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Full text of "Bulletin de la Société Académique de Laon"

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i^H 



Soc-aoA55^.22- 

'4 



BULLETIN 



DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE 



■B liAAV. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE 



DE II AON. 



! TOME XIV. 



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OH SOUSCRIT : 

A Làon, chez tous les Libraires. 

PARI». 

Librairie archéologique de DIDRON, rue St-Dominique-St-Germaiiiy 32 

4864. 



LACH. — Imp. ài td ÎLIURY. 



Société Académique de Laon: 



RAPPORT 

I 

SUR 

JLWM TRAITAIJSL BU li'ABTlVfiE ta«9-t9««. 



Messieurs , 

L'asage veut qu'en tête de chacun des volumes que vous 
publiez figure le compte-rendu de vos travaux de Tannée , et 
c'est à votre Secrétaire-Général que revient l'honneur d'en 
rappeler Tintéressante série. J'apporterai, Messieurs « à cette 
tâche, comme à toutes celles qu'il vous plairait de me confier, 
tout le zèle dont je suis capable, mais des connaissances très- 
incomplètes sur plusieurs des objets habituels de vos études. 
Puissent les divers travaux que je vais passer en revue avec 
vous ne pas trop souffrir de l'inexpérience de celui qui les 
énumère. 

Il en est des années de travail et d'études comme des ré- 
coltes annuelles : toutes ne se signalent pas également par 
l'abondance et la variété des produits. Notre iA^^ volume ne 
sera pas considérable , il le serait encore moins si l'on n'y 
avait introduit un mémoire afférent en partie à l'année 4863. 
C'est dans l'histoire et dans le champ du passé que , à peu 
d'exceptions près, se sont exercés tous ceux de nos confrère^ 
dont les travaux composent ce volume. Mais si les sujets sont 
de nature analogue , les travaux comme vous le pourrez re- 
connaître, offrent une attrayante diversité. 

Je n'arrêterai votre attention. Messieurs, ni sur les procès- 
verbaux de vos séances , recueillis dans ce volume , ni sur la 
mention des échanges pratiqués entre d'autres sociétés et lat 
nôtre ; je vous rappellerai seulementles travaux que vous avei' 
jugés dignes de figurer dans votre publication annuelle. 



Le premier en date et dans Tordre d'insertion est une 
étude de M. Tabbé Duployé sur les gravures et médailles de 
Notre-Dame-de-Llesse. Dans cet extrait d'un ouvrage que vous 
aurez eu sans doute lieu d'apprécier antérieurement, Fauteur 
expose, sous une classification méthodique , les trouvailles 
déjà faites , et appelle les recherches des savants sur une 
nature de monuments , qui , sans être d'une grande valeur 
probante , offrent le vif attrait qui s'attache aux instincts 
pieux aux naïves croyances de nos pères. 

Il a classé dans une i^^ série plusieurs spécimens de gra- 
vures et médailles en plomb, dites historiques , dont quelques- 
unes remontent au l^*"^ siècle , mais dont la plupart sont du 
IT"' , du 18»* et du 19°»« siècle ; et qui , toutes , dit l'auteur , 
reproduisent en les confirmant , les diverses particularités de 
la Légende : les trois Chevaliers , la Présentation d'Ismérie Si 
Barthélémy , les Arbres de la Fontaine ou Arbres de N.-D., la 
Chapelle provisoire, puis l'Église construite au 17»« siècle, le 
vœu de la ville de Laon pendant la peste de 1668 , les pèleri- 
nages de Princesses et de Rois de France, etc. 

Dans une ^^*^ série , un certain nombre de gravures et mé- 
dailles, dites monumentales toutes desl7"«, 48""® et 19™« siècles, 
reproduisant ou l'extérieur ou les plus remarquables partie» 
intérieures de l'Église de N.-D. de Liesse. 

Dans une troisième séri« enfin quelques belles croix et mé- 
dailles de Confréries , où sont groupés, non sans une entente 
artislique assez remarquable, pour les confrères de la Passion 
et de N.-D., les attributs de ki Passion de J.-C. sur une face et 
sur l'autre la statue et les insignes de N. D. de Liesse. 

A cette dernière série îl a joint la reproduction, sans men- 
tion de dates, d'autres médailles offrant sur la face N.-D. de 
Liesse et sur le revers, ou la Ste-Face, vénérée autrefois dans 
le monastère de Montreuil, ou l'image de Saint Hubert spé- 
cialement honoré par les Champenois. 

Au point de vue où se place l'auteuT ces recherches sont 
déjà intéressantes , elles le deviendront plus encore , si e» 
s'étendant elles impriment à leur objet un caractère d'authen^ 
ticité que de nombreuses lacunes ne lui donnent pa& encora 
aujourd'hui. 



Vous avez ensuite reçu communication du travail d'un de 
nos plus laborieux confrères, M. Gomart, sur le Càtelet et ses 
sièges. 

Aujourd'hui que les tendances historiques vont à la géué- 
ralisation et quelquefois s'^ égarent, on ne saurait assezlouer 
et encourager les éludes qui s'appliquent aux détails locaux 
et préparent ainsi des bases certaines et des points de repère 
aux écrits consciencieux, ou bien à des rectifications rendues 
nécessaires. 

M. Gomart, expose qu'au temps des guerres étrangères ou 
intestines qui constituèrent , pendant des siècles , et jusqu'à 
l'unification de la Monarchie française, l'état habituel de noire 
pays, les fleuves et rivières , insuffisants pour protéger leurs 
riverains, avaient rendus nécessaire la construction de nom- 
breux ehàteaux-forts, parmi lesquels a figuré, par son impor- 
tance et la variété des faits qui s'y sont accomplis , le fort du 
Gâtelet fondé en 1520. C'est de cet établissement militaire que 
M. Gomart vous a présenté l'historique. 

Après une intéressante et rapide revue de l'occupation ro- 
maine dans cette région , un souvenir donné au château de 
Gouy destiné, dès les temps les plus reculés , à défondre le 
passage de l'Escaut, M. G... fixant le point de départ de son 
étude, expose qu'en i520 François 1^^, pour défendre plu6 
efficacement sa frontière de Picardie, chargea Jehan dTstrées 
d'élever sur la rive gauche de l'Escaut et en face de l'ancien 
château de Gouy , point d'attaque contre la France , un nou- 
veau fort , placé sur des biens de main-morte , et qui fut le 
Câtelet, nommé d'abord le Câtelet-lez-Gouy pourle distinguer 
du Castelet voisin de Péronne. L'aspect du fort , ses dlmerw 
sions, ses moyens de défense sont clairement indiqués dai^s 
la notice , qui rappelle en même temps les recueils et réper- 
toires où l'auteur a puisé ses renseignements, et faitconnaitne 
les armoiries du l^f gouverneur Jehan d'Estrées, ses envahis- 
sements sur le voisinage et la formation à son profit , et sous 
Tabri du fort , d'un petit bourg avec manoir , censives , héri- 
tages et juridiction seigneuriale. 

Pendant que s'arrondit ce domaine un. peu hardiment pré- 
It^vé sur des voisins faibles ou accommodants, peutrjêtre acc^^- 



modants vu leur faiblesse , Tbistoire du Câtelet reste muette. 
En 1557 , après la prise de Saint-Quentin , les forces redou- 
tables , qui , par ordre du roi d'Espagne Tiennent investir , 
puis assaillir la forteresse , et la défense impuissante ou trop 
peu énergique du Gouverneur Baron de Solignac, laissent au 
pouvoir des espagnols le Câtelet dont Thistoire s'inaugure 
aussi par un échec de guerre. 

Mais bientôt, comme toujours en France, les revers de no$ 
^rmes ont disparu sous l'éclat des victoires : le grand Guise a 
repris Calais; la conquête de Guines, Thionville, Cbarlemont, 
Dunkerque et Bergues aboutit au traité de Câteau-Cambresis 
(3 avril 1559) et le Câtelet restitué passe sous l'autorité de 
Guillaume de la Fontaine. 

Ajoutons d'ailleurs, qu'à cette époque si peu semblable amx 
femps modernes , où se confondaient les amours héroïque^ 
et les grands coups d'épée , ou la cour faisait autant de con- 
quêtes avec l'escadron volant des filles d'honneur, qu'avec les 
armes des gros bataillons, le Câtelet, peu avant de tomber aux 
^ains des espagnols, avait été le théâtre discret et improvisé 
d'une distraction galante que la reine Marguerite avait su s'y 
ménager au milieu des ennuis de la représentation princière 
et des soucis de la politique. Dans aucun temps ne se mêla 
comme alors : le grave au doux ; M. G... a su donner aux faits 
différents une forme spirituellement appropriée. 

£n suivant le récit nous voyons successivement le Câtelet 
appuyer Tarmée du duc d'Âlençon contre le duc de Parme 
(1581), échapper aux embûches de Montluc de Balagny , en 
avril 1585, par la vigilance de Guillaume de Fontaine, puis en 
1588 repousser victorieusement les assauts du redoutable 
partisan. Un peu plus tard , en juin 1595, cette même place, 
défendue par une faible garnison, 400 soldats, mais commandée 
par un chef d'une valeur et d'une expérience à répreuve ^ 
nous la voyons résister vigoureustment aux forces imposantes, 
à la nombreuse artillerie, à Thabileté consommée ducomte de 
Fuentès et de Rosne, et ne capituler, le 25 juin 1595 , après 
une résistance héroïque, qu'aux conditions les plus honorables. 

Elle dut pourtant rester trois ans aux mains des Espagnols 
oui ne nous la rendirent qu'en 1598, par le traité de Vervins; 



V 

h'tkis à peine les hostilités reprises elle était assiégée en 1696 
par les troupes du prince Thomas et des généraux Jean de 
Vert et Plccolomini. Il eut fallu alors , pour diriger la défense 
Ju Câtelet contre d'aussi redoutables assaillants un homme 
fortement trempé , cœur ferme , âme héroïque ; le duc de 
St-Léger, courtisan, homme de faveur, ne répondait guère à 
«et idéal ; aussi le valeureux Nargonne , qu'on lui envoyait 
pour rassurer la garnison, le seconder et le soutenir lui-même, 
eut-il le chagrin d'assister , en arrivant , à la capitulation 
acceptée après une insignifiante résistance, et sur la i'«som^ 
matlon du général espagnol. 

L'épisode le plus brillant , dans l'histoire du Câtelet , c^est 
le siège de cette place en i638 à la suite du voyage de 
Louis XIII et du cardinal de Richelieu sur les frontières de 
Picardie. Si le Prince était faible le Ministre était énergique; 
.aussi la place vigoureusement défendue parles Espagnols qui 
s'y étaient puissamment fortifiés , mais plus vigoureusement 
attaquée par nos soldats , dut céder aux troupes françaises 
après 92 jours de siège. 

A partir de ce moment, ou plutôt lorsque la paix de Hunster 
(24 octobre i648) eut mis fin à la guerre extérieure , c'est au 
milieu des dissentions intestines et des guerres de partis , 
presqu'inséparables d'une minorité, que se continue l'histoire 
du Câtelet. Cette place est d'abord occupée par Turenne au 
profit de l'Espagne , assaillie sans résultats définitifs le 17 mai 
1652 par M. de Lignières, gouverneur de St-Quentin, puis le 
25 janvier 1654 par le maréchal de Castelnau, et enfin repiise 
par ce dernier en 1655 pour le parti du roi auquel Turenne 
s'était rallié. Repris en 1657 par le parti de Condé et rendu à 
la couronne parle traité de 1659 pour ne plus s'en détacher, 
le Câtelet, devenu inutile comme défense des frontières désor- 
mais reculées, fut démantelé et le château vendu. Plus tard à 
la vérité, vers le temps des désastres qui attristèrent la fin du 
règne de Louis XIV , un essai de restauration fut tenté. Mais 
c'en était fait de cette forteresse comme de tant d'autres ; 
elle tomba parcequ'elle n'était plus nécessaire. La civilisation 
a rendu la paix durable entre populations voisines et d'origine 
commune , l'agriculture a recouvert de ses travaux et de se» 



produits les champs arrosés par le sang de noà aiicéti^es ; et 
si la grande guerre émeut encore de loin en loin quelques 
parties du globe, du moins ces luttes incessantes qui minaient 
et dévoraient notre pays ne fournissent plus aux savants 
d'aujourd'hui que des sujets d'étudesattrayantes et inofTeusîves. 

Dans votre 14* volume figure ensuite un inventaire de 
chartes récemment acquises, pourles archives départementales, 
par notre honorable collègue M. Prioux ; chartes intéressantes, 
ou parcequ'elles fournissent sur les antiques usages du Laon- 
nois de curieux renseignements, ou parcequ*elles relèvent la 
sanction donnée à des privilèges que les communes se rap- 
pellent toujours avec bonheur, ou parcequ'elles signalent 
l'intervention souvent protectrice,accidentellement oppressive 
de Tautorité religieuse au moyen-âge, ou enfin parcequ'elles 
témoignent, comme celle relative à Jean de Moy, d'une assez 
grande tolérance en matière de discipline ecclésiastique. Puis 
un inventaire des reliques , du mobilier et des ornements de 
l'église de Saint-Quentin : document de la même provenance 
et précieux par tout ce qu'il offre de renseignements sur les 
usages religieux , les ornements d'églises et l'orfèvrerie de 
l'époque. 

Notre honorable Président, M. Ed. Fleury vous a lu quelques 
détails sur la visite que S. M. l'Empereur, en compagnie de 
MM. le colonel Castelnau , le baron Stopfel et le comte de 
Saulcy , a faite aux fouilles de Mauchamp. Ce court récit ne 
gagnerait pas à être ici soit analysé , soit paraphrasé. Il porte 
sur un sujet qui vous est fort connu et les lecteurs de ce vo- 
lume peuvent s'y reporter facilement ; mais vous y avez cer- 
tainement remarqué l'ordre intelligent qui a présidé aux 
recherches , la clairvoyance de l'illustre visiteur au sujet des 
points restés obscurs , et ses bienveillants encouragements 
pour les personnes qui, soit officieusement, soit en chef, soit 
en sous-ordre, ont pris part au travail des fouilles et dé* 
couvertes. Si flatteuse déjà pour toutes les personnes qui se 
sont occupées de ces travaux et qui en ont dû trouver dans 
les paroles du Souverain la haute approbation , cette visite 
aura surtout été bien heureuse pour la commune de Berry- 
au-Bac, dont l'Empereurconnait maintenant mieux les besoii^^ 



àij 

et pour Téglise à laqudie notre collègue , M. Tàbbé Poquet , 
consacre son temps , ses soins et l'emploi de ses lumières ; ef 
dont la libéralité du Prince aura dans peu procuré Tachève- 
ment. 

Dans une séance suivante, M. Ed. Fleury vous a fait l'exposé 
des derniers travaux effectués au camp de Mauchamp depuis 
la visite de l'Empereur. Pour concilier les intérêts locaux avec 
ceux de la science, on a dû rendre à l'agriculture les terrains 
désormais inutiles au progrès des découvertes ; on a conservé 
les points saillants et caractéristiques, et, sur l'ordre de l'Em- 
pereur, une borne en forme de colonne milliaire devra mar- 
quer le centre même du camp. Quelle que soit plus tard la 
solution définitive de la question historique controversée, on 
aura là du moins des pierres d'attente. 

Vous avez, dans la même séance, reçu communication d'un 
travail de M. Lambert, membre correspondant de la Société 
académique, sur la constitution géologique delà montagne de 
Laon. Ce travail, où l'auteur , en même temps qu'il pose sa 
tfiéûrîe, discute les opinions émises par un de nos collègues 
en 4857 , doit être d'un grand intérêt pour un spécialiste. Il 
est méthodique, plein de graves discussions, d'observations et 
de faits. Mais outre que la courtoisie qui doit caractériser nos 
relations , nous défend de prendre parti pour un de nos col- 
lègues contre un autre , dans une question qui ne peut être 
vraiment résolue que sur le terrain même et les échantillons 
en main, vous croirez plus convenable sans doute de renvoyer 
les lecteurs au mémoire même de M. Lambert et au Bulletin 
de la Société pour 1857. 

11 auradû vous être plus facile, en vous plaçant au pointdevue 
du vif intérêt que vous prenez à tout ce qui concerne l'his- 
toire et les arts dans le département, de vous prononcer avec 
faveur sur le travail descriptif que vous a fourni M. Gautier 
sur la curieuse église de Nouvion-le-Vineux. Ce travail lucide 
et précis ne pourrait que perdre au développement que j'es- 
sayerai d'y donner , comme le monument perdrait à certaines 
restaurations qu'on tenterait d'y faire. J'en finirai en deux 
mots : que les amateurs de curieuses églises visitent celle de 
Nouvion-lc- Vineux, que les amateurs de notices claires et inté- 



i)itj 

ressantes lisent le travail sérieux et savant sans prétention de 
M. Gautier. 

J'entrerai, j'en suis sûr, Messieurs, dans vos idées, en rap- 
pelant ici le dictionnaire topographique de Farrondissement 
de Laon , rédigé au nom de la Société par M. Matton, notre 
honorable collègue, et la distinction flatteuse pour Fauteur et 
pour nous dont ce travail a été l'objet. 

Ce travail, en cours d'exécution pour le reste du départe- 
ment , méritera sans doute bientôt à son auteur comme à 
nons une preuve nouvelle de l'intérêt de l'administration 
supérieure. 

Maintenant, Messieurs, qu'il me soit permis ici d'introduire 
une courte anecdote. 

Un prince voyageur, Pierre-le-Grand, je crois, témoin d'une 
de ces luttes judiciaires où le Barreau français s'illustre de- 
puis plusieurs siècles , après le plaidoyer du premier orateur 
parut complètement convaincu et gagné à la cause qui venait 
d'être défendue ; puis , quand l'adversaire eut répliqué , il 
déclara son indécision et l'impossibilité pour lui de donner 
raison plutôt à l'un qu'à l'autre. 

Ce souvenir m'est rappelé par l'article suivant de M. Fallue 
intitulé le Passage de TÂisne par J. César, lequel article vous' 
a été communiqué dans l'une de vos séances. 

C'est encore une étude sur la question depuis si longtemps 
débattue du Passage de l'Aisne et du camp de César ; ques- 
tion que les maîtres de la science avaient tranchée en faveur 
de Mauchamp , mais sur laquelle les sérieuses objections de 
ce mémoire, l'opinion fortement motivée de Napoléon pre- 
mier, les caractères des traces de constructions retrouvées, et 
même les incertitudes avouées par Sa Majesté l'Empereur 
Napoléon III , lors de sa visite du 19 novembre 1862, per- 
mettent de croire que le dernier mot n'est pas encore dit. Je 
n'énumérerai pas ici lés raisons qui , dans le travail de 
M. Fallue, m'ont semblé inquiétantes pour l'opinion par vous 
adoptée jusqu'ici. Je m'abstiens car toute maison divi- 
sée est menacée de ruioe , mais je crois juste d'appeler 
sur ce travail l'attention sérieuse des personnes qui regardent 



le site de Maucfaanip comme offrant toutes les données du 
problème. 

Du reste le camp de César n'e^t pas le seul point histo- 
rique qui ait fait ou doive faire couler des flots d'encre. On' 
se rappelle les longs débats entre Amiens , St-Quentin et 
d'autres villes encore pour savoir à laquelle reviendrait le 
vieux nom de Samarobrive ; jusqu^aujourdhui le nom de l'an- 

* - - ■ 

tique Âlesia entretient entre deux provinces de France les 
plus vives rivalités ; enfin vous avez reçu de M. Fleury , sous 
le titre : c un Chapitre inédit d'histoire locale > un travail qui 
pourrait provoquer aussi de vives et compendieuses discus- 
sions, s*il n'était parfaitement convenu entre nous que la So- 
ciété laisse à chaque auteur la liberté comme la responsabilité 
de ses opinions, sans se tenir engagée par celles de ses opi- 
nions qu'elle ne partagerait pas. 

11 n'est pas indifférent pour les études archéologiques lo- 
cales que tous les établissements, soit importants, soit secon- 
daires des Templiers dans notre département soient connus et 
décrits ; pas indifférent non plus, pour l'exactitudQ historique, 
que tous les noms du Laonnois qui ont figuré dans cet Ordre 
illustre et malheureux soient mis en relief, et, selon les cas, 
rendus soit à la notoriété soit à l/oubli qui leur sont dûs. 
M. Ed. Fleury a donc bien mérité du département de l'Aisne 
et de notre ville en rappelant la fondation à Laon de la pre- 
mière Tempicrie (11^8) et la construction (1134) de sa remar- 
quable chapelle ; les établissements successifs de l'Ordre S 
Câtillon-du-Temp1e, Cerny-en-Laonnois, Puisieux, Boncourt, 
Maupas, Mortefomaine, etc. et en signalant les restes plus ou 
fnoins complets, bien ou mal conservés , des monuments de 
leur ancienne puissance. Il n'a pas moins bien mérité du pays 
laonnois et soissonnais en révélant à beaucoup de familles des 
ancêtres inconnus ou oublies, et qui, en 4307 , figuraient, au 
nombre de 63, comme fonctionnaires de tous rangs, chevaUers 
et servants, dans cet Ordre illustre, au moment où , d'un seul 
coup, tous les Templiers de France furent saisis par la justice, 
ecclésiastique et jetés dans les prisons ; regrettons seulement 

* 

qu'il n'ait pu, pour l'honneur de tous, comme en ce qui con7 
cerne Henri de Harcigny, Eudes de Nanteuil , Jehan de Noir- 



X 

court, Etienne de Valbelain , Yernon de Saconin , Ponsard de 
Gizy et plusieurs autres, relever l'intention courageuse de dé- 
fendre l'Ordre, la négation de faits bonteux, ou la rétractation 
d'aveux arrachés par les tortures ; ni cru devoir insister sur 
ce que, si Ponsard de Gizy sembla contredire ses énergique^ 
dénégations par une lettre qui laisse à la charge des cheva- 
liers un certain nombre de faits coupables, ces faits n'étaient 
point particuliers alors aux chevaliers du Temple, et n'ont rien 
de commun avec les griefs impies et contre nature qqi ont 
motivé l'incarcération, les poursuites et les supplices. 

Je ne suivrai pas l'auteur dans son récit des faits généraux 
du procès , faits d'ailleurs sans application spéciale aux Tem- 
pliers de notre pays ; je crois seulement que la culpabilité de 
l'Ordre des Templiers n'est pas encore démontrée. 

Il est avéré qu'après une première enquête sommaire et 
passionnée qui multiplia les coupables , des commissions 
éclairées, modérées et calmes suivirent rinstruction et recueil- 
lirent la rétractation de bien des aveux arrachés par la torture; 
avéré, que beaucoup de Templiers du Laonnois et du Sois- 
sonnais se portèrent comme défenseurs de l'Ordre, tout en 
regrettant qu'on ne leur donnât ni le temps ni les moyens de 
préparer et de concerter leur défense ; il reste également 
avéré qu'un trop grand nombre de chevaliers s'avouèrent 
coupables, et sans doute le furent; mais tous les grands cerps^ 
les plus éclairés, les plus honorés , les plus saints , même au 
moment des plus héroïques éprouves, n'ont-ils pas eu à dé- 
plorer dans leurs r.mgs des défaillances de caractères et de 
tionteuses apostasies ? 

A la suite de cette étude de votre Président se trouve dans 
yotre volume un mémoire très complet , une véritable mono- 
graphie des village , seigneurie , abbaye de St-Paul-au-Bois 
dont l'auteur est M. Marville , membre correspondant. 

Situation, particularités, souvenirs mérovingiens, fondation 
du Prieuré, attaques qu'il subit, libéralités qui l'enrichirent, 
constitution d'une commune , foires et marchés, singularités 
féodales, comptes, biens, privilèges, transmission de l'abbaye 
et de ses domaines en diverses mains, armoiries, pièces jus- 
tificatives, H. Marville a tout relevé , tout appuyé de preuves, 



1 1 ■ > 



tout présenté sous une forme intéressante. Si St-Paul-aux-Bois 
devait être plus tard une ville importante y nulle assurément, 
n'aurait un arbre généalog^ique mieux planté, ni dans un plus 
fertile terrain. 

Dans votre séance du 7 juillet, M. le Président vous a notifié 
la possibilité d'acquérir , pour une bien faible dépense, celle 
du tirage, la copie d'un dessin du siège d'Aubenton, très-im- 
portant surtout au point de vue des armes et engins de guerre 
dont on se servait à l'époque. Ce dessin devait être accompagné 
d'une notice extraite du livre de M. Martin de Rozoy-sur-Serre. 
Vous avez décidé que l'acquisition aurait lieu , et vous avez 
reçu communication de ladite notice , qui , extraite en partie 
de Froissart ne donne que les renseignements fournis , soit 
par ce chroniqueur, soit par d'autres contemporains. Puis 
vous avez entendu avec un légitime intérêt le rapport que vous 
a soumis en l'éclairant par de remarquables dessins , notre 
honorable collègue M. Pilloy sur les fouilles opérées à Lizy 
au champ dit des Luziaux, Il semble difficile d'exposer avec 
plus de clarté de méthode et de précision des travaux arides 
et sujets ù confusion par leur nature même; si M. Pilloy mé- 
ritait un reproche à mes yeux ce serait celui d'émettre ses 
inductions et conclusions avec une timidité modeste que son 
savoir et son expérience de pareils travaux devraient exclure. 
Quant à moi, je suis , je l'avouerai, peu fanatique de l'archéo- 
logie , quand je vois au milieu des grandes questions qu'elle 
soulève et des grands travaux qu'elle inspire les applications 
mesquines qu'on lui donne quelquefois et les bévues qu'elle a 
trop souvent fait faire ; mais j'ai lu avec autant d'intérêt que 
de plaisir le rapport de M. Pilloy et je suis certain que je ne 
saurais être le seul de mon avis. . 

Je suis encore loin , Messieurs , d^avoir épuisé la série de 
vos travaux de Tannée , et ce compte-rendu me parait déjà 
bien long. Notre ingénieux et savant chercheur de raretés , 
M. Matton , permettra que je vous signale simplement et sans 
y insister plusieurs lettres extraites du dépôt de la guerre , 
apportées par lui et desquelles il ressort i» que l'admirable 
fonctionnement de l'intendance militaire était loin d'être 
appliqué pour l'entretien des armées et des places en i650 . 



et 2^ que si les belles occasions ravivaient toujours la valeur 
des troupes, les ennuis de la gène et deTinaction relâchaient 
de temps en temps alors le lieu de la discipline. 

Je vous rappellerai également en peu de mots une notice 
historique sur la formation du département de TAisne Cette 
notice due encore aux curieuses recherches de M. Malton,' 
fait connaître avec ordre et clarté toutes les sollicitations et 
démarches qui se sont croisées et combattues pour enlever 
la possession des établissements considérables et du chef-lieu' 
départemental. Elle donne une idée des complications qu'of-* 
frait à cette époque l'organisation administrative dans notre 
pays où toutes les vieilles Institutions s'en allaient en même 
temps , et signale à la reconnaissance publique les noms de 
certains hommes -du pays qui se montrèrent alors plus zélés 
pour les intérêts généraux que pour leurs propres avantages. 

Enfin je mentionnerai deux documents fournis par 

*Ê 
• > * • * 

M. Marsy , membre correspondant et concernant l'abbaye du 
Val-St-Piérre. Ces pièces authentiques exposent la situation 
de cette in^portante abbaye sous Louis Vit puis en 1729/ 
M. Marsy les communique sans en rien déduire mais je ne 
doute pas que ces pièces n'offrent de curieux points d'appui 
à l'étude historique de cette abbaye , étude qui peut-être a' 
déjà tenté ou tentera quelque jour quelqu'un de nos doctes* 
confrères. 

Je finis , Messieurs , et après avoir si longtemps abusé de 
votre attention je m'avise bien tard de m'en apercevoir et dé 
vous en offrir ines excuses ; mais , j'en ai l'espoir , vous les 
accueillerez en pensant qu'il faut surtout s'en prendre à l'in- 
térêt des divers travaux que j'ai du vous rappeler et que j'au- 
rais voulu pouvoir mettre encore mieux dans leur véritable' 
jour. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE 



DE IiAOM. 



m^> 



PREMIERE SEANCE, 

(4 Novembre 1862, ) 



Présidence de M. (K5. ileurg. 



Le procès-verbal de la dernière séance de Tannée i86i-6i 
est lu et adopté. 

M. Melleville demande, à propos de la lecture de ce 
procès-verbal et de ce qui y a été dît relativement au Camp 
de Mauclamps. qu'il soit bien constaté, suivant ses propres 
expressions, qu'il réserve son droit de faire une contr'en- 
quéte sur les faits résultant des trois lettres insérées au pro- 
cès-verbal, et qui contredisent ce qu'il a affirmé sur la déno- 
mination de Cliamp ou Camp du Roi que porte l'emplacement 
où a été retrouvé le camp que M. Melleville attribue au 
ix« siècle, et non à l'époque de l'invasion romaine. 

Il fait ég^alement remarquer, relativement à la note de 
M. Lambert lue à cette séance , que la question précise est 
de savoir si le silex trouvé à Viry-Noureuil est bien anté- 
diluvien ou non. 



— 2 — 

M. le Président, en reconnaissant à M. Mellevilie le droit de 
faire cette contr'cnquéte, ne comprend pas qu'annoncée au 
mois d'août, elle ne soit point encore faite au mois de no- 
vembre. La Société en attend les résultats. 

M. le Président dépose sur le bureau divers ouvrages et 
publications reçus et offerts depuis la dernière séance, ce 
sont : 

Dictionnaire topographique du département de l'Yonne, par 
M. Max-Quentin. — Mémoires de la Société d'histoire et 
d'archéologie de Ghâlons-sur-Saône, tome iv, 1862. — Mé- 
moires de la Société historique et archéologique de Langres, 
tome m, 1862. — Revue agricole, industrielle, littéraire et 
artistique de Valenciennes, juin, 1862. — Bulletin de la 
Société d'agriculture de la Lozère, tome xiii, 6862. — Nouvelles 
recherches sur la vie et l'œuvre des frères Le Nain, par 
Ghamfleury, Laon, 1862. — Académie impériale de Caên, 
rapport de 1862. — Bulletin de la Société d'émulation du 
département de l'Allier, tome viii, 1»* livraison. — Mémoire de 
la Société académique de l'Oise, tome iv. Beauvais, 186i. 
— Bulletin de la Société des sciences historiques et natu- 
relles de l'Yonne , 1861 , 15« volume. — Société de pré- 
voyance et secours mutuels des Médecins de l'Eure, assem- 
blée générale des 26 juin et 23 septembre 1862. 

M. le Président communique ensuite deux lettres du Minis- 
tère de l'instruction publique, le première annonçant que par 
arrêté du 12 août, le Ministre a attribué à la Société une 
allocation de 350 francs à titre d'encouragement. La deuxième 
faisant connaître que le Ministère avait reçu et fait parvenir à 
leur destination 37 exemplaires du tome xii du bulletin 
adressés aux diverses sociétés correspondantes. 

M. Martin Marville , de Trosly-Loire , écrit pour demander 
d'être nommé membre correspondant. La Société accueille 
sa demande. 



— 3 — 

M. E. de Toulmont» membre correspondant, réclame les 
tomes vil, VIII , ix, x et xi du bulletin, en olffrant de payer les 
cotisations en retard. Cette lettre est renvoyée à l'archiviste 
et au trésorier. 

Il est procédé à l'élection du bureau pour Tannée 1862-i 863. 
Le nombre des votants est de onze. 
M. ÉD. Fleury est nommé président. 

Au premier tour de scrutin pour la nomination du vice- 
président, M. Tabbé Bâton est nommé. Il déclare ne pouvoir 
accepter. Au second tour, H. Piette est nommé vice-prési- 
dent. 

A cet instant, M. Melleville sort de la salle et le nombre des 
votants se trouve réduit à dix. 

M. HiDÉ est nommé secrétaire général. 

M. FiLLiETTE est nommé secrétaire particulier des séances. 

M. FilHette et M. Piette, sont priés de continuer respecti- 
vement leurs fonctions de trésorier et d'archiviste, pendant 
le cours de la présente année. 

Il est ensuite procédé à la nomination de la commission de 
lecture, qui se compose de MM. Matton, Thillois, Bâton et 
Piette. 

Les élections terminées, M. £d. Fleury adresse à la Société 
ses remerciements d'avoir bien voulu cette année le continuer 
dans ses fonctions de Président. Dans les circonstances où il 
se trouve, cette marque de sympathie» dit-il, l'a profondément 
touché; mais il demande à la Société la permission de lui 
représenter que, suivant lui, persister pour l'avenir dans cette 
voie aurait plus d'un inconvénient. Il croit qu'il est bon qu'une 
société renouvelle son bureau par intervalle, et il insistera 
l'année prochaine pour qu'il en soit ainsi. Passant ensuite en 
revue les promesses de travaux faites, pour l'année qui va 
s'ouvrir, par différents membres titulaires et correspondants, 
il a l'espoir que le bulletin sera dignement rempli. 



- 4 - 

M. FiLLiETTE dépose sur le bureau un extrait du bulletin de 
la Société géologique de France, 2« série, tome xix» séance du 
30 janvier 1862, extrait contenant les observations critiques 
de M. Hébert sur la notice géologique lue à la même séance 
par M. Melleville, notice que ce dernier a déposée sur la 
bufeau à la séance du 5 août 1863, sans y joindre ces obser- 
vations. 

H. Fillette, trésorier, rend le compte de sa gestion pour 
Tannée 1861-18C2 et dépose sur le bureau les pièces à Tappui. 

Il en résulte que l'actif de la Société au 19 novembre 1861, 
jour où oïl a arrêté le précédent compte, était de. 1514' 13 

Que les recettes opérées pendant Tannée ont 
été de 1,076 45 

Total des recettes 2,590 57 

Les dépenses ont été de 813 25 



De sorte qu'il reste en caisse 1 ,777 33 

Après avoir pris communication des pièces à Tappui, la 
Société donne acte au trésorier de la présentation de ce 
compte. 

M. le Président présente ensuite comme membres titulaires 
M. Stenger, gérant du journal f Observateur de l'Aisne, et 
M. Pilloy,agent-voyer,qui déjà a donné à la Société un travail 
sur le cimetière franc de Veriy. Ces deux nouveaux membres 
sont admis. (M. Pilloy, comme d'autres membres précédem- 
ment reçus, ne sera, pour la cotisation, considéré que comme 
membre correspondant.) 

M. l'abbé Duplové communique à la Société un travail sur 
les Gravures et Médailles de Notre-Dame de Liesse, travail 
extrait de son ouvrage en deux volumes : Histoire de Notre- 
Dame de Liesse. 

Sur la proposition du Président, la Société décide que cette 
notice sera insérée dans le prochain volume de son bulletin. 



ÉTUDE 

SUR LES GRAVURES ET MÉDAILLES 

DE NOTRE-DAHIE-DE-IilESSE. 



Noas ne pouvons avoir la prétention d'indiquer ici 
toutes les gravures sculptées en Thonneur de Notre- 
Dame-de-Liesse, toutes les médailles frappées pour 
rappeler son glorieux souvenir au dévot pèlerin ; il y a 
trop peu de temps que nous avons commencé notre 
collection ; chaque jour la voit grossir, et le nombre de 
ces médailles et gravures est pour ainsi dire infini. C'est 
la base d'un travail plus étendu que nous posons ici. Tel 
qu'il est il aura son utilité, car c'est le premier de ce 
genre, et il pourra donner à plusieurs la pensée de nous 
venir en aide en nous faisant connaître et parvenir les 
gravures et médailles que nous n'aurions pas indiquées ou 
que nous ne posséderions pas encore. 

Ce travail est divisé en trois parties : !<> Gravures et 
médailles historiques; ^^ Gravures et médailles monu- 
mentales ; 30 Gravures et médailles de Confréries. La suite 
fera comprendre le sens que nous attachons à chacune de 
ces divisions. 

I. — GRAVURES ET MÉDAILLES HISTORIQUE^* 

La première partie de cet article est pour ainsi dire un 
appendice au V^ paragraphe de notre dissertation sur la 
certitude de la légende : La légende de Notre-Dame-de" 
Liesse consignée dans plusieurs monuments....,, et aussi une 
confirmation du IV® : La légende de Notre-Dame-de-liesse 
transmise en France par une tradition constante; car nous 
allons constater le grand fait de la légende raconté soit en 
entier, soit dans ses principales circonstances, par de 
nombreuses gravures et médailles éditées à toutes les 
époques. 



— 6 — 

S I'^ — Légende complèlc. 

Elle ne se trouve que sur des gravures, car bien rare- 
ment les médailles présentent une surface assez étendue 
pour permettre d'y représenter plusieurs scènes dilTéren tes. 

1. Bittaire de Noire-Dame- de-Liesse, de deHachaull ITIT. 

Stpt gri„m lilHnnln. nlrif ul lai pHuipilti letaui da la Kfindt. {'I 

1. HoBtre-Dame-Je-Liesie, graïéeparMoreau et dédiée à Mgr Phili- 
bert de Bricbanteau, évgque de Laun (t Si 0-1 653). 

Nanf injala lirti <li la 14s>ida lai ■eri<nl 4'<audraa<ill. ('1 

3. Gravures de l'Histoire de de SUPérès. In-lt ISU, in-4 16i6. (') 

t. Gravures de l'Histnire de Villelte. ITOS. 

5. Nolre-Dame'de- Liesse. Lair pinx. Courbe sculp. ISSO. 

6. Notre-Dîune-de-Liesse. Paris. V" Turgis. Vers 1830. 

7. Gravures de la légende de Notre-Dame-de- Liesse, par Collîn de 

S; Notre-Dame-de- Liesse, mère de grAce. A.-P. Lemallre, graveur- 
éditeur. Imp. Lemercier. 1857. 

9. Gravures de celte Histoire. 1863. 

10. Notre-Dame-de-Liesse. mère de grâce. J, Blondeau et Anlonin deJ. 
et lith. Imp. Alfred Compan. 186Ï. 

g II. — Quelques'uneg des principales circonstances 
de la légende. 

1. Ismérie conduite par le ciel (Dguré par l'étoile) présente la statue 
de Nutre-Dame-de -Liesse à Barthélémy. Enseigne en plomb comme nos 
ancêtres en attachaient à leurs chapeaux au retour d'un pèlerinage. 
XlVa siècle. <•) 



s et 3. Arbre de la Ponlaiae ou de l'emplacement de ri{1iM, au bien 
Arbrei Notre-Dame. Plombs du X1V« «iècle. (") Vojei t. 1, p. i», S7 et 58. 



4 et S. Le mol Liesse en rébus. Plombs du \1V< siècle. Voyei i. I, 
p. 30 et 63. ('; 



6. Barthdltiiiy, pèlerin et petit monument qui recouvra 11 fonUine 
miraculeuia. (') 



T. Barthélémy, pèlerin, arbre prèi duquel la gtatue t'appesantit t 
•(lise qui Tut construite près de eet arbre. XVII' liède. (') 



8. N. Dame -de- Liesse priei pour nous. Quiim. Anges. Les Iroi» 
Cbevaliers. La statue miraculeuie. La prison. 

9. N DamenJe-Liesac. Cuivre. Ange«. Lee Irais Chevaliers. 

10. N. Dame-de-Lieste. Uonlt en cuivre. Au-dessous de la itxitue les 
(rois Chevaliers avec auréole. 

H-19. Médailles ovales. Face : La statue, enlre deux colonnes, est 
soutenue par des anges; légende: N.-D. -de-Liesse, priez pour nous. 
Revers : Les trois Chevaliers, la statue miraculeuse et la princesse lemé- 
rie; au-deseu» de ce groupe l'éloile qui indique l'assistance divine; l'an 
des Gbevnliers et la princesse soutiennent la statue; Ismérïe porte en 
plus les clefe de la prison ; 16gende : Les Chevaliers et la princesse 
Ismérie. 

14-19. Médailles ovales, bordure en festons. Face: Nouvelle statue 
toutenue par des Anges e[ entre deui pilastres. Légende : Ifofre-Came- 
Se-Liait, Uère de grâce. Revers semblable à ceux des médailles précé- 
dentes. Six mndules différents. 1863. 

30. médaillon ovale. Face : Statue de Notre-Dame-de-Ltesse en relie!. 
Revers : Le petit monument qui recouvre la fontaine miraculeuse. 
Légende : Fontaine de N.-D.-âe'Lietse. iiï" siècle. 

il. Chapelle sur le cAentin de Reims à Liesse. Chapelle des Arbres 
Notre-Dame. Lith. C- Pral, à Laon. %n.' siècle. 

lJ-16. Cinq images à peu près semblables i celle dn la page 219 de 
notre premier volume. Anges puur soutenir la statue. ivii< siècle. 



k 



S7. N.-D«me-4t-I,iatt. Vojet I. I, p. 187. 

18. N.-Dame-Je-Lkue. Même graTare que UpricédaBle, mai* iir il< 
moïndrea dimeniiou. 

19. Holn-Damt-^t-Liesie. Deux (randa anfM et doiue Ub» d'iDcu 
aatoar de la italne (upp«rtie par lepl antres l£l«« d'anfM. Aa-denoas, 
prêt d'an bahiitre en pierre, dii péleriB*. EaUe te TotUe et la tUtue, an 
jeniM prêtre en priire. xtoi* aide. 

34. Notn-D am ê de-Lùut. Jtmae de BtmàtviUt înMatt. Mtmdtn 
latlptU. O Même genre qne la précédente. 

31. Voire- 0ame-de-tieMe. A Paris ehe% Bauet. Hême genre qne lei 
n" 30 et 31, 

3S-3S. Hédaillei ovales. Face : La ilatne rapportée par dei anges et 
ptecêe entre deux pilatlre». Légende : iVefre-Oafne-<le-/.Uue prtei pour 
•oiu. ReTera : Vierge immaculée, avec cette légende : Marie confite 
lou pêckê, prie* pour Mout qui «voni recoun à vaut. 

W. Petit médaillnn de forme ronde. La itatue, porUa par des angea, 
e*t imprimée nu' du cliaqoant. Légende : iValre-Daiii*^-Lieaae, prtea 



NOTA. — La plupart des médailles que aona signalerons 
dans les articles 111 et IV oat, elles aoBsi, la statue portée 
par des Anges, et cela en souTenir de son origine miracn- 
leuse. Noos avons préféré ne pas les indiquer ici et les 
classer d'après leur revers, car leur multiplicité aurait 
donné lieu à une confusion à peu près inévitable. 



j III. — Evénements divers. 

N.-D.-de- Liesse. Vojei le reven de 



i Notre-Dtime-dG~ Liasse par 



— 10 — 

U ville d« LaoB, Ion 4e la perte de 166S. Tojei t. Il, p. 19. 







a. Pèlerinage de Louis XIY , d'après La Pointe. T. II, p, S5. 

4. Pélerinafe des PP. Capucins de Laon, d'après Boitelle. T. 11, p. It6. 

5. Pèlerinage de N.-D'-de-Lietu. E. Pimgret. Litk. dtG-Engdmmm. 
La dncbesse de Berry boit de l'eaa de la Fontaine rairacnlease. f) ^^^• 

6. Médaille ovale. Face : Notre-Dame^-Lieue, Revers : JubUé^ 1816. 
7-11. Médailles ovales. Face : N.-D.-de-Liesse supportée pardesanfes. 

Revers : Encadrement de fleurs an milieu duquel on lit : Camnnmêe mt 
nom de S. S. Pie IX, le 48 aont 48S7. 
IS. Médaille ronde. Face et revers comme les précédentes. 

13. Médaille ronde. Face comme les précédentes. Revers : Souvenir du 
couronnement, 48 août SI. f) 

14. Le couronnement de N.-D.-de-Liesse. T. II. 

15. QourownemenX de Notre-Dame. T. II, p. S31. 

IL — GRAVURES ET MÉDAILLES MONUMENTALES. 



S I«r. — Eglise de Uoire-Bame-de-liesse. 

I. — EXTÉRIEUR. 

1. Gravure de l'histoire de de Machault. 1617. (') 
8. Gravure de l'histoire de de St-Pérès. 1646. (*) 

3. Vue de Notre-Dame-de-Lieuej fameux pèlerinage de France, en 
Picardie. Tavemier del. Née sculp. Epoque de la Révolution. (*) 

4. Eglise de Notre'Dame^4e^Liesse. Petite lith. publiée sur une pan- 
carte représentant les églises du canton de Sissonne. f) 

5. Eglise de N.-D.-de-Liesse. Procession de la châsse. Monthelier cl 
Bayot liih. Lith, de Thierry frères. (') 

6. Portail de l'église de N.-D. -de-Liesse. Lecomple- Roger, del. Bâche- 
lier lith. 4854. 



7, Eglùe de SoIre-Dame-de-Lieise. Planche VI du livro inlituléc : 
Antiquités religieuses du diocèse de Soisson$ tl Laon , pnr M. Lequeux 
1S99. 

8, Eglise de N.-D.-de-Litise. T. 1. p. 14». 186Î. 

9. Vveexlérieure de l'église. Mfii. 



1 Ancien aulel. T. !, p. 110. (") 

I. BouoiSe-Lebel iV. Courbe iculpi. 
S. N.'D.-àe'Liase. Delamarre éd. 

i. fl.-D.-de-Liesse. Paris. Pillol. Demi rantaieie. 

5. Notrt'Daine-de-Liesse, Dulemps. 

6. Sotre-Batne-de-Liesse. Léotaud. Lith. Buffet. 

7 et 8. Notre~Dame~de-Liesie. M"» Flavie éd. LM. Baugean. 

9, N.-D.-de-Lieste. M"' C- de Bar del. F' Girard, le. T. [, p. ÎOt. 

10. Médaille ovale. H.-D.-de-Lieste. prie» pour nous. Cette médaille ' 
et la gravure précédenle ont élé éditées par M. Danller, ancien sacristain 
de l'église de Notre-Dame-de-Liesse. 

II. Sanctuaire de N.-D.-àe-Liesse. Ed. Maekereel se. 

12. Hotre-Dame-de-Liust. M" Bouaste-Lehel et C". 

13. Sanctuaire de l'église de tfoIre-Dame-de-Liesse. HUtolre de 
H. Chantre). 

li. Vaedel-OHttl.nB*. 



III.— JUBÉ. 

1. Le maunifique ivbi de Nmlre-I^me-d^Lietu. F. Koreau. Pre- 
fnjèro moitié du xvi]> siècle. ('} Cette gravure est comme celle que ddu* 
aïons indiquée g l«, n° 1, dédiée i Hgr Philibert de Bricbenteau, 
évêque-duc de Laon. 

3, Intérieur de l'ijlise Notre-Dame-de-Lietie. VilUmain lilh. Fig. 
par Bayol. 

3. Jubé de N.-D.-de-Lieate. M"' C, ds Bar del. F' Girard «c- T. I. 
p. SSB. 

A. Médaille ovale. Souvenir du pèlerinage. Revers du n* iO de» repro- 
duclioni de l'autel. 

S. Vue du jubé. 186S. 



s 11. — Statue de Nolre-Dame-de-Lieste. 

Dans cet article nous indiquons les gravures et, médailles 
tjui reproduisent la statue de Notre-Dame-de-Liesse et 
que le manque de caractères particuliers ne nous a pas 
permis de placer dans les articles précédents. Plusieurs 
de ces gravures et médailles représentent certainement la 
statue telle que ses différents babillements l'offrirent 
aux yeux k diverses époques ; mais la plupart, les 
modernes surtout, ont été éditées sans grand souci du 
plus ou moins de ressemblance. Cependant elles portent 
)e nom de Notre -Dame-de-Liesse ; presque toujours elLet 



— 14 - 

se rapprochent du type réel d'une n 

NoQS avons cm ne fM devoir les passer sons silence. 



b portast *■ reven U date )ttl. O 



t. notre-Dame-de-Lieste. L.Gaiittier.C«iiinieDeciiieDtduI'ru**ièclc-0 

i. SUtue de l'hiitoire de de Nichanlt. 161T. f) 

S. Proutiipicc de l'hûloire de F. Bubier. IGIB. (*) 

S. Cauta KOcJrB Lalitia. Fronlispice de l'biitoire du P. de Cirûiert. 
iSM-O 

7. JVotfre-DanK-de-Zieue. £a anfririe de ffetfre-Asme-tlc-LMWC.- 
1137. O 

S. tf .-D.-de-i,ieue. Berlroad. (') 

e. /nujra mtraeiiliMa de UUiliâ. GtppfubeTg. Allât Mar. III. S4. (') 

lOelU. FroaUspieet de* deux bUtoJreidedeSt-Pérè*. 16U et 16*6. (') 

It-tt. Hédailloiu avec eacadrementi dUttreots et itatne* colonie*. 
UI'Mècle. 

15. NoIre-Donie^-LieMt. Guérir Ut iieer» maux fui délnnieiU U 
CVTpt... ReitaDTaliDD. 

16. Kolre-DatK^^Litue. P»rit, ekti PiUet. 

17. Fwtle à S.-D.-de-Liate. Image. C. Bertio, éditeur. 

18. N'-D'-Jt'Lieut, lnn(e. Tro'j péleriiu 1 (enoni. 



— IS- 
IS. Sf*D*'éê'Lie$t€, Cinq pèlerins et un eoftint. 
20. N.'D.'de-Liesse. De la fabrique d^Hure%. Cambray. 

21 et 23. Deux grandes imafes coloriées de la fabrique 4ê Pellerin. 
Spinal. 

22 et 23. Deux grandes images coloriées. Imprimerie, liikoçraphie et 
fabrique à^ images de Dembaur et Gangel, à Met%. N^* 19 ai 7t. 

24. Notre-Dame-de-Lieise. Paris. Codoni. Lith. H. Janin» 

25. N.'D.-de-Lieste. Paris. Lith. Vayron. 

26. Notre-Dame-de-Liesse. Lith, Nouvian à Met%. 

27. Notre-Dame-de-Liesse, mère de grâce. 

28. Notre-Dame- de-Liesse, mère de grâce. A.-F. LemUtire. Imp. I#m. 
29-37. Médailles ovales. Notre-Dame-de-Liesse, mère de grâce. Revers: 

Vierge immaculée avec la Légende : Marie conçue sans péché... 

38. Notre-Dame-de-Liesse, mère de grâce. M^* Clavel, éditeur. Lith. 
H. Jannin, à Paris, 

39. Notre-Dame-de-Liesse. T. I. Frontispice. 

40. Notre-Dame-de-Liesse. T. 11, p. 308. 

41. Notre^Dame-de-Liesse, mère de grâce. Image en relief. 

§ III. — Monuments divers. 

1. Calvaire sur le chemin de Chivres à Liesse. Lith. C- Prat, à Laon. 

2. Calvaire sur la route de Laon à Liesse. Lith. C. Prat, à Laon. 

8. L'ermitage élevé par M. Billaudel, à Liesse. Lith. C. Prat, à Laon, 
T. II. p. 177. 

4. Médaillon. Face : Statue de Notre-Dame-de-Litssi. Revers : Calvaire 
de N.-D.-dcrLiesse. Le calvaire qui se trouve près de la fontaine 
miraculeuse. 

5, Médaillon. Face: Statue de N.-D.-de-Liesse. Revers: Fontaine 
N.-D, -de-Liesse. 

Nous indiquerons ici quelques-unes de ces nombreuses 
(fravures décorées du nom de N.-D.-de-Lietse et qui ne 
rappellent que de très-loin les principales lignes architec- 
toniques de l'autel. 

1. N.-'Dmné'd^Liesse. En haut de la gravure: iV» iiS. Pin de l'empire. 

2. Notre-Dame^e-Liesse. Réduction de la gravure précédente. 

3. Notf-Dame^de-Liesse, Restauration. 

4. Image. Notre-Dame-de-Liesse. 

5. N^^*-D°'*-de"Liesse. Lambert fecit. 

6. Notre^Dame-dê-Liesse. A Paris, che% Maesani. 

7 et 8. iV^olre-J>ame-de-Zrtefse. A Paris, che% PUM. In-8 et in -12. 



9'16. Suit imaps. Solre-Dame-de-Lieat, prtci pour noui. A Parit, 
ehei Pillât.... 

IT-M. NoIre-Dame-dtLietst. Parit. Codoni. Uth. H. Jmnin. 

S3. Fantaisie. No$tre-Dttme-de-Liesat. YioUet-Leduc iav. P. Btaa- 
ehart. Mutpf. 

III. — MÉDAILLES DE COIfFRËRIBS. 

Ce sont les plus belles médailles qui aient été frappées 
en l'honneur de Notre-Dame-de-Lïesse, Les plus anciennes 
furent portées par les personnes qui étaient en même 
Temps confrères de Notre-Dame-de-Liesse et de la Passion. 
Elles oin^nt d'un côté Notre-Dame-de-Liesse et de l'autre . 
im christ crucilié ; génénilement le christ est entouré des 
attributs de la pasùon Les unes affectent la forme d'une 
croix ordinaire. 



Nous en connaissons nix de ce type. D'antres ressemblenl 
aux croix de l'ordre du Saint-Esprit, ordre fondï par 
Henri III, en 1578. 



- 48 — 

Une autre, possédée par M. Leroux, de Corbeny, est 
de forme ovale et la légende : DAME DE LIESSE est gravée 
sur une espèce de grand nimbe entourant la tète de la 
Vierge. M. Blaireau, curé de Montcbâlons, nous a donné 
un reliquaire ouvrant, portant d'un côté Notre-Dame-de- 
Liesse, de l'autre un crucifix. M. Hidé, de Laon, possède 
un reliquaire de même genre, seulement, au revers, ao 
lieu du crucifix, c'est N. S. portant sa croix. Enfin, dans 
ces derniers temps, on a coulé en stuc colorié deux petits 
médaillons représentant d'un côté Notre-Dame-de-Lîesse 
et de l'autre un christ crucifié. 

Les confrères de Notre-Dame-de-Liesse eurent aussi k 
leur usage, et sans doute comme signe de distinction dans 
les processions, des médailles en forme de croix du Saint- 
Esprit. D'un côté elles portent Notre-Dame-de-Liesse et de 
l'autre un Saint-Esprit. 

Au musée de Cluny, dans une des vitrines, nous avons 
aperçu une très-belle médaille de Notre-Dame-de-Liesse, 
modelée sur ce type. Elle est couverte d'un riche émail 
bleu. La Vierge est semblableàceUedelamédaiUeno3,§II. 

Les Confrères du Saint-Sacrement et de Notre-Dame-de- 
Liesse avaient, eux aussi, leurs médailles, mais beaucoup 
moins belles, beaucoup moins grandioses. Nous en possé- 
dons quatre qui ne datent guère que du xviF siècle. Elles 
ont toutes quatre la forme ovale et présentent d'un côté 
Notre-Dame-de-Liesse et de l'autre un ostensoir rayonnant, 
à droite et à gauche duquel braient deux lampes. Une 
autre médaille, faisant partie de la collection de M. Hidé, 
présente deux anges adorateurs an lieu de lampes. 

IV. — MÉDAILLES ET GRAVURES DE NOTRE-DAME-DE-LIESSE 
SERVANT ÉGALEMENT A D'AUTRES PÈLERINAGES. 

A quelque distance de Notre*Dame-de-Liesse, sur le 
chemin le plus fréquenté par les pèlerins de la Picardie et 
du nord de la France, au pied de la montagne de Laon, se 



— Ï9 — 
trouvait Je ricbe monastère de Montreuil-sous-Laon. Avant 
la Révolution, ce monastère possédait une précieuse 
relique, une antique et fidèle copie de la sainte Face de 
N. S. Jésus-Christ, telle qu'on la vénère à Rome. Bien peu 
de pèlerins qui vinssent à Liesse prier Notre-Dame, sans 
consacrer quelques heures à adorer l'auguste face de 
notre Seigneur. Aussi de nombreuses médailles furent 
frappées, qui offraient au pieux voyageur le souvenir des 
deux pèlerinages, et lorsqu'après la tourmente révolu- 
tionnaire l'insigne relique fut déposée dans la cathédrale 
de Laon, les pèlerins continuèrent, comme par le passé, 
à faire les deux stations, et comme par le passé aussi on 
4'ontinua à frapper des médailles qui présentaient d'un 
cbtë N.-D. -de-Liesse et de l'autre la sainte Face. 



La DomeDclature de ces médailles serait beaucoup trop 
longue. Qu'il nous suffise de dire qu'en ce moment nous 
en connaissons déjà plus de quarante types différents, et 
nos recherches ne viennent, pour ainsi dire, que de 
commencer. 

Les marchands de Liesse parsemaient aussi leurs bou- 
quets artificiels d'espèces de médailles en papier, portant 
d'un côté Notre-Dame>de-Liesse et de l'autre la sainte Face. 
Les deux gravures que nous donnons ici sont une repro- 
duction exacte d'anciens cuivres, au moyen desquels on 
tirait à la fois pluuMirs de ces médailles d'un nouveau 
genre. 



Les pèlerins de la Champagne, de leur c6té, faisaient 
volontiers en même temps le pèlerinage de Saint-Hubert 
et celui de Notre-Dame -de-Liesse. De là ces médailles qui 
présentent d'un c6té l'effigie de ce saint et de l'autre celle 
de Notre-Dame-de-Lîesse. Nous en connaissons cinq types 
diff'érents, dont trois datent d'avant la Révolution et dont 
les deux autres sont plus récents. 



V. — MÉDAILLES ET OBJETS DIVERS SE RATTACHANT 
AU PÉLERIHAGE. 

Nous indiquerons d'abord ce piédesUl dont M. Prinux a 
bien voulu nous communiquer le cliché. 



Il est en plomb, sur son pourtour estgravé : Vesi (voici) 
Ifotre-Dame-de-Liense , et sur le point culminant s'élevait 
très-probablement une statue de Notre-Dame-de-Liesse. 
Cette statue n'a pas été retrouvée en même temps que 
le Bocle. 



Trois médailles ovales oITrent d'un câté Notre-Dame-de- 
Liesse et de l'autre une Ste-famille, au-dessus de laquelle 
plane un St-Esprit. La plus ancienne des trois, plus grande 
que celle dont nous donnons ici l:i gravure, présente de 
chaque côté de Notre-Dame un ange en prière, la tête 
couronnée de la Vierge est surmontée d'une large cou- 



ronne et au bas de la médaille est une tête d'ange aux allés 
éployées. La troisième, à peu près semblable à la gravnre, 
nous a été donnée par M. Rappelet, aumônier de l'école 
normale de Laon. 



Trois autres médailles ofTrent sur la face Notre-Dame- 
de-Liesse et au revers N. S. Jésus-Christ. Celle qui est 
représentée ici a été gravée par un orfèvre de Liesse, car 
elle porte la marque de l'ancienne corporation des orfèvres 
de ce pays, une petite hache sans manche. (') La plus 
ancienne et en même temps la plus grande, présente 
Notre-Dame dans un encadrement ogival. La tête du 
Christ est couverte d'un nimbe circulidre dont le champ 
est plein. {') La troisième, la plus petite des trois, offre sur 
la tête du Christ un nimbe circulaire transparent coupé 
par la croix, symbole de la divinité. (') 

Une médaille porte au revers l'efflgie de Sainte-Hélène 
tenant d'une main la croix et de l'autre les trois clous. Ne 
serait-ce pas parce que la fête de l'exaltation de la Sainte- 
Croix tombe quelques jours seulement après la fête patro- 
nale de Notre-Dame-de -Liesse et sert à déterminer le jour 
de la fête civile ? {") 

Une autre offre au revers un très-beau buste de moine. 
Son capuchon est rejeté sur les épaules, il lève les yeux 
uu ciel et presse une croix sur sa poitrine. {') 



— sa- 
une autre est découpée à jour ; au bas, sur la face, est 
écrit : LIES ; et sur le pourtour ANNA. JOSEPH. JESVS. 
MARIA. ; et au revers : LOVÉ SOIT LE TRÈS S. SACRE- 
MENT DE L'AVTEL. (*) 

Enfin nous connaissons encore plusieurs statues de 
Notre-Dame-de-Liesse, en forme de triangles très-aigus. 
Elles peuvent à volonté se tenir debout sur un petit pié- 
destal, ou bien être suspendues par un anneau en guise 
de breloques. 

Nous ne pouvons terminer sans donner une mention à 
ces curieuses bouteilles à figures que Ton fabrique et que 
Ton vend à Liesse de temps immémorial. Elles renferment, 
suspendues dans Teau à des globules de verre, mille sujets 
différents : c'est N. S. crucifié, c'est la main qui lui donna 
un soufflet, la lanterne qui guida les soldats, la sainte Face 
imprimée sur le voile de la femme pieuse, Téponge, la 
lance, les clous, le soleil qui se voila, le bassin dans lequel 
Pilate lava ses mains, les pièces d'argent, etc., etc., tout 
cela représenté grossièrement en verre colorié. Les glo- 
bules de verre^ dont la pesanteur est de beaucoup moindre 
que le volume d'eau déplacée, montent à la surface, entraî- 
nant après elles une partie de ces objets ; les autres glo- 
bules, un peu moins dilatées, tendent, elles aussi, à mon- 
ter, mais le poids des objets les retient et il y a de cette 
façon double spectacle, double étage de curiosités. Les 
fabricants de Liesse prétendent, de père en fils, qu'eux 
seuls connaissent le secret d'enfermer hermétiquement un 
liquide dans une bouteille close à la lampe d'émailleur, 
comme si les niveaux à bulle d'air et tant d'autres instru- 
ments de physique et de chimie ne présentaient pas pour 
leur exécution des difficultés bien autrement sérieuses. 



— 24- 



DEUXIEME SEANCE, 

(18 Novembre 1862.) 



Présidence de M. €î>. /leur^. 

Le procès- verbal de la dernière séance est lu et adopté.] 

M. le Président communique à la Société une lettre de 
. Fillette, secrétaire, qui, ne pouvant assister à la réunion 
de ce soir, l'informe qu'au sortir de la dernière séance, 
M. Melleville est venu à lui pour lui déclarer qu'il cessait de 
faire partie de la Société, et le prier de le rayer de la liste des 
membres titulaires. La Société, en recevant cette démission, 
ne peut pas ne pas remarquer qu'elle est donnée d'une façon 
assez insolite. 

M. Marville fils, de Trosly-Loire, écrit à la Sbciété pour la 
remercier de sa nomination comme membre correspondant, 
et promet pour cette année une notice historique. 

Il est également donné lecture d'une circulaire du direc- 
teur des cercle et agence générale des Sociétés savantes et 
littéraires, offrant ses services à la Société. 11 est décidé qu'il 
ne sera pas donné suite à cette demande. 

Ouvrages reçus depuis la dernière séance. — Travaux de 
l'Académie impériale de Reims, 33« et 34' volume. — Le 
Contrat entre l'Eglise et les Gouvernements , par Eugène 
Gonel. — Annales de l'Académie de Maçon, tome IV, 2<^ partie. 
— Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, 
3« année, i" trimestre 1862. — Mémoire de la Société de 



- 85 - 

Cambrai , tome XXVI, 4* partie, tome XXVII, 2« partie. —Histoire 
d'Abbeville et de Hallencourt, par Ernest Pharon. — Tome III, 
S'^ série de la Société académique de St-Quentin. Travaux de 
1860 et 1861. — Mémoire de l'Académie impériale de Caen. 
Travaux de 1861 . ~- Bulletin de la Société d'agriculture de 
la Lozère, juillet 1862. — Bulletin de la Société d'agriculture, 
sciences et arts de Valenciennes^ août 1862. 

M. ÉD. Fleurt donne lecture d'une notice de M. Gomart 
sur le Gâtelet et ses sièges. 

Les fleuves, les rivières, ont été le plus souven tadoptés 
pour limite des Etats et des Provinces ; mais on ne s'est pas 
toujours contenté de ces frontières naturelles et leurs 
rives ont été le plus souvent hérissées de forteresses desti- 
nées à les mettre à l'abri des invasions de l'Etat voisin. 

L'Escaut a longtemps servi de limite entre les Etats du 
Gambrésis et la Picardie (c'est-à-dire entre la France et 
l'Espagne); et cette situation intermédiaire sur une frontière 
où la guerre était à l'état permanent, a motivé la construction 
de nombreux châteaux-forts, bâties au moyen-âge sur [les 
bords de ce fleuve, entre Saint-Quentin et Cambrai, tels que 
les châteaux de Beaurevoir, Gouy, Le Gâtelet, Honnecourt, 
Vaucelles, Crèvecœur, Marcoing, etc. 

Le fort du Gâtelet, un des derniers châteaux élevés sur cette 
frontière (puisqu'il date de 1520), est celui qui a eu l'exis- 
tence la plus agitée par les guerres, les surprises et les sièges 
qu'il a supportés, jusqu'au moment où son maintien étant 
devenu inutile, il a été renversé par la main puissante de 
Louis XIV. 

Notre intention est de faire connaître les circonstances qui 
ont précédé et motivé la construction de cette forteresse, de 
rapporter sa courte et belliqueuse existence et sa fin préma- 
turée ; mais auparavant il ne sera pas intérêt d'examiner quel 
avait été le rôlç de cette localité dans des temps plus anciens. 

L'Escaut, qui a longtemps servi de frontière à la France du 

10 



ées, puis le codl 
vers Fins, la vè| 




— 26 -^ 

côté de la Frandre, a dû être ancieanement la limite entre 
Pagus Cameracensis et le Pagus Viromandensis, L'étude de^ 
circonscription des évéchés de Cambrai et de Noyon nous i 
fourni la meilleure preuve. En effet» la ligne séparative enî 
ces deux évéchés emprunte la voie romaine de Bavay 
Saint-Quentin, depuis Prémont jusqu^à Estrées, 
de TEscaut jusqu'à Cologne, et de Cologne 
d'Arras, ce qui nous fait connaître que le Pagus Camerele\ 
comprenait, sur cette frontière , Villers-Ghislain , Honnecoui 
Vendhuîle, Gouy, Beaurevoir, Serain ; tandis que le PaÀ 
Veromanduorum était borné par Heudicourt, Epchy, Roolx^ 
soy, Bellicourt, Estrées et Prémont. 

M. Piette, dans la Notice statistique qu'il a publiée sur le 
ton du Câtelet, rapporte que la colline, située sur la ri 
droite de l'Escaut, en face le château du Câtelet, passe, it 
le pays, pour être l'emplacement d'une vieille Cité, à laqui 
la tradition a conservé le nom du Hénois (i). 

Cette colline, qui s'incline vers la vallée de l'Escaut, 
bornée à TEst par la route de Cambrai, au Sud par la Chm 
des Géants (2) qui vient de Beaurevoir, à l'Ouest par la fen 
d'Hargivalet les carrières de Vendhuille, et au Nord par 
territoire des fermes de Pienne et de la Terrière. 

Si l'on peut discuter le degré de confiance que doitinspij 
une tradition aussi ancienne, on ne peut élever aucun doi 
sur l'existence, en ce lieu, sinon d'une ville, du moins d'| 
établissement important dans les siècles passés. Le sol, s| 
une étendue de dix hectares, est couvert de nombreux débi 
évidemmentromains; Tantiquaire le moins expert ne saurait 
méprendre. Ce sont principalement des tuiles , des fragmei 
de poteries, des médailles, quelques morceaux de marbi 

(1) Ce canton, du plan cadastral de la commune de Gouy, est désigné sol 
le nom de lieudit : le Hénois. 

(2) Voir le plan des objets contentieux entre MM. les abbés du Mont-SainI 
Martin, d'une part, et MM. du Câtelet et du Troncquoy, réglés par sentent 
arbitrale du S5 février 1763. -- Etude de M* Hachet/ géomètre à SalnlnT 

Quentin. 



Ile 



— 27 — 

des puits, des caves, des fondations et des restes de voûtes. 
Les débris de tuiles couvrent toute la superficie du sol. On en 
rencontre souvent de grandes et fortes encore entières ; elles 
ont de 36 ù 40 centimètres de longueur sur 22 à 25 de largeur. 
Quelques-unes sont cambrées, d^autres sont plates et portent 
généralement un bourrelet à chaque bord. Dans certains 
endroits, surtout près d'une carrière ouverte à peu de dis- 
tance de la grande route, on en trouve des amas considérables 
mêlés à des couches de charbon et à d'autres vestiges 
antiques. On a cru reconnaître aussi au même endroit les 
fondations d'une épaisse muraille se dirigeant de l'Ouest au 
Nord. 

Des fragments de poteries se remarquent également en grand 
nombre à la surface du sol. Ils présentent une variété de forme 
vraiment surprenante et paraissent, pour la plupart, avoir 
appartenu à des vases d'un travail élégant; leur couleur est 
généralement rouge, grise et noire. Tous conservent, malgré 
leur vétusté, un vernis très-délicat. 

Les médailles se trouvent aussi quelquefois à la superficie 
du terrain, mais le plus souvent c'est la culture qui les met à 
découvert ; on en a trouvé de différents modules, en bronze 
et en argent. Les plus communes sont de grands bronzes 
appartenant au règne d'Ântonin le Pieux, c'est à dire à l'an 
438 de notre ère. 

Un endroit du coteau porte le nom de Terre-à-Argentf à 
cause de la quantité de monnaies qu'on y découvre fréquem- 
ment. 

Quant aux vestiges de constructions, rien ne parait au-dessus 
de la terre, si ce n'est quelques pierres isolées. Mais pour 
peu que l'on creuse, on rencontre des fondations dont on 
pourrait suivre les lignes et, par ce moyen, déterminer la 
forme des bâtiments dont ils faisaient partie. Le soc de la 
charrue qui laboure ces champs heurte à chaque pas tantôt 
des pierres énormes qu'on n'enlève qu'avec de grands efforts, 
tantôt des restes de murailles que le cultivateur s'empresse 
de démolir pour que rien n'arrête ses travaux ; à diverses 



— 28 -^ 

époques on a trouvé des fours parfaitement conservés et qu'on 
a démolis, des caves dans lesquelles les chevaux des labou- 
reurs se sont enfoncés, et dont on a rebouché l'ouverture sans 
y faire la moindre fouille. 

MM. Tabary, du Câtelet, y ont trouvé, en faisant cretiser un 
puits pour leur usine en 1857, des armes, des clefs et des 
débris de vases. 

Enfin, sur bien des points de ce vaste coteau, les travaux de 
homme s'y décèlent^ soit par des traces extérieures, soit par 
es soufflures ou des affaissements de terrains, et Ton ne sau- 
rait douter que des fouilles qu'on y conduirait avec discerne- 
ment, n'amenassent quelque découverte, qui, peut-être, ferait 
cesser l'état d'incertitude qu'on éprouve à la vue de tous ces 
débris, oubliés là depuis tant de siècles. 

Les restes de fondations, les caves, les urnes et les mon- 
naies romaines trouvées sur toute l'étendue de la colline du 
Hénois, montrent évidemment qu'il existait en cet endroit un 
ancien établissement. 

Deux rideaux peu élevés, mais d'une étendue de plusieurs 
centaines de mètres, et séparés entre eux par une distance de 
sept cents mètres environ, traversent l'étendue de la colline ; 
la régularité de leur disposition, la nature des matériaux qui 
les composent en grande partie, laissent deviner d'anciens 
retranchements, qui devaient limiter l'établissement au Nord et 
au Sud. Ces deux extrémités se distinguent encore par deux 
dénominations qui peuvent présenter quelque intérêt; le lieu- 
dit qui avoisine le rideau septentrional est désigné sous le 
nom de la Carionneriey et il existe au-dessous du rideau méri- 
dional un groupe de trois ou quatre maisons qui a conservé 
le nom de Faubourg et qui correspond parfaitement à l'entrée 
que l'ancienne ville du Hénois devait avoir sur ce point. 

La voie romaine de Saint-Quentin à Cambrai passait sur la 
colline du Hénois. C'est a Cologne, dont le nom indique assez 
l'origine romaine, qu'elle se détachait de la grande voie mili- 
taire de Reims à Arras (celle-ci nous parait la plus ancienne, 
parce qu'elle est la plus directe). Le récent défrichement du 
bois de Cologne a démontré par les nombreux matériaux, les 



— 2» — 

grandes tuiles , les meules à bras, les médailles romainos 
mises à jour par la charrue, toute la valeur historique de la 
station de Cologne. 11 est donc bien démontré aujourd'hui que 
la voie romaine de Saint-Quentin ù Cambrai au lieu de se diri- 
ger, comme le dit dom Grenier (4), par le Tronquoy, Magny- 
la-Fosse, Nauroy, Gouy, Crévecœur, empruntait la ligne de 
Saint-Quentin à Arras jusqu'à Cologne et que de ce point elle 
se dirigeait sur Cambrai par Bony, le Câtelet, Pienne ej; 
Crévecœur. 

En suivant pas à pas cette ancienne chaussée, on reconnaît 
son empierrement, qui est encore apparent entre la bifurcation 
de Cologne et la ferme de Quennemont. De cette ferme la 
voie se dirige vers Bony et de là vers le bourg du Câtelet, où, 
d'après sa direction, elle devait passer un peu à gauche de 
l'emplacement sur lequel a été bâti, au xvp siècle, le fort du 
Câtelet ; puis elle traversait l'Escaut au-dessous du passage 
actuel, à peu près vers le lieu où MM. Tabary ont élevé leur 
usine en 1857, et elle reprenait immédiatement sa direction 
rectiligne vers la ferme de Piennes en traversant la colline du 
Hénois. 

Les traces de cette chaussée sont presque.effacées dans le bas 
du coteau ; on ne peut plus guère juger de sa situation qu'aux 
nombreux débris siliceux que sa destruction a laissés sur le 
sol; mais dans la partie supérieure, sa direction, son exhaus- 
sement au-dessus du terrain naturel sont parfaitement visibles 
sur plusieurs points, jusqu'auprès de Pienne, où elle n'offre 
plus aucun doute. 

Ne peut-on pas, à de tels indices, supposer sans trop d'in- 
vraisemblance que le Hénois était une ville romaine, ainsi que 
le rapporte la tradition. Quelle fut son importance dans ces 
temps reculés ? Quels événements s'y passèrent? Quelle fut 
l'époque de sa destruction ? C'est ce que l'absence totale de 
toute espèce de document ne permet pas de déterminer 
aujourd'hui avec quelque probabilité ; cependant l'aspect des 

(1) Introduction à VHistoire de Picardie, un volume in-4o, chapitre 234, 
page 46 . 



-30- 

lieux fait croire qu'elle a été livrée au feu . Est-ce aux barbares 
qu'est dû ce désastre? 

L'histoire, qui a couservé le souvenir de quelques événe- 
ments des temps les plus éloignés, ne nous dît rien de Tan- 
cienne ville du Hénois; la tradition seule ne nous en a apporté 
qu'un nom incertain. Un voile obscur, qu'il paraît difficile de 
soulever, couvre à la fois son origine, son existence et sa fin. 
Quelques débris seulement attestent que les Romains ont 
habité ces lieux. 11 est permis de supposer que les habitants 
du Hénois, après que leurs maisons eurent été détruites, ont 
abandonné la colline où ils étaient exposés sans défense aux 
invasions des barbares et qu'ils sont venus se cacher dans les 
marais derEscaut,vers Gouy, ou dans les forets deBeaurevoir. 

Lorsque les traces des villes s'effacent comme celles des 
hommes^ c'est à l'archéologue, à l'historien de les signaler et 
de lier le passé avec les temps modernes, eu rattachant à l'his- 
toire les pages que l'ignorance a arrachées à ses fastes. 

Le territoire du Câtelet, comme nous le verrons ci-après, 
n'est qu'un démembrement du terroir de Gouy, fait à l'époque 
de la construction de la forteresse. Ce village, situé sur la 
frontière du Cambrésis, avait un château-fort dont les pre- 
miers comtes de Cambrai ont quelquefois pris le nom. 

Une ancienne chronique, citée par M. Leglay (1) dans ses 
Notes sur Baldéric, rapporte que le château de Gouy a été 
'*ebâtî en 1093 par un chevalier nommé Amouris. 

f C'était un lieu respectable sous nos premiers comtes héré- 

> ditaires du Vermandois. Il avait une tour ou forteresse con- 

> sidérable sur l'Escaut, près de l'église qui défendait l'entrée 

> de cette partie du Cambrésis, dont l'étendue s'approchait 

> bien près de la chaussée Brunehaut, qui divisait les pro- 

> vinces du Cambrésis et du Vermandois, aussi bien que les 

> diocèses de Cambrai et de Noyon. > 

Le château de Gouy, bâti par les comtes de Cambrai, pour 
tenir le passage de l'Escaut, était mal placé au point de vue 
de la défense de la France, puisqu'il était assis au-delà de ce 

{i)Chron.cam. par Baldéric, publiée par M. Leglay. i83i, liber i. Gbap. XCV . 



— 31 — 

fleuve. Aussi François I«% au moment où sa rivalité avec 
Charles d'Autriche donnait le signal de longues guerres qui 
déchirèrent l'Europe pendant la durée du xvi« siècle , désirant 
protéger plus efficacement sa frontière de Picardie, donna 
à Jean d'Estrées, en 1520 (1), mission d'élever une forteresse 
pour défendre le passage de l'Escaut. Le nouveau fort, tracé 
sur le territoire de Gouy, fut placé dans une position militaire 
diamétralement opposée à celle qu'occupait l'ancien château. 

Celui-ci avail été hâti sur la rive droite de l'Escaut, c'est à- 
dire dans le but de se servir du fleuve comme moyen de 
défense contre la France. Le nouveau Câtelet, placé par Jean 
d'Estrées sur la rive gauche de l'Escaut, fut assis sur la partie 
du territoire de Gouy qui, tout à la fois, domine la route de 
Saint-Quentin à Cambrai et tient le passage de l'Escaut. Le roi 
n'eut qu'à prendre sur la main-morte sans désobliger per- 
sonne (2), carie terrain sur lequel la forteresse (ut construite 
avait été donné par les comtes de Yermandois au Chapitre de 
Saint-Quentin qui, à son tour, l'avait cédé par échange à l'ab- 
baye du Mont-St-Martin. 

Le nouveau château bâti par Jean d'Estrées, fut appelé le 
Castelet'lèS'Gouy, pour le distinguer du Castelet,prèsPéronne, 
il fut tracé suivant le système de fortifications de l'époque, c'est- 
à-dire sous la forme d'un carré, flanqué aux quatre angles 
de bastions faisant saillie de vingt-cinq mètres en avant des 
courtines, de manière à en défendre l'accès. Le carré princi- 
pal, d'une forme à peu près régulière, mesure intérieurement, 
d'une courtine à l'autre, une largeur de cent soixante quinze 
mètres, soit une surface de trois hectares environ, sans y 
comprendre l'espace occupé par les bastions. Mais en y com- 
prenant l'intérieur avec les fossés extérieurs, il mesure huit 
hectares, trente-quatre ares, quatre-vingt-neuf centiares de 
contenance cadastrale. 

(1) Jean d'Estrées, seigneur de Valieu, de Gœuvres, chevalier de Tordre du 
Roi, devint Maître et Capitaine de l'artillerie de France en 1552 ; il épousa 
Catherine de Bourbon dont il eut Ànthoine d'Estrées, marquis de Cœuvres, 
père de la belle Gabrielle . 

(S) ifém. du Vermandots^ par Gollietie. T. II, p. 399. 



- 3* — 

Le plan de cette forteresse a été représenté bien soutcdI. 
On le trouvera : 

i« Dans la CollecHan du maréchal ê*Huccelles. (Bibli. imp. 
Estampes). 

2o Dans l'ouvrage de Tassîn, 4638. Plans et profilz des prin^ 
cipales villes de la province de Picardie^ p. 42 et A3. 

30 Dans la Topographie de la France^ par Merîaen, 1. 1, p. SO. 

4* Dans les Plans manuscrits des places fortes de Picardie en 
1611^ par Le Muet (1). 

5« Dans Les Triomphes de Lovis-le-Juste^ par Jean Valdor. 
Paris 1649, page 91 . 

Co Dans les Glorieuses conquêtes de Louis-le-Grand^ par Beau- 
lieu. Deux gravures de Tépoque représentant Le plan et gau- 
vernement du Castelet^ en Picardie^ assiégé et repris d'assaut par 
t armée du Roy^ commandée par M. du Hallier, le H^ septembre 
1638. (Calcographie du Louvre, n^ 2503 et 2504). 

7* Dans un Recueil des plans des places fortes de Flandre et de 
Picardie^ dressé en 1580 par le chevalier de Clairville (2). 

Dans tous ces plans, le fort du Câtelet présente la même 
figure, c^est-à-dire qu'il a à chaque angle un bastion avec son 
cavalier. Mais après 1636, on trouve la demi-lune St-Quentin 
syoutée en avant de la porte du fort, de manière que, pour 
entrer dans le château, il fallait passer par la demi-lune, dé- 
fendue par un fossé avec pont-levis et palissades placés en 
travers de la route. 

Les quatre bastions ne portent pas les mêmes noms dans 
tous les plans que nous venons de citer. Ainsi le bastion du 
sud-est est nommé tantôt d'Estrées^ tantôt de Vendosme^ 
tantôt du Roy 9 tantôt du Bourg. — Le bastion du sud-ouest 
est appelé de Vendosme^ d'Estrées^ de la Roussillière. — Le 
bastion du nord-ouest, bastion de Navarre^ de Bony^ de La 
Fontaine. — Le bastion du nord-est, bastion du Bourg^ de 
Vendosme. 

Après la construction de cette forteresse, Jehan d^Estrées en 
devint premier gouverneur, et cette position le mit à mente 

(1) Bih. de VArsenalf n» 494 bis. 

(t) Bibl. imp. Estampes. Un vol. in-fol. I. D. 10. P. 5t. 



-Sa- 
de s'approprier tout le terrain a(tjacent aux murailles et sur 
lequel on avait posé et taillé les matériaux. Il s'en fit un patri- 
moine qui ne fut pas revendiqué par les relî^eux du Hont- 
St-Hartin,atorspourlaplupart éloignés de leur monastère (1). 
n loua ces terrains ; des habitations s'y élevèrent et l'on vit 
se former, à l'abri du fort, un petit bourg avec manoir, cen- 
sives, héritages et juridiction seigneuriale. Peu de temps 
après, Jeban d'Estrées ayant obtenu de la couronne son gon- 
vemement en fief, droitura sa mouvance pour s'affermir 
plus solidement en sa possession (2), et il présenta en 1S34 un 
dénombrement qui ne fut point contesté. Voilà comment le 
Câtelet, démembré do terroir de Gouy, devint juridiction sei- 
gneuriale , et forma en peu de temps un bourg important, 
par suite des nombreuses habitations qui se groupèrent à 
l'ombre du château. 

Toici les armoiries de Jean d'Estrées, premier seigneur du 
Cdtelet II portait : ^argent fretlé de sable, au chef d'or, chargé 



ARNEe DU BOURG DU C&TELET, AU \W SIECLE. 



(1) Mim. du Ferm., par ColUetle, t. II, p. AOO. 

(1) \*t Mém. du Verra., par Cullietle, t. [I, p. 1S9, diMnt ISTt. 



— 84 — 

de trois merlettes de sable. Nous avons trouvé ses armes figu- 
rées sur un ancien plan du Câtelet et nous les donnons ici en 
y ^joutant la couronne murale. 

L'histoire du Câtelet est muette jusqu'en 4557; à cette 
époque le roi d'Espagne, qui venait de s'emparer de Saint- 
Quentin, ne voulut pas laisser derrière lui une forteresse 
occupée par les Français, et, pendant qu'il s'avançait vers 
Ham, il détacha un corps d'armée avec de l'artillerie sous les 
ordres du comte d'Aramberg (autrement dit le Brabançon)^ 
pour faire le siège de cette place. Le fort du Câtelet était alors 
commandé par le baron de Solignac (i). 

Le général espagnol investit la place vers la fin d'août 4557 ; 
îl campa mille à douze cents chevaux le long du cours de 
l'Escaut, depuis l'abbaye du Mont-Saint-Martin jusqu'à 
Vendhuille. Au-dessus du Mont-Saint-Martin, vers le Câtelet, 
il échelonna trois régiments allemands : Monichuissen avec 
dix enseignes, et, sur le chemin de Saint-Quentin, du côté de 
Bony, le régiment de Poris-Vanholf, composé de sept enseignes 
et d'une batterie de quatre pièces de canon ; enfin le régiment 
de Claes-Holstat, composé de sept enseignes, prit son campe- 
ment vers Maquincourt ; c'est aussi sur le revers de ce pla- 
teau qu'il arma une batterie de vingt-et- une pièces de canon 
qui tirèrent contre la courtine ouest et les deux bastions 
de Vendôme et de Navarre avec uns furieuse et admirable 
empéte. 

Le gouverneur du Câtelet avait promis au duc de Nevers 
de garder cette citadelle tant et longuement que Dieu lui prête- 
rait la grâce^ et d^éprouver le dernier danger ^ avant de succom- 
ber de son honneur, et le cardinal de Lorraine, sur une lettre 
du sieur de Ricourt, cousin et parent du baron de Solignac, 
avait donné au roi l'assurance que celui-ci mourrait plutôt 
dans la place confiée à sa garde que de la rendre sans nécessité 
irrémédiable; aussi Henri II, plein de confiance dans celte pro- 
messe, était persuadé que le Câtelet tiendrait au moins quinze 

(1) Commentaires de François de Rabutin, Collection Hichaiid, tome VII, 
page 566. 



— 85 — 

jours ott trois semaines, temps qui lui était indispensable pour 
rassembler les forces nécessaires à la défense de sa capitale, 
découverte par la prise de Saint-Quentin. Dans ce but, il avait 
dirigé sur Laon, à grandes journées, les troupes suisses et 
allemandes que les colonels Reicbroch et Reifberg amenaient 
en toute hâte. Lorsque la nouvelle se répandit tout-à-coup 
que le Castelet avait été remis le 6 septembre au général espa- 
gnol. Cette reddition si prompte fut trouvée fort étrange 
dans l'armée, et M. de Nevers fut grandement désappointé. 

La place, disait-on, quoique petite , était de marque^ aussi 
défendable que toute autre de la frontière et bien pourvue de 
munitions , et Ton trouva que le baron de Solignac s'était 
rendu à bien petite occasion^ vu qu'il n'y avait aucune brèche rai- 
sonnable pour donner Fassaut, 

Sous l'impression de ces murmures, le roi fit arrêter à 
Paris le baron de Solignac. Ce capitaine, pour se justifier, 
allégua que la garnison était trop faible et qu'il lui eût fallu 
deux mille hommes de garde, comme le sieur d'Estrées les 
avait eus auparavant. Il ajouta que le fort était dépourvu de 
fossé du côté où l'ennemi avait établi sa principale batterie, 
que le bastion n'était pas encore achevé, ni garni de son re- 
vêtement, et ses soldats avaient été contraints de l'abandonner 
tant était grande la quantité de briques et de terre qui de la 
couriine neuve était jetée sur eux. Le feu de la batterie espa- 
gnole était d'ailleurs si violent qu'à chaque volée la muraille 
s'ébranlait et qu*en peu d'heures , elle fit voye et chemin pour 
monter à cheval sur le bastion^ étant facile pour aller de là à la 
brèche. Celle-ci s'aggrandissoit dans deux volées de canon et 
s'estendoit de six vingt pas ou plus. Il ajouta que les soldats de 
la garnison au nombre de trois cents et dont plus de la moitié 
n'était ni en force, ni santé, désespérant de pouvoir se dé- 
fendre, étaient restés sourds aux exhortations de leurs offi- 
ciers et avaient refusé tout service. L'offre même de leurs ca- 
pitaines de mourir avec eux n'avait pas eu l'influence néces- 
saire pour les déterminer à combattre. Excepté quelques 
gentilshommes et des vieux soldats restés fermes à leur 



— S7 - 

poste, les autres avaient abandonné la défense de la brèche 
et déclaré au gouverneur qu'il ne combattraient plus, attendu 
quMls ne voyaient aucun moyen de défendre la place et qu'il 
valait mieux réserver leur vie pour une occasion plus impor- 
tante. Qu'enfin c'avait été un grand déplaisir et crève-cœur 
pour lui gouverneur et pour les autres capitaines qui avaient 
acquis tant de réputation dans les guerres précédentes, d'être 
contraints de céder devant la mauvaise volonté de la garnison 
et de remettre cette place dans les mains de l'Espagne. 

Rabutin qui raconte ces faits, ne nous dit pas si le baron 
de Solignac fut acquitté de l'accusation d'avoir rendu le Câ- 
telet trop facilement ; mais, il ajoute que la perte de cette 
forteresse accrut encore les inquiétudes que la prise de Saint- 
Quentin avait inspirées, et que l'on s'attendait à voir marcher 
Philippe II vers Paris. Le danger était grand pour la France, 
soit que l'ennemi prit le chemin de Compîègne pour s'avancer 
vers Paris, soit qu'il se dirigeât par Soissons vers la Cham- 
pagne, soit qu'il suivît la rivière de Somme vers la Picardie. 
Heureusement le roi d'Espagne employa les plus beaux jours 
de l'arrière saison à s'emparer de Ham et d'autres petites 
places, et il repartit pour Bruxelles du 15 au 20 octobre^ 
sans avoir autrement tiré parti de sa victoire de St-Laurent et 
de la conquête des villes de St-Quentin, Ham et le Câtelet. 

Six mois après, la prise de Calais par le duc de Guise (jan- 
vier 1558) changea complètement la face des affaires. Cette 
revanche éclatante des armées françaises fut bientôt suivie de 
la conquête des villes de Guines, Thionville, Charlemont, 
Dunkerque et Bergues-St-Winoc. Des conférences entamées 
entre la France et l'Espagne, à la suite du succès de nos 
armes, aboutirent au traité de paix signé au Câteau-Cambré- 
sis, le 3 avril 1559; et, par l'article 9 de ce traité, le Câtelet 
rentra dans les mains de la France. Le gouvernement en fut 
confié par le roi à Guillaume de La Fontaine. 

On nous pardonnera de parler ici d'une entrevue secrète, 
moitié galante, moitié politique, qui eut lieu au Câtelet, le 14 
juillet 1577, entre Marguerite de Valois, première femme de 



— 38 - 

Henri IV, et le duc de Guise ; nous rapportons ici, d'après les 
mémoires de l'époque (1), cette curieuse aventure. 

Personne n'ignore la propension qu'avait pour la galanterie 
la belle Marguerite. Quelques historiens ont été fort généreux 
dans le nombre des amants qu'ils lui ont donnés : un des pre- 
miers fut le fameux duc de Guise , dit le Balafré , chef de la 
Ligue et rival d'Henri IV à plus d'un titre. Il paraît que la 
haine des Guise pour les Valois ne s'étendait pas jusqu'aux 
femmes de cette famille. Si, d'une part, la cour plus que ga- 
lante de Catherine de Médicis offrait à ces amants mille moyens 
de se témoigner leur amour, d'un autre côté, la ligne poli- 
tique qui les séparait ne leur permettait pas cette douce inti- 
mité, objets de tous leurs vœux, et il fallait avoir recours à la 
ruse. 

Dans l'été de 1577 , la reine Marguerite, sous prétexte de 
se guérir d'un érésipèle au bras, se fit ordonner les eaux de 
Spa; le véritable motif de son voyage était le désir qu'elle 
avait de préparer les voies à son frère le duc d'Anjou pour 
s'emparer des Pays-Bas, dont les peuples étaient de plus en 
plus fatigués de la domination espagnole. Marguerite partit 
donc de Paris avec un équipage aussi galant que pompeux. 

Nous allons emprunter aux Mémoires de la Reine elle-même 
(une des plus charmantes productions qui soit sortie de la 
plume d'une femme) la relation du commencement de son 
voyage en Flandre (2). Marguerite était accompagnée de 
c Madame la princesse de la Roche-sur-Yon (3) , de Madame 
» de Tournon(4), et des dames d'honneur ; de Madame de 
i Mouy de Picardie (5); de Madame la Castellaine de Millon ; 
• de Mademoiselle d'Âtrie ; de Mademoiselle de Tournon et 

(1) ht duc de Guise , anonyme. P. 180, un vol. in-12 , publié à Paris en 
1694, chez Claude Barbin. 
<SS) Mémoires de Marguerite de Valois, Panthéon Htt, Liv. second. P. S34. 

(3) Veuve de Charles de Bourbon , prince de La Roche-sur-Yon , mère du 
marquis de Beaupréau. 

(4) Parente dn cardinal François de Tournon. 

(5) Catherine de Suzanne, comtesse de Gerny, femme de Charles de Moy et 
mère de Claude de Moy. 



— 3S — 

de sept ou huit autres filles et d'hommes ; de Monsieur le 
cardinal de Lenoncourt (i); de Monsieur Tévéque de Lan- 
grè8(2); de Monsieur de Moy, seigneur de Picardie (3), 
maintenant beau-père d'un frère de la reine Louyse nommé 
le comte de Chaligny (4) ; de mon premier maître d'hostel i 
de mes premiers écuyers; et autres gentilshommes de ma 
maison. Cette compagnie plut tant aux étrangers qui la 
virent et la trouvèrent si leste qu^ils en eurent en France 
beaucoup d'admiration. 

> J'allois en une litière, faite ù pilliers, doublez en velours 
incarnadin d'Espagne, en broderie d'or et de soye^ nouée à 
devise. Cette litière estoit toute vitrée, et les vitres toutes 
faites à devise (5), y ayant à la doublure ou aux vitres qua- 
rante devises toutes différentes avec les mots en espagnol 
et italien sur le soleil et ses effets ; laquelle étoit suivie de 
la litière de Madame de La Roche-sur-Yon et de celle de 
Madame de Tournon et de dix filles à cheval, avec leurs gou- 
vernantes et de six carrosses ou charriots , où alloit le reste 
des Dames et femmes d'elle et de Moy. » 
La reine de Navarre traversa la Picardie dans ce brillant 
équipage, et suivant l'ordre donné par le roi son frère , elle 
y reçut les plus grands honneurs; elle fit son entrée à Saint- 



(1) La famille de Lenoncourt est une des plus anciennes de la Lorraine. 
Philippe de Lenoncourt, dont il est ici question, ami de Henri III, est mort 
en 1591. Il n'était appelé à Rome que le beau chevalier français. 

(2) Cet évèque est Charles d'Escars de Péruse , qui reçut à Langres Henri, 
duc d'Anjou, revenant de Pologne. 

(3) Charles, marquis de Moy, baron d'Espinay, Amfreville, de Néhaut, gou- 
verneur de St-Quentin. 

(4) Henri de Lorraine, mari de Claude de Moy, fille de Charles de Moy et de 
Catherine de Suzanne. 

(5) Marguerite avait adopté plusieurs devises ; les principales étaient une 
marguerite en tournesol dirigée vers un soleil avec ces mots : Non inferiora 
secutus. — Un soleil et une lune entre deux cornes d'abondance, avec : 
Simul et Semper. — Deux marguerites dans une fleur de lys , sous une 
couronne royale cette légende : Mirandum naturœ oput, etc. — La France 
métalliqife, par Jacques de Bie, 1666. In-folio, p. 109. 



— 39 — 

■ 

Quentin, le 13 juillet 1577 (2), et le lendemain 14 , elle partit 
pour Cambrai. 

Arrivée au milieu du jour dans le bourg du Gâtelet, Mar- 
guerite s'arrêta pour diner et recevoir les députés du grave 
archevêque de Cambrai, Louis de Berlaymont, qui l'envoyait 
complimenter et lui demander l'heure de son départ pour 
Cambrai, afin qu'il pût se porter à sa rencontre, à l'entrée de 
ses terres. Tout avait été d'ailleurs disposé à Cambrai pour 
une réception solennelle tant par lui que par le baron d'Inchy, 
gouverneur de cette ville. Mais il était écrit que les Cambrai- 
siens devaient ce jour-là se morfonde à attendre vainement la 
jeune reine : c L'amour qui méprise les plaisirs où il n'a 
point de part en avait disposé autrement. > Quand il fallut 
partir pour aller coucher à Cambrai » c il survint tant d'acci- 
dents aux équipages que la nuit vint avant qu'on pût les réta- 
blir. » On voit que la belle Marguerite avait des écuyers adroits 
et qui comprenaient à demi-mot. Sous prétexte des fatigues 
du voyage et de l'heure avancée de l'après-midi, la reine 
annonça la résolution de coucher au Câtelet et fit partir un 
de ses officiers à franc-étrier pour l'excuser auprès de Tar- 
chevéque et le gouverneur de Cambrai qui l'attendaient tou- 
jours. M^i* de Thorigny, confidente de la reine , porta l'ordre 
au maître d'hôtel de faire souper de bonne heure les per- 
sonnes de sa suite ; puis, Marguerite se retira dans le modeste 
appartement qui lui avait été préparé. 

Il est bon de faire connaître ici que deux heures avant l'ar- 
rivée de la reine au Câtelet, on avait vu arriver en litière, dans 
la même hostellerie où elle s'était arrêtée, un malade faible 
et languissant qu'on disait venir des mêmes eaux que Mar- 
guerite allait visiter. Ce moribond s'était fait porter dans une 
chambre retenue à l'avance, et nul n'avait pu voir les traits 
de son visage, couvert d'un épais mouchoir, à cause d'un 
vaste érésipèle qu'il feignait d'y avoir. Cet homme, si faible 
et si malade en apparence , était le duc de Guise en pleine 

(3) Àrcb. de l'hôtel de ville de St-Queatiii. Registre dee cérémonies. 



— 40 - 

santé et brûlant d'amour pour Marguerite, c La chambre 
dans laquelle il était descendu , communiquait à celle de la 
reine par une porte dont l'écuyer du Balafré avait eu soin de 
faire faire une clef. » 

A peine la reine était-elle retirée dans son appartement 
qu'elle entendit le bruit de la porte de communication que le 
duc de Guise ouvrait de son côté. Cette princesse avait été 
mariée fort jeune et était arrivée à cet âge où la nature est 
dans toute sa force et la beauté dans sa perfection. Le duc, 
de son côté était un aimable cavalier ; la cicatrice honorable 
qui lui était restée à la joue » et qui depuis le fit surnommer 
le Balafré^ répandait un nouvel éclat de gloire sur tous ses 
traits et donnait une noble hardiesse à ses yeux. Rapporter ici 
ce qui se passa dans ce doux entretien serait indiscret et nous 
éloignerait de notre sujet. On trouvera cette conversation , 
moitié politique moitié galante» dans l'ouvrage que nous avons 
cité plus haut. 

Le lendemain, avant le jour » le malade à l'érésipèle partit 
pour Nancy, et les personnes de l'auberge remarquèrent qu'il 
paraissait être plus dispos et plus leste que la veille. De son 
côté, la reine prit un peu plus tard la route de Cambrai où 
elle retrouva le grave archevêque et sa suite nombreuse qui 
avaient, dit-elle dans ses mémoires , les habits et l'apparence 
c de vrais flamands, comme ils sont fort grosHers en ce quar- 
» tier là. i Ce qu'on ne doit pas prendre en mauvaise part, 
sgoutent les commentateurs du temps , le mot grossier n'ex- 
primant alors que la hauteur et l'épaisseur du corps. 

La reine ajoute : c Je trouvay cette ville de Cambray, bien 
» qu'elle ne soit bâtie de si bonne estoffe que les nostres de 
i France , beaucoup plus agréable, pour y estre les rues et 
» places beaucoup mieux proportionnées et disposées comme 
» elles sont, et les églises très-grandes et très-belles, ome- 
» ment commun à toutes les villes de Flandre. Ce que je re- 
i connus en ceste ville d'estime et de marque fût la citadelle 
» des plus belles et des mieux achevées de la chrétienneté (i). 

(1) La eitadeUe de Cambrai avait été b&tie par Charles-Quint, sur le mon 



— « — 

» Un honnête homme» Monsieur d'Inchy (l), en esloit alors 

> gouverneur L'évesque nous fit festin et donna après 

I souper le plaisir du bal, où il fit venir toutes les dames de 
I la ville. S'étant retiré soudain, il laissa Monsieur d'Inchy 

> pour m'entretenir durant le bal. > 

Marguerite ajoute qu'elle employa tout ce que Dieu lui 
avait donné d'esprit pour rendre M. d'Inchy affectionné à la 
France et particulièrement à son frère. Elle réussit si bien 
dans ses séductions, que le galant gouverneur, flamand-espa- 
gnolisé; déclara qu'il avait le cœur français et qu'il n'at- 
tendait que le monieot d'avoir pour seigneur le roi Henri III. 
Mais laissons la belle Marguerite continuer son voyage et ses 
intrigues , et .voyons quelles furent les suites de sa visite à 
Cambrai. 

Le baron d'Inchy ne tarda pas à usurper le gouvernement 
de cette ville^ qu'il vendit au duc d'Âlençon , devenu chef des 
confédérés dans les Pays-Bas. Le duc de Parme , qui ne vou- 
lait pas perdre une place aussi importante , vint en personne, 
avec de nombreuses et puissantes troupes , assiéger Cambrai 
qu'il bloqua très-étroitement. Ce fut alors que le duc d'Alen- 
çon rassembla à Château-Thierry , pour aller au secours de 
Cambrai , une armée qu'il envoya au Câtelet (2) sous les or- 
dres du lieutenant-général Guillaume de Hautemer, sieur de 
Fervaques, ayant sous lui quatre maréchaux de camp : Belle- 
garde, Bellefond, La Trappe et Suraine. (3) 

Le duc d'Âlençon arriva au Câtelet, le 15 août 1581, et il en 
partit le 17, à la tète de son armée , pour attaquer le duc de 
Parme ; mais celui-ci , voyant le bel ordre de l'armée fran- 
çaise, n'accepta pas la bataille et leva le siège. La ville ainsi 
délivrée , Monsieur y entra au milieu des acclamations du 
peuple. 

des Bœufs, à l'endroit où avait été élevée la première église de Saint-Géry. 

(1) Beaudoin de Gavre, sieur d'Inchy , qui s'enapara peu après tout>à-fait 
dn gouvernement de Cambrai. 

(2) Mém. du duc de Bouillon. Edit. Michaud. T. If, p. 49. 

(3) Histoire de de Thou. T. VI, p. 107. 

5 



— 4i - 

Péttdast la Ligne, Montlac de Balagny, metUnit à profit les 
difisioiift des partis, avait établi an gonTemement indépen- 
dant dans le Cambrésis qne Henri III n'avait pas osé recndllir 
de la snccession de son frère. Cet incommode voisin, Tisast 
i se faire bien venir du roi d'Espagne et désirant étendre le 
nouveau gouvernement qu'il s'était créé, fit des excnrnons 
continuelles autour du Câtelet qu'il essaya de surprendre en 
avril 12(85 ; mais cette tentative échoua par la vigilance dn 
gouverneur Guillaume de la Fontaine. Balagny n'en continna 
pas moins ses déprédations qu'il poussa jusqu'aux portes 
même de Saint-Quentin (1), dévastant les fermes, pillant les 
bestiaux et faisant prisonniers les habitants aisés. Enfin, dans 
les premiers jours de juillet 1588, après avoir pris successi- 
vement les châteaux de Beaurevoir, de Bohain et d*Honne- 
court, il vint audacieusement mettre le siège devant le Câte- 
let avec 800 chevaux et 3,000 hommes de pied. Guillaume de 
La Fontaine venait d'être destitué du gouvernement du Câtelet 
par M. d'Estrées , lieutenant-général de Picardie (S) et rem- 
placé par de Lannoy. Le nouveau gouverneur repoussa anssi 
heureusement que son prédécesseur l'attaque de Balagny, 
qu'il força à lever le siège et à rentrer dans le Cambrésis. 
Mais celui-ci ne se retira pas sans avoir dévasté Tabbaye dn 
Mont*St-Hartin dans laquelle il s'était logé, miné les fermes 
dans lesquelles il avait campé ses soldats et incendié les mai- 
sons du Câtelet. 

Après le départ de Balagny, les habitants et les religieux ne 
se trouvèrent pas mieux traités par le nonvean gonvemenr 
du Câtelet, car celui-ci, manquant d'argent pour solder sa 
garnison , imposa une forte contribution et mît la main 
sur les revenus de Tabbaye , sous prétexte que Tristan 
GuUlemin, abbé de ce monastère, était du parti de la Ligue. 



(1) PAudeê Sainl'QuentinoiieM, Saini-Qoentia pendant la Lig^e, 1 vol. p. 8S. 

(2) Mémoireê du VermandoU, t. H. p. 400. CoUiette qui rapporte ce fait ne 
dit pu pour quel motif Guillaume de La Fontaine fut dépossédé de son ^n- 
vernement. 



— 48 — 

C'était le moment où la force remportait sur le droit et la 
justice. 

Après la mort de Lannoy, vers 1592, son successeur, Fran- 
çois Dampierre, sieur de Liéramont, gentilhomme du pays, 
commit encore de plus grandes vexations au Câtelet. Sous 
prétexte qu'ils appartenaient au parti de la Ligue, il fit enle- 
ver et enfermer dans les prisons du Câtelet ceux qui refu- 
sèrent de payer les contributions énormes auxquelles il les 
imposait. C'était l'époque où par suite de la mésintelligence 
qui régnait entre MM. de Nevers et de Bouillon, commandant 
l'armée française, les gouverneurs des villes et des citadelles 
faisaient à peu près ce qu'ils voulaient dans leur gouverne- 
ment. 

Le comte de Fuentès etdeRosne (1) ayant eu secrètement 
connaissance du malentendu qui existait entre les capitaines 
français (2), pensa que le moment était favorable pour faire le 
siège du Câtelet sans avoir à redouter «me diversion de leur 
part, et, le 10 juin 1595 (3), il vint de sa personne, avec des 
forces imposantes et une nombreuse artillerie de siège, inves- 
tir cette forteresse, qu'il savait ne pas être abondamment 
pourvue de vivres et de munitions de guerre (4). 

De Liéramont, des auteurs disent La Grange (5), gentil- 
homme aussi recommandable par sa valeur que par son expé- 
rience et dont le corps, couvert de blessures, attestait les 
longs et glorieux services, n'avait sous ses ordres que quatre 
cents hommes de garnison; néanmoins il prit toutes les 

(1) De Rosne était de l'illustre maison de Savigny en Lorraine. Dans les 
temps de troubles , il s'attacha au duc d'Alençon qu'il suivit dans les Pays- 
Bas. Après la mort de ce prince , il se livra entièrement au parti espagnol. 
Il ftit le plus fameux capitaine de sok siècle pour les campements et pour les 

sièges. 

(2) jEconomiœ roy. de Sully. Ed. Michaud, t. II, p. 195. 

(3) Le Garpentier, 1. 1, p. 199. 

(4) HisL de France^ par Dupleix, t. IV, p. 174. 

(6) L'Histoire ies Pays-Bas^ par Meteran, éd. in-f^, 18« livre, f« 378 y\ et 
VHisioire des derniers troubles de France^ édition de 1610, livre 2, page 96 
disent que le gouverneur du C&telet se nommait La Grange. 



- 4i ~ 

mesures nécessaires pour défendre avec énergie la place 
confiée à sa garde. 

Le général espagnol ouvrit la tranchée le 19 juin; mais 
presqu'aussitôt l'attaque fut suspendue par la marche des 
Espagnols sur Ham, dont le maréchal de Bouillon venait de 
s'emparer heureusement, le 20 juin, et que le comte de 
Fuentès n'avait pu secourir en temps utile. Au retour de cette 
eiq[)édition infructueuse, le général espagnol fit ouvrir le feu 
des batteries. La brèche fut bientôt praticable et l'assaut fut 
donné ; mais la garnison soutint l'attaque avec beaucoup de 
fermeté , repoussa les Espagnols avec vigueur, et le fossé fut 
rempli de morts, au point, dit la Chronique, qu'il aurait pu 
servir de pont aux Espagnols. Mais pendant que les assiégés 
travaillaient à élever un retranchement en arrière de la brèche 
faite à la muraille, le feu prit au magasin à poudre du château 
qui sauta en faisant de grands dégâts et détruisit toutes les 
munitions de la place. Les assiégés, réduits à capituler, ren- 
dirent la place le 25 juin 1595 avec une composition hono- 
rable ; et ils sortirent avec armes et bagages, tambour battant 
et enseignes déployées (1). 

Les Espagnols y établirent pour gouverneur Louys Albano 
di Veglias et ne nous rendirent cette place qu'en 1598, par 
l'article XI du traité de Vervins (2). 

Au moment où la reprise des hostilités donnait le signal de 
cette guerre fameuse qui devait durer vingt-cinq ans et dans 
laquelle l'Espagne a perdu ses plus belles provinces des Pays- 
Bas, ses armées, conduites par le prince Thomas et les deux 
célèbres généraux Picolomini et Jean de Vert, commencèrent 
leur campagne en 1636 (3) par le siège du Câtelet. 

Aussitôt que la nouvelle s'en répandit, l'armée française 
vint occuper Saint-Quentin pour couvrir la capitale et entraver 
les opérations du siège. Les mémoires de Tépoque nous disent 

(1) HisL univ, de J. de Thou, t. VIII, 1. CXII. p. S83. 

(S) Recueil des traités de paix entre la France et VEspagnCf p. S80. 

(8) Mém. du sieur de Pontis. Edition Miehaud, t. VI, p. 59t. 



— 45 - 

que rarmée espagnole avait une telle réputation, qu'il sem- 
blait qu'il y eût de la témérité même à youloir lui résister ; 
aussi le comte de Chaulnes, qui ne comptait pas beaucoup sur 
la fermeté de Saint-Léger, gouverneur du Câtelet (1), com- 
manda au sieur de Nargonne, homme de cœur, de se jeter 
dans le fort pour encourager les assiégés et leur donner l'as- 
surance que l'armée française, qui occupait Saint-Quentin, ne 
tarderait pas à faire une diversion, c Son ordre portait dit 
1 Puységur, que s'il trouvait que le gouverneur se voulût 
» rendre sans être forcé par les ennemis, il le fit arrêter et le 

> tuât ; se servant ensuite des troupes qui étaient dans la 

> place pour la défendre, i 

Nargonne fut assez heureux pour y entrer et assez infortuné 
pour être présent à la cstpitulation acceptée par le gouverneur 
à la première sommation du général espagnol. M. de Chavigny, 
dans sa lettre du 28 juillet au cardinal La Vallette, dit que le 
Câtelet fut remis après trois jours de résistance. Le gouver- 
neur, assiégé le dimanche, fit cessation d'armes le mercredi 
suivant (26 juillet 1636), et se rendit sans brèche, ses défenses 
n'étant pas même entamées (2). 

Nargonne, qui avait porté à la cour la nouvelle de la reddi- 
tion du Câtelet, y fût fort mal reçu par le roi. On le mit entre' 
les mains du Chevalier du Guet qiii le fit conduire en prison, 
où il fut retenu pendant quatre ou cinq ans. On voulut le 
punir de n'avoir pas exécuté l'ordre qu'on lui avait donné, de 
faire arrêter Saint-Léger et même de le tuer, s'il voulait rendre 
le Câtelet avant d'y être forcé par un ou même plusieurs 
assauts. Nargonne allégua pour ses excuses qu'il avait trouvé 
les soldats de la garnison si découragés qu'ils étaient prêts à 
se révolter dès qu'on leur parlait de se défendre (3). 

La prise du Câtelet alarma le cardinal de Riéhelîeu. Il se 
plaignit hautement, dans le Conseil du Roi, de la lâcheté de 

(1) Saint-Lé^er était l'oncle paternel du duc de Saint-Simon. 

(2) ifém. de Richelieu. Ëdition Michaud. t. IK, p. 72. 

(3) Recueil d*Auberi, t. I. 



— 46 — 

Baint-Léger. Louis XIII, voulant faire un exemple» fit décider 
qu'on le traduirait devant un conseil de guerre ; mais, au 
sortir du Conseil, le roi ne pût s'empêcher de parler au duc 
de Saint-Simon, son favori, de la résolution qu'on venait de 
prendre contre Saint-Léger. Saint-Simon ne perdit pa^ un 
instant; il dépécha promptement un courrier au marquis de 
Saint-Simon, son frère, qui était à l'armée, et lui manda 
d'avertir leur oncle, Saint-Léger, du péril qui le menaçait. Ce 
courrier fit une telle diligence qu'il arriva à Ham, où était de 
Saint-Léger^ deux heures avant celui qui portait Tordre du 
roi. Saint-Léger, dans l'appréhension de la justice militaire, 
prit immédiatement la fuite. Il fit bien dans l'intérêt de sa vie ; 
car le conseil de guerre le condamna, le 14 août 1636, par 
contumace, à être tiré par quatre chevaux ; sa tête fut mise à 
prix, ses biens confisqués, et lui et sa'postérité déclaré rotu- 
riers (1). 

Deux ans plus tard, le roi Louis XIII, après une visite faite 
par lui et le cardinal (19 juillet 1638) sur les frontières de 
Picardie, résolut de reprendre l'oSénsive et de faire le siège 
du Câtelet, qui était resté dans les mains des Espagnols 
depuis 1636. 

C'était le moment où le maréchal de Brezé^ froissé dans son 
amour-propre, venait de se retirer à sa terre de Milly, en 
Aiyou. Le commandement de l'armée française fut confié à 
M. du Rallier (2). Ce général investit la place dans la nuit du 
21 au 22 août, tandis que les maréchaux de Châtillon et de 
La Force établissaient leur garde de cavalerie entre le Câtelet 
et Cambrai, vers Honnecourt et Âubencheuil, afin de mettre 
les assiégeants à l'abri d'une diversion de la part des 
Espagnols. 

(1) Mémoires de Richelieu. Edition Michaud, t. IX, p. 7S. 

(3) François de THospital, sieur du Hallier, comte de Rosnay, chevalier des 

Ordres du Roi, conseiller en ses conseils, capitaine de deux cents hommes 

^'arraes de Sa Majesté et du château de Fontainebleau, lieutenant-général 

les armées du Roi en Flandre et en Hainaut. — Son portrait se trouve dans 

les Conquêtes de Louis-U-Grand. Bib. imp. Estampe I. G. 9. T. l"', p. 86. 



— 47 — 

Dans la prévision de ce siège^ les ingénieurs Espagnols 
avaient, depuis qu'ils occupaient le fort, augmenté ses fortifi- 
cations. La demi-lune Saint-Quentin avait été élevée en avant 
de l'entrée, entre le bastion du Bourg et celui d'Estrées; les 
fossés approfondis et les abords garnis de fortes palissades. 
On avait apporté et amassé dans la citadelle toutes sortes de 
munitions de guerre et de bouche ; enfin la garnison avait été 
portée à six cents hommes d'élite» partie Allemands, partie 
Espagnols naturels. 

L'armée française, partagée en deux divisions, Tune sous 
les ordres de M. Lambert et composée des régiments de 
Picardie, Plessis, Brezé, Biscarat et Colas, fut campée vers le 
Mont-Saint-Martin ; l'autre, sous les ordres de M. du Hallier^ 
avec les régiments de Rambure, Valmont, Monmege, Lusi- 
gnan et Miossan, et le régiment du Poitou et du Gay-Saint- 
Fleuve^ fut assise vers Maquincourt (3); en arrière, vers 
l'épine de Bony, on avait placé le quartier du roi, la cavalerie, 
les gardes suisses et le parc d'artillerie. 

Aussitôt après l'investissement, M. du Hallier fit ouvrir deux 
tranchées d'approche, une par chaque brigade : la première, 
0,0, pour les attaques de M.Lambert, fut dirigée vers le bas* 
tlon du Bourg, V; la seconde, E,E, à l'usage de la division 
du Hallier, partant de la ravine, près de l'Escaut, vers Mac* 
quincourt, fut dirigée sur le bastion de Vendôme dit aussi de 
la Roussillière, B. 

Ces deux tranchées, poussées avec activité, donnèrent les 
moyens d'établir successivement de chaque côté trois batte- 
ries de brèche, une batterie de bombes. G, puis elles se 
rejoignirent à peu de distance du fort, où une batterie 
montée pour faire brèche dans la courtine Sud, entre les bas- 
tions du Bourg et de la Roussillière. Les sapeurs-mineurs 
établirent souterrainement deux mines, l'une sous le bastion 
de la Roussillière, l'autre sous la courtine Sud. 

(3) Voir pour tous les détails de ce siège une gravure représentant le plan 
du Càtelet, en Picardie, assiégé et repris d'assaut par Tannée du Roy, com- 
mandée par M. du Rallier. — Calcographie du Louvre, n* MOt. 



- 48 — 

Des deux cAtés on combattit avec une ardeur égale ; les 
Français, désirant reprendre le fort, attaquaient avec courage» 
et les Espagnols, pour en conserver la possession, se défen- 
dirent avec une grande opiniâtreté. Après vingt-deux jours 
de siège et malgré la brèche produite au bastion de la Rous- 
silière par deux fourneaux de mines qu'on y avait fiait jouer, 
la garnison refusa de se rendre. A la suite de cette sommation 
infructueuse, faite le i4 septembre par M. du Hallier, on mît 
le feu à deux nouveaux fourneaux, et les brèches C, pratiquées 
dans le bastion de la Roussillière, et K, dans la courtine Sud, 
étant devenues praticables, les bandes françaises furent lan- 
cées, par M. du Hallier, à la brèche C du bastion de la Rous- 
sîlière B, et par M. Lambertà celle de la courtine Sud,K (1). 

Des deux parts on fit bravement son devoir; mais les 
colonnes d'assaut et le régiment de Picardie montèrent aux 
brèches avec tant de courage qu'elles entrèrent dans la place 
malgré la résistance des assiégés. On fit main basse surtout ce 
qui fut trouvé sous les armes, et tous les Espagnols, principa- 
lement, furent passés au fil de l'épée. Le gouverneur fut fait 
prisonnier au moment où il s'efforçait, à coups d'épée, de 
rallier ceux qui fuyaient. Ce fut une grande honte pour les 
Espagnols d'avoir laissé prendre cette forteresse à la barbe de 
leurs armées qui n'osèrent s'avancer de peur d'être forcées à 
accepter la bataille (2). 

Pendant le siège, les soldats de l'armée française, fatigués 
par les travaux et par la chaleur de la saison, furent attaqués 
de la dissenterie ; et l'on en envoya un si grand nombre à 
Saint-Quentin, que l'on fut obligé d'établir un hôpital à la 
porte Saint-Martin. Les soins qu'on apporta à leur guérison 
n'empêchèrent pas qu'il n'en mourut alors plus de neuf cents, 
qu'on enterra en ce lieu (3). 

(1) Voir, pour l'assaut donné par les Français le 14 septè^niitre 163S, la 
gravure ci-jointe, que nous avons autographiée sur celle de Cochain, Calco- 
graphie du Louvre, n<> 3503. 

(2) Mém. de Richelieu. Edition Michaud, t IX, p. 25S. 

(3) Mém, du VermandoiSf par CoUiette, 1. 111, p. 363. 






-- 49 - 

La guerre extérieure venait à peine d'être terminée par la 
paix de Munster, signée le ^ octobre 1648» que des dissen- 
tions intestines vinrent agiter le royaume d'une manière 
encore plus funeste. La ruine des finances, le pouvoir d'un 
ministre étranger, et, plus que tout cela, les incertitudes et 
la faiblesse qui accompagnent la minorité des rois, avaient 
fait naître dans l'Etat une foule de prétentions et de partis 
opposés. La Fronde était née, et les princes, le parlement, les 
grands et le peuple* s'agitaient autour de la monarchie. Après 
l'arrestation des princes de Condé, de Conti et du duc de 
Longueville par Mazarin, de Turenne, se séparant de la cour, 
signa un traité d'alliance avec l'Espagne, action dont la vio- 
lence est restée inexplicable dans une vie si sage et si régu- 
lièrement ordonnée. Bientôt il reçut des subsides, leva des 
troupes et se trouva à la tête d'une armée ; son premier 
exploit dans cette guerre déplorable ftit le siège du Câtelet. 
Voici comment M.^^ de Motteville rapporte, dans ses Jlf^moir^«, 
la prise de cette place de guerre, qui eut lieu le 15 juin 
1650 (1) : c Le Câtelet, n'étant pas bien fortifié, fut pris par 
1 les ennemis. Vandî, qui commandait dans cette place, s'y 
> défendit vaillamment, et il tua de sa main deux hommes qui 
1 étaient venus lui proposer de se rendre. Cette action, par 
1 les maximes terribles de la guerre, reçut de grandes 
1 louanges des hommes ; je ne sais si elle fut approuvée des 
1 anges. Mais enfin, malgré sa résistance, il fut pris par ceux 
1 de sa garnison ; ils le lièrent, et, ensuite de cette révolte, 
» ils firent leur composition et se donnèrent aux ennemis, i 

On trouve dans les Mémoires du vicomte de Turenne (2) le 
couplet suivant, qu'on fit à l'occasion de la prise du Câtelet 

Voici venir Turenne, recolle, 
Julie, 
Monte sur ta mulle, 
Prends ton habit gris 

(1) Mém. de Mme de Motteville. Ëdition Michaud, t. X, p. 346. 

(2) Mém. de Turenne. Edition Michaud, t. III, p. 426. 



— 50 — 

Gninte qu'on le brûle 
A la GfèTe, i Paris. 
Porte-cochère 
Ne dore guère 
Contre gens de telle manière 
Fière, 
Qui taille cronpi&re 
Aux soldats de Mazarini 
Et oui par la Mordienne ! Jamidienne ! 
Yertttdienne! 
Oui. 

Pendant les années de la Fronde, la garnison espagnole, 
enfermée dans le fort dn Câtelet» fut continuellement exposée 
à des tentatives et à des surprises de la part de la garnison 
de Saint-Qnentin. C'est M. de Lignières» gouverneur de Saint- 
Quentin» qui part de cette ville le 17 mai 1652 à neuf heures 
du soir, à la tête de cent chevaux et de trois cents fantassins, 
qui va dévaster et brûler le bourg du Câtelet, sous les yeux 
même de la garnison du fort, dont une partie était sortie pour 
mener à Cambrai le capitaine de la cavalerie du Câtelet, de 
La Fortune, défait par la garnison de Bapaume et d'Arras. On 
ramena de cette expédition, à Saint-Quentin, des vaches, des 
moutons, des chevaux, entr autres celui du capitadne de 
La Fortune, encore sellé et bridé (1). 

Pareille expédition est encore £adte par la garnison de 
Saint-Quentin, a3^nt à sa tête le maréchal de Castelnau, le 25 
janvier 1654. M. Mai^erin de Raulcourt, lieutenant, y reçu à la 
tête une forte ble3sure dont il mourut quinze jours après (2). 

On voit dans les mémoires de l'époque que ces excursions, 
ces pilleries, se renouvelaient sans cesse d'une garnison à 
l'autre, au grand détriment des habitants. 

A la même époque Turenne, esprit lait pour l'ordre ei le 
devoir, d^onté de la faction et mécontent de lui-même, ren- 



(f ) Mfls De Groiz, p. 47. BîU. de M. Le Sénirier. 
(S) MflS De Croix, p. 90. 



— 81 — 

trait dans le parti da Roi, décidé à ne plus faillir avec l'Etat. 
A partir de ce moment le sort des armes changea et la France 
redevint libre de ses mouvements. La levée du siège d'Arras 
(1654) eut un grand retentissement ; elle annonça à l'Europe 
que la fortune de la France était de retour. Le maréchal de 
Castelnau (1), qui de Saint-Quentin, avait dirigé plusieurs 
expéditions sur le Câtelet, finit par s'emparer de cette place 
par surprise en 1655. Dans cette action, trois régiments espa- 
gnols furent tués ou faits prisonniers. 

En 1657 le fort du Câtelet était retombé dans les mains du 
parti de Condé. Nous n'avons trouvé aucun détail sur cet 
événement ; mais nous lisons dans les Mémoires du chanoine 
De Croix que le gouverneur du Câtelet, pour le prince de 
Condé, fut tué le 16 novembre 1657 dans les circonstances 
suivantes : 

La cavalerie de la garnison de Saint-Quentin étant sortie ce 
jour-là^ vers une heure de l'après-midi, pour aller piller les 
bergeries et les étables du Câtelet, rencontra, à la sortie 
du village de Bellicourt, le sieur de Siryes,. commandant 
du château du Câtelet, pour M. le prince de Condé, chassant 
avec son neveu et deux officiers de sa garnison. A cette 
vue, cinq cavaliers se détachèrent et poussèrent droit aux 
chasseurs. Le neveu du gouverneur s'avança le premier, 
déchargea sans effet son pistolet sur un des cavaliers nommé 
Roger ; celui-ci riposta par un coup de pistolet qui jeta par 
terre son adversaire. A cette vue, de Siryes s'avança à son 
tour et tira d^assez près, mais également sans effet, un coup 
de pistolet sur un autre cavalier nommé Vilain, huguenot ; 
celui-ci riposta plus heureusement et sa balle traversa la gorge 
du gouverneur, qui tomba roide sur place. Les autres cava- 
liers s'avancèrent alors et firent prisonnier l'un des deux offi- 
ciers espagnols ; l'autre parvint à se sauver et à rentrer dans 



(1) Jacques de Castelnau, marquis de Mauvillière, était déjà colonel d'un 
régiment en 1638, lors du siège du Câtelet, où il avait reçu, à Tassaut, deux 
coups de mousquet dans ses armes. 



- S2 — 

le tort du Câtelet, d'où Ton tira quelques coups de canon sur 
la cavalerie Saînt-Quentinoise. Le corps du gouverneur tué et 
celui dé son neveu, blessé mortellement, furent déposés au 
couvent des Jacobins de Saint-Quentin et plus tard enterrés 
dans leur église. 

Le château du Câtelet fut rendu à la France par l'article 45 
du traité de paix de Tlsle des Faisans de 1659 (i). Cette fois il 
ne devait plus sortir de nos mains ; le moment de sa destruc- 
tion approchait et les conquêtes de Louis XIV, ayant reculé les 
frontières du royaume, devaient rendre bientôt inutile le rôle 
de cette forteresse. Le roi décida en son Conseil, en 1673, que 
ses fortifications seraient démantelées, afin d'ôter à ceux qui 
en seraient possesseurs c le pouvoir d'incommoder les villes 
1 de Cambrai et de Saint-Quentin, i Ordre fut donné à l'ingé- 
nieur Castelan de faire sauter les bastions de cette place 
forte, en se faisant aider de M. de Pradel, gouverneur de 
Saint-Quentin. 

Castelan fit pratiquer un grand nombre de fourneaux dans 
les murailles du château et des bastions, et, le i""^ janvier 
1674 on mit le feu aux mines, sur les huit heures du matin ; 
mais soit par une mauvaise disposition des mines, soit par 
l'humidité des fours dans lesquels la poudre avait été mise, 
les mines ne firent aucun effet. Une seconde tentative, faite 
peu de jours après, n'eut pas plus de succès, puisqu'elle 
n'agit que sur la demi-lune Saint-Quentin, du côté du Bourg. 

Le sieur Castelan alla informer Sa Majesté, à Saint-Germain, 
de la difficulté qu'il éprouvait, et le roi lui donna l'ordre de 
saper la muraille plus profondément de huit côtés, afin de 
mettre pour jamais le fort hors d'état de soutenir un siège. 

Pendant le voyage du sieur Castelan, cinq à six cents che- 
vaux de la garnison de Cambrai étaient venns, le 30 janvier 
1676, tenter une surprise sur le Câtelet , espérant s'en empa- 
rer; mais ils furent repoussés par la garnison française. 

Castelan, à son retour, fit ouvrir de nouveaux fourneaut et 

(i) Recueil des traités de paix entre la France et VEspagnCy p. 391. 



-53- 

approfondir les anciens ; on changea ceux de la muraille du 
côté du bourg et Ton y mit le feu le 7 février 1674 ; la mu- 
raille fut en un instant renversée dans le fossé qui fut à peu 
près comblé. 

Le lendemain y 8 février 4673^ on fit sauter le côté du châ- 
teau où se trouvait la prison qui avait autrefois renfermé nn 
savant personnage du nom de Chaphile ou CherphilCf auteur 
d'un ouvrage sur immortalité de Tâme (1). Les jours sui- 
vants on continua l'œuvre de destruction des murailles et des 
bastions qui furent successivement renversés dans les fossés. 
Ainsi se termina l'existence de cette forteresse qui n'avait 
vécu qu'un siècle et demi et dont les murs et les fossés 
avaient été bien souvent rougis par le sang français et le sang 
espagnol. 

Les habitants du pays virent avec plaisir tomber ces mu- 
railles qui loin d'avoir servi à les protéger n'avaient été pour 
eux qu'une cause de désastres et de malheurs. 

Un an après la destruction de ses murailles (1674), le châ- 
teau du Càtelet fut visité par Louis XIV, qui y coucha le 13 
mai 1675 (2). Après la prise de Cambrai par les Français, le 
17 avril 1677, le roi fit vendre le château démantelé pour le 
prix de six mille livres. On en payait encore la rente en 1790 
au denier vingt à Tacquéreur ou possesseur. Les successeurs 
de celui-ci, dit Colliette (3) ont formé, au commencement du 
xviir siècle, des prétentions d'agrandissement; mais l'abbaye 
du Mont-St-Martin y ayant mis opposition, un procès s'ea 
suivit et il ne fut terminé que par une sentence arbitrale d^ 
25 février 1703. 

Vers la fin du règne de Louis XIV , le fort du Câtelet fut 
réparé provisoirement avec des fascines et des palissades, et 
occupé de 1710 à 1712 par une garnison militaire. C'était le 



(1) Imprimé à Rouen, chez David Ferrand, rue des Juifs. Mss. De Croix, 
foUo 698. 

(2) Mss. De Croix, p. 698. 

(3) Mém, du VermandoiSf par Colliette, t. II, p. iOO. 



— 84 — 

moment où le maréchal de Villars, après la malheureuse ba- 
taille de Halplaquet , voulant couvrir l'Artois et la Picardie» 
replia son armée vers Cambrai, et la disposa en divers campe- 
ments. Un corps important, sous les ordres du marquis de 
Coigny, lieutenant-général et colonel des dragons, resta long- 
temps campé entre Le Gâtelet , Hargival , Vendhuile et à la 
ferme du Petit-Priel. Les terrains que ces troupes occupèrent 
s'appellent encore les Riez du grand camp. 

C'est de là qu'elles partirent le 22 ou 23 juillet 1712 pour 
aller assaillir les lignes du prince Eugène, à Denain, et gagne^ 
la bataille qui sauva la France. La tradition locale a conservé 
le souvenir de certains faits relatifs à cet épisode critique de 
notre histoire nationale. C'est ainsi que les uns attribuent le 
projet d^attaque de Denain à un curé, qui aurait imaginé le 
premier qu'on pouvait aisément attaquer Denain et Har- 
chiennes, et en aurait donné avis au maréchal ; d'autres en 
font honneur à M. Lefèvre d'Orval, conseiller au Parlement de 
Flandre, siégeant alors à Cambrai. C'est lui qui, aidé des con- 
seils de M. de La Vallière, officier général d'artillerie, aurait 
rédigé le plan d'attaque exécuté par de Villars ; quelques-uns 
veulent associer à la gloire de cette journée mémorable l'il- 
lustre archevêque Fénéion ; d'autres enfin en laissent tout 
l'honneur à M. de Villars. 

Au moment de la Révolution de 1790, le château du Câtelet, 
qui appartenait à M. le comte deSart, président de la noblesse 
du Cambrésis, fut saisi comme bien national, vendu et racheté 
par W^^ de Sart, sa fille , à qui il appartient encore aujour- 
d'hui. 

Malgré les efforts des hommes, la masse du fort subsiste 
encore aujourd'hui. Les murailes lézardées et privées de 
revêtement montrent distinctement son carré irrégulier, 
flanqué de quatre bastions; mais cette masse n'a plus rien de 
menaçant, et l'enceinte guerrière n*abrite plus qu'une déli- 
cieuse retraite placée au milieu d'un intérieur calme et pai- 
sible, qui contraste singulièrement avec l'esprit de désolation 
de l'eitérieur du château. 



-.55- 

En visitant ces ruines, en parcourant ces remparts aujour- 
d'hui ombragés d'arbres touffus, mais qui ont été tant de 
fois labourés par les bombes et les boulets, on croit encore 
entendre le bruit de la trompette qui appelle aux armes la 
garnison ; on s'imagine voir les assiégeants descendre dans les 
fossés pour monter à l'assaut; on écoute si l'on n'entendra 
pas le bruit de leurs pas ou de leurs voix s'excitant au com- 
bat. On s'attend à rencontrer le gouverneur visitant ses bas- 
tions ; au détour d'un sentier on rencontre en effet, non pas 
le gouverneur, mais M. d'Alaincourt, ancien officier de gendar- 
merie, antiquaire et bibliophile aussi instruit que bienveillant, 
qui, chaque année, vient avec sa famille passer plusieurs mois 
d'été dans cette délicieuse retraite. Si parfois un bruit trouble 
encore la solitude de la cour d'honneur, ce ne sont pas les 
fanfares guerrières, la crépitation de la fusillade ni les cris 
des blessés, mais le chant des oiseaux, auquel viennent s'a- 
jouter quelquefois les sons d'une musique douce et harmo- 
nieuse. 



TROISIEME SEANCE. 

(2 Décembre iS62.) 



Présidence de M. (Kîr. il^ur^j , Président. 

Le procès- verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Ouvrages offerts ou reçus depuis la dernière séance. — La So- 
ciété d'agriculture de l'arrondissement de Compiègne, en 
demandant l'échange de ses publications avec celles de la 
Société, envoie le numéro 21 mars 1862 de V Agronome pror- 
ticien^ journal de la Société d'agriculture de l'arrondissement 



de Gompiègne^ fondé le 30 août 1834. — Revue agricole , in- 
dastrielle, littéraire et artistique de la Société impériale d'a- 
griculture,sciences et arts de Tarrondisseinent de Valenciennes, 
octobre 1862. — Bulletin de la Société archéologique de Bé- 
ziers, séance publique du 29 mai 1862.— Recueil des travaux 
de la Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres 
de TEurp, tome 6, 1859.— Bulletin de la Société d'agriculture, 
industrie, sciences, et arts du département de la Lozère, tome 
XII, 1862, juin et août, 2 livraisons.— Revue deTart chrétien, 
6«« année, n® 9, septembre 1862. — Publications de la Société 
littéraire de Lyon,l«r volume, 1858-1860. — Memoirs of the 
litterary and philosophical Society of Manchester, third séries, 
volume l•^ 

M. Ed. Fleury, président, donne à la Société des rensei- 
gnements intéressants sur une vente considérable de chartes 
et diplômes sur peau de velin datés des xiii» et xiv« siècles, 
quelques-uns revêtus de cachets superbes et de paraphes. 
Cette vente qui a eu lieu, jeudi dernier, à la salle Sylvestre 
à Paris, était celle de la collection de M. Clerc de Landresse, 
bibliothécaire de l'institut. 

Sur les fonds votés par le Conseil général pour nos archives 
départementales, M. le Préfet avait autorisé le prélèvement 
d'une somme de deux cent cinquante francs,destinée à acqué- 
rir tout ou partie de ces pièces, bulles et chartes, qui inté- 
ressent l'histoire du département de l'Aisne, et le catalogue 
de la vente en mentionne une certaine quantité dont plusieurs 
offrent, nous le savons, un grand intérêt. La majeure partie de 
ces pièces ont été acquises pour le Département par M. Prioux 
chargé de suivre la vente. Elles ont été chaudement disputées 
par des collectionneurs de l'Oise et de la Somme. Ceux du 
département de l'Aisne s'étaient effacés devant nos- archives 
départementales. Les enchères nous en ont enlevé quelques- 
unes, parmi lesquelles on doit regretter trois ou quatre pièces 
vraiment importantes. 

Parmi celles qui vont venir enrichir notre dépôt public, se 
trouve un état des reliques , mobilier et ornements appar* 



— 57 — 

tenant à la Collégiale de Saint-Quentin, lequel état a été dressé 
le iS décembre 1399. 

11 est rédigé en un français qui a une forte senteur de terroir 
et d'accent picard. 

M. le Président se propose de donner tout à l'heure lecture 
de la copie qu'il a faite de ce document important qui ajoute 
un inventaire de plus à ceux de Liesse et de la cathédrale de 
LaoD, qu'il a publié» il y a quelques années; mais, auparavant, 
il veut donner à la Société communication de la lettre de 
M. Prioux dont voici le texte : 

Monsieur et cher Président, 

c Puisque vous avez bien voulu, d'accord avec M. l'Archi- 
viste du département de l'Aisne, me charger d'assister à la 
vente de la bibliothèque de feu M. Clerc de Landresse, bi- 
bliothécaire de l'institut, poury acquérir les bulles, chartes 
et manuscrits concernant notre département, je viens vous 
rendre compte de ma mission qui n'a pas été aussi heuieuse 
que je l'aurais souhaité, par suite de la concurrence que 
nous ont faîte des collectionneurs appartenante des contrées 
voisines et rassemblant tout ce qui regarde la Picardie. 
Cependant vous trouverez ci-joint l'inventaire des pièces 
que j'ai acquises pour nos archives, avec la note de celles 
pouvant nous offrir quelque intérêt, mais passées entre les 
mains de nos concurrents : 

LAON. 

> Charte par laquelle le roi de France Philippe-Auguste 
confirme les coutumes des habitants de Bruyères, Chéret, 
Vorges et Valbon. Donné à Senlis, l'an H86. — Vendue aux 
archives de l'Aisne 14 f. 50. 

» Charte par laquelle Gauthier, abbé de Saint- Vincent-du- 
Mont-de-Laon, concède à l'abbé de Hellance la dlme de l'autel 
de Tueres, etc. (Sans date, mais du xip siècle.) — Vendue à 
M.deBeauvillé32f. 

6 



— 58 - 

> Charte par laquelle Gauthier, prêtre de Téglise de Laoo, 
fait savoir que Renir es Guise a donné à l'église de Fusnîac 
toutes les terres qu'il possédait à Sainz, à Marfontaine, à 
Rogeri, à Saint-Pierre-de Wepais, etc. Fait en Tan 1161. 
(Charte fort curieuse.) — Vendue k M. de Beauvillé 27 f. 

I Sentence d'excommunication prononcée d'abord contre 
le maire, les jurés et le diocèse de Laon, et étendue ensuite 
à toute la province ecclésiastique deReims, A .. en étant alors 
archevêque. (Écriture du xiip siècle.) — Vendue aux archives 
de l'Ai sue 17 f. 

• Charte en forme de lettre adressée au pape par Anselme, 
évéque de Laon, lequel se plaint d'Ingerand, seigneur de 
Coucy, coupable d'usurper les droits du chapitre de Laon. 
Donné l'an 1218. 

1 Charte de sauvegarde donnée par Thomas de Coucy au 
chapitre de I^on, auquel il demande de le relever de son 
excommunication. Donné Tan 1232. 

» Charte par laquelle Raoul, sire de Coucy, confirme diverses 
acquisitions faites par l'église de Nogent, près Coucy (diocèse 
de Laon), et en outre les droits d'usage que ladite église a 
dans la forêt de Coulomniers. Donné l'an 1248. - Ces trois 
pièces à M. de Caix de St-Aymons 55 f. 

1 Charte par laquelle Th . . , archevêque de Reims, fait savoir 
qu'il a reçu une bulle du pape Innocent, adressée à la reine de 
France, au sujet de la maison et des vignes d'un nommé Gilles 
Hahun que le chapitre de Laon avait fait détruire. Donné Tan 
1252; la bulle est datée de Lyon. — Vendue aux archives de 
l'Aisne 17 f. 

1 Charte constatant que, par ordre du roi, Philippes de 
Bettisy, prévôt de Laon, a rétabli les limites qui séparaient le 
territoire d'Aliaincourt de celui de Mondrisicourt. Donné l'an 
1255, au mois d'avril. — Vendue aux archives de l'Aisne 22 f. 

» Charte relative à des arrangements passés entre le couvent 
de Saint-Jean de Laon et fluart dit Leduc, habitant de Laon. 
Donné Tan 1270. — Vendue aux archives de l'Aisne 8 f. 

> Charte par laquelle Etienne, abbé de Saint-Jean de Laon, 



- 59 - 

désavoue, devant les réclamations du chapitre de Laon, la 
prise d'un cerf faite par Bertrand, prévôt de Crécy. Donné 
Tan 1284. — t^omprise avec la précédente. 

I Charte contenant, avec la condamnation de Renaud d'Ana* 
gnie, chanoine de Notre-Dame de Laon, ie récit des moyens 
employés pour commettre son vol sacrilège. Donné le 23 oc- 
tobre, Tan 1310. - Vendue à H. de Beauvillé 35 f. 

I Vidimus d'une ordonnance du roi Philippe VI qui ordonne 
le séquestre du revenu de la trésorerie de l'église de Laon^ 
à cause du droit de régale. Donné l'an 1338. (En français.) — 
Vendu aux archives de l'Aisne 6 f. 

> Charte par laquelle Jean de Beaune» demeurant c in Valli- 
» bus subius Laudunum, » reconnaît certains droits que la 
chapelle de la Société des Chapelains de Téglise de Laon a sur 
ses vignes dont l'énumération est contenue dans cet acte. 
Donné l'an 1347. — Vendue aux archives de l'Aisne 3 f. 

> Charte par laquelle Pierre l'Auvregnas, demeurant à Bois, 
doit payer au chapitre de l'église de Laon une rente annuelle 
de 6 sous, à cause de deux journaux et demi de terre arable, 
sis au terroir dudit Bois, près le bois de Burgaumont qu'il 
tient dudit chapitre. Donné l'an 1378, 12 juillet. ^Charte fran- 
çaise.) — Comprise avec la précédente. 

> Charte par laquelle le chapitre de Laon déclare que le 
Chapelain delà chapelle de Saint-Damien et Saint-Côme, absent 
depuis longtemps, sera sommé trois fois de venir reprendre 
ses fonctions, sous peine d'être privé de son bénéfice. Donné 
l'an 1398, au mois de février. — Vendue aux archives de 
TAisne 3 f. 

> Charte constatant que Jean Bancignis, sergent du roi en 
la prévôté de Laon, a sommé, à la requête de dame Michielle 
de Vitry, veuve de Jehan Juvenel, seigneur de Trenel, de l'ar- 
chevêque de Beims, de Michielle Juvenel des Ursins , etc., 
le comte de Saint-Pol de payer à chacun des susdits une rente 
de 400 livres tournois, etc. Donné le 28 octobre 1446. — 
Vendue aux archives de l'Aisne 10 f. 

> Charte, en forme de lettre, adressée par le chapitre de 



— 60 - 

réglise collégiale de Saint-Gervaîs et Protais de Guise au cha- 
pitre de Laon. Donné Fan 1550. — Vendue aux archives de 
l'Aisne 1 f. 

1 Compte de Jean Sénéchal, chanoine de Laon, relatif à la 
perception des grosses amendes de ladite église de Laon, en 
Tan 1360, depuis la Saint-Barnabe 1360 jusqu'au même jour 
436^ - Vendu à M. de Beau ville 41 f. 

SAINT-ÛUENTIN. 

I État des reliques, du mobilier et des ornements de l'église 
Saint-Quentin en Vermandois. 1339, 13 décembre. Document 
en français.) — Vendu aux archives de TAisne 82 f. 

SOISSONS. 

1 Charte par laquelle Haymard, évéque de Soissons, relève 
Guermond de Busencie, chevalier, de la peine de l'excommu- 
nication. Donné l'an 1209. — Vendu aux archives de l'Aisne 
24 fr. 

» Charte par laquelle Eudes, évéque de Tusculane, légat 
du Saint-Siège, autorise Pierre Favre, chanoine de Soissons, 
à frapper des censures de l'Eglise ceux qui refuseront de 
payer les marrances. Donné l'an 1245, au mois d'avril. — 
Compris avec la précédente. 

» Charte par laquelle Totûcial de Soissons termine certaines 
contestations au sujet de droits et de propriétés sises à Acyac. 
Donné l'an 1296. — (Id ) 

» Bulle du pape Jules accordant certains privilèges au monas- 
tère de Saint-Crépin-Majeur, de Tordre de Saint-Benoit, dio- 
cèse de Soissons. Donné à Rome, à Saint-Pierre, l'an 1550, au 
mois de mai. — (Id.) 

» Bulle de la cour de Rome qui autorise Jean de May , re- 
ligieux profès de l'ordre de la Sainte-Trinité pour la rédemp- 
tion des captifs, diocèse de S«issons, u quitter l'habit régulier 
et à rentrer dans le monde. Donné à Rome, à Saint-Pierre 
l'an 9 du pontificat de Clément VH (1601). 



— «1 — 

c J'aurais sans doute pu tout acquérir en couvrant toujours 
» les enchères de nos concurrents; mais, les sachant à l'avance 
» très-tenaces, je n'ai pas voulu m'exposer à payer des prix 
» évidemment excessifs et outrepasser le budget que vous 

> m'aviez fixé. La pièce concernant Tétat des reliques et du 

> mobilier de l'église de Saint-Quentin a été payée très-cher ; 
» mais je savais combien on tiendrait à Tavoir à cause de son 
» grand intérêt historique et archéologique. 

> Recevez^ je vous prie, Monsieur et cher Président, les sa- 
• lutations empressées de votre bien dévoué, 

» S. PRIOUX • 

M. ÉD. Fleurt donne ensuite lecture du texte de l'Inventaire 
du Trésor de la Collégiale de Saint-Quentin : 

c Ce sont les joyaux et aultres biens appartenant au fait de 
le queste de l'église de Monsieur sainct Quentin en Verman- 
dois, bailliés et délivrés par ordonnance de messire doyen 
et chappitle de ladicte esglise par le main de messire Pierre 
Âlavainne , garde du trésor de l'église dessubsdite à Colart 
Bloquel pour le présent gouverneur et administreur de ledicte 
queste. 

• Premièrement a esté délivré audict Colart Bloquel le fierté 
du glorieux martir Monsieur sainct Quentin , dessus dite 
aournée de ymages d'argent esleveez tout autour et dorées es 
circunférences, enchapés d'une couverture de cuir. 

1 Item l'ymage dudit martir qui est d'argent tenant en ses 
mains en un quarré en manière d'un livres, auquel a de l'os de 
l'espaule, à dextre de deux tirans quy ont en leurs mains deux 
martiaux tous d'argent doré , et estant tous sur un pied d'ar- 
gent doré et en coffre de cuyr. 

1 Item l'ymage d'argent doré de sainct Légier tenant en sa 
main une pome, de l'eul d'icelly sainct Légier , aournée d'un 
tabernacle de cuyvre avec un pie dorés, en coBte de cuyr. 

» Item un reliquaire d'argent à un béricle un tantôt quassé 
auquel sont encassé certaines reliques de saincte Apoline et 



— 68 — 

de sainctMor^ au-dessus duquel reliquaire pose une croix i 
un crucefix d'argent dont Tun des bras d'icelle croix est perda, 
et est ledit reliquaire en coffre de cuyr. 

» Item un reliquaire à piet tout d'argent où est uu béricle 
an milieu » partie sur le rond a un compas d'argent doré , et 
au-dessus est un chief avec les épaules de sainct Quentin 
fichées de deux clos d'argent en coffre de cuyr. 

> Item un aultre reliquaire d'argent pareil en fachon ao 
précédent , a un béricle quarré et au-dessus une fleur de lis 
entaillie au vif. 

• Item un aultre reliquaire d'argent a un cristal quarré 
entertaillé à costes et au-dessus une croisette d'argent, en coffre 
de cuyr. 

» Item un reliquaire d'argent à un cristal ordené par ma- 
nière de croix, en coffre de cuyr 

» Item un reliquaire d'argent à un cristal ordené par ma- 
nière de clochier et au-dessus une croisetted^argent encoff're 
de cuyr, 

• (Restitué.) Item un reliquaire ancbien de cuyvre à oa 
tantet de cristal despécié» auquel a un couvercle d'aiyent et 
un petit pomiau de cuyvre au-dessus. 

> Item un reliquaire de cuyvre doré en fechon de tourelle 
fénestrée. 

> (Qestituë.) Item un reliquaire gisant sur le plat» couvert 
de plate de cuyvre a une pierre ronde de cristal ou milieu et 
au Lout d'en haut et au bas deux aultres pierres rondes de 
cristal, semées autour de pierres de diverses couleurs. 

> (Vacat.) Item une croix couverte de plates de cuyvre 
dorées à quatre pierres rondes de cristal aux quatre bouts et 
une aultre quarrée au milieu. 

1 Item le seau saint Eloy. 

» Item deux plas de cuivre. 

» Item quatre clochettes de métail. 

• Item deux candeliers de cuivre. 

% Item les babouches de fer apointiés de cordes et de ce 
qui y fiiut. 



— 63 — 

1 Item Tautel de bois portatif. 
1 Item neuf napes d'autel. 

1 Item deux vies parement de toile Inde à mettre au tour 
de Faute]. 

1 Item trois surplis. 

1 Item une chape orfevrée d'un vîel drap de soye. 

1 Item une aumuche noire. 

> Item un coffre de cuir noir bandé de fer blanc. 

> Item un coffre longuet fremant à deux clés. 
1 Item quatre sacs à mettre grain. 

1 Item chinq flassées. 

1 Item chint seingles (sangles). 

• Item une besace de toile cirée. 

> Item le chariot ordené d'un bahu et d'aultres ordenanches 
à ce nécessaires. 

> Item trois chevaux enharnechiés deuement ainsi qu'il 
appartient , pour lesquels trois chevaux ainsi enharnechiés 
ledit Colart a promis de rendre en fin de censé chinquante 
couronnes. 

1 Item le petite fiertre et une houche de cuyr. 

1 Item une relique à piet d'argent en manière d'un doit. 

* Item une croix d'argent à pierres. 

» Item une croix à un gros béricle ou moilon couverte 
d'argent. 

Iten une aultre croix à porter à procession. 

1 Die tertio decimo mensis decembris M. iip nonagesimi 
noni prefactus Colardus Bloquel recognovit se habuisse et 
récépissé omnia et singula superius scripta exceptis tribus 
reliquiis in capite signatis par restitué et ea omnia proniisit 
in fine censé sue restituere sana et intégra prout ad hoc 
dominis Johanne de Cruce; Johanne Âlbini presbyteris et 
Viviano de Poilly ecclesiœ sancti Quentini cnnonicis. P. Âlbini, 

> Item depuis a esté délivré audit Colart une croix couverte 
d'argent à chint pierres de cristal pesantjl'argent vi onches et 
XI estrelins. 

1 Item une relique à un cristal de la Magdelaine , pesant 
i'argent v onches xi estrelins et demy. 



— «4 — 

• (Vacat.) Item a esté délivré audit Colait une fierté comrerte 
d'o (le reste manque). 

» Item le x]i« jourde joing Tan iiii<^ v, fut baillié audit Colart 
une ymage de saint Laurent argent, estoît sur un greil d'ar- 
gent tenant en sa main un cristal ouquel a un des dens de saint 
Laurent. 

» Item une main d'argent en laquelle a de Toile de lequelle 
Marie Madalainne a ongit les piet de Nostre-Seîgneur. » 

M. ÉD. Fleurt donne quelques détails sur la visite que S. 
H. l'Empereur vient de faire^le jeudi iOnovembre^au camp de 
Mauchamp : 

c On savait , ou tout au moins on était autorisé à suppi)ser 
que l'Empereur viendrait, pendant son séjour à Complègne, 
visiter les fouilles qui avaient été faites sur ses ordres et 
d'après ses indications sur le terroir de Mauchamp , fouilles 
dont nous avons constaté , il y a six mois, les remarquables et 
féconds résultats; maison ignorait l'époque précise du voyage 
de Sa Majesté. 

» Le 19 , vers midi , toute notre ville apprenait qu'à onze 
heures et demie du matin , un train spécial avait passé à la 
gare de Laon , emportant vers Guignicourt l'Empereur et 
quelques personnes de sa suite. 

> Voici sur cette excursion qui ne s'est pas bornée au camp 
seulement , quelques détails qui seront accueillis avec un vif 
intérêt par la Société : 

» Sa Majesté n'était accompagnée que de trois personnes - 
M. le colonel de Castelnau, aide-de-camp ; M. le baron Stopffel. 
chargé de la direction des fouilles de Mauchamp , et M. le 
comte de Saulcy , sénateur et membre de l'Institut. M. le 
comte de Saulcy s'est beaucoup occupé de la question tran- 
chée par la découverte du camp de Mauchamp , et la Société 
n'a point oublié la lettre que ce savant nous a écrite au mois 
de mai pour constater le succès éclatant des idées émises par 
notre collègue H. Piette, il y a déjà quatre ou cinq ans. 



— 65 -- 

> A midi , le train impérial entrait en gare à Guignicourt. 
Sauf le chef de gare , personne ne l'attendait et la station était 
déserte. L'Empereur la quitta par un escalier de service et 
prit à pied la route départementale , pendant qu'on attelait la 
calèche découverte que le train amenait avec les chevaux. Sa 
Majesté avait déjà gravi une bonne portion de la colline de 
Guignicourt, quand , apercevant un nombreux troupeau de 
moutons, Elle demanda à des ouvriers qui passaient si c'était 
là le troupeau de Haucbamps dont Elle se rappelait la juste 
renommée. Bientôt, la voiture, précédée d'un piqueur à che- 
val, emportait les visiteurs jusqu'au camp. 

> Là se trouvait un autre de nos collègues , H. Bruyant, 
agent-voyer d'arrondissement, qui a conduit les travaux avec 
tant de dévouement et d'intelligence. Présenté à Sa Majesté 
par H. Stopffel, M. Bruyant dirigea la visite par la garenne de 
Mauchamps, la portion la moins intéressante et la moins 
concluante des fouilles, par le côté nord où les fossés se des- 
sinent mieux , et où Ton trouve la première porte et les pre- 
miers débris romains. L'angle de rencontre des côtés nord et 
ouest du camp fut examiné avec intérêt , et de cet angle , on 
descendit le long du premier fossé latéral , celui qui relie le 
camp à la Miette et à un emplacement qu'on pense être celui 
d'un des casiellum dont parle César. 

» Du haut du cavalier que M. Bruyant a fait reconstruire à 
l'intérieur de ce castellum et à l'aide des terres retirées des 
fossés réouverts, l'Empereur a pu examiner toute la topogra- 
phie du pays , saisir l'ensemble des travaux à l'aide du plan 
que M. Bruyant avait fait préparer. Comme tous ceux qui ont 
étudié ce castellum, il a reconnu que les idées acceptées jus- 
qu'ici étaient quelque peu troublées par le résultat des fouilles 
faites sur ce point. Il examina avec soin les excavations, puits 
ou chausse-trapes, que les ouvriers ont mises à jour en avant 
du cdstellum et d'où sont sorties quelques monnaies gauloises 
des Rémi , des débris de vases romains , de ferrements et 
d'armes, notamment une hache en silex poli. 

» Dès ce moment , nous devons dire que TEmpereur se 



- 66 — 

montra très satisfait de tout ce qui avait été fait et de la façon 
dont les travaux avaient été conduits. Une première fois , U 
daigna témoigner tout son contentement à M. Bruyant qui 
n'avait jusque-là cessé d'expliquer tous les détails de la 
recherche. 

» L'Empereur remonta ensuite vers la route départementale 
en longeant les fouilles du côté ouest, et en visitant la seconde 
porte qui touche la route. Là » il remonta en voiture pour 
aller à Berryau-Bac où il voulait voir de ses propres yeux le 
vallum, ou retranchement romain, que les indications de M. 
Tabbé Poquel avaient fait découvrir , nous l'avons dit en son 
temps (1)» sous les fossés de la fortification du moyen-âge , et 
aussi le passage de la rivière d'Aisne. 

I M. Dcligny , maire de Bcrry-au-Bac, et M. l'abbé Poquet, 
curé-doyen , avertis à temps de la présence de Sa Majesté à 
Mauchamps et de son intention de se rendre à Berry-au-Bac, 
s'empressèrent de se rendre au-devant d'EUe à l'entrée du 
village et furent accueillis avec cette bonté facile que toute la 
population a pu constater avec un bonheur dont les traces 
laisseront de nombreux souvenirs. L'Empereur voulut voir la 
chambre où son oncle séjourna en 1844 la veille de la bataille 
de Craonne , la maison commune et Téglise si remarquable 
que notre savant et laborieux collègue M. Poquet a su créer 
à peu près entière à la place du chétif monument que les 
guerres de la Fronde ont légué au pays. 

1 L'Empereur s'agenouilla pieusement , pria pendant un 
moment et visita Tégliseen détail, sous la direction de M. le 
doyen à qui il présenta ses compliments sur son œuvre. Il 
s'informa si l'Etat était intervenu déjà dans la dépense, apprit 
avec intérêt que le gouvernement venait de donner une somme 
de 6,000 fr.; que, grâce à l'intervention de M. le préfet, à la 
suite de sa très récente visite à Berry-au-Bac, le Conseil de 
fabrique de la commune avait promis 1,000 fr. aussi. Est-ce 

r 

(1) Voir le volume 18* du Bulletin de la Société académique de Laon, pages 
158 et 172. 



— «7 - 

assez pour finir l'œuvre si bien commencée? demanda TEm- 
pereur. — Non, sire , répondit M. Tabbé Poquet. — Et que 
Yous manque-t*il? — 4,000 fr., sire. — Je vous les donne» dit 
l'Empereur en quittant l'église dont il voulut encore louer 
l'ordonnance et le plan. 

» La foule avait envahi le saint édifice et suivait dans un 
respectueux silence cette scène après laquelle on se dirigea 
vers la rivière. L'Empereur , pendant tout le trajet, s'entrete- 
nait dans une aimable familiarité avec le maire et le curé 
entre lesquels il marchait. Il s'enquit du pays et de son agri- 
culture , de sa population et de ses besoins , pendant que la 
population s'approchait pour voir celui dont on lui annonçait 
la présence depuis si longtemps et qu'elle était si heureuse 
de posséder un instant au milieu d'elle. 

1 L'Empereur voulut examiner le passage de la rivière et 
ordonna que des fouilles fussent faîtes sur la colline de Sapi- 
gneul qui domine la rivière à gauche, comme on en avait fait 
sur la colline de Gernicourt. En apprenant que le pays était 
souvent gêné par des inondations dont les inconvénients 
seraient peut-être diminués par l'ouverture d'une arche dans 
la chaussée de la route impériale, Sa Msgesté promit de s'oc- 
cuper de cette affaire à laquelle M. le préfet s'était intéressé 
aussi , lors de la récente réunion des maires à Berry-au-Bac. 
Elle examina de loin la position de Craonne , ce champ de 
bataille témoin du dernier succès du premier empire , et Elle 
rentra à Bcrry-au-Bac , toujours suivie de la même affluence, 
toujours entourée du même respect attendri. 

> En retournant vers Guignicourt, l'Empereur visita la ligne 
sud du camp. On lui montra aussi les trois énormes grés 
trouvés par M. Bruyant atf sein d'une poche ouverte dans la 
craie pure. L'opinion qui veut que ces monolithes n'aient 
jamais ni pris naissance dans ce milieu essentiellementcalcaire, 
ni pu y être amenés par les eaux diluviennes, car ils n'ont pas 
la forme de bloc roulés , mais qu'ils sont un monument des 
époques la plus lointaines de notre histoire , des temps cel- 
tiques , a prévalu ; si on ne les admet pas comme dolmen, au 



— 68 — 

moins sont^ils une tombe-autel. Ce détail des fouilles a vive- 
ment intéressé les visiteurs qui sont restés quelque temps 
auprès des grés. 

> Pendant ce temps, sur les ordres de Sa Majesté,deux can- 
toniers fouillaient , mais sans résultat , une petite éminence 
qui borde le camp sur le front vers Berry-au-6ac , et les visi- 
teurs remontaient enfin en voiture pour regagner Guignicourt 
où la machine chauffait pour leur faire reprendre la direction 
de Laon et de Compiègne. 

• Un temps très convenable a favorisé cette excursion. 

1 Une fois de plus, au moment de quitter le camp, l'Empe- 
reur a voulu dire à M. Bruyant qu'il était très satisfait de tout 
ce qu'il avait vu et de l'intelligente direction qu'il avait donnée 
aux fouilles. 

> Celles-ci , comme nous l'avons déjà dit, vont être conti- 
nuées sur l'emplacement du castellum de la Miette, et commen- 
cées bientôt à Sapigneul. Toutes les fosses des côtés latéraux 
du camp vont être comblées , à l'exception des quatre angles 
qui seront achetés et conservés, ainsi que les portes, en cons- 
tituant ainsi les preuves évidentes et parlantes d'une décou- 
verte qui marque non-seulement dans notre histoire locale, 
mais dans la grande histoire nationale. > 



QUATRIEME SEANCE 

{m Décembre i 862.) 



Présidence de M, O. ileurg , Président. 

Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Ouvrages reçus depuis le 2 décembre, - Revue agricole in- 
dustrielle et littéraire de Valenciennes, i4« année. — Annales 



de la Société d'agriculture des sciences^ arts et commerce du 
Puy. Tome 23 i860. — Mémoires de la Société d'agriculture 
des sciences, arts et belles-lettres du département de l'Aube. 
Tome 26 n<» 61 et 6:2. •— Mémoires de l'académie d'Arras. 
Tome 33 et 34. - Revue de l'art chrétien, 6*année9 n*ll, 
novembre i862. 

M. Ed. Fleury donne quelques renseignements sommaires 
sur les derniers travaux faits au camp de Maucbamp depuis la 
visite de l'Empereur. 

Après cette visite dont tout le pays conservera la mémoire, 
ordre avait donné de rendre à l'agriculture tous les emplace- 
ments occupés par les fossés d*enceinte et latéraux, à l'excep- 
tion des quatre angles de rencontre conservés comme spécimen , 
et des fossés qui constituent les portes sur les quatre faces, 
angles et portes achetés par rEmpereur,ainsi que le casiellum. 
Les travaux de remblais sont terminés. L'emplacement où 
gisent les trois grés de lépoque celtique est ouvert aussi, et 
on n'a pas encore pris de parti sur leur sort. M. Bruyant, qui 
a conduit les travaux, propose de les sortir de leur fosse et de 
les* dresser sur le penchant de la colline comme ils ont dû 
l'être autrefois. P^ous le répétons, rien n'est encore décidé 
sur ce point. 

L'cimpereur, pour conserver et perpétuer le souvenir de 
cette découverte qui marquera dans l'histoire du pays aux 
temps archaïques, soit que la science admette que là fut in- 
contestablement le camp posé par César après avoir passé 
l'Aisne, soit que ce camp fût seulement, comme plusieurs per- 
sonnes le pensent encore, une position d'occupation et se 
reliant à un ensemble de défense dont les autres témoignages 
sont à Condé, Nizy, Saint-Thomas et Comyn, etc. ; l'Empereur, 
disons-nous, a voulu qu'un monument durable fut élevé au 
centre même du camp. C'est une borne taillée en forme de 
colonne milliaire romaine, haute de deux mètres et qui portera 
une inscription commémorative. 

Cette borne, dont le dessin et l'inscription ont été donnés 



— 70 — 

par M. Yiollet-Leduc, est taillée dans le chantier de la cathé- 
drale de Laon. Deux autres bornes de moindres dimenssions 
seront placées à rextrémité des fossés latéraux pour en indi- 
quer et conserver la direction. 

D'après le désir de TEmpereur, des fouilles avaient été fiaites 
sur la colline deSapigneul; deux fossés en croix l'avaient atta* 
quée une assez grande étendue. Cette recherche n'a produit 
aucun résultat. 

Au cdsiellumàe Màuchamps, on n'a découvert qu'un nouveau 
puits au fond duquel un vase romain» espèce d'aiguière en 
terre grise, et quelques débris de poerie ont été trouvés. En 
résumé, rien de saillant. 

M. l'abbé Bâton donne lecture d'un travail de M. l'abbé 
Lambert, membre correspondant, sur la constitution géolo- 
gique de la moalagne de Laon. 

En 1858, l'auteur de \z Description géologique de la montagne 
de LaoUy imprimée, si je ne me trompe, dans le Bulletin de la 
Société académique (année 1857), me faisait l'honneur de 
m'adresser deux exemplaires de son œuvre. Dans le tome 17 
page 711, 2me série du Bulletin de la Société géologique de 
France, je retrouve cette même notice reproduite intégrale- 
ment. Qu'il me soit permis de présenter quelques observations 
à ce sujet, car il m'a semblé que certains points pouvaient 
prêter matière ù la critique, j'entends la critique sage, hon- 
nête, loyale et consciencieuse. Je le ferai en termes courtois; 
loin de moi de cherchera blesser d'honorables susceptibilités: 
le nom, le talent, la réputation et les rapports que j'ai eus 
avec l'auteur, m'en font un devoir; j'espère ne pas y manquer, 
et je désavoue à l'avance toute expression qui serait de nature 
à compromettre l'estime que j'ai pour lui. 

Si j'ai bien compris l'ensemble des deux notices qui ne dif- 
fèrent l'une de l'autre que par quelques phrases , l'auteur 
trouve, dans la constitution géologique de la montagne de 
Laon, trois niveaux d'argiles plastiques avec ou sans lignite*, 



— 71 - 

l'un à la base, l'autre vers le milieu de la montagne, le troi- 
sième au sommet, immédiatement au dessous des calcaires. 
De ces trois niveaux d*argiles, un seul existe d'une manière 
évidente, celui du sommet; le second n'est produit probable- 
ment que par uu éboulement ou un glissement des argiles 
supérieures, et le premier, celui de la base, n'est pas un 
dépôt d'argiles plastiques avec ou sans ligniles. 

Et d'abord , il convient de définir ce que. nous entendons 
par argiles plastiques avec ou sans lignites. Nous pensons, 
comme tous les géologues, que l'on a réservé le nom d'argiles 
plastiques à lignites à un dépôt d'eau douce ou d'eau sau- 
mâtre, intermédiaire entre les sables marins inférieurs du 
Soissonnais ou de Bracbeux, et les sables marins supérieurs 
ou de Cuise, Mercin, etc. Personne ne contestera cette défi- 
nition. Je ne pense pas qu'il soit jamais venu à la pensée d'au- 
cun géologue d'appeler argiles plastiques à lignites proprement 
dites, tout autre dépôt et de rapporter à la même formation 
quelques couches d'argile ou des sables argileux avec fossiles 
exclusivement marins, tandis que le véritable dépôt d'argiles 
à lignites du Soissonnais ne contient que des fossiles d'eau 
douce et quelques espèces d'eau saumâtre. 

Ceci posé pour bien faire comprendre ma pensée , j'entre 
en discussion. 

/«' Etage inférieur des argiles à lignites, 

L*auteur de la note annonce que c*est dans la tuilerie de 
Vaux-sousLaon qu'il a découvert son premier étage ou étage 
inférieur des argiles à lignites. (Bulletin , 2* série , tome 17 , 
page 714 : description géologique de la montagne Laon. 
page 5.)11 donne cette coupe : 

Craie blanche, 

Argile brune et verdâtre avec quelques rares fossiles , notamment 
rOsIrœa Bellovacina; 1,30 

Argile jaunâtre légèrement sableuse, 0,80 

Argile jaunâtre très sableuse pétrie de fossiles. 1,40 

DiluYium (cité dans la description, mais non dans le Bulletin.) 



— 7Î - 

Cette même coupe » dit-il » existe à Semilly et aa bois de 
Laon perdu. J'ai vu Semilly mais non la coupe de Laon perdu 
qui est recouverte. 

Que Ton me permette de demander à l'auteur s'il a trouvé 
du lignite dans ces bancs et en quelle quantité ? Il serait bon 
de connaître la localité; car à Vaux et à Semilly, il n'y en a pas 
le moindre indice, et je suis même porté à croire, d'après les 
faits et l'examen des coucbes, qu'il a même trop multiplié les 
bans d'argile dans ces localités ; j'ai visité plus de vingt fois 
ces tranchées, et constammentla coupe s'est retrouvée laméme. 
La voici telle que je l'ai toiyours vue : 

Craie blanche. 

Sable très argileux , ou couche d*argi!e très sableuse , grisâtre , rou- 
geâtre par place , mais non d'une manière continue, renfermant de 
nombreux fossiles marins, pourris et écrasés. 

Vers le sommet de la couche et par nuances insensibles, ces sables 
sont un peu moins argileux , et sont la continuation évidente des sables 
placés au-dessous. 

Au-dessus c*est le Lœss , et non le Diluvium qui n'existe pas en cet 
endroit ; il recouvre cette couche argile sableuse. La surface de la 
masse sableuse a été ravinée et présente des espèces d'entonnoirs 
remplis de Lœss. J'ai trouvé dans cette couche supérieure plusieurs es- 
pèces de coquilles identiques aux espèces vivantes, suecinea dbUmga. 
Achatina sublonga etc. 1,50 

Terre végétale. 0,40 

Cette coupe est parfaitement d'accord avec celle qui existe 
à LaFère dans le^ tranchées du chemin de fer« où ces sables 
agglutinées en roche appartiennent à la même formation et 
forment la glauconie inférieure de M. d'Ârchiac, ou les sables 
de Brachenx , Sables inférieurs marins du Soissonnais. 

Notre honorable collègue ajoute que ces argiles sableuses 
représentent pour lui les argiles avec ou sans lignites du Sois, 
sonnais et du Laonnoisauxquelles elles passent incontestablement. 
C'est justement ce que l'on conteste. Que notre honorable col- 
lègue nous le permette et qu'il n'y ait rien de blessant pour 
lui dans notre citation. M. Hébert, dans la séance de la Sociélé 



— 73 — 

géologique de France du 30 janvier 1862, disait à rauteurlai- 
même , au sujet d'une communication qu'il avait faite sur le 
diluvîum delà Somme, qu'évidemment c sa manière d'observer 
diffère essentiellement de celle de tous les géologues ; 
aussi arrive-t*il à des conclusions qui se trouvent tout à fait 
exceptionnelles. > 

Je ne sache pas que jusqu'ici Ton ait trouvé dans nos sables 
de Bracheux aucun dépôt de lignites ou de fossiles des cen- 
drières de nos contrées. Ce que tous les géologues qui ont 
exploré le pays ont remarqué, c'est que les eendrières ou dé 
pots d'argiles à lignites reposent uniformément sur ces sables 
marins, coquillers ou non, qu'ils soient glauconieux, ou qu'ils 
soient siliceux, blancs ou jaunâtres. Que notre honorable col- 
lègue me permette de lui citer deux faits entre mille. 

Coupe de la cendrière de Liez de bas en haut» 

Craie. 

Sable jaune très fin et très siliceux. 6m » 

Argiles ardoisées , noirâtres avec Cyrena cuneifarmU , cerithium 

tariabile et lignite impur en bancs minces. 5,80 

Lignite pur terreux, couche à ossements de coryphodon. 8,60 

Argiles impures lignitifères et fossilifères. 3,50 

Loess. 1,50 

 Andelain, les lignites leposent sur un sable glauconieux 
agglutiné ; c'est la couche de La Fère. 

A Mailly près Laon, M. Hébert nous a fait voir, lors de Tex- 
cursion que les élèves de la Sorbonne firent sous sa direction, 
les argiles à lignites ou des eendrières reposant directement 
sur les sables glauconieux de Bracheux, et ces sables sont les 
mêmes qu'à Vaux-sous-Laon, Semilly, etc. 

Un dernier exemple, pris sur un point extrême, nous suOira 
pour prouver notre assertion. 

Coupe prise à Cormicy (Marne), de bas en haut. 

Craie dans le fond de la vallée. 
Sables blancs très purs. 



— 74 — 

Marne blanche calcaire au-dessous de Téglise. 

Sables blancs quartzeux assez purs par places. 20 

Sables violets dans Targile plastique. 1 

Lignite très pur. 0,70 

Argiles à cyrena euneiformis, 0,77 

Lignite pur a?ec ossements de coryphodon, etc. 0,80 

Argiles impures coquillères. 0,40 

Banc de lignite. 0,30 

Argiles à cyrena cuneiformis 0,60 

Sables argileux ?erdâtres avec eyrenat etc. 1 
Sables supérieurs du Soissonnais. 

Ces exemples ne suffisent-ils pas pour prouTer que les ar* 
giles et les lignites se présentent partout dans les mêmes con- 
ditions, et ne sont nullement enclavées dans les sables de Yaux- 
sous-Laon , qui sont évidemment caractérisés par les mêmes 
fossiles qu'à Bracheux , Noailles , Abbécourt , Châlons-sur- 
Vesles y Jonchery , etc. Les argiles à lignites forment donc un 
étage à part différent d'origine, puisqu'elles ne renferment que 
des fossiles d'eau douce, tandis que les sables de Bracheux ne 
renferment que des fossiles marins. Ces sables marins ne sau- 
raient donc passer incontestablement aux argiles à lignite. 

Ce premier étage de l'auteur est donc improprement appelé 
Etage inférieur des argiles à lignites , puisqu'il n'y a aucune 
raison, aucun fait qui le prouvent , mais une simple allégation 
qui peut être vraie dans la pensée de l'auteur, mais qu'il n'est 
pas permis d'accepter sans contrôle. Si les argiles à lignites 
ont existé dans la montagne de Laon, ce n'est pas en cet en- 
droit, mais dans une couche supérieure qu'il faut les chercher. 

S* Etage des argiles à lignites ou système argilo-marneux. 

Je suis obligé de diviser ce second paragraphe en deux : 
\^ Le second système des argiles à lignites n'existe probable- 
ment pas ; S^» Il y a dans la notice beaucoup plus de bancs fos- 
silifères qu'il n'en existe en réalité dans la montagne. 



-■;'•:. -r 75 — 

§ l'r Le second système d'argiles à LIGNITES N'EXISTE 

PROBABLEMENT PAS. 

L'auteur le cite au sommet de la tranchée de Vaux-sous-Laon, 
au chemin de la Couloire^ sur la route d'Ardon et sous Saint- 
Vincent. 

J'ai examiné attentivement ces trois points , et le résul- 
tat de mes observations fut , que l'auteur avait bien vu 
en ces trois endroits des argiles , mais que notre honorable 
collègue me permette de le lui dire et de le prouver, je pense, 
sauf meilleure preuve, qu'il a pu prendre pour un niveau ar- 
gileux en place des argiles qui ont glissé du haut de la mon- 
tagne. 

Voici la coupe que j'ai relevée du côté de Vaux dans la sa- 
blière ou l'auteur indique qu'il a montré à M. Hébert un affleu- 
rement de son second système d'argiles à lignites : j'étais 
présent à cette excursion, je ne saurais donc me tromper sur 
l'endroit. 

Coupe de bas en haut. 

Sables gris jaunâtres vraisemblablement superposés aux sables argi- 
leux verdâtres de Vaux-sous-Laon. 

Sables gris jaunâtres en couches ondulées, veinées, colorées en rouge 
par places par Toxyde de fer, se terminant insensiblement par des sables 
ocracés. 5 m. 

Sables blancs jaunes panachés de gris. 6 

Au dessus, il y a un glissement des argiles sableuses de la 
partie supérieure des sables du Soissonnais, qui ressemblent à 
première vue aux argiles à lignites proprement dites. En effet, 
la position de ces argiles est très inclinée suivant la pente na- 
turelle de la montagne ; les feuillets des argiles ne sont pas 
continus et au lieu d'être horizontaux comme le supposerait 
une déposition régulière et normale , ils sont redressés et 
presque verticaux : Ces argiles sont très friables , se délitent 
très facilement et ressemblent à de la terre noire. Elles con- 



— 76 — 

tiennent, dans iear intérieur et sans ordre, des poches de sa- 
bles jaunes, dans lesquelles j'ai trouvé des plaques et des ro- 
gnons de sable endurcis et très oxydés, des coquilles, des sables 
supérieurs du Soissonnais. entr'autres l'espèce Cardila plauû 
Costa Var. B. etc. 

Unfaitqui ne peutlaisser aucun doute sur leur remaniement» 
c'est qu'entre ces prétendues argiles à lignite et la couche de 
sables grisâtres qui les soutiennent, se troure un lit de 10 cent. 
d'épaisseur, contenant des sables argileux terreux avec frag* 
ments nombreux de calcaire grossier avec Nummulites hBvigaia^ 
moules de coquilles , le tout agglutiné ensemble et paraissant 
à première vue avoir une position normale. II est très iacile 
de s'y tromper. Ces argiles sont recouvertes par des éboulis. 

Cùupe de hiu en haut. 

Sables gris-jaunâtres. 

Sables blancs-jaunes panachés de gris. 

Petit lit de débris de fragments des calcaires afec nunmMtes 
lœvigata et coquilles des calcaires et des sables. 

Argiles qui ont probablement glissé de la partie supérieure avec 
rognons disséminés de sable très oxydé. 

Eboulement de sables, terres, calcaire, qui recouvre en partie 
ces argiles. 

Sables en position. 

Dans la route neuve qui descend à Vaux et à un niveau 
différent , on voit ces mêmes argiles éboulées et remaniées ; 
elles offrent de haut en bas l'ordre suivant dans une tranchée 
de la route, mais d'un seul côté seulement ; l'autre tranchée 
en face présente une masse homogène de sables non rema« 
niés. 

Sables quartzeux blanchâtres en position. 
Argiles remaniées terreuses avec quelques traces de lignite. 
Petite couche de sables blancs paraissant en position et se trouvant 
aussi de Tautre côté de la route. 



— 77 — 

Sables glauconieux et argileux par places, qui semblent avoir été 
remaniés : 

Sables jaunes remaniés. 

Eboulis, fragments de rocbes calcaires siliceuses, quelquefois assez 
folumineux empâtés dans le Loess aiec sables et terres argileuses. 

J'ai visité la montée d'Ârdon ; sur la route neuve , je n*ai 
rien trouvé de ce qu'a vu notre honorable collègue; mais, dans 
un petit chemin creux qui se dirige directement sur la gauche 
d'Ardon , au-dessous des sables siliceux qui les séparent du 
lit fossilifère des sables de Cuise , j'ai vu une masse de ces 
mêmes argiles que je crois provenir des argiles supérieures : 
ici encore leur position est inclinée dans le sens de la mon- 
tagne de la manière la plus évidente ; elles sont comme en- 
clavées dans le sable qui les circonscrit entièrement, excepté 
du côté où elles affleurent. Elles sont encore brunâtres» 
violâlres, noirâtres; les feuillets qui les composent sont aussi 
redressés et verticaux. 

A Saint-Vincent, le même aspect se représente. Tels sont 
les endroits que j^ai visités d'après les indications de l'auteur. 
Rien dans ces faits ne me permet d'arriver à la même conclu- 
sion que lui ; au contraire, j'ai reconnu des ai^iles remaniées 
et éboulées du haut de la montagne. Cependant, je ne voudrais 
pas me prononcer d'une manière absolue et dire qu'il n'y a 
pas d'argiles plastiques en position à ce niveau , car les véri- 
tables argiles qu'a reconnues l'auteur ont pu être recouvertes 
par les éboulis. En effet, si les argiles plastiques existent dans 
la montagne de Laon , elles ne peuvent se rencontrer qu'à ce 
niveau, entre les sables de Bracheux et les sables marins supé- 
rieurs du Soissonnais, et même, selon la pensée de M. Hébert, 
(Bulletin de la Société géologique de France, 2® série, tome XI, 
page 658) cet endroit ne serait c qu'uni des points extrêmes où 
les lagunes des lignites venaient s'arrêter. > Selon le même 
savant, les lignites manquent à Laon , c et ce fait exceptionnel 
tient à ce que les sables inférieurs se sont élevés en ce lieu à une 
hauteur plus grande que dans les autres points de la contrée, 



— 78 — 

et qu'ils ont formé une sorte de dunes ou de monticules 
sableux , au pied desquels s'étendaient les lagunes où se dé- 
posaient les argiles à lignites à q/r^ena cuneiformis, etc. > 

En résumé, Tauteur nous parait avoir affirmé d'une manière 
trop absolue Texistence d'un second niveau d'argiles plas- 
tiques ; il serait à désirer qu'il eût donné quelques preuves à 
Tappui de son opinion ; car, d'après les faits actuels, ce second 
niveau n'existe pas , ou s'il présente quelques traces, elles ne 
sont pas assez caractérisées pour permettre de conclure 
d'une manière absolue et affirmative l'existence des argiles 
plastiques avec ou sans lignites formant un niveau distinct. 

§ 2. — LES BANCS FOSSILIFÈRES SONT BEAUCOUP TROP MULTIPLIÉS. 

Âu-dessus de des argiles supposées argiles à lignites , jai 
vainement cherché des traces du banc n® 1 avec coquilles 
pourries, du banc n\^ sans fossiles, du banc n^S avec rognons 
de grés, du banc n» 4. J'ai bien vu le n» 5 avec têtes de chat ; 
probablement que les endroits qu'a examinés notre honorable 
collègue sont devenus depuis invisibles, au reste, cela importe 
peu. 

J'ai trouvé une masse de sable homogène maniée diverse- 
sèment par place, que j'évaluerai à 1 5 ou 20 mètres d'épaisseur; 
puis au bas d'une grande tranchée qui continue ces sables, 
un lit fossilifère analogue au banc coquillier inférieur d'Aizy- 
Jouy, dans lequel domine la Turritella circumdata Desh. Ce lit 
est en contact avec un autre de Pectunculus polymorphus (non 
depressus) , qui se trouve aussi à Aizy , et ces pétoncles eux- 
mêmes finissent par se mélanger "avec le lit d*0$trœa rarila" 
mella. Desh. 

Voici la coupe de bas en haut : 



Même dépôt 
continu 



1 



Sables non fossilifères, 15 à 20m. 

Lit coquiller d'Aizy, 60 

Lit de Pectunculus polymorphus, 50 

Lit ù'OstroMi. rarilamelîa, 3 » 

Sables sans fossiles, 18 ?? 



- 79 — 

Il est bien entendu que ces trois lits coquillers qui passent 
de Tun à l'autre , ne forment et ne doivent former» dans notre 
pensée, qu*un seul et même dépôt fossilifère. 

Au-dessus des sables sans fossiles, il existe un second hori- 
zon fossilifère, analogue à Thorizon supérieur d'Aizy-Jouy : 
c'est le banc de Cuise-La motte, Mercin, Saint-Gobain, etc., 
avec Ovula tuherculosa Duclos. Rostellaria macroptera Lamk. 
Turritella hybridu Desh. Neritina conoidea Lamk, etc. 

Sur la nouvelle route d'Ardon , j'ai trouvé ces deux mêmes 
bancs fossilifères à la même hauteur et séparés par une masse 
de sables sans fossiles d'une épaisseur de 6 à 8 mètres ; le lit 
inférieur d*Âizy et le lit de pétoncles sont encore en contact. 
Les Ostrcsa rarilamella y sont , il est vrai , très rares , j'en ai 
cependant trouvé des fragments, ce qui, à la rigueur, suffit 
pour constater leur existence. Les fossiles sont les mêmes 
qu'au-dessus de Vaux ; il est inutile d'en donner la liste. Que 
l'on me permette de signaler un fragment du Rostellaria 
Geoffroyi Wat , fait qui ne permet pas de douter de l'identité 
de ce banc avec celui d'Aizy. Au-dessus sont des sables sili- 
ceux sans fossiles comme du côté de Vaux. Us sont très ocracés 
avec rognons de calcaire concrétionné. 

Vient ensuite le banc très fossilifère n® 9 de notre hono- 
rable collègue ; c'est le même que Thorizon supérieur que 
nous avons cité du côté de Vaux, équivalent de Mercin, Cuise- 
Lamotte, etc. Au-dessus il n'existe plus dans les sables aucun 
banc fossilifère. 

Ainsi, les bancs fossilifères si multipliés que l'auteur de la 
notice a trouvés répartis dans la montagne de Laon se réduisent 
à trois après examen sérieux. L'un appartenant aux sables de 
Bracheux ou sables marins inférieurs du Soissonnais, et situé 
h Vaux-sous-Laon, Semilly, Laon perdu ; les deux autres, dus 
à la même formation marine , et déposés pendant la même 
période géologique , appartiennent aux sables marins supé« 
rieurs du Soissonnais ou sables de Cuise. 

Les bancs ïi9 1 et n« 3 de notre savant collègue contiendraient, 
à mon avis, des fossiles qui ont glissé du banc n» 9 ; car, dt 



— 80 - 

Tavea même de Taoteur, « on ne trouve que des nids de 
fossiles pourris et méconnaissables, i 

Les bancs n^* 5, 6 et 7 ne forment plus qu'un seul et unique 
banc fossilifère ; ils ont pu être étudiés sur différents points, 
les bancs 6 et 7 du côté d'Ardon , par exemple » et enfin le 
banc no 9 ou Thorizon de Cuise. 

Ces deux seuls niveaux fossilifères àes sables marins supé- 
rienrs du Soissonnais ne sont pas spéciaux à la montagne de 
Laon. On les retrouve encore dans le même ordre à Mons-en- 
Laonnois ; je les ai vus à la montée d'Urcel, à Aizy, à Bièvres, 
à Hercin^ etc., etc., toujours dans les mêmes conditions, avec 
les mêmes fossiles caractéristiques. 

A propos de fossiles, que notre savant collègue veuille bien 
me permettre de lui signaler quelques erreurs qui lui ont 
échappé dans ses listes de fossiles, intégralement reproduites 
en 1843 dans son mémoire sur les sables inférieurs ; en 1 857 
dans la description géologique de la montagne de Laon, et en 
1860 dans le Bulletin de la Société géologique d e France.L'A Iveo^ 
lina ohlongaheshj est placé par lui parmi les radiaires, c'est une 
erreur, YAlveolina est un foraminifère. Le genre Lunulites 
n'est pas non plus un radiaire; c'est un mollusque bryozoaire. 
Le genre Dentalium ne doit pas être rangé parmi lesannélides, 
c^est un mollusque gastéropode. Le Dentalium Tarenlinutn 
n'a jamais existé à l'état fossile , je doute même qu'il existe 
dans la nature , et notre collègue n'ayant pas cité le nom de 
Tauteur, il est impossible de recourir à la source. Le Dentalium 
incestum Desh, n'est pas fossile ; on ne l'a encore rencontré 
qu'à l'état vivant. Le Cassis Sahuron est une espèce de Bor- 
deaux ; il est permis de douter de son authenticité dans le 
bassin de Paris, en présence des erreurs de détermination de 
l'auteur. Le Neœra Victoriœ dont l'auteur réclame la paternité 
est toujours écrit invariablement Nerœa Victoriœ dans toutes 
les listes. Je ne parlerai pas des espèces propres au calcaire 
grossier que l'auteur range dans les sables du Soissonnais. 
En général , il est très difficile de déterminer les espèces de 
fossiles , et lorsque Ton n'en a pas l'habitude l'on est exposé 



— 81 — 

à commettre de graves erreurs. Il est évident que je n'ai pas 
l'intention d'en faire un crime à l'auteur ; mais il nous est 
permis de regretter tant d'erreurs, involontaires sans doute^ 
dans la détermination des espèces fossiles , mais qui rendent 
inutiles pour la science toutes ces listes qui ont dû cepen- 
dant demander à l'auteur tant de soins et de temps. 

S* Etage des sables inférieurs de rauieur, et 3^ étage des argiles 

plastiques avec ou sans lignites. 

Pour plus de clarté, suivons l'ordre des idées de notre ho- 
norable collègue Aussi bien j'avoue naïvement que ce passage 
ne m'a pas semblé suffisamment clair ; je suis loin de nier les 
faits apportés; mais je n'en saisis pas parfaitement l'ensemble. 
Essayons cependant. 

L'auteur partage son troisième étage des sables inférieurs 
en deux systèmes : c le premier système , dit-il , est moins 
développé à Laon qu'à Chavailles , commune de Martigny , où 
il atteint une épaisseur de 15 à 16 mètres, et se divise en 7 ou 
8 bancs, au milieu desquels on remarque souvent des grés 
verts se divisant en cubes. A Laon , ce premier système ne 
présente , comme d'ailleurs dans beaucoup d'autres localités, 
qu'une simple bande appliquée à la lisière du plateau, et par 
celte disposition singulière masque si complètement ce second 
système, que jusqu'à ce que je l'eusse signalé, aucqn géologue 
ne l'avait reconnu. > (Bulletin, page 725, description géolo- 
gique, page 14.) 

Ce système est en effet très difficile à trouver, car personne 
jusqu'ici, excepté l'auteur, n'a découvert aucun des troisbancs 
d'une manière certaine. Le premier qui est fossilifère pourrait 
probablement être la continuation du banc fossilifère n° 9, et 
doit lui être rapporté ; l'auteur les aura probablement exami- 
nés l'un et l'autre dans des endroits différents. En effet, à 
MoQs-en-Laonnois, au-dessus et en contact avec le banc u° 9, 
sontdes sables friables jaunâtres, légèrement glauconieux, dans 
lesquels j'ai trouvé les mêmes fossiles et que sans hésitation 



— 82 — 

je regarde comme la continuation du banc précédent. Dans 
cette couche , j*ai rencontré VOvula tuberculosa^ le Rostellaria 
macroptera^ les fragments d'un énorme Fuseau (Fusus Bulbi" 
formu ?) trouvé précédemment entier dans la couche de 
Mercin et dont M. Hébert m'a montré l'analogue dans l'argile 
de Londres. Ce qui me porte à croire que l'auteur a pu faire 
erreur, c'est qu'il rapporte à son second système les couches 
fossilifères de Mercin, Cuise-Lamotte, et fait reposer ce second 
système c tantôt sur les couches inférieures du précédent, 
tantôt sur le banc n«9, du second étage. > (Bulletin, page 726.) 
Ce système, que l'on pourrait croire à bascule , me semble un 
peu confus; ai-je découvert la pensée de l'auteur? Qu'il me 
pardonne si je n'ai pu y parvenir ; je cite textuellement . 
c C'est ù ce système, auquel je donne le nom de troisième 
étage d'argiles à lignites , qu'appartiennent les bancs coquil- 
1ers supérieurs de Cuise-Lamotte , ceux de Mercin , près de 
Soissons, etc. » 

Il faut avouer que les exemples ne sont pas heureux, car ces 
deux localités sont explorées par tous les géologues et per- 
sonne n'a encore pu découvrir jusqu'ici le second système 
de l'auteur ; nous avons mentionné plus haut les deux seuls 
bancs fossilifères que l'on y trouve. 

Je connais assez bien les sables de Mercin. Pendant quatre 
années que j'ai passées à Soissons , je visitais le ravin de 
Mercin régulièrement une fois par semaine ; je puis affirmer 
que notre honorable collègue se trompe, et nous n'avons jamais 
trouvé au-dessus du lit fossilifère de Mercin qui correspond au 
n® 9 de Laon, aucnms couclicspétries d'une quantité considérable de 
fossiles, les uns marins, les autres d*eau douce , ni des dépôts de 
lignites ; La coupe de Mercin est identique à celle de Laon, et 
cependant le banc fossilifère de Mercin, nous l'avons exploré à 
Retheuil, Cœuvres, Laversine, Pîerrefonds , Cuise-Lamotte, 
Osly, Pasly, Cuisy-en-Âlmont, Vregny, Vailly, Aizy, Chavignon^ 
Saint-Gobain et dans tous les environs de Laon. L'auteur aura 
sans doute involontairement fait confusion dans ses notes. 

Immédiatement au-dessus de la couche fossilifère, d'après 



— 83 — 

DOS observations , des deux côtés opposés de la montagne de 
Laon , il existe un sable siliceux jaunâtre, blanchâtre , avec 
veines d'oxyde de fer ; d'une puissance de 4 à 5 mètres , puis 
une couche glauconieuse de sables argileux grisâtres , dé* 
pendant de la couche suivante ; 3 mètres d'épaisseur. 

Enfin une couche d'argiles panachées, rouges, grises, noires, 
feuilletées, avec mélange de veines de sable intercalées entre 
les feuillets , semblables aux argiles de Saint-Gobain, Mercin, 
etc. Ce sont les seules et uniques couches argileuses bien 
caractérisées que nous ayions rencontrées dans la montagne 
de Laon , et ce sont elles qui probablement par des glisse- 
ments et des éboulements , ont contribué à former le second 
étage des argiles avec ou sans lignites de notre honorable col-' 
lègue. Cette couche d'argile nous l'avons vue à Mons-en-Laon- 
nois, Bièvres, Mercin, Saint-Gobain, etc., etc., toujours dans la 
même position. 

C'est à ce niveau qu'il place les sources de la montagne. Je 
n'ai pas à examiner l'opinion non-seulement hasardée, mais 
insoutenable , que ces sources proviennent de c syphons na- 
turels, dont les canaux, circulant dans les flancs de la colline 
de Laon, y formeraient des conduits par le moyen desquels les 
eaux de certaines rivières qui coulent à un niveau très élevée, 
seraient conduites par [le seul effet de la loi sur l'équilibre 
jusqu'au sommet de celte colline. > (BuUetio, page 730, Des- 
cription, page 17, Histoire de Laon, tome l^r, page 21.) Mais 
il faudrait alors supposer qu'en effet la montagne a été soulevée 
de terre comme un champignon (Description géologique, page /j, 
ce que l'auteur ne croit pas , ni nous non plus, car toutes les 
couches sont parfaitement horizontales. Et pour réfuter 
l'hypothèse opposée qui veut que ces sources proviennent 
des infiltrations pluviales , l'auteur de la notice dit qu'il c ne 
faut pas perdre de vue que ce plateau est presqu*entièrement 
couvert d'habitations , et que les rues de la ville sont pavées, 
double circonstance qui diminue sensiblement les chances 
d'infiltration. » (Bulletin , page 729.) L'auteur a voulu rire ; 
rions avec lui et de la théorie des syphons , et de la défense 



— 84 — 

de cette théorie, et des objections de la force de celle que je 
viens de rapporter. 

Je pourrais faire quelques observations sur la succession 
des calcaires grossiers que donne notre honorable collègue ; 
mais cela nous entraînerait trop loin. Qu'il me soit cependant 
permis de ne pas être de son avis quant à l'origine qu'il donne 
aux têtes de chat du calcaire grossier friable, et de ne pas 
admettre que ces masses de rognons sont sorties à l'état de 
bouillie du sein de la terre par d'anciens canaux souterrains 
qui percent la roche de part en part en s^enfonçant sous terre 
jusqu'à des profondeurs encore inconnues. (Bulletin, page 
732, Description, page 17.) Voilà bien des syphons et des 
canaux souterrains !! Â cette hypothèse il faudrait des preuves 
et non des allégations. 

Quant aux cavités cylindriques que l'auteur, dans la pre- 
mière édition de son travail , appelle d'une manière plus 
explicite des orgues géologiques et que tout le monde connait 
sous le nom de puisards, j'avoue que j'admettrais difficilement 
que ce sont d'anciens syphons par lesquels ces calcaires sont 
sortis c sous forme de bouillie du sein de la terre dans les 
bassins oiSl se déposaient les calcaires grossiers, i J'avoue 
que cette bouillie calcaire et ces syphons qui reviennent en- 
core, ne me semblent pas une hypothèse claire et facile à 
expliquer c'est un peu trouble. Opinon pour opinion ; j'en 
aime mieux une autre plus naturelle. 

Ces puits naturels sont très communs dans les calcaires , et 
il n'est pas une seule localité où il ne s'en trouve une très 
grande quantité ; ils sont très rapprochés les uns des autres ; 
quelquefois ils sont espacés de plusieurs mètres, parfois de 
quelques décimètres. Le plus souvent, ces puits s'arrêtent 
dans répaisseur de la couche calcaire quelquefois et le fait 
est bien rare, ils la traversent et pénètrent dans le massif des 
sables supérieurs du Soissonnais ; mais dans aucun cas je ne 
les ai vus pénétrer du calcaire jusqu'à la craie. Ces puisards, 
creusés par les eaux d'après l'opinion commune, ont été 
ensuite comblés par des sables ou par des argiles, et en gêné- 



- 85 - 

rai par des dépôts de même nature que la roche qui les 
surmonte, ou enfin, lorsque leur ouverture est en contact avec 
le diluvium, par les graviers et par le Loess. 

Il est temps de terminer. Que Ton nous permette une 
dernière citation: (Bulletin, page 735, Description, page 20.) 
Notre savant et honorable collègue appelle Diluvium la couche 
à briques de notre pays. Je ne discuterai pas avec lui cette 
opinion toute personnelle. Je ne rappellerai pas non plus la 
note de M. Hébert, où ce savant prouve que l'auteur pourrait 
bien avoir des notions incomplètes sur la nature du diluvium 
proprement dit ; mais ce que notre honorable collègue 
me permettra de nier de la façon la plus formelle et la plus 
explicite, et ce qui ne saurait être accepté de personne , c'est 
l'assurance avec laquelle il affirme qu^entre Chauny et La 
Fère on trouve dans ce qu'il appelle diluvium et qu'il confond 
avec le loess, des ossements fossiles, c Ce limon, écrit-il dans 
les deux éditions ^ ne renferme pas (ici) de fossiles ; mais aux 
environs, par exemple entre Chauny et La Fère, on y trouve 
(dans le limon) de nombreux débris de mammifères et de car- 
nassiers, probablement d^espëces animales éteintes ou qui 
n'habitent plus nos coutrées. > L'auteur veut sans doute parler 
des grevières célèbres de Yiry-Noureuil. Depuis douze ans, je 
recueille tout ce que l'on trouve dans cet endroit ; je puis 
assurer que c'est dans le Diluvium gris et non dans le Lœss 
qui le surmonte que les ossements ont été trouvés. Il ajoute 
que les ossements de Mammifères et de Carnassiers (sic) sont 
nombreux , il est dans l'erreur quant aux Mammifères carnas' 
siers. M. Lartet^ qui a bien voulu examiner toute la collection 
d'ossements que j'ai recueillis dans ce terrain , n'a reconnu 
que deux dents d'Ursus et un humérus d'Hyena , mais au 
contraire une immense quantité de ruminants et de pachy- 
dermes. Dans le Lœss ou limon qui surmonte le diluvium, je 
n'ai jamais découvert que des coquilles fluviatiles et terrestres. 

J'ai terminé cette longue tâche ; je ne l'ai entreprise que 
pour rectifier des erreurs qui se trouvent imprimées dans le 
Bulletin de l'Académie , espérant être utile à nos collègues 



— 86 - 

honorables qui s'occupent avec zèle de tout ce qui peut inté- 
resser le pays. Je Tai fait, je pense, avec modération ; je serais 
désolé d'avoir causé la moindre peine à notre collègue, et je 
rétracte encore toute parole qui semblerait sortir des bornes 
de la modération et de la courtoisie qui doit exister toujours 
entre deux personnes qui s'estiment et se respectent. 



CINQUIEME SEANCE, 

(24 Février 1S02.) 



Présidence de ï. <C1>. iUurj; , Président 

Le procèS'Verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Ouvrages reçus depuis le 16 décembre 1862. — Bulletin de la 
Société des Sciences, belles lettres, et arts du département du 
Var. Toulon , 1861 . — Bulletin de la Société des Sciences 
Compte rendu de la séance du 16 juin 1862. — Mémoires de 
l'académie impériale de Metz, 1861 -1862. — Revue de l'art 
chrétien, livraison de janvier 1863. — Société impériale d'agri- 
culture de Valenciennes. Tome XV, 14» année 1862. 

M. le Président a en outre reçu , avec invitation pour la so- 
ciété de s'y faire représenter le programme de la 3« session 
du congrès scientifique de France , qui cette année doit se 
réunir ù Chambéry du 10 au 20 août. 

Il a également reçu du ministère de l'instruction publique 
la liste des sociétés savantes du département. 1662. 

M. Ed. Fleury donne connaissance à la Société d'une cir- 
culaire du Ministre de rinstruction publique, ayant pour objet 



— 87 — 

la formation, an muséum d'histoire naturelle» d'une collection 
anthropologique, et faisant dans ce but appel au concours des 
Sociétés savantes des départements ; à cette occasion, il rap- 
pelle la communication qu'il a faite tout récemment à la plu- 
part des membres présents, des débris d'ossements et d'armes 
d'origine francs recueillis à Anguilcourt-le-Sart. M. Biot, maire 
de la commune, a bien voulu se charger de surveiller la con- 
tinuation des fouilles, de réunir et de conserver les divers 
objets qui en proviendront. Joints aux fragments déjà décou- 
verts dans l'arrondissement , ces ossements pourront faire 
l'objet d'un envoi digne d'intérêt. 

M. Gauthier communique des dessins très-remarquables 
qu'il a faits de l'Eglise de Nouvion-le-Vineux et lit une notice 
historique sur cette Eglise. 

A mi-côte d'une colline se dessine l'Eglise de JVotitnon-I^- 
Yineux qui domine le village. L'inspection de la pente sud du 
terrain, couvert de traces de fondations, suffirait seule à démon- 
trer l'ancienne importance de Nouvion , si chaque jour ne ve- 
naient confirmer cette présomption des blocs considérables de 
pierres taillées, de nombreuses trouvailles d'objets romans, 
de monnaies du moyen âge, de cercueils en pierres orientés 
sur deux rangs de l'Ouest à l'Est. 

Nouvion s'écrivait au XIl^ siècle d'après les cartulaires et 
les chartes : Novian, Novion, Novianium, Novientum, Nogentum. 
Sa qualification de Vinosum apparaît à la fin du X1I« siècle. 
C'est une preuve sinon de la qualité, au moins de la quantité 
du vin du crû récolté dès cette époque. 

L'origine de Nouvion remonte-t-elle bien loin au-delà du 
X« siècle ?... 

Il n'y a aucun document écrit. Sans essayer de percer la 
nuit qui entoure le berceau de Nouvion-le-Vineux, disons que 
son église est la première page de son histoire et la plus belle. 
La situation de ce pieux édifice, construit en pierre prove- 
nant du dessus de la montagne , est des plus heureuses , et 



quoiqtt'ily aitunegrande sobriété d'ornements partout aiUenrs 
qu^à la tour, l'effet d'ensemble est très pittoresque. 

EXTÉRIEUR DE L'ÉGLISE. -* Faisons d'abord le tour du monu- 
ment : on passe devant le porche qui est du XIV* siècle. Des 
colonnes à chapiteaux finement sculptés et une archivolte , 
relevée par de nombreuses moulures, en forment le principal 
ornement. 

La nef a été diminuée d'une ou de deux travées , on ne sait 
k quelle époque et dans quelles circonstances. Les murs de b 
nef n'ont aucune décoration. Cependant les deux fenêtres qui 
éclairent les transepts sont ornées de colonnettes avec bases, 
bagues, chapiteaux et avec archivoltes ornées de moulures. 

ABSIDE. — L'abside centrale de l'Eglise est d'une certaine 

richesse. Elle se compose d'un chevet circulaire percé de cinq 

ouvertures, parcés de colonnettes avec bases chapiteaux et a^ 

chivoUes ornées de moulures. Ces ouvertures sont séparées 

par des contre-forts à droite et à gauche de l'abside centrale 

et en face des bas-côtés ; deux petites absides sont éclairées 

par une seule fenêtre semblable à celle de l'abside centrale. 

Toutes ces fenêtres, comme celles du transept , sont du style 

de transition. 
Onvoità la corniche de l'abside centrale, unbandeau de larges 

feuilles symétriquement séparées par des têtes grimaçantes. 
Une disposition mérite d'être signalée à l'abside centrale : 
La fenêtre du milieu est placée dans une petite construction 
rectangulaire formant saillie au dehors et renfoncement à l'in- 
térieur ; un fronton triangulaire encadre l'archivolte et des 
colonnettes avec chapiteaux et bases ornent les angles. 

TOUR. — La partie la plus ancienne et la plus curieuse est 
sans contredit la tour. Nous n'hésitons pas à lui assigner le 
XI" siècle pour origine, Il est certain que cette magnifique cons- 
truction fesait partie d'une vieille et riche église romane (i). 
Le temps, l'incendie ou tout autre événement a renversé le 
pieux édifice et n'a épargné que la partie qu'on admire au- 

(1) Tome Vf II du Bulletin, page 151. Note sur le clocher de Nouvion. 



— 89 — 

jourd'hui. Les fondateurs de l'Eglise actuelle eux aussi en ont 
compris la valeur et ont voulu conserver ce chef-d'œuvre. 

La tour, de forme carrée, a trois étages; elle est percée de 
vingt-six ouvertures d'un plein cintre lepluspur.Aujourd'hui, 
elle n'a plus d'escalîer ; on n'y monte que par des échelles. Elle 
est située à l'extrémité orientale du bas-côté de droite. Le 
ciseau a prodigué sur les quatre façades les cables, les étoiles, 
les damiers, les prismes, les colonnettes à bâtons rompus et 
des figures grimaçantes. 

Le rez-de-chaussée est consolidé aux angles par des contre- 
forts plats et peu saillants. Une faible corniche, ornée d'un 
cable, termine le rez-de-chaussée. 

Le premier étage est percé de six fenêtres , dont deux sur 
chaque face. Celle du Nord , engagée dans le mur de la nef, 
n'a pas d'ouverture. L'archivolte de ces fenêtres, décorées de 
taillades prismatiques avec damiers, retombe sur un faisceau 
de colonnes dont les chapitaux sont ornés de têtes et d'ani- 
maux. 

Le second étage est percé de huit fenêtres de grande dimen- 
sion , accouplées deux à deux sur chaque face. Les ar- 
chivoltes sont très riches d'arabesques et de figurines ; 
elles s'appuient sur des faisceaux de colonnettes surmontées 
de chapiteaux sculptés. Les faisceaux latéreaux sont composés 
de trois colonnes et d'une colonnette à bâton rompu ; le 
faisceau central est formé de sept colonnes. Chaque fenêtre 
renferme une double arcature plein cintre supportée par une 
colonne. 

Cet étage est séparé du troisième par une corniche composée 
de deux tores entre lesquels on admire un riche cordon de 
feuilles enroulées, très largement sculptées. 

Les angles de la tour sont dissimulés par des colonnettes. 

Le troisième étage a douze ouvertures ; elles sont accolées 
trois par trois sur chaque façade et sont divisées^ comme au 
second étage, par une colonne supportant deux arcatures en 
plein cintre. 

La corniche, couronnant la tour, est fine et simple ; sur le 

8 



— 90 — 
dernier cordon sont sculptées des têtes grimaçantes ; aux an- 
gles, des animaux ressemblant à des chats efflanqués, semblent 
narguer les passants ; une flèche en charpente de sept mètres 
dehauteur su rmonte la tour qui a vingt-trois mètres d'éléva- 
tion. 

INTÉRIEUR. — C'est surtout à l'intérieur que la surprise et 
l'admiration attendent le visiteur , on sent ici que le symbo- 
lisme chrétien inspirait le ciseau des sculpteurs. 

La voûte de la nef s'élance à 14 mètres de hauteur. Elle est 
du XII« siècle» car l'ogive n'est pas franchement accusée. 

La nef, par suite de sa diminution, n'a que deux travées. Les 
voûtes sont supportées par des faisceaux de colonnes ornées 
de chapitaux à crochets. 

Une arcade ogivale, très élancée, sépare la nef du chœur, 
dont la voûte est soutenue par huit nervures vigoureuses se 
réunissant au centre par une clef de voûte. Les nervures du 
centre reposent sur des colonnettes qui elles-mêmes sont sup- 
portées par des têtes grimaçantes. Les nervures diagonales 
reposent sur les chapiteaux des gros pîHiers du chœur. Ces 
chapiteaux en forme de corbeille représentent des enroule- 
ments gracieux, tout une flore imaginaire ; plus loin un per- 
sonnage déroule un parchemin ; ici deux lions menaçants con- 
voitent une grappe de raisin ; là deux prêtres revêtus de 
chasubles tiennent sur les genoux un livre ouvert. 

Les bases des colonnes sont ornées sur les angles de têtes 
fantastiques^ d'enroulements ou de feuilles qui rattachent le 
carré aux tores. 

Ces ornementations rappellent le XII* siècle ; et cependant 
la voûte du chœur , les petites croisées ogivales qui se trou- 
vent au-dessus des grandes arcades en ogive , celles-ci elles- 
mêmes sont empreintes du caractère du XIII* siècle. Ne peut-on 
pas croire que le sculpteur s'est inspiré d'anciens modèles ? 
Il est plus naturel de penser que les débris de l'édifice roman 
ont été utilisés à l'époque de la reconstruction de l'église. 

A droite et à gauche du chœur sont deux chapelles voûtées 
en cul de lampe avec nervure reposant sur des colonnes dont 



— 91 — 

les chapiteaux représentent des sujets fantastiques et sym- 
boliques; elles ont chacune à l'orient une fenêtre ogivale. 

Le transept éclairé par une croisée ogivale^ encadrée d'un 
double tore venant retomber sur des colonnettes à bagnes , 
contient de curieuses sculptures qui reçoivent les nervures 
diagonales de la voûte : ce sont deux sacrificateurs le coutelas 
à la main , prêts à immoler un bœuf qu'ils tiennent par les 
cornes ; un cerf qui se mord la queue ; un centaure lançant 
une flèche. 

A gauche on voit encore une tête de femme souriante, un 
satyre jouant de la viole, des figures expressives d'hommes à 
la barbe et aux moustaches longues et fournies, des cariatides 
se tirant la barbe avec tous les signes d'un grand chagrin. 

SANCTUAIRE. — Le sauctuaire a de la majesté. L'hémicycle 
est circulaire, couvert par une voûte ogivale, soutenue par six 
nei:vures réunies par une clef, et largement éclairé par cinq 
fenêtres ogivales. Ces ouvertures sont séparées par un faisceau 
de trois colonnes enrichies de chapiteaux à crochets et reliées 
entre elles par un filet à angle droit. 

A l'occasion de cette lecture M. Fleury signale l'existence 
dans la commune de Filain , sur les terres de la ferme de 
St-Martin d*un petit oratoire très-curieux, où se fait le lundi 
de Pasques un pèlerinage très-fréquenté. 11 espère pouvoir 
avec le secours des propriétaires de la ferme empêcher ce 
monument de l'art roman de tomber en ruines. 



~ 92 — 



SIXIÈME SÉANCE. 

(SI Mars 1862.) 



Présidence de ï €2r. ilrurji , Président. 

Le procès* verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Ouvrages reçus depuis la dernière séance. — Etudes Saint- 
QuentinoiseSy tome 11^ par Ch. Gomart; hommage de Tauteur. 
— Annales de la Société académique de Nantes et de la Loire- 
Inférieure , 1862. — Mémoires de TAcadémie des Sciences , 
Belles - Lettres , Arts , Agriculture et Commerce du départe- 
ment de la Somme ; 2« série , tome II » années 1860 » 1861 et 
1862. — Société littéraire et scientifique de Castres, Tarn, 5* 
année. — Recueil des travaux de la Société médicale du 
département d'Indre-et-Loire , 1862 , 6« année. — Revue de 
TArt chrétien , 7» année (1863 mars). — Rapport fait à l'Aca- 
démie des Inscriptions et Belles - Lettres , au nom de la 
Commission des Antiquités de la France, par M. Alfred Maury. 
(!«' août 1862). — Dictionnaire topographique du département 
de la Meurthe , rédigé sous les auspices de la Société d'ar- 
chéologie lorraine , par M. Henri Lepage. — Mémoires lus à 
la Sorbonne dans les séances extraordinaires du Comité 
des travaux historiques et des Sociétés savantes des 21 , 22 et 
23 novembre 1861. (Ces deux derniers ouvrages envoyés par 
le Ministère de l'Instruction publique.) 

M. le Président propose l'admission , à titre de Membre 
correspondant, de M. E. Labbé , professeur au Collège. — 
L'admission est prononcée. 

Il donne ensuite lecture de deux lettres de M. le Ministre de 
l'Instruction publique. 

La première, du 16 février » en faisant connaître que la 



— 98 — 

distribution solennelle des prix accordés aux Sociétés savantes 
aura lieu à Paris le 11 avril prochain dans la grande salle de 
la Sorbonne » annonce que les trois sections du Comité des 
travaux historiques et des Sociétés savantes tiendront les 8 , 
9 et 10 avril des séances extraordinaires dans lesquelles les 
membres des Compagnies savantes sont admis à donner 
lecture des notes ou mémoires qu'ils auront bien voulu pré- 
parer pour cette circonstance. 

La deuxième , du 30 mars , annonce que le Dictionnaire 
topographique de rarrondissement de Laon rédigé» au nom de la 
Société, par M. Matton, a été jugé digne d'une Mention hono- 
rable, et qu'en conséquence une Médaille en bronze sera 
décernée à la Société académique de Laon et que M. Matton 
recevra la même récompense. 

La Société adresse à M. Matton ses félicitations et celui - ci 
donne quelqnes nouveaux renseignements sur son travail et 
sur les divers points qui auraient besoin d'être complétés. 

M. le Président fait ensuite connaître que M. Gomart de- 
mande si la Société accepterait de sa part le Dictionnaire ar- 
chéologique de l'arrondissement de Saint-Quentin. M. Piette, qui 
a déjà nombre de documents sur trois cantons, réclame la ré- 
rédaction du travail pour cette partie. On répondra à M. Go- 
mart que s'il veut bien donner à la Société son travail pour 
les quatre autres cantons, la Société réunira ces deux tra- 
vaux, et enverra, sous son couvert le Dictionnaire ainsi formé 
pour l'arrondissement de Saint-Quentin. 

M. le Président annonce que M. Fédaux demande à rentrer 
dans la Société comme membre correspondant, ce qui est 
accepté. 

M. le Trésorier fait connaître que MM. Bellom et Oyon ont 
refusé de payer leur cotisation , et donné leur démission. 

Un Membre , à cette occasion . émet l'opinion que si on 



— M — 

abaissait le chiffre de la cotisation , on amènerait peut - être 
plus de personnes à faire partie de la Société. 

H. Mien, commis principal des postes à Saint - Quentin, est 
proposé comme membre correspondant et admis. 

M. le Président signale , dans la livraison du i^^ mars de la 
Bévue française , un article de H. Léon Fallue , intitulé : Le 
Passage de l* Aisne par J. César. U est donné lecture de ce 
travail. 

On cherche depuis longtemps le camp élcTé par César après 
son passage de TAisne, au commencement de sa seconde cam- 
pagne dans les Gaules. M. de Saulcy, par une fausse interpré- 
tation d'un texte des Commentaires, avait d'abord placé ce camp 
devant Pontarcy ; mais lorsqu'on découvrit, l'année dernière, 
l'enceinte fortifiée de Mauchamp , il s'empressa de l'adopter 
en faisant une conversion de cinq lieues sur sa droite(l). Nous 
le prierons maintenant d'en exécuter une nouvelle de cinq 
kilomètres sur sa gauche. Ce ne sera, cette fois, qu'une petite 
étape, qu'un simple dérangement pour le savant académicien. 

Il rencontrera la colline de Chaudardes que nous avons 
adoptée dans notre Analyse raisonnéedes Commentaires de César 
(2), suivant, en cela , l'opinion de Danville , qui fait passer les 
Légions à Pontavert , et l'idée de Napoléon I*% qui place le 
camp romain entre Pontavert et Chaudardes. L'Empereur con« 
naissait ce terrain , sur lequel il avait livré, en 1814, la san- 
glante bataille de Craonne. Nous ne pouvions rejeter sans 
examen le résultat de ses ingénieuses appréciations. 

(1) M. de Barthélémy , dans un article inséré au Moniteur de VArmét^ en 
décembre dernier, loue beaucoup H. de Saulcy d'avoir découTert le camp de 
César en avaat de Pontarcy , et prétend que le savant académicien a jeté le 
désarroi parmi ses adversaires. H. de Barthélémy ignore donc que M. de 
Saulcy a renoncé lui-même au mérite de sa découverte, en confessant noble- 
ment qu'il s'était trompé. (Voir sa lettre publiée dans le Journal de V Aisne 
le 7 mai 1862.) Nous demanderons, à notre tour, de quel côté existent la con- 
fusion et le désarroi ? 

(2) Paris, 1862. — > Tanera, éditeur, rue de Savoie, 6. 



— 95 - 

D'autres ont supposé que César avait traversé FAisne à 
Berry-au-Bac et s'était établi sur le plateau de Mauchamp qui 
porte , depuis un temps immémorial , le nom de Champ ou 
CamjhdU'Roi. Le général allemand de Goêler a partagé cette 
opinion, qu'il a consignée dans son travail sur les Commen* 
iaires. 

Comme on ne connaissait, au temps où nous avons entrepris 
notre Analyse^ aucune trace de campement ni à Mauchamp, ni 
à Chaudardes, nous ne pouvions procéder qu'à l'aide des en- 
seignements topographiques ; — et ce sont eux qui nous ont 
fait choisir cette dernière localité. 

Depuis l'apparition de notre livre, la commission de la Carte 
des Gaules, s'inspirant plutôt des idées d'un général allemand 
que du génie de Napoléon V^y s'est mise à l'œuvre, et ce choix 
malencontreux ne lui a pas réussi. 

Avouons qu'elle a trouvé un camp antique à Mauchamp ; 
mais devait-elle se laisser prendre à ce mirage et publier, sans 
autre examen , qu^elle avait découvert le camp de César ? Ne 
s'est-elle pas, comme à l'ordinaire, trop pressée de conclure? 
Nous en laisserons le public juge, quand nous aurons démontré, 
par l'étude des textes, à quelles conditions topographiques on 
doit retrouver l'œuvre militaire du conquérant. 

Nous commencerons par appliquer ces textes à la colline de 
Chaudardes, et passerons ensuite au plateau rival sur lequel 
on vient d'attirer l'attention des curieux et des érudits. 

Notre tâche sera d'autant plus facile, que jamais le conqué- 
rant n'a donné une peinture du sol aussi complète et aussi 
circonstanciée que dans le récit du passage de FAisne, et que 
s'il est, dans la guerre des Gaules, un incident dont l'élucida- 
tion puisse être faite au moyen de la topographie seule , c'est 
évidemment celui que nous rapportons, car il a sur les rivaux 
l'avantage énorme de s'accorder avec tous les accidents natu- 
rels capables de faire comprendre la marche de l'événement. 

César ayant su , après avoir (\vîv{iéiJ)urocortorum (Reims) , 
que l'ennemi venait à sa rencontre , passa l'Aisne , située à la 
routière des Rèmes, quoi est in extremis Rhemorumfinibtu. Ce 



-96- 

texte prouve incontestablement qne le pays existant an-ddi 
de cette rivière était en dehors de la cité rémoise. — U y avait 
on pont sur le fleuve : in eo fluminepans erat. Ceux qui opinent 
pour Penceinte de Hanchamp placent ce pont à Berry-an-Bac, 
où il n'y en eut Jamais dans les temps antiques. Les partisans 
de Chaudardes l'établissent à Pontavert , prétendant que la 
route de Berry-au-Bac est moderne et ne possède pas quatre 
maisons dans tout son parcours , tandis que les plus anciens 
villages, au nombre desquels on doit placer Thil, Yillers-Fran* 
queux, Cormicy, s'échelonnent sur l'antique voie de Reims à 
Laon, qui se reconnaît encore sur les Blancs-Monts, en face de 
Pontavert et de l'endroit où se trouvent les restes de l'ancien 
pont. Ils 2\jontent que le nom Pontavert est synonime de Brr 
taver^ signifiant Pont sur la rivière; que si cette dénomination 
gauloise avait été maintenue en entier, personne ne douterait 
de l'existence d'un pont celtique en ce lieu ; qu'on ne peut 
admettre l'opinion contraire, parce que le premier de ces deux 
mots : Briva^ a été postérieurement francisé ; enfin que le nom 
Pontavert est le même que celui de Pont-de-Vère, sor le Donbs, 
où se voit un pont dont on a toujours £iit remonter l'origine 
aux temps gaulois. 

César mit un poste, peut-être deux ou trois cents hommes, 
à la garde du pont de l'Aisne, après avoir laissé Sabinns , avec 
six cohortes, sur la gauche de la rivière. Nous ferons camper 
ce général sur les Blancs-Monts où existaient des terrassements 
détruits de mémoire d'homme , et recelant des fragments d'ob- 
jets militaires antiques. 

Après avoir passé la rivière avec ses Légions, César campa 
sur la rive droite : aique ibi castra posuil. Nous poursuivrons 
sa narration avant de l'appliquer à la colline de Chaudardes. 

Dans le lieu qu'il avait choisi , un côté de son camp était 
muni par les rives du fleuve ; quœ res UUus unum castrarum 
ripis fluminis muniebat. Puisque la rivière fortifiait un des 
côtés du camp , César l'avait donc utilisée en guise de boule- 
vart et pour les besoins de ses soldats. Dans cette position , 
Tannée romaine couvrait le pays des Rémois, les autres cités 



— 97 — 

qui lui expédiaient des vivres, et elle interceptait la route qui 
conduisait au pont de TÂisne. 

César munit ensuite les autres parties de son camp d'un 
rempart haut de douze pieds et d'un fossé de dix-huit pieds 
de profondeur : Castra in aUitudinem pedum XII, vallo fossaque 
duodevigenti pedum munire jubet. 

La colline ou campaient les Légions était un peu plus élevée 
que la plaine : palulum explaniiie editus. Elle s'abaissait des 
deux côtés latéraux et s'élevait légèrement en talus sur le front 
d'où elle descendait peu à peu dans la plaine : atqueexutrague 
parte laterU dejecltis habebat et in fronts leviter fastigiatus pa- 
latim ad planitiem redibat. 

Cette description ne se rapporte-t-elle pas exactement à la 
colline ni trop basse ni trop élevée de Chaudardes , ayant les 
deux faces latérales déclives et le front à bords relevés d'où 
elle s'incline doucement vers la plaine» 

Pendant que César fortifiait son camp, on vint lui apprendre 
que l'ennemi s'était détourné de sa route pour venir assiéger 
Bibrax (i) place rémoise qui était à huit mille pas (3 lieues) de 
ses quartiers. Il expédia de suite des archers pour la secourir. 
La place tint bon et tous les Belges la quittèrent pour se diri- 
ger vers le camp romain devant lequel ils s'arrêtèrent à la dis- 
tance de deux mille pas (3 kilomètres). On jugeait parle feu 
et la fumée de leurs campements qu'ils se développaient sur 
une ligne de plus de trois lieues de long. 

(1) lïous venons de lire que TAisne était à la frontière des Rèmes, donc 
Bibrax se trouvait à gauche de cette rivière. On peut voir, dans notre Ana- 
lyse des Commentaires , les raisons qui nous Tont fait placer à Pontarcy. En 
effet, les Belges concentrés en un seul lieu : copias in unum locum coactas, 
durent venir de i'Âmiénois ou de chez les Bellovaces , peuples les plus puis- 
sants de la confédération, et suivre, par conséquent, Tantique voie de Noyon 
à Craonne qu'ils abandonnèrent pour venir assiéger Bibrax située précisé- 
ment à trois lieues du camp romain de Chaudardes. 

Bibrax a été introuvable jusqu'à ce jour. Nous désirons voir où la placeront 
les amis de Mauchamp. Ils ont déjà cité les noms de Vieux-Laon, de Bièvres, 
de Gorbeny et de Beaurieux. Ce sera, sans doute , le plus mauvais choix qui 
prévaudra. 



-98 — 

La distance de trois kilomètres dont nous venons de parler, 
ne peut s'entendre que du lieu où la ligne des Belges se rap- 
prochait le plus du camp romain , car ses ailes distancées à 
trois lieues l'une de l'autre se trouvaient naturellement à plus 
de trois kilomètres des Légions. Napoléon V' a judicieusement 
placé l'armée gauloise sur les monts qui s'étendent en cirque 
depuis Craonne jusqu'au delà de Beaurieux, etdont il occupa 
lui-même les rampes au-dessus de Craonnellc, avant d'attaquer 
les hauteurs occupées par les Prussiens et les Russes. 

Ces faits topographiques sont clairs , et nous sommes sur- 
pris que des généraux et des antiquaires qui ont exploré la 
colline de Chaudardes avant nous, ne lésaient pas remarqués. 

César ne jugea pas à propos d'attaquer tout d'abord, car 
l'ennemi était en force et jouissait d'une grande réputation de 
valeur. Il se contenta de les mettre à l'essai tous les jours, en 
risquant de légères escarmouches de cavalerie. Ces rencontres 
ne purent avoir lieu que dans la petite plaine qui se voit au 
bout du marais entre la colline de Beaurieux et celle de Chau- 
dardes. 

Enfin César ayant vu que les siens n'étaient pas inférieurs à 
l'ennemi, fit ses dispositions pour engager le combat. Il y avait 
devant son camp un endroit propre à recevoir une armée en 
bataille ; car, dit-il , la colline (et non le plateau) sur laquelle 
ce camp était assis, présentait assez de largeur sur le devant 
pour qu'il fut possible d'y déployer les Légions : Loeo pro cas- 
tris ad aciem insirtiendam natura opportuno atque idaneo, quod 
is collis, ubi castra posita erant, tantum adversus in latitudinem 
patebat quantum loci acies insiructa occupare poterat. 

Les Légions, en bataille ^ durent être séparées de l'armée 
belge par un marais de moyenne grandeur : Palus erat non 
magna inter nostrum atqv£ hostium exerdtum. 

César craignant enfin que les ennemis, dont le nombre était 
très considérable, ne vinssent pendant la chaleur du combat , 
investir ses deux ailes, fit tirer , en avant et des deux côtés de 
la colline, des tranchées transversales longues de 600 mètres 
environ, qu'il garnit à Textrémité de redoutes dans lesquelles 



— 99 — 

on plaça des machines de jet : ^6 uiroque latere ejus collis 
transversam fossam obduxit circiter passuum CD, eiad extremas 
fossas castella constitua. 

Ces travaux terminés, le général romain laissa à la garde de 
son retranchement deux Légions nouvellement levées , et 
rangea les six autres en bataille dans le lieu qu'il avait choisi 
devant le camp : Pro castris. L'ennemi se déploya lui-même 
dePautre côté du marais, chacun attendant que l'un ou l'autre 
le passât pour commencer l'attaque avec avantage. Les Gaulois, 
contre leur coutume, se montrèrent prudents etne bougèrent 
pas. César, après un demi-succès obtenu par sa cavalerie, ra- 
mena ses troupes dans le camp : Cœsar suos in castra reduxit. 

La combinaison des textes ci-dessus s'accorde parfaitement 
avec la position de Chaudardes. En effet, à partir du front un 
peu relevé da plateau, les pentes du mont atteignent peu à peu 
la plaine étroite qui borde le marais ; elles occupaient donc , 
au pied de la colline , la petite plaine et les dernières racines 
du massif. Il résulte évidemment de cette disposition que les 
lignes transversales qui continuaient les boulevarts latéraux 
et couvraient les deux ailes romaines devaient courir sur la 
déclivité de l'escarpement jusqu'aux terrains marécageux près 
desquels on plaça les deux redoutes. 

Quant au camp romain , nous dirons , jusqu'à ce que des 
fouilles aient prouvé le contraire, qu'il occupait cent hectares 
de la partie la plus élevée du plateau ; qu'il était gardé d'un 
côté par l'Aisne ; sur le front, par l'escarpement qui domine 
la vallée, et, sur les parties latérales, par des fossés qui , pre- 
nant naissance au bord de la rivière, éventraient le massif dans 
la direction de la ligne culminante des pentes douces qui se 
voient sur ses deux pans latéraux. 

On nous demandera y peut-être, si nous avons trouvé sur la 
colline de Chaudardes quelques traces de fossés. Nous répon- 
drons qu'on n'en voit pas plus à la surface de ce sol qu'on n^en 
voyait sur le plateau de Mauchamp avant qu'on l'eût culbuté 
de fond en comble. Nous ne voyageons d'ailleurs et ne faisons 
des fouilles qu'avec l'argent de notre propre cassette ; ce ne 



— 400 — 

sera donc pas nous qui feront exécuter sur cette colline des 
travaux aussi considérables que ceux qui ont été entrepris 
sur le sol du camp voisin. 

Malgré la pénurie de traces extérieures sur ce riche terrain, 
disons cependant que nous tenons des anciens du pays que , 
dans leur jeunesse , il existait , sur la partie culminante du 
plateau , une enceinte gazonnée de trente pieds de diamètre 
qu'ils ont vu détruire et de laquelle on a enlevé plusieurs voi- 
tures de pierres de diverses grosseurs. Ne pourrait-on pas 
croire que cette enceinte était le prœiorium qui avait renfermé 
la tente de César. 

Le front du plateau situé devant le marais , étant plus es- 
carpé que les autres parties latérales, n'avait évidemment pas 
eubesoin de fossé. On reconnaît dans toute l'étendue de ce front, 
les vestiges du parapet qui avait tenu lieu des boulevarts placés 
sur les autres parties de l'enceinte non gardées par la rivière. 

Passant à la recherche des Castella sur le bord du marais , 
nous avons remarqué , devant la gauche du camp , beaucoup 
de mouvements de terre et des restes qui pourraient indique^ 
l'endroit où le fort exista^ mais il faudrait y exécuter des fouilles 
pour en reconnaître les fossés. 

On est plus heureux sur la droite où Ton aperçoit un petit 
monticule qui domine le marais vers lequel on descend par 
une pente assez raide de dix à quinze mètres d'étendue. L'in- 
clinaison n'est que de sept à huit mètres sur les côtés. C'est 
évidemment le castellum qui fut placé à l'extrémité de la ligne 
transversale conduite depuis l'angle du camp jusqu'au marais. 

Le bois dans lequel existe ce monticule se nomme : Bois de 
la truie, contraction de tuerie rappelant un souvenir de guerre 
ou l'existence de travaux militaires antiques. Une localité voi- 
sine de Compiègne, célèbre par la victoire de Frédégonde , a 
porté le nom de Truciacum dans les temps mérovingiens. 

Nous ne pouvons fournir, pour le moment , d'autres traces 
plus apparentes de ce campement , mais il est certain qu'on 
reconnaîtra l'exactitude de nos déductions, si l'on rapproche 
ces traces de la concordance topographique qui existe entre 



r 



- 101 - 

ce curieux terrain et le récit des Commentaires, et si Ton y fait 
surtout la centième partie des fouilles qui ont été exécutées 
sur le plateau de Hauchamp. Revenons à la suite des opérations 
militaires. 

Les Légions n'eurent pas plutôt repris leur position, que les 
Belges quittèrent le lieu où ils étaient (le bord du marais) pour 
se diriger du côté de l'Aisne qui coulait aigres le camp romain: 
proiinus ex eo loco ad (lumen Axonam contenderunt, quod essei 
post nosira Castra, 

Ce passage présente une certaine difficulté. Comment se fait- 
il que l'Aisne coule en arrière du camp romain quand César 
vient de dire que la même rivière tenait lieu de boulevart à 
son camp ? Cette contradiction peut s'expliquer ainsi : les 
Légions campaient sur le plateau du massif ayant derrière elles 
toute la déclivité du mont jusqu'à la rivière où se rattachaient 
les boulevarts latéraux. L'Aisne fermait donc le camp d'un 
côté, bien qu'elle en fût éloignée de 2 à 300 mètres. Il serait 
difficile d'appliquer ces deux textes à tout autre territoire qu'à 
celui de Chaudardes. 

Les Belges, après avoir quitté leur position, ne s'aventurèrent 
pas à coup-sùr du côté deMaisy^ car ils auraient passé devant 
le camp romain où l'on se serait aperçu de leur mouvement* 
Ils prirent donc la route qui passait devant Craonne, tournait 
la partie dite Beau marais et entrait dans les taillis de la Ville<> 
aux-Bois, pour gagner la Pêcherie où existe un gué très-pra- 
ticable encore de nos jours. Une fois ce but atteint, leur projet 
était de détruire le pont de l'Aisne et d'attaquer le retranche- 
ment que gardait Sabinus. 

Sabinus, des Blancs-Monts où il campait, aperçut le premier 
leur mouvement. Il en fit part à son général. César, avec toute 
sa cavalerie et ses archers, vint passer le pont (à Pontavert) et 
attaqua vigoureusement les Belges qui avaient déjà franchi la 
rivière et repoussa le reste sur la rive opposée. (1) Il ne donne 

(1) Nous sommes curieux de voir sur quel point les partisans de Mauchamp 
placeront le passage de'la rivière par les Belges. C'est une question réservée, 



— 102 - 

pas d'autres détails touchant cette affaire ; mais tout porte à 
croire que sa troupe repassa la rivière pour aller à la pour- 
suite des fuyards qu'elle rencontra sur le territoire de Presles^ 
dont le nom, suivant quelques-uns, indique la continuation de 
ce sanglant combat. 

On chercherait en vain « sur la rive gauche de l'Aisne , les 
vestiges des tumuli qui durent renfermer la dépouille mortelle 
des vainqueurs et des vaiocus. L'aire de la praierie ne présente 
aucun accident de terrain ; mais sur la colline des Blancs* 
Monts éloignée de 2 à 300 mètres de la rivière , on a souvent 
découvort des sépultures antiques que l'on pourrait rattacher 
à ce mémorable événement. 

L'insuccès des Belges, la difficulté de se procurer des vivres, 
leur suggérèrent la résolution de retourner chacun chez eux. 
César rentra dans son camp et les fit attaquer le lendemain. 
Nous ne le suivrons pas dans ses opérations ultérieures. 

ENCEINTE FORTIFIÉE DE MAUCHAMP. 

Nous ne pouvions explorer la colline de Chaudardes sans 
aller reconnaître le plateau de Mauchamp où nos adversaires 
placent le camp de César. Nous avons peine à exprimer la dé- 
ception que nous avons éprouvée en le visitant, et nous nous 
sommes demandé s'il était bien profitable à la science que 
M. de Saulcy eût abandonné son premier choix de Pontarcy 
pour venir échouer de nouveau sur le territoire de Berry-au- 
Bac. Nous avions désigné Chaudardes dans notre travail sur 
les Commentaires ; était-ce une raison pour qu'on n'étudiât pas 
cette position ? On y est allé , toutefois , passer une heure » 
mais , croyons-nous , avec l'intention bien arrêtée de ne rien 
voir et de ne rien trouver. 

Disons^ maintenant , qu'au lieu de cette colline de moyenne 
hauteur , à pentes plus ou moins douces , au front relevé en 

disent-ils, qu'ils résoudront après Tadmission de leur camp. Ce dénouemetit 
se fera longtemps attendre. 



— 403 — 

bosse, décrite par l'historien, nous n'avons vu, à Hauchamp, 
qu'une plaine légèrement bombée au centre, et s'inclinant vers 
l'Aisne et vers la petite rivière nommée Miette ; que l'Aisne , 
au lieu de fortifier le camp , en est éloignée de 400 mètres ; 
enfin que les lignes transversales sont inapplicables au texte 
de César, car on ne pourrait jamais ranger une armée en ba- 
taille devant le retranchement sans qu'elle eût une de ses ailes 
à découvert. 

L'enceinte de Mauchamp peut avoir une superficie de 40 
hectares, espace insuffisant pour dix Légions. Hygin n'en place 
que trois dans son camp impérial de 2,400 pieds de long sur 
i ,600 pieds de large (1) représentant, par conséquent, une aire 
approximative de 40 hectares. 

La même enceinte possède des fossés dont la profondeur 
varie de 6 à 7 pieds, les fossés du camp de César devaient en 
avoir 18 ; ses angles sont arrondis , ceux des enceintes forti- 
fiées du temps de la République étaient droits d'après les en- 
seignements de Polybe. 

Au lieu d'être un produit de la conquête, le camp dont nous 
nous occupons est de la nature de ceux que décrivent Hygin 
et Végèce , auteurs qui vivaient : le premier sous Adrien , le 
second dans le V« siècle. En efiet les camps de Hygin ont les 
angles arrondis et présentent, devant chaque porte , un petit 
rempart circulaire et un fossé pour en interdire l'entrée directe. 
Ces dispositions se trouvent à Mauchamp. Que nous passions 
au camp de Végèce, nous verrons qu'ils possédaient un fossé 
de 7 à 9 pieds de profondeur avec un parapet de 4 pieds, pro* 
portions rationnelles entre le rempart et le fossé, que César a 
mises lui-même en pratique en faisant munir le fossé du camp 
de l'Aisne , ayant 18 pieds de profondeur , d'un boulevart de 
12 pieds de haut ; d'où il résulte une différence d'un tiers de 
hauteur en faveur du fossé. Cette différence a dû être la même 
à Mauchamp , c'est-à-dire que le boulevart ne pouvait avoir 
que 3 à 4 pieds de haut puisque la tranchée angulaire n'avait 
que 6 à 7 pieds de profondeur 

(1) Liber de Caslrametatiane 



— 104 — 

Le fossé transversal de Mauchamp qui touche à l'Aisne ne 
montre aucune trace du Casiellum existant à son extrémité 
Ge fossé devait avoir 600 mètres de long , il n'en a que 400, 
L'autre tranchée qui aboutit à la Miette en a plus de 700. On 
dira peut-être qu'il y a compensation. 

Ce qu'on appelle Cos^ei/umàMaucbamp se compose de quatre 
petits fossés dont la profondeur varie d'un mètre à 20 centi- 
mètres , fossés qui se rattachent deux par deux , à l'un et à 
l'autre côté de la plus longue ligne transversale. Autour de ce 
prétendu fort on a découvert sept puits d'où l'on a retiré des 
fragments d'amphores, de tuiles à rebords, des fers à cheval, 
des clous en fer et des débris de vases gallo-romains. 

Il ne faut jamais avoir vu de Casiellum antique pour donner 
ce nom au travail inexplicable dont nous venons de parler et 
qui est loin d'avoir l'apparence d'un fort. Il se trouve d'ailleurs 
à 80 mètres de l'extrémité de la ligne transversale , tandis 
qu'il avait été placé à l'extrémité même de cette ligne. Des ap- 
préciations si hasardées prouvent qu'on a voulu avoir le camp 
de César à tout prix ; car il en coûterait à nos adversaires, qui 
n'ont su rien voir à Chaudardes , d'avouer qu'après leurs tra- 
vaux considérables à Mauchamp ils n'y ont su trouver qu'un 
misérable camp gallo-romain. 

Quant au marais , sera bien habile qui le découvrira. Nous 
avons seulement remarqué quatre ou cinq rangs de peupliers 
le long de la Miette , dans un terrain naturellement plus hu- 
mide que celui de la plaine, mais ce terrain n'est pas un marais. 
Il ne l'était pas davantage à l'époque où l'on exécuta l'enceinte 
militaire, puisque la ligne transversale se prolonge jusqu'à la 
Miette. César n'a d'ailleurs parlé que d'un marais et l'on nous 
montre , à sa place, un petit cours d'eau devant lequel deux 
armées n'auraient pas été un quart-d'heure en présence sans 
en venir aux mains. 

Où fera-t-on maintenant camper les Belges ? Le plateau situé 
de l'autre côté de la Miette présente un peu moins d'espace 
que celui de Mauchamp ; cependant il nous faut un aévelop- 
pement d^ trois lieues pour y étendre leur armée. 



— 105 — 

Qu'on examine ensuite l'assiette de l'enceinte fortifiée ^e 
Mauchamp, on verra qu'elle est oblique et placée de manière 
à ce que deux de ses angles se rapprochent le plus que pos- 
sible des coudes de l'Aisne et de la Miette, Puisque cet inter- 
valle est occupé par les lignes transversales, ces lignes servaient 
donc de barrage au plateau et l'on ne peut , par conséquent , 
admettre qu'elles aient été tracées pour couvrir les ailes d'une 
troupe en bataille. 

C'est ici le lieu de parler d'un autre camp qui s'appuie à 
l'Aisne et enveloppe tout à fait le village de Berry-au-Bac. H 
est de moitié plus petit que celui de Mauchamp et ne contient 
que 20 hectares. La ressemblance qui existe entre les fossés 
de l'une et l'autre enceinte prouve qu'elles sont de la même 
époque. Qui croirait que nos adversaires regardent ce retran- 
chement comme étant le prœsidium que César établit pour 
garder le pont de l'Aisne? or un travail si considérable serait, 
d'après eux, l'œuvre de â à 300 soldats qui n'auraient occupé 
ce poste que durant trois ou quatre jours. On ferait un volume 
de toutes ces erreurs. 

Ce travail est un véritable camp et César n'a pas dit qu'il en 
eût établi deux après son passage de l'Aisne. On en comprendra 
l'utilité si l'on se reporte au nom de Berry-au-Bac indiquant 
ce qu'on voyait sur ce point aux époques les plus reculées. 
En effet, Berry dérive de Barriacum^ signifiant l'emplacement 
d'une forteresse ou d'un camp qui gardait un passage : soit 
un gué, soit même un bac comme semblerait le faire com- 
prendre la seconde partie du nom de cette localité. Nous 
sommes donc en face de barrages gallo-romains et non du vé- 
ritable camp de César. 

Ces barrages ont été faits , à coup sûr, dans le but de cou- 
vrir la cité de Reims lors des invasions qui eurent lieu sous le 
règne d'Honorius , de 375 à 423 , époque ù laquelle , selon 
St-Jér6me , les villes d'Arras , de Térouane , d'Amiens et de 
Reims c furent ruinées par des nations féroces et innombrables 
et virent tous leurs habitants transportés dans la Germanie i • 
Les camps ovales, aux fossés de 7 à 8 pieds de profondeur qui 

9 



— 406 - 

existent devant le massif d*Âlise-Sainte-Reine, peuvent être de 
la même époque. 

Enfin si les deux enceintes fortifiées de 6erry-au-Bac eussent 
été des camps de César , pourquoi auraient-elles fourni des 
médailles impériales, des fragments de poteries antiques, des 
tuiles à rebords rappelant une époque bien postérieure à celle 
de la conquête. On dira , peut-être , qu'elles ont été réoccu- 
pées. Très-bien ! Mais si ce besoin a existé, pourquoi n'admet, 
trait-on pas de même la nécessité de les établir dans le temps 
de leur prétendue réoccupation ? 

Qu'on ne s'y trompe donc pas. On ne trouvera jamais d'ob- 
jets gallo-romains dans les fossés d'un véritable camp de César, 
à moins qu'il ne présente un supplément de travaux militaires 
anno nçant une occupation postérieure et prolongée qui le 
fasse entrer dans la classe des stativa; aussi n'a-t-on pas recueilli 
dans les travaux de Gergovie ces tas de débris antiques qui 
ont abondé dans les camps de Mauchamp et d'Alise Sainte- 
Reine. 

César abandonna ses quartiers et partit pour Noviodunum 
(Soissons) où il arriva après une longue journée de marche. 11 
dut cheminer sur la rive gauche de l'Aisne en suivant l'antique 
voie de Fismes et de Braisne , puisqu'il assiège sur-le-champ 
la ville gauloise nécessairement du côté gauche de la rivière ; 
autrement les Suessions de l'armée belge qui fuyaient sur la 
rive droite n'auraient pu rentrer de nuit dans leur Oppidum. 
£n partant de Chaudardes et de Pontavert pour Noviodunum , 
César devait faire une marche forcée , mais non impossible de 
11 lieues, tandis qu'elle aurait été de 13 s'il fut venu de Mau- 
champ, étape trop longue si l'on pense que l'armée romaine 
était suivie de tous ses bagages , qu'elle venait de se bat- 
tre deux jours de suite, et que Labiennus, avec trois Légions 
s'était même porté la veille à la poursuite des Belges. 

Concluons que Tenceinte de Mauchamp n'est pas le camp 
établi sur l'Aisne par César ; que ce camp a dû exister sur la 
colline de Chaudardes où l'on trouve l'application de tous les 
faits militaires et topographiques relatés dans les Commentaires. 



— i07 — 

Nous supplions donc la Goramission de la Carte des Gaules de 
jeter un regard bienveillant sur cette colline et sur les monts 
de Graonne , ne fût-ce que pour honorer la mémoire de 
Napoléon I". 

Hélas ! nous prévoyons que nos vœux demeureront stériles 
et qu'elle ne fera pas plus d'efforts en faveur de Ghaudardes 
qu'elle n'en a fait pour VAÎesia FrancC-omtoise pourtant cou- 
verte de débris caractéristiques qui se rapportent au siège de 
Gésar. Notre conviction naît au sujet de l'anecdote suivante 
dont nous garantissons l'authenticité. Le jour où nous arri- 
vions sur le plateau de Mauchamp , nous apprenions qu'un 
membre éminent de la Commission de la Garte des Gaules 
venait d'en partir et qu'après en avoir étudié les travaux mili- 
taires, il avait dit à plusieurs personnes que ce camp ne pou* 
vait être celui de Gésar. Heureux de nous trouver d'accord 
avec ce savant, et de n'avoir pas de nouvelles luttes à soutenir, 
nous allâmes dans une ville voisine où le même personnage 
était passé et avait tenu le même langage. Or nous pensions 
que la Commission prendrait un parti conforme au rapport do 
son délégué. Loin de là : deux jours après nous lisions dans 
les journaux de Paris qu'elle avait décidé que l'enceinte de 
Mauchamp figurerait sur la carte des Gaules , à titre de Camp 
de César (1) Il y a évidemment dans tout ceci un fin moi qu'il 
serait important de découvrir. 

(1) On parle, en ce moment, d'élever une colonne commémorative au mi- 
lieu de l'enceinte de Mauchamp. Nous pensons qu'il serait prudent de ne pas 
taiit se presser et d'attendre an moinr, qu'on ait fait des fouilles à Ch:;.udarde8 



- 404 - 



SEPTIEME SEANCE. 

{2t AvriU862.) 



Présidence de M. €!>. Sltnvgi , Président. 

Ouvrages ^eçus. — Mémoires de la Société de Chalons-sur- 
Saône, 4« voinme. — Mémoires lus à la Sorbonne, à la séance 
publique, des Sociétés savantes de 1862, publiés par le Mi- 
nistère de rinstruction publique. — Mémoires de la Société 
des Arts, Belles-Lettres de r\ube. — Idem de la Société des 
Antiquaires de Caen. — Idem de la Société de la Lozère. 

M. Fleury lit un travail sur le procès des templiers sous ce 
titre : ChapUre inédit de l'histoire locale. 

Il est certaines parties de notre histoire départementale sur 
tesquelles il n*y a plus guères que des redites à écrire , au 
moins jusqu'au jour où des sources nouvelles seront décou- 
vertes. Des faits même considérables, comme , par exemple, 
rémotion communale au XU^' siècle , semblent condamnés à 
passer de plume en plume, de livre en livre, sans jamais rien 
gagner en nouveauté , en originalité. Si Ton ne peut plus que 
réhabiller à neuf ces banalités que tous savent à fond , au 
contraire un assez grand nombre d'événements, tout impor- 
tants qu'ils aient été , quelle que soit la place qu'ils aient 
occupée dans une époque , n'ont point été mis jusqu'ici en 
suffisante lumière , soit que les renseignements aient fait 
défaut aux historiens contemporains, soit qu'ils aient été 
systématiquement dédaignés, soit qu'on ait voulu les ensevelir 
dans la prudence du silence. Les écrivains ont - ils manqué à 
ces faits , ou se sont - ils manques à eux - mêmes ? Toiyours 



— 109 - 

est - il que ces événements ou ne sont connus que par des 
dates , ou ne sont qu'insuffisamment connus. 

Ainsi , avant la rouge lueur jetée sur les guerres de i635 à 
1665 , par l'étude des Enquêtes du Clergé de Laon (1) , qu 
savait l'épouvantable martyre souffert par le Laonnois , le 
Soissonnais et le Vermandois ? La correspondance de saint 
Vincent de Paul et sa vie par l'évêque Abelly, le livre du 
Bourgeois de Marie édité par notre laborieux collègue M. Am. 
Piette , tout en ouvrant la voie , laissaient à peine entrevoir 
une partie de la vérité. 

C'est ainsi que notre histoire locale ne savait rien ou à peu 
près rien de ce qu'avait été le Protestantisme dans nos con- 
trées, quand la brochure de M. le pasteur Douen a soulevé 
pour nous (2) un coin du voile. 

Nous pourrions citer bien d'autres exemples encore où 
nous puiserions l'occasion de montrer quel riche champ est 
ouvert à l'investigation, combien de conquêtes les chercheurs 
ont encore à faire et comment ils pourraient, avec un peu de 
courage et de persévérance, remplir bien des volumes encore 
des Bulletins de Sociétés comme la nôtre , au grand profit de 
la science et de ceux qui travailleront après nous. 

Pour aujourd'hui, essayons sinon de combler entièrement, 
au moins d'atténuer une autre lacune, nous ne dirons pas très- 
fâcheuse et regrettable , le sujet ne comporte peut - être pas 
ces expressions^ mais au moins très - extraordinaire de nos 
annales départementales de l'Aisne. 

Parmi les grands possesseurs de notre sol dans les temps 
féodaux , on pourrait écrire sans crainte : parmi les plus 
grands possesseurs du sol , il faut placer au premier rang 
l'Ordre du Temple. On ne peut faire un pas dans nos contrées 
sans se heurter au souvenir des moines - soldats de cette 
Compagnie plus célèbre encore par ses méfaits réels ou 

(1) Voir lorae Vil des Bulletins de la Société académique de Laon. 

(2) Voir tome XI des Bulletins de la Société académique de Laon. 



— liO - 

surfaits que par les services rendus au Christianisme. Partout, 
chez nous nous trouvons profondément implantée ia tradition, 
qui leur attribue la propriété d'immenses domaines dont 
l'envie et la superstition jadis, dont Timaginalion plus tard et 
même de nos jours ont probablement exagéré jusqu'à l'excès 
rétendue et la richesse. 

Dans le Laonnois, on rencontre à chaque pas des souvenirs 
vivants encore de cette possession dont les titres s'étaient si 
vite entassés , et accumulés les uns sur les autres. Les neuf 
premiers chevaliers du Temple fondent l'association à Jéru- 
salem en iliS; le Concile de Troves lui donne la consécration 
solennelle et officielle en H2o; en cette même année, saint 
Bernard écrit pour elle la règle sévère que les templiers 
devaient si scandaleusement violer ; et déjv\ , dès 1128 , notre 
grand évéque Barthélémy de Vir les introduit à Laon, et ils 
y fondent la maison (Domus Templiy où , en 1134 , ils bâtissent 
la remarquable chapelle qui leur a survécu et nous a conservé 
leur souvenir. 

C'est de Laon qu'ils ramifient et poussent de profondes 
racines dans le pays. En 1140, ils s'établissent à Câiillon-du- 
Temple, à Cerny-en-Laonnois un peu plus tard. De Barthélémy 
qui les aime ils tiennent la terre de Puisieux (Domus Templi 
de Puteolis subtus Laudunum, Puisiaux , Puîseux W). Bientôt à 
cette Commanderie ils ajoutent celles de Boncourt (canton de 
Sissonne), de Bertaignemont (canton de Guise). Entre Corbeny 
et Pontavert, ils ont la terre de Thouny (Touny prope Pontem 
^rre/vi/e, prèsPontavert (2)), aujourd'hui connue seulement sous 
le nom significatif du Temple et où se voient encore quelques 
vestiges de leurs constructions, une chapelle où la déposition 
d'un témoin nous apprendra plus tard qu'on reçut des affiliés, 
tandis que leurs grandes templeries de Boncourt et de Pui- 
sieux n'ont rien conservé d'eux , taudis qu'à Câtiilon-du- 



(1) Voir le procès des templiers, tome II , pages 261, 391, 403. 

(2) Procès des templiers, tome H, page 392. 



\ 



— iH — 

Temple on n*a guère que les restes d'un souterrain voûté en 
pierres. 

DansleSoissonnaiSjilspossédaîentrimportantecommanderie 
de Maupas (de Malo-Passu) , dont le siège était au Mont-de- 
Soissons (Domus Templi Montis Sucssionensis , diocesis Suessio- 
nensisW). C'est surtout au Mont - de - Soissons (canton de 
Braine) qu'on recevait les postulants. Cette templerie, ses 
commandeurs , ses chevaliers et ses servants joueront un 
grand rôle dans le drame aux scènes terribles duquel nous 
assisterons bientôt. Le Mont-de-Soissons , maintenant simple 
hameau du village de Serches , a conservé , comme le Temple 
de Laon , mais moins complètement que lui , des débris des 
constructions considérables que jadis y élevèrent les cheva- 
liers. M. Prioux a décrit ces ruines dans le remarquable 
dictionnaire archéologique qu'il vient tout récemment de 
consacrer au canton de Braine (2). 



(1) Procès des templiers , tome I , pages 310, 312, 326, 327, 346, 358, 373, 
381. — Tome II , pages 545 , 553. 

(2) Voici le passage consacré par M. Prioux à cette templerie : 

*« MONT-DE-soissoNS : Ancien couvent converti en une ferme qui apparte- 
nait , avant la Révolution , à la Gommanderie de Maupas, de l'ordre des che- 
valiers de Saint-Jean-de -Jérusalem (Templiers); elle consistait, entre autres 
bâtiments, en un corps-de-logis, une chapelle et une grange, le tout fermé 
par une muraille soutenue par des contreforts et datant, en plusieurs endroits, 
du XII' au XIII* siècle. Le principal corps-de-Iogis, qui remonte à la même 
époque, est de forme quadrangulaire, portant 19 mètres de long sur 9 mètres 
35 de large. Les baies sont en ogives et une voûte du XVIe siècle sépare le 
rez-de-chaussée des pièces supérieures. Des contreforts avec larmiers soutien- 
nent les murs de cette construction. — La grange principale, de 45 mètres de 
long sur 16 mètres de large, est séparée au milieu par deux rangées de dix 
piliers carrés qui montent jusqu'au toit. Des contreforts soutiennent les murs 
gouttereaux en face des piliers. Sur chacun des pignons, deux contreforts, 
qui s'élèvent jusqu'à la hauteur des piliers, soutiennent également cette par- 
tie delà grange àblé. Ail nord de cette grange se trouve un bâtiment moins 
élevé, de même style, ayant 14 mètres sur 18, et servant de grange à avoine. 
Ces anciens bâtiments, d'une solidité à toute épreuve , sont couverts en 
chaume. — Près du corps-de-logis qu'habite aujourd'hui le fermier, se trouve 
une chapelle fort curieuse du XIIU siècle ; plan de forme rectangulaire, ter- 



- Ii2 - 

Le diocèse de Soissons possédait encore une autre grande 
commanderie à Mortefontaine (Domus Templi de Mortuo-Fonte, 
Suessionensis diocesis (l)). 

Dans la portion du diocèse de Noyon qui appartient mainte- 
nant au département de T Aisne, le Temple fondait, vers 1150, 
une maison à Saint - Quentin , plus tard une autre à Séry- 
Mézières. Il avait un château - fort au Câtelet ( Caslellarium in 
Viromondiâ) , de grands biens à Montescourt (Domus de Mon- 
ecurid in Viromandiâ), à Cugny. C'est dans ce dernier village 
qu'était la Prévôté de Maurepas (de Malo repaslu (2)) qui, dans 
le Yermandois^ joue , sur une moindre échelle quant à ce qui 
regarde les initiations et réceptions, le rôle que jouent dans le 
Laonnois la Commanderie de Puisicux , et dans le Soissonnais 
celle du Mont - de - Soissons. La commanderie de Maurepas a 

miné par un chevet à sept pans; longueur, 21 mètres; largeur, 7 mètres ; 
hauteur des murs, 10 mètres 75. On ne remarque aucune trace de voûtes en 
pierres ; mais des échancrures dans le haut du mur font supposer un plan- 
cher en bois sur entraits. Les piliers au dehors et au dedans sont de grosses 
colonnes cylindriques engagées dans le mur et flanquées de colon nettes égale- 
ment engagées. Elles sont surmontés de chapiteaux corinthiens d'une sculp- 
ture très-fine et très-bien fouillée. Les gros piliers , aux angles de la façade 
principale , sont d'une ornementation remarquable et supportent avec leurs 
chapileaux, à 6 mètres de hauteur, des contreforts à larmiers qui s'élèvent jus- 
qu'à la naissance du pignon. Toutes les fenêtres placées entre les contreforts 
sont ogivales. L'archivolte du portail en ogive est supportée par des colon- 
nettes dont les chapiteaux sont du même style que les précédents. Le tympan 
repferme une niche ogivale supportée par un corbeau. Les parois du mur de 
cette façade sont garnies de fleurs à quatre pétales finement sculptées et ren- 
fermées dans des compartiments. Ce monument» qui sert aujourd'hui d'écurie 
pour les chevaux de la ferme, était, par sa construction et son ornementation, 
l'un des plus beaux types de chapelle au XlUe siècle. On rencontre à chaque 
pas , dans la cour ou dans les environs, des chapiteaux, des fûts de colonnes, 
des gargouilles provenant de cette chapelle et qui sont exposés à une destruc- 
tion inévitable. Dans la partie occidentale de cet ancien couvent , derrière 
les bâtiments modernes, se trouvent des souterrains voûtés et en ruines . qui 
doivent remonter à la fondation de cette commanderie et que l'on doit bien> 
tôt déblayer. » 

fl) Procès des templiers, tome II, page 239. 

(2) Procès des Templiers, tome II , pages 288, 293, 308, 312, 315, 317,412. 



— 113 — 

conservé quelques restes de construction dont M. Gomart a 
entretenu la Société de Laon dans sa notice sur la sépulture 
franco-mérovingienne du Jardin-Dieu de Cugny (1). 

Nous ne parlons que des principaux domaines du Temple 
dans nos contrées, de la richesse accumulée en faisceau. Nous 
n'en pouvons dire les détails qui ne sont point arrivés jusqu'à 
nous, c On peut juger du nombre prodigieux des possessions 
» des Templiers par celui des terres , des fermes , des forts 
» ruinés qui , dans nos villes et nos campagnes, portaient le 
» nom du Temple > , dit Michelet dans son Histoire de France^ 



(1) Voir tome X des Bulletins de la Société académique et Laon« Voici le 
passage consacré à ces ruines par H. Gomart : 

« La Prévôté de Maurepas (de Malo repàstu, mauvais repaire), dépendante 
du doyenné de Yen deuil , était un couvent de Templiers qui a passé dans les 
mains des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalera, puis qui a appartenu en 
dernier lieu à Tabbaye d'Homblières. 

> On sait que les Templiers avaient à Saint-Quentin, la Maison du Temple; 
à Eterpilly, près Péronne, une Commanderie; au Câtelet, un château-fort; 
des fermes importantes à Montescourt ; à L'Hôpital, près Libermont ; à LaCour- 
temanche, près Cugny ; la ferme de Maurepas était une de leurs maisons. On 
y voyait encore, il y a moins d'un siècle, une église, une grande salle et une 
entrée fortifiée , consistant en un donjon carré , flanqué de quatre petites 
tourelles, ou échauguettes, placées à une grande hauteur. De l'ancienne mai- 
son, il ne reste que les écuries et quelques vieux bâtiments bas, construits en 
grès extérieurement et en briques intérieurement. 

» La ferme ancienne était entièrement bâtie en grès et entourée de hauts 
murs également en grès. Ces murs ont été démolis en 1845, exploités et ven- 
dus à un entrepreneur pour le pavage de la rue Saint-Martin à Saint-Quentin. 
Les caves actuelles de la maison, que nous avons visitées, sont à deux étages ; 
elles sont voûtées en plein -cintre , entièrement en grès, et les galeries de 
descente sont aussi voûtées en plein - cintre et en grès, mais avec des assises 
taillées et piquées en retraite à chaque marche, La tradition rapporte qu'il se 
trouvait sous l'ancienne église de Maurepas des galeries de refuge , condui- 
sant à trois kilomètres de là , vers Le Coquerel ; ces galeries sont , dit- on , 
écroulées en plusieurs endroits. Nous n'avons pu vérifier cette assertion. 

» Le Jardin-Dieu , dont le nom indique assez la destination chrétienne , a 
été , dit - on , anciennement le cimetière des Hospitaliers de Maurepas : c'est 
possible ; cependant son éloignement de l'église de Maurepas rend cette 
opinion peu probable* « 



— lu — 

t. III, p. 135. Ils possédaient, dit Mathieu Paris, plus de neuf 
mille manoirs dans la chrétienté. La Chronique de Flandres M : 
dix mille cinq cents. Sans croire avec M. Michelet que tout ce 
qui porte l'attache du mot Temple ait appartenu à cet ordre , 
de même que tous les camps de César n'ont pas été non plus 
creusés par le conquérant romain , pas plus que Bmnehant 
n'a construit toutes les routes qui portent son nom , il faut 
admettre cependant que les possessions terriennes des tem- 
pliers ont été très-considérables chez nous. La nomenclature 
sommaire que nous avons donnée plus haut le prouve suffi- 
samment , mises à part les exagérations de la légende et des 
traditions populaires. 

Comment se fait - il donc que de ces chevaliers et de leur 
histoire nous ne sachions rien que leur richesse ? Pourquoi 
n'avons - nous conservé de leur souvenir qu'un nom , un seul 
nom , grâce à une pierre tombale que le Temple de Laon a 
gardée intacte et qui maintenant a disparu sous un parquet 
de bois qui la cache à tous les yeux ? Dans une étude 
sommaire sur les Commanderies des Chevaliers du Temple et de 
Saint-Jean^e-Jérusalem dans le Laonnois (1), M. Vinchon relate 
ainsi l'épitaphe qui se lisait sur cette pierre : Ci gît Gringoire, 
Chapelain dou Temple qui endit l'ame le jour de Saixct 
Martin en esté, en l'an de l'Incarnagion 1268. Pez por li. 

De la chute des templiers l'histoire locale ne sait bien que 
la date de mort, le rôle mal compris et amplifié de Raoul de 
Presles, sa déposition écourtée par les écrivains qui se la sont 
transmise de main en main , et la translation des propriétés 
de l'ordre proscrit, à celui de SaintJean-de-Jérusalem. 

C'est peu et ce n'est point assez. Nous allons trouver plus 
et mieux que cela dans l'importante publication dont le 
Ministère de l'Instruction publique voulut enrichir, il y a 
vingt -trois ans, la collection si précieuse des documents 
inédits sur l'histoire de France , première série , Histoire 

(1) Tome VI du Bulletin de la Société académique de Laon,pa^e 122.(1856- 
57). 



— H5 — 

politique. C'est le procès des Templiers dont les pièces 
emplissent deux énormes volumes in-4^ publiés sous la direc- 
tion derhistorien Michelet, le premier en 1841 et le second 
dix ans plus tard. Le manuscrit appartient à la Bibliothèque 
Impériale. Il avait été très - incomplètement étudié et mis 
à profit par Djpuy, dans le livre qu'il écrivit en 1634 sur quel- 
ques grands procès criminels. Conservateur delà Bibliothèque 
du Roi, Dupuy avait pu consultera son aise l'important docu- 
ment dont le Ministère de l'Instruction publique a publié le 
texte complet. Jusqu'ici les historiens n'avaient eu à leur 
disposition que les extraits écourtés de Dupuy et les appré- 
ciations en sens divers de nos anciens annalistes. 

La volumineuse enquête qui fait partie des importants 
documents dont la publication est due à l'initiative intelligente 
du Gouvernement de Juillet, va grossir ces notions trop 
însuifîsantes. En dehors de ce qui touche à l'intérêt général 
et à la grande histoire nationale, l'intérêt particulier de notre 
département et son histoire y feront de larges bénéfices , lui 
emprunteront d'utiles renseignements. Parmi les noms des 
accusés , des témoins, — souvent les rôles se confondront, — 
parmi les noms des condamnés, nous allons trouver et recon- 
naître ceux de plus d'une vieille famille de notre vieille 
aristocratie locale. Nous saurons ce qui se passait dans les 
mystères de nos commanderies , au milieu de ces grands 
coupables destinés a un si grand châtiment. 

Quelques mots suffiront au court exposé après lequel nous 
entrerons en matière. 



I. 



Philippe - le - Bel avait juré la ruine des Templiers. Leur 
richesse et leur puissance , — ils étaient plus de dix mille 
chevaliers , — avaient exalté leur orgueil , et ils avaient os^ 
refuser de recevoir le roi de France dans leur ordre. Sans 
doute ils avaient compris que c'était introduire au milieu d'eux 



- 116 — 

un ennemi et un maître. Ils avaient refusé aussi de se fondre 
dans rOrdre hospitalier de Saint-Jean-de-Jérusalem , comme 
l'avait, dès 1272, proposé le Concile de Saltzbourg. 

On ne pouvait convenablement puiser la cause de l'attaque 
préméditée depuis longtemps dans la crainte inspirée par un 
pouvoir insolent , ni dans la convoitise d^unè richesse non 
moins insolente ; on la demanda plus honorablement à une 
dépravation dont témoigne hautement Topinion publique dans 
des locutions populaires. En France , on disait et on dit 
encore : Boire comme uti Templier ! On allait bien plus loin en 
Angleterre ou les enfants , dans leurs jeux , se répétaient les 
uns aux autres, évidemment sous Tinfluence des conseils 
paternels : Défie-toi d'un baiser de templier, Custodiatis vobis 

ab osculo Temploriorum On racontait tout haut et partout 

que , pour entrer dans l'Ordre , il fallait renier le Christ et 
cracher sur la croix. On répétait d'odieux détails sur la céré- 
monie de réception des novices et servants , sur les rapports 
infâmes des chevaliers entre eux. Ils adoraient une idole que 
lesSarrazins, avec lesquels on les accusait même de s'être à 
la fin entendus pour trahir la cause du Christianisme , leur 
avaient probablement donnée; on appelait cette idole Mahumet 
ou Baffomet , ou plus simplement Le Mauffe , ainsi qu'en 
témoignera , dans la première enquête de 1307, l'un des che- 
valiers les plus importants de l'Ordre et qui appartenait à la 
noblesse picarde , Raoul de Gizy dont la déposition est aussi 
explicite que détaillée. Ils ne croyaient pas à la maternité 
de la vierge Marie qu'ils insultaient en disant : Non credo in 

Mariold, Mariold, Mariold Ils ne faisaient pas l'aumône, 

au moins dans la mesure comportée par leur Immense 
fortune. 

On a longtemps et longuement discuté sur la vérité des 
méfaits attribués aux Templiers. Certains historiens les ont 
nettement niés, tandis que d'autresles affirmaient aussi énergi' 
quement. La publication de l'enquête met forcement fin à toute 
discussion. M. Michelet lui-même a dû céder h l'évidence. Si , 
dans son Histoire de France publiée en 1837, il prenait parti 



— 117 — 

pour rinnocence de Tordre du Temple» déjà en 1841, Tintro- 
duction par lui placée en tête du premier tome de l'enquête , 
se ressent de Tinfluence que ne pouvaient manquer d'exercer 
sur lui la lecture compfète et l'étude attentive des pièces 
officielles, Alors il disait déjà : c Cet interrogatoire fut conduit 
1 lentement et avec beaucoup de ménagements par de hauts 

> dignitaires ecclésiastiques , un archevêque , plusieurs 

> évéques, etc. Les dépositions obtenues ainsi méritent plus 

> de confiance que les aveux, d'ailleurs très-brefs, uniformes 

> et peu instructifs , que les inquisiteurs et les gens du roi 

> avaient arrachés par la torture , immédiatement après 

• l'instruction. > 

En 1851, M. Michelet se montrait plus précis, plus convaincu 
encore , et il condamnait ses anciennes préventions en ces 
termes aussi explicites que possible , dans la courte préface 
par laquelle débute le second volume des pièces du procès : 
c Celles (les pièces) que l'on va lire et qui ne nous étaient 
1 connues jusqu'ici qu'imparfaitement, sont de nature à modi- 
» fier sous plusieurs rapports les hypothèses que nous avions 

> émises au tome III de notre Histoire de France en faveur de 

> l'ordre du Temple. Du reste, quelque opinion qu'on adopte 

> sur la règle des templiers et l'innocence primitive de 

> l'Ordre , il n'est pas diflicile d'arrêter un jugement sur les 

• désordres de son dernier âge. > En résumé , M. Michelet , 
et nous sommes d'accord avec lui , reconnaît à l'enquête c un 
» caractère particulier de véracité. > Il accepte donc comme 
parfaitement et solidement fondée cette opinion publique que 
nous constations tout-à-l'heure et qui avait condamné à morl 
le Temple, avant que la sentence tombât du haut du tribun a 
juridiquement et régulièrement organisé. 

Quoi qu'il en soit des causes essentielles du procès , i 
s'ouvrit enfin après de longs pourparlers entre Philippe-le- 
Bel et le pape Clément V. Il débuta i^ar l'arrestation en masse 
de tous les templiers de France sur lesquels , le 5 octobre 
4307, la justice ecclésiastique mit la main brusquement, d'un 



— H8 — 

seul coop , à Paris et dans chaque diocèse (I). Ce fut on yéri- 
table coup d'Etat mené secrètement et vivement. Un manifeste 
de Philippe fut publié dans tout le Royaume qui dut frémir de 
crainte et d*horreur devant les terribles révélations que le 
chef de TEtat exposait publiquement à la nation pour expliquer 
sa résolution , manifeste que les prêtres reçurent l'ordre de 
lire en chaire aux fidèles convoqués spécialement dans les 
paroisses. 

Au moment où les templiers sont jetés dans les prisons de 
rOfficialité religieuse et avant de donner des détails sur le 
procès où ils furent tous englobés , nous voulons recueillir et 
réunir les noms de ceux d'entre eux , fonctionnaires de tous 
rangs , chevaliers et servants , qui appartiennent aus deux 
diocèses de Laon et de Soissons. 

Appartenaient aux familles du diocèse de Laon : 

Raoul de Gizy (Radulpho de Giziaro, Laudunensis (2)), pré- 
cepteur (prieur) de Beauvais et de Latîgny , et receveur du 
Trésor royal en Champagne. 

Ponzard de Gizy, son neveu (Ponmrdusde Giziaco, nepos 
ejusdeni fralris Raduïphi, Laudunensis) , précepteur de Payans. 

Jean de Noircourt (de Nigrd curid, vel nigrancurid, Laudm^ 
nensis) , chevalier. 

Pierre de Hannapes (de Enapes, Laudunensis), chevalier. 

Henri L'Abbé (Li Abes, Laudunensis), servaut. 

Théoba^d de Plomion (de Plomione, alias de Plomiorum , 
Laudunensis), chevalier. 

Thomas de Martignyf'r/^ ilTar^ffiioco, Laudunensis), prêtre* 
chapelain. 

Bertrand de Montigny (de Moniiniaco, Laudunensis). 



(1) f Anno MCCCVII , die Veneris post festum B. Dionisii , tertio idûs 
octobris , omnes Templarii , quotquot in regno Franciœ sunt reperti , quasi 
sub ejusdem horse momento , illucescente TÎdelicet sole , vel circiter , juxtâ 
decretum regium et preceptum, subito capiuntur ac diversis carceribus 
roancipantur. » (Chronique de Guillaume de Kangis.) 

(2) Toutes ces désignations sont extraites des premiers interrogatoires. 



— H9 - 

Jean Lemainle , Laudunensis, 

Jean de Gizy, prêtre , Laudunensis. 

Beauduin de Gizy, chesalier (Laudunemis, receplus per fra^ 
trem Radulphun de Gizy , de cujus parentela extitit. Procès , 
tome II, page 29.) 

Jehan dit (dicius) de Maiip , de Laon (de Lauduno). 

Chrétien de Chambry (de Chamery, Laudunensis). 

Lambert Flament ou Flameng (Flamengi, Laudunensis). 

Robert de Meaux ou de Melle (de Mellâ, Laudunensis). 

Jean de Celles (de Celld, Laudunensis), précepteur de Serin- 
court (de Serincurte, diocesis Remensis) ; 

Nicolas de Celles, Laudunensis. 

Geoffroy de Gères (de Cerd, Laudunensis). 

Pierre - Jean d'Anizy (de Aniseyo, salia de Anisiaco, Laudu- 
nensis), précepteur de Valois (precepior de Valeio). 

Renaud deBalan (1), Laudunensis, 

Henri de Ântin ou d'Ântinchi (de Antichi ou de Antinchi, 
Laudunensis), 

Albert de Macquigny ("de Maquinchi vel de Maquinhiaco' 
Laudunensis), . 

Pierre de Doias ou Doy (de Diicy, Laudunensis). 

Jean de Mal va (de Malvo, Laudunensis civiiatis). 

Geoffroy de La Fère (de Fard, Laudunensis). 

Renaud de Malzy ou de Malaise (de Malezy , Laudunensis.) 

Gérarde de Châlons, ou peut-être de Montchâlons (de Catha* 
lone , Laudunensis), 

Raoul de Saulx ou des Saules (de Salicibus, Laudunensis). 

Jean d'Amblainville , précepteur de Puisieux (precepior de 
Puteolis). 

Raimond de La Fère (de Para, Laudunensis). 

Gérard de Laon (de Lauduno), Celui-ci avait d'abord réussi à 
s^enfuir , d'après la déposition de Gilles d'Encry ( Procès des 



(1) Balan , village dépendant autrefois du diocèse de Laon , appartenant 
maintenant au déparlement des Ârdennes et situé à quelques kilomàtres de 
Neufchàtel-sur- Aisne. 



senlcoop, à 
table coup d' 
de Philippe I 
crainte et i 

chefdel'Ei 
sa résolu tii 
lire en cIk 
paroisses. 
Au moj: 
roiBcialil. 
procès oi 
réuDir Ir 
rangs , 
diocèse > 
Appai 
Raoti 
cepteii t 
Trésoi 

Pon 
ejttsili 

Jea 
«ms/ 

Pi 

H 

T 
La- 



.■ Bi» il fut repris, puisqu'il 

_^:- MiKiT«^és comme jM^ïenu» 

^ iMiB- après avoir p«^isté dans 

._: ar rarcbevéque de Reims, de 

. ^t uutn les commanderies des 

. a * flrrwmiaro, Lauduitcnsis}. 

■ i.^aco, Lavàunemii], cheTalier. 

_ -j lU même Gilles d'Encry , nous 

> v^s des prisonniers celui dn 

.ujï'.'J«rt. Lauâuaensis, servant, qum 

„.. .-jAMie plusieurs antres, dans les 

^ j. viUtble ? La même question doit 

i. - »-i^ (Joannes de Aniseo, Lavdu- 

: i-iùrç, dans sa déposition du 9 février 

. i.'b-fd. Il est probable qu'il a été con- 

jx ies noms des Templiers du Laonnois 
_ ., l'jvvi et conservés dans les prisons. Un 
: --r^^anient été étalais et déposèrent en 
...vui>; ainsi un nommé Henri de Landesi 
. -.. lj%>linifnsis) , que nous verrons venir 
_ DiTV et qui ne figure sur aucune des listes 

,^ M itocèse de -Soissons : 

_^^uii t^ltl«ilfyantolio(i),diocesisStteisionensii), 

Mb^bin (3) (Therictis de Valle Bellant , Suer 

Iles lâr Cormellis, Suemonensis) , cheva- 

filf Comiieadio re! Cotnpingne , Suessio- 



(union d'Oulchy). 

t CowrtdlM (union de Braine). 



— 121 — 

Jean de Saint-Remy (i) (de Sancto-Remigio , Suesmnensis), 

Jean de Berzy (de Bersiaco, vel Berzy, Suessionensis). 

Adam de Vierzy (Addam de Versiaco, Suessionensis), 

Jean de Mortefontaine (de Moriuo fonte, Suessionensis), prêtre. 

Droco de Vivîères (de Viveriis , Suessionensis), gardien de la 
commanderie de Barberon (locopreceptoris). 

Jean de Septmonts (de SeptemMontibus, Suessionensis), prêtre, 
chapelain. 

Jean de Villers-Agron ? (de Villaribus, Suessionensis). 

Jean de Yallebellant ou Yalieblain (de Valîe Bellando , Sues- 
sionensis). 

Jacques de Courmelles (de Cormellis , Suessionensis). 

Jean de TOratoire (de Oratorio, Suessionensis), 

Nicolas de Compiègne (de Compendio, Suessionensis). 

Jean de Courmelles (Suessionensis) , prieur de Moizy - le - 
Temple, au diocèse de Meaux. 

Gaultier de Ville -Savoie (de Villa -Savir; cité une autrefois, 
il est dit : de Villa-Sapiencie; une autre fois de Ville-Savoir (2)- 
Suessionensis). 

Etienne de Compiègne (Suessionensis). 

Robert de Montreuil-aux-Lions (de Monsterolio, Suessionensis), 
prêtre. 

Guillaume de Roy (Suessionensis). 

Eloi de Pavant (Egidius de Parvane, Suessionensis), 

Raoul de Compiègne (Suessionensis). 

Pierre de Compiègne (Suessionensis). 



(1) Saint-Remy^Blanzy (canton d'Oulchy). 

(2) Il est à remarquer que cette étymologie (Villa - Savir , Savoir • 
Sapience), du savoir, est très-différente de celle que les savants d'aujourd'hui 
assignent au nom de Ville-Savoie , Villa in via , campagne ou villa sans voie 
ou hors la vole, car elle est à quelque distance de la voie romaine de Reims à 
Soissons qui passe un peu au-dessus de Bazoches. M. Melleville (Dictionnaire 
historique de V Aisne) donne les deux étymologies : Villa sapientiœ. Villa in 
via. H. Prioux (Dictionnaire archéologique du canton de Braine) dit seule- 
ment : Villa in via. Resterait à connaître la vraie signification de Tappella- 
tion : Ville Savoir, Savir, du savoir. 

10 



templiers , tome 1 , page 950) ; mais il fut repris, puisqu'il 
figure au nombre des prisonniers interrogés comme prévenus 
d'abord , ensuite comme témoins après avoir persisté dans 
leurs aveux et avoir été absous par l'archevêque de Reims, de 
la juridiction duquel relevaient toutes les commanderies des 
deux diocèses de Laon et de Soissons. 

Henri de Harcigny (Henricus de Uereciniaco, Laudunensis). 

Henri d'Anizy (Henricus de Anisiaco, Laudunensis), chevalier. 
, Enfin dans la déposition du même Gilles d'Encry , nous 
voyons figurer parmi les noms des prisonniers celui dn 
templier Lambert de Ramecourt, Laudunensis, servant, quem 
diciur obiisse. Est-il mort, comme plusieurs autres, dans les 
tourments de la question préalable ? La même question doit 
être posée pour Jean d'Anizy (Joannes de Aniseo, Laudu* 
nensis), que Simon de Cormicy, dans sa déposition du 9 février 
131! , dit être mort , defuncto. Il est probable qu'il a été con-. 
damné par le concile de Reims. 

Nous n'avons là que les noms des Templiers du Laonnois 
arrêtés au début du procès et conservés dans les prisons. Un 
certain nombre de frères avaient été élargis et déposèrent en 
liberté comme témoins ; ainsi un nommé Henri de Landesi 
(Henricus de Landesi, Laudunensis), que nous verrons venir 
déposer contre l'Ordre et qui ne figure sur aucune des lisfes 
de détenus. 

Appartenaient au diocèse de Soissons : 

Eudes de Nanteuil (Oddo deNaniolio (1), diocesis Suessionensis), 
servant. 

Thierry de Yaubellain (2) (Thericus de Valie Bellant , Suesr 
sionensis), chevalier. 

Lambert de Courmelles (de CormeUis, Suessionensis), cheva- 
lier. 

Henri de Compiègne (de Compendio vel Compingne, Suessio' 
nensis) , chevalier. 

(1) Nanipteuil-sous-Muret (canton d'Oalchy). 

(8) Valbelain, commune de CourceUes (canton de Braine). 



— 121 — 

Jean de Saint-Remy (!) (de Sancio-Remigio , Suessionensis). 

Jean de Berzy (de Bersiaco, vel Berzy, Suessionensis), 

Adam de Vierzy (Addam de Versiaco, Suessionensis), 

Jean de Mortefontaine (de Moriuo fonte, Suessionensis), prêtre. 

Droco de Vivières (de Viveriis , Suessionensis), gardien de la 
commanderie de Barberon (locopreceptoris). 

Jean de Septmonts (de SeptemMontibus, Suessionensis), prêtre, 
chapelain. 

Jean de VîUers-Agron ? (de Villaribus, Suessionensis), 

Jean de Yallebellant ou Yalieblain (de Valle Bellando , Sues- 
sionensis), 

Jacques de Courmelles (de Cormellis , Suessionensis). 

Jean de VOratoire (de Oratorio, Suessionensis). 

Nicolas de Compiègne (de Compendio, Suessionensis), 

Jean de Courmelles (Suessionensis) , prieur de Moizy - le - 
Temple, au diocèse de Meaux. 

Gaultier de Ville-Savoie (de Villa- Savir; cité une autre fois, 
il est dit : de VillorSapiencie; une autre fois de Ville-Savoir (2)- 
Suessionensis), 

Etienne de Compiègne (Suessionensis), 

Robert de Montreuil-aux-Lions (de Monsterolio, Suessionensis), 
prêtre. 

Guillaume de Roy (Suessionensis). 

Eloi de Pavant (Egidius de Parvane, Suessionensis), 

Raoul de Compiègne (Suessionensis). 

Pierre de Compiègne (Suessionensis). 



(1) Saiot-Remy^Blanzy (canton d'Oulchy). 

(2) Il est à remarquer que cette étymologie (Villa - Savir , Savoir , 
Sapience), du savoir, est très-différente de celle que les savants d'aujourd'hui 
assigpnent au nom de Ville-Savoie , Villa in via , campagne ou villa sans voie 
ou hors la vole, car elle est à quelque distance de la voie romaine de Reims à 
Soissons qui passe un peu au-dessus de Bazoches. H. Helleville (Dictionnaire 
historique de V Aisne) donne les deux étymologies : Villa sapientiœ. Villa in 
via. H. Prioux (Dictionnaire archéologique du canton de Braine) dit seule- 
ment : Villa in via. Resterait à connaître la vraie signification de Tappella- 
tion : Ville Savoir, Savir, du savoir. 

10 



- «2 - 

Bertrand de Uontigny-Lengrain (de Montangû une autre fois 
de Montiniaco, Suessionensis). 

Yernond de Saconin (Vernundm, aliàs ViromundiAS, aliàs 
Geronondus de Sacconiriy Sacmni , vel Santoni^ vel Saeconio, 
Suessionemis) , servant. 

Oddo de Nanteuil-sous-Muret (de Nantholio de subius Morello 
pour Mureio, Suessionensis). 

Adam dit Le Maréchal (Addam dictus Marescalcus , Suessith 
nensis). 

Bernard de Ploisy (de Ploysiaco, Suessionensis). 

Jean de Bézu (de Bezu vel Bessu Sancti-Germani , Suesm- 
nensis), servant. 

Etienne de Sancy (de Sancy vel Sanciaco, Suessionensis), 

Le Moyne de Cœuvres (de Queuvres, Suessionensis). 

En tout soixante - trois , dont trente - trois originaires du 
diocèse de Laon , et trente de celui de Soissons. Aucun des 
templiers accusés n'appartient ou ne paraît appartenir à la 
partie picarde qui , dans notre département , dépendait du 
diocèse de Noyon, partie qui cependant possédait, nous l'avons 
vu , deux templeries importantes , celles de Saint-Quentin et 
de Maurepas. 

n. 

Les premiers juges procédèrent avec promptitude et 
résolution. Tous les prisonniers furent interrogés sans retard, 
et la Chronique de Nangis nous apprend, avec une rare énergie 
d'expressions, les résultats de cette première enquête. Les 
uns volontairement, il est toujours des traîtres, les autres cé- 
dant aux sollicitations , certains par peur , plusieurs dans les 
tortures, presque tous, le Grand-Vaître, ses principauxofficiers, 
chevaliers comme servants , avouèrent les faits qu'ils avaient 
d'abord niés(l). Les copies officielles des interrogatoires et 

(1) Nonnulli sponte vel quœdam vel omnia lacrimabiliter sunt confessi : 
alii quœdam ut viUebatur , pœnitentiâ ducti , alii autem tormentis diversis 
questionnât!, seu comminatione perterriti, alii blandis tracti promissionibus 
et illecti , alii certâ carceris inediâ cruciati vel coacti , muUipliciter que 
compulsi... {Chronique de Nangis } 



— 423 — 

déclarations de 4307, oa n'existent pas, ou ne font pas partie 
de la publication du Ministère de l'Instruction publique ; mais 
Dupuy en a eu connaissance , car il eu donne des extraits où 
nous suivons la trace de ceux des accusés qui nous intéressent 
avant tout, c'est'à-dire ceux qui appartenaient à des familles 
de nos contrées. 

Ainsi Dupny nous donne un extrait des aveux faits en pré- 
sence c de deux notaires et scellés de deux sceaux, 4307, 
1 après la Saint-Denys > , par Raoul de Gizy, précepteur (il dit 

> prieur) de Heauvais et de Latigny. Voici lesquelques lignes 
1 publiées par Dupuy : c Ra4ulphe de Giseio^ reconnaît tout 
1 ce que dessus estre vray, de la dénégation de Nostre-Sei- 

> gneur Jésus , du baisement et de Tobligation de se mêler , 

> ce qu'il n'a toutefois vu pratiquer et a déclaré qu'il nesçait 

> si tes cordes dont les Frères sont ceints à leur réception 
1 ont touché aux ydoles. Cela fait, se mit à genoux , pleura 
» et demanda pardon, en présence de beaucoup de personnes 
1 tant ecclésiastiques que autres. Signé, etc. > 

Ponzard de Gizy, neveu de Raoul et pf écepteur de Payans , 
parait être un de ceux qui persistèrent, dès lors, à soutenir 
l'innocence de Tordre et qui furent, ainsi que nous l'apprend le 
chroniqueur de Nangis , soumis à la question. On lui lia les 
mains derrière le dos et on les lui serra avec une telle violence 
que le sang lui jaillissait par les ongles ; ii fut ensuite jeté 
dans un cul-de-basse-fosse où il avait à peine assez de place 
pour s'étendre. Plus heureux ou plus malheureux que ceux 
de ses frères qui succombèrent dès lors aux mains des bour- 
reaux. Ponzard de Gizy survécut et nous le verrons périr plus 
tard dans les flammes à Paris ; mais auparavant c'est lui qui 
nous dira ce qu'il souffrit de douleurs en 4307. Jean de Cour- 
melles fut aussi un de ceux qu'on livra aux bourreaux, et son 
corps conserva toujours des traces de son martyre. C'est lui 
aussi qui nous l'apprendra dans son premier interrogatoire. 

Le grand-inquisiteur de France , Guillaume , éyéque de 
Paris , dirigeait la procédure. En octobre et en novembre 
i307 , il interrogea lui-même cent-quarante templiers enfer- 



- 124- 

més dans la nuûson du Temple à Paris. La plupart de ceux 
que nous avons désignés plus haut comme appartenant aux 
deux diocèses de Soissons et Laon, étaient lâ. Il ne parait pas 
qu'ils aient été soumis à la question, car, au dire de Dupuy, 
ils déposent c sans contrainte. » 
Voici les articles sur lesquels portait l'interrogatoire : 
c i" C«mme ils reniolent Jésus-Christ et cracboient sur la 

> Croix trois fois ; 

> 2* Comme celuy qui recepvoitbaisoit le reçeu à la bouche, 
• au nombril et au bas de l'épine du dos, ano ; 

> 9» Qu'ayant voué chasteté pour les femmes, se pouvoient 
f mesler les uns avec les autres, sodomiticè ; 

9 Ao Que à chacun ils baillent une cordelette dont ils 
» avoient touché une teste d'ydole quMIs adorent en leurs cha- 

> pitres provinciaux, et cet article n'est seu que du Grand- 
» Maître et des anciens, i 

Adam Marescbal avoua tout. Pierre de Yillers affirma qu'on 
l'avait jeté en prison pendant sept jours et une nuit, parce 
qu'au moment de sa réception , il n'avait voulu ni renier 
Jésus-Christ, ni baiser in ore et in umbiculo, et qu'il vit rece- 
voir plusieurs frères avec ces formalités. 

Jean de Courmelles et Jean de Saint-Remy reconnurent 
tou^^et le baisement in umbiculo nudo. Jacques de Courmelles 
dit qu'à sa réception on fit sortir tout le monde, qu'on le fit 
renier et baiser partout. Jacques de Dois est aussi explicite. 
Jean de Valbelain reconnaît tout, ainsi que Raymond de La Fère 
qui nie cependant les baisers obscènes. 

Interrogé de nouveau, Raoul de Gizy confirme ses premiers 
aveux et s'explique sur l'idole, de capite^ c qu'il a veue en 
9 sept chapitres différens tenus par un des principaux dignû 
9 taires , Hugues de Peyraud ; qu'ils l'adorent quand on la 
» monstre , omnes prostrant se ad terram et, amotis cnpueiis , 
» adorant illud ; qu'il est de figure terrible quy semble un 
9 diable , dicendo gallice d'un Mauffe ; qu'il a reçeu plusieurs 
9 novices, mais n'a jamais voulu les baiser en un^lieu ord et 
9 sale. 9 



— 125 — 

Jean d'Anizy reconnaît tout , hors la sodomie , c a veu cette 
teste deux fois en chapitre où Ton ne voyoit pas clair ». Geoffroy 
de La Fère renia six fois et a baisé en la bouche. Jean de Mor- 
tefontaine ne parle que de la dénégation du Christ, Lambert 
Flameng avoue tout , ainsi que Droco ou Dreux de Vivières, 
Raoul des Saules, Pierre de Montigny. Nicolas de Compiègne 
I résista fort avant que de renier de bouche et l'on luy dit 
» que les autres le faisoient ainsi ; le reste idem. » 

Quant à Henri de Harcigny , il soutint t qu'il ne luy fut fait 
> ny rien dit que d'honneste. > 

Dupuy dit qu'il tira ces extraits d'une pièce appartenant au 
Trésor des Chartes. 

C'est par un des interrogatoires de Ponzard de Gizy lui-même 
en 1310 que nous savons qu'interrogé à son tour par Guillaume 
de Paris après ses tortures de Poitiers , il fit des aveux qu'il 
attribue à la crainte d'être encore appliqué à la question. 

Cependant la discorde s'était mise entre Philippe-le-Bel et 
le Saint-Père. Le premier pressait le jugement ; le Pape s'irri- 
tait de ce que le Roi voulait poursuivre seul et frapper une mi- 
lice qui relevait de l'Eglise. La Faculté de Paris s'était pro- 
noncée en faveur des droits du Souverain-Pontife. 11 se souleva 
d'ardentes discussions pendant lesquelles le procès se traîna 
en d'interminables lenteurs, de novembre 4307 au mois d'août 
4309. Enfin une transaction intervint aux dépens de l'ordre 
du Temple qui fut décidément sacrifié. Les templiers furent 
rerais par le Roi aux cardinaux mandataires de Clément V , 
conduits à Poitiers devant le Pape qui reçut leurs aveux , re- 
leva de la suspension par lui prononcée les évéques et arche-* 
véques de France auxquels il rendit le pouvoir de procéder, 
dans leurs diocèses respectifs, contre les accusés, et se réserva 
seulement le droit de décider du sort dés chefs de l'Ordre. Le 
Pape nomma en même temps des commissions pour informer 
contre les tenapliers en France, en Angleterre, en Ecosse, en 
Allemagne, en Bohême et en Pologne. 

Lu Commission française se composait de l'archevêque de 
Narbonne, Gilles d* Aiscelin , président» des évéques de Bayeux, 



- 1S6 — 

Mende et Limoges » des archidiacres de Rouen , Trente et 
Magnelonne , du prévôt de la cathédrale d'Aix, et du grand-in- 
quisiteur de France , Guillaume de Paris , qui élait aussi con- 
fesseur du Roi. 

Pour la première fois, cette commission se réunit à révèché 
de Paris, le 7 août 1309. Après la lecture des bulles du Pape 
qui instituaient le tribunal, il fut convenu qu'on enverrait dans 
chacun des archevêchés de France un commissaire qui citerait 
à comparaître TOrdre entier en ses membres de chaque pro- 
vince. Le commissaire envoyé dans la province de Reims se 
nommait Jacquemart de lisle. 

Aussitôt après le retour de ces commissaires et à la veille 
de la Saint-Laurent , c'est-à-dire le 10 août , *le procès fut 
commencé par rajournement que donna à haute voix un 
hérault, huissier, apparitor, au dedans et au dehors de la salle 
où le tribunal siégeait ; il sommait de comparaître tous ceux 
de l'ordre du Temple ou ne lui appartenant pas, qui vou- 
(draient le défendre ou témoigner contre lui, promettant que 
les juges entendraient avec bonté ce qui leur serait dit et 
feraient ce qu'ils avaient à faire , quia parait erant henignè 
audire et facere quod esset faciendum. 

Pendant plusieurs jours, ces sommations ne produisirent 
aucun effet. On ne vit comparaître personne. Le procès-verbal 
de chaque séance se termine invariablement par cette formule 
patiente : cùm nullus compararet eora meis, idem domini commis- 
sarii deliheraverunt inier se et decreverunt per eos esse de béni- 
gnatate ampliûs expeciandum. 

Enfin , un pauvre vieillard se présenta, disant qu'il avait 
autrefois fait partie de l'ordre du Temple , qu'il n'avait jamais 
rien su ni rien vu de mal. On lui demanda s'il voulait défendre 
l'Ordre ; il déraisonna, battit la campagne et on le congédia en 
le recommandant à l'évéque de Paris. La tragédie se faisait 
précéder par la petite pièce. 

Bientôt parurent plusieurs templiers dont les uns man- 
quèrent sans doute de présence d'esprit, balbutièrent et fina- 
lement déclarèrent que, simples soldats de l'Ordre, ils n'avaient 



— 1Î7 — 

pas mission de défendre la communauté; dont les autres 
déclarèrent ue vouloir être jugés que par le Pape. 

Le 26 novembre , le Grand-Maître , Jacques de Molai , com-^ 
parut. Sans revenir sur ses aveux de Poitiers » il s'étonnait 
que la Cour de Rome voulût tout d'un coup détruire un ordre 
qu'elle avait reconnu, quand elle avait suspendu pendant trente*- 
deux ans la sentence de déposition contre l'empereur Frédéric, 
il n'avait , disait-il , ni assez de science » ni assez d'expérience 
pour défendre l'Ordre. Cependant, quelque vil et indigne 
qu'il se sentit , èe vilem et miserum reputaret , il acceptait la 
mission de défendre l'association qui lui avait donné tant 
d'honneurs et d'avantages ; mais il ne la pouvait remplir con- 
venablement, prisonnier qu'il était du Pape et du Roi de France, 
et n'ayant à lui que quatre deniers à peine. Il demandait 
qu'on lui donnât un conseil et disait que son intention était 
de montrer la vérité, non-seulement par la déposition de ses 
Frères, mais à l'aide du témoignage des rois, princes, prélats, 
ducs , comtes et barons du monde entier ; mais pour'obtenir 
ces dépositions , il manquait absolument de tout , surtout de 
conseil, n'ayant qu'un seul Frère auprès de lui. 

A cela, les juges lui répondirent qu'il avait eu tout le temps 
de préparer sa défense et celle de l'Ordre. Ils lui rappelèrent 
ses aveux, ista quœ jam confessus fuerat contra se et contra ordp- 
nem predictum. Du reste , ils lui promettaient un nouveau 
délai, s'il en avait besoin ; mais ils l'averlissaient qu'en matière 
d'hérésie , il devait être procédé simplement , directement, 
sans avocat , sans éclat et sans bruit , absque advocatorum et 
judiciorum sirepitid et figura. 

Le Grand-Maître s'anima, pendant cette séance, au point de 
menacer et de dire que si les juges étaient autres que ce qu'ils 
étaient réellement , c'est-à-dire des membres du clergé , il 
leur parlerait autrement qu'il le faisait , ipse diceret illis aliud. 
Nous ne sommes pas là pour relever un gage de duel, vadium 
duelli, répondirent les commissaires qui congédièrent le Grand. 
Maître avec cette terrible parole: « L'Église Juge comme 
t hérétiques ceux qu'elle trouve hérétiques, et elle abandonne 
les obstinés au bras séculier. > 



— 428 — 

Immédiatement après le Grand-Maitre, on amena devant le 
tribunal et l'un après l'autre deux templiers appartenant à 
l'une des familles du Laonnois, tous deux 'aussi marquant 
parmi les fonctionnaires de l'Ordre, Raoul et Ponzard de Gizy , 
Radulpho et Ponzardus de Giziaco; paifois le procès -verbal dit 
aussi de Gizeio, ou plus simplement de Gizi, 

Frère Raoul de Gizy était , nous l'avons vu , maître des 
commanderies de Beauvais et de Latigny (Domus Templi de 
Latigniaco sicco), au diocèse de Meaux. 11 était de plus receveur 
du Trésor royal en la province de Champagne. Raoul de Gizy 
était un de ceux qui avaient fait les aveux les plus complets 
lors de la première enquête de 1307. Son attitude indique un 
homme effrayé. On lui demanda s'il voulait défendre l'Ordre. 
Il répondit qu'il n'entendait pas accepter cette mission ; qu'il 
n'avait rien à dire de plus que ce qu'il avait déjà déclaré dans 
sa précédente confession, et qu'il comparaissait devant la Cour 
parce que l'évéque de Paris l'avait engagé lui et ses Frères à 
se présenter devant les commissaires. S'il venait , c'était seu- 
lement pour voir et connaître ses juges. 

La déclaration de sou neveu , Ponzard de Gizy , comman- 
deur de Payans^i est bien autrement importante et dramatique. 
Plus hardi, plus énergique que le Grand-Maître , très résolu à 
subir les conséquences prévues de la détermination qu'il avait 
prise, Ponzard de Gizy revint avec la plus grande netteté sur 
ses aveux de 1307. Invité à déclarer s'il voulait défendre 
l'Ordre, il affirma sans hésiter que c'était sa formelle intention. 
Tous les forfaits imputés à l'Ordre sont faux , s'écria-t-il ; 
pour entrer dans le Temple , il ne faut ni renier Jésus-Christ, 
ni insulter sa Mère, ni cracher sur la Croix ; il n'est pas enjoint 
aux Frères d'avoir entre eux de coupables relations, et toutes 
les autres énormités qui leur sont imputées sont menson- 
gères. Tout ce qu'ils ont confessé devant Tévêque de Paris ou 
ailleurs» est faux. Ces prétendus aveux leur ont été arrachés 
par la violence ou la crainte du danger qu'ils couraient ; car 
ils étaient torturés par Florian deBiteri, prieur de Montfaucon, 
et par le dominicain Guillaume Robert , acharnés ennemis de 



— 129 - 

Tordre du Teraple. S'ils se sont accusés, c'est qu'ils ne savaient 
que trop ce qui se passait dans les prisons où on avait entassé 
les Templiers ; c'est qu'ils craignaient de partager le sort de 
trente-six de leurs Frères qui , à Paris, à Poitiers et ailleurs, 
avaient péri dans la gène (jainnam) et les plus affreux tour- 
ments. 

Ponzard de Gizy se déclarait prêt à défendre l'Ordre si on 
lui donnait de l'argent qu'on pourrait trouver en vendant 
quelques biens du Temple. Il demandait qu'on lui donnât pour 
conseils Renaud d'Orléans et Pierre de Boulogne , frères de 
l'Ordre^ prêtres et savants jurisconsultes, et il fit alors passer 
au tribunal une liste, écrite de sa main, de ceux qu'il appelait 
les ennemis du Temple. Elle a été consignée au procès-verbal, 
et tels en sont les termes : 

c Ces sont les treytours (traîtres) , Itquel ont prouposé 

> fauseté et déleauté contre este de la Relligion deu Temple : 
» Guillasmes Roberts, moyne, qui les mitoyet (envoyait) ù 
1 geine ; esquious (écuyer, chevalier) de Floirac deBilerris, 

> comprior de Montfaucon ; Bernardus Peteti, prieus de Maso 
» de Génois, etGeraues deBoyzol, cehalier (chevalier), veneus 
» à Gizors > 

Interrogé s'il avait subi la question, Ponzard de Gizy répon- 
dit amèrement qu'il avait été mis à la torture trois mois avant 
la confession qu'il avait fuite en présence de Tévêque de Paris; 
on lui avait lié les mains derrière le dos, et on avait serré les 
cordes avec une telle violence que le sang avait sauté de ses 
ongles; on l'avait ensuite jeté dans uu cachot où il avait ^ 
peine de quoi se tenir, per spatium unius longe. Il protesta que 
s'il était encore soumis à de pareilles souffrances, il nierait de 
nouveau tout ce qu'il venait d'affirmer , et qu'il avouerait tout 
ce que l'on voudrait, car pas une résolution humaine ne 
tiendrait devant un tel martyre. Plutôt que d'y être appliqué 
même pendant un temps très court, plutôt que d'être empri- 
sonné pendant deux ans et plus, et aussi rudement, il souffri- 
rait volontiers la mort par la décollation ; il préférerait même 
monter sur le bûcher , même être plongé dans uiie chaudière 
bouillante. 



— 430 — 

Le prévôt de Poitiers à'qui était confiée la garde des templiers 
prisonniers , remit alors aux juges une lettre qui avait été 
saisie sur Ponzard de Gizy. Elle avait été écrite par lui-même. 
Comparée aux énergiques dénégations qu*il venait de faire 
entendre , cette lettre n'est guère explicable au premier 
aspect, car elle contient, ou tout au moins parait contenir cer- 
tains aveux mal en rapports avec l'attitude qu'il venait de pren- 
dre. Elle pose très catégoriquement un certain nombre de 
chefs graves et d'une grande valeur aux yeux de la postérité , 
et sur lesquels Ponzard demandait qu'on interrogeât tous 
les frères du Temple. En n'affirmant pas la fausseté de ces 
faits, la lettre semblait laisser entendre que son auteur les 
tenait pour reconnus. Comme on demandait à Ponzard de 
Gizy dans quelle intention il avait écrit cette lettre, il répon*^ 
dit, ce qui manque de clarté , que , la liberté n'aimant pas 
les angles , quià veritas non quœrit angulos , il l'avait écrite 
dans l'espérance qu'elle serait portée au pape qui le mande- 
rait alors devant lui. Il ajoutait aussi qu'au moment où il 
récrivait, il se trouvait sous le coup d'une violente colère con- 
tre tout l'Ordre dont le trésorier l'avait ignominieusement 
insulté. 

Quoi qu'il en soit de la valeur de ces explications , nons 
voulons nous borner à reproduire le texte de cette lettre qoi 
charge si lourdement la mémoire des Templiers : 

c Ce sont les articles que vos ferés demander ans frères dea 
Temple , desquelles articl^ li dit frères n'ont point esté 
examinez. 

> Primers articles , défendus des maistres que li frères 
n'allassent à mains de prestres à offerende. 

>ltem, que li dit frère ne tenissent enfans à fons, par 
baptesme avoir. 

9 Item , frère ne couschasi subs toict où famé jeust ; et des 
articles dessubz dict li maistres voulissent mètre un poure 
frère en prison et i l'en oumettoient (oubliaient). 

9 Item , li frères qui fesoient frères et suers (sœurs) deu 
Temple, aux dites suers fesoient promestre obédience, chastée. 



— 131 — 

vivre sans propre (vœu de pauvreté), et li dîcts maistres leur 
promestoient faire loiauté corne à leurs suers. 

> Itenij quand les dictes suers estoient entrées,li dits maistres 
les dépouceloient, et austres suers qui estoient de bas âge, qui 
pensoient estre venues en la relligion pour leurs âmes sauver, 
il convenoitpar force que limaistre enfeissent leurs voulentez, 
et en avoient enffans les dictes suers, et li dit maistres de leur 
enflans fesoient frères de la relligion. 

> Item, li estât de la relligion estoit tex, que nus frère ne 
debuoit recepvoir aultre frère en la relligion , se il ne estoit 
sains de toutes ses membres , et non bastars , et se il n'estoit 
de bone vie et de bone conversacion. 

» Item , comunément estoient larrons gent ou qui aultre 
gens avoient mis à mort , se il avoient un pou d'argent , ils 
estoient frère. 

> Item , que li dit maistres des baillies qui demandoient 
congié aus comandours provinciaus de faire frère , tout ains' 
corne bons vend un cheval en marchi, ainsi estoit marché 
faict de celui qui y voloit venir en la relligion , et vous savet 
que tuit cil et celés qui entrent en la relligion par symonie. 
cil qui le recoient et cit qui i entre est escomuniez, et cit qui 
est escomuniez en tex cas ne puet estre absols que de par 
nostre père le pape. 

> Item, que li dit maistre faisoient jurer sur sains li frère 
que il ni venoit ne par don ne par promesse, et li dit maistre 
savoit vray que il le faisoit parjurer , et estoit li dit frère par*» 
jurs et escoimuniez, et ni povoit frère sauver sa vie. 

1 Item, li dit comandours de baillie, se uns petit frère lidisat 
aucunes choses qui li annulent, pourchasât par don au coman- 
dour provincial qui li paures frères alast oultremer pormorir, 
ou en estrange terre o il ne se conaisoit , et par duel et par 
poureté le convenoit morir , et si il lessoit la relligion et si il 
povoit estre pris, il estoit mis en prison. 

> Item , au dererain (dernier) chapistre qui so tenu par lu 
visitour , et fu à lau Chandelor feste Nostre-Dame, pourposa 
frère Renaus de la Folie contre frère Gérot de Yillers et par 



— 432 — 

nu aultre frère estoit perdue l'isle de Tortose , et par li forent 
mort ii frères ou prins (prisonniers) et encore sont, et le voloit 
prover par bones gans (gens), et fo por ce lidit frère Géraut se 
partir nu par devant et amena avec li ses amis , et pour le 
deffaut des bons chevaliers qu'il emmena furent pendus. » 

On le voit, cette pièce a un caractère incontestable de gra- 
vité. Elle contient l'aveu d'un certain nombre de faits qui 
établissent irréfutablement l'immoralité de l'Ordre, mais dans 
des actes qui n'étaient pas repris au procès : la vénalité des 
admissions , la répugnance h faire l'aumône , des actes enfin 
d'odieuse trahison ; mais il faut aussi faire remarquer que 
Ponzard est d'accord avec son interrogatoire, et que ni dans 
sa lettre, ni dans ses réponses verbales, il ne reconnaît les chefs 
^es plus graves de l'accusation : la sodomie , le reniement du 
Christ, l'insulte 'faite à la Croix et à la Vierge. 

Il ne parait pas, du reste , qu'on l'ait interrogé , ce jour là, 
sur les révélations de sa lettre , et les interrogatoires posté- 
rieurs ne font paç mention des faits y relatés. 

Comme Ponzard de Gizy , au moment de se retirer , témoi- 
gnait la crainte qu'on aggravât les rigueurs de sa détention 
pour le punir de s'être offert pour défendre l'Ordre, les juges 
le rassurèrent et donnèrent au prévôt de Poitiers l'ordre 
exprès de veiller à ce que rien ne fût changé dans les mesures 
prises jusque là vis à vis du prisonnier. 

Le 9 février 1310 , nous voyons comparaître plusieurs che- 
yaliers et servants des diocèses de Soissons et de I^aon. Les 
uns, Eudes de Nanteuil, servant, Jean de Noircourt, chevalier, 
déclarent vouloir défendre l'Ordre; Jean deNoircourtdu mieux 
qu'il pourra , modis quihus meliùs quant poterit , et il demande 
qu'on lui accorde la faveur d'approcher des sacrements. 
Thierry de Yalbelain déclare purement et simplement vouloir 
défendre l'Ordre. 

D'autres refusent , ou manquant de courage , ou forcés par 
leur conscience. Pierre de Hannapes dit qu'il ne veut défendre 
que sa propre personne. Yernond de Saconin , servant, répond 
qu'il ne sait rien que de bon à dire de l'Ordre , mais qu'il ne 



— las- 
sait ce que veuf dire ce mot: défendre, deffendere. Lambert 
de Courmelles dit qu'il ne saurait défendre TOrdre , parce qu'il 
n*est pas clerc , mais que , si on l'y forçait , il le ferait autant 
qu'il dépendrait de sa force et de sa science , prout posset et 
sciret. 

Le 9 mars, comparaissent Henri deCompiàgne ; Henri L'Abbé 
(li abës) ; Jean de Saint-Remi-Bianzy ; Théobald de Plomion ; 
Thomas de Martigny, prêtre ; Jean de Berzy ; Jean de Vierzy j 
Jean de Morfontaine, prêtre; Bertrand de Montigny ; Adam de 
Vierzy. Ils se portent défenseurs de l'Ordre. Adam de Vierzy, 
Jean de Morfontaine et Jean de Berzy , demandent la faveur 
d'approcher des sacrements et celle d'être délivrés de leurs 
fers. 

Trois jours plus tard, JeanLemainle fait la même déclaration 
et, plus courageux que certain de ses compatriotes , demande 
qu'on lui rende les habits de l'Ordre. Les évéques devant 
lesquels les Templiers s'étaient rétractés en 1307, les leur 
avaient fait enlever, on le verra plus tard. 

Jean de Gizy, prêtre, et Baudouin de Gizy, chevalier, frères 
de Raoul et oncles de Ponzard ; Réginald de Ploisy ; Barthé- 
lémy de Volenis ; Jean dit Malip , le Laonnois ; Droco de 
Vîvières ; Jean de Septmonts , prêtre ; Chrétien de Chambry ; 
Jean de Villers-Agron ; Jean de Valbelain ; Jacques de Cour- 
melles ; Lambert Flameng ; Jean de l'Oratoire ; Nicolas de 
Compiègne, interrogés le 17 mars, se portent aussi défenseurs 
du Temple , Nicolas de Compiègne même jusqu'à la mort, 
usque ad mortem. Devant la mort , combien le renieront tout à 
l'heure. 

Le 19 du même mois, Jean de Courmelles demande qu'on 
le remette en l'état où il était avant d'être arrêté et mis à la 
torture d'où il était sorti impotent ; alors, et avec l'aide de ses 
frères, il défendra l'Ordre de tout son pouvoir, pro posse ; mais 
Robert deMelles, Laudunensis, dit qu'il n'entend défendre 
que sa personne, et Jean de Celles prétend qu'il le défendrait 
volontiers s'il le pouvait. 

On ramène, ce jour-là, Ponzard de Gizy devant le tribunal* 



— 136 — 

Malva, Jean et Beaudoin de Gizy , Geoffroy de La Fère , Pierre 
de Dois, Renaad de Malaise, Gérard de Montchâlons , Albert 
de Macquîgny, Théobald de Plomion, Jean et Nicolas de Celles , 
Thomas de Martigny , Pouzard de Gizy , Raoul des Saules et 
Pierre d'Anizy , tous du diocèse de Laon. Il manque aux noms 
des templiers de ce diocèse , ceux de Raoul de Gizy, Jean de 
Noircourt, Henri L'Abbé, Bertrand deMonligny, Jean Lemainle 
Barthélémy de Volenis, Jehan Malip , Lambert Fiameng , Ro- 
bert de Melles, Geoffroy de Gères, Renaud de Balan, Henri de 
Antinchi, Jean d'Amblainville, Raimond de La Fère, Gérard dé 
Laon et Henri d'Harcîgny. 

Nous savons que Raoul de Gizy a formellement repoussé le 
dangereux honneur de se porter défenseur de l'Ordre ; il n'est 
donc plus compromis et n'avait plus à se joindre à ceux qui 
viennent de se donner des mandataires. Faut-il conclure de 
Tabsence de tous les noms dont nous venons de faire suivre 
le sien que les templiers du diocèse de Laon passés sous si- 
lence au procès-verbal , ont suivi son exemple et ont déji 
renié le Temple ? Ce serait ne pas trop s'exposer à conclure à 
faux, car bientôt nous allons voir brûler , avec Ponzard de 
Gizy , un de ceux dont les noms figurent au procès-verbal , 
Jean de Noircourt et peut-être Théobald de Plomion et Tho- 
mas de Martigny. 

Les templiers du diocèse de Soissons qui figurent dans l'as- 
semblée chargée d'élire les mandataires sont : Jean de Saint- 
Remy, Thierry et Jean de Valbellaîn, Lambert, Jacques et Jean 
deCourmelles ; Vernond de Saconin ; Oddo de Nampteuil-sous- 
Muret, Jean de Ville rs-Agron; Adam dict Mareschal ; Etienne, 
Raoul , Pierre et Nicolas de Compiègne ; Jean de Septmonts , 
Droco de Vivières ; Bernard de Ploizy ; Jean de Mortefontaine ; 
Robert de Montreuil-aux-Lions ; Gauthier de Ville -Savoie ; 
Bertrand de Montigny et Jean de Berzy. 

Manquentàlalistelesnoms de ces templiers appartenant à des 
familles du diocèse de Soissons ; Raimond de Saconin ; Henri 
de Compiègne, Adam de Vierzy, Jean de l'Oratoire, Guillaume 
de Roy^Eloi de Pavant, Jean de Bezu, Etienne de Sancy, Phi- 



— 437 — 

Itppe de Laversine et Lemoine de Cœuvres, qui probablement 
refusèrent, au dernier moment, de prendre parti pour le Temple. 
Le io mars , les juges, divisés en sous-commissions, se par- 
tagèrent le soin d*aller , pur les diverses prisons de Paris où 
l'on avait enfermé les prisonniers, recevoir les déclarations de 
ceux d'entre eux qui définitivement voulaient se porter forts 
pour rOrdre. * 

De tous ces cacbots il s'éleva un grand cri de protestatîotf. 
On se plaignait amèrement , énergiquement, de manquer de 
liberté pour préparer en commun la défense. Les templiers 
avaient un grand maître, des officiers, majores capitaneos,^\ec 
lesquels ils avaient besoin de conférer , sans lesquels ils ne 
pouvaient rien résoudre. Les récriminations étaient unanimes. 
Certains affirmaient qu'ils n'avaient pas besoin de mandataires 
et qu'ils voulaient défendre l'Ordre dans leur propre personne; 
d'autres disaient que la défense n'était ni libre ni possible , 
car le roi et le pape étaient les seuls ennemis du Temple , et 
pouvait-on se défendre contre de tels adversaires ? 

Quelques uns se répandaient en vives plaintes contre la façon 
dont on les traitait dans les prisons. 

c Cesomes en neire fosse oscure toustes les nuits. Nos vos 
fesons assavoir que les gages de xii deniers que nos avons 
ne nos seuffisent mie, car nos convient paier nos liz 111 de- 
niers par jor chascun liz, loage de cuisine , napes , tonales 
por tueler etaultres choses ii sols vi deniers la semange 
(semaine) ; par nos feryier et déferyier (férer et déférer) 
puisque nos somes devant les auditors ii sols ; por laver dras 
et robes chascun xv sols xviii deniers : • por busche et can- 
dèle chascun jor i denier ; por passer et repasser lesdit 
frère xvi deniers , de asile de Nostre-Dame de l'aultre part 
de l'iau. > 

En résumé , soixante-quinze Templiers seulement persis* 
tèrent à soutenir Tinuocence de l'Ordre et à le défendre. C'est 
parmi ceux -lu, un mois plus tard déclarés relaps que furent 
choisies les victimes de la terrible hécatombe du 13 mai 1310. 
Cinquante-quatre d'entre eux,suivant Michelet, cinquante-neuf, 

11 



- 4à8- 

selon Dnpuy, furent livrés au bras séculier et brûlés à la porte 
Saint-Antoine , et parmi eux se trouvaient Ponzard de Gizy, 
Thomas de Martigny et Théobald de Ploroion. Hais n'antici- 
pons pas sur les dates. 

Le 10 avril, amenés devant les commissaires , les soixante- 
quinze défenseurs de l'Ordre s'exprimèrent avec une coura- 
geuse résolution. Us avaient , disaient-ils, un chef, une tête; 
sans ce chef ils devraient et ne pourraient rien dire ni rien 
faire, cependant ils ont résolu de s'offrir pour défendre l'Ordre 
dans la mesure de leurs forces. Us ont dit déjà, ils répètent et 
ils afGrment que tous les faits accusateurs renfermés dans la 
bulle du pape et qu'on leur a lus sont deshonnétes, honteux au 
possible , irrésonnables , détestables et horribles, meuteurs, 
faux, archifaux, iniques et fabriqués, inventés par des témoins 
déloyaux et ennemis. La religion du Temple est innocente et 
pure de tous les faits qu'on articule contre elle. Ceux qui sou- 
tiendront le contraire parleront en infidèles et en hérétiques, 
ne veulent qu'hérésie contre le Christ et semer la plus détes- 
table zizanie. Ils le soutiendront de cœur^ de bouche et de 
tous leurs efforts ; mais pour ce faire il faut qu'on leur rende 
leur liberté et qu'on les délivre de leurs fers. Tous ceux des 
frères Templiers qui ont accusé l'œuvre sont des impostears 
aux mensonges desquels on ne peut ajouter foi, parce que la 
crainte de la mort et les horreurs de la torture les ont poussés i 
des paroles qui ne peuvent préjudicier à la religion du Temple, 
et qu'on a obtenues des uns par les tourments, des autres par 
des menaces, par des prières , par des promesses. Tout cela 
est connu, patent , notoire. Ils supplient Dieu qu'il leur fasse 
justice dans sa miséricorde , lui qui a permis qu'ils restent si 
longtemps et si durement sous l'oppression et comme ils sont 
bons et fidèles chrétiens , ils demandent qu'on les fasse jouir 
des sacrements de la sainte Ëglîse. 

Quelques jours plus tard, les défenseurs de l'Ordre faisaient 
remettre par plusieurs d'entre eux aux juges une protestation 
plus complète et plus énergique encore si c'est possible. Us 
abordent résolument la série des accusations odieuses qui 



j 



sont portées contre l'Ordre. Tous ceux qui y entrent doivent 
jurer quatre choses essentielles, suhsiantialia : pauvreté, obéis- 
sance, chasteté et dévouement à I*œuvre de la conquête et de 
la conservation de la Terre Sainte. 

On les reçoit avec un honnête baiser de paix et en leur don- 
nant un habit ou brille la croix qu'ils doivent jusqu'à la mort 
porter sur la poitrine, par respect pour le CruciRé et en mé- 
moire de sa passion. Tels sont les vœux des frères du Temple 
et ils sont observés religieusement par tout l'univers, depuis 
la création de l'œuvre jusqu'au moment où ils parlent, et tous 
ceux qui s'expriment autrement pèchent mortellement et men- 
tent à la vérité. 

Le Roi et le Pape, ajoutait la protestation , ont été indigne- 
ment trompés, et ce qu'il y a de plus regrettable pour les ac- 
cusés, c'est qu'étant aux mains de ceux qui ont abusé le Pape 
et le Roi, ils ne sont plus en lieu sûr, « et hoc ceriumsit nos et 
> ipso sinloco tuto non esse, t Et tous les jours on les avertit soit 
par lettres, soit par messagers, que s'ils ne se rétractent pas 
ils seront livrés aux flammes, c quià si non recesseruni prout 
c dicunt^ comburentur omninb, » 

Les malheureux ne savaient pas prophétiser pour la plupart 
d'entre eux un avenir si terrible et si prochain. 



ni. 



Les préliminaires du procès durèrent jusqu'au 10 avril 1310. 
Le lendemain, il, feille du Dimanche des Rameaux, l'audition 
des témoins commença. 

On vit d'abord se présenter quatre chevaliers qui portaient 
la barbe pleine et coupée à la mode de l'Ordre. Ils tenaient à 
la main leur manteau qu'ils jetèrent aux pieds des juges , en 
déclarant qu'ils ne voulaient plus porter le costume du Temple : 
c Dicentes se esse fraires dicti ordinis et hahenles harham ad mo» 
« dum Templaiiorum ; rrMntellos tamen portabant in manibus et eos 
• coram dictis dominis commissariis promitterunt , dicentes quàd 



— 140 — 

« de cetera noUbant eos pqrtarenechabitum Templi. > Les com- 
missaires, pris de dégoût à l'aspect de cette lâcheté inutile» 
leur dirent avec dédain qu'ils n'avaient pas à faire devant le 
tribunal de pareilles démonstrations et qu'une fois au dehors 
ils s'arrangeraient comme ils l'entendraient. 

Parmi d'autres ex-frères qui vinrent s'inscrire comme té- 
moins ù charge et qui déposent en liberté , mais qui s'abstin- 
rent de toute démonstration ou lâche, ou haineuse, figure 
Henri de Landesi, c Henricus de Landesi, Laudunensis, dicent 
1 9e esse Templarius , et hahehai harbam ad modum Templario- 
c rum ; maniellum tamen ordinis non portabat, t 

Puis apparaît le nom d'un autre habitant du Laonnois à qui 
sa participation , un peu surfaite , au procès des templiers a 
fait une réputation qui domine celle à laquelle il a droit comme 
écrivain et dans la personne duquel plusieurs historiens ont 
confondu deux hommesdilférents. On comprend que nous 
voulons parler de Raoul de Presles qui traduisit la Cité de Dieu 
de saint Augustin. 

Raoul de Presles n'était pas né dans le village des environs 
immédiats de Laon (i) qui porte ce nom et se distingue du 
Presles soissonnais par l'adjonction du mot VÉvêqm , appella- 
tion que cette localité puise dans le souvenir du domaine et 
du château qu'y possédaient jadis les évéques de Laon. Raoul 
était originaire de Presles , village bâti sur la rivière d'Aisne , 
appartenant au canton de Braine et qui, autrefois, fit avecCys, 
Saint-Mard et les Boves , partie de l'association communale 
dont il a tiré le surnom, Presles-/a-Commun^, qui le distingue 
de l'autre Presles du Laonnois. 

Raoul de Presles , premier du nom , n'était donc pas plus 
Laonnois qu'il n'était templier , ainsi que le dit dom Lelong 
écrivant : c Raoul de Presles eut le bonheur d'échapper a la 

condamnation prononcée coutre les templiers par le concile 



(i) « Raoul de Presles, château et village du Laonnois. > Dom Leloog« Hit^ 
toire du diocèse de Laon, page 313. — « Raoul de Presles né sous nos murs. » 
M. Vincbon. Bulletin de la société académique de Laon. Tome VI. Page ISI. 



— 1« - 

> dé Beauvais. % (1) Le procès-verbal de la séance du 11 avril 
13i0, pendant laquelle il fut appelé à déposer un des premiers 
contre les templiers , lui donne son véritable titre : « Radul- 

> phus de Praeslisjuris peritus, Laudunensisdiocesis, 1^ En com- 
mençant sa déposition, Raoul aussi se dit : • juris peritus, ad' 
» vocatus in curià Régis, testis juratus , > jurisconsulte , avocat 
aux conseils du roi, témoin assermenté. La Chronique de Saint- 
Denis lui donne le titre de premier avocat du roi. Il fut plus 
tard secrétaire de Philippe-le-6el qui le tint en singulière 
estime. Enguerrand lY, sire de Goucy, dont il fut secrétaire , 
avait en lui beaucoup de confiance, et les héritiers de ce sei- 
gneur le comblèrent de bienfaits. Nous n'avons point à faire la 
biographie de Raoul de Presles , mais à donner sa déposition 
qui, nous le répétons, n'a point l'importance que certains écri- 
vains lui ont prêtée, en en faisant la pierre fondamentale de l'ac- 
cusation contre l'ordre du Temple. Elle ne fut sans doute que 
la répétition de celle qu'il avait déjà faite dans l'enquête ou- 
verte à Laon en 1309 par l'évêque de cette ville assisté de deux 
chanoines du Chapitre de sa cathédrale , instruction dont fâ- 
cheusement rien n'est arrivé jusqu'à nous. 

Interrogé sur son âge et sur son domicile, Raoul de Preslés 
répondit qu'il avait environ quarante ans et qu'il habitait Pa- 
ris. Avant de se fixer dans cette ville, il avait, dit-il, habité Laon. 
Là il avait eu des relations suivies avec un templier nom mé 
Gervais de Beauvais qui lui avait fait quelques confidences sous 
le sceau du secret. C'est de ces faits que, sous la foi du serment, 
il déposait en ces termes que nous rapportons in extenso parce 
qu'ils ont été tronqués par Dupuy , par dom Lelong et par 
M. Devismes dans son Histoire de Laon, 

> Lorsque je demeurais à Laon, un templier, qui s'appelait 
frère Gervais de Beauvais, était recteur de la maison du Temple 
de Laonet avec lequel j'avais des relations iutimes , multùm 
familiaris, me dit et répéta très-souvent , Scepè et sœpiusy et en 
présence de plusieurs témoins , — c'était quatre , cinq ou six 

(1) Histoire du diocèse de Laon, loco eitato. 



— 14Î — 

ans avant Farrestation des templiers* — qae, dans leur Ordre, 
il y avait un point si étonnant et qai devait rester si secret que 
lui» GervaiSy aimerait mieux avoir la tête coupée que de révéler 
an pareil mystère, ipsum punctum^ surtoutsionvenait à savoir 
que la révélation émanait de lui. 

» Gervais ajoutait aussi qu'il y avait un point si secret dans le 
Chapitre général des templiers que si moi , Raoul de Presles » 
découvrais ce mystère, ceux qui présidaient au Chapitre use- 
raient de tout leur pouvoir pour me mettre à mort, fussè-je 
même le roi de France, quelles que fussent les punitions qu'ils 
devraient encourir , et décidés qu'ils étaient à ne se laisser 
arrêter par aucune autorité. 

» En me montrant un petit livre qui contenait les statuts de 
l'Ordre, frère Gervais me dit plusieurs lois qu'il y en avait no 
autre qu'on tenait caché et que lui , pour tout au monde , pro 
Mo mundOt ne voudrait pas montrer. 

c Gervais me pria d'user de mon crédit près des grands offi- 
ciers de l'Ordre pour qu'il pût être appelé au Chapitre général, 
et il me disait que s'il pouvait s'en procurer l'entrée , il ne 
mettait pas en doute sa nomination à la dignité de grand- 
mattre. Je pus l'aider à être admis au grand Chapitre et je le 
vis alors gagner en autorité ; les autres dignitaires avaient ponr 
lui beaucoup de considération, ainsi qu'il me l'avait prédit. > 

On posa à Raoul de Presles quelques questions sur les faits 
rapportés en l'acte d'accusation, c Je ne sais rien de plus, ré- 
pondit-il , si ce n'est sur les faits de violence et de coercition 
contre les frères désobéissants qu'on punissait de la prison. 
Plusieurs fois j'entendis soit Gervais de Beauvais^ soit d'autres 
frères parler des rigueurs d'un emprisonnement tel qu'on 
n'en connaissait nulle part ailleurs de si terrible. Tout ce que 
les hauts officiers de l'Ordre exigeaient devait recevoir exécu- 
tion sans délai. Ceux qui osaient leur résister étaient jetés dans 
les cachots où ils restaient jusqu'à la mort. > 

Interrogé sur les noms des personnes qui avaient pu, comme 
lui , entendre les révélations de frère Gervais , Raoul cita 
Jacques de Neuilly , Nicolas-Simon Demizelle, Adam de Cha- 



— 148 — 

landry» tous trois clercs et habitants de Laon. Les confidences 
de Gervais de Beauvais lui avaient été faites à Laon , soit dans 
la maison du Temple que Gervais dirigeait, soit en son propre 
logis à lui témoin. Raoul de Prestes répéta enfin qu'il ne savait 
rien de plus que ce dont il venait de déposer. 

On le voit, ce témoignage est fort incolore. Il ne roule guères 
que sur des conversations vagues, sans précision, où les faits 
manquent absolument. Il ne porte sur aucun des points rele- 
vés par Taccusation et ne dut exercer aucune influence sur 
rissue du procès. 

Nicolas-Simon Demizelle , prévôt du monastère de Fassac , 
lettré , litteratuSf cité dans la déposition de Raoul de Presles, 
vint confirmer le dire de celui-ci. Plusieurs fois il avait entendu 
Gervais de Beauvais parler d'un recueil de statuts si secrets , 
si terribles , qu'il ne voudrait le révéler à personne , tant il 
craignait les suites de son indiscrétion , disait-il comme en 
gémissant, quasi gemendo. C'était environ deux ans avant l'ar- 
restation des Templiers que frère Gervais lui avait ainsi parlé 
dans la maison du Temple qu'il régissait à Laon et en la pré- 
sence de Raoul de Presles et de Jacques de Neuilly, clercs et 
comme lui témoins. 

Nicolas - Simon Demizelle ajoutait qu'il avait commencé à 
prendre en doute l'ordre du Temple quand, après la mort de 
sa femme, c^est-à-dire quatre ans environ auparavant, il avait 
pensé un instant à faire profession. S'en étant, dans sa maison 
qui est voisine du Temple de Laon , ouvert à frère Gervais et 
lui ayant dit qu'il était à son aise , c habebat satiis de pecunid 

> et esset eis benè », Gervais s'écria : t Ha ! ha ! il i auraye trop 

> à faire ! > (Ces mots sont en français dans le procès-verbal.) 
Et de plus , un de ses oncles à lui Simon Demizelle , Jean dit 
du Temple , Janotus dictus de Templo , pikrce que tout jeune il 
avait été élevé dans une maison de l'Ordre, ayant été plusieurs 
fois sollicité de se faire templier , avait toujours reiusé avec 
obstination. 

Les témoins à charge appelés en dehors de l'Ordre sont 
très-peu nombreux. Aussitôt après Raoul de Presles et Nicolas- 



Simon Demizellc , — car Adam de Cbalandry et Jacques de 
Neuilly n'ont point été ci lés, — on voit commencer Tintermi- 
nable série de ceux que Taccusation rec uta parmi les tem- 
pliers qui avaient persisté dans leurs aveux et que les arche- 
vêques, chacun dans sa province, avaient réhabilités, tout en 
leur imposant l'obligation de quitter le costume de l'Ordre. 

Le premier des témoins qui mirent en jeu les hommes dont 
nous nous occupons plus spécialement parce qu'ils appar- 
tiennent à nos contrées , fut Giles d'Encry, servant , dont nous 
avons déjù parlé ù la fin de la nomenclature des templiers 
originaires du diocèse de Laon. Il était de la province de 
Reims et était sorti de la maison de Serenicourt de cette 
même province. 11 y était préposé à la garde des bestiaux et 
aux travaux des champs. Il avait subi la question dans les pre- 
miers temps de son arrestation , et il vint répéter les aveux 
qu'il avait faits à Tévéque de Paris. 

Il fut reçu dans la chapelle de Serenicourt par Jean de 
Celles , Laudunensis , prieur, prœceptor^ de cette maison. Les 
assistants étaient Gérard de Laon, Jean dit la Jambe, Henri le 
Bourguignon et Lambert de Ramecourt , quem dicit obiisse , 
qu'il dit être mort, sans nul doute des suites de la torture : 
nous verrons cette locution prudente se reproduire pour 
Ponzard de Gizy quand il aura péri sur le bûcher. A part Jean 
de Celles qui était chevalier, les trois autres étaient de simples 
servants. Toutes les portes de la chapelle fermées , Jean de 
Celles , la main étendue sur un missel , recommanda au réci- 
piendaire de vivre chastement et pauvrement , d'obéir à ses 
supérieurs^ et Giles d'Encry jura sur le livre saint Frère Jean 
do Celles lui demanda ensuite s'il croyait en Celui dont l'image 
et le souvenir étaient renfermés dans le livre ouvert et sur 
une des pages duquel apparaissait tracée en rouge li figure 
du Christ en croix ; comme Giles répondait que oui , Jean de 
Celles lui ordonna de cracher sur le livre. Stupéfait d'un pareil 
ordre « le témoin ne voulut pas cracher sur l'image , mais à 
c6té. 

Frère Jean de Celles lui disant qu'il pouvait coucher avec les 



— 14» - 

autres frères et les autres avec lui , le témoin affirma qu'il 
regarda cet ordre comme une preuve du manque de locaux 
suffisants , propter penuriam loconim , et il ne vit pas là une 
turpitude, turpitudinem; mais frère Jean commenta sa recom- 
mandation s! clairement que le témoin eût voulu être bien 
loin hors de la chapelle. 

A frère Jean de Celles qui lui commandait de renier Dieu , 
le témoin , s'il faut l'en croire , répondit qu'il ne le ferait pas 
quand on lui trancherait la tête. 11 dut embrasser Jean de 
Celles au nombril , mais par dessus ses vêtements, et il fut de 
même embrassé par lui, mais ni sur la bouche, ni autre part, 
in ano. 

Du reste , il n'avait pas aperçu l'idole , le Maphumet , le 
Maufe , ni le Chat , Catus , qui apparaissait dans les batailles 
d'outre-mer combattant pour les chevaliers du Temple , et il 
déclarait n'y pas croire. 

Jacques de Troyes , chevalier , sénéchal de la maison de 
Villers près Troyes, amené ensuite, déclara qu'il avait été reçu 
dans la. chapelle de la maison de Sancy par Raoul de Gizy^ 
receveur du Trésor royal en Champagne. Il s'était présenté 
accompagné de son père , de sa mère et d'amis nombreux 
mais on les avait tous consignés hors de la chapelle dont l'in- 
térieur était fort sombre. Raoul de Gizy était assisté de son 
neveu Pônzard de Gizy et de quelques servants. II fut com- 
mandé au témoin de renier tNostre Sire qui pependit in eruee.t 
Le récipiendaire hésitait; mais il eut peur d'être tué, parce 
que tous tenaient ù la mula une grande épée nue, evaginaiam, 
et il renia trois fois de bouche, non de cœur , ter ore , non 
corde , en disant : c Je renie nostre Sire. » La croix posée à 
terre, il dut la fouler aux pieds trois fois, trois fois la souiller 
de sou crachat. Cela fait, on lui fit revêtir un manteau de 
rOrdre sur lequel Raoul de Gizy , Ponzard et les assistants 
étaient assis,et on lui fit jurer le secret, de vivre chastement, 
de n'acquérir aucun bien, d'obéir jusqu'ù la mort, de ne 
jamais mettre les pieds dans une maison où une femme serait 
en couches , de ne pas servir de parrain. Il garda mal son 



— 146 — 

serment » r^outa-Ml ; car , pris d'amour pour une femme , il 

quitta rOrdre un an avant Tarrestation des templiers. 

Raoul de Gizy lui apprît ensuite qu'il fallait se priver de 
nourriture quand il aurait faim , veiller quand il voudrait 
dormir, ne rien distraire des biens du Temple pour enrichir 
sa famille, mais enrichir le Temple autant qu'il le pourrait. 
Alors Raoul se dépouilla de tous ses vêtements et ordonna au 
témoin de le baiser in ano, ce qu'il refusa de faire; mais il dat 
subir un baiser sur le derrière de l'épaule. Plus tard , il avait 
assisté à la réception de plusieurs autres frères par Raoul 
de Gizy toujours assisté de son neveu Ponzard , et le céré- 
monial avait été le même que pour lui. Interrogé sur ce 
qu'il savait de la peine de la prison et môme de la mort infligée 
à ceux qui manquaient à leur serment de garder le secret, le 
témoin répondit que les frères reçus n'os:)ieui même causer 
entre eux des mystères auxquel ils avaient assisté , tant ils 
redoutaient le châtiment terrible qu'ils encouraient. Sa mère, 
qui voulait faire entrer un autre de ses fils parmi les iem- 
plicrs , l'avait sollicité de lui dire ce qu'il fallait penser des 
mauvais bruits qui couraient sur eux , et il dut se taire , en 
conseillant toutefois à son frère de s'abstenir et de rester dans 
le monde. 

D'après ce témoin , il y avait à peine quinze ans que ces 
odieuses pratiques de renier le Christ , de cracher sur la 
croix, de la fouler aux pieds, de s'embrasser ra/ro, avaient été 
introduites par uu chevalier qui revenait d'outre-mer et avait 
vécu parmi les payens et les Sarrazins. Il ajoutait qu'il 
avait quitté l'Ordre plutôt à cause de ces abominations , 
c feditatem t , que par amour pour la femme dont il avait 
parlé déjà, et, suivant lui, le même dégoût avait déjà privé 
l'Ordre d'un grand nombre de chevaliers qui s'étaient retirés 
c propler feditates ». 

On le voit, les faits se précisent , et nous sommes loin de 
l'insignifiante déposition des deux juriconsultes laonnoîs. 

Après deux déclarations qui suivent celle de Jacques de 
Troyes, on lit sur le manuscrit du procès : c In istd pagina 
nicbil scriptum est. > 



— 147 — 

C'est une lacune en apparence inoffensive qu'il est bon 
d'expliquer pour bien en faire comprendre toute l'effrayante 
éloquence. 



IV. 



Nous sommes au 9 mai. Pendant que le tribunal ordinaire 
continuait à interroger les témoins, un tribunal extraordinaire 
se réunissait à Paris. C'était le Concile provincial présidé par 
Tarchevéque de Sens.Il appelait devant lui les soixante-quinze 
templiers qui avaient déclaré se porter défenseurs de leur 
ordre et avaient signé la courageuse protestation du 7 mars 
précédent. Dès le lendemain iO, quatre délégués nommés par 
ceux qu'on voulait ainsi enlever à la juridiction qu'ils avaient 
acceptée , se présentèrent devant les commissaires et deman- 
dèrent à se porter appelants de la sentence qui les traînait 
devant le Concile provincial. 

Evidemment , le Roi et ceux qui voulaient en finir avec les 
templiers trouvaient qu'ù Tévéché de Paris on n'allait point 
assez vite en besogne et qu'on y mettait trop d'indulgence. 
Les commissaires comprenaient bien où on en voulait 
venir ; ils n'eurent la force , ni peut-être la volonté de faire 
respecter leur autorité. L'archevêque de Narbonne , qui les 
présidait , répondit aux commissaires des templiers cités 
devant le Concile provincial que la Commission n'avait point à 
seméler de cette affaire, puisque ce n'était pas de ce qu'elle 
avait fait et statué qu'appel était formé ; tout ce qu'elle pou- 
vait faire pour les défenseurs de l'Ordre , c'était les écouter, 
et ils pouvaient tout dire. 

Se mettant alors sous la protection du Pape , eux et leurs 
frères, les mandataires demandèrent avec instances qu'on les 
conduisit devant le Concile pour former leur appel ou tout 
autre qu'ils formeraient sur Tavis d'avocats qu'ils sollicitaient, 
si le leur était mal formé. Ils priaient les commissaires de 
^eur donner deux de leurs notaires pour signifier cet appel, par- 



- 1« — 

ce qu'aucun autre notaire ne voudrait instrumenter pour eux. 

Ne sachant quel parti prendre , le président se retira sons 
prétexte d*aller dire sa messe , t diœns se velle celehrare vel 
dicere missam. > Un des assesseurs dit aux mandataires qu'on 
allait les reconduire en prison et que , le soir , on leur ferait 
dire ce qu'on aurait résolu quant à la protestation qu'ils 
venaient de formuler et de déposer par écrit. 

Le soir , on rappela les mandataires que quelques autres 
prisonniers appelés devant le Concile accompagnaient. On leur 
fit comprendre , par quelques explications assez peu claires, 
que la Commission ne pouvait rien contre les résolutions dn 
Concile provincial qui , comme elle et avant elle , tenait ses 
pouvoirs du Pape, c quod ipsi domini nuUam habebant potesta- 
tem in eum, ni contra eum; > que la Commission et le Concile 
avaient des devoirs séparés ; que celle-ci ne savait pas ce que 
faisait celui-lù, et que la Commission ne pouvait qu'ordonner 
l'insertion de l'appel au procès-verbal. Et les interrogatoires 
des témoins recommencèrent tranquillement. 

Dupuis dit cependant que les commissaires mandèrent an 
Concile d'avoir à leur laisser la connaissance du procès à faire 
à un des templiers mandé par l'archevêque de Sens ; mais le 
Concile répondit que ce procès était commencé depuis deux 
ans et qu'il avait des pouvoirs pour le continuer. 

Pendant qu'à l'évéché de Paris on décrétait la vaine forma- 
lité de l'insertion de l'appel au procès - verbal , les appelants 
étaient jugés par le Concile bien décidé à ne pas faire traîner 
le procès pendant deux ans. Guillaume de Nangis raconte en 
peu de mots leur sort : quelques-uns,très-peu, furent acquittés 
purement et simplement! simpUciter^; quelques autres furent 
condamnés à la pénitence après laquelle ils seraient remis en 
liberté. C'étaient ceux qui avaient fait des aveux. Plusieurs de 
ceux - là aussi furent condamnés à la prison temporaire. Un 
certain nombre devaient être enfermés jusqu'à leur mort dans 
une prison murée sur eux , c inclusione mûri perpétua circum' 
cigi >. Le reste , cinquante - quatre , dit le procès - verbal , 
cinquante - neuf selon Guillaume de Nangis , furent livrés 



— 149 — 

comme relaps au bras séculier et dégradés par Tévéque de 
Paris.Le Iendemain,îls montaient sur le bûcher où ils périrent 
en protestant de leur innocence. 

Dans cette grande hécatombe il est certain que Ponzard de 
Gizy fut compris. C'est lui qui avait montré le plus d'énergie. 
Nous l'avons vu revenir sur ses premiers aveux. Il fut l'une 
des premières victimes. H est une phrase du procès - verbal 
qui est significative dans ses précautions. Plus tard, quand les 
interrogatoires des témoins furent repris par la Commission 
qui siégeait à Tévêché de Paris , on voit souvent le grefûer 
écrire à propos d'un templier qui a disparu depuis le 10 mai 
et dont le témoin parle : c de cujus vitd vel morte non habebat 
certitudinem > , je ne sais s'il est mort ou vivant. Ce qu'il y a 
de certain pour nous , c'est que , quelques jours après le 
supplice des cinquante-neuf, un témoin prononce cette terrible 
phrase ù propos de Ponzard de Gizy , et nous ne le voyons 
plus repa'-aitre dans tout le cours du procès. Ce qu'il y a de 
certain , c'est que le même mot : t de cujus vitd vel morte non 
habebat certitudinem i, fut dit deux fois de Jean de Noircourt, 
d'abord dans une déposition du 8 janvier 1311 , ensuite dans 
une autre du il du même mois; or, si Jean de Noircourt, qui 
s'était porté défenseur de l'Ordre , n'a plus été vu par ses 
amis et ses frères , c'est qu'il a péri dans les flammes. 

Il est un certain nombre des templiers appartenant aux 
deux diocèses de Laon et de Soissons qui ne reparaissent plus 
au procès non plus : ainsi Thomas de Martigny, Théobald de 
Plomion, Pierre de Hannapes, Pierre L'Abbé, Jean Lemainle, 
Jean de Malip, Chrétien de Charabry, Robert de Molle, Jean de 
Celles, Geoffroy de Gères, Renaud de Balan, Albert de Macqui- 
gny, Pierre de Dois, Jean de Malva, Geoffroy de La Fère, Re- 
naud de Malaise, Gérard de Monlchâlons , Eudes de Nanteuil, 
Thierry de Nanteuil, Etienne et Pierre de Compiègne, Jean de 
Saint'Remy , Adam de Vierzy , Jean de Seplmonts , Jean de 
Villers , Jean de l'Oratoire , Gauthier de Ville-Savoie, Robert 
de Montrcuil-aux-Lions, Guillaume de Roy, Bertrand de Mon- 
tigny, Adam Le Mareschal. 



- 150 - 

Il ne semble pas possible d'admettre que ces noms nom- 
breux aient tous figuré sur la liste des suppliciés, bien que le 
greffier du paternel tribunal qui siégeait à Tévéché de Paris 
ne les ait plus appelés. Ainsi Raoul de Compiègne disparaît 
aussi , mais un témoin dit qu'il le croit encore vivant : 
c quera crédit vivere, > 

Parmi les templiers qui furent condamnés par le Concile de 
Sens à la prison perpétuelle, il faut compter Jean deMortefon- 
taine, chapelain, qui fut dégradé de tous les ordres mineurs et 
majeurs et condamné à la prison murée à perpétuité ; lui- 
même nous l'apprend dans la déposition qu'il fit comme té- 
moin, mais que les notaires ne consignèrent pas sur le procès- 
verbal, sans doute parce qu'il était condamné : c ad murum 
perpetuum sub certd forma. > (Procès des Templiers , tome II, 
page 3.) 

Jean de Gizy et Jean de Berzy , appelés devant le terrible 
Concile , s'étaient désistés sans doute de leur déclaration 
qu'ils se portaient forts pour l'Ordre , et avaient fait amende 
honorable , car il faut les compter au nombre si restreint de 
ceux qui trouvèrent grâce devant le Concile de Sens et furent 
réconciliés, c reconoiliatus. > 

Jean d'Ànizy est bien mort ; c defuncto, > dit de lui Simon 
de Cormicy ; mais la déposition de celui-ci estdu 9 février 1310 
et précède juste de trois mois la mort des cinquante-neuf dans 
les flammes , Ou Pierre d'Anizy est décédé dans les prisons, 
ou il aétébrftié après sentence du Concile de Reims, ce qu'il 
est impossible de décider en Tabsence de renseignements 
précis sur ce Concile dont l'existence ne sera révélée à Tbis- 
toire locale , nous le démontrerons , que par le procès-verbal 
du procès des templiers. 

Nous n'avons donc de certitude que sur le sort de RaonI de 
Gizy et de Jean de Noircourt. 

Mais à l'évéché la nouvelle était parvenue, dans l'après-midi 
du iO mai, que le Concile venait de condamner an feu la plu- 
part des malheureux qu'il avait appelés devant lui, c quod LIT 
« et Templariis qui coram eisiem dominis commissariis se obtU" 



— m - 

c lisse dicebantur ad defensionem dicti ordinis erant dicta die 
« comburendi. > On charg;ea gravement le prévôt de Poitiers 
qui avait la garde des prisonniers de se transporter devant le 
Concile, de le prier, de la part des commissaires, de vouloir 
bien délibérer mûrement et de voir si Ton ne pourrait pas dif- 
férer Texécution , parce que les frères qui étaient morts en 
prison avaient affirmé, avant leur décès et sur le salut de leurs 
âmes, que l'Ordre était innocent des crimes qu'on lui imputait. 
Le prévôt devait ajouter que, si l'on passait outre ù l'exécution, 
les commissaires seraient arrêtés court dans leur office , tant 
les témoins étaient tremblants et attérés, < erant adeb ex territi.* 
L'envoyé du tribunal d^^vait dire aussi au Concile qu'un appel 
était formé contre sa sentence, ce qui en arrêterait sans doute 
l'exécution. 

Il s'agissait bien d'appel, et tout était fini déjà. Les cinquante- 
neuf avaient vécu. 

L'interrogatoire continua à Tévéché , mais au milieu de la 
plus terrible émotion. Le premier témoin qui comparut, vieux 
chevalier depuis plus de vingt ans, qui probablement avait vu 
la mort de près et bien des fois sur les champs de bataille , 
était dans un état indicible d'exaltation. 11 se frappait la poi- 
trine à deux poings, c tondendo sibi pectus cum pugnis. > Il ten- 
dait les mains vers l'autel en fléchissant les genoux , comme 
pour donner plus d'expression à ses serments , c et elevando 
» manm suas ad altare , ad majorem assercionem , flectando 
» genuay > Pale et plein d'épouvante, f palidus et exterritus, » 
écrit le notaire-rédacteur dont la situation élève le sentiment 
et le style, qui trempe sa plume ù même dans la couleur ; pâle 
et plein d'épouvante, Aimeri de Vlllars-leDuc jure sur le salut 
de son âme , en appelant sur lui la mort subite s'il ment , en 
souhaitant que son âme soit, en présence des juges, emportée 
en enfer, que les crimes imputés à l'Ordre sont faux, que les 
témoins sont faux, que tout ce qu'ils disent est faux , comme 
tout ce qu'il a dit lui-même pendant la torture à laquelle il a 
été soumis. 

J'ai vu conduire , disait Aimeri de Villars , j'ai vu conduire 



— 458 — 

cinquante-quatre templiers au bûcher sur des charrettes : 

» asserens quod nipse iestis vidisset duci in quadrigiis LIY 

> fratres ad comburendum, i^ et j'ai su qu'on les avait brûlés, 
et si on me menaçait d'un pareil supplice , je ne suis pas sur 
de ne pas mentir i ma conscience par peur de la mort, de ne 
pas reconnaître comme fondés tous les reproches portés contre 
l'Ordre et même que j'ai assassiné le Christ, c et quod eliam in- 
ierfecisset Dominum. • 

Un autre témoin entendu précédemment accourut supplier 
la commission de garder le secret sur sa déposition, c propter 

> pericuUwm quod timebat. > 

En présence de cette terreur qui avait saisi tous les témoins, 
la commission crut devoir suspendre l'enquête et la renvoyer 
à une époque où le courage serait sans doute revenu à ces dé- 
tenus dont le désespoir glaçait la langue. On la voit faire quel- 
ques efforts pour sauver les quatre principaux défenseurs de 
rOrdre: Pierre de Boulogne, Ratmond de Pruin, Guillaume de 
Cliambonnet et Pierre de Sartiges, qu'elle appela devant elle. 
Les trois derniers comparurent seuls et se plaignirent qu'on 
les eût séparés de Pierre de Boulogne , c et nesciebant qud de 
catfsa.i Ils disaientqu'ilsnevouiaientrienfaire sans luietdeman- 
daient qu'on le remît en rapport avec eux. La commission qui, 
à si longue distance, nous parait agir avec une bonté dégéné- 
rant parfois en faiblesse, comme on l'a vu dans ses rapports 
avec le Concile de Sens , accéda à leur prière et voulut qu'on 
amenât Pierre de Boulogne. On ne devait plus le revoir, car il 
avait réussi à rompre ses fers et à fuir; qui sait si un bon sen- 
timent de commisération pour cet homme le plus compromis 
de tous par l'énergie etia science qu'il apportait au service de 
la défense du Temple, n'aida point à son évasion. 

La Commission se réunit encore le 18 mai ; mais elle avait 
perdu son président, l'archevêque deNarbonne, parti pour son 
diocèse, ainsi que l'évéque de Baycux. Faut-il croire que leur 
absence était due au mécontentement évidemment causé par 
Tincroyable mépris avec lequel le Concile de Sens avait violé 
tes droits de leur tribunal ? Un certain nombre de prisonniers 



— 15S — 

avaient fait prier les commissaires de les entendre ; ils étaient 
une quarantaine qn'on amena devant la Commission à laquelle 
ils déclarèrent que, s'étant présentés Tannée précédente pour 
défendre l'Ordre , ils venaient aujourd'hui se désister et ne 
se regardaient plus comme liés par leur engagement. La ter- 
reur opérait des conversions. Au milieu de leurs noms nous 
retrouvons ceux de Thomas de Marligny, prêtre, Laudunensis, 
de Jean de Bézu-Saint-Germain, Suessionensis^ de Jean de Cou- 
vrelle, id, de Raoul des Saules, Laudunensis , et de Nicolas de 
La Celle, id. Acte leur fut donné de leur déclaration. 

La Commission ne reprit ses séances que le 18 décembre 
suivant. Les auditions de témoins recommencèrent à la fois 
devant elle et devant le Grand-Inquisiteur assisté de Nicolas 
d'Ànizy, de Tordre des Frères prêcheurs. 

Mais, depuis le mois de mai qu'elle s'était séparée, les Con- 
ciles provinciaux avaient fait de plus prompte et plus radicale 
besogne. A Senlis , par exemple , neuf templiers avaient été 
brûlés, sans doute sur les décisions rendus par ce Concile de 
Reims dont nous avons déjà parlé une fois un peu plus haut 
et dont la tenue, en vue d'une mission spéciale à Tordre du 
Temple sera tout-à-Theure attestée et prouvée par les dépo- 
sitions de plusieurs templiers du Soissonnais , notamment par 
celle de Yernond de Saconin. Probablement quelques autres 
périrent aussi dans les flammes, à Reims, à Soissons, à Laon ; 
c'est ainsi et tout naturellement que s'expliquerait la dispa- 
rition des templiers des diocèses de Laon et de Soissons qui 
ne se montrent plus au procès, nous le savons, à partir du iO 
mai 1310. 

C'est dansFenquêtepoursuivieàPariSyàlafoisàTévêchéetdans 
les prisons du Temple, que nous retrouvons les noms des sur- 
vivants qui appartiennent à nos contrées. On les entend comme 
témoins et tous, libres ou détenus, déposent contre l'Ordre , 
sauf un seul , un laonnois, qui ne le croit pas coupable. Nous 
ne pouvons reproduire in extenso toutes ces longues et mono- 
tones dépositions , voulant nous contenter d'une analyse suc- 
cincte et substantielle, pour ne publier que celles ou les extraits 

12 



- 154 — 

de celles qui ont le plus de valeur par leur nouveauté et leur 
précision. 



Le 42 février 1311, comparut Jean de c Bessu > (Bézu)-Saint- 
Germain, Siiessionensis. Il ne porte plus le manteau de l'Ordre 
qu'il a déposé devant le terrible Concile de Sens. Il est rasé. 
Il a été réconcilié par le Grand-Inquisiteur^ Guillaume de Paris. 
C'est un jeune homme de trente-deux ans environ. Selon ce 
qu'il déclare c nonprece^ precepto , timoré vel amore , vel odio^ 
> vel commodo iemporali habita vel habendo^ sei pro veritate dt- 
cendd 9, quand il fut reçu et quand il demanda le pain et l'eau 
par trois fois, trois fois il lui fut répondu qu'il devait bien ré- 
fléchir avant de s'engager, parce qu'il lui faudrait abdiquer sa 
propre volonté et endurer b;cn de dures souffrances. II jura 
chasteté, obéissance , renonciation à toute richesse et résolu- 
tion de conserver les bonnes coutumes de l'Ordre. Alors on lui 
passa le manteAu et ceux qui le recevaient le baisèrent sur la 
bouche. Toute l'assistance se retira, sauf deux chevaliers qui 
Tentrainèrent derrière l'autal et lui commandèrent de renier 
le Christ dont ils lui présentaient l'image peinte sur un livre, 
et de cracher sur elle. Le récipiendaire ne voulait pas obéir ; 
mais on l'y contraignit en disant que c'était l'usage. Alors il 
renia de bouche et non de cœur, ore non corde^ et cracha à côté 
del'image, non supra sed juxià. Ce sont les expressions banales 
qu'on retrouve dans toutes les dépositions. Celui qui l'initiait 
l'embrassa ensuite sur ie ventre, supra vestes^ par-dessus ses 
vêtements, et rien d'illicite n'intervint ni en ce moment, ni de- 
puis , nec tunc^nec post. 11 jura aussi de ne jamais sortir de 
l'Ordre. Il y a de grandes préventions contre le Temple , con- 
tinua Jean de Bézu ; c'est vrai, mais il pense qu'elles tiennent 
surtout au mystère de ces réceptions ; car il ne croit pas aux 
relations coupables des chevaliers entre eux, c quodcamaliter 
eommiscerentur. > Il n'syoute aucune foi aux tètes d'idole , aux 



— 155 — 

cordes ayant touché i ces têtes et dont les chevaliers seraient 
tenus de se ceindre ; les templiers doivent bien porter tou- 
jours, même au lit , une chemise et des braies de lin, t ca« 
> misiaset braccas lineas,* arrêtées au corps par une cordelette; 
mais on se procurait cette espèce de ceinture où Ton voulait. 
Ce à quoi il croit, c'est à la sévère punition de ceux qui vio- 
laient le secret qu'ils avaient juré. On n'avait le droit , une 
fois entré dans la religion , de se confesser qu'aux prêtres 
qui en faisaient partie. 

Ce n'était pas là qu'on eût trouvé de sérieux éléments de 
conviction contre l'Ordre. La déposition de Jacques de Cour- 
melles » Suessionensis , n'est pas plus gravement accusatrice. 
Nous la reproduirons presque en entier, afin de ne plus revenir 
sur les détails des chaînes , en sgoutant que nous en rencon- 
trerons bientôt de plus explicites et de plus compromettantes. 

Jacques de Courmelles fut aussi entendu le 11 février 1311, 
11 porte encore la barbe et le manteau de l'Ordre. Il déclare 
être âgé de quarante-huit ans et persister dans la déposition 
qu'il a faite entre les mains du seigneur évêque de Paris par 
lequel il a été absout et réconcilié. Il y a onze ans environ , le 
jour de la Saint-Barthélémy , qu'il a été reçu dans la chapelle 
du Mont-de-Soissons , par frère Jehan de Sernay , prieur de 
cette templerie , en présence du frère Robert , curé de cette 
maison, de Geraud d'Argenteuil, chevalier, de Mathieu d'Arras, 
de Jehan de Cernay et de Rémi de Ploisy , maintenant tous 
morts (deffunctis ?) A trois reprises , il requit le pain et l'eau, 
Tassociation et le pauvre habit de l'Ordre. Quand il eut reçu le 
manteau, on lui fit jurer sur l'évangile d'être chaste , de vivre 
8ans biens, d'observer les règles présentes de l'Ordre et celles 
qui pourraient être imposées plus tard par ses chefs , d'obéir 
à ceux-ci , de faire les aumônes habituelles , de ne pas entrer 
dans un lieu dont un noble homme ou une noble dame auraient 
été injustement deshérités. Il lui fut ordonné de ne se cou- 
cher qu'avec une chemise et des chausses de toile serrées au 
corps par un cordon. Pour heures; il devait dire le Pater noster 
autant qu'il le pourrait, il devait défendre les biens de l'Ordre, 



— 15* - 

et quand il ne le pourrait , il en avertirait ses supérieurs. 11 
jeûnerait selon les us et coutumes de la règle et, s'il ignorait 
certaines observances, ses anciens les lui enseigneraient. 

Tous les assistants Tembrassèrent sur la bouche et se reti- 
rèrent , à Texception de Jean de Cernay qui , l'attirant par la 
main , le mena derrière l'autel et , lui montrant une croix de 
bois sur laquelle était clouée l'image du Christ , lui ordoma 
par trois fois , au nom de son serment d'obéissance , de renier 
celui qui était attaché à cette croix , et le témoin , lié par son 
serment, renia des lèvres et non du fond du cœur. Sur Tordre 
de cracher sur l'image du Sauveur y il cracha à côté et non 
dessus. 

Jean de Cernay lui commanda alors de se déshabiller» lui 
disant que , s'il l'aimait mieux , lui Jean se déshabillerait. Le 
récipiendaire aima mieux se dévêtir lui-même et ne garda que 
ses braies, c exceptis hraccis »; après quoi ,Jean de Cernay lai 
demanda s'il aimait mieux l'embrasser ou être embrassé entre 
le nombril et la poitrine. Jean de Courmelles , par respect 
sans doute pour son supérieur, préféra l'embrasser à l'endroit 
indiqué et dut s'engager par serment à ne révéler ces détails 
à qui que ce fût. Rien d'illicite ne se passa, d'ailleurs, lors de 
sa réception, ni depuis. 

Jean de Courmelles ne croit pas à la sodomie et à Tadora- 
tion des idoles. Il sait seulement qu'on punissait sévèrement 
ceux qui trahissaient le secret de l'initiation. Jamais il ne loi 
fut défendu de se confesser à un prêtre non appartenant à 
rOrdre ; c'est ainsi qu'il avait pour directeur frère Amould, 
gardien des frères mineurs de Soissons , qui lui donna l'abso- 
lution en lui imposant pour pénitence de porter un cilice sur 
la peau et de jeûner pendant un an tous les six jours au- pain 
et à l'eau , et c'était des détails de sa réception qu'il s'était 
accusé à son confesseur. D'autres templiers n'avaient pas été 
aussi scrupuleux que lui et ne s'étaient pas confiés à l'Eglise. 
Loin de défendre d*exercer l'aumône et l'hospitalité, c'était le 
contraire qui était vrai , et il était défendu de molester les 
voisins de l'Ordre et d'anticiper {injustement sur eux* 



— i57 — 

Jean de Vaubellain ?) Suessionensis , alla plus loin que les 
deun autres. Il déposa que , quand il fut reçu aussi au 
MoDt-de-Soissons par Nicolas de Saiut-Albain alors prieur de 
cette maison, en présence de Micbel de Balaynvillier, chevalier, 
et de Jean de Vaux, servant , on lui demanda, en lui montrant 
nne image du Seigneur, s'il croyait en Jésus-Christ. Comme il 
répondait que oui , Nicolas de Saint-Albain lui dit qu'il ne 
fallait pas croire en ce faux prophète , c quod fuerat falsus 

> propheta i, et qu'au contraire il fallait le renier. Au témoin 
répondant qu'il ne le ferait pas , que Jésus était mort et avait 
été crucifié pour les péchés des hommes , le prieur ordonna 
une seconde fois de renier, ce qu'il fit alors. 

On le fit mettre ensuite en chemises et en chausses, c camt- 

> sid et braccis i et il fut embrassé t propè anum i. Ici nous 
devons nous borner à reproduire le texte latin sans le traduire : 
c Postmodûm (receptor) dixit et qubd poterat fratribus ordinis 
» camaliter se commisceri , si volebat , et idipsum pati debebat, 
1 Hoc tamen non fedt et respondit qubd nunquam faceret ; nec 
9 sdt nec audivit dici , nec crédit qubdpredicia illicita fecerent 
1 vel servarentur in ordine. ^ 

Le témoin sgoutait qu'à cause de tout ce qui se disait de mal 
contre l'Ordre , il en était sorti , c aposthaverat >, environ 
quatre ans avant l'arrestation générale des Templiers et qu'il 
en avait quitté l'habit ; mais un peu avant l'arrestation, comme 
on lui disait que , malgré sa renonciation , il n'en était pas 
moins excommunié, il s'était rendu au Chapitre général tenu à 
Paris par le Grand-Maître , s'était reconcilié et avait repris 
l'habit qu'on lui avait rendu à condition de manger à terre sur 
son manteau pendant un an , pénitence qu'il accomplissait 
encore au Mont-de-Soissons, à la iéte de Saint-Remy, moment 
où tous les membres de TOrdre avaient été arrêtés. 

Le 18 février , les commissaires appelaient devant eux un 
des templiers de cette famille de Gizy dont le plus énergique 
avait été envoyé au bûcher par le Concile de Sens. Jean de 
Gizy , prêtre , Latidunensis , âgé de trente ans , reconcilié et 
absous par l'évéque de Paris , fonruit un interrogatoiie qni 



— 458 - 

nons restitua quelques détails de plus sur la cérémonie de 
l'introduction des néophytes dans TOrdre. Il fut reçu » avec 
plusieurs autres jeunes gens, dans la maison de Lanhiville au 
diocèse de Beauvais , par son parent Raoul de Gizy, receveur 
de Champagne. Les récipendiaires demandaient la faveur 
insigne du pain , de Teau et de Thabit de l'Ordre auquel ils 
s'offraient en serviteurs et en esclaves , c se velle esse servos et 

• esclaves dicîi ordinis. ^ Raoul leur répondit qu'il était encore 
temps pour eux de sortir de la chapelle ; qu'ils pouvaient 
réfléchir, car ils demandaient une chose bien sérieuse, c quia 
1 grandem rem petebant i; s'ils persistaient , ils devaient s'at- 
tendre à abdiquer leur propre volonté et à la soumettre à une 
volonté étrangère , i aller ici quand ils voudraient aller 
ailleurs , à jeûner quand ils désireraient manger , à veiller 
quand le sommeil viendrait les prendre , à supporter bien 
d'autres épreuves aussi dures et dllGciles. Après avoir répondu 
que rien de tout cela ne les effrayait , ils durent afiirmer par 
serment qu'ils n'avaient aucune infirmité cachée , n'étaient 
point frappés d'excommunication , n'avaient pas de dettes 
qu'ils ne pussent payer et n'étaient engagés ni dans un autre 
ordre, c alteri relligioni^ » ni dans les liens du mariage, enfin 
qu'ils n'étaient pas fils de serfs. 

Jean de Gizy explique de la sorte les accusations de relations 
honteuses des templiers entre eux : Raoul de Gizy leur dit 
que , s'ils se trouvaient dans un endroit où les lits feraient 
défaut , ils devaient recueillir leurs frères dans leur couche, 
et aucun d'eux ne vit un ordre deshonnéte et coupable dans 
cette prescription ; c sed non inlellexeruni aliquid malum vel 

• inhonestum in dicio precepto. i 

Jamais on ne lui défendit, à lui prêtre, de célébrer les saints 
mystères suivant les rites catholiques , c secundum formam 
1 ecclesie >. Tous les frères , comme lui-même, croyaient aux 
sacrements ecclésiastiques. Quant à l'absolution réservée aux 
seuls prêtres et que les dignitaires supérieurs qui tenaient 
les Chapitres généraux donnaient quoique laïcs, voilà en quoi 
elle consistait ; celui qui tenait le Chapitre prononçait ces 



- 159 — 

paroles sur les assistants : c Des péchés que vous ayez celés à 

> cause de la honte de la chair , je vous absous en vertu des 
1 pouvoirs que j'ai reçus de Dieu et du Pape , et que le frère 

> prêtre qui est ici vous donne l'absolution générale dans la 
^ forme adoptée par TÉglise. » 

Jean de Gizy dit encore qu'après la cérémonie de sa récep- 
tion y il demanda à son parent Raoul la raison de toutes ces 
formalités qui lui semblaient coupables, c quare fiebant illa 
I illicita 1, et Raoul répondit qu'il ne la connaissait pas, mais 
que c'était ainsi que les choses se passaient constamment selon 
la règle. Jean maudit ceux qui avaient introduit ces pra- 
tiques et Raoul dit seulement : C'est ainsi , c'est ainsi, c quod 
^ iia esset >, et le témoin , en effet , a retrouvé les formalités 
de la réception dans la règle qu'il a lu , mais qu'il ne peut dé- 
poser parce qu'il ne l'a plus. 

Aucun de ceux qui assistaient aux Chapitres de TOrdre ne 
pouvait révéler ce qui s'y disait et faisait ; toute indiscrétion 
était punie par la perte du manteau pendant un an , et durant 
tout ce temps, on était rigoureusement mis au pain et à l'eau. 

On ne défendait pas aux frères de se confesser aux prêtres 
n'appartenant pas à l'Ordre. C'est ainsi que Jean de Gizy, 
avant de célébrer sa première messe , s'était confessé de tout 
ce qui s'était passé à sa réception , c de prediciis erroribtis, > 
à frère Jean de l'Ordre des Mineurs qui lui donna l'absolution 
et pour pénitence lui imposa de dire trois messes , une de la 
Vierge, une du Saint-Esprit, une des Morts, de lire le psautier, 
de jeûner trois jours au pain et à l'eau , et de ne plus entrer 
dans un Heu où se passeraient de telles choses. Jean de Gizy 
n'avait pas obéi à ce dernier ordre, n'ayant pas osé faire autre- 
ment que les autres frères , et il ne s'en était plus confessé. 

Du reste , les Chapitres généraux se tenaient dans le plus 
grand secret, et le témoin, qui n'y a jamais assisté, ne sait ce 
qui s'y passait ; cependant son parent Raoul lui dit , un jour, 
qu'il ne s'y faisait rien que de convenable , c quod bene termi- 
» nabantur capitulœ eorum. i 

Sans entrer dans les détails des dépositions des Templiers 



— 160 — 

étrangers à nos contrées , on y trouve la preuve que Raoul de 
Gîzy fut , parmi les initiateurs , celui qui , bien qu'il en dise 
dans sa déposition, reçut peut-être le plus de néophytes, soit 
dans la Maison du Mont-de-Soissons, soit dans cel e de Lonhi- 
ville , soit ailleurs. Le nom de ce grand dignitaire du Temple 
apparaît à chaque instant dans les pages de l'enquête. 

Raoul des Saules , Laudunensis, entendu le 20 février , avait 
aussi été reçu par Raoul de Gizy. Rien de neuf que ceci ne 
résulte de la déposition de ce chevalier : lorsqu'on lui com- 
manda de renier le Christ , le témoin fut saisi de stupéfaction 
et d'horreur , et son initiateur lui fit entendre que ce n'était 
là qu'une pure formalité et qu'il pouvait renier de bouche, 
non de cœur : < dicenie quod hoc feceret saltemore, non corde, > 
ce qui l'engagea à obéir. Le témoin ne croit pas qu'on ait 
jamais adoré un chat , catum, (c'est l'emblème du diable, sui- 
vant la croyance générale du temps) ; ni que ceux des frères 
qui étaient prêtres se dispensassent des paroles du canon de 
la messe, ni que tout frère, même laïc, put absoudre un autre 
frère de ses péchés. Quanta lui, malgré les pratiques odieuses, 
c truffla, • de sa réception , il est resté bon chrétien, n'a rien 
perdu de sa foi , et se confessait et communiait trois fois 
par an. 

Nous allons établir maintenant par de nombreuses preuves 
ce que nous disions tout à l'heure de la tenue à Reims d'un 
Concile provincial où, sous la présidence de l'archevêque, les 
évéques suffragants jugèrent, condamnèrent ou acquittèrent, 
en les reconciliant, un certain nombre de templiers apparte- 
nant aux maisons de la province. Nous avons d'abord la 
déposition de Vernond de Saconin , servant, Suessionensis, 
qui , au début de son interrogatoire, déclare avoir été absout 
et reconcilié c par le Concile provincial tenu en cette ville. • 
Nous n'en savons ni la date, ni les détails ; nous espérions les 
trouver dans l'énorme Histoire de Reims par dom Marlot; 
mais nous les y avons vainement cherchés. Des templiers , 
Marlot ne s'occupe que pour mentionner la sentence papale qui 
détruisit leur ordre II ne sait rien de leur présence à Reims, 



— 161 — 

oii cependant ils eurent une maison , comme le prouve le 
témoignage de Thierry de Reims , templier entendu au procès 
et qui fut reçu dans cette ville, c qui fuit recepius Remis, i par 
frère Jean le Verjus et Richard de Reims vingt-huit ans plus 
tôt (4). 

Marlot no sait rien de leur richesse , rien de leur procès, 
rien du Concile dont témoigne si positivement Yernond de 
Saconin (2), quand il affirme que c'est dans ce Concile qu'il a 
avoué et déploré ses erreurs , qu'il a été absous et reconcilié : 
c absolutus et reconciliatus per dominum archiepiscopum remensem 
1 in concilia remensi per eaque intendit deponere coram dictis 
1 dominis commissariis , à depositione per eum factâ coram dicto 
1 domino archiepiscopo. i C'était alors Robert de Courtenay qui 
occupait le siège de Saint-Remy. 

La publication du procès des templiers a donc restitué à 
l'histoire ecclésiastique et politique de Reims et de sa province 
un fait important et à noter. 

Pour certain , l'évéque de Soissons siégeait à ce Concile, 
puisqu'en l'absence sans doute du président ; il reconcilia 
Guy de Belleville du diocèse de Meaux, c qui mantellum dimi- 
> serat in concilio Remensi cum quo inquisitum fuerat , absolutus 
1 et reconciliatus per dominum episcopum suessionensem. » 

Il faut admettre aussi que ce fut sur une sentence pronon- 
cée par le Concile de Reims que furent brûlés à Senlis dont 
l'église relève de la métropole de Reims , les sept templiers 
dont nous avons annoncé la fin tragique quelques pages plus 
haut. 

Yernond de Saconin , après avoir dit qu'il avait été reçu 
dans la chapelle du Mont-de-Soissons par Gérard de Villars, 
prieur de la baiilie de Brie , en présence de Jacques de Cour- 
melles et de Jehan de Margival , tous deux ses compatriotes ; 
après avoir déposé des détails que nous connaissons trop bien 
pour y revenir, s'explique sur les habitudes de sodomie d'une 



(1) Procès des Templiers, tome II, page 286. 

(2) Procès des Templiers, tome I, page 687. 



— 16Î — 

tout autre façon que son autre compatriote Jean de Gizy ; on 
va le voir , sa déposition est aussi précise que claire , et nous 
nous croyons obligé à la conserver en latin : c Dixit etiam 

• eidem tesU receptor predictus quod si moveretur calore animali 
% et naturali^ poterat carnaliter commisceri cum fratribus ordinis. 

> et ipsi cum eo, secundum puncta ordinis. Ipse tamen numguam 
9 fecii , nec de eo fuit requisihis i, et il ajoute qu'il croit bieo 
que ce péché ne s'accomplissait pas dans l'Ordre . 

Nicolas de Compiègne, Suessionensis, prieur de la maison de 
Bois-Destruez » au diocèse de Beauvais , vient confirmer ce 
que Yernond de Saconin nous a appris de Texistence da 
Concile de Reims où il a été aussi reconcilié par Tarchevéque 
Robert de Gourtenay , c per dominum archiepiscopum remensem 
^ in concilio remensi > . Reçu , il y avait à peu près onze ans , 
dans une templerie du diocèse de Troyes , par Raoul de Gizy 
assisté de son neveu Ponzard et de Jean de Verneuil , après 
toutes les formalités maintenant bien connues , le reniement 
et rinsulte au Crucifié , Raoul qui présidait lui dit: c Quôd si 

> haberet calorefn naturalem^ poterat se refrigerari et carnaliter 

> commisceri cum fratribus ordinis et ipsi cum eo. i Le ^témoin 
se hâte d'affirmer qu'il n'usa jamais de la permission et qu'au- 
cun de ses frères ne lui fit de propositions infâmes. 

La déposition de Lambert de Courmelles, Suessionensis ,faite 
le 3 mars 1311^ ne nous apprend rien de nouveau. Le 40 da 
même mois , on entend Baudouin de Gizy qui ne nous donne 
que les noms d'autres chevaliers du Temple dont nous n'avons 
point encore entendu parler, Thierry le Petit, Laudunensis^ et 
Pierre le Bergier, de Viromandiâ. Le 17 mars, Henri de Com- 
piègne y Suessionensis , aussi reconcilié au Concile de Reims, 
déclare : c Secundum quem etiam poterat carnaliter commisceri 

• cum fratribus et ipsi cum eo, > 

Pour la première fois, le 12 mai 1314 , nous entendons pro- 
noncer le nom de la maison de Puisieux, près Laon , où frère 
Pierre Normand , chevalier^ prieur du Laonnois, reçut un des 
plus vieux témoins , Jean de Noyon qui avait déjà près de 
cinquante ans au moment de son initiation. 



- 183 — 

Un peu plus tard , dans une série de nouveaux prisonniers 
c.usignés au Temple de Paris, nous rencontrons un nom que 
nous n'avons pas encore vu figurer sur nos listes : celui 
d'Egidius d'Espernant-sur-Aisne (Pernant , canton de Yic-sur* 
Aisne?) diocesis Suessionensis , vieillard de soixante ans qui fut 
reçu au Mont-de-Soissons par Raoul deMersin (Mercin, canton 
de Soissous), en présence de Beaudouin de Théry et de Jean 
le Verjus , et auquel on enjoignit : c quôd abslineret se omninb 
9 à mulieribuSf sed audacter commisceret se cum fratrihus suiSy 
1 et hoc pateretur abaliis fralribus. > JeanLeMoynedeKœuvres 
(Gœuvres), est aussi positif et explicite sur ce point délicat. 
Interrogé sur la tête , le Mauffe , qui apparaissait dans les 
Chapitres généraux, il répond qu'il ne sait rien de cette tête, 
car il n'a assisté à aucun Chapitre , et il ajoute que lui et l'un 
de ses amis , frère Heuri Flameng , Lêudunensis , ont résolu 
d'aller se prosterner aux pieds du pape pour lui demander 
l'absolution et la faveur d'entrer dans un autre ordre , 
c relligionem, > 

Adam Mareschal, interrogé au Temple par le grand-inquisi- 
teur Guillaume de Paris , assisté d« frère Nicolas d'Anizy , de 
l'Ordre des Frères Prêcheurs; Robert de Sarnay, prieur de 
Mortefontaine au diocèse de Soissons ; Jean d'Âmblainville, 
prieur de Puisieux près Laon ; Jean de Courmelles sont d^une 
précision qui n'admet pas la discussion sur les faits de sodo- 
mie : c Qmd recipiens precepit quod abstineret à mulieribm , et 
1 iret ad fratres suos ad habendam rem cum eis , si calor natu^ 
^ ralis mqveret eum. » 

Jean de St-Remy, SuessJonensis, à sa réception, a été baisé, 
< in fine dorsi i, et : c dixU recipiens quod si fratres sui ordinis 

> vellenl habcrc rem carnaliter cum eo , quod ipse admitteret eos 
» ad hoc , et quod ipse receptus bene poterat similiter rem habere 

> cum eiSy si vellet ; sed ipse mumquam fecit, ut ail. • 

Jean de Valbellain , Raimond de La Fère s'accordent sur ce 
point, l'un d'eux ajoutant même : t et eliam si indigeret, abu- 

> teretur fralribus quia non eral peccatum » , affirmait Nicolas 
de Saint-Alban , prieur du Mont-de-Soissons qui le recevait 
dans la chapelle de cette maison. 



— 164 — 

Au mois de novembre , on voit reparaître dans l'enquête le 
nom du trop fameux Raoul de Gizy , l'oncle de Ponzard. Il est 
âgé de cinquante ans et détenu au Temple ; c'est Nicolas 
d'Anizy , le mandataire du Grand-Inquisiteur , qui reçoit ses 
déclarations. Bien des fois, son nom a figuré dans ces cérémo- 
nies mystérieuses et obscures où FOrdre s'assure des recrues, 
et cependant il prétend qu'il n'en a reçu que dix ou douze à 
peine depuis qu'il a été fait chevalier. C'est en pleurant qu'il 
avoue qu'à sa propre réception , il a baisé son initiateur en 
trois endroits nus de son corps c videlicet infinespinœ dorsi, > 
au nombril et sur la bouche. Quant à lui , il jure qu'en rece- 
vant des frères , il n'a jamais voulu les baiser en des endroits 
vils et honteux 9 que cette pratique lui faisait horreur , c quos 
» noluit osculari in ullo vili loco , propter horrorem quam 
> habebat ex hoc , sed in omnibus aliis locis t. Quant au renie- 
ment, à l'acte de cracher sur la Croix, à l'ordre de se recher- 
cher charnellement, c qtwd sicalor naturalis moveret eum' 
» receptum^ ^ Raoul avoue tout. 

C'est lui qui va maintenant s'expliquer plus clairement et 
plus complètement que personne sur cette fameuse idole dont 
on a tant parlé et que personne n'a encore aperçue. Nous 
traduisons servilement le procès-verbal du notaire-rédacteur. 

Interrogé sur la Tête , de Capite , dont il venait d'être fait 
mention , Raoul de Gizy assure sur serment qu'il Ta vue 
dans sept Chapitres tenus par frère Hugues de Péraud et 
plusieurs autres dignitaires de l'Ordre. Interrogé comment on 
Tadorait, il répond, en prenant Dieu à témoin, que, quand on 
la montrait, tous se prosternaient à terre et l'adoraient, après 
avoir rejeté leurs capuchons sur leurs épaules. Interrogé 
quelle était sa figure ^ répond sur serment que sa face et son 
aspect sont si terribles qu'elle semble la figure du démon, 
lui-même t quod esset figura ejusdem âemonis • , en français 
d'un Maufe^ et quiconque la voyait était saisi d'une telle ter- 
reur qu'il ne pouvait la regarder qu'en frémissant et en trem- 
blant. Interrogé pourquoi on adorait cette tête, dit qu'on pou- 
vait bien Tadorer quand on avait déjà fait bien pis en reniant 



— 165 — 

Jésus-Christ; mais il affirme sur serment que, pour lui, il ne Ta 
jamais adorée de cœur. Interrogé s'il pouvait citer les noms 
de ceux qui adorèrent l'idole , il répond que oui » et il cite 
quelques noms. 

On entend ie même jour y Jean d'Anizy , prieur du Valois, 
qui n^est pas aussi explicite sur ce point capital. Il a vu au 
Chapitre général de Paris, Gérard de Villars , prieur du Mont- 
de-Soissons, porter la tête ; mais il n'a pu juger de ce qu'elle 
était vraiment , parce qu'il était trop éloigné et qu'en ce 
moment une obscurité presque complète régnait dans le 
Chapitre où il n'y avait d'allumé qu'un cierge de cire. Il ne 
sait donc pas ce qu'est cette tête ; mais ce qu'il peut affirmer, 
c'est que ce ne devait pas être quelque chose de bon : c dixit 
> tamen quod non crédit quod esset bonum quid. i 

Pour Jean de Harcigny, au milieu de tout ce qu'on lui a fait 
faire et promettre à sa réception par Jean de Celles , Gérard 
de Laon et Eloi Le Moyne, il n'a rien vu que de convenable e| 
ne sait rien de fâcheux sur l'Ordre. C'est une des rares dépo- 
sitions à décharge ; elle témoigne contre ceux qui affirment 
que les témoins se trouvaient tous sous le coup de la violence 
morale et d'une terreur invincible. 

Jean de Berzy et GeofiFroy de La Fère, deux jeunes gens, l'un 
de vingt-et-un ans et l'autre de trente, n'ont vu, dans l'injonc^ 
tion d'avoir des relations intimes , que l'obligation de mettre 
en commun les lits dans les circonstances où ils manquaient* 
Lambert Flameng , qui a soixante-dix ans , n'est point aussi 
naïf: c dicitquod inemissione voiicastitatis data fuit sibilicmtia 
1 cohabitandi carnaliter cum fratribm dicti ordinis, > 

Les dépositions de Jean de Mortefontaine , de Droco , ou 
Dreux de Yivières , de Bertrand de Montigny , de Nicolas de 
Compiègne , n'offrent plus d'intérêt. Ce sont des redites per- 
pétuelles dont l'histoire n^a rien à tirer. 



Telle est donc , par rapport aux hommes de nos contrées, la 
grande enquête qui dura de décembre 1309 jusqu'à la fin de 



— 166 -- 

mai i314 . Telle est la pari de renseignements que, témoins et 
condamnés , les templiers appartenant aux diocèses qui 
forment le département de TAisne, apportèrent au faisceau de 
preuves historiques que la publication placée sous la direction 
de l'écrivain Michelet a mises en relief , et nous avons dit 
comment ces documents ont profondément modifié les convic- 
tions et les conclusions de cet historien. 

On sait ce qu^il advint ensuite. Le Concile de Vienne se 
rassemble le d6 octobre 1311. On y discute Texistence ou la 
mort de Tordre du Temple , et c^est dans le sens de son extinc- 
tion qu'on se décide au mois de mai 1312. Le Pape proclame 
la destruction du Temple dont il se réserve d'attribuer les 
grands biens à un autre ordre , et c'est aux Hospitaliers de 
Saint-Jean-dc-Jérusalem que ces propriétés furent remises 
plus tard et en totalité. 

Il restait encore deux templiers sur le sort desquels la 
Commission de l'évéché de Paris et les Conciles n'avaient pas 
prononcé : le grand-mattre Mathieu de Molay , et Guy de 
Vienne, maître de Normandie. En 1313 si Ton en croit la Chro- 
nique de Saint-Denis , en 1312 suivant d'autres auteurs , ils 
furent brûlés vifs à Paris , comme relaps et pour être revenus 
sur leurs aveux. 

Ainsi finit tragiquement cet Ordre dont le souvenir , vivace 
et amplifié légendairement , s'est conservé et ne s'éteindra 
jamais dans nos contrées qui cependant savaient jusqu'ici si 
peu de choses de ces grands coupables si durement châtiés. 



Çà et là nous avons trouvé dans les pages du procès des 
indications sur les grandes dignités de nos contrées. 

Ainsi nous savons qu'il y avait une maîtrise du Laonnois 
dont fut titulaire, vers 1307, un chevalier nommé Thierry, 
c Tierrico magistro de Laudunensio. ^ 

Cette maîtrise se divisait en deux baîllives : i* celle de Laon, 
et celle du Vermandois. Pierre Normand fut, en ces temps-là, 
précepteur ou prieur de la baillive du Laonnois ; c preceptar 



— (67 — 

» bailliviœ Laudunemis >; et Eudes » Odo, prieur de la baillive 
du Yermandois , c preceptor bailliviœ Viromenduensis. > Ces 
baillies ou baillives se subdivisaient en commanderies , 
c domus >, ainsi celle de Puisieux, de Boncourt. 

Nous n'avons pas de renseignements aussi précis pour le 
Soissonnais dont nous ne connaissons pas les Maîtres , mais 
seulement les dignitaires inférieurs, comme plusieurs prieurs 
du Mont-de-Soissons. 



HUITIEME SEANCE. 

{2 Juin i 863.) 



Présidence de M. «ï. Slenv}) , Président. 

Ouvrages reçus : — Revue des Sociétés savantes des dépar- 
tements, 3« série, tome Ie^ — Mémoires lus à la Sorbonne 
(Archéologie), les 21 , 22 et 23 novembre 1861. — Revue de 
l'Art Chrétien. Livraisons de février, avril et mai 1863. — 
Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles, 
année 1862, 16® volume. — Séance extraordinaire de la Société 
des Antiquaires de Picardie, du 20 mai 1860. — Bulletin de 
la Société d'Agriculture, Industrie, Sciences et Arts du dépar- 
tement de la Lozère, janvier, mars et avril 1863. — Mémoires 
de la Société Académique, d'Archéologie, Sciences et Arts du 
département de l'Oise , tome V , première partie 1862. — 
Annuaire de la Société de l'Histoire de France, 1" partie, pre- 
mier procès- verbal, séance du Conseil d'administration tenue 
le 9 mars 1863. — Des Photographies représentant des Vues 



— 108 — 

de Prémontré et de Coucy, par M. Yinois, d'Ânizy. — Congrès 
archéologique de France , 30* session , à Âiby , le 38 mai et i 
Rodez, le 2 juin 4863. 

M. le Président donne connaissance d'une lettre de M. le 
Ministre de l'Instruction publique, au sujet de la réunion des 
Sociétés savantes au mois d'avril 4861. 

M, le Président donne lecture d'un Mémoire sur le monas- 
tère de Saint-Paul-aux-Bois, par M. Marville, membre corres- 
pondant. 

PosUion; dénomination; diviiion ; juridiction ancienne; dépen^ 
dances ; lieux-dits. — Le village de Saint-Paul-aux-Bois est 
situé entre Bichancourt, au Nord; Saint-Aubin et Bléran- 
court, au Sud ; Trosly-Loire, à l'Est ; Manicamp et Besmé» 
à l'Ouest. 

On pourrait croire que son nom de Saint-Paul n'est pas plus 
ancien que le Prieuré ; ce serait une erreur : Les actes de 
fondation de cet établissement attestent que le village se nom- 
mait déjà ainsi dès avant cette fondation. 

Le territoire de Saint-Paul comportait deux seigneuries prin- 
cipales : celle du monastère et celle du Plessier : Il sera plus 
loin question des seigneurs de l'un et de l'autre. Dans un 
temps éloigné, le Bac-Ârblincourt en faisait aussi partie. Saint- 
Paul suivait les coutumes de Senlis, ressortissait au bail- 
liage de Coucy et faisait partie du Doyenné de Blérancourt. 
Son église est placée sous le vocable de Saint-Laurent. 

Ses principales dépendances étaient autrefois : le Plessier, 
l'Abbaye, le Moulin, la Rue de Noyon et la Chapelle Elie qui 
n'existe plus ; les Fermes de Guinan , de l'Ermitage et de 
la Malotière qui ont eu le même sort. Il a perdu le Bac- 
Arblincourt , mais il a gagné le Petit Favette dont les maisons 
se sont déplacées et avec le temps transportées du terroir de 
Manicamp sur le sien. 



- 169 - 

Les lieuxdits dont le nom offre quelque chose de remar 
quable sont : la Vignette, le Gourtîllet ou Courtile Brûlé, (1 
la Grenouillère ou la Maladrerie, la Mothc, le Pié-Turpin,le 
Cantemènes, le Bois et le Pré-du-Roî, la Haute-Borne, le Bo 
cage, le Maupas, le Chemin Marui, Filaines, (2) les Osueste», 
l'Ermitage, la Mallottière, Guinan, etc. 

Description de la position de Saint-Paul. — 11 n'y a là ni ro- 
ches, ni montagnes, ni construction à l'aspect formidable on 
grandiose ; pas de foret impénétrable et profonde, pas de 
ravins aux déchirures qui fontmal avoir comme les plaies d'un 
être sensible, pas de torrent mugissant et rapide : tout, au con- 
traire y parait calme, simple et gracieux, avec des tons si 
doux que les yeux et l'esprit n'en sont pas moins vivement 
impressionnés. C'est un petit tableau qui fait plaisir à voir. 
Serait-ce la cause pour laquelle Saint-Paul fut appelé La Vi 
gnette-aux-BoiSf lors de la tourmente révolutionnaire ? (3) Toute 
personne qui le voit pour la première fois de Trosly ou de 
Saint-Âubin se prend de suite adiré : Que voit-on là ! comme 
c'est joli ! Le contraste que forment les ruines de Coucy n'est 
peut être pas étranger à cette bonne impression en faveur de 
Saint-Paul. Toutefois les gens du pays eux-mêmes se surpren- 
nent à contempler d'un œil rêveur le tableau qu'offre l'an- 
tique Abbaye et ses alentours. Le principal effet n'est causé 
cependant que par une église fort ancienne et construite en 
plusieurs fois, dont le badigeonnage intérieur rappelle ces 
vieilles coquettes qui se mettent maladroitement du rouge, pré- 
férant être ridicules lorsquelles pourraient paraître respecta- 
bles. Ce modeste monument, pour avoir subi la toilette qu'on 
lui reproche, n'en a pourtant pas moins droit à notre profond 

(1) Ancienne ferme de l'Abbaye. 

(2) Ce lieuiiit se trouve à la limite du diocèse deSoissonsprès Bichancourt. 

(3) Il est bon de dire que le penchant de la colline entre l'Abbaye et le vil- 
lage, jjorte le nom de La Vignette. Mais la physionomie des lieux aussi bien 
que leur dénomination a pu donner à S;ânt-Just (auteur présumé) l'idée de 
ce nom, La Vignctic-aux-Dois. 

•13 



— 170 — 

respect» comme étant le temple du Seigneur d'abord, ensuite 
comme ayant vu bien des générations passer et prier dans 
son sein, et en troisième lieu comme renfermant les restes d'un 
savant illustre (1). Ses bas-cotés sont doubles, leur voûte re- 
pose au milieu sur une rangée de piliers ronds sans corniche, 
qui contrastent par leur légèreté et leur pureté, avec ceux 
qui supportent la voûte de la nef. Lebas*coté de gauche sert, 
dit-on (nous ne Tavons pas vu, l'ordre étant cloîtré), aux 
Dames Bernardines habitant aujourd'hui le couvent. 

L'église et le monastère couronnent une colline au pied de 
laquelle s'étend , vers l'orient le village de Saint-Pâul ; 
une construction neuve s'élève gaiement au pied de l'église (2) ; 
une maison de culture, ancienne métairie de l'Abbaye, nommée 
pour cette raison la ferme de l'Abillef s'entrevoit en arrière. 
D'un côté, à droite, au milieu des pommiers et des peupliers , 
se voit un hameau, le Plessier ; de l'autre, autour de la chapelle 
St-Roch, quelques chaumières pittoresquement alignées sem- 
blent heureuses d'être abritées des vents froids par l'Abbaye. 
Tel est l'ensemble du paysage dont on essaye ici de donner 
quelque idée. 

Particularités. — Près du moulin, au sud-est du village, se 
trouve une source minérale qu'on nomme fontaine Saint-Laurent 
Cette source jaillit verticalement de dessous terre au milieu 
d'un bassin de deux mètres de diamètre. Elle donne une eau 
ferrugineuse, et dégage en assez grande quantité des gaz qui 
viennent se perdre à la surface. De tout temps elle jouit d'une 
réputation méritée contre les flux de ventre (3). 

On peut remarquer aussi sur le terroir de Saint-Paul, à sa li- 
mite vers Manicamp, au sommet d'une ondulation de terrain qui 

(1) Abel de Sainte-Marthe ; il en sera question plus bas. 

(2) C'est le Presbytère et l'habitation de l'instituteur. 

(3) On y vient pour toutes sortes de maux, L'avant-dernicr été, dès l'aube, 
00 y voyait un vieillard des environs plonger une heure durant sa main dévorée 
par un chancre. Mais l'eau de St-Laurent, bonne contre la diarhée, les ffastri- 

es ne devait pas se montrer bienfaisante envers le malheureux qui venait la 



— 471 — 

part de TAbbaye et se rend vers la rivière des Lètes , près 
d'un point où se voit le chiffre 46 sur la carte du dépôt de la 
guerre, des retranchements de plus de 650 mètres de pour- 
tour, sans compter un fossé intérieur de 150; total, plus de 
800 mètres de développement sur une superficie de 3 hecta- 
res 04 ares 34 centiares. 

Ce monumentintéressant, respectable témoin d'un âge éteint 
est presque entièrement situé dans un bois qu'on appelle 
aujourd'hui le Bois de Thermitage (2). Une petite ferme de 
ce nom existait il y a soixante-dix ans sur la partie cultivée . 
Une vaste foréty nommée le bois du Grand Cou rcis ou Conrsies, 
défrichée depuis peu, le bordait à l'orient Seraient-ce là les 
restes d'une de ces vastes fermes mérovingiennes dont on parle, 
mais dont on ne connaît pas encore la disposition ? Nous ne 
sommes pas éloigné de le croire. 

LÉGENDE. 

A. Supposant une villa royale ou une grande ferme ger- 
maine, enceinte principale, à en croire les parties de fossés 
qui dépassent le fossé intérieur D, à l'occident, parties plus 
larges que les autres d'un tiers. D'une contenance de i hec- 
tare 1 ares 31 centiares, cette enceinte est traversée dans le 
sens de sa longueur par le chemin de Saint-Paul au Bac- 
Arblincourt, qui la divise en deux parties presque égales, à 
moins que son développement à l'ouest, n^ait en son temps 
outrepassé la ligne indiquée en E, ce qui est possible : j'ai 
cru devoir me guider là sur une légère dépression du sol. 
La partie A', est en culture : la charrue a fait justice des fossés ; 
ils ont donc pu avoir une toute autre direction que celle in- 
salir des déjections d'un mal affreux. — En pareil cas, celui qui respecterait 
les autres, soi et en môme temps une onde à laquelle il attribue une vertu 
même surnaturelle, pourrait bien se munir de deux vases : un pour y puiser et 
un autre pour baigner ses infirmités. 

(2) Dieu que je connusse cet ouvrage, je dois à M. Garlet, curé de Mani- 
camp, rallention toute particulière qui m'a amené à le décrire. C'est unhom" 
mage que je me plais à rendre ici, i ce bon, patient, savant et aimé collègue . 



— 472 — 

• 

diquée. A part cela, tout le reste est couvert de bois et très 
bien conservé. 

B. Enceinte secondaire on basse coar. Elle couvre une sur- 
face de 2 hectares 03 ares 03 centiares, fossés compris. 

C. Fossés de cinq à sîk mètres de largeur au niveau du sol 
ou de huit à neuf de Taréte du talus extérieur au sommet du 
talus intérieur. Toutes les terres ont élé jetées en dedans. Ces 
fossés qui n'ont plus guère qu'un mètre de profondeur ont 
dû en avoir au moins deux. La terrasse C, formée par le rejet 
des terres a encore jusqu'à deux mètres d'élévation en G". 

D. Fossé de même dimension que ceux en C, mais dont les 
terres ont été jetées du côlé A, ce qui parait aussi indiquer 
qu'en A était l'enceinte principale. La terrasse des autres fossés 
empêche celui-ci de s^y joindre par les bouts. 

E. Dépression du terrain où semble se trouver le prolonge- 
ment du fossé de l'enceinte A — . Gomme on l'a vu, ce fossé a 
été comblé par les instruments de labour. 

F. Petit monolithe appelé la Haute-Borne. Il a un mètre 
d'élévation au-dessus du sol. 

G. Ligne où les fossés atteignent et longent les terres, et où 
la culture les a légèrement rongés. 

Nota. La contenance totale du terrain couvert parcetouvrage 
est de 3 hectares 4 ares 34 centiares. — Quoique dressé d'une 
façon peu sévère, le plan ci-dessus est assez exact pour qu'on 
ne trouve pas de différence sensible entre ses lignes et les 
fossés qu'il représente, si Ton tient compte que.tousles angles 
sont plus ou moins arrondis et que ceux qui sont le plus rap- 
prochées les uns des autres forment parfois des portions de 
cercles ou d'ellipses quelconques. 

Une forêt de Théâtre. — Malgré les anathêmes lancés contre 
quiconqne ne reconnaîtra pas Braisne pour le Brennacum (i) 

(1) Oubliant trop les égards qu'on se doit dans la république des lettres, 
M. P., Fî//a Z?rennacMm, pages. 9,16,21,2oetsuivantes, dit que des ig;toran/*, 
des fous, dei rêveurs absurdes seuls peuvent croire et dire le contraire de ce 
qu'il avance, et il paraît ignorer que, dès 583, le roi d'Austrasie était maître à 
Soissons par Reauching, et par son préfet Magnoald, en 588. 



- 173 — 

qu'il me soit permis d'avoir le courage de revendiquer ce que 
l'histoire peut accorder à mon pays de faits dignes d'attention. 
D'autres ont combattu et combattent contre ; je combats pour 
avec plusieurs savants connus et inconnus ; tant que la ques- 
tion ne sera pas décidée d'une manière absolue, nous sommes 
dans notre droit comme nos adversaires. 

Pour moi le Brennacum est Bretigny, î(i) où se voient les 
traces de l'un des plus vastes établissements mérovingiens de 
nos environs. 

L'historien du diocèse de Laon (2) nous apprend que de son 
temps plusieurs savants disaient que la bataille de 593, livrée 
par Frédegonde, en masquant son approche au moyen de 
branchages feuillus, avait en lieu sur le territoire de Trosly. 
— J'ai soutenu cette opinion devant le comité archéologique 
de Noyon (3). — S'il en fut ainsi, c'est du haut de la colline de 
Saint-Paul dont le monastère ne fut édifié que cinq siècle!; plus 
tard, c'est duhaut deSaint-PaulqueFrédegondevint se rendre 
compte du grand nombre d'ennemis qu'elle avait à combattre; 
c'est là qu'elle conçut l'idée du stratagème qui lui procura la 
victoire. Elle avait concentré son armée ù Bretigny d'où elle 
se mit en marche avant le jour ; et ce fut sur la colline de 
Saint-Paul que la sentinelle austrasienne signala la for^'t mou- 
vante que, pour leur malheur, ses camarades se refusèrent à 
reconnaître. 

La chronique de Saint-Denis, que j'abrège, décrit ainsi cet 
événement (4) : « Mes Frédegonde, qui tant sut de malice, 

(1) Voir dissertation à ce sujet dans ma notice sur Trosly-Loire. 

(2) Voir Nicolas Lclong. p. 60, à sa note. 

(3) Voir Bulletin de la Société pages. 104 et 202. 

^4) Le Gesta sur lequel paraissent avoir brodé Aimoin et cette chronique en 
diffère quelque peu dans quelques endroits importants. QuuM qve vidisset 
( Frédegundis) Qvon nimius esset exergitus austrâsiobuu conjuncti simul 
consisimn dédit francisqui cumea erant, diceens : denocte oonsurgamus,,,, 
Quum autem custodes hostium austrasiorum ramos sUvarum^ quasi in mon' 
tibust inagjiiine francorum cernèrent, et sinitum lintinnabuloi um audirent 
custodes, dixit vir ad socium suum nonne hesterna die in illo et tllo loco 
campistria erant? Quomodo siloas ceruitnus^. 



— 174 — 

mande tous les Barons du roiaume de son fils et Landry que 
li Rois Gontrans avoit fait tutor et memborde de son fils pour 
ce que il estoit encore eu enfance. Quand tult furent assem- 
blé eie les araisonna par tex paroles, l'enfant entre ses bras : 

Seignour ne tous espoentez par la multitude de vos 

ennemis, se vous combattez a eulx front à front : car je ai pour- 
pensé un barat par quoi vous aurez victoire et eulz honte et con- 
fusion. Je m'en irai devant et vous me suivrez et ferez ce que 

vous verrez queLandris fera Quandlanuitzfuvenue,Landris 

les mena en une forest qui deux n'estoit pas loing, si coupa 
un rainsel d'un arbre loncet foillu, au col de son cheval pendi 
un clarain autel com on atache au coulx de ces bettes qui vont 
en pâtures en boscages : a ses compaîgnons commanda que il 

feissent tuit aussi corne il faisoit Cil qui Tost de leur ane- 

mis dévoient escharguetier, virent ceulz venir einssi atournez, 
bien matin estoit encore, si que petit paroit encore de lécart 
du jour. Cils qui le gait conduisoit, demanda à l'un de ces com- 
paignons que ce pooit estre. > c Ersoir, disi-il, à la vesprée n*en 
paroit là oùjivoi celle forest, nulle riens, ne haies, ne buissons, 
ne broches, » Lors respondit uns de ses compaignons : encores 
routes-tu la viande que tu mangas her soir ; si n'es pas encore 
bien désenyvrez du vin que tu beust. Dont ne vois-tu que ce 
est uns bois où nous avons trouvé pâture à nuit à nos chevaus, 
dont n'otz-tu les clarains ? Taudis commes ceulz parloient entre 
eeulz en tel manière, cil getèrent les rainsiaux jus que il por- 
toient : et ce qui premiers resembloit bois à leur anemis, lor 

aparut bataille de chevaliers armés liolz de leur anemis 

estoient en tel point que tuit dormoient ou gisoient en leur 
lis .... et cil se férirent es herberges de plain esles, assez 

en occirent et prirent c Trente mille François, dit uo 

autre chroniqueur, restèrent sur le terrain dans cette affaire 
que les uns placent à Truec, d'autres à Droizy, d'autres à 
Trucy, d'autres à Trosly. Pourquoi ces derniers seraient-ils 
plus absurdes que les autres ? En tous cas, c'est avec une pro- 
fonde conviction que je me range à leur avis. 



— 175 — 

Fondation du Prieuré de SainUPaul'auX'Bois — Les auteurs 
du Gallia Christianane parlent point de la fondation du mos- 
nastère de Saint-Paul. Toute trace des actes de cette fondation 
paraissait perdue. Je suis heureux que, grâce à une indication 
d*un chercheur infatigable, mon savant, très honoré et aimé 
collègue près de la Société Picarde, M. Peigné, j'ai pu consulter 
à la Bibliothèque impériale un manuscrit assez étendu qui me 
mot à même de préciser la date et les circonstances de la 
création de cet établissement. Aussi bien, si Ton n'arait pas 
bi parler du monastère on aurait peu à dire de Tendroit. 

c Cinq chevaliers célèbres, > Berlège frère du châtelain de 
Noyon, Guy et Gaultier de Laon, Liter ou Lothier. du Laonnois, 
Thècon ou Thiezzon jeune chevalier du château de Goucy, 
avec Ebroîn, reclus de St-Médard, Martin, abbé de Saint-Denis 
près Mons et Âleran. neveu de saint Gerault, s*étaient attachés 
à ce saint et, en 1072-1079, l'avaient aidé à fonder Tabbaye 
de Sauve-Majeure près Bordeaux, qu'ilsplacèrent sous la règle 
de Saint-Benoit (1). Bientôt la grande réputation de cette 
abbaye lui valut plusieurs prieurés dans le diocèse de Sois- 
sons, celui qui fait l'objet de cette notice entre autres. 

En 1096, Huges, évéque de Soissons, etEnguerrand, évéque 
de Laon, abandonnant leurs droits, firent pour la fondation 
d'un monastère à Saint-Paul une charte de confirmation delà 
donation que peu auparavant Raymond, châtelain de Coucy, et 
Blinde, sa femme, a\ aient faite à Godefroy (de Laon), seigneur 
de Lappion(2), abbé de Sauve-Majeure, et cela du consentement 
d'Enguerrand I*'', sire de Coucy, seigneur dominant du village 
de Saint-Paul, c dans le but de ladite fondation. » 

La donation de Raymond comportait toute la forêt du Grand- 
Conscis ou Coursis ; le village de St-Paul ; le marché de Trosly ; 
la moitié des terres et bois duTilloy, ainsi que les abeilles et 
le miel qui s'y trouveraient ; la moitié du village de Lappion, 

(1} Nicolas Lelong, histoire du diocèse de Laon. Mémoire des antiquaires 
de Picardie, T. VIII, p. 479 et suivantes. 
(S) Dict. bist. de M. MeUeville. 



— 176 - 

le four, l'église et Tautel avec les dîmes grosses et menues, 
les offrandes et les oblations ; un champ situé au-dessus de 
l'cglise de St-Paul, uu au-dessous, dans la vallée,et une femme 
nommée Quezédit avec toute sa famille ; Tautel de Terny et 
de laNeufville avec toutes leursdépcndancesetleurgrossedîme, 
sauf celle du vin, toutes les terres cultivées ou incultes avec 
la ferme et toute justice ; leur franc-alleu situé au village de 
Mons-en-Laonnois avec les habitants,les vignes et les prés; tout 
le territoire de Vaucartille, avec tout le village et toute juridic- 
tion. 

Engucrrand l^^ lui-même, fit en même temps au nouvel 
établissement religieux Tabandon de toutes aubaines dans le 
village de Saint Paul, lui accorda le passage etguyonnage (i) 
dans toute l'étendue de sa seigneurie, et pour comble de fa- 
veur affranch't tous les habitants de Saint-Paul, venus et à 
venir. 

Envahissement des biens du couvent. — A peine le monas 
tère de Saint-Paul éiait-il fondé, que le comte de Boissons, 
Jean, que Ton soupçonnait de judaïsme, et dont Guibert de 
Nogent réfuta la doctrine, lui enleva l'autel de Terny ; mais 
cette affaire n'eut pas de suites sérieuses : le comte de Sois- 
sons ne put se maintenir dans son usurpation (^) : Pévéque 
de Soissons, Liziard rendit une sentence qui lui fit lâcher 
prise. (4115). 

Vabbé de Sauve-Majcure meurt à Saint'PauL — Godefroy 
DU Geoffroy, dit de Laon , abbé-général de Sauve-Majeure, 
faisant la visite des monastères de sa maison , mourut le i9 
janvier 1118, dans celui de Saint-Paul et y fut enterré. 

Godefroy avait été, paraît-ilj le promoteur de la fondation 



(1) Droit payé par les marchands pour la circulation de leurs marchandises 
Au moyeu de ce droit, les seigneurs garantissaient les marchands contre tout 
vol commis sur leurs terres. 

(2) Nicolas Lelong, —pièces justif, n" i. 



— 177 ^ 

de cette maison religieuse. C'est à lui, comme on Ta vu, que 
furent faits les premiers dons à ce sujet (i). 

Nouvelles donations. — En 1133, Tévéque de Soîssons, Gos- 
lein, souscrivit à la donation que Hugues de Solly, chevalier 
(miles) de Toglise de Saint-Paul, fit au monastère du moulin 
banal d'Oiry, d'une vigne sise en cet endroit, de la justice du 
lieu et de trois muids de vin sur les guëllistes, 

Goslein souscrivit dans le même temps à la donation que 
le châtelain de Goucy, Guy, fit aux moines de Saint-Paul de la 
moitié de la terre de Drelincourt avec la maison seigneuriale et 
toute justice à la réserve de trente sols, monnaie commune, 
dus à Garnier de Craonne. 

Puis il souscrivit aussi à la confirmation que le même châte- 
lain fit aux moines des dons de ses prédécesseurs et de ses 
vassaux, notamment en ce qui concernait l'abandon des mou- 
lins banaux de Presles et de Carbin (2). 

Nouvel envahissement ; — Donation, — Le jour du Noél J 134, 
Renaud, comte de Soissons, fils de Jean, fut contraint par 
révêque de Soissons de rendre au prieur de Saint-Paul l'autel 
lie Terny dont il s'était emparé à l'instar de son père. 

Pour apaiser les moines, la comtesse Mathilde, femme de 
Renaud, crut devoir en outre leur abandonner le guyonnage 
sur le terroir de Terny (3). 

Un seigneur de Saint-Paul conseiller du sire de Coucy, — En 
1 1 78, un seigneur de Saint-Paul, Guy, signe avec Simon d'Ami- 
gny et autres, une charte par laquelle Raoul, sire de Coucy, 
reconnaît à Prémontré la ferme de Rosière, le village de Coucy- 
la-Ville, elc (4). 

(1) V« N. Lelong, — pièc. justif. N» 1. 

(2) £a 1715, il n'existait plus de moulin à Carbin , car on sait d'une ma- 
nière positive qu'il y fut alors établi un tordoir. Carbin était une seigneurie 
dont les prieurs de Saint-Paul se qualifiaient Seigneur, — V. p. jusl. N» 4. 

C3) Le ms. de la Bib. imp. 

(4) Gén. de la maison de Goucy, par Ducbesne, p. 849 des notes. 



— 178 - 

Plus tard (en 1190) le même seigneur Gay, avec Weraie de 
Choisy, Simon de Poat-Saiot-Mard, et autres, signe une nou- 
Telle charte de Raoul en faveur de Saint-Vincent de Laon. Il 
s'agissait d'une rente de cent sous, monnaie commune, à pré- 
lever par les moines sur le vinage de La Fère. (1) 

Bulle de confirmation. — En 1 169, le pape Alexandre III con- 
firma toutes les donations faites jusque-là aux moines de Saint- 
Paul-aux-Bois. (2) 

Fondation de la Chapelle du Bac-Arblincourt^ dite la Chapelle^ 
en^yisle. — Le 10 avril 1190, du consentement de Raoul, sire 
de Goucy, A<iam et Raoul d'Arblincourt, pour l'entretien de 
deux moines dans cette chapelle qu'ils fondèrent, donnèrent 
à perpétuité 10 fr. de rente, à condition que si cette rente 
venait à faire défaut lei^ moines laboureraient le terrain néces- 
saire pour leur procurer ce revenu; Adam et Raoul d'Arblin- 
court concédèrent de plus en faveur de cette fondation vingt 
sous du guyonnage de Foliay vingt sous sur le cens d'Arblin- 
courty un muid de froment sur le moulin de ce village et un 

muid sur la dtme de F et un troisième sur le Courti de 

FocarsiîSy plus des vinages, etc. — (3) 

La Chapelle-en-l'Isle ne fut détruite que vers la fin du der- 
nier siècle. Elle était sous le vocable de saint Côme et saint 
Damien. 

Réédification de Lappion ; commune. — Le village de Lap- 
pion ayant été détruit parles guerres, son seigneur, Geoffroi» 
prieur de Saint-Paul, convint avec Jean de Roucy et Robert de 
Pierrepont de le relever (1 191), et cela aux conditions approu- 
vées par Sauve-Majeure : que Saint-Paul aurait l'église avec les 
décimes et oblations, le miel et la cire trouvés sur le terroir, 
plus la moitié des terres ; que le terrage, les cens, la justice 

(1) D. Toussaint-Duplessier. Pièc. just. p. 146. 

(t) V au ms. déjà cité — p. 23. 

(S) V. à la Bib. imp le ms cwdessas indiqué. 



— 179 — 

seraient partagés par tiers, de même que le terroir de Toulis ; 
que les seigneurs de Roucy et Pierrepont feraient hommage 
au prieurdeSaînt-Paulpour leur partie, et lui donneraient une 
livre de cire ; que les moines jouiraient de moitié du terrage 
de Macbecourt ; qu'on établirait un maire commun à Lappiou ; 
qu'enfin on suivrait dans ce village la justice, les privilèges et 
coutumes de Yervins, excepté pour le marché, qu'on fondait 
au même temps, qui devait suivre la coutume de Vigneux. 

Telle est l'origine du droit de commune à Lappion, et, comme 
on voit, ce droit lui fut accordé plus particulièrement par le 
prieur de Saint-Paul, seigneur suzerain. En retour, chaque 
manse de cette commune dut payer (au prieuré) un cens an- 
nuel de douze deniers, deux chapons et deux deniers pour le 
tonlieu (droit de place ou d'étalage au marché). 

C'est alors que la ferme de Macquigny fut annexée au ter- 
roir de la nouvelle commune, (i). 

Reliques de Saint-Loup, — Bertrand de Saint-Loup (ou 
Loubes), de la noble famille des chefs de ce nom, était prieur 
de Saint-Paul vers l'an 1230. Il y avait, semble-t-il , apporté 
quelques reliques de l'évêque de Troyes , Saint-Loup , de sa 
race. Mais nommé, en 1245, abbé de Sauve-Majeure , près 
Bordeaux, il s'enfuit de Saint-Paul emportant le bras de Saint- 
Loup et plusieurs autres reliques , ce qui ne fut sans doute 
pas sans nuire à la fortune de notre prieuré. (Gall. eh., T. II, 
p. 87i.Ed.de 1720.) 

Le seigneur Jean d'Arblincourt, — Au mois d'octobre 1235 , 
le sire de Coucy , Enguerrand III , concéda des chartes de 
commune aux habitants de Juvigny, Selens et Saint-Aubin , 
auxquelles chartes furent appelés à signer les SS. Jean d'Er- 
blancourt (d'Arblincourt) , châtelain de Mons , Eiistache de 
Miaute (Méaute, sur Trosly), Jean de Prisées et Pierre Judas. (2) 

(1) N«. Lelong,M. Melleville. Pièc. just. N» 2. 

(3) Je me propose de commuaiquer incessam neat ces pièces à la Société 
académique de Laon. 



— 180 — 

Ce fait trouve ici sa place pour une double raison, attendu 
que des vieux documents consultés au sujet de cette notice, 
il parait résulter que le hameau ou la seigneurie du Bac Ar- 
blincourt faisait partie du terroir de Bichancourt pour ce qui 
était du Bac ou de la partie située au nord de la rivière des 
Lètes, et du terroir de Saint-Pau l-aux Bois en ce qui concer- 
nait Arblincourt ou les habitations autrefois situées à gauche 
de cette rivière autour de la chapelle Elle. Il serait d'ailleurs 
sans doute difficile de décider cette question, de la juger sans 
appel. Toutefois le manuscrit déposé à la Bibliothèque impé- 
riale place d'une manière absolue le hameau du Bac Arblin- 
court sur le terroir de Saint-Paul. (1) 

Procès entre Saint-Paul et Arhlincourt. — Deux siècles 
n'étaient pas écoulés que les héritiers des châtelains de Coucy 
plaidaient avec les moines pour quelques maigres droits dans 
la vaste forêt du Grand Conscis et de Cerpoix, si généreusement 
abandonnée parleurs aïeux. 

Au mois d'octobre 1265, Jean de Thourotte, officiai de Sois- 
sons, rendit entre les parties unjugementquel'abbé de Sauve- 
Msgeur notifia. 

On peut voir aux pièces justificatives n» 3 ce document re- 
marquable à plus d'un titre : quelques-unes de ses conclusions 
servent encore aujourd'hui aux habitants du Bac Arblincourt. 

Une affaire scandaleuse. — « 11 y eut cette année là (1340) une 
affaire grave que nous croyons devoir raconter comme un 
exemple de la manière dont s'exerçait alors la justice. 

c Soupçonnant un certain Gauthier de chercher à suborner 
sa femme sous prétexte d'exercer son métier de parmentîer. • 
Le chevalier Jean, seigneur de Saint-Paul, t lui défendit l'entrée 
de sa maison. Mais Gauthier ne tint aucun compte de cette 
défense, et y étaot entré pendant une nuit, Jean de Saint-Paul, 
le surprit dans la chambre de sa femme et le tua d'un coup 
d epée. Condamné pour ce meurtre au bannissement du 

(1) V* le manuscrit 3 oi-dessus mentionné. 



— 181 - 

royaume, Jean de Saint-Paul, après avoir erré pendant six ans, 
demanda sa grâce au roi, corne ayant soffertpaiiamcnt le dit ban 
à très grant povreté et misère, et il l'obtint en 1346. > (1) 

Charte de commune, — Le 13 décembre i-lil , le duc 
Charles d'Orléans octroya aux habitants de Saint-Paul une charte 
de commune à la charge par le prieur Guiraume de Chabis 
de faire affranchir par son patron les serfs de son église de 
St-Paul, le tout moyennant un cens annuel de cent sols que 
le Prieur devait lui payer. Cet acte paraît singulier, attendu 
qu'on a vu plus haut qu'en consentant au don de Saint-Paul 
en faveur des moine :> de Sauve-Majeur, en 1096, Enguerrand I«' 
en avait affranchi les habitants. (2) 

De l'acte de 1441 il existe un parchemin, une copie vidumée 
ou collationnée par Jacques Pcavet et Jean de Gèvres, notaires 
royaux demeurant à Trosly, le 20 janvier 1508. 

Cliarte de VEvêque de Soissons Symphorien, — Les religieuses 
de Notre-Dame de Soissons se plaignant que la fête de la 
Dédicace, de leur église, tombât le 4 juin, parfois le même 
jour que la Pentecôte ou la Trinité, Tévêque Symphorien, 
par une Charte donnée en son prieuré de Saint-Paul-aux« 
Bois, le i'^^ avril 1531, transféra la Dédicace au troisième di- 
manche après Pâques. (V. Pièces just. n" 5.) 

Hommage pour le fiefd'Arblincourt, — Le 8 mai 1533, Jehan 
de Hangest, évêquede NoyoQ,fait aveu de foi et hommage à 
François I^^ pour ses fiefs, terres et seigneuries de Genlis , 
Abbécourt, BichancourtetErblincourt(lizez : Arblincourt). (3) 

Création de foires et marchés. — En 1566, le roi Charles IX 
donna en faveur de Saint-Paul des lettres patentes portant 
création de trois foires et d'un marché hebdomadaire. Les 
foires devaient avoir lieu : La l^e, le jour de la fête de 

(\) Extrait du Dictionnaire historique Je M. Sleîîcville. 

(2)V. le manuscrit indiqué. 

,3) Mémoire de la Société des Antiquaires de Picardie, toirjo XVI p. 420. 



~ 182 -' 

Stiint-Micbe 1 , la 3<, le jour de la fête de Saint-Paul, la 3' le 
jour de la fête de Saint-Pierre ; et les marchés, le samedi de 
chaque semaine (1). Ces marchés ne paraissent pas avoir été 
bien prospères : c'est à peiae sUl en est question un siècle 
après leur établissement. 

Miscellanées — 1652, le 13 juillet les Espagnols sous les 
ordres du prince de Ligue et du comte de Fuensaldagnes (^) 
vinrent assiéger Ghauny dont ils s'emparèrent le mercredi sui- 
vant. Un détachement nombreux de ces ennemis vint le di- 
manche 14 s'emparer des châteaux de Blérancourt et Camelin 
qu'ils s'accagèrent. Ces pillards furent forcés de respecter 
Saint-Aubin dont le château était protégé par une bonne gar- 
nison , le régiment de Plessis-PrasUn et un détachement des 
Cent-Gentilshommes de la garde du Roi. Bientôt chassés de 
Chauny par M. de La Ferté, les Espagnols se retirèrent à 
Coucy qu'ils évacuèrent presque aussitôt, n'étant pas maître 
du château. (3) 

Quand ^ à quelle occasion, comment le Prieuré de Saint-Paul 
passa-t-il de Vabbaye de Sauve-Majeur aux Oratoricns, — (4) 
c jo Quand ? la première pièce concernant Tunion du prieuréde 
Saint-Paul à l'institution de l'Oratoire de Paris est du 4 avril 
1652 , et la maison de Paris entre en possession du prieuré le 

(i) V. Bibl. Imp. MS. précité, 2« liasse. 

(3) MeiUiU tout à feu et à ^aog, suivant les mémoires de Motitglas. 

(3) Voirarcb* de la fabrique de Camélia et de la mairie de Saint-Aobio. 
Je suis beureux de produire ces circonstances historiques tout-à-fait ioédites, 
attendu qu'on ne vient pas de Chauny guerroyer sur Camelin^ Blérancourt, 
Saint-Aubin* sans fouler le village de Saint-Paul et son territoire. 

(4) Je dois cette recb erche à mon parent M. Joly, de Trosly, liceacié es 
sciences > élève aux écoles des chartes et de médecine, et professeur de 
sciences à Paris , auquel j'ai indiqué le manuscrit concernant Saint-Paul , 
déposé à la Bibliothèque impériale. M. Joly répond ici aux questions que 
Je lui adressais au sujet de l'union de Saint-Paul à l'Oratoire , seulement 
il oublie de dire si cette affaire se fit à titre gratuit ou onéreux, peut*ètre 
aussi cela n'est-il pas mentionné* 



— 183 — 

8 mars 1659. i9 A qu'elle occasion ? Les deux derniers prieurs 
qui précèdent immédiatement l'annexion sont Jacques Talon, 
aumônier de M*' le duc d'Orléans, et Claude du Sauzoy, tous 
deux prêtres de l'Oratoire. J'imagine que Jacques Talon fit 
tous ses efforts pour que le prieuré dont il était le bénéficier 
passât aux mains de la congrégation dont il était membre. 3* 
Comment ? Il fallait pour cela premièrement, que le prieur ré- 
signât son bénéfice en faveur de la congrégation de l'Oratoire , 
je crois que cet acte de résignation est la pièce dont il est 
question àla date du4 avril 1652, pièce que j'ai vumentionnée, 
mais que je n'ai pu consulter; deuxièmement, il fallait peut-être 
l'approbation du duc d'Orléans, seigneur de Coucy, héritier 
des droits des fondateurs, Jacques Talon étant l'aumônier 
ordinaire du duc cette approbation n'offrit aucune difficulté ; 
troisièmement, comme il s'agissait du changement de destina- 
tion d'un bien ecclésiastique, il fallait l'intervention du Pape, 
le suprême intendant des biens de l'Eglise, aussi les bulles de 
Rome confirmant ladite union sont-elles du 9 novembre 1657 
(1) ; quatrièmement, enfin, pour légaliser l'union, il fallait l'ap- 
probation ou permission du Roi , et en outre Tenregistrement 
au parlement de toutes les pièces relatives à cette union. Toutes 
ces formalités furent remplies. 

Les lettres-patentes sont du 20 juin 1658, et l'enregistrement 
de toutes les pièces au Parlement est du 20 janvier 1659. (2). 

Le prieuré était donc annexé à la congrégation de Paris ; 
mais ce n'était pas assez pour MM. de l'Oratoire, il leur fallait 
annexer la cure de Saint-Paul au prieuré, de sorte que le supé*- 
rieur de la maison de l'Oratoire de Saint-Paul fut aussi le curé 
de la paroisse. Aussi, le 25 novembre 1664, après résignation 
entre les mains de Mgr l'évêque de Soissons, de François 
Contai , curé ou vicaire perpétuel de Saint- Paul, prêtre de 
l'Oratoire, pour arriver à l'union de ladite cure à la maison de 
l'Oratoire; après requête présentée à Monseigneur de Soissons 

(1) L*acte de fuliiiioatiOD ou dénonciation des bulles est du 23 mai i^oB* 

(2) Les ra'.oricn; enlrè rent en joniss;.nce le 29 janvier 1659. 



— 184 — 

par les habitants de Saint-Paul aux fins de ladite uni4>n ; après 
requête présentée audit seigneur évéque par les prêtres de 
rOratoire toujours aux fins de ladite union , Mgr Charles de 
Bourlon , évéque de Soissons, donna une sentence en latin , 
portant l'union de ladite cure à la supériorité de la maison de 
rOratoire dudit Saint-Paul. > 

A partir du 8 mars 1659, la maison de Paris toucha pour elle 
la moitié des revenus du prieuré de Saint-Paul. 

Le terrier de Saint-Paul, (i) — J'en extrait le 26« article. 

1 Du vingt-septième juin 1667. A Saint-Albin. C^est la décla- 
ration des bornes asseue (mises) de droits des terres sujettes 
aux droits de menus dîmes et autres sens du village et terroir 
de S tint-Albin fiiit à la diligence de M« Hubert Destrées, prcstre, 
curé dudit Saint-Albin afin de satisfaire au coutume de son 
bail ad vitam curatam des révérends pères de l'Oratoire de la 
maison de l'institution de Paris , de fondation royale comme 
estant au lieu et place du prieur du prieuré de Saint-Paul an- 
nexé à ladite maison d'institution, des 2/3 desdits menus dixmes 
et aultres sens ayant pour cet effet fait comparoir Pierre et 
Sebastien Fontaine, laboureurs demeurant audit Saint-Albin, 
Claude Pamartet Antoine Daubanton, laboureurs demeurant 
audit Saint-Paul et Eustache Barbaran, laboureur, demeurant 
à Trosly^ ancien habitant desdits lieux. Premier les dixmes des 
menus bestiaux, scavoir : d'agneaux, cochons, cannes, poules 
communes, poules d'Indes sont rfewes par les habitants dadit 
Saint-Albin qui sont de leur nourriture a raison de treize Tun 
par chacun an. > 

Abel deSainte'Marthe, — L'un des auteurs renommés d'une 
œuvre colossale, la Gaule chrétienne (Gallia christiana)^ Abel* 
Louis de Sainte-Marthe, persécuté par Louis XIV (2), fut forcé 

(1) Document très étendu , très précieux et très intéressant que je recom- 
nlande aux habitants de Saint-Paul, qui en ignorent sans doute l'existence 
aux Archives du département. J'en dois moi-même la connaissance à M Matton 

(2) Abel de Stc-Marthc était, dit-on, soupçonné d*ôtre Janséniste Dio'j. 
Michaud 



— 183 -^ 

de s'exiler à Saint- Paul. Ce savant illustre était alors supérieur 
général des Oratoriens. Il finit, le S avril 1697, dans Tabbaye 
de Saint*PauI, une carrière qu'honorèrent autant ses vertus 
que ses talents. On voit encore sa pierre tombale dans l'église 
de ce village, près de l'autel delà Vierge (1). Quelques-uns 
disent, peut-être sans preuves, que le père de Sainte-Marthe 
était né à Saint-Paul (2). 

Le mot Adel porté sur cette inscription avait dérouté les an- 
tiquaires. Mais la forme des lettres et le peu qui en restent 
ne permettent pas le moindre doute, attendu qu'il n'y a pas 
eu plusieurs supérieurs généraux des Oratoriens morls et 
enterrés à TAbbaye de Saint-Paul. 

Droit bizarre des châtelains de CovLcy, — L'extrait d'un dénom- 
brement fourni en 1735, pourlacbâtellenie de Goucy, prouve, 

(1) Cette pieme se trouvait dans le sanctuaire. Elle fût déplacée par le véné- 
rable M. Duflot qui vient de mourir dernièrement. 

(2) Son acte de décès que je donne ici complétera sans doute ce que l'on 
ne peut plus voir de l'inscription. «L'an de grâce 1697, le 8« jour d'avril, un- 
pcu après minuit du dimanche de Pâques au lundi, est décédé dans cette mai- 
son deSaint-Paul-aux-Bois le très révérend père Abel-Louisde Sainte-Marthe, 
cinquième Supérieur général de la congrégation des prêtres de TOratoire de 
Jésus-Christ Notre-Seigneur. (*) Agé de près de quatre-vingts ans. (") Il s'é- 
tait confessé deux jours auparavant, savoir le vendredi-saint. Il avait dit la 
sainte messe le jour de Pâques et avait assisté à la grand'messe. Sur les six 
heures du soir, la fièvre le prit et le conduisit en peu d'heures à Tagonie. 
Après avoir reçu le sacrement de l'extrême-onction, il mourut, laissant une 
grande odeur de sainteté. Son corps a été inhumé dans la partie la plus ho- 
norable du chœur le mardi 9 (***) jour duJit mois et an, d'où il fut déterré le 
lendemain avec les ordres et les permissions nécessaires afin qu'on pût pren- 
dre son cœur, lequel a été porté à Paris et enterré auprès des corps de ses 
prédécesseurs. Le corps a été remis ici en la même place. En foi de quoi j'ai 
signé, Joseph Boyliévre, prêtre de l'Oratoire de Jésus, r ' 

Dans le courant de l'année qui suivit la rédaction de cet acte, le registre fut, 
tellement avarié que le curé Boyliévre crut nécessaire de le transcrire plus 
loin, les astérisques indiquent les variantes du premier acte. 

;') J. C, ^. s. kU premier* leçon» 
y') Soixante-dii-toptana. td. 
•••) 9« id. 

14 



— 184 — 

par, la joaiisance de certains droits bizarres, la communauté 
d'origine des monastères de Nogent, Bellefontaine et Saintr 
Paul-aux-Bois. Voici cette pièce qui nous apprend que les 
bienfaiteurs des maisons religieuses,^n'ont pas toujours aban- 
donné leur patrimoine sans quelques résenres. 

c Item. Les rissoles que Tabbé de Nogent doit chacun an 
à trois termes, c'est à savoir, au jour de Noél, au jour de 
Pâques et à la Pentecôte, à chacun terme, appartiennent aodit 
seigneur châtelain quarante rissoles, un lot de vin et trois 
blancs pains, et les doit faire amener ledit abbé de Nogent, à 
chacun d'iceux jours, sur le cheval de limon harnaché soflS- 
samment de tous les harnois qui appartiennent à cheval de 
limon, et si le valet descend, le cheval est acquis au seigneur 
de Coucy. 

> Item. Le droit de souliers, que les gens dudit châtelain 
peuvent prendre tous les mois de Tan, un des vendredi da 
mois, jour de marché ordinaire audit Coucy et jour de foire, 
chacun une paire de souliers de vache, selon qu'il leur plaira 
en laissant leurs vieux souliers et payant un denier, suÎTant 
les anciens dénombrements et sentences rendues à ce sujet. 

c Item le profit que le châtelain doit avoir quand nouveaa 
seigneur ou nouvelle dame de Coucy viennent ou descendent 
en la dite châtellenie à voiture ou à cheval ou autre chose ac« 
coutumée en tel cas, c'est à savoir : le cheval ou la haquenée 
où monsieur ou madame sont montés, ou le cheval de limon 
sont acquis audit châtelain. 

■ Item. Ledit châtelain a son droit en l'église de Saint-Panl- 
aux-Bois, savoir : trois fois la semaine à aller lui, ses gens et 
ses chiens, boire, manger, s'il lui plait, en laquelle doit avoir 
treize moines, et au cas qu'il n'y en aurait treize, ledit châ« 
telain y put mettre de ses gens ce qu'il lui plaira ou autres. 

» Item. Ledit châtelain a son droit d'aller toutes fois qu'O 
lui plait, ses gens et ses chiens, en l'abbaye de Bellefontaine, 
boire et manger. 

B Item. L'habitation, usage et demeure pour ledit châtelain 
toutes fois qu'il lui platt, à Coucy, à la porte Maître Odon^ la- 



~ 185 

quelle le seigneur de Coucy doit livrer et tenir en toute répa- 
ration, excepté que ledit châtelain la doit recouvrir de couver- 
ture tant seulement. > (1) 

Comptes de fabrique. — - Le 25 octobre 1737, le révérend père 
De la Croix, abbé supérieur des Oratoriens, passait à Saint-Paul 
et approuvait les comptes de fabrique. 

Il résulte de ces comptes que les Oratoriens de Saint-Paul 
devaient k la paroisse de l'endroit soixante sols pour avoir le 
droit de se servir du cierge pascal depuis Pâques jusqu'à 
rAscension à l'autel du Prieuré. (2) 

Biens et Privilèges de r Abbaye. — Quelques-uns ont pensé 
que le monastère de Saint-Paul était pauvre et sans impor- 
tance aucune ; tout incomplet que soit l'état suivant, il donnera 
une idée suffisante et avantageuse de sa richesse. 

Le Prieuré de Saint-Paul était : 

Seigneur, décimateur, présentateur, guyonneur et justicier 
de Saint-Paul*aux-Bois, propriétaire du terroir presque en 
totalité, et du moulin banal, sans compter que l'endroit avait 
été affranchi dès la fondation du monastère. 

Seigneur en partie de Saint-Aubin ; décimateur en partie (3), 
présentateur, et propriétaire de Beauvoir. 

Seigneur de Trosly-Loire, en partie, possesseur du moulin 
banal de Presles, du tordoir banal de Garbin, dont le fond était 
une seigneurie (4), des viviers du Bartel et de différents autres 
biens ; justicier sur ses domaines ; maître des foires et mar- 
chés de l'endroit. (5) 

Propriétaire de moitié du terrage, et du bois du Tillet ou 
Tilloy, au terroir deLappion ; seigneur, décimateur, et présen- 
tateur à cette paroisse, avec tout droit sur l'église, l'autel, et 

(1) Histoire de Goucy, par le chev. de Lépinois. 

(2) Ext. du cueilleret de 1636 et autres. 

(8) Il prélevait les menues dîmes. Les grosses étaient à S. Ived de Braisne. 

(4) Pièces justificatives n^ 4. 

(5) Et on notera que, lors de la fondation, Ghauny existait à peine, que 
Folembray, Blérancourt et Coucy n'eurent de rchés que bien plus tard. 



— 186 — 

lefoar banal et de plas jnsticier. Plas tard il n'eut plus qae le 
tiers do terrage de cet endroit atec droit à l'hommage des deux 
autres tiers. 

Seigneur en partie, présentateur et décimateur de Thoulis, 
ayec le tiers du terrage et l'hommage des deux autres tiers. 

Seigneur en partie, présentateur et décimateur de Hache- 
court, avec moitié du terrage. 

Possesseur d'un franc-alleu à Mons-en-Laonnois, seigneur 
du lieu en partie. 

Seigneur, décimateur, présentateur et seul justicier à Vau- 
castille , propriétaire de Taulel Saint-Michel. 

Propriétaire de la chapelle de Sainl-Côme et Saint-^Damien à 
Arblincourt, près le bac de de ce nom (la Chapelle-eu-l'Isle). 

Seigneur et justicier à Oiry, propriétaire du moulin banal 
de ce nom, et de plus ayant droit à un vinage de trois muids 
de vin. 

Décimateur à Macquîgny. 

Présentateur et décimateur par moitié avec Nogent à Selens. 

Seigneur en partie, et seuljusUcier à Drelincourt,de plus pos- 
sesseur de moitié du terrage. 

Seigneur pour moitié dans la seigneurie du Fresne, près 
Camelin. 

Décimateur par tiers, avec les prieurs de Quierry et de Saint- 
Barthélémy de Noyon, sur les terroirs de Camelin, Bresson, 
Lombray et Besmé ; présentateur à la cure de Camelin. 

Seigneur, décimateur, présentateur et justicier à Neufville- 
sur-Margival. — La dîme du vin réservée. (1) 

Seigneur, décimateur, présentateur, guyonneur et justicier 
à Terny, et propriétaire de l'autel dont le curé touchait 50 liv., 
six muids de blé, de meteil, de seigle, d'avoine et de vin du 
gros de la cure ainsi que de Champart, Novales, et dimage de 
Mont-^arny. (2) 

(i) Plus tard elle appartint au curé qui eut en outre trois muids de blé, de 
méteil et d'avoine. 

(1) Voir plus bas aux pièces justificatives et l'abbé Boulier, état du diocèse 
de Soissons. 



— 487 — 

Il avait enfin droit à l'hommage du maitre de^la ladrerie de 
Roussy. (1) 

Après les Oratoriens, — On pourrait désormaijB entrer dans 
des détails étendus relativement au passage de TAbbaye et de 
ses principaux domaines en difi'érentes mains ; ce travail ayant 
surtout pour but la recherche des antiquités , Tauteur a cru 
devoir glisser très légèrement sur les faits suivants* 

A rhorloge des grands événements, 1789 avait sonné. Bien- 
tôt Saint-PauI-aux-Bois^ devenu la Yignette-aux-Bois, vit ven- 
dre comme propriété nationale son église et son monastère. 
Ils furent acquis parle général d'artillerie Théodore Hurtubie* 
La trace de son passage dans TinoSensive et viçille abbaye s'y 
remarque encore par deux pièces d'artifices formidables 
(bombes ou obus d'un pied de diamètre) 'prêtes à éclater» 
posées sur les piliers de la porte d'entrée, tout comme sur la 
porte à herse et pont-levis d'une place de guerre quelconque. 

Plus tard M. Ducastel, ancien membre du Conseil d'arron- 
dissement pour le canton de Coucy-le-Château, devint pro- 
priétaire de cette antique maison religieuse. C'est lui qui la 
vendit k une dame, sa parente, laquelle y fonda l'établissement 
actuel de Recluses Bernardines. 

Seigneurs. — Comme sur bien d'autres localités environ- 
nantes, la grosse tour de Coucy dominait physiquement et 
féodalement sur tout le territoire et sur tous les habitants de 
Saint- Paul. 

Après les châtelains de Coucy, les moines furent les sei- 
gneurs de Saint-Paul proprement dit. 

Les engagistes connus, seigneurs fieffés (miles) des moines 
sont: 

En 1133 Huges de Solly, chevalier miles de l'église de Saint- 
Paul. 

En 1146-74 . EnguerranddeSaint-Paul; enfants :Enguerrand, 
Gérard. 

(i) Voir pièce justificative n« S. 



— 488 — 

II... Gënrd de Samt-Panl. 

4178. Guy de Saint-Paul, son fils ? 

1490. Guy de Saint-Paul, sans doute le même. 

4145. Engoerrand II de Saint-Paul. 

4S34. Gerfais de Saint-Paul , chevalier de Saint-Paul-aux- 

Bois 
4340. Jean, cheYalier de Saint-Paul-aux-Bois. 
€ Peu après (Jean?) dit M. HelleYille, auquel est empruntée 
cette liste de seigneurs, sauf ceux aux dates de 4433 et 4178, 
t Peu après, les prieurs de Saint-Paul prirent pour eux-mêmes 
la seigneurie de ce village, et ils l'ont gardée jusqu'à la révola- 
tion. > 

En effet, on peut ici donner une liste des prieurs dont qael- 
ques-uns prenaient le titre de seigneurs d,e Saint-Paul. Malhea- 
reusement, les registres de l'état civil où elle est prise par 
M. Boucher, instituteur de l'endroit, ne remontent qu'à l'année 
4660. On connaît pourtant quelques autres curés-prieurs-sei- 
gneurs avant cette date. 

Tout d'abord : 

ii35. Gaillard de Angladis, prieur de Saint-Paul. 

4444. Frère GniUaume de Chablis, prieur de Saint-Paul. 

4452. P. F. de Cruhazo, prieur. Il affranchit les serfs da 
monastère pour se conformer à la charte de 1 444 . 

Ensuite on peut citer comme n'ayant pas trouvé indigne de 
leur haute position d'être et de se dire prieurs et seigneurs 
de Saint-Paul : 

4531. L'évêque de Soissons, Symphorien. 

4550-55. Mathieu de Longue-Joue, évêque de Soissons. 

4604. Maître Guillaume Recollé, chantre etchamoine de 
Notre-Dame de Paris. (4) 

Ensuite, dans l'ordre ordinaire, une dernière fois avant 
l'annexion aux Oratoriens : 

465. Claude du Sauzoy, prieur. Puis : 

(i) Voir Bibl. imp. le manus. précité. A l'aide de ce document on poim 
un jour compléter cette liste. 



— 189 — 

16. . . Jacques Talon, aumônier du duc d'Orléans, prieur de 
Saint-Paul-aux-Bois. 

165. Claude du Sauzoy, prieur de TOratoire de Saint-Paul. 
1659. F*. Contai, vicaire perpétuel, prieur de Saint-Paul. 
1664. E. Aubry, supérieur et curé, prieur? (1) 
16^6. F* Contai, prétre-curé, prieur de Saint-Paul. 

1667. Le père Ledit, prieur. 

1668. Antoine Hommery, curé de Saint-Paul? 

1673. Barbey, prieur? — Conversion d'une hérétique. 

1673. Nouette, Prieur de l'Oratoire, curé de la paroisse, su- 
périeur de Saint-Paul. 

1674. Silvin Ferrand, prétre-curé de Saint-Paul , mort à Tâge 
de trente-quatre ans. 

1675 Jacques de Prades, supérieur de Saint-Paul. (S) 

1675. G. Renaud de Yenize, curé de Saint-Paul, en mai, su- 
périeur en décembre jusqu en juillet 1677. 

1677. Moussu ne parait pas avoir le titre de curé. 

1678. Adrien Boulanger, curé-supérieur (3). 
1689 Gombault. — Prieur. 

1691. De Barneville, curé-supérieur 

1692. Le R. P. Goreau est supérieur , quoique Barneville 
signé comme curé, ainsi signent plus tard Morisset et Jussien. 

1693. Chazal, supérieur et curé. 

1695. Joseph Boyiièvre, supérieur et curé. 

1700. Legras (est-il supérieur eu curé) ? 

1702. De La Motte, exerçant les fonctions curiales. 



(1) «Depuis Tannée 1666, l'onzième novembre, le P. E. Aubry, sup. et curé; 
on trouve ici le R P. Contai, vicaire auquel succéda le P. Ledit, jusques à 
l'année 1667, le registre des morts s'est trouvé perdu et depuis ledit tempf 
que j'ai été sous vicaire de la paroisse, à conter du mois de juin ou juillet 
où il avenu uni^ grande mortalité dans ce village de Saint-Paul, j'ai inhumé les 
morts dont les noms s'ensuivent suivant le registre que de droit. LE VAI} 
clerc de la paroisse i 

(2) A partir de J. de Prades, laliste est due à l'obligeance de M. Boucher, 
instituteur à Saint-Paul, qui a bien voulu se charger de ce trava il aride. 

(3) J'ai trouvé celui-ci dans de vieux titres. 



— 190 — 

4702. Mâlaret, supérieur et curé. 
1706. Jacques Moreau, supérieur et curé. 
1709. Perdrigeon, supérieur et curé. 
1715. J. Josserand, supérieur et curé. 
1721. C.-L. Rojot, supérieur et curé. 
1726. J.-B. Morel, supérieur et curé. 

1729. L. Bourru, curé, prieur? 

1730. Ollivier, curé, prieur ? 

1731. J. de Vaudreuille, supérieur et curé. 
1735. L. Gaspard de Lamair, supérieur et curé. 
1742. De Passy, supérieur et curé. 

1742. Boyer, supérieur et curé. 

1744. En second lieu, L. Gaspard de Lamair , supérieur et 
curé. 

1754. Truilhard, supérieur et curé. 

1757. Beaussier, supérieur et curé. 

1759. Lutel, supérieur et curé — puis Chevas, supérieur et 
curé. 

1767. Sébastien Lachapelle, supérieur et curé. 

1776. Glaude-Charles-Joseph Nau, prêtre supérieur. (Bail du 
17 août.) 

1779. L. Alex. Alamany, ne signe toutefois comme curé 
qu'en 1782, et n'est qualifié supérieur que plus tard. — Il 
mourut à Saint-Paul, le 4 janvier 1809. 

Au XVIII* siècle, le prêtre supérieur de la maison de Saint- 
Paul se qualifiait du titre de seigneur de Saint-Paul-aux-Bois, 
LePlessier, Beauvoir, Presles et Carbin. (V. P. J. n 4.) 

Les armoiries du Prieuré de Saint-Paul peuvent se traduire 
de deux manières différentes : 

1* Un trèfle d'azur avec ces mots en lettres d'or, en cheft 
lESVS MARIA, et un cœur enflammé d'or, en pointe. — Ce 
blason se trouve dans la sacristie de l'église de Saint-Paul. Il 
a dû servir à l'ornementation d'unautel. Seraient-ce les armes 
de la maison avant les Oratoriens ? 

2'' Un ovale d'azur avec ces mots en lettres d'or lESVS 
MARIA et une bordure d'argent chargée d'une couronne 



— 191 — 

d'épines de sinople, entourée d'une autre bordure cousue d'or 
et chargée de ces mots en lettres majuscules de sable : SIGIL. 
ORAT. D. I. DON. S. PAVLI. 

Fief du Plessier, — Vers IbMn Anlhoîne de Fressancourt , 
femme Charlotte Dupuis, seigneur du Plessier, deBricquenay, 
sur Trosly, et de Liez. (1) 

1571 . • • . De Piennes seigneur du Plessier et Yilcanier. 

1677. • . . Honorable homme François De Piennes, capitaine 
au régiment de Thiérache, chevalier, seigneur de Yilcanier, 
du Plessier et de Trosly en partie — fit partie du camp de 
Barcelonnette et mourut à Trosly, le 6 mai 1710. (2) 

En 1776 cette seigneurie était tombée aux mains du prieur 
de Saint-Paul. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 

No 1er. 

Extrait d'un yolume in-folio intitulé : Inventaire des titres et papiers 
du Prieuré de Saint-Paul -aux- Bois, diocèse de Soissons, Cette espèce de 
cartulaire se trouve à la Bibliothèque impériale sous la note M. S. -S. F. 
N« 1331, écrit en 1657. 

Page 2, première liasse contenant les titres de la fondation, dotation 
et privilèges dudit Prieuré. 

€ 1096. Deux copies en papier vidumées à leur original estant écrit du 
latin en Fabbaye de Seauv-Majeure, ordre de Siint-Benoist en Bordelois, 
par Brisson et Ghauvian, notaires royaux en Guyenne, le sixième juillet 

(1) Dans les travaux de Téglise de Trosly on a trouvé différents fragments 
de pierres tombales sur l'une desquelles on lit: cy-git Charlotte Dupuis,enson 
vivant épouse de M. de Bricquenay, laquelle trépassa. . . et sur une autre : 
cy-gitetrès honorable et discrète personne Athoine de (Fressancourt) escuyer 
en son vivant seigneur de Bricquenay, du Plessier, priez Dieu pour son âme. 

J'ai ces fragments. 

()) Voir archives de Trosly. J'aurais pu donner des seigneurs du Plessier 
une liste beaucoup plus nombreuse, mais trop souvent douteuse* 



— IM — 

BÛl m cent qnarânte-hnit, signés de Rérérendissîme Père Pierre Gao- 
freteao, conseiller aomosnier do roy, général de l'ordre de Saint-Benoist 
en France et prieur de la dite abbaye de la Seanve, scellées du cachet 
dndit ordre et signées desdits notaires, d'un titre de Hngnes, éTesqne 
de Soissons et d'Enguerrand, éTesqne de Laon , de Tannée mU qnatre- 
vingt-seize, contenant que Raymond, chastelain de Coucy et Helinde, sa 
femme, ont du consentement desdits seigneurs évesques et du noir de 
Coucy,seigneur dudit lieu donné à l'église de Saint-Panl-aux-Bois laquelle 
deppend de celle de Sainte-Marie de la Seauv-Majeur. et aux Frères qui 
y servent Dieu , des biens qu'ils tenaient en fief desdits seigneurs 
évesques , pour la fondation de ladite église , ne s'y réservant ni pour 
eux ni pour leurs successeurs aueun droit, aucune seigneurie , aucune 
corvée, aucun droit de justice , aucun droit de coustume, non plus que 
le sieur Engaerrand, leur seigneur, du consentement duquel ils ont fait 
cela. Ils ont donc donné à ladite église toute laforests du Grand>Gonscis(l) 
en sorte que les moines en puissent entièrement disposer selon leur 
volonté et utilité et mesme l'arracher et desMcher. Le village de Saint- 
Paul franc et quitte , et son marché qui était pour lors i Trosly. (2) 
Ledit sieur Enguerrand a donné aussi à ladite église et moines , dans 
son propre village toutes aubaines francs qui voudront demeurer au vil- 
lage de Saint-Paul avec toute leur famille. Il a accordé à la maison de 
Saint-Paul passage et guyonnage dans toute sa terre, juridiction et dep- 

pendances, pour toutes les choses qui lui seront nécessaires sans aucune 
exceptée, et la franchise du village comme il est dit cy-dessus. Item les 
dits Raymond et Hélinde ont donné la moitié de TiUoy tant en bois 
qu'en terres, et les essaims d'abeilles qui s'y trouveront avec le miel et 
la cire. La moitié de tout le village de Lappion et tout le droit du four, 
l'église et l'autel avec les dixmes grosses et menues, les oblations et 
offrandes. Et pour le dot de l'autel un champ au-dessus du monastère (3) 
et un autre situé dans la vallée qui est proche le monastère au costé du 
midi et aussi un pré du domaine du village et une femme nommée 
Quezédit avec toute sa famille. Item l'autel de Temy et Neufville 
avec toutes leurs deppendances , et tout ce qu'ils avaient de grosses 

(i) Un autre copiste écrira Coureis. 

(2) On doit lire ici « suivant moi ,et leur marché etc. et par opposition à la 
transposition qui venait d'avoir lieu du marché de Trosly à Blérancourt. — Il 
est évident que l'original latin ne porte pas • qui était pour lors à Trosly », 
réflexion inutile du traducteur. 

(3) de Saint-Paul, (U BiUe?) 



— 193 — 

dixmes, excepté celle du Tin, et toate la mena dixine de la mesme paroisse 
excepté le village de Villers. Item toutes les terres labourées qu'ils 
avaient là avec toute leur maison et domestiques et toute la justice. 
Item au village de Mons, proche de Laon, tout leur franc-alleu avec tous 
ceux qui y demeurent et vignes et prés. Item tout le territoire de Vaux 
proche Verzi (1), tant en bois qu'en terres et tout le Tillage exempt avec 
les habitants de la juridiction des personnes laïques ou ecclésiastiques. > 

L'original de tout ce qui précède se trouve à la Bibliothèque de Bor- 
deaux. On y voit principalement , suivant ce qu'a eu l'obligeance de 
m'écrire le bibliothécaire , M. Bergère , trois volumes cartulaire de 
Sauv-Majeur, dans l'un desquels, le troisième, il a c remarqué particuliè- 
rement, l^à la page 159, règlement entre le Prieuré de St-Paul-aux-Bois 
et les Ladres de Roussy, par lequel la dixme deMoe^tieny ou Macheny (2) 
et la moitié du terrage de Tilloy demeurent aux religieux, et chaque maître 
desdits Ladres est obligé de faire serment de fidélité au prieur ; 2* Usur_ 
pation et restitution de l'église de Terny par les comtes de Soissons ; 
3<» page 191, cens dû au Prieuré de Saint-Paul; i^ Don de trois muids 
de vin audit Prieuré ; S» Sentence de l'archevêque de Beims? qui adjuge 
au prieur de Saint-Paul la moitié des bois du Tillet et la terre de Lap- 
pion ; 6^ page 194, Bulle du Pape Alexandre qui confirme la donation do 
Prieuré de Saint-Paul et de toutes ses dépendances. > 

N«3. 

Charte ou jugement de Jean de Thoitrotte aUre Saint-Paul et Je-anne 

d^Herblincaurt. iSG5. 

 tous ceux <iui ces présentes lettres verront par la permission 
de Dieu, humble abbé du monastère de Notre-Dame du Grand-Bois (3), 
de l'ordre de Saint Benott , diocèse de Bourdeaux et de tout le dit cou- 
vent, salut et faisons savoir et nous notiffions à tout, que du procès en 
devant meû par longtempt demeure entre le prieur et les moines de notre 
prieuré de Saint«Paul-aux-Bois, diocèse de Soissons, d'une part. 

Et noble femme Jeanne, dame de Herblincourt, pour elle et ses hoirs, 

(1) Vaucastille. 

(2) Macquigny , Terroir de Lappion, 

(3) Sauv-Majeur. 



— iM — 

et entre les hôstes delà dite dame , et les hommes de la dite Tille d'aatre 
part, sur quelques bois de notre dit prieuré , qui s'appellent de Gerpoix 
du Grand-Gourcis (1) et autres affaires entre les dites parties, de lear 
consentement, et par le conseil et aide de leurs bons amis communs, la 
paix a été amiablement réformée , comme il est porté aux lettres de ce 
faites et passées en la Gour de Soissons, desquelles la teneur en suit : 
 tous ceux qui ces présentes verront , Jean de Thourotte, officiai de 
Soissons, salut en notre Seigneur, un chacun cognoisse que débats ayant 
été meus dés longtemps et étaient encore à présent entre le prieur et 
les moines du Prieuré de Saint-Paul-aux-Bois, diocèse de Soissons, pour 
eux et leur dite église d'une part, noble femme Jeanne , dame d'Uer- 
blincourt, du diocèse de Laon, pour elle et ses hoirs, et aussi entre ses 
hôstes d'Herblincourt, qui sont écrits cy-après, lesquels s'étendent jus- 
qu'à vingt-deux hdstes , tant seulement et non davantage, â raison de 
vingt-deux hostices de la dite ville et de la dame sus-nommée, à sçavoir : 
Jean, dit millerest ; Thierry, fils d'Eustache ; Gautier, couvreur ; Oudart, 
houdelart; Goble dit Gudeleu ; Hilebert, pécheur ; Raûlt, dit Nambré ; 
Jean , dit Gorvada , pour lui et pour ses enfants ; Grégoire, pour lui et 
pour sa femme ; Simon, dit Burlure, pour lui et sa femme ; le seigneur 
Jean, dit Gendarme ; le seigneur de Sargny ; Agnès, dit Lanallasse, pour 
elle et ses enfants ; Eustache, veuve du défunt Richer ; Agnès, dit Yallet, 
^cmme de Jean Vallet ; Alizon Lapatière, pour elle et ses enfants ',Hout, 
dit Lamessière , pour elle et ses enfants ; Heleine Latonnelle ; Agnès, 
veuve de Raymond Esmery ; La Grimoude, pour lui et ses enfants ; Agnès, 
dit Despéche, et les enfants de Robert, appelés Drenel, d'une autre part. 
Sur ce que la dite dame et sus nommés disaient qu'ils avaient droit 
d'usage et pâturage en tous les dits bois de Gerpoix du prieur et moines 
sus nommés, et que les dits bois s'étendaient vers le bois des dits prieur 
et moines , qui est appelé le bois du grand Gourcis , et plus les dits 
prieur et moines ne cognoissaient les dits hôstes et dame ; et ce 
que les dits prieur et moines maintenaient le contraire, disant que la dite 
dame et les hostes susdits n'avaient et ne devaient avoir pâturages 
ni usages dans les dits bois , selon qu'ils le demandaient , h la 
parûn, ont les dites parties, par devant notre lieutenant à (2) ce spé- 
cialement député de notre part et destiné vers elle pour ce procès et des 
autres choses meus à cause d'icelui , ensemble pour partir et aban- 

(1) Ad, au manuscrit. 
(S) Ad, au manuscrit. 



— 495 — 

donner les dits bois, en telle sorte que chacune des dites parties scacbant 
quelle part leur appartenait des dits bois, pâturages et usages d1 ceux 
et leur assigner par gens de biens et dignes de foi, et étant pour ce dé- 
parti à d'autres , a , par le conseil et consentement des amis de la dite 
dame, député pour l'administration et disposition des biens et affaires 
d'i celle dame, la paix et concorde est intervenu aux manières et formes 
ci-après exprimées et remarquées , comme les dites parties ont pareil- 
lement recognées par devant notre lieutenant et commis à (1) ce spé- 
cial. 

C'est à sçavoir le dit prieur et moines par le dit accord des dits bois 
du Grand-Gourcis et de Gerpoix mouvant de leur église et mesuré du 
consentement des dites parties par gens de bien et dignes de foi et 
par elle députés à iceux contiennent en tout et partout, quatre-vingt-six 
muids et un essin de bois à la moule et mesure de Soissons. 

Premier. Pour leur part et au nom de leur dite église, auront quinze 

muids dudit bois du Grand Gourcis, à la mouîe de Soissons , le tout en 

une pièce et d'un côté vers le lieu qui est appelé le bois de l'Eglise sus 

dite, et pour le reste des dits bois du Grand-Gourcis et de Gerpoix , (2) 

montant à soixante muids et un essin à la dite mesure duquelle reste la 

dite dame pour elle et ses héritiers et ses hôstes devaient , comme 

ils disaient, par le dit accord, avoir partie d'iceux outre (3) le quart et 

le quint tant seulement en une partie, le Prieur et moines sus dits avaient 

le surplus du quart et quint des bois sus-nommés, la dite dame pour soi 

et ses hoirs et ses hôstes sus-nommés, moyennant le dit accord, auront 

en leur part, quinze muids et dix-neuf essaims de bois à la dite mesure 

de Soissons vers Herblincourt , proche la rivière d'Alliez, selon que les 

dits quints , muids et dix -neuf essims ont été mesurés et bornés et 

comme ils s'étendent le long de la dite rivière de borne en borne : c'est 

àsçavoir : la borne qui est située entre la voie de la chapelle en l'isle (4) 

et le fossé du pré de la dite chapelle, jusques à la borne sise audit pré 

devant la borne de ladite chapelle et autres bornes divisant le dit pré 

(1) Le manuscrit du Bac, entre les mains de M. Val. Montier, dit Gourcy , 
mais l'acte de donation paraît porter Gonscies j'ai dû suivre le texte que je 
copie, le mot Gourcis répond d'ailleurs parfaitement à ces vieux vestiges que 
j'ai mentionnés pour l'étiymologie, Grand-Gourcis venant incontestablement 
de eursy chorsy coriis, 

(2) II y a au manuscrit deux ou trois fois Crepoix. 

(3) Ce doit être entre. 

(4) Chapelle dédiée à Saint-Côme et Saint-Damient. 



— 496 — 

da bois de la dite dame et de ses hôstes sas-nommés. Borné par dhenes 
bornes posées en ce lien, distinguant et séparant la part des bois de la 
dite dame et de ses hôstes dndit pré et de la part des bois des dits 
prieur et moines : mais parce que la dite dame et ses hôstes sas>nom* 
mes et leur bestial ne pourraient commodément aller en leur part et 
portion des dits bois ni en leurs pâturages et usages si le dit prieur ne 
leur baillait un chemin suffisant en la part de ses dits bois, le dit prieur 
de sa part des dits bois « a permis et accordé i la dite dame et â ses 
hôstes une voie suffisante de deux verges en largeur (1) pour aller et 
retourner audit bois, pâturages et usages d*iceux faisant pour ledit che- 
min restitution suffisante audit prieur d'autant de bois de la part de 
ladite dame, lequel chemin commence entre ledit pré de la chapelle et 
la part de bois dudit prieur, selon qu'elle est bornée, et se rend et va de 
borne en borne, presque à la ligne, et divise les dites parties des bois des 
parties sus-nommées etla part première bornée desdits chemins et divi- 
sion, est située au lieu qui est^appelé vers la Courbe, et la seconde est 
située dans le chemin de la Courbe, et la troisiénre est plantée au chemin 
qui est appelé le Port des Seines, et la quatrième est sise au lieu qui s'ap- 
pelle le port de Vervins (2) et la cinquième est posée au lieu qui est 
appelé â l'entrée du long Marquet, et la sixième est mise au chemin dn 
Nid de la Cigogne , et la septième est posée au chemin qui est appelé 
dessous le houx , et la huitième et dernière est à la fin de cette ligne et 
cotte du bois au lieu qui est appelé au Port des Fresnes , de laquelle 
dernière borne on retourne à l'autre côté qui est vers l'eau d' Alliez, à 
une borne située au fil d' Alliez par les Ba!ères et comme les dites Balères 
s'étendent et comporte jusqu'au dit Alliez, en la part du bois de ladite 
dame, de ses hoirs et de ses hôstes sus-nommés, mais ladite dame, ses 
hoirs et hôstes susdits tiennent ladite partie des dits bois ainsi bornés 
et la doivent comme ainsi qu'ils l'ont recognus par devant notre commis 
spécial et doivent le tenir à l'advenir dudit prieur à cens et redevence, 
lesquels pour l'usage et pâturage sus-nommés avaient accoutumés y cy- 
devant, payer annuellement audit prieur ou à son commis, lesquels cens 
et redevence sont tels et doivent toujours être payés annuellement comme 
ils ont accoutumés, qui tels que ladite dame et ses hoirs ont reçu pour 
les dits bois et pour leur maison et tout leur manoir dudit Herblincourt 
qu'il tient jusqu'au fil d'Alliez dudit prieur, payeront et rendront chacun 

(i) 40 pieds 4 pouces. 
(S) Ou bien Yavins* 



— 191 — 

t 

comme il a été aeeoutumé jusqu'à présent, et seront tenus de rendre et 
payer cbacuû an et à toujours, au jour de la Nativité de Notre Seigneur: 
Trois deniers, monnaie de Laon donnés de perpétuel cens à deux sergents 
dudît prieur en ladite maison, en laquelle les dits sergents alors doivent 
être bien et dûment nourris par ladite dame et lesdits hdstes ou leurs 
héritiers et successeurs à raison des bostices ésquels ils sont demeu- 
rants dans Herblincourt pour leur part dudit bois payeront et seront 
tenus payer cbacun an, audit jour de Noél, aux sergents dudit prieur 
à son nom sçavoir cbacun desdits bôstes pour soi une obole monnoie de 
Laon et un pain de tel pain que lesdits bôstes ont accoutumés faire en 
leur maison (en ce temps-là). Et par ledit accord ils n'ont et ne pour- 
ront avoir ladite Dame ses hoirs ses bôstes et ses hommes sus-nom- 
més ni le bestial, pâturages et usages en autre part, sinon en «elle des- 
dits bois qui leur a été délivrée et bornée. Et si , ledit prieur et ses 
hommes ni leur bestial semblablement, n'ont et ne doivent avoir pâtu- 
rages ni usages sinon en cette partie desdits bois seulement qui leur a 
été bournée et limitée, sauf en tous lesdits bois : la grûrie, garde et autres 
droits accoutumés>t dus à noble homme Jean, seigneur de Goucy et à 
ses hoirs et à toujours comme ils ont et ont accoutumés d'avoir esdits 
bois de ladite église de Saint-Paul et sauf aussi la justice , seigneurie 
et garde dudit prieur et de ses sergents et de son église en tous les bois 
dessus dits, en telle sorte, néanmoins,, que si la dite dame ou ses hoirs 
voulaient mettre un sergent pour la garde de ses bois et de sesdits bôstes 
elle pourra le faire ; mais alors le sergent de ladite dame ou de ses 
hoirs fera et sera tenu faire sa fidélité sous son serment audit prieur 
dans Sain(-Paul, et audit seigneur ce Goucy ou à son commis en tant 
qu'il lui appartient et en telle sorte que les sei^ents des bois de Saint- 
Paul font et ont accoutumé faire au seigneur susdit , et toutes les cap- 
tures et prises qu'il fera aux bois de ladite dame et de ses bôstes , ils 
les amènera en la maison dudit prieur à Saint-Paul en tant qu'il pourra 
et les forfaits qu'il y trouvera il les signifiera audit prieur ou à son 
commis, desquelles prises et forfaits, les amendes seront auxdits prieur 
et seigneur de Goucy comme il est accoutumé des amendes des bois de 
Saint-Paul et font scavoir que ledit prieur ne peut et ne doit délivrer le 
malfaiteur qui aura ainsi été amené vers lui , tant et jusques à ce que 
ledit malfaiteur aura amendé le dommage qu'il aura fait à ladite dame 
ou & ses hôstes selon l'usage du pays et ne retient ledit prieur et ne 
doit et ne peut retenir ledit malfaiteur plus que quarante jours. Et s'il 
le retenait davantage, ledit prieur rendrait ledit dommage. 



— 198 — 

Et faut sçavoir qae ledit prieur et les moines , par cet accord , ne 
peuvent et ne doivent Tousser et faire la fosse ({ue dessus plus profonde 
qui est entre ledit pré de la chapelle et le chemin de ladite chapelle en 
sortô qu'elle puisse oter le cours du moulin de ladite dame , et ladite 
dame, ses hoirs , ses hôstes et ses hommes ne peuvent et ne doivent 
fermer ni boucher Teau d'AUiez que ledit prieur et moines n'ayent icelle 
libre audit fossé et Alliez de ladite chapelle comme ils ont accoutumés 
de ravoir. Et a été aussi ordonné du consentement desdites parties, par 
ledit accord , que : s'il arrivait que lesdits hôstes ou leurs héritiers et 
successeurs voulussent vendre Tusage et autres droits qu'ils ont chacun 
en ladite partie de leurs bois sus dits, ils le pourront faire entre eax 
hôstes , et à eux et non point à autres personnes qui n'ont pas l'usage 
susdit en ce lieu , et ne pourront lesdits prieur et moines , ni ladite 
dame et ses hoirs acheter ledit droit des hôstes sus-nommés. Au surplus 
attendu que ladite dame, ses hommes et hôstes d'Herblincourt, et leur 
bestial ne pouvaient, comme ils disaient, aller commodément de la vide 
d'Herblincourt aux terres arables et autres gaignages qui sont entre (1) le 
ruisseau qui est appelé la rivière Adtaizy , sinon par la terre dudit 
prieur , et pour ce, ladite dame , ses hommes et ses hôstes , supplient 
ledit prieur de leur bailler et concéder un chemin par sa terre pour aller 
à leur gaignage susdit , ledit prieur pour Futilité de son église et pour 
la nécessité des hommes de ladite ville à leur prière et requête. Il leur 
a concédé et délivré un chemin de sa volonté et consentement des moines 
lequel chemin est de trente pieds de largeur sur la terre dudit prieur, 
pour aller à leurs terres et prés, outre et au-delà de ladite rivière qui 
prend depuis le coin du fossé pr... (2) de la chapelle vers Saint-Paul , 
entre le bois dudit prieur et ledit fossé, tant que s'étend ledit fossé jus- 
qu'à un autre coin dudit fossé vers les prés dudit prieur, et que de ce 
second point de la partie regardant l'occident . ledit chemin de trente 
pieds doit retourner directement ou à peu près vers le bois dudit prieur 
et s'étendre vers ledit bois, selon que ledit bois retourne et réfléchi en 
ladite largeur entre le bois et les prés. 

Lequel accord nous avons muni de notre assurance et pareil consen- 
tement de notre Chapitre à toujours , irrévocablement , promettant de 
bonne foi que na feront rien an contraire dudit accord. En témoignage 
et assurance perpétuelle de tout quoi , nous avons à l'instant (à l'ins- 

(i) Outre ? 
(8) Proche T 



— 100 — 

tance ?) desdits prieur et moines de notre dit Prieuré apposé à ces lettres 
nos sceaux. 

Donné Tan de Notre Seigneur mil deux cent soixante-cinq , au mois 
d'octobre Un, 

Deux. Cette collation, faite par moi, Raoul Racbine , clerc et notaire 
apostolique, est conforme à son original, témoin mon seing manuel y 
opposé , L'an de Notre Seigneur mil cinq cent dix-huit , le quinzième 
juin, signé Rachine 

Trots. Ces présentes lettres et titres ont été par moi, Jacques de 
Bouxin , avocat à Chauuy , baily et garde de justice es terres sei- 
gneuries de Genly, Âbbécourt, Marizei, Bicbancourt, Bacq-Arblincourt 
et autres lieux , pour messirc Gilles Rrulard , chevalier seigneur de 
. Genlis et desdits lieux, mis et réd'gés en français de lalin qu'il était, 
tout entier en son original d'écriiure cl signature, ot est conforme à la 
copie collationnée dudit original , qui a été rendus aux habitants dudit 
Bac-Arblincourt , fait française à leur instance et prières, le vingtième 
jour de juin, mil sixccnt et seize. Signé Jacques de Bouxin, avec paraphe. 

Quatre. Collalionné* sur les collations ci-dessus et ce conforme à icelle- 
rcndues par les notaires royaux. Garde-note héréditaire au baillage de 
Coucy , soussigné , le neuf février mil six cent soixante-douze. Signé 
Fluureau et Belin, notaires, avec paraphes. 

Cinq, a Tout ce que dessus a été copié exactement sur copie colla- 
tionnée des lettres et Xi très. 

Six. La présente copie a été par moi, archiviste soussigné, collation- 
née à une copie collationnée par Desprez et Simonet , notaires au ci- 
devant Châlelet de Paris, en date du 17 juillet 1GG9 et trouvée par- 
faitement conforme quant à la substance avec quelques différences dans 
]tt% expressions , lesquelles ne sont d'.iucune importance , variations qui 
(int pu uBÎtre de ce que la présente copie et celle susdatéc ont été 
tirées sur diverses traductions du texte original latin. 

Cliauny, le 20 juillet 1793. 2" dé la République française, perrier. 

NOTA. — JjC manuscrit db la Bibliothèque impériale , qui pour cette 
pièce diffère quelque peu de la version ci-dessus, surtout à l'égard du 
' Grand-Coorcis qu'il écrit Conscis , indique une troisième traduction 
.donnée par des notaires dé Coucy en 1685. 

N-4. 

17 août 177G. Pardevant les notaires royaux au baillage de Soissons. 
résidents à Coucy soussignés. 

15 



■— 200 — 

Fui présent le révérend père Claude-Charles- Joseph Nau, supérieur 
de la maison de l'inslitulion des Prestres de TOraloire de Paris , prieur 
seigneur de Saint-Paul-aux-Bois, le Plcssier, Bauvoir, Presles et Carbin 

Lefèvre et Pommier. 

Fait et passé à Coucy pardevant lesdits notaires. 

Extrait d'un acte alTcrniantla Malbotière à Nicolas Goudroant et Marie» 
Joseph-Elisabeth Baudry, sa femme. 

N^ 5. 

Universis et singulis prœsentas litteras inspecturis symphorianus Dei 
et sanctaB sedis apostolicaî gracia suession. Episcopus , salutem in 
Domino simpiternam. Cum pro ut acoepimus festum DedicationisEccle- 
sia3 monasterii B. Marias ad moniales suession. Ordinis S. Benedicti, 
singulis annis die quarta mensis Junii ab anliquo eveniat celebrandum 
et solemnisandum ; nihilominus proparte dilectarum in Christo devo- 
tarum Rcligiosarum Franciscae Lejeune Abbatiss&. et sanctimonialum 
diii monasterii nobis fuit expositura , quod propter fesla Pentescotes, 
sanctissimae Trinitatis et sanctiss. Sacramenti. quorum unum die quarta 
mensis Junii saîpe evenire contengit, prœdictum festum Dedicationis.... 
die quarta Junii commode nequeunt cclebrare et solennizare. Et prœ- 
terea nobis fuit humiliter supplicstlum quatenus prsBdictum festum prx- 
fatae Dedicationis auctoritatc nostra transferre dignaremur et vellemus : 
hinc est quod nos praedictam supplicationem esse rationi consonam 
altendcntes, et dictis Religiosis annuere volentes, utipse prsefatum fes- 
tum dictas Dedicationis comraodius et devotius celebrare et solemnizare 
possint et valeant , illud et ejus ofOcium auctorilate nostra ordinarii 
iranstulimus, et per prœsentes litteras iransferimus et de cetero singulis 
annis tertia die dominicata post festum Paschae , qua in sancta Dei 
Ecclesia pro missaî introitu cantatur Jubilate, celebrari et solemnisari 

ordinavimusetstatuimus,etpraesenteslitterasordinamusetstatuimus 

Dalum in Prioratu nostro sancti Pauli in Bosco nostraî Diœsesis , sub 
sigillo caméra' nostraî, anno Domini millesimo quengentisimo tricesimo 
primo, die venerispost octabas Paschae, vicesima prima mensis Aprillis 
^Signatum G. Tournemolle, sigillatum sub duplic cauda cera rubea. 

Ex. hist. de N. D. de Soiss. par De Germain, p. -477. 



201 — 



NEUVIEME SEANCE. 

{7 Juillet f 863.) 



Présidence de M. (ff&. ilrur^ ^ Président. 

Ouvrages reçus depuis la dernière séance. — Bulletin de la 
Société archéologique de Soissous, Tomes 13, 44 et 45. — 
Journal de Dom Lépaulart, religieux de Saint-Crespin-le- 
Grand de Soissons sur la prise de celte ville en 1567 (Laon 
1862). — Revue des Sociétés savantes 3^ série, tome 4*"*"^ avril 
i863. — Revue de TArt chrétien, juin 1863. — Bulletin de la 
Société des Sciences historiques et naturelles de TYonne 4862. 

M. le Président annonce qu'à Barbon val (canton de Braisne) 
on a trouvé des traces de sépultures mérovingiennes. l\ espère 
qte Ton fera des fouilles dont le résultat sera communiqué. 

M. le Président annonce également à la Société qu une occa- 
sion se présente qui lui pcrractlraît d'obtenir pour le prix du 
tirage seulement la copie du dessin du siège d'Aubenton, très 
important au point de vue surtout des armes dont on se servait 
à répoque, dessin qui serait accompagné d'une notice par 
M. Martin de Rozoy. 

La Société décide que ce tirage spécial pour elle aura lieu. 

Voici d'abord le passage du livre de M. Martin, Essai histo- 
rique sur Rosoy-surSerre et ses environs, T. i, pages 465 et sui- 
vantes : 

Année 1339. 

€ Serré de près par le roi de France Philippe YI , Edouard 
passe de la Picardie en Thiérache et traverse Léchelles» Mon- 



— :20-2 — 

tn^uil et La Flamengrie, portant partout le fer et le feu, sursoa 
passage. Une rencontre paraissait imminente entre les deux 
armées, et la bataille avait même été acceptée par Edouard, à 
qui Philippe en avait envoyé le défi par un héraut d'armes. 
^lle devait avoir lieu près de Buironfosse où les deux monar- 
ques avait rassemblé toutes leurs forces : mais craignant sans 
douie Tunet l'autre d'en risquer le sort, ils se retirèrent cha- 
cun de son côté, sans s'être attaqués, et le roi de France licen- 
cia ses troupes, après avoir mis des garnisons dans quelques 
villes. 

• Mais les aventuriers qui composaient alors reffectif des 
armées, une fois qu'ils étaient rassemblés pour la guerre, ne 
renonçaient pas aisément aux avantages qu'elle leur avait fait 
espérer, et il était parfois plus dificile de s'en débarrasser que 
de les réunir. Leurs chefs eux-mêmes, de quelque rang ou 
de quelque naissance qu'ils fussent, ne partageaient que trop 
ce goût de leurs soldats pour la dévastation et le pillage, et 
convoitaient ardemment l'occasion de le satisfaire. 11 s'en pré- 
senta bientôt une qui allait réjouir les garnisons du Cambrésis, 
mais qui devait attirer de promptes et terribles représailles 
snru ne ville de notre frontière (Aubenton). 

« Les Français, dit Froissart, qui étaient en garnison i 
» Tournay, à Mortaigne sur l'Escaut, Saint-Amand, Douay et 
» Cambray , ne désiroient rien tant que de pouvoir entrer dans 

• le pays de Hainaut pour le piller. De son côté, l'évêque de 
1 Caûibray qui étoit à Paris à la cour de Philippe de Valois, 
» se plaignoit-il à lui quand il cheoit à point, que les Hen- 
» nuyers (habitant du Hainaut) lui avoient fait plus de dom- 

* maige, ars et couru son pays que nulz autres. Si donna 
1 congé le roy aux soudoyers de Cambresis de faire une en- 
» vaye (incursion) et dommager le pays de Haynault. 

» Ils en profitèrent pour aller, au nombre de six cents ca- 
valiers, piller et brûler la ville de Haspres ; et peu de temps 
après, une expédition du même genre, dirigée sur un autre 
^oint, vint mettre le comble au ressentiment du comte du 
Hainaut : 



— 203 — 

c Le roy de France, continue Fauteur cité, rescrît et corn- 

» mande à Mgr de Beaumont, seigneur de Brème (i), à Mgr 

» Jean de la Bove^ k Mgrs Jehan et Gérard de Loyre (2) qu'ils 

> meissent une armée de compagnons sus et chevauchassent 

> en la terre de messire Jehan de Hainault et Tardissent sans 
» nul déport (et la brûlassent sans pitié) Les dessusdits 
^ obéirent et se cueillirent secrettement tant qu'ils furent bien 

> environ cinq cents hommes armés. Si vindrent une matinée 
» devant la villle de Symay (Chimai) et accueillirent toute la 
» proie dont ils trouvèrent grant foison ; car ceux du pays 

> ne cuydassent jamais que les Français deussent venir si 

> avant, ne passer les boys de Thyérache ; mais si firent et 
9 ardirent tous les faulicbourgs de Symay et grant foison de 
» villages les environs et presque toute la terre de Symay, 
» excepté les forteresses, puis se retrahirent dedans Auben- 
» ton en Thyérache et là départirent (partagèrent) leur pillage. > 

> Ce choix de la ville d'Aubenton, pour le dépôt et le par- 
tage du butin, devait lui être fatal. Après avoir consulté son 
parlement réuni h Moos, sur la vengeance qu'il devait tirer de 
ces prédédations, le comte de Hainaut rassembla un grand 
nombre de chevaliers et d'écuyers, auxquels il ordonna d'aller 
brûler Aubenton en Thiérache et la terre du seigneur de 
Bremus (3). 

» Instruit par les habitants d' Aubenton des intentions du 
comte de Hainaut, le grand bailli de Vermandois envoya à leurs 

(1) VHistoire du diocèse deLaon dit Braine et Baume. 

(3j Le même auteur dit Lor. Il prétend aussi que ces seigneurs firent cette 
expédition de leur chef; mais la préférence par^t devoir être donnée à la 
version de Froissart qui était contemporain et qui l'appuie de détails circons- 
tanciés empreints d'un cachet saisissant de vérité. 

(B) Ailleurs, l'auteur cité (Froissart) qui, en général, respecte fort peu 
Torthographe des noms de lieux dit: Brèmes» 

L'ordre de brûler ce lieu et Aubenton, dans la même expédition, et la promp- 
titude avec laquelle on verra tout-à-l'heure le seigneur de Bremus regagner 
sa terre, après la prise de cette ville, prouvent à la fois le voisinage de ces 
deux localités et le peu de distance qui les séparait l'une et l'autre de la fron- 
tière, circonstances qui pourraient faire hésiter entre Beaumé et Brunhamel. 



— 204 — 

secours (1) le sieur de Beaumont, seîgueurs de Bremus, dont 
on vient de parler, le vidame de Châlons, Mgr de la Bove, le 
seigneur de Loze ou Roze (2) et plusieurs autres, avec envi- 
ron trois cents hommes armés. Après avoir réparé les palis- 
sades qui faisaient toute la défense de la ville, ces seigneurs 
se disposèrent à la défendre. 

» Aubenton élait alors une ville bonne et grosse ^ dit Froîs- 
sart, et pleine de draperie. Un vendredi soir, ceux du Hainaut 
vinrent se loger près d* Aubenton et là, délibérèrent de quel coté la 
ville était mieux prenable. Le lendemain ils s*avancèrent en 
trois corps différents et en bon ordre. L'assaut fut dur et fort. 
Les arbalétriers blessèrent beaucoup de monde de part et 
d'autre. Le comte de Hainaut et s:\ troupe vinrent jusqu'à la 
porte du .leton où il y eut une forte escarmouche. Le vidame 
de Ghâlons, Tun des chefs des assiégés, se distingua par son 
intrépidité et fit, sur le lieu même, trois de ses fils chevaliers ; 
mais le comte de Hainaut et les siens ayant emporté la palis- 



cur Tapplication du nom dénaturé de Brèmes ou de Bremus ; mais Texis- 
ence d'un grand chemin communiquant de cet endroit à Aubenton fait pen- 
cher pour Brunhamel. C'est ce grand chemin que doit remplacer aujourd'hui 
la route départementale n^ 2 de Rozoy à Belle- Vue. U n'y a pas encore bien 
longtemps, les paysans du lieu et des alentours disaient plus souvent Béramé 
que Brunhamel. S'il en était de même au temps de Froissart , il se serait 
assez rapproché de cette prononciation, en écrivant : Brèmes. 

(1) Ici la version de Froissart diffère encore de celle de Dom Lelong, d'a- 
près lequel les chefs désignés par lé grand bailli se trouvaient déjà à Auben- 
ton. 

(2) C'est probablement du seigneur de Lor qu'il s'agit encore ici, comme 
plus haut ; car Froissart, parlant ailleurs du sire de Lor et d'autres qui défen- 
daient comme lui, Reims assiégée, en 1359, par Edouard, roi d'Angleterre, 
et au nombre des quels étaient le comte de Porcien et Huges de Porcien, son 
» fils, les qualifie tous de « barons, chevaliers et escuiers de la mareht de 
Reims, » Au reste, on s'étonne moins que le seigneur de Lor ait pris une 
part si active à la défense d' Aubenton malgré la distance qni séparait sa sei- 
gnerie de cette ville, quand on voit, au siècle suivant, (en 1427), Regnault de 
Lor, un de ces successeurs, fonder, avec sa femme, la chapelle d'Any qu'i\^ 
dotaient d'une rente du dix muids de grain. 

Hi%t, du dioc. de Laon, p. 61i. 



— 205 — 

sade, les assiégés durent repasser la porte. Toutefois, ce ne 
fut pas sans avoir opposé, sur le pont, une résistance opiniâtre 
et meurtrière. La porte de Ghimai était gardée par messire 
Jean de la Bove et raessire Jean de Beaumont. L'attaque et la 
défense furent aussi très-chaudes de ce côté ; ceux du Hai- 
naut enlevèrent enfin la palissade, puis le pont et la porte, 
malgré force projectiles de toute espèce qu'on leur lançait de 
la ville et qui leur faisaient beaucoup de mal. La prise des 
fortifications ne mit pas fin au combat ; en hommes décidés à 
vendre chèrement leur vie, le vidame de Ghâlons et plusieurs 
autres chevaliers et écuyers s'étant réunis sur la place, devant 
le momtier^ y plantèrent leur bannière et attendirent l'ennem' 
de pied ferme. 

Quant au seigneur de Brunhamel, qui avait pris une part si 
active au ravage de la terre de Ghimai, appartenant à Jean de 
Hainaut, l'un des chefs des assiégeants et oncle du comte de 
Hainaut, il ne jugea pas à propos de l'attendre, et il s'enfuit 
aussitôt, avec ses gens, devers Brunhamel. Aussitôt que Jean 
de Hainaut en fut instruit, il se mit à le poursuivre, avec son 
inonde. Mais le seigneur de Brunhamel ayant trouvé sa ville 
ouverte y entra précipitamment, et parvint ainsi à se soustraire 
à la vengeance de Jean de Hainaut qui l'avait suivi jusque-là 
répée au poing. Ce dernier, voyant son ennemi lui échapper, 
reprit en toute hâte le grand chemin devers Aubenton^ et ses gens 
y tuèrent un grand nombre de ceux du seigneur de Brunhamel 
qui le suivaient de loin. 

1 Les braves qui étaient restés dans Âubenton y trouvèrent 
tous la mort, ainsi que deux mille hommes au moins de la 
ville, qui fut pillée et brûlée, et dont les richesses, les grans 
avoiry dit Froissart, qui consistaient surtout en étoffes et en 
vin, furent chargées sur des charriots et des charrettes, et en- 
voyées à Chiraai. 

» Cet horrible massacre se fit presque tout entier, dans une 
rue étroite, appelée la rue Saint-Jean, qui tournait autour de 
l'église, et où la plus grande partie des habitants s'étaient 
concentrés, pour se mieux défendre. Cette rue a pris, de cette 



— 206 — 

catastrophe, le nom de rue du Sac (on prononce Sa, à Auben- 
ton), qu'elle a conservé, et qu'elle porte encore aujourd'hui. 

• Après avoir ruiné Aubenton, les Hainuyers campèrent et 
passèrent la nuit, au bord de la rivière qui traverse la ville, et 
le lendemain , iU se dirigèrent vers Maubert-Fontaine qu'ils 
trouvèrent sans défense et qu'ils livrèrent, comme Aubenton, 
au pillage et aux flammes. Ce fut ensuite Je tour d'Aubigny, 
de Signy-le-Crand, de Signy-le-Petit, du Châtelét, et, pour que 
la reprcsaille fiit complète, de plus de quarante villages ou 
hameaux des environs. 

On a vu, dans le récit delà prise d'Aubenton, que les com- 
battants qui Tavaient le plus vaillamment défendu s'étaient 
rassemblés, pour opposer l>*urs derniers efforts à l'ennemi, 
sur la place devant le moustier. . , Aubenton n'ayant jamais 
possédé d'abbaye d'aucun ordre, ei les monastères voisins, 
tels que ceux 'de Bucilly, de St-Michel et de Bonnefontaine, 
n'y ayant même poin de maisons de refuge, le moustier dont 
parle l'historien Froissart ne pourrait être que la léproserie 
ou que la maison de béguines qui existait dans cette ville, 
comme dans la plupart de celles du pays, et au profit de la- 
quelle on a vu précédemment un legs de vingt sols, contenu 
dans le testament de Pousilie, fille de feu Henri de Lniubercy. 
Mais il est probable que par ce nom de moustier fauteur a 
plutôt voulu désigner Téglise, qui est en effet bâtie sur la place 
publique, comme c'était l'usage au temps où il écrivait. C'est 
au reste ce qu'on fait encore dans les parties de la France où 
on parle allemand, et dans lesquelles les églises portent le 
nom de mtins^er (prononcez mouns^r), qui vient, comme mçus- 
tier, du mot latin monasterium, 

> La catastrophe de 1340 avait démontré l'insulSsance des for- 
tifications d' Aubenton, pour résister non-seulement à un siège 
en règle, mais même à un simple assaut. Les habitants résolu- 
rent donc de les compléter; mais ce qui leur restait de res- 
sources était loin de suffire à cette dépense. Us avaient obtenu 
du roi l'autorisation de lever, à cet effet, c une certaine impo- 
> sition, pourfermef *t clorre leur ville, sur tous les habitants 



> de et à trois lieues environs. > Celte concession souleva, 
toutefois, des résistances, et entre autres celle dJïrechon 
(Hirson), dont les habitants c se disoyent grevés indeument, 
k comme ils ne vinssent à ressortir à Aubenton, ne y avoir 

> refuge ni sauvement avec nos ennemis » (parce qn*ils n^ 
ressortaieni pas d^Aubenton, et qa*en cas d'invasion de Ten- 
nemi cette place ne pouvait pas leur offrir de refuge). Leur 
réclauiation fui admise, et, par lettres royaux du 3 décembre 
1348, Philippe de Valois ordonna ù Gilles de Malie, procureur 
de ceux d'Aubenton, f de délaisser la poursuite et demande 
» de la dite imposition sur les dits complaignans, sauf à la 
» maintenir envers les aultres du pays de delà (1) » 

M. PiLLOY lit un travail sur les fouilles faites à Lizy ou 
champ des Luziaux. 

Messieurs, 

On a souvent dit que les découvertes archéologiques sont 
presque toujours dues au hazard, ce. grand inventeur , et que 
lorsque Ton fait des recherches, des fotiilles, pour Téclaircis- 
semont de probabilités, on a souvent des déceptions. 11 
n'en est cependant pas toujours ainsi , témoin les fouilles si 
concluantes du camp de Mauchamps et celles toutes récentes 
du Champ des Lusiaux de Lizy (près Anizy). 

Ce sont de ces dernières que nous allons vous entretenir , 
mais auparavant, nous allons faire connaître les circonstances 
qui ont appelé l'attention sur ce champ et ont déterminé à y 
entreprendre des fouilles. 

Parmi les personnes qui nous entouraient lorsque nous fai- 
t^ionsPexploration des tombes de Chaillevet, était un ouvrier de ce 
village, qui nous disait qu'à une certaine époque, en labourant 

(1) Pans le manuscrit cité, qui n'est qu'une copie des lettres de 1348, on 
lit bien delà ; c*nst aussi la version de M Gocherie, au tome II de ses Ex- 
traits des manuscrils de Picardie^ p. 601 ; mais il est présumable que l'ori- 
ginal porte depa^ qui est plus rationnel et plus équitable. 



— 208 — 

dans le champ des Lusiaux de Lîzy , il avait heurté une dalle 
de pierre avec le soc de sa charrue ; qu'ayant soulevé cette 
dalle il avait découvert un cercueil de pferre renfermant un 
squelette. M. le Président dont Fattention avait déjà été éveillée 
par ce mot Lusiaux (1) dont la signification lui était bien con- 
nue demanda quelques renseignements sur ce champ, et il ne 
douta pas un seul instant que le lieu dont il était question ne 
fût un cimetière de l'époque mérovingienne. 

M. l'Instituteur de Chaillevois qui prenait un grand intérêt 
à ces fouilles dont il avait été Tintelligent instigateur» assistait 
a cet entretien. La contagion le gagnant il résolut quelques 
jours plus tard de s'assurer de visu de la réalité des faits , et 
muni d'une bêche il se rend à l'endroit bien connu de lui pour 
l'avoir parcouru dans sa jeunesse et fouille au beau milieu du 
champ. Le hazard qui n'en fait jamais d'autres, le fait tomber 
sur une sépulture qui lui fournit pour récompenser sa dé- 
marche , un collier composé d'admirables verroteries et de 
médailles romaines. 11 y retourne , nouvelles trouvailles de 
collier, fibules, boucles, fragments de style, vases , etc. Il se 
hâte alors d'en informer M. le Président que l'occasion amène 
bientôt ù Chaillevois et qui obtient du propriétaire M. Geslain, 
l'autorisation de faire procéder à une exploration sérieuse. 

Avant d'aller plus loin nous demanderons la permission de 
dire quelques mots sur la position de ce cimetière ; nous dé- 
crirons ensuite les objets mis à jour et nous terminerons par 
quelques considérations générales. 

Le champ des Luziaux de Lizy , comme la plupart des ci- 
metières francs de notre pays, se trouve sur un petit plateau 



(1) Luself Luseau, en Picard Lusiau vient de Lucellus (basse latinité) voici 
ù ce sujet ce que dit Ducange au mot Loculus. 

Loculus — Feretrum, in quo cadaver mortui depoaitur. (Isidorus lib 20 
orig. Cap, 9.) — Locellus. — Diminutivum a Loculus.— Lucellus j^ro Locellus 
(Gloss Gr. Lat. M S.) /i»wccWi plupaliter tantum declinaturLucc/it.— Z.MCtt//Mm 
Lucellum^ atque inde Luseau , eodem significatu mutuati Galli. Locus. pro 
sepulcro, seuloco sepulcri, ocurrit passim, in vet, inscriptionibus prœsertim 
apud Thomam Reinesium. 



P/.A 



— 209 - 

dépendant du prooionloire qui sépare cette commune de Mer- 
Ueux ; il est placé sur le bord extrême du talus de la montagne 
au pied de laquelle est bâti Lizy. Il a une légère pente de Test 
à l'ouest et son exposition est le sud-ouest. 

Quoique moins splendide que celui de Chailvet , le paysage 
qui l'entoure est cependant de toute beauté. On domine de là 
toute la vallée de TAilette dont on peut suivre le cours depuis 
Chevregny jusque dans les lointains de Coucy. En face ver- 
doient lei bois si pittoresques de Pinon et un peu plus loin , 
au milieu de la prairie qui s'élargit tout-à-coup, se répandent 
çà et là Anizy et ses dépendances , fermes entourées de bos- 
quets , usines aux hautes cheminées , moulins se mirant dans 
de vastes étangs qui reflètent le ciel, les arbres et les rustiques 
habitations qui les entourent. 

Le sol est composé sur près d'un mètre de profondeur , 
d'une terre arable composée d'une argile sablonneuse, jaune, 
très-tenue, mélangée de calcaire. Le sous-sol dans lequel re- 
posent les tombeaux est un tuf calcaire tantôt jaunâtre, tantôt 
blanc qui dépend de l'une des couches inférieures du calcaire 
grossier. Toutes les sépultures sont orientées de l'ouest à Test 
suivant l'usage. On ne peut dire précisément qu'elles soient 
alignées; elles le furent probablement dans le principe, mais 
comme nous le verrons , l'ordre a été troublé plus d'une fois 
par des inhumations d'un autre âge. Leur profondeur est va- 
riable ; on rencontre quelquefois des tombeaux presque à 
fleur du sol , mais cependant ils sont généralement de 0,80 à 
1 ,20 de profondeur. 

Une portion bien peiile du cimetière a été fouillée si on la 
compare à son étendue apparente Nous ne savons si d'autres 
recherches, en apportant de nouveaux faits feraient changer 
notre opinion , mais jusqu'ici nous avons pu reconnaître trois 
genres distincts de sépultures; de là, trois époques diff'érentes. 

Nous avons dit que l'Instituteur de Chaillevois avait trouvé 
différents objets en creusant, d'abord au hazard, puis en sui- 
vant deux alignements du nord au sud. Une sépulture lui a 
fourni un collier de treize grains, tous d'une parfaite conser- 



— 210 — 

vatioa. Ce sont toujours. (Voir Planche B.) des barillets dont 
Il tranche est sillonnée de zig-zags d'une pâte blanchâtre in- 
( rustée dans la matière vitreuse rouge qui constitue presque 
tous les grains du collier ; des grains de verre verdâtre sphé- 
Tiques ou godronnés, de terre grise vitreuseet tachés de cou- 
leur jaune, rouge ou noire, tantôt superposée, tantôt formant 
des lignes parallèles ondulées. Trois grains méritent une des- 
cription particulière. L'un sphérique, de pâte presque noire 
ost orné de palmes jaunes d'ne grande finesse ; l'autre est 
formé d'un noyau de pâte rouge autour duquel on a contourné, 
an moment de la fusion, une bande d'une autre pâte zébrée de 
noir et de blanc, de manière ù lui donner l'aspect d'un toton. 
Le 3^ enfin ne peut être qu'une amulette (nous en avons vu 
un semblable â Chailvct). C'est un grain cylindrique de verre 
jaunâtre, muni d'une appendice en forme d'aile qui lui donne 
une apparence tout-à-flût fantastique. 

Une seconde sépulture a donné un collier non moins inté- 
ressant. Ce sont d'abord plusieurs petits grains d'une pâte fine 
imitant le corail , zébrés et tachés de jaune ou de blanc ; des 
barillets de verre vert ornés de zig-zags; des grains sphériques 
ou ovales, jaunes tachés de rouge ou de blanc ; un cube de 
verre vert bordé à toutes ses arêtes et diagonalement de pâte 
jaune de chrome ; une amulette , morceau foré et informe de 
réisine d'une couleur rose qui rappelle celle du chromate de 
potasse et enfin, un rarissime grain de la grosseur d'une petite 
noix, malheureusement brisé à demi, composé de cubes réunis 
par un ciment rouge ; ces cubes d'une finesse de travail éton- 
nant sont disposés en damier et représentent alternativement, 
les uns, un second damier imperceptible tant les fils de verre 
jaunes et noiis qui le constituent sont tenus, et les autres, une 
rose dont le calice est formé de trois petits cercles concen- 
triques , rouge au centre , puis jaune et vert ; les pétales 
blancs , au nombre de six ou sept, sont noyés et fondus dans 
une pâte d'un bleu outremer. Nous avons figuré ce fragment 
grossi au double sous le n® 7 de la Planche B. On est vérita- 
blement dans la stupéfaction lorsque l'on voit que le peuple 



^ 



lîï\»,ki>^;vs^. 



- 211 — 

franc, jusqu'à présent considéré comme ù demi barbare, étaii 
aussi avancé dans un art qui naguères était soi-disant dans 
Tentance ; on se demande comment il pouvait produire 
des objets qui passeraient encore aujourd'hui, avec juste raison, 
pour des merveilles. Au collier étaient ajoutées trois médailles 
romaines percées près de la tranche ; deux sont de moyen 
bronze et la 3« de petit bronze. Ce dernier est tellement oxidé 
qu'il est impossible de le déterminer ; on distingue cependant 
une tête radiée et au revers un génie. Il est évidemment du 
bas empire. Les moyen > bronze sont de deux empereurs con- 
temporains; Tun fournit le type de Constantin-le-Grand avec 
cette exergue. IMP (erator) CONSTANTINVS P (ius) F (élîx 
AVG (ustus). Sur le revers on voit le soleil debout , la main 
droite levée et nn globe sur la gauche , à l'exergue : SOLl 
INVICTO COMITI.Le second est de Maximien Hercules. L'avers 
présente le type de cet empereur , tête laurée ; à l'éxergue : 
IVîP. C (œsar) M (arcus) AVREL (ius) VAL(erius) MAXIMIANVS. 
P(iu8) F (élix) AVG (ustus). 

On sait que Constantin-le-Grand fut étu empereur en l'an de 
Rome 1059 (306 de J.-C.) et mourut en 1090. Il avait épousé la 
fille de Maximien Hercules, associé lui-même à l'empire par 
Dioclt^tien en 1039 (286), que Vaximien,s*étrangla en 1063 (310) 
pour échapper à la mort ignominieuse à laquelle il avait été 
condamné pour avoir voulu attenter à la vie de son gendre. La 
Gaule fut témoin des divisions de ces princes ce qui explique 
la fréquence des découvertes de leurs médailles dans notre 
pays. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ces pièces ne 
donnent aucune date à la sépulture ; la preuve c'est qu'elles 
étaient déjà un objet de curiosité pour les francs qui s*en pa- 
raient en guise de colliers ou de bracelets. 

Avec ces colliers et aussi dans d'autres sépultures il a été 
trouvé : une boucle d'oreille en laiton, un cure-oreille de même 
métal , contourné en vis à sa partie supérieure, un anneau de 
bronze très-commun, deux fragments de style , une boucle 
carrée en bronze (n« 6 PI. A) munie de son ardillon, boucle 
ornée de sillons pointillés et zig-zagués ; plusieurs ann-^aux 



— 212 — 

en fer trèsoxidés, de 3 ù 4 centimètres de diamètre ; un vase 
en terre noire ù panse élargie et col rélré<:i comme on an ren- 
contre partout ; une fibule ronde de deux centimètres de dia- 
mètre dont la base est de fer ; (voirn^^il. Pi. A) cette (ibulc est 
formée de petits morceaux de verre recouvrant des paillons 
qui leur donnent Taspect de grenats. La bordure et les cloi- 
sons sont d'argent et le centre est formé d'un morceau de 
verre carré , vert émeraude ; l'ensemble figure une croix à 
branches égales dont deux se terminent carrément , les deux 
autres branches'sont légèrement angulaires ; un bracelet (q^" 
1 . PI. A) de forme ovoïde , en bronze dont les extrémités ren- 
flées sont ornées de zigs-zags entrelaci^s , de croix de saint 
André et de pointillés ; enfin, la découverte la plus intéres- 
sante qu'il ait faite est celle d'une petite fibule de bronze de 
deux centimètres et demi de longueur , représentant en demi 
bosse un bœuf passant, d'une assez belle exécution ; (voir 
Ph A n*" 5) les cornes sont redressées » le fanon très-ample ; le 
flanc et la croupe sont décorés de petites pierres ou émaux 
ronds» noirs, jaunes et rouges, disposés symétriquement; les 
yeux ont dû recevoir de ces pierres mais il n'en reste plus que 
l'emplacement. C'est somme toute , un véritable jo> au. 

Dans les terres on a retrouvé depuis, une agrafe en bronze 
de 10 à 11 centimètres de longueur ; (n^ 6. PI. B) la plaque est 
oblongue, terminée en demi-cercle d'un côté et carrément vers 
la boucle ; les bords sont découpés symétriquement et elle est 
couverte d'entre-lacs imitant une natte. Une bordure grecque 
la décore à sa partie carrée , elle est en outre ornée de trois 
clous auxquels ne répondent pas les trois pitons qui se trou- 
vent à sa partie postérieure. La boucle est aussi en bronze 
ainsi que l'ardillon dont la tête porte en creux une croix de 
saint André. 

Nous allons maintenant faire connaître le résultat de nos 
fouilles. 

Dans la première sépulture que nous avons découverte le 
cadavre était à nu dans une tombe creusée de 0,30 à 0,35 cen- 
timètres dans le tuf; il était recouvert au moyen de deux dalles 



— 213 - 

(le pierre brute. Nous n'avons remarqué qu'une petite boucle 
ovale en fer 1res oxidé , placée à la ceinture. Les mains , 
comme nous Tavons constaté d'ailleurs pour tousles squelettes, 
étaient croisées sur le bassin. Cette sépulture n'était évidem- 
ment pas de la première époque , car nous avons remarqué 
que la terre qui la recouvrait était mélangée de débris d'osse- 
ments, et de vases provenant d'uae inhumation antérieure. 

Après plusieurs recherches infructueuses, nous avons repris 
l'alignement d^jà exploré par l'instituteur et découvert une 
tombe de pierre de la forme ordinaire dans laquelle nous 
avons trouvé un squelette , mais sans te moindre objet. Cette 
tombe était entourée d'ossements et de débris de vases. Plus 
loin vers le nord s'est montrée une sépulture sans cercueil de 
pierre. Le squelette qui reposait sur le tuf était celui d'une 
femme, morte dans toute la force de l'âge. Voici les différents 
ornements qui l'accompagnaient. D'abord , sur la clavicule 
gauche verdie par l'oxide, un petit style de bronze d'une ori- 
gine évidemment romaine. Nul doute que cet instrument ne 
dût servir d'épingle pour maintenir la chevelui*e. Cette circons- 
tance nous explique la fréquence des découvertes d'objets ro- 
mains dont les sépultures mérovingiennes , découvertes qui , 
dans un certain cas, leur ont fait supposer à tort, une origine 
gallo-romaine. Ce sont tout simplement des ornements , des 
ustensiles appropriés par les conquérants à leur usage sans 
qu'ils se fussent inquiétés de leur primitive destination. Ce 
qui vient encore à l'appui de notre opinion , c'est que le style 
n'a plus ses proportions ordinaires ; sa longueur a été diminuée 
et la pointe grossièrement refaite, sa dimension ayant proba- 
blement été trouvée trop grande pour l'usage auquel on le 
destinait. 

Ces remarques, futiles en apparence, ont cependant leur va- 
leur et font sentir la nécessité de faire des fouilles minutieuses. 
Telle question sera longtemps et peut-être toujours enveloppée 
de mystères, qui aurait été résolue sans effort si des obser- 
vations eussent été faites à son origine ; elles prouvent aussi 
qu'il faut toujours se défier de ses propres inspirations et qu(: 



— 311 — 

lorsque l'on a le moindre doute, il faut attendre avant de con- 
clure , que de nouveaux faits viennent sanctionner les idées 
qu'ont fait surgir les premiers. Ici par exemple, un style trouvé 
dans un tomboau n*apporte-t-il pas avec lui Tidée que le dé- 
funt êlait un érudit ? ces trouvailles se répétant ne font-elles 
pas douter de Texactitude des écrits des rares auteurs con- 
lomporains de ces peuples, nous les dépeignant comme igno • 
rant d'une manière absolue les éléments mêmes des sciences 
et des arts ? Eh ! bien une simple observation , la découverte 
de certain objet ici plutôt que là , fait écrouler tout-à-coup 
réchafaudage de suppositions que Ton avait ékibli à grand 
renfort d'érudition. 

A l'annulaire de la main gauche , nous avon^ trouvé une 
bague de bronze (n<* 8. PI. A) dont le chaton, ovale , mince et 
plut est orné d'une croix pâtée, gravée en creux et percée au 
centre. Sur l'os iliaque gauche se trouvait un ornement cir- 
culaire de ceinturon, en bronze , de 7 à 8 centimè:res de dia- 
mètre muni d'une appendice en forme de boucle, (voir n<>9. PI. A ; 
Cet ornement fort mince comparativement à ses dimensions 
est découpé de manière à figurer un ^ croix pot ncée. Tn poin- 
tillé règne sur tous les contours ainsi que sur la croix. Deux 
aiguillettes de bronze, (n"" 13. PI. A) qui terminaient probable- 
ment la ceinture, reposaient près de cet objet et sont ornés 
de plusieurs rangs de points. Le long du fémur gauche se 
trouvait un couteau qui s'est brisé au toucher. A la hauteur des 
genoux nous avons trouvé deux disques de bronze très-minces 
de trois centimètres de diamètre , convexes et percés sur le 
bord extrême, de trois petits trous également espacés. Était-ce 
un ornement, un a:!cessoire du manteau ? c'est ce que nous ue 
pouvons préciser. Deux semblables disques, exactementde la 
même dimension et de la même facture ont été trouvés à 
(^hailvet , mais malheureusement c'est l'ouvrier qui les a dé- 
couverts ; ils n'apportent donc pas la moindre lumière sur la 
question. Sur chacun des pieds se trouvait une petite agrafe 
en bronze argenté ou élanié (n^ 7. PI. A) qui servait certai- 
nement a assujettir la chaussure à la jambe au moyeu d'une 



— ^215 — 

courroie dont nous avons pu parfaitement constater les restes. 
La boucle n'est pas articulée comme on le remarque dans les 
agrafes de plus grandes dimensions , elle fait corps avec la 
plaque. L'ardit'on est en fer , cet ornement se fixait à la 
courroie au moyen de deux petits pitons venus à la fonte et il 
a pour toute décoration trois p<>tits cercles centrés disposés en 
triangle sur la plaque. ^ 

A un mètre plus loin vers le nord, nous avons mis à jour une 
sépulture double, toujours sans tombe de pierre. Cétuient 
deux hommes d^une remarquable force, de«ix guerriers si nous 
en jugeons par les objets qu'ils ont emporte av<'C eux. 

L'un avait à gauche de la télé une lance ou framée en forme 
de feuille de saule, de 55 centimètres de longueur, (n"* 9 PI. B) 
la douîle est creuse pour recevoir la hampe qui était encore 
assujettie par un anneau en fer maintenu au corps de lance au 
moyen de deux petites tiges également en fer. A la ceinture se 
trouvait une agrafe ou une fibule en bronze tr<^s-mince munie 
de clous argentés qui s'est brisée aut oucher; au même endroit 
nous avons recueilli tout un arsenal d objets ; ce sont : 3 mé- 
dailles romaines , dont deux de petit bronze complètement 
frustes ; la 3* est en billon (moyen bronze) no js l'avons re- 
connu être un Valérien. L'avers présente le type de cet em- 
pereur , tête radiée , énergue : IMP.. C (œsar) P (ublivs) 
Lie (inivs) VALERIANVS AVG (vstvs). Valérien fut proclamé 
empereur Tan 4006 de Rome i253 de J.-C.) Une tige de fer de 
40 centimètres environ de longueur, recourbée à l'une de ses 
extrémités, ayant servi de briquet. Avant l'invention des allu- 
mettes chimiques, on en trouvait de toutes semblables chez les 
habilanls des campagnes. Un morceau de silex, delà forme 
d'une pierre â fusil , sur lequel on distingue encore parfai- 
tement les dentelures résultant de la percussion. — Une 
machine à percer , en fer , qui par sa forme , rappelle nos 
vrilles. — Un petit dard de flèche en silex gris -blanc , de 25 
milimètres de longueur d^un remarquable travail, (n^* 4, 2, 3 
et 4. PI. B.) 

L'autre squelette avait sous la tête un couteau et sous les 

ic 



— aie — 

reins un scramasaxe (n* 40. PI. B) de 35 ceDtimèlreâ de lon- 
gueur compris la soie , la pointe est légèrement évasée , 
ce qui lui donne une ressemblance avec un couteau de chasse, 
particularité qui ne se rencontre pas souvent. Il existe sur la 
lame deux entailles dans le sens de la longueur; en se réunis- 
sant vers la pointe elles reproduisent avec de moindres Jimen- 
slous, Timage de cette arme. La poignée était de bois mais le 
fourreau était en cuir^ dont nous avons pu conserver quelques 
fragments adhérents aux clous de la garniture de bronze qui 
le consolidait du côté de la pointe. A la ceinture, du côté 
gauche nous avons trouvé une agrafe en fer très-oxidée. 
{o? 5 PI. B) La plaque est circulaire, ornée de trois clous de 
bronze disposés en triangle ; la boucle est ovale et s'articulait 
avec la plaque et Tardillon au mioyen d^appendices recourbées 
sous la plaque formant charnières. Cette agrafe é ait complè- 
tement couverte de rouille , mais sous cette rouille que nous 
avons enlevée sont apparus des entre lacs, des arabesques, des 
bordures d'argent plaqué. L'ensemble de Tornement devait 
être très-riche d'effet. Ce sont trois bordures , l'une de zig- 
zags et deux de grecques , une quatrième un peu plus large 
que les autres e&t formée d'entrelacs de deux sortes répétés 
alternativement, puis au centre , uu plus grand entre-lac qui 
malheureusement est détruit. L'ardillon répétait cet ornement; 
rentre-lac de la tête est parfaitement conservé. La boucle 
était ornée de fils d'or et d'argent disposés tra^isversalement. 
Faisons remarquer en passant que l'un des squelettes n'avait 
que neuf alvéoles et par conséquent neuf dents seulement à la 
mâchoire inférieure. Les incisives et les canines seules exis- 
aient. Nous laissons aux hommes de Tart le soin d'expliquer 
cette anomalie que nous n'avons jamais rencontrée. Uu témoin 
des recherches de Tiusiituteur nous a assuré avoir remarqué 
déjà une mâchoire toute semblable. 

Des rigoles ouvertes dans le sens de l'alignement ayant dé- 
montré que la sépulture s'arrêtait à ce point , du moins sur 
quelque distance, nous avons repris le second alignement. 
Plusieurs tombes ont été ouvertes , mais elles ne contenaient 



rien que des corps. Une seule nous a montré un squeleitt^ 
donr la tête et les membres inférieurs seulement étaient en 
place. Un vase de terre noire , de la forme la plus commune, 
orné de zig-zags, reposait à droite de la tête. Cette sépulture 
â évidemment été bouleversée lors du dépôt d'un cercueil de 
pierre qui se trouvait placé Immédiatement au nord. 

Celui-ci, de i m. à i m. 20 de long, légèrement élargi vers 
la tête était recouvert d'une seule dalle de pierre. Il était rem- 
pli de terre par infiltration et contenait les restes d'un enfant 
de 5 à 6 ans. Nous avons trouvé sur 1 1 poitrine une fibnle cir- 
culaire, d'un travail assez barbare, figurant une rose à huit 
pétales, (oMS. PI. A) dont quatre sont formées de petites lames 
de cuivre pointiliées et quatre de verrt s blancs qui recou- 
vraient probablement dans l'origine, des paiilone destinés à 
leur donner l'aspect de pierres précieuses. Ces plaques et 
verres n'étaient ni sertis, ni cloisonnés, mais seulement noyés 
dans un mastic grisâtre que maintenait uoe virole entourant 
la fibule. Au poignet gauche était uu bracelet (n» 10 PI. A) de 
quatre centimètres environ de diamètre, légèrement ovale, en 
potin d'une parfaite conservation ^H n'est nullement oxidé et a 
conservé son élasticité; la tranche est garnie d'un pointillé. Sur 
la poitrine, le bassin et jusqu'aux genoux, nous avons ramassé 
onze gra'ns de collier , tous d'une grosseur et d'une beauté 
peu ordinaire ; ce sont quatre barillets de pâte, rouge à la 
tranche ornée de zig-zags , deux grains plats, sur la tranche 
desquels on a app^qué divers empâtements de couleurs dif- 
férentes qui les rendent de forme pentagoûale, un cube de 
verre rougeâtre couvert de taches jaunes, trois grains ovales 
rayés ou enguirlandés de blanc, noir, vert, rouge, etc. et enfin, 
un barillet Oi né sur la tranche d'oadulation > noires et blanches. 
A la droite de la tête, était un vase de verre verdâtre en forme 
de cloche, (n» i. PK A) de 10 à il centimètres de largeur; 
le bord de l'ouverture est terminé par un bourrelet formé 
de deux filets. Nous ferons remarquer que nous avons trouvé 
avec les grains du collier, un moule calcaire de cylherea 
comme on en rencontre tant dans les carrières situées à 



— 218 — 

quelque distance. N'était-ce pas un jouet de Tenfaut enseveli 
avec lui ? ce qui est certain, c'est que le tombeau était hermé- 
tiquemeut fermé ; rien n*a pu s'y introduire, sinon une ai^ile 
sablonneuse très-fine. 

Une tombe de pierre et plusieurs sépultures à nu dans le 
tuf n'ont montré que des squelettes. 

Enfin y une derniè< e fouille eflTectuée dans un endroit que 
Ton avait négligé faisant partie du I*' alignement exploré nous 
a montra un squelette sans ornements ni armes , mais avec 
deux vases ; l'un, de verre , placé à droite de la tête est vrai - 
ment remarquable tant sous le rapport de la forme que sous 
celui de la finesse et de la couleur de la matière qui le cons- 
titue, (n"" 3. PI. A) Sa forme n'est cependant pas inédite , elle 
est apparue dans les sépultures de Mons-en-Laonnois; M. l'abbé 
Cochet en a aussi découvert dans la Normandie mais elle est 
assez rare ; c'est une espèce de cloche terminée en pointe que 
décor« un bouton et dont la panse est rétréc'e suivant une 
courbe très-gracieuse. Ce qui est nouveau selon nous, 
c'est sa couleur d'un jaune verdâtre éclatant, et les cannelures 
dont la panse est revêtue. Malheureusement nous n'avons que 
la partie postérieure ; le reste a été brisé par l'ouvrier. Entre 
les tibias se trouvait le second vase. C'est une écuelle en terre 
brune de quinze centimètres environ de diamètre, (n*'^ PI. A) 
dont la pause est légèrement renflée , et qui est évidemment 
un vase culinaire, car on distingue encore parfaitement la trace 
noire produite sur l'un des côtés , par le feu auquel il a été 
exposé. 

De l'ensemble de ces faits , nous croyons pouvoir déduire : 

4® Que les sépultures étaient sans exception , orientées de 
l'ouest à l'est. 

S"" Que primivement , elles étaient alignées du nord au snd 
et espacées entre elles d'un mètre environ. 

3^ Que les plus anciennes sont celles où le corps est , armé 
et muni de vase (c'est ainsi que nous avons toujours trouvé 
celles que recouvrait une terre vierge de débris.) 

A^ Que ces premières ont été bouleversées eu difl(érenis en- 



— i49 — 

droits pour y inhumer des corps habiUés et ornés seulement, 
et sans vases. (La terre est alors mêlée de débris d'ossements 
et de poteries noires.} 

5« Qu'enfin ces dernières ont été détruites à leur tour et 
remplacées par d'autres où le corps était rendu à la terre nu 
comme il était entré dans la yie. 

Maintenant , à laquelle de ces époques placerops-nous les 
cercueils de pierre ? (Les Lusiaux comme on les nomme dans 
le pays.) Sur cinq ou six que nous avons explorés , un seul 
(celui de renfant) nous a fourni une sépulture ornée et habillée, 
mais autour des autres r^ous avons constamment remarqué des 
ossements, des débris de vases. Ont-ils servi à inhumer suc- 
cessivement plusieurs générations ? nous avons lien de le 
penser. Il n*est pas certain cependant , qu'ils appartiennent à 
un seul âge et nous croyons que le cercueil de pierre a tou- 
jours été le signe d'une sépulture moins commune , réservée 
aux notabilités , aux riches surtout , car bien qu'étant faits de 
pierre tendre facile à tailler, ils ne devaient pas laisser que de 
causer une certaine dépense que tout le monde ne devait pas 
pouvoir supporter. Lors des secondes inhumations , au lieu 
d'aller chercher des tombeaux à grands frais, n'est-il pas plus 
rationel de penser qu'on a utilisé ceux de l'époque précédente ? 
Des auteurs pensent que la vaste étendue de certains cime- 
tières provient du respect que les francs avaient pour les morts 
et qu'on a été longtemps avant d'oser troubler la cendre des 
ancêtres par de nouveaux dépôts. Ceci ne peut s'appliquer à 
Lizy où des sépultures habill<^es et ornées ont certainement 
remplacé de précédentes du même genre. Puisqu'on le faisait, 
nous en sommes certain , lorsque les corps étaient à nu dans 
le tuf, pourquoi n*aurait-on pas opéré de même pour ceux qui 
se trouvaient dans lès cercueils de pierre ? Nous croyons même 
que ces derniers étaient recherchés et que c'est à cette causr 
qu'on doit la rareté des découvertes dans cette espèce de sé- 
pultures. Nous ferons observer de plus , que souvent , on a 
pieusement réintégré les ossements dans les cercueils. Nous 
en avons vu qui renfermaient , outre un corps en place , les 



— 220 — 

ossements de deux et quelques fois trois autres , rejetés sans 
aucun ordre. Ne sont*ce pas évidemment les premiers hôtes 
de ces funèbres demeures ? 

Mais nous le répétons, ce ne sont que des suppositions. Es- 
pérons que de nouvelles fouilles viendront jeter quelque jour 
sur cette question ainsi que sur beaucoup d'autres qui sont 
encore dans l'obscurité. 

M. Matton donne lecture de quelques lettres extraites des 
archives du dépôt de la guerre et qui se rapportent au siège 
de Guise en 4650. Elles émanent de Dqplessis-Praslain , quf 
a joué un rôle à cette époque et donnent quelques détails 
curieux. 

10 Juillet 4650. 
€ MpifSlBUR , 

> Les ennemis sont tousjoufs au poste qu'ilz prirent en 
quittant Guise. Je ne scay quel peut <^stre leur dessein après 
quils auront un peu remitz leur infanterie, si ce n'est d'entrer 
un peu plus avant en France quand les bledz seront meurs on 
Je rassièger Guise ou quelque autre place de cette frontière. 
Pour moy je croirois aussytost qu'ilz se sépareront et que 
l'archiduc entreprendra sur quelqu'une de Flandres et que 
M. de Turenne viendra faire moisson en Champaigne et garnir 
Stenay ; mais il est malaisé de deviner. 

> La nécessité sera bientost très grande parmy nous , le 
bled nous va manquer dans quatre ou cinq jours. Il n'y a pas 
de quoy en munir les places et sy cette demye monstre ne 
vient bientost dont on a tant faict de bruict* on verra un notable 
changement dans cette armée.Ce sera une désertion gépéralle 
d'officiers et de soldats que l'on doibt, ce me semble, éviter 
avec grand soing en cette occasion. Je scay bien qu'il y a 
grande peitfe à trouver de l'argent , mais aussy crois-je estre 
obligé de vous dire le véritable estât de choses et combien il 
est périlleux dans une saison comme celle -cy d'en promettre 
aux gens de guerre que l'on ne peut ou qu'on na pas dessein 



— 221 — 

de leur donner. En tout temps il n'y a gueres de réthorique 
assez puissante pour persuader la nécessité et dans celui - cy 
où les esprits sont assez desbauchez , c'est les a>grir encore 
que de s'en vouloir mettre en peine et je vous supplie , Non- 
sieur y que je sache véritablement ce qu'il y a à espérer pour 
cela aOln que j'y règle ma conduitte. 

» Vous êtes assez bien informé qu'il u'y a point d'argent 
pour les despeiises ordinaires de l'armée qui ne sont pas 
petittes et desquelles enfin on ne se peut passer ; j'ay faict ce 
que j'ay peu jusques à cette heure , je ne puis pas continuer 
et sy dans peu on ne m'envoye de l'argent , il fault que je 
quitte l'armée , je ne puis -trouver à en emprunter de per- 
Stonne, outre ce!a je n*en ay pas 1$ volonté. Je suis assez ruiné 
sans y adjoucter epcore quelque chose et l'on me traitte d'une 
fassun qu'a mons d'esfre tout-à-fait insensible je ne puis 
qu'estre extrêmement picqué.Âvantla levée du siège de Guise, 
j'avois quatre à cinq foys le jour des lettres de Monsieur le 
Cardinal , depuis qu'il croit estre en seureté de ce costé-là , il 
ne ma pas faict une recommandation ; pleust à Dieu qu'il 
n'eust plus affaire de moy , ce seroit une^narque que la cam- 
paigne serait finie et que j'aurois subject d'espérer le repos 
que j'ay bien à souhaitter puisque le travail m'est sy inutile. 
On dit que Monsieur d'Espernon se doibt trouver à Bloys , 
cela me donne bien de la joye, croyant qu'aussytost qu'il sera 
arrivé il passera au commandement de cette armée que je luy 
remettray volontiers. Il trouvera les affaires en meilleur estât 
qu'on ne me les a données , mais il importe qu*il vienne 
promptement avant que les ennemis ayent commencé d'agir 
affîn quil aye le temps de se reconnoistre. Je vous supplie 
encore une foys. Monsieur, de faire envoyer de l'argent pour 
les menues despeiises, sans quoy je vous asseure que tout ira 
en désordre , quant au pain vous scavez s'il est nécessaire et 
sy je puis demeurer dans Tarmée sy l'on ne me donne de 
quoy y subsister, vous protestant qu'encores qu'on ne m'en- 
Toyast point relever je la quitteray sy je n'ay de quoy soutenir 
ma despense. Le pis qu'y m'en puisse arriver est d'estre mict. 



— 222 - 

dans la b:.slille où l'on me nourrirai; c'est une belle ressource 
pouk un honime qui sert le Roy depuis trente-quatre ans dans 
ses armées. Je ne yeus pas croire estre assez malbenreux 
pour n'estre pas plainct de vouh; c'est une de mes principalles 
consolations. Ce m'en sera encore une plus grande sy vous ne 
croyez autant que je suis , 

» Monsieur, 
» Votre très-humble et très-affectionné senriteur , 

• Plbssis-Praslin. 

) Au camp de Ribemont le 10 juillet 1650. » 

(Dépéi de la Guerre, — Correepandance militaire //S, ^339.) 

n jain 1650. 

c Monsieur » 

• J'avoîs creu que pendant vostre s«^jonr à Pari« je n'anrois 
point l'occasion de vous tourmenter , mais pour ne l'avoir pas 
faict jusques à cette heure on me juge fort coulpable puis- 
qu'on croit qu'ensiéîtte de mes sollicitations vers vous et Mon- 
sieur Lesur , intendant , nous aurions eu à l'armée tous les 
bledz dont nous manquons. Le premier mal qui nous en 
arrive es^t le siège de Guise ou je n'ay peu continuer d*y tenir 
Monsieur d'Hocquincourt avec le corps qu'il commande et qni 
l'auroit empesché , fautte d'y avoir de quoy l'y nourrir. Nous 
sommes dans la m^sme peine pour Saint-Quentin parce qu'on 
ne nous apporte du grain que pour la journée. Geluy qui en 
doibt faire les cbaroitz n'ayant» à ce qu'il dict, point d'argent; 
tellement qu'on est forcé à se servir des chevaux que Tyran a 
levf'z qui ne sont pas suffisantz pour porter après l'armée ce 
qui y est nécessaire et envoyer de tous les costez d'où Ton tire 
le bled ; les autres places de la frontière sont dans cette 
roesme disette. La Capelle et Rocroy, qui sont celles qui 
courent plus de fortune sy nous perdons Guise, n'ont pas pré- 
sentement de quoy vivre pour quinze jours. Dans La Fère, il 
n*y en a pas un grain ny mesme pour l^s habitantz. Laon et 



- 223 — 

Ham sout de mesme et le peu que nous avons dans Saint- 
Quentin doibt estre maintenant mictz en pain pour donner à 
l'armée pendant la marche que nous avons à faire vers Guise; 
et sy cela n'est remplacé, qui est le seul fonds pour la garnison 
de Saint-Quentin, cette place sy considérable se trouvera à la 
mercy des ennemis et moy hors d'estat d'y pourveoir; le 
remède pour ce mal, Monsieur, est qu'il vous plaise en toutte 
diligence de faire donner moyen à celuy qui doibt charoyer les 
bledz d'avoir quantitéde voictures pour les conduire aux lieux 
où s'en doivent faire les magasins , mais il fault avant cela 
qu'on aye ces grains : j'adjoutteray à cecy que le munition- 
naire qui doibt fournir les places ne donne pas un morceau de 
pain aux garnisons ordinaires qui est une surcharge sy grande 
que n'ayant point esté desiivrez les bleds à Tyran qu'on luy 
avoit promitz, cette augmentation nous ruine entièrement. Je 
vous avoue qu'ayant escript trois ou quatre foys le jour à 
Monsieur le Cardinal depuis que je suis icy tout ce que je 
Yous mande et ayant eu tout autant de response par lesquelles 
il m'asseuroit que les bledz ne manqueroyent point , je ne 
croyois pas qu*il y eust rien à solliciter auprès de vous ny dé 
Monsieur le Surintendant pour cela m'imaginant que ses 
lettres auroient quelque force à votre esgard plus grande que 
les miennes , mais ce matin il s'est tellement scandalizé de ce 
que sans cesse vous n'aviez poiut des miennes sur ce subject 
que sy je puis doresenavant il n'aura pas occasion de me faire 
ce reproche; ce n'est pas, à vous dire le vray motif, que je croye 
cela bien nécessaire et que je ne sois fort persuadé que vous 
faictes de cela tout ce que vous pouvez, mais aussy le debvez 
vous estre s*il vous plaist , que sans un prompt remède à ce 
mal , il est impossible qu'il ne soit suivy de quantité d'autres. 
Ce (l'est pas que cela so t capable d'en arrester le cours, mais 
il est bien certain que, par sa continuation, les grandes pertes 
seroyent infaillibles. Je vous escriptz certes sans exagération. 
Je ne le juge pas nécessaire avec vous ny que je m'excuse de 
n'estre pas accou.stumé d'en user puisque vous me scavez 
ssez esloigné de cette conduitte. 



— 224 — 

> Les ennemis n*a?oieni point encore ouvert là tranchée par 
les advis qae j'ay en aujoardhuy de leur camp , maïs seulle- 
ment achevé lear cîrconvallation , je ne scay d'où vient cette 
longueur qui ne leur est pas ordinaire. 

> Vous aurez peut estriî desja seu que Son Eroinence est 
venue icy à dessein d'assembler l'armée ; ayant fait revenir 
d^Arras Monsieur le comte de Grancé avec quelques hommes 
de Picardie , le comte Broglio qui arrive aujourdhuy avec 400 
hommes de pied de sa garnison , quasy tout le régiment des 
gardes Trançoises et six compagnies de Suisses , le régiment 
de Bourgogne , qui est venu aujourdhuy , celuy de cavalerie 
d'Anjou qui nous Joint demain et Monsieur de La Ferté-Senne- 
terre aussy avec ses Allemantz, tout cela assemblé, dis-je, nous 
faisons estât de marcher après-demain et le jour ensuitte aller 
prendreie poste de Vadancourt , nous estendanl sur la gaucbe 
vers Hanapes le long du ruisseau qui en vient et là y demeurer 
autant que les vivres que nous aurons portez avec nous en 
donneront moyen soit ou pour attaquer les lignes ou pour 
essayer de rompre les convoys; sy cette entreprise non^ 

* réussit nous ne serons pas malheureuz estant fort nécessaire 
de faire quel |ue chose qui emousse un peu la vigueur de cette 
grande armé^ eunemye qui faict tant de bruict et que Toa 
dict icy sy fort réveiller la mauvoise volonté des mal inten- 
tionnés à Paris ; sy josois vous demander ce qui en est , je le 
ferois bien volontiers et je pense mesme qu'il seroit fort né- 
cessaire que je le sceusse , mais comme vous n'escrivez pas 
facillement de semblabl«îs choses, je ne me hazarderay pas de 
vous en supplier. Son Eminence est partie à midy ei m'a 
asseuré de revenir après-demain pour voir Tarroée qui mar- 
chera ce jour là. Sy touttes les nouvelles que l'on dict icy de 
Gnienne et de Paris estoient vrayes , nos affaires ne seroient 
pas en bon estât ; mais je ne me puis persuader tant de maux 
à la fois. Il fault bien que je vous parle d*ai^nt puisque sans 
en avoir je ne puis demeurer dans larmée et que Monsieur le 
Cardinal m'avoît dict que vous me feriez toucher dix mille 
francs présentement à Paris ou qu'il me les feroit donner à 



— 2Î5 — 

Compîègoe. Mais comme reyenant icy je croyois qne j'anroit 
cette somme et qae je n*ay recea qae trois mille livres , j'ay 
apprebendé que sy Je ne m'adressoîs à vous poar me foire 
avoir le surplus que Son Eminence ne m'imputant aussy bien 
que pour le pain à grande faulte de ne vous en avoir pas 
escript sur quoy aussy bien que du contenu de cette lettre» 
j*attendray response par le courrier ; je soubaitte qu'elle soit 
bonne , elle le sera certainement pour moy si vous masseurez 
de la continuation de vostre amitié et que vous me croyiez 
toujours avec passion» 

> Je viens d'avoir advis tout i^ cette beure que la tranchée 
de Guise a esté ouverte aujourdhuy. 

• Monsieur, 
> Vostre très-bumble et très-affectionné serviteur , 

» PLESSIS-PlUSLUf. 
De Lafère le ti join lesO* à 10 heures dn soir. 

> Il y a quelques jours que jeus ordre de vous escrire l'em- 
barras dans lequel nous mettant les régiments de marine à 
cause des prétentions qu'ilz ont de marcher devant la marine 
Sault , Plessis^Praslain et Persan ; cestoit à dessein que vous 
fissiez entendre adroictemfsnt à S. A. S. l'injustice de leurs 
prétentions et qujel mal ce» nouveautez font dans Tinfanterie. 
Je vous puis bien asseurer, Monsieur, qu'il est plus grand qu'on 
ne le croit et qu'il fault une foys régler ce qui est raisonnable 
pour tous; la cbose est réduite à tel point que je ne scay pré< 
sentement comment faire pour faire l'ordre de la marcbe ny 
du combat pour l'armée. Sault dispute à la marine » Persan 
qui présentement est dans Guise, le dispute à l'un et à l'autre^ 
Plessis-Prasiain qui est dans La Chapelle ( La Capelle ] aussy, 
mais il nous reste assez icy de quoy nous embarrasser parceque 
les deux régiments de Monsieur voulant précéder Sault et la 
marine et ces deux là ne leur voullant céder se disputent 
encore entre eux. On ne peut avoir de ressource que de com- 
mander à quelqu'un de céder et ceux à qui on donne cet 



- 226 — 

ordre ne respoodenl à cela qu^en offrant de quitter le senrice 
et de remettre leurs commissions et cela tont de bon , sans se 
soucier qu'on les prenne au mot. 

(Dépôt de la^Guerre. — CarresjHmdance militaire 119^ f* Si9.) 



DIXIÈME SKANCE. 

(28 Juillet 1S6S.J 



Présidence de M (Cï. Htur^ , Président. 

Ouvrages reçus depuis la dernière séance : Revue agricole, 
littéraire et artistique de la Société impéna^e d'Agriculture 
de Tarrondissement de Valenciennes , n*» 5 et 6. Tome XVI. 

— Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie. 
Table alphabétique et analytique des 24 premiers volumes. 

— Revue de Tart chrétien , 7« année. Livraison de juillet 1863. 

— Bulletin de la Société d'Agriculture, Industrie Sciences et 
Arts du département de la Lozère. Tome XIV, avril et mai 
1863. — Mémoire de la Société d'Agriculture , des Sciences, 
Arts et Relies-Lettres dn département de l'Aube. Tome XXVII, 
n«» 65 et 66. 1«' et 2« trimestrf>s de 1863.— Revue des Sociétés 
savantes des départements. 3' série, tome I®**, mai 1863. — 
Mémoire de la Société d'Agriculture, Commerce, Sciences et 
arts du département de la Marne. Année 1862. 

M. Matton dépose sur le bureau U'i vase culinaire en bronze, 
trouvé lors des travaux du chemin de fer entre Juvincourt ei 
Amifontaine, au lieudit Rois en vin, et que M. Thomas, insti 
tuiiur ù la Vilte-aux-Bois, offre au Musée de Laon. 



— 2-27 — 

M. PiLLOY donne lecture d'un rapport de M. Ed. Barthélémy, 
sur le tome XII du Bulletin de la Société, rapport inséré dans 
la dernière livraison de la Revue des Sociétés savantes. 

Sur la proposition de M. le Président, M. Montier, institu- 
teur à Chaillevois, est nommé membre correspondant, à raison 
du tros utile concours qu'il a donné lors des fouilles faites 
dernièrement dans cette commune et à Lizy. 

Il est ensuite donné connaissance d'une lettre de M. Jules 
Desmazures qui annonce qu'il a découvert à la bibliothèque 
d'Amiens, des documents sur Nicole de Vervins et sur un 
pèlerinage dans lequel elle avait recouvré la vue. 

Un membre fait observer quMI serait bon d'avoir copie du 
poème fait à cette occasion dont on ne connaît que l'autis- 
trophe. 

Suit la lettre de M. Desmazures : 

Lorsqu'on a la manie de fureter dans une bibliothèque 
publique , quand la passion des livres ne vous fait craindre ni 
la poussière des parchemins « ni les longues recherches au 
milieu des catalogues , on rencontre quelque fois des docu- 
ments très-curieux qui ne voient le jour que dans des circons- 
tances semblables et qui auraient été longtemps perdus , 
peut - être toujours , pour les pays ou les localités qu'ils con- 
cernent. Il y a de ces documents qui , de prime - abord , 
paraissent d'une inutilité complète pour tout le monde, n'ayant 
eu qu'un intérêt sui generis au moment où ils ont été écrits on 
publiés, et qui, après un moment dn réflexion, vous révèlent 
des curiosités sur lesquelles vous n'auriez jamais pu compter. 
Parfois , ils sont d'un grand { rix pour 1 histoire locale en se 
rattachant à une foule d'autres documents explicatifs dissémi- 
nés çà et là et abvsolumenl inconnus des écrivains qui auraient 
besoin d'y recourir, tantôt ils rapportent des faits qui éclairent 
l'histoire des temps passés en faisant connaître le caractère, 
les mœurs et les usages , les fautes et les vertus de ceux qui 
nous ont précédés. 



— 2-28 - 

Une étude historique et archéolofpque sur le passage des 
légions de César dans notre horizon val^nciennois , nous 
obligeait ainsi dernièrement à parcourir les rayons de notre 
bibliothèque communale , quand tout-à-coup nous rencon- 
trâmes dans les Archices historiques et littéraires du Nord de la 
France et du Midi de la Belgique de M. Dinaux , un curieux 
article sur Nicole Aubry de Vervins , femme dont il fut tant 
parlé dans le diocèse de Laon au XVt« siècle. Nous avons 
pensé immédiatement à la Société académique de Laon et 
nous Tavons copié pour ellt*. 

Le void : 

Auptès de Vallenciennes , 
\i\z ung jeune ûls bon , 
Qui les bras des mains saines 
Avoit noirs que charbon ; 
L'esperit de sa mère 
Morie Tavoit blessé, 
L'en fut de peine amére 
Par son lilz despeché. 

(Jean Mollinet. — RéeoUtetion des Merveilles 
advenues.) 

> On a dit avec mîsen que l'étude des superstitions d'un 
peuple faisait partie de l'examen philosophique de ses mœurs, 
de ses coutumes , de sa littérature , de tous les éléments qui 
constituent son individualité nationale. Ces superstitions sont 
les dernières choses qu'il abandonne soit aux prédicateurs 
d'une religion nouvelle , soit aux professeurs d'une philoso- 
phie toute mondaine. 

» Il est des temps et des lieux qui conviennent merveil- 
leusement aux étranges destinées dos thaumaturges ; sous ce 
rapport , la Flandre et le XVl« siècle réunissaient toutes les 
qualités requises pour la réussite des visionnaires : en effet, 
sous un ciel brumeux , dans un climat froid, triste, et souvent 
chargé de brouillards , on a dû avoir longtemps la foi de la 
sorcellerie. Et ^nelle époque meilleure pour la consolider que 



— 2M — 

celle où la Réforme forçait l'Eglise catholique à redoubler de 
soÎDS et de zèle pour frapper les esprits des peuples d'une 
sainte crainte et raviver leur amour du sacré et du merveil- 
leux. 

> Les écrivains de ce temps n'étaient, ni assez éclairés , ni 
assez philosophes , ni assez hardis , pour révoqu^^r en doute 
Texistence des sorciers et des esprits. Dans certains temps et 
dans certaines localités , parmi lesquelles on doit mettre la 
Flandre au premier rang , celui qui aurait paru hésiter à 
croire aux pratiques de la sorcellerie eut été accusé d'y 
participer. La croyance à ces absurdités était donc pour plu- 
sieurs un article de foi, pour d'autres, une suite de leur pru- 
dence : pour les premiers, il eut été aussi difficile de douter 
des mensonges de l'erreur qne des vérités même de la religion; 
pour les autres , il eut été dangereux de laisser percer leur 
incrédulité. Nous ne savons trop dans quelle catégorie il faut 
classer le pieux Jehan Molinet , chanoine de le Salle-le-Comte 
à Valenciennes , auteur de l'épigraphe de cet article , qui 
n'avait ni hardiesse ni philosophie , mais qui , en revanche , 
possédait un grand fond de naïveté et de crédulité. 

> Nous avons donné l'histoire d'une possession religieuse 
(Exorcisme des Brigitiines de Lille) , nous avons indiqué la 
place que les rigueurs et les ennemis du cloître ont pu tenir 
dans ces exaltations ; voici venir mainten iUt la relation d'une 
possession séculière plus difficile à expliquer, à moins de 
donner à la ruse, à la maladie, ou à un compérage bien orga- 
nisé, la plus grande part dans cette action. 

> En 1566 , une jeune femme de seize ans , nommée Nicole 
Aubry, fille de Pierre Aubry, boucher de Vervins, d'une cons- 
titution mélancolique et atrabilaire , sujette aux vapeurs et 
peut-être à l'épilepsie , étant regardée comme possédée du 
démon, fut conduite en pèlerinage à Pierrepont, ù Notre-Dame- 
de-Liesse. et ensuite à Laon. L'évéque de cette ville, Jean de 
Bours , fit élever un échafaud au milieu de la Cathédrale , ou 
l'on apporta le Saint - Sacrement , et par des exorcismes 
réitérés, il obtint la guérison de cette énergumène , en pré- 



— 230 - 

sence d'un peuple iuiinense et avide de ce siogulier spectacle 
qu'on offrit à sa crédulité. Floriniood de Rémond , témoin 
oculaire , assure que ce miracle attendrît les Protestants au 
point que 1j conversion, réelle ou simulée, de plusieurs d'entre 
eux, s'ensuivit immédiatement. 

» Tous les ans à Laon , le 8 Tevrier , nne procession solen- 
nelle avait Heu en actions de grâce de cette délivrance, et on 
dressa même dans l'église un superbe bas > relief en maibre 
représentant le moment capital de cet exorcisme solennel. 

• Le 27 août de la même année » six ans avant la Saint- 
Barthélémy, le superstitieux Charles IX, se trouvant à Laon , 
désira voir l'ex-possédée Nicole ; son frère , depuis Henri III , 
l'astucieuse Catherine de Médicis , l'amie de Tastrologoe 
Rnggieri , et toute cette cour voluptueuse et fanatique , 
s'occupèrent beaucoup de cette femme. Le Roi voulut qu'on 
rédigeât le récit du miracle et qu'on le lui dédiât ; c'est ce 
que fit le doyen de Laon, Christophe de Héricourt (i). 

» Maximilieu de Berghes, nouvel archevêque de Cambrai , 
dont le diocèse était vers ce temps rudement travaillé par les 
Huguenots , crut que la publicité d'un miracle aussi récent 
ferait rentrer dans le girou de l'Eglise romaine une foule de 
nouveaux cimvertis près de lui échapper; il manda au Chapitre 
de Laon qu'il avait Tintention d'en faire imprimer la relation , 
si on lui envoyait les documents nécessaires pour ce travail. 
C'est ce qui a donné naissance à l'œuvre d'un nommé Pierre 
Anusiuê Synesius , si toutefois ce nom d'auteur inconnu n'est 
pas un pseudonyme (2). 

(i) Le manuscrit original resta dans les arehives du Chapitre de Laon, in- 
40. On conservait aussi à Reims, dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint- 
Rémi, n* 479, K. SI, un autre manuscrit, sur papier ordinaire, in-f», intitulé: 
De Christi Jesu friumpho htEbtto Lauduni , adversus Dœmonem tnulieremlm 
(Nieolvœ Obriœ Vrevineniis) corpm agitantem, eompeadiosa kistoria, 
eeelesiastiei CoUegii etpii omnium eonventui efflagitatione roiueripto; 
auctore Chr. HERICURTIS, LauduneiuU eccle»i<B IheaM. 4566. 

{%) Ce livre est assez rare et assez curieux pour en parler ici ; son titre est: 
Bt Svmmoptre consyderando miraeulo Vietoriœ Corporis Christi , quod 
Lauduni contigit 4566 a cratione mûdi anno éeque eius fruetu Opuseulum, 



- 231 -^ 

• Ce miracle, répandu par leclergé, grossi par la renommée, 
a fait dans son temps plus de bruit et a enfanté plus de' livres 
qu'une révolution d'empire. Jean Boulœse, prêtre de Laon 
principal du Collège de Montaigù » où il professait l'hébreu , 
publia, par ordre des papes Pie V et Grégoire XIII , un abrégé 
du miraculeux événement, dédié au roi Henri III (i). Antoine 
Des Planques , neveu de Tévéque qui avait Cait Teiorcisme , et 
doyen de l'église de Saint-Quentin , donna aussi en 1567 cette 
histoire dont le président de Fay publia une imitation qui n*en 
est pour ainsi dire qu'une copie. Enfin, l'abbé Jovet, chanoine, 
crut devoir encore rafraîchir , à la fin du XVII'^ siècle , la 
inémoire des habitants de Laon de cette mémorable histoire 

(2). 
» Nicole Aubry, débarrassée du démon Belzebuth qui la 

possédait, trouva bientôt un mari. Afin d'être toujours en 

f>uissance de quelqu'un , elle épousa , très-peu de temps après 

sa délivrance, Loys Pûrrel, marchand i Vervins, et, en 1567, 

elle avait déjà mis au monde un petit garçon , nommé Pierre , 

Auihore P. Anusio Stnesio. « Timete Deum , et date illî honorem , quia veni t 
hora judicii eius. » Âpo. Cap. 14, vers. 7, 6. Catneraci apud Petrum Lom- 
bardum, 1566, pet. in-S» de 4 feuillets de liminaires, 72 pages, plus,unréci 
du même miracle en cinq langues , savoir : en latin , en francys (sic) , espa- 
gnol, italien et aUemand. — Ce volume , imprimé i Cambrai , et qui avait 
échappé à nos recherches lors de la publication dé la Bibliographie Cambré^ 
sienne, fut découvert à Paris par M. le chevalier Maurin, qui en fit hommage 

à la Société d'Emulation de Cambrai. 

(Ptote de y. Dinaux.) 

(1) Histoire du Miracle de Jésus - Christ en ta sainte Hostie , fait à Laon 
en 4S66 ^ par iEAjn B^LfESE. Paris, 1576, in-16. — Le Trésor et entière 
Histoire de ta triomphante victoire du Corps de Dieu, obtenue sur Vesprit 
maling Beel%ebuby à Laon , Van mil six cent soixante^six, au salut de tous. 
Par le même. Paris, N. Ghesneau , 1578 , in-4o de plus de 800 pages , mêlées 

de vers. 

(Id.) 

{%) Le Triomphe du Saint - Sacrement sur le Démon ou l'Histoire de la 
délivranee de Nicole de Vrevins, possédée à Laon ; extraite de l'original M. 
ss, qui est dans le Trésor du Chapitre de Notre-Dame de Laon , par le sieur 

lovET, chanoine, Laon, 1682, in-12. 

(Id.) 

17 



— 232 — 

à qui les matrones de l'endroit ne manquèrent pas de trouver 
quelque chose de satanîque. 

> Cependant l'ex-possédée de Yervins trouvait quelque dou- 
ceur à la célébrité ; elle avouait que de se voir imprimée 
toute vive , et chansonnée en place publique , dans des can- 
tiques pieux , était chose douce et émouvante qui chatouillait 
agréablement son imagination de femme. Et puis , elle avait 
ses entrées chez M. Des Planques, rarcbidiacre de Laon, chez 
M. le grand - doyen d'Héri<^ourt , et le droit de baiser la main 
de Mon&eigneur TEvéque lorsqu'elle le rencontrait par les 
rues de Laon ; ^ce qui lui attirait dans son endroit une haute 
considération. 

• Toutefois, peu à peu la mémoire de sa délivrance miracu- 
leuse s'altéra ; elle n'était plus que de loin en loin le sujet de 
la conversation des vieillards; il s'élevait une génération nou- 
velle étrangère à ce souvenir et qui ne l'acceptait que comme 
une tradition. Nicole Aubry , ou quelqu'un pour elle , pensa 
qu'il était temps de frapper un grand coup. Elle paraissait 
s'être assez bien trouvée du premier miracle opéré en sa faveur 
en 1566; elle voulut en conséquence en obtenir un second. 

» Onze ans plus tard, on ne sait trop pour quelle cause , 
elle perdit tout-à-coup la vue ; après avoir été abandonnée 
des médecins, elle fut conseillée par un homme à elle inconnu, 
de faire vœu d'aller en pèlerinage à sainte Poy, puis de visiter 
les reliques de saint Jean-Baptiste d'Amiens, et de Notre-Dame 
de Cléry de Vendôme , en ne vivant que d'aumônes sur la 
route. Elle accepta ce conseil , et prononça un vœu solennel 
de faire une neuvaîne à Amiens et de communier les trois 
premiers jours. 

1 Le 13 mai 1577 , elle se mit donc en route pour faccom- 
plir , accompagné de son fils âgé de 10 ans , et de Jehanne 
Surelle, sa voisine. Le 14 , elle arriva à Saint-Quenlin , y prit 
des lettres de recommandation de M. le doyen Des Planques , 
neveu de l'Ëvéque de Laon , et arriva le 46 i Amiens. Le 48 , 
elle commença la neuvaine à l'église Notre-Dame , après s'être 
confessé , elle communia ; le 29 , second jour de la neuvaine, 



- ^33 - 

elle communia de nouveau , un cierge ardent a la main , h 
Tautel où repose le chef de saint Jean-Baptiste : dans le même 
moment , elle a senty une véhémence de lumière et clarté extra- 
ordinaire. Et luy sembloit qu'elle voyait à Ventour d*elle vne 
grade compagnie d'anges et saincts, tellement qu'elle s'est escriée, 
disant : t lésus ! que ie voy cler / » (i) * 

> A la fin de la messe , elle se présenta pour baiser le chef 
de saint Jean ; et à peine Teut-eile touché du bout des lèvres 
que ses yeux se réouvrirent à la lumière et qu'elle recouvra 
entièrement la vue. Les prunelles parurent à tous bi^n décou- 
vertes^ nettes et brillantes^ circonstance qui milite tout à-fait 
en faveur de l'authenticité de !a tête de saint Jean , reposant 
à Amiens, authenticité légèrement échancrée par un voyageur 
qui disait en la touchant : c Dieu soit loué 1 voilà la cinquième 
tête de S. Jean que je baise ! » 

• Ce miracle arrivé un dimanche , à la mes^^", en pleine' 
cathédrale , eut du retentissement ; Nicole Âubry eut les 
honneurs dû triomphe ; presque portée par le peuple , elle se 
retira rue des Vergeaux , à son hôtellerie de La Louche , avec 
des yeux excellents , ce qui fit le désespoir des médecins et 
chirurgiens qui l'avaient déclaré incurable. Elle fut comblée 
de compliments et d'honneurs . et revint chargée de présents 
et de certificats constatant le nouveau miracle dont elle était 
l'objet. Et pour qu'aucune gloire né manquât à sa vie, Jean 
Des CaurreSy poète picard et principal du Collège d'Amiens , 
qui s'était senti assez de courage , en 1572 , pour chanter les 
louanges des assassins de Coligny et faire l'apologie de la 
Sûint-Barthélemy , retrouva encore de la verve pour faire un 
poème là-dessus. 

> Le chantre et le sujet étaient dignes Tun de l'autre ; aussi 
la poésie et les pensées sont - elles sur le même niveau : le 

(i) Voyez page i de VHihtoire véritable de la gverUon admirable , adpenve 
et faiete par la bonté et miséricorde de Piev tout - puissant , tout à Vheure 
à Véndroict d^ une femme nommée Nicole Obry..... à Vatiouchement de la 
vénérable relique de Monsieur Saint Jean Baptiste en la grande églir^ 
d'Amiens lé dimanche 49* iour de may 4677. Paris, M. Chesneau, 1758, in-i»* 



— m — 

lecteur pourra s'en convaincre par le fragment suivant, 
extrait de la pièce dédiée à Révérend Père en Dieu ^ Messire 
Geoffroy de La Martonie^ évéque d^ Amiens. 

l^::,.^ AWTISTROPHE. 

( Amiens pieça s'est eslevée 

> Âi plus beaa pays des Picars, 
» Y flanquant sa terre levée 

* De cent imprenables rempars. 
» Par tes copgs d'vne course braue 
» Somme ne faict que tornoier 
t Par plus décent lieux qu'elle loue 
t Pour ceste Cité nettoier. 

> Là du SaiHct la divine fac6 

> Reluit, comme FAube du iour, 

> Qnand le soleil i son retour, 

> A la nuict se faict faire place. • 

» Tout fe reste est de la même force : ce qui nous engage 
aussi à saluer de bon cceurle rimeur Jean Des Caurres qui nous 
mènerait beaucoup trop loin avec sa chanson qui sonne cefsi 
mille fois mieux à son oreille que Fantique lyre, mais que nous 
croyous bien ne pas faire le même effet sur celles de nos 
lecteurs ; aussi revenons - nous à la possédée ou à Yateugle de 
Vervins. L'histoire ne dit pas si Nicole Aubry s'en tint à ce 
second miracle ; ce qu'il y a de certain , c'est qu'après que le 
chef de Monsieur Saint Jean-Baptiste reut fait reflourir^ comme 
dit le poète , nous ne la voyons plus figurer dans aucune des 
chroniques du pays , ce qui nous porte à croire qu'elle eut la 
douleur de se voir presqu'oubliée ; cependant il lui resta une 
bien grande consolation dans cette contrariété d'ambition 
déçue : Messire Geoffroy de La Martonie , évêque d'Amiens , 
ordonna une procession en actions de grâces du recouvre- 
ment de sa vue. Voilà du moins une compensation ! 

» Nous souhaitons que cette exhumation serve de jalons à 
d'autres écrivains qui , comme nous, occupent leurs loisirs A 
chasser aux bouquins concernant notre histoire au Moyen- 
AiçCi > 



T- 236~ 

Mj. Hàttqn danne lecture de deux lettres écrites par M, 
Pulaurent , chanoine d'Origny-Sainte-Benoîte , elles four* 
pissent de curieux détails sur les revenus de sa prébende 
^t la valeur de ses bénéfices en 1757. 

c Mon Révérend Père , 

» Sans doute vous me prendrez pour un homme bien 
impo]y 9 de n'avoir pas répondu dans le tems i la lettre des 
plus obligeantes dont vous ni'ave;^ honoré, ie vous en fais 
mille excuses , et vous diray pour raison , que j'espérois vous 
avoir icy au comijpencement de &eptem]Ë^i:e , comme \ vous me 
{e marquiez , et vous confier mes idées- 

» Le bénéQ.ce de Saint-Pierre, et la ville ie Soissons dont le 
Siéjour me plairoît assez, n^e donneroient quelque envie de 
permuter , si je trouyois quelque personne qui voulut en quel- 
que sorte conipenser la modicité du revenu de ces petits 
çanonicats.» qui ne montent , à ce que je vois, qu'a environ 3 
ou 400 1., au lieu que les nôtres valent toujours au moins 
9001., 1,0001. et quelque fois même davantage, parceque 
consistant en dîmes , les années op il y a moins de grains, le 
prix est plus haut. Par ei^. Tannée dernière 1756 a été très- 
médiocre , parce que le gerbage ne rendait pas beaucouf) ; 
cependant voicy au juste ce que nos bénéfices ont valu , et si 
je ne m'étois pas pressé de vendre, j'en aurois fstit encore 
plus. 



i06 jalois de blé à 5 1., 


5301 i 


415 jalois d'avoyne à 30 s., 


172 » 


9 jalois de seigle à50s,. 


221 10» 


3 jalois de pamelle à 3 
1. ^ s., 


9 l^ 


7 jalois d'orge à 50 s,, 


ip <Q 


de la grange , 


14 13L 


des prés que chacun 
loue. 


SO » qu0lques«nns 60 


Casuel , 


50 * 



859^ 08* 



— 236 — 

Report, 859» 08» 

De plus nous avons en 
argent , 312 > en trois termes f Pâques, 

Noël et Saint-Jean. 



i,i7iï 0§» 



• L'année 175^ nous avons eu 172 jalois de blé, etf 50 jalois 
(l'avoyue. Cette année nous espérons en avoir du moins autant, 
parce que le blé est fort grenu. Si M. Tabb^. Doynet ou db 
autre vouloit faire la permutation, je d^manderois 400 1. de 
pension, ou 3001. avec un petit bénéfice qu*il a., et qui 
vaut, à ce qu'on dit, près de 1001. Une personne encore 
forte et entendue pourroit de pins être logé gratis dans ma 
maison qui appartient au Chapitre et que vous connoissez , en 
se chargeant de la recepte des grains , les faire battre , et tes 
distribuer fnre et à mesure qu'ils sont battus c'est un détail 
auquel je ne m'entends guères, mais qui pourroit convenir à 
Monsieur Doinet. Si vous voyez jour à ce que j'ay Thonneur 
de vous proposer, vous pouvez en parler, et compter que je 
ne me dedieray poiçt suivant le projet cy-de«'Srs, sinon 
gardez la dessus le silence. 

» Marianne , à qui j'ai dit que je vous écrivais , me charge 
de mille respectueux embrassements pour vous. Elle travaille 
pour les pensionnaires de l'abbaye. On est fort content de ses 
ouvrages , et moy aussy , parce que cela l'occupe. Plusieurs 
de ces Messieurs à qui j'avoîs dit qu^e vous deviez venir, m'ont 
demandé de vos nouvelles , et auroient été charmés de vous 
voir. Ce sera quand il vous plaira , vous me ferez toujours 
plaisir étant avec toutte la considération possible , 

» Mon Révérend Père , 

> Votre très humble et très obéissant 
serviteur, 

> DULAURENT, Cluin^, 

» A Origny ce 8 8^ 1757. » 

4m Révérend, le Révérend Père Jean-Baptiste de Charly au 
Couvent des RR. PP. Capucins à Soissons. 



- 237 — 



Monsieur, 



> J'ay reçu celle dont vous m'avez honoré le 16 du courant 
^a réponse à celle que j'avois écrite au R. P. Jean - Baptiste 
de Charly. Il n'en est pas icy entre nous, Monsieur, et comme 
avec mon frère , qui n'a été pas libre ; nous sommes maîtres 
de nos bénéfiees et de nos arrangemens. 

» Les canonicats d'Origny ont leurs charges , dont effective- 
ment, je n'ay point donné le détail au R. P. Jean-Baptiste. Les 
voicy, Monsieur. Nous sommes neuf. Nous faisons Toffice 
canonial dans notre église, sçav. matines à 6 heures, 6 heures 
et demie et tout de suite prime, tierce etsexte. L'après roidy, 
à deux heures environ , nônes et vêpres. Il suffît d'assister à 
un office, ou du matin ou du soir, pour gagner la journée. La 
pointe est de 18 deniers par office. Nous avons trois mois de 
vacaqces. 11 n*y a point chez nous de grande messe , excepté 
le jour de S. Wast patron de nôtre Collégiale , ei le jour de 
Pâques , comme curés primitifs. Mais le» jours ouvriers le 
' semainier dit après Irs matines une messe basse Pro defunctis^ 
à laquelle il n'y a point d'asâistance. Le semainier avec deux 
autres ciianoiues vont célébrer la grand messe à l'Âbbaye avec 
diacre et soudiaiTC. De sorte qu'il y a trois chanoines dont 
l'un chante la grande messe , le second fait diacre et dit une 
basse messe De beaid , vers le 7 un quart, et le troisième , qui 
est le semainier de la Collégiale , fait sous - diacre. Les six 
autres chauoines sont libres pendant quinze jours, et ainsi 
tour à tour, trois chanoines sont occupés. 

> A l'égard du casuel, c'est le moindre revenu de nos béné- 
fices. Ce sont des assistances à l'Abbaye à la grande messe , 
rpais libres , pour lesquelles il y a deux pains chaque assis- 
tance de 7 à 8 livres pesants. 11 y a 22 assistances par an. A la 
fête de S'* Benoîte , trois de ces Messieurs en tour assistent 
à l'office de ces Dames, et gagnent pour les autres un pied en 
quarré de porc chacun , quatre ^ cinq bouteilles de vin aussi 
chacun et les deux pains à l'ordinaire. A VO sapientia qu'on 
annonce à Madame l'Abbesse laquelle nomme un chanoine 



pour le chanter ù sa place , nous avons une pièce de vin, que 
l'on vend au profit du Chapitre. Nous avons aussi une pl^ce de 
vin de même pour la cérémonie du lavement des pies le Jeudy- 
Saint. Enfin le casuel consiste encore en obits de fondations 
dans notre Collégiale. Le tout est estimé 50 livres par an. Nous 
avons outre cela nos messes libres les deux tiers de l'année , 
qui ne laissent pas encore de faire un produit. Le Chapitre 
est fort uni , on se rend service les uns aux autres. Voilà , 
Monsieur, tout le détail de nos bénéfices , ou voyez que le 
casuel n*est qu'un petit accessoire, e|. le gros est considérable, 
et pour ainsi dire, tout e^i en gros. En quoi il y a une grande 
diflerence d'avec les vôtres. 

> Vous me marquez. Monsieur, qu'il faut nenf mms d'assis* 
tance à un office par jour pour gagner le bled, cela me paroit 
rigoureux. Est-ce neuf mois de suitte comme un stage ? La 
maladie , par ex excuse-t-elle ; est-on présent ? icy que je 
sois malade , incommodé , je gagnerai tout mon bénéfice, je 
suis tenu présent, tant que je suis incommodé. Cela demande 
un peu d'explication. 

^ Si nous avions à permuter, jo pourrois, Monsieur, vous 
faire une proposition qui vous seroit certainement avanta- 
geuse. Vous avez un petit bénéfice qqe vous estimez 150 livres 
à ce qu'il me paroit, cependant on m'a dit qu'il valloil tout au 
plus 100 liv. Quoiqu'il eu soit, j'ay aussi une chappelle à Mau- 
beuge , qui n'exige point résidence, et dont mes iermiers me 
rendent icy chez moi le revenu, sçavoir à Solemmes 180 liv., 
à Romeries 166 liv. età Jumont proche Maubeuge, le fermier 
fait acquitter les charges sçavoir 28 messes dans la chappelle 
même , et paye outre cela les impositions quelconques sur le 
bénéfice , et vous n'êtes chargé que de 8 messes eucore par 
an à 13 sols 6'., de sorte que vous avez tout frais faits près de 
240 liv. d'argent. Or nous pourrions nous accomoder pour la 
permutation de nos bénéfices , vous en me ceddant vôtre 
canonicat, vôtre petit bénéfice et 400 Itv. de pension, exempts 
de toutes impositions et de toutte réserve , et moy mon cano- 
nicat et ma chuppelle qui j'^ints ensemble vous xaudroient 



— 239 — 

année commune prèf^ de 4200 liv. Il est à remarquer que la 
chappelle de Maubeuge , comme tous les autres bénéfices de 
Flandres, ne sont point sujets aux décimes comme en France, 
jl n'y a que le vingtième dont les fermiers sont chargés » 
ce qui n'aura qu'un temps. Ce bénéfice même pourra être 
porté à 800 liv. de revenu au renouveUement des baux. 

» Lorsque j'aurai reçu, Monsieur, vôtre réponse, je me ren* 
drai incognito à Soissons , parceqne je ne veux pas que la 
chose soit sçué, et pour lors nous nous arrangerons ensemble, 
si ce que j'ay l'honneur de voub proposer, vous convient. 
Vous aurez la bonté de présenter mes respects au R. P. Jean- 
Baptiste , vous pourrez luy montrer aussi ma lettre , mais en 
luy demandant le secret, nécessaire en cette occasion. 

» Je profite avc^c grand plaisir de l'occasion de vous saluer 
et de vous assurer de l'estime sincère avec laquelle Je suis 
très parfaitement , 

> Monsieur, 

» Votre très humble et très obéissant serviteur , 

» DULACRENT, Chanoine. 

> A Origny, ce 20 octobre i757. » 

(François-Nicolas Dulaurent, chanoine de St-Wast d'Ortgny- 
Sainte-Bénoite et chapelain de la chapelle de Saint-Martin en 
l'église des Ghanoinesses de Maubeuge.) 

(Joseph Doinet, chanoine de Saint* Pierre-au-Parvis de Sois- 
sons.) 

(Arch, de V Aisne, Bailliage de Rihemont. B. 160,) 

M. Matton lit également une Notice historique sur la for- 
mation du département de l'Aisne et de ses arrondissements. 

L'Assemblée nationale vonlait ne pas mécontenter les pro- 
vinces, tout en cherchant à réaliser le vœu exprimé par la 
ville de Paris de devenir chef-lieu d'un département qui ne 
fut pas susceptible d'alterner. On ne savait comment faire 
pour donuer. salisfaction à cette ville, à raison de sa situation 



— 240 — 

et de son importance excepiionnelles, sans blesser les villes 
importantes qui ravoisinent telles que Versailles et Melun. On 
finit cependant par s'entendre, et un décret du 15 janvier 1790 
divisa Tlle de France en quatre départements ; ce qui aplanit 
un peu les difficultés pour fixer la circonscription du dépar- 
tement de Vermandois et de Soissonnais décrétée le 8 du 
même mois , et anéautir complètement les prétentions qu'avait 
Cbûteau-Thierry de devenir chef-lieu d'un département. Déçue 
dans son espoir et gagnée peut-être par Soissons , elle mani- 
festait sest préférences pour cette ville et dédaignait Meaux, 
dans la pensée que Soissons obtiendrait tout ou la plupartdes 
établissements principaux. 

Les Soissonnais s'agitaient beaucoup , voulant à tout prix 
obtenir le cbel-lieu de département. Ils s'adressèrent au 
comité Je constitution, et dans une séance de ce comité tenue 
le 4 janvier ilOO , proposèrent de laisser le district de Saint- 
Quentin à Amiens et d'étendre le département jusqu'à Mont- 
mirait pour mieux se trouver au centre. Mais le député de 
Noyon qui avait en aussi l'espoir d'obtenir un chef lieu dépar- 
temental, réclama au nom de cette ville et de sa province fai- 
sant valoir les inconvénients qui résultaient de leur réunion a 
Dcauvais et manifesta ouvertement leur préférence pour Laon. 
Les trois députés de cette dernière ville l'appuyèrent chaude- 
ment ; et comme leur arrière-pensée était d'empécber Sois- 
sons d'acquérir une centralité inquiétante , ils déclarèrent 
qu'ils abancjonneraicnt volontiers le district de Château-Thierry, 
si celui-ci se décidait enfin ù se réunir à '' eaux. Us échouèrent 
dans leurs tentatives. Enhardi par ce succès qui semblait en 
présager d'autres , VI. Brayer, secrétaire de rinleudance de 
Soissons, bien instruit de tout ce qui se passait • demanda au 
nom des Soissonnais la division du département en cinq dis- 
tricts ayant pour chefs-lieux Chateau-Tliieriy, Soissons, Saint- 
Quentin, Laon «ri Guise. H pensait, en agissant ainsi, éprouver 
moins de ditilcuttés lorsqu'il serait qucAtion de fixer le chef- 
lieu de département ; ce qui ne l'empêcherait pas ensuite de 
concourir avec chance de succès, pour l'obtention du tribunal. 



— 241 - 

sauf à laisser à la ville deLaan le siège épiscopal pour la con- 
soler de ses échecs. 

De son côté, Château-Thierry craignant que la ville de Laon» 
placée an centre, ne fut préférée à sa rivale, demandait enfin 
à être réunie à un département ayant Meaux pour chef-lieu. 
La formation du département paraissait très-prochaine, un 
membre du comité de constitution ayant dit à M. Lecarlier , 
défenseur énergique de la ville de Laon, sa ville natale, que le 
comité pourrait bientôt rendre compte à l'Assemblée natio* 
nale, plusieurs départements s'étant conciliés sur la distribu- 
lion de leurs districts, et qu'il ne serait pas possible avant que 
la division des départements fut consommée , de s'occuper de 
ta fixation des districts des départements en désaccord. 

Les députés du Yermandois partagés dans leur manière de 
voir, hésitaient entre cinq et huit districts , et chaque jour 
amenait de nouvelles incertitudes. Une hésitation semblable 
existait du reste dans tous les coins de ta France , plus de 
quinze cents personnes se trouvant alors en députation à Paris, 
pour obtenir des chefs-lieux ou des établissements pour les 
localités qu'elles représentaient. 

Cet état de choses qui se compliquait tous les jours, fut loin 
de hâter l'organisation administrative, et la passion qui tour- 
mentait les âmes de part et d'autre, donnait facilement des in- 
terprétations fâcheuses aux moindres faits , aux moindres dé- 
marches. Les chocs de prétentions contraires alimentés parla 
jalousie des villes rivales n'étaient pas de nature à s'adoucir , 
et on détruisait le lendemain ce qu^on avait fait la veille. 

La ville de Laon, instruite journellement des moindres dé- 
tails par son maire , M. Lecarlier , qui la guidait de son siège 
de constituant , combattait avec avantage les intelligences que 
la ville de Soissons s'était ménagée dans Paris en 1789, par 
des envois de grains qui diminuèrent d'autant les ressources 
de la Généralité de Soissons. 

Les populations d'une grande partie de cette circonscrip- 
tion, à tort ou à raison , accusaient l'administration d'avoir 
spéculé, en 1789, sur leur malheureuse situation, dans le des- 



— 242 — 

sein de leur vendre à des prix trèa-élevés , des grains achetés 
pour leur venir en aide en cas d'excessive cherté. EUes se 
rappelaient que les personnes envoyées à Soissons de tous les 
villages de la Généralité, n'avaient pu se procurer qu'une faible 
partie des grains demandés, et que des désordres de nature 
i discréditer l'administration, s'étaient produits en beaucoup 
d'endroits. La ville de Soisso)is, bien instruite d^ tout , cherr 
cbait par diverses publications à ramener les esprits à son 
système qu'elle préconisait outre mesure. Elle résuma ses 
motifs dans un mémoire qu'elle remit au comité de constitu- 
tion le 44 janvier 4790. Les députés du Vermandoisen prirent 
connaissance le même jour , et firent connaître leurs préfé- 
rences pour Laon, qui avait sur sa rivale l'avantage de mieux 
se trouver au centre de la nouvelle circonscription ; et M. De- 
visme , l'un d'eux , fit valoir dans un mémoire en réponse les 
motifs qui devaient décider en faveur de Laon. (4) 

La ville de Soissons, loin de se décourager par cette attitude 
hostile, députa le 24 janvier 4790 , dix-huit personnes qui ar- 
rivèrent à Paris le 33, et tout aussitôt allèrent réclamer la pro- 
tection de la commune sur la reconnaissance de laquelle elle 
croyait pouvoir compter. Une députation suivit les Soissonnais 
au comité ^e constitution. Quelques députés du Vermandois 
étant entrés par hasard dans la salle où divers commissaire^ 
du comité de constitution recevaient les députations » se dis- 
posaient à se retirer craignant de paraître indiscrets, lors- 
qu'un des députés de Soissons leur dit qu'ils se trouvaient là 
fort à propos, leur intention étant de parler aux commissaires 
en faveur de Soissons. M. Vauvilliers, lieutenant du maire de 
Paris, prit chaudement la défense de ses bienfaiteurs calomniés 
selon lui, et fit valoir leurs bonnes et grandes relations avec la 
capitale ; mais les députés du Vermandois répliquèrent qu'il 



(1) Les députés du Vermandois et du Soissonnais qui avaient été sept 
maines sans s'accorder, réclamèrent à l'exception d'un seul, six districts. Le 
comité de constitution en désirait huit, et apprenait i l'Assemblée nationale 
que le vœu le plus général des populations était pour Laon, et la possession 
en faveur de Soissons. 



— 243 — 

fallait préférer les intérêts d'une province k ceux d'une ville, 
et qu'il suffisait de jeter les yeux sur la carte pour reconnaître 
que Laon se trouvant au centre » devait provisoirement être 
préféré, jusqu'à ce que les électeurs se fussent prononcés eux- 
mêmes. Us avaient frappé juste. Yauvilliers leur répondit que 
le vœu d'une province ne pouvait jamais être une injustice et 
qu'il ne voulait pas nuire i la ville de Laon , dont il connais- 
sait le patriotisme. 

Le 26 janvier suivant , le comité de constitution présenta i 
T Assemblée nationale un projet de décret réclamant la convo- 
cation de la première assemblée du département à Anizy*le- 
Château ; mais l'Assemblée préféra Chauny et décréta l'établis- 
sement de six districts dont elle fixa les chefs-lieux à Laon , 
Soissons, Chauny, Guise ou Vervins , Saint-Quentin et Châ- 
teau-Thierry. Le même décret autorisait les électeurs à déter- 
miner à la pluralité des suffrages dans quel lieu il conviendrait 
que le chef-lieu fut placé définitivement. Ce décret décidait 
en outre que les électeurs du district de Chauny devaient pro- 
poser la fixation des différents établissements de leur district 
en les partageant entre Chauny, Coucy et La Fère. 

Les démarcations des districts et des cantons ont été fixées 
les 5, 47 et 48 février 4790 par les députés du Vermandois et 
du Soissonnais qui autorisèrent le 3 du même mois, les députés 
de Château-Thierry, à régler avec les députés du Meaux , les 
limites du district de Château-Thierry. Celles-ci ont été fixées 
le 19 février 4790. 

L'indécision pour la dénomination du département cessait 
enfin. L'Assemblée nationale voulait-elle indiquer tacitement 
aux électeurs quelle ville ils devaient choisir ? cédait-elle in- 
volontairement à la pression de la commune de Paris, en don- 
nant par un décret du 26 février 4790 au département de Ver- 
mandois et de Soissonnais le nom de l'Aisne qui traverse Sois- 
sons ? Quant aux noms de province, aucun n'avait été conservé 
en France. La 'haine que le peuple ressentait pour l'ancien 
système les avait fait proscrire et regarder comme surannés. 

Du reste, il est à remarquer qu'au moment où la nouvelle 



— 244 -^ 

circonscription prit le nom d'un fleuve, aucun autre nom de 
rivière ne pouvait être donné Des quatre principales qui tra- 
versent la circonscription adoptée , trois avaient donné leur 
nom à autant de départements. Lf" nom de TAisne n'avait pas 
été employé ; on l'adopta. Ce nom, du reste, rappelait 
d'antiques souvenirs , et un peuple (axones) qui participa 
à toutes les conquêtes d*une civilisation que le génie des 
Romains augmenta et conserva mieux que partout 
ailleurs. 

La loi du 4 mars i790 subdivisa enfin le département de 
TAisne en 63 cantons ; et les électeurs pour en fixer le chef- 
lieu, conformément aux décrets des 17 février et 15avrll 1790, 
se réunirent à Chauny le 17 mai. Ils cboisirent pour président 
M. Namuroy, maire et électeur de Saint-lîuentin, et pour secré- 
taire Jean Debry, électeur de Vervins , et décidèrent d'abord 
sur la proposition de Labbey de Pompierres^ électeur de La 
Fère, qu'on prendrait dans chaque district six personnes pour 
composer Tadministration, lesquelles d'après l'avis de Rivoire, 
prieur de Gandelu ^ pourraient au besoin être remplacés pur 
deux suppléants également élus par cbaque district. 

M. Lebrun, électeur de Laon, prenant le premier la parole, 
dit que la question étant bien connue de l'Assemblée, ceux de 
Laon garderaient le silence si les électeurs de Soissons n'enta- 
maient pas la discussion. M. Quinette, électeiir de Soissons, 
ouvrit aussitôt la lutte contre Laon, qui, selon lui, ne pouvait 
avoir d'établissements sufiSsants pour recevoir les administra- 
teurs, sans recourir à l'impôt qui avait durement grevé la Gé- 
néralité de Soissons lors de la construction du palais de l'In- 
tendance convenable pour recevoir l'administration nouvelle. 
Il faisait valoir le voisinage de Paris qui accélérerait la 
correspondance, avantage précieux pour les administrateurs. 
11 disait en outre que le caractère constitutionnel et représentatif 
de l'administration ne dépendait pas du chef-lieu au centre. 

M. Lebrun ofifrit alors au nom de la ville de Laon l'obliga- 
tion formelle de subvenir aux frais d'établissements ; mais les 
électeurs rejetèrent cette offre généreuse. Il ajoutait que le 



— 245 — 

palais de Tlntendance, fastueux édifice élevé par l'ambition et 
l'intérêt, avait coûté deux millions et ne pouvait convenir à la 
modestie de l'administration nouvelle ; qu'il valait mieux le 
vendre que de sacrifier l'intérêt général des administrés, ré- 
sultant delà centrante ; que la ville de Laon ayant logé onze à 
douze cents électeurs lors de la convocation des Etats géné- 
raux de Yermandois, pouvait bien rec^evoir trente-six adminis- 
trateurs sans recourir aux bâtiments ecclésiastiques ; et que 
si l'administration était à Soissons, on retomberait dans les vices 
et les abus de l'ancienne, ce qu'il fallait à tout prix éviter. 

M. Letellier, trésorier de France , électeur de Soissons , fit 
ensuite valoir l'importance de cette ville , traversée par une 
rivière navigable qui permettait d'augmenter la prospérité du 
pays, avantage dont Laon était privé. Il contestait même à cette 
ville la centrante qui n'existait complètement, selon lui, qu'au 
village de Laffaux. Il alléguait que la population de Soissons 
était d'un quart plus forte que celle de Laon , et prétepdait 
que les chefs-lieux des Ardennes, de Seine-et-Oise, de Seine- 
et-Marne et de rOrne, ne se trouvaient pas plus au centre que 
Soissons ; que cette ville avait un palais construit à grands 
frais à l'aide des impositions de la province, pouvant suffire à 
tous les besoins de l'administration nouvelle , et qu'on aurait 
tort de n'en pas profiter ; que si on agissait autrement en don- 
nant la préférence à Laon, il fallait de toute nécessité recourir 
à de nouvelles impositions , moyen toujours très onéreux aux 
populations. 

M. Quinquet, électeur de Soissons, soutenant la même thèse, 
déposait ensuite sur le bureau trois brochures qui avaient été 
répandues à profusion pour séduire les électeurs au profit de 
Soissons. (i) Elles faisaient valoir l'inconvénient de rompre 
les relations commerciales facilitées par le voîs>inage de la ca- 
pitale qui devait considérablement accélérer l'information et 
le mouvement de la nouvelle administration , sous la dépen- 
dance de laquelle il était urgent de conserver la surveillance 

(1) Fiquet, électeur de Soissons, citait à Tappui de ce système Amiens et 



— 2i6 — 

da commerce des grains y le principaJ de la ooDlrée ; qae c 
commerce insigBiliaBt à Laoo, n'aiail aacane dance d'amë- 
fioratioD i raison de la sîtaati<m particulière de cette ville , 
offraiit à la fois les ntooDvénients d'oa abord diflidle, d'un sé- 
jour triste et resserré et des logements étroits etdispendieux. 
Les Soissonoais étaient d'avis que Laon se contentât de ses 
casernes , établi$senieni jmblic eomnâérahle , susceptible d'en- 
traîner l'aisance dans la ville et ses environs par la consom- 
mation des denrées et des fourrages » et laissât Soissons en 
compensation de cet avantage, posséder la maison eannaune dm 
dépariemeui. 

An milieu de ce choc de systèmes et d'avis contraires, Léon 
HoreDe de Saint-iust» électeur de Blérancourt , à peine ûgé 
de il ans, s'érigeant en défenseur des pauvres grevés outre 
mesure par les impositions, conseilla de profiter des bâtiments 
de l'Intendance. 

M. de Montalant, électeur de Neuilly-Saint-Front , prit en- 
suite la parole et proposa l'aitemat entre ces deux villes ; mais 
sa manière de voir ne fut goûtée par personne. L'Assemblée 
ferma le 20 mai à six beures du soir, la discussion que les 
électeurs des districts de Château-Thierry et de Soissons cher- 
diaient à prolonger, et on procéda au scrutin. Sur 450 votants, 
Laon obtint 411 voix, Soissons 37. Un bulletin adoptait l'alter- 
nat ; un autre par sa blancheur témoignait de l'indécisicHi d'un 
électeur entre les deux villes rivales. 

Ce résultat fut annoncé au son des cloches et au bruit du 
canon, mêlés aux bruyantes démonstrations de joie des élec- 
teurs. Malgré tout , Laon craignait encore , et ses électeurs 
envoyaient, aussitôt lé dépouUlement du scrutin, un courrier à 
M. Lecarlier pour lui faire part du résultat. (1) Les électeurs 

Bresi qui n'avaient pas Tavantase de la ceniralité. L'uDe des brochures ajou- 
tait qu'en quelque lieu que lût placée l'administratioD principale, elle attein- 
drait par l'intermédiaire des administrations de District les habitations les 
plus éloignées de sa résidence. 

(1) Le décret du 14 mai 1790 interdisant à tout membre de l'Assemblée na- 
tionale de ne point assister aux assemblées électorales de district et de dé- 



— 247 -- 

des districts de Château-Thierry et de Soissons voulurent ins- 
crire une protestation dans le procès verbal ; mais les élec- 
teurs refusèrent de Tinsérer. Ils adressèrent cetle protestation 
à TAssemblée nationale qui confirma purement et simplement 
le choix des électeurs par un décret du 2 juin 1790 sanctionné 
le même jour. 

Avant de se séparer, l'Assemblée électorale exprima le vœu 
qu'une fontaine fut élevée à Chauny pour conserver le souvenir 
des bienfaits que les populations retireraient d'une adminis- 
tration régénérée. Elle rejeta la demande d'un septième dis- 
trict à Villers-Cotterêts. La motion par laquelle son secrétaire 
Jean Debry, réclamait une ville neutre pour assurer la liberté 
des suffrages entre Guise et Vervins eut le même sort (25 mai 
1790). Ces deux villes rivales luttantavec un égal acharnement 
pour obtenir le chef-lieu, faillirent en venir aux mains sous 
les murs de Guise, où quelques irrégularités dans le vote des 
électeurs s'étaient produites, ce qui décida l'Assemblée conS'- 
tituante à choisir la ville de Marie. Les électeurs y partagèrent 
les nouveaux établissements entre les deux* villes rivales. Ils 
donnèrent à Yervins les établissements administratifs et lais- 
sèrent à Guise le tribunal de district, que Jean Debry, fit trans^ 
férer à Vervins, sa ville natale, peu de temps après son entrée 
à l'Assemblée législative. 

La multiplicité des cantons , loin d'activer la marche des 
affaires, était une entrave. La constitution de l'an 3 augmenta 
les difficultés en supprimant les districts pour leur substituer 
des administrations cantonales, que le département ne put or- 
ganiser d'une manière satisfaisante. On les comparait à des 
machines imparfaites dont les rouages inutilement multiples pro- 
duisent un excès de frottement qui nuit à leur effet et entraîne les 
plus grands inconvénients. 



partement, avait été rendu sur la proposition de M. Brocheton , député de 
Soissons, qui avait profité de l'absence de M. Lecarlier pour réclamer l'exclu '^ 
sion de celui-ci colorée par une disposition générale. (Lettre de Bfé Lecarliei* 
à la ville de Laon du 15 mai 1790). 

18 



— ûlS — 

Poiii* tiiettre fin à ce fâcheux état de choses, radministration 
centrale du département proposa le 17 nîvôse an 6 (6 janvier 
1798) de diviser le département de l'Aisne en 27 arrondisse- 
ments et en 336 communes pour économiser les frais d'ad- 
ministration. 

Aubry-Dubochet, ex-constituant, l'un des membres les plus 
actifs de l'administration centrale de TAisne proposa de diviser 
ce département en 15 arrondissements. Ses collègues approu- 
vèrent son projet et l'adressèrent au Conseil d*Etat , aux mi- 
nistres de l'Intérieur et des finances , aux membres du Tri- 
bunal et au Corps législatif. On prit un moyen terme : la loi du 
28 pluviôse an VIll (18 janvier 18^)0) divisa le département de 
l'Aisne en cinq arrondissements, et réunit l'ancien district de 
Chauny à l'arrondissement de Laon , pour donner plus d'im- 
portance au chef-lieu dont la population, à raison de sa situa- 
tion, n'avait point de chances d'accroissement ; et un arrêté 
des consuls du 3 vendémiaire an X (25 septembre 1801) ré- 
duisit à 37 les 63 cantons qui subsistaient encore. 

Les limites du département de l'Aisne , rectifiées ù l'est en 
1792, par l'ingénieur Alis-Desgiange^, n'ont varié qu'au sud et 
au nord-est. Au sud parla réunion du ranton d*Orbais au dé- 
partement de la Marne, conformément à la loi du 8 nivôse an 
Vil (28 décembre 1798) ; (I) au nord-est par suite de quelques 
rectifications faites en 1819, en vertu du traité de Paris du 30 
mars 1814, pour rendre la frontière plus naturelle et moins ac- 
cessible à la fraude du côté du Luxembourg. (2) 

11 est ensuite donné lecture du travail de M. de Marsy, sur 
a chartreuse du Val-Saint-Pierre. 

(Ij Le Breuil, Corribcri, Corrobert, Margny, Suiîy-le-Franc, VerdoD et La 
Ville-aux-Bois dépendaient du canton d'Orbais. 

(2) Le procès-verbal de délimitation du département de l'Aisne pour la por- 
tion continue au Luxembourg a été signé à Courtray le 28 mars 1820, par les 
commissaires de la France et des Pays-Bas. Il a été clos à Reims le 25 octobre 
1824, et sept bornes au ivMllésime de 1819 furent placées pour séparer les ter* 
ritoires d*Hirson, de Sam^- Michel, et de Watiigny des Pays-Bas. 



- 249 - 

Fort peu d'historiens ont, jusqu'à présent, parlé de là 
Chartreuse du Val-Saint-Plerre ; Dom Lolong est le seul qui 
donne des renseignements un peu précis sur les commence- 
ments de ce monastère. Nous n^avons malheureusemcut ni le 
temps ni la possibilité d'en faire l'histoire , mais le hasard 
nous met aujourd'hui entre les mains deux pièces qui nous 
semblent mériter d'être signalées, à cause des dénombrements 
qu'elles fournissent, des biens de cet établissement à deux 
époques voisines de sa fondation et de sa suppression. 

L'* premier de ces documents est un diplôme de Louis VII , 
dans lequel ce roi prend sous sa sauvegarde tous les biens 
alors possédés par les Chartreux , et qu'il énumère en indi- 
quant les noms des donateurs; en même temps, il autorise les 
religieux à déplacer Tancien chemin public, qui n'est je crois 
autre que la voie romaine de Reims à Bavay. 

Nous n'avons pu nous procurer l'original de cettt" pièce et 
c'est d'après un fac - simile exécuté , il y a quelques années , 
pour l'Ecole des Chartes que nous en avons fait la transcrip- 
tion. Cet original existait alors à la Bibliothè {ue Impériale où 
nous n'avons pu le retrouver. 

Toutes les donations énumérées dans ce diplôme furent 
confirmées par le pape Alexandre III , dans une grande bulle 
consistoriule de ii ars 1178, dont l'original esta la Bibliothèque 
Impériale ( supplément à Dom Grenier n** 287 — VIII ) Celte 
' bulle revêtue des souscriptions autographes de tous les car- 
dinaux , et malheureusement en assez mauvais état , diflere 
trop peu du diplôme royal pour que nous les donnions tous 
deux (l). 

La seconde de ces pièces est une déclaration des revenus 
et charges de lu Chartreuse en 1729 , dont l'original avait été 
communiqué à mon père, il y a environ dix ans, par M. Nice 
fils, de Burelles, en la possession de qui il se trouvait. 

Nous donnons ci-;*près la transcription de ces deux pièces 

(1) Le même recueil rei. ferme ( no 11 ) une autre grande bulle d'avril 120S^ 
accordant au Val-Saiut-Pierre des privilèges considérables. 



— 250 — 

en accompagnaot la première de quelques notes géogra- 
phiques dont nous devons une partie aux précieux enseigne- 
ments de M. Quicheral, professeur à TEcole des Chartes. 

Avant de terminer, nous signalerons sur la dernière époque 
da Val-Sai fit-Pierre , les renseignements cuiieux qui sont 
renfermés dans la correspondance de Merlin de Thionville , 
publiée récemment par M. Reynaud et dont un extrait a paru 
dans le Journal de Vervins du 19 janvier 1862 (1). 

DIPLÔME DE LOUIS VIT , PRENANT SOUS SA SAUVEGARDE TOUTES 
LES PROPRIÉTÉS DU MONASTÈRE DU VAL - SAINT - PIERRE. — 
CHARTRES 1117. — VIDIMUS DE SAINT LOUIS. — SAINT-GER- 
MAIN-EN-LAYE, AOUT 1255. 

Ludovicus , Dei gracia Francorum Rex. Vniversis présentes 
liiteras inspecturis, Salutem, Noveriiis nos litteras inclite recor- 
dationis Ludovici quondam Régis Francorum vidisse in hec vcrba. 
In nomine sancie in individue Trinitatis, Amen, Ludovicus Dei 
gracia Francorum Rex, Piis religiosorum hominum desideriîs 
facilem pubère debemus assensum presertim hiis que a sede apos- 
tolica institutu novimus et firmata. Ad noticiam igitur tam 
fulurorum quam presentium volumus pervenire nos in protections 
noslra suscepisse Monasterium de Valle - Sancti - Pelri et omnes 
possessiones et jura que ad ipsum pertinere noscuniur que propriis 
exprimcnda vocabulis. Allodium Walberti de Roseio de Coimis (2), 
Terram Sancti Michaelis de Coymis (3) superîoribus et inferiori- 
bus cum décima. Allodium Vallis Clare de Coymis (4). Terram 
Johannis Tolcere de Coymis (5). Nemus quod Raginaldus de 

(1) Il existe une vue de la Chartreuse du Val-Saint-Pierre, gravée par DuTet^ 
d*après le dessin de M* Hangest sieur de Fantigny, et reproduite par M 
Papillon en 1854. 

(2) L'alleu de Vaubert de Rozoy situé à Coingt. 

(3) La terré de Coing provenant de l'abbaye de Saint-Michel. — Cette 
donation avait été faite , suivant Dom Lelong , à la demande du cardinal 
Giordano. 

(4) L'alleu situé à Coingt provenant de l'abbaye de Vauelère. 

(5) La terre située à Coingt, venant de Jean Tolvère. 



— 251 -- 

, Itoseio dédit et iradidis per manum Jordani bone memorie cardi- 
nalis (1). Terram Sancti Remigii de Rcsmoseis (2). AUodium quod 
Monasterium Vallis Clare hahebat in Coymis ei donavit Monaste- 
rio Sancti Pétri de Valle (3). Terram quoque de Remoltiis , sicut 
eam Hugo pie recardationis Ahbas Sancti Remigii consensu capi^ 
iuli sui memorato Monasterio concessit et tradidit (A). Terram 
de Rurolis ex elemosina Rartholomei (5). Terram Henrici de 
Coymis que dicitur castellum et quic quid juris idem Henricus 
habuit in terra Bernardi de Rurolis, — AUodium Roberti tripet. 
Pascua de Rurolis ex concessione Rartholomei et alia ad Rutun 
comparata (6). Pascua de Nançelta , de Rulmiis , de Rrai et de 
Ciaursa (7). Et pascua in terra Rainaldi de Roseîo sic prefato 
monasterio concessa sunt. Preterea confirmannus eidem monaste* 
rio possessiones quas infra hos terminos radondbiliter possidet, 
Ab oriente Alodiorum finis usque ad pratum Radulphi et 
Galteri (8) , et campus Roberti de Vineio usque ad Cerasum (6). 
Inde porrigitur usque in Marchai (10). Ad terram Sancti Dionisii 
et Pétri de Rogeriis ad meridiem (11). Deinde descendit usque in 



(1) Donation reçue par le cardinal Giordano de Orsini , que D. Lelong 
appelle Joran , et qui après avoir été prieur du Val-Saint-Pierre fut fait, par 
Eugène III, cardinal du titre de Sainte-Susanne et envoyé près de l'Empereur 
d'Allemagne comme légat a latere\ il mourut en 1159. 

(2) La terre située à Ramouzy venant de l'abbaye de Saint - Rémi de 
Reims. 

(3) L'alleu ayant appartenu au monastère de Vauclère. 

(4) La terre de Remoux concédée par Hugues, abbé de Saint-Remi de 
Reims , avec l'autorisation de son Chapitre. 

(5) La terre de Burelles due à la générosité de Barthelemi. (Barthelemi de 
Bourgogne dit de Vir; évêque de Laon vers 1158.) 

(6) But (commune de Grépy-en-Laonnois)* 
'7) Nampcelle-la-Cour. 

Beaumé , canton d*Âube|it«n. 
Braye, canton de Vervins. 
Ghaourse , canton de Rozoy. 

(8) Les prés de Raoul et Gauthier de Nampcelle. 

(9) Robert de Vigneux (canton de Rozoy). 

(10) Marchais, canton de Sissonne^ 
<âl) Pierre de Rogières. 



- 252 — 

Pilaiam de Taviaus et Fanetum Beatœ Marie (1). Inde versus 
occideniem entendit se finis mque ad Marzeles de Bural (2) , iude 
transit per camputn Gilleberti us^fue ad Bâteras (3). Hinc ascendit 
tersus aquilonem per Cristam Montis de Coymis usque ad fagum 
et parcum de Brai, Descendit que usque ad molendinum et ibi 
transit flumen loer!' {l) ascendit que ad terram que dùdtur 
Loselles. Inde per gibbam Montis pergit usque in finem terre 
Sancti Remigii , versus orientem in pratum Radulphi et Galteri 
de Nancella (5). Concambium quoque illtus vie que ante monas- 
terium erat , unde qui es fratrum multimodis turbabatur , de 
voluntate et assensu domini terri factum auetoritate nostra eonfir* 
mamm (6). Statuimus autem ut nulH omnino liceat monasterium 
i>el Grangias seu villaê infra dimidium miliare prope fines eius 
dem monasterii de novo constituere unde religio fratrum debeat 
impediri, Paci quoque et tranquillitati corum regia sotlicitudine 
providtntes , auetoritate nostra prohibemus ut infra clausuras 
locorum seu Grangiarum illorum nullus violentiam vel rapinam 
sivefurium committerevel combustionem facereseu hominemcapere 
vel interficere audeat, Sane laborum fratrum quoe propiis mani- 
bus aut sumptibus colunt, sive de nutrimentis animalium eorum 
nullus ab eis iecimas exigere présumât, Quodut perpétue stabi- 
ïitatis obtincat munimentum vestigîis domini proprie et Remensis 
archiepiscopt (7) et episcopi Lau4un^nsis (8) inhérentes sicut 
Httcris suis ipsi fratrum possiones Monasterio de Valle Sancti 
Pétri confirmaverunt nos quoque si(iilli nostri auçtoritate 



(1) T^vaux-Pontséricourt, canton de Marie: 

(2) Les margelles ou excavations celtiques de Burelles: 

(3) Batières. 

(4) Le ruisseau d'Iviers; 

(5) La terre de S. Rémi de Reims. 

(6) Autorisation de déplacer la voie publique pour l'éloigner davantage des 
religieux que trouble le bruit des voyageurs. Ce chemin devait être , d'après 
M. Quicherat, la voie romaine de Reims à Bavay. 

(7) Guillaume-aux-Mains-Blancbes , archevêque de Reims, ou Gui, son 
successeur. 

(S) Roger de Rozoy, évèque de Laon. 



— 253 - 

prccepimus confirmari. ÀciumCarnoiis(\) Aniioahlncarnacione 
Domini W C® Ixx<> vijo. Aslantihtis in palacio nostro quorum 
nomina et signa subscripta suni. Signum Comitis Theobaldi 
dapiferi nostri. S. Nathci Came7*arii, S Guidonis buiicularii. 
S. Radulphi Constabularii {%). 




Vacante 1 VF I cancellaria 



Nos aulem premissa omnia prout superius coniincntur vofvmus 
et concedimus eadem auctoritate Regia confirmantes, salvo jure in 
&mnibus alieno, Quod ut raium et stabile permancat in futurum 
présentes liiteras sigilli nostri fecimus impressione muniri. 
Actum apud Sancium Germanum in Laya anno Domini Millesimo 
Ûucentesimo quinquagesimo quinto, Mense Augusto. 

DÉCLARATiON QUE DONNENT A NOSSEIGNEUBS DE L'aSSEMDLÉE 
GÉNÉRALE DU CLERGÉ DE FRANGE ET A MESSIEURS DE LA 
CHAMBRE ECCLÉSIASTIQUE DE LAON, LES CHARTREUX DU VAL- 
SAINT-PIERRE, DE LEURS BIENS ET REVÉNUS POUR SATISFAIRE 
A LA DÉLIBÉRATION DE LADITE ASSEMBLÉE DU 12 DÉCEMBRE 

4726. 

Fondation el Lettres-Pattenies, 

La Chartreuse du Val-Saint-Picrre a été fondée par Regnault 
comte deRozoy, en Tannée iWO , confirmée par lettres- 
Ci) Chartres*. 

(2) Thibaut comte de Blois, dernier sénéchal mort en 1191 ; Mathieu , 
ehambrier; Gui de Senlis, bouteiller; les membres de cette famille titulaire 
héréditaires de la charge « ont fini par prendre ce titre comme nom 
f'amille. Raoul, connétable mort en 1191. 



— 254 — 

patentes de Louis VII en 1193 (1) , de saint Louis en 1255 (2) , 
de Louis XIII en ICI 1, de Louis XIV en 1645 et de Louis XY en 
17IG. 

Situation et produit des bois, vignes, esiangs. 

Tous ses biens et revenus sont situés dans le diocèse de 
Laon, dont la plus grande partie ne sont point affermés , mais 
tenus par les mains des Chartreux , comme les bois , prés , 
vignes, estants, droits seigneuriaux, lods et ventes, droits de 
terrage, de bourgeoisie, etc. 

Le produit de quatorze cents arpents de bois qu'ils ont , 
peut aller chacun an, année commune, à raison de 40 arpents 
en coupe tous les ans et de 245 livres Tarpent, déduction faite 
des fmis et façons à la somme de neuf mille huit cents livres 
ry 9,800 

Le produit de 28 arpents de vignes , déduction faite des 
frais et façons, peut aller à 30 livres par chacun arpent, par 
année commune , à la somme de huit cent quarante livres 
cy 840 

Le produit de 19 estangs , grands et petits , déduction faite 
des frais et entreliens , peut aller chaque année commune à 
quatre-vingt livres cy . . , 80 

Lh^oits seigneuriaux. 

Item lesdits Chartreux ont sur le terroir et ban du Val-Sainti 
Pierre , et dans la terre et seigneurie de Bray , toute justice 
haute et moyenne et basse et droits en dépendants et dans les 
villages de Nanceile , Monceau-sur-Oise et Lavacresse , la 
justice foncière , droits de terrage , cens et rentes , lods et 

(1) Il y a évidemment ici une erreur du copiste» c'est 1140 et 1177 qu'il 
faut substituer à 1190 et 1193. 

Par suite d'une faute d'impression , H. Quicherat , dans son compte-rendu 
de l'ouvrage de M. Fleury sur les Manuscrits de la Bihlioifièque de Laon , 
publié dans la Revue de V Ecole des Chartes (tome 24, p. 439); a assigné li6Ç! 
comme date de la fondation du Val-Saint-Pierre. 

^2) C'esl le Vidimus qui est ci^essus, 



« 255 — 

ventes , droits de bourgeoisie , chapons , poules, avoines, blé, 
pain , vin , un moulin banal à Bray , deux autres moulins à 
Nancelle et Martigny , surcens et rentes foncières, y compris 
la dixme de Braye louée pour notre part et moitié à M. le Curé 
34 livres , qui tous peuvent valoir année commune mil cinq 
cents quatre livres cy 1,504 

Rente constituée. 

Item , ils ont de rente constituée à prix d'argent sur divers 
particuliers, rentes provinciales et sur Tancien clergé de 
France six cents cinquante livres, cy 650 

Loyers de prés, 

ils ont encore en loyers de prés par chacun an, ou à raison 
de 226 jallois et de 6 1. par jallois, année commune, mille trois 
cents cinquante-huit livres, cy 4,358 

Produits de 54 charrois. 

Item, ils ont iesd. Chartreux sur le ban du Val-Saint-Pierre, 
aux villages de Nancelle , Hary , Rogny , Marie , Taveaux et 
autres lieux, le labour de 54 charrues qui rapportent de toute 
nature de bled, à raison de 60 jallois, par charrue, trois mille 
deux cent quarante jallois estimés à 40 sous le jallois , années 
commune , à la somme de six mille quatre cent quatre-vingt 
livres, cy 6,480 

£t quinze cent trente-sept jallois ^Tavoine, estimés vingt sols 
le jallois , mil cinq cents trente-sept livres , cy . . 1,537 

Total du revenu annuel de la Chartreuse du Yal-Saint- 
Pierre , vingt-deux mil deux cents quarante neuf livres , 
cy 22,249 

Suivent les charges de ladite Chartreuse. 

Charges annuelles. 
\j9l Chartreuse du Val-Saint-Pierre est composée de 30 reli- 



— Î56 — 

gieux de chœur , 10 frères et 40 dom^-stiques. li y a dans la 
maison 12 chevaux. 

Les charges de la maison sont : 

Pour le luminaire deTéglise et pour les linges et ornements 
six cents livres, cy 600 

Âumosnes , charités , hospiialité , douzo ccn's livres , 
cy 1,200 

L'entretien de trente religieux à raisoa de cin] cents 
livres et des dix frères par chacun an : vingt mille livres, 
cy 20,000 

Gages de 40 domestiques et nourriture : cinq mille livres , 
cy 6,000 

Nourriture de 42 chevaux et ceux des survenans, mille cinq 
cents livre», cy i ,500 

Réparations à la maison , fermes et moulins, trois mille 
livres, cy 3,000 

Prestations aux chanoines de Rozoy , curés de Burelles et 
Nancelle , 32 jallois de froment et 7 jallois d'avoine estimés , 
année commune, sofxante-et-onze livres , cy. . . 71 

Taxe du Chapitre général de notre Ordre , deux cents 
livres , cy 200 

Total des charges : Trente-et-un mil cincq cents soixante-et- 
onze livres , non compris les décimes , subventions et dons 
gratuits qui pendant les dernières années et la présente se 
montent à 1,022 l.,cy 31,571 

Ainsi les chaires excèdent les receptes et revenus de neuf 
mille trois cent vingt-deux livres (i). 

On doit juger que ce n'est que par la grande économie , le 
travail des frères et Tattention exacte et continuelle des offi- 
ciers que la maison du Yal-Saint-Pierre soutient le nombre des 



(1) Si on en croit Brayer, cette évaluation serait inférieure à la réaUté.car 
il accorde au Val-Saint-Pierre un revenu de 100,000 livres environ et dit que 
le bois seuls rapportaient 60 à 70,000 francs et qu'il y avait près de 100 
arpents d'étangs. 



— 257 - 

religieux et peut fournir ^ toutes les charges du dehors et du 
dedans. 

Certifié véritable par no'^s soussigné prieur et procureur 
du Val-Saînt-Pierrc. 

Ce 28 février 1729. 

(Signé) F. Michel Fougères, prieur. 



PLAN DE LA VILLE DE L^ON 
AVANT 1660. 

L'original du plan dont nous donnons ici la reproduction, 
fait partie d'un volume in-folio intitule : Plan des Places fortes 
de Picardie, par le Cheva'ier Clairville, (1) cet ingénieur mili- 
taire, a eu, au xvii* siècle, une certaine renommée, bien que 
les progrès qu'on «levait à Pagan lui aient été inconnus. 

Pendant les guerres de la Fronde , Clairville prit part aux 
sièges de Sainte-Menehould , Stenay (où il avait Yauban sous 
ses ordres], Landrecies, Condé, Saint-Guislain , Yalenciennes, 
Dunkerque , Ypres , etc. Colbert lui donna, en 1652 , le titre 
de Maréchal de camp , et , en 1658 , celui de Commissaire 
général des fortifications. C'est à celte époque qu'il rassembla 
dans un volume les plans de toutes les places fortes de Picardie, 
dont les dessins n'ont pas été tracés par la même main. Le 
plan de Laon que nous reproduisons , et qui se trouve à la 
page 56 de ce recueil, nous a paru plus soigné et plus complet 
que les autres ; les délails y abondent , non seulement en ce 
qui concerne les fortifications , les tours , les portes et les 
murailles , mais encore on y trouve la disposition des rues , 
l'emplacement des églises et des principaux établissements de 
la ville. 

Nous espérons que la reproduction de ce document , qui 

(1) Bibl. imp. Estampes. Plans des places fortes de Picardie. 1. d. 16. 
|n-fo. p. 56. 



w 



— 258 — 

nous a paru très-curieux, sera accueillie avec intérêt par tous 
ceux qui étudient l'histoire de nos villeis de Picardie. On nous 
pardonnera d*avoir conservé i'ortbographe de Ciairville et 
d'avoir écrit par exemple : l'abbaye du Souoy , au lieu de 
l'abbaye du Sauvoir, etc. etc. 

CH. GOMART. 



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I , 






LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE 

DE LAON. 
(AaDée t86».»86S.) 



Bureau t 

Président honoraire, MM. Duchange (i^). 

Président, Éd. Fleury (^), réd"" du Journal de l'Aisne. 

Vice-Président archiviste, Piette, contrôleur des conlrib. directes. 
Secrétaire- Général, Aidé, propriétaire. 

Secrétaire-Trésorier, Filliette, économe des hospices. 



membres honoraires. 

MM. Od. Barrot (0. ^), ancien membre du Conseil général. 

Bauchart (Quentin) (0. #), conseiller d'État, membre du Conseil 
général. 

BoiTELLE (0. ^), ancien préfet du département, préfet de police 
à Paris. 

Bretagne, directeur des contributions directes à Auxerre. 

Caumont (de) ()^)^ président de la société française pour la 
' conservation des monuments historiques. 

Chabiblain (0. $jf), ancien préfet du département, secrétaire- 
général au ministère de l'intérieur. 

GoRBiN ($), ancien préfet du département. 

NiEUWERKERKE (comte de) (G. ^), membre du Conseil général 
directeur des musées impériaux. 



— 260 — 

Vallès (iRs), ingénieur en chef à Paris. 
WiMPFEN (Félîi de) (G. $), général de division. 



membres titulaires. 

MM. Bâton (abbé), curé de Saint-Martin. 

BftUYANT, agent-Toyer de l'arrondissement de Laon. 

Beauvillé (de) (#). 

GouRVAL (vicomte de), membre du Gonseil général. 

D'Ersu (fils), maire de Ghamouille. 

Gauthier, architecte à Laon. 

G. Gomart (#), propriétaire à Saint-Quentin. 

Lefebvre, notaire. 

Martin, docteur en médecine à Laon. 

Matton, archiviste. 

Stenger, Gilbert, rédacteur de YObêervateur de l' Aisne. 

PiLLOY, agent-voyer. 

Thillois, bibliothécaire de la ville 

Vilestivaud (de) (e$), directeur des domaines. 

YiNCHON, maire de la ville de Laon. 



mieiiibres rorrespondantSë 

MM. Bellin» Gaspard, juge à Lyon. 

BARTHELEMY (Âuatole de), sous>préfet. 

BARTHELEMY (Édouard de), auditeur au conseil d*État. 

Rarond, secrétaire de la société d'émulation d'Abbeville. 

Breval, Graveur sur bois à Paris. 

BoNNAiRE (abbé), curé de La Selve. 

BouvENNE. artiste graveur à Paris. 

Gallay, instituteur communal à Sissonne. 

Ghampfleury, homme de lettres à Paris, 

GORBLET (abbé), président de la société des antiquaires de Picardi»*. 

DÉGIEUX, membre du Gonseil général à La Fère. 

Delbarre, propriétaire à Paris. 

De la Tour-du Pin-Chambly (comte de), à Bosmont. 

Demarsy, fils, à Compiègne. 



-• 261 — 

Desmâze (0. e^), juge d'instruction à Paris. 

DuPLQYB, Ém* (abbé), à Versigny. 

FÉDAUX, maître-adjoint à Fécole normale de Laon. 

GouRMAiN (abbé), curé à Ghézy-l'Abbaye. 

GuiLLON, juge à Angouléme. 

Laisné (0. ^), membre du Gonscii général. 

Labbé, professeur au collège de Laon. 

Lambert (abbé), vicaire à Noire-Dame des Victoires à Paris. 

Lehault, propriétaire à Marie. 

Leroux, docteur en médecine à Corbeny. 

Marville, propriétaire à Trosly-Loire. 

Martin, membre du Conseil général à Rozoy-sur-Serre. 

Mien, commis principal des postes à Saint-Quentin. 

Mouret, médecin à Marie. 

MoNTiER, instituteur à Chaillevois. 

Nourry, artiste dessinateur à Paris. 

Palant (abbé), curé à Ciily. 

Papillon (L.\, imprimour à Vervins. 

Périn, juge à Soissons. 

PiETTE (Ed), à Vervins. 

Plonquet, docteur-médecin à Aï (Mnrne). 

POQUET (Fabbé), doyen à Berry-au-IJac. 

Paioux, à Paris. 

Toulmon (E. de), propriétaire à Paris. 

Tugny (de), membre du Conseil général. 



—■* -O '^^ ""* <»— 



TABLE DES HITIÊRES. 



Çompie-rendu du tome XIV du Bulletin de la Société académique 

de Laon, par M. Taiée. j 

Gravures et médailles de iV.-D. de J^ieuey étude par M. Tabbé 

, DUPLOTlS 6 

Le Càtelet et ses sièges^ notice par M. Gomart 25 

inventaire des Chartres acquises pour le Département de rAisnr, 

par M. pRioirx> à la vente de M. Clerc de Landresse. Laon., . 57 

St-Quentin et Soissons * • . 60 

Inventaire du trésor de la Collégiale de Sl-Quentin en f 399. . 61 
Visite de S. M* l*Empêreur au camp de Sîauchamp, relation 

par M« Ed. Fleurt 64 

Derniers travaux faits au camp de Mauehamp^ depuis la visite 

de S M. l'Empereur, renseignements donnés par 11. En. Fleurt 69 
Constitution géologique de la montasne de Loon» notice par 

11. Tabbé Lambert 70 

Notice sur Véglise de Nouvion-le-Vineuœ, par M. Gauthier. . • 87 

Le passage de V Aisne par César, par M. L. Fallue 94 

Chapitre inédit de Thistoire locale. Procès des Templiers, par 

M. Ed. Fleurt if)8 

Mémoires sur le monastère de St-Paul-aux-Bois par M. Maryille 168 
Relation du siège d'Âuhenton sous Philippe F/, par M. Martin.. 201 
Le cimetière franc de Lizy , compte-rendu des fouilles , par 

H. PiLLOT . 207 

Lettres relatives au Siège de Guise en 46S0, communiquées par 

M. Matton 220 

Documents inédits sur Nicole de Vervins, par M. J. Desmazures.. 327 
Lettres des KR. PP. Dulaurent et Doinet donnant des détails sur 

les revenus des Prébendes en 17S6, communication de M. Matton 235 



— 264 — 

fùrmatian du diparUment de VAime et de eee arrùndissemenîs 
notice historique par M. Matton. •.....«... 259 

Chartres et renseignements concernant la Chartreuse du Val 
St-Pierre^ communication de M. A. »e Marst 848 



TABUeS BEft «jBATlJlIfiS. 



P»g4 



Vue de la PrUe du CàteUt en 4638, antographie d'après une 
ancienne gravure de Gochain 26 

The^ Sari of haynauU takes and destreys Aubenlon^ fac-similé 
du dessin du Siège d'Auhenton^ dessin de if. Éd, Pleury, 
lithographie de Jlf. Papillon, . • 202 

Objets trouvés au Champ des Lusiaux de Lizy y dessin et 
lithographie de H. PuxOT. 

Planche  208 

Planche B. • . 210 

Vue et profil de la Chartreuse du Val St-Pierre en 4748 ^ 
fac-similé de la gravure d'AvELuns, par Bl J.-L. Papillon. . . 240 

Pian de la Fi7(« de loon ayant 1660 257 



nu M LA TABLB. 



Lacin. IttP. H* de Coquet «t G. Steager. 



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