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Full text of "Bulletin de la Société géologique de France"

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^■am^ma^n 



^ 



I 



\ 



SOCIKTÉ GÉOLOGIQl K 



DK FRANCE 



BULLETIN 



1)K LA 



SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE 



DE FRANCE 



QUATRIÈME SÉRIE 



TOME PREMIER 



leoi 



PARIS 

AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANGE 

88, rue Serpente, VI 

leoi 



I 



SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE 



DE FRANCE 



Séance du 7 Janvier f 90f 

PRÉSIDENCE DE M. A. DE LAPPARENT, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
dernière séance. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Le Président proclame membre de la Société : 

M. Danilofly Eugène, présenté par MM. Dereims et Blayac. 

Cinq nouveaux membres sont présentés. 

Le Président donne lecture d'une lettre de M. Edmond Pellat, 
annonçant la mort de M. Huguenin, membre de la Société 
depuis 1875, décédé à Valence-sur-Rhône (Drôme), au mois de 
septembre dernier. 

« Tous les géologues qui ont exploré, depuis une trentaine 
d^années, la montagne de Grussol, située tout au bord du Rhône, 
en face de Valence, ont certainement conservé le souvenir de ce 
confrère modeste et aimable dont le plus grand plaisir était de les 
conduire et de se charger de fossiles recueillis à leur intention, 
plutôt que pour enrichir sa propre collection. Bien des Collections 
publiques en France et à l'Étranger ont reçu de lui des séries de 
fossiles <^u Jurassique supérieur de Crussol. C*est à lui que Fon- 
tannes a dû la plupart des Ammonites de Crussol décrites et 
figurées dans ses ouvrages. » 

On procède ensuite, conformément aux dispositions du Règle- 
ment, à Télection d*un Président pour Tannée 1901. 

M. Léon Carez, ayant obtenu hàq voix sur i45 votants, est élu 
Président de la Société en remplacement de M. A. de Lapparent. 






'^^.04 



G 



SEANCE DU 7 JANVIER I9OI 



Sont ensuite nommés successivement : 

Vivc-jtrêsidentH MM. E. IIaug, E. Van dbn Broegk, Dbheimsl'I R. Nicklks. 
MemhteM i/a Conseil: MM. A. de Lappare.nt, H. Douvillk, A. Boihtbl, G, 
DoLLFUs et J Blayag. 

Avant de lever la séance. M.' de Lapparent s'excuse de ne pou- 
voir assister à la prochaine séance. 11 remercie les membres de la 
Société du bienveillant concours qu ils lui ont apporté pendant sa 
présidence. 

Par suite de ces élections, le Bureau et le Conseil sont composés, 
pour 1901, de la façon suivante : 

BUREAU 

Préaident : 
M. L. Carez. 

Vice-présidents : 
M. E. Hai-g. I M. E. Van drn Hroegk. | M. Drreims. | M. R. Nicklès. 

Secrétaires : 



Pour la France : 
M. L. Gentil. 

M. L. M^MiN. 

Trésorier : 
M. Léon Jankt. 



Pour l'Etranffer : 

M. L. FERVINQriÀRE . 

Vice- Sécréta ires : 

I M. J. OlRAUl). 

Archiviste : 
M. (■. Hamom». 



CONSEIL 



MM. Marcel Hrrtrani>. 
J. Bbrgbron. 
M. Boule. 
J. Blayag. 



MM. Emm.deMAROBRiB 
A. Gaudry. 
MuNiER-Cii a lm as . 
P. Tbrmibr. 



MM. A. de Lapparent. 
IL Dou ville. 

A. BOISTEL. 

Gustave Dollpus, 



Dans sa séance du 21 janvier, le Conseil a lixé d(» la niaiiière 
suivante, la composition des Commissions pour ic^oi : 

i** Commission du Bulletin: MM. Emm. de MAR<iKRiE, A. de liAiM*\RKNT, 
Marceiiin Boule, Gustave Dollkus, J. Blayac 

3<* Commission des Mémoires de Géologie : MM. Marcel Bertrand, Munifr- 
Ghalmas, h. DOUVILIK. 

30 Commission des Mémoires de Paléontologie : MM. Mareelliii Bouli:, 
IL DouviLLB, Albert Gaudry, E. Haug, Munier-Chalma^, Zeillbr. 

4" Commission de Comptabilité: MM. U. Douvill^, P. Termier, A. Boistkl. 

5* Commission des Archives et de la Bibliothèque : MM. Emm. de Maroerib, 
A. TiiÉVENiN, J. Blayag. 




Séance du Si Janvier f 90i 

PRÉSIDENCE DE M. A. BOISTEL, VICE-PRÉSIDENT SORTANT, 

PUIS DE M. L. CAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
dernière séance. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

M. A. Boistely Vice-président sortant, prononce Tallocution 
suivante : 

« Messieurs, — L'empêchement qui tient aujourd'hui éloigné de 
nous notre cher Président, et qu'il vous a exposé lui-même 
lors de notre dernière réunion, m'assure la bonne fortune, en 
même temps que le périlleux devoir, de saluer à la fois en votre 
nom le bureau sortant de 1900 et le nouveau bureau de 1901. 

« La Société géologique a eu, pendant Tannée qui vient de 
s'écouler, Tinsigne honneur de tenir un rang de premier ordre 
dans le Congrès international de Géologie réuni à Pans à 
l'occasion de l'Exposition universelle. Ce sont ses membres qui 
ont dirigé toutes les excursions auxquelles les congressistes ont 
été ai)pelés à prendre part dans la France entière. Et vous avez 
tous apprécié avec quelle autorité et quel généreux dévouement 
notre éminent Président a traduit vos sentiments intimes, lors de 
la réception offerte par la Société aux membres du Congrès. Son 
nom s'est trouvé ainsi associé à celui de l'illustre Président du 
Congrès lui-même, dont la brillante hospitalité a laissé chez tous 
le plus durable souvenir. 

(( Votre activité scientifique n'a nullement été détournée de ses 
recherches ordinaires, ni par la préparation du Congrès, ni par 
la rédaction du Livret-guide ou des publications préliminaires 
faites dans notre Bulletin. Le volume de 1900, malgré l'absence 
d'une Réunion extraordinaire propre à la Société et malgré le 
défaut de comptes-i'endus d'excursions, se présentera à vous avec 
des dimensions aussi considérables, sinon plus, que ses devanciers. 
Ainsi se trouveront calmées les craintes exprimées, il y a deux ans, 
à cette place même par le Président sortant. Il n'y a pas lieu de 
redouter un ralentissement dans la fécondité de vos travaux. Les 
séances que nous avons tenues depuis la fin des vacances écar- 
tent même toute appréhension, que le Congrès international n'ait 



s SÉANGF. DU QI JANVIER I9OI 

exercé sur l'ardeur de vos investigations TeiTet... sédatif, qui a 
paru pit)duit par le dernier Congrès de Russie. 

a Le zèle de nos infatigables secrétaires est resté à la hauteur 
de la tâche plus ardue qui leur incombait ; la publication très 
prochaine des derniers fascicules du Bulletin pour Tannée 1900. 
témoignera hautement du soin et du talent qu'ils ont apporté à 
l'exécution de leur mandat. Je leur exprime tous vos remerci- 
nients, et félicite la Société de conserver encore une année leur 
précieux concours. 

(( Je suis heureux de souhaiter la bienvenue aux savants distin- 
gués que vous avez appelés au Bureau pour Tannée 1901, spéciale- 
ment à ceux dont une publication magistrale ou le courage héroïque 
ont tout récemment illustré les noms. Dans le choix de notre Prési- 
dent, vos suffrages ont entendu couronner une carrière déjà 
longue entièrement consacrée à la science et à Tétude approfondie 
des problèmes ardus et compliqués que présente Tune des plus 
belles régions de la France. Vous avez voulu exprimer la haute 
estime dans laquelle vous tenez les beaux travaux qui ont été le 
fruit de ces l'echerches. J'adresse à M. Garez mes plus chaleureux 
compliments et je Tinvite à venir prendre sa place au fauteuil de 
la présidence. » 

M. L. Carez, Président de la Société, prend place au bureau : 
« Messieurs et chers Confrères, 

« Permettez-moi de vous adresser mes plus vifs remercîments 
de m'avoir appelé, par la presque unanimité de vos suffrages, à 
Thonneur de présider vos séances pendant Tannée qui commence. 

(( Ce n'est pas cependant sans une certaine appréhension que 
je prends possession du fauteuil, en me rappelant la manière dont 
il a été occupé par M. de Lapparent eu Tannée 1900; je vous 
demanderai de perdre le souvenir de la brillante présidence qui 
vient de fmir, pour ne pas faire entre 1900 et 1901, une comparai- 
son trop défavorable à cette dernière année. 

(( Votre indulgence me sera d'autant plus nécessaire que la 
tâche promet d'être plus diflicile ; vous savez tous en effet que les 
années qui suivent celles où ont eu lieu des expositions univer- 
selles et des congrès, sont généralement peu fécondes en travaux 
originaux ; il tient à vous. Messieurs et chers Confrères, de mon- 
trer que les occupations spéciales de Tannée qui vient de s'écouler 
n'ont pas interrompu vos études. 

(( L'ordre du jour de cette première séance est d'ailleurs bien 
rempli. C'est d'un bon augure pour l'avenir. 



SBANGB DU ai JANVIER I9OI 9 

(( De plus, j'ai le plaisir de compter parmi ceux qui doivent 
prendre la parole aujourd'hui notre confrère, M. MolengraafT, géo- 
logue de rÉtat de la République Sud -Africaine, qui a choisi la 
Société géologique de France pour faire connaître les importants 
résultats de ses études sur l'Afrique du Sud. Nous le remercions de 
ne pas avoir douté du sympathique accueil qui lui était réservé 
parmi nous. 

« En terminant, Messieurs, je vous proposerai de voter des 
remerciments au bureau sortant et en particulier à M. Gentil et à 
M. Janet, qui ont dirigé avec tant de zèle les services du Secrétariat 
et de la Trésorerie. Nous serons heureux de pouvoir profiter encore 
cette année de leur dévouement et de leur expérience ». 

Le Président proclame membres de la Société : 

MM. Dallemag^e, Henri, Chef d'exploitation des mines de la 
Haute Bidassoa. à Irun. présenté par MM. Gentil et 
Mémin. 

Houdant, Pierre-Ferdinand, Licencié ès-sciences, pi'é- 
senté par MM. Gentil et Mémin. 

Savomin, Préparateur de géologie à l'École des Sciences 
d'Alger, présenté par MM. Ficheur et \'asseur. 

Miquel, Emmanuel, Commandant du Génie, à Valence 
(Espagne), présenté par MM. José I^ndc^or et Gustave 
DoUfus. 

Le Commandant Barré, Professeur à T École d'applica- 
tion de l'Artillerie et du Génie, à Fontainebleau, pré- 
senté par MM. de Lapparent et de Margerie. 

Le Président donne lecture de la lettre suivante de M. Ernest 
Van den Broeck. Vice-président de la Société pour ic)Oi : 

<( Monsieur le Président. 

(( Ai-je besoin de vous dire avec quels sentiments de gratitude 
et de profonde reconnaissance, j'ai appris, par les soins de M. le 
Secrétaire, que la Société géologique de France a bien voulu me 
faire l'insigne honneur de m'élire parmi ses vice-présidents pour 
Tannée 1901. 

(( Je me sentirais, en conscience, fort indigne d'un tel hommage, 
si je ne me rendais compte que j'ai à le partager avec le nombreux 
groupe de mes collègues et amis de la Société belge de Géologie qui 
sont mes collaborateurs dévoués dans l'œuvre toute spéciale que 
nous avons entreprise en Belgique, consistant à joindre aux pro- 



lO SÉANCE DU QI JANVIKR I9OI 

grès et H la diffusion de la Science géologique, la démonstration, 
sous des formes multiples, de son précieux rôle utilitaire. 

(( C'est donc comme un hommage impersonnel et collectif, 
qu'en ma qualité do Secrétaire général de la Société belge de 
Géologie, j'accepte avec reconnaissance un titre qui resserrera 
encore les liens confraternels des géologues des deux pays et qui 
me crée envers mes confrères de France des devoirs que je m'effor- 
cerai de remplir dans la mesure de mes moyens. 

« Veuillez agréer. Monsieur le Président, avec mes respectueu- 
ses salutations, l'expression réitérée des sentiments de profonde 
gratitude qui m'animent envers les membres do la Société géolo- 
gique de France et que je vous prie de bien vouloir leur trans- 
mettre )). 

Le Président transmet à la Société les remercîments de M. René 
Nicklès» pour le témoignage de sympathie que lui donnent ses 
confrères en le choisissant comme vice-président. 

M. Cai*ez présente, de la part de l'auteur, doux nouvelles feuilles 
de la Carte géologique détaillée de la province de Barcelona, par 
M. le chanoine Jaime Aimera L'une d'elles contient la région 
tertiaire (région du Rio Foix et d(* la Llacuna); l'autre est la 
deuxième édition de la carte des environs de Barcelona. 

M. C^arez se fait un plaisir d'adresser à notre infatigable et si 
savant confrère, les remercîments de la Société ; il félicite 
M. Aimera d'avoir pris l'initiative et mené à bien. à lui seul une 
œuvre aussi considérable c]ue le lever d'une carte géologique» 
détaillée do toute une province. 

M. Aimera envoie également pour la bibliothèque do la Société 
les brochures suivantes : 

I. Sobre el Mapa geologico de Tarrasa por D. Domingo Palet 
y ttarha.r la Meniovia que le accompana. —a. Sobre el descubri- 
mienlo de la fauna de Saint-Cassien en el Trias de nuestra pro- 
vincia, — '3. Sobre las especies Aeerotherium lemaneiise, Mastodon 
longirostris. y un Klephas descubiertos en esta proidncia de Bar- 
celona. 

M. Peron offre à la Société une note publiée par dom AuiHilion 
Valette, Sur des radiales d^ oursins du Rauracien dé C Yonne. 

. M. Peron a fait suivre ce mémoire d'une note faisant connaître 
les conditions toutes particulières du gisement des radioles décrits. 
Ce n'est pas, en effet, dans les calcaires rauraciens eux-mêmes 



SÉANCE DU QI JANVIER I9OI II 

qu^on les ti*oave« mais bien dans des sables argileux et ferrugineux 
qui remplissent des poches ou cheminées percées par les eaux 
dans la masse des calcaires coralliens. 

Ces dépôts de remplissage ne sont pas tertiaires comme on Ta 
annoncé, ce sont de simples résidus de décalcification contenant 
parfois en abondance non seulement des radioles, mais une foule 
de petits fossiles, toujours rauraciens. et composés surtout d'arti- 
cles isolés, de pai*ties dissociées d'Echinides. de Crinoîdes, etc., 
généralement très bien conservés. 

M. Peroily en offrant à la Société le premier fascicule de ses 
Etudes paléontologiques sur les terrains du département de 
r Yonne, explique qu'il a entrepris la publication de ce travail 
principalement pour donner Tauthenticité nécessaire à un grand 
nombre de fossiles nommés dans leurs Prodromes par d'Orbigny 
et par Cotteau, mais restés non décrits et non figurés. 

Ce premier fascicule ne comprend que les Céphalopodes et les 
Gastropodes de l'étage néocomien de TYonne, dont ii6 espèces 
sont examinées, révisées et pour la plupart décrites à nouveau. 
Sur ce nombre, i5 avaient été nommées par d'Orbigny ou par 
Cotteau, mais n'avaient pas été décrites et figurées et q3 sont com- 
plètement nouvelles. Enfin lo espèces, déjà établies, doivent dispa- 
raître des catalogues comme faisant double emploi avec d'autres 
plus anciennement connues. 

M. Peron, tout en se proposant de revenir avec détail sur cette 
({uestion quand il aura terminé la publication de toute la faune 
néocomienne, croit devoir signaler dès maintenant, à pro[)OS des 
Gastropodes, les grandes affinités de cette faune avec celle du 
Jurassique supérieur coralligène de l'Yonne et sa différence pro- 
fonde avec celle des étages crétaciques superposés au Néocomien. 

M. Munier-Chalmas présente, de la part de M. Louis Bureau, 
un important ti*availWntitulé : Notice sur la géologie de la Loire- 
Inférieure, formant un volume de 5'jq pages avec plusieurs plan- 
ches et de nombreuses coupes, figures et cartes dans le texte. Dans 
celte monographie très documentée notre savant confrère expose 
ses recherches personnelles sur les terrains primaires et tertiaires 
de la Basse-Bretagne. Il serait à désirer que de pareils travaux 
fussent faits pour toutes nos régions françaises. 



12 SEANCE DU 21 JANVIER igOI 

M. Ph. Glangeaud fait une communication Sur les dômes de 
Saint'Cyprien (Dordogne), Fumel et Sauveterre (Lot-et-Garonne), 

Kétude de ces dômes fournit des données importantes aux 
points de vue géologique, dynamique, paléogéographique et 
géophysique. Elle montre qu'ils étaient déjà esquissés au Crétacé 
inférieur, de même que ceux de Chapdeuil, de Mareuil (Dordogne) 
et de Jonzac (lie d'Oléron), que Tauteur a fait connaître récemment. 

Les mouvements du sol qui eurent lieu, dès le Portlandien infé- 
rieur, ne chassèrent pas seulement la mer Jurassique vers les 
Pyrénées, mais donnèrent aussi naissance à un système de plis, 
de direction nord-ouest, parallèles aux plis hercyniens du Massif 
Central et de la Bretagne. En certains points de ces plis, s'édifièrent 
des dômes que Térosion décapita en partie durant Tlnfracrétacé. 

La mer cénomanienne recouvrit les derniers de ces dômes, 
tandis que le dôme de Saint-Cyprien formait une île couverte de 
végétation au milieu de la m(*r t»t (jue sur ses bords s'étendaient 
des lagunes saumâtres (lignites avec gypse). Les dômes de Fumel 
et de Sauveterre étaient rattachés à la terre ferme i^X le Querey 
était émergé en grande partie. 

La discordance des dépôts crétacés et du Jui*assique atteint par 
places 45<». 

Au Turonien, eut lieu une importante transgression marine. 
Tous les dômes signalés plus haut furent immergés, jusqu'au 
Maëstrichtien. 

Les refoulements latéraux qui accompagnèrent le soulèvement 
des Pyrénées, à l'Oligocène, accentuèrent le système de plis noixl- 
ouest et les dômes furent de nouveau érigés en collines dont 
quelques-unes atteignaient tkx) mètres de haut, c'est-à-dire une 
altitude supérieure à la Bit*tagne et à une grande partie du 
Massif central actuels. 

L'érosion postoligocène les a de nouveau arasés, car ils ne dépas- 
sent pas aujourd'hui Taltilude 3oo. Au niveau des vallées du Lot 
et de la Dordogne, cette érosion dépasse 5oo mètres. En dehors des 
considérations qui précèdent, ces dômes, dont le noyau est virgu- 
lien et portlandien et les flancs cénomaniens, turoniens et séno- 
niens, constituent des unités géographiques très spéciales au milieu 
de l'uniformité de la région crétacée de l'Aquitaine. 



GÉOLOGIE 

DB LA 

RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 

uu 
TRANSVAAL 

par M. G.-A.-F. MOLENGRAAFF. 

(Planches I-II). 

Au cours de mes excursions dans le Transvaal en 1898 et eu 
1899, j'ai recueilli de nombreuses observations sur la géologie de 
ce pays ; on trouvera le résumé de ces observations dans le présent 
travail. Les étude, préliminaires, indispensables àexécîuter, avant 
de songer au lever géologique systématiques de la région, furent le 
motif de ces tournées géologiques. 

Entin, en 1899, le Volksraad de la République Sud Africaine 
décida de nommer le personnel nécessaire au fonctionnement du 
Service géologique; on sait comment la malheureuse guerre qui 
attriste TAfrique Australe a réduit à néant la réalisation de ce projet. 

Les recherches géologiques dans le Transvaal sont considérable- 
ment facilitées par la sécheresse et la douceur d'un climat favorisé 
d*une atmosphère toujours limpide et par la rareté de la végétation. 
La simplicité de la tectonique, dans ses grands traits, vient encore 
aider le géologue. Néanmoins, quelques diflicultés contrebalancent 
ces avantages ; c'est ainsi que les roches en place sont cachées à la 
vue» sur de vastes espaces, par des dépôts superficiels très récents : 
sables éoliens ou blown-sand, tufs calcaires, etc., et que les coupes, 
soit naturelles, soit artificielles, permettant de vériûer la succes- 
sion des couches, font le plus souvent défaut. De plus, et c'est 
peut-être là l'obstacle le plus sérieux, on n'a pas encore trouvé de 
fossiles déterminables dans les formations sédimentaires du 
Transvaal, exception faite cependant pour celle dite : Karroo 
supérieur. 

On comprendra dès lors, pourquoi la (*arte géologique, qui 
accompagne cette couunuiiication, doit être considérée comme une 



l4 G.-A.-F. MOLENGUAAFF SI JanV. 

simple esquisse schématique, destinée à donner une idée générale 
de la position et de F étendue des diverses formations qui consti- 
tuent le sol de la République. 

La planiniétrie de cette carte est extraite de celle de F. Jeppk 
{Map of the TransvaaL Pretoria i8gg) *. L'orographie pour 
laquelle il n'existe aucune bonne carte, a été établie à l'aide de 
divers documents; pour quelques districts, entre autres, pour celui 
de Waterberg, je me suis inspiré des croquis relevés pendant les 
recherches préliminaires du Service géologique. La partie géolo- 
gique est basée pour la plus grande part sur mes travaux personnels, 
cependant, j*ai utilisé les renseignements de MM. D. Draper et 
D. DoRFFEL pour les districts de Rustenburg et de Marico et, en 
outre, j'ai profité des indications données par les différentes 
publications citées à la un de cette note, par exemple, de la carte 
géologique de M. Hatch(22) -, pom» une partie du Witwatersrand. 

Kn faisant abstraction des formations jurassiques, crétacées et 
plus récentes, voisines du littoral, les divers terrains de la Répu- 
blique Sud-Africaine peuvent être groupés dans les trois grandes 
divisions suivantes, énumérées de haut en bas : 

111. — Système du Karroo ; 

IL — Système du Gap ; 

I. — Système primaire Sud- Africain. 

Cette classification des assises géologiques de TAfrique Australe 
était déjà adoptée, pour la Colonie du Cap, par M. Bain ^, et pour 
l'Afrique Australe entière par M. Schenck *. J'ai moi-même adopté 
les dénominations de ce deimier auteur. 



1. La rnrte cadastrale de F. Jeppe complètement termiuce et même impri- 
mée, n'a jamais été mise eu vente. F. Jeppe Pavait dressée dans le ser\ice du 
Landmetef'Generaal du Transvaal ; il mourut en 1898 avant de Tavoir termi- 
née. Son fils, C.-F.-W. JepjHî, a continué et achevé l'œuvre de son père, mais 
n'a pu profiter de sou travail ; il fut tué sur le champ de bataille de Spioen- 
kop le a4 jauNier 1900. 

'2. Les chiffres en caractères gras, placés dans les notes infrapaginales, 
après les noms d'auteurs, renvoient aux numéros correspondants de la liste 
bibliographique qui termine cette note 

Les nombres placés entre crochets, dans le texte, après les noms de pro- 
])riétés, sont ceux qui correspondent à ces mêmes ])ropriétés, sur la carte de 
F. Jbhpb ; ils sont indispensables pom* l'intelligence du texte, un grand 
nombre de propriétés d'un même district portant des noms identiques. 

3. A. Greddes IJain, 1, p. i-5. 

^|. A. SCHKNGK, 45. 



IgOI GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE l5 



I. — SYSTEME PRIMAIRE SUD-AFRICAIN 



Le Système primaire Sud-Africain est foruié par des terrains 
stratifiés associés à de nombreux massifs intrusifs de granité. Les 
granités de ces difféi^ents massifs ont une grande ressemblance 
entre eux et se rapprochent également de ceux de la Colonie du 
Cap. J'ai réuni leurs divers types sous le nom de granité ancien ^ 
pour les distinguer de certains granités qui jouent un rôle impor- 
tant dans les régions du centre du Transvaal et qui sont d'un âge 
beaucoup plus récent. 

Granité ancien. — Le granité ancien est généralement un 
granité à biotite, ou un granité à amphibole et biotite, plus rare- 
ment un granité. à deux micas et quelquefois un granité à mulico- 
vite. L'élément feldspathique est représenté aussi bien par 
Torthose que par les plagioclases et le microcline. Les granités à 
microcline^ abondent dans les massifs situés entre Pretoria et 
Johannesburg, et à l'ouest de Klerksdorp. 

Le granité ancien et les schistes adjacents sont traversés par de 
nombreux filons de pegmatite, qui offrent en plusieui*s points de 
très beaux échantillons de pegiuatite graphique -. Dans le Swazie- 
land, près d'Embabaan, on trouve de la cassitérite '^ dans ces Olons 
de pegmatite, et c'est dans ces mêmes filons qu'ont di\ prendre 
naissance les minéraux, tels que : la monazite, l'œschynite, le corin- 
don que l'on trouve assez fréquemment associés avec le minerai 
d'étain dans les sables et les graviers des torrents de ce district. 

Roches stratifiées. — Les terrains stratifiés peuvent èXvQ 
divisés en deux gproupes. 

1. Pour la description pétrographique de cette roche voir : G.- A.-P. Molk>- 
OKAAFF, 30, p. 184. 

2. A signaler, en particulier, les très belles pegmatites graphiques que l'on 
rencontre près de la gare de Krokodilpoort, dans le district de Lijdenburg, et 
sur la propriété Windsor [190], dans le district de Bloemhof. 

3. Dans ces filons, les cristaux de cassitérite afTectent une forme rare ; ils 
sont allongés considérablement dans la direction de l'arête (m) : (m)» ce 
qui leur donne un aspect tout à fait monocUnique. Voir pour leur descrip- 
tion : G.-A.-F. MoLENGHAAPF, 32, p. 143, fig. 8. 



l6 (V.-V.-F. MOLENGRAAFF ai JîlUV. 

L*mi de ces groupes est caractérisé par des roches élastiques. 
Il comprend des phyllades, des quartzites. des conglomérats, des 
grès, des schistes, des lydiennes, des argilites et très rarement 
des calcaires. Par contre, Fautre groupe est caractérisé par de 
vrais schistes cristallophylliens , comme : Taniphibolite , les 
schistes chloriteux, les schistes à séncite, les talcschistes , les 
micaschistes, les quartzites schisteux, etc. Les micaschistes sont 
cependant rares dans ce dernier groupe. Quant à Tamphibole 
des amphibolites, elle appartient généralement à la variété acti- 
note ; il conyiendrait donc de donner à ces roches le nom de 
schistes actinotiques. Plusieurs auteurs, en se basant sur les carac- 
tères dilîérentiels de ces deux groupes, ont voulu considérer deux 
formations distinctes dans le Système primaire Sud-Africain. C*est 
ainsi que M. Gibson * a admis : un groupe inférieur formé de gneiss, 
de schistes et de granités, et un groupe supérieur, groupe des 
schistes et quartzites inférieurs (lower quartzite andshale group). 
Cohen -au contraire considérait le Système primaii'e Sud- Africain 
comme une formation unique (Grundgebirge) et Schenck ^ était 
de la môme opinion en le nommant : Sûd-Afrikanische-Priinàr' 
formation. Je suis en parfait accord avec ces deux derniers 
auteui's. On peut, en effet, constater que partout les vrais schistes 
cristallophylliens sont limités au pourtour des massifs de granité. 

Tout le Système primaii^e Sud-Africain représente donc une série 
unique,- dont les roches sont fortement modifiées dans leur struc- 
ture par le métamorphisme de contact, produit par l'intrusion du 
granité. Dans la zone de contact, les schistes se sont différenciés à 
l'infini en donnant de nombreux types caractérisés par la présence 
d'une grande variété de minéraux de contact, comme la staurotide, 
Tandalousite, Tottrélite, le grenat, le corindon, etc. *. 

Cependant, dans les régions où le Système primaire Sud-Africain 
est bien développé comme dans le district de Barberton et dans le 
Witwatersrand, il est préférable, pour des raisons d'ailleurs pure- 



I. W. Gibson, 18, p. 4^0. 

ti, E. Cohen, dans P.-H. Dahms. 9, p. 90. 

3. A. Schenck, 45, p. 295. 

4. Une série de ces roclies métamorphiques réunie par M. E. Cohen, près 
de Marabastad. dans le district du Zoutpansberg, a été décrite par M. J. 
G6TZ, 19, p. i63 et suivantes. 

De très beaux types de ces roches métamorphiques forment ies roches 
auxquelles j'ai donné le nom de roches porphjrroides à corindon et de schistes 
d corindon, roches que Ton trouve dans plusieurs localités autour du massif 
granitique de Vredefort. Pour leur description, voir : G.-A.-F. Molenuraapf, 
30, p. 19S. 



igOt GÉOLOGIE t)E LA REPUBLIQl'E SUD-AFRICAINE l'J 

ment pratiques, de distinguer une série inférieure voisine du gra- 
nile introsif, consistant en schistes cristallophylliens, et une série 
supérieure, formée j>ar des roches d'origine élastique, nonunée la 
série de Barberton ou la série de Hospital-hill *. 

GiTES AURIFÈRES. — Daus les environs de Barberton on trouve, 
dans les terrains de ce Système primaire, les mines d*or, dont 
Texploitation, à l'époque où les conglomérats fameux du Witwa- 
tersrand furent découverts, en i885et i88C, atteignait son maximum 
de développement. I..es couches de Barberton sont redressées 
presque à la verticale et fortement plissées ; Tor s'y trouve large- 
ment répandu, sans ailectionner un niveau particulier ou s'asso- 
cier à une roche spéciale. 

C'est ainsi qu*on trouve les veines de quartz aurifère tantAt 
dans les assises de la série de Barberton, ce qui est le cas ordinaire 
dans le district de Barberton ; t^mtôt dans des schistes métamor- 
phiques et cristallophylliens, comme dans les mines de Forbes- 
reef, près de Steynsdorp, à la limite du Swazieland. dans la mine 
de Three-sisters, au sud-est de Kaap-Muiden. dans la mine de 
Woodstock, près de Jamestown: plus à Touest, sur la même 
rangée, dans la mine de North Sheba, et tantôt même dans le 
granité, tout près de sa surface de contact avec les schistes envi- 
ronnants, comme dans la mine de la Cataracte, un peu au sud de 
la mine de North Sheba. 

La position de ces gisements aurifères est en relation intime avec 
les accidents orogéniques. En ellet, souvent on trouve For dans des 
filons-couches de quartz, disposés suivant des plans de glissement 
(district de Moodies), d'autres fois le quartz aurilère remplit des 
fentes et des cassures, qui suivent généralement avec plus ou moins 
d'exactitude la direction et Tinclinaison des strates, d'autres fois 
encore les veines de quartz aurifère forment des réseaux diverse- 
ment ramifiés. Ce dernier mode se rencontre dans les points où les 
dislocations dues aux mouvements orogéniques ont été aussi vio- 
lentes que compliquées (environs de la célèbre mine de Sheba). 

I. Les couches de Hospital-hill. au nord de Joliannesburg, sont exactement 
Téquivalent des couches de Barberton. Cependant beaucoup de géologues 
non^ pas admis cette identité, et de cette divergence de vues est résultée la 
plus regrettable confusion. C'est ainsi que M. Hatcu (23, p. 77) sépare ses 
Uoêpiial'hiU séries de ses Archœan rocks et leur donne une place à la base 
de son Système du Cap. 

Pour M. ScHBNCK la gérie de Barberton forme une partie de ses Swasi- 
Schiehten et la série de Hospital-hill constitue la partie inférieure de sa 
Kap-Formation. 

99 Juin 19* u. — T. I*. Bull. Soc. Géol. Fr. — -j 



l8 G.-A.-F. MOLENrsUAAFK îil JailV. 

Dans toutes ces régions, d'ailleurs, les strates encaissantes du 
quartz aurifère sont plus ou moins imprégnées d'or. De cette dispo- 
sition des veines aurifères il résulte que dans le district de Bar- 
beilon on peut distinguer quelques zones aurifères d'une faible 
largeur, mais d'une longueur très grande. Ces zones ont la même 
direction que Taxe de redressement ou de plissement des collines, 
et, par suite, cette direction et Tinclinaison des couches correspon- 
dent grosso-modo à la direction et à l'inclinaison des assises de la 
formation elle-même *. 

Les gisements d'or situés : sur la propriété Klipval [33] (district 
de Piet-Retief ), sur la propriété Wonderfontein [486] (district de 
Vrijheid), dans le Murchison-range, à Marabastad, à Eei^steling 
(district du Zoutpansberg), aussi bien que la plupart de ceux de 
la Rhodesia - et du Manica portugais ^ sont comparables aux 
gites aurifères du district de Barberton *. Dans le Hospital-hill, 
au nord de Johannesburg, on a trouvé des gisements de quartz 
aurifère analogues à ceux de Barberton, mais leur teneur en or 
était trop faible pour qu'ils aient une valeur économique. 

L'analogie du développement de certaines assises du Système 
primaire dans des régions du Transvaal très éloignées Tune de 
l'autre est fort remarquable. Un groupe de roches très caractéris- 
tiques, auquel les mineurs du A\^itwatersrand ont donné le nom 
local de Hospitalhillslate, sert de repère, dans tout le pays, pour 
reconnaître l'existence de la série de Barberton. Ce sont des roches 
schisteuses et quartzeuses fortement chargées de magnétite, dont 
le type le plus saillant est une roche rubannée, composée de minces 
assises alternantes, de quartz blanc, de jaspe rouge et de magné- 
tite noire. Cette roche, trouvée en 1873 par M. Cohen '\ a été 
décrite par M. Gôtz ®, qui lui a donné le nom de Magnetit-Quarzit- 
Schiefer. Elle était alors désignée par les mineurs des champs d'or 
de Marabastad sous le nom de calico-rock. 

Tectonique et situation stratigraphiquk. — Les couches 
du terrain primaire sont presque partout fortement redressées, 

1. Pour des détails sur ie champ aurifère de Barberton, voir : A. Bordeaux , 
2, p. 374 et suivantes, 
a. A.-R. Sawybr. The goldfields of Mashonaland^ 43. 

3. A.-K. Sawybr. The Portuguese Manica goldfield. Trans. of the Fed 
instit, of Mining Bngineera, June 1900. London, 1901. 44. 

4. A. Bordeaux, 2, p. 3^4* 

5. E. Cohen, 4, p. 5ii. 

6. J. Gôtz, 19, p. 164. 




I9OI GEOLOCilE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICALNE I9 

plissées et disloquées et, par suite, les roches qui les coinpo- 
seiit soQt énergiqueineat métamorphisées par pi*ession. Ces 
mouvements de refoulement ont été la résultante de laelion de 
forces orogéniques qui s'exerçaient en général du sud au uonl. Il 
en résulte que la direction des strates dans les bandes do schistes 
qui appai*aissent fréquemment au milieu du granité ancien, aussi 
bien que la direction de ces bandes elles-mêmes, est très souvent 
orientée sensiblement de l'ouest à Test. Cependant cette règle 
souffre beaucoup d'exceptions : dans le district de Vrijheid, par 
exemple, et dans le district de Piet-Retief la direction des assises 
du Système primaire, comme celle des crêtes des montagnes de la 
région, est tantôt N.O,-S.E., tantôt N.-S. Quand un massif de gra- 
nité est entièrement entouré de schistes, on constate que la direc- 
tion des strates environnantes est en général parfaitement tangcn- 
tielle à la périphérie du massif. Si Ton suit de Test à Touest la 
zone de terrain primaire entre le ileuve du Krokodil et le ileuve de 
Komati, ou voit la direction des strates, d'abord est-ouest, se 
courber au sud, près de Sheba-hill et, tout en entourant le massif 
de granité de Barberton, redevenir E.-O. sur les flancs nord et 
sud du massif, dans les collines du Noord-Kaap et dans celles de 
Moodies : enfin les schistes disparaissent avec le granité sous les 
grès de Kantoor, qui appartiennent à la formation du Cap, super- 
posée en discordance aux assises du Système primaire. 

Le panorama dont on jouit du sommet de Tescarpement de 
Duivels-Kantoor, à 1800 mètres d'altitude, est Tun des plus beaux 
paysages géologiques que Ton puisse rêver. Aux premiers plans, à 
400 mètres en contre-bas. on voit le terrain granitique de Barberton 
qui, de cette hauteur, paraît être une plaine, accidentée en réalité 
par de nombreuses collines aux formes aiguës, formées par Taffleu- 
rement de dykes de diabases traversant le granité. Ce terrain 
granitique est, du reste, très diflicile à parcourir ; il est sillonné par 
de nombreux et profonds ravinements, auxquels on donne le nom 
local de dongas * qui, vus du point élevé où l'observateur est placé, 
ont Taspect de troncs d'arbres ramifiés à T infini. Tout autour de ce 
terrain granitique, on aperçoit, disposées en demi cercle, les 
collines aux fiancs abrupts et aux arêtes tranchantes de la série de 
Barberton -. On voit le granité et les schistes environnants, le 
long d*une ligne nord-sud, disparaître sous les terrains du Système 

I. Mot emprunté à la langue Zoalou. 

3. Ces collines se succédant les unes les autres avec une multitude et une 
diversité de formes extraordinaires, donnent au paysage un caractère 
alpestre . 



!lO 



G.-A.-F. MOLENGRAAFK QI JaDV. 



du Cap, qui leur est superposé sous une inclinaison d'environ 'y à 
l'ouest ; l'observateur qui regarde vers l'ouest a donc devant lui 
un panorama absolument diilerent de celui de Test ; à Touest, les 
montagnes prennent des formes tabulaires, formes qu'une érosion 
longtemps prolongée engendre dans les couches sédimentaires peu 
inclinées. 

Le même phénomène se présente plus net et peut-être encore 
plus séduisant pour l'œil tout autour du massif granitique de Vre- 
defoi*t (Ktat libre d'Orange). Ce massif, en forme de vaste dôme à 
coui'bure peu accentuée, est entouré en demi-cercle par cinq ran- 
gées de collines dans lesquelles la direction des strates change 
dans le même sens en restant toujours sensiblement parallèle à la 
périphérie du massif de granité. Les deux rangées les plus rappro- 
chées du granité appartiennent à la série de Barberton, puis vien- 
nent deux rangées appartenant à la série du Witwatersrand ', et 
enfin une rangée de collines plus hautes formées par des diabases 
amygdaloïdes et des j)orphyrites diabasiques. Placé au centre du 
massif granitique, on se croirait dans Tarène d'un vaste amphi- 
théâtre entouré d'un hémicycle de cinq gradins naturels gigan- 
tesques. 

I^ disposition des terrains primaires autour du massif graniti- 
que, enti*e Johannesburg et Pretoria, quoi({ue en principe analogue, 
est rendue très obscure par la complication des phénomènes oi'ogé- 
niques et la superposition des strates de la formation du Cap. 

Les mouvements de redressement et de plissement semblent 
avoir été, en quelques localités, contemporains des intrusions de 
granité ancien ; néanmoins, dans la grande majorité des cas, ils 
semblent leur être postérieurs, comme on peut le déduire de la 
structure nettement gneissique et cataclasique, qui est assez fré- 
quente sur les boi*ds des massifs granitiques. Le granité et les 
schistes environnants, tous deux altérés par ces actions dynami- 
ques, se confondent souvent et toute trace d'une ligne de démar- 
cation disparait. 

Dans leWitwatersrand il n'y a pas eu, en général, plissement des 
couches de la vSérie de Hospitiii-hill et dans la plus grande partie 
du Rand, par exemple au noi*d du ma/*A*e/8^f£ârr de Johannesburg, 
les couches de Hospital-hill sont représentées par une seule série 

I. Les exploitations de conglomérats aurifères dans ces assises sont 
connues sous le nom de Champs d*or du Vaal. Elles n'ont pas jusqu'à pré- 
sent répondu à Tattente des exploitants, cependant leur avenir ne me semble 
pas décourageant. 




igOI GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 'JI 

d* assises consécutives, qui n'est pas doublée par des phénomènes 
de plissement. 

En allant de haut en bas, on peut distinguer les groupes d'assises 
ci-dessous. Les couches pouvant servir de repères par leurs carac- 
tères propres plus persistants sont indiquées par une astérique (*) 
(voir fig. I et fîg. a). 



ÊgUs* dm ^• 

Mmm^ proprt BroMinfantein. Main. 

Rref 




Fifç. I. — Coupe des couches de In série de Hoêpital- hill^ dans le Witwa- 
tersrand central, à Johannesburg, montrant les principales couches de 
repère. — Echelle 1/40.000*. 

m) Série du Main-reef, 

*0 Red-bar, grès rougeâtre ; couche de repère très constante près de la 
série du Main-reef. Epaisseur, i à a mètres. 

k) Grès à séricite et grès grossier avec quelques couches minces d*argilite 
et de conglomérat. Epaisseur moyenne 700 mètres. 

•7) Quartzite vert. Ce quartzite est caractérisé par une couleur verdâtre 
surtoutsurla surface exposée à Faction de l'atmosphère. Epaisseur, 96 mètres. 

Grès jaunâtre formant un banc mince. Epaisseur, 3o mètres. 

h) Argilite rouge. Epaisseur, 60 mètres. 

*g) Iloapital'hill'Slate typique ; cette roche est souvent plissée d'une façon 
extrêmement curieuse. Epaisseur, i3o mètres. 

*f) Quartzite blanc tacheté. Les taches rouges ou brunâtres sont causées 
par la précipitation d'un hydroxyde de fer dans de petits vides laissés par 
des fragments de feldspaths kaolinisés et enlevés partiellement. Epaisseur, 
1 à 3 mètres. 

e) Argilite ferrugineuse rouge ou brunâtre, red-ahaU^ offrant un clivage 
assez net parallèle ou un peu oblique au plan de stratification. Cette argilite 
est rendue un peu luisante par la présence de très petits feuillets de mica 
muscovite Epaisseur, aa5 mètres. 

*d) Quartzites à ripple-marka : ce sont des quartzites blancs ou rougeâtres. 
Dans la partie centrale du Witwatersrand cette bande de quartzites est très 
facilement reconnaissable, en ce qu'elle forme un petit escarpement unila- 
téral, au pied duquel s*étend souvent un terrain marécageux. Epaisseur 
moyenne ao mètres. 

c) Complexe d'argilites rouges foncées ferrugineuses, connu sous le 
nom de black-ahalea^ parce que leur couleur devient rapidement noire lors- 
qu'elles sont exposées à l'action de Tair. Epaisseur 33o mètres. 

^b) Quartzite du Rand-proper, Cette roche a subi un dynaniomctani()i'])hisnie 
intense. Ce massif quartzitique se sépare généralement en deux bancs de 
quartzite blanc très épais, entre lesquels est intercalée une argilite h séricite 
satinée bi qui est souvent un peu quartzeuse et très nettement ondulée. 
Cette argilite renferme dans quelques localités des veinules irrégulières de 
quartz à pyrite, qui ont quelquefois attiré l'attention des prospecteurs. 
Epaisseur moyenne, 160 mètres. 



!2'J 



G.-A.-F. MOI.KNCiKAAFF 



ai Janv. 



a) Schistes du versant nord du Rand-proper ; ce sont des schistes à séri- 
cite ou des schistes à actinote. 

Ces schistes font souvent défaut et dans ce cas le qnartzite du Rand proper 
repose directement sur le granité. 

3. Granité ancien. 

Malgré la simplicité stratigraphique rclalive de la série de 
Hospital-hill la pression orogénique exercée du sud au nord a été 
très énergique contre le massif de granité qui a joué ici le rôle de 
butoir. Il en est résulté de nombreuses dislocations, des failles. 



Chute d'mti 
Je /fliftoctye 



Gmrr de j^ 



f«n 



ï'* Jf'^f 




h h, h 



yïï^în:r:r\i,jj' 



Pig. a. — Coupe des couches de la série de Hospital-Hill. 
dans le Witwatersrand occidental. — Kchelle i//|0.oimi. 

m) Série du Main Reef ; 
•0 Red Bar; 

k) Grès à séricite, schistes et minces assises de conglomérat aurifère 
(Banketê) ; 
V) Qïiartzite verd&tre ; 

j,) Schistes et grès Intercalés entre les bancs de quartzite verdàtn* : 

Schistes et diabases ; 

h) Arg^lite rouge ; 

h,) Argilite rouge très ferrugineuse : 
•g) Couches de Hospital-Hill; 
*f) Quartzite blanc tacheté ; 

é) Argilite rouge luisante ou red-nhale ; 
•d) Quartzite à ripple-marks ; 

c) Argilite rouge foncée ou black-shale ; 
*b) Quartzite dynamométamorphisé ; 

6,) Argilite x\ séricite satinée et frois.séc {vrunipled) ; 

a) Schistes à séricite et à actinote ; 

là. Granité ancien . 

des glissements et souvent menu» une structure en écailles. C'est 
ainsi que la grande majorité d«»s failles, qu'on a renconti'ées au 
cours <le IV'Xploitation des mines d'or du Witwatersrand, ont le 
caractère des failles inverses de rt*jet (thrust-faults). Les accidenLs 
cjui ont produit la structure anormale, ([ui n'est irailleuiN pas 
encore entièrement expliquée, de la série de Hospital-liill à l'est 
de Johannesburg sont, en principe, des phénomènes de glisse- 
ment le long <le plans * cjui li^aversaient sous un angle très 

I. C'est certainement une bien grande erreur d'expliquer, comme M. Gibson 
Ta fait, cette répétition locale des couches du Witwatersrand par des plis 




igOI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE q3 

obtus les plans de stratification des couches. Le résultat a été un 
dédoublement local, ou plutôt une répétition locale d'une partie 
des couches de Hospital-hill. A JeppeVhill, et de là jusqu'à 
Rietfontein, ce phénomène s'est trouvé compliqué, à l'excès, par 
le plissement d'une nappe appartenant à des couches tout à fait 
supérieures de la série aurifère, couches que Ton trouve main- 
tenant, dans un lambeau limité par deux grandes failles, séparées 
du grand ensemble de la série aurifère du Witwatei'srand par 
plusieurs assises appartenant à la série de Hos[)ital-hill. 

Plus à l'ouest, dans la partie dite normale du Witwatersrand, 
. on trouve les mêmes glissements, mais les plans de glissement 
étant en concordance parfaite avec les plans de stratification, ces 
accidents n'ont pas changé la succession normale des strates. 
Seulement on trouve la preuve des mouvements occasionnés par 
les énormes pressions subies, dans les miroirs fréquents et dans le 
plissement intime des divei*ses assises elles-mêmes. 

Conglomérats aurifères du Witwatersrand. — Une série de 
terrains ^ appartenant à la partie supérieure du Système primaire, 
a acquis une célébrité et une importance extraordinaires, parce 
qu'elle comprend les fameux bankets, elle est constituée par les con- 
glomérats auidfères du Witwatersrand. Cette série est composée de 
grès, d'argilites et de conglontérats. Les grès sont ou tendres et alors 
généralement rougeôtres, comme le red-bar, ou plus dure et passant 
aux quartzites. Les argilites sont plus ou moins ferrugineuses 
et généralement ollrent diverses formes de passage, du type fran- 
chement schisteux aux grès. Toutes les roches de cette série, les 
congloinéi*ats aussi bien que les grès et les argilites. sont caracté- 
risées par une teneur en séricite telle, qu'elles ont ime appai*ence 
plus ou moins schisteuse. Celte série du Witwatersrand possède une 
grande épaisseur, évaluée par M. de I^unay - à environ 7600 mètres. 

renversés et couchés. Dans aucune partie du Wilwalepspand je n'ai trouvé 
des successions inverses de strates comme celles que cet auteur a figurées 
dans ses coupes (par exemple Hg. 6) et cette erreur provient de ce qu'il a 
confondu les quartzites verts (fig. i, j) avec les quartzites du liand-proper 
(iig. 1 h) et la Hospital-hiUslale typique (fig. i, ^) avec les argilites ferrugi- 
neuses (fig. I, c). Dans la plus grande partie du Rand la succession des strates 
est normale et on n'y trouve ni répétition, ni succession inverse des couclies, 
comme M. Gibson Ta indiqué dans sa coupe schématique, 18. pi. X, fig. i. 

I. Je crois inutile de donner une description détaillée du terrain aurifère 
du Witwatersrand, car il existe, sur ce sujet, de nombreux mémoires bien 
connus. Je me bornerai k renvoyer le lecteur aux ouvniges de MM. de Launay, 
Hatch et CuALMBRs, et Trusgott. 

a. de Launay, 1^7. 



24 G.-A.-F. MOLENGRAAFF 21 JailV. 

On trouve Tor répandu surtout dans les conglomérats et beaucoup 
moins dans les quartzites. Les galets des conglomérats semblent 
être dépourvus d'or et au point de vue pratique on peut dire que 
Tor est restreint au ciment pyriteux du conglomérat ou banket. 

De haut en bas on peut distinguer dans la partie centrale du 
AVitwatersrand quatre bandes de conglomérats aurifères : 

4. La sérié iïEUburg ; 

3. La série du Kimberlejr-reef ; 

2. La série du Bird-reef ; 

I. La série du Main-reef. 

La série du Main-reef est la seule qui ait une grande importance 
économique : toutes les mines d'or du Witwatersrand se trouvent . 
dans cette série *. Ces diflerentes séries ont des caractères assez bien 
définis et possèdent des couches assez caractéristiques pour servir 
de repères utiles dans les forages profonds qu*on a fait au sud de 
la ligne d'affleurement du Main-reef, dans le but de se convaincre 
de la persistance de cette série de bankets riches pour l'exploita- 
tion des deep-levels. Cependant à Test et à Touest, principalement 
au-delà des grandes failles de Boksburg, à Test, et de Witpoortje, à 
l'ouest, la succession des strates aurifèivs, qui est typique pour la 
partie centrale près de Johannesburg, se modifie graduellement. 
La série d'Elsburg est très difl'érente des autres : au lieu d'être 
formée par un nombre restmnt de bancs de conglomérats à 
petits galets de quartz bien définis, elle consiste en un grand 
nombre de lits de conglomérats se confondant plus ou moins les 
uns avec les autres. Les galets y sont beaucoup plus volumineux - 
que dans les autres reejs et une forte proportion de la roche, 
considérée dans sa totalité, n'est pas du quartz, mais est dérivée 
de roches diverses, surtout de quartzites. 

Au Witwatersrand on a généralement, et avec juste raison, pris 
comme point de départ, dans les l'cchei'ches des affleurements du 
Main-reef, les couches de la Hosi>ital-hill-slate, parce qu'elles ne 
sont jii'esque jamais cachées à la vue et sont très faciles à cai'ac- 
tériser. Cependant on a souvent commis des <»rn*ui's, en ne tenant 

1. Il s'en suit que je regarde le Boikaa-reefeX, le Battery-reef, à Touest de la 
faille de Witpoorlje, le Klein fonte in-ree/ et le Van Bjrn*8-reeff à Test de la 
faille de Bockshurg, comme les équivalents de la série du Main-reef dans la 
partie centrale du Rand. 

a. Dans les autres repfs, par exemple dans le Main-reef, les galets volu- 
mineux ne font pas entièrement défaut, mais ils y sont rares. C'est ainsi 
que j'ai reçu, grâce k l'obligeance de M. Walker, inspecteur des mines, 
quelques galets de 35 centimètres de diamètre, provenant de la mine de 
Langlaagte dans le Main-reef. 



igOI GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE aS 

pas suffisamment compte de ce fait, que la distance horizontale 
entre les deux lignes d'affleurement de la Hospital-hill-slate et 
du Main-reef doit varier en même temps que rinclinais<m des 
strates intercalées et aussi suivant que l'épaisseur de ces strates 
augmente ou diminue. En comparant les (iguit»s i et a, on voit 
de suite que, dans le Rand occidental, la distance entre ces deux 
lignes d'affleurement doit être beaucoup plus grande que dans le 
Rand central, car les couches du quartzite vert ont un dévelop- 
pement plus considérable dans les environs de Krugei'sdori) que 
dans le voisinage de Johannesburg. 

La série du Witwatersrand affleure aussi avec des caractères 
très analogues à celles qu'elle présente au Witwatersrand : 

lo Dans les environs de Heidelberg où elle a une direction 
E.-O. ou N. E.-S.O. et une inclinaison au N. ou au N.-O. ; ce 
sont les mines de Heidelberg ; 

a^ Tout autour du massif de granité de Vredefort, en formant 
un demi-cercle ; les couches sont redressées verticalement ou même 
renversées^ avec inclinaison vers le granité ; ce sont les mines d'or 
du Fa^i/(P1. II, coupe i); 

3** Dans les environs de Klerksdorp et de Rietkuil ; ce sont les 
mines' d'or de Klerksdorp. Ici la direction des strates est en 
moyenne N.-S. avec des inclinaisons variables. 

Dans toutes ces localités on a trouvé des conglomérats aurifères, 
dont les meilleui*s et les plus riches sont regardés, avec plus ou 
moins de justesse, comme les équivalents de la série du Main-reef 
dans le Witwatersrand. 

Si Ton examine sur la carte la direction et rinclinaison des strates 
de cette série dans les diverses contrées que nous venons d'indi- 
quer, et si l'on tient compte de ce fait que l'inclinaison des assises 
diminue en général à une certaine distance de la ligne d'affleure- 
ment et atteint finalement à peu près pour la série du Witwaters- 
rand, considérée dans son ensemble, une valeur moyenne de aS à 
3o degrés, constatée au sud à des profondeurs de plus de 5oo mètres, 
on voit avec évidence que la série du W^itwatersrand, dans le sud 
du Transvaal. forme une cuvette courbée * ; c'est là le bassin du 
Witwatersrand, On a pu suivre les limites de cette cuvette au-delà 
des lignes d'affleurement, grâce à des sondages, forés dans les 
terrains qui lui sont superposés. C'est ainsi qu'on a pu constater 
son existence sous la série de la dolomie et sous celle du Black- 
reef, appartenant toutes les deux au Système du Cap ; on Ta 

I. G.-A.F. MoLENORAAPP, 80, p. 177. 



^6 



G.-A.-F. MOLENGHAAFF 



21 Janv. 



retrouvée également sous les couches du Système du Karroo. et 
même sous les Systèmes du Gap et du Karroo superposés, comme 
à Test de Boksburg (district de Heidelberg). 

. I^ stratigi*aphie des terrains aurifères du Wit\\'atersrand étant 
assez compliquée et encore peu connue, il n'est pas étonnant de 
voir quelques auteurs faire de cette série une formation distincte, 
en discordance sur la série de llospital-hill. Mes recherches 
n*ont pas confirmé cette opinion. Les couches aurifères du 
Witwalei'srand paraissent être partout en concordance avec celles 
de la série de Hospital-hill et, du reste, les études faites dans 
diverses régions du Transvaal ont démontré que les couches 
aurifères de la région de Johannesburg devaient être regardées 
comme intimement liées aux autres divisions du Système primaire 
Sud Africîiin, dont elles formaient, localement en ce point, la 



NE 



Stiti^ d'or de pennjf lUdt€*n 



so 




Fig. 3. — Coupe passant par la mine d'or de Denny-Dalton (district de 
Vrijheid). montrant des conglomérats aurifères (Bankets) ilentiques à 
ceux du Witwatersrand, intercalés entre les couches de la série <le Bar- 
lierlon (série de Hospital-liill). — Echelle i/i5.ooo'. 

12, Conglomérat de Dwyka ; f, Schistes ferrugineux, épaisseur 3"i ; m. Schistes 
et schistes ardoisiers a muscovite, ép. i8,8 ; d, Diabase, ép. 9.4 ; A, Argi- 
lites, ép. 62,8: q'", Quartzites, ép. 0.3; q", Couches de Hospital-hill et jaspes, 
ép. ir>,7 ; s, Schistes satinés, ép. i2.5o ; q', Quartzites, ép. 18,10 ; B, 
Banhei et quartzile, ép. 3i,4 ; q. Schistes et quartzites. 

partie supérieure. Kn outre, j'ai trouvé dans le distinct de Vrijheid ', 
sur les propriétés Rondspring [iSj], Dipka [690] et Mahlone (624] 
et sur la propriété de la Compagnie de Denny-Dalton, de véritables 
bankets ou conglomérats aurifères et d'autres dépôts qu'on ne pour- 
rait distinguer de ceux de là série du Witwatersrand (voir fig. 'i) ; 
ces bankets et ces dépôts étaient intercalés ea concordance enti*e 
des couches appartenant à la série de Barberton et avaient absolu- 
ment l'aspect des roches de la série de Hospital-hill , près de 
Johannesburg. (Cependant il faut reconnaître que Ton a rencontré 
dans les conglomérats, dits d'Elsburg, à la partie supérieure de la 
série du Witwatersrand, des galets d'une roche que Ton l'etrouve 
dans la série de Hospital-hill, ce qui tendrait à prouver que ces der- 

I. G. -A. F. MOLBNORAAFF, 34, p. 37. 




igOI GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD- AFRICAINE îlj 

oiers conglomérats avaieDt déjà été exposés aux agents de Térosion 
et de la dnudation quand se déposèrent les couches d'Elsburg. 

Il est donc évident que la totalité des assises, de la base de la 
série de Hospital-hill aux schistes d'Rlsburg, quoique disposée en 
concordance apparente, ne peut représenter une série absolument 
ininterrompue. Il doit exister, tout au moins localement, une 
discordance entre la série du Witwatersrand entière ou seulement 
sa partie supérieure et celle de Hospital-hill. 

Roches amygdaloides du Witwatersrand. — La série du 
Witwatersrand, que nous regarderons donc comme produite par 
un fort développement local de la partie supérieure du Système 
primaire Sud-Âfricain dans le Sud et le Sud-Ouest du Ti*ans^%al, 
est recouverte par des masses énormes de i*oches diabasiques 
d'épanchement. Elles couvrent une très grande étendue, car on les 
trouve reposant sur la série des grès et des conglomérats aurifùres, 
dans le Klipriviersberg au sud de Johannesburg, dans les environs 
de Heidelberg, dans la zone aurifère autour du massif de granité 
de Vredefort et dans les environs de Klerksdorp. Dans le Klipri- 
viersberg, où répaisseur de cette série éruptive dépasse 800 mètres, 
on constate qu'elle est formée par des diabases amygdaloides, qui 
reposent sur les couches d*Elsburg: au-dessus viennent des porphy- 
rites diabasiques auxquelles sont superposées, de nouveau, des dia- 
bases amygdaloides. Cette même succession se retrouve dans la 
série éruptive qui entoure le massif de Vredefort. Dans le sud- 
ouest duTransvaal, où les couches du Système primaire Sud-Afri- 
cain sont presque horizontales, ces diabases amygdaloides occu- 
pent une très grande étendue *. On y trouve des porphyrites 
quartzifères intercalées entre les roches amygdaloides diabasiques 
et mélaphyriques, ce qui prouve que la région a été soumise 
alternativement à des éruptions de roches basiques et à des 
éruptions de l'oches plus acides. Ces porphyrites quartzifères- sont 
de très belles roches, qui avaient déjà attiré l'attention des pre- 
miers explorateurs comme MM. Hiibner ^ et Cohen. Elles offrent 
une grande résistance aux agents de déiuidation et ibrinent par con- 
séquent des terrains plus élevés, des groupes de collines où elles 
afUeurent, comme dans les Makwassiehergeii (district ch» \\'olina- 

1. M. E. Cohen, en 1878, avait déj/i fait observer avec raison que ecs diabases 
amygdaloides du Vaal étaient plus anciennes (|ue les diabases du Système 
du Karroo. Voir: E. Cohen, 7, p. 210. 

2. Voir pour leur description pétrograidiique : 1*. Daums, 9, p. 108, el 

G.-A.F. MOLBNGRAAFP, 30, p. 2l3. 

3. A. UÛBNBR, 25, p. 82. 



aS G.-A.-F. MOLENGRAAFF 31 JanV. 

ransstad), et dans les collines près de Klerksdorp, le long du 
Schoonspruit. 

En outre, on trouve développé, dans le Système primaire de ce 
district, une série importante de tufs diabasiques silicifîés et de 
schistes cornéens qu'on n'a jamais rencontrés ailleurs. Ces 
schistes siliceux ont un aspect à peu près semblable aux lits de 
silex, qui sont très fréquents dans la série des dolomies du Sys- 
tème du Cap '. 

On ne peut assurer que les roches amygdaloïdes du Witwaters- 
rand forment avec les couches du Witwatersrand sous-jacentes 
une série absolument ininterrompue ; seulement des observations 
précises ont démontré que, sans aucun doute possible, les érup- 
tions de ces diabases amygdaloïdes ont eu lieu après la formation 
de touttîs les couches aurifères de la série du Witwatersrand et 
qu'elles sont antérieures à la période dans laquelle les couches 
de la série du Black-reef se sont formées. 

Gîtes métallifères divers. — En dehoi's de For, dont les gise- 
ments principaux viennent d'être mentionnés, on trouve encore 
quelques autres minerais dans le Système primaire et la nature 
de leurs gisements se rapproche beaucou[) de celle des gîtes 
aurifères ; on les trouve généralement dans des veines qui ont la 
même direction et le même pendage que les strates encaissantes. 

C'est ainsi qu'on a trouvé le cinabre dans un schiste à séricite 
de la vallée du Lomati, lantimonite dans des amphibolites près de 
Forbes-reef dans le Swazieland, près de Komati au nord de 
Steynsdorp , et dans la mine de Gravelotte non loin de Leijds- 
dorp, où Tor natif est associé à de l'antimonite. De la crocoîse bien 
cristallisée se trouve dans une veine de contact associée à un dyke 
de diabase qui traverse les schistes à staurotide près de Darkton, 
dans le Swazieland. 

Des gisements intéressants de minerais de cuivre ont été décou- 
verts récemment dans une amphibolite -, qui forme des bandes 
étroites dans le granité, sur la propriété Goudhoek [498] dans le 
sud du district de Vrijheid. Du reste, les mines de quartz aurifère 
sont souvent relativement riches en minerais de fer et de cuivre 
comme par exemple sur la propriété Doornhoek [34o] (district 

1. En 1890, cette similitude m'a induit en erreur, lorsque j'ai cru retrouver 
la formation de la dolomie dans les falaises des environs de Hartebeesfontein 
(district de Potchetstrom) qui sont constituées par ces schistes siliceux. 
Voir : 30, p. 1161. 

a. l\ est bien possible que cette amphibolite ne soit autre chose qu'une 
diabase fortement altérée et ouralitisée. 



I9OI GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRiCALN£ OQ 

de Vrijheid), dans les mines d'or de Noord Kaap au nord du 
massif granitique de Barberton et dans la mine de Sheba Queen, 
près de Steynsdorp, où est exploité un gîte filon ien qui n*est pas 
encore bien étudié, mais qui semble être un vrai filon de fracture . 

Roches éruptives. — Le terrain primaire et le granité ancien 
sont recoupés par de nombreux dykes de roches éruptives, pour 
la plupart des diabases. Dans les ten*ains stratifiés on trouve 
souvent des bancs de diabase, souvent d'une grande épaisseur, 
intercalés en discordance entre les strates de ces terrains. 

Affleurements et âge. — Le terrain primaire afUeure dans tout 
le Lage-veld ou p(iy8 bas^ c'est-à-dire dans une zone de terrain 
moins ou peu élevé, qui s'étend entre le Hooge veld. le haut pla- 
teau du TransvaaL et la frontière de Test, sauf toutefois une bande 
de 16 kilomètres de largeur moyenne, le long de cette frontière, 
bande composée de ten'ains appartenant au Système du Karroo 
supérieur et situés du côté oriental de la grandefaWe de Vest(^\. II, 
coupe a). 

Dans le district de Vrijheid, le Système primaire est en partie 
recouvert par des dépôts du Système du Karroo. Dans le district 
du Zoutpansbei^ il occupe de vastes étendues, mais la géologie 
de ce district est encore très peu comme. Il en est de même pour 
les districts de Woimai'ansstad et de Bloemhof, au sud-ouest du 
Transvaal, où le Système primaire afïleure laidement, mais est 
caché à la vue, en bien des points, par des dépôts du Karroo infé- 
rieur et par des sédiments superficiels plus réct»nts. Dans toute la 
partie centi'ale du Transvaal le Système du Gap est superposé en 
discordance au Système primaire et ce dernier afïleure, seulement 
là où le premier est entièi*ement dénudé, dans le grand massif où 
sont exploitées les mines d'or de Johannesbm'g, dans les environs 
de Heidelberg, au sud-ouest de Krugersdorp et dans le beau 
massif de Vredefort(Pl. II, coupe i). 

L'âge du Système primaire Sud-Africain dans le Transvaal est 
inconnu. Cependant dans la Colonie du C^ap une formation, sans 
aucun doute dévonienne, est superjmsée en discordance aux 
•couches de Malmesbury et aux massifs de granité intrusif qui 
traversent ces mêmes couches. Or, la série de Malmesbury appar- 
tient au Système primaire Sud-Africain, ce dernier doit donc être 
prédévonien, c'est-à-dire silurien ou précambrien. 



3c) Ct.-A.-F. MOLENGRAAFl*' 21 JanV. 



II. - SYSTEME DU CAP 

Les cinq divisions suivantes, éuumérées de haut eji bas, 
forment le Système du Gap : 

5. Série du grès du Waterberg : 
4. Série plutonique du Boschveld ; 
3. Série de Pretoria ; 
a. Série des dolomies ; 
I. Série du Black reef. 

Dans une très grande partie de l'Afrique australe on trouve 
disposée en discordance au-dessus du Système primaire une sue- 
cession très épaisse de couches, que l'on peut diviser en trois 
étages bien nets. Dans la Colonie du Cap ce sont : 

3. Couclies des Witleberjçcii ; 

!i. Couches du Bokkeveld ; 

1. Grès de la Montagne de la Table. 

Dans le Transvaal ce sont : 

3. Série de Pretoria ; 
a. Série des dolomies; 
I. Série du Black-reef. 

I^s couches du Bokkeveld sont les seules assises antérieures à 
celles du Karroo, dans lesquelles on ait trouvé des fossiles (oi^- 
nismes marins appartenant au Dévonien inférieur). 

Les recherches des Services géologiques de la Colonie du Cap 
et de la République Sud- Africaine dans ces dernières années ont 
permis de conclure que ces trois éUiges s'équivalent dans les deux 
pays. Par suite, la grande transgression, qui vint déposer les grès 
de la Montagne de la Table en discordance sur les schistes de Mal- 
mesbury, est bien la même que celle qui fit se former les couches de 
la série du Black-reef en discordance sur le Système primaire du 
Transvaal. Néanmoins on est encore loin de pouvoir établir un 
parallélisme parfait entre les subdivisions du Système du Cap dans 
la Colonie du Cap et celles de ce même Système dans le Transvaal. 
Au Transvaal, aucun fossile déterminable n'a été encore trouvé 
dans ces formations et les analogies pétrographiques ne constituent 
pas un appui sufiisant jjom* synchroniser exactement ces couches. 

Certes il existe une ressemblance frappante entre le grès de la 
Montagne de la Table, dans la Colonie du Cap, et celui de la série 
du Black-reef. dans la partie orientale du Transvaal; mais si Ton 




IQOI r.ÉOLOCrIK DE LA IIKI'L BIJOU K SUD-AFUICAINK 3l 

compare les autres éUiges, les couches du Hokkevehl et des 
Wittebei^en d'un aMé et les couches des doloniies et dt* Pretoria 
de l'autre, on consUite que jiresque toute, analogie lïétrogiiiphique 
fait défaut. Une solution ne tardera pas à intervenir, Unulis 
qu'augmentent, dansTAirique australe, les progrès de la géologie. 

I. — SÉRIE DU BlACK-REEP 

La série du Black-recf est formée par des quartzites foncés, 
des arkoses, des grès, des schistes ardoisiers, des grauwackes et 
des conglomérats aurifères. Son épaisseur est très variable. Au 
nord, dans les montagnes de Makapan et de Chunie, elle peut 
être évaluée à 5oo mètres, et à Lijdenburg elle atteint 3oo mètres 
en moyenne; vers le sud son épaisseur descend à environ 
(îo mètres à Duivelskantoor. Au sud de Pretoria, dans le Witwa- 
tei"srand et à Klerksdorp elle ne dépasse pas 4o mètres, et autour 
du massif de Vredefort son développement est très faible. 

Les strates du Black-reef ontété désignées par des noms différents 
suivant les diverses l'égions où elles étaient développées, [)arce 
qu'on a ignoré assez longtemps que ces divers groupes s'équiva- 
laient les uns les autres. 

En 1898 j ai étendu le nom de Série du Black-reef k toutes ces 
couches, identiques dans tout le pays ^ Jusqu'alors on appliquait 
en général ce nom, seulement à la partie de cette formation déve- 
loppée dans le bassin du Witwatersrand, au sud de Johannesbin^g. 
A Klerksdorp on la désignait sous le nom de Série du Bosch- 
rand , au nord du Witwatersrand elle formait la Série de 
Kromdraai, tandis que dans la partie orientale de TÉtat on la 
nommait grès de Kantoor et grès du Drakensberg -. 

Stratigraphie. — La ligne d'aflleurement des grès du Black- 
reef, quoique souvent assez sinueuse, est généralement très facile à 
suivre sur le terrain, parce que ces roches forment un escarpement 
peu élevé et légèrement boisé, contrastant avec les plaines, pres- 
que partout dépourvues d'arbres. Les nombreuses failles transver- 
sales qui recoupent cet escarpement, sont décelées par des déni- 
vellations et des fractures correspondantes. Sur le versant nord 
du massif de granité, entre Johannesburg et Pretoria, où le terrain 
a une pente générale vers le nord, l'affleurement des grès du Black- 
reef, qui reposent sur ce granité, forme un mur natui*el que les 

I. Voir G.-A.-P. Molbnoraaff, 82, p. ia4. 
a. J.-G. B0U8QUBT, 3. 



3:1 G.-A.-F. MOLENGRAAFF ai JailV. 

habitants du ijays ont utilisé pour la construction de réscrvoii's 
d'eau, en choisissant les fentes naturelles qui l'interrompent, 
résultat de diaelases ou de failles, pour établir les écluses leur per- 
mettant de dispenser ainsi méthodiquement, les eaux nécessaires 
à l'irrigation des terres. 



N.N.O. 




Fig 4 "" Coupe Kchéiuatiquc du bord du bassin du Witwalersrand à Won- 
derfontein, au sud-ouest de Krugersdorp (d'après D. Draper, Trans. GeoL 
Soc. South. Africa, II, part IV, 1897). 

6, Série de Pretoria ou du Magaliesberg; 5, Série des doloinies ; 4« Série du 
Blnck-reef ; 2, Granité ancien ; ib, Grès et conglomérats du Witwaters- 
rand : 1,1, Couches de Barberton ou de Hospital-Hill. 

\a\ série du Hlack-reef, s'étant déposée <*n discordance sur le 
Système primaire, repose, suivant les points considérés, sur des 
roches très diflen^ntes les unes des auti^es, quoiqu'appartenant à 
ce Système, (^est ainsi ([u'on trouve le Black-i*eef au sud du 
Klipriviersl)ei'g reposant sur les diabases amygdaloïdes du Witwa- 
tersrand ; à Klerksdorp, il est contigu à des assises diilerentes 
appartenant à cette même série, alors que, dans les environs de 
Krugersdorp, il est superposé aux étages aurifères de la région. 
Au noixl-ouest de Krugersdorp, on voit la série du Black-reef 
reposer sur la série de Hospital-hill, les strates des deux systè- 
mes étant dans des directions perpendiculaires Time à Fautre. 
Plus au nord dans les mines de Kromdraai, le Black-reef est sup- 
porté en discordance par des conglomérats schisteux, (pii consti- 
tuent dans cette partie du Système primaire un faciès encore peu 
étudié. Encore plus loin,* au sud de Pretoria, on voit la série du 
Black-i»cef reposer dire(»tement sur le granité. Dans l'escarpe- 
ment oriental du haut plateau du Transvaal aussi bien que dans 
les montagnes de Makiipan et de Chunie, on trouve tantôt le 
granité, tiintùt des schistes cristallojdiyHiens ou des schistes de 
la série de Barlx^rton en discordance évidentt» au-dessous de la 
série du Black-reef (voir fig. 10 et pi. II). 

GlTES AURIFÈRES. — Tout à fait à la base ou près de la base 
de cette série existent im ou plusieurs bancs de conglomérats 
plus ou moins aurifères. Le terme Black-reef^ été employé pour 



igOI GÉOLOGIE DK LA RBPUBLIQUK SUI>-AFRiCAlNK 33 

• 

la première fois ]>ar les mineurs du Rand pour désigner ce con- 
glomérat aurifère, qui se trouvait être à son atlleurement d'une 
couleur plus foncée que les autres conglomérats déjà rencontrés 
au dessous des diabases amygdaloîdes du Klipriviersberg. Plus 
tard on a constaté que ce conglomérat se trouve presque constam- 
ment à la base de la même série, mais qu'il n'est pas toujours 
aurifère. Sa caractéristique est de renfermer des galets d'un plus 
grand nombre de roches différentes que les conglomérats aurifères 
de la série du Witwatersrand. 1^ Black-reef a été exploité au sud 
da Klipriviersberg. dans le Boschrand près de Klerksdorp, et à 
Duivels-Kantoor, dans le district de Lijdenburg. Cette ex|)loitation 
n'a pas donné de bons résultits, surtout à cause de la répartition 
inégale de lor dans le conglomérat. Des parties (shoots = chemi- 
nées) riches ou tfès riches alternent avec des parties stériles de 
grande étendue. 

La direction et Tinclinaison des strates du Black-reef au sud 
de Johannesburg se trouvent être accidentellement presque les 
mêmes que celles de la nappe de diabase amygdaloîde et des 
grès d'ïUsburg sous-jacents ; cette disposition a retardé longtemps 
la détermination de la position exacte du Black-reef et de tout 
le Système du Cap dans les parties en relation avec les terrains 
aurifères du Witwatersrand. C'est une des causes qui ont porté 
les géologues à considérer les grès aurifères du Witwatersrand 
comme la partie inférieure du Systc»me du Cap, en les mettant en 
parallèle avec le grès de la Montagne de la Table *. 

Bien au contraire , la série aurifère du Witwatersrand fait 
partie du Système primaire et est beaucoup plus ancienne que le 
Système du Ciip ; la concordance apparente du Black-reef sur la 
série du Witwatersrand auprès du Klipriviers est purement acci- 
dentelle et locale ; d'ailleurs dans les environs de Krugersdorp on 
voit les grès et les conglomérats du Witwatersrand dis[)araitrc 
sous les grès du Black-reef, avec lesquels ils sont, en ce point, en 
discordance évidente. 

M. Hatch, à qui nous devons la meilleure carte géologique - 

I. En 1890 j'ai fait la même erreur en réunissant dans un seul étage (éta^çe 
iof. du Système du Cap) la série du Witwatersrand aux diabases amygda- 
loîdes et à la série du Black-reef. étage que je nommais alors série du 
Boschrand, 30, p. 909. Mes idées sur la stratigraphie du Transvaal ont été 
considéra blement modiiiées depuis la publication des résultats que j'avais 
obtenus en 1890 après un trop court séjour dans le pays. 

9. K.-H. Hatgh. 82 . Une curieuse erreur existe sur cette carte : tout autour 
du massif de Vredefort ralHeurement de la série du Black-reef a été donné 
entre la doiomie et les couches du Gatsrand, tandis qu'il devrait être placé 

99 Juin 190X. — T. x**-. BulL Soo. GéoL Pr. — 3 



34 



G. -A .-F. MOLENGRAAFP 



ai Janv. 



publiée sur la partie sud du Ti'ansvaal, donne assez exactement la 
position du Black-reei* dans le bassin du W^itwatersrand ; mais il 
est très ciu'ieux qu'il ignore absolument la pi*ésence de cette môme 
série du Black-reel" au-dessous de la dolomie au nord de Kiiigers- 
dorj) et plus loin, sur le versant nord du massif granitique, entre 
Johannesbui^ et Pretoria, oii pourUint la série du Black-reefalïleure 
entre la dolomie qui la coiu'onne et le granité sous-jacent. Les 
conglomérats sont, en ces points, faiblement développés à la base 
de la série et ne contiennent plus que des traces d'or ; si bien que 
M. Ha tell ignore même leur existence. Il considère le Black -reef 
comme un dépôt spécial de remaniement, limité au bassin aurifère 
du 'Witwatersrand. Je crois cette oiûnion erronée: il me parait 
clair que dans cette série du Black-reef, qui provient naturelle- 
ment du remaniement des débris des formations plus anciennes, 
il pouvait à la base se former des conglomérats riches en or, 
comme au Klipriviersberg, puisque les couches aurifères du AVit- 
watersrand affleuraient à une petite distance, tandis que, en mémo 
temps, sur le massif de gi*anite, au nord de Johannesbui'g, des 
dépôts se constituaient, qui étaient presque dépourvus d'or, mais 
où les arkoses étaient bien développées. 



KrokoJil rio. 




S. 






/.■/•///■' le 



Fig. 5. — Coupe près de la mine de Kroindruai (d'après les doeuiiieiits fournis 
par M. Dorffel, ingénieui'-ounseil de la C "). — Echelle des longueurs i/j.o*»' 
environ : échelle des hauteurs 1/6.000'. 

5, Doloinies [Gr, Galena-reef; Tr, Twee/ontein-ree/], 

4 A'. Schistes ardoisiers dits KromdraaisUiieSy i3 à i(> ni . 
ç. Quartzite supérieur avec bandes d*arg^Iite interca- 
lées, 5 à 7 mètres. 
4A>. Filon-couche aurifère de quaK/ à arsénopyrite, 
dit Kromdaai-reef, o m. 5o à i mètre. 
Argilite, o m. Tm). 
q. Quartzite inférieur, (i mètres. 
4('. Grès et conglomérats aurifères, i mètre, 
le. Conglomérat schisteux du Système primaire, inclinaison 35' vers 

ro.N.o. 



4. Série du 

Black-reef, 

inclinaison 

i5àiîJO' vers 

le nord. 



entre la dolomie et les diabases amygdaloides. Cette erreur, qui se retrouve 
dans les coupes qui accompagnent la carte, donne une fausse idée de la 
stratigraphie de cette région ; les failles compliquées, dessinées dans ces 
coupes, ne réussissent pas à rendie la tectonique compréhensible. 



IgOf GEOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 35 

Dans le district de Lijdenbiirg il existe dans les grès de la série 
du Black-reef, auxquels on a donné là le nom local de grès du 
Drakensbei^, un filon-couche aurifère de quartz et de minerai de 
fer. Ce filon qui est intercalé entre deux bancs de grès est exploité 
en plusieurs localités, par exemple sur la propriété Erasmushoop, 
ou il a reçu le nom de Sherwell-ree/^. 

A Kromdraai, au nord de Krugersdorp, où on peut étudier la 
série du Black-reef dans les exploitations minières, on trouve un 
filon-couche de quartz aurifère associé à un lit de schistes ardoi- 
siers et intercalé entre deux bancs de quartzites ; la succession des 
strates est donnée dans la légende de la figure 5. 

L'or dans ce filon-couche est associé à larsénopyrite et à la 
pyrite ; il a été exploité avec succès. Les schistes ardoisiers, aux- 
quels on a donné le nom de Kromdraai-slates, forment un horizon 
constant d'une très grande étendue. 

Dans la partie inférieure de la série de la dolomie, qui repose 
en concordance sur la série du Black-reef, se trouvent intercalés 
près de sa base des schistes ardoisiers, qui ont beaucoup d analogie 
avec les Kromdraai-slates, d'où il résulte que la limite entre la 
dolonûe et la série du Black-reef sous-jacente est peu tranchée, et 
doit être placée à la base du banc de dolomie le plus inférieur de 
la série. 

'2, — SÉRIE DE LA DOLOMIE 

La série de la dolomie est constituée par des assises de dolomie 
et de calcaire dolomi tique bleu foncé ou noirâtre de lo centimètres 
à 3 mètres d'épaisseur alternant avec tles bandes minces de silex. 
Parfois, coumie je lai observé près de Vereeniging, on trouve les 
silex en rognons, disposés selon des sortes de plans de stratification 
comme dans la craie d'Europe. Les bandes de silex ofirent plus de 
résistance aux forces dénuda trices et sont aussi moins solubles dans 
l'eau que la dolomie et par conséquent elles forment des crêtes 
saillantes et donnent un aspect comme strié aux roches de cette 
formation, vues de quelque distance. Dans la partie inférieure les 
bancs de dolomie sont beaucoup plus épais que dans la partie 
supérieure, où les bandes de silex tendent a prédominer. Il en 
résulte que les assises inférieures de la dolomie sont souvent pro- 
fondément érodées, et cachées par des dépots plus récents, tandis 

I. J.-G. BousQUBTy 3, p. 38, et Nigol Brown. The succession of the rocks in 
the Pilgrims* Rest district. Tran$, of the geol, Society of South Africa, II, 
p. S. Johannesburg, 1897. 



36 O.-A.-F. MOLENGRAAFF 21 Janv. 

que les couches supérieures affleurent, en formant des escarpe- 
ments caractéristiques. Dans les terrains où ces couches supé- 
rieures riches en silex affleurent, on trouve le sol tellement cou- 
vert (le leurs débris qu'un examen très minutieux peut seul révéler 
la dolomie, comme comprimée entre les bandes de silex saillants. 
Ce phénomène ex[)lique comment plusieurs observateurs ont pu 
exagérer outre mesure le rôle des silex de la dolomie *. Cette 
différence entre les' zones supérieures et les zones inférieures se 
manifeste surtout dans les points où la formation a une inclinaison 
moyenne, il est compréhensible qu'aussitôt qu'elle se trouve 
fortement redressée ou sensiblement horizontale, ces diiférences 
puissent disparaître. 

La position plus ou moins inclinée des couches de la dolomie a 
une grande influence sur son pouvoir de résistance contre les agents 
dénudateurs. Si elle se trouve dans une position horizontale ou 
très peu inclinée, quoiqu'elle ne soit pas dure et relativement très 
soluble, elle se comporte dans la topographie comme un élément 
assez réfractaire, parce que les couches de silex offrent Tune après 
l'autre une forte résistance à l'action de l'eau et du vent. Bien 
différents sont les résultats des actions extérieures lorsque les 
couches sont fortement inclinées ou verticales ; alors les couches 
de silex se brisent, dès que les lits de dolomie intercalés 
sont corrodés jusqu'à une certaine profondeur, et la dénudation 
fait un progrès rapide. Par conséquent la dolomie constitue un 
élément très reconnaissable dans la topographie partout où sa 
position est horizontale, mais que l'on doit chercher seulement 
dans les vallées, où elle est souvent cachée par des dépôts super- 
ficiels plus ou moins marécageux, partout où ses couches sont 
fortement inclinées. 

I^ surface de la dolomie exposée à l'air libre est rugueuse et 
sillonnée de rides, aussi les boers lui ont-ils donné le nom carac- 
téristique d'OlifantS'klip, parce que sa surface usée a beaucoup 
de ressemblance avec la peau d'un éléphant. Le paysage dans les 
terrains où donune la dolomie ressemble beaucoup à celui du 
Karst autrichien. Les grottes, les gouffres et les abîmes y sont très 
nombreux. Ces grottes sont souvent en partie comblées par du 
calcaire stalagmitique - et des dépôts d'un tuf ou travertin cal- 

I. W.-H. Pbnmng a donné à cette formation le nom de chalcedolite, 40, 
p. 576, et 41, p. 456. 

3. Beaucoup de ces grottes sont très belles et dignes d*ètre visitées. L*une 
d*elles, découverte en 1897, à Sterkfontein [68], au nord de Krugersdorp, était 
une splendide curiosité naturelle ; des draperies s talagmi tiques tapissaient 



igOI GEOLOGIE DE LA. RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAIXE 3^ 

caire souvent assez riche en débris osseux. Parfois on trouve de 
vraies brèches à osseiu(*nts dans ces cavernes. L'étude de ces 
ossements qui foumii*a sans doute des résultats intéressants n*a 
pas encore été faite. Jusqu à présent on y a rencontré exclusive- 
ment les restes d'une faune pleistocène. 

Souvent les ruisseaux se perdent dans les fissures du sol et 
forment des cours d'eau souterrains parcourant des séries de 
g^ttes irrég^ières, oà la rivière s'épanche parfois en lacs souter- 
rains. C'est ainsi que la Mooi-Rivier se perd près de Wonder- 
fontein et qu'en aval de ce point la iiiajeui*e partie de ses eaux 
suit un cours souterrain ; !\*2 kilomètres plus loin elle quitte la 
dolomie en formant une source célèbre appelée Gerhardminne- 
bron, dont le débit est sensiblement supérieur k celui de la rivièi'e 
au moment de sa perte, grûce aux aflluents cachés. 

Cette dolomie a une valeur économique considérable pour le 
pays, parce que l'eau des grandes pluies de la saison humide, de 
décembre à mars, s'infiltre rapidement dans la roche fracturée et 
caverneuse , qui forme ainsi un réseau de réservoirs d'une 
immense capacité. Cette réserve d'eau accunmlée réapparaît à la 
surface par un gi*and nombre de fortes sources, qui diminuent 
à peine de débit, durant la saison sèche. C'est à ces sources 
remarquablement constantes que presque toutes les rivières 
pérennes de la moitié occidentale du Transvaal doivent leur 
existence, telles sont le Hartsrivier, le Malmani , le Malopo, le 
Schoonspruit, le Mooirivier, le Kliprivier, le Krokodilrivier, 
TAapiesrivier, le Pienaarsrivier, le Marico, etc. 

Quant à la position de la série des dolomies on estime, en général, 
aujourd'hui, qu'elle est superposée absolument en concordance à 
la série du Black-reef, ce qui est confirmé partout par les exploi- 
tations minières, tantôt dans la série du Black-iHicf, tantôt dans les 
niveaux inférieurs de la série dolomitique (lig. 5 et pi. II). 

Kn général, la dolomie a un développement très uniforme et elle 
est très facile à reconnaître sur le terrain. Elle s'éten<i sur une 
très grande partie du Transvaal et bien au delà des frontières de 
ce pays ; ainsi elle atteint un déveloj)pement énorme dans le 
Campbellrand (Griqualand-west) et dans le Han-Aini-Plateau(pays 
de Namaqua), où elle a été reconnue par M. Schenck. 

ses parois, les stalactites étaient entièrement recouverts de superbes cristalU> 
sations d'aragonite. Les nombreux visiteurs, venus de Johannesburg, ont 
détruit en quelques semaines cette merveille. La grotte étant une propriété 
privée, le Gouvernement n'a malbeureusement pas pu intervenir. 



38 G.-A.-F. MOLENGRAAFF ai JanV. 

GItes métallifères. — lA formation dolomitique renferme 
partout un assez grand nombre de filonsKîouches de quartz miné- 
ralisé et près de sa base et de son sommet quelques bandes de 
schistes intercalés. Dans la partie centrale du Transvaal on trouve 
(fîg. 5), près de la base de la dolomie, un complexe de schistes et 
d'ardoises, accompagné par un filon-couche à pyrite, manganèse 
et or. Ces schistes ont reçu le nom de Tweefontein-slates et le 
filon celui de Tweefontein-reef. Cette zone aurifère est très persis- 
tante et je Tai retrouvée presque partout où la base de la dolomie 
affleure. Sa forte teneur en manganèse est très caractéristique et 
souvent Tétage est représenté par un banc épais d'une terre 
manganésifère et aurifère avec des veinules irrégulières de quartz. 
Cette zone est, jusqu'à i)résent, très peu exploitée, cependant on 
doit y compter les dépôts aurifères intéressants de Barrett's 
Berlin* (pi. II, coupes 2 et 3) et de Spitskop, sur l'escarpement 
oriental du haut plateau dans le district de Lijdenburg. La zone 
aurifère a ici un développement plus grand et sa composition est 
considérablement modifiée par l'influence d'éruptions diabasiques ; 
cette diabase, profondément décomposée, forme une espèce de 
latérite, qui se confond avec la terre manganésifère mélangée des 
débris des assises supérieures de la dolomie, que la dénuda tion a 
fait entièrement disparaître. Les gisements de Bari-ett's Berlin 
sont exploités à ciel ouvert. 

Les grès du Black-i*eef, qui sont sous-jacents à ces dépôts aui"i- 
fères, affleurent partiellement sur le magnifique escarpement de 
Duivels-Kantoor. Sur la surface plus ou moins rugueuse du grès 
on exploite des alluvions de petite étinidue, dans lesquelles on a 
ti-ouvé pendant plus d'une dizaine d'années de nombreuses pépites 
d'or. La gi*osse pépite de oq onces -, que l'on a pu voir à l'Expo- 
sition universelle de Paris en 1900, au pavillon de la République 
Sud- Africaine, provient de ce gisement. Elle a été trouvée en 1898 
sur la grande route et porte encore les marques des roues des voi- 
tures qui l'ont rencontrée. L'or de ces champs aurifères parait 
provenir de la dolomie, aujourd'hui disparue grâce à l'érosion, et 
le gisement du précieux métal en représente les derniers résidus, 
dans lesquels l'or est venu se concentrer. 

Du sud de Pretoria au district de Marico à l'ouest, on trouve 
dans la dolomie inférieure une seconde zone minéralisée, qui est 
très souvent interrompue. C'est un filon<'ouche plombifère accom- 
pagné d'une bande de schistes ; il est situé dans la formation dolo- 

I. Voir G.-A.-F. Molbnoraafp, 32, p. i34. 

'j, Voncc troy anglaise vaut 3i grammes, 103496. 



I90I OâoLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE 9UD-A.FRICA.INS 39 

mitique à une soixantaine de mètres plus haut que le Tweefon- 
tein-reef. En général, comme à Kromdraai, c'est on filon avec 
des épontes nettes, la gangue est formée de quartz avec un 
peu de fluorine; on y trouve seulement des minerais de plomb, 
galène, cérusite et pyromorphite. Mus il n'est pas rare que ce 
lilou s'élargisse en une série de poches; dans ce cas. la minérali- 
sation est plus complexe, on a trouvé dans ces pocbes les miné- 
raux suivants : galène, blende, smithsonite (zinkspath), calamine 
(kieseizinkerz), pyrite, malachite, cinabre, talc, calcile et fluo- 
rine <. Tout autour de ces gîtes minéraux la dolomie est impré- 
gnée de nombreux cristaux de tréniolite ou de talc; ce dernier 
minéral doit, ici, être regardé comme un produit de décompo- 
sition de la trémolite. 




Fin. 6. — Formes 



Dans la partie orientale du Transvaal (district de Lijdeiibui^), 
les filons-couches minéralisés, notamment à la base et près du 
sommet de la formation, sont beaucoup plus nombreux. Ils sont 
pour la plupart aurifères et sont laidement exploités -, Outre l'or 

I. En 189'J j'ai décrit un de ces ^semenls dans la dolomie du district de 
Marico, voir 80, p. i5o. Je pense maintenant avoir commis une erreur en 
représentant (pa|^ i5a>leK eouches de la dolomie comme r('[KiHant eu dÎRCor- 
dnuce sur des schistes, ijiii allleuraîent dans te loisinafte avec une faible 
inclinaison au nord. Ces scliîstee sont très probablement des schistes inter- 
calés en concordance dans la dolomie. 

a. Ponr des détails sur ces gisements voir : J.-G. Bousqubt, 3. p. ^7, cl A. 
BoaDBAUX, 2, p. 3on et suivantes. 



4o G.-A.^F. MOLENGRAAFF SI JanV. 

et le quartz on trouve dans ces filons des minerais de fer, de 
cuivre et de manganèse. 

Dans le district de Marico on exploite des vrais filons de quartz 
aurifères. Ces filons ont été rencontrés dans les environs des 
sources de la rivière de Malmani et leurs exploitations sont les 
champs d'or du Malmani, Il s'agit ici de filons verticaux avec une 
direction moyenne N.N.E.-S.S.O. dans la dolomie. Ce quartz 
contient beaucoup d'or visible et quelques-uns de ces filons , 
comme le Mitchell-reef et le Pioneer-reef ont procuré de superbes 
échantillons. Outre For et la pyrite altérée ou limonite, on y trouve 
de petites quantités de minerais de cuivre : malachite, azurite, 
bomite * (érubescite) et chalcopyrite. L'exploitiition de ces filons 
n'a pas donné jusqu'à présent des résultats bien satisfaisants, 
parce que leur teneur en or est trop variable et qu'il s'est élevé 
des difficultés techniques dues à la présence des masses énormes 
d'eau fournies par la dolomie encaissante fracturée. 

Dans le district de Lijdenburg on peut distinguer, dans la 
dolomie, un groupe supérieur et un groupe inférieur de filons 
aurifères. Le groupe inférieur comprend des. filons du type de 
Tweefontein ; ces filons sont riches en manganèse. Les mines de 
Spitskop et de Barrett's Berlin mentionnées plus haut, appar- 
tiennent à ce groupe ; cet horizon est connu des mineurs du dis- 
trict sous le nom de Digger's leaders (PI. II, coupe 3). I^ plupart 
des filons exploités dans ce distinct font2)artie dugi*oupe supérieur; 
ils sont caractérisés par une certaine teneur en minerais de cuivi*e 
qui font entièrement défaut dans les filons du gi*oupe inférieur. 

Dans le district de Lijdenbui^ la série des dolomies est bien plus 
qu'ailleui-s recoupée par des dykes de diabase ; des bancs intrusifs 
intercalés forment souvent le toit ou le mur des filons-couches auri- 
fères. On ne pourrait nier qu'il existe une ceilaine relation eiiti^e 
ces roches éiniptives et la répartition de l'or dans cette formation -. 

Epaisseur kt âge. — L'épaisseur de la série de la dolomie peut 
être évaluée a 800 mèti^es dans le bassin du AVitwatei'si'aiid, à i5oo 
aux environs de Pretoria, à 5ch) mètres près de Godwaii, à 8<k) 
mètres dans les environs de Lijdenburg et à 1200 mètres dans les 
montagnes de Makapan. 

I. Pour des détails sur ces f^isemenlK voir : (i.-A.-F. Molrnohaaff, 30. 
p. !i5{, et M. Fkanckr, 16. 

!i. J.-G. BousQUBT. 3, p. 39 et p. 4<>4t- 

(Consulter pour la stratigraphie du Système du Cap la coupe de M. A. Staiik, 
communiquée par M. Nicol-Browx, reproduite dans la planche 11 [coupe 3] 
(M. Nicol-Brown Tlie succession of the rocks in the Pilgrim's Rest District. 
Trans. of the geol. Society of South Africa, II, p. i. Johannesburg, 1897). 



igOI GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE L^l 

Jusqu^à présent on ne peut, crime manière db*ecte, fixer l'à^ 
(le la série de la dolomie. Il est vrai que M. Coheii ' y a men- 
tionné des bancs siliceux dont les surfaces corrodées portaient 
des empreintes de tiges de Crinoldes et de Brachiopodes ressem- 
blant à des espèces des genres Orthis et Chonetes, ce qui les ferait 
attribuer au Palaéozolque. Mais ces indications sont très vagues et, 
jusqu^à présent, elles n'ont pas été confirmées par des observations 
nouvelles. 

Nous avons déjà vu plus haut que la limite inférieui'e de la 
série de la dolomie n*cst pas bien marquée, mais le doute est encore 
bien plus grand pour la limite supérieure. Le fait que près de son 
sommet on trouve quelques couches d^argilites intercalées dans la 
dolomie et plus haut quelques bandes de silex intercalées dans des 
schistes ardoisiers et dans des argilites, qu on ne pourrait distin- 
guer de ceux de la série suivante, rend déjà plus ou moins arbitraii*e 
le niveau où doit se trouver la limite entre la série de la dolomie 
et les couches de Pretoria, qui lui sont 8ui)er[)osées en concordance. 
Mais cette difiiculté est encore exagérée ; les nombreuses grottes 
et cavernes de la dolomie ont produit des affaissements si fréquents, 
dans la partie supérieure de la dolomie, que généralement les cou- 
ches sont très disloquées dans la zone de contact enti*e la dolomie et 
les couches de Prétona, offrant une surface ondulée irrégulièi'e. 

Roches éruptives. — On peut trouver partout des dykes de 
diabase dans la dolomie, mais cependant ils y sont plutôt rai*es. 
Des bandes intrusives intercalées sont fréquentes dans le district 
de Lijdenburg mais semblent éti'e rares ailleui*s. Pivs de Ottoshoop 
un important dyke d'un gabbro à quartz et amphibole - assez inté- 
ressant coupe la série dolomitique ; la belle l'oche de Wonderfon- 
tein qui est employée, à Johannesburg, comme pierre de cons- 
tniction, vient d'une syénitporphyi'e à anorthose, qui forme égale- 
ment un dvke énorme au travers de la dolomie. 
* 

3. — S^:rie de Pretoria ^ 

Les couches de Pretoria sont formées par une succession souvent 
i*é[>étée de schistes aixloisiers, d'ai^ilites, de quartzites, et de bancs 
de diabase intercalés. Les affleuremt»nts des quartzites, qui résis- 

1. Communiqué par M. P. Dahms, 9, p. iiS. 

•2. Pour la description pétro^aphique de cette roche, voir : G.-A.-F. Molrn- 
GRAAPP, 30, p. aai. 

3. En 1890 je considérais à tort cette série comme faisant partie du Système 
primaire, 30, p. iio5. 



4a G.-A.-F. MOLENORAAFF 31 JailY. 

tOQt aux forces dénudatrices, forment sur le sol des rides ou des 
escarpements, qu'on peut suivre sur des distances énormes. Cha- 
cun de ces qniirtzites, possédant des caractères assez constants, 
constitue une coudie ée repère d'une très grande valeur pour la 
stratigraphie spéciale de cette série. Choisissons pour exemple le 
terrain entre Pretoria et le fleuve du Krokodil, où la série de 
Pretoria est largement développée. Ce terrain est formé de trois 
rangées de collines de direction oues^est, séparées Tune de 
l'antre par de larges vallées. La plus septentrionale forme le 
Magaliesberg, rangée imposante, s*élevant à aoo mètres au-dessus 
des plaines environnantes ; on peut le suivre conmie un mur 
gigantesque sui* une distance de quelques centaines de kilomè- 
tres, sans que sa crête cesse d*étre à la même altitude (1600 m. en 
moyenne) ou que son escarpement méridional presque vertical 
devienne moins menaçant. La seconde rangée est celle de Das- 
poort * ; la troisième, près de Pretoria, porte le nom de Timeball- 
range. Les crêtes de ces collines ne sont autres que les affleure- 
ments des bancs de quartzite, tandis qu'on doit chercher dans les 
vallées les argilites intercalées. 

L'inclinaison des strates de la série de Pretoria étant en 
moyenne de î25 à 40** au nord, la plongée de toutes ces collines 
vers le nord correspond à l'angle de l'inclinaison des strates et par 
conséquent est faible, tandis que le versiint nord est très escarpé. 
. De haut en bas on peut distinguer dans cette série aux 
environs de Pretoria les assises suivantes : 

Grès et argilites nrrnacés au non! «lu Magaliesberg. 

a3. Grès grossier. 

U2 Quartzites du Magaliesberg, formant un groupe quartzitique d'en- 
viron 175 mètres d^épaisseur, divisé en deux par une bande d*argi- 
lite arénaeée. 

Les strates a3 et aa forment le sol et la crête du versant nord du 
Magaliesberg. 

ai. Argilite. 

ao. Diabase. 

19. Roches cornéennes du versant sud du Magaliesberg. 

18. Succession répétée d'argilites et de bancs de diabase intercalés. 

17. Quartzite de Daspoort. Ce quartzite forme la crête et le sol du ver- 
sant nord des collines de la rangée de Daspoort. 

16. Diabase intrusive à gros grains. 

i5. Schiste ardoisier en couche» épaisses, employé comme pierre de 
construction dans les fondations des édifices à Pretoria. Ces 
schistes ardoisiers sont exploités près de Daspoort, sur la rive 
droite de TAapiesrivier, au nord de Pretoria, et sur le versant sud 
du Meyntjes-Kop. 

1. Sur la carte de Jbppb cette rangée est dénommée Witwatersberg. 



I9OI oéOLOOIB DE LA r£pUBLIQUB SU I>- AFRICAINE 4^ 

14. Argilite. 

i3. Grès ferrugineux brun-violet. 
m. Argilite et diabase. 

II. Diabase amygdalolde. 

10. Argilites et nombreux bancs de diabase intrusive intercalés alterna- 
tivement. On trouve aussi quelques bancs minces de roches 
quartzitiqnes intercalés dans la partie inférieure de ce groupe. 

9. Quartzite blanc. 

8. Grès noir à magnétite ; le ciment de magnétite est très riche et son 
volume est bien supérieur à celui des grains de quartz. Cette roche 
est un bon minerai de fer. 
Les assises 9 et 8 forment le sol et la crête du versant nord des 
collines de la rangée de Timeball ; les alUeurements noirs de la 
roche à magnétite contrastent vivement, même vus d'une grande 
distance, avec ceux du quartzite blanc. 

7. Quartzite et grès à stratification transversale très marquée. - 

6. Grès fortement chargé de magnétite, dont la surface, corrodée par 
les agents atmosphériques, offre des ligures bizarres. 

5. Argilite. 

4. Quartzite. 

3. Argilite. 

3. Schiste ardoisier, donnant les belles dalles utilisées à Pretoria. Ces 
schistes ardoisiers sont exploités dans de vastes carrières sur le 
versant sud de la colline, couronnée par le fort de Klapperkop. 

I . Argilite jaunâtre, avec une ou deux bandes de silex intercalés çà et 
là ; on peut regarder ces assises comme les strates de passage k la 
série des dolomies sous-jacente. 
Banc supérieur de doluiiiie et de silex de la série des Dolomies. 

On peut évaluer répaisseur de ces couches comme suit : 

3i>. Vallée au nord des montagnes du Magalies, kk» mètres. 

19. Montagnes du Magalies, ^mt mètres. 

18. Vallée du Magalics, 8(N) mètres. 

]5-i7. Rangée de Daspoort, aôo mètres. 

10-14. Vallée à Touesl de Pretoria, 65ti mètres. 

1-9. Rangée du Timeball, 400 mètres. 

La composition des couches de Pretoria est constante dans la 
partie centrale et orientale du pays. Quelques-uns des étages de 
repères énuméi*és ci-dessus sont encore reconnaissables avec à 
peu près les mêmes caractères, dans le district de Lijdenburg, 
c'estrà-dire à une distance de plus de joo kilomètres de Pretoria . 
C'est ainsi qu on doit considérer l'épais banc de quartzite à travers 
lequel on a percé le tunnel du chemin de fer, entre les stations 
de Waterval-Boven et de Waterval-Onder *, comme l'équivalent 
du quartzite de Daspoort et le banc de grès et de quartzite à 
magnétite. qui est traversé en tranchées par le chemin de Ter à 

1. Résidence du Président Kruger, après la conquête de Pretoria. 



« 



.-F. UOLENGllAAFF 



ai Janv. 



NooitgetlHcbt '' cuuuiie réquivaleiil du gtrs ii niagn^tile de TinieltHll- 
hill. Ces bancs de quartzites se dit^tinguent Uvs bien dans ta 
topo^ajibie, en formant des kraneen très mai-qués le long de tout 
Teecarpement oriental du haut plateau dans le district de Lijden- 




nfn de la série de Pretoria entre Waltrvai-Bovi 
et Watiirval-Oniler. 



burg -. Dans le bassin du W'itwatersrand, où les couches de 
Pretoria sont i-epi-ésentées jiar un complexe, qui a reçu le nom 
local de Couches du Gaterand. leui- développement olTre aussi 
beaucoup d'analogie : seulement les gr^s et les diabases y jouent 
un plus grand rôle que dans les environs de Pretoria. 

Jusqu'à pi-ésent on a rencontré seulement dans quelques localités 
des marnes et des calcaires interealés dans les argilites de la moitié 
supérieure de la série de Pretoria : pat- exemple à Van l^<nneps- 
kopje à une petite distance du village de Waterval-Boveii -. Ia's 
recherches de fossiles, dans ces couches, n'ont pas été couitmnées 
de suecès. La présence, dans les aiyilites de la pariie su|)érieure 
de la séi'ie près de Belfast, d'un banc de calcaire un peu argileux 
est intéressante à noter ; ce calcaire est d'un grain très fin et homo- 
gène, il pourrait, eunime on en a fait lexpériencc à Johannesburg, 
être employé comme pierre lithographique. Grâce à sa couleur 



.. Camp (les prisonniers anglui 
I. Voir 32, Ug. a. 



s la prise de Pretoria. 



ipOI GÉOLOGIE DE LA RÉPLBLIQUK »Ul>-AFHICAINK 4'^ 

et à son aspect tacheté, il [>oarrait former aussi une très belle 
pierre ornementiile, un marbre pour constinictions. 

A Touest du méridien de Pretoria le caractère des schistes de 
Pretoria, et particulièrement celui des argilites, commence à se 
modifier, les derniers devenant de plus en i)lus ferrugineux. A 
Fouest de Buiskop les couches de Pretoria sont princi|)alement 
représentées par des schistes, qui ont une certaine ressemblance 
avec les schistes ferrugineux de la série de Hospital-hill. Dans le 
district de Marico, les ai*giiites de cette même séiîe sont plus dures 
et plus ferrugineuses que dans les environs de Pretoria. Au delà de 
la frontière, dans le Griqualand-west, les couches de Pretoria, 
reposant sur les dolomies du Campbellrand, sont très dures et 
ferrugineuses, et en grande partie formées par des jaspes *, entre 
les assises minces desquels on trouve des bandes d*une amphibole 
rare appelée crocidolite. 

GlTES MÉTALLIFÈRES. — Il résulte des rcchei^ches effectuées 
jusqu^à présent que les couches de Pretoria ne sont pas très 
riches en gîtes métallifères. 

Dans la partie inférieure on trouve des filons-couches de quartz 
aurifère, qui ollrent une très grande analogie avec ceux qu on 
trouve dans la dolomie. On a commencé rex])loitation de ces 
veines a Koesterfontein [io8] et à Blauwbank [io4], à Touest de 
Knigersdorp, mais sans obtenir de résultiits favoi'ahles. On doit 
placer dans un niveau un peu supérieur les gisements de Scheer- 
poort [i5o], à une trentiiino de kilomètres au nord de Krugei'sclorp, 
dont on a essayé rex{)loitation [>lusieurs fois sans succès. On a 
été plus heureux dans le district de Lijdenburg, où Ton a exploité 
avec profit le filon-couche de quartz aurifère, nommé Bewitts-reef, 
situé près de la hase de la série de Pretoria, aux envii-ons de 
Frankfort -. 

On a tix)uvé dans les parties supérieui'es de la série de Pretoria 
des filons cuprifères et plombifèi^es dans les districts de Pretoria, 
Rustenburg et Lijdenbui^. Les minerais de ces filons renferment 
une certaine proportion d'argent, aussi leui's exploitations sont- 
elles indiquées comme mines d'argent. 

Tectonique et roches éruptives. — 11 existe des i*elations 
évidentes entre la répartition de ces filons et les accidents tecto- 
niques liés aux phénomènes d'intrusion et d*éruption des roches 

I. G.-W. Stow, 49, p. 58i. 

a. J.-G. BoUSiQUBT, 3, p. 44* 



46 



G.-A.-F. MOLENGRAAFF 



ai Janv. 



de la série piutonienne du Boschveld ; en analysant cette der- 
nière, nous étudierons en détail ces gîtes métallifères. 

Les couches de Pretoria sont traversées par un grand nombre 
de dykes de diabase et de nombreux bancs de cette roche y 
sont intercalés. On peut étudier facilement les relations entre ces 
dykes et les bancs ou les dépôts stratifiés de la série de 
Pretoria dans la remai*quable tranchée du chemin de fer entre 
Belfast et Godwan. Pour toute la série, j*ai compté dans cette 
coupe 56 bancs de diabase d'une épaisseur de plus de 3 mètres 
et un très grand nombre d'une moindre épaisseur. On y trouve 
quelques bancs d'une diabase amygdaloîde, qui peuvent être 
contemporains de la formation de la série, mais les entre-bancs 




Fig. 8. — Dyke de diabase formant un banc ininisif, au kilomètre 2119 
du chemin de fer de Komatipoort à Pretoria. — Échelle i/iooo'. 

s, Argilite de la fiérie de Pretoria ; s„ Argilite durcie ; 6, Diabase. 

de diabase sont intrusifs. ce qui est prouvé par la transformation 
métamor])hique en roche coméenne obsei'vable très souvent dans 
les argilites, au-dessus aussi bien qu'au-dessous des bancs de dia- 
base. On voit par exemi^le dans la coupe de la fig. 8 des dykes de 
diabase qui s'épanchent en formant des bancs intrusifs. Le méta- 
morphisme de con- 
Mm^Mfm» K»p tact peut être étudié 

avec facilité tout 
près de Pretoria à 
Meyntjeskop, sur un 
banc épais d'une 
diabase à gros grains 
intercalé entre le 
({uailzite de Das- 
[ïooil au-dessus et 
une argilite au-des- 
sous. Au contact on 




P^K* 9* ~~ Diabase intrusive dans les couches de la 
série de Pretoria, près de Pretoria. 

q, Quartzite de Daspoort, épaisseur 17 mètres ; 
q,, Quartzite altéré chargé d'épidote et d'acti- 
iiote ; ^, Diabase gabbrolque à «rus grains, ép. 
1(5 m. ; s„ Ai'gilite durcie ; s. Schiste ardoisier 
en couches épaisses, ép. 35 m. 



trouve Targilite duixîie et beaucoup moins fissile qu'un peu plus 
bas où elle n'est pas altérée, tandis que le quartzite, durci égale- 
ment, est, dans le voisinage du contact avec la diabase, cliargé de 
petits cristaux d'épidote et d'actinote en gerbes (fig. 9). 



I9OI GBOLOGIB DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 4? 

Les couches du Système du Cap, disposées comme nous l'avons 
déjà dit en discordance manifeste sur celles du Système primaire *, 
ne sont généi*alement pas redressées fortement, Tangle de Fincli- 
naison ne dépasse guèi^e, dans tout le district de Lijdenbui'g, 7 à 
i5". Mais il y a, poui*tant, d'assez nombi'euses exceptions. Tout 
autoui* du massif de granité de Vredefort, le Système du Cap a 
subi des mouvements de même ordre que le Système primaire 
sous-jacent ; la position verticale en est résultée pour les strates de 
la série du Black-reef et de la dolomie (pi. II, coupe i) ; langle de 
redressement va en diminuant gi*aduellement dans les couches 
superposées du Gatsrand, qui appartiennent à la série de Pi*étoria. 
Les mêmes constatations peuvent être faites dans les montagnes 
de Makapan (fig. 10) ; là l'inclinaison moyenne des strates dans 
le Système du Cap en discordance éviclente sui* le Système pri- 
maire ne dépasse pas qo"" pailout où la direction des strates est 
nord-sud, mais ces mêmes couches sont redressées verticalement 
partout où la direction des strates est de l'ouest à Test. Nos con- 
naissances sur la structuiH^ géologique du Transvaal ne sont 
encore suflisantes que sur des points trop éloignés les uns des 
autres pour pouvoir expliquer les causes plus ou moins locales 
des phénomènes de redressement du Système du Cap. Mais on 
peut apprécier avec plus de justesse les phénomènes qui ont été 
le résultat de l'inclinaison des sti'ates du Système du Cap vers un 
centre commun dans la partie centrale du Transvaal. On voit, 
dans le pays au nord de Pretoria, l'inclinaison des strates de ce 
Système se diriger et aller i^n augmentant vei's la région nommée 
Boschveldy où, comme nous le vendons plus loin, des intrusions et 
des éruptions d*un magma riche en soude ont eu lieu après la période 
de formation des couches de Pretoria. Ces dernières sont, jus- 
qu'à une cei-taine distance de ce bassin de roches ignées, redressées, 
disloquées et même quelquefois courbées en lai*ges plissements. 

Affleurements. — Les lignes d'affleurement et Finclinaisou 
des couches de Pretoria et du Black-reef indiquées sur la carte 
(Planche I) peuvent donner une idée du relief du territoire occupé 
par l'étage inférieur du Système du Cap. Au noixl "de Pretoria 
on voit le bassin du Boschveld envii'onné de tous côtés par une 
bande du terrain de l'étage inférieur du Système du Cap, seule- 
ment interrompue au sud-est, où elle est cachée par les dépôts du 
Karroo superposés, et au nord, où le grand pli qui sépare le bassin 

I. Les coupes de la Planche n donnent une bonne idée de la position discor- 
dante du Système du Gap sur les terrains anciens. 



4^ G.-A.-F. MOLENGRAAFF QI Janv. 

du Bosch veld du bassin du Waterberg est en partie caché par les 
it)ches ignées et les grès de Tétage supérieur. Sur les deux côtés, 
est et ouest, du bassin du Waterbei'g, le prolongement de cette 
bande, formée par Tétage inférieur du Sjstème du Cap, est très 
peu connu, la région payant pas été explorée au point de vue 
géologique. On voit aussi comment les couches du Système du 
Cap, à la limite méridionale du Boschveld, sont en connexion |>ar- 
faite avec celles du bassin, ou mieux du fossé, du Witwatersrand, 
dont la continuation au sud-est est cachée sous les dépôts du 
Karroo. Un lambeau isolé qui affleure près de la frontière occiden- 
tale de la République annonce l'énorme développement du Système 
du Cap dans le Griqualand-west et le Bechuanaland. 

4- — SÉRIE PLUTONIENNE DU BOSCUVBLD 

J'ai donné ce nom à un groupe de roches intrusives et éruptives, 
ayant pour caractère commun une foi-te teneur en soude, et dont 
l'ascension a eu lieu après la période de formation de la série de 
Pretoria et avant celle du système du Karroo. 

Granité rouge. — Un des repi^ésentants typique de ce groupe 
est le granité rouge^ ix)che qui occu^ie une vaste surface au nord 
des Magaliesbei^en. dans le Boschveld, et qui avait déjà attiré, il y 
a trente ans, l'attention des premiers explorateurs, Mauch, Hûbncr 
et Coheii. Ce granité rouge est une roche givnue, composée de 
feldspath rouge, généralement de l'anorthose ou de l'orthose, de 
quartz et de petites quantités d'amphibole foi-tement pléoçhroïque 
et de biotite. I^a faibhi; proportion des constituants foncés donne à 
ce granité en place une couleur rougeâtre, les parties superficielles 
décomposées étant grises ou blanchâtres. Le plus souvent ce 
granité, quoique grenu, possède une structure micropegmatoïde 
parfaite : ce type est très constant et j'en ai récolté des échantil- 
lons impossibles k distinguer les uns des auti*es en des localités 
distantes l'une de l'autre de plusieurs centaines de kilomètres, à 
Krokodilpooi-t [f\ii\ et à Honignestkrans [lai], au nord du Maga- 
liesberg (district de Pretoria), à Klipfontein (district du Waterberg) 
et sur le versant nord du Botha's berç (district de Middelburg). 
Dans les anciennes descriptions géologiques du Transvaal, entre 
autres dans celle de Schenck, à laquelle on a donné le plus d'auto- 
rité, les auteurs ne soupçonnent pas la difTérence entre ce granité 
rouge et le granité ancien et regardent la région du Boschveld 
comme appartenant au terrain primaii^e. Cette erreur a cvéé des 



I.JOI 



: tA KEPUULICjUE SI l>-AFHIt:AlNK 



ilitKcultés 9tratigi^|)liiqutis de |>lus 
en piiis insurmontables à mt-siiiv 
(|ii(> nos connaiHSiiiices sur la fltrue- 
liii-e géologique Ju pays nuginvii- 
tiiieiit. Toutes les ililliciiltés se 
résolvent d'elle-m^mcs. aussitôt 
que l'on adiiirt que le gniiiile i-ouge 
et les autres roclies pliitoniennes 
qui raecoiu|)agnent sont d'une 
é|iiH|ue plus réconte <|ue le gninite 
du Systf'iue [irimuipe. c'est-k-diiv 
que leur asn-nsîon est postéi-ieurc^ 
à la [tériode de genèse âe lu série 
de Préloria . 

Lu situation géologique du gra- 
nité ix>uge est montrée iietteniont 
dans la coupe i (PI. II). Si, paiiant 
du massif granitique situé entre 
Johannesbui^ et Pretoria, on se 
dirige vers le nord, on voit com- 
ment ce granité est recouvert |)ar 
la série du Black-reef, et comment 
se succèdent, d'abord les dobiuiies, 
puis la série de Pretoria, toujours 
avec pendagc vers le non!. On 
rencontre ensuite superposés aux 
couches de Pretoria, au nui-d du 
Magaliesberg, le gr'anitc i-ouge et, 
à sa base, des nbrites et des roches 
syénitiques. Si, des environs de 
Lijdenburg. nous nous dirigions 
vers l'ouest, nous aurions esacttv 
inent la m^me succession (l'I. II, 
coupes 'j et 3). Là aussi la. série du 
Black-reef (grès de Kantoor et grès 
du Driikensbei-g) repose en discor- 
dance sur le granité ancien et les 
schistes du ten-uin primaire, au- 
dessus se trouve la dolomii;, et au- 
dessus de la dolomie. dans les mon- 
tagnes de Steenkamp, repose la 
série de Pretoria, toujours avec une 




a Juin igui. 



-T. 



5o 



G.-A.-F. MOLENGRAAFF 



ai Janv. 



inclinaison vers Touest, allant en augmentant de 7'' à q5°. Enfin dans 
les montagnes de Botha et dans le pays de Secoecoeni, le granité 
rouge recouvre la série de Pretoria , avec à sa base des syénites et 
des norites accompagnées de gisements de magnétite. I^ mt^me suite 
se rencontre dans les montagnes de Makapan (fig. 10). A Button*skop 
la série du Black-reef avec pendage vers Touest, repose en discor- 
dance sur les schistes dans lesquels se trouve la mine d'or d'îlerste- 
ling et sur le granité ancien. Au-dessus du Black-reef vient la dolo- 
mie, surmontée par les couches de Pretoria et, à la partie supérieure, 
près de Piet-Potgietersrust, par le granité rouge, ayant encore une 
fois k sa base de la norite. Cette norite donne naissance, près de 
ce dernier village, à des collines fracturées, ayant l'aspect des 
collines dites Zwartkoppies et Pyramides, sur le versant nord du 
Magaliesberg. 

Le tableau comparatif suivant donne les principaux caractères 
du granité ancien et du granité rouge. 



Granité roage 
Presque toujours couleur rouge. 

Généralement ^anite à amphibole 
et biotite, quelquefois granité à am- 
phibole et rareiuent ^anite k biotite. 
La muscovite n*a jamais été ren- 
contrée. 

Elément feldspatique représenté 
presque exclusivement par l'anor- 
those et Torthose. 

Structure micropegmatolde en gé- 
néral admirablement développée et 
caractéristique. 

Veines de pegnîatite pas encore 
rencontrées. 

Roches de profondeur de la famille 
granitique, de la famille syéuitique 
et de la famille gabbrolque, associées 
au granité rouge suivant une certaine 
loi. 

Dans le terrain du granité rouge 
on trouve assez souvent des roches 
très diverses, pouvant être regardées 
comme des types d*épanchenient des 
familles de roches^^de profondeur 
ci-dessus. 

I. J'ai trouvé des variétés rouges du granité ancien, assez rares, dans le 
massif de Vredefort, dans quelques localités du district de Vrijheid, et grâce 
à des forages, sur la propriété Vlakfontein [44^1> près du Modderfontein 
G. M. Co. 



Granité ancien 

Généralement couleur grise plus 
ou moins foncée, assez rarement cou- 
leur rouge ^ 

Dans la majorité des cas granité à 
biotite ou granité à biotite et amphi- 
bole, assez souvent aussi granité à 
deux micas et rarement granité à 
muscovite. 

Elément feldspatique représenté 
en grande partie par du microcline et 
du plagioclase. 

Structure micropegmatolde incon- 
nue. 

Veines à pegmatite très communes 
donnant à la roche une apparence 
entrelardée. 

Roches de profondeur toujours 
exclusivement de la famille grani- 
tique. 



Roches pouvant être regardées 
comme des représentants d'épanche- 
ment de la famille du granité, incon- 
nues. 



I90I 



GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUIHAFKICAIXE 



5l 



On ne trouve guère, sauf tout près 
ïlii rr>nlact avec les schistes en^'iron- 
nants, de séjçrégations des éléments 
les plus basi({ues. 



Schistes crystallophylliens assez 
répandus dans la zone du granité 
ancien. Ils forment souvent des ban- 
des d^une grande étendue et dans le 
voisinage le granité a souvent une 
structure parallèle et se transforme 
en des variétés gneissiques ou am- 
phiboli tiques. 

Nombreux dvkes de diabase. 



On voit aussi bien sur une grande 
que sur une petite échelle la ségré- 
gation des éléments les plus basiques 
se présenter d'une manière très mar- 
quée. (Test ainsi qu'on trouve l'am- 
phibole dans le )^anite rouge (qui 
du reste est assez pauvre en éléments 
foncés) accumulée dans des masses 
de diverses dimensions, qui devraient 
être nommés des amphibolites(Aor/i- 
hlendefels). 

La distribution relative des gra- 
nités roug-es, des syénites, des nori- 
tes et des gîtes métallifères dans ces 
norites peut être imputée à des phé- 
nomènes de ségrégations (Voir plus 
loin). 

Schistes cristallophylliens incon- 
nus dans la zone du granité rougt*. 



Dykes de diabase mamiuant ou 
assez rares. 



Ce tableau iiionti'e jusqu'à Téviclence que le granité ancien et 
le granité ix>uge sont des éléments si fondamentalement dilTérents 
qu'ils ne peuvent être l'un l'équivalent de l'autre. Il est d'ailleurs 
impossible de les confondre loi'squ'on a vu leur gisement et l'aspect 
qu'ils im])riment au paysage. 

Sykmtes. — En outi*e du granité rouge on trouve en abondance, 
dans le Boscliveld, d'autres types de roches de profontleur non 
moins intéressanttîs, telles que la syénite à néphéline(éléolite), la 
syénite.à anorthose et la noriU». 

La syénite à éléoliti» qui, entn^ autn^s, forme un massif d'une 
étendue médiociT; sur les propriétés Zeekoegat [287] et L#eeuw- 
fontein [SaoJ, au iioixl des Magaliesbergen, est représenté par 
toute une série de variétés, dont les types gi'enus peuvent étn* 
comptés parmi les représentants les plus beaux, jusqu'à présent 
connus, de cett<» rocdie. Leur surface oflre un aspect curieux ; elle 
est ciHiusée de petits trous soit hexagonaux, soit quadratiques, 
empreintes en creux des grands cristaux de néphéline, qui, se 
décomposant plus facilement que le reste de la roche, ont complè- 
tement disparu. A une petite profondeur, Téléolite est parfaitement 
inaltéi»ée. Les grands cristaux d'anorthose, des macles de Garlsbad 



53 G. -A .-F. Molkm;k\aff ai Jaiiv. 

ivès aplaties suivant (oio) sont orientées presque parallèlement. 
C.ett^ disposition donne à la roche entièi*e une sort^ de elivage '. 

La syénite à anorthose, type pour lequel M. Hendei*son - a pi^o- 
posé le îîoni d(^ hatherlite^ lornu^ d(îs niassiis nombreux et de 
grande éteiulue. .le les ai trouvés au nord des Magaliesbei-gen sur 
les propriétés Waterval [i'j5J, Leeuwlontein [3ao] et Zeekoegat 
[aH^J et, sur le vei'sant nord du Botlia*s-bei"g, dans la pn>pnété 
Blinkwater I77J. 

Ces niassiis de syénite présentent des typi»s syénitiques très 
variés, parmi eux la syénite à titaiiite et la syénite à pistaeite, eette 
dennière éUint une variété de décomposition ass(îz répandue. 

NoRiTK ET MA(;xÉTiTE. — A la périphérie de la zone du granité 
rouge on trouve presque partout dt\s noi'ites, dont les gisements 
se reconnaissent aisément dans la to[)ographie aux lormes bien 
accentuées des collines formées par cette roche. On les a trouvées 
au nord de Zeei'ust, à Alewijnspooi't [210] (district de Marico), au 
nord de Rustenbui^ et de là dans une zone presque ininterrompue, 
les Zwartkoppies, le long du vei'sant nord des Magaliesbergen, 
jusque dans les environs de Pretoria, sur le versant noini des 
Botha's bergen (district de Middelbui'g) et près de Piet-Potgietei's- 
rust, le long du versant occidêntiil des montagnes de Makapan. 

Ces norites scmt de belles roches qui présentent plusieui's 
variétés, tantôt à enstatite, tiintôt à hypersthène ou bien à hyper- 
sthène et diallage. Elles ont cHé l'objet d'une étude détaillée péti^o- 
graphique et chimique par M. Henderson 3. Des pyroxénites, 
composées uniquement d'enstatite, sont souvent combinées à la 

I. Jusqu'alors la néphélinc avait été trouvée dans le Transvaal par Coiibn, 
seulement dans une syénile près du Hexrivier, dans la rangée du Zwart- 
koppies, située é|çalenient au nurd des Magaliesbergen. Cette syénite à 
néphéline a été déerile par M. Wllfing; la néphéline n*y est visible qu'au 
microseope. 

Voir E.-A. WuLFiNO, 53, p. 16. 

a. M. Hkndkrson a donné une très bonne description de celte i*oche. Je Pai 
également étudiée en plaques minces et je serais tenté de lui donner le nom 
de sycnite anorthosique à amphibole et pjrroxène {AnorthokldS'Amphibol- 
Pyroxen-Sjrenit). Henderson préfère appliquer des noms séparés aux roches 
à anorthose et [)ropose dans ce cas le nom de Hatherlite. Ce nom serait bon 
s*il n'y avait erreur de localité ; cette roche altleure, il est vrai, non loin de 
l'ancienne fabrique de poudi'e et sur l'emplacement de l'ancienne fabrique de 
dynamite dans la propriété Leeuwfontein [3ao), mais cette fabrique n*a rien 
de commun avec la « Et^rste Fabrieken » ou la fabrique de Hatherley, qui est 
située au versant sud des Magaliesbergen sur les affleurements de la série de 
Pretoria. Voir J.-A.-L. Henderson, 24, p. 4^ ^'^ suivantes. 

3. J.-A.-L. Hbndkrson, 84, p. io-4a* 



I9OI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 53 

norite. A Alewijnspoort (district de Marico) ^ ces roches à enstatite 
sont grenues, à grains de dimensions médiocres, tandis que dans 
les collines, dites Pyramides, au nord de Pretoria, elles sont 
composées de cristaux d'enstatite d'une longueur qui dépasse 
souvent dix centimètres. Ces norites ont une importance écono- 
mique; en etlet, des amas lenticulaires de magnétite fortement 
attractive et très pure leur sont associés, formant des gîtes métal- 
lifères d'une trt*s grande étendue. 

Ce sont les meilleurs gîtes ferrifères du pays. Il n'est pas difficile 
de prouver que la magnétite est un produit de ségrégation de la 
norite, car on peut observer pailout que la teneur en magnétite, 
dont la présence comme constituant normal est toujoui's cons- 
tatée sous le microscope, va en augmentant, à mesure qu'on 
s'approche des[amas de magnétite pure ; enfin tous les éléments de 
la norite étant dispainis, sauf la magnétite, il reste un minerai de 
magnétite pure. Il est certain, que, lorsque, dans l'avenir, l'indus- 
trie du fer se dévelopjjera dans le pays, ces gisements atteindront 
une importance considérable. 

J'ai trouvé des gisements de chromite associée à la norite dans 
quelques localités, par exemple sur la propriété Zilikatsnek [879], 
au noi'd du Magaliesherg. C^es gisements sont très peu étudiés et on 
ne saurait encore se former uiu; idée de leur étendue ou de leur 
importance. 

Pour ce qui est des relations entre eux des types [irincipaux de 
ces l'oches, on constate (fue le granité rouge occupe le centre de ce 
vaste terniin plutonien et que les autres types sont restreints 
a la zone périphérique ; la norit<' doit (^tre recheix^hre dans la 
zone la plus périphéric|ue et une bande de roches syénitiques, qui 
ne sont cependant |)as développées d'une manière aussi régulière 
et aussi uniforme tjue la norite, la sépan* du granité. On trouve 
donc, en schématisant les faits, dans cette immense formation 
plutonienne une succession de roches de plus en plus basiques en 
se dirigeant du centime à la périphérie. 

En outî'e des roches intrusives de iirofondeur cette même région 
est très riche en roches éruptives de types fort diflerents. Dans 
une partie du domaine du granité rouge, c'est-à-dire dans le district 
du Waterbei'g, on trouve associé au granit*» rouge des types por- 
phyriques. On y trouve quelquefois, comme à Magalakwit*ns-oog, 
des porphyres pétrosiliceux à ([uartz globulaire, et plus communé- 

I. Nous devons à M. Hrndkhson, 24, p. 38-4i, une description pétrogrii- 
pliique et une analyse de celte belle roche. 



54 G.-A.-F. MOLBNORAAFF 31 JanV. 

ment des felsophyres. Les porphyres k pinitoule de ce district sont 
très caractéristiques, ce sont des lelsophyres. dans lesquels les 
phénocristaux de feldspath sont entièrement altérés en jûnitoïdc, 
le tout formant une belle roche rouge à taches vertes. 

Bien plus importantes et bien plus variées sont les roches d'épan- 
chement qu'on trouve près de la périphérie du Boschveld. Parfois 
ce sont des porphyres, qui pourraient être regardés comme le faciès 
éruptif des syénites et des norites, comme par exemple le type 
porphyrique de syénite à anorthose des Pilandsbei^en (district de 
Hustenbui'g), décrit par M. Henderson * sous le nom dii pilandite. 
Mais en généi'al les relations sont plus complexes. 

Citons comme preuve ce qu'on trouve dans la coupe le long du 
fleuve Pienaar, sur le vei-sant noixi du Magaliesbei^. 

On voit sur la pix)priété Baviaanskloof les quartzites supérieurs 
du Magaliesberg travei'sés par de nombreux dykes de composition 
très variée et, plus au nord, sur la proi)riété Zeekoegat [287], on voit 
ces mêmes strates recouvertes en concordance appai*ente par des 
dépôts éruptifs stratifiés, des brèches et des agglomérats éruptifs, 
des tufs silicifiés, des lits de scories transformés en brèches de 
roches amygdaloïdes, tous ces types alternant avec des bancs assez 
épais de roches porphyriques très variées, i*essemblant tantôt à des 
rhyolithes et à des felsophyres, tantôt a des andésites à amphibole, 
tantôt à des basaltes, tous représentants d'anciennes coulées de 
roches d'épanchement. 

L'intrusion et les éruptions des roches de (îette série plutouienne 
doivent avoir été accompagnées par des émanations gazeuses. Dans 
le granité rouge les gaz, qui se dégageaient, ont été lîhargés de 
composés fluorés. En eflet la fluorine est associée régulièrement 
aux roches d'épanchement du groupe du granité rouge, et elle est 
un des minéraux les plus constants dans les cavités de ces roches. 
Mais il en résulte aussi que la majorité des filons qui j)arcoui'ent 
le granittî rouge sont des gites d'émanation. Dans le district du 
Waterberg, par exemple, le massif des porphyres quartzifères et 
des felsophyres est recoupé par de nombreux fllons. I^ gangue est 
bréchiforme et consiste on fragments des murs, sur les parois des- 
quels ont cristallisé les cristaux de quartz en rosette. Le vide 
restant est occupé par de l'hématite seule ou par de l'hématite et de 
la fluorine. Dans quelques localités, par exemple à Welgevonden, 
les fllons sont plus importants ; on constiite alors que la partie du 
fllon, voisine du toit, est entièrement composée de ipiailz, t<indis 

I. J.-A.-L. HBXDERiK>;«r, 24, p. 4^. 




I^OI GÉOLOGIE DE LA RÉPITBLIQUE SUD-AFRICAINE 55 

que la partie voisine du mur est composée de fer oligiste, de 
fluorine et de quartz. L'épaisseur du fer oligiste avec fluorine 
varie de i à 3 mètres. Ce fer oligiste est très pur et le quartz qui 
raceomj>agne est aurifèi*e. On en a tenté l'exploitation, mais la 
proportion d'or est trop variable pour que Ton ait obtenu des 
résultats satisfaisants. 

La même gangue de quartz et de fer oligiste a été trouvée dans 
TAlbert-sil ver-mine, située dans le granité rouge, à ^5 kilomètres 
est-nord-est de Pretoria. Le principal minerai de cette exploita- 
tion est une bomite argentifère. 

En outre, dans les autres veines de la série plutonienne du 
Bosch veld, l'influence des émanations gazeuses est révélée par ce 
fait que les roches en contact avec, les filons sont profondément 
imprégnées par des composés métidliques. Ce phénomène est 
constaté, par exemple, dans les filons qu'on l'encontre sur le ver- 
sant nord du Botha's berç, sur les propriétés Rhenosterhoek f i lo] 
et I^atste-drilt [82]. Ces fdons traversent la syénite à anorthose 
et la norite et contiennent des minerais sulfurés de fer, de cuivre 
et même, dans la dernière localité, des minerais de cobalt. Une 
imprégnation profonde des murs de granité rouge a été constatée» 
dans le filon aurifèrt* de l'Albertrsil ver-mine, mentionnée plus 
haut. Les gîtes minéraux dans le Boschveld sont du reste encore 
peu connus et n'ont [>as été étudiés méthodiquement *. 

Cette série plutonienne ofïre, abstraction faite de la géologie 
locale, un intérêt général, parce qu'elle augmentt» nos connais- 
sances en ce qui concerne Tétude de l'influence des masses intru- 
sives et éruptives sur la tectonique des strates au travei*s desquelles 
elles se frayent un passage. On trouve là un curieux exemple de 
phénomènes, sur l'origine desquels les opinions émises actuelle- 
ment varient et diffèrent des opinions anciennes. 

Au commencement de ce siècle la majorité des géologues, après 
Léopold de Buch et Elie de Beaumont, pensaient que les chaînes 
de montagnes résultaient de soulèvements produits par l'ascen- 
sion des roches plutoniennes, qu'on rencontre généralement 
sur leur axe central, comme par exemple dans les Alpes, où elles 
forment les cimes culminantes. Les roches plutoniennes étaient 
ainsi, par leur ascension, la cause directe du redressement et du 

I. Je n'ai pu inoi-inèine visiter que quelques-uns des ^senients signalés 
ici et je dois la plupart des renseignements ei-dessus à M. Dorffbl, ingé- 
nieur des Henderson's Transvaal Estâtes Limited, compagnie propriétaire 
de tous les gisements de cobalt découverts jusqu'à ce jour au Transvaal. 



56 G.-A.-K. MOI.KNGRAAFF 21 JanV. 

refoulement des couches sédinientaires. qui s'appuient contre le 
noyau cristallin. 

Plus tard, lorsque l'étude des terrains volcani(pies eut montré 
que les strîites, à travers lesquelles les roches éruptives se font 
jour, ne sont guci^c dislo(iuées, et après tpi'on eut étudié de [>lus 
pivs la tectonicpie des chaînes de montagnes, on se convainquit 
de plus en plus que ces roches plut(miennes jouaient un rôle 
vraiment passif dans la genèse des accidents orogéniques. C'est à 
cette époque que fut publiée la découveii;e des laccolithes dans les 
Henry-mountains . On ne put nier que, le soulèvement des 
teiTains, qui forment la couvei^ture sédimentaire de ces intumes- 
cences, était bien dû, direct<nnent, à l'intrusion de masses trachy- 
ti<iues. Plus tard on cqnstata que l'aflaissement, reflondrement 
de strates i)réexistantes dans un magma intrusif, peut produire 
des perturbations tectoniques considérables, phénomènes décrits 
magistralement dans l'œuvre classique de M. Brôgger sur les 
phénomènes plutoniques dans le bassin 'de Christiania. En 
même tenq)s que se développaient ces idées , le rôle joué par 
les roches intrusives et éruptives éUiit mieux délimité. On admet- 
tait, que l'influence des roches nettement éruptives sur la i)osition 
des strates environnantes était presque nulle, tandis que celle des 
roches intrusives était, au contraire, généralement considérable. 

L'étude des intrusions du Boschveld, au Transvaal, montre 
que la ])osition des terrains stratifiés environnants est considéra- 
blement modifiée, et (|ue tous ces accidents tectoniques peuvent 
être regardés commt^ lesc(mséquences, tantôt de Tintrusicm môme 
d'une énorme masse dcî magma, tantôt de mouvements d'afiaisse- 
ment dans ce même magma. 

Les mo<]ifi('ations a[>portées aux couches du Système du Ca[> par 
l'intrusion de la série phitonienne du Boschveld peuvent être 
résumées ainsi : 

a) En premier lieu les roches du Système du Ca]>, et plus s|)écia- 
lemenl celles de la séritî de Pretoria, dont la zone de contact avec 
l<»s roches intrusiv(»s est presque la seule accessible, sont modifiées 
à de grandes distances par le métamorphisme de contact. 11 est 
vrai (|ue, dans les (piartzites du Magaliesberg, ce métamorphisme 
est peu ou pas ap|)an*nt, mais dans les ai'gilites sous-jac(»ntes l'elfet 
est très marqué. Olles-ci sont très fréquennnent altérées en phyl- 
lades noduleuses, chaînées d'andalousite ou de chiastolite. Les 
schistes à chiastolite des environs de Zeerust (district de Marico) 



1901 GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 5'J 

sont bien connus *, mais les schistes de Kromdraai [4^2] (district de 
Middelbui^), sont encore plus beaux ; ce sont des phyllades mica- 
cées noduleuses, chargées de sUiurotide et d'andalousite. La stau- 
rotide v forme des macles en croix do Saint- André très nettes et 
Tandalousite s'est développée en prismes de 5-8 centimètres de 
longueur, extrêmement frais, roses et pellucides. Des lambeaux, 
quelquefois de grandes dimensions, de couches de la série de Pre- 
toria, sont assez souvent rencontrés, entièrement enveloppés par 
les roches intrusives ; dans ces cas, réalisés dans la région au nord 
du Magaliesbei^ et à Test du fleuve Pienaar, le métamorphisme de 
contact est tri»s intense et les quartzites eux-mêmes sont fortement 
altérés, endurcis et épidotisés. 

b) En outre, de nombreux dykes traversent le Système du Cap 
tout autour du massif intrusif du Boschveld ; leur composition est 
très variée, mais leur étude est à peine commencée. Souvent ils 
pénètrent dans le Système du Cap jusqu'à de très grandes dis- 
tances. C'est ainsi que le fameux dyke deWonderfontein, mentionné 
déjà par Hûbner (voir ci-dessus, p. 4^)» est formé par une magni- 
fique variété de syénite à anorlhose, qui traverse la dolomie et est 
largement exploitée pour la construction des édifices à Johannes- 
burg. Souvent ces dykes sont ti'ès riches en fragments arrachés 
aux couches du Système du Cap. Ces fragments sont alors forte- 
ment métamorphisés ; quelquefois aussi c(»s mêmes fragments sont 
si nombr<*ux que Ton a de vraies brèches éruptives, dans 
lesquelles la substance éruptive jou(* le rAle eflacé d'un ciment. 
Un très bel exem[)le de ces brèches éruptives est la brèche de 
DerthvPoort f4^H)]» ** ^^^^^^ kilomètres nord -est d(» Pretoria, (^est un 
dyke épais, traversant la chaîne du Magaliesbei*g; il renfernu* en 
abondance des fragments, souvent de grandes dimensions, de 
dolomie recristallisée et quelquefois chargée de grossulaire et 
d'autres roches tle la série de Pretoria, énei^icfuenient métamor- 
phisées. Le ciment éruptif de ct»tte roche est caractérisé [)ar de 
grandes plaques de biotite. 

c) Les dislocations tectoniques cpii se sont produites dans le 
Système du Ciap, durant la période d'activité ])lutoineniic, sont 
des plus instructives. Les strates de ce Systèuie, à une ccrUiine 
époque, se sont allaissées dans et au-dessous du magma interne 
et il est résulté de cet ellondi'ement, que, tout autour du bassin 
plutonique. les strates du Système du Cap s'inclinent vers un 

I. Voir pour leur description 30, p. aoa. 



58 



G.-A.-F. MOLENGHAAFF 



ai Janv. 



centre commun. De fait, rintlinaison, facilement obsei-vable, 
surtout dans les couches de Pretoria, est^pai-tout dirigée vers le 
Bosch veld (voir la carte, PI. I). 

Le cas le plus simple se trouve représenté dans la cou[)e sché- 
matique du granité ancien enti^e Pretoria et Johannesl)urg au 
noi\l (PI. II, Coupe i). On voit tout le Système inférieur du Cap 
courbé et affaissé simplement, sous la séné plutonienne, en conseil 
vaut la succession normale ininterrompue de ces strates. Cette 
simplicité se maintient de Pivtoria à Touest Jusqu'aux environs de 
Hustenbui^ et la figure représente exactement ee qu'on peut obser- 
ver en allant de Pretoria, directement vei-slenord i)ar leWonder- 
boomspoort. Mais à Test du Wondcrboomspoort cette allure primi- 
tive si simple ne persiste pas longtemps et au-delà, dans la vallée 
du lleuve Pienaar, on constate déjà un mode d aifaissement dilfé- 
rent du [)rccédent (fig. ii). 11 s'est formé une série de cassures 
n. ^ parallèles, de 

failles à gradins 
{Staffelbrûche) , 
dans le bloc af- 
faissé du Svstème 
du Cîip et par 
suite on rencon- 
tre une série de 
collines, formées 
de strates du 
Système du Cap, 
dirigées toutes 

dans la même direction, parallèlement à la périphérie de la zone 
plutonienne, et séparées l'une de l'autre par des vallées, dans 
lesquelles on peut trouver les affleurements de roches appartenant 
à la série du Boschveld. Ces collines ont tous leurs escarpements 
faisant face au sud, tandis que leurs versants septentrionaux ont 
une pente très faible. En règle générale, elles sont formées exclu- 
sivement de couches de la série de Pretoria, mais il [>eut arriver, 
si le rejet d'une de ces failles est exceptionnellement fort, que la 
dolomie vienne affleurer à son tour sur l'escarpement. 




Fig. 11. — Coupe théori(|ue montrant le modo d^alTais- 
sement de la série de Pretoria vers le Boschveld 
et les failles à gradins {Staffelhrûcfie)^ dont les 
fentes sont injectées de roches éruptives variées, 
appartenant toutes à la série plutonienne du 
Boschveld. 

9, Roches éruptives de la série plutonienne du Bosch- 
veld ; 6, Quartzites cl grès du Magaliesb^'rg ; 
6, Diabases intercalées. 



Gîtes métallifères. — Il n'est pas étonnant qu'une région aussi 
tourmentée par les forces intérieures soit très riche en dykes et en 
filons métjillifères. En réalité je crois que tous les filons métallifèi^es 
rencontrés avec une direction mo venue oues1>est, dans diverses 
zones pai'allèles, tantôt dans les couches de la série de PrétoHa, 



I9OI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 69 

tantôt dans des roches apimrtenant à la série plutonienne du 
Boschveld, à Test du fleuve Pienaar (districts de Pretoria et de 
Middelburg), sont liés d'une manière plus ou moins diivcte aux 
dislocations dont je viens de parler. 

Ces g^tes métallifères sont disposés dans les zones suivantes à 
peu près parallèles, suivant une dii-ection moyenne est-ouest. 

a) La zone de la Willows-sil ver-mine, des mines de Boschkop 
[395], de Oudezwaanskraal [53^] et de la Transvaal-sil ver-mine, 
toutes situées dans le mt^me niveau j^éolo^ique, c'est-à-diitî dans 
les ai*gilites, entre le quartzite de Daspoort et les quartzites du 
Magaliesbei^. Ce sont de vivais filons de cassure à peu près verti- 
caux. I^s fentes sont le plus souvent, ce qu on peut observer le 
mieux dans la Willows-mine, partiellement remplies de diabase 
tonnant un dyke, et ]>our le reste plus ou moins minéralisé. La 
gangue identique de t<ms ces fiions est une sidérose possédant une 
teneur, assez forte en magnésie et en manganèse. Ce carbonate est, 
à Tétat frais, de couleur brunâtre très claire, et passe rapidement 
par Faction des agents atmosphériques, au brun foncé et plus tard 
au brun noirâtre. I^ minerai est formé par de la chalcopyrite, 
de la pyrite, de la tétraédrite à antimoine (panal>ase), de Tazurite * 
et de la malachite: à cette association de minéraux vient se joindi*e, 
dans le filon d'Oudezwaanskraal, Tarsénopyrite et dans le filon du 
Transvaal-silver-mine, de la galène, de la cérusite et de la crocoïse. 
Les minerais de ces filons renfermant de l'argent sont connus 
comme mines de ce métal. L'argent se trouve surtout dans la 
tétraédrite. Os mines ont été activement exploitées il y a une 
dizaine d'années, mais idles stmt maintenant abandonnées et il est 
impossible d'en étudier les gisements en détail. 

p) La zone des filons plombifères situés dans le niveau supérieur 
des quartzites du Magaliesberg. Les fentes sont ifn partie injectées 
par une diabase, et en partie remplies de minerai de plomb ; on y 
trouve du quartz, de la calcite, de la galène, de la pyromorphite, 
de la cérusite et, en très petites quantités, de la blende et de la cala- 
mine. Je citerai comme type, dans cette z<me, le filon plombifère 
situé sur la propriété Kdendale [458] (district de Pretoria). Des filons 

I. L*azurite de la Willows-mine est bien crislullisée el ses erist^ux modi- 
fiés sont fort beaux. Voir G.-A.-F. Molbngraaff, 29, p. i56. Les cristaux de 
cérusite, qui sont décrits dans cette communication comme provenant du 
Willows-mine, ont été en réalité trouvés dans la Transvaal-silver-mine, 
comme j'ai pu, plus tard, le constater moi-même. 



6o G-.A.-F. MOLENGRAAFF 21 JailY. 

identiques m*ont été indiqués sur celte zone dans le district de 
Rustenbui^, mais je ne les ai pas visités moi-même. 

y) La zone des filons de cobalt de Balmoral. Ces filons sont 
situés dans le même niveau géologique que la zone précédente» 
c'est-à-dire dans la partie supérieure des couches du Magaliesberg, 
et il est probable que ces deux zones sont identiques, et que la 
même série de cassures est remplie de minerais de plomb dans 
les environs de Pretoria et de minerai de cobalt plus à Test. 

La gangue dans ces filons est une espèce de roche cornée, laide- 
ment imprégnée de cristaux d'actinote et de smaltine, dont toutes 
les petites fissures sont tapissées de cristallisations d'érytlirine. 

8) La zone de filons située dans la norite à la base de la série 
plutonienne du Boschveld. Sur la propriété Laatste-drift [8a] (dis- 
trict de Middelburg) on trouve, dans ces filons, de la pyrite, de la 
chalcopyrite et de la smaltine. Ils renferment une forte pi'oportion 
d'or se chiffrant à 8 à lo onces par tonne. A Rhenosterhoek [iio] 
(district de Middelburg), un filon analogue est entièrement rempli 
de pyiite massive très |>ure. La norite encaissant ces filons est 
complètement imprégnée de sulfures. 

e) La zone de liions cuprifères diuis le granité rouge qui renferme 
la Albert-silver-mine à 85 kilomètres est-nord-est de Pretoria. 
Le filon est vertical avec une direction est-ouest. Le mur est 
formé par un granité porphyritique à anorthose. La gangue consiste 
en quartz et 1er oligiste. Le minerai principal est une bomine 
argentifère, qui est accompagnée de chalcopyrite, de cuprite, de 
chalcosine, d'azurite et <le malachite. I^^ filon est en partie injecté 
de diabase. 

La teneur en ai'gent de la bomim; de cette mine s'élève à 
4o onces par tonne. On a trouvé, dans les environs, des filons ana- 
logues et [>arallèles ; celui de la [propriété Roodepoort [359] mérite 
d'être mentionné. La gangue de c(» filon est une sidérose, ayant une 
forte teneur en magnésie et en manganèse, identique à celle de la 
zone du Willows-mine, ce qui montre bien la parenté de ces zones 
de gîtes métallifères. Des gisements analogues ne sont pas rares 
dans le disti'ict de Rust<»nbui*g. 

Le gisement riche en cobalt de la proju'iétc Kruisrivier [85], dans 
le district de Middelburg *, paraît être situé dans la zone des 
quartzites supérieurs du Magaliesbei'g. Le minerai est de la smal- 
tine. renfermant de 3 à 4 onces d'or par tonne. Cet affleurement 

1. H. OBiiMiciuiN, 87, p. 371. 



t90t GÉOLOGIE DE LA KÉPI^BLIQUE SLIKVFUI<:AL\K <>I 

d'un lambeau de rocher *, appartenant au Système du Cap, envi- 
ronné de tous eûtes par la série plutonienne du Boschveld, doil 
probablement être expliqué par des accidents tectoniques du même 
ordre <|ue ceux que nous avons décrits plus haut (voir page 58). 

Maintenant que nous avons montré qu'il semble exister une 
relation entre les mouvements (raiïaissement du Système du Cap 
et la formation du bassin plutonien du Boschveld, il n'est pas 
moins intéressant de noter que, sous rinihience de ces mouve- 
ments, des tensions se sont développées, qui ont favorisé des dislo- 
cations tectonicfues très complexes, des plissements et des failles 
obliques à grand rejet, (^est ainsi que s'est formé le grand pli des 
couches du Système du (^ap, séparant, suivant la direction 
approximative O.S.O.-E.N.E., le bassin plutonien du Boschveld 
de celui du Waterberg. Ce pli forme le prolongement au sud- 
ouest des montagnes de Makapan et disparaît ensuite sous des 
dépôts plus récents. C'est probablement le prolongement de ce 
même pli qui afQeure de nouveau dans les collines situées un 
peu à l'ouest de Buiskop, dans l'angle sud-ouest du district du 
Waterberg. Mais il est bon de dire que le calcaire dolomitique (*t 
les quartzites et grès superposés qu'on trouve dans ces collines et 
qui seraient les représentants de la série des dolomies et de celle 
de Pretoria offrent, comme nous l'avons déjà fait remarquer plus 
haut, des différences considérables avec les types normaux de ces 
roches. Il est clair que , si cette interprétation est exacte , les 
couches du Système du Cap, sur les deux flancs de ce pli, se sont 
affaissées dans le magma plutonien. 

Tous ces phénomènes de tension se manifestent d'une façon très 
remarquable, aussitôt que la périphérie du terrain plutonien forme 
un angle rentrant. C'est ce qui arrive à une vingtaine de kilo- 
mètres à Fest-nord-est de Pretoria, près de Franspoort. On voit la 
chaîne du Magaliesberg, dont la direction était ouest<»st au nord de 
Pretoria, se recourber brusquement au sud-est. De même les deux 
autres rangées de collin<»s de la série de Pretoria, la rangée du 
Daspoort et la rangée du Time-ball se courbtmt parallèlement à la 
première. L'inclinaison des strates reste dirigée vers le granité 
rouge, c'estrà-dire qu elle se modifie en même temps que la direc- 
tion des rangées de collines, du nord au noi'd-est. Ces mouvements 
complexes ont créé des forces orogéniques qui, dans la rangée 

I. Ce lambeau est trop petit poui* pouvoir être incliqué a réchellf de la 
carte (PL 1). 



Gli G.-A.-F. MOLENGKAAFF 31 JailV. 

exlérieurc de la courbure, la chaîne du Magalîesberg, ont dû 
amener une exUmsion en longueui' ; la chaîne du Magaliesberg 
s'est fracturée ; les lentes ont formé ces gorges naturelles, appelées 
par les boers poorten *, et suivies par les chemins de pénétration. 
Généralement ces fentes sont injectées de matière éruptive et on y 
doit chei'cher un grand nombre des dykes intéressants qui rayon- 
nent du terrain plutonien du Boschveld. C'est ainsi, entre autres, que 
la belle brèche de Derde-Poort est injectée dans la fente qui traverse 
la chaîne de Magaliesberg à Derde-Poort. Dans les deux rangées 
intérieures de la courbure, les forces orogéniques ont eu un effet 
contraii'e ; elles se sont manifestées par de fortes pressions dans un 
sens un peu oblique à la direction des sti^att^s ; la pi*oduction de 
failles très obliques k gnind rejet en a été le résultat. J'ai pu cons- 
tater * que le groupement si pittoresque des collines, dans les envi- 
rons de Pretoria, aussi bien que Torigine des magnifiques sources 
de TAapiesrivier sont dus a ces accidents. 

Par analogie, on peut supposer à bon droit qu'il existe, entre les 
divers terrains du Système du Cap, des i*elations très intéressantes 
partout où la périphérie du terrain plutonien forme une courbe 
très convexe, forçant la ligne d'aflleurement du Système du Cap à 
se courber dans le même sens ; comme au nord de Lijdenburg, près 
du fleuve Olifants, où on voit la direction du Système du Cap 
qui est à Lijdenburg N.-S., se couder brusquement à angle droit 
pour devenir dans les montagnes de Chunie O.-E. et môme O.S.O.- 
E.N.E. Les documents géologiques sur cette région font malheu- 
reusement défaut. 

Ko(.:iiKS AMYGDALOÏDEs DU BosciiVELD. — Lc granité n)Uge et les 
roches qui raccompagnent sont recouverts, dans une partie du 
Boschveld, le Springbokvlalde, par une na[)pe énorme d'une roche 
amygdaloïde basique, dont les cavités sont remplies de calcite 
transparente, dt^ zéolitlies nombreuses, surtout de scolésite et de 
heulandite, d'agate et d'opale, cette dernière souvent sous la forme 
transparente appelée hyalite. Généralement cette i*oche amygda- 
loïde est mas(juée i)ar des dépôts superficiels, c'est^-dire par un tuf 
calcaire, à son tour en général couronné par une ai^ile ou limon 
très riche en matière organique, à laquelle on a donné le nom local 

1. Poort est un mot hollandais signitiaul porte ; ce mot est très bien 
choisi ; on le retrouve avec le même sens dans la « porta westphalica » du 
Weser et dans le « eiserner Thor » du Donau. 

2. Une étude topographique et géologique détaillée des terrains disloqués 
dans les environs de Pretoria était en préparation, avant la guerre, à 
Pretoria. J'en publierai les résultats ultérieurement. 



igOI GKOLOGIS DE LA REPUBLIQUE SUI>AFRIC.VINE 63 

de turfow tourbe. Ix;s excavations laites pour l'exploitation du tuf 
calcaire destiné à une fabrique de ciment près de Pretoria, aussi 
bien que les tranchées le long du chemin de fer de Pretoria à 
Nijlstroom, ont prouvé que partout dans le Springbokvlakte cette 
roche amygdaloide, à laquelle j'ai donné le nom de roche atuygda- 
loïde du Boschoeld, se trouve au-dessous de ces dépôts superfi- 
ciels. Cette nappe, à laquelle le Springbokvlakte doit sa surface 
absolument plate ^ embrasse appixjximativement une surface de 
3410 kilomètres carrés. L'épanchement de la roche amygdaloîde 
du Boschveld doit avoir été postérieur à l'intrusion du granité 
rouge, et on ne s'avancerait pas trop, en regaixlant cet épanche- 
nient comme la phase de clôture de la période d'activité pluto- 
nienne dans le Boschveld. 

Historique des intrusions. — Quant aux centres d'éruptions 
dans le Boschveld, nous ne pouvons pas encore les localiser. 
Seulement il me paraît probable que la saline, située à environ 
4o kilomètres au nord de Pretoria, sur la propriété Zoutpan [467], 
qui possède une forme en cratère presque parfaite -, constitue l'un 
de ces centres. Sa situation au milieu de roches de granité rouge 
à gros grains, bien certainement d'origine intrusive, nous force à 
supposer que les produits éruptifs déposés autour de ce centre ont 
été déjà déblayés entièrement par les phénomènes de dénudation. 

En l'état actuel de nos connaissances, qui embrassent des par- 
ties trop éloignées de la région, l'ordre chronologique des phases 
éruptives dans le Boschveld ne peut être que soupçonné. 11 sem- 
blerait que cette activité a commencé par l'intrusion d'un magma 
riche en soude dans les couches du Système du Cap, dont la posi- 
tion devait être alors plus ou moins horizontale. Dans ce massif, 
qui pouvait être en forme de laccolithe, la distribution du magma 
était telle que vers la périphérie la basicité augmentait, tandis 
que vers la partie centrale et supérieure le magma était acide et 
granitique. Plus tard le toit sédimentaire du massif intrusif fut 
détruit et les couches du Système du Cap s'alFaissèrent de tous côtés 
dans le magma plutonique. Ces couches furent alors courbées, 
fracturées etplissées, et, les fentes et les failles furent injectées des 
matières éruptives que Ton rencontre aujourd'hui, sous forme de 
dykes, au travers des assises du Système du Cap. En même temps 

1. Le Springbokvlakte est la seule véritable plaine du Transvaal ; les 
plaines monotomes du Karroo supérieur elles-mêmes ollrent à côté d'elle un 
aspect onduleux. Elle est située à i.ooo mètres environ au-dessus du niveau 
de la mer. 

2. Voii* la descripUon et les ligures données par M. E. CoiuiN, 8. 



G4 G. -A. -F. MOLENGUAAFF îll JanV. 

les roches ascendantes se luiraient. (;à et là. un passage vei's 
l'extérieur et des couches de débris volcaniques alternant avec des 
coulées (k' Uives se Torniaient. 11 (»st I)i4»n probable que Tactivité 
volcanique, i)ostérieunMnent à ('es allaissenients, continua encore 
un (x»i*tain temps vX que c'est à c(»tte dernière jiériode qu'est due la 
na[>pe énorme de roches amygdaloïdes du Boschveld. 

l^es limites de la zone occupée par la série i)lutonienne ne sont 
pas encore entièrement tracées. Au sudK*st (voir la carte, PI. I), 
dans le district de Middelburg, elle est recouv(»rte par les dépôts 
du Karroo et, dans le district du Waterberg, par le grès du W'ater- 
berg ; la partie st»ptentrionalc du bassin plutonien du Waterherg 
est du reste entièrcmcint inexplorée. On i)eut (estimer que la série 
phitonienne du Boschveld occupe au total une surlace de plus de 
60.000 kilomètres carrés. De cette énorme étendue, une cinquan- 
taine de kilomètres carrés à peine ont été étudiés. Quelles décou- 
vertes pétrognqjhiques * ne reste-t-il pas à l'aire dans les exploita- 
tions futures ! 

5. -— Grès du Watehberg 

On trouve dans le district du Waterbei'g une formation gréseuse, 
qui ivpose sur le granité, sur le porphyre pétrosiliceux et sur 
le felsophyre du Waterherg. En général, ce grès affecte une position 
horizontide, mais, partout où le gi*anite iH>uge où les porphyi-es 
sous-jacents forment des dômes, on voit les sti-ates inférieures du 
grès appliquées sur ces élévations plus ou moins recourbées (PI. II, 
coupe I, et iig. 10). On retrouve cette même formation sur le granité 
rouge, ou du moins associée à des roches éruptives de cette série, 
dans les districts de Middelburg et de Prétona, mais beaucoup 
moins développée que dans le district du Waterherg. 

La série des grès de Waterherg est formée presque exclusive- 
ment de grès, et en partie de brèches et de conglomérats. Les 
schistes y jouent un rôle très eifacé. A la base de cette série on trouve 
généralement quelques couches de conglomérats, qui ont une cou- 
leur rouge tacheté frappante. Ce conglomérat basai est composé de 
galets de diverses roches cimentées, souvent très peu arrondis. On 
trouve, parmi les galets, des jaspes rouges, des quartzites schisteux 
à magnétite -, des quartzites schisteux à muscovite, des quartzites 

I. Ltî musée du Servifc géologique de la Képubli({ue Sud-Africaine à Pre- 
toria possède une très belle collection de roelies de cette série, dont Tétude 
a été interrompue par la guerre. 

j. La jaspe rouge et le quartzite à magnétite sont tous les deux des repré- 
sentants de la Hospital-hill-slate, voir page 18. 



IQOI GÉOLO(;i£ DE LA REPUBLIQUE SUTKVFHICAINK 05 

bUncs. du quartz, de la lydite ; toutes ces roches appartiennent à 
la série de Barberton du Système primaire. C'est aux nombreux 
fragments de jaspe rouge que ces bancs de conglomérat doivent 
leur aspect ronge tacheté. Le ciment est arénacé ou quartziteux et 
contient généralement un peu d'hématite, de pyrite et de très rares 
traces d'or. En outre de ces conglomérats de base on trouve des 
galets répandus en petites quantités dans tout le complexe du grès. 
La couleur de ce grès est rouge, mais varie du blanc rougeàtre jus- 
qu'au rouge foncé. Le grès rouge de Buiskop donne les meilleures 
pierres à bâtir connues dans le pays. Une stratification diagonale 
est très commtme dans cette formation. 

Les dykes de roches éruptives sont rares dans les grès du 
Waterberg; sur le plateau duPalala, j'ai trouvé quelques dykes de 
diabase et, en plusieurs localités, j'ai observé des dykes de felso- 
phyres. En outre, des filons de quartz avec hématite, ressemblant 
beaucoup aux veines qu'on trouve dans les felsophyres sous- 
jacents. ne sont pas rares dans ce grès. 

Le grès du Waterberg occupe un vaste espace dans le district du 
Waterbei^ et forme le plateau central de ce district, appelé plateau 
du Palala. Ce plateau est terminé au nord, au sud et à Test par des 
escarpements. Celui du sud, connu sous le nom de Zandriviers- 
bergen, a io5 kilomètres de long. L'altitude moyenne du plateau 
du Palala est i4oo mètres, et l'un des points culminants, le pic de 
Hanglip, atteint l'altitude de 1800 mètres. 

L'épaisseur moyenne de la série des grès du Waterberg doit être 
estimée, dans le plateau de Palala, à 1000 mètres. 

En dehors du plateau du Palala, le grès du Waterberg se pré- 
sente sous forme de lambeaux plus ou moins isolés, qui, tous, ont 
la forme classique tabulaire des montagnes gréseuses. C'est ainsi 
qu'on trouve ce grès dans le Kranskop, près de Nijlstroom, dans 
les Badsbergen, au sud du district du Waterberg, dans les collines 
à sommets aplatis, près de l'Elandsrivier, et dans plusieurs localités 
du district de Middelbui^ ^ 

J'ai trouvé sur le plateau du Palala, dans une grauwacke, placée 
très haut dans cette série de grès, des empreintes de tiges de 
Crinoîdes indéterminables ; mais on n'a pas encore découvert le 
moindre fossile déterminable dans cette formation. En recher- 

I. Sur la carte géologique de l'Afrique du sud de E.-J. Dunn, 14, ces grès 
dans le district du Waterberg et dans le district de Middelburg ont été 
réunis avec justesse dans la même formation, et séparés des grès et des 
quartzites de Lgdenburg plus anciens, aussi bien que des grès du Karroo 
plus récents. 

i3 Juin igoi. — T. l•^ Bull. Soc. Géol. Pr. — 5 



66 G.-A.-F. MOLKNGUAAFF 21 JailV. 

chant la position de cette série par i*apport aux autres formations 
du Transvaal on se heurte à de grands obstacles. 

Il est bien certiiin que, jusqu'à présent, on a trouvé cette série 
de grès, dans le district du Waterbei'g, iMîposant toujours sur des 
roches de la série [ilutoiiienne du Bosch veld. Mais, si on en déduit 
que la série des grès est plus jeune que la série plutonienne sous- 
jacente, on se trouve en présence de grandes difllcultés, si Ton 
chei*che à expliquer comment le felsophyre, qui traverse le grès 
du Watcrbei^ çà et là en dykes, peut avoir avec le felsophyix^ 
sur lequel ce grès repose ime analogie si grande, que ces deux 
roches semblent identiques même après Texamen le plus minutieux. 
Une auti'e diiliculté provient du congloméi'at de base. Sur les rives 
du fleuve Pienaar, dans le district de Pretoria, on trouve des 
bancs de conglomérats qui l'essemblent, jusqu a l'identité, aux 
congloinéi'ats de base de la série des grès dans le district du 
Waterbei'g et semblent être intercalés ou du moins associés à des 
bancs d(^ roches éruptives sti^atifiées de la série plutonienne. 
Poui-taiit on voit ces mêmes roches éruptives se continuer en 
forme de dykes à ti'avers ces bancs de conglomérats. (]ette con- 
tradiction apparentes ne peut èti'e expliquée qu'en admettant que 
les bancs de conglomérats étaient en réalité préexistants aux 
l'oches éruptives, mais lurent engloutis et en pailie traversés par 
ces mêmes roches éruptives. 

On pouiTait donner une explication plus ou moins satisfaisante 
de tous ces phénomènes, en admetUint que la série du grès du 
Waterberg était originaireuieiit un étiige du Système du Cap, 
déposé exactement en concordance sur la série de Pretoria, et que 
plus tard les roches de la série plutonienne du Boschveld se sont 
foivé, en forme de laccolithe, une place entre ces deux étages, la 
série de Pretoria formant la base et la série du givs du Watiîrbei^ 
formant le toit du laccolithe. 

Mais nous pensons <|u'il vaut mieux attendit; de nouvelles 
études pour résoudiv cette (|uestion. Nous admettrons, provisoi- 
rement, qm; la série du grès du Watei'berg est l'étage supérieur 
du Système du (]ap, en attendant qmî de nouvelles ii;cheix*hes 
fournissent les données nécessaires pour détenaiiner d'une manière 
plus précise leur position dans l'ensemble des foi*mations succes- 
sives de l'Afrique du Sud. 



iç^n 



GKOLOGIE I>E L.V UKPrUI.IQl'K Sl'iKVFRICAINK 






m. — SYSTEME 1)1' KAliROO 

1a' Systriiic du Karnx) au Traiisvaal n'post» en disconlanco 
sur l«»s lorniations pi'écédfulrs plus anciennes et oiln» en général 
une position normale* horizontale. Dans ee Système il faut distin- 
j^er deux subdivisions principales, le Karroo inférieur et \v 
Karroo supérieur, 

I. — Karroo inferieir 



En général, les strates du Karroo inférieur sont horizonUdes, 
quoi([u'elles suivent [>lus cm moins les ondulations du terrain sur 
lequel elles sont déposées. 

Dans toute l'Afrique australe les gécdogues ont accepté la 
subdivision du Karrr>o inférieur en i\v\\\ étages, le conglomérat de 
Divyka et les couches dEcca. 

Va* conglomérat de Dwyka (»st caractérisé pai* la présiMjce dans sa 
masse de nond>reux blocs t»t cailloux de provenances div(»i*ses, ([ui 
oirn'nl des volumes variant depuis celui de simples grains jus<(u*îi 
ceux d«^ blocs, pouvant peser |>lus d'unt^ tonne, (les fragments 
sont tantôt pai'semés, 
timtot réunis en un en- 
se.mbU' tassé et très 
S4»rré, dans un cinitMit 
gris ou bleu tivs foncé 
à grains très fins, qui, 
exposé aux agents 
atmosphériques, se 
transforme en une ar- 
gile gris-jaunàtre com- 
l»act4». On ne peut, dans 
la disposition de ces 
débris, ivconnaîtiv au- 
cun onlre t^t leur arran- 
g«»ment ne dépend nul- 
lement de leur volume 
ou de leur forme. Ils 



^Vcltev^cde^^ 



KJeha Spruit 

Ll8q3) 



Mont Shmt^ololo 
Ah 'in6 m.&—^^ )x 







Fig. VI. — Coupe montrant la discordance du 
Syslènir. du Karroo sur le Système primaire 
dans le district de Vrijheid. — Echelle 
i/i5.ooo'. 

Formation du Hoogei^cltl : i4 b, Grès supérieur; 
i^a, Grès inférieur ; — li, Couches d'Ecca ; 
ij. Conglomérat de Dwyka ; i, (touches de 
Barherton et schistes cristallophylliens; li. 
Horizon houiller. 



ont en général leui's arètt^s aiTondies, mais ne sont pas sphériques 
ou ellipsoïdes comme des galets, et ils s<mt fréquemment sur un 



68 



Ci.-A.-F. MOLENGRAAFF 



ai JailY. 



OU plusieurs côtés couverts d'un ou plusieui's systèmes de stries 
parallèles. Ce sont des blocs et des cailloux striés. 

Cette courte description s*a[)[>lique à la partie^ du Dwyka, 
disposée en bancs, pouvant atteindre une vingtaine» de mètres 
d'épaisseur, qui ne montrent aucun indict» de stratification. Altt^r- 
nant avec ces bancs non stratifiés, on trouve, dans cette même 
fo]*mation. des dépôts stratifiés ccmtenant en quelques endroit» 
des cailloux en grande abondance, tandis qu'ailleurs les cailloux 
sont rares ou absolument absents. 

Les couches d'Ecca sont en général constituées par une boue 
fine , durcie , sans cailloux ; et il est très rare qu'on y trouve 
quelques gros blocs. ISEcca-shale typique est une espèce d*argi- 
lite foncée, à grains très fins qui en raison de sa structure pseudo- 
sphéroïdale ou concrétionnée , se brise si facilement en petits 
fragments, qu'il est difficile d'en obtenir un morceau non frac- 
turé de la grosseur du poing. Entre ces argilites friables alternent 
cependant, çà et là, des schistes ardoisiers, qui donnent une bonne 
pierre de construction. Tous les caractères distinctifs des couches 
d'Ecca se retrouvent dans les parties stratifiées du Dwyka et au 
point de vue pétrographique on pourrait dire que les véritables 
couches d'Ecca et le conglomérat de Dwyka sont interstratifiés. 




Fig. i3. — 



La montagne Gotshe et la propriété Mooiklip, vue du sud. 

Même légende. 



Le conglomérat de Dw^yka a une importance plus que locale; il 
a attiré l'attention de tous les explorateurs qui se sont occupés du 
sol de TAlrique du Sud. 

M. Bain *, M. Wyley et plus tard M. Moulle - le considéraient 
comme étant d'origine éruptive et lui donnaient respectivement 

I. A. Gbddbs Bain, 1. 
a. M. A. MouiXB, 36. 



igOI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 69 

les noms de clcLystone-porphy-ry, trap-conglomerate et brèche 
mélaphyrique, 

M. Sutherland ^ fut le premier qui, en 1868, émit la théorie de 
Torig^ne glaciaire de ce remarquable conglomérat. Il le regardait 
comme un vaste dépôt morainique de Tépoque permienne. Cette 
théorie fut acceptée très favorablement par les géologues qui 
s'étaient occupés de Tétude des sols de Tlnde et de l'Australie, 
mais pour T Afrique du Sud elle ne fut pas admise sans conteste. 
Cependant MM. Griesbach-, Stow •* et Schenck * étaient les 
apôtres de cette théoHe et lui donnaient un ferme appui. 
M. Dunn ^, tout en acceptant l'origine erratique des cailloux de 
Dwyka, le i-egardait comme un drift glaciaire, apporté et déposé 
là par des glaces flottantes. 

M. Greeii ^' rejetait la théorie glaciaire et voyait dans le conglo- 
mérat de Dwyka un dépôt de [)lage formé le long d'une côte, qui 
se retirait duniiit une période de transgression. MM. Draper, 
Hatch ", Sawyer et plusieurs autres géologues de la région don- 
naient la préférence à des théories, qui exigeaient une origine 
éruptive pour ce conglomérat. 

Mes recherches dans le district de Vrijheid, pleinement confir- 
mées plus tard par des études dans plusieurs autres districts du 
ïransvaal et spécialement le long de la rivière du Vaal, dans le 
Griqualand-west, m'ont convaincu que le conglomérat de Dwyka 
et les couches d'Ecca doivent être indubitablement regardés comme 
des dépôts d'origine glaciaire, datant probablement de la période 
permienne. 

Examinons d'abord quelle est la positi(m de ces dépôts dans les 
régions qui m'ont fourni la majorité des documents, la province 
de Vnjheid vX le Griqualand-wesl. 

On pourrait discuter le synchn>nisine du dépôt du conglomérat 
glaciaire du (Tri([ualand-west et du Traiisvaal occidental, de la 
partie méridionale de la (Colonie du Cap, du Natal et eniin du 
Transvaal oriental et méridional, et la réunion de tout«>sces forma- 
tions sous h» nom de conglomérat de Dwyka, Cependant on cons- 
tate que partout ces dé[)ôts glaciaires anciens reposent sur des 

I. V,-i\, SUTIIBHLANU, 51. 

'2. il.'L, (iHIKSUACH, 21. p. W\. 

'\. Cf.-W. Stow, Manuscrit inêttit. 

\, A. SciiBNCK, 45 et 46. 

â. E.-J. Dunn, 13. 

(). A.-H. Grkbn, 20, p. 2V3 et p. Î1O7. 

;. F.-H. Uatch, 23, p. loo. 



^O G.-A.-F. MOLENGRAAFF 31 JanV. 

couches appartenant au Système du Cap ou au Système primaire 
et qu'ils sont couronnés par des couches du Karroo supérieur. Ce 
fait constaté me parait une raison suilisante pour ne pas introduire 
un ék*ment de doute dans la question du synchi'onisme des dépôts 
glaciaires des diverses régions de T Afrique du Sud, doute ({ui ne 
ferait que compliquer un prohlème déjà ardu. 

Le district de Vrijheid aj)partient au Gebroken-veld et la diffé- 
rence entre la [jartie occidentale et la partie onentale du district 
est gmnde. l^a i^artie occidentale est la continuation du Hooge-i>eld , 
quoique le caitictère de haut plateau, c]u on trouve très typique 
plus à l'ouest soit ici fortement modifié par l'action érosive de 
nombreuses rivières. Dans leur cours veiN Test, juscju'à l'Océan 
Indien elles divisent le pays en bandes d<» terrains élevés d'altitude 
de 4<x> pieds au-<lessus du niveau de la mer. séparées les unes des 
autres par des vallées jn'ofcmdes. Ces vallées s'élargissent, se 
iHhinissent et deviennent de plus en plus nombreuses en allant 
à Test, si bien, (pie linalement il ne reste plus que des lambeaux 
isolés de ces terrains élevés, l^i partie occidenUile du district a 
donc l'aspect d'un haut plateau, entrecoupé de vallées profondes, 
tandis (pie la pailie orientale est un pays bas [ilus ou moins acci- 
denté, sur lequel s'élèvent, par places, des montagnes plus (m 
moins hautes, dont l(»s sommets aplatis atteignent (»n g(»iiéi*îil à 
peu près la même altitude (|ue le plaU^au occid(mtal. 

L(*s ctmrs d'e^u principaux sont le P(mgolo (fui forme la limite 
entre ce distnct et celui d(* Pi(»t-Il(îtief. rUnikusi, TUnivoIosi noir et 
l'IJmvolosi blanc. \a^ premier (*t le d<»rnier sont les plus ]missants 
et se déroulent dans des vallées plus profond(*s (pie l(*s autres. 

s. T^Ufa-'kthulu èiontShpngololo "• 



•I ±. 










Kij^. i^. — Coupt' dans le districl «le Vrijheid, nionlrant le Système du Karroo 
superposé aux terrains primaires. — Eelielle «les loii|,|fueurs i/i.<»0(».o«»o'. 

Formation du Hooffe-\'eld: i\ b, (irès supérieur ; i^ a, Grès inférieur; — l'i, Cou- 
ehes «l'Kcea ; u. Conglomérat «le Dwyka ; a. Granité ancien ; i. Couches «le 
Harix'rton et schistes eristallophylliens : li. Ilori/on houiller ; o. Dialmse. 

Dans le district de Vrijheid on rencontre les formations sui- 
vanUîs : le SystèiiK* primaire, n^préstmté par des schistes eristallo- 
phylliens, la série dcî Harberton et des massifs de granité intrusif. 

Les couches du terrain primaire S(mt toujours redressées, quel- 



I9OI GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 'JX 

quefois jusqu'à la verticale, comme, par exemple, dans le district 
de Barberton. 

\a^ lerrîiiii primaire allleuiv là seulcmeiil 011 l'érosion a fait assez 
de projj^i'ès pour enlever la totalité des assises du Karroo, qui le 
recouvi-ent horizontaUïinent en diseordance. 

C'est îdnsi qu'on doit chercher le terrain primaire en premier 
lieu au Ibnd des grandes vallées du Pougolo <*t de TUmvolosi blanc, 
mais cependant en dehors d<î ces vallées le terrain primaire vient 
affleurer en plusieui's points à travers la couvertures des strates 
horizontales superjjosées du Karroo. Ia*. Système du Kari'oo est 
très facile à étudier dans les nombr<*uses gorges des torrents qui 
le n»coupent, en d(mnant de fort belles coupes naturelles, par 
exeiuple dans la goi^e du Hlengeni, sur le vei'sant nord de la 
montagne d'Ingomo ^ 

L'étude comparative de ces coupes qui révèlent t<ms les carac- 
tères <lu conglomémt de Dwyka et des couches d'Ecci* résumées 
l)his haut, m'a conduit aux conclusions suivantes : 

l-.e conglomérat de Dwyka, non stratifié, doit ôti'e considéré 
connue ime moraine profonde au sens propre du mot, Tai^gile à 
Moraux d'un glacier gigantesque ou d'une calotte de glace de l'épo- 
que permienne, tandis que le Dwyka stratifié représente les dépôts 
j;laciair<»s stratifiés, qui ont été déposés par les eaux de fonte du 
jçlacier au-<lessous (»t au devant du glacier. Knfin les c<mches d'Ecca 
n^présentent les dépôts des torrents glaciaires et les sédiments 
amoncelés dans les lacs glaciaires du paysage morainicpie. princi- 
palement' durant la période de fonti» et de itîtrait du glacier ou de 
la calotte glaciaire. Les couches d'Ecca permiennes peuvent donc, 
quant à leur genèse, être comparées aux dépôts du loess diluvien 
de l'Europe qui, abstraction faite des changements et des remanie- 
uients qu'ils ont subis ultérieurement, paraissent avoir eu pour 
origine la boue glaciaire déposée par les coui's d'eau de fonte des 
glaces durant la période de retrait des glaciei*s (]uaternaires. 

Voici d'ailleurs quelques-uns des arguments (jui militent en 
faveur de cette interprétation. 

I** La surface des roches de la série de Barberton est burinée, 
polie et striée suivant une seule dii^ection j)artcmt où elle était 
directement couvei'te par le conglomérat de Dwyka. La dii'ection 
de ces stries est bien celle du mouvement du glacier ou de la 

I. Voir G.-Â.-F. MoLENGHAAFF, 33, PI. II, vis-à-vis p. 100. 



72 



G.-A.-F. MOLENGRAAFF 



ai Jany. 



S.SX. 




calotte de glace, dont la moraine profonde burinait la surface des 
roches sous-jacentes. Cette moraine, solidifiée plus tard, est 

devenue le conglotné- 
Nno. rat de Dwyka. 

Xai moi-même obser- 
vé ces stries glaciaires : 
a) Sur la propriété 
Doompan [177] (dis- 
trict de Vrijheid) dans 
les gorges de plusieurs 
ruisseaux, qui, se pi'é- 
cipitant de la montagne 
du Hlangweni , ont 
creusé leur lit à travers 
le conglomérat de 
Dwyka et ont atteint la 
surface des ai^ilites et 
des schistes ardoisiers 



Pig. i5. — Conglomérat de Dwyka (la) reposant 
sur les couches de Barberton (i) (propriété 
Doornpan [177], district de Vrijheid). La sur- 
face des schistes argileux quartzitiques de 
la série de Barberton est polie et striée dans 
la direction indiquée par les flèches. Le poli 
et les stries sont des plus nets au point K, 
où les schistes sous-jacents viennent d'appa- 
raître sous le conglomérat de Dwyka. Le 
plan PP* ne correspond ni aux plans de 
stratification, ni aux plans de clivage des 
schistes. 



durs et fortement redressés, appaitenant à la série de Baii>erton 
(voir fig. i5 et pi. i). 




•• k . ^ • » 






Fig. 16. — Roche moutonnée [quartzite de la série de Barbertoa (i)| émer- 
geant du conglomérat de Dwyka (la) sus-jacent qui Tentoure. Le quarts 
zite est poli et strié dans la direction indiquée par les stries et les flèches. 
(Propriété de Nauwpoort |556] district de Vrijheid). 



b) Sur la propriété de Nauwpooii; [556], près du Zwart- 
Umvolosi dans le district de Vrijheid, où quelques collines, 
Ibriiiées par un quartzite de la série de Barberton. font saillie 
au ti'avers du cunglouiérat de Dwyka, qui les entoure complète- 
ment. Ces collines, hautes d'une quinzaine de mètres, ont leur 
surface si parfaitement polie, que l'image du soleil s y trouve 
rcllccliic connue dans un miroir convexe. 11 est impossible de 
gravir k chevjil ces petites collines, pai*ce que le sabot du cheval 
ne peut prendn» [)rise sur leur sol. Ce sont, en détinitive, de 
véritables roches moutxinnées, dont toute la surlace est non 
seulenK.^nt couiplctement polie, mais aussi cannelée par de nom- 
bi*euses et fines stries pai*allèles. 11 est fort intéressant de noter, 



I9OI GÉOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SDI>-A.FHICAIN'E 7? 

qne les etries sur ces collines ne sont pas limitées à on seul câté. 
celui d'où venait ta pression, mais que toute la surface ofTre le 
même aspect: le poli et les strie» ont donc été produites par 




^- 17. — Conglotuérat de Dwy ka (la) reposant sui- ta surface ondolée îles 
couches ilv Barberlon (1) (propriété des Mines d'or de Deimy-Dalton). l.a 
Kurraee des K'^s schisteux, congloiiiêrats et quartzites de la série de 
Barbcrton sou» le cnnKlom^rat est polie et striée daDH la direction indi- 
quée par les flèches. 

une masse en mouvement non-seulement assez puissante et assez 
lourde pour pouvoir polir et g^^ver les roches les plus dures, 
mais encore assez plastique pour pouvoir suivre les ondulations 
du terrain. Des glaciers de grande épaisseur sont les seules masses 
connues qui puissent répondre à ces desiderata. 




conglomérat de Dwylia, 
- Ile du Vaul, près de 



Plg. 18. — Roche moutonnée polie et burinée sous li 
dont quelques lambeaux I 
Rive rton (Grîqusland-wes 



c) Sur Ifs pi-oxtriétés Vlakliu-k [54»] et Tussclieiil>eiJ(ï [4ii| 
(district de Vrijiietd), jn-^s de la mine d'or de Deniiy Ualtoii, où 
l'on i^ncontre des stries trt's nettes sur les surluces polies des 
qiiartziteâetde9gi^squartzitiquesdeIasénedeBarberton(ti(c. ij). 



74 G. -A .-F. MOLF.NliRAAPF 31 JailT. 

d) Sur la propriété Blauwbank [^8]. où la eorface d'im granité à 
amphibole est polie et striée. 

c) I.p long ilu Vnal, prt-s de Riverli»ii. dans le Gi-iqualand-west. 
La surface d'une dia)>;tse (passant à une diubane auiy^aloïde) du 
Systt'me priniaire. probablement de la série du WitAvatersrand, est 
^Hdiu et striée ptirtoul où ello ap|taraU au-dessous du ron^rlouiérat 
Je Dwyka qui lui est superpiisi'-. Les croquis (fijf, i8et 19) laits sur 




place en i8<i9 peuvent donner une idée de la tu]iograp)iie niorai- 
nique de ce» localités. Stow avait déjà, en 1880, observé les 
phénomènes glaciaires dans le Griqualand-west et l'endroit repré- 
senté pur le ci-oquis ci-dessus, avait semblé si typique à Slow 
qu'il l'avait aussi dessiné du niéme point de vue '. On voit dans 

I. G.-W. Stow a ilëcrit d'une manièru 1res exacte dans nn nianuscril 
posthmiii: enciire inédit 1rs jihénomènes glaciaires tinns la province de 
Grifiualaud-wcst. J'ai cii t'uocasioii de eonlrôler sur ptai'f plusîtriirs de ces 
ubsei'^'atidns l'I de ci-s eai'lcs el j'ai pu ini- Convaincre tie leur r<taetitude. 
Quoitpir iiluHirncH des i n tu rpré talions et (ies ci n ici lisions de cet auteur ne puis- 
sent plus èlre iicrcpk'eK uiijourd'liiii, untrouutres lu suppuKitiiin d'une seconde 
périiidr (['u^iairt' diluvienne dans l'Afrique du Suil, voir : 4S, p. 534, "es 
recliercheii remarquables, n'en Kont pas moins dignes du plus j^rand intérêt. 
Ce uiBiiuscrit original apparti<'nt ù la Geological Society of Soath A/rica et 
Je me suis chargé d'en diriger la publication, dès que les fonds nécessaires 
auront été réunis. M. Dvnn (Voir : K.-J. Dunn, 13. p. 9) a éKaleuitint trouvé 
des stries glaciaires sur une argilite dure, immédintcmcnt sous-jacente au 



igOI GKOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 'JD 

la petite île au milieu du Yaal, les roches de diabase parfaitement 
polies transformées en roches moutonnées et encore partiellement 
recouvertes par des hunbeaux du conglomérat deDwyka en place. 
Les stries glaciaires sont dirigées sur ces roches dans le sens per- 
pendiculaire à celui du' counint du lleuve et le fait que Stow a 
observé et dessiné ces stries en 1880, dans absolument les nu^mes 
conditions que moi-même on 1899. prouve que le pouvoir éi*osif 
des eaux du Vaal sur ces marques, en dix-neuf ans. n'est pas appré- 
ciable. Dans toutes h»s localités citées, dans It» district de Vrijheid 
et dans la province de Griqualand-west. j'ai trouvé le c(mglo- 
mérat de Dwyka in situ <lans le voisinage innnédiat des surfaces 
polies et striées des l'oches plus anciennes et les stries sont plus 
nettes et plus distinctes, près de la limitt» des d«Mix formations, 
c'est-à-dire là ou les roches sous-jacentes * viennent affleurer. 

La direction des stries est : dans le district de Vrijheid : à 
Doompan et dans plusic^urs localités voisines, dans un i*ayon d'un 
kilomètre, S. îj8" E., à Nauwpoort S. .*><)" K., à Tiischenbeide près de 
la mine de Denny Dalton, S. 33" E. Dans hi province duGriqualand- 
west, à Riverton et dans phisieurs aulr<»s hx^alités eWv varie Je 
E.(>"X.àE.9"N. 

Dans le Griquahind-wesl hi direction générale du mouvement 
a été E.N.E.-O.S.O. el le conglomérat «le Dwyka renferme en 
abondance des blocs d'un porphyre quart/ifèi^ à plagioclasc très 
typique c[ui affleure dans les régions situées plus à Test et au nord- 
est, par exemple dans h;s districts de Bloemhof et dans les collines 
du Makwassie (district de Wolmaransstad). Dans le district (h* 
Vrijheid le sens du mouvement moraini(]ue n'est pas encore dél«M'- 
miné avec certitude, mais toutes mes observations plaident en 
faveur d'un mouvement du S.E. au N.O. 

con([^loinérat <\v Dwyka près du confluent des rivicivs du Vaal et de l'Oranjçe 
En discutant l'orij^ne de ces stries, il dit : a IL semis /trohahle that this 
surface formed part 0/ the shelving' Jloor of Ihc lahe, and that icebergs iK'err 
drwen aground hy the wind^ thus scratcking and ^^roos'ing the roct^a; the 
nietting" of the ieet^ergs woutd cause their stones, earth, etc., to Ife depo- 
sited on the ice-scratched floory thus fortning the congtonierate ». (]elte 
théorie nie semble très mal fondée; le seul fait, (pi'on trouve ces stries sur 
les roches sous-jacentes et sur des distances de plusieurs dizaines de kilo- 
mètres, toutes dans la même direction, formant par consé<pient un seul 
système ininterrompu de stries, est absolument incompatible avec la théorie 
des « icebergs » chassés par le vent. 

I. Dans notre cas c'est le Système primaire. Stow a observé aussi dans 
}e Griqualand-west des stries glaciaires sur des quartzites, appartenant au 
.Système du Cap et très probablenu-nt à la séri<* du Black-reef (manuscrit 
inédit). 



76 G.-A.-F. MOLENGRAAFF ai JailY. 

M. Griesbach *, aussi bien que M. Sutherland *, a remarqué 
des stries au-dessous du conglomérat de Dwyka sur la surface des 
grès, qui appartiennent très probablement à la série du Black; 
l'cef et sont équivalents au grès de la Montagne de la Table de la 
Colonie du Cap ; mais il n'avait pas d'opinion sur la direction du 
mouvement des glaciers permiens dans le Natal. 

Q"^ Il existe quant à la structure et à la composition une analogie 
parfaite entre une argile à blocaux et le conglomérat du Dwyka. 
Seulement dans ce dernier le ciment argileux ^ est endurci, silicifié 
et plus ou moins rccristallisé, ce qui, étant donné l'ancienneté du 
Dwyka, s'explique aisém<*nt j)ar des actions mécaniques et chimi- 
ques sous la pression des strates superposées du Karroo supérieur. 
En beaucoup d'endroits ou le Dwyka s'est trouvé depuis longtemps 
exposé à l'action de l'atmosphère, il s'est altéré à nouveau * en une 
espèce, d'argile à blocaux et toutes les diflei^ences disparaissent. 
Le conglomérat de Dwyka renferme paitout en abondance des 
cailloux striés. J'en ai trouvé dans beaucoup de localités du district 
de Vrijheid, sur la propriété Atholi [85], près d'Amsterdam (district 
d'Ermelo), dans les environs de Vereeniging et près de la mine d'or 
de Modderfontein (district de Heidelberg), sur plusieurs points du 
district de Bloemhof, et au delà de la frontière de FEtat, le long de 
la rivière du Vaal, en aval de Fourteenstreams, et dans bien 
d'autres endroits dans la Colonie du Cap et dans le Natal. 

I. K.-L. Gribsbagii, 21, p. 6», dit : Grooves^ quite airnilar to ihoae in the 
Alps, occur in great ahundance on the sandstone 0/ the In/nmi Hiver y aboat 
ao miles aouth of Durban ». 

a. P.-G. SuTHBHLAND, 62, p. 5i5, dit : « The old aandstones, which lie 
imniediateljr beneath the boulderclajr ha\?e their upper surfacen, in rnany 
instances, deeply g-rooved and atriated, an if a seiniplastic substance, contai- 
ining hard and angular fragments, had heenpassed over it mth considérable 
pressure ». 

3. Daus \v. Dwyku frais le ciiiieut montre à rexamen macroscopiqui* uiu* 
texture tant soit peu eristalline bien différente de celle d'une argile, ce qui 
a suggéré sans doute à queh|ut^s-uns des observateurs Tidée de l'origrine 
éruptive d<; cette roche. Mais en examinant ce ciment sous le microscope, 
on constate qu à Torigine il doit avoir élé une boue contenant de nombreux 
petits fragments angulaires ou semi-angulaires de diverses roclies et miné- 
raux avec prépondérance du quartz, mais (|ue cependant, la texlure élastique 
primitive a élé largement modiliée par des phénomènes de recristallisation. 

4. Dans les plaines du Karroo. dans la ("olonie du Gap, où le climat est 
extrêmement sec, le conglomérat de Dwyka, quoique exposé à Faction de 
ratmosphèrc depuis longtemps, ne montre guère de marques d'altération 
ou de décomposition. 



igOl GEOLOGIE DE LA REPrBLlQL'K SUIK\FR1CA1NK JJ 

3" Dans le congioinérat do Dwyka on trouve des dépôts struliiiés 
et non stratifiés, l(»s uns alternant av<»c les autres. C'est justc^nent 
ainsi que sont constitués tous les dépôts vniinient glaciaires. Les 
dépôts non-stratiliés, Taigile à hlocaux, doivent appartenir à la 
nioi*aine pi^ofonde stricto sensu, et ivs dépôts stnitiliés sont Tor- 
més par les cours d'eau de fonte qui coulent au fond du glacier et 
s'en échappent. Plus le glacier est grand, plus le réseau de ces 
torrents glaciaires devient complexe et difl'érencié. Leurs lits se 
déplacent comme ceux des autres fleuves ; ils disparaissent ou 
augmentent de débit et de nombre avec le retrait ou Taccroisse- 
inent des glaciers et le résultait final après une longue période de 
glaciation, doit être que les parties non-stratifiées des dépôts alter- 
nent en plusieurs places avec des parties stratifiées. Il est évident 
que vers le centre d'une grande nappe de glace ou d'une calotte 
glaciaire les dépôts morainiques seront assez pauvres en dépôts 
stratifiés ou même en manqueront, tandis qu'au contraire, près des 
bords du glacier, les dépôts stratifiés augmenteront en étendue et 
en puissance, et pourront même en quelques points avoir une 
plus grande imporUmce que la véritable argile à blocaux non- 
stratifiée. Du reste, sur la bordure extrême des productions gla- 
ciaires, la marche en avant et le recul périodiques de la nappe 
glaciaire suffisent déjà à produire des alternatives de dépôts gla- 
ciaires stratifiés et non-stratifiés. 

Ces dépôts stratifiés peuvent être, tantôt très riches en cailloux 
plus ou moins arrondis, tantôt les cailloux peuvent y manquer 
complètement. Il va sans dire qu'on retrouvera dans ces dépôts 
tous les caractères des dépôts fluviatiles, comme par exemple la 
stratification diagonale et la succession brusque des lits de gros 
graviers à des boues fines. Les dépôts des eaux glaciaires diffèrent 
cependant des dépôts des fleuves ordinaires en ceci, qu'ils sont 
surtout composés d'une boue très fine, produite par la trituration 
des roches dans la moraine profonde. On pourrait rencontrer 
parfois dans cette boue fine des blocs de grandes dimensions, qui 
seraient tombés des moraines latérales, médianes ou terminales, 
par des crevasses. 

Tous ces caractères sont représentés abondamment et avec une 
netteté parfaite dans les parties stratifiées du conglomérat de 
Dwyka et peuvent être étudiées à merveille dans les nombreuses 
coupes naturelles qu'offrent les gorges dans le district de Vrijheid. 

En outre, on constate souvent qu'un banc de Dwyka stratifié, 
intercalé entre deux bancs de conglomérat de Dwyka non stratifiés, 
est dans sa partie supérieure refoulé et brouillé, phénomène qu'on 



78 G.-A.-F. MOLENGRAAFF 31 JailV. 

doit attribuer à la pression exercée par la moraine profonde, qui 
glissait sur ces couches et qu'on retrouve, reposant toujours au- 
dessus sous forme de banc de conglomérat non -stratifié. C'est un 
phénomène absolument analogue à celui qu'on a observé sous les 
moraines profondes des glaciers de la période glaciaire de la 
Scandinavie et de l'Ecosse et qui est connu sous le nom de ron- 
torted-drifl. 

ff Enfin, dans le conglomérat de Dwyka. se rencontrent des 
blocs d(» roches, allleurant à d'assc»/ petites distances, mêlés à 
d'autres débris provenant de régions lointaines; l'origine de 
quelcpic^s-uns de ces débris est d'autant plus obscure que ces roches 
n'ont ]»as (»ncore été rencontrées in situ dans l'Afrique du Sud. 

Souvent le conglomérat de Dwyka a un caracU'»re local par la 
prépondérance des débris d'une cerUiine roche sur les autres, ce 
(pi'il n'est pas diilicile d'explicjuer. Lors(|u'un glacier se meut et 
qu'une certaine roche, que nous désignerons par A, affleure sur 
son ])arcours, ce ghicicr détache des morceaux de la roche A et les 
mêle aux autres débris. La moraine profonde sera alors en aval 
du point d'aflleurenuMit de hi roche A, caractérisée par la pi*ésence, 
dans sa masse, d'untî certaine* proportion de fragments de la roche A, 
qu'on ne retrouvera pas en amont; et il en résultera (lue si cette 
proportion est assez forte, la moraine de fond aura un caractère 
local, .l'ai observé souvent un tel caractère local dans le conglo- 
mérat de Dwyka ; à Vere(»niging par exemple, où le conglomérat 
de Dwyka repose sur les dolomies du Système du Cap, qui affleu- 
rent à un(* courte distance, ce ctmglomérat abtmde en cailloux 
striés de calcaire dolomitique que je n'ai jamais trouvé dans le 
conglomérat de Dwyka du district de Vrijheid. Ces caractèi'es 
locaux, offrent un bon moyen de déterminer le sens du mouvement 
du glacier permien. C'est ainsi que, comme nous l'avons vu déjà 
l)lus haut, la présence d«î nombreux blocs de porphynî quaiiaifère 
à oligoclase dans le conglomérat de Dwyka, le long du Vaal, en 
aval de Fourteenstreams, nous prouve que le sens du mouvement 
doit avoir été là, de l'K.N.E. à l'O.S.O. M. Dunn • a déjà, en 
188G, donné un (exemple frappant du caractère local que prend 
quelquefois le Dwyka ; il écrit : East of the Doornberg range 
(Griqualand-west) there is a complète absence of the j'elloiv jasper 
and altered crocidolite, ofivhich thèse hills consista in the Dwyka 
congionierate, whiie to the west oj this range they are abundanUy 
represented, mingled with the far-borne material. Un glacier, 

1. E.-J. Du.NN, 13, p. y. 



igOI GÉOLOGIE DK LA RÉPUBLIQUE SUD-.VKRICAINE 79 

ayant glissé de Test à Touest à travers les terrains du Doornberg- 
range. aurait produit exactement ces pliénoinènes, mais je ne crois 
pas que jamais des glaces flottantes, comme le voudrait M. Dunn, 
pourraient donner de tels résultats. 

5' La matière des couches d'Ecca, est, quant à sa composition, 
parfaitement identique au ciment du conglomérat de Dwyka. C'est 
en somme une boue; durcie aujourd'hui, transportée par les eaux 
glaciaires et déposée soit dans les grands lacs, qui caractérisent le 
paysage morainique, soit dans le vaste champ d'inondation de 
cours d'eau torrentiels durant la période do IVmtc et de retrait de 
la nappe glaciaire. Les grands blocaux, d'ailleurs assez rarement 
rencontres dans les ai^ilites d'Kcca, ont peut-être été transportés 
par des glaçons flottants sur ces fleuves et ces lacs. 

6'* Si Ton accepte la théorie glaciaii*e, on peut se faii*e aisémeni 
une idée de la distribution erratique du conglomérat de Dwyka et 
des couches d'Ecca. 11 serait diflicile d'expliquer autrement, com- 
ment, dans des terrains totalement dépourvus de failles, le Dwyka 
peut éti^e trouvé à des altitudes très diverses, et en position nor- 
male malgré cette diflerence d'altitude. Avec la théorie glaciaire, 
cette diflicuité disparait, si Ton admet qu'un grand glacier ou une 
calotte de glace, a buriné la surface des roches sous-jacentes, en 
restant assez plastique pour pouvoir suivie les accidents du terrain, 
les transformant en i*oches ou en collines moutonnées, polies 
et cannelées, et déposant ainsi sa moraine profonde simultanément 
à des altitudes bien difl'érentes et pourtant en position normale. Il 
serait aussi diflicile d'expliquer comment l'épaisseur de ces forma- 
tions peut varier si fortement et comment, en quelques endroits, 
soit le conglomérat de Dwyka, soit les couches d'Kcca, soit tous 
les deux, peuvent manquer en-dessous des strates du Karroo supé- 
rieur, même dans des régions où le Karroo inférieur se trouve en 
général très bien développé. L'explication est simple, si on se sou- 
vient que sous les glaciers, et dans les régions qu'ils abandonnent 
par leur retrait, en quelques points, les efl'ets de l'érosion sont 
prépondérants sur ceux de la sédimentation, tandis que dans les 
localités voisines, l'inverse se produit. 

En résumé, nous admettons que le conglomérat du Dwyka et les 
couches d'Ecca, c'est-à-dire le Karroo inférieur, sont d'origine 
glaciaire, et cette origine, nous n'en doutons pas, permettra d'expli- 
quer tous les caractères des couches du Karroo inférieur. Mais, on 
devra s'attendi*e à constater tous les phénomènes d'une glaciation 



8o G.-A.-F. MOLKNGH.VAFF ai JanV. 

proloiig('*r, et cela dans des proportions beaucoup plus grandes et 
plus imposantes que pour le dilmniim de rhémisphère nord. Il est 
certain que Ton doit admettre rexisteuce d'une calotte de glace de 
grande épaisseur et de très grande étendue, aussi bien qu'une durée 
tort longue de la période de glaciation, pour pouvoir expliquer 
l'épaisseur énorme * et le développement si diversifié des dépôts 
glaciaires permiensde l'Afrique australe. 

Le problème de la glaciation dans l'Afrique du Sud, durant la 
période permo-carbonifère, offre plus qu'un intérêt local. I^s 
recherches géologiques dans l'Inde et dans l'Australie ont prouvé 
qu'il existe dans ces contrées des formations d'une analogie frap- 
pante. Dans l'Inde c'est le Système du Gondwana qu'on pourrait 
identifier avec le Système du Karroo. A sa base on trouve les con- 
glornérals de Talchir, qui offrent tous les caractères d'une argile à 
blocaux, et sont absolument comparables au conglomérat de Dwyka. 
Les roches plus anciennes ç>o\3LS']9Lcen\jÇis(yindhyan-limestone8) oui 
été trouvées polies et striées dans plusieui's localités, entre autres 
près de Chanda, dans les provinces centrales de Tlnde -. Les Tal- 
chir-shales sont associés à ce conglomérat ; ils possèdent tous les 
caractères des couches d'Ecca. Comme les couches d'Ëcca, ils sont 
presque partout dépourvus de fossiles. Sur ces dépôts glaciaires 
reposent des grès, comparables au grès du Kari'oo supérieur, dans 
lesquels on a trouvé une flore à Glossopteris, très analogue à 
celle du Karroo. 

En Australie, les traces d'une glaciation ancienne ne sont pas 
moins nettes et les dépôts glaciaires, qui sont associés là aussi bien 
que dans le Salt-range de l'Inde, aux sédiments contenant des 
fossiles marins, ont établi que la glaciation de ces deux continents 
était contemporaine et avait eu lieu dans la dernière période de 
l'ère paléozoïque. Et les affinités générales entre le Système du 
Karroo et le Système du Gondwana sont si évidentes, qu'on peut 
aller plus loin et admettre que les dépôts glaciaires permiens de 
l'Afrique du Sud, de l'Inde et de l'Australie sont contemporains. 

Les dépôts glaciaires du Karroo infériem' ont sans doute couvert 
toute la moitié sud du Transvaal ^. Dans l'est ils sont aujourd'hui 

I. Le conglomérat de Dwyka atteint dans la Colonie du Cap une épaisseur 
de plus de 400 mètres. 

a. R.-D. Oldiiam, 38, p. 160. 

3. Je n'ai pas trouvé de dépôts du Karroo inférieur au nord de a6*4o* 
latitude Sud. Il est vrai que M. Dunn a signalé, sur sa carte géologique du 
Transvaal, le conglomérat de Dwyka beaucoup plus au nord, dans le dÛitriot 



igOI GÉOLOGIE D£ LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINK 8l 

invisibles parce qu'ils sont i*ecouverts par les strates du Karroo 
supérieur et ils alDDeurent seulement sur les escarpements du haut 
plateau vers l'est, cVst-à-dire dans la portion orientale des dis- 
tricts d'Ermelo et de Carolina et dans les districts de Piet-i'etief et 
de Vrijheid, où ils peuvent être étudiés facilement. Dans le Trans- 
vaal central, le Karroo supérieur diminue beaucoup d'épaisseur et 
le Karroo inférieur aflleuiv. çà et là, par exeuiple près de Vereeni- 
ging et de Meyerton, dans plusieui*s localités des environs de 
Heidelbei'g et de Boksbui*g, sur les propriétés Zuurbekoni [9] et 
Syferfontein [3a), t»tc. Enfin dans la partie occidentale le Karroo 
supérieur faisant défaut, le Kari'oo inférieur affleure très fréqueui- 
ment. Cependant le Karroo inférieur a été dans cette région en 
grande partie enlevé par Férosion et dans les régions où il existe 
encore, il est très souvent caché par des dépôts superficiels plus 
récents, couuuc des tufs calcaii^es et des dépôts éoliens de petite 
épaisseur (1 à 4 mètres). 

Le conglomérat de Dwyka prend un(* certaine impoilance écono- 
mique dans les environs de Vereeniging où le ciment, après avoir 
été séparé des blocs qu'il contient, est utilisé pour la fabrication 
de briques très résistantes, excellentes pour la construction des 
fours et des habitations. 

a. — Karroo supérieur 

Les couches du Karroo supérieur sont presque toujours dans une 
position sensiblement normale et horizontale. Parfois elles sont 
un peu redressées ; elles ne sont jamais plissées, quoiqu'elles soient 
assez souvent disloquées par des failles qui ont par places mor- 
celé les terrains du Kar^'oo supérieur en îlots, dont les strates 
correspondantes, tout en restant horizontales, se trouvent à des 
altitudes diiférentes. 

Le Karroo supérieur est formé par des grès, des argilites, des 
argilites arénacées, des argiles charbonneuses et des couches de 
houille *. Une stratification oblique est nettement indiquée dans ce 
Système et est surtout bien marquée dans les grès. 

du Wuterberg, et même dans les Blauwbergen, aunlelà du tropique du Capri- 
corne, mais mes reeherches m*ont prouvé que ees con(flomérats dans le 
district du Walerberjç ne sont pas glaciaires et forment la base ilu grès du 
Waterberg, et je crois probable que les conglomérats des Blauwbergen que 
je n^aipas visités sont identiques à ceux du Waterberg. Voir : E.-J. Dunn, 14. 
1. On rencontre assez rarement des couches marneuses dans lesquelles le 
calcaire s*est concentré en nodules. Près de Standerton, j'ai trouvé, dans un 
de ces nodules, une aile d'insecte orthoptère, très bien conservée. 

i3 Juillet 1901. — T. !•='. Hull. Soc. Géol. Fr. — 6 



8a G.-A.-F. MOLENGRAAFF 21 JailV. 

De nombreux bancs de diabase (dolériie) sont intercalés en 
concordance parfaite entre les autres strates de cette formation. 
Dans ces bancs de diabase, le plus souvent une diabase à olivine, 
on peut observer généralement une disposition columnaire très 
nette. En outre tout le système est traversé par un véritable réseau 
de dykes de diabase du même type. La diabase du Karroo peut 
être facilement distinguée des diabuses plus anciennes. Le type 
ordinaire de la diabase grenue du Karroo est connu par la popula- 
tion minière du Transvaal sous le nom de dolériie ^ 

Niveau mouiller. — Dans le Karroo supérieur du TransvâaL 
auquel j'ai provisoirement donné le nom de formation du Hooge- 
oeld, on rencontre les couches de houille qui, en raison du déve- 
loppement toujours croissant de l'industrie minière au Witwa- 
tersrand (industrie qui exige de grandes quantités de combustible), 
constituent une richesse inappréciable pour le pays. Ce sont en 
général des charbons maigres, ne donnant pas de cokes et ne 
pouvant pas être employés dans les fonderies. Parfois leur teneur 
en soufre les rend dangereux, en ce que, exposés à Tair, la 
combustion spontanée est à craindre. Souvent ils renferment 
en plus ou moins grandes quantités des matières incombustibles. 
En somme ces charbons sont excellents seulement pour l'emploi 
dans les usines à vapeur et pour tous les usages domestiques. Les 
gisements en sont immenses et la partie déjà exploitée est minime *. 
Il est bien certain que les houillères de la République sud-africaine 
pourront sufBre aux demandes de toute l'Afrique durant au moins 
une centaine d'années. 

Les couches de houille du Transvaal paraissent devoir être 
regardées comme des alluvions végétales, des dépùts de torrents. 
Les fragments de troncs de Sigillaria et de troncs, de tiges et de 
feuilles de diverses espèces de Glossopteris jouent un grand rôle 
dans la composition de la houille elle-même. Le toit des couches 
de houille renferme, comme on peut le constater facilement dans 
les mines de houille de Vereeniging de nombreux troncs couchés. 
Je crois qu'on peut admettre pour les houillères du Transvaal — du 
moins pour la plupart d'entre elles — un mode de formation ana- 
logue à celui que MM. Grand'Eury et Fayol ont admis pour les 
bassins houillers du Centre de la France. 

I. E. CoHBN a donné une description pétrographique détaillée d*un bon 
nombre de ces diabases du Karroo supérieur, appartenant pour la plupart 
à rétage inférieur, dit de Beaufort, 7, p. aao. 

a. En 1898, la production annuelle s'évaluait à a.ooo.ooo de tonnes. 



igOI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 83 

Les connaissances actuelles permettent de penser qu*il existe 
dans le KaiTOO supérieur du Transvaal un seul niveau géologique 
renfermant des couches de houille exploitables. On peut évaluer 
que ce niveau se trouve situé sur le haut plateau à une altitude 
variant entre laoo et 1800 mètres. A première vue, ce niveau 
houiller parait se trouver à des hauteurs très inégales dans la 
succession des strates du Karroo supérieur. A Vereeniging. à 
Meyerton et dans les environs de Boksburg, par exemple, le con- 
glomérat de Dwyka est situé à peu près directement sous les 
couches de houille, tandis que dans le district de Vrijheid, un 
complexe de grès et d*argilites de aoo à 3oo mètres d'épaisseur les 
sépare du Karroo inférieur. 

Dans le district de Vrijheid on peut distinguer deux étages de 
grès dans la formation du Karroo supérieur. L'un, T étage des 
grès inférieurs, est composé de bancs puissants de grès, gris 
bleuâtres, devenant jaunâtres à Tair. En voie de décomposition, 
ces grès acquièrent une structure sphéro'idale, souvent très nette. 
On trouve très fréquemment dans ces grès des fragments de 
bois pétrifiés; près d'Umkusiberg, sur la propriété du même nom, 
on rencontre en abondance des ti'oncs d'arbres couchés et des 
rameaux pétrifiés, dirigés suivant diverses directions. Des impres- 
sions végétales, de feuilles, de tiges, etc., et de très minces veinules 
de houille sont assez fréquentes dans ces grès, mais les couches de 
houille exploitables y font entièrement défaut. 

Les grès de l'étage supérieur sont de couleur plus claire et possè- 
dent un ciment assez riche en kaolin. Ces grès passent parfois à des 
arkoses. On trouve intercalées entre leurs bancs des argilites et des 
couches de houille exploitables. 

La position du Système entier du Karroo dans le Transvaal 
devient plus compréhensible dès qu'on se rend compte que tout le 
Système s'amincit en allant de l'est à louest. C'est ainsi que les 
g^s, etc., qui sont sous-jacents aux lits de houille dans le district 
de Vrijheid ne se retrouvent plus dans le centre du Transvaal. De 
même on observe dans cette partie centrale du pays un nombre 
restreint de strates de grès, d'argilites et de diabases au-dessus des 
couches de houille, tandis que dans l'est des dépôts puissants repo- 
sent sur le terrain houiller. Ce développement des lits houillers, 
presque aussi considérable dans la région centrale que dans l'est, 
constitue un nouvel avantage. 

Le Karroo supérieur forme, seulement dans la partie sud-est 
du Transvaal, une nappe continue, rejoignant la vaste nappe du 



84 Ci. -A. -F. MOLENCiRAAFF ai JailV. 

KaiToo de l'ICtat libre d'Orange. Le sous-sol des districts de Wak- 
kerstroom et de Standerton en est entièrement Ibrnir, celui des 
districts de Vrijheid, d'Utrecht, de Carolina, d*ErmeIo. de Middel- 
burg, de Pretoria et de lleidelbei'g en est en partie composé. En 
outre de cettt* grande nappe bomogène on trouve vers le nord et 
l'ouest, de nombreux petits land)eaux du Système du Karroo 
disposés en discordance sur les teri'ains primaires ou sur ceux du 
Système «lu Caj). ('/est ainsi, quon trouve des îlots du Système du 
Karroo dans le domaine du South-rand-CiOallield et dans les envi- 
rons de Boksburg sm* le terrain primaire, c'est-à-dire sur les couches 
deHospital-hill ou sur celles du \Vit^vatersrand; dans les environs 
de ^'redefort sur le granité ancien ; à ^'ereeniging et à Mt^yei't^m 
(district d«». llei<lelberg), à Zuurbekom I9] et à Syferfbntein ['îq] 
(district de Krugersdorp), et à Stillbntcin |38i] (district de Potcbei- 
stroom), sur la dolomite ; dans les environs de Hellast, sur la série 
de Pretoria : à Watcrval au nord de Pretoria, sur la noritc et la 
syénite ; plus au nord encore à Hamanskraal (district de Pretoria) 
et dans quelques localités du district de Middelburg, sur le granité 
rouge. A l'ouest de Klerksdorp le Karroo supérieur n'a pas encore 
été rencontré. 

Les lambeaux du Système du Karroo, qu'on trouve sur les dolo- 
mies, méritent une mention spéciale ; ils s'étendent en une lig^e 
courbe, à l'ouest, au nord et à l'est des montagnes du Gatsrand, 
formées par des couches de la série de Pretoria. Ils sont situés, 
commet on peut le consulter ti*ès facilement sur les pix>priétés 
Syferfontein et Zuurbekom, dans un terrain plat et sont entourés 
de tous côtés par des alllem*ements de roches de la séné des dolo- 
mies. Eu réalité, ces lambeaux sont des compartiments du Système 
du Karroo qui se sont affaissés dans les strates de la série des dolo- 
mies sous-jacentes. Ces atlaissements ont été causés par Tetlbu- 
<lremeiit de la clef de voûte des cavernes de la dolomie. Le Système 
du Karroo qui jadis couvrait entièrement ce terrain, s'est ti*ouvé 
plus tard détruit par la dénudation et l'érosion et maintenant est 
entièrement disparu, sauf dans ces localités, où il pouvait, par sa 
position plus basse, due à son aliaissement, échapper à reilet des 
forces dénudatrices. Il va sans dire que cet aliaissement a modilié 
la position normale des couches de ces lambeaux et cela explique 
pourquoi on a trouvé dans le lambeau de Syferfontein une épaisse 
couche de houille ' redi'essé*^ sous un angle d'au moins 4o". Ces 

1. La découverte de lu belle couche de houille de Syieributein a une graude 
importance, parce que lu distance qui la sépare des mines du West-rand au 



igOI GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 85 

lambeaux situés par conséquent à un niveau égal à celuKde la dolo- 
mie, ont encore une autre importance économique. Ils forment des 
réservoiis d'eau en communication souterraine avec les réservoirs 
internes inépuisables de la formation dolomi tique ; formés de grès, 
ils offrent beaucoup plus de facilités pour la construction de puits 
et pour les forages profonds nécessaires pour capter les eaux sou- 
teri'aines. A Zuurbekom on a foré des puits munis d'appareils 
élévatoires perfectionnés dans l'îlot du Karroo situé en ce point. 
Ces ouvrages fournissent par jour les 4*ooo.ooo de gallons d'eau 
absolument pure qui servent à alimenter la ville de Jobannesburg. 
Jusqu'en 1897 Teau fournie par les compagnies des eaux de 
Jobannesburg était insuffisante et impure ; la découverte et l'exploi- 
tation de la magnifique prise d'eau de Zuurbekom, ont apporté une 
amélioration considérable à l'état sanitaire de la ville, bienfait 
dont elle est redevable, tant à l'application des observations géolo- 
giques sur la région qu'au mérite de M. Draper * . 

On peut se faire l'idée suivante du mode de formation du Karroo 
supérieur. Après le retrait des glaciers ou de la calotte de glace 
de l'extension glaciaire permienne, le paysage morainique régnait 
dans cette région, où le conglomérat de Dwyka était en grande 
partie couvert et de tous côtés environné par les couches d'Ecca. 
L'érosion ne tardait pas à exercer son pouvoir destructif et les dépôts 
du Karroo inférieur furent sans doute, par places, remaniés complè- 
tement. Mais, en même temps, une série de sédiments commençait 
à se former qui constitue le Karroo supérieur. Ces dépôts d'eau 
douce s'accumulaient en partie dans les courants d'eau, en partie 
dans les lacs. C'étaient des grès et des argiles à stratification 
oblique et quelquefois aussi des couches de débris de végétaux 
apportés par les eaux torrentielles, couches qui sont devenues les 
lits de houille actuelle. 

A l'origine, ces sédiments furent déposés dans les dépressions 
d'origine glaciaire de la contrée et ils constituèrent ainsi des 
lambeaux, isolés les uns des autres. Mais plus tard, ces dépres- 
sions étant comblées, la formation du Karroo supérieur s'épancha, 
sans interruption, sur un large espace, embrassant une grande 
partie de l'Afrique australe. Une faible partie seulement de 
rénorme développement du Système du Karroo, a persisté jusqu'à 

sud de Krugersdorp ne surpasse pas a6 kilomètres, tandis qu^auparavant ces 
raines devaient chercher leurs combustibles à des distances au moins trois 
fois plus grandes. 
I. D. Drapbr, 11, p. 139. 



86 G.-A.-F. MOLENGRAAFF SI JanV. 

Tépoque actuelle, le reste ayant été détruit pendant la période de 
dénudation qui suivit celle de sa formation, période qui d*ailleui*s 
continue encore aujourd'hui. 

Grande faille de l'est. — Une dislocation très remarquable 
nous apporte les preuves indubitables, que les couches du Système 
du Karroo ont jadis eu vers Test une extension beaucoup plus 
grande qu'aujourd'hui, ce qu'on pourrait du reste déjà déduii^e de 
la manière abrupte dont les couches du Système du Karroo se 
terminent dans les escarpements, à Test du haut plateau du Trans- 
vaal et de l'Etat libi»e d'Orange. 

Dans la partie orientale du Transvaai on trouve, dirigé du noinl 
au sud, une grande faille qu'on peut regarder, au point de vue 
géologique, comme la limite orientale du plateau continental de 
l'Afrique du Sud. J'ai appelé cet nccideni la. grande faille de Test *. 
Les régions situées à Test de cette faille se sont affaissées par 
rapport à celles de l'ouest d'au moins i5oo mètres. Cette faille est 
située à une distance moyenne de i6 kilomètres de la frontière de 
la Colonie portugaise de Mozambique. Elle est toujours parallèle 
à la chaîne des montagnes du Leboiiibo, qu'elle longe et elle 
peut très probablement être iHîgardée comme le prolongement 
septentrional de la grande faille, décrite par Griesbash, qui a 
abaissé au niveau de la nier, dans le Nat^d, les strates du Karroo 
inférieur, alors qu'elles atteignent dans les environs de Pieterma- 
ritzburg une altitude de 600 mètres. Dans le Transvaai la lèvre 
occidentale de la faille est toujours formée de granité ancien ou de 
schistes du Système primaire, tandis que la lèvre orientale est formée 
de grès, d'argilites à Glossopteris et de couches de houille apparte- 
nant au Karroo supérieur; ces couches ont une inclinaison de i5 
a ao^' vers l'est. Ces dépôts, tout-à-fait identiques à ceux du Karroo 
supérieur du haut plateau, sont couronnés, en concordance, par les 
roches du Lebombo. Ces dernières sont des roches éruptivcs 
d'épanchement dont la pailie inférieure, qui affleure dans les 
environs de Komatiepoort, sur le vei*sant occidental des mon- 
tagnes de Lebomijo, consiste en rocln»s du gn>upe de la diabase et 
(lu mélaphyre avec une prépondérance de types amygdaloïdes. 

Il (»st bon de noter que, parmi ces roches amygdaloïdes, on trouve, 
près du pont du chemin de fer du Selati. sur la rivière du Croco- 
dile, des types qui sont caractérisés par des amygdales très allon- 
gées et ressemblent beaucoup aux roches amygdaloïdes du même 

I Voir : G.-A.-F. Molkngraaff, 32, p. i38, etPl.I, 



I9OI GEOLOGIE DE LA RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 87 

type, des monts Maluti dans TËtat libre d^Orange, décrits par 
Gohen ' . Ces dernières se trouvent au sommet de Tétage supérieur 
du Karroo supérieur. Nos connaissances sur les contrées du Karroo 
voisines de la chaîne du Lebombo, sont jusqu'à présent trop dissé- 
minées pour permettre de juger si cette ressemblance n'est pas 
purement accidentelle. 

Plus haut, dans la partie supérieure. c*est-à-dire dans la chaîne 
du Lebombo, on trouve des types plus acides, appartenant au 
groupe des felsophyres. 

Ces roches acides sont représentées par plusieurs variétés dont 
quelques-unes sont scoriacées et renferment, dans leurs cavités, de 
belles cristallisations de calcite et des zéolithes, tandis que quel- 
ques autres fournissent d'excellentes pierres à bâtir. Ces coulées de 
laves anciennes ont une inclinaison de lo** k 3o^ à Test, pente qui 
eori'espond à l'inclinaison des strates de grès de la formation 
sous-jacente du Karn)o supérieur. Toutes ces roches montrent une 
structure fluidale très nette. L'examen microscopique détaillé des 
nombreuses variétés de roches éruptives qu'on trouve en traver- 
sant la chaîne du Lebombo, n'est pas encore terminé, aussi je les 
ai réunies provisoirem(»nt sous le nom de « roches du Lebombo ». 
La structure de la chaîne paraît être très uniforme sur de gran- 
des étendues, si l'on en juge par la description des roches trouvées 
par M. Cohen - qui la traversa, en 1873, près de Matalha Poort, a 
20 kilomètres au sud de Komatiepoort ; et par les échantillons 
que j'ai reçus de Pongolo-poort, point situé à î2o5 kilomètres encore 
plus au sud. On retrouve sur ces deux points les mêmes types de 
roches, (jue j'ai moi-même rencontrés dans la magnifique tranchée 
du chemin de 1er entre les stations de Komatiepoort et d'Inkomati. 

Dans la Colonie du Cap on a, en général, distingué dans le Karroo 
supérieur deux étages, \ étage de 5eau/br^ (Schenck et Feistmantel) 
ou KarroO'beds (Green) et Véiage du Stormberg. Dans l'étage du 
Stormberg on admet avec M. Dunn les subdivisions suivantes, en 
allant de haut en bas : 

4 . VolcaniC'beds ; 
3. Cave-sandaione ; 
2. Red-beds ; 
I. Molteno-beds, 

1. E. COHBN, 6. 

•j. E. CoHRN, 6, p. ^7-91, donne une excellente description pétrographique 
des types de inélaphyres et d<' felsophyres du Lebombo, qu'il u rencontrés eu 
traversant la chaîne. 



88 G. -A. -F. MOLENGRAAFF ai JanV. 

Dans les Molteno-beds se trouvent toutes les couches de houille 
exploitables de la Colonie du Cap. Ces couches carbonifères se 
distinguent, au Cap, par la présence d'une flore à Thinnfeldia 
odoniopteroïdes, Sphenopteris elongata, Podozamites elongata. 
Baiera Schencki, Pecopteris, etc., et par Tabsence des Glossop- 
teris. Elle a donc un caractère plus jeune que la flore à Sigillaria 
et Glossopteris, notamment Glossopteris Browniana et GL indica, 
qui règne dans tous les terrains houillers connus du Transvaal ; 
mais r*est précisément, d'après O. Feistmantel ', par une flore 
identique que Tétage de Beaufort est caractérisé. Il en résulte que 
les terrains houillers du Transvaal, que j'ai réunis sous le nom 
de série du Hoogeveld, ne peuvent appartenir à Tétage du 
Stormberg, comme l'indiquent les cartes publiées par Dunn et 
Schenck. La série du Hoogeveld représente l'étage inférieur du 
Karroo supérieur et doit être considérée comme parallèle à l'étage 
de Beaufort de la colonie du Cap -. M. R. Zeiller ^ Ta établi d'une 
manière indiscutable en se basant sur des preuves paléontologiques 
et mes recherches dans ces dernières années m'ont prouvé que la 
théorie de M. Schenck, d'après laquelle les couches de Beaufort 
étaient en transgression sur les dépôts du Karroo inférieur vers le 
Nord et les couches du Stormberg également eu transgression sur 
les couches de Beaufort vers le Nord devait ^tre rejetée. Dans le 
Transvaal, au contraire, le Karroo supérieur est exclusivement, ou 
du moins presque uniquement, représenté par son étage inférieur. 

Quant à l'âge de ces dépôts, les recherches de MM. Seward ^ et 
Zeiller ont établi, qu'on pouvait admettre que l'étage inférieur du 
Karroo supérieur dans le Transvaal était permo-carbonifère. 

DÉPOTS PLUS RÉCENTS QUE CEUX DU KARROO 

Jusiju'à présent il n'a pas été rcMicontré dans le Transvaal de 
dépôts sédimcnlaires plus récents que ceux du Système du KariH)o 
et toute la conflguration du pays prcmvc* (ju'il y a régné une longue 
pério<le ile dénudatiou •"'. Cela n'empêche pas. qu'on trouve i;à et 

1. O. Feistmantel, 16. 

2. Kn 1894, j'ai discuté celte même question et exprimé cette opinion, que 
le terrain liouiller du Transvaal devait appartenir ix un étajçc du Karroo, 
plus ancien que les Molteno-beds (30, p. a'iS). 

3. H. Zeiller, 54, p. H74- 

\. A.-C. Sewari», 47, p. 9*-i. 
5. D. Praper, 18, p. 34* 



XgOO GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-AFRICAINE 89 

\k, des dépôts superficiels récents, coiiiine des allu viens, des bancs 
^ie limonite, de dépôts éoliens, des tufs calcaires, etc., qui, cepen- 
dant, n'ont jamais qu'une importance locale. 

Parmi les roches éi^uptives, il est bien certain que la roche 
diamantifère est plus récente que les dépôts du Karroo, car dans 
l'Etat libre d'Orange elle traverse les strates du Karroo supérieur. 
En 1897, ^^ découvrit sur la propriété Rietfontein [5oi], dans le 
district de Pretoria, à 27 kilomètres à Test de la capitale, un affleu- 
rement d'une roche, identique à la roche mère, bien connue, de 
Kimberley, et, par le lavage des terres de la surface, on ne 
tardait pas à y rencontrer des diamants. On a constaté, grâce à des 
tranchées et à des forages, qu'il s'agissait ici d'une vraie cheminée 
diamantifère, verticale, de forme cylindrique, remplie d'une brèche 
péridotiqne serpentinisée, identique en tous points à la kimberlite. 
Un peu plus tard on a découvert des gisements identiques sur la 
propriété Kaalfontein voisine de Rietfontein [5oi] et sur les pro- 
priétés Klandshoek [^4] ^t Franspoort [4î26] \ 

Toutes ces cheminées sont situées dans des couches de la série 
de Pretoria et seulement dans celles de sa partie supérieure, les 
couches du Magaliesberg, c'est-à-dii'e dans une formation plust 
ancienne que celle du Karroo où se renc(mtrent les couches de 
houille. Or, comme il n'existe pas, dans des niveaux plus bas que 
celui du Karroo, de couches renfermant une proportion de matières 
charbonneuses quelque peu importante, il en résulte, que la teneur 
en carbone, sous forme de diamant. <le la brèche éruptive diaman- 
tifère ne peut pas être attribuée à des débris de roches houillères 
arrachés aux parois de la cheminée par le magma éruptif en voie 
d'ascension. 

Ces mines de diamant du Transvaal, situées dans un niveau 
géologique plus profond que les cheminées de la Colonie du Cap 
ou de l'Etat libre d'Orange, viennent à l'appui de la théone qui 
veut que le diamant siiit un élément primoinlial de la kimberlite. 
Du reste, après les r<*marquables expériences de M. Moissan, on 
pouvait soupçonner <|u'à de grandes profondeui*s, dans un magma 
éruptif basique, le carbone ne pouvait cristalliser que dans sa 
modification la plus dense, le diamant. 

I. Pour plus de détails sur res gisements, voir : O.-A.-F. Molkngraafk, 
32, p. i\^ et 31; et M. Franckk, 17. Aanhangsel H. 



go G.-A.-F. MOLKNCiRAAFF 21 JanV. 



Ouvrages consultés 

1. A. Gbddbs Bain. — On the geology of Southern Africa. Trans. of the 
geoL Society, a, vol. VU, p. 175. London, i856. 

2. A. Bordeaux. — Etudes sur les champs aurifères de Lydenburg, de 
Kaap et du Charterland. Annales des Mines, 9, XI, p. 373. Paris, 1897. 

3. J.-G. BousQUBT. — De tegenwoordige toestand von de goudm^n-indus- 
trie in de Kaapforniatie van de Lijdenburg goudvelden. Jaarrapport van den 
Staats-myningenieur orer het jaar 1896. Aanhangsel D., Pretoria, 1897. 

4 E. CoHBN. — Briefl. Mittheilung ans Sftd-Afrika. Xenes Jahrh. fur 
Minéralogie, etc., 1873, p. 5ii. 

5. Id. — Ueber eigenthûniliche Melaphyrniandelsteine ans Sùd-Afrika. 
Neues Jakrb., etc., 1875, p. ii3; et In. Mandcistein ans den Maluti-bergen, 
Sûd-Afrika. Neues Jahrb.fàr Minéralogie^ etc., 1880, 1, p. 96. Stuttgart, 1880 

6 . Id. — Erlâuternde Beuicrkungen zu der Routenkarte einer Reise von 
Lijdenburg nach den Goldfeldern und von Lijdenburg nach der Delagoa^Bai 
im Astlichen Snd-Afrika. // Jahresher. der geographischen Ges. in Ifarn- 
bnrg, 1870. 

7. Id. — Geognostisch-petrographische Skizzen aus Snd-Afrika. //, Neues 
Jahrbnch, etc., Beilage, Bd. V, p. 196, 1887. 

8. Id. — Ueber eine nôrdlich von Pretoria (Transvaal) im Granit gelegene 
Salzpfanne. Tscherrnak*s Min. und petr. Mittheilungen 2, XV. Wion, 1895. 

9. P.-H. Dahms. — Ueber einige Eruptivgesteine aus Transvaal in Sfid- 
. Afrika. Neues Jahrbuch fur Minéralogie, etc. Beilage, Bd. Vil, p. 90, 1890. 

10 D. Draprr. — The Dwyka Conglomérat*'.. Transactions of the geolo- 
gical Society of South Africa, I, p. 90. Johannesburg, 1896. 

11. Id. — On the coal deposits of South- Africa. Transactions ofthe geolo- 
gical Society of South Africa, Vol. III, p. ia8. Johannesburg, 1898. 

12. Id. — A ramble through the geology of South ^Vfrica H. The denu- 
dation ofthe continent. Transactions of the geoL Society of South- Africa, 
Vol. ni, p. 34. Johannesburg, 1898. 

13. E.-J.DuNN. — Report on a supposed extensivc deposit of coal underlyiug 
the central districts of the colony. Partiamentary Paper, Capetown, 1886. 

14. Id. — Geolog^cal sketch map of South-Africa. Melbourne, 1887. 

15. O. Pbistmantbl. — Uebersichtliche Darstellung der geologisch-palaeon- 
tolog^schen Verhâltnisse Sûd-Afrikas I. Die Karrooformation und die 
dieselbe unterlagernden Schichten. Abhandl, derk. bôhmischen Gesellschaft 
der Wissenschafte, 7, RI. Prag, 1889. 

16 M. Frangkb. — Rapport over de Malmanie-goudvelden. Jaarrapport 
çan den Staatsmjrningenieur over het jaar i8gy, Aanhangsel, B, Pretoria, 1890. 

17. Id. — Rapport over den mijnbouw in het Pretoria-inspeclieveld . 
Jaarrapport van den Staatsmjrningenieur over het jaar i8g8. Pretoria, 1899. 

18. W. GiBsoN. — The geology of the gold-bearing and associated rocks 
of the Southern Transvaal. Quart. Journal of the geolo gical Society, 
XLVni, p. 40^. London, 1892. 

19 J. GôTZ. — Untcrsuchung einer Gesteinssuite aus der Gegcnd der 
Goldfelder von Marabastad im nôrdlichen Transvaal. Neues Jahrh, fur 
Min., etc. Beilageband IV, p. ii.î, i885. 

20 A.-H. Grfrn. — On the geology and physical geography ofthe Cape 
Colony. Quart. Journ. ofthegeol. Society, Vol. XLIV, p. 239. London, 1888. 



igOO GEOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD-APRICAINE 9I 

21. C-L. Grjxsbacu. — On the geology of Natal. Quart. Journ, of the 
geoL SocieiXf Vol. XXVII, p. 53. London, 1871. 
M. P.-H. Hatcu. — A geological map of the Soathern Transvaal. London, 

1897. 
83 . Id. — A geological survey of the Witwatersrand and other districts 

in the Southern Transvaal. Quart Journ. of the geol. Society, Vol. LIV, 

p. 73. London, 1898. 

24. J.-A.-L. Hrndkrson. — On certain Transvaal Norites, Gabhros and 
Pyroxenites and other Sonth African rocks. London. i8g8. 

26. A. HObnbr. — Geognostische Skizzen von den Sûd-Afrikanischen 
Diamanten-Distrikten. Petermann's Geogr. Mîttheilungen, XVII, p. 81, 1871. 

26. Id. — Geognostische Skizzen aus Sûd-Afrika. Peterrnann^s Geogr. 
Mittheilungen, XVin, p. ^ià'J. Gotha, 187a. 

27. M.-L. DB Launay. — Les mines d*or <iu Transvaal. Annales des Mines, 
9, IX, p. I. Paris, 1896. 

28. K. Mauch. — Heisen in Sûd-Afrika. Petermann's (ieogr. Mittheilun- 
gen. Krg&nzungsheft, 37. Gotha, 1874. 

29. G.-A.-F. MoLRNURAAPP. — Ueber einige Erz-und Mineralvorkouuuen 
in der Sûdafrikanischen Kepublik Transvaal. Zeitschr. fur Kryatallogra- 
phiCy XXn, p. i5o, 1893. 

30. Id — Beitrag zur Géologie der Uingegend der Goldfelder auf deni 
Hoogeveld in der Sûdafrikanischen Republik. \eaeH Jahrbuch fur Minéra- 
logie, etc. Beilageband IX, p. 174. Stuttgart, 1894* 

31. Id. — Diamonds at Rietfontein. Transactions of the geological 
Society of South -4/rica, Vol. III, p. laa. Johannesburg, 1898. 

32. Id. — Annual Report of the State Geologist of the South African 
Republic for the year 1897. Transactions of the geological Society of South 
Africa, Vol. IV, p. 119, Johannesburg, 1898. (Traduit du rapport oillciel en 
hollandais. Groenboek, N" 16. Pretoria, 1898). 

33. Id. — The glacial origin of the Dwyka (longlonierate. Transactions 
ofthe Geological Society of South A/ViVa, Vol.IV, p. io3. Johannesburg, 1698. 

34. Id. — Geologische Aufnahine der Sûd-Afrikanischen Republik. 
Jahresbericht ùher dos Jahr i8g8, Pretoria, 1900. (Traduit du rapport 
officiel en hollandais. Groenboek, N" 16. Pretoria, 1899). 

35. Id. — Die Reihenfolge und Corrélation der geologischen Formationen 
in Sûd-Afrika. Neues Jahrb.fùr Minéralogie, etc., i900,I,p. ii3. Stuttgart, 1900. 

36. M.-A. MouiXK. — Mémoire sur la géologie générale et sur les mines 
de diamants de TAfrique du Sud. Annales des Mines. Série VII. Année i885, 
p. 19a. Paris, i885. 

37. H. Obmigubn. — Goldhaltige Kobaltgâuge in Transvaal. Zeitschr. fur 
praktische Géologie. Bd. VII, p. 271. Berlin, 1899. 

38 R.-D. Oldham. — A uianual of the geology of India, Calcutta, 1893. 

39. W.-H. Pbnmng. — A sketch ofthe high level coal-lields of South- Africa. 
Quart. Journal of the geological Society, Vol. XL, p. 65o. Londou, 1884. 

40. Id. — A sketch of the gold-tields of Lydenburg und de Kaap in th<* 
Transvaal. Quart. Journal of the geological Society, Vol. XLl, p. 069, i885. 

41 Id. a contribution to the geology of the Southern Transvaal. Quart. 
Journ. ofthe Geological Society, Vol. XLVII, p. ^'vj, 1891. 

42. A.-R. Sawyer. — The South Rand Coallield and its connexion with 
the Witwatersrand Banket-Formation. Trans. of the Feder. Institution of 
Mining Engineers, Vol. XIV, \ewcastle upon Tyne, 1898. 



Qa GÉOLOGIE DE LA REPUBLIQUE SUD- AFRICAINE SI JanV. 

43 . A.-R. Sawybr. — The goldûelds of Mashonaland. 

44. Id. — The Portagaese Manica goldQeld. Transactions of the Fed, 
InstiL ofMininfi^ Engineers, Février 1900. London, igoi. 

46. A. Sghrngk. — Geologische Skizze von Sùd-Africa. Petermann*s Geogr. 
Mittheilungen. Bd. XXXIV, p. 220. Gotha, 1H88. 

46. Id. — Ueber Glacial-erscheinungcn in Sfid-Afrika. VerhandL des 8^' 
Deutschen Geogvaphentages zu Berlin^ p. i45. Berlin, 1889. 

47. A.-C. Sbward. — Note on plant-reuiains from Vereenig^ng, Transvaal. 
Qaart, Journal of the geol. Society, LIV, p. 92. London, 1898. 

48. G.-W.Stow. — On sonie points of South- African geology. Quart, Journal 
ofihe geoL Society, Vol. XXVII, p. 28, r>o, 02, 497, 523 et 534. London, 1871. 

49. Id. — On the geology of Griqualand-West. Quart. Journal oj the 
geol, Society, Vol. XXX, p. 58i. London, 1874. 

60 . E. SuBSH. — Das Antlitz der Erde L Wien, i885. 

61. P.-C. SuTHBRLAND. — On the geology of Natal. Durban, 1868. 

62. Id. — Notes on an ancient bouldcrclay of Natal. Quart. Journal oJ 
the geol. Society, Vol. XX\1, p. 5i4. London, 1870. 

63. E.-A. Wt)LFiNG. — Untersuchung eincs Nephelin-sycnits ans dem 
mittleren Transvaal in Sfid-Afrika. Neues Jahrb, fur Minéralogie, etc., 1888, 
n, p. 16. Stuttgart, 1888. 

b4. R. Zbillbr. — Etude sur quelques plantes fossiles, en particulier 
Vertehraria et Glossopteris des environs de Johannesburg (Transvaal). B, 
S. G. F., 3, tome XXVI, p. :r,9. Paris, i89<>. 



UNE SOLUTION PALÉONTOLOGIQUE 



LE NEOGENE SUR LA FEUILLE DE MONTPELLIER 

par M. P. G. de ROUVILLE. 

1. — Sous le litiH?, Une solution paléontolo^ique, nous annon- 
cions, il y a peu lie temps, rattribution définitive à l'horizon 
berriasien des calcaires à Serpules de I^ Valette. 

Nous nous taisons un devoir do rouvTir cette rubriqui» ptmr 
annoncer, cette lois, l'attribution, conforme aux conclusions dc^ 
M. Roman, des calcaires miroitants crétacés de Saturargues et de 
THoi'tus à rhorizon du Valanginien supérieur. 

M. Gennevaux. dont je signale pour la seconde ibis le zèle géolo- 
gique, a bien voulu, sur ma prière, consacrer une de ses dernières 
excursions à la recherche de fossiles sur le lieu précis indiqué par 
M. Roman dans sa coupe du causse de Pompignan * ; il en a 
recueilli un certain nombre, parmi lesquels notre collègue 
M. le professeur Kilian, à la compétence duquel nous les avons 
soumis, a reconnu les espèces suivantes : 

« Adalte de Hoplites pexipixchua Schl. — Uoubaudi d'Orb. 

Hoplites Franlsi Kil. (« Ottnteri Nrum. et Uhl. p. p.). 

Hoplites Albini Kil. 

Holcostephanus psilostomus Neuiii. et Uhl. 

Duvalia lata (Blainv. sp.). 

HiboUtes jaculam Phil. 

Pholadomya elongata Mûnst. 

Arca cf. ferruginea. 

Vola (Janira). Valve plate. 

Pjrgurus rostratus Ag. Typique. » 

M. Kilian ajoute : 

(( Cette faune appartient sans aucun doute au Valanginien supé- 
« i*ieur, malgré la présence de HopL Frantzi et de Holcostephanus 
« ail*, psilostomus^ formes plutôt hauteriviennes. 

f( L*existence de Duvalia lata accuse son âge valanginien. 

(( C*est à peu près le niveau du Fontanil, ou plutôt un peu plus 
récent (le Pj'f^irus du Fontanil n'est pas le vrai rostratus) )). 

Le niveau des calcaires miroitants, si tant est que ce faciès ne se 

I. B, S. G. F., a« s., t. XXVII, p. 5i8 ; t. XXVIU, p. 774. 



us ItOL'VlLLE 




Fig-.3 



FiK.'..- 



5, CalcBire oli^cènc à Limntea longiscata ; i, Poudingnes et marnes (hori- 
zOD de VAnthracolheriam) ; 3, Calcaire laeuatre supérieur (Tongrlen) ; 
V, Lignites à PaUolherium de Viviers ; i. Marnes et grès à Lophiodon ; 
L, Lignites de Teyran A Balimaa Hopel; i. Calcaire Intitien eontenant A 
Teyran : BaUmaë Hopei M. de S., B. Sereti, Planorbiê pêeadoanunania* 
Schl-, Limnma Miehelini Desh., Strophoêloma Lapieida LeuAroy, Hélix 
MafÉoni Desb., Papa sp. ; — o, Horizon rouge (Gammnien de Leymerie) ; 
— Ne, Néocomien (Berriasien, Valanginien). 



^Cpi LE NÉOGÈNK SUR LA FKL'ILLK DK MONTPELLIER 90 

«reproduise pas en âge hauterivien, se trouve donc définitivement 
établi comme Valanginien supérieur. 
Desitum est disputari. 

Pourrons-nous en dire bientôt autant du Néogène lacustre de la 
i'euille de Montpellier ? En attendant, nous appuyons, de nouvelles 
coupes, dans la note suivante, notre interprétation de iSjS. 

II. — M. Gennevaux, témoin intelligent et attentif de TappUca- 
tion de la méthode de continuité, faite sous ses yeux, au complexe 
lacustre de Grabels-Coulondres ', a étendu le champ de ses obser- 
vations au territoire d\\ssas-Viviers-Teyi*an, où le Bartonien a 
reçu, sur la feuille de Montpellier, une extension qui ne nous 
parait pas lui convenir. 

A cet effet, il a dressé le plan et les coupes ci-jointes dont Tinter- 
prétation, différente de celle qui leur a été donnée -, mettent 
en relief, à nouveau, et confirment la régularité et la netteté des 
éléments stratigraphiques de notre complexe lacustre. 

Ils montrent, de plus que nos schémas précédents ', un double 
niveau de lignite : Tun se rattachant à celui de La Gaunette ou 
Lutétien, l'autre, à celui de Coulondres ou Priabonien ; le premier 
avait été déjà reconnu par M. Delage dans le calcaire à Planorbis 
pseudoammonius Schl. à Grabels, au point où la route, qui mène 
de ce village à la route de Grabels, est traversée par un remar- 
quable dyke basaltique. 

Dans la nouvelle région, comme à S^-Gely, le Bartonien sépare 
le calcaire à BuUmus Hopei M. de Serres, du calcaire à Melanopsis 
mansiana Noulet. Le lignite inférieur s'y trouve compris entre 
deux calcaires dont le supérieur ne fournit pas de Bulime. 

Enfin, le tout supporte le calcaire à Lymnœa longiscata Brong., 
en recouvrement immédiat et concordant, non pas sur le Bar- 
tonien, comme il a été dit ^, mais sur le Poudingue oligocène. 

Ce poudingue, dans toute notre région, revendique l'allure indé- 
pendante, attribuée ^, à tort selon nous, au Poudingue bartonien. 

La série de S'-Gely se présente donc dans la région d'Assas- 
Teyran, augmentée d'un terme distingué sous la rubrique L* dans 
la Carte géologique de 1875. 

I. B. S. G. F., [3], XXVllI, p. 60a, 1900. 

a. Coupes d'Assas et de Teyran. Roman, thèse, p. 170-186. 

3. Roman, thèse, p. 171. 



SUR L'AGE DES ROCHES ERUPTIVES DU CAP D'AGGIO 

(ALPKSy-MARITIMBs) 

par M. Léon BERTRAND. * 

La comniunicatiou iiiiéressaiite faite par M. Guébliard dans 
séance du 3 décembre derni<u' (Comptes- rendus sommaires y 
XXVIII, p. 147), où il indique que les tufs cinéritiques de Bii 
sont du Miocène supérieur, rajeunit notablement Vàgv adii 
jusqu'ici généralement pour les éruptions de labradorites dans 
Sud des Alpes-Maritimes. Il est d'ailleurs très vraisemblable qu^ 
ces érupticms ne sont pas toutes contemporaines et que certaine 
d'entre elles datent de la fin du Pliocène ou même du Pléistoeène *, 

Kn particulier, il me parait certain, actuellement, que les éru| 
tions qui ont donné naissance aux roches analogues situées au Cap 
d'Aggio et dans le voisinage doivent se rapporter à une date trèS-3 
récente. Je ne connais d'ailleurs en ce point aucune roche éruplive:; 
en place, soit en coulée, soit en produits de projection. Le gise-' 
ment du Cap d'Aggio est formé de produits de projection remaniés 
et stratifiés^ formant un placage contre la falaise de calcaires juras- 
siques ; il en est de même pour un autre gisement situé à un kilo- 
mètre au nord-est. au fond d*une baie, presque en vue de Monaco, . 
aussi au niveau de la mer. Dans ces deux gisements, on a de vérita- 
bles dépôts formés uniquement de matériaux éruptifs. Par contre, , 
au-dessus de la gare de laTurbie, ces éléments sont disséminés au : 
milieu d*un dépôt de galets de plage, probablement pléistoeène ou 
au plus du Pliocène supérieur. De même, on retrouve les mêmes 
matériaux éruptifs dans une tranchée de la route de la Coi*niche, 
auprès de Monaco, an -dessus du second gisement du bord de la 
mer cité plus haut, dans une puissante formation bréchoîde qui 
me parait à peu près contemporaine du remplissage des fentes du 
calcaire jurassique de Monaco, c'est-à-dire de la formation de la 
brèche ossifère de cette localité. 

Quant à Torigine de ces matériaux éruptifs, ils me paraissent 
provenir d'éiniptions ayant eu lieu par une ou plusieurs cheminées 
situées actuellement sur l'emplacement de la mer, mais très près du 
rivage actuel ; leur âge serait très récent, car elles dateraient du 
Pléistoeène ou, au plus, du Pliocène supérieur. 

I. M. Aiuhayrac, déjà, a signalé deux gisements de ees roehes dans les pou- 
dingues du delta du Var. 



Note de I 



4? Série Tome L_ R.l_.ftw«w(A.r/.An*Mrj!SCT. 



DISTRICTS 




Waterbers". 

ZoutpansTK'i'g. 

Hiisleulmi'o;. 

R'étoria. 

Mjddrlbiiry. 

Ljjden)»irg'. 

Mnrico, 

Pot chefs! l'uoni, 

Krutfevsdorp. 

Heiirplbcrtj, 

Staiidertoii. 

Carolina. 

Ernu-Io. 

Walikei'slrtioni. 

Pirt-Uetief. 

iMoi m!i.,(' 

Wnliii irajisst h1 

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.T.l.ItM.(S^anoBdu22Januim'J^J). 



_ Coupe sché 



N. 



and 



Knoppi 



Plateau du Palala 



CtcarpMMnt nord 
iduPlftlaU 



duplalMUi 



T«rrMbaMW 

dcUvjJlM 
du 
TaMhop. Limpopo. 




•«"« "^ "•"■"<>' UD-AFRICAINE 



L a g 



réolotfiques 



.Hont^e^^ iî </e . 



«nciv. 






srust d'après le 




Lisbon* 



DI« 



gg^œS^SlîBH 



Série de la 
Dolomie : 

Dolaminr ei jt&t. 



V ffarvcan. ekL Thêta • Reef . 
DL Horùcan du Diggeps -Leaders tfçui- 
uaJmut au ^ùanÊÊit^ de Barpett 's • 
Berlin et ott-Tweefontem-Recf . 



Série du Black-Reei : g^rm,r , t^uartjaàas , con^loni^irut*T 

/(orJit\r amjififdaiotd^f <hi' fQtprivier . 
Omttite nncien. . 

t 

Système priuiaire ' 

Sud- AJVicain : \ *^ ^•^ du WiUvateparand . 

.fr/tiéfiéi^r cr^/alio'l la Série de Barberto» ou du 
pàyliûns . tfuarùàtM j Ho.pital - HiU . 

fihj^ThtdaT etc. 

Ih'aitasmf 



Lith . Dufimot/ , Jhris. 



ÉTUDE 

SUR LA 

TECTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOIS 

par M. E. FOURNIER. 

La chaîne du Jura a été, depuis les débuts mômes de la science 
géologique, Tobjet d^études si nombreuses et si détaillées de la 
part de savants éminents tels que MM. Marcou, Thurmann, Thirria, 
Vézian, Parandier, Bertrand, Kilian, Résal, Lory, Choftat, Bour- 
geat *, etc., etc., qu'il semble qu'il y ait quelque témérité à 
prétendre qu'on puisse encore trouver du nouveau dans une 
région si bien connue. 

Néanmoins, les nombreuses excursions géologiques et spéléolo- 
giques que nous avons faites dans cette région depuis 1896 nous 
ont permis de relever un grand nombre de coupes et de constater 
plusieurs phénomènes très intéressants au point de vue tectonique 
et qui avaient passé jusqu'ici à peu près inaperçus, ou avaient été 
mis en lumière d*unc manière insuf lisante. 

En coordonnant ces phénomènes, nous sommes arrivé à nous faire 
de la structure géologique de lu chaîne du Jura une conception 
qui, comme nous allons essayer de le montrer, diffère en bien 
des points de celle que Ton pouvait considérer jusqu'ici comme 
classique. 

Au point de vue tectonique on peut diviser le Jura Franc- 
Comtois en six zones qui sont en allant de Test à l'ouest : 

I. La zone de la Haute-Chaîne, constituée par une épaisse masse 
de Jurassique supérieur, plus ou moins plissée, dans laquelle 
s^enchâssent des chapelets de brachysynclinaux amygdaloïdes 
dont le noyau est occupé par le Crétacé et Flnfra-crétacé. 

n. La zone des grands plateaux compi*enant tous les étages du 
Supi*a et du Médiojurassique, avec failles d'importance variable. 

I. Il sortirait absolument du cadre que nous nous sommes impose 
d*entreprendre de donner ici un index bibliog^apliique, même sommaire, 
des principaux travaux publiés sur cette région, nous nous contenterons 
dans le courant de cette étude de renvoyer le lecteur à ceux de ces travaux 
dans lesquels les questions tectoniques qui nous occupent ont été abordées. 

18 Aoftl 1901. — T. lor. Bull. Soc. Géol. Fr. — ; 



98 E. FOURMEii 21 Janv. 

» III. La zone plissée du Vignoble, composée de chapelets de 
brachy anticlinaux séparés les uns des autres par des bandes 
synclinales faillées. Les noyaux des brachyanticlinaux sont cons- 
titués par le Trias, le Lias et le Jurassique moyen. L'axe des 
bandes synclinales par le Jurassique supérieur. 

rV. La zone occidentale des plateaux limitant au noixi-ouest la 
vallée moyenne du Doubs, depuis Montbéliard *. 

V. La zone des açant-monts du Jura et le pointement amygda- 
loîde ancien de la Serre, 

VI. La zone des bassins d'effondrement des vallées de TOgnon 
et de la Saône. 

Cette dernière zone est limitée du côté de Touest par une série 
qui peut être considérée comme formant la bordure orientale du 
Bassin de Paris 

Nous allons étudier successivement ces difl'éivntes zones, en 
n'insistant pour chacune d'elles que sur les faits nouveaux de 
nature à modifier l'interprétation qui en a été donnée jusqu'ici. 

I. Zone de la Haute-Chaîne 
ou Zone des brachysynclinaux crétacés 

Cette zone s'étend sur la partie orientale des feuilles de Saint- 
Claude, Lons-le-Saulnier, Pontarlier, Ornans. Klle est particu- 
lièrement cai'actérisée sur ces deux dernières feuilles et surtout 
sur celle de Pontarlier où elle est formée d'une série de chapelets 
de brachysynclinaux et de bi'achy anticlinaux dont les axes sont 
dirigés sensiblement N.E.-S.O. C'est le Jurassique supérieur 
(Oxfordien, Rauracien et Virgulien) qui forme le noyau des 
brachyanticlinaux, tandis que Taxe des brachysynclinaux est 
constitué par l'Infracrétacé et la pailie inférieui'e du Crétacé 
(Cénomanien). La structure amygdaloïde est beaucoup plus nette 
dans les chapelets synclinaux que dans les chapelets anticlinaux. 
On peut citer comme brachyanticlinaux typiques ceux du mont de 
Saint-Sorlin, du bois de Pierre-qui-Tourne, du Giand-Bois, de 
Montperrcux, de Montpetot, etc. Comme brachysynclinaux il faut 
noter surtout ceux de Ronde-Fontaine, Remoray, Saint-Point, 
Mouthe, Chàtel-Blanc et, en Suisse, celui du lac de Joux. 

I. Dans une récente étude Sur les réseaux hj^dro graphiques du Doubs 
et de la Loue, nous avons eu l'occasion de signaler l'existence de ces pre- 
mières zones et de montrer le rôle qu'elles jouent dans l'hydrographie. 
Ann. de Géographie, N" 4^, lô Mai 1900. 




igOI ETUDE SUR LA TECTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOlS 99 

Quelques-uns de ces brachysynclinaux présentent sur l'un et 
Tauti^e de leurs flancs un déversement qui peut parfois atteindre 
une gi^ande intensité. 

C'est ce ([ui se produit par exemple sur la partie moyenne du lac 
de Saint-Point entre Saint-Point et Bellerive (lig. i) et aussi entre 
Malbuisson et Chaudron. 

"0. SX. 




Fig. I. — Coupe (le la partie moyenne du lac de Saint-Point. 

Echelle i/ao.ooo* environ. 

.4^/, ^Vlluvions glaciaires ; c^ Cénonianien ; c't, Gault ; Cm, Urgonieu 
civ, Haulirrivien ; Ct, Valanginien; J^-e^ Portlandien. 

L'intensité du déversement varie d'ailleurs d'une manière consi- 
dérable d'un point à un autre. Ainsi, tandis que les couches 
de calcaire cénomanien que Ton observe sur la rive droite du 
ruisseau du moulin de Chaudron, plongent avec une inclinaison 
inférieure à 4^** sous le Gault et TUrgonien, on voit les couches 
situées plus au nord se i-edresser rapidement de telle sorte que, 
sur le sentier qui conduit à la Source-Bleue, THauterivien et le 
Valanginien présentent des couches à peu près verticales. Si l'on 
suit ces dernières dans la direction du Malbuisson on voit le 
renversement s'accentuer à tel point qu en certains endroits le 
plongement vers le sud n'est plus que d'environ 45°. Des variations 
analogues s'observent dans les brachysynclinaux d'Oye et Pallet 
et de Remoi*ay. 

Le brachvsvnclinal de Saint-Point est bordé de deux brachyanti- 
clinaux : au nord-est, par celui de Pierre-qui-Tounie dont l'axe 
est constitué par une créle astartienne ; au sud-est, par celui de 
Montperreux dont le noyau est en majeure partie constitué i)ar le 
Virgulien mais qui laisse même apparaître, dans la profonde vallée 
où passe le*chemin de fer de Pontarlier aux Hôpitiiux-Neufs, un 
peu de Rauracien, d'Oxfordien et même de Bathoni(*n. 

C'est dans ce même ravin, mais beaucoup plus au nord, près de 
la Fontaine intermittente (Fontaine-Ronde) que l'on observe une 
des coupes les plus singulières de la région. Kn eilet. au fond dé 
ce i*avin, encaissé entre deux falaises abruptes de Jurassique, ou 



K. FOURNIER 



voit aillcurer da Valanginien en cïouclies horizontales, ainsi que le 
luonlre la ligure a. Le Jurassique supérieui- qui ^iurmonte i:e Valan- 
ginien est lui-même en série renversée. Au [)i'emier abord, l'idée 




- Coupe à la toulamt Ronde. — Ëdirlle i/tS.o: 
Mcme Ifftendr. — J', Virgulien. 



qui ae présente le pUif- natui-ellemenl a l'ot^prit, est qu'on a lu 
aflhirc à une nappe de recouvi-emriit dans le Uunc i-enversé de 
laquelle tes érosions <jui ont creusé le i-avin sont parvenues a 
mettre à mi le Valanginien. Si une pareille eoupe se présentait 
avec une telle netteté dans les Ali>es ou en Pravence, beaucoup de 




a kiluiMètnx au sud de la {irércdenlc. 
iviron. — M^nip li-|^ndc. 



géologues n'Iiésiteraient pas un seul instant h y voir une preuve 
directe de l'existence d'une nuppe eharriée. Le si-ui fait que nous 
sommes ici dans la chaîne du Jura, ([uc les travaux classiques des 
géologues les plus éniinents nous ont habitué à considérer comme 



igOI ETUDE SUR LA. TECTONIQUE DU JUKA FRANC-COMTOIS ICI 

un type de chaîne régulière, devait déjà nous mettre en garde 
contre celte interprétation.- Nous avons donc entrepris de suivi*© 
le contact entre le Portlandien et le Valanginien afin de voir si 
Tailure des couches ne se modifîerait pas dans une certaine 
direction. 

Or, à deux kilomètres environ au sud de la Fontaine- Ronde, 
nous avons vu les couches se relever et plonger en sens inverse à 
environ ^b" de part et d'autre du thalweg ainsi que le montre la 
figure 3. 

Enfin, près de Touillon et. Loutelet, au moment où la route va 
sortir du ravin pour déboucher dans la plaine glaciaire de 
Métabief, le relèvement s'accentue binisquement, les couches 
demeurent verticales et même normales, de sorte qu'une coupe 
relevée près de Métabief ou aux environs de Longueville (fig. 4). 

N.O. SE. 

Muve d^ Lon^vueville 

Muve de Rou^e'Bif^ 

I 
I 




Fig. 4- — Coupe ù la mine de Longueville. — Echelle 1/40.000* environ. 

Même légende. — /•>, Limonite. 

XoTA. — Une partie de cette coupe a déjà été donnée par Résal. 

nous montre les couches infracrétacées (qui tout^-l'heure sem- 
blaient recouvertes par le Jurassique) formant l'axe d'un synclinal. 
La conclusion s'impose : Tinclinaison des couches du Jurassique 
formant les flancs du synclinal s'accentue au fur et à mesure 
([ue l'on Vavance vers le nord-est et cela à tel point que les 
deux flancs jurassiques se couchent jusqu'à Thorizontale et vien- 
nent se toucher au-dessus des couches infracrétacées. 

J'ai déjà signalé des faits tout-à-fait analogues en Provence ; 
plusieurs géologues les ont considérés comme une impossibilité. 
Ici ils sont visibles et partant, si on refuse de les admettre, 
on sera amené comme je le montrerai tout-à-rheure à la concep- 
tion qu'une grande partie de la chaîne du Jura est en recou- 
vrement. 

Tous les brachysynclinaux de la Haute-Chalne ne présentent 



loa 



E. FOURNIER 



21 Janv. 



pas des phénomènes de renversement aussi accentués que ceux 
du lac de Saint-Point et de la Fontaine-Ronde mais un grand 
nombre présentent un renversement dans la partie médiane ou 
au moins un fort redressement dans Tun de leui*s flancs ou dans 
tous les deux. Quand un flanc seulement est redressé ou renversé, 
c'est toujours le flanc sud-est, ce qui montre qu'il y a vers le 
nord-ouest une tendance à Taflaissement. Nous verrons tout-à- 
l'heure la même tendance se manifester dans les failles qui, 
comme Fa dit Thurmann d'une manière fort i)ittoresque « ont 
toujours le regard français ». 

Dans la Haute-Chaîne deux brachvsvnclinaux à flancs renversés 
sont toujours séparés par un brachyanticlinal à double déverse- 
ment; ainsi, pjir exemple, entre la Fontaine-Ronde et le lac de 
Saint-Point on observe la coupe représentée par la figure 5. 



N.O. 




Lac de 
St^ Points 



Coupe entre la Fontaine-Ronde et le lac de Saint-Point. 
Echelle i/4o.ooo'; — Même légende. 



Ces brachysynclinaux et brachyanticlinaux s'orientent en cha- 
pelets dont la notion doit être, pour la Haute-Chaîne, substituée 
à celle des chaînons parallèles on, si l'on veut conserver le ternie 
de chaînons, il importe de préciser qu'ils i)résentent des i)oints 
d'ensellement' coiTCspondant en réalité à des extrémités de 
brachyanticlinaux. Les cours d'eau ont profité de ces points 
d*ensellement pour passer d'une zone synclinale dans la suivante. 

Quant aux brachysynclinaux, ils sont tous occupés par des lacs, 
des tourbières ou des dépôts glaciaires -. Il serait fastidieux de 
décrire ici tous les brachysynclinaux et brachyanticlinaux de la 
Haute-Chaîne, les mêmes phénomènes s'y reproduisant toujours 



1. A. DR IjApparrnt. Leçons de géographie physique. 
a. E. FouRNiER. Ann, de géogr.^ lo février 1900. 



igOI ÉTUDE SUR LA TECTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOIS Io3 

avec peu de modifications. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les 
feuilles de Lons le-Saulnier, Pontarlier et Omans pour constater 
la généralité de cette structure. 

IL — Zone des grands plateaux 

La zone des plateaux offre peu d'intérêt au point de vue tecto- 
nique, les couches y sont sensiblement horizontales ; les seuls 
accidents importants consistent en failles. 

Une premièi'e série de failles séj)are le haut plateau de la zone 
précédente, ce sont, en allant du sud au nord, les failles de Mour- 
nans, Courvière (Feuille de Lons-le-Saulnier), Sombacourt, Saint- 
Gorgon, Fuans, Luhier et Damprichard (Feuille d'Omans). Le 
haut plateau (troisième plateau) est constitué par le Jurassique 
supérieur et principalement i)ar TAstartien, le Virgulien et le 
Portlandien ; son altitude moyenne est voisine de 800 mètres. Dans 
le Jura franc-comtois, il n'y a pas de limite tectonique bien nette 
entre le troisième et le deuxième plateau. Il faut aller jusque dans 
le Jura salinois pour trouver cette limite marquée i)ar la grande 
faille de Montmahoux. Le deuxième plateau, dont Taltitude 
moyenne est voisine de 700 mètres, est constituée jiar du Jurassique 
moyen et par la partie inférieure du Jurassique supérieur. 

N.O. SX. 

r> IdjoniroDe l'HâpiLat du t^. Paldahort. 

trmuc \ ru* '**^*' 

soiLÊ-p.ocite- r _ 

Mar€Ùa de Stiàngt 




Figr. 6. — Coupe de la zone des hauts plateaux. — Echelle i/iao.ooo*. 

F, Faille de Mamirolle; a, Alluvions et tourbières ; J^^ Virgulien; /*, Astar- 
tien; /3, Rauracien; J^, Marnes oxfordiennes; Ji, Bathonien supérieur; 
/iiii, Bathonien ; /ir, Bajoeien (cale, à Entroques). 

Enfin le deuxième plateau est séparé du premier par la grande 
faille de Mamirolle et par les escaipements du Rauracien qui lui 
font suite vers le sud-ouest. Son altitude moyenne varie entre 
4 et 5oo mètres. En somme cette division des plateaux en trois 
zones est très artificielle, les failles qui, en certains points établis- 
sent une limite nette, s'atténuent dans une certaine direction et 
alors la délimitation disparaît. Les plissements qui affectent les 
couches de la région des plateaux sont de peu d'importance ; 
néanmoins ils sont suffisants pour donner naissance, à la surface 



io4 



E. FOURNIER 



21 Jaiiv. 



des calcaii'es jurassicpics, à des bassins fermés, privés d'écoule- 
ment superficiel et dont le rôle, au point de vue de l'hydrologie 
souterraine de la région, est considérable *. M. Parandier - avait 
depuis longtemps déjà attiré l'attention des géologues sur l'intérêt 
considérable que présentent ces bassins. Depuis plusieurs années 
nous en avons entrepris l'étude au point de vue spéléologique et 
hydrologique ; cette étude fera ultérieurement Tobjet d'un mémoire 
spécial. 

C'est aussi dans la zone des plateaux qu abondent les grottes et 
les gouffres dont nous avons poursuivi l'étude depuis 1896 en 
collaboration avec M. Magnin ^. L'uniformité de cette zone est 
telle qu'une seule coupe sufBt pour en donner une idée générale 
nous donnons ici la coupe passant par Saône, Mamiroile, rHôi)ital 
Etalans et le Valdalion (fig. 6). % 

III. Zone plissee du Vignoble 

Nous avons désigné sous ce nom toute la région plissée comprise 
entre les plateaux orientaux que nous venons d'étudier et ceux 
situés à l'ouest de la vallée du Doubs. Cette zone est très large au 
nord de Salins oii elle présente cinq chapelets de brachyanti- 
clinaux : ceux duJBois de la Côte, Liesle, la Bourrelière, Ronchaux 



N.O. 



Citadelle 



Ch*â^ dee Buis 
[ \ Mercftreau 



S.E 
/»/«.*' de 



Troîe'Çhatmle 




Fig. 7. — Coupe de la Chapelle des Buis. — Echelle i/35.ooo* environ. 

a, AUuvions et lourl)ières ; J^', Poudinjçue du Portlandien supérieur ; J^i„ 
Virgulicn ; J\, Ptéroccrien ; J^, Aslarlien ; J^, Rauracien ; J^y Oxfordien ; 
/'„ Dalle nacrée; /^ Toanicn; l\ Charmouthien ; l^y Calcaire à Gryphées. 



et Derrière-le-Fray. Elle se rétrécit en avançant vers le nord : 
ainsi, au niveau de Byans, elle ne présente plus que quati^e cha- 
pelets : ceux des Chatelards, de Byans, d'Abbans-Dessus et de 
Vorges. Près de Besançon il n'en reste plus que deux : celui du 

1. Dans la Haute Chaîne les brachysynclinaux donnent aussi parfois 
naissance à des bassins fermés. 

2. B, S. G. F., [3J, XI, p. 441, i««3. 

3. Mém, Soc. SpéléoL, N" 21 et 24. 



igoi 



ETUDE SUR LA TECTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOIS 



lOO 



Rosemont et de la Ghapelle-des-Buis. Enfin, plus au nord, la zone 
anticlinale devient unique avec les brachyanliclinaux de Monl- 
Sous-Vence, Ougney-le Bas, Grangc-Villàley, Hyèvre-Paroisse, 
Clen^al et Etouvans (carrière de la Reydans). Plus au nord enfin, 
cette zone plissée disparaît, laissant en contact la zone II et la 
zone IV que nous étudierons tout-à-riieure. Cette zone plissée du 
Vignoble a été étudiée pour la première fois, au point de vue tecto- 
nique, par M. Marcel Bertrand ^ Je lui ai moi-même consacré une 
courte étude dans la Feuille des Jeunes Naturalistes -. 

Les brachyanticlinaux de cette zone ont leur axe constitué par 
le Trias, le Lias ou le Médiojurassique. Les bandes s^iiclinales 
qui les séparent ont leur axe constitué par le Jurassique supérieur. 
J'ai montré qu'un certain nombre de brachyanticlinaux présen- 



M.O. X 

/ 
/ 
/ 

I 
I 



s.z. 



Ruvirt de 
3Pf*CaiUet^ 




Fig. 8. — Coupe du Moulin-Caillet. — Echelle i/ao.ooo' environ. 
Même légende. — T,,.,, Rhéticn et Hettangien; t^\ Keuper. 



taient un double déversement au nord ouest et au sud-est : je ne 
reproduirai ici que la plus caractéristique de ces coupes, celle de 
la Chapelle-des-Buis, qui montre avec netteté ce double dévei'se- 
ment (fig. 7). 

La faille des Trois-Ghàtels conserve, tout le long du pli, une 
direction sensiblement verticale. M. Marcel Bertrand, dans son 
mémoire précité (fig. 8) lui donnait une obliquité qui allait en 
saccentuant dans la direction de Moitc, de sorte qu'il considérait 
les rochers iistartiens dans lesquels sont creusées les grottes de 

1. Marcel Bertrand. B, S. G. F., [3], X. p. 119 cl suivantes. 

2. N' 336, 1898. 



io6 E. FOURNIER SI Janv. 

Saint-Léonard comme supei^posés par faille subhorizontale au 
Ptérocérien et au Virgulien que Ton voit affleurer le long de la 
route de Morre. Or, la grotte inférieure de Saint-Léonard s'ouvre 
presque au contact de la faille ; on devrait donc trouver, dans les 
galeries les jilus inférieures de cette grotte, du Virgulien et du 
Ptérocérien ; j*ai pu vérifier qu'il n'en est rien et que les parties 
les plus profondes de la grotte sont encore dans l'Astartien. 

Une autre coupe qu'il nous faut encore citer, avant de quitter 
cette zone des brachyanticlinaux, c'est celle du Moulin-Gaillet * 
sur le flanc nord-ouest du brachyanticlinal de Vorges-Larnod. On 
observe là de l'Astartien recouvert i)resque horizontalement par 
du Bajocien. On pourrait môme croire au premier abord que le 
Bajocien plonge sous le Trias, mais un examen plus approfondi 
montre qu'il y a une faille comme l'indique la figure 8. 

Quoi qu'il en soit la coupe est singulière ; et, si l'on se trouvait 
dans une région moins régulière que le Jura, on pourrait ici encore 
supi)oser que l'on est en présrnce du flauc renversé d'une nappe 
de recouvrement. Les raccords figurés sur la coujïc indiquent 
l'inter^irétation que nous en donnons et qui est conforme à l'idée 
que nous nous sommes faite de cette zone plissée. 

IV. Zone occidentale des plateaux 

Cette zone qui limite au nord-ouest la vallée moyenne du Doubs 
depuis Montbéliard, comprend les plateaux de Châtenois, Monte- 
villars, Arcey, Etrappe, Foiitenelles, Val-de-Roulans, Marchaux. 
Chailluz, Saint-Fergeux, Dannemarie. La majeure partie de ces 
jdateaux est constituée par du Bajocien et du Bathonien surmontés 
d'Oxfordien et de Ilauracien en série subhorizontale, avec quelques 
failles de])eu d'importance généralement dirigées nord-sud. 

M. Marcel Bertrand a donné une coupe schématique de cette 
zone, qui a été reproduite dans le Traité de géologie de M. A. de 
Lapparent, 4*^ édit., p. 1780, W^, 8i3. 

Cette zone, dans sa partie septentrionale, s'appuie en concor- 
dance sur une série triasique complète qui repose elle-même sur 
le Trias formant la terminaison méridionale des Vosges. Plus au 
sud elle est séparée par une série de failles de la zone des avant- 
monts du Jura. 

Nous n'avons observé jusqu'ici aucune particularité remarquable 
dans cette zone, aussi ne nous y arrcterons-nous pas plus longtemps. 

I. Cette coupe a été donnée ])Our la première fois par M. Marcel Bertrand. 
Loc, cit. y p. ii5. 



igoi 



ÉTUDE SUR LA TECTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOIS 



107 



V. Zone des avant-monts du Jura 



N.O. 



S.E. 



Au nord-ouest de la zone précédente, s'étend un chapelet pres- 
que continu de brachyanticlinaux resserré entre les effondrements 
de la vallée de TOgnon et les failles de bordure des plateaux 
occidentaux. Cette région a fait récem- 
ment Tobjet d'une étude de M. J. 
Deprat *. 

Les l)rachyanticlinaux qui la consti- 
tuent sont tous déversés vers le nord- 
ouest et le renversement atteint par- 
fois une telle intensité que les couches 
sont voisines de l'horizontale. 

L'axe de ces brachyanticlinaux est 
constitué par le Trias et le Lias. Nous 
citerons ceux de Merey -Vieilley 
(Hg. 9), celui au sud de Bonnay, ceux 
de Tallaneny, Châtillon, Miserey (fîg. 10), Pouilley, Champagney, 
Mazerolles. Ces derniers ne présentent pas de déversement, mais 
une forte dis- 




Fig. 9. — Brachyanticlinal de 
Merrey-Vielley. — Echelle 
i/8o.ooo'. — D'après M. J. 
Depral. — Même légrende. 



N.O. 

SiAT le Mont 



S.L. 



Mi»ei 



•«y 




jr-j 



Fig. 10. — Brachyanticlinal de Miserey. — Echelle 
1/40.000. — D'après M. J. Deprat. — Même légende. 



symétrie ;rin- 

clinaison la 

plus forte 
étant celle du 
flanc nord- 
ouest. 

Les terrains 
anciens des 
Vosges que 

Ton voit, dans la partie septentrionale de la feuille de Montbéliard, 
disparaître sous le Trias (lequel s'enfouit lui-même sous le Juras- 
sique), reparaissent au sud-ouest de Besançon dans le massif 
amygdaloïde de la Serre, qui vient former comme un trait d'union 
entre les Vosges et le Plateau central. Le massif de la Serre a déjà 
fait l'objet de nombreux travaux de la part de MM. Jourdy, Boui»- 
geat, et tout récemment de M. J. Deprat. Les terrains anciens qui 
constituent le noyau de la Serre ont été plissés très fortement, dès 
la surrection de la chaîne hercynienne comme le démontrent les 
lambeaux de grès vosgien qui, dans la partie centrale du massif. 



1. J. Deprat. Feuille des jeunes naturalistes ^ N' 34'». 



io8 E. FOURNIER SI Janv. 

reposent horizontalement sur les couches relevées des micaschistes 
et des gneiss. Le massif a subi ensuite, vers la fin de TEocène un 
second mouvement qui a redressé les couches triasiques et juras- 
siques sur tout son pourtour et les a même renversées sur une 
grande partie de sa bordure septentrionale ainsi que le montre la 
figure II. 

Tarêt de la Serre 

tjr _ Carrière 





m 

Fig. II. — Coupe du massif de la Serre. — Echelle i/6o.ooo* environ. 

Même légende. — A, Argiles à chailles; /■, Batlionien sup. ; /mn, Bathonien 
moyen et inf. ; <,.,„ Muschelkalk ; <„„ Grès bigarré ; tv, Grès vosgien ; 
r2-ï, Permien; e, Eurite; y„ Granulite; Ç, Gneiss el micaschistes avec 
liions granulitiques. 

C'est par ce dernier mouvement que le massif de la Serre se 
rattache à la zone plissée des avant- monts. Quant au pli d'âge 
hercynien il a joué un rôle capital (déjà mis en lumière par Jourdy 
dans la tectonique de toute la chaîne. C'est contre ce môle que 
sont venues se mouler les différentes zones plissées qui ont épousé 
sa direction générale. En constatant l'alternance régulière des 
zones plissées et des zones de plateaux que nous observons dans 
toute la chaîne, on est même en droit de se demander si, lors du 
mouvement hercynien, il ne se serait pas formé sur tout remplace- 
ment de la chaîne du Jura une série d'aires anticlinales sépai*ées 
par des zones synclinales destinées à devenir des géosynclinaux. 
Après la grande transgression triasique et jurassique le Jura l'ranc 
comtois aurait donc présenté l'aspect indiqué dans la figure vi 
(partie supérieure). 

Loi»squ'à la fin deTEocènede nouveaux mouvements orogéniques 
se sont manifestés, les parties superposéçs aux géosynclinaux se 
seraient seules plissées, tandis que celles superposées aux aires 
anticlinales déjà très plissées, n'auraient subi que des fractures et 
formeraient les régions des plateaux (fig. 12, partie inférieure). 

Deux des zones synclinales au moins (celle des bassins d'effon- 
drement de rOgnon et de la Saône et celle de la Haute-Chaîne) ont 
été certainement à Tétat de géosynclinaux pendant Tlnfracrétacé *. 

I. J. Dkprat. Les bassins d'effondrement de l'Ognon et de la Saune. Loc, 
cit., et Etudes micrographiques sur le Jura septentrional. Soc, Hist, \at. 
Douba, 1900. 



ETUDE SUR LA TECTONIQUE 1>U JUHA Fit ANC-COMTOIS 



109 



Quant à la zone des brachyanticlinaus du Vignoble, la pénétra- 
tion du Portlandien supérieur (Chapclle-des-Buis, Montfaucon) sur 
sa bordure méridionale semble indiquer aussi que l'airaissement 
qui, dans l'Oxfordien, avait amené dans cette région une faune 



Via : VI4 I Vtc "^ 




après les plissements 



A. Aires anticlinales hercyniennes ; G, Géosyncliuaux lierc jniens; C, Crétacé ; 
c, Infracrétacé ; J: SuprojurassiqUf ; Jm, Mediojurassiqiie ; (, Lias; 
(, Trias. — I. Zone îles brattay synclinaux de la Haute-Chalue. — II, Zone 
des grands plateaux. — DI, Zone des braeliy anticlinaux du Vignoble. — 
IV, Zone des plateaux occidentaux. — V. Zone des avant-monts du Jura. 
— Vî^, Synclinaux crétacés de l'Ognon. — VI», Plateaux intermédiaires. 
Vie, Synclinaux crétacés de la vallée de la SaAne. 



pélagique, a été suivi d'une émersion en masse vers la an du 
Jurassique, émersion qui a affecté à la fois la zone du Vignoble et 
celle des plateaux. 

VI. Zone des bassins d'effosdhemext de l'Oonon 

ET DE LA SaiïNE. 



Les vallées de l'Ognon et de la Sadne sont jalonnées par une 
série de synclinaux crétacés souvent enfouis par faille dans le 
Jurassique ; ceux de l'Ognon sont presque tous renversés vers le 
nord-ouest, ceux de la Saône sont normaux. La ligne synclinale de 
rOgnon est séparée de celle de la Saône par un plateau faille qui 
semble avoir joué le rôle d'une aire anticlinale, et qui se trouve 
exactement dans le prolongement de l'axe du massif de la Serre. 



IIO 



K. FOURNIEU 



ai Janv. 



Si l'hypothèse que nous avons émise tout-à-rheure relativement au 
rôle des plis hercyniens du subslratum est exacte, cette coupe 
s'explique tout simplement : le plateau est superposé à une aire 



N.O. 

rtilUe de 
ta. Saoïve 



Plat 



ea.tt 



d tAivtoT-em^ 



l'aUém d4f l'O^rvon. 




Fig. i3. — Coupe à travers les bassins crétacés de l'Ognon et de la Saône 
et le plateau intermédiaire (En partie d'après M. J. Deprat). — Echelle 
i/iao.ooo* environ. 

Même légende. — /*, Portiandien. 

anticlinale ; les deux zones synclinales Via et VIô (fig. 12) sont 
superposées à des géosynclinaux. La zone VIô est renversée car 
elle a subi directement TefTet des plissements éocènes : la zone 
Via est normale parce qu'elle a été protégée par Taire anticlinale 
intermédiaire (fig. i3). 

Ce qu'il a de remarquable dans la zone de TOgnon c est l'inten- 
sité considérable 

N.O. s.e. , 

que le renverse- 
ment peut attein- 
dre et qui va par- 
fois presque jus- 
qu'à l'horizontale 
comme le montre 
la figure 14. Or, si 
dans cette figure 
on faisait abstrac- 
tion de la faille 
qui sépare le Jurassique de la bordure nord-ouest du Crétacé du 
bassin, faille qui d'ailleurs n'est pas toujours très visible ; le Cré- 
tacé en question se présenterait exactement comme celui des 
bassins d'efl'ondrcmcnt de Provence avec l'apparence d'un substra- 
tum récent mis à nu par Térosion dans une nappe charriée, l'hypo- 
thèse paraît d ailleurs si invraisemblable qu'on hésite à rapprocher 
ces coupes de celles des ^\^, i. 2, 3, 5, 8. d'autant plus que la 
preuve directe de la non existence de la nappe est facile à faire. 




Cir 



Fig. 14. — Echelle i/a5.ooo' environ. 
J*-î>, Virgulien et Astartien. 



I9OI ETUDE SUR LA TECTOXigUE DU JURA FRANC-COMTOIS III 



Plis transverses 

Nous ne voulons pas terminer cette étude sans dire quelques 
mots de la curieuse région qui s'étend sur la partie méridionale 
de la feuille de Besançon et sur la partie septentrionale de la 
feuille de Lons-le-Saulnier entre Grozon et Salins. 

M. Marcel Bertrand avait déjà montré que le Trias et le Lias de 
cette région étaient toujours sépai'és du Jurassique par une faille 
oblique dont le contour est sinueux ' . 

J'ai montré plus récemment que cette faille était accompagnée 
d'un pli couché présentant, en certains points, un déversement 
considérable (Feuille des Jeunes Xai., loc. cit.) et que ce pli était 
transverse par rapjjort aux brachyanticlinaux du Vignoble. L'am- 
plitude du déversement étant déjà très gi'ande près d'Aiglepierre 
j'avais été amené à rechercher si cette amplitude ne serait pas plus 
considérable encore dans d'autres parties du pli. Or, tout récem- 
ment, j'ai été, d'une manière tout-à-fait fortuite, mis sur la voie 
d'un phénomène très curieux relatif à ce pli. 

En classant les collections paléontologiques du Musée à Besançon 
j'avais remarqué plusieurs échantillons d'un petit Pecien (amusium) 
ressemblant à s'y méprendre au P, pumilus du Toarcien, empâté 
dans des marnes grises micacées identicjues à celles du Lias supé- 
rieur et portant comme indications : Sondage de Grozon, au- 
dessous du gj'pse. S'il n'y avait eu qu'un seul échantillon, je n'y 
aurais prêté aucune attention et j'aurais considéré l'étiquette comme 
erronée. Mais il y en a trois portant les numéros 28, 29 et 34 de 
la collection des fossiles du Jura ; l'un des échantillons renferme 
en outre des Possidonomyes. Tous sont donnés par M. Conrod. De 
plus, en classant les Céphalopodes de la même collection j'ai 
retrouvé de nouveau un Grammoceras striatulum -, dans les 
mêmes marnes grises, indiqué également comme provenant du 
sondage de (Jrrozon au-dessous du gj'pse. J'ai fait alors de nou- 
velles recherches et j'ai constaté que le Frère Ogérien, dans sa 
Géologie du Jura, indique précisément comme ayant été trouvé 
dans le sondage de Grozon « Am/nonites striatulus et Pecien 
pumilus » et il ajoute à ce sujet : « Le puits d'exploitation de 
Grozon atteignait, à 5 mètres au-dessous du banc de sel, une couche 
de schistes bitumineux se débitant en minces feuillets très pyri- 

I. Marcel Bkrtrand. Loc, cit., et B. 5. O. F., [3|, XII, p. 457. 
'j. Même collection, N' 34* 



lia FOURMER. — TECTONIQUE DU JURA FRANC-COMTOIS !2I JanV. 

teux, sur lesquels M. Pidancet a reconnu des Pecten et des 
empreintes d* Ammonites ». A Montmorot, près de Lons-le-Saulnier, 
dans la même bande triasique, le même auteur signale des fossiles 
toarciens sous le sel gemme : <( Les échantillons de marne 
noire salifere de Montmorot nous ont oilert quelques feuilles et 
tiges et une empreinte d* Ammonite que nous rapportons à Atn, 
striatulus » '. Il y a donc lieu de supposer que le Trias de Grozon 
est bien renversé sur le Lias supérieur, ce qui indiquerait une 
pénétration assez considérable de la charnière synclinale. Nous 
ne voudrions pas néanmoins attacher à cette observation qui 
peut être discutée, plus d*importance qu'elle n'en mérite ; quoi 
qu il en soit, elle établit du moins, d'une façon cei*taine, que les 
prétendus fossiles marins du Keuper du Jura cités par Ogérien 
appartiennent au Lias supérieur. De nouvelles études de détail 
permettront de trancher la question tectonique. 

J'espère avoir pu montrer par ces quelques considérations que, 
même dans des régions, depuis longtemps étudiées, comme celle 
qui vient de faire l'objet de ce travail, il reste encore bien des 
obser>'a lions nouvelles à glaner. 

1. OoÉRiBN. Uist, nat, du Jura. Géologie^ p. 90. 



CONTRIBUTION A L'ÉTUDE 

DE 

L'INFRACRÉTACÉ A FACIÈS VASEUX PÉLAGIQUE 

EN ALGÉRIE ET EN TUNISIE 

par M. A. JOLEAUD. 

Préliminaires 

I^ Barrâmirn à faciès vaseux pélagique (formations bathyales de 
M. Hang^) n'occupe pas des espaces très considérables en Algérie et 
en Tunisie, mais il s*y montre sur un assez grand nombre de points 
et sa richesse en fossiles, particulièrement en Ammonites pyriteu- 
scs, a depuis longtemps attiré Fattention des géologues. 

Coquand - Ta signalé dans la province de Constantine, à TOued 
Chéniour, au Djebel Taîa, à Aïn Zaîrin (localité indiquée au sud- 
est de Constantine, mais non retrouvée jusqu'à présent) et à Cbiria, 
près de Sétif. 

M. Nicklès^ l*a indiqué au Djebel Oiiach (au nord-est de Cons- 
tantine) et à Medjez Sfa (près de Duvivier). 

M. Sayn ♦ Ta étudié sur ces deux points. 

M. PomeP Ta mentionné dans la vallée du Sig et au col des 
Ouled Ali, près de Sidi bel Abbcs. 

M. Aubert ^ en a relevé plusieura lambeaux en Tunisie. 

M. Repelin ' Ta fait connaître de Sidi Merzoug, dans les environs 
d'Orléansville. 



I. B, S, G. F., (3), XXVffl, 1900, p. 621. 

a. Mém, Sov, Kmul, de la Provence , i86a, t. II, p. 282. — Bull, Académie 
d*Iiipp6ne^ 1880, n» i5, p. 4i' 

3. C. /?. Ac, Se, CVIU, 7 janvier 1889, P- 7ô. 

4. Feuille des jeunes naturalistes, octobre 1889, P* ï^î» — ^'« ^« -Ac. Se, 
ex, 3« juin 1890, p. i38i. — Bull, Soc, agriculture de Lyon, 1890. — B, S, 
G, F„ (3), XXIV. 1896, p. 1162. 

5. Descript, stratig, gén, de V Algérie, p. 56, 1890. 

6. Explication de la carte géol, prov, de la Tunisie, p. 9 et suiv., 1892. 

7. Etude géologique des environs d*Orléansville, p. 60, 1895. 

27 Août 1901. — T. r^ Bull. Soc. Géol. Fr. — 8 




Il4 A. JOLBAUD. — ETUDE DE l'iNFRACRÉTACE Ùl JanV. 

M. Blayac * a décrit les affleurements du Djebel Dafla, du Djebel 
Taïa et de Medjez Sfa, dans le bassin de l'Oued Cherf. 

M. Fichcur^ a découvert ceux du Djebel el Aklial (à l'ouest de 
Constantine) et du massif d'Arzew ^\ 

U'ApTiEy à faciès vaseux pélagique Vi été indiqué par Coquand ^ à 
Aïn Zaïrin ; à l'Oued Chéniour ; près de l'Oued el Nahar (affluent de 
rOued Cherf); dans la plaine de Temlouka : à Chepka mta Sellaoua, 
au nord-est d'Oum el Bouaghi ; au Djebel Babor, dans la Petite 
Kabylie ; à Sakkamoudi, sur la route d'Alger à Aumale et à Teniet 
el Haâd, ces deux derniers points dans la province d'Alger. 

L*un de ces affleurements, celui de l'Oued Chéniour, a été depuis 
Tobjet d'une exploration complète de la part de M. Blayac *. 

MM. Le Mesle *, Auberf^ et Pervinquière ^ signalent cet étage 
en divers points de la Tunisie '. 

n nous a été donné pendant un long séjour dans nos possessions 
de l'Afrique du nord, de pouvoir faire, à noire tour, sui' ces for- 
mations, quelques études stratigraphiques et paléontologiques : 
nous en donnons un premier résumé dans la présente note. 

Environs de Constantine : ie Djebel Ouach 

Au nord-est de Constantine s'élève un massif montagneux formé 
de puissantes assises de grès medjaniens, c'est le Djebel Ouach 
(la montagne sauvage), qui atteint 1.202 mètres à El Hadjar es 
Safra (les pierres jaunes). Sur son flanc méridional s'étend 
ininterromi^ue une bande barrémienne que nous avons i^econnue 
sur une longueur de 12 kilomètres et dont nous avons tracé les 
limites sur la feuille ' d'El- Aria au i/5o.ooo*. Son altitude est 
comprise entre 640 et 900 mètres. 

Large de 3 kilomètres en regard du rocher de Sidi Mcid, puis de 
2 kilomètres seulement dans la traversée de l'Oued ben Djelloul, 

I. C. /?. Ac. Se, CXXUI, 3o novembre 1896, p. 908. — IJ, S. G, F., (3), XXV, 
p. 524-534. — Ann. de l f'niv. de Grenoble, XI, n» 3, 1899. — Travaux du 
Laboratoire de Géol. de la Fac. Se. Grenoble, V, p. 19, 1899. 

a. B. S. G. F., (3), XXVII, p. 85, 1899, ^'^ ^^ Pomel et Pouyanne, Annales des 
Mines, 9, XV, p. 191. 

3. Mém. Soc. Fniul. de Provence, 1862, t. II, p. 283. — Bull. Acad. d'Iiippone, 
1880, II» i5, p. 3o et suiv. 

4. B. S. G. F., (3), XVm, p. 209, 1890. 

5. Explication de la Carte géol, prov. de la Tunisie, p. 9 et suiv., 1892. 

6. In DE Lapparent, Traité de géologie, 4' édition, p. 1294. 

7. M. Gentil vient de signaler une remarquable faune de cette époque à 
Arlal, dans le bassin de la Tafna {Ass. fr. Av. Se. Congrès de Paris, 1900, 
p. 606) {Note ajoutée pendant l'impression). 



IgOI A FAClis VASEUX PÉLAGIQUE EN ALGÉRIE ET EN TUNISIE ll5 



cette bande se rétrécit encore vers l'est où on ne la trouve plus 
parfois que d'une centaine de m'Ires de largeur 




Elle commence à l'ouest, près de l'Oued Zied, par des terrasses 
grises, que l'on distingue de loin au-dessus des marnes noii-es du 
Crétacé supérieur. Eu allant vers l'est on la voit s'élever jusqu'à la 



ti6 



A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE L^lNFRACttÉTAGE 31 JanV. 



cote 900, au-dessous du piton éocène 997. Partout ce terrain a été 
fortement entaillé par les eaux, mais c'est surtout au-dessous de 
la route de la Pépinière du Djebel Ouach qu'il a été recoupé par 
de nombreux ravins. Leur collecteur, le Chabet el Beïda (le 
Ravin blanc) finit dans TOucd Djelloul vers la cote 840. 



$^. 



Coueka» 
àpoisMon* 



MMmrmSÎAUaUmA 
1081 



Chmbet 
elUoua 






SiJi M*id 





BAkm'àr» 
910^ • 




/Vrr« dtftfym'Slins 
Boréj 8«5 



Fig.«. 



Bn^twTouila r Mr 



SX. 




Fig. 2, 3 et 4- — Trois coupes dans le Barrcmien du Djebel Ouach. 

Echelle i/Oo.ooo^; hauteurs triplées. 

P, Pliocène (ûg. a) ; mi, Miocène ; e, Medjanien ; /iio, Montien ; d, Donien ; 
a, Aturien; T, Turonien ; ft», Barréinien supérieur; P, zone à Pulchellia 
(iig. 4) ; ^^9 zone à Lepioccras. 

Sur la rive gauche de cet Oued, qui ne tarit jamais tout à fait, 
le sol s'élève assez rapidement, forme un petit plateau près du 
Bordj bcn Tarzi et atteint enfin 870 mètres, au-dessus d'un douar, 
sur la piste des Béni Sline. A partir de ce point l'aflleurement 
n est plus qu'un étroit ruban jaunâtre qui se tient entre 800 et 700 
mètres. On croit le voir finir sous les grès de la cote 820, mais en 
franchissant le col entre les cotes 820 et 775 on le retrouve sur la 
rive gauche de l'Oued Gracha, d'où il se prolonge jusque vei*s 
rOued Kram, plus ou moins masqué dans la traversée des vallées 
par les éboulis de TEocène supérieur. 

La puissance du dépôt barrômien du Djebel Ouach est d'à peu 
près q5o mètres. M. Sayn * y a établi une succession de cinq assises 
distinctes, dont une sans fossiles et une autre caractérisée par des 
débris de Poissons. 

Nous n'y avons reconnu que trois zones seulement : 



I. B. S, G, F., (3), XXIV, p. 11C2. 



igOI A FACIES VASEUX PELAGIQUE EN ALGERIE ET EN TUNISIE IIJ 

i^ A la base, se trDuvent des marnes noirâtres, alternant avec 
des calcaires marneux de même couleur, se divisant en plaquettes 
très minces qui renferment en abondance Leptoceras cf. subtile 
Uhlig:, plus rarement Crioceras cf. silesiacum Uhlig, ainsi que de 
nombreuses traces çermiformes tros longues, larges de 3 à 4 
millimètres seulement et portant de distance en distance de faibles 
rétrécissements annulaires. 

Ces couches ne se rencontrent que dans la vallée de TOued ben 
Djelloul. Elles acquièrent leur plus grand développement sur la 
rive gauche de cet Oued, au nord-est du Bordj ben Tarzi : leur 
puissance y est d'environ 80 mètres. 

2<> Immédiatement au-dessus se montrent des marnes feuilletées 
grisâtres, intercalées de nombreux bancs calcaires blanchâtres do 
20 à 3o centimètres d'épaisseur auxquels le Chabet el Beîda doit 
son nom. C'est la zone fossilifère par excellence et aussi la plus 
ravinée par les eaux. Il n'est pas rare qu'au pied des croupes, 
aux endroits où la pente diminue, abondent les PhylloceraSy les 
Pulchellia, les Holcodiscus, les Leptoceras Clrtœ Coq. et L, ensis 
Coq. Les calcaii*es contiennent les mêmes fossiles, mais beaucoup 
plus rares et associés à des Aptj'chiis à stries parallèles. 

Cet ensemble puissant de 80 à 90 mètres forme une partie des 
pentes qui descendent au-dessous de la route de la Pépinière, vers 
le fond de la vallée et remonte sur la rive gauche de TOued ben 
Djelloul jusqu'au petit plateau du Bordj ben Tarzi. 

3» Enfin, l'étage se termine par lao mètres de marnes feuilletées, 
en couches puissantes, bleuâtres d'abord, puis grisâtres et finale- 
ment jaunâtres au sommet. Elles renferment à leur partie inférîeure 
des calcaires craquelés, esquilleux, grisâtres, veinés en tous sens 
de filonnets de calcite, que l'on retrouve d'ailleurs dans tous les 
marno-calcaires crétacés de la région. Dans leur partie moyenne 
se montrent des calcaires schistoïdes, facilement clivables en 
plaquettes riches enMacroscaphites, Hamulina, etc., et renfermant 
aussi des empreintes de fossiles végétaux. Dans les marnes, on voit 
des représentants des genres Phylloceras, Lytoceras, Macros- 
caphites, Hamulina, Ptychoceras, Desmoceras, Silesites, Oppelia, 

La partie supérieure de cette zone est intercalée de plaquettes 
noires, parfois jaunâtres en dehors, contenant des écailles et des 
nageoires de Poissons, même de petits Poissons entiers. Souvent 
ces restes d'organismes se présentent sous une belle couleur azurée. 

M. Sayn * pense que ces plaquettes à Poissons et les marnes qui 
les accompagnent peuvent être aptiennes. 

I. Loc. cit,, p. ii6a-ii65. 



Iï8 A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE l'iNFRACRÉTACÉ QI Janv. 

Il ne nous a point paru possible de partager cette manière de 
voir, car nous avons recueilli tant au-dessus qu'an-dessous de ces 
couches une série d'Ammonites que toutes nous avons trouvées 
dans les couches à Hamulina. Ce sont : 

PhyUoceras cf. seriwi Oppel. DesmocerasjBtrettostoina Uhlig. 

Phylloceras cf. Ernesti Uhlijc. Desmoceras Anf^ladcl Coq. 

Phylloceras in/iindihulum d'Orb. Desmoceras Xahdaha Coq. 

Ljrtoceras numidnm Coq. SUesites Seranonis d'Orb. 

Lytoceras Davali d'Orb. var. Desmoceras? Gouxi Sayn. 

Macroscaphites Yvani Puzos. Turbo Astaroth Coq. 

Macroscaphites Ficheiiri Sayn. Nuciila Ouachensis Coq. 

Ces couches à Poissons ne sont d'ailleurs autre chose que le 
calcaire fissile bitumineux de Coquand * couronnant les marnes de 
la Vallée de Stafrcns - que ce géologue inclinait déjà à rapportera 
TAptien, mais en laissant toutefois leur attribution définitive 
subordonnée à la découverte de fossiles caractéristiques. Ces 
fossiles existent et nous venons de les émimérer. Mais il y a plus, 
M. Pomel ' a signalé dans la vallée du Sig, des « marnes schistoïdes 
contenant Scaphites Yvani et quelques débris de Poissons m qu'il 
rapporte au Barrémien. N'y a-t-il pas identité enti'e ces dernières 
couches à Poissons et celles du Djebel Ouach. Il ne semble pas 
possible d'en douter et l'attribulion des unes et des autres au 
Barrêmien paraît absolument rationnelle, nonobstant la présence 
de quelques Ammonites aptiennes dans nos marnes supérieures. Il 
faut ajouter aussi que l'Aptien inférieur et l'Aptien supérieur sont 
déjà représentés dans le voisinage de Constantine par les calcaires 
à Réquiénies et par ceux à Ostrea aquila d'Orb. et Epiasier 
restrictus Gauthier *. 

L'ensemble du Barrêmien du Djebel Ouach nous a fourni plus 
de i6o espèces de fossiles, dont une centaine d'Ammonites. 

Nous avons cru utile de les réunir dans le tableau suivant en 
indiquant les couches dans lesquelles nous les avons recueillies, 
leur degré d'abondance ou de rareté et les différents étages de 
la série infracrétacée où elles ont été découvertes antérieurement. 
Nous mentionnons, à la suite de ce tableau, une vingtaine d'espèces 
signalées par MM. Coquand, Cotteau, Peron, Gauthier. Heinz et 
Sayn qui ont étudié le Djebel Ouach, espèces que nous n'avons pu 
retrouver, la plupart n'étant d'ailleurs pas figurées et étant 
insuflisamnient décrites. 

1. Mém, Soc, EmuL de la Proven<*e, 1862, t. II, p. 43. 

2. C*cstla vallée de l'Oued Zied qui descend des hauteurs de la MechtaTafrent. 

3. Loc. rit,, p. 5(). 

4. FiCHBUR, Loc, cit., p. 85. 



I9OI A FACIÈS VASEUX PELAGIQUE EN ALGÉRIE ET EN TUNISIE II9 



Poissons indét. . . 
Traces venni/ormea 
Phrllocera» att. seri 

0(.p.-l 

/'. Thflrs d'Orb. . 
P. cf. Thcir» Sayu, 
P. spee. indét. . . . 



P. cf. ErnesliVhUg 
P. spec. indi't . . , 

P. Micipsa Coq . 

P. injimdibiitam d'Orb. 

P . cf. infimdihttlnm 

Sayn. , ■: 

P. Bppc. indèl, ... 



ORSEnVATIOXS 

Car ACTE RBH BAILLANTS 



^.dM. MamUQtb.' 

fliain Dr f A. ThHy$ il'Orb. par u 

Ifnm nmfi pn tnven i1« Itrire* 
cAlM. peu auLlanlri. qui paiieni itu 

mi-nUikr^iiinn ïmlrale, qu'allifaira- 



loini rapMr que dsoi le type &t di^tr- 

ifnr. Ira ailhma y nlleiinMnb d'ftil- 

'untLin |H-iL fïliL!! ilr la miiiii^ du loiir, 

Ripprllr au<ai /■*. Ourlfaréi HuR.. 

a t uun un peu plua Fomprïm'i, 

luic un pFii plua etniit. 

Sjn. : î Am. Aipar Coq. 

Voi-in de/'H. Mielp$a Osa., maia 'le 

«ranilp IJ.MI.- IÏ3«»1, n-nli*. nrn# ilr 



I. KiLiAX, /trcfiicea duMuséani d'Hist.nat. de Lyon, V,Mém. ii*3, p.5, pl.I, U^.l. 
a. KiLiAH. B. S. G. F.. (3), XXID, p. 765. 



I90 A. JOLEAUD. — iTi'DE DE L'iIfFRACR^TACé 31 JaBV. 



DÉSIGNATION 

»KS ESPBCBS 



L^loeera* cn-brimilca- 
tniii L'hlinr 

L. et. ulrangutatam 
il'ttrb ? 

L. Bjiee. indf t 

L. «pfr. imlL'l 

L. Dai-a li d-Orh. . . . 
L. et, l'hrKlusMatheron 

CoBtidileu» Uamilrar 
Coq. ' , 



MacrnueaphUt» cf. hino- 
doHim l liliK , . . 

M. Yvani Puzos . , . . 

M. Ficheari Sayn . . , 

Hanmlina sabex^in- 
drica d'Orb 



OBSERVATIONS 
Caractùhkb saillant 



EUapelLc un peu Lyloei 
talum d Orb. 



rs:~.£:!::: 



DDfée At Imn prmpie qiiitdimnfit- 
uim ârrondjj mu boni, Lr^ Jricèi'e- 
ment entbrquiint*. ■ppjtrpnt* iltoi 

ImrgBnr. Sur U coquifLo h d^T^op- 

He pelilea fALe» tranivflnAln. à princ 

OuvfHirro prcMue urrAe, arropilie 

H^on TfDlnlB Rfltei lir^. piTHii. 
liDi un méplat. Omlnlie \*rfie ri uni 

qp«lMn^,.l.ir». tX .. lîsn i.rJ( 

pJu> liniiilF. 



■rOrb.'l tl mulilion afra S<)n ' 



I. Joiirn. de Conckyliolog.. (i), Ul. p. Î3i. pi. XIV, t\g. i6, ij. — JUém. S. G. 
F., (a), V, 1" partie, p. 14a. pt. Ul, tig. ifl, 13. — Mém, Soc. d'Kiiwlation df la 
Proi-cncc, n, p. a8î. pi. 1. tljt- n. "- 

a. Jahrharh drr fî. K. geoL llFicluanalalt, XXU, p. j4' 

3, Kii-ia:», .Un. rniV. Grrnulile. VIII, ii- 1, 1896. 

4. K:uAN, B. S. G. F., (3), XXID, p. 331. 



igOI A FACIÈS VASEUX PÉLAGIQUE EN ALGÉRIE ET EN TUKISIS 131 



DÉSlr.NATlOK 



Hamulina nov. spet, 

inllct. IJhlig < . . . . 

PtrckocrroM pf lœvt 

Math 

Bochianitrs c(, neitr» 
\irniiig d-Chh. . . . 
! spFc, inilet. . , , 
' l'iilchrUia compretiia- 
simn d'Orb. . . 
P. et. Sehlambfrgeri 
Nicktès '. . . 



P. Saavagvani Herat. 



P. Changarnieri Sayn, 
P. Otittchenni» Coq. , , 
' P. toMoH Nieklè» ' . , 



OBSERVAllONS 



dus Palth. llBUmda Mck1#i I . 
ini[i •! région Tcntnie ntUiaimt 



qui Fil coiiroDiié da 9 lobEmikl pao 
I>i1[nn*fl, Ir^ lirfFH- ^* cbnciiD des- 



1. Denksfhriften dfr math.-n 
chnftfn. Î6, p.aiG, pi. XJII, llgr 

3. .Mém. S. O. F., <S), m, p. 38, p. VIII, llg. 9, 10. 
■1. ymc» Jarbnchfàr Min. Géot.. II, suppl. iSgg. 

4. Mem. S. G. F.. (4). 111, p. 4S, pi. VD. lig. 14. 

C. Njcklés. Céul. des env, d'AIicanle et dt> V«lci 

:. .vém. s. G. f .. (4), ni, p. 53, pi vi.Og.e.* 



Classe d. k. k. Akademie der Wiaiert' 



laa A. lOLEAUD. — ÉTUDE DE l'infracrétacé 31 Janv. 



DÉSIGNATION 

DES EsPBCBS 



Palehellia Heinai Coq 
P. apec. ind. .... 



P. eoronatoideB Sayn 



■ P. Dantremonli Sayn 
P. coraliiophila Snyn et 

Lory! 

P. aabcaicedi Soyn . 
P. cf. Caicedi Korslen 
P. prooinciali» d'Orb. 



Pulti. du groupe eompretiinîma 

fo-OBfltairfeiparuBe rangée de lubrr- 
culei Bur le pïnirlour de l'ombilic ; 

luoiaK profoEul et iur;LnDt «oh cbttt 
lubercul*(> vert la région yeplrile. 



OBSERVATIONS 



Puleh. du gn 






mliaima 


















pur «1 légion 






















>i Ifirtrc- 




























ilil!! 


" ™M0 



l« pclil nombre d'eulreellei gitï *on 
bifiirrilirvh, par un ombilic pJui 
i^lniii. par ks Inur» plui eouTru^ 
par «on canal venlrnl buiiràup plu: 
rlroil el moimi profond, par ba r^iriui 
ventrale mniniUrgeelplTis arrondir 



I. ioc. eii. 

a. Bu». Soc. Statisl. de VIsère, (4), III, ji. 3o, pi 1, Gg. a-3. 



I9OI A FACIÈS VASEUX PÉLAGIQUE EN ALOCRIE ET EN TUNISIE 133 



r 



DESIGSATION 
DR s Espaces 



P. ZeilUn Nicklês n 
P. yiMyUeiCoq. V 
~ 'nmoeri-aa ulrrllm 

ma UhlÎK .... 
D. SegaeniiF Coq. . 



. Lac. cil. 



OBSERVATION.S 



„ .. _.._ .nguleu». 

liibrrculi. (Diiil m P""""" P" I» 

ùali. cDininii le mi'nliTnt Its Aoima- 

nfttrinenr quhdnn^l:<ire*T les luhfr' 
riilri de HA T^gjoD sipbanule éUnt 

Puleh. du eioiipe do P. eampreiilM- 
iitnaQrrhirAt*. VDiiiim dr la pricé- 






imbiric plui pFlit. u 



. Die.geognostlche Verhdltnisse \fa-Grenadaa, pi. III, f. 3. 
% Mém. S. G. F., Palêont , (I), 1, n' 4, p. 14, pi. I, llg. la-ifl : pi. UI, flg, 4- 

4. Mém. S. G. F., (»), V, I" partk, p. i4 , pi. UI, ûg. ij-iô. — Journal de 
Conchj-ol., m, p. 430, pi, XIV, lig li-ib. — Via-ia. DenUêchriflen der math.- 
naluriv. Classe d. k. k. Akademie der Wissencha/len, i883, ffG, p. aS"- 

5. Mfiii. Soc. EmaL de la Procence. t. Il, l8<j6, p. 168. 
C. Paiiuush. Bail. Soc. Slat. laére, (4). V, p. 099. 



Ia4 A. JOLEACD. — ÉTUDE DE L'lNFljV:iléTAci 31 Janv. 



DESIGNATION 




OBSERVATIONS 



Dmmoceraa sp. indet. . 

D. Nabdalaa Coq. . . . 
D. afr. Nabdalxa Sayu 
D. Angiadei Sayn . . , 
I>. getaUiutm Coq. . . 

? cir(eiis« Sayn 
D. Vocontiam Sayn et 

Lory ' 

D, GonM Sayn . 

D. cf. difficile d'Orb. , 

SHtfstfi'i 5eranonii 

d'Orb 

5. aff. StranonU Sayn 

intTpositiiK Cnq. 

I Oppelia nov. sptc . . 



I Dmib. inprttmm d Orb 



Irn.; ila. imaare-eottatut Caa. >• 
.4m. OrïnlarHfrBi. 

« ditliisgue rie 0/>p. A'fii» d'Orb. par 
» li^OB sutlirmle moini dncmqUt 
d^cnupée «t ion !• Jobe luirai pliii 
diMim*iriqu(. Op/i. Nltuida S»rr»- 
>in < l'en n^pais v" <■ xHe u|ihn- 
n.ile pLui lifge, plufl flDeiupnl d^coii- 
fte, ton lobe JnUrgJ moïm ilixynir- 
trïqiie. u !'■ ulle lilinh (ilut 



cf. apliana Snrraz. ' 

Holfodiscua Gastaldi 

d'Orb. . . . - . . 



et profonri^ment diwitée la i 
cipnt de 0pp. Maugi Snrrui 

1>lin^iiFnt riei 0pp. ipuenn 
ripprocheni de Ùpp. tu^raà 



I. NicKLHH. C. «. Ac. Se. CVni, p. 3Î. 

a. KiLiAs. fl. .S. G. F., (3), XXIH, p. ;4i. 

3. BiiU. Soc. Statiat. de l'Isère. (4), DI, p. a4. pi. I, lig. j-fl. 

î. B. S. 0. F., (3), XXI, p. ijg et suiv., pi, IV, VI. 



I9OI A FACits VAffiCX PÉLAGIQUE EN ALOÉKIEET EX TUNISIE ia5 



DÉSIGNATION 



ypc. •■!-. à cdi« flnci ei nr. t cdl 

leuHi BU poinlde bituruTioB, 

f di.l[qgue dt Hcle. dtftnt-aatati 
Coq. pir «1 coquille iiKi contcm 
m lluct non iplilii, ics i4t« 1 
pru pJiii Torln, liirurqui>cf pJi» U 



Holcodiacaê diverse- 
coilatuaCoq a^ A, G. 

H spcc indel 9 R. R. 

melamorphieas Coq . a A. C. 
H. spec. indel a R. R, 

'ernâna Coij. . . 

H. atgirag Sayn , . . 
H. Hrnoni Coq. . , . 

H. mtnglonenais Saj'it. 
H. ostieri/br™/» Sayn, 
.ff. cf. Perfii d'Orb. 
H. Sophoniaba Coq. , 



. Nic)u.6a. -Wrâi. S. G. F., Paléont.. 4, I, a. - NicklS», Geol, env, de Valence 
et Alirante, 1H91. — KiLiAn. Ann. geoL unie., VU, p. 3(K) et Halg, p. 973. 
. NicKLts. Gëul. env. Valence et Alicante. — Kiuak. B. S. G. F.. (3}, XXIU, 
p. :44- • 

3. Nicua». C. R. Ac. Se.. CVm, p. jj. 



OBSERVATION 
Car ACTE RI 





ui lieu 




louvirtan 






.lui Ijuv -V 


























v-. 


v.r.) ff 




ni.i 






■«(U Coq. 




































oUi 


it Ua 


e. a/0irN> 






























•CDlnlc 1 


IXII 




K. 





■iMOniJ^f ffenonl Coq- noti» & pi 
daprpA u1ï|tnfl ïirlunile, rlvvnir i 



ia6 A. JOLXAUD. — ÉTUDE DE l'iNFRAGRÉTACÉ 31 JaUT. 



DESIGNATION 



//. alT, drne7iliai:u 

H. spiT. indol . . . 



Hiioliles Lamorii-ieri 
Suy» 

H. cf. Beakidenaia 
Uhliit ' 

H. Gelimer Coq. . . . 



Afonlhnrrran spcc'. 



OBSERVATIONS 

CARACTàRBS SA;i.t.A:»T1 



Hoir, du gmuiit de Haie SttplHiniibl 

J'oiiibillcdglj 1 13 lubercul» Li»i 
quuid ili «ont coaipl^lcmcnl dcrs- 



lubcrculoa liphDDdux D'appArus 



Voiiln de Haie. Alarttll Kiliin, par k 



dcnle qui poua ant paru rtpaodrf j 
1> Ugart de Hfiai i t loun (Hei 



n d< .JranM. Cnrnueli i< 
il plus renlli, i cSWi liiiubi 
. mail» uiltentei. l'ipieli 



I. Dealiachriftpn iler miilli.-n'il. Cl. d. A', k. Akad. d. Wiag., 46, p. aja, 
pi. SX,liK. la. 
9. FoSB. déiT. parCuquiind, pi. IV. . 



I9OI A FACIÈS VASEUX PELAGIQUE Eti ALGÉRIE ET EN TUNISIE la^ 




DESIGNATION 
UBS EapàcBA 



Acnnlhoi'eroB cf. aado- 
aoioKtatum il'Orb, . . 

Cnocera» aff. Emerici 
Lereillé 

C. l'f. nileaiacum IThlîg. 
cf. hreve d'Orb. , . 



T. Oaot-ftpnsp Coij. 
T. Uenoni C.oi\ , 



Ani:yloceran'! s\i. indel. 



A.aïT.Matheronià'Oi-h. 

Heteroceraa et, Aalferi 

JOrb 



KT.V^tS 
lil^déi en tu râpe 



Tuemcnl rjf roqniile droi 
mtiidluinrul ll,«s Ji li|;n. 

CoquUlF Drn^cdecMnnDnliibtKult» 
deicnsnt uulpnicni pliii »ilUni 

nii[ip«]]« Toxùttrai Hoyiri d'Ort 
régfoD vcnlrtle ; Les Aulre» boiticovp 

Coquille urn^ 1 



Cuqiiil 



>n orale. 



iitdlH 



Hirlfl région ^enlnle, jior- 
région «laiil 1» plui sccce 

RapiHrllc un peu Toj-. EnerleliOrb 






Ia8 A. JOLEAUD. — ÉTCDE DE l'iXPRACHÉTACÉ 21 JaUV. 



DÉSIGNATION 

DBS EsptCEB 



/,. Ci/fce Coq 

/,. H|)ec. indcl. Suyn . 

L. cf. subtile lllilig , 

Aptjrchas tipec indet. 

Betemniti-g Fallniixi 

Uhlig'. ...... 

fl.cf. pistilUformiaBlv 
B. carpaUcaa L'hiigr ' . 
B. minaret Itasp . . . 
fl. cf. poly/f^onalia Blv, 
B. spec. indet. . , . 



. iadvl. 



Dw-'aUa cf. bineri'ti 

D. spec. indet. . , . 

D. et. GraêiDaval. . 
cf. Emeriei Blahii 
•nehttieiilhia Henoi 



Rlirneh 
Coq. 




OBSERVATIONS 
Caractèhks s 






ce dciu iinom 1 ]H 



ui de 11 prfqMenie. cl, 
leudilnceippUEOte d< 



I. DenkHchriflen tier math.-nalanc. Classe der k. h: Akademie der Wisiien- 
e/ta/ien, 4iJ. ]>- i;;. pi- 1, flg- 4. li- 
a. W., p. i;:, i»l. 3, Ug. i. 



igOI A FACIÈS VASEUX PKt.Ar.IQUK EX ALr.ÉttIR ET KN TUNISIE lag 







'i 


tJAlifS 






.1 


% 






















ligna lés H Eiir.i» 






s:^ 






OKSKRVATIONS 


DÉSIGNATIOX 










CARAUTKaK.a SAIU..\NT!I 




BT-iililiM 






























UR» KlirKCBB 












s 








Ji 


ï 




S 




»: 
■< 








s 


K 


1 


'S: 






Turbo Me:etute Coq. . 


3 


R. 












T. Aêlarolh Coq. . . . 


3 


H. H. 












T. spec. inil.I 


3 


H 










IiirlFiMnl «iTondii, uni cùl», ai 
lirif. .i.iWts. 


7". s|)ei:, imli-l 


i 


Il.R 










pLu, pHJL. /louobien moin, Ufgîi. 
















Trochug et. bariemensis 
















d't)rb 


3 


R 












T. Bpi'O. indet. . . . 


■' 


H. 










Al.ur.i^g-.l<u,,«a»<n«<la.c«i^ 


Cerithium spcc. indet. 


.j 


R.R. 












Astarte acutirostris 
















Coq 


t Il.R. 












^.?spec. indet 


3 ,11. It 












Lacina scntpla Pliill. . 


a-3 


A, R. 








^vn. : " I-Hcina Zamma Cmj. 


A'eorrn TanilCoq. . . 


3 


R.R. 










Xneiila OaaehirniiUCoq. 


9 


R. 
















R. R. 




























Coq 


3 


R. 












JV. spec. ÎDclel. 


a 


R. 












Ijeda i-t. siap/ia d'Urb. 




R.R. 












An.a spee. iodet. . . . 


3 


R. R. 












rapfj»? Kpcf. indi't. , , 


3 


R.R, 












TeUinal spec. vndei. . 




R. R- 










Prctenalplnua lïOrh. . 


3 


R R. 






_ 






InoceramaH Kppc. indet . 




H.R. 












Oairra sptc. indet. . . 


3 


R. H. 












Caidium spi-c. inil. , . 


3 


R. 












C. spic, îmlft 


3 


R. It. 












Gtotsothxriê et. hippo- 
















pua HiBiii 


3 


R.R. 












ToxMtfr^ spoc. ipdfl. 


3 


A. C. 












CoUriitr» ardaa Pt-ron 
















i-l Gaulliier 


3 


R. 












rroc/wt^-nlftHHÎspind 


3 


R. 












Plalj-iia Iha»? sp. ind. 


3-3 


B. 












Palxpiera iod. 3 espèci-s> 


a-3 


R. 












Traces de planiet indut 


3 


R.R 













«7 Aoftt 1901. — T. I*'. 



1. Soc. GéoL Pr. — 9 



i3o 



A. JOLEAUt). — ÉTUDE DE l'iNFRACRÉTACK QI JanV. 



Les autres espèces indiquées au Djebel Ouach par les divers 
géologues qui ont étudié ce gisement et que nous n'avons pu 
retrouver sont : 



Belemnites subfusi/ormis d'Orb. *. 
Aptjrchus Numida Coq. * 
Aptychus Caïd Coq *. 
Ammonites Nisua d'Orb. * 
Ammonites diphyllus d'Orb. * 
Ammonites Grasianus d'Orb. ■ 
Cerithium Adherbal Coq. ' 
Nuculana nana Coq. ' 
Metaporhinus Heinzi Coq. • 
Belemnites Orbignjri Duval ' 
Ammonites Sinzora Coq. ' 
Ammonites Gurzil Coq. ' 
Ammonites Gildon Coq. ' 
Ammonites Mazuca Coq. ' 



Ammonites Emmelina Coq. ' 
Straparollus inexpectatus Coq,ff 
Cerithium Henoni Coq. * 
yucula Henoni Coq. * 
Cardium modestius Coq. ' 
Colly rites ovulum Desor * 
Collyrites ardua Peron et Gauthier * 
Pulchellia sp, indet. Sayn * 
Lytoceras Jauberti d'Orb. ® 
Silesites cf. imlpes Coq. ' 
Holcodiscus alT. Sophonisba Sayn ^ 
Holcodiscus nov. spec. Sayn ' 
Hoplites air. asperrimus Sayn ' 
Belemnites semicanaliculatus Blv. • 



Il ressort du tableau précédent que les caractères générauic de 
la faune barrémienne du Djebel Ouach peuvent se résumer ainsi : 

a) Caractères communs aux assises inférieures et supérieures. 
i'^ Extrême abondance des individus dans les espèces des genres 

Phylloceras, Hamulina et Crioceras s. 1. (déjà existants dans la 
mer néocomienne). 

2° Rareté relative des individus dans les espèces des genres 
Cosiidiscus, Macroscaphites, Pulchellia^ Silesites, Holcodiscus 
(qui apparaissent pour la première fois dans la région méditerra- 
néenne à Tépoque barrémienne, à de rares exceptions près). 

S** Persistance des Duvalia des groupes binerçia et Emerici, qui 
dans cette région caractérisent généralement le Yalanginien (Mon- 
tagne de Lure, etc.) ^. 

b) Caractères particuliers aux assises inférieures : 

1° Multiplicité des espèces dans les genres Pulchellia avec a3 
espèces ei Holcodiscus *^ avec i5 espèces, genres dont le plus grand 

1. CoQUAND. Mém, S, G. F., (2), V, i" partie, p. m. 

2. CoQUAND. Mém, de la Soc. d'émul, de la Pros^ence^ t. II, p. 42. 

3. CoQUAND. Bull. Acad. Hippone, i5, p. 82, 123, 224, et Suppl., p. 363 à 370, 
379, 383, 386, 393. 

4. CoTTKAU, Pkron et Gauthibr. Annale» des Sciences géologiques, 1884. 
Echinides de l'Algérie, p. 64-60. 

5. Ubinz. Foss. décrits par Coquand, pi. photog. I. 

6. S AYîi. Feuille des jeunes Natur., octobre 1889, p. 1664 

7. Sayn. Bull. Soc. Agriculture de Lyon, 1890. 

8. Hbinz in Papibr. Bull. Acad. Hippone, n*» 28, p. 106. 

9. C'est l'existence de ces formes qui avait l'oit comprendre à tort, le Barre- 
mien d'Algérie dans le Yalanginien vPomel. Desc.strat. gén. de l'Algérie, p. 07) . 

10. M. Pellat {B, S. G. F,, (3), XXIII, p. 426) signale l'existence à brouzet 



igOI A FACIÈS VASEUX PELAGIQUE EN ALGERIE ET» EN TUNISIE l3l 

développement a lieu dans le Barrêinien inférieur (horizon de 
Coinbe-Petite de la montagne de Lure). 

ao Persistance d'un Phylloceras du groupe semisulcatum (groupe 
généralement considéré comme éteint avant la période barré- 
niienne) '. 

c) Caractères particuliers aux assises supérieures : 

lo Petit nombre des espèces dans les genres Macroscaphites et 
Silesites, chacun avec trois espèces, Costidiscus avec deux espèces, 
Heteroceras avec une espèce seulement, genres caractéristiques du 
Bar rémien supérieur (horizon de Monteyron de la Montagne de 
Lure). 

2° Existence simultanée d'espèces franchement barrêmiennes et 
de quelques espèces considérées plutôt comme aptiennes appar- 
tenant aux genres Phylloceras, Lytoceras, Oppelia, Ancj'loceras. 

Les PulchcUidés, si bien représentées au Djebel Ouach, se retrou- 
vent, mais en moins grand nombre, sur quelques autres points 
baiTèmiens de l'Algérie et de la Tunisie ^. Dans leur migration vers 
Test, ces Ammonites de Colombie -^ ont ainsi passé au sud du massif 
ancien de la Méditerranée occidentale, comme elles passaient au 
nord pour gagner la province d'Alicante, les Baléares et plus loin 
la fosse préalpine. Toutefois ce changement de milieu ne parait 
pas avoir favorisé leur multiplication : c'est, du moins, ce que 
semble indiquer la rareté des individus dans les différentes espèces 
et leur disparition pi*esquc complète dans le Barrêmien supérieur. 

En dehors du Barrêmien, voici les terrains qui se trouvent 
représentés dans la partie de la montagne qui nous intéresse, ainsi 
que dans Fespace qui la sépare de Constantine : 

a) Le Trias, près du couvent du Bon Pasteur avec ses calcaires 
jaunes de miel, ses marnes irisées et ses cargneules. 

b) L*Lnfralias^ dont les bancs puissants de calcaires bleuâtres 

et à Lussnn (Gard) des Holcodiscus de Constantine, dans un faciès mixte à 
Spntnngues el à Céphalopodes. 

I. i>K Lapparknt. Traité de jçéologie, 4' édition, p. 12^7. 

a. Ce sont : Meiidês (/*ii/c*/t Sauvaf(caui)ySidiMvrzoug{Pulch Sauva ffeaui) 
et Tcniet ei llaad {Pulch, compressissimn) dans la région d'Orlcansville ; 
Djebel el Akkal {Pulch. Sauva ffpa ni) et Aïn Zaïrin {Pulch. Masyhei), dans les 
environs de Constantine; Oued Cheniour (?) (Pulch. MasyUvi), Djebel-Tala 
{Pulch OuachcnsiSf Sauvageaui, Jleinsi, corouatoidrs, etc.), Guelma {Pulch. 
Sau ^affcaui et a Pulch. nouvelles) et Medjez-Sfa {Puich. Sauva/feaui, compreS' 
sisnintUf Zeilleri, etc.) Uhus le bassin de TOued (^herf; Hammam Li( {Pulch, 
Sauvageaui) en Tunisie. — [Arlal {l'ulch. compresaiasima, Sauvageaul, pro- 
vincialis, Ouachenais)^ dans le bassin de la Tafna {Note ajoutée pendant 
rinipresaion)]. 

3. DoLViLLK. B. S. G. F., (3), XXVUI, p. 224. 

4. M. DE L^ppABKNT (Traité de géol., V édit., p. io84) dit que les plaquettes 



l33 A. JOtEAUD. — ÉTUDE DE l'iNFRAGRÉTACÉ 21 JanV. 

dolomitiques recouvrent le Trias. Nous y avons trouvé abondam- 
ment Mj'tilus psilonoti Quenstedt. 

c) L'Aptien * représenté au Djebel Salah et au Djebel Kelal par 
de puissantes masses calcaires à Réquiénies. 

d) Le GÉNOMANiEN * du Djebel Sidi Mcid, formé par des calcaires 
grisâtres à Nerinea ci\Pailleteana d'Orb. et Caprinula Boissyi d'Orb. 

é) Le TuRONiEN * qui surmonte le Cénomanien et est constitué par 
des calcaires gris à Sphœruliles et Hippurites et, i/i/erus Do u ville. 

/) L'ËMSCHÉmEN immédiatement au-dessus des formations pré- 
cédentes qui se reconnaît à ses calcaires blancs en dalles dans 
lesquels on a trouvé Micrasler Peini Coq. - et où nous avons cons- 
taté la présence d' Ostrea proboscidea d'Arcliiac. 

g) L'Aturien qui recouvre en concordance rEmschérien sur les 
flancs du Mansoura et sur le sommet du Djebel Sidi Mcid et a été 
relevé sur les bords du Djebel Kelal avec des marnes grisâtres con- 
tenant JS'pias/^rperrttcostts Coq. 3, Thecideumct. papillntumBvonn. 
et de petites Ammonites ferrugineuses, Baculites cf. anceps Lamk., 
Phydloceras (ou Pach)^discus) sp., Lj'toceras sp. 

A) Le Danien (?)dont les marnes grises renfermant des plaquettes 
de calcaire jaune à Inocérames couronnent TAturien et se super- 
posent directement au Barrômien supérieur, à gauche et à droite 
de la route de la Pépinière. 

ï) Le MoNTiEN (??) * caractérisé par des calcaires marneux jau- 
nâtres avec traces de végétaux (?) surmontant le Danien près du 
couvent du Bon Pasteur et au nord du rocher de Sidi Mcid. 

j) L'EocÈNE INFÉRIEUR représenté à la surface de TAturien i>ar 
quelques îlots de calcaires gris blanchâtres à silex et par des 
marnes bleuâtres. 

k) L'EccÊNE SUPÉRIEUR (Mcdjanicu) ^ dont les grès quartziteux, 
avec lits d'argile, couvrent les sommets du Djebel Ouach en 
s' appuyant sur le Barrêmien et sur TAturien. 

/) 1/Oligocéne inférieur ^ aux argiles grises et roses à Hélices 
dentées de la rive droite de Toued Zied. 

m-n) L'Aquitanien * et le Miocène au nord-ouest et au sud -est 

calcaires à Mytilus psilonoti pourraient bien indiquer l'Hcttangien à Souk- 
Ahras (Blayac et Gentil. B, S, G. F., (3), XXV, p. oaS). 

1. FiciiBun. B, S. G. F., (3), t. XXVH, p. 90. 

2. PoMBL. Descr. strat. gén. de l'Algérie, p. 98. 

3. Bull, Acad, Hipponc, n» i5, p. a3o. 

4. Une succession analogue des assises du Crétacé supérieur a été relevée 
en Tunisie par M. Pbrvinquiàrb (C. H, Ac. Sc.j t. CXXVII, p. 789, et t. CXXXI, 
p. 563). 

5. FicHEUR. La Kabylie du Djurdjura, p. 221. — Ficiibur. Ass, fr. Avanc. 
Se, Bordeaux, 1890, 2* partie, p. 674. 

«. Fichbur. B, s. g. F,, (3), XXH, p. 544. 



igOI A FACIES VASEUX PELAGIQUE EN ALGERIE ET EN TUNISIE l33 

de la bande barrémienne, représentés par des conglomérats rouges 
d'argile et de cailloux roulés, contenant parfois aussi de gros blocs 
de grès provenant de TEocène supérieur. 

o) Le Pliocène du Djebel Sidi Mcid et du Mansoura compi'enant 
des calcaires travertineux à Lymnées, intercalés de sables jaunes à 
Hippopotamus amphibius L. race major Guv. et Elephas meridio^ 
nalis Nesti. 

p) Le Pléistocène des hauts niveaux des vallées d'érosion avec 
cailloux roulés quelquefois conglomérés. 

Nous nous proposons dans une prochaine note de faire une 
étude détaillée de ces diverses formations. 

L'affleurement , barrémien du Djebel Ouach fait partie d'un 
anticlinal dirigé nord-ouest sudest. 

Au sud-est ses strates s'enfoncent sous le Medjanien et au nord 
sous le Crétacé supérieur, que surmontent de puissants dépôts 
aquitaniens. Au sud il est sur quelques points en contact avec 
l'Eocène inférieur; partout ailleurs, c'est le Crétacé supérieur qui 
le recouvre. En face du rocher cénomano-turonien du Sidi Mcid, 
ce dernier étage est réduit à une bande de 20 à 3o inèti^es de large, 
pincée entre deux failles. Plusieurs autres failles limitent d'ailleurs 
le Barrèinien entre Sidi Mcid et l'Oued Zicd. Sur l'Oued Zied 
même, à l'ouest, le Harrémien s'infléchit fortement en s'enfonçant 
sous les argiles de l'Oligocène inférieur de la rive droite du ravin. 

Partout c'est le Barrémien supérieur qui est en contact avec les 
autres terrains, sauf dans le haut de la vallée de l'Oued ben 
Djelloul, où les éboulis de l'Eocène supérieur masquent les contacts 
en ne laissant apparaître que les couches à Lepioceras. Ce n'est 
d'ailleurs que là, comme nous Tavons dit, que se montrent ces 
couches : leur forte inflexion vers le nord-ouest et le sud-est n'a 
pas permis aux autres Oueds qui ont entaillé le Barrémien de les 
atteindre, pas plus d'ailleurs que la zone à Pulchellies. 

Le plissement barrémien qui nous occupe semble dater de la fin 
de la période barrémienne ou du commencement de la période 
aptienne. 

Il a vraisemblablement soulevé le Djebel Ouach au-dessus du 
niveau général des mers de l'époque aptienne, ou, tout au moins, 
amené les sédiments barrémiens à une faible distance de ce niveau ; 
c'est sur les bords de cette terrp émergée ou sur ce haut fond que 
se sont édifiées les formations néritiques coralligènes, aptiennes 
et crétacées dont les témoins actuels sont le Djebel Kelal, le 



l34 A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE l'iNFRACRÉTACE 21 JanV. 

Djebel Salah, le Djebel Sidi Mcid... et sans doute aussi le Djebel 
Oum Settas. 

Plus tard, à la fin de la période aturienne ou au commencement 
de la période danienne se produisit un afVaissemenl général du 
littoral barrêmieu, on de la partie du haut fond voisine de celle où 
se formaient les calcaires.; il en résulta plusieurs failles dont la 
principale orientée nord-ouest sud-est est aujourd'hui en partie 
masquée quoique parfaitement visible encore sur divers points. Sa 
direction est exactement donnée par le Chabet el Houa. 

Environs de Guelma : le Dra el Kerroucha 

An commencement de 1899. nous avons découvert au sud-ouest 
de Guelma, au lieu dit Dra el Kerroucha (la colline du chêne 
vert), un petit affleurement barrômien de 3 kilomètres de long sur 
a kilomètres de large, dont nous avons tracé les limites sur la 
feuille de la carte d'état-major au i/5o.ooo«. Ce lambeau de Crétacé 
inférieur est profondément entaillé au sud-est par FOued el Rebate 
et par TOued Skroun, dans les thalwegs desquels passe la conduite 
d'eau qui alimente la ville. Au nord il est i^ecoupé par plusieurs 
autres ravins, comme les précédents, tributaires de la Seybouse. 

Les terrains qui avoisinent le Ban^êmien du Dra el Kerroucha 
sont : 

a) L'ÉocÊNE SUPÉRIEUR (Mcdjanien) dont les grès alternant 
avec des argiles le recouvrent à l'ouest, au sud et sur une grande 
partie de son flanc oriental (Kef en Nessara) ; 

b) Le Miocène inférieur (Cartennien) * qui s'appuie sur lui au 
nord-est et qui est formé d'argiles grises contenant en abondance 
des cristaux de gypse et des masses de gypse amorphe exploitées. 
Ce terrain forme toute la rive gauche de la Seybouse en face de 
Guelma. Il nous a fourni quelques Hélices gypseuses indétermi- 
nables. 

c) Le Pliocène, constitué surtout par des calcaires gris ou roses 
absolument identiques à ceux du même étage de Constantine : ils 
recouvrent les argiles cartenniennes, notamment au sud-ouest de 
la ville. 

d) Le Pléistocène formé sur certains points par des tufs à tiges 
de plantes, sur d'autres points par des cailloux roulés, des sables, 
des limons. 

I. FouRNBL. Richesse minérale de l'Algérie, I, p. 172, i8a. — Pomkl. Doser* 
strat. gén. de l'Algérie, p. i6a. 



I9OI A PAClis VASEUX PÉL.VOIQI'E EV ALOÉBIE et en TUNISIE l35 

Quantau BarrémieD lui-même il rappelle absolument les couches 
à Hamulina du Djebel-Ouacli par sa constitution litholngique. 



Il est d'ailleur» aussi riche que lui en fossiles. Nous en avons 
recueillis, en peu de temps, près de cinquante espèces, dont 3» 
Ammonites. En voici la liste. 



l36 A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE l'iNPRACHÉTACiS SI JatlT. 



DESIGNATION 
DKs Espèces 



P. Tketx» d'Orb. . . . 
P. Goreli Kilian. . . . 
et. Erneali VWig. . 
P. in/undi6ri(rimd"Orlj. 
Ljrtocerag spec. indet. 
L.cpebriaalcatam Uhlig. 
l. cf. alrangnlatum 

d'Orb. 7 . 

L. spec. inilet 

MaeroBcaphite» Vi'nni 

PuiOBÎ 

Jlf. eI.alpinwA-Orh.7 
Hamnlina spcc. indet. 



H. spec. indfl 

H. spec. indi't. 
H. et Pnyi-riana d'Orli-"; 
Bochianiteê Rpcc. înd. 
Palchellia Sativaffvaw 
Htii-mite 



aLhIig 

D. Gouxi Sayn . . . 
D. spec. indet 

Sileaitea a.0. Seranoni 
Sayn 

S inlerpaêitun Ci)q 



OBSERVATIONS 



Ftippells un peu Binnvtina Inuli Reprlin 






. B. S. G. ;■■., (!!), xxvu, p. 3:i, pi. vu, ug. la. 



igOI A FACIÈS VASEUX PÉLAGIQI'E EN ALGEHIE ET EN TUNISIE l37 



DÉSIGNATION 



IlolcOliîscIlS SJH'C, iiiU 



AneyloerrfiB'! nprc. ind. 
A.t »]iee. indi-l 



ind. 



Toxi 






T. spcc. imiet. . . 
Leptocrras spcr, îiidol 



Belemnitea earnnlieus 

Uhlig 

fl, minaret RHS[iiiil. . 
B. apte, indel. . . . 

B. spec. iiidet. . , . 

Davalia cf. hinen-ia R|i 
D. Bp. indct 

D. et. Grasi Duval . 
D. e(. F.inerici Dtniiiv 
Tarho Bpec. ind<?l 
r. cf, MezetuU Coq. 
Laeina cf. sculpta Phili, 
Pygope s|>ec. ind , . 
Toxasier? spcc. indel 



OBSEIIVATIONS 






CmiiIHp II nfrlion l*)rf«mf ni ovil» nmie 1« 



TrÈ,v..i,mdr/,.nM.pCoi...>n 

rtivit*n.-ndfui. lBi.Dr(i»e»lfr 
l.^^r^;flpll...»ill«^l^;m^fl^uf 


<ti.tinini.iil 
rund^menl 


«ilJni. i.™i»d..lnn. /, 


^-.-rtn. Cnq, 


du I>ichrl Uiinch. 




RmIit non ont rie tillgni ctil u 


1 -iwt ti.r 



l38 A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE l/lNFRACRETACaB 31 Janv. 

Cette faune, on le voit, se distingue de celle du Djebel Ouach 
par la rareté des types caractéristiques du Barrémien inférieur : 
nous n'y avons trouvé que trois espèces de Pulchellia (représen- 
tées par neuf individus seulement) et un unique Holeodiscus ; 
nous n'y avons point vu les couches à Leptoceras, qui cependant 
pourraient se montrer dans le fond de TOued el Rebate. Par con- 
tre, les genres Phylloceras, Silesites, HamuUna y sont bien repré- 
sentés. Cette particularité, jointe à la présence de Macroscaphites 
et d'Heteroceras, doit faire placer le Barrémien de Guelma, en 
grande partie tout au moins, au niveau des couches à HamuUna, 
du Djebel Ouach (Barrémien supérieur). 

Il faut noter, d'ailleurs, pour achever de caractériser ce gisement, 
l'absence à peu près complète d'espèces à faciès aptien et comme 
à Constantine, la persistance des Duvalia des groupes binervia et 
Emerici. 

Ces observations paléontologiques semblent faire différer assez 
notablement l'aflleurement barrémien du Dra el Kerroucha de 
ceux étudiés par M. Blayac * sur d'autres points du bassin de 
l'Oued Cherf. Au Djebel Taïa et à Medjez Sfa, particulièrement, 
les Pulchellia et les Holeodiscus paraissent bien moins rares qu'à 
Guelma ; mais les Céphalopodes déroulés ne semblent pas y être 
aussi abondants. 

Environs d'Hammam LIf : le Djebel Bou Kournine 

M. Aubert^ a signalé l'existence au Djebel bou Kournine, près 
d'Hammam Lif, en Tunisie 3, de dépôts infracrétacés, dont l'ensem- 
ble représenterait suivant lui tous les étages de ce système, depuis 
l'horizon à Hoplites Rouhaudi d'Orb. jusqu'à T Aptien. La rareté 
des localités connues de l'Afrique du Nord, où l'on puisse voir 
une pareille succession dans le Crétacé inférieur à faciès vaseux 
pélagique nous a paru donner au Djebel bou Kournine une impor- 
tance toute particulière. Aussi ayant été appelé à passer un certain 
temps à Hanmiam Lif et à Grombalia avons-nous cherché à recon- 
naître et à noter, aussi exactement que possible, les caractères 
pétrogi^aphitjues et paléontologiques qui pouvaient dillerencier les 
divers étages de l'infracrétacé dans cette région. Cette étude nous 

1. Loc. cil. 

2. Explic. de la carie ffj'col. prov. de la Tunisie, p. 8, lo. 

3. Voir Xcs feuilles de La Uoulelle et de Grombalia de la carte d'état-major 
au i/5o.ooo' de Tunisie. 



igOI A FAClis VASEUX PELAGIQUE EN ALGERIE ET EN TUNISIE iSg 



paraissait, d*ailleurs, devoir compléter utilement celle que nous 
avions faite du Djebel Ouach. 

Le Djebel bou Roumine (la montagne aux deux cornes), qui 
atteint la cote 676 à 3 kilomètres seulement du rivage, est formé 
par trois lignes de crêtes parallèles, que séparent de profonds 
ravins, dont les uns, au nord, aboutissent au rivage du golfe de 
Tunis, et les autres, au sud, vont se peindre dans la plaine de 
Moi-nak. Cette plaine est reliée à celle de Grombalia par le Kran- 
guet el Hadjaj, qui sépare le Djebel bou Kournine du Djebel 
Ressas (la montagne de plomb, 796 m.). Vers Test, parallèlement 
à cette chaîne dont Taxe principal est formé de calcaires liasiques « 
courent une série de saillies crétacées dont les plus remarquables 
sont, près du littoral, le Djebel Smra et le Djebel Halloufa. 



£.S.E 



fiourn^nê 



O.N.O. 



Oued GatUntna 




Bordj Cedria 
(FotînoiUeJ 
D/ebe] el MokU \ 

1-i^^Oued eLKsob' 



Fig. 6. — Coupe de Tlnfracrétacé dans les environs d'Hammam Lif. 

Echelle : i/ioo.cxx)'; hauteurs triplées. 

ally Alluvions ; S, Sénonien ; T, Turonien ; Cn, Cénonianien ; Ap^ Aplien; 

B, Barrcmien ; //, Hauterivien ; V, Valanginien. 

Dans le fond de tous les principaux ravins entre Hammam Lif 
et Grombalia, sur une longueur de plus de 16 kilomètres, nous 
avons constaté la présence de Tlnfracrétacé, qui forme ainsi toute 
une série de bandes parallèles. Les plus importantes sont : 

1° Celle du ravin d'El Habba entre les deux crêtes principales 
du Djebel bou Kournine, laquelle se prolonge vers le sud au-delà 
de Crétéville, sur le flanc ouest du Djebel Ressass. 

20 Celle de l'Oued el Rsob ou de Potinville (Bordj Cedria) entre 
le Djebel bou Kournine et le Djebel Srara ; elle s'épanouit vers le 
sud-est dans le Djebel el Gouad et le Djebel el Khoiidja. 

3° Celle de Toued Gattouna entre le Djebel Srara et le Djebel 
Halloufa. 

Dans cet ensemble de lambeaux infracrétacés nous avons distin- 
gué la série de couches ci-après : 

I . A la base, des bancs de grès lustrés rougeàtres alternant avec 

I. FicuEUR et Uauo. C /i. Ac, Se, CXXII, p. i354. 



i4o A. JOLEAUD. — ÉTUDE DE l*ixfracrétace ai Janv. 

des marnes grisâtres : ces couches qui ne nous ont présenté que 
quelques Duvalia lata, un Lj'toceras cf. quadrisulcatum d'Orb. et. 
dans la partie inférieure, Hoplites Roubaudi d'Orb., se montrent 
sur les deux flancs de Taréte qui va d*Hammam Lif au signal du 
Bou Kournine. 

î2. Immédiatement au-dessus, du côté d'Fll Habba, des alternances 
de marnes grisâtres et de calcaires gris, en minces plaquettes, le 
tout assez pauvinî en fossiles. Nous y avons rencontré Holcoste- 
phanus Astieri d'Orb.» Duvalia cf. lata Blainv., Pygope spec. indet. 

3. Des marnes grises à Duvalia dilatata Blainv., Dav, Emerici 
Blainv., etc. qui sont surtout développées vers Potin ville, où elles 
renferment de nombreux Aptj'chiis. 

4. Des marnes et marno-calcaires grisâtres se débitant en pla- 
ques, où MM. Aubert * et Ilaug - ont signalé Macroscaphites 
Yvani Puzos. Cette zone s'est montrée particulièrement fossilifère 
sur trois points : sur le côté droit du ravin d'El Habba, près de la 
ferme de Potin ville, et, au nord-ouest du Djebel el Djemaa, du côté 
du Kranguet el Hadjaj. Elle est caractérisée par la présence 
d'Ammonites pyriteuses des genres Phylloceras, PulcheUia, etc. 

5. Des marnes grisâtres à Duçalia Grasi Duval, au-dessus des 
précédentes, sur le flanc droit du ravin d'El Habba. 

H. Des marnes d'un gris blanchâtre alternant avec des calcaires 
jaunâtres a Phylloceras Guettardi Uasp., Desmoceras Emerici 
Rasp. Ces couches se montrent surtout très fossilifères près de la 
cote i69, non loin d'une soui*ce canalisée qui alimente un abreuvoir 
(Sebala) à la ferme d'El Habba. 

7. Des niariies semblables aux précédentes à Belemnites semica- 
nalicufatas Blainv. 

Cette succession nous a paru rappeler absolument celle de la 
Provence. Les couches i et 2 répondent au Valanginien, la couche 3 
à THauterivien, la couche 4 au Barrémien, Tensemble des couches 
5, 6 et 7 à l'Aptien. Dans ce dernier étage la division est très nette 
et absolument semblable à celle signalée par M. Kilian, dans la 
Montagne de Lure et par M. Leenhardt dans le Ventoux. La 
couche 5 répond au Bédoulien, la couche 6 au Gargasien inférieur, 
riche en Ammonites et la couche 7 à la zone à Belemnites semica- 
nalieulalus qui couronne TAptien dans la Hautc-Proveiice. 

Ces diflérentes zones nous ont fourni une soixantaine d'espèces 
fossiles dont voici la liste, avec l'indication de leur degré d'abon- 
dance ou de rareté sur les deux points principaux, où nous les 
avons recueillis. 

I. Lov. cit. 

a. Revue génér. des Sciences, tome 7% 1896, p. 1047. 



I9OI A FACIÈS VASEUX PELAGIQUE 



ALGERIE ET E 



DESIGNATION' 



ÉTAGKS 



"•■ 


n Am*r 


qu. 




krrl- 

~1~ 


a: ai 



OBSERVATIONS 
CaractArr» saillants 



Lytocera»c(. qaadnaul- 

catiiin tt'Orb 

HolcoêUphnnus Atlieri 



HoriliUa pexiplychu» 
thlig 

Beleinnitts hi/iartilii» 
Cntullo 

Duftilia lata Blainv. 
cf. lala Blainv. . 

D. ditatata Blainv. . 
D. Enieiici Itluinv. . 
Aplj-clius s|M-'e. iniii'l 



Pjrgope spec. inilet 
Cidaris spve-. inilrt. 



Phylloeera» alT. »erun\ 

Upjiel . 

P. cf. Tkety» Sayn . , 
P. Micipna Coq . . . 
P. in/undibulum li'Orb 
P. cf. in/«nrfthf((uni 

Lytoceras spec. indct. 
Pulchellia Sauvageai 

Hcrniile 

De»moffraa Xabdalsa 

D aff. .VaMnluaSajn? 



Plui cumprimée Fl]i]iit aLgiiJ 



tu groupe r^ 
E Mttme- pui 
iti> liuiMix < 
oroh' d« flH 



D. cf. Parandieri rl'Orb 



. B. K. — Itji-bel bou Kouriiine. - 



R. 
». R 
H R. 


- 






- 






C. 


— 


— 


— | — 


— 


— 


R. R 
R. R. 








- 


- 


- 


R R. 






- 








R. R. 
R. R. 
R.R. 
R. R. 






- 






- 



A. JOLEAUD. 



vim DE l'infracrAtacé 21 Janv. 



ÉTAUES 
dan!' InqiicJi I 



UBSKRVATIONS 



Db:SIGXATIOX 



D. ? cirlmKP Sayn. 
I). OonxilSaya . . 
Silniles 'alT Seranonis 

Suyii 

S. tn/cr/fosi((M Coq 
Oppeliu spciv iiul 
HolcodiaciiK inn . apt 

'oeeras 7 i-r. eu 



Beleniniles Fallaiixi 

L'iiliff 

fl. minaret llusp 
Diioalia cf. hinereiii 

Turbo s|«;r. iiidi'l 
Cyciolilrii'}'! spec. iii< 



Il [ij.'J»'] Uuirli. 
U> <ùln Hinl mi.iii> TurtH que 
STÎk.u K".imiiip''iie''ti-™ 



P. Guettnrdi d'Orb. 

P in/aaiiihiiliim d'Urli 

Lyloveran e(. quadri 

salcatam d'Orfi '.' 



B. K 
I). K 
U.K. 



L Mti-angiilalumAOTh. 1 



ibilic di [vUl 

itf la raqiiUle, llini1«M |wr 

Mnllii qui HiUtlqim-VIUll 

LnVFHullîrtgioa Tanlnle. 



. B. S. G. F., (3), XXVU, p. 387. 



IQOI A FACIÈS VASEUX PÉLAQIQI'E EN ALGKKIE F.T EN TUMSIR l43 



DESir,KATK)X 



\wt II 



OBSERVATIONS 



Ptrihocfiatlme Malh. 


It K 


Opftelia Msus dOrh. , 


II. K 


aptiana Sarrnîiii. . 


It K 


tosloma Ulilig . . 


Il K 


D. Sabdataa Coij- 


Il K 


D. Em^riri Rasp. . . , 


B K 


D.1 cf. Angladfi Sa.vn. 


B. K 



Sayn 

S. inlerpoaitaa Coq. 
Holcodiscua cf. Soplio- 

Ri'sAaCni]. 

H. et. Morleti Kilian , 
H. 7 spce. indcl. . . . 
Acantbocerag cf. .l/n»^ 

fini d"Orb. 

Selemnilea 

catnlug Itlninv. 
Daealia Uraa! Dut 



dÙLÎDt^jmL par ■» cAlM luiB 
■TfHitt^eri TiincvuiiwikHtr 

da l'umbilir : ita <AIm uni 
d'.il<nir.nlu>«i<II>nln5iic 



f'™mit "!Îwr"f™en™(.û 



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1. S. G. !■:. W. V, !'■ iHirlie. p. :4:. pi. Ul, lifc'. M y 



l44 A.. JOLEAUD. — ÉTUDE DE l'iNFRACRÉTACÉ ai JaQV. 

Le Néocomien, comme on le voit, se montre très pauvi^e en 
fossiles, particulièrement vers la base, où nous n'avons recueilli 
que deux Ammonites pyriteuses. Vers le sommet, les fossiles pyri- 
teux disparaissent et les Duvalia prennent un grand développe- 
ment, surtout comme individus. 

Le Barrtîmien est représenté par un deuxième niveau à Ammo- 
nites pyriteuses. Les faunes de ses diflerents afïlcurcments, assez 
semblables les unes aux autres, sont bien plus pauvres que celles 
de Guelma et du Djebel Ouach. Elles n*oflrent ni l'abondance des 
individus du genre Phylloceras, ni les nombreuses espèces de 
Pulchellia et Holcodiscus du second, ni la richesse en Pliy^Uoceras^ 
Desmoceras et Hamulina du premier. A Texception de Phylloce- 
ras infundibulum d'Orb., les Ammonites y sont rares, particuliè- 
rement celles des genres caractéristiques du Barrémien inférieur, 
Pulchellia (^ individus, i espèce), Holcodiscus (i individu), Lepto- 
ceras(i individu douteux). Il en est de même des Gastropodes et des 
Echinides. Nous n'y avons recueilli ni Lamellibranches ni Poly- 
piers. Enfin quelques Ammonites à faciès aptien figurent dans la 
liste : elles proviennent peut-être des couches supéiieures d'où 
elles ont pu être entraînées par les eaux qui ont profondément 
raviné les flancs des mamelons infracrétiicés. L'ensemble de la 
faune indiquerait plutôt, comme à Guelma, le Barrèmien supérieur. 
Il est fort possible d'ailleurs que le Barrèmien inférieur existe à la 
base de cette assise, mais les éboulisqui la masquent ne permettent 
pas de Ty observer. 

L'Aptien nous présente un troisième niveau à Ammonites pyri- 
teuses, compris entre deux horizons où les Ammonites font com- 
plètement défaut et où nous n'avons pu recueillir que de rares 
Bélémnites. Les caractères de TAptien sont, d'ailleurs, sensible- 
ment les mêmes que ceux du Barrèmien supérieur. Les espèces 
seules diffèrent. C'est ainsi que Phj'lloceras Guettardi Rasp. et 
Desmoceras EmericiRsiSi^. sont aussi communs que Tétaient précé- 
dement Ph}dloçera^ infundibulum d'Ch'b. et Desmoceras Gouxi 
Sayn. Toutefois il convient de remarquer qu'ici se produit un fait 
analogue à celui constaté à l'Oued Cheniour par M. Blayac *, la 
persistance de genres considérés comme essentiellement barrê- 
miens, tels que Holcodiscus et Silesites, Un caractère négatif 
curieux de cette faune est l'absence complète du genre Hoplites, 
habituellement si abondant à ce niveau en Provence, et même en 
Tunisie, où l'indique M. Pervinquière '. En dehors des Céphalo- 

1. Loc. cit. 

'2, in DE Lapparkxt. Traité de géol., 4' édition, p. vif^i. 



igOI A FACIÈS VASEUX PELAGIQUE EN ALGERIE ET EN TUNIS» 1^0 

podes, l'Aptien ne nous a présenté d'autres fossiles qu'un Gastro- 
pode en très mauvais état, d'ailleurs. 

Dans le voisinage de riiilracrétacé d'Hammam Lif on a reconnu 
la présence du Lias, de TOxfordien, du Jurassique supérieur, du 
Cénomanien et du Turonien. Ces terrains ont fait Tobjet d'un 
grand nombre d'études, particulièrement de MM. Rolland ^ Le 
Mesie *, Aubert 3, Baltzer *, Ficheur ^, Haug '^, etc. Sur le flanc nord 
du Djebel Halloufa des marnes grisâtres appartenant à i'Eocène 
inférieur (?) nous ont fourni, Aturia s^ec, ind., Terebratula sf. 
ind. et des Polypiers tous pyriteux. 

La Chebka Tebaga 

En dehors des faunes des trois régions que nous venons d'étudier 
et où nous avons fait des recherches personnelles assez longues, il 
nous a été donné d'examiner un certain nombre de fossiles prove- 
nant de la Chebka Tebaga, à 6 kilomètres au nord de l'exploitation 
d'antimoine de Hamimat, sur le flanc nord du Raz el Bred. Indé- 
pendamment de quelques espèces qui nous ont paru nouvelles, 
nous y avons reconnu Phylloceras infundibulum d'Orb., Desmo- 
ceras getulinum Coq., Belemnites cf. pistiUiformis Blainv. Cette 
faune qui semble indiquer le Barrémien supérieur ou l'Aptien 
inférieur, parait en tous cas bien différente de celle du Néocomien 
indiquée par Coquand^ au Djebel Hamimat. Il n'est pas impossible, 
d'ailleurs, que le Néocomien existe sur ce point au-dessous des 
couches barrèmiennes ou aptiennes. 

Résumé 

En résumé, l'Infracrétacé à faciès vaseux pélagique, nous a paru 
présenter dans le Nord de l'Afrique, la série suivante, où la suc- 
cession des zones est sensiblement la même que celle à laquelle se 
sont arrêtés MM. Munier-Chalmas et de Lapparent ^ pour le Midi 
de la France : 

1. C. R. Ac, Se, a; — B. 5. G, F., (3), XVI, p. 847; XVU, p. 129; XVffl, 
p. ag, etc. 

2. Exploration scientilique de la Tunisie; B, S, G, F., (3), XVIII, p. 209, etc. 

3. B. S. G, F., (3), XVin, p. 334 : — Carte géoL prov. de la Tunisie et texte 
explicatif, 

4. AT. Jahrb., 1893. T. H. 

5. FiciiEUH el Haug. C. R, Ac. Se, CXXII, p. i354. — Haug. Revue génér. des 
Sciences, 7* année, 1896, p. 1047. — A. F. A. S., Sainl-Elienne, 1897. 

6. Mém. S. G. F„ (2), V, i" partie, p. 71. 

7. B. S, G. F.. (3). XXI, p. 464 et suiv. 

27 Août 1901. — T. i»*'. Bull. Soc. Géol. Fr. — 10 



l46 JOLEAL'D. INFRACRÉTACÉ A FACIÈS VASEUX PELAGIQUE 31 JailV. 



5 




9* Marnes à BeUmnites êemicanaliculatus. 

Garoasibn ^ 8* Marno-calcaires à Phylloceras Guettardi et Desmocera» 
' Emerici, 

BÉDOULIBN 7* Marnes à Duvalia Grasi. 

supérieur 6* Marno-calcaires à Macroacaphites, Silesites, Hamu^ 

lina et Poissons. 

tf ] . ^, . \ 5* Marnes à Pulchellia et Holcodiscus, 

^ [ i 4* Calcaires à Leptoceraa cf. subtile, 

Hauterivibn 3* Marnes à Duvalialdilatata, Diw, Emerici et Aptychus, 

a' Marno-calcaires à Holcostephanus Astieri et Duvalia 
Valanginibn ^ toto. 

I* Grès à Hoplites Roubaudi et Lytoceras quadrisulcatum. 

Malgré cette succession si nette et dont le synchronisme avec 
rinfracrétacé de la Haute-Provence est frappant, on ne saurait 
contester Tintime liaison de ces différentes assises entre elles, 
liaison qui constitue d'ailleurs le caractère essentiel des formations 
bathyales et qui se manifeste non seulement par une grande unifor- 
mité dans la constitution lithologique, mais encore par la préexis- 
tence ou la persistance d'espèces fossiles en dehors de la zone 
dans laquelle on les a souvent considérées comme absolument 
localisées. C'est ainsi que M. Blayac à Medjez Sfa et nous-mème 
au Djebel Ouach, avons constaté la persistance dans le Barréinien 
inférieur de Lissoceras Grasi, Phylloceras semistdcaturn, etc. ; 
que nous avons recueilli dans le Barrémien supérieur du Djebel- 
Ouach un certain nombre de fossiles habituellement aptiens, 
tandis que M. Blayac observait à l'Oued Cheniour et nous-méme 
à Hammam Lif la persistance dans l'Aptien de Silesites, Desmoce- 
ras et Holcodiscus a faciès nettement barrémiens. 

En terminant cette étude nous devons adresser tous nos remer- 
ciements à M. Ficheur, dont les savants conseils nous ont été d'un 
précieux secoui*s dans nos recherches. 



NOTE 

SUR LE PONÇAGE DU PUITS ARTHUR DE BUYER 

EXÉCUTÉ PAR LA SOCIÉTÉ DES HOUILLÈRES DE RONCHAMP 

(uautb-saônb) 

par M. Mathieu MIEG. 

Le fonçage du puits n° 1 1 « Arthur de Bnyer », exécuté par la 
Société des Houillères de Ronchamp, a été achevé au commence- 
ment du mois de novembre 1900 et a atteint la profondeur de 
i.oio mètres. 

La Société géologique de France ayant eu Toccasion d*examiner 
les premiers travaux de forage, lors de sa visite à Ronchamp, 
pendant la réunion extraordinaire de 1895, il m'a semblé intéres- 
sant de compléter la note parue dans le bulletin de la Société à 
l'occasion de Fexcursion du 3 septembre * de cette année. 

C'est au mois d'octobre 1892 que fut décidée la création au 
sud-ouest du puits du Magny, d'un nouveau siège d'exploitation, 
devant comprendi'e deux puits, chacun de 4 mètres de diamètre 
dans œuvre, destinés l'un à l'extraction de la houille, l'autre à 
l'aérage des travaux. Le plongement sud-ouest du terrain houiller 
avec une forte pente — environ 3o centimètres par mètre — faisait 
prévoir que l'exploitation atteindrait une profondeur d'environ 
1000 mètres, mais pourrait être réduite à environ 900 mètres, à 
cause du rejet de 100 mètres produit par la faille constatée dans la 
galerie de recherche creusée au puits du Magny. 

Ces prévisions ont été pleinement justifiées par les travaux, car 
la première couche de houille a été rencontrée vers 85a mètres de 
profondeur et la seconde vers 8j5 mètres. 

Les travaux de fonçage du puits Arthur de Buyer, commencés 
au début de Tannée 1895 ont été achevés en novembre 1900, et on 
est en train de creuser les travers bancs pour la construction des 
recettes. Il aura donc fSdlu un peu moins de six années pour mener 
à bien cet important travail. Étant donné le point choisi pour 

I. B. S. G, F., [31, XXV, p. ioo3, 1897. 

Je tiens à remercier le Directeur des Houillères M. L. Poussigue, M. Tingé- 
nieur Paucillon et les employés de la mine pour l'empressement qu'ils ont 
mis à me fournir les renseignements dont j'avais besoin pour ma note. 



i4ô 



M. MIEG 



ai Janv. 



remplacement du nouveau puits d'extraction, les travaux ont dû 
être commencés dans le grès bigarré. La coupe complète des 
terrains traversés, de haut en bas, pendant le fonçage du puits est 
la suivante : 

Profondeur Épaisseur 



Grès bigarré o" à 60" 

Grès fin violacé, passant à la base au grès vosgien . 60* à 70* 
Grès vosgien, avec nombreux galets de quartz et 

partie sableuse à la base 70* à 90* 

Grès rouge, épaisseur Sg mètres environ. 
Argile rouge massive, puis argilolithes 

bariolées plus stratifiées, ép. i56 m. env^ 
Alternances de g^ès, de brèches avec un 

peu d*argile, puis argile avec petites 

veines de gn^ès, ép. 76 mètres env. 



6o' 

10" 

ao' 



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04 pu 



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Grès rouge à g^ain lin avec brèches et ^ 
on peu d'argile, ép. 66 mètres env. 

Grès avec brèches dominantes, ép. ii5 
mètres env. 

Argile avec quelques bancs de grès, ép. 
160 mètres env. 

Alternances de poudingues violacés et 
d'argilolithes avec empreintes de feuil- 
les de Gordaltes (entre 710 et 712*) ép. 
18 mètres env. 

Grès et poudingues violacés avec quel- 
ques brèches, ép. 44 mètres 56 env. / 

Alternances de grès et de grès schisteux avec 
empreintes de Cordai tes, etc., dans les iiarties 
schisteuses, épaisseur 87 m. 84 environ. 

Schistes avec nodules de carbonate de fer, 
puis schistes houillers fins, ép. 8 m. 40 env. 

Première couche. — 3 bancs de houille séparés 
par des grès schisteux, dont le plus épais 
d'environ o ni. 80, les deux autres de o m. ao. 

Grès grossier avec troncs de Calamités, ép. 
10 à II mètres env. 

Deux petits bancs de houille de 0*90 séparés 
par 2 mètres de schiste houiller, ép. 2 m. 40 
env. 

Schiste houiller, ép. o m. 80 env. 

Deuxième couche, comprenant environ 1 m. 60 
d'ouverture de houille avec intercalation de 
2 bancs minces de grès, puis o m. 40 de grè& 
et un nouveau banc de houille d'environ 
o m. 80, ép. a m. 80 env. 

Grès houiller, ép. i mètre env. 



ce 
O 

1 00 



- 90- à j6}-56 674-56 



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ii4'a4 



igOI NOTE SUR LE FONÇAGE DU PUITS « ARTHUR DE BUYER » I^g 

PrOPONDKUR ËPAIASVCm 

Terrain talqueax,—Tnî de porphyre pétrosili- \ ^ 

ceux blanchâtre avec forts filons de calcaire 1^ 

doloinitique, ép. 56 m. ao env. i £ 

Petit lilon de houille de o m. lo, représentation f g ' 

de la couche de Mourière, ép. o ui. lo env. / U lii ao 

\ ^ lOIO 

Terrain talqueux, ép. 6 mètres env. I g 

Schistes de la g^auwacke carbonifère, ép. 1 2 

68 m. 90 env. j^ 

Obsenfations générales sur les terrains traversés. — Ainsi que 
je Tai indiqué dans ma précédente note, le grès bigarré repose en 
stratiûcation concordante sur le grès des Vosges, et le passage d'un 
étage à Tautre se fait insensiblement, de sorte qu*il est impossible 
d'établir une ligne de démarcation. Les bancs ont une pente de 
8 centimètres par mètre. Le grès vosgien repose également en 
stratification concordante sur le grès rouge. Les bancs du grès 
bigarré et du grès des Vosges sont aquifères, aussi a-t-on constaté 
dans les deux puits à la profondeur de 90 mètres, une venue d'eau 
de 3oo mètres cubes par a4 heures. Afin d'empêcher l'eau de péné- 
trer dans l'intérieur des puits, un cuvelage en fonte, absolument 
étanche, est établi sur les cent premiers mètres, puis à partir de 
cette profondeur, étant donné l'imperméabilité du grès rouge, le 
revêtement des puits est, pour l'un d'eux en moellons taillés, et 
pour l'autre en moellons artificiels de ciment. 

En dehors des faits signalés précédemment, le grès bigarré et 
le gi'cs vosgien n'ont présenté aucune particularité à mentionner, 
sauf que le grès vosgien, — comme dans la coupe du moulin des 
Battans — a une épaisseur très réduite et renferme des bancs 
sableux, friables à la base. 

Le grès rouge permien, a été traversé sur une épaisseur considé- 
rable, d'environ 674 m- 56. Les brèches de la partie supérieure et 
moyenne du Permien, — particulièrement entre 4oo à 600 mètres 
de profondeur — sont à éléments anguleux et renferment des 
fragments de grès ferrugineux ou siliceux, de porphyre violacé, 
plus ou moins décomposé, de schistes de transition, et des cristaux 
isolés de feldspath et de quartz. 

Les poudingues violacés de la base du Permien contiennent des 
cailloux roulés d'un grès siliceux violacé, mélangés de fragments 
de porphyre violacé et de grains de quartz cimentés par une pâte 
ferrugineuse. 

Les brèches du Permien contiennent divers minéraux, de la calcite, 
de la dolomie, de la barytine, de la pyrite et des traces de fer oligiste. 



i5o M. MiEG ai JanY. 

Les argilolithes de la base du Permien n ont pas fourni de tiges 
silicifiées, mais seulement quelques empreintes de feuilles de 
Gordaîtés. 

Gomme accident de terrain il y a lieu de signaler, vers 4io mètres 
et vers 6^5 mètres, deux petits accidents de faille, dont le dernier, 
dans le sens de la houillère, relève la partie sud des terrains 
traversés. 

Le terrain houiller — ainsi que je l'ai fait observer précédem- 
ment — plonge au sud-ouest avec une foite pente constante (envi- 
ron 3o centimètres par mètre) et conserve dans tous les plans de 
cette orientation une épaisseur constante. 

Au puits Arthur de Buyer, le terrain houiller a été traversé sur 
une épaisseur d'environ ii4 ni. a4' ^^ ^^ ^7^ ^* ^4» ^^ ^^ y ajoute 
le terrain talqueux de la base, y compris le petit banc de houille 
de lo centimètres qui représente la couche de Mourière. 

La partie supérieure du terrain houiller, jusqu'à la pi^emière 
couche de houille, s'est montrée exclusivement composée de grès, 
de grès schisteux et de schiste plus ou moins fin, avec nodules de 
carbonate de fer dans les derniers mètres qui avoisinent la 
houille. On remarquera l'absence des poudingues houillers, ren- 
contrés au milieu des bancs de grès, en d'autres points du bassin, 
notamment au puits du Chanois, où ils sont formés d'éléments 
faiblement roulés de roches cristallines : porphyre pétrosiliceux et 
porphyrite mélangées de fragments de schiste de transition ver- 
dàtre et de grains de quartz. 

Les empreintes végétales renfermées dans les schistes houillers 
jusqu'au voisinage de la pi'emière couche sont variées et ne diffè- 
rent pas sensiblement de celles rencontrées sur d'autres points, 
dans les exploitations de la houillère. On y constate l'abondance 
des empreintes de feuilles et de fruits de CoMaïtes, mélangées 
avec deux espèces de Sigillaires : S. tessellata, S. elliptica; de 
nombreux Pecopteris, Çyclopieris^ Asteroph^dlites, Annularia; 
quelques Lepidodendron , etc. , flore fossile qui , d'après Fabbé 
Boulay * semble correspondre à une période assez longue de 
dépôt qui atteint la base du terrain houiller supéneur. D'après 
M. Grand'Eury - la flore de Ronchamp présente tant d'analogie 
avec celle d'pinac, près d'Autun, que la continuité des couches 
houillères d'un point à l'autre semble probable. 

Les schistes houillers contenaient également quelques fragments 

• i. B, S, H. N., Colmar 1879-1880, p. 32. 
a. Orand*Eury, Flore carbonifère da département de la Loire, 1877. 



I9OI NOTE SUR LE FONÇAGE DU PUITS « ARTHUR DE BUTER » l5l 

de Poissons ganoîdes palseoniscidés, à corps trapu, écailles rhom- 
boîdales ornées de lignes longitudinales qui (d*après des échantil- 
lons plus complets de la collection Edouard Doll de Mulhouse, 
provenant des déblais du puits Saint-Charles à Ronchamp, que 
j'ai pu étudier), se rapprochent du genre Elaoeria Sauvage, de 
Gominentrv. 

Les grès houillers, assez grossiers, qui se rencontrent entre la 
première et la seconde couche de houille renferment d'assez nom- 
breux troncs de Calamités, C. cannoeformis?, ayant jusqu'à i mètre 
à I m. 10 de longueur. D'après les observations et les dessins qui 
m'ont été communiqués par l'ingénieur chargé de la dii*ection des 
travaux, M. Faucillon, certains de ces troncs, légèrement infléchis 
vers la base et terminés en pointe, étaient dans une position per^ 
pendiculaire à la stratification et présentaient l'apparence de tiges 
en place. 

Comme accidents de l'aille, il y a lieu de signaler la faille ren- 
contrée au midi du puits , qui ramène la première couche au 
niveau de la petite couche intermédiaire. Cette faille supprime les 
schistes houillers, généralement très riches en empreintes végé- 
tales, qui séparent la première couche de la couche intermédiaire. 

Un accident de faille de peu d'importance a également été cons- 
taté dans la seconde couche. 

Les roches talqueuses de la base du terrain houiller ont été très 
exactement décrites par M. CoUot dans sa note sur les roches du 
bassin de Ronchamps *. Ce sont des tufs de porphyi'e pétrosiliceux 
blanchâtres, légèrement rosâtres, formés de fragments feldspa- 
thiques blancs, anguleux, renfermant des grains de quartz bipy- 
ramidé. 

Les granulations lumineuses de ce tuf forment des traînées dans 
la matière amorphe, où sont noyés les cristaux anciens de quartz et 
d'orthose, ceux-ci peu nombreux et petits. Ces tufs qui ont été 
rencontrés sur plus de 5o mètres d'épaisseur au puits Arthur de 
Bu/yer, étaient traversés par d'épais fiions de calcaire dolomitique, 
riche en fer, avec cristaux, recouverts de mouches de pyrite. 
La dénomination de roche talqueuse donnée par les mineurs à ces 
tufs i)rovient de ce qu'ils ont parfois — comme dans certains 
échantillons comprimés et un peu schisteux, que je possède, pix)r 
venant du puits du Chanois — un toucher légèrement tal queux, 
savonneux. 

I. CoLLOT. Note sur les roches du bassin de Ronchamp. B, S. G. F,, [3], 
XXV, p. 1017-1018 (1897). 




i5a M. MiEG ai Janv. 

A 935 mètres de profondeur s'est rencontré encore un petit filon % 
de houille de 10 centimètres d*épaisseur, qui est le représentant 
de la couche de Mourière et correspond à la base du terrain 
houiller. Le petit banc de schiste siliceux qui vient en dessous 
oflre déjà beaucoup d'analo^e avec les schistes à Sphenopteris et 
à Cj'clopteris de la grauwacke carbonifère de Bourbach-le-Bas. 

Une dernière empreinte végétale, peu déterminable, a été ren- 
contrée, vers la limite du terrain talqueux, à la profondeur de 
940 mètres dans un schiste siliceux. 

Les schistes anciens du Carbonifère inférieur, sur lesquels le 
Houiller est discordant, commencent à la profondeur de 941 mèti*es 
et se continuent jusqu'à loio mètres, profondeur à laquelle a été 
arrêté le fonçage du puits Arthur de Bu)^er, 

Application de la théorie de M. Fayol au bassin houiller de 

Ronchamp. — Lors de la réunion extraordinaire de la Société géolo- 
gique à Belfort (séance du 4 septembre 1897 à Belfoit), M. CoUot 
avait appelé l'attention de ses confrères sur la conformité de dispo- 
sition du bassin houiller de Ronchamp avec celle que lui assigne- 
rait la théorie de M. Fayol. La théorie des deltas houillers semble 
en effet s'appliquer parfaitement à ce bassin. 

Le terrain houiller de Ronchamp, déposé dans la grande dépitîs- 
sion carbonifère qui s'étend au sud du système des ballons de la 
falaise vosgienne, s'épanouit à l'ouest sur une grande épaisseur — 
plus de i5o mètres au puits du Chanois — pour se terminer en 
pointe et disparaître peu à peu entièrement vers l'est. 

Les couches de houille de la région — au nombre de trois avec 
la couche intermédiaire — sont affectées de la même manière ; elles 
s'amincissent au levant et arrivent à n'en plus constituer qu'une 
seule qui disparaît complètement. Les bancs de schistes et de 
gpi'ès qui séparent les trois couches du système de Ronchamp vont 
également en augmentant vers le couchant par l'amplification de 
barres qui deviennent des bancs épais. 

D'après les observations de M. Trautmann S les baiics de pou- 
dingues houillers s'amincissent et deviennent de moins en moins 
nombreux, à mesure qu'on avance vers le sud-est. Ainsi au son- 
dage de Malbouhans on a traversé treize bancs de poudingues, 
d'une épaisseur totale de 46 mètres, sur ia6 mètres de terrain 

I. E. Trautmann. Etude des gîtes minéraux de la France, Ministère des 
Travaux publics. Bassin houiller de Ronchamp. Paris, Quantin, i855, v. p. 

II!l-Il3. 



I9OI NOTE SUR LE FONÇAGE DU PUITS (( ARTHUR DE BUYER » l53 

houiller; au puits Sainte - Marie , trois bancs seulement de ao 
mètres d'épaisseur ensemble, sur lao mètres de terrain houiller; 
à Sainte-Pauline on ne trouve plus qu'un banc de 6 à j mètres, sur 
une épaisseur de 60 mètres de terrain houiller. 

Les faits que nous venons de citer, et particulièrement l'amin- 
cissement progi*essif et la disparition du bassin houiller de 
Konchamp vers l'est et le sud-est, permettent de conclure, avec 
M. Trautmann * que le courant qui a charrié et amené dans le 
bassin, tant les roches que les matières végétales, venait du nord- 
ouest, de terres basses émergées entre les Vosges, les Ardennes 
et le Morvan. Les gros galets des poudingues se sont déposés les 
premiers* — il est évident que certains éléments de ces conglomé- 
rats ont dû être empruntés au terrain talqueux et aux schistes 
carbonifères qui occupent le fond du bassin, — -puis les sables et 
les schistes se déposèrent à leur tour, et, aux époques où le courant 
charriait de notables quantités d'éléments ligneux, ceux-ci ont été 
en général amenés plus loin i)our former les couches de houille. 

M. Trautmann a fait observer en outre, que même à ces époques, 
les eaux charriaient des sables et des argiles, qui se sont inter- 
calés entre les dépôts ligneux, de préférence à leur entrée dans le 
bassin de dépôt. La grande division des couches de houille vers le 
nord-ouest les rend en effet inexploitables, tandis que c'est vers le 
centn; du bassin qu'elles sont le plus régulières. 

Quant aux troncs de Calamités, présentant l'apparence de tiges 
en place, observés dans le fonçage du puits Arthur de Bayer, ils ne 
sauraient pas contredire la théorie des deltas et des ti'onçs charriés 
par les eaux torrentielles, puisque de nonibreux troncs, présentant 
les caractères de troncs en place, ont été également observés à 
Commentry, et que M. Fayol lui-même a démontré que dans un 
courant rapide, nombre de végétaux, fût-ce même des frondes de 
fougères, gaixlent la station verticale, pour ne commencer à se 
coucher que quand leur pied a touché le fond. 

I. Ouv. cité, p. lia. 



Séance du 4 Février f 90f 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la 
dernière séance. I^ rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Le Président annonce la mort de M. 6. Chatin« Membre de l'Ins- 
titut. Les études spéciales, auxquelles il s'était adonné, ne Tenipê- 
chaient pas de s'intéresser vivement aux travaux de la Société 
géologique, dont il était membre à vie depuis i85B. 

Quatre nouveaux membres sont présentés. 

M. Toucas donne quelques détails complémentaires de sa note 
du 5 décembre 1898, Sur VéQolution des Hippurites, 

Il fnit connaître que, pour le moment, il n'est pas possible d'ad- 
mettre un type ancestral commun ay^nt servi d'origine à tons les 
groupes d'Hippurites. Quatre formes ont apparu simultanément 
dans le premier niveau à Hippurites (Angoumien moyen à Dira- 
dioUtes cornupastoris) : Hipp, resectus Defrance, Hipp, Requieid 
Matheron, Hipp, inferus Douvillé et une forme nouvelle qui est la 
forme ancienne de Hippurites petrocoriensis Douvillé, diflérant 
de celle-ci par son arête cardinale tronquée. Ce sont les quatre 
types primitifs des grandes divisions établies par M. Douvillé, 
Hipp. resecius pour les Hippurites à pores polygonaux, Hipp, 
Requieni pour les Hippurites à pores linéaires, Hipp, inferus et 
Hipp, petrocoriensis^ forme ancienne, pour les Hippurites à pores 
réticulés. 

Chacune de ces trois grandes branches comprend plusieurs 
groupes, dont on peut suivre l'évolution depuis le type primitif 
jusqu'à son extinction. 

I" Hippurites a pores rkticulés. 

Dans cette première branche on distingue deux groupes princi- 
- paux, donnant naissance à un sous-groupe. 

i Groupe de VIlipp. galloprovincialis Matheron. 
^ I Sous-groupe de VHipp. Moalinai d*Hombres Firmas. 

(• Groupe de VHipp. .i^'^antou^ d'Hombres Firmas. 
^ I Sous-groupe de VHipp, Oppeli Douvillé. 

La distinction entre ces deux groupes se fait sur le premier pilier, 
toujours court et non pédicule dans le premier groupe, tandis 



SÉANCE DU 4 FÉVRIER I9OI l55 

qu'il est plus allongé et constamment pédicule ou fortement rétréci 
à la base dans le deuxième groupe. 

Entre le groupe de YHipp. galloprovincialis et le sous-groupe de 
VHipp. Moulinsi, la distinction se porte sur l'arête cardinale, 
longue et lamelliforme dans le premier, encore saillante mais 
toujoui-s triangulaire dans le sous-groupe. 

Dans le deuxième groupe, la distinction s'opère particulièrement 
sur la valve supérieure qui, en s'épaississant dans le sous-groupe 
de VHipp. Oppelij transforme les pores en pores sub réticulés. 

Le groupe de VHipp, galloprovincialis a poui» origine VHipp, 
petrocoriensis^ forme ancienne, à arête cardinale tronquée, qu'on 
i^eucontre dans le premier niveau à Hippurites de la Provence, des 
Corbières et des Chai'entes. Il comprend en outre dans l'ordre de 
l'évolution : 

Hipp. petrocoriensis Douvillc. dans TAngoumien supérieur. 

— marticensis Douvillé, forme ancienne de VH. j dans 

dentatas avec arête cardinale iron(|uéc. ' le Coniacien et le 

— galloprovincialis. \ Santonien inf. 

— dentatas Matheron, dans le Santonien moyen. 

— latus Matheron, dans le Santonien supérieur et le Campnnien. 

Le sous-groupe de VHipp, Moulinsi débute dans TAngoumien 
supérieur avec VHipp. Rousseli Douvillé, a arête cardinale tron- 
quée, et se continue avec 

Hipp. Moulinsiy à arête cardinale tronquée, dans le Coniacien. 

— sp. nov., forme récente de VHipp. Moulinsi à arête cardinale 

arrondie, dans le Saqtonien. 

Le groupe de VHipp. giganteus a pour origine VHipp. inféras de 
l'Angoumieu moyen et couipreud en outre : 

Hipp. gosaviensis Douvillé. \ dans 

— sp. nov., forme ancienne de VHipp. gigan- l'Angoumien 

teuSj avec arête cardinale tronquée. ] supérieur. 

— /[^i^afiteos, dans le Coniacien. 

— Jeani Douvillé, dans le Santonien inférieur. 

Enfin le sous-groupe de VHipp, Oppeli commence avec VHipp. 
Zurcheri Douvillé, du Coniacien, remplacé dans le Santonien 
inférieur par une forme plus récente à arête cardinale arrondie, et 
comprend en outre les quatre formes suivantes de la Province 
orientale : 

Hipp. Bœhmi DouviUé. \ 

~ inœquicostatua Munster. / probablement dans le 

— Oppeli Douvillé. ? Campanien. 

— vesiculosuê Woodward. ) 



l56 SÉANCE DU 4 FÉVRIER I9OI 

M. Douvillé rectifie une communication qu'il avait faite dans la 
séance du i j décembre dernier, à propos d'un ForaminiCëre prove- 
nant d'Egypte et communiqué par notre confrère M. Fourtau. Le 
Secrétaire pour l'Etranger, M. Pervinquière, lui a signalé l'appa- 
rition toute récente d'une note de M. Blanckenhom (Z. D, G. G., 
vol. LU, p 4^3) dans lequel il est question de ce fossile, précé- 
demment décrit par M. Chapman, sous le nom de Patellina (egyp- 
tiensis (Geol. mag,. dec. IV, vol. 7. p«3). 

Ce nom de Patellina est employé par les auteurs anglais, depuis 
Carpenter, pour les fossiles que les géologues du Continent dési- 
gnent sous le nom d'Orbiiolina. Carpenter a rejeté cette dénomi- 
nation, qui est plus ancienne, par la raison que (( d'après l'usage 
suivi par un grand nombre de naturalistes, cette désinence indique 
une forme vivante devant être rapprochée des Orbitolites fossiles. » 
Or cet usage n'était certainement pas accepté par d'Orbigny, 
Tauteur du genre, puisqu'il l'a établi exclusivement pour des 
formes fossiles. En outre Carpenter a indiqué lui-même les diflé- 
i*ences qui distinguent ces formes fossiles des Patellina actuels, 
et notamment Tabsence dans ces derniers, du fin réseau sous- 
épidermique qui est caractéristique pour les formes fossiles du 
terrain crétacé. En réalité les deux types Patellina actuel et 
Orbifolina crétacé, sont génériquement différents, et les deux 
noms ne doivent pas être confondus. 

Le fossile d'Egypte n'appartient pas au genre Orbifolina comme 
nous l'avons cru tout d'abord avec MM. Chapman et Schlumberger ; 
mais il représente seulement une forme voisine et nous adoptons, 
à ce point de vue, la manière de voir de M. Blanckenhorn. Comme 
dans les Orbitolines, il existe sur la face conique un épiderme 
strié concentriquement et imperforé, et au-dessous un réseau fin 
sous-épidermique, puis une couche corticale formée de cellules 
rectangulaires disposées en quinconce. Mais la partie centrale est 
formée de couches régulières séparées les unes des autres par des 
lamelles convexes perforées ; cette disposition est beaucoup plus 
simple que celle que l'on observe dans les Orbitolines vraies. Il 
faut donc adopter le nom nouveau de Dictyoconos (ou mieux 
Dict}^oconu8) proposé par M. Blanckenhorn. Ce fossile est indiqué 
comme appai*tcnant à TEocène, et il est extrêmement intéressant 
de retrouver à cette époque, relativement récente, un représentant 
des Foraininifères à réseau sous-épidermique qui, jusqu'à présent, 
Quêtaient connus que dans le terrain crétacé. 



ÉTUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 



I SUR LE RATTACHEMENT A UNE SOUCHE COMMUNE DES DIVERSES 

ROCHES INTRUSIVES DU TERRAIN ROUILLER DU BRIAN- 
ÇON-NAIS ; 

II. — SUR LES TR ACHYTES (ORTHOPHYRES) DU' TERRAIN HOLILLER 
DES GRANDES-ROUSSES, 

par M. Pierre TERMIER. 

Entre la vallée de l'Arc au nord, et les vallées du Yénéon et de 
la Gyronde au sud, le terrain houiller, qui joue, comme chacun 
sait, un rôle fort important dans la constitution de nos Alpes, 
renferme beaucoup de roches éruptives. J*ai montré, dès 189a *, 
que, dans le massif des Grandes-Rousses, la bande anthracifère 
située sur le versant oriental de la chaîne présente, aUernant avec 
les grès et les schistes, de nombreuses coulées de trachytes 
(orthophyres), des assises tufacées à débris trachytiques, et des 
bancs de conglomérats à galets de ces mêmes trachytes. D'autre part, 
on connaît, depuis Elle de Beaumont -, Texistence, dans le terrain 
houiller du Briançonnais, d*amas intrusifs de roches dioritiques, 
au contact desquelles Tanthracite se change en graphite. Charles 
Lory ^ a décrit, après Ëlie de Beaumont, le gisement des « por- 
phyres dioritiques » du col du Chardonnet, et a signalé des . 
affleurements de roches analogues,, sinon identiques, à Puy-Saint- 
André et à Prelles, au Sud de Briançon. De 1880 à 1884, deux 
ingénieurs du Corps des Mines, MM. Lâchât et Kûss, ont fait 
connaître le « porphyre euritique » des Gardéolles, près de Saint- 
ChafTrey *. Enfin, les explorations entreprises dans la région 
briançonnaise par M. Kilian, par M. Lugeon, et par moi, en vue 
de Texécution de la carte géologique au 80.000*, ont amené la 

1. P. Tkrmier. Sur Texistence de la microgranulite et de l'orthophyre 
dans les Alpes françaises, C. R. Ac, Se, t. CXV, 18^ ; Sur les roches de 
la série porphyrique dans les Alpes françaises, ibid,, t. CXVI, 1893. — lu. Le 
Massif des Grandes-Rousses. BulL des Serv. de la Carte géolog,, t. VI, 
1894, n» 40. 

2. E. de Beaumont. Ann. des Sciences Naturelles^ i" série, t. XV, i8a8. 

3. Ch. Lory. Description géolog. du Dauphinéy § a65. Paris-Grenuble, 1864. 

4. BulL Soc, des Se, natur. du Sud-Est 1884, p. 49-^i ; Bull. Soc. d*Etude9 
des Hautes- Alpes, t. IV, i885, p. 4^4^* ^t rapports inédits. 



i58 p. TERMiER 7 Févr. 

découverte de beaucoup d'autres amas intrusifs, et nous ont 
conduits peu à peu, M. Kilian et moi, à l'étude systématique des 
roches qui forment ces amas * . Dans le Briançonnais, comme dans 
les Grandes-Rousses, le terrain a été fouillé partout : et les travaux 
analytiques sur les roches éruptives du Carbonifère sont aujourd'hui 
assez avancés pour que Ton puisse dès à présent essayer une 
synthèse. 

Je me propose, dans les pages qui vont suivre, d'étudier 
successivement les roches intrusives du Houiller briançonnais et 
les trachytes du Houiller des Grandes-Rousses. Je ne rappellerai, 
des descriptions antérieures, stratigraphiques et pétrographiques, 
que ce qui sera indispensable pour Tintelligence de ma thèse. Et 
ma préoccupation sera de saisir le lien génétique par lequel se 
rattachent les unes aux autres certaines de ces roches, ou de 
montrer, au contraire, entre de certaines autres, des dissemblances 
fondamentales et essentielles. Cette préoccupation, que j'apporte 
ici, est, à l'heure actuelle, celle des lithologistes du monde entier. 



I. — Roches intrusives du Houliier briançonnais 

J'ai déjà établi que les roches intrusives du terrain houiller du 
Briançonnais appartiennent à quatre types, en apparence fort 
différents, et qui s'écartent en effet les uns des autres, soit par leur 
structure, soit — ce qui est beaucoup plus important — par leur 
composition chimique. Ce sont : 

Des DiORiTES QUARTZiFÈREs {quarzdiorit), à biotite et amphibole ; 

Des MicRODioRiTEs (dioritporph^^rit), assez analogues aux 
variétés basiques de Vestérellite Michel Lévy (porphyres diori- 
tiques d'Ë. de Beaumont et de Ch. Lory); 

Des MicROSYÉNiTEs {sycTtUporphyr) ; 

Des MiCROGRANiTEs (granitporphj^r), enfîn, qui représentent le 
terme acide et alcalin de la série et qui soniles porph}^res enritiques 
de MM. Lâchât et Kûss. 

I. P. Tbrmibr. Sur l*élimination de la chaux, par métasomatose, dans les 
roches éruptives basiques de la région du Pelvoux. B. S. G, F., (3), 
XXVI. — W. KU.IAN et P. Tbrmibr. Contribution à Tétude des micM>diorites 
du Briançonnais Ibid., XXVI. — P. Tbrmibr. Microgranites de la vallée 
de la Guisanne. Ibid., XXVII. — W. Kilian. Excursion XDI' (Alpes du 
Dauphiné et de la Savoie), Livret-Guide du Congrès géolog. international de 
Paris, 1900. - P Tbrmibr. Excursion Xm* (massif du Pelvoux et Brian- 
çonnais), Ibidem, — P. Tbrmibr, W. Kilian et M. Lugbon. Feuille 
«^riançon » de la Carte géologique détaillée de la France au 80.000% 
Paris, 1901. 



igOI ÉTUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES l5g 

DioRiTES QUARTZiFERES. — J'ai découvcrt, il y a quelques 
années, de nombreux blocs de diorites quartzifères à biotite et 
amphibole dans le Glaciaire de la vallée de la Guisanne, au pied 
de la forêt de Prorel. Comme ces blocs sont presque partout mêlés 
à des blocs de gneiss et de granité qui proviennent du massif du 
Pelvoux, j'ai longtemps cherché dans ce massif même le gisement 
des diorites, jusqu*au jour où je rencontrai deux lambeaux d'une 
ancienne moraine, montrant des débris de diorite mêlés à des blocs 
de grès et de poudingues houillers, sans aucun mélange de débris 
gneissiques ou granitiques. Les lambeaux dont je parle sont situés 
à la sortie de Monêtier-les-Bains, sur la rive droite de la Guisanne, 
l'un sur le chemin des Grangettes, l'autre sur le chemin du col de 
l'Eychauda. 11 était dès lors évident que les diorites proviennent 
des montagnes situées au nord de la Guisanne ; et j*appelai, au 
mois d'août de 1B99, l'attention de M. Kilian sur ces roches 
intéressantes, et sur la probabilité d'en rencontrer des affleure- 
ments parmi les très nombreux affleurements de roches intrusives. 
Mon savant confrère et ami ne tarda pas, en effet, à me signaler 
l'existence, dans les environs du col du Chardonnet, de plusieurs 
amas intrusifs de diorites quartzifères, les unes identiques à celles 
du Glaciaire de la vallée de la Guisanne, les autres peu diflerentes 
et établissant un passage entre les vraies diorites et les micro- 
diorites. 

Dans les échantillons qui m'ont été remis par M. Kilian. aussi 
bien que dans ceux dont j'ai fait la récolte au sein du Glaciaire, on 
observe deux variétés de diorite quartzifère, l'une plus micacée, 
l'autre plus amphibolique. 

La variété riche en mica ressemble, de prime-abord, à un granité 
à grain fin. La structure est franchement granitoïde. La biotite est 
en voie de chloritisation, et la chlorite. très abondante, qui provient 
de cette attaque du mica, communique à tout l'ensemble de la roche 
une teinte verdâtre. La hornblende, de couleur verte, est plus ou 
moins abondante, mais moins abondante que le mica. Elle est 
assez bien conservée. 11 y a du sphène. Les cristaux de feldspath, 
idiomorphes pour la plupart, souvent volumineux, sont toujours 
altérés, parfois même complètement kaolinisés : les moins altérés 
montrent encore des traces de mâcles répétées, et des Ilots ou des 
liserés d'albite secondaire. Le feldspath originel étaitdel'andésine. 
Quant au quartz, il remplit les interstices des autres minéraux. 

La variété riche en amphibole renferme le plus souvent un peu 
de biotite. Neuf fois sur dix, elle n'est granitoïde qu'en apparence. 
Avec l'aide du microscope, on constate que les vides laissés par 



i6o 



p. TfiRMlER 



7 Févr. 



les grands crîstaux de hornblende et d*andésine sont remplis, non 
pas par le quartz seul, mais par une mosaïque granulitique (au 
setis Miehcl-Lévy) de quartz et de plagioclase (oligoclase ou 
andésine). Il y a d'ailleurs tous les passages entre la variété micacée 
et la variété amphibolique, de même qu*entre celle-ci et les 
véritables microdiorites. 

Voici deux analyses de diorites, qui montrent combien les deux 
variétés, micacée et amphibolique, sont, en réalité, voisines Tune 
de Tautre. Je transcris dans une troisième colonne la composition 
d'une microdiorite à grands cristaux de hornblende qui provient 
du Chardonnet (M. Kilian), et qui ne diffère des diorites que par 
une teneur en silice un peu moindre et une teneur un peu plus forte 
en fer et en magnésie : cette roche représente bien le type habituel 
et moyen des microdiorites de la région du Chardonnet. 



SiO» 

APO» ... ... 

Fe'O» 

FeO 

MgO 

CaO 

K«0 

Na«0 

Perte par calcination 

Total 



Diorile quartsifère 

du Chardonnet: 

variole micacée, à 

slruclure granituTde 



Go,2o 

19.60 

a,i5 
3,33 

a,9i 
5,61 

3,19 
3,59 



101,00 



Diorite quartzifëre 

du Chardonnet : 

variété 

amphibolique. 

k structure 
intermédiaire 



67,80 

19,70 
2,40 

4,14 

3,00 
6,i5 
1,37 
3,10 
a,62 



100,28 



Microdiorite 

du Chardonnet: 

type gprib-noir 

à grandit cristaux 

de hornblende 



55,5o 

20,60 

4,06 

3,45 
3,60 • 

6,45 

i,7< 
2,90 

2,68 



100,98 



Dans ces trois roches, la métasomatose est, non seulement du 
même genre, mais encore de la môme intensité. Les analyses 
ci-dessus sont donc vraiment comparables, sans qu*il soit néces- 
saire de recourir à la restauration. On voit que la variété amphi- 
bolique, pauvre en mica, est, non seulement quant à la structure, 
mais aussi quant à la composition chimique, un intermédiaire 
entre les diorites micacées, franchement granitoîdes, et les vraies 
microdiorites, i'ranchement porphyroïdes ; et l'on voit, en outre, 
que» les difiei^ences entre les types extrêmes se réduisent, en 



I9OI ÉTUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 161 

somme, à peu de chose. 11 y a, dans les trois types, la même 
abondance do feldspath, et presque les mêmes teneurs en potasse 
et soude. C'est par une moindre teneur en fer, magnésie et chaui, 
que la diorite micacée s'écarte des microdiorites. Quant à Tabon- 
dance de ia silice, il n'y a pas lieu d'y attacher une gi*audc 
importance, car nous verrons que, dans les microdiorites elles- 
mêmes, la proportion de SiO* varie de 5a à 64 "/"• 

1^ diorite ^ micacée du Chardonnet est donc une forme 
granitoïde du magma hj'po-abyssique qui, dans la même région, 
s'est consolidé, le plus souvent, sons la forme microdioritique. 
L'identité des minéraux dans les microdiorites et dans la diorite, 
et l'existence (variétés amphiboliques de diorites) d'un passage 
continu, quant à la composition, et quant à la structure, entre ces 
deux types de roches, ne laissent aucun doute sur leur étroite 
parenté. La diorite micacée ne diffère de la moyenne des micro- 
diorites du Chardonnet que par une moindre teneur en chaux, 
magnésie et fer. Elle renferme tout autant de feldspath, et, 
sensiblement, le même feldspath ; mais elle renferme moins 
d'amphibole et, en revanche, un peu plus de quartz et de mica noir. 

Cette forme granitoïde est d'ailleurs exceptionnelle, malgré 
l'épaisseur considérable (cent mètres et plus) qu'atUngnent parfois 
les amas intrusifs. Sauf des cas très rares, il n'y a de structui'e 
parfaitement granitoïde que dans les roches micacées, et, d'autre 
part, les roches intrusives ayant la composition chimique de la 
diorite micacée n'ont presque jamais la structure microdioritique. 
Quant aux variétés intermédiaires, sortes de diorites à amphibole 
microdioritoïdes, ou de microdiorites quasi-granitoïdes, elles sont 
très répandues dans la région du Chardonnet, et leur abondance 
ne semble guère moins grande que celle des microdiorites nette- 
ment porphyroïdes. 

Microdiorites. — C'est aux microdiorites qu'appartiennent la 
plupart des roches intrusives du Uouiller briançonnais. Elles 
abondent sur les deux versants des montagnes du Chardonnet, du 
Raisin, du Vallon, lesquelles dominent Monètier-les-Bains et les 
Guibertes. MM. Lâchât et Kûss en ont signalé d'autres aflleurements 
près de Névache, au dessus du chalet de Queyrellin ; et M. Kilian 
les a retrouvées dans la haute vallée de la Clarée, près des chalets 
de Laval et de Jadis. Ce sont encore des microdiorites qui 

I. Je continue d'appeler cette roche diorite^ en raison de son aspect exté- 
rieur, de sa composition niinéralogique, et de sa structure. En réalité, ce n'est 
pas une roche abyssique, et, par conséquent, ce n'est pas une vraie diorite. 

a; Août 1901. — T. icr. Bull. Soc. Géol. Fr. — 11 



lèa p. TERMiER 5 Févr. 

affleurent dans le haut du vallon de Fréjus, à la mine de graphite 
qui s'ouvre au sud-est de la Cucumelle. Les métues roches repa- 
raissent au débouché du vallon de Corvaria, vis-à-vis de Monétier ; 
à Réotier, près de Guillestre, dans un anticlinal aigu qui amène au 
jour une mince bande de terrain houiller; et encore dans les 
environs de Prelles, sur les deux rives de la Durance. 

Aux affleurements, ces microdiorites sont souvent fort altérées. 
Les surfaces exposées à l'air ont une couleur grise, ou vert foncé, 
plus rarement une teinte brune. La cassure est vert clair, ou gris 
verdfttre, on enfîn gris sombre. Les microdiorites laminées 
prennent l'aspect de chloritoscliistes, de schistes tâlqueux, de 
schistes serpentineux de couleur foncée. Quand il y a eu, à la fois, 
laminage énergique et métasomatose profonde, on a des schistes 
bariolés, verts, noirs ou lie-de-vin. 

Dans la région du Chardonnet, on trouve en abondance des 
microdiorites relativement bien conservées, et permettant une 
étude pétrographique complète. On distingue alors deux types : le 
type A, formé d'une pâte aphanitique de couleur noire ouvert-foncé, 
où nagent de grand cristaux de hornblende, lesquels ont parfois 
plus d'un centimètre de longueur; le type B, caractérisé par une 
couleur plus claire, généralement vert grîsâtre, par le dévelop- 
pement moindre des cristaux de hornblende, et par l'abondance 
des cristaux de feldspath, blancs ou vert clair, visibles à l'œil nu. 
Le type A fait immédiatement songera une porphyrite à hornblende ; 
le type B, à certaines microdiorites (Quenast), ou encore à certains 
diabases à grain fin. J'ai montré que ces deux types ne sont pas 
essentiellement différents; qu'ils se mélangent dans les mêmes 
affleurements; qu'ils renferment les mômes minéraux, présentant 
les mêmes formes et ayant suivi le même ordre de cristallisation ; 
et enfin qu'ils ont, à de très petites différences près, la même 
composition chimique. Ce sont de simples variétés de structure. 

La hornblende se transforme quelquefois en chlorite. Les grands 
cristaux de feldspath sont presque entièrement kaolinisés. Dans la 
pâte, chargée de chlorite, se développent des éponges secondaires 
de quartz. Cette pâte n'est jamais fluidale. Lorsqu'elle est relati- 
vement peu altérée, on voit qu'elle est granuUtique^ et qu'elle 
ressemble à celle de la microdiorite de Quenast * (Belgique), ou 
encore à celle de l'estérellite (porphyre bleu de l'Estérel) -, 

I. DB LA Vallée-Poussin et Rbnard. Acad, Roy. de Belg, XLVDI, 1879, 
n^ 8, et mémoires couronnés, ùf., XL. 

&. MiCHBL-LévY. Mémoire sur le porphyre bleu de TEstérel. BuU, des 
Serç, de la Carte géolog.^ n» 57, t. IX, i897-98« 



igOI ÉTUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 



l63 



La inétusomatose a toujours commencé par l*ablation d'une 
partie de la chaux et la fixation d'eau et d'acide carbonique. 

J'insère ici quelques analyses de microdiorites du Chardonnet, 
le tableau de la composition de la roche moyenne du Chardonnet 
après restauration *, enfin les compositions de restérellite basique 
des (]ours et du porphyre de Quenast. 



SiO*. . . . 
Al-O» . . . 
Fe*()» . . . 
FeO . . . . 
MgO. . . . 
CaO. . . . 
K^O ... 
Na'O . . 
\VO et CO» 

Total. 



•^ -ê L 



U - 

(^ Xi 

7% 



S H 



ao,09 

4,84 

4,36 
3,82 
5,5!i 
1.70 
3,a() 

3,49 



99,^3 



^ "C a. 
.if o 



55, 5o 
ao,6o 
4,06 
3,45 
3,Go 
6,45 

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100,98 



o 



ta ^ s» 

^ S; !^ 



- i V MU 

s ** C l. 

.- Ç B - 

"S -ë ^ « 

o u o ^ 

^ s R «> 



56,83 
20,78 

3,55 

2,82 I 

3,07 

5,41 

1,40 

3,28 

2,64 

99,78 



54,45 
20,55 

Fco — 7,85 

3,00 

7,54 

1,85 

4,14 



■m» 



53,63 
18,43 



a. «c 4* 



Pef 



-4,i3 



99,38 



2,38 
7,18 
i,3o 
3,92 



0,20 



100,17 



56,21 
17,16 

Pm-io,9G| 

2,08 
7,12 
1,48 
4,02 

2,79 



10],I2 



Les microdiorites de la vallée de la Clarée présentent les mêmes 
types de composition et de structure. Elles sont, en général, 
beaucoup moins bien conservées que les roches du Chardonnet. 

Au débouché du vallon des Combes, sur la rive droite de la 
Durance, entre Sachas et le point 1 183 de la carte d' Etat-Major, non 
loin de Prelles, afUeurent trois amas intrusifs d'une roche verdfttre, 
fort semblable, par ses caractères extérieurs, à la microsyénite de 
Puy-Saint- André que je décrirai dans un instant. Le grain est 
beaucoup plus fin que dans les microdiorites du Chardonnet et de 
Névache ; la cassure est esquilleuse et rappelle celle des phonolites. 

Deux autres amas ont été signalés par M. Lugeon à un kilomètre 
environ au sud-est des précédents, sur la rive gauche de la Durance, 
et sont constitués par des roches analogues. 

11 y a d'ailleurs, dans ces roches des environs de Prelles, deux 

I. P. Tbrmirr. Sur réliiiiination de la chaux par uiétasoiuatose dans les 
roches cruptives basiques de la région du Pelvoux, B. S, G, F,, (3), XXVI, 
p. 184. 



i64 



p. TERMIER 



7 Févr. 



types fort différents. L'amas le plus éloigné de la Dorance (un peu 
à l'amont du village de Sacbas) est fait d'une microdiorite relati- 
vement riche en quartz ; la microdiorite des quatre autres amas est 
beaucoup moins acide. Voici les compositions chimiques de ces 
deux types de roches, dans leur état actuel, et leurs compositions 
probables, après restauration. 



SiO« 

A1«0» ....... 

Fe«0^ 

FeO 

MgO 

CaO 

K«0. 

Na»0 

Perte par ealcination 

Total . . . 



Microdiorite acide 
DE Saghas 



Actuelle 



64,80 

18,80 

6,71 

1» 
2,o5 
i,a3 

oM 
4,85 
a,64 



101,72 



Restaurée 



62 
18,5 

» 

6 

a 

4,5 

2 

5 

» 



100,00 



Microdiorite 

BASIQUE DE SaCHAS 



Actuelle 



o.>,io 

22,63 

6,57 
1» 

3,17 
a,69 
1,24 

4,82 

3,74 



99»9<> 



Restaurée 



21,5 

6,5 
3,5 
6,5 

2 

» 



100,00 



Il n'est pas douteux que ces roches niaient perdu, par mctaso- 
matose, une forte quantité de chaux et de potasse, la chaux ayant 
été enlevée au feldspath, et la potasse au mica noir ; mais, par 
contre, les teneurs en oxydes de fer, magnésie, alumine et soude, 
n*ont probablement varié que très peu pendant l'évolution 
métasomatique. 

Le deuxième type (type relativement basique, et, à Torigine, 
riche en hornblende) diilere donc des microdiorites moyennes du 
Chardonnct par une richesse en alcalis un peu plus grande, une 
prédominance plus marquée de la soude sur la potasse, une 
moindre teneur en chaux (hornblende très ferreuse et peu calcique) : 
il leur ressemble, au contraire, par les teneurs en silice, alumine, 
oxyde de fer et magnésie. Quant au premier type, il renferme 
beaucoup plus de quartz et un peu moins d'amphibole. Sauf cela, il 
n'y a pas de différence essentielle entre ce premier typr. et le second. 

Je rappelle ici les analyses, publiées jjar M. Michel- Lé vy, de la 
variété acide et du type moyen de Testérellite *. 



I. Michbl-Lévy. Loc, cit., p. a35 (p. 19 du tirage à part). 



igOI ÉTUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES l65 

EsTâREI.MTK ACIDE EjlT^RILI.ITIC MOTFXXI 

(Orphelinat de Boulerie) (Grande carrière du Dramont) 

SiO^ a347 6i,58 

A1«0» 18,76 18,84 

Fe«0» 3,74 4,68 

MgO 1,12 a,o4 

CaO. 7»io 6,59 

K*0 1,09 1,49 

Na«0 . 3,93 4,27 

P^O* . 0.40 0,27 

Perte pai* calcination i,47 1,61 



Total. 101,08 101,87 

Ces deux variétés d'estérellite, qui diffèrent très peu Tune de 
Tautre, s*écartent de la microdiorite acide de Sachas par une teneur 
beaucoup plus grande (peut-être double à l'origine) en chaux, une 
teneur un peu plus faible en soude, et une proportion de fer 
notablement moindre. Le feldspath moyen est plus basique dans 
lestérellite que dans la roche de Sachas ; et la hornblende de 
Testérellite est riche en chaux et pauvre en fer, tandis que la 
hornblende des roches briançonnaises est riche en fer et pauvre en 
chaux. Malgré ces différences, qui sont loin d'être sans importance, 
la série des estérellites ressemble d'une façon frappante à la série 
des microdiorites briançonnaises : mais l'écart est beaucoup plus 
grand entre les microdiorites les plus basiques (Chardonnet) et les 
plus acides (Sachas), qu'entre Testérellite acide de Boulerie et 
l'estérellite basique des Cours. 

M. Lugeon m'a signalé, en 1898, l'existence d'un affleurement de 
roche microdioritique près des chalets de Loriol, sur le versant 
occidental du massif de Pierre-Kyrautz, et m'a confié des échan- 
tillons détachés de cet affleurement. 

La roche des chalets de Loriol ressemble, extérieurement, aux 
microdiorites porphyroides du Chardonnet (type A). De grands 
cristaux de hornblende, d'un vert foncé, nagent dans une pâte 
compacte, translucide, d'un vert clair. Au microscope, on s'aperçoit 
que la structure est fluidale, et non plus granulitique ; fluidale à la 
façon de la structure des andésites ou des dacites. Cependant la 
roche est encore nettement hypo-abyssique, car la hornblende du 
premier temps de consolidation ne présente aucun phénomène de 
résorption ou de corrosion, et de plus, dans le deuxième temps de 
consolidation, le seul minéral magnésien qui se soit formé est 
encore la hornblende. Il n'y a pas un seul microlite d'augite. La 
composition chimique est d'ailleurs celle des microdiorites basiques 



i66 p. TERMiER 7 Févr. 

du Chardonnet (52 à 54 % SiO'). La roche de Loriol est donc encore 
une microdiorite, et il n'y a aucun doute sur la nature intrusive de 
de son gisement. Ce fait de l'existence de microdiorites à structure 
fluidale méritait d'être signalé. On sait que l'estérellite n'est 
jamais fluidale, non plus que la niicrodiorite des Monts Henry, et 
que, d'une façon générale, la fluidalité est considérée comme un 
caractère des roclies d'épanchoment. 

Sauf la transformation, déjà constatée par Elie de Beaumont, de 
l'anthracite en graphite, l'intrusion microdioritique n'a été accom- 
pagnée d'aucun phénomène de contact. Nulle part, dans les 
gisements briançonnais étudiés jusqu'à ce jour, les schistes et les 
grès houillers qui touchent à la roche intrusive ne semblent 
modifiés par elle ; et nulle ])art, non plus, la roche n'est autre près 
du contact que dans l'intérieur <le l'amas. Il n'y a eu ni métamor- 
phisme exomorphe, ni métamorphisme endomorphe, ni différen- 
ciation dans les amas eux-mêmes. 

MiCROSYÉNiTES. — C'cst cu 1899 quc j'ai, pour la première fois, 
parlé des microsyénites de Puy-Saint-Àndré *. Ces roches étaient 
connues de Ch. Lory, qui les considérait comme des variétés 
du porphyre dioritique. 

Elles forment, sous le village de Puy-Saint-André, à une heure 
de marche de Briançon, trois amas superj3osés, interstratifîés tous 
trois dans les assises houillères. La nouvelle route qui monte au 
village est, sur plusieurs centaines de mètres de longueur, creusée 
dans l'amas supérieur. Pour bien observer l'amas inférieur, c'est 
l'ancienne route qu'il faut prendre. Quant à l'amas intermédiaire, 
qui n'a guère plus de dix mètres de puissance, il affleure, en 
contre-bas de la nouvelle route, sur le versant de droite du grand 
ravin du Bif-Claret. Les épaisseurs de l'amas supérieur et de 
l'amas inférieur, comptées normalement aux strates houillères 
encaissantes, atteignent respectivement 60 et 100 mètres. 

Les trois amas sont parfaitement homogènes. Dans aucun d'eux, 
on n'observe la moindre trace d'une difi'érenciation au voisinage 
du contact. La structure de la roche et sa composition chimique 
ne varient point. Les schistes et les grès encaissants n'ont subi 
aucune modification. 

Ces microsyénites sont des roches d'un gris sale ou d'un vert 
clair, ayant à l'œil nu l'aspect général des trachytes (orthophyres) 
des Grandes-Rousses. La cassure est esquilleuse, avec esquille^s 



I. B, S, G. F., (3), XXVn, p. 408. 



igOI ETUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 



167 



translucides d'un gris très clair ou d'un vert très pâle : dans cette 
cassure, la roche apparaît compacte, semblable à un phonolite, et 
ne laisse voir à Tœil nu que de petites lamelles de feldspath (très 
nombreuses) et de rares grains d'un vert sombre qui sont de la 
chlorite. La poussière de la roche est d'un blanc sale. 

Au microscope, on voit nettement deux temps de consolidation. 
Les grands cristaux sont, la plupart, de feldspath, et les autres de 
chlorite, ce dernier min<^ral épigénisant d'une façon à peu près 
complète d'anciens individus de mica noir. Les cristaux feldspa* 
thiques renferment de nombreuses inclusions de chlorite et des 
grains de kaolin, et sont formés, pour le surplus, d'oligoclase à 18 
ou QO An. L'apatite, en prismes limpides, est assez abondante. La 
pâte est, le plus souvent, un feutrage de microlites dont les 
interstices sont garnis de chlorite et de quartz. Quelquefois, le 
quartz et le feldspath sont, dans la pâte, en quantités comparables : 
la structure devient alors microgranitique. Plus rarement, les 
microlites feldspathiques deviennent idiomorphes : ils donnent 
des sections rectangulaires allongées, qui s'orientent vaguement 
dans la roche et manifestent ainsi comme une tendance vers la 
structure fluidale. Ces microlites, en tout cas, paraissent appar- 
tenir à l'orthose. 

J'ai dit que les cristaux de chlorite sont des épigénies de biotite. 
Dans certains cas, la forme du mica noir est très reconnaissable ; 
d'autres sections montrent des témoins, des sortes d'Ilots, de la 
biotite originelle. Dans beaucoup d'individus, on voit nager, au 
milieu de la chlorite, des grains d'ilménite ou de sphène,ou encore 
des prismes de rutile. 

Voici quelques analyses de ces roches de Puy-Saint- André. 



SiO» . . . 

Al'O» 

Fe«0». . . . 
MgO . . . . 
CaO .... 

K»0 

Na'O. . . . 
Perte au feu 

Total, 






H3,69 
21,10 

3,89 
1.89 
1,43 
2,33 
5,07 

2,:6 



102,16 



II 



03,45 

20,43 

4,20 

o,S8 
2,69 
2,21 

4,98 
2,19 



ioi,o3 



III 



63,3o 

20,68 

3,9a 

0,74 
2,37 
2,18 

4,91 
2,45 



100,55 



i68 p. TBRMiER 7 Févr. 

Les trois échantillons analysés ont été pris en trois points 
distants les uns des autres de plusieurs centaines de mètres, et 
môme l'échantillon 1 ne provient pas du même amas intinisif que 
les deux autres. La roche de Puy-Saint- André a donc une compo- 
sition chimique remarquablement constante. Sa composition 
minéralogique actuelle est, en moyenne et approximativement : 
i3 Vo orthose, 4^ albite, la anorthite, 8 chlorite et ilménitc, 
la kaolin et i3 quartz. 

On peut conclure de là que la roche originelle contenait, en 
nombres ronds, 8o % de feldspath, lo % de biotite (avec un peu 
de magnétite), et lo ^/o de quartz. 11 n y a d'incertitude que sur les 
proportions originelles des trois feldspaths, orthose, albite et 
anorthite. Mais si Ton tient compte de ce fait que, dans toutes les 
roches de la région, Tanorthite est moins stable que Talbite, et 
celle-ci moins que Torthose, on arrive à restreindre beaucoup le 
champ des hypothèses. En moyenne, la roche originelle de 
Puy-Saint-André devait s'écarter très peu du mélange minéralo- 
gique suivant : i4 V^ orthose, 45 albite, i8 anorthite, ii biotite, 
a magnétite, lo quartz ; lequel mélange correspond à la composition 
chimique suivante : 

SiO^ 6a,5a 

A!H)' !io,ao 

Fe'O' 2,85 

MjcO 1,88 

CaO 3,82 

K«0 3,36 

Na*0 5,3i 

. Total 99,9Î 

Cette composition s'écarte de tous les types classiques. Aucune 
roche granitoïde connue ne contient pareilles proportions de silice, 
d'alumine, de chaux, de potasse et de soude. Le tableau ci-dessus 
fait s6nger à la fois à un granité (mais il y a trop d'alimiine). à une 
syénite h feldspathoïdes (mais il y a trop de chaux), à une mon- 
zonite ^ (mais il y a trop de soude, et pas assez de magnésie), à une 
diorite à quartz et mica (mais il y a trop d'alumine et trop d'alcalis). 

C'est qu'en eflet la roche de Puy-Saint-André représente, non pas 
la forme hypo-abyssique d'une syénite, d'un granité, d'une 
monzonite ou d'une diorite, mais la forme hypo-abyssique de lun 
de ces magmas préalablement différencié. 

Les ressemblances sont grandes entre la microsyénite de Puy- 

I. Au sens de Brûgger. 



igOl ETUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 169 

Saint-André et la microdiorite moyenne du Chardonnet. C'est la 
môme richesse en feldspath, et la même structure: et les conditions 
de gisement sont identiques ; et enfin, les microdiorites de Sachas 
forment entre ces roches un intermédiaire naturel, ou plutôt 
(puisqu'il y a deux types à Sachas) deux intermédiaires. En 
remplaçant peu à peu la hornblende par le mica noir, les grands 
cristaux d'andésine (ou de labrador) par des cristaux d'oligoclase, 
et les microlites d'andésine par des micro Htes d'orthose (ou 
d anorthose), on passerait insensiblement du type Chardonnet à 
Sa °/o SiO* au type microsyénitique de Puy-Saint- André. 

MiCROGRANiTES. — J'ai décrit ici-même ^ en 1899, le microgra- 
nite des Gardéolles. qui forme, dans le terrain houiller, près du 
Villard-de-Saint-Chaflrey, sur la route du fort de l'Olive, trois amas 
intrusifs -. Cette roche est le porphyre eu ritique de MM. Lâchât et 
Kùss. On n'observe aucun phénomène de contact. 

Je me contente de rappeler que la roche des Gardéolles est très 
blanche ; qu'elle montre à l'œil nu, dans une pâte aphanitique, des 
grains de quartz et des individus de feldspath : que ce feldspath est, 
partie de l'orthose, partie de l'oligoclase-albite ; que la pâte est 
granulitique et formée de quartz, orthose et albite ; qu'enfin la 
roche moyenne tenait à l'origine, suivant toute vraisemblance : 
QQ % quartz, ^o albite, 23 orthose, 10 anorthite et 5 biotite. Et je 
transcris, en regard Tune de l'autre, la composition moyenne 
actuelle, et la composition originelle probable '^. 

Roche moyenne Roche moyenne 

Actuelle Restaurée 

SiO* 71,90 70,55 

FeW } ('> ^«'^^ ^7'^î 

MjcO 0,% o,85 

CaO. T,53 2,10 

K«0 2.38 ... 4,29 

Na'O 3,37 4.:2 

Perte par calcination . . . a, 20 Néant 



Total 99,89 99,85 

T. B. S. G. F., (3). XXVII. p. 406. 

2. L'un de ces amas a plus de cent mètres d'épaisseur. La roche n'y est 
pas difTérenle au centre et sur les bords, et elle ne diffère pas non plus de 
la roche des deux autres amas, beaucoup moins épais. 

3. Une erreur importante s'était jclissée dans mon premier essai de 
restauration (loco citato^ p. 407). Je corrige ici celte erreur qui avait trait aux 
proportions relatives d'albite et d'orthose. 

4. Il n'y a que de faibles traces d'oxyde de fer. 



IJO 



p. TERMIER 



7 Févr. 



J'ai dit aussi qu un mîcrogranite, à peu près identique à celui 
des Gardéolles, a été découvert par M. Primat au Serre-Barbin, 
près de La Salle. Ce nouveau gisement, que j'ai visité en compagnie 
de M. Kilian« se compose de plusieurs amas intrusifs, de faible 
épaisseur S affleurant au milieu des assises houillères horizontales. 

RÉSUMÉ ET Conclusions. — Les roches intrusives du terrain 
houiller briançonnais offrent de telles analogies de composition et 
de structure que Ton ne peut douter qu'elles ne forment une série 
continue, comparable aux plus belles suites lithologiques étudiées 
jusqu'à ce jour. 

Les principaux termes, actuellement connus, de cette série, 
avaient originellement, je veux dire avant toute métasomatose. les 
compositions approximatives suivantes : - 



• 


SiO* 


Al«0» 


FeO 


MgO 


CaO 


K'O 


Na*0 


Microdiorites les plus 
basiques 

Microd. moyennes I. . 

Microd. moyennes II. . 

Diorite quartzifère mi- 
cacée 

Microdiorites acides. . 

Microsyénite 

Microgranite 


52 

56 
6o 

62 

62,5 
70,5 


21 
20,5 

20,5 

19 

18,5 

20 
16,5 


9 

8 

6,5 

6 
6 
3 

I 


4 

3,5 
3,5 

3 
2 

a 
I 


8,5 

7,5 
6,5 

6 
4,5 

4 
2 


I 

1,5 

2 

2 
2 
3,5 

4 


4,5 

4,5 

5 

4 

a 
5 
5 



On voit qu'en classant ces roches par ordre de teneur croissante 
en silice, on les classe du même coup par ordre de teneurs 
décroissantes en oxydes de fer, en magnésie et en chaux, et par 
ordre de richesse croissante en potasse. L'alumine ne varie presque 
pas, sauf dans les variétés où le quartz abonde ; et partout il y a 
beaucoup d'alumine, parce qu'il y a beaucoup de feldspath. Enfin, 
chose tout-à-fait remarquable, la richesse en soude — c'est-à-dire 
la proportion centésimale d'albite — est sensiblement constante. 

Si Ton ne regarde que les colonnes de la silice et de Toxyde de 

I. On peut compter au moins quatre amas superposés. 

a. Dans ce tableau, la somme des nombres de chaque ligne horizontale 
est égale à 100. Les microdiorites moyennes I sont celles de la région du 
Ghardonnet; les microdiorites II sont celles des environs de Sachas et de 
Prelles. 




igOI ÉTUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES I^I 

fer, on voit s'élarjçir un hiatus entre les microgranites et les miero- 
syénites; mais ce hiatus n'apparaît pas dans les autres colonnes. 
De même, par les teneurs en FeO et en K'O, la diffe^rence semble 
grande entre les microdiorites acides et les microsyénites ; mais, 
pour tous les autres éléments, le passage est insensible. L'ensemble 
du tableau donne au plus haut degré l'impression de la continuité. 

Quelle était la nature du magma profond d'où dérivèrent, par 
voie de différenciation, ces roches sœurs? 

A cette question, il n'est pas possible de répondre d'une façon 
précise. La roche de profondeur, la roche abyssiqiie qui correspond 
à ce magma, n'affleure nulle part dans la région. Tous les affleu- 
rements connus sont hypo-abyssiques, et formés de roches qui ont 
épuisé leur faculté de différenciation, en même temps qu'elles ont 
perdu tout pouvoir d'agir sur les sédiments encaissants. 

La seule manière d'approcher de la vérité c'est d'admettre que le 
magma profond contenait des quantités des divers magmas hypo- 
abyssiques proportionnelles à l'importance des affleurements de 
chaque type. Cette proportionnalité n'est nullement certaine, mais 
elle est, tout au moins, vraisemblable. On obtient ainsi une 
évaluation grossière de la composition du magma abyssique, en 
aflectiint de coefflcients appropriés les sept types du tableau 
ci-dessus. 

Dans une première approximation, je propose d'attribuer à ces 
types les coefficients suivants : 

Le coefficient 4 aux microdiorites les plus basiques ; 

» 8 » moyennes I; 

i> 2 » » II; 

» I à la diorite quarzifère micacée; 

» I aux microdiorites acides; 

» a aux microsyénites ; 

» 2 aux microgranites; 

la somme des coefficients étant égale à vingt *. 

Le magma abyssique, souche commune des roches intru si ves du 
Houiller briançonnais, aurait en, d'après ce calcul, la composition 
suivante (en négligeant, bien entendu, comme dans tout ce qui 
précède les éléments accessoires, TiO', MnO, P'0\ qui ne se 
trouvent qu'à l'état de traces dans les roches briançonnaises) : 

I. J'ai évalué ces coefficients en tenant compte, pour la région que je n'ai 
pas moi-même parcourue, des levés géologiques exécutés par MM. Kilian et 
Lugeon, et des renseignements que ces excellents confrères ont bien voulu 
me donner à diverses reprises en me communiquant leurs échantillons. 



ija p. TERMiER 7 Févr. 

SiO» 57,a 

APO» 19,9:3 

FeO 6,65 

MgO 3,io 

CaO 6,4:5 

K*0 1,95 

Na=0 4,65 

Total 100,000 

Cette composition diffère peu de celle de la diorite (Juartzifère 
micacée du Chardonnet, et elle est pi'esquc identique à celle de la 
microdiorite moyenne de Sachas et de Prelles. Elle correspond 
approximativement au mélange de : 

Albite ... ^o 

Orthose 10 

Anorthite ao 

Biotite 5 

Hornblende ao 

Quartz 4 

Fcp oxydulé. i 

Total ..... kx) 
dont la composition serait : 

SiO' .... 57,05 

APO» 19,98 

FeO . 5.95 

MgO 3,45 

CnO . 5,93 

K=0 a,09 

Na*0 4,:a 

Total 99,17 

Il est donc assez vraisemblable que le magma abyssique d'où 
dérivèrent, par voie de difl*érenciation, les roches intrusives du 
Houiller briançonnais, soit un magma monzonitique (au sens de 
M. Brôgger). Si Térosion mettait un jour à découvert la roche 
profonde qui est résultée de la consolidation de ce magma non 
différencié, on verrait une monzonite (Brôgger), c'est-à-dire une 
roche d'acidité moyenne, très riche en alumine, tenant peu de 
magnésie, et dans laquelle la somme des teneurs en alcalis serait à 
peu près égale à la teneur en chaux. 

Cette monzonite briançonnaisc différerait toutefois de la mon- 
zonite classique du Tyrol * par la prédominance très marquée de 

I. D' W, C. Brôggrr. Die Eruptivgesteine des Kristianiagebietes, II, die 
Erupiionsfolf^e dcr triadiachen Eruptivgesteine bei Predazzo in Sudtjrrolf 
Kristianin, 1890. 



igOI ETUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 1^3 

la soude sur la potasse. Ce serait une monzonite sodique, ou à 
atlinités akéritiques ^ ; au lieu que dans la monzonite moyenne de 
Predazzo, la potasse et la soude sont eu quantités presque égales. 

Mais cette dilïércnce n'est pas bien grande, et ce serait la seule 
différence. La monzonite dont j'entrevois Texistence sous nos 
Alpes briançonnaises pourrait, tout aussi bien que la monzonite 
classique, se railaicher péirogénéliquement au Stammmagma ^ des 
roches tyroliennes. 

Je rappelle en terminant que nous ne possédons aucune donnée 
sur Tâge des roches intrusives du Houiller briançonnais. Nulle 
part on ne les a trouvées à Tétat de galets, ni dans les bancs de la 
formation houillère, ni dans les conglomérats permiens, ni dans les 
grès triasiques, ni dans les brèches du Lias. Il n'est pas invrai- 
semblable que leur « mise eu place » se soit opérée pendant Tère 
triasique. 

M. — Trachytes (Orthophyres) des Grandes-Rousses. 

Sur les trachytes \ ou comme je les ai appelés jusqu'ici, les 
orthophyres des Grandes-Rousses, je n'ai à ajouter que bien peu 
de renseignements lithologiques et géologiques à mes précédents 
mémoires ^ Os trachytes sont des roches d'un vert clair (Château- 
Noir, glacier de la Selle, Saint-Chrislophe-en-Oisans), d'un gris 
clair (Lo Freney-d'Oisans), ou d'un vert bleuâtre (col de la Croix- 
de-Fer). L'aspect de la cassure l'raiche l'ait invinciblement songer 
aux phonolites. C'est la même compacité de la pâte, le même éclat 
cireux, la même cassure esqiiilleuse, la même translucidité. Il va 
sans dire que cet aspect phonolitique disparaît dans les variétés 
laminées qui sont, comme bien on pense, très fréquentes. Ces 
trachytes laminés ressemblent à des schistes à chlorite ou à 
sériel te. 

1. Je fais ici allusion à Vakérite de M. Brôggcr. 

2. Brôogrr. Loc. cit., p. i58. Il existe une diirérence du même ordre entre 
le Stammmagrna tyrolien et la tonalité qui en e&l la plus importante déri- 
vation. 

3. Avec la [)lupart des lithologistes, je propose d'appeler trachytes toutes 
les roches d^épanchenient qui ont la composition chimique des syénites, 
quels que soient d'ailleurs l'âge et l'état de conservation de ces roches 
d'épanchement. Les noms & orthophyres et iïalhitophyres, par lesquels on 
a longtemps désigné les vieux trachytes, me paraissent devoir tomber, peu 
à peu, en désuétude. 

4. P. Tehmier. Le Massif des Grandes-Rousses, Bull, des Services de la 
Carte géolog.^ n« 4t>i t. VI, p. ai4, (p. 4*' tlu tiruge à part). 



174 P' TERMIER 7 Fc'vr, 

L'aualogie avec les plionolites n'est plus aussi irappanle quand 
on étudie la roche au microscope. Et d'abord, je n'ai, jusqu'ici, 
trouvé, dans les Irachytes des Grandes-Rousses, aucune trace de 
la présence, actuelle ou originelle, des l'eldspathides : mais cet 
argument, purement négatif, ne suffirait pas, étant donné Tinsta- 
bilité des feldspathides en général et de riiaûyne en particulier, 
et, d'autre part, la métasomatose profonde qu'ont subie la plupart 
des affleurements. En second lieu, les trachytes des Grandes- 
Rousses ne renferment pas de pyroxène, tandis que les pyroxènes 
verts, plus ou moins sodiques, plus ou moins voisins de l'aegirine, 
sont un élément, sinon nécessaire, au moins presque constant des 
phonolites. En troisième lieu, les microlites feidspathiques, même 
quand ils sont très aplatis parallèlement k ff^ (oio), ne sont pas 
disposés parallèlement à la surface de plus grand refroidissement. 
Pour ces diverses raisons, je crois que les trachytes des Grandes- 
Rousses sont de véritables trachytes, et non pas des phonolites. 

Je rappelle que ces roches sont très feidspathiques ; qu elles ne 
renferment, en fait de minéraux magnésiens, que le mica noir ; 
que le quartz de première consolidation y est rare ; que la pâte 
renferme parfois du quartz, mais toujours en très petite quantité ; 
que les feldspaths dominants sont orthose et anorthose ; que ces 
deux espèces forment la plus grande partie de la pâte microlitique ; 
que Foligoclase est fréquent parmi les cristaux du premier stade. 
Je rappelle encore que les minéraux accessoires sont surtout le 
zircon * et Tapatite. Le fer oxydulé, le fer titane, le sphène, géné- 
ralement peu répandus, prennent une certaine importance dans 
quelques échantillons. 

La pâte est presque toujours microlitique, avec ou sans fluida- 
lité; elle est quelquefois granulitique (au sens de M. Michel-Lévy), 
surtout dans les variétés acides de la région Nord (col de la Croix- 
de-Fer). 

Les trachytes des Grandes-Rousses forment d'épaisses coulées, 
alternant avec les assises houillères. Dans les assises sédimen- 
taires qui surmontent ou séparent les coulées, il y a fréquemment 
des bancs épais de conglomérats tracJiytiques, où des galets de 
toute nature et de toute dimension sont mêlés à des cailloux roulés 
de la roche éruptive, et noyés dans un ciment gréseux rempli de 

I. L'abondance du zircon est curieuse. On retrouve cette même extraor- 
dinaire diffusion du zircon dans les trachytes et les dacites du Carbonifère 
inférieur de la Loire et de la Saône-et-Loire (porphyres noirs de Grùner), 
qui se rapprochent d'ailleurs des trachytes dauphinois par beaucoup 
d'autres caractères. 



igOI ÉTUDES LITHOLOQIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 1^5 

débris feldspatliiques. Ces conglomérats sont analogues aux grès 
porphyriques de la Loire. Dans certains hancs, les matériaux 
trachytiques, plus ou moins roulés, sont tout-à-lait prépondérants ; 
et Ton a aussi de véritables tufs. Certaines coulées (Chàteau-Noir, 
Freney) renferment eu abondance des débris d'une roche de même 
composition chimique, mais de structure un peu diUerente (tendant 
vers la structure ophitique). 11 y a enfin des coulées scoriacées. 

Cette venue trachytique, qui a duré pendant une pai'tie de 
Tépoque stéphanienne, a été fort importante dans toute la région 
des Grandes-Rousses. Au Chàteau-Noir, sur TAlpe de Sarenne, 
Tépaisseur de la formation trachytique atteint cinq cents mètres. 
Au col de la Croix-de-Fer, les coulées et les couches de tufs, empi- 
lées les unes sur les autres, ont une puissance totale de plus de 
mille mètres; et comme elles sont relevées en anticlinal, le chemin 
muletier les traverse sur plus de deux kilomètres de longueur. 

Dans ces dernières années, j'ai découvert, dans les granités et 
les gneiss du massif du Pelvoux, au sud-est des Grandes-Rousses, 
quelques cheminées verticales, remplies par ces mêmes trachytes. 
La plus importante de ces cheminées — elle n'a pas moins de 
5oo mètres de largeur — affleure, près du col de la Gandolière, 
dans la muraille abrupte qui domine le glacier de la Selle ^ Une 
autre est visible sur le chemin de la Bérarde, dans le grand ravin 
qui déchire la montagne à un kilomètre environ de Saint-Chris- 
tophe-en-Oisans. Un lîlon plus petit est coupé par la route de 
Vénosc à Saint-Christophe, non loin des Fontaines-Bénites. Ces 
trachytes filoniens ont presijue la même composition, et à peu près 
la même structure, (jue le trachyte du Fi'eney, lequel est nettement 
interstratifié dans la formation houillèi'e. 

Je viens à la composition chimique des trachytes des Grandes- 
Rousses. C'est le seul point sur lequel je veuille, aujourd'hui, 
insister *. 

Voici quelques analyses, pour la plupart nouvelles, de ces 
roches : 



I. L'écroulement de cette muraille donne naissance, sur le placier, a une 
moraine spéciale dont la couleur verte contraste vivement avec la teinte 
blanche des moraines granitiques. 

a. Dans les analyses d'orthophyres que j'ai publiées en 189^), dans mon 
mémoire sur le Massif des Grandes-Rousses, quelques nombres relatifs à 
AlK)s et Fe*0' sont fautifs, la séparation de ces deux oxydes étant restée 
imparfaite. 



il6 



p. TERMIER 



j Févr. 



SiO«. 


I 


II 


III 


IV 


V 


VI 


VU 


VIII 


IX 


X 


XI 


XII 


XIII 


60,10 


66,04 


07,50 


66.30 


65,50 


6;i.80 


61.07 


62,06 


59,30 


61.50 


62.30 


62,30 


63 40 


AI20» 


17,50 


17,30 


10,50 


16,30 


17.6'^ 


l.S,50 


19,25 


18,75 


19,85 


17,80 


17,70 


17,10 


17,90; 


Fcï03 


3,41 


4,40 


5,00 


4,40 


4,35 


4,11 


5,65 


3.85 


5,05 


0,95 


4.70 


5,20 


8,40, 


MgO. 


2,50 


2,20 


2,30 


2.60 


2,80 


2,25 


1.90 


1,40 


2.70 


;{,65 


3.10 


3,40 


1,40 ; 


CaO . 


1,48 


1.60 


1,10 


0,90 


0.48 


2.58 


1.99 


1,05 


2.20 


1.96 


2,10 


1,30 


1.02 


K«0 . 


4,95 


4,70 


3,3S 


4.60 


4.55 


4,25 


5.50 


6.00 


4,32 


2.80 


4,21 


3.50 


4.20 


Na«0 


3,13 


3,40 


3,36 


2,80 


3,59 


2,74 


2.80 


5.19 


3.96 


2.9.i 


3,77 


4,40 


3,9t 


Perte 




























par 
calci- 




























nation 
Total. 


2,37 


1,10 


1,60 


1,20 


1,87 


2.87 


1.60 


1.41 


1.55 


3,70 


1,30 


2,20 


0,72 


101,14 


100,74 


10i>,74 


99,10 


100,74 


101,10 


99,76 


99,71 


99.13 


101.31 


99,18 


99.40 101.00 1 



I, n et m, Orlhophyres du col de la Croix-de-Fer ; 

IV, Orlhophyre pris sur l'arèle qui domine à l'ouest les granges de La 
Balme ; 

V, Orthophyre du lac du Cerisier ; 

VI et Vn, Orlhophyres de la carrière du Freney-d'Oisans ; 
Vin et IX, Orthophyres du Chàteau-Noir ; 

X, Orthophyre du glacier de Saint-Sorlin ; 

XI, Orthophyre de la cr^te au nord du lac du Cerisier ; 

Xn, Orthophyre en coulées entre les granges de la Balnic et le glacier de 
Saint-Sorlin ; 

XIII, Galet d'orthophyre dans une coulée orthophyrique du Chùteau-Noir. 

En somme, SiO' varie de 6o à 67; APO' de iG à 20; Fe'O' de 4 
à 8; MgO de i,5 à 3,5 ; CaO de o,5 à 2,5 ; Tensemble des alcalis de 
6 à II, avec une légère prédominance de la potasse sur la soude. 
Ce sont là des caractères de trachytes à tendances liparitiques ; et 
les difl'érences entre les analyses du tableau ci-dessus sont de 
Tordre des variations que Ton observe dans la composition des 
laves d*un môme volcan. 

Si Ton prend la moyenne des treize analyses, on trouve la com- 
position suivante, que Ton peut, avec grande vraisemblance, consi- 
dérer comme la composition moyenne (actuelle) des trachytes les 
mieux conservés des Grandes-Rousses. 

SiO» 63,04 

APO» i:,83 

FeH)' 5,0', 

Mg() 2,48 

CaO i,5a 

K=^0 4/i« 

Na^O 3,54 

Perte par calcination 1,81 

Total io(>,:24 



igOI ETUDES LITHOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 1 JJ 

La restauration des trachytes des Grandes Rousses peut se faire 
aisément, et sans grande incertitude. La métasomatose a consisté 
partout dans la chloritisation du mica noir, dans la destruction 
plus ou moins complète de Tanorthite du plagioclase, et enfin dans 
un commencement de kaolinisation des feldspaths alcalins. Dans 
les échantillons les plus frais — ceux qui ont été analysés — ce 
dernier phénomène, la kaolinisation, est souvent à peine sensible. 

La moyenne des tentatives de restauration conduit à un mélange 
originel de : 

aSAlbite 
a3 Orthose 
la Anorthite 
17 Biotite 

I Apatite et zircon 

3 Fer oxyduie 

9 Quartz 

Total . . 100 

Ce mélange correspond à la composition suivante, qui me parait 
être, très approximativement, la composition originelle moyenne 
des trachvtes des Grandes-Rousses : 



eirtf, ire» appruAiiiiauvt^uit^ut, lu eu 

des trachytes des Grandes-Rousses : 



SiO» 60,66 

A1«0» i8,85 

Fe'O^ . . . 4,43 

MgO a,9i 

CaO ... V a,7i 

K«0 5,35 

Na«0 4,i3 

Total. . . . 99,04 

Ces trachytes à mica noir représentent donc la forme effuswe 
d'un magma syénitique. La composition c*i-dessus est analogue à 
celle de divers trachytes classiques, de diverses syénites à biotile, 
de diverses microsyénites un peu quartzeuses. 

Je ne crois pas qu il y ait de relations pétro génétiques entre 
les trachytes des Grandes-Rousses et les roches intrusives du 
Houiller briançonnais. Sans doute, il y a un caractère commun : 
la très grande abondance du feldspath, et, comme conséquence, la 
faible teneur en magnésie. Mais, par contre, on ne trouve dans la 
série, si largement différenciée, des roches intrusives du Rrian- 
çonnais, aucun type qui ait la composition d'un trachyte des 
Grandes-Rousses. Dans les roches intrusives à 60 ou 6a '^ o SiO', 
il y a trop de chaux, et trop de soude, et trop peu de potasse, pour 
que l'assimilation aux trachytes des Grandes-Rousses soit possible. 

27 Août i<>L»i. — T. i»'. Bull. Soc. Gcol. Fr. — la 



1^8 ETUDES LITUOLOGIQUES DANS LES ALPES FRANÇAISES 7 Févr. 

Il faut donc, ou bien admettre que le processus de différenciation 
a été, dans la région des Rousses, très différent de ce qu'il devait 
être, plus tard, dans le Briançonnais, ou, ce qui est plus probable, 
que les magmas fondamentaux étaient distincts. 

Nulle part, dans la région du Pelvoux, je ne connais, à l'heure 
actuelle, le moindre afHeurement de syénite, qui, par sa compo- 
sition, fasse songer aux trachytes des Grandes-Rousses. La syénite 
du Lauvitel est fort difliérente, et différents sont aussi les cmîeux 
trachytes qui s'y rattachent, et difl'érentes encore les minettes de 
Valjoufïrey et du massif de Ghaillol. Le type trachyte des Grandes- 
Rousses est jusqu'ici, isolé dans les Alpes françaises. Je suis très 
porté à croire que c'est avec les roches carbonifères du Massif 
Central (Loire, Rhône, Saône-et-Loire), je veux dire avec les 
trachytes, les dacites et les phonolites réunis par Grûner sous le 
nom de porphyres noirs et par M. Michel-Lévy sous le nom 
d*orthoph}'res, que les trachytes des Grandes-Rousses ont chance 
de manifester une « consanguinity » plus ou moins lointaine. Mais 
les matériaux me manquent encore pour cette intéressante compa- 
raison ^ 



I. Dans mon mémoire, déjà cité, sur le Massif des GrandeS'Rousses, je 
signale (p. 5o) sous le nom de kersanUte à amphibole une roche trouvée par 
M. Kilian dans le Houiiler du Mont-Thabor. Je ne doute pas, aujourd'hui, 
que cette roche ne soit une microdiorite. En sorte (|ue le type trachyte des 
Grandes-Housses est confiné dans le voisinage de la Romanche, et ne dépasse 
pas, au Nord, le col de la Croix-de-Fcr, à FEst, le méridien de la Bérarde. 



QUELQUES OBSERVATIONS 

DANS LA 

PARTIE MÉRIDIONALE DE LA CHAINE DE BELLEDONNE 

(alpes dauphinoises) 

par M. P. LORY. 

I. — Jurassique 

Les calcaires qui prédominent dans les premières assises 
jurassiques de la Mateysipie et du Beaumont (Calcaires de Laffrey) 
présentent un faciès à Entroques et détritique, quelquefois bré- 
choïde. On l'a maintes fois déjà rapproché de celui que ce même 
terrain du Lias possède dans la zone du Briançonnais. L*étude 
micrographique confirme cette analogie; elle révèle notamment 
dans le calcaire de LafTrey la fréquence d'une structure oolithiqne 
pareille à celle que MM. Kilian et Hovelacque ont fait connaître 
dans le Lias intraalpin ^ 

D'après ses caractères tant lithologiques que fauniques *, ce faciès 
correspond à de faibles profondeurs. Son extension indique que 
sur la terminaison méridionale de Belledonne le fond de la mer 
liasique a présenté, jusque vers le Toarcien, une vaste saillie : 
du Bas-Valgaudemar aux environs de Vizille, elle divisait en 
deux branches le géosynclinal alpin à dépôts vaseux (fig. i)^. 

Si Ton compare les épaisseurs qui représentent le Lias inférieur 
et moyen sous chacun des faciès, il apparaît que la vitesse de 
descente était au moins cinq fois plus grande dans le géosynclinal 
que sur le haut fonds : à celui-ci correspondait donc en profondeur 
une ride dont la hauteur croissait rapidement et devait avoir 
dépassé 3oo mètres au moment où le régime sédimentaire est enfin 
devenu à peu près uniforme, c'est-à-dire vers la fin du Toarcien. 

I. W. Kilian. Sur la structure microscopique des calcaires du Lias alpin 
(B. 5. G. F., 19 juin 1899), — Hovblagqub et Kilian, Album de microphoto- 
graphies, Paris 1900, pi. n, in, rv, VI. 

a. Abondance des Grjrphaa, etc. 

3. Vers Test et vers le sud« le tracé des limites de faciès a été établi diaprés 
les travaux de MM. Haug, Kilian et Termier et d'après quelques renseigne- 
ments inédits, que ces savantH ont eu Tobligeance de me communiquer. 



8o 



p. LORY. — QUELQUES OBSERVATIONS DANS LA 



7 Févr 









En cGObiataut qu*ii y a coïncideace entre la diminution de T épais- 
seur des dépôts d*une part, de la profondeur qu'indique leur faciès 
de Tautre, on est porté à admettre une relation de cause à effet 

entre la lenteur de l'affaisse- 
ment et la persistance de la 
saillie sur le fond. Cepen- 
dant, si cette relation a été 
réelle pour la région qui nous 
occupe, elle n'existe pas tou- 
jours ; la vitesse de descente 
peut être de même ordre dans 
une zone néritique que dans 
les géosynclinaux vaseux qui 
la bordent. M. Termier a 
indiqué par exemple que, 
sous le faciès de calcaires à 
Entroques comme à la Mure, 
le Lias mesure vers Val- 
louise, dans la zone du Brian- 
çonnais, « probablement 3oo 
ou 4^^ mètres d'épaisseur 
réelle » *, c'est-à-dire autant que sous le faciès vaseux dans 
certaines parties de la zone dauphinoise. 

Si la lenteur de son mouvement de descente a pu suffire à 
maintenir Taire d'Aspres-Laffrey longtemps surélevée par rapport 

à ses voisines, il 




Fig. I. — Extension des faciès au Siné- 
niufien dans les Alpes daupliinoises. 
— Echelle : i/a.ooo.ooo* . 



N. 



Route dm 
Séchilienne 



Loffhey 



S. 
Le Graitd'^Ltu) 



est cependant 
vraisemblable 
qu'une autre 
cause est interve- 
nue pour créer 
cette différencia- 
tion. 

11 y a sur cette 
aii*e à la base du 
Jurassique une 

lacune importante, de hautem» variable suivant les points et qui 
peut s'élever jusqu'au Lias moyen -. Puis la sédimentation devient 

1. Livret-Guide du Congrès de igoo, exe. XIII*, p. 27. 

2. J'ai eu déjà Toccasion de la signaler, partie d'après mes prédécesseui*s. 
partie d'après mes observations. Cf. notamment B. S. Statist. Isère^ 4' série, 
l. V. p. 5(>3 et Lii. 'Guide Con^. géol. 1900, exe. X1II\ 




big. '2. 



1901 PARTIE MÉRIDIONALE DE LA CHAÎNE DK BKLLEDONNE 181 

générale, mais les dépôts contiennent ici en abondance des débris 
arrachés au substratum : les dimensions, le degré d*usurc, la nature 
lithologique de ces éléments sont divers. A côté des grains de sable 
il y a des Iragments atteignant jusqu'à la grosseur du poing, et 
tantôt anguleux, tantôt bien arrondis. La plupart sont formés par 
des roches du Trias (dolomies et calcaires) ou représentées dans ce 
système comme dans les terrains anciens (quartz, qui pour partie a 
vraisemblablement été repris au poudingue triasique dit « gratte )>) ; 
mais d'autres galets proviennent bien des terrains anciens (grès du 
Houiller, schistes cristallins). Je citerai notamment la localité de 
Quet-en-Beaumont, où les galets abondent, groupés même par 
places en petites lentilles de conglomérat ; ils appartiennent géné- 
ralement aux schistes cristallins et au quartz, les roches calcai*éo- 
do.lomitiques du Trias y sont peu ou pas représentées. 

Ce n'est pas à la base de la série seulement, dans la couche en 
transgression, que les galets se rencontrent, mais dans toute la 
hauteur des calcaires à Entroques, et parfois même c'est vers le 
sommet qu ils sont le plus abondants. 

Cette nature et cette répartition des éléments détritiques impli- 
quent l'existence, et la persistance partielle jusqu^au Lias moyen, 
de hauts-fonds atteignant ou presque la surface de la mer et qui 
s'emplaçaient dans la moitié orientale de l'aire considérée, c'est à 
dire sur l'emplacement actuel des parties méridionales de Belle- 
donne *. De plus, si ces hauts-fonds avaient reçu une couverture 
continue de Trias, ils l'avaient à l'époque liasique perdue par 
places, notamment dans une portion du massif de la Salette. 

L'ensemble de ces caractères du Lias rend au moins fort probable 
une surélévation en dôme de l'aire Aspres Laflrey au début du 
Jurassique, peut-être suivie d'autres mouvements plus localisés. 
D'ailleurs, en un point au moins le redressement tectonique des 
couches peut être directement obsei*vé. Lorsque l'on va depuis le 
bord nord de la Mateysine - jusqu'à l'extrémité méridionale Je la 
falaise du Grand-Lac, on voit la lacune entre le Trias et le Lias 
s'accroître à la fois par le haut et par le bas; le Trias est de plus en 
plus réduit par l'érosion ; le Lias, qui comprenait à Laflrey môme 
quelques couches sinému rie unes {Arietites gr. de bisulcalws)^ 
débute directement dans la falaise par des calcaires et brèches à 
Bélemnites charmouthiennes (fig. q). Il y avait donc bien là le 
pourtour d'une saillie anticlinale, sur laquelle la transgression 
empiétait graduellement. 

I. Chaînons de Taillefer et du Tabor, massif de la Salette (p. p.). 

a. Route de LafTrey à Séchilieune, à lo sortie du premier de ces villages. 



i8q 



p. LORY. — QUELQUES OBSERVATIONS DANS LA 7 FéVP. 



n. — Plis et vallées au voisinage de Taillefer 

Les schistes cristallins des parties hautes de Belledonne portent 
encore, au voisinage de la gOrge de la Romanche, des lambeaux 
discordants de Trias ; Gh. Lory a décrit et figuré ceux de la mine 
de BrouiHer et de la Croix de Chamrousse ^. Comme dans les 
Rousses, ils sont formés surtout par du calcaii*e dolomitique, 
souvent d*apparence bréchoîde et passant à la cargneule. 

Gi*âce à ces lambeaux, il est possible de reconstituer en partie la 
tectonique alpine de la chaîne. Ainsi dans Taillefer, au col entre le 
Rocher-Culasson et le Signal, vers 2700 mètres, les couches 
triasiques dessinent un synclinal (fig. 3) ; il s'abaisse rapidement 



O. 



PetU-TaOUfer 
ou RrCulag*oxt. 



S^iUTaiU^ 



E. 



1861 



Col 




Fig. 3. -— Vue prise .sous le col du névé de Taillefer. 
T, Trias; , Limite inférieure do Trias; X, Schistes cristallins sériciteux 



vers le sud-ouest, jalonné par les lambeaux de la crête de FEmay, 
sort du groupe de Taillefer et va se remplir de Lias à Touesl de la 
vallée de la Roizonne, entre, le Serre et la Chinarde. Du côté 
opposé, au nord, l'ensemble de la montagne s'abaisse brusquement 
de 600 à 800 mètres sur le plateau des Lacs ^ ; là on voit traîner, 
notamment juste sous le col, des placages de Trias qui marquent 
le fond d'une dépression transversale, dominée au nord par les 
schistes cristallins du Grand-Galbert comme au sud par ceux de 
Taillefer. 

Ainsi, cette partie de Belledonne est façonnée par un triple 
système de ridements (fig. 4) • 

a) Surélévation longitudinale du massif central suivant une 
direction qui, dès au nord de Taillefer, est devenue nord-sud. 

I. I^escr, Dauphiné, p. p. i55, i85. Dans cet ouvrage, la roche qui forme ces 
lambeaux est appelée « calcaire magnésien du Lias ». 
a\ Lac Fourchu, lac Noir, etc. 



I9OI PARTIE MÉRIDIONALE DE LA. CHAJxE QE BELLEDONNE 



l83 




b) Plis obliques N.-E. -S.-O., c'est-à-dire conservant à peu 
près la direction qu^avaient, au nord de la Romanche, et Taxe de la 
chaîne et les ondulations longitudinales, paît exemple les synclinaux 
triasiques de Chamrousse. C'est un nouvel exemple du cas que 
j'indiquais Tannée dernière : * 

outre les plis longitudinaux et 
transversaux, les chaînes peu- 
vent présenter, au voisinage des 
points où leur direction se mo- 
difie, des plis obliques ayant 
encore la direction qui était celle 
du ridement principal avant 
Tinflexion. 

c) Ondulations transversales 
environ est-ouest ; leur existence 
avait été prévue et même leur 
tracé indiqué avec une sûreté 
magistrale par M. Termier -, 
Les sommets de Taillefer appar- 
tiennent à un anticlinal de ce 
système, à flanc nord presque 
vertical, à flanc sud assez dou- 
cement incliné ; il sépare les 

larges synclinaux du plateau des Lacs et du col de Vaunoire. 
Les principaux traits de la topographie sont nettement coor- 
donnés à ce réseau tectonique. I>a vallée de la Malsanne et partie 
de colle de la Roisonne sont des vallées longitudinales nord-sud. 
Les vallons du Recoin, de la Chartreuse de Prémol, du lac 
Achanl •*, etc., la gorge de la Romanche en amont du pont de 
Séchilienne, ainsi que plusieurs hauts vallons entre le Serre et le 
Tabor, appartiennent au système N.-E. - S.-O. ; les premiers 
sont longitudinaux tandis que, la direction générale de la chaîne 
changeant, la seconde et les derniers se trouvent lui être obliques. 
Enlin, le plateau des Lacs, le vallon et le col de Vaunoire, sont des 
segments de synclinaux est-ouest, et sur le prolongement du 
premier se place * la gorge de la Romanche entre les })onts de 
Séchilienne et du Péage. 

1. Types de vallées, iii Soc. Statist Isère, séance du i5 janv. 1900. 

2. Grandes-Housses, p. p. 11'^. 114. iit». 

3. Qui a été capturé par un rivin aflluent de In Romanche. 

4. P. Tkrmirr. L. c, p. ii3. 



Fig. 5. — Échelle i/4t>î>.oiM)'. 

— , Li)çnes de crête ; -•••, Axe 
synclinal; , Axe anticlinal. 




SUR LA DÉCOUVERTE DUN RHY^CHOTEUTHIS 
DANS LE SÉNONIEN DES ENVIRONS DE BEAUVAIS 

par M. L. THIOT. 

Dans cette note, l'auteur fait remarquer que Tétage sénoaien 
n'avait fourni, jusqu'à présent, qu'un seul exemplaire de bec de ce 
genre qui a été trouvé à Chavot (Marne) et auquel d'Orbigny a 
donné, en 1847, le nom deRhj-nchoteuthis Dutemplei ; mais que celle 
espèce n'a pu être ni décrite, ni figurée dans le magistral ouvi*age 
de d'Orbigny, par la raison qu'il en donne lui-même : que ce bec 
s'est perdu, on ne sait comment, le jour même où il lui parvint. 

L'exemplaire recueilli par M. Thiot au mois de mai dernier 
à Notre-Dame-du-Thil, près Beau vais, avec un autre Céphalopode 

assez bien conservé : Actino- 



DessuK 



Deisoiis 



Prolil 






Rhynchoteuthis sp. n. G. N. 



camax verus Miller, c'est-à-dire 
à la base de la craie à Bélemni- 
telles, est tout à fait intact. Il est 
(iguré ci -contre en grandeur 
naturelle. Ses dimensions sont 
de 19 millimètres sur 10. 

M. de Grossouvre, à qui ce 
Rhynchoteuthbi a été commu- 
niqué avec la Bélemnitelle rencontrée en même temps et que plu- 
sieurs paléontologistes supposaient être le jeune âge de Relemni- 
tella quadrata (ÏOrh,, a bien voulu faire connaître à Tauteur a que 
« la Bélemnitelle était bien Actinocamax venus, qu'il ne connais- 
« sait pas de Rhynchoieuthis du même niveau et qu'il avait tout 
M lieu de supposer que c'était une espèce nouvelle ». 

M. Thiot pense que le Rhynchoteuthis qu'il a recueilli à Notre- 
Dame-du-Thil n'est pas du même niveau géologique que celui 
rencontré à Chavot, attendu que la craie de cette dernière localité, 
située aux portes d'Épernay, doit appartenir à la craie de Meudon 
et d'Epernay, renfermant Micrasier Brongnarii Héb., c'est-à- 
dire à la partie tout à fait supérieure de la craie blanche (d'après 
les travaux de MM. Hébert, de Mercey et Peron), tandis que la 
craie de Notre-Dame-du-Thil appartient, au contraire, à la base de 
la craie de Reims, assise surmontant immédiatement la craie à 
Micraster coranguinum Ag. 

D'ailleurs, le Rhjmchoteuthis Dutemplei n'ayant été ni décrit, ni 
figuré, il n'est pas possible d'affirmer que l'exemplaire de Chavot 
et celui de Notre-Dame-du-Tbi} appartiennent à la môme espèce. 



Séance du Zf& Février IBOl 



PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 



M. L. Grentil, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès- verbal est adoptée. 

Sont proclamés membres de la Société : 

MM. Jules Pethôv Géologue en chef de Tlnstitut royal géolo- 
gique de Hongrie, présenté par MM. M. Cossmann et 
Gustave Dollfus. 

F. Bonnes» Professeur de géologie et de minéralogie à 
l'Ecole des Mineurs d'Alais (Gaixl), présenté par MM. G. 
de Rouville et Déluge. 

A. de Richard, Ingénieur des mines, membre de la 
Société des Sciences de Bucarest (Roumanie), présenté 
par MM. Albert Gaudry et Léon Garez. 

Henri Douxami, Docteur ès-sciences. Professeur au Lycée 
Ampèi*e à Lyon, présenté par MM. J. Bci*geron et E. Haug. 

Six nouveaux membres sont présentés. 

Le Président annonce que M. P.-W. Stuart-Menteatli, sur sa 
demande, ne fait plus partie de la Société. 

M. de Lapparent croit devoir appeler Tattention de la Société 
sur une publication récente de M. Amalitzky, relative aux fouilles 
que ce savant a exécutées sur les bords de la Dwina. Une lentille 
de grès meuble, intercalée dans les marnes d*eau douce du Permien 
supérieur, a fourni plusieurs squelettes entiers du Pareiasaurus, 
avec de nombreuses empreintes de Glossopteris et de Ganga" 
mopteris. 

Ainsi, non seulement la flore, mais la faune des couches de 
Johannesburg, se i*etrouvent dans le Nord de la Russie, au niveau 
précis que M. Zeiller avait assigné k ces couches d*aprës leurs 
fossiles végétaux. 

D'autre part, il devient impossible de soutenir que Téclosion de 
la flore à Glossopteris ait été déterminée, à la suite des phéno- 
mènes glaciaires de TAfrique australe, de TAustralie et de Tlnde, 
par un changement de Taxe terrestre qui aurait placé Tun des pôles 
dans Tocéan indien ; car, dans ce cas, ^*autre pôle n'aurait pas pu 
tomber dans le Nord de la Russie. 



l86 SEANCE DU a5 FÉVRIER I9OI 

M. Haug attire l'attention dç la Société, sur la carte représen- 
tant l'extension des glaciers pei'miens. que vient de publier 
M. Penck dans une note très importante jsur les phénomènes gla- 
ciaires d'Australie. 

- •■ • • - • 

Comme complément aux observations de M. de Lapparent, 
M. Zeiller ajoute que les conclusions qu'il avait tirées de l'étude 
des plantes fossiles pour la détermination de Tàge des dépôts char- 
bonneux des environs de Johannesburg, rapportés par lui à l'étage 
de Beairfort, ont été pleinement confirmées par M. le D"" Molen 
graafT. M. Draper, dans une étude insérée aux Transactions of the 
South African Geological Societj\ avait assimilé les couches de 
combustible du Transvaal aux Molteno beds^ c'est-à-dire à l'étage 
de Stormberg, auquel appartiennent en effet, les dépôts charbon- 
neux de la Colonie du Cap, mais qui renferme en réalité une flore 
bien différente de celle des dépôts similaires de la région de Johan- 
nesburg. M. Zeiller a su de M. Molengraaff que celui-ci avait été 
amené finalement, par une étude stratigraphique approfondie, à 
rapporter ces derniers dépôts à l'étage de Beaufort, et qu'ainsi la 
géologie se retrouve une fois' de plus en parfait accord avec la 
paléontologie végétale. 

M. A. de Liapparent met sous les yeux de la Société un oursin 
fossile, qui a été recueilli en 1893, par le Colonel Mon teil, dans le 
Sahara oriental, sur la route du Tchad à Tripoli, un peu au sud de 
l'oasis de Bilma. Cet oui*sin a été reconnu, par M. Victor Gauthier, 
comme presque identique à un Échinide du Crétacé supérieur 
(Maêstidchtien) du Baloutchistan, décrit en 1897 par M. Noetling 
sous \e tiom àé Protechinus pancituberculatus, nom qui doit être 
changé, ^elon la proposition de M. Lambert, en celui de Noetlingia 
paucHiibérûizlatà, le genre Protechinus ayant été antérieurement 
créé pour un autre oursin. 

M. de Lapparent fait ressortir les conséquences de cette trou- 
vaille, qui étend considérablement vers l'ouest le domaine de la 
mer crétacée en Afrique, et montre qu'alors la région du lac Tchad 
faisait partie^ avec la Libye, la Nubie, l'Egypte et la Tunisie, d'un 
grand golfe méditerranéen, communiquant avec l'Inde par la 
Palestine et la Perse. 

L'oursin, que M. Gauthier regarde comme une espèce distincte, 
qu'il dédie au Colonel Monteil, sera l'objet, dans le Bulletin, d'une 
description avec figure (voir page 189 et pi. III). 



SÉANCE DU 25 FÉVRIER I9OI 187 

M. Léon Bertrand signale à la SociétéJa décôJoiY^rte récente 
d'an squelette de Mammouth dans le remplissage d'une fente de cal- 
caires liasiques, dans une tranchée dé la ligne de chemin de fer en 
construction de Foix à Saint-Girons, au voisinage de Cadarcet 
(Ariège). * 

M. Kilian attire l'attention sur la fréquence relative des 
Rhacophyllites du groupe Rh, mimatensis d'Orb. dans le Lias 
moyen des Alpes de Savoie. 

Parmi les très raines Ammonites de ce niveau, recueillies dans 
les ardoisières de SaintrColomban-des-Villards (Maurieni^e) Sgurent 
à côté de quelques excmfilaires à'AinaltheuH margaritatus Montf.^ 
plusieurs individus de Rhacophyllites Ubertus Genim. (= R, 
mimat^risis Menegh., p. p.) très bien conservés et absolument con- 
formes aux figures de cette espèce récemment figurés par divers 
auteurs italiens (Musée de Cliambéry, coll. Lâchât, coll. Villet ; 
coU. Hollande). D'autre part, la seule Ammonite recueillie par 
M. Kilian aux environs de Moutiers (Savoie) est également une 
forme de ce groupe : Rhacophyllites Nardii Menegh. sp. (nu Rh. 
diopsis Gemm.). — Ces faits dénotent une afiinité de faune remar- 
quable entre le Lias des Alpes savoisiennes et les assises de même 
âge de la Lombardie et des régions méditerranéennes où les 
Rhacophyllites sont assez fréquents. — Si l'on considère en outre 
que ces formes spéciales se rencontrent aussi bien dans le « faciès 
dauphinois » (Saint-Colomban-des-Villards) que dans le « faciès 
brianc^onnais » du I-ias (Moutiers) on voit dans cette répartition 
nue nouvelle confirmation des rapports intimes qui lient la zone 
du Briançonnais à la zcme dauphinoise voisine et qui empêcheront 
toujours les stratigraphes d'admettre l'origine exotique de la 
première seule de ces zones. 



SUR LES COUCHES A ORBITOÏDES DU PIÉMONT 

par M. 8ACCO. 

A la suite de la récente communication faite par M. Douvillé à 
la séance du 17 décembre 1900, sur les couches à Orbitoïdes des 
environs de Dax, Tauteur croit utile de présenter les observations 
suivantes. 

I. — Miogypsina irregularis Mieht., dont Miogrpsina globu- 
lina Micht. n.'est probablement qu'une variété, ne se trouve pas 
dans Y Aquitanien de Villa Sacco (Turin), comme le dit M. Schlum- 
berger (probablement par suite d*une confusion des étiquettes de 
localité) dans son importante note Sur le genre Miogypsina (B, S, 
G. F. (3), XXVIII, 1900), mais il se trouve fréquemment, parfois 
même en très grande abondance, dans VHelvétien (spécialement 
dans YHelvétien moyen-inférieur) de plusieurs localités des Collines 
de Turin, près de Villadeati, etc. Cependant Af . irregularis se ren- 
conti'e aussi dans quelques points de Y Aquitanien (principalement 
supérieur) des Collines de Turin. 

a. — Lepidocjyclina marginaia Micht. [== Nummulites margi- 
nata Micht.. 1841, ainsi que M. Douvillé Ta reconnu avec justesse 
(C.'R. S, G. F., 30 novembre 1899) après Texamen des exem- 
plaires que M. Sacco lui avait envoyés], est extraordinairement 
abondant dans Y Aquitanien de Villa Sacco et dans d'autres points 
des Collines de Turin, mais il se trouve également, quoique en 
général plus rarement, dans Y Helvétien de ces Collines. 

3. — 11 résulte de ce qui précède qu'en Piémont Lepidocyclina 
prédomine dans Y Aquitanien et Miogj^psina dans Y Helvétien, 
mais qu il n'existe pas une i*ègle précise à ce sujet. 

4. — U Aquitanien typique, ainsi que M. Sacco l'entend, doit être 
placé dans le Miocène et non dans l'Oligocène comme Ton fait 
généralement : cette dernière interprétation est due au fait que, 
dans plusieurs régions de l'Europe, l'on a indiqué et l'on indique 
encore comme aquitaniens des terrains qui sont, en réalité, plus 
anciens, c'est-à-dire vraiment oligocéniques, ainsi que M. Sacco l'a 
déjà bien des fois fait observer dans plusieurs ouvrages (voir : Note 
sur la classification des terrains tertiaires, C.-R. Cong. géol. intern. 
Zurich, 1894). 

De cette confusion résultent des interprétations différentes sur 
la signification de l'Oligocène, lequel, justement compris, repré- 
sente, par contre, un ensemble assez naturel d'étages géologiques. 



CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DES ÉCHINIDES FOSSILES 

par M. V. GAUTHIER <. 

(Planche III). 
VI. — Genke NoETUNGiA Lambert, 1898. 

Synonymie : Protechinus Nuetliiig (non Austin Protoechinua). Memoirs of 

the Geological Survey of India. — Fauna 0/ Baluchistàn^ of 
the upper cretaceoua (Maëstrichtien) beds. Série XVI, vol. I, 
part. 3, p. 14, pi. II, fig. X y; pi. m, lig. i, 1*. 1897. 
yoetlingia Lambert, Revue critique de Paléosoologief 3* année, 
N- 3, juillet 1898, p. 1116. 

Diagnose du genre. — Oursin régulier, de la famille des 
Echinidœ, pouvant atteindre une très grande taille; forme circu- 
laire, ordinairement élevée, conique ou hémisphérique à la 
partie supérieure, plane ou pulvinée à la partie inférieure. 
Appareil apical peu développé, insuffisamment connu jusqu'à 
présent, monti*ant cinq plaques génitales en cercle et cinq plaques 
oceilaires dont les postérieures intercalées font partie du circuit 
périproctal ; les plaques oceilaires antérieures II, III, IV paraissent 
rejetées en dehors des génitales, mais Tétat des exemplaires 
connus ne permet pas de Taffirmer catégoriquement; ouverture 
anale peu étendue, cii*culaire ou légèrement ovale, entourée 
par les plaques apicales. Aires ambulacraires assez larges, 
égalant à peu près la moitié des aires interambulacraires ; zones 
porifères étroites, superficielles ou légèrement déprimées, allant 
en ligne droite du sommet au pcristome; elles sont oligopores et 
comprennent trois paires de pores par plaque majeure : la paire 
du milieu est la plus exteiTie ; la paire inférieure placée directement 
au dessous et semblable est légèi*ement oblique et rentre un peu ; 
la paire supérieure, bien plus rentrante que T inférieure, est plus 
petite aussi et portée par une plaquette très réduite, resserrée entre 
les deux plaques voisines, de sorte que la zone porifère est formée 
par deux rangées verticales et bien distinctes de paires de pores; 
Textei^e comprenant les deux grandes paires, un peu sinueuse par 
suite de l'obliquité de la paire inférieure; Tinterne, formée parles 
petites paii*es abactinales, moins large et moins remplie, puis- 

I. Voir B. S. F.a., (3). XXV, p. 85i, 1897; XXVII, p. 344. 189». 



190 V. GAUTHIER a5 FévT. 

■ 

cpi'elle ne comprend qu'une paire sur trois. Entre les zones porifères 
s'étendent plusieurs séries verticales de tubercules imperforés et 
incréneiés, de volume médiocre. Les aires ihterambulacraires 
portent à Tambitus de nombreuses séries verticales de tubercules 
semblables à ceux des ambulacres, se réduisant à mesure qu elles 
montent vers le sommet ou qu'elles descendent vers le péristome ; 
ces mêmes tubercules forment en même temps des rangées 
horizontales un peu obliques ; la zone miliaire est plus ou moins 
garnie à la partie supérieure. Face inférieure faisant défaut chez 
tous les exemplaires i*ecueillîs jusqu'à ce jour; nous ne pouvons 
donc rien dire du péristome. 

M. Noetling le premier a décrit cet intéressant échinide et en a 
fait le type d'un genre nouveau Protechinus. Depuis, M. Lambert 
a fait observer que ce nom générique avait déjà été employé par 
Austin (Protoechinus) pour un échinide très différent et a proposé 
de le remplacer par celui de Noeilingiay que j'accepte et approuve 
très volontiers. • • 

M. Noetling a rapproché la disposition des paires de pores de 
son genre nouveau et des placjuettes qui les portent, des mêmes 
plaquettes chez le genre Psammechinus, Nous ferons une compa- 
raison analogue en remplaçant le genre Psammechinus par le 
genre Echinas^ qui ne diffère point sous ce rapport, et qui nous 
donnera l'avantage de pouvoir examiner des exemplaires de taille 
égale. Dans les deux genres c'est la paire médiane qui est la plus 
externe, mais, par contre, pendant que chez les Noetlingia c'est la 
paire abactinale (la supéneure) qui rentre le plus, chez les Echinus 
c'est l'actinale (l'inférieure) ; de sorte que si l'on établissait trois 
séries verticales avec les paires de pores, ce serait la série formée 
par les paires inférieures qui serait au milieu chez les Noetlingia, 
et la série formée par les paires supérieures chez les Echinus. A 
ces observations qui appartiennent à M. Noetling nous ajouterons 
que chez les Echinus les paires actinales et abactinales sont 
portées par des placjuettes entières dont l'inférieure est la plus 
développée, tandis que la paire médiane est placée sur une demi- 
plaquette; chez les Noetlingia la paire supérieure, moins dévelop- 
pée que les autres, est portée par une plaquette très réduite, la 
médiane est située sur une demi-plaquette dont l'extrémité interne 
se rétrécit et se recourbe pour soutenir la petite plaque; la paire 
inférieure seule occupe une plaquette entière, d'abord étroite, 
puis, au-delà des pores, occupant tout l'espace jusqu'à la isuture du 
milieu dé l'ambùlacre. Ce sont des différences impoirtantes qui 
suffisent pour justifier la création d'un genre nouveau. 



% 



I9OI CONTRIBUTION A L ETUDE DES ECHIMDE8 FOSSILES I9I 

L'espèce du Béloutchistân a été désignée par M. Noetling $H)us le 
nom spécifique pauciiuberculatus et devient Noetlingia paùcitii- 
berculata Noetling {sub Protechinua), Nous allons maintenant 
décrire une seconde espèce. 

Noetlingia Monteili Gauthier, 1901. 

(PI. m, Ug. 1-3). 

Nous ne connaissons qu un exemplaire de ce nouveau type 
spécifique ; il est incomplet, le sommet est gravement endommagé, 
la partie inférieure fait complètement défaut, et Tensemble de ce 
qui reste a été poli par le frottement des sables sahariens. 

Dimensions : Diamètre, 110 millim.; hauteur du fragment, 
60 millim. 

Espèce de très grande taille, subcirculaii*e au pourtour, subhé- 
niisphérique à la partie supérieure. — Appareil apical de dimen- 
sions médiocres, subcompact, en pai*tie intercalaiï*e, autant que 
nous pouvons nous en rendre compte; les plaques ocellaires I, V 
nous paraissent écarter les génitales et participer au circuit du 
périprocte, les ocellaires antérieures II, III, IV seraient au con- 
traire rejetées au dehors. 

Aires ambulacraires légèrement renflées, relativement assez 
larges à la partie supérieui*e où elles égalent les deux tiers de Taire 
interambulacraire correspondante, se développant à mesure qu elles 
s'éloignent de Tapex, mesurant au pourtour inférieur vingt-quatre 
millimètres de largeur, presque la moitié des aires interambola- 
craires. Zones porifères faiblement déprimées^, rectilignes, à bord 
externe presque onduleux par suite de Tobliquité de la plaquette 
actinale, offrant trois paires de pores par plaque majeure, disposées 
comme il a été dit dans la diagnose générique, de manière que les 
deux inférieures sont les plus grandes, et que la supérieure, 
fortement rentrante est moins développée et portée par une petite 
plaquette entourée par le bord rétréci de la demi -plaquette 
médiane. Les plaques majeures sont moins hautes que dans la 
plupart des espèces du genre Echinus qui présente d'ailleurs des 
variations assez sensibles sous ce rapport, et les paires de pores 
sont par conséquent très seiTées. L'espace interzonaire porte à 
l'ambitus environ huit rangées de tubercules médiocrement 
développés ; ces rangées s'atténuent en montant vers le sommet où 
il n*en reste que deux. 
Aires interambulacraires légèrement déprimées au milieu, 



igi» V. GAUTHIER. — ETUDE DES ÉCHINIDES FOSSILES a5 Févr. 

étroites relativement près du sommet (i5 millimètres), larges à 
Tambitus où elles atteignent cinquante-cinq millimètres; elles 
portent en cet endroit jusquà dix-huit rangées verticales de 
tubercules semblables à ceux des ambulacres, qui disparaissent 
successivement en montant vers l'apex et se trouvent finalement 
réduites à deux. Ces tubercules forment en même temps des rangées 
horizontaies un peu obliques. Le milieu de Taire n*est pas dénudé 
à la partie supérieure et reste couvert de tubercules peu serrés 
mais se maintenant aussi longtemps que le permet le rétrécissement 
de Faire. 

Le périprocte qui s'ouvre au milieu des plaques apicales est 
médiocrement étendu, comme nous Tavons dit, et légèrement 
ovale. Le reste du test nous est inconnu, et, par une fâcheuse 
coïncidence, aucun des exemplaires de M. Noetling n a conservé 
sa face inférieure juscpi'au péristome. 

L'exemplaire que nous décrivons est très voisin des spécimens 
indiens décrits par M. Noetling; la taille est plus grande, la forme 
est moins conique et se termine plutôt en dôme ; les tubercules 
sont plus gi*os, le milieu des aires interambulacraii^es est beaucoup 
moins nu; ces différences permettent de distinguer facilement les 
deux espèces. 

Le type indien N. paiicituberculata a été recueilli dans les 
couches crétacées supérieures du Béloutchistân, accompagné de 
grands Hemipneustes dont deux sont attribués par M. Noetling à 
des espèces européennes, Hemipn, pyrenaicus Hébert, Hemipn, 
Leymeriei Hébert. Il est très probable que notre exemplaire 
appartient au même horizon géologique ; M. le colonel Monteil Ta 
trouvé sur le sol, à Zau Saghaïr, au sud de Bilma, par environ 
iS*" ^' 08'' de latitude nord dans le Sahara oriental, sur la route 
du lac Tchad à Tripoli, et Ta rapporté en France comme un 
souvenir de sa périlleuse et glorieuse excui'sion à travers les 
régions désolées de TAfrique centrale. Nous sommes très heureux 
de pouvoir lui dédier cette précieuse espèce. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE 111 

Fig. I. — • Noeilingia Monteili, vu de profil, grandeur naturelle. 

Fig. a. — Le même, lace supérieure. 

.Fij.% 3. — Portion d'aire nmbulacraire, grossie. 



UN NOUVEAU CYCADEOIDEA 

par M. P. FLICHE. 

Dans les collections de TEcole forestière, figure, sous le nom de 
Mantellia, un fossile végétal envoyé, il y a déjà plusieurs années, 
par M. Charil des Mazures, alors inspecteur des forêts en Vendée 
et provenant de Tlle de Dives (Vendée), près de TAiguillon sur 
Mer. Une étiquette de la main de Mathieu, alors professeur de 
sciences naturelles et sous-directeur de l'Ecole, porte que Tauteur 
de renvoi n'a point indiqué de quel terrain provenait ce fossile ; 
mais que ce pourrait être TOxfordien ou le Corallien. Depuis 
l'époque où il rédigeait cette note, Mathieu semble avoir changé 
d'opinion, car la grande étiquette placée à côté de Téchantillon, 
exposé dans une vitrine, le réfère, avec doute, il est vrai, au 
Bathonien. Aujourd'hui, il faut rejeter^ non seulement cette 
dernière manière de voir, mais considérer l'attribution au Corallien 
comme absolument certaine ; l'Ile de Dives ne présentant que du 
Corallien comme on peut le voir sur la Carte géologique de France, 
au 80.000®, feuille de Fontenay. De plus la nature de la roche pour 
le Corallien, telle qu'elle est décrite par M. Boisselier, auteur de 
cette feuille, s'accorde parfaitement avec celle du fossile, tandis 
qu il n'y a aucune analogie entre celle-ci et le calcaire bathonien 
de la n>ôme région. 

L*àge du fossile qui nous occupe est donc bien déterminé ; en ce 
qui le concei^e lui-même, il s'agit d'un pioule, sans structure 
conservée ; malgré cela il offre de l'intérêt, parce que son attribu- 
tion à une tige cycadéiforme est certaine, parce que de plus il 
présente des caractères assez précis pour qu'on puisse Iç placer 
parmi les Cj'cadeoideaj tels qu'on les entend aujourd'hui en 
Paléontologie, c'est-à-dire comme étant vraisemblablement des 
tiges de Bennettitées. Or, tout ce qui touche à ce groupe de végétaux 
mérite une attention toute particulière, en raison des problèmes 
qu'il soulève encore et du rôle important qu'il a joué pendant la 
période jurassique et surtout le Crétacé inféiieur, 

La tige de l'île de Dives nous a été conservée, sous forme de 
moule, ainsi qu'il a été dit plus haut ; celui-ci est formé par du 
calcaii*e et recouvert à sa surface par une mince couche d'oxyde de 
fer hydraté qui lui donne une couleur bnme, assez claire d'ailleurs, 
toutes les fois que celle-ci est intacte. 

5 Septembre 1901. — T. ler. Bull. Soc. Géol. Fr. — i3 



194 



p. flichS 



a5 FéTr. 



Ce moule est reste engagé, dans la roche encaissante, par une de 
ses faces, sur moitié environ de son épaisseur ; la tige a très 
visiblement subi une compression qui non-seulement Ta aplatie 
mais l'a un peu déformée, de manière à eu rejeter de côté l'extré- 
mité supérieure, un peu creuse, ce qui est un caractère de ces tiges, 
sur ta face sortie de la roche, ce qui la rend très visible sur la 
figure, en i , bien que la cavité renferme quelques concrétions, ainsi 
en 3, qu'on n'a osé enlever de peur de la dégrader. 




Fig. 1 



- Cj'codeoidea diveitsts a. sp. Grandeur natureUe. 



Le moule n'est pas intact, un simple coup d'œil, jeté sur la ligure, 
le montre fort bien ; cependant on en possède visiblement la presque 
totalité, puisqu'on a, comme il vient d'éti'e dit, l'extrémité supé- 
rieure ; paisqu'à la base, la section de la roche, un peu en dessous 



IQOI UN NOUVEAU ii CYCADEOIDEA » IqS 

du fossile, montre que celui-ci ue Tatteint pas ; d*un autre côté, si 
la portion du fossile, placée a la gauche du lecteur, n*est pas entière, 
la face opposée Test à peu de chose près ; la tige était donc courte 
et large; ce qui se rencontre si fréquemment chez les Cycadeoidea^ 
probablement aussi, môme sur le vif, la section transversale était 
plus ou moins elliptique. 

Aux caractères, déjà indiqués, rattachant la tige de Dives aux 
CycadeoideHy s en joignent de plus précis; ainsi les cadres si 
caractéristiques formés, autour des écailles, par les raments, sont 
souvent très visibles ; ils le sont bien en particulier sur la ligure 
entre 3 et 3, enûn il y a une insertion d^inilorescence très nette en 5. 

Il s'agit donc bien d'un C/^cadeoidea, ce qui correspond au nom 
de Maniellia qui avait été donné à ce fossile, par Mathieu, sur les 
indications de Schimpcr; de plus, il me semble qu'il s'agit d'une 
espèce non encore décrite. Par ses dimensions, par sa forme, les 
deux espèces dont elle se rapproche le plus, sont le Cycadeoidea 
pj'gmaea L. et Hutt. et le Bolbopodium piciaçiense Sap. Malgré 
le nom générique qui lui a été imposé par son auteur, cette dernière 
espèce semble, en eii'et, être aussi un Cycadeoidea ; de Saporta f 
fait i^marquer, lui-même, la très grande ressemblance de son 
Bolbopodium pictaviense avec le Cj'cadeoidea pygmaea L. et 
Hutt., dont, par suite, il fait un Bolbopodium; il ajoute un peu 
plus loin ', après avoir donné les caractères distinctifs, assez peu 
importants, sur lesquels il établit son nouveau genre : « Cependant 
les plus petites espèces de Clalhropodium ^, lorsqu'elles sont 
renllées en œuf ou conformées en nid, pourraient être aisément 
confondues avec les Bolbopodium, et l'étude des diverses catégo- 
ries des tiges n'est pas assez avancée ou môme ne repose pas sur 
des principes assez fixes, pour permettre de tracer entre elles des 
limites parfaitement rigoureuses. » 

La petitesse des bases de pétioles, qui a fourni, à de Saporta, le 
principal caractère distinctif des Bolbopodium et qui n'a pas, je 
crois, la valeur que lui accordait l'éminent paléontologiste, est en 
etl'et remarquable chez les deux seules espèces bien certaines 
attribuées à ce genre, chez Tespèce de Lindley et Hutton, plus 
encore que chez celle de Saporta. Ce caractère sépai*e nettement le 
fossile de Dives, comme le montre la plus simple comparaison de 
la ûgure qui le reproduit, avec celle du Fossiljlora et de la Paléon-r 

I. Paléontologie française. Plantes Jurassiques. II, Cycadées, p. 256, 
3. L. c, p. a58. 

3. G«nre établi aussi par de Saporta et qui est un synonyme des Cyca- 
deoitlea. 



 



igô p. FLiCHE. — UN NOUVEAU « CYCADEOiDEA » a5 Févr. 

tologie française. La conséquence naturelle de ce fait est que les 
bases de pétioles recouvrant la tige sont beaucoup moins nom- 
breuses sur la première que sur les deux autres. Aucun autre Cyca- 
deoidea décrit ne présente, à ma connaissance, autant d'analogie^ 
avec le fossile qui nous occupe, que les deux espèces dont il vient 
d'être question, mais il en est, on le voit, très nettement distinct ; 
c'est donc une espèce nouvelle. Comme il est assez bien conservé, 
pour être décrit, je lui impose un nom spécifique qui rappelle la 
localité où il a été trouvé et j*en donne la diag^ose suivante : 

Cycadeoidëa DivKNSis /i. «/). — C caudicc humili, oçoideo 
subconico, atrobiliformi; apice depresso, cicatrices injlorescen- 
iiarum prœbenie; aliitudine g 5 milL, diametro 80 milL cir citer 
metienie; petiolorum basibus rhombcis, 1^-21 milL, latis lo-ii 
mill. altis obtecto; ramentorum siratis i milL cr assis, 

lie de Dives (Charil des M azurés). 

Les dimensions données, dans cette diagnose, pour Fensemble 
de la tige, doivent se rapprocher beaucoup de ce qu'elles sont 
réellement pour le diamètre transversal, sous la réserve de l'exagé- 
ration qui peut être due à Técrasement de Torgane ; pour la hauteur, 
il y a plus dlncertitude quoique, pour les raisons exposées plus 
haut, on doive être en présence de Torgane presque entier. 

Les dimensions et les formes données pour les bases de pétioles, 
s'appliquent à celles qui, subérisées et accrues, forment la masse de 
la cuirasse protectrice de la tige et non à celles qui portaient encoi*e 
des feuilles ou dont celles-ci venaient de se détacher à Tétat de 
vie. Ces dernières ne dépassaient pas un centimètre de largeur. 

On voit que, non seulement la tige était peu volumineuse, mais 
que les bases de pétioles, tout en étant plus grandes que chez le 
Bolbopodium pictaviense de Saporta, sont encore fort petites ; cette 
exiguïté de la tige et des pétioles se retrouve chez les espèces 
décrites par M. Carruthevs et provenant certainement du Corallien 
du Sutheriand, en Angleterre. Il y a dans cette exiguïté un fait 
qu'il est intéressant de rapprocher des dimensions très réduites 
aussi de la plupai*t des feuilles de Zamites, trouvées au même 
horizon en France, en Suisse et en Allemagne, ainsi Z, Feneonis 
Brong., Z. Morcaui Brong., Z. Acerosus Sap., Z./ormosus Heer., 
Z. Reneçieri Heer. Ce rapprochement offre de l'intérêt, puisque les 
ZamiteSf en grande partie, si ce n'est en totalité, paraissent déplus 
en plus certainement ^ avoir été, comme le prétendait Williamson, 
les feuilles des Williamsonia et par suite des Bennettitées. 

I . Voir notamment : A.-C. Sbward. On the ieaves of Bennettites. Procee- 
dingê of the Cambridge Philosophieal Society, vol. IX, pi. V, p. a^S. 



Séance du ^ Mars fOOi 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRESIDENT 

M. L. Mémin, Vice-Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de 
la séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Sont proclamés membres de la Société : 

MM. Jacoby Ingénieur en chef des Mines, Directeur du Service 
géologique de l'Algérie, présenté par MM. Pouyanne et 
Ficheur. 

Paul Vincey, Ingénieur-Agronome, Professeur départe- 
mental d'Agriculture, présenté par MM. Gustave DoUfus 
et G. Ramond. 

Léopold Michely Maître de Conférences de minéralogie à 
la Faculté des Sciences de l'Université de Paris, présenté 
par MM. E. Ilaug et L. Gentil. 

Louis Mengaudy Licencié ès-sciences, présenté par MM. J. 
Bergeron et Léon Bertrand. 

Louis Boistel, présenté par MM. Munier-Ghalmas et 
E. Haug. 

Schardt, Professeur de Géologie, à Neuchâtel (Suisse), 
présenté par MM. Marcel Bertrand et Emm. de Margerie. 

M. Stanislas Meunier. — Origine de V argile à silex. 
Je viens de lire dans la dernière livraison du Bulletin de la 
Société Géologique ( [3], XXVIII, 1900, p. 809), une communication 
de M. A. de Grossouvre sur l'argile à silex des environs de Vierzon 
et je demande à présenter quelques observations sur les conclu- 
sions de ce travail, qui touche un sujet que j'étudie moi-même 
depuis plusieurs années. Malgré les assertions de l'auteur, je crois 
qu'il s'agit réellement, dans les localités qu'il a décrites, du produit 
de la décalcification de la craie ; aucune de ses objections n'étant, 
suivant moi, justifiée. 

Tout d'abord, M. de Grossouvre insiste sur la blancheur de la 
roche pour écarter l'idée qu'elle provient de l'attaque de la craie. 
(( Il n'est pas de craie, dit-il, même la plus blanche qui, attaquée 
par les acides faibles, ne laisse un résidu ferrugineux ». Or, il est 
de nombreuses localités où l'argile à silex, parfaitement caracté- 
risée, se présente avec une blanchem* éclatante et donne par la 




198 SÉANCE DU 4 MARS igOI 

cuisson nn produit tout à fait blanc : une semblable terre de pipe, 
dérivant de la craie par décalcification, se rencontre par exemple à 
Prépotin, près de Mortagne, où je l'ai étudiée avec détail. 

Une deuxième remarque concerne la présence dans Targile d'une 
quantité considérable de silice soluble, qui semble à M. de Grossou- 
vre incompatible avec le caractère résiduel de la roche. Il faut 
pourtant constater que la silice soluble est un composant normal 
de toutes les craies, comme de bien d'autres roches sédimentaires et 
je me réserve de revenir sur cette question qui a une importance 
capitale quant à l'histoire de la silicification. La silice étant bien 
moins soluble que le carbonate de chaux, un mélange de ces deux 
corps, soumis aux acides très étendus, passe progressivement à 
l'état de silice pure, par disparition progressive du calcaire. Le beau 
travail de Ch. Friedel sur la cacholinisation des silex n'est pas à 
invoquer ici et c'est ce que suffirait à montrer la composition tout 
à fait normale des rognons dans l'argile à silex la mieux caracté- 
risée. On trouverait facilement des exemples bien plus singu- 
liers encore, en apparence, de la persistance de matériaux solu- 
bles dans des roches qui ont subi incontestablement la perte de 
certains de leurs éléments : je rappellerai seulement ici le calcaire 
grossier de Vaugirard qui est criblé de cavités laissées par la disso- 
lution des tests de ses coquilles, au milieu d'une masse générale de 
calcaire ambiant si complètement respecté qu'on y retrouve tous 
les détails de l'ornementation délicate des fossiles. 

Mais la troisième objection de M. de Grossouvre est plus insou- 
tenable encore et c'est surtout à cause d'elle que je présente ces 
observations à la Société. Il constate « que l'argile à silex ne cons- 
titue pas toujours un terrain superficiel et que souvent elle est 
recouverte par des roches d'âges divers ». 

J'ai étudié beaucoup de cas semblables et ils m'ont paru présen- 
ter cet intérêt tout spécial de nous renseigner, contrairement à ce 
que pensait Constant Prévost, sur le régime continental auquel ont 
été soumises certaines régions avant une submersion ult*^rieure. Le 
recouvi*ement de l'argile à silex par les calcaires lacustres à Sully- 
sur-Loire et à Romorantin que cite M. de Grossouvre indique 
un affaissement du sol précédemment continental et son envahisse- 
ment par les eaux douces, après que l'argile à silex s'était constituée. 
C'est, sans qu'on y fasse attention jusqu'ici, un ordre nouveau de 
considérations qui seront fécondes pour la paléogéographie. 



RÉVISION DES FORMES EUROPÉENNES 

DE LA 

FAMILLE DES HYRACOTHÉRIDÉS 

par M. Ch. DEPÉRET. 

(Planches IV-V) 

La famille des Hyracothéridés (Prééquldés) est Fun des groupes 
les plus intéressants des Imparidigités éocènes, en raison de ses 
caractères très primitifs et de ses liaisons ancestrales avec la 
famille des Equidés, aflinités qui ont été bien mises en lumière 
parles beaux travaux de Kowalewsky, de Rûtimeyer, de M. Gaudry, 
de M™® Pavlow, en Europe ; de Marsh, de Cope, de MM. Osbom 
et Wortman, en Amérique. 

A Toccasion d'une étude monographique que j'ai entreprise sur les 
animaux éocènes de Lissieu (Rhc^ne), j'ai été amené à étudier avec 
soin les différents types d'Hyracothéridés européens, et à constater 
qu*il existait dans les travaux des paléontologistes précités, et par 
voie de conséquence dans le précieux Traité de paléontologie de 
M. le professeur Zittel, des interprétations diverses et parfois 
inexactes relativement aux caractères et aux limites des genres. Il 
m'a paru que ces divergences provenaient soit d'une fausse inter- 
prétation des types, soit de l'état encore incomplet des documents 
sur quelques-unes de ces formes animales. 

Les conclusions auxquelles je suis arnvé dans cette révision 
d'ensemble, pour laquelle j'ai utilisé toute une série de pièces 
nouvelles de l'Éocène moyen et supérieur du Midi de la France, 
m'ont paru avoir un intért^t assez général pour mériter d'être 
exposées dans cette Note. J*ai eu surtout en vue les formes euro- 
péennes du groupe et je ne parlerai qu'à titre de citation rapide 
des formes américaines que je connais peu personnellement. Je 
laisserai également de côté la recherche des formes ancestrales de 
la famille dans l'Éocène le plus inférieur et je ne remonterai pas 
au-delà de Y Hj^racotherium de l'argile de Londres, qui est le genre 
type de la famille. 

J'étudierai successivement les genres Hj'racotherium^ Paçky- 
nolophus, Propalœotherium et Lophioiherium qui représentent les 
Hyracothéridés dans l'Éocène de l'Ancien Monde. 




900 GH. DEPÉRET. — REVISION DES FORMES EUROPEENNES 4 ^^1*9 



Genre Htracotherium Owen (Pliolophus Owen) 

Les limites de ce genre me semblent aj^oir été singulièrement 
exagérées. Il faut prendre pour type le crâne incomplet décrit en 
iSSg par Owen de l'argile de Londres à Heme Bay (Kent) sous le 
nom à' Hyracotherium leporinum *. Ce crâne montre la série com- 
plète des molaires supérieures, composée de 3 arrière-molaires et 
de 4 prémolaires. Les points importants de la structure de ces 
dents sont les suivants : arrière-molaires à 6 tubercules coniques^ 
les deux intermédiaires bien développés aux deux lobes ; on voit 
à peine une tendance de ces tubercules intermédiaires à s'aligner 
sous forme de crêtes transverses ; bourrelet basilaire épais et con- 
tinu ; absence complète de colonnette médiane {mesostyle) sur la 
muraille externe ; denticule complémentaire de Tangle antéro- 
externe (parasiyle) peu développé. Prémolaires : p* et p^ triangu- 
laires à 5 tubercules coniques au lieu de 6, par suife de la dispari- 
tion du denticule postéro-interne ; p^ allongée à une seule pointe 
médiane ; p^ (connue seulement par Talvéole), séparée de p- j)ar 
un diastème, et de forme également allongée et étroite. 

Un crâne entier du même animal, extrait d'un nodule de l'argile 
de Londres près Harwich (Essex) a été figuré par Owen en i858 
sous le nom nouveau de Pliolophus i>ulpiceps '. D'après les indica- 
tions données par M. Lydekker (Catal, BriL Mus. Mamm.^ 
part III, p. Il), ce crâne dont le moulage est assez répandu dans 
les collections européennes, a été brisé par accident, et il n'en 
subsiste plus qu'un fragment de la mâchoire et de la mandibule 
gauches. Les beaux dessins et les descriptions d'Owen permettent 
toutefois de suppléer à cette lacune. Le Pliolophus diflèrerait, selon 
Owen. de Y Hjyracotherium par quelques particularités de structure 
des molaires supérieures : les tubercules intermédiaires seraient 
un peu moins distincts aux arrière-molaii*es et surtout au lobe 
postérieur de p^ ; le cingulum basai serait moins continu ; enfin 
dans Pliolophus, p* est en série continue avec les autres prémo- 
laires, alors qu'elle en est séparée par un petit intervalle dans 
YHyracotheriam. Ces différences sont fort légères et on ne saurait 

I. Descript. of the fossil remains of a Mammal and of a Hird of the 
London Clay. Tranaact, geol. Soc. London^- a* sér., %. VI, p. ao3, pi. 3i, iSSq. 
— Le même crâne est figuré dans : A hiatory of britiah foss. Mammala^ 
i846, «g. 419 

9. Descr. of a smnll lophiodont Mnmmal from the London Clay. Quart. 
Journal geol. Society, iS'57, t. XIV, p. 54, \)\. U et HI. 



IpOI I>K LA FAMII.LE DES HYRACÔTHÉRIdAs ÙOl 

lear attribuer une valeur générique ni même probablement spéci* 
fique. MM. Flower, Lydekker et Zittel me semblent avoir eu raison 
en réunissant ces deux formes animales sous le nom d^H/Taco^ 
therium leporinum. 

Ce crâne du Pliolophus nous fait connaître en tons cas la stHic- 
ture des molaires inférieures qui sont au nombre de sept, dont 
trois arrière-molaires et quatre prémolaires, la première ou p* 
étant écartée de p- par un léger intervalle; il est intéressant 
d'observer que cet intervalle est plus grand du côté droit que dû 
côté gauche de la même mandibule et ce fait vient à Tappui de ce 
que je disais plus haut au sujet de la faible importance qu*il fal- 
lait attacher au plus ou moins d'écartement de la première prémo- 
laire p* dans la série des molaires supérieures. 

Les arrière-molaires ont quatre denticules distincts disposés en 
deux paires trausverses, les externes avec une tendance crescen- 
toïde, les internes plus coniques; m* possède en outre un petit 
tubercule intermédiaire au lobe antérieur ; m ' a un fort talon ou 
troisième lobe à deux pointes. 

Dans la série des quatre prémolaires, p* est semblable à m ^ , 
mais plus petite; p^ est plus étroite en avant à cause de Tatrophie 
du denticule antéro-inteme ; p- et p* sont tranchantes, à une seule 
pointe, comprimée en travers, avec un petit talon plus développé 
dans p* . 

Enfin, il faut signaler comme pour les dents de la mâchoire 
supérieure, l'existence d'un bourrelet basilairc bien accentué qui 
entoure toutes les dents de la mandibule, mais tend à s'effacer du 
côté interne. 

J'ai fait reproduire (pi. IV, fig. i) un dessin phototypique de la 
dentition supérieure de Y Hj'racotherium d'après un troisième 
crâne, provenant aussi de l'argile de Londres et décrit parOwen *. 
Le moulage de cette pièce m'a été obligeamment envoyé par 
M. Smith Woodward du British Muséum et montre, dans un état 
d'usure un peu plus avancé que dans les autres pièces décrites, la 
forme conique régulière des denticules de Y Hyracotherium, 

A côté de l'espèce type {H. leporinum), Owen a fait connaître 
dans le même horizon de l'argile de Londres à Kyson (Suffolk), 
uçe plus petite espèce qu'il a nommée Hyracotherium cuniculus -. 

On ne connaît encore de cette forme que trois arrière-molaires et 
une prémolaire supérieures isolées. Les molaires ont quatre tuber- 

1. Geol. Magazine, dec. i, vol. n, i865, p. 339, P^* ^- ^CT- s* 
a. Ann, Mag, nat. Hist^ i" série, t. Vm, p. i, x84i. — Id. Britjoêê, 
Mammals and Birds^ 1846, p. xa{, fig. 170-171. 



â09 CH. DEPÉRXT. ~ RâVlSlON DBS FORMfid ElTROPlÊENNES 4 Mars 

Cilles principaux coniques reliés au lobe antérieur par une crête 
légèrement renflée qui représente le tubercule intermédiaire : 
celui-ci li^estpas visible au lobé postérieur (au moins dans la figure 
d'Owen)et devait être sans doute extrêmement petit. Le bourrelet 
basilâire est épais et continu ; il n'existé pas de mésostylei La 
prémolaire pj^^est triangulaire à cinq denticûles comme dans la 
grande espèce. 

Je né connais en Europe, en dehors de TAngleterre, aucune 
forme animale que Ton puisse rapporter au genre Hyracotherium, 
tel du moins qu'il a été défini ci-dessus avec ses caractères buno- 
doutes essentiellement primitifs. Les espèces du calcaire grossier 
de Paris, d'Egerkingen, du Mauremont qui ont été attribués à ce 
genre doivent être, sûrement, rapportés à d'autres genres, ainsi que 
je rindiqueï*ai plus loin. 

On pourrait peut-être avoir quelque hésitation en ce qui concerne 
les types de TÉocène inférieur de Ay, près Reims (niveau des 
sables à Térédines ou Sparnacien supérieur) que le D"" Lemoine 
a fait connaître * sous les noms de Propachynolophus Gaudryi et 
de Pàchynolophus Maldani. 

Les pièces types du Propachynolophns Gaudryi (Lemoine, loc, 
cit., ûg. 114-116) que j'ai étudiées au Muséum de Paris -, consistent 
en une série de 7 molaires supérieures et en une partie de mandi- 
bule portant en place les 3 arrière-molaires et les deux dernières 
prémolaires. Les molaires supérieures diffèrent de celles de 
YHxracotherium par les denticûles externes notablement compri- 
més, l'antérieur à tendance crescentiforme ; p* et p"^ sont triangu- 
laires à 5 denticûles comme dans Y Hj-racotherium , Dans son 
ensemble, la série dentaire supérieure est extrêmement voisine de 
celle du Pachynolophus et ne rappelle V Hjyracotherium que par le 
bourrelet basilaire plus épais et plus continu, et par la forme un 
peu plus carrée des arrière-molaii*es. Par contre les molaires infé- 
rieures ont leurs denticûles internes et externes encore bien 
distincts à chaque lobe et n'ayant qu'une bien faible tendance à se 
réunir en demi-croissants ; à ce dernier point de vue, le type des 
environs de Reims est plus voisin de YHj^racotherium que du 
Pachynolophus, Dans l'ensemble, je trouve que les caractères de 

I. Etude d'ensemble sur les dents des Mammif. foss. des environs de 
Reims. ^. 5. G. F, (3). XIX, 1891. p. aSS, llg 109-119. . 

3. Les figures publiées par ie D' Lemoine ne donnent pas une idée bien 
exacte des caractères de ces dents dont les denticûles ont été trop schéma- 
tisas ^n 4?6nes isolés et entourés de plis d'émail secondaires dont l'importance 
est visiblement exagérée. . . 



igOI DE LA FAMILLE DES HTRACOTHÉRiDis' 'o65 

m 

Pachynolophus remportent sur ceux de Hyracotherium dand 
cette curieuse forme animale, qui constitue véritablement un pas- 
sage entre ces deux genres et pourrait justifier le nom de Propa^ 
chynolophus imaginé par le D*" Lemoine à titre de section des 
Pachynolophes . 

Le Pachynolophus Maldani Lemoine (loc, cit, fig. 117, 118) est 
représenté comme pièce type (coll. Mus. Paris) par un fragment de 
mandibule portant en place m^ , m- , m* brisée et p* avec un 
second lobe crescentoïde abaissé et un lobe antérieur à deux 
pointes. Les denticules externe et interne de chacun des lobes de 
ces molaires sont réunis par une crête transverse peu sensible, à 
peu près comme chez le P. Gaudryi, La partie antérieure de la 
mandibule que Lemoine a figurée en série continue avec cette pièce, 
ne s'y adapte pas, soit parce qu'il manque un fragment de l'os, soit 
parce qu'elle n'appartient pas au Tnéme sujet. Mais il existe dans la 
collection Lemoine une autre demi-mandibule complète montrant 
en série continue les 3 arrière-molaires, p* très-usée, p^ représetitée 
par les racines et p- par deux alvéoles. Le P, Maldani avait donc» 
6 molaires comme les vrais Pai-hynolophus^ alors que le D' Lemoine 
attribue au P. Gaudryi 7 molaires inférieures sans preuve, je 
crois, bien évidente. 

On peut dire en résumé que ces formes de l'Éocène inférieur de 
Cuis sont intermédiaires entre Y Hyracotherium et le Pachyno- 
lophus, tout en restant plus voisines de ce dernier genre. 

L'Éocène inférieur de l'Amérique du Nord (horizons de Wasatch 
et de Wind River) contient un grand nombre d'espèces d'Hyraco- 
théndés, dont quelques-unes avaient constitué le genre Eohippus 
de Marsh *, mais qui ont' été ensuite attribués par Cope - et par 
M. Wortman ' au genre Hyracotherium : tels sont les H. tapirinum 
Cope, H, cristatumV^orim,, H, craspedotum Cope, //. vasacci^nse 
Cope (= Eohippus validas Marsh sec. Wortman). H, index Cope 
(= Eohippus pernix Marsh sec. Wortman). Ces formes, dont 
M. Wortman a donné d'excellentes figures, présentent en effet un 
un grand nombre de caractères de Y Hyracotherium d'Angleterre, 
entr'autres un épais bourrelet basilaire continu aux molaires 
supérieures, et surtout la séparation des deux denticules interne 
et externe à chaque lobe des molaires inférieures. Je puis noter 

1. Marsh. American Journal of science, 1S76, l. XIT, p. 4oï. 

2. CopB. Eocene Vertébrales New Mexico, 1875. — Id. Vertebr. tert. forma' 
tion of the West. — Id. American Nnturalist^ 1881, p. laift. 

3. WortIhaN. Species of Hyracotherium. . . . Bull, amet. Mus. nat. Hiètôry, 
U I, art. VI, 1896. 



304 CH. DEPiRkT. — - REVISION DB8 FORMES EUROPEENNES 4 MarS 

pourtant, en utilisant les figures de M. Wortman et quelques 
spécimens originaux qu'a bien voulu m'adresser mon ami M. le 
professeur Osbom, que ces espèces américaines tendent par quel- 
ques points à se différencier du véritable Hyracotherium pour se 
rapprocher des Pachynolophus : les denticules des molaires supé- 
rieures (par exemple dans H, index) sont beaucoup moins en cône 
régulier que dans Y Hyracotherium, les externes sont comprimés 
en travers, les intermédiaires s'allongent en crêtes transverses 
reliées aux tubercules internes correspondants ; le denticule 
supplémentaire de Tangle antéro-externe (parastyle) est aussi fort 
que dans les Pachynolophus. Aux molaires d'en bas, les denticules 
internes et externes, bien que conservant une certaine individua- 
lité, se réunissent cependant Fun à l'autre par une crête transverse 
indice du futur demi-croissant des Pachj^nolophus.. En un mot les 
espèces américaines précitées me paraissent correspondre à un 
état d'évolution intermédiaire entre Y Hyracotherium et le Pachy- 
nolophus et réaliser un stade qui n'est pas très éloigné de celui 
que je signalais un peu plus haut chez le Propachynolophiis 
Gaudryi du D' Lemoine. C'est cet ^tat d'évolution intermédiaire 
entre Y Hyracotherium, et le Pachynolophus que Marsh avait 
désigné sous le nom d^Eohippus. . 

Genre Pachynolophus Pomel 

C'est à propos de ce genre que me paraissent avoir été faites les 
confusions les plus fâcheuses, dont la responsabilité appartient 
surtout à Kowalevsky, ainsi qu'on le verra plus loin. 

Le nom de Pachynolophus a été créé par Pomel en 1847 * pour 
un petit Pachyderme trouvé dans le calcaire grossier de Passy, 
dans les termes suivants : « Un autre Lophiodon de petite taille. 
« des mêmes couches de calcaire grossier de Passy, montre une 
« modification remarquable dans l'épaississement de la partie 
« médiane des collines transverses, qui l'a fait identifier au genre 
« Hyracotherium Owen. Ce Lophiodon ne parait avoir que des 
« ressemblances éloignées avec ce dernier genre, que M. Owen 
<x décrit et figure comme voisin sous ce rapport du Chœropotame. 
a ce qui n'est certes pas dans le fossile de Passy, comme j'ai pu 
« m'en assurer par les communications de M. Duval, qui en pos- 
« sède une série complète. Si le fossile d'Angleterre est congénère 

I. Archives des Sciences physiques et naturelles de Genève, 1847, t. IV. 
p. 337. 



I9OI DE LA FAMILLE DES HYRACOTHBRIDSS 305 

« de celui-ci, ce ne peut au surplus être un animal de la famille 
<( des Cochons, comme le dit M. de Blainville, car son astragale 
« qui se trouve dans les collections de FÉcole des Mines, est celui 
« d'un Imparidig^té et d'un vrai Lophiodon, Celui de France devra 
a se nommer L. Dui^alii, et constituer, dans ce genre, ai^ec le 
<c cinquième Lophiodon d Argenton, une section des Pachyno» 
« lophus, » Cette citation montre jusqu'à Févidence que l'espèce 
type du genre Pachynolophas est le P. Duvali, 

Les pièces types de cette espèce ont été figurées pour la première 
fois par Blainville * sous le nom à' H^racotherium de Passy : elles 
consistent en la série des six molaires supérieures isolées les unes 
des autres, des quatre dernières molaires inférieures également 
isolées, et en une double branche de mandibule incomplète en 
arrière, mais montrant des deux côtés JÉi série des six molaires 
dans un état d'usure assez avancé. P. Gervais a reproduit en iSSg ^ 
sous le nom exact de Pach}'nolophus Duvali un bon dessin des 
mêmes pièces où les six molaires d'en haut sont réunies en série 
continue, et précédées de deux petits alvéoles ayant dû loger une 
petite première prémolaire p^à deux racines. La branche droite 
de la mandibule figurée également par Gervais, d'après de Blain- 
ville, ne porte que six molaires précédées d'une longue barre 
qui les sépai*e d'une petite canine. J'ai l'echerché au Muséum de 
Paris les pièces en question que M. le professeur Gaudry a bien 
voulu me permettre d'étudier et de figurer à nouveau (pi. V, 
fig. 4-5). Une partie de ces précieuses pièces a dû être égai*ée, car j'ai 
pu retrouver seulement trois des molaires supérieures figurées par 
Blainville et Gervais; ces molaires sont la dernière j[n\ Tavant- 
dernière m- et la dernière prémolaire j^. Pour la dentition infé- 
rieure, j'ai retrouvé les trois dernières molaires du côté droit et 
une autre du côté gauche très usées ; ces dents paraissent être 
celles figurées par Blainville à l'état isolé. 

Mais si les pièces types du P. Duvali ont en partie disparu, je 
puis heureusement' compléter les documents relatifs à la dentition 
supérieure des Pachynolophus grâce à la découverte faite par mon 
intelligent auxiliaire, M. Laurent Maui^ette, d'un magnifique crâne 
entier (pi. V, lig. i) d'une espèce très voisine du P. Duvali dans 
les grès éocèues du Minervois (Hérault). Je me propose de décrire 
ce crâne en détail un peu plus tard, et pour le moment je me borne 
à le figurer par la face palatine avec la série des six molaires en 

I. Ostéo graphie, genre Lophiodon, pi. Il, sons le nom d*Hjrracotherittm 
de Paatty, 

a. ZooL et paléont. françaises, a* éd., 1869, p. 196, pi. 17, fig. i-a. 



iO& CH. DEPÉRET. — REVISION DES FORHfiS EUROPÉENNES 4 MarS 

place da côté gauche, précédées d*uQ long diastèiue qui les sépare 
de la canine, et où Ton ne voit aucune trace de la première prémo- 
laire g^. Cette absence de p^ est le seul caractère important qui 
distingue cette pièce du P, DuvaU de Paris et j'hésite beaucoup à 
attribuer, à cette diflërence une valeur spécifique, en raison de la 
variabilité avec laquelle p^ persiste ou devient caduque chez beau- 
coup d'espèces de Pachydermes. 

11 devient facile, à Taide de cet ensemble de documents, de 
préciser les caractères du genre Pachynolophus, 

Molaires supérieures au nombre de sept dans le type de Passy 
(d'après la figure de Gervais), impossible à contrôler aujourd'hui ; 
au nombre de six seulement dans le crâne du Minervois par suite 
de Tabsence de p^ . 

Arrière-molmres supérieures, au nombre de trois, constituées 
par deux tubercules externes, moins franchement coniques que 
dans H}'racotherium, un peu comprimés en travers, mais comme 
dans ce dernier, dépourvus de colonnette médiane (mesostyle) au 
milieu de la muraille externe; deux tubercules intermédiaires en 
proportion bien moins gros que dans Hyracotherium, et ayant 
une tendance très nette à s'allonger surtout au lobe postérieur, en 
crête transverse perpendiculaire à la muraille ; deux denticules 
internes moins coniques que dans Hyracotherium, assez fortement 
comprimés d'avant en arrière. Le bourrelet basilaire est beaucoup 
moins développé que dans Hyracotherium, mais en revanche, il 
s'épaissit et se relève à Tangle antéro-externe en une pointe sup- 
plémentaire (parast}^le de M. Osborn), rappelant celle des Lophio- 
don, pointe qui est bien moins forte dans Hyracotherium leporinum. 

Prémolaires supérieures : la dernière p^ et Tavant-dernière p^ 
de forme triangulaire comme dans Hjv'acotherium, formées de 
einq denticules, deux externes, deux intermédiaires extrêmement 
réduits (le postérieur à peine sensible), un denticule interne subco- 
Dique qui correspond à celui du lobe antérieur. Le denticule 
posté ro-interne a disparu, mais le bouri*elet basilaire s'épaissit 
assez fortement à ce niveau, comme pour en remplir la place, p^ 
est allongée avec une pointe principale et un talon arrondi postéro- 
interne. jgi^ est à deux racines (dans le type de Passy) et fait défaut 
dans le crâne du Minervois. 

La dentition inférieure ^s\ encore mal connue : trois arrière- 
molaires constituées chacune par deux demi- croissants comprimés 
d'avant en arnère, provenant de la fusion des deux tubercules 
interne et externe des Hyracotherium; extrémités internes de ces 
demi-crgissants Ibrmant des piliers épaissis qui marquent la place 



igoi 



DE LA FAMILIA DES HYRACOTHERIDE8 



2107: 



des 4enticules internes ; le pilier médian souvent dédoublé à sou 
sommet; m^ avec un troisième lobe de forme elliptique. 

Trois prémolaires (dans la mandibule de Passy aujourd'hui 
disparue);^* molariforme à deux demi-croissants, Tantérieui* plus 
étroit ; ~p^ et surtout"p- avec une pointe antérieure suivie d'un lobe 
postérieur plus abaissé ;~p^fait défaut dans la mandibule type. 

Les caractères distinctifs des deux genres sont résumés dans le 
tableau suivant : 



Genre Hyracotherium 
(Type : H. leporînum Owen) 

Machoirb supériburb 

3 M à six denticaies de forme 
conique, les 2 externes presque régu- 
lièrement coniques, les intermédiai- 
res ayant à peine une légère tendance 
à s*allonger en crête transverse, les 
internes à peu près coniques. 

Bourrelet basilaire épais et continu, 
se relevant à peine à Tangle antéro- 
externe en nnparastjrle peu accentué. 



Pas de colonnette médiane (meso- 
8tyU) sur la muraille. 

4 P, les deux dernières p* et p^, 
triangulaires, à 5 dcnticules coniques, 
les intermédiaires assez forts et ô 
peine comprimés. 

p' et p* allongées ; p* parfois 
séparée de p' par un diastème. 

Mandibule 

3 M à 4 denticules distincts dispo- 
sés en deux rangées, les internes 
coniques, les externes subcrescenti- 
formes ; m' avec un fort talon bitu- 
berculé. 

4P :7>^tt'p3'à 4 denticules; p* et 
pi avec une pointe élevée et un lobe 
postérieur plus bas. 



Genre Pachynolophus 
(Type : P. Duçali Pomel) 

Machoirb supériburb 

3 M à six denticules, les externes 
comprimés en travers, les intermé- 
diaires aplatis en crêtes transverses, 
les internes subconiques, comprimés 
d'avant en arrière. 

Bourrelet basilaire très mince, 
presque effacé du côté interne, mais 
en revanche relevé a Tangle antéro« 
externe en un fort paras tyle, sail- 
lant en dehors. 

Pas de meaostjrle. 

4 P (ou 3 P suivant les spécimens)^ 
les deux dernièreê triangnlaireH à 5 
denticules subconiques, les a inter- 
médiaires très petits^ surtout le pos- 
térieur. 

p^ allongée ; p^ présente ou absente, 
mais toujours rapprochée de p". 

Mandibulb 

3 M à deux demi-croissants coin- 
primés en V ; dcnticules médians 
internes, rapprochés, mais distincts 
au sommet; m* avec un talon dé 
forme semi-circulaire. 

3 P sewement (mandibule type) : 
forme mal connue dans le détail. 



L'espèce type du genre, le Pach/'nolophus Duvali, est une toute 
petite espèce : dans la pièce type de Fassy, la dernièi'e molaire 
supérieure mesure 9 millim. ; la dernière inférieure 1:2 millim. ; 



ao8 CH. DEPÉRET. — RÉVISION DES FORMES EUROPEENNES 4 MrTS 

les trois arrière-molaires inférieures réunies 38 millim. La figure 
reproduite par P. Gervais donne 43 mill. pour la série des six 
molaires supérieures ; cette même série mesure 4^ mill. dans le 
crâne du Minervois,m^ comptant dans cette longueur pour 9 mill. 

Mais à côté de cette petite forme, P. Gervais a fait connaître du 
calcaire grossier à Cérithes de Gentilly, une espèce un peu plus 
grande, qu'il a nommée Pachynolophus Preçosti *. Les pièces types 
de cette espèce, que j ai pu étudier au Muséum de Paris et que je 
reproduis (pi. V, fig. a), consistent en une arrière-molaire supé- 
rieure (vraisemblablement m^) mesurant g mill. 5 de longueur; 
et une moitié de mandibule portant en place la série complète des 
six molaires mesurant 55 mill., mf étant pour 14 mill. 5 dans cette 
longueur. Le Muséum de Paris possède en outi*e de la môme 
localité de Gentilly une série des cinq dernièi*es molaires supé- 
rieures droites (pi. V, fig. 3), qui appartiennent, je crois, égale- 
ment au P. Prevosti, Le caractère distinctif le plus constant du 
P. Preçosti me parait être la présence d*une ébauche de colonnette 
médiane entre les deux lobes de la muraille exteime ; mais cette 
colonnette est encore tout-à-fait rudimentaire et ne rappelle que de 
fort loin le mesostyle si développé des genres Propalœotherium 
et Lophioiherlum. Quant aux prémolaires g^et £^, elles sont 
triangulaires à cinq denticules comme chez le P, DuçalL 

En dehors du bassin de Paris, les vivais Pachynolophus sont 
assez rares. Rûtimeyer a rapporté au P. Duvali quelques molaires 
supérieui*es du Sidérolithique d'Ëgerkingen - qui peuvent bien en 
effet appartenir à ce type, mais je pense qu'il faut rapporter au 
genre Propalœotherium les pièces du même gisement ^ quil a 
attribuées au P. Prevosti : la muraille de toutes ces molaires supé- 
rieures est en effet pourvue d'un fort mesostyle qui n'est jamais 
aussi développé chez les Pachynolophus, 

J'ai vu au Muséum de Paris, du calcaire éocène d'Argenton 
(Indre), une seule molaire supérieui'e et quelques molaires d'en bas 
pouvant être attribuées au P, DuQali, D'autres molaires plus fortes 
et munies d'une petite colonnette médiane sur la mui*aille ont été 
rapportées au P. Pres^osti, Mais il me paraît certain qu une partie 
au moins de ces dents, à côte médiane bien développée, doit être 
rapportée au Propalœotherium parçulum Laur. (5' Lophiodon 
d'Argenton, Blainville, pi. III). 

Enfin Gervais a décrit, des grès éocènes du Minervois (grè^ de 

1. Zool. et paléont. fr.^ 1869, p. ia6, pi. 35, iig. i5-i6. 

2. Eoc. Saûg. V. Egerkingen, 1892, pi. II, iig. la-if. 

3. Id., pi. n, Ug. 6, 7, 8, 9, 10. 



îgOÎ DE LA FAMILLB DES HYRACOTHERIDÉS 30$ 

Cesseras) sous le nom de Pachynolophus cesserasicus ^ une espèce 
plus forte que le P. Presfosti et particulièrement caractérisée par 
la forme étroite et très allongée de sa dernière arrière-molaire 
inférieure. 

Quant aux formes de TEocène inférieur des environs de Reims 
(faune agéienne du D' Lemoine), tels que le P. Gaudryi et le 
P. Maldani, j'ai déjà eu Toccasion de dire plus haut (voir genre 
Hyracotherium) que ces formes constituaient à quelques égards 
une transition entre les Hyracoiherium et les Pachynolophus, 
tout en restant plus rapprochées de ces derniers. 

Je ne vois dans les formes américaines aucune espèce qui puisse 
rentrer d'une manière exacte dans la définition du genre Pachyno- 
lophus ; mais ainsi que je Tai dit plus haut, les animaux de Fétage 
de Wasatch désignés comme Hyracotherium par les paléontolo- 
gistes américains sont en réalité très peu éloignés des Pachynolo^ 
phus et constituent une sorte d'intermédiaire entre les deux genres. 

Les longs détails qui précèdent ne m'ont pas semblé inutiles 
pour préciser les caractères génériques des PachynolophuSj parce 
que ces caractères ont été méconnus par la plupart des paléontolo- 
gistes, depuis la publication de l'important mémoire de Kowa- 
levsky sur le développement des Ongulés -. Ce savant paléontolo- 
giste prend pour type du genre Pachynolophus (fig. 8) une série de 
molaires m* m* p* qui proviennent (d'après le texte et l'explica- 
tion des planches) du calcaire grossier de Gentilly, près Paris. 
J'ignore absolument où l'auteur a pu observer cette pièce qui 
n*existe pas, à ma connaissance, dans les collections du Muséum 
de Paris. Mais ce qui est bien certain, c'est qu'elle diffère complè- 
tement par tous ses caractères de ceux du type du genre Pachyno- 
lophus (P. Duvalî) : i^ les arrière-molaires portent au milieu de 
la muraille externe un mesostyle bien développé qui manque aux 
Hyracotherium aussi bien qu'aux Pachynolophus ; 2° la dernière 
prémolaire p^est une dent subrectangulaire à six denticules (les 
deux internes existent), tandis que dans les deux genres précités, 
p* et p3 sont triangulaires avec un seul denticule interne. I^e 
prétendu Pachj nolophus de Kowalevsky n'est donc ni un Hyraco- 
therium, ni un Pachynolophus, ni même un Propalœotherium 
(dans ce genre, p^ est aussi triangulaire à cinq denticules), et si 

I. Zool, et paléontfr., p. iq5, pi. 18, flg. 8-8". 

3. Monogr. d . Gattung Anthracotherium and Versnch ein naturl. Classif . 
d. foss. Hufthiere {Palœonioffrciphica, t. XXII, 1876, p. 207, pi. VIII). 

5 Septembre 1901. — T. i»r. Bull. Soc. Géol. Pr. — x4 



•JIO CH. DEPÉRET. — RÉVISION DES FORMES EUROPÉENNES 4 Mars 

Ton peu,t s'en rapporter au dessin de l'auteur, il rentrerait plutôt 
dans les caractères du genre Lophiotherium, tel qu'il sera défini 
plus loin. Je ne })uis m'expliquer l'erreur de Kowalevsky que par 
quelque substitution d'étiquette dans les collections de l'auteur. 

Quoi qu'il en soit, la définition erronée du Pachynolophus de 
Kowalevsky est devenue classique, grâce aux travaux des paléon- 
tologistes qui ont suivi cette manière de voir, en particulier de 
M™* Mai*ie Pavlow, dans son beau travail sur le développement 
des Equidés *, de M. Lydekker - et surtout de M. le professeur 
Zittel dans son magistral Traité de paléontologie ^. Partant de la 
définition du Pachynolophus de Kowalevsky *, c'est-à-dire d'un 
animal à molaires supérieures pourvues d'un mesostyle et à der- 
nière prémolaire à six denticules, M. Zittel est entraîné par un 
raisonnement d'ailleurs logique, à exclure des Pachynolophus le 
type même du genre, le P. Duvali, à cause de ses molaires sans 
mesostyle et de sa j^ triangulaire à cinq denticules, et à le faire 
rentrer dans le genre Hyracotherium^ dont il est en effet assez 
voisin. 

En réalité M. Zittel a groupé dans son genre Pachynolophus à la 
fois des Pachynolophus vrais (P. Gaudryi, P. Preçosti), des 
Propalœotheriuin (P.parçulus), mais sa définition s'applique sur- 
tout à des Lophiotherium (Pachynolophus siderolithicus Pictet). 
J'ose espérer que les explications qui précèdent pourront apporter 
quelque lumière dans ces confusions presque inextricables. 

Grenre PROPAL^OTHBmuM Grervais. 

Le genre Propalœotherium a été établi en 1849 par Gervais ^ qui 
a su reconnaître avec sa sagacité habituelle, et malgré la pénurie 
des matériaux dont il disposait, les véritables affinités de cet 
animal. L'espèce type est le Propalœotherium isselanum (Palœo- 
therium isselanum Cuv. Blainv.), et les caractères du genre furent 
appuyés à l'oripne à peu près exclusivement sur l'étude des 
molaires inférieures. Voici la diagnose donnée par Gervais en iSSg ^ : 

I. Bail. Soc, Unpér. d. naturalistes de Moscou^ 1888, n* i, pi. I, tig. a. 
a. Catal. foss, Mammalia Brit. Mus., 1886, part. III, p. i3. 

3. Traité de paléontologie, t. IV, p. a4^ fig. 178-179. 

4. M. Zittel reproduit (iig. 178) la ligure déjà donnée par Kowalevsky, 
mais en lui donnant, sans doute par suite d'une erreur d'impression, le 
nom spécifique de Paehxnolophus DesmaresU Gervais, qui n*a jamais existé 

5. C. R. Ac, Se, Paris, x849, t. XXIX, p. 383 et 576. 

6. Zool. etpaléont. franc,, a* éd., 1869, p. iz5. 



I9OI DE LA FAMILLE DES HYRACOTUERIDÉS QII 

m Nombre total des molaires inconnu. Les supérieures assez sem- 
« blables à celles des Lophiodons, les inférieures ayant une dispo- 
« sition de leurs croissants intermédiaire à celle des Pachynolophcs 
« et des Paléothériums, c'est-à-dire que les deux lobes ou collines 
ic dont la forme est en croissant y sont placés bout à bout ; la 
« dernière de ces dents est pourvue d'un troisième lobe portant 
« sur la couronne une facette oblongue. )» C'est à Rûtimeyer ^ et à 
M. Filhol ' que nous devons des connaissances plus complètes sur 
les caractères du genre. J'ai pu réunir moi-même du gisement de 
Lissieu des séries dentaires complètes d'une petite espèce (P. par- 
çulum Laur.) dont je donne des figures photographiques (pi. IV, 

fig. 3-3). 

Le nombre des molaires est de 7, c'est4i-dire qu'il y a, à la 
mandibule, une prémolaire de plus que dans le Pachynolophus ; 
ce fait est parfaitement établi par la demi-mandibule d'Issel 
figurée par M. Filhol {loc. cit., pi. XII, fig. 10 et i4) où l'on voit 
en place les trois arrière-molaires, les trois dernières prémolaires 
et les deux alvéoles de p^ à deux racines. 

Les arrière-molaires d'en haut sont à six denticules et ont de 
grandes ressemblances avec celles des Pachynolophus, Elles s'en 
distinguent néanmoins très aisément au premier coup d'oeil par 
l'existence d'une colonnette médiane (mésostyle) sur la muraille 
externe, caractère qui fait entièrement défaut chez ^Hyracothe- 
riwn et le Pachynolophus, On peut noter en outre certaines 
nuances dans le degré de compression des denticules, plus prononcé 
en général dans le Propalœoiherium : les denticules externes sont 
plus serrés en travers, les intermédiaires mieux alignés en crêtes 
transverses, les internes avec une tendance crescentiforme très 
accentuée. 

Les prémolaires supérieures sont au même degré di'éçotution 
que chez Hyracotherium et Pachynolophus : les trois dernières 
sont triangulaires à cinq denticules, les deux intermédiaires relati- 
vement petits et allant en diminuant de jy^ vers p*. Le mesostyle 
existe encore dans p*, est toutrà-fait rudimentaire dans g^ et a com- 
plètement disparu dans p^. p^est de forme allongée avec une 
pointe principale et un talon postéro interne. 

La dentition inférieure ressemble aussi beaucoup à celle des 
Pachynolophus : les arrière-molaires sont formées de deux demi- 
croissants comprimés en V, dont le postérieur vient se terminer 

I. Eoc. Saûg. V. Egerkingen, 1891 (Mém. Soc. paléont. suisse, t. XVIH). 
a. Vertébrés foss. dlssel, 1886 (Mém. Sœ. géol. France, (3), V). 



SIÏQ CH. DBPÉRBT. — REVISION DES FORMES EUROPEENNES 4 MarS 

en contre-bas de la muraille du croissant antérieur. Le point de 
jonction des deux croissants forme un pilier moins épais que dans 
Pachxnolophus^ mais également dédoublé au sommet. Les denti- 
cules internes sont en somme, moins individualisés que dans 
Pachynolophus, de sorte que les molaires se rapprochent davan- 
tage de Taspeet des molaires des Palœotherium, 

Des quatre prémolaires, la dernière p^ est molariforme, avec 
un lobe antérieur un peu plus diminué. Dans p^ le lobe postérieur 
s^abaisse tandis que le demi-croissant antérieur s'élève en une 
pointe saillante et tend à se dérouler en ligne droite. Dans^- et 
surtout dans p^ il ne reste plus qu'une pointe principale suivie 
d*un petit talon très abaissé. 

Je connais à l'heure actuelle quatre espèces de Propalœotherium : 
le type du genre, P, isselanum ^ a été découvert à Issel, mais se 
retrouve à Argenton, à Egerkingen et à Lissieu. Dans cette espèce 
m^ d'en haut mesure 18 mill. ; m^ inférieure à trois lobes mesure 
QQ mill. 

Le P. argentonicum - Gervais est une forme un peu plus grande, 
mais bien voisine de la précédente (m^ super, aa mill. ; m^ infé- 
rieure, 3o mill.). On l'a trouvée à Argenton, à Lissieu, à Egerkin- 
gen et à Buchweiler (Alsace). 

Une troisième espèce, beaucoup plus petite que les précédentes 
a été d'abord signalée par Cuvier à Argenton sous le nom de 
cinquième Lophiodon d' Argenton, puis désignée par Laurillard 
sous le nom de Lophiodon panfulum. C'est la même espèce qui a 
été retrouvée très abondamment à Egerkingen par Rûtimeyer qui 
lui a donné le nom de Propalœotherium minutum. Il faut la désigner 
sous le nom de Propalœotherium pan^ulum : sa m^ supérieure 
mesure 10 mill. 5 ; m-"^ d'en bas 14 millim. L'espèce se trouve à 
Argenton, à Issel, à Lissieu et à Egerkingen. 

Enfin je me propose de décrire à Lissieu une forme encore beau- 
coup plus petite (nï^ inférieure V2 mill.) sous le nom de Propalœo- 
theriumpygm^um. 

Je ne vois dans les types américains aucune forme rentrant 
exactement dans le genre Propalœotherium (molaires avec un 
mesostyle ; jr* etjj^ triangulaii*es à 5 denticules). Mais le type des 
couches de AVind River décnt par Cope sous le nom de Hj^r, 
çenticolum, espèce dont M. Wortmann a fait le genre Protoro- 

I. Palœotherium isselanum Blainv. Ostéogr., pi. Vm. — Prop isselanum 
Gervais. Zool. etpal.fr,, 1859, pi. 219, iig. 5. 

a. Palœotherium médium (d* Argenton) Biainv. Ostéogr,, pi. Vm. 



I9OI DE LA FAMILLE DKS HYRACOTHÉRIDÉS '2l3 

hippus est très rapproché du Propalœotherium par ses molaires 
supérieures avec un rudiment de mesostyle et sa j^ triangulaire à 
cinq denticules ; il se distingue du Propalœotherium par sa £^ de 
forme quadr angulaire à quatre denticules y Fintermédiaire du 
deuxième lobe ayant totalement dispaini. D*après la figure de 
M. Wortmann, {loc, ci7., fig. i5), il n*y aurait que six molaires à 
la mâchoire supérieure. 

Genre Lophiothkrium Gei'vais 

Le Lophiotherium est le genre jusqu*ici le moins bien connu de 
la famille : aussi n*est-il pas étonnant que les paléontologistes 
d* Europe et d'Amérique aient pris ce nom dans les acceptions 
les plus diverses. Le genre a été créé par Gervais * d'après trois 
fragments de mandibule provenant de TEocène supérieur des 
environs d' Alais (Gard) ; la plus complète de ces pièces, figurée 
par Fauteur (figure 10) porte en place les cinq dernières molaires 
(nP — ^) et les alvéoles doubles des deux premières pi*émolaii*es 
(p- — pï), ce qui fait en tout sept molaires pour la mâchoire infé- 
rieure. Un autre de ces fragments (fig. 11) montre en place les 
quatre prémolaires, et complète ainsi les données fournies par la 
figure 10. La diagnose de la dentition inférieure est indiquée par 
G«rvais de la manière suivante : « Sept molaires inférieures ; les 
« quati^e avant-molaires biradiculées, croissantes de la première à 
« la quatrième qui est déjà très sensiblement tapiroîde ; les trois 
« arrière-molaii'es à deux collines subobliques reliées entr elles par 
<( une crête en diagonale allant du milieu d*une colline au bord 
« externe de celle qui suit ; la dernière pourvue d'un fort talon 
« simulant presque un troisième lobe ». 

Dans le texte qui suit cette diagnose, Gervais qui avait d'abord 
par eiTeur rapproché cet animal des Dichobune sous le nom de 
D, cerifinum, indique fort bien ici les affinités du Lophiotherium 
avec le groupe des Pachynolophes, dont il difi'ère par la présence 
de sept molaires au lieu de six (une prémolaire de plus) et par les 
denticules internes et externes moins distincts, mieux fondus en 
crêtes trans verses. 

Ces observations sont très exactes et très-judicieuses ; mais elles 
ne pouvaient conduire à une appréciation définitive des afiiuités 
du Lophiotherium, en l'absence de la dentition supérieure qui nous 
a fourni pour les autres genres de la famille des Hyracothéridés 

I. ZooL et pal. Jr. y 1809, p. ii4, pi. 11, flg. 10-ia. 



Ql4 CH. DEP^RET. — REVISION DES FORMES EUROPEENNES 4 MrPS 

le critérium le plus sûr et le plus précis. Les molaires supérieures 
du Lophiotherium étaient incoimues de Gervais et elles l'étaient 
restées encore jusqu'ici, comme en témoigne la diagnose du genre 
dans le Traité de M. le professeur Zittcl. J'ai eu la bonne fortune 
en reprenant les fouilles dans les localités du bassin d' A lais d\)ù 
provenaient les pièces types (Saint-Hippolyte de Caton)de retrou- 
ver le Lophiotherium en grande abondance : j*ai pu réunir dans 
les collections de l'Université de Lyon plus de cinquante demi- 
mandibules et trente-cinq demi-màehoires supérieures plus ou 
moins complètes, qui me permettront de donner une description 
définitive des caractères de ce curieux genre (pi. IV, fîg. 4-^)- 

Mâchoire supérieure, — On compte trois arrière-molaires et 
quatre prémolaires. Les arrière-molaires ont six denticules ; deux 
externes subconiques légè l'émeut comprimés en travers à peu près 
comme dans les Packynolophus ; deux intermédiaires relativement 
assez gros et bien distincts, allongés en crêtes perpendiculaires à 
la muraille, surtout au lobe postérieur; deux internes subconiques, 
un peu comprimés d'avant en arrière à tendance beaucoup moins 
crescentoîde que dans le Propalœoiherium, et à peu près de la 
forme de ceux de Pacivynolophus, Le bourrelet basilaire est assez 
bien développé quoique mince et il se relève en un fort mesostyle 
entre les deux denticules extenies, et en outre à l'angle antéi'o- 
exteme en un parastyle bien moins épais et moins saillant que 
dans Pachynolophus et Propalœotherium, Dans leur forme géné- 
rale, les arrièrcriuolaires du Lophiotherium sont moins carrées, 
plus allongées en travers que dans Propalœotherium et surtout 
que dans Pachj'nolophus, m^ est moins dillérente de m- et de m* 
que dans ces deux demici's geni*es, où le lobe postérieur de cette 
dent est moins développé que le lobe antérieur, d'où résulte pour 
m^une tendance à la forme sub-triangulaire : dans Lophiotherium, 
le lobe postérieur de ix^ est presque aussi fort que le lobe anté- 
rieur. 

Les prémolaires du Lophiotherium sont surtout intéressantes et 
présentent une structure très différente de celles des genres précé- 
demment étudiés. 

La dernière prémolaire p* est une dent molariforme à six denti- 
cules qui ne diffère de jn' que par des dimensions un peu plus 
petites et par le mesostyle un peu plus atténué ; elle diflèri! donc 
complètement de p* triangulaire à cinq tubercules qui existait dans 
tous les autres genres de la famille depuis r/f^raco/A^riMm jusqu'au 
Propalœotherium inclus. 

L'avant-dernière prémolaire j)^ offre une particularité des plus 



# f 



igOI DE LA FAMILLE DES HYRACOTHKRIOES 21 J 

curieuses : en général (dix exemplaires sur treize) c'est aussi une 
, dent molari forme à six denticules de la même forme que j)* et 
seulement un peu plus petite. Mais sur quelques sujets du même 
gisement (qu'il est impossible de ne pas rapporter à la même 
espèce en raison de l'identité de tous les autres caractères), les 
deux denticules internes se rapprochent et se soudent l'un à 
l'autre de sorte que la couronne prend un aspect sub-triangulaire 
qui rappelle les prémolaires des Pachyriolophus et des Propalœo- 
therium ; cependant la trace des deux denticules reste toujours plus 
ou moins complètement visible soit sous la forme de deux petits 
cercles d'usure accolés, soit sous celle d'un sillon vertical sm» la 
muraille interne. Il y a chez ces individus coumie une tendance 
atavique rappelant les prémolaires tnangulaires des genres ances- 
traux du Lophiotherium, 

La deuxième prémolaire p^ est triangulaire mais compte néan- 
moins six denticules : les deux externes très rapprochés, sans 
mesostyle : les deux intermédiaires tout petits, les deux internes 
presque entièrement soudés entr'eux en demi-croissant, mais 
pourtant encore distincts an sommet, 

La première prémolaire pj_est plus allongée et plus triangulaire 
que jgj avec ses deux denticules intermédiaires presque entière- 
ment atrophiés. 

Le bourrelet basilaire est en général très mince chez le Lophio- 
therium: il est plus continu dans les arrièi'e-molaires que dans les 
prémolaires où il disparaît presque du côté interne. 

En avant de la série continue des sept molaires, on voit chez le 
Lophiotherium une longue barre (^3 millim.) qui les sépare d'une 
canine assez longue, pointue, aplatie en travers, avec deux bords 
tranchants en avant et en arrière. Les incisives me sont encore 
inconnues. 

Maûdihule. — 11 existe comme en haut trois aiTière-molaires et 
quatre prémolaires. 

Les arrière-molaires ressemblent presque complètement à celles 
des Propalœotherium : elles sont formées chacune de deux demi- 
croissants comprimés en forme de V, le point de jonction des deux 
demi-croissants du côté interne de la couronne s'épaissit en un 
pilier vertical qui provient visiblement de l'accolenient de deux 
denticules, dont les pointes restent encore bien distinctes sous 
forme d'un dédoublement du pilier interne à son sommet. La 
dernière m^ porte un troisième lobe en demi-cercle, bien déve- 
loppé. Un bourrelet basilaire mince entoure ces dents sauf du côté 
interne où il est complètement eilacé. 



ai() CH. DEPÉRET. — REVISION DES FORMES EUROPEENNES 4 Mars 

Des quatre prémolaires, les deux dernières^* et p3 sont tout-à- 
fait molariformes et ne diffèrent des arrière-molaires que par la 
forme un peu plus étroite du lobe antérieur, ce qui donne à 
Fensemble de la couronne une tendance subtriangulaire. Dans p-, 
cette forme triangulaire est encore plus marquée, par suite de la 
tendance du demi-croissant antérieur à se prolonger en avant. La 
première prémolaire^ est une petite dent à deux racines composée 
d*une pointe triangulaire extérieure, suivie d*un talon bas qui 
représente le deuxième lobe. Le bourrelet basilaire est plus mince 
que celui des arrière-molaires, et il est également effacé du côté 
interne. 

En avant de la rangée continue des sept molaires, existe une 
barre de vingt millim., précédée d'une canine pointue haute de 
douze millim., de forme moins comprimée en travers qu'à la 
mftchoire supérieure. Les incisives inférieures me sont encore 
inconnues. 

En résumé la dentition du Lophiotherium diflère essentiellement 
de celle des genres qui Pont précédé dans TEoeène inférieur et 
moyen par ses dernières prémolaires d'en haut et d'en bas tout-à- 
fait semblables comme structure aux arrière- molaires. Cette denti- 
tion homœodonte forme un contraste remarquable avec la dentition 
hétérodonte des Hyracotherium, des Pacfvynolophus, des Propa- 
lœotherium et constitue un pas décisif dans le sens de l'évolution 
du groupe vers la dentition des Equidés. 

La comparaison entre les genres Pachynolophus, Propalœothe- 
rium et Lophiotherium est résumée dans le tableau suivant : 



Pachynolophus 
(Type : P. DuQali Pom ) 

Dentition M -| P ^-^^ 

M supérieures à 6 den- 
tieules ; les a externes 
subconiques ; les a in 
termédinires petits et 
un peu allongés ; les 
internes subcuniques, 
un peu comprimés 
d'avant en arrière. 



Propalœotheriam 
(Type : P, iaaelanum Bl.) 



«M 



M supérieures à 6den- 
ticules ; les a externes 
comprimés et allongés, 
les a intermédiaires 
allongés en crêtes trans- 
verses, les a internes à 
tendance cre9centifor' 
me très nette. 



liophiotherium 
(T. : L. cervulam Gerv.) 

«M 

M supérieures allon- 
gées en travers à 6 den- 
ticulfs, les a externes 
subconiques, les a inter- 
médiaires assez gros et 
un peu allongés, les a 
internes subconiques, 
un peu comprimés 
d'avant en arrière. 



igoi 



DE LK FAMILLE DES HYRACOTHl^mioés 



aij 



Pas de mesoêtxU, 

Parantyle fort et sail- 
lant en dehors. 

p^ et p' triangulaires 
à 5 denticules; p' allon- 
gée, p^ présente ou ab- 
sente suivant les spé- 
cimens. 



M inférieures à deux 
demi-croissants ; denti- 
cules médians internes 
épaissis et distincts. 

p* molariforme ; les 
P antérieures peu con- 
nues. 



Mesostyle bien déve- 
loppé. 

Paraatyte assez fort et 
moins saillant dehors. 

p*, p* et p* triangu- 
laires à 5 denticules. p* 
allongée. 



M inférieures à deux 
demi-croissants ; denti- 
cules médians Internes 
moins épaissis et moins 
distincts. 

p* molariforme, le lo- 
be antérieur plus étroit, 
p' triangulaire en avant, 
avec lobe postérieur 
abaissé, p' et p* à une 
seule pointe antérieure, 
suivie d*un talon bas. 



Mesostyle bien déve- 
loppé. 

Parastjrle très petit 
et peu saillant 

p^ et p' molarl formes 
à 6 denticules, les a in- 
ternes parfois soudés 
dans p* ; p' triangu- 
laire, mais avec a den- 
ticules internes encore 
distincts, p^ allongée. 

M inférieures à deux 
demi-croissants; denti- 
cules médians internes 
épais et bien distincte. 

p* et p' molariformes, 
le lobe antérieur plus 
étroit, p' triangulaire 
en avant avec lobe pos- 
térieur très abaissé, p* 
très petite avec une 
seule pointe antérieure 
et un talon bas. 



Le type du genre Lophiotherium est le L. cenmliim Grervais *, 
petite espèce de TËocène supérieur du bassin d*Alais, dont j*ai pu 
retrouver le gisement, qui m*a fourni, ainsi que je Tai dit plus 
haut, toutes les parties encore inconnues de la dentition supérieure. 
Uespèce se retrouve, je crois, dans les phosphorites du Quercy. 

Il faut certainement rapporter au genre Lophiotherium Fespèce 
du Sidérolithique du Mauremont (Vaud), que Pictet a décrite sous 
le nom de Hyracotherium siderolithicum * et que M. Zittel a 
ensuite rapporté à tort au genre Pacfvynolophus, On retrouve 
dans Tespèce de Pictet tous les caractères du Lophiotherium : 
molaires allongées en travers à six tubercules peu comprimés, avec 
\xxifort mesoutyle et un parastyle peu développé ; prémolaires 
p^ et p3 molariformes à six denticules (type homœodoiitc). L* ani- 
mal de Mauremont, dont je possède quelques dents isolées, est 
tellement voisin du L, cenmlum du Midi de la France qu*il me 



I Zool. et paléont. franc,, a* éd., 1869. p. 114, pi XI, ûg. lo-ia. 

a Mémoire sur les animaux vertébrés trouvés dans le terrain sidéroli- 
thique du canton de Vaud. Matériaux pour la paléoni. suisse, i" sér., id55^, 
p. 53. pi. IV, fig. I 4. 



218 CH. DEPBRET. — RÉVISION DES FORMES EUROPÉENNES 4 MrPS 

parait même difficile de l'en séparer spécifiquement ; peut-être la 
forme des molaires dans l'espèce suisse est-elle encore plus trans- 
verse que dans le type du bassin d'Alais. et les bourrelets basi- 
laires encore plus eiTacés. 

En revanche, je crois qu'il faut écarter du genre Lophiotherium 
toutes les molaires inférieures du Sidérolithique d'Egerkingen 
(Eocène moyen) que Rutimeyer * a attribuées à ce genre sous les 
noms de Lophiotherium cenHilum et de L, elegans. Ces dents me 
paraissent appartenir au Propalœotherium minutum à divers 
stades de leur sortie des alvéoles. J'ajouterai que la même conclu- 
sion me semble s'imposer pour toutes les molaires d'en haut et 
d'en bas que le même paléontologiste a rapportées à ïllyracothe- 
rium aiderolithicum de Pictetdans le gisement d'Egerkingen- : la 
figure i8 de la planche II en pai*ticulier montre une prémolaire 
supérieure à cinq denticules tout à fait étrangère au genre Lophio- 
therium et qui me parait identique à p* du Propalœotherium 
minutum. ^ 

D'après ces obserA'ations, il n'existerait trace du genre Lophio- 
therium ni à Kgerkingen, ni dans aucun autre gisement de 1* Eocène 
moyen et ce genre serait exclusivement propi'e aux dépôts de 
l'Eocène supérieur (Alais, Mauremont, Phosphorites du Quercy). 

En Amérique, le type de Tétage de Bridger (Orohippus cuspi- 
datus (]ope) "^ et surtout les espèces de l'étage d'Uinta dont Marsh 
a fait le genre Epihippus *■ {Epihippus uintensis, gracilis et agilis 
Marsh) avec leurs dernières prémolaires ipj_ei jp^ molariformes 
(quadrangulaires à six denticules) représentent un stade d'évolu- 
tion au moins extrêmement rapproché du Lophiotherium, si même 
ils ne doivent pas lui être réunis. Il est intéressant de remarquer 
que l'étage d'Uinta correspond comme niveau k l'Eocène supérieur 
d'Europe, c'est-à-dire à l'horizon exact du Lophiotherium. 

Résumé et conclusions 

Le type le plus primitif de la famille est sans conteste VHyra- 
cotherium de l'argile de Londres (Eocène intérieur) avec ses 
aiTière-mol aires supérieures à six denticules coniques (type buno- 

I. Eocène Sangeth. v. Egerkingen, 1892, pi. III. tîg. i3-i6. 
a. Id., pi. U, ûg. 17, 18. 19 et pi. m, llg. 17. 

3. GopB. Wheeler Survey Report, p. 207. pi. LXV. lig. 18. — Wortman, 
loc, cit., p. 108, fig. 18. 

4. Marsh. Amer. Journ , 1871-70. — Scott. Mamm. Uinter formation, 1889. 



igOI DE LA FAMILLE DES HYRACOTIliRIDÉS Hig 

donte), entourées d*un épais bourrelet basilaire, sans mesostyle, et 
avec parastyle peu développé. La dentition supérieure est essen- 
tiellement hétérodonte, les dernières prémolaires étant triangu- 
laires à cinq denticules. La dentition inférieure est également d*un 
type primitif» chaque molaire étant formée de deux paires trans- 
verses de denticules distincts non reliés en deux demi-croissants 
comme cela aura lieu dans les formes plus évoluées. De ces quatre 
denticules, les deux internes sont restés coniques (bunodontes) 
tandis que les deux externes ont une tendance crescentiforme 
(séUnodonte) déjà très apparente. Les prémolaires inférieures se 
distinguent des arrière-molaires par la réduction et rabaissement 
de leur lobe postérieur, de plus en plus accentués d'arrière en 
avant. Ce genre que Ton doit considérer comme la forme la plus 
archaïque du groupe est tout à fait spécial à TÉocène inférieur du 
bassin de Londres. 

Le passage de V Hj^racotherium au Pachynolophus de TEocène 
moyen se fait par Tintermédiaire des intéressantes espèces de 
TEocène inférieur d'Ay, près Reims, décrites par le D' Lemoine 
sous les noms de PropachynoJophus Gaudryi et de Pachynolo- 
phus Maldani. Dans la première de ces deux formes tout spécia- 
lement, on retrouve encore plusieurs caractères importants de 
V Hyracotherium, tels que la forme presque carrée, à peine trans- 
verse des arrière-molaires supérieures entourées aussi d'un large 
bourrelet basilaire ; et la séparation des deux denticules de chaque 
lobe aux molaires d'en bas. Mais déjà les denticules des molaires 
supérieures ne sont plus aussi nettement bunodontes : les externes 
s'aplatissent un peu en travers; les intermédiaires et les internes 
s'allongent et tendent à se souder en deux crêtes perpendiculaires ^ 
à la muraille. Les denticules des molaires d'en bas, quoique dis- 
tincts, montrent aussi une tendance à se souder en crêtes trans- 
verses et la forme sélénodonte des denticules externes y est plus 
accentuée que dans ïHyracotherium. 

Il me paraît que les nombœuses espèces de l'étage de Wasatch 
en Amérique, que Marsh désignait sous le nom de Eohippus et 
que les paléontologistes américains rapportent aujourd'hui d'ordi- 
naire au genre Kyracotherium , sont en réalité dans un stade 
d'évolution tout à fait comparable aux espèces de Reims, c'est-à- 
dire intermédiaire entfe VHyracotherium et les vrais Pachynolo- 
phus, mais bien plus voisin de ce dernier. 

Ces formes de l'Eocène inférieur d'Europe et d'Amérique nous 
amènent aisément au Pachynolophus Pomel, genre qui a été mal 
interprété depuis l'important travail de Kowalevsky. Le type est 



1120 CH. DEPÉRBT. — REVISION DES FORMES EUROPEENNES 4 MarS 

le P. Duçali Pomel du Lutétien supérieur de Passy : c'est, comme 
V Hyracotherium, un type hétérodonte avec arrière-molaires d'en 
haut quadrangulaires à six denticules et dernières prémolaires 
( £^ et ^ ) triangulaires à cinq denticules ; il ressemble aussi à 
VHxracotherium par l'absence de mesostyle sur la muraille 
externe. Mais il s'écarte de ce dernier genre par d*autres caractè- 
res : aux molaires d'en haut, les denticules ne sont plus aussi buno- 
dontes, les externes sont aplatis en travers, les intermédiaires et 
les internes comprimés et allongés en deux crêtes transverses ; le 
parastyle a augmenté d'importance, mais en revanche le bour- 
relet basilaire s'atténue et s'efface même du côté interne. A la 
mandibule, il y a soudure complète entre le denticule interne et 
externe de chaque lobe et formation de deux demi-croissants (type 
sélénodonté) pour chaque molaire. 

Entre le Pachynolophus type et son contemporain le Propalœo' 
therium, il existe quelques intermédiaires. Chez le Pachynolophus 
Preoosti Gervais du Lutétien supérieur de Gentilly, espèce un peu 
plus grande que le P. Dupali, on peut constater déjà une ébauche 
de colonnette médiane (mesostyle) entre les deux lobes de la 
muraille des molaires supérieures. Cette même colonnette est un 
peu plus accentuée encore dans une espèce américaine de l'étage 
de Wind Ri\er (Lutétien) que M. Wortman a désignée sous le nom 
de Protorohippus çenticolus sp. Cope ; on peut noter en outre 
chez ce dernier la tendance crescentiforme des denticules internes 
aux molaires supérieures, caractère que nous retrouverons chez le 
Propalœotherium. Je serais même tenté de réunir la forme amé- 
ricaine à ce dernier genre, n'était la structure toute spéciale de 
l'avant-dernière prémolaire p^ quadrangulaire allongée à quatre 
denticules, par suite du déplacement en dedans et de l'importance 
plus grande du denticule intermédiaire antérieur. 

Le Propalœotherium (Servais (type P. isselanum Blainv.) de 
l'étage Lutétien, est assez voisin du Pachynolophus pour que 
d'éminents paléontologistes aient proposé de réunir les deux 
genres. Il se distingue dans Tensemble par un degré plus avancé 
de spécialisation vers le groupe paléothérien : le fût des molaires 
supérieures est un peu plus élevé, la muraille plus plate et plus 
inclinée en dedans ; le mesostyle est devenu très fort et annonce 
la côte médiane des Paloplotherium et des Palœotherium. En 
même temps les denticules se modifient : les externes se compri- 
ment et s'allongent en demi-croissants qui évoluent vers le type 
sélénodonté du groupe paléothérien; les internes qui étaient 
seulement allongés dans le Pachynolophus^ tendent visiblement 



igOl DS LA FAMILLE DES HYRACOTHERIDBS ÛHÎ 

vers une structure crescentiforine. De même à la mandibule les 
deux demi-croissants de chaque molaire sont mieux dessinés, 
mieux soudés bout à bout Tun à l'autre, au point qu'il est parfois 
véritablement difficile de distinguer ces molaires de celles d'un 
Paloplotherium, Néanmoins les prémolaires supérieures sont 
toujours hétérodontes (triangulaii*es à cinq denticules) et ne se 
distinguent de celles du Packynolophus que par un épaississement 
plus fort du bourrelet basilaire sur le bord postéro-interne, d'où 
résuite pour la couronne une forme générale plus arrondie en 
dedans, plus semblable à celle des Paloplotherium : 11 me paraît 
cei*tain que le PropaUeotherium représente, comme l'a si bien pres- 
senti Gervais, le type ancestral du rameau paléotherien, destiné à 
s*éteindre au début de l'Oligocène sans laisser de descendant. 

Revenant en arrière vers le Pachynolophus, tj^pe aux denticules 
assez primitifs et encore peu éloignés du type bunodonte, nous 
devons rattacher directement à ce genre une série de formes de 
TEocène supérieur d'Europe et d'Amérique qui vont se distinguer 
nettement de tous les types antérieurs par la modification de leurs 
prémolaires qui deviennent progressivement molariformes en 
marchant de la dernière vers les plus antérieures (types homœ- 
dontes) ; ces formes ont reçu en Amérique les noms d'Orohippus 
et de Epihippus Marsh ; en Europe de Lophiotherium. 

Ce dernier, le seul dont je m'occuperai ici, diffère du Pachyno- 
lophus, en outre de ses prémolaires p^ et £^ molariformes à six 
denticules par ses arrière-molaires de forme plus transverse, ce 
qui tient en partie à la petitesse du parastyle, et par la présence 
d'un fort mesostyle. Mais malgré révolution homœodonte de la 
série dentaire supérieure et inférieure (qui indique une affinité 
très réelle avec le groupe des Equidés) il importe d'observer que 
cette transformation n'est pas accompagnée d'une évolution conco- 
mitante dans la forme des denticules ; ceux-ci sont encore remar- 
quablement primitifs, les externes à peine comprimés en travers, 
les intermédiaires assez gros et peu allongés, les internes nulle- 
ment crescentiformes. Le degré d'évolution des denticules dans le 
sens sélénodonte n'est pas plus avancé que dans le Pachynolophus 
et Test beaucoup moins assurément que dans Propalœotherium, 
C'est cet état primitif des denticules qui avait sans doute conduit 
Pictet à faire du Lophiotherium siderolithicum une espèce du 
genre Hyracotheriwn dont il di£f(ère radicalement par la structure 
des prémolaires. 

De ces faits on peut conclure que Je Lophiotherium représente 
le type terminal d'un rameau éteint, et ne saurait être considéré, 



!iaî2 CH. DEPÉRET. — RÉVISION DES FORMES EUROP^NNES 4 MrTS 

pas plus que le Palœotherium, comme Tun des chaînons par lequel 
a passé l'évolution directe du groupe des Equidés. Cette évolution 
parait plutôt devoir être reconstituée, ainsi que Marsh l'a indiqué 
depuis longtemps, par Tintermédiaire de VEpihippus et du Meso- 
hippus américains. 

La distribution géologique comparée des divers types de la 
famille des Hyracothéridés en Europe et dans TAmérique du Nord 
se trouve résumée dans le tableau suivant : 



Europe 



Amérique du Nord Étages 



EîociifB 

SUPélUBtJR 

EocàifB 

MOYBN 

Eocà'ifB 
infAruiuk 



Lophiotherium Gerv. 

Propalmotherium Gerv. 
PachjrJ^olophus Pomel. 

Propachyuolophuê Lem. 
Hyraeotherium Ow. 



Epihippns Marsh. 
Orohippus Marsh. 

Protorohippus Wortm. 
Eohippuë Marsh. 



Uinter 
Bridger 

Wind- 
, River 

Wasatch 



Il est remarquable que révolution du g^upe est sensiblement 
parallèle, mais non tout-à-fait identique dans les deux mondes. 
Les types américains viennent fréquemment s'intercaler entre les 
types génériques européens, de manière à graduer encore mieux 
les transitions insensibles entre tous ces animaux : ainsi YEohippus 
de Marsh vient combler l'intervalle entre V Hyracotherium et le 
Pachynolophus ; le Protorohippus de M. Wortman n'est qu'un 
Propalœoiheriam à caractères encore peu accentués ; V Orohippus 
montre le passage des types hétérodontes de TEocène inférieur et 
moyen aux types homœodontes de FEocène supérieur d'Europe 
(Lophiotherium) et d'Amérique (Epihippus). La série combinée des 
deux continents est Tune des plus continues que Ton puisse recon- 
naître dans le monde des Ongulés tertiaires. 

Quant à l'évolution générale du groupe, et bien qu'il soit néces- 
saire d'être très prudent en ce qui concerne l'indication des 
filiations directes, je suis disposé dans Vétat actuel de nos con- 
naissances à la concevoir de la manière suivante : 



igol 



DE LA FAMILLE DES HVUACOTUERIDKS 



'2*2i 



EOCÀNB 
MOYBN 



EOCÀNB 
INFÉRIBUR 



Actuel | Equidés 



MlOCÉNB 

Oligocbnb 

F^OCÎCNB 
SUPÂHIBUR 



RAMEAUX ÉTEINTS 



I Anchitheriurn 

I 
I Meaohippus 

I 
Epihippus 



Lophiotheriarn 



Palœotherium 



Anchilopkus 




Paloplotherium 

I 
Propalao t?ieriwn 

I 
Protorohippus 



Pachjrnolophuê 



Propachjmolopkiis {Eohippas) 



Hyracotheriam 



EXPUCATION DES PLANCHES IV ET V 



Planche IV 



Fig. I. - Hyracotheriam ieporinum Owen. D*après un moulage du crâne 
provenant de Targile de Londres à Heme-Bay, tiguré par Owen (Geol. Mag., 
i865, pi. X, iig. 2) et conservé au British Muséum. 

Palais montrant à gauche les 3 M, £^ £i et les deux alvéoles de jg^ ; à 
droite m^, m|, £^, £^ et pV 

Figure grossie d'un cinquième. Longueur réelle des 3 M , o,oa4 ; des trois 
dernières prémolaires, 0,000. 

Fig. a. — P ropalœotherium parvalam LsiJiriiiaTd sp. Sidérolitliique Ëocène 
de Lissieu (Rhône) . 

Série des molaires supérieures gauches (3 M, 4P) formée à l'aide de dents 
trouvées isolément. 

Figure grossie d'environ un quart. Longueur réelle des sept molaires, o,o58. 

Fig. 3. — Propalmotherium panfalam Laur. sp. Sidérolithique. Eocène de 
Lissieu. 



!ia4 FORMES buropéennes DBS hyracothéridés 4 Mars 

Série des molaires inférieures (3 M, 4 P) ^^ même animal et du même 
gisement. 

Figure grossie d'un quart. Longueur réelle, 0,066. 

Fig. 4- — Lophiotherium cervulum Gervais. Eocène supérieur de Saint - 
Hippolyte-de-Gaton (Gard). 

Partie de maxillaire montrant les 3 M et les deux dernières P(^,^'). 
Dans cet individu, £^ est molariforme, mais ^ n'a qu'un seul denticule 
interne formé par la soudure des deux denticules normaux. 

Figure grossie d'un quart. Longueur réelle des six molaires, o,o43. 

Fig. 5. — Lophiotherinm cervulum Gervais. Même gisement Maxillaire 
droit avec la série des sept molaires (3 M, 4 F) séparées de la canine par une 
longue barre. 

Dans ce spécimen £^ est (comme j^* et j^) molariforme, avec deux denti- 
cules internes étroitement accolés ; 2^ allongé montre aussi deux denticules 
internes. 

Figure grossie d'environ un quart. Longueur réelle des sept molaires, o,o46« 

Fig. 6. — JA>phiotherinm cervalam Gerv. Même gisement. 

Branche droite de mandibule avec la série des sept molaires (3 M, 4 P) ; 
p' est submolariforme. 

Figure grossie d'un quart. Longueur réelle des sept molaires, 0,044 • 



Planghb V 

Fig. I. — PachynolophuB Duvali Poniel. Cr Ane provenant des grès éocènes 
du Minervois (Hérault). 

La pièce montre à gauche la série des six molaires (3 M, 3 P) ; il n'y a pas 
de £^; à droite m* et m^ ; la canine est séparée de £^ par une longue barre. 

Figure légèrement grossie. Longueur réelle du crâne du bord incisif au 
bord postérieur du trou occipital. o,i3 ; longueur de la série des six 
molaires, 0,04a. 

Fig. 9. — Pachynolophus Preoosti Gervais. Calcaire grossier supérieur de 
Nanterre : Typb de l'espAcb, tiguré par Gervais {ZooL et paUont. franc,, 
pi. 35, fig 16). (Coll. Mus. Paris) 

Arrière-molaire supérieure probablement m* . 

Figure grossie d'un quart. Dimensions réelles : longueur, 0,009 ; largeur 
en avant, 0,011. 

Fig. 3. — Pachynolophus Prevoati Gervais. Calcaire grossier supérieur de 
GentiUy (Coll. Mus. Paris) 

Maxillaire supérieur gauche avec les 3 M et les deux dernières P (p^ et p') . 

Figure grossie d'un quart. Longueur réelle des cinq molaires, o,o43. 

Fig. 4* — Pachyiiolophus Duvali Pomel. Calcaire grossier supérieur de 
Passy (Coll. Mus. Paris). Tyfk du genre et de l'espace. 

Trois dents isolées, les seules actuellement existantes de la série des six 
molaires figurées par Blain ville et Gervais (ZooL et paléont.fr., pi 17, fig. i) 
et qui sont le type du genre Packynolophus Pomel. 

Les figures représentent deux arrière-molaires, l'une droite, l'autre gauche 
(m* probablement) et la dernière prémolaire j^. 

Figure grossie d'un quart. Dimensions réelles de m^ : longueur, 0.008 ; 
largeur en avant, 0,010. 



ICfOl EXISTENCE DU DEVONIEN MOYEN DANS l'iLLB-ET-VILA1NE 325 

Fig. 5. — Pachyrtolophus Duvali Pomel. Calcaire grossier supérieur de 
Passy (Coll. Mus. Paris). L'un des types du genre et de l'espèce. 

Trois arrière-molaires inférieures droites séparées, me paraissant être les 
mêmes que celles figurées par Blainville sous le nom Ôl Hyracotherinm de 
Passy (Ostéogr,y g. Lophiodorij pi. H). 

Figure grossie d'un quart. Longueur réelle des trois molaires, o,oa85. 



SUR 
L'EXISTENCE DU DÉVONIEN MOYEN DANS LILLE-ET- VILAINE 

par M. P. liEBESCONTB 

Dans la séance de la Société géologique de France du 3 décem- 
bre 1900, M. Kerfornc me conteste la priorité du niveau à Phacops 
Potieri dans riUe-et- Vilaine. J'ai d'autant lieu de m'étonner que 
nous sommes tous deux d'accord pour rapporter cette priorité k 
Marie Rouault, le géologue bi*eton. C'est lui en effet qui, en i853, 
a découvert à Gahard (Ille-et-Vilaine), ce niveau que M. Kerfome 
a aperçu en 1898 au musée géologique de Rennes. 

C'est aussi M. Barrois qui, le premier en 1894, a trouvé le même 
niveau avec Goniatites à Izé (lUe-et-Yilaine). Ma communica- 
tion ^ à la Société avait pour but de signaler la découverte que 
j'avais faite sur plusieurs points de Gahard et dé Saint- Aubin- 
d'Aubigné de Tétage à Anarcesies lateseptatus Beyr., représenté 
par une douzaine d'échantillons de celte Goniatite avec Phacops 
Potieri et la série la plus belle et la mieux conservée de fossiles. 
L'importance des niveaux pélagiques à Céphalopodes pour le 
classement des étages m'a paru suflisante pour motiver cette note. 
Le faciès pélagique qui y est décrit est parallèle aux calcaires à 
Phacops Potieri de Sablé, décrits par M. Œhlert *. 

1. LstiBSCONTE. Sur Texistence du Dévonien moyen dans l'ille-et- Vilaine . 
B. S. G. F., (3), XXVm, 1900. 

2. Œhlbrt. C,-R. Ac. Se, 21 février 1887. 



5 Septembre 1901. — T. r^. Bull. Soc. Géol. Fr. — i5 



Séance du 18 Mars 190t 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil. Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès- verbal est adoptée. 

Le Président annonce une nouvelle présentation. 

M. Field, de Zurich (Suisse), donne quelques renseignements 
sur les travaux du Concilinm Bibliographicum^ institution biblio- 
graphique fondée avec Tappui du gouvernement suisse, à la suite 
d'un vote du Congrès international de zoologie. 

Le but de cette œuvre est de créer un centre unique et interna- 
tional pour recueillir la bibliographie courante de certaines sciences 
et de donner des renseignements aux savants. On veut même 
substituer entièrement aux recherches bibliographiques person- 
nelles, toujours longues et laborieuses, une organisation bibliogra- 
phique collective et permanente. Pour prendre Texetnple de la 
paléontologie, chaque travail qui arrive au Concilium est dépouillé 
avec beaucoup de soin pour être enregistré sur plusieurs fiches 
selon les matières traitées. Ainsi, un travail récent de M. Traquair 
sur les Poissons carbonifères du Comté de File (Ecosse) a donné 
lieu à quatre fiches imprimées, savoir : l'indication du travail dans 
le catalogue par nom d'auteur ; une seconde fiche sous la rubrique 
Poissons ; une troisième sous la rubrique Carbonifère, et une qua- 
trième au Comté de Fife, dans la partie géographique. Le Conci- 
lium possède, en outre, un catalogue manuscrit dans lequel on 
enregistre tous les espèces et genres nouveaux. L'ouvrage de 
M. Traquair donne la description de quatre espèces nouvelles et 
de deux nouveaux genres : Cœtacanthopsis et Eiicentrurus, 11 fau- 
drait par conséquent établir six fiches manuscrites supplémentaires 
pour bien indexer ce travail. Toute personne peut faire venir 
l'ensemble des fiches sur la paléontologie ou sur n'importe quelle 
•question, comme : Faune de la Haute- Garonne, Faune éocénique, 
ou bien fiches sur les Hippurites, les Trilobites ou n'importe quel 
autre groupe du règne animal. 

En terminant, M. Field fait appel aux paléontologistes pour 
qu'ils envoient leurs publications au siège central [Concilium 
Bibliograplncum, Zurich N^ (Suisse)] afin de faciliter les travaux 
de dépouillement. 



SÉANCE DU l8 MARS I9OI QQ^ 

M. A. Toucas présente la deuxième partie de sa note Sur révo- 
lution des Hippurites, 

Deuxième branche. — Hippurites a pores polygonaux. 

Ce n'est que dans FAngouinien supérieur, avec VHippurites 
Grossouçrei Douvillé, que Ton voit apparaître la première 
forme à pores franchement polygonaux. Cette deuxième branche 
n'aurait donc pas eu de représentant dans TAngoumien moyen, 
au moment de l'apparition des premiers Hippurites. 11 en résulte 
que Torigine probable des pores serait plutôt la forme linéaire, 
avec VHippurites Requieni Matheron, comme type ancestral. 
V Hippurites resecius Defrance, avec ses pores arrondis et linéai- 
res, se rapproche en eflet beaucoup plus des Hippurites à pores 
linéaires que des Hippurites à pores polygonaux et peut être 
considéré comme une variété de VHipp. Requieni, à valve 
supérieure pustuleuse et à valve inférieure fortement costulée. 

Dans cette hypothèse, les pore*:, rétrécis à l'origine, se seraient 
élargis peu à peu de manière à former en premier lieu les pores 
réticulés, qui se seraient eux-mêmes transformés plus tard en pores 
polygonaux par suite de la dispaidtion des denticules. 

Ainsi s'expliqueraient la présence simultanée des Hippurites 
Requieni et Hipp, resecius dans les bancs les plus anciens de TAn- 
goumien moyen, la brusque apparition dans ces mêmes couches 
des premières formes à pores réticulés, avec leurs pores, encore 
très petits et un peu allongés, et enfin TaiTivée plus tardive dans 
l'Angoumien supérieur des formes à pores franchement polygo- 
naux. 

La deuxième branche des Hippurites à pores polygonaux a formé 
trois groupes ayant apparu successivement : 

!• Groupe de VHipp. au/catu^ Defrance ; 

a" — VHipp. Toucasi d'Orbigny; 

3" — VHipp. variahilia Munier-Chalmas . 

Ces trois groupes ont naturellement pour type primitif VHipp, 
Grossouvrei, avec arête cardinale tronquée et les deux piliers 
rétrécis à la base, caractères distinctifs des formes primitives du 
groupe de V Hipp. giganteus^ ce qui ferait supposer que les Hippu- 
rites à pores polygonaux ont pour origine VHipp, inferus oxxVHipp. 
giganteus, forme ancienne. 

Le groupe de VHipp, sulcatus se distingue des deux autres par 
son arête cardinale constamment très saillante et le plus souvent 
lamelliforme, surtout dans le sous-groupe de VHipp, cornuçacci- 
num (formes spéciales à la Province orientale) ; en outre, la tron- 
cature de Tarète cardinale subsiste jusque dans les formes les plus 



a^S SÉANCE DU i8 MARS igoi 

récentes. Dans ce groupe, révolution est moins accentuée, elle se 
fait plutôt dans le sens du développement de Tarète cardinale, 
tandis que dans les deux autres groupes Tarète cardinale, toujours 
triangulaire, perd assez rapidement sa troncature et s'atrophie peu 
à peu, au point de ne présenter d*abord plus qu'un simple bourrelet 
et disparaît même dans les formes les plus récentes. 

Dans le groupe de VHipp. çariabilis, les pores sont encore plus 
simples et toujours disposés en rangées régulières ; les piliers sont 
très peu développés et sensiblement égaux. 

Le premier groupe comprend dans Tordre de l'évolution : 

Hipp. Gro880Uvrei, dans rAngonmien supérieur. 

— Gaodrri Mun.-Chalmas, \ , , ^^ . . . ... 

• n I dans le Coniacien et probable- 

— cornavaccmum Bronn., } , „ . * 

^. . T\ 'iix 1 ment le Santonien. 

— Chaperi DouviUé, J 

— sulcatas Defrance, i dans le Santonien supérieur et le 

— Chalmoêi Douviilé, \ Gampanien inférieur. 

— Archiaci Mun.-Chalmas, dans le Gampanien. 

Dans les environs de Gosau, VHipp, Grossouvrei parait être 
remplacé par une variété à arête cardinale moins saillante, que 
M. Douviilé a désignée sous le nom à'IIipp, prœsulcatus. 

UHipp. Chaperi est la seule forme de ce groupe à aréte cardi- 
nale arrondie. 

Le deuxième groupe n'a apparu qu'au commencement du Conia- 
cien ; on y distingue : 

Hipp. sp. nov., forme ancienne 
de VHipp, Toucasi d*Orb. 

— sp. nov., forme ancienne \ dans le Coniacien. 

de VHipp, Carezi Douviilé 

— Toucasi d*Orb., i ^ . « . . 

— Carezi Doux „ \ dans le Santonien. 

— 8ulcatiê8imtt8 Douv., dans le Gampanien inférieur. 

— 8ulcatoide8 Douv., dans le Gampanien moyen. 

Le troisième groupe commence seulement dans le Santonien et 
comprend : 

Hipp, Mae8trei Vidal, j ^ , „ 

— Peroni DonviUé, j «»«ns le Santonien. 

— pariabilis Mun.-Ghalmas, > , , ^ 

— colliciatm Woodward, ) ^^^^ ^^ Gampanien. 

— Lapeirousei Goldf,, . 

..^M^..^^»;» i\^e^^^^^ \ dans le Maestrichtien. 

— cornucopise Detrance, | 

— Ca8troi Vidal, dans le Danien. 




SIÈANCE DU l8 MARS I9OI fl2g 



NOTICE SUR LE NOUVEAU CLASSEMENT 

DE LA BIBLIOTHÈQUE 

DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE 

La Bibliothèque de la Société comprend trois catégories de 
publications, classées séparément : i^ Les Ouvrages complets, 
brochures et tirages à part ; a® Les Périodiques, Revues et Collec- 
tions ; 30 Les Caries, coupes et planches diverses. 

Chaque volume, brochure ou carte séparée, est pourvu d'une 
cote numérique qui permet de retrouver immédiatement sa place 
sur les rayons. En conséquence, lorsqu'on cherche un document, 
la première chose à faire est de consulter le Catalogue sur ûches, 
établi : i*" pour les Ouvrages, par ordre alphabétique des noms 
d'auteurs ; o9 pour les Recueils, par ordre alphabétique des pays de 
publication, et, dans chaque pays, par ordre alphabétique des 
titres ; 3^ pour les Cartes, par ordre géographique-alphabétique. 
Ce Catalogue est contenu dans un meuble spécial, placé au milieu 
de la salle de lecture, en entrant, à gauche. Chaque fiche renvoie 
à un numéro, qui est reproduit sur une pastille collée au dos du 
volume correspondant (au-dessus du titre, pour les brochures), ou, 
s'il s'agit d'une carte, inscrit sur ce document. 

I® Les Ouvrages, brochures ou tirages à part sont groupés en 
quatre formats, ayant chacun une numérotation distincte : 

Petit format : jusqu'à o m. a5 (in-3a. in-i8, in-ia, petit in-S**) ; 

Moyen format : de o m. si5 à o m. 35 (gr. in-S», in-4") ; 

Grand format^: de o m. 35 à o m. 5o (in-folio) ; 

Très grand format : au-dessus de o m. 5o (gr. in-folio, in-plano). 

On n'a pas cherché à faire un classement, soit par ordre métho- 
dique, soit par ordre alphabétique des noms d'auteurs, disposi- 
tions qui entraînent d'incessants remaniements. Toutefois, afin de 
modifier le moins possible l'état de choses qui existait précédem- 
ment, les volumes ont été placés sur les rayons à peu près dans 
l'ordre où ils se trouvaient rue des Grands- Augustins ; les nouveaux 
sont simplement mis à la suite, au fur et à mesure de leur arrivée. 

Les divisions numériques ont été établies de manière à permettre 
dMntercaler au Catalogue les accroissements futurs de la BibUo- 



aSo SÉANGB DU l8 MARS I9OI 

thèque, pendant un grand nombre d'années, sans modifier le numé- 
rotage actuel, savoir : 

Pour le très grand format : de* i à i.ooo: 

— grand — de i.ooi à ao.ooo : 

— moyen — de ao.ooi à 60.000 ; 

— petit — de 60.001 à 

Au 3i décembre 1900^ ces quatre groupes d'Ouvrages étaient 
repi*ésentés par les numéros suivants : 

Très grand format : i à 4^. soit 4^ Ouvrages. 

Grand — i.ooi à i.iaS, — ia5 — 

Moyen — uo.ooi à 22.387, — 2.387 — 
Petit — 60.001 à 67.337, — 7.337 — 

ToUl 9.892 — 

Le placement des Ouvrages sur les rayons est fait par travée, 
de gauche à droite, et en partant d'en bas, pour qu'on n'ait à déplacer 
le moins possible les livres lourds ou encombrants. Il n'y a qu'un 
seul rang de volumes. Au milieu de chaque travée est placée une 
pancarte, portant les numéros extrêmes des ouvrages qui y sont 
déposés. Les brochures, dans le numérotage, ne sont pas séparées 
des volumes ; toutefois, elles ont été réunies sur les rayons par 
groupes, et placées dans des cartons dont le dos porte les numéros 
correspondants . 

a* Les Périodiques, Revues et Collections sont groupés, comme 
les Ouvrages, d'après le format ; les divisions numériques sont les 
mêmes, mais la cote est précédée de la lettre P. 

Actuellement, le très grand format n'est pas représenté ; il reste, 
pour les trois autres catégories : 

Grand format : P i.oor à P i.oo5 » 5 Recueils. 
Moyen — P 20.001 à P 20.i38 » i38 — 

Petit — P 60.001 à P 60.570 -=570 — 

f 

ToUl 713 — 

Chaque numéro, correspondant à un périodique donné, s'applique 
souvent à un grand nombre de volumes, dont la tomaison ou la 
date permettent de trouver facilement la place. 

En principe, le rangement des volumes sur les rayons a été fait 
par ordre géographique (pays de publication), c'est-à-dire, en 
somme, par langues, comme dans Tancien local. Toutefois, la 
totalité des Périodiques n'ayant pu trouver place dans la grande 
salle dite pentagonale (à gauche du corridor d'entrée), — salle qui 
sert en même temps de magasin pour les publications mises eu 



SÉANCE DU l8 MARS I9OI a3l 

vente par la Société, — un certain nombre de Recueils français, 
anglais et allemands, choisis parmi ceux qui sont le plus fréquem- 
ment consultés, ont été reportés dans la salle de lecture, où ils 
occupent les rayons placés soit dans les intervalles et au-dessus 
des fenêtres, soit aux murs de di'oite et de gauche (petits côtés de 
la salle). Pour les collections dont l'origine est très ancienne, on 
s'est contenté de déplacer les volumes qui correspondent aux 
vingt dernières années. Cette disposition est provisoire ; on peut 
espérer qu'elle sera modifiée dans un avenir plus ou moins long. 
En attendant, une liste complète des Recueils qui se trouvent, en 
tout ou en partie, dans la salle de lecture, est affichée sur un 
carton, placé conti*e le meuble renfermant le Catalogue. Parmi ces 
Périodiques, on peut citer, outre les publications de la Société et 
celles des divers Congrès internationaux : 

Pour la France, les Annales des Mines, de Géographie, des 
Sciences géologiques, de la Société géologique du Nord; V An- 
nuaire géologique universel; Y Anthropologie ; les Archives et le 
Bulletin du Muséum d'Histoire Naturelle ; les volumes de V Asso- 
ciation française ; les Bulletins du Service de la Carte géologique 
et ceux des principales Sociétés savantes de Paris ; les Comptes 
Rendus de V Académie des Sciences ; la Nature. 

Pour r Allemagne, le Neues Jahrhuch fur Minéralogie, la 
Zeitschrift der deutschen geologischen Gesellschaft et les publi- 
cations du Service de la Carte géologique de Prusse. 

Pour l'Autriche, le Jahrhuch et les Verhandlungen de la Geolo- 
gische Reichsausialt et les Sitzungsherichie de TAcadémie de 
Vienne. 

Pour la Grande-Bretagne, les catalogues du British Muséum, le 
Geological Magazine, les publications des Services géologiques 
de l'Angleterre, du Canada, de l'Ecosse, de l'Inde, de l'Irlande et 
de la Nouvelle-Zélande ; celles de la P alœ on to graphie al Society, 
le Quarterl}' Journal de la Société géologique de Londres et les 
Recueils des autres Sociétés géologiques du Royaume-Uni ; les 
volumes de la British Association et les Proceedings de la Société 
Royale. 

3° Les Cartes, coupes et planches diverses imprimées ou manus- 
crites, sont numérotées sans séries distinctes. Cette partie comprend 
environ 600 numéros, placés, soit en face du meuble à fiches, pour 
les cartes en feuilles, soit à Fautre extrémité de la salle de lecture, 
à côté de la salle des séances, pour celles qui sont entoilées (cartons 
régionaux). Le groupement a lieu, autant que possible, par ordre 
géographique. La cote est précédée de la lettre C. 



aSa SRANCE DU i8 mars 1901 

Dans chacune des catégories précédentes, tous les articles qui 
ont été déplacés sont représentés par un fantôme^ c'est-à-dire par 
une petite planche de bois sur laquelle est inscrit le numéro corres- 
pondant, avec mention de l'endroit où se trouve l'ouvrage. 

Quelques ouvrages de référence (Catalogues, Dictionnaires, 
Traités, etc.), ont été réunis à l'entrée de la salle de lecture, où ils 
occupent une partie des travées i et a. 

Un Registre-Inventaire, comprenant actuellement quatre volu- 
mes, donne le détail de tous les Ouvrages à part ou brochures que 
possède la Société, dans l'ordre des numéros ; on y trouve l'indica- 
tion, pour chaque article, du nom de l'auteur, du titre de l'ouvrage, 
du lien et de la date de publication, du format, du nombre de 
volumes, de la reliure et de la date d'entrée. Il n'y a pas d'inven- 
taire analogie pour les Périodiques. 

Le classement et le rangement de la Bibliothèque ont été faits 
par les soins de M. A. Maire, Bibliothécaire à la Sorbonne. 

Paris, le g mars igoi. 

Pour la Commission des Archives et de la Bibliothèque : 

Ëmm. de Margerie. 




FOSSILES DÉVONIENS DE SANTA-LUCIA 

(PROVINCE DE LÉON, ESPAGNE) 
par M. D.-P. ŒHLERT 

(DEUXIÈME PARTIE) * 
(Planche VI). 

Spirifer Boulei, nov. sp. 
(PI. VI, fig. I). 

Coquille de grande taille, transverse, peu renflée, avec un 
pli médian et un sinus médiocrement accusés, couverte, sur 
toute sa surface, de côtes rayonnantes arrondies, régulières sur 
les parties latérales où. elles sont au nombre de la à i3 de chaque 
côté ; elles sont toujours simples, sauf au voisinage du sinus et du 
bourrelet ou parfois on en compte deux ou trois qui, chez les 
individus âgés, se dichotomisent près du bord frontal. 

Le sinus, assez large et peu profond, est également couvert de 
côtes rayonnantes, mais celles-ci sont très inégales, irrégulière- 
ment espacées, et dichotomes ; on en compte 6 à 8 dont les deux 
médianes, un peu écartées Tune de Tautre, laissent entre elles 
une sorte de méplat formant le fond du sinus, et sur lequel appa- 
raissent quelques côtes secondaires, visibles seulement près du 
bord frontal chez les individus de grande taille. Le bourrelet, 
peu accusé, est un peu aplati au sommet ; les côtes qui le cou- 
vrent sont réunies entre elles à la partie postérieure et indistinctes 
les unes des autres : elles s'individualisent et deviennent assez 
apparentes le long de leur parcours. — L'aréa ventrale, nettement 
délimitée, est beaucoup plus élevée que Taréa dorsale qui est 
linéaire ; elle est convexe et renversée, de façon à faire presque 
un angle droit avec le plan des valves. Le crochet ventral, peu 
développé et peu recourbé, s'élève faiblement au-dessus de Taréa. 
Le sommet dorsal, droit, dépasse à peine la ligne cardinale : 
Tumbo dorsal est peu renflé, presque aplati. 

I. La première partie de ce travail a été publié dans le Bi, S, G. F., (3), 

xxn% p. 8i4, pi. xxvi-xxvui. 



234 i>--P- Œ«i-EnT i8 Mai^s 

Cette espèce appartient évidemment au groupe de Sp, Bischofi 
Roemer * ; elle en diffère principalement par le nombre et le mode 
de distribution des plis, principalement dans le sinus et sur le 
bourrelet; les mêmes caractères séparent aussi cette forme de 
Sp. Dalendensis Steininger. 

Dans Sp. Jouberti - du Dévonien inférieur de l'ouest de la 
France, les côtes sont anguleuses, saillantes, et plus nonibi^euses 
par suite de leur dicbotomisation, caractère qui existe aussi sur 
les côtes du sinus et du bourrelet. Il n'existe pas de méplat au 
milieu du sinus dont la partie médiane est occupée par une côte 
assez forte, qu'accompagne de chaque côté une côte unique. Sur le 
bourrelet dorsal les côtes sont très nettement dichotomes et 
nombreuses. 

Sp. Boulei occupe en Espagne un niveau supérieur à ceux de 
Sp. Binchofi et Sp. Jonberti. 

Dans le Schoharie giît et le Corniferous sandstonc d'Amérique, 
on trouve une espèce, S. Grieri Hall, qui se rappw)che de celle-ci 
par son mode de plissement, mais qui s'en distingue toutefois 
facilement par le nombre moins considérable et la forme plus 
arrondie de ses côtes. De plus, le crochet ventral et le sommet 
dorsal sont beaucoup plus élevés, plus recourbés, et sui*tout plus 
rapprochés l'un de l'autre que dans notice espèce, par suite de la 
position de Taréa qui, au lieu de faire presque un angle droit avec 
la ligne de commissure des valves, se trouve au contraire à peu 
près dans la place de celle-ci. 

Nous signalerons encoi'e, comme caractères différentiels, la plus 
grande profondeur du sinus du S. Grieri et le reuilement remar- 
quable de la partie umbonale de sa valve dorsale. 

Spirifer Pellicoi de Verneuil •* 

(B. S. G. F. (3), XXIV, pi. XXVIU, % 25 à vj) 

De Vemeuil a désigné sous ce nom une espèce trouvée dans les 
couches les plus récentes du Dévonien inférieur (calcaire de 

1. Si Ton compare les li^cures données par Kayser (1878. Fnuna Dev. d. 
HarSf pi. a4f tig. 4> ^^ pl* '^t ^K- 23-!24) avec celle qui existe dans rouvra^ce 
de Giebel (i858. Silur. d. Unierharz, pi. 4» lig. 3) et qui doit être considérée 
comme le type, on remarque qu'il existe certaines différences. 

2. Œhlbrt, 1879. Dévon. de la Sarthc. B, S. G. F., (3), VH. p. 709, pi. XIV, 
fig. 5. 

3. Nous renvoyons pour In biographie de cette espèce et des formes 
atHnes, au travail si complet de M. Béclard, 1895. Les Spirifères du 
Coblcnzien Belge, p. 199-219. Bul. ^oc. Belge Géolog,^ t* IX. Mémoires. 



igOI FOSSILES DÉVONIENS DE SANTA-LUCIA a35 

Ferrones), caractérisée par sa forme très trans verse, ses côtes 
nombreuses, et qui possède un pli au milieu du sinus médian. L'au- 
teur ne la compare qu'incidemment au Spirifer macropterus 
Goldf. (= S. paradoxus Schlot.), parce qu'à cette époque cette 
dernière forme n'était connue que d'après des moules internes 
très imparfaits. Depuis, Schnur et Rœmer, ont figuré des spéci- 
mens mieux conservés, quelques-uns pourvus de leur test rappe- 
lant par leur aspect général le Sp. Pelliçoi^ mais ne possédant 
pas le pli unique du sinus médian, caractère différentiel de ces 
deux formes. Dans un récent travail, M. Béclard a figuré des 
moules internes de Spirifères coblenziens belges, très transverses, 
et ayant un pli au fond du sinus ; il les rattache à Sp, paradoxus, et 
admet ainsi entre cette espèce et Sp, Pellicoi une identité absolue, 
qui d'ailleurs avait été déjà signalée par de Koninck et Barrois. 
M. Béclard réunit au type de Schlotheim, Sp, paradoxus^ les Sp. 
HercynioB, dunensis^ macropterus, speciosus pro parte, phalœna 
groupant ainsi sous un même nom toutes les formes très transver- 
ses, à plis nombreux, avec ou sans côte médiane au fond du sinus, 
car ce caractère n'est, dit-il, « pas toujoui's apparent et disparait 
même complètement sur les moules internes ». 

Les preuves qu'il donne montrent évidemment combien la 
plupart de ces formes sont étroitement unies, mais elles ne nous 
ont pas apporté la conviction absolue que toutes celles ci doivent 
être désignées sous un même nom spécifique, d'autant plus que 
dans beaucoup de spécimens figurés, le contour et l'aspect général 
sont souvent dissimulés par des phénomènes de compression, 
et que souvent les côtes ne paraissent pas toujours être de même 
nature ; quant aux caractères tirés des moules internes, ils nous 
semblent plutôt d'ordre de groupe, que d'ordre spécifique, car 
on les retrouve très analogues chez des espèces différentes d'un 
même groupe. 

En tous cas, en admettant que la réunion de Sp. Pellicoi et 
de Sp, paradoxus, puisse être faite avec beaucoup de vraisem- 
blance, nous conservons, tout au moins provisoirement, le nom 
de Pellicoi pour la forme d'Espagne, qui, dans cette région 
comme dans l'ouest de la France, occupe un niveau spécial (cal- 
caii'e de Ferrones et d'Amao) (calcaire d'Erbray, grauwacke 
de Hierges) plus élevé que celui où l'on trouve Sp. paradoxus 
proprement dit. 

C'est pour nous une occasion d'insister sur la valeur du travail 
de M. Béclard ; l'érudition dont il a fait preuve et le mode de 
groupement des figures qui permet de comparer entre eux les 



236 D.-p. ŒHLERT i8 Mars 

types des difTérents paléontologistes, sont appelés à rendre les 
plus grands services; nous apprécions également l'esprit de 
synthèse de Fauteur, toutefois nous ne pouvons le suivre 
dans toutes les assimilations auxquelles il arrive, et nous ne 
pouvons accepter toutes les synonymies qu'il propose. 

C'est ainsi, pour ne parler que des espèces qui nous sont plus 
spécialement connues et que nous avons pu étudier d'après de 
nombreux spécimens, qu'il nous est impossible de réunir sous un 
même nom : Spirifer hystericus Schlotheim, S. Rousseaui, 
S. lœçicosta, S. Venus^ chacun d'eux possédant des caractères 
particuliers, bien constants, et occupant des couches spéciales. 
De même, nous ne pouvons considérer comme se rattachant à 
une seule espèce, Sp, Daleidensis Stein., tous les Spirifères 
coblenziens ayant des côtes dicho tomes dans le sinus et sur le 
bourrelet, tandis que ceux chez lesquels cette dichotomisation 
n'existe pas, devraient porter le nom de Sp, Trigeri. 

Spirifer (Reticularia) Dereimsi, nov. sp. 

(PI. VI, iig. aà 16) 

Coquille transverse, rhomboïdale, atteignant son maximum de 
largeur vers la moitié de la coquille, ou un peu en an»ièi*e de 
celle-ci. Valves presque également profondes, pourvues d'un 
sinus ventral et d'un bourrelet dorsal. Crochets saillants, celui 
de la valve ventrale dominant un peu celui de la valve dorsale, 
et devenant très rapprochés en se courbant l'un vers l'autre, mais 
sans jamais se toucher. Charnière droite, coui'te, accompagnée de 
deuxaréas peu développées. Angles cardinaux arrondis. Ligne 
palléale subrectiligne sur les côtés, sinueuse au lEront. Commis- 
sure tranchante. Surface ornée de nombreuses lamelles d'accrois- 
sement concentriques, imbriquées, espacées à intervalles larges, 
et assez régulières ; ces lamelles sont traversées, perpendiculaire- 
ment, par de très petits bourrelets rayonnants, très rapprochés, 
irréguliers, et interrompus par chacune des lamelles d'accrois- 
sement, au bord desquelles ils s'arrêtent brusquement, après 
s'être renflés et épaissis en des sortes de papilles qui servaient 
de base à des épines. Test imperforé. 

Valve ventrale avec un sinus étroit, arrondi, modérément pro- 
fond, mais bien accentué, et partant de la pointe du crochet. Les 
parties latérales de la valve se bombent de chaque côté de ce 
sinus, puis retombent en pente douce vers la commissure latérale. 



igoi 



FOSSILES DEVONIENS DE SANTA-LUCIA 



a33 



Crochet bien développé, à côtés arrondis, acuminé à son extré- 
mité, recourbé à angle droit au-dessus de Taréa ventrale et 
dominant le sommet de Tautre valve. Âréa triangulaire, petite, 
surbaissée, assez nettement délimitée, un peu concave, et ren- 
versée obliquement par rapport au plan longitudinal des valves ; 
sa surface est visiblement striée dans les deux sens. Toute la 
hauteur de Taréa, depuis le crochet jusqu'à la ligne cardinale, 
est occupée par Touverture triangulaire, très large, qui occupe 
environ un tiers de sa longueur totale. 

Valve dorsale avec un bourrelet étroit, arfondi, modérément 
saillant, bien délimité depuis le sommet jusqu au bord frontal 
par deux légères dépressions longitudinales ; sommet recourbé, 
saillant au-dessus du bord cardinal et surmontant une très étroite 
aréa située à peu près dans le plan de la valve. 

Les échantillons de cette espèce, varient un peu dans leur 
étendue en largeur, mais ils sont néanmoins toujours faciles à 
reconnaître, même lorsque la fine ornementation a disparu par 
décortication et que les valves paraissent lisses, à cause du 




b c 

Fig. I. — Spiri/er Dereimai nov. sp. 



bourrelet et du sinus médians étroits et nettement accusés, ainsi 
que par leur aspect général. Un certain nombre de spécimens 
présentent sur les côtés quelques traces de côtes rayonnantes 
(3 ou 4) larges et obscures, montrant ainsi une tendance à la 
plicature des parties latérales des valves. Les coupes longitudi- 



a38 D.-F. ŒULERT i8 Mars 

nales et transversales que nous avons faites dans cette espèce 
nous ont fourni les caractères suivants : les plaques fovéales sont 
assez bien développées ; les dents, fortement constituées, donnent 
naissance à deux longs cruras aux extrémités desquels apparais- 
sent deux apophyses triangulaires, indiquant Texistence d'une 
bandelette jugale qui a été résorbée ; les cônes spiraux dont la 
direction est un peu oblique, sont composés de neuf à dix tours. 

Ce Spirifer, par ses caractères généraux, aussi bien que par 
son mode d'ornementation, appartient évidemment smxjimbriati ; 
rinsuffîsance des cai^actèrcs chez nos échantillons, due à Tabsence 
des épines qui d'ailleurs sont très exceptionnellement conservées, 
nous empêche de décider d'une façon précise à laquelle des deux 
subdivisions (unicispinei ou duplicispinei) il appartient. D'autiint 
plus que MM. Hall et Clarke * signalent à cùté des unicispinei 
proprement dits, un groupe dont le développement est parallèle, 
qui, apparu dans le Niagara group, se poursuit jusqu'au sommet 
du Dévonien, et qui se rapproche des duplicispinei par la brièveté 
de sa ligne cardinale, son contour subcirculaire et les plis effacés 
de ses valves, caractères appartenant en propre au groupe des 
duplicispinei. 

Toutefois, à en juger d'après l'aspect extérieur, c'est à la sec- 
tion des duplicispinei, c'est-à-dire au groupe Reticularia, que 
doit se rapporter notre espèce. Le type de ce groupe, Sp, lineatus 
Martin, en est évidemment assez éloigné par sa forme arrondie, 
légèrement transverse, ou parfois allongée, ainsi que par l'absence 
d un sinus et d'un bourrelet proprement dits ; mais nous signa- 
lerons certains spécimens, entre autres celui que figura M'Coy 
lorsqu'il créa son genre -fle<tctt/arîa, dont le contour est rhom- 
boîdal, et chez lequel il existe un bourrelet et un sinus très nets. 

Nous retrouvons ces mêmes caractères chez les formes dévo- 
niennes, en particulier chez l'espèce des schistes de Budesheim, 
que M. Kayser - a considérée comme une variété du Sp. lineatus, 
mais qui évidemment en est assez éloignée pour constituer une 
espèce distincte. Notre forme, qui occupe un niveau inférieur, 
s'en distingue par un crochet ventral beaucoup moins élevé et 
moins redressé, et son aréa ventrale beaucoup moins haute ; à 
la valve ventrale au contraire, le crochet est plus saillant; 
enfin, le sinus, et principalement le bourrelet, sont beaucoup 
plus accentués, ce qui rend la commissure frontal plus sinueuse. 

I. Hall et Clarkb. 1893. Pal. 0/ N. Y., vol. VIII, part. 2, p. 19. 
a. Kayseu. 1871. Brach. Eifel. Zeit. Dent. Geo. Ges., t. XXm, p. 58a, 
pLXII, Uk. a. 



igOI FOSSILES DÉVONIENS DE SANTA-LUCIA 289 

Dans les étages des grès d'Oriskany, du Helderberg supérieur 
et d^Hamilton on trouve une forme Sp. fimhriatuH Conrad * ; 
toutefois, d après les figures données par Hall -, le contour 
palléal est plus largement arrondi, ce qui donne une forme moins 
rhomboîdale à Tensemble de la coquille ; le pli médian est plus 
anguleux au sommet et ses côtés sont plus divergents ; les côtes 
latérales sont en général beaucoup plus accentuées ; le crochet 
ventral, plus haut, est moins i*ecourbé ; enfin le profil des deux 
espèces est très différent par suite du bombement régulièrement 
convexe des deux valves, chez Sp, fimbriatus^ tandis que dans 
la forme d'Espagne, ce renflement n'existe que dans la région 
umbonale. 

Cette espèce a peut-être été trouvée déjà en Espagne, où elle 
aurait été désignée sous le nom de Sp. cuf valus Schlotheim •*. Sous 
ce nom, en effet, on a rattaché un grand nombre de formes sou- 
vent très différentes du type. Celui-ci a été très bien figuré par 
Schnur *, Quenstedt *, Kayser ^, etc. ; il est remarquable, prin- 
cipalement par l'élévation exagérée du bourrelet, dont les talus 
se confondent avec les parties latérales, rendant ainsi la valve 
dorsale fortement carénée et le bord frontal très sinueux. Le 
crochet ventral est beaucoup moins développé, plus recourbé 
vers le sonmiet dorsal, de telle sorte que Taiéa est petite. 

Cyrtina heteroclita Defrance, sp. var. intermedia Œhlert. 

(PI. VI, tig. 17 à 3/î). 

C. heteroclita var. intermedia Œhlert, i8d6. Ann, Soc. GéoL, 

t. XIX, p. 43. pi. m» fig, 29-34. 

Cyrtina heteroclita est représenté à Santa-Lucia par de nom- 
breux individus qui, en majeure partie, se rattachent k la variété 
que nous avons désignée sous le nom d* intermedia, pour indiquer 
qu'elle constitue un terme de passage enti'e le type de Defrance 
et d'autres formes à côtes plus nombreuses. Dans cette variété 

1. Le nom de Sp.fimhriatas ayant élé employé antérieurement à Conrad, 
par Morton i836, M. Miller (i883. Amer. Palœoz. F08., p. 298) a proposé de 
lui substituer celui de Conradana. 

2. Hall. 1867. Pal. of N. Y., vol. IV, p. 214, pi. 33, tig. 1-21. 

3. Schlotheim. 1820. Petref., p. 280, pi. XIX, fig. 2. 

4. Schnur. i853 Brach. Eifel, pi. XXXVI, lig. 2a, h, c, d. 

5. QuBNSTBDT 1871. Petref. Deutsch., pi. 55, fig. 23, 24. 

6 Kaysbr. 1889. Fauna des Hauptqnarz., p. 76, pi. XVl^fig. 11. 



a4o D.-p. ŒHLERT i8 Mars 

les côtes à un sommet arrondi, sont au nombre de 4 ^ 7 ^^ 
chaque côté du pli médian, lequel est un peu aplati. Uaréa est 
tantôt légèrement arquée, tantôt complètement plane. Ces carac- 
tères permettent de la séparer de la variété multiplicata de 
Davidson, et à plus forte raison de la forme de Ferrones dési- 
gnée par la letti^e A par de Verneuil, à laquelle d'Orbigny 
donna plus tard le nom spécifique d'Hispanica, nom qui a été 
conservé par Mallada. 

Les spécimens que nous avons étudiés sont toujours de taille 
beaucoup plus petite que les diverses variétés signalées par 
M. Barrois en Espagne et décrites et figurées par lui ^ ; ils en 
différent, en plus, par le nombre et la forme de leurs côtes, ainsi 
que par les rapports qui existent entre la longueur de la ligne 
cardinale, le développement de Faréa et le bombement des valves. 

On trouve également en Amérique, ainsi que Ta fait remarquer 
judicieusement M. Whidbome (Devon Fauna, t. II, p. 112), 
des variétés montrant une gradation ascendante vers les formes 
à plis plus nombreux. Nous citerons conmie exemple le Qyrtina 
DaZmam (Hall. P. N. F., vol. 3, p. 206, pi. a4* fig. a), qui est 
évidemment un équivalent du C intermedia d'Europe dont il se 
rapproche du reste par tout Fensemble des caractères. 

Cyrtina heteroclita est une forme qu'on rencontre dans toutes 
les assises du Dévonien, et dont l'extension horizontale est égale- 
ment très grande; à ces deux faits, si Ton ajoute que les spécimens 
sont souvent très nombreux dans une même couche, et surtout 
que certains caractères de l'espèce ont quelque chose d'excessif, 
tels que l'inégalité des valves, le développement du crochet ventral, 

— qui entraîne souvent une torsion de cette région de la coquille, 

— et enfin une grande diversité dans le nombre des plis, on voit 
combien cette forme se trouve dans des conditions favorables 
pour qu'apparaissent toutes sortes de variations étroitement 
groupées autour du type, mais pouvant cependant être séparées 
de celui-ci, soit qu'on les considère comme de simples variétés, 
soit qu'on en fasse des espèces distinctes, suivant le point de 
vue auquel on se place. Qu'il nous suffise de rappeler et de 
rapprocher en les comparant, la variété loeois Kayser, du 
Dévonien moyen de l'Eifel, caractérisée par sa surface lisse ou 
à côtes à peine distinctes ; la variété A. de Verneuil, du Dévonien 
moyen de Ferrones (= C. hispanica d'Orbigny, i85o), dont les 
côtes sont très nettes et très nombreuses, et la variété Demarli du 

I. Loc. cit. pi. X, tig. 8, p. 260. 



igOI FOSSILES DÉVONIENS D£ SANTA-LUCIA '2^1 

Frasnien de Ferques, qui possède les caractères de lu précédente, 
mais chez laquelle la division du bourrelet vient indiquer une 
nouvelle tendance à. la multiplicité des plis. En Amérique, les 
modifications sont encore plus profondes et les caractères qui 
séparent entre eux les Cj'rtina de ce groupe, sont devenus assez 
importants pour nécessiter la création, non plus de simples varié- 
tés comme en Europe, mais d'espèces très nettement caractérisées 
(Ex. : C. biplicata, rostrata, curvilineata, etc.). 

Toutes ces formes extrêmes, qu'on peut naturellement relier les 
unes aux autres par une série de types intermédiaires, tout en 
fournissant les preuves d'une variabilité extrême, montrent en 
même temps que, malgré cette malléabilité, le type heteroclita 
pris dans son sens le plus large, reste constant et conserve ses 
caractères primordiaux. L'un d'eux qui, d'ailleurs, a une valeur 
générique et sert à caractériser le genre Cyrtina^ consiste dans la 
disposition des plaques dentales et du septum de la valve ventrale. 
Ce fut ce caractère qui servit de base à Davidson pour établir son 
genre Cjyrtina et le séparer de Qyrtia, avec lequel il avait été 
confondu jusqu'alors par suite de son aspect externe, si semblable 
à première vue. L'existence des perforations du test dans le 
premier de ces deux groupes, et leur absence dans le second, 
n'avait pas semblé un motif suffisant pour une distinction géné- 
rique. Quant aux spires, on soupçonnait bien leur présence dans 
le nouveau genre Qyrtina, mais on n'avait pu la vérifier. David- 
son s'appuya donc seulement sur la disposition de la chambre en 
forme de V (« V shaped chamber ») située à la valve ventrale, 
et constituée d'après lui par la convergence des plaques dentales, 
s' unissant vers le milieu de leur parcours pour former un septum 
médian : disposition qu'il comparait à l'auget ventral de Pen- 
tamerus (Conchidium) Knighti, Les coupes qu'il donne pi. XIV, 
fig. 8, semblent, en effet, confirmer cette vue, d'après laquelle 
le septum est formé par la réunion des deux lamelles dentales 
accolées. Nous ferons toutefois remarquer que dès cette époque, 
Bouchard avait reconnu que dans C Dernarli, le septum se 
continue jusqu'au-dessous du deltidium, au milieu de l'espace 
resté libre entre les plaques dentales. Ce caractère, que David- 
son considère comme spécial à C Demarli et qu'il n'avait pas 
retrouvé, disait-il, chez C. heteroclita et C. septosa^ pouvait cepen- 
dant être constaté dans ces deux formes, car la figure de C. hete- 
roclita publiée antérieurement par l'auteur lui-même, dans son 
Introduction à étude des Brachiopodes (pi. YI, fig. 64) montre 
bien l'existence du prolongement du septum dans cette partie des 

5 Septembre 1901. — T. i^r. Bull. Soc. Géol. Fr. — 16 



24*i l>-l'- CËHLERT l8 Mai'S 

valves. Quant au C, septosa^ on peut également y observer Texis- 
tence de ce même caractère, car dans Tune des figures (Davidson. 
Brit, Carb. Brach., pi. XTV, fig. lo) représentant un moule 
interne, on voit que le remplissage de Tauget ventral est fendu 
longitudinalement, et qu'une partie de la lame septale libre est 
encore conservée en place. D'ailleui*s, la plupart des échantillons 
de Cyrtina, lorsqu'ils scmt bien conservés, laissent souvent voir 
le prolongement du septum qui apparaît au fond du foramen 
comme une petite lame fine et tranchante ; celle-ci. bien que 
n*étant pas mentionnée dans les descriptions, est en général 
indiquée dans les figures. 

L'importance du septum et des plaques dentales, ainsi que la 
genèse et le rôle de ces cloisons, ont été récemment mis en lumière 
par M. Beecher, et par M. Clarke. L'étude qu'ils en ont faite 
d*une façon générale et les conclusions qu'ils en ont tirées pou- 
vant être éclairées par un examen minutieux de la structure du 
sommet ventral de Cyrtina heteroclita et de ses formes alliées, 
nous avons pratiqué un grand nombre de sections qui nous per- 
mettent d'apporter quelques faits nouveaux. Rappelons tout 
d'abord qu'il y a lieu de distinguer le deltidium formé d'une pièce 






Fig. a. — a, Deltidium de Clitambonites \ b, Plaques deltidiales 
de MageUania; c, Pseudo deltidium de Cyrtina. 

unique (Clitambonites) (fig. a, a), et les plaques deltidiales : 
ces dernières pouvant rester distinctes {Magellania) (fig. 2, b), 
ou bien se souder si intimement sur la ligne médiane qu'elles 
prennent l'apparence d'une pièce simple ou pseudodeltidium 
(CrrHnà)(iig.fi,c)i. 

D'après les vues de M. Beecher, interprétant les recherches 
embryogéniques de Kowalewsky sur Thecidea {Lacazdla) et Cis- 
telUiy le deltidium et les plaques deltidiales, bien que remplissant 
le même rôle, n'ont ni la même origine, ni la même structure. En 

1. MM. Hall et Clarke ont proposé le nom de deltarium pour l'ensemble des 
plaques deltidiales désunies ou soudées, et celui de deltaria pour chacune 
d'eUes prise séparément. 



1901 FOSSILES DÉVONIENS DE SANTA-LUCIA l^i 

effet, tandis que le deltidium, qui apparaît dès les premiers stades 
embryonnaires, est sécrété par le troisième lobe, ou lobe caudal, 
dont il occupe la face dorsale, les plaques deltidiales au contraire 
sont une dépendance du lobe moyen ; elles se montrent longtemps 
après les stades larvaires et sont sécrétées par des expansions de 
la partie ventrale du manteau qui enveloppe le pédoncule. Comme 
conséquence, on constate certaines diirérences entre la structure 
du deltidipm et celle des plaques deltidiales : par exemple, le 
deltidium ne présente jamais de perforations, alors même que les 
valves en sont pourvues, tandis que les plaques deltidiales au 
contraire sont perforées ou imperforées, suivant que ce caractère 
existe ou non dans les valves. 

Ainsi protégé du côté externe, la base du pédoncule Test égale- 
ment, dans bien des cas, à Tintérieur même de la valve ventrale, 
par le développement et la convergence des plaques dentales, 
réunies suivant la ligne médiane, pour former ce qu'on appelait 
autrefois Vauget ventral et ce que MM. Hall et Clarke désignent 
actuellement sous le nom de spondylium. Le spontfy'lium, rudi- 
mentaire ou très développé, qui ne serait qu'une modification de 
la gaine pédonculaire originaire, a toujours eu, à un moment du 
développement, sa contre-partie correspondante qui est le delti- 
dium ; ces deux pièces forment un ensemble, ou protodeltidium^ 
qui laisse au centre une cavité à section plus ou moins triangulaire, 
que nous désignerons sous le nom de chambre pédonculaire. 

Le spondyiium étant constitué par les plaques dentales, qui 
chez un certain nombre de genres se réunissent et se prolongent 
jusqu'au fond de la valve, on peut se demander si, dans ce cas, ce 
prolongement est dû à la continuation des plaques réunies 
et accolées, ou s'il existe une cloison médiane indépendante cons- 
tituant le véritable septum. Les modifications que Ton observe 
dans la dii*ection des plaques dentales qui, suivant les groupes, 
peuvent être divergentes, parallèles, ou convergentes, et s'unissent 
parfois en restant visiblement accolées, comme dans les Penia- 
meridap, sembleraient prouver à première vue que le mode de 
construction est toujours le même, si certains genres, Spiriferina 
par exemple, ne nous montraient un septum central isolé et 
bien développé, existant concurremment avec deux plaques den- 
tales bien distinctes. 

La série de sections que nous donnons ici (fig. 3, I à IV) a été 
faite sur un spécimen de Spiriferina rostrata, pi'ovenant du 
Lias supérieur d'Âlbarracin, Espagne; l'étude des caractères 
internes de cette espèce nous a été facilitée par les nombreux 



a44 



D.-P. OiULERT 



iSMars 



échantillons que M. Dereims a recueillis dans cette localité, et 
qu'il a bien voulu nous abandonner. Les coupes montrent non 
seulement la disposition des plaques dentales et du septnin, 
mais aussi leur stmctnre. 




Pig. 3. — Sections de Spiriftrina rottrata. 



On constate premièrement que ces cloisons, résultant d'im repli 
interne du manteau, sont constituées par deux coucbes accolées 
l'une k l'autre et dont l'épaisseur variable indique que la sécrétion 
calcaire a été plus abondante sur certains points ; de plus, on 
voit que les plaques dentales réunies d'abord à l'extrémité du 
septum (coupe I) par une callosité interne, s'en détachent bientôt 
(coupe II), en gardant seulement la protubérance interne qui ne 
disparaît que graduellement. Le septnm devenu libre diminue 
alors de hauteur, en même temps que les plaques dentales s'amin- 
cissent et finissent ]>ar se rompre, montrant alors dans les coupes 
d'une part, leurs extrémités adhérant au fond de la valve ; de 
l'autre, c'est-è-dire de chaque cflté de l'ouverture triangulaire, 
leur point d'ongine qui bientôt va supporter les dents. 

Ces caractères si précis chez Spiriferina, — soit, l'existence d'un 
septuni et de plaques dentales, — se retrouvent également chez 
Cyrtina, mais cette fois modifiés et en quelque sorte cachés par 
suite de la fusion de ces plaques sur la ligne mcdianc. 

Le prolonge meut du septum au milieu de la cavité pédnncolaire 
de Cjrtina. dont nous avons déjà parlé plus haut et qui a été 
signalé pour la première fois par Bouchard, est nettement Sgnré 



igoi 



FOSSILES DEVOXIENS DE SANïA-LUCIA 






dans les coupes données par MM. Hall et Clarke ; ces auteurs ont 
non seulement montré d'une façon évidente Texistence de ce 
caractère, mais ont encore indiqué qu*à la rencontre du septum et 
des deux plaques dentales, il existe une chambre tubulaire qui, 
ainsi qu'ils l'ont observé chez Cyrtina rostrata, paraît être traver- 
sée par le septum médian, venant la diviser, disent-ils, d'une façon 
irrégulière en deux compartiments. Cet appareil serait, d'après 
eux, Thomologue du tube de Syringotkyris, 

Les coupes, au nombre de plus de 5oo, que nous avons faites 
sur des crochets ventraux de plusieurs espèces de Cjrrtina pro- 
venant de France, d'Allemagne, de Bohème, d'Angleterre et 
d'Espagne, nous ont montré qu'on pouvait, à l'aide d'échantillons 
dans de meilleures conditions, pousser plus loin l'étude de cet 
appareil interne et arriver à des conclusions plus précises. Les 
faits observés étant bien constants dans toutes les espèces que 
nous avons examinées, nous avons figuré de préférence les coupes 
faites dans un spécimen de Ç/rtina hispanica d'Orb. (= C. hete- 
roclyta var. A, de Verneuil) dont la taille, plus considérable que 
celle de tous les autres échantillons qui nous ont passé par les 
mains, nous a permis d'obtenir plus de 4^ sections dans le seul 
sommet de la valve ventrale ; cet échantillon a de plus l'avantage 
de provenir d'un gisement où la différenciation entre le remplis- 
sage interne et le test est très accusée et en facilite l'étude. 





Fig. 4» — Sections de l'extrémité apicale du crochet ventral de Cx^Una 
heteroclilay passant à la hauteur du foramen. 



Lorsqu'on use le crochet ventral suivant une série de plans per- 
pendiculaires à celui de l'aréa, on remarque d'abord la cavité pédon- 
culaire largement ouverte, et pourvue au fond d'une petite crête 
à sommet très aigu. Cette crête bientôt s'élargit, se renfle, et on y 
distingue alors une cavité centrale, à section piriforme, divisée en 
deux parties par une cloison médiane très ténue; cet appareil, que 
nous désignerons sous le nom de tichorhinum à cause de sa forme 



i^6 D.-r. ŒHLBRT 



et de sa disposition cloisonnée, est situé sur le prolon{^ment do 
septum médian (Ûg. 4) dont il n'est d'ailleurs que la contiuuation ' ; 




Fig. £ 



le septum médian 



I que très mince, laisse cependant très 
nettement distincte la 
li^e de séparation entre 
les deux lamelles qui le 
constit'ient, ligne qui se 
poursuit également dans 
la cloison divisant lu cavité 
piriforme. Le septum est 
îlanqué des deux plaques 
dentales qui sont venues 
s'accoler contre loi ; par 
suite de cette disposition, 
le septum, dans cette par- 
tie de la valve, ne se 
trouvant plus en contact 
avec le manteau, cesse de 
se développer en épais- 
seur, de méiue que les 
plaques dentales ne peu- 
vent plus s'accroître que du côté externe. I^e septum médian. 

I. Le double tubnlnre qui existe dann le tlchurbinam étant trèK petite, 
son remplissage ne s'est pas toujours etTectné d'une façon complète A l'aide 
des matières étrangères qui oot pénétré dans la cavité palléale et dans le 
spondylium, et e'est pourquoi ellf est souvent occupi'e pur un dépôt de 
carbonate de chaux. Du reste, il arrive souvent, ainni qu'on le voit en 
faisant des sections, que la coquille n'est remplie qu'en partie par des 
matières terreuses: argile, sable, ou boue calcaire; cellea-ci n'orcupcnt ■ 
dans ee eos que In partie des valves qui se trouve la plus ijiférieure pnr 
rapport à la station, d'ailleurs variable, prise après la mort de l'animal et 
elles laissent niors au sommet une chambre vide dans laquelle l'eau char- 
fée de carbonate de chaux est venue former une masse cristalline. 




f()OI 



FOSSILES DEVONIENS DE SAXTA-LUCïA 



^1 




Kig. 7. — Section nionlrant à rinté- 
rieur des plaques dentales, les 
traces des dents. 



bien que très mince, conserve cependant son individualité entre 
les deux plaques dentales et, 
en général, est très distinct 
dans les coupes, tout au moins 
dans la partie apicale de la 
valve ventrale: on y distingue 
même les deux fines lamelles 
qui le constituent sur toute sa 
longueur. Par suite de Taccole- 
ment des deux plaques dentales 
sur chacun de ses côtés, le sep- 
tum, ne se trouvant plus en con- 
tact avec le manteau, na pu 
accroître son développement 
externe et c'est ce qui explique 
son peu d'épaisseur. Les coupes 
suivantes monti*ent comment 
tout Tensemble de cet appareil 
continue à recevoir des couches 
calcaires, qui viennent se dépo- 
ser sur les parois de la cloison 
médiane en remontant un peu 
le long des plaques dentales : 
on remarque, dans l'épaisseur 
de celles-ci, une série de zones 
concentriques indiquant leur 
mode d'accroissement et faisant 
prévoir la façon dont elles vont 
se terminer contre le septum. 
Bientôt, en edet, on les voit 
s'amincir de chaque côté du 
tichorhinum, puis s'interrom- 
pre, en laissant seulement à la 
base de ce dernier, quelques 
traces qui disparaissent rapide- 
ment. Le septimi i*este alors 
seul, montrant toujours à son 
extrémité la section complète 
du tichorhinum quon voit 
encore pendant quelque temps 
et qui finit elle-même par deve- 
nir incomplète par suite de l'interruption qui se produit dans 




Fig. 8 — Section montrant le mode 
d'accroissement des plaques den- 
tales et la continuité du septum 
entre celles-ci. 



D.-P. CEHLERT 



les parties latérales. Celles-ci disparaissent gmduellement, ne 
laissant bientôt plu» qu'une expansion de fuime transverse à 




^ig- 9' — Sretioiig montrant la faïon dont les parois du spondytiuro 
s'interrompent pour laisser le tichorhinuin lil>re. 



l'extrémité dn septum et un li-ger l'enflement indiquant la base du 
tichorhinum : ces caractères s'eQaceiit à leur t«ui- et il ne l'esté 
plus que la base du septuin. 




ives dn tichorhinum i 
le voit disparaître 



Irant la façon <lont un 



Dans cette série de coupes, le pseadodeltidium n'apparaît qu'à la 
section i-epi-éseotée fig. 5, les coupes précédentes se trouvant au 
niveau dn foramen. Le pseudodeltidium est nettement perforé 
et a une structure analogue à celle des vulves ; il est limité laté- 
ralement par la base des plaques dentales qui ne présentent 
aucune trace de perforations. <^uant a la suture médiane indi- 
quant la jonction des deux plaques deltidiales. elle a dû s'eiracer 
et nous n'avons pu constater sa présence. 

Si l'on essaie, d'après ces coupes, de reconstituer la disposition 



Î9OI FOSSILES DÉVONIENS DE SAXTA-LrcIA Îl49 

générale des cloisons, on voit tout d'abord que le sommet de la 
valve ventrale est divisé en trois compartiments, dont Tun, plus 
petit, forme la chambre pédonculaire, constituant un spondylium 
analogue comme forme à celui des Pentamères, mais en différant 
par sa structure ; en effet, chez ces demiei's la cloison médiane 
est constituée seulement par les deux plaques dentales devenues 
parallèles et accolées, tandis que dans Cyrtina cette cloison a 
conmie partie fondamentale un septum initial bien distinct, contre 
lequel viennent s'apposer les plaques dentales, tout cet ensemble 
s'augmentant par des dépôts latéraux successifs. 

Du fond du spondylium s'élève le tichorhinum, faisant une assez 
forte saillie, mais laissant toutefois dans la partie antérieure un 
large espace libre pour le pédoncule ; en se reportant aux coupes, 
on voit que les plaques dentales viennent s'appliquer contre la base 
du tichorhinum qui fait partie intégrante du septum dcmt il n'est 
que la continuation. 

Quant au rôle de cet appareil, il reste encore hypothétique; 
nous pensons, toutefois, qu'il pouvait servir à loger les muscles 
pédonculaires ventraux : ceux-ci cheminant graduellement vers 
l'avant, en même temps que s'allongeait cette sorte de cornet à 
double compartiment. Cette disposition de muscles, logés dans des 
cavités tubulaires plus ou moins développées, se retrouve d'ailleurs 
dans d'autres genres, et en particulier dans Douvillina (D. Dater- 
treî) parmi les Articulés, et dans Trimerella {T. grandis) psirnâ les 
Inarticulés. L'identification faite par MM. Hall et Clarke, entre la 
chambre tubulaire de Cj^rtina et le tube fendu de Sy^ringothyria, 
ne nous parait pas suffisamment établie, car dans le premier cas 
cet appareil est une dépendance du septmu, tandis que dans l'autre 
il est produit par les plaques dentales ; 
de plus, la portion du tube de Syringo- 
thyris, placé à l'arrière de la cloison 
transverse, sa fente longitudinale, l'ab- 
sence de division interne, lui doiment FIg. 11. — Section trans- 
un ensemble tout différent (fig. 11) ; faute versale du crochet de la 

d'échantillons bien conservés, nous valve ventrale de SrnV 

..,.,.. /îro//irrw (Davidson). 

n avons pu en étudier la structure, mais r> ^ \ 

nous pensons d'après les figures qui ont été données par Winchell, 
Davidson, Hall et Clarke, que la cloison transversale peut être 
comparée aux deux callosités qui, chez Spiriferina, relient les 
plaques dentides entre elles pour former le spondylium (fig. 3) ; 
ces protubérances, ainsi que le montrent nos coupes, disparaissent 
assez rapidement dans ce dernier genre, mais chez certains Spiri- 




q5o oehlbrt. — ^ FOSSILES r>Kvo^m5N^ DF 8ANTA-LUCIA i8 Mars 

fères, Spirifer VerneuilU par exemple (fig. la), elles ont une plus 
grande importance -et se voient sur presque toute la hauteur de 




Fijç. 12. — Section transversale de Spirifer VerneuilU, 

Taréa, sous la forme d'une cloison transversale (fig. 12 a) qui se 
prolonge en deux crêtes aiguës (fig. lab). 



EXPLICATION DE LA PLANCHE VI 



Fijç. I. — Spirifer Boulet, n. sp : jçr. nat. 

Fi|ç. a a 16. — Reticularia Dereimsi, n. sp.; gp. nat. 

Fig. 17 à 3$. — Cyrtina heterocliia Defrance, var. iniermedia Œhlert; 17, 
gr. nat.; 18 a 34. gross. i i/a. Divers spécimens, pour luontrer combien 
cette espèce est variable, en conservant toujours néanmoins les caractères 
qui loi sont propres. 



Séance do f AvpII f BOt 

PRESIDENCE DE M. L. GAREZ, PRESIDENT 

M» L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
séance précdente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Le Président proclame membre de la Société : 

M. Pierre ESspinas, Licencié ès-sciences, présenté par MM. Haug 



et Gentil. 

Une nouvelle présentation est annoncée. 

M. Albert Gaùdry présente à la Société géologique un tirage 
à part de la note sur les découvertes de Sokolki , adressée derniè- 
rement à r Académie des Sciences par M. Âroalitzky ; il montre 
en même temps des photographies envoyées par le savant géologue 
russe, et s'exprime ainsi : 

Je crois devoir appeler l'attention des membres de la Société 
géologique sur les fouilles que M. Amalitzky a entreprises dans 
le Permien du bassin de la Dwina supérieure à Sokolki, gouver- 
nement de Vologda, nord-est de la Russie. M. Amalitzky nous 
annonce qu'il a déjà découvert quinze à vingt squelettes de 
Pareiasaurus dont quelques-uns atteignent une longueur de 
4 mètres, quatre squelettes de reptiles longs de a mètres, offrant 
de la ressemblance avec les Rhopsdodontes, des ossements de 
Dicynodontes, beaucoup de Théromorphes nouveaux et probable- 
ment des Dinosauriens . enfin, quelques squelettes de Stégocé- 
phales (Melanerpeton et autres). 

Nous ne pouvions nous attendre à voir un pareil rassemblement 
de grands quadrupèdes dans un terrain qu'on attribue au Pri- 
maire, et nous sommes embarrassés pour dire ce qui marque la 
limite des Êtres priniaires et des Êtres secondaires. Je crois être 
l'interprète des sentiments de nos confrères, en envoyant nos 
vœux à rhabiie explorateur du Permien de Sokolki, pour la conti- 
nuation de ses étonnantes fouilles. 

M. E. de Martoxine oilre à la Société plusieurs brochures dont 
il est l'auteur : i° Le levé topographique des cirques de Gauri et 
Galcescu (Massif du Paringu) (Extr. Bul. Societâtii Ing^nerilor 
ci industriaçilor de Mine Bucarest. 1900, 4^ P-i carte au lo.ooo*). 
— a" Contribution à F étude de la Période glaciaire dans les Kar- 
pates méridionales (Extr. Bul. delà Soc. géol. de France, 1900). — 



aSa dÉANGE DU ï*"^ avril T901 

3" Recherches sur la période glaciaire dans les Karpates méridio- 
nales (Extr. Bul. Soc. des Se. de Bucai^est, 1900, 60 p., 7 fig., 4pl*)- 
— 4" Sur la formation des cirques, communication faite au Congrès 
des Sociétés savantes à la Sorbonne en 1900 (Extr. des Annales de 
Géographie, X, 1901). — 5» La Roumanie (Extr. de la Grande 
Encyclopédie, in-ia, 7a p.). 

M. Emm. de Margerie présente, au nom des auteurs : MM. L. 
Duparc, L. Mrazec et F. Pearce, la carte géologique du 
Massif du Mont Blanc. 

M. Aug. Dollot : Sur les travaux en cours d'exécution du 
Métropolitain y entre la Place de V Étoile et la Place de la Nation, 
par les Bouleçards extérieurs. 

Les puits de sondage creusés en 1900 sur les boulevards de la 
Chapelle et de la Villette et cette année boulevard de la Chapelle, 
aux abords du Chemin de fer du Nord, ont montré que dans cette 
zone, l'épaisseur du travertin de Sàint-Ouen atteign^ait oo mètres. 

Aux deux tiers de la hauteur il existe une récurrence marine, en 
deux couches, qu'on retrouve boulevard de Courcelles et boulevard 
de la Chapelle, en concordance d^altitude. 

Le gypse a été Tobjet d'une exploitation intensive entre le Chemin 
de fer du Nord et le Chemin de fer de TEst, dans le travertin. 

On a pu ^'en rendre compte par les puits qui en ont traversé 
toutes les couches, d'une puissance totale d'environ 6 mètres, et 
d'anciennes galeries remblayées. 

Les fouilles de fondation des piles du viaduc, près du Chemin de 
fer du Nord, à l'ouest, ont permis de reconnaître la position exacte 
des marnes à Pholadomya ludensis, de la quatrième masse du 
gypse et des sables verts. 

La quatrième masse du gypse est formée de deux couches : celle 
supérieure ayant o m. gS et celle inférieure i m. i4 d'épaisseur 
moyenne, séparées par de petits bancs de marne, gypse, calcaire 
et sable, sur une épaisseur d*environ o m. 87. A Test, entre le 
Chemin de fer du Nord et la rue de la Chapelle, les puits qui ont 
près de 3o mètres de profondeur, ont été descendus jusqu'à l'eau, 
qui correspond au niveau supérieur des sables de Beauchamp 
caractérisés en cet endroit par une couche calcaire fossilifère. 
L'altitude du sommet des sables de Beauchamp, boulevard de la 
Chapelle, concorde avec celle reconnue par un forage, boulevard 
de Courcelles. 



Séance da 13 Avril IBOt 

PRÉSIDENCE DE M. E. HAUG, VICE-PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Le Président proclame membi*e de la Société : 

M. Emile-Edouard Lonclas, Chef de gare à OUioules (Var), 
présenté par MM. Peron et Michalet. 

Le Président souhaite la bienvenue à M. Garl Schmidt, Profes- 
seur de géologie à l'Université de Bâle. 

Le Président annonce que le Congrès national des Sociétés 
françaises de géographie tiendra, à Nancy, sa XXII« session, du 
i«r au 5 août igoi. 

11 donne lecture d*une lettre du Ministre de l'Instruction publique 
et des Beaux-Arts, l'informant que la Société royale de Londres 
vient d'entreprendre la publication d*un Répertoire international 
de bibliographie scientifique comprenant annuellement 17 volu- 
mes, dont quatre seront consacrés à la Minéralogie, la Géologie, 
la Géographie mathématique et physique, la Paléontologie. Le 
prix de chaque volume séparé variera entre les limites extrêmes 
de 10 et 45 francs. 

M. P. LiOry, présente deux notes : lo Les cirques de montagne 
(Ext. Revue des Alpes Dauphinoises) ; !i<> Sur les principaux types 
de vallées des Chaînes Subalpines dans Tlsère et les Hautes-Alpes, 
et sur leurs rapports avec la tectonique (Ext. Bull. Soc. Statistique 
de risère). 

Le Président constate avec plaisir que des auteurs de plus en 
plus nombreux s'occupent de cette captivante question des cirques 
et de l'érosion glaciaire, qui, tout récemment, a fait l'objet de si 
beaux travaux de la part de MM. Richter, Penck, W. M. Davis et 
de notre confrère M. de Martonne. 



DÉCOUVERTE DE CALCAIRE A NUMMULITES, DANS LE PETIT 
SYNCLINAL DE LA GOURRE, PRÈS DE SÉDERON (DROME) 

par M. TV. KILiIAN 

Ce gisement, découvert par Taateur, à 4^ kiL à Touest de 
Sisteron et non loin du Mont Yentoux, est distant d'environ 
65 kiL de Taffleurement numniulitique de Faucon (Basses-Alpes), 
décrit par M. Haug, le plus occidental qu'on connût jusqu'à présent 
dans les Alpes françaises. Il se compose d'assises verticales 
pincées dans les calcaires du Crétacé inférieur. Le calcaire de la 
Gourre est fortement zoogène et cristallin, à rares grains de 
glauconite, il se délite en dalles et contient à côté d'Huîtres et 
de Pecten indéterminables, de très nombreux et très beaux 
Bryozoaires, des Lithothamnium d'une conservation remarquable, 
des débris d'Echinodermes et de nombreux Foraminifères (? Gyp- 
siruiy Textularia^ Millioles, etc.) parmi lesquels des Nummulites 
de très petite taille, très souvent détruits par la recristallisation 
qu'a subie la roche. Reconnues d'abord, avec la plus grande netteté, 
dans des préparations (détermination confirmée par M. le Prof. 
Steinmann), ces petites Nummulites ont été retrouvées par M. 
Kilian, au moyen de la loupe, dans des échantillons qu'il vient de 
recueillir à la Gourre, au cours d'une récente exploration de cette 
localité, qu'il vient de visiter à nouveau avec le plus grand soin. 

Une note détaillée fera connaître les résultats de l'examen 
microscopique des nouvelles préparations de ce calcaire qui vont 
être faites et qui permettront peut-être de fixer définitivement 
l'âge du Calcaire à petites Nummulites de la Gourre qui est en 
relations avec des sables, des argiles bariolées et des marnes à 
galets calcaires analogues à ceux du gisement oligocène d*Eyga- 
layes, décrit par M. Paquier et peu éloigné de Séderon. 

On conçoit facilement l'importance qu'aurait pour l'histoire des 
mers éogènea dans le bassin du Rhône, la détermination exacte de 
ce lambeau marin situé dans une portion des Chaînes subalpines qui 
passait pour être restée en dehors du domaine maritime jusqu a 
l'époque du Miocène inférieur. En tous cas, la découverte de cal- 
caire à Nummulites, près de Séderon, permet d'ores et déjà d'allir- 
mer qu'il convient de reporter le rivage de la mer numniulitique 
bien plus à Vouest qu'on ne l'admettait Jusqu à présent. 



OBSERVATIONS STRATIGRAPHIQUES 
DANS LE NORD DU MASSIF DU VERCORS 

par M. P. LORY. 

On connaît la division longitudinale très nette da massif du 
Vercors en deux parties, délimitées par le pied ouest de Tanti- 
clinal de Fourvoirie, c*est-à-dii*e, sur la plus grande partie de la 
longueur de ce pli, par la ligne d'étirement qui Taecidente, la 
célèbre Jaille de Voreppe, Seule la partie située à l'est est au 
point de vue tectonique le prolongement de la Chartreuse. 

Dans la partie de la bande occidentale comprise sur la feuille 
Grenoble au 80.000°**, la série stratigi*aphique présente nombre de 
particularités intéressantes, indiquées d'ailleurs depuis longtemps, 
pour la plupart, par A. Gras et Ch. Lory. 

Depuis le Portlandien, étage le plus ancien qui aiHeui'e, jusqu'à 
rUrgonien, cette série est continue K Je rappelle que la limite du 
faciès subrécifal à Polypiers et Chamacées, qui, au sud de Tlsère, 
se dirigeait vers le sud-ouest à l'époque du Portlandien et du Ber- 
riasien (calcaires de TEchaillon), se déplace au Yalanginien moyen : 
jusqu'au sud de Saint-Gervais ces calcaires blancs massifs, oolithi- 
que;s par places, forment une intercalation puissante dans les 
couches du Fontanil. 

Après le dépôt des calcaires urgoniens supéneurs (Aptien 
inférieur), les lacunes et les ravinements apparaissent. C'est 
d'abord l'absence du Gargasien, complète dans la partie étudiée, 
puisque les « couched supérieures à Orbitolines » font défaut au 
nord de Romeyère. M. Paquier, qui a discuté avec beaucoup de 
sagacité les interprétations que l'on peut donner de cette lacune -, 
adopte l'idée, formulée par Ch. Lory en i85îi •*, d'un exhaussement 
du Vercors au Gargasien, suivi d'une dénudation ; mais il regarde 
une émersion comme peu probable, et elTectivement les courants 
de transgression du Gault peuvent avoir suffi à produire un 
décapage général du fond. L'importance de cette dénudation a 
varié suivant les points : elle « n'a laissé subsister que de petits 
lambeaux des marnes à Orbitolites et a rongé d'une manière 

I. J'ai résumé ses caractères les plus saillants dans les NoL géoL aar diven 
points dru Alpea françaises (en coUab. avec M. Kilian, 1900). 
9. Diois et Baronnies, p. 9i5, ai6, aai. aaii. 
3. Chartreuse, p. ^5. 



Î256 p. LORY. — OBSERVATIONS STRATIGRAPHIQUES l5 Avril 

inégales les conches supérieures des calcaires à Caprotines ^ ». 
Ces inégalités paraissent indiquer des ébauches de ridements, 
M. Paquier l'a fait observer (1. c, p. aaa) pour les lambeaux de 
marnes, qui doivent être les traces de synclinaux. Inversement, 
les points où la masse calcaii^e supérieure de TUrgonien est nota- 
blement réduite (ce cas existe, contrairement à ce que pense notre 
confrère), devaient appartenir à des anticlinaux. Il y a de ces 
points près de Feyssole et près de Veurey : dans cette dernière 
localité, le long de la Varaize, moins de dix mètres séparent le 
Gault de lits marneux à Orbitolincs appartenant à Tassise 
moyenne de l'Urgonien. 

Le Gault inférieur, le calcaire dit « lumachelle », débute aux 
Ecouges par une plaquette à faciès zoogène spécialement net, 
chargée de Spongiaires (Cupulochonia?) et à* Alectrj'onia du 
groupe de flabellata. Le grès phosphaté, qui plus à Test repré- 
sente le reste du Gault, fait défaut dans cette bande au nord 
de Romeyère. D'ailleurs on voit l'épaisseur de la lumachelle 
elle-même varier de 7 à a mètres, et, en quelques points, elle 
manque entre l'Urgonien et le Sénonien. La lacune, qui, dans tous 
ces massifs subalpins du nord, existe sous le Campanien, descend 
donc ici plus bas que d'habitude ; elle monte aussi plus haut, 
conune Ch. Lory l'avait mis en évidence - : les premières cou- 
ches sénoniennes ne correspondent qu au sommet des lauzes k 
Bryozoaires ^, ou même plus au sud, appartiennent déjà aux 
calcaires à silex ^. G^est la région occidentale qui a dû fournir 
les graviers de Gault répandus aux environs de Grenoble jusque 
dans cette seconde assise du Sénonien. Cette partie du massif a 
dû rester surélevée plus longtemps que le reste à la suite des 
mouvements antésénoniens. 

Les mouvements éogènes y ont été plus sensibles encore : il y 
avait des saillies formées dès l'Eocène inférieur, alors que les 
crevasses de lapiaz, les puits, les grottes, creusés dans ce territoire 



I. Ch. Lory, p. 75. 

a. Cf. notamment Deacr, Dauphiné, p. 356. 

3. Cf. P. Lory, B, S. G, F, (3), XXVIU, p. 781. La constitulion de ces 
premières couches est bien voisine de celle des lauzes supérieures, iigurée 
par MM Ilovelacque et Kilian (Alb, de Microphoto f^raphies), et s'éloi- 
gne au contraire de celles des calcaires à silex, à petits Foraniinifères et 
spicnles. qui les recouvrent, — C'est par suite d*un lapsus, évident d'ail- 
leurs, que dans l'article ci-dessus il est question de la partie « orientale » 
du Vercors, au lieu de « occidentale». 

4. V. Paquier. op. c, p. 289. 



Sot€ de M. V Cauthior 



Bull. SocGèol.de France. 




F Gauthier, dcl.etlilb. Imp.Lan 

Noetlingia Monteili Gsulhier 



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Bull. Soc. Géol. de France »'"• Série. T.I PI. IV 




PIralalTpie Sohbr. OMmrJfiijr-ifllin 
Révision des HvnicoUiéridés européens 



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Bull. Soc. Géol. de France i"" Série. T. I W. V 

(S.-niir«- rf.i I Mur» 1901) 




OMtéi Sotaicr 



PhalDlfide Sohli 

Révision des Hyracothcridcs européens 



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Bull. Soc. Gôol. de France. a* Ssrii, T. I, ?i, 71. 







Kosailaa Dêvoniena de SanU-Lucia 



I90r DANS LE NORD DU MASSIF DU VERGORS !l5'J 

émergé, s'emplissaient de sables réfractaires *. Car, entre autres 
raisons, il fallait des pentes notables pour permettre aux ruisseaux 
de transporter les gros galets de calcaires crétacés demi-roulés 
que Ton voit çà et là se mêler aux sables. Mais c'est surtout la 
transgression burdigalienne - qui met en évidence le redressement 
des couches : il est en général d autant plus marqué (Ch. Lory a 
insisté sur ce fait) que Ton est plus loin des chaînes alpines. Il y a 
par endroits, comme vers la scierie des Ëcouges. une véritable 
discordance. Vers l'est, il devait y avoir un haut fonds vers 
Planfay (massif de la Chartreuse), où localement le substratum 
est rUi^onien comme à l'ouest. 

En résumé, antérieurement aux grands plissements on constate 
une dilTérenciation de la bordure occidentale par rapport au reste 
des massifs calcaires, les mouvements orogéniques y étant moins 
insensibles et l'aflaissement à certaines époques plus tardif et plus 
lent. Manifestement, durant une grande partie du Secondaire cette 
bande s'est trouvée voisine du bord du géosynclinal alpin. 

Tectonique. — La tectonique des massifs subalpins au voisinage 
de la cluse de l'Isère est presque entièrement bien connue. Voici 
cependant quelques points que je puis signaler : i**. Une faille, du 
système de celles qui ont déterminé l'emplacement de la cluse, 
dédouble la barre valanginienne du Fontanil et devait délimiter, 
avec celle que M. Kilian a figurée sous Aizy 3, un compartiment 
abaissé transversalement. — 2<>. Un curieux dédoublement se pro- 
duit dans le synclinal Veurey-Rencurel, au ravin de la Rivière, 
avec relaiement de la « faille » de Voreppe par une ligne d'étire- 
ment extérieure. — 3". Il y a dédoublement temporaire et dépres- 
sion transversale de l'anticlinal de Montaud au-dessus de Saint- 
Gervais : le cours inférieur de la Drevenne a emprunté cette 
dépression. — 4**- ^ ^'^^^ s® place, au bord interne des massifs 
calcaires, un chapelet de dômes, ceux du Rocher de l'Ours, du 
Moucherotte, du Berluchon, séparés par les rentrants synclinaux, 
plus ou moins étirés, du col de l'Arc et de l'Isère *. La retombée 
du dôme du Moucherotte vers l'est est très visible, surtout du 
Pcuil-de-Claix à Seyssins. Elle est tranchée orthogonalement, sans 

I. Voir in Kilian, Ann. Univ, Grenoble, t. X, Texposé de cette formation 
des sables cocèncs par ruissellement et décalciiication. 

Q. Elle amène d*abord dans l'ouest la formation de calcaires gréseux à 
Bryozoaires, très riches en Pecten prœscabriusculus et P. du gr. de restitu- 
tenais. 

3. Livret-Guide Congrès igôo, Exe. XHl*, PI. I. 

4- D'après les observations de Gh. Lory, de M. Kilian et les miennes. 

3 Octobre 1901. — T. i"'. Bull. Soc. Géol. Fr. — 17 



a58. uiscoRDANCB on cambrie.v sur le PRÉcAMBBiE» i5 Avril 

en être autrement affectée, par l'extrémité nord, coudée presque à 
angle droit, de l'anticlinal linéaire de Saint-Ange ', ce pli se corn- 
porte donc comme un élément tectonique postérieur. C'est un bon 
aliment à l'appui de l'idée que j'avais émise déjà - sur la structure 
de cette partie du Bord subalpin et de son voisinage ; superposition 
de deux sortes d'éléments tectoniques formés successivement, des 
ddmes ayant précédé, cas d'ailleurs si fréquent, les éléments 
linéaires qui constituent ici un petit faisceau déversé vers l'inté- 
rieur des Alpes. 



DISCORDANCE DU CAMBBIEN SUH LE PRÉCAMBRIEN 
PRÈS DE RENNES 

par M. F. KBBFORNB 

La pénéplaine précambrienne de Rennes est limitée au sud par 
les hauteurs cambriennes de Pont-Réan. Malgré la longueur et la 
netteté topograpliique de la ligne de contact, on n'avait pu y 
constater encore la discordance signalée ailleurs entre le Caudirien 
et le Précambrien. Elle existe cependant et j'ai pu l'observer avec 
toute la netteté et la précision désirables. 
A 4 kil- 5 à l'est de Puut-Réan, un peu au nord de la bifurcation 
des routes de Laillé à Bruz et 
" de Laillé ii Saint-Erblon, une 

carrière est ouverte à la limite 
des deux formations. La coupe 
ci-contre montre ce qu'on y 
observe. 

X "^^ Le Précambrien est repré- 

senté par des schistes ai'gileux 
Kg. ..-Disror.iHnr.duCambrien bleu-verdâti-e. jaunâtres par 
sur le Précambrien hu sud de , , , . , , , . 

ggjiuçg décoloration, entremêlés de très 

,. „ . , . „ ,. , . nombreux petits bancs de grès 

X, Précambrien ; C, Lanilineu. ' » 

ai^ilcux de couleur bleu-verdà- 

tre, en général assez foncée (=; Grauwacke de quelques auteurs). 

Ces petits bancs sont bien calibrés et coupés de nombreuses dia- 

t. Pli signalé par M. Kilian, C.-H. Ca. g. pour 1895, p. loS. 
u. Pli» refoaUa lers BelUdonne. C.Jt. Ae. Se., a6 déc, 1898. 



I9OI DISCORDANCE DU CAMBRIEN SUR LE PRECAMBRIEN a&g 

clases perpendiculaires au plan de stratification ; par suite de 
cette disposition ils se débitent naturellement en petits paralléli- 
pipèdes plus ou moins réguliers ; on les utilise pour l'empierrement 
des routes. Quelques filonnets de quartz blanc laiteux s'observ'ent 
<;à et là. 

Ces couches dessinent un pli en S et plongent au sud. 

Dans la partie méridionale de la carrière, elles supportent sur 
leur tranche les assises cambriennes ayant même plongement 
mais une plus grande inclinaison sud. 

Le Cambrien est formé à sa base de schistes argilo-siliceux vert 
clair, à texture compacte et à schistosité à peu près verticale, 
faisant par conséquent un angle assez prononcé avec le plan de 
stratification. 

A quelques mètres au sud, dans une seconde petite carrière, on 
observe le passage de ces schistes verts aux schistes rouges 
typiques. Ce passage est graduel et présente des intercalations 
alternativement vertes et rouges ; la texture des schistes verts est 
la même que celle des schistes rouges. Il ne saurait y avoir aucun 
doute sur leur assimilation au Cambrien. 

En étudiant les premiers bancs reposant sur le Précambrien, 
on constate qu'il ne s'y trouve pas de poudingue comparable 
iithologiquement à celui de Montfort, Oignies. etc ; mais, à une 
quinzaine de centimètres de hauteur dans le schiste se trouvent des 
petits galets empruntés aux bancs gréso-argileux du Précambrien 
sous-jacent. Ces galets sont très peu roulés ; quelques-uns ont la 
forme de paraliélipipèdes à arêtes aiTondies. Ces faits confirment 
la discordance observée et montrent qu'au début du Cambrien, les 
grès argileux précambriens étaient déjà coupés de diaclases et se 
débitaient en paraliélipipèdes comme à l'époque actuelle. 



OBSERVATIONS GÉOLOGIQUES 
A SUMATRA ET A BORNÉO 

par M. Cari SCHMIDT 

I. — Sumatra 

Les traits généraux de la constitution géologique des parties 
sud de nie de Sumatra sont particulièrement nets sur une coupe 
transversale de Tlle allant du sud-ouest au nord-est, de Tîle d'En- 
gano dans la mer des Indes, à l'Ue de Bangka dans la mer de 
Chine^ en passant par Manna au sud de Benkouien, le volcan 
Dempo, Lahat et Palembang. (Voir la coupe p. 263). Toute cette 
région a été étudiée, d'une manière générale, par R.-D.-M. Ver- 
beck. Cet auteur a publié en 1881 une description topogi^aphique 
et géologique de la partie sud de Sumatra avec une carte à Téchelle 
de i/5oo.ooo ^ et en 1897 une monographie de Tlle de Bangka ^, 

La côte sud-ouest de Sumatra, ainsi que les îles qui longent 
cette côte, sont formées par des sédiments tertiaires renfermant 
de la houille. Ce Tertiaire, attribué au Miocène et au Pliocène, 
constitue au sud de Benkoulen une série de couches, plongeant 
au sud-ouest et s'élevant à Topposé à une altitude de 3oo m., pour 
venir buter le long d'une faille contre des couches paléozoïques 
fortement redressées. Cette zone bordière tertiaire de nie a dans 
cette région une largeur de 3o kilomètres environ. 

La « chaîne centrale » constitue une région large d'environ 
5o kilomètres, où nous trouvons des calcaires siliceux et des 
schistes paléozoïques fortement plissés, du granité et des roches 
volcaniques récentes. Ces dernières couvrent une grande étendue ; 
elles forment toute la partie nord-est de la chaîne centrale et 
supportent le Dempo, volcan en activité, de 3.176 m. de haut. Vers 
le nord-est comme au sud-ouest la chaîne centrale est séparée par 
une faille d'un çorland tertiaire. 

A partir du bord de la chaîne centrale près de I^hat sur une 
longueur de ajo kilomètres, s'étend le bas-pays de Palembang-^ 

I Jaarboek van het Mijnwezen in Nederlandsch Oost-Indie. Jaargang X, 
eerste Deel 1881. 
a. Ibid, Jaargang XXI, 1897. 



OBSERVATIONS GEOLOGIQUES A SUMATRA ET A BORNEO 261 

travei'sé par le Mousi et ses aifluents. D'après la carte de Verbeck, 
tout ce pays est couvert par le « Zeediluçium » ou par le « Rioier, 
alluviuni » ; ce n*est que dans le voisinage des montagnes dans le 
sud-ouest que la carte de cet auteur indique quelques affleure- 
ments isolés de Tertiaire et de roches éruptives. Grâce à des puits, 
profonds de 5 à lo mètres, on peut constater presque partout, au- 
dessous d'une couche d'alluvium ou de latérite, la roche en place, 
constituée soit par du Tertiaire, soit par des roches volcaniques. 
La plus grande partie est formée par le Néogène, dont les couches 
forment des plis plus ou moins redressés et arasés. 

Les couches que l'on peut attribuer au Miocène sont des cal- 
caires gi'éseux. On les trouve vers l'ouest en bordure de la chaîne 
centrale, mais j'ai pu les constater aussi, plus à Test, dans le bas- 
pays, où elles forment, souvent accompagnées de roches éruptives, 
les noyaux des anticlinaux. C'est ainsi que le Miocène se trouve au 
Boukit ^ Pendopo entre le Mousi et le Lematang, près de Mela- 
iiioum au sud du Laiang, et près de Bioukou à l'ouest de Palem- 
bang, où l'on a rencontré au-dessous de marnes pliocènes des cal- 
caires, probablement miocènes, métamorphisés au contact avec 
une roche éruptive. 

La plus grande partie de la région est occupée par des marnes, 
que nous envisageons avec Verbeck comme pliocènes. La puis- 
sance de ces marnes est au moins de 2000 mètres. On trouve 
disséminés çà et là, quelquefois en assez grand nombre, des fossiles 
tels que Conus, Fusas, Tellina. 

Des lignites associés à des grès, qui s'intercalent dans les 
manies, sont assez répandus et forment des bancs ayant jusqu'à 
5 mètres d'épaisseur. Ces lignites occui)ent localement des niveaux 
bien détt^'minés. — Les couches du Pliocène et du Miocène sont 
en parfaitt^ concordance, et leur séparation est peu tranchée. 

La direction des plis du Néogène montre un parallélisme remar- 
quable avec la direction de la chaîne centrale. Dans les hautes 
parties de la résidence de Palembang la chaîne centrale forme un 
arc, qui est convexe vers le sud-ouest; au nord-ouest de la même 
résidence la chaîne centrale est dirigée vei's l'ouest-nord-ouest. De 
même les plis du Tertiaire sont dirigés : E.-O. entre l'Ogan et 
le Lematang, S.E.-N.O. et S.S.E.-N.N.O. dans les environs du 
Mousi et du Rawas et enfin E.S.E.-O.N.O. au sud du fleuve Laiang 
(Voir la carte de Verbeck). 

Au milieu des couches tertiaires du « vorland » on rencontre 

I. Boukit (Boekit) veut dire « colline ». 



QÔa c. scHMiDT i5 Avril 

des massifs de roches volcaniques, qui n'ont plus la forme de 
cratères. Verbeck mentionne de semblables massifs dans le 
Miocène du « Goemai-Gebergte » au sud de Tebing-Tinggi 
dans le Pliocène entre le Enim et le Lematang à Test de Lahat. 
Sur ce dernier point on voit surgir de la plaine une chaîne de 
montagnes boisées, dont la longueur du nord au sud est à peu près 
de 3o kil. et qui se termine vers le nord par le sommet pointu du 
Boukit Serillo (600 m.), doat Tascension n*a jamais été faite. La 
roche du Boukit Serillo mentionnée par Verbeck * est une andésite 
grise à hornblende et à augite avec une pâte microlitique. 

La hornblende verte est très décomposée et a donné, comme 
produit de décomposition, surtout de la titanite. La roche, prise 
en entier, contient 0,87 "/o de TiO% tandis que dans les éléments 
basiques seuls, dont la densité est supérieure à 3, la teneur en 
TiO» monte à 2,77 0/0. 

A peu de distance du Boukit Serillo, au Boukit Besar, j*ai trouvé 
des andésites à augite avec du Péridot, et j'ai vu dans les ravins 
descendant de ces montagnes des blocs d'une roche d'un aspect 
absolument dioritique. 

En outre des massifs éruptifs du Boukit Serillo et du Boukit 
Besar, la région possède un autre petit massif du même genre, 
que nous avons découvert au Boukit Pendopo, au milieu du pays 
tertiaire entre le Mousi et le Lematang, sur la frontière des dépar- 
tements de Mousi Ilir et de Tebiug-Tinggi, à i3o kilomètres ouest 
de Palembang. La roche éruptive forme en ce point une petite 
cime arrondie, boisée, qui s'élève à 100 mètres au-dessus du pays, 
couvert de « Bosch ». J'ai pu suivre le contact entre la masse 
éruptive et le Tertiaire seulement vers le nord et vers l'est. 

Au nord-est du Boukit Pendopo on rencontre les marnes du 
Pliocène, qui plongent à lo'^-ao^' vers le nord-est et au pied de la 
colline môme on voit surgir sur une longueur de 3oo à 5oo mètres 
les gros bancs de calcaires gréseux, miocènes, inclinés de 3o^ à ^o"" 
vers le nord-est. La partie du massif éruptif lui-même que j'ai pu 
étudier couvre une surface d'un demi-kilomètre carré à peu près, et 
sur cette petite étendue l'on trouve une très grande dilférentiation 
des roches. Au sommet de la colline, c'est-à-dire à une distance 
de 400 mètres de la bordure du massif, on trouve une roche à grain 
moyen holocristalline, qui a l'aspect d'une diorite (Var. 1). Les 
éléments essentiels de la roche sont un labrador basique et le 
diallage, la texture est ophitique : nous avons donc au centre 

I. Loc. cit., p. 126. 




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264 



C. SCHMIDT 



i5 Avril 



du Boukit Pendopo un gabbro ophitique, A une distance de 
aSo mètres environ de ce gabbro vers la périphérie du massif j'ai 
recueilli une roche verte, à texture porphyrique (Var. II). L'élé- 
ment de première consolidation est un labrador, la pâte est 
holocristalline et se compose de bytownite, d'augite et de quartz. 
Je désigne cette roche comme porphyrite aiigitique à quartz. 

Partout où j'ai pu constater le contact de la roche éruptive avec 
le Miocène, j'ai trouvé des variétés, plus ou moins fraîches, qui 
ont un aspect franchement andcsitique (Var. 111). On y distingue 
à l'œil nu, dans une pâte violacée, des cristaux <le feldspath d'une 
longueur de 2 millimètres en moyenne. Ce feldspath, de première 
consolidation, est un oligociase basique; l'autre élément du pre- 
mier stade est une hornblende décomposée. La pâte offre au 
microscope une fluidalité marquée, et se compose d'une matière 
feldspathique confusément cristallisée. 1^ roche est, d'après sa 
composition minéralogiquc, une porphy^rite à amphibole ou une 
andésite à hornblende. 

Les trois types de roches ont été analysés dans le laboratoire de 
M. Duparc à Genève. Voici les résultats de cet examen : 



Var. I Var. II Var. III 



Si02 . . . 
A1203 . . 
Fe203 . . 

FeO . . . 
MgO. . . 
CaO . . . 
Na20. . . 
KiO . . . 
Perte au feu . 



45,17 


53,21 


67,35 


16,06 


20,25 


i5,oo 


5,23 


itO-"» 


3,76 


4,45 


6,o5 


1,68 


ia,74 


1,68 


1,65 


10,79 


6,04 


1,83 


1,74 


3,22 


4,63 


1,77 


2,51 


2,12 


â,88 


4,49 


2,83 



ioo,83 



99,44 



100,85 



Le gabbro ophitique (Var. I) montre la composition moyenne 
des diabases, la porphyrite augitique (Var. II) celle des porphy- 
rites augitiques et des andésites, tandis que la porphyrite à 
amphibole où Vandésite à hornblende (Var. 111) se distingue des 
andésites les plus acides par sa faible teneur en chaux et se rap- 
proche des roches trachytiques. 

On peut présumer que cette liaison intime de roches diabasiques 
avec des types andésitiques et trachytiques se retrouve en d'autres 
points de l'île de Sumatra, par exemple dans le massif du Boukit 
Serillo et du Boukit Besar. Il en est de môme, d'après Verbeck ', 

I. Loc, cit. p. 118. 




igOI OBSERVATIONS GEOLOGIQUES A SUMATRA ET A BORNEO 265 

sur le Tersant est de la montagne Amboung-Bras située à loo kilo- 
mètres à Touest du Boukit Pendopo. 

Un troisième affleurement, de roche éruptive, au milieu du Ter- 
tiaire, est à signaler à 45 kilomètres à Touest de Palembang entre 
le Mousi et le Banjou-Asin. On y a observé sur une longueur de 
ao kilomètres des sources de naphte, qui ont donné lieu à des son- 
dages pétrolifères. On a rencontré au-dessous de marnes, à 
5o mètres de profondeur, des calcaires grenus, blancs et gris 
(calcaire miocène, métainorphisé au contact avec une roche érup- 
tive), puis vers loo à soo mètres une liparite, du type des néçadites. 

Au nord-est du bas-pays de Palembang, qui s'étend sur le 
Tertiaire et des roches éruptives, est située File de BangkOy où 
Ton ne rencontre que des granités et des schistes paléozoïques 
fortement plissés. G*est ainsi que la continuation de la pénin- 
sule de Malacca vers le sud-est est formée par Bangka, Billiton 
et les îles Karimoun au nord de Java. Les eaux peu profondes du 
détroit de Bangka semblent tout d'abord former la limite entre le 
Tertiaire de Sumatra et les régions paléozoïques de Bangka. 
Verbeck * indique l'île Lucipara, située très près de la côte de 
Sumatra, comme constituée par des grès paléozoïques et il sup- 
pose que la limite des roches anciennes vers le sud est voisine 
de la ligne qui va de Lucipara à Kebatou. (Voir Kaart, N** i. 
Verbeck. Bangka en Billiton). 

Mais à Palembang M. G. Fischer ma fait voir des granités 
absolument identiques aux granités caractéristiques de Bangka. 
M. Fischer a trouvé ces granités dans le pays marécageux situé 
à 63 kilomètres à Test de Palembang et 77 kilomètres à l'ouest 
de Lucipara. 

D'après cette observation il existerait donc au sud des grès 
paléozoïques de Lucipara et sur Tlle même de Sumatra un nouveau 
massif granitique. La limite entre le noyau paléozoïque de l'archi- 
pel malais et la région du Tertiaire de l'île de Sumatra passerait 
donc par le bas- pays de Palembang et c'est là que nous aurions à 
admettre Texistence d'une grande faille. 

Au cours de mes recherches j'ai eu l'occasion de faire quelques 
observations sur la formation de la latérite. Pour pouvoir mesu- 
rer le plonge ment des couches du Tertiaire il fallait presque 
toujours creuser des puits à travers la latérite. C'est ainsi que par 
exemple j'ai pu constater la présence, en place, des marnes grises 

I. Geol. Beschr, van Banffka en Billitonf p. 53 et 83. 



a66 c. scHMiDT i5 Avril 

sableuses du Pliocène en couches minces dès la profondeur de 
4 mètres. Entre 4 mètres et 3 mètres de profondeur ces marnes ont 
une teinte jaunâtre ou rongeâtre due à la présence de Toxyde de 
fer ; elles conservent néanmoins leur schistosité. De la profondeur 
de 3 mètres à la surface on rencontre une masse argileuse homo- 
gène d'un rouge ou d'un jaune très vif, c'est la latérite ordinaire du 
pays. J'ai fait faire dans mon laboratoire, par le D' Hinden, l'ana- 
lyse de ces trois types de roches, et l'on a trouvé : 

I II III 

A la profondeur de. . . . 5 m. 3 m. 5 i m. 

SiOi 68,66 69,55 73,-5o 

A1203 i4,a8 15,69 i5,68 

Fe203 4,69 3,46 3,87 

MgO a,46 o,58 0,18 

Na-O 0,26 0,09 

KiO 0.96 0,78 

Perte au feu io,63 8,60 5,76 



iw,72 99»io 99.85 

Je me propose de continuer l'étude de ces types en établissant 
.le processus de la décomposition des marnes pliocènes, qui semble 
être de toute autre nature que dans les granités, dont la latériti- 
sation a été étudiée par M. Bauer. 

II. — Bornéo. 

Mes observations géologiques sur Bornéo se rapportent exclu- 
sivement aux côtes nord-ouest du a British North Bornéo is>. J'ai 
étudié, en particulier, les terrains de TEocène pétrolifère de 
Labuan et des localités voisines du Sultanat de Brunei. 

Th. Posewitz * expose dans son ouvrage sur la géologie de 
Bornéo les traits généraux de la géologie de cette contrée; ces 
notions peuvent être complétées par les publications de J. Motley ^ 
et de J. E. ^ennison-Woods ^. 

La région tertiaire forme au nord-ouest de Bornéo une zone 
bordière, le long de la côte, large de 60 à 100 kilomètres. Ce sont 
des schistes argileux, des grès, des conglomérats, qui renferment 
de la houille et sont pétrolifères. On les envisage comme éocènes. 

I . Th. PoHEWiTz. BorneOf Berlin, Friedlœnder, 1889. 

a J. Motley. Report on the geologieal phenomena of the island of Labuan. 
Quart. Journ. geol. «oc, i853, p. 54. 
3. J. E. Tbnnison-Woods. The Bornéo coal iields. Nature, i885. Vol. 3i. 



igOI OBSERVATIONS GÉOLOGIQUES A SUMATRA ET A BORNEO 267 

Ces dépôts sont affectés de plis aux allures sinueuses mais 
ayant en général une direction S.O.-N.E. Ce sont presque partout 
des plis droits, arasés. Le nord de l'île de Labuan est traversé par 
un pli déjeté vers le nord-ouest. En beaucoup de points, on constate 
la présence de sources de naphte et de volcans de boue, dont 
Taffleurement est aligné le long de la direction des plis et dont la 
situation est sans exception sur les axes de ces plis. 

C'est ainsi que, sur Taxe d'un de ces plis, eut lieu près de la côte 
de la péninsule de Klias, à Test de Labuan, une éruption boueuse, 
dont le résultat fut la formation d'une nouvelle lie, le 21 septembre 
1897. Cette éruption fut précédée de quelques heui*es par deux 
violentes secousses de tremblement de terre, dont le point de 
départ se trouvait probablement dans l'île de Mindanao (Phi- 
lippines) et qui causèrent de grands désastres. Ce même ébran- 
lement fut ressenti jusqu'en Europe ^ Le mécanisme de la forma- 
tion de cette Ile nous semble fort simple. Dans l'axe de ce pli droit, 
arasé, s'était amassée au milieu des couches sableuses une masse 
boueuse, mêlée de naphte et de gaz. Les pressions développées 
par des secousses sismiques ont poussé toute cette masse vers le 
haut, soulevant le fond de la mer peu profonde. L'île ainsi formée 
avait a3o mètres de long, i4o mètres de large, et une hauteur de 
ao mètres. Le choc des vagues contre les matières meubles qui la 
constituent a déjà diminué son étendue et la fera disparaître en peu 
d'années. La formation de cette île est sans doute analogue à celle 
de rile Kumani, qui surgit en mai 1861 dans la mer Caspienne ^. 

Les gisements de pétrole que j'ai étudiés et que l'on commença 
à exploiter dans l'archipel malais, il y a à peu près douze années, 
sont tous d'âge tertiaire. On les ti'ouve dans TEocène, dans le 
Miocène et dans le Pliocène ; ils n'ont pas de niveau stratigra- 
phique défini et sont toujours liés à des couches sableuses, inter- 
calées dans des marnes ou des argiles. J'ai pu constater aussi bien 
à Sumatra et à Java qu'à Bornéo que les gîtes vraiment productifs 
sont toujours, sans exception, localisés dans l'axe d'anticlinaux 
surbaissés, dont les flancs possèdent un pendage maximum de 
5o" environ. 

I. Voir : G. Agambmnonb. I terremoti nelFisola di Labuan (Bomeo) del 
21 seiteiiibre 1897. Atti R. Acad. dei Lincei, Ronia, 1898. Rendic. Vol. VII, 
2' sem., q. i55. 

a Voir H. Abich. Ueber eine im caspischen Meere erschienene Insel. 
Mémoires de l'Académie impériale des Sciences de St-Péterbourg, VII sér., 
t. VI. irô; i863. 



Séance du B Mai f90f 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Le Président annonce deux présentations. 

Il fait part du décès de M. Henri Porteret, membre de la 
Société depuis 1896. 

En annon<.'ant la nomination de M. René Zeiller à T Académie 
des Sciences, il se fait Tinterprète des membres de la Société 
pour présenter ses félicitations à Tcminent paléontologiste. 

M. le D'" Labat offre à la Société une brochure dont il est 
l'auteur, intitulée : Climat et eaux minérales de V Angleterre 
(Paris, Baillière, it)oo). 

M. J. Bergeron offre à la Société, au nom de M. le D*" Imbeaux, 
un volume qu'il vient de faire paraître et qui est le i)i*emier d'une 
publication sur L'alimentation en eau et V assainissement des villes 
à V Exposition universelle de igoo. Il porte en sous-titre : Compte- 
rendu des derniers progrès et de Vétat actuel de la science sur ces 
questions, et il le justifie pleinement. En ellet, Texamen de tout ce 
qui se trouvait disséminé dans l'exposition, concernant ces deux 
questions, n'occupe qu'une quinzaine de pages ; par contre le reste 
du volume, c'est-à-dire plus de trois cents pages, est consacré 
uniquement à l'alimentation des villes en eau. 

Le paragraphe concernant la provenance des eaux est un vrai 
traité sommaire d'hydro-géologie, écrit avec une compétence peu 
commune. M. le D»" Imbeaux, en eflet, depuis 1895, époque à 
laquelle il fit paraître un ouvrage sur Les eaux potables et leur 
rôle hygiénique dans le département de Meurthe-et-Moselle, qui 
produisit une grande impression dans le monde médical parce 
qu'il apprit aux hygiénistes qu'ils pouvaient trouver des auxiliaires 
dans les géologues, n'a cessé d'étudier la question de la recherche 
des eaux en France comme à l'étranger. Dans le présent volume il 
a résumé ses connaissances comme hygiéniste, comme géologue 
et comme ingénieur, pour le plus grand profit de ses lecteurs. 

M. J. Bergeron, à propos de la communication faite par 
M. G. Schmidt dans la dernière séance à laquelle il n'a pu assister, 
signale le fait qu'en Roumanie les principaux gisements de pétrole 




SEANCE DU 6 MAI 1(^)1 369 

sont situés également dans des anticlinaux. Son élève et ami 
M. Goldberg a été à m^me de le constater, en particulier dans le 
district de Campina. H lui a paru intéi'essant d'attirer Fattention 
sur cette similitude des gisements en des régions si éloignées Tune 
de l'autre, la théorie de l'origine du pétrole ne pouvant s'établir 
que par la comparaison des principaux gites entre eux. 

M. G. Dollfus présente a la Société géologique un opuscule de 
M. Rutot, actuellement président de la Société belge de géologie, 
d'hydrologie et de paléontologie, dans lequel il a examiné la circu- 
laire ministérielle française récente sur Tinstruction des projets 
pour Falimentation en eaux des communes de France. 

Il observe que le programme très intéressant qui a été dressé 
pour cette étude est fort voisin de celui qui a été pi'éconisé en Belgi- 
que par M. Van den Broeck dès 1890 et qui donne la première place à 
l'enquête géologique. C'est un gi*and honneur pour notre science, 
mais c'est aussi une tâche difficile, car la responsabilité des ques- 
tions pratiques qui va incomber aux géologues qui ont accepté ces 
fonctions s'en trouvera considérablement accioie. A moins de faire 
seulement du rapport géologique une simple formalité administra- 
tive de plus, le géologue* sera foixié de donner un avis comprenant 
les voies et moyens nécessaires pour prendre possession de l'eau 
signalée, il devra indiquer les côtés défectueux des projets présentés 
et les corrections qu'il jugera indispensables d'y faire apporter. 

Mais ces études seront d"auti*e pail; pour le géologue un ensei- 
gnement très important, il gi^oupera des détails souvent i)erdus, il 
aura entre les mains des moyens d'action matérielle : sondages, 
tranchées, nivellements, etc., qui lui font troj) souvent défaut dans 
ses études théoriques habituelles et dont le manque av fait parti- 
culièrement sentir dans la construction des cartes. 

M. G. Dollfus offre à la Société, de la part de M. E. Van den 
Broeck, une brochure qu il vient de publier sous le titre de 
Dossier h}'drologique du régime aquifère en terrain calcaire. 
Rôle de la géologie dans les recherches et études des travaux 
d'eaux alimentaires, 

La circulation des eaux souterraines en terrain calcaire, rocheux 
ou crayeux est très difl'érente de ce qu'elle est dans tous les 
autres terrains, et il est impossible d'en donner une théorie qui 
soit vraie dans tous les cas. M. Van den Broeck en développe des 
exemples tirés de l'examen du calcaire carbonifère de Tournai en 
couches un peu inclinées, du calcaire dévonien de Rémouchamp 



370 SÉANCE DU () MAI I9OI 

très redressé, de divers calcaires de Han-Rochefort qui sont très 
plissés. Fréquemment le bassin hydralogique ne correspond pas 
au bassin géographique et Tinlervention d'une stratigraphie de 
détail est nécessaire pour déterminer l'origine réelle et la nature 
des sources. L'auteur qui a autrefois déjà si heureusement exposé 
le rôle du géologue au premier plan dans la recherche des eaux 
alimentaires, développe aujourd'hui son programme en faisant 
entrer en ligne de compte les méthodes nouvelles pour la rechei'che 
des parcours souterrains avec l'emploi de la fluorescéine, de la 
levure de bière, ou l'analyse des nitrates. Notre aimable vice- 
président tiendra volontiers des exemplaires de son travail à la 
disposition de ceux de nos confrères qui voudront lui en faire la 
demande^ ils trouveront certainement dans ce petit volume, les 
questions de polémique mises de côté, une foule de renseignements 
qu'ils arriveront à dégager utilement. 

A propos de la transmission de la note de M. Rutot par M. G.-F. 
Dollfus, M. G. Ramond informe la Société qu*il a échangé plu- 
sieurs lettres avec MM. Van den Broeck, Putzeys, Ingénieur 
des eaux de la Ville de Bruxelles, etc. 

Il résulterait de ces correspondances que, en Belgique comme 
en France — , on préfère toujoui'S, pour l'alimentation des villes, 
une bonne eau de source aux eaux de rivière ou à celles des nappes 
superficielles, filtrées : le filtrage n'est qu'un pis-aller. Mais on le 
pratiquerait, parait-il, en Belgique, dans d'excellentes conditions, 
et qui répondent aux prescriptions de la plus rigoureuse hygiène. 

M. G. DoUfus présente à la Société une courte note extraite 
du dernier numéro de la Feuille des Jeunes Naturalistes sur 
Y Étage cénomanien en Angleterre^ d'après la classification nou- 
velle proposée par M. Jukes Brownc. Il s'agit toujours de la place 
à donner à la Gaize (Étage vraconien Renevier). La conclusion 
actuelle de M. Jukes Browne est de la réunir, au sommet d'une 
part avec les couches de Waiminster à Pecten asper et à la base, 
d'autre paii avec les couches de Folkestone à Ammonites inter- 
ruptus et A, mamillaris (Allin d'Orbigny); il forme ainsi de ces 
trois horizons un nouvel étage auquel il a donné le nom de Selbor- 
nien. Nous avons déjà fait observer avec de nombreux géologues 
français que la faune des couches k Am, rostratus (Gaize) avait 
plus de rapports avec le Cénomanien qu'avec l'Albien et que cette 
limite était tracée déjà par la paléontologie, mais il y a plus, si on 
laisse de côté cet argument malgré sa valeur, il nous reste des 
raisons stratigraphiques considérables pour rejeter l'édifice com- 



SÉANCE DU 6 MAI I9OI S^l 

pliqué que nous propose M. Jukes Browne, car son Selbomien se 
trouverait coupé en deux et au-dessus de son tiers inférieur, par 
une des plus grandes discordances, un des ravinements les plus 
intenses, une transformation géographique des plus vastes que 
nous ait révélé Tétude des ten*ains secondaires, je veux dire la 
transgression cénomanienne . Certainement la disparition de 
TAlbien et la mutilation du Cénomanien ne trouveront aucun écho. 

M. Léon Janet appelle Tattention de la Société géologique sur 
le rôle que vont être appelés à jouer les collaborateurs du service 
de la carte géologique de France, dans Tinstruction des projets 
pour Talimentation des communes en eau potable. 

Une circulaire de M. le Président du Conseil, Ministre de Tinté- 
rieur, en date du lo décembre 1900, a invité les Préfets à faire 
débuter cette instruction par un examen géologique. 

Ultérieurement un géologue a été désigné pour chaque dépar- 
tement, sur la proposition de M. le directeur du Service de la carte 
géologique de France. 

On ne peut que se féliciter de voir la géologie intervenir officielle- 
ment dans ces questions ; nous avons montré. Tannée dernière, dans 
une conférence insérée au Bulletin * combien il était regrettable 
de voir statuer sur des projets d*aliinentation en eau potable sans 
étudier les causes de contamination auxquelles les eaux à capter 
pouvaient être exposées. Le résultat sera de montrer rapidement 
les services que peut rendre une science, regardée quelquefois 
bien à tort par ceux qui ne la connaissent pas comme dénuée 
d'applications pratiques. 

M. E. Haug dépose sur le bureau la 736^ livraison de la Grande 
Encyclopédie y renfermant un article sur le Silurien, qu'il vient de 
publier. 

M. G. Ramond offre à la Société, pour sa Bibliothèque, un 
ouvrage, publié par la Commission impériale du Japon à TExposi- 
tion universelle de 1900 : « Les Mines du Japon, rédigé par le 
Bureau des Mines (Ministère de l'Agriculture et du Conmierce). » 

Ce volume renferme, indépendamment de nombreux renseigne- 
ments techniques, de courtes Notices géologiques et minéralogiques 
sur les principaux gites miniers de TËmpire du Soleil levant, des 
diagrammes, une carte générale, etc. 

II est intéressant de constater les progrès si rapides du Japon 
dans la voie de la civilisation. 



I. Voir 3' série, loiiie XXVIII, page 53a, aai^e 1900. 



SUR L'AGE DES SCHISTES DU ROZEL (MANCHE) 

par M. A. BIGOT 

Ces schistes dans lesquels M. Lebesconte * a signalé son 
Montfortia Rhedonensis ne sont pas précambriens. 

En 1890 2 j'avais rapporté ces schistes au niveau des schistes 
de Saint-Lô, mais les explorations faites depuis pour la feuille 
« les Pieux » m'ont conduit a modifier cette opinion. 

Le rapport sur les explorations de 1898, inséré dans le Compte- 
rendu des collaborateurs de la Carte géologique ^ est en partie 
consacré k la discussion de cette question et à montrer que : 

I® Les brèches porphyriques très cristallines- de Saint-Germain- 
le-Gaillard et Bricquebosq, signalées pour la première fois dans 
cette note, sont surmontées par les arkoses avec galets de roches 
variées qui forment dans la région lu base du Cambrien. L'attri- 
bution au Précambrien des schistes qui bordent au sud ces 
arkoses, donnée comme douteuse dans le rapport, a été admise 
définitivement en 1899. 

a'' Les arkoses de la base du Cambrien sont recouverts par 
les schistes du Rozel, formant une large bande S.O.-N.E. qui 
s'étend jusqu'à Cherbourg où ces schistes deviennent sériciteux. 

S** Ces schistes plongent au nord-ouest sous le grès armoricain. 

4° La largeur de cette bande n'exprime pas la puissance réelle 
des schistes parce qu'elle est exagérée par des failles et des plis ; 
cette épaisseur ne serait d'ailleui's pas surprenante, puisque cet 
horizon schisteux correspond probablement à deux niveaux, l'infé- 
rieur schisteux, le supérieur gi'éseux (grès fcldspathiques déve- 
loppés au nord du synclinal entre les arkoses et le grès armoricain). 

Les relations des schistes cambriens avec les arkoses et le 
grès armoricain sont particulièrement nettes dans la région du 
Rozel, comme le montre la coupe ci-jointe. 

Cet impoitant développement de schistes n'est point spécial 
au bord sud du synclinal de Siouville. Il se montre sur la feuille 
« Cherbourg » où M. Le Cornu a rapporté au Cambrien les 
schistes de Hardinvast et Tollevast inférieurs au grès armori- 

I. Lbbbscontk. Briovcrien et Silurien en Breta^pie et dans Touest de la 
France. B. S. G. F., (3), XXVfll, 1900, p. 8i5. 
a. Bigot. Archéen et Cambrien dans le nord du Massif Breton, 1890, p. 116. 
3. B. Serç. Carte Géol., N- 69, avril 1899. 



SUR L AGE DES SCUISTES DU ROZEL 



375 



cain, et dont les caractères lithologiques sont identiques à ceux 
des schistes du Rozel. Le faciès schisteux est aussi très déve- 
loppé sur la feuille « Barneville » où les schistes de Gai-teret, 
avec pistes d'Annélide» (Falaise de Deunemont) et bancs de 
calcaires oolithiques (les Douits) ne sont séparés du grès armo- 
ricain du Bosquet que par une assise très réduite de grès feld- 
spathiques. Enfin, au centre du synclinal de la zone Bocaine, 



LoLande 



M^Hoohet 



Pi«rr«TÎn« 



Auae Anglais 




AV, Brèches porphyriques précambriennes ; 5p, Conglomérats de base du 
Cambrien ; Sa, Schistes du Rozel ; S*, Grès armoricain ; 5*, Schistes à 
Calymmènes ; 5', Grès de May ; r/*, Schistes et éalcaires de Néhou ; y,, 
Granité ; y'» Microgranulite ; F, Faille. 

particulièrement aux environs de Saint-Rémy, le faciès schisteux 
du Cambrien acquiert une grande puissance, et les dalles du Pont- 
à-la-Mousse présentent comme celles de Carteret des pistes d'Anné- 
lides et des bancs de calcaires oolithiques. 

Nous rappelons qu'Hébert a déjà signalé * des traces organiques 
dans les schistes du Rozel qu'il rapportait aux schistes de Saint- 
Lô. M. Dollfus a fait également connaître dans les schistes des 
Moitiers d'Allonne (= Schistes de Carteret et de Rozel) des sortes 
de nodules qu'il a décrits sous le nom de Pal^actis çeluta et 
dans lesquels il a trouvé des articles de Crinoïdes. 

I. B. S. G. F., (3), XIV, 1886, p. -33. 



3 Octobre 1901. — T. 1" 



BuU. Soc. Géol. Fr. — i8 



Séance du ZO Mai 1901 



PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Sont proclamés membres de la Société : 

MM. Seguenza, Luigi, Assistant de géologie à TUniversité de 
Messine, présenté par MM. Depéret et Garez ; 
Brouet, Ghimiste de la Station agronomique de I^aon, 
présenté par MM. A. de Lapparent et Stuer. 

M. L. Oentil offre à la Société un tirage à paît d*une note très 
résumée sur la Stratigraphie du bassin de la Tafna (terrain pri- 
maire et secondaii*e) qu'il a présentée à TAssociation française 
pour l'avancement des Sciences (Gongrès de Paris, 1900). 

M. le Dr A. Labat oflre à la Société, une brochure dont il 
est Tauteur, intitulée : Climat et eaux minérales d*Espagne. 

Dans ce travail Fauteur montre les rapports étroits qui existent 
entre le sol de TEspagne, son climat et ses eaux minérales. 

Après avoir résumé les conditions climatériques et la struc- 
ture géologique de la péninsule il passe en revue les stations 
d'eaux minérales. 

Dans la région volcanique de Galatrava, Hervideros Fuente- 
Santa, eau alcaline gazeuse. La rareté de ce groupe d eau est 
due à l'absence de volcans éteints analogues à ceux de notre 
Massif Gentral, aussi bien qu'au manque presque absolu des 
roches éruptives tertiaires. ^ 

Orduûa, Gestona, Molinar, etc., possèdent des eaux salées en 
connexion avec les ophites. Quelques-unes de ces eaux sont 
à la fois séléniteuses et sulfureuses. 

Le plus grand nombre des eaux minérales sont, comme Tavait 
pensé Elie de Beaumont, en relation avec les gîtes métallifères 
si nombreux et si variés. Les sources salées et sulfureuses de 
Ontaneda y Alceda, Puente-Viesgo et Galdas de Besaya dans la 
province de Santander, Archena et Fortuna, près Murcie, sortent 
comme chez nous des terrains triasiques. 

La présence d'un grand gisement tertiaire de sel (chlorure et 
sulfate de sodium, gypse) dans les Gastilles explique l'abondance 
des eaux purgatives : Loeches, Garabana, Rubinat; on les recueille 



SÉANCE DU 20 MAI I9OI 2^5 

en creusant des puits, ce sont des eaux de lixiviation. Elles ne sont 
pas comparables aux sources jaillissant de la profondeur ; au point 
de vue de l'origine elles peuvent être comparées aux eaux ferru- 
gineuses engendrées par le lavage des pyrites. 

Les eaux sulfureuses, le plus souvent froides, sont en grand 
nombre. On les trouve sur le versant nord Cantabrique. L'eau 
d'Archcna est à la fois chlorurée et sulfurée, association rare en 
France, aussi commune en Espagne qu en Italie. Le versant pyré- 
néen espagnol est bien plus pauvre en eaux sulfureuses que le 
versant français. 

Viennent en dernier lieu, les eaux qui naissent dans le gra- 
nité. Peu minéralisées, elles ont par contre, une température 
élevée et un débit abondant. 

La complexité des éléments des eaux espagnoles a forcé 
M. Labat à rejeter la classification chimique des auteurs, et à 
adopter la division en groupes régionaux en rapport avec la 
constitution géologique du sol. 

M. G.-F. DoUfus communique à la Société des échantillons 
d'un fossile très intéressant qu'il a reçu de notre confrère M. Welsch, 
de l'Université de Poitiers, par l'intermédiaire de M"»« la Comtesse 
Le Cointre, qui s'est dévouée à collectionner les coquilles fossiles 
du Miocène de la Touraine. Il s'agit de spécimens recueillis dans 
un gisement extrêmement limité situé vers la pointe de l'Ile 
d'Oléron (Feuille Tour-de-Chassiron de la carte géologique) et 
dont le niveau n'avait pu être précisé, c'est probablement l'espèce 
dont Mares, Beltremieux, Boissellier ont parlé sous le nom de 
Cardita Jouanneti, mais c'est une espèce bien différente qui est 
la Cardita striatissima Nyst in Cailliaud, espèce abondante dans 
les sables tertiaires supérieurs de la Basse-Loire, et caractéristique 
du Miocène supérieur de cette région pour lequel j'ai pîroposé la 
création d'un étage Redonien (type à Rennes). Cette espèce n'est 
connue ni dans le Bordelais, ni en Touraine, nous ne la connaissons 
ni dans le Pliocène, ni dans les mers actuelles. Elle se trouve dans 
une série de gisements isolés qui, de l'île d'Oléron, se suivent en 
Vendée, à Challens et la Chapelle-Hermier (M. W^allerant) ; Palluau 
ÇSl, Dumas) ; Vieille- Vigne, Montaigu (D' Mignen) ; Aigrefeuille 
(M. Vasseur) ; puis dans divers gisements des environs de Nantes, 
comme la Dixmerie, près Loroux-Botterau (MM. Bureau, Dumas, 
Cailliaud. etc.). Puis à S^Clément-de-la- Place, près Angers (Bar- 
din) ; Sceaux, Thorigné, Coutigné, gisements autrefois explorés 
par Defrance ; dans les grès ferrugineux de la Forêt de Gâvre 



2^6 SÉANCE DU '20 MAI 1901 

(M. Davy) ; nous venons de la recueillir à Beaulieu, près Laval 
(M. Œhlert), puis à Apigné, près Rennes (M. Lebesconte) ; enfin 
elle est abondante à Gourbesville (Manche) ; elle est ainsi présente 
sur une étendue de plus de quatre cents kilomètres du sud au nord. 
J'ai examiné la l'aune de tous ces Ilots et de quelques auti*es moins 
importants qui présentent une grande uniformité et j'ai pu déter- 
miner plus de 35o espèces dont un bon nombre sont nouvelles. Cette 
faune est bien distincte de celle de la Touraine sur laquelle elle 
repose, elle est distincte du Pliocène par ses tendances imnche- 
ment méridionales (genres Cj'prœa, Conus, Voluta, Fusas, Pleuro- 
toma^ Cerithium, etc.). Plus récente qu aucun des gisements du 
Golfe bordelais, elle est plus ancienne que les dépôts pliocènes 
classiques de Test de T Angleterre et de la Belgique, c'est un terme 
miocène supérieur marin qui était mal connu jusqu'ici en Europe. 
Il reste dans le Pliocène : le gîte du Bosc d'Aubigny (Périers) et 
celui de Redon (Ilie-et-Vilaine) respectivement dans le Cotentin et 
la Bretagne. 

M. G. DoUfus sur une question de M. Boistel qui lui 
demande quelle place doit occuper le nouvel étage Redonien 
relativement au Pontien, répond qu'il lui est très difficile pour 
le moment d'indiquer ce synchronisme ; il s'agit de bassins com- 
plètement étrangers les uns aux autres au point de vue strati- 
graphique, et sans fossiles comnmns. 

Il n'y a pas trace jusqu'ici dans l'ouest de couches à Congéries, 
cependant leur niveau ne lui paraît pas devoir être fort éloigné 
du Redonien, il y a seulement dans les fossiles de la Dixmerie 
appartenant aif Musée de Nantes un fragment de Potamides 
qu'on peut rapporter au P. Basteroti et qui favorise cette ma- 
nière de voir. 

Sur une question de M. de Lapparent qui demande si ces 
dépots ne sont pas au niveau de l'Anversien de Belgique, 
M. Dollfus répond qu'ici encore nous sommes en présence de 
bassins très diflTérents, car il estime que le détroit du Pas-de-Calais 
n'était pas encore ouvert et que la faune du Cotentin présente 
un aspect sensiblement plus méridional ; de tous les dépôts bel- 
ges ce sont des sables d'Anvers à PecUinculiis pUosus que les 
dépôts de l'ouest se rapprochent le plus. 

Enfin M. Dollfus annonce avoir reçu une lettre de notre 
confrère M. J. Aimera de Barcelone qui lui demande s'il n'est 
pas disposé à mettre la faune des sables tertiaires supérieurs 
de l'ouest au niveau du Sahélien d'Algérie, M. Dollfus pense 



SEANCE DU '20 MAI I9OI QJJ 

que cette assimilation est probable, mais il se réserve de pré- 
ciser tous ces synchronismes lorsqu'il aura terminé la description 
de toute la belle faune qu il a en mains. 

M. Bourgeat. — Sur un filon de minerai de zinc dans la 
Combe des Prés (Jura). 

J'ai riionneur de signaler à la Société géologique un filon de 
minerai de zinc, que j'ai découvert récemment dans la Combe des 
Prés, au nord de Saint-Claude, dans le Jura. 

Si l'on veut bien se reporter à la note que j'ai publiée dans le 
Bulletin de 1896 (page 4^ ^*^ suivantes) sur les particularités 
stratigraphiques et tectoniques de cette Combe, on remarquera, en 
particulier, dans la carte qui l'accompagne, qu'au nord-ouest du 
hameau des Près de Valfin, le Jurassique inférieur se trouve divisé 
en compartiments qui ont glissé horizontalement les uns à côté des 
autres suivant les lignes de décrochement. Ces lignes jalonnent, 
comme on peut le voir sur la même carte, ou des sources ou des 
puits perdus, dont la succession est réglée par le degré de perméa- 
bilité des couches. Jusqu'ici je n'avais remarqué, suivant ces 
lignes, que quelques traces de friction. 

Mais ce printemps, ayant suivi en détail la fracture qui sépare 
les deux compartiments A et B de ma carte, j'y ai constaté une 
traînée d'argile rougeâtre, accompagnée de rognons de pyi'ite et 
d'oxyde de fer avec des blocs carriés d'un gris jaunâtre d'une 
grande densité. Frappé de leur ressemblance avec la calamine, 
j'en ai recueilli quelques-uns, que j'ai fait analyser aux laboratoires 
de notre Faculté libre de Lille par MM. Wavelet et Raquet. 

Tous les deux y ont trouvé du fer, de la chaux, de la silice, de 
l'argile, mais surtout une quantité de zinc qui peut monter jusqu'à 
5o ^/o et qui est surtout à l'étal de carbonate. 

La traînée d'argile rouge qui contient ce minerai se montre d'une 
façon presque continue, sur une longueur d'une vingtaine de 
mètres et avec une largeur qui varie de quelques centimètres à 
80 centimètres. Elle s'enfonce presque verticalement dans le sol et 
présente tous les caractères d'un filon. A son contact, le calcaire 
bathonien présente des veines de cristallisation manifestes. 

Comme par ailleurs il longe une cassure qui n'a pu se produire 
qu'au moment de la surrection du Jura, c'est-à-dire, après le 
Miocène, le remplissage de la fente serait postérieur à cette 
époque et la venue du zinc serait de date récente. Je me pi'opose 
d'étudier le fait plus en détail et de voir si les autres lignes de 
décrochement n'auraient pas des filons analogues. 



Séance g^énérale annuelle du 30 Mai 1901 

PRÉSroENCE DE M. A. DE LAPPARENT, Président sortant 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

M. A. de Liapparent prononce Tallocution suivante : 

« Messieurs et chers collàgues, 

« L'année 1900 a été marquée, pour la Société Géologique de 
France, par deux événements impoi*tants, bien faits pour signaler 
à notre attention cette dernière étape du siècle. 

« Le premier est la huitième session du Congrès géologique 
international, tenue à Paris à Foccasion de l'Exposition Univer- 
selle. Les plus éminents de nos collègues ont rivalisé de zèle et 
de dévouement pour assurer le succès de cette réunion qui, au 
lieu de se trouver noyée, comme on aurait pu le craindre, dans la 
splendeur de la grande fête, a revêtu au contraire son éclat 
exceptionnel. 

« C'était vraiment la France géologique qui faisait aux étran- 
gers les honneurs de ses richesses avec une abondante libéralité, 
vivement appréciée de tous nos hôtes. Notre Compagnie a pu s'y 
associer directement, dès l'ouverture du Congrès, par un acte 
spécial d'hospitalité qui a laissé les meilleurs souvenirs, et n'a 
pas peu contribué à établir, entre les congressistes, Tesprit de 
franche cordialité qu on a vu régner parmi eux jusqu'à la fin. 

« L'autre événement est le changement de local qui, de la rue 
des Grands- Augustins, où nous avions fait un séjour de plus 
de trente ans, nous a amenés dans le Palais des Sociétés Savantes. 
C'est la quatrième fois, depuis sa fondation, que notre Société 
change ainsi de demeure, comme s'il était dans la destinée des 
géologues, voyageurs par essence, de ne pas pratiquer avec 
excès le culte des anciennes murailles. 

« Quelques appréciations qu'ait pu rencontrer cette mesure 
prise après mûre délibération par la majorité du Conseil, il est 
un fait que personne ne contestera, c'est le progrès réalisé pour 



ALLOCUTION PRESIDENTIFXLE ÎI79 

rinstallation de notre bibliothèque. Ce rare trésor, qui va s'en- 
richissent chaque jour, est enfin logé dans des conditions dignes 
de lui, et propres à en faciliter grandement Tusage, par l'espace 
et la lumière dont il est maintenant doté. 

« Or, s'il est incontestable que notre Société traverse des temps 
dilliciles ; s'il est vrai que nos ordres du jour souffrent l'are- 
ment de pléthore ; si la salle de nos séances, malgré son exi- 
guité, se montre toujours suffisante pour l'auditoire qui la fré- 
quente ; en revanche la masse de nos livres et de nos cartes 
subit un accroissement rapide et constant. Puisque cet élément 
était le seul en progrès, c'est à sa mise en pleine valeur qu'il 
convenait de tout subordonner. Les hommes de science qui vien- 
nent chaque jour y chercher des lumières ne se plaindront 
sûrement pas du nouvel arrangement. 

a Quant aux difficultés auxquelles j'ai fait allusion, elles 
sont inhérentes à la nature d'une société, qui évolue comme la 
science qu'elle personnifie, et ne peut espérer de vivre éternel- 
lement dans les mêmes errements. De même qu'aujourd'hui la 
plupart des gisements classiques des environs de Paris, ceux que 
nous exploitions avec avidité dans notre jeunesse, ont disparu 
sous des constructions et des boulevards, ainsi l'activité de nos 
collègues a dA se reporter sur des contrées de plus en plus loin- 
taines. D'autre part, le progrès même de la géologie a amené 
l'éclosion de centres scientifiques distincts, dont plusieurs n'ont 
peut-être pas gardé, dans leur développement, la mesure la plus 
propre à concilier les intérêts locaux ou spéciaux avec ceux d'une 
institution centrale qui, par son passé, mérite respect et gratitude. 

« C'est à nous, mes chers collègues, de nous ingénier à main- 
tenir, par nos constants efforts, la belle et féconde union qui a 
été si longtemps le principal privilège de la Géologie française? 
N'oublions pas que si celle-ci fait encore très bonne figure dans le 
monde, on le doit en grande partie aux traditions de ce centre 
d'activité commune, que nos fondateurs ont su établir il y* a plus 
de soixante-dix ans, non pas en se contentant de copier les mo- 
dèles de ce genre qui pouvaient exister ailleurs, mais en impri- 
mant à la nouvelle fondation, par l'heureuse institution des réu- 
nions extraordinaires, un caractère tout spécial d'intimité et 
d'union. De cette façon, à force de se fréquenter au grand air 
tous les géologues français sont véntiiblement devenus des cama- 
rades, heureux de travailler ensemble sous le même ciel, et de 
discuter, dans la plus grande cordialité, les questions qui surgis- 
saient au fur et à mesure de leurs études. 



a8o A. DE LAPPARENT 3o Mai 

« Ne laissons pas se relâcher Fantique fidélité à nos réunions 
de quinzaine, où, pour trouver de l'intérêt, il n'est pas à la rigueur 
nécessaire d'apporter des communications nouvelles et laborieu- 
sement préparées. Ne suffirait-il pas qu'au plaisir de se retrouver 
en famille, vint se joindre celui de causer ensemble des questions 
à l'ordre du jour, avec la simplicité et Tabandon qui régnaient, 
dit-on, à l'Académie des sciences, à l'époque où le public n*y 
était pas admis? 

« Laissez-moi prêcher pour l'attachement à cette coutume, dont 
j'ai pour ma part si bien goûté les avantages, en vous citant, 
comme le meilleur modèle à suivre, l'admirable exemple de 
notre président du dernier Congrès, M. Albert Gaudry. Membre 
de notre Société depuis cinquante-trois ans, il s'est fait un devoir 
de ne manquer aux séances qu'en cas d'absolue nécessité ; et je 
suis sûr qu*il eût été aujourd'hui à sa place, sans le deuil aussi 
cruel qu'inattendu qui vient d'attrister son foyer. Nous serons 
unanimes à lui adresser, en cette occasion, le témoignage d'une 
sympathie d'autant plus profonde que, parmi les géologues, 
il n'en est pas un qui n'ait pu apprécier les mérites excep- 
tionnels, comme Tincomparable bienveillance, de la compagne 
dont l'appui lui est désormais enlevé. 

« Les deuils, hélas ! tiennent nécessairement une grande place 
dans les devoirs que nous impose cette Assemblée annuelle. Du 
I" janvier 1900 au i*"* janvier 1901, la Société a perdu 16 de ses 
membres. Je voudrais donner à chacun le légitime éloge qui lui 
est dû; mais vous me pardonnerez si je me contente ici d'une 
brève énumération. 

« Ce sont : l'abbé Bardin, qui connaissait si bien les faluns de 
l'Armorique, et dont la perte prive l'Université libre d'Angers 
d'un précieux collaborateur ; M. H. Bkgot ; le docteur Bezançon, 
dont la respectable et originale fîgui'e restera familière à tous 
ceux qui fréquentent le laboratoire de l'Ecole des Mines, héritier 
des richesses que ce patient et soigneux collectionneur avait 
accumulées durant sa longue carrière; le R. P. Blot ; M. Cameré, 
inspecteur-général des ponts et chaussées, l'un de ceux qui, les 
premiers, ont vraiment débrouillé l'intéressante région de Nice ; 
M. Hans Bruno Geinitz, le savant géologue saxon, l'actif cham- 
pion du Dyas^ inscrit sur nos listes depuis 1847 et qui plus d'une 
fois a marqué, par des témoignages explicites, son affection pour 
notre pays; MM. Grousselle de Blanchefage et Jagor ; M. 
HuGUENiN, dont les consciencieuses recherches ont tant servi 




igOI ALLOCUTION PRESIDENTIELLE a8l 

à élucider la question des calcaires jurassiques de Crussol ; le 
docteur Paul Mares, un des premiers pionniers de la géologie 
africaine ; M. Marion, de Marseille, dont le nom reste indissolu- 
blement lié k celui de M. de Sapoi-ta et à qui nous devons de si 
précieux travaux sur les flores tertiaires et crétacées de la région 
provençale et languedocienne ; M. Alphonse Milne-Edwards, 
Téminent directeur du Muséum, si fin connaisseur en Oiseaux 
fossiles^ digne continuateur d*un pèiH3 dont les paléontologistes 
gardent le nom avec reconnaissance ; M. Reveliere ; M. Tardy, 
Tinfatigable ramasseur d'échantillons que timt de fois, au cours 
des excursions de la Société, on a vu chaîner ses épaules de 
poids invi'aisemblables pour y trouver la matière de communi- 
cations où les idées originales ne manquaient pas; M.Thiéry, 
si prématurément enlevé quand il donnait de si bonnes espé- 
rances pour l'avenir ; enfin M. de Vassart d'Hozier, Yuii de nos 
plus anciens membres. 

« Les morts de 190 1 appartiendront à mon successeur. 
Cependant il en est un que je ne saurais me résigner à ne pas 
saluer dès aujoui*d'hui de mon hommage : c'est notre doyen d'âge, 
et du môme coup le doyen des géologues du monde entier, 
M. l'inspecteur général Parandier. Depuis i833 il était membre 
de notre Société, et la verte vieillesse de ce contemporain de 
Thurmann nous laissait espérer que par lui nous aurions enfin la 
satisfaction de compter un centenaire parmi les géologues fran- 
çais. La mort vient de le prendre, il y a moins de huit jours, 
dans sa belle solitude d'Arbois, au moment où il achevait sa 
quatre-vingt-dix-septième année, sans qu'il ail connu de défail- 
lance ; en pleine possession, non seulement de ses facultés, mais 
de son zèle géologique, dont il donnait encore la preuve, il y a 
moins d'un an, quand il nous adressait pour notre bibliothèque, 
d'anciennes notes, nous ramenant aux temps héroïques de la 
géologie jurassi(»nne. Nulle perte ne saurait nous être plus 
sensible que celle de ce dernier représentant du groupe de nos 
fondateurs ; et nul, j'ose le dire, ne la ressent plus vivement 
que votre pi'ésident d'aujourd'hui chez qui la bienveillance du 
savant géologue franc-comtois évoque les plus anciens souvenirs 
auxquels il lui soit possible de remonter. 

« J'ajoute qu'à toutes les raisons qui peuvent poi'ter votre 
Société à honorer la mémoire de son doyen se joint depuis hier 
un devoir étroit de reconnaissance ; car nous venons d'être 
informés que le vénéré défunt n'avait pas oublié notre compa- 



s^ A in :. A»»»* vRrv" 3o Mai 

jrui*- UHii^ sol; it^stauifii;. ♦»: i i^ tirr» a* hieniaitenr son nom 
lijîuivri; loujourt- 8urul>^ lisif- 

« Mais il uoii- iaut titsiritr? t^- mmioureii^ trpisodes. ]ioui* 
i^aitieî il#* van t nous. ♦*!: t*ijr*reham. dai»- ! atnivitt dr th>s jf»iine*î 
couii'^rt^'-. tif> Iilotii^ (î iMii*«»urairfiutrii: iiou? ' aveniT. (^t*s ni(vti& 
Xi*.- uous iont ij^urtfusfuifiit 1la^ ilt*iaiu. quand iiom^ rniisidêrons 
iii lisi*- ià* no.- iau1V4lt^ Gt'tit aiui*^ t t*^î i: M. 3*a<>itie« que 
rr\itrnt Iv [»rix I ouUiim**-. iM»n' st*- i»ellfv ^tndt^*: «ui* le? 
baiiiiuiJ^-s du l>ioi-. L»- iiiT'rut ut ! ct*iivn ap)Kirattm ]ilu*^ clai- 
»vuj<?ut •'UoMt . si y rani»t*lit qut ifî- iieii^ fouciirrents. dont la 
'.^ouiuiissitiit i\ tiii ••xaniiii^'» âf^ titrt*^ tin uieait- foujj. MM. Léon 
hrrxvHUv ei iiouxauii *i\aifn: I un t»t ! aurrt^. prodait dt*s tra- 
vaiLS »fnlj<rtvu«fUl dipit> m: jiriy C t*si j>vt^c- ii- re^rret df* n'en 
|ii>uvoii avi*oi*dt*r qii un Mnil qut ii- romnii^âuni î>>st jirononcrée 
poui M l'aquif! . iit'Uivust du nH»^l^ dt ronsnitt*?' qut^. jiar la 
vaitfUf du ioud^ rounur jmr it- tm: di îk lornif. l*ouvra|rt» du 
|;t;«»ii^ut dau))liiut>is eut h four su? futraint if «ufirafrt* dn Um- 
daieur UAt^ni» du prix 

<« B: notn* SiK^iflt- lit* dis]MH4t' }«-.. fiiTt-rs l«v- travaillMiPS 
€ii|;ll»*•^ d t^ncoui'ap'înifnt. dt toutt*s Itv- rt^ssimint^ dont elle aime- 
mrî i' :>r laiir la disj^iisatritt'. du nniiuf^ st- prt^ente ]»aTftiis, 
^uf elàt'. de> ucuaHious qut'Ut- est lit^ureusc dt* saisir |M.»ar 
i'**«--ouipeutieîf les servKîe*- ^eudu^ à la s:'ieiK'<-. C «'St ainsi qne, 
t>*tt» auoet*. la lilH'fHlilé de notre e«mirt*re. M le dc»ftenrLA.BAT, 
nous ayant mis en }iu*isessit»n d une série r*»liee de ar» Tolnnifs 
de iK»Lir Bulletin, le Gt^nseiJ a }i«nse qne le nieilleui" usage à 
^u laiir était d en gratilier un de nl^^ dévoues strerêtaires. 

« 'ïoxïh e^ux qui t-OiI jtatrse }»ai' «- }»oste savent e<»mhicn il exige 
dr4evoueuient et de rele. A ««aj» sûr, ajiréf Siiixante-doure ans 
d expéj'ience. so1Ullàes-n^»u^ c^rLain> de reneontrf^r tr^njours ces 
vertus- dau*i> le gTouf»e de n<>*> jenne^ eonfreres. Ne.anmoins les 
cij*»x>ns«taueev ne s<.»nt plu^ tc»ut a lait lef mêmes. Dans les 
teujp>i de lloriî-^ante aetÏTite de notre Sc^rietê. on p<»UTait se 
sentir suffisamment l-^ave de ses ] reines par lljonnenr de tra- 
vailler M>u& Jes veux d'un Ellie de Be<iumont. d'un Constant 
Prévot^t. d'un De^haves. d'un Vemenil, d'un Daubrée. comme aussi 
par la satisfaeti^^u de sentir s^»n nv»m attai-hê à la [«ublication d'un 
Bulletin d'où partait â chaque instant l'annonce de découvertes 
nouvelle»*. Peut-être aujourd'hui faut-il enct^re plus d'abnégation 
[Mjur remplir deî> char«:es devenues d'ailleurs plus Kiurdes; et en 



I9OI ALLOCUTION PRÉSIDENTIELLE 2l83 

cela j'envisage, non seulement les devoirs du secrétaire, mais 
aussi ceux de l'archiviste et du trésorier. 

« Il serait donc bon que, de temps en temps, la Société fût 
en mesure de reconnaître les services rendus, non certes par 
un salaire, mais par un témoignage efifectif et tangible de sa 
gratitude. Le don du docteur Labat offrait une occasion d'inau- 
gurer ce système, et on a pensé que le bénéficiaire le mieux 
indiqué serait M. Blayac, dont l'activité a dd s'exercer durant 
une période assez dure et qui a réussi à rendre, k nos publi- 
cations, une exactitude toujours diilicile à maintenir. Puissions- 
nous, dans l'avenir, retrouver de semblables occasions ! Puissent- 
elles même devenir assez fréquentes pour passer à Tétat de 
ccmstante pratique ! Quand on arrive à l'âge où l'activité scien- 
tifique est forcée de se ralentir, quel meilleur emploi pouri^ait-on 
faire des collections longtemps accumulées du Bulletin, devenues 
parfois plus encombrantes qu'utiles, sinon de s'ari*anger de façon à 
les faire passer, conmie un précieux instrument de travail, entre 
les mains de jeunes géologues dont elles stimuleront le zèle, 
en leur montrant que déjà leurs efîbrts sont appréciés ! 

« Permettez-moi, mes chers confrères, dem'arrôter sur ce vœu. 
I^ moyen que je viens d'indiquer fait partie de ceux auxquels 
il nous est commandé de i*éiléchir, afin de ne pas laisser déchoir 
la Société que nous aimons. Cherchons à rendre de plus en plus 
solide le faisceau qui nous unit les uns aux autres, et qui a 
déjà cimenté tant de sérieuses amitiés. Aimons à venir ici, 
pour nous retremper à la fois au cx>ntact des anciens qui gardent 
nos traditions, et des jeunes enti^e les mains desquels passera un 
jour l'action directrice ; et que chacun de nous se fasse scrupule 
de nuire par des absences qui ne sellaient que des oublis, au 
charme ou à l'intérêt de ces réunions de la famille géologique ». 

En terminant son allocution, M. de Lapparent salue la 
présence à rassemblée générale, du vénéré M. Victor Raulin, 
devenu, dej^uis le décès de MM. Pai*andier et Geinitz, le doyen 
de notre Société. Il donne ensuite lecture du Rapport ci-dessous, 
et remet à M. V. Paquieu, la médaille du Prix Fontannes, qui lui 
est décerne. 



RAPPORT 
AU NOM DE LA SOUS-COMMISSION DU PRIX FONTANNES 

par M. A. de LAPPARENT 

La majorité de la sous-commission a été d'avis qu'il y avait lieu 
de donner le premier rang à M. V. Paquier, en raison de ses 
Recherches géologiques sur le Diois et les Baronnies orientales. 

Cette région offre l'avantage de permettre, en ce qui concerne 
le terrain crétacé inférieur, une analyse détaillée des zones paléon- 
tologiques, grâce à Tuniformité du faciès vaseux à Céphalopodes, 
attestant un mode de sédimentation mieux soustrait que partout 
ailleurs aux iniluences locales. De plus, l'observation du passage 
des couches ammonitifères du Diois aux assises urgoniennes du 
Vercors méridional doit fournir les éléments d'un parallélisme de 
détail entre ces formations d'allui*e si diverse. 

Toute cette tache, on peut le dire, a été parfaitement remplie 
par M. Paquier. Il ne semble plus maintenant qu'il doive rester 
de doutes, ni sur la succession des zones d'Ammonites du Ber- 
riasien, du Valanginien, de l'Hauterivien et du Barrémien dans la 
région Delphino-Provençale, ni sur le partage qu'il y a lieu de 
faire, entre le Barrémien et l'Aplien, des calcaires zoogènes urgo- 
niens ainsi que des marnes à Orbitolines. 

Au cours de ses recherches, M. Paquier a su réunir d'impor- 
tantes observations sur la date d'apparition des différents types 
de Chamacés, notamment sur les premiers l'eprésentants authen- 
tiques du genre Caprina, que l'auteur fait remonter jusque dans 
l'Aptien inférieur, ainsi que sur ceux du genre Pachytraga^ pré- 
curseur des Caprotines. Ces constatations paraissent destinées à 
exercer une heureuse influence sur la solution des problèmes que 
soulèvent les calcaires à Caprines du Texas et du Mexique. 

A ces descriptions stratigraphiques, très précises et présentées 
avec bcaucouxj ^® méthode, M. Paquier a joint de très intéres- 
santes cartes schématiques, faisant connaître, depuis le Barrémien 
jusqu'au Campanien, la distribution géographique des principaux 
faciès dans la région Delphino-Provençale. 

L'ouvrage se termine par une étude tectonique entièrement 
neuve, qui fait i^essortir l'allure des aires synclinales, si bien 
représentées dans la topographie par des dépressions elliptiques, 
et accuse l'iiidépendance des plis du Vorcors relativement à ceux 



SÉANCE GÉNÉRALE ANNUELLE DU 3o MAI I9OI a85 

du Diois, dont aucun d'ailleurs u*enti*e en contact avec les acci- 
dents ardesciens de la bordure du Massif central. Tous les éléments 
tectoniques de la contrée peuvent ôtre définis comme formant les 
plus septentrionaux des plis de la Provence repris et chevauchés 
par les plissements alpins, tout en gardant les signes extérieurs 
de leur première origine. 

Tels sont les traits dominants de ce travail qui par la valeur 
des résultats obtenus, comme par Tordre et le soin apportés à leur 
exposé, mérite de passer pour un modèle du genre. 



M. Paquier remercie la Commission du Prix Fontannes et la 
Société en ces termes : 

Messieurs, 

« Lorsque je parcourais les montagnes arides de la Drôme, 
j*étais loin de songer à la si flatteuse récompense dont vous 
venez de couronner mes ellbrts. Les remerclments que je vous 
exprime sont d* autant plus sincères que je considère le Prix 
Fontannes non seulement comme la plus haute consécration de 
mes études antérieures mais encore comme un gage particulière- 
ment précieux pour l'avenir. Je ne puis enfin oublier, en ce 
moment, que le mémoire qui a rallié la majorité de vos suffrages, 
a été élaboré dans le Laboratoire de Géologie de l'Univei'sité de 
Grenoble, où des savants tels que Ch. Lory et mon maître 
M. Kilian ont toujours maintenu si haut le niveau des études 
géologiques ». 



286 SEANCE J&ÉNÉRAX.E ANNUELLK DU 3o MAI I9OI 

M. V. Paquier fait, au nom de M. Zlatarski, de Sofia, et au 
sien, une coinniunication Sur Vâge des couches urgoniennes de 
Bulgarie, 

Dans la vallée du Loni, aux environs de Bessarbov et de 
Roustchouck, on trouve sur de grandes surfaces un système de 
calcaires blanchâtres compacts à cassure conchoîdale alternant 
avec des calcaires blancs poreux, très tendres, souvent oolithiques 
et parfois à Orbitolines et à débris de Polypiers et d'Echino- 
dermes. On y rencontre Orbitolina discoidea A. Gras, O, conoidea 
A. Gr., Hemicidaris clurdfera Ag., sp., J unira aff. atava Rœm., 
Panopœa neocomiensis Leym., Requienia ammonia Goldf. sp. 

Ces calcaires de la rive droite du Danube passent latéralement 
au sud à des marnes et des calcaires marneux à Céphalopodes 
barrémiens qui ont fourni : Nautilus neocomiensis d'Orb., Macro- 
scaphites aff. Yvani Puzos sp., Heteroceras Astieri d'Orb., Desmo- 
ceras difficile d'Orb., D, Charrieri d'Orb., Ilolcodiscus Caillaudi 
d'Orb., H. afl*. Gastaldii d'Orb., Crioceras Emerici Lev., Cr, 
Hoheneggeri Uhl. Cette faune est tout à fait barrémienne, et il n'y 
a aucun tyi)e bedoulien, il en faut dcmc conclure que les calcaires 
ui^onicns de la vallée du Lom sont d'âge barrémien vraisembla- 
blement supérieur à cause de la présence d' Heteroceras, 

Vers le sud de la région occupée par des calcaires blancs on 
trouve une large bande de calcaii'es grisâtres compacts et plus ou 
moins marneux afileurant à Lovetch et à Tirnovo. On y rencontre 
des Rudisles, Matheronia Lovetchensis Zlatarski sp., M, Loiret- 
chensis var. Drinovi Zlatarski, des Orbitolina, O, discoidea A. 
Gras, O, conoidea A. Gr. Ils reposent sur des mairies calcaires à 
Heteraster oblongus d'Orb. et appartiennent aussi au Barrémien. 

M. Paquier compare ensuite les faunes de Rudistes urçoniens 
de Bulgarie et de Suisse à celle de France. 

En Bulgarie, les calcaires de la vallée du Lom à Requienia 
ammonia renferment, outre Toucasia carinatUy des Ichthyosarco- 
lithes, forme qui n'était pas signalée dans des assises plus anciennes 
que l'Albien supérieur. On y rencontre également un type de 
Requienia nouveau, cliez lequel la valve supériem*e est surélevée 
dans la région postérit*ure comme cliez Toucasia, 

Les coucliçs de Tirnovo et Lovetch renferment, outre les grandes 
Matheronia du gr. M, Lovetchensis, des Gyropleura de grande 
taille, tout à fait analogues à celles que fournit le Cénomanien 
supérieur de l'ouest de la France. On y recueille enfin des Pach)'- 
traga au moins très voisines de P. paradoxa Pict. sp. 




SÉANCE GKNKRALK ANNUKLI.K DU !Jo MAI I<|OI ^Sj 

Grâce à la complaisance de M. Reiievier, rauleur a pu s'assurer 
que les Reqiiienia à valve supérieure surélevée de Bulgarie sont 
fréquentes dans TUrgonien suisse, mais en France la seule localité 
qui à sa connaissance en iburnisse est Châtillon-de-Micliaille. De 
même Matheronia Lovetchensis var. Drinovi ne se rencontre en 
France que dans les calcaires urgoniens iîiférieurs (Barrémien supé- 
rieur) de la Puyaz, près Annecy. 

Sennes et Kerfome. — Observations sur un gisement ter- 
tiaire des bords de la Vilaine aux environs de Rennes. 

Il y a quelques années, au moment do la construction des tram- 
ways départementaux, on a commencé à exploiter par dragages les 
alluvions de la Vilaine, non loin du gisement sablo-argileux d'Api- 
gné. A un certain moment la drague ramena des fragments sablo- 
gréseux à débris de coquilles marines et de nombreuses Ostrea 
qui furent recueillies par plusieurs personnes et notamment par 
M. Bézier, conservateur du Musée d'Histoire Naturelle de Rennes. 

Le propriétaire de la carrière, M. Rosetzki, m'ayant averti que 
les dragages étaient repris dans la direction des couches fossili- 
fères, j'ai été visiter l'exploitation avec M. Kerfome. D'après les 
données des dragages, nous avons relevé la succession suivante : 

à) Terre végétale et limon : i mètre environ. 

6) (rraviers de la Vilaine essentiellement quartziteux : 4 ^ ^ 
mètres. — Ils descendent plus bas que le lit de la Vilaine. 

c) Suivant les points, la drague ramène tantôt des sables falu- 
niens souvent agglomérés, tantôt des blocs d'aigles noires présen- 
tant de nombreux petits galets quarlzeux. gréseux ou schisteux Les 
sables et les argiles renferment les mêmes fossiles ; cependant les 
sables sont plus riches en Ostrea, Arca, Pectunculus de grande 
taille. 

La faune est la même que celle du gisement d'Apigné dont 
M. G. Dollfus a entrepris l'étude : Ostrea aff. edulis, O. ind. ; Arca 
Noé, A, barbata. A, sp. ; Pectunculus Deshayesi, etc. ; Venus, 
Cardita, Cardium, Chama, etc. ; Fissurella italica, Eniarginula, 
Pleurotoma incmssata, Trochus, Natica, Nassa limata, Ancil- 
laria, Eulima injlexa, Voluta afF. Lamberti, Rissoa, Cerithium 
(Bittium) reticulaturn, Dentalium brevijissum, Vermetus carinaius^ 
Balanophyllia italica, Crj^ptangia, etc. 

Nous n'avons pas encore pu établir d'une façon certaine les 
rapports des sables et argiles en question avec leur substratum, mais 
ces dépôts sont certainement plus récents que les faluns de Bretagne 
dont les couches supérieures ont fourni, comme Ton sait, des restes 
de Mammifères : Mastodon, Dinotherium, Hipparion, etc. 



288 SÉANCE GÉNÉRALE ANNUELLE DU 3o MAI I9OI 

M. 6. Dollfus a eu l'occasion d'examiner au Musée de Rennes, 
avec MM. Sennes et Kerforne, YOstrea citée par ses auteurs et 
d'après ses notes elle doit prendre le nom d'Ostrea edulis Lin. var. 
ungulata l^y si. i835(Coq. etpolyp. foss. Belgique, p. 3îi5, pi. VIII, 
fig. 8; pi. IX, fig. 8) découverte originairement dans le sable noir 
de Kiel, près Anvers. 

Cette espèce est inconnue dans les faluns de la Touraine, mais 
elle est abondante dans les gisements de la Loire-Inlerieure comme 
la Dixmerie, le Pigeon Blanc, la Gauvinière, le Marché Giraud 
en Vieille vigne, etc., on la trouve également dans le Cotentin à 
Gourbesville, Rauville-la-Place (Lyell), Saint-Georges de Çohon, 
pouvant aider à caractériser le vaste horizon miocène supérieur 
dont j'ai parlé dans la dernière séance. 

J'ajouterai qu'un forage exécuté à Carentan par MM. Lippmann 
et G** a rencontré cette même variété de VOstrea edulis dans des 
conditions analogues à celle de Rennes, à 24 mètres de profondeur 
sous une série d'argiles grises sableuses, formant un lit de vingt 
centimètres d'épaisseur, au contact des marnes rouges du Trias, 
profondément i»avinées en ce point. 



ÉTAT ACTUEL EN BELGIQUE 
DE L'ÉTUDE DES CORRÉLATIONS GRISOUTO SISMIQUES 

par M. E. VAN DEN BROECK. 

Cette communication a surtout pour but d'apporter à la Société 
la primeur des dernières observations relatives à l'état actuel, en 
Belgique, de l'étude de la Géophysique et de la Météorologie endo- 
gène, spécialement appliquées à la recherche des corrélations 
grisouto-sismiques. U serait k désirer que ces études prennent une 
plus grande extension en France où, il y a déjà quinze ans, une 
première tentative a fourni de précieux éléments d'appréciation. 

Etant donné l'ampleur du programme des études de la Géophy- 
sique, science cependant née il y a à peine un quart de siècle; 
vu aussi la multiplicité des points de vue à traiter dans l'exposé 
des corrélations, étroitement liées, qu'elle évoque et qui intéressent 
à la fois le géologue, le physicien, le météorologue et bien d'autres 
encore, tels que le mineur, il ne peut être question d'entrer ici 



ÉTUDE DES CORRELATIONS GRISOUTO-SISMIQUE8 ^89 

dans les développemenU d*un exposé général, même synthétique. 
Les curieuses révélations fournies par Tétude des résultats obtenus 
par les pendules horizontaux et autres, destinés à la recherche des 
déviations de la verticale, comme de ceux obtenus par les instru- 
ments microsismiques et magnétiques pourront fournir la matière 
d'une communication ultérieure. Aujourd'hui, nous nous canton- 
nerons dans le domaine des corrélations paraissant exister entre 
certains phénomènes sismiques et les dégagements grisouteux. 
Cette étude a été entreprise par la Société belge de géologie, qui, 
en 1898, a fondé la Section permanente d'étude du grisou, consti- 
tuée en vue de la recherche des lois éventuelles de prévision des 
périodes d'activité grisouteuse et de danger minier. 

• 

Les premiers travaux sur les corrélations grisouto-sismiques, 
ont été publiés en 1874 P^i* ^' M. S. de Rossi, en Italie. Depuis 
lors, de nombreux travaux sur ce sujet ont été publiés par MM. 
Davison, Miilne et Walton Brown, en Angleterre ; de Chancourtois, 
Lallemand, Chesneau, F. Laur, Canu et Fortin, en France ; Milne 
au Japon; Zenger, en Hongrie; Forel, en Suisse *. 

En Belgique enfin, la récente mise en discussion, en 1898, par 
MM. L. Gérard, E. Harzé, E. Lagrange et Van den Broeck, de la 
question des corrélations grisouto-sismiques avait été précédée, 
depuis 1887, d'appels et d'exposés dus à M. A. Lancaster et à divers 
autres auteurs et publicistes qui ont ainsi mis en lumière, depuis 
longtemps en Belgique, le vif intérêt qui s'attache à ces recherches 
de corrélations endogènes, que d'aucuns persistent toutefois à ne 
considérer que comme de simples « coïncidences )>. 

Au point de vue expérimental et de la vérification scientifique, 
trois pays ont tenté des essais pratiques dans cette direction : 
l'Angleterre, la France et le Japon. Ce sont respectivement : 
l'insuflisance et la non appropriation des appareils, la décroissance 
locale de l'activité grisouteuse et une catastrophe ayant détruit les 
installations qui ont, à Marsden (Durham), à Hérin (Anzin) et à 
Takoshima, empêché la continuation normale des expériences. 

Celles-ci, malgré des conditions défavorables, ont fourni, à Mars- 
den comme à Hérin, des données irrécusables montrant non seule- 
ment la réalité de certaines corrélations, mais encore la possibilité 

I. Cest r Académie des Sciences de Paris qui, en 1887, a publié le texte de 
la « loi de Porel » disant quUlfaut redoubler de précautions contre le grisou 
les jours qui suivent un tremblement de terre dont Vaire sismique s'est 
étendue jusqu'au territoire de la mine à protéger, 

3 Octobre 1901. — T. I«^ Bull. Soc. Géol. Fr. — 19 



t^tgo E. VAN DEN BROECK. — ETAT ACTUEL ES BELGIQUE 3o Mai 

de trouver dans ravertissement préalable microsisniique un véri- 
table précurseur de Tactivitc grisouteuse. Dans le cas très net de ce 
genre, qu'il a signalé en 1898 (d'après M. Ghesneau)^ dans sa confé- 
rence faite devant la Société géologique du Nord, à Béthune * 
et qui est relatif à des phénomènes constatés en décembre 1886, 
simultanément à Hérin, à Marsden et en Belgique, M. Van den 
Broeck a rappelé, qu'en contraste avec Tavertissement microsis- 
mique fourni dans les deux postes français et anglais, la dépres- 
sion barométrique considérable qui a accompagné ces phénomènes 
endogènes, les a suwis et non précédés. Le maximum microsismi- 
que s'est montré, à Hérin, neuf heures avant le maximum grisou- 
teux, qui a été suwi à douze heures d'intervalle par le maximum 
de la dépression barométrique -. 

Cette question des rapports existant entre les dégagements du 
grisou et les dépressions barométriques, qui précèdent parfois, 
en effet, certaines des manifestations de grisou ^ a donné lieu, en 
divers pays, à de vifs débats. Ceux-ci cependant eussent pu être 
évités si Ton n'avait pas voulu généraliser des observations 
s'appliquant à des cas très dififérents dans leur essence. Il est facile 
d'apprécier la dififérence profonde qui existe entre les conditions 
où se trouve le grisou à faible pression, et de débit relativement 
restreint, emmagasiné dans les déblais, remblais, vieux travaux, 
chantiers abandonnés, etc., et le grisou occlus, peut-être à l'état 
liquide ou solide, ou, en tout cas, en tension considérable, dans 
les pores du charbon, où le manomètre, appliqué aux trous de 
sonde, soi-disant purgeurs, le montre exister avec des écarts parfois 
considérables de pression pour de très minimes distances. 

C'est la détente brusque, le changement d'état de ce grisou (qui^ 
sous cette forme, échappe aux variations de la pression atmosphé- 
rique), qui est le grand fléau du mineur et tel est sm^tout le phéno- 
mène dont il s'agit de rechercher les causes, sans doute multiples. 

I. E. Van dbn Brobgk. La Météorologie endogène et le Grisou. Causerie 
faite le 3 juillet 1898 à l'occasion de la session extraordinaire, à Béthune, de 
la Société géologique du Nord. Ann, Soc. Géol. du Nord, t. 27, p. i5o-i74« 

3. E. Van dbn Brobgk. Les prévisions grisouteuses. Recherches prélimi- 
naires faites à l'occasion des « avertissements » de M. F. Laur. Analyse des 
faits et observations complémentaires relatives à l'exposé des données four- 
nies par les éléments magnétiques. Bail, Soc. belge de Géol., t. Xn, 1898, 
Mém. p. i3-44* 

3. E. Van dbn Brobgk. Les manifestations grisouteuses et leur prévision 
dans ses rapports avec la Météorologie endogène et avec la Météorologie 
atmosphérique. Rapports lus au V* Congrès intern. d'Hydrol. médicale, de 
Climatologie et de Géologie de Liège, en i8g8. 



igOI DE L ETUDE DES CORRELATIONS GRISOUTO-SISMIQUES 'JQI 

Grâce aux perlectionnements incessants apportés, dans les 
régions minières de la plupart des pays, aux facteurs matériels 
de Téclairage, de Taérage, du tir des mines, de l'organisation des 
travaux préparatoires et de la conduite des travaux d'exploita- 
tion, le grisou à faible pression, le seul qui puisse se montrer 
influencé dans ses phases d'activité par les dépressions atmosphé- 
riques, n'est plus aujourd'hui pour le mineur un ennemi bien 
dangereux. Mais il n'en est nullement de môme pour le grisou 
l'enfermé à haute pression dans la roche, où on l'y trouve parfois 
dénoncé par le manomètre comme existant à ao, 3o et 4o atmos- 
phères et plus encore! L'ennemi en un mot, c'est le grisou des 
dégagements instantanés : ce fléau de certaines régions minières 
belges en particulier et qui se présente aussi, sous des formes 
parfois un peu différentes dans d'autres pays, comme les sudden 
outburst en Angleterre, les phénomènes de l'espèce observés en 
Allemagne et ailleurs ; fléau dont enfin certains charbonnages du 
bassin de la Loire, comme à Saint-Etienne, commencent à leur 
tour à être incommodés. 

C'est l'étude corrélative de divers phénomènes microsismiques 
et plus spécialement de certaines ondes ou vagues terrestres 
d'origine interne — décelées par les merveilleux instruments dont 
dispose actuellement la Géophysique, tels par exemple que le 
pendule horizontal triple — qui, plus encore que la répercussion 
directe des secousses sismiques proprement dites, parait devoir 
constituer l'objectif des chercheurs en tant que auscuUo^précurseur 
de l'exaltation grisouteuse. Les études et recherches de la Géophy- 
sique se trouvent ainsi intimement rattachées à celles des corré- 
lations grisouto-sismiques. 

Déjà grâce à la généreuse intervention de M. E. Solvay, M. Eug. 
Lagrange, professeur de physique à l'Ecole militaire belge, a pu 
se trouver matériellement à même de réaliser le projet, conçu par 
lui, d'un observatoire souterrain de Géophysique, édifié à Uccle- 
lez-Bruxelles, organisé et outillé suivant ses plans. 

Il est à remarquer que récemment la Commission internationale 
de géophysique dont fait partie pour la France M. Kilian, de 
Grenoble, a décidé la création d'un réseau européen de postes de 
même nature et employant les mêmes instruments. 

De son côté, la Société belge de Géologie, à l'aide des ressources 
spéciales dont elle dispose à cet effet, par suite de multiples libé- 
ralités, s'occupe en ce moment, d'organiser le poste souterrain 
grisoutO'sismique qu'elle avait, dès 1898, décidé d'établir dans les 



ÙQtà E. VAN DEN fiROECK. — ÉTAT ACTUEL EN BELGIQUE 3o Mai 

profondeurs dn charbonnage grisouteux de TAgrappe, près Mons. 
La récente catastrophe du Grand-Buisson, à Wasmes (Hainaut) a 
de nouveau attiré l'attention du x)ublic belge sur les utiles travaux 
de la Société. De nouvelles libéralités, dues à M. Beemaert, 
Ministre d'Etat et Président de la Section permanente d'études 
du grisou, ainsi qu'à d'autres donateurs, ont encore augmenté les 
ressources dont dispose la Société. 

Les généreux philanthropes qui, avec M. E. Solvay, constituent 
le Comité de patronage de la Section du Grisou, viennent de 
rendre à la science un nouveau service dont M. Van den Broeck 
est heureux de les remercier ici publiquement. 

M. le sénateur G. Montefîore-Levi, vient de mettre une somme 
de deux mille francs à la disposition du Comité du grisou, 
pour la réalisation d'un des principaux desiderata de la Société : 
l'organisation d'un poste externe géophysique et de comparaison, 
qui sera situé sur le bord méridional de la grande faille du midi, 
soit au bois de Coifontaine et à proximité du poste souterrain 
(à 819 m.) actîiellement en organisation à l'Agrappe et situé au 
nord de la dite faille. Pour l'édification de ce poste à profondeur 
minière, l'Administration de la Société anonyme des Charbonnages 
belges, son éminent directeur M. I. Isaac et son personnel tech- 
nique (M. l'ingénieur Abrassart en tête) se sont mis à l'entière 
disposition de la Société belge de Géologie, De son côté, un autre 
donateur M. A. Urban, administrateur-directeur de la Société 
anonyme de Carrières de Quenast, outre l'octroi d'un don per- 
sonnel fort important, s'est engagé à faire édifier, organiser et 
outiller complètement un poste géophysique de comparaison, 
qui présentera cet intérc^t spécial, exceptionnel même, d'être 
établi sur un massif cristallin éruptif, qui le mettra ainsi en 
relation directe avec les parties internes profondes de l'ossature 
du globe et avec leurs manifestations endogènes propres. Enfin, 
M. A'I. Greiner, le directeur général de la Société Cockerill, aidé 
par quelques amis, exploitants de houillères du bassin de Liège, 
se met à la disposition du Comité pour organiser de même, aux 
frais de ce groupe régional, un poste souterrain grisouto-sismique, 
identique à celui de l'Agrappe, et qui sera installé dans une mine 
grisouteuse du bassin liégeois, en même temps, peut-être, qu'un 
poste complémentaire et externe de comparaison. 

Ce magnifique et généreux élan, dans lequel Y initiative privée 
s'est largement vue aider par certains des pouvoirs provinciaux 
belges et qui permet actuellement à la Société belge de Géologie 
de réaliser le projet que lui avait soumis, il y a trois ans, M. Van 



igOI DE l/ÉTUDE DES CORRELATIONS GRISOUTO-SISMIQUES Î293 

den Broeck, constitue un réconfortant exemple dont la Belgique 
a le droit d'être fiùre et dont les résultats dépasseront peut-être un 
jour en intérêt humanitaire et économique tout ce que Toptimisme 
des initiateurs peut prévoir aujourd'hui. Quant à ceux qui doute- 
raient encore de l'opportunité de s'engager résolument dans ces 
voies nouvelles — mais dont la France peut s'honorer d'avoir, 
dès 1886, éclairé expérimentalement les premières étapes — on 
peut se contenter de leur répondre par ces paroles d'un collègue 
sceptique, éminent et haut fonctionnaire des Mines belges actuelle- 
ment en retraite et qui, tout en ne partageant pas les espérances 
des initiateurs de la Société belge de Géologie, a répété à l'occasion 
de nos recherches et de nos espoirs, cette noble pensée d'un illustre 
savant français, déclarant que celui qui, en dehors des sciences 
mathématiques, prononce le mot impossible, commet une impru- 
dence. 

En terminant sa communication M. Van den Broeck émet 
l'espoir que cette organisation en voie d'exécution en Belgique, 
d'un réseau d'observatoires géophysiques et grisou to-sismiques, 
destinés à l'étude des phénomènes endogènes affectant certaines 
parties du vaste bassin houiller franco-belge, aura sa réper- 
cussion et son extension, si désirable, dans les parties françaises 
du bassin. Il l'espère d'autant plus que c'est dans Tune des fosses 
du charbonnage d' Anzin qu'a été fournie naguère la démonstration 
de l'existence réelle de certaines corrélations grisouto-sismiques et 
de la possibilité des prévisions espérées. Celles-ci se fussent mon- 
trées plus constantes et plus frappantes encore si l'on avait possédé 
alors les appareils spéciaux dont dispose la Science d'aujourd'hui 
et si, d'autre part, les dégagements grisouteux de la fosse d'Hérin, 
où se lirenl ces premières expériences, ne s'étaient pas graduelle- 
ment amoindris, au point de venir finalement se classer dans la 
catégorie de ceux, à très faible pi^ession et de minime débit, 
qui échappent pour ainsi dire complètement à l'influence des actions 
endogènes et sismiques. 



Il 

. J' 



Séance du 3 Juin f90f 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la 
séance précédente. La rédaction de ce procès-verbal est adoptée. 

Le Président annonce une présentation. 

Le Président fait part à la Société de la reprise des cours pro- 
fessés par M. Zujovié, à la Faculté des Sciences de Belgrade. 

M. Haug annonce à la Société la mort du célèbre paléontologiste 
suédois, G. Lindstrôm, dont les magnifiques travaux sur les faunes 
siluriennes de Tlle de Gothland sont connus de tous. 

M. Emm. de Margerie présente au nom de M. le D' Francisco P. 
Moreno un exemplaire des Documents publiés par le Gouver- 
nement Argentin sur la question des limites de la République 
açec le Chili (4 vol. in-folio). 

Cet ouvrage, où il n'est question qu'incidemment de Géologie 
proprement dite, renferme un grand nombre de renseignements 
nouveaux sur l'orographie de la partie australe de la Chaîne des 
Andes, et en particulier de superbes panoramas en similigravure. 
Parmi les faits d'intérêt général que ces planches mettent en évi- 
dence, on doit citer surtout une série de cas typiques de captures 
de cours d'eau, nés dans les plaines de Patagonie et actuellement 
tributaires du Pacifique, d'où résulte une fréquente discordance 
entre la ligne des points culminants et la ligne de partage, reportée 
à l'est des Cordillères. 

M. de Margerie dépose en même temps sur le bureau le numéro 
du i5 mai des Annales de Géographie, dans lequel M. L. Gallois 
a résumé ces publications en reproduisant les photographies les 
plus caractéristiques. 

M. 6. DoUfus offre une brochure qu'il vient de publier inti- 
tulée : Note géologique sur les eaux de Rouen, lettre à M. Gamier, 
expert. Dans ce travail, il a examiné l'origine des grosses sources 
de la vallée du Robec qui ont été aménagées pour l'alimentation de 
la ville de Rouen, il y a une trentaine d'années, et qui sont actuelle- 
ment le sujet d'un procès. 




SÉANCE 1>U 3 JUIN 19OT ^95 

Après avoir décrit la série des terrains des environs de Rouen, 
leur épaisseur, leur perméabilité, leur inclinaison, il a expliqué que 
la basse vallée du Robec coule en contre-pente de Tinclinaison 
géologique des couches. La région anticlinale formée par Targile 
kiméridgienne est située à Saint-Sever sous la plaine basse de la 
rive gauche de la Seine, en face de Rouen; de ce faubourg, toutes 
les couches plongent suivant une inclinaison semi-circulaire vers le 
nord-est. La ville même est bâtie sur FAptien et le Cénomanien 
qui plongent dans la même direction. Les falaises au-dessus de la 
ville sont dans la craie turonienne, épaisse de 80 mètres, et la 
craie sénonienne apparaît seulement en arrière des crêtes pour 
sMncliner au nord sous le plateau, en augmentant progressivement 
d'épaisseur. Ce régime de pente au nord prend iin à Fontaine-sous- 
Préaux dans la vallée de Dametal, et à Monville dans la vallée de 
Dé ville ; au-delà de ces points les couches remontent lentement au 
nord et atteignent le pays de Bray, après quelques faibles ondu- 
lations. 

Or, les fortes sources de Fontaine-sous-Préaux, correspondent à 
la ligne synclinale basse située entre les deux relèvements de 
couches, et en même temps à Tailleurement bas, au fond de la 
vallée, du Turonien moven, des couches de craie marneuse à Tere- 
bratulina gracilis, les moins perméables de toute la masse. Il faut 
noter, d'autre part, que le bassin du Robec, en amont des sources, 
est absolument sec, que sa surface géographique est tout à fait 
insuflisante pour pouvoir fournir le volume d'eau débité (jao litres 
par seconde), de telle sorte qu'il est nécessaire de rechercher une 
origine souterraine assez éloignée pour les eaux de Rouen, en 
accord avec leur volume et la régularité remarquable de leur débit. 
L'auteur n'hésite pas à supposer qu'elles arrivent du pays de Bray, 
des environs de Sommery. Il n'y a d'ailleurs ni bétoires, ni avens, 
ni point d'engouffrement naturel des eaux sur les plateaux dans le 
voisinage. Les sources utilisées proviennent dîun cours d'eau sou- 
terrain, transversal, que la vallée a mis à découvert en s' appro- 
fondissant, elles n'appartiennent pas à son bassin hydrographique 
naturel. 

M. Léon Janet se demande si la couche à Terebratulina gra- 
cilis joue un rôle hydrologique aussi important que l'indique 
M. G. Dollfus. Il ne présente cette observation que sous toutes 
réserves, puisqu'il n'a jamais visité la vallée du Robec, mais il 
tient à faire remarquer que dans les régions relativement voisines 
de l'Avre, de l'Eure et de l'Iton, qu'il a étudiées en détail, la couche 



âg6 SÉANCE DU 3 JUIN 1901 

à Terebratulina gracilis présente un certain nombre de diaclases, 
qui la rendent perméable en grand, comme les autres assises de la 
craie. On voit, dans ces conditions, les eaux souterraines passer 
avec facilité du Sénonien dans le Turonien et le Cénomanien, et 
vice-versâ. Il est peu^être permis de supposer que la vallée supé- 
rieure du Robec reste sèche tant que son thalweg se trouve au- 
dessus du niveau piézométrique de la nappe souterraine de la 
région, et présente une série de sources dès que ce thalweg se 
trouve au-dessous du niveau piézométrique. 

M. 6. Dollfus ne peut accepter l'explication proposée par 
M. Janet et qui suppose, en principe, une uniformité dans la com- 
position de la craie qui n'existe pas en réalité, ne faisant pas 
entrer, non plus, en ligne de compte l'importante question de 
rinclinaison des couches. 

Il est impossible de baser uniquement Thydraulique de la région 
crétacée sur le plan d*eau des puits, il existe des cours d'eaux sou- 
terrains qui en sont indépendants, etc. Les principes posés par 
M. Janet ne permettent pas d*expliquer pourquoi le niveau piézo- 
métrique de la vallée arrive en atileurement à Fontaine-sous-Préaux 
plutôt qu'en quelqu'autre point. 



M. Liebesconte. — Sur la position des schistes du Rozel 
{Manche), 

Je suis complètement d'accord avec M. Bigot pour placer ces 
schistes (lie-de-vin à la base, verdâtres au sommet) dans le Cam- 
brien. Les Montfortia Rhedonensis, que j'ai décrits, ne viennent 
pas de ces couches, mais des schistes inférieurs (bande de Saint- 
Germain-le-Gaillard) situés sous les brèches porphyriques, aussi 
ai-je eu bien soin d'indiquer dans ma note sur le Briovérien que 
ces fossiles provenaient des schistes légèrement micacés qui sont 
sous les arkoses et les brèches porphyriques au sud-est de la pointe 
Rozel. Ces schistes sont rangés avec raison par M. Bigot dans le 
Précambrien, 



ÉTUDE COMPARÉE DES SYSTÈMES DE TERRASSES 

DES VALLÉES DE LMSSER 
DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHONE 

PREUVES QUE LEUR FORMATION EST DUE 
A DES OSCILLATIONS EUSTATIQUES DU NIVEAU DE BASE 

par M. de LAMOTHE. 



Dans la note que j'ai publiée en 1899 sur les anciennes plages 
et terrasses du bassin de Tisser *, j'ai cherché à préciser les pha- 
ses successives par lesquelles avait du passer ce bassin, depuis 
la fin du Pliocène marin, pour arriver à son état actuel ; j'ai, en 
outre, établi, que les conclusions tirées de l'étude de Tisser pou- 
vaient s'étendre à une partie au moins de la côte algérienne. La 
présente note a pour objet de montrer que des phénomènes com- 
parables, et môme identiques, semblent s'être produits pendant 
le même laps de temps, dans des bassins très éloignés, tributaires 
de la Méditerranée septentrionale ou de la mer du Nord. 

Mais avant d'aborder cet essai de paléogéographie, il me parait 
utile et même nécessaire de résumer très brièvement les faits 
constatés dans Tisser, en insistant sur quelques points dont l'in- 
térêt ou l'importance n'ont peut-être pas été sufDsamment mis en 
relief dans ma note de 1899, et en profitant de cette occasion pour 
rectifier quelques fautes d'impression et légères inexactitudes de 
détail qui s'y sont glissées. 

Chapitre ^^ — Résumé des faits observés dans Tisser 

i** L'embouchure de Tisser a conservé des traces très nettes 
d'une série continue de phénomènes alternatifs d'érosion et de 
remblai, dont les plus anciens datent de la fin du Pliocène marin, 
tandis que les plus récents appartiennent à l'époque actuelle ^. 

I . de Lamothb. Note sur les anciennes plages et terrasses du bassin de 
lisser et de quelques autres bassins de la côte algérienne. B. S. G. F., (3), 
XX Vn, p. Q&j et seq. 

a. Consulter les feuilles de Ménerville et de Palestre de la carte géologique 
de l'Algérie à i/5o.ooo, et la planche UI qui est jointe à ma note précitée. 



agS DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juîn 

Le nombre de ces périodes alternatives d'érosion et de remblai 
encore obserçables, a été de six ; elles sont marquées par six 
niveaux de eailloutis, formant pour la plupart des terrasses 
étagées, bien distinctes les unes des autres (fig. i). 



Sidi Fereilf 



Koudia Bou ûissa 




Fig. I. — Coupe schématique de la vallée de Tisser près de l'embouchure. 

y. Liparites et granités : )., Labradorites et andésites ; pt, Marnes bleues du 
Pliocène inférieur ; i, Cailloutis et plage de aoo-2o5 m. (i" niveau) ; a, Id. 
de i3o-i5o m. (a* niveau) ; 3, Id. de la haute terrasse (3* niveau) ; 4* 1(1- de 
la moyenne terrasse (4* niveau) ; 5 et 6, Id. des basses terrasses (5* et 
6* niveaux) ; ^, Galets roulés à 43o m. d^altitude. — La largeur de la zone 
occupée par les alluvions entre les deux massifs éruptifs est d'environ 
i3 kilomètres. 

Les altitudes relatives de ces divers niveaux au voisinage de 
l'embouchure *, sont exprimées par les nombres ci-après : 

!•' niveau aoo à ao6 m . * 

a» — i3o à i5o 

3« - 93 à 95 

4* — 55 à 57 

5* — a8 à 3o 

6* — i5 à i6m ' 

Il y a lieu de remarquer qu'entre les 3* et 4^ niveaux il s'est 
produit un léger déplacement négatif horizontal du niveau de base 
qui a eu pour effet de diminuer l'altitude relative deô terrasses 
plus anciennes ; si l'on en tient compte, l'altitude relative du 
3* niveau devient 98-100 m. 

Les terrasses sont surtout développées au voisinage de l'embou- 
chure où les principales (3*, 4* et ô'^ niveaux) peuvent se suivre 
pendant plusieurs kilomètres ; elles se morcellent en approchant 

1. Dans tout ce mémoire, l'expression altitude relative signifie altitude 
au-dessus des eaux dVtiage du cours d*eau actuel. 

2. L altitude de ce niveau qui est en dehors de la vallée actuelle de Tisser 
est prise par rapport au niveau de la mer. 

3. Ces limites sont probablement un peu faibles; elles sont basées sur la 
détermination d'un seul lambeau, celui de Blad Guitoun. 




igOI DE l'iSSEIVt DE LA MOSELLE. DU RHIN ET DU RHÔNE 299 

de la région montagneuse et semblent disparaître un peu en amont 
de Palestro ; en même temps leurs altitudes relatives augmentent 
sensiblement. Ces altitudes augmenteront encore dans l'avenir, 
car risser, qui ne possède pas dans la région de PalestiH) son 
profil d'équilibre et dont les pentes sont relativement fortes (4 à 
5 millim. par mètre dans les gorges), continue à creuser son lit. 

2° L'épaisseur primitiçe des nappes alluviales ne peut pour la 
plupart d'entre elles être déterminée avec précision, soit en raison 
des dénudations qu'elles ont subies (i*' et a* niveaux), soit parce 
qu'elles se réduisent presque toutes à une mince bordure, et que 
rien n'indique la largeur originelle de la nappe et surtout la posi- 
tion du thalweg correspondant. Cependant, en ce qui concerne le 
0.^ niveau, la comparaison des cotes des bases et des sommets de 
tous les lambeaux que j'y ai rapportés, me conduit à penser que 
l'épaisseur a dû atteindre ad moins t\0 m. 

Pour le 3' niveau, dont il existe une section transversale presque 
complète *, l'épaisseur réelle a dû être très voisine de 35 m. 

Enfin, pour les 4* et 5* niveaux, les épaisseurs mesurées près du 
bord axial -, c'est-à-dire du bord le plus rapproché de l'axe dé la 
vallée, sont l'espectivement de 4^ à 45 m. pour le 4* niveau, de 
a8 à 3om. pour le 5«. Mais ces nombres sont des minima et il est 
fort probable que les épaisseurs maxima ont été supérieures de 
quelques mètres au moins. 

Vers l'amont, à Palestro, les épaisseurs observées paraissent 
diminuer d'une façon notable. 

3° En l'absence de fossiles caractéristiques, j'ai été conduit 
par des considérations tirées surtout de l'état de conservation des 
terrasses et de leur gi'oupement, à clRsser proçisoirement les deux 
premiers niveaux dans le Pliocène supérieur, et les quatre autres 
dans le Pleistocène ^, La terrasse du 3' niveau dont l'altitude au- 
dessus du thalweg est voisine de gS m., serait par suite une haute 
terrasse ; celle de 55 à 5^ m. (4* niveau) pourrait être appelée 
moyenne terrasse, et celles de 228 à 3o m. et de i5 à 16 m. (5* et 
6« niveaux) représenteraient les basses terrasses. 

I. de Lamothr. Op. cit., fig. 5, p. 274- 

a. C'est le bord que les géologues suisses appellent externe, tandis qu'ils 
appliquent le qualiiicatif interne au bord qui longe les pentes de la vallée. 
Ces dénominations peu rationnelles me paraissent devoir être rejetées, car 
elles ne peuvent qu'engendrer des confusions. 

3. de Lamothb. Op. cit., 1899, p. 2188. 



300 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRA.SSES DES VALLEES 3 Juin 

Les cailloutis plus anciens que la haute terrasse correspon- 
draient aux graviers de plateau ou Deckenschotter de la vallée du 
Rhin. 

4** Les /**, 12* et vî* nappes sont nettement indépendantes ; elles 
se sont accumulées dans des lits différents comme direction, 
altitude et profondeur (fig. i). 

Les cailloutis du 3' niveau (haute terrasse) sont également 
indépendants de ceux du 4*" puisqu'ils occupent un chenal distinct. 
On a ici la preuve matérielle que non seulement le creusement 
de la vallée qui a précédé le l'emblayage n'a pas amené celle-ci 
à la profondeur du thalweg actuel, mais que son fond est même 
i*esté à près de 63 m. au dessus de ce thalweg *. Ce fond serait 
donc plus élevé de quelques mètres que la surface supérieure de la 
moyenne terrasse de 55 m. , s'il ne s'était pas produit dans l'inter- 
valle un léger déplacement horizontal du niveau de base qui a eu 
pour conséquence le relèvement du thalweg actuel. 

Les 4*? 5* et 6« niveaux iorment un groupe bien tranché ; ils 
sont emboîtés partiellement. 

L'ignorance dans laquelle nous sommes de leur épaisseur exacte, 
ne permet pas de fixer d'une façon précise l'altitude de leurs 
bases ; il est probable que la base de la moyenne terrasse s'élevait 
à une dizaine de mètres au plus au-dessus du thalweg actuel et 
que celle des deux autres en étiût très voisine, peut-être même 
a-t-elle été plus basse. 

5° Les hante et moyenne terrasses (3* et 4* niveaux) sont 
couvertes d'un limon fin, jaunâtre, très argileux, renfermant 
de nombreuses concrétions calcaires. L'éj^aisseur de ce limon a 
probablement dépassé 20 m. pour chacune d'elles. Je n'y ai pas 
observé de traces certaines de stratification : il est vrai que la 
plupart des coupes sont très mauvaises. Sauf de rares excc^îtions 
le limon semble faire défaut sur les autres niveaux, ou n'y être 
représenté que par une couche mince. Un limon également 
jaunâtre, présentant parfois des traces de stratification horizon- 
tale couvre le fond de la vallée de Tisser depuis l'embouchure 
jusqu'en amont de Blad Guitoun ; l'Isser y a creusé son lit sur 
8 à 10 m. de profondeur. Il diffère du limon des terrasses par 
V absence des concrétions, 

&* Les principaux nipeaux de cailloutis se lient à leur exti»émité 
aval à des plages^ en général remarquablement conservées ; les 

I. Voir dans ma note de 1899 la ûg. 5, p. ti%. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 30l 

autres se terminent à des cotes qui concordent avec celles de plages 
ou de débris de plages situés dans le voisinage. Les altitudes 
de la mer correspondant à ces plages sont très approximative- 
ment données par le tableau ci-dessous : 

1" niveau aoo à ao5m. 

a* — i35 à 145 

3* — 98 à 100 

4* — 55 

5- — 3o 

6' — i5 à 17 

Il n'est pas impossible qu'il y ait eu des plages et des niveaux 
de cailloutis plus élevés ; car j*ai trouvé à des altitudes de 35o et 
même 43o m. (fîg. i). des traces de plages qui me paraissent 
certaines *. Peut-être ces anciennes plages marquent-elles d'an- 
ciens niveaux de la mer du Pliocène inférieur, dont Taltitude, 
comme je Tai montré, a dû être beaucoup plus grande que celle 
marquée par les marnes bleues et les mollasses *. 

La plage de iS-ij m. se retrouve très nette sur un certain nom- 
bre de points de la côte algérienne. Au contraire, le niveau de 
cailloutis correspondant n'apparaît qu'exceptionnellement dans 
l'isser et dans les autres vallées. Cela tient à ce que le lit actuel 
de la plupart des rivières, occupe le même emplacement que celui 
correspondant aux niveaux de i5 et de 3o m. On conçoit que, 
dans ces conditions, l'érosion qui a suivi la foimation de la nappe 
de i5 m. en ait le plus souvent supprimé les traces dans toutes 
les vallées étroites parcourues par des cours d'eau puissants ou 
à allures torrentielles. 

La régularité même avec laquelle les diirérents niveaux de 
plages se reproduisent sur un certain nombre de points de la côte 
algérienne semble indiquer, indépendamment des conséquences 
que je développerai plus loin, que la Méditerranée est, depuis le 
Pliocène supérieur tout au moins, privée de marées. Nous verrons 
en effet dans le chapitre II que la concordance des altitudes des 
anciennes plages sur de grandes étendues est incompatible avec 
l'existence des marées. 

y Ainsi que je l'ai montré -^ le lien qui existe entre les plages et 
les nappes alluviales dont les terrasses représentent les débris, 
et la foimation des une^ et des autres, ne peuvent s'expliquer que 

I. de Lamothb. Op. cit., p. iiGS et 997. 

a. 1d , p. 390. 

3. Id., p. 390 et seq. 



3oQ DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juio 

par des oscillations verticales du niveau de base, c'est-à-dire de 
la ligne de rivage. Il est absolument impossible de Tattribuer à 
une cause agissant vers Tamont comme on a tenté de le faire pour 
les terrasses de la vallée du Rhin. D*une manière générale, il 
semble que rabaissement de cette ligne de rivage (mouvement 
négatif àQ M. Suess) ait été prédominant à partir du Pliocène 
supérieur ; mais ce mouvement négatif n'a pas été continu ; il a 
été périodiquement interrompu par des mouvements positifs 
d'amplitude plus faible. 

Chaque mouvement négatif a déterminé une phase d'érosion et 
d'approfondissement de la vallée ; chaque mouvement positif a 
été au contraire la cause d*une phase de remplissage. L'épaisseur 
du remblai à l'embouchure marque à peu près l'amplitude du 
mouvement positif. 



•OOI 



xovmk^ 



PUoc.sup^ 
f^eokensch otter) 



/Kxtm^au de 
aoorM>Sia, 



is^rv 



A 






PléistocMt 



Niirtmu dmls 




E 

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3oni. 



dm 

l'ISjMT 



^ 



l5-'i6ni. 






rV 



Fig. 2. — Diagramme des oscillations verticales du niveau de base à Tembou- 
chure de Tisser, pendant le Pliocène supérieur et le Pieislocène. — Echelle 
des hauteurs : i millim. pour 5 mètres. 

On peut représenter par le diagramme de la figure 2, la succes- 
sion de ces oscillations verticales du niveau de base à l'embou- 
chure de risser ' . Les parties en pointillé sont hypothétiques ; 



I . Ce diagramme doit être substitué à celui que j'avais donné à la page 
agi de ma note sur Tisser; il est plus complet et quelques inexactitudes de 
détail ont été rectiliées. 



igoi DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3o3 

rien n'indique dans Tisser ce qui s*est passé antérieurement au 
i'*^ niveau; mais il semble, comme je Tai dit plus haut, que la 
ligne de rivage ait été beaucoup plus élevée et qu'il y ait eu un 
mouvement négatif considérable après le Pliocène marin. D'autre 
part Tabsence de sondages et de données précises sur les épais- 
seurs des nappes des i«', i^ et 6® niveaux, ne permet pas de fixer 
exactement l'amplitude des oscillations correspondantes. Toute- 
fois, il est probable, en raison de la lai*geur de la vallée que le 
substratum en aval de Blad Guitoun et jusqu*à l'embouchui^, doit 
se trouver à une certaine profondeur au-dessous du thalweg actuel. 
Il n* est pas inutile de rappeler, à ce propos, que dans la Mitidja, 
des sondages nombreux ont établi que la vallée avait été creusée 
à près de qoo m. au-dessous du niveau de la mer, puis remblayée. 
L'état actuel parait correspondre à une période de stabilité 
relative de la ligne de rivage marquant, soit la fin d'un mouve- 
ment négatif, soit, beaucoup plus pix>bablement, celle d'un mou- 
vement positif. En tous cas, il n'y a dans l'Isser, aucune trace de 
déplacement historique ou récent de la ligne de rivage, abstraction 
faite des légers changements dus à des causes locales : courants, 
vents, apports du fleuve, etc. 

8" Indépendamment des Quriations verticales, le niveau de base 
a subi dans l'Isser des déplacements horizontaux de très faible 
étendue, et qui n ont pas modifié sensiblement les lignes de rivage : 
celles-ci sont restées voisines et à peu près parallèles. On peut en 
conclure que la dépression méditerranéenne présentait déjà à la 
fin du Pliocène marin, le long de la côte algérienne, des pentes 
rapides et une profondeur notablement supérieure à l'amplitude 
des variations du niveau de base, et que la configuration générale 
de la côte n'a pas subi de changements sensibles depuis cette 
époque. 

9° Le parallélisme des nappes alluviales des 3^, 4" et 5® niveaux 
et leur faible accroissement d'altitude jusqu'à Blad Guitoun 
prouvent que déjà à l'époque du 3* niveau, le fleuve avait à peu près 
réalisé un profil d'équilibre à pentes très faibles entre l'embou- 
chure et le débouché des gorges. Les oscillations ultérieures du 
niveau de base ont eu seulement pour effet d'abaisser ou de relever 
le lit de quantités sensiblement égales à leur amplitude. 

lo"" Je terminerai ce résumé en appelant l'attention sur la longue 
durée qu'a dû exiger la succession des phénomènes constatés 
dans l'Isser depuis la fin du Pliocène marin. Il ne parait pas 



3o4 DB LAHOTHE. — SYSTÈMES IlE TERRASSES DES VALLEES 3 JoId 

douteux cpie les mouvements positifs ont dû s'accomplir avec uae 
très grande lenteur. Un mouvement rapide aurait l'eporté brus- 
quement la ligne de rivage dans l'intérieur des terres, et le com- 
blement du golfe ainsi formé aurait doRué naissance à des couches 
inclinées comme celles des deltas. Or, nulle part dans l'Isser, 
môme au voisinage immédiat des anciennes plages, il n'existe de 
traces de cette inclinaison : les alluvions des différents niveanx 
y sont rigoureusement parallèles au thalweg. 

En ce qui concerne la vitesse des mouvements négatifs, je ne 
vois aucun argument décisif à invoquer dans un sens ou dans 
l'autre. On remarquera cependant que l'intervalle entre un mou- 
vement négatif et le mouvement positif suivant, a dû être chaque 
fois suffisamment long pour permettre au fleuve de reconquérir 
son profil d'équilibre, au moins dans la partie inférieure de son 
cours. 

Ghapitrk II. — Examen des difficultés que présente la 
comparaison des résultats obtenus dans Tisser 
avec les observations similaires faites dans d'autres 
régions. 

Les résultats que je viens d'exposer ne sont pas spéciaux au 
bassin de l'Isser. Ainsi que je l'ai indiqué', les lignes de rivage 
paraissent avoir subi, sur une partie notable de la cdte algérienne, 
une m^me série d'oscillations verticales, synchroniques. et d'am- 
plitudes correspondantes à celles de l'Isser. qui ont également 
déterminé dans les vallées des phases alternatives d'érosion et de 
remblai. 

La manifestation sur des étendues aussi considérables et pen- 
dant une aussi longue période de phénomènes d'un rythme aussi 
régulier, est difficilement conciliable avec l'hyiiothcse de mouve- 
ments propres de la lithosphère, et on est par suite logiquement 
conduit à attribuer ces oscillations des lignes de rivage à des mou- 
vements alternativement positifs et négatifs de la surface de ta 
Méditerranée et des mers en communication avec elle pendant la 
même période de temps -. 

Mais, si cette conception est exacte, si ces mouvements eusta- 

I. de Lamotob Op. cit., 1899, p. 193 et seq. 

9, Observation déjà faîte dans ma noie sur t'[Bser, p. 3oo. — Celte conclu- 
sion ne vise, bien entendu, que les mouvements qui ont eu lieu pendant le 
Pliocène supéricDr et le Pleistocène, et je n'ai nullement la pensée de l'étendre 
aux périodes antérieures. 



IgOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHtN ET DU RHÂNE 3oâ 

tiques ont eu réellement lieu, on doit évidemment en retrouver 
les traces dans d'autres régions du globe, partout où des mouve- 
ments propres de la lithosphère, ou des causes locales, ne les ont 
pas effacées ou défigurées par la superposition de leurs effets. 

On saisit immédiatement Tinté rêt que présenteraient au point de 
vue géologique la recherche et F étude comparée de ces traces sur 
un grand nombre de points du globe. Si, en effet, on pouvait 
établir que les lignes de rivage ont subi ailleurs que sur la côte 
algérienne des oscillations identiques à celles observées sur cette 
côte, et que les vallées correspondantes ont été le théâtre de phé- 
nomènes alternatifs d*érosion et de remblai comparables à ceux 
constatés dans Tisser, on aurait le droit de conclure : i° que des 
oscillations eustatiques se succédant dans le même ordre et avec 
le même rythme que sur la côte algérienne, ont affecté la surface 
des mers pendant le Pliocène supérieur et le Pleistocène ; a* que 
les portions de la lithosphère où Ton retrouve des systèmes de 
terrasses régulières semblables à celui de Tisser, sont restées 
relativement fixes pendant le même laps de temps; 3° enfin, que 
la formation de ces terrasses est due exclusivement aux oscillations 
du niveau de base et ne peut être attribuée, comme on a tenté de 
le faire, à des causes accidentelles ou locales, sans relation avec les 
variations de ce niveau. Il est inutile d*insister sur Timportance 
qu*auraient ces conclusions au point de vue de T histoire géologique 
à partir du Pliocène supérieur. 

Malheureusement le problème, sous sa forme générale, n'est 
pas susceptible, actuellement du moins, d'une solution. On ne 
peut demander à un même géologue de le résoudre à Taide de 
recherches personnelles, et, d'autre part, les matériaux nécessaires 
pour un travail de cabinet sont le plus souvent ou trop rudimen- 
taires, ou trop peu précis, ou môme trop sujets à caution pour 
pouvoir être utilisés dans une étude dont les résultats dépendent 
entièrement de la précision des données. 

Les causes de cette insuffisance des documents concernant les 
anciennes plages et terrasses, sont assez importantes i)Our mériter 
un rai)ide examen ; leur exposé servira d'ailleurs à expliquer et à 
justifier la méthode suivie dans ce mémoire. 

1° Impossibilité d'utiliser actuellement les matériaux fournis 
par V étude des anciennes lignes de rivage. 

L'étude comparée des anciennes lignes de rivage ne peut con- 
duire à des résultats pratiques que si Ton par\'ient tout d'abord 

5 Octobre 1901. — T. I•^ Bull. Soc. Géol. Fp. — 20 



âo6 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Julll 

à déterminer dans chaque région, et pour chacune des lignes de 
rivage observées, le niveau moyen de la mer qui lui correspond. 
Or, il suffît d'examiner les phénomènes actuels pour se rendre 
compte des obstacles qui s'opposent, dans la plupart des cas, à 
cette détermination. 

Les traces de Faction de la mer (cordons littoraux, plateformes 
littorales) ne correspondent qu'exceptionnellement au niveau de 
la mer qui les a produites. Dans les mers sans marées, les écarts 
entre les formations littorales et le niveau de la mer sont en 
général très faibles : j'ai cependant constaté, en Algérie, que 
Tamplitude totale de ces écarts pouvait accidentellement atteindre 
4 à 5 m. ^ 

Il en est tout autrement dans les océans à marées. Plusieurs 
plages peuvent correspondre à un même niveau moyen de la mer, 
et les écarts entre la plateforme des basses mers d'une part, celle 
des hautes mers et le cordon littoral des tempêtes d'autre part, 
variables sur chaque point avec Tamplitude des marées, dépassent 
fréquemment lo mètres ; en outre, ces variations peuvent sur des 
points très rapprochés d'une même côte, passer d'une quantité 
voisine de zéro au maximum -. 

D'un autre côté, l'amplitude des marées est elle-même liée à la 
configuration des côtes, à la répartition des terres et des mers, à 
la profondeur de ces dernières, et toutes ces particularités doivent 
nécessairement varier avec chaque modification de la ligne de 
rivage et par conséquent, avec les mouvements positifs ou négatifs. 

Enfin, si les mouvements eustatiques ont été lents, comme 
certains indices permettent de le supposer, il a pu se former, 
surtout pendant les périodes négatives, des plateformes littorales 
auxquelles ne correspondent dans les vallées aucune terrasse. La 
série des plages pourra par suite présenter localement un nombre 
de termes plus grand que celle des terrasses. 

Ainsi, même dans les cas où les traces des anciens rivages 
seraient intactes, où la dénudation, le ruissellement sur les pentes, 
la présence d'anciennes dunes, n'auraient pas altéré leurs altitudes 
originelles, la comparaison des observations faites dans des 
régions éloignées sera le plus souvent à peu près impossible, tant 
que l'on ne parviendra pas à éliminer la part d'influence des 
marées dans les altitudes observées, élimination qui jusqu'à 
présent, n'a, je crois, jamais été tentée. 

I. de Lamothb. Op. cit. 1899, p. 299. 

a. A rentrée de la baie de Pundy, l'amplitude des marées est seulement 
de 2 m. 70; elle atteint 16 m. au fond de la baie. 



igoi DE LAISSER, DE LA MOSELLE, tiV RHIN ET DU RHÔNE 3o7 

Il convient d'ajouter que les altitudes ont été rarement déter- 
minées par des procédés rigoureux, sauf dans les pays qui possè- 
dent des cartes à grande échelle (i/q5.ooo au moins) et que, par 
suite, les nombres obtenus n offrent pas, en général, la précision 
nécessaire. 

On ne peut guère espérer, dans l'avenir, combler entièrement ces 
lacunes. Dans beaucoup de régions, le nombre des observations 
sera toujours nécessairement très restreint. Les causes de des- 
truction des anciennes plages ont été, en effet, très nombreuses, et 
leur disparition est un fait beaucoup plus général que leur conser- 
vation. Sur les côtes escarpées, quelques rares galets sont souvent 
les seuls témoins de Taction de la mer (Sidi Féredj et pentes de 
Bouzaréah à Fouest d'Alger). Sur les côtes plates ou peu inclinées, 
c'est à une distance plus ou moins grande dans l'intérieur qu'il 
faudrait rechercher les traces des plages les plus anciennes ; mais, 
si l'on réfléchit que la dénudation du bassin hydrographique a dû, 
depuis Tépoque de la plage de 2200 m. par exemple, atteindre une 
valeur équivalente sur une partie de sa surface, on concevra sans 
peine que la probabilité de retrouver ces traces soit extrêmement 
faible. L'action de l'homme sur les côtes occupées par les peuples 
primitifs ^ la végétation dans les pays équatoriaux, la présence 
de glaciers, ont aussi, à des degrés divers, contribué à la dispa- 
rition des anciennes lignes de rivage. 

On comprendra donc qu'en présence de toutes les difficultés 
que je viens d'exposer, j'aie été amené à renoncer dans ce premier 
essai d'étude comparée, à faire porter les comparaisons sur les 
anciennes lignes de rivage, et à me borner à l'utilisation des 
matériaux concernant les terrasses fluviales. On ne peut, pour le 
moment, que souhaiter avec M. Geikie * que .l'étude de ces ancien- 
nes lignes de rivage soit l'objet, dans l'avenir, de recherches 
méthodiques et précises : la multiplicité et la précision des 
résultats permettront seuls de faire la part des influences per- 
turbatrices et d'obtenir des données comparables ^. 

1 . Observation de Robert, citée par Subss. La Face de la terre, édit. fran- 
çaise, n, p. 31. 

2. A. Gbikib. De la coopération internationale dans les investigations 
géologiques. Mémoire présenté au Congrès géologique international de 1900, 
p. 6. 

3. Pour montrer l'intérêt de ces recherches, je citerai le relevé suivant des 
anciennes plages de la baie Murray (Commission géologique du Canada. 
Rapport de progrès jusqu'en i863, p. 979). On y a observé quatre plages à 3o, 



âo8 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Q° Difficultés de Vétude comparée des anciennes terrasses 
fluviales. 

Malgré rabondance des maténaux, cette étude soulève encore 
un certain nombre de difficultés qui limitent fatalement le nombre 
des documents utilisables ; elles proviennent surtout du manque 
de précision de la plupart des observations. En général, la déter- 
mination des altitudes laisse à désirer. Quelques auteui*s se sont 
bornés à donner des altitudes absolues : ce renseignement est sans 
valeur, et il est impossible d'en tirer parti, si des cartes topogra- 
phiques à grande échelle ou la connaissance du profil longitudinal 
du cours d'eau ne permettent pas d'en déduire les altitudes rela- 
tives. D'autres se contentent d'encadrer les niveaux entre des 
limites trop vagues pour qu'on puisse les comparer. 

Dans les pays conmie la France, où les cartes à grande échelle 
font défaut, une détermination rigoureuse n'est possible que dans 
des cas très rares, et par suite un grand nombre d'observations 
demeurent inutilisables. 

Trop souvent les altitudes ont été prises à la surface supérieure 
des terrasses, sans faire abstraction des limons, des cônes de 
déjection latéraux, des dépôts glaciaires qui en ont l'élevé le 
niveau, ou sans tenir compte des l'avinements qui ont déprimé 
cette surface. Des erreurs de 8 à lo m. et plus, peuvent être la 
conséquence de ces oublis. 

La connaissance préalable du profil longitudinal du cours d'eau 
est nécessaire poui* comparer des terrasses situées sur des points 
éloignés d'une même vallée, car je montrerai dans les paragraphes 
consacrés aux vallées du Rhône et de la Moselle, l'influence consi- 
dérable que peut exercer l'état de ce profil sur leurs altitudes 
relatives. Or, je ne crois pas qu'aucun géologue s'en soit jusqu'à 
présent préoccupé. 

Nous verrons également (chapitre V) que les comparaisons ne 
peuvent utilement porter que sur des portions de vallée à pentes très 
faibles où le profil d'équilibre non seulement est à peu près atteint 
actuellement, mais était déjà réalisé à l'époque de la formation 
des plus anciennes terrasses. Les altitudes l'elatives des terrasses 
et leurs intervalles croissent en ettet très rapidement avec les 
pentes des cours d'eau, et les comparaisons qui porteraient sur des 

100, i8q, 3îi6 pieds. Ces nombres convertis en mètres (pied anglais -> o m. 3o5) 
deviennent respectivement :9 m. — 3om. 5 — 55 m. 5 — 99m. 43. Il est 
dillicile de ne pas être frappe des analogies de cette série avec celle de Tisser, 
les trois derniers termes concordant d'une façon absolue dans les deux séries. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, Dl' RHIN ET DU RHÔNE 809 

régions où révolution du profil a été très diflei'ente, ne pourraient 
aboutir à aucun résultat pratique. 

Enfin, on i*emarquera qu'il était indispensable, surtout dans une 
tentative qui est, je crois, la première de ce genre, de ne choisir 
comme sujets de comparaison que des régions assez rapprochées 
pour permettre d'étudier sur place et de l'ésoudre au besoin de 
visu les difficultés d'interprétation que peuvent incidemment faire 
naître les travaux dont elles ont été l'objet. 

Pour ces différentes raisons, l'étude comparative des terrasses 
fluviales que j'ai entrepinse dans ce mémoire s'est trouvée limitée 
en dehors de Tisser, aux vallées de la Moselle, du Rhin et du 
Rhône. Dans la Moselle, j'ai utilisé pour la région en amont de 
Toul, les recherches que j'y poursuis depuis une ving^ne 
d'années, recherches qui ont été notablement facilitées par les 
levers de précision à 1/20.000 du service du Génie. Grâce aux 
travaux de M. Grèbe dans les environs de Trêves, j'ai pu essayer 
de donner une idée générale de la série complète des formations 
alluviales de cette vallée. Dans la vallée du Rhin pour des raisons 
que j'indiquerai au chapitre III, je me suis borné à bien préciser 
la série des terrasses des environs de Bâle, telle qu'elle résulte 
des travaux de du Pasquier et de M. Gutzwiller. Dans la vallée 
du Rhône, le seul svstème de terrasses bien caractérisé et bien 
conservé est, jusqu'à présent, celui que M. Depéret a signalé dans 
les environs de Valence, et dont la carte géologique détaillée 
donne le tracé. En utilisant les différents nivellements exécutés 
dans cette région et les cotes de la carte qui sont en général très 
exactes *, j'ai pu déterminer avec une très grande précision les 
altitudes de la plupart des niveaux, et il m'a paru possible, par 
suite, d'utiliser les données relatives aux terrasses de Valence au 
même titre que celles fournies par les autres vallées. 

Bien que mes recherches aient été limitées aux quatre vallées 
précitées, et même à des portions restreintes de plusieurs d'entre 
elles, les résultats obtenus concordent d'une façon si remarquable, 
que l'extension aux vallées du Rhin, du Rhône et de la Moselle 
des conclusions tirées de l'étude de l'Isser apparaîtra, je l'espère, 
conmie suffisamment justifiée. 

I. Cette obser>'ation ne s'applique, bien entendu, qu'à la feuille de Valence. 



3lO DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juîn 



Chapitre III. — Etude des terrasses de la Moselle, 

du Rhin et du Rhône 

I. — Vallée de la Moselle 

Dans le mémoire que j'ai publié en 1897 sur les terrains de 
transport du bassin de la haute Moselle ^, j*ai signalé Tezistence 
en aval de Noir-Gueux de plusieurs terrasses et niveaux de cail- 
loutis. Grâce à une exploration récente de la plus grande partie 
de la vallée en amont de Toui, je puis en donner aujourd'hui un 
aperçu un peu plus complet et plus précis. 

Toutefois, comme en Tabsence de cartes à grande échelle, il 
était matériellement impossible de déterminer et de suivre les 
niveaux sur toute cette étendue, je me suis borné à étudier les 
points où ces niveaux étaient le mieux conservés et où les levers 
de précision permettaient une détermination rigoureuse des 
altitudes -. 

Je terminerai cette étude de la haute Moselle par un résumé 
très succinct des résultats auxquels sont arrivés les géologues 
allemands dans la basse Moselle, de façon à donner une idée de 
l'évolution de l'ensemble de la vallée à partir du Pliocène 
supérieur. 

A. — La Moselle en amont de Metz ^ 

i^ Absence de terrasses dans l'intérieur du massif vosgien 

Dans Viniérieur de Vîle montagneuse des Vosges *, le bassin 
de la Moselle ne présente aucunes traces de terrasses. Les pentes, 
jusqu'au voisinage des points culminants du plateau vosgien, sont 
fréquemment recouvertes de galets roulés dont la présence prouve 

1. de Lamothb. Note sur les terrains de transport du bassin de la haute 
Moselle, 1897. B.S G. F., (3), XXV, pages 378 et seq. 

2. Presque toutes les altitudes indiquées ont été prises sur les levers à 
i/ao.ooo. 

3. Consulter les feuilles 69 (Nancy), 70 (I.unéville), 85 (Epinal) de la carte 
géologique détaillée à 1/80.000, ainsi que la carte à i/ikx).ooo jointe à ma note 

précitée. 

4. J'emprunte cette expression à E. de Beaumont; elle exprime d'une 
façon saisissante la saillie actuelle du massif vosgien par rapport aux 
régions circon voisines. — Dufrénoy et E. de Beaumont. Explic. de la 
Carte géologique de France. I. Les Vosges. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3ll 

que le creusement des vallées du bassin, sur une étendue verticale 
de 4oo m. au moins, a été un phénomène progressif. Mais ces 
cailloutis ne forment qu'exceptionnellement des dépôts d'une 
puissance appréciable (crête de la rive gauche de la Moselle entre 
Château-Lambert et le Mont-de-Fourches, la Demoiselle, Bois 
de la Feigne au N. O. de Longuet, etc.), et il ne me parait pas 
possible, pour le moment du moins, de tirer aucune conclusion 
de la comparaison de leurs altitudes relatives. On remarquera, 
du reste, que les plus anciens de ces dépôts se sont formés à une 
époque où les cours d'eau de la région montagneuse n'avaient 
certainement pas encore acquis leur profil d'équilibre, ou plus 
exactement réalisé la continuité de leurs pentes ; leurs lits 
devaient être encore interrompus par des rapides et des chutes *. 
Dans ces conditions, ainsi que je le montrerai dans le chapitre Y, 
les nappes qu*ils ont formées ne peuvent avoir aucun lien avec 
les nappes régulières de la zone extra-montagneuse, et leur étude 
ne présente dès lors qu'un intérêt secondaire, au point de vue 
qui nous occupe. On ne doit pas perdre de vue, en outre, qu'il est 
à peu près impossible d'expliquer les particularités des dépôts de 
transport de l'île vosgienne sans admettre l'intervention de mou- 
vements positifs ou négatifs, affectant le massif vosgien sans agir 
sur les régions circon voisines ^. Cette intervention, qui a néces- 
sairement modifié les positions relatives des dépôts, rend très 

difficiles les recherches qui les concernent. 

« 

Il existe, il est vrai, en amont de Remiremont, dans le fond 
même de la vallée principale et de ses affluents, des accumulations 
de sables et de galets roulés qui occupent des étendues souvent 
considérables' le long du cours d'eau et présentent quelque analo- 
gie avec les terrasses régulières (sablons de Bussang, de Remen- 
villers, de Rupt, du Vacceux, de Travexin, de Sainte-Anne, près 
Remiremont, des Goujoux, etc.). Mais on reconnaît bien vite en 
les étudiant qu aucune confusion n'est possible. Ces dépôts ne 
forment pas une bordure continue, conservant, par rapport au 
thalweg, une altitude constante ou variant d'une façon régulière ; 
ils sont au contraire disposés en gradins successifs, superposés 
comme des marches d'escaliers ; la comparaison de leurs altitudes 
absolues et leur stratification inclinée le plus souvent à aS* ou 3oo, 
ne laissent aucun doute sur leur origine lacustre : comme je l'ai 

I. Cest la conséquence nécessaire de la disposition du grès vosgien en 
gradins d^altitude croissante de la périphérie de Pile vers Tintérieur. 
a. de Lamothb. Op, cit., 1897, p. 435 et seq. 



3lQ DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

démontré ^ il est impossible de concevoir leur formation sans 
faire intervenir une nappe d*eau dont le niveau se serait abaissé 
par saccades depuis la cote 6ao jusqu'à la cote 4o6. 

En açal de Remiremont, ou plus exactement à partir du con- 
fluent de la Moselle et de la Moselotte, on voit brusquement 
apparaître sur les deux rives de la Moselle de larges terrasses 
alluviales à surface très souvent plane, dont Faltitude au-dessus 
du thalweg ne dépasse pas q5 à 3o m., et que, malgré d'assez 
nombreuses lacunes, on peut suivre vers l'aval bien au-delà de la 
frontière. Si Ton ne pénétrait pas dans les détails, on serait tenté 
d'y voir une formation homogène et de considérer leur ensemble 
conmie représentant une basse terrasse. Il est facile de montrer 
que cette interpi'étation ne serait pas fondée. 

Ainsi que je l'ai fait déjà remarquer - cet ensemble est en 
réalité formé de deux zones séparées par l'accident topographique 
de Noir-Gueux, et bien distinctes par tous leurs caractères 
(fig. 3) 3 : 

la. Madeleine Bamufe de Xoir Gueujc Caiipuent Pont 

Hemiremant Longuet \ ?7' PontdElone^ ^?''^'''/ '^t «,,^ '''^'^"'? 

J/o.v #*//»• • -^^ " •% - ■■ - - - - ■ - r , r I - ». 



Wi'^^^'miat 



horizon taie de îf^oni trr 

Fig. 3. — Coupe schématique des alluvions de la Moselle entre Remiremont 
et le Saut du Broc. — Echelle approximative des longueurs : i millim. 
pour 146 mètres. 

iS, Afileurement de gneiss granulitique ; Us, Grès vosgien ; A, Terrasses 
lacustres à stratilication inclinée ; B, Basse terrasse à stratification hori- 
zontale ; B*, Gradin inférieur de la basse terrasse. 

a. — En amont de Noir-Gueux, la surface de tous les lambeaux 
est contenue dans un même plan dont Thorizontalité est presque 
absolue sur près de 7 kil. (407 m. 25 La Madeleine, 406 m. 8 
plateau de Longuet) *. L'altitude des terrasses au-dessus du thalweg 
va par suite en croissant d'une façon notable de Tamont vers 
l'aval (25 m. 5 à la Madeleine, 33 m. vis-à-vis Longuet). 

1. de Lamothe. Op. cit., 1897, p. 398 et seq. Voir aussi la planche XVII. 

2. de Lamothe. Op, cit., 1897, p. 400, 4o3. La carte jointe à cette note a 
nettement séparé ces deux zones. 

3. Cette ilgure est destinée à remplacer celle de la page 899 du mémoire 
de 1897 qui par suite d'une erreur de gravure avait été mal disposée. 

4. Cotes fournies par les plans à i/ao.ooo. 



igOI DE l'iSSER, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3l3 

En açal d'Elqyes, au contraire, la surface supérieure de tous les 
lambeaux est contenue dans deux plans inclinés parallèles au 
thalweg, c'est-à-dire dont les altitudes relatives ne varient pas 
sensiblement jusqu'à Metz et même jusqu'à Trêves. 

b. — En amont de Noir- Gueux, la stratification est partout incli- 
née à 27" ou 3o", sauf dans les coupui'es faites par les eaux, où elle 
est horizontale. Les couches inclinées sont recouvertes d'une nappe 
horizontale de galets qui forme la surface supérieure de la terrasse. 
Toutes les coupes fraîches que j'ai vues depuis vingt-deux ans 
démontrent d'une façon très nette cette structure et je ne puis 
m'expliquer qu'elle ait pu être niée *. (La Madeleine, SaintrEtienne, 
leChâtelet, usine Béchamp, tranchées exécutées pour l'établissement 
du canal de la Moselle entre Saint-Nabord et Noir-Gueux en i883). 

En aval d*Elqyes la stratification est toujours parallèle au 
thalweg, c'est-à-dire sensiblement horizontale; elle est marquée 
par l'intercalation de lentilles de sable et de graviers, et par 
l'horizontalité habituelle des grands axes des galets. (Gravières 
d'Arches, d'Archettes, de la Viei^e, d'Epinal, de Châtel, de Thaon, 
de Charmes. . . , etc.). 

C. — En amont de Noir- Gueux, il y a absence complète de blocs 
dans les alluvions en couches inclinées qui sont formées exclusi- 
vement de petits matériaux et où le sable joue un rôle considé- 
rable, souvent prépondérant. Les blocs ne se rencontrent que dans 
les coupures faites par les eaux (talus de Saint-Etienne près du 
pont de Remiremont) et à la surface des dépôts surtout au voisi- 
nage des pentes. 

A partir de Noir-Gueux, le sable devient beaucoup moins abon- 
dant et jusqu'à une distance assez grande des Vosges, ne joue plus 
qu'un rôle subordonné par rapport aux galets. Des blocs d'origine 
généralement rapprochée se montrent surtout au voisinage de 
Noir-Gueux ; leur volume habituellement faible (1/2 m. c.) peut 
atteindre exceptionnellement 5 m. c. (bloc de granulite au sud-est 
de la gare d'Eloyes). Ces blocs ne semblent pas avoir dépassé 
Dognéville ; ceux que Hogard y a signalés étaient de petite 
dimension et provenaient du massif g^anulitique d'Epinal. A 
Thaon, près de la gare, les plus gros ont 3o à 35 cent, de diamètre. 

Lcys blocs sont toujours arrondis et même roulés, quand ils sont 
d'origine lointaine ; les seuls blocs anguleux sont ceux qui ont 
été l'objet d'une exploitation ou qui proviennent des pentes voi- 

I. 8. S. O. F. Réunion extraordinaire à Remiremont. Note de M. Bleicher, 
(3), XXV, p. 924. 



3l4 DE LAMOTHE. SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juill 

sines. Ceux qui ont leurs arêtes faiblement émoussées sont 
toujours d'origine très rapprochée. 

d. — Les dépôts en amont de Noir-Gueux sont caractérisés par 
V extrême rareté des granités à amphibole caractéristiques des 
Ballons d'Alsace et de Servance * ; mais ces roches n'y font pas 
défaut, comme on l'a prétendu à tort (B. S. G. F. (3), XXV, p. 
935) ; j'en ai trouvé dans presque toutes les sablières. 

Ces mêmes roches ne se rencontrent avec quelque fréquence 
que dans les coupures de la Moselle (placage à structure torren- 
tielle contre les pentes de la terrasse de Saint-Etienne , coupure de 
Noir-Gueux, etc.), et dans le lit de la rivière. 

En aval de Noir-Gueux les granités feuille morte qui ne se 
montrent qu'exceptionnellement dans le barrage, sauf sur la rive 
gauche, apparaissent en grand nombre dans la terrasse basse à 
partir de la gare d'Eloyes. 

On voit qu'il est impossible de considérer les dépôts situés en 
aval de Noir-Gueux comme le prolongement de ceux situés dans 
la cuvette de Remiremont. Ce sont des dépôts formés dans des 
conditions absolument différentes, à tous les points de vue : 
les premiprs sont nettement fluviatiles, les seconds franchement 
lacustres. La basse terrasse ne commence par suite qu'en aval 
de Noir-Gueux ou plus exactement, près d'Eloyes, où se termine 
l'accident topographique de Noir-Gueux et où la Moselle franchit 
la grande faille qui limite vers l'ouest l'Ile vosgienne. On peut 
dire par conséquent que la basse terrasse n'existe actuellement 
qu'en dehors du massif vos gien, 

2° Basses terrasses ^. 

La basse terrasse, dont je viens d'indiquer les caractères géné- 
raux, borde la vallée de la Moselle en aval d'Eloyes jusqu'à Toul, 
et même bien au-delà vers l'aval, puisqu'on en retrouve des traces 
à Metz, à Trêves, etc. Elle est parfois continue sur de grandes 
étendues ; sa largeur transversale peut atteindre 700 m. (Pouxeux) 
et exceptionnellement 1400 m. (au sud de Chavelot). 

I . La variété qui constitue les sommets de ces Ballons est connue dans les 
arts sous le nom de gr&i^i^^ feuille morte, terme dont je me servirai à Tavenir 
pour abrég^er. Voir ma note de 1897, p. 416. 

3. Il est à peu près impossible de suivre ces terrasses sur la feuille d'Epinal 
où la plupart des lambeaux en aval dTpinal n*ont pas ététig^urés; elles sont 
au contraire très bien représentées sur la carte de de Billy, à la même échelle, 
publiée il y a 5o ans. 



igOl DE L*ISSER, DE LA MOSELLE, DI' RHIN ET DU RHÔNE 3l5 

Elle est essentiellement formée de sable et de galets roulés 
en parfait état de conservation ; la stratification est horizontale. 
Le limon n*y joue qu'un rôle accessoire, il fait le plus souvent 
défaut et son épaisseur, quand il existe, est toujours très faible 
(o m. 5o à I m.) sauf au voisinage des pentes. (Charmes, rive 
droite). 

L'épaisseur totale des alluvions de la basse terrasse est très 
variable, par suite des dénudations qu'elle a subies. Entre Eloyes 
et Pouxeux, entre Epinal et Chavelot, entre Girmont et Vaxon- 
court, elle atteint au moins ao m. ; à Thaon, elle a dû s*élever très 
probablement à 3o m. Elle est en général beaucoup plus faible, et 
parfois même, les cailloutis ne forment qu'une couche de quelques 
décimètres sur la plateforme rocheuse qui correspond en partie à 
l'ancien fond de la vallée. 

La basse terrasse se compose en réalité de deux niveaux bien 
distincts, quoique emboîtés, l'un de 20 m., l'autre de 3o m. 

En aval d 'Epinal, le niveau le plus bas est de beaucoup le plus 
développé et le seul qui soit à peu près intact ; c'est lui qui forme 
presque entièrement les larges terrasses que suit la voie ferrée 
entre Epinal et Thaon (terrasses de la gare d'Epinal, de Golbey, 
de Thaon ^, de Girmont à Vaxoncourt ^ de Charmes à Chamagne, 
du Bois de la Ville en aval de Toul, etc...). Plusieurs de ces 
terrasses n'of&ent aucune pente transversale appréciable malgré 
leur grande largeur. D'après les levers de précision, Taltitude de 
ce niveau est comprise entre 19 et ai m. ; elle est le plus souvent 
égale à ao m. 

Au voisinage des pentes et surtout dans les rentrants de la 
vallée, on observe à la surface de la terrasse de ao m., sur un grand 
nombre de points, des cailloutis de même nature qui s'élèvent à 5- 
10 m. au-dessus de cette surface. Ce sont les débris d'une nappe 
plus ancienne qui s'élevait à 3o m. au-dessus de la Moselle: la 
nappe de 20 m. s'est, en partie, formée à ses dépens et y est 
emboîtée. 

Parmi les points où les observations sont les plus faciles je 
citerai les suivants : 

Au sud de la route de Mirecourt, près de Golbey, une grande 
gravière en exploitation s'élève exactement à 345 m., dominant la 
terrasse de la gare de 8 m. et la rivière de aj à 28 m. Une partie 
de la large terrasse qui s'étend de Golbey à Chavelot est encore à 
26-28 m. A Touest de la gare de Thaon la coupe est particulière- 

I . Teintée comme Muschelkalk sur la carte d'Epinal. 



3l6 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juîn 

ment nette comme le montre la figure 4 : il y a une petite plate- 
forme de eailloutis granitiques à 33i m. (3o m. au-dessus de la 
Moselle) et une autre qui supporte la gare à 32i m. (19 à 20 m. au- 
dessus de la Moselle). Entre Nomexy et Vincey, le mamelon 309 

Bois de Thaon 

^77-^ L ^ Gare de Thaon ,, ,, 




Fig. 4» — Coupe des terrasses de la rive gauche de la Moselle à Thaon. — 
Echelle approximative des longueurs : i millim. pour 32 mètres. 

L, Limon argileux recouvrant les eailloutis de la moyenne terrasse ; M, Gra- 
din supérieur de la basse terrasse ; B, Gradin inférieur; f^ Muschelkalk. 

de la carte d'état-major est formé de eailloutis stratifiés qui mar- 
quent à peu près l'ancien niveau de la nappe alluviale, à a^ m, 
au-dessus de la Moselle. Le niveau de 3o m. est certainement 
représenté dr.ns la forêt de Charmes ; mais il m'a été impossible, 
faute de cartes à grande échelle, de Ty suivre. On l'observe à 
Méréville, entre ce village et Pont-Saint-Vincent. 

Au nord-est de Toul, la partie supérieure des eailloutis de 
Bois-la- Ville, en partie masquée par du limon, forme à 28- 3o m. 
au-dessus de la Moselle une plateforme bien distincte de celle de 
ao m. qui en borde le pied, et le petit plateau alluvial qui supporte 
la batterie de Gondre ville, sur la rive droite, est également à 3o m. 

Enfin, à Metz *, le vaste plateau du Sablon entre la Seille et la 
Moselle est à 3o m. au-dessus de la rivière ; l'épaisseur des allu- 
vions est de 1*2 à i5m. 

En amont d'Epinal, on retrouve jusqu'à Arches des débris plus 
ou moins étendus des nappes que je viens de décrire. Celui de la 
Vierge (i5oo m. en amont) est le plus important, il forme une 
bordure dont la largeur peut atteindre 4^ à 5o m. et que l'on peut 
suivre presque sans interruption sur la rive droite sur 2 k. 5 
jusqu'en face de Dinozé. En approchant des pentes les eailloutis 
disparaissent et sont recouverts par une couche épaisse de sable 
à galets de quartz blanc provenant par ruissellement du grès 
vosgien des pentes voisines. Si l'on tient compte de cette particu- 

I . Jacquot. Descript. géol, de la Moselle^ p. 3io et seq. — Schumacher. 
Miitheilungen der geoLog. Landeaanstali von Elsasa-Lothringeriy p. XXXn et 
seq., tome IV. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3l7 

larité, on peut admettre que laltitude relative de la terrasse de 
la Vierge est de 3o m. au plus. 

Un petit lambeau de la même nappe se montre au sud de la gare 
de Dinozé, à l'altitude de aj-So m. A Arches (fîg. 8) l'église est 
bâtie sur une vaste plateforme de a5o m. de largeur, sans pente 
transversale, qui s'étend d'une façon continue sur près de 800 m. 
depuis Arches jusqu'au débouché de la vallée de la Niche. Son 
altitude est de 16 m. 5. Vis-à-vis, sur l'autre rive de la Niche, on 
trouve superposés deux lambeaux d'alluvions, l'un à 16-17 m., 
l'autre à 3o m. 

La grande plateforme de grès vosgien qui domine la rive droite 
du vallon de Géroménil, en amont et en aval du village^, est en açal 
bordée par un placage de cailloutis granitiques avec sable blanc 
très bien lavé qui forme un replat très net à 396 m., dominant par 
suite le thalweg de !i6 m. CSomme on ne peut pas suivre ces 
cailloutis jusqu'à Arches et que d'autre x^ai't la rapidité des pentes ' 
de la vallée est très grande (0.0078) il est diflicile de dire à quel 
niveau de la basse terrasse ils correspondent. En face d'Aixîhes, la 
terrasse sur laquelle est bâti le village d'Archettes est en partie 
formée par un cône de déjection dont la tête est dans le ravin de 
Mossoux : il n'y a donc pas lieu d'en tenir compte ; mais au nord 
de l'église, il existe encore un petit lambeau correspondant exacte- 
ment à celui d'Arches. 

Plus à l'est, la vaste plateforme qui s'étend entre la Niche, le 
Saut du Broc et Poux eux, est à 365 m. 6, par conséquent à 17 m. 
au-dessus de la Moselle. 

Enfin, toutes les terrasses qui bordent les deux rives depuis 
Pouxeux jusqu'à la halte d'Eloyes sont uniformément à 19-20 m. 
au-dessus de la Moselle (fig. 3). 

Bien que cette altitude soit exactement la même que celle des 
terrasses du niveau inférieur en aval d'Épinal, il est impossible 
de considérer les terrasses situées entre Eloyes et Pouxeux comme 
appartenant à ce niveau. Il sullit pour s'en rendre compte de 
jeter les yeux sur le profil longitudinal de la Moselle donné par 
la figure 5. Ce pi^ofil montre quen aval de ïhaon, la Moselle 
possède à peu près son profil d'équilibre et a réalisé la con- 
tinuité des pentes, timdis qu'en amont, jusqu'à Remircmont, 
son lit présente un double bombement formé par la granulite 
de C en D, par le grès vosgien de D en E, puis par des alluvions 
de profondeur inconnue jusqu'à Remiremont. C'est à un de ces 
bombements qu'est di\ le Saut du Broc, cataracte en miniature 
de 7 à 8 m. 



3l8 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TEHHASSES DES VALLEES 3 JuId 



Si la période actuelle a une durée suffisamment longue, la 
Moselle finira par régulariser son lit entre Tliaon et Remiremont 
et suivra à peu près le profil marqué en pointillé. Lorsque ce tra- 
vail sera tei^iiné. les altitudes relatives de toutes les terrasses 
de cette région se trouveront augmentées de quantités variables 
suivant leur position par rapport aux bombements. Il faut donc, 
si l'on veut les comparer à celles de la région en aval de Thaon, 
qui. pendant le même temps, n'auront éprouvé que des variations 
3'altîtude très faibles, leur faire subir an préalable nne correction 
additive plus ou moins grande. 




Pig. 5. — Profil longitndical de la vallée de la Moselle entre Prouard et le 
ThiUot (Eaux moyennes). — Echelle : longueurs i millim. pour 3 kilom.; 
hauteurs i millim. pour lo mètres. 

Entre Pouxeux et Ëloyes cette correction peut, avec une grande 
probabilité, être évaluée au minimum à lo-ia m., le Saut du Broc 
représentant à lui seul près de 8 m. ; l'altitude finale des terrasses 
de cette zone atteindrait donc ag-Si m. A Arches, la correction 
aeraitde3 à 4 m. ; enfin à ta Vierge elle s'élèverait à 4 ou 5 m. 

Ainsi, lorsque la régularisation du lit sera terminée, les basses 
terrasses entre Epinal et Eloyes comprendront deux niveaux : 
l'un de 3o-3a m. au moins (exceptionnellement 34 à 35 m. à la 
Vierge), l'autre de ao m., qui seront le prolongement des deux 
niveaux de ao et de 3o m. signalés en aval d'Epinal. 

On verra dans le chapitre V que le léger écart d'altitude que 
présente la terrasse de la Vierge est la conséquence des lois qui 
régissent la formation des nappes alluviales. 

Agv de la basse terrasse. 

L'âge de la basse terrasse, considérée dans son ensemble, est 
nettement fixé par les nombreux fossiles qu'on y a trouvés, notam- 



I9OI DE LISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3l9 

ment à Toul *, à Metz ^, et près de Schweich en aval de Trèves ^. 
Ils proviennent surtout à'Elephas primifçenius et de Rhinocéros 
tichorinus, A Metz, on les a recueillis dans la terrasse de 3o m. 
A Toul, ceux des fortifications proviennent plutôt du niveau 
inférieur de la basse terrasse ; ceux du vallon de Tlngressin 
sont peut-être plus anciens et pourraient appartenir à un débris de 
la moyenne terrasse dont il sera question plus loin. 

On peut, je crois, considérer comme immédiatement antérieurs 
au remblai qui constitue la basse terrasse, et comme contempo- 
rains de la fin du creusement qui a précédé ce remblai, les lignites 
étudiés par M. Fliche à la base des cailloutis de Jarville ^. Aucune 
coupe cotée n'ayant, à ma connaissance du moins, été publiée, il 
ne m'est pas possible de dire actuellement si ces lignites sont à la 
base du niveau de 3o m. ou à la base de celui de 20 m. On y a 
trouvé Larix Europœa, Picea excelsa, Pinus Montana, Alnus 
piridis, Alnus incana, Betula alba (forme pubescens). M. Fliche 
a cru pouvoir conclure de cette association que la région était 
couverte par une forêt à caractère boréal très accentué. 

Liaison entre la basse terrasse et les dépôts lacustres de la 
région de Remiremont. 

Nous avons vu que la zone des basses terrasses fluviales se 
terminait à Famont près d'Eloyes, et que celle des .terrasses 
lacustres s'arrêtait à l'aval près de Noir-Gueux (fig. 3). Entre ces 
deux zones se place une forme topographique des plus remarqua- 
bles, le barrage de Noir-Gueux, signalée depuis longtemps par 
Hogard, et dont j'ai rappelé en 1897 "' les caractères principaux 
et prouvé l'origine alluviale et latérale (fig. 6 et 7). 

Je me bornerai donc ici à appeler l'attention sur les particula- 
rités topographiques du barrage, notamment sur celles qui définis- 
sent ses rapports avec les dépôts qu'il sépare. 

Vu d'amont, le barrage de Noir-Gueux a l'aspect d'une digue 
gigantesque de 5o m. de hauteur et de 1600 m. de longueur, jetée 
d'une rive à l'autre de la Moselle, dans l'axe du vallon de la 

I HussoN. Origine de Veapèce humaine dans les environs de Toul, 1867. 
Réunion de huit brochures publiées de 1864 à 1867. Carte géol. détaillée 
1/80.000 Nancy. Lég^ende. 

a. Jacquot. Descrip. géol, du département de la Moselle, 

3. Erlanterungen zur geoL specialkarten von Preussen. Blatt Sweich. 

4. Flighb. Sur les lignites quaternaires des environs de Jarville. C. R. Ac. 
Se. 10 mai 1870. — 1d. Note sur la flore des lignites du nord-est de la France. 
B. S. G. F., (3), XXV, p. 969 et geq. 

5. de Lamothb. Op. cit. 1897, p. ^i6 et seq. 



3aO DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Joill 

Suche, et à travers laquelle les eaux s'échappent par une étroite 
coupure, large de 4o m. à peine à la base, de 3oo m. au sommet. 
Ce caractère de digue ou de barrage transversal est d'autant 
plus saisissant que la vallée en amont, sur 7 à 800 mètres, semble 
avoir été déblayée presque complètement jusqu'au niveau de la 
Moselle, des alluvions qui l'encombraient, de sorte qu'entre le 
pied de la digue et l'extrémité de la terrasse de Longuet, il existe 
une vaste dépression qui a tous les caractères d'un cirque d'érosion. 



Boute 
d 'Spinal 
(J% , Ch^^dcfèr 



_Si7 ^ 



Noir Çueu»jc 
l*n^ Moselle 



Pentes de 
Fo^sard 




)xjorïxoniaic de'S-^om. 

t 

Fig. 6. — Coupe transversale du barrage de Noir-Gueux. — Echelle approxi- 
mative des longueurs : i millim. pour 16 mètres. 



Barrage, de Noir Gueuœ 




Y, Gneiss et granulites. 



Pont^ en antont 

d'E loues 
B l^C 



Gare de 
Pouœetue 

C I 



Halte d'Elqye^ , ^. 

TTl il - -- '■— ^^ 38& *J7 



MaseJle 



horv^ontoLe de SSom. 



zm 



Fig. 7. — Schéma montrant l'élévation du barrage de Noir-Gueux sur la rive 
gauche de la Moselle et sou raccordement avec la basse terrasse. — 
Echelle approximative des longueurs i milliiii. pour 56 mètres. 

AB, Cône de déjection avec ses terrasses d'érosion ; CC, Basse terrasse 
de ig à 30 mètres ; ç, Aflleurement de gneiss granulitique à la base du barrage. 



En aval, l'aspect est tout dillerent : le barrage de Noir-Gueux 
forme simplement une digue irrégulière dominant de 10 à 
i5 m. au plus la nappe alluviale remarquablement plane qui 
s'étend au nord jusqu'à la gare d'Eloyes où commence la terrasse 
basse. Cette nappe alluviale dont la pente générale est 4 ou 5 fois 
plus forte que celle de la Moselle actuelle (0,008 à 0,011 au lieu de 
o,oo!2) présente plusieui's ressauts successifs, correspondant à 
des terrasses d'érosion, qui tous convergent vers la coupure de 
Noir-Gueux. Il en résulte que l'altitude du barrage qui, à Noir- 
Gueux atttûnt ."io m. au-dessus de la rivière, tombe à ao m. un peu 
en aval de la gare d'Eloyes. 

Il est impossible de ne pas être frappé de la concordance appa- 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE Sîll 

rente qui se manifeste entre ces particularités topographiques et 
celles qui caractérisent les amphithéâtres morainiques. Nous 
retrouvons à Noir-Gueux la digue formée par la moraine frontale, 
le cône de déjection ou de transition qui la raccorde à la basse 
terrasse, la dépression centrale avec ses dépôts lacustres : il est 
même intéressant de constater que les caractères extérieurs de 
laccident de Noir-Gueux sont beaucoup plus nets que ceux de 
beaucoup d'amphithéâtres morainiques, surtout en ce qui concerne 
les formations lacustres. Celles-ci, en amont de Noir-Gueux, se 
sont élevées à la cote 407, c'estnà-dire à 34 m. au-dessus du fond 
de la coupure actuelle ; on a donc ici la preuve que pendant leur 
dépôt, la coupure était complètement fermée, jusqu'à une altitude 
très peu inférieure à celle du sommet de la digue. 

En réalité, les analogies s'arrêtent aux particularités superfi- 
cielles et, malgré les aflirmations des géologues qui n'ont étudié 
Noir-Gueux qu'à ce point de vue, je ne puis que maintenir les 
conclusions de ma note de 1897 qui, du reste, n'ont pas été réfutées. 
Comme je l'ai exposé, l'origine alluviale et latérale du barrage de 
Noir-Gueux est nettement établie par les faits ci-après : 

i^ La structure de la partie supérieure du barrage est nettement 
torrentielle : elle n'est pas morainique. Les éléments sont roulés, 
généralement petits, associés à du sable fin bien lavé ; les blocs 
sont relativement rares, leur volume est en général très faible 
(i/a m. c), presque tous portent des traces de l'action des eaux. 

Par un contraste saisissant, les pentes des deux rives de la Moselle 
à l'est et à l'ouest de Noir-Gueux, sont couvertes de blocs erra- 
tiques parfois énormos (5o m. c), souvent ang^eux, qui s'élèvent 
jusque sur les points culminants, à 400 m. au-dessus de la vallée. 

2* La base sud du barrage semble formée de sable fin, lavé, en 
couches stratifiées horizontalement (sablière au pied sud de la 
digue ouverte en 1877), et par places, de couches de sable et de 
gravier plongeant vers l'amont sous des angles de 3o à 35°. 

3® La plupart des éléments sont originaires du massif de 
Fossard. Les types caractéristiques des Ballons (granité feuille 
morte, schistes du Carbonifère) y sont très rares, sauf au voisinage 
de la rive gauche, tandis qu'ils abondent, comme je l'ai dit plus 
haut, dans les parties inférieures du cône de transition et dans la 
basse terrasse avec laquelle il se raccorde *. 

I . Dans une note parue il y a quelques jours dans le tome XII du Bulletin 
des Services de la carte, M. Delebecque objecte que, d*après la carte, les 
torrents de la Suche et des Charbonniers paraissent de trop minime impor- 
tance, pour avoir pu produire une accumulation de matériaux aussi consi- 

5 Octobre igoi. — T. i^r. Bull. Soc. Géol. Fr. — ai 




àa!2 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DR TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Ces faits, et surtout la différence de composition existant entre 
le barrage et les dépôts qui Tencadrent à Tamont et à TaTal, sont 
évidemment inconciliables avec Tidée d'une origine glaciaire. Il 
est impossible, en effet, dans cette hypothèse, de comprendre com- 
ment un glacier aurait pu simultanément édifier une moraine ter- 
minale où les roches caractéristiques de la haute Moselle font 
défaut, et donner naissance néanmoins à des basses terrasses où 
ces mêmes roches abondent. Pendant son recul, le même glacier 
aurait dû accumuler en amont du barrage des dépôts lacustres 
privés de ces mêmes éléments. 

On doit par conséquent considérer le barrage de Noii^<jueux 
comme un exemple typique d'une forme topographiqne regardée 
jusqu'à présent comme caractéristique de l'intervention des 
glaciers, et due cependant à des causes tout à fait différentes. 

3** Terrasse de 5o a 6o mètres 

Au-dessus des basses terrasses, on observe sur un grand nombre 
de points des lambeaux plus ou moins étendus d'une terrasse plus 
élevée dont l'altitude est comprise entre 5o et 60 m. 

Bots du Chanot 
Ârcheite* ^ '^^ ^"^t-^ 

**fi*M ^V^A Mosellf 




° s^^sl^ 







horiKorUale dê'Soo m . 

Pig^. 8. — Coupe transversale de la vallée de la Moselle près d'Arches. 
Echelle approximative des longueurs : i mlllim. pour 66 mètres. 

tiu, Grès big^arré ; fiv, Grès vosgien ; M, Moyenne terrasse ; B, Basse ter- 
rasse ; bf Blocs erratiques. — Les alluvions sont indiquées par de petits 
cercles. Le plateau d'Archettes et le Bois du Chanot sont au deuxième plan. 

C'est dans le bassin d'Arches que ce niveau est le plus remarqua- 
blement développé. Tout le bord sud du plateau de Tannières 
(fig. 8) entre le confluent de la Vologne et le vallon de Mossoux, 

dérable que celle du barrage. Je regrette que M. Delebecque n'ait pas 
eu le loisir de remonter ces deux torrents ; il aurait constaté qu'ils ont en 
projection chacun près de a.8oo m. de développement, avec 43? m. de ditfé- 
rence de niveau, et sont alimentés par d'immenses bassins de réception. 
Je reviendrai du reste sur cette question dans une note spéciale. 



I9OI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3!l3 

est formé par une terrasse alluviale dont la largeur peut 
atteindre 700 m., et dont Tépaisseur s'élève à près de ^o m. *. 
L'altitude atteint 4^5 m. à hauteur du Saut du Broc, soit 5o m. 
au-dessus de la Moselle. 

Yis-à-yis, le plateau d'Arches est également bordé par une 
terrasse de cailloutis assez étroite» mais dont les débris s'étendent 
encore par places sur le grès vosgien du plateau jusqu'à l'altitude 
de 396 m. (53 m. au-dessus de la Moselle). 

Tout le plateau au N.-O d'Archettes est recouvert par une 
masse énorme de cailloutis dont Tépaisseur dépasse certainement 
!2o m. et atteint très probablement 35 à 4o m. au-dessus des escar- 
pements du grès vosgien. Le plateau a été très raviné, mais les 
points culminants qui s'élèvent à 398 m. permettent de fixer 
l'altitude minimum de la nappe alluviale à 58 m. au-dessus de 
la Moselle.' 

Enfin dans le ravin au sud de Pouxeux, une petite terrasse allu- 
viale s'élève à 4o5m., soit 5o m. au-dessus de la Moselle. 

On voit que si Ton tient compte pour ces divers lambeaux de 
leur position par rapport au Saut du Broc, leurs altitudes relatives 
sont comprises entre 56 et 62 m. 

Les alluvions qui constituent ces terrasses sont formées de 
cailloutis stratifiés horizontalement -. Les galets granitiques y 
abondent, et parmi eux j'ai noté, surtout sur le plateau d'Ar- 
chettes, des granités feuille morte assez nombreux, en moins 
grande quantité toutefois que dans la basse terrasse ; les galets 
granitiques sont en général en bon état ; seuls les granités feuille 
morte recueillis à la surface des champs, sont souvent très altérés. 
Quelques blocs de gneiss ou de granulite, dont les plus g^os peu- 
vent cuber 3/4 m. c, sont encore visibles à la surface, notamment 
près de la forêt de Tannières. 

A hauteur d'Epinal, les collines de la rive gauche sont couvertes 
d'une nappe épaisse de cailloutis surmontés de limons qui souvent 
en masquent complètement les affleurements. Ces limons qui 
constituent la « terre des bois » sont formés d'une argile jaune 

I . Ce lambeau n*est pas indiqué sur la carte g^éologique, non plus que les 
cailloutis du plateau d*Archettes. Voir la carte jointe à ma note de 1897. Je 
ferai remarquer à cette occasion que M. Bleicher (B. 5. G. F., (3), XXV, 
p. 936) m'a prêté à tort Topinion que les cailloutis de Tannières étaient 
d*orig^ne lacustre. Déjà, en 1897, j*en faisais une terrasse fluviale. 

a. Gravière ouverte en 1881 sur le talus sud du plateau de Tannières, 
gravière au sud de Pouxeux. 



324 ^^ LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

d'ocre parfois jaspée de blanc * ; leur épaisseur peut atteindre et 
même dépasser lo m. 

Les cailloutis comprennent des galets roulés de toutes les roches 
du bassin en amont : ce sont principalement des quartzites du 
grès vosgien auxquelles s'associent des galets de roches cristalli- 
nes (gneiss, granulites, granitites, porphyres divers). Les quartzites 
se montrent presque seuls à la surface et les roches cristallines 
n'apparaissent que dans la profondeur, très souvent altérées. C'est 
cette particularité qui a trompé Hogard ; n'ayant pas eu l'occasion 
de voir des coupes profondes, il a été amené à considérer ces 
alluvions comme exclusivement formées de quartzites du grès 
vosgien, et à imaginer pour expliquer ce phénomène, le moulage 
en glace de toute la région 2. 

L'altitude de la masse de cailloutis peut être déterminée facile- 
ment dans le bois de la Louvroy (champ de manœuvre à l'ouest 
d'Epinal) ; elle s'élève sur ce point à 377 m., dominant par consé- 
quent la Moselle de 69 à 60 m. au plus. Sur le plateau de Bois- 
TAbbé, un peu au nord, les sondages exécutés lors de la construc- 
tion du fort ont traversé, avant d'atteindre les sables caillouteux 
une épaisseur moyenne de 5 m. d'argile (o,5o de ten^e végétale, 
Q m. 3o d'argile jaunâtre, i m. 5o d'ai^ile rougeâtre avec quelques 
galets, I m. argile jaune avec galets) ; les cailloutis y sont par 
suite à l'altitude de 3^5 m. environ, soit 60 m. au-dessus du 
niveau de la Moselle, nombre qui concorde avec le précédent. 

Les mêmes cailloutis recouverts de limon forment les plateaux 
qui séparent la Moselle de l'Avière, et même ime partie de ceux 
qui bordent la rive gauche de cet afiluent ; ils s'étendent également 
sur la rive droite de la Moselle et sont très développés près de Cha- 
tel et en aval. L'altitude de la nappe, abstraction faite des limons, 
est comprise entre 5o et 60 m. •'^, mais plutôt voisine de 60 m. 

A Charmes, les cailloutis couvrent la plus grande partie de la 
forêt et s'élèvent également à une soixantaine de mètres. Malheu- 

1. HoGAHD. Sjyst. des Vosges^ 1887, p. 190. — Lkvallois. Aperçu de la 
constit. géol, du, départ, de la Meurthc^ 1862. 

2. HooARD. Coup d'œil sur le terrain erratique des Vosges, i85i; Recher' 
ehes sur les formations erratiques, 1808. 

Voir à ce sujet ma note de 1897, p. 892 et seq. 

3. Ces dépôts n'ont été bien représentés que sur la carte g^éologique de 
de Billy, à 1/80.000. Sur la feuille d*Ëpinal de la carte géologique détaillée, 
on les a désignés sous le signe P; mais on a omis les cailloutis et limons 
des bois de la Louvroy et on a marqué a* les cailloutis des Hauts Cailloux 
qui appartiennent au niveau de 5o à 60 m. et auraient dû par suite être mar- 
qués P. 



I9OI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3!l5 

i*euseinent, ainsi que je Tai déjà dit, Tabsence de cartes à grande 
échelle, et en outre la présence de limons, rendent impossible le 
tracé des niveaux *. 

A r Ermitage à i5 kil. en aval de Charmes, les mêmes cailloutis 
comprenant des quartzites et des débris granitiques forment une 
vaste terrasse élevée de 54 m. - au-dessus de la Moselle. 

Enfin, au sud-ouest de Toul, le vaste plateau jurassique de Bois^ 
le-Comte (Point aSj) est recouvert de sables et de galets dont 
répaisseur dépasse probablement une dizaine de mètres et qui 
dominent de 54 m. la Moselle. Bien que les quartzites du grès 
vosgien y soient prépondérants, on y trouve de nombreux galets 
granitiques bien conservés, dont le grand axe peut atteindre 
o m. 10 ; une mince couche de limon recouvi^ par places les 
cailloutis ^. 

En résumé, on trouve entre Jarménil et .Toul des traces très 
nettes d'une nappe alluviale formant le plus souvent terrasse et 
dont Faltitude au-dessus du thalweg, voisine de 55 m. à Toul, 
pai'ait près d'Ëpinal se rapprocher de 60. Sa composition est 
très sensiblement différente de celle de la basse terrasse par suite 
de la prédominance des quartzites ; les granités feuille morte qui 
autour d'Archettes sont déjà un peu moins fréquents que dans la 
basse terrasse, semblent faire défaut en aval d'Epinal ; du moins 
je n'en ai pas encore trouvé. Cette absence peut, il est vrai, 
s'expliquer par la plus grande altérabilité de cette roche, et on peut 
supposer qu'on en trouverait des débris si l'on disposait de coupes 
profondes. En outre, il est impossible de concevoir la présence 
des galets de cette nature dans les graviers de Tlngressin, près 
d'Ecrouves (N.-O. de Toul), si l'on n'admet pas qu'ils provien- 
nent de la nappe de Bois-le-Comte. On est donc autorisé à con- 
clure que la nappe de 5o-6o m. a été formée par une ancienne 
Moselle plus élevée de 5o-6o que la Moselle actuelle et prenant 
comme elle sa source dans les Ballons d'Alsace et de Servance. 

I . Le signe a* a été sur la feuille de Lunéville affecté à tort à Tensemble 
des dépôts de la forét de Charmes. 

3 Cote approximative ; ce dépôt n'est pas marqué sur la feuille de 
Lunéville. 

3. Les limons de Cliaudeney qui occupent sur la rive droite de la Moselle 
en face du plateau de Bois-lc-Comte une situation analogue, ont, d'après 
Braconnier, la composition ci-après : silice 644» alumine 207, peroxyde de 
fer 5o, chaux 9, magnésie i, acide phosphorique i, 3, perte au feu 93 {DescripL 
géol. et agron, des terrains de Meurthe et Moselle , p. 897 et 398). 



3!26 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Aucun reste de Vertébrés n'a été jusqu'à présent à ma connais- 
sance du moins, trouvé dans la terrasse de 5o-6o m. A Tépoque 
de la construction du canal de TEst, vers 1876, les fouilles exécutées 
au col de Bois-l'Abbé (3 kil. N.-O. d'Epinal) ont coupé une petite 
tourbière où Ton a recueilli un certain nombre de débris végétaux 
plus ou moins transformés en lignite, et quelques traces d'Insectes. 
M. Fliche qui les a déterminés * a, d'après des renseignements 
fournis par le service des travaux, mais sans donner aucune coupe, 
admis que cette tourbière était située à la base des cailloutis qui 
affleurent dans le col. En outre, partant de cette idée qu'il n'y a eu 
qu'un seul creusement suivi d'un comblement, il a ^logiquement 
conclu que les deux dépôts de Jarville et de Bois-l'Abbé, situés à 
la base des cailloutis, étaient synchroniques, contemporains de la 
fin du creusement de la vallée, et antérieurs à son remplissage 
par les alluvions. 

Mais cette déduction se trouve tout d'abord en opposition avec 
les preuves que j'ai données de l'indépendance des basses terrasses 
et de la terrasse de 55 m., et la suite de ce travail montrera que 
cette indépendance n'est pas particulière aux terrasses précitées 
et appartient aux six niveaux de cailloutis de la vallée de la 
Moselle, chacun d'eux correspondant à une phase de remblai 
séparée de la précédente par une phase d'érosion. 

D'autre part la superposition des cailloutis de Bois-l'Abbé sur 
la tourbe n'est nullement certaine. La coupe des terrains traversés 
par le canal, que le service des Ponts-et-Chaussées a bien voulu 
me communiquer, ne montre sur le tracé, qu'une seule tourbière 
qui doit par suite être la même que celle qui a fourni les débris 
fossiles. Cette tourbière dont l'altitude est de 36i m., se trouve 
à 40 m. au-dessus de la Moselle, à 7 ou 8 m. au-dessous du col. 
Elle repose sur des argiles jaimes identiques à celles qui couvrent 
le plateau de Bois-PAbbé et en continuité avec elles ; elle doit 
donc leur être postérieure, et par conséquent être également pos- 
térieure à la formation de la nappe de 55 m. 

La coupe n'indique pas qu'elle ait été recouverte par des cail- 
loutis ; ce recouvrement, en admettant qu'il ait eu lieu, s'explique- 
rait tout naturellement par le ruissellement, phénomène fréquent 
toutes les fois que des terrains meubles couvrent les pentes -. 

I. Plighb. Sur les iignites quaternaires de Bois-UAbbé, près d'Epinal. 
C. R. Ac. Se, 3 déc. i883. — Id. Note sur la flore des lig^nites . . . , du nord- 
egt de la France. B, S. G. F., (3), XXV, p. 909. 

3. Je citerai comme un exemple typique le recouvrement des cailloutis 
du niveau de 3o m. par les argiles du Lias au col du Mauvais Lieu entre 



igOt DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE Ss^ 

Enfin la position de la tourbière à l'origine même du vallon du 
col, prouve qa*elle est postérieure au profil actuel de la vallée : 
elle n eut certainement pas, dans le cas contraire, résisté aux 
dénudations qui ont précédé et suivi la formation de la basse 
terrasse. 

Pour ces divers motifs, je considère la tourbière de Bois-FAbbé 
comme appartenant au Néo-pleistocène, c'est-à-dire comme pos- 
térieure à toutes les terrasses ; elle serait par suite séparée de 
celle de Jarville (si toutefois celle-ci occupe réellement la place 
qui lui a été assignée) par tout Tintervalle de temps qui a néces- 
sité : i*" la formation de la nappe de comblement dont la basse ter- 
rasse est un débris, 2® le creusement de cette nappe. 

Cette conclusion n infirme d'ailleurs en rien les considérations 
climatologiques que M. Fiiche a basées sur l'examen de la flore de 
Boiser Abbé et que je n ai pas à discuter ici, mais elle montre que 
ces considérations ne s'appliquent pas à la terrasse de 55 m. qui 
est beaucoup plus ancienne. 

4** Niveaux de cailloutis plus élevés que les précédents 

Niveau de 100 mètres. 

Au-dessus des trois niveaux précités, il n'existe plus que des 
amas irréguliers de galets ne présentant nulle part les caractères 
de terrasses. Il est néanmoins fort remarquable que les princi- 
paux d'entre eux se rencontrent exclusivement à des altitudes 
voisines de 1 00 m. 

Les deux plus remarquables en aval d'Epinal sont ceux de 
Flavigny et de TErmitage. Au sud de Flavigny (8 kil. sud-est de 
Pont-Saint- Vincent) *, les hauteurs qui bordent la rive gauche de 
la Moselle sont couvertes de galets roulés, principalement de 
quartzites du grès vosgien, auxquels s'associent d'assez nombreux 
galets roulés de roches cristallines bien conservées (granités, 
gneiss... etc.); les granités feuille morte font défaut. Le limon 
forqie la majeure partie du monticule situé à l'ouest de la grande 
route et l'altitude réelle du point le plus élevé atteint par les 
cailloutis est très approximativement de 100 m. 

Nancy et Fla\igny (Godron. Du passage des eaux et des allumions anciennes 
de la Moselle dans les bassins de la Moselle et de la Meuse, 1877). 

I . Feuille de Nancy, carte géologique détaillée. Lambeau marqué P. 

La cote 354 a été placée par erreur sur la route ; elle 6*applique au sommet 
du plateau P, comme j'ai pu m*en assurer sur les plans à i/ao.ooo. 

La Moselle sous le grand pont de Flavigny est à 296 m. 



3!»8 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLÉES 3 Juin 

Au-dessus de la terrasse de 54 ni. de TEnnitage dont j'ai 
parlé plus haut, on trouve une deuxième nappe de cailloutis 
qui forme le plateau entre la ferme et Saint-Remimont, plateau 
dont l'altitude estde347 m. ^ L'altitude de la nappe est par suite 
de loo à io3 m. au-dessus de la Moselle. Indépendamment des 
quartzites qui prédominent on y rencontre d'assez nombreux 
galets roulés de miero-granulite et de granité, non altérés. Je 
n'y ai pas vu de granités feuille morte. 

On doit considérer comme appartenant au même niveau les 
argiles avec galets quartzeux qui couronnent les hauteurs de 
la rive droite de la Moselle au-dessus de Ghâtel, entre ce vil J âge, 
Moriville et Zincourt et s'élèvent jusqu'à l'altitude de io3 m. 
au-dessus de la rivière -. 

On peut également y rattacher les cailloutis exclusivement 
quartzeux qui couronnent le plateau entre Lay-Saint-Remy et 
Pagny-sui"^Meuse ^, Les galets, qui ont souvent o m. lo de grand 
axe, parfois le double, s'étendent au sud sur la pente nord du bois 
de Pagny et disparaissent brusquement à peu près à la cote 3oo. 
Plus haut on ne trouve plus que de petits galets très disséminés 
et qui correspondent sans doute à des nappes plus anciennes. Le 
creusement effectué par la Moselle depuis le transport des cail- 
loutis de Pagny peut par suite être évalué à une centaine de 
mètres *. 

En amont d'Epinal et jusqu'à Eloyes on ne trouve plus actuelle- 
ment près de la Moselle aucun dépôt que l'on puisse considérer 
comme ayant appartenu à la nappe de loo m. Mais en 1877 on 
voyait encore près du sommet du fort d'Arches, sur la pente est, 
une petite terrasse de 3 à 4 ni. d'épaisseur formée de couches 
alternantes horizontales de sables fins, de graviers et de galets 
remarquablement roulés ; quelques blocs de 1/2 m. c. à i/3 m. c. 
arrondis ou même roulés de granulite, de gneiss granulitique et 
de granitite à amphibole, étaient dispersés à la surface, ou même 
enchâssés dans les alluvions ; des blocs plus volumineux encoi*e 

1. Dépôt marqué P sur la feuille de Lunéville de la carte géologique 
détaillée. 

2. HoGARD. Recherches sur les formations erratiques, p. 65 et seq. 

3. La cote du plateau au nord de la grande route, diaprés le plan à i/ao.000, 
est de a88 m. et non de 399, comme l'indique la carte d'Etat-Major. 

4. La suite de cette note démontrera que les pentes de la Moselle n'ont 
pas sensiblement varié pendant tout le Pleistocène, au moins en aval 
d'Epinal. 



I9OI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 3ag 

de grès vosgien détachés des pentes encaissantes leur étaient 
associés. J*y ai noté plusieurs granités feuille morte roulés dont 
un de o m. ao de grand axe. Ce dépôt a été entièrement exploité ; 
son altitude que j*ai eu heureusement Tidée de déterminer à cette 
époque était de 44^ ^m ^^^^ 9^ ^' au-dessus de la Moselle ^ 

On peut aussi avec une grande probabilité considérer comme 
appartenant à un ancien niveau de 100 m. la nappe de cailloutis 
du seuil de Dounoux (S.-O. d'Ëpinal). Le plateau presque hori- 
zontal qui forme col entre le Goney, afQuent de la Saône, et la 
Moselle, est couvert d*une couche de cailloutis remarquablement 
stratifiés, dont l'épaisseur sur quelques points doit atteindre au 
moins i3 à i4 m. Les galets, généralement petits (exceptionnelle- 
ment ao à 3o c.) proviennent des Vosges ; les granités abondent 
et sont en bon état de conservation ; je n'y ai jamais rencontré de 
granités feuille morte. L'altitude du seuil étant de 4^^ ^' ^^ 1^ 
Moselle à Arches, situé à 8 kil., étant à la cote 34^,75, on voit que 
le creusement qui s'est effectué depuis le dépôt des cailloutis de 
Dounoux peut être évalué avec une très grande approximation 
à une centaine de mètres - ; par suite, il est logique de les rap- 
porter au môme niveau que les précédents. L'absence des granités 
feuille morte semble indiquer que ces cailloutis sont le produit 
d'une rivière vosgienne autre que la Moselle et qu'il est impos- 
sible de préciser actuellement. 

J'ajouterai que le seuil de Dounoux oBre un remarquable exem- 
ple de l'effet produit par la décapitation d'un cours d'eau. Le 
Coney privé des eaux vosgiennes, a créé en aval du seuil un lit 
profond et étroit, dont les pentes se relèvent rapidement vers le col. 

En résumé, entre Toul et les Vosges, il y a des traces très nettes 
d'une nappe de 100 m. environ ; cette nappe n'a pas jusqu'à pré- 
sent fourni de galets provenant des ballons d'Alsace et de Ser- 
vance, sauf près du fort d'Arches. 

Niveaux supérieurs à 100 mètres. 

Au-dessus du niveau de 100 m. on ne rencontre plus que des 
galets isolés, dispersés à la surface du sol, ou encastrés dans des 
fissures du substratum remplies de limons ai^leux provenant de 
la dissolution des calcaires ; leur grand axe dépasse rarement 
o m. ao. 

I . Le saut du Broc se trouvant un peu en aval, l'altitude de ce dépôt est 
en réalité de 100 m., si Ton effectue la correction indiquée plus haut, 
a. La pente de la Moselle est de o,oœi. 



33o DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALUÎES 3 Jain 

D'après le capitaine du génie Bois qui a dirigé d^importants 
travaux de captation d'eau dans la forêt de Haye, des galets de 
quartzite et de grès couvrent les légers bombements de tous les 
points culminants, mais semblent concentrés au voisinage des 
vallées delà Meurthe et de la Moselle *. A a^oo m. au nord de 
Chaligney (près Pont-Saint^ Vincent), ils atteignent la cote 417 qui 
est un des points culminants de la forêt, et se trouvent par suite à 
aoo m. au-dessus de la Moselle, cotée 217, à Pont-Saint- Vincent * ; 
ils y remplissent des poches du Bathonien ; leur volume varie 
depuis la grosseur d'un œuf de pigeon jusqu'à celle du poing ; 
quelques-uns dépassent ces dimensions : le plus gros était un grès 
siliceux de o,a8 de grand axe. 

Les mêmes galets se retrouvent dans les carrières à l'ouest de 
Nancy à 160-170 m. au-dessus de la Meurthe ; ils abondent près 
de la ferme Sainte-Catherine ^. Husson en a signalé dans le bois de 
Romont, près Toul, à la côte 876 * ; enfin Buvignier les a observés 
dans la Meuse, il y a 5o ans, jusqu'à aoo m. au-dessus du thalweg. 
En dehors des galets de quartz, de quartzite et de grès siliceux 
qui sont de beaucoup les plus nombreux, on a trouvé quelques 
rares galets granitiques et même des sables granitiques (Meuse, 
forêt de Haye) ^. 

Ces traînées de galets ne se rattachent à aucun niveau, et c'est 
seulement par analogie, et en se basant sur les observations 
faites dans la basse Moselle, que l'on peut, ainsi qu on le verra 
plus loin, déterminer leur véritable signification. 

B. — La Moselle en aval de Metz 

Bien que je n'aie pas eu l'occasion de parcourir la vallée de la 
Moselle en aval de Metz, il m'a paru utile et même nécessaire de 
dire quelques mots des études faites par les géologues allemands 
dans la basse Moselle et d'en comparer les résultats à ceux 
obtenus dans la haute vallée. 

Ces études qui ne portent, à ma connaissance du moins, que sur 
la partie comprise entre Metz et Schweicli (en aval de Trêves), sont 
de valeur très inégale. Les plus anciennes datent d'une époque où 

I. Je dois ces renseignements à Tobligeance de M. le capitaine Bois, 
a. L'autre point culminant de la forêt est au Camp Romain, à 4^0 m. 
d'altitude, près de Ludres. 

3. Blbighbr. Guide du géologue en Lorraine, p. 197. — Bull, Soc, belge 
géolog., Xlll, 1899, p. 92, g3, xo5. Voir aussi ma note de 1897, page 894. 

4. HussoN. Origine de Vespèce humaine dans les environs de Toul., 1867. 
-- La côte 376 est à 180 m. au-dessus de la Moselle prolongée vers Pagny. 

5. ByviopriBR. StatisL géolog, de la Meuse, i85a. ~ Blbichbr, op. cit. 



igoi DE l'iSSER, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 33l 

les questions concernant les terrasses n avaient pas encore éveillé 
l'attention ; le plus souvent, les observations de cette époque sont 
trop peu précises pour qu'il soit possible d'en tirer parti. Tel est le 
cas des feuilles et notices de la Geologische specialkarte oon 
Preussen und der Thïiringischen staaten ijsô.ooo — 1880 \ 
de la Geolog, iibersichtskarte des Westlichen Deutsch-Lothringen 
ijSo.oào — 1886 et même de la feuille et notice de Sierck de 
la carte géologique d'Alsace-Lorraine à l'échelle de i/a5.ooo éditée 
en 1889. 

Les seuls travaux réellement utilisables sont ceux que Grèbe a 
publiés à partir de i885 et notamment les notices et cartes de 
Trêves, Welschbillig, Schw^eich et Pfalzel 2. 

L'auteur y a signalé l'existence de six niveaux de terrasses ou 
de cailloutis qui sont les suivants : 

6* niveau i5 à ao m. 

5' — 3o m, environ. 

4* — 4^ à 5o m. 

3' — 100 m. 

a' — i3o à i5o m. 

I" — aoo m. environ. 

D'après les cartes, des limons argileux semblent particulière- 
ment développés sur les a% 3' et 4* niveaux ^. 

Il est impossible de ne pas être frappé de l'extraordinaire con- 
cordance qui existe entre cette série et celle de la haute Moselle, 
du moins entre 1 5 et 100 m. Nous retrouvons dans cet intervalle 
le même nombre de niveaux à des altitudes presque identiques. 
Il n'y a discordance que pour le 4" niveau dont les limites dans la 
basse Moselle sont comprises entre 4^ ^^ ^^ ^m tandis qu'elles 
varient entre 5o et 60 m. dans la haute Moselle. Mais il sufEt de 
faire le relevé sur les cartes précitées de tous les lambeaux 
rapportés par Fauteur à ce niveau pour constater que, dans la 
réalité, leurs altitudes sont pour la plupart comprises entre 45 et 
56 m. On ne doit pas perdre de vue, d'ailleurs, que ces lambeaux 

I . Feuilles de Perl, Beuren, et Wincheringen. 

a. Erlaûterungen zur geolog. Specialkarte von Preussen. . . . i/a5.ooo. 

Blàtt. Trier, Welschbiilig, Schweich und Pfalzel 189a. — La feuille Schôn- 
berg publiée en 1898 ne renferme qu'un tout petit lambeau du cours de la 
Moselle et n'apporte aucune donnée nouvelle. 

3. Je crois devoir faire quelques réserves sur la valeur des niveaux de 3o 
et de aoo m. qui ne me paraissent pas concorder tout à fait avec les indica- 
tions fournies par Texamen des tracés, et qui, en tous cas, ne sont repré- 
sentés que par un trop petit nombre de lambeaux pour que leur existence 
puisse être considérée comme certaine dans les limites des feuilles publiées. 



332 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

sont situés dans une vallée très étroite, qu'ils ont été pour la plu- 
part très dénudés et qu en outre ils sont couverts de limons : la 
détermination précise de la limite supérieure des caiiloutis est 
donc le plus souvent très difficile, sinon impossible. 

En ce qui concerne l'absence dans la haute Moselle des i«' et a® 
niveaux (200 m. et i3o-i5o m.) nous verrons dans le chapitre V que 
l'extension vers l'amont des nappes alluviales régulières formées 
sous l'influence des variations du niveau de base, dépend de l'exten- 
sion dans cette direction du profil d'équilibre. Si, à l'époque où les 
nappes cori»espondant aux deux premiers niveaux se formaient 
à Trêves, le profil d'équilibre ne remontait pas en amont de cette 
ville, les alluvions que la Moselle déposait au même moment 
dans la région de Toul ne pouvaient avoir aucun lien avec elles ; 
les débris de ces alluvions que nous rencontrons à Toul jusqu'à 
200 m. au-dessus du thalweg, représenteraient simplement, dans 
ce cas, le travail de régularisation du cours de la rivière. 

Mais il me paraît très vraisemblable qu'il n'en a pas été tout 
à fait ainsi, et que déjà à l'époque du niveau de 200 m. la Moselle 
devait avoir à peu près conquis son profil d'équilibre jusqu'au pied 
des Vosges, c'est-à-dire jusqu'au voisinage d*Eloyes. 

En effet, on remarquera tout d'abord que le parallélisme des 
terrasses des divers niveaux entre 20 m. et 100 m. jusqu'en amont 
d'Epinal, prouve qu'à l'époque du niveau de 100 m., la zone 
du profil d'équilibre s'étendait au moins jusqu'à Arches, et que 
les pentes de ce profil y étaient déjà réduites au minimum compa- 
tible avec les conditions topographiques et hydrographiques, 
puisqu'elles n'ont subi que des changements peu considérables 
depuis cette époque sur une étendue de plus de 5oo kil. à partir 
du niveau de base. Cette précocité de l'évolution de la Moselle ne 
surprendra pas, si l'on réfléchit quelle est simplement la consé- 
quence de la très faible inclinaison du bassin, à partir des Vosges : 
la pente générale, en effet, atteint à peine 0,0008, et est par suite infé- 
rieure de plus de moitié à la pente actuelle de la rivière à Charmes. 

Mais, s'il en était déjà ainsi à l'époque du niveau de 100 m., il 
est bien difficile de ne pas admettre que le profil d'équilibre était 
également réalisé antérieurement quoique peut-être avec des pentes 
un peu plus fortes. Le contraire serait d'autant plus surprenant que, 
pour conquérir son profil d'équilibre jusqu'à Trêves, à l'époque des 
deux niveaux les plus anciens, la Moselle a dû creuser son lit dans 
les roches très dures du Dévonien, tandis qu'au même moment, en 
amont de Sierck, elle n'avait qu'à affouiller et à dénuder les 
couches en générai peu consistantes du Trias et du Lias. 



% 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 333 

L'hypothèse de Textension des deux plus anciens niveaux jus- 
qu'aux environs d'Epinal, et peut-être même plus en amont jus- 
qu'au pied des Vosges, se présente donc comme très vraisemblable, 
et on peut en conclure que les cailloutis de Toul et du plateau de 
Haye représentent les débris de ces deux anciennes nappes. Leur 
destruction plus ou moins complète dans la haute Moselle, leur 
conservation dans la basse, seraient en connexion avec la nature 
des terrains traversés par la rivière et ses afDuents. 

Résumé. — En résumé, on trouve dans la Moselle, en dehors 
des Vosges, six niveaux de cailloutis qui sont les suivants : 

1" niveau '200 m. environ (basse Moselle). 

a' — i3o à i5o m. id. 

3' -> 100 m. (haute et basse Moselle). 

4* — ^ôkôQm, (basse Moselle), 5o à 60 m. (haute Moselle). 

5* — 3o m. (haute et basse Moselle). 

6' — i5-ao ni. (basse Moselle), ao m. (haute Moselle). 

L'altitude relative du 4® niveau dans la haute Moselle, parait 
être un peu plus forte que dans la basse Moselle. 

Les 4*, 5« et 6« niveaux sont plus ou moins emboîtés ; les cail- 
loutis des a«, 3® et 4* sont fréquemment recouverts par des limons 
argileux (lehm) ; il n'y a pas de vrai lœss * , 

Dans l'intérieur du massif vosgien, il n'y a pas de traces nettes 
de terrasses régulières, et il est actuellement impossible de ratta* 
cher les lambeaux de cailloutis qu'on y observe aux niveaux 
extra-vosgiens. 

Je montrerai dans le chapitre IV que la comparaison de ces 
données avec celles fournies par Tétude des autres bassins, con- 
duit à admettre, à partir du niveau le plus élevé, une série de 
périodes d'érosion, séparées par des périodes de remblai, le plus 
ancien remblai datant du Pliocène supérieur. 

Au début, la haute Moselle et ses aflluents ont coulé, en dehors 
des Vosges, et à fortiori dans V intérieur du massif, à un niveau 
de 200 m. au moins plus élevé qu'aujourd'hui. En même temps, 
les cours d'eau ont subi de grands déplacements horizontaux, 
comme le prouve ce fait que la haute Moselle actuelle n'est bordée 
sur une partie de son cours que par des hauteurs à peine supérieu- 
res à loo m. couvertes de cailloutis de ce niveau. 

C'est pendant cette première période que se sont produits les 
changements de cours les plus importants, les uns dans l'intérieur 

I. Lbpsius. Geolog. von Deutschland, I, p. aaS. 



334 ^B LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Jain 

des Vosges (passage de la Moselle par la dépression d*Eeromagny, 
puis par Bellefontaine) *, les autres en dehors de Tlle vosgienne. 

Je ne dirai rien des premiers dont Tâge reste très problémati- 
que pour les raisons indiquées plus haut. Parmi les derniers, je 
citerai le passage des eaux vosgiennes par Dounoux à Fépoque 
probablement du niveau de loo m., et à la même époque leur 
passage par le col de Foug. Uécoulement vers la Meuse a même 
dû commencer beaucoup plus tôt, peut-être déjà à l'époque du 
niveau de aoo m. ; en tous cas, il a cessé avant la formation de 
la nappe de 5o-6o m. dont les matériaux ont été incontestable- 
ment charriés par la Moselle. 

On conçoit que pendant ces divagations du cours d'eau, de 
vastes ablations horizontales aient eu lieu dans Vintérieur du 
bassin^ facilitées par la faible résistance des roches du plateau 
lorrain. Ce sont ces érosions qui ont fait disparaître sur le plateau 
de Haye les assises jurassiques depuis le Bajocien jusqu'au Rau- 
racien, et y ont apporté les galets vosgiens que Ton y rencontre 2. 
Leur transport s'explique naturellement par l'approfondissement 
progressif du lit, et il n'est nullement nécessaire de recourir 
à l'hypothèse d'un plan incliné partant du sommet des Vosges. 

Cest probablement à l'époque du niveau de 3o m. que s'est 
formé, à la suite de mouvements orogéniques et dans des condi- 
tions encore très obscures, le grand lac qui a occupé la vallée de 
la haute Moselle, en amont d'Ëloyes ^. Cette période lacustre a 
du être relativement courte puisque déjà à l'époque de la nappe 
de ao m. la Moselle avait coupé le comblement du bassin entre 
Remiremont et Noir-Gueux, et que ses alluvions traversant la digue 
contribuaient à l'édification de cette nappe. 

Comme dernière conclusion j'ajouterai que les faits observés 
conduisent à abandonner définitivement le diluvium à galets 
quartzeux de Hogard *. Les éléments granitiques paraissent avoir 
existé dans toute la série des terrasses de la Moselle et lorsqu'ils 
font localement défaut, on est en droit d'attribuer leur absence 
soit à l'altération des granités, soit à l'insuffisance des coupes. 

1. de Lamothb. Op. cit., 1897, p. 437 et planche. 

a. Voir à ce sujet Blbighbr. Guide du géolog'ue en Lorraine, p. 87 et seq. 
— Bull, de la Soc, belge de géologie, XIII, 1899, p. i8a et seq. 
3. de Lamothb. Op. cit , 1897, p. 398-412 et carte. 
4* de Lamothb. Op. cit., 1897, p. 39a^398 et 4i7« 



igOI DE LAISSER, DE L\ MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 335 

II. — Vallée du Rhin près de Bâie 

Dans la vallée du Rhin, les seuls travaux utilisables actuellement, 
en raison de leur précision, sont, à ma connaissance du moins, 
ceux que les géologues suisses ont consacrés aux régions en amont 
de Bàle. Toutefois, il y a lieu de remarquer qu'en amont de Rhein- 
felden le Rhin n*a pas réalisé ou retrouvé son profil d'équilibre et 
qu'en outre la présence des glaciers et des limons rend, en général, 
très difficile la détermination rigoureuse des niveaux. D'autre 
part, en aval de Bàle, la plupart des terrasses plongent d'une façon 
anormale vers la plaine d'Alsace, et ne tardent pas à disparaître, 
ce qui semble indiquer que la plaine du Rhin a éprouvé des mouve- 
ments propres et a été le théâtre de phénomènes qui ont inter- 
rompu la continuité des terrasses et modifié leurs relations. 

Dans ces conditions on est amené à limiter les recherches aux 
environs immédiats de Bâle, où heureusement les terrasses et 
niveaux de cailloutis sont remarquablement développés et for- 
ment une série qui parait complète. 

Du Pasquier S dans les mémoires où il a étudié les formations 
fluvio-glaciaires du nord de la Suisse, n'avait signalé que trois 
niveaux qu'il considérait comme étant en connexion chacun avec 
une glaciation : une basse terrasse de a8 m. à Bàle, de 35 m. vers 
Turgi, en relation avec les moraines de la dernière extension 
(moraines internes) ; une haute terrasse de 90-100 m. en relation 
avec les moraines du maximum d'extension (moraines externes) ; 
enfin, un niveau à éléments fréquenmient altérés (lœcherige 
nagelfluh, Deckenschotter) de 180-aoo m., représentant les pro- 
duits d'une glaciation plus ancienne. 

M. Gutzwiller * qui s'est plus particulièrement occupé des envi- 
rons de Bàle, y a reconnu cinq niveaux qu'il a étudiés et définis 
dans un travail remarquable par sa clarté et sa précision et qui 
devrait servir de modèle aux géologues trop nombreux qui n'étu- 
dient les terrains de transport qu'au point de vue des formes 
extérieures et sans tenir aucun compte de leur composition. 

Je vais exposer rapidement les conclusions auxquelles conduit 
l'examen des travaux de ces deux géologues, et je chercherai à 
déterminer d'une façon plus précise encore, s'il est possible, le 

I. du Pasquirr. Die fluvioglacialen ablagerungen der Nord SchiveU, 1891. 
— 1d. Les ailuvions glaciaires de la Suisse (Archives des ac. phys. et nat. 
de Genève, 1891). 

a. Gutzwiller. Die diluviaibildangen der Umgebung von Basel, 1896 — 
Consulter aussi : du Pasquier, Pbngk et BrOcknbr. Le êyalème glaciaire des 
Alpes, 1894. 



336 DE L>LMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

nombre et les altitudes relatives des différents niveaux de cailloutis 
des environs de Bâle. 

A. — Basse terrasse. 

A Bâle, d'après le. tableau de du Pasquier *, la basse terrasse 
de la rive gauche est à a8 m. au-dessus du Rhin ; mais, en réalité, 
ce nombre doit être porté à 3i m., le niveau moyen du Rhin étant 
de 249 ^* non de 262 m. '. Cette altitude relative semble se mainte- 
nir à peu près constante jusqu'à Koblenz, c'est-à-dire que pendant 
62 kil., la terrasse reste sensiblement parallèle au Rhin (3i m. à 
Sâckingen, 3o m. à Koblenz). 

M. Gutzwiller a, il est vrai, indiqué pour la terrasse de Bâle 
un nombre plus fort, 36 m. au lieu de 3i m. La différence pro- 
vient de ce qu'il n'a pas cherché à éliminer l'influence des cônes 
de déjection de la Birse et de la Birsig, dont du Pasquier a tenu 
compte 3. Le nombre donné par du Pasquier, rectifié comme il 
vient d'être dit, doit donc être préféré à celui de M. Gutzwiller, 
du moins pour une étude comparative. 

. En amont de Bâle, la basse terrasse est formée, par places, de 
deux gradins ; il y a un niveau bien caractérisé de i5 à ao m. à 
Rheinfelden et à Schweizerhalle au nord-est de Muttenz *. 

En aval de Bâle, les divers gradins de la basse terrasse s'abais- 
sent rapidement et disparaissent successivement; il n'y en a 
plus de traces à Breisach. 

B. — Haute terrasse. 

D'après M. Gutzwiller ^ les collines au sud et au sud-ouest de 
Bâle sont couvertes de puissantes nappes de cailloutis qui forment 
au-dessus de la basse terrasse quatre gradins distincts. Les deux 
plus élevés devant être considérés comme du Deckenschotter, je 
ne m'occuperai dans ce paragraphe que des deux autres. 

a. Gradin supérieur. — Le plus élevé de ces deux gradins cor- 
respond à la haute terrasse de du Pasquier. Il n'existe pas en 
aval de Bâle ; mais près de cette ville on l'observe au Bruderholz 
et au Rûtihard où il s'élève à 35o m. (99-101 m. au-dessus du Rhin). 
En amont l'extension de ce gradin a été déterminée par du Pasquier 
qui l'a signalé en particulier à Pratteln (98 m.), à Gibenach, entre 
Wallbach et Môhlin, entre Koblenz et Rietheim (93 m.), à Zweidlen, 
dans le Klettgau et dans le Rafz ^. 

I. du Pasquier. Die flavioglac, p. la. 
a. Gutzwiller. Op. cit., p. 58. 

3. du Pasquier. Op. cit., p. 14. 

4. Observation personnelle. 

5. Gutzwiller. Op. cit., p. 558 et seq., p. 675. 

6. du Pasquier. Die Jluviogl., p. 35-45-46. Les ail. glac., p. 58. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIX ET DU RHÔNE 337 

b. Gradin inférieur, — Le gradin inférieur se montre sur la 
rive gauche du Rhin près de Bàle au pied de la pente nord du 
Bruderholz, à Gundeldingen et à St. Margarethen; on le suit 
jusqu'à Allschwyl ; un peu au nord il s'abaisse rapidement et 
disparaît sous la basse terrasse en aval de Sierenz ^ 

Sur la rive droite, on le retrouve à Wyhlen =^ et à Otlingen ; il 
paraît faire défaut plus au nord. 

En amont de Bâle, on n*a pas encore signalé son existence, à ma 
connaissance du moins; je ne serais pas surpris qu'une étude de détail 
et des coupes favorables permissent un jour d'en retrouver les traces. 

Il est fort remarquable que l'altitude relative des différents 
lambeaux de ce gradin soit sensiblement la même, bien qu'ils 
soient séparés par la large vallée du Rhin et par des distances qui, 
sur la rive droite, s*élèvent à 9 kil. En effet Taltitude absolue est 
de 3ii m. à Wyhlen, de 3o4 à AUschw^yl, de 3oo m. à Otlingen. A 
St. Margarethen, les cailloutis de ce niveau ne m'ont pas paru 
dépasser Sog m., nombre qui est même probablement un peu fort. 
Il en résulte que, si l'on prend les altitudes par rapport au Rhin, 
on trouve qu'elles sont toutes comprises entre 56 et 60 m. ^. 

M. Gutzwiller considère ce gradin et le précédent comme appar- 
tenant tous deux à la haute terrasse, bien qu'actuellement le pied 
du gradin de 100 m. soit séparé de la surface supérieure du gradin 
de 56 m. par des affleurements tertiaires. 

c. Deckenschotter, 

Le Deckenschotter des environs de Bâle appartient, d'après 
M. Gutzwriller, à deux niveaux : 

Le plus récent (jûngerer Deckenschotter) comprend les cail- 
loutis de Rheinfelden, Mônchenstein, Wenzwreiler, Schônenbuch ♦. 

D'après les données de l'auteur et celles de du Pasquier, on 
peut admettre que l'altitude relative de la partie supérieure de ces 
lambeaux est comprise entre i3o et i5o m. ^. 

1. GUTZWILLKR. Op. cit., p. 558. 

2. GUTZWILLBR. Op. cU., p. 562-63l. 

3. Rhin vis-à-vis Wyhlen 264, à Bàle 249, à Ailschwyl, en le supposant 
prolongé dans cette direction : 24? ii^-> ^'^^ ^ ^^^ d^Ôtlingen a44 ^^-l altitades- 
relatives correspondantes : 67, 60, 67, 56. 

4 Les deux gradins les plus élevés dont il a été fait mention précédem- 
ment à propos de la haute terrasse appartiennent à ce niveau. 

5. GuTzwirxKR, Op. rit., p. 587 et 591. — du Pasquier, diejluviofflac. , p. 74. 

A Rheinfelden les cailloutis du Bûche s'élèvent à 398 m.; au sud de Kànzeli 
(auf dem Berg), j'ai constaté la présence de très nombreux petits galets 
quartzeux de ce niveau jusqu'à la cote 407 (entre les cotes 40^*^ ci ^iiH); au- 
dessus il n'y a plus que du lehm. L'altitude relative des cailloutis de Rhein- 
felden serait par suite comprise entre i35 et i44f i^ Rhin étant à q63. 

A Môncheastein les cailloutis s'élèvent à environ 400 d'après M. Gutzwiller; 

5 Octobre 1901. — T. i«r. Bull. Soc. Géol. Fr. — aa 



à38 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Le plus ancien (oberelsàssischer Deckenschotter) comprendrait 
les cailioutis les plus élevés du Sundgau, notamment ceux d'Ober- 
hagenthal (ait. 5ao m. soit 270 m. au-dessus du Rhin prolongé). 

M. Gutzwiller considère ces derniers comme contemporains 
des cailioutis de Test de la Suisse et comme un produit fluvio- 
glaciaire de glaciers qui occupaient Fouest de la Suisse et s'avan- 
çaient jusqu'au voisinage de Bâle. Les cailioutis de Rheinfelden 
sont le produit d'une glaciation plus récente, antérieure toutefois 
à celle de la haute terrasse. 

Si j'ai bien compris les idées de M. Gutzwiller, il semble que la 
succession des phénomènes qui se sont accomplis dans la vallée 
du Rhin près de Bâle, à partir de la formation du plus ancien 
Deckenschotter ait été, dans ses grandes lignes, la suivante : 

Pendant une première glaciation, les glaciers de l'ouest de la 
Suisse ont accumulé les cailioutis les plus élevés du Sundgau ; 
le Rhin s'écoulait alors vers le bassin de la Saône et, comme nous 
le verrons plus loin, son cJtitude devait être de aoo-a3o m. environ 
plus élevée qu'aujourd'hui ^ 

La retraite des glaciers a déterminé un creusement général qui 
a dû atteindre une centaine de mètres ; en même temps, un 
affaissement de la région entre la Forêt-Noire et les Vosges obli- 
geait le Rhin à abandonner la direction du sud-ouest et à se 
diriger vers le nord. 

Une nouvelle glaciation a amené la formation du a^ niveau du 
Deckenschotter ; elle a été suivie de la retraite des glaces et d'un 
creusement qui a amené les vallées à une profondeur très voisine 
de celle qu'elles ont actuellement. 

Puis ont eu lieu successivement la grande glaciation de la haute 
terrasse (3^ glaciation) qui a déterminé un remblai de 100 m., la 
retraite des glaces et le creusement des vallées jusqu'au niveau 
actuel, une nouvelle invasion des glaciers (4® glaciation) avec rem- 
blai de 3o m. (basse terrasse), enfin leur retraite définitive. 

On voit que, contrairement à ce qui s'est passé dans l'isser, il 
y aurait eu après les cailioutis de i3o-i5o m. creusement presque 

je les ai suivis dans les vignes près de Grut jusqu'à 393. L'altitude relative 
est donc de 139-146 m. par rapport au Rhin coté a54. 

I. Je crois devoir faire ici quelques réserves sur cette théorie en ce qui 
concerne la vallée du Doubs. J'ai pu récemment constater l'identité des cailiou- 
tis des forêts de Chaux et d'Arne, y compris ceux d'Azans, avec ceux du Sund- 
gau : j'ai notamment retrouvé sur ces divers points les silex à Radiolaires et 
les quartzitcs (j^ris verdàlres caractéristiques des dépôts du Sundgau ; l'orig^e 
rhénane de ces cailioutis n'est donc pas douteuse. Mais je crois leur âge beau- 
coup plus récent et les circonstances de leur formation un peu différentes. 
Je traiterai cette question dans une note spéciale. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE SSg 

total de la vallée, remblai de loo m., déblai, formation du remblai 
de 3o m. et enfin établissement du régime actuel ; la basse terrasse 
se trouverait par suite presque complètement emboîtée dans la 
haute, totalement même d*après du Pasquier, tandis que dans 
risser elle n'est emboîtée que dans la moyenne terrasse. 

Je démontrerai dans le chapitre lY qull est impossible d'admet- 
tre dans son intégrité cette succession de phénomènes, et que 
notamment le creusement après le niveau de i3o-i5o m. n'est pas 
descendu au-dessous de 60 m., qu'il y a une moyenne terrasse 
indépendante de la haute et enfin que la basse terrasse n*est 
emboîtée que dans la moyenne. 

En résumé, les terrasses et niveaux de cailloutis des ençirons 
immédiats de Bâle forment une série très nette qui est la suivante : 

Traces d*une terrasse de i5 à ao m. (emboîtée dans celle de 3i m.). 

Terrasse de 3i m. (basse terrasse). 

Terrasse de 56 à 60 m. (gradin inférieur de la haute terrasse de 

M. Gutzwiller). 
Terrasse de 99 à 10 1 m. (haute terrasse). 
Terrasse et cailloutis de i3o à i5o m. 

Enfin, au-dessus de ce dernier niveau, on trouve dans le Sundgau 
des débris d*anciennes alluvions dont l'altitude actuelle au-dessus 
du Rhin s'élève à environ 270 m. Mais cette altitude est certai- 
nement supérieure au creusement réellement effectué depuis 
cette époque. Pour s'en rendre compte, il suffit de remarquer que 
leurs divers lambeaux semblent avoir fait partie d'une nappe ou 
plutôt d'un cône de déjection qui s'abaisse rapidement vers le nord 
et le N.-O. (490 m. à Bettlach, 460 à Volkensberg) ?. La compa- 
raison des pentes Irchel-Oberhagenthal d'une part, Rheinsberg- 
Mônchenstein-Schônenbuch d'autre part, conduirait à une con- 
clusion analogue. On peut donc, je crois, considérer comme assez 
probable que le niveau du Rhin contemporain de la formation de 
ces cailloutis ne devait pas s'élever à beaucoup plus de aoo-:i3o m. 
au-dessus du niveau actuel. 

III. — Vallée du Rhône près de Valence 

M. Depéret qui a fait pour le Service de la carte géologique 
détaillée (feuille de Valence) une étude minutieuse et approfondie 
des anciennes terrasses du Rhône et de l'Isère - les a classées 
ainsi qu'il suit, en commençant par les plus récentes : 

1. Gutzwiller. Op. cit., p. 578 et 58o. 

2. Voir aussi Bulletin des services de la carte, tome VIII, p. ii5 et tome VI, 
p. 8a. 



â40 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

6 . Basse terrasse, dite de Valence. i5 à ao m. 

5 . Moyenne terrasse, dite de Romans. 4o à 

5o m. an «dessus de Tlsère et du Rhône. 

Pleistoc^nb. . ^ ^ jj^^^ terrasse, dite du Séminaire de 

Valence, de ao à 3o m. plus élevée que 
les précédentes. 

3. Niveau de cailloutis de 90 m. 
Pliogànb. . . ( a. Id. i3o à i5o m. 

I. Id. aoo et au-delà. 

L'examen sur le terrain de ces divers niveaux, m*a conduit à 
apporter à cette série quelques modifications de détail que je 
vais indiquer brièvement. 

1° La basse terrasse de Valence est à ai m. au-dessus du Rhône ^ 
Ce relief ne varie pas sensiblement entre Valence et Tain ; car 
le plateau de S^Georges présente à peu près la même altitude 
relative. La pente de la basse terrasse est donc, dans cette région, 
très voisine de celle du Rhône qui est de 0,00067. 

La terrasse de Romans est à 168 m. d'altitude absolue, soit 
3a m. au-dessus de Tlsère - ; sa surface se relève rapidement vers 
le nord par suite de la présence d'une série de cônes de déjection 
formés par les torrents de la rive droite. Si Ton suit la terrasse sur 
la rive gauche, où les torrents n'ont joué qu'un rôle négligeable 
on voit son altitude relative diminuer progressivement ; elle n'est 
plus que de a5 m. à Pont de l'Isère ^, ce qui corl^espond à une 
pente de o,oo'ji. Un peu au sud du château d'Armoillet, la ter- 
rasse cesse brusquement a la cote i3o environ ; toute sa partie 
aval a été emportée par la dénudation ; il est évident qu'en raison 
de sa pente, elle devait à peu de distance atteindre le niveau 
de la terrasse de Valence. On remarquera, en outre, qu'à hauteur 
d'Armoillet, la terrasse est dominée vers Test par un plateau qui 
fait partie de la nappe d'Alixan dont je parlerai dans un moment : 
la terrasse de Romans occupe donc ici la même position que celle 
de Valence par rapport à la terrasse du Séminaii'e. Sur la rive 
droite la terrasse de Romans se termine brusquement au-dessus 
du Rhône par une falaise de i5 m. que Ton peut suivre depuis 
Tain jusqu'à Pont de l'Isère. 

1. Repère de la statue de Cliampionnet i33 m. 378. Rhùne à Tctiage los m. 63. 
Repère de la cathédrale, 126,83. — Repère de la gare, 124,19. — Repère du 
polygone, 126,17. On ne doit pas perdre de vue qu'une partie du tertre de la 
vieille ville doit sa surélévation d'ailleurs très faible à l'action de l'homme. 

2. C'est la cote du plateau à l'est de la gare. Repère de la gare 167 m. 5o. 
L'Isère est à i36 m. sous le pont de Romans. 

3. Cote du confluent de llsère : io6,5. Pente entre le confluent et Romans, 
o,ooi3. 



ipOI DE l'iSSER, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 34l 

Ces faits et l^examen du terrain ne laissent aucun doute sur 
ridentité de formation et d*âge des deux terrasses de Valence et 
de Romans : elles représentent toutes deux les débris d'une nappe 
alluviale qui a remblayé au même moment le fond de l'Isère et du 
Rhône. Lorsque la période de creusement est arrivée, le Rhône dont 
le profil d'équilibre était à peu près atteint s'est abaissé de quan- 
tités égales entre Tain et Valence, tandis que Tlsère s^est encaissée 
de quantités croissantes de l'aval vers l'amont. La formation de la 
falaise de Tain-Pont de l'Isère est un phénomène normal, qui se 
produit toutes les fois que le cours d'eau principal vient creuser, 
en se déplaçant, les cônes de déjection de ses afQuents (fig. 17). 

a*» Au-dessus de la terrasse de Valence (fig. 9) on trouve la ter- 
rasse du Séminaire dont le bord est à 4^-4^ m- au-dessus du 

HMitÊurstU Plateau 

^i' ^"^"^ li9« hh^ 166 




Âorùumiale de louiti. 



PifiT' 9" — Coupe entre Valence et Romans. 
Echelle approximative des lon^eurs : i millim. pour 173 mètres. 

A, Terrasse de Valence ; B, Terrasse du Séminaire ; C, Terrasse des 
Bayanins ; D, Terrasse de Romans ; m, Mollasse marine. 

Rhône *. C'est l'extrémité d'un ancien lit de l'Isère qui forme la- 
plaine d'Alixan en remontant vers le nord avec une pente de 
o,ooa5. Il se termine au-dessus de l'Isère, près de Romans, par 
une falaise qui, aux Bayanins, domine cette rivière de 53 m. La 
terrasse des Bayanins est l'équivalent dans l'Isère de la terrasse 
du Séminaire. 

3" Sur le massif moilassique qui s'étend entre Ghateauneuf 
d'Isère et Saint-Marcel, on trouve deux autres nappes : la i'«, 
(p* ^ de la carte) remarquablement conservée, forme le vaste pla- 
teau de Fouliouse, à 194 d'altitude, soit 88 m. au-dessus du Rhône ; 
la 2« (p*^), très morcelée, atteint au Télégraphe la cote a47, soit 
i38 m. au-dessus du Rhône. 

4"" Enfin, j'ai constaté l'existence à Glun et au pied du plateau qui 
s'étend entre les Aiguilles et les Robins (rive gauche de l'Isère) 
d'une terrasse basse de 7 à 8 m. 

I . Repère du Séminaire sur la route de Chabeuil, 146 m. 717. La nappe de 
cailloutis s'élève à a m. plus haut. 



34^ DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

En résumé les environs immédiats de Valence offrent une suc- 
cession de terrasses d'une remarquable netteté, comparables à ce 
point de vue à la série de Bâle ou à celle de llssel*, et dont les 
altitudes par suite de circonstances particulières peuvent être 
déterminées avec une rigoureuse exactitude. La série de ces ter- 
rasses est donnée par le tableau ci-dessous : j'ai placé en regard 
celle de la carte, pour montrer que le désaccord ne porte en réalité 
que sur l'individualité des terrasses de Romans et de Valence. 



SéRIE DONNÉE 

par la Carte géol. détaillée 

pour Tensemble 

de la feuille de Valence 



Basse terrasse ou terrasse 
de Valence i5-35m. 

Moyenne terrasse ou ter- 
rasse de Romans, de 
40 à 5o m. au-dessus du 
Rhône et de Tlsère. 



Haute terrasse ou ter- 
rasse du Séminaire de 
ao ou 3o m. plus élevée 
que les précédentes. 



Niveau de cailloutis de 
90 m. 



Niveau de cailloutis de 
i3o-i5o. 

Niveau de cailloutis de 
aoo m. et au-delà. 



SÉRIB RÉSULTANT 

des considérations 

qui précèdent dans les 

environs immédiats 

de Valence 



Terrasse de7 à8m. àGlun, 
au pied des Robins. 



Obskrvations 



Les deux terrasses 
basses sont em- 
boîtées. 



Basse terrasse de Valence 
de 91 m. au-dessus du 
Rhône , ayant pour 
équivalent dans Tlsère 
la terrasse de Romans 
(3a m. au-dessus de 
liséré à Romans). 

Terrasse du Séminaire de 
Valence (45-46 m. au- 
dessus du Rhône), ayant 
pour équivalent à Ro- 
mans, la terrasse des 
Bayanins (53 m. au-des- 
sus de risère). 

Cailloutis du plateau de 
Poullouse à 88 m. 



Niveau de cailloutis de 
i38 m. 



On verra dans le 
Ghap. IV que 
cette terrasse est 
en réalité une 
moyenne ter- 
rasse. 

Ce niveau corres- 
pond comme on 
le verra à la 
h" terrasse du 
RhinetdeTIsser. 



Ce niveau n*est 
pas représenté 
dans les envi- 
rons immédiats 
de Valence. 



j 



igoi 



DE l'iSSBR, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 



343 



Chapitre IY . — Comparaison des résultats et oonolusions 

En relevant par vallée et en disposant dans des colonnes paral- 
lèles toutes les terrasses signalées dans les chapitres I et III, 
on obtient le tableau suivant : 



N- 

des 
NIVEAUX 



DB 

l'issbr 



niveau 



a" 
niveau 

3- 
niveau 



4- 

niveau 



5- 
niveau 

6- 
niveau 



PUges 



Terrasiei 



aOO-2(X> !IOO-900 



135.145 



98-100 



55 



3o 



i5-i7 



i3o-i5o 



98-100 



VALLÉB 

DB LA 

M08BLLB 



En 

amont 

de Metx 



Traces de 
caillouUs 
jimqu'A 
200 m. 
au dessus 
du thal- 

wejf 
actuel. 



de 
Trêves 



55-57 



a8-3o 



i5-i6 



Débris 

d'une 

nappe de 

100 m. 



54-60 



aoom. 
enTiron * 



i3o-i5o 



sa 

< 
s 

^ as 

D 
Q 



aaoraSo 

4 



vauJb 

DU RUÔNB 
A VAUiNOB 



Série 
obeervée 



100 



3o 



90 



45-56 

s 



3o 
s 



l5-2IO 



i3o-i5o 



100 



aoo 

et 
au-deU 



i38 



88 



56^ 



3i 



lo-ao 



45-46 



ai 



7-8 



Série 
corrigée 
de 10 m. 



aoo 

et 
au-delA 



l48 



98 



55-56 



3i 



17-18 



OBSERYATIONS 



' En tenant 
compte du dé|^- 
cementjhorison- 
tal du niveau de 
la base (chap. I). 

'AlUtudetrèt 
douteuse, voir 
chapitre III. 

* Limites rec- 
tifiées conformé- 
ment aux indica- 
tions du chapitra 
III;ceUesdeQr«- 
be étaient de 40- 
50. 

* Limites in- 
certaines, plutôt 
un peu faiolet. 



L'examen de ce tableau donne lieu à diverses observations 
et conduit à des conclusions que je vais développer. 

i*" Le premier fait qui se dégage de Texamen d'ensemble de ce 
tableau, c'est l'existence dans chacune des quatre vallées considé- 
rées, de six niveaux de cailloutis, compris à très peu près entre les 
mêmes limites d'altitude par rapport au fond des vallées actuelles. 

On remarque en outre qu'il y a partout deux niveaux au-dessus 
'de 100 m. et quatre entre o et loo m. 



344 ^^ LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Ces analogies sont d* autant plus frappantes que trois des vallées 
appartiennent à des bassins indépendants, tributaires soit de 
rOcéan, soit de la Méditerranée, et que Tune d'elles est séparée 
des autres par la lai^e dépression méditerranéenne. 

a° Si nous procédons à Texamen de détail, nous voyons que 
dans les trois bassins de Tisser, de la Moselle et du Rhin, il y a 
une concordance presque parfaite des altitudes des cinq niveaux 
les plus récents, surtout si Ton prend comme série type celle des 
plages de Tisser ou celle des terrasses dans laquelle on a eiTectué 
pour le 3* niveau la correction de 5 m. correspondant au dépla- 
cement horizontal du niveau de base. La concordance est particu- 
lièrement frappante pour les niveaux de loo, 3o et i5-ao m. 

Pour le niveau de 5o-6o m. les altitudes minima de tous les 
lambeaux bien conservés sont comprises en général entre 54 et 
59 m. Elles tendent peut-être dans la haute Moselle à dépasser 
légèrement 60 mètres, ce qui est conforme aux lois que j'exposerai 
dans le chapitre Y ; dans la basse Moselle les nombres trouvés 
sont un peu plus faibles : fait qui s'explique naturellement par 
cette circonstance que les cailloutis observés se trouvent sur les 
flancs d'une vallée étroite et profonde où ils ont été très dénudés, 
tandis que dans la haute Moselle, ils couronnent des plateaux 
élevés, où ils ont été protégés contre les dénudations par le 
substratum rocheux (Archettes, Tannières, etc.). 

Le a® niveau (i3o-i5o m.) est le seul dont Texistence pourrait 
faire naître quelques doutes en raison de Técart de ao m. qui existe 
entre les limites qui le définissent. Mais on ne doit pas perdre de 
vue que ce niveau par suite de son ancienneté n'est représenté 
que par des lambeaux très dénudés. Il n*en est donc que plus 
remarquable que malgré cette cause d'erreur, les différents géolo- 
gues qui ont étudié les vallées précitées soient arrivés à renfermer 
tous ces lambeaux dans des limites identiques, et en définitive 
assez resserrées, aussi bien dans Tisser que dans le Rhône, la 
Moselle ou le Rhin. D'après les données recueillies dans Tisser 
l'altitude réelle de ce niveau a dû être très voisine de i4o-i45 m. 

En ce qui concerne le i*"^ niveau, les écarts constatés doivent 
nécessairement être encore plus grands que pour le a*^ niveau, 
soit en raison de sa dénuda tion plus avancée, soit parce que le 
profil d'équilibre n était pas encore réalisé ou Tétait avec des 
pentes notablement plus fortes qu'aujourd'hui. On remarquera 
néanmoins que dans presque toutes les vallées ce niveau semble 
voisin de qoo m. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 



345 



La seule anomalie sérieuse est celle que présente la série du 
Rhône, et elle peut paraître d'autant plus grave qu'elle porte sur 
tous les niveaux. Mais il est facile de montrer qu'elle est seulement 
apparente. 

£n comparant, en effet, les cinq niveaux les plus récents du 
Rhône avec ceux de la série de Tisser, on voit que l'écart des 
nombres qui les définissent est constant et uniformément égal à 
10 m. environ. 

Si donc Ton augmente de 10 m. chacun de ces nombres on 
obtient la série suivante : 17-18 m., 3i m., 55-56 m., 98 m., 148 m., 
qui concorde d'une façon aussi parfaite qu'on peut le souhaiter 
avec celle de Tisser. 

Cet écart constant entre les deux séries est la conséquence de 
l'état actuel du profil longitudinal du Rhône à Valence, comme le 
montre la figure 10, établie à l'aide des documents que le service 
des Ponts et Chaussées a bien voulu me communiquer. 




Pig. 10. — Profil longitudinal du Rhône entre la mer et Lyon (Etiage). — 
Echelle : des hauteurs i millim. pour 8 mètres ; des longueurs i millim. 
pour a kilomètres. 



On voit sur cette figure que le lit du fleuve, malgré la faiblesse 
de ses pentes, présente encore entre Pont-Saint-Esprit et Lyon 
un bombement sensible dont l'effet doit être nécessairement de 
diminuer toutes les altitudes relatives des anciennes terrasses. A 
Valence, la valeur de cette diminution peut avec une très grande 
probabilité être évaluée à une dizaine de mètres. 

Si le Rhône régularisait son lit et établissait la continuité des 
pentes entre la mer et le confluent de TAin, ce bombement dispa- 
raîtrait, le lit suivrait à peu près le tracé marqué en pointillé et 



346 DE LAMOTHB. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES YALLEBS 3 Juin 

les altitudes relatives de toutes les terrasses des environs immé- 
diats de Valence se trouveraient augmentées de lo m. 

Cet état actuel du lit provient-il de ce que le Rhône n'a pas 
encore atteint son profil d'équilibre, ou bien est-il dû à ce que ce 
profil, après avoir été atteint, a été ultérieurement modifié par les 
cônes de déjection des rivières torrentielles, telles que la Drôme 
et risère ? La deuxième hypothèse me parait de beaucoup la plus 
vraisemblable, mais je ne puis actuellement trancher cette ques- 
tion faute de documents. 

En résumé, en effectuant dans la série du Rhône une même 
correction, justifiée par Tétat du profil du fleuve, on la rend 
entièrement comparable aux trois autres, et Ton peut dès lors 
considérer la série des terrasses des quatre vallées étudiées 
comme rigoureusement concordante. 

30 La répartition des limons oflre également des analogies 
remarquables. Dans le Rhin et Tisser, des limons d'un caractère 
particulier, nettement difl<5rents des limons actuels, enveloppent 
la zone comorise entre les niveaux de loo et de 3o m. : ils font 
défaut sur ce dernier ; dans la Moselle des limons argileux cou- 
vrent le niveau de 5o-6o m. (haute Moselle) et accidentellement 
celui de loo m. ; ils semblent faire défaut ou être très réduits sur 
le niveau de 3o m. Dans le Rhône, près de Valence, on constate 
également Fabsence des limons sur la basse terrasse, et leur 
présence sur le niveau de 90 m. (plateau au sud de Valence). 

4** On ne peut évidemment attribuer au hasard des coïnci- 
dences aussi r.emarquables, qui portent à la fois sur le nombre 
des niveaux et sur les altitudes relatives de la plupart d'entre 
eux. Il n'est pas davantage possible d'admettre que les observa- 
tions des divers auteurs ont été plus ou moins influencées par 
celles de leurs devanciers. A l'époque où j'ai rédigé ma note sur 
l'Isser, je n'avais pas encore eu l'occasion d'étudier les travaux 
de Grèbe, ni ceux de du Pasquier, et les divergences réelles ou 
apparentes qui existent entre les résultats obtenus par Grèbe, 
du Pasquier et M. Depéret prouvent la complète indépendance 
des recherches de ces géologues. 

On est donc nécessairement amené à conclure qnune seule 
et même cause, agissant simultanément qI de la même façon 
dans les bassins précités a déterminé la formation des nappes 
alluviales et des terrasses. Cette cause n'a certainement pas agi 
à l'amont de la zonç occupée par les terrasses, comme du Pas-. 




I9OI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE Zfy] 

quier a tenté de le prouver pour la vallée du Rhin. Uabsence 
de toute trace d* anciens glaciers dans la vallée de Tisser, leur 
présence très douteuse dans le bassin de la Moselle, en tous cas 
limitée au voisinage des crêtes et aux parties hautes des vallées ^ 
constitueraient déjà des objections sérieuses. Mais, môme en 
admettant la réalité de ces anciens glaciers, leur intervention 
dans la formation des terrasses soulèverait de nombreuses diffi- 
cultés. J*examinerai dans le chapitre V celles qui se rapportent 
au mécanisme même de cette intervention, tel que Font exposé 
du Pasquier, Penck et Brûckner ^, et je me bornerai ici à faire 
remarquer qu*il est impossible dans cette hypothèse, de concevoir 
comment des glaciers issus de massifs aussi différents à tous 
les points de vue (altitude, superficie, nature des roches, etc..) 
que les massifs du Djurdjura, du Dira, des Vosges et des Alpes 
occidentales, auraient pu cependant déterminer dans les vallées 
correspondantes le même nombre d'alternatives d'érosion et de 
remblai, se traduisant finalement par la formation de terrasses 
étagées situées aux mêmes altitudes relatives, les unes au voisi- 
nage immédiat de Fembouchure, les autres au pied même des 
massifs à plusieurs centaines de kilomètres de cette embouchure ^. 
Ainsi, on ne peut douter que la cause qui a produit les nap- 
pes alluviales et les terrasses a dû nécessairement agir à Taval 
de celles-ci, et il est dès lors impossible d'en imaginer une autre 
que l'oscillation verticale du niveau de base. Je rappellerai, en 
eflet, brièvement, que, dans mon mémoire sur Tisser, j'ai démontré 
que l'hypothèse de déplacements exclusivement horizontaux 
était inacceptable en raison de la configuration même de la côte 
et des relations qui existent à l'embouchure de l'Isser entre les 
plages et les terrasses '. D'autre part, l'hypothèse de mouvements 
verticaux exclusivement négatifs, est inconciliable avec le fait 

I. de Lamotub. Op. cit., 1897, p. 43^ et 433. 

a. Pbnck, du Pasquier et Brùcknbr. Le Système glaciaire des Alpes, i^- 

3. Je crois devoir rappeler que dans une note récente (B, S. G. F,, (3), 
XXVni, p. ioo4) où il a réfuté très nettement l'argument du surcreuse- 
ment, invoqué en faveur de la théorie de Térosion glaciaire, M. Kilian a 
appelé Tattention sur l'intérêt qu'il y aurait à rechercher dans quelle me- 
sure les déplacements du niveau de base ont pu se répercuter dans les val- 
lées alpines, et combiner leurs effets avec ceux résultant des oscillations 
des glaciers. Pour M. Kilian, il est impossible d'attribuer aux glaciers les 
creusements successifs de certaines vallées, et l'intervention d'une cause 
agissant de Taval vers Famont, lui parait, dans certains cas, s'accorder beau- 
coup mieux avec les laits observés. 

4. de Lamothb. Op. oit f 18^, p. oSt^ et 290. 



348 DK LAMOTHE. — SYSTEMES 1)K TERRASSES DES VALLÉES 3 Juin 

que les nappes alluviales présentent à rembouchure même des 
épaisseurs considérables, car il est impossible de concevoir, 
sans faire intervenir des mouvements positifs, comment le fleuve 
aurait pu d'abord creuser son lit très au-dessous du niveau de la 
mer, et ensuite le remblayer. 

5° On doit par conséquent considérer, sinon comme rigoureu- 
sement démontré, du moins comme extrêmement probable, que 
la formation des terrasses dans les trois bassins du Rhin, du 
Rhône et de Tisser, est exclusivement due à une succession 
d'oscillations verticales qui ont aflecté simultanément et de la 
même façon les niveaux de base de ces trois bassins. 

Ces oscillations alternativement positives et négatives ont 
déterminé dans chacun des bassins précités des phénomènes 
alternatifs de remblayage et d'érosion, le remblayage corres- 
pondant aux mouvements positifs, l'érosion aux mouvements 
négatifs. 

Si Ton prend conmie base les données résultant de Tétude de 
i'Isser, puisque les phénomènes ont été identiques dans tous les 
bassins, on voit que la plus ancienne phase de remblai dont on 
puisse encore observer des traces distinctes correspond à une 
époque où les cours d'eau coulaient à aoo m. au moins au-dessus 
des thalwegs actuels ^ 

D'après l'épaisseur des cailloutis de ce niveau dans la vallée 
du Rhin 2, on peut, je crois, admettre proçisoirement que ce rem- 
blai avait été précédé d'un creusement qui avait approfondi les 
vallées jusqu'à une altitude de i5o m. environ par rapport au 
thalweg actuel. 

A partir du remblai de 1200 m. jusqu'à l'époque actuelle, le 
creusement des vallées s'est opéré par étapes successives, au 
nombre de six, séparées par des périodes de remblayage. Chaque 
phase d'érosion a amené le thalweg à un niveau plus bas que 
celui qu'il avait atteint à la fin de la période d'érosion précédente, 
chaque phase de remblai l'a relevé d'une quantité plus faible que 
celle dont il s^était abaissé. 

Ces alternatives d'érosion et de remblayage se sont succédé 

I . Il n*est nullement impossible qu'il y ait eu des nappes de cailloutis plus 
anciennes, contemporaines de la lin. du Pliocène marin ou du commencement 
du Pliocène supérieur : les galets de Sidi-Féredj et des pentes de Bouzaréah 
signalés dans ma note sur Tisser représentent peut-être les débris des plages 
correspondantes. 

a. 5o m. environ à Tlrchel. — Voir Gutzwillbr. Op. cit. p. 6i3. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 349 

comme Tindique le diagramme de la fig. a, diagramme qui a été 
établi pour Tisser, mais qui, pour les raisons exposées, s*appli- 
que entièrement aux autres bassins ^ 

L*altitude du thalweg à la fin de chaque remblayage est donnée 
par les maxima, celle de la fin de chaque période d* érosion est 
donnée par les minima. Les maxima sont pour la plupart exac- 
tement connus ; quelques-uns des minima sont incertains, par 
suite de Tignorance dans laquelle nous sommes de Tépaisseur 
réelle des nappes alluviales correspondantes : le seul minimum 
dont la position soit bien déterminée est celui qui a précédé la 
formation de la haute terrasse ; il est dans Tisser, à environ 63 m. 
au-dessus du thalweg actuel, en tenant compte du déplacement 
horizontal du niveau de base. La poii;ion du tracé correspondant 
aux phénomènes qui se sont accomplis après le niveau de i5-aom. 
a été laissée en pointillé : il est en eilet très difficile de décider 
si Tétat actuel qui parait caractérisé partout par la stabilité 
absolue du niveau de base correspond à un minimum ou à un 
maximum; en d'autres termes, si nous sommes à la fin d'une 
phase d*érosion ou d*une phase de remblai. Comme je Tai déjà 
dit, cette dernière hypothèse me parait la plus vraisemblable. 

Les mouvements positifs semblent avoir été extrêmement lents, 
ainsi que je Tai démontré pour Tisser ^. En ce qui concerne les 
mouvements négatifs, Tisser ne fournit aucune indication précise ; 
mais on peut, je crois, conclure de Vintégrité transversale corn" 
plète des nappes alluviales du seuil de Dounoux et d'Alixan, que 
le mouvement négatif qui a suivi leur formation n'a pas été 
instantané, ni même très rapide. S'il en avait été autrement, la 
Moselle et le Rhin auraient eu le temps de se creuser un chenal 
plus ou moins profond dans la direction qu'ils suivaient au 
moment où le mouvement s'est produit. 

L'ensemble de ces faits indique en outre que le temps qui s'est 
écoulé entre la formation des cailloutis de aoo m. et Tépoque 
actuelle a dû être extrêmement considérable. 

Enfin, il semble que dans les trois bassins, il n'y a pas eu de 
déplacement horizontal du niveau de base pendant les mouvements 
positifs y en d'autres termes, que les embouchures a la fin de ces 
mouvements, se sont retrouvées à peu près sur la même verticale, 
du moins pour les niveaux compris entre o et loo m., et peut-être 
aussi pour celui de i3o-i5o m. Nous verrons en eflet dans le 

I. Voir aussi le tableau synoptique placé à la lin de ce chapitre, 
a. Voir Chapitre T. 



35o DE LAMOTHB. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Jllin 

chapitre V que des déplacements horizontaux un peu considé- 
rables auraient nécessairement modifié les intervalles des terrasses 
successives. 

6» La concordance des variations du niveau de base entre des 
bassins dont les embouchures sont aussi éloignées et indépen- 
dantes, ne peut s'expliquer dans l'hypothèse de mouvements pro- 
pres de la lithosphère. Je Fai déjà fait ressortir dans mon mémoire 
sur risser» en ce qui concerne la côte algérienne *, et l'impossi- 
bilité est encore plus évidente dans le cas présent. Il est déjà bien 
difficile, en eiret. d'imaginer qu'une zone de Técorce terrestre 
aussi hétérogène que celle qui comprend les bassins du Rhin, du 
Rhône et de Tisser, zone dont les différents compartiments ont, à 
des époques variées, joué d'une façon indépendante, ait pu pen- 
dant le Pliocène supérieur et le Pleistocène, sur une étendue qui 
embrasse i5® de latitude, éprouver des mouvements synchroniques, 
d'amplitudes rigoureusement concordantes. Cette supposition 
paraîtra encore plus inadmissible, si Ton réfléchit que cette zone 
est séparée en deux parties par la fosse méditerranéenne. 

On est ainsi amené à attribuer exclusivement les variations du 
niveau de base à des oscillations de la masse océanique, c'est-à- 
dire à ces mouvements généraux que M. Suess a qualifiés deusta- 
tiques, et, conmie conséquence, à admettre que la plus grande 
partie de la surface occupée par les bassins du Rhin, du Rhône, 
de risser et une notable portion du littoi*ai ont fait partie pendant 
le Pliocène supérieur et le Pleistocène d'une zone relativement fixe 
de la lithosphère. Je dis la plus grande partie, parce qu'en réalité 
la conclusion n'exclue nullement la possibilité de mouvements 
locaux, tels que ceux qui ont peut-être déterminé la formation par 
effondrement des grands lacs alpins, l'affaissement relativement 
lent de la plaine du Rhin en aval de Baie et de celle de la Bresse ^, 
ou celui de portions plus ou moins étendues le long de certaines 
lignes de rivage. 

'j^ Du moment où les variations du niveau de base sont dues à 
des mouvements eustatfques, il semble évident que l'on doit sur 
d'autres parties du globe, retrouver des traces d'anciennes plages 
et de systèmes de terrasses, dont les altitudes relatives et les 
intervalles concordent avec ceux observés dans Tisser, sous les 
réserves toutefois qui seront indiquées dans le chapitre V. 

I. de Lamothk. Op. ait , p. 3oo. 

a . Voir Dblafont et Depéret. Les terrains tertiaires de la Bresse. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RUÔNE 35l 

Je sais fermement convaincu que le jour où, grâce à la multi- 
plicité des observations. Ton parviendra à éliminer des données 
concernant les anciennes plages, les écarts attribuables aux ma- 
rées, et où des cartes à grande échelle et des procédés de mesure 
rigoureux permettront de déterminer avec précision les altitudes 
relatives des plages et des terrasses, on constatera sur un grand 
nombre de points Fexistence de systèmes de plages et de terrasses 
identiques à ceux de Tisser. A ce point de vue, la succession des 
anciennes plages de la baie Murray que j*ai citée dans le chapitre 
II est un indice qui mérite de ne pas être négligé. Mais il impoi*te 
aussi de ne pas perdre de vue que la stabilité d'une zone plus ou 
moins étendue de la lithosphère pendant le Pliocène supérieur et 
le Pleistocène n'implique pas nécessairement celle des zones 
voisines, et qu'un grand nombre de faits semblent même indiquer 
que certaines régions de cette lithosphère ont subi pendant les 
mêmes périodes des mouvements propres dont les effets se sont 
superposés à ceux des mouvements eustatiques, et ont dû modifier 
dans ces régions les intervalles et même le nombre des terrasses 
et des plages. 

Si, comme je Tespère, les conclusions de ce mémoire sont con- 
firmées dans l'avenir, on disposera pour les recherches que je 
viens d'indiquer, d*une série type de plages et de terrasses établies 
sur des données rigoureuses, à laquelle on pourra rapporter toutes 
les observations, et qui permettra par comparaison, de déterminer 
les compartiments de la lithosphère qui sont restés relativement 
fixes pendant les périodes précitées et ceux qui ont épi*ouvé des 
mouvements propres. Dans le prochain chapiti*e, j'indiquerai 
quelques règles pratiques qui pourront servir de guide pour ces 
études comparatives. 

La série type de Tisser pourra, en outre, être utilisée comme une 
sorte de table ou d'échelle chronologiquej du moins pour les 
régions qui ont été affectées de la même façon par les mouvements 
eustatiques ; elle permettra d'assigner des dates comparables à 
tous les événements importants que Ton pourra rattache^ à des 
terrasses ou à des plages déterminées. 

J'ai essayé, dans le tableau qui termine ce chapitre, de le faire 
pour quelques-uns des phénomènes de capture dont la vallée de la 
Moselle a été le théâtre, phénomènes dont j'avais déjà parlé dans 
ma note de 1897 ; j'espère être en mesure bientôt de le tenter pour 
des phénomènes analogues plus compliqués, qui se sont produits 
dans d'autres bassins. 



35a DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin* 

8° Age des terrasses et des plages. Leur désignation. — 
Les graviers des basses terrasses du Rhône et de la Moselle, 
et la plage de i5-i7 m. en Algérie, sont, en dehors des limons et 
du loess, les seules alluvions qui jusqu'à présent aient fourni des 
débris de Vertébrés. La faune est caractérisée dans le Rhin et la 
Moselle par Elephas primigenius et Rhinocéros tichorinus, en 
Algérie, par El. Yolensis *. 

L'absence de tout débris de Vertébrés dans les moyenne et haute 
terrasses et dans le Deckenschotter ne permet pas de déterminer 
leur âge d'une façon précise. 

En se basant sur des analogies de position, d'ailleurs très discu- 
tables, du Pasquier a admis, avec réserve il est vrai, que la haute 
terrasse était caractérisée par EL antiquus et le Deckenschotter 
par El. meridionalis ; il a par suite classé ce dernier dépôt dans 
le Pliocène supérieur, et la haute terrasse dans le Pleistocène -, 

M. Gutzwiller a rangé au contraire tous les niveaux decailloutis 
dans le Pleistocène, en admettant toutefois que les plus élevés du 
Sundgau pouvaient correspondre à la partie la plus récente du 
Pliocène supérieur. 

Dans l'Isser, ainsi que je l'ai rappelé dans le premier chapitre 
de ce mémoire, j'ai été amené, en m'appuyant sur des considéra- 
tions d'un ordre tout à fait différent, à classer dans le Pliocène 
supérieur les deux plus anciens niveaux (aoo-ao5 et i3o-i5o m.) 
et dans le Pleistocène les quatre terrasses de loo m., 55-5^ m., 
3o m. et i5-i7 m. 

Cette classification concordant avec celle de du Pasquier pour le 
Rhin, je crois que Ton peut sans inconvénient et à titre provi- 
soire la conserver, en l'étendant aux vallées de la Moselle et du 
Rhône. 

J*admettrai donc que dans toutes les vallées étudiées dans ce 
mémoire, les deux niveaux plus anciens que celui de loo m. font 
partie du Pliocène supérieur, tandis que les quatre autres font 
partie du Pleistocène. Le niveau de loo m. pourrait par suite être 
appelé haute terrasse, celui de 5o-6o m. moyenne terrasse ; les 
deux niveaux de 3o et i5-ao m. constitueraient les basses terrasses. 

Je ne cacherai pas toutefois que ces qualificatifs offrent le grand 
inconvénient d'être susceptibles de varier. Si, par exemple, les 
idées de M. Gutzwiller étaient confirmées par la paléontologie, 
le niveau de loo m. cesserait d'être le plus élevé du Pleistocène, 

I. de Lamothb. Note de 1899, p. 287. 

a. du Pasquibr. Diejluviogl,, p. 67 et 99 et seq. — Les ail, glaeiairtB, p. 06. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOdELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 353 

et Ton ne voit pas dès lors comment on pourrait lui maintenir la 
qualification de haute terrasse. 

Il serait donc plus logique de renoncer à ces qualifications et 
de désigner les niveaux d'après leur altitude relative. C'est la 
solution que j*ai adoptée dans le tableau synoptique ci-après. 

90 Les conséquences auxquelles nous sommes arrivés conduisent 
à rejeter définitivement les deux théories qui ont tenté jusqu'à 
présent d'expliquer ia formation des terrasses, et que je vais 
rappeler sommairement. 

La plus ancienne, qui a été soutenue par Hitchcok, Rûtimeyer, 
Miïhlberg, etc., envisageait les teiTasses comme le produit de 
Térosion par les eaux d*une puissante nappe de comblement 
préexistante ; elles étaient ia résultante de deux actions simulta- 
nées : d'une part Toscillation périodique du thalweg de part et 
d'autre de Taxe idéal de la vallée, conséquence nécessaire des lois 
de rhydraulique, d'autre part, rabaissement vertical de ce même 
thalweg par suite de Térosion. Cette théorie a été, en ce qui con- 
cerne le Rhin, réfutée avec une grande netteté par du Pasquier * et 
tout ce qui précède montre qu'elle est également inconciliable avec 
les faits observés dans Tisser, le Rhône et la Moselle ^. 

En même temps qu'il réfutait les idées de Mûhlberg, du Pasquier 
attribuait la formation des terrasses et des nappes alluviales de la 
vallée du Rhin aux oscillations des glaciers. Je reviendrai dans le 
prochain chapitre sur le mécanisme de cette théorie, et j'en mon- 
trerai les difficultés et les contradictions. Je me bornerai donc ici 
à rappeler ce que j'ai dit plus haut, c'est que la concordance des 
systèmes de terrasses dans des bassins aussi différents à tous les 
points de vue que ceux étudiés dans cette note, exclut la possibilité 
d une origine commune en rapport avec des phénomènes qui se 
seraient produits à l'amont de ces terrasses. 

On doit également admettre comme conséquence de ce qui 
précède, que contrairement aux idées de du Pasquier, il existe dans 

I. du Pasquier. Die Jluviof^lacialen, p. 38 et seq. 

a. Je crois devoir faire remarquer toutefois que si la théorie précitée ne 
permet pas d'expliquer la formation des terrasses régulières, elle s'applique 
très bien à la formation pendant la période d*érosion, de ces plateformes 
inclinées rocheuses, disposées par étages dans certaines vallées (Moselle, 
Doubs, etc.) où elles supportent souvent des cailloutis. IV n'est pas douteux, 
en outre, qu'un certain nombre de petites terrasses accidentelles, comme 
on en rencontre dans toutes les vallées, ne doivent leur existence aux causes 
signalées par Miihlberg et ses prédécesseurs, c'est-à-dire à l'érosion d'un 
remblai préexistant. 

6 Octobre 1901. — T. i«r. Bull. Soc. Géol. Fr a3 



354 ^K LAMOTHE. — SYSTÈMES DR TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

le Rhin, à Bàle même, de même que dans Tisser, le Rhône et la 
Moselle, une moyenne terrasse bien distincte de la haute, dans 
laquelle elle n^est pas emboîtée. Cette moyenne terrasse serait 
représentée par les lambeaux que M. Gutzwiller a désignés sous 
le nom de gradin inférieur de la haute terrasse *. En outre, il n'y 
a pas eu creusement de la totalité de la vallée avant la formation 
de la nappe de loo m. ; ce creusement a dû s'arrêter à une soixan- 
taine de mètres au-dessus du thalweg actuel. 

Théorie do du Pasquier Théorie déduite de I étude de Hsser 



Kig. II. — Schéma indignant comparativement les analogies et les différences 
de la théorie de du Pasquier et de celle déduite de Fétude de lisser. 

J'ai cherché dans la figure 1 1 à représenter d'une façon schéma- 
tique la formation des vallées dans les idées de du Pasquier et 
dans la théorie que je viens d'exposer. On pourra saisir ainsi plus 
facilement les rapports et les dififérences des deux théories. 

io<> Le tableau synoptique ci-après permet d'embrasser d'un 
seul coup d'œil les résultats énoncés dans les chapitres précédents ; 
j'ai en outre indiqué dans la dernière colonne les glaciations corres- 
Inondant aux terrasses, telles que les admet M. Gutzwiller. 

Ainsi qu'on le verra dans le chapitre Y, la théorie de du Pas- 
quier, comme la mienne d'ailleurs, conduit à admettre autant de 
glaciations que de terrasses régulières. Il devrait donc, logique- 
ment, exister une glaciation correspondant à la moyenne terrasse, 
et une autre à la terrasse de i5-ao m., l'individualité de ces deux 
terrasses n'étant pas, je crois, contestable. Le fait que l'on n'a pas 
signalé jusqu'à présent les débris de leurs moraines n'est pas une 
preuve décisive contre cette conclusion, car les recherches n'ont 
guère été dirigées dans cet ordre d'idées. Il suffirait d'ailleurs, en 
ce qui concerne la glaciation de la moyenne terrasse, que la durée 
du maximum ait été courte et que la position des moraines termi- 

I. Voir à ce sujet : Gutzwiixbr. Op. cil, y p. 671 et seq. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 355 

nales ait été peu difTérente de celle des moraines de la glaciation 
suivante pour qu'il y ait fort peu de chances d'en retrouver les 
traces. En ce qui concerne la glaciation de la terrasse de i5-aom. 
on remarquera que ses limites extrêmes étant en amont des 
moraines internes, se sont trouvées le plus souvent en amont de 
la zone du profil d'équilibre, où se forment les terrasses régulières. 
Ses rapports de position et d'âge avec les terrasses doivent donc 
être très incertains et diiliciles à établir dans la plupart des cas. 

Les considérations développées dans le chapitre V élucideront 
les points douteux et serviront également de réponse aux diverses 
objections que soulève la théorie exposée dans ce mémoire. 

Je n'ai pas cru devoir faire mention du^ loess ; sa formation 
n'est pas nécessairement liée à celle des terrasses, et d'autre part, 
les circonstances qui l'ont accompagnée sont encore trop obscures 
pour qu'il soit possible d'essayer de les interpréter dans la théorie 
des oscillations du niveau de base. 



Chapitre V. — Considérations théoriques 
sur la formation des terrasses et sur leurs relations 

avec les glaciers 

L'étude comparative des anciennes terrasses a porté presque 
exclusivement sur des portions de vallées où les pentes actuelles 
des cours d'eau sont très faibles, où non seulement le profil 
d'équilibre peut être considéré comme à peu près atteint, mais 
encore où tout semble indiquer que ce profil était déjà réalisé à 
une époque très ancienne. C'est grâce à cette circonstance, due 
en partie au hasard^ que les comparaisons ont été faciles, les con- 
cordances d'une netteté saisissante, et les conclusions précises. Il 
est certain, en effet, que si j'avais eu à comparer des données 
obtenues dans des régions où l'évolution a été très différente sui- 
vant les vallées, et où les pentes des cours d'eau ont subi pendant 
cette évolution des variations analogues à celles observées dans 
l'Isère, il m'eut été très probablement impossible d'en tirer parti 
et de saisir les relations existantes entre les systèmes de terrasses. 

Il m'a donc paru que, sans entreprendre une étude complète des 
lois qui régissent la formation des terrasses, étude qui exigerait 
im temps et des matériaux dont je ne dispose pas actuellement, il 
pourrait être utile, pour les recherches ultérieures, de mettre en 
évidence le mécanisme probable de cette formation et surtout de 
faire ressortir l'influence que les circonstances accessoires (dépla- 



Tableau synoptique rén 







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DcelenichoUerl. 


Nappe de Mû m. 
a ^u-<tell iigni- 
li>ei.uS,-F,.dH. 
feuilledeViIenu 
p>r M. Dep*m. 




ÎM-i30 m. 


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InSaaiu.EUblilstniIIII 
<UicheD.ldM*Ho»lle 


T»rrnw de fiS- 

Cld, 


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de 


ïss-:- 




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N..ppe dAlii.0 

(uicien lit de 

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Tcrra»FdflS»-60- 
iKnullii infir. de 
1. il" UrruH de 


«"""du Vrai- 
i..ire de Vnl.u» 
(Br-56 m.)- 


Siyiuli» nsni. 




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V.len« el de 
S.iBl-G«rge.. 


Rom.n*. 


TMu'dï 30 m. 


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Terruiedeîlm, 
4 V.le,.ce 


3i m. A BoBunB. 


Recul 
de, Gl.ner>. 


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de^T"?., 
àOlun. 


p"nl"i Frtîre ' 




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TerT.,K 


Terr.s>edel.»id. 
(17-18 n,.). 


liTT, b»>»i de, 
El«bin.(HSui,,, 



















358 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

céments horizontaux du niveau de base, état du profil d'équilibre... 
etc.), peuvent exercer sur la distribution des terrasses, sur leurs 
intervalles et sur leurs altitudes par rapport aux thalwegs actuels. 
Je me placerai exclusivement, pour cette étude, dans l'hypothèse 
que les oscillations verticales du niveau de base ont eu lieu dans 
l'ordre et avec les amplitudes constatées dans Tisser, à partir d'un 
niveau voisin de aoo m. 

Je compléterai cet exposé en montrant qu'en dehors de toute 
autre considération, les objections que soulève dans la théorie 
glaciaire l'explication des formes topographiques si remarquables 
que Ton observe aux points de contact des nappes alluviales et des 
moraines de la dernière extension, suffiraient pour faire écarter 
cette théorie. 

1. — Mécanisme de la formation des terrasses 

A. — Les oscillations du niveau de base sont exclusivement 

verticales 

Envisageons d'abord ce premier cas qui est évidemment excep- 
^ tionnel ; il peut cependant se réaliser dans les mouvements néga- 
tifs lorsque le cours d'eau débouche dans une mer dont la profon- 
deur croît très rapidement, et dans les mouvements positifs, 
lorsque l'amplitude de ceux-ci est assez faible ou leur lenteur assez 
grande pour permettre le comblement de la zone immergée, ainsi 
que nous l'avons vu dans Tisser. 

Considérons un grand fleuve prenant sa source dans un massif 
élevé, à une altitude très supérieure à celle de la zone de aoo m. 
dans laquelle se sont produites les oscillations. 

D'après les exemples que nous avons sous les yeux, le profil 
longitudinal comprend deux parties : Tune inférieure AB (fig. la) 
où le profil d'équilibre est à peu près atteint et où la continuité 
des pentes est plus ou moins parfaite ; Tautre supérieure BC où 
les pentes sont discontinues, et où le lit présente une succession 
de ressauts et de rapides séparés par des sections à pente relati- 
vement douce et même à contrepente (dépressions lacustres) *. 

Si le niveau de base reste invariable, le cours d'eau effectuera 
dans la zone BC le comblement des dépressions, coupera les bar- 

I. Consulter à ce sujet de la Nob et de Margbrib : Les formes du terrain, 
p. 5a et seq. et p. yS. — de Lapparent. Leçons de géog.-phys., a* édit., 4* <ît 
8* leçons. 



igOI DE LISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 359 

rages rocheux et en définitive, remblaiera partout où une pente 
faible succède à une pente plus forte, creusera partout où une 
pente forte succède à une pente plus douce. Ces opérations oppo- 
sées aboutiront finalement à la régularisation du profil, d'abord 
dans les biefs successifs^ puis dans Tensemble de la zone BG, et 
cette régularisation aura pour effet de prolonger peu à peu vers 
l'amont la zone AB. En même temps la courbure de celle-ci achè- 
vera de se régulariser et s'aplatira de plus en plus : les profils 
successifs du lit seront représentés par les tracés A 6, A 6', etc. 

Zone fies 

terrasses irrc^uUèrejt 
Zone du profil d'équilibre 

et des terrasses rcgidières Lac 




VV ueau_ de bas e pri mitif 



Fig. 19. — Schéma de la formation des terrasses régulières et irrégulières 
dans Thypothèse des oscillations du niveau de base. 

1° Cas d'un mouvement positif, — Supposons maintenant qu'un 
mouvement positif de faible amplitude amène le niveau de base 
en A' ; rien ne sera changé à ce qui se passait dans la zone BG ; le 
fleuve continuera à y creuser son lit ou à le remblayer, comme 
précédemment. 

Dans la zone AB, au contraire, il y aura remblai de toute la 
partie inférieure AA'B. Le nouveau profil sera, en principe, plus 
aplati que le précédent, et par suite, l'épaisseur du remblai égale, 
à l'embouchure, à l'amplitude du mouvement positif, ira en dimi- 
nuant vers Tamont d'autant plus rapidement que les variations de 
pente du lit primitif AB seront plus fortes. L'extension du remblai 
vers l'amont sera donc nécessairement limitée. 

Du reste, abstraction faite de toute considération d'épaisseur, il 
est évident qu'il doit en être ainsi. En eflet, même dans un cours 
d'eau dont le profil d'équilibre est complètement atteint, il doit y 
avoir un point en amont duquel aucun jiépôt n'est possible, 
puisque dans la partie supérieure le profil tend à se rapprocher 
de la verticale. 

La répercussion des mouvements positifs doit pour ces deux 
raisons cesser de se faire sentir à une certaine distance de Tembou- 
chure. Aucune donnée toutefois ne permet de préciser cette 
distance. 



36o DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Dans les vaQées étudiées dans ce mémoire, les pentes des nappes 
alluviales dont la formation est due à des mouvements positifs, 
sont toujours très faibles : la plus forte (0,0026) est celle de la 
terrasse du Séminaire ; Du Pasquier cite pour des cailloutis de 
vallées latérales situées très en amont de Bâle et qui paraissent se 
raccorder à des terrasses régulières, des pentes de 0,012 *. En 
considérant ce qui se passe dans les torrents des Hautes- Alpes, je 
serais assez disposé à admettre que, théoriquement ^ des nappes 
régulières de remblai dues à une variation positive du niveau de 
base peuvent s'étendre à partir de l'embouchure jusqu'aux régions 
où apparaissent les cônes de déjection des grands torrents et se 
raccorder à ceux qui ont atteint leur pente-limite, telle que Surell 
l'a définie -. Dans cette manière de voir les nappes alluviales en 
connexion avec les mouvements du niveau de base pourraient 
finalement atteindre des pentes de près de 6 à 7 *>/o. J'ignore tou- 
tefois s'il y a des exemples d'une pareille continuité. 

Dans les cornas d'eau qui n'ont pas atteint leur profil d'équilibre, 
il est évident que la répercussion des mouvements positifs ne 
devra pas, en général, se faire sentir au-delà des premiers obsta* 
clés qui interrompent la continuité des pentes à moins que ceux-ci 
n'aient un relief inférieur à l'épaisseur finale du remblai. 

ji" Cas (tun mouvement négatif. 

Si le niveau de base s'abaisse de A' en A", l'embouchure 
s'abaissera d'autant et le fleuve créera à partir de ce point un 
nouveau profil d'équilibre qui rétrogradera progressivement vers 
l'amont. Le remblai A'AB, précédemment formé, constituera une 
terrasse longitudinale dont l'altitude relative sera, à l'embouchure, 
égale à l'amplitude du mouvement négatif. 

Au début, cette altitude ira en diminuant vers l'amont, mais si 
la période d'érosion a une durée suffisamment longue j elle tendra 
à devenir égale à ce qu'elle est à l'embouchure, puis progressive- 
ment croissante de l'aval vers l'amont, à mesure que le profil 
d'équilibre s'aplatira davantage et tendra à se confondre avec 
les tracés A"a, A"a'. 

Pendant ce temps, dans la zone BC, la marche des phénomènes 
ne sera en rien modifiée. Les érosions et les remblais continueront 
sans être ni accélérés, ni retardés. Sur certains points par consé- 
quent, le fleuve créera également des terrasses longitudinales ; 

I. du Pasquier. Die Jluvioglac,, p. 96. 

3. SuRBLL. Etude sur les torrents des Hautes-Alpes, 1841, p. 18 et aa. 



igOI DE LAISSER» DE LA MOîJELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 36l 

mais celle»-ci n'auront aucun rapport avec celles de la zone AB ; 
elles seront discontinues, limitées à des bassins distincts, leqrs 
altitudes au-dessus du thalweg seront quelconques et indépen- 
dantes de leur âge, les plus basses n étant pas nécessairement les 
plus récentes; leurs épaisseurs seront extrêmement çariables; il 
sera, en général, impossible de les rattacher aux terrasses de la 
zone d*équi libre. Si Ton conserve à ces dernières la qualification 
de régulières ou normales que du Pasquier leur a donnée *, en 
partant d'un ordre d'idées tout-à-fait différent, il convient de qua- 
lifier les premières (T irrégulières ou anormales. 

Dans les Alpes, les terrasses irrégulières sont très fréquentes : 
je citerai dans le Dauphiné celles de Lanslebourg, des hautes 
vallées du Drac et de la Durance, etc. 

Ainsi, en dehors de toute intervention des glaciers, la théorie 
nous montre que dans un grand bassin fluvial les oscillations du 
niveau de base et le {)rocessus normal de Térosion suffisent pour 
déterminer la formation de terrasses régulières, continues, dans la 
zone inférieure où le profil d'équilibre est plus ou moins réalisé, 
et, au contraire de terrasses localisées et irrégulières dans la zone 
supérieure où ce profil n'existe pas. 

Influence des irrégularités du profil longitudinal, — Dans ce 
qui précède, j'ai supposé que le fleuve avait à peu près com- 
plètement réalisé son profil d'équilibre dans la partie inféiieure 
de son cours, avant le commencement du mouvement positif. Si l'on 
en juge par les irrégularités du lit de la Moselle (fig. S), du Rhône 
autour de Valence (fig. lo), du Rhin en amont de Bâle et en aval de 
Mayence, il semble que cette condition soit actuellement rarement 
réalisée, même dans les grands cours d'eau, et il est par conséquent 
très probable qu'elle ne l'a pas été dans le passé -. 

Ces irrégularités n'exerceront aucune influence sur l'extension 
des remblais, à la condition toutefois que leur relief soit plus 
faible que l'amplitude des mouvements positifs ; elles seront finale- 
ment noyées dans la nappe alluviale dont elles pourront, dans 
certains cas, diminuer l'épaisseur. 

Mais, comme elles doivent leur origine à des causes variées 

* 

1. du Pasquier. Les Atlaviona glaciaires, p. 5i. 

2. Il importe toutefois de noter que ces irrégxdarités ne se sont pas néces-^ 
sairement reproduites sur les mêmes points aux différentes époques de 
rhistoire de la vallée. Si l'anomalie de Valence doit être attribuée, comme 
je le pense, aux apports latéraux de Tlscre, elle a dû être beaucoup moins 
marquée dans le passé, puisque les anciens lits ont été, en général, beaucoup 
plus larges que le lit actuel. 



36a DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juio 

(inégale résistance des roches à Térosion, apports latéraux, acci- 
dents tectoniques, etc...) dont une partie peut continuer à agir 
pendant la formation du remblai, le profil final de la nappe 
alluviale pourra présenter également des irrégularités plus 
ou moins considérables qui modifieront nécessairement, sur les 
points où elles existent, les altitudes absolues et relatives de la 
nappe et, par conséquent, des terrasses. En général, ces irrégu- 
larités seront difficilement observables sur les anciennes nappes 
en raison des modifications que leur surface a subies ultérieure- 
ment (dénudation, ruissellement, etc...). 

Si un mouvement négatif succède au mouvement positif, Féro- 
sion fera réapparaître les irrégularités antérieures du profil, et il 
pourra arriver que le cours d'eau fixé par un obstacle résistant se 
maintienne plus ou moins longtemps à un niveau plus élevé que 
la base des remblais, en formant sur ce point des rapides ou des* 
chutes. C'est à une circonstance de ce genre que du Pasquier a 
attribué la formation des Laufen de la vallée du Rhin, et il est 
possible que ceQe du Saut du Broc soit due à une cause analogue * . 

Il importe, dans ce cas, de ne pas perdre de vue, que les altitudes 
relatives des terrasses étant mesurées par rapport au thalweg 
final, l'irrégularité du profil longitudinal de ce thalweg aura pour 
effet de réduire localement ces altitudes d'une façon souvent très 
notable, comme nous l'avons vu pour les teri^sses du Rhône et 
pour celles de la haute Moselle. 

3° Cas d'une succession d'oscillations verticales. 
Jusqu'ici, j'ai examiné à peu près exclusivement les phénomènes 
que détermineraient dans les vallées actuelles, Tintervention de 
mouvements positifs ou négatifs du niveau de base. Il n'y a aucun 
motif pour ne pas admettre que des phénomènes identiques se sont 
accomplis dans ces vallées pendant le Pliocène supérieur et le 
Pleistocène sous l'infiuence des oscillations eusta tiques dont j'ai 
démontré l'existence. D'après ce que nous savons de l'évolution 
du profil des grands cours d'eau, l'étendue de la zone du profil 
d'équilibre a dû, en général, être d'autant plus restreinte et les 
pentes de ce profil ont dû être d'autant plus fortes, que Ton consi- 
dère des lits plus anciens. D'autre part, le fait de l'extension jus- 
qu'au pied des Vosges de toutes les terrasses pleistocènes, la 
coexistence à Bâle et à Valence de tous les niveaux à partir de 
celui de i3o-i5o m., prouvent que dans ces vallées, l'intervalle 
entre chaque mouvement négatif et le mouvement positif suivant 

I. du Pasquibr. Die fluviog^l..., p. 2. 



igOI DE l'iSSER, de LA^MOSELLE, du RHIN ET DU RHÔNE 363 

a été suffisamment long pour permettre aux cours d'eau de recréer 
chaque fois leur profil d'équilibre sur des étendues à peu près 
équivalentes, avec des pentes au plus égales à celles du lit précé- 
dent, et qui, en général, ont été plus faibles. 

Ceci posé, si Ton imagine une succession d'oscillations eustati- 
ques, analogues à celles observées dans Tisser, et abaissant cha- 
que fois davantage le niveau de base d'un cours d'eau, depuis 
l'altitude de qoo m. environ, jusqu'au niveau actuel, on peut prévoir 
qu'elles détermineront dans la vallée, les phénomènes ci-après : 

a, — Le creusement de la vallée ne sera pas continu ; il s'opérera 
par une succession de phases d'érosion séparées par des phases 
de remblai ; ces phases donneront naissance dans la partie infé< 
rieure du cours d'eau, à un sys- 
tème de terrasses régulières ^ _^,^--"'" 
d'altitude décroissante à partir b^mÛùJ 
des plus anciennes, et disposées 
comme le montre la fig. i3. 



t T 'Xâ. J J * Nioeau de base JùuU 

0, — L étendue de ces terras- 
ses sera d'autant plus restreinte ^^9- i3. — Schéma de la formation 
vers l'amont qu'elles seront plus ^^'^ «y**^™^ ^^ terrasses. 

anciennes. La zone où on les ^^^ ^''^^« P^"^^ marquent retendue 
, ««x j 11 et les positions successives de la 

observe empiétera donc de plus ^„^^ ^^^ ^^^^^^^^ régulières. 

en plus sur celle des tentasses 

irrégulières, et il arrivera par suite que des terrasses de ces deux 
catégories seront superposées dans un même profil, les terrasses 
irrégulières étant en général les plus élevées. 

c. — Le résultat immédiat de chaque mouvement négatif sera de 
faire perdre au cours d'eau le profil d'équilibre dans les parties 
où il était déjà réalisé, et, par conséquent, de le rajeunir. Mais, 
comme nous l'avons vu, les gi^nds cours d'eau ont presque tou- 
jours eu le temps de recréer ce profil par érosion régressive sur 
une étendue au moins aussi grande et souvent plus considérable. 
Le nouveau profil sera en général plus aplati que le précédent. 

d, — Gomme conséquence, et abstraction faite des petites irrégu- 
larités du lit dont j'ai parlé plus haut, les altitudes relatives d'une 
même terrasse iront en croissant de l'aval vers l'amont, et cet 
accroissement sera d'autant plus rapide que la terrasse sera plus 
ancienne et que les pentes du cours d'eau actuel différeront 
davantage de celles du lit correspondant à la terrasse ; il en sera de 
même des intervalles de deux terrasses consécutives. 



364 ^^ LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

Cet accroissement des intervalles aura pour effet de diminuer 
ou même de supprimer Femboîtement des terrasses. 

e. — On conçoit, comme cas particulier, que si, à une époque 
quelconque de son évolution, un grand cours d'eau, grâce à des 
circonstances topographiques spéciales, est parvenu à réaliser un 
profil d'équilibre avec le minimum de pente compatible avec les 
conditions hydrographiques, sur une grande étendue de son cours, 
les lits successifs devront à partir de ce moment être sensiblement 
parallèles les uns aux autres, c'est-à-dire que leui'S altitudes rela- 
tives et leurs intervalles ne varieront plus d'une façon appréciable 
dans cette étendue. 

Ces circonstances topographiques semblent s'être rencontrées 
dans les bassins du Rhin, de la Moselle et du Rhône dès les plus 
anciens niveaux, et ce fait est la conséquence de la très faible 
altitude de ces trois cours d'eau à leur sortie des grands massifs 
où ils prennent leur source, relativement à la distance qui les 
sépare de l'embouchure. J'ai déjà, plus haut, cité l'exemple de la 
Moselle ; je me bornerai à ajouter qu'à Bâle, les alluvions du 
niveau de i3o-i5o m. atteignent au plus l'altitude de 4oo m., bien 
qu'elles soient à 600 lui. de l'embouchure ; ce qui correspond, en 
tenant compte de l'altitude du niveau de base, à une pente d'envi- 
ron o,ooo4- O^ ^^ ^^^^ P^^ s'étonner qu'avec des pentes initiales 
aussi faibles, les profils successifs du fieuve aient pu, au moins à 
partir du niveau précité, demeurer sensiblement parallèles, et 
que les altitudes relatives des terrasses à Bâle soient les mêmes 
que celles des terrasses formées à l'embouchure de Tisser. 

f. — La loi d'accroissement des altitudes relatives et des intei - 
valles se vérifie déjà assez bien, à Palestro * dans l'Isser, quoique 
cette localité soit seulement à 40 kil* de la mer. Ce résultat est dû 
à la brièveté du parcours de Tisser (i5o kil. environ) et à la 
rapide augmentation des pentes qui en est la conséquence ^. 

Dans la vallée du Rhin, au contraire, l'accroissement n'est pas 
encore appréciable à Bâle ; il ne devient sensible qu'en amont où, 
d'après du Pasquier, les pentes moyennes des terrasses de la 
région entre Bâle et le Rafz * sont les suivantes : 

Deckenschotter de la vallée principale. . . o,oo5 

Haute terrasse o,ooi5 

Basse terrasse 0,0014 

Rhin actuel 0,0011 

1. de Lamothr. Op.^ i8ç)9, p. 282. 

2. Actuellement la pente entre la mer et Blad Guitoun est de 0,0012. Elle est de 
0,0023 entre Blad Guitoun et les gorges de Palestro, et de 0,0047 dans les gorges. 

3. duPASQUiBR. DieJluviogL, p. 16, 17, 47» 9<>. 



igOI DE l'iSSER, de la MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 365 

Je crois toutefois devoir faire l'emarquer que, bien que ces 
résultats concordent avec la théorie, on peut élever quelques doutes 
sur leur exactitude. Fauteur n*ayant pas tenu suffisamment 
compte de ce fait que le Rhin n'a pas encore retrouvé son profil 
d'équilibre en amont de Rheinfelden. 

Dans les grands afiQuents, la vérification de la loi ressort avec 
beaucoup plus de netteté. Cela provient de ce fait bien connu que 
les pentes des affluents sont en général beaucoup plus rapides que 
celles du cours d'eau dont ils sont tributaires. L'Isère en offre un 
exemple remarquable. Nous avons vu que les pentes des trois lits 
successifs de l'Isère, reconnus entre Romans et Valence étaient les 
suivantes : 0,001 3 (lit actuel), 0,0021 (lit de la basse terrasse de 
Romans), o,ooi25 (lit de la moyenne terrasse). 11 en résulte que la 
moyenne terrasse qui domine le Rhône à Valence de 4^ m., 
domine l'Isère de 53 m. à Romans et d'environ 100 m. à Saint- 
Marcellin, où MM. Depéret et Kilian l'ont retrouvée *. 

Pour la basse terrasse, je n ai pas d'autres données que celles 
que j'ai recueillies entre Valence et Romans. Son altitude, qui 
devait être voisine de ai m. au confluent atteint déjà 3^ m. à 
Romans. 

On voit par ces deux exemples combien il est indispensable de 
tenir compte des pentes des cours d'eau dans l'étude comparative 
des terrasses d'une même vallée, et à fortiori des terrasses situées 
dans des bassins indépendants. 

g. — Si le cours d'eau n'a qu'un très faible débit et surtout si sa 
source et son embouchure sont très rapprochées, les phénomènes 
seront sensiblement différents. Considérons un cours d*eau prin- 
cipal dont le lit est AB (fig. i4) 
et deux aflluents, l'un CA Covr^dean 

y , ç principal 

dun parcours très restreint è^--^^— ^ f< j r 

prenant sa source dans un ^]^ ^^^^ ^ / 

massif très peu élevé, l'autre ^ * 

BD très étendu et s'alimen- P^K- i4. — Schéma montrant les diffé- 

tant à un massif d'une grande f.^^^^f ^'^^ présente la marche de 
, . , -. ^, ° l'erosion suivant 1 importance des 

altitude. La ligure montre, bassins hydrographiques, 
sans qu'il soit nécessaire d'in- 
sister, que lorsque le niveau du cours d'eau principal se sera 
abaissé en A*B\ l'affluent CA aura pris le tracé C'A', beaucoup 
plus rapide que le précédent, tandis que le tracé du cours d'eau 

1. Bulletin des Services de la carte, VIU, p. ii5. 




366 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DES VALLEBS 3 Juill 

B'D' sera en général plus aplati que BD, du moins au voisinage 
du confluent. L'altitude relative de la nappe de cailloutis corres- 
pondant au lit AG ira donc en diminuant de A vers G, tandis que 
celle de la nappe BD ira en augmentant de B vers Tamont. 

Les mouvements négatifs du niveau de base auront donc ici pour 
effet, non seulement de rajeunir périodiquement le réseau hydro- 
graphique, mais encore, dans certains cas, tels que celui de 
Taflluent GA , d*éloigner de plus en plus le cours d'eau de la 
vieillesse et même de la maturité. 

Les faits de ce genre sont très nombreux, on les observe notam- 
ment dans les cours d*eau décapités. Je citerai comme exemple 
typique la disposition si remarquable du bassin du Goney, par 
rapport aux alluvions du seuil de Dounoux. 

Il est facile de montrer l'intérêt de ces observations au point de 
vue de la recherche et de Tétude des anciennes terrasses. De petits 
affluents ou même de grands cours d'eau provenant de régions peu 
élevées, pour lesquelles une variation du niveau de base de aoo m. 
est relatiçement considérable, pourront à un âge avancé rouler des 
galets, alors qu'aux époques antérieures ils ne roulaient que du 
sable (Loire et Allier ?). La tendance inverse est au contraire 
très marquée dans les cours d'eau issus des grands massifs monta- 
gneux (Isère à Grenoble). 

En outre, il pourra arriver que des dépôts caractérisés par une 
faune ancienne se montrent à une très faible altitude au-dessus de 
cours d'eau orîginaires de massifs peu élevés, tandis que des 
dépôts de même âge se rencontreront à des altitudes considérables 
dans des vallées de régions montagneuses. 

B. — Le niveau de base ne subit que des déplacements 

horizontaux 

Examinons maintenant le cas où les déplacements du niveau de 
base sont exclusivement horizontaux, circonstance qui peut se 
produire à la suite de la formation de deltas, d'effondrements le 
long de la ligne de rivage, d'érosions marines, etc. Je qualifierai 
ces déplacements de positifs ou de négatifs suivant qu'ils ont pour 
effet de reporter le niveau de base dans l'intérieur des terres ou au 
contraire de l'éloigner vers la mer. 

Supposons (fig. i5) * un cours d'eau débouchant dans la mer en 

I. Dans les fig. i5 et i6, j*ai, pour la commodité du dessin, tracé les cours 
d^eau en ligne droite au lieu de les raccorder tangentiellement au niveau de 
base. 



igoi 



DE LAISSER, DE LA MOîiELLE, DU HHIN ET DU RHÔNE 



367 




A, et TT une ancienne terrasse. Si le niveau de base rétrograde 
en A' il se formera un nouveau thalw4;g A'B' à un niveau plus bas 
que le précédent. Le dépla- 
cement positif du niveau ^ -f*' 

de base aura donc pour a" X'z^z.=^.=-^rzi=^r=^^^^^ 

effet de déterminer un nou- 
vel approfondissement de 
la vallée et d'augmenter 
les altitudes des terrasses 
préexistantes. 

Si au contraire le niveau de base s'avance en A", à la suite de 
la formation d'un delta A''GA, ce déplacement négatif aura pour 
conséquence la formation d'un lit A"B" et les altitudes des ter- 
rasses seront toutes diminuées. 



Pig. i5. — Cas où les déplacements du 
niveau de base sont exclusivement hori- 
zontaux. 



G. — Le niveau de base se déplace à la fois verticalement 

et horizontalement 

Il est facile maintenant de comprendre ce qui se passera si le 
niveau de base est affecté simultanément de mouvements verti- 
caux et horizontaux. Ce sera évidemment le cas le plus fréquent 
et, en général, comme on peut 

s'en rendre compte sur la fig. i6, --— '^o 

les mouvements verticaux se- 
ront accompagnés de déplace- 
ments horizontaux de même 
signe qui tendront à détruire 
partiellement ou totalement 
leurs effets. 

L'altitude relative d'une ter- 
rasse AB formée à la suite d'un 



Mer 



g^^^ ^ "^j^ - -" ' ^ " H 



Pig. i6. — Cas où le niveau de base 
se déplace à la fois verticalement 
et horizontalement. 



mouvement négatif AC pourra donc présenter des écarts considé- 
rables, dans des bassins différents, suivant l'importance plus ou 
moins grande du déplacement horizontal A'G, importance qui 
pourra être encore accrue par la formation d'un delta. 

La figure montre également qu'à la suite d'un même mouvement 
positif Aa, amenant le niveau de base en m, le remblai qui se 
formera ne s'élèvera en ab que si le cours d'eau parvient à rem- 
blayer tout l'espace aAm, Dans le cas contraire, l'épaisseur du 
remblai sera notablement réduite et les intervalles entre ce rem- 
blai et les terrasses antérieurement formées se trouveront aug- 
mentés d'autant. 



368 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

On conçoit combien pourront être considérables, et variables 
en même temps, les effets de ces perturbations sur les altitudes 
relatives, les épaisseurs et les intervalles des nappes alluviales, et 
par suite les difficultés qui pourront en résulter dans une étude 
comparée des systèmes de terrasses de bassins indépendants. 

Dans bien des cas heureusement, ces influences perturba- 
trices semblent avoir été très faibles, ou s'être compensées, et il 
est facile d*en saisir la raison. Beaucoup de cours d'eau à leur 
embouchure sont encore entourés de hauteurs qui atteignent loo 
à aoo m., et qui sont prolongées au-dessous du niveau de la mer par 
des pentes assez rapides. Gomme d'autre part le phénomène des 
terrasses est compris dans une zone dont l'altitude ne dépasse pas 
-sensiblement aoo m., il en résulte que pour tous ces cours d'eau, les 
mouvements négatifs n'ont pas dû déterminer en général de dépla- 
cements horizontaux très considérables du niveau de base, surtout 
pendant le Pleistocène. En ce qui concerne les mouvements posi- 
tifs, on remarquera que leur faible amplitude et la lenteur avec 
laquelle ils paraissent s'être accomplis, ont dû presque toujours 
permettre le remblayage total de la zone immergée. C'est en partie 
pour ces diverses raisons, et indépendamment de la faiblesse des 
pentes, que les séries de terrasses du Rhin, du Rhône et de 
risser doivent d'être restées entièrement comparables. 

Les résultats eussent été très différents si les recherches avaient 
porté sur des vallées situées dans des massifs de faible altitude, où 
un abaissement vertical du niveau de base de 200 m., entraînerait 
de grands déplacements horizontaux. Si l'on considère, pour fixer 
les idées, une région dont la topographie serait analogue à celle du 
bassin de la Loire entre son embouchure etNevers, il serait facile, 
à l'aide d'un graphique comme celui de la figure 16, de montrer 
que les terrasses les plus basses s'étendront seules plus ou moins 
loin vers l'amont, tandis que les autres disparaîtront de Tamout 
vei*s l'aval à des distances d'autant plus grandes du rivage actuel 
qu'elles seront plus anciennes ; elles sembleront converger vers 
l'aval ; il y aura, suivant les cas, condensation dans un espace 
vertical restreint de plusieurs nappes alluviales, suppression de 
.certaines d'entre elles, et même recouvrement de nappes anciennes 
par de plus récentes. Je ne crois pas devoir insister sur ces phéno- 
mènes, mais il était nécessaire d'appeler sur eux l'attention. 

Pour étudier les eilets des mouvements positifs, j'ai admis que 
ces mouvements avaient eu une amplitude très faible, comparable 
à celle des mouvements de même sens observés dans Tisser. 11 est 



IQOI DE l'iSSER, de LA MOSELI^, DU RHIN ET DU RHÀNE SÔQ 

facile de comprendre les raisons de cette restriction. Un mouve- 
ment positif d'amplitude un peu considérable (4 à 5oo m. par 
exemple), amènerait dans tous les bassins étudiés, le niveau de 
base, à une altitude où le profil d'équilibre n'est pas encore atteint. 
Aucun remblai ne pourrait se former en. amont et le creusement 
du lit continuerait comme précédemment. 

Des phénomènes analogues se produiraient, du reste, même dans 
une vallée où le profil d'équilibre est complètement réalisé entre 
la source et Tembouchure, si le niveau de base s'élevait jusqu'au 
point où les pentes deviennent trop rapides pour permettre le 
dépôt des sédiments. Là encore la puissance érosive des eaux 
continuerait seule à exercer son action dans les mêmes conditions 
qu'avant le déplacement du niveau. 

Ces considérations permettent de comprendre comment les 
auteurs du mémoire sur « Les terrains tertiaires de la Bresse ib, 
ont pu être amenés à admettre que les mouvements positifs, de 
même que les mouvements négatifs déterminaient l'approfondis- 
sement des vallées. La conclusion qu ils ont tirée de la figure 
schématique de la page 177 de leur travail est géométriquement 
exacte ; mais ils ont attribué ku déplacement du niveau de base 
une action à laquelle il est resté étranger et qui s'exerçait anté- 
rieurement à ce déplacement. 

D. — Nécessité d'éliminer de la série des terrasses régulières 
certaines formes dont l'origine est complètement dilGEérente 

Dans l'étude et la recherehe des ten*asses régulières il est 
indispensable d'éliminer certaines formes accidentelles qui pré- 
sentent de très grandes analogies avec elles, mais dont l'origine 
est en connexion avec des causes locales en partie indépendantes 
des variations du niveau de base. 

Le plus souvent ces formes résultent de l'érosion par le cours 
d'eau principal des cônes de déjection au moyen desquels les 
affluents se raccordent avec lui quand leurs pentes sont beaucoup 
plus rapides. Il est facile de se rendre compte de leur mode de 
formation. 

Considérons (fig. 17) une section AB du cours d'eau principal 
passant par un affluent BDM, dont les pentes sont beaucoup plus 
rapides, et le volume d'eau assez considérable pour lui donner 
une grande capacité de transport. Le raccordement des deux nap- 

I. Dblafont et Dbpérbt. Les terrains tertiaires de la Bresse, p. 177 et seq. 
6 Octobre 1901. — T. !«•*. Bull. Soc. Géol. Fr. — 24 



3^0 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Joill 

pes alluviales se fera par un cône BDC, qui refoulera vers la rive 
opposée A le cours d*eau principal (Isère à Valence, Drac à 
Grenoble, etc..) Ce refoulement sera d*autant plus grand que le 
cours d'eau principal sera moins encaissé, et aura des pentes plus 

faibles. Si ce dernier, pour une 
w ^'r^r'^T" Aff^^^^^^ cause quelconque, se déplace 

î B "-"/ '"^Z^-' ultérieurement vers sa rive 

-'^ droite, il creusera le cône de 

'^ " l'affluent jusqu'en C, et détermi- 

Fig. 17. — Mode de formaUon ^era la formation d'un talus 

des fausses terrasses. ji^ • ^^/^ ^* ^^^r,A «•>«. 

d érosion DL, et par conséquent 
d'une terrasse. L'étendue transversale de cette terrasse, son déve- 
loppement longitudinal et sa hauteur pourront varier dans des 
limites très considérables, qui dépendront de la largeur de la 
vallée principale, de l'extension du cône dans cette vallée, de la 
pente de Taffluent et enfin de l'importance du déplacement latéral 
du cours d'eau principal. Lorsque la pente du cône sera peu sensible 
(cône du Drac à Grenoble) la pseudo- terrasse d*érosion aura toutes 
les apparences d'une vraie terrasse dont il pourra être très difficile 
de la distinguer. 

Ce phénomène est très fréquent dans les Alpes, et je Fai observé 
dans beaucoup d'autres régions (terrasse de Sainte-Ëgrève à 
Grenoble, terrasse entre Tain et Pont de l'Isère citée au cha- 
pitre III, etc.). 

Si à la suite d'un mouvement négatif le cours d'eau principal 
s'abaisse en IH, il formera une nouvelle terrasse EH, bien 
distincte de CD, et qui seule fera partie de la série des ter- 
rasses régulières. Un fait de ce genre se produirait à Grenoble, si 
risère creusait son lit de 3o m. par exemple en se jetant en 
même temps sur sa rive gauche vers Echirolles : il se formerait 
deux terrasses. Tune de*3o m. dans la vallée principale ; l'antre 
de 5o à 60 m. d'altitude au-dessus de l'Isère à la traversée du 
cône de déjection du Drac : la première seule appartiendrait à la 
série des terrasses régulières. 

On remarquera que le creusement du cône ayant pour eflet 
d'abaisser le niveau de base de l'affluent, celui-ci devra également 
creuser son lit en y créant de petites terrasses d'érosion, confor- 
mément à la théorie de Mûhlberg. Telle est l'origine de celles que 
l'on observe au Saut des Chèvres près de Pont de l'Isère. 

Il est évident que toutes ces terrasses accidentelles ne doivent 
pas compter dans la série normale des terrasses d'une vallée, et 



igOI DE l/lSS£R, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RIIÙNE Sjl 

doivent même en être éliminées avec le plus grand soin. Je pro- 
pose de les distinguer sous le nom à& fausses terrasses, 

A cette catégorie on peut rattacher les anciens deltas si fréquents 
dans tous les pays de montagnes. La plupart de ceux que j'ai 
étudiés forment de véritables terrasses qui peuvent occasionner de 
graves erreurs d'interprétation lorsqu'aucune coupe ne permet 
d'étudier leur structure interne. Je citerai parmi les plus remar- 
quables : le delta de Saint-Laurent-du-Pont (Isère), celui de Pontar- 
lier, tous les deltas torrentiels de la haute MoseQe, dont quelques- 
uns ont parfois Taspect de vastes terrasses longitudinales (Bussang, 
sablons du Thillot, sablons de Remenvillers, terrasses entre Rémi- 
remont et Noir-Gueux, Cresson, etc...); 

E. — Loi relative à l'épaisseur des terrasses régulières 

Du moment où la formation des terrasses régulières est due à 
l'intervention de mouvements positifs , il est évident que leur 
épaisseur, du moins à Tembouchure, doit dépendre avant tout de 
Tamplitude de ces mouvements, et qu'elle doit être indépendante 
de la puissance d'érosion et de transport du cours d'eau et de 
l'importance du massif où il prend sa source. Les épaisseurs 
mesurées à l'embouchure des différents cours d'eau doivent donc 
être égales, si les mouvements positifs qui ont donné naissance 
aux nappes correspondantes ont eux-mêmes été égaux, et si aucune 
cause perturbatrice (déplacement horizontal du niveau de base par 
exemple), n'a altéré cette égalité. 

Malheureusement je ne connais aucun document qui permette 
de vérifier l'exactitude de cette déduction théorique aux embou- 
chures du Rhin et du Rhône. 

Vers l'amont, les épaisseurs doivent diminuer progressivement ; 
cette diminution doit naturellement être plus rapide dans les 
aflluents. On ne doit pas perdre de vue que ces épaisseurs peuvent 
localement présenter des variations très considérables dues soit 
aux irrégularités du profil longitudinal, soit sui*tout à la présence 
de cônes de déjection d'origine latérale. 

Si Ton remarque qu'il existe une concordance presque parfaite, 
au moins à partir de la haute terrasse, entre les altitudes relatives 
des difi'érentes nappes de cailloutis des environs de Bâle et de la 
haute Moselle, d'une part, et celles de Tisser à son embouchure, 
d'autre part, et que par conséquent ces nappes ont dû être sensi- 
blement parallèles entre elles et aux thalwegs actuels, on pourra 



3'JfÀ DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Jain 

admettre avec quelque vraisemblance que Tépaisseur de ces nap- 
pes a dû rester à peu près constante entre Tembouchure et le 
point où on les observe aujourd'hui. On peut donc sans commettre 
de grossières erreurs comparer entre elles les épaisseurs des 
terrasses des environs de Bàle, de la haute Moselle, de Tisser 
et même du Rhône. 

Le tableau ci-dessous est le relevé des épaisseurs que j*ai pu 
déterminer par moi-même, ou extraire des travaux cités dans ce 
mémoire ; j'y ai joint quelques observations relatives aux ter- 
rasses de la Duranee faites par M. Kilian K 







HHÔNB 




HAUTK- 






NIVBAUX 


ISSBR 


ET 
I8ÈRB 


DURANCP. 


MOSBLLB 


RHIN 


OBSERVATIONS 


200* 


• 

9 

• 




• 


> ao à 40" 




5o- à 


* Nombre douteux. 






1 




rirchel * 


• Nombre probable- 


i3o-i5o'' 


40- * 


• 






5o"ausud 
deRhein- 
felden * 


ment un peu faible. 

' Nombre certaine- 
ment trop faible. 

* GoTzwiLLtK. Die 


Haute ter- 


35- 


9 

• 


3oà4o- 




16" au Bru- 


diluvial., p. 613. 

* du Paiquiku. Dit 
diluvial., p. 1^. Don- 


rasse de 


environ 




. ^ 




dcrholtz 


90 à 100* 










3o" ? au 
Rûtihard» 


né comme maximum. 

* GOTZWUXKR. Op. 


Moyenne 


40 à 45- 


3o- 


T» 


35 à 40- 


Quelques 


eit„ p 562. 


terrasse 




a 




a 


mètres 


' GUTZWILUR. /d.. 


de 5o à 
60- 




Romans 
t 




ArchetlCb 


au plus 


p. 5ii. Ce nombre 
correspond donc & un 












maximum. 


Basse ter- 


28à3o- 


21" 


3o- 


.3o- 


3a-àBàle 




rasse de 




au 


au 


à 


près de 




3o- 




moins à 

Valence 

3 


moins 


Thaon 


Taxe de la 
vallée ' 




Basse ter- 


» 






20" 






rasse de 








au 






i5-ao- 








moins 







La plupart des nombres de ce tableau sont des miniuia. On ne 
doit pas perdre de vue, en efl'et, que les débris des anciennes 
terrasses représentent le plus souvent le bord même de la nappe 
dont ils ont fait partie, et que pendant Térosion de cette nappe, le 
cours d'eau attaquant nécessairement de préférence les parties les 



I. Kilian. Réunion extraordinaii'e dans les Basses- Alpes. B, S. G. F., (3), 
XXm, p. 801, 8o5, 806, 814, 810. 



igOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU HHIN ET DU RHÔNE SjS 

plus afTouillables, a dû déblayer le lit sur les points où les allu- 
vions présentaient le maximum d*épaisseur. La partie la plus 
épaisse des anciennes nappes n*a été conservée que dans les rares 
circonstances où le creusement s*est eflectué dans une direction 
très diilérente de celle suivie par le cours d'eau pendant le remblai 
(niveau de loo m. de Tisser) ^ 

Sous cette réserve, et malgré le petit nombre des données, il est 
impossible de ne pas être frappé des analogies qui existent entre 
les épaisseurs des terrasses d'un même niveau appartenant à des 
bassins qui diffèrent cependant par tous leurs caractères (surface, 
volume et vitesse des eaux, nature des matériaux, présence ou 
absence de glaciei*s . . . ). Le fait est surtout frapipant pour la basse 
terrasse. 

F. — Observations concernant la recherche et l'étude comparée 

des terrasses 

Les considérations qui précèdent ne résolvent pas toutes les 
questions que peut soulever la formation des terrasses régulières 
dans rhypothèse où je me suis placé ; quelques-unes exigeraient 
des développements incompatibles avec les limites imposées à 
cette note ; d'autres ne sont pas actuellement susceptibles d'une 
solution. Parmi ces questions, je citerai celle qui est relative à la 
perturbation exercée sur la formation des terrasses par l'interpo- 
sition d'un lac ou d'une zone d'allaissement. Les anomalies que 
présentent les terrasses dans la Bresse, dans la plaine du Rhin 
entre Bàle et Bingen, dans celle de Munich, sont probablement liées 
à des phénomènes de cet ordre. J'y retiendrai peut-^tre un jour. 

Quoi qu'il en soit, et malgré leui*s lacunes, ces considérations 
pourront servir de guide dans les recherches ultérieures, et c'est 
pour ce motif que je crois utile d'en résumer brièvement les consé- 
quences les plus intéressantes à ce point de vue. 

I® La première chose à faire avant d'entreprendre l'étude des 
terrasses d'une vallée, est de déterminer très exactement le profil 
longitudinal du cours d'eau, surtout dans la partie où le profil 
d'équilibre est réalisé ou à peu près. 

La connaissance de ce profil facilitera l'élimination des terrasses 
irrégulières : elle évitera de rechercher des terrasses régulières 
dans des régions où elles n'ont pas pu exister. 

L'examen du terrain, la considération des épaisseurs permet- 
tront souvent de distinguer les fausses terrasses. 

1. Voir ma note sur Tisser, p. 274» tig. 5 et planche 111. 



3^4 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

a*" Dans Tétude de détail, on devra tout d'abord faire abstrac- 
tion des limons, à moins qu'ils ne soient le produit du régime 
normal et permanent du coiu*s d*eau. On déterminera ensuite le 
niveau le plus élevé atteint par les cailloutis, en ne perdant pas de 
vue que près des pentes et au débouché des ravins latéraux, ce 
niveau peut être considératilement relevé par les apports de 
toute nature. 

L'emboîtement de certaines terrasses rendra très difficile la 
distinction des niveaux, surtout quand la dénudation a effacé les 
formes caractéristiques. Il peut dans ce dernier cas occasionner 
des mélanges et des superpositions anormales de faunes, dont il 
est indispensable de tenir compte. 

Les cailloutis les plus anciens sont toujours ravinés et dénudés, 
et comme ils ont eu une épaisseur considérable, les lambeaux d'une 
même nappe se montrent souvent à des altitudes très différentes. 
L'altitude primitive ne pourra dans ce cas être retrouvée que par 
la comparaison des altitudes d'un grand nombre de lambeaux. On 
pourra parfois reconnaître les niveaux en se plaçant à une certaine 
distance en face et en se guidant sur les formes générales du ter- 
rain, comme Ta indiqué du Pasquier ; j'ai apprécié dans la Moselle 
et dans Tisser la justesse de cette observation. La connaissance 
des variations que présente la composition des nappes alluviales 
dans le sens vertical, sera dans bien des cas d'un g^and secours 
(Rhin, Doubs). 

La détermination des altitudes relatives devra être faite aussi 
exactement que possible, une erreur de quelques mètres pouvant 
fausser les résultats, en raison de la faiblesse des intervalles qui 
séparent les terrasses. Il serait imprudent de compter sur le 
baromètre, à moins de répéter 8 à lo fois les mêmes opérations 
dans des circonstances différentes de température et de pression, 
ainsi que je l'ai fait dans les Vosges de 1877 à i885, avant de 
pouvoir utiliser les levers de précision. On ne devra pas perdre 
de vue que les altitudes relatives croissent de l'aval vers l'amont 
et d'autant plus rapidement que les terrasses sont plus anciennes 
et les pentes du thalweg plus rapides. Cette notion devra toujours 
être présente à Tesprit quand on cherchera à suivre les terrasses. 
L'examen de la nature et de l'état de conservation des cailloutis 
pourra faciliter cette dernière opération. Les géologues suisses 
nous ont donné dans cet ordre d'idées un exemple qu'il serait 
désirable de voir imiter en France où l'on alfecte trop souvent de 
laisser systématiquement de côté tout ce qui concerne la distribu- 
tion des roches dans les terrasses et les dépôts erratiques. Je 



IgOI DE L*ISSER, DE LA MOSELLE. DU RHIN ET DU RHÔNE 3^5 

ferai toutefois remarquer, à cette occasion, que les faits obser- 
vés dans la Moselle prouvent que les données déduites de Talté- 
ration plus ou moins grande des galets n*ont qu'une valeur 
très relative, et ne doivent être interprétées qu'avec prudence. 

3** Ce travail local terminé, si Ton veut procéder à la compa- 
raison des terrasses observées avec celles d'un autre bassin, on 
devra tout d'abord, s'il y a eu des déplacements horizontaux du 
niveau de base, rapporter toutes les altitudes relatives à une même 
position de ce niveau, opération délicate pour laquelle la connais- 
sance des anciennes plages pourra fournir d'utiles indications. 

Les comparaisons ne devront porter que sur des régions où les 
pentes des thalwegs actuels sont comparables, et où l'on peut 
admettre que l'évolution du profil longitudinal a été sensiblement 
la même. Il serait illogique, en effet, de comparer à priori les 
terrasses de vallées à pentes faibles avec celles de vallées à pentes 
relativement fortes. En principe, il sera préférable de limiter les 
comparaisons à des régions où les pentes actuelles sont également 
faibles. 

Dans tous les cas , on devra attacher plus d'importance au 
nombre des niveaux de cailloutis existant dans une zone d'altitude 
donnée et à leurs intervalles, qu'à la concordance rigoureuse des 
altitudes relatives. 

II. ~ Objections que soulève la théorie 
de Torlg^lne g^laclalre des terrasses et de la formation 

du complexe g^laclalre 

Dans les conclusions du chapitre IV, je me suis contenté de faire 
remarquer que la concordance des systèmes de terrasses dans les 
quatre bassins étudiés, excluait la possibilité de leur formation 
par l'action d'une cause commune agissant à l'amont, ce qui 
conduisait à écarter l'hypothèse de l'intervention des glaciers. 

11 me reste à montrer que cette hypothèse telle qu'elle a été 
présentée par ses auteurs, soulève des objections nombreuses qui, 
en dehors de toute autre considération, sufOraient pour en justifier 
le rejet. 

Dans cette hypothèse, dont je rappelle sommairement les 
données essentielles, la formation des terrasses est liée exclusive- 
ment à la présence des glaciers et aux grandes oscillations de leur 
extrémité aval '^ A chaque glaciation, quelle qu'en soit la cause, 

I . Consulter les ouvrages déjà cités de du Pasquier et le Système glaciaire 
des Alpes, de Penck, du Pasquier et Brûckner. 



3^6 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Joill 

les glaciers s'avancent dans les vallées préexistantes, précédés 
d'un comblement fluvial, formé de V excédent des matériaux 
fournis aux rivières par le véhicule glaciaire ^ A chaque phase 
d'arrêt correspond un complexe glaciaire et fluvio-glaciaire de 
moraines et d'alluvions formant un tout contemporain de genèse 
indissoluble ^. 

Ce complexe quand il est intact, comme c'est souvent le cas 
pour les moraines internes, comprend un amphithéâtre moraini- 
que avec sa dépression centrale, et un cône de déjection partant 
des moraines (cône de transition), à un niveau beaucoup plus 
élevé que le fond de la dépression centrale et servant de nappe 
de raccordement avec les vastes plaines ou terrasses régulières 
qui s'étendent au loin vers l'aval. 

Pendant la phase de retraite des glaciers en amont des moraines 
terminales, le matériel charrié s'est déposé dans la dépression 
centrale, c'est-à-dire en. contrebas des terrasses extérieures, et les 
cours d'eau ainsi déchargés ont commencé au sein des moraines 
et des terrasses extérieures, leur travail d'érosion. Ce phénomène 
s'est renouvelé autant de fois qu'il y a eu de glaciations. L'idée 
d'une variation de la ligne de rivage doit être écartée : elle n'est 
justifiée par aucun fait ; elle est même en opposition avec les 
faits 3. 

La théorie de l'origine glaciaire des terrasses est, on le voit, 
tout l'opposé de celle à laquelle nous a conduit l'étude comparée 
de ces mêmes terrasses dans divers bassins. Tandis que dans la 
première, la cause de la formation des terrasses doit être cherchée 
vers la tête des vallées, et est liée à la présence des glaciers, dans 
la seconde la cause a agi exclusivement à l'extrémité aval des 
vallées et ne peut être que l'oscillation du niveau de base. 

Je vais exposer aussi brièvement que possible les observations 
que suggère l'examen de cette doctrine. 

i^ observation. — Dans la théorie glaciaire, le remblai des 
vallées est la conséquence de la progression des glaciers, le creu- 
sement du remblai et môme du substratum est lié à leur i^ecul. Or, 
les faits actuellement observables sont en contradiction avec le 
principe même de cette double connexion. 

Dans les hautes régions alpines, on peut constater à chaque pas 
que les apports des plus modestes torrents sont presque toujours 

I. (IuPasquibr. Les ail. glaciaires, p. .56. 

a. Système glaciaire, p. la. 

3. (lu Pasquii k. Die flmioglacialen . . , p. 09 et seq. — Les ail. glaCy p. 57. 



igOI DE L ISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 877 

au moins aussi considérables, sinon plus, que les moraines des 
plus grands glaciers, malgré Textrême disproportion des bassins 
d'alimentation, et je ne crois pas qu'il existe dans les Alpes beau- 
coup de moraines dont la puissance puisse être comparée aux 
cônes de déjection des grands torrents des Alpes françaises, tels 
que ceux de Boscodon, de Rioubourdoux, de Baudon, des Vachères, 
de Manival *, etc. Il est donc difficile, quand on réfléchit aux cir- 
constances dans lesquelles se produisent les aflbuillements des ^ 
bassins de réception des torrents, de ne pas admettre que si ceux- 
ci étaient remplis de glace, Talimentation des cônes de déjection 
serait sinon supprimée, du moins extrêmement réduite. 

D'autre part, la majeure partie des matériaux transportés par 
les glaciers, est empruntée aux éboulis qui s'accumulent sur les 
pentes encaissantes, sous l'influence des agents atmosphériques ; 
la présence d'une couverture de glace en limitant la formation de 
ces éboulis doit nécessairement réduire en môme temps l'impor- 
tance des moraines qu'ils alimentent. 

n résulte de ces deux données que les glaciers et leurs névés 
doivent être considérés plutôt comme des agents protecteurs du 
sol qu'ils recouvrent que comme des agents d'érosion, et que le 
résultat immédiat de leur extension doit être de diminuer la quan- 
tité totale des débris susceptibles d'être charriés. L'alimentation en 
matériaux de toutes grosseurs, des rivières issues de ces glaciers 
(à l'exception peut-être de la boue glaciaire), doit donc aller en 
diminuant pendant la progression des glaces et en augmentant 
pendant leur retraite, et il est dès lors absolument illogique de 
faire dépendre la formation du remblai de cette progression et 
son creusement, de cette retraite. 

Pour échapper à cette contradiction, les auteurs de la théorie 
glaciaire ont, fort habilement, imaginé de faire intervenir la 
dépression centrale, et supposé qu'au début de la retraite, les 
matériaux se déposant dans cette dépression ne pouvaient plus* 
atteindre le cône de transition et le niveau supéneur des terrasses. 
Les eaux débarrassées des matériaux qu'elles charriaient devaient 
donc nécessairement creuser la barrière formée par la moraine 
terminale et la nappe alluviale. 

Il me suffira, je crois, de faire remarquer qu'en raison de la 
très faible capacité de la dépression centrale, son comblement n'a 
pas pu exiger un temps bien considérable, et que cette opération 
aussitôt terminée, les eaux surchargées de nouveau de maté- 

I. Les déjections du Bi»scodon (Hautes- Alpes) sVlèvent à 73 m. ao, et la 
largeur du lit est de 3,33o m. (SurcU). 



3^8 DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

riaux, ont dû cesser de creuser et ont recommencé à alluvionner 
comme auparavant. Il n'est, en outre, nullement évident que le 
creusement du barrage morainique ait pu atteindre pendant ce 
comblement une profondeur notable, puisque les eaux le franchis- 
saient sans vitesse. 

Ainsi, non seulement le creusement des nappes alluviales 
n'apparaît pas comme la conséquence nécessaire de la retraite des 
glaciers, mais Ton serait plutôt conduit à considérer cette retraite 
comme une nouvelle cause de remblai. 

Enfin, il convient de noter que dans la théorie glaciaire, les 
nappes alluviales correspondant aux glaciations successives, et 
par suite les terrasses qui en dérivent, devraient toutes converger 
vers l'embouchure, puisque le niveau de base est supposé inva- 
riable. Or cette convergence ne se manifeste certainement pas 
dans le Rhône, car il existe à Tembouchure, ou à peu de distance 
en amont, plusieurs niveaux de caillontis dont le plus élevé d'après 
la carte géologique, est encore à i45 m. au-dessus du Rhône, sur 
le parallèle d'Avignon. 

2^^ observation, — Le mode de formation de la dépression 
centrale soulève également de sérieuses objections. 11 n'existe 
aucun fait qui autorise, par analogie, à supposer que les anciens 
glaciers ont été capables d'édifier à leur extrémité terminale, des 
barrages continus élevés de 5o à 60 m. au-dessus de leur fond ; 
les moraines terminales des glaciers actuels sont, en eflet, toujours 
largement éventrées vis-à-vis du débouché du torrent sous-glaciaire. 
Or, dans les anciens glaciers, le volume des eaux de fusion a dû 
être bien plus considérable que dans les glaciers actuels, comme 
le prouvent les faits observés au Groenland, et comme l'admet 
d'ailleurs du Pasquier. D'autre part, la masse de matériaux char- 
riés a été d'autant plus faible que le glacier approchait davantage 
de son maximum; enfin, l'accumulation de ces matériaux sur le 
front du glacier, non seulement n'est pas instantanée, mais est au 
contraire très lente, tandis que l'écoulement des eaux de fusion 
est continu. Pour ces diverses raisons, il est bien difficile d'admet- 
tre que les torrents issus des anciens glaciers n'aient pas été 
capables de maintenir la liberté de leur chenal et d'empêcher la 
formation d'un barrage transversal continu. 

Du Pasquier qui a sans doute entrevu l'objection, a cherché à 
expliquer l'édification du barrage et en même temps celle du cône 
de transition, en supposant que l'eau de fusion s'échappait de la 
base du glacier sous la forme d'une multitude de petits filets et 



I9OI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 879 

non en une masse unique. Il est possible qu*un phénomène de 
ce genre puisse se produire sur un plateau, mais il ne se produira 
certainement pas dans une vallée plus ou moins encaissée, comme 
celle de TAar, de la Reuss, de Tlsère ou du Rhône. Les lois du 
mouvement des glaciers sont celles de l'eau, et, par suite, le profil 
du lit sous-glaciaire, sauf dans le cas où le glacier coule sur un cône 
de déjection, doit nécessairement être concave. Les eaux de fusion 
se l'assembleront donc dans la partie la plus basse du profil 
transversal et formeront un coure d*eau unique. L'hypothèse de 
du Pasquier semble n^étre qu'une réédition de la théorie du 
rouleau compresseur de Hogard, au moyen de laquelle ce géolo- 
gue, assimilant la marche des glaciers à celle d'un cylindre, expli- 
quait le nivellement longitudinal et transversal des nappes allu- 
viales ; elle est comme cette dernière en contradiction complète 
avec les lois expérimentales du mouvement des glaciers, et doit 
par suite être rejetée. 

3"*^ observation, — Du Pasquier parait avoir attaché une 
grande importance à l'existence d'un faciès endogène et d'un 
faciès exogène du phénomène des terrasses par rapport aux 
moraines ^ Je me bornerai à faire remarquer que la disparition 
des terrasses régulières en amont des moraines s'explique d'une 
façon beaucoup plus simple dans la théorie que j'ai développée. 

En effet : a. — Comme je Fai montré plus haut, les terrasses régu- 
lières sont spéciales à la zone où le profil d'équilibre a été atteint ; 
elles ne la franchissent que rarement vers l'amont où l'on ne rencon- 
tre que des terrasses localisées et irrégulières ; b. — Les glaciers ne 
paraissent pas en général s'être beaucoup avancés sur la zone où 
le profil d'équilibre était atteint, sauf peut-être à Tépoque de leur 
maximum d'extension ; par conséquent la plus grande partie de 
ces terrasses régulières doit normalement se montrer à l'aval des 
moraines de la glaciation cori'espondante ; c. — Pendant leur recul, 
les glaciers ont dû raviner et détruire la majeure partie des 
terrasses régulières sur lesquelles ils avaient coulé et après leur 
départ définitif, la dénudation dont les effets sont d'autant plus 
grands que Ton se rapproche davantage des régions montagneuses, 
a achevé leur œuvre. 

^'»»« obserçation, — Ainsi que l'a fait remarquer M. de Lappa- 
rent -, le phénomène des terrasses ne peut être une conséquence 
exclusive du régime glaciaire, puisque nous retrouvons des sys- 

I. du Pasquier. AU. glaciaires, p. 5a. 

3. de Lapparknt. Traité de géologie^ 4* t'dit., p. i633. 



38o DE LAMOTHE. — SYSTEMES DE TERRASSES DES VALLEES 3 Juin 

tèmes de terrasses dans des vallées comme celle de la Somme, où 
il n'y a jamais eu de glaciers. Les faits obsei'vés dans Tisser sont 
encore plus concluants, puisqu*à Tembouchure, les terrasses et les 
plages sont en connexion intime. Il y aurait donc eu, dans 
des bassins très voisins, des systèmes de terrasses formés les 
uns par l'intervention exclusive des glaciers, les autres sous 
Tempire de conditions absolument dilTérentes : ce qui est bien 
improbable. 

5me observation, — La concordance des épaisseui's est une 
objection non moins grave. Les données que j'ai citées plus haut 
montrent, en effet, que l'épaisseur de terrasses de même altitude 
relative et que Ton peut considérer comme synchroniques est 
indépendante de l'importance des massifs. Dans la théorie glaciaire 
cette épaisseur devrait au contraire être proportionnelle à cette 
importance. 

6"^' obserçation. — Il ne paraîtra peut-être pas hors de propos, 
de rappeler ici que la région en amont et en aval du barrage de 
Noir-Gueux qui représente au point de vue topographique un 
appareil glaciaire complet, a été cependant exclusivement façonnée 
par les eaux, sans aucune intervention de la glace. 

On voit, en résumé, que non seulement la théorie de Torigine 
glaciaire des nappes alluviales et des terrasses est contredite par 
les faits exposés dans ce mémoire, mais que le mécanisme même 
de leur formation soulève de sérieuses objections. Elle doit donc 
être complètement rejetée. 

Faut-il en conclure qu'il n'existe aucun lien, même indirect, 
entre la marche des glaciers et la formation des nappes alluviales 
et des terrasses ? Je ne le pense pas, et je crois même que d'après 
les rapports d'âge et de position qui semblent exister entre les 
glaciations et certaines terrasses, on est dans une certaine me- 
sure autorisé à admettre l'existence de ce lien comme probable. 

Sa nature me parait pouvoir être déduite des considérations 
ci-après : Les mouvements positifs en étendant le domaine mari- 
time, les mouvements négatifs en le restreignant, doivent néces- 
sairement amener des modifications dans le climat, modifications 
très faibles sans doute, mais dont Teflet sur les glaciers peut 
devenir considérable si la durée du phénomène est suflisamment 
prolongée. L'influeuce des mouvements négatifs est encore accrue 
par l'affaissement de la nappe de glace consécutif du creusement 
de la vallée : il suffit pour se rendre compte de la valeur de cette 
influence de remarquer qu'après la formation de la nappe de 



IgOI DE LAISSER, DE LA MOSELLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 38l 

i3o-i5o m., il y a eu antérieurement à la haute terrasse un creu- 
sement de 90 m. dans la zone du profil d*équilibre. J'ajouterai que 
quelques géologues ont reconnu implicitement la connexion entre 
les oscillations du niveau de base et les mouvements des glaciers 
en faisant coïncider une partie de leurs périodes iatei^laciaires 
avec des émersions *. 

On peut donc admettre comme vraisemblable que les mouvements 
positifs ont en pnncipe provoqué la progression des glaciers et que 
les mouvements négatifs ont au contraire déterminé leur retraite, 
et conclure par conséquent que, comme dans la théorie glaciaire, 
la progression des glaciers a coïncidé avec la formation des nappes 
alluviales et leur retraite avec le creusement de ces nappes. Mais, 
tandis que dans la théorie glaciaire, c'est la mai*che du glacier qui 
provoque suivant son sens le remblai ou le ci*eusement, dans 
rhypothèse où je me suis placé, c'est Toscillation du niveau de 
base qui règle le sens de cette marche, en provoquant en même 
temps le i*emblai ou Térosion. Il n'y a donc pas de lien direct de 
cause à effet, entre la formation des nappes alluviales et des 
terrasses et les mouvements des glaciers, mais seulement un lien 
indirect, dû à ce que ces divers phénomènes sont sous la dépen- 
dance d'une même cause, Toscillation du niveau de base. 

En partant de ces données et en appliquant aux glaciers les lois 
qui régissent l'évolution des cours d'eau, je me suis assuré qu'il 
était facile de donner une explication rationnelle et simple des 
particularités observées au contact des glaciers de la dernière 
extension et de la terrasse basse, et notamment de la formation 
du complexe glaciaire. Mais cette explication m'entraînerait en 
dehors du cadre et des limites imposées à cette note et il me paraît 
préférable de l'ajourner pour le moment. 

Quoi qu'il en soit, on peut, semble-t-il, concevoir ainsi qu'il suit 
la marche des phénomènes glaciaires dans les Alpes occidentales. 
La surrection des grands massifs montagneux à la fin du Pliocène 
marin et les conditions climatériques résultant de la position 
élevée du niveau de base, expliquent l'apparition et l'invasion des 
glaciers alpins. Si le niveau de base était resté invariable, ces 
glaciers am*aieut progressé d'une façon plus ou moins continue 
jusqu'à un maximum correspondant à l'état d'équilibre entre les 
causes favorables à Tcxtension et les causes opposées, et ils s'y 
seraient maintenus. Mais les oscillations du niveau de base ont, 
à deux reprises, interrompu la continuité de cette progression et 

1. Voir J. Gbikie. The gréai ice âge, 3* edit., p. 607 et seq. 



382 DE LAMOTHE. — SYSTÈMES DE TERRASSES DÈS VALLEES 3 Juin 

déterminé de grandes oscillations dans la masse glacée (glacia- 
tions des niveaux de 200-280 m. et de i3o-i5o m.). 

Le grand mouvement négatif qui a suivi le nuiximum d'exteusion 
(glaciation de la haute terrasse), a définitivement rompu l'équi- 
libre entre les causes d'extension et les causes opposées, au profit 
de ces dernières, et la retraite générale des glaciers a commencé, 
interrompue seulement par des poussées en avant dues aux mou- 
vements positifs qui ont amené la formation des nappes de la 
moyenne et de la basse terrasse. 

Résumé final 

Ce long mémoire peut se résumer en quelques lignes. L'étude 
comparée des systèmes de terrasses de Tisser, de la Moselle, du 
Rhin à Bàle et du Rhône à Valence, démontre que ces systèmes, 
abstraction faite du niveau le plus élevé, sont presque identiques 
et superposables. On retrouve partout, dans une zone de 200 m. 
d'altitude environ au-dessus des thalwegs, six niveaux de cailloutis, 
séparés par les mêmes intervalles dans les différentes vallées, et 
si l'on tient compte de l'état actuel du profil d'équilibre, on 
constate que les altitudes relatives sont partout les mêmes. 

Ces faits ne peuvent s'expliquer qu'en admettant que les nappes 
alluviales et les terrasses se sont formées sous l'influence d'oscil- 
lations eustatiques, k résultante négative, qui ont affecté de la 
même façon les niveaux de base et ont déterminé dans les vallées 
étudiées des alternatives d'érosion et de remblai, qui ont peu à 
peu amené celles-ci à leur état actuel. Les mouvements positifs ont 
été très lents ; les mouvements négatifs paraissent n'avoir été ni 
instantanés, ni même très rapides. 

Réciproquement, en admettant la réalité de ces oscillations, il 
est facile d'expliquer et de prévoir la plupart des particularités 
que présentent la formation et la distribution de terrasses. 

On est ainsi conduit à rejeter la théorie qui fait dépendre la 
formation des nappes alluviales et des terrasses des oscillations 
des glaciers. 

Enfin, les alternatives de creusement et de remblai qui ont 
déterminé la formation des vallées, ne peuvent se concevoir 
qu'en admettant qu'une période de temps d'une durée extrême- 
ment considérable nous sépare de Tépoque où ont apparu les cail- 
loutis du niveau le plus élevé. 



I9OI DE L ISSER, DE LA MOSVXLE, DU RHIN ET DU RHÔNE 383 



SOMMAIRE 

Pa«es 
IXTRODUGTlOIf 397 

Ghapitrb I. — Résumé des faits observés élans Visser 997 

CuAPiTRB n. — Examen des difficultés que soulève la comparaison des 

résultats obtenus dans Visser avec Us observations 

similaires faites dans d*autres régions 3o4 

I' Impossibilité d'utiliser actuellement les maté- 
riaux fournis par Tétude des anciennes plages. . 3o5 
a* Difficultés de Pétude comparée des anciennes 

terrasses fluviales 3o8 

Chapitrb III. — Etude des terreuses de la Moselle, du Rhin et du Rhône, 3io 

I. — Vallée de la Moselle 3io 

II. — Vallée du Rhin près de Bàle 336 

m. — Vallée du Rhône près de Valence 339 

Chapitrb IV. — Comparaison des résultats et conclusions 343 

Chapitrb V . — Considérations théoriques sur la formation des ter- 
rasses et leurs relations avec Us glaciers 355 

I — MbCANISMB DB la formation DBS TBRRASSBS. . 358 

A. — Les oscillations du niveau de base sont exclusi- 

vement verticales 358 

B. — Le niveau de base ne subit que des déplacements 

horizontaux 366 

C. — Le niveau de base se déplace à la fois verticale- 

ment et horizontalement 367 

D. — Nécessité d'éliminer de la série des terrasses 

régulières certaines formes dont l'origine est 

toute diflférente 369 

£. — Loi relative à l'épaisseur des terrasses régulières. 371 
F. — Observations concernant la recherche et l'étude 

comparée des terrasses 373 

II. — Objbgtions qub soulàms la théorib de 

l'oRIOINB GLAGIAIRB DBS TBRRASSBS BT DB LA FOR- 
MATION DU COMPLBXB OLAGIAIRB 375 

RésUMé FINAL 389 



A la suite de cette communication, M. E. Haug présente les 
observations suivantes : Les résultats théoriques de l'importante 
communication du colonel de Lamothe sont la conclusion logique 
du beau travail sur les terrasses de Tisser qui a paru il y a deux 
ans dans notre Bulletin. Un grand nombre de lecteurs de ce travail 
avait certainement conclu dans le même sens et M. Kilian en 
particulier a appliqué aux vallées alpines la théorie des creuse- 
ments successifs à la suite de changements successifs dans le niveau 



384 SÉANCE DU 3 JUIN I9OI 

de base. * En ce qui me concerne, j ai également envisagé la possi- 
bilité de cette interprétation des terrasses -, mais les faits que Ton 
observe dans les vallées de plusieurs cours d'eau alpins m'ont 
convaincu du danger qu'il y aurait à la généraliser. Si Ton suit les 
terrasses en aval, on constate que leurs diflerences d'altitude 
s*atténuent graduellement, en même temps qu'elles se rapprochent 
du thalweg actuel. Finalement les nappes de galets correspondant 
à chacune d'elles se trouvent au-dessous des actuelles et elles sont 
superposées en succession normale, au lieu d'être a emboîtées » 
comme précédemment. Sur les côtes septentrionales de la Médi- 
terranée on cherche en vain des « plages soulevées » qui se raccor- 
deraient avec les terrasses du Rhône et de la Durance. La 
meilleure interprétation des terrasses des vallées me parait tou- 
jours être celle qui admet des alternances périodiques d'alluvion- 
nement et de creusement dues à des variations météorologiques, 
qui elles-mêmes ont déterminé une succession de périodes gla- 
ciaires et interglaciaires. Dans tous les cas les observations si 
précises du colonel de Lamothe fourniront une base précieuse à 
toutes les discussions ultérieures du problème des terrasses et il 
serait à souhaiter que des travaux analogues fussent entrepris 
dans toutes les grandes vallées de l'Europe occidentale. 

• 

M. 6. DoUfus croit qu'on peut faire des objections importantes 
à la théorie de M. de Lamothe. 11 ne peut séparer les périodes de 
creusement des périodes de dépôt, ce sont deux aspects du même 
phénomène. Il a fallu pour les uns, comme pour les autres, un 
volume d'eau considérable, équivalent. Pour les terrasses quater- 
naires de la vallée de la Seine, il ne lui a pas été possible de relever 
de niveaux constants ; les graviers s'élèvent généralement jusqu'à 
une trentaine de mètres au-dessus du fleuve, plus haut et brusque- 
ment il n'existe plus de trace de creusement violent. Les fleuves 
torrentiels pleistocènes arrachaient en certains points de leurs 
berges des débris qu'ils allaient déposer en aval, et en des points où 
la rapidité de leur cours était momentanément ou localement moins 
grande; ces débris étaient vingt fois repris et redéposés avant 
d'atteindre le niveau de repos de base. Il n'y a aucune apparence 
de mouvements périodiques. 

I. W. KiUAN. Observations à la suite d'une note de M. Fr. Arnaud. Bull, 
Soc. dauphin, d'ethnol et d'anthropol.^ t. VI, n* 2, p. 191, 1898. — Id. Note 
sur le « surcreusement » des vallées alpines. B, S. G. F., (3), XXVHI, p. 1004- 
louo, 1900. 

a. Art. Quaternaire, Grande Encyclopédie, t. XXVII, p. 1109. 



NOUVEAUX DOCUMHnVTS RELATIFS 

A LA 

GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 

par MM. W. KILIAN et P. TERMIER. 



A. — Sur quelques roches nouvelles ou peu connues des Alpes françaises. 

B. — Matériaux pour Tétude des gabbros et de leur cortège de schistes 

cristallins dans le Queyras et le Briançonnais . 

C. — Contributions à la connaissance des « schistes lustrés » du Brian- 

çonnais et du Queyras. 

D. — Sur quelques schistes cristallins de la zone du Piémont. 

Plus de dix années d'explorations dans les Alpes françaises, 
durant lesquelles un gi*and nombre de courses communes et Thabi- 
tude ((ue nous avons prise de nous soumettre mutuellement léis 
résultats de nos recherclies nous ont facilité la solution de maints 
problèmes délicats, nous permettent aujourd'hui de livrer à là 
publicité, en notre nom commun, quelques documents qui ne ren- 
trent que difficilement dans les mémoires que chacun de nous se 
propose de consacrer à des régions déterminées de la chaîne. Les 
détails stratigraphiques que Ton va lire sont généralement dus aux 
observations de M. W. Kilian ; tout ce qui concerne les descriptions 
pétrographiques et les conclusions qui dérivent de Texamen litho- 
logique doit être attribué à M. P. Termier. 

A. — Sur quelques roches nouvelles ou peu connues 

des Alpes françaises 

I. — Andésite de Guillestre 

Le long du torrent du Guil, en amont de Guillestre et en aval de 
la Maison du Roi, se montrent de grandes masses d'une roche 
éruptive dont Texistenco a longtemps passé inaperçue. Ces affleu- 
rements attirent cependant l'attention du géologue par la teinte 
foncée ([u'ils donnent aux parois rocheuses qui encaissent le cours 
d'eau en cet endroit. Cette gorge sombre et piH)fonde est dominée 
de très haut par la route du Queyras. 

12 Octobre 1901. — T. 1»*^. Bull. Soc. Géol. Fr. — a5 



386 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Juin 

Signalée pour la première fois par Ch. Ix)ry, en i883, dans une 
« Note sur deux faits nouveaux de la Géologie du Briançonnais », 
insérée dans le Bulletin de la Société géologique de France ( [3], 
XII, p. 117), où le célèbre géologue alpin lui consacre quelques 
lignes, la roche de Guillestre a été sommairement décrite à ce 
moment, mais sans faire l'objet d*une diagnose détaillée; Lory se 
borne à constater qu'elle est inférieure aux quartzites triasiques et 
qu'elle constitue le noyau d'un pli anticlinal. Il la qualifie de 
« porphyre massif » et la rapproche du porphyre de la Windgaelle 
dans les Alpes suisses, tout en remarquant qu'elle « paraît pré- 
senter des caractères pétrographiques un peu différents » ; il la 
rapporte, comme cette dernière, à l'époque permienne. En 1891, 
l'un de nous * mentionna de nouveau cette roche, — dont des 
échantillons avaient été communiqués à M. Michel-Lé vy qui y avait 
reconnu une porp/iyrite, — en ajoutant qu'elle ne traverse pas les 
quartzites du Trias inférieur et qu'on la retrouve en galets et en 
fragments dans la plupart des conglomérats permiens de la région 
(L'Argentière, etc). 

Depuis lors, les environs de Guillestre ont fait l'objet * d'explo- 
rations détaillées qui ont mis en évidence la structure compliquée 
de cette région. Un profil parallèle au Guil, publié par l'un de nous 
dans le Bulletin du Service de la Carte géologique de France *, 
montre la place qu'occupe la roche éruptive de Guillestre dans la 
série des assises : elle forme la partie axiale d'une voûte anticlinale 
qui ne permet pas de reconnaître son substratum, mais qui laisse 
voir, immédiatement au-dessus, les quartzites du Trias inférieur, 
suimontés eux-mêmes par toute la série sédimentaii*e au-dessus de 
laquelle réapparaissent une seconde fois, par l'effet d'un pli couché, 
à flanc inverse étiré, les calcaires du Trias de la montagne de 
Saphie, également reployés en voûte. 

La roche occupe donc le nweau du Permien ; quoique la gorge 
du Guil ne montre pas les couches sur lesquelles elle repose, elle 
présente les allures d'une masse interstratifiée. L épaisseur de la 
masse éruptive est de plus de 200 mètres. Quant aux galets qui se 
rencontrent à la base du Permien, un examen micrographique 
auquel les a soumis M. Termier, a montré qu'il s'agissait surtout 
de rhyolithes. Ajoutons que les environs de Guillestre appartien- 



I. W. KUiiAN. Notes sur Thistoire et la structure géologique des chaînes 
alpines de la Mauriennc, etc. B. S. G. F., (3), XIX, p. 671, 1891. 

a. W. KiLiAN. Nouvelles obser\^ations géologiques dans les Alpes delphino- 
ppovençales. B. S. C. G, F., n* 76, 1900. 



19<>I GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 38^ 

neut à la portion occidentale de la zoqe du Briançonnais, dont 
toutes les assises ont le faciès caractéristique. 

La roche de Guillestre se présente, à l'œil nu, sous deux aspects 
diflérents : tantôt elle est compacte, d'un vert foncé avec quelques 
cristaux de feldspath plus clairs ; tantôt, et c'est le cas le plus 
fréquent, elle est d'un rouge violacé et montre, dans une pâte 
lie-de-vin, des cristaux, blanchâtres ou verdàtres, de feldspath, 
qui mesurent jusqu'à 3 et 4 millimètres de longueur. Les variétés 
lie-de-vin sont les mieux conservées. Quant aux échantillons verts, 
ils sont très altérés, souvent schisteux et presque méconnaissables. 

Au microscope, les échantillons lie-de-vin montrent les éléments 
suivants : 

De grands cristaux de feldspath, formant environ le tiers de 
la masse totale de la roche, bien idiomorphes, mâclés, criblés de 
petites inclusions de kaolin, de chlorite, et présentant les carac- 
tères d*une oligoclase-albite ; 

Des prismes courts et trapus (Tapatite rouge pol/'chroïque ; 

De nombreuses sections d'un minéral magnésien (probablement 
hornblende) entièrement épigénisé par magnétite, chlorite, calcite, 
sphène, et peut-être aussi talc ou mica blaiic ; 

De nombreux grains de magnétite ; 

Kniin une pâte holocristalline très chargée d'oligiste en fibrilles 
ténues et formée, pour le surplus, d'un feutrage ièldspathique dont 
l'analyse optique n'est pas possible. 

La composition chimique est la suivante (analyse d'un échan- 
tillon lie-de-vin, par M. Pisani) : 

SiO» 58,5o 

A1«0» 1^80 

Fe»0» 3,01 

FeO 141 

MgO 4,15 

CaO 3,i5 

K«0 1,00 

Na«0 6,80 

H»0 a,io 

CO« 0,40 

Total io(v3a 

En comparant cette analyse aux résultats de l'étude microgra- 
phique, on voit que la composition miuéralogique actuelle de la 
roche de Guillestre est ti*ès sensiblement la suivante : 



388 W. KÎLIAN ET P. TERMIER 3 Juin 

65 7* <l'un feldspath oligoclase-albite à la An, 

3 7* oligiste et magnétite, 

I 7. calcite, 

I 7. sphène, 

0,57. apatite, 

6 7. orthose, 
i5 7. chlorite, 

a 7e quartz libre, 

6,57. kaolin. 



Total. ... 100 

La restauration de la roche est facile. On peut admetti*e qu'elle 
a perdu, par métasomatose, environ lo % d'anorthite, le vide 
laissé par le dépôt de cette anorthite étant actuellement comblé 
par le kaolin, une partie de la chlorite et une partie de la calcite. 

La roche originelle contenait ainsi environ 76 '^/o de sa masse 
d'un feldspath triclinique (moyen) à 26 An, c'est-à-dire d'un oligo- 
clase. C'était donc une andésite relativement alcaline, renfermant 
d'ailleurs un peu d'orthose, et voisine, par conséquent, des tra- 
chyandésites. 

Ce nom dH andésite (rigoureusement synonyme de celui de por- 
phyrite dont on s'est servi pour désigner la même roche) implique 
l'idée que la roche de Guillestre est une roche d'épanchement. C'est, 
en effet, l'hypothèse qui semble la plus plausible, d'après les 
caractères généraux et la structui*e. 

Mais il peut se faire que ce gisement de Guillestre soit réelle- 
ment laccolithique ; et dans ce cas le nom de microdiorite convien- 
drait mieux que celui d'andésite. Cette microdiorite serait inter- 
médiaire entre les microsyénites de Puy-Saint* André et les roches 
basiques du Chardonnet et de Prelles; mais elle s'en écarterait 
par beaucoup de caractères. II convient d'indiquer ce rappi*oche- 
ment sans y insister davantage, et on peut considérer jusqu'à 
nouvel ordre la roche de Guillestre comme distincte des roches 
intrusives du Houiller briançonnais. 

L'apatite rouge de l'andésite de Guillestre a fait l'objet d'une 
note spéciale de l'un de nous *. Cette apatite rappelle, par la 
plupart de ses propriétés les apatites cérifères de Norwège, signa- 
lées par M. Brôgger. 

I . P. Tbrmur. BulL Soc. franc, de Minéralogie, t. XXIII, p. 4^. 



IgOI GEOLOGIE DES ALPES FRANÇAISE» 3Sq 



2. — Nouveaux gisements de miçrodiorite 

Il convient de signaler la découverte de nouveaux affleurements 
de miçrodiorite au col du Raisin et près du col de Buffere, dans 
le bassin de la Guisanne, ainsi qu*au nord-est de Réotier, sur la 
rive droite de la Durance. 

Ce dernier gisement, le plus méridional de tous ceux qui ont été 
découiferts ju^quk présent, est situé sur la limite occidentale de la 
zone du Briançonnais, dans une bande anticlinale houillère appar- 
tenant à un faisceau de plis qui va s'enfoncer sous le Flysch au 
Plan-de-Phazy après avoir fait apparaître un noyau de granité 
(type Pelvoux). Située plus à Test et absolument distincte du gise- 
ment de roches vertes de Réotier dont nous avons parlé dans des 
notes précédentes *, la miçrodiorite que nous signalons ici affleure 
non loin de la crête de la montagne qui longe la rive droite de la 
Durance, à peu près en face de la gare de Montdauphin et au 
nord-est du pont du chemin de fer. Elle est interstratifiée dans les 
grès houillers. L'identité de cette roche avec celles qui abondent 
dans le Houiller des environs de Briançon -, mérite d'être souli- 
gnée, car elle est ici très voisine d'un pointement de granité du 
type Pelvoux, dont on ne peut tectoniquement la séparer. 

Voici les diagnoses de ces roches : 

Roche érupUifc i>erte, entre Réotier et Champcella {préparation 
N^ 5^4) ^' — Miçrodiorite (indubitablement), dont les grands felds- 
paths sont kaolinisés et dont la hornblende est entièrement trans- 
formée en chlorite. La pâte est formée de petits cristaux feldspa- 
thiques et d'assez nombreux grains de quartz. 

Roche érnpfii^e du col du Raisin (préparations iV^" i-ti). — 
Miçrodiorite, type relativement basique, analogue, sinon identi- 
que, à celui de Chardonnet. Affleure en massifs interstratiûés de 
5 à 20 m. d'épaisseur ; on y a exploité de la galène. 

I . KiLiAN et Tkrmirr. Sur quelques roches éruptives des Alpes françaises. 
B. S. G. F., (3), XXIII, p. 3t)5. — Ii>. Note sur deux types pétrographiques, 
etc. /rf.,(3), XXVI, p. 357. 

'2. Tbrmiek et KiLiAN. Contributions à l'étude des microdiorites du Brian- 
çonnais. B. S G. F., (3), XXVI, p. 3^8. — Trrmibr. Sur le rattachement à 
une souche commune des roches intrusives du Houiller briançonnais. Ibid., 
(4), I, p 157. 1901. 

3. Les numéros mentionnés entre parenthèses se rapportent aux prépara- 
tions et aux échantillons conservés dans les collections de la Faculté des 
Sciences de Grenoble. 



SgO W. KILT AN ET P. TERMIER 3 Juin 

Roche éruptive du fond dn cirque du Raisin (préparations N^ i5 
et i6), — Microdiorite du même type, mais ici la roche est très 
altérée. 

Microdiorite du col du Raisin (préparations N"^ 223'22/f), — 
Même type. 

Microdiorite, entre Rochenoire et le col de Buffère (prépara- 
tions iV**" 2Q'3i). — Même type que celui du Chardonnet, sans 
aucune particularité intéressante. 

Roche interstratijiée dans le Houiller au nord-ouest du col de 
Buffère (préparations A^"» 264 et 2 55), — Microdiorite du type 
du Chardonnet. 

3. — MlCROGRANITE DE SeRRE-BaRBIN 

Cette roche est à peu près identique au microgranite des Gar- 
déolles, près Briançon, décrit en 1899 par Tun de nous *. 

Dans cette localité de Serre-Barbin, située sur la rive gauche de 
la Guisanne, en aval des Guibertes, on observe, près d'une galerie 
de mines creusée pour la recherche du mispickel, quatre filons- 
couches de microgranite, épais de i à 5 mètres et inclinés vers le 
sud-est. Ces (lions alternent régulièrement avec les bancs du terrain 
houiller. L'aspect de la roche est assez variable : on distingue des 
variétés euri tiques et des variétés fibreuses, étirées par le dynamo- 
métamorphisme, qui ont l'aspect de schistes quartziteux, La 
couleur est d'un gris clair. 

M. Termier a étudié plusieurs préparations du microgranite de 
Serre-Barbin ; voici le résultat de son examen : 

Microgranite de Serre-Barbin (préparations N"** i^ à 23). — 
Grands cristaux de quartz, de mica noir entièrement ehloritisé, de 
feldspath presque entièrement kaolinisé. Quelques sections telds- 
pathiques montrent encore les caractères d'un plagioclase très 
voisin de Valbite^ mais qui n'est probablement pas le plagioclase 
originel. Pâte excessivement fine, faite de quartz et d'orlhose. 

Quelques échantillons sont froissés et laminés avec large déve- 
loppement de mica blanc secondaire (à Toeil nu, aspect schistoïde 
et satiné). 

I. Termibr. Microgranites de la vallée de la Guisanne. B. S. G. F., (3), 

xxvn, 1». 399, 1899 



igOI GÉOLOGIE ORS ALPES FRANÇAISES SqI 



4. — Brèches et gneiss du glaciaire de la Matheysine 

Il existe non loin de la Mure (Isère), sur une langue de terre qui 
sépare le lac de Laiirey du lac de Petit-Chat, une série de gros 
blocs erratiques d'aspect bréchoîde et de provenance exacte incon- 
nue, qu'il a semblé intéressant de soumettre à un examen appro- 
fondi. D'après la disposition générale des dépôts glaciaires dans 
la région des lacs * , le glacier qui a pu amener ces blocs au point 
où on les trouve actuellement devait venir du nord (chaîne de 
Belledonne) et non, comme on le croyait, du sud (massif du Pel- 
voux). 

Voici la diagpiose de cette roche donnée par M. Termier : 

Brèches dans le Glaciaire, entre Laffrey et Petit-Chat {prépara- 
tion N^ 61 y). — Débris et blocs d'une aplite d'un blanc rosé, très 
alcaline (albite et orthose), et peu quartzeuse, d'un type analogue 
à celui du Pelvoux. Le ciment est de la sidérose ou de la calcite 
englobant dans sa cristallisation d'innombrables débris plus petits 
et comme une poussière de la môme roche et aussi de roches 
chloriteuses. 

Ces brèches sont des remplissages de fentes, failles et filons ; on 
peut les observer en beaucoup de points du Pelvoux et des Grandes 
Rousses. 

Sur le même plateau et dans la même traînée glaciaire, on 
trouve, près du lacî Mort, des fragments de gneiss ; M. Termier en 
a fait l'examen micrographique, qui l'a conduit au résultat sui- 
vant : 

Gneiss blanc. Glaciaire du lac Mort, laminé (préparation 
N^ 023). — « Ce type m'est inconnu, et je ne pense pas qu'il 
provienne du massif du Pelvoux. » 

B. — Matériaux pour l'étude des gabbros et de leur cortège 
de schistes cristallins dans le Queyras et dans le Briançonnais 

L'étude approfondie que l'un de nous a faite d'une partie du 
Queyras, en vue de l'établissement des feuilles « Aiguilles » ^ et 
« Larche » de la Carte géologique détaillée de la France lui a 
fourni l'occasion de porter son attention sur les « roches vertes » 

1. Voir à ce sujet : W. Kilian. Jiull, Serv. Carte géol. de Fr., N* 76(1900). 

2. W. Kiliun. Feuille Aiguilles, in C. R. des Collaboratenra. Bull. Serv. 
Carte géol. de France, N' 63, tome X, 1898, p. 7^5 (avec figures). 



Sga W. KILIAN ET p. TERMIER '3 Juio 

qui forment une série de massifs aux environs d'Abriés et qui 
appartiennent toutes au groupe des gabbros. 

Il lui a été possible d'observer ainsi une série de faits curieux 
qui peuvent se résumer comme suit : 

a) Les gabbros, qui constituent ici des masses énormes (Pelvas, 
Pnnta Gastaldi, Viso, etc.) traversées de Glonnets d'albite et d'épi- 
dote, sont intimement liés aux serpentines dont il est souvent 
impossible de les séparer sur la carte. Aux gabbros et à leurs 
variétés sont associés en outre des variolites, des diabases, des 
ophites et des schistes serpentineux. 

b) Plusieurs des massifs de roches éruptives du Queyras ont 
une structure nettement anticlinale que le laminage de la roche 
éruptive rend très visible ; ce fait est particulièrement net dans la 
crête qui court de la brèche Bouchet au col de Malaure, et qui pré- 
sente plusieurs plis isoclinaux de roches vertes au milieu des 
schistes lustrés (ftg. a). 

Cette disposition a été figurée par l'un de nous en 1898. 

c) La plupart de ces massifs, et notamment ceux dont la dispo- 

sition anticlinale est visi- 
ble, sont séparés des schis- 
tes lustrés environnants 
par une assise plus ou 
moins épaisse (3 à ao mè- 
tres) de marbres tabulai- 
res, parfois phylliteox 
( Pelvas , Bric - Boachet , 
Médille, Taillante, col 
Agnel, Valante) qui est, 
ainsi que l'avait déjà re- 
marqué Ch. Lory entre le 
sud de l'Echalp col Vieux et la Chalp (ou 
l'Ecbalp) , fréquemment 
SerpenUne ; Itc, Marbres coupée d'intercalations 
intrusions de gabbros ; répétées et de fllonnets 
de roches vertes * (lig. i). 

Les gabbros, souvent totalement ou partiellement transformés 
en serpentine, forment donc une série de pointemeiits anticlinaux, 
entouK's de marbres phylliteux, au milieu des schistes lustrés. On 
remarque dans ces massifs les types suivants : 

t. A la Taillante (près du lac Foréant) on observe plusieurs alternances 
de calcaires marbres et de gabbros laminés. 




- Coupe relevée au 
(Queyras). 
, Gabbros ; 
cristallins 
A, Rboulis ; v. Carrière de marbre. 



GEOLOGIE DES ALPES FHANÇA1SES 



393 




394 W. KILTAN ET P. TERM1ER 3 Juin 

i) Euphotide à diallage généralement plus ou moins ouralitisé 
ou épigénisé (trémolite, bastite, glaucophane), avec chlorite, épi- 
dote, albite secondaire et quartz (Villanova) ; 

2) Des roches schisteuses à zoïsite, sphène, actinote, chlorite, 
trémolite, glaucophane, séricite, épidote, parfois pyntifères (Bric- 
Bouchet), résultant de la transformation des gabbros ; 

3) Micaschiste à épidote, zoïsite, sphène, chlorite, séricite, 
orthose et quartz, provenant probablement de la recristallisation 
d'une roche éruptive. 

Les gabbros du Pelvas sont riches en fîlonnels de minéraux 
intéressants (anorthite, épidote, prehnite, zoïsite). 

An col Péas, M. Zûrcher a récolté de la serpentine compRcte vert 
.pâle, translucide sur les bords, dont l'aspect rappelle la jadéite. 

De ces observations, ainsi que de celles qui ont été faites au 
Mont-Genèvrc (W. Kilian, in C.-B, Ac. Se, 5 juillet 1897), ^^ 
peut conclure : 

a) Que les roches basiques du Queyras et du Briançonnais sont 
interstratiftées dans la partie inférieure des schistes lustrés et 
ont été injectées dans certains bancs calcaires (marbres phylliteux) 
qui accompagnent ces schistes ; 

b) Que ces roches étaient déjà consolidées lorsqu'ont eu lieu les 
mouvements alpins qui ont plissé les nappes éniptives (ou les 
laccolithes), au même titi'e que les couches sédimentaires. 

Ces faits sont très favorables à l'opinion des géologues qui con- 
sidèrent comme provenant d'une venue mésozoïque les roches 
vertes du massif du Mont-Genèvre. du Viso et du Queyras ; mais 
ils pourraient toutefois se concilier sans grandes diflicultés avec 
l'hypothèse de M. Steinmann, qui a émis l'idée que les éruptions 
semblables des Grisons dataient de l'époque éocène *. 

Ce que l'on peut allirmer néanmoins avec certitude, c'est que ces 
roches ne sont ni antérieures au Trias moyen, ni postérieures à 
V Eocène supérieur, ce qu'atteste du reste nettement le fait que les 
micaschistes qui en dérivent par laminage (voir plus bas) se rencon- 
trent en galets^ à Vétat remanié, dans les brèches du Flysch (Oli- 
gocène), en plusieurs points du Briançonnais ; elles sont à fortiori 
sûrement antérieures au principal plissement alpin.' 

Il est à remarquer que nulle part, dans les Alpes françaises, on 
ne connaît de filons qui puissent être considérés comme les chemi- 
nées d'émission de ces roches vertes. 

I. Stbinmann. Geologische Beobachtungen in den Alpen. Ber. d. Naiurf. 
GeaelUch. 5U Freiburg i. B. vol. X, N" 2, 1897. 



I9OI GEOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 395 

Dans la portion du Briançonnais connue sous le nom de 
c< massif du \tont-Genèvre x> il existe également des affleurements 
assez étendus de gabbros connus depuis longtemps et de réputa- 
tion classique. Quoique nous n'ayons rien d'important à ajouter à 
ce qui a été publié récemment sur les conditions de gisements et 
sur les relations des divers types éruptifs du Mont-Genèvre * — 
dont une monographie détaillée offrirait sans doute beaucoup 
d'intérêt, — on trouvera plus bas la description micrographiqne 
(faite par M. Termier) d'accidents intéressants de l'euphotide de 
ce massif, d'après des échantillons prélevés par l'un de nous 
(M, Kilian) sur des blocs erratiques, à i kilomètre environ à l'ouest 
de l'Hospice du Mont-Genèvre. 

Voici les résultats de l'examen micrographique (fait par M. 
Termier) de quelques-uns des types dont il vient d'être question. 

a. — Gabbros massifs 

I. Roche du mont PeUms - (préparation N^ 282). — Gabbro 
décomposé (euphotide) (fig. 3). 

A Vœil nu : roche à grands cristaux de diallage à reflets 
métalliques, se détachant sur un fond feldspathique vert clair. 

Le microscope ne montre plus que quelques cristaux de diallage 
en voie d'ouralitisation (trémolite) et d'hydratation (bastite). La 
plus grande partie de la roche (jadis feldspathique), est devenue 
un fouillis de lamelles de chlorite et d'aiguilles de zoîsite. On 

1. CoLB et Gkroory. The variolitic Rocks of Mont-Genèvre. Quart. Journ. 
Geol. Soc, mai 1890, t. X\I, p. 295. (La bibliof^raphie antérieure du Mont- 
Genèvre se trouve très complètement indiquée dans cet ouvrage). — W. 
Kilian. Sur un gisement de syénitc dans le massif du Mont-Genèvre. C. H. 
Ac .Se, 5 juillet 1897; il. H. des Collabot'ateura du Serv. de la Carte géol, 
de France pour igoo. — P. Tkhmikk. Livrel-Guide du Congrès géologique 
international, 1900. Excursion \I1I' . 

2. Le mont Pelvas (Paravns des Italiens) ou Bric-dT'rine est entièrement 
constitué, dans ses parties hautes, par une euphotide à grands cristaux 
de ftïldspaths blancs et belles lamelles de bronzite. Cette roche passe, par 
places, à une serpentine foncée et à des schistes serpentineux avec amiante 
soyeuse. En d^autres points, on voit Teuphotide transformée en une roche 
schisteuse d'un vert clair. De nombreux filonnets d'anorthite, d'épidote et 
de zoîsite avec prehnite traversent la roche. Sur le flanc méridional, le gabbro 
est nettement séparé de la masse des schistes lustrés par une bande de 
marbres phylliteux; une bande identique apparaît au nord de Pelvas, sous 
les éboulis. Le laccolithe éruptif du Pelvas de structure très analogue ù 
celui du Viso se continue sur territoire italien. 



396 



W. KILIAN ET P. TERMIER 



3 Juin 



aperçoit entre ces aiguilles un fond d'albite secondaire. Çà et là, 

un peu de quartz secondaire. 

La variété de zo'isite décrite en 1890 par M. Termier *, sous 

le nom de zoïsite sans disper- 
sion, est particulièrement fré- 
quente dans les schistes prove- 
nant de la métasomatose des 
gabbros. On sait que cette zoï- 
site doit être appelée zo'isite p, 
et qu'elle diffère de la zoïsite 
classique (zoïsite a) par la posi- 
tion du plan des axes optiques 
et par le sens de la dispersion. 
Il convient, du reste, d'ajouter 
que des (îlonnets, traversant les 
roches vertes du Pelvas, con- 
tiennent de la prehnite incoloi^e, 
de la zoïsite - et de Vépidote en 
grosses baguettes, et de ïalbite 
à la 7" An. en beaux et nom- 
breux cristaux. 




Fig. 3. — Coupe du mont Pelvas 
(versant nord). 

0, Gabbro et roches voisines (Prasi- 
nites, etc.) ; Itc, Marbres tabu- 
laires ; It, Schistes lustrés. 



2. Euphotide des blocs erratiques de Château-Quej'ras (pré- 
paration N"" 260), — Roche d'un veil foncé à grands cristaux 
bronzés et quelques cristaux feldspathiques blancs ; çà et là, des 
mouches de pyrite. 

Au microscope^ on reconnaît un gabbro décomposé : agrégat de 
grands cristaux de diallage partiellement épigénisés par du glauco- 
phane. Interstices remplis par un agi'égat pœcilitique de chlorite 
et d'épidote. Ces interstices correspondent vraisemblablement aux 
anciens feldspaths. 

Les blocs qui ont fourni cette roche viennent très pi*obablement 
du col de Péas. 

3. Euphotide altérée des blocs erratiques des environs de Guil- 
lestre (sortie du Queyras) (préparations A'^* 556 et 2 54)- — Cette 
roche contient des enclaves assez volumineuses de glaucophanite 
formant des taches noires bien visibles sur les blocs en^atiques 
(La Viste, près Guillestre). 

1 . Étude sur la constitution gcolog. du massif de la Vanoise. BiiU. de la 
Carte géolog de la France , N* 20, t. H, p. 398. 

2. Ces minéraux ont été étudiés par M. Termier (Bull, de la Soc. fran- 
çaise de Minéralogie, t. XXI et XXIII). 



igOI GÉOLOOIE DES ALPVS FRANÇAISES • 3q'J 

La roche elle-même est un agrégat g^nu de diallage ouralitisé, 
saussurite, hornblende brune et pyrite, avec veines et nids irrégu- 
liers de serpentine. Épidote et produits fibreux de transformation. 
La serpentine a donné naissance à de nombreux cristaux de horn- 
blende verte et à des aiguilles, [>arfois très longues, le plus souvent 
courtes et enchevêtrées, de trémolite. 

4. Roche recueillie à Saint -Véran (Que^ras) (préparation 
A'° 6 g 3). — Ëuphotide décomposée : veinules de calcite entourant 
des noyaux de serpentine fibreuse ou colloïde. 

Désignée dans le pays et exploitée comme marbre sous le nom 
d'Ophicalce. 

5. Parties noirâtres^ a délo gènes, formant des sortes d'enclaves 
au milieu de Veuplwtide du Mont-Genèvre (préparations N"^ 10^ 
ly et 20), — Échantillons prélevés par M. Kilian sur un bloc 
erratique de gal)bro à gi*ands cristaux, à i kil. de THospice, sur 
la route de Brian von. 

Gabbroporphyrite, c'est-à-dire forme hypo-abyssique du gabbro. 
Roche formée d'une pâte microlitique feldspathiqne arborisée 
englobant de grands cristaux corrodés de plagioclase. La pâte est 
holocristalline. Les fins microlithes de feldspath (a ndésine) sont dis- 
posés en rosettes, sphérolites, dendrites, etc. Entre eux, s obser- 
vent des grains de zoïsitc, plus i*arement d'épidote, et d'autres de 
chlorite et de serpentine provenant les uns et les autres de la 
décomposition d'un pyroxène. Le plagioclase de première consoli- 
dation est en partie saussuritisé, c'est-à-dire épigénisé par la zoîsite 
et r épidote : ce qui reste de matière feldspathiqne est du Labi^ador 
relativement acide. Nombreux nids et nombreuses veinules d'épi- 
dote et de zoîsite. La plaque X*" ao montre de nombreux indices de 
laminage. Dans la même plaque, on voit une région où la pâte se 
serpentinise : elle est alore envahie par une matière fibreuse dis- 
posée en houppes, et qui est probablement du chrysotile. 

6. Même provenance (préparation N*' ig). — Type ophitique de 
la gabbroporphyrite. On dirait un diabase. Lamelles très aplaties 
de feldspath andésine (en voie de saussuritisation) cimentées par 
de vastes plagias de diallage aux ti»ois quarts serpentinise. Nom- 
breux nids d'épidote et de zoîsite. 

7. Même provenance (préparations N"* 16 et 21). — Roches 
serpentinisées et zcolithisécs, provenant sans doute de types analo- 
gues aux précédents. Une matière serpentineuse verdâtre, isotrope, 
parfois chargée de petits grains d'épidote, forme des sortes de len- 



SgH W. KILIAX ET p. TERMIER 3 Juin 

tilles, ou mieux des poupées aux contours arrondis. Ces poupées 
sont englobées dans un feutrage de zéolithes variées où apparaît 
parfois (plaque N<> 16), comme un îlot, un témoin de la pâte à struc- 
ture arborisée des roches précédentes. La plaque N"2i montre des 
indices certains d'un violent laminage. Il y a de nombreux nids 
sphériques, remi)lis par de Tépidote et de la zoïsite. 

8 . Même provenance (préparation N"" 1 1). — Serpentine isotrope 
renfermant des grains bruns de sphène et des grains noirs d'ilmé- 
nite, et aussi des fragments anguleux de feldspath ayant échappé 
à la destruction générale. Gi'ains d'éj)idote et de zoïsite. Veinules 
d*albite et d'épidote. 

On a rimpression que ces préparations ont été prélevées non 
pas sur des enclaves de Teuphotide, mais sur une forme de bor- 
dure de cette même roche ( « Grenzfacies » ). Les structui^es 
porphyritiques et ophitiques sont tout à fait intéressantes et dans 
un état de conservation que Ton n'eût pas osé espérer. 

a\ — Autres roches voisines des gabbros 

9. Roche du Chenaillet (préparation N° 5 y 5), — Diabase à 
structure sphérolitique. Cette roche a la composition chimique 
d'un gabbro très feldspathique dont le pyroxène est entièrement 
chloritisc. Le feldspath actuel est de Tandésine, mais il y a très 
certainement un peu de décalcification. 

10. Roche du Chenaillet (préparation N° 682), — Diabase à 
ouralite. Cette roche ne diffère de la précédente que par un grain 
plus gros, une structure enchevêtrée (et non sphéi*olitique), et une 
moindre décalcification. L'ouralite, qui épigénise le pyroxène ori^ 
ginel, est elle-même en voie de transformation (chlorite). 

Ces deux roches, en somme, se rattachent au même magma 
gabbroïque, dont elles représentent des formes filoniennes ou 
hypo-abj'ssiques . 

b, — Gabbros schisteux et altérés 

Les types granitoïdes massifs des gabbros dont nous venons de 
donner quelques diagnoses passent manifestement, en une foule 
de points, à des roches laminées et schisteuses *, revêtant Taspect 

I. Les géologues italiens ont décrit en détails les types schisteux (serpen- 
tinoschistes, épidotites, zoîsitites, gastaldites, stéatitoschistes, prasinites, 
schistes lawsonitiques, amphibolites et chloritoschistes, etc., etc.) qui déii- 



igOI GÉOLOGIK DES ALPES FRANÇAISES 3y9 

de schistes et de gneiss chloriteux, et dont l'examen microscopi- 
que seul permet de reconnaître la nature éruptive. 

La série de ces roches comprend des types intéressants résultant, 
selon toute vraisemblance, de la transformation de gabbros et de 
roches éruptives basiques. Ils ressemblent à ceux que les géologues 
italiens ont décrits, sauf le n" a56(de Bobbio), qui est remarquable 
comme roche à zoïsite p. 

Il a semblé intéressant 4'en étudier quelques échantillons collec- 
tionnés par Tun de nous (M. Kilian) et qui ont fourni à l'autre 
(M. Termicr) les résultats suivants : 

II. Échantillon du mont Pelvas (préparation N^* 283). 

A Vœil nu, cette roche i^essembie à un quartzite verdàtre mou- 
cheté de blanc. 

Au microscope : gabbro décomposée renfermant encore beau- 
coup de diallage, épidote, zoîsite et chlorite envahissant tout le 
reste de la roche. Çà et là, un fond d*albite secondaire. La zoïsite 
est de la variété p. 

iQ. Roche du mont Pehas, accompagnant les gabbros (pré- 
paration N'' 2y3y 

A Vœil nu : roche d'un vert clair, à éléments non distincts, 
d'aspect fibreux. 

Au microscope : roche schisteuse à chlorite, zoîsite et sphène. 
Un peu d'actinote. 

Origine incertaine, probablement roche éruptive décomposée. 

i3. Id. (préparation N^ 2 y 3^^*), — Roche plus compacte, à 
gi*ains très fins, formés de zoïsite, chlorite, actinote et sphène. 

14. Roche de Villanova (Piémont) (préparation A" 56^^- 

A tœil nu : apparence d un schiste chloriteux vert, moucheté de 
taches grisâtres. 

Au microscope : roche à actinote, chlorite, zoïsite, épidote, 
albite et sphène. 

Résulte de la transformation d'une roche basique. 

La roche de Yillanova est également associée à des serpentines 
et en relation avec les schistes lustrés. 

i5 Echantillon de même provenance (Villanova) (préparation 
A^° 264^^"). — Roche analogue et de même origine : grenat, chlorite, 

vent par métuiuorphisiiie des roches vertes (i^abbros et diatiases) intercalées 
dans les schistes lustrés. Voir les travaux de MM. Novarese {BoU. H. Corn, 
grol., 1895, N** j), Fraiiclii, etc. 



4oO W. KILIAN ET P. TERMifiR 3 JlUQ 

actinote, albite, quartz. La chlorite est ici notablement biréfrin- 
gente. 

Type intéressant ; sans doute gabbro transformé. Cette roche 
est d'un vert foncé et un peu schisteuse à l'œil nu. 

17. Roche associée aux gahhros du Bric-Bouchei (préparation 
N^ 285). — Fouillis d'aiguilles d actinote, extrêmement fines, 
avec grains d'épidote très nombreux et quelques grains de sphène. 

Probablement même origine que la suivante (N® 284). 

18. Roche du Bric-Bouchet (préparation N^ 284)- 

A Vœil nu : roche d'un vert foncé, à éléments peu distincts, légè- 
rement schisteuse, avec filonnets d'un vert plus clair, jaunâtre. 

Au microscope j on reconnaît : épidote, glaucophane, chlorite, 
un peu de sphène. Fond général d'albite secondaire. C'est proba- 
blement une roche éruptive basique, entièrement recristallisée. 

19. Echantillon recueilli en amont de Bobbio (Piémont) (pré- 
paration A'** 206), — Roche schisteuse formée, pour la plus 
grande partie, de zoïsite fi et d'albite, avec un feutrage plus ou 
moins serré de lamelles de Irémolite et une j)etite quantité de 
séricite. La zoïsite, qui est du type spécial dont il a été parlé plus 
haut, contient quelques grains de zoïsite ordinaire et des grains 
très rares d'épidote. L'albite est irrégulièrement répartie. C'est 
elle qui forme les taches blanches, bien visibles dans la cassure de 
la roche. La densité moyenne de la roche est d'environ 2.85, A 
remarquer Tabsence absolue du (juartz. 

C'est un type très cuneux de gabbro (ou de roche analogue aux 
gabbros) entièrement recristallisé. 

20 . Roche recueillie au Bric-Bouchet, accompagnant les gab- 
bros (préparation N^ ^79)» — Schiste soyeux, très gaufré, d'un 
blanc veixiAtre luisant, au toucher gras. 

Au microscope : schiste pyritifère à zones alternées de chlorite 
et de trémolite. Dans toutes les zones, traînées de petits sphènes. 
Dans les zones de trémolite, surtout dans leur partie médiane, il 
y a un feutrage de séricite. 

Tous les cristaux sont excessivement fins. Ce type de roche 
verte est peu commun. 

21. Roche de même provenance (préparation A^° 263). — Ser- 
pentine d'un vert foncé ; provient sans doute de la transformation 
d'un gabbro. 

22. Echantillon de même origine {préparation N° 263^**). — 
Roche à épidote, chlorite, albite et glaucophane. 



I9OI GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4^1 

23. Roche verte recueillie dans le Glaciaire, près Virieu-le- 
Grand (Ain) (préparation iV" 634)» — Roche entièrement trans- 
formée en un fouillis cristallisé de glaucophane, chlorite, zoîsite 
et sphène. 

Provient sans nul doute du Permien métamorphique de la Haute- 
Maurienne ou de la Haute-Tarentaise, plus probablement de la 
Haute-Maurienne (Yillarodin ou Entre-Deux-Eaux). 

C*est un bon échantillon minéralogique de glaucophane et un 
bon échantillon pétrographique de prasinite. 

a4. Schiste serpentineux de Combe-Brémond, vallée de FUbaye 
(Basses-Alpes) (préparation A'" 5 g 2). — Poussière de sphène et 
d*épidote et feutrage d*aiguilles orientées de mica blanc. Ces 
aiguilles sont excessivement fines. Peu de quartz visible, en 
plages très petites et très confuses. 

Un peu (très peu) de serpentine. Schiste métamorphique associé 

aux schistes lustrés et aux serpentines. 

> 

Il convient d*étudier, à la suite des gabbros et de leurs modifi- 
cations , des micaschistes et des roches cristallines d'un type 
spécial dont l'âge et la nature ont été pendant quelque temps un 
problème et dont les rapports avec les euphotides et les « roches 
vertes » n*ont été précisés que depuis peu. En 1898, l'un de nous 
(M. Kilian) découvrit à TAlpet et près du col de la Lauze S au nord 
du col du Mont-Genèvre, des schistes cristallins d'une nature parti- 
culière^ qu'il n'hésita pas à reconnaître comme étant identiques à 
une partie des roches dont M. Termier ^ avait, peu auparavant, 
signalé l'existence dans les massifs de l'Eychauda et de Serre- 
Chevalier, et que ce savant était porté à considérer comme des 
micaschistes d'dge tertiaire. Au col de la Lauze, ces schistes se 
montrent interstratifiés dans des schistes calcaires fort analogues 
aux schistes lustrés et accompagnés de inarbres cristallins tabu- 
laires et bleutés, identiques à ceux qui existaient dans le voisinage 
des affleurements de serpentines et de gabbros. A la suite de ces 
constatations, l'un de nous (M. Kilian) écrivait, en 1899 (Compte- 
Rendu des Collaborateurs in Bull. Serv. Carte géol. de France, 
N*> 69, t. X, p. ïo5) : <c Ce sont des amygdales de roches éruptives 

1. C. B. Ac. Scj 7 nov. 1898. 

'2. Tbrmibr. Sur les terrains cristallins d*âge probablement tertiaire des 
montagnes de 1 Eychauda, etc. B. 5. G. F., (3), XXIU, p. 572 (iSgS). 

la Octobre 1901. — T. r^. Bull. Soc. Géol. Fr. — îi6 



4oa W. KILIAN ET P. TKRMIER 3 Juin 

laminées, exactement comme le sont les intercalations de « roches 
vertes » (schistes à actinote, zoïsite, etc. . ., prasinites et amphibo- 
lites) du Queyras et du Piémont. Les masses éruptives existaient 
avant le plissement principal de la région et ce n'est que par le 
dynamométamorphisme qu'elles ont été transformées en schistes. » 

Des schistes analogues se continuent dans le vallon de la Baisse ^ 
jusqu'au pied ouest du Chaberton, où ils constituent un bon type 
de prasinite. — Peu après, M. Kilian découvrit, au sud de Brian- 
çon (au col Tronchet et à Villargaudin) deux autres affleure- 
ments de ces micaschistes, toujours interstratiûés dans les schistes 
lustrés et en rapport avec des marbres cristallins. Au col Tron- 
chet, les micaschistes passent même par places à une çéritable 
Qariolite étirée dont la structure est encore bien reconnaissable. 

On verra par les diagnoses qui suivent et qui sont dues à la 
compétence spéciale de M. Termier, que V examen microscopique 
a confirmé^ en grande partie, les conclusions énoncées plus haut 
par M. Kilian. L'identité des roches cristallines du col Tronchet 
et des r(»ches cristallines du Mont-Genèvre peut être considérée 
comme prouvée ; les schistes cristallins de l'Alpet, du col Tronchet, 
de Prorel, de Serre-Chevalier -, de TEychauda, sont de l'avis même 
de M. Termier, soit des schistes argileux métamorphisés par l'in- 
trusion des gabbros, soit des gabhros recristallisés. Les gabbros 
ne sont abondants qu'au Mont-Genèvre, au Chaberton, et au col 
Tronchet ; dans les autres gisements cristallins, ils sont beaucoup 
plus rares, et, ce qui domine, c'est leur auréole, formée de schistes 
argileux modifiés et transformés en coméennes (homfels) par l'in- 
trusion éruptive voisine, puis laminés après ledit métamorphisme. 

Voici les diagnoses de quelques-unes de ces roches, établies 
par M. Termier : 

qS. Roche dure d'aspect compact, associée aux micaschistes de 
VAlpet (préparations TV^" 23 y à a 4 4)' — C'est une coméenne 
nettement orientée, schisteuse, à cassure esquilleuse et à esquilles 
translucides. Le microscope y montre des lits quartzeux, et d'autres 
quartzo-sériciteux ou quartzo-chloriteux, alternant ensemble. Le 
grain est très fin. Il n'y a plus de feldspath dans la roche ; mais 

I . MM. Cole et Gregory avaient signalé, sous le nom de Greenstone Schists, 
des roches analogues affleurant dans le massif du Chaberton. 

a. M. Termier a toutefois excepté de cette conclusion un lambeau de 
gneiss analogue aux gneiss de la Levanna qu'il considère comme anté- 
triasique. Ce lambeau affleure à la montagne de Serre-Chevalier, à l*ouest 
de Briançon. 



I9OI GEOLOGIE Ï>ES ALPES FRANÇAISES 4^3 

il se pourrait fort bien qu'une partie du mica blanc résultât 
de récrasement, du laminage et de la transformation chimique 
d*un feldspath alcalin originel. Il y a même des raisons pour 
qu'il en soit ainsi : Mais ces raisons ne sont pas décisives. 

M. Termier ajoute : « Je ne crois pas qu'une semblable roche 
<x ait jamais été une roche éruptive. Elle est trop quartzeuse pour 
« cela. Mais je crois qu'il faut l'attribuer à un schiste ai^leux 
« originel modifié et transformé en coméenne (homfels) par 
« l'intrusion voisine d'une roche éruptive (laquelle peut très bien 
« avoir été basique) puis laminé encore après ledit métamor- 
ii phisme. » 

q6. Roche oerte, oallon de la Baisse ^ pied ouest de Chaberton 
(préparation N"* 228). — Prasinite à glaucophane. Agrégat schis- 
teux, orienté, de glaucophane, épidote, chlorite, sphène, albite, 
quartz. Le grain est très un. 

Probablement gabbro laminé et recristallisé après laminage. Ce 
type est fréquent dans les piètre Qerdi italiennes. On le retrouve 
à la Yanoise, parmi les roches que j'ai (M. Termier) appelées amphi- 
bolites à glaucophane et glaucophanites. Ici nous avons un type 
parfait de prasinite, 

27. Micaschistes du col Tronchet (préparations N^ 22g, 23o^ 
23 1). — Schistes à quartz, chlorite et mica blanc, largement 
cristallisé, sans feldspath. Ce type est banal. On le rencontre fré- 
quemment à Serre- Chevalier. M. Termier ajoute : « C'est de ces 
« schistes là, ou de schistes analogues que je ne crois pas qu'on 
« puisse dire qu'ils ont été jadis des roches éruptives. Or ces 
<x schistes forment la grande masse des lambeaux cristallins de 
« Serre-Chevalier et de l'Eychauda ; ceci vous explique que je me 
« sois élevé contre votre idée d'attribuer tous ces terrains cris- 
« tallins à des roches éruptives laminées. Mais je crois de plus 
« en plus que ce sont des schistes argileux rendus cristallins, 
« avant tout métamorphisme dynamique, par l'influence calori- 
« fique et chimique émanée d'une roche profonde. » 

a8. Micaschiste du col Tronchet (préparations N^^ 226^ 226, 
2 2 y), — Même roche que ci-dessus, mais d'un grain plus fin, 
quartz, chlorite, séricite, petits sphènes, petits grains d'ilménite. 

29. Micaschistes de Villargaudin (préparations iV^" 24^ à 248). 
— Schistes quartzo-sériciteux à grain très fin, sans chlorite ni 
feldspath (sauf de très petits et très rares grains d'albite). C'est le 
type le plus répandu dans le lambeau Prorel-Serre-Chevalier. On le 
retrouve dans tous les pays de micaschistes, quelle que soit l'origine 



4o4 W. KILIAX ET P. TERMIËR 3 Juin 

de la cristallinité : mais la ressemblance, quant à la structure, est 
surtout avec des cornéennes (homkieselschiefer), sauf que dans les 
coméennes classiques qui proviennent de Tinfluence du granité, le 
mica noir joue un rôle prépondérant. 

« Il y a lieu d'insister sur la faible teneur de ces micaschistes en 
fer et magnésie. Ceci ne prouve point que la cristallinité ne soit 
pas attribuable à Tinfluence du gabbro. Il a pu n'y avoir ici qu'une 
influence calorifique, et d'ailleurs chacun sait que les roches basi- 
ques peuvent être accompagnées de fumerolles riches en silicium 
et en métaux alcalins. )> 

3o. VarioUte dans les micaschistes du col Tronche t. 

M. Termier écrit au sujet de cette roche : a Je ne doute pas qu'il 
ne s'agisse ici de la variolite de la Durance ; mais elle est fort 
altérée. C'est un agrégat confus de petits prismes d'épidote, de 
lamelles de chlorite et de grains de quartz entourant des globules 
presque entièrement quartzifères où l'on ne trouve rien du sphéro- 
lite originel, si ce n'est la forme sphériquc. 

« L'échantillon nen est pas moins intéressant. Il prouve, je 
crois ^ sans conteste possible, F identité des roches cristallines du 
col Tronchet et des roches cristallines du Mont-Genèvre, 

« En rapprochant cette donnée de celles que j'ai déjà, j'arrive 
à cette idée que les schistes cristallins de l'Alpet, du col Tronchet, 
de Proi*el, de Serre-Chevalier, de l'Eychauda sont, pour la plupart 
des schistes argileux métamorphisés par l'intrusion des gabbros. 
Le gabbro lui-même apparaîtrait au Mont-Genèvre, au Chaberton, 
au col Tronchet : dans les autres gisements cristallins, il serait 
beaucoup plus rare et ce que nous voyons ne serait guère que 
son auréole. » 

C. — Contributions à la connaissance des schistes lustrés 

du Briançonnais et du Queyras 

Les schistes lustrés (calcschistes, schistes calcaréo-talqueux) qui 
ont, dans les Alpes du Piémont, un développement si considérable, 
pénètrent sur le territoire français au Mont-Gencvre et dans le sud 
du Briançonnais, où ils occupent la plus gi'andc partie du Haut- 
Queyras; ils ont une teinte grisâtre, noirâtre, parfois brunâtre, un 
aspect à la fois fibreux et lustré, et se montrent formés d'une 
association de calcite et de quartz avec mica blanc, chlorite, ilmé- 
nite, rutile, etc. De petits bancs (dalles) de calcaires cristallins 
noirâtres y sont intercalés à plusieurs niveaux. Leur épaisseur. 



igOI GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4^ 

assurément énorme, semble plus considérable encore par suite de 
la structure isoclinale qui règne dans la région. — Ils renferment, 
près de Césanne, des bancs siliceux à Radiolaires et des schistes 
versicolores. 

Il semble possible d'y distinguer deux subdivisions ; c'est ainsi 
que les schistes lustrés du Gondran, près Briançon, présentent, 
comme Tun de nous l'a signalé il y a quelques années déjà ^ deux 
types bien distincts, quoiqu'il soit presqu'impossible de les déli- 
miter rigoureusement. 

a) Des schistes calcaires, avec bancs de calcaires parfois 
siliceux, zones lie-de-vin et verdâtres, rappelant les schistes 
lustrés de Césanne avec leurs accidents siliceux à Radiolaires. 

A Maurin, dans la vallée de l'Ubaye, comme à Césanne et au 
Mont-Genèvre (Rocher de la Perdrix, près du Gondran, Rocher du 
Renard, Rocher des Douaniers, près du col Bousson), on voit en 
outre apparaître, dans les schistes lustrés inférieurs, au voisinage 
de la serpentine, des schistes calcarifères rouges et verts, parfois 
injectés de serpentine, ou influencés par son voisinage, et alternant 
avec des lits de calcaires phylliteux, souvent marbreux. 

A cette portion inférieure des schistes lustrés, nous croyons 
également devoir rattacher un ensemble de schistes calcaires gris, 
de marbres zones, de bancs qaartzeux versicoloi*es, avoisinant les 
serpentines et les calcaires triasiques sous-jacents, dont Tâge exact 
est incertain, et qui ont été désignés par une teinte spéciale et le 
symbole T sur la feuille Briançon de la carte géologique de France. 

C'est encore au complexe des schistes lustrés qu'appartiennent 
des assises de marbres cristallins zones qui entourent les gabbros 
du mont Pelvas, de Taillante, de Médille, etc. On les observe 
également au contact de la serpentine et des gabbros, à la Chalp, 
dans le Haut-Queyras, où Ch. Lory les avait déjà remarqués et où 
ils sont exploités dans une carrière. Ils existent aussi entre le 
Bric-Bouchet et le col de Malaure (fig. a). 

On les retrouve au col Tronchet, près Brunissard, où ils 
séparent les schistes lustrés typiques d'une bande de variolite 
laminée et de micaschistes d'origine éruptive (v. plus haut). 

Eniin, au nord du Mont-Genèvre, au col de la Lauze, près de 
l'Alpet, les mêmes marbres se montrent au milieu des schistes, 
dans le voisinage même d'intercalations de micaschistes dérivant 
des roches éruptives basiques. 

Dans tous ces gisements, les caractères de ces marbres zones 

I. C. R, Ac. Se, y 5 juillet 1897. — W. Kilian. Sur un gisement de syénite 
dans le massif du Mont-Genèvre (Hautes-Alpes). 



4o6 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Jllin 

restent les mêmes : ce sont des marbres tabulaires, et des calcaires 
phylliteux formés de calcite cristalline avec rutile, séricite, un peu 
de quartz, se débitant en dalles d'un aspect cireux, et présentant 
des colorations variées, souvent grises ou jaunâtres. 

Dans le Queyras, ils affleurent dans les anticlinaux dont le 
noyau est occupé par les gabbros au Bric-Bouchet, au Pelvas et 
près de la Chalp (exploitations) (fig. i et a) ; sur le flanc de la 
montagne de Rochebrune, ces couches sont plus schisteuses et 
prennent un faciès très analogue à celui des schistes lustrés. Elles 
supportent là les calcaires triasiques par suite d'un renversement 
des couches dû au refoulement vers Test d un vaste anticlinal tria- 
sique. Dans la Haute-Ubaye, M. Marcel Bertrand et Tun de nous 
les ont observées à la base des schistes lustrés. 

b) La portion supérieure de Tétage schisteux est formée de 
schistes plus fins, plus argileux, avec bancs de grès micacés et lits 
de calcaire siliceux à patine brune et scoriacée, présentant une 
grande analogie avec le Flysch, dont M. Termier est tenté de les 
rapprocher. Ces schistes forment la partie ouest du plateau de 
Gondran. On les retrouve à Villargaudin, près de Château-Queyras, 
où ils contrastent également avec les schistes lustrés proprement 
dits, plus calcaires, du ravin de Soulier et du Haut-Queyras. Ils 
sont peut-être tertiaires, mais rien, en dehors de leur aspect litho- 
logique, ne permet de le prouver : « leur aspect est identique à 
celui du Flysch de Prorel » * : schistes satinés, avec rares interca- 
lations calcaires et nombreux lits de quartzites bruns. Malgré ces 
caractères assez spéciaux, il ne semble pas cependant possible de 
tracer une limite précise entre ces schistes et les schistes lustrés 
ordinaires que nous venons de décrire. 

Cette division supérieure mérite défaire l'objet d'études appro- 
fondies. 

La position stratigraphique de Tensemble schisteux qui vient 
d'être décrit a donné lieu à de longues discussions -. 

I . Tbrmibr in Notice Feuille Briançon. Carte géol. de France, 1900. 

a. Les schistes lustrés (calcschistes) de la zone du Piémont ont été tour à 
tour placés dans le Trias (Ch. Lory), dans le Paléozoïque et le Prépaléozolque 
[MM. Gastaldi, Zaccaf^na. (Ils ont été décrits comme prépaléozolques par 
M. Zaccag^a, et seulement comme précarbonifères par M. Franchi, qui a du 
reste depuis lors modifié son opinion. Puis M. Novarese a admis la possibilité 
de trouver des fossiles dans les lentilles calcaires intercalées dans les calc- 
schistes « schistes lustrés» de la vallée du Pellice), Potier, M. Bertrand, Kilian, 
Termier, Gregory], puis considérés de nouveau comme triasiques et même 
peut-être liasiques, par M. Marcel Bertrand, alors que M. Steinmann va, dans 



I9OI GROLOGIE DES AXPES FRANÇAISES fyyj 

Il résulte des observations de Tun de nous que les schistes lustrés 
du Queyras * ,»avec leur cortège de marbres tabulaires et de roches 

les Grisons, jusqa'à en faire partiellement du Tertiaire, et que les seuls fossiles 
qui y aient été rencontrés jusqu'à ces dernières années sont des Radio- 
laires sans signification stratigraphique précise, découverts à Césanne, par 
M. Parona. 

Après avoir, en 1899, avec MM. Zaccagna, M. Bertrand, Potier, etc..., décrit 
les schistes lustrés de la Haute-Ubaye comme antérieurs au Carbonifère, j'ai 
longtemps hésité à admettre que les conclusions auxquelles s'est arrêté en 
dernier lieu, et à la suite de recherches minutieuses, M. Marcel Bertrand, 
s'appliquassent aux schistes du Queyras et de la Haute-Ubaye. Jusqu'en 1897, 
je croyais en eifet que Tâge triasico-lîasique attribué par ce dernier aux 
schistes lustrés ne devait être admis comme certain que pour une partie des 
couches ainsi désignées, et j'admettais, notamment pour les types du Queyras, 
la possibilité d'une ancienneté plus grande. Je me suis fait depuis un devoir 
et un plaisir de déclarer que les résultats consignés ci-après m'ont délinitive- 
ment rallié à la manière de voir de M. M. Bertrand, et que je considère comme 
acquise la preuve que les schistes lustrés de la H^«-Ubaye, aussi bien que ceux 
du Queyras, du Mont-Genèvre, de la Maurienne et de la Tarentaise sont posté- 
rieurs au Trias inférieur et, probablement, pour une grande partie liasiques. 

Il est utile de remarquer que cette interprétation de l'âge des schistes 
lustrés, tout en se rapprochant beaucoup de celle à laquelle s'était arrêté 
Ch. Lory, en ditlèrc cependant profondément en ce sens que, pour ce 
dernier, les schistes lustrés étant triasiques, étaient considérés comme plus 
anciens que les calcaires magnésiens de Rochebrune, Chàteau-Queyras et 
Hriançon, qu'il mettait dans le Lias, tandis que, dans notre manière de voir, 
les schistes lustrés sont pius récents que les calcaires mentionnés plus haut, 
ces derniers devant incontestablement, ainsi qu'une grande partie des cal- 
caires du Briançonnais, être attribués au Trias. 

Les schistes lustrés (calcschistes) ont fait l'objet de la part de nos 
confrères italiens de nombreuses publications parmi lesquelles il convient 
de citer celles de MM. Gastaldi, Zaccagna, Mattirolo, Portis, Franchi et G. 
de Stcfano, Stella, Virgilio. 

M. Franchi notamment, a publié en 1898 (Bull, R, Comit, geol. d'Italia) un 
très intéressant historique des diverses opinions émises depuis le milieu du 
siècle au sujet de cette importante formation. Nous renvoyons le lecteur à son 
mémoire ainsi qu'aux résultats nouveaux qu'il a apportés en faveur de l'attri- 
bution de ces schistes au Trias et au Lias. M. Franchi a découvert en Italie, 
dans les schistes lustrés et dans les calcaires qui leur sont subordonnés en un 
certain nombre de points, des fossiles qui rendent leur âge mésozolque incon- 
testable. D'après les détails précieux recueillis par ce savant, beaucoup de 
ces faunes sont triasiques, notamment celles qu'ont fournies les calcaires 
auxquels les schistes lustrés passent insensiblement par la base. Dans les 
schistes eux-mêmes, M. Franchi signale des lentilles de brèches qui rappellent 
nos brèches liasiques (brèches du Télégraphe); il mentionne aussi des schistes 
à Bélemnites; de sorte qu'il est probable qu'une notable portion des schistes 
lustrés appartient au Lias. 

(Franchi. SulT eta mesozoîca délia Zona délie piètre verdi nellc Alpi occi- 
dentali. Boll. del H. Comiiato geol. dUtalia, 1898-1900). W. Kilian. 

I. Bull. Serv. Carte géol. de France, N* 63, t. X, p. i35, 1898-1899. 




4o8 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Juin 

vertes, ont, àTouest, comme substratum, les calcaires dolomitiques 
dits « calcaires à Gyroporelles » du Trias * (sous lesquels ils semblent 
souvent s'enfoncer par l'effet de dislocations que nous avons décrites 

avec M. Zûrcher), alors qu'à 
•* . "^- . ^ l'est (vallée du Pellice, Haute- 

cot Froma^v Ubayc), ils vout s'appuyer 

/^rz/ev * SS^^- ®^^ ^^ système de grès, de 

'^ \ >^v\v^^^ . quartzites et de schistes 

(gneiss et micaschistes des 
Italiens) probablement per- 
mo-carbonifères et compre- 
nant peut-être aussi les quart- 

, , . zites du Trias inférieur. 

Fiir. 4* — Coupe relevée au sud-est -, 

de MoUnes (Queyras). ^ ^^t a remarquer en outre 

^ , . ^ , que, partout où ils existent, 

cuti. Calcaires tnasiques ; G-v. Gypses , . ... i^^^v 

triasiques ; U, Schistes lustrés. ^^^ ^^^^« «^^^^^« ^««^''^^ («) 

du type classique succèdent 
immédiatement aux cargneulcs ou aux calcaires triasiques ^ sans 
interposition de marbres jurassiques supérieurs ; ce fait est parti- 
culièrement net à Ghâteau-Queyras où les rapports des schistes et 
des calcaires sont faciles à étudier (v. G. R. des collaborateurs, 
pour 1897, ^^ Bull. Serv. carte géolog., t. X, u9 63 (1898); aote de 
MM. Kilian et Zûrcher). Il en est de même dans le Briançonnais, 
où quand ils apparaissent, les autres faciès (Trias supérieur, Lias, 
Malm et marbres ËJ de la feuille Briançon de la Garte géologique 
de France), semblent s'évanouir, « comme si le faciès a schistes 

I . Dans les environs de Château-Queyras, la succession des assises est la 
suivante, de bas en haut (Ûg. 4) : 

I . Quartzites du Trias inférieur. 

a. Mince assise de cargneules et de calcaires phylliteux. 

3. Calcaires triasiques du type ordinaire (puissants). 

4. Gypses. 

5. Schistes lustrés du type normal avec bancs marbreux. 

6. Schistes lustrés supérieurs de Yiliargaudin. 

Pour les environs de Château-Queyras, consulter en outre : M. Bbrtrand. 
B. S, G. F., (3), XXn, p. 154, 1894. — W. Kilian et P. Tbrmier. Sur quelques 
roches éruptives des Alpes françaises. B. S, G. F., (3), XXIII, 1895, p. 400. — 
W. Kilian et Ph. ZOrchbr. C. R. Collab. Serv. carte géol. de France, in Bull, 
Serv. Carte géol. de France , N» 63, t. X, 1898, p. i44» — W. Kilian. Id., id., 
p. i35. 

a. Près de Maurin (Basses-Alpes), dans le vallon de Mary (côté sud), au 
col Girardin, etc., ou voit très bien la partie supérieure des calcaires tria- 
siques prendre une structure schisteuse et passer insensiblement aux schistes 
lustrés. 



igOI GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4^ 

lustrés » s*étendait à toute la série sédimentaire, depuis le Trias 
moyen jusqu'à l'Oligocène » *. 

La conclusion qui s'impose est de considérer les schistes lustrés 
comme représentant tout au moins le Trias supérieur et le Lias, sur- 
tout si Ton considère que l'on peut voir en certains points de nos 
Alpes (Bonneval-les-Bains, Moutiers en Tarentaise) des assises 
incontestablement liasiques prendre le faciès « lustré » et la struc- 
ture des schistes du Queyras. Les laccolithes de roches vertes 
(gabbros, etc.), les marbres tabulaires et phylliteux et les schistes 
siliceux versicolores appartiennent à la base de ce complexe schis- 
teux, ainsi que le montre leur présence constante dans Taxe des 
anticlinaux . 

Voici quelques analyses micrographiques ^ se rapportant aux 
schistes lustrés et à leur cortège de marbres, de schistes siliceux, etc. 

a. — Schistes et couches diverses intercalées dans les schistes 

I . A Césanne, des bancs siliceux, sortes de quartzites à ciment 
calcaire, sont intercalés dans ces schistes sur le chemin de Bousson. 

Nous en avons fait faire plusieurs préparations (n^ 694» ^89, 600) 
qui montrent au microscope une association de plages cristallines 
de quartz et de calcite. Cette dernière domine parfois et forme des 
filonnets. Dans plusieurs échantillons (n*»" G. 60a, G. 600, 682, etc.) 
on distingue, malgré la cristallinité, des traces de structure orga- 
nique sous la forme d'une série de glomérules et de petites taches 
circulaires. 

A Vœil nu : roche schisteuse à surface lustrée, verte ou lie-de- 
vin : tranche d'un brun grisâtre, ou noirâtre, d'aspect subcristal- 
lin, avec mouchetures de chalcopyrite et de malachite. 

Ces intercala tions, malgré leur teneur en silice, font efferves- 
cence avec les acides. 

On sait que c'est dans des bancs analogues, affleurant également 
près de Césanne, que M. Parona a découvert une faune de Radio- 
laires dont il a fait connaître les principales formes. Malgré un 
examen attentif nous n'avons pu, dans nos échantillons, rien 
découvrir qui rappelle des Radiolaires. 

a. Echantillon prélevé dans le voisinage de la serpentine, près 
de Césanne (Italie) sur le chemin de Bousson (préparation N^ 682). 

1. KiUAN et Tbrmibr. Notice de la feuille Briançon de la Carte ^ol. de 
France, 1901. 

2. Dues pour la plupart à M. Termier. 



4lO W. KH.ÎAN ET P. TERMIER 3 Juill 

— Schiste lie-de-vin. ou verdltre par place, faisant effervescence 
sur la tranche ; le microscope montre des grains de quartzite et 
de quartz et permet en outre de reconnaître une structure organi- 
que bien certaine : suite de canaux et de lacunes pouvant provenir 
d'un Polypier ou d'un Hydrozoaire et assez analogues à ce que 
l'on observe dans les galets de Jurassique supérieur rose renfer- 
més dans les conglomérats éogènes du massif de TEychauda. Des 
matières amorphes verdâtres, rougeàtres et noirâtres, sont dissé- 
minées dans la roche. 

3. Intercalation siliceuse dans les schistes lustrés. Césanne 
(préparations N°* 554 ^^ 556). — Quartzite fin, avec un peu 
d'orthose et de nombreux filonnets de calcite. Nids de calcite, 
souvent rhomboédnques, au milieu de la masse quartzeuse. 

4. Id. (préparation N" 5 y y). — Marbre avec plusieurs noyaux 
ou galets d*une serpentine à péridot. 

5. Id. Calcschiste de Césanne (préparation iV^ G. 58g). — 
Roche rubannée, faisant effervescence avec les acides, mais présen- 
tant des zones siliceuses et des mouches de chalcopyrite et de 
malachite. — Teinte d'un brun grisâtre sur la tranche ; verte 
et lie-de-vin sur les surfaces schisteuses, qui sont lustrées. 

Au microscope : mosaïque de quartz lin et de calcite cristalline, 
cette dernière formant des filonnets. Un peu de pyrite. — Zones 
phylliteuses excessivement minces. Traces de structure organique. 

• 

6. Schistes de Césanne (préparation iV° 5gg). — Cette roche 
est formée de quartz en petits grains irrégaliers parmi lesquels on 
trouve, formant région, des grains beaucoup plus gros. La roche est 
criblée d'une multitude de grains d'oligiste opaques ou transpa- 
rents (dans ce cas de couleur brune), qui sont souvent disposés en 
files dans un cristal de quartz. Quelques lamelles clairsemées de 
chlorite verte polychroïque ; puis dans les cassures, hématite et 
produits ferrugineux. — (Diagnose de M. Duparc). 

7. Intercalations dans les schistes lustrés. Césanne (Italie). 
Roche çerte et i^iolette (préparation N"" G. 600). — Fait efferves- 
cence avec les acides. Au microscope : roche très cristalline à 
grandes plages et grumeaux de calcite. On distingue des traces 
d'organismes (Polypiers ?) sous la forme de glomérules qui parais- 
sent représenter des loges circulaires ; au milieu une sorte de 
réseau visible malgré la cristallinité (recristallisation) de l'ensem- 
ble. Ces traces organiques rapijellent celles qui s'observent dans 
certains marbres roses du Jurassique supérieur briançonnais. 



igOI GEOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4ll 

8. Schiste de Césanne (çert et oiolei) (préparation iV*» G. 602). 
— Quartzite recristallisé, quartz grenu fin ; zones plus grossières ; 
zones souillées de produits ferrugineux. Très peu de chlorite, un 
peu de calcite. A remarquer Tabsence de sérieite. Traces d^une 
structure organique analogue à celle de la préparation précédente. 

9. Schiste de Villanoça {Piémont) {préparation N"" 2^0). — 
Schiste lustré, type banal. Quartz, calcite, mica blanc, chlorite, 
ilménite, rutile, limonite secondaire. 

A Vceil nUf ce sont des schistes noirâtres assez feuilletés, lui- 
sants et satinés. Ils sont ici, moins calcaires et plus feuilletés que 
ne le sont d'ordinaire les schistes lustrés typiques. 

10. L'un de nous a fait connaître, en 1896 S l'analyse microgra- 
phique, faite par M. Michel-Lévy, des schistes lustrés de Château- 
Queyras. Dans cette localité, en effet, des bancs de qnartzites 
sont intercalés dans ces schistes lustrés. M. Termier y a reconnu 
beaucoup de sidérose et de nombreuses aiguilles de sérieite sans 
orîentation dominante. 

11. Calcaire intercalé dans les schistes lustrés. Château- 
Quejnras {préparation N" 5g4)- — Calcaire cristallin à grains 
fins, noirâtre. Au microscope : mosaïque de calcite et de quartz. 
Type ordinaire des calcaires intercalés dans les schistes lustrés : 
beaucoup de calcite avec un peu de quartz et de pyrite. Ce type 
est très fréquent, d'après M. Termier, dans les schistes lustrés de 
Savoie. 

iQ. Calcaire cristallin en bancs dans les schistes lustrés de 
Château- Quej'r as (échantillon iV* 52p), — Teinte d'un gris 
noirâtre avec zones colorées en brun par la limonite. Ce calcaire 
est légèrement schisteux ; il fait efiervescence avec Tacide chlorhy- 
drique. 

i3. Schiste lustré du col de Malrif (échantillon D. 5yoi). — 
Schiste gris, luisant et satiné ; fait effervescence avec les acides. 

14. Schistes lustrés pris sur la route contournant le fort Quejy- 
ras, sur la rive gauche du Guil. — Cette roche est beaucoup moins 
satinée et beaucoup plus calcaire. C'est un calcaire schisteux noi- 
râtre faisant vive effervescence avec l'acide chlorhydrique. 

i5. Schistes lustrés de la Combe de Soulier {Queyras). — Fait 
effervescence avec lacide chlorhydrique. Certains bancs sont 
plutôt des marbres schisteux formés de fines strates de calcite 

I. B. S. G. F , (3), XXm, p 407. 



4l2 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Juin 

cristalline, séparées par des lits de sérieite qui donnent à la tranche 
de cette roche un faux aspect gneissique. La couleur est d'un 
gris noirâtre avec bandes plus claires sur la tranche, correspon- 
dant aux lits de calcite. Les lames de sérieite sont bien visibles 
sur les surfaces de stratification qui ont un aspect satiné. La roche 
se débite en dalles, et ne rappelle en rien les schistes du Goudran. 

i6. Aux environs de Château-Queyras , près du hameau de 
Paquier, ainsi qu'a Villargaudin, alUeurent également des schistes 
lustrés d'un type spécial, différant des schistes lustrés typiques de 
Soulier et de Château-Queyras, et que nous considérons comme 
formant un groupe de schistes lustrés supérieurs (v. plus haut), 
plus récents que les précédents. 

Nous croyons intéressant de reproduire ici, à titre de compa- 
raison, le résultat de l'examen qu'a bien voulu faire M. le Profes- 
seur Duparc d'échantillons de schistes lustrés recueillis par l'un 
de nous à Maurin (Basses-Alpes). 

17. Schistes lustrés de Maurin (Ubaj-e) {préparation iV^ 5 y 5), 
— Cette roche est essentiellement formée de calcite et de quartz. 
On y trouve cependant un peu d'orthose et d'oligoclase, puis des 
aiguilles de rutile. Le quartz est en grains détritiques ainsi que 
Vorthose, L'oligoclase est très rare. 

La calcite, élément principal, forme de gros grains à clivages 
p (loïi) nets, quelquefois niâclés selon 6*, qui semblent mouler les 
autres éléments. — (Diagnose de M. Duparc). 

i8. D'autres préparations de ces schistes de Maurin, examinées 
par M. Termier, montrent toujours du quartz et de la calcite en 
agrégat très-cristallin , avec orthose ou albite et un feldspath 
triclinique très-probablement développé sur place. Le ciment est 
calcaire ; on remarque des matières charbonneuses ou ferrugi- 
neuses noires. La roche fait penser à une arkose ou à un schiste 
granulitisé. 

19. Calcaire triasique schisteux de Combe-Brémond, vallée de 
VUbqye (échantillon N"" 610), — Ce calcaire, très gaufré et 
« plissoté », appartient au complexe des scliistes lustrés ; il est fin, 
subcristallin, d'un gris bleuâtre, à cassure esquilleuse. La surface 
altérée présente des lits en relief qui dessinent nettement des 
petits plis de détail. — (Diagnose de M. Termier). 

Qo. Schistes lustrés de Saint- Véran (Hautes- Alpes) recueillis 
dans le voisinage de la serpentine (préparation A'^ ^^3), — 



1901 GKOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES ^l3 

M. Michel-Lévy a examiné des préparations de cette roche. Voici 
la diagnose qu'il nous en a donnée : 

Beaux micaschistes ou schistes micacés, à quartz très grenu, 
en mosaïque, à phyllites bien formées en grosses fibres (mica 
noir, mica blanc) ; les zones quartzeuses avec un peu de chlorite. 
Type X de la carte géologique de France. 

ai. Schiste lustré {liasiqiié) de Bourg-Saint-Maurice (Le Cha- 
telard), recueilli par M. Kilian. — Roche consistant en un calcaire 
gris noir très cristallin, en lamelles cristallisées, laminé, un peu 
lustré, pas de séricite visible ; effervescence vive avec Tacide 
chlorhydrique. 

aa. Echantillon de la collection Ch. Lory'(i886), Bourg Saint- 
Maurice {Le Chatelard). — Schistes calcaréo-micacés du Trias 
supérieur ou liasique. — Même composition que le précédent. 

b. — Marbres et calcaires subordonnés 

AUX SCHISTES LUSTRES INFERIEURS 

23 . Calcaire triasique et serpentine j col de Bousson, près Brian- 
çon (préparation A'" 8). — Très curieux échantillon : calcaire 
laminé et recristallisé, avec veinules contournées, fragmentées, 
étirées, remplies soit par de la chlorite pennine magnifique, soit 
par un mica jaune polychroique et très biréfringent. Pas de serpen- 
tine. Le mica et la chlorite renferment des grains de sphène. En 
somme, c'est un calcaire phylliteux froissé après le développement 
des phyllites ; à noter Tabsence de quartz. 

24 • Marbre, col Tronchet, près Arvieux (préparation N"* y 2), — 
Marbre rappelant les marbres phylliteux du Trias de la Vanoise. 
Beaucoup de quartz en grains irréguliers, nuageux, sans forme et 
sans lois de répartition. Assez nombreuses paillettes de mica blanc 
disposées sans ordre. Pas d'appai*ence de laminage. Pas de miné- 
raux de métamorphisme. 

25. Marbre gris -jaunâtre du Mont-Genèvre {échantillon 
D, 6428), — Finement cristallin, en plaquettes; fait effervescence 
avec Tacide chlorhydrique. 

26. Marbre calcaire de Maurin. — Finement cristallin, en pla- 
quettes ; fait effervescence avec Tacide chlorhydrique ; d'un gris 
jaunâtre. 

27 . Calcaire pkj'lUteux du pied n ord-ouest du Mont-Pelvas {pré- 
paration iV° 280), — Au microscope : marbre phylliteux, type 



4l4 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Juill 

banal : peu de séricite, peu de quartz ; pas de feldspath. A Vœïl nu, 
la roche présente une couleur blanc-jaunàtre et une structure un 
peu fibreuse, quoique nettement marbreuse. On remarque des 
paillettes de phyllites éparses. 

a8. Marbre de la Chalp ou VEchalp {Haut-Queyra^) {prépa- 
ration N^ 2 5 y), — Calcaire cristallin d'un blanc verdâtre, bleuâtre 
et grisâtre, taches vertes avec tendance à la schistosité et paillettes 
phylliteuses éparses sur les surfaces. Au microscope : marbre, 
avec paquets de petits rutiles à Tintérieur des phyllites. Celles-ci 
sont chlorite et séricite. 

ag. Marbre de la Chalp (préparation N^ ^oy). — Marbre à 
grain fin, fortement laminé postérieurement à la cristallisation de 
la majeure partie des individus de calcite. Lits et joints garnis de 
minces lamelles de muscovite. Très nombreux grains de quartz 
à contours nuageux : la plupart de ces grains semblent être posté- 
rieurs au laminage. Pas de feldspath ni d'autres minéraux. L'as- 
pect est celui de beaucoup de marbres triasiques. Aucune trace 
d'organismes. A Tœil nu, c'est un calcaire gris bleuâtre cristallin ; 
traces de schistosité et paillettes de séricite. 

3o. Marbre de la Chalp (préparation iV*» 4^^)- ~" Môme struc- 
ture et mêmes caractères. 

3i. Marbre du col Tronchet (préparations iV^» y 2 et p3). — 
En contact avec les roches vertes laminées. Mosaïque de calcite 
cristalline, fine dans Téchantillon N° ja, plus grosse dans le N** 78. 

D. Sur quelques schistes cristajiins de la zone du Piémont 

Les couches les plus anciennes du Haut-Queyras sont celles qui 
supportent les schistes lustrés ; elles affleurent sur territoire 
français au sud de la contrée qui fait l'objet de la présente étude, 
près du col du Longet, mais leur plus grand développement est 
atteint sur le versant italien des Alpes cottiennes. 

En étendant ses recherches aux parties voisines des Alpes pié- 
montaises * et, en particulier, à la vallée du Pellice, Tun de nous 
a pu s'assurer en effet que les schistes lusti'és du Haut-Queyras 
vont s'appuyer vers Test, par Fintemiédiaire de schistes serpenti- 
•neux et d'intercalations éruptives de roches basiques (Villanova), 
ou de schistes à zoisite, sur un ensemble de schistes plus ou moins 

I. W. KiLiAN. Feuille d'Aiguilles, in C. R. Collab. 189a, BnlL Serv, Carte 
géol. de France, N' 63, t. X, 1898, p. i35. 



I9OI GEOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4'^ 

cristallins, rapportés par la plupart des géologues italiens au Ter- 
rain Piîmitif (Prépaléozoïque) et dont certaines assises ont été 
décrites comme de véritables gneiss *. Ces couches ont toutes un 
pendage régulier vers Touest comme, du reste aussi, les schistes lus- 
trés de la région française. En examinant de près ces <x schistes 
cristallins » et ces <c gneiss» de la vallée du Pellice, notamment aux 
environs de Bobbio, de Torre-Pellice et de Lusema, nous avons • 
reconnu qu ils s'éloignent beaucoup, comme aspect macroscopique, 
des schistes et gneiss précarbonifères de nos Alpes françaises 
(Belledonne, Pelvoux, Mont-Blanc, etc.), du Plateau central et des 
régions classiques. Ce sont des schistes sériciteux, des quartzites 
phylliteux et feldspathiques, des micaschistes à épidote (Bobbio, 
près du pont), fort analogues aux assises métamorphiques, d'ori- 
gine incontestablement sédimentaire, de certains de nos massifs 
alpins, comme, par exemple, de la Vanoise. Il est à remarquer 
également que des anthracites ont été signalés dans ces couches 
par M. Maggiore et que plusieurs de nos confrères italiens y ont 
mentionné la présence de graphite. 

Ces conclusions n'excluent pas Fexistence de roches granitoïdes 
véritables dans d'autres points du bassin du Pellice, l'un de nous 
en ayant rencontré dans les alluvions du bas de la vallée ; mais il 
est intéressant de constater qu'en suivant la coupe naturelle que 
donne la vallée principale, du col Lacroix à la plaine^ on ne 
rencontre ni granité, ni aucun représentant incontestable de la 
série prépaléozoïque. 

On peut dire, d'après ce qui précède, que sur le versant italien, 
le système des schistes lustrés et des roches vertes s'appuie sur 
une puissante série de micaschistes et de roches gneissiformes 
souvent graphiteuses (quartzites feldspathiques à microcline, 
orthose et surtout albite, à mica blanc, avec chlorite et sphène, 
micaschistes quartzeux à albite, avec pyrite, sphène, zoïsite, initile, 
calcite et feldspaths divers). Certaines de ces assises rappellent 
vivement les quartzites werféniens, ainsi que les grès permiens 
et houillers dynamométamorphisés de certaines parties des Alpes 
de Savoie, et doivent être considérées comme des sédiments anté- 
triasiques puissamment modifiés. — On a désigné, sur la feuille 

I . Nos confrcreB italiens ont publié un grand nombre de notices sur les 
gneiss du Piémont; nous ne pouvons songer à les citer toutes ici et nous 
rappellerons simplement les noms de MM. Zaccagna, Novan;se, Virgilio, 
ainsi qu'une étude en langue anglaise due à M. Gregory (Gubgory. The 
wealdensian Gneisses. Quart. Journ. Geol. Soc.)^ nous réservant de résumer 
dans une autre occasion les conclusions de ces noiubreux mémoires. 



4l6 W. KILIAN ET P. TKRMIER 3 Juin 

Aiguilles de la carte géologique de France, par une teinte spéciale 
(rx), cet ensemble de schistes cristallins sans y établir les subdi- 
visions de détail qui pourraient y être distinguées. 

Ces roches, qui ont été examinées au microscope par M. Ter- 
mier et dont on trouve l'analogue dans tous les terrains métamor- 
phiques, sont absolument dif^érenies des roches cristallophylliennes 
anciennes du Plateau central, du Pelvoux ou du Mont-Blanc. 

Telle paraît aussi être Topinion de certains de nos confrères 
italiens ; M. Franchi par exemple écrivait en 1898 : « quoique nous 
soyons disposés à rajeunir de beaucoup les gneiss, nos idées sur 
leur origine et sur leur âge n'ont pas encore pris une forme défini- 
tive; cependant il est bien acquis, pour nous aussi, que les 
micaschistes, les schistes graphiteux associés avec eux, sont des 
schistes métamorphiques ». — Le même auteur (toc. cit. , p. a38) croît 
qu'il convient d'attribuer au Permo-carbonifère à faciès cristallin, 
les roches graphitiques de la vallée du Pellice et une partie du 
« gneiss central » des géologues italiens. 

Les schistes cristallins micacés qui, plus au sud, au col du 
Longet, vers la Haute-Ubaye, servent de substratum à la série des 
schistes lustrés mésozoïques, appartiennent très probablement 
comme nous l'avons dit plus haut à ce même ensemble. 

Ils ont été signalés par Ch. Lory * comme des micaschistes et 
des gneiss anciens à mica blanc, faisant partie de la bordure qui 
fermait au midi le grand bassin houiller des Alpes. Sur la carte, 
du Briançonnais, cet auteur les a figurés comme appartenant au 
Terrain Primitif. M. Zaccagna - les a également considérés comme 
anciens ; ils sont confondus sur sa carte avec les schistes lustrés 
(calcschistes) que cet auteur attribue au Prépaléozoique, en une 
« zone des micaschistes » distincte de celle du « gneiss central ». 
En 189a ^, l'un de nous (M. Kilian) eut l'occasion de les men- 
tionner et de donner, d'après une obligeante communication de 
M. Michel-Lévy, leur composition microscopique* (quartzites à 
mica blanc, chlorite et glaucophane) ; il les considérait alors 
comme très anciens et certainement antéhouillers. 

Plus tard, M. Marcel Bertrand * dit, en parlant de ces roches, 
qu'elles lui ont rappelé celles du Permo- Houiller et même du 
Permo-Houiller très supérieur ; il les rapproche de celles de la 

I. Deacr, géol. du Dauphiné, p. 118a, s88 et 390. 

a. Zaggaona. Sulla geologia délie Alpi occidentali. BolL H. Comit. Geol., 
1887. 

3. B. S. G. F., (3), XIX, p. 58i, 584. 

4. B. S. G, F., (3). XXn, p. 174, 1894. 



igOl GÉOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 4^7 

crête du glacier d'Etache dans le massif d'Ambin, c'estrà-dire de 
véritables quartzites feuilletés dans lesquels le rôle des lits phylli- 
teux intercalés reste tout à fait subordonné. L'altération par les 
agents atmosphériques fait, d'après lui, ressortir leur analogie 
avec d'autres types détritiques des Alpes. Enfin M. Franchi * les 
a attribués récemment au Permo-Carbonifère. 

Depuis lors la connaissance approfondie de nos Alpes résultant 
de douze années d'explorations a conduit M. Kilian à la conviction 
que les gneiss et micaschistes du col du Longe t sont moins anciens 
qu'il ne le croyait en 189a, et qu'ils représentent un type métamor- 
phique du Permo-Carbonifère compi*enant encore, peut-être, les 
quartzites du Trias inférieur. 

L'étude microscopique, faite par M. Termier, des schistes cris- 
tallins dont il vient d'être question, a donné les résultats suivants : 

I. <r Gneiss d de Luserna (Piémont) (préparation N"* 2^5). — 
A Vœil nu, cette roche, exploitée pour dalles et carrelages, a une 
apparence gris-clair ou jaunâtre et une cassure esquilleuse et sub- 
cristalline, semblable à celle des quartzites triasiques. Les surfaces 
parallèles à la schistosité sont moirées de paillettes de muscovite. 

Au microscope, c'est un quartzite à feldspath s (sorte de lepty- 
nite) avec très peu de mica blanc. Les feldspaths sont : microcline, 
orthose, albite, un peu zones. 

a. Schiste cristallin pris au nord du bourg de Torre-Pellice 
(Piémont) (préparation N'' 26g). — A Vœil nu : cette roche a 
l'aspect d'un micascliiste à muscovite coupé de petits bancs à allures 
de quartzites. 

Au microscope : micaschiste à mica blanc. Type banal, très 
cristallin. Beaucoup de feldspath développé in situ. 

Ce feldspath est : orthose, microcline et albite. 

3. Schiste cristallin de Bobbio {Piémont) (préparation N"" 2 y 8). 
— Roche d'un gi*is verdâtre, grenue ; quelques taches d'épidote, 
rappelant beaucoup par son aspect certains grès houillers très 
métamorphiques ; un peu schisteuse, avec paillettes de séricite sur 
les surfaces de schistosité. 

Au microscope^ c'est un micaschiste d'im type intéressant, avec 
épidote et zoïsite, sphène, chlorite, séricite, orthose et quartz. Le 
quartz et le feldspath sont allotriomorphes. Le quartz domine. 
L'un et l'autre, mais surtout le feldspath, sont criblés d'inclusions 
de chlorite. 

I. Bail. R. Com. geoL d*ltalia, série m, t. IX, p. 2143, 1898. 
i5 Octobre 1901. — T. i-r. Bull. Soc. Géol. Fr. — 27 



4l8 W. KILIAN ET P. TERMIER 3 Joill 

C'est probablement un produit de recristallisation d'une roche 
éruptive. 

4. Roche schisteuse, blanche, à feuillets nacrés, recueillie à 
Torre-Pellice (Piémont) au nord du bourg- (préparation N" 2yi). 

Au microscope : micaschiste quartzeux à albite, avec un peu 
de pyrite, sphène, zoïsite, rutile, calcite. 
Type banal, mais très haute cristallinité. 

5. Schiste cristallin de Bobbio (Pumont) (préparation TV» 2^6). 
— Roche gneissiibrnie d'mi gris verdâtre, avec taches d'oxyde de 
fer. On distingue à Tœil nu un fond blanchâtre avec lits de phyl- 
lites verdâtres assez espacés. 

Au microscope^ c'est un quartzite à feldspaths, assez analogue à 
ceux de Luserna, mais il y a des lits plus continus de mica blanc, 
avec un peu de chlorite et de sphène. Feldspaths parfois très gros, 
surtout albite^ en agrégats allotriomorphes avec le quartz. Il y a 
des lits purement quartzeux. 

6. Echantillon de schiste cristallin recueilli en amont de Bobbio 
(préparation N° 262), — Au microscope : quartzite à mica 
blanc, avec un peu de feldspath développé in situ. Type très 
métamorphique, mais banal. 

A Vœil nu : apparence d'un quartzite schisteux, avec séricite sur 
les surfaces de schistosité ; teinte gris verdâtre. 

7. Schiste cristallin pris en amont de Bobbio (préparation 
N"" 266). — Même nature que le N° 1262. Type banal que l'on 
retrouve dans tous les terrains cristallins. 

A Vœil nu, la roche est de teinte un peu plus claire que la 
précédente. 

Ces types sont peu caractéristiques ; Ton peut trouver leur ana- 
logue dans tous les terrains métamorphiques ; il y a dans la Vanoise 
des roches bien comparables. Les gneiss de la Levanna ont un 
type tout autre que celui des roches de Bobbio, à cause de l'abon- 
dance des gros feldspaths, mais cette différence n'est pas essentielle. 
En tout cas les roches en question sont dans leur ensemble, abso- 
lument différentes des roches cristallophylliennes du Plateau 
Central, du Pelvoux ou du Mont-Blanc. 

Il est intéressant de rapprocher ces roches des « gneiss » du 
col du Longet qui occupent la même position stratigraphique. 
M. Michel-Lévy a bien voulu examiner des préparations de ces 



igOl OÉOLOOIK DES ALPES FRANÇAISES 4^9 

schistes cristallins, recueillis par nous en 1891 au col du Longet 
(altitude 367a mètres) où ils forment également le substratum des 
schistes lustrés. 
Voici le résultat de son étude : 

I . Schiste ou mieux quartzite^ à mica blanc et glaucophane. 

Composition sommaire : quartz, mica blanc en partie sériciteux, 
en partie lamelieux (c'est-à-dire en grandes lamelles). Chlorite 
abondante. Enfin, dans certaines traînées, calcite et prismes de 
glaucophane peu coloré, mais bien caractérisé avec son poly- 
chroïsme : suivant ng — bleu azur pâle. 

— nm — violet pâle. 

— np — jaune très pâle. 

L'aspect général rappelle un schiste du C* ou du X (partie supé- 
rieure des schistes cristallins de la légende de la carte géologique 
détaillée de la France). 

M. Duparc a reconnu dans des préparations de même proye- 
nance de la muscoyite, du sphène, de la magnétite, du rutile 
et du zircon. 

3. Schiste très feldspathisé, probablement granuUtisé, 

3. Schiste très cristallin, avec microcline développé en place. 
Glandules d'oligoclase. Présenterait, d'après M. Michel-Lévy, un 
type plus ancien que le Permien. 

4. Micaschiste voisin de de la carte, très cristallin. Un peu de 
feldspath; beaucoup de quartz non détritique, formé sur place. 
Grandes lamelles de muscovite. Le mica blanc est froissé par le 
dynamométamorphisme ; ses axes sont rapprochés. 

D'autres échantillons, recueillis dans le même ensemble, égale- 
ment au col du Longet, ont fourni à M. Termier les diag^oses 
suivantes : 

a) Quart zite phylliteux du col du Longet {préparation N"" 588). . 

— Quartz et mica blanc, chlorite rare. Pas de feldspath, si ce n'est 
dans des filonnets transversaux (albite). 

Roche détntique. La plus grande partie du mica parait sédi- 
mentaire. Quartz entièremeut recristallisé. 
Archéen, Houiller ou Permien. 

b) Sous les schistes lustrés, col du Longet (préparation N° 5 a g). 

— Schiste quartzeux avec apatite, ilménite et très fins rutiles. 
Séricite et chlorite. Feldspaths (orthose) développés in situ. 
Aspect des schistes permiens de la Vanoise. 



420 KILIAN ET TERMIER. — GEOLOGIE DES ALPES FRANÇAISES 3 Juin 

c) (préparation iV^ 538), — Même diagnose. Pas on très peu de 
feldspath. 

d) (préparation N"" 544)- — Môme diagnose. Pas on très peu 
de feldspath. 

é) (préparation A"" 544^")' — Même gisement. Même diagnose. 
Zircon en plus. 

En outre : mica noir froissé et décoloré : gros noyaux d'orthose 
et de microcline cassés et froissés. Il ne serait pas impossible que 
ces noyaux fussent d'anciens galets ; mais ils sont recristallisés 
sur les bords. En tout cas beaucoup de petits feldspaths (orthose, 
microcline) développés in situ. 

En somme : grande analogie avec certains schistes permiens de 
la Vanoise. 



M. Haug fait remarquer que ia base des schistes lustrés du 
Briançonnais et du Piémont ne peut plus guère être envisagée 
comme triasique depuis que M. Franchi a trouvé, dans des cal- 
caires qui forment dans leur masse des pointeinents anticlinaux et 
cela en plusieurs localités, un fossile essentiellement caractéris- 
tique du Trias le plus élevé, Pleurotomaria soUtaria , qui occupe 
ce niveau depuis les Alpes orientales jusqu'en GalabiH?. La partie 
inférieure des schistes lustrés est incontestablement liasique, leur 
partie supérieure peut très bien être attribuée à TEocène ou à 
rOligocène, comme dans les Grisons. 



Séance du 1*7 Juin t90t 

PRÉSIDENCE DE M. L. GAREZ, PRÉSIDENT 

M. L. Gentil, Secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la 
dernière séance. La rédaction de ce procès- verbal est adoptée. 

Le Président proclame membre de la Société : 

M. Louis Raxnbaud, Docteur en médecine, présenté par 
MM. Stanislas Meunier et G. Ramond. 

Il annonce une présentation. 

Le Président fait part à la Société de la mort de M. Bleicher, 
assassiné dans son laboratoire de l'Elcole de Pharmacie de Nancy. 
Il rappelle que M . Bleicher est venu encore tout récemment faire 
une intéressante communication à la Société géologique et exprime 
tous les regrets que cause aux géologues la perte si imprévue d'un 
confrère aimé et estimé de tous. 

M. G. DoUfus présente à la Société le moulage d'un fossile très 
remarquable qui vient de lui être envoyé par notre confrère 
M. Davy et provenant de la carrière des fours à chaux de la 
Barrette, près Noyal-sur-Bruz (Loire-Inf.). C'est un Pélécypode qui 
a été désigné par Millet sous le nom de Venus faUax. Cette forme 
appartient au môme groupe que Venus aglaurœ Hoernes (non 
Brongniart) et Venus excentrica Agassiz, qui sont répandues dans 
le Miocène du Midi. Le Venus fallax parait caractériser le Miocène 
supérieur de l'ouest et a été rencontré déjà à Sceaux, à Thorigné, 
Saint-Clément-de-la-Place et par fragments à Beaulieu. Cette forme 
n'est pas connue dans les faluns de la Touraine. 

Commandant 0. BaxTé. — Sur la morphogénie de la région de 
Fontainebleau. 

L*étude que j'ai entreprise de la morphogénie de la région de 
Fontainebleau m* a conduit à établir une carte géologique au 
i/:2o.ooodu territoire de la forêt. J'ai ainsi eu Toccasion de relever 
plusieurs faits qui présentent un certain intérêt. 

i» Tout d'abord j*ai constaté que la classification des bandes 
gréseusçs et interbandes sableuses indiquée par M. Douvillé devait 
être modifiée dans une certaine mesure, et qu'il fallait compter, 
depuis Melun jusqu'à Bourron, sept bandes gréseuses et six inter- 



423 SÉANCE DU 17 JUIN I9OI 

bandes sableuses, indépendamment des filets sableux qui s'inter- 
calent dans les bandes gréseuses, et d'une bande gréseuse annexe 
de la bande d'Apremont et qui n'est point signalée sur la feuille 
de Melun de la carte géologique à 1/80.000. 

î2** J'ai ensuite remarqué que les tables gréseuses étaient divisées 
en éléments longitudinaux parallèles par des dénivellations qui se 
poursuivent régulièrement d'un bout à l'autre de la forêt et qui ont 
eu une gi^nde importance au point de vue de la sculpture du sol. 
Des mesures de grande précision, effectuées à ma demande par 
MM. les capitaines Soulié et Vigniane, professeur et professeur- 
adjoint de topographie à l'Ecole d'application, m'ont permis 
d'obtenir plusieurs coupes transversales d'une même bande gré- 
seuse, et ces coupes montrent que les dénivellations ont une allure 
aussi régulière que la bande dont elles font partie. J'incline à 
penser que ces différences de niveau ont été produites par de 
petites cassures contemporaines des grandes ondulations tertiaire.s 
de la région parisienne dont elles ne seraient qu'une conséquence. 

La disposition des longs promontoires qui se détachent symétri- 
quement du plateau axial de la forêt dans les bandes sableuses 
ainsi que celle des monts isolés, me font penser que des dénivella- 
tions analogues existent dans Tétendue de ces bandes, mais je n'ai 
pu les constater matériellement, par suite de la diilieulté qu'on a 
de rencontrer des couches de repère bien en place dans les affleure- 
ments du calcaire de Beauce sur les pentes. 

3® J'ai enfin trouvé, dans le canton de la Petite-Haie, un gise- 
ment de véritables graviers alternant avec des lits de sable qui a 
tous les caractères d'un dépôt fluviatile. Cette découverte, en con- 
tradiction avec ce que l'on croyait établi, montre qu'il y a eu à un 
certain moment de véritables cours d'eau dans la région. La nature 
des graviers qui semblent provenir tous du calcaire de Beauce, 
indique que les courants d'érosion étaient absolument locaux. 
L'altitude du gisement qui est notablement inférieure à celle des 
cailloux roulés du plateau de Bois-le-Hoi, montre que le dépôt 
fluviatile observé est postérieur au dépôt de ces cailloux, c'est-à- 
dire franchement pléistocène. Il y aurait donc eu dans la sculpture 
du sol de la région deux phases ; V une, pléistocène, pendant laquelle 
les précipitations atmosphériques auraient dépassé les facultés 
d'absorption des sables de Fontainebleau et du calcaire de Brie 
sous-jaceut et qui aurait vu des eaux courantes dans le territoii'e de 
la forêt ; l'autre, post-pleistocène, pendant laquelle se serait établi 
le régime des vallées sèches et se serait déposé presque sur place le 
manteau de débris non roulés qui avait été seul remarqué jusqu'ici. 



SUR LE DÉVONIEN DE TAILLEFER 
ET LE CARBONIFÈRE DE VISÉ (BELGIQUE) 

par M. BOURGEAT 



Après avoir visité plusieurs fois dans mes excursions les forma- 
tions dévoniennes de Taillefer au sud de Namur et les formations 
carbonifères de Visé au nord de Liège, j'ai cru que, tout en ren- 
dant hommage aux remarquables ti*avaux dont elles ont été 
l'objet, je pourrais très modestement rapporter ici quelques-unes 
des observations que j'y ai faites. 

I. — DÉVONIEN DE Taillefer 

Le Dévonien de Taillefer est celui qu'on observe près de la gare 
de ce nom. Il commence du côté du nord par les poudingues rou- 
ges amarantes dits de Burnot qui reposent eux-mêmes en concor- 
dance sur les formations plus anciennes des grès de Vireux. 

Au-dessus des poudingues, mais sans qu on puisse établir une 
ligne de séparation tranchée, se montre la g^auwacke également 
rouge amarante j dite grauwacke de Hierges, 

Cette grauwacke çst bien visible au sortir de la gare et un peu 
vers le sud où elle est entaillée par un ruisseau débouchant sur 
la rive droite de la Meuse. M. Gosselet l'y a signalé depuis 
longtemps avec ses caractèi'es propres au faciès nord du bassin 
de Dinant ^ Il a fait connaître aussi dans une coupe sommaire 
la série des calcaii'es qui viennent au-dessus et qu il rapporte 
partie a son Givétien, partie à son Frasnien. 

La question de savoir où finit dans ces calcaires Tétage de 
Givet pour faire place ii celui de Frasne ne m'a guère préoccupé. 
Mais ce qui m'a frappé ce sont les interealations de la grauwacke 
aux premières assises calcaiiHîS, intercalations qui se répètent plu- 
sieurs fois, comme Tindique la coupe ci-jointe (fig. i). On constate 
même, comme je l'ai noté dans l'assise n" 3, des grauwackes 
veiles enclavées dans le calcaire et porUint à leur surface des 
trous qui pi^o viennent de la destruction par les agents atmosphé- 
riques des tiges d'Encrines dont elles sont pétries. Ce n'est que 

I. Annales de la Société géologique du Nord, tome III, p. 59 et 60. 



4^4 BOURGEAT. — SUR LE DEVONIEN DE TAILLEFER l'J Juio 

peu à peu que le calcaire se dégage de la g^auwacke pour 
former des saillies Hches en Polypiers, et chez la plupart desquelles 
les traces de stratification ont disparu. 

Un tel enchevêtrement de la grauwacke aux calcaires indique 
entre ces deux dépôts une liaison intime. Elle ne peut guère 
à mon avis se concilier avec l'idée que si les schistes à Calcéoles 
manquent là, entre le calcaire et la grauwacke, c'est par le fait 
d'une transgressivité de la mer givétienne qui aurait déborde 
celle des schistes à Calcéoles. Ou ces schistes à Calcéoles se trou- 
veront à Taillefer avec leur faune propre dans l'une ou l'autre 
des intercalations supérieures de la grauwacke, ou, s'ils ne s'y 
trouvent pas, il faudra, ce me semble, admettre qu'ils ne sont 
pas déposés là. 



Morbrorie 



Tflillefer 




Fig. I . — Contact du Givctien et de la grauwacke à Taillefer. 
Echelle des longueurs i/i.!ioo' ; hauteurs quadruplées. 

I. Alternance de calcaire et de grauwacke; a. Calcaire noir en lits régu- 
liers: 3. Alternance de cale, et de grauwacke (Polypiers). Cxaiophylbxm. 
qaadrigeminum. Couches vertes à Encrines; 4* Cale, massif à Acervularia 
David8oni\ 5. Schiste argileux couvert par la végétation; 6. Cale, noir 
à Cxatophyllum cœapitosum, Stringocephalus Burtini] 7. Cale, à Stroma- 
topores, Favosiies cervicornia ; 8. Cale, compact bien lité, Spirifer Ver- 
neuili] 9. Cale, à Stromatopores (marbre florence); 10. Alternance de 
schiste et de cale, à Spirifer Verneuili. 

Je me permets jusqu'à preuve du contraire de me ranger à cette 
dernière solution, je la crois fondée sur ce fait que déjà dans la 
partie sud du bassin de Dinant les schistes à Calcéoles ont des 
épaisseurs très variables, qu'ils se coupent souvent de lentilles 
calcaires et que leur faune typique subit des modifications corres- 
pondantes, les Calcéoles étant tantôt très nombreuses, tantôt au 
contraire extrêmement rares. 

Je croirais donc que sur une partie du Condroz, pendant que 
les schistes à Calcéoles se formaient plus au sud, les conditions 
troublées de la sédimentation ne permettaient que la formation 
de poudingues et de grauwacke et constituaient des milieux où 
les fossiles habituels des schistes ne pouvaient vivre. Cela expli- 
querait comment les schistes à Calcéoles sont si rares au nord du 
bassin de Dinant. 



igOI ET LE CARBONIFÈRE DE VISÉ ^nS 

II. — Carbonifère de Visé 

Le Carbonifère de Visé, étudié successivement par MM. Horion, 
Gossclet et Dewalque ^ peut être observé soit le long du cours 
de la Meuse en des carrières dont le front est parallèle au fleuve, 
soit plus à Test le long de la Bervine, où ses aflleurements ont été 
exploités pour la fabrication de la chaux. Il est en plusieui's 
points recouvert par des dépôts crétacés du Danien, qui ont été 
décrits par M. Horion, et qui ne m'occuperont pas ici. 

Je me contenterai même pour ne pas compliquer cette note de 
ne rapporter en quelques détails que la coupe que j'en ai prise 
d'Argenteau à Visé. Cette coupe n'est pas absolument complète, 
car du côté d'Ai^enteau la végétation cache une partie des assises. 

Voici ce qu'on observe au sortir d'Argenteau : 

I. Vis-à-vis le pont et sons le château même d'Argenteau appa- 
raît dans les pentes boisées un calcaire B sans stratification nette 
dont la couleur est d'un blanc tacheté de gris et qui est par places 
couvert de tiges d'Encrines. Quelques fissures discontinues a, qui 
s'y rencontrent semblent accuser un pendage assez marqué vers 
le sud. Sa surface supérieui'e est percée de poches remplies d'une 
argile blanchâtre avec lits de phtanites noirs à surface ferni- 
gineuse. Ces phtanites sont remplis de moules d'Encrines et 
contiennent un certain nombre d'espèces fossiles. 

H. four fir fiirhcllr Hi"" dllrgentcnu S 

/• 1 ^ Hichelle ' P^d'Artumlonu 

f tirrift'c .Inoripn J'U^_îA f^_ - ..^ n.tryt luitn» 

ISO 
i / ' A 




LtLMi 



cuse 



Fig. 2 — Coupe du Carbonifère entre Ar^çente^u et Visé suivant le cours 
de la Meuse. — Echelle des lonj^eurs i/ao.ooo*; hauteurs décuplées. 

A, Phtanites à Encrines; B, Calcaire massif avec lignes a marquant 
vaguement la slratitication ; C, Dolomie massive. 

2. Un peu plus au nord en regard du four à chaux de Richelle, 
après une interruption due aux broussailles et aux bois, on observe 
les mêmes calcaires mais à un niveau plus élevé. Au-dessous d'eux, 

I. Horion. Sur les terrains primaires des environs de Visé. B, S. G. F,, (a), 
XX, p. 766. — Horion et Got>sELET. Le calcaire de Visé. Annales de la 
Société géologique du Mord, tome XX, p. 19}. — Gossblbt. Sur les relations 
du terrain dévonien et du terrain carbonifère à Visé, (j, H.^ 189a, p. 134^. — 
Dkwalqub. Annales Société géologique de Belgique, tome X, p. 176. 



4a6 BOURGEAT. — - SUR LE DKVONIEN DE TAILLBFBR I^ Juin 

et se liant intinieinent à eux se remarquent des calcaires plus 
clairs, puis enfin des dolomies C 

3. Les dolomies font saillie d'une façon tivs iiTéguIière au 
milieu du calcaire et se lient aussi à lui d'une façon très intime, 
comme Ta si justement fait remarquer M . Gosselet. Les mêmes 
fissures irrégulières a semblent indiquer que la stratification 
devient horizontale puis subit un pendage vers le nord. 

4. Plus loin en se rapprochant de Visé on retrouve les calcaires 
gris dont la surface de contact avec les lits de phtanites s'abaisse 
au point d'atteindre le niveau de la route à l'entrée de Visé. Toute 
la surface supérieure du calcaire est sillonnée de nombreuses poches 
analogues à celle d'Ai'genteau. 

5. Les plissements des assises d'argile et des lits à phtanites 
dans les poches prouvent que celles-ci se sont creusées après le 
dépôt des phtanites. Elles se présentent comme un résultat de 
l'action de l'eau le long de certaines fissures presque verticales 
dont on peut voir le prolongement en dessous dans les calcaires. 
Par l'elTet de cette action, le calcaire aurait été dissous et l'aigle, 
qui en forme le résidu, se serait plisséc en môme temps que les 
lits de phtanites pour remplir les poches. 

6. Les fossiles que Ton trouve soit dans les argiles blanches 
soit dans les phtanites sont la continua ti(m avec des changements 
graduels de la faune des calcaires. Il y a donc entre les calcaires 
d'en haut et les phtanites une continuité paléontologique analogue 
à la continuité stratigraphique signalée entre les dolomies et les 
calcaires d'en bas. 

7. Les phtanites, en assises bien nettes affectent dans leur 
ensemble, c'est-à-dire abstraction faite de leurs infiéchissements 
dans les poches, un pendage parallèle à celui que les lignes de 
fissures faisaient supposer au calcaire. 

8. Dans la masse du calcaire on observe beaucoup de Polypiers 
du groupe des Siromatapores, et beaucoup de traces organiques 
qui ressemblent aux restes de Lithothamnium du mont Aimé. 
Ce calcaire se présente donc comme un calcaire construit. Il oftre 
du reste beaucoup d'analogie dans sa physionomie avec le calcaire 
zoogène de W^aulsort. 

9. Son épaisseur peut être de 55 à 60 mètres. Dans les parties 
tout-à-fait inférieures, c'est-à-dire au voisinage de la dolomie de 
Richelle, j'ai pu recueillir des traces de minerai de cuivre, soit 
à l'état de chalcopyrite, soit à l'état de malachite. 

10. I^ faune à partir des dolomies paraît être la suivante : 
Dans les dolppiies Wi)'nchonella cuboidei$ avec Productus 



I^I ET LE CARBONIFÈRE DE VISÉ 4^7 

sublύis, P, semireticulatas qui sont surtout abondants dans le 
passage de la dolomie au calcaire. 

Au-dessus de ces dolomies et en montant vers les phtanites : 
Productus semireticulatuSj Jimbriatus, punctatus, Evomphalus 
fragiUêy puis peu à peu Productus giganteus et Cora avec Spirifer 
conçolutus, Spirifer trigonaUs et glaber, A la base des phtanites 
et dans les argiles blanches, Productus semireticulatus, Spirifer 
glaber, Bellerophon tangentialis. 

Au milieu et au sommet des phtanites Spirifer glaber y Pro- 
ductus punctatus et d*autres Productus de petite taille. 

A ne voir que la faune, sans les liaisons intimes des assises 
d*en bas, on serait tenté d*admettre une lacune entre les calcaires 
et les dolomies. Rhrnchonella cuboïdes des dolomies est en 
eiVet regardée comme caractéristique du Frasnien. En admettant 
qu elle soit restée exclusivement parquée à ce niveau, il faudrait 
conclure que tout le Famennien manque à Visé. Il faudrait admet- 
tre aussi, si Ton s'en tient strictement aux indications de la faune, 
qu'il y a encore au-dessous du carbonifère de Visé absence du 
Toumaisien si riche en Spirifer tornacensis. 

La chose estrcUe possible et n est-ce pas exagérer l'importance 
de la faune que de placer une lacune immense où tous les carac- 
tères stratigraphiques semblent indiquer qu'il n'y en a pas eu ? 

Ne vaudrait-il pas mieux songer qu'on se trouve là en présence 
de formations zoogènes qui ont une faune à paii;? Si Ton se 
rappelle que WiynchoneLla cuboïdes se rencontre souvent dans 
les massifs construits de calcaire qui émergent des schistes 
frasniens et même famenniens des environs de Givet, serait-il 
téméraire de croire qu'à Visé elle s'est prolongée dans un massif 
construit qui s'est formé durant tout le Frasnien et le Famennien ? 

Quant à l'absence du Spirifer tornacensis elle s'expliquerait 
de la même fa von. Ce Spirifer serait abondant à Tournai où 
existaient des fonds vaseux favorables à son développement, 
comme l'indiquent les calcschistes noirs de cette localité. Mais 
il n'aurait pu vivre à Visé au voisinage des récifs où se rencon- 
trent du reste les Productus sublœvis et senûreiiculatus qu'on 
retrouve à Tournai. 

Mon avis serait donc que les formations de Visé représentent 
tout le calcaire carbonifère et n'en sont qu'un faciès spécial. 



L'APTIEN DES ENVIRONS D'UZÊS (GARD) 
par M. Edm. PELiIiAT. 

Sur la feuille 222 de la carte géologique détaillée (feuille d'Avi- 
gnon) M. Garez a divisé TApticn de cette région en trois assises 
qui sont de haut en bas : 

Calcaires à Discoides decoratus (4o m.). 
Marnes a Belemnitrs semicanaliculatus (100 m.). 
Marnes et calcaires à grands Céphalopodes (ao m.). 

Ges trois assises peuvent être étudiées dans de bonnes conditions 
au nord-ouest et au sud d'Uzès. 

La berge de la rive droite de la petite rivière de la Seynes et un 
ravin perpendiculaire à la rivière, au sud-est et très près de 
Serviers, montrent un très bel aiileurenient de TAptien inférieur 
(Bédoulien), aiïleurement qui a été soigneusement exploré par le 
frère Sallustien, directeur des écoles libres d'Uzès, et par M. Allard, 
géologue à Tarascon. Je viens d'y recueillir de nombreux fossiles. 

Sur la retombée nord-est d'un dôme arasé, formé de calcaires 
barrémiens à Requiénies, on voit, au contact avec ces calcaires, 
dans le ravin, des marno-calca ires jaunâtres à Ostrea aquila^ Corbis 
corrugata^ surmontés d'argiles sableuses noirîltres à PUcatula 
placunea, Terebratula sella^ Toxaster Collegnoi, etc., que recou- 
vrent des marnes et des calcaires noirâtres remplis de Géphalo- 
podes de grande taille (A ncy laceras, Acanthoceras Stoblescki, 
Hoplites Deshayesi. etc.), associés à de nombreuses Ostrea aquila 
et à d'autres Bivalves : c'est TAptien inférieur. 

Les cultures empêchent de voir, quand on se dirige vers Ser- 
viers, les marnes ii Beleninites semicanaliculatus (Aptien supé- 
Heur = Gargasicn). mais la retombée sud-ouest du même anti- 
clinal montre dans des ravins, lorsque l'on se dirige vers Arpail- 
largues, un beau développement de ces marnes. Je n'ai pas recueilli 
d'Ammonites sur ce point, mais les mêmes couches renferment, 
au nord-est d'Uzès, près de Saint-Quentin, Oppelia nisus, Hoplites 
gargasensis^ Macroscaphites striatosulcatus. 

M. Garez attribue aussi à TAptien supérieur les marno-calcaires 
glauconieux noirâtres à Discoides decoratus dont la retombée 
nord-est d'un autre anticlinal, presque parallèle à celui de Ser- 
viers, montre, à Malaigue, un très intéressant afïleurement et qui 
constituent l'escarpement situé entre Montaren et Serviers, 



l'aptien des environs n'uzÈs 4^9 

escarpement longé par la route et la voie ferrée. Ces marno- 
calcaires à Discoïdes et Orbitolines plongent dans cette colline 
fortement au nord et sont recouverts par des couches, insuflisam- 
ment étudiées encore, appartenant au Cénomanien et au Turonien. 
Au sud du hameau de Malaigue un dôme que longe la i*oute de 
Nîmes, est formé de calcaire barrémien, à Requienies. La retombée 
nord-ouest est creusée dans les marno-calcaires aptiens. Tout con- 
fiée le hameau de Màlaiguc on a. dans un chemin creux, la coupe 
suivante : 

4* Grès calcai'ifcrcs jauuàtres en plaquettes, avec rares prbitolines et 
débris de fossiles indéterminables ; 

3* Marnes sableuses jaunâtres et verdàtres,glaaconieuses (rares Holaster 
Uiti8simn8 ^ quelques Orbitolines) ; 

a" Marno-calcaires noirâtres, verdàtrcs, vers le haut, très glauconieux, 
remplis de Discoides decoratus. On y trouve d'autres Oursins que 
M. Lambert a bien voulu étudier {PhyllobrUaas Kiliani Lamb., 
espèce qui n était connue que dans TAptien de Barcelone, Hemi" 
diadema rugoanm Ag., Toxnster ci, Collegnoi Sism.), Terebratella 
cf. Astieriana, d'assez rares Belcmnites sendcanaliculatus et quel- 
ques Orbitolines ; 

i* Marno-calcaires noirâtres à Belemnitea semicanaliculatiiSf Ostrea 
aquila. 

D'après M. C^arez, les couches a, 3 et 4 ^^ont aptiennes ; le Gault 
manquerait dans cette région. D'autres auteurs classent ces cou- 
ches dans le Gault. Je ferai connaître les motifs qui militent en 
faveur de ces deux. opinions. 

I. Holaster latisaimus est cité de TAptien supérieur, mais est surtout abon- 
dant dans le Gault (à Clar) et dans le Cénomanien (au Havre). 



CONTRIBUTION A LA GÉOLOGIE DES CORBIÈRES 

par M. A. de 6BOSSOUVRE. 

Je me propose seulement de signaler ici diverses observations 
qui peuvent avoir quelque intérêt pour la géologie de ce pays et 
être susceptibles de servir de point de départ pour de nouvelles 
recherches. 

I. — Coupe de l'eau salée au col du Linas. 

On a donné à diverses reprises des coupes plus ou moins diffé- 
rentes des terrains qui, des marnes rouges à gypse et à quartz 
bipyramidé d'où émergent les eaux de la Sais, s'étendent jus- 
qu'aux calcaires à Hippurites turoniens affleurant sur le revers 
méridional de la croupe, vers la métairie du Linas, où ils plongent 
sous les couches sénoniennes. 

En montant au col, des calcaires gréseux m*ont fourni des Orbi- 
tolines que M. Douvillé, qui a bien voulu les examiner, rapporte 
à Orbitolina lenticularis, espèce de l'Aptien. 

A un niveau plus élevé j'ai recueilli une autre série d'Orbito- 
lines, Orbitolina plana, var. mamillata^ du niveau de Fouras. 

On voit donc que la série des terrains doit être plus complète 
qu'on ne la indiqué d'ordinaire. 

II. — Couches renversées de la chaîne de Saint-Antoine 
DE Galamus. 

Dans les calcaires subordonnés aux marnes à Ichthyosarcolithes 
et à Orbitolines de la série renversée de Cubières, j'ai rencontré 
un Rudiste que M. Douvillé, d'après l'étude de son test, rapporte 
au genre Schiosia, Il est intéressant de constater que la faune de 
Rudistes de la Province orientale pénètre dans la région pyré- 
néenne et y prend contact avec la faune à Ichthyosarcolithes, 
Caprines et Caprinules de la Province occidentale. 

Sous la masse calcaire (jurassique et infracrétacée) du Pic de 
Bugarach et au-dessus des marnes sénoniennes à Micraster se 
trouve un horizon marneux avec Orbitolines qui, d'après M. Dou- 
villé, se rapportent à l'espèce de Vinport, près Tercis, et indiquent 
un niveau albien. 

A Gabachou (Ariège), près de Freychenet, les calcaires à Capri- 
nes, supérieurs aux couches sénoniennes et recouverts par l'Infi^- 
crétacé, renferment au contraire l'espèce de Fouras, Orbitolina 
plana, var. mamillata. 



SUR LE TERRAIN A SILKX DU SUD-OUEST DU B.VSSIX DE PARIS 4^1 
III. — SÉNOXIEN DES ENVIRONS DE ReNNES-LES-BaïNS. 

La collection de l'Ecole des Mines renferme un échantillon de 
Mitrocaprina Bayani^ espèce des couches à Hippurites de Benaïx 
et I^ychert (Ariège), rapporté par Bayan et étiqueté comme prove- 
nant des environs de Rennes-les-Bains. Sur ia demande de M. Dou- 
villé, j'ai vérifié dans mes récoltes des Corhières si je n'y retrouvais 
pas cette espèce et j'ai pu constater que je l'avais recueillie dans 
les couches à Hippurites du Santonien supérieur qui affleurent à 
La Forêt, à l'ouest des Croutets. La présence de ce fossile dans les 
Corhières est ainsi confirmée en même temps que le niveau qu'il y 
occupe se trouve précisé. 

Dans les marnes à Micraster des environs de Rennes, c'est-à- 
dire dans la zone à Alortoniceras texanum, j'ai recueilli un fragment 
d'Ammonite absolument identique au Phylloceras glane ggense 
Redtenbacher, sp., des couches de Gosau des environs de Salz- 
bourg. A cette espèce se rapporte peut-être Ammonites Traski 
Gabb des couches à Poissons de Sahel-Alma (Liban). 

Enfin je signalerai la présence dans le Santonien des Corhières 
d'une Ammonite qui me paraît devoir être identifiée à cette forme 
si particulière de Desmoceras caractérisée par une quille ventrale, 
Desmoceras sugata Forbes, de THindoustan. 

Ainsi s'ailirme encore une fois la liaison des faunes de cette der- 
nière région avec celles de l'Eurasie occidentale, liaison sur laquelle . 
j'ai déjà appelé l'attention en 1896 {B, S. G. F., (3), XXIV, p. 86) 
et que sont venues confirmer toute une série d'observations ulté- 
rieures, en particulier la découverte en Tunisie delà faune campa- 
nienne à petites Ammonites ferrugineuses de Sidi-Abd-el-Kerim 
due à M. Pervinquière. 



NOUVELLES OBSERVATIONS 
SUR LE TERRAIN A SILEX DU SUD-OUEST DU BASSIN DE PARIS 

par M. A. de 6BOSSOUVBE. 

J'ai, dans une communication précédente, cherché à démontrer 
que le terrain du sud-ouest du Bassin de Paris désigné sous le nom 
d'argile à silex ne peut être assimilé à V argile à sHex qui est 
un résidu de décalcification par les agents météoriques. Depuis 
lors, j'ai envoyé un échantillon de la roche de Vierzon à notre 



432 TERRAIN A SILEX DU SUD-OIEST \)V BASSIN DE PARIS I7 Juin 

vice-président, M. E. Van den Broeck, dont la compétence sur ce 
sujet est incontestée et qui a publie un mémoire classique sur les 
phénomènes d'altération des dépôts superficiels sous rinfluence 
des eaux météoriques. Notre confrère a eu Tamahilité d'étudier 
cette roche et voici ce qu'il m'écrit : 

« Après avoir examiné avec soin l'échantillon de silice hydratée 
soluhlc, sorte d'opale non organique, que vous avez bien voulu 
m'envoyer, je lai passé à notre collègue, chimiste au Musée. 

« Nous sommes d'accord tous deux pour reconnaître que ce dépôt 
na rien à voir avec V argile à silex type normal et bien connu qui 
n'est sûrement qu'un produit d'altération. 

« Ceci n'est certes pas de même origine que l'argile à silex... » 

Je suis heureux de voir confirmée par les études personnelles 
de notre confrère la thèse que j'ai soutenue et j'espère que le 
secours de son autorité finira par convaincre ceux que mes 
arguments n'avaient pu ébranler. 

Je crois donc qu'aujourd'hui la question peut, par tous ceux qui 
voudront bien l'étudier sans parti pris, être considérée comme 
tranchée et cjue Ton devra recoimaître que l'on a confondu sous 
le nom d'argile à silex des terrains fort dill'érents. Il conviendrait 
de désigner chacun d'eux par un nom spécial. Une question de 
nomenclature se pose d'abord : à quel terrain doit-on réserver le 
terme d'argile à silex ? 11 faudrait savoir dans quel sens cette 
expression a été employée en premier lieuf mais je n'ai pas sous 
la main les moyens de faire cette l'ccherche. Je rappellerai 
seulement qu'autrefois l'argile à silex, produit d'altération, a 
souvent été nommée Bief à silex. 

Si le nom d'argile à silex ne peut être donné au terrain à silex 
du sud-ouest de Paris, on pourrait peut-être conserver à la terre 
siliceuse celui de Vierzonite qui lui a été autrefois, je crois, 
attribué dans le commerce lorsqu'elle était utilisée comme matière 
absorbante de la nitroglycérine dans la fabrication de la dynamite : 
le terrain lui-même s'appellerait alors Vierzonite à silex. 

Il resterait à étudier la genèse de cette curieuse roche. 



SUR L'EXTENSION DE LA MER AQUITANIENNÉ 
DANS L'ENTRE-DEUX-MERS (GIRONDE) 

par M. E. FALLOT 



J'ai insisté à diverses reprises sur les dépôts aquitaniens de 
cette région naturelle de la Gironde, qui est comprise entre la 
Garonne et la Dordogne. Dans la Notice relative à une carte 
géologique des environs de Bordeaux que j'ai publiée en 1895 *, 
j'ai donné une description stratigraphique de ces formations et, 
dans im travail subséquent -, j'ai montré l'intérêt que présentent 
ces dépôts, au point de vue de la formation géographique de la 
région précitée. 

Il résultait de ces recherches : lo que Ton pouvait rencontrer un 
peu partout dans l'Eiitre-Deux-Mers, sur le calcaire à Astéries et 
aussi sur son faciès latéral oriental (la mollasse inférieure de 
TAgenais), des lambeaux d'argiles ou de calcaires lacustres appar- 
tenant à TAquitanien inférieur; a» que dans certains points parti- 
culièrement élevés et particulièrement respectés par les érosions 
postérieures, il existiiit des témoins de l'Aquitanien moyen marin 
sous deux formes : une argile grise à Ostrea aginensis Tourn. et 
une sorte de mollasse jaune à Scutelles et Amphiopes, placée au- 
dessus. 

J'indiquais ces formations marines dans les communes de Mou- 
rens, Saint- Martial, Castelvieil et Gornac et je montrais Tanalogie 
que les couches moUassiques présentaient avec celles de Sainte- 
Croix-du-Mont ; je dois ajouter avec la partie inférieure de celles-ci, 
car nulle part au nord de cetttî dernière localité, je n'ai rencontré 
— au moins jusqu'ici — les bancs d' Ostrea undata Lk., qui y 
forment, d'ime manière si remarquable, toute la partie supérieure 
de FAquitanien moyen. 

J'ai depuis cette époque continué mes recherches, et j'ai pu 
constater que la mer aquitanienue avait pénéti'é plus loin encore 
que je ne l'avais indiqué alors. En explorant les buttes qui sont 
situées entre Soussac et Cazaugitat, j'ai pu constater la présence 
dans ces points de l'Aquitanien inférieur lacustre et j'ai pu 

I . Méni. Soc, Se, phys, et nat. de Bordeaux, 1896. 

n. Bull. Soc. géogr. commerciale de Bordeaux, 19* année, p. 418, 1896. 

a Janvier 190a. — T. lo^. BulL Soc. Géol. Fp. — a8 



434 K. FALLOT. — SUR L EXTENSION IJ Juin 

ramasser au-dessus, à laltitude de i38 mètres, au Moulin Launay 
(à Test de la ruine), des morceaux assez nombreux de YO, aginen- 
sis. Cela indique bien Tinvasion de la mer aquitiinienne dans la 
partie nord de T Entre-Deux-Mers; ici Targile a été délayée et 
enlevée par des courants torrentiels postérieurs et il n'est resté 
sur le calcaire lacustre (sans fossiles du reste) d'un blanc éclatant 
qui forme la butte la plus élevée de TEntre-Deux-Mers, que des 
débris de l'Huître si caractéristique du Bazadais et d'un grand 
nombre de localités du Lot-et-Garonne. 

La mer aquitanienne me paraît donc avoir formé une sorte de 
golfe dont les bords et les extrémités étaient jalonnés par des 
couches à O. aginensis et qui s'étalait dans une sorte de synclinal 
dont la concavité se fait particulièrement remai'quer entre Cadillac 
et Saint-Macairc (fig. i) sous les coteaux de Sainte-Croix-du- 



fiy/ 



ZS6 



VerdiUai» 




Fig. I. — L'Aquitanien^dans les coteaux de Sainte-Croix-du-Mont. 

Mont * . Ce golfe s'étendait vers le nord et atteignait les environs 
de Soussac (fig. a). Allait-il plus loin, c'est ce que j'ignore ; mais je 
ne le crois pas. Au-delà de Soussac les couches se relèvent rapide- 
ment vers le nord et, on trouve successivement le calcaire à 
Astéries, très typique entre cette commune et la vallée de la 
Durège, puis au-dessous le calcaire lacustre à silex dit de Castillon, 
qui forme le haut des buttes qui entourétit Gensac et Pessac-sur- 

I. Je rappelle que rA'quitanien inférieur est formé généralement sous 
Sainte-Croix du Mont par des marnes et des calcaires d*eau douce, que 
TAquitanien moyen, constitué en bas par une sorte de mollasse calcaire 
jaune à Scutelles, O. producta R. et D. etc., est formé dans sa partie supé- 
rieure par des bancs a Ostrea undata Lk. et que ceux-ci sont surmontés 
dans deux ou trois points par des lambeaux — trop restreints pour être 
indiqués sur la coupe — de calcaire d^eau douce, représentant probablement 
des vestiges de TAquitanien supérieur; Tournoucr en a signalé un à Violle, 
M. Linder en cite également et Ton peut en voir un, consistant en plaquettes 
à Dreissenaia et Potamides, dans la propriété de M. Min vielle. 



I9OI DE LA MER AQUITANIEKINE DANS L ENTHB-DEUX-MERS 



435 



Dordogne; et enfin on arrive au bord de cette rivière sur la 
mollasse du Fronsadais, c'cst^à-dlre que l'on rencontre les assises 
du Stampieu, puis du Sannoisiea. 

A l'ouest d'une ligne passant à peu près par CadiUac-Saint-Brice, 
je n'ai pas trouvé un seul lambeau d'Aquitanien marin; je n'en ai 
pas vu non plus à l'est d'une ligne passant par Verdelais-Sauve- 
terre-Cazaugitat, sauf dans les environs de I-a Réole. Quand on 
s'élève au nord-est de cette ville, qui est b&tie sur le calcaire à 
Astéries, on aperçoit des moulins à vent placés sur des buttes qui 
dominent d'une façon très pittoresque la vallée de la Garonne '. 








Fig 9 — Carte indiquant la disposition probable de la mer aquitanienne 
dans la Gironde — Échelle ihSojxxf. 

Sous les moulins supérieurs dits du Mirait, à l'altitude de 110 à 
I30 mètres, on rencontre le calcaire lacustre blanc de l'Aquitanien 
inférieur, et au nord dubameau qui porte le même nom, on trouve 
par dessus, en grande abondance, l'O. aginenaia, souvent d'assez 

I. Voy. TouRNOufia. B. S. G. F., (a), XXVI, p. looa; Rauun. Note sur 
un aperçu de la carte géol. de la Gironde, 1875 {Bail. Soc, giogr. comm. 
Bordeaux). — Voyez aussi Bbnoik^. AeUê Soc. Linn., t. XXXV, p. xxui. 



436 E. FALLOT. — SUR L*BXTENSION I7 Juin 

grande taille et valvée. Les mêmes fossiles se voient aussi à l'est 
de rhabitation désignée sous le nom de* Duprat dans la carte au 
1/40.000 de la Gironde. 

En suivant le chemin qui du Mirail va rejoindre la grand* route 
de La Rcolc à M onségur, on remarque, dans les talus de la route 
côté est, un calcaire jaune marin à débris de fossiles, dans lesquels 
j'ai cru reconnaître O. producta R. et D. et qui ne serait autre 
chose qu'un petit lambeau d'Aquitanien marin occupant pi*obable- 
ment la place des mollasses décrites plus haut, mais d'un faciès un 
peu différent *. 

Sur la route de La Réole à Monségur et sur celle de La Réole à 
Rolet, on retrouve le calcaire lacustre de^ l'Aquitanien inférieur, 
surtout autour des localités désignées sous le nom de Gravillouse 
(Gra veilleuse). 

J'ai vainement recherché jusqu'ici des lambeaux aquitaniens au 
nord et à Test de ce point. Je ne l'ai pas trouvé aux environs de 
Monségur, ni entre Monségur et les buttes de Cazaugitat. La butte 
du moulin de Rochet qui occupe l'altitude io8 mètres, un peu au 
nord-ouest de Saint-Ferme, et qui pourrait se trouver dans les 
conditions géographiques requises pour cela, ne m'en a offert 
aucun vestige. 

Il paraîtrait donc naturel de penser que le lambeau des envi- 
rons de La Réole dépendait de quelque petit golfe secondaire 
communiquant avec la mer aquitanienne qui recouvrait le Baza- 
dais et qui s'étendait de là vers l'ouest et le sud-ouest, en envoyant 
une baie plus importante découper la partie centrale de l'Entre- 
Deux-Mers que j'ai décrite auparavant et que l'on pouiTait appeler 
le golfe de Gornac. Je donne ces conclusions au point de vue de 
la disposition de la mer aquitanienne sous les plus expresses 
réserves. Il en est de même pour les contours de cette mer plus 
au sud, notamment aux environs de Landiras et de Villagrains. 
n est possible que le rivage n'ait pas été continu entre ces deux 
localités placées sur un bombement crétacé tant de fois décrit ; 
il se pourrait qu'un bras de mer eût pénétré entre les deux et que 
le lambeau crétacé de Villagrains ait fonné à cette éj^oque une île 
complètement isolée ; je n'ai jusqu'ici aucmi renseignement à ce 
sujet. Quant au rivage de la mer aquitanienne plus au nord 
dans le Bordelais, il est très nettement accusé par les dépôts 
saumâtres à Ccrites et Neritina Ferussaci Recluz, de l'Aquitanien 
inférieur qui pourraient être considérés comme les témoins d'au- 

I. Quant aux vestiges d'Aquitanicn supérieur qui pourraient exister dans 
ce pointj leur attribution stratigraphiquc me parait encore douteuse. 



igOI DE LA MER AQUITANTENNE DANS L ENTRE-DEUX-MERS 4^7 

tant dVstuaires dans lesquels aboutissaient les déversoirs du 
grand lac de TEntre-Deux-Mers. 

Tels sont les résultats que j'ai pu retirer de mes observations. 
J'ajoute que la mer aquitanienne a laissé des dépôts bien plus à 
Test dans le Lot-e^Garonne. Sous ce rapport les environs d'Aig^l- 
lon, de Nérac, de Casteljaloux sont fort intéressants, mais toutes 
ces localités sont placées sous une latitude plus méridionale. 

Quant à la faune des lambeaux aquitaniens marins de FEntre- 
Deux-Mers, elle est peu abondante ; les Amphiopes et les Scutelles 
qui en constituent la partie véritablement digne d'intérêt sont très 
rarement entières et d'une étude difficile à cause de leur encroû- 
tement. Je crois ces dernières différentes d'une Scutelle à ambu- 
lacres très larges, que Toumouër a signalée aux environs de 
Pindères (Lot-et-Garonne) (et qu'il a désignée sous le nom de 
Scutella Bonali n. sp.). Les études que j'ai faites autoui* de la 
localité indiquée par notre regretté confrère, me portent à croire 
que cette espèce occupe un niveau un j)eu supérieur. Malgré toutes 
mes recherches, je ne Fai guère trouvée qu'en morceaux, et cela 
au-dessus d'un calcaire rempli de Planorbes, qui par son aspect 
général se rapporte au calcaire gris de l'Agenais (Aquitanien 
supéiieur). Je me proj)ose, du reste, de revenir sur cette question 
et de publier les Echinides intéressants de la mollasse aquita- 
nienne de TEntre-Deux-Mers. 

Mes explorations dans cette région m'ont amené à faire une 
autre observation. Je suis enclin à penser qu'il existe pour ainsi 
dire partout sur le calcaire à Astéries un dépôt argileux grisâtre 
avec concrétions calcaires qui passe insensiblement au calcaire 
lacustre de l'Aquitanicn inférieur. Toumouër n'avait pas été sans 
remarquer cette formation qu'il avait étudiée de l'autre côté de la 
Garonne (rive gauche) et qu'il avait rattachée au Tongrien. Mes 
recherches dans TKntre-Deux-Mers m'engagent au contraire à la 
l'