelone ; et quant aux 
cités dont le démembrement servit à former son nou- 
veau territoire, c'est aux divisions voisines d'Agde, de 
Béziers , de Lodève et de Nimes qu'elle dut le prendre 
par portions à peu près égales. C'est ainsi que les 
origines de Maguelone éclairent un petit coin du ta- 
bleau, où il faut étudier les changements survenus dans 
la géographie des Gaules à la chute de l'empiro ro- 
main. 

Au vii e siècle , une nouvelle division de diocèses fut 
établie dans la Narbonnaise par Wamba , roi des Wisi- 
golhs; et Maguelone occupe alors tantôt le troisième, 
tantôt le sixième rang. Mais les manuscrits de la notice 
de la Gaule précisent mieux l'importance relative de 
Maguelone ; les plus anciennes rédactions de cette no - 
lice, qui remontent, comme on sait, au règne d'Hono- 
rius, 395-425, nomment dans l'ordre suivant les 
chefs-lieux des cités de la province : Béziers, Nîmes , 
Lodève, Uzès. Mais les textes des ix° et x* siècles offrent 
des variantes qui placent constamment Maguelone après 
Agde, et avant Nimes, Béziers, etc. Ainsi Maguelone 
peut être considérée , pour l'époque dont au ix° siècle 
on avait gardé le plus le souvenir, c'est-à-dire pour 
l'époque des Wisigoths, comme la troisième ville ma- 
ritime de la province , Narbonne en étant toujours le 
port principal, grâce au canal établi par les Romains, 
et restauré ou entretenu par Gharlemagne. 

Telle était la position respective des cités à l'époque 
qui nous occupe. Quant aux divisions intérieures de la 
cité de Maguelone , son ressort comprenait deux dis- 
tricts ou pays (pagi) , pagus magalonensis et pagus 



( '99 ) 
substancionensis. Or, le pagi correspondait alors aux 
archidiaconés , comme les diocèses correspondaient 
aux cités : c'était une corrélation nécessaire de la 
géographie civile et de la géographie ecclésiastique; 
et nous voyons , en effet , que Maguelone avait 
alors deux archidiaconés, de même qu'elle avait deux 

P a 8 L . 

Quant au pagus substancionensis , il avait pour chef- 
lieu l'ancienne ville romaine de Substancion ; et cette 
ville, lors de la décadence de Maguelone sous les der- 
niers Carlovingiens , devint elle-même le chef-lieu du 
comté. Le centre de l'administration ecclésiastique s'y 
trouva également réuni; et c'est alors que l'Ile de 
Maguelone, désolée parles invasions maritimes des 
Sarrasins , comme le continent l'avait d'abord été 
par les invasions continentales des races germani- 
ques, fut désertée par le clergé, qui alla chercher à 
Substantion, dans l'intérieur des terres, l'asile qu'aux 
iv 4 et v e siècles la mer seule avait pu lui fournir. Mais 
celte désertion devait cesser un jour, et Maguelone se 
repeupler encore , pour rajeunir sa propre histoire et 
atteindre à sa plus haute prospérité. Ce fut à l'époque 
des croisades , quand les populations du Midi eurent 
repris la supériorité maritime. Vint enfin pour elle le 
moment d'un abandon sans retour : ce fut quand les 
progrès de la navigation , exigeant des havres appro- 
priés à l'importance des constructions navales et du 
mouvement commercial, eurent montré l'insuflisance 
absolue de son petit port. 

L'histoire de ces vicissitudes sera l'objet d'un pro- 
chain article; et comme la géographie s'y montrera 
toujours le pivot des événements , c'est elle aussi qui 
nous expliquera comme a décliné et disparu la modeste 



( 200 ) 

mais intéressante cité dont, à défaut de chronologie , 
elle seule a pu nous faire entrevoir les origines. 



Inauguration du Musée de la Société de géographie. 

I er septembre 1 843. 



Messieurs , 

Le but de la Société de géographie , lorsqu'elle a 
désiré former* un musée , a été de faire connaître sous 
un plus grand nombre de rapports les différentes con- 
trées de la terre. Les voyageurs qui nous donnent des 
relations ne peuvent pas tout y comprendre; chacun 
d'eux s'attache aux objets qui l'ont plus spécialement 
frappé; et s'il applique ses observations, non seule- 
ment aux descriptions de mœurs et aux scènes habi- 
tuelles de la vie , mais au pays lui-même , à sa for- 
mation géognostique , aux productions ou aux acci- 
dents naturels qui lui sont propres, les récits qu'il 
nous fait ensuite cessent de suffire , et ne captivent 
pas aussi bien notre attention que si les objets remar- 
qués pouvaient être mis sous nos yeux. La collection 
que vous rassemblez aidera à les mieux connaître ; et 
en classant par pays d'origine les différents produits 
d'une même contrée , et quelques échantillons des 
ouvrages des hommes et du degré de leur industrie , 
elle pourra conduire d'autres voyageurs à faire de 
nouvelles recherches dans les régions déjà visitées, à 
les étendre à d'autres pays, à étudier dans votre 
musée, qui doit s'agrandir avec le temps, les objets 
qui peuvent intéresser le naturaliste ou l'ami des arts, 



( 201 ) 

et les analogies ou les dissemblances que l'on remar- 
que entre les différentes parties du globe. Vous accroî- 
trez ainsi les connaissances locales que la géographie 
peut acquérir, non seulement sur les richesses de la 
terre , mais sur les peuples civilisés qui occupent une 
portion de son domaine, et sur les sauvages tribus qui 
commencent à peine à s'élever à l'ordre social. 

Il ne peut pas y avoir unité dans le système de 
cette collection; elle embrasse différents genres comme 
différents pays. Et en effet, en passant d'une contrée 
à l'autre , le spectacle change : les vieilles nations ont 
leurs antiquités, leurs monuments, et les produc- 
tions de leur industrie et de leur intelligence ; les peu- 
ples dans l'enfance ont leurs arcs , leurs tomahacs . 
leurs pirogues , et quelques informes produits de leur 
travail. 

Ne nous étonnons pas de trouver dans notre musée 
géographique différents objets appartenant à l'indus- 
trie ou au sol de la France, quoique ces objets nous 
soient familiers, et paraissent moins utiles à notre 
instruction. Ce musée est également à l'usage des 
étrangers qui appartiennent à votre Société de géo- 
graphie; et ceux-ci attachent du prix à connaître la 
France, comme nous cherchons nous-mêmes à étu- 
dier les contrées qu'ils habitent, leurs arts, leurs 
mœurs et leurs progrès intellectuels. 

Nous croyons pouvoir comprendre dans notre col- 
lection une grande variété d'objets , parce que nous 
n'avons pas à donner des bornes à la géographie elle- 
même. Si, aussi bien que la chronologie, elle sert de 
guide à l'histoire , si elle est étroitement liée à la géo- 
logie , si elle aide à suivre les différents âges et les 
révolutions , soit de la terre , soit des nations qui y 



( 202 ) 

m 

sont répandues, noua devons chercher dans l'accrois- 
sement graduel de notre musée à nous entourer de 
tous les secours propres à nous éclairer sur toutes les 
parties d'une science que l'on apprécie chaque jour 
davantage , et qui entre aujourd'hui dans le système 
de l'enseignement public. 

La géographie , réduite à son acception propre , et 
considérée comme simple description de la terre , 
pouvait d'abord sembler aride dans ses préceptes» 
dans ses mesures de distances locales , de longitudes 
et de parallèles; mais elle fut ensuite embellie da 
cortège des autres sciences qui Tavoisinent Son 
étude est aussi devenue celle de la race humaine ; elle 
se lie également à l'observation des phénomènes du 
ciel ; et si elle aide à perfectionner l'astronomie , elle 
en emprunte elle-même de puissants et habituels se- 
cours. 

C'est en nous plaçant à ce point de tue élevé que 
nous pouvons embrasser dans son ensemble le do- 
maine de la géographie, et reconnaître l'utilité du 
muséum que vous lui consacrez. Il était voté depuis 
plusieurs années , et vous avez pu en rassembler les 
premiers éléments; mais nous touchons sans doute à 
l'époque d'un accroissement plus rapide et plus im- 
portant; et nous savons que plusieurs géographes 
attendaient l'inauguration du musée pour l'enrichir 
de différentes productions de l'art ou de la nature. 

L'établissement est formé; il vous restera , mes- 
sieurs, quelques mesures à prendre pour en régler 
l'organisation et l'entretien. Nous avons l'honneur de 
vous proposer de vous en occuper dans une de vos 
prochaines séances. 

La plupart des avantages de ce muséum ne peuvent 



( *° 3 ) 

encore être vus qu'en perspective ; mais nous les 
croyons assurés, car ils tiennent à l'institution même; 
et nous comptons sur l'honorable concours de tous les 
hommes qui s'intéressent aux travaux et aux succès de 
la Société de géographie. 

Roux de Rochelle. 



Barrage de Chibine dans le Delta , par M. Linant 

de Bellefonds. 



Dans le Delta, le plus grand canal ou plutôt la 

branche de Chibine , anciennement la Sébenny tique # 
quoique barré dans plusieurs endroits, n'avait, au 
point de sa prise d'eau dans le Nil (branche de Da- 
mielte), aucun moyen de régulariser la recette des 
eaux , et par cette raison , pendant les grandes crues , 
comme celles des années précédentes, les terrains de 
la province de Garbieh , qui sont arrosés presque en- 
tièrement par ce canal , étaient dévastés par la rupture 
des digues. Depuis longtemps , par ordre de S. A. , on 
avait diminué l'ouverture de la prise d'eau , en y for- 
mant un musoir considérable au moyen de pierres en 
enrochement; cet ouvrage mal exécuté rejeta toutes 
les eaux , tout le cours du fleuve sur la rive opposée 
au Bahr Chibine , et il se fit que pendant l'étiage , 
les eaux qui entraient dans le canal ne soflirent plus 
pour arroser les terrains voisins de cette branche* Le 
musoir ou épi que Ton avait fait à cette jonction du 
canal avait occasionné aussi la formation d'un atterris* 
sèment considérable qui fermait la prise d'eau da 
Bahr Chibine* 



( so4 ) 

On remédia en parlie à cet inconvénient, en creu- 
sant un nouveau canal ayant sa prise d'eau plus haut 
et venant se jeter dans le Bahr Chibine ; on fit aussi à 
l'ouverture de ce canal nommé Mit-Assib un barrage 
pour en régulariser la recette. Mais bientôt il se forma 
encore là un atlerrissemcnt , et le Bahr Chibine fut 
presque à sec pendant l'éliage. 

Il y a six années , S. A. ordonna au ministère des 
travaux publics de lui soumettre un projet pour parer 
à ces accidents. Ce projet, fait par M. Linant , con- 
sistait dans la construction d'un épi en pierres en 
enrochement, vis-à-vis de la prise d'eau pour enlever 
l'atterrissement qui s'y était formé , et pour rejeter le 
cours du fleuve de ce côté-là ; à établir à l'embouchure 
du Bahr Chibine, au lieu de l'épi précité , un barrage 
propre à mettre plus de régularité dans les effets de 
l'augmentation du fleuve pendant sa crue, et lorsqu'il 
serait terminé, à enlever les pierres ou le musoir fait 
précédemment pour diminuer la largeur de la prise 
d'eau , afin d'en laisser entrer davantage lorsque le 
besoin l'exigerait. 

L'épi fut fait d'abord , et à la première crue l'atter- 
rissement enlevé en parlie; pendant la seconde, les 
barques passaient où l'année précédente il y avait des 
terrains ensemencés sur l'atterrissement; et enfin , la 
troisième le cours du Nil fut rejeté vers la prise d'eau 
du Bahr Chibine; en même temps on creusait les fon- 
dations du barrage ainsi qu'un nouveau lit; car M. Li- 
nant de Bellefonds, sachant que dans un pays qui vient 
de s'organiser tout ne peut marcher aussi régulière- 
ment qu'en Europe, et que l'inondation pourrait arri- 
ver lorsque tout ne serait pas prêt pour y parer, ne 
voulut pas bâtir dans le lit du Bahr Chibine; il craignit 



( »o5 ) 

aussi que les matériaux el les ouvriers ne fussent pas 
fournis au temps fixé; effectivement, il n'a eu qu'à se 
louer d'avoir pris cette judicieuse précaution: car son 
travail eût été emporté deux fois s'il eût bâti dans le 
cours du Bahr Chibine, attendu que les matériaux et 
les ouvriers n'arrivèrent ni régulièrement ni à temps. 
C'est le plus beau barrage qui se trouve en Egypte, 
et le seul où il y ait un sas écluse pour le passage des 
bateaux : ainsi les plus grandes barques du Nil , mal- 
gré les travaux de la prise d'eau du Bahr Chibine , 
pourront toujours entrer dans ce canal sans aucun 
obstacle. 

Ce barrage a 10 arches éclusées de la largeur de 5 
mètres chacune, plus celle réservée au passage des bar- 
ques et qui est large de 7 mètres t et qui a entre les 
portes une longueur de 21 mètres. Les piles ont 3 mè- 
tres d'épaisseur, 17 de longueur et une hauteur de 
8,60 au-dessus du radier; la pile-culée formant le sas 
a 5 mètres d'épaisseur, une longueur de 3i mètres 
et la même hauteur que les autres piles. Les voûtes 
sont en anse de panier à trois centres. Le sas est re- 
couvert par un pont de service en bois et à coulisse. Le 
radiera 100 mètres de longueur, y cortipris les culées, 
et 37 de largeur; en aval est un faux radier de 10 mè- 
tres de largeur; l'épaisseur du radier est de 3 mètres , 
et pendant les plus forte étiages H sr?ra toujours recou- 
vert de 5,10 d'eau. 

Le radier est construit en moellon* et mi brique* , 
et an moyen do ciment que Von a employé , UtuU*, 
cette masse ne forme qu'on corp* annfntcV< *\ rnWtU, 

Les piles, les c*Ak*%, les *«6fe* *ool *,u f/i«tt«* i\« 
taille, de même <\ntir* ch*UMU> ^UiM m* Hi<*\, 

Le ornent qui a 4W ewpls/tl >\>4U% nu* t f r*wU ^ f 



( «°6) 
lie de celte construction 9 a été fail a? ec un mélange 
de chaux et de limon du Nil ; ce mortier a cet avan- 
tage que le mouvement de l'eau ne l'empêche pas de 
se consolider : aussi , au bout de quelques jours prend- 
il une consistance remarquable qui va toujours en 
augmentant. Ce ciment est employé avec succès dans 
les maçonneries en briques devant rester toujours 
sous l'eau. 

Dans d'autres parties du travail on a employé un ci- 
ment fait avec de la pouzzolane factice tirée de briques 
composées à cet effet avec des terres d'alluvion. Ces 
terres avaient été reconnues propres à cet emploi par 
M. Linant de Bellefonds lorsqu'il commença les tra- 
vaux des barrages du Nil , et déjà , à cette époque , il 
en avait fait préparer beaucoup sur différents points. 

Ce travail par sa bonne et consciencieuse exécution, 
par son élégance , par le soin avec lequel il est achevé 
et par la coupe des pierres, prouve beaucoup en faveur 
de l'ingénieur» qui d'ailleurs est déjà avantageusement 
connu dans le monde savant, artistique, industriel, et 
qui a su s'y faire un nom. Ses nombreux travaux en 
Egypte témoignent aussi de sa capacité pour diriger les 
ouvriers arabes ; car cet ouvrage qui semble européen 
n'a été fait que par des indigènes. M. Linant jouit de 
plus de la satisfaction d'avoir formé des ouvriers. qui 
seront fort utiles a leur pays. 

Pour jeter les fondations et pour les épuisements 
partiels on n'a eu recours qu'à de faibles moyens r 
tels que sakiés et catonas , sorte de panier manœuvré 
par deux hommes. 

Le nombre comme l'effet de ces moyens était mé- 
diocre ; cependant on bâtissait à 5 ou 6 mètres sous 
l'eau; aucun bois comme pilotis , palplanches, etc. > 
n'a été employé dans ces travaux hydrauliques. 



( Ï0 7 ) 

Les excavations que ce barrage a nécessitées «ont 
de 43i.4 9 * ■*"•••'**■ 

Doot une partie sert pour fermer 
l'ancien lit, et possède en terrasse- 
ments. 68,750 ■ 

Oo a employa en moellons pour 

Pépi 96,595 > 

Pour les jetées fermant l'ancien- lit. s,5oo ■ 

Pour le faux radier '.967 * 

Pour perré 4?9 ■ 

Pour la construction du pont. . . 11,1 53 ■ 
On a employé en briques pour la 

construction du pont-barrage. . . 5, ma ■ 
La quantité des pierres de 

taille , etc. , de a .844 * 

Le total de la maçonnerie du 

barrage s 'i'79 * ' 

( Extrait tfu Phare d'Alexandrie. ) 

Nouvelles d'Éoïpte, communiquée* par M. Joua m. 

(4ot a4 aoùi 1843.) 

La relation du voyage de M. d'Arnaud , à la décou- 
verte des sources du Nil, est retardée par la mission 
qu'il vient de recevoir, de faire la reconnaissance du 
grand désert de la Nubie entre Korosko et Abou- 
Hamet, c'est-à-dire entre la première cataracte et la 
quatrième. D'après une lettre du D' Perron, le but du 
gouvernement égyptien serait de procurer de l'eau, 
n'importe par quels moyens, dans toute la longueur 
du trajet; la mission de M. d'Arnaud serait d'exami- 
ner que) système d'approvisionnement d'eau serait le 






F 



( 2o8 ) 

plus convenable à établir sur ce long espace de che- 
min , qui n'est pas parcouru sans danger par les voya- 
geurs et les caravanes. Aussitôt après l'achèvement de 
la double écluse d'Alfet , il est parti pour sa nouvelle 
destination ; il a dû quitter le Caire le 5 août. La troi- 
sième et dernière expédition aux sources du Nil se 
trouve ainsi ajournée. Il en est de même du projet du 
canal des Deux Mers. 

D'après des lettres du D r CIol-Bey et du D r Perron, 
un journal scientifique et populaire à la fois doi* 
bientôt paraître , dont le but est de répandre des no- 
tions d'hygiène , de médecine usuelle, d'art vétéri- 
naire et de pratiques agricoles et industrielles. Des 
notions sur le régime du Nil et des observations mé- 
téorologiques y seront insérées. Les matières seront 
fournies par les ingénieurs» les médecins, les agricul- 
teurs , etc. , et le journal sera dirigé par le conseil de 
santé, sous le nom deLocman égyptien. Le projetest d'en 
distribuer dans le peuple un bon nombre d'exem- 
plaires gratis. 

On parle des recherches de M t Lepsius au Laby- 
rinthe d'Egypte, et Ton assure qu'il en a retrouvé l'em- 
placement. Il serait curieux de savoir si celte localité 
est la même que celle qui avait été indiquée par les 
ingénieurs de l'expédition française. 

Le directeur du lazaret d'Odessa est venu au prin- 
temps dernier avec deux médecins pour faire des expé- 
riences sur l'action de la chaleur considérée comme 
capable de détruire l'agent pestilentiel. 56 individus ont 
revêtu des bardes qui avaient servi à des pestiférés, et 
qui avaient été soumises pendant 48 heures à une tem- 
pérature deGo°Réaumur. Après quinze jours d'épreuve, 
tous en sont sortis sains et saufs 



( *»9 ) 

Un jeune Arménien élevé en France vient d'être 
chargé par le gouvernement d'exploiter la mine d'é - 
meraudes voisine de la mer Rouge. M. Ayiîie-Bey est 
toujours à Djebel-Zeyt Taisant des fouilles pour trouver 
du charbon fossile ; Ekekin-Bev fait des recherches 
à Tourah; il a déjà sondé jusqu'à 184 pieds, mais 
sans résultai. 

Les ateliers du Caire sont assez avancés pour fabri- 
quer des machines à vapeur : un bateau à vapeur vient 
d'être construit par ordre du vice-roi , pour être offert 
au sultan; tout le luxe oriental y est déployé. H doil 
coûter, dit-on , dix à douze millions de piastres. 

Les canaux d'irrigation de la Haute -Egypte , ainsi 
que les digues, sont terminés d'après le système d'ir- 
rigation de M. Linant de Bellefonds. Il en est de même 
des barrages, ponts et déversoirs , etc. Maintenant, 
avec de faibles crues, on ne craindra plus le manque 
d'inondation. 

Le même ingénieur a proposé un canal com- 
mençant à Djebel-Silsili, suivant le désert jusqu'au 
Fayoum, et se prolongeant jusqu'au lac Mariout. 

En creusant les fondations du pont-barrage à Cby- 
byn , M. Linant a trouvé , à 8 mètres sous la surface 
du sol , les restes d'un petit village ; les puits avaient 
leur embouchure à ce niveau. On voyait dans les ca- 
banes des jarres d'une poterie plus fine que colle 
d'aujourd'hui, ayant servi à une fabrique d'indigo. Les 
puits et autres maçonneries sont en briques cuites. 
Aucun caractère, aucune médaille, aucun signe n'a 
pu faire découvrir l'époque de èe village; cependant 
M. Linant pense qu'il n'a pas été bâti au niveau où il 
se trouve , et qu'il s'est affaissé dans un affouillement 
du fleuve. 



( *"> ) 



DEUXIEME SECTION 



Actes de la Société. 

EXTRAIT DES PROCÈS- VER BAUX DES SÉANCES. 



PRÉSIDENCE DE y. RoUX DE ROCHELLE. 



Séance du I er septembre 184 3. 

MM. les consul* généraux de France à Tanger et à. 
Tripoly de Barbarie écrivent à la Société de géogra- 
phie en réponse à la lettre de recommandation de 
M. le Président , qu'ils se feront un plaisir d'accueillir 
l'Africain Abderhaman, qui a le projet de se rendre 
en ligne directe de Gondar à la partie occidentale d<* 
continent africain ; ils transmettront également à la 
Société les renseignements qu'ils pourront se procurer 
sur son voyage. 

MM. les secrétaires de l'Association britannique pour 
l'avancement des sciences, annoncent à la Société que 
la réunion annuelle de l'Association aura lieu à Cork 
dans le courant du mois d'août , et qu'ils verraient 
avec plaisir quelques uns de ses membres assister à* 
cette réunion. 

M. Vandermaelen écrit à la Société pour lui offrir 
un exemplaire de la carte pittoresque des chemins de 
fer de la Belgique , publiée dans son établissement 
géographique. 



(211) 

M. Roux de Rochelle donne lecture d'une lettre que 
M. Joraard lui a adressée d'Aix en Savoie, le a3 août, 
et qui renferme plusieurs communications intéres- 
santes sur l'Egypte. 

Le même membre, qui, en qualité de vice- président 
de la Commission centrale» occupe le fauteuil en 
l'absence deJM. Jomard , fait, au nomade la Société» 
l'ouverture et l'inauguration du musée dont elle avait 
approuvé l'établissement , et où l'on a commencé à 
classer les différents envois qui lui ont été faits. Ce 
discours est renvoyé au comité du Bulletin, et la Com- 
mission est priée de s'occuper dans une prochaine 
séance des mesures à prendre pour l'organisation 
définilive'de ce dépôt. 

M. d'Avezac , au nom de H. Ayrton , membre de la 
Société , dépose sur le bureau une série de cahiers 
publiés par la^ Société géographique de Bombay et 
destinés à compléter la collection des Mémoires de 
cette compagnie conservés à la bibliothèque ; ces ca- 
hiers ont été envoyés dans ce but à M. Ayrton , par 
M. Buist, nouveau secrétaire de la Société de Bombay, 
en remplacement de M. le D r Heddle , décédé. Tout 
doit faire espérer, ajoute M. d'Avezac, que les rapports 
de la Société de géographie de Paris avec celle de Bom- 
bay, contrariés ou retardés par diverses circonstances 
étrangères au bon vouloir de Tune et de l'autre , ne 
tarderont point à avoir toute la régularité désirable. 

Le même membre donne communication d'une 
lettre qu'il a reçue de H. William B. Hodgson , de 
Savannah, qui annonce l'existence aux États-Unis d'un. 
Foulah très lettré , avec lequel M. Hodgson a déjà en- 
tamé une correspondance en arabe, et de qui il espère 
obtenir des renseignements étendus sur sa patrie et 



( 11* ) 

son peuple , ainsi que les éléments d'un dictionnaire 
et d'une grammaire de la langue Coulai). 

M. Berlhelot lit une Note sur les progrès de la navi- 
gation à la vapeur dans la Méditerranée. Cette Note 
est extraite d'un travail étendu que l'auteur vient de 
faire sur les côtes de France , par ordre de M. le mi- 
nistre de l'agriculture et du commerce. 

Séance du 16 septembre 1843. 

La Société royale de Londres et l'Institut historique 
et géographique du Brésil adressent la suite de leurs 
publications. 

M. Passama, officier de la marine royale, fait don 
au musée de la Société de différents objets qu'il a re- 
cueillis pendant ses voyages. 

La Commission chargée de s'occuper du monu- 
ment à élever à M. le contre-amiral Du mont d'Urville 
a adopté un des plans qui lui ont été présentés par 
MM. Constant Dufeu et Garrez, architectes, et par 
M. Dantan aîné, statuaire. L'exécution de ce projet, 
confiée à MM. Dufeu et Dantan, a été immédiatement 
commencée , et l'on a lieu d'espérer qu'elle sera ter- 
minée dans quelques mois. 

M. d'Âvezac offre , de la part M. Dease , compagnon 
de voyage de M. Simpson , la relation des découvertes 
faites sur la côte nord de l'Amérique par les officiers 
de la Compagnie de la baie d'Hudson de i836 à 1859, 
Cette relation, rédigée par M. Simpson, a obtenu, au 
concours de 184a, une médaille de la Société. 

Le même membre présente verbalement des consi- 
dérations géographiques et historiques sur les an- 
ciennes délimitations de la Guyane. Il est prié de 
rédiger une Note à ce sujet. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE 



OCTOBRE l843. 



PREMIERE SECTION. 



MÉMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET RAPPORTS. 



>••• 



Notice sur Erzérown , fragment d'un journal de voyage , 

i83g, 1840; 

Par M. Gh. Texier. 

Erzéroum , vue de loin , donne l'idée d'une ville 
grande et bien bâtie. Elle s'élève en amphithéâtre sur 
le versant septentrional d'une montagne, et est domi- 
née par une forteresse entourée de murailles. Cette ville 
est aujourd'hui un chef-lieu de pachalik qui comprend 
toute la haute Arménie connue des Turcs sous le nom 
de Kurdistan. Erzéroum domine une plaine très éten- 
due, et est située presque au point de partage des 
eaux de l'Euphrate et de la mer Caspienne, l'ondula- 
tion qui forme le col étant presque insensible au 
premier coup d'oeil. Nous nous rendtmes directement 
chez le gouverneur Issac-Pacha, qui se trouvait par 
hasard à Erzéroum , de retour d'une campagne contre 
les Kurdes. 

A l'époque où l'Arménie était indépendante , tous 
xx. octobre. 1. 14 



'51/» ) 

ces cantons portaient le nom de pays de Garin: c'est 
l'ancienne Caranitis de Pline. La ville capitale portait 
le même nom , qui fut changé plus tard en celui de 
Théodosiopolis ( l ) . 

« La ville de Garin, dit le géographe arménien, est 
Arsroum, qu'on nomme Théodosiopolis, parce que 
l'empereur Théodose-le-Jeune la fit entourer de murs. 
Moïse-le-Grammairien (deKhorène) et David-l'Invin- 
cible furent chefs des travaux. Déjà à cette époque , 
elle passait pour la plus importante ville d'Arménie. 
Ce fut Anatolius, général des armées d'Orient, qui en 
jeta les fondements vers Tan 4*5 (2). » 

La position de la ville actuelle d'Erzéroum s'ac- 
corde trop bien avec celle que les géographes ar- 
méniens assignent à Théodosiopolis pour qu'on puisse 
douter de leur identité. Elle était située , disent-ils , 
près des sources de l'Euphrate et au pied des monta- 
gnes de Garin. Saint-Martin explique comment, vers le 
milieu du xi* siècle, elle prit le nom de Arzroum , 
qu'elle a conservé jusqu'à nos jours. 

Selon les historiens orientaux , il existait près de 
Théodosiopolis un bourg nommé Ardzcn, qui fut pris 
et saccagé par les Turcs seldjoukides. Les habitants 
se retirèrent à Théodosiopolis, qui appartenait aux 
empereurs grecs , et lui donnèrent le nom. du pays 
qu'ils quittaient. La forteresse fut donc appelée l'Ard- 
zen des £recs ou Arzroum. 

Erzéroum ( la forteresse des Grecs) ne paraît pas 
être fort antérieure aux derniers temps du royaume 
d'Arménie. Elle est complètement entourée d'une 
muraille de pierres de taille , crénelée et défendue 

(1) Géographie de Varian , Ap. Saint-Martin, II, 4»7- 

(2) Moïse de Kh. , nist. . liv. III , chap. 5cjr 



( 215 ) 

par un large fossé. Les croix sculptées sur un grand 
nombre de pierres des murailles et des caractères 
grecs qui subsistent encore sur quelques portes» 
indiquent que les murailles sont l'ouvrage des By- 
zantins. Le château, construit sur une éminence, dé- 
fendant la ville du côté du nord , a été renforcé par des 
ouvrages modernes qui n'ont pas empêché la ville de 
tomber au pouvoir des Russes dans la campagne de 
1&28. Issac-Pacha habile dans l'intérieur delà ville un 
vaste palais de bois qui est dans l'état le plus déplora- 
ble. Lorsque nous arrivâmes, tout dans les environs 
avait un aspect guerrier. Une batterie de quatre pièces 
de campagne et de deux obusiers se trouvait dans la 
cour du palais. Quelques débris des régiments de l'ar- 
mée de Nézib avaient été ramenés à Erzéroum , et ce 
n'est qu'avec la plus grande peine que le pacha main- 
tenait! a discipline. Chaque jour il éclatait quelque 
sédition à laquelle prenaient part tous les Kurdes qui se 
trouvaient dans la ville. Peu de jours avant notre 
arrivée , un instructeur français, M. Rive, avait failli 
être victime d'un soulèvement que le pacha lui-môme 
n'avait pu arrêter. Les Nizam, fatigués de l'instruction 
européenne , voulaient égorger leur instructeur. M. Rive 
avait été obligé de se retirer dans la maison du consul 
d'Angleterre, M. Brandt, qui était parvenu à main- 
tenir les Nizam jusqu'au soir, et donna ainsi a 
M. Rive la facilité de se rendre à Gonslantinople pour 
demander justice. 

Nous logeâmes dans une maison arménienne, non 
loin de l'entrée de la ville. Tout le quartier des chrétiens 
est situé hors des murs, du côté de l'est. Les consuls 
de Russie et d'Angleterre ont également leurs habita- 
tions dans ce quartier. Mais pour un homme habitué 
à la commodité des maisons européennes, celles d'Er- 



( aiG ) 

fcéroum sont presque inhabitables pendant la plus 
grande partie de Tannée ; car aujourd'hui , comme du 
temps de Xénophon , les familles ont l'habitude de se 
retirer pendant l'hiver dans une pièce unique et pres- 
que sans jour. Le feu se fait au milieu de la chambre , 
et la fumée s'échappe par une fenêtre ménagée au pla- 
fond. Les autres pièces , disposées dans des corps de 
logis tout en bois, sont sans cheminée et ont rarement 
des vitres aux fenêtres ; car il n'y a pas de verrerie à 
Erzéroum, et les carreaux sont un luxe inusité: aussi 
M. Brandi, en prenant possession de son consulat, 
a-t-il commencé par se faire bâtir une maison disposée 
à l'anglaise avec des portes et des fenêtres qui ferment. 
Il a été obligé de faire venir des menuisiers et des 
maçons de Gonstantinople. L'usage du peuple étant 
de se chauffer avec des fientes de bestiaux , le bois est 
extrêmement cher, parce qu'on l'apporte à dos d'âne 
de plusieurs journées de distance. Il en est de même 
du charbon, qui se fabrique dans les montagnes du Kur- 
distan, et qui est apporté par la même voie d'une dis- 
tance de six ou sept jours. Le chameau est peu em- 
ployé comme bête de somme , tant à cause du froid 
qui règne une grande partie de Tannée qu'à cause de 
la difficulté qu'il y aurait pour ces animaux à gravir ces 
plateaux élevés. 

Il fut un temps où la ville" d 'Erzéroum faisait un 
commerce considérable avec la haute Arménie et le 
Kurdistan. Des ustensiles de cuivre, les camelots, les 
feutres , se portaient jusque dans la Géorgie. Celte 
ville recevait en échange des peaux de brebis et des 
salaisons de la mer Caspienne, qui offraient de grandes 
ressources à ses habitants pour les nombreux carêmes 
de la religion arménienne. Mais la Russie ayant trnns- 



( **7 ) 
porté ses frontières jusqu'à l'Arpa-tchai , a fermé par 
ses douanes et ses quarantaines les débouchés entre 
cette ville et les provinces septentrionales. Et la puis- 
sance russe s'est accrue non seulement des conquêtes 
matérielles qu'elle a faites, mais encore de la puissance 
spirituelle qu'exerce le grand patriarche , devenu sujet 
russe. En effet, la ville d'Etch-Miazin ayant été, par 
les traités de 1828, placée sous la domination russe, 
l'empereur se regarde aujourd'hui comme le protec- 
teur, peut-être même comme le chef spirituel de tous 
les Arméniens schismaliques qui tombent sous la juri- 
diction du grand patriarche : aussi n'est -il pas 
d'avances , de grâces et de promesses qui ne leur soient 
faites pour les décider à quitter les terres du grand- 
seigneur et à venir s'établir sur celles de la Russie 
Lorsque l'armée russe quitta Erzéroum, après avoir 
désarmé le château et détruit plusieurs bastions , elle 
ajnena avec^lle , dit-on , six mille familles arméniennes 
auxquelles on avait promis dix années d'exemption 
d'impôt et des concessions dans le territoire nouvelle- 
ment conquis* Cette désertion en masse des chrétiens 
d'Erzéroum dépeupla notablement la ville ; et comme 
les Arméniens sont principalement adonnés au com- 
merce , les vastes bazars qui faisaient l'admiration des 
voyageurs se trouvèrent déserts et abandonnés. Le châ- 
teau , que le pacha nous donna la permission de visiter» 
est maintenant presque complètement ruiné dans l'in- 
térieur. Tout ce qu'il y a encore d'habitable était 
rempli par des prisonniers kurdes que le pacha avait 
amenés avec lui. Il avait fait main-basse sur ces mal- 
heureux en quittant le territoire du Khan de Mahmoud , 
«t les gardait , disait-il , comme otages. On nous permit 
d'entrer dans la salle des prisonniers : lorsqu'ils appri- 



I 218 ) 

rent que nous avions l'intention de visiter le Kurdistan, 
tous ceux qui n'étaient pas enchaînés à des pièces de 
bois vinrent nous entourer en nous demandant à être 
nos guides , et nous promettant de nous faire parcourir 
toute la contrée sans qu'il nous arrive le moindre 
accident. Khan de Mahmoud était en guerre avec le 
pacha uniquement pour soutenir les droits qu'il avait 
reçus du sultan. • Les exactions des pachas, disait-il , 
et les prétentions exagérées des officiers de la Porte , 
entretiennent seules les haines qui, depuis plusieurs 
années, divisent les deux nations. «Peu de mois avant 
la mort du Grand-Seigneur, le bey des Kurdes, Khan 
de Mahmoud, dont la famille jouit depuis un temps 
immémorial d'un pouvoir héréditaire, avait fait sa 
soumission en envoyant au sultan une portion du tribut 
qu'on lui demandait, et sur lequel le sultan lui avait 
accordé une réduction. La principale condition à 
laquelle il tenait particulièrement était de traiter direc- 
tement avec la Porte. Mais au moment où nous pas- 
sions, les deux pachas de Van et d'Erzéroum s'étaient 
ligués pour intercepter les communications. Le bey 
s'était retiré dans une kassaba, située dans des vallées 
inaccessibles. Ses possessions particulières s'étendent 
sur les bords du lac , depuis le midi d'Àrdgich jusqu'au 
village de Surp. Tous les bords du lac sont envahis 
par les régiments des pachas, qui osent à peine s'aven- 
turer dans la montagne, parce que la désertion se 
met incontinent dans leurs troupes. Le bey peut mettre 
sur pied jusqu'à 5,ooo cavaliers et un plus grand 
nombre d'hommes de pied. Il est certain que, dans 
l'état des choses, s'il voulait prendre l'offensive, la 
résistance serait faible de la part des autorités, et il 
trouverait une grande sympathie chez les montagnards, 



( «19 ) 

qui n'aiment rien tant que d'abaisser le pouvoir de 
Constantinople. 

11 ne reste à Erzéroum aucun monument qui re- 
monte à l'époque où celte ville était entre les mains 
des chrétiens; mais on y remarque quelques édifices 
d'architecture musulmane qui ne sont pas sans intérêt 
par le mélange du style arménien et byzantin employé 
dans leur construction. La grande mosquée Oulou- 
Djami, monument du xiu e au xiv 6 siècle, est bâtie avec 
une grande simplicité \\imaret (hospice) qui en dépend 
est construit avec luxe et couvert d'ornements très 
remarquables. Ces édifices dépendent des grandes 
mosquées et sont destinés à servir d'asile aux pèlerins, 
auxquels on distribue des vivres et des secours. Le plan 
de l'édifice est celui d'une nef d'église latine au fond 
de laquelle est élevé le tombeau du fondateur. De 
part et d'autre, des colonnes de pierre soutiennent 
des arcs en ogive qui forment un portique à deux 
étages. L'intérieur se compose d'une grande cour sé- 
parée en deux parties par un grand arc en ogive. La 
portion de la cour qui est derrière l'arcade est plus 
étroite que l'autre. Le tombeau est de forme octogone 
et couvert par une pyramide octogone en pierre. La 
porte, qui était d'albâtre, a été enlevée par les Russes 
et emportée h Erivan. La façade se compose d'une 
grande arcade qui encadre la porte formée d'un arceau 
surbaissé. Le tympan, en forme de niche, qui sur- 
monte la porte , est orné d'un ajustement de polygones 
dont la description donnerait difficilement une idée; 
car c'est dans ces sortes d'ornements , qui ont été si 
souvent employés dans les grandes portes des mosquées 
de Constantinople, que les artistes arabes ont cherché 
à déployer toutes les ressources d'un art élégant et 



( 220 ) 

Aarié, mais qui, renfermé dans les limites inexorables 
delà sunna, se trouve privé des secours dont ont si bien 
profité les artistes de toutes les époques en ajoutant dans 
leurs monuments des figures d'hommes et d'animaux. 
C'est donc à la géométrie seule que les Arabes ont de- 
mandé les premières idées de leurs ornements. Dédai- 
gnant d'imiter les exemples que leur avaient légués les 
artistes anciens et qu'ils trouvaient à chaque pas sur ce 
sol de l'Asie si fécond en ruines , ils ont fait plus que nouai 
n'avons fait nous-mêmes, qui les traitons dédaigneuse- 
ment de barbares, Ils ont inventé des formes, non pas 
de ces produits d'une imagination désordonnée et 
sans guide , mais des formes dans lesquelles la plus 
inextricable complication se joue de l'œil et de l'intelli- 
gence de l'observateur , qui s'étonne , après avoir re? 
cherché les principes de ces ornements, de les trouver 
soumis aux règles invariables de la géométrie élémen- 
taire. Et ceci n'est pas seulement une invention adoptée 
dans une province et n'ayant eu qu'un succès momen- 
tané, c'est un goût adopté par tous les peuples de 
l'Islam, qui apparaît avec toute sa perfection dès les 
premiers temps, et qui pendant six siècles couvre de 
monuments innombrables l'Asie , l'Afrique et les extré- 
mités de l'Europe , la Grèce et l'Espagne. 

J'avoue que c'est un problème que je ne suis pas par- 
venu à résoudre. J'ai étudié la marche qu'a suivie l'art 
des Arabes dans les monuments du Caire et dans ceux 
qui sont dus aux travaux de Seldjoukides et auxOm- 
miades , et nulle part je n'ai remarqué ce tâtonnement 
qui accompagne toujours les premiers essais d'un art, et 
que l'on suit avec tant d'intérêt dans les monuments de 
l'antiquité. L'art arabe apparaît en Orient comme en 
Occident avec une allure franche et décidée, s'impatror 



( «a» ) 
Disant par la conquête et disparaissant le jour où l'éten- 
dard de Mahomet se relire devant la croix du chris- 
tianisme. Ce qui me porte à croire que les artistes 
persans ne sont pas complètement étrangers à la 
construction de cet imaret, c'est qu'on y trouve çà et 
là quelques figures ou quelques portions d'animaux , 
des têtes de serpents qui sortent d'un groupe de fleurs , 
une espèce d'aigle à deux têtes sur un bouquet de 
plumes de paon. Mais tout cela est exprimé timidement, 
comme si l'artiste eût craint d'offenser la susceptibilité 
des sunnis orthodoxes. 

L'encadrement de la porte se compose d'ajustements 
de fleurs fantastiques; mais tout cela est si précis, si 
positif d'exécution, qu'on ne peut se lasser d'ad- 
mirer l'habileté avec laquelle ces artistes musulmans 
maniaient le ciseau. Deux petites colonnes engagées qui 
soutiennent la retombée de la grande arcade sont un 
véritable chef-d'œuvre de délicatesse. 

Maintenant, le vieil imaret s'écroulant peu à peu, est 
aussi dédaigné des habitants que s'il se trouvait dans 
quelque rue de Barcelonne ou de Grenade. Ces édi- 
fices, qui rappellent le beau temps de l'islamisme, 
le temps où il marchait à la conquête de l'Asie, n'ob- 
tiennent pas même un regard de cette foule igno- 
rante. Personne ne connaissait la destination primi- 
tive de cet édifice; c'est en le comparant avec ceux 
du même genre que j'avais rencontrés en d'autres 
parties de l'Asie que j'ai pu hasarder cette conjec- 
ture à un vieux mollah qui a pleinement partagé mon 
opinion. Il y a loin du temps où cinq cents pauvres 
venaient journellement recevoir leur ration de pain 
et de pilau à celui où un pauvre nizam , embarrassé 
d'un fusil de munition et d'un briquet de voltigeur» 



( 222 ) 

file en montant sa garde la laine noire des troupeaux 
d'Arménie. 

On appelle aujourd'hui cet édifice Tchfité-Minaret à 
cause de ceux qui s'élèvent sur les massifs de pierre 
placés dé chaque côté de la porte. Ces minarets de- 
vraient selon l'usage être contigus à la mosquée. J'ima- 
gine qu'ils ont été placés sur l'imaret, parce qu'il 
est sur un terrain plus élevé que la mosquée, et que 
la voix du muezzin pouvait se faire entendre plus loin. 
Aujourd'hui cet édifice a été transformé en magasin à 
poudre. On y voit quelques vieux boulets dépareillés, 
des affûts brisés , tous les restes d'un arsenal sur le- 
quel les Russes vainqueurs ont fait main basse , et qui 
a été augmenter les trophées du prince Paskewich, 

Il est rare de trouver dans les villes turques des mai- 
sons dont l'extérieur attire l'attention de l'étranger. Il 
semble que l'habitant cherche à cacher à des yeux 
jaloux son bonheur ou sa richesse. Des portes basses 
et mal tenues , des escaliers pourris , des paliers rem- 
plis de débris , des esclaves noirs en guenilles jouant 
avec des enfants barbouillés et morveux, voilà l'aspect 
que présentent presque toutes les maisons; et puis , 
de distance en distance, de grands espaces vides, des 
troupes de chiens poilus, couchés sur des amas de 
décombres, et troublant par leurs aboiements lugu- 
bres le silence de mort qui règne dans ces quartiers où 
l'incendie a exercé se3 ravages. Mais c'est le beau temps 
d'Erzéroum ; voici venir l'hiver avec l'ouragan qui 
gronde dans la plaine , avec la tourmente de neige qui 
se précipite du haut des monts, qui efface les chemins 
et qui engloutit les maisons. Alors malheur au pauvre 
habitant qui n'a pas fait sa chélive provision de fiente 
sèche. Il ne faut pas qu'il compte sur la charité pu- 



( 2^3 ) 

blique, car la misère est trop générale pour que Ton 
songe à son voisin. Il n'y a pas d'autre travail que 
d'aller sur les routes écarter la neige pour, frayer on 
chemin aux rares caravanes qui arrivent dans ces 
lieux désolés. Erzéroum devrait encore être, comme 
dans le moyen- âge, la clef de l'Arménie. Placée sur le 
plateau le plus élevé de la contrée, elle commande les 
vallées supérieures de l'Euphrate , et coupe en deux le 
haut Kurdistan, Mais depuis dix ans» loin de comman- 
< der, elle a été mise hors d'état de se défendre elle- 
même, et se souviendra encore longtemps de la cam- 
pagne de Paskewich. Issac-Pacha, qui commandait au 
moment de notre passage , avait le grade de mouchir 
(général de division) ; mais nous ne trouvâmes à Erzé- 
roum qu'un régiment de recrues , toutes les troupes 
régulières étant en cantonnement dans le Kurdistan 
pour arrêter les tribus guerrières de Khan de Mah- 
moud. 

La caserne des Nizam est située dans la partie sud- 
ouest de la ville. On a démoli pour l'établir une an- 
cienne mosquée dont la construction remonte à la 
même époque que Tchif lé-Minaret , mais qui porte 
encore plus que cet édifice le cachet de l'art persan. Il 
ne reste plus de cette mosquée qu'une porte du même 
style que celle de l'imaret , et un minaret de briques 
orné à l'extérieur d'ajustements en émail vert et bleu. 
Celte ruine porte le nom de Mourgo- Serai ( le palais de 
Mourgo ) . Ce Mourgo , disent les habitants , était un 
chef des Yesidi, adorateur du démon. Il avait rassem- 
blé une troupe nombreuse de montagnards , et mar- 
chait contre le sultan Mourad, lorsque le prince allait 
à la conquête de Bagdad. Étant arrivé dans un défilé 
nommé Derbend, où campait l'armée musulmane , il 



( 2*4 ) 

posta les Yesidi sur différentes hauteurs pour écraser 
les musulmans en faisant rouler sur eux des rochers. 
Mourgo était un guerrier d'une beauté singulière ; il 
ne marchait jamais que vêtu d'une cotte de mailles et 
coiffé d'un casque étincelant , portant une masse d'ar- 
mes que nul autre ne pouvait soulever. Curieux de sa- 
voir ce qui se passait dans le camp des Turcs , il se 
déguisa en derviche , et s'approcha jusqu'aux tentes 
du grand-vizir, qui campait dans une prairie avec son 
harem , ses chevaux et ses esclaves. 

Pendant qu'il examinait le camp, il s'enlendit'appe- 
ler par une voix de femme d'une douceur peu com- 
mune. Pieux derviche -, lui dit-elle, prenez ceci, et 
demain apportez un blanc mouton pour faire un cour' 
ban en l'honneur de notre bien-aimé sultan et pour le 
succès de ses armes. En même temps elle lui jeta un 
bracelet orné d'une pierre lalismanique qui portait le 
sceau du grand Salomon. Mourgo ramassa ce brace- 
let , et revenu dans son camp , il se proposait de 
retourner le lendemain avec des Yesidi déguisés en 
derviches pour assassiner] le grand-vizir. En se cou- 
chant , il mit sous son tapis le don de la princesse; 
mais dans la nuit il eut une vision qui le frappa de ter- 
reur : c'était Mohammed lui-même qui apparaissait , 
accompagné des douze grands imans, chantant les 
versets du Koran. Sur un signe du Prophète , les imans 
se séparèrent en deux bandes, et chacune d'elles s'em- 
para d'un fantôme couvert d'un long voile. Lorsque le 
voile tomba, il se reconnut lui-même dans les deux 
fantômes. L'un tenait un kangiar et frappait à outrance 
tous ceux qui s'approchaient, lorsque l'ange Ariel, ap- 
paraissant armé d'une massue d'acier , lui fendit le 
crâne , d'où il s'écoula des flots de sang noir, pendant 



( 2*5 ) 

que l'autre fantôme, prosterné aux pieds du Prophète, 
avait été revêtu d'une robe blanche , et chantait avec 
les imans les louanges de Mohammed. 

Effrayé d'une telle vision , il alla trouver le chef des 
mevlewis , embrassa entre ses mains l'islamisme , et 
lui lit connaître le lieu qui recelait ses trésors, afin 
qu'il fit bâtir une mosquée ; pub il alla trouver les 
Yesidi pour les décider à embrasser l'islamisme. Mais 
les sectateurs de l'esprit de ténèbres, loin d'écouter la 
parole de Mourgo , s'assemblèrent en armes et le mas- 
sacrèrent. Le chef des derviches, pour exécuter les der- 
nières volontés de Mourgo , fit bâtir la mosquée dont 
on voit aujourd'hui les ruines. 

Ce conte fait voir que les Orientaux n'ont pas perdu 
le goût des récits merveilleux. Il en ressort un fait bien 
connu, c'est l'implacable animosité des Turcs contre 
les Yesidi, et l'éloignement de ces derniers pojir la 
religion musulmane. D'après celte tradition, le Mourgo- 
Serai aurait été construit par les Turcs. Mais ce qui 
reste de cet édifice indique trop clairement un travail 
persan pour que les architectes de cette nation n'y 
aient pas mis la main. Il est à croire que cet édifice a 
été construit par les princes seldjoukides lorsqu'ils 
étaient maîtres de l'Arménie. 

Nous devions songer à nous mettre en route pour le 
haut Kurdistan. Les renseignements que nous obte- 
nions de tous côtés étaient très rassurants. L'évêquc 
catholique d*Erzéroum, qui arrivait de Bidlis en Kur- 
distan, nous affirmait que, malgré l'état d'exaspéra- 
tion des tribus kurdes contre le gouvernement de la 
Porte , nous ne serions pas inquiétés dans nos courses. 

Parmi les provisions que nous jugeâmes à propos 
d'emporter, nous fîmes préparer une charge de bis- 



( 22fi ) 

cuits pour remplacer, autant que possible , le pain 
grossier et mal cuit que l'on mange habituellement. 
Après huit jours de séjour h Erzéroum , nous partîmes 
le 16 septembre à dix heures du matin. Nos muletiers 
avaient renouvelé la plupart de nos montures , et nous 
amenaient des petits chevaux kurdes, agiles et nerveux, 
qui sont excellents pour parcourir les routes rocail- 
leuses et pour gravir les coteaux. Cette race a l'enco- 
lure assez courte et ramassée sur elle-même, et la tête 
très forte pour sa taille. On fait travailler les chevaux 
dès l'âge de deux ans et demi, sans que cela nuise à 
leur développement. 

Nous continuons notre roule en nous dirigeant à 
Test. En sortant de la ville de ce côté, on se trouve tout- 
à-coup dans un terrain inculte et sauvage , les envi- 
rons d'Erzéroum étant fort arides. Depuis que nous 
avions quitté la montagne de Kocha - Pongar, nous 
avions trouvé dans la plaine de nombreuses traces de 
volcans, et nous avions vu des laves basaltiques au 
village de Euzné. La ville d'Erzéroum est bâtie sur 
une large coulée de laves noires qui reposent sur des 
tufs gris de plusieurs sortes. Au pied du château les 
bancs de ce tuf ont 7 ou 8 mètres de puissance. La 
route entre Erzéroum et Hassan-Kalé suit constam- 
ment la pente d'une montagne exposée au nord* Nous 
apercevons dans la plaine quelques villages entourés 
de plantations. Au bout de deux heures, nous franchis- 
sons d'une manière presque insensible le point de par- 
tage des eaux de L'Euphrate et de l'Araxe. Après cinq 
heures de marche, nous arrivons à Hassan-Kalé, que 
nous apercevions presque depuis notre départ d'Erzé- 
roum. La forteresse qui domine la vallée parait impo- 
sante par son développement Elle commande le cours 



( »7 ) 
de la rivière, et par sa position a aulaot d'impor- 
tance en égard à la vallée de l'Araxe qu'Erzéroum 
pour celle de l'Euphrate. Sa fondation ne remonte 
pas an -delà de l'établissement do pouvoir musulman 
dans ces contrées; elle était avec Erzéroum la princi- 
pale place de ces quartiers. La ville, qui est siluée au 
pied du rocher de la forteresse du côté de l'ouest , 
offre une enceinte presque circulaire qui était entou- 
rée d'une double muraille flanquée de tours , aujour- 
d'hui tombant en ruines. Le développement des mu- 
railles est d'environ 5,ooo mètres. Celte ville est située 
sur le penchant méridional d'une des montagnes qui 
forment la vallée de l'Araxe et sur la rive gauche de 
ce fleuve. Le gouvernement de la Porte , qui n'avait 
depuis plusieurs siècles pour ennemis que quelques 
tribus indomptées du Kurdistan, avait négligé d'entre- 
tenir les fortifications de Uassan-Kalé, qui étaient res- 
tées entre les mains d'un bey ou zabit presque indé- 
pendant. 

Mais depuis environ vingt ans, le sultan Mah- 
moud, qui poursuivait sans relâche tous ces petits 
pouvoirs partout où il pouvait les atteindre» avait 
anéanti la famille de ce bey et l'avait remplacée 
par un voivode dépendant du pachalik d'Erzéroum. 
Lorsque dans la campagne de 1828 les Russes» après 
avoir passé le Soganli-Dagh , se portèrent sur Erzé- 
roum , Ilassan-Kalé fut armé à la hâte, et le comman- 
dement de la place remis à Salegh-Pacha. Mais le gé- 
néral Paskewich marchant contre celte place, le général 
turc jugeant la résistance impossible, abandonna le 
château et une douzaine de pièces de canon , qui tom- 
bèrent entre les mains des Russes avec les magasins de 
vivres. Les Russes, maîtres de la place, offrirent aux 



( 228 ) 

Arméniens des établissements dans les provinces nou- 
vellement conquises, et le plus grand nombre des 
chrétiens de Hassan- Kalé accepta ces propositions. 

Le château, qui s'élève sur une masse de tuf calcaire, 
était défendu par une double enceinte flanquée de 
tours crénelées. Toutes les murailles qui n'ont pas été 
renversées parles mines que les Russes y pratiquèrent 
sont construites selon le système de défense usité dans 
l'antiquité. On circule sur le sommet des murs par un 
chemin couvert que défendent un parapet et des cré- 
neaux. Mais la plate-forme est dominée de si près du 
côlé du nord par les rochers de la montagne, que ce 
château ne saurait résister à l'attaque de l'artillerie. 

L'intérieur de la ville n'est plus occupé que par 
deux ou trois cents maisons presque toutes turques ; 
tout le reste tombe en ruines. 

On remarque encore à l'extérieur les traces d'un 
fossé qui pouvait être inondé par le petit ruisseau de 
Hassan-Sou , qui va se jeter dans l'Araxe. Une source 
minérale chaude, légèrement sulfureuse et ferrugi- 
neuse, sort de terre au pied du rocher du château du 
côté du sud. Il existait aussi une source thermale près 
de Théodosiopolis : c'est ce qui a causé l'erreur de 
plusieurs géographes européens, qui ont cru recon- 
naître dans Hassan-Kalé la ville de Théodose. Ses 
bains sont en grande réputation, et attirent dans la 
saison les habitants d'Erzéroum et du voisinage. 



ITINÉRAIRES 
Eh Arménie , en Kurdistan et i 
PAR M. TKXIER. 












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Le 18 .oui, rlepa.i de Djv.iilil.. 


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Calcaire argile». 
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Halle i Vti.eniik. 


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Schiste calcaire. Furél. 
Calcaire. 




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Vendredi 50 au.11 . dérttrl de 


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Forêl. Paji peuple d'hthilul. 


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VilhtedaOnni.ru. 


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Poni 


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ajltetuKharideKara-CBpeii. 


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Ponl. Calcaire. 












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Tncbjlet. 




1115 




Déport. Gret. Sommet uni 


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Cidemu (V,\ 

Le roi de KuuaVbal,MSs.' 


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Brouillard. 


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Tnch.laa. 






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Calcaire gris. Gréa. 




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Calcaire argileux. 




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8 M 


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ficaire. Tuf volcanique. 




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160 






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4 40 




Arrivée à Koul.b.L-Bogû.i. 




9 10 


135 










10 


D 30 


180 






T 




Jeudi 19 août, départ dàK«U- 


40 


9 35 
10 15 


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10 


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110 


Balaknr, village. 


10 


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Tmcfajlu. Somme» arldei. 


15 






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Tru-bjle.. Kchule Tare. 








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CanriuH de Troe.lodjice. 




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n.'pnrl de la hallo. 


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Traehjle.: 


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Scblale un. 


10 


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515 


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A lOh. 10 m. an nom II naii- 


10 


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10 45 


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Directiou 180". SoDimel rou- 




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vert de neige. 




S 30 


110 


Arrivée II Balhnulh. 




11 10 


90 














1145 


165 


Halle. Trach.te déconiixtte. 


40 


11 36 
1 15 


1*1 


Le M a nul, départira n»i|„,„i|,. 




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Départ de la halle. TrarliTle, 


10 


1 10 
1 40 


170 


Rivière. 


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M. OCTOBRE. 2. 



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De pan de la balle. 




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La «liée te renem. 








ttoi'hV, W"'. 




















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Top Suuicm. Rivière. Direction 
IWK>. S* H.mn. liMee i 
Tcboban-DéVé -Si.a 10 b. île 




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Le 9 aept. , départ de Benêt. 




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Il 55 


160 


ArriïSfEr^rîîï!''''""'" 




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00 




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Arrive» à S.ibi.p«>(i:Si. 


















10 3» 




Le 10 leplembra , départ 








Le l« tepiembre, dépariée 














Hnal-IU-i-é Si. 


30 II 


00 


naiiiaan.VaH(e,40o. 






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Ou pâlie II pu M. 


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Tuf. volcanique.. 










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Bal» aur le to ranci. Ua.MQ- 
Kalé. 90*. 


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Eau mira,-, et carbo-itq. Irai*., 
Tofnle.ii». 


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Oa quille la rivière. 


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Hebi-Kwi. l«0<>{lh.). 


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Art [(ta . Huuu-Kjdé. 






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Balle-, 




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Le 11 aeptHAbre , parti de 

Uuiu-Eilt. Tracbyle.. 












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30 


Rivière dent le pleine. 




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Déport ilt 1. bulle. 

Calcaire argileuï. V.llé» dM- 




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Rivière, iian» ferrueineu*. 










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00 


Halte. 




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Arfilo-alrai». 










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O.UWU. 




11 15 




Dépail. Terrain de eraniparl 
avec Lruchvtesel argile. 




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45 




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Vallée al'i-leui. Calcaire. 






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Ara, village. 










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Arrivée a Xars. 


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Le U iepl,,"JJ[>arl de Zara. 


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Tramport, 








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Rivière et nnfl. Zir.iB.Fj le. 






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Cru iî et argile. 


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cbemô . •ilbge). L. vallée 
























Le 13 H piai*bn, dépende 






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Grande plaine. 










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Aiguilles Inifbj lirjun. 



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ASSOTATIOM. 


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Départ do la Halte. 


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irri.ee à Tcnirpeklou. 


15 

60 
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La 14 (epleiakie. dc'|uK J* 
Tcbiiaakka. 




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Roùuho. 








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Arrivée . Kui|hiinwn. 


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La 91 leptamtirF. dtfparl da 


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8 M 












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Vallée d'eroii«avec <r|lU] al 






70 












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9 45 

9 60 
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46 




50 


1 


170 


On mont- : la raltaire e.t rri. 
•eiaé da hW Je. deui 

c«l«d»l-Ar l ,ieil.'icoiili«- 


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Il 50 


90 


Aeri.rc a la h-lle. 








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PmM leR»nfriyiire!. 




4 10 




La 11 aeptemlira , déport da 


10 


* 10 


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Arrirée à lui, 








Karaveu*.. On meule. 




4M 




La 15 iepi. h dépari de Kart, j 


10 


4 «0 


166 














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Halte. 


1 40 


S- 


90 












1 10 


736 


105 


Arrivai à Kulif-OfW. 




6 




Deput, On moule. 




750 




Le 16 seplfinlirc ilrparlue 


6 


6 B 


186 


SiirKanTci.li.SaOa. 








K.lif Oflgw. 


M 


15 


115 


Halle. 


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Mperl de L. halla. 


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Sur K.jbi.m.n He. 


1 30 


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ArrWee. Anl. 


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Serpentin». Tru| p. 




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Le 19 leplamb,, départ d'Aui. 


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Vellee J«! tombeau. 


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Sur la diitam d'An L 7110. Vil. 


10 
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CuTea'. J'Ani, 140» 


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Sur l'Aiuml. 110", Cal 


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1 30 












Trapp. 


10 


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Wee. Buta. 


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110 KeiuH.Di.gh. >ur une nwiHa- 
| éloigné. Je 4 h. 170". 


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1133 

ii 40 au 


Le W •«[>! .déport de Bav-.ul. 
Sorti de la «lie. 




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ISO Halle. 






Argile varie .ur calcaire. Ar- 




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gile ron tenant poudingue 
H-» Chili que. 
< oufluent Argile avec g. il verl 


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1 13 340 


C.lHtr.ir î l6M.et 1H 01lM, 
Ruw-cun. lolcaire gril veine 


« 


1 15 


*ss'r.»lc«ire. 


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SurBajaiid.Sl». ' I 






195 Calcaire groaier. Rmcie Ua 




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Culcaire il grvpbées. 










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Hajozid, 57°. 








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1 10 110 








140 BivUr*, I33n 


43 


ï 53*33 


Eudurek.Oagti. Volcan. 










3 30 110 








!SO Sur Toprak-Kolé, «0». 






riloe iTeperi. KeuT" 


*5 


330 


±70 jsur u monlugne nudité, 300". 






S 


3 35 


170 Ariivé. 1 Topi.k-KaJé. 




1 4* 


Le 30iepl., départ de Tfpé.û. 










15 


i lo.iso 


Fin de la plaine. 




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Le 33 leptemhre. dépari île 
Toprak-Kalé. 


If 


4 4s;i*s 






10 10 


191 


Kechich.Ke.il. Snr Tapiak- 






de .m en bloa umo.phéi. 












6 13 140 








IWptit. 


S.'i 


T *l 180 


Fin dot lavai. 


M 




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fcnsc.1. Sur Sepuu-Dogu , 1809. 




S 30 no 


Sulwuk.-Sou.Va a Van (tu lac,. 




1 13 




praUtaté, «Mo 


M 
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1 10 146 


Fin du plateau. 


[ 


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130 


Tenlei de Kurde». 


33 


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Um/repo«*i, ran «..l.e. 
•UllMei iMbaiallique. 1IU 
reellon. t FM». 










13 


« io no 




40 




00 






145 «53 


Piiuge de la rivière. ! 


2 Î0 


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110 


Halte i Ulcb-Kilice. 


1 f, 


S 170 

3 10 130 


Vallée. 




' *° 




Départ. 


SU 
«0 


3 40 100 

4 30 110 


Sur le village. Pin de la vallée. 


S 


* *° 


110 


Arrivée ■ Diadtu. 


13 


4 45 180 


Arrivée au. .liage de BerehUi. 




8 43 




I.e 13 lept., départ de Dùdin, 




9 a 


leroe^re^.deOerghi.i. 


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21 


9 31 110 


Sur Sépan-Dagh, 177». 
















10 3U 


90 Sohilte urcileni. calcaire et 






SurBerghiri,»"". 






1 ipalh cïcaire. 


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Il 55 137 




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Il 177 


Au Lord du lac. 










1140 




SurBe.-gl.lri.TO» 




10 KO 


90 SurBaJoaid.tlO». 


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170 


Halle BU boni du lac. 


M 


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Déport de la halle. 


35 




90 Scfcljie arguai, ealair.. 
















1 10 


3 10 


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2*1 


Colrnire. 


10 


1 10 


00 Kulie au boni delà rivière. 


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3 5» 


230 


Arrivée à Merik. 


30 


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1 30 




Le! ob tAnv, départ lia Merik. 


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S 10 


110 


Arritèe.BojKid. 


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Craie. 



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Départ de la halle. 








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Dépari de la lu lie. 


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Montagne Je Hjjji-ïli. 115° 
Schiite. Calcaire. Trapp. 




1 40 


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Leloclok., dép, aaAla-Kcui. 


45 550 




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160 


Oman. 














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La 10 octobre, départ de Van. 


45 1 45 

5 560 


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60 


Chah-AbuaiCatcails, 


40 630 






40 




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11 10 

11 


45 


Camp ,„r„,cb». 




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La 13 «lob., départ *Ela». 


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Trapp. 


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Halle. 


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Drparl de la halls. 


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Calniln. 
Hatla. 








Drp.fl. 








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EUncr*. 


1 5 




0,'patLdoL. Iwlta. 


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10 
8 10 


00 


Hall, à Snnijjnndu!. 
Ullocl., dtp. Je R j ™ jjun.i lis. 


-.1 1 40 


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Sepan-Doeb. 500°. 








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Platon. 


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135 




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Kami C'.). 


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10 M 


M 


Plateau, 




150 


















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Il 50 


6. 


Calcaije amjgdaloïde. 




110 




H 


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65 




5 10*5 






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1*55 


SO 


Départ de la balle. 
Valle.. Tropp. 


35 11 
1 <t 


1*0 


Ralle. 

Départ il( la halle. 


4C 




85 










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1 50 


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3 15 


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3 30 


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Arri.éo à Hurfji-Ali. 


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4 30 


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4niTco.Kb.ia. 



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ANNOTATIONS. 


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A S NOTATIONS. 


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Le 16 «cl., départ de Khoïe. 


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Le 10 octobre, dépari de) Ta»y. 
Dans la ville. 


45 


10 


180 












30 


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AqudncH.Mrr.iu. 


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145 


Tcbikreli, IBOo.Oh. «Sut. 




Il 10 


I9B 


Sur Djadij, 85°, 1 h, SnrAwp, 






Til, 80», h. 45 m. 








75°. 015 m. 


K 


io 10 




I.acôleduiar, I40°»0 k. 45 m. 


B 


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155 






H 35 




Halle a. èJbeeihi. 






195 












t. s 


11 6.' 




Direelioo générale. 233. 




Il 15 




Départ de la balle. Dérie, 360°, 


1 w 














1 h. M m. 


1B 


1 3U 














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Il 43 
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Chandere. 130°. 1 h. 


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110 




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N. 


3 45 
9 


193 


Arrivé, i Dilroen. 

Le 11 octobre, de oilnieii ai» 


10 


5 45 


131 
95 


SchabÙJler, 380», I h. Au pied 

Dam Z.caïleu?'"'' 








BaWeliell. 


& 


410 




Au khan de Zecalltn. 


15 
1 U 


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7 50 




Le 31 oel. départ à* Zacalleia. 
DauZaealle». 






110 














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Plaine. 


10 


Il 30 


90 


H.a- reliefs. 




9 ÏO 


90 












60 


10 10 


90 


Halte. 




10 




U l8oct.,deDilmeua.Selniat. 

Tcbora, 315°, IL Mm. 




11 




Départ de la balte. 


10 


10 10 


131 


A li virai., 3*5°. Oh. Min. 


45 


Il 45 


110 


Plaine ailréa. Pont. 


45 


10 SN 


140 


Terres ur.-'isaliin 








Pont. 


10 


10 u 




Sarna, HO\Ob. 45 m. 


10 


11 10 


90 












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1* SJi 


10,-, 




10 






Dans Sa y m. 


50 




90 




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Il 30 


170 
170 






3 10 
9 55 


90 


Arrivé? à Maiin. 

Le M oclob.. départ de Haîan. 
Sur Tabrli. 




Il W 


Î70 
















Retour» Dilate... 




, 


95 


Arrivée a Tabria. Plaine. 




6 65 


75 


Sadogan (!>> V.). 




12 30 
Il 43 




Le dimanche 10 novembre . 
dépende Tabria. 


i 20 


8 M) 


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15 


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55 




1*0 










Ghelbiî.Aptch,IS»,0h.45m 






I1B 


Kelat-Koniheu. 






m 


Ebécbi. 195°. 1 h. 




3 10 










"" SullanAhmet. t45-.lh. 30 m. 




4 10 


1*0 








Kars-ruila, ISHe.lh. 


?0 


4 30 


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Arti.ee à Baimilch. 


10 


S 55 


90 






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Le 11 noï., dép. de Baaniitch. 






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Plaine, eoble et«illoii«. 










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35 




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B 30 


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port. Cailknm, trachylet. 




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Cbobauli. 


15 


S 55 


90 




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Ou longe la moniale. 
Halle, 


55 

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Deparldelahalte. 


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Halle eu Khmi.TcJ.io.li. 


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1 45 


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90 
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Départ du bhau. 


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B 30 


Arri.é. a T« r . 


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Le 19 nu*., drp.de BadjUAeB. 
Pleine, uillo.., de tfechjte. 


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Arri.êe i KMrliu.-Soun.eti. 


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Karikureu. 45". Ih. S ■ . - ( . 1 -.- _ On 




















1130 


170 


Halte. Diren.de 10 roule, 115°. 




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Sur Ui.en—Tu-ch. Baiultes. 










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Arriéra Iliikme-TMen. 


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130 




Merl. 90", S m, 


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1 30 


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Arri.ée 4 AI. C a L.uh. 


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Vendr.l5nor.,dé r >.d.My»ne, 


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CliicL.r-e.ge. MU», 4 3 U. 


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Su. le pont du Kiril -Oui™, 


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Rivivr» ■■! • i]lojeM«inand<nt. 
Le 14 hot., diif . de QmqjMt 


1. 

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Crpu. 

Plaie». ^ 
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AcUan. 


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Claire (ri>, veine , itratifié. 


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Halle. 


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Dcpart du point 9 h. 50 ni. nu 




9 17 












point 1 h. 30 ni. 150". 


16 




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G Fende plaine, «ml aine , 140» . 


45 


1 S 


14.1 


Tr.eb.,1,,. 


(S 


9 46 


140 


4 4 h. 50 m. neige. 






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Halle. 


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lUfpert. 


M 


4 30 


108 


Arri.ife i Crleu. 


1 51 


■ 4k 


180 


Frira mber. 
























le 11 no... dépéri de Carleo. 




4 10 




A.n."i Hateer. Mahmoud 


30 


S 


145 










Août, IW°, 1 h. 


H 


8 IS 
8 35 

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170 
176 


K-tjer, 140<> 1 h. 45 m. 
Halle 4 Bagb. 


1 58 


7 30 




Le dimanche (4 novembre . 
dépéri de Bataar. 












io m 


194 












10 10 15 


170 












aï 10 45 IW 












5 10 50 «07 




10 


11 43 


l3B<A™ al » D ». 71*., 1 h. 30 m. 


5jl0 65'ISW 


Halle 4 G ci d joli il., h. 


30 


M 15 


JVelieue, KO, S h. 


1145 


Depan. 


55 


1 10 


150 


'"■ iû" C ■ ^ " tl '*'■ Dir " c - 


55 1*40 195 




18 


1 t8 


110 




*0' 1 1*1-0 












40 1 60 190 Arrivée * Pirmmvuii. j 














413 


170 


Danl le talion. 


Du village de Pir n ....n. 




5 10 




4rri.ee 4 garemtac. 


SorZaga, 130 30 An Arelrui. 170*30 
Kodiour 180 1 1 Truhbar, 110 t 












s n 




U 18 ddt., dcu. de S. remue. 


Bouldoui. 195 1 Ununiklu, *4G t 
Gnlchago. (10 1 30 GulU-pe, «40 1 30 


l *0 


955 


in 




Trnuruii, 180 1 lima-AbailllO S 


10 


10 35 


145 


Arrivée à Zenfun. 


Tonde, 180 5 1 




S 50 




La 19»*., dep.de Zengn.o, 




7 38 


1 La lundi 15 novembre, départ 


10 


10 


lia 

ne 




1 ** 


8 58 


175 


45 


Il 45 


1*0 




9 


9 T 


175 Argile calcaire. 


1 m 




130 








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1» 


I» 


Hall.. 


50 


10 M 


184 

176 Craie avec tulaulei. 




■ 




Départ. 


35 


tl 5E 


tta A 5 h., rhaine H.. S. ave, 
1 neige • l'BM. 


50 


■ M 


140 


Mettre. 


35 


1115 


180 Halle. A l'Ouell. moDtainei 
1 bn.iei et deïn.heoi. 




5 II 


161 


lirW( 4 Snltantt h. 
I.<unali« uovemhie, dé- 


1 10 
35 


1 10 
1 56 
s 30 


170 


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7 4.1 








3 43 


185 











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AKHOTATIOltS. 


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AHNOTATTONS. 


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195 












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An-LvwiKulaJj,,,,, 


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6 15 




M.rrfi 36 novembre, dépéri de 


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15 


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Bell. 




7 30 


180 












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165 


Wmiiiir, 90". 30 m. 




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Imrem-Javjil. ÏO». 30 m. 














165 C.b.b. SI Ko (h. 




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115 










Tepe-Tib], 110" 45 m. 










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165 




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175 










1 S 


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179 


Belle ■ AoTep* - . 


45 


«48 


355 / Pc '"»"- 


Relèvement, à Ac-T«pé. 






f™) 




51 








Del-Kit, 100 » 50™ 




8 W 




Le dimanche K-rdécembre, 


Kenp-Deribein, 148 1 ,. 










KtraNigb-S.roun, 150 - 75 










H.twr, t59 | „ 






180 




Atgc-un, 10 » 30 




10 10 






Teerran, 315 ï ï 
Remeden, 18* Y „ 


55 


10 *- 


ISO 


Moalagne Engnrmeit, 130». 


ItoLUlam-Dugh, 85 1 ■ 


S 


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li 40 


187 


Belacbgherd, 130", 1 h. 




1 37 




[Dérari <te AcTépe. 


40 
35 


1 su 


ISO 

2«s 


Cul. 

En bag do. Col. 


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JOT 




1 16 


5 10 




Arrivée à Kengovar. 


30 


4M 


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f 115", aiifimildelmnllrp 


i a 


5 35 


in 


Arrivée e Mefaran. 


'( 50»; ■ EngV'mei.. "' 








Le IT no»., départ dC Mahr-Jli. 






9Ï5 








(1 10 




Le vendredi 6 décembre, dVp. 




















il 53 
















12 .-.1 






50 


1* 


105 


Rivière S. 












11 






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3 sa 


199 


Arrive S Hamadj,,. 


21 


H H 


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Ponl,lu4»,ch» Tnf clealre 




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U 18 novembre , de Himudan 
a Candv-Nem.h. 


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10 M 


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12 


140 


Arrivée il G«ndï-[»,m a h. 


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13:; 


Lbi's'e "" " Pri ' '° """* 










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i.,i,mi.- inindiojuf. 








à Kon E ovur. 




314 






60 


9 


-11 


Kale-Keldéré, ai7»,30m. 


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GraniletmlcB.cbisle. 


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Tufeulcaireturleerei. 


15 


9» 








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45 








30 


Il 355 


Nildbnu. V. 








Rt-I 


1 


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SIS 













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( >58 ) 



ANNOTATIONS. 



rt c bi. nn .iOo.ih. 

lKi.mc.dj.., M". I h. S 
, Cb.uv», «*, 75 m. 






M à Komriin. 

Me., dfpari de Koraéii 

Ronron m- Abad, IIS». 



Le 16 liée. . déport de Dou nb. 



La 17 die, déport de Débat 



( >59) 





il 


1- 


ANNOTATIONS. 




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[1 


ANNOTATIONS, 








































11 m 


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Tiffiriurt» 


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133 




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1 30 


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An fcohqors . 


136 


10 W 


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7 10 




Irritée ii l>ïuuliii. lipahan. 
L«3ju».IBI0,dcp.il-lE|iiihMi. 


. 


a 
g 




Arrivée i SchousoiUD. 

Le 8 janvier, deparl de Scbou- 




1 


140 
8 11 




Sur le pmit du Ctuhirbugh . 


| 50 


10 30 


13» 






1 - ! " 








10 




IV. 






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l.i h. 


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Dr 10 h. 10 m. à II li. «■., 


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110 

T30 




Le 9 janvier, drfM de A Indu. 






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Cilerno.' 
















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19 m 


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Ca Le . gril * e iné a w hippnrilei 


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Le 4 janvier, depnri de ILiûi. 


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Arrivée au H de KuuBU- 




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Arrivée. Kennari-Periepoiii. 


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Honte de Kennara un Harem 
ilaDJenichidUM. 


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Penapolli 






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Source.. 


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Arrivée i Hourgluàb. 


10 


151 


15 


Nackchi-Rguslau, 336°, 1 b. 
Bei-relier.. Halte. 
Départ de la bal 11. 










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12 40 


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Culc.iv.bknc. 




830 




Le 16 iauv.. dép. de Kmins,™ , 


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Il 11 


161 

1TB 










de 8 h. 30 m. i 10 h. 17 m. 
Majeune, Î4*>. 




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8 55 




Iltakar. 323". 3 b. 


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Bendemir, 203°, 3 h. 




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1 20 




Arrive. 4 Zergoim. 


50 


7 45 


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Le 16 jnnv., dépéri de Kemvrj 




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Zergoun. 


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Rul.seau. 


45 


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Arrivée 4 Schirum. 




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Départ 

Huile. 


, 


5 


178 


La 3 (ëvrier, dépari de Schim. 
Arrivée . Rugh-Cliagta -Serai. 




Il 40 


240 


De p. cl dé l> huile. 




7 10 




U 4 Février , deporl de Bagb- 
CJiagta-ïaiai. 


20 


11 


240 
















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Calcaire gypleua. 


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Ali-Aliiid. Halle. 












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Cit. grosier al argile. 


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Le mardi H février, riéparl Je 
Scha po u r. ftou 1 e ,H1° . lif pie 


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Calcaire jroiiier. 






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Arrivée i Deibt-è-Arjann. 


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Le B feiriw. déparl de Dechl- 


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Arrivée 1 Kha uni uridj L-, 


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Le 11 février, départ île Khuu- 


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Arrivée >u Ibu de Piiai-ïouu. 




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«S Calcaire en blocs. Valonnée. 








couches. 15o;direcl.,l50". 




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Poule de douanei. Rome uu- 


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De 9)i. 7m. a SI h.35m.,» 


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10 31 
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Direction, 374». 


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Le 8 fer., dép. de Knuieroun. 


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Il 35 200 

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Armée ûïi.clil 


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Le 13 février, * 














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>. à 10 h. 43 m. 



{ >43) 



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aîïkotatioxs. 



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Le S mon. déport elo Ha 



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M,'kdt*lTdtmÛ, 
: lit'. Kouli>-Mps|id Mi. 



if.imcJi IHa.ril, d, 

Kirkaok. 



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Tombeau du icbeik Hmua. 


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Huile. 

Départ. 


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Au haut d.< cul. 


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Arriva 1 Tcbtlli-Ala. 

Le 1 mai, dép. de Tchelli-Apa . 


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IhJII™, départ de Anil. 






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DeSh.lOm 161.. 15 m..î87*. 


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Sur Pierbekir 


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Sopan-Uush.SO'i? | 
■'éli.Mt en braiani "f,™! 


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6 10 


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Arrivée A Altim-Tepeii. 

Du 3 IMl, dép. de Altim-Tepeii. 




9 90 




Départ. 


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1 35 




350 


Halte. 




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Le3moil8*0,dép.deriiiibin. 




12 !0 




Départ de 11 balte. 


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Arriva . I.trl. 


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330 


DeHh.30ni.a3 h.,ondes- 




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Le 4 mai, départ de Kalra. Suc 

M nrdïii , 519°. 








UMllëedSTIgreT'"' d ° D * 








10 


5 10 


378 


Pa, lnE .d„p 0n tderA.aTchaï. 






Balte. > 








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du Tiere . bloc» de butuhe 




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Déport. 


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Le 6 mai , dépari de Mirdju. 


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Sur le plaies,. de IBb.îSm. 
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Sthisle calcaire a.eilem. Cl- 
.nireareileMdeBrou.». 


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( *46) 

COUPES HYPSOMÉTRIQUES 

du plateau de l'Iran ou Jrméno-Caucasien , d'après tes observations 

barométriques de M. Texier , 
calculées par M. le commandant Delcros. — Années 1 83g- 1 840. 



NOMS DES LIEGS. 



cokstamtinople , 
Trebizohde, 

Djevislik, 



colline de Péra, moyenne de 4 obs. 

'au bord de la mer 

au Conac 

à 6 h S. de Trebizonde, roule d*Er- 
zéroum. 

Kara-Kapan, an Khan, sur la route 

Montag. de Kara-Kapan , au point A de la carte 

au point B. , route d'Erzéroum 

au Khan, 2 observations 

en route sur Eizéroum. Point C. 

en route. Point D. 

village 

pont , route d'Erzéroum 

ville 

route d'Erzéroum 

route d Erzéroum. Point E. 

route d'Erzéroum. Point F. 



Koulâbat, 



Veïsernik , 
Jeni-Kouprou , 
Baïbouth , 



Point de partage 

des eaux de la mer Noire et du golfe Persique. 

Kocha-Pongar , village 

Plaine d'Erzéroum , 

Erzéroum , 

Karagoran , 

Soghanli-Dagh, 

Tchirpakleu , 

Kars, 

Ani , 

Kaghisman , 

Kars, 



moyenne de 6 observations 
village 

montagne 

village 

ville 

aneienne ville 

village sur l'A raxe 

village 
Col sur la reute de Kaghizman à Tsprakkalé 

Même route 

Point de partage des eaux de FA- 
raxe et de l'Euphrate 
Toprak-Kalé, ville 

Kara-Kilicé , village kurde arménien 

Bayarid, au pied du pie 

Bayazid , . dans la ville 

*Ararat, le sommet du grand Ararat 

Plateau du fleuve Bendemaï 



Merik , 
Lac de Van , 
Heravel-Dagb , 
Couvent de St-Thaddeus 
Laves , 



village au bord du lac de Van 

au bord de l'eau 

Mont entre le lac de Van et Tabriz 



au sud du couvent 

{*) D'après une opération (rigonoaaétrique. — [ M. Delero»). 



Hou leur* 
au-dessu» de 
la mer. 
lié ire*. 

88,7 

OO 

58,6 

3 7 2,5 
1804,8 
2327,8 
2634,0 
2492,4 
2905,6 
2812,8 
2889,2 
i66i,q 
2637,8 
1821,6 

'997'9 
2703,6 

2 1 85,o 

'949,5 
1965,1 

1893,4 
2526,3 
2io3,& 

1905,1 
1 507,9. 

i53i,7 
1837,5 
2265,5 

3 749>7 

2906,0 

1932,3 

1738,1 

1727,2 

1938,6 

5248.0 

21 32,8 

1712,7 

'629,9 
2743, 

1645, 

1828,5 



( »4 7 ) 



NOMS DES LIEUX. 

Ali-Bagh , 

Mourh-Dagh, 
Djida-Dagh, 
Bidlis , 
Sépan-Dagh, 
Lac d'Artchek, 
Khoie , 
Ouroamiah, 
Lac d'Ouroumiah , 
Tabriz , 
Sahend , 
Batchmich , 
Chimli-Khan , 
Hadji-Aga , 
Ktrtehuk-Seïman , 
Balkiz , 

Gul-Tépé , 
Bagh, 

ZfiNGAN , 

Taniek, 
Sultanieh , 
Ghendich-Chilah , 
Pirmesvan , 
Kaladjou, 
Hamada* , 



plateau de partage entre les eaux 
du Tigre et celles du lac de Van 
montagne 

au sud du lac de Van. 
montagne, ville sud-ouest de Van 
montagne au nord- ouest du lac 

ville de l'Aderbidjan 

au corps-de-garde, route de Tabris 

au bord de Peau 

ville ( Tauriz) 

montagne au sud de Tabriz 

village 

caravanseraï , route de Téhéran 

village 

village 

montagne au sud-ouest de Miana, 

source du Kizil-Ouzen 
village 
village 
ville 
village 
halte sur la route 

village 

moyenne de 2 observations - 

plaine de Hamadan 



Baulean 
la mer. 



2285,3 
2943,0 
4220,3 
16a 5,0 
3353,o 
i8o3,a 
11 36,2 
i3io,3 
1283,0 

1 364,6 
2591,0 
» 738,7 
2016,8 
f 79»>5 

J 4M,9 

2438,0 
1722,9 
1786,1 
1 632,9 
1817,4 

1 7944 

1960,4 

i83 7 ,4 
2007,7 
i63 7 , 7 



Suite de la coupe du plateau de VIran on A rmèno- Caucasien depuis 
Jspahan jusqu'au golfe Persique , calculs de Af. le commandant 

Tïtrt nnno 



Jspahan jusq 
Delgbos. 

ISPAHAN , 

Khoum-Schah , 
Yezdi-Khaust , 
Dehgardoh , 
Kouschk-Y-Zerd, 
Persépolis , 
Zergoun, 
Shiraz , 

Descht-è-Argin , 
Kauzeroun , 



Raumaridje , 
Khonar-Tacta , 
Daulaki , 
fio u ras jo un, 



ville 
village 



village 
Col 

plaine de Rennara 
plateau de Merdacht au sud 
les dattiers n'y croissent point. La- 
titude du Caire, 
contrefort du plateau de l'Iran 
plateau intermédiaire, limite de la 
végétation des dattiers à Test des 
ruines de Schapour 
contrefort du second plateau 
second plateau intermédiaire 
village, plaine de Ghermesir 



;«34j,8 

i5a8,i 
1921,8 

2l3a,2 

2 1 65,4 
1610,2 

1559,2 

1391,6 
2339,0 



900,5 

5o8,7 

87,7 
8 7rf 



(■48) 



NOMS DBS LIEUX. 



Abouscheïr, 



Haoteurt 
au-deMiua d» 
la mer. 
Mètre». 

port de mer sur le golfe Persique 000,0 



Coupe hypsométrique cTIspahan à Téhéran, d après les calculs de M. le 
1 commandant Delcaos. 



SPAHAN , 

Kho-Rud , 
Kachan, 
Roum , 

Téhéran, 



Jaz-Rud , 
Larhassan , 
Ask, 
Germah , 
Demawend , 
Demawend , 

Col de Demaweud , 



ville 

roi 

ville 

ville, point le plus bas du plateau 

de l'Iran 
capitale 

Environs de Téhéran. 

village , \ 

>au pied du Demawend 

au pied du pic 

pic volcanique au nord-est de Té- 
héran 
entre Téhéran et Amol 



1 344,8 

'962*7 
814,7 

664,6 
iaag>8 



1396,2 
2072,5 
1767,8 
2042,0 
1828,5 

4548,o 
2 1 33,o 



Coupe hypsométrique du plateau , de Khoraçan de Téhéran 

a Méched. 



Téhéran, 

Semnoun, 

Gurduni-Sidara , 

Dewlet-Abad , 

Damghau , 

Deh-Mollah, . 

Sharotj , 

Murinoum , 

Merh, 

Nichapour , 

Mines de turquoises de 

Nichapour , 
Méched , 
Plateau de Kaboul, 



ville 

Car a van ser aï 

ville 

village 

ville 
village 

ville 

dans la montagne 

ville 

de 1900 à 



1229,8 
1 138,3 

1 485.2 
86i,5 

94 «4 
873,2 
1109,0 
818,6 
818,6 
888,8 

1 366.3 
808,2 

2600,0 



Coupe hypsométrique de Tabriz à Asterahad sur la mer Caspienne, 



Tabriz , 
Sevillan , 
Ardebil, 
Zedik , 



1 364,6 
montagne près d 'Ardebil 3g 6 2,1 

ville 1 523,8 

village à 2 journées à l'ouest de 

Beschd 1066,4 



( «49 ) 











Hauteur» 


NOMS DES LUUX. 









au-dessus de 
la mer. 
Mètres- 










Menzillé, 


vallée du Kizil-Ouzen 






a43,6 


Elburz , 


Col près de Amol 






ai 33,o 


Asterabad , 


au-dessous de la mer Noire 




3o,5 


Astara , 


village au bord de la 


mer ' 


Cas* 






pienne , au-dessous de la 


mer 






Noire. 






3a,5 



Hauteur de V Hindou- Khàh\ montagne du plateau de VJran 62%$, d 

Coupe hypsomélrique de ta plaine de Mésopotamie, de Mo soûl 

a Mardyn 



Mosoul, 


sur le Tigre 


io6,3 


Altoun-Kupri, 


limite de la végétation des datt. 


i3o,o 


Baghtan , 


montagne à Test du fleuve Zab 


11 36,9 


Cbamp de bataille 


d'ArbelIes ( Erbil ) 


i5i,8 


Zakhri, 


montagnes des Nestoriensaunord 






de Mosoul. 


812,1 


Nisibin , 




396,3 


Plaine de Mardyn , 




410,0 


Mardyn , 
Diabekir, 


au sommet de l'Acropole 


9»4>4 


hauteur estimée au cours du Tigre 


102 5,0 



Coupes hypsométriques de quelques lieux habités de F Asie-Mineure. 



A Gheyra, 

A Cad mus , 

A Pambouk-Kalé-Si , 

Au café de Devrenc , 

A Devrent, 

A Roula, 

Au château deSmyrne, 

A Selenti , 

A Derbend , 

Au Yaela de Khediz , 

A Aziani, 



ancienne Aphrodisias ( Carie ) 
Passage du col 
anc Hierapolis (Pbrygie) 
près de Boullada 
village 
dans la ville 

anc. Silandus ( Phrygie) 
village sur l'Héron ui 

plateau de la Phrygie centrale , 
niveau de Kutayah 



834,0 
1277,3 
421,4 
4i3,o 
536,9 
8o3,5 
a3i,5 
557,9 
65 7 ,? 
1266,4 

io85,a 



( a5o j 

Itinéraires en Perse , par M. le comte de Laguiche , 
capitaine au carps royal d'état-major. 

Pendant son voyage en Perse, M. Ph. de Laguiche a 
dressé des itinéraires de toutes ses routes, et les a 
rapportés au quatre cent millième en 6 feuilles , 
format grand-aigle. La première feuille contient la 
route de Trebizonde à Bayazid ; la seconde de Bayazid à 
Tabriz; la troisième feuille donne la route de Tabriz à 
Hamadan ; la quatrième d'Hamadan à Ispahan ; la 
cinquième d'Ispahan à Schiraz, et la sixième de Schiraz 
à Baibahon. En longeant la côte du golfe Persique , 
M. de Laguiche prenait ses relèvements avec la bous- 
sole à réflexion de Ernst. Le champ de celte boussole 
est plus grand que celui des boussoles en forme de 
montre; mais l'extrême mobilité du cadran, qui est 
suspendu sur un style , oblige de descendre de cheval 
pour opérer. On ne peut prendre des relèvements 
aussi fréquemment qu'avec le compas en forme de 
montre. La boussole de Ernst étant munie d'une ali- 
dade, il est possible de viser sur des points assez éloi- 
gnés , ce qui compense la rareté des observations. Il 
est bon qu'un voyageur soit muni de ces deux genres 
de boussole, car on ne peut opérer avec celle de Ernst 
dans le désert, où les points de reconnaissance 
de la route manquent généralement, et Ton est obligé 
de cheminer en prenant des relèvements à de courts 
intervalles. 

M. de Laguiche a fait des observations de latitude 
dans plusiers grande villes. A Tabriz, Hamadan , Ispa- 
han , Shiraz , ces points de repère lui ont été très 
utiles pour dresser sa carte. 



( »5i ) 

La latitude de Hamadan n'avait pas encore été ob- 
servée. Ce serait rendre service à la géographie que 
de publier les tables de ces latitudes. Les plans de 
plusieurs pleces-fortes de la Turquie d'Asie ont été 
levés par M. de Laguiche. Nous citerons le plan de 
Kars, grande ville frontière entre la Turquie et la 
Russie. Cette place a été assiégée en 1828 par l'armée 
russe sous les ordres du générol Paskewitch , et s'est 
rendue après huit jours de siège. Elle est naturelle- 
ment défendue par une petite rivière qui serpente au- 
tour d'un rocher très élevé, au sommet duquel se 
trouve le château. Celte position a beaucoup d'analo- 
gie avec celle de Conslantine. 

Le plan de la ville de Van est une des opérations les 
plus importantes qu'ait entreprises M. de Laguiche. 
On sait que jusqu'à ces derniers temps, les pachas de 
Van ont toujours interdit aux étrangers l'entrée du 
château. Il était impossible de songer à faire des relè- 
vements des fortifications. M. de Laguiche ayant eu la 
facullé de pénétrer dans toutes les parties des fortifi- 
cations, n'a été contrarié en rien dans ses opérations 
par la garnison turque. La ville est située près d'un 
rocher d'un mille de longueur, qui s'élève au milieu 
d'une plaine : c'est une position unique au monde. 
L'enceinte de la ville est formée par un fossé derrière 
lequel est un chemin couvert d'après le système de 
défense du moyen-âge, et un mur crénelé, flanqué 
de tours , complète la fortification. On a ajouté aux 
extrémités de la ville deux tours armées de quelques 
pièces d'artillerie. Le château , situé à plus de 4<> mè- 
tres au-dessus de la ville , est presque entièrement 
ruiné. y trouve quelques pièces d'artillerie sans af- 
fût , qui sont là depuis le temps du sultan Sélim. 



i 



( 2Ô2 ) 

Les plans d'Ani , ville arménienne de Hassan-Kalé , 
place entièrement démantelée par les Russes, sont 
aussi au nombre des documents rapportés par M. de 
Laguiche, qui s'est empressé de remettre à M. le mi- 
nistre de la guerre ses itinéraires de Perse. Il serait à 
désirer pour le progrès des sciences géographiques 
que ces cartes fussent bientôt publiées. 

Cb. T. 



Note sur Ortygie et] sur quelques lieux anté-helléniques 

de la côte dC Asie. 

Fragment du journal de l'expédition de Magnésie 

du Méandre. 

PAB M. TEXIER. 

Dans le courant de l'année 1842 ; M. le ministre de 
l'intérieur envoya une Commission scientifique en 
Asie-Mineure pour recueillir les fragments de sculp- 
ture provenant des ruines du temple de Diane à Ma- 
gnésie du Méandre. 

M. le ministre de la marine désigna la corvette 
VExpèditive pour aller sur les côtes d'Asie opérer le 
transport de ces monuments qui ont été rapportés 
récemment en France , et déposés au Louvre. 

Le Roi a donné des ordres pour que ces fragments 
fussent déposés dans une des salles du rez-de-chaussée 
du Louvre. 

Quelques habitants de Scala-Nova m'avaient informé 
qu'il existe non loin de cette ville des ruines remar- 
quables vers lesquelles nul voyageur n'a encore dirigé 
ses pas. Le 5 juin, j'organisai une caravane pour 
aller les observer. 



( * 5 3 ) 

Nous suivons d'abord la route de Seukié ; au bout 
d'une demi-heure, nous tournons à l'est, et nous fran- 
chissons plusieurs collines assez bien cultivées, et pour 
la plupart couvertes de vignes. Tout ce pays est agréa- 
blement coupé. Nous entrons ensuite dans une grande 
vallée qui a son embouchure dans la mer de Samos , 
précisément en face de l'île. Cette vallée est arrosée par 
une petite rivière , sur le flanc Est s'ouvre une gorge 
de rochers très pittoresques. On aperçoit des fabriques 
nouvellement bâties ; de gros noyers et d'énormes pla- 
tanes forment des groupes de verdure au milieu des- 
quels s'élèvent à droite et à gauche des groupes de peu- 
pliers ; les rochers taillés à pic semblent défendre 
l'entrée du vallon : on ne saurait voir d'endroit plus 
sauvage , plus frais et plus agréable. Les constructions 
qui s'élèvent de toutes parts et les terres de la vallée 
appartiennent à un monastère grec. Deux ou trois 
Caloyers nous reçoivent à laldescente du cheval, et nous 
apportent des fleurs et des fruits. 

En s'enfonçant plus avant dans la gorge , on aper- 
çoit une église rustique récemment construite. Un mou- 
lin à eau fait entendre son bruit monotone : on se croi- 
rait dans quelques vallées de la Suisse. Le torrent qui 
descend de la montagne roule avec fracas au milieu 
des débris des rochers , parmi lesquels on remarque 
d'énormes blocs grossièrement écarris. En effet , 
la profondeur du vallon a été autrefois occupée par 
une construction dont il reste des vestiges imposants; 
ce sont trois assises de pierre de taille ou plutôt de 
fragments de rochers qui formaient sans doute les 
fondations d'une grotte ou d'un nymphée. On voit en- 
core une partie circulaire qui terminait le fond du 
nymphée. Les eaux passaient sans doule par quelqne 



( a54) 

issue souterraine aujourd'hui détruite. Ce qui reste de 
cet édifice rappelle les plus anciennes constructions 
des premiers Grecs. Près de l'église , on voit une co- 
lonne de granit qui appartient évidemment à une épo- 
que moins ancienne; en effet, les Caloy ers l'ont trou- 
vée sur la partie supérieure de la montagne et l'ont 
roulée jusque là. 

Les trois assises de pierre reposent sur un soubasse- 
ment en saillie d'environ 2 mètres et de même con- 
struction. C'est là tout ce qui reste de cet antique édi- 
fice. Il parait que dès les premiers temps du chris- 
tianisme quelque anachorète vint habiter ces lieux 
et y vécut en paix. C'est du moins ce que mentionne 
l'inscription placée sur la porte de l'église , qui fut 
bâtie en 527, reconstruite en 1802. 

EKTII0HETEI327ANEKAINIS0H Erti 1832. 

Une autre inscription plus longue mentionne les 
restaurations qui ont été faites récemment :• 
Au-dessus de la porte on lit : 

ONAOSOTTOSnPOnOAACONETCONHAHKEKPYTOS 

TnOrHNKENTWETElAWABAIOPAMATOS 

IIAPEYCEBOYSTINOSANAfcANEICKANAC 

KA$ElSENCOTOnCi)HKYPIA0EOTOKOYEnEIAEISENKA 

NEKAINEIC0HEKBAePCONTHnPOTODHKEniSTA 

CIAT80EO*IAECTAT8EniCKOnOYAriOYKPHNHCKYPI 

8*8 

MAKAPIOYKTHAAnANHKBOHOEIATWNEYCEBCON 
CYNAPOMHT(a)NAIATOYOCICa)TATOYENMONAXOISAN 
eiMOYBPYEITOlSMETEYAABEIASAYTCOnPOCIOYClN 

THN 
APE1 ANTCONrrXOONKSOMATWNA Ci)AA**N . 

Je public cette inscription pour montrer combien 



( »55 ) 
l'épigraphie grecque moderne se rapproche de l'épi- 
graphie ancienne. 

TRADUCTION. 

Cette église ensevelie sous terre depuis plusieurs années a été dé- 
couverte et déblayée par un homme pieux , à la suite d'un songe qu'il 
«ut en i83a 9 et dans lequel lui apparut en ce même endroit la Mère 
de Dieu. 

Elle a été rebâtie depuis les fondements sous l'inspection et la 
direction du vénérable et bien-heureux évéque Saint Cyrène? aux 
frais et par le secours de pieux souscripteurs et. sous les ordres 
d'Anthymus fils de Brythés ? célèbre parmi les moines ( de ce monas- 
tère ). 

A ceux qui s'approcheront avec piété on promet la délivrance des 
âmes et des corps. Mois de février 1 834- 

En remontant le cours du torrent, on trouve à 
gauche , une route, taillée dans le roc au milieu des 
broussailles, qui conduit à une grotte profonde d'où 
s'échappe une source abondante. Une partie de la 
grotte a été excavéede main d'homme , et sur le Danc 
du rocher s'ouvre un conduit d'aqueduc qui recevait 
la majeure partie des eaux de la source. Ces eaux 
étaient portées à Éphése parle grand aqueduc , qui 
suit la sinuosité des montagnes , et dont nous avons 
observé d'énormes débris dans la vallée de Pigèle. De- 
puis la prise d'eau jusqu'à Éphèse , les eaux parcou- 
raient un espace de 5 myriamètres, toujours soute- 
nues à 55 ou 4<> mètres au-dessus du niveau de la mer. 

Il ne reste aucun document qui puisse apprendre 
quel était le nom de ce lieu dans l'antiquité ; mais la 
description de la côte par Strabon contient le nom 
d'un endroit qui n'a pas encore été déterminé, parce 
qu'on l'a toujours cherché sur le bord de la mer. 

Le géographe grec s'exprime ainsi ( î ) : « Au-dessus de 

(i) Liv. XIV, page 63g. 



( a56 ) 

la mer est Ortygie : c'est un bois magnifique planté de 
toute espèce d'arbres , mais principalement de cyprès. 
Il est traversé par le Cencbrius, dans lequel , dit-on , 
Latone se lava après ses couches. Or, c'est dans ces lieux 
que la fable place l'accouchement de cette déesse, l'an- 
tre où cet accouchement eut lieu, la nourrice des enfants 
(nommée Ortygie), et l'olivier à l'ombre duquel Latone 
se reposa après le travail de l'enfantement. Au-dessus 
de ce bois est le montSolmissus, où l'on dit que les cu- 
retés étourdirent par le bruit de leurs armes Junon, 
qui épiait par jalousie les couches de Latone, et par ce 
moyen parvinrent à les lui cacher. Il y a dans ces lieux 
plusieurs temples, les uns anciens, les autres construits 
plus tard. Dans les premiers se trouvent d'antiques 
statues de bois; dans les derniers des ouvrages mo- 
dernes. On y voit Latone tenant un sceptre, et Ortygie; 
auprès d'elle, un enfant dans chaque main (1). 

» On célèbre tous les ans à Orlygie une fête ; la jeu- 
nesse, par un usage particulier, se pique surtout d'y 
donner des repas magnifiques. Le collège des curetés 
donne aussi des repas , et célèbre aussi quelques sa- 
crifices secrets. » 

Il ne reste plus rien de tant de magnificence ; seule- 
ment on voit près de la porte du monastère un débris 
de cymaise de style grec parfaitement sculpté, et orné 
d'une tête de lion presque brisée. 

Toute la topographie correspond parfaitement à la 
description de Strabon.Le ruisseau serait le Genchrius. 
Il va se jeter dans la mer en face de Samos. Là mon- 
tagne qui domine serait le mont Solmissus. En ligne 
droite, ce lieu n'est pas éloigné d'un myriamètre de la 

(i) Voy. les médailles de Magnésie sur le Méandre. 



( *5 7 ) 
mer d'Éphèse , et dans l'antiquité il portait une partie 
de ses eaux à cette capitale. 

Pendant que nous prenions quelques rafraîchisse- 
ments sous une treille du monastère, un paysan s'ap- 
procha de moi, et me dit qu'il connaissait dans le 
voisinage un ancien château qui n'avait jamais été vi- 
sité par des étrangers. Après quelques questions qui 
me firent penser qu'il s'agissait d'un ouvrage antique, 
nous montâmes à cheval, et, franchissant la montagne 
qui s'élève au sud, nous marchâmes pendant trois 
quarts d'heure vers le sud-est par des chemins pres- 
que impraticables ; enfin nous arrivâmes au pied d'un 
pic isolé et aride , sur les flancs duquel on aperçoit en- 
core des restes de construction grecque. Une portion 
de murailles en gros blocs de pierre à bossage joint 
deux parties de rochers , et forme au pied du pic une 
sorte d'enceinte, dans l'intérieur de laquelle se trouve un 
fragment de rocher qui a été taillé en escalier. C'est 
par là que l'on monte à la partie supérieure du pic. Il 
se divise en deux points couronnés par des plates- 
formes. L'escalier a environ quarante marches. La plate- 
forme inférieure n'offre rien de remarquable. La plate- 
forme supérieure, à laquelle on arrive avec assez de 
peine à cause d'une coupure naturelle du rocher, est 
environnée par une construction. La muraille entou- 
rait tout le sommet , et forme dans la partie nord une 
espèce de tour circulaire au milieu de laquelle se trouve 
une excavation assez profonde taillée dans le rocher. 
Était-ce tout simplement une citerne ou le puits de 
quelque oracle ? 

Cette excavation est presque carrée. La plate-forme 
supérieure n'a pas plus de 10 mètres en tous sens. 
Lorsqu'on est sur le sommet , on distingue fort bien 



. ( «58 ) 

trois lignes de fortifications qui faisaient de ce rocher 
un château presque imprenable. Il ne reste aucune 
inscription ni aucun fragment d'architecture. Toute 
cette ruine parait dater delà plus haute antiquité. Les 
bergers appellent ce château Tichakir-Aly. Nous re- 
tournâmes à Scala-Nova en suivant la vallée de Cen- 
chrius que nous passons un peu au-dessus de son 
embouchure. 

Les aqueducs qui portent de l'eau à Scala-Nova 
traversent la roule. La prise d'eau est à une source dif- 
férente de celle de Dermen-Dérési (la vallée des Mou- 
lins) , où sont les ruines d'Orlygie. 

Pendant que j'étais allé à Magnésie pour traiter avec 
l'aga de notre établissement dans ces ruines, la corvette 
VExpèditwe avait conduit à Samos les membres de la 
Commission, qui visitèrent les restes du temple de Ju~ 
non, afin de s'assurer s'il y avait lieu d'opérer quelques 
recherches sur leur emplacement. En sortant du porl 
Vaty , le mauvais temps étant survenu , la corvette se 
trouva forcée de mouiller, et en filant la chaîne perdit 
son ancre au fond de l'eau. Il fallut envoyer des plon- 
geurs d'épongés pour reconnaître l'emplacement où la 
chaîne et l'ancre étaient coulées, et placer une bouée 
pour venir plus tard en opérer le sauvetage. Toutes 
ces opérations retinrent la corvette à Samos plus long- 
temps que je ne l'avais cru. Je profitai de ce loisir 
pour aller reconnaître l'emplacement du Panionium , 
ainsi nommé , comme on sait , parce que c'était le 
lieu d'assemblée des députés des villes de la confédé- 
ration ionienne. 

Le Panionium , d'après Slrabon , était situé au cap 
Trogile, à trois stades du rivage. Il était placé sur Je 
versant du mont Mycale , et faisait face au nord. Ce 



( »5g ) 
n'était pas une ville, c'était un lieu d'assemblée au mi- 
lieu duquel se trouvait le temple de Neptune Hélico- 
nien. Les habitants de Priène, qui introduisirent en 
Ionie le culte de ce dieu , avaient demandé aux 
Achéens une statue de Neptune avec un plan de son 
temple, parce qu'ils voulaient en élever un sur le même 
modèle. Ce plan leur fut envoyé après que le dieu eut 
manifesté sa volonté aux habitants de la ville d'Hélûe , 
en Àchaïe. 

Tous les ans, les députés de la confédération se 
réunissaient au Panionium , et y discutaient les inté- 
rêts généraux de l'Ionie (0. 

L'inspection que j'avais faite du mont Mycale pour 
transporter les marbres du temple de Magnésie m'a- 
vait convaincu de l'impossibilité de faire traverser la 
montagne à toute espèce de fardeau; j'espérais néan- 
moins trouver quelque vallée plus facile qui m'aurait 
ouvert une route directe et sans montée entre la vallée 
du Méandre et la mer: c'était le principal but de 
ma course. Scala - Nova , assise sur l'exrtémité d'un 
cap, n'a de routes qu'à l'est et au nord. Cette der- 
nière conduit dans les environs de Smyrne , et l'autre 
communique avec les roules de l'intérieur. En sor- 
tant de la ville, je gagnai le bord de la mer dans le 
golfe de Samos , et je marchai longtemps sur le sable, 
qui , en cet endroit , était alors fin et brûlant.' J'aper- 
cevais au loin une grande foule sur le rivage , et je m'a- 
vançais tranquillement suivi du cawas Méhémet lorsque 
cette foule se mit à pousser de grands cris qui ne m'arrê- 
tèrent pas, car je n'en connaissais pas le but. Nous hâ- 
tâmes au contraire le pas de nos chevaux , et nous 

(i) Strabon , Liv. XIV, p. 629 ; Hérodote. 



( a6o ) 

nous trouvâmes au milieu d'une troupe nombreuse de 
femmes, les unes à moitié habillées, et les autres 
complètement nues. Il y en avait de Juives, d'Armé- 
niennes et de Turques» Méhémet s'aperce vant du dé* 
sordre que nous apportions voulait rebrousser chemin; 
mais nous étions trop avancés , et nous préférâmes 
continuer. La plupart des femmes se blottirent dans le 
sable , et celles qui étaient vêtues les couvraient de 
sable et de manteaux. Quand nous fûmes un peu 
loin , et que la confusion fut apaisée , je demandai à 
une vieille négresse dans quel but tout ce monde était 
réuni. Elle m'expliqua que pendant le eours du mois 
de septembre, on vient de tous les environs prendre 
des bains de sable sur la plage de Scala-Nova: t C'est, 
dit-elle , un excellent remède contre les rhumatismes 
et les relâchements des muscles. Les malades se font 
enterrer dans le sable brûlant, et y restent exposés à 
l'action du soleil, s II y a un règlement tacite qui déter- 
mine les jours qui sont choisis pour les hommes et 
ceux qui sont laissés aux femmes, et il ne parait 
pas que les uns ni les autres enfreignent ce règlement, 
car nous n'aperçûmes pas un seul homme sur toute la 
plage. 

A une lieue de là , on voit une source minérale , 
dont la température est de 18 à 19 degrés, et dont les 
eaux sont alcalines. Elle sort du pied d'un monticule 
entouré d'antiques constructions, et forme jusqu'à la 
mer un marais où croissent des plantes aquatiques. 
J'avais dans d'autres voyages examiné les fortifications 
de cette montagne , mais je n'avais jamais gravi jus- 
qu'au sommet. Ayant mis pied à terre , je visitai toute 
l'étendue de l'enceinte. On retrouve dans ces construc- 
tions tous les caractères des monuments des premiers 



(>6. ) 

âges; elles sont appareillées en joints irréguliers , et 
ne portent pas de traces d'ornementation dans les 
faces des portes ni dans les tours. La muraille suit 
toutes les sinuosités de la montagne, et peut avoir 
1,000 on 1,5400 mètres de développement. Je ne trou- 
vai là aucun vestige de l'art romain ni d'une époque 
postérieure. Aussi j'ai été longtemps disposé à regar- 
der ces ruines comme celles de Pigèle , dont les his- 
toriens grecs attribuent la fondation aux soldats d'A- 
gamemnon (1); car, de toutes les ruines que l'on trouve 
sur cette côte, celles-ci sont certainement les plus an- 
ciennes ; mais je préfère m'en référer à la topographie 
de Strabon , qui place Pigèle entre Éphèse et Scala- 
Nova, correspondant à l'ancienne Néapolis. Il resterait 
à déterminer le nom de cette place ; nous sommes là- 
dessus sans aucune espèce de renseignement. Il est 
certain qu'antérieurement à toutes les villes dont les 
noms subsistent encore, cette partie de l'Asie a été 
conquise et habitée par des nations qui ne nous sont 
plus connues que par leur nom, et par quelques ex- 
ploits qui pour les anciens Grecs étaient déjà perdus 
dans la nuit des temps. Les Trères et les Lelèges ont 
ravagé ce pays , s'y sont établis militairement , et 
Strabon atteste que déjà, de son temps, on voyait 
des fortifications abandonnées, que l'on attribuait aux 
Lelèges. J'ai déjà déterminé près d'Iassus en Carie un 
camp retranché, dont j'attribue la construction à ce 
dernier peuple. Ces châteaux isolés , construits pres- 
que tous sur des mamelons inaccessibles , me repré - 
sentent le siège des garnisons de ces hordes conqué- 
rantes, qui ne se mêlèrent jamais avec les populations» 

(1) Pline, V, 29; Strabon, XIV, p. 169. 

XX. OCTOBRE. 4- ï 7 



( s*6« ; 

et qui finirent par être chassées par des conquérants 
nouveaux , comme les Lelèges le furent par les Ca- 
riens. Il faudrait de longues recherches et de plus 
longues années pour éclaircir l'histoire de ces temps 
héroïques de l'Asie , qui , effacés par la civilisation 
grecque , laissent encore assez de vestiges pour que les 
patientes recherches d'une rudit puissent les coor- 
donner. 

En suivant le contour de la côte, on arrive à 
l'embouchure du fleuve Cenchrius, près duquel est un 
château-fort du moyen -âge et de construction très 
médiocre , dont les Turcs attribuent là fondation aux 
Génois : c'est une esplanade massive entourée de 
douze tours d mi-circulaires. Le même terrain offre 
ainsi aux voyageurs deux châteaux construits à deux 
mille ans de distance, qui sont là comme pour attester 
que le sort invariable de ce pays est d'être soumis à 
une domination étrangère. 

Après ce château, on entre dans le territoire de 
Tchangli : c'est une vaste plaine bien cultivée , située 
au pied du mont Mycale , et dans laquelle sont plu* 
sieurs fermes et deux villages du même nom , dont 
le plus important est le Tchangli-Turc ; l'autre est 
appelé le Djiaour- Tchangli , ou Tchangli des Grecs. 

Ghandler a bien déterminé la position du Panionium 
à Tchangli. On sait l'incident qui empêcha de visiter 
ces lieux en détail (i) , et depuis lui, sir W. Gell a 
publié une inscription dans laquelle est mentionné le 
Panionium. Le cap Trogile, près duquel il se trouvait, 
est aujourd'hui appelé Boudo : c'est l'extrémité nord 
do canal de Sa m os du côté du continent. En par- 
courant les environs du village de Tchangli, situé 

(i) Voy. Ghandler; tome I er , p. 349 de 1* traduction française. 



( *65 ) 

dans la plaine , j'aperçus à mi-côte, au milieu des 
broussailles , une longue muraille en appareil irré- 
gulier que je regarde comme le mur d'enceinte de 
Panionium. C'est au milieu de celte enceinte et du 
côté de la mer que devait se trouver le temple de Nep- 
tune Héliconien, qui aujourd'hui est complètement 
renversé, et dont il ne reste pas de vestiges. Rien 
n'annonce aux alentours qu'il y ait eu des con- 
structions. Il faudrait rechercher dans la partie sud si 
l'on ne trouverait pas des édifices destinés à loger les 
envoyés. C'est derrière la montagne qu'est située la 
ville de Priène, dont ce territoire était tout-à-fait indé- 
pendant. Les renseignements que je demandais m'ap- 
prirent que, dans le mont Mycale, il existait plusieurs 
châteaux-forts qui n'avaient jamais été visités par les 
voyageurs européens. Sans compter faite là des dé- 
couvertes imprévues, je me décidai à parcourir cette 
partie de la montagne , qui jusqu'à présent était tout- 
à-fait inconnue. Je me dirigeai d'abord vers un mo- 
nastère situé sur un des pics les plus élevés du My- 
cale, et éloigné de toutes les routes frayées. En par- 
iant de Tchangli , je commençai à monter au milieu 
d'une forêt, composée de chênes verts et d'arbres en- 
trelacés, qui rendaient la route excessivement pénible. 
Parti à trois heures, nous n'arrivâmes qu'à sept heures 
et demie au couvent pour être témoin du plusbeau cou- 
cher du soleil qu'il fût possible de voir, car de là la 
vue s'étend sur les Iles de Samos , Nicaria , Chio , et se 
termine au nord par les montagnes élevées du golfe de 
Smyrne. Scala-Nova parait au pied comme une carte 
de géographie tracée sur un fond bleu. 

Nous trouvâmes près de là les ruines de plusieurs 
petites églises byzantines qui attestent qu'ancienne- 



( »«4 ) 

ment cet endroit était un lieo de pèlerinage. Aujour- 
d'hui tout cela est détruit; mais l'église principale a été 
restaurée depuis peu, et l'évèquede Seala-Nova, de qui 
elle dépend, y a installé un caloyer, qui vit là avec 
deux autres familles grecques. Suivant l'usage invaria- 
ble , l'église est composée d'un pendentif porté sur 
quatre colonnes. Le narthex était décoré de peintures 
qui sont aujourd'hui presque effacées. C'est là que le 
caloyer m'étendit des nattes pour passer la nuit Une 
source abondante qui sort du rocher est regardée 
comme sainte par les Grecs : c'est ce qu'ils appellent 
Agiasma. 

Toute cette partie du Mycale est couverte de belles 
forêts, et malgré l'incurie des Turcs, qui n'ont pas la 
moindre idée de l'aménagement des bois.cette contrée 
offrirait encore d'immenses ressources à une adminis- 
tration tant soit peu régulière. Ces propriétés publi- 
ques sont laissées à la merci des paysans, qui pour 
une très faible rétribution peuvent abattre les grands 
arbres. Les nomades ne paient pas davantage pour 
avoir le droit de pacage, qui est aussi ruineux pour le» 
forêts que la dévastation de la hache. On voit quelque- 
fois les tribus de Yourouk camper sur un plateau, 
incendiant les arbres, et laissant leurs chèvres errer 
dans les taillis • et détruire toutes les jeunes pousse». 
L'année suivante les traces de ces ravages sont bien 
visibles , car tout est desséché autour du campement. 

Pendant mon séjour à Ortygie , le bruit s'était ré- 
pandu qu'un léopard ( kaplan ) avait cherché sa re- 
traite dans le bois voisin du couvent Ces léopards ne 
sont autre chose que de grands chais sauvages assez 
inoffensifs pour l'homme. On cerna le lieu où l'on 
croyait la bête fauve retirée, on mit le feu au bois , et 



( 265 ) 

l'incendie dura plusieurs jours. Les nomades croient 
aussi que l'incendie des broussailles excile la végéta- 
tion de l'herbe. Il est possible que cela soit; mais il est 
certain que les terrains ainsi incendiés restent plu- 
sieurs années sans rien produire. 

Je n'étais pas arrivé au but de ma course. Il s'agis- 
sait de visiter les ruines de ce château de Fondoukli 
dont on m'avait parlé. 

Le 3 septembre, au lever du soleil , à cinq heures 
du matin» Méhémet, qui se promenait la lunelte à la 
main sur l'esplanade du couvent, vint m'éveillcr en 
signalant la corvette qui faisait route vers Scala-Nova. 
Nous montâmes à cheval , et je partis pour le château . 
Après avoir erré plusieurs heures dans des défilés 
impénétrables, qui étaient toujours dominés, par ce 
château , je m'en approchai assez pour me convaincre 
que ce n'était qu'un ouvrage byzantin qui ne méritait 
pas une pareille perte de temps. Je retournai à Scala- 
Nova , et le lendemain 4 > on commença à débarquer 
le matériel. 

Les officiers de VEpéditive s'occupèrent, pendant le 
temps de la station , à relever la carte hydrographi- 
que du mouillage de Scala-Nova. Ils trouvèrent par leurs 
sondes un banc de roche, qui n'était pas encore si- 
gnalé. Leur travail est d'autant plus utile que depuis 
quelque temps le port de Scala Nova acquiert de l'im- 
portance , et un grand nombre de bâtiments de Mar- 
seille vont y faire des chargements d'huile et de se- 
same. Ils se rendaient précédemment à Smyrne , et 
ne communiquaient avec les marchés de l'intérieur 
que par cette échelle. 



( s66 ) 

Plan des attérages et des mouillages de Scala-Nova [côte 
d % Asie*Mineure) % levé par MM. Allemand et Mottbz , 
élèves de première classe de la marine royale. 

( Note des auteurs du plan. ) 



L'irrégularité de la plage ne permettant pas de me- 
surer une base assez grande par une seule opération , 
nous Tarons mesurée en deux parties se réunissant en 
B ; les angles en A et en A' ont été pris au cercle par 
un grand nombre d'opérations croisées de manière à 
ne laisser aucun doute sur leur exactitude ; les deux 
angles en A et A' étant très petits, la formule AA'= AB 
cos A + A'B cos A' , nous a donné AA' très exa cte- 
ment. 

Tous les angles ont été pris au cercle ; les côtes de 
tous les triangles importants ont été calculés , et tous 
les autres angles ont été portés au moyen des cordes 
pour le rayon mille. 

Nous avons calculé les rayons pour tous les points 
déterminés par segments, en ayant soin de les pren- 
dre , autant que possible , dans les cas favorables , et 
en nous servant dans la formule Jo^l'^sa rayon de dis- 
tances calculées. 

Lorsque nos lignes se coupaient sous un angle assez 
aigu pour laisser des doutes sur l'intersection , nous 
avons porté ces points par un segment et une dis- 
tance dans le cas des côtes calculées , et par un seg- 
ment et une direction dans le cas des côtes non cal- 
culées. 

Les bancs de roches ont été entourés par des bouées 
mouillées sur un fond de 5o à 4o pieds , et de nom- 



( ««y ) 
brenses diagonales entre ces bouées et entre ces 
mêmes bouées et la terre nous ont déterminé les 
bancs et les passages , comme il est facile de le ?oir 
sur le plan ; les bouées ont été déterminés par seg- 
ments ou par triangles. 

Des dessins des sinuosités de la côte nous ont per- 
mis de joindre nos points déterminés par un contour 
suffisamment exact 

Les angles qui ont servi à donner les hauteurs des 
tours ont été corrigés de la dépression en ayant égard 
à la distance de la côte prise sur le plan. 

L'azimnth de A T a été obtenu par trois relèvements 
astronomiques; le relèvement de A T 9 au compas « 
nous a donné la variation* 

L'échelle est de o m K oooi par mètre. 

B 




SUR LA DERNIÈRE EXPÉDITION DU CAPITAINE JAMES ROSS» 

VERS LE POLE AUSTRAL. 

Par M. Daussy. 

La Société de géographie a décerné Tannée dernière 
sa grande médaille d'or au capitaine James Ross pour 
ses découvertes dans les mers antarctiques. Le récit des 
deux premières campagnes qu'il fit dans les glaces en 
1841 et 1842 a été lu dans l'assemblée générale du 
i5 mai dernier , et inséré dans le Bulletin. 

Déjà à cette époque on savait qu'il était reparti 



( 268 ) 

pour tenter une troisième fois de visiter les régions 
polaires , et nos vœux les plus ardents avaient été pour 
son heureux succès, car dans les sciences il n'y a pas 
de rivalité. 

Aujourd'hui le capitaine Ross est de retour , après 
avoir signalé sa troisième expédition par de nouvelles 
découvertes. Nous croyons devoir profiter du premier 
récit qui a été donné de ce voyage dans la Literary 
Gazette, et qui a été répété dans plusieurs journaux, 
pour mettre les lecteurs du Bulletin au courant de 
cette dernière tentative. 

Nous ne transcrirons pas ici tout ce qui est dit dans 
pet article des travaux du capitaine Ross dans ses 
deux premières expéditions ; on y trouverait peu de 
chose à ajouter à ce qui a déjà été dit à ce sujet dans 
le N° n3 dq Bulletin; nous croyons cependant devoir 
citer la phrase suivante. 

« Les tentatives précédentes du lieutenant améri- 
cain Wilkes et du capitaine français d'Urville étant 
venues à la connaissance de nos compatriotes, le ca- 
pitaine Ross usa sagement du pouvoir discrétionnaire 
qui lui avait été donné pour changer la roule qu'il 
avait dû primitivement suivre. • 

Ainsi les travaux de M. d'Urville n'ont pas été inu- 
tiles au captaine Ross pour le diriger sur la route qui 
Ta conduit aux brillantes découvertes qu'il a faites. 
Nous passons maintenant à la troisième campagne dans 
les glaces. 

Le 17 décembre 1842» l'expédition fit voile des lies 
Falkland , et le 24 on vît les premières montagnes de 
glace à peu près par la latitude de l'Ile Clarence (1). 

(1) La plus orientale des Nouvelles Shetland, par 6i° i5' de 
latitude S. 



( »«9 ) 
Le lendemain , on fut arrêté par un amas de glaces 
compactes. Le 26 fut employé à essayer à pénétrer 
dans cette masse, dont on fut obligé de suivre le bord 
vers l'ouest. Le capitaine Ross étant persuadé que la 
grande étendue de mer libre que le capitaine Weddell 
avait trouvée jusque par 74* de latitude était le résultat 
des vents d'ouest prolongés qui avaient éloigné la glace 
de quelque côte d'une grande étendue ( probablement 
la partie est de la terre Graham ) , se détermina à 
gagner, s'il était possible, cette côte, et à pénétrer au 
S. et à l'E. entre elle et la glace solide, espérant ar- 
river ainsi à cette partie de la mer que Weddell avait 
trouvée libre. 11 regardait aussi comme plus convena- 
ble d'explorer ces terres que de suivre les traces de 
Weddell , sur lesquelles on ne pouvait guère espérer 
de faire des découvertes. Le 28, on reconnut la terre ; 
elle s'étendait depuis le S. jusqu'au S.-O.V40. » mais 
la côte était obstruée d'un si grand nombre de mon- 
tagnes de glace accumulées et touchant le fond , qu'il 
était impossible d'en approcher à moins de 3 à 
4 milles. On ne put donc que la suivre et l'examiner à 
cette distance. Toute cette terre, à l'exception de deux 
caps qui se trouvent vers son extrémité septentrio- 
nale, était entièrement couverte de neiges et de glaces, 
qui, d'une hauteur de 2 à 3 00 pieds, descendaient 
jusque dans la mer, où , brisées par le choc des vagues, 
elles formaient des falaises perpendiculaires de 20 à 
3a pieds ( 6 à 9 mètres ) d'élévation. Les montagnes 
de glaces que nous avons dit ci-dessus obstruer la 
côte» s'en détachaient de temps en temps, et venaient 
s'échouer sur les bas-fonds. Les tourbillons produits 
par la violence de la marée gênaient beaucoup la na- 
vigation, et on observait vers la pointe de terre la plus 



( »7° ) 
éloignée plusieurs petits ilôts entièrement dégagés de 
neige i et qui s'étendaient vers le S.-E. Un brouil- 
lard épais s'étant élevé , l'expédition fut forcée de 
prendre le large et de se porter vers l'E. , où on ren- 
contra bientôt l'extrémité O. de la banquise. Dans la 
soirée du 3o , on se rapprocha encore une fois de la 
terre, et on traversa un golfe profond pour atteindre son 
extrémité ; mais la glace ne permettait pas d'arriver 
jusqu'à la côte; et le 4 janvier, étant par 64° 1/2 S., les 
navires se trouvèrent enfermés par les glaces, et déri- 
vèrent rapidement vers le N. Le lendemain , ils réussi- 
rent à se dégager, et parvinrent enfin à aborder sur 
une lie située à l'entrée d'une profonde ouverture sur 
la côte S. du golfe. Le capitaine Ross en prit possession 
au nom de S. M. B. Cette île est d'origine volcanique, 
et quoiqu'elle n'ait pas plus de 2 milles de diamètre , 
elle présente un cratère parfaitement formé et élevé de 
3, 5 00 pieds (1067 mètres) au-dessus du niveau de la 
mer. Elle git par 64° 1 s*' de lat. S. et 56* 49' de long. O. 
deGreenwich(59°o/ O. de Paris). Une magnifique mon- 
tagne terminée en plateau s'élève vers l'O. ; elle peut 
avoir 7,000 pieds (ias34 mètres) d'élévation, et toute la 
côte O. de ce grand golfe est formée par des chaînes 
de montagnes couvertes de neiges éternelles. On lui 
donna le nom de golfe de VErebus et de la Terror. Il 
a environ 4° milles d'étendue entre les deux caps et 
à peu près autant de profondeur. Excepté dans la par- 
tie S. , il était rempli de glaces épaisses ; dans cette 
partie on apercevait deux espaces où on ne distinguait 
aucune apparence de terre , et qui probablement 
communiquent avec le détroit de Bransfield. Vers le 
soir, la glace s'étant éloignée de la terre, les navires 
doublèrent la pointe S. du golfe, et longèrent la terre 



( *7* î 
vers le S.-O. entre la côte et une chatne de monta- 
gnes de glace échouée à environ a ou 5 milles de dis- 
tance. Toute cette partie était dégagée de neige pen- 
dant une vingtaine! de milles; on retrouva plus loin 
des falaises de glaces; elles étaient perpendiculaires 
et descendaient d'une montagne couverte de neige ; 
'eur hauteur était de 200 pieds (61 mètres). Elles 
*ormaient en petit une barrière complète , et ten- 
daient à confirmer l'opinion du capitaine Ross, qu'un 
vaste continent existe au S. de la grande barrière dé- 
couverte par lui en 1841 , et s'étend vers l'E. à 4*>o 
milles du mont Erebus. 

Des glaces de toutes sortes de formes entourèrent 
les bâtiments pendant quelque temps, et on fit des 
observations sur celles qui étaient fixes. Il ne restait 
aucun doute que le détroit que l'on voyait ne commu- 
niquât avec le détroit de Bransfield, et probablement 
aussi avec le canal d'Orléans ; mais il était tellement 
fermé par les glaces, qu'on ne put rien constater sur 
ce point. La lutte avec les glaces continua jus- 
qu'au i flr février. Alors il devint indispensable de dé- 
gager les bâtiments de cette position dangereuse , e* 
de tenter de pénétrer vers le sud. Le 4 » on parvint à 
regagner la banquise , et on navigua encore une fois 
dans une mer libre , après avoir été engagés dans les 
glaces pendant quarante jours. Des vents d'est et des 
brouillards épais étaient presque constants , et la 
saison favorable était à peu près passée. On coupa 
la route de Weddell à son retour par 65° de lati- 
tude, et on trouva la glace fixe là où il avait trouvé la 
mer libre. On ne put pas pénétrer au-delà de 65° i5' 
S. Les bâtiments se trouvaient alors 100 milles au S. 



( «7* ) 
de la route suivie par l'amiral d'Urville , lorsqu'il tenta 

vainement de suivre les traces de Weddell. 

Le 92 , l'expédition coupa la ligne, où la déclinaison 
de l'aiguille est nulle; on se trouvait alors par 6i° de 
lat. S. et s4° de long. O. de Gr. ; l'inclinaison était de 
Sy m 4o'. Ce fait est d'une très grande importance pour 
la science, puisque cette observation parait prouver 
que la supposition de deux pôles magnétiques vers le 
sud (comme on sait que cela a lieu au nord ) est erro- 
née, et qu'il n'y a réellement dans l'hémisphère & 
qu'un seul pôle magnétique. Il est à remarquer que 
toutes les observations de cette année tendent à con- 
firmer la position que le capitaine Ross avait assi- 
gnée à ce point d'après les observations qu'il fit 
dans la première année de son voyage, et quand il 
était dans les environs de ce pôle. 

Le s5 , on doubla l'extrémité N. de la banquise; on 
porta ensuite au S.-E. , et le i M mars, par 7* 1/3 de 
long. O. (g 5o' O. de P.), on traversa le cercle po- 
laire. Le capitaine Ross essaya alors de pénétrer vers 
le S. par le méridien qui se trouve exactement entre 
les routes de Weddell et de Bellinghausen ; en consé- 
quence , il se dirigea vers leS.-O. Le s3 9 étant par 68 9 
54' de lat. et 19° 49' de long. O. de Gr., il profila d'un 
calme parfait pour sonder; mais il ne put atteindre le 
fond avec 6,000 brasses (10972 mètres) de ligne. Celte 
grande profondeur semble prouver qu'il n'existe pas de 
terre aux environs. Le capitaine Ross persévéra cepen- 
dant encore pendant quelque temps à courir au S.; mai* 
les glaces devenaient encore plus menaçantes , et une 
tempête qui dura trois jours sans interruption fit courir 
de grands dangers à l'expédition. L'obscurité des nuits 



( »7î) 
et le nombre des montagnes de glace semblaient redou- 
bler le courage des équipages, et les bâtiments étaient 
manœuvres d'une manière vraiment admirable. Le 
8, le vent tourna à l'est, et nos braves marins, le 
cœur plein de reconnaissance envers Dieu , dont la 
protection les sauvait lorsque tous les efforts humains 
étaient inutiles , purent enfin cingler vers le nord. Ce 
ne fut cependant que le 12 qu'ils se trouvèrent tout-à- 
fait à l'abri de la crainte de se voir encore une fois je- 
tés sur les masses de glace qui les menaçaient conti- 
nuellement. 

Le 17, ils atteignirent la latitude de l'Ile Bouvet, 
54° 19' à 8° environ à l'O. de la position qui lui est 
assignée; mais, comme Cook, il la cherchèrent en vain, 
et ils conclurent que Bouvet a dû être trompé par des 
glaces. La dernière montagne de glace que l'on aper- 
çut était par 47° 3' S. et 10* 5i' E. Poussés par un 
coup de vent favorable , les bâtiments portaient alors 
sur le cap de Bonne -Espérance , où ils arrivèrent le 
4 avril. 

Dans cette troisième campagne , le capitaine Ross 
n'a pas pu pénétrer aussi avant que Weddell; mais la 
constance inaccoutumée des vents d'est, en empê- 
chant les glaces de se détacher de la terre, lui a per- 
mis d'atteindre 71° i/s S., sous un méridien occupé 
ordinairement par les glaces que les vents d'O. amè- 
nent de la terre de Graham, et d'étendre ses recherches 
sous ce méridien (i5° O.) , à ia° de lat. plus sud que 
ses prédécesseurs Cook , Bellinghausen et Biscoe. 

La découverte et la reconnaissance d'une étendue 
considérable de côtes inconnues , qui font voir que 
l'on doit regarder comme des îles cette portion de 
terre , découverte pour la première fois par Bransfield 



( *:4 ) 

en 1820, fréquentée ensuite pendant plusieurs années 
par nos pêcheurs» et vue (1) enfin en i83g par l'ami- 
ral d'Urville, qui lui donna le nom de terre Louis- 
Philippe , nous semblent devoir être regardées comme 
des additions importantes à nos connaissances de cette 
partie du globe. 

A la fin d'avril VErebus et la Terror quittèrent le 
cap de Bonne-Espérance, et touchèrent à Sainte- 
Hélène et à l'Ascension , pour répéter les observations 
magnétiques qui y avaient été faites au commence- 
ment du voyage , et vérifier les instruments. Pour 
compléter ses travaux , il était nécessaire que l'expé- 
dition touchât à Rio-Janeiro ; elle v arriva en effet le 
18 juin : après quelques jours de relâche qui furent 
employés à observer, les bâtiments firent voile pour 
l'Angleterre; ils touchèrent à une des lies Western , et 
reconnurent les lies Scilly le 27 août. La traversée de 
la Manche fut longue , à cause des calmes qu'on y ren- 
contra ; en sorte que ce ne fut que le 4 septembre que 
le capitaine Ross débarqua à Falkstone v et le soir 
du même jour il était à Londres, où il fut accueilli de 
la manière là plus flatteuse par les lords de l'amirauté. 

(1) Nous traduisons ici textuellement, quoique nous voyions avec 
peine aller chercher jusqu'aux voyages des pêcheurs, qui n'ont laissé 
aucune trace, et dont on ignore même souvent la route, pour 
ne laisser à M. d'Urville que le mérite d'avoir vu ! P. D. 



(* 7 5 ) 



DEUXIEME SECTION. 



Actes de la Société. 



EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES. 



PRÉSIDENCB DE H. ROUX DE ROCHELLE. 



Séance du 6 octobre i845. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. le ministre du commerce adresse la suite des 
documents publiés par son département sur le com- 
merce extérieur de la France. 

La Société philosophique américaine de Philadel- 
phie envoie le 8* volume ( 3* partie ) de ses Transac- 
tions et le Bulletin de ses séances. 

M. Warden adresse une Notice sur les travaux de 
M. J. Sparks , historien des États-Unis , auteur de plu- 
sieurs ouvrages très estimés. 

M. Gabriel Lafond offre a4 nouvelles livraisons de 
ees Voyages dans l'Amérique espagnole et dans les mers 
du Sud , de la Chine et de l'Inde. 

Le même membre lit une Notice sur Tonga-Tabou 
et sur les lies des Navigateurs. Cette communication 
est renvoyée au comité du Bulletin. 

M. Thomassy donne quelques détails sur les chemins 



( »;6 ) 

de fer de l'Allemagne et de la Belgique , et sur les 
nombreux débouchés que ces voies de communication 
offrent au commerce de ces pays avec l'Angleterre. Il 
voit avec peine que la France reste , sous ce rapport , 
en arrière de ses voisins. 

M. Daussy annonce le retour de l'expédition du ca- 
pitaine Ross , et présente un aperçu de ses dernières 
découvertes dans les mers polaires. 

M. Desjardins , sur l'invitation de M. le Président, 
entretient l'assemblée de ses travaux géographiques et 
des procédés nouveaux qu'il vient d'appliquer à la 
gravure des cartes; il espère que le perfectionne- 
ment de ces procédés, dont il s'occupe activement de- 
puis plusieurs années , pourra rendre d'utiles services 
à la géographie. 

Séance du 20 octobre 1 843. 

PBÉSIDBlfCB DE M. JOMABD. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. Pokorny écrit de Vienne pour offrir à la Société 
une carte des frontières militaires de l'Autriche qu'il 
vient de publier en 6 feuilles. 

M. Giraudeau, membre de la Société, lui écrit 
pour lui faire hommage d'un atlas géographique et 
statistique des départements de la France , de l'Algé- 
rie et des colonies françaises, en g5 feuilles. Cette nou- 
velle édition, revue avec soin, a été adoptée par le 
conseil royal de l'instruction publique. 

M» Jomard offre , de la part de M. A. de Balbi , un 
exemplaire de ses Éléments de géographie générale , 



( *77 ) 
et de la part de M. Linant , un Mémoire sur le lac 
Mœris; il rendra compte de ce dernier ouvrage. 
M. Eyriès offre , de la part de H. E. Biot, deux 
Mémoires, l'un sur les changements du cours infé- 
rieur du fleuve Jaune , et l'autre sur le chapitre Yu- 
Koung du Chou-Ring, et sur la géographie de la 
Chine ancienne. 

La Commission vole des remerciements aux dona- 
teurs, et ordonne le dépôt de leurs ouvrages à In 
bibliothèque. 

M. Jomard, récemment de retour d'un voyage en 
Italie, entretient la Commission centrale des recher- 
ches et des observations qu'il a faites pendant le cours 
de cette excursion ; il signale surtout les monuments 
et les documents géographiques du moyen-âge qui exis- 
tent dans les bibliothèques de plusieurs des villes qu'il 
a visitées. M. Jomard est prié de rédigera ce sujet une 
Notice pour le Bulletin. Il ajoute que M. l'abbé Bettio, 
savant vénitien , lui a témoigné le désir de posséder 
toutes les publications de la Société. 

M. Jomard communique ensuite les extraits suivants 
de sa correspondance : i° M. deCastelnau, par sa 
lettre datée de Rio -Janeiro , le 14 juillet i843, donne 
quelques détails sur le pays de Dakar, qu'il a visité à 
son passage sur les côtes d'Afrique , sur son arrivée 
au Brésil et sur les préparatifs du départ de sa cara- 
vane. Son projet est de visiter Villa-Rica, Paracalu , 
Goyas et Cussaba , d'explorer la frontière septentrio- 
nale et entièrement inconnue du Paraguay , et , re- 
montant vers le nord , de se diriger sur Lima ; il ex- 
plorera ensuite le Solimoens, qui jusqu'à présent est 
resté en blanc sur toutes les cartes. 2 M. Linant 
adresse des renseignements sur les travaux hydrauli- 
xx. octobre. 5. 18 



( *7« ) 
ques qu'il vient d'exécuter enhgypte au canal de Chy- 
byn » et il annonce la découverte qu'il a faite , en 
creusant les terres, d'un village à 8 mètres de pro- 
fondeur au-dessous du sol. Uns Notice jointe à celte 
lettre est renvoyée au comité du Bulletin. 3* M. d'Ar- 
naud annonce qu'il a été obligé d'ajourner sa nou- 
velle exploration des sources du Nil. Il vient d'être 
chargé avec deux ingénieurs de reconnaître le terrain 
entre Korosko et Abou-Hannek , c'est à-dire entre la 
première et la quatrième cataracte du Nil, où le Vice- 
roi a le projet d'ouvrir un canal. 4* L'Association litté- 
raire d'Egypte adresse le Compte-rendu de ses tra- 
vaux pendant la première année de sa fondation , et 
elle annonce la prochaine publication du i' r vo- 
lume de ses Miscellanées égyptiens. 5° M. le colonel 
Visconli , directeur du dépôt topographique de Naples, 
adresse à la Société une nouvelle feuille de la grande 
carte du royaume des Deux-Siciles avec deux plans de 
Brindisi et de Trapani. Il espère pouvoir lui commu- 
niquer incessamment les déterminations des points 
géographiques sur toute l'étendue de ce royaume. 

M. de La Roquette met sous les yeux de la Société 
une carte manuscrite dressée par M. P. -A. Munch» pro- 
fesseur d'histoire à l'Université de Christiania, et com- 
prenant une des parties les plus remarquables de la 
Norvège par leurs hautes montagnes et par leurs glaciers, 
bornée à l'ouest par les districts de Sogn, Voss etHardan- 
ger, et à l'est par ceux de Valders t Hallingdal, Numedal 
et Telemark. Une Notice descriptive de celte carie a 
été demandée à M. le professeur Munch , qui fait gra- 
ver, en ce moment, en Allemagne une carte générale de 
la Norvège. Lorsque la Notice descriptive du savant 
norvégien sera parvenue à M. de La Roquette, il s'em- 



J 



pressera de la communiquer à la Société , et il y join- 
dra , s'il y est autorisé , une lithographie de la carte 
manuscrite. 

M. d'ÂTezac annonce qu'il vient de se former une 
nouvelle Société à Boston , et il communique le pre- 
mier numéro de son journal. 

M. le Président informe la Commission centrale de 
la perte sensible qu'elle vient de faire dans la per- 
sonne de M. Chapellier , son trésorier, et l'un de ses 
membres fondateurs. 11 ajoute que M. Chapellier fils 
a été chargé provisoirement des comptes, et a paru 
disposé a accepter les mêmes fonctions s'il y était ap- 
pelé par la Société. La Commission prie M. le Prési- 
dent d'être auprès de la veuve l'interprète de ses vifs 
regrets. Plusieurs membres expriment en même temps 
le vœu que M. Chapellier fils, notaire, soit proposé 
à la prochaine assemblée générale pour les fonctions 
de trésorier, qui ont été remplies avec tant de zèle 
par son père depuis la fondation de la Société. 

La Commission centrale apprend aussi avec peine la 
mort de M. Monnier, ingénieur-hydrographe delà ma- 
rine, auteur de nombreux travaux hydrographiques, et 
qui avaitété récemment chargé par le ministre de conti- 
nuer le Pilote français pour les côtes de la Méditerranée. 
M. Daussy est prié de remettre au comité du Bulletin 
une Notice sur les travaux de cet habile ingénieur» 

Enfin la Commission est informée de la mort de 
M. de Rienzi , membre de la Société* 

Ouvrages offerts a la Société, 

Séance de i €r septembre i84o. 

Par M. A. de Demidoff: Voyage dans la Russie mé- 
ridionale et la Crimée , 9* livraison. 



( a8o ) 

Par M. Fandermaelen : Carte pittoresque des che- 
mins de fer de la Belgique , 1 feuille. 

Par M. d'Avezac : Essai sur l'histoire de l'espèce 
humaine, par C.-A. Walckenaer. Paris, 1798. 1 vol. 
in-8'. 

Par la jSociété' géographique de Bombay : Proceedings 
of the Bombay geographical Society. February, 1839. 
September — november 1839. December i83<j. — 
February 1840. — Journal of the Bombay geographical 
Society for may*i84o. August 1840 — Bombay geogra- 
phical Society : Quaterly meeting. February 1 9 lh 1 84 1 • 

Par les auteurs expéditeurs : Annales maritimes et co- 
loniales , août. — Recueil de la Société polytechnique , 
juillet. — Séances de la Société royale d'agriculture 
de Caen, mai et juin, — L'Écho du Monde savant. 

Séance du 1 5 septembre. 

Par M. W. Struvei Table des positions géographiques 
principales de la Russie. Saint-Pétersbourg, i843, 

broch. in-4°« 

Par M. Th. Simpson : Narrative of Ihe discoveries on 
the North coast of America ; effected by the officers of 
the Hudson's Bay company during the years 1 836-39 
by Thomas Simpson. London, i843. 1 vol. in- 8°. 

Par M. Redfield: On WhirlwindStorms : with replies 
to the objections and strictures of D r Hare, by W. C. 
Redfield. New- York, 1842, broch. in-8°. 

Par M. Fallet d'Artois ; Mémoire ou observations 
soumises à MM. les membres de la Société géologique, 
réunis en congrès à Aix, touchant la chaleur centrale 
de la terre. Aix , i843 , broch. in-8°. 

Par la Société royale de Londres : Philosophical trans* 



( »8i ) 
actions of the royal Society. 184* » part. II. 1 843, part. I* 
in-4°- — The royal Society, ioP november i84&,in-4°> 
— Proceedings of the royal Society, n% 55-56 , in-8°. 

Par V Institut historique et géographique du Brésil: 
Revista trimensal de historia e geographia , n os i3 à 1 7, 
in-8°. — Memoria , sobre as minas da capitania de 
Minas Geraes, suas descripçoes, ensaios, e domicilio 
proprio, etc. ; escripta em 1801 pelo D' José Vieiro 
Couto. Rio de Janeiro, i84a, 1 vol. in-8°, — As pri- 
meiras negociaçôes diplomaticas respectivas ao Brazil ; 
por F. A. de Varnhagen. Broch, in-8°. 

Par la Société asiatique de Bombay : Journal of the 
Bombay branch royal asiatic Society. N° III , in-8°. 

Par les auteurs et éditeurs: Nouvelles Annales des 
voyages , août. — Annales de la propagation de la foi , 
septembre, — Bulletin de la Société géologique , 
tome xiv, feuilles 3i-4o. — L'Investigateur, journal de 
l'Institut historique , août — Mémorial encyclopédi- 
que, août. — L'Écho du Monde savant. 

Séance du 6 octobre 1 843. 

Parla Société philosophique de Philadelphie : Trans- 
actions de celte Société, volume VIII, 3 e partie. — 
Bulletin des séances de cette Société, N° a5. 

Par M. le ministre du commerce : Documents sur le 
commerce extérieur. N°* 59 à 74. 

Par M. Gabriel Lafond : Voyage dans l'Amérique 
espagnole pendant les guerres de l'Indépendance. 
10 livraisons. — Voyages dans les mers du Sud, de 
la Chine et archipels de l'Inde. 14 livraisons. 

Par M> Warden : Notice sur M. Sparks. homme do 
lettres. ( Extrait de la Biographie des gens de lettrei 
et artistes , in-8. ) 



f 282 ) 

Par les auteurs et éditeurs : Annales maritimes et 
coloniales , septembre. — Journal asiatique , juillet et 
août. — Bulletin de la Société de géologie, tome XIII, 
feuilles 27 à 34* — Journal des missions évangéliques, 
septembre. — Bulletin de la Société pour l'instruc- 
tion élémentaire , juillet et août. — Recueil de la So- 
ciété polytechnique, août. — Bulletin de la Société 
ndustrielle d'Angers, mai et juin. — L'Écho du 
Monde savant. 

Séance du no octobre i845. 

Par M. Giraudeau : Atlas géographique et statisti- 
que des départements de la France, de l'Algérie et 
des Colonies françaises , dressé parFremin et A. Don- 
net, revu par Ernest Grangez, g5 feuilles. 

Par M. Pokorny : Die kaiserl : Konigl : Militair grenze 
gewidmet Seiner hochwohlgeborn dem herrn Karl 
Freiherrn von hitzinger Seiner K. K. apostolischen 
Majestat wirklichen hofrathe und staatsrathlichen Re- 
ferenten in tiefer Ehrfurcht von W. Pokorny. 1840, 
6 feuilles. 

Par M. Visconti : Carte topographique du royaume 
de Naples , feuille 6. — Plans des villes et ports de 
Trapani et de Brindisi , 2 feuilles. 

Par M. Balbi : Éléments de géographie générale, 
ou Description abrégée d« la terre, d'après les divi- 
sions politiques , etc. , 1 vol. in- 12. 

Par M. Biot : Mémoire sur le chapitre Yu-Koung 
du Chou-Ring , et sur la géographie de la Chine an* 

cienne , brochure in-8. — Mémoire sur les change- 
ments du cours inférieur du fleuve Jaune , bro- 
chure in-8. 



( 283 ) 

Par M. Linant de Bellefonds : Mémoire sur le lac 
Mœris , brochure in-4» 

Par les auteurs et éditeurs : Nouvelles annales des 
voyages, septembre. — L'Investigateur, journal de 
l'Institut historique, septembre. — Mémorial ency- 
clopédique , septembre. — Journal des missions évan- 
géliques , octobre. — L'Écho du monde savant. 






fiui/efitiscïeïa'Socititéde CéograwAîc (Oct. i8i5.) 




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AMADI-GALOJO, 

Marabou Toucoulor , de race pure, 
neveu deSahada.AlmanideBondoii 



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DIADHiACA 

Marabnu du FouU - l'on.» , 
ne à' Baol . 

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BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE» 



NOVEMBRE 1 845. 



PREMIERE SECTION. 



MÉMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET RAPPORTS. 



«Mte»4 



ILE DE MADAGASCAR. 



RECHERCHÉS SUR LES SAKRALAVA , 

PAR M. V. NOËL. 

( 3* article. ) 

Droits civils et politiques ; répression des délits* 

Les Sakkalava , rois et sujets , sont régis par des tra- 
ditions orales précieusement conservées par les Am- 
piassi-fisazanga ou conservateurs des traditions, dont 
la connaissance est le principal objet de l'éducation 
publique. Ces traditions sont indifféremment appelées 
{itéra ,. coutumes, ou nataoniraza , chose faite par les 
ancêtres. 

Les Sakkalava en distinguent deux sortes : la coutume 

XX. NOVEMBRE. 1. 19 



( 286 ) 

gouvernementale ( fittéra n'pandzaka ) et la coutume 
sociale (fittéra n'tani). La première détermine les 
droits réciproques du souverain et des sujets; l'autre 
règle les rapports des sujets entre eux , et le mode à 
suivre pour la répression des attentats contre la vie , 
la propriété ou l'honneur des individus. Les droits 
du souverain sont : le droit de propriété sur toutes 
les terres occupées par ses sujets , et conséquemment 
le droit de les leur retraire à son gré; le droit de dlme 
sur les produits du sol ; le droit d'imposer des corvées 
à ses feudataires pour la culture des biens royaux ou 
sacrés ; le droit d'établir les taxes sur les marchandi- 
ses étrangères; le droit de grâce ou de mort pour crime 
politique; le droit de juger en dernier ressort les causes 
civiles, quand l'accusé y consent; et enfin le droit de 
choisir ses ministres , ses généraux et ses conseil- 
lers. Les droits des sujets libres de toutes les classes 
sont: le droit de possession mobilière et le droit de 
propriété sur les prisonniers qu'ils font à la guerre ; le 
droit de haute et basse justice sur leurs esclaves; le droit 
d'être jugés par leurs pairs , et de les juger dans les 
causes civiles ou criminelles; le droit de ne payer l'im- 
pôt et de ne fournir les corvées qu'après les observa- 
tions des chefs de villages, et le droit de n'obéir aux 
ordres du roi qu'après convocation d'un kabbar 
royal. 

Les crimes et délits contre lesquels sévit la coutume 
sociale sont : le meurtre (fanpamoûnou), la sorcelle- 
rie ( famoûriki), les voies de fait avec blessure et sans 
blessure, le vol (fanangâlatsi) , la calomnie et l'insulte 
(voularâli) , l'adultère (mangamâtou) , et toute espèce de 
dommage causé par un homme libre à un autre. 

Les peines portées contre les délinquants sont : la 



( *8 7 ) 
mort (famâté), l'amende (rëhitsi), et l'esclavage 
(fangandêvou). 

Chaque classe a ses tribunaux particuliers, présidés 
par un Sakkalava de la classe immédiatement supé- 
rieure. Le tribunal des anakambé * composé des plus 
notables d'entre eux , a pour président un anakan- 
drian , celui des anakandrians [un ampandzaka , et 
celui des ampandzaka , le roi ou l'un de ses officiers 
chargé de le représenter. 

L'action intentée contre un Sakkalava se poursuit par 
devant le tribunal de sa classe, quelle que soit celle de 
l'accusateur ou partie civile. Le président est chargé 
de l'information du délit, et doit appliquer les peines 
conformément à la décision des autres membres. 

L'information a lieu par témoins (sahâda), par ser- 
ment judiciaire ( poûki ) , et par l'épreuve (fahaiânté ) 
sur des hommes ou sur des animaux, selon la gravité 
de la cause. 

Le témoignage est la déclaration pure et simple , 
sans serment , par un individu désintéressé dans le 
procès, des faits qui établissent la prévention. 

Le serment consiste à dire : Si je ne suis pas inno- 
cent de ce dont on m'accuse , je veux que tel malheur 
arrive à tel individu. Cette imprécation influe plus ou 
moins sur la décision des juges , selon qu'elle at- 
tire plus ou moins de dangers sur celui qui la pro- 
nonce. Si la personne sur la tête de laquelle elle repose 
n'est pas à même de nuire à son auteur , elle est 
appelée Kéli-pouké, faible imprécation; et dans le 
cas contraire , Mahéré-pouki , forte imprécation. La 
personne de l'Ampandzaka-mandzaka est la seule sur 
laquelle il ne soit pas permis de jurer. Si un coupable 
échappe à la justice par le serment, et qu'il soit re- 



( s88 ) 

connu plus tard qu'il Ta prononcé avec la connais- 
sance de sa culpabilité, la personne par laquelle il a 
juré a le droit de le tuer ou de le réduire en es- 
clavage. 

L'épreuve judiciaire a lieu par l'administration d'un 
poison appelé tanguin ( en sakkalava tangké) du nom 
de l'arbre qui le fournit. Les Sakkalava en distinguent 
deux sortes : le tanguin mâle ( tânghé-làhé ) et le tan- 
guin femelle (tânghé-vâvé ). Le premier donnerait 
inévitablement la mort à quiconque aurait l'impru- 
dence d'en goûter; le second, moins violent* est le 
seul qui soit juridiquement employé. Le breuvage de 
tanguin se fait par l'infusion de l'enveloppe ou écorce 
de son fruit , quand il doit être administré à des cou* 
pables ordinaires , et par l'infusion des graines que 
renferme ce fruit , quand on doit le faire prendre à 
des animaux ou à des sorciers. La première de ces pré- 
parations est peu dangereuse pour le patient, quoique 
sa violence soit telle que , si l'on n'avait la précaution 
de lui tenir la tête renversée et de lui faire ouvrir la 
boucbe le plus possible , sa langue et ses gencives 
courraient risque d'être cruellement endommagées. 
L'infusion des graines est mortelle, et il y a peine de 
mort contre Yampitanghé ou préparateur de tanguin 
qui, par erreur ou autrement, en ferait boire à tout 
autre qu'à un individu prévenu de sorcellerie (ampa- 
moûriki ). 

Toutes les fois que l'accusé prononce un serment, 
son accusateur est obligé de jurer, et le parjure en- 
traine pour celui-ci les mêmes conséquences que pour 
le premier, c'est-à-dire» l'esclavage ou la mort. 

Quand l'accusé subit l'épreuve du tanguin, son ac- 
cusateur doit également la subir, à moins que le pre- 



( a&9 ) 
mier ne soit accusé de sorcellerie ou n'appartienne à 
une classe inférieure h la sienne. 

Sont regardés comme preuves de la fausseté de l'ac- 
cusation : le témoignage, quand le nombre des té- 
moins à décharge étant plus considérable que celui 
des témoins à charge , la partie civile se désiste de la 
plainte ; le serment , lorsque celui prononcé par le 
prévenu est plus terrible que celui de son accusateur; 
Tépreuve par animaux, lorsque les chiens ou les pou- 
les auxquels on a fait boire le tanguin résistent à ce 
poison; l'épreuve sur hommes, quand l'accusé a moins 
souffert de la violence du tanguin que son accusateur. 

Les circonstances contraires établissent la culpabi- 
lité du prévenu et la véracité de l'accusateur. 

Lorsque l'innocence de l'accusé a été prouvée par 
l'épreuve du tanguin , son accusateur devient son es- 
clave , s'il est d'une classe inférieure ; il doit lui payer 
une indemnité appelée sassa-bava, rincement de la 
bouche , s'il est son supérieur ; s'il est son égal , il est 
condamné à la peine qui aurait atteint l'accusé , dans 
le cas où la culpabilité de celui-ci eût été démontrée. 

Quand un individu accusé de sorcellerie résiste à 
l'épreuve du tanguin, il a le droit de réduire son ac- 
cusateur en esclavage , si ce dernier appartient à la 
même classe; le droit de le tuer, s'il est d'une classe 
inférieure à la sienne ; s'il appartient à une classe su- 
périeure, il a droit aune indemnité que fixe le tri- 
bunal, et qui doit lui être payée par son accusateur à 
titre de sassa-bava. Si l'accusé est esclave , l'accusa- 
teur doit lui donner au même titre un vêtement neuf 
et une petite somme d'argent; si l'accusateur est 
prince ou roi , il doit donner un de ses propres eslaves 
en échange au mattre de l'accusé, et accorder à celui-ci 
la liberté ! 



( 290 J 

Le Sakkalava convaincu de meurtre es,t livré aux 
parents de la victime , qui peuvent le réduire en escla- 
vage, s'il est de la même classe qu'eux; le forcer à 
payer une forte amende en bœufs ou en argent, s'il 
est d'un rang plus élevé , et le tuer s'il est esclave. 
Le meurtrier voué à l'esclavage peut toujours se ra- 
cheter en payant la rançon fixée par les parents du 
mort. Le voleur est obligé de rendre à celui au préju- 
dice duquel le vol a été commis une valeur double de 
celle des biens soustraits. Les coups, l'adultère, les 
injures sont le plus souvent punis par une amende 
que fixe le tribunal. L'insolvabilité des condamnés ou 
leur refus de payer, donne à la partie lésée , à quel- 
que classe qu'ils appartiennent d'ailleurs, le droit de 
les réduire en esclavage. 

Les maîtres sont responsables de tous les délits com- 
mis par leurs esclaves ; s'ils prennent la fuite , ils sont 
tenus de les représenter au procès, en se soumettant 
à ses chances, ou de se désister de leurs droits de pro- 
priété sur lesdits esclaves en faveur de la partie civile. 

L'insolvabilité des condamnés libres ou leur refus 
de payer donoe à la partie lésée le droit de les ré- 
duire en esclavage, quelle que soit la classe à laquelle 
ils appartiennent. 

Les amendes auxquelles les esclaves sont condamnés 
doivent être payées par leurs maîtres , à moins que 
ceux-ci ne préfèrent les abandonner en paiement. 

Vie privée et usages particuliers. 

Quand les femmes sakkalava sont parvenues au 
sixième mois de leur grossesse, elles se rendent chez 
leurs mères , et à défaut de celles-ci, restent dans la 



( «9 1 ) 
maison de leurs maris, mais en évitant tout contact 
avec eux. L'art de l'accouchement ( faha-mëlou ) , 
quoique ordinairement exercé par des femmes", est 
familier à un grand nombre, d'hommes ; les plus dis- 
tingués d'entre eux ne croient pas déroger en recueil- 
lant dès le sein de sa mère l'enfant auquel ils ont 
donné le jour. Andrian-Souli, ex-roi de Bombétoc, 
s'est acquis une espèce de célébrité par l'adresse 
qu'il a souvent déployée en accouchant ses nom- 
breuses femmes. 

Lorsque l'enfant est dégagé des liens qui l'attachent 
à sa mère , on lui fait boire un peu de lait ou de l'eau 
de riz. A. l'exception des femmes de sang royal , obli- 
gées par l'étiquette à donner leurs enfants à nourrir à 
des femmes d'un rang inférieur, il n'est pas de femme 
sakkalava qui nesoitfière d'allaiter ses propres enfants 
et qui voulût les confier à une nourrice étrangère. 
Les mères s'abstiennent de voir leurs maris (maha- 
tânte-âmini-vâdi-ni ) jusqu'à ce que leur nourrisson 
soit sevré, ce qui n'arrive guère que lorsqu'ils ont at- 
teint l'âge de deux ou trois ans. 

Pendant les huit premiers jours qui suivent la nais - 
sance de l'enfant , les parents du père et de la mère 
sont invités, en réjouissance de cet événement, à une 
fête dont le sacrifice d'un ou plusieurs bœufs, l'ab- 
sorption d'une quantité plus ou moins considérable 
d'hydromel et d'eau-de-vie, la danse et les combats si- 
mulés sont les éléments indispensables. La dentition 
du nouveau-né est aussi l'occasion d'une fête du même 
genre , mais seulement lorsque la première dent 
perce à la mâchoire inférieure ; le cas contraire est 
d'un mauvais présage pour la durée de l'existence des 
parents. 



( *9* ) 

Les Sakkalava ne donnent un nom à leurs enfants 
que lorsque ceux-ci sout parvenus à l'âge de quatre 
ou cinq ans; ce nom se rapporte, soit à quelqu'une 
de leurs qualités morales ou physiques, soit à quelque 
circonstance de leur naissance , à leur origine ou aux 
prédictions des Ampisikïli. Rien au reste n'égale l'in- 
constance des parents à ce sujet; ils appellent quel- 
quefois leurs enfants de vingt noms différents avant de 
trouver une qualification définitive. Les enfants eux- 
mêmes ne se font pas faute de changer de nom 
quand celui dont ils ont été gratifiés prête au ridicule ou 
n'est pas d'accord avec leurs prétentions. L'un des plus 
braves guerriers d'Andrian-Soùli avait reçu dans sa 
famille le nom de Mena , qui signifie rouge, à cause de 
la couleur de son teint; les mauvais plaisants de 
Bouéni, par une fâcheuse addition , transformèrent 
ce nom en Mëna-Voùtou (rubra-mentula). Le guerrier 
s'empressa de quitter un nom si malencontreux, et 
prit celui de Fionzoûna , sublime , sous lequel il est 
généralement connu et respecté depuis plusieurs 
années. 

La circoncision , qui se pratique sur les enfants de 
dix à onze ans , c'est-à-dire une ou deux années avant 
l'âge de puberté, leur donne le droit de porter la 
lance et de combattre les ennemis de l'État. C'est alors 
que commence leur éducation sociale. Les sciences 
(Fihânatsi-Hâzi) qu'on leur enseigne sont au nombre 
de cinq : la tradition (Fihànatzi— Firazânga ou Fahâï- 
ni-Râza) , la médecine (Filtâha), l'astrologie ( Vïn ta), 
la sorcellerie ( Vôriki) , et la divination par le Sikïli. 
La première des sciences que nous venons de nom- 
mer est considérée par les Sakkalava comme la plus 
noble et la plus importante. Elle embrasse l'histoire , 



( *& ) 
la mythologie et la poésie. Les jeunes gens n'étudient 
la sorcellerie que pour se mettre à l'abri des enchan- 
tements. 

Les Sakkalava d'extraction libre ne jouissent des 
droits civils et politiques du citoyen qu'après leur 
premier mariage , et restent jusqu'à l'accomplisse- 
ment de cet acte sous la tutelle de leur père ou de 
leur mère. Avant cette époque, ils ne peuvent rien 
posséder en propre , et ne peuvent pas davantage 
disposer des biens que ceux-ci leur ont laissés en mou- 
rant. La gestion de ces biens est laissée aux plus pro- 
ches parents des père et mère , mais à ceux du pre- 
mier préférablement. Un Sakkalava libre ne peut se 
marier sans le consentement de son père ou de sa 
mère. Celui des tuteurs institués par l'un ou par l'au- 
tre lui est également indispensable; cependant, en cas 
de refus de la part de ces derniers, leur pupille peut 
-les traduire devant le tribunal de sa classe , qui décide 
s'il y a lieu à maintenir ou à lever l'interdiction dont 
il est l'objet. 

Les jeunes gens se marient quelquefois à l'âge de 
douze ou treize ans, mais en général à quinze ou seize. 
Les filles sont rarement mariées avant l'âge de onze à 
douze ans, époque ordinaire de leur nubilité. Après 
s'être assuré du consentement de la femme qu'il dé- 
sire épouser , le jeune homme la demande en mariage 
au père de celle-ci , action qui s'appelle manouki- 
valu A l'exception des princes du sang royal , qui , 
pour des raisons politiques, choisissent autant que 
possible leurs épouses dans leur propre famille , et 
qui, à défaut de parentes moins rapprochées, peuveht 
épouser une de leurs sœurs, les Sakkalava regardent 
peu à l'illustration des familles auxquelles ils s'allient 



( *94) 
par les liens du mariage. Il leur suffit, en général , 
que leurs femmes soient d'extraction libre du côté de 
leur père. Les femmes de haut rang, les princesses 
du sang royal, et même les reines ne croient pas non 
plus déroger en épousant de simples particuliers. Elles 
suivent d'autant plus librement leurs inclinations sur 
ce point, que leurs maris, quand ils leur sont infé- 
rieurs par l'origine, ne sont jamais que leurs petits ser- 
viteurs ; qu'ils n'acquièrent par leur mariage avec elles 
aucun litre au plus maigre emploi dans le gouverne- 
ment , et que le rang de la mère ou ses droits au 
trône passent à ses enfants, sans que la condition de 
leur père ternisse en rien l'éclat de leur naissance. 

Les Sakkalava paraissent tenir aussi peu à la virgi- 
nité de leurs femmes qu'à leur noblesse. Les jeunes 
filles se déflorent elles-mêmes quand elles n'ont pas 
été déflorées dès leur bas âge par leur mère, et un 
père ne marie jamais sa fille avant que cette opération 
ait été menée à bonne fin par l'une ou par l'autre. 
Les princesses seules restent intactes ou sont censées 
demeurer telles jusqu'à l'époque de leur mariage; la 
manifestation du moindre doute à cet égard est un 
crime de lèse-majesté. 

Le jour fixé pour l'union des époux, le jeune Sakka- 
lava envoie chercher sa future au domicile paternel ; 
elle se revêt de ses plus beaux atours, et se rend , ac- 
compagnée de ses sœurs, de sa mère, de ses pa- 
rentes et des femmes esclaves de sa famille , dans la 
case du père de son futur, où ce dernier l'attend 
au milieu de ses parents et amis. Les femmes condui- 
sent la jeune fille dans un coin de cette case, s'assoient 
avec elle sur une natte , et attendent en silence l'ac- 
complissement de la cérémonie qui doit unir les deux 



( * 9 5 ) 
jeunes époux. Cette cérémonie est de la dernière sim- 
plicité; un des amis ou parents du jeune homme tue 
une poule, la fait cuire, en extrait les pattes, et les 
lui donne ; celui-ci en présente une à la jeune femme 
et mange l'autre. Si sa future accepte la patte de poule 
et la mange, le mariage est fait. 

Le nouveau marié quitte alorsla case de son père, et 
conduit sa femme dans une habitation qu'il a eu soin 
de faire préparer pour elle. Les parents , amis ou es- 
claves des nouveaux époux, les quittent au seuil de la 
case nuptiale, s'éloignent à une distance convenable 
pour ne pas troubler leur tête-à-tête, et célèbrent le 
démembrement de la poule par les danses et les liba- 
tions d'usage. 

Les Sakkalava peuvent épouser autant de femmes 
qu'ils peuvent en nourrir. Quelques uns d'entre eux 
en ont jusqu'à trente , et les logent dans différentes 
cases par réunion de quatre ou cinq. Le mari de cette 
peuplade féminine habite une case particulière, et les 
appelle à lui les unes après les autres. Si l'une 
d'elles a souffert quelque passe-droit , elle est autori- 
sée à retourner chez son père , action qui s'exprime 
par le mot menga. Si le mari veut la reprendre sous 
sa puissance , il est obligé de composer avec elle , et 
de lui faire un cadeau à titre de compensation ( tan- 
ghïani). Quand les Sakkalava n'ont que deux, trois 
ou quatre femmes, ce qui est le cas ordinaire, chacune 
d'elles doit avoir une case en propre , et le mari est 
astreint, s'il veut éviter l'inconvénient énoncé plus 
haut, à les visiter successivement. 

La femme qui n'aime pas son mari peut retourner 
chez ses parents pour ce motif , et le premier ne peut la 
forcer à vivre de nouveau avec lui; mais, à moins qu'il 



( »9« ) 
ne l'ait formellement répudiée, elle ne peut s'engager 
dans de nouveaux liens. La formule de répudiation con- 
siste à dire , en présence de témoins, au père de la 
femme que l'on veut répudier : • Marie la fille à un 
homme de l'Est, de l'Ouest, du Nord ou du Sud ; elle 
n'est plus ma femme ( fatsivâli-kou koûa ). » Cette décla- 
' ration faite à la femme elle-même en présence de lé- 
, moins est également valide , et la formule est la même : 
« Marie-toi à un homme de l'Est, de l'Ouest...., etc. • 
La répudiation en ces termes est appelée magriêtou- 
vali-ni. 

Le mari a le droit de garder tous les enfants de la 
femme qu'il a répudiée, à quelque sexe qu'ils appar- 
tiennent, pourvu toutefois qu'il ne les ait pas reniés 
avant de se séparer de leur mère. Un Sakkalava peut 
épouser sa femme après l'avoir répudiée. Les formali- 
tés et les cérémonies de cette nouvelle union, que l'on 
nomme Boufanambalia,, sont les mêmes que pour la 
première. 

Lorsqu'un Sakkalava veut épouser son esclave, il l'en- 
voie demeurer pendant tiois joursen société de femmes 
libres; elle est alors considérée comme digne de par- 
tager la couche de son maître , et devient sa femme 
légitime. Cette union ne l'affranchit pas nécessaire- 
ment; il est loisible au mari de lui donner la liberté 
ou de la retenir en esclavage. Cependant les enfants 
qui naissent du mariage du maître et de l'une de ses 
esclaves sont libres de droit. Si le mari meurt sans 
avoir affranchi sa femme esclave, et si, à sa mort, 
Talné des fils qu'il a eus d'elle n'est pas encore marié . 
celle-ci devient la propriété de son propre fils, et cela 
soit que ce fils ait été renié ou non par le défunt. Le 
fils aîné non marié de l'esclave femme légitime d'un 



( 2 97 ) 
homme libre ne peut pourtant pas vendre sa mère ; 
l'usage ne lui accorde sur elle le droit de pro- 
priété que pour lui permettre de réparer, en l'af- 
franchissant , l'oubli ou la mauvaise volonté de son 
mari-maître , et il est sans exemple chez les Sakkalava 
qu'un fils ait manqué à ce devoir. Le fils libre d'une 
femme esclave saisit toujours l'occasion de son pre- 
mier mariage pour donner fa liberté à sa mère , qui , 
dès ce moment, vit dans la case nuptiale, où elle est 
traitée avec les plus grands égards» et où elle se voit 
souvent servie par plusieurs esclaves. Si le fils aîné 
libre d'une femme esclave meurt avant de s'être ma- 
rié, son frère puîné hérite de ses droits sur sa mère , et 
doit l'affranchir à son mariage; si celle-ci n'a que des 
filles libres , c'est l'homme qui épouse l'aînée , ou à 
son défaut ses sœurs, qui doit l'affranchir. Si l'esclave 
femme légitime d'un homme libre perd son mari avant 
d'avoir été affranchie par lui, et si elle est restée sans 
enfants, elle devient esclave des héritiers^ du défunt; 
mais ceux-ci lui donnent ordinairement la liberté. 

Quand une femme libre épouse un de ses esclaves» 
elle doit d'abord lui donner sa liberté. 

Le mariage chez les Sakkalava n'entraîne pas la 
paternité du mari; il peut reconnaître ou renier à sa 
volonté tous les enfants que ses femmes lui donnent. 
Il peut de même reconnaître les enfants d'une femme 
mariée à un autre, soit qu'il ait entretenu des relations 
illégitimes avec elle ou qu'elle lui soit restée étrangère. 
Mais, dans l'un ou l'autre cas, celte reconnaissance ne 
peut avoir lieu que lorsque le mari de celle-ci refuse 
de reconnaître les enfants de sa femme. La reconnais- 
sance des enfants par leur père réel ou putatif, ou 
leur adoption par un étranger, constitue donc seule la 



I 298 ; 

paternité légale' chez les Sakkalava. Pourtant si le 
mari meurt sans avoir renié les enfants de ses femmes, 
son silence est considéré comme une reconnaissance 
tacite , et les enfants sont admis au partage de sa 
succession. 

La femme qu'un Sakkalava épouse la première est 
de droit vàdi-bé, femme principale; mais si le mari 
prend dans la suite une femme d'un rang supérieur à 
celui de la première, celle-ci est forcée d'abdiquer 
son titre en faveur de la nouvelle venue, qui devra le 
céder à son tour si son mari épouse une femme d'un 
>rang encore plus élevé. N'oublions pas que la femme à 
laquelle déplairait la seconde place à le droit du 
rnênga , c'est-à-dire le droit de quitter son mari et 
d'aller vivre dans sa famille. 

Les droits de la vâdi-bé sur son mari ne sont pas 
différents de ceux de ses autres femmes ; elle mène 
seulement un plus grand train , jouit de plus de consi- 
dération que ses compagnes, et, quelque soit leur 
nombre, a toujours une case particulière et des es- 
claves spécialement affectés à son service. 

Les enfants des deux sexes héritent du rang de leur 
mère quand son mari est d'une classe inférieure ou 
égale à la sienne, que le mari les ait ou non reconnus. 
Les enfants sont dits alors mahêré ri voungounahitsi , à 
noblesse bien établie , par le même motif qui a fait 
donner aux princes et princesses voûla-mêna qui 
tiennent leurs droits au trône de leur mère , la quali- 
fication de mahêré ri fandzaka , princes aux droits 
solides. Les enfants reconnus par leur père réel ou 
adoptif qui doivent le jour à une mère d'une classe 
inférieure, bien que libre, à celle de son mari, héritent 
du rang de celui-ci; mais ceux dont la mère est d'o- 



( 2 99 ) 
rigine serve ne peuvent être admis, quelque illustre 
que soit le rang de leur père , que dans la classe des 
anakômbé ou simples bourgeois. 

De V adultère (mangamatou) . 

Lorsqu'un Sakkalava s'aperçoit que sa femme en- 
tretient avec quelqu'un un commerce adultère , il se 
contente ordinairement de lui administrer une cor- 
rection corporelle. Si l'amant avoue sa complicité , ce 
que l'évidence le force souvent de faire, il compose 
avec le mari, et lui paie une amende appelée rehetsi , 
cicatrisation. Celle amende varie suivant la qualité de 
l'offenseur et les prétendons de l'offensé. S'ils ne peu- 
vent s'entendre , le dernier porte sa plainte au tribu- 
nal de sa classe , où l'affaire se poursuit comme nous 
l'avons dit au chapitre de la répression des délits. 
Mais si le délinquant a avoué sa faute en présence 
de témoins, et s'il est avéré qu'il possède moins 
de douze bœufs, le mari a le droit de le tuer ou de 
le réduire en esclavage, sans êlre obligé pour cela 
de le faire traduire au préalable devant la justice du 
pays. Hors ce cas, le mari ne peut tuer l'amant de sa 
femme que lorsqu'il les surprend en flagrant délit 
dans sa propre maison. 

Le paiement du rëhelsi par l'offenseur n'ôle pas à 
l'offensé la faculté de répudier sa femme pour cause 
d'inconduite. Aucune idée de honte n'est attachée à la 
condition de mari trompé. La femme est suffisamment 
justifiée aux yeux des Sakkalava par l'affection qu'ils 
lui supposent pour l'homme qui l'a éloignée de ses de- 
voirs , et par la faiblesse et la facilité de sa nature. 
Quant à l'amant , quoique sa punition paraisse juste 



( 3oo ) 

à tout le monde» la passion lui sert aussi d'excuse , et 
il est moins blâmé pour l'acte dont il s'est rendu coupa- 
ble envers le mari qu'à cause du scandale occasionné 
par sa maladresse. 

< 

Les enfants qui résultent des relations illégitimes 
d'une femme mariée ( ânaka-minrântbu ou anaka- 
mountou ) appartiennent à son mari , qui peut les re- 
connaître ou les renier à son gré. 

Testament , Junérailles. 

Les Sakkalava sont dans l'usage, quand ils sont ma- 
lades, de se peindre en blanc les parties du corps où 
ils souffrent le plus. Si la maladie a quelque gravité, 
les parents font venir auprès d'eux un ampissikili et 
un médecin , lesquels n'ont droit à un salaire que 
dans'le cas où leur client guérit. Quand ce dernier se 
croit en danger de morl , il fait venir des témoins au- 
près de lui , et déclare en leur présence à ses femmes 
et à ses enfants quelles sont ses dernières volontés. 
Cet acte se nomme Nârnetsi voula, parole explicative. 
Le testateur peut disposer de ses biens absolument 
comme il l'entend; cependant il est des prescriptions 
traditionnelles qu'il ne saurait violer sans attirer sur 
sa mémoire un blâme universel. Ainsi, l'usage lui per- 
met bien , et lui recommande même • de léguer une 
plus large part de sa succession à l'aîné des enfants de 
sa première femme ou vâdi-bé qu'aux aînés de ses 
autres femmes , et à l'aîné de sa dernière femme une 
part plus faible qu'à tous ses confrères en primogéni- 
ture; mais l'usage lui impose en même temps l'obli- 
gation morale de n'allouer au second enfant de sa 
première femme qu'une part inférieure à celle échue 



( Soi ) 
à rainé de la dernière en rang ; au troisième enfant 
de la première femme , qu'une part inférieure à celle 
du second de la dernière, et ainsi de suite en appli- 
quant le même procédé jusqu'aux derniers nés de ses 
différentes femmes. 

Le testateur peut nommer pour exécuteur de ses 
volontés, soit un homme, soit une femme de sa fa- 
mille, soit un étranger; mais s'il meurt ab intestat f 
l'alné des enfants mâles de sa vâdi-bé se trouve in- 
vesti de ce titre, et doit procéder au partage de la 
succession de son père de la manière que nous avons 
indiquée plus haut. 

La femme ne peut hériter de son mari qu'autant 
que la quotité du legs qui lui a été faitpar le défunt a 
été clairement définie par lui devant témoins. Le mari 
esclave d'extraction, qu'une femme d'une classe libre 
quelconque a affranchi en l'épousant, ne peut non 
plus hériter de celle-ci, à moins qu'elle ne l'ait insti- 
tué son légataire par-devant témoins. 

Le corps du Sakkalava qui vient de mourir est im- 
médiatement recouvert de ses plus beaux vêtements, 
on lui met quelquefois sept ou huit habits les uns sur 
les autre»; ses colliers et ses bracelets, quel qu'en soit 
le métal , sont laissés à son cou et à ses bras. Son 
fusil est placé à sa droite, sa lance de combat à 
sa gauche. Si le corps est celui d'une femme , on lui 
met ses plus riches alours.et ses joyaux les plus pré- 
deux comme pour un jour de fête. 

Le cadavre ainsi accoutré est déposé dans une hutte 
que les parents construisent auprès du lieu où il doit 
être inhumé, et reste suspendu sur des branchages 
jusqu'à ce que la bière qui doit le recevoir soit ache- 
vée. Cette bière ( tamângo ) est un tronc d'arbre que 

XX. NOVEMBRE. «. „ rt 



( 3oa ) 

Ton creuse à la hachelle , et que Ton sculpte ensuite 
avec te plus grand soin , double opération qui n'es* 
jamais terminée que lorsque les chairs du cadavre ont 
été entièrement dissoutes par la putréfaction ou dessé- 
chées par les ardeurs du soleil. Pendantque les ouvriers 
travaillent à la confection de la bière , les parents» les 
femmes surtout, font assaut de pleurs, de cris et de 
chants élégiaques. Mais dès que le mort y a été ren- 
fermé, dès que les derniers coups de marteau ont 
rivé sur lui son étroite demeure, les larmes se sèchent, 
la joie apparaît sur tous les visages un instant aupara- 
vant abattus par la douleur, les complaintes funèbres 
font place à des chants joyeux, des bœufs sont égorgés 
et mangés palpitants; les danses s'engagent, l'hydro- 
mel et l'eau-de-vie circulent à la ronde, et les iastru- 
ments de musique font entendre leurs sons discor- 
dants. La bière et les restes qu'elle contient sont des* 
cendus pendant celte sorte de bacchanale dans une 
tombe d'un mètre de profondeur, sur laquelle on 
rassemble, après l'avoir comblée, un grand nombre de 
petites pierres que l'on dispose en forme de tumulus. 
De nouvelles victimes sont alors immolées, leurs urnes 
sont fixées à de longues perches que l'on plante autour 
du tombeau, et le festin continue jusqu'à ce que la nuit, 
l'ivresse ou l'épuisement des provisions ait forcé les 
acteurs de la fête à se retirer. Tant que la mémoire du 
mort est chère à ses parents ou amis , ils se réunis- 
sent de cinq mois en cinq mois sur sa tombe , à 
compter du jour de son inhumation, la réparent, 
tuent des bœufs en son honneur, et se réjouissent de 
la manière que nous venons de décrire. 

Les Sakkalava n'ont pas de cimetières à proprement 
parler , mais des tombeaux de famille quelquefois 



( 3o5 ) 

assez rapprochés les uns des autres. Ces tombeaux sont 
ordinairement élevés dans des lieux peu accessibles, 
comme les forêts et les rochers les plus escarpés. Les 
tombeaux des rois sont des sortes de mausolées en 
bois , garnis à l'intérieur de magnifiques draperies ; 
ils passent en général pour contenir d'immenses tré- 
sors , et s'il fallait en croire les habitants de Nossi-bé, 
celui de Mârou-Vouhâi, où reposent cinq des ancêtres 
de Tsi-Otfméï-Kou, serait un des plus riches de Mada- 
gascar. Les sépulcres royaux n'ont ordinairement 
qu'un seul caveau creusé à l'avance ; le tronc d'arbre 
qui renferme le corps du prince nouvellement décédé* 
est déposé sur celui de son prédécesseur dans la 
tombe; et quand la fosse est comble, on la scelle, et 
l'on en pratique une autre pour les futurs habitants do 
ce lieu funèbre. 

A la mort de l'Ampadzâka-Mandzâka , et immédia- 
tement après que son corps a été couvert de ses vêle- 
ments mortuaires , les nobles et le peuple se réunis- 
sent enkabbar ou conseil autour du lit de parade sur 
lequel il doit rester jusqu'à ce que la bière puisse le 
recevoir. Là, en présence de son cadavre livré à la 
dissolution, ils examinent scrupuleusement la vie do 
celui qui fut leur souverain, rappellent le bien qu'il 
a fait pour bénir sa mémoire, et ses méfaits pour la 
flétrir. Lorsque chacun a donné libre cours au blâme 
ou à la louange , les Ampiâssi-Firazânga proposent à 
rassemblée différents surnoms destinés par leur 
composition à éterniser le jugement du peuple. Ces 
surnoms posthumes qui sont rarement acceptés sans 
orage, commencent toujours par le mot andrian , sei- 
gneur, et se terminent invariablement par le mot 
arrivou , millier. Le premier indique le haut lignage 



(5Ô4) 

du défunt , et le second qu'il fut placé pendaut 
sa vie à la tète d'une nombreuse Dation. Le corps 
du mot composé renferme l'épilhète appliquée au 
personnage, épithète qui est quelquefois composée 
elle-même de plusieurs mots. Si aucun des surnoms pro- 
posés n'emporte l'assentiment de la majorité» le rojal 
défunt reçoit plusieurs qualifications ayant chacune 
rapport à quelque trait isolé de sa Vie ou de son règne. 
C'est ainsi que Hôuântitsi 9 aïeule maternelle de la 
reine de NoSsi-bé, a été surnommée à sa mort la reine 
inébranlable ( Andrian-Mdngôsi-arrivou ) par allusion à 
la fermeté qu'elle déploya contre les Hova , et qu'elle a 
ïetçu en outre le surnom de la reine qui s'empare ( An- 
drian-Mangôrégni-àrtivou ) , parce qu'en effet c'est 
elle qui s'empara du pouvoir quand son frère Andrian- 
Souli fut détrôné. La fille de Hôuântitsi , la princesse 
Tâoûssi , reçut également après sa mort les surnoms 
de la regrettée {Andrian-Tangiani-arrivou) et de l'insé- 
parable (Andrian-Tsi-Midssaraka-arrivou) , le premier 
parce qu'elle mourut dans toute la force de l'âge , et 
avant que sa fille Tsi-Oumét-Rao fût en état de gou- 
verner les Ànti-Bouéni ; le second-, parce qu'elle resta 
constamment du parti de sa mère contre son oncle 
Andrian-Souli. Les noms postbumes des rois sakka- 
lava étant, comme nous venons de le voir, le résultat 
des délibérations de leurs propres sujets, l'on conçoit 
que ces noms ne soient pas toujours adoptés par leurs 
ennemis: aussi les Sakkalava d'Andrian-Souli et deTsi- 
Ouméi-Kou donnent-ils un surnom presque injurieux 
au prince Makka, père de Tsi-Mandroùhou , et les su- 
jets de ce dernier ne se montrent-ils pas plus respec- 
tueux envers Andrian-Mandrissou-arrivou ou le victo- 
rieux , prince qui doit ce surnom à un avantage qu'il 
remporta sur les partisans de Mâkka. 



( 3o5 ) 

Les princes et les princesses zounla-ména qui n'ont 
pas régné reçoivent aussi des noms posthumes, soit 
qu'ils appartiennent à la catégorie des princes mahéré 
ou à celle des princes tsi-mabéré; mais, à moins que ces 
noms n'aient traita quelque événement important de 
L'histoire de leur pays, iesSakkalava les ont vite oubliés. 
Les différents surnoms d'un même prince, qu'il ait régné 
ou non , sont bien loin aussi de se conserver tous , et. 
c'est à peine si les Sakkalava se rappellent aujourd'hui 
qu'Àndrian-Tanghïani-arrivou a été surnommé en 
même temps Àndrian-Tsi-Missâraka-arrivou. 

Dès qu'un ou plusieurs noms posthumes ontété adop- 
tés par le peuple pour caractériser un prince , le nom 
que portait celui-ci pendant sa vie devient/}*/*, sacré, et 
il y a peine de mort contre quiconque oserait le pro- 
noncer. Les mots qui ont quelque affinité avec le i)om 
proscrit deviennent également fâli t de sorte que le 
peuple se yoit daps la nécessité de les altérer pour 
faire disparaître les consonnances suspectes, ou de les 
remplacer par d'autres mots. Nous ne citerons que 
quelques exemples pour donner une idée de la per- 
turbation appprlée dans la langue, à la mort de Makka 
et de Taoussi, par ce singulier usage. Le mot lâka, qui 
signifiait une pirogue, a été remplacé par le moijioun- 
râma; taoussi > beau , belle, a disparu aussi pour faire 
place au mot senga, qui signifie proprement beau,bonne 
ântétsi, vieux, vieille, fut remplacé par matouê, qui 
n'avait d'abord que le sens de mûr (maturus) ; mat- 
taouatsi, avoir peur, fut transformé en mattahorè; 
voûssi, châtré , s'exprima par le mot manapaka 9 qui 
peut s'appliquer indifféremment à tout ce qui est 
coupé; Nossi, Ile devint variou, nom composé qui. veut 
^ire tout simplement un lieu ou il y a du riz. Il est à re- 



( 5o6 ) 

marquer, au surplus» que ces changements ne sont ad- 
mis que pat* les sujets ou partisans du prince défunt. La 
pirogue continue à s'appeler làkâ chefc les Sakkalava 
de Tsi-Ouméï-Kou , et une lie se dit toujours nossi 
parmi les sujets de Tsi-Mandroûhou. Quant aux Sak- 
kalava d'Ândrian Sauli, comme ce prince a été à la Fois 
l'antagoniste delfakka, deHou&nlitsi et de Tâoûssi , 
aucun des mots qui ont été misa l'index à la mort de 
ces trois Voula-Ména n'a cessé d'être employé par eux. 



Notb sur des documents relatifs à la Sénêgambie , envoyés 
par M. Vahbè Boilat , vicaire a St-Louis du Sénégal ; 



Par M. le baron Rogkr. 



Le retour au Sénégal de trois jeunes prêtres afri* 
cains longtemps et soigneusement élevés en France , 
avait fait concevoir de justes espérances aux amis des 
sciences et delà civilisation. A peine arrivés depuis une 
année dans leur pays natal , ils ont déjà fait voir que 
ces espérances ne seront pas déçues. Par leur impul- 
sion et sous leur surveillance , l'instruction publique 
reçoit au Sénégal une extension et dès perfectionne- 
ments remarquables. Les écoles primaires, qui étaient 
en souffrance, donnent les plus heureux résultats ; le 
nombre des^élèves s'est accru ; elles sont même fréquen- 
tées par des enfants esclaves, ce qui est un [progrès 
tout nouveau , notamment à Corée, 

Le zèle de ces jeunes et intéressants ecclésiastiques, 
leur désir de répandre la lumière parmi les indigènes , 
leurs compatriotes, né se soût pas arrêtés là. Avec Tap- 



( 5o 7 ) 

pui du gouvernement, ils ont ouvert un collège dans le- 
quel un bon nombre d'élèves se livrent à des études d'an 
ordre supérieur. Il est impossible de prévoir tous les 
bons effets que doit produire cette nouvelle institu- 
tion. Les jeunes Sénégalais qui montreront le plus 
d'application et de capacité , venant plus tard recevoir 
en France un complément d'instruction, retourneront 
bientôt aussi dans leur pays, où ils multiplieront à 
leur tour les germes des améliorations intellec- 
tuelles et morales. Que n'en devra-t-on pas attendre 
pour les progrès de notre commerce en Afrique, et pour 
le succès des recherches qui intéressent les sciences et 
surtout la géographie? Nous pouvons entrevoir là une 
pépinière de voyageurs acclimatés , parlant les langues 
du pays, y possédant déjà des relations de famille , et 
toutes les ressources naturelles qui ont manqué aux 
courageux Européens , que les difficultés locales , et 
trop souvent la mort, ont arrêtés dans ces périlleuses, 
entreprises* 

Tant de devoirs, tant de travaux, n'empêchent pas 
que nos trois ecclésiastiques africains ne se livrent i 
des études propres à mieux faire connaître leur pays , 
et ne recueillent des documents qu'ils se proposent de 
communiquer successivement à notre Société. L'un 
d'eux , M. l'abbé Fréc|oil , curé de Gorée , m'écrit qu'il 
prépare des notes relatives aux peuplades de la côte 
au-delà du cap-Vert. J'espère les recevoir bientôt. 

D'un autre côté, M. l'abbé Boilat, vicaire à Saint- 
Louis, vient de nous envoyer à M. Jomard et à moi de 
nombreux documents que, d'après ses intentions , je 
dépose sur le bureau de la Société de géographie , et 
dont je crois devoir donner une désignation sommaire. 
Vous remarquerez , messieurs , que ce n'est pas seu» 



( 5o8 ) 

lement de la part de M. Boilat une preuve de dévoue-* 
ment; mais que son envoi révèle beaucoup d'intelli- 
gence, de discernement , et un goût éclairé pour Vkt 
tude des langues et de l'ethnographie. 

La collection qui vous est offerte par M. l'abbé 
Boilat se compose de cinq cahiers reliés et assez volu- 
milieux. 

Le i tT a pour tilrç : Mœurs et coutumes des Maures 
du Sénégal. C'est un petit recueil d'histoires , d'anec- 
dotes et de fables, écrites dans le dialecte vulgaire 
des Maures du pays. Vous ne pouvez manquer d'y at- 
tacher de l'importance. Depuis longtemps les orien- 
talistes désiraient avoir à leur disposition des textes 
soignés et authentiques, afin de bien connaître les va- 
riations qu'a éprouvées l'arabe dans le dialecte parlé 
sur les bords du Sénégal. Le gouvernement a envoyé 
dans le pays, sans résultats satisfaisants, des interprè- 
tes européens pour se livrer à ces recherches. Les 
textes transmis par M. Boilat pourront être utilement 
comparés à ceux qui proviennent journellement de 
l'Algérie. 

Le a* et lp 5* cahier contiennent des notes en langue, 
çles Maures du Sénégal. C'est un recueil de textes beau- 
coup plus; nombreux que le premier. 

Le 4* cahier renferme les prières publiques des ma- 
hométans de la Sénégambie. Ce doit être encore un sur 
jet précieux. — A la suite des prières, se trouvent 
quelques pages écrites en arabe par un Taliban ou 
élève de marabout, avec l'encre dont on se sert dans 
)e pays. Enfin , ce cahier est orné de dessins faits par 
M. Boilat lui-même , avec une fidélité et une naïveté 
remarquables. Le costume , la pose , la physionomie 



( 5og ) 

des personnages, des marabouts notamment ,' y sont 
d'une vérité frappante. 

Le 5 e cahier est une espèce d'album in-4° » plus in* 
téresgant peut-être encore que les précédents. Il com- 
mence par deux portraits, l'un au crayon, l'autre à 
la plume, de Dhiaclhiaçaetàe Amadi-Golojo> les deux 
marabouts qui ont principalement fourni des docu- 
ments à M. Boil a t. Ces portraits sont si curieux, ils repro- 
duisent^ avec tant de naturel les types de deux races 
différentes de noirs, et la physionomie des individus, 
qu'il serait à désirer que la lithographie pût en orner 
notre Bulletin (i), — Viennent ensuite plusieurs grigris 
(ou talismans) originaux que l'abbé a confisqués, sui- 
vant sa naïve expression , à des Signares qui cumu- 
laient jusqu'alors avec les croyances du christianisme 
les superstitions locales du mahométisme. Ces grigris 
avaient pour objet, les uns d'assurer des chances 
toujours heureuses dans le commerce , les autres de 
préserver de la mort ou des sorciers, d'autres, encore 
d'attirer toutes sortes de maux sur les ennemis de ceux 
qui les portaient. L'un d'eux est annoté comme ayant 
coûté la valeur d'un esclave. On peut juger par là 
combien sont grandes, d'un côté la fourberie, et 
de l'autre la crédulité. Outre des textes écrits par 
des indigènes ( lettres d'affaires ou d'amitié ) , oq 
voit encore dans ce cahier des figures cabalistiques , 
divers dessins , et des espèces de vignettes ou d'or- 
nements tracés en plusieurs couleurs par des ma- 
rabouts. Il contient aussi des fables écrites en oualof , 
et recueillies à Gorée et sur la rivière de Gambie. — 
Enfin , il s'y trouve joint un manuscrit qui parait an- 
cien, et qui est d'une fort belle écriture , en caractères 
arabes , d'encre noire et rouge. 

(i) Voir ces portraits au commencement de ce numéro 



(3io) 

Vous jugerai sans doute convenable » messieurs , de 
recommander ces curieux documents à l'examen d'un 
des savants orientalistes qui font partie de la Société de 
géographie. 11 vous paraîtra juste aussi d'adresser à 
M. l'abbé Boilat des remerciements et des encourage- 
ments. 

Ces conclusions sont adoptées. 

Note sur la Séance solennelle de la Société royale des 
antiquaires du Nord de Copenhague du mois d'octo- 
bre 1 843 , par M. de La Roquette , ancien consul de 
France en Danemark et en Norvège. 

Les réunions solennelles de la Société des anti- 
quaires du Nord offrent toujours un vif intérêt; le 
nombre de ses membres augmente chaque année; sa 
bibliothèque, de même que son musée, continuent de 
s'enrichir par les dons qu'ils reçoivent de toutes 
paris» et les informations qui lui parviennent des diffé- 
rents pays du globe, et plus spécialement de la Nor- 
vège , de la Suède , de la Russie 9 de l'Amérique , jet- 
tent un jour nouveau sur l'histoire des peuples de ces 
contrées septentrionales. Les savants professeurs Rafn 
et Finn-Hagnasen , le D* Pingel , et plusieurs autres 
membres de ce corps distingué donnent de l'intérêt a 
ces séances par leurs savantes dissertations dont il se* 
rait trop long de présenter ici même l'analyse. 

Dans la dernière assemblée générale du mois d'oc- 
tobre i843, plusieurs importantes communications 
ont été faites , tant par des Danois que par des étran- 
gers. Un savant norvégien , M. Dahl , professeur de 
peinture à l'Académie de Dresde , connu par ses 
travaux archéologiques, a soumis de curieuses ob- 
servations sur un siège ou fauteuil patriarcal qu'il 
est parvenu à se procurer , aussi remarquable par 



( 5n ) 
son antiquité que par les sculptures dont il est enri- 
chi. En les examinant avec attention» M. Dahl s'est 
assuré que cette espèce de trône a servi au roi Sverre f 
ce héros du moyen-âge, célèbre par son courage et 
par ses connaissances littéraires , qui conquit la Nor- 
vège» $t, rédigea» diUon» le Miroit royal, monument 
précieux -de littérature Scandinave , ainsi qu'une his- 
toire de son temps. Ce fut en 1207 , cinq ans après la 
mort de Sverre , que les ennemis de ce prince» connu 
sous le nom de Baglers, s'étant emparés du château de 
Bergen» y trouvèrent ce fauteuil royal» dont leur 
roi Philippe, fil cadeau. à l'archevêque de Drohtheim 
(Troniem)». 

Un autre savant » H. Sorterup a soumis à la Société 
lçs dessins de différents objets en bronze qu'il a trouvés, 
surtout dans la Suisse française pendant un voyage 
archéologique en Allemagne, en Suisse et en Italie, 
La ressemblance qu'ils paraissent avoir avec des objets 
analogues qu'on rencontre fréquemment dans la Scan- 

* 

dinavie , et quelques faits recueillis par M* Sorterup 
pendant ses voyages, lui font penser qu'il a existé une 
civilisation générale européenne qu'on pourrait ap- 
peler celtique» bien antérieure à la civilisation grecque* 
romaine. 

L'Islande et le Groenland» ces deux colonies du Da-* 
nepaark, fondées par les Norvégiens» continuent d'être 
journellement explorées» et fréquemment on y décou- 
vre des objets ouvrés en bronze et en pierre » Souvent 
chargés d'inscriptions. C'est le premier de ces pays 
que vient de visiter M. Jonas Halgrimston , et c'est 
dans le Groenland que le pasteur Steenberg, mission* 
naire à Holsteinberg» a étendu ses recherches. Le mor- 
ceau le plus remarquable trouvé par ce dernier est une 
pointe de flèche en calcédoine» travaillée avec beau* 



( 3ia ) 

coup d'habileté et de goût par des Esquimaux. Les 
observations judicieuses deM. le D'Pingel sur les com- 
munications faites par le pasteur Steenberg, et sur les 
antiquités récemment découvertes dans la mère colo- 
nie de Godthaab et dans le district de Jacobshavn , mé- 
ritent d'être méditées. On a aussi entendu avec un vif 
intérêt les communications de M. le professeur Finn- 
Magnusen , relatives à des inscriptions runiques sur 
bois, trouvées depuis peu en Islandç. 

L'Amérique est une mine fort riche en antiquités , 
dont les produits augmentent journellement les collec- 
tions de la Société des antiquaires du Nord. Ainsi cette 
Société a reçu depuis peu deM.Virgel vonHelmreichen, 
naturaliste autrichien qui voyage en ce moment au 
Brésil, deux pointes de flèche ou fers de lance , on ne 
peut pas plus remarquables, l'une en cristal de roche 
et l'autre en homsteen {felix corneus), trouvées à Cida 
de Diamantina dans la province de Minas-Geraes. 
Mais c'est surtout des États-Unis de l'Amérique sep- 
tentrionale que viennent les envois les plus nombreux. 
La Société doit à M. Charles Hammond, de Boston, une 
collection de trois cents pièces d'objets d'antiquité en 
pierre , en bronze et en os, et quelques vases en argile 
noire et rouge, remarquables par le fini du travail et 
par les ornements intérieurs et extérieurs. Ces objets 
ont été recueillis, les uns près de Dresde dans l'État du 
Maine , les autres dans les tombeaux près de Nayant, 
de Middborough et de Rochesler dans le Massachusets, 
et d'autresenfinprèadeMiddletown dans leConnecticut. 
Une autre collection de deux cent quinze pièces, toutes 
en pierre, a été découverte dans un endroit d'envi- 
ron s acres de superficie sur les bords de la Delaware, 
à 5 milles à l'est de Easton. Cette circonstance a fait 
supposer au donateur, M, le D r Swift, que ces objets 



( 3i3 ; 

d'antiquité provenaient d'une fabrique établie sur le 
lieu par les Indiens dans un temps plus ou moins reculé. 
La Société doit aussi à un autre citoyen des États-Unis, 
M. Henri R. Colcraft, de New-York, une communica- 
tion concernant des objets d'antiquité chargés d'in- 
scriptions trouvés en Virginie près de Grave-Creek , 
dans la vallée de l'Ohio. 

Parmi les hommages faits à la Société, on remarque 
celui de Kl. William Hooper, habitant d'Honolulu 
dans les lies Sandwich, qui lui a envoyé deux numéros 
du Spectator Jiawaian imprimé à Honolulu, ainsi qu'une 
carte des lies Sandwich, gravée et imprimée par des 
indigènes. La bibliothèque vient aussi de s'enrichir 
récemment d'un grand nombre de Mémoires et d'où* 
vrages que des établissements scientifiques et quel- 
ques particuliers lui ont transmis. Nous citerons entre 
autres : 

i° Un rapport sur quelques antiquités de l'Ile de 
Laaland, accompagné de, dessins, par le pasteur 
Bloch; 

2° La Description des antiquités les plus remarqua- 
bles de la collection de la Société royale des sciences de 
Trondhiem ( Dronlheim ) ( Norvège ) ; 

3° Un Mémoire sur le système monétaire des trois 
royaumes du Nord depuis les temps les plus re- 
culés jusqu'à nos jours, par l'assesseqr norvégien 
Schwach ; 

4° Une nouvelle édition du célèbre parchemin de 
Bergen, par M. Munch, professeur d'histoire à l'Uni- 
versité de Christiania; qui en 4 adressé un exemplaire 
à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 

5° Un Mémoire sur les premiers habitants de la 
Scandinavie, par le professeur Nielson, de Lund, 
4* cahier ; 



( M ) 

6» La description des sculptures gravées sur des ro- 
chers du Jemtefond (Suède) avec un dessin représentant 
différents animaux ayant quelque ressemblance avec 
des élans ou des rennes, etc. , par le D* Welterbeck ; 

7° L'Edda, de Snore, traduite en anglais à Stockholm, 
par H. George Webbe Dasent. 

8° Des observations sur des antiquités trouvées près 
de la ferme de Berga , paroisse de Skultuna dans le 
Westmanland ( Suède ) , par M. Iverus ; 

9° Des observations sur la croyance à la sorcellerie 
et aux exorcismes ou adjurations dans la paroisse de 
Lappajarvi, et en général dans le district de Vasa en 
Finlande , par le pasteur Jacob Fellman ; 

io° La collection des ouvrages publiés par la Com- 
mission impériale russe d'archéographie , composée : 

«. Des actes {Jeter) réunis dans les bibliothèques 
et archives de l'empire de Russie» depuis 1294 jus- 
qu'en 1 700 en 4 volumes ; 

b. Des actes historiques de i334 à 1 700, en 5 vol. ; 

c. Des actes juridiques, ou concernant l'ancienne 
procédure; 

d. Une collection complète des chroniques russes, 
en 2 volumes ; ' 

e. Une histoire de la Russie sous le règne d'ÀleixeiMi- 
chailowitch, par Roschichin , auteur contemporain; 

/. Historicœ Russiœ monumenta ex antiquis exterarum 
gentium archivis et bibliothecis dépromta ab A.-J. Turge- 
nevio , s vol. in-4 ; 

g. Une collection de médailles russes en 4 cahiers 
in-fol. ; 

1 i* Asseb O-sseyard, ou les Sept planètes, contenant 
l'histoire des kans de Grimée de 1 466 à 1 787 , par 



(3,5 ) 

Seiûd Muchammed Risa, publié âKasan par le prafea* 
seur Mirza-Kasein-Beg ; 

1 a Le catalogue des livres , manuscrits et caries en 
langues chinoise» manlschoue , mongole, tibétaine et 
sanserile de la bibliothèque du déparlement asiati- 
que à Saint-Pétersbourg , par M. Desmaison , directeur 
de l'Institut asiatique ; 

1 3° La Mort de Cicupala , poème sanscrit de Magha , 
traduit et offert par le D* Schûtz de Belefield ; 

i4° Un Mémoire sur les temps anciens du Danemark, 
accompagné de dessins représentant des tombelles et 
objets d'antiquité , par M. J.-J. Worsaae ; 

i5° Overzicht over de Rune literatur,etc., aperçu sur 
la littérature r unique, par M. Hettema, de Leewarden, 
qui a transmis aussi des copies d'inscriptions en ca- 
ractères runiques , gravées tant à l'intérieur qu'à l'ex- 
térieur d'une très ancienne urne trouvée en faisant 
des fouilles dans le Brabant septentrional ; 

i6° Wendische Gescbichten, etc.,. Histoire des 
Vendes depuis Tannée 780 jusqu'en 1 i8a, parle pro- 
fesseur Giesebrecht de Stettin ; • 

17° Etruschische und Kœmpanische Wasenbilder 
des Kôniglichen Muséums zu Berlin , par le professeur 
Gerhard ; 

1 8° Le tome 1 " des Papyri grœci Musei antiquariï pu- 
hlici Lugduni-Bataviy ainsi que le tome V de la conti- 
nuation des MgyptUche monumenten , Monuments de 
l'Egypte. Ces deux ouvrages , publiés aux frais du roi 
des Pays-Bas , sont offerts ep son nom par le D r 

Leeman ; 

ig° Un cahier de YArcheologia pat la Société des 
antiquaires de Londres, qui adresse en même temps 



(5.6) 

un Mémoire important de John Gage Rokevode on the 
painted chamber in the palace of Westminster ; 

9o° La Nouvelle édition des œuvres de H. William 
Herbert,dans lesquelles on remarque des poésies dont 
le sujet est puisé dans les mythes du Nord, etc. ; 

ai Le tome XIX, partie 2, des Transactions de 
l'Académie royale d'Irlande , qui renferme entre 
autres morceaux un curieux Mémoire sur la géogra- 
phie norse de l'ancienne Irlande. 

La Société a également reçu : 

i* De M. Navrotskoy, Capitaine de la garde impé- 
riale russe,vingt monnaies bulgares qu'il a trouvées, au 
mois de novembre 1840, dans les ruines de l'antique 
Bolgar, gouvernement de Kasan ; 

2 De M. Olsoufieff, maréchal de la cour du grand- 
duc Alexandre , quarante objets divers d'antiquités , 
découverts en i83^ dans une tombelle des environs 
de Moskou , dont il était gouverneur à cette époque. 
M. le professeur Rafn se propose de comparer ces 
objets aux analogues qui existent dans le musée de Co- 
penhague , et de soumettre son opinion à ce sujet. 

Nous terminerons cette nomenclature en faisant 
connaître les noms des derniers membres admis par 
la Société des antiquaires du Nord de Copenhague; ce 
sont : 

Le grand-duc Michael Polowitsch , de Russie. 
Le duc Maximilien, de Leuchtenberg. 
Le prince Pierre d'Oldenburg. 

Les princes Dmitri Galitzin , de Moskou , et Pierre 
Volkonski, ministre de la maison impériale. 

Le général Aklosticheff, gouverneur militaire d'O- 
dessa. 



( 3i 7 ) 

Le conseiller de conférence intime Boutkoff. 

Le général Von Essen. 

Le maréchal de la cour Olsafieff; 

Le général Orloff. 

Le conseiller d'État russe N. Rumih. 

Le comte de Mûnch-Bellinghausen , de Vienne. 

Johàn Schindler, prélat de la maison de S. S. le 
Pape. 

Le comte Tischkewitsch , de Minsk , et M. Uhde , de 
Mexico. 



Rapport sur la 5 e édition de la Description générale 
des phares de M> CouHer et sur la publication de son 
atlas* 

m 

Par M. S. Bëbti4eiot, secrétaire général de la Commission centrale. 



M. Coulier a fait hommage à la Société de sa Des- 
cription générale des phares. Les navigateurs ont su 
déjà apprécier l'utilité de ce petit livre, que les 
nomenclatures officielles publiées par les différentes 
nations maritimes ont successivement augmenté. 

L'ouvrage de M. Coulier est arrivé à sa cinquième 
édition. L'auteur y décrit tous les phares, fanaux et 
signaux de reconnaissance placés pour la sûreté de la 
navigation et faciliter les atterrages sur les côtes des 
deux hémisphères; il indique la nature des feux sous 
le rapport de leur apparence, leur position géogra- 
phique , leur direction d'après les relèvements , leur 
portée suivant le système d'éclairage , et leur élévation 
au-dessus du niveau de la mer. 

Les descriptions sommaires qu'il a résumées dans 

XX. NOVEMBRE. 3. 9 1 



(5.8) 

son catalogue sont une preuve des progrès qu'a faits 
l'éclairage des côtes depuis quelques années , et des 
développements qu'il a pris sous l'impulsion donnée 
par la France d'abord , qui a eu la gloire de guider 
les autres nations, puis par l'Angleterre et les États- 
Unis, qui ont imité ses utiles améliorations. La Hol- 
lande , le Danemark et la Russie ont marché aussi 
dans la voie du progrès pour avancer cette œuvre de 
philanthropie maritime. 

Les anciens phares ne projetaient pas toujours leur 
lumière à des dislances suffisantes. Il y a une vingtaine 
d'années que M. Becquey , directeur général des ponts 
et chaussées, et que la Société de géographie s'ho- 
nore de compter au nombre de ses présidents hono- 
raires , invita la Commission des phares à rechercher 
les moyens de corriger les vices de l'ancien système. 
Le problème fut résolu par l'ingénieur Fresnel , qui 
substitua dans l'appareil des phares 9 pour la concen- 
tration des rayons lumineux, le système lenticulaire à 
l'emploi des réflecteurs métalliques, idée féconde qui 
a amené les plus heureux résultats» Peu à peu les pro- 
cédés dus au génie de Fresnel sont venus remplacer 
les anciennes méthodes d'éclairage; partout des ré- 
formes nécessaires, d'utiles améliorations, d'ingénieux 
perfectionnements ont été mis en pratique. Chaque 
nation, dans ses limites respectives, a rivalisé de 
zèle ; les phares ont été multipliés sur différents points 
dans toutes les mers navigables , ici pour prévenir les 
marins contre les dangers d'une côte aux abords diffi- 
ciles, là pour signaler l'entrée des ports les plus fré- 
quentés. Il est aujourd'hui certaines côtes le long 
desquelles on peut naviguer de nuit en se guidant 
de phare en phare, de manière à en avoir toujours 



( 3ig) 
deux ou trois en vue , cqr la portée de leur feu s'étend 
souvent au-delà de 18 milles. Ces feux sont fixes, à 
éclipses intermittentes; différentes colorations de lu- 
mière servent à les distinguer. Les feux à éclipses ou 
feux tournants n'offrent de différence bien tranchée 
que dans la durée de leurs phases, qui se reproduisent 
régulièrement à des intervalles dont les variations 
dépendent des dispositions de l'appareil. Ainsi ,• dans 
les feux variés par des éclats, la lumière fixe est 
plus intense et de plus longue durée. Les appareils 
sont tantôt catoptriques ou à réverbères, tantôt diop- 
triques ou lenticulaires, c'est-à-dire composés de 
lentilles qui circulent autour d'une lampe à mèches 
concentriques, pour produire des éclats de minute 
en minute , et dont plusieurs rangées de miroirs pro- 
longent la durée. Les brillants reflets que l'on obtient 
par ce mécanisme ne durent guère au-delà de 8 à 9 
secondes , et sont toujours suivis d'éclipsés. Dans les 
appareils tournants à réflecteurs, les éclats restent 
visibles pendant 12 à i5 secondes. Les phares à éclat 
sans éclipse totale, c'est-à-dire ceux dont la lumière 
fixe reste permanente , offrent aux navigateurs l'avan- 
tage de pouvoir continuer les opérations du relève- 
ment. Papmi les tours ou les constructions analogues 
sur lesquelles on a placé les feux indicateurs, il en est 
qui ont jusqu'à 80 mètres d'élévation, et même davan- 
tage. Sur leà côtes de France, plusieurs de nos phares 
ont une portée très étendue, entre autres celui de 
Belle-Ile qu'on découvre en mer, dans un beau temps, 
à 26 milles de dislance. L'appareil est placé à 84 mètres 
de hauteur, et produit un feu à éclipses et à éclats; 
mais ceux-ci varient d'intensité , c'est-à-dire qu'un 
éclat brillant est précédé d'un autre plus faible. Ces 



( 3ao ) 

beaux effets de lumière offrent dans leurs intervalles 
un feu fixe visible à plus de 9 milles. Au-delà de celte 
portée , les éclipses paraissent totales. Le phare de la 
tour de Gordouan est à feu tournant ; il est principa- 
lement destiné à marquer l'embouchure de la Gi- 
ronde. G'est le premier feu qui ait été établi sur 
le principe de rotation pour éclairer les mers du 
globe. 

En Espagne, le phare de Santander a été construit 
sur le nouveau principe , et peut passer pour un des 
plus remarquables. Placé sur le cap Mayor^ il est visi- 
ble à ai milles pendant le jour, et varié par des éclats 
qui se succèdent de 56 secondes eh 3o secondes, et 
qui montrent un feu fixe au-dessus et au-dessous : on 
peut l'apercevbir de ûuit à plus de à5 milles de dis- 
tance pendant ses reflets lumineux, et à 18 milles 
environ lorsqu'il n'est éclairé que par ses feux fixes. 
Toutefois, beaucoup de phares de la Péninsule hispa- 
nique sont encore construits d'après l'ancien système, 
et l'entretien de quelques uns doit être fort dispen- 
dieux, celui de Valence , par exemple, dont la portée 
est de 19 milles. Son feu est fixe, et forme un 
demi-cercle luiàineux de o m ,5a , renfermé dans un 
fanal monstre seini - circulaire de l m , 17 dp haut, et 
de 3 m ,ogc. dans la demi-circonférence qu'il décrit. 
Le réverbère est composé de miroirs qui multiplient la 
lumière de 9 lampes formant le demi-cercle lumineux, 
dont le diamètre est du côté de la terre , et la partie 
convexe tournée vers la mer. 

Mais ce n'est pas à ces seules notions que se borne 
M. Goulier dans l'ouvrage qu'il nous a adressé ; il in- 
dique encore toutes les marques et signaux de recon- 
naissance établis sur les différentes côtes , et n'omet 



( 3>» ) 
aucun renseignement important pour l'instruction des 
pilotes. Ainsi , il a soin de prévenir que les feux sont 
allumés sur les côtes de Russie depuis le 12 juillet 
jusqu'aux premières glaces , et depuis le moment où 
elles se débarrassent jusqu'à la fin de mai ; qu'en An- 
gleterre, les feux flottants, c'est-à-dire ceux qui sont 
établis dans des bateaux mouillés à poste fixé , sont 
munis detam tam , que les gardiens frappent, dans les 
temps de brouillard , de dix minutes en dix minutes. 
Il désigne les lieux où se trouvent placés les signaux de 
jour , tels que les tours , vigies et pyramides blanches 
ou rougeâtres , ou bien à bandes de différentes cou- 
leurs, comme on en voit sur les côtes de la Baltique, 
les perches surmontées d'un baril, les mâts de signaux 
garnis de bras indicateurs , les balises , les bouées 
flottantes plantées de pavillons rouges ou portant des 
balais comme dans les passes du golfe de Finlande. 

M. Coulier n'a rien négligé pour augmenter le? 
descriptions déjà très nombreuses qu'il avait données 
dans les éditions précédentes. Cette fois, g4o phares 
sont mentionnés dans son catalogue : c'est s4<> de plus 
qu'en 1 Ç3q. L'Angleterre, la France etlçs États-Unis, 
<c'est-àrdire les trois premières nations maritimes du 
monde, ont fait les frais du plus grand nombre. L'aug- 
jnentation de ces trois dernières années a été de 33 
feux pour la Grande-Bretagne , de 20 pour les États 
de l'Union américaine, et de 17 ppur la France. Les 
côtes de la Baltique et la partie du littoral de l'Europe 
continentale baignée par la mer du Nord, comptent 
aussi tyn grand nombre de feux. Dans la Méditerra- 
née , les côtes de France sont les seules bien éclairées. 
L'Italie, la Grèce, la Turquie et l'Espagne sont restées 
en arrière. « Les côtes d'Espagne et des lies Baléares , 



( 322 } 

observe M. Coulier , sont garnies d'un grand nombre 
de tours très utiles pour le cabotage, mais dont la 
navigation ne saurait tirer qu'un secours très secon- 
daire, en supposant que la confusion n'occasionnât 
pas de funestes accidents. » Cette considération l'a 
engagé à supprimer de sa nomenclature ces construc- 
tions, élevées autrefois pour la défense des côtes contre 
les Maures. Aujourd'hui , ces sortes de vigies ou ata~ 
layas tombent généralement en ruines; quelques unes 
même, qu'on retrouve indiquées sur les anciennes 
cartes de Tofino, ont déjà disparu. Du reste , leur objet 
principal devient inutile depuis que la France a ga- 
ranti la chrétienté des déprédations barbaresques en 
occupant le nord de l'Afrique. Il faut espérer que 
l'Espagne, à laquelle l'étendue de ses côtes sur les deux 
mers, ses excellents ports et ses lies avancées assurent 
de si beaux avantages, pensera sérieusement à les 
mettre à profit dès que la stabilité de son gouverne- 
ment lui permettra de s'occuper des intérêts matériels 
du pays en se livrant au commerce et à la navigation, 
ce grand art qui fit jadis sa fortune, Alors sans doute , 
en reprenant son rang parmi les nations maritimes, 
l'Espagne perfectionnera son système d'éclairage , et de 
nouveaux feux, que les besoins delà navigation récla- 
ment, seront placés sur différents points de son lit- 
toral. 

M. Coulier a progressivement augmenté et perfec- 
tionné son œuvre. Plusieurs erreurs, dépendantes 
sans doute du défaut de renseignements, et qui lui 
avaient été signalées dans les premières éditions ', ont 
disparu dans la nouvelle. 

D'après un prospectus que nous avons reçu, M. Cou- 
lier annonce la prochaine publication d'une grande 



( 3^3 ) 

carte ou Atlas des phares qui paraîtra en plusieurs 
livraisons. Ce sera le complément de son travail des- 
criptif. En donnant sur des plans à grands points la 
position des feux, le tracé de leur portée et les aligne- 
ments de nuit avec l'expression des angles sous les- 
quels on devra les tenir pour aborder une cote ou 
entrer dans un port , il guidera les marins dans la 
navigation nocturne; il remédiera à tous les doutes , à 
toutes les incertitudes que laissent encore dans l'esprit 
les descriptions écrites, et préviendra les sinistres aux- 
quels donne lieu , sur les cartes marines, le défaut 
d'indications ou la trop grande négligence dans les 
détails hydrographiques. Ces .belles feuilles d'atlas où. 
les contours des côtes ont été pris k grandes distances, 
ne sont pas toujours les plus utiles. Les difficultés de la 
navigation ne se rencontrent pas au large , mais sur 
les atterrages. C'est donc là qu'il faut multiplier les 
données. M. Coulier se propose de reproduire la des- 
cription sommaire des feux au bas de chaque carte , et 
d'y figurer les vues de côtes, comme supplément 
indispensable. On ne peut que le féliciter de cette 
idée* 

L'Atlas des phares, tel que M. Coulier a entrepris 
de le publier, d'après le spécimen qu'il a donné dans 
son propectus , aura pour les marins un avantage in- 
contestable sur les descriptions de son catalogue; car, 
au moment de l'a t té rage, le capitaine, occupé de la 
manœuvre, jugera bien mieux du danger qu'il doit 
éviter par les indications graphiques que par la narra- 
tion. C'est dans ces instants critiques surtout que la 
carte doit l'éclairer» Si elle comprend tous les rensei- 
gnements du texte , si elle signale le mouillage et la 
route qu'il faut suivre , si elle donne les sondages , 



( 3*4) 

la direction de la côte , la position et la portée des 
feux » la situation des écueils , un coup d'oeil suffit 
au marin pour saisir tous ces détails , les apprécier 
dans leurs rapports et les comprendre dans leur en- 
semble. La carte est sous ses yeux , précise comme le 
pilote; avec elle les méprises sont impossibles, car le 
relèvement et la portée des feux peuvent toujours 

faire distinguer le phare que l'on cherche de celui qui 

• 

l'avoisine. ' 

Voyez ce navire venant du large au milieu d'une 
nuit obscure, et sans autre renseignement sur le mouil- 
lage qu'il cherche que la Description des phares. En vue 
du feu de l'Ile de Groix , le capitaine le prend pour 
celui du fort de la Croix , situé à l'extrémité orientale 
de la même lie ; il coupe son méridien , puis fait route 
au nord, et se perd sur les roches de l'Ile. Cependant 
l'indication des deux feux était exacte dans le texte 
et suffisait pour le tenir en garde contre toute mé- 
prise. Mais a-t-on le temps de lire quand il faut ma- 
nœuvrer? Avec la carte, au contraire, il n'y avait pas 
d'erreur à craindre; elle aurait indiqué la portée des 
deux feux voisins ; le capitaine , prévenu , n'aurait dé- 
terminé la route à suivre qu'après les avoir relevés l'un 
et l'autre ; il aurait donc laissé courir à Test après 
avoir vu le premier. Bientôt le véritable feu du fort delà 
Croix serait venu le confirmer dans son relèvement et 
il eût sauvé son navire. {Historique. ) 

Cet exemple suffit pour déniontrer que l'Atlas des 
phares de M. Coulierseraun ouvrage des plus utiles en- 
tre les mains des navigateurs. Espérons que l'adminis- 
tration supérieure encouragera cette publication, et 
qu'il sera donné à son auteur de terminer des travaux 
qu'il poursuit dans un but aussi louable. On ne saurait 



( 3*5 ) 

mieux les faire apprécier qu'en rappelant ici les pa- 
roles d'un illustre marin : 

« Toutes les fois qu'un navire, par l'effet des cou- 
vrants perfides, de vents forcés ou d'une fausse es* 
» time se trouve entraîné durant la nuit près des côtes, 
i on peut deviner avec quelle anxiété le capitaine et 
v l'équipage cherchent les moindres indices capables 
»de leur faire connaître leur position. Quelle est leur 
«joie si leurs avides regards peuvent saisir quelqu'un de 
pces feux tulélaires établis chez les nations civilisées 
»pour indiquer l'entrée d'un port ou l'approche d'un 
v écueil dangereux. Dès qu'ils ont pu reconnaître un 
» pareil signal, leurs doutes sont fixés, leurs inquiétu- 
des cessent, leur manoeuvre est assurée, et ils se di- 
rigent vers le port ou se tiennent au large , suivant 
• que les circonstances le commandent. » 

C'est ainsi que s'exprimait notre infortuné d'Ur- 
ville en commençant son rapport sur la première édi- 
tion de l'ouvrage M. Coulier. 

S. Bebthelot. 



( 3*6 ) 



DEUXIEME SECTION. 



Actes de la 



EXTRAtT DES PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES. 



PRÉSIDENCE DE M. JoMARD. 



Séance du 3 novembre i843. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. le ministre de la marine adresse à la Société le 
5* et dernier volume du Catalogue des bibliothèques de 
son département , et M. le ministre du commerce, la 
suite des documents sur le commerce extérieur de la 
France. 

L'Académie royale des sciences de Berlin remercie 
la Société de l'envoi de son Bulletin , et lui adresse en 
même temps le volume de ses Mémoires pour i84i 
avec le Bulletin de ses séances. La Société des Amis 
du Pays, de Valence, envoie la suite de son journal. 

M. le D r Kriegk, correspondant de la Société à 
Francfort, accuse réception des tomes xvn et xvni du 
Bulletin , et offre , i° un Traité historico-ethnologi- 
que sur les efforts des jésuites pour la civilisation de 
Chiquitos et sur l'état des habitants de ce pays depuis 



( 3*7 ) 
le bouleversement des missions jésuitiques; a* une 
carte de Ghiquilos , par MM. de Oliden et Bach , qu'il 
a publiée dans le journal géographique de M. Lùdde. 

M* le capitaine James Ross écrit à la Société qu'il a 
reçu avec une vive reconnaissance la grande médaille 
d'or qu'elle lui a décernée pour ses dernières décou- 
vertes au pôle sud , et il la remercie du titre de cor- 
respondant étranger. 

M. Ghapellier fils écrit à M. le Président, pour le 
remercier à l'occasion des regrets qu'il lui a exprimés, 
au nom de la Société, au sujet de la perte doulou- 
reuse qu'il vient de faire. Il annonce en même temps 
qu'il sera prêt à rendre les comptes de son père à la 
prochaine assemblée générale. 

M. le Président offre , de la pari de M. Coulier, la 
première feuille de sa carte des phares , accompagnée 
d'une Notice , et il appelle l'attention de la Société sur 
cette utile publication. 

m 

M. Roux de Rochelle offre , de la part de M. le D r 
Siebold, une brochure ayant pour titre : Lettre sur l'u- 
tilité des musées ethnographiques et sur l'importance de 
leur création dans les États européens qui possèdent 
des colonies ou qui entretiennent des relations avec les 
autres parties du monde, adressée à H. E.-F. Jomard, 
par M. Ph.-Fr. de Siebold. 

M. Jomard communique plusieurs lettres de M. Boi- 
tât , l'un des jeunes Sénégalais élevés en France , et 
retournés depuis peu en Afrique , après avoir été or- 
donnés prêtres; ces lettres sont datées de Saint-Louis 
le 4 juillet dernier. II donne des détails sur la mort du 
voyageur français Duranton , et il envoie des observa* 
iions géographiques et des dessins sur le pays de 
Fouta et le Sénégal ; il adresse aussi les discours qu'il 



(S»8 ) 

a prononcés à l'ouverture et à la distribution des prix 
du collège du Sénégal, et à la distribution des prix de 
l'école des frères de Saint-Louis , en qualité de princi- 
pal du collège et d'inspecteur des écoles, — Renvoi de 
ces documents au comité du Bulletin. 

Le même membre annonce que, d'après une nou- 
velle lettre du Caire , la mission donnée par le vice- 
roi d'Egypte à M. d'Arnaud parait consister principale- 
ment dans la recherche des moyens d'approvisionner 
d'eau en tout temps la route du désert de Nubie» situé 
entre Korasko et Abou-Hannek; ji° qu'il a reçu plusieurs 
tableaux des dernières crues du Nil dont la marche a 
été anormale ; 3° qu'il possède un nivellement 'exact 
du Fayoum , et de l'espace compris entre le fleuve et 
cette province, travail exécuté avec des instruments de 
précision sous les yeux du général Ëdhem-Bey ; il en 
rendra compte en même temps que du Mémoire de 
M. Linant. 

Après ces communications , M. Jomard donne de 
nouveaux détails, sous les rapports ethuograhpiques et 
géographiques, sur l'excursion qu'il vient de faire dans 
l'Italie supérieure. Il signale , à Turin , outre la grande 
carte des Étals sardes en plusieurs feuilles, la carte 
générale réduite, qui est très avancée etd'une très belle 
exécution; la carte des Alpes et toutes les grandes 
coupes en 6 feuilles , par Mlasalegna , accompagnant 
une histoire des Alpes 'militaires; les musées, et parti- 
culièrement les galeries de YArmeria, assez riches en 
objets d'ethnographie ; la collection des cartes et des 
manuscrits recueillis par feu le comte Vidua, ou exé- 
cutés par lui-même , collection renvoyée «des Molu- 
ques par la personne chez qui a succombé ce savant 
et infatigable voyageur; puis h Florence, l'observa- 



( 5sg ) 

toire des Scuole-Pie 9 où , sous la direction du Père 
Iagbirami , l'on recueille assidûment les observations 
météorologiques, etc. Enfin , il rend compte d'une 
méthode topographique qui a été employée par les 
ingénieurs militaires sardes pour les travaux relatifs h 
la défense de Gênes. Cette méthode donne à la fois 
les trois coordonnées, et elle est pratiquée par les 
simples soldatsdu génie; elle supplée la planchette» et 
la remplace avec avantage dans presque tous les cas. 
M. Jomard en doit la connaissance à un savant acadé- 
micien de Turin , M. Léon de Menabria, capitaine du 
génie. 

M. d'Avezac , au nom de la section de publication, 
fait un rapport verbal sur la question de savoir si l'on 
doit imprimer dès à présent la collection des dessins 
du colonel Galindo, déjà lithographies, relatifs aux 
antiquités de l'Amérique centrale. Les pierres pouvant 
être effacées d'un moment à l'autre , la section pro- 
pose d'en faire exécuter immédiatement le tirage , 
dont la dépense n'irait pas beaucoup au-delà de 
55o fr. Le rapporteur ajoute que les matériaux entre- 
raient dans le nouveau volume qui est sous presse , et 
à la suite du Dictionnaire berbère. Après diverses 
observations , la Commission centrale décide, sur l'a- 
vis de la section de comptabilité , que Ton fera l'ac- 
quisition des pierres. 

Séance du 17 novembre i843. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

Madame Chapellier écrit à. M. le Président pour le 
remercier des témoignages d'intérêt qu'il a bien voulu 



( 53o ) 

lui donner, au nom de la Commission centrale, à 
l'occasion de la perte douloureuse qu'elle vient de 
faire. Madame Gbapellier exprime en même temps le 
désir de joindre sa souscription à celles des membres 
de la Société. 

M. Simm on ds , directeur du Colonial Magazine , à 
Londres, écrit à la Société pour lui exprimer le désir 
d'être admis au nombre de ses correspondants étran- 
gers. Ses relations scientifiques avec les colonies amé- 
ricaines et avec les membres les plus distingués des 
corps savants de ce pays lui permettront de faire d'u- 
tiles communications à la Société. 

La Commission centrale accueille les offres de 
M. Simmonds, et elle recevra ses communications 
avec un vif intérêt ; mais elle regrette que le nombre 
limité de ses correspondants, dont le cadre est rempli, 
ne lui permette pas d'accorder pour le moment à 
M. Simmonds le titre officiel qu'il désire obtenir. 

M. le Président annonce que la Commission cen- 
trale possède dans son sein trois savants norvégiens , 
M. Broch, capitaine du génie, qui a concouru à la 
triangulation des côtes septentrionales de la Norvège, 
et MM. Langsberg et Dnger, membres de l'Université 
de Christiania. 

M. le Président donne des renseignements sur les 
progrès de l'impression du Dictionnaire et de la Gram- 
maire berbères de Venture; celle publication est très 
avancée. 

M. Jomard communique l'extrait d'une lettre par- 
ticulière de M. le baron de Derfelden de Hinderslein, 
où ce savant exprime le désir que la France ordonne 
une expédition , dirigée de la colonie d'Alger sur l'A- 
frique centrale. Son opinion est que le lac Tchad ne 
peut être le grand lac du Soudan , et que peut-être il 



( 33i ) 

faut chercher le pays de Wangara dans la contrée 
d'Owyheil. 

Il offre ensuite, de la part de H. Joseph Russegger, 
de l'Institut impérial militaire géographique de Vienne, 
trois nouvelles feuilles de Fa lias de ses voyages en 
Afrique ; ce sont : la carte géognoslique de l'Egypte , 
la carte du Soudan , et celle du pays de Tumat et du 
fleuve Bleu. 

M. Roux de Rochelle offre , de la part de M. War- 
den , une carte du Texas et un rapport de M. Àshbel 
Smith , sur la fièvre jaune qui s'était déclarée à Gai- 
veston en i83g. L'auteur de ce rapport exprime en 
même temps le désir d'être admis dans la Société. 

La Commission centrale reçoit en outre l'hommage 
de plusieurs ouvrages et recueils périodiques ; elle en 
ordonne le dépôt à sa bibliothèque, et vote des remer- 
ciements aux donateurs. 

M. de Froberville dépose sur le bureau une partie 
du manuscrit de la table, gêné raie des matières du 
Bulletin : ce travail est sur le point d'être achevé $ et 
l'on peut en commencer immédiatement l'impression, 
La section de comptabilité est invitée à préparer un 
devis de la dépense , et à présenter son rapport à ce 
sujet dans une des prochaines séances. 

La Commission centrale fixe l'assemblée générale au 
vendredi 1 5 décembre. 

M. de La Roquette annonce qu'il prépare pour celte 
séance une Notice historique sur les travaux de 
M. Louis de Freycinet , capitaine de vaisseau , mem- 
bre de llnslitut, et l'un des fondateurs de la So- 
ciété. 

Le même membre communique une lettre de 
M. Le Prévost , membre de l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, au sujet de deux manuscrits sur 



( 35-i ) 

lesquels il lui avait demandé des renseignements. 
Le premier de ces manuscrits , qui se trouve entre 
les mains de M; Féret , bibliothécaire de la ville de 
Dieppe, est une relation contemporaine et inédile, 
avec figures coloriées, d'un voyage de Ctiamplain aux 
Antilles et à là Terre-Ferme d'Amérique. Les ob- 
jets d'histoire naturelle sont fort reconnaissables. Il 
avait été question de publier cette relation , et M. de 
Blainville avait promis d'y joindre des Notes. Le se- 
cond manuscrit * qui appartient à M. de La Quesnerie, 
juge de paix du canton de Duclair , est l'original de la 
relation imprimée de la conquête des Canaries, par 
Jean de Béthencoùrt. Les figures ont peu de caractère 
et d'intérêt. D'après la collation de ce manuscrit sur 
l'imprimé, M. Le Prévost n'y a trouvé de plus qu'un 
chapitre relatif à l'histoire domestique de Béthen- 
court. 

M. Berthelot présente quelques observations sur le 
dernier de ces manuscrits, qu'il a cité avec toutes les 
circonstances qui s'y rattachent dans la partie ethno- 
graphique de son histoire naturelle des lies Canaries. 

MEMBRES ADMIS DANS LA SOC IÉTÉ. 

Séance du 3 novembre. 

M. Chapellieb, notaire. 

M. Hommaire de Hell , ingénieur civil des mines. 

Séance du 17 novembre, 

M. Ashbel Smith , chargé d'affaires du Texas à Paris . 

(La liste des ouvrages offerts au prochain numéro)* 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GÉOGRAPHIE. 



DÉCEMBRE l843. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 

DO 15 DÉCEMBRE 1843. 



RAPPORT 

SDB LES TBAVAUX 

DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS 

ET SDR LES PROGRES DE LA SCIENCE 

VBXDANT L'ilfflil 1843. 

PAR M. S. BERTHELOT, 

Sccritai régénérai ât la CommitHM etnlralt. 



Messieurs, 

Il y a vingt-trois ans que des hommes honorables, 
voués aux études géographiques, jetèrent les fonde- 
ments de cette institution. Faire connattre les pays 
sous le rapport de leur position, de leur climat et de 
leurs ressources, provoquer des découvertes nouvelles, 

XX, DÉCEMBRE- 1. 22 



( 334 ) 

encourager les voyages , diriger» soutenir, récompen- 
ser le zèle dés explorateurs et ramener à des vues gé- 
nérales toutes les observations individuelles, tel fut le 
programme de vos fondateurs. Vous en comptez en- 
core plusieurs dans vos rangs. L'œuvre qu'ils commen- 
cèrent , et que vous poursuivez ensemble avec une si 
louable persévérance , n'est pas restée stérile ; ses ré- 
sultats sont une preuve de l'influence que vous étiez 
appelés à exercer sur les progrès de la géographie et 
témoignent de ce dévouement que vous savez si bien 
inspirer aux autres. À votre appel, d'intrépides voya- 
geurs vont braver les périls pour pénétrer dans des 
contrées souvent inhospitalières , et rapporter au 
centre commun les documents qu'ils ont recueillis. La 
publicité que vous donnez à leurs renseignements, en 
profitant aux sciences, à la navigation, au commerce 
surtout, avance les progrès de la civilisation ; car c'est 
parle commerce, par les relations qu'il entretient, 
les moyens dont il dispose , par toutes les prospérités 
dont il est la source , que les peuples se civilisent. 

Ainsi, tandis que, dans l'intérêt des sciences, comme 
dans celui des arts utiles, le monde s'ouvre aux con- 
quêtes pacifiques, tandis que les voyages se multi- 
plient pour seconder celte activité commerciale qui 
cherche partout des débouchés aux produits croissants 
de l'industrie , la géographie , grâce à l'heureuse di- 
rection que vous lui imprimez , répond aux besoins de 
l'époque pat des résultats sociaux et pratiques. 

C'est de ce point de vue que j'examinerai les progrès 
de la science dans le cours de l'année qui va finir. Je 
me bornerai à l'analyse des faits, laissant à votre juge- 
ment d'en apprécier la portée : seulement, dans les con- 
sidérations que je hasarderai sur ceux qui m'ont paru 



( 355 ) 

les plus importants , j'indiquerai en passant les consé- 
quences qu'on doit on déduire eu les enseignements 
qu'on peut en tirer. Les régions du globe vers les- 
quelles marche la civilisation, dans ce grand mouve- 
ment qui donne l'essor à tant d'entreprises, fixeront 
plus particulièrement mon attention. Je m'y arrêterai 
de préférence pour constater les services que la géo- 
graphie a rendus» et ce sera par l'Océan Pacifique 
que je commencerai mon examen. 

OCÉANIEL 

Celte vaste mer qui baigne les côtes de l'Amérique 
et de l'Asie , cette région polynésienne que tant de 
récits nous ont déjà fait connaître, est devenue aujour- 
d'huiun des grands centres où aboutissent les intérêts 
de plusieurs nations maritimes. Au sud , les ports du 
Chili et du Pérou s'ouvrent sur cet Océan où la France 
s'est créé des points d'appui; au centre, l'isthme 
de Panama, qu'on essaie de canaliser, promet 
aux navigateurs un trajet plus facilç; plus haut s'é- 
tend la côte du Mexique et eette Californie septentrio- 
nale qu'on laisse abandonnée à ses seules ressources ; 
non loin de là, l'Angle terre et les États-Unis débordent 
par les montagnes Rocheuses; les Russes, par l'extré- 
mité de l'Asie , étendent leurs possessions sur toute la 
côte du nord-ouest ; ici l'archipel de Sandwich, con- 
voité par des puissances rivales; les lies de la Société, 
qui réclament notre protection; les Marquises, que 
nous occupons ; les Wall is, les Gambiers et tant d'au- 
tres groupes devenus le théâtre de religieux dévoue* 
ments. Plus loin , c'est un monde nouveau : la Nouvelle- 
Zélande, l'Australie et la Tasmanie, qui ne sauraient 
plus rien nous offrir, car la colonisation anglaise a 



( 336 ) 

retenu d'avance tout ce qu'elle n'a pu encore envahir; de 
l'autre bord , c'est le Japon, que la Russie a voisine ; la 
Chine, forcée d'ouvrir cinq de ses ports au commerce 
du monde ; les Philippines et les lies de la Malaisie 
orientale, si riches de leurs produits; la Nouvelle- 
Guinée enGn, encore indépendante, mais prête â 
payer son tribu au premier occupant. Tels sont les 
limites et les points culminants de celte région im- 
mense où les ambitions et les rivalités pourront se ren- 
contrer dans leur lutte. Nos missionnaires y ont péné- 
tré, nos baleiniers y établissent leurs croisières , nos 
stations navales y Font respecter notre drapeau. 

Une circulaire de M. le ministre de la marine a 
annoncé que les ports des lies Marquises et ceux de 
Taïti étaient placés sous le régime de la franchise ab- 
solue. La situation géographique de ces archipels , 
leur destination principale comme lieu de relâche et 
de ravitaillement, réclamaient celle mesure, que l'on 
doit considérer comme un premier pas vers la pros- 
périté future des établissements français de TOcéanie. 

Des renseignements officiels, publiés dans l'intérêt 
de nos relations maritimes, signalent les archipels de 
Pomatu et de Gambier, situés à quelques journées de 
route des Marquises, comme les plus fréquentés pour 
la pêche des nacres de perle; les lies Hamoa,les 
Viti 9 le petit groupe des Gilbert et des îles Marchai, 
placés sur la ligne des vents alizés, n'en sont qu'à 
quinze jours de navigation; l'écaillé de tortue et le 
bois de sandal y abondent, et ces riches produits for- 
ment le meilleur fond des cargaisons destinées pour la 
Chine. Ainsi des éléments d'activité et de ressource pour 
notre commerce existent aux alentours de nos pos- 
sessions , et tout ce qu'il y avait de conjectural sur les 



(537) 
avantages qu'elles pouvaient offrir se traduit eu faits 
positifs. 

Une autre circonstance vient augmenter l'intérêt 
qui se rattache à cette partie de là Polynésie : c'est le 
peu de succès que présente maintenant la pêche de 
la baleine dans les mers australes. Nos baleiniers 
commencent à abandonner les parages épuisés de la 
Nouvelle-Zélande pour se diriger vers les Marquises, 
Otaïti , les iles Sandwich , et de là sur la côte nord- 
ouest de l'Amérique septentrionale , oïl leurs opéra- 
tions ont été des plus fructueuses durant les deux der- 
nières saisons.. 

ML Estancelin , député de la Somme , l'un des hom- 
mes qui s'occupent avec le plus de sollicitude de nos 
intérêts commerciaux, a fait insérer dans le Bulletin de 
la Société maritime de Paris, (i), dont il est membre, 
un mémoire très important sur les possessions françaises 
dans la Polynésie et sur le commerce dans VOcèanie. Cet 
écrit est le résumé des documents qui ont été commu- 
niqués à l'honorable député de la Somme par le capi- 
taine Hurtel, et que ce navigateur, plein de zèle, a re- 
cueillis durant ses nombreux. voyages dans l'Océan Pa- 
cifique. M» Hurtel. a étudié avec fruit l'état actuel des 
populations de l'Océanie, et plus particulièrement 
celles des îles que nous venons d'occuper; il a donné 
des détails étendus sur leur agriculture , sur leur indus- 
trie , et il fortifie de sa propre expérience ce qu'il dit 
du commerce avantageux que la France peut créer 
dans celte partie du monde. Il indique les relations 
qui doivent indispensablemerit s'établir entre ces ar- 
chipels et l'Amérique méridionale , l'Amérique cen - 
traie et la côte du nord-ouest. Il démontre les avan~ 

(i) Voy. le 5 e cahier de celte publication, 



( 35S) 

tages du commerce avec la Chine par le Grand Océan, 
commerce entrevu par l'illustre Cook, pratiqué depuis 
par les Anglais et les Américains des États-Unis, et 
que Louis XVI, qui en apprécia l'importance, recom- 
manda dans ses instructions à l'infortuné de La Pô- 
rouse. 

C'est par cette voie que la France peut désormais 
entrer en relation avec la Chine , avec la Corée , et un 
jour avec le Japon. Elle en a le» moyens par les éta- 
blissements qu'elle vient de fonder, et qui doivent ser- 
vir de base à sa puissance maritime dans la Polynésie. 
t Nos lies Marquises et celles de la Société, distantes 
de 5o degrés du groupe des Sandwich (dit l'honorable 
député de la Somme ) , nous offrent des avantages à 
peu près semblables à ceux que l'Angleterre a depuis 
longtemps reconnus dans la possession de celles-ci , 
situées comme elles à une distance à peu près sembla- 
ble des côtes de l'Amérique... Nous pouvons conjec- 
turer par l'état actuel de la civilisation , du commerce 
et de la navigation dans les Sandwich» ce que nous 
devons attendre , avec un bon et sage régime, de nos 
nouvelles acquisitions* Les Anglais, les Américain»» 
les Russes et quelques autres nations commerçantes 
ont fondé à Honolulu des factoreries dirigées par des 
consuls accrédités. Ce port est aujourd'hui le centre 
des relations commerciales entre l'Amériqueetla Chine. 
C'est là que les pelleteries, les bois, les produits des 
pêcheries, etc., de la côte nord-ouest, sontdéposéspour 
être expédiés d'un côté vers le Céleste Empire, d'autre 
part vers l'Australie. C'est là aussi que sont envoyées 
toutes les marchandises européennes destinées à la 
consommation des peuplades américaines, pour les- 
quelles elles sont devenues un besoin, 



(239 ) 

9 

C'est d'Honolulu que des bâtiments construits sur 
les chantiers de l'île , montés en grande partie par les 
naturels , partent pour leurs différentes destinations. 
La France partagera , si elle le veut , tous ces avantages. 
Si ses possessions sont plus éloignées que les Sandwich 
de la côte nord-ouest et de la Californie, elles sont 
plus rapprochées de l'Amérique centrale , du Pérou et 
du Chili; elles sont plus à portée de la Nouvelle-Zé- 
lande et de l'Australie; placées au centre de la Poly- 
nésie , elles font partie de la grande chaîne des archi- 
pels des Navigateurs» des Fidji» de Sante-Cnù, de 
Salomon , etc. Ses bâtiments de commerce trouveront 
dans ces lies toutes les productions terrestres et ma*» 
rines recherchées sur les marchés chinois... 

• Nous ne devons pas prétendre à dominer dans tous 
les archipels ; mais nous devons , partout où les inté- 
rêts de notre commerce nous appelleront» y faire 
respecter notre pavillon. A celte occasion, nous avons 
à discuter un fait important que le capitaine Hurtel 
indique, et que nous croyons mériter un examen 
approfondi. La France doit-elle borner son occupation 
à celle des Iles de la Société» et, arrêtant ses limites 
au i54* degré de longitude, renoncer aux archipels 
d'Homoa, de Tonga, et ne rien prétendre sur le 
groupe si intéressant des Fidji? S'il en était ainsi, 
n'aurions-nous pas à craindre que sur la route à tenir 
pour nous porter à l'ouest » une puissance rivale ne 
vint s'établir dans l'intervalle, et nous disputer les 
ressources qu'offrent à notre commerce ces lies d'une 
population si considérable , fécondes en bois de sandal 
.et autres productions recherchées en Chine, et deve- 
nues» par les exploitations irréfléchies qu'on en a 
faites, de plus en plus rares dans l'archipel de la So- 



(54o) 

ciété de Pomotou et de Nouka-Hiva ? Tonga-Tabou ,- 
dont Cook , d'Entrecasteaux et Dumont d'Urville , ont 
fait connaître le mérite et l'importance, est une annexe 
indispensable à Taiti. Cette position assurerait à la 
France la domination de la partie de la Polynésie 
comprise entre le tropique et l'équateur, à partir du 
180* degré de longitude. Ainsi se trouverait faite sa 
part de la distribution de cette partie du monde où 
l'Angleterre, par la possession de l'Australie, de la 
Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande, s'est adjugé un 
lot si considérable. . ! » 

Ces citations suffiront» je crois, pour démontrer 
'dans quel esprit M. Estancelin a présenté les rensei- 
gnements que lui a fournis le capitaine Hurtel. C'est en 
s inspirant de ces précieuses données que l'honorable 
député de la Somme a rédigé son excellent travail. 
L'exposé que je viens d'en faire , bien que très incom- 
plet, ne sera pas déplacé dans ce rapport, au moment 
surtout où l'attention de la France semble se tourner 
sérieusement vers la région polynésienne» 

M* Gustave d'Eichthal , dans un Mémoire sur l'his- 
toire primitive des races océaniennes , dont il a fait 
lecture à l'Institut , a appelé l'attention de l'Académie 
des sciences morales sur cette région du globe qui 
commence à prendre place dans le grand mouvement 
de la civilisation humaine. L'Océanie , par son passé, 
son présent et son avenir, par l'originalité de ses ca- 
ractères naturels et par l'importance des intérêts qui 
s'agitent autour d'elle, offre à la fois un vaste champ 
d'observation aux savants et aux philosophes. € Long- 
temps renfermée en elle-même, et défendue du contact 
étranger par un ensemble de conditions tout particu- 
lier, l'Océanie voit aujourd'hui les représentants de 



( 3/|i ) 
toutes les grandes races historiques, de toutes les 
vieilles civilisatiçns, venir s'installer chez elle , et pré- 
parer une société nouvelle dont la position 9 l'énergie 
et les ressources ne peuvent manquer d'exercer une 
grande influence sur les autres portions du globe. • 
Le Mémoire de M. d'Eichthal est le résumé d'un tra- 
vail très étendu qui doit paraître dans le Recueil de la 
Société ethnologique. — Rechercher dans les analo- 
gies du langage , des coutumes et des traditions , les 
vestiges de l'histoire primitive des peuples de la 
Polynésie, tel est le but des .intéressantes études de 
notre collègue. 

Tous les faits qui concernent ces terres lointaines 
acquièrent aujourd'hui une grande importance , et 
sous ce rapport l'ouvrage que MM. Vincendon Dumou- 
lin et G. Desgraz ont publié sous le titre des Iles Mar- 
quises ou Tfouka-Hiva méritait de Gxer. l'attention. 
Notre confrère , M. Eyriès , vous en a rendu compte. 
Les auteurs» déjà avantageusement connus par leurs tra- 
vaux scientifiques ,. ont fait une étude consciencieuse de 
l'histoire et de la géographie des lies où flotte notre pa- 
villon. C'est le résumé de toutes les notions acquises sur 
cet archipel. MM. Dumoulin et Desgraz ont décrit les 
mœurs des Noukahiviens d'après leurs propres observa- 
tions , et l'intérêt d'actualité qu'a présenté cet ouvrage 
a été augmenté par les considérations générales sur 
les colonies européennes de l'Océanie, que M. Dumou- 
lin a exposées dans le dernier chapitre. 

Un rapport adressé à M. le contre-amiral Dupelit- 
Thouars par M. Mallet, commandant la corvette l'Em- 
buscade, nous a fait connaître les heureux résultats du 
zèle apostolique de nos missionnaires aux lies de Sand- 
wich et de Wallis. Pendant le séjour du capitaine 



( 54* ) 
Mallet à Honolulu, il a assisté aux examens des élèves 
indigènes catholiques sur la lecture» l'écriture» la 
géographie , la chronologie de l'histoire et les mathé- 
matiques élémentaires. Plus de six cents indigènes des 
deux sexes et de tout âge étaient sur les bancs, et cet 
officier a pu juger de l'intelligence de cette partie de 
la population hawahienne et de la patience des maî- 
tres dans leur méthode d'enseignement. 

Les détails que donne If. Mallet sur l'état de l'a- 
griculture et du commerce des lies Sandwich ne sont 
pas moins satisfaisants. Ces lies produisent annuelle- 
ment de 5 à 4»ooo tonneaux de sucre; plus de 200,000 
pieds de caféiers y ont été plantés. Depuis le 1" juil- 
ht 1841 jusqu'au 3o juin 184* 9 cinquante-quatre bâ- 
timents américains, représentant une valeur d'envi- 
ron *,soo,ooo dollars, avaient mouillé sur la rade 
d'Honolulu. 

D'après le rapport du même officier, les mission- 
naires français établis aux lies Wallis ont fini par 
triompher de tous les obstacles que leur opposaient 
les dissensions des chefs indigènes. Aujourd'hui la 
plupart des naturels sont convertis à la foi. Le capi- 
taine Mallet n'a eu qu'à se louer de leur bonne con- 
duite pendant tout le temps de son séjour dans Hle 
principale. Sa relation contient des renseignements 
importants sur l'hydrographie du groupe des Wallis 
et sur les passes qui conduisent aux différents mouil- 
lages. Les règlements de port pour les droits de pilo- 
tage et d'ancrage , ceux de commerce et de police , et 
les traités qui ont été passés les S et 4 novembre 184 • 
entre le commandant de la corvette française l'Embus- 
cade et le roi des lies Wallis , assisté du conseil des 
chefs , ont été insérés dans les Annales maritimes. 



(345) 

Parmi les cahiers des Annales de ta propagation de 
la Foi que la Société a reçus celle année , nous avons 
la le compte-rendu des progrès de l'œuvre. Ce rap- 
port recommande aux yeux du monde une institution 
qui a déjà rendu tant de services à l'humanité. 

Au moyen-àge , l'Europe armée se le? ail à la voix 
des souverains pontifes pour aller porter la croix 
sur des rivages infidèles. A mesure que les rois de la 
chétienté agrandissaient leurs domaines» ils s'atta- 
chaient par la faveur et soutenaient de leurs trésors 
les missionnaires qui avaient suivi la fortune de leors 
armes. Aujourd'hui ce ne sont plus les puissants du 
inonde qui contribuent exclusivement à l'œuvre de la 
charité universelle ; l'esprit d'association a poussé ses 
racines dans le sein de la société pour y chercher une 
nouvelle sève. L'œuvre de la propagation de la foi, fondée 
sur le principe d'universalité , en marchant dans la 
voie des conquêtes pacifiques , en semant chez tous les 
peuples les sentiments de fraternité chrétienne, a pré- 
paré le triomphe de la civilisation. L'oubli des prédi- 
lections personnelles et des susceptibilités nationales , 
le zèle éclairé , la charité des membres de l'associa- 
tion, ont grandi cette œuvre propagatrice. 

Chaque année s'organisent de nouvelles missions (i) : 
les tribus américaines refoulées au-delà des monta- 
gnes Rocheuses, sur les bordsde l'Océan Pacifique, ré- 
clament des prêtres, ces robes noires dont les anciens 
de la tribu ont gardé le souvenir. Les lies de l'Océanie 
comptent 4 évêques et plus de 60 missionnaires catho- 

(l) En 1843,1a diocèses on vicariats apostoliques'sont venus s'a- 
jouter au nombre des chrétientés qui ont droit à la distribution des 
secours ; les recettes se sont élevées à plus de 3,3oo,ooo francs, et sur 
cette somme la France a contribué pour plus d'un million et demi. 



( 344 ) 
liques sur leurs rivages naguère ensanglantés par les fes- 
tins des cannibales. Un vicaire apostolique et ta prêtres 
vont aborder aux côtes de Guinée pour annoncer aux 
noirs de l'Afrique centrale ce Dieu dont ils sont aussi les 
enfants. Les postes les plus périlleux sont les plus en- 
viés. La Gbîne et le Tong-Kin , arrosés du sang des 
martyrs, ne cessent d'attirer de nouveaux catéchistes. 

Ces hommes pieux, dont on ne saurait trop admi- 
rer le dévouement 9 arrivent par l'étude des langues à 
faire comprendre aux nations sauvages les avantages 
de cet état social qui élève l'intelligence, et place 
l'homme dans une condition d'existence plus digne de 
lui. Par les renseignements qu'ils fournissent sur les 
contrées qu'ils visitent» les missionnaires ont déjà 
beaucoup contribué aux progrès de la géographie. 

La mission des Marquises eut à lutter dans son prin- 
cipe contre le mauvais, vouloir d'un des grands chefs 
insulaires, qui» après avoir visité plusieurs llesdel'O- 
céanie à bord des baleiniers américains , s'était atta- 
ché au parti des méthodistes. Maintenant ses succès 
sont assurés, et sa prépondérance s'étend dans les au- 
tres archipels. 

Aux Sandwich, un de nos missionnaires dirige une 
fabrique de nattes et d'ouvrages dé vannerie , dont le 
produit est distribué aux jeunes ouvrières. Les terrains 
qui lui ont été concédés par les chefs du pays sont dis- 
tribués aux cathécumènes pour être cultivés sous ses 
yeux , et une école a été établie pour les arts mécani- 
ques de première nécessité. 

A Tonga, nos missionnaires, d'abord mal accueillis 
parles naturels, que suscitaient contre eux des rivalités 
étrangères, ont su mériter la confiance du roi, qui 
s'est déclaré le protecteur des amis nouveaux-venus* 



( 545) 
Aux Iles Wallis, les habitants d'Ouvea, réputés les 
plus intraitables de la Polynésie , sont les premiers à 
marcher dans la bonne voie. L'esprit du christia- 
nisme et sa morale sublime, en pénètrantchei ce peu- 
ple, a opéré les plus heureux changements. Les guerres 
ont cessé, et des sentiments d'humanité sont Tenus 
remplacer des mœurs féroces. Les naturels de Wallis 
apprennent de nos missionnaires & cultiver le coton, à 
le Gler, à le tisser, à construire des habitations plus 
saines et plus commodes, à élever des bestiaux et fa 
naturaliser des plantes européennes. Tant de bienfaits 
leur ont acquis la reconnaissance de ces peuplades , et 
chaque jour ils reçoivent de nouveaux témoignages du 
respect qu'ils inspirent. 

AUSTRALIE. 

Tandis que l'influence civilisatrice de la France se 
fait sentir dans la Polynésie, l'Angleterre étend et 
consolide sa puissance dans la région australe. La 
Nouvelle-Hollande , où l'activité anglaise se déploie 
sur un si vaste champ, a pris tout- à-fait l'aspect d'une 
contrée européenne. 

Un décret du gouvernement britannique divise 
l'Australie méridionale en neuf districts ou contrées 
dont il fixe les limites. D'après le dernier recense- 
ment de la terre Van-Diemen, la population de cette 
colonie s'élevait à 5o,aifi habitants: Uobart-Town 
comptait plus de i/|,ooo Ames, et Launceslonplus de 
7,000. 

Le gouverneur colonial de la Nouvelle -Z' 
a pris possession, au nom de S. M. B-, de 
payset de ses dépendances, sans en excepter 1* 
du territoire où la France a fondé un étal» 



(346) 

Le commandant Bérard, chef de la station française 
dans ces parages» a , dit-on, protesté contre cet acte 
jusqu'à ce que notre gouvernement lai transmette ses 
ordres. En attendant, le pavillon de la Grande-Bretagne 
flotte dans le port d'Akarsa, où le magistral Robinson a 
installé son tribunal , et les droits du fisc sont perçus 
par un collecteur anglais. 

Le Journal des missions évangéliques nous fournit 
aussi des notions qui intéressent la géographie; mais 
nous aimerions à le Toir rédigé dans un esprit plus to- 
lérant, et montrer moins de dédain pour les travaux 
de ceux qui marchent sous une autre bannière. Les 
établissements européens de le Nouvelle-Zélande et 
les progrès des missions catholiques dans ce pays ne 
paraissent pas aux rédacteurs devoir amener de bons 
résultats. Us désespèrent de l'avenir des peuples abori- 
gènes (i). 

Dans la Nouvelle-Hollande, au contraire, cette vasle 
contrée où Ton a voulu organiser une société sur de si 
étranges bases, ils nous disent que la moralisation 
commence à porter ses fruits , et qu'à côté de l'hon- 

{i) ■ La Nouvelle-Zélande, pays de bonnes et de tristes nouvelles, 
« pays où l'Europe a envoyé Ce qu'elle a de bon et ce qu'elle a de mau- 
» vais : l'Évangile qui éclaire les esprits, et la superstition qui les 
» égare, la colonisation qui enrichit les peuples civilisés et tue les 
» peuples sauvages ; pays où des hommes venus des contrées étrangères 
» enseignent à de pauvres et ignorantes créatures, les premiers qu'il 
« faut adorer Dieu; les seconds, qu'il faut adorer les saints ; les autres, 
m qu'il faut adorer rien du tout; où les uns répandent la Bible, les 
» autres des chapelets et des croix , les autres des armes et des vices ; 
n pauvre peuple, qui , sortant de ses ténèbres et de ses crimes , voit 
« des exemples si contraires, et ne sait de quel côté diriger ses pas in- 
» certains ., » Extr. du Jçurn, des mis$. évang., i8* année, io« liv., 
p. 3?3. 



(547) 
nète colon, \e convie t émancipé» revenu à de meilleurs 
sentiments, reprend le rang qu'il a perdu. Noua vou- 
drions croire à ces assertions; mais que faut-il penser 
quand on a pris connaissance des faits rapportés par 
H. W. Ullathorne, vicaire général de la mission d'Aus- 
tralie, dans un Mémoire communiqué à la Société 
orientale , et inséré dans la Repue de V Orient (1 ) ? Cet 
écrit d'un missionnaire catholique renferme des détails 
affligeants sur le sort des déportés , et ne nous laisse 
presque aucun espoir de voir s'opérer la régénération 
morale de cette population, qui vit dans la corruption et 
le vice comme dans son élément naturel. Une réforme 
peut seule sauver le pays de son déplorable avenir. Le 

gouvernement britannique osera-t-il la tenter? 

■ 5o,ooo prisonniers croupissent dans l'esclavage (nous 

• dit M. Ullathorne); le fer qui ronge leurs pieds con- 
»9ume aussi leur cœur ; le fouet qui s'abreuve de leur 
» sang dévore en eux jusqu'au sentiment de la condi- 
tion humaine. On les a jetés là pour les intimider 

»on n'a fait que redoubler leur rage; pour les puri- 
»fier.... et ils sont mille fois plus corrompus qu'au 

• moment où la patrie les a expulsés. Chaque année 
» 6,000 individus viennent grossir cette population. 

• Fasse le ciel qu'on sorte enfin d'une erreur trop 
» commune, et qu'on apprenne à connaître quelles 

• souffrances corporelles, quelles horreurs morales 

• sont réservées dans ces contrées lointaines aux mal- 
» heureux condamnés (9) 1 » 

(1 ) VI» cahier. Octobre 1 843. 

(?) Tous ceux qui s'intéressent au bien de l'humanité et désirent le 
soulagement des misères qui l'affligent, ne liront pas sans frémir le 
mémoire de M. W. Ullathorne, dont je reproduis ici quelques frag- 
ments: 

• ... Pendant cinq ans , j'ai conversé avec le condamné et véci» 



( 548 ) 

La Nouvelle-Galles du Sud, ce grand bagne de l'An- 
gleterre , est arrivée en peu d'années à un haut degré 

y* pour ainsi dire avec lui. Souvent je l'ai reçu au moment de son ar- 
» rivée à la Nouvelle-Galles du Sud ; trois fois je l'ai visité dans la 
» terre de Van-Diemen. Je suis allé le chercher dans le dépôt où on le 
» renferme; j'ai pénétré avec lui dans l'intérieur du pays, jusqu'au 
» lieu de sa destination; je l'ai suivi dans le champ qu'il. arrose de ses 
» sueurs , dans les pâturages déserts , dans les forêts lointaines où il 
» guide ses troupeaux.. . Le criminel est venu à moi pour décharger 
» le poids de sa conscience , pour confier à mon oreille le récit de ses 

• folies et de ses malheurs. Il s'est présenté sortant du fond du bois, 
» le \isage sombre, le corps fatigué , revêtu d'un accoutrement hon- 
» teux et chargé de ses chaînes bruyantes .. Deux fois j'ai fait voile 
» avec les condamnés pour Vile de Norfolk , ce dernier asile accordé 
» sur la terre au crime et au désespoir. 

» Quant au motif qui m'a fait agir, je n'en ai qu'un sur la terre... 
» ce motif, c'est la réforme de cette malheureuse colonie... Si l'on 
» m'accuse de hardiesse, je répondrai : considérez la cause que je dé- 
» fends... Oui , je le dirai hardiment , on a commis une action mon- 
» strueuse et impie ; on a pris une large portion de la terre de Dieu 

* pour la changer en cloaque. Celle immense étendue de mers qui 
» environne le globe d'une ceinture merveilleuse est devenue comme le 
>• canal de cet effroyable égout. On a versé écume sur écume, entassé 
m ordure sur ordure; et lorsque ce mélange a commencé à prendre 
» quelque consistance, on en a construit une nation de criminels, qui, 
» si l'on n'y porte promptement remède, deviendra bientôt pour tous 
. les peuples de la terre un objet d'horreur et de malédiction. Jamais 
» l'œil de Dieu ne s'est abaissé sur une société comme celle-ci, où cha- 
» cun est en état d'hostilité avec son voisin et se défie de son ami ; où la 
» communauté n'a point de lien ; où les hommes sont profondément 
» méchants, les femmes sans aucune pudeur, les enfants sans respect 
» pour leur père; où l'on ne sait, suivant l'expression du Prophète, 
» que le vol, le meurtre , l'adultère et le parjure. 

» Le sauvage errant au milieu de ses forêts sans limites ne con- 
» naissait aucun de ces crimes monstrueux, jusqu'au moment où l'An- 
» gleterre s'est chargée de les lui enseigner en lui envoyant ses prison. 
» niers.' L'amélioration d'un semblable état de choses n'intéresse-t- 
« elle pas l'humanité tout entière? » 



(549) 
de prospérité matérielle. Sa population dépasse déjà 
190,000 âmes, et se compose de 70 à 73,000 mem- 
bres de l'église anglicane, d'environ 3o,ooo catholi- 
ques et de 10 à 1 1 ,000 presbytériens. Le gouvernement 
de la Grande-Bretagne encourage l'émigration des 
femmes anglaises par des fortes primes , et les fait 
transporter en très grand nombre à la Nouvelle-Hol- 
lande; mais que doit-on espérer de celles qui tentent 
un pareil voyage dans la seule pensée d'épouser un 
condamné ? 

Le Journal des missions évangèUques rend compte de 

la manière suivante de l'état de la colonie :• Les 

b rues se couvrent de magasins et les champs de fermes. 
■ Grâce â ses champs fertiles, à ses belles vallées, â 

• ses riches forêts qui promettent au travail une abon- 
dante récompense, la Nouvelle- Galles du Sud s'an- 

• nonce déjà comme un pays d'un grand avenir. Tout 
» surgît à la fois , maisons , villages , villes , hôpitaux , 

• écoles (0, églises, agriculture, industrie, arts, scien- 

• ces , tout se développe à vue d'œil. L'élégante voi- 
» turc européenne roule sur le pavé de l'Australie , et 

• sur ces rives lointaines la vieille Angleterre semble re- 

• naître une seconde fois. » 

Ci) Lorsqu'en i832 M. Ullathorne débarqua dans l'ile deVan-Die- 
men, il n'y existait qu'une école ; l'état de la religion y était déplora- 
ble ; un hangar en planches snfKsait à peine pour contenir la moitié 
des fidèles : c'était la seule église de l'île. — Dans la Nouvelle-Galles 
du Sud, deux écoles libres avaient été établies à Sydney, mais on nVn 
comptait encore que deux dans l'intérieur du pays. Le tiers de la po- 
pulation de ce district était catholique, et pourtant l'église de Sydney 
n'était pas encore terminée. Grâce au zèle de M. Ullathorne et à la 
bienveillante coopération du gouverneur, sir Richard Bourke, six 
nouvelles école* furent fondées, et Ton prit des mesures pour la con- 
struction d'aotres églises... Voy. le M cm. cité. Bévue de l'Orient. 

XX. DÉCEMBRE. 2. 80 



( 35o ) 

Nous doutons fort que là vieille Angleterre accepte 
cette comparaison. 

Il est dans l'Australie une question philosophique 
qui domine toutes les autres. Aux yeux de l'humanité, 
ce n'est pas assez que le commerce trouve dans ce 
pays de nouveaux débouchés en même temps que de 
nouveaux produits, ni que la science ait devant elle 
tout un continent à explorer, et que de Sydney ou 
d'Hobart-Town , comme d'un lieu de relâche, elle 
s'élance vers les régions du pôle pour arracher à 
la nature ses derniers secrets. Les progrès de l'indus- 
trie, les spéculations de la science , nous les souhai- 
tons sans doute, mais tout n'est pas là; il faut encore 
que le problème moral qu'on a tenté de résoudre puisse 
amener de bons résultats, et, nous devons l'avouer, 
sa solution nous effraie lorsque nous réfléchissons 
aux funestes conséquences du système suivi jusqu'à ce 
jour. La philanthropie voit-elle renaitre à la vertu par 
le repentir, l'expiation et le travail , ces hommes aux- 
quels on a voulu offrir les moyens d'une réhabilitation 
sociale? Cette population naissante sur le rivage d'un 
continent qu'un jour peut-être elle couvrira tout en- 
tier, cette colonie, qui dans son développement pro- 
gressif doit devenir un nouveau monde, offre-l-elle 
quelque garantie de moralilé ?... Disons-le sans crainte 
d'être démenti: jusqu'ici on a voulu utiliser des hom- 
mes au profil d'autres hommes, on a formé une asso- 
ciation de crimes , on a fondé une société pervertie , 
dangereuse au monde , un foyer de contagion pour 
toutes les régions environnantes. Voilà à quoi s'estréduit 
ce système philanthropique si vanté. Ses bases,ses élé- 
ments, ses résultats, les voici. C'est un homme digne 
de foi qui nous les fournit, un ecclésiastique respec- 



( 55i ) 
table par son caractère , et dont l'âme sensible s'est 
profondément émue au douloureux spectacle des mi- 
sères humaines. 

c Le nombre des criminels déportés annuellement 
est d'environ 6,000. Dans l'année i835, 5, 006 hommes 
et 17g femmes débarquèrent à la Nouvelle-Galles du 
Sud; 2,976 individus, dont 92* femmes, furent expé- 
diés en outre pour la terre de Van-Diemen ; en tout 
6,161 criminels. La totalité des individus en état ac- 
tuel de servitude est d'environ 3o,ooo dans la Nou- 
velle-Galles du Sud, et de 20,000 dans la terre de Van- 
Diemen. Il faut y ajouter encore 3, 000 dans les 
établissements de correction de l'Ile de Norfolk, de 
Moreton-Bay et du port Arthur. 

»Un tiers de toute cette population est composé d'Ir- 
landais catholiques. La plupart, si l'on en excepte ceux 
qui habitent les grandes villes, ont été déportés pour 
quelques infractions aux lois pénales ou rurales, 
tandis que ceux qui viennent d'Angleterre sont, à peu 
d'exceptions près, des hommes qui se sont rendus 
coupables d'attentats directs contre les personnes et 
les propriétés. Ces condamnés sont tous confondus 
dans le même châtiment, et il résuite de ce mélange 
unç dépravation générale. La troupe des condamnés 
aux fers se compose en grande partie de prisonniers 
qui depuis leur arrivée dans la colonie ont commis 
des crimes de deuxième classe. En i835, le nombre 
des condamnés aux fers dans la Nouvelle-Galles était 
de 1,191 , et celui des condamnés aux travaux des 
grandes routes de 982. Dans la terre de Van-Diemen, 
on en comptait à la même époque 80S de la première 
catégorie , et 2,199 de la seconde. 



{ 55* ) 

«Que dirai- je des femmes condamnées (i)? Une 
fois arrivées dans la colonie , elles sont adjugées in- 
distinctement , comme domestiques, à des personnes 
de toutes classes. L'établissement de Parramalta est 
leur maison de correction. Il y en a un semblable 
dans l'Ile de Van-Diemen ; mais ces maisons n'ont été 
jusqu'ici qu'un affreux réceptacle d'infamie. Leur per- 
sonnel, qui se renouvelle sans cesse, se compose ordi- 
nairement de 600 femmes, dont la principale occu- 
pation est de travailler à se pervertir mutuellement. 
Envoyées là pour expier les fautes commises au service 
de leur maître, elles viennent se retremper dans le 
vice pour le propager à leur sortie sur lous les points 
de la colonie. 

» Peut- on s'élonner après cela du nombre de délits 
qui se commettent? En i835 , le tribunal de Sydney 
a prononcé 1 16 condamnations à mort pour crimes de 
meurtre. La même année , le nombre des condamna- 
tions pour délits moins graves s'est élevé, dans celle 
colonie seulement, à près de 22,000. Dans l'espace de 
quatre ans, un seul prêtre, M* Encroe, a assisté 74 
condamnés à la peine capitale , et un plus grand nom- 
bre encore de criminels envoyés à l'Ile Norfolk, genre 
de supplice qui équivaut à une seconde mort. » 

Après une pareille statistique , quel intérêt peut-on 
prendre aux progrès de l'industrie et à leurs résul- 
tats matériels? 

(1) « ... On sait qu'elles sont plus corrompues et bien plus difficiles 
à ramener que les hommes. Elles ne se distinguent que par l'immo- 
destie , l'ivrognerie , l'obscénité de leur langue. Sur le bâtiment qui 
les transporte, il est rare qu'il ne se rencontre pas quelques unes de 
ces furies à tête grise, véritables incarnations du crime, qui, pendant 
le voyage, ne s'occupent qu'à pervertir les plus jeunes et celles dont 
le cœur n'est pas aussi dépravé. » Mémoire de JV. Ul lut home. 



C 355 ) 

Si, laissant la question des colonies pénales établies 
dans l'Australie , nous envisageons l'avenir des tribus 
indigènes de cette vaste contrée , nous sommes peu 
rassurés en lisant le Journal des missions évangéli* 
ques. *Onapeufait,disentles rédacteurs, pourcette po- 
pulation. On sait sa misère , sa dégradation physique, 
intellectuelle et morale. Pour des hommes aussi abru- 
tis, quelles ne sont pas les conséquences de tout con- 
tact avec les colons européens? La population qui 
s'étend autour d'eux les presse , les refoule , et me- 
nace de les détruire. Les indigènes boivent,, s'enivrent, 
s'épuisent et périssent. Les lois de la colonie prennent 
d'une main ce qu'elles donnent de l'autre. Elles accor- 
dent aux protecteurs des indigènes ( nommés par le 
gouvernement britannique) le droit de défendre ces 
pauvres sauvages, et aux colons la liberté de s'étendre 
comme ils le veulent, de s'approprier les terrains qui 
leur plaisent , sans avoir pour cela ni permission à 
demander ni compensations à fournir. Si l'Indien, in- 
telligent, fier, passionné pour la guerre et l'indépen- 
dance , fuit tremblant devant le colon civilisé de l'A- 
mérique du Nord » que peut-on attendre pour l'inha- 
bile et dégradé aborigène de la Nouvelle-Hollande ? 
Peut-être les immenses régions intérieures lui servi- 
ront-elles longtemps d'asile ; mais, un jour, traqué aussi 
parla marche ascendante de la racç européenne , il 
périra peut-être sur. le sol qui le vit naître et qui lui a 
été ravi (l). • 

Cette prédiction s'est malheureusement déjà réalisée 
dans l'Ile de Van-Diemen. * 

(i) Journal des Miss, évang., 18* année, lo'liv., p. 390. 



( 354) 
Expéditions sorties des ports de la Nouvelle-Hollande. 

Le Nautical Magazine a publié» en août i845, une 
notice sur le dernier voyage d'exploration exécuté par 
le bâtiment de S. M. B. le Beagle, sur les côtes de 
l'Australie , sous le commandement des capitaines 
J.-C. Wickham et J.-L. Stokes. La géographie doit 
à cette expédition plusieurs progrés importants. Je 
mentionnerai d'abord la découverte de deux grandes 
rivières situées au fond du golfe de Carpentarie , et 
auxquelles on a donné les noms d'Jlbert et de Flinders; 
puis celle de la rivière Adélaïde, située dans la partie 
N.-O. du golfe de Van-Diemen ; et enfin la découverte 
d'une autre rivière plus considérable qu'aucune de 
celles qu'on connaissait dans l'Australie tropicale, et 
qui a été appelée Victoria. Elle eët située dans le 
même golfe» et son cours s'étend jusqu'à i5o milles 
dans le S.-E. 

Le Beagle a accompli la reconnaissance détaillée du 
détroit de Bass : les officiers de l'expédition ont obtenu 

4 

des détails intéressants sur l'entrée du port Dalrymple, 
ainsi que sur celle du port Philip. L'atterrage de 
Corner-Inlet et les mouillages de la partie méridionale 
ont aussi fixé l'attention des explorateurs. 

Le capitaine Francis Blackwood, commandant le 
brick de la marine royale d'Angleterre la Mouche(Fly) ft 
a fait voile pour explorer le détroit de Torres et 
la côte de la Nouvelle-Guinée. 

Le capitaine Stenley, commandant le Britomart , a 
fait connaître par un rapport adressé à M. Arthur , 
gouverneur de la ville de Victoria» dans la Nouvelle- 
Hollande , les résultats de son voyage aux lies Arrou , 



( 555 } 
Kî et Serwally. D'aptes l'exposé de ce rapport, îl pa- 
raîtrait que la mission du capitaine Stenley ne devait 
passe bornera une reconnaissance hydrographique, 
mais qu'il s'agissait principalement de s'assurer des 
avantages que les nouveaux établissements anglais de 
l'Australie septentrionale pourraient retirer du voisi- 
nage de l'archipel d'Arrou et des autres groupes si- 
tués sur la route. 

L'expédition, partie du port d'Essington, vint mouil- 
ler, après quarante-huit heures de navigation, devant 
la ville de Dobbe, située sur la côte de l'Ile deWoarud, 
Dobbeest lerendet-vousde tousles marchandshollan- 
daïs,boughis,macassars et chinois qui fréquentent l'ar- 
chipel d'Arrou, dont l'étendue est d'environ 100 milles 
du nord au sud. Les produits de ces lies consistent en 
perles , nacre, écaille de tortue et oiseaux de paradis. 
Le pays est couvert de grands arbres dont le bois 
peut être utilement employé pour l'ébénisterie et la 
construction navale. Le commerce que les Hollandais 
de Macassar font avec les habitants des Arrou parait 
très important, et n'a pas manqué de fixer l'attention 
des Anglais de l'Australie. ■ En terminant mes obser- 
vations sur les lies Arrou , dit l'auteur du rapport , je 
ne puis m'empêcher de faire remarquer la position 
favorable qu'elles offrent pour communiquer avec le 
port d'Essington. Pendant les deux moussons, la tra- 
versée d'aller et de retour peut se faire avec bon vent, 
et ne demande pas plus de trois jours. » 

On trouve aussi dans ce rapport des renseignements 
intéressants sur le groupe de Ki, situé ■ Go milles de 
celui d'Arrou , et dont la population s'élève à environ 
10,000 âmes ; ensuite sur les lies Banda , si riches pa r 
la culture du muscadier, et dont le capitaine St«o' 



r 



( 356 ) 

estime le produit annuel à 200,000 kilogrammes de 
noix. 

MALAISIE. 

H. le docteur Hombron , qui a fait partie de la mé- 
morable expédition de V Astrolabe et de la Zélée, et au- 
quel les sciences naturelles sont déjà redevables d'im- 
portants travaux , a publié des extraits de son journal 
dans les Armales maritimes. À l'intéressant récit de son 
excursion au volcan de Ternate , il a joint la relation 
d'une course dans les montagnes d'Amboine. On suit 
volontiers le voyageur dans cette excursion pittoresque, 
on partage l'enthousiasme du botaniste au milieu de 
cette végétation tropicale qui étale à l'envi ses plus 
riches trésors. Mais M. Hombron ne s'est pas borné 
à recueillir des plantes; il a porté ses observations 
dans un ordre de faits plus élevés. En étudiant la race 
malaise, il s'est demandé si le climat, ce grand réactif 
de l'organisation , n'aurait pas modifié les caractères 
du type originaire, de manière à produire une appa- 
rence de variété. Les recherches auxquelles il s'est 
livré sur les caractères dominants des peuples de la 
Malaisie seront profitables aux études ethnologiques 
et aux progrès d'une science longtemps négligée, mais 
dont tous les bons esprits comprennent aujourd'hui 
l'importance. 

Une notice historique sur les établissements hollan- 
dais des lies de la Malaisie , qu'on désigne aussi sous 
le nom de Grand Archipel des Indes , a paru dans les 
Annales maritimes. Elle est extraite du journal de 
M. Dubouzet, capitaine de corvette, et l'un des com- 
pagnons de notre infortuné d'Urville. 



( 55; ) 

Au moment où la France se lance dans la voie des 
colonisations lointaines , le travail de H. Dubouiet , 
écrit dans un esprit de progrès, ne pouvait venir plu» 
a propos. Les résultats obtenus par la puissance hol- 
landaise dans les lies si riches et si fertiles de la Ma- 
laisie , l'influence de ces résultats sur le commerce , 
nous offrent à la fois un grand enseignement et un beau 
sujet de méditation. 11. Dubouiet , rendant hommage 
aux hommes qui secondèrent de la manière la plus 
active les premières expéditions hollandaises, rappelle 
les mérites de Corneille Heutman, que la jalousie des 
Portugais tint renfermé dans les prisons de Lisbonne, 
et qui racheta sa liberté en transmettant à ses compa- 
triotes les renseignements qu'il avait acquis sur la 
navigation de l'Inde. Il cite quelques passages de 
l'histoire du célèbre Van den firock , ce grand naviga- 
teur du xvu* siècle , dont la naïveté des récils fai t 
encore plus ressortir l'audace des entreprises aux- 
quelles il prit part. Ce fut par la constance dans ces 
entreprises, par l'admirable esprit de suite qui les 
dirigea, que s'établit en peu de temps, sur de larges 
bases, la puissance des Hollandais dans les Indes. La 
prospérité et l'agrandissement du commerce furent le 
but de ce peuple spéculateur qui visait k la conquête 
du monopole, en respectant toutefois les institutions 
des pays où il fondait ses comptoirs. Les Hollandais, en 
effet , ne froissèrent ni la religion, ni les mœurs , ni 
les coutumes des peuples; la plus grande probité 
régna dans leurs transactions commerciales comme 
dans leurs relations privées. Les annales de la *"" — *~ 
nation des Européens dans les Indes nous I 
trent comme la nation qui a répandu le o 
sang pour établir sa puissance dans cette r 






x 



( 558 ) 

globe, celle dont les actes ont été le plus em- 
preints de sagesse , et qui a le mieux compris la co- 
lonisation. 

Après avoir donné un aperçu de la politique qui 
guida l'ancienne compagnie hollandaise, M. Dubouzet 
passe à l'examen de l'administration actuelle des pos- 
sessions néerlandaises ; et dans cet exposé des faits , 
on reconnaît que le gouvernement successeur de la 
compagnie a suivi prudemment toutes ses traditions. 

ASIE. 

Indoustan. — Dans la dernière assemblée générale , 
notre collègue, M. Fontanier, vous a lu une esquisse de 
ses voyages dans l'Inde et des travaux géographiques 
exécutés dans cette contrée. Sa relation renfermait des 
considérations importantes sur la belle exploration de 
l'Euphrale par le colonel Chesney, et sur le voyage 
qu'il entreprit ensuite sur le Tigre avec cet officier supé- 
rieur. M. Fontanier a la modestie de ne présenter que 
comme de simples remarques des aperçus d'une haute 
portée. On reconnaît qu'il a vu l'Inde en observateur 
habile, et qu'il est dû à son esprit éclairé de faire une 
appréciation juste et impartiale de l'état et des besoins 
de ce pays. 

Un ourvage a paru cette année sous le titre de 
Voyage dans l'Inde, exécuté de 1 854 à iS39, par 
M. Adolphe Delessert. On trouve dans cette relation une 
description intéressante de la végétation des contrées 
que M. Delessert a parcourues, des détails curieux 
sur l'Ile du Prince de Galles, qu'il visita avec le com- 
mandant de V Astrolabe 9 et des renseignements sur les 
villes de Singapour et de Samboangan. 

Le voyageur a exploré les monts Nilgheries dans le 



( 35g ) 

sud-ouest de Pondichéry, où son compagnon, H. Pe- 
rottet , a fait un long séjour. Les observations de 
ces deux naturalistes, sur la géographie botanique de 
ces hautes régions, se recommandent à l'attention des 
savants. L'Académie des sciences a fait connaître par 
les rapports de ses commissaires les importantes ac- 
quisitions dues au zèle de M. Delessert. 

Asie centrale. — Des renseignements curieux, rassem- 
blés par Moorcroft sur les pays voisins de Ladakh , con- 
trées complètement inconnues jusqu'à lui , et sur le 
Turkestan chinois (i), qui en est limitrophe, ont été con- 
signés dans la publication posthume de ses voyages , 
faite par le savant orientaliste Horace Hayman Wil- 
son (2) . La traduction qu'en a donnée M. O. Mac Garthy, 
secrétaire de la Société orientale , a été insérée dans 
la Revue de F Orient sous le titre de Notice sur quelques 
contrées du Tibet et du Turkestan , sujettes ou seulement 
tributaires de V empire chinois. Cet excellent article 
nous a fourni une nouvelle preuve de l'importance des 
observations du célèbre voyageur anglais. Les ren- 
seignements dont il est question sont relatifs à la 
topographie des provinces de Tchan-Than , Rodokh , 
Yarkand et Khoten. Le Tchan-Than, ou le pays nei- 
geux , est désigné sous le nom de Nari par les Tibé- 
tains, et s'étend le long de la frontière de Ladakh , 

(1) Le Turkestan chinois, qu'on a appelé aussi Petite Boukharie, 
s'étend à l'est de la haute chaîne du Bolor, entre le Thian-chan , les 
montagnes célestes, et le Kouen-loun , la Dzoungarie et le Tibet. 

(2) Sous ce titre : Travelt in the Hitnalayan provinces of H indus- 
tan andPunjab) in Ladakh and Kashmir, in Peshawar , Kabul, Kun~ 
duz and Bokhara; by William Moorcroft and M. G. Trebeck, from 
1819 to i8a5. Londres, 1841. a vol. iu-8 . 



( 36o ) 

sur une ligne presque semi-circulaire : c'est le prin- 
cipal marché des laines à châles. La province de Ro- 
dokh avoisine vers le nord le lac Pang-Kak. Le Yar- 
kand, au nord de Ladakh et à la sortie des montagnes 
de Karakorain , est une autre province avec sa capi- 
tale du même nom , dont la population est de 5o h 
60,000 âmes. Le district de Khoten , séparé du Yar- 
kand par un des rameauxdes monts Karakoram, compte 
plusieurs villes importantes : Karakasch* ou la ville de 
la rivière noire, à 200 kilomètres de Yarkand, contient 
3,ooo maisons; Eltc/u, ou Khoten, en renferme 6,000; 
Tchira et Karia réunissent aussi degrandes populations. 
Le pays est très bien culthé; les femmes s'adonnent à 
l'éducation des vers à soie et à la fabrication du fil ; les 
soins de l'agriculture, le commerce et les manufac- 
tures occupent spécialement les hommes. Les trou- 
peaux y sont nombreux, surtout les chèvres à laine 
de châles. La Notice donne quelques détails sur la 
zoologie de ces contrées, sur le commerce qu'elles font 
avec la Russie , et sur les revenus qu'en retire le gou- 
vernementchinois; elle nous renseigne en outre sur le 
Cours de la Kara-Kasch, ou rivière noire , et du You- 
tvung-Kasch, ou rivière rapide, et enfin sur les pro- 
ductions minérales du Khoten. 

Un ouvrage très important, dû à un des hommes qui 
ont le plus illustré la géographie physique, M. À. de 
Humboldt , a paru dans le cours de cette année sous 
le titre à* Asie centrale, ou Recherches sur les chaînes 
de montagnes et la climatologie comparée. Il se com- 
pose de trois volumes dans lesquels l'auteur a tracé , 
avec ce talent qui le distingue, les grands caractères 
géologiques des différentes régions montagneuses sur 
lesquelles il a appliqué ses savantes observations. 11 



( 3«i ) 
nous montre les analogies et les contrastes que pré- 
sentent, avec les sytèmes orographiques de l'Altaï et 
de l'Ocrai, les Cordillères do nouveau continent et 
la partie alpine de l'Europe qn*il désigne comme le 
prolongement péninsulaire de l'Asie, il. de Humboldt 
rattache à la climatologie de notre continent des in- 
vestigations générales sur les formes des lignes iso- 
thermes, sur les causes de leurs inflexions, sur la hau- 
teur des neiges perpétuelles dans les deux hémisphères, 
en comparant la limite où se maintiennent ces neiges 
au Caucase , sur les deux pentes de l'Himalaya , au 
Mexique et sur les Andes boliviennes. 

Dans le dernier volume, où il traite plus spéciale- 
ment de la climatologie et du magnétisme terrestre , 
il fait connaître, d'après des renseignements officiels, 
les richesses métalliques de l'Oural et de la région au- 
rifère sibérienne qui s'étend à l'est de celle chaîne , 
région qui lui paraît devoir traverser l'Asie entière , 
entre les 54° 3o' et 56° de latitude. La carte qui accom- 
pagne l'ouvrage indique les alluvions les plus riches. 
L'illustre voyageur, en appelanl l'attention sur cette 
abondance prodigieuse de l'or asiatique , ces masses 
d'or natif trouvées à de petites profondeurs au-dessous 
du gazon, et atteignant jusqu'au poids de 36 kilog. , a 
puissamment contribué aux progrès des exploitations. 
Le produit de torde lavage^ qui, dans toute l'étendue 
de l'empire de Russie, n'était encore en 1829, a l'é- 
poque de l'expédition de l'auteur, que de 4.718 kilog. 
par année, s'esl élevé en 184a à 15,890 kilog. L'ex- 
ploitation des terrains d'alluvion de l'Oural et de la 
Sibérie a produit, de 1827 a i84i> 1 20, a5o kilog. d'or 
■ de lavage, qui représente une valeur de 3i 9 millions 
de francs. 



( 36» } 

Les emprunts que M. de Huiuboldt a faits à la litté- 
rature chinoise dans ce nouvel ouvrage ont un haut 
intérêt géographique , et l'aveu qu'il en fait est un 
hommage rendu à un des savants qui ont jeté le plus 
de lumière sur celle branche importante des connais- 
sances humaines. C'est sous l'autorité de M. Stanislas 
Julien , de l'Institut de France , auquel M. de Hum- 
boldt a payé un tribut de reconnaissance qui l'honore, 
qu'il a fait paraître « une série d'éclaircissements oro- 
graphiques et physiques dus à l'étude la plus profonde, 
d'une liltérature(dit-il)dont les surprenantes richesses, 
dans le domaine de la géographie, embrassent une im- 
mense étendue de continent , et n'ont pas été assez 
exploitées. » 

Missions scientifiques '. — Deux voyageurs français sont 
partis pour l'Inde à la fin de 1842 , chargés par M. le 
ministre de l'instruction publique de missions de 
genres différents; l'un est M. le D r G. Robert, l'autre 
M. d'Ochoa. 

M* le D r Robert avait déjà résidé longtemps dans 
l'Inde lorsqu'il revint en 1 84 1 • La Société orientale de 
Paris publia en 1842 urj extrait de son journal sous le 
tilre de : De Delhi à Bomba/ , fragment d'un voyage 
dans les provinces intérieures de l'Inde. Ce petit écrit 
donne une idée très favorable du caractère observateur 
et de la sagacité de M. Robert, en même temps que de 
son instruction dans les choses relatives £ l'Orient. 
On y trouve plusieurs renseignements nouveaux et 
remplis d'intérêt. 

M. Robert s'élait d'abord proposé de suivre un im- 
mense itinéraire. En partant de Bombay, il devait pas- 
ser l'Indus et gagner Kandahar, oijil pensait résider 
plusieurs mois pour y réunir toutes les données géogra- 



( 365 ) 

phiques que lui devaient procurer ses excursions dans 
les contrées circonvoisines : aumidi, versleBaloutchis- 
tan ; à l'ouest, vers la région d'où sont sortis les Af- 
ghans. Cette exploration de tout l'Afghanistan méri- 
dional devait l'occuper tout l'hiver. Aux premiers 
jours d'été , le voyageur se proposait de gagner les 
montagnes de l'Indou«Roussh pour explorer le Rafris- 
tan , le Roundouz , le Badackhan ; mais les dernières 
hostilités des Anglais contre les émyrs du Sindh lui ont 
enlevé tout espoir d'exécuter cette première partie si 
importante de sa mission, et, devant des obstacles 
insurmontables, il a dû modifier entièrement son 
itinéraire. D'après une lettre d'Avreng - Abad , il 
va traverser l'Inde centrale pour la seconde fois, puis 
le Lahore>et il reprendra ensuite se n itinéraire dans le 
Kafristan. Les terres basses de la Boukharie lui seront 
fermées, mais il cherchera à gagner Rhokand,et à pé- 
nétrer de ce côté dans les possessions chinoises en 
franchissant le Bélour-Tagh. S'il avait le bonheur de 
réussir, il traverserait alors Yarkand , Kacheghar , 
Rhotan , et explorerait le hassin supérieur de l'Indus, 
pour prendre le grand fleuve du Thibet ( le Yarou- 
dzangbo-tçhou) à sa source et le redescendre jusqu'à 
l'endroit où il entre dans l'Indo-Chine , afin de s'as- 
surer si ce fleuve est le même que l'Irraouady, ainsi 
que le prétend Rlaproth. Parvenu à l'extrémité orient 
taie de l'Himalaya, M. Robert doit le suivre dans toute 
son étendue, faisant sur ce côté de la chaîne, mais en 
sens contraire, ce qu'il aurait exécuté dans la vallée 
de Yaroudzangbo-tchou. Dans cette longue excursion, 
il traverserait le Boutan, le Sikkim, le Népal, puis tous 
les petits États montagnards situés au-delà jusqu'à 
l'Indus, dont il explorerait alors les deux rives au- 



(364) 

dessus et au-dessous des montagnes que coupe le 
fleuve. 

Outre les importantes données que ce grand voyage 
promet à la géographie» M. le docteur Robert doit 
s'occuper d'observations sur la physique du globe et 
de recherches ethnographiques. Il s'est muni de bons 
instruments, et nous espérons que l'ardeur qui l'anime 
tournera au profit de la science. Doué d'une excellente 
constitution, d'un caractère résolu et inébranlable, 
familiarisé avec les dialectes hindouslanis, ce zélé 
voyageur nous offre les plus solides garanties, cl nous 
faisons des vœux pour le succès de sa belle entreprise. 

Si la mission de M. Robert est toute géographique, 
celle de M, d'Ochoa est au contraire presque exclusi- 
vement littéraire. Déjà connu par quelques travaux sur 
les langues de l'Orient, notre jeune compatriote va 
parcourir loules les provinces de l'Inde pour y recueil- 
lir les ouvrages des poêles , des historiens et des autres 
écrivains, dont nous ne connaissons guère les ouvrages 
que de nom. 

MM. Robert et Olloba d'Ochoa appartiennent l'un 
et l'autre à la Société orientale de Paris, dont les tra- 
vaux ont attiré l'attention de tous ceux qui ont à cœur 
d'utiliser la science dans l'intérêt du pays. 

M. Sainte-Croix-Pajot , membre de cette môme asso- 
ciation, vient d'entreprendre aussi un voyage sous les 
auspices de MM. les ministres de l'instruction publique 
et des relations extérieures. Il se rend dans l'Arabie 
méridionale, qu'il cherchera à traverser dans toute 
son étendue, en entrant par l'Yemen et sortant par 
Mascate. M. Pajot doit ainsi explorer une région en- 
core fort peu connue, et qu'il sera intéressant de con- 
naître sous le double rapport de la géographie et de 



( 365 ; 

l'archéologie. L'itinéraire que ce voyageur se propos 
de suivre a été inséré dans la Revue de r Orient. 

A la suite de ces projets de voyage, je rendrai 
compte d'une exploration dont nous connaissons déjà 
les heureux résultats. 

En décembre 1841» M. Tchichatchefffut chargé par 
S. M. l'empereur de Russie de l'exploration scienti- 
fique de l'Allat oriental et des branches occidentales de 
la chaîne des Sayanes. Le principal but de ce voyage 
était de découvrir les sources de la Tchoura, de la 
Tchoulichmane et de l'Abakhane, et enfin d'explorer 
le système de ces trois rivières, sous le double rapport 
de la géologie et de l'orographie, ainsi que les parties 
voisines de la Mongolie chinoise. 

M. Tchichatcheff employa toute une année à par- 
courir ces contrées restées presque inconnues aux 
Européens, et ses travaux furent couronnés d'un plein 
succès. Il atteignit les sources des trois rivières sur des 
plateaux marécageux, la plupart inclinés vers le sud , 
il terminés par des pentes très abruptes. Ce caractère 
est aussi celui des versants méridionaux des monts 
Sayanes, que l'intrépide voyageur traversa deux fois. 
En gravissant celte chaîne par le nord , dans le voisi- 
nage des sources de l'Abakhane, il employa près de 
trois mois à traverser les montagnes; mais lorsqu'au 
prix des plus grandes fatigues il fut parvenu sur le 
versant méridional du plateau neigeux et rempli de 
marécages, situé dans cette région élevée des Sayanes, 
une demi-journée lui suffit alors pour descendre par 
des pentes rapides vers un pays moins ingrat. A l'ex- 
ploration des sources des trois rivières qui lui avaient 
été désignées dans ses instructions, il ajouta la recon- 
naissance de celle d'un des principaux affluents du 

XT. DECEMBRE. 3. 2 4 



( 566 ) 

Iénisséy. Suivant ensuite celte rivière jusqu'à Km- 
snoyarsk, il en traça le cours comme il l'avait fait des 
trois autres, et il termina ses courses laborieuses par 
l'exploration d'une partie des montagnes de Kouznelsk, 
de Salaïr, Riddorsk etTmieff, et par quelques excur- 
sions dans la steppe des ' Rirghiz. La relation du 
voyage de M. Tchichatcheff, accompagnée de deux 
grandes cartes, sera imprimée incessamment sous les 

auspices du gouvernement russe. 

Chine, — ( Nouvelles ), La satisfaction que les man- 
darins de Macao ontdonnée au commandant Cécille, 
la punition exemplaire infligée aux malfaiteurs qui 
ont osé attenter à ses jours, prouvent bien claire- 
ment les progrès de l'influence européenne depuis les 
derniers événements qui se sont passés en Chine. Un 
des grands fonctionnaires du Céleste Empire a adressé 
plusieurs lettres au commandant de VErigone , dans 
lesquelles il lui témoigne, de la manière la plus expan- 
sée , tout le regret qu'il a éprouvé en apprenant qu'un 
officier aussi distingué par son noble caractère et ses 
sympathies pour les Chinois, avait failli être victime d'un 
infâme guet-apens. Cet excès de courtoisie de la part 
d'une nation qui nous aurait confondus , il y a deux 
ans, avec les peuples barbares , est de bon augure pour 
le succès de notre ambassade. Nous devons nous en 
réjouir, car la géographie n'aura qu'à gagner dans les 
nouvelles relations qui pourront s'établir. 

Une grande carte chinoise a été envoyée récemment 
au cabinet de la Bibliothèque royale, dont les richesses 
s'augmentent chaque jour sous la savante direction et 
la laborieuse activité de M. Jomard , notre honorable 
président de la Commission centrale. Cette acquisi- 
tion est due à M. de Jancigny, qui partit, il y aura bientôt 



(S6 7 ) 

trois ans, pour la Chine avec une mission du gouver- 
nement. La nouvelle carte a pour limites l'extrémité 
orientale de la Mantcbourie et les confins du Turkes- 
tan & l'ouest Les huit grandes feuilles dont elle se 
compose sont une réimpression, revue et corrigée, de 
celle des missionnaires catholiques du xvui* siècle , 
auxquels la géographie asiatique doit ses premiers 
progrès. La révision du travail a duré dix ans , et a 
été achevée en i83a, époque probable de l'impression 
et de la publication de ce précieux document. 

Fleuve Jaune. — Le déplacement du cours inférieur du 
fleuve Jaune, dont l'embouchure , située autrefois dans 
le golfe dePe-Tchi-Li, se trouve aujourd'hui reportée à 
1 25 lieues du premier point, est un fait des'plus curieux, 
et peut-être unique dans l'histoire des fleuves. M. Biot, 
qui a jeté déjà tant de lumières sur la géographie et la 
géologie de la Chine, s'est livré à l'étude des ouvrages 
originaux qui pouvaient éclairer la question géogra- 
phique, dont il a donné une complète explication dans 
\q Journal asiatique. Cet excellent travail, qu'il a ac- 
compagné d'une carte , est le complément de celui 
qu'il fit paraître en 1842 , dans le même recueil, et 
qu'il consacra à l'examen de l'état du fleuve aux temps 
les plus anciens. D.'après M. Biot , il paraîtrait que le 
cours inférieur du fleuve Jaune pourra varier encore , 
et prendre une direction moins septentrionale. Les sa- 
vantes recherches dont il s'est occupé prouvent tout 
le parti qu'on peut tirer de l'étude de la langue chi- 
noise pour la solution des questions qui se rattachent 
à la géographie ancienne de l'Asie orientale ; et, à cet 
égard, les réflexions que fait M. Biot, en terminant 
son Mémoire , nous ont paru fort justes. «Des chan- 
gements analogues à ceux du fleuve Jaune ont pu 



( 568 ) 

» avoir lieu dans le cours de plusieurs grands fleuves 
» qui sillonnent noire globe ; mais le souvenir de ce» 
» modifications importantes de la surface terrestre s'est 
» perdu dans la nuit des temps, faute d'annales histori- 
» ques. Quel ensemble de recherches n'a-t-il pas fallu 
» pour retrouver l'ancien cours de l'Oxus et rétablir 
» par présomption la jonction ancienne de la mer Cas- 
» pienne et du lac Aral ? L'histoire complète des change- 
»mentsdu fleuve Jaune nous a été au contraire parfaite- 
» ment conservéepar les annaleà régulières de la Chine.» 

Ile de Hong-Kong, — Le capitaine E. Belcher, qui 
procéda à la reconnaissance hydrographique de l'île 
de Hong-Kong, a continué ses opérations dans la ri- 
vière de Canton, entre celte ville etLintin. Les travaux 
de cet officier seront incessamment publiés. 

On sait que la première convention passée entre le 
commissaire chinois Ki-Chin et le plénipotentiaire 
Klliot ne fut pas approuvée par l'empereur; mais les 
Anglais n'en restèrent pas moins les maîtres de l'île 
de Hong-Kong; et sons attendre la fin de la guerre , 
des commerçants de toutes les nations, encouragés 
par l'exemple delà Grande-Bretagne, qui faisait des 
dépenses considérables pour ce nouveau comptoir, y 
accoururent en foule. L'activité européenne s'y est 
développée en peu de temps. Déjà , au mois de juin de 
l'année passée, tous les terrains de la nouvelle colonie 
étaient adjugés, défrichés ou couverts de constructions; 
de grands bàlimcnls pour l'administration et plus 
de cent édifices commençaient à s'élever. Les Chinois 
eux-mêmes venaientdu continent pour se livrer au com- 
merce et établir leurs loges. Une route, qui devra par- 
courir les différents points de l'île , avait été poussée à 
travers lesmonlagnes. A côte d'un vaste port, d'une lieue 



( 369) 
d'enceinte , s'élevaient des forts , des bastions et des 
casernes pour le défendre. Le P. Joset, directeur de la 
propagande, écrivait naguère à ses confrères que, mal- 
gré la protection des autorités anglaises , ce n'avait été 
qu*à grand'peine qu'il avait pu trouver un terrain 
pour la chapelle et la maison de refuge destinée aux 
enfants trouvés, qu'il a été fonder à Hong-Kong. 

Voyage dans Vintèrieur de la Chine. — C'est encore 
à un missionnaire apostolique envoyé dans la Tar- 
tarie occidentale, pour la propagation de l'œuvre, 
que nous devons la relation d'un voyage dans l'inté- 
rieur des provinces de Canton (Kouang-Toung)et de 
Kiang-Si. Un grand fond de franchise, joint à beaucoup 
d'esprit , règne dans le récit de M. Hue. On admire 
son sang-froid au milieu des périls qui le menacent 
dans l'immense trajet qu'il doit parcourir pour se ren- 
dre il sa destination. M. Hue parait doué d'un de ces ca- 
ractères rares qui s'accommodent à toutes les situations. 
Il se soumet de gaieté de cœur aux chances de son 
entreprise, aux vicissitudes, à tous !es dangers d'un 
voyage des plus aventureux. Confiant dans la Provi- 
dence : « Celui qui m'a protégé sur les eaux de l'Océan , 
• dit-il, me guidera, si cela lui plaît, à travers les fleuves 
tet les routes de la Chine. » Forcé de tromper la vigi- 
lance de la police chinoise, M. Hue n'a vu Canton que 
pendant la nuit;mais sa description vaut toutes celles qui 
ont été faites de jour. Il nous montre cette ville avec ses 
rues tortueuses, ses maisons bizarrement construites, 
qu'éclairent vers le soir des lanternes de toutes les for- 
mes et de toutes les couleurs; il dépeint sa rivière peu- 
plée de barques, de jonques, des radeaux avec leurs 
habitations flottantes; il la remonte pour s'engager 
dans le cœur de l'empire n'ayant d'autre passeport que 



(370) 

son déguisement et sa parfaite connaissance de la lan- 
gue mandarine* M. Hue a soin de nous prévenir qu'il 
n'est parti de Macao qu'après avoir fait sa toilette à la 
chinoise , c'est-à-dire s'être fait raser les cheveux , à 
l'exception de la touffe obligée qu'il avait laissée croî- 
tre. Son teint a été rembruni par une couleur jaunâ- 
tre , ses sourcils découpés à la manière du pays ; les 
longues et épaisses moustaches qu'il cultivait depuis 
longtemps, ont dissimulé la tournure trop euro- 
péenne de son nez , et les habits chinois sont Tenus 
compléter la contrefaçon. — Les détails qu'il nous 
donne sur la rivière de Canton font prévoir tout l'in- 
térêt que promet aux géographes l'itinéraire qu'il s'est 
tracé. Quatre cents lieues lui restent encore à parcourir 
avant d'arriver à Péking par la route qu'il veut suivre , 
et déjà il nous parle de montagnes coupées pour don- 
ner passage au fleuve , de pagodes de douze étages r 
qui rivalisent avec les clochers de nos plus belles égli- 
ses du moyen-âge , d'un pont aux proportions gigan- 
tesques, bâti en pierres de taille et d'une architec- 
ture imposante. • Je n'en connais qu'un seul, affirme - 
b t-il , qui lui soit supérieur : c'est celui de Toulouse ; 
b ceux de Paris ne le valent pas. b Ses renseignements 
sur la grande voie impériale ne sont pas moins curieux. 
Cette roule est encombrée de Chinois qui font un métier 
de mulets : chargés d'énormes fardeaux, ils les trans- 
portent toujours en courant. Là , point de voitures ni 
de charroi d'aucune espèce , mais des chaises à por 
teur pour les gens aisés. Ces chemins , bordés d'hô- 
telleries, sont étroits» mal tracés, et souvent incom- 
modes aux piétons | qui préfèrent parfois passer à 
travers champ; car en Chine, comme ailleurs, l'utilité 
publique prescrit sur le droit de propriété ; mais , en 



J 



(3;i ) 

verto sans doute du système de compensation, M. Hue 
nous apprend que le champ & son tour empiète sur le 
chemin de l'empereur. Le courageux voyageur» en 
entrant dans la province de Kiang-Si , a bientôt quitté 
la voie impériale pour prendre les chemins de rivière , 
ce grand supplément des routes artificielles , qui ou- 
vre les communications de l'intérieur et facilite tous 
les transports. C'est après 55 jours de trajet que noire 
missionnaire est arrivé à Kieu-Tou , d'où il a daté sa 
première lettre. 

Mœurs chinoises. — Nous puisons dans la corres- 
pondance de M. Baldus avec le supérieur de la con- 
grégation de Saint-Lazare , d'autres notions inté- 
ressantes sur la Chine, où ce missionnaire réside 
depuis longtemps. Selon lui, les Chinois n'occu- 
pent pas un haut rang parmi les nations civilisées. 
A quelques qualités qui l'honorent, ce peuple réu- 
nit tant de défauts, qu'il est bien inférieur aui so- 
ciétés européennes , au-dessus desquelles certains ob- 
servateurs n'ont pas craint de le placer. Le tableau 
que M. Baldus fait des mœurs chinoises n'est guère 
flatteur. Si , chez ce peuple , les pères sont jaloui de se 
Toir revivre dans nue postérité nombreuse , leurs af- 
fections de famille ne vont jamais dans leur cœur jus- 
qu'à la tendresse. Ils ne tiennent & leurs enfants que 
par égoisme, et ceos-ci n'ont pour leors parents 
qu'on* vénération légale. L'attachement est récipro- 
qmmenl sans amoor ; les époox etn-méfflies sont bien 
pie» trois parr trn sentiment d'intérêt que par cm lien 
d'affectïoo. le mari conserve son impassibilité, même 
dan» le* circonstances les pfus émouvantes; il se croi- 
rai déshonoré si! était surpris i donner quelque* 
plears a* soutenir d* f* fsm**. Les fetmoles de dé- 
vouement ne manquent pat aux Chinois; mais ces 



( 5 7 a ) 
protestations expansives ne sont que sur leurs lèvres ; 
ils savent donner à leurs politesses des manières 
affectueuses , bien que le cœur y reste étranger. L'a- 
mour de l'or qui les domine s'allie chez eux à la 
paresse et à tous les vices qu'elle engendre. 

La province de l'empire que M. Baldus considère 
comme la moins tarée, sous le rapport des mœurs, est 
celle de Kiang-Nan, qui fut le berceau du christianisme 
en Chine ; mais la pusillanimité des néophytes de cette 
contrée laisse peu d'espoir de voir se propager hors 
de ses limites l'œuvre de le foi. Heureusement pour 
eux que les persécutions y sont rares, et, grâce à la 
vénalité des mandarins» on peut y acheter la paix. Le 
Sou-Tchéou , qui forme le littoral de la province, est, 
selon M. Baldus , un pays des plus fertiles , que les 
Anglais ont surnommé le Jardin du Céleste Empire. 

Hydrographie. — Ondoit au master de la corvette an- 
glaise le JVanderer des renseignements nautiques sur la 
navigation des côtes de la Chine. Ils sont relatifs à la 
traversée de Macao à Tchousan. Ce marin donne des dé- 
tails sur les difficultés de cette navigation contrela mous- 
son du nord-est ; il expose le résultat de ses observa- 
tions sur l'archipel de Tchousan et sur l'entrée de la 
rivière de Ran-kiog (Yang-Tse-Kiang) , que l'explora- 
tion du capitaine Béthune nous avait déjà fait connaître. 

Les capitaines Rellett et Collinson, des navires Star- 
ling et Plover (l'Étourneau et le Pluvier), qui es- 
cortèrent la flotte de l'amiral Parker jusqu'à Peking, 
ont fait la reconnaissance de l'archipel de Tchousan 
et des îles du Yang-Tse-Kiang. 

louage dans l'intérieur de F Asie. — Nous devons 
rendre grâce à la pensée généreuse qui a guidé 
M. le comte Jaubert en faisant imprimer la re- 



( 3 7* ) 

lation des longues courses de l'infortuné Aucher- 
Éloy , cet intrépide voyageur qui parcourut pendant 
huit années, presque sans relâche, les principales con * 
trées de l'Orient, la Grèce et son archipel, la Turquie, 
l'Egypte, la Syrie, l'Asie-Mineure , la Galatie, l'Ar- 
ménie, l'Aderbidjan , la Mésopotamie, la Perse, le 
pays des Bakliaris, resté inconnu aux Européens , les 
provinces voisines du golfe Persique , Bander-Abassi, 
Mascate et plusieurs points de l'Arabie méridionale 
dépendants des États de l'Oman. 

L'ouvrage qui résume tous ces voyages a paru celte 
année, et forme deux beaux volumes. M. le comte 
Jauberl , qui en est l'éditeur, l'a accompagné d'une 
Notice historique sur l'auteur de la relation. Aucher- 
Éloy n'est pas seulement recommandable aux yeux du 
monde savant par ses travaux en histoire naturelle ; 
on doit aussi lui tenir compte des services qu'il a 
rendus à la géographie. Si la plupart des pays qu'il a 
visités étaient déjà connus, les nouveaux faits qu'il a 
observés comblent bien des lacunes. ° Ses descriptions 
sont toujours exactes, pittoresques et empreintes de 
cette originalité qui lui est propre, ( dit M. le comte 
Jaubert); son style, facile, est celui d'un homme d'es- 
prit et de goût, familiarisé avec les littératures grec- 
que et latine. Ses sentiments sont toujours nobles; 
sa tendre affection pour sa famille et ses amis, son 
dévouement à la science, son attachement à l'honneur 
et aux intérêts de son pays se manifestent en toute oc- 
casion. Sa constance dans les entreprises et son ca- 
ractère résolu lui firent surmonter toutes les vicissi- 
tudes attachées à la vie d'épreuves qu'il s'était si 
courageusement imposée. Tout ce que le climat , les 
maladies et la méchanceté des hommes peuvent accu- 



( 574) 
muler de misères, il les a supportées pendant huit ans. 
Mais sa constitution physique , soumise à tant de se- 
cousses, était ruinée sans retour, et, victime de son 
zèle , Ancher-ÉIoy est venu augmenter la liste des 
martyrs de la science (i). > 

Les laborieuses explorations de l'infortuné Aucher- 
Êloy m'amènent à vous parler des travaux d'un voya- 
geur non moins intrépide, et qui a fait aussi le sacri- 
fice sa vie à cette science qu'il affectionnait: c'est 
Csoma de Kœrœs, un des philologues les plus re- 
commandablesde notre époque. Il était né en Hongrie. 
Après s'être rendu familiers plusieurs dialectes slavons, 
il se mit à la recherche du siège primitif des ancêtres 
de la nation hongroise. D'après quelques ressemblan- 
ces de langue , il était convaincu que cette contrée 
devait se trouver dans cette partie de l'Asie centrale 
siluée entre le Thibet et le Boulan , au nord-est de 
Hldssa sur le cours supérieur de Brahmapoutra. Dans 
celte pensée, et afin de se rendre maître de la langue 
tibétaine , il va passer douze ans , résidant tantôt au 
monastère de Zimskar, dans le Caman, tantôt à 
Ladakh , privé de tout , n'ayant d'autre lit que la terre 
nue , ne faisant pas de feu par les froids les plus rudes ; 
mais il parvint à réunir 4o,ooo mots de la langue du 
Thibet , à en former une grammaire et un diction- 
naire. Quelques jours avant sa mort ( en 1842 ) Csôma 
de Kœrœs était à Dardjiling dans le Sikkim , et prêt 
à partir pour pénétrer jusqu'à Hlassa. 

Mésopotamie. — H. Botta, dont les recherches dans 

(1) Voyez Relations de voyages en Orient de i83o a i838, par 
Aucher-Éloy, revues et annotées par M. le comte Jaubert , membre 
de la chambre des députés, etc. Paris, 1843, 2 roi. io-8. 



* ( 3 7 5 ) 

l'enceinte de l'antique Ninive ont déjà fourbi d'heureux 
résultats pour l'élude des inscriptions cunéiformes, 
vient de découvrir, il y a quelques mois, dans les envi- 
rons de Korsabad, village voisin de Niniouah, à cinq 
heures de caravane dansle nord de Mossoul, un monu- 
ment qu'on doit rapporter, selon toutes les apparences, 
à l'époque delà splendeur de Ninive, et dont les sculp- 
tures, accompagnées d'inscriptions, jetteront un grand 
joursur unedes époques fameuses de l'histoire des Assy- 
riens. La partie déblayée jusqu'à présent de ces vastes 
constructions a mis à découvert une série de bas-reliefs 
que H. Botta a décrits et dessinés avec soin. Plusieurs 
figures colossales ont été trouvées en bon état de con- 
serva lion. Les sculptures , par leur style, par le genre 
de vêtements des personnages à pied ou à cheval 
qu'elles représentent , s'assimilent à celles de Persé- 
polis, mais elles ont plus de mouvement, le dessin en 
est plus correct , et montre plus de science anatomi- 
que. La découverte de M. Bolla est d'autant plus in- 
téressante que nous n'avions jusqu'à présent aucune 
idée de la sculpture assyrienne. L'on pourra tirer 
beaucoup de lumières des bas-reliefs de Khorsabad et 
de leurs légendes pour l'histoire et l'ethnographie d'un 
des peuples les plus remarquables de l'antiquité. Je 
suis heureux de rendre hommage au zèle éclairé dont 
MM. les ministres de l'intérieur et de l'instruction publi- 
que ont fait preuve dans cette circonstance, en prenant 
des mesures qui mettront M. Botta à même de continuer 
les fouilles, et d'envoyer en France toutes les .sculptu- 
res qui pourront être transportées. 

Asie-Mineure. — En 184 1 et 1842, M. Kiepert a exé- 
cuté de Berlin, à ses propres frais, et pour les progrè- 
delà géographie, un voyage dans la partie occiden' 
de l'Asie -Mineure, 



{ 5;G ) 

De Brousse, où il étudia la topographie du mont 
Olympe, il se dirigea sur Smyrne , et prit en compa- 
gnie de deux savants, MM. Scbœnborn et Loew, une 
nouvelle roule par Adranas, Bahaditche, Balouk-His- 
sar, Pergamo et Manisa , en explorant les vallées laté- 
rales du haut Rhyndactis et du Macislus. 

En partant de Smyrne , M. Kieperl visita seul Pho- 
cée etLesbos, afin d'en donner une carie plus exacte. 
Ce fut peudant celte exploralion qu'il eut connais- 
sance des ruines cyclopéennes d'Éresus et d'Arisba. 
Durant Télé de 1842, il parcourut la Chersonèse de 
Thrace, la Troade, les montagnes de l'Ida et les con- 
trées adjacentes (les vallées inexplorées du Rhodius , 
du Practius, du Granique et de l'^Esepus). Les in- 
scriptions qu'il recueillit dans celle tournée ont été 
publiées dans l'ouvrage de Boekb, Corpus inscriptionum. 
Le voyageur visita en outre Imbros et Samolhrace , 
ces deux iles de l'Archipel encore peu explorées. 
Après l'étude de la structure géognostique de Samo- 
lhrace, le résultat le plus important de l'exploration 
de M. Kieperl a été la découverte d'une ancienne ville 
et d'un temple des Cabires. Des Dardanelles , il re- 
tourna à Smyrne par Andramili et la côte éolienne. 
De là, il visita, accompagné du D* Welcker, Éphèse, 
Magnésia , Tralles (Sultan-Hissar) , Tiréh el Nymphie 
(Nymphia), où il prit un dessin du bas-relief appelé 
Monument de Sésos fris. Ce dessin, une carte du district 
environnant et up mémoire explicatif ont été publiés 
par M. Kiepcrt dans le journal archéologique du pro- 
fesseur Gerhard. 

Le voyage des professeurs Schoenborn et Loew , de 
Posen, est tout-à-fait dislincl de celui de M. Kieperl, 
bien qu'ils l'aient accompagné depuis Oonstanlinopk 



(5; 7 ) 

jusqu'à Srayrne. Cetto exploration, encouragée par le 
gouvernement prussien, fut entreprise (tans le but de 
compléter et d'étendre les découvertes de M. Fellowes 
en Lycie. Les recherches de ces savants ont éclairé 
d'un nouveau jour les parties les plus obscures de la 
géographie de la Carie , de la Lycie , de la Pamphy - 
lie , de la Pisidie et de la Phrygie. M. Loew s'est oc- 
cupé principalement de géologie et d'histoire natu- 
relle. Pendant le voyage , M. Schoenbcrn se sépara 
souvent de son compagnon ; son itinéraire fut le sui- 
vant : 

En Pamphylie, il pénétra dans les vallées du Ceslrus 
(Kara-Hissar) et de l'Eurymedon ( Zacuth) , d'une 
part jusqu'à Isbarla, et de l'autre jusqu'à Egbyrdi et 
au lac Bey-Chehr. La connaissance des cours d'eau 
et la direction des princiales chaînes de montagnes de 
la conlrée furent les résultats de celle exploration. A 
l'orient do Ceslrus, H. Schoenborn reconnut les ruines 
de Selgae, puis celles d'une autre grande ville au nord 
de Karabourlou , les rosles d'une troisième avec plu- 
sieurs monuments d.ms la vallée de l'Eurymedon, près 
Résiné. Le voyageur explora la côte du golfe d'Adalia, 
les défilés qui y aboutissent et la vallée du Doudeo. Il 
visita Termessus et parcourut la haute plaine située 
au nord jusqu'au lac de Bouldour. Les ruines d'Olbassa 
et celles qu'on rencontre près de Folle et de Padjama- 
che (Isionda?) fixèrent son attention. 11 examina avec 
soin le plaleau d'Almalu el les gorges qui l'avoisinent ; il 
fixa dans la Cihyratide l'emplacement de l'antique Bu- 
bon et ceux de Cibyra, de Balbura et d'OHiiounda; il 
reconnut les affluents du Talaman-Tchaï, el suivit ifl 
L'oursde ce fleuve jusqu'à lamer. Trapesopolis , au pied 
du Baba-Taali.fut aussi une d< s slatkms déUTiiiiné' 



( 5 7 8 ) 

par M. Schoenborn, La topographie de ces con- 
trées s'est encore enrichie de renseignements intéres- 
sants sur les défilés, sur les plaines deDavasetdeKara- 
djik et les rivières qui les arrosent, et que le voyageur 
signale comme les affluents du Yénidéré-Tchaï, qui se 
je lie dans le Méandre. La course qu'il entreprit sur 
les flancs occidentaux des monts Solyma lui fit dé- 
couvrir la position de l'ancienne Marmora et de Cya- 
nae à l'ouest de Myra, dans la direction d'Antiphellos. 
Irnési, qu'il visita aussi dans la vallée de Kassaba , 
rappelle évidemment Arneae. 

Le professeur Schoenborn, par ses savantes explora- 
tions et ses reconnaissances des cours d'eau de lacôte 
de Lycie et de la Pamphylie , a ajouté des notions très 
importantes aux renseignements qu'on avait déjà sur 
la géographie de ces contrées. 11 a rapporté de ses 
voyages plus de cent inscriptions en grec et dans la 
langue de la Lycie. 

Un mémoire sous le titre de : Relations de la recon- 
naissance d'une portion de la cote méridionale de V Asie- 
Mineure et d'un voyage dans V intérieur de la Lycie en 
1840 et 1841 «par M. Richard Hoskin, a été inséré dans 
lederniervolume du journal de la Société géographique 
de Londres. M. le colonel Leake Ta accompagné de ren- 
seignements sur quelques points de géographie com- 
parée» et d'une explication d'inscriptions grecques 
recueillies par M. Hoskin et par M. Forbes. 

Arménie et Caucase. — Une expédition dirigée par 
le professeur Koch de Tubingen s'est organisée, sous 
les auspices du roi de Prusse et de l'Académie des 
sciences de Berlin, pour explorer l'Arménie et le 
Caucase , sous le rapport de la géographie , de la phi- 
lologie et de l'histoire naturelle. M. le D r Rosen s'est 



( 3/9 ) 
associé à celte entreprise, qui a pour but l'exploration, 
des sources des affluents de l'Euphrate au nord d'Erz- 
Roum, du Tchourouk et du cours supérieur de l'A- 
raxe. C'est dans les pays qu'arrose cette dernière ri- 
vière que les voyageurs espèrent recueillir des infor- 
mations sur les langues des Tcherkesses , des Ossetes 
et des autres races caucasiennes. 

Perse et K ourdis tan. — M. Ch. Texier, dont j'ai eu déjà 
plusieurs fois occasion de citer les travaux , a inséré 
dans notre Bulletin d'octobre plusieurs mémoires im- 
portants extraits du journal de ses voyages en Orient. 
D'abord une Notice sur Erzéroum , qu'il a accompa- 
gnée de ses itinéraires en Arménie, dans le Kourdis- 
tan et en Perse, avec l'indication géologique des divers 
terrains qu'il a parcourus; puis une Note sur Orlygie 
et sur quelques lieux \ anté-helléniques de la côte 
d'Asie. 

Perse. — M. le baron Clément Auguste de Bode a 
fait un voyage intéressant dans la Perse méridionale. 
Il se dirigea d'abord de Kazeroun sur Bebehan,et de là, 
laissant sur la gauche la route suivie par Mac Donald 
Kinneir , il s'avança dans un pays peu fréquenté en se 
dirigeant au nord , à la base des monts Zagros. Les 
dessins des sculptures qu'il copia à Tenghi-Soulek et 
le tracé de son itinéraire ont été communiqués à la 
Société géographique de Londres. M. Bode traversa 
ensuite le cours supérieur des rivières du Kourdistan 
et s'avança parMandjaniketKale-Toul jusqu'à la plaine 
de Mal - Amir , remarquable par les tertres et les 
grottes sculptées qui la bordent, près de laquelle le 
voyageur crut reconnaître les restes de l'ancienne ville 
des Uxii, subjugée par Alexandre'. La neige qui cou- 
vrait les montagnes l'ayant empêcjié de poursuivre sa 



( 38o ) 

roule jusqu'à Ispahan , il se dirigea vers l'est à travers 
une région montagneuse, et arriva par Beitavend à 
Ghouster. Ce voyage , qu'on peut considérer comme le 
complément de ceux exécutés par Rawlinson et Kin- 
neir, le long des monts Zagros du côlé du sud-ouest , 
a fourni des renseignements sur des pays presque 
inconnus, et de nouvelles notions sur plusieurs mo- 
numents sassanides. 

Syrie. [Alep et Damas. ) — On doit à M. C.-B. 
Houry un excellent article sur le commerce de la 
Syrie , et en particulier sur celui d'Alep et de Da-- 
mas (1). 

Alep s'est acquis en Orient et en Europe une grande 
réputation par son industrie , par ses richesses et le 
commerce actif que celte ville entretient avec le Diar- 
bekir, l'Arménie, le Kourdistun , la Perse , etc. Sa 
situation présente un point central de réunion pour 
les caravanes qui se dirigent, vers la Méditerranée, des 
contrées asiatiques voisines du golfe Persique. Ses 
communications, par ce golfe, avec Bassora mettent 
Âlep sur la roule de l'Inde; par Damas, elle entre- 
tient ses relations avec l'Egypte et l'Arabie; par 
Alexandrelte avec l'Europe ; les défilés du Taurus lui 
ouvrent les chemins de l'Arménie, du Kourdistan et des 
pays du Caucase. Alep est encore aujourd'hui une des 
places les plus importantes de la Syrie: aussi , sous ce 
rapport, les renseignements que nous donne M. Houry 
sont-ils d'un trèsgrand intérêt. La population d'Alep est 
de 80,000 âmes, et celle des districts environnants de 

(0 Voy. Revue dt VOntnt. \l* cahier. Oct. 1843. Commerce de la 
Syrie, p. 177. 



( Â8i ) 

195,000. Les Francs possèdent dans celle ville trente 
comptoirs dirigés par des Anglais, des Français, des 
Allemands et des Italiens ; les Musulmans en comptent 
quatre-vingt-cinq, et les Israélites dix. Le capital en- 
gagé par ces différentes maisons de commerce est 
estimé à 18,000,000 de piastres turkes. 

Il existe en outre à Àlep plusieurs fortes maisons de 
banque, et une foule de négociants de Bagdad, de 
Mossoul, de Diarbékir, d'Orfa, de Gonstantinople et de 
Smyrne. 

Dix-neuf maisons de commerce tiennent les draps 
de France et de Belgique , et soixante-dix les produits 
manufacturés de fabrication anglaise. 

M. Houry donne des détails sur les marchandises 
d'Europe qui conviennent au marché d'Alep , et sur les 
fabriques et manufactures de cette ville qui réunit, dans 
ses différents ateliers, 4>ooo métiers pourla fabrication 
des brocards d'or et d'argent, 1,700 pour celle des 
étoffes de soie et 200 pour la confection des cotonnades 
et mousselines. Le total annuel des produits manufac- 
turés est évalué à 25, 000, 000 de piastres ou 6, 12 5, 000 
francs. 

On compte en outre à Alep 100 teinturiers et im- 
primeurs d'étoffes , 1 5 fabriques de fil d'or et d'argent 
qui emploient 1,600 personnes. 

L'auteur de cette intéressante statistique nous four- 
nit encore des renseignements sur les caravanes qui 
partent d'Alep ou s'y rendent de différents points. Le 
nombre d'individus qui en font partie varie de 10,000 
à 3c, 000 , et celui des bêtes de somme s'élève de 800 
à 1 ,000 pour les caravanes de marchands , et de. 
1,200 à i,5oo pour celles des pèlerins. Dans certaines 
années, ces caravanes présentent un chiffre de 3, 000, 

XX. DÉCEMBRE. l\. «5 



( 38a ) 

et même de 4>ooo bêles de somme, tant mules que 
chameaux. La liste des articles importés et exportés 
par ces caravanes n'offre pas moins d'intérêt. 

Les notions sur le commerce de Damas terminent 
l'article dont je ne donne ici qu'une bien courte ana- 
lyse. Damas, que les Arabes regardent comme un de 
leurs quatre paradis terrestres, cette ville à laquelle les 
Orientaux en général donnent le nom de Perle en- 
tourée d'émeraudet, se trouve dans une position des 
plus privilégiées. Sa population dépasse ) 60,000 
âmes. Par ses manufactures d'étoffes d'or et de soie, 
par ses fabriques d'ouvrages de nacre et d'essence de 
rose, elle rivalise avec Alep. Ses superbes bazars sont 
abondamment pourvus et les plus fréquentés de l'O- 
rient On compte à Damas soixante -six maisons de 
commerce musulmanes qui font des affaires avec l'Eu- 
rope , et dont le capital collectif est estimé à environ 
26,000,000 de piastres. Les négociants de Damas qui 
trafiquent avec l'étranger sont au nombre de trente. 
Vingt-quatre maisons juives sont aussi établies dans 
cette ville, et leur capital est évalué à 18,000,000 de 
piastres. Leurs relations les plus importantes sont 
avec l'Angleterre. 

Arabie. — (Zanzibar et Mascate) (1). Les Nouvelles 
annales des voyages ont publié plusieurs articles sur Mas- 
cate. Celte année, notre laborieux confrère, M. Eyriès, 
en a fait insérer , dans le même recueil , deux autres 
fort intéressants (s). Us traitent du voyage du vaisseau 

(1) On comprendra que j'ai été forcé par les rapports existants 
entre Mascate et Zanzibar de laisser dans l'article Arabie ce que j'avais 
a citer sur une île qui appartient à l'Afrique. , 

(a) Voy. Nouv. Annal, desvoy^ septemb. et octob. 4' série. 1 843. 
( Llle.de Zanzibar et le sultan de Mascate.) 



( 585 ) 

le Peacock et de la goëlelte l'Entreprise, de la marine de» 
États-Unis, qui furent expédiés en i835 pour aller 
échanger les ratifications du traité de commerce passé 
entre le gouvernement de l'Union et le sultan de 

Mascate. 

Après avoir résumé dans un aperçu préliminaire 
les connaissances acquises sur l'Ile de Zanzibar à diffé- 
rentes époques, M. Eyriès donne la traduction de la 
relation de M. Ruschmberger, médecin altachéà l'ex- 
pédition américaine. L'auteur décrit les mœurs , les 
coutumes et la physionomie des Arabes de Zanzibar ; 
il entre dans de nouveaux détails sur la ville dé*Me m 
thony , une des résidences du sultan. Ces renseigne- 
ments sur les différentes classes de la population , sur 
l'état de l'industrie, sur l'aspect du pays, ses produits 

* 

et les ressources de son commerce, nous font appré- 
cier l'importance de cette île. Zanzibar possède une 
population de i5o,ooo habitants, dont plus d'un 
dixième demeure dans la ville , et se compose de So- 
malis, d'Hindous, de nègres libres et d'esclaves. Ces 
derniers forment les deux tiers de la totalité. Les nè- 
gres libres sont à peu près au nombre de 17,000. Qua- 
rante et un navires étrangers, dont trente-deux grands 
bâtiments américains , sept anglais, un français et un 
espagnol abordèrent à Zanzibar dans l'espace de huit 
mois. Le port principal est fréquenté en outre parles 
bâtiments arabes connus sous le nom de daous. Les 
vivres de toute espèce abondent dans l'Ile. On y trouve 
la plupart des productions des pays chauds, et ses 
richesses végétales yntété augmentées par le giroflier, 
qui y a été introduit en 1828. 

Les renseignements sur Mascate et sur le prince qui 
y réside forment la seconde partie de la relation. 



f 384 ) 

Cette ville, bâtie au milieu des rochers, est dominée 
par des châteaux-forts de construction portugaise. 
Elle renferme une population de 20,000 âmes, com- 
posée d'Arabes, de Banians et de marchands persans. 
Les Bédouins de la plaine y viennent en foule pour 
leurs achats. Son bazar est bien fourni : on y trouve 
généralement les productions de l'Afrique orientale , 
de la mer Rouge , de la côte sud-est de l'Arabie et des 
pays limitrophes et accessibles du golfe Persique (1). 
Tousles vaisseaux, en sortant de ce golle, abordent à 
Mascate, qui par sa situation est la clef de ce bras de 
mer.. C'est ce qui rend son port l'entrepôt des mar- 
chandises destinées pour les marchés de Bassora et 
de la Perse. Les relations commerciales de Mascate 
s'étendent en outre dans la mer Rouge , sur la côte 
orientale d'Afrique, à l'Ile Maurice, et dans plusieurs 
ports du continent et des lies de l'Inde et de la Chine. 
L'association des Banians y a établi une compagnie 
d'assurance maritime. Les États-Unis se sont promis 
de grands avantages du traité conclu avec le sultan ; 
mais l'établissement des Anglais â Aden est un coup 
porté au commerce de Mascate, et les intérêts des Amé- 
ricains pourraient bien s'en ressentir. 

Les États du sultan de Mascate» quoique d'une éten- 
due considérable, n'ont pas de limites bien arrêtées. 

(1) Les principales marchandises exposées en vente sont des verro- 
teries, des bracelets , des cotonnades, de l'antimoine en bâton, du 
séné en feuilles , des boutons de rose, des sandales et des lames de 
sabre. 

Le commerce d'exportation consiste en froment , dattes , chevaux , 
raisins secs, poisson salé et séché, café moka et drogueries. 

Les marchandises importées sont le riz, les toiles de coton, les 
étoffes de laine , le fer, le plomb, le sucre et les épiceries. 



( 385 ) 

Le sultan comprend dans ses vastes domaines toute la 
côte orientale d'Afrique, depuis le cap Delgado ( io° 
S. jusqu'au cap Guardafui ( 1 1* 5o' N. ). Ainsi , outre 
les ports de ce littoral , les iles Monfia , Zanzibar , 
Pemba et Socotora lui appartiendraient. Dans l'Arabie 
méridionale et orientale , il exerce son autorité depuis 
Aden jusqu'au Raz-el Had, et de là jusqu'à Bassora, y 
compris les Iles du golfe Persique , et surtout celles de 
Barhein où se fait la pèche des perles , et dont le pro- 
duit , bien que diminué depuis que les Anglais en 
partagent les Lénéfices, rapporte encore au sultan 
7,5oo,ooo fr. De plus, il tient à ferme des mines de 
soufre' en Perse et plusieurs terres à Gomroun ou Ben- 
der-Abassy. 

Saïd-Seid , sultan de Mascate depuis 1807, est un 
des princes les plus distingués de l'Asie ; il unit la 
bravoure du guerrier à la piété du musulman ; il es- 
time la France et vénère la mémoire de Napoléon , 
dont un de nos officiers de la marine, qui a com- 
mandé ses vaisseaux , l'a souvent entretenu. S'il s'at- 
tachait davantage à propager l'instruction publique 
dans ses États , à y fonder des écoles spéciales pour 
les progrés de l'industrie, à organiser, comme Moham- 
met-Aly, une force militaire capable d'en imposer aux 
Wahabi, sa puissance le rendrait redoutable. Toute- 
fois son alliance n'est pas à dédaigner , surtout pour 
la France, qui, par les nouveaux établissements 
tju'elle vient de fonder dans l'archipel de Comore, et 
teux qu'elle projette sur la cote de Madagascar, doit 
trouver un grand intérêt dans ses relations avec 
les contrées soumises au prince arabe. — Les forces 
navales du sultan consistent en 75 bâtiments de guerre, 
construits sur la côte du Malabar, et dont plusieurs 



( 586 ) 

sont des frégates de 56 canons. Les principaux officiers 
de cette marine arabe ont reçu leur éducation nauti- 
que à Bombay et à Calcutta, et ils savent faire observer 
strictement la discipline à leur équipage. 

Un autre article sur la côte de Zanguebar et Mas- 
cate a été inséré dans les Annales maritimes (3 décem- 
bre i845). Il provient de deux notes fourmes par M. le 
capitaine de corvette Guillain. Les renseignements de 
cet officier tendent à démontrer que le gouvernement 
de l'Oman par un prince plus éclairé que ses prédé- 
cesseurs, et sa présence fréquente dans ses posses- 
sions d'Afrique, ont puissamment contribué à la pros- 
périté commerciale du pays. M. Guillain traite dans 
ces deux notes du commerce de la côte de Zanguebar, 
des lies adjacentes et de celui de Mascale; il fait con- 
naître les résultats que les Anglais et les Américains 
ont obtenus jusqu'ici sur ces divers marchés : il entre 
dans des détails sur les principaux produits du pays , 
sur leurs qualités et leur valeur, et présente des con- 
sidérations générales sur les avantages que promettent 
à nos armateurs les opérations qu'ils tenteront dans 
les différentes escales qu'il désigne. Au point de vue 
commercial aussi bien que sous le rapport géographi- 
que , ces renseignements , qui ont dû coûter beaucoup 
de peine à recueillir, sont également recommanda- 
blés. 

La description des 5oo milles de la côte sud d'Arabie , 
par le capitaine Haines de la marine d'Angleterre , est 
un travail très remarquable qui a déjà été cité dans les 
précédents rapports; mais M. Passama, en en don- 
nant cette année une traduction complète , a rendu un 
nouveau. service à la géographie. Il importait de faire 
connaître tous les détails de cette belle exploration de 



(3»7) 
la côte arabique depuis Raz-Bab-el-Mandeb (cap de la 
Porte de l'Affliction), promontoire à l'entrée de la 
mer Rouge, jusqu'à Misénat, par i5° 3' latit. N. et 4*° 
a3' io" long. E. M. P. ). 

M. Haines a employé plus de deux ans (de 1 834a 1 856) 
à relever ce littoral resté presque inconnu. Sa relation 
contient d'excellents renseignements hydrographiques, 
accompagnés de remarques sur l'histoire et le com- 
merce de celte partie de l'Arabie. M. Haines appelle 
surtout l'attention sur la ville d'Aden, et tâche de faire 
apprécier les avantages de sa situation. L'eau, ce pre- 
mier bienfait de la nature dans les régions brûlantes, 
abondaitautrefois dans cette ville; elle était reçue dans 
de vastes citernes, et y arrivait par le grand aqueduc 
que fit construire Soliman le Magnifique. Ces ouvrages 
d'utilité publique , bien que ruinés en partie , té- 
moignent encore de l'ancienne splendeur d'Aden. Il 
y a moins de trois siècles que cette ville était rangée 
parmi les premiers marchés de l'Orient. Sous l'empe- 
reur Constantin , son grand commerce et ses excel- 
lents ports attiraient les galères marchandes des diffé- 
rentes parties du monde connu. 

« Aujourd'hui (écrivait M. Haines en 1 835 ) son com- 
• merce est anéanti, son gouverneur imbécile, ses» 
» citernes en ruines, son eau saumâtre, ses rues de- 
ssertes, et ses ports plus déserts encore; mais ces 
» derniers sont restés tels que la nature les a faits, ex- 
cellents, spacieux et sûrs. » Le narrateur ne cesse 
d'appeler l'attention sur ce dernier point, • La supè- 
triorité d'Aden, ajoute-t-il ailleurs, est dans ses excel- 
» lents ports , deux à V est et deux à F ouest. Cette station 
» est des plus importantes, et il est trop évident qu'on doit 
»/a demander avec instance, car elle offre un abri aux 



( 388 ) 

* 

i flottes , une forteresse imprenable , et un facile accès dans 
* les provinces de VYémen et de V Hadramaout. iM. Hai- 
nes, en demandant AVEC instancb l'occupation d'Aden, 
a soin de faire remarquer que la petite péninsule ro- 
cheuse sur laquelle est bâtie la ville ressemble beau- 
coup au rocher de Gibraltar. Mais il nous parait avoir 
exagéré les avantages de sa position lorsqu'il assure 
qu'on pourrait la rendre inexpugnable. Aden pourra 
toujours être investie du côté de F isthme qui joint cette 
place avec le continent; les ouvrages que les Anglais 
veulent relever, pour l'alimenter d'eau salubre, peuvent 
être inutilisés en quelques heures, et les populations 
arabes environnantes ne vivront jamais en harmonie 
avec les nouveaux occupants. 

Quoiqu'il en soit, le gouvernement britannique n'a 
pas négligé les renseignements fournis par M. Haines. 
Aden exporte du café et du millet. Ses principales im- 
portations consistent en toile de coton ; elle reçoit , 
en outre, beaucoup de fer, du plomb, du riz et des 
dattes ; les bestiaux y arrivent de Berberah, de Bander- 
Kosaïr et de Zeïla. 

Parmi les nombreuses notions contenues dans la 
relation de M. Haines , je citerai celles qu'il a recueil- 
lies sur la tribu des Foudhli, forte de i5,ooo âmes. Les 
hommes qui en font partie sont d'une constitution ro- 
buste et d'un caractère résolu ; leurs femmes passent 
pour les plus belles de l'Arabie. Lors du séjour du Pa- 
linure à Sougra, port principal du district de Foudhli, 
le café valait 1 2 centimes la livre. 

M. Haines désigne la ville de Makallah comme le 
plus grand entrepôt de cette côte. Sa population est 
de 4>5oo âmes, mélangée de tribus Beni-Hasa et 
Yafai, de Karatchis,') de Banians et de toute sorte 



(58 9 ) 

d'étrangers. Son port est très fréquenté par les bateaux 
caboteurs et les daous arabes. On apporte sur le mar- 
ché de la gomme, des cuirs et du séné , en échange de 
cotonnades de l'Inde et d'autres marchandises, telles 
que du plomb, du fer, des poteries et du riz de Bom- 
bay, des dattes et des fruits secs de Mascate, du millet 
Bajeri (1), et du miel d'Aden, du café de Moka, des 
moutons, de l'aloès, de l'encens, et surtout des es- 
claves de Berberah, Bander - Kosaïr et autres ports 
africains. L'odieux trafic des esclaves a pris à Makallah 
une effrayante extension. M. Haines a vu jusqu'à 
700 jeunes filles nubiennes exposées en même temps 
dans le bazar, et assujetties à la brutale et dégoûtante 
inspection des acheteurs. Le prix de ces infortunées 
variait depuis 160 jusqu'à 600 francs. 

Isthme de Suez et côtes de la mer Rouge, — Sous le 
titre Del 9 Acclimatation sur la mer Rouge , M. Aubert- 
Roche, ex-médecin en chef au service d'Egypte, a 
publié dans la Revue de l'Orient (1 i e cahier; juin 1 843) 
un mémoire qui , bien que consacré en grande partie 
à démontrer, d'après des considérations hygiéniques, 
les influences du climat, de la nature des lieux, et de 
la nourriture sur les populations du littoral , présente 
néanmoins beaucoup d'intérêt sous le rapport géo- 
graphique. M. Aubert-Roche passe en revue toutes les 
populations des golfes de Suez et d'Akabah sur les 
côtes de la presqu'île duSinai, puis celles de la côte 
d'Arabie et de la côte africaine ; il les envisage sous le 
point de vue de l'acclimatation , c'est-à-dire d'après 
les circonstances naturelles des pays habités par les 
différentes tribus ; il indique leur mode d'alimentation, 

(1) Panicum plicatum. 



( *9° ) 
leur vêlements, enfin leur manière de vivre en tout ce 
qui tient aux besoins journaliers. Dans cet exposé de 
géographie hygiénique, l'auteur a eu pour but de re- 
chercher quelles ont été les conditions d'existence qui 
ont le plus contribué à l'état sanitaire des populations. 
Les résultats de son examen serviront de guide dans 
l'élection des points où Ton voudrait fonder des éta- 
blissements. Il y aurait même avantage pour la France 
de poursuivre des travaux analogues sur plusieurs par- 
ties du littoral de l'Afrique, et notamment sur les côtes 
de l'Algérie, où le bon choix des localités avancera 
les progrès de la colonisation. 

Dans un autre mémoire d'une plus haute impor- 
tance, M. Aubert -Roche examine la question du per- 
cement de l'isthme de Suez dans l'intérêt du com- 
merce européen. (Revue de L'Orient, vm e cah. , déc. 1 843.) 

c La canalisation de l'isthme de Suez, dit-il , est la 
• plus grave des questions qui puissent agiter l'Europe. 
» Les Anglais le savent bien , et les puissances euro- 
péennes qui bordent le bassin de la Méditerranée 
» ont les plus grands intérêts à ce que l'Angleterre ne 
»se trouve pas seule en possession de ce passage... 
«Les Anglais sont antipathiques aux Arabes et aux 
» Abyssins des côtes de la mer Rouge. C'est de cette 
«circonstance qu'il faut profiter en sachant lier les in- 
térêts de ces peuples riverains aux nôtres. » M. Au- 
bert-Roche jette d'abord un coup d'œil général sur les 
établissements situés sur les deux côtes, et démontre, 
dans le cas du percement de l'isthme , les avantages 
qu'offriraient ceux situés de Souakin au cap Guarda- 
fuy d'une part, et ceux de Djedda à Dafar de l'autre. 
Il traite ensuite de la navigation à la vapeur et des li- 
gnes qu'il conviendrait de servir, des moyens à pren- 



( *<9* ) 
dre pour les approvisionnements en charbon, des 
escales de ravitaillements et des stations; enfin il ter- 
mine par une revue statistique du commerce de l'Ara- 
bie, de l'Egypte , du Sennar, de la Nubie , des lies de 
la mer Rouge et de la côte d'Abyssinie. 

Arabie. — Plusieurs rapports de H. Jebenne sur le 
voyage de la gabarre la Prévoyante ont été insérés 
dans les Annales maritimes. Vous savez, messieurs, 
que le but principal de la mission confiée à cet offi- 
cier distingué était de rapporter de l'Yémen des se- 
mences et des jeunes plants du cafier de l'Arabie pour 
renouveler l'espèce dans nos colonies. H. Jebenne n'a 
rien négligé pour accomplir cette utile entreprise, 
malgré les tracasseries qui lui ont été suscitées par 
le gouverneur de Moka. L'active assistance de MAL Per- 
villé et Noël, secondée par le zèle du lieutenant de 
vaisseau Passama , chef de la caravane expédiée dans 
l'intérieur de l'Yémen pour se procurer les semences 
dont on avait besoin, ont été couronnés d'un plein 
succès. La mission de M. le commandant Jebenne a 
duré plus de quatorze mois, depuis son départ de 
Bourbon, en 1841 , jusqu'à son retour à Lorient, le 
8 décembre 1842, après avoir parcouru la mer 
d'Arabie et une partie de la mer Rouge , après avoir 
traversé deux fois l'Atlantique , s'être arrêté aux Se- 
chelles, à Bombay, à Socotra, à Moka, à Aden, au 
cap de Bonne-Espérance, à Cayenne et aux Antilles , 
sans compter plusieurs autres stations. Cette cam- 
pagne a été utilisée dans l'intérêt de l'hydrographie 
par la rectification de plusieurs positions que M. Je- 
benne a discutées dans ses rapports. Sa judicieuse cri- 
tique sur les travaux de ses devanciers , comparés avec 
ses propres observations, fournit d'excellents ronsoi- 



( 5 9 a ) 

gnemenls. Il a donné le résultat de ses opérations aux 
lies la Gallega , Coëtivi, aux Séchelles, dans la baie de 
Socotra et sur la côte N.-E. de l'Afrique, en touchant 
aux îles Maït , Missach et Périm , aux ports de Beur- 
beura et de Zeila. Ses observations serviront à rectifier 
sur les cartes le tracé du littoral dans les 60 lieues qui 
sont h l'ouest du détroit de Bab-el-Mandeb. Les res- 
sources du commerce sur les différents points de re- 
lâche de la Prévoyante ont fixé l'attention de son com- 
mandant ; mais malheureusement il n'est pas probable 
que nous puissions tirer parti de ces ressources pour 
nos relations; car ce ne sera plus maintenant ni a Mas- 
cate , ni à Makallah , ni à Moka , ni même sur la côte 
de l'Abyssinie qu'il faudra aller chercher les produits 
des pays limitrophes de la mer Rouge , ce sera à Aden, 
ce nouveau Gibraltar, qui doit attirer dans son marché 
tout le commerce de l'Arabie et de la côte voisine. La 
garnison de cette place a été portée à 2,000 hommes: 
elle habite encore sous les tentes ; mais» avec l'argent 
de la Compagnie de l'Inde; de grandes casernes vont 
être construites, les fortifications relevées; le plan de 
la ville nouvelle , qu'on va bâtir sur l'emplacement de 
l'ancienne, est déjà tracé: « Aujourd'hui, dit M. Je- 
«henné, Aden n'est encore qu'un camp au milieu des 
• ruines; dans dix ans, ce sera une belle ville; dans 
» trente ans , une colonie des plus florissantes. » Cette 
prédiction ne saurait étonner personne ; dès l'occupa- 
tion d'Aden par les Anglais, on a pu prévoir de suite 
tout ce qu'on devait attendre d'une nation qui, depuis 
la paix 9 marche vite en fait de conquête. 

Dans la première partie de sa relation , consacrée 
aux événements qui ont eu lieu pendant son séjour 
sur la côte d'Arabie, M. Jehenne a donné un aperçu 



(395) 
historique de la situation politique del'Yémen, et en 
particulier du gouvernement de Moka, d'abord vis-à- 
vis les tribus indépendantes des montagnes et des pro- 
vinces soumises à l'iman de Saana , et ensuite dans ses 
rapports avec les Anglais. La seconde partie des ren- 
seignements de M. Jehenne comprend ses travaux 
hydrographiques et renferme des détails intéressants 
sur la côte des Saumalis. On lui doit, en outre , un 
excellent travail sur l'Ile de Mayotte, que la Prévoyante 
visita pour la première fois en 1 84o. M. Jehenne a 
ajouté à ses observations antéHeures tout ce qui con- 
cerne' la géographie et l'histoire de cette lie, une des 
plus intéressantes de l'archipel de Comore. Enfin un 
rapport spécial a été consacré aux Séchelles , ces tles 
que les traités de 181 5 nous ont enlevées. Les détails 
dans lesquels est entré M. Jehenne sont d'autant plus 
intéressants, qu'ils nous instruisent de la situation des 
Séchelles depuis l'émancipation des esclaves. M. La- 
place, qui visita aussi cette colonie, la vit florissante à 
une époque où les travaux de l'industrie agricole et 
commerciale occupaient une population de 4, 000 nè- 
gres dirigés par les colons. Aujourd'hui les choses ont 
changé de face. Toutefois H. Jehenne fait remarquer 
que les changements survenus par suite de la liberté 
accordée aux noirs , tout en compromettant les inté- 
rêts du commerce et de l'agriculture» n'ont cependant 
occasionné aucun trouble, et il appelle l'attention sur 
les effets matériels et moraux qui ont été les résultats 
de l'émancipation. Il en trouve la cause dans la con- 
duite sage et exemplaire de l'administration locale, 
datis la confiance qu'elle a su inspirer aux affranchis , 
et dans les règlements paternels qui les régissent Les 
moyens de moralisation employés par M. Mylius , à la 



( S 9 4 ) 

fois gouverneur et pasteur de la colonie, ont contenu l'é- 
lan d'une population qui a passé avec une joie délirante 
de l'état d'esclavage à la condition d'hommes libres. 
C'estpar l'instruction religieuse et l'éducation élémen- 
taire que cet administrateur éclairé et plein de philan- 
thropie a ramené les noirs à l'amour du travail. 

Je ne pousserai pas plus loin l'analyse des impor- 
tants travaux de M. Jebenne. Les renseignements 
contenus dans ces différents rapports (0, imprimés 
par ordre de M. le ministre de la marine, occupe- 
raient plus d'un volume des Annales s'ils étaient tous 
réunis (s). 

Les résultats de l'expédition de la Prévoyante dans 
les divers parages que je viens de signaler m'entraî- 
nent à vous parler des observations de M. Passama 
qui a si bien secondé M. Jehenne pendant celte cam- 
pagne. 

Cet officier eut à surmonter des difficultés sans 
nombre pour pénétrer dans l'Yémen avec sa petite 
caravane. Parti de Moka, il suivit la route h travers la 
plaine par Yakhtoul, Rouba, Roués, Zahari, Mou- 
shish et la ville de liés, qui compte 20 caravansérails 
et autant de mosquées. 

H. Passama donne des détails statistiques sur cette 
ville et son territoire ; il cite les principaux lieux dont 
la culture la plus importante est celle du caféier. Ce 
n'est pas dans les environs de Moka, comme on le pen- 
sait, que se récolte le meilleur café : les vallées de 

(1) Y compris ceux de MM. Pervillé et Passama. 
, t (2) Je ne dois pas omettre de citer aussi le rapport de M. Jeheniie 
sur l'île de Noasibé , et plusieurs autres de la côte N.-O. de Mada- 
gascar, dans lequel les navigateurs et les géographes trouveront 
d'excellentes observations. 



( 39* ) 
l'Assyr, les montagnes du Rhaulan, les pentes du mont 
Saber , le pays de Kattaba et les terrains qui avoisi- 
nent la côte du sud de P Yémen , produisent plusieurs 
de ces qualités renommées dans tout l'Orient par 
l'excellence de leur parfum , et qu'on confond dans le 
commerce sous le nom générique de café d'Arabie. 
Cette précieuse denrée, que Mohammed-Aly dirigeait 
dans nos ports de la Méditerranée par le Suez et l'E- 
gypte , lorsque l'Arabie était sa tributaire , afflue 
maintenant à Aden depuis que les Anglais s'y sont 
établis. 

Encore un mot sur l'Arabie : 

MM. Galinier et Ferret ont rédigé , d'après M, Ché- 
dufau, une Notice géographique sur l'Arabie, qui a 
paru dans notre Bulletin. M. Jomard a fait apprécier 
l'importance de ce travail par les considérations dont 
il Pa accompagné. 

M. Chédufau, médecin en chef de l'armée égyptienne 
en Arabie, et M. le lieutenant-colonel Mary, aide-de- 
camp d'Ahmed-Pacha, parcoururent l'Hedjaz et l'As- 
syr pendant les huit dernières années de l'occupation 
de ces pays par les troupes du vice-roi d'Egypte. Une 
série d'observations et de reconnaissances ont servi à 
fixer la position des lieux explorés dans les différentes 
positions militaires dont ces deux officiers firent par- 
tie. Il a fallu à nos compatriotes le rang qu'ils occu- 
paient dans l'armée égyptienne et les événements 
politiques de l'époque pour obtenir sur l'Arabie tous 
les renseignements que nous leur devons. Les circon. 
stances qui les ont favorisés île sauraient se rencontrer 
aujourd'hui que le pouvoir protecteur de Mohammed- 
Aly a cessé d'exercer son influence en Asie. Une nou- 
velle carte de PAssyr et de l'Hedjaz a été dressée d'à- 



(3 9 6 ) 
près les nombreux itinéraires de MM. Ghédufau et 
Mary. Le premier s'est particulièrement appliqué à 
étudier )a topographie du pays et la géographie phy- 
sique. Il a indiqué la direction des montagnes et des 
cours d'eau , les villes et les stations les plus impor- 
tantes; enfin le caractère et les mœurs des tribus ara- 
bes qui habitent ces contrées. 

Les travaux de M. Ghédufau sur l'Arabie m'ont 
rapproché de l'Egypte ; ce sera donc par ce pays que 
je commencerai ma revue de l'Afrique. 

AFRIQUE. 

Egypte. — Les efforts incessants de Mohammed- 
Aly pour l'amélioration, je dirai même pour la ré- 
génération de l'Egypte , méritent d'être appréciés • 
car les vues de ce prince ont été diversement jugées. 
Persévérant dans son système, le vice-roi conserve 
toutes ses sympathies, et ne cesse de favoriser les pro- 
grès de celte civilisation que la France importa en 
Egypte , et dont l'influence morale et les résulats ma- 
tériels doivent profiter au monde. Les sciences 9 les 
arts, l'industrie» toutes les lumières de l'Europe pro- 
pagées au bord du Nil , sous les auspices du prince 
qui a su en apprécier les bienfaits, doivent se répan- 
dre tôt ou tard dans les possessions turques pour en 
corriger la barbarie. L'opinion publique est fixée au- 
jourd'hui sur l'homme remarquable dont le génie actif 
pèse encore d'un grand poids dans les destinées de 
l'Orient. La position forcée qu'on lui a faite , loin de 
l'abattre , semble au contraire redoubler son énergie. 
Les événements de 1840 ont été pour lui l'occasion de 
porter tous ses efforts sur les développements indus- 



(597) 
triels et agricoles. En licenciant une partie de ses ar- 
mées , il a trouvé des bras pour les champs , des têtes 
bien organisées pour diriger les travaux publics et 
l'administration intérieure. Ses généraux sont devenus 
des intendants de province , et les premiers intéressés, 
comme grands propriétaires, aux progrès de l'agricul- 
ture. Après la désastreuse épizoolie qui a enlevé à 
l'Egypte plus de 200,000 bœufs, Mohammed-Aly a as* 
sure les récoltes en employant aux labours les chevaux 
de sa cavalerie. Des entreprises gigantesques, des travaux 
de tous genres ont été poussés avec une étonnante ac- 
tivité. Les populations en masse , accourues à la voix 
du prince , ont sauvé le pays du ravage des inonda- 
tions. De fortes digues se sont élevées sur les rives du 
fleuve ; la canalisation de l'Egypte supérieure, pour fa- 
ciliter les irrigations, a été achevée par l'ingénieur Li- 
nantdeBellefonds, auquel est due l'exécution du magni- 
fique pont-barrage de Chibyn dans la Basse-Egypte ; la 
double écluse d'Atfêh , à l'embouchure du canal d'A- 
lexandrie, est entièrement terminée ; le grand bassin que 
dirige à Alexandrie l'ingénieur français Mongel, et dont 
l'achèvement s'avance, peut être cité comme un exem- 
ple de l'impulsion extraordinaire que le vice-roi im- 
prime aur travaux industriels depuis la fin de la guerre. 
11 est question d'ouvrir un canal pour compléter l'irri- 
gation du Saïd , d'entreprendre un grand barrage à la 
tête du Delta, de mettre à exécution le chemin de fer 
de Suée au Caire. Ce canal des Deux Mers, dont le 
plan date de l'expédition française, serait même déjà 
commencé , si des difficultés politiques et des obsta- 
cles d'une autre nature n'en avaient différé l'exécution. 
— Du reste , les travaux industriels ne se bornent pas 
là. Dans les ateliers de cette capitale , d'où est sortie 

XX. DÉCJSlfBBE. 5. 96 



'< 3g8 ) 

la dernière machine à vapeur du navire que Mohbin- 
med-Aly a envoyé au sullan de Constantinople, on fa* 
brique des armes, des instruments et des outils de 
tous genres. Au Fazoklo,on exploite des terrains auri- 
fères. En face de Bcnisuef on retire des carrières des 
blocs d'albâtre d'une dimension colossale. Un nouveau 
moyen de transport s'organise en Nubie pour ap- 
provisionner d'eau le grand désert situé entre Ro- 
rosko et Abou-Hamed, vaste espace où les caravanes 
sont quelquefois surprises par le terrible vent de Kham- 

syn (i). 
En ne considérant les entreprises de Mohammed- 

Aly que sous le rapport géographique , on ne peut 
disconvenir qu'elles ont puissamment contribué aux 
progrès de la science durant la guerre comme pen- 
dant la paix. Ce sont ses campagnes d'Arabie qui ont 
révélé pour ainsi dire le Nedjd et l'Assyr. Les voyages 
de son fils Ismaîl et les siens, dans la Nubie supé- 
rieure, ont fait connaître le Cordofan et le Fazoklo ; on 
doit à ces expéditions les découvertes de M. Frédéric 
Gailliaud et du D' Ruppell. Les trois explorations du 
Nil-Blanc ont ouvert un nouveau champ aux investiga- 
tions géographiques. Vous en connaissez déjà les dé- 
tails ; il me suffira de citer ici la carte qui accompagne 
la relation de M. d'Arnaud , et qui donne le cours de 
la partie explorée du fleuve avec les pays adjacents, 
d'après les itinéraires et les observations astronomi- 
ques. L'expédition projetée au Darfour nous promet 
d'autres résultats importants, et nous faisons des 
vœux pour qu'elle se réalise. Les découvertes en Abys- 
sinie ne sont pas non plus demeurées étrangères à la 

(i) Voy. Bull, de la Soc. Septembre, i843. 



(399) 
protection du vice-roi : il les a secondées par ses fir- 
mans accordés aux voyageurs pour traverser les pays 
limitrophes. Le nivellement du Fayoum a été exécuté 
par ses ordres; enfin la sûreté des routes dans des con- 
trées oà l'on n'aurait osé s'aventurer autrefois sans cou- 
rir le risque d'être dépouillé par les Bédouins , doit 
compter au nombre des grands services que le prince 
égyptien a rendus à la géographie. Ainsi Mohammed- 
Aly, encore plein de force, de courage et de virilité, 
malgré son grand âge, porte sur toutes les branches de 
j'adraiaistration cette intelligence instinctive qui ne 
cesse de le guider. Les grandes entreprises qu'il pro- 
jette , qu'il encourage et qu'il accomplit font sortir 
l'Egypte de ses ruines, et rappellent les beaux jours 
d'Alexandrie et de Memphis. 

11. Jomard , auquel la Société de géographie est re- 
devable , en grande partie , des renseignements que je 
viens de résumer» nous a donné connaissance des ob - 
servations météorologiques faites au Gaire de i855 à 
1841, et qui lui ont été communiquées par M. Des- 
louche , membre du conseil général de santé d'Egypte. 
Ces observations , comparées avec celles de notre mé- 
morable expédition, prouvent que le climat et la tem- 
pérature de l'Egypte n'ont pas changé depuis quarante 
ans. La moyenne annuelle donne toujours treize jours 
de pluie, 23*5' de température, et 760 millimètres de 
pression atmosphérique. 

M. Perron, professeur de chimie et directeur de 
l'école médicale du Gaire, a donné, dans une lettre 
adressée & M. Mohl, de la Société asiatique, des détails 
sur l'imprimerie créée àBoulac pour la publication des 
ouvrages traduits des langues européennes en arabe. 
Sa lettre contient en outre des observations curieuses 



( 4oo ) 

sur les progrès des écoles égyptiennes. D'après le sa- 
vant docteur» l'instruction publique en Egypte et le 
développement intellectuel sont entièrement dans les 
écoles établies par le vice-roi, • et déjà, dit-il, il surgit 
du sein des élèves une puissance scientifique qui , si 
elle continue à vivre quelque temps encore, sera assez 
forte pour dominer les croyances des ulémas et faire 
tomber leur vieille rouille scolastique. Le temps est 
passé où les schayks avaient la magistrature de la 
science; les enfants des écoles spéciales les ont dé* 
bordés. » 

Parmi le grand nombre d'ouvrages imprimés àBou- 
lac et qu'on expédie ensuite à Gonstantinople, Smyrne, 
Salonique et dans tout le Levant , on compte une cin- 
quantaine de traductions arabes ou turques de livres 
français sur les mathématiques, la mécanique, la 
géodésie , l'art militaire , la médecine , la chirurgie , 
la physiologie , et en général sur les sciences physi- 
ques et naturelles. Presque toutes ces traductions ont 
été faites par les Égyptiens qui ont étudié en France. 
La géographie , l'histoire de l'Egypte et d'une partie 
de l'Europe ont également occupé les traducteurs. Il 
existe même dans ce genre des ouvrages originaux , 
écrits par des indigènes. 

Notre collègue , H. Gochelet , vous a communiqué 
l'extrait d'un rapport de H. Lefèvre , ce jeune géologue 
qui » après avoir exploré si utilement les bords de la 
mer Rouge et le mont Sinai, a fini par succomber aux 
fatigues d'une nouvelle mission dans le Fazoklo. Le 
rapport de notrei nfortuné compatriote est relatif aux 
sables aurifères 1 e Mohammed-Àly-Polis. Il renferme 
cdicatioû des <i< ffére ntes méthodes d'exploitations. 



(4ot ) 

employées el celle des localités où abonde le pro- 
duit 

Un voyage , dont les détails n'ont été connus que 
cette année, mérite aussi une mention particulière : 
c'est celui qui a été exécuté par trois petits bâtiments 
a voiles latines et montés par des officiers de la ma- 
rine et du génie des États romains. Cette expédition , 
ordonnée par le souverain pontife Grégoire XVI , fut 
eonfiée à M. Alexandre Cialdi , capitaine de marine 
qui avait fait preuve de talent et d'énergie dans 
plusieurs autres missions. Les bâtiments sous ses 
ordres quittèrent l'embouchure du Tibre vers la 
fin de 1840, et se dirigèrent sur l'Egypte pour re- 
monter le Nil jusqu'à la première cataracte , et aller 
charger aux carrières de Benîsuef les grands blocs 
d'albâtre que Mohammed-Aly avait offerts au pape, et 
qui devaient servir à l'embellissement de la renais- 
sante basilique de Saint-Paul. En redescendant -le 
fleuve , après avoir terminé les opérations de l'embar- 
quement des blocs, l'expédition fut retardée dans sa 
marche par le vent du nord qui soufflait avec une ex- 
trême violence; le commandant eut alors l'heureuse 
idée d'employer un moyen fort ingénieux pour conti- 
nuer sa route , malgré les difficultés de la navigation. 
Une voile tendue de l'ayant du navire et plongeant dans 
l'eau» lui fit vaincre la résistance du vent contraire , 
en mettant à profit l'impulsion communiquée par le 
courant du fleuve. Le rapport que Mohammed-Aly 
fit demander à l'officier italien sur cette manœu- 
vre d'un nouveau genre , provoqua l'ordre émané 
du vice-roi pour faire l'application du même moyen 
sur les barques égyptiennes qui descendent du. 
fleuve. 



, ( 4** ) 

Abyssinie. — M. Antoine d'Abbadie, dont j'ai eu aoa* 
vent occasion de vous parler dans mes précédents rap- 
ports, ne cesse d'entretenir une correspondance active 
avec plusieurs membres de la Société. Les stations de. 
M. d'Abbabie ne sont pas moins fructueuses que ses 
voyages ; il sait les mettre à profit par les informa- 
tions qu'il acquiert sur des contrées qu'il n'a pu visi- 
ter encore. C'est à cet esprit de recherches qui le 
guide toujours si bien» que nous lui sommes re- 
devables de renseignements curieux sur la Haute - 
Ethiopie et d'une esquisse du pays d'Énarya, d'à* 
près un dessin fait sur les lieux, par un Abyssin musul- 
man. 

M. le D r Petit (1) 9 voyageur naturaliste du Muséum, 
a poursuivi ses explorations dans l'Abyssinie,et son zèle 
infatigable s'est constamment soutenu au milieu des 
vicissitudes qui sont venues l'assaillir. Vers la fin de 
l'année passée , il écrivait d'Ouadgerate , sur les fron- 
tières du pays des Azpqbo-Galla , et transmettait à 
un de nos collègues de curieux renseignements sur les 
mœurs des peuplades belliqueuses qu'il avait visitées. 
La Société a consigné dans son Bulletin la relation, des 
fêtes guerrières que célèbrent lesGalla, lorsque, en 
buvant l'hydromel , ils s'exaltent an récit de leurs 
exploits. 

Les matériaux que le D* Petit a déjà recueillis nous 
promettent des notions très variées sur l'histoire phy- 
sique et naturelle de la partie de l'Afrique qu'il a 
parcourue. Ce voyageur annonce un album in-folio, 
dont les dessins sont tous coloriés sur nature , 

(i) Nous avons appris, depuis la lecture du Rapport, la mort du 
docteur Petit en traversant le Nil et toutes les circonstances de cet 
événement déplorable. 



C 4o5 ) 
i5 carnets de notes sur la zoologie et la botanique de 
la Haule-Éthiopie, plusieurs vocabulaires des langues 
de cette partie de l'Afrique; enfin un herbier de 
4o,ooo échantillons de plantes, et de nombreuses col- 
lections en oiseaux et mammifères. 

fl(; Rpchet d'Héricourt, avant d'aborder sur la côte 
orientale d'Afrique , a fait parvenir à la Société , par 
l'intermédiaire de M. d'Avezac , des observations sur 
son itinéraire de la mer Rouge. Il a indiqué les points, 
commerciaux et l'importance du port de Djedda, le 
prix des denrées de l'Inde sur les divers marchés et les 
droits qu'elles paient. Ses lettres fournissent de curieux 
détails sur l'association des Banians, ces marchands 
indous qui exploitent le commerce de la mer Rouge. 
Notre voyageur s'est ensuite remis en route pour pour- 
suivre ses explorations. Malgré les entraves qu'on a 
tâché de mettre à l'accomplissement de sa mission , 
M. Rochet d'Héricourt est parvenu à surmonter tous 
les obstacles. Sa persévérance a triomphé du mauvais 
vouloir. Une bonne étoile semble le guider au milieu 
des contrées les plus inhospitalières, car il trouve assis- 
tance et sécurité là où d'autres n'ont rencontré qu;e 
désappointements et disgrâces. C'est sous la sauve- 
garde d'un Bédouin qu'il s'élance pour la seconde 
fois dans le désert de l'Adel , et qu'il parvient encore 
sans accident jusqu'à la capitale du Ghoa. 

Le D* Beke , après avoir élé retenu quelque temps à 
Dima pour rétablir sa santé , écrit à ses amis de Lon- 
dres qu'il s'est remis en route pour continuer ses. 
explorations dans l'intérieur de l'Abyssioie et se ren- 
dre à Dembetcha. Il a traversé d'abord le Gad, afin de 
pénétrer dans le district de Yazinna , et s'avancer en- 
suite vers l'ouest en appuyant un peu au sud. Cet. 



( 4o4) 

itinéraire lai a permis de longer la base des monts 
Tal-ba-Waha, que l'on dit couverts de neiges éter- 
nelles , et d'où se précipitent plusieurs torrents qui 
Tiennent grossir les ^premières eaux de l'Àbâi. Ces tor- 
rents coulent au sud-est et au sud , et le voyageur eut 
à les traverser successivement pour arriver au monas- 
tère de Yéderéban. De là, après une journée de mar- 
che par des plateaux couverts de hautes herbes, d'a- 
cacias et de rosiers sauvages , il atteignit le point de 
partage des eaux , et traversa plusieurs fois le torrent 
de Didjil qui se jette dans le Godib ; puis il entra dans 
la province de Damot. Le Godib , dont le courant est 
très paisible , est une petite rivière fort étroite , et qui 
n'a que s pieds de profondeur. Le 97 janvier 1842 , le 
D r Beke parvint à Demhetcha, d'où il a daté sa dernière 
lettre. 

Un rapport sur la géologie et la minéralogie de la 
province du Tigré a été adressé à la Société géologi- 
que de France par M. Vignaud , élève de l'école des 
mines. Ce naturaliste-voyageur donne un aperçu des 
provinces d'Àbyssinie qui bordent la mer Rouge , de- 
puis Massuah jusqu'à la chatne de montagnes d'A« 
doua. — La première partie du rapport comprend 
l'espace qui s'étend depuis la mer jusqu'au Blareb ; la 
seconde traite du pays situé entre Axoum et les limites 
du Tacazé. M. Vignaud a gravi au sommet du Se-* 
maiata , qui a plus de 9,000 pieds d'altitude. < Du haut 
de cette montagne, dit-il, on jouit d'un des plusbeaux 
panoramas , car on domine tout le Tigré > le Temben 
et une partie de l'Aguimé. «On peut se faire une idée, 
d'après les renseignements de M. Vignaud , de la hau- 
teur des plateaux abyssins et de leur singulière struc- 
ture. La dislocation et les bouleversements qui acci- 



( 4©5 } 
dénient le sol de la contrée , paraissent avoir été pro- 
duit* par des révolutions volcaniques très anciennes. 
Les eaux des torrents, à l'époque des grandes pluies, 
ont aussi beaucoup contribué à l'isolement des mas- 
sifs, en «'ouvrant passage par les ravins que des tor- 
rents impétueux se sont creusés dans toutes les direc- 
tions. 

Algérie. • — Parmi le grand nombre d'écrits consa- 
crés à l'examen de la question de la colonisation algé- 
rienne, qui ont paru successivement depuis l'établis- 
sement de notre pnissance dans le nord de l'Afrique , 
le pins remarquable, sans contredit, est celai publié 
au commencement de cette année par H. Enfantin , 
un des membres de la commission scientifique, a la- 
quelle on doit déjà plusieurs travaux importants. His- 
torien érudit autant que logicien profond, H. Enfantin 
jette d'abord un coup d'oeil sur les changements qui 
ont eu lieu dans cette partie de l'Afrique, depuis l'oc- 
cupation romaine , et fait a chaque domination la part 
qu'elle a prise dans l'amélioration matérielle du pava. 
Son ouvrage, écrit dans un esprit philosophique , est 
un véritable traité de colonisation. Le système qu'il 
expose , et dont il développe la synthèse , laisse de suite 
entrevoir ses tendances et ses résultats. M. Enfantin, 
descendant des principes aux conséquences, s'applique 
a rechercher comment notre conquête pourrait deve- 
nir moins coûteuse et bientôt même productive. < Après 
avoir délivré l'Europe de la piraterie à nos risques et 
périls , dit-U , après avoir dispensé presque toute la 
chrétienté du honteux tribut qu'elle payait aux succes- 
seurs de Barberousse , la chrétienté serait en droit d* 
nous refuser son approbation et ses louanges, si n™>* 
nous montrions moins habiles que lesTurcsàcul 



M 1 



(4o6) 

le sol conquis par nos armes. • Heureusement qu'il* 
n'en est pas ainsi, et les développements de l'industrie» 
les villages qui se forment, l'accroissement d'une por- 
pulation nationale dont le chiffre s'élève déjà à plus de 
5o, ooo âmes, la protection qu'un gouvernement éclairé, 
ne cesse d'accorder à toutes les entreprises dirigées, 
dans un but d'utilité réelle, tout aujourd'hui nous fait 
espérer de pouvoir bientôt recueillir sut cette terre ar- 
rosée du sang de nos braves. 

Pour atteindre le double but de légitimer notre oc- 
cupation aux yeux de l'Europe , et d'utiliser notre con- 
quête dans notre intérêt, comme dans celui de la ci- 
vilisation et du bien-être des populations indigènes, 
notre entreprise, selon M. Enfantin, doit différer de 
toutes celles qui l'ont précédée. « Il faut que nos actes 
inévitables de destruction soient accompagnés de puis* 
santés tentatives de production. • La colonisation de 
l'Algérie par la France ne doit pas se traduire seule-*, 
ment par la transplantation d'une masse de sa popu- 
lation sur le sol africain, mais aussi par l'organisation 
de la population indigène , d'après un système d'ad- 
ministration en rapport avec ses besoins. En partant 
de cette base , M. Enfantin s'est attaché à étudier et à 
résoudre les questions renfermées dans ces trois 
grandes divisions de l'ordre civil , l'administration , la 
justice et la religion , en les considérant toujours du 
double point de vue de l'intérêt des indigènes et de 
celui des colons. Ces deux populations, encore si peu 
unies, se rapprocheront progressivement avec le temps 
et les efforts des hommes, et c'est pour arriver à ce 
but que l'auteur de l'ouvrage appelle l'attention pu- 
blique sur les institutions civiles qui doivent préparer 
et consolider cette heureuse association. 



( 4o; ) 
Sahara. — Une description du Sahara algérien , par 
M. Ismaël Urbain, a été insérée dans la Revue de F Orient* 
L'auteur établit d'abord les trois grandes divisions de 
l'Algérie et de leurs populations respectives , savoir : le 
pays montagneux du littoral occupé parles Kabyles, 
le Sahara ou le sol inculte et aride que les Arabes no* 
mades habitent avec leurs troupeaux pendant une 
partie de l'année , puis , entre ces deux races , le Tell 
ou l'espace intermédiaire , plus favorable aux travaux 
agricoles, où s'est fixée la'population mélangée, qui sert 
pour ainsi dire de lien aux deux autres par le com- 
merce d'échange et la nécessité des besoins récipro- 
ques. Ainsi ce partage de race établit naturellement 
la distinction géographique des parties de territoire 
que ces populations se sont appropriées , et qui étaient 
plus en rapport avec leurs mœurs et leurs coutumes. 
IL Urbain, traçant les démarcations du Sahara, nous 
montre cette singulière contrée sous ses différents as- 
pects, avec les ressources qu'en retirent les tribus no- 
mades qui y vivent. Les considérations qu'il expose à 
la fin de sa notice sur les conditions forcées que la né- 
cessité et les circonstances font aux Arabes du Sahara, 
permettent d'apprécier et le genre de relation qui a 
pu exister entre elles et Àbd-el-Kader, et de quelle 
nature doit être la domination que nous sommes ap- 
pelés à exercer sur ces tribus. Lorsque, traqué de re- 
traite en retraite, l'émir dut chercher un refuge dans 
le désert, amenant avec lui la plus grande partie de 
ce qui lui restait de ses forces régulières , sa famille et 
celles de ses plus dévoués partisans , lorsqu'il consti- 
tua enfin sa Zemalah , les tribus du Sahara eurent à 
supporter les conditions qu'il leur imposa. Abd-el- 
Kader, chassé du Tell , demanda à la population du 



( 4o8) 

désert les approvisionnements qu'il ne pouvait plus 
tirer du pays fertile. Il fallut se soumettre et subir 
sa loi pour avoir des grains, car il gardait les 
portes du Tell. On conçoit donc de quelle impor- 
tance était pour nous la destruction de la Zemalah 
de l'émir. Le commerce d'échange se trouvait in- 
terrompu : mais l'expédition , si bien dirigée par 
le duc d'Aumale, vint changer cet état de chose- 
La Zemalah , surprise par l'avant-garde de notre co- 
lonne, fut subitement attaquée ; le jeune prince or- 
donna la charge sans coup -férir, et quelques instants 
suffirent au courage français pour détruire cette capi- 
tale de tentes. Ce succès» en dégageant les abords du 
Tell , nous a rendus maîtres de la situation; les tribus 
nomades sont venues d'elles-mêmes nous offrir leur 
soumission , et maintenant il dépend de nous, suivant 
les besoins de notre politique» de les affamer en leur 
fermant les marchés du Tell , ou bien de ne leur laisser 
franchir les défilés que sous bonne garantie. Ces faits, 
et les conséquences qui en découlent, sont exposés 
dans la notice de M. Urbain. Aujourd'hui, il n'est 
plus nécessaire de porter la guerre dans le désert pour 
étendre notre domination sur cette partie de l'Afrique 
algérienne ; l'occupation du Tell, avec une surveillance 
active et intelligente de tous les marchés, nous suffit 
pour tenir le Sahara dans l'obéissance. 

Le Spectateur militaire, ce recueil hebdomadaire 
que M. Noirot dirige avec autant de zèle que d'intelli- 
gence , contient souvent des articles qui intéressent Us 
géographie. Les observations publiées récemment sur 
les antiquités romaines de la province d'Oran, et ea 
particulier sur les ruines de Tiaret , sont de ce nombre. 
Ces deux articles ont été extraits de deux lettres adres- 



( 4<>9) 

sées à M. Hase» membre de l'Institut, par M. Azema 
de Monlgravier , capitaine d'artillerie. Cet officier fait 
le récit de l'occupation de Tiaret par l'armée française, 
et donne le plan des raines que les Arabes appellent 
dans leur langue adjer Roum , les pierres de Rome. «La 
Mauritanie césarienne , dit H. de Monlgravier, ne fut ré- 
duite en province romaine que sous l'empereur Claude, 
c'est-à-dire longtemps après la première apparition des 
Romains sur la côte d'Afrique. La France est dans ce 
pays depuis hier, et déjà elle étend son bras sur le dé- 
sert. L'occupation de Tiaret est un fait de baute portée 
et de nature à faire perdre courage au dernier parti- 
san de l'émir. » 

Régence de Tunis. — Des fouilles, exécutées par deux 
Allemands aux environs de Magarao , dans la régence 
de Tunis , ont fait découvrir un grand nombre d'an- 
ciens tombeaux avec des inscriptions en caractères 
puniques, parmi lesquels il s'en trouve plusieurs avec 
la traduction latine correspondante. Ces précieuses 
antiquités ont été acquises par le consul d'Angleterre 
à Tunis, qui s'est empressé de les envoyer à Londres. 
Nous attendons de plus amples détails sur une décou- 
verte si importante sous le rapport linguistique , et 
qui doit éclairer l'histoire du peuple dont la domina- 
tion s'étendit sur la partie de l'Afrique où les succès 
de nos armes ont établi notre puissance. 

Côtes occidentales. — L'expédition du Niger a coûté 
1 a vie àdix-huit officiers de la marine d'Angleterre. 
Leurs corps reposent à Fernando-Po à côté de celui de 
Lander. Le Quorra, VAlbunca et le Soudan, sont restés 
longtemps abandonnés sur la rive par quelques mate- 
lots que la fièvre consumait, et pourtant, malgré ces 
désastres , et en dépit d'un climat destructeur, il est 



( ^o) 

encore des hommes dévoués qui ne craignent pas de 
braver le danger pour avancer les progrès de la science 
dans celle partie de l'Afrique. M. le capitaine Allen , 
quia déjà rendu tant de services à la géographie dans 
les expéditions tentées sur ce fleuve fatal, vient d'ex- 
plorer récemment le Cameroun et la haie d'Amboises. 
Après avoir mouillé avec le Wilberforce dans l'es*- 
tuaire, il remonta la rivière en bateau , accompagné 
de plusieurs officiers. Il lui fallut d'abord éviter des 
récifs et des bancs de yase, où des mangliers et d'au- 
tres matières végétales en décomposition engendraient 
une odeur infecte. Ayant atteint ensuite une nappe 
d'eau étendue et découverte, il pénétra dans un canal 
plus étroit de 45o mètres de large , dont les rives basses 
étaientcouvertesde hautes herbes, au milieu desquelles 
on distinguait des plantations variées. À mesure que l'on 
s'avançait, les villages devenaient plus nombreux, et les 
cultures qui les entouraient indiquaient une popula- 
tion plus industrieuse. A 3 milles de la tête du Delta, la 
rivière Yabiari, qui vient de l'ouest, est navigable 
jusqu'à Abou, où les explorateurs passèrent la nuit. Un 
peu au-dessus de ce confluent, le Cameroun se divise 
en deux branches qui enveloppent , l'île de Wouri, 
dont le capitaine Allen fit le tour. L'expédition rega- 
gna le Wilberforce sans avoir éprouvé aucun accident 
Dans celte excursion , la rivière a été parcourue jus- 
qu'à^ milles de la mer; les marées qu'il fallut traver- 
ser avaient assez de profondeur pour les grands bâti- 
ments; maison dit qu'à 90 milles de la mer, ils seraient 
arrêtés par des roches. Quant aux observations du ca- 
pitaine Allen, surla baie d'Aroboisesou Ambas, il pense 
que d'après sa situation et d'autres circonstanceslocales, 
cette baie peut être considérée comme la plus saine 



(4u) 

de la cdte occidentale d'Afrique, etla plus sûre à cause 
de son excellent ancrage. 

Nous devons à M. Peuchgaric, capitaine au long 
cours» quelques détails sur les lies du cap Vert et du 
golfe de Guinée. Ses fréquents voyages à la côte d'A- 
frique lui ont fourni l'occasion de se rendre utile à la 
science sans négliger les intérêts du commerce. A cet 
égard, notre estimable collègue M. de La Roquette, 
eo citant dans le rapport de l'année passée plusieurs 
renseignements importants consignés dans nos Bul- 
letins, vous a fait remarquer la louable émulation qui 
anime les capitaines de notre marine marchande. 

Des renseignements sur la colonie des noirs libres 
de Libéria nous ont été communiqués par M. Warden. 
Le gouverneur de cette colonie africaine , que dirige 
une compagnie de missionnaires de Boston , a acheté 
du roi et des chefs du pays du grand Sess 6,4oo acres 
de terres cultivables. Les produits de la colonie con- 
sistent en riz et en huile de palme, dont 19,000 gal- 
lons ont été expédiés Tannée passée à New- York. On 
a commencé à cultiver le sucre dans la ferme coloniale; 
Ton fait des préparatifs pour l'établissement d'une ca* 
féterie au cap des Palmes , et un phare a été construit 
sur le cap Mesurado. — La Société des missions de 
Boston vient d'établir une autre colonie sur les bords 
du Gabbon, à environ 20 milles au nord del'équateur. 
Le fleuve a été exploré jusqu'à 70 milles de son embou- 
chure , où il reçoit ses affluents supérieurs. Le pays 
est habité , dit-on , par des tribus dont les habitudes 
diffèrent de celles des nègres de la côte. — La colonie 
Libéria compte aujourd'hui 90 missionnaires prédi- 
cateurs, dont 18 sont des gens de couleur. — Toutes 
ces tentatives préparent des éléments de succès aux 



investigations géographiques qu'on dirigera vers cette 
partie du continent africain. 

Le Nautical Magazine reproduit la communication 
faite à l'association des capitaines de navires de com- 
merce de Liverpool par le capitaine Midgley. Elle con- 
tient des instructions nautiques sur la Côte-d'Or. Le 
capitaine Midgley indique, dans cette note , les vents 
et les courants qui régnent le long du littoral. 

La relation d'une excursion dans le pays d'Assinie , 
par M. Parent , lieutenant du génie , a été insérée dans 
les Annales maritimes (novembre i843). Elle est ac- 
compagnée d'un plan provisoire de l'établissement 
français d'Assinie, et du cours de cette rivière à tra- 
vers le territoire d'Attacla. M. Parent décrit l'aspect de 
cette partie de la Côte-d'Or où se trouve notre comp- 
toir; il donne des renseignements sur les ressources 
qu'offre la pêche maritime et fluviale» et sur celles 
que l'on peut tirer du sol et de l'industrie des habi- 
tants. Pendant le séjour de V Indienne sur cette côte » 
M. Parent, accompagné de plusieurs officiers, fit dif- 
férentes explorations dans la rivière. Remontant 
d'abord par le Marigot, entre l'Ile des Éléphants et 
celles des Hippopotames, il s'avança jusqu'à l'île du 
Repos , admirant la brillante végétation qui s'étendait 
sur les deux rives, et le coup d'oeil du lac Ahy, qui a 
cinq à six lieues de large , et dont les Iles verdoyantes 
se déroulent comme un magnifique panorama. Dans 
une autre excursion , il descendit à terre en face de 
nie du Repos pour examiner des arbres gigantesques 
dont le tronc sert aux nègres d'Assinie à faire des pi- 
rogues d'une seule pièce qui ont ) 6 mètres de long 
sur i mètre de large. Le lieutenant Parent pénétra 
ensuite dans le lac Ahy, et le remonta jusqu'à l'Ile de 



(4i3) 

Calaos; mais Une put passer entre cette lie elles col- 
lines d'Alamengis, qu'il apercevait à sa gauche toutes 
couvertes |de roniers d'une très grande hauteur. 
Après avoir doublé la pointe Mont-Louis , il revint sur 
ses pas pour retournera Assinie. Le village d'Ahy, sur 
les bords du lac de ce nom , fut visité dans une troi- 
sième expédition. M. Parent y vit des habitations com- 
modes , spacieuses» bien distribuées et tenues avec une 
propreté remarquable. A son retour, il rentra au vil- 
lage d'Assinie par le Marigot d'Apollonie. Ces explora- 
tions ont fait connaître les différentes passes qui cou- 
pent le delta de la rivière entre le lac et la côte où se 
trouve situé notre comptoir. 

Madagascar. — Nous devons à M. V. Noël la description 
topographique des différentes provinces qu'occupent , 
dans cette grande île, les tribus sakkalava, dont il indi- 
que les caractères physiques. 'C'est dans le Ménabé que 
parait s'être conservé dans sa pureté originaire le 

type de cette race madécasse. L'excellent travail de 

• 

M. Noël a paru en deux parties dans notre recueil 
mensuel. Parmi les renseignements curieux qu'il ren- 
ferme, on y lit avec plaisir la description de la forte- 
resse naturelle d'Ankara, et de la prise de cette 
position formidable par les troupes de Radama etRa- 
nawalou , ainsi que des nouvelles notions sur l'île de 
Mayotte. L'auteur énumère les différentes dynasties 
des rois sakkalava, et rapporte les événements qui se 
sont succédé sous le règne des derniers princes. L'or- 
ganisation politique de cette nation guerrière termine 
la secondé partie d'une relation 'que doit compléter un 
troisième mémoire. 

Mozambique. — Le D r Peters , élève de J. Mùllei , le 
savant professeur d'anatomie et de physiologie de 

XX. DÉCEMBBE. 6. 27 



( 4M) 

Berlin , s'est dirigé sur Mozambique par Lisbonne. Il 
voyage aux frais et avec les instructions du roi de 
Prusse et de l'Académie des sciences, pour explorer, 
sous le rapport zoologique , la partie tropicale de la 
côte d'Afrique, région presque encore inconnue aux 
naturalistes. Les collections qu'il doit recueillir sont 
destinées au musée de Berlin. 11. le D r Peters se pro- 
pose en outre de ne pas négliger les observations qui 
pourront intéresser la géographie. 

La marche que j'ai suivie dans la revue que je viens 
de faire de l'Afrique m'a éloigné de l'Europe ; je pour- 
suivrai donc mon exploration, et traverserai l'Atlanti- 
iique pour m'arrêter quelques instants sur le conti- 
nent américain. 

AMÉRIQUE. 

Géologie générale. — Dans un Mémoire très étendu, 
dont l'Académie des sciences entendit la lecture, notre 
confrère , M. Alcide d'Orbigny, exposa des considéra- 
tions générales sur la géologie de F Amérique méridionale. 
Le meilleur éloge qu'on puisse faire de ce travail im- 
portant se trouve dans le rapport des savants commis- 
saires de l'Institut, chargés d'en rendre compte. Le 
Mémoire de M. d'Orbigny est fondé sur ses propres 
observations pendant ses longues et pénibles excur- 
sions dans les vastes plaines de la Patagonie et à travers 
le pays des Missions jusqu'au sommet des Andes pé- 
ruviennes. Dans l'état actuel de la science, les immen - 
ses matériaux acquis par M. d'Orbigny, comparés 
avec tous les documents recueillis avant lui sur la géo- 
logie du nouveau continent , devaient offrir des résul- 
tats d'un grand intérêt ; mais parmi les faits nouveaux 



(4-5) 

qu'on peut déduire de l'examen auquel il s* est livré 
sur la constitution du sol américain à ses différents 
âges, il en est qui caractérisent d'une manière particu- 
lière l'esprit d'investigation et la portée transcendante 
de ses laborieuses études. M. d'Orbigny, dans ses con- 
sidérations générales sur la géologie de l'Amérique 
méridionale, nous montre les trois états du grand sys- 
tème pakeozoique se succédant dans le même ordre 
que ceux du même système européen avec lesquels ils 
ont respectivement plus d'analogie. Ce fait remarqua- 
ble, que les travaux de M. d'Orbigny ont mis dans 
une complète évidence, est, suivant l'expression du 
rapport présenté à l'Institut , un des plus importants 
dont la science se soit enrichie dans ces dernières an- 
nées. En résumé , M. d'Orbigny a embrassé , dans ses 
considérations , l'ensemble dû vaste système géologi- 
que dont l'étude doit jeter de vives lumières siuv les 
grandes révolutions que notre planète a subies* Ce sys- 
tème, qui se développe en Amérique sur les plus larges 
proportions , il Ta esquissé à grands traits , il l'a indi- 
qué dans sa simplicité de composition et à ses diffé- 
rentes périodes; il nous l'a montré dans le grandiose 
de ses formes, dans ses reliefs tracés sur des centaines 
de lieues, comme dans ces immenses dépôts de plu- 
sieurs degrés carrés de surface; car, dans ce continent 
qui couvre de sa masse imposante le quart de l'hémi- 
sphère occidental « les montagnes comme les bassins, 
tout se manifeste, dit-il, sur la plus vaste échelle, 
tout est visible , les causes puissantes et leurs grands 
résultats.! M. d'Orbigny ne s'est point dissimulé que 
de nouvelles observations pourraient modifier quel- 
ques unes de ses vues théoriques; mais tous les géo- 
logues reconnaîtront, avec le savant rapporteur qui a 



(4>6 ) 

, I 

juçè son œuvre» qu'il a l'incontestable mérite d'avoir 
considéré son sujet d'un de ces points élevés qui com- 
mandent l'attention , et ouvrent la voie vers de nou- 
veaux progrès. 

Chili. — Un fragment très remarquable du voyage au 
Chili et au Cusco a été lu par M. Gay dans rassemblée 
générale du 5o décembre dernier, et vous l'avez écouté 
avec un vif intérêt. Notre compatriote a employé dix 
années d'exploration et de studieuses recherches à re- 
cueillit' des matériaux sur l'histoire physique et politi- 
que de cette république du Chili, qui, à l'exemple de 
celle du Venezuela, et au milieu des révolutions et de 
l'anarchie des États voisins, donne au nouveau monde 
le spectacle consolant de la prospérité publique , ga- 
rantie par une bonne organisation. Ce fut sous les 
auspices de ce gouvernement , et grâce à sa protection 
spéciale , que M. Gay parcourut les différentes pro- 
vinces du Chili et ses hautes Cordillères; qu'il pénétra 
chez les Àraucaniens, cette nation indomptable, qu'un 
amour héréditaire de liberté a maintenu dans son in- 
dépendance; qu'il passa plusieurs mois à Lima pour 
compléter ses recherches historiques dans les archives 
de l'ancienne vice-royauté ; qu'il visita successivement 
Tarma, Guancavelica et Àyacucho , ce champ de gloire 
qui donna l'indépendance au Pérou, et dont le nom 
est devenu aujourd'hui d'une si triste célébrité; Cusco» 
celte ville aux constructions colossales; Zurita etOro- 
pesa , ces forteresses des Incas; la vallée d'Urumbaba, 
si remarquable par ses antiquités; Vilcobamba, ce 
dernier retranchement d'une nation malheureuse; et 
enfin Choquiquiraou , cette autre cité monumentale 
presque entièrement ensevelie sous la végétation, qui 
<ians ces climats se développe partout avec tant de 



(4'7 ) 
force. M. Gay, de retour en France pour publier les 
résultats de ses observations, s'occupe de la grande 
édition de son ouvrage , et c'est le gouvernement 
chilien qui en fait les frais. 

Yucatan. — Vers la lin de 1841 » M. Norman, ha- 
bitant de la Nouvelle-Orléans , entreprit un voyage 
dans le Yucatan , dont les résultats ont été publiés 
cette année. Sa description des antiques ruines de 
Chichen, à onze lieues au sud-ouest de Valladolid, est 
des plus intéressantes. Aucun voyageur n'avait encore 
visité ces restes d'une civilisation éteinte. • Pendant 

• cinq jours, dit M. Norman , je me promenai au mi- 

• lieu des monuments dégradés d'une cité qui doit avoir 

• été une des plus grandes du monde. Je contemplais 

• devant moi, dans un circuit de plusieurs milles de dia~ 

• mètre, des murailles de palais, de temples et des 
» pyramides plus ou moins délabrées. La terre était 

• jonchée . à perte de vue, de colonnes, les unes bri- 

• sées, les autres presque entières. Nulle trace, nul 

• signe n'annonçait que ce lieu eût été visité aupara- 
» vant. » D'après la relation du voyageur, il existe encore 
dans ce vaste espace plusieurs édifices assez bien con- 
servés, entre autres un temple dont les murs, chargés 
d'ornements sculptés ont plus de i3o mètres de long. 
La partie de l'enceinte que le temps a respectée a 
18 mètres de haut. Ces ruines sont situées dans une 
grande plaine, à peu près à 100 milles de la mer, et 
hors de toute communication par eau. M. Norman a 
visité les principales villes du Yucatan, et notamment 
Mérida,Mani, autrefois capitale de la province, les 
antiquités de Ticul et d'Uxmal. Il donne plusieurs des- 
sins des monuments qu'il décrit. C'est à notre labo- 
rieux confrère , M. Eyriès , que nous sommes redeva- 
bles de l'analyse de l'ouvrage de M. Norman. 



(4>8) 
Balise. — Une note sur la colonie anglaise deBa- 
Kse et sur ses rapports avec le Yucalan mexicain a été 
insérée dans les Nouvelles Jnnales des voyages. L'au-. 
teur, M. L. L., parait être très bien renseigné sur les 
développements qu'a pris en peu d'années rétablisse- 
ment fondé par l'Angleterre à l'embouchure de ta ri- 
vière Balise pour introduire les produits de l'industrie 
anglaise , par leRio-Hondo, dans tout le Yucatan. Depuis, 
l'occupation de eette rivière, les Anglais se sont éten- 
dus sur toute la céte orientale de la péninsule com- 
prise entre le i6* et le 18* degré 5o' de latitude; dans 
l'intérieur, ils se sont avancés jusqu'au 99* degré de 
longitude. Leur population coloniale , déjà considéra- 
ble, s'est augmentée de toutes les trihus indiennes que 
l'état de révolution des pays limitrophes a forcées de 
s'expatrier. La colonie de Balise, par ses empiète-, 
menls progressifs, tend à envahir la Laguna, et à ex- 
ploiter la baie de Campêche, dont ses établissements 
se sont rapprochés. La notice fournit , en outre, des. 
renseignements importants sur les marchandises an- 
glaises qui se vendent à Balise et sur leur valeur. 

Le Moniteur a publié * aussi des docttmeitfts propres à 
faire connaître l'état de l'agriculture et du commerce 
dans le Yucatan. D'après ces renseignements, Balise 
réunirait aujourd'hui une population de 4,5oo âmes, 
et centraliserait le commerce du Yucatan , de la côte 
4e Bacalar et d'une grande partie de l'Amérique cen- 
trale. La valeur totale des importations et exportations 
de cette colonie anglaise serait de 26 millions de 
francs» 

Honduras. — Des instructions, rédigées par M: Law- 
rance, sur les atterrages de la cote d'Omoa, dans 
l'État d'Honduras , ont été insérées dans le Nautical 



( 4i9 ) 

Magazine(fè%. i843). Cetle notice nous fournil plusieurs, 
bonnes indications sur, les différents mouillages» et sur 
les localités où Ton exploite le kois d'acajou. A ces 
divers renseignements sont venus se joindre ceux que 
M. Hersant» ex-consul de France à Saint-Louis de 
Potosi et à Tampico , vous a communiqués sur la ré- 
publique de l'Amérique centrale. 

Isthme 4e Panama* — H. Darondeau, ingénieur hy- 
drographe , a donné , dans les Annalts maritimes , une 
histoire complète des projets qui ont été présentés à 
différentes époques pour opérer le percement de 
l'isthme de Panama. Cet excellent travail , dont je vais 
tâcher de donner une analyse, contient des notions 
curieuses sur une question qui depuis quelque temps 
préoccupe tous les esprits. L'idée d'one communica - 
tion entre l'Océan Atlantique et la mer Pacifique n'est 
pas nouvelle : Fernand Cortez , frappé des avantages 
qui résulteraient de la jonction des deux mers dans 
cette partie du Nouveau-Monde où Je territoire mexi- 
cain vient former, par son rétrécissement, l'isthme de 
Tehuantepec, désigna ce point sous le nom du Secret 
du Détroit ( Secreto de l'Estrecho) , dans ses lettres à 
Charles-Quint. Lorsque la domination espagnole s'é- 
tendit sur ce continent, que les rois catholiques au- 
raient voulu posséder tout entier, une politique om- 
brageuse fit rejeter les divers projets que présentèrent, 
pour faciliter la communication d'une mer à l'autre, 
des hommes guidés par une pensée généreuse. Les 
archivesdes vice-royautés et celles de lamétropole possè- 
dent un grand nombre de documents sur ce sujet, et, il 
y a quelques dizaines d'années, lorsqu'on indiqua un 
passage dans la province de Ghoco qui rendait facile le 
trajet d'un bord à l'autre des deux océans , les auto- 



( 4«o ) 

rites espagnoles en interdirent l'usage sous peine de 
mort. Il parait cependant que .les Cortès d'Espagne 
avaient, en 1814, décrété l'ouverture d'un canal de 
six à sept lieues, ^u moyen duquel la communication 
devait se faire. — En i8aâ r le gouvernement mexicain 
chargea une commission, présidée par le général du 
génie don Juan Orbegoso , d'explorer l'isllime de Te- 
huantepec, sous le rapport de la possibilité d'un per- 
cement. Les conclusions de cette commission furent 
que la canalisation de ljslhme présentait des obstacles 
presque insurmontables,» et que le succès de. cette en- 
treprise serait toujours problématique. Toutefois , on 
croyait pouvoir établir un moyen de transport par le 
Rio-Goazacoalcos et les lagunes intérieures, et arriver 
à In mer parcelle de Fidema. — Après cet exposé, M. Da- 
rondeau examine les grands projets de la ligne du lac 
de Nicaragua , d'abord en ce qui concerne celui que 
l'ingénieur français Martin de la Bastide présenta au 
gouvernement espagnol , vers l'an 1780, pour la com- 
munication des, deux mers par la rivière San-Juan , le 
lac et un canal de jonction avec le Rio-Partido , en- 
suite relativement aux propositions, faites successive- 
ment par diverses compagnies à partir dej'année i&aô. 
Il cite, ace sujet, les différents contrats, qui, fureqt 
passés avec le gouvernement du Centre-Amérique, et 
les discute d'après les explorations et les nivellements 
exécutés. Passant de là à l'examen de la ligne de Pa- 
nama, il fait connaître les tentatives qui eurent lieu, 
pour établir la communication par le Rio Chagres, Les 
avantages que présentait le percement sur ce point 
n'échappèrent pas au génie entreprenant de Bolivar , 
qui, en 1828, chargea M. Lloyd du nivellement de 
l'isthme , opération exécutée avec habileté et précision 



( 4" ) 

par cet ingénieur anglais , secondé par un officier 
suédois* Enfin , après avoir exposé lotit ce qui a été 
projeté sur celle ligne, les concessions accordées 
par le gouvernement de la Nouvelle-Grenade , et les 
engagements contractés par la compagnie franco-gre- 
nadine ,11. Darondeau termine en ces termes : 

« Sur une question si importante pour toutes les 
puissances maritimes et commerciales , le gouverne- 
ment français ne pouvait rester indifférent : aussi l'ad- 
ministration vient-elle de donnera un savant ingénieur 
des mines , M. Garella, la mission de parcourir l'isthme 
de Panama 9 et de rechercher» avec toutes les res- 
sources qu'offre la science , la direction la plus con- 
venable à faire suivre au canal qui doit unir une mer 
à l'autre. Il est donc probable que d'ici à peu de temps 
le problème sera résolu , ou du moins dégagé de ce 
vague qui semble encore l'entourer. » 

Guyane. — Une notice historique sur la Guyane 
française, par M. Ternaux-Compans . est venue ré- 
veiller l'attention publique sur une colonie dont on 
s'est peu occupé jusqu'à ce jour, et qui pourtant est 
susceptible d'un vaste développement. La publication 
de notre collègue a démontré que les mauvaises me- 
sures et les vicissitudes des temps se sont seules op- 
posées à la prospérité d'une colonie importante, qui 
ne demande que des bras et des capitaux pour rivaliser 
avec les plus riches possessions des nations rivales. 
M. Ternaux donne un résumé de toutes les tentatives 
qui ont été faites à différentes époques pour coloniser 
la Guyane ; et , malgré leur peu de succès , il ne dé- 
sespère pas de l'avenir d'un pays plein de ressources. 
La Guyane, en effet, par sa position géographique» 
son immense étendue, les grandes rivières qui l'ar- 



( 4" ) 

posent, pourrait s'élever en peu d'années à un haut 
degré de prospérité agricole. Les relations qu'on éta- 
blirait avec les pays environnants , et surtout avec les 
provinces intérieures du Brésil , seraient très profita- 
bles à notre commerce. C'est ce que M. Ternaux a 
cherché à faire comprendre. Il a voulu rendre un grand 
service à son pays en déterminant le gouvernement à 
mettre en valeur une contrée fertile. 

Projet d'exploration. — L'importance de notre colo-. 
nie de la Guyane, par son voisinage du Brésil, doit 
faire apprécier davantage le projet présenté au dernier 
congrès scientifique de France tenu à Angers , et qui 
se recommande à l'intelligente activité de notre com- 
merce. La puissance de la vapeur, si heureusement 
appliquée à la navigation fluviale, y a donné motif.. 
Son but est l'exploration des belles contrées que bai- 
gnent l'Amazone et ses>nombreox affluents. Par l'exposé 
que M. Julien de Paris a fait de cette vaste entreprise, 
dans la séance de clôture du congrès scientifique , on 
a pu entrevoir ses résultats dans l'intérêt des sciences 
et de la civilisation. 

États-Unis.— M*. Michel Ghevalier continue la publi- 
cation de son Histoire et Description des Doits de commu- 
nication aux États-Unis. La deuxième partie du second 
volume de cet important ouvrage vous a été envoyée- 
cette année par M. le ministre de l'instruction publi- 
que. L'auteur y traite des communications entre la baie 
de Ghesapeake et POhio , de celles qui existent entre 
lé bassin de Mississipi et celui du Saint-Laurent, puis 
du nord au midi le long de l'Atlantique, et des lignes 
qui rayonnent autour des métropoles. Une table gé-- 
nérale des canaux et chemins de fer de l'Amérique du 
Nord fait suite à ces descriptions, que termine un ap- 



( 4*5 ) 

pendice très intéressant sur la construction des ponts. 
M. J.-N. Nicollet, de Baltimore, en présentant à la 
Société philosophique de Philadelphie sa carte ma-. 
nuscrUe du territoire nord-ouest des États-Unis , a 
fait le récit de son exploration aux sources du Missis- 
sipi. On en lit le détail dans le compte-rendu de la 
dernière séance anniversaire de cette Académie (1). 

Ce voyageur, en partant de Crow-Wing River, 189 
milles au-dessus de Saint-Pierre, s'écarta de la route 
explorée par le major Pike et d'autres Américains, et 
se dirigea par la Gayank {G ail River), vers le lac 
Sangsue ( Leeeh Lake ) . Trois Indiens le conduisirent 
ensuite dans un canot d'écorcej à travers plusieurs 
petits lacs jusqu'à celui de Kabeko-Nang. Il remonta 
alors la rivière de ce nom , qui coule dans une vallée 
profonde et étroite , et parvint jusqu'à sa source. De 
là , par un portage de 5 milles , il atteignit une autre 
rivière qu'il remonta jusqu'au lac Assawa; puis» par 
un second portage beaucoup plus pénible à traverser 
que le premier, il passa dans le lac Itasca, YOmoshkos 
des Chippeways , le lac à ta Biche des Français » 
YElkLake des Anglais , qui a été regardé jusqu'ici 
comme la source du Mississipi. M. Nicollet a reconnu 
qu'il était alimenté par cinq criques où se réonissent 
d'innombrables ruisseaux qui s'écoulent des banc^d'ar- 
gile situés à la base des € Hauteurs de Terres. «Ces 
collines , composées de sable , de gravier et de terre 
argileuse , ont une centaine de pieds d'élévation ; leur 
sommet est plat et couvert de forêts. Elles forment, au 
midi du lac Itasca 1 une région semi-circulaire à fond 
marécageux, et constituent la ligne départage des eaux 

(1) American Philosaj). Society, Proceedingt, volume m, n° 27, 
may 18/p. 



( 4*4 ) 

que reçoit la baie d'Hudson et celles qui vont se jeter 
dans le golfe du Mexique. Les eaux alimentéespar le flanc 
septentrional de ces collines,, c'est-à-dire par celles qui 
sont au midi de l'Itasca, donnent naissance aux cinq 
courants, qui déversent dans ce lac. Ce sont ces eaux 
que M. Nicollet considère comme les sources les 
plus reculées du Mississipi. Celles qui coulent du flanc 
méridional de ces mêmes hauteurs» et qui vont au lac 
de l'Arc ( Bow Lake ) , doivent être regardées, comme 
les véritables sources de la rivière Rouge du Nord , de 
sorte que les tributaires de la baie d'Hudson et du golfe 
du Mexique se touchent presque à leur point de départ. 
M. Nicollet a donné le nom de La Place à une des pe- 
tites rivières qui alimentent le lac Itasca, et à la crique 
qu'elle traverse celui de Bowdich, le traducteur de la 
Mécanique céleste* 

Les premières eaux du Mississipi se réunissent à une 
petite distance des collines qui leur donnent naissance, 
et forment un petit lac d'où s'échappe un ruisseau au- 
quel viennent se joindre bientôt plusieurs autres , et 
qui alimente un second lac qu'il traverse. Ce torrent, 
devenu plus considérable, entre dans un troisième lac 
d'une plus grande étendue, et suit ensuite son cours 
pendant 2 ou 5 milles avant d'arriver au lac Itasca. Le 
Mississipi, à sa sortie du lac , a 16 pieds de largeur et 
une profondeur de 14 pouces. Ses eaux sont limpides 
et son courant assez rapide ; une lieue plus bas , sa 
largeur est de 87 pieds et sa profondeur de 5. 

Voyages des missionnaires et progrès de leurs établisse- 
ments de t Amérique du Nord. — Un article sur le terri- 
toire de la compagnie d'Hudson et sur les pays qu'elle 
exploite a été inséré dans le Journal des Missions èvan- 



( 4*5 ) 

géliques , et se recommande h l'attention des géogra- 
phes par les renseignements qu'il contient. 

La Compagnie anglaise qui a établi ses postes dans 
le nord de l'Amérique pour le commerce des pelle- 
teries , s'occupe aussi d'améliorer le sort des tribus 
indiennes avec lesquelles elle est en relation. C'est par 
ses soins et ses secours que des missions ont été orga- 
nisées dans plusieurs stations très distantes les unes des 
autre*. 

La première est celle de Moose Factory, à 700 milles 
nord de Montréal, dans le bas Canada. Elle forme au 
sud de la baie d'Hudson le principal entrepôt de la 
Compagnie. La seconde station est située sur les bords 
du lac Supérieur : c'est Michicoten. La troisième est 
celle du lac de la Pluie, placée sur les hauteurs qui en- 
voient leurs eaux au nord vers la baie , et à Test vers 
le Saint-Laurent. Elle est éloignée de Montréal de 
i,5oo milles. Le fort Alexander marque la qua- 
trième station, et se trouve sur le passage de la ri- 
vière Winipeg, à i,5oo milles de Montréal. Edmons- 
ton forme la cinquième ; on la rencontre en remon- 
tant la rivière Saskatchawan , qui se jette dans la 
baie, après s'être réunie à la rivière Nelson. Elle 
est à 2,800 milles de Montréal , à l'autre extrémité 
de la Nouvelle-Angleterre, et éloignée de plus de 5, 000 
milles des bords de l'Atlantique. Enfin la sixième sta- 
tion, établie au nord du lac Winipeg, à 2,000 milles 
de Montréal , est la plus importante de toutes. Ces di- 
vers postes sont entourés de tribus indiennes qui tra- 
fiquent avec les gens de la Compagnie. 

Plusieurs lettres du Père de Smet, sur le voyage 
aux montagnes Rocheuses , ont été insérées dans les 
Annales de la propagation de la foi. C'est la seconde 
expédition que cet intrépide missionnaire entreprend 



( 4«6 ) 
dans ces lointaines contrées. Il est reparti de Saint - 
Louis du Mississipi avec plusieurs de ses confrères , et 
d'autres voyageurs qui se rendaient dans les établisse- 
ments situés sur les rives du Colorado* Après avoir 
traversé le territoire des Sawanis et des Delawarea, 
la petite caravane arriva sur les bords de la rivière des 
Kants, et fut bien accueillie par les hordes guerrières 
de la contrée. Le P. de Smet décrit les mœurs de ces 
Indiens. La nation des Pawnis fut celle qu'on visita 
en quittant la village des Kants. 

Après deux mois d'un pénible trajet à travers d'im- 
menses solitudes, on commença à découvrir les mon- 
tagnes , et l'on s'avança dans leur direction. • Cette 

» 

longue chaîne de monts , dit le P. de Smet, parcourt , 
du nord au sud , presque toute l'Amérique septen- 
trionale en s 'étendant dans le Mexique, le Texas et le 
Cohahuila,popr se rattacher aux Cordillères* Au le- 
vant, elle, embrasse les montagnes moins connues de 
la Rivière du Vent; ces dernières renferment les sour- 
ces qui donnent naissance à plusieurs rivières , dont 
les unes se déchargent dans lgt nier Pacifique , et les 
autres dans le grand fleuve, qui porte à l'Atlantique le 
tribut de ses eaux. Les Côtes noires, les plaines élevées 
qui séparent les sources $u haut Missouri de celles du 
Mississipi , appelées le Coteau des prairies , les monts 
Ozarksei les 5/attmrç£,peuventètre considérés comme 
des ramifications desmontagnes Rocheuses. D'après des 
observations barométriques , d'accord avec les calculs 
de la trigonométrie , on porte la bfiuteqr de quelques 
uns de leurs pics à i5,ooo pieds au-dessus du niveau 
de la mer. » 

Pendant les >,Soo milles que la caravane avait eu à 
parcourir depuis West-port jusqu'aux sources de Y Eau 



( 4»7 ) 
sacrée , le pays n'offrait qu'un océan de prairies qu'ac- 
cidentaient de loin en loin quelques coteaux peu élevés. 
La description que fait le P. de Smet de la rivière 
Plate est des plus intéressantes. On sait que ce nom 
lui a été donné à cause de sa largeur, qui est souvent 
de 6,000 pieds, tandis qu'elle n'en a tout au plus qu'un 
à cinq de profondeur : aussi l'auteur d'Astoria l'ap- 
pdlle-t-il la plus merveilleuse et la plus inutile des ri- 
vières. A mesure que la caravane remontait vers les 
sources de la Plate , le pays prenait un aspect plus • 
sévère. Après avoir quitté la branche du nord pour se 
rapprocher àeYEau sacrée, on se dirigea vers les Côtes 
noires. Outre les renseignements géographiques conte- 
nus dans les lettres du P. de Smet, on y trouve aussi 
de curieux détails sur l'histoire naturelle des contrées 
qu'il a parcourues. 

La nation des Têtes-Plates , qui avait fait demander 
des missionnaires, envoya une avant- garde de ses 
guerriers à la rencontre de la caravane. Le rendez-vous 
eut lieu à la Rivière- Perte, Après avoir dépassé le fa- 
meux Roc-de-V Indépendance , au pied duquel les voya- 
geurs ont coutume d'inscrire leur nom, et les' Indiens 
leurs hiéroglyphes , la caravane s'engagea dans les 
montagnes par la gorge que les chasseurs américains 
ont appelée YEntrée-du-Démon, puis elle gravit les hau- 
teurs de Far-West. « Parvenus au faite, dit le P. de 
Smet, nous découvrîmes l'immense Orégpn % et je 
gravai le saint nom de Dieu sur un rocher qui domi- 
nait toutes les grandeurs. » A partir de ce point culmi- 
nant, la caravane descendit vers la mer Pacifique, et 
s'arrêta d'abord sur les rives du Haut-Colorado où 
abondent les castors. Reprenant ensuite sa marche à 
travers des escarpements d'un accès difficile , elle erra 



(4*8 ) 

pendant dix jours dans un labyrinthe de vallées et de 
montagnes, avant de pouvoir arriver sur les bords de 
la Rivière-à-VOurs. Enfin, après avoir franchi un der- 
nier défilé , elle parvint au fort Hall. — Ce ne fut que 
quatre mois après leur départ de West-Port que les 
missionnaires rallièrent le gros de la nation indienne 
vers laquelle ils étaient spécialement envoyés. Quatre 
des principaux chefs s'étaient portés en avant, et ren- 
contrèrent la caravane & Tune des sources du Missouri, 
dite la Tête-de- Castor, Le 5o août 1841, le P. de Smet 
et ses compagnons, sous la conduite des nouveaux 
guides , s'avançaient dans une grande plaine où était 
établi le camp du Grand-Visage , centre de réunion 
des Têtes-Plates. Le P. de Smet annonçait par ses der- 
nières lettres (28 décembre 1841) qu'il avait fait plu- 
sieurs longs voyages dans les pays environnants. Sa 
première excursion l'a conduit au fort Colville, sur 
le fleuve Columbia, à 3ao milles environ du camp du 
Grand- Visage 9 afin de se procurer des provisions pour 
l'hiver, des semences pour le printemps, et les outils 
pour les Indiens disposés au travail. 11 a visité, pen- 
dant ce pénible trajet , la tribu des Kalispel ou Pends- 
d'Oreilles. Dans une forêt qu'il traversa avec son es- 
corte, il vit des arbres gigantesques qui confirment 
ce que M. de Mo f ras nous a dit de la belle végétation 
de ces contrées. Un cèdre, mesuré par le mission- 
naire, avait 4^ pieds de circonférence, un autre, 
qu'on avait abattu , offrait une tige de 200 pîeds de 
longueur. Dans une seconde excursion, le P. de Smet 
se rendit au fort Vancouver % le grand entrepôt de la 
Compagnie de la baie d'Hudson. La distance qu'il eut 
à parcourir est d'environ 3 00 lieues. La description 
qu'il fait du passage des Grandes-Dattes , où s'engouf- 



( 4iii ) 

fre un des bras du Columbia, est des plus imposantes. 
— Vers la fin de l'année passée, après avoir installé 
ses compagnons dans ces vastes contrées de l'Orégon , 
dont les populations indiennes s'organisent comme le 
firent autrefois celles du Paraguay, sous l'intelligente 
direction des anciens jésuites, le P. de Smet est re- 
tourné à Saint-Louis en suivant à peu près la môme 
route. Ainsi) c'est pour la troisième fois qu'il a exécuté 
un des plus longs voyages qu'on puisse entreprendre à 
travers les continents. 

États-Unis. — Dans une analyse d'un ouvrage sur 
les tribus indiennes des États-Unis et des possessions 
britanniques à l'orient des montagnes Rocheuses, 
M. Roux de Rochelle, toujours si dévoué à la science , 
et dont le zèle semble s'accroître encore lorsqu'il s'agit 
de nous fournir d'utiles renseignements, vous a fait 
connaître les importants travaux de M. Albert Gallatin. 
Ce savant s'est spécialement dédié à l'élude des dia- 
lectes que parlent les Indiens du nord, et il a déduit 
de leur analogie la preuve d'une langue-mère , et de 
la communauté d'origine des différentes tribus. M. Gal- 
latin ne croit pas avoir besoin de recourir à l'emprunt 
d'une civilisation étrangère pour expliquer celle que 
les Européens observèrent dans certaines contrées de 
l'Amérique à l'époque de la conquête. S'ils y trouvè- 
rent des monuments, des inscriptions figurées, des 
formes de calendrier, des mythes religieux analogues 
à ceux de quelques anciens peuples de l'autre conti- 
nent, il n'y voit lui que le développement graduel des 
facultés des hommes placés dans les mêmes conditions 
d'existence. L'auteur a fait des recherches très éten- 
dues sur les coutumes , les atis et les traditions des 
nations américaines; il a comparé et analysé leurs vo« 

XX. DÉCEMBRE. 7. 28 



( 43o ) 

cubulaires, el il est parvenu, à l'aide de ces rappro- 
chement, & présenter une classification méthodique 
et naturelle des différents idiomes. Vingt ans consacrés 
a cet examen ont placé M. Gallatin au rang des histo- 
riens polyglottes qui ont le plus contribué aux progrès 
des études philologiques. 

Californie. — M. Duflot de Mofras vous a lu un frag- 
ment de son voyage en Californie. Il s'est attaché dans 
sa description à dépeindre ce pays sous le rapport de 
sa situation, de ses productions naturelles et du sys- 
tème d'administration qui le régissait à l'époque où 
les missionnaires espagnols y fondèrent leurs utiles 
établissements. M. de Mofras pense que la Californie 
peut offrir de très grands avantages à la colonisation 
par ses excellents ports, ses bois de construction, la 
fertilité de set terres, et surtout par sa position géo- 
graphique, qui facilite ses relations avec les départe- 
ments occidentaux du Mexique , les États de l'Amé- 
rique du Sud , les comptoirs américains el russes de 
la côte du nord»oUest, les tles Sandwich et les autres 
archipels du grand Océan. 

Exploration scientifique. — M. Daussy vous a fait 
l'analyse des travaux de l'expédition américaine aux 
régions australes, d'après l'exposé lu n l'Institut natio- 
nal de Washington » par le capitaine Wilkes. • — Les 
instructions du gouvernement cbss États-Unis ne se 
limitaient pas aux découvertes que l'on pourrait faire 
vers le pôle sud; elles embrassaient une vaste explo- 
ration qui a été suivie pendant un voyage de circumna- 
vigation dont la durée a été de trois ans et dix mois. 
Parmi les travaux qui ont occupé les officiers placés 
sous les ordres du capitaine Wilkes , je citerai un grand 
nombre d'observations magnétiques et météorologie 



(43i ) 

ques , des longitudes déterminées au moyen d'étoiles 
culminantes et d'observations correspondantes faites 
aux États-Unis , des latitudes déduites de hauteur cir- 
cu m méridiennes, cent quatre-vingts cartes levées pen- 
dant la campagne, et cinq cents vues de caps et d'en- 
trées de ports. Le commandant a rédigé lui-même des 
instructions nautiques sur les différentes échelles 
qu'ont à parcourir les navires baleiniers, et sur les res- 
sources qu'y trouveront les bâtiments de commerce. 
L'expédition a rapporté, en outre, d'immenses collec- 
tions dans les différentes branches de l'histoire natu- 
relle; des études ont été faites sur les lies coralifères, 
et sur la géographie botanique des contrées visitées. 
Tels sont, messieurs, les résultats de ce long voyage, 

un des plus importants par les services qu'il a rendus 
aux sciences et à la navigation. 

Sur la côte du N.-O. de l'Amérique septentrionale , 
VOrégon et /a Pourpoise , deux des navires de l'expédi- 
tion, ont remonté le Rio-Columbia jusqu'à sa cata- 
racte , éloignée de 1 20 milles de la mer, et le Sacra - 
mento jusqu'à 170 milles de son embouchure. Les 
opérations du capitaine Wilkes, le long de cette côte, 
et les reconnaissances qu'il ordonna dans l'intérieur, 
nous montrent l'intérêt que les États-Unis attachent u 
cette contrée. 

«Te n'entrerai pas dans de plus longs détails, M.Daussy 
a pris soin ée vous satisfaire è cet égard , et il s'en est 
acquitté comme vous aviez lieu de l'espérer de son zèle. 

Pubtications géographiques sur V } Amérique. — M. Ter- 
naox-Compans continue é illustrer l'histoire de l'A- 
mérique , et particulièrement celle des Mexicains, par 
les traductions des textes originaux tirés de sa belle 
bibliothèque. Parmi les documents qui, dans iecaurs 



( 452 ) 

de coite année , sont venus augmenter l'intérêt des 
Nouvelles Annales des voyages % nous avons remarqué 
les suivants : 

L'Histoire de la république de Tlaxcallan , par l'In- 
dien Munos-Cainargo ; 

Une Notice sur le Yucalhan, tirée des écrivains es- 
pagnols; 

Le Voyage dans la Guyane espagnole , de don José 
Solano ; 

Le Voyage dans l'intérieur de la Guyane , chez 
les Indiens Roucayens, par Claude Tony, mulâtre 
libre d'Approuague; 

Et la Lettre de Louis Ra mirez sur le voyage de 
Sébastien Cabot au Rio de la Plata. 

Notre laborieux collègue , M. Lafond , poursuit la 
publication des Voyages autour du monde et des Nau- 
frages célèbres* Les cahiers des deux premiers volumes» 
dont il a fait hommage à la Société , sont relatifs à l'A- 
mérique. Je n'entreprendrai pas d'analyser ici tout ce 
qu'on trouve d'instructif dans cet ouvrage , que j'ai 
déjà mentionné dans mes précédents rapports , et dont 
la Société a pu apprécier le mérite par les fragments 
que l'auteur lui a communiqués , et qui ont été insérés 
dans son Bulletin. L'histoire des événements de la 
guerre de l'Indépendance de l'Amérique espagnole 
forme, dans les nouvelles livraisons , une série de cha. 
pitçps très intéressants. Les renseignements sur le 
commerce de la Californie % du Mexique, du Pérou, 
du Chili et des ports de la côte opposée , visités par 
l'auteur, offrent des garanties de réussite aux expédi- 
tions qui se dirigeront dans ces parages, et qui profite- 
ront des instructions fournies par le capitaine Lafond. 

Dans le troisième volume, notre collègue a réuni 



( 433 ) 

tout ce qui concerne la mer du Sud , la Chine el l'ar- 
chipel des Indes. Les Marquises et les lies de la Société 
y occupent la première place; les lies Sandwich y sont 
décrites en détail et sous tous les rapports. M. Lafond 
a présenté , sur la question des colonisations lointai- 
nes, des considérations qui demandent à être médi- 
tées dans l'intérêt de nos relations commerciales. Les 
chapitres consacrés aux Philippines ne sont pas moins 
importants, et nos armateurs ne pourront que gagner 
à les consulter. 

La Société continue de recevoir les importantes pu- 
blications de l'Institut historique et géographique du 
Brésil fondé à Rio -Janeiro. Le dernier cahier du 
journal de cette Académie (Revista trimensal, janvier, 
1842) qui nous est parvenu contient plusieurs mé- 
moires remarquables , entre autres X exposé du droit 
de propriété et de la prise de possession, pour fa couronne 
de Portugal, des terres du cap du Nord situées entre la ri- 
vière des Amazones et de VOyapock ou rivière de Vincent- 
Pinçon. Cet article, rédigé par M. Alex. RodriguesFer- 
raira , est accompagné d'une carte représentant les 
côtes du cap du Nord, et les embouchures des Ama- 
zones, depuis le premier degré de latitude boréale 
jusqu'au quatrième. Ce même cahier renferme en 
outre de nouvelles notions sur les Indiens des bords 
de l'Amazone et de la province de Maranhao. Une autre 
question de limite a été traitée avec intelligence par 
M. Ant. Ladislau-Montairo-Baena. Cette dissertation 
a pour litre : Mé/noire sur la tentative Jatte par les An- 
glais de Demerari d'usurper les terres a V ouest de Ripu- 
iiitri, pour étendre leur colonie. (Voy. Rew'sta trimensal 9 
octobre 1841.) 



( 454 ) 
EUROPE. 

En abordant la vieille Europe , après avoir parcouru 
l'Amérique , j'ai encore bien des travaux à citer; car 
j'arrive au foyer des connaissances humaines, au point 
, de départ de cette intelligence , dont l'esprit de re- 
cherche se répand dans le monde pour retourner à sa 
source , riche de tout ce qu'il rapporte de ses investi- 
gations. Urne reste donc à vous entretenir des acqui- 
sitions de la science dans la mère-patrie. Je commen- 
cerai par l'aperçu sommaire des travaux de la Société 
dont je n'ai pas encore fait mention , et j'exposerai 
successivement ceux qui ont été exécutés en France et 
dans les autres parties de l'Europe. 

Prix d'Orléans. -^ M. Roux de Rochelle, dans un 
second rapport sur le prix d'Orléans , vous a fait ap- 
précier la généreuse pensée du prince qui a voulu 
encourager les voyageurs à enrichir la France d'une 
découverte utile à l'agriculture , à l'industrie et à Phu- 
Uiaûité. Si, pendant la trop courte existence de celui, 
que nous regrettons, nous n'avons pu voir l'accom- 
plissement de Ses vœux, notre digne collègue nous a 
fait espérer du moins que quelque grand service rendu 
à la patrie, en méritant la récompense promise, nous 
fournira une occasioja solennelle de remplir les inten- 
tions de l'auguste fondateur et d'honorer sa mémoire. 
' Voy. Bulletin de la Soc.) 

Prix annuel. — Dans son rapport sur le concours du 
prix annuel pour la découverte la plus importante en 
géographie, M. Daussy a rappelé les voyages les plus 
remarquables commencés en 1840, et qui ont été 
continués l'année suivante. La courageuse persévé- 



{ 435 ) 

rance du capitaine James Ross dans son explora* 
tion des mers antarctiques a été couronnée confor- 
mément à l'opinion de la Commission. ( Voy- BulL de 
la Société.) 

Par une notice qui a été insérée dans le Bulletin 
d'octobre # M. Daussy vous a fait connaître les résultats 
de la troisième tentative du capitaine Ross, et vous a 
annoncé son retour en Angleterre. Notre collègue vous 
a fait remarquer, à cette occasion , que les travaux de 
&L d'Urville n'ont pas été inutiles à l'explorateur an» 
glais pour le diriger sur la route qui l'a conduit à de 
nouvelles découvertes. 

Éloge du contre+amiral d'Urville. — En prononçant 
l'éloge historique du contre-amiral d'Urville dans l'as- 
semblée générale du 19 mai dernier, j'ai essayé moi- 
même de retracer la vie laborieuse de l'illustre navi- 
gateur qui aborda le premier sur ce continent polaire 
dont le capitaine Ross a continué l'exploration. 
( Voy* Bullet. de la Soc.) 

Musée ethnographique* — Le but que la Société de 
géographie s'est proposé en fondant un musée ethno- 
graphique dans la salle de ses réunions , a été défaire 
connaître sous un plus grand nombre de rapport* 
les différentes contrées du globe. Les premiers objets 
qui lui furent offerts ont éié progressivement augmen- 
tés, et l'inauguration du musée a eu lieu dans la séance 
particulière du i er septembre dernier. Al. Roux de Ro- 
chelle a profité de cette circonstance pour faire appel 
aux voyageurs, dont le généreux concours doit contri- 
buer à l'accroissement de ces précieuses collections. 
(Voy. Bullet. de la Soc. ) 

Il est à propos de rappeler ici la Lettre surV utilité des 
musées ethnographiques , et sur l'importance de leur créa- 



( 436) 

tion dans les États européens, que M. Ph.-Fr. de Siebold 
a adressée à M. Jomard. Il était dû au savant auteur de 
Nippon et de la Bibliothèque japonaise de faire appré- 
cier les avantages que présentent ces sortes de collec- 
tions classées avec intelligence. « Lorsqu'un État pos- 
sède des colonies, ou qu'il entretient des relations 
suivies avec des pays extra-européens (ditM. de Siebold), 
il importe que , dans ses collections , les produits de 
chaque contrée forment une catégorie distincte. Une 
collection d'ethnographie , classée d'après ce plan t 
sera l'école primaire des hommes qui désireront voya- 
ger avec fruit. Missionnaires, savants, naturalistes, 
employés militaires ou civils , marchands et marins , 
tous pourront, avant leur départ, et sous la simple 
direction d'un catalogue raisonné , acquérir, dans un 
musée de ce genre , des connaissances préparatoires et 
d'un prix inestimable pour leurs travaux ultérieurs... 
Il est toujours avantageux de donner à ces collections 
une extension qui puisse les élever au rang d'une ex- 
position de l'industrie des peuples. Elles éveillent 
l'attention publique sur les nouveaux articles d'impor- 
tation, et sollicitent souvent nos artistes et nos fabri- 
cants à des imitations heureuses. • Cette citation doit 
suffire pour faire juger de l'intérêt que M. de Siebold 
a su répandre sur le sujet qu'il a traité. En adressant 
sa lettre à M. Jomard, il a voulu rendre hommage au 
savant qui a conçu depuis lonlemps l'heureuse idée 
d'un établissement public où les produits matériels des 
voyages lointains, que le gouvernement a fait entre- 
prendre, seraient déposés à demeure (1 ). 

(i) «Notre industrie européenne (disait M. Jomard, dans un 
rapport ), toute perfectionnée qu'elle puisse être, ne peut que {»a- 



(4*7 ) 

Géographie générale » — M. de La Roquette a fait in-> 
sérer clans le Bulletin de juillet des observations sur le 
Danemark, la Suède et la Norvège, à propos des Élé* 
ments de géographie générale , de M. Ad, Balbi, dont la 
récente publication a été annoncée par anticipation 
dans le rappoit de l'année dernière. Aujourd'hui que 
cet ouvrage est acquis h la science, je profiterai de 
l'opportunité pour le mentionner parmi les travaux 
émérites qui constatent les progrès de la géographie 
classique, et facilitent son étude. Les Eléments de géo- 
graphie générale de M. Balbi sont , il est vrai , une re- 
production de V Abrégé de géographie du même auteur; 
mais les nombreuses additions que réclamait l'état 
actuel de la science, les changements politiques, les 
notions plus précises de la statistique et les nouvelles 
découvertes, en ont fait un ouvrage nouveau. La géo- 
graphie est une science éminemment progressive , et 
à mesure que son domaine s'agrandit, il faut modifier 
les premières données, et consigner, dans les réper- 
toires qui doivent servir à l'enseignement, la marche 
ascendante des connaissances acquises. C'est ce qu'a 
fait M. Balbi avec son zèle infatigable, et l'esprit de 
méthode qui Ta si bien guidé dans ses autres travaux. 
Pour perfectionner son œuvre, il a fait usage des ren- 
seignements puisés aux meilleures sources ; les géo- 
graphes les plus accrédités se sont empressés de les lui 
communiquer, et M. de La Roquette, dont le savoir 
fait autorité en ce qui concerne la géographie des trois 
royaumes Scandinaves, y a contribué largement. 

g lier à des comparaisons qui doivent l'enrichir encore en suggérant 
ou des procédés plus simples, ou des usages nouveaux de substances 
naturelles négligées chez nous, ou étrangères à nos climats. » 



( 438 ) 

Certes , le savant italien ne pouvait s'adresser à un 
homme plus compétent; mais le cadre qu'il s'était 
tracé ne lui a pas permis d'y faire entrer toutes les in- 
dications importantes fournies par notre collègue de 
la Commission centrale, qui, dès lors, a jugé à propos 
de les insérer dans le Bulletin de la Société : nous 
devons lui en savoir gré. 

Géographie physique. — Un travail très remarquable 
sur les eaux salées des lacs et bassins intérieurs est dû 
à M. Angelot» Il a pour titre : Recherches sur V origine du 
haut degré de salure de divers lacs placés dans le fond de 
grandes dépressions du sol des continents , et en particu- 
lier de la mer Morte , suivies de considérations sur l'ori- 
gine du sel gemme en couche. ( Voy. Bu IL de la Soc. géolog. 
de France.) 

Sur plusieurs points de l'ancien continent la dépres- 
sion du niveau de certaines nappes d'eau salée a été 
constatée par des nivellements géodésiques exécutés 
avec le plus grand soin. Ce phénomène, sur lequel il 
ne reste plus de doute , a frappé l'attention des géolo- 
gues. M. Angelot parait l'avoir étudié sous tous les rap- 
ports. Il expose d'abord , dans son Mémoire , des ob- 
servations sur la dépression des bassins fermés du dé- 
partement des Bouches-du-Rhône , sur les bassins des 
lacs amers de l'Egypte et sur ceux de la mer Caspienne 
et de la mer Morte. Il discute ensuite les causes géolo- 
giques qui ont amené l'isolement des bassins et des 
tacs salés intérieurs, qui durent, à une époque très 
ancienne , faire partie de la même mer. Quant à la 
salure des eaux , il l'explique par les mêmes phéno- 
mènes qui se passèrent dans les mers méditerranées 
et dans les océans, à l'origine des gisements de sel 
en couche en contact avec ces bassins. 



(43 9 ) 
Une notice sur les lacs salés de la mer Caspienne » 
par M. Hommaire de Hell, se rattache aux travaux de 
M. Angelot, et fait admettre l'hypothèse que la mer 
Caspienne a eu une étendue beaucoup plus considé- 
rable, et n'a diminué de surface qu'à la suite de sa 
séparation avec la mer Noire , qui a détruit l'équili- 
bre entre les eaux enlevées par l'évaporation et celles 
amenées par les fleuves. Ainsi le bassin de la mer 
Caspienne, loin d'être considéré par M. de Hell comme 
une dépression , ne serait en réalité que le fond d'une 
mer dont les eaux en baissant de niveau ont abandonné 
une partie de sa surface. 

Sous le litre de : Remarques et expériences sur les gla- 
ciers sans névé de la chaîne de Faulhorn , dans le canton 
de Berne, ii. Ch. Martîns a présenté une nouvelle série 
d'observations. Les résultats auxquels il est arrivé ten- 
dent à démontrer que les glaciers sans névé se forment 
par l'imbibition de la neige qui se pénètre de l'eau 
provenant des parties supérieures, et qui se congèle 
ensuite, lorsque la température est au-dessous de zéro. 
Cette congélation de l'eau qui pénètre la masse des 
glaciers en l'augmentant, les fait croître par intus-sus- 
ception, suivant l'expression de M. Elie de Beaumont, 
et non par simple addition de nouvelles couches de 
neiges qui se transforment en glaciers , comme on 
l'avait pensé. 

Ethnologie générale. — L'histoire naturelle de 
l'homme (i) était un ouvrage trop important pour rostcr 
dans une langue étrangère. L'auteur, M. Prichard, a 
recherché si l'influence des agents physiques et mo- 
raux n'était pas la cause dominante des variétés qui 
distinguent entre elles les différentes races humaines. 

(i) 2 vol. in-8. Paris, 1 843. 



( 44© ) 

Cette question d'ethnologie avait déjà occupé plusieurs 
naturalistes. Il était dû à M. Roulin, qui le premier 
appela l'attention des savants sur le retour des animaux 
domestiques de l'ancien monde, transportés dans le 
nouveau, à leurs habitudes sauvages, de faire passer 
dans notre langue l'œuvre de M. Prichard; car les re- 
cherches auxquelles cet écrivain s'est livré pour expli- 
quer les changements que les circonstances climaté- 
riques et les habitudes de la vie ont fait subir au type 
primitif de la race humaine, présentaient, dans un 
autre ordre de faits, des considérations analogues à 
celles qu'il avait émises lui-même. 

Géographie comparée. — Une question difficile et 
souvent discutée vient d'être reprise par un jeune géo- 
graphe plein de zèle et de talent, M. 0. Mac-Carthy, 
déjà connu par beaucoup de bons travaux. Chargé par 
deux éditeurs, auquels on doit les meilleurs livres 
classiques (i) , de rédiger un lexique de géographie 
comparée pour la Vita Alexandri de Quinte-Curce , il 
a éclairé son travail de toutes les lumières qu'ont pu 
répandre sur la marche du conquérant de l'Asie les 
commentaires des critiques et les nombreuses explo- 
rations des voyageurs dans les contrées parcourues 
par le héros macédonien. On sait quelle est l'éten- 
due de cet itinéraire d'Alexandre, qui commence 
aux rives de l'Adriatique, et se termine à celles de 
l'Hyphase , qui touche en même temps au laxartes et 
à Memphis d'Egypte. La détermination d'un grand 
nombre de lieux qui jalonnent ce long tracé de marches 
et de contre-marches est un rude travail pour le com- 
mentateur, lorsqu'il s'agit d'en donner la synonymie 
d'après la géographie moderne, surtout si , se livrant 

(i) MM. E. Magdeleine etDezobry. 



( 44' ) 
à une critique sévère, il veut discuter toutes les opi- 
nions émises sur les points contestés. Cette tâche pé- 
nible, M. Mac-Carthy n'a pas craint de l'entreprendre, 
et nous pouvons dire qu'il Ta accomplie en homme 
de conscience et de talent. Il suffit de jeter un coup 
d'oeil sur les sources où il a puisé pour se faire une 
idée de l'étendue de ses recherches. Les noms se 
pressent sous la plume lorsqu'on interroge l'histoire 
géographique sûr les travaux qui se rattachent à cette 
grande question. Je* regrette, dans cette courte ana- 
lyse , de ne pouvoir signaler que quelques lieux dont 
le véritable emplacement était ignoré ou douteux , et 
qui par cela même exigeaient un examen plus appro- 
fondi. 

L'Asie-Mineure présentait peu dépositions qui eus- 
sent besoin d'être discutées. Parmi les noms men- 
tionnés dans les parties de l'itinéraire qui traversent 
la Syrie, l'Egypte et la Mésopotamie, nous avons re- 
marqué l'étymologie nouvelle du mot Nasamons, que 
l'auteur du Lexique fait dériver du copte nas , ancien, 
et d'amon, amoun, ammon , les anciens Ammoniens. 
A l'article Nilus, M. Mac-Carthy «a fait aussi une appli- 
cation très heureuse des recherches toutes récentes de 
notre savant voyageur A. d'Abbadie , en rapprochant 
YAnsaba de YAstosaba de Strabon. Il y avait une lo- 
calité sur le Tigre, en Mésopotamie , dont il était im- 
portant de déterminer l'emplacement: c'était la Sittace 
de Xénophon. M. Mac-Carthy la fait correspondre à 
Scheryât el Beydhâ , situé à 8 kilomètres au nord de 
Baghdadh. 

L'entrée de l'armée macédonienne dans la Persido 
se fit par les Pilœ Persicœ, les portes persiques, ce dé- 
filé d'où sort le Tab des modernes (l'ancien dro&is) 



( 44» ) 

et à l'ouverture duquel se trouve le lieu appelé en per- 
san Bebehân , les portes. La prise de ce passage décida 
du sort des deux capitales de la Perside, des deux 
Persepolis* dont l'une prit plus tard le nom d'Istaichr, 
et l'autre était la Pasargadœ, qui n'est plus indiquée 
aujourd'hui que par les ruines qu'on trouve plus haut 
dans la vallée, près de Mourgh-âb. L'auteur du Lexique 
donne succinctement l'état actuel du lieu où s'éle- 
vaient ces deux résidences royales, d'après les belles 
et laborieuses explorations de notre savant compatriote, 
M.P.Coste. Ecbatane est généralement regardée comme 
ayant donné naissance à YHamadan des modernes. 
M. Mac-Carthy pense que les documents nombreux que 
nous ont transmis les anciens ne conduisent pas tout- 
à-faità ce résultat» et il blâme M. Rawlinson d'avoir 
créé dans l'Alropaténe une Ecbatane qui est évidem- 
ment la même que celle de la Grande-Médie. Héca- 
tompylos, la capitale de la Parthie, lui parait être la 
ChehrH-Ghiamauch ,1a ville d'argent» dont les vastes 
ruines sont éparses au S.-0. de Damghan, et la ville 
ftHyrcanie, la Gourgan, Hyrkan ou Djordjan mo- 
derne. Quant au pays des Tapours (Tapuri), c'est 
évidemment une partie du Mazanderan , puisque ce 
pays porte sur les monnaies le nom de Tabomrestane , 
pays de Tabour , ainsi que l'a fait remarquer A. Burnes. 
En quittant la Perse pour entrer dans i'Ariana 
(l'Afghanistan) » les difficultés que l'on éprouve à re- 
trouver la synonymie augmentent avec l'imperfection 
et le petit nombre des explorations modernes. Cette 
remarque acquiert un nouveau degré de force lors- 
qu'elle s'applique à cette portion de l'itinéraire qui , 
au nord du Caucase indien ( Hindou-Keh ) , s'étend 
sur la partie S.-E. du bassin de la mer Caspienne. 



( 443 ) 

Dans l'Ariana , l'auteur du Lexique a adopté une 
partie des opinions de M. Hayman Wilson. Mais il 
n'est nullement de son avis quant à YArachotus , qu'il 
regarde comme étant la Gomâl d'aujourd'hui. 

. La synonymie des noms mentionnés entre Alexan- 
drie, ad Caucasum et Y Indus est également différente 
de celle du savant anglais. Armé du texte de Quinte- 
Curce, que l'on avait à peine fait entrer dans la ques- 
tion deYAornoSy l'auteur du Lexique démontre qu'il 
faut en chercher l'emplacement à une douzaine de 
journées au-dessus du confluent de la rivière de Ka- 
boul et de l'Indus, sur la rive droite de ce fleuve. 

Quant aux localités traversées par l'armée conqué- 
rante dans la Bactriane , la Sogdiane et les contrées 
voisines , la plupart sont encore douteuses. La concor- 
dance d'une tradition locale encore vivante avec le 
récit du siège de la ville des Mémakènes , fait penser à 
H. Mac-Carthy qne ce lieu est représenté aujourd'hui 
par Marghilâne, ville du khanat desKhokand. 

La géographie comparée de la partie du récit 
de l'expédition d'Alexandre qui a pour théâtre le bas- 
sin même del'Indus, ayant déjà été discutée avec soin 
par le docteur Vincent, le capitaine Mac-Murdo et 
M. Wilson, n'offrait pas de grandes difficultés; cepen- 
dant M. Mac-Carthy y a fait d'heureuses rectifications 
qui nous ont paru fondées. 

Disons en terminant que l'auteur du Lexique a con- 
tribué à la publication d'un des meilleurs livres des 
classiques. Son travail se recommande à tous ceux qui 
prennent intérêt k la géographie historique , et Ton 
doit regretter qu'il ne soit pas réimprimé avec toutes 
les discussions qui ont servi à établir tant de faits. Un 
pareil ouvrage, ainsi illustré , en faisant mieux rcssor- 



( 444 ) 

tir le mérite des laborieuses études de M. Mac Carthy, 
satisferait complètement tous les amis de la science. 

Géographie nautique, — Nous devons encore à M. de 
Siebold de nous avoir révélé l'histoire des découvertes 
de deux anciens navigateurs dans la partie nord du 
Grand Océan, en publiant un opuscule dont M. Jo- 
mard s'est empressé de vous rendre compte. On sait 
maintenant de la manière la plus positive que la 
première connaissance des lies Bonin (Bonin Simâ) 
appartient au célèbre marin Àbel Tasman , et à son 
compagnon , Mathieu Quast, qui explorèrent la partie 
boréale de l'océan Pacifique en 1639. Les recherches 
auxquelles M. de Siebold s'est livré dans les archives 
du gouvernement néerlandais , font connaître les titres 
de cette priorité. Ces archives renferment l'extrait des 
instructions que le gouverneur général, À.VanDiemen, 
donna à Mathieu Quast et Àbel Tasman , ainsi que le 
journal de navigation des deux flûtes qu'ils comman- 
daient. L'expédition partit de Batavia le 2 juin 1639, 
toucha aux Philippines, reconnut des récifs à 178 mill. 
du cap Spiritu-Santo , et découvrit le groupe des lies 
Bonin. Tasman et son compagnon continuèrent leur 
navigation jusqu'à 600 milles à l'est du Japon , et gou- 
vernèrent ensuite sur cet archipel pour venir mouiller 
à Iedo. De là les deux navires se dirigèrent sur le dé- 
troit de Van-Diemen , et après avoiç relevé plusieurs 
autres lies , ils vinrent jeter l'ancre à Formose. 
(Voy. Ballet, delà Soc. ) 

L'amiral Krusenstern a justement appelé Abel Tas- 
man le plus grand navigateur du xvn* siècle ; mais 
nous ne devons pas oublier aussi que , dans un mé- 
moire dont l'Académie des inscriptions entendit la 
lecture, il y aura bientôt trente ans, notre vénérable 



(445 ) 

doyen, M. Eyriès, appela le premier l'attention des 
savants sur ce hardi marin , et que le nom de Tasnia- 
nie, qu'il proposa pour la terre de Van-Diemen , est 
resté acquis à là nomenclature géographique. 

Géographie sacrée. — M. le comte de Laborde a 
prouvé par ses Commentaires géographiques sur V } Exode 
et les Nombres , qu'il est aussi en France des esprits ca- 
pables d'aborder les grandes questions de géographie 
biblique , et de les traiter avec une savante érudition. 
Un de noscollègues, W. d v Àvezac, en rendant compte à 
la Commission centrale, sous le point de vue delà géo- 
graphie positive , de l'ouvrage offert à la Société par 
M. de Laborde, a résumé les recherches du commen- 
tateur et les explications qu'il a proposées sur la grande 
migration des Israélites. ( Voy. BulleU de la Soc.) 

Cartographie ancienne. — La Société a reçu de M. le 
ministre des affaires intérieures à Naples un exem- 
plaire fac-similé d'une carte du moyen-âge, dont l'origi- 
nal est conservé au musée Bourbonien. (A. d'Avezac , 
qui a étudié ce précieux échantillon du talent cartogra- 
phique des anciens cosrtiographes , en rapporte l'exé- 
cution à la fin du xiv* siècle. (Voy. Bu/let. delà Soc. ) 

Le défaut de publicité des documents manuscrits 
relatifs à la cartographie ancienne , enfouis dans les 
archives, a arrêté jusqu'ici un genre d'étude qui se lie 
aux recherches historiques et sert à les éclairer. L'en- 
treprise qu'a conçue depuis l'origine de la Société, et 
qu'exécute dans ce moment M. Jomard , satisfera 
complètement les besoins de la science. Trente-huit 
cartes sont déjà gravées (i). La Société a vu avec un 
vif intérêt plusieurs planches de ce recueil de monu- 

(i) Voy. la Notice dans l'Appendice cartographique. 
XX. DÉCEMBRE. 8. 9Q 



1446) 

ments géographiques, qui reproduit les types avec 
une si scrupuleuse exactitude, soit dans l'ensemble , 
soit dans les moindres détails , de manière à conser- 
ver le style de l'époque dans toute son originalité. 

Cartographie moderne. — J'ai compris dans l'ap- 
pendice imprimé à la suite de ce rapport tout ce qui 
concerne la cartographie» cette partie de la science 
qui nous intéresse à un si haut point , notamment les 
levées topographiques de nos officiers d'état-major, 
les autres travaux qui s'exécutent au Dépôt de la guerre 
sous la savante direction de M. le lieutenant-général 
Pelet; ceux du Dépôt de la marine, auxquels M. Daussy 
prend une part si active , et toutes les cartes que pu- 
blient ces deux établissements modèles. Je joindrai 
en même temps àcet appendice les nouveaux travaux 
cartographiques terminés ou en cours d'exécution 
dans les autres États de l'Europe» 

Tableaux géographiques de l'Europe. — M. Desjardins 
vous a entretenusde la publication de ses tableaux géo- 
graphiques et des moyens qu'il a employés pour rendre 
les cartes plus parlantes. Notre collègue a voulu popu- 
lariser l'étude de la géographie en faisant comprendre 
toutceqn'elle peut offrir de renseignements utiles. Ha 
mis la science en tableaux sur lesquels sont représentés 
les cours d'eau, les accidents du terrain, les produits de 
la nature, les zones des diverses températures , les divi- 
sions naturelles, ethnographiques et politiques. Onpeut 
juger ainsi d'un coupd'œilde la configuration du sol, 
de ses ressources et de ses richesses. Le travail de 
M. Desjardins est un précis de l'Atlas géographique et 
historique qu'il a publié en Allemagne, et qu'il a 
augmenté de nouveaux documents. 

Triangulation et nivellement topographique de Paris. 



(44 7 ) 

— La détermination géodésique des principaux mo- 
numents de l'intérieur de Paris, obtenue par M. de la 
Follie, au moyen de la triangulation et du nivellement, 
est une opération qui mérite d'être citée. Des données 
précises sur les distances relatives de nos principaux 
édifices publics, sur leur coordonnées géographiques 
et leur hauteur absolue au-dessus du niveau de l'Océan, 
ont été les résultats de ce travail, dont notre collègue , 
M. Couthaud, vous a rendu compte. (Voy. Bullet. de 
la Société.) 

Géologie. — La description géologique du départe- 
ment de l'Ain , par M. le vicomte d'Archiac , est un 
travail très important , et qu'il serait fort utile de con- 
tinuer pour les autres parties de la France. Il forme la 
seconde partie du tome V des Mémoires de la Société 
géologique. 

Les progrès de Pagricullure et d'un grand nombre 
d'industries dépendent de la connaissance des ter- 
rains. « Indiquer aux propriétaires, aux agriculteurs, 
aux industriels les ressources et les richesses qu'ils 
ignorent, c'est les meltre sur la voie du progrès. Les 
grands travaux d'utilité publique, tels que le creuse- 
ment des canaux, la confection des routes, l'établisse* 
ment des chemins de fer, le forage des puits artésiens, 
l'exploitation des mines, ont un rapport immédiat 
avec la constitution du sol , et l'art forestier, lui-même, 
puise dans les descriptions géologiques, convenable- 
ment faites, d'utiles renseignements. «Ces considéra* 
tions que, M. d'Archiac développe avec un talent remar- 
quable , l'ont constamment guidé dans le cours d'un 
travail qu'il a rendu des plus complets en y consacrant 
dix années d'étude. 

Italie. — M. le colonel Corabœuf vous a lu le rap- 



( 448 ; 

port que vous lui aviez demandé sur la nouvelle carte 
topographique des États continentaux du roi de Sar- 
daigne. L'opinion de notre savant collègue a fait en- 
core plus ressortir le mérite du beau travail dont il 
vous a rendu compte. La situation des opérations tri- 
gonométriques nous promet la détermination complète 
de toutes les villes et chefs-lieux des Étals de terre 
ferme du royaume sarde. La triangulation , à l'é- 
poque de la publication de la première feuille de la 
carte, embrassait déjà 600 points obtenus par plus de 
i,5oo triangles qui se vérifient mutuellement, et ne 
laissent rien à désirer sous le rapport de l'exactitude. 
La notice qui accompagne la première livraison ren- 
ferme des comparaisons entre les résultats de la trian- 
gulation sarde et ceux qui proviennent des opérations 
géodésiques des États limitrophes. Les stations desti- 
nées à compléter le réseau du premier et du second 
ordre sont choisies et signalées. ( Voyez Bulletin de 

m 

la Soc. ) 

Nous devons à M. de La Roquette une Notice histo- 
rique sur le bureau topographique du royaume des 
Deux-Siciles , d'après M. le colonel Visconti, direc- 
teur de cet établissement. ( Voy. Bulletin de la Soc. ) 

Portugal. — L'Académie royale des sciences de Lis- 
bonne a publié; dans le 7* volume de sa Collection, des 
notions pour servir à l'histoire et à la géographie des 
nations d'ootre-mer, le journal de voyages et les dé- 
tails des opérations des astronomes et géographes , 
chargés, après le traité du i3 janvier i?5o, de détermi- 
ner les limites respectives des possessions espagnoles et 
portugaises. L'Académie a aussi commencé la publi- 
cation d'un ouvrage manuscrit du xvi* siècle sur les 
Moluques, dédié à Dn. Constantin de Bragancé, 



( 449 ) 

et relatif aux découvertes des Portugais et des Cas- 
tillans. 

Falachie et Moldavie. — L'extrait du voyage de M. Co* 
chelet , dans les principautés du Danube , a fait con* 
naître sous plusieurs rapports les pays visités par 
notre collègue. Son itinéraire à travers les monts Kar- 
paths, pour pénétrer dans la Valachie, lui a fourni 
l'occasion de rendre hommage à l'urbanité valaque. 
M. Cochelet avait mission de s'assurer des débouchés 
avantageux que lu France pourrait ouvrir avec les ports 
du Danube par la voie de mer, et ce fut dans l'intérêt 
de nos relations commerciales qu'il visita Ibraîl et 
Galatz. Le tableau qu'il a tracé de l'état de la Molda- 
vie et de la Valachie est des plus satisfaisants. L'agri- 
culture et le commerce prospèrent dans ces contrées, 
La nouvelle organisation politique des deux principau- 
tés, les hommes de mérite placés à la tête du gouverne- 
ment, l'esprit national des hautes classes et l'intelli- 
gence du peuple, présentent dansées pays des garan- 
ties d'ordre, de prospérité et de civilisation qui doivent 
ouvrir des sources abondantes de richesses. (Voy. Bul- 
letin de la Soc. ) 

Russie. — M. Struve , directeur de l'observatoire de 
Poulkova a communiqué à l'Académie impériale de 
Saint-Pétersbourg une table des principales positions 
géographiques de l'empire russe et de seî dépendan- 
ces. Ce travail a été reproduit clans notre Bulletin par 
M. Albert-Montémont. L'auteur indique les longitudes 
et les latitudes de toutes les villes et forteresses de 
l'intérieur , dont les positions ont été déterminées, les 
places et bourgs des frontières, les points géographi- 
ques les plus importants , tels que les embouchures 
de fleuves et des rivières, les caps, promontoires , 



( 45o ) 

phares, etc. Cette table contient 5o8 positions , dont 
3g6 appartiennent à l'Europe , 90 à l'Asie et ss à 
l'Amérique. Dans une notice qui accompagne le mé- 
moire présenté à l'Académie, M. Slruve a soin de citer 
les autorités sur lesquelles il a établi ses données. 

Royaumes Scandinaves. — Les renseignements que 
M. de La Roquette vous a communiqués sur le Dane- 
mark et la Suéde sont fondés sur les travaux de For- 
sell et d'autres statisticiens et géographes suédois. Ils 
nous ont fait connaître les divisions administratives, 
le résumé comparatif de la population par provinces 
& différentes époques, l'étendue du territoire d'après 
ses divisions, et enfin la position des principales villes. 
Dans un autre tableau sur le même royaume , il a 
complété ces importantes données, en présentant, 
d'après les documents officiels qui lui ont été fournis 
par M. Leyonmarck, plusieurs nouvelles indications 
sur les divisions administratives et sur la superficie 
et la population comparatives des provinces suédoises 
de 1795 à i835. (Voy. Bulle t. de la Soc.) 

Parmi les travaux qui ont été publiés dans les au- 
tres parties de l'Europe, je citerai, pour ce qui con- 
cerne la Scandinavie, ceux du professeur Forchham- 
mer. Ce savant a continué ses recherches sur la géo- 
logie du Danemark. Dans un discours prononcé de- 
vant rassemblée séculaire de la Société des sciences 
de Copenhague, il a démontré que la théorie des gla- 
ciers d'Agassiz et celle de Seftstrom (pélridiluvienne) 
ne pouvaient s'appliquer aux phénomènes des blocs 
erratiques et des stries observés en Scandinavie. 

On a inséré dans le neuvième volume des transac- 
tions de la Société géographique de Londres un tra- 



(4â« ) 

lail 1res intéressant de M. Steenstrup sur les marais 
tourbeux du Danemark. 

M. le docteur Pîgel a résumé dans un mémoire les 
résultats des recherches sur les parties du Groenland 
qui renferment des vestiges des anciennes colonies 
Scandinaves. Ce travail a été imprimé dans les Annales 
de la Société pour 1842 et i843. 
. Une mort prématurée est venue enlever à la science 
un jeune naturaliste , M. Sluwitz , que le gouverne- 
ment norvégien avait envoyé, en 1859, à Terre- 
Neuve, pour y recueillir des échantillons géologiques 
destinés au Muséum de l'Université de Ghristiania. 
M. Sluwitz avait fait aussi des observations météoro- 
logiques et magnétiques , et s'était appliqué à connaî- 
tre les méthodes que Ton suit dans les établissements 
de la côte pour la dessiccation et la préparation de la 
morue. Plusieurs mémoires avaient déjà été publiés 
sur ses travaux ; tous ses manuscrits ont été rapportés 
à Christiania, probablement dans le même but. 

Belgique. — M. Daily continue la publication 
de ses élémenls d'histoire de la race humaine mise en 
rapport avec sa distribution géographique. Le même 
auteur fait paraître en 600 livraisons, devant former 
16 volumes, une nouvelle édition de Lettres édifiantes 
et curieuses, qui contiendra, comme addition, les 
voyages et les renseignements les plus importants des 
missionnaires catholiques dans les différentes parties 
du monde, depuis la dernière édition des Lettres édi- 
fiantes et curieuses , c'est-à-dire de 1784 à 1819. 

Allemagne. — La docte Allemagne se fait toujours 
remarquer parmi les pays où la géographie est cultivée 
avec le plus de succès. Les différents États ne cessent 
d'encourager les entreprises dirigées dans l'intérêt de 



{ 45â ) 

la science, et font exécuter de grands travaux géode- 
siques, donl ils publient les résultats. Grâce aux sub- 
ventions accordées aux voyageurs, les pays lointains 
sont explorés avec fruit, et renseignement de la géo- 
graphie entre, comme partie essentielle, dans le sys- 
tème d'instruction publique. La méthode et le zèle des 
professeurs sont dignes des plus grands éloges , et mé- 
ritent d'être imités , en France surtout , où cette bran- 
che si utile des connaissances humaines a été si long- 
temps négligée. Notre collègue , M. Desjardins, a déjà 
appelé l'attention de la Société £ur la bonne direction 
qu'il a vu imprimer aux études géographiques pendant 
son séjour en Allemagne. Les progrès qu'il a signalés 
sont dus, en grande partie, à l'influence que les ou- 
vrages et les cours de M. Rilter ont exercée sur l'ensei- 
gnement. Les disciples de cet illustre savant ontmarché 
dans la voie du maître; les manuels de géographie de 
Berghaus, de Roon et Setlen, composés d'après les 
principes de Ritter, sont d'excellents modèles à suivre 
pour tous les travaux de ce genre. 

Parmi les publications consacrées à la géographie 
générale qui ont paru en Allemagne-dans le courant 
de l'année, je mentionnerai les nouvelles livraisons de 
Y Atlas physique de H. Berghaus, ouvrage d'une haute 
importance, et qui embrasse toutes les parties de la 
science: la météorologie, l'hydrographie, la géologie, 
le magnétisme terrestre, la géographie des plantes, la 
zoologie et l'anthropologie. 47 livraisons ont déjà été 
publiées; 5o environ restent à paraître. Une traduc- 
tion de cet ouvrage s'imprime en Angleterre. 

La géographie ancienne a trouvé aussi de savants 
interprètes ; les cartes de MM. Kutschert et Kiepert en 
sont une preuve; mais je ne dois pas omettre non 



( 453 ; 

plus la nouvelle édition de Strabon , de Gustave Kra- 
mer, accompagnée de notes et d'une table complète. 
A la publication de cet ouvrage , qui paraîtra en 4 vol. » 
il faut joindre celle non moins importante du 2 e vol. du 
Corpus inscriptionum (i). Il esta regretter qu'un fâcheux 
désaccord , entre Fauteur et l'éditeur, ait suspendu 
momentanément la publication de Y Histoire géogra- 
phique des anciens, par notre savant confrère M. Reiga- 
nuin , auquel je suis redevable de la plupart des ren- 
seignements sur l'état des sciences en Allemagne. 

Dans le nombre des travaux relatifs à l'Asie, j'ai à 
mentionner ceux de M. Ri lier sur les pays de l'Eu- 
pbrate et du Tigre, la continuation de l'ouvrage de 
M. Robinson sur la Palestine , et les observations de 
M. Bail sur Jérusalem. 

M. de Geslner poursuit ses intéressantes études sur 
les lignes de communication darts l'Amérique du 
Nord ; M. Buschmann , qui s'est dédié à celle des lan- 
gues polynésiennes, et auquel on doit des travaux bis- 
toriques et philosophiques sur les Marquises et les lies 
de la Société, continue à s'occuper de l'Océanie. 

Pour ce qui concerne la géographie de l'Europe, je 
citerai la description statistique de la Norvège, par 
J.-P. Blom , avec une préface de G. Ritter (2) ; la nou- 
velle description des Alpes, de M. Beizke ; une excel- 
lente topographie de Rome , par MM. Bunsen , Platner 
et d'autres savants collaborateurs; les travaux de 
M. Possart sur les provinces russes de Courlande, de 
Livonie et d'Esthland ; la description de l'Autriche par 

(1) Corpus inscriptionum grœcorum autoritate et impensis Acadé- 
mies Litterarum Regiac Borussicae, edidit Âugustus Hôckliius, Acad. 
Soc. Beleroni. Folio. Ex officina Àcademica. Rciiner, 1 843, vol. xi. 

(2) Leipzig, i843. 2 vol. 



(454) 

M. Schimmer, celle de la Moravie et de la Bohème par 
MM. Sommer etWolney, et les renseignements statisti- 
ques sur la ville de Vienne par Brunner.~-La descrip- 
tion des bords du Mein par Menk Dittmarsh , celle des 
bords du Rhin par M. Klein , et du littoral du Danube 
par M. Wolf, méritent aussi une mention particulière. 
— Outre la description des cercles de Coblentz, im- 
primée sous les auspices du gouvernement prussien , 
et celle de la Poméranie par M. Henning, plusieurs 
autres ouvrages importants ont été publiés sur l'Alle- 
magne. M. Hempel s'est occupé du grand -duché de 
Meklenbourg, MM. Schuch, Huchn etPopel du grand- 
duché de Bade, MM. Léo et Halem de la Saxe et de la 
Frise orientale , M. Wittmann du Wurtemberg. 
M. Klemm a fait un rapport sur les levées trigonoiné- 
triques exécutées dans le même royaume; enfin des 
renseignements sur les forêts et les montagnes du 
Spessart sont dus à MM. Behlen et Merkel. 

Les voyages exécutés par les Allemands, et les rela- 
tions auxquelles ils ont donné lieu , n'ont pas offert 
moins d'intérêt. Je signalerai d'abord le voyage en 
Grèce de M. Stephani , et les excursions archéologi- 
ques de M. Ross dans les Iles de la mer Egée. La se- 
conde exploration de M. Koch , professeur de léna , 
dans les pays du Caucase, promet aussi à la science 
de bons résultats. — Deux vaisseaux prussiens, leMen* 
tor et la Louise, sont de retour de leurs courses dans 
l'hémisphère occidental. Cette expédition a été entre- 
prise dans l'intérêt de la science et du commerce ; des 
savants distingués en ont fait partie et M. Berghaus en 
a publié la relation dans un ouvrage intitulé : Observa- 
tions physiques et hydrographiques sur V Amérique. 

On imprime aussi en Allemagne un grand nombre 



( 455 ) 

de journaux et de recueils qui renferment souvent 
d'excellents mémoires. Parmi ceux exclusivement con- 
sacrés à la géographie , je citerai les rapports mensuels 
de la Société de géographie de Berlin ; les feuilles pé- 
riodiques publiées par M. Berghaus , dont le nom se 
présente toujours lorsqu'il s'agit de bons travaux. Le 
journal de M. Ludde est aussi une publication remar- 
quable qui justifie complètement les espérances qu'elle 
fil concevoir à l'apparition de son programme. Outre 
beaucoup de mémoires importants sur les différentes 
parties de la science , ce journal donne , avec une cri- 
tique éclairée, l'analyse de tout ce qui parait en Alle- 
magne et dans les autres contrées de l'Europe ; il fait 
connaître les travaux des Sociétés de géographie ; il 
rend compte des voyages et des entreprises scientifi- 
ques ; on y lit très souvent des notices biographiques 
fort intéressantes sur les géographes contemporains t 
et des nécrologies sur les hommes de mérite dont la 
carrière a été signalée par d'importants travaux. Les 
recueils d'observations magnétiques et météorologi- 
ques de MM. Kreil et Lamont sont aussi fort estimés. 
Je citerai encore, pour terminer celte longue liste de 
productions scientifiques , quelques ouvrages géné- 
raux auxquels la géographie n'est pas étrangère : 
le Dictionnaire des sciences physiques de M. Gehler, 
X Encyclopédie universelle des Allemands, qu'on public à 
Leipzig, et qui renferme de bons articles géographi- 
ques accompagnés de cartes, et enfin les travaux des 
différentes académies des sciences et des lettres, no* 
tamment les Mémoires de £ Académie royale de Berlin 
que M Rilter vient d'enrichir d'une savante disserta- 
lion sur les anciens passages de l'Euphrale. 



( 4*6 ) 

NÉCROLOGIE. 

Je terminerai, messieurs, par la tâche la plus pé- 
nible, celle de rappeler en peu de mois les pertes que 
la Société a éprouvées. Chaque année nous avons à re- 
gretter quelqu'un de nos membres, et dans le cours 
de celle-ci la mort nous a ravi trois de nos anciens 
fondateurs : Guillaume Barbier du Bocage , géographe 
du ministère des affaires étrangères, formé de bonne 
heure à la science et à la vertu par l'exemple de son 
digne père; Charles Chapellier, trésorier de la So- 
ciété, un des hommes qui ont le plus honoré la car- 
rière du notariat, et que nous voyions toujours assister 
avec le même zèle et le même dévouement à nos as- 
semblées générales. 

Le sort inexorable est venu ajouter ces jours der- 
niers le troisième nom à cette liste de deuil : c'est 
celui d'un de nos vice -présidents, Emile Le Puillon 
de Boblaye, ancien élève de cette École Polytechnique 
d'où sont sortis tant d'hommes recommandables par 
leur solide instruction et les services qu'ils ont rendus 
au pays. Député du Morbihan , chef d'escadron au 
corps royal d'état -major, de Boblaye, si prompte- 
ment enlevé aux sciences qu'il affectionnait , se dis- 
tingua par d'importants travaux. Employé à la carte 
de France pendant une grande partie de sa carrière 
militaire, il, trouva le temps de composer plusieurs 
ouvrages sur la statistique, la géologie et l'histoire na- 
turelle. Comme officier d'état-major, il embrassa 
dans ses études toutes les connaissances que réclame 
le grand art de la guerre; il fut chargé de la triangu- 
lation qui rattache les points de la province de Con- 
stantine avec le golfe de Stora, et porta ses opérations 



(45 7 ) 

sur les premiers sommets occupés par nos avant- 
postes, alors que l'état de guerre dans lequel se trou- 
vait l'Algérie orientale entourait les travaux géodési- 
ques des plus grandes difficultés. Ce fut pendant son 
séjour en Afrique qu'il recueillit d'intéressantes no- 
tions sur ces voies rQniaines si admirablement con- 
duites par les lignes de faite , sur l'aspect et la 
topographie du pays depuis Constantine jusqu'à Bone, 
et sur l'antique fiusicada. Un port de la Mauritanie 
césarienne qui fut colonisé sous l'empereur Claude , 
Tipasa (Téfésa) fixa aussi son attention, et les rensei- 
gnements qu'il donna sur sa position, comme point de 
départ des opérations qu'on pourrait tenter dans la 
vallée du Ckélif, témoignèrent de son zèle patriotique 
pour tout ce qui pouvait contribuer à nos succès. De 
Boblaye fit partie de l'expédition scientifique de Mo- 
rée, et publia en i835 un volume de recherches géo- 
graphiques sur les antiques ruines de cette terre clas- 
sique. La carte générale de la M orée et des Cyclades, 
qui accompagne cette statistique archéologique, offre 
le tableau résumé de ses recherches sur la géographie 
comparée du Péloponèse, et peut servir de guide pour 
l'étude des principaux faits de la géographie naturelle 
et de la géognosie. Ainsi, en interrogeant tour à tour 
le sol du Péloponèse et de la Numidie, Paillon de Bo- 
blaye, par ses triangulations et ses savantes reconnais- 
sances, traça les glorieuses stations de nos armées sur 
le théâtre des triomphes de la Grèce et de Rome. 



(458 ) 

APPENDICE CARTOGRAPHIQUE. 

TRAVAUX GÉOGRAPHIQUES DU DÉPÔT GÉNÉRAL DE LA GUERRE 

EN l843. 



Les travaux géographiques exécutés par le Dépôt de 
la guerre sous la direction du lieutenant-général Pelet, 
directeur général, embrassent différents objets d'une 
haute importance, qui tiennent sans contredit le pre- 
mier rang parmi les productions les plus utiles prove- 
nant des applications de cette science. On sait déjà que 
la nouvelle carte de France est en première ligne. 
dette grande œuvre , dont l'exécution est confiée aux 
officiers du corps royal d'état-major, approche de son 
terme , au moins pour la partie géodésique. Les opé- 
rations qui la concernent ont été continuées en i843 
avec Bon moins d'activité que les années précédentes. 

La triangulation de premier ordre , formant le grand 
canevas géodésique de la France, est presque terminée. 
On a achevé cette année ce qui restait à faire à l'occi- 
dent du méridien de Paris, et au sud du parallèle de 
Cordouan jusqu'à la Garonne , c'est-à-dire dans les 
départements de la Dordogne et de Lot-et-Garonne. 
On a entrepris de semblables opérations dans le qua- 
drilatère dit des Landes, ou dans les départements de 
la Gironde et. des Landes; ce quadrilatère est le der- 
nier, à trianguler pour compléter le réseau géométri- 
que du royaume. Cette opération est assez avancée pour 
faire espérer qu'elle sera entièrement teminée l'année 
prochaine. 



( 459) 

Là triangulation de second ordre , servant à parta- 
ger celle du premier ordre en triangles plus petits 
pour faciliter les levées topographiques , précède ordi- 
nairement ces derniers. En se dirigeant vers le sud , 
elle s'est étendue , h Test de la méridienne , dans les 
départements des Hautes-Alpes , de la Drame , de l'Ar- 
dèche et de la Lozère; et à l'ouest de cette ligne, dans 
les départements de la Charente, de la Charente-Infé- 
rieure et de la Vendée. On relève , par cette série d'o- 
pérations, un grand nombre de positions nouvelles et 
de côtes de nivellement, qui, jointes aux immenses 
résultats déjà obtenus , fournissent des données pré- 
cieuses pour l'étude de tout projet relatif aux travaux 
publics, et principalement pour les communications 
de terre et d'eau. 

Les levés topographiques, exécutés au i/4o,ooo, 
donnent des feuilles-minutes qui sont soigneusement 
conservées au Dépôt : on en fait une réduction pour 
la gravure à l'échelle de 1 /8o,ooo. Les opérations con- 
cernant ces levés ont eu lieu en i8/j5 dans les feuil- 
les de Grenoble, Allevard, Valence, Monistrol, le 
Puy, Brioude, Mauriac et Saint Flour; ces feuilles 
sont comprises dans les départements de liséré, de 
la Drôme, de la Loire, de l'Ardèche; de la Haute- 
Loire, du Cantal et de la Corrèze. 

Les travaux sur le terrain se terminent chaque an- 
née vers la fin de l'automne ; c'est au Dépôt que se 
font les mises au net, et que l'on prépare les feuilles 
pour être livrées aux graveurs. On est parvenu à termi- 
ner cette année les feuilles de Dijon, Mâcon, Saint- 
Claude , Orléans , Beaugency , Lisieux , Cherbourg 
et Mortagne. Ces feuilles seront publiées incessam- 
ment. 11 y a de plus trente - quatre autres feuilles 



(46o ) 

dans les mains des graveurs, dont le travail est plus 
ou moins avancé. Au commencement de cette année» 
soixanle-dix-huit feuilles avaient déjà été publiées; 
celles que nous avons indiquées plus haut porteront 
avant peu ce nombre à quatre-vingt-six. 

Les travaux des officiers d'état-major employés à la 
carte de France ne se bornent pas au levé du terrain 
et au dessin des feuilles-minutes; ces officiers réunis- 
sent en outre , dans les diverses contrées qu'ils explo- 
rent i des renseignements généraux au moyen desquels 
chacun rédige un mémoire dans lequel il complète 
les données topographiques ou de géographie physique 
qui ne peuvent être exprimées sur les cartes. Ce mé- 
moire contient en outre un aperçu statistique du pays; 
des observations relatives à la défense du territoire , 
d'après une instruction spéciale donnée aux officiers 
par le lieutenant-général directeur; la description des 
communications de toute espèce , et enfin des notions 
historiques sur les faits les plus marquants sur les- 
quels l'examen des localités peut fournir des éclair- 
cissements. Le Dépôt possède dans ses archives 725 de 
ces mémoires, qui sont fréquemment consultés. Outre 
l'instruction que les officiers acquièrent par cet exer- 
cice , on forme une collection considérable de rensei- 
gnements qui seront utiles dans une foule de cir- 
constances. 

Je viens de parler de l'utilité de la carte de France 
pour les projets de travaux publics; un fait qui té- 
moigne de cette grande utilité est la communication 
des levés de cette cartes aux différentes administrations 
qui ont eu aies consulter pour des projets de chemins 
de fer» de canaux , de routes de toute espèce , d'amé- 
nagement de forêts , etc. Ces communications ont eu 



(46i ) 

lieu pour une étendue de 610 lieues carrées dans le 
cours d'une seule année. Cette circonstance montre la 
célérité et l'économie qui résultent de ces communi- 
cations , puisque les travaux préparatoires de ces pro- 
jets se trouvent tout faits. 

À mesure qu'il parait de nouvelles feuilles de la 
carte de France , le Dépôt de la guerre continue l'au- 
tographie des cartes départementales. Ces cartes» dont 
la haute utilité est généralement reconnue, sont for- 
mées par des reports sur pierre des feuilles ou par- 
ties de feuilles composant un même département. Les 
cuivres qui ont servi à ces reports n'en sont nullement 
altérés» et cependant on obtient les feuilles autogra- 
phiées avec une telle perfection qu'il est souvent diffi- 
cile de les distinguer des feuilles gravées. Jusqu'à pré- 
sent , des cartes de ce genre ont été faites pour dix-huit 
départemenls. (Ces dix-huit départements sont ceux du 
Bas-Rhin, de la Meuse, de la Moselle, du Pas-de-Ca- 
lais, de la Somme, de la Marne, de la Meurthe, de 
l'Oise, de l'Eure, du Nord, du Haut-Rhin, de Seine- 
et Marne, de l'Aisne, des Ardennes, de la Seine-Infé- 
rieure, du Doubs, de la Haute-Saône et de Seine-et- 
Oise.) 

Je dois également rappeler un autre travail du Dépôt 
de la guerre, exécuté en i85g sous la direction du gé- 
néral Pelet, d'après les levés des officiers d'état-major; 
c'est la carte du département de la Seine en 9 feuilles 
et à l'échelle de i/4oooo e . Cette carte, dont la gravure 
a été admirablement exécutée , aurait été livrée au pu- 
blic depuis longtemps si des circonstances particuliè- 
res n'en avaient retardé la" publication. 

L'histoire militaire de la France a aussi sa part dans 
les travaux du Dépôt de la guerre. On s'occupe dans 

XX. DÉCEMBRE. 9. 3o 



(46a ) 

cet établissement de former des allas sur les campa- 
gnes mémorables des armées françaises» pour lesquels 
on a construit plusieurs caries d'ensemble des théâ- 
tres de guerre, et un grand nombre de plan$ des ba- 
tailles et combats les plus célèbres. Ces atlas, au nom- 
bre de trois, concernent, i° les campagnes de i8oâ, 
1806, 1807 et 1809; a° la campagne de i8i4; 3* la 
campagne de 1706. 

Afrique. Parmi les importants travaux qui s'exécutent 
au Dépôt de la guerre , dont j'ai déjà mentionné une 
partie, on doit citer les cartes de l'Algérie, que l'on étend 
et perfectionne à mesure que les opérations militaires 
permettent de nouvelles explorations. Les officiers 
d'état-major employés à l'armée d'Afrique ont fourni 
cette année un grand nombre de bonnes reconnais- 
sances et d'itinéraires qui ont donné lieu à des amé- 
liorations considérables. Déjà une carte générale de 
l'Algérie et de Tunis au i/i5ooooo e , rectifiée sur les 
matériaux de l'année dernière, a été publiée. Les 
cartes des provinces d'Oran , d'Alger et de Gonstanline 
à l'échelle du 1 /400000* ont été rectifiées sur les ma- 
tériaux de cette année. Ainsi la première a éprouvé 
des changements notables, et l'on a étendu sa surface 
vers le sud, d'après les reconnaissances faites par 
MM. de Martimprey et Gouyon , chefs d'escadron; de 
Mimont, capitaine; Appert et Beaudoin, lieutenants, 
dans les expéditions qui ont eu lieu dans l'Ouanranse- 
ris, le Dahra, à Tenez, dans différentes vallées, telles 
que, TOued-Riou , la Mina , l'Oued-Rouina , etc., dans 
la province de Tlemcen vers le sud et la frontière de 
Maroc; enfin sur un grand nombre de points impor- 
tants pour l'occupation du pays, tels que El-Esnam, 



( 465 ) 

Tiaret, Amnir, Moussa, Tenez, Karaaiclien et plu- 
sieurs autres. 

De grandes améliorations ont été également appor- 
tées dans la carte des provinces d'Alger et de Titery, 
sur les reconnaissances et itinéraires faits par 
MM. Gouyon,Durrieu,Dumareix, Appert et Berthaud, 
pendant les expéditions de M. le gouverneur-général 
dans le sud-ouest , sur Boghar, sur différentes routes 
de Milianah à l'Oued -Riou et à Teniet-el-Hed , d'Or- 
léansville à Tazerout, à l'Oued -Demouz , etc. 

Enfin la carte de la province de Constantine a été 
également rectifiée d'aprèS les travaux de MM. Dieu , 
Dargent et Doulcet, par suite des mouvements exé- 
cutés sous les ordres du général Baraguay-d'Illiers , 
entre Bône, Philippeville , Collo et Constantine, des 
marches de la colonne du colonel Senilhes, allant de 
Bône dans les mêmes contrées, et les plans de Bordj- 
Bou-Areridj et de Collo. 

Au moyen de ces précieux matériaux, les caries des 
provinces dont je viens de parler ont été perfection- 
nées et étendues sur un grand nombre de points jus- 
qu'au désert 

La carte de la régence de Tunis, en une feuille avec 
un supplément, à l'échelle de i/4ooooo\ qui a été 
établie sur des matériaux fournis par MM. Falbe, ca- 
pitaine de vaisseau danois, et Pricot de Sainte-Marie, 
capitaine d'élat-major français , est gravée déjà depuis 
quelque temps. M. de Sainte-Marie fait en ce moment, 
dans celte régence, de nouvelles explorations qui ser- 
viront à compléter la carte dont il s'agit en l'étendant 
vers le sud. 

Grèce. Les travaux de la carte générale de la Grèce en 
19 feuilles,levée parles officiers d'état-major français, 



(464) 
ont été continué» en 1 843 ; g feuilles sont entièrement 
terminées, et les trois dernières sont très avancées» 
On peut espérer que celte carte sera achevée l'année 
prochaine , et alors on pourra en entreprendre immé- 
diatement la gravure. 



PUBLICATIONS 

FAITES PAR LE DÉPÔT GÉNÉRAL DE LA MARINE 

depuis le 20 novembre 184* jusqu'au 10 décembre i845. 



CARTES ET PLANS. 



CÔTES SEPTENTRIONALES DE FRANCE. 

i ff Carte des côtes de France, partie comprise 
entre l'île de Bas et l'Ile Bréhat. 

s a Carte particulière des côtes de France , partie 
comprise entre l'Ile Grande et la Héaux, les 
Sept-Iles , Perros, le Port-Blanc, rivière de 
Tréguier. 

5° Plan des entrées de Perros et du Port-Blanc. 
4° Plan des passes de la rivière de Tréguier. 
5° Plan de la rivière de Tréguier. 
6° Carte des côtes de France, partie comprise 

entre l'Ile d'Ouessant et l'Ile de Bas. 
7 Carte particulière des côtes de France , partie 

comprise entre Pontusval et l'Ile Bas. — 

Plan du port de Pontusval. 



( 465 ) 

8° Plan du canal de l'Ile de Bas et parties adja- 
centes. 

9° Carte particulière des côtes de France , partie 
comprise entre les roches de Porsàl et Pon- 
iusval, l'Abervrach, l'AberbenoU, Cor- 
réjou. 
10* Plan de l'Abenrrach et de ses environs. 

Ces cartes et plans ont été levés et dressés par les ingénieur** 
hydrographes , sous les ordres de M. Beauté mps-Beadpré. 

MÉDITERRANÉE. 

€ i° Carte de la partie de la Méditerranée com- 
prise entre Gibraltar et la Sardaigne. — 
Plan du port Mahoa. 

Dressés au Dépôt. 

is° Carte particulière de France, partie comprise 

entre la presqu'île de Giens et le Bec de 

l'Aigle. 
i3° Carte particulière des côtes de France 9 partie 

comprise entre la presqu'île de Giens et le 

cap Camarat. 
i4° Plan des rades de Brusc , de Bandol et du port 

de, Saint-Nazaire. 
i5° Plan du mouillage de Cavalaire. — Plan de 

la rade de Bormes et du mouillage de La- 

vadou, 
i6° Plan de la rade d'Agay. 

Toutes ces cartes ont été levées et dressées au Dépôt par MM. Le- 
bourguiçnon-Duperré, Béçat, Lieussou et Delamarcbe, sous la direc- 
tion de M. Monnier, cet habile iogénieur-hydrographe que la mort 
est venue frapper au milieu de ses travaux. Ce qui a paru jusqu'à 



( 466 ) 

présent de cette belle série n'a rien de comparable sous le rapport de 
la précision des détails, de la beauté de l'exécution et de l'importance 
des renseignements. La partie orographique des côtes de la Provence 
a été rendue avec une admirable vérité; les effets du relief y sont 
exprimés d'après nature, et il est à regretter que nous Dépossé- 
dions pas dans ce genre une plu* grande étendue de territoire. 

17° , Carie des côtes occidentales d'Italie, parlie 
comprise entre Livoume et l'embouchure 
du Tibre. — Plan du port de Civita-Vec- 
chia. 

Dressés au Dépôt. 

18° Carte du passage entre la Sicile et l'Afrique. 

Dressée par MM. Bonard. lieutenant de vaisseau; et Darondeau 9 
ingénieur- géographe. 

AMÉRIQUE. 

ig° Carte des lies Saint-Pierre et Miquelon. 
ao° Plan de l'anse de Miquelon. 
2i° Plan de l'Ile Saint-Pierre (côte méridionale de 
Terre-Neuve)* 

Levés par M. de la Roche Poncié , ingénieur-géographe. 

32° Carte du golfe du Mexique. 

23° Carte des grandes Antilles (Cuba» Haïti, 
Jamaïque , archipel des Bahama ). 

*ilf Carte de la mer des Antilles» partie orien- 
tale. 

25° Carte de la parlie des Antilles comprise entre 
la Martinique et Saint-Christophe. 

26 Carte de la partie des Antilles comprise entre 
Saint-Christophe et Porto-Rico. 

Dressées par M. Relier, ingénieur-hydrographe. 



( 467 ) 

GRAND OCÉAN. 

2j* Plan de la rade de Panama. 

Levé par M. Fisquet. assisté de M. Garnault, à bord de la Da~ 
ttaïde y commandée par M. de Rosamel. 

s8° Croquis des attérages de la baie de San Fran- 
cisco (haute Californie). 

Levé pir M. de Tessan , secondé par MVÏ. Chiron du Brossa? 
et Mesnard, à bord de la Vénus, commandée par M. Dupetit- 
Thouars. 

29 Carte des archipels Taïti, Pomoutou, Nouka-* 
Hiva , etc. 

Dressée par M. Vincendon-Dumoulin , ingénieur-hydrographe. 

MER DBS INDES. 

5o° Carte de Mayotte. — Plan de la baie Longoni, 
située à la côte N.-E de Mayotte. — Plan de 
la crique de Longoni. 

3i° Plan des passes et des mouillages de la partie 
S.-E. de Mayotte. 

5a° Carte d'une partie de la côte N.-0« de Ma* 
dagascar, comprenant Nossi-Bé, Nossi- 
Cumba, Nossi-Fali et Nôssi-Mitsiou. 

33° Plan des mouillages de la partie S. de Nossi-Bé, 
situé à la côte N.-O. de Madagascar. 

54° Plan de Bavatoubé, situé à la côte N.-O. de 
Madagascar (baie Dalrympe du capitaine 
Owen), 

35° Plan de Nossi-Mitsiou et autres petites lies en- 
vironnantes, situées à la côte N.-O. de Ma- 
dagascar. 

06" Plan du mouillage de St-Denis (Ile Bourbon). 




U68 ) 

Plan de la rade de Moka. 
Vues de diverses parties de la côte N.-E d'A- 
frique, de l'entrée de la mer Rouge, de la 
côte d'Arabie, de l'attérage de Bombay et 
des Iles Socotra,Coëtivi,Galéga,Madagascar, 
Nossi-Bé, Mossi-Gumba et Mayotle. 

Levés et dressés par M. Jehenne, capitaine de corvette, comman- 
dant la Prévoyante , secondé par MM. Passama, Clone ,. Souzy et 
Dufrétay, officiers de marine. 

4a° Carte du détroit de Malacca, partie septentrio- 
nale, comprenant depuis Poulo-Penang jus- 
qu'au mont Parcelar. 

43° Carte du détroit de Malacca, partie méri- 
dionale, comprenant depuis le mont Parce- 
lar jusqu'à Singapour. 

Dressées au Dépôt. 



MéMOIBES ET INSTRUCTIONS NAUTIQUES. 

Routier des Antilles, des côtes de Terre-Ferme 
et de celles du golfe du Mexique. Traduit 
pour la première fois de l'espagnol, en 1829, 
par M. Chaucheprat ; 4 e édition , revue sur 
la dernière publication du dépôt de Madrid, 
augmentée de documents traduits de divers 
ouvrages anglais» par M. Rigault de Ge- 
nouilly. 2 vol. in-8°. 

Instructions pour les bâtiments qui se rendent 
du Cap de Bonne-Espérance aux côtes S. -E. 
de l'Australie , in-8°. Traduites de l'anglais 
par M. Darondeau. 



(46 9 ) 
3° Renseignements nautiques sur Nossi-Bé, Nossi- 
Mitsiou, Bavatoubé, etc. (côte N.-O. de 
Madagascar) , in-8°. 
4° Renseignements nautiques et autres sur l'Ile 

Mayolte, in-8°. Par M. Jehenne. 

5° Pilote Français — Instructions nautiques. — 

Partie des côtes septentrionales de France 

comprise entre la pointe de Barfleur et 

Dunkerque, in-4°- Rédigées par M. Givry. 

6° Annuaire des marées des côtes de Franco 

pour i844» in- 18. Par M. Chazallon. 

VOYAGES SCIENTIFIQUES. 

Aux mémoires et instructions nautiques dont nous 
venons d'énoncer les titres, il faut ajouter les grands 
ouvrages accompagnés d'atlas qui se publient sous 
les auspices de M. le ministre de la marine , et dont 
plusieurs livraisons ont été livrées par le Dépôt dans le 
cours de cette année. Tels sont le voyage de la Recher- 
che en Islande , ceux de la Commission scientifique du 
Nord en Scandinavie, en Laponie, au Spilzberg et 
aux Féroë ; les voyages de la Bonite , de VArtémise et 
de la Vénus; le voyage au pôle sud et dans l'Océanie 
des corvettes V Astrolabe et la Zélée. 

TBAVAUX CARTOGRAPHIQUES EXÉCUTÉS EN ANGLETERRE 

OU DANS SES POSSESSIONS. 

Les travaux de la carte officielle d'Angleterre se 
poursuivent avec activité. — Le cadastre communal 
de l'Irlande est achevé. Plusieurs séries importantes 
de nivellements ont été exécutées dans le cours de 



470 ) 

celte année» et Ton a joint à ces opérations de bonnes 
observations de marées. 

Le bureau hydrographique de l'amirauté» sous les 
ordres du capitaine Beaufort, a publié, dans le cou- 
rant de Tannée qui vient de finir, an grand nombre 
de cartes, dont la plupart se trouvent citées, avec des 
indications sur les nouveaux renseignements qu'elles 
fournissent aux navigateurs , dans les Annales mari* 
Urnes (Voy. N. 7, juillet i845, p. 164, part. n. off. ). 
Ces cartes ou plans comprennent différentes parties 
du littoral des Iles Britanniques , des côtes de la Mé- 
diterranée, de l'Afrique occidentale, de l'Amérique 
du nord et de la Chine. — Les officiers employés par 
l'administration continuent leurs travaux: le capitaine 
Bullock, du navire de S. M. B. le Tartarus> a terminé 
la reconnaissance de la Medway , du port de Rochester 
au Nore, et duNore à Harwich. Le capitaine Washing- 
ton, commandant le Blazer , a levé le plan d'un nou- 
veau chenal des rades de Lowestoff. Les résultats des 
opérations exécutées sur les côtes d'Irlande par le ca- 
pitaine JFrazer seront bientôt publiés. La reconnais- 
sance des lies de l'archipel Grec a été terminée par 
les commandants Greaves et Brock. 

Terre-Neuve. — M. Arrowsmith a complété une 
carte de Terre-Neuve d'après les matériaux fournis 
par l'amirauté et le dépôt des colonies. La côte orien- 
tale de Belle-Ile au cap Race a été tracée d'après la 
reconnaissance du capitaine Bullock. Les positions 
relatives des principaux points de la côte ont été con- 
servées telles que les indique le travail de cet officier; 
mais les latitudes et les longitudes sont toutes corri- 
gées d'après les observations de M. Jones, du vaisseau 
de S. M. le Hussar. M. Arrowsmith s'est guidé pour la 



C47» ) 

côte méridionale , du cap Race au cap Ray, d'après 
les positions déterminées par M. Jones et la belle 
reconnaissance du capitaine Cook. Les travaux du cé- 
lèbre navigateur lui ont servi aussi pour le tracé de la 
côte occidentale du cap Ray à Belle-Ile. L'intérieur a 
été dessiné d'après les itinéraires de M. Cormack en 
1822 et 1827, et d'après ceux du capitaine Buchan 
et de M. Jukes. Une ligne d'exploration traeée sur la 
carte de sir Richard Bonnycastle , de la pointe la plus 
septentrionale de la baie de Placentia jusqu'au rivage 
sud-est du Grand -Étang, longue de i5o milles, a 
fourni de nouvelles données sur la topographie du 
pays (voy. le Compte-rendu des trav. de la Soc. géog. 
de Londres, 22 mai 1 843, p. 58-5g. ) 

Inde. — La mesure d'un grand arc du méridien , 
commencée il y a environ 20 ans parle colonel Lamb- 
ton et sous les auspices des directeurs de la Compa- 
gnie des Indes , a été terminée dans le cours de l'an- 
née dernière par le lieutenant-colonel Everest. Cet of- 
ficier supérieur s'occupe maintenant des calculs pour 
en dégager les résultats. L'arc entier s'étend du cap 
Comorin aux monts Himalaya. Les officiers que 
M. Everest avait sous ses ordres étaient divisés en dif- 
férentes sections , qui opéraient sur des méridiens 
subordonnés, se rattachant au grand arc, afin d'é- 
tendre la triangulation sur toute la péninsule. Le levé 
du district de Salem a été envoyé à Londres l'année 
passée ; il complète à peu de chose près la carte de 
la présidence de Madras. Les levés du territoire du 
Nizam avancent rapidement; ceux des Circar de Nan-» 
dair, qui sont aussi terminés, serviront à la publica-* 
cation de la 56 e feuille de l'atlas indien. 



( 47» ) 

TRAVAUX CARTOGRAPHIQUES JiXÉCUTBS BN ALLEMAGNE. 

La cartographie n'a pas été moins cultivée cette an- 
née en Allemagne que dans les précédentes. La pu- 
blication des atlas de MM. Sieler, Platt, G laser, 
Kœlher et Lentemann , la continuation de l'atlas his- 
torique et géographique deM.Lœwemberg et de celui 
de M. Wedell , sonl des travaux à mentionner. 

Plusieurs cartes ont paru sur différentes parties de 
l'Europe: une carte de l'Italie, par M. Schulz; celle 
du duché de Modène , par le Bureau topographique de 
Vienne; l'atlas de l'Allemagne, par M. Fried; la carte 
chorégraphique du cercle de Mulh en Autriche, par 
M. Pellwein ; celle des bords du Danube, par M. Mo- 
shammer ; la carte du Rhin , depuis Mayence jusqu'à 
Coblentz, par M. Ravenstein; celle du Mein, depuis 
Bamberg jusqu'à Mayence, par M. Schein. 

A ces travaux cartographiques sont venus se joindre 
ceux de M. Sieberl sur le royaume de Wurtemberg, 
de M. Weiland sur les provinces danoises de Scheles- 
wig, de Holstein et de Lauenbourg; la carte du ter- 
ritoire de Lubeck, par M. Behrens , et celle des mon- 
tagnes deHartz, par M. Werner. 

Un recueil de 68 modèles ou spécimens de dessins 
appropriés à l'élude de la topographie, de la statisti- 
que et de la tactique , à l'usage de l'armée bavaroise , 
a été récemment publié par l'Institution topographi- 
que de Bavière, et offre la preuve de l'impulsion intelli- 
gente que cet établissement sait imprimer à l'instruc- 
tion militaire. 

Plusieurs essais satisfaisants ont été faits de la 
gravure galvauoplastique appliquée à la cartographie. 



( 473 ) 

On a publié, en plusieurs feuilles , une carte d'assem- 
blage du grand cadastre de Bavière, sur laquelle se 
trouvent indiquées, au moyen de différentes couleurs, 
les progrès de ce travail et les résultats qui en ressor- 
tent , tels que les parties triangulées ou nivelées, le 
classement des propriétés d'après leurs catégories et 
leur taxe. Une table annexée à la carte présente la 
marche des opérationsdans tous leurs détails. 

Il a paru en Bavière un atlas qui comprend , entre 
autres cartes, celle de l'émirat de Gordoue à l'ex- 
tinction des Omayades, ou première carte particulière 
de l'Espagne sous les Mohammedans. Elle embrasse la 
côte nord de l'Afrique jusqu'à Gonstantine. Les feuilles 
5,4 et 5 représentent la péninsule Ibérique , depuis 
ioa8 jusqu'à l'époque actuelle; elles sont accompa- 
gnées de cartes et de plans additionnels, tels que la 
carte de l'Andalousie, le plan de Grenade, etc. ; la 
feuille 6 donne les divisions ecclésiastiques de la pé- 
ninsule avec les couvents , et la feuille 7 , l'ensemble 
général des possessions des Espagnols et des Portugais 
au xvi e siècle* 

La carte générale de Prusse et de l'Allemagne sep- 
tentrionale , en 94 sections à l'échelle de 1/600000*, 
a été publiée à Berlin , sous la direction de S.-B. Engel- 
hard t. C'est la troisième édition ; la première parut en 
1820, la deuxième en i833, et la troisième «aujourd'hui 
complète , avait été commencée en 1840. Ce travail a 
atteint un haut degré de perfection; chaque localité 
a été mise en rapport avec les limites, les routes nou- 
velles et les chemins de fer. On a indiqué tous les nou- 
veaux postes de douane , les progrès opérés dans les 
défrichements du soL Ces additions sont portées suc- 
cessivement sur un exemplaire déposé au Bureau to- 



( 4:4 ) 

pographique,etdans la prévision de nouvelles éditions. 

Les sections 4> g et 10 de la carte spéciale des États 
prussiens à Test de Berlin, par M." Engelhardt , ont été 
publiées de 1839 a 184^. Il a paru aussi des éditions 
corrigées des premières sections. 

Les cartes spéciales de la Prusse , par suite des chan- 
gements de frontières , des nouvelles démarcations 
dans les limites des communes, des progrès des cul- 
tures, des dessèchements des lacs, de la construction 
de canaux , de routes et de chemins de fer, ont eu be- 
soin d'être modifiées. Le Bureau de statistique est le 
centre où viennent s'enregistrer toutes les innovations. 

Le gouvernement prussien fait exécuter à ses frais 
l'Atlas maritime delà Prusse, ouvrage splendide, gravé 
sur cuivre, à l'échelle de 1/100000*. Les feuilles de 
cet ouvrage ont commencé à paraître en 1841. Une 
introduction historique , une table des cartes et des 
phares , et plusieurs profils de la côte ont été publiés. 
Il a paru en outre sept parties en 90 feuilles, com- 
prenant les bords de la Baltique jusqu'à la distance 
d'un mille allemand du littoral , avec tous les détails 
topographiques , d'après une reconnaissance spéciale 
faite parles officiers d'état-major. 

Nous mentionnerons aussi de grandes et belles 
caries, à l'échelle de i /400000 e , représentant les côtes 
de la Baltique de Warnemunde è Sackenbaume , et 
toute la longueur de la Baltique avec l'île de Bor- 
nholtn, Christiansoë , et la côte méridionale de la 
Scanie , ainsi que les lignes de sondage. 

La carte spéciale topographique de l'Allemagne, 
commencée par C.-D. Reymann, est continuée par 
le capitaine W. Von iEsfeld, directeur du bureau tri- 
gonomélrique du corps royal d'état-major. Le premier 



( 475) 
éditeur de ce travail, dressé à l'échelle de i /200000 e , 
se proposait de le publier en 342 feuilles, dont 142 
avaient déjà été distribuées en 1839, quand M. iEsfeld 
a pris la direction de la carte; i5 sections nouvelles 
ou complètement réformées ont paru depuis cette 
époque. 

Ajoutons à ces beaux travaux ceux que poursuit 
depuis 1840 M. le conseiller Emmerich sur les cercles 
de la Weslphalie, avec l'aide de l'ingénieur-géographe 
Schmelger. Chaque cercle est à l'échelle de 1 /100000 e ; 
le relief du terrain y est très détaillé, et on y a indiqué 
le plan de chaque village. 

Les environs de Berlin, levés parles officiers d'état- 
major en 14 grandes feuilles gravées sur pierre, à l'é- 
chelle de i/s5ooo*,ou 8 pouces décimaux pour un 
mille allemand , est encore un travail qui se recom- 
mande à l'attention des géographes. 

Pour ce qui concerne l'Asie, nous citerons les tra- 
vaux de M. Endlicher sur la Chine, la carte de l'Ile de 
Candie par MM. Mahlmann et Kutscheit, et une série 
de cartes de la Palestine de MM. Sallmann, Beiling, 
Voelter et Hellmuth, à laquelle ont donné lieu les 
nouvelles éludes sur cette contrée, depuis les derniers 
événements politiques. Une œuvre de la plus haute 
importance pour le progrès de nos connaissances sur 
l'Asie occidentale vient aussi d'être publiée : c'est la 
carte en six feuilles des contrées situées entre le Tigre, 
l'Euphrate et le Bosphore , d'après les officiers d'é- 
tat - major prussiens, par M. Kiepert , à l'échelle 
de 1/1 000000 e Les deux premières feuilles compren- 
nent le cours supérieur du Tigre et de l'Euphrate 
d'après la reconnaissance du major Von-Moltke, avec 
l'Arménie turke , d'après les observations des Russes 



(476) 
el des Anglais. Les deux feuilles centrales renferment 
la Cappadoce , la Galatie et la Cilicie, d'après les levés 
des majors Von Vincke, Von Fisher et Von Maelke. 
Les deux dernières feuilles (de la partie occidentale) 
se rapportent à l'Asie-Mineure , et ont été dressées 
sur les données des voyageurs prussiens Schœnborn, 
Lœw et Riépert. 

Enfin nous mentionnerons en dernier lieu la carte 
générale de l'Asie centrale , construite sur un nouveau 
plan parle lieutenant Zimmermann. Les détails des 
chaînes de montagnes n'y sont pas représentés, mais 
il a indiqué la direction normale de leurs axes et 
de leurs profils. Les terres cultivées , les déserts et 
les régions montagneuses y sont distinguées par des 
couleurs différentes. L'échelle de cette carte est de 

i;44 0000 ° e * 

TRAVAUX CARTOGRAPHIQUES EXÉCUTÉS AUX ÉTATS-UNIS. 

La gravure de la carte de la section N.-O. des États- 
Unis par M. Nicolaï n'est pas encore terminée. Il en 
est de même des feuilles des côtes atlantiques , d'après 
la reconnaissance de M. Haster. Les infirmités qui af- 
fligent cet hydrographe ne laissent guère espérer de 
voir continuer ce travail avec activité. 

Les levés de la Pensylvanie , de New-York et de 
New- Jersey sont terminés. M. le professeur Rogers, 
qui dirige les travaux géodésiques de la Pensylvanie, 
prépare un rapport sur les opérations. Le grand ca- 
dastre se poursuit sans interruption sous les auspices 
du ministre des finances du gouvernement fédéral. 

TRAVAUX GEOGRAPHIQUES EXÉCUTES EN ESPAGNE. 

Malgré la tourmente politique qui a mis tout en 
émoi dans la malheureuse Espagne , et au milieu des 



( *77 ) 
querelles des partis , il est toujours des hommes qui 
ne cessent de s'occuper d'utiles travaux au sein même 
de cette capitale où s'agitent tant d'ambitions. Le vé- 
nérable don Martin Fernandez de Navarrete est digne , 
par son caractère comme par son savoir, de figurer en 
première ligne parmi les hommes d'élite qui ne dés- 
espèrent paà de l'avenir du pays, et préparent en si- 
lence des éléments de progrès pour des temps meilleurs. 
Directeur du Dépôt hydrographique de la marine à 
Madrid , l'illustre auteur de la Collection des voyages et 
découvertes des Espagnols veille avec sollicitude sur 
l'établissement confié à son zèle. C'est à sa recom- 
mandation que le ministre de la marine permit, il y 
a un an» à un jeune officier du dépôt, don Juan No- 
guera , de venir résider un certain temps à Paris pour 
étudier l'art de la gravure topographique sous la di- 
rection de M. Collin, dont l'habile burin a déjà pro- 
duit tant de belles planches. La gravure de la carte 
de Fontarabie , dessinée par Noguera, d'après la carte 
française, et qui lui a été confiée par le dépôt de Ma- 
drid , ne tardera pas à être achevée : cette carte sera 
suivie du plan de l'embouchure de l'Adour et du port 
deBayonne. — Après deux années d'études assidues, 
ce jeune officier retournera en Espagne pour exécuter 
des travaux plus importants dans l'établissement au- 
quel il appartient, et enseigner à d'autres élèves ce 
qu'il aura acquis de connaissances et de pratique. 

Plusieurs officiers de mérite sont attachés au dépôt 
hydrographique de Madrid. Don Baltazar Vallarino, 
capitaine de vaisseau , qui est chargé du détail de l'éta- 
blissement, a publié l'année passée une excellente 
traduction de l'ouvrage anglais de Darcy Lever sur le 
gréement et la manœuvre des vaisseaux, qu'il a aug- 

XX, DàCBMBRK. 10. 3l 



( 47» ) 
mente de notes intéressantes et de plusieurs nouvelles 
planches. 

Parmi les cartes publiées cette année par le Dépôt, 
et que nous avons eu occasion d'examiner, nous ci- 
terons les suivantes , dressées la plupart sur les meil- 
leurs renseignements : 

Carte de la côte septentrionale d'Afrique, de Tlem- 
cen à Bougie ; 

— du cap Verga au Grand-Lahou ; 

— du cap de Bonne-Espérance ; 

— du canal de Moiambique ; 

— de la partie orientale de File de Madagascar et 
d'une partie de l'Océan Indien ; 

— du détroit de Dampier; 

Plan du port de Santander, levé par don Antonio de 
Arevalo. 



liste bbs gaetes offertes a la société pendant 

l'année i843. 



Karte von Japanischen Reich nach originalkarten und 
astronomischen Beobatchungen der Japaner. Die 
Insein Kiu Siu Kikok und Nippon, Dem Kaiser! . Russ, 
admirai von Rrusenstern aus Hochachtung und 
Dankbarkeil gewidmet von von Siebold. 1840, 
1 feuille. 

De Baai Van Nagasaki» Opgenomen door Ph. Fr. von 
Siebold. 1 feuille» 

Straat Vander Capellen. 1 feuille. 

Karte von der Koraischen Halbinsel, Nach einem ja- 
panischen originale , 1840. 1 feuille. 

Nouvelle carte des environs de Paris , dressée par V or 
Raulin, d'après les cartes les plus récentes, et notant- 



(479) 
ment d'après la nouvelle carte de France publiée par 
le Dépôt général de la guerre, Paris, i845. 1 feuille. 
Carte géognostique du plateau tertiaire parisien , par 
V or Raulin , i feuille. 

L'importance de ces deux cartes de M. Raulin a été appréciée par 
tous les géologues. Le coloriage des planches a été exécuté au moyen 
de l'impression lithographique en couleur, procédé dont la complète 
réussite est due à la persévérance de l'habile lithographe Kaeppelin, 
et qui joint à l'économie l'avantage de rendre impossibles les omis* 
sions et les erreurs inévitables dans le coloriage à la main. 

Carte administrative et industrielle , comprenant les 
mines, minières, carrières, usines, etc., de la Bel- 
gique, dressée par les ingénieurs des mines, pu- 
bliée sous la direction de M. l'ingénieur en chef 
Cauchy, par ordre du ministre des travaux publics 
à l'établissement géographique de M. Vander Mae- 
len. 9 feuilles. 
La Suisse et les pays limitrophes (en relief), par 

M. Bauerkeller. 
Carte spéciale des voies navigables qui mettent en 
communication Paris, le nord de la France et la 
Belgique, indiquant la navigation naturelle, artifi- 
cielle et maritime , etc. , par Ernest Grangez. Paris, 
i843, 2 feuilles. 
Ubersichts Rarle zu denReisen in Europa , Asien und 
Afrika Unternommen von dem k : k : Oesterreich : 
Bergrath Joseph Russegger. Wien, 1842. 1 feuille. 
Karte des Taurus und seiner Nebenzweige in den 
Paschaliken Adana und Marasch , nebst dem An* 
greuzendenTheile desPaschalikes von Aleppo. Nuch 
den Bestimmungen des k : k : Bergrathes J. Rus- 
segger. Wien , 1842. 1 feuille. 

Geognostische karte des Taurus. Wien, 1842. 1 feuil. 
Geognostische karte von /Egypten nach den Bestim- 



I 



( 48o ) 

mungen des k: k : Berg rallies Joseph Russegger. 
Wien, 184*. 1 feuille. 

Karie von Oste Sudan umfassend die Lander Kordo- 
fan, Nuba, Sennaar, Roserres, Fasokl undel Pert 
nebst den angrenzenden Theilea von Darfur, Nu- 
bien, Abessinien und den Galla Landern. Nach 
den Bestimmungen des k : k : œsterrich Bergralhes 
Jos. Russegger. Wien , i843. i feuitle. 

Karte der Lander am Thumat und blauen Flusse von 
Heck el Leli in Roserres bis zu den Gallas nach 
den Bestimmungen des Rais. Kônigl, oesler. Ber- 
gralhes J. Russegger. Wien # i843. 1 feuille. 

Nouvelle carie topographique de la France, feuilles 16. 
Les Pieux. — «7, Barneville. — 4& » Falaise. — 46, 
Bernai. — 79 , Châteaudun. — 83 , Chaumon. — 
98 , Chatillon. — 160, Nantua. 

Cartes hydrographiques publiées au Dépôt de la ma- 
rine, en i845, du N* 976 au N° 1,006. 

Carte du pays de Monténégro, dressée d'après les 
opérations géodésiques sur les lieux , et recherches 
les plus soigneuses, par M. le comte de Karacsay. 

Les ramifications des montagnes et la direction des vallées sont 
indiquées avec précision sur cette belle carte, dont la gravure est 
due à l'un des élèves de l'Institut topographique de Milan. 

Mappa de la isla de Cuba y tierras circunvecinas, se- 
gun la division de los naturales , con las derrotas 
que siguiô el almirante Don Cristobal Colon en sus 
descubrimientos por estos mares, y los primeros 
establecîmentos de los espanolos. Por D. Jos. Maria 
de la Torre. Habana, 1841. 1 feuille. 

Piano topograiico, historico y estadistico de la ciu- 
dad de Trinidad. Por D. Rafaël Rodriguez. 1 feuille. 

Piano topografico, hislorico y estadistico de la ciudad y 
puerto de la Habana. Por D. R. Rodriguez. 1 feuille. 



( 4«i ) 
Piano topograGco del puerto y bahia de la Habana, 
con los pueblo3 de su circonferencia y fortalesas 
que lo defienden. Por D. R. Rodrigue*. 1 feuille. 
Piano topografico de los barrios exlrainuros de la ciu- 
dad de la Habana por la parte delOeste, incluso el 
pueblo de Cerro. Por D. R. Rodriguez. i feuille. 

Piano hidrografico topographico de los puertos de Tri* 
nidad. Por D. R. Rodriguez. i feuille. 

Carte géologique du, département de l'Aisne , exécutée 
et publiée sous les auspices de M. Legrand, sous- 
secrétaire d'État des travaux publics , par M. le vi- 
comte d'Archiac. i feuille. 

Kart o ver N orge of Cari B. Roosen. i feuille. 

Kart over del Nordlige Norge, Norlands og Finmar- 
kens aniter af Cari R. Roosen. i feuille. 

Carte des chemins de fer de la Belgique 9 par M. Van 
der Maelen. i feuille. 

Atlas géographique et statistique des départements de 
la France , de l'Algérie et des colonies françaises ', 
dressé par Fremin et A. Donnet, publié par M. Gi- 
raudeau. g5 feuilles. 

Die Kaiserl. Konigl. Hilitair grenze, von W. Pokorny. 
6 feuilles. 

Carte topographique du royaume des Deux-Siciles, par 
M. Visconti. Feuille 6. 

Pianta délia citta e porto di Trapani. i feuille. 

Pianta délia citta e del porto di Brindisi. i feuille* 

KartederProvinzenMaltogrosso,Chiquilos,Otuquis,etc. 
enlworfen,von Hern José Léon de Oliden zu seiner 
Reisç auf dem (lusse Paraguay» etc. Herausgegeben 
im Jahre 1841 , von Mauricio Bach. 1 feuille. 

A new Map of Texas , wilh the contiguous American , et 
Hexican states,by J.-H. Yong, 1 feuille. 

Carte hydrographique du lac cl du volcan de Taal de 



( 48a ) 

Bonbon (lie Luçon , province de Batangas), levée 
en 1839 par MM. Halcon frères, par ordre du gou- 
vernement colonial. 1 feuille. 



COLLECTION GÉOGRAPHIQUE 

DE 
LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE, 
année i843. 

L'année i843 n'a pas été stérile pour l'accroisse- 
ment de la collection de la Bibliothèque royale. Les 
grands ouvrages de géographie en train de publica- 
tion ont été complétés ou continués, et de nouvelles 
productions plus ou moins importantes sont entrées 
dans le cabinet des cartes géographiques. La branche 
des anciennes cartes s'est enrichie de plusieurs monu- 
ments précieux, grâce à la munificence d'étrangers 
distingués, ainsi qu'au zèle éclairé des savants de tous 
les pays, qui apprécient l'utilité d'un grand dépôt gé- 
néral consacré spécialement à la géographie, et ouvert 
sur un point de l'Europe qui est considéré comme un 
centre d'instruction scientifique. On ne saurait témoi- 
gner ici trop de reconnaissance envers M. le comte 
Dietrichslein , directeur de la Bibliothèque impériale 
de Vienne; envers M. le chevalier de San*Angelo , mi- 
nistre de l'intérieur à Naples; envers M. de Martius, 
secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences 
de Munich, et le Dépôt de la guerre de celle ville; le 
colonel Visconli et monsignor Rossi, à Naples; M. Mi- 
cali , correspondant de l'Institut, et le comte Grâberg 
de Hemso , MM. del Furia et Gelli , bibliothécaires de 
la Laurenziana et de la Magliabechiana à Florence; les 
Sociétés savantes, telles que l'Institut de géographie 
et d'histoire du Brésil , dont M. de Barbosa est le secré- 



f 483 ) 

(aire perpétuel, ta Société géographique de Londres, 
«I h Société géologique de France ; le docteur Boeh- 
mer, bibliothécaire de Francfort- su r-Meïn ; M. Au- 
gelo Pemna , directeur de la bibliothèque de Parme ; 
le comte Giovanni Orti Manara, podestat de Vérone! 
MM. (î ancra, Sao-Quin tino et le chevalier de Saluées à 
Tarin ; l'abbé Betlio , directeur de la bibliothèque 
Saint-Marc à Venise , successeur de Horelli t te conte 
C. Ottavio Castiglione , M. Zardetti , le comte Meliï et 
l'abbé P. Catena. bibliothécaire de l'Ambrotsienne , 
a Milan; M. Telesforo Bini , a Lucques t le général de 
la Harmora et MM. Garibaldi , Gandoln , Raggi > et sur- 
tout le savant père Spotorno , a Gènes , U. Hunsteon a 
Christiania ; enGn , envers l'Amirauté britannique , le 
bureau d'artillerie elles savants de t' Angleterre , prin- 
cipalement sir John Barrow, M. Greenough , le colo- 
nel Sabine, le docteur Thomas Wright, le révérend 
Renoaard , M. Macqueen , ainsi que Lady Rennell et 
plusieurs autres personnes qu'il serait trop long de 
nommer, soit pour \a' fac-similé qu'Us ont procurés de-' 
l>uis l'origine, soit pour la libérale communication qu'ils 
ont faite ou promise des richesses de leurs établisse- 
ments, eu cartes, notices, documents et renseignements 
divers(t).Avec de tels secours, et d'autres encore qu'elle 
ne peut manquer d'obtenir , la Bibliothèque royale de 
Paris sera en mesure de pouvoir mettre sous les yeux 
du public lettré une sorte d'histoire graphique de In 
géographie. Cette histoire serait formée par la série 
chronologique des cartes du moyen-age, soit en origi- 

(i)En Amérique, M. GalIntinetCtijigal, le colon'lCqdniiù et rUni- 
versitéde Harvard; en Rouie, le comte de Tour-pin ■.,. ; ni Simmu, le 
paiteurSedelin; en Belgique, M. Vandermalen,M. Ziirm.M ,'< l,it:|;uil/, 
M. de Slane, etc. Si l'on citait ici le» donateur! franç,ii'> , un »<i minerait 
«n premier rang MM. Valckeuaer, Hiot, Stan, Julien, !!• ip..m.l, IWilr 
lot, Taism, Ddesjert, Vrvien, Séilillot, Grille, l'r. Livnllrr, llillm, t 



(484) 

naux, soit en fac-similé assez parfaits pour éviter aux 
savante des voyages dispendieux , et tenir lieu jusqu'à 
un certain point des premiers , si ceux-ci venaient à 
se détruire. 

. Dans plusieurs voyages qu'a entrepris le conserva- 
teur de la Collection, en Allemagne , en Hollande , en 
Belgique, en Italie, il a ouvert des relations au moyen 
desquelles on doit espérer des acquisitions importantes 
pour les études historiques. 

On ne peut donc aujourd'hui qu'augurer favorable- 
ment de l'avenir du cabinet géographique de la Biblio- 
thèque royale. Quoique encore doté bien modeste- 
ment par l'État, et privé d'un nombre suffisant de 
collaborateurs, il a pris assez de consistance pour 
qu'on le considère comme solidement fondé ; et , dès 
à présent, il suffira aux besoins du public aussitôt 
qu'un local spécial et convenable lui sera affecté. 

Nous diviserons , comme précédemment, en cinq 
branches principales les cartes dont s'est enrichie la 
Bibliothèque royale en i845 : 

i° La cosmographie et la géographie mathématique; 
a* La chorographie et la géographie proprement dite, 
comprenant l'hydrographie; 

3* La géographie physique, c'est-à-dire les caries 
géologiques , géognostiques et minéralogiques , le» 
cartes physiques, magnétiques, etc., ainsi que l'hy- 
drographie continentale ou les eaux intérieures du 
globe ; 

4° La géographie politique , savoir : les caries statisti- 
ques, économiques, industrielles, agricoles, admi- 
nistratives, etc., les cartes des chemins de fer, les 
itinéraires des bateaux à vapeur, puis les cartes ecclé- 
siastiques, judiciaires, douanières, etc.; 

5' La géographie historique , savoir: la géographie 



( 485 ) 

ancienne , la géographie sacrée , les monuments de la 
géographie, les cartes des voyages de découvertes, le 
théâtre de la guerre, etc.; on adjoint ici les cartes 
orientales. 

Les pièces diverses qui ne rentrent pas dans les di- 
visions précédentes forment une sixième branche qui 
comprend des parties distinctes, telles que les diction- 
naires géographiques, les recueils périodiques consa- 
crés à la géographie et aux voyages , plusieurs traités 
spéciaux avec cartes, les cartes remarquables comme 
objets curieux par leur rareté ou par leur exécution , 
les cartes murales, scolaires, etc. , les cartes exécu- 
tées par des procédés nouveaux , enfin les cartes en 
relief. 

I. L'ouvrage principal pourl'uranographie est l'atlas 
céleste de G. Schwink, Mappa cœlestis inerrantium 
septimum ordinem non excède ntium , etc., en 5 grandes 
feuilles, tables calculées pour le milieu du xix' siècle, 
Leipzig, i843 (cet ouvrage est d'une belle exécu- 
tion). Notons le tracé de la grande éclipse de soleil 
du 8 juillet 184*2. Pour l'hypsomélrie , il faut citer, 
quoique peu étendu, le travail de M. Raumer sur la 
géographie biblique et Yhypsométrie de la Palestine. Il 
a rassemblé dans un tableau les principaux résultats 
du nivellement géodésique exécuté de la Méditer- 
ranée à la mer Morte. Vingt-quatre points y sont dé- 
terminés , les uns géodésiquement , les autres approxi- 
mativement : voici les chiffres principaux en pieds de 
Paris ; les points les plus élevés sont, à Test, le mont 
Sinaî, 7,o53 pieds au-dessus de la Méditerranée; le 
mont Sainte-Catherine, 8,o63 ; à l'ouest, le Grand- 
Ilermon, 10,000; Hebron , 2,700; Nazareth, 821; 
Thabor, 1,748; Safed , a,5oo; Damas, 2,186. Les 



(486 ) 

points au-dessous de la mer sont : Araba près Kades, 
91 ; Je lac Tiberias, 84 ; la merJViorte , 1 ,537. Nous de- 
vons mentionner un ouvrage important, la mesure du 
degré de latitude dans les provinces orientales de la 
Russie, exécutée de i8ai à i83i sous les auspices de 
l'Université de Dorpal, ouvrage deG.-W.Struve, a vol. 
in-4°. 

II. La collection a reçu la suite des grands atlas 
publiés à l'étranger; voici les principaux ouvrages: 
la suite du duché de Bade, par le bureau topogra- 
phique badois, l'atlas rédigé pour l'Asie de Hitler» 
par Grimm et Mahlmann, la 2* livraison; l'atlas de 
Hanovre par Papen (en 67 feuilles), les feuilles 6o-65; 
la grande chorographie de l'Italie (qui se publie à Flo- 
rence) , arrivée à la 79 e livraison et approchant de son 
terme : elle contiendra 65o cartes ou vues topographi- 
ques; trois nouvelles planches (en îs feuilles) de la 
belle carte topographique d'Angleterre (ou carie d'or- 
donnance) , par le bureau d'artillerie ; les 8 dernières 
feuilles de la nouvelle carte topographique de la France 
par notre Dépôt de la guerre ; la carte de la Syrie mé- 
ridionale du commandant Callier, publiée par le même 
établissement ainsi que les cartes des trois provinces de 
l'Algérie, retouchées, avec la carte générale de l'Algérie; 
la suite de l'atlas méthodique deSydow, grandes cartes 
scolaires bien appropriées à leur objet; 3 feuilles de 
l'atlas du royaume de Wurtemberg par le bureau topo- 
graphique de Stuttgard; l'atlas des régences de Prusse 
par Witzlehen , savoir : l'atlas de la régence de Mag- 
debourg et celui de la régence de Francfort-sur-l'Oder, 
en 32 feuilles, faisant suite aux régences deBromberg 
et de Gumbinnen; l'Afghanistan et les pays au N.-O* 
de l'Inde par Garl Zimmermann, Berlin, i84«» ta 
Géorgie, d'après la description géographique en géor- 



(4*7) 
gien de Wakhoucht, publiée par M. Brosset, 6 feuilles, 
Pétersbourg, 1842; plusieurs cartes de l'ouvrage du 
célèbre voyageur de Siebold, la carte de l'empire du 
Japon, établie d'après les caries originales et les ob- 
servations astronomiques des Japonais , la péninsule 
de Korai , la baie de Nagasaki et le détroit de Vander- 
Capellen; la carte duj Kourdofan et de la Nubie, d'a- 
près les observations savantes d'hdouard Ruppell , 
4 feuilles; le pays de Monténégro, par le comte de 
Karacsay, d'après des opérations géodésiques, i843 ; 
une carte de l'Amérique anglaise par J. Àrrowsmilb , 
1842, donnant toutes les nouvelles découvertes au 
Nord; l'atlas de l'Asie antérieure de Zimmermann, 
12 feuilles doubles; 11 feuilles de l'Amérique , gravées 
dans le pays, offertes en don par M. Francisque La- 
vallée , agent consulaire dans l'Ile de Cuba , notam- 
ment la carte de l'île , la Trinité , les Bermudes, etc. 
(on s'occupe en ce moment à la Havane d'un ouvrage 
étendu , sous le titre de : La isla de Cuba o coleccion 
corografica de pianos topograficos , historicos y esladis* 
ticos de los principales pueblos de et la, le pays divisé en 
5 départements et 33 subdivisions); ensuite la carte gé- 
nérale du ducbé de Styrie, réduite en 4 feuilles par l'In- 
stitut militaire de Vienne , 1842; deux nouvelles cartes 
de Schlesswig etHolsteio, 1842; Kûstenland territoire 
de Hongrie, par Vincent Kettner, Vienne, une grande 
carte; la 2 e livraison du bel et grand atlas de la Saxe , 
par Oberreit; une carte nouvelle de la Suisse, par 
Wôrl; le. Khorassan , par Hitler et Zimmermann ; le 
Nouvel-Archangel, principale colonie russe dans l'A- 
mérique septentrionale, par Ed. Blascbke , 1842, 
2 feuilles; une ancienne carte espagnole manuscrite 
du Chili et de Cbiloe , très riche en détails ; une carte 



( 488 ) 

de la côte d'Afrique, comprenant le cours du Kowara, 
par J. Arrowsmith, 1842; la carte de Gonstanlinople 
avec les environs et le Bosphore , par le baron Moltke, 
Berlin» 1842; la belle carte physique et politique de 
la république de Venezuela, en 4 feuilles, avec les 
hauteurs des lieux, la comparaison du cours des riviè- 
res, etc. 9 par le colonel Codazzi, ouvrage dédié au 
Congrès (don de M. Cajigal, secrétaire de la légation 
de Venezuela) ; 14 cartes sur les Indes occidentales ,de 
l'ouvrage de Herrera; plusieurs cartes-panoramas ou 
caries pittoresques du cours du Rhin, du Mein , 
du Neckar; 6 feuilles des environs de Bruxelles, par 
VanderMaelen; S feuilles de la nouvelle carte de Bel- 
gique en a5 feuilles, par de Keyser; une belle carte 
du duché de Modène en 8 feuilles, publiée par l'Ins- 
titut géographique militaire de Vienne, etc.; en outre 
un certain nombre de plans de villes» tels que: un 
grand plan d'Ofen et de Pesth, en 4 feuilles et le 
plan de Garlsbad; enfin le grand atlas de la Chine , 
par M. Endlicher, d'après les pères jésuites de 
Mailla et Henderer, publié par la Bibliothèque impé- 
riale de Vienne ( don de M. le comte de Dietrichstein , 
directeur de la Bibliothèque impériale). 

Dans l'hydrographie» le cabinet s'est enrichi : i* de 
Si feuilles nouvelles, publiées et offertes en don par 
l'amirauté anglaise , entre autres le golfe St-Laurcnt, 
•2 feuilles, 1 843; la mer Adriatique, 4 feuilles, 1 84a ; plu- 
sieurs parties descôtes de la Chine, 1842, 5 feuilles, etc. ; 
2 de 1 1 cartes nouvelles du Dépôt de la marine de 
France, dont: côtes du Brésil ,'Mogador, Iles-Mar- 
quises, Archipel de Gallopagos, etc., avec 3 volumes du 
routier des Antilles; 3° de l'Océan Atlantique de Purdy, 
i843, deux très grandes feuilles, et l'Isthme deDarien 
par John Arrowsmith, d'après les cartes espagnoles. 



( 4*9 ) 
III. Les cartes physiques n'ont pas été aussi mul- 
tipliées pendant cette année que pendant les précé- 
dentes. H. Berghaus a continué son Allas physique 
jusqu'à la 9 e livraison; il renferme les résultais d'inté- 
ressantes recherches sur les lignes isothermes, et sur 
différente phénomènes météorologiques , sur Y habitat 
des plantes et des animaux et sur la magnéto graphie ; 
l'atlas magnétique de Hansteen est une acquisition 
précieuse, et c'est un don de l'auteur; ensuite les 
résultats des observations de la Société magnétique de 
i856à 1840, par Cari. Fréd. Gauss et Wil. Weber, 
avec cartes. On distingue , parmi les cartes et ouvrages 
de géologie et de minéralogie» la carte de l'Irlande 
présentant ses principaux caractères physiques et géo- 
logiques, par le lieu tenant Larcom, en 6 Feuilles» 1840; 
une très grande carte géognoslique de l'Allemagne et 
des pays environnants» carie scolaire» c'est-à-dire 
pour l'instruction de la jeunesse » par Daniel Volter » 
i84«, et qui montre (pour le dire en passant) à quel 
point l'instruction est poussée dans les écoles de ce 
pays; l'ouvrage du révérend W. Buckland sur la géo- 
logie considérée dans ses rapports avec la théologie 
naturelle, renfermant 69 planches, 1837; la suite de 
l'ouvrage de M. Léonard, l'ouvrage sur les eaux miné- 
rales de Walchner, i843; les formations diluviales de 
la Forêt-Noire, par Garl. Fromherz, i&4*» plusieurs 
caries de la végétation tropicale, par le savant voya- 
geur M. de Martius; la carte géologique du déparle- 
ment de l'Aisne, par le vicomte d'Archiac, don de la 
Société géologique de France : cette carte est toute 
coloriée à la presse; il en est de même de la carte géo- 
gnostique du plateau tertiaire parisien, par H. Victor 
Raulin, 184 3. 



(4go ) 

Les cartes consacrées à l'hydrographie continentale, 
c'est-à-dire aux eaux intérieures, courantes ou sta- 
gnantes, ne sont pas très nombreuses; cependant on 
doit signaler la carte hydrographique de la Russie 
d'Europe , par Slavenhagen, 1842» jointe à l'ouvrage 
du baron de Wittenheim , et même la carte hydro- 
graphique de Russie , par Wiebeking , 1 84 o ; le ni- 
vellement trigonométrique de l'Oder, d'Oderberg jus- 
qu'à la frontière autrichienne, par C. Hoffmann et G. 
Salzenberg, 1840; une collection d'anciens plans et 
profils manuscrits sur le lac de Bientina. 

La partie orographique s'est enrichie de l'ouvrage et 
de la carte de l'illustre baron de Humboldt sur l'Asie 
centrale, ouvrage que l'Europe savante attendait im- 
patiemment. 

IV. Les principales cartes relatives à la statistique , 
à l'administration et à l'économie politique sont les 
suivantes : la suite , en plusieurs feuilles , de la carte 
de l'union douanière allemande (Zollverein) , par 
Zindl; la carte industrielle et administrative de la 
Belgique , publiée par l'ingénieur en chef Gauchy , 
carte qui renferme l'indication de toutes les usines , 
mines, carrières, etc. , et dressée par les ingénieurs des 
mines; une carte itinéraire de la monarchie autri- 
chienne, dressée par J h . Zakowski, d'après la nouvelle 
fixation delà lieue, Vienne, i838; plusieurs cartes 
des chemins de fer, telles que la carte militaire des 
chemins de fer de l'Allemagne , Berlin , 1842; la suite 
du Rail-way de l'empereur Ferdinand , la carte géné- 
rale de tous les chemins de fer en Europe, avec tous 
les canaux et fleuves navigables, et toutes les lignes 
de packet à vapeur f par G. Schram et C. Hench, 1842 , 
et une autre semblable, par Friederich Schilling 1 843. 



(49' ) 
Une carte de cette quatrième catégorie , qui mérite 
d'être signalée, c'est la carte ecclésiastique, ethnographi- 
que, statistique, etc. ,du royaume de Hongrie et de partie 
de la Croatie, de l'Esclavonie et de la Transylvanie, 
en 7 feuilles, par Aszalay de Szendro; la dernière 
partie a été publiée à Vienne en i838. Il a paru, en 
1841 , à Dresde et à Leipzig, deux ouvrages de géo- 
graphie et d'ethnographie sur un plan nouveau, et, 
sinon d'une rigoureuse exactitude (le sujet ne le com- 
porte pas) , du moins très curieux pour le sujet et la 
manière dont il est traité ; l'un a un objet général , 
l'autre a seulement la Belgique pour objet: le pre- 
mier, par F. -G. Kohi, renfermant 24 planches, le se- 
cond par le D* Ferd. Gobbi, relatif à la force physique 
de la population, et comprenant 1 1 planches. 

La collection a reçu également des cartes relatives â 
l'organisation judiciaire. 

V. La géographie historique , avec ce qui s'y rapporte, 
comprend un assez grand nombre de cartes diverses et 
d'ouvrages accompagnés de cartes et de figures, et 
d'abord les atlas historiques; nous citerons l'atlas his- 
torique de l'église des premiers temps et de l'exten- 
sion du christianisme jusqu'au xvi" siècle, en 5 feuilles, 
par Witsch, Gotha, i845; une carte murale de l'his- 
toire biblique, en 6 feuilles, par Schneider, d'après 
Robinson , Raumer, Smith, Schubert, Kiepert, etc., 
i843; l'atlas historique de J. Lowenberg (la suite) ; 
l'atlas historico- géographique des pays et des peuples 
de l'Allemagne , par J. Valerius Kutscheit , S grandes 
feuilles. 

En second Keu, pour la géographie ancienne et com- 
parée, on a reçu la nouvelle édition dePtolémée deWil- 
berg, etc., 4* livraison ; la géographie des Grecs et des 



( 4gt ) 

Romains, d'Ukert, 4 vo '- avec ' es 6 cartes, 1842; la 
Scythie, d'après Hérodote, par Linduer, 1841,4 
feuilles; la géographie ancienne des Gaules, parle 
baron Walckenaer , 1839, avec son allas; YOrbis ter~ 
rarum antiquus , de Kaercher , a5 feuilles; l'atlas pour 
les recherches de l'emplacement de Carlhage, par 
M. Falbe ; l'atlas de la géographie ancienne de D'An- 
ville publié en anglais. 

5° Pour les relations de voyages, accompagnées de 
cartes, les voyages de J. Russegger en Afrique, Europe et 
Asie, de 1 855 à 1 84* (parties 2°, 3* et 4 e ) > avec des cartes 
et des figures (on sait que cet ouvrage important est plus 
spécialement consacré aux sciences naturelles); un assez 
grand nombre de voyages anciens, mais nécessaires pour 
compléter la collection , tels que Pietro délia Valle , 
Lebruyn, Tavernier,Kœmpfer, Tournefort, Mouconys, 
Thévenot,Adam Oléarius, J. Struys, Norden, Niebuhr, 
Cook, Bougainville, J. Barrow, Golbery et Durand au 
Sénégal, Bowdich aux Aschanties, d'il Uoa f Gray et Do- 
chard, etc., avec leurs allas ou cartes et figures, et un 
grand nombre d'autres semblables , puis des voyages 
plus récents» comme ceux de Denham, Clapperton et 
Lander en Afrique, MM. Long etMichaux en Amérique, 
Hamillon dans l'Asie-Mineure , Wellsled en Arabie; 
Sélim-Effendi à la découverte des sources de Bahr-el- 
Abyad; enfin l'histoire des découvertes depuis la fin 
du xv e siècle , par Kulb, 184 > > avec 2 cartes d'Afrique 
au commencement du xvi e siècle. 

4° Dans Y histoire militaire, le théâtre de la guerre 
dans l'Afghanistan, par Zimmermann, Berlin, 1842, avec 
les pays au N.-O. de l'Inde; State of Egypt afterthe 
battleoj r Heliopoli8 ,ouv rage traduit de l'original du géné- 
ral Reynier, rare, ainsi que la carte qui l'accompagne ; 



(495 ) 

plusieurs ouvrages anglais sur leur campagne en Egypte, 
par Wilson et autres. 

Dans les cartes orientales nous comptons, i° une 
carte originale japonaise de Miaco , une autre d'Osaca , 
de grande dimension ; *° La grande carte de Chine , 
publiée tout récemment, c'est-à-dire en i85a, par 
ordre de l'empereur. Cette carte est un don du roi; elle 
été a envoyée de Chine par M. Dubois de Jencigny, 
qui avait offert ses services pour la collection de la 
Bibliothèque royale, en partant pour sa dernière 
mission; elle se compose d'un très grand nombre de 
feuilles partagées en huit rouleaux; on l'a imprimée 
en rouge ; le bas présente une carte générale, compo- 
sée à peu près à la manière des nôtres, avec ses car- 
reaux correspondant à ceux de l'atlas. À la différence 
des autres cartes chinoises , celle-ci est graduée en lati- 
tude et en longitude. 3° Les tables géographiques d'A- 
bulfeda, Nassir Eddin et Ulugbeig. 4° Lefac simile 
colorié, parfaitement conforme à l'original, de la carte 
arabe d'El-Edrisi , d'après le manuscrit de la Biblio- 
thèque royale , provenant du consul de France, M. As- 
selin, qui se l'était procuré au Caire. C'est la réduction 
de cette carte qui doit paraître dans les Mémoires de 
la Société, et qui a été annoncée dans le volume V 
(pag. xii ). Le fac-similé où sont réunies les 69 cartes 
de l'auteur arabe a environ Z m f & sur i m ,5 ( 10 pi p * 1/2 
sur 4 pi p '- '/^. ), sans compter la mappemonde. 

Viennent enfin les cartes anciennes du moyen- 
âge, qu'on s'accorde aujourd'hui à désigner sous le 
nom de Monuments de la- géographie; et d'abord, \o 
complémentdu globe céleste d'Appianus, conservé A h 
Bibliothèque royale de Munich, de \bbo 9 fac-similé ; 

le lacus Benacus(lac de Garde) de i546, parGeorgius 

XX. DÉCEMBRE. 11. 32 



(494 ) 

iodocus'; un atlas de Diegus Homem , cosmographe 
portugais, sur parchemin, en 8 caries, or et cou- 
leur» daté de i55g; le calendrier qui est en titre 
porte Tannée i54o; le fac-similé de l'atlas de P. 
Vesconte, dû à la libéralité de M. le comte Die* 
tricbstein ; un exemplaire de la carte catalane du mu- 
sée Bourbon en s feuilles, offerte par M. le chevalier 
San-Angelo, ministre de l'intérieur à Naples et par 
monsignor Rossi , à qui on a l'obligation de cette pu- 
blication intéressante; la Cosmographie de Seb. Muns- 
ter, édition latine de i554» avec toutes les caries; 
celle de P. Âppianus, i55o, et un fragment du même 
renfermant une petite mappemonde qui présente un 
intérêt particulier; ensuite, quoique ouvrage moins 
ancien, mais à cause de ses cartes xylographiques , le 
petit traité de Benedetto Scottft, dédié à Louis XIII, 
intitulé Globe maritime; Y ouvrage rare d'Antoine La- 
sale, auteur du xiv* siècle, intitulé la Salade, édition 
de 1597 renfermant une mappemonde curieuse, gra- 
vée sur bois , etc. 

VI. La dernière partie de la collection , celle des 
cartes- et productions diverses, comprend, comme on 
Ta dit, les objets qui ne rentrent pas dans les cinq 
grandes divisions précédentes. La collection continue 
à s'enrichir des bons dictionnaires géographiques et 
statistiques, principalement des dictionnaires spé- 
ciaux si nécessaires pour faire une étude approfondie 
de l'état des différentes contrées civilisées, tels que 
celui du grand duché de Bade, par Huhn, livraisons 3 
à 1 2 ; le Diccionario geografico historico de Espana , < 
par l'Académie royale d'histoire, a vol. in-4°; le 
Dictionnaire géographique et historique de l'empire 
de Russie, contenant le tableau politique et statisti- 



( 495 : 

que de ce vaste pays , par N.-S. Vsevoio jsky , Mos- 
cou, i8*5, s toL; le GeojrqfisktLtxiko* ofaxsr S&xukU- 
natvien, etc., par Daniel Djurberg, Orebro 1818$ U 
liste alphabétique des villes et villages de U Vaiachie, 
en français et en slave, publiée à Bucharest, sans nom 
d'auteur ni date; la suite du Dictionnaire de la Bre- 
tagne d'Oger, nouvelle édition; deux dictionnaire* 
géographiques de la Suisse , dont celui de Luti , 1887* 
4 volumes; le Dictionnaire topographique de l'Irlande, 
par Samuel Lewis, avec atlas, a vol. in-4\ 18571 1* 
Dictionnaire géographique et statistique de W. Iaeger % 
édition de Hannert , Nuremberg ; l'Universal Leiicon 
de Wurtemberg , par Griesinger et G. Kaff. Nous 
passons sous silence plusieurs autres productions géo- 
graphiques accompagnées de cartes ; il serait trop long 
de les mentionner toutes; citons seulement la Russie 
de Thaddaeus Bulgarin, 3 vol. in-4% avec 9 cartes, Riga 
et Leipzig, 1839-1841 ; une série d'opuscules sur le fi* 
guré du terrain et la topographie comprenant les api* 
nions de divers savanls, tels que MM. le général Haxo, 
Gorkum, Massiat, Puissant, Clerc, Bonne, Salneuve et 
autres* si Les recueils périodiques consacrés à lu géo- 
graphie; la suite des Annales de Berghaus, 184 a et 
43, et la suite du Zeitschrift, etc., de Lucide, méritent 
d'être mentionnées, et aussi la Revista trimensal du hU- 
toria e geographia do instituto historico-geograpÀico 
ôrazï/eira, journal scientifique publié à Rio-Junoiro 
par l'Institut du Brésil, 1839 à 1840 (don offert à lu 
collection par ce corps savant , et trunstnis par lo se- 
crétaire perpétuel M. de Barbosa); lerecuwil de la 
Société géographique de Berlin, rédigé psr Muhl- 
mann, le journal de la Société royale géographique 
de Londres. La collection s'est procuré aussiles Au- 



( 49« ) 
nales de la géographie et des voyages, par MM. Malte- 
brun et Eyriès,. et d'autres journaux géographiques. 

Parmi les caries remarquables ou curieuses parleur 
singularité, leur rareté ou la beauté de leur exécution, 
Ton citera un recueil manuscrit de cartes espagnoles , 
chef-d'œuvre de finesse et de calligraphie : c'est un 
allas des postes d'Espagne, en a volumes, dessiné à 
Madrid, en 178g, par D. Francisco de Yta et D. Juan 
Yictoriano Xareno, pour l'usage du comte de Florida- 
blanca; les campagnes de Louis XIV en Flandre", de 
1674 a 1677/en 4 volumes, comprenant 141 caries 
manuscrites , supérieurement dessinées et coloriées ; 
la carte du pays de Jansénie , carte symbolique faisant 
partie d'un petit ouvrage intitulé: Relation du pays de 
Jansénie , oh il est traàté des singidaiiZez qui s'y trou- 
vent , des coutumes , mœurs et religion de ses habitants , 
par Louys Fontaines, sieur de Saint-Marcel, 1660. 

On sait que les cartes en relief ont pris dans ces der- 
nières années un grand développement. Indépendam- 
ment de celles qui ont été exécutées en France , et 
qu'on peut seulement nommer dans ce précis (qui 
ne comprend point les publications entrées à la Bi- 
bliothèque en vertu du dépôt légal) , de nouveaux ou- 
vrages de ce genre ont été produits en Allema- 
gne. On commence à reconnaître assez généralement 
l'utilité dont ils sont pour l'instruction géographi- 
que, et encore les services qu'ils peuvent rendre 
pour les sciences naturelles, pour la stratégie, etc., 
quand elles sont exécutées par des hommes instruits 
et au courant des connaissances acquises en géolo- 
gie et en géographie physique. Un jour même , on 
n'en peut douter, ces cartes élan t suffisamment per- 
fectionnées, pourront servir à l'étude des voies de 



(497 ) 
communication. Les heureux essais de M. Bauer-Kel- 
ler, à Paris, ont popularisé en France les cartes relief , 
parce qu'il est venu à bout de les produire à un prix 
extrêmement modéré, grâces à d'ingénieux procédés 
mécaniques et artistiques : la Suisse, la France, le Mont- 
Blanc, sont, jusqu'à présent, les pièces qui ontle mieux 
réussi; elles approchent de la beauté, du fini des cartes 
prussiennes qui lui ont servi de modèle et de point de 
départ, telles que l'Allemagne et la France de Kummer, 
et que la Bibliothèque royale possédait depuis long- 
temps; elles les dépassent même pour l'exactitude en 
certains points comme elles leur sont supérieures pour 
le bon marché ; or, ce qui a nui beaucoup au succès 
et au développement de cet art, c'est l'excessive cherté 
de ses produits. Des cartes en relief étrangères par- 
venues à la Bibliothèque royale, on ne peut citer cette 
année que lacarteduRlieingand, par M. Ravenstein. Ce 
savant géographe a exécuté en 3o sections, d'environ 69 
centim. de côté chacune, la carte du cours du Rhin de- 
puis Mayeoce jusqu'à Bonn, avec lepaysenvironnant; on 
s'accorde à la regarder comme un excellent ouvrage de 
cette espèce. Lasection qui comprend leSiebengebirge, 
c'est-à-dire une des parties les plus accidentées et les 
plus pittoresques de la région du Rhin, a été acquise 
pour la collection, déjà riche de 40 pièces en ee genre T 
exécutées en France, en Angleterre, en Prusse, à 
Francfort, à Tubingue, dans le Wurtemberg, etc. Les 
cartes de Lartigue ( don de sa fille, madame Méchain) • 
«ont les plus anciennes de toutes. 



( 4g8 ) 

Notb sur la publication des monuments de la géographie, 
par le conservateur de la collection de la Bibliothèque 
royale. 

La publication des plus anciennes cartes géogra- 
phiques et des divers monuments de la géographie a 
élé souvent appelée par les vœux des savants de l'Alle- 
magne , de la France , de l'Angleterre et de l'Italie. 
Depuis un siècle environ, Ton a mis an jour quelques 
unes de ces productions du moyen-âge, et on les 
a accompagnées de dissertations plus ou moins sa- 
vantes ou curieuses, imprimées dans ces différentes con- 
trées , ainsi qu'en France , en Portugal , en Espagne et 
ailleurs. Mais nulle part, jusqu'ici, on n'a conçu, ou an- 
noncé du moins, le projet de donner une collection de ces 
anciennes cartes» qui pourraient faire connaître, avec 
plus de précision que par tout autre moyen, l'histoire 
des découvertes, et les droits de chaque peuple à la prio- 
rité. L'histoire des sciences n'est pas moins intéressée 
que celle de la géographie à la pubication d'un corpus 
des cartes de cette espèce , non seulement des pièces 
inédites, conservées dans les dépôts publics ou dans 
les bibliothèques particulières , mais encore des pièces 
données jusqu'à présent avec plus ou moins d'im- 
perfection : c'est l'objet que s'est proposé le conserva- 
teur de la Collection géographique formée à la Biblio- 
thèque royale de Paris depuis quelques années. 

En réunissant ces monuments dans notre grand 
musée littéraire , avec l'approbation du ministre de 
l'instruction publique et le concours de l'administra- 
tion, il avait pour but, en premier lieu , que les savants 
de tous les pays qui viennent y étudier pussent y put- 



(499) 
fier ce genre d'instruction , et ensuite , que ceux qui ne 
peu?ent point visiter les capitales de l'Europe trouvas- 
sent ici des fac-similé assex parfaitement exacts pour te- 
nir Heu des originaux. Une publication de cette nature 
paraîtra sans doute digne d'être encouragée par le public 
lettré» puisqu'elle réunit déjà d'honorables suffrages; il 
est parvenu au cabinet géographique de la Bibliothèque 
royale un assex grand nombre de matériaux précieux» 
des cartes sur parchemin du xui*,du xiv* et du x v*siècles; 
des astrolabes arabes des m* et x 9 siècles; des sphères 
célestes des xi* et xi?» siècles, etc. , etc. Les instruments 
des arabes qui ont servi aux géographes de celte na- 
tion à prendre les hauteurs méridiennes du soleil t*t à 
déterminer la situation des lieux sur la terre quant à 
la latitude , seront publiés dans la première partie de 
l'ouvrage comme introduction cosmographique ; en* 
suite viendront les différentes cartes par ordre chro- 
nologique depuis les ix* et x* siècles jusque vers 
i&4<>* Plusieurs cartes postérieures à celte dernièro 
date et conduisant jusqu'à la grande époque d'Or- 
4elius, qui est celle de la réforme de la géographie» 
entreront encore dans cette publication. Les cartes 
orientales ne seront pas négligées; dès le xu 9 sièole 
elles étaient déjà parvenues à un certain degré d'exac- 
titude, alors que les Européens ne possédaient guère 
que des représentations grossières des diverses par- 
ties du globe. Certains monuments cosmographiques 
trouveront une place dans l'ouvrage, ainsi que lot 
cadrans anciens et les plus anciennes boussoles » à 
cause de leurs rapports avec la construction géogra- 
phique. 

Les premières livraisons des monuments géographi- 
ques comprendront : 



( 5oo ) 

1 ° Le fac-similé de la mappemonde de Hereford , 
en 6 grandes planches doubles; 

2° Les dessins d'un globe céleste de bronze , en 
arabe-coufique , monument précieux, qui parait re- 
monter au zi e siècle de l'ère chrétienne, figuré en deux 
planches ; 

3° Le fac-similé d'un globe terrestre du xvi* siècle , 
trouvé récemment dans une bibliothèque de l'Alle- 
magne 9 en une planche double ; 

4° Carte militaire italienne du Bosphore et des con- 
trées danubiennes , dont l'époque est l'an 1^53 , des- 
sinée dans une forme qui rappelle les anciennes tables 
itinéraires; 

5° La mappemonde entière de Juan de la Cosa(te pilote 
de Christophe Colomb), dont quelques parties seule- 
ment sont connues : carte datée de la dernière année 
du xv' siècle et formant 3 planches doubles ; de la bi- 
bliothèque du baron Walckenaer; 

6° Une carte pisane du xiv« siècle, très grande planche; 

7° Une mappemonde française de l'époque de 
Henri II (moitié du xvi e siècle), aux armes du Dau- 
phin, plus grande encore que celle de Hereford, carte 
qui est un chef-d'œuvre d'exécution et remarquable sur- 
tout en ce que l'Àustrasie y est figurée très distincte- 
ment , etc. ; 

8° L'atlas de P. Visconti de i3i8, d'après le manu- 
scrit de la Bibliothèque impériale de Vienne; 

g* La carte itinéraire d'un pèlerinage de Londres 
à Jérusalem, d'après l'original conservé au British 
Muséum , etc. Les livraisons suivantes renfermeront 
la carte de'Pizzigani de 1367; plusieurs cartes de la 
Laurenziana, et beaucoup d'autres qu'il serait trop 
long de citer: toutes cartes encore inédites. 



(Soi ) 

Notices historiques sur MM. Henri et Louis 

de Freycinet , 

par m. de la roquette. 

Lues à la séance générale de la Société de géographie 

du i5 décembre i843. 



Messieurs, 

Je viens vous entretenir de deux frères» de deux 
illustres marins également distingués comme naviga- 
teurs et comme savants , de MM. de Freycinet , que 
vous vous honoriez de compter au nombre de vos 
collègues , et que vous avez eu le malheur de perdre 
tous les deux. 

Le plus jeune des deux frères s'étant plus spéciale-* 
ment occupé de géographie et des sciences qui s'y 
rattachent , "c'est de lui que je vais d'abord vous 
parler. 

Freycinet ( Louis - Claude Desaulses de ) , navi- 
gateur français, né à Montélimart, dans l'ancienne 
province de Dauphiné, le 7 août 1779 , était le second 
fils de Louis Desaulses de Freycinet et d'Elisabeth 
Armand. Négociant recommandable, et appréciant 
tous les avantages d'une bonne éducation , le père de 
Louis de Freycinet le fit élever sous ses yeux par d'ha- 
biles professeurs, ainsi que Henri, son fils aîné (1) plus 
âgé d'un an et demi environ. A la fin de 1793, les 

(1) M. de Freycinet père eut quatre fils, Louis et Henri dont nous 
donnons la biographie; Casimir, aujourd'hui directeur des contribu- 
tions indirectes à Souillac , et Charles , occupé d'affaires comffler. 
ciales , mort à l'Ile de France. 



( 5o* ) 

événements politiques déterminèrent M. de Freycinet à 
faire entrer ses deux fils dans la marine militaire , 
carrière pour laquelle ils témoignaient avoir tous deux 
une égale et vive sympathie. Il les conduisit lui-même 
à Toulon, et, le 27 janvier 1794* il les vit embarquer 
ensemble sur le vaisseau V Heureux^ en qualité d'aspi- 
rants de 5* classe. 

Devenus dans les premiers jours de Tannée suivante 
(5i janvier 1795) aspirants de a* classe, Louis et Henri 
de Freycinet passèrent avec ce grade sur le Formida- 
ble , le 18 novembre 1796. Déjà ils naviguaient depuis 
plus de quarante mois , et avaient pris part à trois 
combats généraux (1) contre des escadres anglaises, 
lorsque le contre-amiral Nielly, sous les ordres duquel 
ils se trouvaient, demanda pour eux au ministre de la 
marine le grade d'enseigne de vaisseau. C'était par 
une exception honorable que cet officier général sol- 
licitait un tel avancement pour les deux frères , puis- 
qu'ils n'avaient pas encore les quarante-huit mois de 
navigation (2} exigés par les ordonnances pour deve- 
nir enseignes de vaisseau. Mais ils s'étaient tous deux 
si parfaitement conduits, et leur instruction était tel- 
lement avancée, que ce fut sans la moindre hésitation 
qu'il les présenta sans les faire passer, suivant l'usage, 
par le grade intermédiaire d'aspirant de i re classe. 
Truguet, à cette époque ministre de la marine, ap- 
prouva, la proposition , et, le i5 juillet 1797, il fit 
expédier leurs brevets. L'extrême modestie des deux 
frères ne leur permit pas d'accepter ce qu'ils considé- 

■ 

(1) Les i3et 14 mars et i3 juillet 179S. 

(a) Le décret du 3 brumaire an îv ( a5 octobre 1 795 ) exigeait 
quarante-huit mois de navigation pour obtenir le grade d'enseigne de 
vaisseau; il n'y avait d'exception que pour les actions d'éclat , etc. 



( 5o3 ) 

raient comme une faveur, et qui n'était qu'un acte de 
justice : aussi adressèrent-ils immédiatement au mi- 
nistre une lettre collective contenant un refus formel. 
« Nous ne voulons être qu'aspirants de i w classe , 

• disaient ils, désirant laisser la place d'enseigne à 

* ceux qui par leurs services et leur habileté peuvent 
«être infiniment plus utiles à la patrie (i).i Lorsque 
cette étrange supplique parvint dans les bureaux, elle 
y excita un étonnement général. Nonobstant le refus 
des jeunes marins» on proposa au ministre de confir- 
mer sa première décision , en lui faisant observer que 
le refus de MM. Frevcinet , fondé sur le motif qu'ils 
n'étaient pas assez instruits, offrait un cas des plus 
extraordinaires , peut-être sans exemple. 

Ce fut en comblant d'éloges les jeunes marins, que 
Truguet leur annonça qu'il ne pouvait réformer sa 
première décision. Ils s'embarquèrent donc en qualité 
d'enseignes, d'abord sur le vaisseau l'Océan , et suc- 
cessivement sur le Jean- Jacques-Rousseau , la Révolution 
et le Batave. Ils montèrent ensuite la goélette la Biche, 
dont Henri de Freycinet avait le commandement , et 
avec laquelle ils soutinrent, au mois de mars 1800, un 
engagement contre un cutter anglais. À la fin de juil- 
let de la même année, les deux frères reçurent Tordre 
de se rendre au Havre , pour faire partie d'une expé- 
dition de découvertes aux terres australes , qui avait 
principalement pour objet la reconnaissance de la côte 
sud-ouest de la Nouvelle -Hollande , alors presque 
entièrement inconnue. Cette importante expédition , 
dont le plan , auquel des contretemps de tout genre 

(1) Lettre des deux frères au ministre de la marine du 3 thermi- 
dor an v. ( 21 juillet 1 797. ) 



( 5o4) 

apportèrent de nombreuses modifications» avait été 
tracé par M. de FJeurieu , au nom d'une commission 
de l'Institut (1) , fut placée sous le commandement 
du capitaine de vaisseau Baudin. Une corvette de l\bo 
tonneaux , le Géograpfie, et une grosse gabarre, le 
Naturaliste, furent mises à la disposition de cet officier,. 
Henri de Freycinet fit partie de l'étal-major du pre- 
mier de ces bâtiments, et son frère Louis fut embarqué 
sur le Naturaliste, t Vingt-quatre personnes nommées 
» sur la présentation de l'Institut furent destinées aux re- 
» cherches scientifiques. Jamais un développement aussi 
» considérable n'avait été donné à cette partie de la com - 
» position des voyages de découvertes; jamais des moyens 

• aussigrands de succès n'avaient été préparés. Aslrono- 

• mes, géographes, minéralogistes, botanistes, zoologis- 
» tes, dessinateurs, jardiniers, tout s'y trouvait en nom- 

• bie double , triple, ou même quintuple (2). » Le 
19 octobre 1800 , les deux navires mirent à la voile du 
port du Havre , et après avoir touché à Ténériffe , ar- 
rivèrent le i5 mars 1801, à l'Ile de France. Là, quelques 
officiers etplusieurssavants tombés malades, oucroyant 
avoir à se plaindre des procédés du capitaine Baudin, 
abandonnèrent l'expédition (3). Le s5 avril, elle remit 

(1) Les autres membres de la Commission qui avait pour rappor- 
teur M. dePleurieu , étaient MM. Lacépède , Laplace , Cuvier, Bou- 
gain ville, Jussieu , Lelièvre , Camus el Langlès. 

(2) Voir Péron , Foyage de découvertes aux terres australes. 

(3; Ce furent MM. Gicquel, Bonie et Baudin, lieutenants de vais- 
seau , Capmartin , enseigne, de Meslay , Morin et Billard , aspirants 
de 1" classe, Montgery, Bottard et Isabelle, aspirants de a' classe, 
Bissy, astronome, Lebrun dessinateur-architecte, Michaux et De- 
lisse, botanistes^ Bory de Saint-Vincent et Dumont, zoologistes 9 
Garnier, peintre de genre, Milbert, peintre de paysage , Caguet et 
Merlot, garçons jardiniers. 






( 5o5 ) 

à la voile, et le «7 mai on eut connaissance de la par- 
tie occidentale de la Nouvelle-Hollande ; c'était la terre 
de Leuwin* point où commencèrent les opérations aux- 
quelles Louis et Henri de Freycinet devaient prendre 
une part active. Le 8 juin une tempête violente du nord- 
ouest ayant forcé les deux navires de quitter précipi- 
tamment une baie récemment découverte, et qui avait 
reçu le nom de baie du Géographe, le Naturaliste se di- 
rigea sur l'Ile Rottnest, rendez-vous convenu. Pendant le 
séjour que l'on fit dans ces parages, Louis de Freyci- 
net détermina avec M. Faure, ingénieur-géographe, la 
position d'un grand nombre d'Iles , et exécuta ensuite 
la description géographique de la partie méridio- 
nale d'un vaste enfoncement, improprement appelé 
baie (1) des Chiens Marins. Le Naturaliste se rendit en- 
suite à Timor, et il jeta l'ancre dans la rade de Cou- 
pang, où le Géographe était déjà arrivé. De nombreuses 
observations de longitudes par des distances lunaires 
y furent faites par Henri de Freycinet , aidé de l'as- 
tronome Bernier , avec lequel il détermina ainsi la 
position du fort Concordia. Avant de quitter Timor pour 
se rendre à la Terre de Diémen(i5 novembre), les deux 
frères furent nommés (20 octobre) lieutenants de vais- 
seau provisoires. Le i5 janvier 1802, on eut la pre- 
mière vue des pitons de cette terre, et des explorations 
commencèrent immédiatement. Ce n'est point ici le 
lieu de donner même un simple aperçu des opérations 
nombreuses exécutées dans ces parages par MM. Henri 

(i) Ce fut le célèbre Darnpier, en général si exact dans tous ses 
travaux, qui appela Sltark's Bay ou baie Jes Chiens Marins, cette 
suite de golfes, de havres, de baies, à laquelle il ne donna ce nom 
que parce qu'il n'avait pas eu le temps d'en reconnaître (a configura- 
tion et Tétendue. 



( 5o6 ) 

etLouisdeFreycinet,ainsique par leurs collaborateurs. 
Je dirai seulement que le résultat le plus important 
de l'examen fait par Louis de Freycinet de la portion de 
côte qui s'étend depuis la baie Marion jusqu'à la baie 
Fleurieu , fut la découverte d'un petit enfoncement 
qu'il nomma port Montbazin; et qu'il reconnut en* 
suite le port Dalrymple dans le détroit de Bass. J'a- 
jouterai que son frère remonta la rivière du Nord 
plusieurs milles au-delà du point où s'était termi- 
née la reconnaissance de l'amiral Dentrecasteaux , 
qu'il trouva le port Frederick -Hendrik dans la po- 
sition relative que lui avait assignée Tasman, qu'il 
leva avec grand soin le plan d'une partie de la côte, et 
fit ensuite la géographie d'une partie de la Terre Na- 
poléon ( du 99 mars au 8 mai 1802 (1). 

Le scorbut et les rigueurs de l'hiver austral forcè- 
rent les deux navires de venir relâcher au Port- Jackson ; 
Louis de Freycinet profita d'un séjour de cinqmois dans 
cette colonie anglaise pour réunir sur ce curieux et 
vaste établissement une masse de renseignements 
qu'il augmenta dans le voyage qn'il y fit quelques an- 
nées plus tard. Les pertes successives qu'avaient 
éprouvées les équipages ayant rendu nécessaire de 
renvoyer en France Pun des bâtiments, en ne lui 
laissant que le nombre d'hommes strictement néces- 
saire pour la traversée, le Naturaliste fut désigné; 
on lui remit les précieuses collections d'histoire natu- 
relle rassemblées depuis le commencement de la cam- 
pagne, ainsi que. les cartes, les mémoires et les ob- 
servations qui se trouvaient alors rédigés, avec un 

(1) Elle porte aujourd'hui le nom de côte Sud- Ouest, et sur la 
carte anglaise celui de terre de FUnders. 



( 5«7) 
nombre considérable de plantes vivantes , de graines 
de tonte espèce , et quelques animaux particuliers à 
la Nouvelle-Hollande* Une goélette d'un petit tonnage 
(3o tonneaux) , à laquelle on donna le nom de Ca* 
suarina h cause du bois dont elle était construite, fut 
achetée à Sidney , et Louis de Freycinet en reçut le 
commandement Son frère Henri resta h bord du 
Géographe^ où il remplissait les fonctions de second» 
L'armement du Casuarlna fut terminé au mois d'août; 
mais les travaux qui s'exécutaient sur les deux autres 
bâtiments n'ayant été achevés qu'en novembre , l'ex- 
pédition ne put quitter Port-Jackson que le 18 de ce 
dernier mois. Elle fit route pour le détroit de Bass, et, le 
6 décembre» les. trois navires, qui avaient toujours na- 
vigué de conserve, mouillèrent dans la baie des Élé- 
phants de l'Ile Ring. Trois jours après (1) » l* Natura- 
liste ayant reçu ses dernières instructions , appareilla 
pour retourner en France (2). 

Chargé de faire l'importante géographie des tles 
Hunter , situées à la partie nord-ouest de la Terre de 
Diémen, Louis de Freycinet parvint, aven l'aide de 
l'ingénieur-géographe Boullanger, à terminer heureu- 
sement ses opérations en dix-neuf jours , malgré le 
mauvais temps et les orages dont ils furent sans cesse 
assaillis. Par suite de celte reconnaissance, la géogra- 

(1) 9 décembre i8oa. 

(2) Le Naturaliste 1 commandé parle capitaine Banielin, après avoir 
atterri à l'Ile de France, où il débarqua quelques malades, continua 
sa route, et fut arrêté, le 29 mai i8o3, en vue des côtes d Angleterre,, 
et conduit à Porlsmouth par la frégate anglaise lu Minerve, capitaine 
Bail en. Relâché ensuite le 6 juin , il entra le lendemain dans le port 
du Havre, d'où il était parti deux ans sept mois et dix jours aupa- 
ravant. 



( 5oJ ) 

phie du litloral de la Terre de Diémen se trouvait 
complétée par les soins des Français , qui avaient au- 
paravant exécuté des travaux tant à l'extrémité sud, 
qu'à la côte orientale et dans le nord de cette grande 
lie australe. Louis de Freycinet se dirigea ensuite sur 
la côte sud-ouest de la Nouvelle-Hollande dont il n'avait 
pu s'approcher suffisamment lors de sa première re- 
connaisance. Le peu de tirant d'eau du Casuarina lui 
permit cette fois de se tenir plus près de terre et 
d'explorer les deux grands golfes qui s'enfoncent 
dans la Terre Napoléon. C'est au retour de cette ha- 
sardeuse expédition, pour l'exécution de laquelle 
le capitaine Baudin ne lui avait accordé que vingt 
jours, en ne lui laissant emporter que la provision 
d'eau strictement suffisante, que le Casuarina se trouva 
pour ainsi dire abandonné. Les calmes et les vents 
contraires n'ayant permis à Louis de Freycinet d'ar- 
river à l'Ile Decrès, lieu du rendez-vous convenu, 
qu'un jour plus tard que celui qui avait été fixé, il 
trouva que le Géographe était déjà sous voiles. Pendant 
plusieurs heures toutefois les deux bâtiments furent en 
vue; mais, à la grande surprise du commandant du 
Casuarina , les manœuvres de Baudin parurent avoir 
pour but d'éviter sa conserve , dont la marche était 
mauvaise; dans la nuit la séparation fut consommée. 
Après bien des recherches et des tentatives inutiles 
qui conduisirent néanmoins à quelques découvertes 
géographiques, Freycinet dut se décider à faire route 
pour le port du Roi-Georges situé à l'extrémité occi- 
dentale de la Terre de Nnyts. Trois cents lieues le sépa- 
raient alors de ce point, le seul dans lequel on pût se 
procurer de l'eau. On n'en avait à bord que pour 
quatre jours , en outre la provision de biscuit était 



(«09) 
presque épuisée, et la franche-ferrure du gouvernail 
était cassée. Telles étaient aussi les autres avaries du 
Casuarina , qu'en arrivant au port du Roi-Georges il 
fallut l'échouer sur la plage. Sans la circonstance vé- 
ritablement extraordinaire de vents forcés pendant six 
jours consécutifs, la mort la plus cruelle eût été pour 
eux le résultat d'une séparation inconcevable» car 
lorsqu'ils échouèrent» quelques bouteilles et eau leur res- 
taient seulement. Cinq jours après le Géographe jetait 
l'ancre à côté de sa conserve. Pendantleur séparation, 
outre les travaux exécutés par différents officiers et 
savants à bord du Géographe , Henri de Preycinet et 
Bemier avaient complété la suite d'opérations géo- 
graphiques qu'ils avaient commencées à la terre Na- 
poléon (côte sud-ouest). 

La carte anglaise du port du Roi-Georges que possé- 
dait l'expédition , ayant élé reconnue incomplète et 
défectueuse sur plusieurs points, le capitaine Bauditt 
jugea indispensable de la refaire. Louis de Preycinet , 
MM. Faure et Ransonnet furent chargés de cette mis- 
sion. La tâche du premier , qui n'était pas la moins 
difficile, consista dans la révision du havre de la Prin- 
cesse. D'immenses bancs de sable qui encombrent 
le fond de ce havre ne permettant pas aux plus faibles 
embarcations d'en approcher, ce fut à pied que Frey- 
cinet.put seulement espérer de faire un travail exaôt. 
Pendant plusieurs jours il continua ses relèvements de 
pointe en pointe , de cap en cap ; il fit le tour des plus 
petites anses , et parvint ainsi à dresser le plan du 
havre avec une perfection qu'il est bien rare de pou- 
voir mettre dans ces sortes de travaux. Lorsqu'ils furent 
terminés , les deux navires abandonnant le mouillage, 
allèrent explorer les terres deNuyls , de Leuwin , d'B- 

XX, DÉCEMBRE. 12. 35 



( 5io ) 

del et de Witt, qui , en général , avaient été relevées 
à de trop grandes distances pendant la précédente 
campagne. On prolongea ensuite l'archipel étendu qui 
avoisine la côte nord-ouest de la Nouvelle-Hollande , 
et peu de temps après on interrompit les opérations 
pour aller relâcher une seconde fois h Timor. En par- 
tant de celle lie» les deux bâtiments essayèrent encore 
d'explorer les côtes de la Nouvelle-Hollande; mais 
comme la rigueur de la saison et le triste état de l'é- 
quipage empêchaient de se livrer à un travail suivi, le 
capitaine Baudin, grièvement incommodé d'un cra- 
chement de sang opiniâtre , fit interrompre les opé- 
rations. En se rendant à l'Ile de France, l'astro- 
nome Bernier succomba en mer sous le poids des 
fatigues, le 6 juin i8o5, et Baudin lui-même mou- 
rut dans celle Ile le 16 septembre suivant, un mois 
à peine après son arrivée. On désarma alors im- 
médiatement le Casuarina , et Louis de Freycinet passa 
avec son équipage à bord du Géographe , où son frère 
avait , pendant la maladie de Baudin , rempli les 
fonctions de commandant, qu'il dut céder néanmoins, 
par ordre du contre-amiral Linois , au capitaine de 
f régale provisoire Milius (1). Le Géographe quitta l'Ile 

(f)Le lieutenant de vaisseau Milius, nommé plus tard capitaine 
provisoire de frégate , avait été laissé malade à Port-Jackson , le 
18 mai 1802, et n'avait plus dès ce moment fait partie de l'expédi- 
tion. Cependant comme il se trouvait, pour ainsi dire par hasard , à 
l'Ile de France lorsqu'elle aborda dans cette île au mois d'août i8o3, 
le contre-amiral Linois, se fondant sur l'ancienneté des services 
de cet officier , crut devoir lui accorder l'honneur de reconduire 
l'expédition en France , de préférence à H. de Freycinet. Plusieurs 
personnes ont regardé cet acte comme un passe-droit, cTabord à 
cause des travaux de H. de Freycinet pendant le voyage , sous le 
double rapport de la géographie et des observations astronomiques > 



( Su ) 
le 16 décembre i8o3, et jeta l'ancre dans le port de 
Lorientle 95 mars suivant, après une traversée qui 
n'offre rien de remarquable, et une absence de qua- 
rante et un mois. A leur arrivée en France , Louis et 
Henri de Freycinet apprirent qu'ils avaient été confir- 
més dans leur grade de lieutenants de vaisseau parune 
décision collective qui remontait au 5 mars i8o5. 
Henri reçut bientôt le commandement du brick le 
Pkaéton, et son frère fut placé sous ses ordres avec le 
Voltigeur. Mais ce dernier ne conserva que peu de 
temps ce poste, le délabrement de sa santé l'ayant 
forcé de demander un congé pour venir la rétablir 
à Paris • où il arriva au commencement de septem- 
bre 1 8o5. À partir de cette époque , les deux frères 
qui ne s'étaient jamais quittés depuis leur naissance , 
qui par un concours fort extraordinaire de circonstan- 
ces, avaient servi près de douze ans toujours ensemble 
dans la marine , à bord des mêmes bâtiments , ou du 
moins dans les mêmes expéditions, et qui avaient tous 
les deux obtenu les mêmes jours tous les grades aux- 
quels ils avaient été successivement promus , embras- 
sent pour ainsi dire une carrière différente , et ne se 
retrouvent plus que dans les rares intervalles pendant 
lesquels il leur est permis de fouler en même temps le 

m 

et ensuite parce que depuis plus d'un an il remplissait les fonctions 
de capitaine en second, et que pendant la maladie de Baudin , il avait 
exercé le commandement à sa place. Linois semble s'excuser dans une 
lettre qu'il écrivit au ministre dans le mois de vendémiaire an xn 
(octobre 1 8o3), lettre dans laquelle il rend un juste hommage au mé- 
rite des deux frères. « Je ne saurais trop louer le zèle , l'activité et la 
modestie de MM. Freycinet , dit Linois ; ce sont des officiers distin- 
gués. • On le voit, à ce moment comme dès le début de leur carrière, 
la modestie , vertu si rare, a toujours fait remarquer les deux frères. 



sol de la patrie. Henri de Freycinet acquiert de nou- 
veaux droits à l'estime de son pays par ses exploits mi - 
litaires et par les talents qu'il déploie comme admi- 
nistrateur; et son frère Louis, abandonnant presque 
le service actif de la marine militaire , se livre tout en* 
tier aux travaux scientifiques. Je ne m'occuperai pour 
le moment que de ce dernier. Après l'expiration du 
congé qui lui avait été accordé, Louis de Freycinet, 
attaché au Dépôt des cartes et plans de la marine» y fut 
chargé de la rédaction des opérations géographiques et 
nautiques dans les mersaustrales , exécutées en grande 
partie par son frère et par lui. Il était occupé de ce 
travail , dont l'ensemble est représenté dans trente- 
deux belles cartes qu'il a dessinées directement sur 
cuivre ! par des procédés qui lui sont propres et qu'il 
a décrits (i), lorsque la mort de Péron (i4 décembre 
1810) vint interrompre la publication de Y Histoire du 
voyage aux terres australes , que le ministre de l'inté- 

(1) 'Quelques cartes de cet atlas ont été critiquées, et on lésa ac- 
cusées d'inexactitudes. Cependant un juge compétent , M. le capi- 
taine Cécile , envoyé dans l'hémisphère austral pour y protéger nos 
baleiniers, cite plusieurs fois avec éloge dans son rapport au ministre 
de la marine du 16 août 1839, ceqn'il appelle le beau travail de M. de 
Freycinet. « Ce serait , suivant cet officier, un service à rendre aux 
* capitaines baleiniers, qui probablement fréquenteront encore pen- 
» dant plusieurs années les côtes de la Nouvelle-Hollande et de la 
» Diéménie, que de mettre dans le commerce l'atlas du Voyage aux 
» terres australes. Us y trouveront des cartes extrêmement utiles à la 
» navigation » Le vœu de M. le capitaine Cécile est depuis long- 
temps rempli , car les cartes de l'atlas sont à la disposition du public. 
On a aussi reproché à M. de Freycinet d'avoir changé plusieurs des 
noms primitivement donnés par le capitaine Baudin et ses collabora- 
teurs ; il justifie parfaitement ces changements dans sa préface du 
Voyage aux terres australes, en répondant aux critiques du capitaine 
Flinders. 



( 5i3 ) 

rieur avait confiée à ce savant naturaliste. Cette belle 
œuvre resta inachevée pendant plusieurs années, mal- 
gré les démarches réitérées de L. de Freycinet et de Le- 
sueur (i), ami intime de Péron, et légataire de ses 
manuscrits. Mais lorsque le premier eut fait paraître 
son Atlas hydrographique (1812), ainsi que le volume 
consacré à la géographie et à la navigation ( 1816), il 
reçut la mission de mettre en ordre et de publier les 
matériaux précieux laissés par Péron (2). Ce travail 
fut terminé complètement en 1816, et, huit ans plus 
tard, 1824» Freycinet donna une seconde édition de 
V Histoire du voyage. En se conformant autant que pos- 
sible au plan adopté par Péron , son continuateur se 
vit obligé. néanmoins d'y apporter certaines modifica- 
tions , tout en faisant un usage scrupuleux des maté- 
riaux laissés par l'auteur, qu'il crut devoir justifier 
dans une préface des inculpations mal fondées du ca- 
pitaine Flinders. Celui-ci avait, en effet, reproché aux 
Français (3) d'avoir voulu lui ravir ses droits à la dé- 
couverte d'une partie de la côte sud-ouest de la Nouvelle- 
Hollande. Les explications données par L. de Freycinet 
portent le cachet de l'impartialité , et prouvent d'une 

(1) Le prince Maxiinilien de Wied-Neuwied parle beaucoup dans 
son Voyage dans l'intérieur de l'Amérique du Nord, de l'ami de 
Péron. Il a trouvé Lesueur établi à New-Harmony, où il s'occupait de 
1 étude du règne animal, et de la réunion de tous les objets intéressants 
que lui offrait le pays, qu'il avait parcouru dans tous les sens. 

(1) Pcron avait lui-même surveillé sur son lit de mort l'impression 
du texte du 2* volume jusqu'à la page a3i de la première édition 
in-4°; ce second volume forme 271 pages. 

(3) Dans sa relation intitulée : A Voyage to Terra Australis, pro* 
secutedin the years 1801, 1802 and i8o3, etc. by Matthew Flin* 
ders, commander of the Invesùgator ; London , 1 8 1 4- 

Le capitaine Flinders, après avoir été retenu prisonnier a l'Ile de 



(5.4) 

manière incontestable que les deux célèbres voyageurs 
étaient dignes l'un de l'autre, et que tout repose sur 
des malentendus (1). Les dernières parties du Voyage 
aux Terres australes venaient de paraître lorsque le 
gouvernement forma le projet d'un autre voyage ma- 
ritime . destiné aux progrès des connaissances humai- 
nes. C'est peut-être le premier qui n'ait pas eu spécia- 
lement l'hydrographie pour objet. 

La détermination de la forme du globe terrestre dans 
l'hémisphère sud , l'observation des phénomènes ma- 
gnétiques et météorologiques, enfin l'étude des trois rè- 
gnes de la nature , formèrent le but essentiel de celte 
mission , dans laquelle on devait encore s'occuper de re- 
cherches sur les mœurs, les usages, les langues des peu- 
ples indigènes, etc.; et la géographie, proprement dite, 
sans être absolument exclue , fut cependant reléguée 
au second rang. Louis de Freycinet, nommé depuis quel- 
que temp&capitaine de frégate, obtintle commandement 
de cette expédition, qui devait s'effectuer sur l'Uranie, 
c orvetle de 20 canons. On lui permit de choisir parmiles 
officiers de marine les plus instruits, ceux qui lui parai- 
France pendant six ans et demi environ , arriva en Angleterre exac- 
tement dix-sept jours avant la mort de Péron , et mourut lui-même 
le 19 juillet 18 14 > à l'instant où son voyage venait d'être mis au 
jour. 

(1) Le Géographe y que montait Baudin, et l*Inve$tigator 7 com- 
mandé par Flinders , étaient tous deux chargés de faire l'explora- 
tion des côtes alors inconnues du sud-ouest de la Nouvelle-Hollande, 
et se sont rencontrés en un point désigné. Or, le premier de ces navires 
faisant route de Test à l*ouest, tandis que le navire anglais , au con- 
traire, allait de l'ouest à l'est, on peut dire d'une manière générale 
que la portion de -côte inconnue à l'ouest du point de rencontre , et 
qui a été vue par Flinders , lui appartient comme première décou- 
verte , et que celle à l'est du même point appartient à Baudin. 



( 5.5 ) 

traie ni les plus propres à exécuter sous sa direction 
les divers travaux qui lui étaient imposés ; le ministre le 
laissa libre de former le personnel de son équipage , 
ainsi qu'il le jugerait convenable , et de prendre enfin 
toutes les dispositions qu'il croirait utiles au succès de 
son voyage. Des officiers de santé du corps de la ma- 
rine | joignant au talent de leur profession des con- 
naissances en histoire naturelle , furent désignés en 
nombre triple de celui qu'on eût accordé dans une 
navigation ordinaire, pour remplir à la fois sur le vais- 
seau les fonctions de leur grade et celles de naturalis- 
tes (i). Obligé de prévoir les événements désastreux 
qui pouvaient être la suite d'une longue navigation 
dans des parages encore imparfaitement explorés, sur 
les 120 hommes dont se composait son équipage, 
Freycinet en fit admettre environ ào qui étaient à 
la fois matelots et ouvriers , et pouvaient au besoin 
exercer les professions de charpentier, de forgeron, 
de cordier, etc., et il eut à se féliciter de cette heu- 
reuse idée. Les instruments destinés aux expériences 

(t) Dans le rapport de M. Geoffroy-Saint-Hilaire, présenté à l'A- 
cadémie des sciences , le 9 mai 1825, sur la partie zoologique du 
Voyage autour du monde, ce savant reprocha à M. Louis de Frey- 
cinet de n'avoir pas pris avec lui des naturalistes de profession* On a 
répondu à ce reproche et justifié le commandant de VUranie, en rap- 
pelant ce qui était arrivé pendant l'expédition de Baudin. C'est par 
économie, pour éviter l'embarras d'un trop nombreux état-major, et , 
surtout, pour maintenir à bord l'amitié et l'harmonie qui font le suc- 
cès des expéditions nautiques , que Freycinet crut ne devoir prendre 
avec lui que des hommes déjà attachés à quelqu'une des branches 
scientifiques de la marine royale. C'étaient MM. Quoy et Gaimard , 
le premier médecin et chirurgien major, et le second , médecin et se-* 
cond chirurgien , tous deux naturalistes de l'expédition ; et M. Gau- 
dichaud , pharmacien, qui remplissait les fonctions de botaniste. 



(5i6) 

sortaient des ateliers des meilleurs artistes, et avaient 
été soumis aux vérifications qui devaient en constater 
l'exactitude. L'abondance fut réunie au choit et à l'ex- 
cellente qualité des approvisionnements ; et outre des 
caisses en fer (1) pour conserver l'eau, on mit à bord 
un alambic propre à distiller en grand celle de la mer. 
ainsi qu'une ample provision de gélatine et de sub- 
stances alimentaires conservées par la méthode d' Ap- 
pert. Rien n'avait enfin été négligé de ce qui pouvait 
entretenir la santé et le bien-être des équipages. Quoi- 
que décidée au mois de septembre 1816, ce ne fut 
cependant qu'un an après que CUranie put mettre à 
la voile. Avant de partir, et surtout pendant les relâches 
à Sainte-Croix de Ténériffe et à Kio-Janeiro , Frey- 
cinet crut devoir donner aux officiers de son état- 
major des instructions très détaillées. ■ Elles offrent, 
dit un savant distingué , M* F rancœur, une réunion 
rare de talent, de prévoyance et d'ardeur pour le 
bien. »Du port de Toulon qu'elle quitta, le 17 septem* 
bre 1817 (a) f l'Uranie se dirigea d'abord sur Gibral- 

(l) L'usage fie conserver l'eau dans des caisses en fer, introduit 
récemment en Angleterre, n'avait point été encore adopté jusqu'alors, 
en France* 

(3) On sait que, contrairement aux règlements maritimes qui dé" 
fendent d'embarquer des femmes sur les vaisseaux de l'Etat chargés 
d'une expédition, madame de Freycinet, déguisée en matelot, rejoi- 
gnit son mari; celui-ci n'eut pas le courage de renvoyer une per- 
sonne k laquelle il était tendrement attaché, et qui n'agissait pro- 
bablement que d'accord avec lui ; quoi qu'il en soit , elle parla* 
gea avec son mari tous les dangers d'une circumnavigation. Le 
ministre de la marine témoigna un vif mécontentement de cette in- 
fraction" aux ordonnances dans une dépêche qu'il adressa, le 6 oc- 
tobre 1 8l 7, au vice-amiral, comte Durgucs de Missiessy, à cette époque 
commandant de la marine à Toulon. « Vous avez sans doute d^jà 



( 5. 7 ) 
tar; elle toucha ensuite à Ténériffe , et le G décembre 
laissa tomber l'ancre dans la magnifique baie de Rio- 
Janeiro. Freycinet et les officiers de VU rame y firent 
à tour de rôle d'intéressantes expériences dont les 
résultats ont été publiés, et l'on y recueillit de pré- 
cieuses observations sur le pays , ainsi que sur ses ha- 
bitants* On visita ensuite successivement le cap de 
Bonne-Espérance, l'Ile de France(i) et Bourbon, et le 

remarqué que plusieurs journaux ont parlé cf une manière fart iro- 
nique de l'embarquement furtif de madame de Freycinet à. bord de 
rUranie, et il paraît que ce que j'avais peine à croire n'est que trop 
réel... Il faut qu'un fait dont les journaux ont tant parlé ne soit pas 
encore 'venu à votre connaissance, puisque vous ne m'en avez jus- 
qu'ici rendu aucun compte... » Déjà l'expédition était en route lorsque 
la dépêche ministérielle parvint à sa destination ; il n'y fut au surplus 
donné depuis aucune suite. Ce qui avait, à ce qu'il parait, le plus mé- 
contenté le ministre , ce fut un rapport inexact et malveillant qu'on 
lai adressa. On a voit prétendu que, pour placer plus commodément 
sa femme, M. de Freycinet avait fait débarquer un de ses officiers, 
qui avait, par d'autres causes , cessé de faire partie de l'expédition. 
Freycinet était incapable de recourir à un semblable moyen ; et , 
d'ailleurs, il n'en aurait pas eu besoin, puisqu'il possédait à bord 
plus de place qu'il n'en fallait pour loger sa femme avec lui. C'est un 
fait qui m'a été attesté par M. le capitaine Duperrey. 

(i) Pendant le séjour qu'on fit à l'Ile de France, plusieurs des mem- 
bres de l'expédition visitèrent l'habitation de M. Cambernon, située 
non loin de l'église des Pamplemousses , et précisément dans le lieu 
que Bernardin de Saint-Pierre désigne commu le théâtre des amour» 
de Paul et Virginie. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans le journal ma- 
nuscrit de M. Gaimard , à la date du 6 juin 1818 : « Deux urnes qui 
portent le nom des deux amants attirent encore les étrangers dans ce 
coin de terre tant célébré par l'auteur des Harmonies de la nature. 
Madame La tour, mère de Virginie, n'est pas morte, comme cejt écri- 
vain l'assure, de chagrin d'avoir perdu sa fille dans le naufrage du 
Saint-Géran; elle s'est remariée trois fois: la première avec M. Mallet, 
dont la famille existe encore; la seconde avec M. Creuton , et la 
troisième avec M. de Colligny; elle était grand'mcrc d'une famille 
Saint-Martin qui habite en ce moment les plaines de Wilhems. M. La- 



(5i8) 

12 septembre 18 1 8 on mouilla sur les côtes de la 
Nouvelle-Hollande, dans la baie des Chiens Marins. On 
se trouvait sur la terre d'Endracht, aride et dépourvue 
d'eau douce, au moment où la provision de ce liquide 
indispensable était entièrement épuisée. Freycinet y 
suppléa au moyen des alambics qu'il avait pris la pré- 
caution de faire embarquer; et bientôt il obtint toute 
l'eau nécessaire non seulement pour la consommation 
journalière de son équipage, mais même pour la tra- 
versée qu'il allait entreprendre. Lors du premier 
voyage qu'il avait fait aux Terres australes , sur la cor- 
vette le Naturaliste $ Freycinet avait eu occasion d'ex- 
plorer l'Ile Dirck-Hartigfis (1). Par un hasard singulier, 
on y avait découvert, enterrée dans le sable, une 
plaque d'élain chargée d'inscriptions, annonçant que, 
le 16 octobre 1616, un navigateur hollandais, com- 
mandant le navire Endracht, avait visité l'Ile qui porte 
si justement son nom. Retenu par de nobles scrupules, 
Hamelin, capilaine du Naturaliste, refusa de permet- 
tre qu'on déplaçât ce monument historique , et se con- 
tenta de faire reclouer la plaque sur un poteau neuf 

tour est mort à Madagascar. Le pasteur qui joue un si grand rôle 
dans le roman était un chevalier de Bernage , mousquetaire , qui 
ayant tué son adversaire dans un duel , se retira à l'Ile de France , et 
fixa sa résidence à la Rivière du Rempart , à une demi-lieue de l'en- 
droit où le Saint-Géran fit naufrage. Il était très considéré de tous 
ses voisins, qui le prenaient pour médiateur dans leurs différentes 
discussions ; il en est ^>eu à qui il n'ait rendu de grands services. 
On n'a aucune notion sur l'existence de Paul , ce qui prouve assex 
que l'ouvrage de M. Bernardin de Saint-Pierre n'est qu'un roman ; 
les fautes topographiques plus décisives dont il fourmille détrui- 
sent au surplus tout-à-fait l'illusion. » 

(1) Les cartes hollandaises de 1697 appelle" 1 cette île Dirck- 
Hartogs. 



( 5i 9 ) 
en bois de chêne. Freycinet ne crut pas commettre un 4 
sacrilège en agissant différemment. Arrivé de non- 
veau dix-sept ans plus tard à la terre d'Endracht, l'un 
de ses premiers soins fut de diriger une embarcation 
sur l'île Dirck-Hartighs , avec la mission, non seule- 
ment de fixer la position du cap Levillain , et d'explo- 
rer le pays sous le rapport de l'histoire naturelle , 
mais surtout de chercher et de rapporter l'espèce de 
médaille consacrant la découverte du navigateur hol- 
landais. Jetée par le vent à quelque distance du po- 
teau sur lequel elle avait été clouée , ce fut avec beau* 
coup de' peine qu'on parvint à la retrouver. Elle eût 
sans doute été bientôt entièrement recouverte par le 
sable, et perdue à jamais pour la postérité, si Frey- 
cinet ne l'eût fait ramasser religieusement et porter 
sur son vaisseau. À son retour en France, il s'em- 
pressa d'en faire hommage à l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres le 25 mars 1821 , et cette savante 
Compagnie lui en adressa les plus vifs remercl- 
menls. Bien que le littoral de la baie des Chiens- 
Marins eût été exploré avec assez de détails lors de l'ex- 
pédition du capitaine Baudin , il restait encore une 
lacune importante à remplir dans la partie orientale 
du havre Hamelin. M. Duperrey, chargé par M. de 
Freycinet de compléter ce travail hydrographique » vit 
son projet contrarié par des vents violents qui le for- 
cèrent de borner son examen à la partie occidentale 
du havre et aux côtes de l'Ile Faure. De son côté, le 
commandant de l'expédition présida lui-même à l'éta- 
blissement de l'observatoire , et après avoir détaché la 
chaloupe à la recherche du canot envoyé à Dirck-Har- 
tighs, et dont l'absence prolongée commençait à donner 
de l'inquiétude, il manœuvra, le 27, pour sortir de la 



( 5ao ) 

baie par sa passe septentrionale ; le 8 octobre, la cor- 
vette avait atteint l'île Timor. Pendant la visite succes- 
sive des principaux établissements hollandais et portu- 
gais situés sur le littoral, Freycinet recueillit sur 
l'origine, les mœurs et la langue de cette lie et du grand 
archipel d'Asie des renseignements du plus haut inté- 
rêt, dont il a fait usage dans la rédaction de son voyage, 
enles complétant avec ceux qu'il a pu se procurer plus 
tard en France et en Angleterre. Parti de Timor le 
27 novembre,Freycinet visita successivement Waigiou, 
Rawak y Boni et Manouaran, appartenant au groupe 
des Papous, et employa les vingt jours qu'on y resta 
i faire différentes séries d'observations de physique, de 
géographie et d'histoire naturelle. Appareillant de 
Rawak le 6 janvier 1819 , en passant en vue des flefc des 
Anachorètes, de l'Amirauté et des Carolines, on jeta 
l'ancre» le 17 mars suivant, dansIaraded'Umatade l'Ile 
deGuam, la principale des Mariannes. On commença 
par y régler les chronomètres, on y fit ensuite des ex- 
périences du pendule et du magnétisme terrestre. Une 
échelle des marées fut dressée près du mouillage, et 
M. Duperrey compléta la géographie de l'île, tandis 
que l'histoire naturelle s'enrichissait par les recherches 
deMM.Quoy,GaimardelGaudichaud. Un séjour de trois 
mois danslesMariannesfutemployéparFreycinelà réu- 
nir une masse considérabledematériauxsurleurhistoire 
ancienne et moderne, sur leur topographie, leur com- 
merce, l'industrie, la langue, les mœurs et coutumes 
de leurs habitants. La sévère interdiction imposée aux 
matoua ou nobles, non seulement de s'allier avec des 
filles plébéiennes ou mangatchangs , mais même de 
prendre des concubines parmi elles, fournit au naviga- 
teur français des pages louchantes sur les suites de ce 



( 5*i ) 

préjugé. En quittant les Iles Mariannes, PUranie viAita 
les lies Sandwich, où les officiers de la corvette firent des 
observations de magnétisme et d'astronomie, tandis que 
M. Duperrey s'occupait plus spécialement de faire la 
géographie de la baie de Kohaïhaï et du port d'Onorou- 
rou, et que les deux médecins et M. Gaudichaud parcou- 
raient le pays en examinant les productions de la nature . 
Entrésle 7 octobre dans l'hémisphère sud,on détermina, 
le 19, la position géographique des lies du Danger, et 
deux jours après, étant à l'est des îles des Navigateurs, 
on découvrit un Ilot entouré de récifs qui n'était point 
marqué sur les cartes ; Freycinet l'appela lie Rose, du 
nom de sa femme. Il rectifia ensuite la position de l'Ile 
Pylstaart et des lies Howe, et entra, le 18 novembre, 
dans la rade de Sidney. On séjourna un peu plus d'un 
mois dans la Nouvelle-Galles du Sud; pendant ce temps 
différentes excursions furent faites dans l'intérieur, et 
Freycinet amassa une ample récolte d'observations. 
Réunies à celles qu'il avait recueillies pendant son pré* 
cèdent voyage dans les mêmes lieux et aux informa- 
tions puisées dans des documents publiés ou inédits, 
elles l'ont mis plus tard en état de tracer un tableau 
presque complet de la rapide et vaste colonisation de 
la Nouvelle-Hollande et de présenter l'ensemble des éta- 
blissements anglais dans l'Australie. Considérant alors 
les instructions qu'on lui avait données comme accom- 
plies, le commandant de VUranie fit mettre à la voile 
pour retourner en France. Le 4 janvier 18*0, la cor- 
vette se trouvait encore à l'ouest de la Nouvelle-Zé- 
lande , le 6 février elle doubla le cap Horn , et le 7 elle 
laissa tomber l'ancre dans la baie de Bon-Succès. Frey- 
cinet se disposait à faire mettre les embarcations à 
la mer pour satisfaire h l'impatience des observateurs , 



( 522 ) 

lorsqu'un vent furieux porta VUranie en dérive sur les 
brisants; elle ne dut pour le moment son salut qu'à la 
promptitude avec laquelle il fit couper le câble. Mais nos 
navigateurs étaient réservés à une plus cruelle épreuve- 
On venait d'atteindre la baie Française, située dans 
Tune des Malouines, avec une mer belle et une brise 
agréable,lorsque /' Uranie frappa tout à-coup sur une ro- 
che sous-marine , semblable à une cime de clocher. On 
parvin t à la dégager; mais les morceaux de bordages ré- 
pandus à la surface de la mer prouvèrent bientôt au 
commandant que la corvette venait de recevoir une ava- 
rie extrêmement grave dans sa carène. Malgré le jeu des 
pompes, l'eau allant toujours croissant dans la cale, le 
danger devint bientôt imminent. Voulant sauver du 
moins l'équipage et les travaux de l'expédition , Frey- 
cinet profila d'une légère brise pour éviter les rivages 
rocailleux et escarpés qu'on prolongeait, et parvint 
ainsi à s'échouer sur une partie de la côte qui offrait 
plus de sécurité. Par ses soins, les journaux et les pa- 
piers de l'expédition furent immédiatement mis en 
sûreté, et l'on sauva heureusement tous les travaux 
exécutés et les collections , à l'exception de quelques 
caisses d'échantillons qui se trouvaient dans la cale. Les 
naufragés restèrent quelque temps incertains du sort 
qui les attendait sur ces plages lointaines et dénuées 
de ressources. D'une partie des débris de VUranie on 
construisit une petite barque à laquelle on donna d'un 
commun accord le nom de VEspèrance % et M. Duperrey, 
auquel le commandement en fut confié , allait se di- 
riger avec elle sur le Rio de la Plata pour réclamer des 
secours 9 lorsque des cris de joie se firent entendre. 
Un navire était signalé , et bientôt en effet un sloop 
sous voiles paru ta l'entrée delà baie : c'était le Pingouin. 



( 5*3 ) 

Peu de jours après on eut connaissance d'un second 
bâtiment anglo-américain» le Mercury ■, de 2S0 ton- 
neaux, que Freycinet fréta d'abord jusqu'à Rio-Janeîro, 
et dont il acquit ensuite définitivement la propriété, 
au nom de son gouvernement. Il en prit le comman- 
dement, le 8 mai, dès son arrivée à Montevideo, et 
changea son nom en celui de la Physicienne. Le i3 sep- 
tembre on toucha à Rio-Janeiro, et l'on découvrit les 
cotes de France dans les premiers jours de novembre. 
Après une courte apparition à Cherbourg , Freycinet 
entra, le i3 de ce dernier mois, dansie port du Havre, 
où il débarqua les précieuses collections de sa belle cam- 
pagne, qui n'avait pas duré moins de trois ans et deux 

mois. 

Traduit devant un conseil de guerre maritime, pré- 
sidé par le vicomte de Lamarre de la Millerie, capitaine 
de vaisseau , Freycinet fut non seulement acquitté à l'u- 
nanimité, le 1 6 décembre 1820, mais il reçut encore du 
président, parlant au nom du Conseil, les plus grands 
éloges pour la conduite qu'il avait tenue dans son nau- 
frage et dans les circonstances qui en furent la suite. 
Admis peu de jours après en audience particulière 
dans le cabinet du roi Louis XVIII , ce prince lui dit 
en le congédiant : « Vous êtes entré ici capitaine de 
• frégate, vous en sortirez capitaine de vaisseau. Mais 
» ne me remerciez point» dites-moi ce que Jean Bart 
» répondit à Louis XIV qui Tenait de le nommer chef 
» d'escadre : Sire, vous avez bienfait. • Le brevet de 
son nouveau grade fol expédié le 3o décembre. A peine 
rendu à Paris, Freycinet ayant déposé, avee l'autorisa- 
tion du ministre de la marine , tous les manuscrits de 
l'expédition, formant trente et un volumes in-f°, au 
secrétariat de l'Académie des sciences , ce corps sa- 



( 524 ) 

vant s'empressa de charger une commission spé- 
ciale (i) de lui faire un rapport sur l'ensemble -des 
travaux exécutés pendant le voyage de l'Uranie autour 
du monde. Il résulte dé ce rapport, présenté, le s3 avril 
1821, par M. Ara go, qu'aucune partie des sciences phy- 
siques, nautiques ou naturelles n'avait été négligée ; 
que la multitude des observations de tout genre faites 
par Freycinet et par ses collaborateurs , et le grand 
nombre d'objets divers rapportés, montraient quels 
avaient dû être leur zèle et leur constance. Bien que 
l'Académie , en adoptant les conclusions de sa com- 
mission, eût témoigné comme elle le désir qu'une 
prompte publication fit bientôt jouir les sciences des 
résultats qu'elles devaient retirer de ce voyage , 
ce ne fut cependant qu'à la fin de l'année que 
Freycinet put obtenir, avec l'autorisation de mettre 
au jour ses travaux, les fonds nécessaires à l'exé- 
cution d'une aussi vaste entreprise. Il s'occupa alors 
de la classification des divers matériaux recueillis par 
ses collaborateurs et par lui , en indiquant nominati- 
vement ceux qui les avaient fournis. Il se lit une loi 
d'examiner avec soin tous les journaux, de faire servir 
au perfectionnement de son travail ce qu'ils contenaient 
d'important et d'utile, et de formerdu toutun corps mé- 
thodique et régulier. A dater du retour de la Physi- 
cienne en France , Freycinet consacra tous ses instants 
à la rédaction des travaux de l'expédition , et c'est à 
ce moment qu'on peut dire que se termine son service 
actif dans le département de la "marine. II méditait 
cependant une autre exploration scientifique dans 
laquelle il nous avait proposé de l'accompagner comme 

(1) Cette commission était composée de MM. cl? Humbolclt, 
Covier, Desfontaines , de Hossel , Biot, Thénard, Gày-Lussac et Àrago. 
Ce dernier en fut nommé rapporteur. 



( 5a5 ) 

historiographe de l'expédition ; mais quoique ap- 
prouvée par le gouvernement, on n'y songea bientôt 
plus, sans doute par suite de changements survenus 
dans le ministère. Ce fut en 1891 que Freycinet con- 
courut avec les Malte-Brun , les Walckenaer, les Ros- 
sel, les Fourier, etc., à la formation de la Société 
de géographie, dont il fut longtemps un des membres 
les plus assidus et les plus utiles. En i8a6, l'Académie 
des sciences, dont il était depuis onze ans (181 5) le 
zélé correspondant , l'admit dans son sein , section de 
géographie et de navigation. L'année suivante, la 
Société royale d'Edimbourg l'associa *à ses travaux, et 
le 10 février i83o il fut élu à la place que la mort du 
contre-amiral de Rossel laissait vacante au Bureau des 
longitudes. Il était depuis longtemps membre de plu- 
sieurs autres Sociétés savantes de France et de l'étran- 
ger. Une commission , chargée de préparer les règle- 
ments intérieurs d'une école d'application de marine 
ayant été créée en 1826, sous la présidence du baron 
de Mackau , Freycinet en fit partie ; et, sur la demande 
pressante de M. Sganzin, inspecteur général des ponts 
et chaussées, président de la commission consultative 
des travaux de la marine , il fut aussi attaché à cette 
commission au mois de mars i83o. Malgré la multi- 
plicité de ses occupations, Freycinet fût, sans doute, 
parvenu à terminer plus promplement la publication 
des travaux de l'expédition de VUrarde et de la Physi- 
cienne , dont nous devons reconnaître que la lenteur a 
été excessive (1), s'il n'eût été dominé par des scru- 
pules trop consciencieux qui lui faisaient toujours 

(1) En effet, commencée à la fin de 1821 , la première partie du 
1 er volume de la Relation historique du Voyage ne parut qu'en 182 5 
et la deuxième en 1828; la première partie du tome H n'a été pu- 
XX. DÉCEMBRE. l3. 34 



( 5s6 ) 

craindre de ne jamais faire asseï bien, et s'il n'eût pas 
voulu , par ce molif , mettre à profit, après une sévère 
discussion , toutes les informations publiées pur d'au* 
très sur les sujets traités par lui. L'insuffisance de ses 
ressources pécuniaires , et des malheurs qui survinrent 
à M. de Freycinet et s'enchaînèrent à partir de 1828, 
époque à laquelle on lui supprima tous frais de bu* 
reau , furent des raisons bien autrement influentes qui 
amenèrent cettedéplorable lenteur. Vers i83o, madame 
de Freycinet éprouva une longue et gravemaladie ; en- 
viron deux ans après, son mari fut mis à la retraite, et 
presque en mente temps il perdit ses économies dans 
plusieurs faillites qui atteignirent également son frère. 
Sur ces entrefaites le choléra survient : attaqué de ce ter* 
rible fléau , il lui échappa grâce aux soins éclairés de 
M. Gaimard, son ami et son compagnon de voyage qui 
venait tout récemment, par ordre du gouvernement 
français, d'étudier le cholera-morbus en Russie, en 
Prusse et en Autriche, et grâce surtout au dévouement 
héroïque de madame de Freycinet, qui , malade elle- 
même â cette époque, ne voulutcependant pas quitter un 
seul instant son chevet et succomba â la peine (1). La 

blîée que l'année suivante, et ce n'eut qu'en 1839 que l'impression 
des deuxième et troisième parties de ce dernier volume a été termi- 
née. On a publié en outre, savoir : en 1 824, deux volumes consacrés à 
la zoologie ; en 1826, deux volumes de botanique, deux volumes 
tf hydrographie et un volume d'observations du pendule; en i84> « 
un volume de magnétisme, et, enfin, en i844> un volume de météo» 
rologie*. Les parties historique , hydrographique, botanique et zoolo- 
gique, sont accompagnées chacune d'un atlas. 

(1) Rose Marie Pinon , née à Saint~Jjilien-de-Sault, département 
de l'Yonne, le 29 septembre 1794» fut élevée à Paris et reçut une 
éducation extrêmement soignée. Elle épousa, le 6 juin 1814, Louis 
de Freycinet, à cette époque capitaine de frégate. Trois ans à peine 
s'étaient écoulés depuis leur mariage , lorsque Freycinet obtint le 
commandement de l'expédition de l'Uranie. Quoique d'un caractère 



(4»7) 
perle de cette épouse aussi bonne et aussi aimable que 
spirituelle» et plus tard la mort du contre-amiral son 

doux, réservé et même un peu timide, madame de Freycinet, toujours 
prête à se dévouer pour ceux qu'elle affectionnait, eut la première 
l'idée de suivre son mari dans le voyage de long cours qu'il allait 
entreprendre. Il repoussa d'abord la proposition qu'elle lui en fit; 
mais ensuite le vif attachement qu'il avait pour elle le détermina à 
céder à $eê pressantes instances. Nullement effrayée des dangers 
qu'elle pouvait courir, elle fit avec calme ses préparatifs de départ. 
Dès que ses effets furent embarqués , elle se rendit le soir à bord, ha- 
billée en homme , pour tromper les yeux de ceux qui composaient 
l'équipage de VUranie^ et ce ne fut qu'après la relâche qu'on fit à 
Sainte-Croix de Ténériffe (27 octobre 1817) qu'elle reprit, pour 
ne plus les quitter, les vêtements de son sexe. Sa santé fut 
parfaite pendant tout le voyage , et elle n'éprouva pas un seul 
instant le mal de mer. Aux moments de danger, elle montra là 
plus grande fermeté, et, dans la situation quelque peu difficile 
qu'elle s'était faite, elle sut par sa réserve, par sa modestie et par 
son excellent esprit, s'attirer l'estime et exciter l'admiration* non 
seulement de tous les officiers du bord , mais aussi de tous les étran - 
gers qu'elle rencontra pendant cette longue navigation. Chaque fois 
que la corvette touchait à un port, et qu'on y apprenait que la femme 
du capitaine était à b«rd, tous les gouverneurs ou capitaines anglais, 
espagnols , portugais , hollandais s'empressaient de l'accueillir avec 
la plus grande distinction. Tous organisaient des fêtes en son honneur ; 
tous auraient voulu posséder le plus longtemps possible l'aimable 
Française qui n'avait pas craint de se hasarder sur l'Océan pour venir 
les visiter ; et plusieurs, parmi lesquels nous citerons M. Matlac , de 
l'Ile de France, composèrent des pièces de vers en son honneur. 

« Notre traversée de Sidney au cap Horn, dit-elle dans une lettre 
» qu'elle écrivait de Montevideo à sa sœur, sous la date du 14 mai 

• 1890, avait été superbe, et nous avions déjà atteint le mouilla*"» 
» de ta baie du Bon-Succès, de Cook, qui n'en est pas très loin, et 
» où Louis devait faire quelques observations. Mais à peine étions- 

* nous mouillés qu'un coup de vent affreux se déclara et nous fit 
» chasser sur des roches qui bordent le rivage ; nous y eussions infail- 
m liblement péri si Louis n'eût eu la présence d'esprit de faire couper 
» les câbles et de faire de la voile. Nous n'étions plus alors qu'à une 
» longueur de la corvette delà terre rocailleuse qui bordait le rivage. 



( 528 ) 

frère et son meilleur ami, répandirent la tristesse sur les 
derniers moments de sa vie et en abrégèrent le cours. En 

» Nous fûmes heureux d'en être (Quittes pour trois jours de mauvr.U 
» temps!... » 

Au moment où VUrunie fuyait ce danger et passait à une petite 
distance de* récifs sur lesquels elle aurait pu se briser, madame de 
Freycinet a raconté souvent que > connaissant toute l'étendue du dan- 
ger, elle avait cependant conçu un vif désir d'observer tout ce qui 
arriverait. La tète appuyée sur sa main, respirant a peine r elle suivait 
avec une attention inquiète autant qu'avide tout ce qui se passait; 
mais afin d'éviter qu'aucun cri ne vint à trahir sa frayeur, elle avait 
placé un doigt sur sa bouche. Dans sa préoccupation , ce doigt s'en- 
fonça insensiblement entre ses dents qui y pénétrèrent si profondé- 
ment que bientôt le sang ruissela le long du bras ; ce ne fut qu'alors 
qu'elle s'aperçut de l'état dans lequel elle s'était mise. 

Lorsque la corvette fitinaufrage aux îles Malouines, madame de 
Freycinet, malgré les instances de son mari, ne voulut pas se séparer 
un instant de lui, et comme il ne quitta le navire que le dernier,, ainsi 
que son devoir l'y obligeait, elle ne débarqua r elle aussi, qu'après 
que tout l'équipage fut en sûreté sur le Fi v âge. Tous, en k voyant, 
au moment le plus terrible du naufrage restaient frappés de sa rési- 
gnation et de cet admirable courage que les femmes montrent 
si souvent dans les grandes circonstances. Accablé d'inquiétude et 
de fatigue, et couché sous une tente où pénétrait la pluie, Frey- 
cinet, dont la santé était déjà altérée, tomba dangereusement ma- 
lade , et pendant huit jours on craignit pour sa vie» La position de 
madame de Freycinet était affreuse, car à la crainte de perdre celui 
pour lequel elle s'était pour ainsi dire sacrifiée > se joignait celle de 
rester à vingt-six ans seule femme avec ia5 hommes, sans protection 
et ignorant si elle pourrait jamais quitter ces tristes parages. Les mo- 
ments d'angoisses qu'elle éprouva alors furent affreux ; sa confiance 
absolue dans la Providence put seule soutenir son courage. Enfin M. de 
Freycinet se rétablit, et on ne tarda pas à rentrer en France» L'auteur 
de cet article, ami du commandant de CUranie, a vu souvent madame 
de Freycinet et a pu apprécier ses excellentes qualités , son esprit 
vif et piquant ; il regrette de ne pas avoir pris note des curieux détails 
qu'elle donnait avec autant de simplicité que de modestie sur ce qui 
l'avait frappée pendant ce long voyage, sur ses entrevuesavec les sa»- 



dehors de la force morale qu'il puisait dams ses senti- 
ments religieux 9 le travail était encore la seule distrac- 
tion possible à ses mortels chagrins, auxquels il eût 
succombé sans les soins affectueux et assidus de ma- 
dame Lamothe, sa nièce, auprès de laquelle son âme 
brisée s'était réfugiée après la mortde sa femme. Ses 
publications, un instant suspendues en i833, furent 
reprises en 1839, lorsque l'illustre secrétaire perpé- 
tuel de l'Académie des sciences , juste appréciateur de 
son inertie -, lui eut fait accorder une allocation 
convenable. Il venait de terminer ses Recherches sur 
les eaux d'Jix, dont le manuscrit est prêt à être 
imprimé , et il s'occupait de la mise en ordre des der- 
nières parties de son voyage , dont il entrevoyait en- 
fin le terme, lorsque Je 18 août i84*. il succomba à 
un anévrisme au cœur, dans sa terre deFreycinet. 
Peu de mois auparavant, le ministre de la guerre l'avait 
désigné pour faire partie de la commission scientifique 
chargée de la publication des documents recueillis sur 
l'Algérie. Trois parties du dernier voyage de Freycinet 

vages des «les que l'expédition visitait, etc-, etc.. Elle a décrit les 
sensations que tant d'objets nouveaux avaient faites sur elle, dans 
•des lettres écrites à sa famille, que son mari avait, dit-on, réunies 
pour les publier peut-être un jour, et que nous n'avons pu nous pro- 
curer; nous savons seulement qu'elle y rend ses impressions de la tua-* 
nière la plus piquante. Le choléra s'étant déclaré à Paris, madame 
•de Freycinet, déjà malade depuis dix mois d'une gastralgie, voulu* 
soigner son mari que le terrible fléau avait atteint. Elle ne tarda 
pas à en être victime, et, le y mai i83i, elle mourut, en se félicitant 
d'avoir sauvé celui dont l'existence lui semblait bien plus précieuse 
que 1a sienne propre. Nous avons vu qu'un îlot découvert pendant 
le voyage a reçu le nom d'île Rose; une fort belle* colombe aussi a 
été appelée Pinon en l'honneur de 4a femme du -commandant de IV- 
mnie. 



( 65o ) 

restaient à paraître au moment où il a été enlevé à la 
science, le magnétisme, la météorologie et le volume 
des langues de l'Océanie , et en particulier des langues 
des fies Mariannes. Grâce aux efforts réunis de M. Louis, 
René de Freycinet, fils du contre-amiral son frère, an* 
jourd'hui enseigne de vaisseau» et de H. Félix La- 
mothe, mari de l'une de ses nièces, les savants pos- 
sèdent en ce moment les volumes qui traitent du ma- 
gnétisme et de la météorologie. Hais il est à craindre 
qu'il n'en soit pas ainsi de longtemps du volume des 
langues * bien que les fonds destinés à son impres- 
sion aient été votés par les Chambres. Cependant si 
ce volume était terminé, ce serait peut être celui qui 
ferait le plus d'honneur à la mémoire de Freycinet, 
et qui aurait le plus d'utilité réelle, surtout dans 
les circonstances actuelles, puisqu'il doit contenir, 
outre des collections plus ou moins riches de mots 
et de phrases recueillis avec soin chez les différentes 
peuplades de l'Océanie et de la Polynésie , un dic- 
tionnaire raisonné et complet de la langue parlée 
par les tribus de l'archipel des Mariannes. Ce fut à 
Guaui, dans les archives du gouvernement local , qu'il 
avait eu la permission de visiter, que Freycinet eut 
le bonheur de découvrir un manuscrit vermoulu es- 1 
pagnol-mariannais , dont il se fit céder la posses- 
sion. Dû aux patients travaux des anciens mission* 
naires espagnols, ce manuscrit, d'autant plus pré- 
cieux que l'exemplaire est unique « forme 3 volumes, 
offrant un ensemble d'environ a4oo pages , rem- 
plies de mots, de locutions et de phrases dont tous les 
éléments ont été disséqués et analysés. C'est le princi- 
pal document employé par Freycinet pour son travail 
sur les langues des peuples qu'il a visités. Il aurait dû 



( ô3i ) 

naturellement trouver place dans le cadre historique ; 
mais les matériaux recueillis étant très nombreux» on 
a jugé plus convenable de le réunir avec les vocabu- 
laires dans un ouvrage spécial qui sera en quelque 
sorte, s'il est un jour publié, le complément naturel 
et indispensable de la relation (1). 

(i) Le manuscrit original du dictionnaire des langues mariannaises 
qui porte en marge la date de 1769 /comme ayant appartenu à cette 
époque au père Antonio de la G oncepeion, récollet Augustin (exem- 
plaire unique , et dont la copie même ne s'est plus retrouvée à Guam 
lorsque M. Dumont-d'Urvilie a voulu le consulter) est aujourd'hui 
dans un état pitoyable. Beaucoup de feuillets en sont détachés, 
vermoulus , corrodés par l'eau de mer , et en grande partie effa- 
cés par un flottement de plus de vingt années d'usage , malgré 
tous les soins qu'on a mis à s'en servir. De son côté, le texte 
du dictionnaire Mariannais - Français est distribué sur plus de 
quinze mille bulletins chargés de phrases traduites et de remar- 
ques. Ce texte, n'étaut encore que le produit brut d'une première ré* 
daction, a besoin d'être achevé d'abord, ensuite revu, corrigé et re- 
copié avec soin avant d'être livré à l'impression. En outre, les obser- 
vations grammaticales sont aussi pêle-mêle sur des feuilles volantes. 
Laisser tous ces matériaux dans cet état, c'est vouloir qu'ils soient 
bientôt éparpillés, jetés au vent et entièrement perdus pour la science. 
Il serait bien à désirer que , puisque des fonds ont été alloués pour 
l'impression de ce dictionnaire, M. Gros, homme de lettres distin- 
gué , qui pendant dix-sept ans a concouru , sous les ordres de M. de 
Freycinel, au travail philologique relatif aux langues des Marianne» 
et de l'OcéVnie , pût enfin y apporter la dernière main. C'est un 
vœu que pous croyons devoir former. Il paraîtrait que ce manuscrit, 
ainsi que les autres matériaux apportés par M. L. de Freycinel et de.'* 
tinés à composer un volume contenant tous les vocabulaires des lan- 
gues du Grand-Océan , sont restés, par suite de quelque mal entendu, 
entre les mains des héritiers de cet officier, au lieu d'être conservés 
dans un dépôt public jusqu'à leur impression. Espérons qu'on ne 
tardera pas à demander la restitution de ces importants documents, 
propriété, non du commandant de VUranie on de ses héritiers, mais 
du gouvernaient qui a ordonné l'expédition et payé tous les frais, 
et que leur publication ne se fera pas plus longtemps attendre. 



( 55a ) 

D'un caraclère grave» réservé, cl même un peu 
sévère, quoique naturellement bienveillant, Louis de 
Freycinet , excellent marin et savant distingué , était 
extrêmement laborieux. Nommé en 181 4 chevalier 
de Saint-Lcfuis et membre de la Légion - d'Honneur, 
il avait été élevé, le 19 août i8»4» au grade d'offi- 
cier dans ce dernier ordre, et, le 20 décembre i83a, 
il en Tut nommé commandeur. Outre les ouvrages dont 
je viens d'avoir l'honneur de vous entretenir et qui ont 
été publiés, et ceux qu'il laisse encore en manuscrit, 
Freycinet a enrichi de bons mémoires les recueils de 
différentes Sociétés dont il était membre. Il serait au 
moins inutile aujourd'hui de vous en donner la no- 
menclature ; j'aime mieux vous parler de son frère 
dont j'ai déjà commencé d'esquisser la biographie. 

Freycinet (Louis- Henri Desaulses. baron de) , contre- 
amiral, frère aîné du précédent, était comme lui de 
Montélimart, où il naquit le 3i décembre 1777. Nous 
avons vu que les deux Frères reçurent ensemble la 
même éducation , qu'ils entrèrent ensemble dans la 
carrière de la marine, qu'ils y obtinrent les premiers 
grades les mêmes jours jusqu'à celui de lieutenant de 
vaisseau inclusivement, et par des ordonnances col- 
lectives. Nous avons vu aussi qu'ils naviguèrent presque 
toujours sur les mêmes bâtiments, que t< us deux firent 
partie de l'état-major du capitaine Baudin , dans son 
Voyage de découvertes aux terres australes , et enfin , 
qu'ils ne se quittèrent que dans les derniers mois de 
i8o5, époque à laquelle Louis de Freycinet dut se 
rendre à Paris pour y rétablir sa santé, tandis que son 
frère Henri continua de tenir la mer à bord du brick 
le Phaéton dont il avait le commandement. C'est à par- 
tir de cette première séparation qui les éloigna pour 



( 553 ) 

ainsi dire à toujours l'un de l'autre que je vais m'oc- 
cuper exclusivement de Henri de Freycinet. Après avoir 
navigué quelque temps dans l'Escaut et croisé sur les 
côtes d'Angleterre avec le brick le Phaèton , ayant en 
même temps sous ses ordres le Voltigeur et une division 
de flottille, Henri de Freycinet fit , avec ces deux bricks, 
une campagne aux colonies françaises des Antilles. .11 
se trouvait au commencement de mars 1806 à la 
Guyane, où il sut gagner par sa conduite l'estime du 
gouverneur : « C'est un officier , disait Victor Hugbes 
» au ministre en parlant de Freycinet • qui doit un jour 
• faire honneur à la marine par ses talents» son courage 
»et son dévouement.» Ce fut après avoir rempli la 
mission qui l'avait appelé dans cette colonie, et en re- 
venant de la Martinique, qu'il soutint , contre le brick 
anglais le Rein-Deer, un long combat pendant lequel 
il eut la jambe fracassée. Ce bâtiment venait à peine 
de s'éloigner pour ne plus revenir, lorsque Freycinet 
fut rencontré , en vue de Saona , près de Santo-Do- 
mingo, où il avait l'ordre de se rendre, parla frégate 
anglaise la Pique (1) et par une goélette de guerre de 
la même nation qui lui donnèrent immédiatement la 
chasse. Déjà affaibli par le premier engagement, et 
hors d'état de résister à des forces aussi supérieures , 
Freycinet dut mettre, ainsi que sa conserve, toutes 
voiles dehors pour les éviter. Mais lorsqu'il vit que ses 
efforts étaient vains et que l'ennemi le gagnait de vi- 
tesse, il n'hésite plus alors sur ce qu'il doit faire; il 
prend une résolution intrépide, communique son ar- 
deur à son équipage, et aborde audacieusement la 
frégate qui semblait attendre qu'il baissât pavillon. 

(i) La Pique était armée de 34 canons de 18 «t de 14 caronades 
de 3a. 



( 534 ) 
Quelque inégale que fût la lutte, Freycinet la soutint 
longtemps pour ainsi dire corps & corps; mais la for-* 
tune trahit son courage. Il avait déjà perdu beaucoup 
de monde; M. Ransonnet, son second» venait de re- 
cevoir deux coups de feu en voulant monter à l'abor- 
dage , et lui-même avait eu l'épaule traversée par un 
biscayen et le bras droit emporté par un boulet» qu'il 
continuait de résister encore. Ce ne fut qu'en voyant 
le Pliaéton prêt à couler bas qu'il pot se déterminer» 
en cédant à une triste nécessité» à rendre son bâti- 
mentàl'ennemi(i). Cet événement si honorable, quoi- 
que malheureux» eut lieu le 96 mars 1806 (*). Em- 
mené prisonnier à la Jamaïque où les habitants lui 
firent le plus noble accueil, il ne tarda pas à être 
échangé et fut transporté le 1 a juin à Santo-Domingo. 
Enthousiasmé de l'activité et de l'intelligence de Frey- 
cinet, le capitaine-général Ferrand présagea de hautes 
destinées au jeune marin » lorsqu'il quitta la colonie 
pour aller en France se rétablir de ses blessures. 
Nommé capitaine de frégate le 12 juillet 1808 , il ob- 
tint, à la fin de l'année suivante, lorsqu'il fut en 
état de reprendre la mer, le commandement de la 
frégate l'RUsa* Rencontré par une division anglaise, 
Freycinet pour l'éviter alla relâcher à la Hougue où 
un coup de vent fit échouer son bâtiment. En cet état 
néanmoins il combat les forces infiniment supérieures 
qui ne tardent pas à le bloquer. Sous le feu de leurs 

(1) Le Foltigeur se rendit quelques instants après. 

(2) Ce beau combat a été représenté par M. Gilbert, peintre de 
marine, dans un tableau en la possession de M. Louis de Freycinet, 
enseigne de vaisseau, fils du contre-amiral, d'après les indications 
fournies par le capitaine de vaisseau Ransounrt, qoi avait été pré- 
sent à l'action , en qualité de second. 



( 555 ) 

batteries qui le canonnent cinq jours consécutifs» le 
brave et habile commandant de VElisa réarme sa fré- 
gate et soutient un second combat avec les batteries 
flottantes. Il appareille de nouveau par un temps forcé 
dans la nuit du %% décembre (1810); mais obligé de 
serrer la côte de très près , une méprise du pilote en* 
traîne la perte de VÉlisa sur un banc de roches 
entre l'Ile Tatihou et Rcville, près la Hougue. Le 
as janvier 181 1, Freycinet, traduit devant un conseil 
de guerre maritime, tenu à la Hougue même, fut, 
on doit le concevoir, honorablement acquitté. Au mois 
d'avril suivant il fut envoyé à Mayence avec deui offi- 
ciers pour surveiller une levée de matelots du Nord, et 
en 1819 il s'embarqua comme commandant en second 
sur le vaisseau le Régulus. Il passa ensuite avec la même 
qualité sur lePatriote, à bord duquel il se trouva pen- 
dant près dedeuxans avec l'escadre en rade de l'Iled'Aix, 
en présence continuelle des forces anglaises très sou- 
vent sous voiles et en fréquents mouvements de guerre. 
Nommé en 1814 commandant la compagnie provisoire 
des gardes du pavillon du Grand Amiral, il fut attaché 
au département de Rochefort. Ce fut pendant son se- 
jour dans ce port qu'il épousa mademoiselle Clémen- 
tine Bérard , fille d'un capitaine de vaisseau. Le 10 juil- 
let 1816 ilobtintlui-mêine ce grade, et exerça pendant 
quelques jours les fonctions de major général (1), puis 
celles de commandant des élèves de la marine (2) en 
remplacement de M. de Sérigny. 

Appelé h Paris, au mois d'août 1820, Freycinet apprit 
à son arrivée que le roi l'avait nommé commandant et 
administrateur de l'île de Bourbon (5). C'était une nou* 

(i) Du ao septembre ou ta octobre. 

(a) 5 janvier 1818. 

(3) i3 septembre 1820, ministère du* comte de Chabrol. 



( 556 ) 

velle carrière qu'il allait parcourir et dans laquelle il de- 
vait également servir avec la plus grande distinction. Il 
se rendit immédiatement à son poste» et pendant six ans 
qu'il l'occupa, il s'appliqua à seconder l'impulsion qui a 
conduit à un état prospère la colonie dont la direction 
lui était confiée. Il n'est point d'amélioration possible 
qu'il n'y ait fait exécuter. Réunissant la fermeté et Tin* 
tégrilé à la plus extrême bienveillance, il sut, tout en 
remplissant ses obligations envers le gouvernement, 
se concilier l'estime et l'affection des colons, qui lui 
en donnèrent un témoignage éclatant en lui offrant à 
son départ de Bourbon un magnifique service en ar- 
genterie, dont chaque pièce portait, outre les armes 
delà colonie, cette inscription : A Henri de Freycinet Vile 
de Bourbon reconnaissante. Lorsque le nouveau système 
de gouvernement colonial fut introduit dans cette colo- 
nie, on pensa qu'il pourrait y avoir des inconvénients à y 
confier des pouvoirs restreints etlimités à un gouverneur 
dont l'autorité avait été jusqu'alors en quelque sorte ab- 
solue , et il reçut la destination de Cayenne, où il fut 
installé au mois de février 1897 comme gouverneur de 
la Guyane française. De même qu'à Bourbon, Freycinet 
s'attacha et parvint à concilier ses devoirs, quelquefois 
rigoureux comme représentant le gouvernement de la 
mère-patrie, avec ceux, qui n'étaient pas à ses yeux 
moins sacrés, de contribuer autant qu'il dépendait de 
lui au bonheur des habitants de la colonie : aussi lui 
étaient-ils sincèrement attachés. C'est surtout grâce au 
zèle et à la franchise avec lesquels il entra dans les vues 
du gouvernement et à son esprit d'ordre et de conci- 
liation, qu'on a attribué le fait que la Guyane est une 
des colonies françaises où la nouvelle organisation ad- 
ministrative marche avec le plus de régularité. Pour 



( 53 7 ) 
récompenser à la fois ses anciens services el ceux qu'il 
venait loul récemment de rendre, Freycinel reçut, avec 
le litre de baron, le grade de contre- amiral ( «6 no- 
vembre 1828), et fut appelé le même jour au gouver- 
nement de la Martinique ♦ en remplacement du comte 
de Bouille. 11 avait k peine résidé un an dans cette co- 
lonie , où il ne laissait que des souvenirs affectueux et 
honorables, lorsque des motifs de santé le rappelèrent 
en France au mois de mars i83o. Les mêmes motifs 
le déterminèrent peu de mois après (août) à donner 
sa démission. Elle fut acceptée avec regret , et il resta 
deux ans retiré des affaires ; mais à ce moment son 
étal se trouvant amélioré , il accepta au mois de juillet 
i»3a le poste qui lui fut offert de major-général de la 
marine à Toulon , en remplacement de M. Ducrest de 
Villeneuve, appelé à servira la mer. Le 1" janvier i834, 
il fut chargé de l'intérim de la préfecture mari- 
time de Toulon , et quatre mois et demi plus tard 
(i5 mai) on le nomma préfet maritime à Rocheforl(i). 
Depuis six ans environ, il remplissait ces fonctions 
importantes avec un zèle et une assiduité que ni le be- 
soin de sa santé ni ses affaires domestiques ne pou- 
vaient arrêter un instant, car jamais et sous aucun 
prétexte il ne retarda d'un jour l'expédition de la 
moindre affaire, lorsque ses anciennes blessures se 
rouvrirent. Sa maladie eut une courte durée, et quel- 
ques heures avant la mort qui l'enleva, le 3 1 mars 1 84o, 

(ï) L'arsenal de Roche fort lai doit un amphithéâtre, une vaste 
bibliothèque, une salle des actes. La direction des travaux hydrau- 
liques a mûri sous son administration les vastes projets qui assu- 
rent l'avenir de cet arsenal; les fosses aux mâts, le bassin delà Vieille- 
Ferme , les halles aux forges , les défenses du fort Boyard sont de» 
titres à la reconnaissance des habitants. 



( 538 ) 

à sa pairie et à ses nombreux amis, au moment peut- 
être où il allait être appelé au poste le plus élevé de la 
marine , sa voix défaillante s'informait encore des af- 
faires de son service, et il exprimait le regret de ne 
pouvoir signer sa correspondance. Doué d 'une rare mo- 
destie et d'un désintéressement extrême, Henri de 
Frejcinet ne parlait jamais de ses services, de ses com- 
bats, de ses blessures, ni des témoignages d'estime 
qu'il avait reçus dans les pays qu'il avait gouvernés, 
et jamais aussi il ne s'occupa du soin de sa fortune et 
ne sollicita défaveurs. Aimant passionnément l'étude» 
il consacrait tous les moments dont il pouvait disposer 
à la lecture des classiques latins et à celle de nos 
bons écrivains, parmi lesquels Montaigne et Rabelais 
faisaient surtout ses délices. Nous avons vu, dans la 
notice consacrée à son frère , quelle part active il prit 
dans les travaux scientifiques des compagnons de Bau* 
din. Membre de la Société de géographie (i), aux pro- 
grès de laquelle il prenait un vif intérêt, ainsi que de 
l'Académie de Rochefort, il a lu dans ce dernier insti- 
tut des mémoires remarquables sur les parties les plus 
difficiles de l'art de la navigation, c Jeune homme, dit 
M. Lesson , il fut renommé par ses hautes études clas- 
siques; jeune marin, il parcourut les mers dans l'un 
des plus beaux voyages de découvertes que les Fran- 
çais aient entrepris ; militaire , il brava la mitraille qui 
le laissa mutilé; administrateur de nos possessions 
d'où Ire-mer, il joignit à une noble fermeté les capa- 
cités les plus rares , un désintéressement plus rare en- 
core ; il unit la sévérité à l'activité pour prévenir toute 
tentative de dilapidation, et la plus extrême btenveil- 

(i) H fut élu dans la séance générale du 26 mars i83o. 



( 55g ) 

iance. Son cœur ne battit jamais que pour les émotions 
les plus nobles et les plus pures; et, pour nfe servir 
des expressions de M. Bonnet de Lescure , maire deHo- 
chefort, uni au contre-amiral Freycinet par une an* 
cienne elconstanle amitié (1) , il laisse à ses deux fils (a) , 
qui suivent la carrière où des souvenirs si honorables 
sont attachés à leur nom , des exemples de dévoue- 
ment, d'honneur et de vertu, • 

(i) M. Bonnet de Lescure a prononcé un discours sur la tombe 
de l'amiral, et M. Lesson lui a consacré une notice nécrologique. 
Nous avons fait usage des renseignements contenus dans ces deux 
écrits insérés dans les Tablette* de Rochefort» 

(a; M. de Freycinet a laissé trois enfants : une fille mariée à 
M. Félix Lamothe , employé au ministère des finances , et deux fils ; 
l'aîné , enseigne de vaisseau a fait sa première campagne à Saint-Jan 
d'Ulloa, sous les ordres du prince de Joinville ; et l'autre est élève de 
première classe de la marine embarqué à Toulon, 



( 54o ) 

Compte-rendu des Recettes et des Dépenses de lu Société 
pendant V exercice 1812 1 843 . 



Recettes. 

Reliquat du compte de 1841-1842 ; 
intérêts des fonds placés ; souscription 
du Roi; renouvellement des souscrip- 
tions annuelles et produit des diplô- 
mes délivrés aux nouveaux mem- % 
bres; vente du Recueil des Mémoires 
et du Bulletin ; encouragement du 
Ministère du Commerce pour la pu- 
blication des Mémoires 1 2,659 l 7^° 

Dépenses. 

Frais d'agence, d'administration, 
de loyer; impression du Bulletin et 
gravure des planches ; médailles dé- 
cernées en 1843 io,5a4 65 



En caisse le i5 décembre 1843. 2,1 55 10 

Plus, une inscription de 600 fr. de 
rente 5 p. 1 00. 

Certifié par le Trésorier de la Société et approuvé par 
rassemblée générale. 



Signé Chafellier. 



Paris, le i5 décembre 1 843. 



(54i ) 



DEUXIEME SECTION 



Actes de la Société, 



EXTRAIT DES PROCÈS- VER h AUX DES SEANCES. 



PRÉSIDENCE DE II. JoMARD. 



Séance du x M décembre 1 843. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

M. le ministre du commerce adresse à la Société la 
suite des documents publiés par son département sur 
le commerce extérieur de la France. 

M. Ashbel Smith, chargé d'affaires du Texas à Paris, 
adresse ses remerciements à la Société, qui vient de 
l'admettre au nombre de ses membres. 

M. le D* E. Wappâus , assesseur de philosophie à la 
Faculté de Gcettingue , écrit à la Société pour lui of- 
frir la première partie d'un ouvrage qu'il publie sur 
les républiques de l'Amérique méridionale, et exprime 
le désir d'être admis au nombre de ses correspondants 
étrangers. La Commission centrale accueille avec in- 
térêt l'ouvrage de M. Wappâus, et prie M. Eyriès de 
lui en rendre compte ; elle décide en outre que son 
nom sera inscrit sur la liste des candidats pour les 
places de correspondant. 

XX. DÉCEMBRB. l4« 35 



( H* ) 

H. Challaye, vice-consul de France à Manille, adresse 
à la Société une carte hydrographique du lac et du vol» 
can de Taal de Bonbon (lie Luçon), levée en i83g, par 
MM. Halcon frères, d'après Tordre du gouvernement 
colonial. 

M. Jomard offre , de la part de M. Dubois de Mont- 
péreux , le 6 e et dernier volume du texte , et les li- 
vraisons 19 et 20 des planches de son voyage au 
Caucase. 

La Commission centrale vote des remerciements aux 
auteurs et aux donateurs, et ordonne le dépôt de leurs 
ouvrages à la bibliothèque. 

M. Berthelot lit une Notice sur la nouvelle édition de 
la Description des phares adressée à la Société par 
M. Goulier , et sur la publication de la grande carte 
générale qui doit accompagner cet ouvrage. La Notice 
de M. Berthelot est renvoyée au comité du Bulletin 
après quelques observations faites par M. Eyrièselpar 
M. de La Roquette , qui avait été chargé de rendre 
compte de cet ouvrage. 

M, Jomard lit une Notice historique sur JL-M» Ven- 
ture de Paradis, à l'occasion de la publication de sa 
Grammaire et de son Dictionnaire berbères dans les 
Mémoires de la Société. Sur la proposition de M« Roux 
de Rochelle , la Commission décide que cette Notice 
sera inscrite au nombre des lectures qui seront faites 
à l'assemblée générale du >5 décembre. 

Le même membre met sous les yeux de rassemblée 
une carte militaire italienne du xv« siècle , et annonce 
qu'il lira à la prochaine séance une Note sur ce mo- 
nument géographique du moyen-âge. 



( 543 ) 

Assemblée générale du 1 5 décembre i %i\h. 

La Société de géographie a tenu 6a deuxième assem- 
blée générale annuelle le vendredi, 1 5 décembre i845, 
à l'flôtel-de- Ville, sous la présidence de M. Cunin- 
Gridaine , ministre de l'agriculture et du commerce , 
président sortant , en l'absence, pour cause de mala- 
die, de M. l'amiral Roussin, président titulaire de la 
Société* Parmi les personnages de distinction qui assis* 
taient à cette séance, on remarquait, entre autres étran- 
gers, plusieurs ofGciers danois et norvégiens # et des 
membres de l'Université de Christiania. 

M. le ministre ouvre la séance par une allocution 
dans laquelle il rappelle , que Tan dernier, à pareille 
époque, il avait dû aux suffrages de la Société de géo- 
graphie l'honneur de présider l'assemblée générale. 
Une circonstance douloureuse le force aujourd'hui de 
remplacer l'illustre marin désigné pour occuper le 
fauteuil de la présidence. « Mon honorable ami, 
M. l'amiral Roussin , ajoute M. le ministre du com- 
merce, après avoir consacré sa vie tout entière au 
service de son paya, a vu dans ces derniers temps sa 
santé s'altérer ; il a été forcé d'aller demander au sol 
natal , loin des affaires pnbliquos, le repos nécessaire 
à son rétablissement, et tout fait espérer que bientôt 
il pourra revenir au milieu de nous* • 

H. de La Roquette , remplissant les fonctions de 
secrétaire , Ht le procès-verbal de la dernière assem- 
blée générale r et donne communication de la liste des 
caries et des ouvrages offerts à la Société. 

M. Berlhelot, secrétaire général de la Commission 
centrale, lit la Notice annuelle des travâûi de la So- 



( 544 ) 

ciélé et des progrès des sciences géographiques pen- 
dant Tannée 1843 ; il est interrompu plusieurs fois par 
de Tifs applaudissements. 

HM. Joinard et de La R oquette donnent lecture de 
Notices rédigées par eux ; le premier sur M. J.-M. Ven- 
ture de Paradis (1) , auteur d'une Grammaire et d'un 
Dictionnaire berbères , et le second sur MM. Louis et 
Henri de Freycinet, marins et voyageurs célèbres, que 
la Société s'honorait de compter au nombre de ses 
membres. Ces Notices sont écoutées avec intérêt. 

L'assemblée procède à l'élection du trésorier de 
la Société , dont la place est devenue vacante par 
le décès de M. Chapellier, ancien notaire. M. Ghapel- 
lier fils , notaire à Paris , est nommé au scrutin. 

La séance est levée à dix heures et demie. 

MEMBRE ADMIS DANS LA SOCIETE. 

Séance du i* r décembre i843. 
M. Anthelmb Costaz. 

OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ. 

Séance du 3 novembre i843. 

Par V Académie royale des Sciences de Berlin : Abhand- 
lungen der Rôniglichen Akademie der Wissenschaf- 
ten zu Berlin aus dein jahre 1 8 4 1 , 3 vol. in-4- — 
Bericht uber die zur Bekanntraachung geeigneten Ver- 
handlungen der Kôn. Akad. Juli 1 84 2 -j uni i843,in~8°: 

Par M* le ministre de la marine : Catalogue général 
des livres composant les bibliothèques du département 
de la marine et des colonies» tome V. Table alphabé- 

(1) La Notice de M. Jomard est placée en tête de la première partie 
du tome vu du Recueil des Mémoires , contenant la Grammaire et le 
Dictionnaire berbères de Venture. 



( 545 ) 

tique par noms d'auteurs et par lettres d'ouvrages ano- 
nymes, i vol. in-8°. 

Par M. le ministre de V agriculture et du commerce : 
Documents sur le commerce extérieur, n°* j5 à 88. 

Par M. Kriegk : Die Jesuiten und ihre mission Chi- 
quitos un Sùdamerika.Eine historisch-ethnographische 
Schilderung von Moriz Bach. Herausgegeben und mit 
einem Von/vote begleitet von D r Georg Ludwig Kriegk. 
Leipsig. i843, broch. in-8°. — Karte der Provinzen 
Mattogrosso, Cbiquilos, Otuquis, etc., entworfen von 
hernn J.-L. de Oliden zu seiner Reise auf dem Flusse 
Paraguay, etc., Herausgegeben in jahre 1841 von 
M. Bach. Magdeburg. 1 feuille. 

Séance du 17 novembre. 

Par M. /. Russegger : Geognostiche karle von 
iEgypten nach den Bestimmungen des k : k : Bergra- 
thes Joseph Russegger. Wien 1842, 1 feuille. — Karte 
von OstSudan umfassenddie Lànder Kordofan, Nuba, 
Sennaar, Roserres , Fasokl und el Perl nebst den an- 
grenzenden Theilen vonDar Fur, Nubien, Abessinien 
und den Galla Lândern. Nach den Bestimmungen des 
k : k : œsterr. Bergratbes J. Russegger. Wien i843. 
j feuille. — Karte der Lânder am Tumat und blauen 
Flusse von Meck el Leli in Roserres bis zu den Gallas 
nach den Bestimmungen des k : k : œsterr. Bergrathes 
J. Russegger. Wien i843. 1 feuille. 

Par M. Lafond : Voyages dans l'Amérique espagnole 
pendant les guerres de l'indépendance , 89-96 e livr. — 
Voyages dans les mers du Sud , de la Chine et archi- 
pels de l'Inde , 97-98* livr. , in-8°. 

Par M. Eugène Robert : Histoire et description natu- 
relle de la commune de Meudon, Paris, i843, 1 vol. 



( 546 ) 
in-8. — Notices pittoresques et physiques sur Saint- 
Valéry en Cauxetses environs, suivies d'un aperçu géo- 
logique de la même contrée et d'observations archéo- 
logiques concernant les ruines du château d'Arqués et 
l'amphithéâtre romain de Lillebonne. Fécamp, i843, 
broch, in* 12. 

Par M< fF.-B. Hodgson : The Foulahs of central 

Africa and the African slave trade. 1 845, broch. in-8*. 

Par M. Warden : A new map of Texas, with the 

contiguous American et Mexican States, byJ. -H. Young. 
Philadelphia , 1837. 1 feuille. 

Par M. Âshbel Smith : An account of the yellotv fever 
wich appeared in the city of Galveston, republic of 
Texas, in the autumn of 1839 with cases and dissec- 
tions. Galveston, 1839, broch. in-8°. 

Par les auteurs et éditeurs ; Boletin enciclopedico de 
la Sociedad economica de amigos del Pais. Valencia , 
i843, n°* 8 et 9. — Journal of the American oriental 
Society* Boston, i845, vol. I,n°i. — Annales mari- 
times et coloniales , novembre. — Revue de l'Orient; 
Bulletin de la Société orientale, vi f cahier, octobre. — 
Annales de la propagation de la foi , novembre. — 
Mémorial encyclopédique , octobre.—* L'Investigateur, 
journal de l'Institut historique , octobre. — Recueil 
delà Société polytechnique, septembre. — Bulletin 
de la Société maritime de Paris, iv e et v e cahiers. — 
L'Écho du Monde savant. 

Séance du i e ' déeembre i843. 

Par M. le ministre du commerce : Documents sur le 
commerce extérieur, n 08 89 à 104. 

Par Mé Dubois de Montpèreux : Voyage autour du 



( S47 ) 
Caucase, chez les Tcherkesses et les Abkhases, en 
Colchide, en Géorgie, en Arménie et en Crimée « 
tome VI et dernier, in-8% Paris , 1 843» Atlas , 1 9 e et 
«o* livr. , in-folio. 

Par M. Wappaus : Die Republiken von Sudamerica 
geographisch-slatistisch , mit besonderer Berucksich- 
tigung ihrer Produktion und ihres Handelsverkebrs 
vornehmUch nach amtlichen quellen dargestellt von 
D* Wappâus. Erste Abtheilung, Gottingen, i843, 
1 vol. in-8°. 

Par M* Challaye : Garte hydrographique du lac et 
du volcan de Taal de Bonbon (lie Luçon , province de 
Batangas), levée en 1839 par MM. Halcon frères , par 
ordre du gouvernement colonial. Manille, i84a«i feuille. 

Par les éditeurs : Nouvelles Annales des voyages , 
octobre. — Journal des missions évangéliques, novem- 
bre. — Journal d'éducation populaire, bulletin de la 
Société pour l'instruction élémentaire , septembre et 
octobre. — L'Écho du Monde savant. 

Séance générale du 1 5 décembre. 

Par M. le ministre de la marine : Voyage en Islande 
et au Groenland, exécuté pendant les années i835 et 
i836 sur la corvette la Recherche, etc. , publié sous la 
direction de M. Paul Gaymard. — Littérature islan- 
daise, par M. X. Marinier, première partie, in-8°. — 
Atlas historique , 34 e livr. 

Voyage autour du monde, exécuté pendant les an- 
nées i83G et 1837 sur la corvette la Bonite. Album his- 
torique par M. Lauvergne , 8 e livr. — Histoire naturelle» 
Botanique, par M. Ch. Gaudichaud, 6 e et 7 e livr. 



(548 ) 

Voyage autour du monde sur la frégate la Vénus 
pendant les années 1 836-39. Physique, par M. V. de 
Tessan, tome III » observations magnétiques, — Atlas 
d'histoire naturelle : Zoologie, 3« livr. — Botanique, 
i r * livr. 

Voyage au pôle sud et dans l'Océanie , sur les cor- 
vettes V Astrolabe et la Zélée, exécuté pendant les an- 
nées 1837-40. Histoire du voyage, tome V. — Atlas 
pittoresque, a6 e è 3a° livr. — Atlas d'histoire natu- 
relle : Zoologie, 6' à 9 e livr. — Botanique, 3* à 6 e livr. 

Pilote français. Instructions nautiques ( partie des 
côtes septentrionales de France comprise entre la 
pointe de Barfleur et Dunkerqtie), rédigées par M.Gi- 
vry, ingénieur-hydrographe de première classe, et pu- 
bliées par ordre du roi, au Dépôt général de la marine. 
Paris, i84s, 1 vol. in-4°. 

Renseignements nautiques et autres sur l'Ile Mayotte, 
par M. Jehenne. Paris, 1 843, broch. in-8°. 

Cartes hydrographiques publiées au Dépôt général 
de la marine, de mai à décembre i843. 

N" 970. Carte des côtes de France, partie comprise 
entre l'Ile de Bas et l'Ile Brehat. — 97 1 . Carte des côtes 
de France, partie comprise entre l'île d'Ouessant et 
l'Ile de Bas. — 972. Plan des passes de la rivière de 
Tréguier. — 973. Plan de la rivière de Tréguier. — 

974. Plan des entrées de Perros et du port Blanc. — 

975. Plan du canal de l'Ile de Bas et parties adjacentes. 
— 983. Carte des côtes occidentales d'Italie, partie 
comprise entre Livourne et l'embouchure du Tibre. — 
984* Carte du passage entre la Sicile et l'Afrique. — 
985. Carte des archipels Taiti, Pomotou, Nouka- 
Hiva, etc. — 986. Carte de Mayotte, plan de la baie 



(549) 
deLongoni, plan de la crique de Longoin. —987. 
Plan des passes et des mouillages de la partie sud-est 
de Mayotte. — 988. Carte de la partie de la côte N.-O. 
de Madagascar, comprenant Nossi-Bé , Nossi-Cumba , 
Nossi-Fali et Nossi-Mitsiou. — 989. Plan des mouil- 
lages de la partie sud de Nossi-Bé. — 930. Plan de 
Bavaloubé, situé à la côte N.-O. de Madagascar. — 
991. Plan de Nossi-Mitsiou et autres petites lies envi- 
ronnantes situées à la côte N.-O. de Madagascar. — 
99a. Plan du mouillage de Saint- Denis (lie Bourbon). 
— 993. Plan de la rade de Moka. — 994» 995, 996 , 
997* Vues des côtes relevées pendant la campagne de 
la Prévoyante dans les mers de l'Inde. — 998. Carte 
des grandes Antilles (Cuba, Haïti, Jamaïque, archipel 
de Bahama). — 999. Carte de la mer des Antilles, par- 
tie orientale. — 1000. Carte des lies Saint-Pierre et 
Miquelon. — 1001. Plan de l'anse de Miquelon. — 
1002. Croquis des altérages de la baie de San-Fran- 
cisco (Haute Californie). — ioo3. Carte de la partie 
des Antilles comprise entre la Martinique et Saint- 
Christophe. — 1004. Plan de la rade de Panama. — 
ioo5. Carte de la partie des Antilles comprise entre 
Saint-Christophe et Porto-Rico. — 1006. Carte de la 
partie de la Méditerranée comprise entre Gibraltar et 
la Sardaigne. 

Par M. le ministre de l'instruction publique : Voyage 
en Orient , par M. Léon de Laborde , 26 e à 29 e livr. 

Description de l'Asie-Mineure , faite par ordre du 
gouvernement français, de i835 à 1837, par M. Ch. 
Texier, 27 e à 3o e livr. 

Description de l'Arménie, la Perse et la Mésopota- 
mie, par M. Ch. Texier, 5' et 6 e livr. 



( &5o ) 

Voyage dans l'Amérique méridionale» par H. Âl- 
cide d'Orbigny , 67* à 71 e livr. \ 

Par M. Gustave d'Eichthal : Mémoire sur l'histoire 
primitive des races océaniennes et américaines , la à 
l'Académie des Sciences morales et politiques. Broch. 
in-8*. 

Par M. Pierquin de Gembloux : Histoire et antiquités 
de Gergovia Boiorum , chez les Éduens fédérés. Bour- 
ges, i843 9 broch. in -8°. — Attila sous le rapport ico- 
nographique, broch. in-8°. — Attila défendu contre 
les iconoclastes Roules et de Reiffenberg , broch. 
in-8». 



Souscription ouverte dans le sein de ta Société de •géo- 
graphie pour le Monument à élever à la mémoire du 
contre-amiral Dumoht d'Urvillb. 



Liste des Souscripteurs du 1 er juillet au 31 décembre 1843. 

M. dje Pas&ami, officier de la marine 
royale, membre de la Société 

M. Dcmoutirb, phrénologiste de l'ex 
pédilion au Pôle sud 

Total 
Montant des premières listes 
Intérêts échus des fonds de la sous 
cription placés en bons du trésor 

Total général au 3i décembre 1 845 5,i53 ff . oo'\ 



10 fr . 

» 




3o 




4o fr . 


1 


5,«6o 


5o«. 


5a 


5o 



TABLE DES MATIÈRES 

COIfTBKUBS 

DANS LE XX* VOLUME DE LA 2* SÉRIE. 

N« 115 à 120. 

( Juillet à Décembre i843. ) 



PREMIÈRE SECTION. 



MÉMOIRES, EXTRAITS, ANALYSES ET RAPPORTS. 



P»gc<. 



Quelques roots sur le Danemark , la Suède et la Norvège , à 
propos des Éléments de géographie générale de M. Adrien 
Balbi, par M. db la Roquettk 5 

Notice historique sur le Bureau topographique du royaume 
des Deux*Siciles,par M. de la Roqtette 23 

Note sur le percement de l'isthme de Panama 3a 

Sur la hauteur de la ville de Moscou et des rivières Moskowa 
et Oka au-dessus du niveau de la mer, par J. Rambl. . 3i 

Sur la différence du niveau entre la mer Caspienne et la mer 
Noire , par M. Hom maire db Hell. * 34 

Observations météorologiques faites à Uès (Yémen), par M. J. 

PASSâMA , officier de la marine royale 36 

Ile de Madagascar, — - Recherches sur les Sakkalava, par M* V. 
Noël. (Suite.) 4° 

Carte du Musée Bourbon, à Naples, par M. d'Avesac. ... 64 

Voyage au pôle sud et dans rOcêanie , sous te commande- 
ment de M. Dumont d'Urville, Analyse par M. Albbut- 
Mortémoht i 77 

Table des positions géographiques principales de la Russie, 
rédigée par M. Stuuvb, directeur de l'Observatoire central 
de Poulkova lia 

lie de Cuba. — Tableau de la population des viMes et bourgs 
de cette ile en t84> li/f 



I 552 ) 

Renseignements sur la colonie des noirs libres de Libéria (com- 
muniqués par M. Wardeh) 138 

Nouvelle station des missionnaires américains sur les bords du 

Gabon, fleuve de l'Afrique occidentale i3o 

Quelques détails sur les îles du cap Vert et du golfe de Guinée , 
par M. Pbccqgaric, capitaine au long cours 1 3 1 

Des caravanes de l'Afrique septentrionale, par M. R B Tho- 

MASST. ...... l4 > 

Note sur les divisions administratives, et sur la superficie et la 
population comparatives des provinces de la Suède de 1795 
à i835, par M. de La Roquette 160 

La relation du premier voyage autour du monde a-t-elle été 
composée en français par Antoine Pigaphète, compagnon 
de la navigation de Magellan ? — Par M. R D Thomasst. . i65 

Maguelone (en Bas-Languedoc), par M. R„ Thomassy. . . 1 83 

Inauguration du Musée de la Société de géographie ( i«r sep- 
tembre i843), par M. Roux de Rocuellb aoo 

Barrage de Ghibine dans le Delta, par M. Lisant db Bel- 
letowds. . . ao3 

Nouvelles d'Egypte , communiquées par M. Jomard. • • • 307 

Notice sur Eneroum : fragment d'un journal de voyage, 1839, 
1840; par M. Gh. Texier 2i3 

Itinéraires en Arménie, en Kurdistan et en Perse, par M. Ch. 
Texier. ......... 219 

Coupes hypsométriques du plateau de l'Iran ou Arméno-Cauca- 
sien, d'après les observations barométriques de M. Texier , 
calculées par M. le commandant Dblcros 246 

Itinéraires en Perse, par M. le comte de La Guiche, capitaine 

au corps royal d'état-major a5o 

Note sur Ortygie et sur quelques lieux anté -helléniques de la 
côte d'Asie, par M. Texier 25* 

Note sur le plan des attérages et du mouillage de Seal a- No va 
(côte d'Asie-Mineure), levé par MM Allemand et Mottbz, 
élèves de première classe de la marine royale 266 

Sur l'expédition du capitaine James Ross. ( P. D. ). . . . 267 

Ile de Madagascar, — Recherches sur les Sakkalava, par M. V. 
Noël. ( 3 # article. ) 285 

Note sur les documents relatifs à la Sénégambie, envoyés par 
M. l'abbé Boilat, vicaire à Saint-Louis du Sénégal, par 
M. le baron Roger 3o6 



( 553 ) 

Note sur la séance solennelle de la Société royale des anti- 
quai les du Nord de Copenhague du mois d'octobre 1 843 , 
par M. de La Roq cette , ancien consul de France en Dane- 
mark et en Norvège > . 3 1 o 

Rapport sur la 5« édition de la Description générale des phares 
de M. Coulier et sur la publication de son atlas des phare», 
par M. S Behthelot, secrétaire général de la Commission 
centrale .317 

Notices historiques sur MM. Henri et Louis de Freycioet, par 
M. de la Roquette ; lues à la séance générale de la Société de 
géographie , du 1 5 décembre 1 843 5o 1 

DEUXIÈME SECTION. 

ACTES DE LA SOCIETE. 

Notice annuelle des travaux de la Société et du progrès des 
sciences géographiques pendant l'année i843, par M. S. Beh- 
thelot, secrétaire général 333 

Compte-rendu des Recettes et des Dépenses de la Société, pen- 
dant l'exercice 1 84a- 1 843 . . . 540 

Procès-verbal de la séance générale du 1 5 décembre i843. . 543 
Procès-verbaux des séances de la Commission centrale, 69, 

137, a 10, 277, 3a6 et 541 

Membres admis dans la Société 74,332 et 544 

Ouvrages offerts à la Société 74,140, 280 et 544 

Liste des Souscripteurs au Monument du contre-amiral d'Ur- 

ville 55o 

Table des matières contenues dans le xx" volume 55 1 



(554 ) 

Planches. 

Plan des attérages ei du mouillage de Scala Nova , levé tous la 
direction de M. Guesnel , lieutenant de vaisseau , comman- 
dant CExpéditive, par MM, Allemand et Mottes, élèves de 
i rt classe. 

Diadbiaca , marabou du Fouta-Toro , dessiné par M. l'abbé 
Boilat. 

Amadi Galojo, marabou Toucoulor de race pure, dessiné par 
M. l'abbé Boilat. 



ERRATA. 

Page^ij5 , ligne 2 ; ôfwer, lisez ôwer. 

Page 497» % nc ■ 7* Rheingand, lisez Rheinland.