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Full text of "Bulletin de la Société historique et archéologique de Soissons"

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BULLETIX 



ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE ET SCIENTIFIQUE 



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DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE 

ET SaENTIFIQUE 



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TOME DIX-SEPTIÈME. .. 

(è: ... 









SOISSONS, 

au Seciétailat 

MB LA SOCIÉTÉ. 



PARIS, 

à la librairie archéologique 

VICTOR DIDRON, 

Rac St-DomiDiqae-St>6«naaib, 23. 



MDCCCLXIII. 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE , HISTORIQUE 

ET SCIENTIFIQUE 

DE 



PREMIÈRE SÉANCE. 
Landi S Janvier 1863. 



Présidence de M. de Laprairie, 

Le scrutin, pour le renouvellement du Bureau de la 
Société , est ouvert de deux heures à quatre heures et 
donne le résultat suivant : 

MM. De Laprairie, Président. 

SuiN , Vice-Président. 

L*abbé Pécheur, Secrétaire. 
DÉCAMP , Vice-Secrétoire-ArchlTiste. 

Leroux , Trésorier, 

OUVRAGES OFFERTS ET DÉPOSÉS. 

Le Cabinet historique, huitième année, 41<^ et 12*11' 
vraisons (novembre et décembre 1862). 

M. le président rend compte en ces termes des 
travaux de la Société pendant Tannée 1862 : 

c Messieurs, 
» Tous les ans , à cette première séance de janvier. 



~ 6 — 

vous attendez de votre président un compte-renda de 
la vie de notre Société pendant Tannée qui vient de 
finir ; la nécessité où je suis de céder à votre désir 
m'amène à jeter un coup d'œil rétrospectif non-seule- 
ment sur cette dernière année , mais encore sur toutes 
celles que nous avons traversées depuis notre fondation 
en 1847. 

» Je crois que nous n'avons rien k regretter dans tout 
ce que nous avons fait en restant fidèles aux statuts 
que nous nous sommes donnés lors de notre organisa* 
tion. Hais serait-il impossible • sans modifier notre r^ 
glement, de donner, par plus de variété à nos travaux, 
plus d'intérêt à nos publications? Je ne le pense pas. 
Notre tilre de Société archéologique, historique et 
scientifique de Soissons» avec le sens que nous avons 
voulu y attacher» ne nous astreint qu'à une seule chose : 
c'est que tout sujet traité se rapporte au moins par un 
point au pays où nous sommes placés. Nous avons 
donc une latitude complète pour choisir les questions 
que notre goût ou des études spéciales nous engage- 
raient à aborder. 

> Ceci posé, je dois faire un aveu qui ne me coûtera 
pas beaucoup, puisque ce que j'ai à dire n'est ignoré de 
personne : c'est qu'à Soissons comme ailleurs le public 
prend un bien faible intérêt aux travaux des Sociétés 
locales. Paris a conservé le privilège de fixer l'attention 
et d'exciter l'intérêt, et je sais qu'il y a de bonnes 
raisons pour qu'il en soit ainsi ; mais sont^Ues assez 
puissantes pour que les Sociétés de provinces doivent 
se résigner à rester tout-à-fait dans l'ombre? Avant de 
se décider à garder ce rôle assez triste, il me semble 
qu'il faudrait tenter d'en sortir. Le goût de notre époque 
est pour le positif; on n'apprécie une chose que par 
l'utilité qu'elle procure, un travail quelconque que par 
les résultats appréciables qu'il présente. Qui nous em- 



— 7 — 

pèche de sacrifier au culte du jour, au moins dans ce 
qu'il a d'avouable, d'honnête et de légitime ? 

> On aime la statistique ; pourquoi n'en faisons nous 
pas en comparant, à une foule de points de vue, le xii« 
siècle an xyiii*, le xyiii* siècle au xvn*. et ainsi de suite 
jusqu'aux temps les plus reculés. 

> L^agriculture est la reine de notre pays, que sait-on 
sur son histoire ? Lorsque, soixante*six ans avant Jésusa 
Christ, César vint nous visiter (je ne veux pas me servir 
d'une expression blessante pour notre amour-propre) , 
il trouva des campagnes fertiles et bien cultivées, 
feracissimos agros. A partir de César jusqu'à nos jours, 
quels furent les vicissitudes et les progrès de l'agricul- 
ture ? Nul ne le sait. 

1 Depuis quelques années on ne s'occupe, on ne parle 
que de l'instruction publique à ses différenis degrés. 
Croit-on que ce serait perdre son temps que d'apprendre 
aux hommes du xix* siècle ce qui avait été fait avant 
eux pour répandre l'instruction dans toutes les classes 
de la société? (1) 

B Bien des indications, notamment les recherches de 
M. Suin, dans les minutes de son étude, donnent à penser 
que le commerce de notre pays a eu , à d'autres épo- 
ques , une plus grande importance qu'aujourd'hui. Des 
industries très florissantes ont entièrement disparu. 
Des industries que l'on croit nouvelles, comme celle du 
verre (si bien représentée maintenant par le bel éta- 
blissement de Vauxrot appartenant à MM. de Violaine), 
avaient existé à des époques plus ou moins éloignées. 
Au XVI* siècle, on comptait plusieurs fours dans les 
forêts de Villers-Cotterêts et de Compiègne (c'était le 
nom qu'on donnait alors aux verreries). A Pont-Archer 

(1) Je viens d*ètre informé que noire collègue, M. Choron, a 
réuni \e% éléments d'un travail sur ce sujet. 



— 8 — 

se trouvait im inooiio k papier. On a écrit bien des 
phrases sur les matfrises, les jurandes et les corpora- 
tions de métiers^ en se plaçant toiyours è un point de 
vue général ; un article qui contiendrait au contraire 
des détails sur leur organisation dans les villes du dé- 
parlemenl de l'Aisne serait lu avec un grand intérêt* 

> Les villes de Soissons» de Laon et de Saint-QueDf In 
possèdent d'admirables monoments du moyen Éige et 
quelques-uns d'une époque plus récente. Lorsque Té- 
franger, venant les visiter, nous demande où sont les 
carrières qui en ont fourni les pierres, là si bonnes, ici 
si usées qu'elles paraissent de mauvaise qualité , qui 
se trouve en état de répondre à cette question dont la 
solution n'est certainement pas sans intérêt? Qui pour- 
rait nier, en effets l'utilité et l'iniérét même de curiosité 
d'un tableau où l'on comparerait d'abord entre eux 
tous les matériaux de construction existant dans le pays 
et où l'on indiquerait ensuite leur emploi dans les divers 
monuments qui existent encore? Il ne faudrait pas 
négliger de tenir compte, dans cette étude , d*une con- 
sidération importante : c'est qu'au moyen-âge la main- 
d'œuvre était relativement à très bon marché et le 
transport des matériaux très-cher. 

• La rivière qui donne son nom à notre département 
n'a été canalisée que très récemment; mais,avant cette 
amélioration, elle n'en avait pas moins servi au transport 
des marchandises dès les temps les plus reculés. Quelle 
était l'importance de cette navigation et par quelles lois 
était-elle régie ? Nous avons , je crois , publié le règle- 
ment du port de Soissons au xvp siècle ; j'ignore si 
d'autres documents sont connus. 

> Je m'arrête dans Texposition de cette série de 
travaux que l'on voudrait voir réalisés. Mais vous me 
permettrez cependant de former encore un vœu : c'est 
qu'un homme de talent ou plutôt un artiste nous donne 



— 9 — 

une étade complète de la culture des arts dans notre 
département ; étude qui pourrait avoir pour point de 
départ la mosaïque de Blanzy-lès-Fismes et se terminer 
par un jugement sur les statues de Sérurier et de 
Paillet» qui vont bientôt être érigées à Laon et à Sois- 
sons. (1) 

• Messieurs, notre dernier volume diffère peu, pour 
les matières qu'il contient , de ceux qui l'ont précédés. 
Nous avions commencé, dans celui de 4851 , la publica- 
tion du Répertoire archéologique de V arrondissement de 
Soissons; nous l'avons continué dans celui-ci qui con- 
tient le canton de Braine et celui de Viliers-Cotteréts, 
La rédaction du premier appartient à M. Prioux; vous 
savez que le canton de Braipe, le plus important pour 
le nombre de ses communes, est en même temps le plus 
ricbe en édifices du moyen-âge, ainsi que nous avons 
pu le constater dans plusieurs de nos excursions ar- 
chéologiques ; la description en a élé faite par l'auteur 
avec le plus grand soin. M. i'rioux, qui est toujours à la 
recherche des documents relatifs au pays, nous a fourni 
la liste des tombeaux qui ont existé à Longpont, et de 
nombreux procès-verbaux sur l'argenterie de quelques 
églises de Tarrondissement de Château-Thierry au mo- 
ment de la révolution, et sur l'imposition du quart et 
les dons volontaires en 1789. Mais M. Prioux n'a pas 
borné là sa collaboration à notre bulletin: dans une 
notice dont le fond est tiré en grande partie d'une bro* 
chure publiée par l'abbé Humphry, il a raconté la vie 
agitée et vraiment extraordinaire d'un religieux de 

(i) L'élude de M. Ed. Fleury, sur l'art des Romains, etc., son 

livre sur les Maouscrits de la bibliothèque de Laon, et Texainen de 

M. ChampHeury sut* l'œuvre des Lenaiu, sur celle du peintre De la 

Tour de Saint-Quentin, les recberches sur Collard de Laon, peintre 

du XIV* siècle, ont réalisé une partie de mon programme. 

2 



— 10 - 

Sainl-Jean-des-Vignes» dom Henry de Savreulx. Les 
historiens de cette abbaye ont bien dit que leur confrère 
avait été attaché au roi d'Espagne et avait fondé , à 
Madrid , Thôpital de Saint-Louis des Français» mais 
sans entrer dans aucune autre explication. La biogra- 
phie de M. Prioux contient, au contraire, de nombreux 
détails tout-à-fait ignorés. On y voit que D. Henry de 
Savreulx, autorisé par ses supérieurs, sort de son mo- 
nastère, se met à la tête de quelques hommes d'armes, 
s'empare de la forteresse de Pierrefonds dont il reste 
maître et gouverneur pendant un certain temps, est 
fait prisonnier par les Huguenots, s^attache enfin à 
Philippe II et se fixe en Espagne. 

i Le château de Pierrefonds ayant joué un très-grand 
rôle dans les guerres de la Ligue, on ne comprend pas 
comment tous les historiens, et en particulier Carlier 
(auteur de YHistoire du Vaioi8\ aient négligé de rap- 
porter les faits relatifs à cette ancienne forteresse. 
Aussi ^ des doutes se sont élevés sur leur exactitude 
et, pour éclairer les questions que soulève la notice de 
M. Prioux, M. l'abbé Pécheur a pris la peine de faire 
un résumé complet de tout ce qui a été écrit sur la pé- 
riode de temps qui comprendrait les événements aux- 
quels D. Henri de Savreulx a pris une part si actiye. 
Ce résumé semble infirmer le récit de M. Prioux; mais, 
dit en terminant M. l'abbé Pécheur , devant des docu- 
ments précis il faudra se soumettre. Or, ces documents, 
M. Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères, 
a offert, avec la plus grande bienveillance, de les faire 
venir de Madrid. Nous aurons donc bientôt une solution 
définitive. 

1 Lorsqu'il est question d'un nom ancien du Soisson- 
naîs, M. Sutn s'empresse de feuilleter les actes dont il 
conserve le dépôt. Le nom qu'il voulait, cette fois, 



- il - 

c'était celui de Savereuli» et H n'a pas manqué de le 
trouver placé au bas d'une foule de transactions con- 
cernant l'abbaye de St-Jean-des- Vignes. Une recherche 
en amenant une autre, M. Suin a rencontré et nous a 
donné, pour être reproduit dans notre bulletin : i^ des 
traités datés de 4590, relalifs à des rançons dues par 
les seigneurs de Lanoy et d'Haramont; 2® la démission, 
donnée par Loyse de Lorraine, de sa charge de prieure 
de l'abbaye Notre-Dame de Soissons au moment où elle 
allait être nommée ^ibbesse du même couvent. 

» M . Choron nous a présenté la seconde partie de son 
étude sur Louis de Héricourt, et, en lisant ce travail in« 
téressant, il m'est venu une pensée que je vais vous 
^mmuniquer sans précaution oratoire ; exprimée par 
^^résident d'une Société archéologique, elle n'aura 
pas le droit de vous surprendre. 11 m'a donc semblé 
que Louis de Héricourt, ce jurisconsulte que M. Dupin 
appelle le plus célèbre des canonistes français, avait 
au culte (des soiivenirs) des Soissonnais autant de 
droits que M. Paillet. Pour nous, messieurs, un nom ne 
fait que gagner à être consacré par le temps. 

» A toutes les époques, on s'est occupé des sépultures 
antiques ; mais il semblait qu'en France les Homains 
seuls avaient laissé des traces du séjour qu'ils y avaient 
fait; et voili que, depuis quelques années, on découvre 
de tous côtés des tombes appartenant aux temps Mé- 
rovingiens et Carlovingiens. Vous» vous rappelez les 
deux excellents rapports que MM. Barbey et Souliac 
nous ont faits sur des tombes de ce genre mises au jour 
près de Château- Thierry, par suite de travaux de ter- 
rassement. 

» Vous connaissez le danger des étymologies; M. Bar- 
bey l'a bravé en en hasardant une très-acceptable, je 
dois le reconnaître, sur le mot de galvèze. 



— 12 — 

r* t M. Laarendeau ne se lasse pas d'interroger et de 
faire parler le vieux sol soissonnais. Celte année en- 
core , il nous a présenté de nombreuses observations 
sur des fouilles faites dans les faubourgs de la ville ou 
dans la ville même. 

> M. Tabbé Pécheur, de son côté, nous a rendu 
compte d'une trouvaille d'objets gallo-romains, faite 
à Vic-sur-Aisne. 

1 Pour lever un certain doute, qui semblait exister à 
propos des armes de la ville de Soissons, M. Decamp 
nous a donné une note qui éclaircit parfaitement la 
question. 

• Conformément à l'engagement que j'avais pris, j'ai 
rédigé la partie du répertoire archéologique de l'arron- 
dissement de SoissonSy qui concerne le canton de Villers- 
Cotteréts. Enfin, en me demandant une analyse du der- 
nier volume de*la Société académique de Laon^ vous 
m'avez fourni l'occasion, que j'ai saisie avec plaisir, de 
faire l'éloge d'une Société voisine et presque sœur. » 

M. l'abbé Pécheur dépose sur le bureau divers objets 
d'antiquités qu'il a recueillis dans une excursion archéo- 
logique aux environs d'Oulchy-le-Cbâteau et qui doivent 
entrer au Musée. Ces objets sont: une chasuble de 
forme assez moderne, mais dont la croix à personnages 
est évidemment du xvi« siècle; une tapisserie curieuse 
qui a dû servir de devant d'autel et qui paraît remonter 
au xvii« siècle ; enfin, un livre de chant de M. deBourlon, 
évéque de Soissons , qui renouvela la liturgie soisson- 
naise dans le sens romain. Ce livre, peut-être le seul 
qui nous reste de cette époque, et le devant d'autel, 
ont été offerts par M. l'abbé Lefèvre, curé-doyen d'Oul- 
<'hy , membre de la Société, qui lui vote des remer- 
riements mérités. 



- i3 - 

Le même membre commence la lecture d'un en- 
semble de réponses aux assertions de M. Peigne- Delà- 
court» sur plusieurs lieux historiques du Soissonnais, 
publiées dans deux mémoires et dans le Bulletin du 
comité de Noyon par cet honorable antiquaire, membre 
correspondant de la Société. 

La séance est levée à cinq heures. 



U Président , 

. DE LaPRAIRIB. 

Ix Secrétaire , 

L*abbé Pécheur. 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE 

ET SCIENTIFIQUE 

DE 
MIISSON». 



DEUXIÈME SÉANCE. 
iDBdi 2 Février 1863. 



Présidence de M, de Laprairie. 

NOMINATION DE BIEMBRE. 

M. Laurent, professeur de dessin à Soiâsons, est 
nommé membre titulaire. 

OUVRAGES OFFERTS ET DÉPOSÉS. 

i"" Mémoires de la Société dunkerquoise ^ 1861-1862, 
8* volume. 

2* Bulktin de la Société des sciences historiques de 
VYmne, 1862, 16» volume. !•«• et 2« trimestres. 

¥ Publications de la Société littéraire de Lyon. 

5« Mémoires de la Société d'émulation de Cambrai. 

6® Mémoires de t Académie d'Arras , t. xxiii« et xxiv». 

V Bulletin de la Société d'agriculture^ etc.^ de Poligny. 

8® Mémoires de la Société d'agriculture ^ des sciences ^ 
etc., de FAube, t. xiii% 2« série, n" 61 et 62, !•' et 2« tri- 
mestres de 1862. 



— i6 — 

0» Bulletin de la Société des Antiquaires de la Uorinie, 
1 1" année, 43« et 44* livraisons. 

iO*» Deuxième Mémoire sur V importance pour Vhistoire 
intime des communes de France des actes notariés. 

il« Les Manuscrits à miniatures de la Bibliothèque 
de Laon^ par M. Ed. Fleury. 

La Société vote des remerciements unanimes à 
H. Ed. Fleury pour Thommagi^ qu'il lui fait de ce bel 
ouvrage, et demande à son président de lui en rendre 
compte, ce que ce dernier accepte avec empressement. 

CORRESPONDANCE. 

M. le président donne lecture d'une lettre en date du 
9 janvier i863, par laquelle S. Exe. M. le Ministre de 
l'instruction publique et des cultes lui accuse réception 
de l'envoi du Répertoire archéologique de Varrondisse- 
ment de Soissmis^ rédigé par MM. de Laprairie, Prioux 
et l'abbé Pécheur, et le remercie de cet envoi qui doit 
être examiné par la commission de la publication du 
Répertoire archéologique de la France. 

11 lit également une circulaire du Ministre « en date 
du 17 janvier, concernant les objets à envoyer pour la 
collection anthropologique du Muséum d'histoire natu- 
relle. La Société déclare qu'elle s'empressera de ré- 
pondre à l'appel et de se conformer aux instructions 
de M. le Ministre. 

EnOn, M. le président annonce que la tenue de la 
session de 1863, du congrès des délégués des Sociétés 
savantes, aura lieu le 18 mars. 

M. l'abbé Pécheur continue la lecture de ses réponses 
à M. Peigné>Delacourt. 



- n — 

ACQUISITIONS FAITES POUR LE MUSÉE 
depuis le 3 octobre 1862. 

Dons par M. Desjardins, ébéniste, de deux pièces 
romaines, petit bronze, trouvées à Oulchy, près des 
murs du château; — par M. Watelet, de pièces romaines 
et du moyen-âge ; — par M. Troncbet , de Villers-Cot- 
teréts, d'un petit atlas de risle*de-France(i630); — par 
M. Leroux, Albert, d'un portrait (peinture du xvi« siècle); 
•^par M. Lefèvre, curé-doyen d'Oulchy , d'un devant 
d'autel en tapisserie et d'un livre de chant de M. de 
Bourlon; — par M. Decaisne, inspecteur des forêts à 
Epernay, d'un Ceristheum Giganieum de Damery ; — par 
l'Administration , de Y Enfant - Prodigue ( gravure de 
Lebas); Louis X7, etc.; d'un jeton de Louise de Lor- 
raine, abbesse de Notre-Dame de Soissons (1598), trouvé 
à Belleu ; -^ chasuble à croix du xvi« siècle , achetée 
par la Société. 

La séance est levée â cinq heures. 



Le Président , 
DE Laprairie. 

Le Secrétaire , 
L'abbé Pécheur. 



i^^ 



BULLETIN 

DE Lk 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE 

ET SCIENTIFIQUE 

DE 
SOISSONS. 



DEUXIÈME SÉANCE. 
Londi 2 lin {8S3t 



Présidence de M. de Laprairie. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS ET DÉPOSÉS. 

I ^ Bulletin de la Société de» Antiquaires de Picardie^ 
année 4862, n« 34. 

S* Bulletin de la Société du Var, S8« et 29« années, 
1860-1861. 

5« Cabinet historique^ 9« année, l'« lîvi, janvier 1863. 

4'' Bulletin de la Société archéologique du Limousin , 
t. xir. 

CORRESPONDANCE. 

Lettre circulaire de S. Exe. M. le Ministre de l'ins- 
truction publique et des cultes , en date du 16 février 
1865, concernant la distribution des prix accordés aux 
Sociétés savantes. 



— 20 — 

Lettre du 28 février 4863» adressée par S. Exe. M. 
le Ministre d'État i M. le Maire de la ville de Soissons, 
lui annonçant l'envoi pour le Musée de -plusieurs sujets 
de peinture provenant du Musée Canopana, comprenant: 
1* un saint Benoit en prière, de Marca Palmegiano; 
2* un saint François en extase, de Guercino; 3^ une 
Annonciation ; 4<> une Vierge. 

La compagnie vote des remerciements à M. le Ministre 
d'État pour la part faite au Musée de Soissons dans la 
célèbre collection connue de toute l'Europe et que 
chacun a pu admirer au Palais de l'Exposition. 

COMMUfflCATIONS ET TRAVAUX. 

M. de Laprairie, président, qui a reçu mission de la 
Société de lui présenter un rapport sur la première 
partie du livre de M. Ed. Fleury : les ManuscriU à 
Miniatures de la Bibliothèque de Laon , grand in-quarto 
illustré de vingt-cinq planches et de bois gravés dans 
le texte, s'exprime en ces termes: 

c Messieurs , 

i La lecture du travail que M. Ed. Fleury a intitulé : 
les Manuscrits à miniatures de la Bibliothèque de Laon^ 
m'a fait éprouver un si grand plaisir que je dois vous 
remercier de m'avoir obligé, en me chargeant de vous 
en rendre compte , à l'étudier avec attention. 

» Le premier coup-d'œil jeté sur ce bel ouvrage, 
lorsqu'il nous fut présenté, nous avait fait dire qu'une 
publication de ce genre avait semblé jusqu'à présent 
réservée aux Sociétés ou aux villes assez heureuses 
pour en posséder les éléments (i) Après un examen 
attentif, je reste sous la même impression. 

(I) La ville de Lyon a publié ainsi ion Musée lapidaire. 



— 21 — 

1 M. Ed. Fleury comaience son livre par un aveu : 
i Je n'ai pas, dit-il ^ le mérite de l'idée première ; elle 
1 m'a été suggérée par un travail analogue et antérieur 
t au mien. > Mais, dans une pareille entreprise, le 
mérite n'est pas dans l'idée qui n'était pas difficile ft 
trouver ; il est dans rexécution qui demandait un cou- 
rage, une patience et une persévérance à toute épreuve, 
sans parler des différents genres de connaissances né- 
cessaires pour ne pas rester esclave d'un calque aride 
et sans couleur* 

> Parmi les hommes qui ne sont pas restés indiffé- 
rents à ce qui concerne les arts ou les sciences du pays* 
combien y en avait-il qui connussent les richesses de 
la bibliothèque de Laon en manuscrits du moyen-âge ? 
Un bien petit nombre. M. Ed. Fleury, en annonçant que 
l'on en compte plus de cinq cents , entre donc en ma- 
tière par une révélation. 

» C'est la valeur de ces manuscrits qu'il veut faire 
connaître , en les considérant surtout au point de vue 
de la calligraphie et de la miniature, cet art cultivé 
avec tant d'amour dans les monastères avant Tinveution 
de l'imprimerie. 

> Pour nous qui voyons avec tristesse diminuer tous 
les jours, sous le coup des plaisanteries de la presse 
parisienne , ce que l'on appelle le patriotisme de clocher ^ 
nous applaudissons de toutes nos forces à toute ten- 
tative qui a pour but et pour résultat de montrer que 
la province n'est pas entièrement déshéritée comme on 
veut le faire croire, et qu'il existe encore des motifs 
pour l'aimer et s'y attacher. 

> On sait que les bibliothèques des villes des dépar- 
tements se sont enrichies, à la révolution de 1789, de la 
dépouille des abbayes et de celles des chapitres de 
cathédrales ; et c'est ce qui explique la belle collection 
de manuscrits illustrés qui existe à Laon. Sur les 508 



- 24 — 

manuscrils qae possède cette bibliothèque » 273 pro' 
viennent du chapitre de Notre-Dame de Laon « 792de 
Vaiiclerc , 62 de Cuissy, 40 de Saint- Vincent (de Laon), 
45 du Val-Saint-Pierre, 8 de Saint-Jean (de Laon), 3 de 
Poigny, 3 de Prémontré, 1 des Minimes (de Laon), i de 
Fabbaye de la Vairoy (Ardennes); iS sont de provenance 
inconnufi et 5 ont été donnés par des personnes de la 
ville ou au moins nées à Laon; et, d'après le classe- 
ment (t) qui en a été fait par le savant M. Ravaisson, ils 
doivent recevoir l'attribution suivante : I au viP siècle , 
7 au viii«, 58 au ix«, 14 au x», 7 au xi% 71 au xii\ 
151 au xiir, 145 au xiv, 45 au xv« et enfin 4 au xvi* 
siècle. 

• Divulguer ce trésor et éviter aux autres une étude 
longue et difficile, tel a été le but que s'est proposé 
M. Ed Fleury en publiant les Manuscrits à miniatures 
de la Bibliothèque de Laon, et nous croyons que ce but 
a été si bien atteint qu'il arrivera souvent , à' l'avenir , 
qu'on citera les Manuscrits de Laon sans prendre la 
peine d'aller les consulter, et peut-être quelquefois en 
se gardant bien d'indiquer la source où on aura puisé. 
De notre temps, le sic vos non vobis de Virgile ne reçoit 
que trop fréquemment des applications. 

• M. Ed. Fleury a divisé son travail par grandes 
époques. Dans cette première partie, il étudie les^ 
manuscrits des vîP, vin% ix% x», xi« et xiP siècles, 
c En travaillant sur ce plan i, ce sont ses paroles, 'je 
I me suis moins attaché à préciser les tendances d'une 
• époque et d'un genre qu'à étudier à fond chaque 
« manuscrit, laissant à d'autres le soin de tirer les 
1 conclusions. > Mais l'auteur, je suis loin de lui en 
faire un reproche , n'a pas été tellement fidèle à son ^ 

(I) M. Ed. Fleury propose quelques changements à ce classe- 
iii!'ut< lis me paraissant motivés. 



- 23 — 

système qu'il ne lire de temps en temps dts consé- 
quences ingénieuses que le sujet amène et que l'on est 
très-disposé à accepter comme vraies. 

• L'ouvrage se compose d'un texte et de nombreux 
dessins exécutés par M. Ed. Fleury lui-même» et re- 
produisant avec la plus grande fidélité les miniatures les 
plus importantes de tous les manuscrits. Le lecteur a 
donc les pièces en main pour vérifier si la description 
est exacte et pour porter à son tour un jugement que 
les explications de l'auteur ont rendu facile. 

> L'ordre chronologique était le seul qui pât être 
adopté. Il permet de suivre pas à pas les progrès de 
l'art du calligraphe et du miniaturiste , ainsi que d'ob- 
server les modifications qui surviennent ; il permettra 
plus tard (i) de constater sa dégénérescence. M. Ed. 
Fleury a soin de relever tous les détails, toutes les cir- 
constances qui établissent un rapport ou une distinction 
entre une époque et une autre époque, entre une 
manière et une autre manière , et il tâche de fixer les 
caractères qui sont propres à certaines périodes de 
l'art. 

• J'ai dit qu'avec le travail de M. Ed. Fleury sous 
les yeux on pouvait, en quelque sorte, juger les ma- 
nuscrits sans avoir besoin d'aller les consulter à la 
bibliothèque de Laon ; je ferai cependant ici une petite 
réserve, ou plutôt je me bornerai à exprimer un regret : 
c'est qu'il n'ait pas reproduit en foc Hmile un certain 
nombre de types des écritures appartenant aux siècles 
qu'il a étudiés. 

> Quand on ouvre un livre , on espère tom'ours y 
trouver tout ce que l'on ignore, tout ce que l'on désire 
savoir, et l'on voudrait que l'auteur vous apprit ce 
qu'il ne sait pas lui-même, ce qu'il n'a pu découvrir 

(1) Lorsque la seconde partie du travail 9ura paru 



- 2* — 

malgré de longues rechercbes. En parcourant la longue 
liste des manuscrits de Laon, j'espérais que nous allions 
cesser d'ignorer les lieux où ils avaient été composés 
et afoir ainsi la certitude que le pays de Laon avait 
possédé plusieurs de ces monastères où les moines 
se consacraient à écrire et à illustrer des manuscrits. 
Deux ou trois indications seulement, regardant Cuissy» 
Vauclerc et Saint-Vincent de Laon» ont été données par 
51. Fleury à ce sujet. 

1 II y a quelques années, j'étais allé à la Bibliothèque 
impériale pour étudier ParchUecture dans les manuscrits 
à miniatures. Après en avoir examiné plusieurs du ix* 
siècle, je priai qu'on m'en donnât des x* et xi« siècles ; 
le bibliothécaire me répondit : c Est-ce que vous croyez^ 
» Monsieur, que les manuscrits à miniatures des x« et 

• xp siècles sont communs? On pourrait presque dire 

• qu'il n'y en a pas. • Pourquoi cette lacune? M. Ed. 
Fleury nous répond à son tour: • Ces temps de troubles 
> intérieurs , d'invasion , de barbarie furent peu favora- 

• blés à l'étude et à la science. • On aurait désiréquelque 
chose de plus; mais comment lui reprocher de s'être 
borné à cette explication, lorsque l'on est convaincu 
que les bibliothécaires de Paris n'en auraient pas 
d'autres à donner, si on leur adressait la même question. 

> A l'étonnement que vous a fait éprouver cette disette, 
auxx* et XI* siècles, de manuscrits à miniatures, en 
succède un autre : c'est de voir que le xii« siècle, au 
contraire, en a produit un très-grand nombre. Ainsi, 
pendant près de deux cents ans , l'art d'historier les 
manuscrits semble tout à fait délaissé, et brusquement, 
en quelque sorte sans transition, il reparaît avec une 
fécondité et un éclat quMl n'avait jamais eus. Voilà donc 
encore une de ces énigmes historiques que les nom- 
breux et récents travaux sur le moyen-âge ne sont pas 
parvenus à expliquer. 



— 25 - 

> Au reste, M. Ed. Fleury n'a voulu ni expliquer des 
énigmes, ni faire de la synthèse, ni présenter des 
théories; il a voulu seulement, comme il l'a dit lui-même, 
étudier à fond les manuscrits de Laon, en laissant à 
d'autres le soin de tirer des conclusions, et cette simple 
étude a été faite par lui si consciencieusement et si 
largement qu'elle a produit un excellent et magnifique 
ouvrage. » 

M. Clouet offre pour le Musée une épée rongée par 
la rouille, qui se trouvait auprès d*une sépulture et 
qu'il dépose sur le bureau. 

M. de Laprairie y dépose également un poignard, ou 
petite dague, trouvé ik Vauxrezis par M. Deflandre et 
offert par lui au Musée. Ce poignard^ dénué d'orne- 
ments, parait appartenir au xvi* siècle. La poignée 
est en bronze. 

Outre ces objets, le Musée a reçu : de l'Administra- 
tion municipale, un lot de gravures dont deux histori- 
ques; — de M. Emile Tronchet, de Villers-Cotteréts, 
un tableau légendaire de sainte Léocade, placé autrefois 
dans le réfectoire des religieuses de Longpré, commune 
d'Haramont (c'est une peinture sur toile, de ^™ 30<> sur 
()■» 70<^, en assez mauvais état, achetée en i861 à la vente 
de M. Ruelle, de Viilers-Cotteréts) ; une paire de babou- 
ches de Bou-Maza; trois soucoupes de porcelaine de 
Chine ; des monnaies diverses, des fragments de tuiles 
romaines provenant de fa Tour de Réaumonty au point 
culminant de la forêt de Retz ; quelques échantillons 
d'histoire naturelle; — de M. Perin, une médaille com- 
mémorative du monument élevé à Rubens, à Anvers^ 
en 4840. 



- 26 - 

M. Wuafflart, membre titulaire, envoie de Paris la 
notice suivante, dont H. le Secrétaire donne lecture : 

NOTICE SUR LA FERHB DE MONTHOISSART 

(ancienne commànderie). 

La ferme de Monthussart (Monthoussart d'après d'an- 
ciennes chartes» et, par corruption dans le pays, 
Monsart)^ est située sur la montagne, à environ un 
kilomètre et demi de la commune de Courcelles dont 
elle fait partie, et bordée par un chemin qui va de 
Courcelles à Vailly. Elle appartenait autrefois à l'ordre 
de Malte et dépendait de la commànderie de Maupas- 
lès-Soissons ; il existe, concernant cette propriété , aux 
Archives de l'Empire , des chartes qui remontent au 
XIII* siècle, et dont Je ferai connaître les principales. 

Devenue propriété nationale en 1793, elle fut d'abord 
vendue au district , à Soissons; revendue plus tard à 
Paris, elle fut adjugée à M. Vuafflart qui en était le 
fermier. 

Il y avait au Monthussart, comme dans la plupart des 
fermes dépendant des commanderies, une chapelle sous 
l'invocation de sainte Anne, dans laquelle le fermier 
était tenu, aux termes des baux, de faire célébrer à ses 
frais au moins deux messes par semaine. 

Cette chapelle, qui existe toujours , n'avait rien de 
remarquable. Elle était éclairée par quatre croisées de 
forme ogivale, des plus simples; il faut descendre deux 
marches pour y pénétrer. A droite de la porte, en en- 
trant, se trouve encore le petit bénitier en pierre, 
scellé dans le mur. Une petite statue en plaire, de 
sainte Anne, patrone du lieu, après avoir été cachée 
pendant la révolution « a été replacée dans sa niche 
après la tourmente; on l'y voit encore. 



— 27 — 

Il y aurait eu, dit-on, au Monthussart, une autre 
chapelle beaucoup plus importante avant la destruction 
de Tordre des Templiers , que l'on désignait dans le 
pays sous le nom de Moines Rouges y sans doute à cause 
de la croix rouge que cet ordre religieux et militaire 
portait à l'endroit du cœur» sur son habit de couleur 
blanche que lui avait prescrit saint Bernard , et auquel 
le pape Eugène III ajouta plus tard la croix en question. 

Il n'y a rien de certain concernant cette tradition 
locale qui n'est peut-être qu'une légende. Il y a au 
moins cinquante-cinq ans, on fit défoncer un clos sur 
l'emplacement duquel , suivant la tradition, avait existé 
l'ancien couvent dit des Moines Rouges ; on y a trouvé 
des ossements et un certain nombre de tuiles longues 
et épaisses bien conservées, ce qui indiquerait qu'en 
effet il a dû exister en cet endroit un bâtiment quel- 
conque d'une certaine importance, détruit depuis fort 
longtemps. Les ossements tendraient à faire croire 
qu'il y a eu là des inhumations (i). A quelle époque 
faire remonter ces indices ? est-ce , comme le veut la 
tradition, au temps où l'ordre des Templiers possédait 
cette ferme, ou bien à celle de la domination romaine 
dans les Gaules? Ce qui paraît démontré, c'est que 
cette localité a été habitée à une époque très-reculée. 

Le puits du Monthussart, qui a environ trente-cinq 
mètres de profondeur, dont les deux tiers sont creusés 
dans le roc, a donné lieu dans le pays à une remarque 
à laquelle les habitants attachent une cause de blé cher 
ou bon marché. S'il y a beaucoup d'eau dans le puits 

(1) Un fait semblable s*est présenté dans la cour de la ferme de 
Caumont , canton de Marie, qui dépendait de la commanderie de 
Thenailles ; près Vervins, en faisant les fouilles pour la construc- 
tion i*une grange, on a trouvé des ossements humains ivec les 
lètes, indiquant par leur stature qu^ils avaient appartenu ài des 
liommes grands et forts. 



— ^8 — 

et si elle va toujonre en augmentant, c'est, dit-on, on 
signe que le blé sera cher ; si au contraire il y a pea 
d'eau et si elle va en diminuant, le blé sera bon marché. 
Il est facile de se rendre compte de la valeur de cette 
tradition à laquelle ne doit être attaché aucune impor- 
tance sérieuse. Voici, je crois, l'explication qu'on peut 
en donner : f Ce puits est alimenté par plusieurs 
sources, dont une se trouve entre la roche et la 
maçonnerie, à dix mètres du bord ; les autres sont 
au-dessous de la roche. Dans les années pluvieuses et 
humides, la première source vient en aide à celle du 
fond et fait monter Teau à une hauteur telle qu'on a 
pu quelquefois lu puiser à la main pour ainsi dire, 
tandis que, dans les années de sécheresse, cette source 
venant à tarir, le puits n'est plus alimenté que par les 
sources du fond, qui ne tarissent pas, mais qui fournis- 
sent à peine de quoi suffire aux besoins des habitants 
de la ferme ; on est alors obligé d'aller chercher dans 
la vallée l'eau pour abreuver les bestiaux (1). > Ce 
phénomène, qui s'est toujours reproduit dans les mêmes 
circonstances, provient de ce que la source haute est, 
quand elle va, alimentée par une nappe d^eau contenue 
dans la glaise et dont la surface s'étend sur tout le 
plateau de la montagne, au-dessus de la vallée de 
Vauberlio et du village de Courcelles, jusqu'au lieudit 
la Roche des Fées. Il existe en ce.t endroit plusieurs 
sources qui ne tarissent jamais, parce que ici le 
niveau est moins élevé que celui du Monthussart; la 
nappe d'eau qui alimente ces sources en môme temps 
qu»5 le puits de la ferme , baissant en temps de séche- 
resse, il n'eu coule plus dans le puits, et ce n'est qu'à la 
suite des pluies, quand le niveau de la nappe remonte, 

(1) Quand, à la suite de graode sécheresse, la source do baat 
recommence à couler, on entend Tean tomber au fond du puits. 



— 29 — 

que Teau du puits augmente et d'une m^inière d'autant 
plus sensible qu'il a plu beaucoup et pendant longtemps, 
parce que alors toutes les sources qui Talinienlent 
reprennent avec plus de force. 

J'ai dit en commençant que la ferme du Monthussarl 
avait appartenue aux chevaliers de Tordre de Halte et 
dépendait de la commanderie de Maupas ; un mot sur 
les commanderies et leur origine. 

Le mot de commanderie vient du verbe latin com- 
mendare. Voici à quelle occasion les commanderies 
furent créées : Après la mort de Guillaume de Château- 
Neuf, grand-maltre de l'ordre des Templiers» décédé 
en 4260» Hugues Revel, son successeur» s'étant aperçu 
que les religieux comptables, au lieu de ne prendre que 
ce qui était nécessaire à leur subsistance » et de faire 
passer le reste au chef d'ordre et au trésor de la reli- 
gion» dépensaient la plupart du temps au-delà des 
recettes» ce qui privait Tordre des ressources néces- 
saires pour fournir aux frais immenses d'une guerre 
continuelle, Hugues Revel, voulant d'ailleurs assurer 
un revenu fixe et certain à Tordre des Templiers, fit 
arrêter, dans un chapitre tenu à Césarée» un rôle des 
sommes que chaque maison enverrait à la Terre-Sainte 
et au Trésor ; on donna alors aux chevaliers chargés 
de cette administration des obédiences et commissions, 
dans lesquelles on se servit de cette expression: c Nous 
vous recommandons ces biens» > commendamWy'd'oh 
l'administration particulière de chaque maison prit le 
nom de œmmendaria » et de là sont venus le mot de 
commanderie et le titre de commandeur. Ce titre» dans 
le principe, n'était pas à vie et était amovible; il 
remplaça celui de précepteur dont on s'était servi jus- 
qu'alors (I). 

(1) Ce nom signifiait que, outre la qualité de receveur, le 



- 30 — 

Les commanderies furent ensuite atlribuées à diffé- 
rents prieurés. Le prieur devait les visiter et envoyer 
ft la Terre-Sainte » en troupes et en argent » les contri- 
butions ordinaires de chaque commanderie de son 
prieuré Ces contributions étaient appelées respormans^ 
et pouvaient être augmentées selon les besoins de 
Tordre et d'après les ordonnances et décrets du cha- 
pitre général (i). 

Extrait de diverses Chartes qui existent aux Archives 
impériales, concernant la Ferme du èfonthaussart. 

Ces chartes sont classées par numéros, dans l'ordre 
suivant ; les huit premières concernent des lettres de 
donation, délaissement, vente et acquisition de biens 
situés à Rozières et Filaiu^ aux frères de la Chevalerie 
du Temple. 

Le N° 9 est ainsi intitulé : 

Monlhoussart , avril 1266. — Don de cinq pièces de 
terres* 

No 10. 4256. Monthoussart, Soissons, Cïs, Presle. 
— Don d'un muid de vin de rente. 

No il. Juillet 1250. Monthoussart. — Don des héri- 
tages d'Ansille de Bugnier, assis à Auxone et Vilule. 

N<^ 12. Août 1236. Monthoussarl. — Don de terres, 
vignes et masure. 

N® 13. Avril 1271. Monthoussart. •— Don d'une pièce 
de terre au terroir de Cys. 

N" 14. Février 1288. Monthoussart. — Don de vignes. 

N®15. Décembre 1221. Monthoussart. — Acquisition 
de terres. Cette charte est écrite en latin et en huit 
lignes, sur un très-petit parchemin. 

précepteur clait chargé de TédacattoD des jeunes chevaliers 
novices. Histoire de HlaUe, par l*abbé de Yertot. T. v., p. 537. 
(l)ia., t. I, 503 et 504. 



— 31 - 

N* 16. Février 4288. Monthoassart. — bon de terres. 
Charte aussi en latin. 

N* 17. 1288.— Don d'une moitié de maison à Braine. 
Charte en latin. 

N<> 48. 4294. — Don de vignes. 

N** 49. 4347. Honlhoussart. — Commission du pré- 
vost d'Oulchy, obtenue par Robert Rinvoisié, pour 
adjourner pardevant luy les Religieux de l'ordre de 
Saint-Jean de Jérusalem, pour avoir payement de quatre 
sepliers de grains de rente qu'il disait avoir droit de 
prendre sur leur maison de Honthoussart. 

Au bas : Maupas le Honthoussart. 

N« 20. Février 4393. — Mandement de M. le grand 
prieur de France , donné à frère Gobert Chandelier , 
gouverneur de la maison du Honthoussart, de payer à 
Bernard Rescour, écuyer, les arrérages de 42 septiers 
de grains de rente par an, qu'il avait droit de prendre 
sur la maison de Honthoussart, dépendante de la com- 
manderie du Hont de Soissons. 

Cette charte est écrite en français, mais presque 
illisible. 

No 21. (Suite de la pièce précédente.) 20 février 
4393. — Honthoussart. — Commission. 

No 22. Novembre 4282. Honthoussart. — Vente, entre 
particuliers , de deux pièces de terres en la Montagne 
de Cys. 

En français peu lisible. 

Suivent d'autres pièces concernant toujours les che- 
valiers du Temple, pour d'autres biens situés à divers 
endroits. 

Nota. — Toutes ces pièces àe trouvent aux Archives 
de l'Empire , rubrique et cote S. 4953. 

No 40, liasse 45«. — 7 juin 1548. 



— 3a — 

BAIL DR LA FEltME DU MONTHOUSSART. 

 tous ceux qui ces présentes liront ou verront, 
Jehan de Martigny , licencié en loix, conseilleur du Roi 
et garde du scel de la BaiUye de Vermandois à Laon, 
salut : 

Savoir faisons que pardevant nos amez et féaulx 
Jehan Monnart et Guillaume Monnart, notaires royaux 
audit baillage, demeurant à Soissons , comparut per- 
soonellemenl noble personne frère Paris du Gard, che- 
valier de Tordre de Saint-Jehan de Jérusalem, com- 
mandeur du Mont de Soissons et de Maupas, lequel a 
fait bail pour vingt-neuf ans, commençant du jour de 
saint Martin d'hiver, mil cinq cent quarante-neuf, i 
Jehan Demoullart, fermier, demeurant à Monthonssart, 
paroisse de Courcelles, preneur; en laquelle ily a trois 
maisons manables, trois granges et estables, bergeries, 
cour, jardin, lieux et pourpris, comme ils se compor- 
tent; le tout enclos et fermé de murailles, contenant 
ensemble trois arpents, trois pichels ou environ , tenant 
au grand chemin conduisant dudit Courcelles à Vailly. 

Suit le détail des pièces de terre dont les lieuxdits 
sont encore les mêmes aujourd'hui : le Champ de la 
Afarctle^ contenant quinze arpents, un pichet, dix verges, 
tenant d'un bout aux terres de la censé de Crévecœur 
et au chemin, llem. Une aiitre grande pièce de terre 
appelée la Grande CouUure^ contenant treize muids, 
deux arpents, un pichet, cinq verges, tenant au chemin 
conduisant dudit Monthonssart à Vailly, et par bas aux 
terres de Crévecœur et aux terres de Cys-Ia-Commune 
d'un bout, et aux terres dudit lieu d'autre bout. Item. 
Une autre pièce de terre nommée le Champ du Temple^ 
située sur les terroirs de Courcelles et de Vauberlin, 
contenant sept arpents et demi cinq verges, tenant 
auxdits terroirs de Courcelles et Yauberlin, par bas 



— 33 — 

au pré du Molin (Moulin), et par haut au Hiurle de la 
Montagne, etc. 

Ledit bail était fait moyennant une redevance de 
vingt-neuf muids de grains, à savoir : six muids, dix- 
buit aissins de froment; six muids dix -huit aissins de 
méteil, moitié bled-froment et moitié seigle, cinq muids 
dix-huit aissins de seigle et neuf muids dix-huit aissins 
d'avoine; le tout bon grain, sain, sec et net, loyal et 
marchand, mesure d'Oulchy. Aussi six chapons de la 
valeur de vingt-cinq sols tournois, deux montons ou 
quatre livres tournois, et un pourceau de la valeur de 
six livres tournois, le tout rendu, conduit et livré à 
Soissons ou aussi loin, au choix du baillciur. 

Sera tenu ledit preneur de payer chaque an, à l'acquit 
dudit bailleur, au prieur de Brayne, quinze septiers de 
bled-froment et trois septiers de seigle, qui seront 
diminués au dit preneur sur la redevance dessus fixée. 

Item, sera tenu ledit preneur de faire dire, chanter 
et célébrer à ses dépens, par chaque semaine, en la 
chapelle dudit lieu, deux messes à heures convenables, 
à savoir: Tune le dimanche et l'autre le mercredi ou le 
jeudi. 

Ce bail, dont la durée était fixée à vingt-neuf ans, n*a 
pas été continué , car il y en a un autre (n» 43, liasse 
d5*), à la] date dudit janvier 1552, pour neuf années, 
moyennant dix-huit muids de grains, dont six muids de 
bled-froment et douze muids de mesteil, et en plus 
cent vingt-livres tournois d'argent. En outre dix-huit 
muids d'avoine, mesure dudit lieu, ou, pour ladite avoine, 
cent livres|tournois, au choix dudit seigneur comman- 
deur. Enfin, deux pourceaux ou, pour en tenir lieu, 
douze livres tournois ; huit chapons ou cinq sols tour- 
nois; quatre moutons ou trente-cinq sols tournois pour 

prix, le tout au choix dudit seigneur commandeur, 

5 



— 34 — 

conduit cl livré à Manpas-lës-Soissons , ou aussi loin , 
au choix du seigneur commandeur. 

EnGn, en voici un autre sous le n® 44 » liasse i5. 

iO novembre i568. Dail de la ferme du Monthoussart, 
paroisse de Courcelles, pour neuf années entières qui 
commenceront au jour de la Saint-Marlin d'hiver i570, 
au profit de Pierre Culot, laboureur, demeurant en la 
censé dudit Monthoussart, par noble seigneur frère 
Antboine de Fontaines, chevalier de Tordre de Saint- 
Jehan de Jérusalem, moyennant neuf muids de bled- 
froment et neuf muids de bled mesteil, le tout bon 
grain, sain, sec, net et marchand, mesure d'Oulchy-le- 
Chastel, rendu et conduit desdils lieux aux greniers 
dudit seigneur commandeur audit Maupas ; aussi, deux 
cents livres tournois d'argent; deux pourceaux gras ou, 
pour remplacer, trente livres tournois; quatre moutons 
que ledit preneur sera tenu de livrer en nature, avec 
huit chapons , après qu'ils auront été choisis aux trou- 
peaux dudit preneur, par ledit seigneur commandeur 
ou son représentant, en tel temps de saison que bon lui 
semblera, et un paast^ ou pour en tenir lieu, une 
somme en argent dont le chilîre est illisible. Le tout 
au choix dudit seigneur commandeur, le tout rendu 
comme dessus ou aussi loing. 

Sera tenu aussi ledit preneur de payer en l'acquit 
dudit seigneur commandeur, chacun an dudit bail, au 
prieur de Brayne, un muid et demi de grain ; d'ap- 
porter quittance audit seigneur et au nom de telles 
personnes qu'ordonnera ledit seigneur commandeur 
audit preneur; aussi chaque an quatre pichets de bled 
ordinaire, mesure des comtes de Soissons, dont le 
premier payement de la redevance ci-dessus fixé, 
échéera au jour Saint-Marlin d'hiver, en l'an mil cinq 
cent soixanle-et onze, et ainsi continuer d'année en 
année les dites neuf années durant. 



— SS- 
II sera tenn ledit preneur de faire dire, cbanler et 
célébrer à ses dépens , en la chapelle dudit lieu de 
Monthoussart, deux messes par chaque semaine, par un 
prêtre digne et capable, et pour ce faire entretenir 
les luminaires et davantage. 

Le preneur était tenu de faire les réparations locatives 
et de faire les charrois en cas de grosses réparations; 
toutes les améliorations et édifications que ledit pre- 
neur aurait pu faire audit lieu , pour sa commodité , 
devaient demeurer sur les lieux au profit du seigneur 
commandeur, sans qu'il soit tenu de rien payer pour ces 
édifications ou améliorations qui devaient rester la pro- 
priété du bailleur à Texpiration dudit bail. 

Le preneur était tenu de fournir une caution, et on 
lit à la fin de la charte : Est comparu Antoine Culot 
(probablement frère ou parent du fermier) , marchand 
à Soissons, lequel s'est constitué caution. En cas de dé- 
cès dudit preneur , ses héritiers avaient quarante jours 
pour désigner un successeur. 

Il existe également aux archives plusieurs autres 
pièces concernant le Monthoussart. Ainsi, liasse i5, n^ 
29 ('21 juillet 1484), on lit : Transaction passée entre 
le commandeur du Mont de Soissons, de Maupas et de 
Monthoussart d'une part , et le frère Jehan Godefroy, 
prieur de Saint-Remy de Braine , membre dépendant 
de l'église Notre-Dame de la Charité-sur-Loire et de 
Tordre de Clugny, d'autre part, au sujet d'une rente de 
quatre muids et demi de grains que ce dernier disait 
avoir droit de prendre sur la maison de Monthoussart , 
dépendante de la commanderie de Maupas. 

A promis, ledit commandeur, de payer audit prieur 
de Braine, tous les ans, le jour de la Saint-Martin d'hi- 
ver, quinze setiers de grain , mesure de la ville de 
Braine. 
Scellé sur double de parchemin, ce 21 juillet 1484. 



— 86 - 

Le no 33 de la même liasse contient ce qui suit : 

I*' mai i495. Monthonssart. — Transaction entre 
messire Charles de Brunière, chevalier de Tordre de 
Saint-Jehan-de-Jérusalem , commandeur du Mont de 
Soissons et du Monthonssart dépendant dudit ordre, et 
Antoine Ducastel, maire et garde de la justice de la com- 
mune de Cys» Presle et Saint-Mard, pour apposer des 
bornes sur les lieux situés sur le chemin de Saint-Mard 
à Draine. 

Scellé sur queue, ce !•' mai 1495. 

D'après des chartes de 1191 et 1225, la première de 
Thibaud V, la deuxième de Thibaut VU, tous deux 
comtes de Champagne, les villages de Presles, les 
Boves, Ilhu, Saint-Mard et Cys, formaient une commune 
dont le dernier était le chef-lieu. Les habitants de ces 
illages jouirent en commun , jusqu'à la révolution , du 
droit de tribunal , de sceaux , de cloches et de befTroy. 
Les archives, l'hôtel-de-ville et le beffroy étaient à Cys, 
d'où lui est venu le nom de Cys-la-Commune. Tous les 
hommes jouissaient du droit de chasse et de pèche, 
sans distinction d'état. La justice était rendue par le 
maire ou par son lieutenant et par un procureur fiscal. 
Ces officiers changeaient tous les ans et étaient élus le 
lendemain de la Pentecôte, par 60 délégués nommés par 
les villages réunis à cet effet à Cys. En 1740, il avait 
été réglé que les officiers seraient, à l'avenir, nommés 
par les curés, gentilshommes et bourgeois, et par deux 
députés de chaque paroisse, payant au moins quarante 
livres de taille. 

Sous le n^ 35 de ladite liasse, on lit : 

8 janvier 1508. Monthonssart, Courcelles. -- Tran- 
saction touchant une pièce de terre contentieuse, sise 
entre Monthonssart et Courcelles : 

Au nom de Jehan de Lacoste, licencié en loix, cha- 
noine de Laon, pardevant Pierre Baym, tabellion royal, 



- 37 - 

demeurant à Braine , sont présents » Loys d'Aultry » 
escnyer, seigneur de Courcelles, maistre d'bostel ordi- 
naire du roi d'une part ; et frère Michel d'Arzillemont, 
chevalier de Tordre de Saint-Jehan de Jérusalem, com- 
mandeur de Maupas» d'autre part ; pour transiger au 
sujet d'un trouhle pour une pièce de terre, assise sur la 
montagne de Courcelles» et entre Courcelles et la censé 
et maison du Monthoussart. 

On mettra une borne. 

8 janrier mil cinq cent et huit. 

Scellé sur double queue. 

Ces faits et documents concernant une localité de 
l'arrondissement de Boissons, je crois devoir les pré- 
senter à la Société, aimant à espérer qu'elle accueil- 
lera avec intérêt cette communication dans laquelle j'ai 
cherché à expliquer quelques préjugés légendaires atta- 
chés au plus ou moins d'eau dans le puits du Monthous- 
sart, et à faire connaître les conditions auxquelles on 
louait les fermes appartenant aux commanderies , qui 
en possédaient un assez grand nombre' dans le départe- 
ment de l'Aisne. 

La compagnie, tout en adoptant le fond du travail de 
M. Wafflart, regrette qu'il ait cru devoir ne donner que 
les titres des anciennes chartes concernant Monthous- 
sart, tandis qu'il a transcrit in extenso des titres plus 
récents qu'il aurait fallu peut-être abréger davantage. 

Le séance est levée à cinq heures. 

Le Président , 
DE Làpràirie. 

Ix Secrétaire , 

L'abbé Piécheur. 



BVLLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE 

ET SCIENTIFIQUE 

DE 
SOISSONS. 



QUATRIÈME SÉANCE. 

LnDdi13A\ril 1863. 



Présidence de SI. de Laprairie. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS ET DÉPOSÉS. 

i^ Cabinet historique^ 9* année, S« et 3« livraisons de 
février-mars 1863. 

2« Revue des Sociétés savantes^ t. r', 3« série. Janvier 
et février 1863. 

3o Mémoires lus à la Sorbonne dans les séances 
extraordinaires du comité impérial des travaux histo- 
riques et des sociétés savantes, tenues les 21, 22 et 23 
novembre 1861. — Archéologie, histoire, philologie, 
sciences morales, etc. 

4<* Etudes Saint-Quentinoises^ par M. Ch. Gomart, tome 
11% 1860 et 1861. Hommage de l'auteur à la Société. 



- 40 — 

CORRESPONDANCE 

M. le Président lit la lettre suivante, qui lui a été 
adressée par M. le Ministre de Tinstruetion publique et 
des cultes : 

c Paris, le 30 mars 1863. 

> Monsieur le Président, 

I La commission chargée d'examiner les travaux 
adressés par les Sociétés savantes en vue du concours 
de i862 {Répertoire archéologique de la France) , vient 
de me soumettre son rapport et ses propositions pour 
la distribution des récompenses. 

• Je suis heureux d'avoir à vous annoncer, Monsieur 
le Président, que le Répertoire archéologique de Far- 
rondissement de Soissons a été jugé digne d'une mention 

HONORABLE. 

» La commission a été particulièrement satisfaite de 
la partie de ce travail qui a été rédigée par M. Prioux, et 
J'ai décidé, sur sa proposition^ que votre collègue rece- 
vrait une médaille de bronze , ainsi que la Société à 
laquelle il appartient. 

"h Je vous prie, Monsieur le Président, de vouloir bien 
informer de cette décision M. Prioux et de la lui trans- 
mettre , ainsi qu'à M. Pécheur , qui a droit avec vous 
aux remerciements de la commission. 

i> La distribution des récompenses aura lieu, conime 
vous lesavez,le samedi il avril prochain,à la Sorbonne. 

> Agréez, Monsieur le Président, l'assurance de ma 
considération la plus distinguée. 

> Le Ministre de V instruction publique et des cultes^ 

1 ROULAND. • 

M. le Président lit également une lettre de M. Abel 



— 41 — 

Desjardins, doyen de la faculté des lettres de Douai, en 
date du 7 mars 1862, par laquelle ce fonctionnaire le 
prie de lui faire connaître, pour être transmise à M. le 
Ministre de l'instruction publique, la liste des princi- 
paux ouvrages qui ont paru depuis dix ans dans le res- 
sort académique de Douai,sur l'histoire générale, locale, 
des institutions, etc., avec Tindication des textes (chro- 
niques, cartulaires et autres documents relatifs à l'his- 
toire provinciale), publiés par des Sociétés savantes ou 
par des particuliers ; des travaux entrepris sur la géo- 
graphie, la topographie, la philologie provinciales ou 
locales, les patois en usages, etc. 

Après la lecture de cette lettre, M. le Président ins- 
truit la Société qu'il a répondu, concurremment avec M. 
le Secrétaire, aux questions adressées, tout en se ren- 
fermant dans les limites des arrondissements de Sois- 
sons et de Château-Thierry, qui sont spécialement 
l'objet des travaux de la Société. 

A propos de la question concernant les patois en 
usage dans nos contrées du nord, plusieurs membres 
sont d'avis qu'il serait utile de recueillir les mots qui, 
dans le Soissonnais^ s'écarteraient du langage ordinaire. 
M. l'abbé Pécheur fait remarquer que les nuances de 
langage, la diversité des dialectes, la différence de la 
prononciation, l'accent, sont un des moyens les plus 
propres à déterminer non-seulement la limite des an- 
ciennes provinces, mais même celle des pagi et comtés 
primitifs. Ainsi, dit-il, quittez les rives de l'Aisne depuis 
Soissons jusqu'à Choisy-au-Bac et gagnez celles de 
rOise , le changement de langage et d'accent vous frap- 
pera sur le champ. Vous étiez dans TIle-de-France, 
vous voilà en pleine Picardie. On parle le Français à Vic- 
sur-Aisne, à Berny-Rivière ; on parle le Picard à Carie- 
pont, à Caisne, à Cutz, et ces localités ne sont séparées 

que par un plateau de quelques lieues. La nuance se 

6 



- i-2- 

fait même déjà sentir entre Pommiers, Fontenoy, etc., 
et Autrècbes, Morsain, Vézaponin etEpogny. La même 
expérience peut se faire en quittant la vallée de la Marne 
à Château-Thierry, à Jaulgonne par exemple, pour ga- 
gner les plaines de TOrxois et du Valois ; l'accent est 
complètement différent i cette limite de la Champagne 
proprement dite. L'accent de TOrxois s'affaiblit visible- 
ment aux limites du Soissonnais , vers les vallées de la 
Crise et de la Vesle ; on le sent encore à Draine. J*ai été 
très-surpris de retrouver à Béthisy les mêmes infle- 
xions que j'avais si longtemps remarqué à Oulchy, Fère, 
Neuilly et Coincy. Le Valois et l'Orxois, quoique primi- 
tivement distincts, furent en effet longtemps réunis, le 
premier ayant absorbé le second avec lequel il avait 
une grande affinité. 

M. l'abbé Pécheur ne prétend pas ériger ces quelques 
données en système définitif ; mais il pense qu'elles 
pourraient mettre sur la voie d'études philologiques 
locales très-intéressantes. 

M. Décamp appelle l'attention de la Société sur la 
découverte des fondations de l'ancienne église Saint- 
Waast , à Soissons. L'honorable membre se charge de 
rédiger une notice sur cet édifice détruit, à Taide de la 
gravure qu'en a laissé Tavernier, et d'un dessin des 
fouilles que M. Laurent se propose de lever. 

Plusieurs membres signalent la démolition de la 
dernière maison de bois de l'ancien Soissons, au car- 
refour de la Grosse Tête et portant le n» 2. Cette maison 
était de la même époque que celle des Âttaches.qm était 
beaucoup plus intéressante sous le rapport archéolo- 
gique et dont la Société a fait insérer un dessin dans ses 
bulletins. M. Suin pense qu'elle n'est pas Vhôtel de la 
Grosse Tête dont il est souvent question dans les chro- 
niques soissonnaises , et que celui-ci devait se trouver 
à l'angle opposé occupé aujourd'hui par M. Tingry, 



— 43 — 

horloger. Quoiqu'au moyen de la photographie on ait 
conservé le souvenir de ce vieil édifice» on n*en doit 
pas moins regretter ces derniers spécimens de notre 
architecture civile , qui pouvaient encore nous aider 
.à reconstruire par la pensée la physionomie pittoresque 
d'une ville du moyen-âge. 

M. le secrétaire lit un rapport sur les travaux de la 
Société, inséré au tome i" des Mémoires des Sociilis 
savantes. Janvier 4863, p. 37. 

On examine, sur le bureau, un morceau de poudingue 
donné par M. Ferté, de Condé-sur-Aisne, et paraissant 
provenir d'une meule à bras romaine ; on lit ensuite, sur 
un fragment de poterie rouge trouvé par M. Calland, 
les mots Berinicci M{anu). 

Enfin, la Société est avertie,par une lettre adressée à 
M. de Willefroy, par M.Cochain, curé-doyen de Mouy , 
de la découverte de 74 pièces de monnaies, dont 72 en 
argent et 2 en or, faite en cette commune. La Société 
remercie M. de Willefroy et M. Cochain de celte com- 
munication, mais ne croit pas devoir acquérir ce trésor 
comme le propose ce dernier, toutes ces monnaies étant 
communes. 

La séance se termine par Texamen attentif des objets 
antiques du Musée Campana, dont le Gouvernement a 
fait don au Musée de Soissons. 

La séance est levée à cinq heures. 

Le Président , 

DE LAPRAmiE. 

Le Secrétaire , 
L'abbé Pégbëur. 



BULLETIN 

DE Lk 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE 

ET SCIENTIFIQUE 

DE 
SOISSONS. 



CINQUIÈME SÉANCE. 
Londi I lai 1863. 



Présidence de M, de Laprairie. 

Le procès- verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS ET DÉPOSÉS. 

1** Publications de la Société havraise d'études di- 
verses (1862). 

2o Annales de la Société d'agriculture , sciences^ arts 
etcommerce du Puy^ tome xxiv® (1861). 

3° Séance générale de la Société littéraire et scientifique 
de Castres {\S63). 

4® Bulletin de la Société archéologique et historique du 
Limousin^ tome xxiii% 2® iiv. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

Il est donné lecture d'une lettre de M. Pilloy, membre 
correspondant, qui adresse à la Société le travail sui- 
vant qu'il a intitulé : 



— 46 — 

QUELQUES DOCUMENTS AUTHENTIQUES 
SUR nogent-l'artaud. 

L'origine de Nogent-l'Ârtaud (autrefois Nogent-sur- 
Marne), village de 1,300 habitants, situé sur la rive 
gauche de la Marne, à 4 kilomètres Est de Charly» son 
chef-lieu de canton, n'est pas bien connue. Son nom, 
dérivé du latin Novigentum (mot à mot nouvelle gant, 
nouvelle nation, nouveau peuple) indique cependant 
une origine sinon gauloise, tout au moins gallo-romaine 
ou franque. Il n'apparaît , dans les chartes que nous 
connaissons, qu'au iv siècle. On trouve en effet, dans 
les pièces justificatives de Y Histoire de V abbaye de Saint- 
Germain-des-Prez de Paris , par D. Bouilliart , une 
charte de 829, par laquelle l'empereur Louis-le-Débon- 
naire confirme le partage fait par l'abbé de ce monas- 
tère, Hilduin P% qui était en même temps abbé de 
Saint-Denis et de Saint-Médard de Soissons, des biens 
de l'abbaye de Saint-Germain, pour satisfaire à tous 
besoins de la communauté, partage 'qui avait pour effet 
c d'empêcher que l'avarice de ses successeurs pût les 
• porter à prendre tout pour eux et à laisser les reli- 
» gieuxdans Undîgence, > nous ditdom Bouillart. 

La terre de Nogent est affectée, avec huit autres, 
à l'entretien des habits de la communauté, aux besoins 
des malades et autres. 

Ad vestitnenta etiam vel omnes eorum nécessitâtes se^ 
cundum regularem institutionem procurendas^ consti' 
tuimus mis easdem villas, quas ipse per suam concession 

nem eis visus est candonasse: id est Quintam cujus 

vocabulum est Novigentus, cutn omni integritate sua 

has ergo villas cum appendiciis et reditibus suis^ ut 
diximus, ad omnes ejusdem congregationis tant infirmo- 
runif quain senum nécessitâtes faciendas.. .. Data idibus 



- 47 — 

januarii, anno Christo propitio sexlo decimo imperii 
Domni Hludovici serenissimi Augusti, indictione sep- 
lima. Actum Aquisgrani palatio regio in Dei nomine féli- 
citer. Amen. 

Cette charte nous apprend qu'à cette époque les 
abbés étaient non-seulement administrateurs des biens 
des abbayes, mais qu'ils avaient encore la libre disposi- 
tion de ces biens, et que Nogent n'a pas été donné à 
Saint-Germain par un abbé en 829, comme l'indique à 
tort YHistorien du Valois (tome iiio, page 389), puisque 
cette terre ou villa est comprise dans le partage des 
biens que la communauté possédait alors. Il est probable 
que l'abbé Carlier a été trompé par l'expression dont 
se sert dom Bouilliart (page 2G de VHistoire de Saint" 
Germain ) Cet historien dit en efTtt que Ililduin laissa 
pour l'objet indiqué les terres qu'il désigne, après 
avoir affecté les autres revenus de l'abbaye aux autres 
besoins de la communauté et de Tabbé. Le mot lama 
n'implique pas ici l'idée de donation , mais seulement 
celle de partage et ne fait qu'indiquer que Ton parle 
de la dernière partie des revenus. 

861 . — Les Normands étant venus, pour la troisième 
fois, brûler Paris, les religieux de Saint-Germain qui 
avaient, quelques années auparavant, transporté les 
précieuses reliques de l'abbaye à Emant, proche de 
Sens, qui leur appartenait, dans la crainte de voir ces 
barbares remonter la Seine, prirent le parti de quitter 
cette retraite ; ils se rendirent avec ces reliques, dont 
la principale était le corps de saint Germain, évéque de 
Paris, leur bienheureux patron, à Nogent-sur-Marne. 
Pendant le séjour qu'elles y firent, l'histoire de l'abbaye 
fait connaître c que saint Germain opéra plusieurs mi- 
1 racles raportés fidèlement par Aimoin, comme témoin 
» oculaire. • 

Les Normands, cependant, remontèrent la Marne, et 



- 48 - 

les précautions des religieux eussent éié vaines si le 
roi Charles-le-Chauve, qui était à Sentis où il rassemblait 
des troupes, ne fut accouru à Meaux, trop tard pour en 
empêcher le pillage, mais assez à temps pour couper la 
retraite des hardis hommes du Nord. Il les obligea à 
capituler à des conditions désastreuses pour eux. 

La tranquillité rendue au pays, l'abbé et les religieux 
de Saint-Germain prirent les mesures convenables pour 
transférer le corps de leur saint patron de Nogent à 
Paris. • La voye qui parut la plus commode, dit dom 
1 Bouilliart (page 43), fut celle de la rivière. On mit les 

> saintes reliques dans un bateau que Ton fit descendre. 
1 de la Marne dans la Seine, jusques à la jonction de la 

> petite rivière de Bièvre, où Ton mit pied à terrr. 
9 C'était le quatorzième des calendes d'août, c'est-a- 
• dire le dix-neuf juillet (863). 

872. — Second partage des biens de l'abbaye , par 
Goziin, abbé de Saint-Germain. Dans la charte de confir- 
mation donnée par le roi Charles-le-Chauve, dans le 
monastère de Saint-Denis, le xii des calendes de mai, 
indiction v , la xxxii« année de son règne et la m' 
depuis sa succession au royaume de Lothaire, c'est- 
à-dire le 20 avril 872, Nogent est ainsi désigné : t iVb- 
vigenlum etiam in MeldensL i 

1096. — L'abbaye de Saint'Germain possédait la terre 
de Nogent; mais la cure appartenait à l'évéché de Sois- 
sons. En 1096, une transaction intervint entre l'abbé' de 
Saint-Germain, Isembard, et Hugues, évéque de Sois- 
sons, pour la cession à l'abbaye de l'église dudit Nogent, 
moyennant cinq sols de redevance annuelle, qui seront 
payés à l'évéque de Soissons le jour de saint Matbieu.(l) 

(i) Voici la copie de celte transaction qui présente un certain 
ÎQtérêt : 

« In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Sapientum hoc 
consilio in consuetudinem fenisse disnoscitur,utquicunquedecer- 



— 49 — 

1177. — Bulle; du pape Alexandre III, qai confirme, 
entre autres privilèges appartenant à l'abbaye de Saint« 
Germain, celui de la nomination à la cure de Nogent, à 
la prière de Hugues Y» abbé. (In Suessionensi episcapatu, 
ecciesium de Notigenio). Cette bulle est datée d'Anagni, 
le 17 des calendes de décembre, indiction x, l'an 4177 
et le 48* du pontificat du pape Alexandre, qui y sous- 
crivit avec 44 cardinaux. 



nende flrmam vellent obtioeie stabilitatem ea litterarom et aigilli 
corroborata officio poster orum BOiitice reliDqaerent. Hoc igiior 
codem ductus cons ilio ego Hugo Dei gratia Suessorum episcopos 
bojus décret! nostri rationem hoc modo rolui io futurorum cogoi- 
tioDem pervenirc. Rogatus enim aliquando îmo mullis precibus 
obsecratus à dcmno oostro rege PhiPppo atque à domno Isembardo 
Sanc*i Gerroani Paribiorum veiievabili abbate, precibus qiioque 
Sirpbabi comitis et uxoiis ejus Âdelœ inductus eorum postulatio- 
liibus, quod digoum erat, acquiescere statui. Qood eigo posinlan- 
libtts firroitcr et tctios capitaii coosilio coDcessimus aonuente 
unaDimUer clero nostro, hoc est ^idelicet, ut ecclesîa Sancti Ger- 
nuiDi ParUienssi altare de Villa Novigento, quœ sita est supra 
MaUmam fluvium (sic) perpétuai! ter cum omnibus appeiodiciis 
possideat iibere et absque persooœ interventiooe, salvo cpiscopi et 
archidiaconi jure. Et etiam teoore pro eodem attari Sauctœ Sues- 
sjoneobi ecclesiœ in festivitate Saiicti Mathei apostoli annis singulis 
qvinqne solidi per>olvanior, aut post eam diem infra dies octo lege 
fiuta rcddaniur, et minime perdatur. Hoc itaque à cobis consti* 
tutum requis imposterum violare audeat sub auathcmate inteidi- 
eimus atque etiam sign! nostri cœterorumque necessariorum astipr. 
Utione Grmavjmus. Signum Hugonfs, Suessionensis episcopi. Sig. 
Pulconis, archidiaconi. Sig Lisiardi, prœposlti. Sig. Hugonis,decani. 
Sig. Ingclranni, archidiaconi. Sig. Pétri, archidiaconi. Sig. Ebali, 
archidiaconi Sig. Hugonis, sacerdotis etc. Sig. Robert!, diaconi et 
cantons. Sig. Erchenaldi diaconi, Pétri Ramardi, Bernard!, Girard!, 
Gireldi. Sig. AcoUtorum Pétri, Ansoldi, Ivonis, Hugonis, etc. Sig. 
Domni Isembardi abbàtis, monachorum Andreae, Rainaldi, Gille» 
berti, Radulû. S'g. Laicorum, Hugonis Albi (Hugues-le-Blanc» sei- 
gneur de lia Ferté-Milon),Odonis,\Vidonis,Warini, Ernatdi. Actum 
io Urbe Suessionica, anno Doroinicœ Incarnationis millesimo nonr.- 
gésiroo sexto. Régnante rege Philippo. Ego Hugo sauctœ Suessiouum 
ccclosiœ Cancpllarius subscripsi. » 

7 . 



— 50 — 

il 81. — Nivelon, évéque de Soissons, donne à l'abbé 
Hugues et à SCS religieux la moitié des rétributions que 
les fidèles oiïraienl ù l'église de Nogent, tant pour les 
sépultures» les trentains pour les morts et les messes, 
que pour les offrandes et autres œuvres de piété. Il en 
excepta seulement, en faveur du curé, les baptêmes, les 
mariages et ce que les femmes donnaient en recevant 
la bénédiction des relevailles , sans cependant déroger 
au droit dont l'abbaye était en possession immémoriale 
de percevoir les oblations de Noël, de Pâques et de la 
Toussaint. Guillaume, archevêque de Reims et légat du 
Saint-Siège, sollicita Nivelon d'accorder cette grâce ù 
l'abbé Hugue, laquelle fut conGrmée dans la suite par 
les papes Luce 111, Clément 111 et Innocent III {Histoire 
de Saint-Germain, page iOO.) 

Ii52. ~ L'abbaye de Saint- Germain-des-Prez n'était 
pas l'exclusive propriétaire de la terre de Nogent. Une 
poition de ce domaine formait une seigneurie apparte- 
nant, vers 1159, à un nommé Artaud, qui lui a donné 
son nom. 

Nous trouvons en effet, au chapitre x« des mémoires 
de Jehan, sire de Joinville, historien du règne de Saint- 
Louis ce qui suit : c Le grand comte Thibaut, qui gist 

> à Laîgny, eut trois fils , dont le premier s'appeloit 

> Henry, le second eut nom Thibaut et l'autre Ëstienne. 

> Celuy Henry, qui estoit Taisné, fut depuis comte de 
» Champagne et de Brie, et pour la grande largesse et 

> libéralité dont il vsoitenuers tous, fut appelé le Large. 

> Et entre autres largesses qu'il fit, l'en ay voulu écrire 

> icy une, qui est digne de mémoire. 11 y auoit vn très 
» riche bourgeois à Troye. nommé Artaut , auquelle 
• comte Henry donnoit plus de foy qu'à nul autre de 
I son conseil, et tant amassa de deniers iceluy Artaut 
» qu'il fist bâtir le château de Nogent, dont depuis a 

> esté appelé Nogent-l'Artaut. Or aduint qu'vne feste 




PIERRETOMBALE D'ARTAUD 

SEIGNEUR DE NOCENT. 



— 51 - 

> de la Pentecoste , comme le comte alloit à Saint- 

> Estienne de Troye pour oûir messe, vn pauvre geiitil- 

• homme ayant deux filles auec luy, se« mit à genoux 
1 deuant le comte, luy suppliant au nom do Dieu, de luy 
» vouloir aider pour marier ses deux filles, lesquelles 

> il monstroit au comte. Fit Artaud de Nogent qui 

> venoit derrière, sans attendre la réponse du comte » 

> commença h reprendre le pauure gentil-homme» luy 

> disant qu'il auuoit tort de demander argent au comte 

> qui en auuoit tant donné, qu'il n'auuoit plus de quoy. 

> Et le comte ayant entendu ce qu'auuoit dit Artaut , 
1 se retourna deuers luy, en luy disant: c Sire villain, 
I vous mentes faussement de dire que Je n'ay plus que 

> donner, si ay da, et encore vous-mesmes que ie don- 
1 neray tout à présent. > Et incontinent le print et dit 
i au gentil homme : c Tenés (mon amy) je vous le donne 

> et vous le garantiray. > Le pauvre gentil-homme ne 

> fut point estonué , mais soudainement empoigna mon 
1 bourgeois bien étroitement, et ne le laissa oncques 
» aller insques à ce qu'il luy eust baillé cinq cens Hures 

> pour marier ses deux filles. > (Edition de 1666.) 
1211. — Le fils de cet Artaud lui succéda dans la sei- 
gneurie de Nogent. (1) Après sa mort, sa veuve Hodierne 
eut quelques contestations avec l'abbaye , que dom 
Bouilliart raconte ainsi : c Une personne de qualité 

• nommée Hodierne, dame de Nogent et veuve du sei- 



(1) Nous voyons par là i]u'il y oui trois générations d*Artaud : 
\° Artaud dont parle le sire de Joinville ; 2«'son iiis, trésorier de 
réglise do Troyes ; 3* lo fils de celui-ci, Guillaume Artaud. C*esl 
le second de ces seigneurs qui fut enterré dans Téglisc de Nogent, 
avec son épouse Hodierne, ainsi que nous le prouve la pierre 
tombale qui existe encore dans cette égli&e et dont M. Souliac nous 
a raconté les vicissitudes dans le tome 13' du Bulletin do la So- 
ciété. Nous joignons à cette notice !e dessin de cette pierre tom- 
bale. 



— 62 — 

gneor Artaud» avoit suscité depuis plusieurs années 
de gros procès aux religieux de St-Germaio, seigneurs 
en partie de Nogent, au sujet de plusieurs droits oné-* 
reux qu'elle exigcoit injustement des habitants. Elle 
et Guillaume son fils avoient usurpez les prés, vignes 
et autres possessions de Tabbaye ; ils avoient foil 
mettre en prison plusieurs personnes qui refusaient 
de payer; ils maltraitoient même les religieux qui 
demeuroientà Nogent, jusques à les enfermer comme 
prisonniers dans leur pvopre maison et à les en chas- 
ser ensuite dépouillez de tout. L'abbé Jean de Ver- 
non en fit de grosses plaintes au Pape, qui nomma 
aussitôt des commissaires pour examiner le fait et en 
porter un jugement définitif. Hodieme se soumit à 
leur décision ; mais Guillaume son fils, bien loin de 
suivre son exemple, chercha tous les subterfuges pos- 
sibles pour en empêcher l'exécution. Il fut enfin 
dénoncé» excommunié avec ses gens, et le Pape, à 
qui il avoit appelé de la sentence, la confirma et dé- 
fendit aux commissaires de lever l'excommunication 
jusques à ce qu'il fût rentré en lui-même et qu'il eût 
réparé le tort fait à l'abbaye. Plusieurs personnes de 
piété l'ayant exhorté à faire satisfaction, il y consentit 
enfin, quoiqu'avec peine, et transigea de bonne foy 
avec l'abbé et les religieux de Saint-Germain. Il fit 
hommage en présence des juges pour les biens rele- 
vans de l'abbaye qu'il possédoit, et on dressa un état 
de ce qu'ils avaient de commun ensemble. Son ex- 
communication fut ensuite levée dans le chapitre en 
présence de plusieurs témoins, dont il est fait men- 
tion dans l'acte qui en fust dressé et scellé du sceau 
des commissaires. Le roy Philippe Auguste et Blanche, 
comtesse de Troyes, confirmèrent cette transac- 
tion. » 
1267. - - Thibaut le jeune, roi de Navarre et comte 



^ 



- 53 - 

de Champagne et de Brie,accorde à Guillaume d'Âcy(l), 
seigneur de Nogenl-1' Artaud, et i AoaGhilde,5on épouse» 
et à ses successeurs dans ledit château, d'établir, dans 
la paroisse de Nogent, trois jours de foire qui devaient 
se tenir, chaque année, à perpétuité, les mercredi, 
jeudi et vendredi après Pâques. La charte est du jour 
de St-André ^267. {Tres^ stature nundinaSyin quo loco 
mluerint , iiUra parochiêm dicti castri , per très dies , 
videlicel die mercurii , die jovis et die veneris , post paschd 
resurectionis damini. if* CC^ LX^ septimo) . {Histoire de 
ChdteauThierry , tome I«', p. iS6). 

1268. — Au mois d'août de l'année suivante fut ter- 
miné le différent que Gérard de Moret et ses prédé- 
cesseurs (abbés de St-Germain) avaient depuis long- 
temps avec Guillaume , sire d'Auchy (2), au sujet de la 
haute, moyenne et basse justice de Nogent-I'Artaud, 
dont ils étaient chacuns seigneurs en partie, et pour 
d'autres droits de corvée de tailles et redevances en 
avoines et de prestations, que Guillaume exigeait des 
vassaux de l'abbaye. Eude de Sanchevi , chanoine de 
Soissons, et Guillaume de Moret, aumônier de l'abbaye 
de St-Germain , avaient d'abord été choisis pour arbi* 
très ; mais leur jugement n'ayant pas été agréé des par- 
lies, le cardinal légat, changea les commissaires et 
nomma deux gentilshommes, André de Chaville et Milon 
de Mail, pour finir cette affaire. Comme ils ne pouvaient 
non plus convenir touchant Testimation et la compen- 
sation des choses, le légat leur donna pour adjoint 
Guillaume de Limigni,archidiacredePoissy, qui se trans- 
porta sur les lieux et régla tous les différents au gré des 



(1^ Etait-cp un dtscendant d* Artaud, Tacquéreur de ses biens 
ou le possesseur d*ua ù^ fief? G*esl ce que nous n'avons pu dé- 
teimincr. 

(2) M. rabbé Poquct écrit Acy, et riiistoire de St-Germain Auchj. 



— 54 — 

parties, selon la Iransaclion faite entre elles, laquelle Tut 
ratifiée à Montereau par Thibaud, roi de Navarre, comte 
de Champagne et de Brie. (Hist. de St-Germain, p. 435). 

1275. -— Le roi Philippe III permet à Tabbé et à sa 
communauté d'ériger des piloris et fourches patibulaires 
dans tous les lieux où ils auront haute et basse justice. 
4299. Blanche de Navarre, reine de Navarre, de Cham- 
pagne et de Brie, veuve d'Edmond, comte de Lancastre, 
fonde le prieuré o nventuel de Nogent-l'Ârtaud en l'hon- 
neur de St-Louis. (Voir la charte de fondation. Histoire 
de Château-Thierry^ p, 497.) 

4303. L'abbé de St-Gerroain , Jean III, confirme la 
convention conclue entre le curé de Nogent,Ferri,et les 
religieuses de Ste-Claire de Nogent , au sujet de l'aban- 
don fait en faveur du prieuré de divers droits et obla- 
tiens en échange , en franc alleu, de deux arpents de 
pré sis au terroir de Nogent. 

1340. — Confirmation de la fondation dudit prieuré 
par le roi Philippe-le-Bel et son fils qui fut plus tard 
Louis X, et par Jean , fils de Blanche de Navarre. 

\ZU. — Même confirmation par Henri de Lancastre. 

4452. — Destruction du prieuré de Nogent (4) et dis- 
persion des religieuses qui n'y furent réintégrées que 
le 43 mars U77. 

1504. — La seigneurie laïque de Nogent appartenait 
à Madeleine Cleret, veuve de Jean de Louen. 

1558. — Les religieuses de Nogent refusent de payer 
la dime que l'abbaye prétendait prendre sur quarante- 
sept arpents ou environ de terres labourables, et sur 
les trois arpents et demi de vignes dont elles étaient en 
possession. Les deux parties, pour éviter un procès, 
entrèrent en composition et firent une transaction. Les 



(1) Probahlemeat par lés Aii;;'ai.s au momeut où ils forent forcés 
d*abandonner la France. 



— 55 - 

religieuses , en reconnaissance de la modération que la 
communauté de St-Germain avait gardée à leur égard» 
s'obligèrent à Taire des suffrages et des prières dans 
leur église pour chaque religieux de Saint-Germain dé- 
cédé, lorsqu'elles auraient appris sa mort. 

1631. —Le 20 jauTier 1631, le marquis de La Viéville, 
demanda aux religieux de St-Germain la seigneurie de 
Nogent-l'Artaud et les autres biens dont ils jouissaient 
au même lieu, offrant de leur céder en échange un 
fief, des maisons, terres et héritages situés aux ter- 
roirs de Thiais et Choisi , estimés i 1 ,400 livres de rente. 
H promit en outre de leur donner 6,000 livres pour 
être employées en fonds d'héritages. La communauté 
accepta ses offres , à condition qu'il y ajouterait encore 
200 livres de vente. 

Au moment de la révolution de 1789, la seigneurie 
et terre de Nogent appartenait à la famille de La Be- 
doyère. Cette terre relevait de la tour du Louvre et 
avait le titre de Baronnie. 

Cette famille possède encore de nombreuses proprié- 
tés à Nogent-l'Artaud et notamment un jardin de plai- 
sance qui renferme les ruines du prieuré des dames 
Claristes détruit, comme tant d'autres, par le vanda- 
lisme révolutionnaire. 

Nous ajouterous'^à cette notice quelques mots sur di- 
verses personnes de qualité qui habitèrent Nogeni. 

Madame de Pompadour avait une maison à Nogent- 
l'Ariaud. C'était probablement un pied à terre dépendant 
de son domaine de Marigny-en-Orxoîs , qui, on le sait, 
appartenait au marquis de Poisson, père de la trop 
célèbre ma rquise 

M« Claude de La Fontaine, frère du fabuliste, ecclé- 
tique (oratorien) , habitait aussi Nogent-l'Artaud où il 
mourut. A l'occasion du mariage de sou frère avec Marie 
Héricart, il s'était dessaisi de tous ses biens , venus et 



— So- 
ft venir, en faveur des nouveaux époux, moyennant 
une pension de 1,100 livres. C'est ainsi que Jean de La 
Fontaine possédait divers immeubles à Nogent, comme 
nous allons le voir plus loin. 

Le comte de Tressan, le spirituel auteur du Petit 
Jehan de Saintré et de la Dame des Belles Cousines , 
vint à la fin de 1765 se retirer dans une petite maison 
de campagne à NogenM'Artaud. 

M. Campenon, dans sa notice sur cet auteur et ses 
ouvrages, nous dit qu'il y avait dans son voisinage une 
ferme qui avait appartenu au bon La Fontaine et que 
les petites nièces de l'immortel fabuliste possédaient 
encore. C'était là, dit-il^ leur unique bien. La modicité 
de leurs revenus les forçait de vivre en pension dans 
le couvent du bourg. 11 ajoute que plusieurs fables du 
bonhomme avaient été composées dans cette habitation. 

Le c^mte de Tressan ne resta guère à Nogent et ne 
tarda pas à se fixer à Paris , puis ensuite à Franconville 
près Montmorency. 

M. Choron demande la parole et s^exprime ainsi : 

J'ai trouvé dans les archives de la commune de Dom^- 
miers le récit de la fête de l'Etre-Supréme et le texte 
de la délibération qui a été prise pour organiser cette 
fête. Comme de telles pièces sont rares et qu'elles peu- 
vent être utiles pour l'histoire de l'époque, j'ai cru 
devoir en prendre copie et j'en propose l'insertion dans 
notre Bulletin. 

t Cejourd'hui, 16 prairial, 2* année républicaine 
» (4 juin 1794), nous, maire et officiers municipaux et 
» conseil général de la commune de Dommiers, assem- 

> blés au lieu ordinaire des séances de la municipalité 
» à l'effet d'arrêter et de statuer dans quelle cérémonie 
1 serait observée et célébrée la fête de l'Etre-Supréme. 

> Il a été, a l'unanimité, statué ce qui suit : Que la fête 



- 57 - 

serait célébrée le 20 prairial ; qu'elle consisterait en 
un discours sur l'existence de TEtre-Supréme et la 
nécessité de lui rendre hommage » et dans des chants 
patriotiques et à la gloire de TEtre suprême chantés 
par douze filles vêtues de blanc ; que llntérieur du 
temple serait nettoyé et décoré de fleurs, et qu'en 
outre tous les habitants de la commune seraient invi- 
tés à y assister. 

I Fait et délibéré le jour susdit^ et avons signé : Mar- 
lier, maire; Louis Doffémont, agent natioral;Delorme, 
officier municipal; Montigny, Podevent, Rallon. t 
I Cejourd'hui, SO prairial, 2« année de U république 
française une et indivisible» les maire , officiers muni- 
cipaux et conseil général delà commune de Dommiers, 
se sont réunis, à neuf heures du matin, en la place 
de la Liberté, où, après s'être armés chacun d'une 
branche de chêne , ils se sont avancés vers le temple 
dédié à l'Etre suprême ainsi qu'il suit: 

> La garde nationale marchant tambour battant et 
drapeau déployé , armée de piques , à la tête. 

> Venaient ensuite douze filles vêtues de blanc et or- 
nées de rubans tricolores, désignées pour chanter un 
hymne à l'Etre suprême. 

> Ensuite le corps municipal, assisté de son conseil , 
revêtu d'écharpes et de rubans tricolores , suivi des 
quatre plus anciens vieillards qu'accompagnait un 
détachement de la force armée. 

h  leur suite , les pères de famille et tout le reste 
de la commune. 

> Arrivés à la porte majeure du temple, rentrée en 
fut ouverte par le maire. La garde nationale prit 
séance dans la nef et distribuée par sou commandant 
aux endroits nécessaires pour contenir le peuple dans 
le silence et le respect ; les filles vêtues de blanc en 
face de l.autel érigé à TËtre suprême ; la municipalité 

8 



— 58 - 

sur les côtés, et le conseil de la commune , les vieil- 
lards ensuite et les pères de famille. Chacun ayant pris 
sa place, le maire monta à la tribunal (i jet lut le 
décret de la Convention relatif aux fêtes décadaires. 
Lui succéda dans la même tribunal l'orateur de la 
commune , qui rappela dans un discours bref et pathé- 
tique l'eiistence d'un Etre suprême et Timmortalité 
de l'âme. Ensuite, les douze filles s*étant levées ont 
chanté en chœur un hymne à l'Etre suprême dont le 
refrain fut répété par toute la commune. A la dernière 
strophe , s'étant avancées vers l'autel dressé à l'Etre 
suprême, elles ont déposé un pain couronné d'épis 
de bled et de fleurs, qui fut distribué comme symbole 
de l'égalité à tout le peuple assistant. 
• La même marche fut observée en sortant pour se 
rendre à Tautel de la Patrie, où fut chanté , par les 
filles ci-dessus , l'hymne des Marseillais. 
» Ainsi fut terminée la fête les jour et an cy-dessus, 
et avons signé : Marlier, maire ; Delorme , officier 
municipal; Louis Kassart; DoSemont, agent national ; 
Bertaut, notable; Flobert, (2) notable ; Rallon, Oesmou- 
lins, Montigny, Lambin, Hilon, Viet, Paguet,Sau- 
gnier. » 



M. DE Laprairie donne lecture des observations que 
lui a suggérée une excursion dans la forêt de Com- 
piègne: 



(i)ll doit y avoir là ci un peu pins bas une erreur ds plume. 
Le rédaclear, dont la main parait exerc^^e, n'aurait pas fait une 
faute aussi grossière et écrit tribunal pour tribune. 

(2) Ce nom est celui du rédacteur présumé de la description 
qu*on vient de lire, ainsi que de toutes les pièces de la même 
époque, qui se trouvent aux archives de Dommiers et qui abondent 
surtout en renseignements sur les réquisitions de tous genres qui 
se fesaient alors. M. Flobert était en ce moment instituteur libre 
dans la commune et il est devenu un peu plus tard juge de paix 
du canton. 



— 59 — 

t Messieurs, dans une de nos séances de l'année 1861, 
je vous ai rendu compte d'une promenade que j'avais 
faite dans la (orét de Compiègne. Je vous ai parlé alors 
de la Folie (ancienne villa romaine), de Saint-Nicolaa 
de Courson, du Four-d'En-Haut et de quelques décou* 
vertes faites récemment. Permettez-moi aujourd'hui 
de vous dire quelques mots d'une nouvelle excursion 
dans la partie de cette forêt qui entoure Pierrefonds , 
ce village dont les eaux et surtout le château attiren 
un si grand nombre d'étrangers. 

> Je dois commencer par vous dire un mot sur le 
château de Pierrefonds. 

> Sa restauration, ordonnée par l'Empereur, se con- 
tinue avec une grande activité. Un délicieux escalier 
extérieur a été construit et est terminé. Plusieurs salles 
du donjon ont été rétablies dans leur état primitif et ont 
même reçu leur peinture. Le travail le plus important 
de ce moment est la construction de la grosse tour de 
l'entrée principale. La forteresse-château du xiv siècle 
marche donc vers sa restauration complète. Si d'un côté 
on peut regretter l'aspect si pittoresque que ses ruines 
présentaient il y a quelques années, d'un autre côté 
on prendra un véritable intérêt à retrouver le spécimen 
d'une de ces grandes constructions du moyen-âge, 
telle qu'elle était sortie des mains de l'architecte du 
duc d'Orléans, et, je n'en doute pas, ornée aussi 
de tous les meubles et tentures en usage dans les 
grandes habitations du xiv« siècle. 

» Vous savez. Messieurs, que par ordre deTEmpereur 
des fouilles ont été pratiquées dans la forêi de Com- 
piègne sur un grand nombre de points. Elles ont été 
faites dans le but d'établir que les Romains y avaient eu 
des établissements de différents genres et très multi- 
pliés. Leur résultat a prouvé que ce que l'on supposait 
avait existé en effet. 11 serait tr4p long de vous citer 



- 60 — 

tous les endroits où il a été fait des découvertes ; d'ail- 
leurs je n'ai pas tout vu, et je ne veux et je ne pois 
vous parler aujourd'hui que de celles faites dans les 
environs de Pierrefonds. 

> Près de St-Nicolas de Courson, au lieudit la Carrière 
du Roi , les fouilles ont mis au jour des substructions 
très considérables couvrant plus d'un demi hectare de 
terrain. Ces restes de constructions préfientent un 
caractère particulier dont on se rend diffîcilementcompte. 
Ils consistent dans un grand nombre de chambres, si ce 
n'e^t V|(l)uterraines , au moins s'enfonçant de deux 
mètres dans le sol. On y descendait par de petits esca- 
liers en pierre; elles avaient trois à quatre mètres 
carrés ; souvent un des quatre côtés n'était pas ma- 
çonné et presque toujours une ou deux petites niches 
avaient été pratiquées dans les murailles, ainsi que des 
ouvertures qui paraissent avoir été des soupiraux pre- 
nant de Taira l'extérieur. Le petit appareil règne par- 
tout. On rencontre une grande quantité de briques 
énormes , quarante centimètres de long sur trente de 
large On ne voit aucune trace de luxe dans ces habi- 
tations, car deux ou trois tronçons de colonnes en 
pierres ne suffisent pas pour le faire supposer. Si 
l'on (cherche l'ancienne destination de ces ruines, l'idée 
d'une usine se présente. Mais toutes ces caves ne se- 
raient-elles pas plutôt le logement des esclaves? 

> Au lieudit St-Etienne ou le Mont de Berny , les 
onstruclions qui ont été découvertes couvrent une 

étendue de terrain bien plus grande qu'à la Carrière du 
Roi. Elles paraissent avoir été comprises dans une 
enceinte formée par une muraille dont on a retrouvé 
deux côtés présentant un angle très obtus. Un de ces 
côtés existe encore sur une longueur de plus d'un kilo- 
mètre. Ces circonstances permettent de supposer qu'en 
cet endroit a existé une station importante , peut-être 



— 6! — 

inéme une Yille. Parmi toutes les Bubstructions mises 
au jour on distingue des bains, un temple ayant une 
double enceinte, et une foule d'habitations. Le petit 
appareil romain a toujours été employé. Les deux 
grands murs dont j'ai parlé sont renforcés de distance 
en distance par de petits contreforts très peu saillants. 
Un des puits que Ton a rencontré a éié déblayé. 11 sert 
mainlenant au garde pour lequel une maison a été 
construite au milieu de ces ruines. 

• On a trouvé dans les fouilles une quantité innom- 
brable d'objets de toute espèce* monnaies, poteries, 
fibules, ustensiles de bronze, fer à cheval ; le tout évi- 
demment d'origine romaine. 

I Cette agglomération de constructions était traversée 
par plusieurs rues ou routes dont on suit encore le 
tracé en dehors des murs qui l'entourent. 

> A une très petite distance on a trouvé quelques 
tombes qui peuvent faire supposer que le champ où 
elles sont placées était le cimetière des habitants de 
la station voisine. 

» Vous vous rappelez. Messieurs, que, dans une de 
ses excursions archéologiques , la Société alla visiter 
l'ancien couvent de St-Pierre-en-Châtre , dont la posi- 
tion, qui domine toute la forêt deCompiègne, est si 
remarquable. M. de Saulcy , en y plaçant un des faits 
les plus importants de la campagne de César contre les 
Bellovaques, a donné une autre espèce de célébrité au 
Mont St-Pierre. 

> C'est sans doute l'op'nion produite par M. de Saulcy, 
et développée dans un mémoire intéressant, qui a 
engagé à faire faire des fouilles immenses sur le 
plateau qui avoisine le Mont de St-Pierre et dont e 
résultat a été de montrer évidemment, d'après M. Viol- 
let-Leduc, qu'une enceinte fortifiée en terre avec fossés 
et parapets enveloppait tout le plateau. Pour faire com- 



— 64 — 

prendre Tétat de celle fortification, telle qu'elle avait 
dû exister au temps des Romains» on a creusé de nou- 
veau les fossés et rétabli les parapets sur une étendue 
de quelques centaines de mètres. 

> A l'iotérieur de l'enceinte, on a retrouvé une an-* 
cienne chaussée qui en suit tous les contours. Quant à 
des substructions antiques, on n'en a pas encore ren- 
contré. Les fouilles ont, au contraire, mis à jour quel- 
ques médailles gauloises et romaines, des doux, des 
fibules et une très grande quantité de vases ou fragments 
de vases, la plupart en poteri«« très grossière et d'un 
caractère différent de celles qu'on trouve ordmaire 
ment dans notre pays. 

» £n vous communiquant ces notes, je n'ai pas voulu 
vous donner, sur tout ce qui a été fait dans la forêt de 
Compiègne, un travail dont je n'avais pas d'éléments ; 
je ne me suis proposé que de vous donner une idée des 
découvertes qui se font dans cette partie de l'ancien 
territoire des Suessons. » 

MUSÉE. 

OBJETS ENTRÉS DEPUIS LE MOIS D'aVRIL 4862. 

M. DURU, boucher: 

Une pièce gauloise, petit module, en alliage, trouvée 
à Clamecy. 

M. Watelet: 

Deux médailles historiques , en étain. 1789. — Les 
sept Ordres. — Le père Duchéne. — Une aquarelle de 
Baraquin. 

L'administkation : 

Douze médailles diverses : une Gauloise, trois de Sois- 
sons, une de Laon, une de Metz, etc. — Un cachet 
armorié. 

M. Cbarles Neveu : 

Un fragment de mosaïque (Blanzy). 



M. Léon Deviolalnr : 

Une garde d'épée en fer. — Un (éperon. (Trouvés dans 
la Seine lors delà reconstruction du Pont-au-Change). 

M. Octave Leboy: 

Un panneau peint, de 4" 42 sur O"" 80, sauvé de l'in- 
cendie de la maison du prince Mentschikoff , a Sébas- 
topol, le i5 septembre 1855, rapporté par M. le com< 
mandant Liacombe, du 46* d'infanterie. Le personnage 
représenté portait un nimbe en argent qui a disparu. 

M. Màrcq, de Pemant : 

Une pierre tumuiaire brisée , portant une épitaph-* 
originale (4673), venant de Téglise de l^'nlan^ 

M. Barbier, ancien commissaire-priseiir : 

Un vase en terre. — Une cuiller à parfums, trouvés 

dans son jardin. — Une écuelle de Gauchos, en nacre 

(Chili). — Fragment de pâte moulu. 

M. Sbcourque, père : 

Une Pièce anséalique, trouvée dans les fouilles pour 
la statue Paillet. 

M. MOREAU, entrepreneur: 

Fragment d'un panneau peint avec écussons et les 
lettres H D entrelacées, venant de Clemencin (2« lu sur 

0« 45). 

M. MiCHRLOT, ingénieur en chef de la ville de Paris. 
(Travaux). 

Une clef ancienne trouvée :\ Longpont, dans le bois 
de M. Lherbefte. 

La séance est levée à cinq heures 

Le Président , 
DE Laprairie. 

Ix Secrétaire , 

L'abbé Pécheur. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIODE , HISTORIQUE 

ET SCIENTIFIQUE 



DE 



SIXIÈME SÉANCE. 
LoDdi !•' Juin 1863. 



Présidence de M. de Laprairie. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGES OFFERTS ET DÉPOSÉS: 

1o Bulletin de la Société des Sciences historiques et 
naturelles de VYonne^ 17« volume; 

l"" Tome IV de la 3« série des travaux de la Société 

* 

académique de St-Quentin (1862-1865). 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. SuiN met sous les yeux de la Société la copie col- 
lationnée d'une transaction du 26 novembre 1399, por- 
tant partage de la terre et seigneurie de Muret et de 
ses dépendances. 

Plusieurs membres pensent qu'il doit se trouver dans 
cet acte des renseignements intéressant sur l'état des 
personnes et de la propriété à la fin du xiv« siècle. 

9 



- 66 — 

M. DE Laprairie se charge de l'examiner et d'en ex- 
traire ce qai pourrait avoir en effet quelqu'intérét. 

M. Watelet donne lecture d'un travail sur une im- 
portante découverte géologique qui vient d^étre faite à 
Aizy. 

La Société doit à cette occasion des remerciements à 
MM. Cluet frères, propriétaires du terroir, pour l'avoir 
signalée. 

NOTE SUR UN GISEMENT DE LOPHIODONS. 

La commune de Jouy» située non loin de la petite ville 
de Vailly, à 20 kilomètres nord-est de Soissons, semble 
avoir le privilège d'intéresser vivement et les archéolo- 
gues et les géologues. C'est en effet sur son terroir 
qu'on a découvert un bas-relief gallo - romain représ 
entant Jupiter armé du sceptre et de la foudre, et ana- 
logue à celui qu'on voit au Musée de Ciuny. La simili- 
tude du mot Jovis et de celui de Jouy ajoute un haut 
intérêt à cette découverte inattendue. 

C'est aussi très près de ce village qu'est situé le célè- 
bre gisement d'Aizy que nous avons fait connaître et 
qui a été visité par la plupart des géologues qui s'oc- 
cupent de l'étude des terrains tertiaires et, l'année 
dernière, par M. Hébert et tous ses auditeurs de la 
Sorbonne. 

Ce gisement, comme on sait, a fourni à la science la 
connaissance de nombreuses et remarquables espèces 
de mollusques dont une partie a été décrite par nous 
dans un des tomes de ce bulletin, et dont le volume et 
a forme étaient inattendus dans la science. 

Le village de Jouy va nous montrer aujourd'hui d'au- 
tres richesses paléontologiques , mais d'une autre 
classe d'êtres et d'un autre horizon géologique. Si, de 
l'intérieur de Jouy, situé dans un vallon, on se dirige 



-di- 
vers le nord, on arrive à un lieudit le SatU du Cerff où 
on remarque à mi-côte une dénudation très-nelte du 
calcaire grossier inférieur, présentant, comme toujours 
dans le Soissonnais, une myriade de nummuliles lœvi- 
gata qui sortent à demi de la pâte et qui jonchent le 
sol à mesure qu'elles se détachent par l'effet de la dé« 
composition de la roche. 

Si on continue de monter la côte, on voit bientôt, 
sur la droite, une carrière ouverte dans le calcaire 
moyen et, sur le plateau, une carrière à ciel ouvert* 
en exploitation , au lieudit la Carrière Boury. Jusqu'ici, 
rien de plus ordinaire que la coupe indiquée dans les 
mots qui précèdent, quoiqu'il soit assez rare, dans les 
environs de Soissons, de trouver une coupe présentant 
les trois étages du calcaire superposés; mais ce qu'on 
ne voit nulle part ailleurs, c'est une riche couche ossi- 
fère placée entre le calcaire grossier-moyen et le cal- 
caire supérieur. Cette couche a fourni, jusqu'à présent, 
des ossements et des dents delophiodons, des fragments 
de mâchoires d'animaux encore indéterminés,des dents 
dç crocodiles, des plaques de tortues, des écailles de 
poissons et des mollusques d'eau douce en mélange avec 
des espèces marines. Ces richesses auraient pu être 
beaucoup plus grandes si nous avions pu être prévenus 
en temps convenable ; mais le hasard, comme tou- 
jours, a mis sur la voie de cette découverte, et MM. 
Cluet, propriétaires de la carrière, ne nous ont pré- 
venus que trop tard^ Ces intelligents industriels avaient 
bien remarqué comme chose très-curieuse la présence 
de dents et d'ossements d'animaux entre deux assises 
de pierres, mais ils étaient loin de soupçonner toute 
l'importance scientifique qui s'attache à de semblables 
découvertes. 

Us laissèrent enlever ce banc qui fut mis aux décom- 
bres ; nous y avons fait des recherches qui n'ont amené 



— 68 - 

qu'un résultat presque insignifiant, si on le compare à 
ce qu'il aurait pu être s'il nous eût été donné de l'ex- 
ploiter lorsqu'il était en place. Heureusement » une 
nouvelle partie du calcaire va être mise en exploita- 
tion et nous serons, par leurs soins, avertis en temps 
opportun pour recueillir tout ce qui sera mis à décou- 
vert. Ces messieurs avaient gardé des dents dont l'état de 
conservation était suffisant pour arriver à une détermi- 
nation précise; ils les ont généreusement abandonnées 
pour le Musée de Soissons. Nous nous empressons de 
les en remercier vivement et nous sommes persuadés, 
leur intelligence et leur bon vouloir nous en est garant, 
que nojLis aurons, grâce à* eux, des pièces ostéolo- 
giques d'un grand intérêt. Pour bien comprendre l'in- 
térêt qui s'attache à ce dépôt, il suffit de dire que les 
ossements de lopbiodons ne se sont rencontrés dans 
le bassin de Paris que très-rarement et dans peu de loca- 
lités. M. Laurlllard, dans la note qu'il a insérée dans 
les Recherches sur les ossements fossiles de Cuvier , dit , 
à la page 422 du tome m*, qu'une mâchoire de lophio- 
don a été trouvée, par M. Robert, dans le calcaire gros- 
sier de Naaterrcr M. Michelot cite les localités de Brasie 
et Damery dans sa note sur le calcaire grossier du bas- 
sin de Paris, insérée au Bulletin de la Société géologique 
de France, deuxième série, tome xii*, page ^336. M. Hé- 
bert cite, dans un tableau récapitulatif, les mammirères 
qui se trouvent dans le bassin de Paris, le lophiodon 
parisiense ; c'est eeluî de Nanterre cité plus haut. Ce 
savant géologue a> trouvé, près de Sezanne, des dents 
d'une autre espèce, encore indéterminée, voisine du 
lophiodon giganteum. Nous ne connaissons aucune 
autre citation pour le bassin de Paris où on n'a encore 
rencontré, comme on le voit, que deux espèces. On 
verra, dans une énumération que nous donnons plus 
loin, que les pièces ostéologiques de ce genre sont 



— 69 — 

encore fort pea nombreuses dans le bassin de Paris on 
ailleurs, et qu'il reste encore beaucoup à faire connaître 
sur ce genre. 

Pour bien faire comprendre le niveau auquel on doit 
rapporter la localité de Jouy, nous rapportons ici la 
coupe que nous avons relevée sur les Keux ; elle diffère 
peu de ceHes que M^ d'Arcbiac a données autrefois et 
qu'il avait prises sur plusieurs points du département. 
La nôtre présente cependant quelques circonstances 
particulières relativement aux fossiles que nous avons 
découverts ; la voici : 

d« Terre végétale ^ . . * 30 

2o Calcaire en plaques brisées 40 

3» Calcaires avec cerittium lapidunar et marnes, i 30 
4o Banc de calcaire dur avec cerithium lapi- 

dum et lucina saxorum 80 

5* Marnes calcaires 20 

6* Couches de marnes à bithynies avec mélange 
de cerithium , de notices et autres mollusques 
marins ; sa partie inférieure est noire et alors 

ossifère 60 

70 Couche composée de débris fins de coquilles^ 

avec ciment marneux 55 

8** Calcaire dur avec milioliles qui forme le sol 
delà ( arrière exploitée. 

En cet endroit y les bancs de calcaire ne se suivent 
pas } on observe fréquemment des ravinements, larges 
de quatre ou cinq mètres, remplis de sables rouges et 
renfermant parfois des blocs assez considérablSs de 
grès sans fossiles. Sur les bords de ces ravinements, 
les couches de marnes et de calcaire s'inclinent en s'ar- 
rondissant brusquement. 

Cette coupe^qui reproduit la plupart des circonstances 
et particularités que M. d'Archiac avaient constatées 



— 70 - 

dans 5a Description géologique du déparlement de V Aisne, 
ne contient aucune mention de débris de mammifères. 
Ce savant géologue n'a pas eu l'heureuse chance de 
tomber sur cette localité qui montre la couche ossifère, 
quoique ses observations aient porté sur des endroits 
très-rapprochés de Jouy. 

La couche ossifère que nous avons observée nous a 
offert des débris delophiodons» un fragment de mâchoire 
d'un animal encore indéterminé.des dents de crocodiles, 
des coquilles d'eau douce en mélange avec des espèces 
marines et un morceau de bois silicifié. M. de Saint- 
Marceaux a constaté en outre des écailles de poissons. 
Nous avons aussi constaté des empreintes végétales 
méconnaissables. Lorsque nos recherches seront plus 
avancées dans l'Intéressante localité de Jouy, nous don- 
nerons un mémoire détaillé sur les animaux que nous 
aurons pu reconnaître. Aujourd'hui, nous essaierons de 
jeter un coup d'œil sur les lophiodons en général et 
sur les espèces que nous aurons pu reconnaître. 

LOPHIODONS. 

Les lophiodons constituent un genre distinct, quoi- 
que très-rapproché des tapirs; ils ont aussi des ressem- 
blances avec lespalœotheriums,quoiqu'ils s'en éloignent 
davantage. Cuvier les avait d'abord considérés comme 
formant une simple division parmi les tapirs; de Blain- 
ville observa de notables différences et leur imposa un 
nom particulier; et Cuvier, adoptant cette manière de 
voir, choisit le nom de lophiodons que de Blainville lui- 
même a consacré. On sait qu'ensuite ce genre a été 
démembré et qu'on en a séparé les coryphodons et les 
pachynolophes. 

Tous les auteurs n'admettent pas ces différents 
genres : de Blainville ne reconnaît pas les coryphodons 



- 7i -- 

et ne Tait aucune mention des pachynolophes; M. Ger- 
vais» sans admettre positivement la distinction géné- 
rique, inscrit ces trois genres et en énumère séparément 
les espèces dans sa Zoologie et Paléontologie française. 

Ces animaux sont encore si peu connus qu'il est pru- 
dent d'attendre qu'on ait réuni plus de pièces ostéolo- 
gfiques pour faire un travail de révision générique. Il est 
cependant juste d'admettre que les coryphodons sont 
mieux connus que les autres et qu'ils offrent dans la 
dentition des différences notables, ainsi que Fa prouvé 
H. Hébert dans un beau travail sur ces genres. 

11 existe de grandes divergences sur le nombre des 
espèces qu'on doit admettre dans les lopbiodons vrais. 
Cuvier en reconnaissait douze, que de Blainville discute 
un à un et qu'il propose de réduire à deux espèces dis- 
tinctes. M. Gervais est loin d'admettre une opinion aussi 
radicale et il conserve au moins provisoirement les 
espèces de Cuvier. Il en sgoute môme deux autres : le 
lophiodon lautricense Noulet, et le lophiodon parisiense» 
Cuv., tous deux découverts assez récemment. M. Lan* 
rillard ne rejette qu'un très-petit nombre des espèces 
admises par les auteurs cités cidessus. Tel est, en 
résumé , l'état de la science relativement au genre 
lopbiodoQ. 

Voici la liste des espèces proposées, avec Ténumé- 
ration des pièces qui s'y rapportent : 

I. 

Lophiodon tapirotherium. — localité issel. 

l*" Une mandibule presque entière dans ses deux 
branches horizontales; 2<^ un fragment de mâchoire 
inférieure, du côté droit ; 3^ une portion supérieure de 
fémur. 



— 72 - 

11. 

L. occilanum. — localité issel. 

Il n*a été figuré qu'une tête inférieure du tibia ; on 
connaît cependant une portion de mandibule avec dents 
et une tête sttpérîeure defémur, mais non figurée. 

ra. 

L. isseleme^ — localité issel. 

i<» Un fragment de mandibule portant la dernière mo-^ 
laireen place; S'* une dent intermédiaire, enchâssée 
dans un fragment de mandibule ; 3* une tête articu- 
laire d'omoplate ; 4* une moitié extérieure d'astragale. 

IV. 

L. buxcwillanum. — localité buchweiler. 

1» Plusieurs morceaux de mandibule, portant des 
dents molaires ; l'un des fragments en présente trois 
en série ; 2® un morceau de mâchoire supérieure avec 
trois molaires en série. 

V. 

L giganteum. — localité Orléans. 

1« Un fragment de mandibule portant une dent usée et 
brisée ; 2* un astragale du côté gauche. 

VI. 

L. tapireides. — localité bughweiler. 

i"" Extrémité antérieure de mandibule du côté droit; 
2o un petit fragment de mâchoire du côté droit, portant 
les deux dernières molaires. 



J 



— 73 - 

VII. 
L aurelanense. — localité mléans. 

Les seules pièces flgurées sout deux exlrémilcs inté- 
rieures d'bumerus. 

VIII. 

L. médium. — localité argenton. 

i" Une iriâchoire inférieure; 2' plusieurs canines; 5<* 
noe té!e inférieure de tibia ; 4* une portion de cubitus. 

IX 

L. minw. — localité argenton. 

i* Une B?âchoire inférieure ; 2^ plusieurs canines ; 3* 
une télé inférieure de tibia ; 4° une portion de cubitus. 

X. 

L, minimum. — localité argenton. 

1* Une molaire supérieure gauche; 2<* une pénultième 
de mâchoire inférieure ; 3<^ une canine; A^ un fragment 
de cubitus ; 5* un fragment de tête inféiieure de fémur; 
G deux parties d'os métatarsiens. 

XI. 

L. — LOCALITÉ ARGENTON. 

Deux germes de molaires. 

XII. 

L. Monspeshilânnm. — l. Montpellier. 

i* Deux molaires intermédiaires usées ; 2<* une mo- 
laire antérieure; S** deux canines algues et arquées. 

XIII. 
L. laulricense Noulet. — localité lautreg. 
Portion considérable* de mâchoire inférieure, avec 

10 



— 74 - 

traces de trois paires d'incisives, une paires de canines 
fortes et à couronne conique, et plusieurs molaires. 
(5fémoires acad. Soc. Toulouse^ 1851, p. Uo.) 

XIV. 
L, parisiense Robert. — localité namterre. 

M. Gervais a figuré plusieurs pièces de cette espèce. 
Le Muséum possède une belle mâchoire inférieure 
presque complète. 

XV. 

M. Gervais cite, comme provenant de lophiodon in- 
déterminé, deux dents molaires figurées par de Blainville 
et trouvées à Cuise, elune forte molaire trouvéeàGenlîlly. 

XVI. 

Quelques autres fragments ont été trouvés dans d'au- 
tres p nies de l'Europe, mais ne sont pas assez carac- 
téristiques pour pouvoir être rapportés avec sûreté 
aux lophiodons. 

Nous avons cherché, à l'aide des documents qui pré- 
cèdent, à déterminer les diverses pièces que nous avons 
trouvées à Jouy. Voici le résultat de nos comparaisons : 

Trois espèces de lophiodons paraissent exister à Jouy : 
l'une peut être comparée au lophiodon isselense, la 
deuxième au lophiodon parisiense et la troisième est 
de très-petite taille. 

. La plus grande, que nous rapprochons de Fisselense, 
a fourni les pièces suivantes : 1^ portion de symphyse de 
mâchoire inférieure avec les racines des dents, les cou- 
ronnes ont été brisées ; 2® deux molaires inférieures et 
une dernière avec trois collines ; 3^ deux molaires su- 
périeures ; ^''deux incisives ; 5<> un fragment de canine; 
G' un astragale. 

Nous reprenons en détail chacune de ces pièces : i^ La 



— 75 — 

portion de mâchoire diu lophiodon isselense dont on 
trouve le dessin pi. 73, fv^. 3, des ossements fossiles 
de Cuvîer, porte une dernière molaire, et notre sym- 
physe présente les racines des premières; la grandeur 
de ces pièces semble bien en rapport, quoique la nôtre 
soit peut-être un peu plus grande ; 2<* d( s deux molaires 
que possède le Musée de Soissons, l'une est incomplète 
et l'autre présente la couronne bien entière ; si on les 
compare avec la seule qu'ait figurée Cuvîer, elles diffè- 
rent quant au rang et à la forme; la dimension est aussi 
plus considérable. La dernière est plus grande que celle 
figurée en grandeur naiurelk», pi. 73, fig. 1 ; 3* aucune 
molaire supérieure du lophiodon isselense n'a été figu- 
rée. Si l'identité des espèces était établie, ce seraient 
deux pièces nouvelles ; comparées aux dents supérieu- 
res des autres espèces, elles sont bien différentes pour 
la taille; A^ aucune incisive n'a encore été figurée ; les 
nôtres diffèrent notablement de celles du coryphodon : 
elles ne sont pas ailées comme ces dernières ; ^^ frag- 
ment trop incomplet pour qu'on en puisse rien dire ; 6** 
enfin, l'astragale est presque une pièce inédite, puisque 
Cuvier n'en a figuré qu'une moitié. La nôtre a des rap- 
ports de forme avec ce fragment, mais elle a un dia^ 
mètre d'une fois et demie celui de Tisselense. L'as- 
tragale du lophiodon giganteum, pi. 51, fig. 1 et ?, se 
rapproche pour sa grandeur, mais diffère beaucoup 
pour la forme. 

Le Musée de Soissons possède encore un fragment 
de tête de fémur trop incomplet pour être déterminé ; 
il est d^une très-grande dimension. 

La seconde espèce paraît se rapprocher notablement 
du lophiodon parisiense dont M. Robert a découvert 
une mâchoire à Nanterre, et qui fait partie de la collec- 
tion du Muséum. Ces pièces se composent ainsi: 1** une 
dent molaire supérieure ; 2<> une canine supérieure 



— 76 - 

aussi ; si notre rapprochement est fondé, ce sont des 
pièces nouvelles; Z^ un fragment de mandibule ; A^ une 
dent molaire inférieure, bien conservée avec l'une des 
racines ; 5* quatre échantillons incomplets de canines 
inférieures. Toutes ces parties sont un peu plus 
grandes que leurs correspondantes du lophiodon pari- 
siense ; mais sa comparaison rigoureuse est difficile et 
ne peut se faire qu'au Muséum, puisqu'on ne possède 
presque aucune figure. La troisième espèce est repré- 
sentée par deux dents molaires d'une 1res -petite dimen- 
sion; c'est incontestablement une espère différente dis 
deux autres. Tous ces rapprochements ont été faits en 
comparant les pièces que possède le Muséum avec les 
nôtres. Nous avons trouvé, dans cet établissement, une 
complaisance que nous ne saurions assez louer. Nous 
offrons à M. Alb. Gaudry nos sincères remerciements 
et l'expression de notre reconnaissance. 

M. Prioux communique à la Société la liste des 
membres de l'Académie de Soissonsen 1778. Elle fera 
une suite naturelle aux documents qui ont été publiés 
dans les précédents volume^. 

Dans le tome m* du supplément à la France Une' 
raire on lit, page 87, à l'article ACADÉMIES DE l'RO- 

VINCE (M.DCG LXXVIII) : 

flMIIWOlVS. - ACADÉmiK. 

PROTECTEUR ACTUEL : 

Monsieur le Duc d'Orléans. 

ACADÉMltlENS : 

MM. Nicolas-François Le Scellîer, seigneurdc Chezelies, 
conseillier honoraire au Parlement de Melï. 
François Godard, écuyer, seigneur de Clamecy. 
Antoine Malyin de Montazet, archevêque de Lyon» 



— 77 - 

MM. Ambroîse-Antoine LaUiat , licencié eo Ihéolofie , 

chanoine de Metz, honoraire. 
André-Jean-Henrl Charpentier, lieutenant-général à 

Soissons. 
Paul Aubert, chanoine de Soissons» honoraire. 
Henri Petit, écuyer,^ docteur en médecine, secrétaire 

perpétuel. 
Anae-FrançoiS" Victor Letonaeiier de BreteoîMe- 

Sainte-Clère , évéque de Montauban. 
Jean-Dominique Le Moigne de Reuse, chanoine de 

Soissons , (archidiacre de Tardenois et grand 

TÎcaire. 
Claude-Mollard Duplessis, chevalier de Saint-Lowa, 

ancien officier de cavalerie. 
Jean-Baptiste Thomas Martinet, avocat do roi au 

présidial. 
Henri-Joseph-Olaude de Bourdeilles , évéque de 

Soissons* 
Joseph-Catherine Capitani , trésorier de France, de 

Soissons. 
Louis le Pelletier, seigneur de Marfontaine, mattre 

des requêtes, intendant de Soissons. 
Jacques-François Menesson, avocat et lieutenant en 

l'élection de Soissons. 
Guillaume-Germain Guyot, doyen et chanoine de 

Soissons, censeur royal des Académies de Caen et 

de Nancy. 
Jean-Joseph Brayer, avocat du roi au présidial de 

Soissons. 
Jean-Martin de la Selve , doyen de Tulles, grand 

vicaire de Soissons, honoraire. 
FirmindeSevelinges, écuyer, seigneur d'Epagny. 
Claude -Jean -Baptiste -Joseph Dieu, docteur en 

médecine. 
Jean-Baptiste Chomier , chanoine de Soissons. 
Jean-Baptiste Montmignon, chanoine de Soissons. 



— 78 — 

M. PRioDX,quia déjà fourni à la Société quelques ren- 
seignements sur la villa d'Ancy, lit le travail suivant 
sur une nouvelle découverte au même lieu : 

DÉCODTERTE DD GIIETitRE GiLLO-ROIUH 

DE LÀ VILLE D'ANGY. 

Tous les historiens qui se sont occupés du Soissonnais 
ont mentionné, soit d'après la tradition du pays, soit 
d'après les document^ du moyen-âge, la villa d'Ancy , 
ou le Pont-d'Ancy comme un lieu fort ancien ; mais 
aucun cependant n'a rapporté à l'appui de cette opinion, 
sauf les chartes du Cartulaire de Saint-Ived de Braine^ 
les textes historiques qui la confirment. 

Anciàcum (Ancy) a pour élément le nom propre latia 
Ancus ou Ancius^ combiné avec la finale celtique ou 
gauloise oc (i), et veut dire le domaine d'Ancus. Nous 
avons dans notre Ile-de-France un grand nombre de 
localités qui ont pris, comme Ancy, le nom de leur 
propriétaire galloromain. On peut citer Aubigny qui vient 
d'AlbinuSf Cilly de Silius, Crespy de Crispns, Fiavy de 
Flavius^ Jouy de Joviiis, Lagny de Latinus, Maissemy de 
Maximus, Pargny de Paterntis^ Quincy de Quintus, etc., 

La villa d'Ancus^ représentée d'abord par Anci ac 
et latinisée par Anci-acum est devenu plus tard Aucey 
ou Ancy, latinisée de nouveau sur cette forme romane 
par Ancium. Tous les Ancy de France ont subi la même 
transformation. 

Ancy (Côte-d'Or) Anciàcum, \* siècle (2), Anceium, 
H49(3). 

Ancy-sur-Moselle(MoseUe),/4ii(;tae{im,i4n(;eit<m,1 178(4). 

(t) Voyez Revue archéologique. Août, 18'31, p. 88. 

(2; Courtépée, t. ii, p. 311. 

(5) Rcaumaus, p. 194. 

(4) Hitt, de Metz, t. m, p. 133. 



— 79 — 

Ancy (Rhône) Anciacum, il 00 (1). 

Ancy-le -Franc (Yonne) Anciacum , 721 (2) » Ancdum 
1147(3). 

Ancy-le-Serveux (Yonne) Anciacum (4), 1108, Aiiceyum 
1116(5). 

Ancy (commune de Limé, lieudit le Pont d') (Aisne), 
877 (6). 

Ces étymologies attestent déjà suflSsamment, comme 
nous venons de le dire, Tancienneté du lieudit Ancy de 
Limé. Mais nous pouvons en outre donner, d'après le 
Recueil des historiens des Gaules et de la France^ le 
passafçe d'un diplôme de Charles-le-Chauve, dalé du V 
des Ides de juin 877, qui atteste à la fois Texistence et 
jusqu'à un certain point «l'importance de \ol villa d* Ancy, 
propriété du fisc, ei débris, sans aucun doute, d'un 
vicus gallo-romain assez considérable , si l'on en juge 
par l'étendue du sol encore garni de substructions, de 
débris antiques, et par le cimetière gallo-romain que 
nous allons faire connaître. 

Ce diplôme de l'empereur Charles-le-Chauve , qui 
concerne la donatiou faite au monastère d'Hasnon (J/o- 
nasterio Hasnoniensé) de la villa d'Ancy ( Anciaus villa) 
porte : c De cetera in comitatu Tardanensi (Tardenois) 

> Villam Anciacum sitam super fluvium Wellulœ cum 

> mensis undecim. • C'est-à-dire que le roi Charles-le-* 
Chauve donne au monastère d'Hasnon, la villa d'Ancy, 
qu'il possédait dans le Tardenois, sur la Vesle, avec 
ses onze menses. 

(1) Bernard, Cart. de Savigny, p. 4'î9. 
(I) Pardessus. Dtp., t. n, p. û24. 

(3) Quanlio, Cari, de l'Yonne, i. i, p. 424. 

(4) Ibid. p 216 

(5) Ibid. p 232. 

(6) Dom Bouquet, Recueil des Hist. des Gaules et de la 
France, t. vin, p. 662, 665. 



— 80 — 

Ce lieudit le Pont à'Ancy, qui, diaprés Tétat de ses r^x * 
ruines, avait été important sous les Gaulois, devint, ^ ^ 
à n*en pas douter, un viens sous la domination romaine 
dans la Gaule-Belgique, el, passant plus tard au pouvoir 
des Mérovingiens à titre de villa ou de métairie, il 
arriva ainsi entre les mains de Charles-le-Chauve dans >^ 
lesquelles il était au ix« siècle. ^ 

Situé à Test du territoire de Limé, canton de Braine 
(Aisne), sur la rive gauche de la Vesie, en face d'une lie 
nommée Tlle d'Ancy, la villa d'Ancy communiquait avec 
la rive droite au moyen de deux ponts sur les bras de 
risle. Il y avait à notre connaissance six chemins qui y 
aboutissaient : deux sur la rive droite et quatre sur la 
rive gauche. Des deux premiers, Tun allait à Pontarcy, 
ancien village fortifié sur le bord de l'Aisne, aux confins 
des Rmx et Suesêiones ; l'autre conduisait directement 
à Bazoches, autre localité gallo-romaine située à environ 
deux kilomètres à Test. Des quatre de la rive gauche, 
le premier suivait la Vesle jusqu'à Braine, situé aussi 
à l'ouest, à deux kilomètres du Pont-d'Ancy ; le second 
allait à Limé en passant par les lieuxdits la Haute-Borne 
et la Fosse aux Sarrasins; le troisième conduisait à 
l'ancienne censé de Bruyères et au Mont-Notre-Dame, 
situé à trois kilomètres d'Ancy; enfin, le quatrième qui 
suivait le précédent jusqu'au marais de Halpenne, s'en 
détachait à cet endroit où il limitait, en partie, les ter- 
roirs de Limé et de Quincy, rejoignait l'ancienne rente 
deFismes à Soissons,appelé aussi le chemin des Dames. (1) 

La multiplicité de ces chemins atteste suffisamment 
l'importance de ce lieu, importance que confirment 
d'ailleurs les nombreuses découvertes d'antiquités qu'on 



(I) Voir, pour plus de renseignements sur la description de 
ces chemins, Civilas suetsionum que nous avons publié, in-i^ 
avec carte, chez Didier. 1861. 



LIMK (AISDCYMCUS) 





^ 



^ 



O 



— 81 - 

y a faites de tous temps. D'après l'étendue du terrain 
sur lequel on rencontre des substructious (environ 
un demi kilomètre de superficie), il est facile de voir 
que ce n'était ni une simple villa^ ni une grande ville 
(ufbs)y mais bien un bourg ou ticus. On suit que le 
viens, en eflet, désignait un lieu bien plus important 
que la villa, qui n*était qu'une simple maison de cam- 
pagne quelquefois accompagnée d'habitations pour les 
serviteurs II faut cependant ne pas la confondre avec 
la villa Regia i\ l'usage des Rois, c mme était Chelles, 
Nogent, Vierzy^ Compiègne, Braine, etc. Si on vent se 
faire une idée de la villa dans le genre de celle de 
Braine, on n'a qu'à consulter les premières pages des 
Récils Mérovingiens^ où noire illustre maître, Augustin 
Thierry , commence par une description de la villa 
Urennacum. 

L^abbé Lebœuf est, au commencement du siècle der- 
nier, le premier des historiens du Soissonnais, croyons 
nous, qui ait parlé du Pont d'Ancy, dans sa Disserlalion 
sur Vélal des anciens habitants du Soissonnais avant la 
conquête des Gaules par les Francs^ ouvrage qui a rem- 
p< rté le prix dans l'Académie française de Soissons, 
en l'année 1735. 

A{i-ès avoir parlé de Bazoches (ffast'Iica) où étaient les 
greniers des romains au HP siècle, il nous dit, pages 48 et 
49, c qu'il paraît (ncore sous terre, du côte du couchant, 
au-delù de la rivière de Vesie, dans le lieudit le Pont 
d*Ancy^ au-dessous de l'embouchure de la petite rivière 
de Lice(\)y des restes de quelques édifices de ces 

(I) La Lice est une petite rivièrd qui prend sa source à Ârcj- 
Sainte-Rcstilue et qui vient se joter dans la Vesle, entre le Poi.t 
d*Anrj et Bruyères, en passant par Lhnys et le bas du Mont-Notre- 
Dame. Dans im manuscrit dn Reims, cité par les Bollandistes au 
i4 juin, les S.S. UuflTi!] et Va'ère sont dits martyrisés juxto Vidulœ 
decussum^ vel ^uper Licii fluminis undie. Celte petite rivière 
t'appelle actuellement /a Muse. 

il 



L 



— 82 - 

temps lu et de plusieurs chemins qui y aboutissaient. > 
L'abbé Lebœuf ajoute en noie que • ceci est tiré des 
Mémoires de M. Foucault, conseiller d'Etat. » 

Lemoîne, dans 17/f5^ofr^ des Antiquités de Soissom, 
et Dom Grenier, dans son Introduction à r Histoire géné- 
rale de Picardie, parlent également du Pont d'Ancy ; 
mais Tun et l'autre, d'après les Mémoires de l'intendant 
Foucault (1). Cartier, dans son Histoire du duché de Va- 
lois, mentionne aussi Ancy ou le Pont d'Ancy, comme 
étant un lieu fort ancien et fort important, dans lequel 
on a trouvé, en démolissant de vieux murs,des membres 
de statues mutilées, des tuiles ù rebords, des morceaux 
de marbres de toutes espèces (2). Cartier et Dom Gre- 
nier tenaient leurs renseignements du célèbre anti- 
quaire et bibliographe Jardel, otllcier du roi, qui vivait 
a Braine au siècle dernier. Jardel avait dans son cabinet, 
venant du Pont d'Ancy, outre une grande quantité de 
médailles depuis César jusqu'à Constantin, et des débris 
de toutes sortes, une espèce de mosaïque que Ton 
nomme Placage ; elle était faite de marbres sciés très- 
minces et n'ayant pas plus de deux à six lignes d'épais- 
seur. Depuis cette époque, des découvertes partielles 
et assez nombreuses ont été faites au Pont d'Ancy en 
cultivant la terre, et, en i857, au mois d'octobre, M. 



(1) Foucaall, Nicolas- Joseph, mort en i'721, ftgé de 80 ans, avait 
i^té intendant de la généralité de Caen, conseiller d*Etat et membre 
de l'Académie des Inscriptions. On a de loi : Découverte de Van- 
cienne ville des Viducatsiens, et Mémoires sur sa vie écrits par 
lui-même et récemment publiés par M. P.-E. Baudrj. Nous avons 
compulsés ces Blémoires manuscrits et imprimés sans rien y rencon- 
trer sur la visite qu*il a faite au l*ont d'Ancy, et nous n'avons pas 
été plus heureux à la Bibliothèque et aux Archives de l'Institut. 
Nous ne désespérons pas , cependant , que d'autres recherches 
n'aient plus de succès. 

(2)Carlier, Histoire du duché de Valois^ 3 vol. in-4o. 1764, 
t. I, p. 474-475. 



— 83 - 

de Saint-Marceaux , avec son fils M. Cdmond de Sainl- 
Marceaux, ont fait des fouilles assez [roductives donl 
le rapport a été publié^avec des dessins, dans le Bulletin 
de la Société archéologique de Soissons. Tous ces objets 
gallo-romains se trouvent réunis aujourd'hui dans la 
belle collection d'antiquités locales du cbûteau de Limé; 
mais nous ne nous étendrons pas davantage sur la dési- 
gnation de ces objets, dont la plupart sont déjà connus 
par les notices publiées dans les Bulletins des Sociétés 
archéologique de Soissons et académique de Laon (1; 

La présence de ces nombreux débris antiques, jointe 
à la multiplicité des chemins dont nous avons parlé plus 
haut» ne laisse donc aucun doute sur l'existence en ce 
lieu d'un mV;^^ (bourg) important; mais on se deman- 
dait, depuis longtemps, où pouvait être le lieu de sépul- 
tures de ses habitants. Déjà au lieudit le Bois des Sables, 
près le Pont-d'Ancy, selon Carlier , on avait recueilli 
quelques débris d'ossements humains et, entr'autres, 
un tibia d'une grandeur extraordinaire (2). Plus récem- 
ment encore, en déracinant un arbre dans le Bois des 
Sables, le sieur Poirier , jardinier de M. de Saint-Mar- 
ceaux, a trouvé un vase cinéraire en verre blanc,rempli 
de cendre, d'ossements et de braises. 

Mais jusqu'ici ces découvertes isolées et de peu d'im- 
portance n'avaient pas appelé l'attention des archéo- 
logues. 

Le lieudit les Sables ou le Bois des Sables est situé non 
loin de la Vesle, à un demi kilomètre environ au nord 
du Pont-d'Ancy. On y arrive de Limé par le chemin de 
Courcelles, dit des Grands-Aulnes, en prenant , un peu 
avant le pont de Courcelles, le Chemin Vert qui traverse 
le bois et va rejoindre le voyeu ou chemin de Braine. 

(3) Voir Notice sur la villa d'Jncj/, par M. S. Prioux. Chex 
Didier, libraire, Quai des AuguHias, Paris. I8C0. 

(4) Hiit. du duché de Val. l i, p. 475. 



- M - 

Vers la fin du mois de mai dernier, en laboarani avec 
ces nouvelles cbarnies qui déroncent la terre beaucoup 
plus profondcme ni que les anciennes, des charntiors 
mirent à nu, sur une superficie de cent mètres, une 
grande quantité de débris de vases et de poteries 
cinéraires» encore munis de cendres d'ossements et de 
braises; des tombeaux ei des ossements humains garan- 
tis par des pierres brutes ou moellons, des briques ou 
des tuiles. 

Propriétaire de ce terrain et d*uue grande partie 
de celui du Pont-d'Ancy, M. de Saint Marceaux, bien 
connu pour le zèle qu'il met à chercher et à conserver 
les antiquités locales, ne tarda pas à ôlve informé de 
cette découverte. Accompagné de son fils, il se trans* 
porta immédiatement sur les lieux, fit faire des fouilles 
et recueillit une grande quantité des débris de poteries 
que la charrue avait signalés. Averti moi-même par 
ces messieurs, je me rendis avec l'un d'yeux sur les 
lieux et nous reconnûmes bientôt, après avoir examiné 
tous ces débris de poteries cinéraires et fiméraires du 
Haut et du Bas-Empire, un lieu de sépulture h ustion, 
enfin un cimetière gallo-romain qui, évidemment, ap- 
partenait aux habitants du Pont-d'Ancy. . 

Le sol, situé dans une vallée pr^s le la Vesle et formé 
d'un terrain d'alluvion , repose à un métré environ sur 
une couche de grève, et il est facile de reconnalire, à la 
terre noircie, l'endroit où il y a eu des incinérations. 

Parmi les débris de poteries qui étaient sous nos 
yeux, nous avons remarqué des morceaux de vases 
plissés, pomiformes, barillets, etc., etc., dont quelques- 
uns de couleurs rouges, mais la plupart de couleurs 
noire ou bistrée. Presque toutes ces urnes ou poteries 
renfermaient encore des cendres, des résidus d'osse- 
ments brûlés ; mais teaucoup d'autres étafent vides ou 
ue contenaient que de la terre. 



— 8» — 

Un grand nombre de ces vases ont été confiés à la 
sépulture sans être renfermés dans des coffrets» et 
beaucoup d'autres étaient munis d'enveloppes en pier- 
res, en briques ou en bois, et, si les boîtes sont pour- 
ries depuis longtemps, leur première existence parait 
néanmoins prouvée par la présence de clous qui en 
liaient les parties et qui ressemblaient à ces clous à 
^étes dont on se sert encore aujourd'hui. 

Autour des urnes ou amphores cinéraires remplies 
de cendres, d'ossements et de braises, on remarque 
aussi, comme dans tous les cimetières gallo-romains, 
des urnes funéraires^ des vases, des plateaux, des cru- 
ches, des assiettes de terre et des bols en terre de Sa- 
mos^ qui servaient, les vases ou assiettes, h mettre la 
nourriture, et les cruches pour mettre la boisson. 

Cette grande quantité de débris qui se trouvaient à 
la surface de la terre du Bois des Sables, nous donna 
l'idée de faire de nouvelles fouilles, et voici ce que, 
sous la direction de MM. de St-Marceaux, on recueillit : 

i*" Le ^9 mai : Une petite tombe ou auge taillée en 
forme de toit, dans un hloc de calcaire grossier por- 
tant 33 centimètres de long sur ^i de large à l'extérieur ; 
23 centimètres de long et 42 de large à l'intérieur, sur 
8 centimètres de profondeur. Tout porte à croire que 
ce petit monument, que l'on fichait en terre par sa partie 
aigûe, servait à contenir une urne remplie de cendres 
et recouverte par une brique ou par une pierre plate, 
car on a trouvé, à côté de cet objet, des morceaux de 
l'une et de l'autre. 

â* Lo 30 mai : Une petite cruche ù anse, en terre 
blanchâtre, haute de M centimètres sur 25 i/2 de cir- 
conférence au ventre. 

3" Le même jour : Une charmante petite pointe de 
lance ou de flècho, en silex, parfaitement taillée, ayant 3 



- 86 - 

centimctres de longueur sar 3 centimètres à sa partie 
In plus large. Cette pièce, qui a la forme d'un grattoir et 
dont la taille est parfaitement régulière, avait été, 
croyons-nous, placé dans une urne funéraire comme un 
bijou. 

A^ Le fjuin: Un vase fracturé, fait au tour, régu- 
lièrement et finement travaillé. La composition de sa 
pâte est noire à Tintérieur, puis rouge à Textérieur. Sa 
hauteur est de 6 centimètres sur 26 de circonférence 
au ventre, et 5 centimètres de diamètre à l'ouverture. 
Ce vase cinéraire, recouvert d'une tuile romaine, tegula, 
était garni de cendres mêlées d'ossements, avait été placé 
dans un coffret en bois dont les ornements, en partie 
retrouvés, consistaient en quatre anneaux cannelés et 
attachés à une entrée de serrure en cuivre ornementée 
de boutons à tètes fantastique ciselées. L'usage du cof- 
fret en bois renfermant les vases et le monument funèbre 
du défunt était général à l'époque gallo-romaine. 

5* Un vase fracturé en terre commune, contenant du 
sable et des clous oxidés ; 44 centimètres de haut et 40 
de tour au ventre. 

6"* Le 2 juin : Les ossements d'un grand corps humain 
qui ne mesurait pas moins de i mètre 90 c. Une dalle de 
pierre, placée de champ, lui protégeait la tête, et une 
seconde était placée de même à l'extrémité des pieds 
tournés vers l'orient. Rien de plus ne protégeait ce corps 
dont le crâne et la mâchoire, en partie retrouvés, indi- 
quent que le sujet devait être un homme de haute 
taille et dans la force de l'âge. Ces débris ont été en- 
voyés à M. Quatrefages, au Muséum du Jardin des- 
Plantes pour la collection d'anthropologie. 

7» Sous une tuile recourbée, semblable à nos faî- 
tières actuelles, on a retrouvé quelques débris d'osse- 
ments d'enfants soigneusements rangés et du verre 



-^ 87 — 

fondu par Taction d'un feu très-ardent. On sait qu'au 
rapport de Pline» vu, i5, 16» les enfants morts avant 
d'avoir eu leurs dents n'étaient pas brûlés. 

8<»Une petite cuillère en os et deux jolies fibules, 
une fiole lacrymatoire et quelques ossements avec 
des cendres et du sable, le tout renfermé dans un petit 
caveau formé de six tuiles fracturées. 

90 Le 3 juin: Deux jattes brisées, en terre rou^e^ 
portant chacune au fond, à l'intérieur, la sign^ature du 
potier que voici : CEBIALM, et trouvées à la place où 
a été brûlé le corps. 

IQo Débris d'un jrli pot plissé, semblable à ceux que 
l'on retrouve avec les objets du Haut-Empire, et une 
monnaie de Constantin. 

Tous les objets de ce cimetière gallo romain sont 
réunis dans le cabinet de M. de Saint-Marceaux, à Limé, 
avec les antiquités qui ont été recueillis au Ponl-d'Ancy. 

Il se trouve sans doute bien d'autres objets f nfouis 
dans le sol du lieudit le Bois des Sables; mais il a 
fallu suspendre les fouilles pour laisser cultiver le terrain. 
Bientôt, nous l'espérons on s'efforcera de les reprendre. 

L'examen et l'étude des lieux font supposer que la 
plupart des décédés ont été apportés dans le cimetière 
et brûlé sur place. Tout porte à croire aussi qu'on a 
jeté dans le foyer qui contenait les corps des débris de 
verre et de poteries, et qu'après la réduction des corps 
en cendres on formait du toutune petite butte (tumulus)^ 
qu'on recouvrait d'une couche de 50 à 40 centimètres 
de sable. On peut enfin présumer que ces tumuli étaient 
des sépultures de pauvres gens, et que celles où l'on a 
retrouvé des urnes en verre provenaient, au contraire, 
de personnes notables. Quoi qu'il en soit, dans toute 
cette partie du cimetière, les cendres ont rarement été 
mises dans des urnes cinéraires, et les ossements, plus 



- 88 - 

rarement encore, s'y Irouvenl en entier. Pour le moment 
il nous parait évident qu il y avait, dans le cimetière, 
une partie destinée nvm personnes considérables soit 
par la fortune, soii par leurs emplois, et une autre partie 
destinée, comme nous venons de le dire, aux gens 
pauvres. C'est sans doute un de ces cimetières mixtes, 
dont parle Sidoine Appolinaire, où ron déposait tout 
à la fois des corps et des ossements brûlés. Quant i 
l'époque des funérailles, dont les corps étaient brûlés, 
on piïut la faire remonter aux derniers temps de la 
République, époque à laquelle les homains abandon- 
nèrent la coutume d'enterrer leurs morts en eniier, 
pour prendre celle des Grecs : de les brûler. Sous les 
Empereurs, Tu âge do brûler les morts devint presque 
universel; mais depuis l'introduction du Christianisme, 
on l'abandonna graduellement, et, à la fin du iv^^ siècle, 
cet usage avait entièrement disparu. 

En résumé, la découverte de ce cimetière nous amène 
à reconnatlre qu'il y avait, au lieudil le Pont-d^Aiicy^ à 
répoque gallo-romaine, non pas une villay mais bien un 
viens dont les habitants ont été tr^i^nsportés, après leur 
mort, dans le cimetière du lieudit le Bois des Sables. 
Tout indique que ce cimetière était mixte et que les 
funérailles avaient lieu par incinération et par inhu- 
mation, comme le montre l'existence simultanée d'urnes 
cinéraires et de vases funéraires. 

A l'époque mérovingienne, ce vicus qui était sans 
doute en décadence , devint probablement , comme la 
villa Brennacunif propriété des Rois de la première 
race, puisqu'on le trouve encore à l'état de villa^ sous 
les Carlovingiens, qui en cèdent les bénéfices au mo- 
nastère d'Hasnon. 

* 

Au xii« siècle, les seigneurs de Braine, de la maison 
royale de Dreux, en étaient possesseurs et la cédèrent 



- 89 — 

aax religieux Prémontrés de Tabbaye de Saint-Yved« 
qui la gardèrent jusqu'à la révolution» époque à laquelle 
les bâtiments de la ferme furent démolis et la propriété 
vendue. 

La séance est levée à cinq heures. 



Ia Président , 
Ds Làprairie. 

Le Seerèlaire, 

L'abbé Pécheur. 



12 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE 

ET SCIENTIFIQUE 

DS 



SEPTIÈME SÉANCE. 
Lundi 6 Juillet i863. 



Présidence de M. de Laprairie. 
Le procès-verbal de la dernière séance est la et adopté. 

NOMINATION DE MEMBRES. 

M. Charles de Pompery, de Ciry-Salsogae« est 
nommé membre correspondant. 

OUVRAGES OFFERTS ET DÉPOSÉS. 

i* Cabinet historique^ 9* année, 4Mivraîson. Avril 4863. 

2o Grandes découvertes historiques relatives à saint 
Jean-Baptiste, etc., par J. Corblet. 

3<» Revue des Sociétés savantes^ 3* série, tome v. 
Avril 1863. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. Prioux lit un nouveau travail sur H. de Saureulx, 
d'après des manuscrits qui existent à Madrid : 

< Messieurs , 
> J'ai eu rhonneur de vous lire, dans la séance du 3 



— 92 ~ 

mars 1862, nne notice ou plutôt des extraits d'une 
Histoire de Saint-Louis des Français à Madrid^ par Tabbé 
Humpbry , concernant Dom Henry de Saureulx , cha- 
noine régulier de l'ancienne abbaye royale Saînt-Jean- 
des- Vignes de Soissons, qui a joué un si grand rôle, 
peu ou mal connu jusqu'alors , pendant les temps de 
la Ligue, à Pierrefonds et dans plusieurs autres vlUes 
de la Picardie ou de TIle-de-France, mentionnés dans les 
documents que nous rapporterons plus loin. 

> Après avoir entendu cette communication, vous avez 
fait avec raison quelques réserves sur les détails un 
peu extraordinaires et romanesques empruntés au livre 
de M. Humpbry et sur la manière dont le nom de ce 
chanoine était écrit. Vous avez chargé quelques hono- 
rables membres de notre société de bien vouloir faire 
des recherches spéciales à ce sujet et dans un assez bref 
délai, afin qu'il vous en fût rendu compte à Tune de tos 
plus prochaines séances. 

» Parmi les personnes qui se sont acquittées de cette 
mission, Tun de nos savants confrères, M. Suin, no- 
taire, qui a déjà rendu tant de services à Thistoire 
locale par les heureuses et intéressantes investigations 
qu'il a faites dans les minutes de ses prédécesseurs, a 
présenté, à la séance du lundi 7 avril i862, plusieurs 
actes notariés, de i 584 à i 588, cencemant l'abbaye de 
Saint-Jean-des-Vignes de Soissons et portant entr'autres 
signatures celle de Henry de Saureulx ou Savereulx^ et 
il adopta cette dernière orthographe dans la disserta* 
tion qu'il nous n donnée. A la séance suivante, du 5 
mal 1862, notre honorable secrétaire, M. l'abbé Pé- 
cheur, est venu apporter aussi le tribut des recherches 
qu'il avait faites à ce sujet, et après avoir consulté 
Y Histoire de l'abbaye royale de Saint-Jean des Vignes^ 
par M. Charles- Antoine de Louen , qui écrit Henry de 
Savreux^ et la Chronique de Saint-Jean des Vignes^ par 



— 93 - 

le P. Le Gris, qui écrit latin (1610) SaureuXf il a 
adopté ce nom écrit Savreux* 

• Nous n'avons pas ici à discuter les considérations 
de notre honorable secrétaire, parce que nous crojons 
qu'elles sont un peu prématurées.Voulant éclaircir cette 
question autant que possible et fixer la manière dont 
s'écrit ce nom» nous nous sommes rendus à Villers-sur- 
Condun, dans les environs de Compiègne, pour y faire 
des recherches dans les archives de la commune, et 
nous avons appris qu'en 1830 les papiers se trouvant 
dans la maison du maire ont été incendiés sans qu'on ait 
pu en rien sauver. Cependant il reste encore à la Mai- 
son-commune, sur les registres de l'état-civil qui ne 
datent que de 1676, des actes de naissances et de décès 
appartenant aux descendants de la famille de Henry de 
Saureulx. En cette année 1676, nous lisons dans un acte 
de naissance 5aur6ulx. En 1684, Pierre, fils de Claude 
SaureiÂX; en 1688, Saureux ; en 1689, Louis Saur eux. 
Nous ajouterons même que depuis cette époque on ren- 
contre, dans les archives qui se rapprochent de nous, 
le nom de Saureux toujours écrit de la même manière. 
Cependant nous avons appris qu'il existe encore , dans 
la commune, des personnes qui portent ce nom, mais 
que l'on nomme Savreux. Nous n'avons pas voulu 
quitter Villefs-sur-Condun sans aller visiter l'église , 
dans l'espoir d'y retrouver quelques débris de pierres 
tumulaires avec des inscriptions. En y entrant, nous 
avons remarqué que cette église du xvi« siècle avait été 
remaniée postérieurement, au sanctuaire, au chœur, 
aux collatéraux, et que son dallage avait été remplacé 
par un pavage en briques ordinaires. Seulement, sous 
une couche de badigeon assez épaisse , nous avons 
remarqué une pierre tumulaire encastrée dans le mur 
à gauche du chœur. Après avoir enlevé avec précaution 
la couche qui cachait cette pierre dont le grain est noir 



— 94 — 

et que Ton nomme pierre noire de EdgigtÊe^ nous avons 
pa lire une inscription en lettres romaines , avec des 
abréviations, concernant la donation d'une maison, d'un 
jardin, etc., faite à l'église deVillers par le curé Adrien 
Bellot, décédé le 28 mars 1673. Il est aussi question, 
sur cette pierre, de 30 livres 3 sols 3 deniers de rente 
dues par Ant. Savreux et sa femme pour entretenir la 
lampe ardente. On remarque dans cette inscription que 
tous les U ont la forme d'un V romain, ce qui indique 
parfaitement qu'à cette époque la famille seigneuriale 
qui habitait le manoir du fief de Sainte-Christine, (i) à 
yillers-sur-Ck)ndun,portaît encore le nom de Saureuxi^). 
> Voulant aussi continuer les recherches au sujet des 
manuscrits de H. de Saureulx, je me suis adressé à la 
bienveillance de Son Excellence M. Drouyn de Lhuys , 
ministre des affaires étrangères, qui est toujours si 
empressé lorsqu'il s'agit de rendre service au pays de 
ses ancêtres, et je l'ai prié de faire demander, par l'en- 
tremise de notre ambassadeur à Madrid , M. Barrot, 
tous les renseignements désirables sur les documents , 
notes et mémoires laissés en Espagne par Dom Henry 
de Saureulx. H. l'ambassadeur s'est de suite empressé 
de faire exécuter ces recherches par un savant paléo- 

(1) Le manoir du fief de Sainte-Chriftine a été entièrement dé- 
truit â la révolution de 93 et il n*en reste plus aucune trace, si ce 
n'est les pierres qui ont servi à des constructions da voisinage* 
On remarque aussi,à Tangled'une maison construite sur l'emplace- 
ment de l'ancien manoir, garantie par une niche, une eculpture en 
bois assez médiocre , représentant sainte Christine. On sait que la 
mère de Henry de Saureulx s'appelait Jeanne de Sainte-Christine. 

(I) Il se trouve actuellement, dans la coar de M. le Maire de 
Villers , une dalle ou ancienne pierre tnmulaire provenant du 
chœur de l'église , dont l'inscription a été presqu'entièrement 
effacée par les promenades du chantre à gauche. C'est d'autant 
plus regrettable que cette inscription latine, en lettres romaines, 
qui paratt être du moyen-âge, si l'on en juge par quelques restes 
de traits« laisse voir encore les mots : IN PAGO et SVES. 



— 95 — 

graphe, M. l'abbé Harriet, recteur de Saint-Louis-des- 
Français à Madrid. C'est le résultat de ses investi- 
gations que j'ai l'intention de vous soumettre» par ce 
qui suit : 
• Résumé des notes concernant le château de Pierre fof^s^ 

pris en 1595 par Henry de SaureulXf plus tard fonda- 

teur de Saint-Louis-des-Français de Madrid, et alors 

au service de Sa Majesté catholique Philippe III. 

i (Les documents d*où ces notes sont tirées sont au 
nombre de deux : !<> un cabier en parchemin, manuscrit 
de 11 pages, perlant à la fin le sceau de la ville de 
Bruxelles. U commence au 9 juin 1600 et finit au 16 
du même mois.) 

» Henry de Saureulx, alors en Espagne , en la cour 
de Philippe III, et sollicitant la rémunération des ser- 
vices qu'il a rendus à S. M. Catholique, ainsi que la ré- 
paration des torts et pertes qu'il a subis, s'adresse aux 
très-nobles et très-illustres Consuls, Echevins et Sénat 
de Bruxelles, par son représentant Rémi Pavillon, docteur 
en théologie, afin d'obtenir qu'une commission soit 
nonunée, laquelle, sur la déposition de plusieurs nobles 
français réfugiés en Belgique, informe sur sa vie, ses 
mœurs, sa religion et sa noblesse. 

» La commission , composée d'un Échevin et du 
Secrétaire de la ville de Bruxelles , entend les témoi- 
gnages de : 

t Mathias de La Bruiére. Proprœtor civilis civitatis 
ParisiensiSf réfugié depuis 5 ans 1/2. 

• Michel de Hanon , seigneur temporel de Charmes 
(1), réfugié, autrefois gouverneur civitatis Velii (2); pen- 
sionnaire (vulgô Bntretenudo) de S. M. Catholique ( 3). 

(1) Dans le premier document, SaTerenlz loi-mème sigoe : 
Saurenlx. 

(2) Vâillj, arrondissement de Soissons. 

(3) Dépositions de Michel de Hanon et du comte de La Fëre 



•- 96 - 

• Jean de Seiilier , eonsignationum dviMis Pari- 
siensis Receptor generalis. 

» Jacques de Colas, comte de La Fère, sénéchal de 
Montélimar. 

• Mathieu de Launoy, prêtre, docteur en théologie, 
chanoine de la cathédrale de Soissons. 

1 Gaspard Darloys, noble écuyer , pensionnaire de 
S. M. Catholique. 

1 Jacques de Brunaulieu, noble français réfugié pour 
la foi. 

1 Les dépositions des sept témoins ci-dessus étant 
présentées aux Consuls, Echevins et Sénat de Bruxelles, 
ils ordonnent qu'on en livre une ou plusieurs copies au- 
thentiques au sieur Rémi Pavillon , représentant de H. 
de Saureulx, pour tous effets de droit et justice qu'il 
conviendra ; le tout copié de la propre main de Jean de 
Vossum, greffier de la ville et muni du sceau de la 
ville. 15 juin 1600. 

1 2» ( Deuxième document renfermant des pièces , 
depuis le 15 janvier 1601 )• Sur le premier document , 
qui a le plus d'importance, se base le second qui suit : 

> Un cahier manuscrit, espagnol, papier, 29 feuilles. 

> C'est un mémoire adressé à S. M. Catholique Phi- 
lippe III, en demande de rémunération , dommages et 
intérêts, pour tout ce que H. de Saureulx a dépensé 
et perdu au service delà couronne d'Espagne. Il en est 
fait une relation, avec pièces à l'appui. 

» A la suite du mémoire viennent une consultation 
de sept, avocats et neuf théologiens appuyant les pré- 
tentions de H. de Saureulx, divers arrêts royaux, avis 
du Conseil des finances, etc., etc. Le tout est parfaite- 
ment authentique et porte la date de 1600 à 1613. 

> Cette deuxième pièce reproduit, en les abrégeant, 
les diverses circonstances des dépositions du premier 



— 97 - 

document, et y agoute seulement quelques détails et 
faits utiles ou curieux. 

> Des deux documents à la fois, il résulte la narra- 
lion suivante qui est presque textuellement prise : 

« Henry de Saureulx , né à Villers-sur-Condun » 
près Compiègne^ de parents nobles , Rodolphe de 
Saureulx et de dame Jeanne de Sainte-Christine... Il est 
proche parent, par Hélaine de Sermoise, dame de Rieulx, 
du seigneur de Rieulx, gouverneur de Marie, en dernier 
lieu de Laon et du château de Pierrefonds. 

i II est prêtre, religieux et chanoine régulier de l'ab- 
baye de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons, ordre des 
chanoines réguliers de saint Augustin. Il a exercé tour 
à tour dans son couvent les chaires de proviseur, sous- 
prieur, trésorier et autres, et s'y est toujours conduit 
d'une manière exemplaire (i). 

» 11 est sorti de l'abbaye de Saint-Jean-des-VIgnes par 
deux fois, pour prendre les armes en faveur de la foi et 
contre les hérétiques. Çà été, après mûre réflexion, du 
consentement et avec la bénédiction de son prieur, en 
vertu d'une concession générale faite, par bulle ponti- 
ficale de Sixte-Quint , à tous prêtres et religieux de 
France , et de plus par autorisation personnelle à lui 
accordée par le Souverain-Pontife. Le comte de La Fère 
a vu ce bref personnel (2). 

• Une première fois il se met au service du seigneur 
de Rieux , son parent, gouverneur de Laon et du château 
de Pierrefonds. 

> Il aide son parent à enlever par surprise la ville de 
Noyon. En cette ville le seigneur de Rieux, manquant de 
secours, est fait prisonnier ; H. de Saureulx parvient 

(1) Déposition de Jean le Seillier. 

(2) Déposition de Mathiea des Laonoy, de Mathias de la Bruyère, 
de Michel de Hasnon et du comte de La Fère. 

13 



- 98 - 

à fuir. Après la mort du comte de Rieui (1) , il rentre 
dans son monastère. 

• Il en sort de rechef en 1595 (2), dans le dessein de 
s'emparer» par surprise, de Pierrefonds. Il se concerte 
avec Jérôme Dentici, sergent-major (3) {vulgo ser géante 
maUor) dans la légion napolitaine en garnison à Sois- 
sons. Avec son aide et vingt de ses hommes, il escalade 
les murs de Pierrefonds, y appliquant des échelles de 
cordes, et se rend maître, sur les hérétiques, de cette 
forteresse réputée Tune des plus imprenables de toute 
la France (4). 

» C'est évidemment en 1695 (5) , l'année même qu'il 
sort pour la deuxième fois de son couvent , car : i<» le 
témoin Mathias de La Bruyère, qui le connaissait depuis 
sept ans, l'a fréquenté familièrement à Bruxelles pendant 
cinq ans, après sa sortie des prisons de Saint-Qqentin ; 
et la déposition de Mathias de La Bruyère , ayant lieu 
au I3juin IGOO , on doit fixer la date de la prise de 
Pierrefonds en 1595; ^ d'ailleurs cette date est assurée 
par celle de l'évasion de Saiot-Quentin de H. de San- 
reulx, le 3t octobre 1595^ et sa sortie de l'abbaye de 
Saint*Jean-des-Vignes en la même année 1595 (6). 

» Quel est le mois précis de la prise de Pierrefonds ? 



(1) Déposition de Mathieu de Launoy et de Jean le Seillier. 

(2) Déposition de Jean le Sel Hier. 

(3) Jérôme Dentici , que les dépositaires appellent un sergent- 
major, était un officier supérieur commandant les troupes napoli- 
taines au service du Roi d*Espagne, à Soissons, sous les ordres du 
générai en chef, duc de Fuentès. Le sergent-major, qu'on uom- 
niait aussi le major, venait îmmédiatemrnt après le maréchal de 
camp dont il exécutait les ordres et qu'il remplaçait au besoin. De 
Thon nous montre. Tannée précédente (1594), ce même Jérôme 
Dentici, commandant à La Fère le régiment de Trevico 

(4) Dépositions de Michel de Ranon et du comte de La Fère. 

(5) Déposition de Mathias de La Brnjfëre. 

(6) Dépositions de Mathieu de Launoy et de Jehan le Seillier. 



— 99 — 

Il n'en résulte rien de cf rtain des documents » si ce 
n'est qu'elle a dû avoir lieu avant septembre 1595, 
puisque H. de Saureulx a subi deux mois de captivité à 
Saint-Quentin... dsnde estuvo dos meses sulacarul 
realy con grillos, etc. (i) 

» Maître de Plerrefonds (2), H. de Saureulx déclare 
incontinent au comte de Fuentès , gouverneur-général 
des provinces Belgiques , qu'il tient la place et la veut 
défendre au nom du Roi des Espagnes. Il n'y met aucune 
condition, bien que le château soit bien à lui en propre» 
l'ayant pris en légitime guerre et pouvant, pour le 
livrer au Roi d'Espagne, en exiger un fort prix comme 
bien d'autres ont fait. 11 le livre donc de confiance, sans 
intérêts ni marché (3). Le comte de Fuentès lui envoie, 
pour y tenir garnison, 700 Napolitains et dOO Wallons ; 
il le nomme lui-même capitaine et gouverneur de la 
place. 

> H. de Saureulx fortifie et met de son mieux sa con- 
quête en état de défense. 

> Il la munit de vivres pour plus d'un an; il la pourvoit 
de munitions, d'armes et d'artillerie, en quoi il dépense 
20,000 ducats tant de son argent que de celui de ses 
amis. 

» Il est assiégé dans la forteresse, à trois reprises, par 
les Huguenots; il soutient trois assauts, essuyé d'innom- 
brables coups de canons (1174 en un seul siège), sans 
que l'ennemi puisse en faire à sa volonté... 

> Cependant le comte de Fuentès était campé sur 
Cambrai. Il mande auprès de lui H. de Saureulx pour 
conférer avec lui de l'enlèvement par surprise de la ville 
de Compiègne et autres lieux fortifiés, ce dont H. de 

(1) Deuxième document. Jlelazionde Servidos, etc., etc. 

(2) Dépositions de Michel de Hanon et autres. 

(3) Deuxième document. Relazion de Servicios, etc. 



- iOO — 

SaureoU (fort habile, paratt-îl, en ces sortes d'exploils), 
avait les moyens tout préparés (4). 

H. de Saureulx part pour Cambrai, et passe par le 
château de La Fère. Le comle de La Fère lui donne, 
pour sa sûreté, quelques cavaliers complètement armés, 
et d'autres armésà la légère; ceui-ci faisaient partie de 
la garnison de Castiletum (le Câlelet) et étaient de la 
compagnie du sieur de Goignies ; ils étaient venus peu 
auparavant à La Fère, pour faire escorte ù quelqu'un 
qui s'y rendait. 

» Faisant route de la sorte vers Cambrai, H. de San 
reulx est attaqué, entre Casliktum (le Catelel) et Sainl- 
Quentin, par des soldats de la garnison de Saint- 
Quentin* Son escorte est en partie taillée en pièces, en 
partie faite prisonnière, ainsi que lui-même ; il fut de 
plus blessé; deux hommes seulement parvinrent à fuir. 

• Mené à Saint-Quentin, H. de Saureulx y est mis 
dans la prison royale et chargé de fers ; il y court même 
risque d'être mis à mort (ut fatna erat^ dit le manuscrit 
cité, et la chose était vraie, ainsi qu'il se verra plus bas). 

> En ce temps là, le Roi de France vient à Péroné (2). 
Il veut voir H. de Saureulx et le mande eu sa présence. 
11 s'efforce de l'amener à lui livrer, ou plutôt ù lui resti- 
tuer la place de Pienefonds et à se mettre à son service 
comme son sujet. Saureulx refuse tout et est renvoyé 
à sa prison où on le traite encore plus inhumaine- 
ment qu'on n'avait fait jusque là. 

» En efiet, le comte de Nevers l'avaut de rechef 
amené devant lui, il l'engage vivement, par menaces 
et adulai ions, à restituer Pierrefonds au Roi de France. 
Il lui offre, en retour, l'abbaye de Saint-Corneille de 
Compiègne, d'un revenu de 20,000 florins, iO,000 cou- 



(I) Déposilion du comte de La Fère. 
{i) Déposilion de Jacques de Biunauliea. 



ronnes au comptant et la restitution de tout ce qu'il 
possède au dehors et au dedans de Pierrefonds (i). 

> Savireulx refuse ces offres et , quant aux menaces, 
il répond qu'il préfère subir sa fortune et, s'il le faut, 
mourir. Il est remis en prison et condamné à mort (2). 

1 C'est en celte extrémité que H. de Saureulx, comme 
un homme industrieux et magnanime qu'il est» s'avise 
de faire parvenir au comte de La Fère, par l'entremise 
d'un certain Lefébure (fait prisonnier avec lui et libre 
ensuite sur panole), l'empreinte en cire des clefs de sa 
prison (3). Sur ce modèle, le comte lui en fait fabri- 
quer de fer, et il les lui fait tenir par le mém'e Lefé- 
bure, en même femps qu'une Kme sourde. Saureulx 
lime ses fers, ouvre sa prison et s'évade de St-Quentin. 

> C'était la veille de la fêle de tous les saints de 
4595 (4), c'est-à-dire au SI octobre de cette année. Il 
avait passé, en son cachot, l'espace de deux mois. 
Il était donc tombé aux mains des Royaux à la fin d'août 
ou aux premiers jours de septembre (5). 

i Après son évasion, il regagne la Belgique, demeure 
quelque temps auprès du comte de Fuentès, (6) auquel H 
rend de nombreux et bons services de guerre ; mais le 
château de Pierrefonds est vendu au roi de France par 



(1) Deuxième document. Relazion de Servicios^ etc., et déposi- 
tion de Jacques de Brunautieu. 

(2) Deuxième document Relazion de Servieios, etc., etc. 

(3) Déposition du comte de La Fèrc. 

(4) Déposition de Matiiicu de Launoy. 

(5) Deu]kième document. Relazion de Serviciot^cic, etc. 

(6) Le comte dn Fuentès ( D. Pedio Henriquez de Âzevido) , 
général espagnol, né à Vallodolid en 1560, servit en Flandre pen- 
dant la Ligue et périt en 1643 à la bataille de Rocroy. 11 éUU à U 
tête de cette fameuse inranterie espagnole qui fut longtemps la 
terreur de TEurope. 



— i02 — 

la garnison napolitaine au prix de 18,000 ducats <l). 
Saureulx était déjà en Espagne. 

» H. de Saureulx fit de pressantes et longues dé- 
marches auprès du roi d'Espagne Philippe III, pour 
être indemnisé de ses dépenses et pertes, et récom- 
pensé de ses services. 

1 La consultation des sept avocats et huit théologiens, 
par laquelle il fit déclarer que le roi d'Espagne le devait 
indemniser en conscience, porte qu'il avait perdu une 
valeur de 300,000 ducats en fournitures de vivres, mu- 
nitions et armes, en meubles, joyaux, bénéfices, offices 
et rentes (2). 

• Le château seul de Pierrefonds lui valait 10,000 
ducats de rente annuelle, car c'était une place de telle 
force et importance que sa charge (3) de Pierrefonds 
fut achetée pendant la ligue (4) 52,000 ducats d'or. 

> H. de Saureulx fut nommé, en 1601, capellan de 
AsieniOj chapelain en titre de Castille, aux honoraires 
de 40 ducats par an. (Les chapelains de la chapelle royale 
ont aujourd'hui 40,000 r., soit 10«525fr. environ.) 

t Au 8 février 1596, étant en Belgique, il fut nommé 
prieur de l'armée, aux gages de 1 ,200 ducats par an. 

> La même année, on lui fit en Flandre 40 écus de 
rente par mois. 

f En septembre 1600, on lui donna, à Madrid, 480 
écus de pension ecclésiastique annuelle, etc., etc. 

> H. de Saureulx mourut à Madrid, en septembre 1633. 
1 Ces documents ne donnent pas la date exacte de la 

prise de Pierrefonds par H. de Saureulx. Mais la chro- 

(1) Déposiiioii du comte de La Fëre, et deuxième document, 
Relazian.. etc. 

(2) Deuxième document. Relazion.. etc. 
(3; Deuxième document. Relazion., etc. 

(4) Entre deux ligueiu's, entre dos de ellos. Deuxième docu- 
ment. Mémoire. 



— 103 - 

nique de Jehan Vaultîer , de Senlis, écrivain contempo- 
rain (i), fournit à ce sujet quelques renseignements sur 
les gens du roi Henri IV, qui tenaient le château de 
Pierrefoods à cette époque, et sur ceux qui le reprirent 
aux troupes espagnoles : 

1 Le 6 du mois d'août 1594, le marquis de Revert, 
seigneur de La Chapelle, ayant acheté au seigneur Du- 
pecher, commandant de La Ferté-Milon, le gouverne- 
ment de Pierrefonds, il s'en empara pour faire son 
appointement avec Sa Majesté et fit trêve pour deux 
mois avec ceux de cette ville, et l'on chassa du bourg 
les voleurs qui y faisaient leurs retraites, étant un vrai 
spélonque et caverne à voleurs et brigands, où depuis 
ils ne perchèrent et furent contraints â se séparer par 
bandes et tenir les champs, et peu après, ayant fait son 
accord avec Sa Majesté, lui rendit la place, laquelle 
le Roi bailla à M. d'Estrées pour garder icelle. 

» Voilà donc le marquis de Cœuvres, père de la belle 
Gabrielle d'Estrées, nommé par Henri IV gardien et gou- 
verneur du château de Pierrefonds. On comprend qu'un 
pareil contrat ait soulevé l'indignation du moine ligueur 
de Soissons, qui sort de son couvent de Saint-Jean-des* 
Vignes pour rendre à la ligue cette importante place 
forte. 

c Le 10 août 1595, poursuit notre chroniqueur con- 
temporain , un religieux de Soissons, cousin du défunt 
feu de RIeulx, voyant que Pierrefonds était au Roi et 
connaissant le secret d'icelui par intelligence de quel- 
ques soldats, prit le cjiâteau et y introduisit les Espa- 
gnols qui le gardèrent encore pour la ligue et en expul- 



(i) Jeban VaiiUier, Hiitoire et JXsemtn des ehous faieleg à 
SmliM, de 1588 à i598, p. 514, dans un voloroe édité par Adii. 
Bernier; ManumenU inédiU de VBliMre de France^ de 1400 à 
1600. 1 vol. iii-b«. Senlis, 1855. 



- 104 — 

sèrent la garnison de M. d'Eslrées que Sa Majesté avait 
commis à la garde d'iceiui. Ledit religieux^ aussitôt que 
les Espagnols furent jouissant de Pierrefonds, fut en- 
voyé par eux, au burf^au d'Arras, pour avoir récompense; 
mais, en y allant, il fut fait prisonnier des gens du Roi 
auquelilfut présenté, et eut telle récompense que l'a- 
vait eu le seigneur de Gomeron, gouverneur de Ham. 

> Le religieux de Soissoas, dont le nom n'a jamais été 
prononcé dans les écrits sur Pierrefonds ni par les his- 
toriens de Soissons, n'était autre que le chanoine 
sous-prieur de l'ancienne abbaye royale de Saiat-Jean- 
des-Vignes de Soissons, Henri de Saureulx, que nous 
voyons figurer dans les documents qu'il a laissés i 
Madrid, lesquels documents nous disent, contrairement 
à Jehan Vaultier, qu'il fut mandé par le duc de 
Fuentès lorsqu'il eut connu les événements. L'avantage 
du passage que nous venons de citer est de nous donner 
la date du jour ou Henry de Saureulx s'est emparé du 
château de Pierrefonds, sur la garnison du roi com- 
mandée par M. d'Estrées. 

> Le 15 dudit mois, dit encore Jehan Vaultier, M. 
de Maniquant, avec son régiment et plusieurs autres 
compagnies de Sa Majesté , investirent Pierrefonds afin 
que l'ennemi ne sortit et d'autres n'entrassent...., 

» Enfin, après être resté deux mois et dix* neuf jours 
dans les mains de la Ligue et des Espagnols, la forte- 
resse de Pierrefonds fut de nouveau cédée au Roi par 
les possesseurs qui la tenaient de la main de Henry de 
Saureulx le ligueur. 

• Le dimanche 29 octobre 1595, M.d'Estrées, qui était 
audit siège de Pierrefonds et par le moyen du seigneur 
de Poncenac, gouverneur de Soissons, qui commençait 
à penser à sa conscience, ledit château de Pierrefonds 
lui fut vendu moyennant 3,500 écus qui furent délivrés 
auxdits Espagnols, en sortant bagues et armes sauves, 



— i05 — 

el conduits en assurance jusqu'à La Fère qui tenait 
encore pour eux. 

» En même temps que Pierrefonds se rendait, Henry 
de SanreulXy comme nous l'avons vu, était prisonnier à 
Saint-Quentin, où il fut questionné, torturé et condamné 
à mort. C'est de là qu'il parvint à s'écbapper la veille 
de la Toussaint 1595, pour aller rejoindre le comte de 
Fuentès. Après un séjour de cinq ans à Bruxelles, pen- 
dant lequel il fut nommé aumAnier ou chapelain du roi, 
il se décida, sur les instances de Philippe III, à le 
suivre à la cour d'Espagne. 

> Dans une prochaine séance^ nous suivrons Henry 
de Saureulx en Espagne et nous résumerons son tes- 
tament écrit en espagnol, ainsi que outes les pièces 
écrites dans la même langoe et concernant l'établis, 
sèment de Saint-Louis-des-Français à Madrid. > 

M. DE PoMPERT, à l'occasion de sa nomination, oflre à 
la société une petite médaille d'or rare, de l'empereur 
Anastasius,trouvée près de la voie de Soissons à Reims, 
vers Oiry-Salsogne. — Reme rciements. 

M. YroALAiif, nouveau membre titulaire, dépose égale 
ment pour le Musée une collection de pavés émaillés 
provenant de l'abbaye d'Igny et d'Arcy-Ponsart. (L'un 
de ces pavés porte le mot pie). — Des débris de pote- 
ries du camp de Mauchamp. — Un débris de la mo- 
saïque de Blanzy-lès-Fismes ^ tiré d'une sorte de com- 
partiment différent de celle de Laon et qui formait sans 
doute le pavé d'une autre pièce. — Un chenet trouvé 
au-dessous du Moulin de Bazochespar M. Ruffin et offert 
par lui. 

La Société vote d'unanimes remerciements à M.Vidalin 
qui se propose d'ajouter de nouveaux objets d'antiquité 
à ceux qu'il vient d'offrir. 



— iM - 

M. Clookt, au nom de H. Morlière, médecin à Vic-snr- 
Aisne, donne à son tour une hache celtique et Tex- 
trémité d'une masse d'armes trouvés au hameau de 
Berlinval , commune de Morsain , près d'un endroit 
qu'ils se proposent d'exploiter à cause des fragments 
de tuiles i rebord qu'ils y ont découverts. Après cette 
communication , H. Qouet lit une notice sur les 
masses d'armes. 

Masse alarmes trouvée, en iSeS^ au hameau de Berlinvalj 
commune de Morsain, canton de Vic^ur-Aisne. 

% La masse d'armes est, suivant le dictionnaire de 
n Trévoux, une arme A'bast (militaris Clava), dont on 
n se servait à la guerre et qui a une grosse tète de fer. 
» Hast est dérivé de hasta qui désignait toute at me 
» offensive, i 

On sait que le papeCélestin Hl, ayant interdit à Phi- 
lippe de Dreux, évéque de Beauvais, de se servir de 
l'épéé, ce prélat qui, ainsi que Nivelon de Soissons et 
tant d'autres évéques, avait porté les armes en Pales- 
tine, en 1204 et depuis, et qui se distingua encore aux 
portes de Beauvais, en tenant tète aux anglais ; on sait, 
dis-je, que Philippe de Dreux, ce soldat de Mars et 
non de Jésus-Christ, pour me servir ici de l'expression 
du pape Gélestin, trouva un moyen ingénieux de con- 
cilier les injonctions du Saint-Siège avec son pen- 
chant pour la guerre. Il fit fabriquer une lourde masse 
d'armes dont il se servait dans les combats. C'est ainsi 
qu'il prit part, le 4 7 juillet i214, à la bataille de Bou- 
vines au milieu des troupes de Philippe-Auguste, à câté 
de Guérin, évéque de Senlis. 

ç On remarqua, dit Hézeray, la vaillapce > de Phi- 
lippe, évéque de ^(sauvais qui, pour avoir esté autrefois 
• repris d'avoir respandu le saj^ ^ans le combat, s^^s- 



- 407 — 

» crimbitd'ttiie (lésante masse de fet-feomnié s'il importoit 

* beaucoup, sijoate cet auteur, de quelle façon on tue, 
> et si Ton perce ou l'on assomme. Il terrassa le comte 
t de Salisbury d'un coup de masse, et commanda à Jean 

• de Nesles de l'arrêter prisonnier.... • 

11 serait peut-être difficile aujourd'hui d'indiquer d'une 
manière précise les modifications successitesqu'a subis 
cette arme déjà terrible pour devenir plus meurtrière. 
Son point de départ est la Ibassue en usage chez tous 
les peuples primitifs. A l'époque celtique» elle affecte 
la forme d'une hache ; elle devieht ensuite la Fran- 
cisque en conservant à peu près la même configuration, 
quoique le fer ait rempld^é le sllei ; mais l'une et l'autre 
servent aussi bien à assommer qu'à trancher , suivant 
qu'on frappe d'un bout on de l'autre. Dans le tombeau 
de Ghildebert, à la bibliothèque du roi, dit le diction- 
naire de Trévoux, on voit une francisque qui a tout-à- 
fait la forme d'une coignée. Au moyen-âge, la masse 
reprend sa spécialité propre; mais elle se couvre 
d'aspérités aiguës qui qoutent ofu coup de grâce l'ef- 
fusion du sang. Témoini ces six crochets en fer, longs 
de six centimètres éi légèrement recourbés, qui rayon- 
nent autour dé la masse de Berlinval, et cette pique 
quadrangulaire terminée en pointe algue qui la sur- 
monte. Ces crochets, cette pique pouvaient , d'un coup 
bien asséné , pénétrer de toute leur longueur 
dans les chairs , les arracher lorsqu'on retirait l'arme 
et afngmenter ainsi l'faôtrenr du combat. 

Cette masse d'artiies m'ayant été remise à fa fin de 
juin dernier, par M. Morlièré, médecin à Vic-sur-Aisne; 
pour en faire hommage à la Société , je me transportai 
aussitôt sur les hauteurs de Berlinval potii^ les explorei^ 
et interroger le sol. Là, dans le champ soigneusement 
cultivé où fut faite cette trouvaille et appartenant au 
sieur Derlon, je ne vis qu'un petit amas de tuiles 



— 108 — 

plates. Ces matériaux de constraction accoseni, Q est 
vrai y par leur forme, aussi bien l*époque moderne que 
le moyen -âge; mais elles attestent au moins, tout 
d'abord» qu'une habitation existait dans ce lieu qui ce- 
pendant, de notoriété» est depuis bien longtemps désert. 
Puis mon guide m'indiqua, à 300 mètres plus à Touest et 
au lieudit la Grande Carrière^ une espèce d'oppide élevé 
de trois mètres au-dessus du sol et présentant une 
surface de i5 à20 mètres carrés. Il est soutenu, du 
côté du midi , par un très-vieux mur de terrasse qui 
compte encore deux assises complètes en pierres de 
taille. A l'entour, une dépression régulière du sol 
semble déceler l'excavation d'anciens fossés de défense. 
Sous ce monticule artificiel que je n'ai cependant pu 
visiter en détail, à cause des moissons qui le recouvrent 
encore, et qui peut bien n'être qu'un ancien amoncel- 
lement des crans de la carrière voisine, il existe, du 
côté du levant, une petite cave ou une étable, de deux 
à trois mètres carrés, taillée dans le calcaire crayeux. 
On reconnaît encore les embrasures de sa porte , ainsi 
que des trous percés pour la barricader. Evidemment 
ce lieu eucore a dû être occupé, habité anciennement 
Mais ce n'est pas tout : mon guide, traversant le chemin 
qui longe la carrière, me fit entrer dans un champ de 
seigle où, dès les premiers pas, je rencontrai une 
foule de débris de grandes tuiles à rebords. Puis, 
comme je me retirais , remettant après la récolte une 
plus ample exploration, j'avisai fortuitement, au travers 
des hautes tiges du seigle et au milieu de ces tuiles 
romaines, une pierre blanche et oblongue.... C'était une 
hache gauloise ! celle qui est sous vos yeux et que 
j'offre à la Société. 

Ainsi, là encore je puis dire, d'après ces trouvailles 
différemment caractérisées, et comme je l'ai remarqué 
autrefois pour le camp d'Epagny : occupation par les 



- 109 — 

Gaulois, puis par les Romains et encore par les hommes 
du moyen-âge. Mais, pourquoi cette préférence parti- 
culière pour cette même localité ^ tandis que d'autres 
plateaux, mais plus à l'ouest, sont également fertiles, 
dominent de même la vallée de Morsain et sont tout 
aussi inaccessibles et avantageux pour la défense? C'est 
que le plateau de Berlinval touche presque immédiate- 
ment à celui sur lequel est assis le camp d'Epagny, le 
témoin le plus important de ces époques reculées. En 
effet, la voie militaire de Soissons à Noyon, par Vie 
sur*Aisne, ne fut ouverte qu'au ii« siècle; mais la com- 
munication directe entre ces deux villes qui étaient 
alliées dès les temps les plus reculés, existait par 
Epagny; on conçoit dîne l'importance de ce camp 
placé à lintersection de ce chemin direct et de la via 
barbara venant de Reims par les plateaux de Laffaux et 
Montécouvé et qui conduisait également à Noyon. La 
position topographique de ce camp , comme poste 
avancé pour la défense de Noviodunum Suesêionum et 
ensuite pour celle d'Augusta Suessionum, n'est pas le 
seul motif qui expliquerait sa permanence, attestée 
d'ailleurs par de nombreuses sépultures romaines et 
par des armures du moyen-âge. Il fallait encore protéger 
contre le retour des Gaulois expulsés et , plus tard, 
contre l'agression des Francs, ces riches plateaux que 
les Romains avaient défrichés après tant de labeur, et 
protéger surtout ces métairies qu'ils y avaient élevées 
à la place même des clans et des oppides gaulois. On 
comprend aussi que, bien plus tard, de 1410 à 1420, 
t lorsque le Soissonnais était en proie aux gens de 
1 guerre de tous les partis. Anglais, Bourguignons, 
I Armagnacs et Dauphinois, et que ce pays semblait 

> un vaste champ de bataille où se donnait rendez-vous 

> Isi chevalerie et la/)t/fert>, t pour me servir de l'ex- 
pression de Martin et Jacob; on conçoit, dis-je, que 



- 110 - 

ïèÈ fioilttfdlgnoiis qui soutenaient, contre le parti d'Or- 
léans, la cause de Charles Vt et qui poursuivaient la 
confiscation des biens des rebelles , prononcée par ce 
prince le 18 décembre 4410, aient occupé rnilltairement 
la contrée dont je parle, puisqu'elle était précisément la 
clef du Valois et du Vermandois où les rebelles exer- 
çaient leurs ravages. Et, ce qui atteste positivement le 
long séjour des Bourguignons en ces lieux, ce sont les 
nombreuses trouvailles, faites 11 y a 25 ans, de quantité 
de pièces d'or et d'argent de Jean-Sans-Peur, mais 
surtout de Pbilippe-le-Bon, ducS de Bourgogne, dans 
cette même vallée de Morsain. 

Ainsi, nous voilà arrivés au temps où là masse était 
devenue l'arme de guerre la plus efficace; ce Iux6 dé 
crochets et de pointes aigûes qui hérissent celle dé 
Berlinval, s'explique par la nécessité d'enfoncer, de 
crever tout d'abord les solides armures sous lesquelles 
l'abritaient alors les hommes d'armes. 

Au reste, la salle des gardes du palais de Compiègne 
renferme, parmi ses nombreux faisceaux d'armes dd 
moyen-âge , une masse classée par M. Grandjié , mar- 
chand de panoplie, rue du Faubourg-Saint^Antoine , à 
Paris, fin du xv« siècle, ayant quelque analogie avec 
eelle-ci. Arrondie comme un globe de 7 centimètre^ de 
largeur, elle est hérissée de longues pointes très-aigues 
et surmontée encore de trois lames en croix aflSlées 
des deux côtés. C'est là un progrès qui fait frémir et 
qui, si ce n'est pas une exception, reculerait bien d'uh 
siècle la masse de Berlinval qui est beaucoup moins 
perfectionnée. 

Pour prouver la solidité des armures dès le commen- 
cement da xiii« siècle, Guillaume le Breton et Rigord, 
historiens de Philippe-Auguste, remarquent qu'à la 
bataille de Bovines (1214), un chevalier, saisissant 
redipereur Othon, ne put le blesser de son poignard 



c tant , ^iHl » Iç^ chevaliers sont impéfiétraUeaieiit 
couverts; > il loi fut impossible de trouver ud endroit 
pour le percer. 

c («es blessures que les chevaliers rapportaient alors 
1 0es combs^ts, ajoute l'encyclopédie , n'étaient d'ordi- 

> naire que des contusioqs causées par des coups de 
» massue qui faussaient quelquefois l'armure ; mais 

> rarement étaient *ils blessés jusqu'au sang. » 

Et pour proi}ver le progrès qui se fit en ce genre, 
9près la bataille de Bouvines, laquelle fut à coup sûr 
u(^ nide champ d'épreuves, cçt ouvrage sgoute : i De* 

> PWis, qii^nd les Héaulmes ont mieux représenté la téta 
^ d'un l^Qfqpiie, ils furent appelés Bour guignâtes, du nom 
I des Kçqrguignons leurs inventeurs, f 

Je p'ai pas prétendu ici fixer l'âge » au juste , de la 
masse de 3erlinval,etencore moins faire un cours d'an- 
tiquités ; mais je serai heureux si les diverses trouvailles 
que je signale peuvent diriger les recherches de la 
Société sur cette contrée qui semble présager de pré- 
cieuses découvertes pour l'histoire de notre pays. 

Nota. — Il est à désirer que la Bibliothèque de la 
ville ou la Société fasse l'acquisition de l'ouvrage de 
Bonnard, 3 vol. in-4%sur les Costumes^ meubles et armes 
du moyen-âge, à partir du xiv® siècle. 

M. Laurendeau donne lecture d'un travail sur l'église 
Saint-Remy de Soissons , où il s'attache à combattre 
Cabaret et les anciens historiens de cette ville. 

L'opinion de ce membre parait contestable à plu- 
sieurs de ses collègues, et son travail ne devra être pu* 
blié qu'après qu'une discussion complète aura eu Ueu. 

M. PÉKIN met sous les yeux de la Société le 30" volume 
4es^ d(H^un.ents qu/il ^ déjà réunis sur rarrondisjse" 
mis^t de SoissQm. M. de Lapniirie» ayant eu commu- 



nication de ce volume quelques jours avant la sé- 
ance, peut donner quelques explications sur Tintérét 
que préseent le travail de notre collègue. 

c II y a plusieurs années, la pensée est venue à M. Périn 
de recueillir tous les titres, toutes les gravures, tons 
les imprimés, toutes les inscriptions, enfin les rensei- 
gnements de tout genre qui pourraient servir à l'his- 
toire politique, scientifique, archéologique, artistique 
et littéraire de l'arrondissement de Soissons; aussitôt, 
elle fut mise à exécution et, pour arriver à élever cette 
espèce de monument, inspirée par l'amour du pays, 
rien n'a coûté à M. Périn, ni les démarches, ni les peines, 
ni les dépenses, ni les sollicitations. Le numéro seul 
du volume qui nous est soumis montre que la collection 
de M. Périn a acquis une importance véritable. Trente 
volumes, formés en sept ou huit années, c'est un ré- 
sultat dont il doit être fier et qui doit lui donner le 
courage de l'augmenter tous les jours, sans se laisser 
arrêter par les obstacles qu'il rencontre souvent sur 
son chemin. » 

c II n'est pas nécessaire de faire ressortir l'utilité d'une 
pareille collection. Ajoutons seulement qu'elle est ac- 
compagnée de diverses tables à l'aide desquelles les 
recherches deviennent faciles. • 

« Le volume que nous venons d'examiner est consacré 
aux blasons. Il devra comprendre les armoiries des 
villes , des abbayes , des corporations et celles de 
toutes les familles nobles ou non nobles qui appar- 
tiennent à Tarrondissement de Soissons ou qui seule- 
ment l'ont habité. 11 compte jusqu'à présent plus de 200 
blasons parfaitement dessinés à la plume par M. Lau- 
rent. Les émaux sont indiqués par des hachures. En 
regard des dessins sont les noms des familles avecj la 
description des armes et les renseignements qu'il n'a 
été possible de se procurer souvent qu'avec beaucoup 



— us — 

de difficultés. Les révolutions et les nécessités de notre 
état de société actuel ont amené un tel déplacement dans 
la position des familles qu'il est très-difflcile de retrou- 
ver le souvenir ou les traces d'un grand nombre de 
celles dont on rencontre encore l'écussou sur une pierre 
tombale ou sur un panneau de verre de couleur. • 

c Pour que rien ne manquât à son travail et pour qu'il 
pût être consulté sans perte de temps, M. Périn y a 
joint une liste alphabétique des noms, ainsi qu'une table 
des figures, pièces et meubles répandus dans les bla« 
sons. S'il parvient à compléter sa collection, si sur- 
tout il se hâte de relever les armoiries gravées sur le 
pavé de nos églises et que le pied des fidèles efface 
tous les jours, il aura rendu un immense service aux 
études archéologiques. Tous ceux qui se sont occupés 
des monuments de notre pays savent combien il est 
difficile de déterminer à qui ont appartenu les armoi» 
ries inscrites sur la pierre, le verre ou le marbre et qui, 
presque toiyours, sont celles de fondateurs ou de bien- 
faiteurs. Comme il serait avantageux, au lieu de recourir 
à des recherches longues, et la plupart du temps infruc- 
tueuses, dans les bibliothèques publiques , de n'avoir 
qu'à ouvrir le 30* volume des documents de M. Périn 
pour découvrir le renseignement qui vous échappait ! » 

t Depuis la fin du dernier siècle et même depuis plus 
longtemps, la science du blason était fort négligée, et 
l'on n'était pas loin détourner en ridicule ceux qui s'en 
occupaient. C'était une science surannée qui avait fait 
son temps et qui n'était bonne qu'à raviver de vieux 
préjugés. > 

c Les travaux si nombreux de ces dernières années, 
sur notre histoire et sur nos antiquités nationales, ont 
forcé à revenir à l'étude du blason. Quelles que soient, 
en effet, les opinions qu'on professe sur le passé et l'a- 
venir de la société , on ne peut nier l'influence qu^ont 

15 



exercée autrefois » dans les provinces, les familles de 
la noblesse et celles de la haute bourgeoisie, ainsi que 
les abbayes et les corps de métiers. Comment rester 
étranger à une science qui vous révèle un nom sous 
un hiéroglyphe ? 

c A propos d'un recueil d'armoiries, il n'est peut-être 
pas sans utilité de relever une opinion assez répandue 
et qui consiste à supposer que les familles nobles seules 
avaient un blason. Si à l'origine c*était un privilège dont 
elles jouissaient en effet, depuis plusieurs siècles elles 
l'avaient perdu; car un grand nombre de famille n'ap- 
partenant pas h la noblesse en avaient reçu du chef de 
l'Ëtat, ou en avaient adopté de leur propre autorité et 
sans contestation. Mais est-il bien sûr qu'il y ait jamais 
eu un véritable privilège de ce genre? Noiis sommes 
tentés d'en douter en remarquant que des corporations 
très-roturières avaient leurs armes. Et si nous {préten- 
dions que les gens des communes soissonnaises qui, 
pour la première fois, se trouvèrent mêlés aux cheva- 
liers à la bataille de Bouvines, avaient des bannières 
armoiriées, pourrait-on nous prouver que nous nous 
trompons? i 

M. SuiN communique à la Société une nouvelle étude 
sur le Soissonnais au xvi« siècle. 

Renseignements sur Véiat des classes bourgeoises et popu- 
laires dans U Soissonnais pendant la seconde moitié 
du XVI» siècle t d'après les minutes conservées par 
les notaires. 

c Les minutes les plus anciennes, conservées en l'étude 
de M« Suin, sont celles deFiefvé, notaire, de i 543 à 1549. 

Presque tous les actes reçus par Fiefvé sont des ventes 
ou baux entre paysans, ou bourgeois et paysans. Même 
observation pour les actes reçus par Quinquet, con- 
temporain de Fiefvé, et par Dupire. 



— Ml - 

Les actes tes plas anciens ne sont signés que par les 
notaires; on n'indique pas si les parties savent ou ne 
savent pas signer. 

Un autre notaire du même temps se nommait Nicolas 
Poussin. 

Dès 1573, on trouve un grand nombre de testaments* 
Ces testaments, même ceux des vignerons et cpinj);^* 
gnons, contiennent des legs pieux assez considérables et 
parlent des dispositions à^ prendre et des cérémonies 
qui seront accomplies lors do Tiobumation des testa- 
teurs ; cela devait entraîner à de grands frais et prouve 
que les paysans et ouvriers jouissaient d'une certaine 
aisance. On peujt consulter le testament de Sébastien 
Gilbert, vigneron à Vénizel (Wallet, notaire. 1575). Il 
est évident que ce vigneron 4^vait être riche. On peul 
étudier aussi le testament 4'W9 vigneronne de Pom* 
miers dans les minutes de PQtit,,i£^90* 

. Quinquet, notaire, i5t70» Pcooès-verbal.oonsti||int<pie 
Kicola^ (Je Monçby» escuyiei!» W nom 4es député* de 
N. S. P. ki Piipe, pouit la. vendition de SO^QOO escua 
4.9 reqtes appartenant ai^i; ^lis^a du royaunne, a pris 
possession 4:unç) maison à Berzy* appelée 1^ Bvrje gii 
la Cqmr L4yesqiie. 

En 1580 et années suivantes, on trouve des procura- 
tions par des Soissonnais pour soutenir des procès à 
Paris. 

Dès 1580, beaucoup de laboureurs, vignerons et ou- 
vriers signent au bas des actes. 

Le notaire Willefroy prend le titre de notaire apos- 
tolique, 1585. 

Petit, Dupire et autres ne faisaient jamais d'actes pou 
tes couvents etcommunautés, mais seulement pour des 
bourgeois et paysans, propriétaires d'immeubles. 

610 minutes d'actes reçus par Wallé, en 1579 et 1590 



— H8 — 

M concernent que des paysanSt principalement de Mer- 
cin, Billy et Rozières. 

Presque tous les actes compris dans un registre assez 
gros, reçus par Petit, de 1589 à 1595, concernent 
des paysans de Palye et Vaulrezis. 

4581. Dupire, notaire. —Testament delà femme d'un 
marécbal-ferrant de la paroisse de Saint-Quentin, de 
Boissons. 

Elle ordonne ses funérailles avec un grand luxe. 
Longue énumération des cérémonies funèbres à célébrer. 

Dans chaque village, les noms des paysans sont les 
mêmes que ceux d'aujourd'hui. Pour les bourgeois 
de la ville et les gros cultivateurs qui tenaient les censés 
ou fermes, c'est tout le contraire ; les familles ne sont 
plus les mêmes. 

Nicolas Marquette, homme d'armes des ordonnances 
du roy , sous la charge de Mp de La Chapelle des 
Ursins, était seigneur de la Cour-au-Bois, paroisse .de 
Celles, près Vailly, et y demeurait. 

Beaucoup d'ouvriers , laboureurs et vignerons sa- 
vaient signer. Ceux qui ne savent pas signer font 
des marques fort bisarres. Quelques-unes se rapportent 
à la profession des signataires. On ne voit jamais de croix. 

On tenait alors peu de registres et fesaît peu d'écri- 
tures. Presque tous les comptes de tutelle se règlent 
à forfait, par une transaction devant les parents et 
amis. On ne voit pas de comptes détaillés comme au- 
jourd'hui. Assez souvent il y avait des difiScultés pour 
faire rendre ces comptes. 

Presque tous les actes reçus par le notaire Petit, en 
1587, sont des constitutions ou reconnaissances de rentes 
entre particuliers. On y retrouve le boulanger Pierre 
Hornet, qui faisait des actes chez tous les notaires de 
ce temps. 

Les inventaires faits chez les marchands de Soissons 
prouvent qu'ils étaient généralement fort à l'aise. On 



— H9-^ 

peat consulter, en iHSl^ dans les minutes de Petit, un 
inventsdre fait chez un chapelier. On voit que son mo- 
bilier était d'une assez grande valeur et sa garde-robe 
très bien montée. 

Le notaire Wallet indique chaque année, au bas d'un 
de ses actes, le jour de la fête de Pasques. 

La dame de Vaulbuin loue la chasse sur ce village à 
an cordonnier de Buzancy. (Wallet, notaire. 1588.) Cet 
acte n'est pas une exception ; on en trouve d'autres 
semblables. 

En 1592, Pierre Lévéque, marchand à Soissons, cède 
à Guillaume Caron, garranier, demeurant à Vaulbuin, 
pour huit années, le droit de chasse aux lapins de la 
seigneurie de Vaulbuin, que lui avait concédé Monsei- 
gneur d'Estrées, moyennant six escus par an. 

27 juillet 4587. — Petit, notaire. Jacques François, dit 
Labrosse, concierge du chastel de Soissons, et Simonne 
PoUet, sa femme, se font des donations réciproques, 
considérant la fragilité de la vie humaine, les grandes 
maladies qui sont en cejourd'huy en^ ceste ville de 
Soissons, et qu'il y arrive journellement des morts 
subites. 

On voit souvent des gens de divers états, des labou- 
reurs, des vignerons ayant des noms précédés de la 
particule, comme de la Neuf- Ville, de Saint-Léger, d'Ar- 
ragon, etc., etc. 

20 janvier 1590. — Wallet, notaire. — Vente de biens 
par la lemme et les enfants d'Ânthoyne Moquet, vigne- 
ron à CuflSesaux-Marets. 

On explique dans l'acte que le prix est destiné à payer 
la rançon dudit Hoquet, fait prisonnier près Vaulrot, 
le 15 du même mois de janvier, par ceulx de la gar- 
nison de Coucy, tenant le parti contraire de ceux de 
la garnison de Soissons, comme il retournait de Sois- 
sons à Guffy. La rançon est de 200 escus. 



- 410- 

Dapd un traité deyant le même notaire, février iS9l, 
entre Claude Lejeune, bonnetier à Soissons, et nn far 
bficaut de Fère en-Tardenois « on voit qaels étaient les 
prix de tous les articles de bonneterie de ce temps là. 

En 1592, l'intérêt de l'argent prêté est stipulé (jUins 
les obligations au deniei^ douze, suivant l'ordonnance. 

Vinque, notaire. — La plupart des actes reçus par lui 
en i59â et années suivantes^ concernant des paysans 
particulièrement de Rozières» Villemontoire et du bourg 
Samt-Grespin. Presque tous les vignerons savent signer. 
Les vignerons et laboureurs louent des biens on en 
achètent sans cesse ; donc les temps n'étaient pas si rpal- 
heureux que le racontent les historiens. 

En novembre 1593, dans un bail fait par les Célestins 
de Villeneuve, d'une maison et de biens sur Juvigny, 
on parle des maisons brûlées et de vols nombreux com- 
mis à Juvigny, par les gens de guerre. 

Vinque, notaire. — 29 août 1595. — Vente d'im^ 
meubles, à l'issue des vêpres , par les habitants de 
Courmelles. Divers actes indiquent que, même sous la 
Ligue, on s'occupait d'affaires le dimanche. 

Même année, devant le même notaire. — Constitution 
par les Célestins de Villeneuve, au profit du marchand 
du Voyeu, de 16 escus de sols de rente perpétuelle, 
moyennant 206 escus prêtés par du Voyeu. On détaille 
les monnaies qui ont été comptées : doubles ducats, 
escus, pistolles d'Espagne, etc., etc. 

Petit, notaire. - - 8 octobre 1594. — Procès-verbal 
dressé par le notaire Petit, par suite d'un vol commis 

chez une veuve , par des esirangers i^apolitains 

de la garnison de Soissons. 

En 1591 et 1594, notamment dans les minutes de 
Petit, on trouve un assez grand nombre de ventes dlm- 
meubles, situés sur des terroirs voisins de Soissons; 
donc la position des habitais et villageois n'était pas 



-441- 

a ttijâitif aise que le disent les historiens , puis^ii'dfa 
achetait des biens aux champs. 

Il y a dans les minutes reçues par Petit, en 1593, plu- 
sieurs testaments 5 consulter, notamment celui de Denys 
Faveret, maçon, ce'ui de Louis Gouin, jeune compa- 
gnon, celui de Jehan Masson, chanoine et doyen de Notre- 
Damc-dcs-Vignes, celui du chanoine Tournay (Il désire 
qu'oii inscrive sur sa tombe qu'il a été régent au collège 
Saint-Nicolas de Soissoiis et au collège de Navarre de 
Paris) ; enfin le testament du boulanger ilornet, père 
de Pierre Hornet. 

Toits ces testaments contiennent de longs détails 
ëur lë§ t;érémonies qiii seront faites lors des funérailles. 

Holiiet, ancien boulanger, veut être enterré dans l'é- 
glise Notre-dame-des- Vignes sa paroisse, devant la ver- 
rière qu'il y a fait faire. Seront invité^ à l'inhumation : 
le chapitre de Notrë-Dame-des- Vignes, le couvent dès 
Cordeliers, celui des Minimes et celui des Jacobins de 
Soissons. Son corps sera porté en la nef de l'église 
des Cordeliers, où l'on chantera un Stabat mater 
iolorosa^ etc., etc. 

Procès-verbal signé par J. Lîédin, docteur en mé- 
decine, et Nicolas Demilly, chirurgien, sur les causes 
de la mort d'une dame Delannoy. 

Le cordonnier Damay le jeune vend à la femme d^^uîi 
boucher une longue robe de drap noir doublé de taf- 
fetas, un coteron d'escarlatte et une paire de grands 
manchons de *satin, le tout à usage de femme. (Pe- 
tit, notaire. lS9d.) 

Il existe, dans les minutes reçues par Petit en i59^, 
un inventaire détaillé et bien écrit. 

Les notaires dressaient des procès-verbaux des dé- 
libérations prises par les habitants des paroisses, pour 
leurs intérêts communs. Une trentaine d'individus, 
indiqués comme représentant la plus saine partie des 



habitants, se rénnissaient et délibéraient le dimanche, 
à l'issue de la messe. Les signatures et les marques 
portées sur ces délibérations sont très-curieuses. > 

H. Calland rend compte d'une nouyelle excursion 
qu'il a faite à la carrière d'Aizy-Jouy^ en compagnie de 
MM. Watelet et Fossé-Darcosse» sur le bruit qui s'était 
répandu que des fouilles allaient y être entreprises 
par un géologue de mérite, M. l'abbé Lambert, de 
Cbauny. Mais ces messieurs trouvèrent les choses dans 
le même état que précédemment , c'est-à-dire que 
rien n'était déblayé, qu'il fallait encore enlever l'é- 
paisseur d'un mètre de pierre sur une vaste surface 
avant d'arriver au gisement. Les ouvriers n'avaient pas 
laissé de fouiller de temps en temps et avaient trouvé 
des débris d'un animal d'une taille considérable, des 
fragments de mâchoires et d'ossements, une dizaine 
de dents appartenant toujours au genre lophiodon, 
mais mêlés à des ossements de crocodiles. Ce n'est, 
:^oute H. Calland, que quand le déblaiment sera com- 
plet qu'on pourra arriver à des résultats d'un haut 
intérêt pour la science. Aussi, le Muséum de Paris suit 
avec attention les diverses phases de cette découverte. 
En outre de ces fossiles, on trouve à Jouy des em- 
preintes sur le calcaire de feuilles différentes de celles 
que présentent les grès. Ce seraient deux flores quMl 
serait bon de comparer. 

La Société, après avoir entendu M. Calland, engage 
ces messieurs à continuer de surveiller activement les 
travaux qui se font à la carrière de Jouy, et espère 
que leur zélé sera couronné de succès. 

La séance est levée à cinq heures. 

U Président, 
De Lapraiiub. 

Le Secrétaire, 

L'abbé Pécbbur. 



BULLETIN 

DB LA 

«qCIËTÉ ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE 

ET SCaENTinQUE 



8019809». 



HUITIÈME SÉANCE. 
Uodi 3 ioftt ISa 



Présidence de M. de Laprairie. 

Is procès-verbad de la dernière séance est lu et adopté. 

komuution de membres. 

M. Arthur de Marsy, de Compiègne, et M. Plonquet» 
k Coincy, sont nommés membres correspondants^ con* 
lormément à leur dem^nd^. 

OUVRAGES OFFERTS ET DÉPOStS. 

i» Annuaire de TAcadémie royale des Sciences de 
Belgique (1863). 

2* Revue des Soeiétis samnks^ 3* série, 1. 1^^ mai 1863. 

3* Bulletin de la Société des Antiquaires de MortniCp 
12* année. 45* et 46* livraisons. 

A* Volontaires de FOise en 4792. Histoire du 1S* régi- 
fl^nt de ligne, par H. Adolphe Horoy. 

5« Mémoires de la Société d'agricuHure de la Marne, 
fmée 1862. 

16 



^ 



• »• 



I 



« 



-«14- 

4» Mèmoim de ta SoeUU littéraire 4$ CaUnCrvni^ 
^Y -a^ tnnée. j 

^' 7* Buttetin de ta SodM ûreUohgique du Ununtsm^ i 

t. xni% l" UvraUon. 

8» Nouveaux Mémoiree de la Soeiiti de$ edeneee^ ete » 
4u Bas-AAm, t. u*. S* fascicnle, 

0* BuUain de la SodM d^Mudee de Dra§mgnan^ X. n% 
anTier et ayriU Ja illet et octobre 1862. 

iO> Minmrei de la Société f archéologie, edencet, etc.^ 
Je VOiee, t. v, V partie. 

1 10 BuMin de la Société archéologique de Iffrléanaiet, 

COHKUiaGATIO!» ST TBAYAUX. 

M. Scm dépose sur le bureau le joumal le DroU des 
S7 et 28 juillet 1863, oà sont consignés les articles et 
discours concernant Tinauguration de la statue dePaillet 
à Soissons. — DépAt aux archites. 

M. Pbioux dépose également des médailles gauloises, 
romaines et plusieurs autres antiquités dont dwne 
Ja description par la note suîTante : 

LES iRIQDIIÉS DE BAZOCHES. 

Le Tillage de Bazodies {BasUica), sitné dans Fanden 
Pagus TardaneneiSf aqjourd'liui canton de Braine» à l'est 
du département de rAisne, entre la rivière de Vesie et 
la route impériale de Reims à Soissons, route qui re- 
couvre en partie Tanclenne chaussée romaine de Milan 
à Boulogne, dans le tronçon de Reims à Soissons, ren^ 
^ ferme une grande quantité d'antiquités gollo-romaines, 
telles qu'on les retrouve dans cette vallée de la Vesle» 
depuis Ciry jusqu'à Fismes (Fines). Nous ne parlerona 
1^6 de la belle mosaïque que l'on a découverte à Bae 



loches en 1859» an moment des terrassements dû ch6^'^ 
min de fer de Reims & Soissons, parmi les débris d*nne 
viUa^ au Ueuditles Pâtures» et dont la savante descrip* 
tion» contenue dans un rapport de H. Ed. Pleury» se 
trouve au BuUain de la Sodéié académique de Laon, 
I. XI*» p. 7 et suivantes. Nous ne dirons^rien non plus ic^ 
des greniers impériaux» du château féodal et du village 
fortifié dont les constructions remontent à la meilleure 
époque du moyen-âge. Laissant aussi de côté la partie 
historique de ce village qui est très-curieuse, nous- 
nous bornerons» pour cette fois» à donner la descrip- 
tion des antiquités et des médailles gauloiseset romaine» 
qu'on y a successivement recueillies. Ces anUquités se 
trouvent actueUement réunies au cabinet de M. de Saint^- 
-Harceaux, à Umé» elles médailles chez M. Deza- 
venelle» dit Ruffin» propriétaire â Bazoche8»qui a eu* 
l*hemreuse idée de les recueillir et de les conserver. 

FOTSBIBS ET ANnOUTTÉS GALLO-ROUAIIŒS. 

!• Deux petites rouelles gauloises» dontrune en bronze ' 
et Tautre» plus petite» en verre^ trouvées au lieadit les 
Pâtures» près de la mosaïque. 

8« Un très-beau pot d'une forme élégante» en terre^ 
grise tirant sur le jaune> portant 12 centimètres de haut 
sur 35 centimètres de drconférence au ventre, 30 ceff« 
timètres ft la gorge et 20 cenfimètres à la base. 

3«Dn petit pot en terre d'un gris noir» portant 15* 
centimètres de haut sur 20 centimètres au ventre saillant^ 
iO centimètres à la base et 15 centimètres à la gorge» 
trouvé près de la mosaïque. 

4« Une petite écuelle en terre d'un gris noh*, donnanIF 
4 centimètres de haut sur 32 centimètres de large à 
lN)ttverture et se terminant à la base par un rond aplativ 
trouvée aussi près de la mosaïque. 



Si^ Un desiiis de pot en bronze , portant S8 ceiiii^ 
mètres de circonférence sor un millimètre d'épaisseor, 
avec soudure en plomb et décoré de sept filets circu- 
laires. 

6* Une petite fibule ou agrafe en bronze , formant 
calotte , a?ec une décoration barbare , un anneau d'un 
cAté pour le crochet et deux petits trous de Tautre pour 
rattache. 

7* Un charmant petit pied en bronze avec un anneau 
de même métal, pour le suspendre lorsqu'il servait 
d'ex-Toto; t centimètres 1/2 à la plante et 3 c. 1/2 au 
Ubia. 

8» Une petite cuillère ronde, en bronze, dont le man-* 
che est cassé , trouvée près de la mosaïque. 

9* Anneau en bronze et à torsade. 

10* Petite dé informe en fer, 5 centimètres de long 
sur 2 centimètres 1/2 de large. 

11« Une boucle en fer occidée avec son ardillon. 

12* Un fragment de sabre en fer, trouvé, comme tons 
les précédents objets, dans les environs de la mosaïque, 
au liëudit les Pâtures. 

■ÉDAIUB 6AIIL0I$ES< 

1. •— REMI : Trois tètes de femmes accolées i gauche 
(P. B.)ff représentant les trois Gaules (légende effacée). 

^ Figure dans un bige allant de droite à gauche. 

2. — TVRONOS (Turones). Tête de PaUas casquée à 
gauche. (P. B.) 

4 Cheval libre avançant à gauche. Dans le diami^ 
.» #(P.B.) 

3. — SENONAIS. Deux renards affrontés, 
jj} Un lion et un sanglier affrontés (P. B.) 



^ 827 — 

HÉDâILLKS ROKAINES. 

U Jules César (famille Claudia). 

IMP. CAESAR. L'Empereur César, tête laurée à gauche 
de l'Empereur. 

^ P. CLÂVDIVS. H. F. (nom du monétaire.) Guerrier 
casqué (Mars) debout à droite; la main droite sur sa 
haste (lance), tenant de la gauche le parozonium. 

Petit module en argent fourré, très-rare. 

2« CAESAR AVGVSTUS PATER PATRIAE, César Au- 
guste, fils du divin (César) père de la patrie. Téie lauree 
'd'Auguste, à droite. 

^ ROM. ET AVG. A Rome et à Auguste. Autel de Lyon 
entre deux colonnes surmontées de victoires qui portent 
des couronnes (M. B.) 

3-11. CAESAR Dm AVGVST. Tibère César, fils du 
divin auguste. 

1^ PONTIF. MAXIM. Souverain pontife. Figure assise à 
gauche^ tenant un rameau. (D. A.) 

4« NERO CAESAR AVGVSTYS. Néron César, Auguste. 
Tète radiée, à droite* 

^ SALVS. Hyppée assise à gauche, tenant une cou* 
ronne de la main droite, (D. A.) 

50 NERO CAESAR AVGVSTYS. Néron César, Auguste. 
Tête à droite. 

1^ S. C. Victoire passant à gauche , tenant un bouclier 
sur lequel on lit : SPAR (G. B.) 

e» IMP NERO CAESAR AVG IMP MAX TRIB. Néron 
Claude, César Auguste, souverain pontife^ empereur. 
Tête de Néron laurée à gauche. 

^ S. C. Victoire allant à gauche , tenant un bouclier 
sur lequel on lit SPAR. (G. B.) 

70 IMP.... DOMIT AVG GERM.... 

L'Empereur César Domitien, Auguste Germanique, 
etc., etc. 



— m» — 

^ Pallas Nicephore, assise sor ane pierre î drottef 
iumée d'un bouclier lançant on javelot (D. A.) 
8* IMP. GAES NERVA TRAIAN AVG. GERHAN. 
A i'Emperear César , Nenra Tragan , Augoste, le Ger^ 
maniqae. PMTRP« COS. U. 

^ PMTRP. COS. IL Hypée assise à gancbe* tenant de 

la main droite nne patère, de la gauche une corne 

d'abondance ; devant elle un autel et un serpent. (G.B.) 

9*HADRIANVS AVGVSTVS. Hadrien, Auguste, téie 

nue, à droite. 

^ Fruste et illisible (G. B). 

10* HADRIANVS AVGVSTUS. Hadrien , Auguste. Buste 
à droite d'Hadrien. HILARTFAS PR. 

4 S. C. Femme debout^ à gauche, tenant nne longue 
plume; à ses pieds, deux petites figures debout; à 
rexergue,COSlII. (GB.) 

if ANTONLNS AVGVSTVS. Antonin, Auguste. Buste à 
droite, lauré. 

^ S. C... COS IIII. Consul pour la quatrième foisi 
Gérés debout à gauche. (M. B.) 

i» ANTONINVS AVG. PIUS. P.P. T R. P. COS ffl. 
Antonin, Auguste, pieux, père delà patrie (investi) de la 
puissance trlbunitienne , consul pour la troisième fois. 
Buste à droite d^Antonin» lauré. 

4 ANNOUNA AVG S. C. Gérés debout; à droite, à ses 
pieds, une proue de navire. (M. B.) 

la^» ANTONINVS AVG. Antonin , Auguste. Buste à 
droite d'Aiitonin, radié. 
^ Femme debout. Légende illisible. (M. B.) 
14* DIVA FAVSTINA. (Faustine mère). La dirinô 
Faustine. Buste à droite de Faustine mère. 
^ AYGVSTA S. G. Gérés debout à gauche(G. B ) 
15* AVREUVS GAESAR AVGvsT PU Fiuvs GoKSVL U. 
(Maro-Aurèle César j. 
Aurélien César, fib de l'empereur Pins, cmsuI pouf 



la deuxième foto. Buste à droitei de Mare-Aurèle, b 
tèie nue. 

^ HIL&RITAS. S. C. Femme debout h ganche» tenant 
m long pahidamentum. (6. B.) 

Ifr> H&RCVS AVRELIUS CiGSAR. Marc-Anrèle César. 
Buste à droite de Harc-Aurèle, tête nue. 

^ TR POT GOS II S. G. Pallos debout ft gauche; à ses 
pieds un bouclier. (H. B.) 

ilo lUP. CAES. MARCVS AVRELIUS ANTONINYS 
AVG. 

L'empereur César Marc^urèle, Antonin, Auguste, 
souverain pontife. Buste à droite de Harc-Aurèle, lauré 
afec paludamentum. 

^ PRPOT XX IMP. XIII. COS IIIL Femme de^ 

bout à gaudie , tenant de la main droite un sceptre 
et la gauche sur le buste? A ses pieds, un globe. (G. B.) 

180 IMP CAESAR MARCVS ANTOMNS AYGVSTVS. 
L'empereur César Marc-Aurèle, Antonint Auguste. Buste 
i droite de Marc-Aurèle, lauré. 

^ Légende effacée. Jupiter assis à gauche. (G. B.) 

19» PAVSTINA AV6VSTA PII AVGVSTI FILIA. Fàns- 
tine^ Auguste, fille de l'Empereur Pius. Buste à droite 
deFaustine. HILARITAS. 

^ Femme debout à gauche, tenant un long pedum 
(M.B.) 

SQo GETA CAESAP P. SEPTUflYS. Geta César puhtius 
septimius. Buste à droite de Geta, la tète nue, revêtu du 
paludamentum. 

^ PROYID DEORVM. La providence debout à gauche, 
(D. A.) 

2|o IMP. ANTONINCS PIVS AU6. (Elagabale). L'empe* 

reur Antonin-Ie-Pieux, Auguste. Buste à droite d'Ela*^ 

gabale, lauré, revêtu du paludamentum. 

1^ UBERTAS AYG. La liberté debout à gauche (D. A.) 

S2« GALUEN AYGVSTVS. GaUien Auguste. Buste à 



— 830 - 

droite de TEmpereor, vêtu du paludamentam. Tête nu% 

radiée. (P. B.) 
^ LIBERO CONS AyO. Panthère allant à gauche. (B. P.) 
3« GALLIENVS AYGVSTVS. (Gallien Auguste). Tétq 

à droite de Gallien, couronnée d'épis. 
1^ MARTI PACIFERO. Mars passant à gauche. (P. B.. 

S4o GALUANVS AVG. (Gallien). A GalUen, Auguste. 

Buste à droite , couronné d'épis. 
<$ DIANA CONS AVG. Cerf passant à droite (P. B.) 
25« GALUANVS AVG. (Gallien). A Gallien Auguste. 

Buste à droite couronné d'épis. 
^ DIANA CONS AVG. Cerf passant adroite. (P. B.) 
26* SALONINA AVG. (Salonine) Salonina Auguste. 

Buste à droite de Salonine diadémée. 
^ VENUS FELDL Venus deboat à droite, tenant nn 

enfant. (P. B.) 

37* IMP. CAE (Postume père). L'Empereur César 
Postume. Buste à gauche, lauré, refrappé sur un Ha- 
drien. 

^ Fruste (6. B.) 

28o POSTVHVS AVGVSTVS (Postume père) Postume 
Auguste. Buste à droite de Postume, radié. 

1^ LAETITIA. Galère avec les rameurs (G. B.) 

29* POSTVMVS AVGVSTVS (Postume père) Postume 
Auguste. Buste à droite de Postume^ radié. 

^ Victoire debout, i gauche, foulant aux pieds un 
captif. (G. B.) 

30- IMP. CAESAR VICTORINVS FELIX AVGVSTUS* 
L'empereur César Victorin , pieux, heureux, auguste. 
Buste ft droite de Victorin, lauré. 

1^ INVISTVS. Le soleil allant à gauche. (P. B.) 

31* IMP. CAESAR TET. AVG. (Tétricus père). L'em^ 
pereur César Tétricus Auguste. Tête nue à droite, laurée. 

^ SALVS. Hygius debout à gauche. Quinaire barbare 
en bronze. 



— 481 - 

32» IMP. CAESA TETR. AVG (Tétricus père), L'em- 
pereur César Tétricas Auguste. 
^ Fruste (P. B.) 

33* CL. IL IMP. CAESAR AVG. (Claude Ille Gothique). 
Claude II, empereur César Auguste. Tête à droile de 
Claude laurée. 

^ APOLLINL Apollon debout à gauche, endommagé 
(M. B.) 

34« CL. IL IMP. CAESAR (Claude II le Gothique) 
Claude 11^ empereur César Auguste, fruste. 
^ CONSECRATIO. Un bûcher endommagé (P. B.) 
35«IMP. CLAUDIVS AVG. L'empereur Claude, Auguste. 
Buste à droite de l'Empereur, lauré, revêtu du painda- 
mentum. 
^ SPES AVG. L'empereur debout à gauche. (P. B.) 
36^ IMP. CLAVDIVS AVG. Claude II. L'empereur 
Claude Auguste. Buste à droite revêtu du paludamen- 
tum. 
i$ VIRTVS AVG. Mars armé, aUant à droite. (P. B.) 
37» IMPC.MAVRPROBVS (Probus). L'empereur César 
Marcus Aurelius Probus. Buste à droite de Probus, cou- 
ronne radiée, revêtu du paludamentum. " ' 

^ ADVENTVS PROBI AVG. Probus à cheval, allant 
à gauche (P. B.) 

38» IMP C MAVR PROBVS PF. AVG. (Probus). L'em- 
pereur César Marcus Aurelius Probus, Auguste. Buste 
à droite de Probus avec la couronne radiée, revêtu du 
paludamentum. 

^ RESTITVT ORBIS. L'empereur debout, en face de lui 
le soleil tenant une couronne. (P. B.) 

39* IMP. PROBVS AVG. (Probus). L'empereur Probus, 
Auguste. Buste à droite de Probus, avec la couronne 
radiée, revêtu du paludamentum. 

^ VICTORIA GERM. Trophée au pied duquel sont 
attachés deux Germains captifs. (P. B.) 

17 



- 238 — 

40« IMP C PROBUS PP ÀYG. (Probus). L'emperenr 
César Probus, Pieux, Heureux, Auguste. Buste à droite 
de Probus^ avec la couronne radiée, vêtu du paluda- 
mentum. (P. B.) 

4 SPES AYG. LTspérance allant à gauche. 

4|o MAGNIA VRBICA AYG. (Magna Urbica) Magnia 
tlrbicùf Auguste. Buste à droite de Magnia Urbica, tête 
laurée, yétu du paludamentum. 

^ YENYS FELIX. Yénus debout à gauche, diadémée. 
Tunique longue , relevant le bord avec sa main et 
tenant les pommes dans la main. (P. B.) 

4So DIOCLETIANUS (Dieclétien Auguste). Buste & droite 
de Dioclétien lauré, face effacée. 

^ Légende effacée. Hercule debout adroite, appuyé 
sur la massue (P. B.) 

43* tHP C MAXIHIANUS P F AYG. (kaximien Hercule). 
L'empereur César Maximien Pieux, Heureux, Auguste. 
Buste à droite de MaiLimien lauré. 

^ GENIO POPYLI ROMANI. Génie nu, debout à gauche 
(M. B.) 

44» MAXIMIANUS NOB CAES. ( Galère Maximîen ) 
Maximien très-noble César. Buste à droite de Maxi- 
mien, lauré, revêtu du paludamentum. 

I) GENIO POPYLI ROMANI. Génie nu debotat & gaucfie 
* (M. B.) 

44* Us. MAXIMIANYS NOB. CAES. (Galère Maximîen). 
Maximien très-noble César. Bu^te à droite de Maximien, 
lauré, revêtu du paludamentum. 

^ GENIO POPYLI ROMANI. Génie nu débout i 
gauche. PIC (M. B.) 

45» CONSTANTINYSNOB. C. (Constance Chlore.) Cons- 
tance très-noble César. Buste à droite de Constance 
Chlore, lauré, revêtu du paludamentum. 

4 GENIO POPYLI ROMANI. Génie debout à gauche. 

45«ftM. Lemême. (Mi'B.) 



— 2J3 - 

46* FL. HELENA AYGVSTA. (Sainte Hélène ) Famille 
Héléna» Auguste. Buste k droite d'Hélène. Sainte Hé- 
lène diadémée, portant un collier à une rangée de 
perles. 

^ SECVRITAS REPVBLICAE. Sécurité de la Répu- 
blique. Exergue effacée. (P. B.) 

Âlo D. N. VAL LICIN. LICINIUS NOBC. (Licinius fil^). 
Notre seigneur YaleritM Lidanus lAcinius très-noble 
César. Bust0 à gauche de Licinius, armé et casqué. 

^ lOVI GONSERVATORI. Jupiter debout à gauche; à 
ses pieds, un aigle et un captif (P. B^) 

48* CONSTANTINVS AVG. (Constantin I, dit le Grand). 
Constantin Auguste. Buste à droite de Constantin, lauré. 

^ SAMATIA DEVICTA. Victoire debout à droite ; à ses 
pieds un captif. (P. B. ) 

49* CONSTANTINUS PFAVG. (Constantin dit le Grand) 
Constantin, Pieux, Heureux, Auguste. Bpste à droite de 
Constantin , lauré. 

^ SOLIIVICTO COMITI. Le Soleil à gauche. (P. B.) 

50-CONSTANTINVS PF AVG (Constantin dit le Grand). 
Buste de Constantin à droite, lauré. 

^ MARTI GONSERVATORI. Mars debout à droite 
(M. B.)^ 

51* CONSTANTINOPOLIS (Constantin I«'). Buste à 
gauche de Constantinopolis , armé, nimbé et lauré, 
revêtu du paludamentum. 

^ Une Victoire debout à gauche, tenant un enseigne. 
(P. B.) Deux autres médailles de même module» fruste 
des deux côtés.. 

Sî» CONSTANTINVS IVNIOR NOB. C. (Constantin IL) 
Constantin-leJeune , très-noble César. Buste à droite 
de Constaniin-le-Jeune , lauré, revêtu du paludamentum* 

• • • 

1^ Deux guerriers debout, tenant deux enseignes. 
53* IVL. CRISPVS NOBC. (Crispus).' (P.B.) Jules Cris- 



— 834 - 

pus, très-noble César. Buste à droite de Crispus, huré. 
i) CAESORVM NOSTRARVM. Couronne au milieu. 

VOT X 

t 
Exergue : PLCC (P. B.) 

Une seconde médaille, mais moins lisible. 

54* IVL CRISPVS NOB C. (Crispus ) Jules Crispus 
Irès-noble César. Buste à droite de Crispus, lauré, 
casqué ? 

^ BEATA TRANQYILLITAS. Autel sur lequel on voit : 
VOTXMVLTXX(P.B.) 

55* Légende effacée de PL IVL AVG. (Constance II.) 
Flavius JuliuSf Constance, toujours auguste. Buste i 
droite de Constance II , diadème , revêtu du paluda • 
mentum. 

^ FELTEMC REPARATIO. L'Empereur terrassant un 
barbare (P. B.) 

Le même : quinaire. 

56* IHP. C. MAGNENTIYS P F AVG. (Magnence). L'em- 
pereur César Magnence , Pieux, Heureux. Buste à droite 
deMagnence, revêtu du paludamentum. 

^ YIC DD NN AYG ET CAES. Deux Victoires soutenant 
un bouclier sur lequel est écrit : 

VOTV MVLTX (P.B.) 

8&> bis. Le même , plus petit et plus fruste. 

57« YALENS FLAYIVS (Yalens) Flavius Valens. Légende 
effacée. Buste à droite lauré , revêtu du paludamentum. 

^ SECYRITAS REIPYBLICAE. (Collègue de Licinius? 
fut associé à son frère aîné Yalentinien.) Victoire allant à 
gauche. (P. B.) 

58« YALENS FLAVIYS (Valens). Légende effacée. 
Buste à droite, lauré. 



— «85 — 

i} GLORIA ROMANORYM. L'Empereur allant i droite, 
entraînant un captif. (P. B.) 

590 FLAYIVS GRATIANYS (Gratien). Havius Gratien. 

<) GLORIA NOYI SAECYU. Mars debout à droite. 
(P. B.) 

Nous nous bornerons aujourd'hui à cette description 
des objets antiques, de la numismatique gauloise et 
romaine, recueillis à Bazoches, sans pour cela prétendre 
avoir décrit tout ce qui a été trouvé dans le pays. Nous 
savons que bien des objets ont été emportés ou vendus 
soit à des antiquaires , soit à des étrangers , par des 
habitants de la localité qui n'avaient pas les mêmes 
sentiments que M. RuflSn. Pour compléter cette notice, 
nous nous proposons de faire, dans une prochaine com- 
munication, l'essai d'une description des objets du 
moyen-âge et des pièces de monnaies françaises qui 
ont été également trouvés à Bazoches. 

M. ViDÀLÀm donne communication à la compagnie 
d'une clé en bronze et dépose divers fossiles qu'elle 
renvoit à l'examen de M. Watteiet, ainsi qu'une médaille 
d'Auguste. 

M. le Secrétaire lit une partie d'une notice descriptive 
de l'église de Courcelles, canton de Braine, par M. Ca- 
gnard, instituteur en cette commune. 

La Société prie M. le Président de lui faire un 
rapport sur ce travail qui est d'une certaine longueur. 

MUSÉE. 

OBJETS REÇUS DEPUIS LE 13 JUIN 1863. 

De l'Administration municipale : 

Deux portraits à l'huile , de forme ovale; l'un de 



Pâtissier de YilIeneuTe, garde du cqr{)s.du rqi, e||C)valier 
de saint Louis, major de la place de Coucy ei) 1786 ; 
l'autre de Jeanne Hamby sa femme, décédée etinbuii^ 
à GuiBes, daps l'église, du côté de la cliaire, le 9 f^vi^r 
1756. (Copie authentique de l'acte de son décès.) 

De M. Cahier, percepteur : 

Un portrait miniature , enchâssé sur tabatière , de M. 
Cahier , avocat-général à la cour royale de Paris , son 
oncle; un beau médaillon en bronze (0"> 14) sur la nais- 
sance du duc de Bordeaux, par Cahier, orfèvre à Paris ; 
Idem, en plâtre, la duchesse de Berry, même module et 
du même auteur. 

De M. de Saint-Marceaux , de Limé : 

Le Catalogue de son Musée avec notices. 

De M. Yiilette-Blaujot : 

Une petite ammonite des environs de Hantes. 

De M. Clouet, de Vic-sur-Aisne : 
Une hache celtique , trouvée à Berlinval , commune 
de Morsain. 

De H. Horlière, médecin à Vie : 

Une masse d'armes en fer , trouvée au même endroit. 

De H. Yidalain : 

Vingt carreauiS; vernissés et armoriés ; un ffagn^nt 
de mosaïque ; divers fragments de poteries çt ossements 
provenant de Mauchamps. 

De M. Rufin, de Bazodies : 

Un fort chenet en fonte, trouvé dans la Vesle. 

De M. Lemoine, agent de poursuites à Soissons : 
Un écusson aux armes de France , (bois sculpté par 
Gérard , 0« 54 , spr 0» 40), l'une df s fleurs-de-lys qui 
ornaient l'habit de Saint-Just, officier de la garde na- 
tionale de Bléraucourt en 1190-92, recueillie par M"* 
Soret, sa voisine. 



r 



— Î87 — 

De M. Dafrénoy, dessinateur-lithographe: 
Un jeton en cuivre (Merreau) bien conservé. 

De M"« Chéron-Godet, une médaille du duc de Berry, 
petit module ; un monneron. 

La séance est levée à cinq heures. 



U Président , 
DE LÀPRÀmn. 

Le Secrétaire , 

L'abbé PÉcnua. 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE , HISTORIQUE 

ET SCIENTIFIQUE 

DE 



NEUVIÈME SÉANCE. 
loDdi S Octobre 1863. 



Présidence de M. de Laprairie. 

Le procès verbal de la dernière séance est lu et 
adopté. 

OUVRAGE OFFERT ET DÉPOSÉ. 

Le Cabinet historiqm, neuvième année, 7«, 8* et 9« 
livraisons. Juillet, août et septembre 1863. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. le Président communique à la compagnie une 
médaille que M. Prioux a reçu pour elle à Paris et que 
lui a élé décernée à la suite du concours des Sociétés 
savantes pour le Répertoire archéologique de la France. 

Ensuite il propose l'élection d'un vice-secrétaire ar- 
chiviste, en remplacement de M. Decamp, décédé. Après 
une courte discussion, on décide que cette élection sera 

18 



— 240 — 

renvoyée au premier lundi de janvier; qu'en tout 
état de cause* MM. les président et vice-président se 
transporteront au domicile du défunt lors de la levée 
des scellés» pour y prendre les papiers et autres objets 
qui appartiendraient à la Société. 

M. Tabbé Pécheur, secrétaire de la Société, donne 
lecture de son rapport sur Texcursion du deuiième 
jeudi de juin 1863. 

f Messieurs, 

» Nos excursions archéologiques ont toujours le même 
charme et la même utilité ; mais il faut Tavouer, celle 
de cette année a été moins favorisée que les autres 
sous le rapport du nombre de ceux qui y ont pris part. 
Et pourlant,les localités que l'on se proposait de visiter 
devaient offrir, dans leurs monuments ou leurs ruines, 
une intéressante variété d'études historiques et arché- 
ologiques. Vous allez vous en convaincre par le simple 
et rapide récit que je vais vous faire de cette journée 
du il juin qui, comme celles du même genre, ont 
aissé dans nos esprits les plus agréables souvenirs. 

• Emportés par le chemin de fer qui traverse une 
grande partie du Valois, pays de grandes richesses fores- 
tières, agricoles, artistiques, industrielles, les membres 
de la réunion ne laissèrent pas passer, sans leur donner 
quelque attention, un seul des monuments civils, mi- 
litaires ou religieux échelonnés sur leur route et qui 
avaient été précédemment l'objet die leur étude. C'étaient 
d'abord Courmelles et Berzy avec leurs églises romanes 
si remarquables ; puis Vierzy avec son château et sa 
gulerie ogivale; Longpont aux ruines si tristes et si 
belles, avec ses étangs poissonneux que les moines 
avaient creusés dans le double but d'y réunir les eaux 



— 241 — 

d'une vallée inondée et d'y puiser leur nourriture céno- 
bitique. 

• Lorsque les objets manquaient pour réveiller les 
souvenirs, ce qui était rare, M. Ed. Fleury, cet ar- 
chéologue si plein de zèle, si ardent aux recherches, s î 
fécond en aperçus originaux , nous entretenait, avec 
Tentrain de la conviction, de ses découvertes dans le 
Laonnois souterrain, des tombeaux fouillés par lui, des 
objets d'art ou d'industrie antiques recueillis, de leur 
valeur relative au point de vue de l'histoire des mœurs, 
des obstacles ou du concours qu'il rencontrait et des 
richesses qui entraient au Musée de Laon. S'il arrivait 
que Ton contrôlât ses données, ses systèmes, c'ét&i 
toujours avec profit pour la science et agrément pour 
nous-mêmes. 

> Il fallait néanmoins mettre fin à celte course trop ra- 
pide à travers des lieux déjà connus et appréciés. On des- 
cendit àVillers-Cotteréts,la ville aux chasses royales,et le 
château de Françoise' reçut une nouvelle visite.On revit 
la chapelle, les escalier couverts des sculptures fines, 
compliquées, capricieuses de la Renaissance , art payen 
sHI en fut jamais, qui ne craignait pas de déployer dans 
le sanctuaire du vrai Dieu les images d'un polythéisme 
voluptueux. Partout la salamandre symbolique s'en- 
roule autour des chiffres d'un prince ami des arts, de 
la folie, des aventures et des plaisirs. En dehors des 
escaliers que nous venons de citer et de la chapelle 
royale, cette ancienne résidence princière, si fréquentée 
à cause dé la beauté de sa forêt, n'offre plus rien, il 
faut l'avouer, de ce qu'on admire i Fontainebleau, à 
Chambord et en d'autres chefs-d'œuvre|du xvi' siècle. 

» Villers-Cotteréls élait comme le point de départ de 
Texcursion projetée. On visita l'église de Largny qui 
contient un certain nombre d'objets assez curieux : un 



— 242 — 

long paoneau qui devait garnir une ancienne poutre ou 
trabe de Tare triomphal , et qui représente , dans le 
style du xy« siècle, Jésus et les douze apôtres ; un bas- 
relief en bois » travaillé avec soin , représentant une 
descente de croix ; un tableau où Ton voit sainte Anne 
prenant sous sa protection les religieuses de Longpré ; 
un rétable complet d'un autel du xv* siècle, avec balda- 
quin, comme on en trouve dans les ouvrages de M. de 
Caumont; enfin , d'autres objets et statues de la même 
époque. Ces objets viennent de Longpré. La visite de 
l'église de Largny était donc comme un acheminement 
à celle de cette abbaye qui est dans son voisinage. 

• Longpré» son nom l'iudique , est situé vers l'extré- 
mité d'une longue prairie arrosée par un cours d'eau 
affluent de l'Automne. Il y avait là un antique prieuré 
qui fut, en ii84, changé en une abbaye de Fontevrault, 
par Mathieu, comte de Beaumont, et la généreuse com- 
tesse Eléonore sa femme. Selon les règlements primitifs 
de l'ordre, il y eut d'abord à Longpré deux commu- 
nautés, Tune d'hommeset l'autre de femmes. De l'église 
dédiée à sainte Anne et à la sainte Trinité , il ne reste 
plus d'autres traces que quelques ogives incrustées 
dans le pignon du principal corps-de-logis. Quant à 
celui-ci, il contient encore l'ancien dortoir et une partie 
du clottre, le tout rebâti au xvi* siècle, sur les anciennes 
constructions. L'abbaye ayant été convertie en ferme, 
tout y a été changé , modifié. Des pierres tombales , 
portant encore des noms de religieuses , servent de 
dalles dans les cuisines; dans le cloître converti en 
étables, on peut voir encore quelques morceaux de 
sculpture de la Renaissance. Un logis que l'on remarque 
à droite, après la porte d'entrée principale, était celui 
du prieur chargé du spirituel de l'abbaye, seul repré- 
sentantde l'ancienne communauté d'hommes de Longpré. 



- Î43 — 

Voilà ce qui reste de ce couvent solitaire où il y avait 
encore, avant 1789, dix-sept dames decbœur, huit 
sœurs de sainte Marthe ou converses, et où Ton élevait 
un certain nombre déjeunes filles de la noblesse du pays, 
lesquelles rentraient ensuite dans le monde ou bien y 
prenaier t le voile. Longpré possédait des reliques de 
sainte Léocade , qui y avaient été transportées de Vic- 
sur-Âisne au temps des gfuerres de religion. Un tableau 
représentant une translation des restes de la sainte et 
provenant de Longpré, a été généreusement donné au 
Musée de Soissons par M. Tronchet , de Yillers-Cotte- 
réts. 

> Après de trop courts instants passés à Longpré, 
dont M. Hochedez, ancien conseiller général de l'Aisne 
et propriétaire actuel de ce domaine, nous avait fait les 
honneurs avec sa franche cordialité, on dut s'acheminer 
vers un monument d'un autre genre, le château de Vez. 
Après l'architecture civile, l'architecture religieuse, puis 
l'architecture militaire. 

> Vez tire évidemment son nom de Yadum (gué), 
parce qu'il domine la vallée d'Automne, aux nombreux 
ruisseaux, qu'il fallait traverser pour y arriver. D'abord 
probablement oppide celtique et peut-être l'un des 
douze que César attribue aux Gaulois soissonnais, puis 
capitale du Pagus Vadensis qui lui devait sa dénomina- 
tion , Vez ne conserve plus rien de son antique gloire, 
depuis que Crépy est devenu la capitale du Valois du 
moyen-âge. Mais , en revanche , les débris de son châ- 
teau féodal méritent d'attirer Tattention du voyageur. 

> Situé au sommet d'un promontoire dominant la 
jolie vallée d'Automne si riche en monuments de tout 
genre depuis Longpré jusqu'à Verberie , etoù l'on vient 
admirer les églises de Morieuval, Béthisy, Orouy, Saint- 
Sauveur, sa construction rappelle, par sa perfection, par 



— 2U- 

sa beauté» celle de Pierrefonds qui n'en est pas éloipiéy 
et doit sa reconstraction , sinon an même architecte, da 
moins au même propriétaire, le dUc d'Orléans, qui le 
fit rétablir vers i400 dans le style si pur du xiv« siècle. 
M. Viollet-Leduc en donne la description au tome y*; 
page 92, de son Dictionnaire d'architecture et le regarde 
comme un poste militaire excellent pour le duc d'Or- 
léans qui se fortifiait au nord de Paris, dit-il, tandis que 
le duc de Bourgogne se fortifiait au sud de cette ville. 
Nous ne pouvons rien faire de mieux que d'abréger ici 
ce que dit ce grand architecte d'un monument qu'il a 
visité avec un soin particulier. Vez, dit-il^ n'est, compa- 
rativement à Pierrefonds , qu'un poste défondu par une 
enceinte et un petit donjon merveilleusement planté» 
bâti avec le plus grand soin. L'enceinte forme un qua- 
drilatère. La partie la plus intéressante et la mieux con- 
servée est le donjon et ses dépendances. Placé à l'angle 
formé par deux courtines , dont l'une domine l'escarpe- 
ment et l'autre, flanquée extérieurement d'échauguettes 
est séparée d'une basse-cour ou baille par un large 
fossé. Du côté où le plateau descend rapidement vers la 
vallée, les deux courtines sont plus basses que les deux 
autres, et leur chemin de ronde se trouve au niveau du 
sol intérieur, ce qui les fait paraître inachevées, tandis 
qu'elles ne sont moins élevées que parce qu'elles se 
trouvent fortifiées par l'escarpement. Au centre s'élève 
un logis du xiP siècle , rebâti presqu'entièrement au 
commencement du xv« , et c était une charmante cons- 
truction. > Ony retrouve des cheminées, des chambres 
et les restes d'une chapelle ogivale changée plus tard en 
appartements. 

» La porte d'entrée du château se trouve à droite du 
donjon , sur l'une des courtines , entre deux tourelles 
encadrant un fronton ayant quelque ressemblance avec 



— 845 - 

un portail d'église. La porte en plein-cintre est surmontée 
d'une fenêtre du même genre. Entre cette porte et le 
donjon, la muraille crénelée porte extérieurement des 
échauguettes en encorbellement. On y entrait par un 
pont levis jeté sur le fossé. De chaque côté de la porte, 
sur les courtines, on voit deux échauguettes extérieures 
flanquantes. On voit aussi quelques restes de défenses 
de la baille, converties aujourd'hui en murs de terrasse». 
La courtine moins élevée , protégée par l'escarpement, 
avsdt également des échauguettes flanquantes. Par les 
tourelles bâties aux extrémités des courtines plus éle- 
vées^ on montait aux chemins de ronde de ces dernières 
au moyen d'escaliers. A Tangle donnant sur le point le 
plus élevé de l'escarpement de la colline , une poterne 
conduisait de la plate-forme sur cet escarpement. 

> Le donjon est la partie la mieux conservée du 
château de Vez. Il se trouve précisément à l'angle 
opposé à celui qui domine la colline et est bâti de ma* 
nière à enfiler les abords les plus accessibles du château 
et à défendre les deux courtines les plus exposées. U 
présente l'aspect général d'une grosse tour carrée et 

ngulaire, flanquée de tourelles. Il avait une poterne 
étroite , communiquant avec Tintérieur du château par 

n pont à bascule et remplacée par une porte au niveau 
du sol, donnant dans l'une des tourelles angulaires qui 
flanque l'un des côtés et contenant un escalier à vis dont 
le sommet était surmonté, à la plate-forme du haut, 
par une tourelle à créneaux servant de guette. Il y avait, 
à chaque étage, deux pièces : l'une grande, l'autre plus 
petite , avec cheminées et réduits. Entre l'entrée du 
donjon et la tour à gauche, on voit l'ouverture du puits 
à l'extérieur. Le sommet du donjon a encore ses mâchi- 
coulis ; mais il a perdu ses créneaux, sa galerie ou che- 
min de ronde, sa tourelle de guette, ses tuyaux de che- 



— 246 - 

minées, ses toits coniques et pointus surmontés de 
leurs girouettes en fer ouvragé sortant de leur épa- 
nouissement de fleurs et de feuilles, et par conséquent 
cet aspect vraiment féodal qu'il serait facile de lui 
rendre à Taide du dessin que H. VioUet-Leduc a joint à 
sa description. • 

• Si on considère maintenant le donjon de Vez au 
point de vue de la défense du château, on remar- 
quera qu'il communiquait avec les chemins de ronde 
des courtines par de petites portes bien défendues, par 
lesquels sa garnison se répandait vite sur ces courtines 
et leurs échauguettes du côté de la partie la plus atta- 
quable de la place. Si la courtine renfermant la porte 
du château était prise, on pouvait défendre l'autre cour- 
tine qui avait des échauguettes intérieures propres à 
protéger l'entrée du donjon. Cette courtine prise à son 
tour, la garnison rentrait dans le donjon, s'y défendait 
encore en reprenant de là rofiensive, ou capitulait hono- 
rablement. Le château de Vez, ainsi appuyé sur son 
donjon, pouvait, avec 50 hommes, se défendre contre 
un corps d'armée pendant plusieurs jours, tandis que sa 
situation au milieu de ravins, de forêts, de cours d'tau, 
de terrains accidentés, lui permettait facilement d'at- 
tendre une diversion des corps de secours. > 

Cette description du château de Vez suffît à elle 
seule pour décider une question qui s'était élevée au mi- 
lieu de ses ruines. Tandis que les uns admettaient le 
logis central comme étant le donjon, les autres avaient, 
quoiqu'en petit nombre, soutenu que le donjon était 
bien la grosse tour carrée, la tour d'angle. Ceux-ci 
avaient évidemment raison. En eiïet, si le donjon des 
châteaux primitifs était bien au centre des quelques for- 
tifications qui l'entouraient, le donjon féodal occupa 
toujours, depuis le xi® siècle, le côté le plus accessible, 
]e plus faible de la place dont il était la citadelle. Il 



— m — 

était et devait être, pour se défendre seul lorsque la 
place était prise, en communication avec celle-ci et 
avec le dehors pour faire des sorties. Telle était la 
position des donjons de Coucy, dé Vincennes, de Pierre- 
fonds, de Septmonts, de Pernant, de Vic-sur-Aisne, 
d'Ambleny, etc., qui sont tous ou sur la muraille même 
ou près de la muraille d'un des côtés de ces châteaux. 

t Cette discussion archéologique durait encore lorsque 
Ton arrivait à l'église de Vez qui n'offre rien de bien 
remarquable. Son clocher est du xii« siècle, et n'a pas 
d'autres ornements qu'une corniche en dents de scie, 
soutenue par des corbeaux ou modillons carrés. Le 
portail est de la même époque, ainsi que le bas-côté 
droit. Le sanctuaire est carré, le chœur est du xiii« 
siècle et la nef du xv% avec poutres à entraîts saillints 
et gueules fantastiques. L'édifice a i3 mètres de long 
sur 10 de large, compris les bas côtés. 

» En descendant la colline de Vez, on ne tarda pas à 
apercevoir les débris de Lieu-Restauré, monastère de 
l'ordre de Prémoniré, et ainsi appelé parce que la 
chapelle primitive avait été rétablie, en il3l, par 
Raoul III, comte de Vermandois et de Valois, et donnée 
an B. Luc, abbé de Cuissy, pour y fonder un couvent 
de son ordre. Cet endroit, comme celui de Longpré, 
est resserré, marécageux et solitaire. Il ne peut entrer 
dans le but de nos excursions que je fasse l'histoire des 
lieux que nous parcourons; il suffit qu'on en connaisse 
l'origine et la destination afin d'en mieux juger les 
ruines ; aussi, n'en dirons-nous pas plus, sous ce rap- 
port, de Lieu-Reslauré , que nous n'en avons dît de 
Longpré et de Vez, Les corps-de-logis sont ici ruiaés et 
détruits, à l'exception de quelques portions du cloître ; 
mais, en revanche, l'église existe encore quoique bien 
mutilée aussi. Rebâtie en grande partie au xv« siècle, 
sur un plan assez vaste, elle laisse admirer sa rosace 

i9 



- «48- 

flamboyante, percée sur un portail où se produisent des 
ornements de la Renaissance. Malheureasement, Tédifiee 
est tellement envahi par les machines et les accessoires 
d'une féculerie qui répand son odeur fétide là où fumait 
l'enceni du sacrifice, que ce n'est qu'avec une peine 
exlréme qu'on en peut visiter les diverses parties. 

> L'excursion devait se terminer par une visite rapide 
de la capitale du Valois, petite ville bien digne d'une 
étude archéologique approfondie à cause de la variété 
de ses monuments, mais que malheureusement nous 
n'avons pu examiner que sommairement. Crépy offre 
donc des monuments de plusieurs sortes avec le sou- 
venir de bien d'autres qui n'existent plus, comme Saint- 
Arnould et Sainte-Agathe. Le portail et la tour de l'église 
de Saint-Thomas de Cantorbery, œuvre superbe du 
xiii« siècle, méritent ù eux seuls de fixer l'attention de 
l'antiquaire et de l'historien. Elle a été bâtie au plus 
beau siècle de l'architecture chrétienne et dédiée, peu 
d'années après sa mort, au martyr de la défense des 
libertés de l'église. Le vieux château de Crépy, habité 
par les rois de France, les comtes et les ducs de Valois, 
où fut signée la paix entre Charles -Quint et François I^^ 
a été bâli et rebâti, restauré et embelli à diverses 
époques jusque sous Henri IV, dont le chiffre H, mêlé 
avec des M, orne les clous de la porte d'entrée. Non 
loin de l'antique manoir s'élève l'église paroissiale, joli 
vaisseau remis à neuf, décoré de beaux vitraux et offrant 
uu mélange des styles du xv** et du xvi* siècle. 

> Si des édifices publics on passe aux édifices particu- 
liers, on trouvera encore dans Crépy plusieurs choses 
curieuses, notamment une maison à façade du xvi* 
siècle, avec gargouilles et corniche ornementée, repré- 
sentant des mâchicoulis. On y montre un superbe man- 
teau de cheminée du w^ siècle dont on voit un dessin 
avec une description dans le Musée des Familles {n^ S 



— 249 — 

de Tannée 1862). On ne verra pas non plus sans in- 
térêt» dans la même maison, un portrait de famille attri- 
bué à M"^ Lebrun, artiste distinguée de la fin du dernier 
siècle. Dans la maison appelée Hôlel de la Rose^ à cause 
d'une rose qu'elle portait sur sa façade, on remarque 
une porte de la Renaissance fort jolie pratiquée au bas 
d'une tour octogone et portant la date de 1557, publiée 
dans VlUustretion en 1863. Enfin, on remarquera çàet 
là par la ville des maisons du xvir et duxvnr siècles, 
et des morceaux de sculptures incrustés dans des mu- 
railles. Inutile d'ajouter que ces curiosités de l'ancien 
Crépy, qui a conservé jusqu'ici quelque chose de la 
physionomie calme d'une ville bourgeoise d'autrefois, 
sont montrées aux voyageurs et aux artistes avec un 
empressement plein de courtoisie. Aussi chacun em- 
porta-t-il, en retournant à Soissons, le désir de visiter 
de nouveau et moins rapidement Crépy-en- Valois. 

M. Perin lit une lettre de M. Tronchet , de Yillers- 
Cotteréts, envoyant à la compagnie un rolle de troupes 
de 1594, plusieurs reçus donnés par les religieuses de 
Longpré et de l'abbé de Saint-Remy de Villers-Cotteréts, 
sur lesquels M. le Secrétaire peut dès aujourd'hui faire 
un rapport, les pièces lui ayant été communiquées. * 

c M. Tronchet déploie un véritable zèle pour enrichir 
soit les archives , soit le Musée de la Société. C'est ici 
le lieu de lui en témoigner hautement notre reconnais- 
sance. 

> La première pièce est un c roolle de douze hommes 
de guerre à pied françoys et un sergent qui sont et tien- 
nent garnison pour le service du roy au château de 
Viiliers-Cosierest, soubs la charge du sieur (le Longur- 
val, commandant pour son service, durant quatre mois 
de l'année dernière, commencez le septième jour a*aoubt 
mil cinq cents quatre-vingt-treize, et finiz le dernier dé- 



— 250 — 

cembre en suy vant, à raison de trente-six sons par moys, 
suyvant Testât du roy. « 

> Suivent les noms des douze hommes que Charles 
de Longueval, escuyer» certifie élre en bon et suffisant 
itat et équipage de guerre, » et avoir fait c le service 
actuel au chasteau de Yilliers-Costeret, duquel ils se sont 
loyauiment et fidèlement acquitez, etc. , etc. • 

t Vient ensuite la comparution, par-devant les notaires 
royaux de Yillers-Cotteréts, des douze soldats pour cer- 
tifier qu'ils ont reçu chacun c de noble homme M« Re- 
gnauld , conseiller du roy et trésorier général de l'ex- 
traordinaire de ses guerres , la somme de deux cents 
treote-deux sous à eux ordonnés par le roi pour leurs 
soldes... à raison de cinquante-huit sous par mois qui 
est dix 80US pour le sergent et quatre sous pour chacun 
soldat par mois. > Celte pièce est datée du château de 
Vîllers-Cotteréts, le 15 janvier 1594, et peut servir pour 
l'histoire de ce château sous le règne de Henri IV qui 
abjura le protestantisme cette même année. 

» La seconde pièce , du 28 mai 1712 , est une recon- 
naissance de Charlotte de Moineville, prieure de Fabbaye 
de Longpré, ordre de Fontevrault. 

> La troisième, du 25 juillet 1721 et du même genre, 
est de Catherine de Lafontaine , prieure de ce couvent. 

9 La quatrième, du 12 mars 1720, concerne l'abbaye 
de Saint*Remy et Saint-Georges de Villers-Cotteréts (reli- 
gieuses Bénédictines) et est signée de M**' de La Tour 
d'Auvergne, abbesse. 

> La cinquième, du 20 juillet 1782, est signée de Mi*' 
de Barbauçon, dernière abbesse de Saint-Remy. 

» La sixième , du 24 novembre 1767, est une mise en 
possession de terres vendues sur la seigneurie dite du 
Mnid de IS'eufontaine au Croutoy (Âttichy, Oise), pari*» 
sieur Cawelet de Rosay, Barthélémy, prieur et seigneur 
du fief de Neufontaine. Le prieuré de Notre Dame de 



- 251 — 

Neufontaine est silué entre Cuise-LamoUe et Pierrefonds, 
dans la forêt. Il était autrefois à la collation du prieur 
de Saint*Sulpice de Pierrefonds et fut plus tard à celle 
de Tabbé de Maroioutiers. 

• La septième, du 1^ août 1779, concerne la vente 
d'une portion du fief des Fossés , à Haramont , par le 
seigneur Des-fossez-Desgrigny. 

• La huitième, du 19 mars 1732, est une mise en pos- 
session de biens vendus, signée par de Condren, seigneur 
de Largny. 

> La neuvième , du même genre, concernant la mise 
en possession de Tacquéreur des fiefs de la Motbe-Saint 
-Denis et de Saint-Arnoult, par la marquise de Condren, 
tutrice du marquis de Condren, est du 9 janvier 1778. 

> La dixième, du 18 mai 1780, est également une 
mise en possession d'un acquéreur de biens, signée 
par M""* Bouché-Guilliot , dame de Dampleux. 

> La onzième est un traijé passé entre Joseph Loubère, 
député du clergé du diocèse de Soissons, et Jean-Baptiste 
Cognard, imprimeur du roi, concernant l'impression de 
YAntiphonairCf en 2 volumes in-folio , pour le diocèse 
de Soissons , avec la même noUe qui venait de servir à 
celui de Beauvais, en même forme et marge , mais en 
caractères neufs pour les paroles sous les notes et en 
sorte que les strophes des hymnes non nottés seraient 
à deux colonnes dans la même page. Le prix qui devait 
être acquitté par le clergé du diocèse était de 24 livres 
pour chaque feuille de quatre pages. Cognard devait 
tirer à 550 et partant employer une rame et deux mains, 
ces dernières servant aux épreuves, tierce et marge. Il 
était entendu que ce qu'elles produiraient d'exemplaires 
au-delà de ceux dûs à la chambre syndicale et aux ou- 
vriers, et des deux qui restaient à l'imprioieur, seraient 
remis fidèlement au clergé ; que les feuilles doubles , 
c'est-à-dire celles qui serviraient pour les deux parties 



— 25« — 

ftans aucun changement» ne seraient payées que 4i livres 
les deux; et que Cognard ferait assembler, sécher et 
plier toute l'édition gratuitement. Les termes du paie- 
ment étaient de 1,000 liv. en commençant l'impression, 
du tiers de la somme restante lorsqu'il y aurait un vo- 
lume achevé» le second tiers à la fin de l'ouvrage et 
Tauire trois mois après. Cette pièce fut signée à Paris, 
en l'hôtel de Tévéque François (de Fitz-James), par le 
prélat et par le député Loubère, le 22 novembre 1741. 

> La douzième est une nomination d'arpenteur royal 
et priseur de terres à Pierrefonds accordée par Louis- 
Philippe d'Orléans, premier prince du sang, duc d'Or- 
léans, de Valois» Chartres, Nemours, Montpensier et 
Estampes, comte de Vermandois, au sieur Lesourd, avec 
mandement au bailly de Soissons, son lieutenant-géné- 
ral,|et autres ofDciers de ce bailliage créé au|roois de mai 
4702, et duqutl dépendait Pierrefonds, de le mettre en 
possession de cette charge , c leur étant apparu (ledit 
sieur Lesourd) de bonne vie et mœurs, conversation, 
religion catholique, apostolique et romaine, etc. > Cette 
ordonnance, datée de Paris le 6 avril i 701 , est signée du 
prince. 

i La treizième est un reçu du contrôleur des finances 
du duc d'Orléans, de la somme de 440 livres versée par 
Jean-Pierre Le sourd, pour l'office d'arpenteur de Pierre- 
fonds. 11 est du 27 mars 1761 . 

> La quatorzième et dernière est un brevet de sous- 
lieutenant accordé au citoyen Desiry de Pernant, au iO« 
régiment dehussards. 

9 Voici, d'après cette pièce, la biographie de ce mili- 
taire. Desiry naquit le 2 octobre 1769. R entra comme 
soldat au 73« régiment d'infanterie le 17 mai 1789. H 
passa au 10« de hussards le 17 mai 1793, y devint maré- 
chal-dès-logis chef et sous-lieutenant \ei^ vendémiaire 
an VIII, eu remplacement du citoyen Lecorbeiller, passé 



- 25s - 

lieutenant. Il fit les campagnes de 1792, de 1793 à Tar- 
mée du Rhin, de Tan iv en Vendée, de Tan v à rarnoée 
de Sambre et Meuse, celles des années vu, vui et ix aux 
armées des Alpes, d'Italie et d'Espagne. Il fut blessé 
d'un coup de feu au bras gauche, en sautant dans une 
redoute établie dans le bois de Patriie, sur la route de 
Luxembourg, le 30 novembre 1792, et, à la main droite, 
d'un coup de sabre , dans une charge à l'affaire de 
Scarenna, en Piémont, le 9 prairial an vui ; enfin, mal- 
traité par les Barbets à la suite d'une chute. 11 se dis- 
tingua par un brillant fait d'armes en Vendée. Chargé 
par le général Lemoin d'escorter, à la tête de vingt hus- 
sards, un convoi de poudre de Vannes à St-Poulisse , il 
fut attaqué par 400 à 500 Vendéens , mais il reprit le 
convoi qu'ils lui avaient enlevé, s'empara de 40 bœufs, 
fit 40 prisonniers et tua dix hommes. Le brevet de sous- 
lieutenant accordé à Remy-Léger Desiry est signé de 
Bonaparte , premier consul , du ministre de la guerre 
Berihieret du secrétaire d'Etat Hugues Haret, à Paris, 
le 5 germinal an xu de la République. 

1 Ainsi, les pièces communiquées par M. Tronchet 
nous donnent les noms de plusieurs seigneurs , abbés, 
abbesses et prieurs de la fin du xviii* siècle, qui peu- 
vent servir à l'achèvement des listes seigneuriales et 
abbatiales données par les généalogistes et les écrivains 
ecclésiastiques. Elles nous font connaître quelques parti- 
cularités lithurgiques du diocèse de Soissons, et enfin 
elles nous fournissent une biographie courte d*un brave 
et obscur soldat de la République , né auprès de Sois- 
sons. A ces titres divers elles nous ont paru bonnes à 
signaler dans le recueil de la Société. 

H. Prioux fait passer sous les yeux de la Société de 
nombreux plans et dessins de Téglise ruinée du prieuré 
de Saint-Thibaut de Bazoches, lesquels devront être 



anneiés à sa noike sur cet antique établissemeDf reli- 
gieoi. 

Le même membre donne des renseignements sur an 
viUmus contenant nne énnmération curieuse des nom- 
breux fiefs de l'Évécbé de Soissons. 

Il sera rendu compte, à la prochaine séance, des 
pièces qui accompagnent celte communication. 

M. DE LAPRÀtRiE donne communication des notes sui- 
Tantes, concernant le village de Soupir : 

c Messieurs, 

» Je lis ou an moins je parcours babitaellement tous 
les livres qui nous sont adressés par les Sociétés avec 
lesquelles nous faisons échange de publications. J'ai 
l'intention de vous communiquer, à l'avenir, les obser- 
vations que j'aurai faites et qui pourront avoir de l'inté- 
rêt pour vous. Vous approuverez sans doute mon projet. 

i Le 35* volume de l'Académie d'Arras contient un 
article intitulé : Extraits des Recueils du père Ignace^ 
capucin^ pour servir à V histoire de r ancienne Société litté- 
raire d'Arras. J'y vois qu'en 1738 on sollicita, pour cette 
Société, des lettres-patentes du roi Louis XV, et que le 
ministère de ce rôi envoya , aux associés d'Arras, les 
Règlemefits de r Académie de Soissons y pour s*y confor- 
mer, et leur demanda les règlements qu'ils avaient faits 
pour la leur. Une lettre qui leur permettait de s'assem- 
bler et de faire leurs élections leur fut adressée ; mais 
ils ne reçurent pas de lettres-patentes parce qu'ils n'a- 
vaient pas jugé à propos de s'assujetir à deux points 
comme avait fait l'Académie de Soissons : le premier, 
de choisir pour protecteur un membre de l'Académie 
française ; le second , d'envoyer tous les ans, à cette 



— 255 - 

même Académie, une pièce d'éloquence en prose ou et 
vers (1 ). 

> Les rapports entre la Société littéraire d'Arras en 
celle de Soissons ne paraissent pas avoir été fréquents ; 
j'en trouve pour toutes tnces que la seconde demanda 
à la première rétymologie du nom d'une porte d'Arras. 
C'était un sujet assez peu iutéressant. 

> On sait que Robespierre fut un des membre s les 
plus assidus de cette compagnie, c A la séance du 21 

> avril 1784, M. de Robespierre, avocat, lut un discours 

> sur l'origine, rinjustic et les inconénients du pré- 
1 jugé qui fait rejaillir sur les parents des criminels 

> rinfamie attachée à leur supplice. • 

1 A la séïiuce du i8 avril 1787, Robespierre prononça 
un discours en faveur de l'admission des femmes dans 
les Académies. 

» Le 7* volume du Bulletin de la Commission histO' 
rique du département du Nord est rempli, en grande 
partie, par un Mémoire sur les Archives de Vahhaye de 
Saint' Auhert de Cambrai, Ce mémoire nous fournit quel- 
ques renseignements qui ne sont pas sans intérêt. 

> Tout ce qui se rattache aux hommes célèbres, sur- 
tout quand c'est pa la vertu et h bonté que cette celé* 
brité est arrivée, a le privilège d'exciter notre curioMté. 
Les moindres détails print ent de l'importance. 

> Il existe au village de Soupir une tradition qui veut- 
non seulement que Fénélon soit venu souvent passer 
quelques jours d'été dans un veudangeoir de cette com- 
mune, mais encore qu'il y ait composé quelques-uns 
de ses ouvrages. Il y a donc Soupir la maison et la 
vigne de Fénélon. 

> Cette tradition, dont j'avais entendu parler, m'a- 

(1) Les documcnls que nous avons publiés sur rancienne Acadé- 
mie de Soissons montrent quecetteôondiUona loujouisétérempUe. 

20 



— 286 — 

vait frappé» et j'avais écrit à Cambrai pour demander 
si rArchevéché de cette ville avait en des propriétés 
à Soupir. La réponse avait été négative. Si, comme je 
le crois , Fénélon a été abbé commandataire de Saint- 
Aubert, le mémoire de la commission historique du 
Nord viendrait donner une explication naturelle au fait 
dont le souvenir a été conservé par la tradition. 

> Le travail dont il s'agit commence par renonciation 
des plus anciennes chartes de Tabbaye de Saint-Aubert 
(1184-1250), existant en originaux aux archives du Nord. 
Une charte de Tannée i206 est indiquée ainsi : c Actum 
1 anno Domini MCCVI même decembri. Guillaume , évé- 

> que de Laon^ approuve la donation de la maison 

> de Soupir, faite par M à l'abbaye. > 

> Le nom du vendeur est en blanc, mais nous le trou- 
vons plus loin, c'est Simon de Passy ou de Paissy. 

c i242. Actum anno Domini MCCXLII mense marte. 
1 Guillaume d'Antogni, chanoine, et Clément de Saint- 

• Germain, officiai de Laon, déclarent la vente faite par 

> Pierre, clerc, fils de feu Cholard, prévôt de Soupir, à 

• Simon de Paissi, de deux vignes sises Tune au ter- 
I roir de Maidi, près du lleudit le Camp de Riller, l'an- 
9 tre au terroir de Soupir, lieudit la Glisière. > 

c i243. Actum anno Domini MCCXLIII mense maio. 
» Guillaume d'Antogni , chanoine , et Clément de Saint- 
» Germain , officiai de Laon , certifient que Raoul , fils 

> de feu Cholard, prévôt de Soupir, a vendu à Simon 
9 de Paissi , son oncle, certaines portions de terres et 
» vignes sises au lieudit Annexon , sur le territoire de 
1 Maidi. (?) 

1 Par une autre charte du mois de juin de la même 
année, les mêmes témoins i attestent que Raoul , fils de 
» feu Cbolard , prévôt de Soupir, a vendu toutes ses 

> possessions de Soupir et de Maidi à Simon de Paissi. » 
1 En 1244, Clément de Saint-Germain, chanoine, et 



— 257 — 

« Henri de , officiai de Laon , mandent que Rémi, 

> fils de feu Colard , prévôt de Soupir, a vendu divers 

> biens à Simon de Paissi, clerc de l'évéque de Laon. » 

> Enfin, dans une charte de février 4248, on voit que 
1 par-devant Guillaume deXhay , ofiicial de Lans (sans 

> doute Laon), Henri, dit le Chauveausde Soupir, recon- 

• naît avoir vendu, à Simon de Paissi, une vigne située 
i à Soupir, au lieudit le Camp Bauduin. t 

> Il serait maintenant intéressant de rechercher si 
Fénélon a fait à Soupir d'assez longs séjours pour qu'il 
ait pu y composer quelques-uns de ses écrits. 

> Le mémoire dont je vous entretiens cite en outre 
quatre chartes auxquelles interviennent des membres 
du clergé de Soissons. L'une, de 1215, est ainsi ana- 
lysée : < Sentence arbitrale de R., abbé de Saint-Jean- 

• des-Vignes ; de Jean , doyen , et de J. , écolâtre de 
1 Soissons, qui adjuge à l'église de Saint-Aubert la bras- 
I série du faubourg ou de la rue de Selles que lui con- 

> testaient André de Cambrai et W. de Cuvillers. > 

I Deux autres chartes , de 122^ et 1224, sont égale- 
ment des sentences arbitrales prononcées par Gui , 
doyen , Raoul de Cosdun et Jean de Laon , archidi acres 
de Soissons, dans des questions de propriété étrangères 
à notre pays. 

> Et la quatrième, de 1228, est de même une sentence 
prononcée par S., prévôt. Th., doyen, et J. Crespin, 
chanoines de Soissons, dans une affaire relative à une 
excommunication lancée contre des habitants d'Ailimont, 
qui s'étaient emparés de Téteule {stipula) sur ce terroir. 

> On est un peu étonné que pour des difficultés surve- 
nues entre des religieux et des hommes du Cambresis, 
on soit venu chercher des arbitres à Soissons. » 

Suivant l'exemple de M. de Laprairie, M. l'abbé Pé- 
cheur a cru devoir extraire du Bulletin de la Cammis- 



- 258 — 

sion historique du département du Nordy tome yii% un 
certain nombre d'indications de pièces originales con- 
cernant des localités du département de TÂisne, dont 
l'ensemble ne peut rester out à fait étranger aux 
travaux de la Société. Ces pièces proviennent de diffé- 
rents endroits» et notamment du fon 1 de Tabbaye de 
Saint-Aubert de Cambrai et des archives de la Chambre 
des Comptes de Lille. Nous les rangerons sous les 
noms des localités qu'elles concernent. 

GOUY (CATELET). 

En 1074 y Liébert, évoque de Cambrai, accorde à 
Saint'Âubert l'autel de Gouy-en-Arroise (p. 3). Gouy- 
en-Arroise est bien Gouy, canton du Câtelet. Nous 
voyons en effet qu'en 4093 Vaucler, évoque de Cam- 
brai, s'empara du château de Gauy, que le chevalier 
Amaury avait fait construire et d'où il portait ie pil- 
lage sur les terres de son évéché. Le fort du Câtelet 
fui élevé sur les terres de Gouy, pour la défense de la 
frontière qui, au xvi* siècle, n'allait pas au-deli. 

Aux pages 46, 49 et 39, on voit diverses chartes con- 
cernant la dime de Forestel à Gouy, au sujet de la- 
quelle des difficultés s'étaient élevées entre Saint-Au- 
bert et le chapitre de Saint-Quentin, en 4220. 

En 4226, charte de plusieurs chanoines de Cambrai, 
où il est question de l'absolution de Thomas le Tuilier, 
de Gouy, et d*Ogive , sa femme , excommuniés pour 
rapt de dîmes (p. 51). 

4230. Charte de Matthieu, doyen de la chrétienté 
de Gouy , concernant Saint-Aubert (p. 57). 

4233. Charte où l'on mentionne la fondation, à Gouy, 
d'une chapelle, par Baudouin de Walincourl, et Ida, 
sa femme, avec Ta grément de Saint-Aubert, qui avait 
le personnat (le titre) de ce lieu. Baudouin lui donne 
des revenus et des privilèges (p. 63). 



— 259 - 

138. Charte, donnée la veille de TAssomption, où 
parait Mathieu, chanoine de Saint-Géri, ancien curé 
de Gouy (p. 67). 

1242. Sentence de TOfficial de Cambrai, où le 
mayeur de Gouy est déclaré redevable de quatre cha- 
pons de cens annuel envers Saint Aubert (p. 75). 

AUBENCHEUL-AU-BOIS (catelet). 

iil6. Charte où Baudouin d'Aubencheul affirme que 
Jacques de Honnecourt, son homme, a vendu à Sainl- 
Aubert sa dtme de Scurviler ou Ëscurvillers, que l'au- 
teur du Mémoire, dans sa topographie du Cambresis, 
prétend n'être aiUre qu'Aubencheul (p. iA9), 

D'après une charte du même auteur , de i2^>5 (p. 33, 
35 et 48, ) le lieudit Uorestor faisait aussi partie d'Es- 
curvillers. 

J226. Crespin, archidiacre; Roger doyen, etWer- 
ric, chanoine de Cambrai, déclarent que Robert Leleu, 
de Honnecourt, excommunié pour s'être emparé d'une 
portion de dîme, à Maurestoî\ territoire d'Escurvillers, 
est enfin comparu, et, reconnaissant son méfait, a pro- 
mis de le réparer (p. 51). 

ESTRÉES (CATELET). 

4076. Donatio altaris apud Stradam. Il doit s'agir 
ici d'Estrées en-Arroise, village situé sur la voie ro- 
maine do Laon à Bavai (canton du Câtelet), dont la 
cure demeura toujours en effet à la collation de l'abbé 
de Saint- Aubert (p. 4). 

4423. Wautier, abbé de Saint* Aubert, cède au 
Mont-Saint-Eloi l'exploitation de terres dépemlautes de 
l'aw/^i d'Estrées, à condition de recevoir la moitié des 
fruits (p. 6). Il est juste de dire que l'auteur du Mé- 
moire où nous puisons ces renseignements pense qu'il 



- 260 - 

s'agit, cette fois, d'Estrées-sur-Bellone, arrondissement 
de Douai, canton d'Arleux. 

OISY (WASSIGNT). 

1133. Charte de Liétard, évéque de Cambrai, où 
il est question de Téglise de Vaucelles, fondée récem- 
ment par Hugues d'Oisy (p. 7). 

ii47. Charte de Nicolas, évéque de Cambrai , réglant 
un différend entre Saint-Âubert et Simon d'Oisy, châ- 
telain de Cambrai, au sujet de biens situés ^à Crèvecœur 

(p. 9). 

1161. Charte par laquelle Simon d'Oisy reconnaît à 
Saint-Âubert des droits sur la rivière d'Hem-Lenglelf ou 
la Sensée (p. 1 1). 

1163. Charte où Tévéque Nicolas approuve la con- 
cession faite à l'abbaye par le même Simon, de ses 
droits sur celte rivière (p. 12). 

1:202. Charte de Jean d'Oisy, châtelain de Cambrai, 
et d'Helvide, sa femme, accordant à l'abbaye leurs dîmes 
de Crèvecœur (p. 23). 

1219. Charte où Jean de Hontmirail, sire d'Oisy, ap- 
prouve la vente des bois de Salèches, faite par Bau- 
douin de Wallincourt, et Ida sa femme, à Saint-Aubert 
(p. 38). 

1222 (Janvier). Lettre de Baudouin d'Aubencheul, 
bailly de Jean de Montmirail, touchant la vente faite 
à l'abbaye, de la dlme de Crèvecœur. 

1238. Helvide d'Oisy donne 6 mancaudées et demie 
[de pré, sur Sauchy, à Saint-Aubert où son fils est reli- 
gieux (p. 67). 

1243. Matthieu, sire d'Oisy, autorise la cession, par 
le chevalier Wautier de Manières, d'une autre dtme à 
Crèvecœur et Lesdain (p. 75). 

1244 (Décembre). Sentence où P., dit le Vieux Offi- 



J 



— Î61 — 

cial de Cambrai, déclare que Hémeric, prévôt d'Oisy» 
excommunié pour avoir arrêté et détenu à Oisy lean de 
Ponciel , censier de Vinchy» dépendant de Saint-Aubert» 
s'est amendé (p. 76). L'auteur cite, parmi les trouvères 
du Cambresis, Hugues d'Oisy, qui fleurissait au xu* 
siècle, et Enguerrand d'Oisy» qui fleurissait auxui* 
(p. 244 et 245). 

ABBAYE DE BOHEMES (gcise). 

4214. Charte du mois de novembre, contenant une 
sentence arbitrale où Garnier, abbé de Bohéries, près 
de Guise, qui ne figure pas dans la liste du Gallia 
Christîana (Ecclesia Lauduncnsis)^ Crespin, chanoine de 
Cambrai, et Wautier, de Marvis, écolâtre de Tournai» 
fixent les droits respectifs des abbayes de Saint-Aubert 
et de Yaucelles, sur la dlme de Crèvecœur, où ce 
dernier monastère avait un prieuré (p. 30). 

MONT-SAINT MARTIN, abbaye (catelet). 

i251. Du mois de juin, sentence arbitrale rendue 
entre Saint-Aubert et le Mont-Saint-Martin, sur une dtme 
de i4 mancaudées de terre à Villers^Outreau, lieudit 
Yénérolles^ et de 10 au lieudit Calabus (p. 57). 

i24i. Compromis du mois de juillet, entre les deux 
abbayes, sur les dîmes, (p. 72). 

1242. Attestation de ce compromis , donnée par 
G. de Reims, écolâtre de Cambrai, et Gilles, prévôt du 
Mont-Saint-Martin (p. 74). 

SAINT -QUENTIN. 

1218. Charte où figure Waucher, doyen du chapitre 
de Saint-Quentin (p. 37). 

M. Prioux, poursuivant avec activité et persévérance 



— 262 - 

ses recherches sur le Joanniste de Savreux, donne de 
nouveaux renseignements coutenant les particularités 
curieuses de la vie publique de ce personnage intéres- 
sant : 

J'ai eu rhonneur, Messieurs, de vous soumettre, à 
notre avant-dernière séance (6 juillet 1865), le résumé 
presque complet de la vie de Henry de Saureulx pendant 
la Ligue, résumé qui nous a fait voir, avec une entière 
clarté, les deux physionomies jusqu'ici ignorées ou fort 
mal connues de ce chanoine de Saint-Jean-des-VIgnes 
de Soissons, et du sieur de Rieux, son parent. J'ai cru 
remarquer qu'il restait quelques doutes sur la con- 
duite et surtout sur le rôle qu'a joué ce dernier, et 
je viens aujourd'hui, à l'aide de documents authenti- 
ques que je ferai passer sous vos yeux, dissiper 
toutes vos incertitudes sur ce point. 

Le sieur de Hieux, tour à tour capitaine et com- 
mandant de Mario, Pierrefonds et Laon, faussement dé- 
figuré par la plupart des historiens qui ont écrit sur 
la Ligue, nous apparaît sous une physionomie bien dilé- 
rente, d'après les documents inédits découverts aux 
Archives de TÂmbassade de France à Madrid. Appuyés 
sur les chroniques contemporaines nous allons, à Taide 
de ces documents, essayer de remettre en lumière cet 
homme tout-à-fait méconnu, qu'on a représenté jus- 
qu'ici dans l'histoire comme Tun de ces routiers ou 
chefs de bandes mal famés qui pillaient les campa- 
gnes et désolaient les grindschenJns. S'il fallait en croire 
la Satyre ménippée et ceux qui l'ont imitée,le capitaine 
de Rieux aurait été un voleur, jadis petit commis de vi- 
vres, qui t'tait parvenu parmi les Ligueurs à cause 
de s » bravoure (I). Palma Cayet, réformateur converti, 
seiubîo reproduire la même opinion, sans se donner 

(I) Voir la Satyre ménippée E-iit. de Raiisbonne, t. n, p. ^15. 



-- 263 — 

la peine d'en vérifier l'exactitude , lorsqu'il dit , pres- 
que dans les mêmes termes » que c Rieux devint si 
insolent pour avoir soutenu le siège de rierrefocds et 
se mit à exécuter de telles cruautés sur les Royaux, 
qu'étant pris quelques temps après, par les Royaux 
de Coropiègne, ils le pendirent. Il était parvenu de peu, 
ajoute t-il, n'étant, au commencement de sa fortune^ 
qu'un petit commis aux vivres ; mais il devint depuis 
capitaine de gens de cheval et redouté, (i) > Pour 
rendre à ces deux autorités leur véritable caractère, il 
suffit de faire remarquer que l'unique but de la Satyre 
ménippée était de jeter le ridicule et l'odieux sur la 
Ligue, et que Palma Cayet, en sa qualité de protestant 
converti, en même temps et comme son élève Henri IV, 
avait peu de sympathies pour les Ligueurs. Nous ajou- 
terons enfin que si l'historien politique et royaliste 
de Thou , qui avait eu beaucoup à souffrir de leur 
part, ne les traite pas beaucoup mieux, il n'y a rien là 
non plus qui doive nous surprendre. Vœ vicliSf malheur 
aux vaincus ! est la loi de Thisloire comme trop sou- 
vent aussi celle de la guerre. 

Mais on a lieu de s'étonner que les historiens 
qui ont repris , un ou deux siècles plus lard le récit 
de ces événements, n'aient pas cherché à se rendre 
plus impartiaux et plus justes. M. Mouët de la Forte- 
Maison est peut-être le seul qui, dans ses Antiquités 
dôNoyon, se contente d*appeler le sieur de Rieux un 
c soldat fort brave et industrieux. L'historien du du- 
ché de Valois, Carlier, reproduit, en les développant, 
les jugements évidemment empreints de passion de la 
Satyre ménippée et de Palma Cayet^ que les écrivains 
modernes, qui ont travaillé sur la Ligue, ont fidèle- 



(l) Chronologie IS'Gvenaire de Palma Cayct ; Odlection des 
Mémoires de Michaud el Poujoulal, p. 309. 

21 



— 264 — 

roent transcrits à leur toar. On peut donc dire que 
toutes CCS autorités prétendues historiques, qui se ré- 
pètent de siècle en siècle, sans se confirmer pour cela, 
ne reposent en principe que sur le témoignage d'un pam- 
phlet rédigé avec autant d'esprit que de partialité. Il 
nous suffira, pour en faire justice, de reprendre le 
récit des faits d'après les vrais chroniqueurs con- 
temporains , comme Jehan YauUier , de Sentis, et sur- 
tout d'après les documents que nous avons recueillis, 
soit aux archives de l'Ambassade de France et à celles 
de Saint-Louis dès-Français , à Madrid , soit enfin aux 
Archives imi)éria1es, à Paris. 

La noblesse de la maison du sieur de Rieux nous 
est attestée par la Satyre ménippée elle-même bui le 
fait, mulgré les resUictions des annotateurs^ repré- 
sentant de la noblesse aux Etats de la Ligue. Ne voyons- 
nous pas aussi Henri IV qui nous le montre , dans l'acte 
de réhabilitation , marié à Hélaine de Sermoise, fille 
d'une des plus nobles famille de l'Ile de France. 

Quant à sa bravoure, le premier et le plus éclatant 
témoignage que nous en avons est celui du noble, de 
l'illustre ami d'Henri IV, Sully, qu'on n'accusera certa- 
inement pas de complaisance pour le capitaine de Rieux, 
il nous dit, dans ses Mémoires au sujet du siège de 
Noyon, qu'il c ne s'est quasi point fait de siège où il se 

> soit rendu tant de divers combats et plus brave- 

> ment exécutez qu'à crlui de cette ville là ; nous 
» vous raconterons en gros ( laissant le détail à ceux 
» qui s'y sont trouvés) que le sieur de Rieux, soldat fort 
€ brave et industrieux, qui] estait gouverneur de Pierre- 
» fonds, se jeta bravement dans Noyon avec r>0 che- 
» vaux et autant d'arquebusiers, et fut luy seul 

• cause de la grande résistance que fit la place. Un 

• nomm»^ La Chanterie, mestre de camp, fit aussi des- 

> sein de s'y jeter avec son régîn.ent ; mais il fut taillé 



— 265 - 

1 en pièces, et lui se sauva dans la ville avec vingt-cinq 

• des siens seulement. • (1) 

Les Mémoires de la Lt^t^enousle représentent ainsi h 
Noyon : c Rieux, y lisons nous, qui commandait pour 
1 la Ligue dans Pierrefonds, qui est proche dudit Noyon, 
» et dont il savait très-bien les avenues pour être du 
t pays, entra en ladite ville avec cinquante chevaux et 

• autant d'arquebusiers qu'ils avaient en croupe. Ce 

• secours encouragea les habitants qui, d'ailleurs, 
'étaient assez mal aflectionnés.... i (2) 

Palma Cayet nous fait également connaître ce trait 
de bravoure avec quelques nouveaux détails qu'on ne 
lira pas sans intérêt. Le roi étant à Creil avec son ar- 
mée, dit-il, et apprenant par la noblesse de Picardie 
que la garnison de Noyon, que l'on avait l'intention 
d'attaquer , était très-faible , résolut d'assiéger cette 
place. Revenu à Compiègne, il se rendit le lendemain 
24 août à Noyon, où était déjà le baron Biron. Mais 
il était difficile de l'investir c parce que cette ville 

> est environnée de divers ruisseaux et d'une mon- 

> tagne couverte de vignes. Rieux, qui commandait dans 

> Pierrefonds, sachant très-bien les advenues pour être 

• du pays, y entra avec quarante chevaux et autant 
» d'arquebusiers qu'ils avaient en croupe. Ce secours 
1 encouragea les habitants et le sieur de Villers qui 
» y était gouverneur.... i (3) 

» Enfin, Mézerai assure que la ville était sur le point 
de se rendre au roi lorsque ce secours, aussi hardi 
qu'inattendu, lui vint du capitaine Rieux. c Les ha- 

> bitants de Noyon, dit-il, et le gouverneur , qui était 

(1) Mémoire des Sages el BoyaUs œcomies d'Estat, tome i«"^, 
p. 81. 

(2) Mémoires de la Ligue, i. iv«, p. 637. 

(3) Palnia Cayei, Chronologie Nov^naire, Collection des Mé • 
moires Hiekaud et Poujoulat, p. 296. 



- 266 — 

1 N. de Villers, forent tellement étonnés de se voir 
9 investis, que dès le lendemain ils eussent capitulé si 
9 le capitaine Rieux, commandant de Pierrefonds , qui 
> connaissait parfaitement toutes les avenues, ne s'y 

• fut jetés avec quarante cbevaux seulement et 
1 autant d'arquebusiers en croupe.... • (1) 

Malgré l'intrépidité du capitaine Rieux, la ville, di- 
visée sans doute par les factions, fut obligée de se ren- 
dre. Les articles de la capitulation furent arrêtés le lundi 
18 août de l'année suivante 1591. c De Rieux et quatre 
» otages, dit M. Mouét de la Forte-Maison (2), y compris 
9 le doyen et le trésorier de la cathédrale, furent livrés 

• à la discrétion du roi... 9 

De Thou rapporte aussi que Rieux et quatre autres 
otages furent livrés à la discrétion du roi ; mais^ selon 
Legrain (3) , Henri IV n'aurait pas voulu le recevoir , et 
de Rieux, pour éviter sa vengeance, aurait été obligé de 
s'enfuir la nuit sous un déguisement et de s'enfermer 
dans Pierrefonis. 

< Restait encore en cette contrée là , dit de Thou (4) , 
le château de Pierrefonds qui incommodait les pas- 
sages et faisait des courses jusque dans les faubourgs 
de Compiègne. Le capitaine de Rieux commandait 
dedans. C'estait un soldat de fortune, grand voleur et 
fort brutal, mais homme de cœur et d'entreprise... 
Deux jours après la prise de cette ville, M. d'Humières, 
gouverneur de Compiègne, investit Pierrefonds, et M. le 
maréchal de Riron y alla depuis avec soii armée, ce que 
plusieurs conseillèrent de faire pour ce que le capitaine 
de Rieux, qui commandait dans Pierrefonds, fit des mal- 
'^ontens contre M. de Mayenne, quand il sortit de Noyon* 

(1) Jlfezerai, tome iiis p. 887. 
(1) Anliquilés de Noyon , p. 149. 

(1) Décade. 

(2) Tome ni«. 



- 267 — 

et dit qu'il n'était plus délibéré de luy faire service 
puisqu'il ne Tétait pas venu secourir : ce qui n'advint, 
car ce siège réussit très-mal. Or le roi , ayant séjourné 
quelques jours dans Noyon, viot à ce siège où le comte 
d'Esses , avec soixante gentilhommes anglais , lui vint 
baiser les mains et lui offrir quatre mille Anglais et cinq 
cents chevaux que la reine d'Angleterre , sa maîtresse, 
lui offrait pour son service. 

Le roi, obligé de partir, selon de Thou, pour aller au- 
devant de l'armée que les princes protestants d'Allema- 
gne lui envoyaient, fut en réalité contraint de lever le 
siège de Pierrefonds après plusieurs attaques infruc- 
tueuses. Un premier assaut général fut donné , le 28 
août, par toutes les forces royales dont on avait pu 
disposer, et, loin de se rendre comme il en avait fait la 
menace, le capitaine de Rieux s'y couvrit de gloire. 

> Le bourg et château de Pierrefonds, dit la Chro* 
nique de Senlis, furent assiégés d'une partie de l'armée 
du roi , dont icelui commandait pour les princes et 
ligués, le sieur de Rieux où le lendemain la Bruyère, son 
lieutenant, fit une sortie où il fut blessé et, avec autres, 
pris prisonnier ; où onze de ses soldats furent tués et 
autres de blessés ; lequel la Bruyère fut élargi et rendu 
pour un autre (i). i Le 12 septembre , ajoute-t-clle plus 
loin, le château de Pierrefonds fut battu de furie de onze 
pièces de canons , qui firent peu d'exécution pour la 
grande forteresse d'icelle , ensemble pour le défaut de 
boulets qn'on ne pouvait recouvrer , s'étant, l'ennemi, 
saisi de tous les magasins du roi et rompu toutes les 
forges à fondre et à fabriquer iceux , joint aussi que 
l'ennemi était auprès de ladite forteresse pour les se- 
courir. Sa Majesté fut contrainte de lever le siège, le 12 
dudit mois et retourner à Compiègne, où la retraite 
des canons et munitions fut faite. (2) 

(1) Bernier, Monuments inédits de l'Histoire de France. 

(2) Ibid., Ibid. p. 229. 



— 268 — 

Déjà , les jours précédents, la \ille avait supporté 
plusieurs attaques qui n'avaient servi qu'à affaiblir et 
démoraliser l'armée du roi. Nous avons, h ce sujet, une 
curieuse lettre du maréchal de Biron à Henri IV, dans 
laquelle il lui fait part de ses eîTorls répétés et de son dé- 
couragement, redoutant d*un moment ù l'autre l'arrivée 
du duc du Mayne, qui accourait au secours de Pierre- 
fonds et n'en était plus qu'à sept lieues. C'est sans doute 
ce qui dét< rmina Henri IV à venir en personne, le len- 
demain 12 septembre , au siège de Pierrefonds , pour 
donner un dernier assaut à la suite duquel il fut obligé 
de se retirer sur Compiègne. Cette pièce inédite, tirée 
des Manuscrits de la Bibliothèque impériale, porte : « Sire, 

> nous fismes hier la batterie à ceste place avec neuf 
t canons et deux couleuvrines et tirasmes tant qu'il ne 
f nous restoit que cent trente balles , lesquelles nous 

> ne voulûmes pas achever de tirer, jusques à ce que 
1 nous en eussions aujourd'hui davantage. 11 fut dé- 
* pesché dès hier au soir, à Senlis et à Crespy, d'où 
» j'espère recouvrer pour parfournir jusqu'à 360 balles 
» et six milliers de pouldres, quejefaisois estât d'em- 

> ployer aujourd'huy, et avec yceux faire une bres- 

> che et essayer de forcer la place , ou y gagner qael- 

> ques advantages. Ceste nuit j'ui eu advis que M. du 

> Mayne estoit arrivé au soir à Braine, qui n'est qu'à 

> sept lieues d'icy, avec mil chevaulx et mil harquebu- 

> ziers à cheval, que le bruit étoit qu'il venoit droit icy, 
1 en opinion que mon fils fut party avec ce qu'il y a 
1 de cavallerie et de m'en trouver icy bien desgarny. 
» Comme il n'y a gueres fallu que cet advis n'ait été véri- 
I table, j'ay fait aussitôt advertir tout le monde pour 
t monter à cheval et suis ici pour la batterie, attendant 

> les troupes pour recevoir led. sieur du Mayne, s'il 

> continue son dessein de venir à nous. Je ne scay que 
» vous dire encores ce qui adviendra de ce siège ; la 



- 269 - 

muraille est de si bonne étoffe et si épaisse que tout 
ce qui y fut hier tiré, ne fest pas beaucoup d'effet. 
L'on fil commencer la batterie à la Tour et ouvrir à 
l'endroit d'une fenestre, mais la muraille se trouva 
si bonne et épaisse que l'on fit cesser en cet endroit 
là, et battre le long de la courtine jusques à ce que 
nous nous apercusmes du deiïaut des d. munitions. Je 
pensais, suivant ce qui est escrlt audessus que la 
despècbe que j'avais fait pour en recouvrir de Senlis 
et Crespy eust été envoyé dès hier mais elle n'est 
partie que ce matin. 
> Mons' de Dicourt est icy attendant le parlement de 

> mon fils pour aller trouver Votre Majesté. 

i Sire , je supplie très-humblement le Créateur vous 
1 donner en santé très heureuse et longue vie. Du camp 
1 devant Pierrefonds ce onze septembre 4591. 

1 Votre très humble et très obéissant subjet et servi - 

> teur, BIRON. i 
L'échec qu'essuyèrent les troupes royales et le roi 

lui-même, à Pierrefonds, parait avoir produit une vive 
impression sur les contemporains qui le mentionnent 
avec étonnement et colère. Rieux, ajoutent-ils, en devint 
si insolent qu'il commit toutes sortes d'excès , se fit 
prendre et fut pendu à Compiègne. Il semble que le 
principal grief qu'on ait eu contre lui fut la défense de 
Pierrefonds , et l'affront qu'y essuya Henri IV, car les 
contemporains, tout en calomniant sa mémoire, ne for- 
mulent aucune accusation contre lui. 

Deux mois après le siège de Pierrefonds, le i 6 novem- 
bre i591, nous voyons le capitaine de Rieux accourir 
aux séances des Seize , à Paris , où dr s soulèvements 
populaires et des émeutes menaçaient gravement leur 
pouvoir. « Rieux de Pierrefonds et plusieurs avec lui, 
dit Jehan Vaultier, arrivèrent à leur secours. • 

Au commencement de l'année suivante , le sieur de 



— 270 — 

Rieux se distingaa de nouveau dans une fameuse embus- 
cade, c Le dimanche 20 avril, dit encore Jehan VauUier, 
le sieur de Dieux, avec db garnison de Pierrefonts, ceux 
de Heaux, La Ferté-Milon et autres étant en embus- 
cade, en trois troupes» dans le bois, près et derrière Le 
Plessis, M.de Rasse, quatre ou cinq hommes ayant des 
chevaux et chiens, séparés Tnn de l'autre, faisant sem- 
blant de chasser et approchèrent ainsi jusqu'à la fon- 
taine des malades et Yillevert où ils reconnurent 
plusieurs habitants de la ville. Enfin ils arrêtèrent prison- 
nier M. Âmiot, prieur de Saint-Martin-des- champs, 
et prieur de Saint-Nicolas d'Acy, ci auprès ; le voulant 
faire monter en croupe , il ne put, n'étant portatif ; et 
refusant les suivre, le tuèrent d'un coup de pistolet... > 
Peu après le nommé La Benière qui avait tué le prieur 
Amyot, fut pendu à l'endroit même où il avait com- 
mis l'homicide. 

C'est peu de temps après cette affaire, dans le cou- 
rant du mois de juin suivant^ que les habitans de Laon, 
dévoués à la Ligue, etayantpourgourverneurM.d'Ar- 
cy qui semblait pencher pour le Roi, voulurent appeler 
à sa place le sieur de Rieux , gouverneur de Pierre- 
fonts, son neveu, qui s'était fait une si grande répu- 
tation par son courage et seshauls-faits-d'armes. Après 
des pourparlers assez longs le nouveau gouverneur de 
Laon fut installé le 26 octobre 1592, par le maréchal de 
Rosne, et nous apprenons par une chronique inédite 
qu'il y resta jusqu'au mois de février 1594 » non sans 
avoir fait dans les environs de nouvelles et fréquentes 
excursions ; car en janvier 1593, il fut quelques instants 
prisonnier à Compiègne. — c Le 22 janvier 1593 , dît 
la chronique de Senlis, M. de Rieux, qui battait la cam- 
pagne, ça et lu pour empêcher que les compagnies du 
roi n'allassent en son armée, fut pris prisonnier dans 
Vieux-Moulin, par le capitaine Feu , et mené à Com- 



-Ml — 

piègne où il fut étroitement gardé. Ce néanmoins, peu 
après il fut délivré pour un autre. » II rentra aussitôt 
en campagne et se fit encore prendre un mois après à 
Noyon : c Le samedi 6 mars 1593, dit Jehan Vaultier , 
l'ennemi du roi présenta Tescalade de la ville de Noyon 
dans laquelle plusieurs y étaient jà entrés à la diane et 
levée du guet ; mais étant découverts prirent prisonniers 
le bieur de Rieux qui y était entré le premier, et au- 
tres, puis repoussèrent l'ennemi à forces d'armes ; de 
quoi plusieurs furent tués et grand nombre de blessés ; 
lequel sieur Rieux fut mené à Compiègne avec au- 
tres. > 

Quelques jours après, la ville de Noyon , épuisée de 
secours, fut de nouveau obligée de capituler. Les as- 
siégés sortirent bagues et armes sauves , emmenant 
avec eux MM. d'Estrées, Fouquerolles et autres, pour les 
échanger contre le capitaine de Rieux. « Le vendredi 
26 mars... , étant destitués de secours et de plusieurs 
choses à eux nécessaires pour leur défense furent con- 
traints de capituler et se rendre à composition de la- 
quelle ils sortirent bagues et armes sauves à la réser- 
vation de MM. d'Estrées, Fouquerolles et autres qu'ils 
retinrent jusqu'à ce que ledit sieur Rieux et autres 
prisonniers leur fussent rendus. » Cet échange de pri- 
sonniers était d'autant plus urgent que les exécutions 
militaires se poursuivaient avec une extrême sévérité 
contre les Ligueurs. Chaque semaine la ville de Senlis 
en voyait pendre un grand nombre. Cependant le sieur 
de Rieux qui reconquit encore une fois sa liberté, 
comme nous l'atteste la chronique de Laon , ne fut 
définitivement jugé et exécuté que l'année suivante, 
il mars, 1594. c Le lendemain 11 du dit mois, dit le 
chroniqueur, M. de Rieux étant prisonnier dans Com- 
piègne, son procès lui fut fait par M . Miron, maitre des 
requêtes de THôtel du Roi ; et par son jugement il fut 



— 47Î — 

pendu et étranglé ; lequel était alors gouverneur de Laon, 
et, en son lieu de Pierrefonds, y avait établi son oncle 
M. d'Arcy ^ pour le gouvernement d'icelui , pour le 
parti de la Ligue. » 

« Son oncle, M. d'Arcy, dit encore Jehan Vaultier , 
fut à sa place gouverneur de Pierrefonds. Le 20 juia 
i 594, le seigneur d'Arcy, oncle dudit sieur de Rieux, 
gouverneur de Pierrefonds, qui avait naguère mandé à 
Sa Majesté qu'il tenait la place pour lui et à l'occa- 
sion d'une querelle qu'il avait pour lui contre quel- 
que personne, il lui priait lui donner la garde d'icelui; 
de quoi le seigneur Dupescher , en étant averti, et crai- 
gnant qu'on y mil autre garnison qui l'eut grandement 
importuné, fut de La Ferté-Milon audit Pierrefonds , 
avec deux pétards et intelligence qu'il y avait prati- 
quée ; et avec quelques soldats, ils entrèrent dedans , 
tuèrent ceux qui se mirent en défense, prirent prison- 
n rs le sieur d'Arcy et son fils.qui étaient blessés; de 
quoi à l'instant la demoiselle sa femme décéda d'effroi : 
et étant assuré de ladite place , après y avoir laissé 
garnison et pourvu à tout, il se retira à La Ferté-Mi- 
Ion. » 

Il ne garda pas longtemps cette place ; car nous 
voyons au mois d'août , le sieur Dupescher la vendre 
au marquis de Revert qui voulait faire sa paix avec le 
Roi , à de bonnes conditions. 

c Le 6 du mois d'août 1594 , lisons-nous dans la 
chronique de Jehan Vaultier , M. le marquis de Re- 
vert , seigneur de La Chapelle , ayant acheté du sei- 
gneur Dupescher le gouveriiement de Pierrefonds, Il 
s^en empara pour parvenir à faire son appointement 
avec Sa Majesté , et fit trêve pour deux mois avec ceux 
de cette ville, et lors chassa du bourg les voleurs qui y 
faisaient leurs retraites, étant un vrai spélonque et 
caverne à voleurs et brigands, où depuis ils ne perché- 



— 473 — 

rent et furent contraints à se séparer par bandes et 
tenir les champs : et peu après, ayant fait son accord 
avec Sa Majesté, lui vendit la place , laquelle U* Hoi 
bailla à M. d'Estrées , père de Mme Gabrielle, pour 
garder icelle. » 

Voilà donc le père de Gabrielle d'Estrées nommé par 
Henri IV gardien et gouverneur du château de Pierre- 
fonds. On comprend qu'un pareil contrat ait soulevé 
l'indignation de Henri de Saureulx qui, sortit pour la 
seconde fois de son couvent de Saint Jean des- Vignes 
de Soissons, afin de rendre à h Ligue cette importante 
place-forte. 

« Le iOaoût i595, poursuit notre chroniqueur con- 
temporain, un religieux de Soissons, cousin du défunt 
feu de Rieux (1), voyant que Pierrefonds était au Roi, 
et connaissant le secret d'icelui par intelligence de 
quelques soldats, prit le château et y introduisit les 
Espagnols qui le gardèrent encore pour la Ligue et en 
expulsèrent de la garnison M. d'Estrées que S. M. avait 
commis à la garde d'icelui. Ledit religieux, aussitôt 
que les Espagnols furent jouissant de Pierrefonds, fut 
envoyé par eux (2) au bureau d'Arras pour avoir ré- 
compense, mais en y allant, il fut fait prisonnier des 
gens du Roi auxquels il fut présenté ; et eut telle ré- 
compense que l'avait eu le seigneur de Gomeron, gou- 
verneur de Ham. > « Le i5 dudit mois, M. de Mani- 
quant avec son régiment et plusieurs autres compa- 
gnies de Sa Majesté investirent Pierrefonds aOn que 

(1) Ce religieux de Soissons n'était autre, comme nous venons 
de le dire, que le chanoine sous-prieur de l'ancienne abbaye 
royale de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons que nous voyons 
figurer au premier rang dans les documents tirés de Madrid. 

(2) Les documents espagnols nous disent , au contraire, qu'il 
fut demandé par le duc de Fu(»nlès dès que celui-ci eut connu 
les événements. 



rennemi ne sortit et que autres n'entrassent. » En- 
fin^ après être resté deux mois et dix-neuf jours dans 
les mains de la Ligue et des Espagnols, la forteresse 
de Pierrefonds fut de nouveau cédée au Roî, parles 
possesseurs qui la tenaient de la main de Henri de 
Saulreulx , le ligueur, c Le dimanche 29 octobre 
1595, M. d*Estrées qui était audit siège de Pierrefonds, 
et par le moyen du seigneur de Poncenac ^ gouver- 
neur de Soissons , qui commençait à penser à sa cons- 
cience, ledit château de Pierrefonds lui fut vendu 
moyennant 3,500 écus qui furent délivrés auxdits Es- 
pagnols, en sortant bagues et armes sauves , et con- 
duits en assurance jusqu'à La Fère qui tenait encore 
pour eux. » 

En même temps que Pierrefonds se rendait, Henri de 
S.;urf ulx était prisouDier à Saint-Quentin , où il fut 
questionné , torturé et condamné à mort. C'est de là 
qu'il parvint à s'enfuir la veille de la Toussaint i595 , 
comme on le verra par les dépositions des témoins con- 
tenues dans le premier des documents que nous de- 
vons reprodaire. Après un séjour de cinq années à 
Bruxelles , pendant lequel il fut nommé aumônier ou 
chapelain du roi, il se décida sur les instances réité- 
rées de Philippe III à le suivre à la cour de Madrid. 

Cette présence de Dom Henri de Saureulx à la cour 
de Castille , la plus fière que fut alors en Europe , et 
les fonctions de chapelain qu'il y remplit pendant de 
longues années , suffiraient seules pour établir, non- 
seulement sa noblesse , mais l'importance et l'ancien- 
neté de sa famille , certainement Tune des plus consi- 
dérables de l'Ile-de-France. Mais nous avons, en outre, 
sept dépositions , très-explicites à ce sujet et prove- 
nant de témoins, pris eux-mêmes dans la meilleure et 
la plus ancienne noblesse du pays. 

Ainsi Mathias de la Bruyère atteste que Henri de 



J 



— 275 — 

Saureulx est noble d'ancienne sooche , proche et allie 
de Madame de Rieux (veuve du sieur de Rieux^ com- 
mandant de Marie, de Pierrefonds et de Laon) qui de- 
meure en qualité d'amie avec Madame de Barbanchon. 

Michel (le Hanon , à son tour , déclare que Henry 
de Saureulx est proche parent de Madame de Rieux, 
épouse du gouvereur de Marie. 

Jean Le Sellier dit que Henri de Saureulx est d'une 
illustre, grande et ancienne maison , telle que Ma- 
dame de Rieux, veuve du feu gouverneur de Laon. 

Jacques de Colas, déclare qu'il a connu Henri de 
Saureulx par M. de Rieux, gouverneur de Laon et du 
château de Pierrefonds, avec lequel lui même était lié 
et qui était parent dudit sieur de Saureulx. 

Mathieu de Launoy , prêtre, docteur en théologie, 
chanoine de la Cathédrale de Soissons, etc , etc., dit 
qu'il sait que ledit Henri de Saureulx était parent de 
noble et ancienne famille de France, notamment de 
M. de RÎ9UX, gouverneur de Laon et autres lieux cir- 
convoisins. 

Gaspard Darloys, écuyer, homme noble de France, 
attaché à la personne du Roi d'Espagne, dit que Henri 
de Saureulx tient par sa parenté et alliance à beaucoup 
de seigneurs et dames de nobles et anciennes maisons 
dans le royaume de France, comme feu M. de Rieux, 
gouverneur de Laon , et qu'il servit d'abord sous ledit 
sieur de Rieux pour Indite fin que celui-ci était mort^ 
il retourna à son monastère* 

Enfin, Jacques de Bruneaulieu, homme noble de 
France, qui avait passé dans les provinces de Flandre 
pour le service du Roi catholique , dit aussi que le 
sieur Henri de Saureulx provient de parents nobles, 
d'illustres et anciennes maisons. 

On voit par tous ces témoignages que Henri de San - 
reulx avait lieu de s'enorgueillir de sa parenté avec le 



— Î76 - 
sieor de Rieux, qui de son cAlé, au témoignage de ces 
mêmes contemporains, appartenait à une très-grande 
famille pt n'était nullement ni < le petit commis aux 
vivres , ni le voleur couvert de crimes ■ que nous pré- 
sentent les notes de la Satyre Ménippée. 

Enfin, nous avons pu retrouver aux archives de l'Em- 
pire l'acte de réhabilitation, par Henri IV, de la mé- 
moire dn sieur de Itieux , exécuté à mort pendant les 
troubles civils. (<) 
Cet acte porte en substance : 
< Henry, par la grâce de Dieu, etc. Delà partiede 
dame Hélaine de Sermoise . veufve du feu sieur de 
Kieux, vivant, gouverneur de la ville de l^aon et Pierre- 
fonds, nous a esté exposé que par le traicté et articles 
par nous accordez pour la paix de ce royaume, nous 
avons, entre autres choses, voullu et ordonné que la 
mémoire du dit feu sieur de Rieux, son mary, exécuté 
à mort en la ville de Compiègne, durant les derniers 
troubles, par jugement et sentence donnée pcr nostre 
aimé et féal conseiller et maistre des requestres ordi- 
naires de nostre hostel, le sieur Miron, et autres que 

nous aurions à ce faire commis du jour de 

mil cinq cens quatre-vinglz quatorze , seraîl remise et 
restituée en son honneur, bonne famé et renommée, 
et la confiscation de son bien à nous adjugée, revoc- 
quée et délaissée à la dite suppliante , son héritière 
universelle, * 

On voit que cet acte n'est pas seulement un pardon 
nais une réhabilitation aussi complète que possible, 
'étendant au sieur de Rieux et à toute sa famille, dont 
ienri IV, après la guerre et h pacification du pays, 
le pouvait s'empêcher d'estimer le caractère si étran- 
gement défiguré dans les pamphlets du temps. 
Du reste, les passions politiques ne frappèrent pas 

(1) Bibliot. Imp. FonUn, 339-340. 9060, f*32. 



__J 



— 271 - 

seulement les hommes qui comme ]e sieur de Rieux 
et le chanoine Saureulx avaient cru devoir embrasser 
le parti de la Ligue ; elles s'appesantirent sur la forte- 
resse de Pierrefonds elle-même qui faillit être razée. 
C'est du moins ce qu'atteste une lettre inédite du ma- 
réchal de Schomberg au connétable de Montmorency, 
et dont voici un extrait.. . .« Pierrefonds a au reste com- 
posé et l'entente du Roy est que la place soit razée, Sa 
Majesté fait estât dépasser sonhyver à Compiègne et 

pense même qu'elle ira le premier jour de l'an. 

» De Paris, le 20« novembre 1595. 

» Signé Schomberg.» (1) 

Fort heureusement, Henry IV, ne donna pas suite à 
son dessein, car la place eut encore bien des sièges à 
supporter dans la suite, et ses travaux de défenses 
qui ont pu subsister jusqu'à nos jours, sont mainte- 
nant, comme on le sait, l'objet d'une complète et intelli- 
gente restauration. 

De son côté M. Suin a fait également, dans son 
étude, des nouvelles recherches sur De Savreux et 
communique à la Société des pièces authentiques con- 
cernant sa vie comme religieux 

Ces deux Messieurs , sur l'invitation pressante de 
leurs collègues, s'engagent à continuer leurs travaux 
qui auront pour résultat de lever toutes les obscurités 
qui jusqu'ici ont enveloppé la biographie d'un homme 
qui a joué dans nos troubles religieux un rôle si extra- 
ordinaire. 

La séance est levée à 5 heures. 

Le Président , 
DE Laprairib. 

Le Secrétaire , 

L'abbé Pécheur. 

(1) Nous devons à M. Melleville l'indication de cette pièce. 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE , HISTOIUQUE 

ET SCIENTIFIQUE 

DE 
90UHMIV9. 



DIXIÈME SÉANCE. 
Luodi 9 HoYenbre 1863. 



Présidence de M. de Laprairie. 
Le procès-verbal de la dernière séanceest lu et adopté. 

OUVRAGES OFFERTS ET DÉPOSÉS. 

/o Recueil des Usages locaux dans le déparlement de 
r Aisne; 

i9 Revue des Sociétés savantes. 3* Série, juillet, août et 
septembre ; 

S^ Rapport fa't à V Académie des Inscriptions et RelUs- 
Lettres , au nom de la Commission des Antiquités de la 
France^ par M. Alfred Maury. 4863; 

-/o Itinéraire Gallo Romain dans le département de 
V Aisne ^ par M. Pietie; 

5» Essai historique sur Rozoy sur-Serre 1" vol., par 
M. Martin, correspondant. 

6^ Bulletins du Comice agricole de Saint-Quentin, par 
M. Gomart. ~ Gravures et plans concernant Saint. 
Quentin, Ham , La Fère, Le Câtelet, Bohain. 

33 



— 280 — 

M. Gomart propose un échange des BoUetins delà So- 
ciété contre ceux de la Société d'Agriculture de Saint- 
Quentin. 

La Société adopte cette proposition et vote des remer- 
ciments spéciaux à MVf. Gomart, Piette et Martin pour 
les ouvrages intéressants dont ils veulent bien lui faire 
hommage. 

CORRESPONDANCE. 

M. le Président lit une lettre de M. Jules Thierry» de 
Rouen , en date du 27 août 1863, par laquelle ce savant 
demande des reoseignementssurM. deBeaulieu, ancien 
évéque constitutionnel de Rouen et évéque de Soissons, 
à l'époque du Concordat ; sur sa mort, ses armes, la 
translation de ses cendres à Soissons , etc. La Société 
charge M. Périn de répondre à ces diverses questions. 

COMMUNICATIONS ET TRAVAUX. 

M. WuAFLART communique à la Société une médaille 
d'argent de Charles IX trouvée par M. Létrillard , culti- 
vateur à Monthussart (ancienne Commanderie) , et que 
ce dernier offre pour le Musée. La Compagnie qui ne 
peut qu'encourager la conservation des objets trouvés 
dans les lieux historiques, reçoit ce don avec gratitude. 

M. Choron lit les observations suivantes : 

f Plusieurs fois déjà, il a été question dans nos séances 
de monuments anciens, qui ne se trouvent qu*à quelques 
kilomètres de Soissons et qui pourtant sont restés jus- 
qu'ici à peu près inexplorés, je veux parler des grottes 
de Pasly et du plateau fortifié qui sépare ce même village 
de Pasly de celui de Pommiers. 

• Récemment encore , notre honorable président , 
M. de La Prairie , nous a entretenus à deux reprises 



— 281 — 

différentes (I) de ces antiquités. Il en a donné la des- 
cription sommaire, et s'expliquant sur leur origine, il a 
émis l'opinion que, s'il n*était pas douteux que le pla- 
teau eut servi de campement, on ne pouvait dire, à la 
seule vue des débris de poterie grossière qu'on y trouve, 
à quelle époque, ni par quelles troupes il a été occupé. 
Quant aux grottes , il a exprimé l'opinion bien arrêtée 
que, uniformément creusée dan^ le tuf, présentant à peu 
près les mêmes dimensions et les mêmes divisions , 
c'étaient là les demeures que s'étaient faites dans les 
anciens âges les premiers hommes qui se sont fixés sur 
notre sol. 

c Au moment où M. de La Prairie nous fesait sa der- 
nière coa>munication Je veriais de commencer moi-même 
quelques recherches sur les grottes et sur le camp de 
Pasly. Ne trouvant à cet égard rien ou presque rien 
dans nos historiens anciens et modernes , je me suis 
attaché à connaître quelle était sur ces antiquités la tra- 
dition locale, quels objets y avaient été trouvés. Je me 
suis adressé pour cela à divers habitans de Pasly et de 
Pommiers, entr'autres à M. Vauvillé fils, cultivateur en 
ce dernier village, fermier de M. le conseiller d'Ëtat Qui- 
nette, et dont l'exploitation s'étend sur une partie du 
plateau. Je me hâte de dire que j'ai trouvé dans M. Vau- 
villé un concours aussi intelligent quedévoué. M. Houelle, 
géomètre à Soissons, occupé alors du bornage des terres 
de M. Quinette, s'est de même empressé de mettre ses 
titres et ses pièces à ma disposition et il s'est obligeam- 
ment offert de dresser pour notre Société les plans et les 
dessins dont elle aurait besoin. 

c Ces premières recherches n'ont pas été sans résultat, 
surtout en ce qui regarde le camp. M. de La Prairie 



(1) En 1860 et 1861, v. Bulletin de la Société, tom. 14, p. 176; 
tora. U p. 176; tom. 15, p. 159. 



- 281 - 

n'avait pu signaler sur remplacement de ce camp que la 
présence de débris de poterie ancienne et grossière 
qu'on y trouve en effet nombreux et presqu'à fleur du sol. 
Les renseignemens recueillis ont prouvé qu'il a été aussi 
trouvé sur le même plateau, à des époques plus ou 
moins éloignées , un certain nombre de monnaies gau- 
loises. M. Vauvillé a recherché les pièces de monnaies 
éparses dans diverses mains , et il a pu en réunir six , 
que je mets sous les yeux de la Société. Ce sont trois 
Cricîrus et un Arda ^bronze), une Massilia (argent). La 
sixième, du même module que les trois premières, est 
tout-à-fait fruste. Deux autres monnaies gauloises, que 
je représente également, ont encore été trouvées depuis 
moins d'un an dans l'enceinte du camp. L'une est encore 
un Cricirus ; quant à l'autre , je n'ai pu en reconnaître 
letype (1). De plus, il existe dans l'enceinte du camp des 
puits, dont les ouvertures, bouchées par delarges pierres, 
sont seulement recouvertes de 30 à 40 centimètres de 
terre. Sept m'ont été signalés. Enfin, il parait que dans 
un bois voisin de l'emplacement du camp on a décou- 
vert quelques tombes. D'un autre côté , dans plusieurs 
des grottes, il a été, m'a -t on assuré, trouvé des dé- 
bris de poterie ancienne. A défaut d'autres renseigne- 
mens, j'ai essayé de compter ces grottes , dont beau- 
coup sont dégradées ou comblées et plusieurs presqu'en- 
tièrement détruites. J'estime que le nombre peut en être 
élevé de 75 à 80. L'une d'elles porte quelque empreinte 
de peinture. Mais ce qu'il y a de plus remarquable , 
c'est la trace très-apparente d'un ancien chemin circu- 
lant en avant de ces grottes et leur servant de communica- 
tion et d'accès, lequel, qui prouverait, dans le sens de 



(1) Il a été aussi trouvé, mais eu dehors du plateau , deux 
pièces romaines en bronze, l'une sur le versant du côté de Pom- 
miers, l'autre dans le bas de Pasly. 



— 283 — 

Topinion très accepiable de M. de La Prairie , qu'il y 
eut là, longtemps agglomérée, toute une tribu gauloise. 

c En vous fesant connaître ces renseignemens nou- 
veaux et les monnaies trouvées, je n'entends pas essayer 
aujourd'hui d'en examiner ni discuter la portée. Mon 
but est seulement de montrer , par le résultat de ces 
recherches isolées, ce que pourraient amener des efforts 
collectifs et des moyens plus efficaces. Ne serait-il pas 
possible de faire pour les antiquités , dont il est ques- 
tion, ce qui a eu lieu pour la villa d'Arles? La Société a 
fait exécuter, il y a 14 ans, sur l'emplacement de cette 
villa , des fouilles qui ont pleinement réussi (i). Sans 
oser promettre un succès pareil en ce qui regarde les 
grottes et le camp de Pasly, j'espère que les fouilles 
qui y seraient faites auraient un résultat utile , et je 
propose à la Société d'entreprendre ces fouillas. 

c Une occosion se présente qui rendrait plus facile 
une partie du travail et dont il importerait de profiter. 
M. Vauvillé est à la veille de défricher , par des labours 
profonds , sur l'emplacement du camp, un champ de 
luzerne d'une assez grande étendue. Il suffirait de 
suivre et de surveiller ce défrichement, en fesant effec- 
tuer des fouilles aux endroits où la charrue mettrait à 
nu plus de débris. Là sans doute ne devront pas se borner 
les travaux d'investigation que je propose. 11 y aura en- 
core à explorer les pu ts, le retranchement fait de main 
d'homme élevé du côté nord du plateau et toujours 
subsistant, celles des grottes que les terres ont depuis 
longtemps comblées, quelques terrains et quelques bois 

voisins soit des gfottes , soit du camp Mais tout cela 

ne saurait entraîner de bien grandes dépenses. 

« Je pense donc que la Société voudra bien accueillir 
ma proposition : allouer une somme de 2 ou 300 fr. 

(1) Voir le Bulletin de la Société. Tom. 5 , pag. 36 et suiv. 



— J84 — 

pour Texécution des fouilles et autres travaux d'explo- 
ration que je viens d'indiquer, et nommer une commis- 
sion pour diriger ces travaux. • 

La Compagnie accueille avec empressement la propo- 
sition de M. (boron, fortement appuyée par M. IVrin, 
et décide qu'une somme de ^OO fr. sera destinée aux 
fouilles à entreprendre. En même temps elle nomme 
pour les diriger une commission composée des deux 
honorables membres et de M. de La Prairie son prési- 
dent. 

M. SuiN fait passer sous les yeux de ses collègues des 
actes provenant du couvent de S. Etienne, depuis S. Paul 
de Soissons, et portant des signatures de religieux, de 
religieuses et d'abbesses de ce monastère , qui a été 
successivement occupé par des moines et par des reli- 
gieuses. M. Suin, désirant avoir quelques renseigne- 
ments qui puissent le diriger dans ses rechenhes con- 
cernant S. Etienne, M. le secret) ire promet de lui en 
donner. 

M. Wuàplàrt lit un travail sur les cha*jssées Brunehaut 
qu'il a » en grande partie , extrait de l'introduction à 
VHintoire de la Picardie^ par D. Grenier. Le travail de 
M. Wuaflart est f rt intéressant, mais il ne contient que 
des données générales sur les voies romaines. 

M. Laurenoeau donne sur le cours de la Crise dans 
Soissons quelques renseignements qui devront plus tard 
être complétés pour fixer définitivement la dérivation 
de cette rivière. 

M. l'abbé Pécheur lit le rapport suivant sur un vidimus 
contenant l^ dénombrement des fiefs de Vévêché de Soissons 
au XIV* siècle, c Cevidimtis^ signalé par M. Matton, ar- 
chiviste de l'Aisne, et dont M. Prioux a bien voulu faire 



— M5 — 

faire une copie pour la Société, se trouve aux archives 
de reropire (P. 156. f^ 90. art XXXiX). Il rst de Thibaut 
Jolis bourgeois de Senlis et de Pierre de Creil , clerc , 
garde des sceaux de la baillie de Senlis, et a été fait 
le lundi XI décembre de Tan mil CGC IIII" et XI et cons- 
tate l'état de la pièce originale à viser et à reproduire 
celui du parchemin, des sceaux, de récriture qui furent 
trouvéssains et entiers. CentftmtMContenantlacopiedela 
pièce originale, se compose de 6 feuilles grand in-4o, en 
parchemin, d'une écriture très fine et très difficile à 
lire formant 88 pages de rdie ordinaire. En marge du 
vidimus on remarque les noms des lieux où il y avait 
des fiefs de Tévéché. 

Venons maintenant à la pièce visée, et signalons en 
les côtés intéressants. Elle a été reçue par Jehan Rene- 
lart, procureur du roi au bailliage de Vermandois, com- 
missaire ad hoc, de la main de Pierre Trouiïet procureur 
« du révérend père en Dieu , monseigneur Simon de 

Bucy, évesque de Soissons » qui dit avoir reçu un 
rôle contenant la déclaration c des rentes et revenus tem- 
porels et du domaine de l'Eveschée de Soissons, les fiez, 
et aucuns arrière-fiez tenus du dit éveschée, tant ès- 
bailliage de Vermandois et de Senlis comme ailleurs » 
déclarés au procureur et receveur du roi le 3 juin 1373 
par Simon de Bucy c lequel a fait serment de féauUé au 
Roy... Comme il est accoutumé à faire anciennement par 
ses f)rédécêsseurs évesques de Soissons créés, tant par 
élection corn i e provision de cours de Rome i. Ensuite 
elle constate que pour le service dû au roi, à cet effet, le 
roi « en revenait du Saini-Sacre de Reims soulaii jadis 
prendre un pasi ou giste en Toslel de TEvéchée à 
Septmonts de lez Sâssons i que ce past n'est plus pris, 
ni perçu depuis que le chastel de Pierrefonds qui était 
tenu en foi et hommage de l'évéché a été mis en la main 
du Roi et puis en celle du duc d'Oriéans.Or, Tévéque n« 



— 286 - 

peut avoir hoinine ni dénombrement de ce fief de Pierre- 
fonds quoiqu'il dut à l'évéchée le service de porter 
révesque à sa première entrée à Soissons comme le 
prouve le titre de Tévéché. C'est-à-dire que le Roi a re- 
noncé au past comme i'évéque au service qu'il lui de- 
vait de le porter en sa qualité de seigneur de Pierrefonds. 
En sorte que tout le domaine de Tévéché était tout 
amorti c sous la souveraineté du Roi. t 

Il n'était guère possible de reproduire cette longue 
pièce en entier, mais il pouvait être utile d'en donner 
une analyse succincte. Elle présente en effet des parti- 
cu larités curieuses qu'il sufiira d'indiquer ici , lais- 
sant à ceux qui voudraient l'étudier le soin de les ap- 
précier. On y voit l'ensemble d'un grand domaine épis- 
copal au XIV' siècle avec ses fiefs , ses arrière-fiefs, ses 
innombrables petits revenus, ses divisions parcellaires, 
les diminutions qu'il a éprouvées par suite des guerres, 
des épidémies. On y remarque les noms d'un certain 
nombre de seigneurs du pays. On y voit que déjà les 
roturiers et bourgeois étaient possesseurs de fiefs et ar- 
rière-fiefs; combien le nombre hommes de corps ^ de 
main morte ou de forroariage était restreint, et combien 
peu ils rapportaient; les devoirs des vassaux envers I'é- 
véque et de révéque envers ses vassaux ; enfin des usages 
singuliers concernant son entrée dans sa ville épiscopale. 
Nous ne pousserons pas plus loin cette énumération 
qui ne pourrait suppléer à la lecture du monument lui- 
même. Voici donc en quoi consistait en 1373, le do- 
maine de l'évéché de Soissons tenu alors par Simon de 
Rucy l'un des évéques les plus remarquables qui aient 
occupé ce siège au moyen âge. 

En la ville de Soissons, l'ostel épiscopal avec tout le 
pourpris. En un quartier de la ville appelé la Mairie du 
Quartier, en partie c détruit par le fait des guerres » 
toute la justice haute, moyenne, et basse valant 28 liv. 



— Î87 — 

paris, de rente annuelle. Le verijage en la ville valant 
4liv. paris, derente. Sur«lecomtédeSoissonsi3muids 
de vin blaoc, 4 muids et demi de sel par an , l'aunage 
valant 6 lîv. paris, de rente. L*évéché avait deux fours 
à Soissons, l'un le Four de Panleu, et l'autre le four de 
Youton (Baulon), qui valaient 3 liv. paris, de renie, tous 
deux détruits par les guerres ; un troisième appelé le 
Four l Evéque y2A2iïït 8 liv. paris. Près Soissons deux 
clos de vigne de 24 arpents réduits par la guerre à 9 ar- 
pents environ, lesquels sont chargés« envers l'Eglise de 
Soissons de 4 muids de vin et de sols parisis en dîners 
usagés. > I3n moulin à la porte de Crise qui rapportait, 
avant les guerres, 20 muids de blé et qui, après avoir 
été rebâti par le dit évéque» n'en rapportait plus que 
6, dûs à ;la cathédrale. Sur la ville de Soissons, « quant 
elle était en commune 75 liv. paris. » réduites 
à rien c puisque la dite ville fut rendue au Roy sans com- 
mune I. Seulement, en compensation, l'évéque a les 
droits de main-morte et for-mariage de ses hommes et 
femmes de corps de Soissons < ce qui est chose nulle ou 
petite valeur comme il n'y a à présent que cinq per- 
sonnes taillables. » À Septmonts l'hostel dei'Eveschée, 
avec toute la justice ; deux clos de vignes de 6 arpents 
environ avec un jardin d'un nrpent et demi ; les droits 
de main morte et de for-mariage sur ses hommes et 
femmes de corps, le tiers de ceux qu'y lèvent les autres 
seigneurs « et par la main des gens du dit évéque. i 
Sur les hôtes et ses hommes de Septmonts il peut lever 
en certains termes 61 liv. paris, de taille , morte-main 
et for mariage. « Sur chaque manoir (maison) de la dite 
ville de Septmonts auquel on fait feu » 2 esseins d'avoine 
et deux corvées par an produisant environ deux muids; 
un muid d'avoine pour menues dîmes. Le moulin de 
Septmonts et un pré de 12 esseins rapportant 4 muids 
et 6 esseins de blé ; trois petits viviers au-dessus du 



moalin avec jardins attenants, trois prés d'une conte-* 
nance de 8 muids et demi , 3 arpents de bois près dn 
mont de Buzancy avec deux viviers au - dessous ; 
La Doiennée comprenant Injustice laye (laïque) avec vie- 
nues dîmes, ventes, rouages, amendes^ le four de Sepl- 
monts et c autres menues choses » tant à Septmontsqu'â 
Noyant, Rosières Buzancy, Ecuiry , Visigneux , le tout 
valant environ 16 liv. paris. Les vinages pleine rap- 
portant S6 muids de vin, les vinages tvis (peu intelli- 
gible) qui peuvent monter à 68 muids valant 6 muids 
d*avoine environ, 50 poules vives et il poules mortes va- 
lant 4 liv. paris. 24 s. de menus cens. La maison de la 
Carrière (ferme) avec ses terres et dimes rapportant 
60 muids de grains, le tiers en avoine , le reste en blé. 
Une garenne au terroir de Septmonts, une grange à Ro- 
sières pour serrer les dimes valant environ par an 7 
muids et demi de grains , moitié blé , moitié avoine. 
— A Noyant la maison dite la Mairie du Val à laquelle 
appartiennent des vinages, terrages , corvées , poules, 
avoines, un pré, un four, les amendes, rouages, dîmes 
etc. , le tout rapportant 24 liv. — A Belleu , Févéque a 
toute justice avec une mairie de laquelle dépendent des 
vinages , la taille des hommes et femmes de corps et 
hôtes dudit évéque y demeurant ; le four (banal) des 
maisons, dîmes etc. rapportant 70 liv. tourn. — Sur 
chaque manoir ou feu 2 esseins d'avoine , le tout rap. 
portant 2 muids. — Les chemins depuis la rue « des- 
soubz Saincte-Geneviève » jusqu*au Touchet sous Yi- 
gnolles et jusqu'aux murs de S. Lidre (S Lazare , la 
maladrerie) avec un droit sur chaque charrette chemi- 
nant jusqu'au moulin de Crèvecœur et jusqu'au pont 
Girumne avec la justice dans ces limites et en la ri- 
vière, • tant comme on peut avaindre de la main. « — 
A Belleu , une maison avec pourpris , deux prés et la 
garenne sur tout le terroir, des cens vinages, terrages 



— 189 — 

valant 42 Ht. paris, dont 10 pour la cathédrale. — A 
Caffies, la justice et garenne, une mairie rapportant 
des vinages^ poules, avoine, amendes, dîmes, corvées ; 
un pressoir valant par an iOO liv. tourn. ; une maison et 
pourpris avec 17 muids de terre arable, un pré,corvées, 
dimes etc., rapportant i2 muids de grains , deux tiers 
blé et un tiers avoine. — A Pasly , dimes valant 60 s. 
de rente. — A Clamecy, 6 liv. tourn. de taille sur les 
hommes de l'évécbé. — A Cuisy et ses dépendances , 
c'est-à-dire à Tartiers^ Milly (1), FouqueroUes (2), Wéza- 
ponin, Courtil, Osly, Villers « de lez Olie j toute justice 
sur ce qui est tenu de l'évéché ; une mairie dite de 
Cuisy , avec dépendances en avoine, chapon, vinages , 
•cens, prés , blé , dime de grains, de bétes, d'oiseaux, 
de lin, de chanvre , offrandes , rouages etc , valant 4À 
liv. tourn. — A S. Christophe, Vic-sur-Aisne, la justice 
entière et seigneurie, une mairie à laquelle appendent 
des vinages, gélines (de gallina, poule), hostises, cens, 
rentes, dimes et valant en argent 4 liv. paris, de rente 
et en grains 7 muids, dont 2 et demi dus au curé de 
Berny (Rivière). — Au Mont Notre-Dame , toute la 
justice avec une prévoté laïque rapportant 10 liv paris, 
et 40 s. de droit de forage ; 5 s. de taille par maison 
formant 40 s. parisis de rente annuelle ; 12 liv. tourn. 
sur la vente du vin réduites à rien aujourd'hui. Le four 
(banal) rapportant 50 s. ; une maison près de l'église 
avec jardin et pourpris inhabitée ; dans la vallée une 
ferme avec 4 muids de terre et des prés pouvant rap- 
porter avec les dépendances du Mont-Notre-Dame, c'est- 
1 dire, Bazoches, Vauxséré, Perles, Dravegny, 8 muids 
de blé et 4 d'avoine — Cuiry, dont la mairie vaut 28 
s. ; mais Tévéque doit retenir (réparer ?) l'église du 

(1) Le village de Milly est détruit ; on en voit encore des restes 
dans le vallon deTartiers qui n'en était autrefois qu'un hameau. 

(2) Moulin auprès des ruines de Milly. 



— 290 — 

Hont-Notre-Dame, lui livrer les luminaires, cordes, 
ce qui absorbe les rentes du lieu et de ses dépendances. 
De plus M. de Cauny , seigneur de Quincy , a la justice 
et seigneurie depuis midi de la veille de la Nativité de 
la Ste-Vierge jusqu'au lendemain midi « lesquelles 
rentes et revenues sont chargées de plusieurs autres 
frais et mises inévitables , lesquelles ne sont pas cy 
dessus ecclaircies pour cause de brièveté.! 

FIEFS TENUS DE L'ÉVÈCHÉ DE SOISSOiNS. 

!• FIEF DE ROMÉNY (près Charly). 

Ce fief, d'après un dénombrement fourni par Marie de 
Coucy dame de Romeny, à Simon de Bucy, le 22 avril 
4363, se compose : d'une maison à Romeny, avec le 
pourpris et les fossés , des bois de Romeny , de 
VI" XV arpents, du bois de Genrois, de 26 arpents , 
du bois de Montmirail, près Charly, de 24 arpents, des 
bois dellergne de Xlll" arpents en grurie, dont 28 à elle; 
de 10 arpents au bois de Lence, en grurie, de 6 ar- 
pentsauboisde1aP^/i(^-£7<(e; de la garenne de Romeny, 
valant 6 liv. de rente , de 9 arpents de vignes, de deux 
tonneaux de vin de vinage ,du roage et forage valant 
iO s., de la taille de Romeny, valant 30 liv., des chevages 
de Romeny , valant 20 den. , de 17 setiers de blé de 
coutumes , de 28 setiers d'avoine des hostises, de 46 
arpents de prés, de 25 s. de menus cens « portant loz et 
ventes », des mains-mortes et formariages des hommes 
et femmes de corps, de toute la justice de Romeny et de 
la rivière de Marne , depuis Chézy jusqu'au bac de 
Charly, valant 7 liv. par an. 

Marie de Coucy avait droit de prendre à Moncherel , 
1 6 setiers d'avoine de coutumes, trois setiers de grains de 
terrage , 16 poules de coutumes, 10 s. 8 den. de cens 
avec la justice du village h. m. et b., et la bonne{horne1) 



de Clamery (Clamecy ?). De plus , comme panetière de 
révéque et pour droit de panneterie, toutes les nappes, 
doublions et iouaille» sur lesquels on mange et dont on 
se sert le jour de son entrée à Soissons et de sa fête 

A regard de Marie de Goucy sont tenus en foy et hom- 
mage, à cause de la terre de Romeny, Messire Thibaut 
de Romeny, chevalier , pour 54 livrées de terre (i); 
les moliers de Nogent-l'Ârtauld pour 30 livrées de terre, 
lesquels en effet firent hommage à messire Jehan de 
Guies, seigneur de Romeny, vers 1318 ; Jehan de Cou- 
flans, sire de Vieux-Maisons , pour un fief de 20 soldées 
de terre \2) ; sur lesquels revenus il faut donner au 
Prieur de La Ferté-Âucoul 100 s. tournois. 

2* FIEF DE BAZOGHES. 

Ce fief, d'après le dénombrement fourni le l®' mars 
1373 par Jehan, vidame de Châlons, écuyer, sire de Ba- 
zoches, qui le tient à foi et hommage de l'évéque, se 
compose c en la ville et terroire, en la châtellenie et dé- 
pendances de Bazoches > du Grand-Pré de 45 arpents 
dont on amène Therbe au château , de 5 arpents de 
pré lieudit en Wadry ^ de 5 perches de prés lieudit en 
Mortemer , d'un arpent de prés au* Grand-Vivier , de 
4 arpents et demi de pré en Landry , de 3 esseins 
de prés c amoînssonés aux hoirs de Thomas de Lan- 
gres > à perpétuité pour 10 pichets d'avoine « du bois 
de Chasnoy de IX^' arpents de 5 arpents de bois à la 
Rozîèrej d'un petit buis en Gauvain , de trois pichets 
d'avoine le rente , d'un demi-arpent pré et bois valant 
6 esseins d'avoine de rente, d'un petit bois et courlillet 
(3; au Basinet valant 4 s. de rente, de 5 arpents de bois 

(1) Terre rapportant 54 livres. 

(2) Terre rapportant 20 sous. 

(3) Petit courtil, petit jardin, jardinet. 



- t92 - 

à la Rozière t dessas la Yielz-Chaucée t , d'an d^mî- 
arpent de bois près da moulin de S. Thibaut , de 8 ar- 
pents de bois au Musomeul , d'un arpent au Beauvoir , 
de 5 arpents de vignes à la Grand'Vingne (vigne) , et de 
9 pichets de vigne au Larriê, de 28 muids de vin de vi- 
nage réduits à la moitié, de menus cens valant 6 liv., de 
20 s. de rente sur la porte Pierre le-Mùine^ de 75 s. 
de taille sur les hommes et femmes dudit vidame et de 
Bazoches et S. Thibaut, de 57 sols 6 den. t. sur le cha- 
pitre du Mont-Notre-Dame, de 10 liv.sur Longpont, de 
40 s. t, sur les religieux de Chartreuve, sur le chapelain 
de r(i«/Wfen> de Bazoches 6 liv. t.,surréglise de S Pierre 
de Bazoches, pour une torche, 20 s. t. Le péage et le 
tonlieude Bazoches , Luys, le Mont-Saint -Martin, Lon- 
gueval, valant 40 liv. par an ; la chaussée de Bazoches 
valant 60s. ; 15 setiers d'avoine à la S. Martin, réduits 
« depuis la mortalité > à 5 setiers d'avoine le dimanche 
après la S. Martin, et à la S. Denis iO setiers de blé et 
avoine, réduits à la moitié; sur chaque feu à Bazoches 
une poule, ce qui fait par an environ 60 poules ; le 
moulin c de lez-le-Chastel de Bazoches • rapportant 
8 muids et demi, mesure de Bazoches, et devant A muids 
de rente au chapelain de Villesavoy , à celui de l'os- 
tellerie de Bazoches 2 muids et aux religieux de Val- 
Chrétien 1 muid , avec le droit pour le vidame et le 
château d'y moudre franchement ; la rivière de Vesle et 
la pèche valant 20 liv.; le moulin Baquet , actuellement 
fondu , et un étang au-dessus de 20 arpents ainsi que la 
moitié d'un autre étang au dessus du premier, valant 
iO arpents ; la garenne aux terroirs de Bazoches et de 
S. Thibaut, 3 setiers d^avoine sur une maison c desseur 
la fontaine > , 3 esseins d'avoine sur un courtil rue 
des Sueins; 2 setiers sur des terres en la Garenne tenue 
par Robin Mados^un essein sur 3 pichets de terre en la 
Garenne, tenue par Guillaume de la Chancre; 40 poules 



— «98 — 

d« rente à la mi-mars» une masure devant la Maiion des 
MidfUê , tenant à Marote de la Halle » valant i setier 
d'avoine de rente , 18 den. de rente sur un courtil 
devant la maison de la Brode ; 40 pichets d'avoine à la 
mi-mars » une masure et un courtil qui fut à Jean de 
Châlons d'une rente de 20 s. ; 18 liv. de cens t portant 
ventes et vestures > à la S. Remy (1). Un courtilUtWen' 
dit Chante-Reine , qui fut à Aublet le pécheur , de 2 s. 
de rente avec une masure qui est ane (brûlée) ; 2 mai- 
sonnettes venant d'Estraien de la Perlue , de 10 s. de 
rente ; 3 mines d'avoine sur la maison qui fut à la De- 
nette et qui est tenue à vie par H-Aleniei de 15 s de 
rente; 5 poules de rente, 2 s. paris, de cens sur 3 
boisseaux et demi de courtil tenus par les Hoirs de 
Thomas de Langres,avec une maison et vigne atte- 
nante valant iOO s. de rente ; la justice basse et 
moyenne de Bazoches et son terroir , les for-mariages 
des hommes du vidame à Bazoches et les morte-mains 
de ceux de S. Thibaut ; — à Chastellon-DessoubZ' U' 
Mont 32 s. paris, de cens , un four banal valant par an 
40 s., une maisonnette valant 6 s., c 2 hommes de 
corps taillables haults et bas » , valant par an 20 s., 
une rente de blé de 3 pichets ; la seigneurie haute 
moyenne et basse d'une rue de Bazoches , composée 
d'environ iO hostises ; à Luys, une grangette , un petit 
courtil valant par an 20 s. ; le vicomte de Luys , la 
haute justice en la lerre des Fauconniers ^ près Vaux; 
le pressoir, deux prés valant 100 s. La taille des hommes 
et femmes de corps de Luys c taillables hault et bas, en 
morte-mains et for -mariages, de meubles et héri- 
tages valant, ceux-ci, iO liv.; à Paars, la taille comme à 
Luys ; à Vaucheutain (Vaussetin) 4 setiers d'avoine , 40 
deniers de cens portant c ventes et vestures >^ 7 setiers 

(1) Droit d'investiture. 



— 294 — 

et une mine de granilUs^ blé et af oine t sur des terres 
quand elles portent; la moitié du rouage et de la justice 
▼alant 3 Hv. ; — à Longueval , à VilIers-en-Prayères , 
40 s. de vinage et 30 setiers de blé du four de Lon- 
gueval; — au terroir de Longueval , 16 setiers de terres 
c que bonnes que mauvaises >, un pré avec un courtil 
d'un essein» i2 setiers de blé et avoine, 4 muidsde vin 
de vinage , muid de Soissons, à Villers, et 27 den. de 
cens, le tiers du terrage de 2 setiers de terre ; — à 
Blanzy, plusieurs c hommes et femmes de corps tall- 
lables hault et bas en main-mortes et for-mariage » de 
meubles et héritages valant 10 liv. de rente ; — à 
Tannières, 21 den. de cens , 1 setier de vin de vinage, 
5 rez d'avoine, i poules et demie avec la justice fon- 
cière des lieux, l'avoine due au Prieur de S. Thibault, 
le tout 10 s. 

Sont tenus au fief c dudit vidame pour cause du 
chastel > de Bazoehes et en arrière-fiefs de l'évéque : 
1^ par messire Henri de Saint-Leu, un fief à Villesavoie, à 
Barbon val valant par an 200 livrées de terre ; — 2<» par 
messire Aubert de Coucy, du chef de sa femme, un fief à 
Longueval de 100 livrées de terre ; — 3^^ par messire 
Jacques, de Saulx , et par Guiot de Cramailles , les vil« 
lages de Saponay , Targy-Poly ? valant 300 livrées de 
terre ; — 4« par messire Li Borgnes, de Cramailles, à 
Tannières» 60 livrées de terre,— par Jehan, de Cramailles, 
une partie delà Forte Maison de Cuiry, et 60 livrées de 
terres; — 5® par Pierre Lemoine, de Margival à Saponay 
et à Bazocbes-Cuiry, 24 livrées de terre, dont 40 sol- 
dées , par les hoirs ; — 6® par Regnauldin , de Vierzy , 
écuyer, à' Bazoehes , 9 livrées de terre, — 7 par Gode- 
froy de Matz , à Bazoehes , 100 soldées de terre ; — 
H^ par Henri le Damoisel , à Bazoehes , 100 soldées; — 
go par Hurtaut, de Coucy , à Haourges? 20 livrées de 
terre ; — 10« par li hoir Jehan de Versengin • à Pinson 



— 295 — 

et à Longueval, 8 livrées de terres ; — il' par les hoirs 
de Foucarty d'Armentières, à Bazoches, 4 livréesde terre; 

— 12° par Jehan deLoitiers (Lonastres), écuyer, un fief 
es fours de Poney » , valant iOO soldées de terre; — 
par li hoir de Virly, A livrées de terre ; — par Laurence, 
d'Armentières, un fief àBazoches, de 40 soldées déterre; 

— par Adam Morel, 8 livrées ; — par Jehan le Faucon- 
nier et Régnant d'Aubon à Luys , 40 livrées ; — par 
Robert, de Clermont à Villers-Hélon, 30 livrées; — par 
les hoirs de madame d'Alemans a Villers-Hélon , 30 li- 
vrées ; — par Girard du Marais à Civry et à Bazoehes, 
40 livrées, — par li hoirs , de messire Pierre , de Cra- 
mailles à Saponay, 12 livrées ; — par les hoirs de Mar- 
quet de Lespant à Neuville , un-fief valant par an 20 li- 
vrées de terre ; 20 autres tenues par le Grand Poumon, 
de La Neuville à Goussencourt et à La Neuville ; un fief 
tenu par Jehan de Conilans, à La Neuville, valant 8 li- 
vrées ; un autre tenu par damoiselle Suzanne de Neuf- 
ville, un fief valant 8 livrées, un pré tenu par les hoirs 
de Jehan , de Villiers à Villery , valant 75 soldées de; 
terre ; un fief tenu par les hoirs Baudon-Soiron^ à Neu- 
ville et 'i Goussencourt, valant 40 soldées ; un autre à 
Pazoches, tenu par Jehan de Conflans, seigneur de 
Vieux-Maison, du chef de sa femme, valant par an 20 
livrées de terre; un autre à Tugny-sur-Orne ? tenu par 
messire Pierre d'Anglur»\ valant 30 livrées de terre; un 
auire tenu par messire Gérard, deChalons, chevalier, à 
CuTy, valanî 20 livrées de terre par an. 

3') FIEF DE CHÉRISY (KI^RIST) ET DE 

CàMBLIN .camely). 

Ce fief tenu par messire Jehan Evrard de Montmo- 
rency, chevalier, sires de Kierisy et de Biaumentel, com- 
pr nuit, d'après son dénombremcjil et sa déclaration 
du 8 novembre 1363 : un manoir à Kiersy, selon qu'il se 

23 



— 896 — 

comporte c entre les fossez et mars qui sont entour, » 
e&cepté c la toar de grez qui siet entre les maisons 
dudit manoir par devers la rivière d'Oise > (1), tout le 
village de Kiersy, excepté ce qui s'étend entre le Pont 
de Clerc et le pont de Nenfmois, avec la justice et sei- 
gneurie, jusqu'au rû du Moulin des Pourchiaux et sur 
tout le terroir du côté de Camelin et jusque par-delà la 
Haiche pendue ^ au-delà du chemin ; 18 faux (fauchées) 
et demi de pré , 8 muids et iO esseins de terre , 9 liv. 
15 s. 6 den. de cens ; les cens de l'eau? d'environ 28 
s. deux nefz d'eau, les cens des illianx (Ilots) de 3 s. li 
den. à Noël 24 et 19 chapons, 8 s. 9 den. de cens, 
les bans, pontenages , tonnelieux , roages valant iO liv.; 
sur chaque hostise c une corvée de bras quand on la veult 
prendre •, une corvée de chevaux pour chaque cheval ; 
la justice de Teau c mouvant de Neuffosse t jusqu'au- 
près de la corde du bac de Brétigny ; la vigne sise au 
Chastektj toutes sortes Amarres pour eaux ; les ierrages 
jusqu'au rù des Pourchiaulx, valant 10 muids de grains 
par an ; le moulin des Pourchiaulx qui est le moulin 
banal de tout Kiersy et drs Ponthiaux , avec le vivier 
et les prés près du Moulin ; à Pilly (Âpilly ?) Dancourt , 
Marest, Waripont, Montescourt, Trépilly (Crépigny?), 
Caillouel , Manicamp , Longcamp (Longchamp)^ un pain 
par ménage à Noël , à cause des ponts de Kiersy et • le 
va-on guerre > moyennant la franchise du passage ; à 
Brétigny, un tournois par feu , et par cheval un pansy^ 
4 deniers, une obole et un pain sur la maison de Long- 
camp ; 1 pain par feu, et, s'il y a des chevaux, une obole 
et un pain ; à Kiersy, 1 pain sur chaque feu t excepté 
ceulx qui gardent les prisonniers et ceux qui maioent 
(demeurent, manent) entre les ponts; sur chaque hos- 
tise une fouace à Noël valant un menault de blé (mi- 

(1) Cette tour doit ôtre la tour Roland dont od voit encore la 
base. 



— 197 — 

not?) les trois ; au même lieu, 104 esseins, 40 verges de 
bois , XIIP* esseins aux Chesnea et 67 à Wideville ; les 
forfaitures, ventes et exploits; à Camelin, toute la jus- 
tice et seigneurie, hors sur \e Molinet et le vivier qui 
y est joint; 7 liv. 48 s. de cens à la S. Jean , 47 muids 
d'avoine à la S.Denis, réduits à 13; à Noël XVI'S 
chapons et 5 gelines , 74 fouaces chaque fouace va- 
lant un quartier de fleur (de farine?) le tout réduit main- 
tenant à Wl\** chapons et à 60 fouaces et sur les chapons 
le 7» est dû aux Bochetes de Camelin ; an mois de mars 
16 liv. 5 s. de taille, et 16 s. de ceos sur la maison La- 
po9tok y réduits maintenant à 12 liv.; pour les bans 8 
1 V. et 16 liv. de terrages; les ventes, exploits, for- 
faitures, amendes de justice ; le moulin du Dos (bois) 
valant 3 muids de blé , lorsqu'il n'était pas détruit ; le 
vivier et les saulx près de la place où il élait; 19setiers 
de vinage; de vin rouge là où Rocheret ne prend pas le 
8®, 3 muids et 10 setiersde vinage de vin blanc, aujour- 
d'hui diminués par la destruction de plusieurs vignes ; 
une masure à Camelin ; une poule par hostel (maison) et 
27 arpents, 4 esseins de bois; au bois Tresselot, 26 ar- 
pents 6 esseins ; le rouage valant 12 den. Sur la maison 
PapeilloUy 8 den. de suscens. 

Ceux qui tiennent à hommage du fief de Tévéque à 
Camelin, sont les seigneurs de Camelin , de Brétigny , 
Jehan de Grote , Bocheret de Camelin , le seigneur de 
Basencin (Buzancy), le Borgne de Bincecourt, Guillaume 
de Fourllay, Picard de Caulaincourt, Esquier de Bellen- 
court, Jehan Pouillet, Hutin de Grachy, Jehan du Ples- 
sier, Jehan de Compiègne^ la vicomtesse de Breteuil, le 
seigneur de Bouchère , la veuve de messire Mahieux 
du Mesnil, Jehan Escarcel, Henri de Berny, Robert de 
Wanpont , les hoirs de Jehan de Carmes , Adrien Cha- 
pelain , qui tiennent environ UIIX" et XII livrées du 
seigneur de Kiersy. 



— 298 — 

Sur les héritages de Kiersy et de Camelin , il fallait 
payer les rentes suivantes : à l'abbesse de S.'Jean-ou- 
Bos (au B >is) (1), 2i esseins de blé ; à l'abbé de S. Eloy- 
Fontaine (2; uu muid d'avoine; au chapelain du châteaa 
de Kiersy (3), 60 s. d(> cens ; à l'abbesse de La Joie 
(4f), 7 s. de cens ; à Jehan Bocheret , 7 s. t.; au cha- 
pelain de Kiersy, sur 1rs terrages de Camelin, 41 setîers 
de blé , 10 d'avoine et 10 chapons sur le village de Ca- 
melin ; aux hoirs de Louis Bocheret, un muid de blé ; 
au Si'igneur de Drétigny, 8 esseins de blé; à Esquier de 
Blérencourt , 4 seiiers de blé ; à Jehan Escarcel , un 
muid de blé; aux malades de Blérencourt, 3 setîers 
de blé ; au curé de Camelin, 1 setier de blé ; à Bocheret, 
sur ces héritages, les culages^ le wirfeuses de foin et le 
haston (auton) , h condition de livrer une grange et 
trencheur, 

4<* MAISON DE PERROT MAIRESSE, TENUE EN FIEF 
DE L'ÉVÉQUE de SOISSONS. 

Ce fief, tenu par Pierre (Perrot ou Pierrot), Mairesse 
c es villesdeSoissonsetdeBclleu. > comprenait,d*après 
le dénombrement fourni par lui le lundi d'après 
la S. Martin 1363, toute li maison < assise en la 
ville de Soissons de lez Tostellerie S. Gervais » oci-u- 
pée par Jehan Quignon avec d'autres maisonnettes atte- 
nantes ; 14 muids de vinages et les gélines qui y appar- 
tiennent sur plusieurs pièces de terre ; 16 deniers 
nérets (ou noirtts) d^s cens, droits de ventes sur les hé- 
ritages devant le vinage et les cecs en question ; un 
mofle (une meule) (5) pris sur le pré de Vierge (Vierzy?) 

(1) Cette abbaye était située dans la forôt de Gompiègne. 

(2) Près de Chaany. 

(5) Dans ce château il y avait une chapelle de S. Firmin. 

(4) Près de Berne uil (Attichy). 

(5) Cette expression est encore usitée à Oulchy. 



— 299 — 

appartenant à Tévéque; un setier de vin , un pain , une 
chandelle due par lui aux Brandons c en sa maison à 
Soissuns ' et généralement le fief tel que le tenait Adrien 
Lisiart avant Mairesse. 

5<* FIBF DE LA CARRIÈRE DE VIERZY. 

Ce fief, tenu par messire Colas de Colligis, chevalier, 
à cause de sa femme Jehrmne c de la Quarrière de 
Vier7.y », à foy et hommage de Tévéque de Soisson^ , 
comprena t , d'après son dénombrement d«j 22 sep- 
tembre 1363 : la maison de la Quarrière de Vierzy, tout 
le clos el p )urpris ; la maison qui fut à Fourain de 
Vierzy; plusieurs pièces de terre valant 9 muids et 12 
setiers de grain de rente; 6 muids de grain de ter- 
rage ; 8 s. de cens portant lotzei ventes; 50 s. de taille ; 
40 corvées de bras par an valant 12 s. p.; les deux 
tiers du terrage de 6 esseins de terre valant , par an, 
2 esseins de blé ; les hommes et femmes de corps dé- 
pendant de la Carrière, demeurant à Vierzy , valant par 
an 10 s. p ; 4 arpents de pré qui sont < de deux herbes» 
(1) valant 32 s.; le pain dit de bos^ valant 2 s. 6 den. p , 
les deux tiers de la moitié du four banal de Vierzy, 
valant 24 s. p. ; 45 arpenfs de bois sur Vierzy, valant 
Tarpent par an 4 s. p. ; 2 s. de rente appelée les Vi- 
nages; VI" et XII setieis de vinage près Noyan ; 18 den. 
pour terre ( t terrage à Thau ; les for-mariages, rouages, 
lecouste,le coussin c la semonce de venir au mai les 
prisonniers garder >, valant 6 s. p.; les deux tiers de 
toute la justice de Vierzy h. m. b., valant 40 s. p. 

Un autre fief que Philipes Sobers dit le Priés , de 
Soissons, tient de Colas de Colligis à Mincy (Micy) au- 
Bois et en arrière fief de Tévêque , valant 6 s. p. de 
rente. 

1) Produisant du foin et du regain. 



— 800 — 

O*" FIEF DE CHARLY ET DE SAOGHERT. 

Ce fiefy tenu par messîre Aubers de Coucy, chevalier, 
comprenait, d'après son dénombrement du 8 août 1363: 
une rente dite la tarlre de Charly , due en septembre, 
montant à i05 s., nuds c moult décheue tant pour la 
mortalité^ comme par le fait de guerres • ; la taille de la 
Rue Danoise de 6 s. de rente avec le ressort de cette 
rue de 4 s. ; sur les fouaces dues à Pâques, 43 s ; les 
vinages de Charly, 37 s. 4 den. mal payés; la taille de 
la Saint- André, de iO liv ; en la Rue Hardie, 4 tonneaux 
de vin rouge déchus au tiers; à la S. Martin, 30 gélines 
de coutumes et 6 pichets de noix réduits au quart; à 
la S. Denis, 6 gélines mal payées ; à Noël , 6 muids 
d'avoine, i2 pains de 6 den. et i den. avec chaque pain ; 
à Noél , 6 muids d avoine , mesure de Charly , • moutt 
déchus » et 6 setiers en la Rue Danoise^ et 4 setiers c ès- 
hostises», — à Sauchery, en septembre, 30 s. de cens. 

7« FIEF POSSÉDÉ PAR DENISE DU PRESSOIR DANS LA VILLE 

DE CUFFIES. 

Ce fief, d'après le dénombrement fourni par Denise 
Du Pressoir le jour de la Pentecôte 1366, avait été tenu 
jadis par messire Jehan de Neufville , chevalier , com- 
prenait : une maison à Cuffies avec vigne et jardin telle 
que la possédait messire Gérard de Résigny, chevalier ; 
i iO esseins de terres à Cuffies ; en ta vallée de Soissons, 
vers le pressoir de Val Raoul (1) et jusque vers S. Mé' 
dard les terrages de 108 esseins de terre, comptant 
^ gerbes devant être amenées à ladite maison ; les 
terrages de 17 esseins de terre; sur diverses kosiiseSj 
10 esseins et demi d'avoine et 8 poules; sur des terres 
de la montagne de Lory (Leury), 9 esseins de grains ; 

(1) Par corruption, Vauxrot. 



— 301 — 

sur 9 esseins de terre à Cuffies, 9 esseins; 9 muids de 
vinage avec gélines ; le rouage de la maison et sur 
tous les lieux sus-nommés toute la justice , lots et 
ventes; — A muids de vinages sur des héritages à Pâlie 
(Pasly) avec gélines tenus par Jehan le Bourcier; un 
setier de vin, un pain blanc et une chandelle de cire le 
jour des Brandons • pris en Tostel dudit révérend Père 
à Soissons • — Un autre fief, tenu de lui par Jean le 
Bourcier, à Vaurezis, valant 40 soldées de terre. 

8» AUTRE FIEF A CUFFIES. 

Ce fief , tenu alors par Jehan d'Outre-le-Rû , demeu- 
rant à Clamecy , du chef de sa femme, Sézille, veuve 
de feu Guillaume Bongare de Cuffies , d'aprèà son dé- 
nombrement du 13 juin 1376, comprenait : une maison 
et jardin tenant à la maison du curé et à Thierry-Savary 
de Millencourt (commune de Chavigny) d'autre part , 
lesquels appartenaient jadis à M. Jehan de Neufville, 
chevalier; un lot de vin, le quart d'un denier néret et le 
quart d'une chandelle d'un néret pris chaque année 
en Voêtel de l'évéque à Soissons. 

90 AUTRE FIEF A CUFFIES. 

Ce fief, tenu alors par messire Gérard de Résigny , 
chevalier , comprenait, d'après son dénombrement du 
12 juin 1364 : sa maison de Cuffies avec jardin et 2 ar- 
pents de vignes attenants , et touchant au lieu qui 
appartient à messire Jehan de Neufville ; 8 setiers de 
vignes tenant à Simon Bataille; 4 esseins de pré, lien- 
dit en Emnecij ; 6 esseins au lieudit le Champ aux 
Chesnes ; un vivier d'un pichet, tenant au pré de l'évéque; 
2 setiers de prés c deseur Haudon i> , 4 esseins de terre 
à la Braière tenant au champ de l'évéque ; 4 esseins 
de terre au Mont de Pâlie , tenant aux terres dudit 



— 808 — 

seigneur évéque ; sur certains héritages» 42 s. de cens 
• portant gains et ventes » ; un i arpent de vinage et 
les gélines mortes > ; « pour cause de la maréchaucie, 
le cheval sur quoy messire Tévéque vient premier à 
Soissons à feste et solennité et tous les droits qui 
appartiennent à la maréchancie » avec toute la justice. 
— Un fief qui fut tenu par Gilles de Septmonts et qu'il 
tient encore « pour deffaut de homme >, comprenant, 
à Belleu un terrage valant, avant les guerres, 26 esseins 
de grains réduit à peu de choses ; à Soissons c en la 
rue que on dit devant les Cordeliers et en la rue de 
Panleu et sur quelques terres aux champs, 46 s. de me- 
nus sens « portant wans et ventes. > --^ Un second fief, 
tenu de lui par Philippe Massi, cellier, comprenant une 
maison à Cuffies, tenant à Henri du Bac et au four (banal); 
un muid et demi de vinage et « les gélines qui y sont 
mortes » ; trois pichets de terre tenant au pré de 
révéque. — Un troisième fief, tenu de lui par messire 
Guillaume de Roncherolles , comprenant 4 muids et 
demi de vinage, terroir de Cuffies, et c les gélines qui 
y sont mortes > ; 21 s. de cens; à Cuffies, sur certains 
ménages , 8 esseins d'avoine et 30 s. de surcens ; 
à Crouy et Clamecy , 2 muids de vin^tge et 3 poules ; 
3 s. de menus cens , 20 esseins de grains en terrage. 

iO* FIEF SÉANT A CROUV. 

Ce fief, tenu par maître Raoul de Yauxaillon» conseiller 
duroi, selon le dénombrement fourni par lui au mois de 
février 1372, comprenait, ^ Crouy, en la mairie dite le 
Biau'Fûy 8 s. de cens, 10 esseins d'avoine et c 8 poules 
vives surhostises > ; 3 muids de vinage et les gélines, le 
reste étant maintenant en savârt; au terroir de Crouy 
sur 5 muids de terre, le (errage ; à Buey, 8 s. de cens, 
6 esseins d'avoine et 6 poules sur hosiises; un muid de 
vinage et les poules , le surplus maintenant en savart ; 



— 303 — 

sur le tout les wans et ventes et amendes» la justice et 
seigneurie foncière. 

ilo FIEF SÉANT À BELLEU. 

Ce fief, tenu par Jehan Saunier, clerc, fils de Béren- 
gier Saunier de Belleu , d'après son dénombrement du 
samedi d'après la fête de S.Hartin d*hiver, Tan 1364 , 
comprenait : 12 muids , il setiers et le tiers d'un se- 
tier et demi lot de vinage à Belleu ; 6 den. de cens. 

i^ FIEF DE GU18T. 

Ce fief, tenu par Simon Escarol^ d'après son dénom- 
brement du ii juin i376, comprenait : un setier de yio, 
un pain et une chandelle de cire d'un denier noiret , 
pris chaque année en Vhoêtel de l'évéque à Soissons, 
le jour des Brandons ; 40 setiers de vin pris sur les 
rentes de l'évéque à Cuisy; — i Cutry, un fief tenu 
par Girard de Longchamp, valant 10 liv. t. 

150 FIEF SÉANT A OULCH Y-LA- VILLE. 

Ce fief, tenu par Gille Matinée , sergent d'armes du 
roi, du chef de sa femme, héritière de damoiselle Gille 
de La Ciroix, comprenait, selon son dénombrement du 
18 octobre 1370, 2 muids de blé, mesure d'Oulchy, et 
5 s. t. de rente , dus par TégUse d'Oulchy , sur leur 
maison , terre et grange et une chandelle de cire à 
Oulchy-la- Ville ; un setier de vin blanc, un pain blanc 
d'un denier néret et une chandelle de cire d'un denier 
Déret dû par l'évéque le jour des Brandons sur son 
cellier de Soissons avec plusieurs de ses fiefvés (fieffés). 

i4o FIEF DE VERZY (VIERZT.) 

Ce fief, tenu par Jacques de Vaulx, écuyer du chef de 

36 



— 3(M — 

damoiselle Agnès sa femme , fille de Thibaut de Fave- 
rolles^ ëcayer, comprenait, d'après son dénombrement, 
la maison avec son pourpris ; la carrière au dessous de 
la miison ; 10 esseins de terre devant ; 24 esseins de 
terre tenant à la bove Girard ; i9 au val de Marcoisel^ 
tenant au chemin de Morembœuf ; 3 esseins à la voie 
des Contres (1) ; 3 à la voie Croisié tenant aux terres de 
Morembœuf ; 5 à la voie des Contres , tenant à Adrien 
de Gérincourt; un pichet à l'Epinette Philippe ; 3 esseins 
dessous \ti Chaufour (four à chaux), 9 perches de pré ; 
10 arpens en bois et toute la justice et seigneurie en 
ces lieux. — Un fief mouvant dudit Jacques, tenu de 
Henri de F<»verolles et que ledit Jacques tient en arrière- 
fief de l'évéque , comprenant une maison à Vierzy , 
6 muids de terre , 12 f ssf ins de pré , un de bois , la 
moitié du terroir de monsieur Regnault, valant un muid 
de blé. — Un fief que tient Girard des Maires (Desmarets) 
en arrière-fief desdits hoirs de Jean de Vierzy , valant 
2 muids de blé. 

15' nEF POSSÉDÉ PAR LES HOIRS DE HEMRI DE CITRT 

(CDTRY). 

Ce fief, tenu par les hoirs de Henri de Cutry dudit 
Gérard du Mares , comprenant^ d'après son dénombre^ 
ment de la S. Nicaise de Tan 1362, un muid de grains» 
était tenu en arrière fief par Jehan de Vierzy, dudit 
Jacques de Vaulx , mouvait un fief tenu par Jehan de 
Faverolles à Villers-Hélon , et ledit Jacques t'ent en 
arrière-fief de Tévéque une maison avec tout le pour- 
pris, valant 20 s. p. de rente. 

(1) Chemin conduisant au moulin de Contres^ situé au-dessou£ 
de Morembœuf (commune de Vierzy). Ce moulin, dans les chartes 
de Longpont, s'appelle mo/endini/^n de Contris. On l'appelle 
aujourd'hui par corruption le moulin de Conte. 



— 305 — 

i6« FIEF DE 8EPTM0MT. 

Ce fief, tenu par Robert Billet , prêtre , comprenait, 
d'aprèsson dénombrement du 29 janvier i370, 3 rouids 
et demi de vinages à Septmont et à Noyant» 3 muids et 
demi de vinages avec 26 gélines et 6 den. tourn. pour 
gélines ; un bois au lieudit en Bellay , terroir de Sep- 
mont, de 6 setiers de contenance ; — au-dessous de 
Vierzy , 6 esseins de terre à teriage; un muid de 
terre en savait , autrefois en vigne , devant le vinage ; 
12 s. parisis de cens ù la S. Reroy; toutes choses 
ayant appartenu à Adam de Rée et, après lui , à Ger- 
vais de Courmelles . 

17* FIEF POSSÉDÉ PAR JEAN LOINTIER. 

Ce fief , possédé par Jean Lointier le jeune , de 
Soissons, à Septmont et à Belleu, selon son dénombre- 
ment , comprenait le Clos Ntuelart où il y avait un 
arpent de vignes , 3 esseins de terre, un de pré , 3 
pichets de bois , lieudit en Vaulx , et deux Saulsoies it 
Vaulx et à Belloy ; à Belleu 24 setiers de vinages. — 
Un fief, tenu par Etienne Lardier à Bugneux (Beugneux), 
du chef de sa femme qui était sœur dudit Jehan, d'un 
revenu de i61iv., sur lesquelles on doit à Jean Lointier 
6 esseins d'avoine , mesure d'Oulchy ; 100 soldées de 
terre tenus en fief dudit Jean , par messire Gautier de 
Mentry à Ecuiry ; à Soissons sur plusieurs maisons , 
11 s. 6 den. de menus cens ; à prendre aux Brandons, 
au cellier de Tévéque à Soissons un demi setier de vin, 
un demi pain et une demi chandelle. 

18» FIEF POSSÉDÉ PAR GÉRARD DU MAREST. 

Ce fief possédé par Gérard du Marest, écuyer à Sept- 
monts, comprenait , d'après son dénombrement du 



— MO- 
IS février de l'an 1866, 38 setiers de vinages, 6 esseins 
de grains de rente. 

49^ FIBF POSSÉDÉ PAR JEAN LOINTIBR. 

Ce flef séant à Septmont comprenait, d'après le dé- 
nombrement de Jean Lointier du 12 mars 1371, trois 
setiers de vin, 3 pain , 3 chandelles dus aux Brandons 
par i'évéque ; 2 muids et 3 setiers de vinages et les gé- 
lines en dépendant ; 5 autres muids de vinage et 16 se- 
tiers avec gélines ; 19 setier.<$ de vinages pris à la cuve, 
avec gélines ; 10 setiers de menus cens ; 3 esseins de 
blé de rente sur des terres^ lieudit en Engeliesiy tenues 
par Hichiel Bon Clerc et Petit Wiet ; 13 esseins de 
terre Menait en Plenesoles ; la justice foncière sur le tout; 
plus 9 pichets de terre lieudit en Brait^ tenant à Parrot, 
Bigreux et au chemin ; 5 setiers de vigne avec trois 
pichets de terre , lieudit en Belloy; 3 e^ seins d ' bois 
et aulnois, lieudit Jonnel; 10 setiers de bois lieudit en 
TruiUe ; 12 esseins de terre lieudit en Grèves^ 3 ar- 
pents de savars, lieudit en GelierSy laissés pour les vi- 
nages qu'ils doivent. 

20o FIEF DE HONDmET. 

Ce flef, tenu par Àlart de Graincourt, écuyer, à cause 
de «a fe^ime, d'après son dénombrement du mardi 
d'avant la Purification de Notre-Dame, 1372 , compre- 
nait 8 arpents de bois lieudit en Honiiret. 

21o FIEF POSSÉDÉ PAR NOVELET DE BELLEU (LE JEUNE). 

Il comprenait, d'après son dénombrement du mois de 
mars 1366, une maison à Septmonts, avec vigne, jardin, 
terre tenant aux maison et vigne qui appartenaient aux 
écuyers de Loutres (Loualres?) ; une autre vigne de 
8 setiers ; 2 arpens de bois à Noyant et Rozières ; \% 



— «07 — 

esseins de terre en plusieurs pièces ; une masure te - 
nant à la maison de Michiel Bon-Clerc ; une saulsoye 
en Vaulx^ francs de toute charge ; le terrage de 5 esseins 
de terre en la montagne de Noyant vers Tarbre de 
Bourges ; 18 esseins d'avoine de rente sur des héritages 
et masures ù Septmonts et à Noyant ; 3 s. nérets en ces 
villages et à Belle»* «ur diverses terres ; à Belleu 3 muids 
de vinage ave^ gélines ^ lots et ventes lorsque ces héri - 
tages sont vendus ; un setier de vin, un pain, une chan- 
delle aux Brandons dus par l'évéque en sa maison à 
Soissons. 

22» FIEF sis À ESCURT, POSSÉDÉ PAR GAULTIER DE 

MUTTERY. 

Ce fief tenu par Gaultier de Muttery , chevalier» sei- 
gneur de Huttery et de Fontaines, d*après son dénom- 
brement du 28 août 1365, comprenait 2 arpen s de prés 
à Ëscuiry, entre le Pont à la Potée et le moulin Girard 
du Mares; 2 esseins d'avoine, une géline vive : 22 se- 
tiers de vinage dont 7 laissés pour rente ; 2 gélines 
mortes, avec toute justice. 

23o FIEF SIS A GUFFIBS POSSÉDÉ PAR SIMON BATAILLE. 

Ce fief tenu par Simon , du chef de sa femm ? , com- 
prenait, d'après son di^nombrementde Tan 1363^ c!9se- 
tiers de vinage à Gufiies avec gélines en dépendant ; 
ii dén. el oboles de cens sur amende ; le terrage de A 
esseins et demi de terre et pré ; i8 setiers de vin9ges 
tenant à messire Gérard de Résigny ; 5 setiers de vignes 
tenant à Trebousdaine; 4 setiers de bois lieudit en Ailly ; 
6 setiers de savarls autrefois vigne ; le terrage de 
3 esseins de terre, i gerbe sur 10^ maintenant en savart ; 
6 setiers de vinage, avec lots et ventes 



— 308 — 

S4« FIEF DE BISEGflEUL (VISIG.NEUX PRÈS SOISSONS.) 

Ce fief tenu par M* François de Montagu clerc da roi et 
acheié par lai de Jehan Guiroy, écuyer comprenait, selon 
son dénombrement du i i aoiit 1 371 , 5 arpens et 3 pichets 
de pré à Visigneux ; 3 muids d'avoine, mesure de Sept- 
mont, sur les terrages et masures de Visigneux et 9 gé- 
lincs ; i2 s. 10 d. paris, de ci ns ; i8 setier^ de vinages 
en vendanges sur certains héritages ; i4 s. paris, de 
roage aval la ville , avec justice entière et portant lots 
et ventes ; h Septmont et à Noyant 16 setiers de vinage 
payable au prix de Tévéque, 4 gelines de 6 den. tourn. 
chacune < et les appelons mortes » ; 6 den. nérets de 
menus cei s et 8 dus par les hommes et femmes de corps 
d'une condition de morte-main et formariage, et 3tourn. 
de chevage(i) à la St-Remy — un fief que Jehan de 
Muille écuyer, tenait à Fontenoy pour 40 livré(*s de terre 
à paris, (à parisis ?) — un fief que Jehan de Bucy tenait 
à Bucy et que tient Guillaume ilatin au piix de iO li- 
vrées de terre — un fief tenu de lui par Colard Basin 
d'Ambteur (Ambleny ?) à Lergny (Largny) pour 48 sol- 
dées de terre à paris, (à parisis ?) — un fief que Henri 
deThoy ou ses hoirs tiennent à Villiers le-Petit (2) pour 
20 soldées de terre. 

25<> FIEF DE GHASELLE (PRÈS DE BERZT-LE SEC). 

Ce fief tenu par Jehan de Vaulx demeurant à Vitry 
comprenait, d'après son dénombrement du jeudi d'après 
la St-Mathieu de l'an 1364^ sa maison de Gbaselle avec 
jardin, pré et vivier attenant , entourés de murs et de 
haies ; 20 esseins de terre, lieudit en Lente, tenant aux 
hoirs Liébin et aux hors Gringoire-le-Riche ; dessous 

(1) Capitagiumt cens que devaient les hommes de corps ou de 
tête, capitation, capitage, chevage. 

(2) Dépendance de Cbouy , vulgairement Villeptie. 



— 309 — 

le chemin de Vastiaux 18 esseins, tenant à Oudart de 
Morgneval (Morienval) ;àla fosse Gillain 12 esseins tenant 
au chemin d'Ouchie ; 7 esseins de terre au champ de 
Bigant tenant au chemin d'Ouchie ; en fosse Gillain 2 es- 
seins ; à la Quarrières 5 esseins ; en champ BruU 10 
esseins. 

26<' FIEF JEAN LE-PIGARD. 

Ce fief séant à Septu.ont tenu par Jean Picard de 
Taillefontaine , clerc , hoir de feu Guiot le Bœuf, 
écuyer, d'après le dénombrement fourni en son nom 
aux noms de Perrenet de la Verrière et de Regnault le 
Bœuf ses cousins germains, le 24 mai 1363, comprenait: 
une maison et jardin^ àSeptmont; 10 esseins de terre 
en G èves dessus la carrière de Septmont; desseins de 
bois à Septmont , 6 septiers de vinages, 3 muids et 
demi de pleins \inages un autre muid et 18 setiers 
de vin de vinage ; 15 s. nérets de cens et un essein de 
terre à terrage à Noyant avec lots et ventes et gélines ; 
un demi-setier de vin, un demi pain et une demi 
chandelle dus aux Brandons en Vostel de 1 evéque à 
Soissons ; un hommage tenu par Nicaise du Pont. 

27o FIEF DE VÉ (VEZ, 0ISE\ 

Ce iief tenu par Jehan de Nanteuil, chevalier, seigneur 
de Morencourt, comprenait d'après son dénombrement 
de la Toussaint de Tan 1372, un fief séant à Vez ; 5 s. 
nérets de rente sur masures sises au cimetière du vil- 
lage; les hommes et femmes dépendant du dit fief, — un 
arrière-fief dépendant de celu i de Vez dit fief de la Gruerie 
tenu par Jehan Lévesque de Vez. 

SS'^ FIEF SÉANT A CUFFIES POSSÉDÉ PAR lEAN DE HEMEV, 

PRE.STRE. 

Ce fief, selon le dénombrement fourni le samedi après 



— 810 — 

la N.-D. d'août 1365 par Jehan le Moigne de Lory» com- 
prenait 16 aetiers de terre sis à la montagne de Lory 
(Leury) lieu dit le TourneUe » tenant i la terre de Ro- 
bert de Bruyère et au chemin de Juvigny à Soissons ; 
5 esseins, lieu dit au Petii Chemin ; 9 esseins, lieu dit è$ 
MarUê tenant à la couture du Mont-de^Vie et à la terre 
de M. Simon de Bucy ; 44 esseins èê-Marliê tenant à 
Marie de la Bove et à Jehan le Moyne. 

29* FIEF SÉAPIT À ROZIÈRES POSSÉDÉ PAR BERTRAND DU ROUlL. 

Ce fief tenu par messire Bertrand du Rouil archidiacre 
deSoissons, comprenait, d'après son dénombrementdu 
20 février 4372, une maison avec pourpris, vignes, jardin 
de 3 arpents à Rosières ; 40 arpents de terre ; 3 arpents 
de bois, 3 de prés qui appartinrent à Gilles d'Âconin. 

30o FIEF SÉANT A VIERZT, POSSÉDÉ PAR GILLES D'ACONIN. 

Ce fief tenu par Gilles,seigneur d'Aconin, comprenait, 
d'après son dénombrement du i8 mai 1371, une vieille 
maison avec jardin ; 6 muids et 7 esseins de terre ; 9 es- 
seins de bois ; le chaufour ; les corvées de la ville 
(d'Aconin) comprenant la fenaison des prés. 

31* AUTRES ARRIÈRE- FIEFS DE L'ÉVÊCHÉ. 

De ceux*ci l'évéqne « à homme t mais ne put avoir 
dénombrementet par suite ils sont saisis et mis en la 
main du bailli de l'évesché, en conséquence de lettres 
du roi, de lettres de commission du dit bailli et rescrip- 
tian du sergent à ce commis. 

1<» La comté de Soissons tenue entièrement de l'évé- 
ché, hors la monnaie des épaves et les aubains. D'après 
les anciens titres , sont hommes de fief de l'évéché : 
M. Raoul de Soissons, i\]^r« jehan de Soissons, M. Gérard 
de Moreuil, M. Mahieu d'Epagny, M. Guy de Sancy 
et M. Miles de Jouaigne , M. Miles de Clamecy 



— 311 — 

(écrit Ghaieur}'), M. Guy de Branches (Branges)» H. Jehan 
de Faivi, M. Pierre Soumon, H. Jehan de Roqaerolles, 
M. Simon de Vez (écrit Yen) , M. Pierre de Ribécoart » 
Mme de Touart, Mme de Keuve (Cœuvres)» lime de Ghé- 
risy» Mme d'Erblaincoart , damoiseile Gille de Buîgne- 
roUes, la damoiseile de Vausaillon , la femme Jehan de 
Cuffles, la damoiseile d'Arcy, la mairesse de Périgny » 
Jaquiers de Martimont (écrit Montienmont), Pierre de 
Chériers (Chéry?) Wiart Goules, Guillaume de Chielles 
(Chelles)y Regnault de Chasiel, le Doûen de Nouveries , 
Walle de Wignemont ; Pierre de Pacy, Guillaume Bour- 
guemon de Mercin , H^ Gilles de Wassi, Guiart Basin , 
Jehan de Pérou, Wuillaume de Bazoches, Colart de 
Vierzy, Girard d*Aconin , Thierry Plaquier, Simon Gha- 
mel de Bucy, Jaquier de Vauresis» M^ Simon de liar- 
giyal, M^ Girard de Gounrille, Huart Huète, Baudouin 
du Mont, Raoul de Branges , Witasse de Bacouel , Re- 
gnault Bailli, Huart Bocbet, Jehan de Buzancy, Le Goehu 
des Soulis, messire Simon Goutin, Jehan Dannoy. 

FIEFS DESQUELS L'ÉVÉQUE à HOMME ET FEMME. 

.... Les fiefs que tenait messire Gilles de Billi-sur- 
Aisne? (écrit Orne); S fiefs tenus par messire Guillaume 
de Dormans , chancelier de France à Tour-sur-Marne 
— le fief tenu par Baudin de Rozières à Vierzy — les 
fiefs tenus par Jehan Tatin Taisné, de Soissons, à VUle- 
montoir , — le fief tenu par Colart Sauve , à Vierzy, — 
le fief de la Trésorerie de l'église de Soissons, tenu par 
maître Simon Fréron; — le fief tenu par Simon d'Ostel 
à Septmonts , — le fief tenu par Michiel du Pont, — le 
fief que tient Simon de Saint Pierre à Septmonts , -«- 
le fief de Muret tenu par messire Mathieu de Royes. 

FIEFS DE QUELQUES DIGNITÉS EN L'ÉGLISE DE SOiSSONS. 

Savoir: l'archidiaconné de la Rivière, tenu par mes* 
sire Mahieu de Tilloy, — l'archidiaconné de Brie, tenu 

27 



— 312 — 

par M. le cardinal de Beauvais, — la prëvAlép lenue par 
niessire Gilles de Rocbefort, — Tarcbidiaconné de Sois* 
sons» tenu par Bertran dn Ronil» — celoi de Tardenois, 
tenu par roesftire Gille de Villèmontoir c lesquels sont 
de petite valeur», — le fief teou par Gille d'Aconin , à 
AcomO' Ces fiefs sont saisis poor défaut de dénombre- 
meut. 



PIBF8 QUE TIENT EN SA MAIN L'ÉYESQUB, 
PAR DEFFAUT DE HOUMB. 

SaTtir: Un fief à FaveroUes que tint messire Jeban 
de Marisy , cnré de Verneuil, pouvant valoir 6 liv. et 
demie par an, — un fief que tint Gérard des Harès, pou- 
vant valoir 60 s. de ren^e , — un fief à Hautevesne 
que doit tenir le borgne d'Hautevesnes» devant à Téglise 
deux fois plus qu'il ne vaut. 

Fait le i*' juin 4373. 

De plus il appert par les litres de Tévéobé que le 
comte et la comtesse de Dreux ont tenu à foi et hom- 
mage de révécbé , tout ce qui est entre le ruiael de 
Levier jusqu'à la planche de Valenscies et aux viviers de 
Se.... et ainsi les comtes et comtesses de Braine^quiles 
remplacent, mais l'évéque < n'en peut avoir ne homme 
ne dénombrement. » 

Scellé, ces lettres de rerepisu faites le 5 juin 1372. 

Lettres d'approbation de Drouars de Haynaut , con- 
seiller du roy et garde du scel de la baillie de Ver- 
mandos à Laon, constatant que Jeban Renelars , pro- 
cureur du roi audit baillage, a comparu devant lui et a 
reconnu que les sceaux apposés aux dits roolei étaieni 
les siens et qu'ensuite il a lui-même scellé les présentes 
lettres du scel de la baillie. 

Fait l'an 1373, le 12 janvier. 

Le vidimusest scellé» à son tour, du sceau du bailliage. 



— 313 - 
DONS FAITS AD MUSÉE 

DEPUIS LB MOIS D*AODT 1863. 

Le Musée a reçu — de H. Quint , greffier, une beHe 
pyrite trouvée à Vailly , — de M. de Rayneval, par tes- 
tament, diverses gravures de batailles, — de M. Bar- 
bier , ancien commissaire-priseur , un tableau de Re- 
becca, un panneau peint, deux vues de Laon (lithog* de 
De Roy); un flacon ancien en verre émuillé, etc. , — de 
M. TroDchet, deVillers-Cotteréts, une peinture à l'huile , 
par M. Varlet, représentant une tourelle du Petit-Parc ; 
un portrait de Dumoustiers ; une entrée du couvent de 
Bourg-Fontaine, — De M. Foucon ^ njaire de Pernant . 
une monnaie d'argent de Henri IV (i007), trouvée près 
du château qui fut habité par Gabrielle d'Estrées, — 
de M. Laplanche , une médaille de Trajan , trouvée à 
Soissons , — de M. Legrand, receveur des Domaines , 
divers échantillons de roches granitiques , — de 
M. Varlet, un tournois de Charles II , duc de Mantou 
(16-17) , — de M. Dégez fils, oiseaux et reptiles, — de 
M. Vaendendries père, un cadran solaire portatif très- 
curieux , avec boussole (de MuUer, de Presbourg), — 
de M. Brisroontier, opticien , une photographie de la 
maison de bois delà Grosse-Téte qui vient d'être dé- 
molie, — de M. Lemoine, agent de poursuites, des fos- 
siles, un vase funéraire trouvé à Vauxbuin, — de M. 
Mai, membre de la Société géologique de France , à 
Vauxbuin de beaux et nombreux échantillons tirés de sa 
collection de minéralogie , — de H. Hyppolite Leloutre,. 
une cuiller à parfum en bronze, une médaille de Cons- 
tantin, fleur de coin, trouvée près du pont de la Crise, 
fauboui^ de Reims, près de substructions paraissant 
anciennes, — de M. P. de Violaine , un portrait de son 
père , maire de Soissons en 1830 (photographie) , •» 



— 314 — 

de M. LanrenI, professeur de dessin , copies des por^ 
traits du général Charpentier et de Jarry de Mancy,— 
des héritiers Decamp « un bracelet et an Pballas en 
bronze, — de Mlle Jarry de Nancy, le poids de lliorloge 
de Tabbaye de Saint-PanMès-Soissons, an bnste de Vol- 
taire et nnbostede Daunou, — de M. Damont* per- 
cepteur k Tartiers, un 1/4 de franc en argent de Bona- 
parte premier consul (an IS). 

La séance est ICTée & cinq heures. 



Lfi Préêidentf 
Db Lapbaiuib. 

Le Secréiaire, 
L'abbé PtoBun» 



BULLETIN 

DB LA 

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE , HISTORIQUK 
BT SCIENTIFIQUE 



ONZIÈME SÉANCE. 
Uidi 7 DéecBbn IS63. 



Présidence de M. de Laprairie. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et 
adopté* 

NOmiUTION DE MEMBRES. 

IIM. Bénard (des Chesnaux) , à ChiteauThierry , et 
Morsaline » architecte de la même ville » sont nommés 
membres correspondants. 

OUVRAGES RBÇOS ET DÉPOSÉS. 

i» Mémoire de F Académie d^Arnu, t. 35. 

2» Travaux de F Académie impériale de Reime , 35* et 
36« vol. 

3» CaUfiet kisiorique, 9* année, 10 livr., octobre 1863. 

4fi RevfudesSoeiétés êoeantee , 3« série , t. S, octobre 
i863. 

5« Bulletin de$ AiUiquaires de Picardie, 4863, n» 2. 

6« BulleHn de la cammiesian Imtorifue du départemeni 
du Nord, t. 7. 



- 316 - 

CORRESPONDANCE. 

M. Périn lit une lettre de M. Quinette , conseiller 
d*Etat , et propriétaire de la plus grande partie des 
terrains de la montagne de Pommiers , sur lesquels on 
se propose de faire des fouilles. Dans cette lettre , en 
date du li novembre 4863, M. Quinette déclare que son 
intention formelle est que les objets antiques qui en 
proviendront appartiennent à la collection de la Société 
archéologique de Soissons à laquelle il délègue et 
transmet tous ses droits de propriétaire à cet égard. 
En conséquence il donne à M. Périn tout pouvoir pour 
s'opposer à toute recherche qui ne serait pas consentie 
par la Société, et le prie de s'entendre à cet effet avec 
le fermier de Rochemont. 

La Société vote des remerciements à Thonorable 
M. Quinelte pour l'intérêt si vif qu'il porte à ses travaux 
et à l'augmentation de sa collection. 

M. le Président lit une lettre du 21 novembre 4863 
par laquelle M. Gomart accuse réception de l'envoi du 
bulletin de la Société pour le Comice agricole de Saint- 
Quentin y décidé dans la dernière séance, et témoigne à 
la compagnie toute sa satisfaction pour ce dernier 
envoi. 

GoiminncATiONS et travaux. 

V. l'abbé Poquet donne lecture de son rapport sur 
l'emplacement du camp de César à Berry-aa-Bac , 
visité par la Société. 

Messieurs , 

Dans le cours de l'année dernière, j'avais eu l'honneur 
de vous informer que, par ordrede Sa Majesté l'Empe- 
reur, des fouilles considérables étaient entreprises sur 
le territoire de Berry-au-Bac et qu'elles avaient amené 



— 347 — 

des découvertes très -importantes au point de vue 
historique et archéologique. En effet, après de longues 
et patientes recherches, mêlées de toutes les péripéties 
de l'incertitude et du doute, on venait enfin de retrouver 
l'emplacement du camp qu'avait occupé Jules-César, 
lors de la conquête de la Belgique, 37 ans avant l'ère 
chrétienne et dont les géographes et les antiquaires 
avaient vainement essayé jusqu'ici de déterminer les 
traces toujoursincertaines. 

En présence d'un fait qui parait désormais incon- 
testablement acquis à la topographie ancienne , non 
content de vous associer par la pensée à ce précieux 
résultat de nos fouilles , vous avez bien voulu , sur ma 
pressante invitation, venir constater par vous-mêmes la 
valeur d'une découverte qui intéressait si vivement vos 
études et le pays tout entier. C'est, je pense , pour con- 
server le souvenir de vos convictions personnelles que 
vous m'avez confié la douce mission de vous adresser 
un rapport circonstancié sur un sujet qui depuis des 
siècles occupe l'atention des savants et qui va permettre 
enfin de fixer, par une induction très-autorisée , quel- 
ques autres points de géographie locale restés jusqu'ici 
dans le domaine des hypothèses plus ou moins contes- 
tées. 

Je vais donc essayer, Messieurs^d'entrer dans vos vues 
et de justifier votre confiance en vous donnant le fruit 
de mes recherches et des réflexions qu'elles 'm*ont 
suggérées. Ces renseignements et ces aperçus , dont 
quelques-uns sont nouveaux, auront Tavantagedenètre 
pas isolés ni trop élastiques, environnés comme ils le 
sont de Tappui et du relief qu'apporte une trouvaille 
incontestable. Partant d'un point fixe et défiant toute 
critique non passionnée, il semble que nos conjectures 
relatives aux autres localités désignées dans le même 
texte, bien que placées dans un degré inférieur d'au- 



— 318 — 

theniicité » n'en recevront pas moins de ces données 
certaines une force et une autorité de probabilité qui 
peut les rendre très acceptables. 

Toutefois.pour donner à ce rapport toute rîmportance 
quil réclame et autant pour procéder avec ordre daos 
ane matière aussi controversée que pour éclairer, au 
premier chef, l'objet d'une grave question qui intéresse 
si profondément notre pays , nous avons cm uUle de 
reproduire d'abord le texte de César relatif à cette dis' 
cussion ; de faire connaître ensuite la manière fautive 
et erronnée dont ce texte de rhistorien militaire a été 
interprété jusqu'ici par les traducteurs et les savants. 
Puis » fort des découvertes récentes et qui semblent 
destinées à mettre enfin un terme à toutes les querelles 
oiseuses, nous nous efforçons à notre tour de montrer 
comment ce texte si net , si précis , doit s'interpréter 
aujourd'hui. 

Nous diviserons donc notre travail en trois chapitres* 
Dans le premier chapitre nous reproduirons à peu près 
intégralement le texte des commentaires de César, sujet 
de la discussion entre les savants. Dans le second 
chapitre nous ferons connaître comment les archéolo- 
gues et les géographes ont interprété jusqu'ici ce texte, 
objet de tant de controverses. Enfin, dans le troisième 
chapitre , nous montrerons comment il faut l'entendre 
aujourd'hui après les découvertes importantes qu'on 
vient de foire. 

CHAPITRE PREMIER. 

Texte des commentaires de César. 2* livre. 

Tout le monde sait que CalnsJule8-Cé»ar,leconquérant 
de la Gaule , était un homme extraordinaire , sachant 
manier avec une égale habileté la plume , la parole et 
répée. Le récit que nous allons faire de son entrée dta% 



ta Bft'gîque et qui osl renfermé dans los f^me premiers 
alinéas du scrond livre ries Cominrntaires a été écrit 
si' on par lin an moins par des serrétoires exf rcés di»nl 
î! contrôlait !a rédaction. Or, voici ce qu<» non"* lisons 
dans cette relation historique et d'un si puis antinté^ 
rêt po«?r nos c» ntréc. 

I. A. César nousVraconte que tandis qu'il était en 
qua» lier d'hiver dans Is^Gaule Citérieure (la Lombardie) 
et Labienus, son lieu?<iiûnt, en Franche-Comié , il 
apprend que les Belges , qui formaient la troisième 
partie de la Gaule (1) , se li^ifuaient contre le peuple ro- 
main et so donnaient des otages. 

II. Inquiet de tous ces rapports, César lève denx 
nouvelles légions et les envoie au commencement de 
Tété à Q. Pédius, son lieutenant dans la Celtique ; lui- 
même rejoint l'armée dès que les fourrages commencent 
à être abondans. 11 cbarge les Senonais ^habitans de 
Sens) et les autres Gaulois, voisins des Belges , d'obser- 
ver ce qui se pnssait chez eux et de l'en instruire. César, 
certaiu de la coalition et de la levée destroupes, n'hésite 
plus ; et en quinze jours à peu près , il arrive aux 
frontières de la Belgique. 

III. Etonnés de sa célérité , les Remes (habitans du 
pays Rémois) , qui de tous les peuples belges sont les 
plus proches de la Gaule Celtique , Rémi qniproxmi 
GalUœfx Belgis sunt (2), députent vers César, Iccius et 
Antebroge, les premiers de li Cité, pour rassurer de la 

(i) César , au livre i de ses Commentaires , divise la Gaule en 
Irois parties : TAquitaine, la Celtique et la Belgique. La Marae et 
la Seine séparaient cette dernière de la Celtique. 

(2) La plupart des traducteurs de César nous paraissent avoir 
commis une grave erreur lorsqu'ils ont dit que les Remes étaient 
voisins immédiats des Belges. C*est voisins de la Gaule celtique 
qu'il fallait traduire, ce qui ne les empêchait pas d*être compris au 
nombre des Belges et former avec eux une même nationalité* 
et de pouvoir èlre surtout du nombre des confédérés. 

28 



- 320 — 

96iiiDimoD de leurs coneiloyem. Non contents de loi 
déclarer qn'ils n'aTaient touIo prendre anconc part à la 
<;oalition , ils s'offrent délai donner des fttages et de 
le recevoir dans lears places ; de loi 'oomir tons les 
^vres nécessaires pour son expédition. 

lY. Li ne se borne pas le concours des Renies , ib 
donnent à César les détails les pins circonstanciés sar 
le nom et la force militaire des peuples entrés dans la 
confédération. Les BelloTaqnes (peuple du Beanvoisis) 
4evaient fournir 60,000 hommes. L«s Suessions (Sois- 
somiaîs) , possesseurs de douze villes et d'un teri itoire 
très étendu et très fertile, 50,000. 1 es Nerviens ( euple 
du Hainaut) , 50,000. Les Atrébates (Arras) , 15,000. 
Les Ambiens (Amiens) , 10,000. Les Morins (St-Omer, 
Boulogne) , 25,000. Les Menapes (Gueldre et Brab»t), 
9,0<to. Les Caletes (Caux en Normandie) , 10,000. Les 
Velocasses (Vexin) fi les Veromandues (Vermandois), 
10,000. Les Aduatiqaes(Namnr), 19,000. LesGondmses 
(Condrotz, Cologne , Maest'ick), les Eburons (pays de 
Liège), les Cereses et les Pemanes (Luxembourg) 40,000. 

V. César, tout en encourageant les Remes par des 
paroles bienveillantes, n'en exige pas moins auprès de 
lui la présence du sénat et des otages pris parmi les 
enfants des familles les plus distinguées. Ce qui fut 
ponctuellement exécuté au jour indiqué. Ces garanties 
prises , il envoyé Divitiac d'Aotun vers le Beauvolsis 
pour y opérer une utile diversion. Lui-même, dès qu'il 
apprit par ses éclaireurs et par les Remes que les 
Beiges marchaient sur lui avec toutes leurs forces 
réunies, copias in unum locum coaetas, et n'étaient déjà 
plus qu'à peu de distance, il se hâta de faire passer 
à son armée la rivière d'Aisne qui est Textréme fron- 
tière des Remes et assit son camp sur la rive. De cette 
manière la rivière défendait un des côtés du camp , et 
ce qui était à la suite de 1 armée se trouvait à l'abri de 



— 321 - 

l'atteinte de renncmi , et le transport qu'envoyaient les 
Remes et les autres peuples pouvait s'effectuer sans 
péril. Sur cette rivière était un pont et il y plaça une 
garde et laissa sur l'autre rive Q. Titurius Sabinus, 
son lieutenant, avec six cohortes. César flt fortifier le 
camp d'un retranchement de douze pieds de haut ei 
d'un fossé de dix-huit pieds de profondeur. Flumen 
Axanam, quod eêt in extremis Remonim finibuê , exerci- 
Itfm iraiucere maiuravit , atque ibi castra posuit. Qu» 
les et lotus unum castrorum ripis fluminis muniebat » et 
posi eum quœ esseni tuta ab hostibus reddebat^ et commea- 
Has ab Remis , rehq^vgue civitatibus ; ut sine periculo ai 
eum par tari poxset, efficiebat. In eo fiumine poncerai. 
MprcBsidiumpmit; et in alterd parte fluminis Q. Titu-^ 
rium Sabinum iegatum eum sex cohortibus reUnquii : 
Castra in alUtutlinem pedum duodecim vaUo , fossdque 
duodeviginti pdum munire jubtt. 

VI. A huit mHle pas de ce camp , était une ville des 
Remes , appelée Bibrax , Oppidum Remorum nomine 
Bibrax. Les Belges dans leur marche Fattaquèrent 
vivement. Elle se défendit tout le jour avec peine. 
Leur manière de faire des siège» est semblable à celle 
des Gaulois. Lorsqu'ils ont entièrement entouré la place 
avec leurs troupes, ils lancent de tous edtés des pierres 
sur le rempart ; et quand ils en ont écarté ceux qui le 
défendent , ils forment la tortue , s'approchent des 
portes (l> et sapent la muraille. Cette opération était 
alors aisée; car cette grêle de pierres et de traits rendait 
toute résistance impossible du haut des remparts. 
Lorsque la nuit eut mis fin à Tattaque y le Reme Iccius» 
homme d'une haute naissance et d'un grand crédit, qui 
commandait alors dans la place et un de ceux qui avaient 

(1) Dans quelques M. SS. on lit succendunt , ce qui voudrait 
dire qu'ils mettent le feu aux portes. Tel ne paraît pas le sens. 



- 322 — 

Plé d«^putés vers C<^sar pour traiter de ïa paix , lui 
dépécha des courrier^» pour l'iufornier que s'il u*étaii 
prompteuient secouru » i] ne pouvait tenir plus long- 
temps. 

VII. Vers le milieu de la nuit. César fit partir sous la 
conduite des» méuieft hommes quelui avait envoyés Iccins, 
des Numidrs , d* s archers crétois et des frondeurs 
baléart^s. Leur arrivée ranima l'espoir des assiégés, 
leur inspira Tardeur de se défendre^ et enleva en même 
temps aux erinemis Tespérance de prendre la place. 
Ils restèrent quelques temps à l'entour, ravagèrent le 
territoire des Hemes, brûlf^rent les villages et les maisons 
(|ui se trouviiient sur leur route , se dirigèrent avec 
toutes leurs troupes vers le camp de César et placèrent 
le leur à moins d»^ deux mile pas. On pouvait conjec- 
turer d'apW'sles ftux et la fumée qu'il avait une étendue 
de plus de huit mille pas. Itaque paulisper apwl oppidum 
morati , agrosque Remorum depopulati , omnibus vicié 
œdificiisquô quoi adiré poterant , inceusi» , ad castra 
CxHarîH omnibus copûs contenderunt ; et ab miUibus 
pas^um minus II, castra posuerunt : quœ castra ut fumo 
nique ignibus significabalnr amplius milUbus passum VIII 
in latimdinem patebjnt, 

VIII. César résolut d'abord, à cause du grand nombre 
des ennemis et de la haute idée qu'il avait de leur 
courage, de différer la bataille. Chaque jour cependant, 
piirdes combats de cavalerie , il éprouvait la valeur de 
l'ennemi et Taudacedes siens. Quand il se fut assuré que 
les nôtres ne lui étaient pas inférieurs , il marqua le 
champ de bataille en avant du camp , dans une position 
naturellement avautageuse ; loco pro castris ad aciem 
instruendam naiurâ opportuno et idoneo. La colline sur 
laquelle était placée le camp s'élevait insensiblement 
au-dessus de ta plaine , quoi is collis ubi castra posita 
suiU pmlulùm explanitie edilus, et offrait autant d'éten 



— 323 — 

due qu'il en fallait pour y déployer les troupes. Los 
flancs de la colline, s'abaissaient à droite et à gauche et 
se relevaient vers le centre par une légère éminence 
qui redescendait en pente douce vers la plaine » tarUùm 
adverms ita latitudinem patebat , qiuintùm loci acies 
imlructa occupare poterat atque ex utraque parte lor- 
teris dejecim habebai et frontem leniter fustigiatyspath- 
latim ad planitiem redibat.X l'un et l'autre côté de cette 
colline. César fit creuser un fossé transversal d'environ 
quatre cents pas; aux deux extrémités , il éleva des 
fottset y plaça des machines de guerre, afin d'empêcher 
que des ennemis si supérieurs en nombre ne vinssent 
le prendre en flanc et l'envelopper pendant le combat. 
Ab utroque latere ejus collis transversam obdtucit fossam 
Circiter C D ; et ad extremas fossas castella constitua, 
ibique tormenta collocamt , ne cum aciem instruaisset , 
hostes , quod tantùm multitudine poterant , ab lateris 
pugnantes suos circumvenire poêsent. Cela fait, il 
laissa dans le camp deux légions qu'il avait levées ré- 
cemment pour servir au besoin de réserve; et rangea 
les six autres en bataille devant le camp. L'ennemi avait 
aussi fait sortir ses troupes du camp et formé ses lignes. 
IX. Il y avait un marais peu étendu entre notre armée 
et celle des ennemis. Us attendaient que les nôtres le 
traversassent ; nos troupes , de Jeur côté , sous les 
armes , se tenaient prêtes à attaquer les Belges , s'ils 
s'engageaient les premiers dans le passage. Cependant 
la cavalerie engageait le combat de part et d'antre. 
Aucun des deux partis ne voulait passer le premier , 
César , après le succès d'une charge de cavalerie, fit 
rentrer ses légions dans le camp. Palus eratnon magna 
inter nostrnm atqiie kostium exercitvm; hanc si nostri 
tramirent hostes expectabarU : nostri autem, siab illis 
initium transeundi fier et, ut impeditos aggrederentur , 
parati in armis erant. Intérim prœlio equestri inter 



- 324 

duos odes contendebatvr. Ubi neutri transeundi ini^ 
iiwm faeimU^ secundiore equifum prœlio nostri , César 
siAOS in casaîr reduxit. Aussitôt les ennemis se diri- 
gèrent vers la rivière d'Aisne qui était, comme nous 
rayons dit» derrière notre camp , hostesprotinus ex eo 
loco ad {lumen Axonam contenderunt , qiu)d esse post 
castra nostra demonstratum est. Ayant trouvé des en- 
droits guéables , ils essayèrent d'y faire passer une 
partie de leurs troupes , dans le dessein , soit de 
prendre, s'ils le pouvaient , le fort commandé par Tiiu- 
rius et de rompre le pont , soit , s'ils n'y réusbissaient 
pas, de ravager le territoire de Rem^s » qui était d'une 
grande ressource dans cette guerre et d'intercepter les 
convois. Ibi vadit repertis , partem siuirum copiarmn 
transducere conati sv/nt : eo consilio , ut , si posseat 
castellum cui jrœerat Titurius legatus , expugnarent , 
pontemque inier scinder ent ; si minus potuissent ^ agros 
Remorum popularentur , qui magno nobis usui ad 
bellum gerendum ercmt , cammeatuque nostros prohi' 
berent. 

X. César, averti par Titurius, passa le pont avec toute 
sa cavalerie, ses Numides armés à la légère , ses fron- 
deurs, ses archers et marcha à l'ennemi. Alors s'enga- 
gea tn ce lieu un combat opiniâtre. Les nôtres ayabt 
attaqué les Belges dans l'embarras du passage en 
tuèrent un grand nombre , les autres plans d'audace 
s'efforcèrent de passer sur le corps de leurs compa- 
gnons; une grêle de traits les repoussa. Ceux qui avaient 
les premiers traversé l'Aisne furent enveloppés et taillés 
en pièces par la cavalerie. Les ennemis se voyant déchus 
de l'espoir d'emporter le fort de expugnando oppido^ et 
de traverser la rivière , ne pouvant nous attirer pour 
combattre sur un terrain désavantageux, et les vi%res 
commençant à leur manquer , tinrent conseil et arrê- 
tèrent qu'il valait mieux retourner chacun dans son 



- 325 - 

pays, et de se tenir préu à marcher tous à ta défense 
' du premier que l'armée romaine envahirait ; ils combat- 
traient avec plus d'avantage sur leur territoire que sur 
des terres étrangères et les vivres chez eux leur seraient 
assurés. Celui de leurs motifs qui eut le plus de poids 
pour cette détermination , ce fut la nouvelle que Divi- 
tiac et les Edu^s approchaient des frontières des Bello- 
vaques. On ne put persuader à ces derniers de rester 
plus longtemps ni les empêcher d'aller défendre leurs 
biens. 

XI. Le départ étant résolu, dès la seconde veille , ils 
sortirent de leur camp à grand bruit, en tumulte, sans 
ordre 6xe, sans être commandés par personne, prenant 
( hacun le premier chemin qui s'oflrait et se hâtant de 
gagner leur pays, ce qui fit res embler ce départ à une 
fuite. César aussitôt averti par ses vedettes , mais crai- 
gnant une f:mbuscade, dans l'ignorance où il était encore 
de la cause de leur retraite , retiot son armée et sa 
cavalerie dans le camp. Au point du jour , ce départ 
lui ayant été confirmé par ses éclaireurs, il détacha toute 
sa cavalerie pour arrêter l'arrière garde. Il en confia le 
commandement à Q. Pédius et à Ârunculéius Cotta, 
ses lieutenants. Labienus , un autre de ses lieutenants, 
eut ordre de les suivre avec trois légions. Ils attei- 
gnit ent l'arrière garde ennemie,la poursuivirent pendant 
plusieurs milles et avait tué un grand nombre de ces 
fuyards , lorsque les derniers rangs auxquels nous 
étions arrivés, firent halte et soutinrent notre choc avec 
beaucoup de vigueur ; mais ceux qui étaient en avant, 
se voyant éloignés du péril, et n'étant retenus ni par 
la nécessité de se défendre , ni par les ordres d'aucun 
chef, eurent à peine entendu les cris des combattants 
qu'ils rompirent leurs rangs, et cherchèrent tous leur 
salut dans la fuite. Ainsi , ^ans courir aucun danger, 
les nôtres tuèrent à l'ennemi autant d'hommes que leur 



— 326 — 

permit la dorée du joar. Au coucher du sofeil ils ces- 
8^rent la poursuite etrenlrèrrut au camp comme il leur 
ayait été ordonné. 

XII. Le lendeiftain, Céf^ar, avant que IVnneml se fut 
rallié et remis de sa terreur , diiigea son armée yers 
le pays des Soissonnais, confîgu à celui des Remes, et, 
après une longue marche , arriva devant la ville de 
Noviodunum. Postridie ejm diei César , priusquam se 
hostes ex terrore ac fuga reciperent, in fines Suessrionum 
qui proximi Remis étant , exercitum duxit et magno 
itinere confecto ad oppidum Naviodv/num contendil. Il 
essaya de l'emporter d*assaut , sur ce qu'il avait appris 
qu'elle manquait de garnison ; mais la largeur des 
fossés et la hauteur de ses murs défendus prir un petit 
nombre d'hommes Tempéchèrent de s'en rendre maître. 
D retrancha son camp Castris mwnitis et se mit à fiiire 
des mantelets, mneas agere et à disposer tout ce qui 
était nécessaire pour le siège* Pendant ces préparatifs, 
tous ceux des Suessions qui avaient échappé à la 
défaite entrèrent la nuit suivante dans la place. On 
pousse aussitôt les mantelets contre les murs, on élève 
la terrasse , on établit les tours. Celeriter mneis ad 
oppidum^ actisaggerejacto^ turribusque eomtittUis. 

Les Gaulois effrayés de la grandeur de ces travaux 
qu'ils n'avaient jamais vus , dont ils n'avaient jamais 
entendu parler, et de la promptitude des Romains à les 
exécuter, envoient des députés à César pour traiter de 
le«r reddition ; et, sur la prière des Remes, ils obtien- 
nent la vie sauve. César reçut pour dtage les principaux 
de la ville , les deux fils du roi Galba lui-même , se fit 
livrer toutes les armes de la place , accepta la soumis- 
sion des Suessions , et marcha avec son armée contre 
les Bellovaques dont il se rendit mattre (i). 

(i) Noos avons emprunté en grands parlie la traduction faiie 
flous la direction de M. Nizard. 



— 327 — 

Voici , Messieurs , comnient César rend compte de 
Touverlure de cette fameuse campagne qui lui assura 
la possession de notre belle et riche contrée. Il n^eptre 
pas dans notre plan de suivre le célèbre conquérant i 
travers U Belgique qui , malgré sa noble et courageuse 
résistance» finit par succomber ; mais bien de recher- 
cher» sur le territoire même qui forme aiyourd'bui le 
département de l'Aisne et qui est plus spécialement 
l'olyet de vos études: J<> l'endroit où César passa l'Aisne; 
2* la position de son camp et de celui de Sabinus , soa 
lieutenant, sur les bords de cette rivière ; S"* le théâtre 
du combat sur l'Aisne; Â^ enfin l'emplacement des deux 
cités importantes, Bibrax et Noviodunum. 

11 semblerait. Messieurs, au premier coup-d'œil» 
que pour être fixé sur ces diverses questions, il n'y 
aurait qu'à lire attentivement le texte de Cé^ar comme 
nous venons de le fairo, et, à reconnaître sur le terrain 
ks lieux dont il est parlé. Nous Ignorons si tous ceux 
qui se sont occupés sérieusement de ce point historique 
ont suivi cette marche ordinairement recommindée; 
mais , dans tous les cas , ce procc^dé n'aurait pas tou- 
jours été suffisant, puisque la relation , en apparence si 
claire , si précise des Commentaires , a donné matière 
jusqu'ici , foute de constatation physique et de témoi- 
gnages absolumentcertains, à de nombreusch hypothèses 
qui ont divisé les savants et les géographes, comme nous 
allons nous en convaincre. 

CHAPITRE DEUXIÈME. 

Comment les archéologues et les géographes ont interprété 
jusquld ce texte , objet de tant de controverses. 

Dans le récit que nous venons de lire , César nous 
informe que , pour combattre l'armée des confédérés 
belges , il s'avança au nord de Reims ; qu'arrivé i ce 

J9 



— 328 — 

pont extrême qui forme la frontière da pays rémois , 
il y passa la rivière d* Aisne , en nn lieu où il y avait 
nn pont , et que là , il prit la résolution d'attendre 
Tennemi qui marchait à sa rencontre, parce qu'il y trou- 
vait tout ravantage qu*il pouvait souhaiter. D'ahord son 
camp était assis sur une éminence dont il fortifia le 
sommet d'un retranchement de dix-huit pieds de hau- 
teur» ayant d'un côté la rivière avec un pont, on il avait 
bissé un corps de garde, prœ$iiiMm^ et à la tête du pont, 
Titurius Sabinusquis*y était retranché avec six cohortes 
(environ trois à quatre mille hommes). De l'autre c6té 
delà rivière où était placé son camp , cette éminence 
s'abaissait doucement de chaque côté, et sur le milieu 
de la pente elle laissait autant d'espace qu'il en fallait 
pour mettre son armée en bataille , qui avait ainsi le 
haut de l'éminence à dos; des deux côtés on accès 
difficile et de front ; au bas de cette largeur , un marais 
qu'on ne pouvait passer sans danger (1). Pour plus de 
sûreté et dans la prévision d'un engagement avec 
l'ennemi , César fit tracer un nouveau retranchement 
de quatre cents pas qui enfermait des deux côtés cette 
largeur qui était sur la pente de la colline, et aux deux 
extrémités , il fit construire des forts qu'il garnit de 
machines. Puis laissant deux légions de nouvelles 
recrues dans son camp pour le garder, il fit ranger son 
armée en bataille sur cette largeur ainsi fortifiée. 
L'armée confédérée ne manqua pas de remarquer ces 
retranchements , elle qui en était si près. Sur ces 
entrefaites on eut avis qu'ayant trouvé des gués sur la 

rivière, ils tentaient de franchir l'Aisne pour attaquer le 
petit camp de Sabinus qui défendait le pont. Cette 
attaque ayant échouée aussi bien que celle de Bibrax, 
les Gaulois batttus au passage de la rivière ; se déban- 

(1) Dormay', llist. de Soissons , t. i,, p. 71. 



— 3» — 

dèrentet prirent la fuite. César se mit h teur poursuite 
et s'empara de Noviodunum, la capitale des suessiones. 
Voyons , d'après les interprèles » quelles seraient les 
localités désignées dans le texte du général romain : 

S l. PASSAGE DE LA BIVIÈRE D'aISNB. 

Si Ton s'en rapporte à Tabbé Leiœuf suivi par Le- 
moine, te père Lempereur, Yaflart, les abbés Lecomte 
et Pécheur , Pontatert serait le Iteu oà César pass2^ 
l'Aisne avec ses troupes (i) , Marlot et Dormay évitent 
de se prononcer (2), Colliette hésite entre Neufcbâtel et 
Pontavert (3) , Dom Leiong, Meilevilte et Piette récla- 
ment Condé-sur-Sutppe (4) tandis que H. de Saulcy el 
Peigné-Delacour se déclarent pour Pontarcy. (5)^ Dom 
Grenier seul ne met pas en doute que ce passage ne se 
soit effectué à Berry-au-Bac (6). 

§ IL CAKP DE CÉSAR. 

Quant à remplacement du camp, les opinions ne sont 
pas moins partagées. L'abbé Lebœuf (7) , après avoir 
choisi Pontavert , pour le passage , pensent que César 
rangea ses légions sur la montagne qui domine Craonne, 

(1) Dissertation sur le Soissonnais. Antiquités de SonsoDs, 
1. 1, p. 64. Dissertations historiques sur divers sujets d'antiquités. 

(2) Hist. de la Cité de Reims, t. i.p. 117. Histoire âi9 Soissons, 
t. I, p. 70. 

(3) Mémoires sur le Yermondois, t. i , p. 125. 

(4) Histoire du Diocèse de Laon^ p. 7. 

(5) Précis des Campagnes de César , revue contemporaine' 
1859, p. 280. Recherches sur Noviodunum. 

(6) Collect., t. I, p. 167. fol. 68. Bulletin acad. de Laon, t. x, 
p. 218. 

(7) L'abbé Lebœuf incline tantôt pour Chaudardes r tantôt 
pour le plateau de Craonne. Bullet. acad. de Laon , t., p. 247. 
Histoire <fes Antiquités de Soissons, p. 69. 



— 330 — 

Craonnelle et Ouche. < Le marais est celui où l'AiletCe 

> prend sa source » dans la tallée où fut bâtie depuis 

> l'abbaye de Vaiicfair. Les Belges étaient à mie demi- 

> lieue des Romains » vers Bonconville , s'étendant es 

> largeur sur les territ<Jres de Saint-Jean de Pancy, 

> Neuville , Chermrsy et Bonconville jusqu'au bois de 

> Corbeny. Craonne est la montagne la plus apparente 

> des environs de Pontavert. » Le savant antiquaire 
essaye de lui donner presqu*une dénomination romaine 
en décorant cette bourgade du nom de CetarodumÊm a« 
lieu de Crubenna Craona que lui ont toiyours donné 
les titres anciens. 

Cette position donnée ai.x Romains ne nous semble 
pas compatible avec le te&te de César : il suffit de le 
relire pour n'y trouver aucun des caractères sérieux et 
précis qn^il décrit , l'adossemenl à la rivière » la nature 
du coteau, le marais dont il est question. 

Napoléon, Lerowx, Tabbé Lecomte et Pécheur, après 
M. de Bussy , ont opté pour Pontavert (1) c Le camp de 
César, dit Napoléon , était an-dessous de Pontavert, 
1 était campé la droite appuyée au coude de l'Aisne, 
entre Pontavert et le village de Cbaudardes, to 
gauche à un petit ruisseau ; vis-à-vis de lui , était le 
marais qu'on y voit encore. Galba avait sa droite du 
côté de Craonne et sa gauche an ruisseau de la Miette, 
elle marais sur son front. Le camp de César à Pon- 
tavert se trouvait éloigné de 8,000 toises de Bièvres, 
de 44,000 de Reims , de 22,000 de Soissons , de 
16,000 deLaon, ce qui satisfaite toutes les conditions 
du texte » Il e&t évident que le grand Empereur , en 
cherchant à résoudre cttte question de géographie, 

• 

(1) Mémoire sar l*dncien Bibrax. Bullet. de la Société srdiéo- 
logique de SoissoDS, t. xy, p. 129. Argus soissonaais. Annales 
du Diocèse de Soissons , p. 27. DisquisiHoms geographiœ , 2* 
vol., P- 157, 



— Ml - 

était bien plut préoccupé de te situatton de Bibrax, 
qn'il plaçait k Bièvre avec l'abbé Lebœaf, que de 
rerapiaceiceiit dn camp lai-méme. 

M. de Bos^y croyait, lai» que remplacement actue] 
de Pontavert occupait le périmètre dtt camp et que 
Galba était placé vers la ferme du Temple, c Tout dé- 
» montre, ayoute-MI , que le camp de César était sur 

> l'emplacement de Pontavert. Les hauteurs à cinq ou 
» six cents toises de ce village indiquent qu'il était» 

> enire la rivière et les collines sur lesquelles il rangea 
» ses légions en lignes de bataille. En avant de ces 
» collines, vers la ferme du Temple, est un petit marais 

> qui se dessèche tous les jours; aucun point sur la 
» rive droite de l'Aisne ne réunit toutes ces cireoiis* 
» tances ; elles sont décisives pour l'emplacement do 

> camp (I). » Ce sentiment différait peu de celui de 
l'Empereur , quant à la position du csmp , et il a dà 
surgir en même temps dans la pensée de ces deux 
hommes que le hasard des com bats fait se rencontrer 
un instant sur cette terre historique où se jouait après 
dix-neuf siècles les destinées du nouveau César. 

M. de Smdcy et Peigné Delaoour revendiquent Pon« 
tarcy et placent le camp sur la montagne voisine de 
Gamin. Mais malgré le savant travail de l'éminent 

(1) Trad. des Commentaires de César , 2 v. in4* , Préds des 
Campagnes de J. César. BuUtt. de la Société archéologique de 
Soissoos , t. XY, p. 129. 

Statistique de TÂisne, 1. 1, p. 135. Le colonel de Buesy vfwit 
étudié avant 88 à La Fère avec Napoléon. Us étaient alors amis. 
Les drconstances et les opinions politiques les éloignèrent bien- 
tôt Tun de Tautre , et ils ne se retrouvèrent qu'en 1814, lors 
de la bataille de Craonne. Napoléon, apprenant que son vieux 
camarade habitait Beaurieux où il s*était retiré , manda auprès 
de lui de Bussy, prit de lui tous les renseignements dont il avait 
besoin , et le nomma colonel et son aide-de-camp ponr cette 
affiiire, qui fut la dernière victoire que nos armées remportèrent. 



- 332 - 

écrivain « Pontarcy H Comin n'ont ancone cbance de 
succès paisqn'ils sont inconciliables avec le texe det 
César. Ils ont trouvé , du reste , dans MM. Mellevine, 
Piette et l'abbé Pécheur des adversaires redoutables. 
Les deux premiers après avoir démontré que la colline 
isolée et abrupte de Comin ne répondait à aucune des 
conditions topograpbiques dont parle César, n'ont pas 
tardé à conclure que ce système ne reposait que sur 
une interprétation contestable et fausse du texte , et ils 
se demandaient, avec raison, comment César pouvait-Il 
dire qu'après la défaite des Belges au passage de l'Aisne 
il conduisit son armée vers les frontières du Soissormais. 
Postridie ejus diei César,,, in fines Suessionum, qui pro- 
ximi Remis erant, exercitum âuxit^ puisque Pontarcy a 
toujours fait partie du Soissonnais doDt les limites ne 
paraissaient p^^s avoir jamais varié de ce c6té (I). c Aussi 

> ne comprenons-nous pas , ajoute l'abbé Pécheur, 
» comment M. Peigné-Delacour peut placer le camp à 
f Pontarcy et reprocher à ses adversaires de le reculer 
• sans preuves jusqu'à Pontavert , qui est en plein pays 
» rémois et où devait se trouver évidemment l'armée 
» romaine. Il apporte en faveur de son sentiment 
» l'origine romaine de Pontarcy (Pont arda) ; mais il 
» oublie que lui-même prouve que Pont-a-ver a , ainsi 
9 que Pont-ver, Berry-au-Bac , une racine gauloise , et 
i que par conséquent , il existait avant que Pout-Arcy 

> fut consflmit par les Bomains. » Mais le savant chro- 
niqueur oublie de nous dire que M* Peigné-Delacour 
ayant besoin d'abréger singulièrement les distances 
pour faire du Mont de Noyon, le Noviodunum qu'il veut 
faire accepter, était nécessairement forcé de rapprocher 
de plusieurs milles le camp de César de son territoire, 

(1) Bulletin de la Société académique de Laon t. x , p. 215 ; 
t. XI» p. 277. Annales du diocèae de Soissoos, p. 31. 



- 333 — 

Pofilavert et Berry-au*Bac offrant un trajet impossible 
et par eoaaëquent contraire au texte de l'historien (i). 
Dom Lelong , tout en abrégeant la description de 
César, semble soupçonner la position du camp ; mais il 
ne devine que le marais* « un petit marais formé proba- 
» blement par le ruisseau de Juvincourt séparait les 
» deux armées. » Puis sans s'inquiéter de ces prémices 
si exactes , ni des distances » it avance sans aucun 
fondement que c les petits combats de cavalerie se 
» donnaient principalement dans la vallée de Festieux, 
» où Ton a trouvé des armes anciennes ; et l'armée de 
» César devait être vers Amifontaine • s'étendre même 
i jusqu'à Saint-Tbomas; car il est à présumer, ajoute- 
1 t-il , qu'il aura fait construire en cette occasion le 

> retranchement qu'on voit sur cette montagne et 

> qu'on nomme camp de César ou le vieux Laon (2) p 
M. Melleville , non content de partager l'opinion du 

savant bénédictin , va plus loin dans hcs affirmations. 
Peu touché de la relation si précise de César et des 
détails très circonstanciés qui l'accompagnent , il n'hé- 
site pas reculer la position du camp jusqu'à Saint- 
Thomas. C'est là seulement qu'il trouve une colline 
pour asseoir l'armée romaine dans les conditions du 
texte ; et il s'efforce d'assigner à cet emplacement tout 
le caractère stratégique dont parle ce général (3). 

Mais « en vérité , il faut de la bonne volonté pour 
jidmettre que le camp de Saint-Thomas, situé à 44 kilo- 
mètres de l'Aisne, soit défendu par cette rivière ; qu'une 
des montagnes les plus hautes de nos environs et du 

(1) Recherches sur la position de Noviodunum Suessionum, 
p. 9. 22. 

(2) Histeire du Diocèse de Laon, p. 9. 

(3) Nouvelles recherches sur Bibrax et Noviodunum et le 
camp de S. Thomas , Bulletin de la Société archéologique du 
département de VAisQe> p. 226. 



— 334 — 

dépirteineBt seit to«t à coop lniisfi>raiée en 0116 oolliae 
qui t'élèTe inseotiblenieBt de la plafaie, n'ayant qoe des 
dépretsiont i peine aocuséea. Noua demandons com- 
ment on aurait pn ranger en bataille snr les iancs 
abmptes de cette coffine , puisque colline il y a , une 
armée de 40,000 hommes. A peine pourrai^on y placer 
un troupeau de cbèfres; encore y paraltrait-il susp^ida 
aux rochers comme celles dont parie le chantre des 
Bucoliques t Comment ces pentes encore aujourd'hui 
si escarpées ont*elIes pu autrefois se changer en de 
légères dépressions qui abaissent de chaque côté le 
terrain pour ne Isisseran milieu qu'un sommet ou petit 
plateau qui se reliait doucement à la plainef où trouver 
dans cette hypothèse le retranchement de 400 pas élefé 
& droite et à gauche et garni de fortins aux extrémités 
pour empêcher les Belges de l'euTelopper par leur 
multitude ? où prendre sérieusement le marais qui 
séparait les deux armées en présence et qui s'opposa à 
UDC mêlée générale? Ce sont là de graves objections 
que n^out pn bire taire les réponses préventives que 
l'auteur du mémoire a cm devoir donner à l'avance. 

M. Melleville ne craint pas d'ajouter qu'en effet on 
trouverait le terrain décrit par César , au sud-ouest de 
Saint-Thomas, l'emplacement où il disposa son armée, 
la pente douce dont il est parlé , les retranchements de 
400 pas , les forts qu'il garnit de machines. An nord- 
ouest existe un petit ruisseau qui descend de la mon- 
tagne ; et au sud-est des sources abondantes formant le 
marais dont il a besoin, c Qui ne pourrait , s'écrie 
t M. MelleviUet reconnaître dans ces lieux cet emplace- 
» ment favorable pour combattre , où César rangea 

> ses troupes en bataille. Rien n'y manque , et ils se 

> trouvent encore après dix-neuf siècles dans l'état où 
» ce général les a laissés. » Hâtons-nous de dire que 
la seule inspection des lieux détruit toutes les hypo- 



— 335 — 

ihèses ; et qu'on peut invoquer contre la thèse soutenue 
ici pur M. Melleviile tous les arguments qu'il a Ingé- 
nieusement accumulés contre les revendications que 
M. deSaulcy faisait en faveur de la colline de Comin/ 
51ais depuis , et en face des trouvailles décisives de 
Mauchamps, réminent académicien a noblement confess é 
qu'il s'i^tait trompé. Nous aimerions que M. Meliev lie 
suivit ce bel exemple, mais nous n'osons 1 espérer après 
les erremens qui Tout engagé à méconnaître et à com- 
battre systématiquement la découverte de Mauchamps. 
H. Piette et Von Goeler , général allemand, qui ont 
été d'une si grande autorité dans les recherches faites' 
Fécemment, ont seuls deviné ou plutôt constaté théori- 
quement la position du camp , objet de tant de débats: 
Le premier nous dit franchement , et texte en main^ 
qu'il lui parait impossible de rechercher le camp de 
César ailleurs que sur la rive droite de l'Aisne ; et il 
tyoute aussitôt : c Nous n'hésitons pas à le placer , en 
avant de la ferme de Mauchamps» au point culminant 
de la colline qui s'élève légèrement entre Berry-au- 
Bac et Guignicourt , sur la droite de l'Aisne dopt les 
pentes larges et adoucies s'étendent , vers le Nord, 
jusqu'aux marais de la Miette. Cet empla<*.ement , 
situé à l'intersection de la route de Soissons à Neuf- 
chàtel, et dû chemin deRerry-au-Bacà Prouvais, est 
indiqué dans la carte du dépôt de la guerre sous la 
forme d'un plateau elliptique , faisant sur la colline 
une saillie légère d'une longueur de 1,000°^ environ, 
sur 6 à 700» de largeur. La conformation topographique 
de ce plateau , par rapport à la colline elle même, 
^ est tellement d'accord avec le récit de César , et se 
» rapporte, d'une manière si sensible , aux règles de la 

> castramétation chez les Romains qu'on est forcé d'y 

> reconnaître le lieu où César attendit les Gaulois (1) # 

(1) Bulletin de la Société acad. de Laon, t. vu, p. 188.*' 



— 336 — 

L'archéologue qui se prononçait ainsi , montrait non- 
seulement une conviction profonde; mais il semblait 
assuré d'avance du succès qui vient de confirmer la 
justesse de son coup d'œil , de ses heureuses et 
savantes appréciations. 

Toutefois le second était encore plus positif; car il a 
osé tracer le camp, sa forme et jusqu'aux fossés des 
retranchements; mais dans un sens idéal et auquel 
les fouilles ont quelquefois donné tort(l). Dom Grenier, 
avant ces Messieurs, avait admis Berry-au-Bac non-seu- 
lement comme le lieu du passage des troupes romaines, 
mais comme ayant été probablement le lieu du camp 
de César , tant h cause de l'analogie de Berry avec le 
mot gaulois romanisé de Briva qui désigne un pont, 
qu'à cause de la voie romaine de Rehus à Saint-Quentin 
qui y passait et qui avait elle-«méme succédé à une 
grande chaussée gauloise. 

§ III. FORT^E SABJNUS. 

Pour le camp de Sabinus qui formait une tête de pont 
et un retranchement en arrière sur la rive gauche de 
l'Aisne, peu d'archéologues s'en sont occupés d'une 
manière sérieuse. Ils se sont généralement bornés à 
indiquer le lieu du passage qu'ils supposaient avec 
raison devoir être l'eriiplacement du camp de Sabinus. 
Cfuelques uns seulement en ont recherché ou signalé les 
traces. Dom Lelong, Melleville et Plette sont presque les 
seuls qui ai<^nt songé à traiter cette question (S) et tous 
trois ont pensé que Us vastes retranchements que Ton 
Voit encore dans la plaine de Variscourt , entre GuioUi- 
côuri et Coudé, au confluent de la Suippe et de l'Aisne, 

(1) Voir la carte que ce géDéral a publiée dans ses six premiers 
Hvres des Commentaires, 
(â). Histi du Diocèse de Laon. p. 7. 



— 337 — 

avaient pu servir de campa Q. Tiiurlus Sabinas. • C'est 

> là , dit M. Piette , qae dans un poste fortifié pardea 

• parapets en terre et entouré de trois côtés par de& 
» eau^ vives et des marais profonds , il laisse son 
» lieutenant Sabinus avec six cohortes pour maintenir 

> ses communications avec Reims et assurer sa retraite 

• en cas de revers. > (1). 

M. Melleville , quoique plus craintif sur ce point, n'ea 
paraît cependant pas moins persuadé, c Près du con- 

> fluent de la Suippe , dit-il , à une faible distance de 
» la rive gauche de TAisne , et au nord du village de 
» Condé, il existait dans le siècle dernier un petit camp 

> retranché de travaux en terre , sa forme était celle 
1 d'un carré long , on peut le voir figuré sur la carte 
9 de Cassini. Ce camp était sans doute celui de Titu* 

> rius ; car non-seulement il est attribué aux Romains 
1 dans les souvenirs du pays ; mais les lieux d'alentour 

• sont encore remplis de leur souvenir ; ainsi près de 
f là il y a un champ qui se nomme encore le mur de 
9 Rome > (2). Les restes de la chaussée élevée sur la 
rive droite de la Suippe lui paraissent être ceux du 
chemin qui conduisait de Reims au pont dont porle 
César et qui devait être construit au dessus et près 
du confluent de la Suippe. 

Mais ce système ne peut soutenir le moindre examen. 
Ajoutons que de graves et nombreuses objections vien-: 
nent complètement infirmer ces données historiques. 
Et, en effet, comment admettre que le camp de Condé 
dont nous voulons bien reconnaître l'existence , soii 
celui de Sabinus , puisque ces retranchemens dont on 
croit pouvoir suivre encore les vestiges douteux à l'est 
et au sud, offrent un périmètre de plus de 1400 mètres 

(1) Bulletin de la Société académique de Laon,t. vu p. 188. 

(2) Bulletin de la Société archéologique du département do 
l'Aisne, t. i p. 223. 



— 338 — 

^ur 1000 m. ? Or, comment supposer que Césnr ait fait 
élever un camp d'une si vaste étendue , pour un déta- 
chement de troisà quatre mille hommes^ tandis que lui, 
pour une armée de 50,000 bommes au moins , n'avait 
besoin que d'un camp de six à sept cent mètres carrés, 
c'est-à-dire, moitié moins grand que celui de Condé? 

S'il fallait, d'ailleurs, nous en rapport'^r aux souvenirs 
légendaires du pays et dont on ne saurait trop contrôler 
la valeur en remontant aux sources les plus authen- 
tiques , ils nous diraient que cet emplacement était 
désigné autrefois comme celui d'une ville antique que 
Gassini, et Brayer après lui, appellent le vieux Reims. 

Au reste , rien n'autorise à croire que la chaussée 
élevée qui longe, à l'est, les bords de la Suippe, soit un 
tronçon de voie romaine qui aboutissait à un pont 
placé sur la rivière d'Aisne. Tout semble contredire 
cette hypothèse toute gratuite. Nous sommes persnadés 
que ces parapets en grève qui bordent la Suippe sont 
tout simplement des digues qu'on a été forc^. d'élever 
contre les débordements si fréquents de la rivière qui 
inondait tout le village de Condé et y causait, par Tim- 
pétuosité de ses eaux, de grands ravages. C'est dans un 
même but de préservation qu'on a construit , il y a 
moins de vingt ans , ces grandes redoutes ou remparts 
qui s'étendent au nord et à l'ouest de ce village , au 
milieu de la campagne , et qui font de cette petite loca- 
lité un semblant de citadelle ou d'enceinte fortifiée 
qui étonne tous ceux qui les voyent pour la première 
fois. (1) 

§ IV. GUÉ DES BELGES, LIEU DU COMBAT. 

La divergence n'a pas été moins grande entre les 

(1) Il paraît que cet endiguement est en effet une précaution 
prise contre le cours éleyé du canal , lequel en rompant ses 
digues, pourrait inonder le village de Condé. 



— as9 — 

historiens pour déierniiner le gué où les Belges avaient 
tenté de passer la rivière pour s'emparer du fort défen- 
du par Sabinus et couper le pont qui le mettait en 
communication avec César. Les uns, comme M. de 
Saulcy, avaient choisi les gués d'Œuilly et de Maizy; 
les autres, comme MM. Melleville et Piette, le plaçaient 
naturellement entre Condé et Guignicourt, dans un 
endroit connu sous le nom de gué Saint-Pierre (1). 
« Ce point, ditTun de ces Messieurs, placé eu face 
» d'un des flancs de Sabinus , et marqué par un coude 

> très prononcé de la rivière , échappait complètement 

> à la vue de César. Une partie de l'armée gauloise 

> pouvait aussi se diriger vers ce gué , en dérobant sa 
• marche du côté de Proviseux (2). » L'abbé Pécheur 
adopte Berry-au-6ac (3). Lemoine place ce passage à 
quelques milles du pont gardé par Sabinus , sans nous 
dire si c'était en amont ou en aval de l'Aisne (4). Le 
docteur Leroux indique (5), mais en hésitant, l'exis- 
tence d'un gué au-dessus de Pontavert, vers la ferme 
df- la Pêcherie , gué qui depuis servit à nos ennemis à 
une époque malheureuse (18i4). M. Fallue, dans un 
travail d'opposition au camp de Mauchamps et dont 
nous parlerons bientôt , accepte aussi le gué de la 
Pêcherie. (6) 

(1) Voyez t. X et t. vn. Entre Condé et Guignicourt , dit M. 
Melleville, un vaste champ, sur les bords de l'Aisne , porte de 
temps immémorial , le nom de Champ de la Bataille ; un peu 
plus loin, un autre endroit s'appelle le Champ du De Profundis. 
Ces deux noms significatifs doivent se rapporter au combat qui 
eut lieu lorsque les Belges voulurent traverser la rivière à gué, 
autrement ils n'auraient pas de sens. Bulletin de la Société ar- 
chéologique, t. I, p. 224. 

("2) Bulletin de la Société acad. de Laon, t. vu, p. 191. 

(3) Âimales du Diocèse de Boissons, p. 27. 

(4) Antiquités de Soissons, t. i. p. 73. 

(5) Bulletin de la Société arcbéol. de l'Aisne , p. 213. 

(6) Revue française 1862, p. 401. 



— 340 — 

Nous ne dirons rien ici de ces opinions si diverses 
et qui ne sont que la conséquence naturelle du point 
de vue où chaque auteur a cru devoir se placer. Nous 
aurons bientôt occasion de revenir sur cette question 
géographique etde donner nos appréciations. Mais il est 
nécessaire de connaître auparavant remplacement 
qu'occupaient nos deux mystérieuses et introuvables 
cités, Bibrax et Noviodunum. 

9 

§ V. BIBRAX. 

La position de Toppide Remois Bibrax a soulevé des 
difficultés bien plus sérieuses encore que les autres 
points des commentaires ; elle a surtout donné lieu à 
des controverses animées (i). Les uns, comme Perrot 
d'Ablancourt , Samson , Liébaux , Dé vérité et Yailly 
l'ont mis au sud de l'Aisne, à Braisne et à Fismes. Mais 
ce sentiment , malgré les assertions du colonel de 
Bussy (2) et les nouvelles prétentions de M. GrosjeaQ 

(1) Remarques sur la carte de l'ancienne Gaule, p xv.. 

(2) « Un général , dit M. de Bussy , qui serait aujourd'hui 
» chargé de couvrir Reims et ses environs contre un ennemi 
» venant du nord et maître de Soissons , se retrancherait 
» derrière l'Aisne , s'il était faible , passerait cette rivière , s'il 
» était assez fort pour risquer une bataille sur un terrain étudié. 
» Dans les deux cas , il ferait occuper par quelques mille 
> hommes Fismes ou Braisne ou peut-être Bazoches , point le 
» plus susceptible de défense de la vallée de la Vesie avec peu 
» de monde. Ce que l'on ferait aujourd'hui , César Ta fait , et 
» Bibrax n'a pu être qu'un point de défense de la vallée de la 
» Vesle ; il n'a jamais pu être sur la droite de l'Aisne ; car une 
» garnison, dans cette position , n'eut pu servir à couvrir Reims 
» ni le pays rémois qui avait l'Aisne pour limite et confinait à 
» celui de Soissons; il se serait trouvé sans défense contre les 
» peuples du Soissonnais et du Beauvoisis. Gemme la distance 
» du camp de César (à Pontavert) était de 8,000 pas romains , 
» à peu près 6,000 de nos toises, Bibrax ne peut être autre que 



— 341 — 

(I), est regurdé par tous ceux qui connaissent le pays 
comme inadmissible et en contradiction palpable avec 
le récit de César ; car il suffit de lire le texte sr lucide 
du général romain pour être convaincu que Galba, chef 
de la confédération belge , ne pouvait être au sud de 
l'Aisne, c Les raisons et les autorités apportées en 
» faveur de la rive gauche, dit Tabbé Lecomte, nous 

> paraissent de nulle valeur. Aussi les commentaires 
i de César démontrent-ils jusqu'à la dernière évidence 
» rimpossibilité d'admettre la rive gauche de l'Aisne, 

> la rive de Reims , pour le camp de César et pour la 

> ville de Bibrax (2). > Les autres placent Dibrax , avec 
plus de raison, au nord de l'Aisne. Dudon, chanoine de 
Saint-Quentin, au xi« siècle, Guiberl de Nogent, au xii®, 
l'avocat Jacques Robbe , de Lalain , Jacobs fils , Dom 
Wiart et surtout Melleville , veulent que ce soit Laon. 
Dormay flotte entre Sissonne et Bruyères , Henry 
Etienne, Marlot, l'abbé Robert, l'Annuaire de l'Aisne de 
1815 optent pour Braye-en-Laonnois. On nomme aussi 
Barby , Beuvray et Braye-en-Rethelois , Bray-en-Amie- 
uois , Château*cn-Porcien (3) , maî^ lés distances qui 

» Fismes sur la Vesle qui est à cette distance de Pontavert. « 
Statistiq., t. i., 135. 

(1) L'abbé Lecomte prétend que M. Grôsjean n'a présenté 
son travail au Congrès de Reims que sur des erremens sani^ 
valeur. Argus soissonnaiSt 24-26 février et 1«' mars 1846. 

(2) Voyez ces arguments développés dans un mémoire sur 
l'emplacement de Bibrax , feuiUeton de V Argus 1846. 

(3) M. François , propriétaire à Balham (Ardennes), propose 
Gfaâteau-Porcien en s'appuyant sur une inscription latine plus 
ou moins authentique qui aurait été trouvée sous les fondations 
d'une ancienne tour du château de Château-Porcien. Selon luir 
Portius , général romain , après avoir secoué le joug de sa 
patrie, aurait bâti ce château sur les ruines de la ville de Bibrax, 
détruites par les Barbares attirés par la grande débauche des 
peuples gaulois en 418. Voici au reste cette inscription mutilée 



— 3« — 

séparent ces localités du camp de César doivent les 
faire rejeter absolument. Laon , que M. Melleville ré- 
clame toujours avec une nouvelle insistance et en 
ajoutant aux preuves qu'il croit positives , des preuvesv 
de déductions historiques , n'offre pas une conclusion 
satisfaisante» malgré leur nombre (i). QuantàBraye-en- 

telle qu'on propose de la lire, après en avoir réuni les fragments 
métalliques brisés en plusieurs morceaux. On assure que cette 
lecture est fondée sur la tradition : 

Discint... popul.., et oppid.*,. Bihrax de8truct...per... ad... 
Barbar... popul... loc... supra.,, in ruin... édifie,., castr... 
ab illo tenp... hoc nom .. sibi induit... jug.,. exoiU... per 

gubemat.: Portiu8..dux... ad rom.,. castr,.. édifie in... 

loc... ruin... per gubern.. . an/no ccccxvui. M. François ajoute 
que des vestiges bien caractérisés d'un camp près du village 
d'Acy-Romance, à 8,000 pas de Cbûteau-Porcien , sur les bords 
de l'Aisne, pourraient indiquer le camp de César. 

(1) Cet auteur dit d'abord que Laon, dans les temps anciens, 
est qualifié d'oppidu/m Lugdwmm , & oppidum Laudwni , 
preuve que c'était originairement un oppide. Quant aux textes 
qui constatent l'identité de Laon avec Bibrax, ils sont nombreux. 
C'est d'abord le diplôme de Chilpéiic en 561 , daté de Bibrax, 
Datum Bibrax ; 2" la vie de sainte Benoîte, morte au iv* siècle, 
mais dont les actes sont bien posténeurs et où il est dit que 
cette sainte vtnt à Laon , ville qui autrefois portait le nom de 
Bibrax ; 3* la relation de sainte Preuve, vierge écossaise, qui 
subit, au IV' siècle, le martyie dans la vallée de Bibrax, in vallo 
Bibracis , aujourd'hui la cuve S. Vincent ; 4^ la légende de S. 
Gobain au vu* siècle , mentionnant le voyage de ce saint à 
Laon, qui , dans l'ancien langage , était appelé Bibrax. Enfin, 
l'appui d'une tradition constante des xi* , xii' et xm' siècle , se 
perpétuant jusqu'à nos jours. Cette tradition se trouve consi- 
gnée dans l'histoire des Normands du chanoine Dudon , dans 
Guibert de Nogent, dans une pièce de poésie anonyme, dans une 
épitaphe d'un abbé de S. Vincent, dans une hymne que l'on chan- 
tait anciennement dans cette abbaye; enfin dans les témoignage» 
des deux de Lalain , qui assurent que dans deux manuscrit,, 
fa ville de Laon portait ce nom. Bulletin de la Société archéolo- 
gique de l'Aisne t page 231 et suivantes. M. Melleville a depuis 



— 3iâ — 

LaooDo's ou en Retbelois et autres, le nom gallique df^ 
Braye que portent une multitude de bourgs et de 
villages et qui signifie vase, limon , terrain humide et 
fengeux, n'a jamais eu le moindre rapport avec Bibrux 

Il y a quelques années , le débat n'était donc sérieux 
qu'entre Bièvreet Berrienx. Dans l'hypothèse du camp 
de César placé à Pontavertou sur le mamelon deChau- 
dardes, Bièvre paraissait réunir tous les suffrages, ainsi 
que toutes les conditions do texte de César comme 
étymologieet comme distance (2) Déplus^ la montagne 
où l'on suppose qu'était l'oppide présentée son sommet 

rajeuni ces arguments déj^ anciens dans le Bulletin de la Société 
académique de Laon . t. xii, pnge 253 à 274. 

Dans le premier mémoire , le savant historien s*appuyait sur 
le camp de S. Thomas , qu'il soutenait être le camp de César^ 
élevé après son passage de l'Aisne , pour montrer que Laon était 
bien l'oppide rémois de Bibrax à 8,000 pas du camp. Dans le 
second mémoire et à 18 ans de distance , il part de Bibrax , 
l'ancien oppide gaulois , pour venir prouver que le camp de 
S. Thomas est tout simplbment le camp de César placé sur une 
légère éminence et défendu par la rivière. C'est ce qu'on appelle 
en bonne logique une pétition de principe, ou si vous 1 aimez 
mieux, d'après Napoléon Landais , un raisonnement vicieux , qui 
consiste à alléguer pour preuve la chose même qui est en 
question. M. Melleville , dit M. Vuaflart, voulant que la ville 
actuelle de Laon soit l'ancien Bibrax , avait besoin pour donner 
raison à sa manière de voir, d'éloigner le camp de près de huit 
kilomètres du bord de l'Aisne , sans quoi Laon ne pouvait plus 
être Bibrax , qui , d'après le texte formel des Commentaires, 
était situé à huit milles du camp. Aherat millia pasftuum ocio. 
Bulletin de la Société archéol. de Soissons, t. vx, p. 119. 

(1) Henri Martin, Hist. de Soissons, t. i, p, 40. L'abbé Pé- 
cheur . Annales du diocèse de Soissons , p. 27. Valkenaer, 
Géographie des Gaules. Jacobs fils , Mémoire de la Société des^ 
Antiquaires de France, 1. 1. 

(2) Lebceuf. Lemoine, Banville, Expilly, Napoléon, Peigné-" 
Delacour , l'abbé Lecomte et Vuaflart. t. xv, p. 106. 

L'abbé Lecomte nous raconte avec une grande franchiser 

3f 



Un plateau à'un kilomètre de longueur, escarpé dé 
toutes parts , si ce n'est du côté du nord où elle est 
reliée par une langue de terre aux plaines voisines et 
pouvait parfaitement recevoir une ville gauloise de 
quelqu'importance. Malgré ces autorités , concluait-on 
cependant, il faut aussi avouer queBerrieux se trouvant 
plus près que Bîèvre d^n Pontavert , pourrait bien être 
le véritable Bibrax. 

En effîet , les 8,000 pas romains marqués par César 
entre Bibrax et le camp romain, revenant à un peu plus 
de 6,000 toises ou deux lieues et demie , de 25 au 
degré , tandis qu'il y aurait 8,000 toises de Bièvre au 
camp , le mille romain étant évalué par Samson Danville 
et la plupart des géographes à 755 toises 3 pouces, ne 
peuvent satisfaire à toutes les conditions du texte ti). 

qu'après avoir voulu s'assurer par lui-même de la valeur des 
assertions antérieures , il avait visité ces montagnes et qu'il en 
descendait tout désappointé ayant vainement cherché les carac- 
tères qui pouvaient assurer à Bièvre le titre de Bibrax , lors- 
qu'ayant remarqué d'énormes murailles recouvertes de terre et 
môme d'arbres , il pensa alors à consulter les aociens titres et 
qu'il dut à ces manuscrits ignorés d'être sur la voie de la vérité. 
MaiSf ce ne sont là, il faut le reconnaître , que des conjectures 
dépourvues de toute espèce de fondement réel. Nous en dirons 
autant des arguments, qu'avec une habileté des plus ingénieuses, 
il cherche à tirer de l'étymologie de Bibrax , et qui , sous son 
alambic perfectionné , ne tarde pas à produire Bièvre , ce nom 
si désiré. (Mémoire déjà cité.) 

M. Yuaflart a réuni avec une patiente érudition tous les 
témoignages qui militent en faveur de Bièvre. Cette masse de 
témoignages de toutes les époques ne nous paraît pas un boule-- 
vard plus formidable que celui de M. Melleville dont nous 
ferons justice. 

(1) Laon , distant d'au moins six grandes lieues de l'Aisne, 
distance plus que double de celle de Gésar, est tout-à-fait hors 
de cause. L'erreur de Dudon et de ceux qui sont de son avis, 
pourrait provenir du nom de vieux Laon que conserve encore 
aujourd'hui la hauteur qui domine le village de Berrieux. Si on 



- 345 — 

§ VI. N0VI0DUI9UM. 

Nous voici enfin arrivé au célèbre oppide soissonnais 
etdont la position n'est pas moins contestée que celle 
de Bibrax. Préoccupé outre mesure de la racine 
celtique Dun , Dunum^ Tabbé Lebœuf place Noviodu- 
num à Noyant , montagne des environs de Soissons, 
sur le revers d'un large plateau (1). Dom Marlot, Dom 
Lelong. Dévérité, l'abbé Fondeur, 4médée Thierry, ont 
adopté Noyon. Ce qui les a entraînés dans cette opinion, 
c^est la ressemblance que le mot de Noyon parait avoir 
avec le Noviodunum des commentaires. M. Melleville, 
tout en avouant que ses recherches ont été moins con- 
cluantes pour déterminer l'emplacement de Noviodunum 
que pour Bibrax , ne s'en déclare pas moins contre 
Soissons et contre Noyon en faveur de Nouvion-le- 
Vîneux , petit village situé à six kilomètres environ au 
sud de Laon , et à 20 ou 25 kilomètres du camp de 
Saint-Thomas, devenu pour lui le camp de César , en 
sorte que le magno itinere confecto n'a pas dû effrayer 
les soldats de César. Une étape semblable n'avait rieq 
de redoutable même au lendemain d'une bataille. Du 
reste* on doit savoir gréàcetérudit de la facilité remar- 
quable avec laquelle il fait dériver l'abréviation corrom- 
pue de Noviantiim , Novîentura , Nogentum Vinosu m d u xn<^ 

admettait cette hypothèse fort acceptable , à Berrirux resterait 
di^firjitivemcnt l'héritage de Bibrax. (H. Martin. Hist. deSoiss ns, 
t. I, p. 38 et 39.) 

(i) L'opinion du docte chanoine d'Âuxerre , fondée sur une 
ihterpréiation duuteuse et sur un rapprochement de mot, n'étant; 
du reste corroborée par aucune tradition , par aucun monument, 
fut vivement attaquée par Dom Duplei^sis. Ce religieux non 
moins érudil queson confrère, s'efforça dans trois lettres adressées 
au Mercure de France, de démontrer toute la faiblesse des argu- 
ments de l'i'hbo b'heuf. 



- 346 -^ 

siècle . du Noviodunum celtique , ce qui signifierait 
village à la petite croupe. Peut-être lesNogent et les 
Nogentel de notre département ont aussi leur origine 
dans quelque Noviodunum inconnu ? L'abbé Robert 
réclame de son côté en faveur du mont de Soissons (1). 
Enfin M. Peigné-Delacour est plus radical : dans deux 
mémoires que nous avons déjà cités , après les recher- 
ches h s plus tourmentées, il vient de le transférer d'un 
seul trait de plume sur les confins des Bellovaques et 
des Ambiensy en un lieu jusqu'ici totalement inconnu 
et perdu dans des gorges profondes qu'il appelle le 
Mont de Noyon . commune de ( hevincourt (Oise). Un 
membre de la Société des Antiquaires de Picardie , M. 
Marviile, essaye, lui, de le placer à Plainchâtel, entre 
Crécy-au-Montet Pont-St-Mard, sur le bord de la rivière 
des Létes. 

Mais ces diverses opinions n*ont eu que très peu de 
succès. Les autres ont été abandonnées par leurs au- 
teurs ou leurs partisans. Quant à celles qui viennent 
de se produire et qui sont de fraîche date , elles ont 
déjà été longuement réfutées par nos savants archéoio* 
gués, Clouet. Calland, de Laprairie , 1 abbé Pécheur et 
par i.ous. (Bulletin arch., T. i.) 

Nous dirons en outre qu'on peut opposer à ces auto- 
rités douteuses dont nous venons de parler, une série 
de savants historiens , de militaires et de géographes, 
tels que Scaliger, Samson, Adrien de Valois, Dom Cellier, 
Dormay, Colliette. Les auteurs du Gallia Christiania, 
Dom Grenier , Napoléon , Henry Martin , Paul Jacobs et 

(1) Tous les arguments qu'on peut employer coutre la mon- 
tagne de Noyant subsistent ici dans toute leur force. Si la nature 
calcaire du sol s'opposait à ce que le fossé dont parle César eut 
de la profondeur , la largeur de la montagne aurait livré l'autre à 
l'ennemi. Comment du reste approvisionner d'eau ces hautes 
montagnes à une époque où l'on ne connaissait pas encore l'art 
de creuser les puits ? 



— 347 — 

une foule de modernes qui ont toujours considéré 
Soissons comme l'antique oppide de Noviodunum men* 
tionnéeparCésar. Ces nombreuxet puissants témoignages 
devront nécessairement peser dans la balance des juge- 
ments que nous allons essayer de formuler dans toute 
la sincérité de nos convictions. 

Maintenant donc que nous avons reproduit presqu'in- 
tégralementleteite de César relatif à ses premiers succès 
dans la campagne de Belgique , et exposé les interpré- 
tations si diverses qu'en ont fait une foule de savants 
auteurs, il ne serait plus permis de méconnaître le 
puissant intérêt qui s'attache à ces chapitres des com- 
mentaires ; et le désir de retrouver, après dix-neuf siè- 
cles, les positions topographiques où se sont jouées les 
destinées d'un peuple valeureux et jaloux de son indé- 
pendance n'a rien que de très naturel. Aussi allons-nous 
reprendre successivement tous ces points d'histoire 
locale et rechercher avec une légitime sollicitude tous 
les vestiges que ces grands et lointains événements ont 
pu laisser sur le sol ou dans la mémoire des hommes. 
Il nous semble que, si ces questions, alors qu'elles 
étaient débattues dans le vague des conjectures et des 
probabilités n'ont pas trouvé le public indifférent, 
aujourd'hui que des fouilles importantes sont venues 
faciliter une solution inespérée , elles auront bien plus 
encore le privilège d'attirer l'attention des antiquaires 
et des vrais amis du pays. Et en effet quel est celui 
d>ntre nous qui ne serait pas désireux de savoir l'en- 
droit précis où l'Aisne fut franchie par les aigles 
romaines , la position certaine du camp de César sur 
les bords de cette rivière , le poste fortifié de Sabinus, 
le théâtre de la défaîte des Belges , l'emplacement des 
célèbres oppides de Bibrax et de Noviodunum? Eh 
bien ! ce sont ces points intéressans que nous allons 
essayer de fixer en nous appuyant sur I» s précieuses 



— 348 — 

découvertes qui viennent d'avoir lieu sur le plateau 
désormais historique de Mauchamps et de Berry-an- 
Bac. Bien que les fouilles entreprises par ordre de 
TEmpereur, en 4861 et 1862 , et qui ont produit un si 
heureux résultat , ne soient pas de nature à trancher 
absolument toutes les questions en litige» cependant 
on est forcé d'admettre qu'elles doivent amener un 
revirement sinon complet au moins considérable dans 
la plupart des appréciations anciennes. Par ce seul fait, 
si des probabilités disparaissent , d'autres se changent 
en certituds. Ajoutons aussi que de simples conjectures 
acquièrent une force et une autorité qu'on aurait au- 
jourd'hui mauvaise grâce à leur refuser. Examinons 
donc les effets de cette éclatante et palpable démonstra- 
tion orchéologique. Eu reprenant brièvement le texte 
de César sur les points contestés, nous verrons comment 
les découvertes récentes penvent aider a le traduire 
de la manière la plus exacte. 



CHAPITRE TROISIÈME. 

Comment il faut entendre aujourd'hui le texte de César , après 
les découvertes importantes que l'on vient de faire. 

César nous raconte que quand il fut informé dans ses 
quartiers d'hiver que les Belges s'agitaient et que déjà 
ils avaient formé une puissante confédération pour 
s'opposer ù l'ennemi commun , il se bâta de franchir 
la distance qui le séparait de la Belgique et qu'en moins 
de quinze jours il était aux portes ou dans les environs 
de Reims. Bientôt averti par ses éclaireurs et par les 
Remois que l'armée ennemie venait à lui et qu'elle 
n'était pas éloignée, il s'empressa de traverser la rivière 
d'Aisne qui coule à l'extrême frontière du Remois, 



— 319 — 

Flairicn axondm xjuod -est in extremis Remorum finibus 
traihicere iimiuraùt (1). 

Il campa au-delà sur le bord septentrional de cetie 
rivière qui , par sa position, couvrait une partie de son 
carop et ses derrières , aiusi que les autres villes du 
R mois d'où il tirait ses vivres. Atque ibi castra posuit ; 
quœ res et latus unum castrorwm ripis fluminis rmmie- 

(1) Les écrivains ne sont pas d'accord sur la véritable traduc- 
tion de co passage ; les uns , prenant le texte trop à la lettre, 
veulent y voir un endroit plus voisin du territoire soissonnais, 
le point mèrne où celte rivière coule à l'extrême front ère des 
Reines et lui sert délimite, Fismes ou Pontarcy par exemple. 
Les autres admettent une interprétation plus large du texte : 
'-' Noos ferons observer, dit M. Piette, BulleL de la Soc. acad. de 
» Laon, t. XI. page 276, que Cé:far qui venait de traverser le 
•f> vaste pays des i?emi qui comprenait le département de l'Aisne, 
y> TÂrdenue, une grande partie de la Champagne, pouvait bien, 
» à trois ou quatre lieues de la frontière , se regarder comme 
» à son extrémité. Il faut que telle ait été absolument sa pensée, 
» sans quoi il serait de toute impossibilité d expliquer le 
^ mouvement de Tarmee romaine le lendemain du combat qui 
» nous est indiqué par une autre phrase des Commentaires : Pos^ 
» tridie ejus diei, César in finibus Suessionmn qui proximi 
» Remis erant exercitum duxit. M. Melleville , t. x , p. 217, 
» propose de traduire ainsi ce passage : « César fait traverser 
• l'Aisne à son armée sur le seul point où cette rivière formait 
» la limite extrême du Remois , c'est-à-dire en amont ou en 
» aval de Berry-au-Bac du côté du Laonnois et non du Sois- 
» sonnais. Le pays remois n'occupait que la rive gauche, tandis 
» que le Laonnois s'étendait sur la rive droite. » Ce serait donc 
à Berry-au-Bac , sur le seul point où cette rivière servait de 
frontière au Remois. Nous sommes portés à croire que le mot 
extremis finibus veut dire en effet vers la frontière extrême par 
opposition à la distance considérable qu'elle parcourt depuis sa 
source à travers le pays remois dans une longueur en amont 
de plus de 100 kilomètres , tandis qu'en aval il y avait moins 
de 30 kilom. pour arriver aux frontières du Soissonnais , ce qui 
suffisait à la rigueur pour expliquer cette locution du général 
romain. 



— 350 — 

bat^ et posteufn quœ essenl tuUa ab hostib'US reddtùatf 
et commeattLS ab Remis reliquisque civitatibitë, ut sine 
periculo, ad eum portari posset efficieba(. 

II y avait sur cette rivière un pont; Cé^ar le fit garder 
et laissa de l'autre côté Quintus Sabinus , Tun de ses 
lieutenants , aven six cohortes. In eo flumine pons erai. 
ibi prœsHium ponit; et in alteraparte fluminis Q. Titu- 
rius Sabinus legatum cum six cohortibus reliquit. 

Césaravait fait environner son camp d'un rempart de 
douze pieds de baut et d'un fossé de dix-buit pieds de 
profondeur. Ce camp était placé sur une légère émi- 
nence qui dominait la plaine et dont le front paraissait 
assez étendu pour disposer son armée en bataille. A 
cbaque flanc de la colline, il fait creuser un fossé trans- 
versal, d'environ 400 pas, muni aux extrémités de forts 
et de machines de guerre pour ne pas être enveloppé 
pendant le combat. Castra in altitudinem pedum duch 
decmvallo, fossaque dtiodeviginti pedum munirejubet.., 
quod is collis ubi castra posita sunt paululùm ex plani- 
tie editus , Umtum adversus in latitudinem patebat, 
quantum loci acies instru^ta occupare poterat.., ab 
utroque latere ejus collis , transversam obduxit fossam 
cirùiter C D et ad extrema% fossas castella constituit , 
ibique tormenta collocavit ne cum aciem tnstruxisset, 
hostes , quoi tantum muUitudine poterant , ab lateris 
pugnanles suos circumvenire possent. 

Un marais de peu d'étendue séparait les deux armées 
qui n'osent le franchir , la cavalerie seule se livre des 
combats d'escarmouches. A la suite d'un de ces combats 
où il ava?t eu l'avantage , César fait rentrer les sien» 
dans le camp. Palus erat non magna inter nostrum 
atque hostium exercitum. Hanc, si nostri transirent 
hostes expectabant... Intérim prelio equestri inter 
duas acies contendebalur .. Secundiore equitum 
prœlio nostriSf Cœsar suos in castra reduxil. 



— 351 — 

, Les Belges , en voyaat les légions romaines rentrer 
dans le camp , se dirigèrent aussitôt vers la rivière 
à'Aisne , où ayant trouvé des endroits guéabies , iU 
essayèrent d'y faire passer une partie de leurs troupes 
dans le dessein soit de forcer la position qu'occupait 
Sabinus et de rompre le pont » soit de ravager le terri- 

• 

toire rémois et d'interci^pter les ressources qu'il four- 
nissait à rènnemi. Hostes protinus ex loco ad flumen 
Axonam contenderunt. Ibi , vadis repertis , partem 
suarum copiarum transducere conatisunt ; eo consilio, 
ut , si possent , Castellum cui prœerat Q. Tituriut 
legatus y expug Mirent , pontemque intesciderent ; si 
mimis potuissent , agros Rem^rum popularentur ^ 
commeatuque nostroa prohibèrent. 

César , averti par son lieutenant , passe le pont, 
s^oppose au passage de l'ennemi, et avec sa cavalerie» il 
engage sur la rive gauche de la rivière un combat opi- 
niâtre. Les Belges , repoussés par une grêle de traits, 
déchus de l'espoir d'emporter le fort et de traverser la 
rivière , prirent le parti de la retraite. Ccesar^ cBrtior 
factus ab Titurio , pantem traducit... Acriter in eo 
tocopugnatum est.., Hostes^... multitudme telorum 
repulerunt.., Ubi et de expugnando oppido et de fin- 
mine transeundo spem se fefelisse intellexerunt .. 
fecerunt, ut consimilis fugœ profectio vider etv/r* 

A huit milles du camp était Bibrax , ville des Remois. 
Les Belges l'attaquèrent vivement sur leur passage et 
Ton soutint leur attaque avec peine pendant tout le jour 
(1). Ab his castris oppidum Remorum , nomine £»- 
braXf aberat milliapassuum \m. Id ex itinere m^gno 

(1) La Ueue gauloise, d'après Sanson, n'étant que d*un miUe 
et demi , reTient à la moitié de nos lieues communes qui ont 3 
mille pas géométriques. Les 8,000 pas font donc 2 lieues 2i3 ou 
trois lieues moins IfS ; d'après Pline et Strabon, 94 stades , ou i' 
ûàXLet romains» font une de nos lieaes. 

3t 



— S5i — 

impelu Belgœ oppugnare cœperunt. Lorsque la doîI 
mit fin à l'attaque^ le Reme Iccius qui commandait dans 
la place» dépécba des courriers à César pour rinformer 
que s'O it'était promptement secouru » il ne pouvait 
tenir pluft longtemps. Vers le milieu de la nuit. César 
fit partir, sous la conduite des mêmes hommes que lui 
avait envoyés Iccius un renfort, qui ranima l'espoir des 
assiégés, et enleva aux ennemis l'espoir de prendre la 
f>lace. QuuM finem oppugnandi nox fecisset^ Iceius 
Rémois... fui tune oppido prmerat... nuncios ad 
eum mittil , nisi subsidtuin sibi submittatur , sese 
'diutius suitinere non passe. Eo de medid nocie Cœsar, 
iisdem dueibtis usus , ^ui nuncii ab Iccio vénérant... 
mittit: quorum adventu et Remis, cum spe defen 
tionis, studium propugfiandi accessit. 

Le lendemain de la bataillé livrée sur T Aisne... César 
'dirigea son armée vers le Soissonnais, contigu au pays 
des Remes , et après tme longue marche il arriva 
'devant te Vtlle de Novioditnum. N'ayant pu l'emporter 
il^^lssaat , H retrancha son camp, et se mit i faire des 
Ikiantelets et tous tes préparatifs d'un siège. On pousse 
-aussitôt tes mantels contre les murs , on élevé la 
terrasse, on établit les tourd. Effrayés de ces travaui, 
les SuessionS' demandent et obtiennent la vie sauve en 
livrant toutes les armes de la place. Postridie ejus 
Uiei Cœsar... in fines Suessionum, qui proximi Remis 
trantt exeràitufn duxity et magno itinere confecto ad 
oppidum Noviodunum contendit. Id ex itinere op- 
pugnare conatus... expugnare non potuit. Casiris 
munitiSf vineas agere, quœque ad oppugnandwn usui 
erantf comparare cmpit... Celeritervineis ad oppidum 
àetis, aggere jacto^ Pirribus que Constituiis .. céleri- 
tate Romanorum pernkoti, legatos ad Ccesarem de 
deditione mittunt;... uteonservarentur^ impétrant'... 
armis omnibus traditis-... 



— 858 — 

Messieurs, de ce texte si positif, il résulte pour nous 
^ue le passage de l'armée romaine a du avoir lieu à 
Berry-an-Bac , sur un pont qui existait alors ; que le 
camp die César était placé sur la rive droite de TAisne, 
sur le plateau de Maucbamps où Ton vient d'en recon^ 
naître les traces ; que le fort de Sabinus se voit encore 
dans quelques-unes de ses dispositions primitives; et 
qu'il est possible de déterminer Tendroit où les Belges 
ont tenté de traverser la rivière pour surprendre Sabi- 
nus et rompre le pont ; que cela étant , c'est à buii 
milles du camp de César et de la rivière qu'il faut 
chercher l'oppide de Bibrax, et au bout d'une marche 
forcée, d'une longue étape militaire Noviodunum. C'est 
ce que nous allons essayer de démontrer. Vous remar^. 
querez, Messieurs, que c'est en restant dans les termes 
rigoureux des Commentaires que M. Piette a deviné 
l'emplacement du camp« C'est en s'en éloignant que 
M. Melleville a fait fausse route* Reprenons ces diverses 
questions en commençant par le camp, que les fouilles 
de i862 ont établi comme un point certain et désormais, 
indiscutable. 

§ L CAMP DE CÉSAR. 

I^es commentaires que nous venons de citer i plu^. 
sieurs reprises nous apprennent donc que le général 
romain pour se porter au devant des Belges confédérés 
et massés très probablement dans les vastes plaines qui 
s'étendent au nord de Laon, entre l'Oise et la Serre, et 
qui ont dû servir de rendez-vous à une coalition si 
formidable des cités septentrionales , quitta Reims ou, 
ses environs où il avait mandé le sénat et accepté des. 
ôages, se hâtant de faire passer la rivière d'Aisne suc 
un pont qu'il fit garder et assit son camp sur la rive 
droite , dans une position naturellement avantageuse ; 



— 364 — 

/car la colline sur laqoelle était plaeé le capip sfélevait 
insensiblement an dessus de la plaine y elle s'abaissaijt 
h droite et à gauche et se relevait vers le centre par 
une légère éminence qui redescendait en pente douce 
yers la plaine; à l'un et l'autre côté de cette colline, 
César fit creuser un fossé transTcrsal d'environ 400 pas ; 
aux deux extrémités , il éleva des forts et y plaça des 
machines de guerre afin d'empêcher que des ennemis 
si supérieurs en nombre » ne vinssent le prendre en 
flanc et Tenvelopper pendant le combat. Il y avait un 
marais peu étendu entre l'armée romaine et l'armée 
gauloise, (i) 

Pour retrouver une position si clairement dépeinte, 
il fallait donc rencontrer à quelques lieues , au nord 
de Reims, un passage facile sur l'Aisne , et sur la rive 
droite une colline d'une légère éminence et adossée à 
la rivière , défendue en ayant par un marais de peu 
d'importance ; puis sur le sommet de cette colline les 
traces d^un camp capable de contenir 45 à 50,000 
hommes; plus, les deux fossés latéraux dont il est 
fait mention dans le texte. Or tous ces caractères si 
positifs et si nettement formulés par l'historien viennent 
de se traduire de la manière la plus complète dans 
les fouilles ordonnées par l'Empereur Napoliéon III, 
sur le plateau de Mauchamps, qui se développe presque 
à distance égale des villages de Berry-au-Bac , de Jn- 
vincourt et de Guignicourt et qui est traversé, en plein 
milieu , par la route départementale de Soissons à 
Neufcbâtel. 

M. Ed. Fleury , dans un travail rapide comme il en 
sait faire , mais très exact » vous a dît qu'au mois de 
novembre 1861 , des fouillés considérables avaient été 
entreprises d'après les ordres de l'Empereur qui voulait 

(1) Pris en substance des Commentaires. Uv. 2. 



J 



— »5 - 

^▼oir le dernier mol de cette énigme historique , suv 
.cet i^mplacement déjà désigné par plusieurs écrivsins 
comme ayant dû recevoir le camp de César après le 
passage de rAisne(l). 

Nous ne reviendrons pas , Messieurs , sur les détail^ 
pourtant si curieux de ces fouilles qui n'avaient pré- 
senté , avant l'hiver » aucun résultat sérieux , mais qui 
reprises Tannée suivante , amenèrent , après bien des 
lâtonnemens, des péripéties et des craintes une décou- 
verte que Ton qualifia avf»c raison de découverte scien- 
tifique et nationale (9), celle du camp que César occupa 
8!ir les bords de TAisne^ lors de la conquête de la Gaule- 
Belgique. Pour faire connaître toute Hmportance de 
celte glorieuse trouvaille , il importe rie donner une 
courte description du camp que Ton vient d'exhumer 
et de mettre è jour , car nous pouvons assurer qu'à la 
partie supérieure le sol sur lequel il est assis , livré 
depuis des siècles à la culture, était complètement muet 
(3). Aucune dépression du terrain , aucun indice 



(i) Voir le Joubiial de l'Aisnb. Bnlleu de la Sodété acad. de 
Laon. T. xiii. 

(2) Ibidem. 

(3) Malgré les nombreuses fouilles pratiquées sur une vaste 
échelle soit dans renceinte présomée do camp , aoU en dehors, oq 
s'avait jamais rencontré que des poches plus on moins profondes 
de terres nofares on argUeoses mêlées avec da sable, assez sem* 
biables à ces enfoncements qu'on trouve fréquemment sur les 
montagnes où des flaques d'eau ont existé pendant des siècles avant 
que b culture en ait fait le rembhd« Toutefois , ces tranchées qui 
sillonnaient tout le terroir de Berry- an-Bac avaietit d^jà amené 
quelques découvertes intéressantes , entr'autres celle d'un cadavre 
enterré presqu'à fleur de terre ; à ses côtés étaient une épée et un 
petit poignard qu'on a reconnu à Paris avoir une origine romaine. 
Une masse de poteries noires , avec des ornements variés , de 
petits pots , accompagnaient le squelette , la plupart avaient été 
biisées par le soc de la charme* A quelque distance de cesfouilles« 
à l'ouest, ou a aussi trouvé de nombreux débris de peCeries à 4 m. 



— 356 - 
n'avait pa guider dans cette recherche oà tout, eomnie 



40 de profondeur. Cet endroit , titné en foee de Berry-an-Bic , 
«emble indiquer le ^aste remblai d*an chemin convert dont on 
aurait renversé les rebords ou horles pour en combler le creux. 
A f mètres environ de Tangle sud-ouest du camp, sur la déclivité 
de la fUaise crayeuse qui regarde TAisne et dans un terrain qui 
avait été ]adi$ profondément remué « les ouvriers terrassiers 
découvrirent trois blocs considérables de grès enfouis à 1 m. 60 de 
profondeur. Ces trois grès énormes gisaient à peu de distance 
les uns des autres et dans des positions diflTérentes , au fond d*une 
excavation à peu près ronde. Deux de ces monolithes mesurant 
environ quatre mètres de hauteur , affectaient la forme pyramidale 
et pouvaient peser environ 15 à 20,000 kilog.; le troisième était 
plat , un peu arrondi, ressemblait au dessus d*une table. A côté de 
ces colonnes on mit à Jour quelques poteries romaines et le 
squelette d*nn homme et d*un lévrier. Paut^il reconnaître dans 
cette découverte assez originale et imprévue un monument celtique, 
un dolmen ou autel druidique . un vrai trillthe avec sa table plate 
posée sur les deux pointes de ses quilles eu Ton sacrifiait des 
victimes humaines ? ou bien faudrait-il n*y voir qu*une délimi? 
tation territoriale ou provinciale , ou un simple enfouissement 
fait dans les intérêts de la culture ? Nous pensons que le premier 
sentiment émis à ses chances de probabilité, et que , si Ton n*y 
reconnaissait pas tous les caractères d*un autel druidique , on ne 
pourrait se défendre d*y voir au moins un tombeau celtique , ou 
plutôt une tombe-autel. Il est très-regrettable que , malgré nos 
démarches et Tintérèt qui s*atuchait I la conservation de ces 
monuments si rares aujourd'hui dans nos contrées, le propriétaire, 
sans égard pour nos offres, ait persisté à les faire débiter en pavé. 
Ce qui nous ceosole , c*est que cette découverte a provoqué celle 
de Berry-au-Bac , qui est comme le premier jalon de celle du 
camp. Voici comment la chose arriva : Tandis qoe je suivais avec 
une attention qui se comprend cette fouille qui avait mis au jour 
quelques fragments brisés de poteries noires et rouges, je remar^ 
quai parmi ces débris un fragment d'une pÂte très- fine sur lequel 
s'enroulaient des ornements gracieux , ornés de bas-reliefs. En le 
remettant au commandant Stopffel comme un échantillon curieux , 
je lui parlai des fortifications anciennes qui existaient au nord de 
Berry-au-Bac et dont les larges fossés, accompagnés de talus , lon- 
geaient encore l'église que nous étions en train de reconstruire e 
occupaient plus de IGO mètres au-delà. Cette communication si pré> 



- 357 — 

oft' l'a dil , devait être d6 à la persévérance et «ii 
hasard (I). 

Le camp de Mauchamps est donc assis sur un plateaa 
^levé de 20 à 25 m. au-dessus de la rivière d'Aisne dont 
il commande, au sud , le cours sinueux ainsi que les 
plaines environnantes. An nord , il est défendu par le 
marais de la Miette qui forme en avant une large 
ceinture de terrains humides couvertsd'eau et de grandes 
herbes. 

A Test , le monticule présente une dépression rapide 
et circulaire , tandis qu'à Touest il se prolonge sur une 
crête trës-étroite et allongée qui finit par se confondre 
avec la déclivité du sol. 



èfeusé» snrumt dans un moment où Ton n^avait encore rien trouvé, 
après des recherches si multipliées, fût pour le savait directeur des 
fouiUes un trait de lumière. Je lui fis part de mes impressions à 
ëe siqet; il les partagea; mais il Yotilut s'en rendre compte immé- 
diatement par des explorations qui amenèrent des découvertes 
dont le caractère avait trop d'affinité avec les trouvailles du camp 
pour laisser le moindre doute. 

(1) Voir buU. de la Société acad.de Laon. t. xiii. 

Je me rappelle' qu'ayant rencontré un jour M. Biliyant , 
agent cantonnier chef» qui a suivi et dirigé ces fouilles avec 
tant de dévouement et d'intelligence , dans un de ces moments 
de perplexités qui étaient si fréquents (le périmètre du camp 
était alors reconnu et constaté, mais il fallait, sous peine de tout 
perdre , retrouver les deux fossés latéraux dont parle César)'; 
je lui donnai le conseil de tracer une ligne diagonale qui partant 
un peu au-dessous de l'angle nord-est se prolongerait vers la 
ferme de Mauchamps. En coupant ainsi à peu de distance l'angle 
du camp on pourrait avoir la chance de rencontrer cette nou- 
velle pièce de conviction. Â peine la tranchée indiquée était-elle 
ouverte qu'une trouvaille importante vint confirmer cette espé- 
rance. La pioche rencontra dans le sol une première poche 
pleine de terre d^à remuée et bientôt on était sur la trace d'un 
fossé exactement et essentiellement semblable à ceux des fossés 
d'enceinte du camp. 



— 358 — 

Le périmètre du camp placé sur la parlie culrninanle 
et la p'us large du plateau, offre l'aspect d'un carré 
régulier, sauf uoe légère inflexion au nord-est vers la 
gareune de Hauchamps. Cette courbe est nécessitée , 
croyons-nous, par la descente du terrain. Son développe- 
ment sur chaque ligne étant de 630» (i). mesurerait une 
surface de 38 è 40 mille mètres carrés , soit environ 40 
hectares de terrain 

Le camp était environné par une fosse taillée en Y, 
de 3 mètres en moyenne de profondeur sur une lar- 
geur de 5 mètres d'ouverture , il affectait la forme 
d'un triangle renversé. On voit qu'avec l'extraction 
des terres enlevées de la cuvette , soit 1 h S mètres 
cubes, on pouvait dresser un parapet de plus de quatre 
mètres de haut surmonté d'une banquette. Au fond de 
la cuvette du fossé on remarquait une couche noire un 
peu glaiseuse d'environ 8 centimètres d'épaisseur, 
provenant d'un sédimeutou dépôt d'humus qui atteste- 
rait au besoin que ce camp n'a pas été d'une longue 
durée et que le remblai aura été fait peu de temps 
après le départ des troupes (î). Ce qui le prouverait 
encore, ce serait le profil, qui taillé au vif dans la craie, 



(1) Cette mesure de 630 m. se prend dans la partie moyenne, 
ter dans la ligne diamétrale on trouverait au moins 650 mètres. 
La Ugne dn sud mesure 618 m. environ, celle de l'est 691 , celle 
du nord 583 à cause de la courbe prononcée , enfin celle de 
Touest 700. Mais dans cette supputation nous comptons à partir 
de la première borne qui indique la courbe et le point le plus 
éloigné de chaque angle en sorte qu'il y aurait une légère 
décduction à faire si on partait d'un carré régulier. 

(2) Bien qu'on ignore l'époque à laqueUe le remblai de cette 
enceinte fossoyée a été accomplie d'une façon si complète , la 
tradition de ce grand fait qui s'est éteint dans la mémoire des 
hommes nous fait croire non seulement à son antiquité , mais 
iiiBsi à la promptitude avec laquelle il a été exécuté. 



- 359 — 

semble avoir conservé la netteté et la fratcheur du relief 
primitif. Voici à peu près la disposition de ce fossé. 

BoifMtt*. 




Les angles du camp ne sont pas carrés » mais légère- 
ment arrondis (1). 

Ces lignes , après avoir décrit une conrbe de 36 à 40 
mètres, venaient se souder aux fossés rectangulaires. 

Cinq portes placées à des distances inégales des angles 
donnaient accès dans l'enceinte du camp (2). Deux portes 

(1) On a supposé , mais sans preuve , que les camps romains 
étaient toujours carrés. M. de Cauraont dit avec plus de raison 
qu'ils avaient quelquefois leurs angles arrondis , c'est notre 
Conviction et celle des auteurs qui ont écrit sur cette matière. 
Cette courbe au reste n'était pas très-importante , puisqu'elle ne 
comprenait qu'un développement d'entiron quarante mètres sur 
vingt mètres de profondeur. 

(2) Ces distances d'inégalités sont très-sensib'èi sur toutes les 
lignes. Sur la ligne sud la différence est de 45 m. Sur la ligne 
est de 86.Sur la ligne nord de87.Sur la ligne ouest de 48 mètres. 
A partir de la borne sud-ouest la mesure est de 304 m. 50 jus- 
qu'à la porte et de la porte à la borne d'angle 239 15 ; à l'est 
354,60 et 261 , au nord 207,70 et 294,30 , à Touest 217,40, 225 
et 179^ , non compris l'ouverture des portes et le développe- 

33 



- «60 — 

doot l'une carrée s'ouvraient anr la face occidepfale , 
les antres étaient circulaires et permettaient de passer 
le long du parapet à l'abri des traits de l'ennemi et 
sans occasionner aucun dérangement aux troupes. Ajou- 
tons que la courbe qu'elles décrivent intérieurement en 
dissimulant la solution de continuité offrait l'aspect 
d'un rempart qui pouvait tromper l'ennemi (1). C'est 
dans le développement semi-circulaire de ces portes 
que nous ne voyons signalé nulle part dans les écri- 
vains qu^on a rencontré des masses de fragments de 
poteries de toutes les formes , des débris d'amphores 
d'origine évidemment romaine. 

Le camp que nous venons de décrire était donc 
bien un camp ronuiin; mais ces caractères généraux des 
fouilles joints à la statistique indiquée par fésar, sem- 
blaient ne pas suffire aux yeux des archéologues d'une 
science rigide* Pour compléter cette démonstration et 
faire taire tous les scrupules . il fallait constater, outre 
le périmètre du camp , les deux fossés transversaux , 
dont parle ce général. 

heureusement pour nous et pour tous les amis de 
hi vérité historique , les recherches entreprises dans ce 

ment des angles. Ces différeDces auraient pu faire supposer 
l'existence d'autres portes que le sondage pratiqué n'a pu faire 
reconnaître. 

Les portes varient aussi de diinensiontf. Celle du sud mesure 
8 m. 15 , celle de Test 12 80, celle du nord 11 m. 2d , OBlles de 
l'ouest l'une 10 m. 60 l'autre 9 m. 53, en y comprenant l'épais- 
seur des bornes , sans quoi leur mesure régulière devait être de 
8, 12, 11, 10 et 9 mètres. Il n'y a donc pas ici de règle fixe , ni 
de précision rigoureuse. 

(1) Bulletin de la Société académique de Laon, t. im. 

Uygin prescrit de creuser au-delà de chaque porte un petit 
rempart et un fossé qui interdise l'entrée directe du camp et qui 
force de faire un détour^ et de prêter le flanc aux soldats placée 
le long du rempart. 



- Ml — 

iMit ameDèrent après les essais les plus infructueux, la 
découverte des deux nouveaux remparts qui s'étendaient 
Ae chaque cdté du camp et dont les extrémités avaient 
dû être munies de fortins sur lesquels on avait placé 
4ies machines de guerre. 

£n effet , à iO mètres environ de Tangle nord-ouest 
OB rencontra dans le soi un premier fossé se dirigeant 
en ligne droite, vers le marais de la Miette, mais en diago- 
nale relativement au camp. Ce fossé taillé aussi en forme 
de V, quoique généralement moins ouvert (4 m . 60) et 
moins profond (2 m. 20 en moyenne) , était essentielle- 
ment façonné comme les fossés d'enceinte du camp. 

A IVxtrémité du fossé, un peu avant la rencontre du 
chemin de Juvincourt qui longe le marais , on trouva 
plusieurs lignes de fossés se croisant dans différents 
sens. Sept puits ont été mis à jour , l'un au milieu , et 
les autres près des retranchements. En les vidant on a 
recueilli des débris d'amphores , une presqu'intacte » 
une anse en fer oxidé , deux pièces de monnaies 
gauloises des Remes y une hachette en silex, et dans les 
fossés une quantité considérable d'ossemensde chevaux. 

On a pensé que ce genre de construction bien que 
très-imparfaitement défini aux yeux de la science, pou- 
vait rappeler un^de ces castella dont parle César, un de 
ces mamelons factices que le général romain dit avoir 
garni de machines de guerre. Ce qui autorise ce senti- 
ment , c'est que du camp à ce cavalier on a trouvé les 
600 mètres, répondant exactement aux 400 pas des com- 
mentaires, et que le fossé qui se prolonge jusqu*à l'en- 
trée du marais en traversant le chemin à fond plat 
était simplement destiné à compléter la défense du 
castellvm. 

Le second fossé , après toutes les inquiétudes qui ont 
constamment signalé toutes les fouilles du camp, et 
contrairement aux opinions préconçues , fut retrouvé à 



1 



— 902 — 

l'angle sud-est, descendant en ligne droite vers la rivière 
d'Aisne , qui coule aojonrdliai à dOO mètres seulement 
de son point de départ. Ce fossé qui semblean premier 
aspect le prolongement direct du rempart du camp, 
bien qu'il en soit distinct , n'a pu être vérifié que dans 
cette longueur. Le cours de la rivière qui a changé de 
lit plusieurs fois et qui s'est rapproché depuis et, en 
moins d'un siècle , de plus de 100 mètres de la colline 
de Mauchamps , a fait disparaître sous ses alluvions 
successives le reste du retranchement et le castellum 
qui devait les terminer (1). 



(1) Ce fait est constaté dans les archives de la coQimune de 
Jnvincourt. On peut encore y voir les pièces d'un procès qui 
s'engagea à cette occasion entre quelques habitants de Juvincourt 
ejt ceux de Berry-au-Bac . relativement à une jouissance de 
pâturage que l'iova«ion de la rivière avait détourné de sa desti- 
nation au gué de Mauchamps. 

Voici ce que nous y avons lu touchant cette revendication : 

« Une pièce de terre sise à la culée de Mauchamps , tenant 
autrefois de toutes parts à la rivière d'Aisne, d'un bout aux terres 
de Juvincourt , d'autres au pré de la censé de Mauchamps, et 
contenant environ 12 jours. Mais , depuis environ 28 ans , la 
rivière d'Âisae a formé une tle et changé l'état des lieux et les 
tenants et abouts qui soot aujourd'hui d'un côté au pré de la 
Censé de Mauchamps; d'autres côtés aux nommés Cabaret, Levas- 
seur et Destable , d'autres à M. de Charost. De laquelle les 
remontrants ne jouissent pas. De Charost s'empara de la partie 
qui tient à la rivière , tant de temps immémorial , que depuis 18 
ans. Le fermier de Mauchamps d'une autre partie du côté du 
levant , lesdits Cabaret , Levasseur et Destable de Berry d'une 
partie du côté du midi. 18 janvier 1791. » 

L'objection qu'on a soulevée relativement à ce second fossé 
qui n'a pas comme longueur toute la dimension voulue n'a 
donc aucune valeur , puisque juste en face du camp , TAisne 
qui change souvent de direction dans ces prairies très basses, 
s'est rapprochée très-sensiblement de la colline par un coude 
et en abandonnant son ancien lit qu'on reconnaît parfaitement 
(encore. Dans ce mouvement la rivière a dû détruire l'extrémité 
du second fossé et le çastellvm qui devait le terminer. Il serait 



— 363 — 

Aiosi , Messieurs , la démonstraiioo fut complète , et 
ce terrain qui tout à l'heure encore recelait un mystère, 
qui ne présentait à sa surface aucune aspérité , aucune 
dépression qui put offrir un indice quelconque ; ce 
terrain qui avait été nivelé si complètement , si par^ 
faitement que des générations de savants étaient 
passées sus soupçonner le trésor qu!il renfermait; ce 
terrain enfin qui ne s*était jamais signalé i l'attention de 
l'arcbéologue par aucune trouvaille d'antiquité , venait 
tout à coup, grâce à la persévérance de l'Empereur, 
qui attachait la plus grande imporiance à cette décou- 
verte, une des plus inattendues et des plus importantes 
que Sa Majesté ait pu faire, se substituer à toutes les 
hypothèses , et révéler un secret ignoré depuis tant de 
siècles. 

La découverte qui vient d'avoir lieu avec un succès 
si complet n'est donc pas un fait ordinaire dans les 
recherches de la science historique; mais un fait d'une 
grande valeur ; un fait , nous le répétons , désormais 
acquis incontestablement ù la géographie des Gaules. 
«Car ici , tout concorde avec un merveilleux ensemble; 
puisque l'on vient de traduire littéralement dans ces 
fouilles le texte si précis de César. Là, s'est rencontrée 
réminence légèrement élevée au-dessus de la plaine 
a io<sée à la rivière et faisant face au marais. Là se sont 
retrouvées les pentes adoucies , l'enceinte fortifiée par 
des fo>sés ; plus les deux fossés latéraux défendus par 
des fortins. Enfin , des débris de toutes sortes , des 
fragmens nombreux d'amphores et de vases sont venus 
confirmer l'existence du campement de Jules César 
l'an 57 avant Jésus Christ. Qui oserait nous dire que ces 
masses de poteries , que ces morceaux de vases de 

impossible de reconoaUre les traces de ce fossé soos les allavions 
H la grève apportées par les inondations annuelles. Bulletin de 
la Société académique «le Laon , t, xiu , p. 184. 



— 364 — 

tOQta forme et de toute coolenr, surtout ces fragmenU 
de grandes amphores dont nous avons tus les cols , 
les anses , les panses et les fonds Jusqu'aux numéros 
si caractéristiques et si facilement reconnaissables , 
ne sont pas romains f Comment à la présence de ci*s 
témoignages signés par des débris abondants qui 
rougissent la terre , méconnaître la prorenance et la 
date de ce riche dépM? (1) 

Vous savez. Messieurs, que M. le comte de Saulcy quf 
avait un instant accepté le passage de Pontarcy et le 
camp de Comin, s'est empressé, dans une lettre insérée 
an Journal de /'Aisne ,derendre hommage au fait accom- 
pli. « Je suis ravi , avouait-il, avec une loyauté et unie 
franchise qui honore cet homme éminent , ce savant 
distingué , de voir si bien démontré que je me suis 
trompé en prenant trop à la lettre les indications que 
donnent les textes de César. § Et il préjugeait vrai en 
disant que Tautre castellum serait infailliblement re- 
trouvé. Mais ce qui avait induit un instant en erreur 
M. Saulcy et les chercheurs, c'est qu'on supposait 
le second fossé placé à l'angle-est, tandis qu'il se trou- 
vait à Tangle-sud-est (2). 

La commission de la topogaprhie des Gaules qui 
fonctionne au ministère de I Instruction publique, ayant 

(1) Ballet, de b Société acad. de Laos, t. XHI, p. i67. Outre 
ces fragments importants et eoosidérables , les foallles ont amené 
à la surface et en différents endroits , même en dehors du camp , 
des débris de vases en terre noire, minces, élégants, ornés au col- 
let de ces Jolis festons qui portent leurs dates , des anses de nses 
de la coloration la pins riche , d'un ronge tirant sut l'orangé; une 
monnaie d'Augnste , une bonle spbérique en craie pouvant être nn 
des engins de guerre dont parle César sous le nom de Tin^menta, 

(f ) M. de Saulcy, si versé dans la science numismatique, ajonuit 
que la médailleà tète radiée trouvée il l'angle sud ouest du camp éuit 
un As d'Auguste, la légende doit être lue. INims, Àugusim paler 
et le mot proHdmf 4 reiergne.G'est une iDonnaie eommémorat|ve 
frappée par Auguste. 



-365 — 

été appétee à' donner son avis sur deux points capitaux; 
savoir premfèrement , si le camp de Mauchamps était 
romain , et si , en second lieu, il ëtaH celui que César 
jeta sur la rivière droite d'e TAisne « en présence des 
Belges confédérés et après avoir passé la rivière , vient 
de se prononcer hautement pour l'aiBrmative sur ces 
deux questions. 

Aujourd'hui ces deux points essentiels sont fixés.Sur 
le rapport du général de division du génie Creuly , la 
éommissioh a pris une dé&rmination définitive. Elle a 
décidé à Tunariimité que le camp de Mauchamps était 
bien l'emplacement choiisi par César après le passage 
de TAisue et que le camp serait placé à Mauchamps sur 
la carte des Gaules. 

LTmpereur Napoléon III, Messieurs, a voulu lui- 
même donner sa haute et périssante sanction à ce décret 
scientifique. Le 19 novembre 1862 , Sa Majesté partait 
de Compiègne, accompagnée de M. le comte de Saulcy ^ 
sénateur et académicien, de M. le colonel de Casteinau, 
Tun de ses aides de camp , et du baron Stopffel, direc- 
teur général des fouilles , pour visiter le camp si heu- 
reusement découvert. L'Empereur en parcourut avec 
le plus Vif intérêt et une satisfaction marquée tout le' 
périmètre ainsi qné les retranchemens de Berry-au-Bac. 
Il examina le passage de la rivière les hauteurs qui 
dominent le pays , et y ordonna quelques recherches 
qui sont restées sans résultat satisfaisant. 

Je n'oublierai jamais, Messieurs, et j'en suis fier pour 
vous , que j ai eu l'insigne honneur d'accompagner Sa' 
Majesté dans cette visite qu'il faisait aux vieux souve- 
nirs qui vont désormais illustrer ma paroisse ; que sous* 
ma direction, Elle voulut bien s'arrêter dans la chambre 
où Napoléon P' avait reçu l'hospitalité en 1814 , la' 
veille de la bataille de Craonne; puis entrer dans l'églisa^ 
où elle s'agenouilla pieusement et dont elle loua te' 



- 3GG — 

restauration en t'inscHvant corrinie son insigne bien- 
faiteur (1) 



(I) Voici en quels termes le Journal de VXisne du 2^) nov. 
f86i t ^oas la plume facile ei heureusement iuspirée de noire 
ami M Pleury, rendait compte de cetfe aiifruste visite. Nous avons 
pensé qu'on relirait ««ncore avec plaisir cette intéressante rela- 
tion , et que dans tou^ les cas il importait de conserver dan!( nos 
archives ce bouveoir précieux et considérable pour nos études 
•rchéotogiqufS 

« A midi, le train impérial entrait en gare à Guignicourt. Sauf le 
thet de gare , persoune ne latteiidait et la statibn était déserte. 
L'Empereur la quitta par un escalier de service et prit ï pied \i 
foute départementale, pendant qu'on attelait la calèche déconviTte 
que le train amenait avec les chevaux. Sa Majesté avait déjSi 
gravi une bonne partie de la colline de Guignicourt^quatid aperce- 
vant un nombreux troupeau de montons , Elle demanda à des 
ouvriers qui passaient si c'était là le troupeau de Maurhanips dont 
Elle se rappelait la juste renommée. Bientôt la voiture , précédée 
d'un ptqueur à cheval , empoitait les visiteurs Jusqu'au camp. 

Là se trouvait M. Bruyant, agent-voyer d'arrondissement, qui a 
conduit les travaux , nous l'avons dit , avec tant de dévouement 
et d'intelligence. Présenté à Sa Majesté par M. Siopffel , M. 
Bruyant dirigea la visite par la garenne de Mauchamps , ïa portion 
ta moins intéressante et la moins concluante des fouilles, par le côté 
nord oh les fossés se dessinent mieux , où l'on trouve ta première 
porte et les premiers débris romains. L'angle de rencontre des 
côtés nord et ouest du camp fut examiné avec intérèt.On descendît 
le long du premier fossé latéral , celui qui relie le camp à la 
Miette et à l'un des coêtellum dont parle César. 

Du haut du cavalier que H. Bruyant a fait reconstruire à Tinté- 
rieur de ce eaileUutn et à l'aide des terres retirées des fossés 
réouverts, TEmpereur a pu examiner toute la topographie du pa>s, 
saisir l'ensemble des travaux à l'aide du plan que M. Bruyant avait 
fait préparer. Gomme tous ceux qui ont étudié ce ccutellutn , il 
a recoona que les idées acceptées Jusqn'ici étaient quelque pei. 
troublées par le résultat des fouilles faites sur ce point, il examina 
avec soin les excavations , puits ou ciuusse-trapes que les ouvriers 
ont mi^es à jour en avant du etutellum et d'où sont sorties quel- 
ques monnaies gauloises des Rémi , des débris de vases lomaios , 
de ferrements et d'armes. 

Dès ce moment , nous devons dire que l'Empereur se montra 
très-satisfait de tout ce qui avait été fait et de la façon dont les 
travaux avaient été conduits. Une pretaiièi'e fofs , if- daigna témbf- 



— 367 — 
Quelques mois après cette auguste visite , on plaçait 



goer tuât son cooteotement à If. Brayunt qoA D*avait jusque-là 
cessé d'expliquer tous les détails de la recherche. 

L Empereur remonta ensuite ters la route départementale en lon- 
geant les fouilles du côté ouest , et en visitant la seconde porte 
qui touche la route. Là il remonta en voiture pour aller à Berry- 
tu-Bac où il voulut voir de ses propres yeux le vallum on 
retranchement romain , que les inductions de M. Tabbé Poquet 
avaient fait découvrir, nous l'avons dit en son temps, sous les 
fossés de la fortification du Moyen-âge , et aussi la passage de la 
rivière d'Aisne. 

M. Deligny, maire de Berrynsiu-Bac, et M. l'abbé Poquet, curé- 
doyen , avertis à temps de la présence de Sa Ma|e8té à Mauchamps 
et de son intention de se rendre à B'erry-au-Bac , s'empressèrent 
de se rendre au - devant d'Elle à l'entrée du village et furent 
accueillis avec cette bonté facile que toiïte la population a pu 
constater hier avec un bonheur dont les traces laisseront de longs 
souvenirs. L'Empereur voulut voir la chambre où son oncle séjourna 
la veille de la bataille de Craonne, la maison-commune et l'église si 
remarquable que If. Poquet a su créer à peu près ^ntièrn à la 
place du chétif mionument que les guerres dé la Fronde ont légué 
an pays. 

L'Empereur s'agenouilla pteasenent , pria pendant un moment, 
et visiu réglise en détail sous la direction de M. le doyen à qui ii 
présenta ses compliments sur son oeuvre. Il s'informa si l'Etat était 
intervenu dans la dépense, apprit avec intérêt que le gouvernement 
venait de donner une sommé de 6,000 fr. que grâce à l'intervention 
de M. le Préfet le conseil municipaA avait voté 3,000 fr., le conseil 
de fabrique 4,000 fr., et que M. le Préfet , à la spite de sa très- 
récente visite à Berry-an-Bàc , avait promis 1,000 fr. aussi. Est-ce 
aissez pour finir l'œuvre si bien commencée ? demanda l'Empereur. 
—Non, Sire, répondit M. l'abbé Poquet. — Et que vous manque- 
t-ilT — 4,000 fr.î Sire. — Je vous les donne, dit l'Empereur, 
en quittant l'église dont il voulut encoire louer l'ordonnance et le 
^lan* 

La foule avait envahi le lien saint et suivait dans un respectueux 
silence cette scène , après laquelle on se dirigea vers la rivière; 
« en passant devant le Preilbytère, M. l'abbé Poquet offrit à l'Em- 

• pereur , qui avait fait toute la visite du camp et celle de Berry- 

• an-Bac à pied , de s*y réposer quelques instants. L'Empereur 
f refusa gracieusement en donnant pour raison lé peu de temps 
i qui lui restait et les ordres qu'il avait donnés à Guignicourt. t 
L'Empereur , pendant tout le trajet qui dura près d'une heore , 
é^entretenait, (fans itne aimable familiarité, avec le maire. et l« 

U 



-srt- 

aii cwtre do camp éê ManeluuBiit br pierre monainéo- 



cwé «m IcmimIi aifckilt It sfeaqaU da ptjs , de «m a^ 
caltnre» de ta popvlatioa et deeet b e i ofai i , pendtat que le popol»- 
tloB t'approdiall pour f oir Celai dont on Ini tonooçait la iwéiMee 
depuis il longtempe et qv'elle était al lieorenae de poaaéder wm 
Instant an nlUen d'elle. 

L'Bmpeffeor Tonlnt eiandner le passage de la rlTière et ordonnn 
qne des foalllesftissent dites snr la colline de Sapigneol qai domine 
la rivière à ganche, eomme on en avait iUt snr la colline de Geml- 
eovrt. Kn apprenant qne le pajs était son? ent gêné par des Inon- 
dations dont les InconTénients seraient peot * être diminnés par 
ronvertve d'une ardie dans la ehanssée de Is rente Impériale, 8a 
Mi^iesté promit de s'ocenper de cette allUre à laquelle M. le Préfet 
réialt Intéressé aussi, lorsdela récente réunion des maires à Berrj- 
an-Bac. Elle eiamina de loin la position de Graonne, ce champ de 
bataille , témoin du dernier succès du premier Bmpire, et Elle 
rentra à Berry-en-Bac , toujours sulTie de la même affluenee , 
toqlours entooirée du même respect attendrL 

8a lùieaté , qui afuit distribué d^à plusieurs pièces de vingt 
francs en aumônes , laissa entre les msins du maire et du doyen 
une somme de 400 fr. pour être distribuée ans psufres de In com* 

mune. 

En retournant ters Guignieouri , VEmpettmt visita la ligne sud 
du camp; on loi montra aussi les trois énormes grès trouvés au 
aein d'une podm ouverte dans la craie pure. L'opinion qui veut que 
ces monolithes n'sient Jannis pris naissance dans ce milieu essen- 
tiellement calcaire, ni pu j être amenés par les eaui diluviennes,csr 
ils n'ont pas la forme de blocs roulés , mais qu'ils sont on mofiu- 
ment des époques les plus lointaines de notre histoire , des temps 
celliques, a prévalu; si on ne les sdmet pas comme tfolmeii, an 
moins sont -ils une lomês-etilsl. Ce détail desfooaiesa vivement 
taitéressé les visiteurs qui sont restés quelque temps auprès des 

greSê 

PiDdsnt ce temps, sur les ordres de 8a M^esié, deux canton- 
niers fouillaient , mais aans résultat , une petita éminence qpi 
borde le camp, sur le front versBerry-su-Bacet les visiteurs remon- 
tUent enfin en voiture pour regsgner Guignieouri où ki madilne 
éhiulfeit pour leur faire reprendre la direction de Laon et de Gonn 

piègne. 
L'Empereur s^cst montré très*satiafidt de tout ce qu'il avait vu ; 

il avait , en eflèt, sons les yeui les preuves évidentes etpnriantss 

d^uan découveiie qui marqne nen-seulement dans aoUe histeire 

I^Qita, mail dans ta gmade histoire aationale* 

Bas" reaseigneaaenu fue nous avens recueillis à Berry an Be r ' 



iale dMtiaée à perpétuer le loirreBlr de celte Intérêt- 
eaaie déooiiTerte sur cet emplaeement deveno bitto* 
rUfue.Gette pierre comménoratWe ett assise u sommet 
4e la colline , au bord de la route départementale et 
nor le terroir de Berry-an-Bac. 

Elle se compose d'une base évasée , d'un fot et 
d'une espèce de cbapiteau tronqué par le baut. Son 
diamètre est d'environ uo mètre sor deus mètres. On lit 
sur le tambour de cette colonne en lettre de la bonne 
époque romaine : 

c SYB.L'ORDRBU.L'EMPBRSVE.NlPOLiONlII, CI. 
CAMP, OGCTPÉ.PAR.J.CJBSAR.KII.L'AIf.LTII.AT.J.-G., A. 
fTÉ.RICHBRCHÉ.lfiT.DtCOTVnT. II. A. ÉTÉ. VISITÉ. PAU. 

^k . Majesté . u . XOL . hovsmbrb . MVGCGLXIl (1). » 

Des bornes carrées cantonnent les angles et la porte 
du camp. 

A l'aide de <ces témoins visibles , il est lacile de re- 

établitMiit av6e «piél «nthovaisime et foelle Jois la poi^ktioa q«l 
s'éuit si bien rnootrée aux votes solennels de 1848 et de iSSa » a 
accneilli Téln de la nation » et son souToraln bien-almé » l'homme 
qui a fait la France si grande » et qoi se montre si simple • si 
bien? eUlaot et si paiemeUement abordaUa. 

Cette petite commune de Berry-au-Bac se rappeUeia longtemps 
qu'en moins de trois semaines elle a en l'Insigne honneur de 
recevoir dans «on sein et le chef de l'Etat et le premier magistrat 
do département, celui - d dont les qualités particulières rappelleal 
celles de l'autre , tous deux s'intéressant à sa ^ie modeste» à ses 
intérêts en apparence si minimes, c On en parlera longtemps sous 
le chaume », a dit le poète; ici le mot est et restera profondément 
vrai, t 

(1) Il est cependant très regrettable qu'on n'ait pas donné à 
cette pierre commémoratiTe d'un des plusErands événements 
de notre histoire nationale plus d'ampleur et une importance plus 
caractéristique. II est fâcheux surtout qu'on n'ait pas conservé 
les angles^ les portes du camp tels que les feuilles les avaient 
nds à découvert. 



— 870 — 

connaître toat le périmètre de Tenceinte da eamp et 
la direction des foMés latéraux. Plusieurs de ces bornes 
sont marquées d'une légende on d'une lettre indicatif e 
d'orientation. 

Malgré ces preuves qui nous semblent parfaitement 
concluantes et que tous les vrais savants , c'est à dire 
les amis de la vérité historique , ont généralement 
acceptées, les contradicteurs n'ont pas manqué. Il s'est 
rencontré des bommes qui sans égard pour des recher- 
ches sérieuses, exécutées sous les yeux du public, pen- 
dant près d'un an , en présence d'un travail que tout 
accusait être romain, d'un emplacement qui répondait 
seul d'une manière exacte au texte de César, il s'est 
pencontré , dis-je , des hommes que ces témoignages 
palpables et évidents n'ont pu satisfaire. 

Les uns ont donc prétendu que le travail était trop 
pmparfait pour accuser l'habileté des Romains, ces puis- 
sants remueurs de terre. On n'y voyait ni leur concep- 
tion , ni leur habileté. Dans leur talent de dépréciation, 
ils en ont fait tout simplement un camp du Moyen-Âge. 
Les autres ont trouvé, au contraire, que cette peHection, 
cette rectitude de travail, ces profils vifs , cette régula- 
rité de la fouille agissaqt dans la craie qui présente une 
certaine résistance ne paraissaient pas appartenir à une 
enceinte taillée ^n terre, en présence de l'ennemi et en 
jdenx jours. 

L'un de ces honorables adversaires , écrivain exercé 
et chercheur persévérant, mais systématique, commence 
par nous assurer , malgré les données historiques que 
nous venons de consigner ici , que le camp de César 
n'était pas sur le bord de l'Aisne , mais à une certaine 
distance de cette rivière. Cette thèse n'est pas nouvelle, 
elle pourrait bien remonter, si notre mémoire ne nous 
fait pas déiaut , à plus de vingt ans ; puis, dans son 
amour de la vérité et dans la vue seule d^exposer ses 



- 371 — 

doutes sérieux , il cherdie à établir que rien ni daos la 
configuration du soK ni dans les dispositions générales 
des retranchemens ne coïncide avec le texte des coni« 
nienUires de César. Il essaye ensuite de démontrer que 
le camp de Haucbamps n'a pas les caractères d'un camp 
romain; mais peut-être ceux d'une station gallo-romaine 
qui s'est convertie en un camp du Moyen - Age. Repre- 
nons , Messieurs , ces argumens plus spécieux que 
solides , et faisons-en bonne justice. 

Notre contradicteur trouve d'abord que la question 
topograpbique est contraire à la position de Maucbamps, 
puisque d*après lui il n'y a pas de colline à Maucbamps; 
mais une butte, un simple pli de terrain , une protubé- 
rance du sol, enfin un mamelon , bien que le paululum 
ex planilie editus du texte original lui fasse quelquMm- 
pression. Alors pour se délivrer de ce scrupule et expli- 
quer ce terme latin qui semble indiquer une éminence 
légère , peu apparente , il demande qu'on lui substitue 
non pas une protubérance , une colline , mais une posi- 
tion dominante telle que la montagne de Laon ou celle 
de Saint-Thomas afin de voir les feux de l'ennemi sur 
une étendue de huit milles ; comme si le plateau de 
Maucbamps, élevé de plus de vingt mètres au dessus du 
niveau de la rivière , en plein regard sur les plaines 
environnantes qu'il domine de toute sa hauteur, sur une 
étendue de plus de 12 kilomètres en largeur et profon 
deur, ne répondait pas à toutes les exigences ? 

Pourtant notre savant adversaire finit par avouer 
bienveillamment qu'il passerait condamnation sur ce 
point , s'il voyait les autres détails de l'emplacement de 
Maucbamps concorder mieux avec le texte des commen- 
taires. La colline, selon lui, n'est pas assez large pour 
permettre au général romain de mettre ses troupes en 
bataille. Il veut donc un champ de bataille sur la décli- 
vité de la colline , en face du marais avec ses deux con- 



— 871 - 

Areptotet oontenant on carré de 7 à MO iDètres. Celte 
demande n'a rien d'exagéré , noua l'admettop» aaat 
peine. Or il ne bul aelon noaa qa'nn aioiple coup d'ceil 
jelé anr lea anglea sud-oaeat à Tan^le aad-eal pour 
retroaver cea deux conditiona parfiiitement établiea. Il 
ne aéra paa néceaaaire de chercher ici an carré de 7 i 
800 mètrea dont la aupposilion est tonte gratuite ; 
on trouvera en avant du camp une poaition large, espa- 
cée et dans les meilleures conditiona pour la dispoai* 
lion d'une armée rangée en bataille. Puis U^jouteque la 
colline légèrement escarpée leviter fasiigiatus légère- 
ment pointue, félon sa traduction, descendant douce- 
ment vers la plaine lui échappe. Singulier effet d'optiqttel 
ce que tout le monde a vu ; ce que H. Piette a si 
sagacement deviné, cequeVon Goeler, général allemand, 
fi figuré aur ses plans , ce dont la carte du dépAt de la 
guerre et Gassini font foi , ce que le terrain atteste 
d'une manière évidente , n'ont pu le frapper mémis 
après la merveilleuse découverte de 1862 : le front do 
mamelon ne fait pas même face au marais et les 15 i 
tO mètres de dépression qu'il constate de l'angle sud- 
ouest au marais ne peuvent le réconcilier ni avec la 
colline ni avec la déclivité qu'il réclame toiyoura. Bien 
plus , il n'admet nullement les deux fossés transversauiF 
trouvés de chaque côté de la colline ; il lui but des 
fossés parallèles , sur les flancs de l'armée et adossés 
an camp. Il ne peut admettre que le fossé trouvé vers 
l'Aisne s<Mt un second fossé, c'est seulement un prolon- 
gement de la ligne du retranchement. La direction de 
ce fossé ne s'accorde pas avec le texte de César. Il 
semblerait cependant au premier aperçu que c'est le 
contraire qui est vrai ; car César ne dit- il pas ex utro^ 
que Uuere collis , de chaque flanc de la colline; or , ce| 
deux fossés sont bien ouverts de chaque côté de la 
colline, à l'opposé l'un de l'autre et forment fictiver 



-37S — 

aéttt à traVér^ dn camp une ligne preéqne diagonale.' 
K'esl-U paa évideil que César , en établissant ce fossé, 
mettait en sûreté ses derrières» laissait un libre cbamp 
à ses évolutions stratégiques, et trouvait » outre la ligne 
dn camp, un rempart naturel dans les contrepentes qid 
en défendaient l'accès T 

Le fort, nous dit on , n'est pas à l'extrémité du fossé 
qui se prolonge de 80 mètres au-delà. Au reste, Il n'y a 
pas de marais, mais une rivière de trois à quatre mètres. 
L'auteur est cette fois géoéreux de gratifier le petit 
Goui^ de la Miette du nom assez ambitieux de rivière. 
Que n'en bit -il un fleuve ? Alais patience, il a dû avoir, 
dit-il, dans le passé des dimensions plus considérables; 
il a aiyourd'bui une largeur de quatre mètres sur un 
mètre cinquante de profondeur. Me dirait * on pas vrai*' 
ment que ce mince filet d'eau va marcher l'égal de 
l'Aisne, daiss laquelle il se perd, après un trajet en plat 
pays, d'environ 10 kilomètres I Ce qu'il y a de certain, 
6'est que la Miette n'a jamais porté d'autre nom ; 
qn'aigourd'bui encore on ne qualifie les tîetrains qu'elle 
arrose que du nom de marais de la Miette. Il est 
donc superflu de faire ud reproche à César de ce qu'il 
jk^a pas mentionné ce cours d'eau. Nais qbe l'auteur 
se rassure, ce cours d'eau d'une largeur moyenne 
de 3 mètres et d'une profondeur de 80 cent, est 
d'assez fraîche date relativement au camp ; il n'a été 
creusé que pour faciliter Técoulement des eaux stag- 
nantes lorsqu'on a songé de nos jours , et après le 
partage de 92 , à mettre ces terres en rapport et pour 
&voriser les usines qu'on avait auparavant établies sur 
son passage.Ce n'est pas la fiiutede César, si à l'époque 
où il arrivait dans notre pays , il n'y avait dans ces 
marais que des terrains improductifs , des glages , 
éomme il s'en rencimtre encore aogourd'htti. Qu'on se 
tfbUvSenlie que les mentes à bras tMtf eni lien alortf ' 



- 37^ - 

■ 

de nos raonlins perfectionnés et que les laiyes clas- 
sées gauloises remplaçaient nos routes impériales ei 
nos rails-ways ! 

Pourtant, rassurons-nous, si remplacement du camp 
de Nauchamps offre des dissemblances bien trancbées 
avec la description de César , telle est la bonne foi de 
l'écrivain que si des découvertes nouvelles venaient lui 
donner tort , il obéira, mais à regret en reprochant 
toutefois à César son inexactitude. 

Mais en attendant cette obéissance forcée, il déclare 
hardiment que < le camp de Mauchamps ne présente ni 
» dans son ensemble ni dans ses détails les disposi- 
» tions du camp de César. D^abord son orientation 
» est bizarre. » et il a prévu qu'on ne trouverait pas de 
fossés dans la direction de Mauchamps, ce qui était 
logique. Mais cette bizarre orientation lui avait fait 
deviner le second io'ssé vers la rivière et Ton attendait 
f ennemi du côté du oord-est , comme Tindique le rem- 
blai de répaulement. c C'est donc tout simplement un 
» camp à cheval placé sur la chaussée gauloise. Il n'y 
i a aucune analogie avec les formes et les dimensionïi 
» romaines ; tout y accuse l'inhabileté : les fossés n'ont 

> ni largeur ni profondeur ; ses dimensions ne corres- 
• pondent pas au texte de César; et puis ils ont disparh 

> dans le cours des siècles; donc ils ne sont pas romains. 
i S'ils avaent eu les dimensions que César indique, ils 
j» seraient encore intacts ; ces défenses ne sont doiic 
» pas suffisantes et deux légions n'auraient pu les 
:^ défendre. » 

Puis, en se ravisant, l'auteur trouve que ces fortifica- 
tions sont trop étendues et qu'ils n'auraient pas eu* 
le temps de les exécuter. Les Romains n'avaient ni 
outillage nécessa*re ni des travailleurs en assez grand 
nombre pour remuer 20 à 23 mille mètres cubes de 
terre en quarante - huit heures. Les cinq portes hii 



— 375 - 

paraissent inutiles , dangereuses , et leurs dimensions 
extraordinaires l'offusquent, li n*y a donc pas de raisons 
suffisantes pour le regarder comme un camp romain ; 
c'est donc un camp du Moyen- Age » du IX* siècle. C'est 
le champ ou le camp du roi Eudes, en 894, et il suppose 
généreusement que cette dénomination dont rien ne 
prouve l'origine eiiste comme une tradition incontes- 
table dans le pays. 

Personne n'avait lieu de s'attendre à une semblable 
tonclusion. Aussi cette affirmation a tellement ému la 
Société académique de taon , qu'elle a cru devoir 
protester énergiquement par la bouche de son président, 
M. Ed. Fleury , contre une appellation aussi gratuité 
i}u'elle était erronée (i). 

Nous croyons inutile , Messieurs , de revenir ici 
kur ce que nous avons dit et de réfuter pied à pied les 
énoncés sans preuves valables dont nous entretient 
U. Melleville. Miis nous pouvons affirmer de nouveau 
que dans la question qui nous occupe , on y reconnaît 
partout une physionotnie complètement romaine et la na- 
ture du travail et les principes et les dispositions mêmes 
des camps romains dont il nous reste de nombreux 
exemples. Aussi un membre de la Société académique de 
Laon n'a-t-il pas craint de dire qu'il y avait une identité par- 
laite entre les fouilles foitesàMauchamps et celles faites 
tout récemment sur l'emplacement de l'ancienne Alyse 
Sainte-Reine. De plus , nous le répétons , les nombreux 
débris de vases , les anses plates et larges , à courbures 
peu prononcées » les fragmens d'amphores , la forme 
et rhabileté romaines forcent la conviction. 

(1) Voyez le t. xiu p. 184 et 213 du bull. de la Société acad. 

de LaoD , le curieux débat souleyé à cette occasion entre M. 

MelleTille et H. Ed. Fleury, dans une des séances les pkis 

animées de la Société laonnoise. Fort de son droit et preuves 

•o main , M. Fleury met li néant Tassertioo plus qu'hasardée da 

éon couCiradicteur. 

35 



— 376 — 

Ce qai dous étonne . Messieurs , dans une disenssiim 
de celle nature , c'est que pour ne pas accepter une 
démonstration qni explique tout , M. MeHeville en soit 
réduit à son tour à înTcnter d'abord une station gallo* 
romaine , puis un camp du Moyen-Age qni n'ont laissé 
aucun souYcnir dans le pays , dont il n'est fait mention 
dans aucun titre» dans aucun chroniqueur de l'époque. 
Ne serions-nous pas en droit de demander à notre saTant 
coll^^e comment une position si ancienne , si avanta- 
geuse à l'invasion normande qui va d'après lui s'établir 
à Saint-Thomas » n'a pas été occupée ? Ah ! c'est qu'elle 
n'existait pas , c'est que sans doute la station gallo- 
romaine avait elle-même disparu, malgré sa prétendue 
permanence pendant des siècles. Pourquoi donc le camp 
de César, s'il avait existé, ne seraitpil pas intact, puisque 
celui de Saint Thomas est encore là debout ? Singuli r 
raisonnement. Messieurs , et dont toute la valeur réside 
dans une supposition à laquelle toute l'histoire donne 
un éclatant démenti. Il n'est p%s besoin d'aller loin pour 
trouver l'application de cette mélancolique pensée d'un 
grand poète et d'un célèbre historien. Nunc seges es, ubi 
Troiafuit,.. Etiam periere ruinœ. La fameuse Alyse 
ainsi que notre introuvable Bibrax n'en sont elles pas 
des preuves irrécusables ^ sans parler des douze villes 
dépen Jantes des Suessions et dont nous interrogeons 
vainement la poussière ? Puis si les remparts du camp 
de Saint-Thomas ont bravé les efforts du temps et sont 
parvenus intacs josqu'i nous c'est qu'ils sont placés sur 
un plateau stérile presque inabordable, peu propre i la 
culture qui a fini cependant par s'y installer récemment. 
Mais il en était tout autrement à Mauchamps qui» occupé 
de temps immémorial, par une grande métairie établie 
sur ce vaste territoire dut compléter bien vite un nivelle, 
ment déjà fait dans les siècles antérieurs. 

Cependant, à la manière dont les choses sont présent- 



- 377 — 

tées f on croirait presque à Texistenee présumée da 
camp du roi Eudes, tant le moderne chroniqueur établit, 
avec une infaillibilité incontestable et une invention des 
plus ingénieuses, une pure hypothèse. Ainsi, Charles- 
le-Simple , dépossédé de ses droits au trône , ne tarde 
pas à arriver suivi d'une armée étrangère; mais à la vue 
de la forte position où le roi s'était enfermé , il s'arrête 
indécis sur ce qu'il avait à faire t. un, p. 223 Ne dirait- 
on pas vraiment que cette position tant décriée pour 
César se soit tout à coup transformée en faveur d'Eudes! 
que ces fossés mal alignés , mal dressés , irréguliers 
p. < 82 , ces fosses sans cuvette qu'un petit nombre de 
fascines aurait comblés en établissant un passage dessus, 
fossés dont la largeur et la profondeur étaient des 
plus médiocres et qui n'offraient pas assez de terre pour 
permettre d'établir un parapet de plus de 1 m. 80; 
«nfin que ces chétifs retranchemens en terre ( ce qui 
expliquerait au moins pourquoi ils ont disparu) aient 
pu effrayer une armée valeureuse et qui venait replacer 
sur le trône un prince malheureux ! Voilà ce qu'on a 
peine à comprendre ! On a beau renvoyer pour vérifier 
ce fait en lui - même et dont nous n'avons nul besoin de 
constater la réalité aux annales de S. Bertin , aux cbro^ 
niques de Mets et de St-Waast , si ces historiens ne 
nous disent pas en quel endroit précis cet événement 
s'est accompli ? 

Un autre archéologue, M. L. Fallue, avec lequel nous 
avons eu quelques relations scientifiques , s'est rangé 
de la manière la plus inattendue et avec une légèreté 
que nous ne pouvons nous empêcher de regretter , au 
sentiment de M. Melleville , quant à la qualification du 
plateau de Mauchamps comme portant depuis un temps 
immémorial le nom de cliamp ou Camp du Roi. 

S'appuyant donc sur des renseignemens topographi- 
ques tiès défectueux, ce savant avait fait son choix pour 



— «8 — 

jCbaudardes , aYtint les fouilles du campement de Mao- 
champs. On avait lieu d'espérer que les découvertes si 
complètes faites sur ce plateau pourrait faire réfléchir 
M. Faillie et l'amener à une conversion non pas de 
rinq lieues comme il la proposait à M. de Saulcy , mais 
de trois petites lieues (ancien style .Le trajet était moins 
fatigant » et c'est une bien petite étape pour un ancien 
militaire. 

M. Fallue avoue bien qu'on a trouvé un camp antique 
à Maucbamps ; mais il ne peut pardonner à la commis- 
|iion de la carte de la Gaule de s'ét' e laissé prendre à ce 
mirage. Pourquoi a - 1 - elle été si pressée de conclure 
auand on allait lui démontrer pour la vingtième fois , 
par rétufi^ du texte et appuyé de la grande autorité du 
génie de Napoléon !•% qiie les cooditions topographiques 
du récit de César n0 pouyaient s'appliquer qu'à la colline 
de Cbaudardes, où il voit une éminence un peu plus 

« * 

|§levée que la plaine « s'abaissant des deux côt'-s laté- 
raux et s'élevant légèrement en talus sur le front d'où 
elle descendait peu à peu dans la plaine. 

Voyons donc si cette traduction un peu libre » peut 
s'appliquer » comme l'assure nqtre interprète , à la 
colline de Ghaudardes ? Nous le contesterons , et pour 
fause. D'abord , le plateau de Ghaudardes offre un large 
sommet uni de près de trois kilomètres sur deux kilo- 
mètres (1), sans aucun accident de terrain, et présentant 

[1) C'est pour cela qu'on donne une étendue de lOQ hectares 
au camp. Ne demandez pas du reste la trace des fossés ou des 
retranchements , on semble n'en avoir pas besoin ; et que fait-on 
du texte? Sans doute les parapets en terre, les boulevards placés 
iur les autres parties tenaient tieu de fossés. Cependant, ayec une 
assurance qui nous étonne et que nous aurions voulu partager 
k une autre époque , on nous donne les emplacements des 
Çastella.XTec de Timagination et de la bonne volonté que ne voit- 
on pas I puisque le bois de la Truie devient sous la plume 
plastique de certains archéologues la Tuerie comme le 
çwn de Frédégoade I!I 



— 379 - 

de plus un front k bord relefé qai est incompalible avec 
le texte de César.Ennaite» nous défions le général romain 
de pouvoir livrer un combat avec Tennemi qui devait 
couronner la hauteur des montagnes voisines et qui 
dominait entièrement le camp. Tandis que dans la posi- 
tion de Mauchamps» c'est le général romain qui plane sur 
Tennemi. Toutefois M. Fallue ne regrette pas moins 
que des généraux et des antiquaires qui ont exploré la 
colline de Chaudardes avant lui, ne les aient pas remar- 
qué. C'est une erreur. Nous avons été témoins à plu« 
sieurs reprises des soins minutieux dont s'est environné 
la commission » et , avant de se prononcer pour Mau- 
cbamps, M. le général Creuly, accompagné de quelques 
membres de la Société académique de Laon , se rendit 
sur la colline de Chaudardes, examina avec attention 
le site, la position des montagnes voisines « le marais ou 
plutôt la vallée humide qui les borde et qui s'est con- 
vertie en sables brûlants ; mais cette vue» jointe à l'étude 
que nousy hommes du pays, avions faite de ces localités, 
ne pouvait contrebalancer toutes les marques de cer- 
titude retrouvées à Mauchamps 

Il est très fâcheux que M. L. Fallue» qui avait indiqué 
comme il en convient dans son travail sur les Commen- 
taires » la position de Chaudardes et qui reproche avec 
une certaine amertume à la commission de n'avoir 
pas fait une assez longue visite à sa chère colline» ait été 
lui-même si pressé dans son trop court pèlerinage à celle de 
Mauchamps» et quand malheureusement son Mémoire 
d'opposition avait déjà paru. Nous savons qu'il en coûte 
pour se déjuger et confesser qu'on s'est trompé, mais 
c'est le privilège des âmes d'élite d'en agir ainsi , et M. 
L. Fallue nous devait cet exemple. Il nous semble donc 
que si cet archéologue distingué n'avait été conduit en 
avant par de fausses données qui ont égaré sa bonne foi» 
il aurait vu à Mauchamps» autre t chose qu'une plainç 



— 380 - 

# bombée, s*inclinant vers TAisne et vers la petite rivière 
i nommée Miette ; qae l'Aisne an lieu de fortifier le 

• camp en est éloignée de 400 mètres et enfin que les 
» lignes transversales sont inexplicables d'après le texte 
» de César. L'enceinte de Mauchamps , ajoute -t-il , 
» présenté un espace insuffisant pour dix légions. • Il 
exige ensuite des fovsés de dix*huit pieds , des angles 
droits et non arrondis. Ces dispositions ne lui semblent 
accuser qu'un camp gallo-romain, au temps de la Déca- 
dence. Après avoir nié les fossés transversaux , l'exisr 
tence du castellum et même, ce qui est plus fort, 
l'existence du marais,pourymettreun petit cours d'eau, 
'a précipitation de If. Fallue a été telle en parcourant le 
camp de Mauchamps , qu'il n'a pas même vu la vaste 
plaine qui s'étend au nord de la Miette et qui servait de 
position à l'armée belge. Cette plaine qui présente, 
depuis Amifontaine jusqu'à la Yille-aux-Bois , un déve- 
loppement de près de cent kilomètres carrés, ne l'a pas 
frappé. Ainsi d'après ces errements, le camp de Mau- 
champs ne seraitqu'un camp gallo-romain de 375 à 423, 
alors que les barbares menaçaient le nord de la Gaule. 

Il ne nous va pas de répondre à ces prétendues objec- 
tions de M. L. Fallue; nous pensons qu'il en senta^sez 
la faiblesse lui-même pour nous pardonner notre silence. 
Du reste , nous avons donné nos preuves , que nous 
croyons bonnes et incontestables Certes, nous ne pourr 
rions en dire autant des raisonnements de M. Fallue, 
qui ne reposent sur rien de sérieux. Seulement une 
chose nous surprend , et nous nous demandons com- 
ment se fait - il que des antiquaires ont osé avancer, 
même sans examen préalable,quele camp de Mauchamps 
n'est pas et ne peut pas être le camp de César ! Serait-ce 
pour se donner le titre de contradicteur quand même 
et attirer l'attention sur eux et sur ce qu'ils écrivent? 
ou bien serait-ce vraiment par amour de la vérité ? Qui a 



— 38f — 

pa pousser M. Fallué à placer sur le plateau (et non là 
colline de Cbaudardes) le camp imaginaire de César , 
camp dont rien n'annonce l'existence, encore moins qu'à 
Nauchamps ? Quand nous rencontrions ici , sans l'avoir 
désiré (lui-même a accepté de prime-abord les conjec-' 
turessi perspicaces de nos intelligents collègues), tous 
les caractères d'authenticité et de vérité , que nous 
étions en droit d'exiger^ quand nous avions l'avantage 
inappréciable de pouvoir suivre et contrôler jour par 
jour , pendant près d'une année , tous les produits de 
cette heureuse trouvaille. A cette époque , nous avons 
entendu émettre bien des doutes, formuler des objec- 
tions nombreuses ;niais nous les concevions ces doutes^ 
nous les aimions ces contradictions, parce qu'ils ne ser- 
vaient qu^à élucider la question et à la placer sur son 
véritable tcrain. Aujourd'hui il n'en est plus ainsi. A 
quoi bon remplacer ces questions désintéressées , par 
une opposition systématique et ridicule? Si nous avions 
affaire à des hommes de bonne toi , à de véritables 
chercheurs de la vérité , sans opinion préconçue , sans 
sié^e fait à l'avance , nous leur dirions : Partez de 
Reims,du pays des Rémi, suivez la grande route actuelle, 
bâtie sur la vieille chaussée gauloise et sur le chemin ro- 
main qui lui a succédé et dont vous retrouvez encore dans 
les massifs de terre qui bordent cette antique voirie 
toutes les attaches irrécusables ; franchissez l'Aisne sur 
le pont de Berry-au-Bac , gravissez en inclinant à 
droite la colline qui s'étend au nord en formautune 
légère éminence et descend doucement vers un petit 
marais qui sillonne celte vaste plaine et semble lui servir 
tout à la fois de rempart utile et de ceinture gracieuse ^ 
jetez les yeux sur cet emplacement aujourd'hui cantonné 
de ses bornes blanches pour en limiter les dimensions; 
figurez vous ces deux grandes redoutes qui les défen- 
daient au nord et au sud. Examinez les débris qui ont 



— 382 — 

ëté eibuméi de cette enceinte fortifiée,vases,âidphores; 
hachette en silex , monnaies gauloises , et autres objets 
en très • grand nombre ; demandez , dis-je , à tous ces 
objets êtes vous romains? étes«¥ous sur remplacemeoi 
du camp de César ?... Tous vous répondront par un 
àilence aflBrmatif. Mais il y a un livre qui parlera plutf 
haut et plus énergiquement que tous ces objets muets, 
c'est le livre des Commentaires de César : interrogez-le 
du plutôt lisez-le sans passion, et sa lecture attentive et 
réfléchie fera passer dans votre esprit la conviction la 
plus inébranlable. Elle vous racontera tout ce que César 
a décrit et exécuté sur cette mémorable colline et dans 
les environs , et après xix siècles vous trouverez encore 
le terrain accidenté et les cours d'eaux tels qu'il les 
a dépeints , sauf les changements que le temps et les 
hommes ont dû y faire. 

Au reste , je vous le demande , où a-t on vu que ht 
disposition de ce camp , l'excavation dé ses fossés , son 
étroite dimension dénotait un camp gallo-romain? Noos 
aurions aimé qu'on nous le dise. Pour moi , dit M. Ed. 
Fleury , cette perfection du travail , cette rectitude dé 
lignes y ces vifs profils , cette régularité de la fouille 
agissant dans la craie qui présente une certaine résis- 
tance, ce camp ne pandtrait-il pas appaHenir plutôt à un 
eamp permanent qu'à une enceinte taillée en terre , 
en présence de Tennemi , en deux jours ? ce travail ne 
paralt-il pas au-dessus du pouvoir d'une armée dont un 
quart seulement pouvait piocher ? (i) 

(1) Bulletin de la Société académique, t. xiu , p. 144. Nous 
éommes tenté de croire que H. Ed. Fleury , qui est un puissant 
remueur d'idées, a pu suggérer dans son compte-rendu si palpitani 
d'intérêt et qui reflétait d'une manière si vive les impressions si 
variées et si mobiles du moment,la plupart des objections émises, 
Surtout celles qui ont frappé M. L. Fallue. Il faut aussi ajouter 
4ne cet archéologue en a trouvé le complément dans le travail éd 



— 383 — 

Nous aimerions des objections si nettement fo^muIëeft 
et nous dirions : Ecoutez. Accepteriez-vous la position de 
Mauchamps comme répondant de tout poiiit aii texte 
si précis et si net deCésar, supposé que ncTus puissions 
y retrouver un camp , ayant une physionomie romaine 
et qui a pu être fait dans l'espace del temps que vou^ 
indiquez. S*ilen est ainsi, écoutez : 

c Les retranchements les plus ordinaires des Romains 
i étaient composés d*un fossé de douze pieds de 
» large sur neuf de profondeur, en cul de lampe; avec 
» les déblais ils faisaient un coffre de quatre pieds 
» de hauteur « sur douze pieds de largeur, siir lequel 
» ils élevaient un parapet de quatre pieds de haut , en 
» y plantant leurs palissades et les fichant de deux pieds 
» en deux pieds en terre : ce qui donnait â la crête 

• du parapet dix-sept pieds de commandement sui* 
> le fond du fossé. La toise courante du retranche- 
» menty cubant 324 pieds (une toise et demie) , était 
» faite par un homme en trente-deux heures ou trois 

• jours de travail et par douze hommes en deux où 

• trois heures. > (1) Deux légions composées de 6000 
hommes chacune ont donc pu faire ces retranchements 
qui cubaient 22,000 mètres en une seule journée, et en 
six heures si le nombre a été doublé. 

Quant à la perfection du travail « à la rectitude des 
lignes, à la régularité des fouilles il n'y arien d'éton- 
nant que des hommes comme des soldats romains, si 
accoutumés et si habiles à piocher la terre , n'aient eu 
le talent de faire de beaux ouvrages en se jouant de 
toutes les difficultés. On prétend que daits toutes les 

M. Melleville ; noas devons savoir gré à M. Fleury, qui partage 
du reste notre conyiction, d'avoir suscité des opposants dont les 
arguments défectueux ne serviront qu'à asseoir plus solidement 
la vérité. 
(1) Napoléon, Précis des campagnes de Jules César. 

36 



— 3M — 

armes de la République un tiers environ savait remuer 
puissamment le sol, faire en quelques heures des pro- 
diges de travaux, comme ils savaient faire des prodiges 
de valeur dans le combat. Mais eu voici assez sur ce 
chapitre , passons à un autre sujet : le passage de 
l'Aisne et le retranchement de Sabinus sur la rivière. 

i II ET m. — PASSAGE DE L'aÏSNE ET RETRANCHElfElfT 
DE Q. SABINUS SUR CETTE lilVlÈRE. 

tiors de cette découverte qui a pkréeédé celle du 
camp de Maucbamp et qui avait alors singulièrement 
frappé M le baron Stopffel, familiarisé avet lès trou- 
vailles romaines , on avait avancé en parlant de ces 
fouilles que dans le cas où la présence réelle c de 
1 César à Hauchamps serait prouvée définitivement 
» par la découverte de ses fossés latéraux en avant de 
» ces fronts est et ouest, le camp de Berry-au-Bac serait 
» la fortification que César dit avoir faite en avant du 
> pont ; la tète de pont et le camp de Gemicourt serait 
• celui d'où Titurius Sabinus aperçut et signala le 
» mouvemeot de flanc fait par les Gaulois pour passer 
1 la rivière. L'idée du passage à Condé serait radica- 
9 lement détruite.* (1) Pour nous^nous ne croyons pas 
au passage à Condé qui n^est pas sur une route , et 
le camp qu'on y trouve est une vieille enceinte de 
ville ou station gallo-romaine , enceinte mise à profit 
par les Romains pendant l'occupation pour couvrir la 
frontière rémoise si souvent menacée. 

Nous croyons de notre côté que les retranchements 
de Berry-au-Bac ont pu suffire pour loger et défendre 
tout le petit corps d'armée de Titurius Sabinns que 
César a pu laisser en vedette de l'autre côté du pont 
pour y observer l'ennemi et rentrer au besoin dans 
l'enceinte fortifiée ; car c'était surtout du côté du nord 

(1) Jourml de VÀisne, 1862. 



- 385 — 

que l'attaque pouvait être à craindre et que la tête du 
pont demandait à être protégée. Berry était donc sans 
aucun doute le prœsidivm et tout à la fois le Castellum 
cuiprœerat Sabinus. 

Ce qui ne l'aurait pas empêché selon nous , d'occu* 
per en observation, le poste élevé de la falaise crayeuse 
qui domine de 20 à 25 mètres en face de Berry tout le 
cours de l'Aisne et les pays environnans. On a trouvé sur 
ces hauteurs diverses traces de fossés , des excavations 
de terrains, des débris romains qui ne sont pas sans 
intérêt ; mais nous devons le dire , les fouilles sur la 
rive gauche de l'Aisne ont été moins satisfaisantes qu'à 
Mauchamps et à Berry-au-Bac ; cela peut tenir à la na- 
ture du sol qui est sablonneux peu compacte. Dans de 
semblables coivditions et avec les changemens qu'amë* 
nent nécessairement la culture, l'arrachage des bois, le 
mélange des terres , il n'est guère possible de recon- 
naître les vestiges anciens. 

Cette supposition n'a donc rien d'arbitraire , et qui- 
conque aura pris connaissance des lieux , considéré le 
cours de la rivière qui décrit une courbe très pro* 
noncée pour longer ces falaises élevées, trouvera notre 
supposition naturelle et très admissible. 

Ajoutons que lorsqu'on a fait dévier la rivière pour 
y creuser le lit du canal en i842, on a extrait de ce 
Heu une quantité considérable de débris de toute 
espèce. Ils consistaient principalement en cornes et 
ossements d'animaux, au milieu desquelles se trou- 
vaient mélangés des fers de lances , des épées larges 
et courtes , des médailles romaines , surtout un nombre 
considérable de fragments de poteries , de couleurs 
variées.... sur lesquelles étaient représentées en relief 
des animaux, des chasses, des danses, des sacrifices (i j. 

(1) Bull, delà Soc. acad. de Laon, t.?ii p. 183 Bulletin de la 
Société archéologique de Soissons, t. vu p. 256. 



- 386 — 

§ IV. — THÉÂTRE DE LA pÉPAITB t^S BELGKS. 

Si du point que nous occupons 8ur le monticule 
appelé la Crayère» nous jetions un regard vers le nord, 
nous découvrons ouire le poste fortifié de Berry-au- 
Bac et la colline où est assis le camp de Mauchamp 
toute la plaine qui s'étend à Thorizon depuis Pontavert 
jusqu'à h montagne de Prouvais. Sabinus , de ce poste 
d'observation et qui dominait son castellum, pouvait 
donc saisir au-delà de la Miette tous les mouvements 
que devait faire Parmée belge, qui ne pouvant engager 
César à passer le marais, songea à se détourner vers sa 
gauche et à se diriger vers la rivière d'Aisne pour y 
surprendre Sabinus • rompre le pont et détruire ses 
retranchements. C'est en longeant Ifs capricieux 
méandres du petit cours d'eau de la Miette et en déro- 
bant sa marche dans les taillis de la Ville-aun-Bois que 
les Belges purent gagner les bords de l'Aisne, où ayant 
trouvé des endroits guéables , ils essayèrent de faire 
passer une partie de leurs troupes. Ibi vadU reperlis 
pariem suarum copiarum transducere conati simi. 

Nous pensons que cette tentative hardie, mais malheu- 
reuse s'est faite en aval de l'Aisne entre Berry-au-Bac 
et Pontavert, vers la ferme de la Pêcherie. 11 y a là plu- 
sieurs endroits guéables qiii sont tf^s-connus et qui 
existent de temps immémorial. On y passe encore au- 
jourd'hui en voiture et à cheval et même quelquefois 
à pied lorsque les eaux sont basses. C'est dans la 
prairie de Gernicourt et au bas des rampes adoucies où 
est bâti ce village qu'a du avoir lieu cette défaite qui 
mit en fuite les confédérés , en laissant sur les bords 
de l'Aisne le souvenir de cette sanglante.M. Léon Fallne 
est cette fois de notre avis. C'est donc à Berry-an-Bac 
que le général romain se porta et qu'il passa le pont 
avec toute sa cavalerie et ses archers , filant au grand 



— 387 — 

trot le long des falaises de Gernicourt. Arrivé en faoe 
des Belges, il attaqua vigoureusement ceux qui avaient 
d^à franchi la rivière et repoussa ceux qui s'efforçaient 
de passer sur la rive opposée. 

Il serait sans doute inutile de rechercher aujour- 
d'hui sur les rives de l'Aisne les traces de ce passage 
et les vestiges de ce grave événement. Les générations 
ont perdu avec les siècles la mémoire de ce triste évé- 
nement , et le temps dans sa marche a dispersé et 
anéanti les débris qui auraient pu en perpétuer le sou- 
venir. Toutefois, nous ne sommes pas éloigné de croire 
que la prairie qui s'étend et s'enlonce entre la Pêcherie 
et les orles de Gernicourt n'ait dû être le théâtre de 
cette épouvantable catastrophe. Cette langue de terre, 
abritée au midi par un^ légère colline » protégée au 
nord par le cours du fleuve pouvait offrir aux Belges 
un passage facile et dérobé, s'ils n'avaient pas été 
découverts par Q. Sabinus qui observait sans doute les 
mouvements de leur vaste armée des hauteurs voisines. 
Malheureusement cette position si bien choisie pour 
exécuteur leur dessein ne fit que faciliter leur déroute 
et compléter leur ruine. Hâtons-nous d'arriver à une 
autre question qui nest pas moins débattue parmi les 
savants et tâchons de fixer s'il est possible l'emplace- 
ment de la célèbre Bibrax. 

§ V. — BIBRAX, SON EMPLACEMENT. 

Nous avons vu en effet dans le cours de ce Mémoire 
que depuis trois siècles les antiquaires et les géo- 
graphes étaient à la recherche d un oppide remois du 
nom de Bibrax. Jules César dit en parlant de cette ville 
qu'elle était à huit milles de son camp et qu'elle fut atta- 
quée par les Belges confédérés lorsqu'ils venaient à 
sa rencontre. Ab ipsis castris , oppidum Remorum 



— 388 - 

notnifiê Bibrax^ obérai milita pass^im VHL Id ex itinere 
magno impetu Belgœ expugnari cœpenmt. 

Dans notre exposé des divers sentiments snr la posi- 
tion de Bibrax nous avons montré que Braine et Fismes 
n'avaient aucune cbance, puisqu'ils se trouvaient sur la 
rive gauche. Braine était hors de cause puisqu'il était 
déjà Soissonnais. Pontarcy doit être écarté par le même 
motif. Braye, Bruyères (4) et Laon sont à des distances 

(i) L*autear d'one lettre signée A. D mettait en rang Bruyères. 
Mais Tabbé Lebœaf lui a répondu péremptoirement daas le journal 
de Verdun, 1750 ; il disait en substance que Bruyères étant situé 
dans une vallée n^ayait rien qui convint à l'histoire des temps 
romains et qu'on n*y trouvait ni la ressemblance de nom , ni la 
distance de la rivière conforme au\ commentaires de César. 

Cette réfutation n'a pas empêché M. Rousselle, ancien secrétaire 
de la mairie de Bruyères , de supposer fort gratuitement que la 
frontière des Rémi, du côté du Vermandois, s'arrêtait à Bruyères 
dont la ligne de montagnes formait une délimitation naturelle. 11 
place donc Bibrax qu'il ulenlifie à son tour avec Bruyères à l'exlré- 
mlté de cette frontière imaginaire. « La montagne de Laon, ajoute- 
» tA\ , était dans une position qui n'offrait aucun avantage aux 
« Remois ; ils ne durent donc pas la fortifier, puisqu'elle n'était 
» point un obstacle à l'entrée de leur pays. En effet, à quoi aurait 
j» servi une forteresse perchée au milieu de marais inabordables ? 
f ce n'était alors qu'un rocher stérile, couvert de broussailles où 

• se réfugiaient sans doute les brigands des pays voisins. Aucun 

• chemin n'aboutissait à cette montagne , et si l'on en découvre 
» aujourd'hui quelques vestiges , ils ne peuvent remonter qu'à la 
j) destruction de Bibrax , c'est-à-dire au temps où Reims , cette 
» cité florissante , vit s'étendre sa puissance. > Bruyères, selon lai 
était dans des condi^ons toutes différentes. Assise sur la frontière, 
à l'entrée d'un vallon traversé par la seule voie praticable qui 
communiquait du Vermandois au Remois , elle avait dû être for- 
tifiée par l'art et la nature. 

Pour expliquer son système, il fait passer l'Aisne à Berry-au-Bac, 
place le camp de César à Saint-Thomas avec M. Melleville. De 
cette façon Bibrax , montagne double et qui est la traduction du 
celtique Bibrech double montagne, comme Sibraote Autun ablatif 
de Bihrax signifiait ville sitiiée au pied de trois montagnes, de- 
viendra Bruyères qui est assis à l'entrée d'un vallon entre deux 
montagnes et sur le chemin du Vermandois. 

Nous ne nous occuperons pas des étymologies plus qu'hasardées 



- 389 — 
Irop considérables. Corbeny , Craonne sont trop près. 



qu'employé M. Rootselle pour éUjer si tbëse» ▼. p. 7 , ni do tu- 
mnlui qu'il exhume comme éUnl le tombeau de quelques chefii 
bibraclens ni d'une pierre druidique ou dolmen qu'il place aux 
Hardessons, ni du souvenir d'une maladrerie ou d'une autre pierre 
•ù les mayeurs du pays lançaient au Hoyen-Sge la peine d'excom- 
nranleation ou du bannissement. Nous ne trouvons aucune preuve 
de ce grand lait historique , ni dans les lieuxdits qu'il signale 
comme empruntant une physionomie gauloise et les dénominations 
les plus singulières , tels que Gueale y Vaobresiist fond des Ro- 
mains, ou bois des Viris* le fbnd des lloizelets 11 a beau supposer 
que c'est par ces gorges qu'on aboutissait au camp , que les Re- 
mois avaient placé des forts sur toutes les hauteurs comme celui 
de Champ hriange , au-dessus de Cherôt » dont il ferait volon- 
tiers le camp de Bibrax , notre raison se refuse à admettre ces 
suppositions gratuites. M. Rousselle a beau ressusciter avec une 
ingénieuse sagacité autour de Brayères une masse de forts déta- 
chés qui devaient en faire non une simple bourgade, mais une ville 
des plus importantes dans la stratégie ancienne, rappeler les noms 
anciens de rues , de ponts et d'aqueducs qui ont disparu depuis 
longtemps; il nous est impossible d'admettre ces argumens lors 
même qu'ils reposeraient sur des chartes et des diplômes encicos. 
Nous ne nions pas de propos délibéré et sans motif l'existence de 
ces dénominations dont on nous parle : mais nous nions qu'elles 
puissent remonter à l'époque qu'on veut leur assigner et nous 
croyons que les guerres du Moyen-âge ont suffi pour les faire dis- 
paraître. En fin de compte , la rue des Etuves , le pont des Ro- 
mains, les Loês (*) prouvaient seulement que les Romains ont pu 
créer des établissements pendant leur domination dans les Gaules; 
mais elles ne prouveraient rien en faveur de Bibrax dont l'origine 
est entièrement gauloise. 

Hais pour rester dans le vrai , disons que tout s'accorde pour 
refuser à Bruyères le titre que l'on réclame pour elle. D'abord le 
nom de Biuyères, dit M. Melieville, loin de venir de Bibrax vient 
du celtique Drugar ou Brogar , que les latins ont changé en 
Bruariumj lieu couvert de broussailles, de bruyères. Cette étymo- 

{*i Loês , que M. Rousselle fait venir du grec Loë, Lavaerum^ 
bain, signifie tout simplement l'eau. On appelle encore en langue 
picarde Loeche, Loacbe un amas d'eaux stagnantes. Le marais de 
300 mètres dont parle M. Rousselle, et sur lequel on avait établi 
une chaussée, était donc tout simplement une pièce d'eau de cette 
nature. 



— 390 — 

Restaient donc , avons-nous dit , Bièvre, Beaitrieux et 
Berrîeux ou le camp du vieux Laon. Bièvre n'a pins 
d'espoir depuis que le camp de Pontavert et de Cban- 
dardes n'existe pas, et qn aucune route fréquentée né 
se trouve au milieu de ces montagnes coupées par 
d'étroites vallées. Beaurieux, placé en amphithéâtre sur 
la déclivité de la montagne, n*a rien qui se présente à 
l'assiette d'une ville gauloise ; son nom ne réclame pas 
une telle antiquité , la tradition est complètement 
muette à l'endroit de ce fait important ; puis Beaurieux 
ne se trouvait pas sur le passage de l'armée belge. Il 
n'en est pas de même de Berrieux ou plutôt de cette 
hante colline qui est située en arrière à environ 4200 
mètres dominant tout le pays et qui porte le nom de 
camp du vieux Laon. Cette pointe de montagne qui se 
projette en avant sur ces terrains plats et qui continue 
la chaîne des collines élevées des vallées de l'Aisne, et 
qui à partir de Beaurieux forment des angles rentrants, 
a toutes les conditions désirables pour en faire l'em- 
placement d'une vi le comme Bibrax. Or quatre raisons 
principales nous ont déterminé à choisir ce lieu de 
préférence i tout autre. Les voici : Ce plateau, qui forme 
un poligone irrégulier dont la forme a été déterminée 
par le contour de la montagne sur lequel il est assis, 

logie conirient parfaitement à remplacement de ce bonr^; , tandis 
que rien dans sa position ne rappelle la signification dn root Bi- 
brax. Enfin sa distance au camp de César est beaucoup ti-op longue;, 
environ 22 kilomètreSé Enfin disoDS avec M. Ronssflle qui est forré 
de ravouer lui-même , que Bruyères fat fondée par une colonie 
de Francs vers le commencement du 7« siècle , qu'on lui donna 
évidemment ce nom par étymologie à la nature du sol sur lequel i| 
était fisé. Il fait même remonter à cette époque Torigine de la for- 
teresse et du fort de Bruyères qui comprenaient environ dix bec- 
tares de terrain et formaient un parallélogramme carré. Voyez la 
notice sur la ville de Bibrax , publiée en 1861 par Bon^^selle-be- 
rocquigny, ex-secrétaire de la mairie de Bruyères et arebi%iste de la 
ville de La Fère. 



— 391 — 

semble avoir toutes les conditions qu'exige le texte si 
précis et si laconique de César. I» Cet emplacement 
est très propre i la position d*un oppide gaulois ; 2^ il 
est placé sur le chemin des Belges qui l'attaquèrent en 
passant ; 3^ il est à la distance voulue du camp de César; 
4* il y à une dénomination antique confirmée par une tra- 
dition persévérante et locale. Cela suffit selon nous 
pour donner & notre opinion une véritable probabilité. 

i^ L'emplacement du camp du vieux Laon est propre 
à la position d'un oppide , si nous nous en rapportons Vf 

aa sentiment de l'abbé Lebœuf et de M. Peigné-Dela- 
cour. Le premier veut qu'on aille chercher ces refuges 
sur les montagnes escarpées et dans les lieux entourés 
d*eaux ; le second avance que partout où sont situés les 
oppides gaulois une vallée profonde ou un ravin cir- 
conscrit l'enceinte et la défend contre les attaques du 
dehors. Or , ici , nous retrouvons non-seulement une 
gorge profonde formant une presqu'île et au-dessus un 
plateau disposé de façon à pouvoir être facilement dé- 
fendu» puisque dégagé sur ses flancs est, sud et ouest, 
il se rattache seulement par une large soudure au pla- 
teau élevé du nord dont il n'est qu'une projection en 
forme de promontoire sur la plaine. Son enclos composé 
de 34 hectares est plus que suffisant pour contenir les 
habitants et les soldats chargés de la défense et au be- 
soin pour attaquer les assaillans (1). 

S<> Le camp de St -Thomas est placé sur le chemin des 
confédérés. Tous les interprètes s'accordent à dire que 



(1) Tout semble attester que Bibrax était une place très forte, 
puisqu'elle a pu résister pendant toute une journée à une armée 
si formidable; et de plus située, non en rase campagne, mais sur 
une éminence d'un accès difficile, de manière à ne pouvoir être 
entourée par les masses ennemies puisque les envoyés d'Iccius 
purent en sortir et y rentrer avec des troupes de secours. Ce 
dernier point n'est pas le moins important. — Note de M. Gohert 

37 



- 392 — 

le raftseroblement de la coalition belge se fit dans le 
nord da département de TAisne et que leur armée se 
mit en marche en suivant la grande voirie gauloise 
qni conduisait du nord vers les plaines de la Champagne 
en côtoyant les montagnes du Laonnois et du pays de 
Reims. Or, cet antique chemin gaulois se dirigeant de 
St- Quentin vers Yeslud , St-Erme , que deux siècles 
plus tard les Empereurs ont transformé en chaussée ro- 
maine, passait à peine à quelques centaines de mètres 
de ce camp, et un embranchement dont on voit encore 
les traces apparentes aboutissait au plateau du vieux 
Laon. . 

30 Le Vieux-Laon est à la distance voulue du camp 
de César. Quant à la distance de huit mille pas du camp 
de César placé sur la rive droite de l'Aisne, nou^ croyons 
que ce chiffre doit être pris dans une acception rigou- 
reuse. Mais lors même qn'il devrait s'entendre d'une 
mesure approximative et plus élastique, toujours est-il 
qu'il faudrait s'en rapprocher le plns\>ossible et ne pas 
le chercher à quelques kilomètres en plus ou en moins 
de la distance indiquée ? Or, du camp de Mauehamps à 
celui de Saint-Thomas ou du Vieux-Laon, on compte à 
vol d'oiseau il kilomètres et par la route un peu plus 
de 12 kilomètres. Les huit mille pas équivalant à II ,800 
mètres. C'est donc une mesure des plus exactes , on 
pourrait dire des plus rigoureuses. 

Âfi Le camp de Saint-Thomas a une dénomination an- 
tique , confirmée par une tradition locale et persévé- 
rante. On se demande en effet pourquoi cette pointe de 
montagne où se voient encore aujourd'hui des épaule- 
ments considérables , et une superficie divisée en deux 
camps retranchés, qui porte encore aujourd'hui le nom 
de Vieux-Laon (I). Si vous Interrogez les souvenirs du 

(1) Au milieu du petit camp, il y a un léger moiiticule dont 



— 393 — 

pays, ils tous diroot qu'autrefois et dans des temps très 
reculés, il existait sur ce plateau une ville qui a dis- 
paru, ainsi que ses babitans , pour aller porter ailleurs. 
leurs pénates. Or cette tradition que nous trouverons 
toute vivante encore, sous la plume exercée de M. Gobert, 
un de nos plus intelligents instituteurs, nous expliquera 
toute la valeur de cette dénomination en nous mon- 
trant que l'on peut parfaitement appliquer à la ville 
actuelle de Laon cette série importante de témoignages 
écrits. Prouver que cette localité du vieux Laon était 
l'ancienne Bibrax c'est nous aider à résoudre un pro- 
blème historique dont tout le monde savant comprendra 
la portée. 

Déjà MM. Piette et dç Saulcy, en s'appuyant sur les 
mêmes arguments, avaient pensé qu'on pouvait , sans 
trop de hardiesse, reconnaître cet oppide gaulois 4an9 
les ligues du camp actuel de Saint-Thomas, c Sa situa- 

M. Devismes fait la tente du général romain, et M. Lamaistre 
un castellum your y loger des machines. M. Helleville n'y voit 
comme nous qu'un tertre naturel , une roche d'excellente pierre 
dure que des ouvriers carriers ont entamé il y a quelques années. 
Cependant beaucoup de choses paraissent inexplicables dans ce 
camp ; d'abord les fossés au nord et celui qui sépare les deux 
camps ne présentent pas une ligne droite , mais un angle 
obtus dont on ne devine pas bien la cause. Les dispositions et les 
terrassements du petit camp sont aussi un sujet d'embarras. On 
doit reconnaître que la position et les dimensions de ce camp ne 
s'accordent pas avec celles indiquées par César dans ses commen 
taires. Ce n'était pas l'usage des Romains de diviser leurs camps 
en deux parties , surtout quand on ne voit pas de communica- 
tion facile établie entre eux. C'est ce qui a forcé M. Melleville à 
en faire un camp pour y emprisonner les Gaulois auxiliaires , 
César de cette façon se défendait plus sérieusement contre les siens 
que contre les Gaulois ses ennemis. C'est le contraire qui est vrai, 
puisqu'il confie la garde de son camp à ses nouvelles recrues. 
M. de Caylus pense que le petit camp a pu loger un des corps 
étrangers qui était au service de l'Empire vers la fin du iv* siècle 
et qui se trouvaient alors répandus dans la seconde Belgique 
entre Reims et Amiens. 



— 394 — 

tioa , disait le premier^ sur la route des confédëréSt 
la distance exacte de 8,000 pas , soit 11,800 m., qui 
le sépare du camp de César sur le bord de FAisne , 
peut donner quelques vraisemblances à cette suppo- 
sition qui néanmoins pourra rencontrer plus d'un 
contradicteur, bien que ce camp ne soit qu'à 4,500 m. 
du village de Berfieux autour duquel on cherche gé- 
néralement remplacement de Bibrax (i). » 
i Celte hypothèse , ajoutait le secoqd , malgré l'ap- 
pui qu'elle rencontre dans les dispositions du terrain 
et dans les distances indiquées par l'histoire elle- 
même, trouvera sans doute plus d^un contradicteur 
comme toutes celles qui ont déjà été émises sur un 
sujet depuis si longtemps agité ; et peut-être n'ajou- 
tera-t-elle qu'un nom de plus à celles des localités 
qui se disputant l'honneur de figurer dans les Com- 
mentaires de César. Nous n!hésitons pas néanmoins 
à la produire parce qu'elle ne nous parait manquer 
d'aucune des probabilités qui résultent du seul his- 
torien qui ai^ fait mention de Bibrax. » 
M. àMelleville , en répondant à M. deSaulcy, veut 
qu'on s'explique catégoriquement sur l'emplacement de 
Bibrax et qu'on choisisse entre Berrieux et le camp du 
Vieux-Laon. Rien ne prouve, conclue-t-il, que ce village 
de Berrieux ait porté le nom de Bébrieux, nom qui serait 
dérivé de Bibrax (2). 

Pour nous, nous l'avons dit, notre choix est fait. Sans 
renoncer au bénéfice d'inventaire que peut nous offrir 
la dénomination de Bébrieux qui, en définitive, pour- 
rait être une dépendance , un débris de Bibrax , une 
colonie établie à une lé|,ère distance de la ville détruite 



(1) BuUetin de la Société acad. de Laoa, t. vu, p. 197. Revue 
européenne, 15 juin 1859. 

(2) Riillt^t. de la Société acad. de Laon, t. viii. 



— 395 — 

et ao pied d'un mamelon qui enest très-rapproché, nous 
acceptons le camp du Vieux-Laon comme l'emplace- 
ment de Tantique Bibrax. Nous avons donné nos 
preuves en disant que Bibrax devait être chercbé au 
nord de l'Aisne , dans la direction des confédérés. Or 
précisément au nord du camp de César dont nous venons 
de parler , h 13,000 mètres à vol d'oiseau et sur le 
passage des Belges, se dirigeant des environs de Laon 
surReims^noustrouvons un promontoire qui se rattacbe 
au nord par une langue de terre et qui se projette en 
avant sur de vastes plaines qui s'étendent à Test et au 
sud-ouest. 

Cette situation, nous le répétons, nous semble émi- 
nemment propre à l'assiette d'une ville gauloise, à un 
emplacement d'oppide. Cette pointe de montagne qui 
domine la plaine forme une position extrêmement forte, 
défendue qu'elle est de trois côtés par les flancs escar- 
pés et des saillies abruptes. C'est aussi le sentiment 
de M. Gobert. Après avoir démontré dans un Mémoire 
plein de faits intéressants qu'il a bien voulu nous 
adresser, que Bibrax devait être sur le cbemin des Belges 
et placé sur une éminence (i) à huit milles du camp, 
condition rigoureuse que remplit le camp du Vieux-Laon, 
il ajoute : « C'était le 15 juillet; les députés ne purent 
» partir que quand l'attaque cessa le soir, vers neuf 
1 à dix heures , à pied , pour ne pas donner réveil et 
» prendre toutes les précautions. Ils n'ont pu faire 
» plu» de six kilomètres à l'heure. Si César a fait partir, 
» comme il le dit, vers minuit, média nocte^ ses troupes 

> de secours, il est évident qu'it a dû être prévenu 

> avant, et l'on voit que les envoyés d'Iccius ont à peine 

(1> Car si cette ville eut été en rase campagne et dans une 
position facilement abordable de tous côtés, ses défenseurs n'au- 
raient pu résistera une pareille attaque ni les députés d'Iccius en 
sortir. 



- «96 - 

> eu le temps de faire trois lieoes. Donc cette appré- 
» dation de César est parfaitement exacte. Or , le 
1 Vieax-Laon , se trouve précisément sur le chemin 
» que les Belges ont dû suivre ; il est sur une pointe 
i de montagne , il n'est accessible que d*nn seul c6té , 
» celui du nord ; il est éloigné de 12 kilomètres de la 
» rivière d'Aisne , à laquelle était adossé le camp de 

> César , et Ton sait que huit mille pas romains font 
» exactement 11,854*; il n'est pas possible de mieux 
» s'accorder, i 

c Notons qu'au pied de la montagne du Vieux-Laon, 
» sous les retranchements qui s*étendent au nord-est 
1 du camp, un vallon qui termine de ce côté une plaine 
» Immense portant de temps immémorial le nom de 
» Veaux -du-Sang^ rappelle peut-être l'attaque de Bi- 
1 brax par les Belges, i 

Puis M Gobert, sat^hant qu'à force d'Investigations et 
de preuves traditionnelles groupées avec une patiente 
érudition (1) , M Melleville croyait avoir retrouvé cette 
cité dans la ville actuelle de Laoo , entreprend de nous 
montrer que l'on peut parfaitement appliquer à la ville 
de Laon les textes cités par le docte archéologue sans 
renoncer pour cela à la qualification de Bibrax identifié 
avec l'appellation de Vi^ux Laon. 

Bibrax , étant selon lui , la traduction littérale de 
Loomdun , nom primitif de la ville de Laon , signifie 
laom double ou deux bras, dim, montagne, ville à deux 
bras sur une montagne. Loomdun devenait donc pour 
César qui remplaçait les dénominations celtiques par 

(1) Voir ces preaves recueillies par le savant archéologue et se 
composant d'un diplôme de Chilpéric, de la vie de sainte Benotte. 
du martyre de sainte Preuve, de la légende de saint Gobain, de 
Dudon, chanoine de Saint-Quentin, de Guibert, de Noyeot , de 
pièces de poésies religieuses, d'une épitaphe et des témoignages 
de quelques écrivains. 



— 307 — 

des noms latins correspondants, Bibrax, bis bracchium. 
Ainsi les Romains donnaient à cette cité le nom de Bi- 
braz tandis que les Gaulois lui conservaient celui de 
Loom, d'où est venu Loon au xiu« siècle, et Laon de nos 
jours. D'après celte explication , l'identité lui parait 
parfaite , non avec la ville actuelle de Laon , mais avec 
le Yieux-Laon oo le camp de Saint Thomas, c Car de 
même qu^il y eut deux Laon , il y eut aussi deux 
Bibrax. Macrobe a donné à la ville qu'il a fondé le 
nom de celle où avait jusque-là résidé le préteur ro- 
main. Si donc la ville primitive avait deux noms , il 
est certain que la fille du Vieux-Laon les a pris tous 
les deux et qu'elle a pu également être appelée Bi- 
brax par les Romains et Loom ou Laon par les Gau- 
lois ; en sorte qu'il y eut deux Bibrax comme deux 
Laon. Bibrax, la vieille cité de Jules César, qui a dis- 
paru et dont nous retrouvons l'emplacement dans les 
retranchements du Vieux-Laon et la nouvelle Bibrax 
que nous appellerons celle de Chilpéric et que nous 
retrouvons dans la ville de Laon actuelle » 
c En effet , cette dernière ville étant postérieure de 
plusieurs siècles à l'arrivée de César dans les Gaules et 
son emplacement répondant d'une manière si peu exacte 
à la distance indiquée par le général romain, il est évident 
qu'elle ne peut être la Bibrax que nous recherchons. (1) 
C'est pourquoi, malgré ces autorités si nombreuses, les 

(1) César fait mention de Bibrax comme d'une ville des Rémi, 
distante de 8,000 pas du camp qu'il occupait sur la rivière d'Aisne. 
Or cette ville, Laon , est à une distance de la rivière d'Aisne qui 
double au moins celle qui estindiquée. Il serait difficile que le secours 
que César fit partir au milieu de la nuit fut arrivée assez promp- 
tement pour faire suspendre l'attaque dès le jour suivant. Dan- 
ville, Géographie de Vaiicienne Gaule, l'abbé Lebeuf disent que 
ce ne sont que des écrivains peu versés dans la lecture de 
César qui ont osé ajouter au nom Laudunum de la montagne de 
Ljj^oo, l'autre nom gaulois de Bibrax. Dissért. sur le Sôissonaaiè. 



- 398 - 

savanU «e tont obstinés à diriger leurn investigaiîons 
d'an autre c6té ; mais ne songeant pas au vieux Laon 
et étrangers pour la plupart aux traditions du pays « 
ils ont été obligés de tronquer, de forcer le iexte pour- 
tant si clair de César; et ù force d'hypothèses, de con- 
tradictions et d'inconséquences, de démonstra ions im- 
possibles f ils ont cru avciir trouvé la mystérieuse cité 
gauloise dans Fismes, Braine, Braye-en-Laonnois, Bean- 
rieux, Berrieux, Craonne « Corbeny, Bièvre , Bruyères, 
Sissonne ; enfin en vingt endroits »ur lesquels on n'a 
pu s'entendre. La raison de cette mésintelligence est 
toute simple. C'est que Messieurs les antiquaires ont 
cru voir dans la plupart de ces noms une analogie plus 
ou moins parfaite avec Cf lui de Bibrax et que loin de 
la contrée , du fond de leur cabinet une carte du pays 
sous les yeux et les commentaires à là main , ils ont 
façonné à leur convenance le texte décrit par César pour 
le faire concorder avec leur opinion. 

« Est-ce là, nous le demandons,le moyen d'interpréter 
dans le sens vrai les commentaires de César ? Car Tes 
cartes, les ëtymologies ei même les statistiques consul- 
tées sur cette matière ont trop souvent égaré ceux qui 
se sont occupé de ces questions qui exigent, avant tout, 
la connaissance complète des lieux. Pour ne pas s'expo- 
ser & faire fausse route , il faut à notre avis elplorer 
patiemment toute une contrée, visiter le terrain, non 
pas une fois, mais vingt fois, cent foi*«. Il f lut interro- 
ger les habitants des lieux que Ton parcourt, afin de 
savoir si la tradition n'a pas laissé quelque souvenir 
important ; il faut fouiller le sol, être du pays et ne pa 
dédaigner les renseignemens des auteurs qui ont écri| 
lors même qu'ils nous paraiitsent invraisemblables. On ne 
nous reprochera pas d'avoir manqué à aucun de ces de- 
voirs ; car nous les avons tous rempUs'scrupuleusement ; 
aussi avons-nous l'avanrage assez rare dalDS une ques- 



^ - 390 - 

tion si débattue de nous accorder à la fois de tout point, 
d'abord avec les anciens auteurs , puis avec le récit de 
César ; car le vieux Laon y répond de la manière la 
plus frappante et la plus décisive tant par Isi nature 
de isa position que par la distance exacte du camp de 
César. (I; » 

Entant du pays, M. Gobert sait par la tradition lo- 
cale imménloriale que dans les retranchements de Saint- 
Thomas, a existé jadis une ville ^ue ses habitants ont dé- 
serté à une époque fort reculée pour aller en fonder 
une autre ailleurs. < Cette ville , sgouta-t-il , c'est Laon 
et la tradition dont il s'agit est confirmée par le nom 

(1) « Et en e£fet on sait que le camp du yieux Laon est divisé 
eh deux enceintes qui en faisaient comme une forteresse à deui 
bras. Cette division transversale coîlpant par une ligne de fortifi- 
cation la surface en deux parties inégales en a formé deux vé- 
ritables camps parfaitement distincts et que Ton désigne par Ia 
simple nom de camp ei le petit par celui de Cour TEvôque. C'est 
dans cette partie que se trouve un tertre naturel en pierre dure 
et revêtue d'une couche de terre arable qui disparait tous les 
jours. Lorsque les ouvriers il ya quelques années ont creusé 
dans cette butte pour y ouvrir une carrière, ils y ont trouvé de 
la terre nuabcéë de charbon, de la cendre et de vieilles armes 
oxidéés à peine reconnaissables, enfin dec débris de toute sorte 
et au-dessous une rbche parfaitement unie et portant les traces 
évidentes d'habitations. Dans le grand camp on a découvert il 
y a 10 ans à la suite d*une pluie abondante un puits creusé dans 
la roche à 15 mètres ; on trouva des morceaux de poteries, des 
férailles, des cuivres oxidés , trois meules à bras dont une en 
granit et les deux autres en pierre du pays. 

Le propriétaire du moulin voisin du camp et au nord fit des 
fouilles dans sa cour , y rencontra des restes d'anciennes cons- 
tructions , des monceaux de vieilles poteries , une grande urne 
remplie de cendres, des monnaies romaines. Ces restes étaient 
probablement ceux de la censé du vieuxLaon. Il y a un an, le 
môme meunier trouva une petite pièce de monnaie gauloise mal 
coulée qui présente en effigie le buste d'un empereur vu de face, 
tenant de chaque main à la hauteur des épaules une corde 
ou câble qui lui passe sur la tête et au revers une espèce de 
dragon. » Mémoire de M. Gobert. 

38 



— 400 — 

même ds liea En effet, lorsqu'on vent dans nos enTirons 
désigner le camp de Saint-Thomas , on ne le nomme 
jamais que le Vieux Laon et presque jamais camp de 
César ou des Romains , nom qne les savants lui ont 
donné ; cette tradition et ce nom de Vieux Laon qui 
nous sont parvenus à travers tant de siècles ne démen- 
tent-ils pas de la manière la plos évidente les hypo- 
thèses plus spécieuses que réelles de ceux qui veulent 
que la ville de Laon ait toujours existé sur l'emplace- 
ment qu'elle occupe aujourd'hui ? Ne saison pas d'ail* 
leurs qu'après les deux remaniements de la Gaule par 
les Romains plusieurs villes perdirent leur importance 
et leur nom ; tandis que de simples bourgades entou- 
rées de la (aveur des autorités attirèrent promptement 
à elles tous les élémens de prospérité et d'influence qne 
possédaient les villes. Ainsi s'explique la désertion de 
la ville du Vieux Laon et l'accroissement de la nouvelle 
cité qni en a pris naturellement le nom, en recevant le 
gouverneur et une partie de la population. > 

« Au reste, ce qui pourrait ne paraître de notre part 
qu'une pure supposition, se change bientôt en certitude. 
Car on a des preuves écrites qui remontent à une 
époque peu éloi^ée de la fondation de la ville actuelle 
de Laon et qui attestent d'une manière positive que cette 
ville date seulement du IV* siècle , ou plutôt qu'elle 
devint alors une ville nouvelle et plus importante ; car 
il est présumable que le plateau de la curieuse mon- 
tagne où elle est assise a dû être habité dès les temps 
les plus reculés, i (I) 

(1) Un fait significatif et consigné dans notre histoire locale 
semble nous démontrer en effet an IIP siècle qne la montagne 
de Laon était encore fort peu habitée, puisque Saint Béat, apôtre 
du pays laonnois, pouvait vivre en reclus sur la partie la plus 
élevée de cette montagne à Test. Sa grotte que Ton montrait en- 
core au commencement de ce sièle est aujourd'hui enclaYée dans 
le périmètre de la citadelle. 



— 401 — 

c Nous lisons dans une lettre d'HiDcmar^ archevêque. 
de Reims, à son neveu Hincmar, évéque de Laon : c Tu 
devrais savoir ce que personne uMgnore dans ces con- 
trées que la ville municipe de Laon , dont tu as été 
ordonné évéque » fut fondée par le préteur Macrobe 
ainsi que le rapporte Thistoire; et il cite dans une 
autre lettre à Tappul de la même assertion un auteur 
dont l'ouvrage est perdu. > 

c Dans une autre lettre il lui apprend qu'à l'époque 
de la création de l'évêché de Laon (vers 498), cette ville 
n'était encore qu'une simple bourgade, i 

f Frodoard rapporte les mêmes paroles, sans émettre 
le moindre doute, laissant à entendre que cette opinion 
est celle de tous les habitants de la contrée. • 

c Une pièce de poésie du 12* siècle en l'honneur de 
la ville de Laqn, répète de spn côté que Hacrohe en fut 
le fondateur. 

c Les deu3^ Delalain , dans leurs travaux manuscrits 
sur la ville de Laon , font aussi remonter la fondation 
de cette ville au préfet Macrobe. Or» ce dignitaire ro- 
main vivait dans la seconde moitié d^ iv« siècle, lors du 
deuxième remaniement de la G^iule. i 

Ainsi conclut le jeune archéologue, f Les trouvailles, 
la tradition, le parfait accord entre les anciens auteurs 
et cette tradition , le nom du Vieux-Laon , surtout la 
coïncidence du temps où vivait le fondateur de la ville 
actuelle de Laon et celle du deuxième remaniement de 
la Gaule , nous paraissent des arguments assez sérieux 
en faveur du Vieux-Laon et de son identité avec le 
Laon d'aujourd'hui. Le nom de camp de César ne peut-il 
pas venir de ce qu'on aura laissé des troupes, sous les 
Césars , pour contenir les vaincus et défendre le pays 
contre les invasions? » 

« Nous savons bien , ajoute-t-il, qu'on nous objec- 
tera que*si les retranchements de St-Thomas étaient 



— 40!f — 

remplacemeot d'une ancienne ville , on y retrouverait 
des fondations , un terrain bouleversé. Mais pourquoi 
des fondations, si cet oppide gauloisi n'était composé 
que de chétives et misérables cabanes construites en 
boiSy en torchis, couvertes de chaumes ou de roseaux ï 
Le premier incendie suffirait pour les faire disparaître. 
Est-ce que ces contrées du III«au IX* siècle n'ont pas 
été vingt fois envahies par des hordes innomb'^ables de 
Barbares qui ont tout pillé , ravagé, brûlé et détruit ? 
Que de villes sont ainsi anéanties et dont on cherche 
vainement la place ? Qui sait, d'un autre côté, si, en 
entreprenant des fouilles , on ne retrouverait pas une 
terre remuée? Si, le sol interrogé par la science, 
ne donnerait pas aux investigations des savants une so- 
lution satisfaisante ? Peut-éire aussi ne conviendrait-il 
pas d'attendre le dernier mot de ces découvertes incer- 
taines ; puisqu'on sait qiM les Gaulois ne se réfugiaient 
ordinairement dans leurs forteresses environnées de 
remparts qu'au moment du danger ; qu'en tout autre 
temps, ils descendaient des montagnes pour vaquer i 
leurs occupations, laissant au chef du Clan la garde 
du refuge. » 

Bien que cette thèse ne soit pas inattaquable, cepen- 
dant appuyée et soutenue par les arguments que nous 
avons développés nous la regardons comme très vrai- 
semblable. Elle attribue, selon nous , à la position du 
camp du Yieux-Laon , sinon une entière certitude , 
du moins la grande probabtliié d'une antique et sérieuse 
illustration. 

Il nous tarde. Messieurs, d'achever la lecture de ce 
mémoire déjà trop long, en vous indiquant en dernier 
lieu l'emplacement de Noviodunum. C'est par là que 
nous terminerons notre travail et notre tâche de rap- 
porteur historien. 



— 403 -- 

J IV. — NOVIODUNUM. 

D'après ce que noas avons dit au chapitre second, 
Noyon serait la seule ville qui ferait une concurrence 
sérieuse à Soissons. Car nous ne parlerons pas de 
Noyant, de Nouvion-le-Vineux , du Mont-de-Soissons, 
ni de Plain Châtel, encore moins du Mont-de-Noyon , 
commune de Chevincourt. Ces localités sont complète- 
ment hors de cause et.pour les raisons que nous avons 
données. Nous avons dit aussi ailleurs q\ie la plupart des 
historiens de France, trompés sans doute par une fausse 
analogie entre les mots , avaient placé le Noviodunum 
de C<^sar à Noyon, et que jusqu'au géographe Samson, 
cette opinion qui, depuis, avait été entièrement aban- 
donnée , était commune parmi les gens de let'res (i). 
On croit assez généralement que Noyon , dont l'origine 
comme ville ne remonte pas aii delà du lu^ siècle, n'a 
jamais fait partie du territoire soissonnais, lors même 
qu'il fut réduit en province romaine. Cette ville qui 
devint plus tard le siège d'un évéché , n'avait jamais 
appartenu au diocèse de Soissons, bien qu'elle fut dé- 
signée dans quelques auteurs duMoyen-Âge sous le nom 
de Castrumsv£Ssionense, Les Suessons du reste auraient- 
ils été placer leur capitale à l'extrémité de leur terri - 
toire? Et César, après la déroute des Belges au pas- 
sage de l'Aisne , aurait-il pu se porter en une seule 
journée jusqu'à Noyon qui en est éloignée de iS à 20 
lieues avec une armée fatiguée, dans un pays inconnu 
et des plus accidentés ? Au surplus , Tancien nom de 
Noyon, Nooiomum, NoviomaguSy Nomomacus , Naoiomagh 
n'a qu'un rapport assez éloignéavec Novioi'wnu'm, 

II nous faut donc chercher Noviodimum au bout d'une 
longue étape et d'une marche forcée , à Soissons , par 

(1) Bulletin de la Société arcbéol. de Soissons, t. i, p. 45. 



exemple, sur la route directe du Beauvaisis où César al- 
lait (aire sa jonction avec Divitiac. Voyons d'abord si le 
tnget du camp de Maucbamps ou de Berry-au-Bac i 
Soissons est possible ; puis si l'appellation de iVorto- 
dunum convient à cette ville; enfin les autorités qui 
militent en sa faveur. 

A* Du camp de Maucbamps à Soissons on compte 
44 kilomètres en suivant la route départementale qui 
looge la rive droite de TÂisne. Or était-il possible i 
l'armée romaine de faire ce trajet en une seule journée. 
Là est toute la question. 

Pour nous, Messieurs, sans vouloir dissimuler en rien 
les difficultés que présente au premier aspect une 
marcbe aussi forte pour une armée en campagne', nous 
dirons cependant qu'elle ne nous paraît pas impossible 
et que même elle tend à justifier les termes dont se 
sert avec intention le général romain : Magno itinere 
confecto. Pourrait-on en vérité appliquer ce texte à une 
étape de 7 à 8 lieues ? Francbement nous ne le pensons pas. 

Remarquons d'abord que l'expédition de César contre 
la Belgique ayant eu lieu , d'après Napoléon l^ , au 
commencement de jaillet, on avait pour auxiliaires dans 
ce trajet rapide, outre le prestige de la conquête et 
les avantages d'une victoire récente , la longueur des 
jours, la sérénité des nuits et la facilité des chemins 
qui, à cette saison de l'annéç , devenaient partout pra- 
ticables. D'un autre côté , César nous dit bien que sa 
troupe légère avait la veille repoussé les Belges au pas- 
sage de la rivière, que sa cavalerie , le lendemain , ap- 
puyée par trois légions, avait poursuivi les fuyards dont 
elle avait fait un grand massacre ; mais , d'après ses 
recommandations, ces troupes étaient rentrées de bonne 
heure au camp^ sub occasvmque solis destitermU^ se que 
in ca$1/ra, ut erat imperatum^ recepenmL Quant au gros 
de l'infanterie, il se reposait depuis plusieurs jours sous 



— 405 - 

ses tentes, n'ayant pas eu d'engagement avec l'ennemi. 
Qui empêche donc d'admettre que César, parfaitement 
informé par le succès de la veille et par les rapports de 
ses «^claireurs, que les Suessons et les autres peuples 
sont en pleine déroute ; et que voulant encore une fois 
les étonner» autant par la célérité de sa marche que par 
le courage et l'audace des siens , n'ait donné ordre à 
son armée de se mettre en chemin un peu après minuit? 
En partant à cette heure matinale, le soldat frais et dis- 
pos, sans être inquiété par l'ennemi , a pu arriver le 
même |our et après une marche forcée , aux pieds de 
Noviodumv/m ; (Soissons) magno itinere confccto ad 
oppidum Noviodv/nvm contendiL 

Pour rendre son trsget plus direct et plus sûr, César 
a dû prendre la rive gauche de l'Aisne , en traversant 
cette rivière sur l'un des points qui se rencontraient 
sur sa route , soit à Berry-au-Bac ou à Pontavert , soit 
même à Pontarcy ou aux environs de Vailly. De cette 
manière il rejoignait, sans faire de détour et sans perte 
de temps, la grande voirie gauloibe qui allait de Duro 
œrtorum (Reims) à Nox>iodunum (Soissons) , et il a pu 
sans être obligé de franchir la rivière d'Aisne aux ap- 
proches de Soissons se présenter sous les murs de la ville. 
On sait que César avait compté emporter d'emblée et 
par un coup de main ex itinere cet oppide quUl croyait 
à peu près dénué de combattants ; mais la largeur des 
fossés et la hauteur des remparts arrêtèrent Teffort des 
Romains et le petit nombre d'hommes valides qui étaient 
restés dans la ville suffit à repousser l'assaut. 

César alors assit son camp et fit les préparatifs d'un 
siège en forme, (i) Les assiégés virent bientôt s'éle- 

(1) Les anciens historiens de Soissons ne paraissent pas 
s'être préoccupés de la situation de ce camp dont parle César, 
lis se sont bornés à dire que les vestiges des terrasses qu'a 
élevées ce général paraissent encore dans l'enclos des Capucins. 



— 400 - 
ver les temssen , s'ébraoler les manleleU mobiles et 

Melcbior Regnault, Abrégé de Vhist. de Soissans, Cabaret mss. 
^765. Parmi les modernes M. Leroux est le seul qui ait cherché 
à déterminer cet emplacement. Cet historien (t. 1 p. 51) pense 
que ce camp était placé sur la colline St-Jean ; et il prétend 
qu'à l'aide de teih*es prises dans le flanc septentrional et à Fen- 
droit où on a découvert depuis un théâtre romain, Gétor fit éta- 
blir une grande terrasse de 8 à 10 métrés de hauteur sur la 
place des Petites écoles, au sud des anciens remparts, c La cons- 
» truction de cette grande terrasse, ajoute-t-ir,dont la masse n'a 
1 pu éire rongée que superficiellement par le temps, a été re- 
» tt'onvée par nous dans les murs mêmes de Soissons. Ce tertre 
» domine encore de 3 mètres le terrain d'alentour. A sa forme à 
» peu prés circulaire de 40 métrés de diamètre , et surtout à la 

> nature des terres qui le composent jusqu'à la profondeur de 6 à 

> 7 mètres , on reconnaît un ouvrage fait de main d'hommes. > 
M. Laurendeau, dans un manuscrit déposé à labibliothèque de 

Soissons, intitulé Nouvelles recherches historiques et archéo^ 
logiques sur les antiquités de la ville de Soissons , croit , lui, 
que ce camp a dû être posé sur l'emplacement du faubourg 
St-Crépin le Grand, dont il occupait la majeure partie ; la droite 
appuyée & la rivière d'Aisne qui devait , selon lui, passer alors 
dans la prairie contre le mur actuel de Milempart et le jardin 
de l'ancienne abbaje de St-Crépin ; le front protégé par la 
Grise, la gauche et les derrières défendus par un retranche- 
ment qui existe encore en partie aujourd'hui et qui commrençait 
à la Crise à environ 150 mètres, au sud de la route de Reims , 
traversait la rue de Pampelnne et longeait les jardins da fau- 
bourg «ju'll bornait de ce cêté ; puis tournant à gauche en 
l'arrondissant coupait la route de Reims à sa jonction atec le 
chemin de Viileneuve-St-Germain et se dirigeait vers l'Aisne où 
il aboutissait entre le jardin de l'ancienne abbaye et l'église de 
St-Germain. 

Quant aux travaux du siège de Noviodunum . ils consistent , 
d'après M. Laurendeau , en une tranchée faite dans le flanc 
oriental de la colline de Sainte-Jean , entre celle-ci et le coteau 
situé en dehors delà porte St- Martin pour se procurer les terres 
nécessaires à la construction de la grande terrasse dont parle 
César que les Romains élèveront dans \^ fossé même de Novio- 
dunum. Un ressaut de terrain qui de la rue de l'Hêpital se pro- 
longe en pente douce jusqu'à la place des Ecoles et qui fotme 
les jardins d'une partie des maisons situées sur le côté ouest de 



— 407 — 
les tours roulantes à plusieurs étages, à l'abri desquels 



la rae St-Martin, éleTés de plusieurs mètres au-dessus des jar- 
dins Toisins lui parait être un reste de ces grands travaux de 
siège. 

II serait peut-être non-seulement difficile, mais téméraire de 
vouloir déterminer aujourd'hui d'une manière précise remplace- 
ment de ce camp antique , surtout auprès d'une Yiile comme 
celle de Soissons , dont les terrains ont été remués, bouleversés 
tant de fois et qui a subi des transformations si profondes dans la 
succession des âges et parle malheur des temps. Cependant, 
nous sommes porté à croire que le faubourg St-Grépin et les 
travaux dont parie notre honorable collègue, méritent un examen 
sérieux et approfondi. Lorsque nous visitâmes, il y a quelques 
jours , cet emplacement désigné comme le ^ieux témoin de ces 
luttes de la conquête fiolente contre Tindépendance patriotique 
et nationale d'un grand peuple , nous fûmes frappés à la vue 
de ces retranchements que nous connaissions depuis longtemps, 
mais qui avaient plus particulièrement éveillé l'attention de 
N. Laurendeau. 

Cependant deux graves objections peuvent, selon nous , être 
opposées à ce sentiment, i^ Les fossés dont nous avons pu cons- 
tater l'existence, sur une étendue d'environ 200 mètres au midi 
ayant une largeur moyenne de 12 mètres et prenant une forme 
circulaire aux angles, sembleraient accuser bien plus les larges 
retrancheraens du Moyen-Age que des fossés romains. Et Dom 
Hely, dans son histoire manuscirte t. S liv. 3 ch. XII, que tous 
les historiens ont successivement copié, ne dit-il pas c que ce 

> fut vers 1358 ou 1359 qu'on a fait ce grand fossé du côté du 
» midi avec quelques ouvrages de maçonnerie dont on voit en- 

> core un reste. > On nous a afQrmé qu'il était très facile de ré- 
pondre à Dom Hély; et que dans tous les cas on peut supposer 
que ce grand retranchement a pu remplacer la petite enceinte 
romaine et que suivant les goûts de l'époque on a dû arrondir 
complètementles angles obtus qui pouvaient exister primitivement. 

Une seconde objection et qui nous parait plus sérieuse serait 
d'expliquer comment César , supposé l'existence démontrée du 
camp, a pu établir ses légions sur un emplacement ce 250 
mètres de diamètre, soit environ 12 à 15 hectares ? Il faudrait 
donc admettre que César s'est contenté d'établir un petit camp 
pour mettre ses bagages et ses vivres à l'abri d'un coup de 
main et que le reste de ses troupes dût occuper une partie de co. 

39 



— 408 — 

la sape et la mine s'approchaient des murailles. Frappés 
de ces préparatifs et de la merveillease promptitude 
des Romains, les Suessons demandent et obtiennent 
la paix. 

On pourra nous objecter que Napoléon, malgré sa 
célérité fiévreuse, a mis en 1844 avec son armée deux 
jours pour franchir l'espace de 48 à 20 lieues, de 
La Ferté-sous Jouarre à Fismes. Maison oublie de nous 
dire que Napoléon avait à traverser un pays montueux, 
par des chemins de traverse et détrempés ou couverts 
de neiges, dans des jours encore bien courts, an com- 
mencement de mars ; tandis que César n'avait aucune 
pente à gravir, exécutait sa marche dans les plus longs 
jours d'été ; ayant entre lui et son ennemi en fuite toute 
la largeur d'une grande rivière. Voici au reste ce que 

^éger plateau qui s'étend du faubourg de Crise à Saint-Crépin- 
!e-Grand. 

Il est certain que le général romain , en venant de 6errj-au- 
Bac comme nous l'avons dit , par la rive gauche de l'Aisne, ne 
pouvait rencontrer aux pieds des remparts de Soissons un 
endroit plus favorable pour y asseoir son camp et y établir ses 
légions. Placé là sur un sol presqu'uni ou légèrement accidenté 
et dont le relief peu sensible venait mourir à l'ouest et au nord 
dans un étroit vallon marécageux arrosé par la Crise, il trouvait 
encore, dans ce petit cours d'eau décrivant sur son front une 
courbe prolongée avant de se jeter dans l'Aisne qui protégeait 
sa droite, comme un rempart naturel. Les passages nombreux 
qui existaient sur la Crise ou que l'on pouvait instantanément 
improviser ont dû faciliter l'ouverture des chemins couverts et 
les terrassements dont il est fait mention. Ces travaux considé- 
rables, d'après le récit de César, ont pu commencer vers !• canal 
de déviation de la Crise, longer la rue de l'Hôpital et de Panleu 
et former cette puissante terrasse dont parlent Leroux et M. Lau- 
rendeau. Si Ton faisait des fouilles sur la colline Saint-Lazare 
dans la direction de la gare ou des faubourgs de Crise et de 
Saint-Crépin-le-Grand, peut-être retronvera-t-on quelques autres 
vestiges plus certains de ce vieux camp romain sur lequel se sera 
élevé le château de Grise et plus tard l'abbaye de Saint -Gré- 
pin-le-Grand. 



— 4W — 

Napoléon ditlai-inéme dans ses notes sur les campagnes 
de César. César mit huit Jours pour se rendre de Rome 
à Grenève ; il pourrait aujourd'hui faire ce trsget en 
quatre joars. Or, de Genève à Rome on sait quelle dis- 
tance il y a. Ce serait au moins faire le double de l'étape 
que nous supposons, (i) Le trajet de Maucbamps à 
Soissons est donc possible ; mais voyons en second lieu 
si Tappellation de Novioéimum convient à la ville de 
Soissons. 

2<» Si les étymologistes étaient d'accord entre eux sur 



(1) Cette supposition n'est nullement gratuite de notre part, 
puisqu'un ancien militaire en répondant & un mémoire qui fixait 
a distance du camp de César à Noviodunum à 9 lieues, s'écrie : 
€ Et eut-on regarder le trajet de Pontavert à Soissons comms 
È une marche forcée de guerre, comme celles que font toutes 
1 les armées dans des circonstances analogues à celle où se 
» trouvait l'armée romaine, voulant devancer l'ennemi et s'em- 
B parer de sa place d'armes, avant qu'il ait pu s'y mettre en 
» défense ? > 

c Je pourrais dire ici que, dans une circonstance où plus 
t heureux que les Gaulois défaits à Pontavert^ nous tenions 

> tête à l'ennemi dans l'Apennin, et l'arrêtions à chaque pas, 

> déhordés enfin par une levée en masse de montagnards, nous 

> dûmes faire et fîmes en bon ordre et toujours battant, une 
» retraite de quatorze à à quinze lieues en un même jour. J'aime 

> mieux citer, comme irréfragable autorité, les admirables ma- 
1 nœuvres de Napoléon pendant sa campagne de Champagne, 

> où ses troupes harassées et manquant de tout, parcouraient 

> des distances énormes pour joindre et batire l'ennemi. Puis , 

> pour être juste envers tous, je mentionnerai l'inconcevable 

> célérité de marche de l'armée prussienne qui, quelques jours 

> après la bataille de Waterloo, s'opposait au delà de Yillers- 

> Cotterèts, au passage d'un corps de troupes françaises, obligé 
* de se jeter sur une autre route pour gagner Paris. Mais, 
» n'avons-nous pas, comme sous les yeux, notre héroïque armée 
» d'Afrique, qui compte pour rien les plus infranchissables obs- 

> tacles, lorsqu'il s'agit de dérouter, joindre et battre l'ennemi. » 
Donc l'armée de César, qui ne manquait pas plus d'énergie que 
les nôtres, a bien pu aussi se porter de Maucbamps à Soissons.. 



-410 — 

la neine des mots* la discussion aurait été singulière- 
ment simplifiée. Maisqnand on leur demainde que signifie 
l^ùtiodununK ? les uns vous disent avec l'abbé Lebœuf : 
la désinence Dunum s'applique à un endroit élevé, à 
une hauteur ; d'autres comme Dom Duplessis prétendent 
que c'est confondre le diin teutoniqne (montagne) 
avec le dun celtique, qui vent dire [profondeur (i). Sans 
avoir recours an système pacifique de Lemoine (2) qui, 
pour concilier cesdenx opioions cootradictoîres,sappose 
que ce nom fut donné à Soissons non en vue de sa posi- 
tion géographique, maïs à cause de la hauteur de ses 
murailles , nous dirons avec tons nos historiens , Dor- 
may, Leroux, Henri Martin et Jacob, Berlette^ Cabaret, 
de Laprairie, Clouet, Pécheur, Calland, que Soissons ré- 
pond à cette appellation de Noviodunum. Que fait-il en 
effet pour justifier cette dénomination? Dunum, nue 
colline ; or il suffit d'un simple examen pour retrouver 
encore aujourd'hui cette légère ondulation sur laquelle 
était bâtie la ville gauloise (3). César au reste dans son 



(i) Cabaret, un de nos historiens soissonnais, soutient que 
le mot Noviodunum est un mot gaulois qui signifie Villeneuve ; 
et on doit présumer qu'il fut donné par les Gaulois lorsqu'ils la 
bâtirent. Hist, 4165, Lemoine, t. 1 p. 86, partage le même 
sentiment. 

(S) Histoire des Antiquités de Soissons, 1. 1.. p. 

(3) H. Laorendeau, d'après des calculs comparés et fondés 
sur le résultat des fouilles opérées à diverses époques et sur 
des points différents dans le sol naturel de la Tille de Soissons, 
soutient que le sol primitif de cette cité serait non une CjUine 
naturelle de H mètres au-dessus des eaux de la riTîère an 
moment deTètiage comme l'ont cm Leroux (hist. de Soiss. 1. 1.), 
de Laprairie, (les fortifications, Bullet. archéol. t. 7.) mais de 
5 à 6 mètres seulement. Le reste de la superficie serait com- 
posée de terres rapportées, de débris et de substructions antiques, 
Autour de cette légère éminence naturelle existait un vaUum ou 
fossé naturel de deux à trois mètres de profondeur. Le sol 
naturel de la ville de Soissons serait la grèvo purn recouvert 



- 411 — 

récil ne parle nullement de montagne^d'élévation. Il se 
contente de mentionner les fossés qui l'environnaient, 
les remparts qui la défendaient et contre lesquels 
il fit avancer ses machines de guerre. Nous disions au 
début de notre Société, en traitant cette question (i) : 
« Voyons si la syllabe dun qui signifie colline et éleva- 
» tion, peut s'appliquer à Soissons qui est bâtie sur 

> une éminence ; un monticule qui a pu disparaître par 

> les changemens successifs arrivés dans son enceinte. 

> Recherchons d'un autre cAté si entre les nombreuses 
» villes des Gaules dont le nom se termine par la syllabe 

> dun, plusieurs n'étaient pas sur des terrains plats : 

> Cesarodurmm^ Tours, Lugdtmum BalawruMy Leyde, 

> Lugdumim^ Lyon» AugustodvumMn ^ Autun, ^ovio^ 

> dunum Dablintum^ Nogent-le-Rotrou, àielodunum, 
» Melun, Noviodwrmm in œduis^ Ne vers, Noviodunum 
» in Bitu/rgibus Neuvy-sur-Baranjon. » 

< Au reste, ajoute Cabaret (2), le Nwiodvmvm que 

> César assiégea était dans le pays soissonnais, in fme$ 

> Suessionum. C'était dans ce même Noviodtmum que 

> Galba et ses Soissonnais s'étaient retirés pendant la 

> nuit, omnis ex fuga Suessionum multitudo in oppidum 

> nocte proxim4 convenit. Cette ville était la plus proche 

> des Rémois, qui proximi Remis erant. Cette ville 
» appartenait aux Soissonnais^ in oppidum suum H est 
» Suessionum. Cette ville était fortifiée de fossés pro- 

> fonds, de hautes murailles dont la conservation était 

> de la plus grande importance pour la sûreté du pays 
» soissonnais , propter mu/ri altitudinem oppugnare non 

> potuit. C'était donc la ville de Soissons, la plus proche 

d'ue couche de 20 à 40 cent, d'argilo-sabloneux. Voyez les 
les Buit. de la Société archéol. t. 15 et 16 et le Journal de 
SomofM, novembre 186i. 

(1) Bulletin de la Société arch. de Soissons, t. i.,p. 48. 

(2)Hist. mss deSoissoos. Leinoine,t.2,p.88,ditlamémechose. 



» da pays remois, que César assiégea, et non Noyon qui 

> n'existait pas ; et quand elle aurait existé elle se serait 
i trouvée distante du camp de plus de 46 lieues; d'un 

> autre côté peut-on se persuader que César se serait 
» déterminé à assiéger Noyon préférablement à Sois- 

• sons qui lui fermait le passage par sa position et sa 
» riTière? Peut-on croire qu'un si habile capitaine 

> aurait laissé derrière lui une ville forte, des ennemis, 
» des hommes qu'il appelle belliqueux et vaillants, et 
» que par une imprudence sans exemple, il se serait 

• exposé à perdre les avantages de ses précédentes 

> victoires en affrontant les plus grands dangers? 

> Concluons donc que le Noviodunwm assiégé par César 
» est incontestablement la ville actuelle de Soissons (1). • 

Cest du reste le sentiment de tous les auteurs qui 
jouissent d'une réputation méritée en géographie 
historique. 

3"» Notre intention n'est pas de citer ici tontes les 
graves autorités qui ont cru devoir identifier le Novio- 
àwvwm Suessiatium gaulois avec le Soissons du Moyen- 
Age. Qu'il nous suffise d'indiquer d'abord Samson, 

(1) D'an autre côté on Yoit que César avait pour bat de se 
rendre de suite dans le Beauvaisis, où il avait déjà envoyé Divitiae 
pour y faire une diversion. Or, pour se rendre en ligne droite 
de Mauchamps dans ce pays, on rencontre Soissons, et non pas 
Noyon qui se trouve dans une autre direction. — De plus, Noyon 
faisait partie du Yermandois et non du Soissonnais. Or, on sait 
que les districts des évéchés étaient les mêmes que les districts 
civils, sous la domination romaine , calqués tous deux sur les 
anciennes divisions gauloises. Noyon n'a jamais fait partie du 
diocèse de Soissons, mais de celui de Yermandois. Puis c'était 
de la capitale des Suessons , où régnait Galba un des plus 
puissants roi de la Gaule. Or, Soissons a toujours été le siège du 
diocèse. Donc elle a été la capitale des Suessons d'après ce que 
nous venons de dire sur les circonscriptions territoriales. Pres- 
que toutes les anciennes villes centrales ont retenu le nom do 
peuple dont elles étaient la capitale. Argu8 soissonnais. 



— 413 — 

appelé à jaste titre le père de la géographie en France, 
Adrien de Valois. Danyille, Dom Bouquet, les savants 
auteurs du Gallia ChrisUana, Dormay, CoUiète, d'Ablan- 
court, tous les historiens anciens et modernes de Sois- 
sons, Napoléon lui même dont le témoignage est tou- 
jours si puissant dans ces matières : c La ville de Sois- 
sons, conclut un de nos archéologues distingués, ré- 
pond seule aux exigences du problème historique posé 
parles commentaires qui veut que Noviodunum ne soit 
qu'à une journée de César ; que cette ville devait se 
trouver sur la route de Berry-au-Bac i Beauvais et soit 
la capitale des Soissonnais. Or, Soissons seule possède 
donc des titres non-seulement raisonnables, mais légi- 
times, irrécusables, authentiques de sa vieille célébrité. 
Sous les Romains, comme sous les rois francs, elle 
continue toutes ces anciennes traditions de gloire civile et 
religieuse. Maintenant, si vous remuez le sol de notre 
cité, partout vous y trouverez les traces de son antique 
splendeur, les preuves matérielles de la place éminente 
qu'elle a occupée dans le passé. Pendant vingt-cinq ans 
qu'ont duré les fouilles pratiquées autour de nos murs, 
on a exhumé non-seulement des médailles, des po- 
eries, des mosaïques, des statues, mais des portiques, 
mais des châteaux, des théâtres écroulés, débris impo- 
sants de l'occupation romaine et de l'importance dont 
notre cité jouissait alors. On a trouvé également plu- 
sieurs monuments du culte druidique, ce qui fait re 
monter la fondation de notre ville à l'antiquité la plus 
reculée. • (i). 

*•• 

En terminant, Messieurs, ce rapport qui fait une part 
si large aux antiquités de notre beau département, per- 

(1) Argus soissonnais. 



^ 414 — 

mettes-Dioi d'espérer que ces décoofertes historiques 
très-précieuses pour nos études locales ne seront pas 
sans intérêt pour les savants qui recherchent partout 
aujourd'hui avec une patience et un zèle si dignes 
d'éloges tous les vieux souvenirs qui appartiennent à 
notre glorieuse et commune patrie. 

Chez nous, en Picardie, depuis de longues années 
déjà, on a compris cette noble devise : Noscepatriam. 
Connaissez, étudiez votre pays. On pourrait dire que 
depuis trente ans cette épigraphe est devenue celle de 
la France entière,qui non contente de contrôler sur place 
tous les faits locaux parfois si arides et si rareii, cherche 
encore à s'environner de tous les renseignements de 
la critique pour élucider un à un les points historiques 
les plus obscurs. Grâce à ce travail de réhabilitation, 
chaque jour des faits, en passant du domaine des con- 
jectures et du doute à celui d'un probabilisme raison- 
nable, quand ils n'atteignent pas tons les degrés de la 
certitude, viennent réparer les onblis ou les erreurs 
de nos vieilles c&rtes et de nos chroniqueurs trop faci- 
lement crédules. Appuyé sur les labeurs quotidiens et 
consciencieux de ces infatigables pionniers, on par- 
vient à fixer les incertitudes et quelquefois à doter 
les localités les plus déshéritées d'un nom ou d'une 
gloire incontestable. La science, qui a pour but la 
recherche de la vérité historique et de tout ce qui peut 
Tengendrer, est une belle et noble science ! 

Et pourrait-il en être autrement quand nous voyons 
l'auguste Souverain que la France s'est donné, s'occu- 
per, lui aussi, dans les courts instants de loisir que 
peut lui laisser sa grande mission , de ces intéres- 
santes questions, employer sa haute intelligence, sa 
connaissance des hommes et des choses, à résoudre les 
problèmes les plus difficiles de la science archéologique, 



— 415 — 

Stratégique et ethnographique. (1) Nous avons vu de 
près, Messieurs, le prix qu'il attache aux vieux souve- 
nirs de notre pays, et nous ne pouvons que lui savoir 
gré d'avoir augmenté en nous l'amour et le culte de 
ce passé dont il recherche les moindres vestiges avec 
un soin si religieux. 

C'est qu'il a aussi compris, Messieurs, que le passé et 
Tavenir se touchent, et que l'un n'est que la continuation 
ou la reproduction de l'autre. C'était aussi votre pen- 
sée, lorsque, au début de notre Société, vous inscriviez 
en tête de votre diplôme Ruinas antiquas érigent (2) . 
En faisant connaître à la génération présente nos ri- 
chesses archéologiques, en lui inspirant le goût de 
conserver à la postérité les débris de tous les âges, 
vous dirigiez l'avenir dans la voie du bien, dans le 
respect du passé. C'est ce que vous exprimiez si noble- 

(1) On sait que l'Empereur Napoléon III prépare depuis 
longtemps une Vie de César, avec la traduction de ses ouvrages. 
Rien n'a été négligé pour en faire une publication hors ligne et 
pouvant répondre de tous points au nom de son illustre auteur. 
On dit qu'un Atlas magnifique, qui devra faire sensation dans le 
monde savant, accompagnera cet ouvrage, dont les quatre volumes 
comprendront sans doute des notions très étendues sur Tart 
militaire de cette époque et les conditions sociales du peuple 
romam. Cette publication, attendue avec une vive impatience, 
sera, uous n'en doutons pas, accueillie avec une vive recon- 
naissance ^ et consultée avec fruit par ceux qui s'occupent de 
l'histoire de ces époques lointaines. 

(,2) Diplôme. Ils relèveront ies anciennes ruines. Depuis qua- 
rante ans en effet que de ruines relevées ! Que de monuments 
historiques sauvés, réparés, consolidés avec le concours de l'État! 
Que d'édifices religieux et civils ornés, complétés et construits 
i nouveau! L'influence que les études archéologiques ont exercé 
dans notre beau et riche pays est inaprécinble ; et si ce mou- 
vement heureux pour les arts se continue, notre époque sera 
comme un reflet des plus lumineux de toutes les créations du 
génie catholique dont elle comprend et salue les inipirations 
élevées et pleines d'avenir 

40 



^ 



. « 



• 



•• 



I 



> 



- 416 — 

ment en mettant sur vos poblications celte touchante 
maxime. Soyez plein de réTérence pour votre vieille 
gloire ; car si la vieillesse dans l'homme est vénérable, 
dans les monuments de la cité elle devient inviolable et 
sacrée. Reverere gloriam veterem et hanc ifsamsenec- 
tutem quœ iyi homine venerabilis^ in urbibus^ monu- 
mentis sacra est. (1) Vous donnez par ces actes une 
preuve irrécusable des sentiments élevés qui vous 
distinguent et de votre piété nationale. Et pius est» a 
dit le poète, patriœ factare ferre labor. (2). 

Continuons, Messieurs, les travaux que nous avons 
entrepris et qui se poursuivent modestement depuis 
47 ans. Un jour ce pays auquel nous sommes si dévoués 
apprendra que nous l'avons servi par nos patientes 
recherches et peut être nous en saura-t^il quelque gré. 



APPENDICE. 

La publication de ce rapport dans le Journal de 
V Aisne 2L donné occasion à deux adversaires déclarés 
du camp de Mauchamps, MM. Melleville et Léon Fallue 
de montrer qu'ils persistaient dans leur système d'op- 
position quand même. 

Mais nous devons dire que ces deux champions 
passionnésn'ontproduîtpourétayerleuropinion erronée 
aucun argument nouveau ni même sérieux, et qu'ils 
laissent subsister nos preuves dans toute leur force. 
On ne trouvera dans leurs réponses assez insignifiantes, 
quant au point historique, qu'une répétition affaiblie 
des errements que nous avons combattus. 

Il n'y a donc plus aujourd'hui qu'une seule conclu* 
sion ii tirer ; c'est que le camp de Mauchamps signé eo 

(t) Pline le jeune. 
{î) Ovide. 



rv 



. * 



A -^ 



- \ 



na 1 



— 417 — 

caractères irréfragables, par des débris romains, des 
monnaies et des hachettes gauloises, par un travail 
évidemment romain, et appuyé sur le texte même de 
César, reconnu par les sociétés archéologiques de 
Laon et de Soissons , constaté par la Commission de 
la carte des Gaules, vérifié par l'empereur Napoléon 
lui-même, si bon juge dans ces matières, est bien le 
camp de Jules César ; et qu'on a eu raison d'en can- 
tonner les angles et de placer au centre une inscrip- 
tion commémorative d'un événement si considérable 
et si intéressant pour notre histoire locale et nationale(l). 



4 



• 



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* » « 



» 



I 






(1) Sans vouloir reparler ici de Bibrax qae M. Léoa Fallue place 
à Pontarcy, parceque Bibrax, selon Ini, signifie en laogae gauloise 
Pont sur l'Aisne , de la racine Bibra ou Briva Pont et de la ter- ^' 

minaison Ax radical ^^Axona Aisne; en sorte que Uibrax et Ponsin 
i \\ Axonam seraient identiques. Du nom de Bibrax le Moyen- Age 

aurait fait Bièvre , Bri, Berry , Berrieu. Aussi nous éciivâit-il en 
1860, bien avant notie débat c quand je vois voire paroisse s'ap- 
» peller Berry-le-Bao, je ne puis m'empêcber de Toir une ressem- 
» blance défigurée par ' le temps du mot Bibra. Malheureusement 
» pour nous , il ajoutait : « les places des Gaulois n'étaient pas «4 . 

• comme celles de nos jours Ce n'était qu'un mont ou un plateau 
9 entourré de vallées ; les murailles ne se composaient que de 
i pierres superposées sans mortier. Ainsi tout se réduit à savoir, * 

t s'il y avait k Berry , sur la rive giuche , un plateau susceptible f 

1 d*ètre défendu. » , * 

De Berry y M. Pallue est allé à Pontavert « qui veut dire aussi 
1 Pont sur la rivière ver rivière , ce qui ne s'éloignerait pas de 
» Bibrax. Bibrax étant Pontavert resterait à chercher dans ce pays, 
« s'il y a une montagne qui aurait pu être l'ancien oppide. » Pon- 
tavert ayant perdu depuis son privilège comme Berry , c'est à 
Pontarcy qu'e»t revenu définitivement ce glorieux héritage niaiâ si 
\ivement contesté. On se demande toutefois comment cette loca- 
lité située en plein pays soissocnais, et snr la rive gauche de • 
l'Aisne, sans forme ni souvenir d'oppide pourrait être le Bibrax 
des Rémois attaqués ex itinere , en passant, par les Belges con- 
fédérés.? Il n'y a là r.i roule, ni vestige , ni position qui puissent 
donner la moindre ()i»nr*e 'le probabilité à ce système qui tombe 
de lui-même comme [onUa. les suppositions 1 a/.ai'dces du uiéme 
auteur. 



1 









— 418 — 

U. Tabbé Poquet expose devant la compagnie deux 
dessins travaillés avec beaucoup de soin , servant de 
projet à l'érection d'un autel gothique pour le transsept 
gauche de la cathédrale de Soissons. L'un de ces plans 
serait exécuté en pierre, l'autre en bois. La Société , 
après un examen sérieux ^ se prononce en faveur du 
premier, c'est-à-dire pour l'autel en pierre polychrome 
qui lui paraît le plus gracieux , le plus en rapport avec 
la construction de cette partie de l'édifice et qui paraît 
réunir tous les suffrages. 11 a en outre l'approbation de 
M. Doublemart, auteur de la statue en bronze du maré- 
chal Sérarler, inaugurée récemment à Laon , et qui est 
présent à la séance. M. Poquet lit ensuite une descrip- 
tion de cet autel au point de vue archéologique. 

M. Wàtelet prend la parole pour entretenir la Société 
sur la découverteàChouy(cantonde Neuilly-Saint-Front), 
par M. Haran, d'un bloc de calcaire grossier portant te 
corps entier d'un paleotherium. 

« Jusqu'ici, dit M. Watelet, on n'a jamais trouvé les 
débris de cet animal dans le calcaire, mais plutôt dans 
le plâtre qui est au-dessus du calcaire. C'est donc un 
fait nouveau qui montre à quelle hauteur se trouve cette 
espèce dans le Nord, car dans le Midi, où il y a de grands 
bouleversements dans les terrains, il n'y aurait rien là 
d'extraordinaire. Cette espèce de paleotherium esile 
paleotherium minus, peu connue et trouvée seulement 
jusqu'ici à Pantin, près Paris. Le même membre ajoute 
quelques mots sur la continuation des recherches dans^ 
les carrières de Jouy.. 

M. Prioux lit un aperçu d'une biographie du Joanniste 
Manesse, qu'il espère compléter bientôt. 

M. De Laprairie lit une note envoyée par M. Clouct, 
sur un boulet creux trouve par le docteur Morliî'rG , à 
Vie-sur-Aisne. 



— 449 — 

c Une moitié de boulet creux^ très-oxidé, mais portant 
encore le trou de sa fusée , a été trouvée Tété dernier 
à Vic-sur-Aisne , derrière Téglise , au lieudit la Fon- 
taine-Leuilly. Ce fragment, qui estd^une ferle épaisseur, 
indique suffisamment que le projectile dont il faisait 
pariie avait été bourré de poudre avant d'éclater, et 
qu'en effet, il aura servi dans quelque combat ou assaut 
livré sur le lieu même. 

c  quelle époque et à quelle occasion ? C'est ce qu'il 
s'agit de rechercher. 

c D'abord , le Manuel de Pyrotechnie nous apprend 
qu'on se servit de boulets creux pour la première fois 
au siège de Heilsberg en 1520 ; à celui de Mézières en 
1521 ; puis devant Rhodes en 1522 ; et enfin au siège 
de Boulogne en 1542. 

€ Il est donc inutile de rappeler que le château de 
Vic-sur-Aisne fut Tortifié en l'année 893 par le roi Eudes, 
et qu'il fut ensuite pris et repris à diverses fois jus- 
qu'en 1049 , époque à laquelle le roi Henri I" le plaça 
sous sa mandeburde. 

c II parait , toutefois , qu'au siège de Soissons, dès 
1414, on se servait déjà de canons , bombardes, chats 
et espr'mgales ; mais ces machines ne lançaient que 
des boulets de pierre» des cailloux et des balles de fer. 
C'est d'ailleurs la définition que donnent tous les auteurs 
Au moi bombarde. Nos historiens faisant un récit très- 
circonstancié de ce siège n'auraient pas manqué de 
parler des bombes , obus ou grenades^ à cause de leur 
effet surprenant et destructeur , si on s'en était servi 
dès-lors. 

c On sait d'ailleurs qu'à une époque bien postérieure, 
celle de l'invasion de 1814, pendant laquelle Tartilierie 
joua un si grand rôle , Vic-sur-Aisne fut occupé , sans 
coup férir, par les Prussiens ; et que l'armée française, 
luttant dans les murs de Soissons et dans les plaines 



— 420 — 

de Champagne contre des forces dix fois supérieures, 
n'eut point à combattre du côté de Vie. Il faut donc 
placer à une époque intermédiaire le siège pendant le- 
quel le boulet creux a pu être lancé contre cette for- 
teresse qui est d'ailleurs restée sous laprotection du Roi, 
puis des seigneurs de Pierrefonds , jusqu'à la fin du 
moyen-âge, sans avoir été attaquée de nouveau depuis 
l'an 1049. 

c Ce boulet creux date, suivant toute vraisemblance, du 
mémorable siège de 1590 que Vie , occupé alors par 
les Ligueurs qui s'en étaient emparés , eut à soutenir 
contre l'armée royale de Henri IV, commandée par le 
maréchal d'Humières , laquelle était campée derrière 
des glacis, encore visibles au Châtelet, sur les hauteurs 
de la rive gauche de l'Aisne, en face de Vie. 

c Après dwers assauts , dit Carlier , la < place fat 
» reprise et b garnison passée au fil de l'épée; rien ne 
> fut épargné, pas même les maisons particalières > 

f Ces assauts qu'ail fallut répéter, indiquent bien que 
la place était défendue par de bonnes murailles, et que 
ces efforts suprêmes n'ont dû être tentés qu'après les 
brèches faites par Tartillerie dont les armées de Henri IV 
étaient bien pourvues alors, comme chacun sait. 

c On peut donc rattacher à cette époque mémorable 
de nos guerres civiles, la projection de ce boulet creux, 
dont la première découverte ne datait alors que d'un 
demi siècle. A ces divers litres , son fragment devient 
unmonumeot intéressant de notre histoire locale, comme 
de celle de notre art militaire. > 

M. Laurendeau lit un rapport par lequel il annonce 
que les travaux de défense en voie d'exécution dans 
le fossé du rempart au sud de la ville de Soissons, y ont 
mis à découvert le sol naturel , à l'exception d'une 
longueur de 17 mètres 50 centimètres vers le milieu de 



— «i — 

la courtine qui sépare le bastion de la Bergerie de celui 
de la porte Saint-Martin, où , en cet endroit seulement, 
le sol est composé de terres limoneuses mélangées de 
coquilles , de détritus provenant d'eaux stagnantes » de 
quelques pierrailles et débris de tuiles et de briques, 
et qu'il croit être le lieu où passait, avant 1552 , pour 
entrer en ville, non pas comme Tout avancé la plupart 
des historiens de la localité, toutes les eaux de la Crise, 
mais seulement une partie. Il cite à l'appui de son opi- 
nion divers passages d'anciennes chartes de l'abbaye 
de Saint-Crépin-le-Grand, rapportées par Dom Hély. 

Le sol naturel s*élevant , d'une part , jusqu'au niveau 
du chemin-couvert entre le bastion de la Bergerie et 
le ravelin extérieur qui défend la courtine ; et d'autre 
part, à une hauteur à peu près égale dans le jardin situé 
dans le coude formé par la route de Château-Thierry 
à sa sortie de la ville , lui donne lieu de penser que la 
colline de Saint-Jean-des-Vignes ne s'arrêtait pas au bas- 
tion de la Bergerie, mais qu'elle se prolongeait, au con- 
traire, jusqu'au coteau traversé aujourd'hui par le bou- 
levard de la Gare ; d'où il conclut que, pour que le 
canal de dérivation delà Crise, creusé à une profon- 
deur de 4 à 5 mètres , fut bordé en cet endroit d'un 
chemin d'un côté et d'une grande route de l'autre, il a 
fallu que le flanc oriental de la colline de Saint-Jean 
eu tété tranché de main d'homme. La présence d'un che- 
min et d'une route bordant ce canal lui semble prouvée 
par : i» l'une des branches de la vicomte de Buzancy 
qui commençait à la fin de la rue de Panleu et passait 
par les moulins de Brigodel, de Saint Jean, de Notre- 
Dame et par le pont de Frère-Cœur sur la Crise; et 2^ 
la chaussée de la Marne traversant le pont du faubourg 
de Crise et se dirigeant vers la rue des Vieilles-EtuveSt 
ainsi que semble le prouver la découverte fiiite, en 1861 , 
dans la rue de l'Hôpital, d'une chaussée romaine dirigée 
dans ce sens. 



— 4M - 

M. Laurendeau parle ensuite d'une couleur jaune qui 
se dépose dans les fossés qui entourent les bastions 
de Myon , de la Pointe-Saint- Jean, de la Bergerie et de 
la porte Saint-Martin, qu'il a remarquée dès sa jeunesse 
dans le bassin de la Fontaine de Myon , dont il a re-> 
cueilli une grande quantité en 1837, qu'il a annoncée 
sous le nom d'ocré de Soissom et dont il dépose un 
échantillon sur le bureau , pour le Musée. 

Il termine son rapport par une remarque qu'il a faite 
dans le faubourg de Reims à l'occasion de la tranchée 
pratiquée récemment pour la pose des tuyaux à gaz : 
elle consiste en ce que depuis le bureau de l'octroi de 
la porte Saint-Martin jusqu'à Timpasse conduisant dans 
les jardins adjacents, le sol s'est trouvé être un terrain 
sablonneux légèrement exhaussé de terres rapportées ; 
puis ensuite, que depuis l'impasse jusqu'à l'endroii où 
la route tourne à droite et où se trouve la maison por- 
tant le np 20 , le terrain , dans toute la profondeur de 
la fouille, s'est trouvé être de pure terre de jardin ; enfin 
qu*à partir de cette maison jusqu'à la rue de Pampelune 
et audelà , le sol ne présente plus que des couches 
mêmes de terres mélangées de sable et de grève repré- 
sentant les exhaussements successifs du niveau de la 
route ; d'où il conclut qu'avant i553 la route venant de 
Reims ne se contournait pas à gauche comme au- 
jourd hui, vers la porte Saint Martin qui n'existait pas 
alors ; mais au contraire qu'après avoir fait , depuis la 
rue de Pampelune jusqu'en deçà des ponts de la Grise, 
une légère inflexion à droite , elle se dirigeait directe- 
ment vers l'entrée de la rue de l'Hôpital où elle se bifur- 
quait; et que tout le terrain occupé par la route actuelle 
compris entre la maison n» 20 du faubourg et la porte 
Saint-Martin, ayant été cultivé jusqu'en 4553, démontre 
que ceux qui veulent que la grande chaussée de Milan 
à Boulogne se dirigeait en ligne droite du faubourg 



— 423 - 

Saint-Crépin sar la porte Saint-Martin et de là directe^ 
ment vers Saint-Remy , sont dans l'erreur. 

La lecture de ce rapport n'a donné lieu à aucune 
observation. 

ACQUISITIONS FAITES PAR LE MUSÉE DEPUIS LE 
COMMENCEMENT DE NOVEMBRE. 

Reçu de M. Boucher, tonnelier, une petite monnaie à 
la croix en cuivre argenté, trouvée dans les iortifications 
de Soissons, trois portraits peints à Thuile ; — de 
H. Boujot , juge y une lame d'épée très-oxidée , trouvée 
dans une tombe en pierre le long du squelette^ à Haut'* 
mont , près de Coucy. 

La séance est levée à cinq heures. 

Le Président . 
DE Laprairie. 

Le Secrétaire , 

L'abbé Pécheur. 



H 



LISTE 



DES MEMBRES TITULAIRES, HONORAIRES 

ET CORRESPONDANTS 
BS LA iOGIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE ET ÇaERTinQUE 

9E SOISSONS. 



1863. 

Bureau. 

MM. Leclercq be Laprajrie 9fÇf Jules, propriétaire, membre cor-. 

respondant du comité historique des arts et monuments. 

Président. 
Sui?i» notaire, Vice'PKésident. 
Pécheur, l'abhé, ooré de Fontenoy, Secrétaire, 
PÉRiN, Juge près le tribunal de première instance de Soissons» 

Seerétaire^'Arehiviite. 
Leroux, secrétaire de la Mairie, Trésorier. 

membre» fitulatreMi^. 

IIM. AuOER, avoué à Boissons. 

Baldy, principal du collège de Soissons. 

BoNNAiRE, ancien principal de collège. 

Branche de Flayignt, propriétaire à Soissons^ 

Galland , bibliothécaire à Soissons. 

Choron , avoué à Soissons. 

Glodet, propriétaire au château de Vic-sur-Aisne. 

De Courval (le vicomte), membre du conseil général de l'Aisne,. 

an château de Pinon. 
BiLLT, professeur de physique au collège. 
BupONT , architecte de Tarrondissement de Soissons. 
Florert, an ThioUet près d'Attichy (Oise). 
?ossé-Darcosse ^, imprimeur à Soissons. 
GESLiN, docteur en droit à Soissons. 



- 426 — 

MU. Laurehdbau, professeur de dessin à Soissons. 
Laubent, professeor de dessin à Soissons. 
Lefètre, caré doyen d'Oalcby-le-Cbftteao. 
Legris. avocat à Soissons. 

Lemaire, de Saint- Pierre- Aigle, ancien représentant. 
Martin, propriétaire h Rozoy-sur-Serre» membre du conseil 

général. 
Perin, Gbarles, juge à Soissons. 
PoQDET , l'abbé , curé -doyen de Berry-au-Bac, membre des 

comités bistoriques. 
pRioux, Stanislas, quai des Augustins, 47, à Paris. 
RiDETRE, rédacteur du Journal de Sl-Quenlin, 
RiGAUX, notaire à Soissons. 
SiETÈS (comte), propriétaire à Fontenoy. 
Watelet, professeur au collège. 
VuAFUBT ^t rue de la Tour d'Auvergne, n» 36^ à Paris. 
Oe Vuillefroy 3ff5, conseiller honoraire à la cour impériale de 

Paris, à Soissons. 

llleinlire» eon*e«|NMid»iii«« 

MM. Adah, médecin à Montcornet. 
Barbet , ancien maire de Braine. 
De Barthéleut, à Cbftlons-sur-Marne. 
De Bertrand , h Duokerque. 
BouvENNE, peintre, rue de la Victoire, 82, à Paris. 
Clercet, maître de dessin à l'école d'État-major à Paris. 
Corblet (abbé), Jules, à Amiens, 
GooTANT, Lucien, président de la Société de sphragislique 

aux Riceys (Aube). 
Delbarre, artiste peintre à Paris. 
Demihcids, imprimeur à Château-Tbierry. 
Destrcz, docteur en mt^decine. 
Doublemart, statuaire à Paris. 
Dl'chesne $, propriétaire à Vervins. 
Duquesnelle, pharmacien, membre de l'Académie de Reims. 
Fleury, Edouard /r , rédacteur et gérant du Journal de VÂisne^ 
Fournaise, instituteur à Roucy. 
Gallouzeau de Yillepin, artiste à Paris. 
GoxART, Gbarles, à Si-Quentin. 



— 427 — 

MM. GUTOT, curé de Ghéry-lès-PouilIy. 

Lambert, vicaire à Ghaony. 

Lance, architecte du Gouvernement pour les monuments his- 
toriques, à Paris. 

Lebeau, receveur des contributions indirectes à Wormhontd 
(Nord). 

Lecomte, principal clerc de notaire à La Ferté-Milon. 

De Marsy, à Gompiègne. 

Matton, archiviste à Laon. 

Mazure, maire de Braine. 

MouGENOT, à Nancy. 

Nourrit, artiste peintre à Paris. 

Parizot, l'abbé, aumônier k Tbôpital de Laon. 

Peigné-Delacourt, manufacturier à Ourscamp et à Paris, rue 
d'Arcy, 43. 

Persin, curé de Bois-lès-Pargny. 

Petit, Victor #, correspondant du Comité des arts et monu- 
ments à Paris. 

PiLLOY, à Neuilly-St-Front. 

De PiSTOYE^ji^, chef de bureau au ministère des travaux publics 
à Paris. 

De Pompéry, Gharles, au château ds Salsogne. 

SouLiAC, correspondant du Comité historique des arts et mo- 
numents à Cb&teau-Thierry, 

Tauxier, graveur à Paris. 

Thénot, artiste peintre à Paris. 

TouRNEUX, Joseph, directeur au collège de Vervins. 

De Tugny^ propriétaire à Ueaurieux. 

De Vertus, maire de Rrécy. 

• 
Membres lM»iierali»eff« 

MM. Boitelle ^, préfet de police à Paris. 

DiBRON e^, directeur des Annales archéologiques. 



TABLE DES MATIÈRES. 

COIITENUBS 

DAlfS LE DIX-SEPTIËME VOLUME 
DU BULLETIN DE LA SOCIËTÉ ARCBÉOLOGIQUE, HISTORIQUE 

ET SClENTinQUE DE SOISSONS. 



1863. 

PREMIÈRE SËANGE. 

Compte-rendu, par M. de Laprairie, président* des trannz 

de Tannée 1862 5 

Liste d'objets donnés au Musée 13 

DEUXIÈME SÉANCE. 

Lettre du Ministre de rinstruction publique . , . . • 16 
Liste d'objets donnés an Musée 47 

TROISIÈME SÉANCE. 

Rapport par M. de Laprairie sur l'ouvrage de M. Fleury , 
intitulé lei ManuicriU à miniatures de la Bibliothèque 

de Laon 20 

Liste des objets donnés au Musée 25 

Notice sur la ferme de Monthoussart par M* Vuaflart. . , 2Q 

QUATRIÈME SÉANCE. 

Lettre du Ministre de l'Instruction publique annonçant ii la 

Société qu'une mention honorable lui a été décernée. , 40 
Note sur la Maison de la groese tête 4\ 



— «9 — 

CINQUIÈME SÉANCE. 

Quelques documents sur Nogent-l'Aitaud, par M. Pilloy. . U 
Pète de rÉtre Suprême à Dommiers , document fourni par 

M. Choron 56 

Eicursion dans la forêt de Comptègne par M. de Laprairie. 58 

Liste d'objets donnés au Musée 6!l 

SIXIÈME SÉANCE. 

Note sur un gisement de Hophiodons à Aizy, par M. Watelet 66 
Liste des membres de l'ancienne Académie de Soissons , 

en !778 76 

Notice sur le cimetière gallo-romain de la ville d'Ancy» par 

M. Prioux 76 

SEPTIÈME SÉANCE. 

Biographie de Henri de Savreux, par M. Prioux .... 91 

ObjeU offerts au Musée par îf. Vidalam 105 

Note sur une masse d'armes trouvée à Morsain par M. Clouet 106 
Rapport par M. de Laprairie sur un armoriai de l'arrondis- 
sement de Soissons entrepris par M. Perin 111 

Renseignements sur l'état des classes bourgeoises et popu- 
laires dans le Soissonnais au 16« siècle par M. Suin . . 116 



N*. — Ott ft, par erreur dans la pagination, sauté du foUo 182 à 
celui 223. 

HUITIÈME SÉANCE. 

Les antiquités de Baxochcs par M. Prioux 224 

Liste d'objets donnés au Musée 2S5 

NEUVIÈME SÉANCE. 

Rapport sur l'excursion faite par la Société le deuxième 
jeudi de juin, par M rabbé.Pécbeur S40 

Analyse par M. l'abbé Pécheur de nombreuses piècei 
adressées à la Société, par M. Troncbet 14$ 



— 430 - 

Notas sur le TllUge de Soupir, par M. de Lapratrie . . S&4 

Autres notes, par M. l'abbé Pécheur 251 

Réhabilitation du sieur de Rieux par M. Prioux .... 262 

DJXIËME SÉANCE. 

Observations sur les Grottes et le camp de Pasly , par 
M. Choron 280 

Analyse d'un vidimus de Tévèché de Soissons du XIV« siècle 
par M. rakbé Pécheur. 284 

Liste d*objets donnés au Musée 3i5 

ONZIÈME SÉANCE. 

Lettre concernant le camp de Pasly 310 

Rapport sur l'emplacement du camp de César à Mauchamp 
etsur la position de Bibrax et de Noviodunum par M. l'abbé 

Poqoet, doyen de Bcrry>au-Bac 516 

Note sur un gisement de Paleotberium par M. Watelet. . 418 

Note sur un boulet creux , par M. Clouet 419 

Observations sur la topographie de Soissons , par M. Lau- 

rendeau « . . . . 420 

Liste d'objets donnés au Musée . • 423 



TABLE ALPHABETIQUE. 

DU DIX-SEPTIÈME VOLUME DU BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ 
ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE ET SCIENTIFIQUE 

DE SOISSONS. 



Académie de Soissons, noms en 1778 des membres de 1\ 70. 

Aizy, découvertes géologiques à, 66. 

Aocy, descript'oD du cimetière gallo-romain d', 78. 

Antiphooaire, notes sur un, 251 ' 

Armoriai de Tarrondissement de Soi8Son«, composition d'un, 112. 

Autel, projet d*un, 418. 



B.ai de Monthoussart de 1552, 32. 
Bazoches, antiquités de, 82 i. 
Berry-au-Bac, camp de, 316. 
Bibrax, dissertation sur la position de, 387. 
Brevet d'offlcier de l'an 12, 252, 
Bureau, nomination du, 5. 



Camp, de Pasiy, 279. De Maucbamp, 316. 

Chartes, 258. 

Cbouy, trouvailles géologiques à, 418. 

Cimetière d*Ancy, 78. 

Classes bourgeoises et populaires dans le Soissonnais au xvi« siècle, 

116. 
Compiègne, excursion dans la forêt de. 38. 
Grespy-en-Vallois, notes sur, 248*. 
Cys-la-Commune, cbarte concernant, 36. 



— 432 — 



l) inini ors. \'c cî fin l'Èlro suprême à, 56. 

Dons an v.nst'*:-, ii, 17, 20. 25. 61, 105, 235, 313,323. 



Évô. lié (i(* SoiS5ons, vidimus de T, 284. 



F<*D6Ion à Soupir. 25 <. 

Hefs du révèclié do Soi^iSODS, 280. 



rirosse-Tôlr, enseigne de I», 42. 



Lafonla'ne, propriélc Je» à No^cnl-r Artaud, r>6. 
Lieu-Reslauré, notes sur )e, 247. 
Liste dis Membres, 425. 
Longpr^t notes sur, 243. 
Lopbiodons, gisement de, M, 



Maison de bois détruite k Soissons, 42. 

Manuscrits de la bibliothèque de Laon, rapport sur l^ouvrage de 

M. Fleu' y, 20. 
Marques de potiers romains, 43. 87. 
Masse d^armes trouvée à Morsain, i06. 
Maucbamp, dissertation sur le camp de, 516. 
Médailles, gauloises, 226 ; romaines, 227 ; de Charles IX, 279. 
Mention honorable donnée à la Société par le ministre, 40. 
Montlioussurt, notice sur la ferme du, 26. 

M 

Nogcnt-T Artaud, notes et chartes sur, 46. 

NominatioT^, du bureau, 5 ; des membres, 15, 91, 223, 315' 

Noviodunum, dissertation sur, 40?. 



— 43» — 



Ouvrages offerts à la Société, 6, 15, 17, 57, 45, 65, 91, 233, 579, 
3t5 



Paléotbérium, gisement de, 4t8. 
Pasiy, grottes et camp de, S81. 
Patois, note sur les anciens, 41. 
Poteiies, description d'antiques, 225. 
Puits de Monthoussari, 27. 



Rapport du Président, 3 ; sur Touvrage de M. Fleury, 20 ; snr 

i*excursion archéologique, 240. 
Réponse à M. le Recteur de l*aca^émie de Douai, 40. 
RIeux, réhabilitation de, 262. 
Roolle de i2 hommes, 249. 



St-Étienne, fouilles de, 60. 

St-Plerre en châtre, fouilles de, 61. 

Sa véreux, religieux de St-Jean-des-Vignes, biographie de, 91, 26ï» 

Séances de la Société, 5, 15, 19, 39, 45, 65, 91, 223, 239, 279, 315. 



Table des matières^ 428. 

Templiers, ferme des, 26. 

Titres divers, 249. 

Topographie de Soissons, notes pour la, 420. 



Vez, description du château de, 243. 
Vic-snr-Aisne, siège de, 418. 



Laon, — Imp H, de Coqa«( et G. Stengtr.