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BULLETIN 

DE LA SOCIÉTÉ 

ARCHÉOLOGIOUE & HISTORIOUE 

DU LIMOUSIN 



LIMOGES 

IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE LIMOUSINES 

DUCOURTIEUX & GOUT 

Ubnlr<t ds li Société archéologiqae «t liisloriqus du Ucnouiiii 
T. RUE DES ARÈNES, 1 

190C 




a«u-^ BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE & HISTORIQUE DU LIMOUSIN 



TOMB LVI 



UN TERRORISTE AU XVII" SIÈCLE 



L'intendant Etienne FODLLÉ 



Les premiers inlendanls de la Généralité de Limoges n'ont pas 
Taissé dans Tesprit de nos populations le souvenir d*une adminis- 
tration bienfaisante. La plupart sont représentés par les annalistes 
contemporains comme des oppresseurs devant lesquels ni les grands 
ni le peuple ne trouvaient grâce (1). 

Qu'ils aient eu la main rude, il ne Tant pas en être surpris. 
Chargés, à l'origine, de missions temporaires, ils élaientenvoyés en 
Limousin pour surveiller la levée des emprunts royaux, étouffer les 
révoltes, réduire les places inféodées à la Ligue, redresser les abus 
et exécuter les arrêts du Parlement. En pareilles occurences la 
décision et Ténergie s'imposaient. Ils représentaient l'autorité sou- 
veraine devant laquelle aucune résistance n'était tolcrable. Le cas 
échéant, ils n'hésitaient pas à faire appel à la force. Les actes de 
rigueur, même lorsqu'ils sont nécessaires, jettent une certaine 
défaveur sur ceux qui sont obligés d'y avoir recours. 11 est juste de 
reconnaître que les intendants ont pâli, le plus souvent, de la 
nature des commissions qu'ils avaient à remplir. 

(1) Quelques-uns échappèrent à la réprobation populaire. L'un d'eux, 
Nicolas de Corberon (1643-1647), se signala par sa modération; un mar- 
bre avec « armes et dictons » fut placé en son honneur devant le palais. 
Cf. : La Généralité de Limoges, esquisse historique, par MM. Alfred 
Leroux et Frav-Fournier. en tête de VInventaire sommaire des Archives 
départementales de la Haute-Vienne, série C, p. LXVII; — Annales de 
Limoges, par les sieurs Goudin, publiées dans le Bulletin de la Société 
archéologique et historique du Limousin, t. XXXVIII, p. 182. 

T. LVI 1 



6 SOGléré ABCIléOLOGIQUB ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Il en est, cependant, qui se signalèrent par d*inexcusables 
méfaits : tel Le Camus de Jambeville que d'Àubigné traite de 
«r magistrat docte en jurisprudence moderne », parce qu'il excellait 
à accommoder la loi à sa façon ; tel encore Fremin des Couronnes 
qui, d'après le chanoine Bandel, « fist des volleries, exactions, 
faussetés et autres meschancetés tant à Limoges, villes et plat 
pays où s'estendoit sa commission, si grandes que tous en souf- 
froient (1) ». 

Le pauvre pays de Limousin allait avoir encore plus à soufTrir de 
Tadministralion d'un de leurs successeurs, l'intendant Etienne 
Foullé. 

« » 

Celui-ci était d'une famille de robe (2) qui parait originaire de 
la Bretagne. En 1576, un Jean Foullé, seigneur de Vaucelles (3), 
était président au parlement de cette province (4). Le grand-père 
d'Etienne, Léonard Foullé, seigneur de Prunevaux(8) en Nivernais, 
avait rempli les fonctions de grefller en chef des présentations au 
parlement de Paris (6). Son père, Jacques Foullé, était conseiller 
au même parlement et mailre des requêtes. Il mourut en 1631. 

De son mariage avec Marie Charon, Jacques avait eu sept 
enfants. Etienne, l'aîné, est qualifié de marquis de Prunevaux et 
de Marlangis (7). A la mort de son grand-père, en 1624, Etienne 
prit la charge devenue vacante de greffier des présentations, et fut 
nommé conseiller au parlement de Paris, le 14 mai 1632, quelques 
mois après le décès de son père. Nous le trouvons bientôt premier 
président de la Cour des Aides de Guyenne et mailre des requêtes 
(8). Sa carrière avait été rapide et brillante. 

(1) M. Alfred Leroux, La, Généralité de Limoges, esquisse historique, 
pp. LXIV et LXVI. — Cf. : Annales de Limoges, par les sieurs Goudin, 
Bull, Soc. archéol. du Limousin, t. XXXVIII, p. 178; et Annales manus- 
crites de Limoges dites Manuscrit de 1638, p. 409 et 410. 

(2) Les armes des Foullé sont : d'argent k une fasce de gueules et trois 
pals d^azur brochant sur le tout, accompagnés de six mouchetures d'her- 
mines de sable, quatre en chef et deux en pointe. 

(3) Chef-lieu de commune du département du Calvados. 

(4) Bibliothèque nationale, séries généalogiques, pièces originales, 
1215. 

(5) Commune de Noiay (Nièvre). 

(6) Le prix de son office fut remboursé à son petit-fils, suivant arrêt 
du 3 avril 1635, moyennant 13,160 livres. (Arch. nationales, X*» 8652, 
foi 420-421). 

(7) Commune de Nolay (Nièvre). 

(8) Premier président à la cour des Aides, le 17 mai 1633 ; maître des 
requêtes le 1*' août 1636. Il semble avoir cumulé ces deux fonctions. 



UN tEAnORtSTE AL* XVII* SiècLB 7 

Son premier mariage avec Marie Parfait et son convoi avec Made- 
leine de L'Ëpinay l'avaient rapproché de la cour. Edme Parfait, un 
de ses plus proches alliés, était contrôleur général de la maison 
du roi; et le père de sa seconde femme, Pierre de L'Epinay, con- 
seiller du roi, avait été trésorier des menus plaisirs el des affaires 
de la chambre. Il avait pour beaux-frères Michel de Chaumejan, 
maréchal de camp, et Jean Larcher, maître d'hôtel du roi. Anne 
Le Veneur, gouvernante de Mademoiselle, était sa cousine. On 
pourrait encore citer les Fiesque et les Pomponne de Bellièvre 
parmi ses parents ou ses alliés (1). 

Dans le monde des courtisans, Etienne Foullé était bien entouré 
et faisait lui-môme bonne figure. Il était jeune (â) et avait une jolie 
fortune (3). Le milieu familial dans lequel il s'élait élevé paraissait 
propice à la formation d*un caractère doux et pondéré. Ses fonc- 
tions le mettaient en contact avec des magistrats ; magistrat lui- 
même, il devait être naturellement enclin à la modération, ennemi 
de la rudesse et de la violence. Il n'avait rencontré dans sa vie 
aucun de ces obstacles qui irritent les esprits ambitieux; on peut 
dire que la faveur n'avait cessé de lui sourire. 

Lorsqu'il fut envoyé à Limoges, en 1649, on commençait à 
oublier les « mauvais et voleurs d'intendants (4) ». Nicolas de Cor- 
beron et Jacques de Cbaulnes, ses deux prédécesseurs, auraient été 
des « gens de bien » (5). La charge d'intendant de justice, police et 
finances du Limousin venait d'être supprimée par un édit du 13 juil- 
let 1648, et le roi avait fait remise au peuple des tailles et taillons 
restés dus sur les années passées (6). Les habitants croyaient en 
avoir fini pour toujours avec les oppresseurs. C'est dans ces cir- 



(1) Bibl. nat. Cabinet d'Hozier, 147. 

(2) U n'est mort qu^n 1673. 

(3) Par une déclaration du 13 juillet 1648, le roi avait supprimé plu- 
sieurs charges d'intendant, n'en conservant que six. Mais à la date du 
18 juin de l'année suivante, le besoin d'argent le décida à créer deux 
charges nouvelles d'intendant. Etienne Foullé fut investi de l'une d'elles 
à la condition de payer au trésorier général de l'extraordinaire des 
guerres une somme de 240,000 livres. (Arch. nat. O^ 9, f" 331). 

On trouvera encore des renseignements sur la fortune de Foullé dans 
l'analyse de son contrat de mariage avec Madeleine de L'Epinay. (Bibl. 
nat. Cabinet d'Hozier, 147). 

(4) Dernière Chronique de Pierre Robert, dans Chartes, Chroniques 
et Mémoriaux, publiés par M. Alfred Leroux, p. 301. 

(5) Ibid, 

(6) Délibérations du Bureau des Finances de Limoges, extraits publics 
par M. P. Granetdans les Archives historiques du Limousin, t. IV, p. 8o, 



8 . SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

constances que se répandit à Limoges la nouvelle de la prochaine 
venue d*Elienne Foullé. 

Un sentiment de surprise et d'inquiétude dut tout d'abord l'ac- 
cueillir. Mais on savait que, depuis la déclaration royale du 13 juil- 
let, des abus avaient été commis parles collecteurs et les receveurs 
des tailles (1), et le peuple pouvait croire que le nouveau commis- 
saire avait pour mission exclusive de leur demander des comptes. 
On ne tarda pas, au surplus, à connaître les raisons qui avaient 
déterminé son envoi en Limousin. 

Le roi, qui avait réuni une importante armée dans les Flandres, 
ne pouvant la faire vivre pendant la saison d'hiver sur des terri- 
toires depuis trop longtemps ravagés par la guerre, en logea 
une partie dans les villes du centre. La Généralité de Limoges 
reçut vingt-deux compagnies d'infanterie et vingt-huit de cava- 
lerie. C'était une lourde charge pour la province qui devait pour- 
voir à leur entretien jusqu'à concurrence de 138.500 livres. Les 
impositions extraordinaires auxquelles il avait fallu recourir ne 
rentraient pas. Invité à contraindre les retardataires, le Bureau 
des Finances de Limoges prenait les mesures habituelles, faisait 
dresser des procès-verbaux, mais hésitait à employer les moyens 
de rigueur. Les troupes, mal payées, commettaient des dépréda- 
tions; leur discipline se relâchait. La population souffrait autant 
que Tarmée de cet état de chose (2). 

Pour y porter remède, le gouvernement eut l'idée de revenir à 
la vieille institution des missi dominici, à ces représentants de Tau- 
torité souveraine qui faisaient leurs « chevauchées » à travers les 
provinces, investis de pouvoirs absolus, réprimant les abus, rame- 
nant le bon ordre et assurant la rentrée des deniers royaux. Ces 
fonctions temporaires avaient été confiées aux maîtres des requêtes 
avant la création des intendants (3). Maintenant que les intendants 
sédentaires étaient supprimés dans un certain nombre de pro- 
vinces, c'est encore aux maîtres des requêtes que l'on allait faire 
appel. 

Le Tellier, secrétaire d'Etat, qui avait le Limousin dans son 



(1) Archives historiques du Limousin, t. IV, p. 85. 

(2) Délibérations du Bureau des Finances. Arch, hist. du Limousin, 
i. IV, pp. 89 et ss. 

(3) Depuis rinstitution des intendants, quelques maîtres des requêtes 
avaient été envoyés exceptionnellement dans les provinces, en qualité 
de commissaires extraordinaires. (Voir Les Chevauchées d'un maître des 
requêtes en Provence, Notes complémentaires, par M. de Boislisle, dans 
la Revue des Sociétés savantes, 7« série, t. III, 1881, p. 173.) 



UN TERRORISTE AU XVII* SIÈCLE 9 

département, écrit, au nom du roi, la dépêche suivante au garde 
des sceaux pour le charger de désigner des commissaires et déGnir 
leurs fonctions : 

ce Monsieur le Garde des Sceaux, voyant combien il est néces- 
saire, pour le rétablissement de mes trouppes, le soulagement de 
mon peuple et le bien de mon service, que j'aye dans mes pro- 
vinces des personnes fidèles capables et sufllsamment autorisées 
pour y avoir la direction du payement et de la police des gens de 
guerre dans leurs quartiers d'hyver, viser les ordonnances de leur 
solde,... je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention 
est que vous choisissiez des maîtres de requêtes ou autres per- 
sonnes intelligentes au fait des finances et de la discipline militaire 
pour avoir soin de faire tenir prêts les fonds desdils payements et 
de les faire payer sans delay, en sorte que les trouppes n'ayent 
aucun prétexte de désordre, et de les faire vivre sans fouller ny 
opprimer mes sujets (1). » 

Etienne Foullé remplissait les conditions voulues pour être com- 
pris parmi les commissaires délégués. Il occupait depuis treize ans 
les (onctions de maiire des requêtes; il avait obtenu depuis quel- 
ques semaines le titre d'intendant des finances (2); et ce qui le ser- 
vait mieux que toutes ses autres qualités, il était bien en cour. II 
fut choisi par le Garde des Sceaux pour faire les chevauchées dans 
la Généralité de Limoges. 

(1) Arch. nat. 01 12, f*» 260. Le Registre des protocoles de la Maison 
du roi, dans lequel nous avons trouvé cette dépèche, ne nous en fait pas 
connaître la date; mais on peut être certain qu'elle suivit de près la 
nomination de F'ouUé au titre d'intendant des Finances; or, cette nomi- 
nation est du 18 juin IGi^O, ainsi quMI résulte de la pièce transcrite dans 
la note qui suit. Il est inGniment probable que Tintcndant Foullé arriva 
en Limousin dès la fm du mois de juillet 16^9. 

(2) « A notre amé et féal conseiller en nostre Conseil d^stat m« des 
requestes ordinaires de nostre hostel le s' Foulé salut. Ayant résolu 
pour le bien de nostre service et pour l'expédition des affaires de nos 
finances d'establir deux Intendans d'icellcs outre les six qui sont a 
présent en charge pour estre jusques au nombre de huict, nous avons 
estimé ne pouvoir faire un meilleur ny plus digne choix que de vous 
pour remplir une dcsd. charges pour la connoissance que nous avons de 
vostrc capacité expériance aux affaires prudence dilligence et bonne 
conduite et la confiance que nous prenons en vostre probité et fidélité 
à nostre service dont vous avez rendu preuve en divers emplois et 
occasions importants mcsme en des commissions d'Intendant de la Jus- 
tice et Finances en nos provinces ou vous nous avez dignement servy 
et le public. A ces causes, etc. — Du XVIIl» juin 1649, à Amiens. » 
(Arch. nat. Qi 9, f« 330 v".) 



iO SOCIÉTÉ ARCHÉOLOOIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

C'est Le Tellier qui lui annonça sa commission. « J*ai bien voulu 
vous le faire savoir, lui écrivail-il, pour vous dire que vous ayez à 
vous Iransporlcr incontinent en la Généralité pour visiter toutes 
les villes et lieux dicelle que vous jugerez à propos ; informer des 
désordres et ipalversalions commises et qui se commettent au fait 
des finances; informer aussi des contraventions à mes ordonnances, 
des violences, excès et exactions faites et qui se pourront faire par 
les gens de guerre et par ceux qui ont été et sont commis à la levée 
de mes deniers; empêcher les désordres et contraventions aux 
règlements et ordonnances; et généralement pour y exercer toutes 
les fonctions attribuées par mes ordonnances aux maîtres des 
requêtes ordinaires de mon hostel et appartenant aux intendants 
des finances, et apporter tout le bon ordre que vous jugerez néces- 
saire pour le bien de mon service et soulagement de mes sujets en 
ladite Généralité (i) ». 

Il était utile de reproduire le texte même de ces documents pour 
montrer que Foullé était chargé d'une mission de paix; il devait 
protéger les populations du Limousin contre les violences des sol- 
dats et les exactions des traitants. 

En même temps qu'il envoyait la missive qu'on vient de lire, le 
secrétaire d'Etat écrivait à M. de Pompadour, gouverneur du 
Limousin, aux membres du bureau des fmances de Limoges et aux 
habitants de cette ville, pour leur annoncer la prochaine arrivée du 
commissaire extraordinaire, leur faire connaître l'objet de sa mis- 
sion, leur prescrire de lui donner leur assistance et de lui rendre 
les honneurs dus à sa charge (3). 

Le peuple était donc rassuré. S'il était payé pour ne pas aimer 
les commissaires extraordinaires, on avait eu le soin de lui faire 
savoir que celui-ci n'aurait d*autre souci que de travailler à « son 
soulagement » en ramenant la discipline dans les troupes et le bon 
ordre dans la province. Les antécédents de Foullé, sa fortune, sa 
haute situation, la confiance dont il jouissait à la Cour, étaient une 
précieuse garantie de la façon équitable dont il s'acquitterait de sa 
mission. Le peuple pouvait donc espérer que le commissaire extra- 
ordinaire continuerait la tradition des bons intendants; il lui sem- 
blait qu'il n'y avait rien à redouter de lui. Il ne tarda pas à s'aper- 
cevoir qu'il se trompait. 

En y regardant de près, on aurait pu découvrir dans le sang 
d'Etienne Foullé une inquiétante lare héréditaire. Un de ses oncles, 

(1) Arch. nat., Qi 12, f«>260 ; — Cf. Revue des Sociétés savantes, 7» série, 
t. III, 1881, p. 175. 

(2) Arch, nat., Qi 12, f^ 261 et 262, 



UN TERRORISTE AU XVII* SIÈCLE 11 

maître des requêtes comme lui, avait soulevé bien des plaintes et 
excité bien des colères. Le peuple qui le chansonnait de son vivant, 
avait accueilli la nouvelle de sa mort par des épigrammes. Nous 
avons relevé celte malicieuse épitaphe au milieu de plusieurs 
autres : 

« Jean FouUé repose en ce lieu 

» Qui vivant bruloit d'avarice, 

» Qui fut expert en injustice, 

» Hay de tous. C'est tout. Adieu (1) ». 

L'avarice et l'injustice, c'était trop pour un intendant. Etienne 
cumulait ces défauts et y ajoutait le plus dangereux de tous chez 
un homme investi du pouvoir absolu, la violence. Dans le monde 
brillant qu'il fréquentait, sa nature s'était forcément contrainte; un 
vernis en cachait les vices. Lorsqu'il fut livré à lui-même, elle 
apparut telle qu'elle était ; il ne Qt, du reste, aucun effort pour 
refréner ses penchants. 

Il s'était adjoint un traitant des tailles nommé Tabouret, véri- 
tables chef de mallôliers, ne reculant devant aucune besogne et 
disposé à commettre les pires atrocités (2). 

A peine arrivé en Limousin, l'intendant FouUé voulut mettre la 
haule main sur le Bureau des Finances, et la résistance qu'il y ren- 
contra ne Ht que l'exaspérer. Il parut un jour au bureau, « accom- 
pagné de vingt archers du prévosl général, couverts de leurs 
casques, armés d'épées et mousquetons, conduits par ledicl pré- 
vost général, et nombre d'officiers et cavaliers armés d'épées et 
pistolets, aussy bien que les laquais et serviteurs dudict sieur de 
Foullé, qui seroient montés jusqu'à la salle du bureau qui repond à 
la chambre du conseil, laquelle ils auroient inveslie de toute part 
pour opprimer la liberté de la justice (3) ». Les conseillers récal- 



(1) Bibl. nat., fonds Dupuy, 745-. — Cette épitaphe est de 1638. 

(2) Tabouret eut une grande part de responsabilité dans les violences 
exercées par Foullé en Limousin. Le chroniqueur Pierre Robert 
raconte en ces termes l'arrestation de ce traitant : « Il y eut en ladite 
année quelque émotion à Limoges contre les maltôtiers, plusieurs des- 
quels furent contraints de s'absenter. Vers le 15 du mois de juin 1650, 
M. de La Meilleraie passant à Conf oient fit arrêter prisonnier le parti- 
san Tabouret, qui étoit avec M. Foullé, maître des requêtes, disant 
qu'ils étoient cause, par les violences qu'ils avoient exercées en Limo- 
sin, que tout ce pays là s'étoit révolté. 11 fit attacher la bride du bidet 
sur lequel étoit monté ledit Tabouret au bout de son chariot qui menoit 
son bagage ». {Charles, Chroniques et Mémoriaux, pp. 302-303). 

(3) Arch, hist. du Limousin, t. IV, p. 98. 



12 SOGlÉTé ARGHéOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

cilranls furent exclus, menacés et surveillés. Il obtint même Texil 
du Bureau à Saint-Léonird (1). 

Au retour d'une de ses chevauchées dans la Marche, il se pré- 
sente devant Limoges, suivi d'un gros d'archers. Le quartier de 
Manigne élait en garde et sa porte bien fermée. Celle de Mont- 
mailler, au contraire, était faiblement défendue par quelques sol- 
dats sous le commandement d'un capitaine. 11 marche sur TofTicier, 
un pistolet à la main, blesse deux soldats etse relire quand Talarmc 
est donnée. Il porte alors ses partisans sur Razès, où Tabouret 
« tcnoit des gens de guerre qui faisoient grand mal », et disperse 
les habitants coupables de vouloir lui résister (2). 

Tels étaient ses procédés habituels et ses moyens d'intimidation. 
Mais les méfaits qu'il commit dans le Haut-Limousin, sauf sa pres- 
sion sur les trésoriers du Bureau de Limoges, sont assez mal 
connus elles détails qui en sont donnés par les chroniqueurs man- 
quent de précision. Pour le juger, il faut le suivre dans sa cam- 
pagne en Bas-Limousin. 






Piernî Robert nous apprend qu'il s'y « achemina, au mois d'avril, 
pour y faire payer les tailles du roi, avec le régiment de Paluaut, 
où il fut fait de grandes violences, les paysans et les commis s'élant 
rois en défense. Plus de trente ou quarante villages, à ce que le 
bruit couroit, furent brûlés; nombre de petits enfants, de vieillards 
et de femmes âgées, qui n'auraient pu gagner au pied, y furent 
brûlés (3j. » La date donnée par le chroniqueur Robert est erronée. 
Dès le commencement de février, FouUé était en tournée dans le 
Bas-Limousin. Les événements que nous allons raconter sont, en 
effet, de la (in de février et des premiers jours de mars 1650. 

Les soldats dont il se fit suivre dans cette expédition avaient été 
préparés à leur lâche. Foullé leur avait donné licence « de razer, 
démolir et brusler tout ce qu'ils prélendoient s'opposer à leurs 
desseins ». D'avance, il les couvrait absolument. Ils n'auraient pas 
besoin de justilier leurs actes ni de légitimer, même en apparence, 
leurs exécutions par des enquêtes, des procès-verbaux ou autres 
mesures d'instruction. Ils étaient, en même temps, accusateurs, 
témoins, juges et exécuteurs. Atin que nul n'en ignorât, le com- 
missaire extraordinaire avait fait imprimer l'ordonnance par laquelle 

(1) On trouvera le récit détaillé des démêlés de Foullé avec le 
bureau des finances dans les Arch. hist. du Lim., t. IV, pp. 94-105. 

(2) Annales des sieurs Goudin. Bull, de la Soc, arch. et hisl, du 
Limousin, t. XXXVIII, p. 187. 

(3) Charles, Chroniques et Mémoriaux, p. 302, 



UN TERRORISTE AU XVII° SIÈCLE 13 

il donnait à ses troupes ce pouvoir exorbitant et se faisait pré- 
céder par des gens qui la placardaient et la publiaient (1). 

II espérait, sans doute, que les populations terrorisées s'incline- 
raient devant toutes ses volontés et que personne n'oserait résister 
à ses réquisitions. Il n*en fut pas ainsi. Dans certains villages, les 
habitants eurent le courage de protester, voulurent discuter. C*est 
alors qu1l imagina de décerner des contraintes solidaires pour le 
paiement des tailles, rendant ceux qui s'étaient libérés responsa- 
bles du paiement des autres. Il fit mieux : lorsqu'une paroisse ne 
s'exécutait pas au gré de ses désirs, il condamnait à mort dix des 
principaux habitants, sans les désigner autrement, laissant planer 
ainsi sur tous cette condamnation, abandonnant à ses soldats le 
choix des otages (2). 

Avec lui, il traînait quelques magistrats et un greffier du prési- 
dial de Tulle, qu'il avait sans doute requis de force; et ce tribunal, 
qu'il présidait et auquel il dictait ses abominables sentences, allait 
de village en village, escorté par les compagnies de gens de guerre, 
répandant partout la terreur et la désolation. 

La paroisse de Saint-Bonnet-Elvert fut une des plus éprouvées. 
Foullé ; avait trouvé des collecteurs et des syndics résolus à se 
défendre. La population s'était ameutée et armée. Elle tira quel- 
ques coups de feu sur les troupes de l'intendant, tua et blessa des 
soldats du régiment de Navarre. Les gens de guerre ripostèrent-ils? 
Y eut-il aussi des morts du côté des habitants? Nous avons peu de 
renseignements sur celte première affaire et ne connaissons que 
les détails donnés par le présidial dans un jugement du 1*' mars 
1650 (3). Il est probable qu'après ce coup d'éclat les habitants se 
sauvèrent et que Foullé ne put en tirer la vengeance immédiate 
qu'il aurait voulue. Mais ils ne perdaient rien pour attendre. 

Une information fut ouverte sur les procès-verbaux rédigés par 
les officiers du régiment de Navarre et la cause envoyée devant le 
présidial de Tulle, que présida l'intendant Foullé en personne. 
Tous les habitans de la paroisse, hommes, femmes et enfants, 
étaient impliqués dans la poursuite, quelques-uns nominativement. 



(1) Arrêt du Parlement de Bordeaux du 18 mars 1650, que nous pu- 
blions en appendice. Il en existe un exemplaire imprimé à la Biblio- 
thèque de la ville de Bordeaux, 8921, n<» 45, et un autre à la Bibliothèque 
communale de Limoges (Histoire, t. I*»", 752, pp. 699 et ss.). 

(2) Arrêt de Bordeaux du 18 mars 1650, aux pièces justificatives. 

(3) Pièces justificatives, en appendice. 



14 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

les autres en bloc. Aucun n'avait été arrêté, aucun ne comparut. 
La sentence fut rendue par défaut. Elle fut terrible. 

Quatre des principaux habitants, ceux probablement qui étaient 
considérés comme des meneurs, furent condamnés à être roués vifs 
sur la place de Saint-Bonnet; les collecteurs et les syndics furent 
condamnés à être étranglés et pendus sur la même place ; tous les 
hommes de seize à soixante ans envoyés aux galères; enfin, tous 
les autres habitants, les femmes, les enfants au-dessous de seize 
ans, les vieillards de plus de soixante ans, bannis hors du royaume. 
Personne n'était épargné; les juges et les autres ofliciers de justice 
de la paroisse, le curé et le vicaire étaient également bannis ; leurs 
officps et bénéGces déclarés vacants et intransmissibles. Et pour 
qu'il ne restât rien de celle paroisse qui avait osé se révolter, rien 
que des ruines et le souvenir de la répression de sa révolte, la 
Cour présidiale ordonne que les cloches seront descendues du clo- 
cher, les maisons rasées, les champs laissés en friche ; elle confis- 
que tous les biens des habitants et les déclare acquis au roi. Enfin, 
elle décide que son jugement sera gravé sur une plaque de cuivre 
et cloué à un pilier en pierres de taille en face de la principale 
porte de réglise(4). 

Il fallait maintenant exécuter ce jugement, et Foullé comptait 
employer à celle besogne « les armées du roi qu'il a plu à Sa Ma- 
jesté, disait-il, mettre soubs sa charge en l'absence de messieurs les 
gouverneur et lieutenant du roi ». La vérité est qu'il s'arrogeait le 
droit de commander les troupes en quartier d'hiver dans le pays 
et en usait comme d'un irrésistible moyen d'oppression. 

Sain l-Bonnet-El vert n'est distant de Tulle que de cinq à six lieues. 
La nouvelle du jugement y fut vile portée, et l'on conçoit l'émotion 
qui l'accueillit. C'était l'anéantissement de la bourgade et des vil- 
lages en dépendant; c'était le supplice des principaux habitants, 
les galères ou le bannissement pour les autres, la ruine pour tous. 

Les cloches que Foullé voulait leur enlever sont immédiatement 
mises en branle et sonnent le tocsin. Le tambour bal le rappel. 
La population s'assemble pour délibérer. Va-t-elle fuir, abandon- 
ner tous ses biens, quitter le pays? La fuite, quand il s'agit de tous 
les habitants d'une paroisse, est chose difficile sinon impossible ; 
et d'ailleurs, la fuite c'est la misère pour toujours. L'assemblée se 
rangea au parti de la résistance. 

Pendant que l'intendant réunissait ses troupes et se préparait à 
marcher sur Saint-Bonnet, le bourg se mit en état de défense. Par 
sa situation lopographique, il est à l'abri d'une surprise et peut 

(1) Jugement du l**" mars 1650, aux pièces justificatives. 



UN TERRORISTE AU XVII* SIÈCLE 15 

parer un coup de force. Bâli à mi-côle, sur le versant abrupt d'une 
montagne, il est pour ainsi dire inabordable par le bas. Les maisons 
dominent de véritables précipices dans lesquels des assaillants ne 
pourraient s'engager sans péril. Quelques hommes, embusqués 
derrière les murs des jardins, suffiraient pour en garder l'entrée 
de ce côlé. Les hauteurs qui couronnent le bourg ont des pentes 
presque aussi raides; des villages s'y sont accrochés, Le Roux, 
Soustre, Ceyrolle, qui peuvent servir de postes avancés et arrêter 
l'ennemi. Mais ces points eux-mêmes sont en contre-bas d'un vaste 
plateau qui s'étend depuis Saint-Paul jusqu'au Champ d'Ëlvert; et 
si les bataillons de Foullé, maîtres du Champ d'Elvert, se jettent 
librement dans la descente, aucun obstacle ne brisera leur élan. 

Il est certain que l'attaque viendra du plateau dont la position et 
le développement se prêtent à merveille à une concentration de 
troupes. Plusieurs chemins le relient à Tulle par Espagnac et par 
Pandrignes. Assez large du côté de Saint-Paul, il va en se resser- 
rant vers Saint-Bonnet. Près du village de Détaille, il est en quelque 
sorte étranglé entre deux replis de terrain. C'est ce passage qu'il 
faut fermer à tout prix aux soldats de l'intendant. Les habitants y 
établirent un retranchement à six cents mètres environ de l'endroit 
appelé la Chapelle-des-deux-Egaux (1). En arrière et plus près du 
bourg, probablement au village de Ceyrolle où la pente commence 
à se précipiter, ils construisirent une autre fortincation. Enfin, une 
troisième ligne de défense, plus forte que les premières, couvrit 
Saint-Bonnet-Elvert. 

Foullé n'avait dû laisser aucun poste dans les environs immé- 
diats, car pour se faire la main, s'entraîner et s'habituer au feu, les 
habitants allèrent attaquer quelques troupes qui étaient logées dans 
des villages de la paroisse de Champagnac-la-Nouaille (2). 

De son côté, l'intendant ne perdait pas de temps. Averti de 
l'audace des gens de Saint-Bonnet, il ne voulait marcher contre eux 
qu à coup sûr et faisait ses préparatifs en conséquence. Il envoyait 
sur le plateau de Saint-Paul le régiment de Palluau et douze com- 
pagnies de cavalerie commandées par le sieur de Camail. C'était 
plus de troupes qu'il n'en aurait fallu pour réduire une ville (3}. 



(1) Entre le village de Ceyrolle et le Champ d'Elvert où se trouve 
transporté actuellement le chef-lieu de la commune de Saint-Bonnet, à 
six cents mètres environ de la Chapelle-des-deux-Egaux, il existe uu 
croisement de chemins connu sous le nom de La Barricade. 

(2) Jugement du 9 mars 1630, aux pièces justificatives. 

(3) Nous n'avons pas trouvé les états des troupes du royaume en 
1630; mais ceux de 1663 sont conservés à la Bibliothèque de l'Arsenal 



16 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET IIISTORIQIÏE DU LIMOUSIN 

Or, le cheMieu de la paroisse ne devait pas élre plus important 
au XVII* siècle qu'aujourd'hui; il ne se compose pas de plus de 
dix maisons. Depuis quelques années la vieille église a été démolie 
et une église neuve a été construite au sommet de la montagne sur 
le Ciiamp d'Elvert; c'est là aussi qu'ont été transportées la mairie 
et l'école communale. Mais le gros du bourg est tel qu'il était autre- 
fois, et si ses maisons les plus anciennes ne datent pas de deux 
siècles, rien ne prouve qu'en 1630 l'agglomération ait été plus con- 
sidérable. 

Certes les habitants de ces dix maisons n'étaient pas seuls pour 
tenir tôle aux fanlassius et aux cavaliers de Foullé. Ceux deSous- 
tre, de CeyroUe, de Blandine, du Roux, de Bélaille et de Bétaillole, 
tous ceux de la paroisse faisaient cause commune avec eux, puis- 
qu'ils étaient compris dans la môme condamnation; ceux des 
paroisses les plus voisines avaient intérêt aussi à se défaire des 
gens du roi qui les pressuraient et les ruinaient. Ils avaient répondu 
à l'appel, s'étaient armés et équipés. Tous réunis, ils formaient 
une petite armée avec tambours et drapeau et disposaient de cin- 
quante ou soixante cavaliers. 

L'attaque a été décidée pour le 9 du mois de mars. Les trou- 
pes de l'intendant sont concentrées sur le plateau de Saint-Paul. 
Foullé s'y rend au jour dit, accompagné du grand prévôt, des 
magistrats et du greflier du présidial de Tulle. Il ordonne aussitôt 
la marche en bataille sur Saint-Bonnet. Des sentinelles, placées 
par les habitants sur les monticules qui jalonnent le plateau, se 
replient en annonçant l'approche de l'ennemi. 

Arrivées à la Chapelle-des-deux-Egaux, les compagnies s'arrôtent. 
Elles sont en face du premier retranchement. Foullé prétend qu'il 

où nous les avons consultés (mss. n»» 4882, 4883 et 4884). L'effectif des régi- 
ments et des compagnies devait être sensiblement le môme à ces deux 
dates. Il résulte des pièces justificatives, publiées à la suite du présent 
mémoire et des renseignements donnés par les chroniqueurs contempo- 
rains, que Foullé, dans sa campagne contre Saint-Bonnet-Elvcrt, était 
assisté d'un régiment désigné tantôt sous le nom de régiment de Palluau, 
tantôt sous le nom de régiment de Navarre ; Palluau devait en être le 
chef. Or, d'après les Etats des troupes en 1665, Teffectif du régiment de 
Navarre pouvait varier de 1,000 à 2,000 fantassins, et les compagnies de 
cavalerie étaient entretenues sur le pied de 50 hommes chacune. Il n'est 
pas admissible que Foullé ait mobilisé, pour réduire Saint-Bonnet- 
Elvert, un régiment de 4,000 fantassins au moins et douze compagnies 
de cavalerie formant un effectif de 600 cavaliers. 11 est plus probable 
que l'intendant mit en marche des détachements de ces divers corps. 



UK TERRORISTE AU XVII* SlfeCLË 17 

envoya alors en avant le grand prévôt de la province pour inviter 
les habitants à se rendre et les adjurer d'implorer la grâce du roi. 
Ils répondent à celte sommation par une fusillade qui blesse le 
grand prévôt. L'ordre d'emporter les relranchements est aussitôt 
donné et le combat s'engage. Il dût être acharné, car deux lieu- 
tenants, un sergent et plusieurs soldats furent blessés. Mais les 
retranchements sont enlevés, et pour chasser les habitants des 
maisons dans lesquelles ils se sont réfugiés, les soldats mettent le 
feu au village. Il ne fut pas fait de prisonniers, les défenseurs 
ayant eu le temps de se retirer derrière la troisième barricade. 
C'étail, paraît-il, la plus forte. Les habitants laissent approcher les 
troupes de l'intendant et les accueillent presque à bout portant, 
par une décharge de mousquets qui leur cause quelque mal. La 
barricade est prise d'assaut. Et tout n'est pas encore fini. D'autres 
obstacles ont été élevés. Les gens de Saint-Bonnet reculent, 
mais s'embusquent. La lutte devient plus meurtrière ; on se bat 
corps à corps. Le drapeau des habitants et plusieurs de leurs tam* 
bours sont pris. La débandade commence. L'armée poursuit les 
fuyards dans les villages et incendie les maisons. Alors les défen- 
seurs de Saint-Bonnet se jettent dans les précipices qui sont au- 
dessous du bourg, où la cavalerie est incapable de les atteindre {\), 

Maître de la position, Foullé revient en arrière jusqu'à La Cha- 
pelle-des-Deux-Egaux, et là, entouré des magistrats du présidial, 
pendant que les maisons du bourg et des villages brûlent, il rend la 
sentence qui doit couronner son œuvre. 

Il veut faire un exemple afin que « le reste de la province se 
remette entièrement dans l'obéissance du roi », et cet exemple sera 
le complet anéantissement de la paroisse rebelle. Il déclare tous 
les habitants du bourg et de la paroisse de Saint-BonnetrElvert qui 
ont pris les armes, tous ceux des autres paroisses qui leur ont 
prêté main-forte, criminels de lèze-majesté, et les condamne en 
bloc, sans en dénommer aucun, à être pendus à des potences qui 
seront dressées sur les grands chemins. Toutes les autres disposi- 
tions du jugement du 1*' mars sont maintenues. Il ordonne qu'une 
somme de deux mille six cents livres sera prélevée sur les biens des 
condamnés pour être distribuée à ses officiers et soldats blessés. 
Toutes les maisons qui ont échappé aux flammes seront rasées, et 
il est interdit de les reconstruire. Il est enjoint de courir sus aux 
condamnés. Ceux qui leur donneront asile seront traités en com- 
plice. Enfin l'évêque est chargé de faire emporter le Saint-Sacre- 
ment de l'église. 

(1) Jugement du 9 mars 1650, aux pièces justificatives. 



18 SOCléré ARCHéoLOGiQCE ET HlStORlQDE DU LtMÔÛStN 

Ce jugement impitoyable est daté du « camp de Saint-Bonnet, 
près de la Croix des Douzigaux, le neuf mars mil six cens cinquante, 
après la battaille et desfaile des croquans ». 

Pendant qu'Etienne FouUé travaillait à Tanéantissement de la 
paroisse de Sainl-Bonnet-Elvert, ses abus de pouvoir et ses actes 
de sauvagerie en Bas-Limousin étaient dénoncés au Parlement de 
Bordeaux. La Cour instruisait TatTaire d'urgence et avec une telle 
célérité qu'à la date du 18 mars elle était en mesure de statuer sur 
rappel du jugement rendu le i*' du même mois par le présidial de 
Tulle contre les habitants de Saint-Bonnet. Cet appel n'avait pas 
empêché Foullé de poursuivre l'exécution de son jugement et de 
livrer « la bataille » du 9 mars. 

Dans son arrêt, le Parlement rappelle les iniquités et les violen- 
ces de rintendant. Les faits qu'il relève sont ceux-là mêmes que le 
présidial a relaté dans son jugement par défaut du 1" mars. Le 
Parlement flétrit l'entreprise de Foullé, cet « attentat contre les 
lois divines et humaines »; il constate qu'il a « porté le flambeau 
de la désolation dans diverses paroisses, bruslé et ruyné tous les 
villaiges et converti une partie du Bas-Limousin et la mieux peu- 
plée en un désert effroyable, et privé le roy des suvbentions consi- 
dérables qui en retiroit ». Dans ce passage, la Cour a eu le tort de 
généraliser; Foullé n'avait pas encore ruiné tous les villages (1) et 
changé en un désert la plus riche partie du Bas-Limousin. Mais il 
était temps de l'arrêter. Le Parlement, toutes les chambres réunies, 
casse les jugements rendus par le présidial de Tulle sous la prési- 
dence d'Etienne Foullé et fait deffenr,e à celui-ci « de s'immiscer 
dans le ressort de la Cour à aucune fonction de justice civile ou 
criminelle (3) o. 

Cet arrêt cmpêcha-t-il Texécution de la cruelle sentence rendue 
sur le champ de bataille de Saint-Bonnet-Elvert? L'obscurité la 
plus grande enveloppe les événements qui ont pu suivre. Foullé 
n'était pas homme à s'arrêter devant une décision de justice. Il 
l'avait bien montré quand il était allé faire le siège de Saint-Bonnet 



(1) Il en avait retiré déjà des sommes considérables. Le 7 mars 1650, 
huit chevaux chargés d'argent, venant des élections du Bas-Limousin, 
arrivèrent à Limoges. Ils portaient environ 100.000 livres. Le Bureau 
des finances fut averti de cet envoi; mais il ne reçut pas la somme, qui 
fut détournée. Le 24 du même mois, sept charges d'argent arrivèrent 
des mêmes élections et parvinrent, cette fois, au Bureau. (Arch. hist. 
du Limousin, t. IV, pp. 92-93). 

(2) Arrêt du 18 mars 1650, aux pièces justificatives. 



UN tEHnORtSTB Al) XVll* SiècLfi lÔ 

malgré Tappointement qui rappelait devant la Cour de Bordeaux. 
11 se savait soutenu en haut lieu et connaissait la marche à suivre 
pour faire casser les arrêts des Parlements qui portaient atteinte à 
son prestige (4). Nous n'avons pu savoir s'il se pourvut contre 
l'arrêt de Bordeaux. 

Après les combats du 9 mars et la chasse qui leur fut donnée 
dans les villages par les cavaliers de Foullé, tous les habitants 
avaient fui. La paroisse dut rester déserte pendant quelque temps. 
Sur les registres paroissiaux d'Argentat, nous relevons, à la date 
du 20 mars lt)50, le décès dans cette ville d'une femme qui avait 
abandonné son village « afSn d'esviter le désordre arrivé à Saint- 
Bonnet à cause de n'avoir pas payé la tailhe des années 1647 
et 1648 (2) », 

Il eut élé intéressant de dépouiller les registres paroissiaux de 
Saint-Bonoel-Elvert des années 1650 et suivantes. Que de précieux 
renseignements ils nous eussent donnés sur le chiffre de la popu- 
lation avant et après les événements du mois de mars et sur le 
temps que dura l'émigration. Malheureusement les registres con- 
servés à la mairie et au presbytère ne remontent qu'à 1663. La vie 
normale de la paroisse avait alors repris son cours. 

Il est impossible de constater sur les lieux une trace quelconque 
de la répression du 9 mars. La plus ancienne des maisons actuelles 
n'était pas alors bâtie ; en faut-il conclure que toutes celles qui 
existaient alors furent détruites par les flammes? L'église, qui 
restait le seul témoin de cette époque, a disparu elle aussi; et l'on 
chercherait vainement les vestiges du pilier en pierres de taille 
auquel devait être fixé le jugement du 1" mars gravé sur cuivre. 
S'il a jamais élé édifié, il est naturel que, dès leur retour à Saint- 
Bonnet, les habitants se soient empressés de le détruire. 

L'oubli s'est fait. J'ai interrogé les anciens, les notables, les gens 
les plus instruits de la commune ; personne n'a gardé la tradition 
des malheurs de 1650. J'ai compulsé le cahier paroissial sur lequel 



(4) Ayant été envoyé en Languedoc en 1652 pour la levée des deniers 
destinés à Tentretien des troupes, Foullé vit ses pouvoirs contestés par 
un arrêt du Parlement de Toulouse en date du 18 mai 1652. Il se pour- 
vut devant le Conseil du roi contre cet arrêt et en obtint la cassation 
le 6 juin suivant. (Arch. Nat., E 1700, n^ 65). 

Les événements que nous racontons se placent à une époque où les 
Parlements étaient en lutte ouverte avec le pouvoir; il n'est donc pas 
surprenant de voir leurs arrêts si facilement cassés par le Conseil du 
roi. 

(2) Eusèbe Bombal, Histoire dWrgeniat, p. 227. 



20 IftOClèrè ARCnèoLOGlQUfi fit HlSTOmQCB DC LIMOUSÏI^ 

M. Tabbé Madelmont a consigné toutes les noies historiques quMI a 
pu recueillir pendant son ministère de dix années (1), et je n'y ai 
trouvé aucune allusion à Tévénement qui était certainement le plus 
mémorable de celle petite contrée. Malgré les mesures qu'il avait 
prises pour faire « cognoistre à la postérité la rébellion » des 
paroissiens de Saint-Bonnet, Foullé n*était pas parvenu à en assu- 
rer la mémoire. Il a fallu le hasard de la trouvaille des deux pièces 
de greffe que nous donnons en appendice pour nous apprendre les 
détails de cette affaire. 

Quel fut le rôle de Tinlendant en Bas-Limousin après la réduction 
de Saint-Bonnet-Elvert ? Le terrible exemple qu'il avait fait sufBl-il 
à courber toutes les paroisses sous son joug? L'arrêt du parlement 
ne dut pas ralentir son zèle ni refréner ses audaces. Le chroniqueur 
Pierre Mesnagier rapporte qu'au cours de sa chevauchée, Foullé et 
le grand prévôt Chaslaignac se rendirent dans la paroisse de Vouri 
en UaS'Limottsin, où ne trouvant pas d'argent à lever, ils s'empa- 
rèrent des bestiaux et « fire mestre le feu par tout le bour et lé 
villages, tellement quil fire bruller dé hommes et dé fammes, 
mesmes ensaincles, aux sy de pelis enfants qui estoy anséré danct 
lé maison, et mesmes les fammes qu'il renconstroy an se carlier, il 
leur pasoy l'epée at traver le corpt (3). » Il n'y a pas de paroisse 
de Vouri en Bas-Limousin; il nous est donc impossible de déter- 
miner le lieu et la date de cet autre acte de barbarie (3). 

Ce qui ne fait aucun doute, c'est que la confiance dont Foullé 
jouissait k la cour, sa situation et son autorité ne furent pas attein- 
tes par l'arrêt du parlement de Bordeaux. Les violences et les 
exactions dont il s'était rendu coupable ne paraissent pas lui avoir 
attiré le moindre blâme. De retour à Limoges, nous le voyons 
engager une lutte contre les membres du Bureau des Finances, et, 
toujours soutenu par le pouvoir, triompher de tous les obstacles et 
de toutes les résistances. 

Il quitta le Limousin à une date que nous ne pouvons pas pré- 
ciser. A la fin du mois d'octobre 1650, le Bureau des Finances, qu'il 
avait exilé à Saint-Léonard, fut autorisé par le roi à rentrer à 



(1) Ce cahier paroissial est conservé au presbytère de Saint-Bonnct- 
Elvert. 

(2) Registres consulaires de la ville de Limoges, second registre 
(1592-1662), p. LXXXIV, note 3. — L'auteur de cette note taxe de fabu- 
leux le récit de Pierre Mesnagier; il ne connaissait pas les exploits de 
Foullé à Saint-Bonnet-Elvert. 

(3) Peut-être s'agit-il de Vaulry (Haute- Vienne). 



ÛM TERRORISTE AU XVII^ SIECLE ft). 

Limoges et les trésoriers interdiis reprirent leurs ronclions (i). Il 
semble que la dictature de PouUé avait cessé h cette époque (2). 

Nous ne savons rien de la fin de sa carrière, si ce n est qu'il se 
relira en Bretagne, où il mourut en 1673. 

Sa famille continua sa fortune, L*ainé de ses fils, Mic|iel, fut 
d*abord conseiller au parlement de Metz et ensuite conseiller au 
Grand Conseil et maitre des requêtes. Le cadet, Hyacinthe, remplit 
1rs mêmes fondions et fut nommé, en 1680, ambassadeur en Dane- 
marck. Charles-Nicolas, le cinquième de ses enfants, eut un siëp:e 
au Grand Conseil. Ses tilles épousèrent des gens de haute lignée (3). 

On voit — et c'est un signe des lemps — que ses chevauchées en 
Limousin n'avaient pas desservi rintcndant Eiicnne Foullé. 

René Face. 



(1) Arch, hisl, du Limousin, t. IV, pp. 104-105. 

(2) Le traitant Tabouret, qui avait assisté Foullé dans ses opérations, 
resta pondant quelque temps encore en Limousin. M. Leroux nous 
apprend que le cardinal Mazarin, auquel Tabouret devait 50.000 livres, 
envoya un agent à Limoges, en décembre 1051, pour le contraindre à se 
libérer. (Alfred Leroux, La Généralilé de Limoges ; Inventaire sommaire 
de la série C, p, LXVIIL) 

(3) Bibl. nat., séries généalogiques, cabinet d'Hozier, 147. 



T. LVI 2 



22 SOCllÈTè ARCHEOLOGIQUE ET HiSTOMqCÉ t>U LtMOCSl!^ 



APPENDICE 



I. — Jugement du présidial de Tulle, du /*' mars 4650 

Extrait des registres du présidial de Tulle, y président Monsieur Foulé, 
seigneur de Prunevaux, conseiller du Roy en son conseil, maitre des 
requestes ordinaire de son hostel, intendant des finances de France. 

Veu par la cour les charges et informations faites à la requeste du 
sieur procureur du Roy, procès-verbal des officiers du régiment de 
Navarre par lequel il résulte comme les habitans de la paroisse de 
Saint-Bonnet ont chargé a coups de fusils et mousquets et tué plusieurs 
de leurs soldats, cayer de recolement -de témoins ouys esd. informations 
et autres procédures, conclusions dud. sieur procureur du Roi, tout 
considéré. 

Ladite cour presidialc y président Monsieur Foulé, seigneur de 

Prunevaux, conseiller du Roi en son conseil, maistre des requestes 

ordinaires de son hostel, intendant des finances, commissaire départi 

par sa majesté en la généralité de Limoges, et par arresi du conseil du 

cinquiesme janvier dernier, par jugement présidial et en dernier ressort, 

a déclaré et déclare les desfauts bien et deument obtenus et jugeant le 

prosfit d'iceux a déclaré et déclare les defîaillants atteints et convaincus 

des cas et crimes a eux mis sus, pour réparation desquels a condamné 

et condamne sçavoir Gaspard et Jean Ceyrolles les nommes Foui et 

Peyperdus a estre roues tous vifs sur un eschalTaut qui sera dressé 

pour cest effet en la place publique dud. Saint-Bonnet et exposes sur 

des roues jusques a ce que mort naturelle s^en ensuive, les collecteurs 

et scindics desd. lieux a estre pendus et estrangles a des potences qui 

seront pareillement dressées pour cest effet en lad. place publique si 

pris et aprehendés peuvent estre, sinon figurativement en la présente 

ville, le surplus desd. habitans au dessoubs de soixante ans et au dessus 

de seize à servir le reste de leurs jours par force le Roi en ses galères, 

et le restant desd. habitans au dessus desd. soixante ans et au dessoubs 

de seize tant hommes que femmes bannis à perpétuité hors du royaume 

leur faisant defance lad. cour d'enfraindre leur ban a peine de la hart 

et a toutes personnes de cultiver et moissonner leurs terres jusques a 

ce qu'autrement par sa majesté en ay t esté ordonné, et au regard des juges 

lieutenans et autres officiers des justices dépendantes de lad. parroisse 

ensemble les curés et vicaires lad. cour presidiale les a pareillement 



M^ TÉRnOmStE AU XVI1<^ SlàcLË 23 

bannis a perpétuité hors dud. royaume et déclaré leurs offices et béné- 
fices vaquans et intransmissibles et réuni les justices et les biens en 
fond desdits habitans au domaine de sa majesté au profit de laquelle a 
déclaré le surplus des autres biens des condemnés aquis et confisqués, 
comme aussi pour faire d'autant plus cognoistre a la postérité lesd. 
rebellions, ordonne lad. cour que les cloches seront descendues du clo- 
cher et conduites en la presant ville et que les maisons des condamnés 
a mort et aux galères seront rasées et desmolies et qu'il sera dressé un 
pillier de pierre de taille devant la porte principale de Tesglise dud. 
lieu auquel sera attaché une lame de cuivre sur laquelle le presant 
jugement sera gravé avec defîance a toutes personnes de les oster a 
peine de punition corporelle, et au surplus a convertir le désir d'ajour- 
nement personnel décerné contre le sieur de la Chapelle au Pras en 
désir de prise de corps, ce faisant ordonne qu'il sera mené et conduit 
prisonnier a la suitte dud. sieur Foulé pour estre a droit si pris et 
aprehendé peut estre sinon appelé a trois briefs jours dans lequel délai 
ordonné par le dernier jugement de lad. cour et que les assignations 
qui seront données en cette ville ou dans les lieux ou se trouvera led. 
sieur Foulé vaudront comme s'ils estoicnt faits au domicilie. Les biens 
dud. sieur La Chapelle saisis et annotes (une lacune) establis commis- 
saires pour en rendre compte a qui par justice sera ordonné, et seront 
les procédures continuées contre lesd. autres desnommes en lesd. 
charges, et a lad. cour presidiale condamné lesd. accusés et dcfaillans 
aux despens, la taxe réservée. 

Ainsi signé Foulé de Prunevaux, de Fenis président, Darche lieute- 
nant criminel, de Fenis, Barrât, Lcspinasse et Rivière conseillers. 

Prononcé a été le présent jugement au présidial de lad. ville y prési- 
dent led. s' Foulé, le premier de mars 1650. 

(Bibl. nat.. Fonds Dupuy, 75 1, f» 88 et s.). 

II. — Jugement du Présidial de Tulle, du 9 mars I6o0 

Extrait des registres de la cour presidiale de Tule, 

Sur ce qui a esté remontré à la cour presidiale par le procureur du 
Roi en icelle que pour raison des soulevemcns fréquents arrivés en la 
paroisse de S*-Bonnet-Alvert au son du tocxain et du tambour avec bar- 
ricades et autres fortifications, lad. cour presidiale y président Monsieur 
Foulé, seigneur de Prunevaux, conseiller du Roi en son conseil, maistre 
des requestes ordinaires de son hostel, intendant des finances de France 
et commissaire départi par Sa Majesté en la généralité de Limoges et 
par arrest du conseil du cinquiesmc janvier dernier, auroit esté obligé 
de rendre son jugement présidial et en dernier ressort le premier de ce 
mois portant condamnation des peines capitales y énoncées et requis 
led. s' Foulé d'employer les armées du Roi qu'il a plu à Sa Majesté 
mettre soubs sa charge en l'absance de Messieurs les gouverneur et 
lieutenant du Roi en lad. province pour faire exécuter led. jugement 
comme chose entièrement nécessaire pour le restablissement de l'au- 



a SOCIÉTÉ ARCIlàoLOGlQOË ET ItiStORlQliË DU LtMOCSt!^ 

thorité de Sa Majesté la surelé publique et le repos de la province, 
lequel sieur auroit employé de tous ses soins depuis led. jugpement ainsi 
qu'il avoit fait auparavant pour réduire par la douceur et Icntremise de 
diverses personnes, mesme dud. procureur du Roi, les habitans de lad. 
paroisse de S^-Bonnet et autres qui s'estoient mis contre le service et 
armées du Roi à se soumettre à l'obéissance de Sa Majesté poser les 
armes et s*esforcer de payer ce qu'ils lui doivent des tailles des trois 
années dernières, mais au lieu de profiter par lesd. coupables de la 
conduitte et modoration dud. s^ Foulé, ils se seroicnt portés à ce poiut 
d'audace et d'insolence que de sortir de leurs rctranchemens et par- 
roisse et d'aller par trois diverses fois depuis huit jours pour enlever 
des quartiers ou quelques troupes de Sa Majesté estoient logées par 
ordre dud. sieur Foulé dans les villages de la paroisse de Cliampaignac 
La Nouaille faute de payement desd. tailles, ce qui auroit obligé led. 
s' Foulé d'assembler le régiment d'infanterie de Paliîau, quatre cor- 
nettes de cavalerie du régiment du grand maistre, cinq du régiment de 
Crequi, deux de Chasteaubrian et une du régiment de Clairi, comman- 
dées par le sieur de Camail, ausquelles il auroit donné rendez-vous ce 
jourdhuy en la plaine de Saint- Paul distant d'une lieue dud. S'-Bonnek, 
et de donner advis à la cour prcsidiale pour si rendre en corps ou par 
députes au nombre de l'ordonnance, ainsi (ju'elle jugeroit à propos, aux 
fins d'obliger lesd. factieux à poser les armes, rompre leurs fortifica- 
tions et se soumettre à Sa Majesté par le respect qu'ils doivent à sa 
justice, plustost que de les y forcer par les armes, suivant lesquels 
ordres led. sieur Foulé s'eskant rendu suivi et accompagné dud. s' pro- 
cureur du Roi dans lad. plaine avec la compagnie du s*" grand prevost 
de L^mosin et celle des visseseneshaux de Tulle et de Brive, lesd. 
troupes étant formées à l'heure qui leur avoit esté donnée, led. sieur 
les auroit fait marcher en bataille droit à la parroisse de S^-Bonnet et 
en un lieu appelé La Croix de Douzigaux, et dans le chemin auroit 
poussé d'eminence en eminence plusieurs santinelles qui avoient esté 
posées de la part desd. cro:|uants les.juels estant relires dans leurs 
relranchemens led. sieur auroil détaché d'auprès de lui led. s*" de 
Chastaignat, grand prevost de lad. province, pour leur faire commande- 
ment de la part de Sa Majesté de poser les armes se soumettre et 
reclamer la grâce de Sa Majesté, ce ([u'au lieu de faire ils auroient fait 
une grande descharge de mousquetade sur led. s' grand prevost lequel 
ils auroient blessé, ce qui auroit obligé led. s' Foulé de faire attaquer 
en mesme temps deux differens rctranchemens, à l'attaque desquels 
auroient été blessés deux lieulenans, un sergent et quelques soldats, et 
neantmoins lesd. rctranchemens auroient été forcés, l'un desquels 
estoit dans un grand village qui auroit esté aussi en mesme temps 
bruslé par lesd. gens de guerre, lesquels s'eslant avancés plus avant 
vers led. bourg de S'-Bonnet, led. s' Foulé estant toujours à leur teste 
ils auroient trouvé un troisième retranchement plus fort que les deux 
autres, lequel ayant fait attaquer, les croquants auroient attendu de 
faire une descharge à brusle pourpoint dont ils auroient aussi tué 



UN TEnnoniSTE au xvii* siècle 25 

quelques soldats, après quoy neanlmoins ils auroient esté forcés dan* 
losd. retranchements après lesquels ils auroient esté encore trouves de 
plus fort en plus fort qui neanlmoins auroient esté emportés par la 
force des armées de Sa Majesté et par la valeur des combattans qui 
auroient pris plusieurs tambours et un drapeau desd. croquans et taillé 
en pièces ceux qui s'y opposèrent suivi les fuyards dans tous les villa- 
ges de lad. paroisse ou ils pou voient aborder, forcé et bruslé iceux et 
dissipé tous les croquans qui se seroient sauves dans des précipices 
inaccessibles à la cavalerie et à tous autres qui ne scavent le pays, 
ainsi que les officiers de la cour presidiale presants a ce que dessus 
l'on veu et recognu, laquelle audace estant en en la personne 

desd. croquans dans la fuite desquels ont esté recognus du haut du 
camp dans les précipices qui estoient au delà dud. bourg de S'-Bonnet 
cinquante ou soixante hommes a cheval qui vraisemblablement ont esté 
les autheurs de lad. révolte. Et qu'il importe au service de Sa Majesté 
et à la tranquillité publique d'asseoir une nouvelle condamnation et 
estahlir une nouvelle peine pour les nouveaux crimes en sorte que par 
l'exemple du chastimenl le reste de la province se remette entièrement 
dans l'obéissance du roi, et partant requeroit qu'il plaise à lad. cour y 
pourvoir suivant ses conclusions verbales. La cojr presidiale 
y président led. s*" Foulé a déclaré et déclare tous les habilans 
dud. bourg et paroisse de Saint-Bonnet-Alverg, ensemble tous ceux des 
autres paroisses qui ont esté assemblés ccjourd'hui et mis sous les 
armes dans le bourg, villages et retranchements de la paroisse de Saint- 
Bonnet, criminels de lèse majesté, ennemis du roi et de Testât, per- 
turbateurs du repos public et pour réparation de ce les a conderanes et 
condemne a cstre pandus et estrangles a des potances qui seront dres- 
sées pour cest effet dans les grands chemins, le surplus dudit jugement 
du premier de ce mois pour ce qui concerne la dessente des cloches et 
la deffance de cultiver les terres, les confiscations et amandes sertis- 
sant leur plein et entier effet, sur lesquels sera pris par prelevance la 
somme de deux mille six cents livres pour lesd. blesses, sçavoir au 
s' de Ginnaix, lieutenant du s' Daost, major du régiment, la somme de 
milles livres; au sieur Navarre, volontaire, celle de cinq cens livres; 
au nommé Lacroix, sergent de la compagnie de Villemure, celle de 
cent livres, et a vingt soldats dud. régiment la somme de mille livres 
en tout, ordonne en outre que les maisons qui ne se trouveroient avoir 
esté brûlées seront. rasées et desmolies a la reserve de celle du nommé 
Citard, octogenier et trouvé malade dans son lit, a laquelle sera sursis 
jusqu'à ce qu'autrement par Sa Majesté en aie été ordonné, faisant def- 
fanse a toute personne de les rediffîer, de donner retraite ausd. coupa- 
bles a peine d'estre punis comme complices, enjoignant à toute per- 
sonne de leur courrir sus, ordonne en outre la cour presidiale que le 
sieur evesque de Tule sera prié de commettre et députer un de ses 
grands vicaires ou tel autre prettre quil lui plaira pour transporter le 
saint sacrement de lad. esglise de S^-Bonnet en tel autre qu'il advisera, 
et sera le présent jugement leu publié et registre partout ou besoin 



2Ô SOCléré ARCHEOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

sera à la diligence du s' procureur du roi qui justifiera à lad. cour de 
ses diligences dans huitaine. 

Fait au camp de Saint-Bonnet, près de la Croix de Douzigaux, le 
neuf mars mil six cens cinquante, appres la battaille et desfaites des 
croquans. 

Ainsi signé à Toriginal : Foulé de Prunevaux ; de Fenis; Jasse de 
Poumeronne, lieutenant particulier criminel; Brossart, conseiller; Les- 
pinasse, conseiller; Jarrige, conseiller; Rivière, conseiller; de la Rue, 
conseiller; de Fenis, procureur du roi, et de Lagier, greffier criminel. 

(Bibl. nat., fonds Dupuy, 754, f« 90). 



III. — Arrêt du Parlement de Bordeaux, du 18 mars 1650 

» 
Sur ce qui a esté représenté à la Cour... que depuis quelque temps 
le sieur Foulé, cy-devant intendant dans cette province, y estoit de 
retour et sous prétexte de la qualité d'intendant des finances de France, 
laquelle ne lui baille aucune juridiction contentieuse, présuposant que 
la fonction de la justice et des finances se trouve unie en sa personne 
par les charges de maistre des requestes et d'intendant, a formé des 
jugemens, baillé des ordonnances et fait des procédures aussi extraor- 
dinaires et plaines d'entreprises contre Tauthorité desdites déclarations 
et des ordonnances royaux que préjudiciables au service du roy et au 
repos du public, ayant fait lever les tailles à main armée, baillé des 
contraintes solidaires pour le payement dUcelles, désolé diverses 
paroisses par des logemens de gens de guerre, employé les officiers 
des lieux pour la conservation desdites contraventions, et sur les désor- 
dres qu'ils ont excité dans le haut et bas Limousin, fait des procédures 
et condemnations aussi violentes dans la forme et dans le fonds que 
entreprenantes sur l'authorité royale, ayant baillé par ces prétendues 
ordonnances, mesme par celles du 22 février dernier, la licence aux 
gens de guerre de razer, démolir et brusler tout ce qu'ils prétendaient 
s'oposer à leurs desseins, sans qu'ils puissent estre recherchés en 
dressant les procès-verbaux pour leur descharge, avec liberté d'estre 
les accusateurs, les tesmoins, les juges et les exécuteurs, ayant fait 
imprimer et publier cette permission pour donner plus d'éclat au mes- 
pris qu'il fait des déclarations du roy; que les condemnations qu'il a 
données sans pouvoir contre ceux qu'il a présupposés coupables de 
résistance et de rébellion aux gens de guerre, prononçant la contrainte 
solidaire pour les tailles, establissant par defTaut des peines de mort 
contre dix des principaux habitants de chasque parroisse sans les nom- 
mer dans l'instance ny dans la disposition, et dont le choix dans l'exé- 
cution est une chose aussi contraire aux ordonnances royaux que favo- 
rable pour le mesnagement à des juges intéressés, la dessente des 
cloches, le bannissement des curés et autres ecclésiastiques, la pros- 
cription dei officiers, la confiscation des biens, la vaccance ordonnée 
dçs Qfficçs çt bénéfices, les dommages et intérêts, Icsrazemens des 



UN TERRORISTE AU XVIl* SIÈCLE 27 

maisons et bastimens de paroisses antières sont les plus communes 
prononciations ; qu'elles ont passé jusques à des peines que les ordon- 
nances royaux ny les lois les plus sévères n'ont encore introduit, ordon- 
nant que des paroisses resteront sans culture, condamnant tous les 
habitants des paroisses au-dessus de laage de seize ans et au dessous 
de soixante à servir de force le roy le reste de leurs jours dans les 
galères, et ceux qui sont au dessus de soixante ans et au dessous de 
seize ans, de Tun et Tautre sexe, au bannissement perpétuel hors du 
royaume, voulant par ce moyen que les enfants qui sont encore dans le 
berceau, ne pouvant recevoir la peine des crimes dont ils sont incapa- 
bles, portassent des marques de son entreprise et attentat contre les 
lois divines et humaines,... ayant porté le flambleau de la désolation 
dans diverses paroisses, bruslé et ruyné tous les villaiges, et converti 
une partie du bas Limosin et le mieux peuplé en un désert effroyable, 
et privé le roy des subventions considérables qu'il en retiroit, lequel 
mal croissant de jour à autre pourroit troubler le repos et la tranquillité 
publique au grand préjudice de TEstat s'il n'y e»toit pourveu par les 
remèdes qui seront trouvés les plus convenables ; 

Veu la susdite prétendue sentence donnée par ledit Foulé, assisté 
d'aucuns officiers du siège de Tulle, signée de Lagier, greffier, du 
22 février dernier, autre sentence portant les susdites condamnations 
par deffaut, razement de maisons et autres choses cy-dessus du 25 fé^^ 
vrier, aussi signée de Lagier, greffier, copie d'autre prétendue sentence 
contre les habitans de la paroisse Saint-Bonnet-Alvert du premier du 
présent mois de mars, informations faites ce jourd'huy, de Tauthorité de 
la Cour, à la requesle du procureur général du roy, sur lesdites violen- 
ces, veu aussi les déclarations du roy des 18 et dernier juillet et 22 octo- 
bre 1648, et ouy ledit procureur général du roy, la Cour, les chambres 
assemblées, a cassé et casse lesdits prétendus jugements, condamna- 
tions et ordonnances faites sans pouvoir conti*e les termes desdites 
déclarations deument vérifiées; fait inhibitions et défenses audit Foulé 
et tous autres commissaires extraordinaires de s'immiscer dans le res- 
sort de la Cour à aucune fonction de justice civile ou criminelle,... etc.. 

Fait à Bordeaux, en Parlement, les chambres assemblées, le dix- 
huitième jour de mars mil six cent cinquante. 

Signé : De Pontac. 

(Bibl. de la ville de Bordeaux, 8921, n<* 45; — Bibl. communale de 
Limoges, Histoire, n^ 752, t. I, p. 699 et ss.) 



LETTRES INÉDITES 



DE 



Marc-Antol\e de muret 



Ce n'esl pas la première fois qnc le Bulletin de la Société archéo- 
logique du Limousin oITre riiospilalitéà des publicalioDs rappelant à 
nos contemporains le souvenir d'un des hommes qui, par leurs 
talents et leur science, ont fait le plus autrefois pour la gloire de 
leur pays natal. En 1886, ont paru dans ce recueil des lettres iné- 
dites de Muret, adressées au duc de Manloue, communiquées par 
M. Bcrtolotti. Il y a un an, dans le 1" fascicule du tome LV, nous 
a\ons (qu'on nous permette de le rappeler) essaye de mettre nos 
compatriotes au courant des études les plus récentes faites sur 
le célèbre humaniste limousin. Aujourd'hui, nous leur présentons 
onze documents inédits qui nous paraissent avoir quelque intérêt. 

Les trois derniers ne sont pas des lettres personnelles; Muret 
ne les écrit pas en son nom : il sert de secrétaire à de grands per- 
sonnages qui ont toute confiance dans son habileté d'écrivain. Ils 
le chargent d'exprimer, dans les termes les plus forts, un dévoue- 
ment qui promet beaucoup, mais dont l'effet — modéré — se dis- 
simule dans une phrase prudente. Là, le cicéronien déploie toute 
la souplesse et toute l'harmonie de ses savantes périodes, où 
Ton sent aussi la polite.<se raflinée des cours italiennes. 

En revanche, les huit autres pièces sont bien de vraies lettres, 
où la personne de Muret s'affirme avec sincérité. La lettre I, en 
particulier, mérite de retenir l'attention. C'est vraiment une sorte 
de testament qu'écrit Muret, avec une solennité et une émotion 
sensibles. Muret quitte Rome : il va faire un voyage en France; 
travaillé par des craintes vagues, il redoute quelque malheur. 
Dans ce cas, c'est à son fidèle Manuce, ou à son fils Âlde, que doit 
appartenir tout ce que Muret laisse à Rome. C'est bien la succes- 
sion d'un philologue. Ce qu'il signale en effet, à son ami, ce sont 
cinq caisses de livres, et des livres bons et nombreux. Il reçom- 



LETTRES INÉDITES DE M. -A. DE MURET 29 

mande, de plus, très instamment à Manuce, de mettre son influence 
au service de son médecin, et c'est là une sorte de legs moral qui 
fait honneur au cœur de Muret. 

Les lettres VII et VIII, adressées à Claude Dupuy, contribueront 
à montrer avec quelle allenlion Muret se tenait au courant des tra- 
vaux philologiques et des publications littéraires qui paraissaient 
en France. Il prenait soin aussi de cultiver ses relations, de se rap- 
peler à ses anciens amis et de <^'en créer de nouveaux. Nul doute 
que le souci d'étendre .sa glorieuse réputation dans son pays, d*où 
jadis il était sorti en fugitif, n*entrât pour une bonne part dans ce 
commerce épistolaire avec des Français. Claude Dupuy, avec qui 
il s'était lié pendant le voyage que cet érudit fil à Rome pendant 
l'hiver de 1570 et le printemps de 4571, avait en quelque sorte la 
charge de gérer ses intérêts moraux et financiers en France. On 
connaissait déjà, grâce à M. P. de Nolhac, cinq lettres de Muret à 
Dupuy, échelonnées entre juillet 1571 et décembre 1573; les deux 
lettres que nous publions appartiennent à la même période; elles 
s'éclairent par les autres lettres, mais elles les éclairent et les 
complètent aussi. 

Il nous reste à faire connaître la provenance de ces documents. Les 
n«* I, II, III, IV, VL IX, X et XI viennent de bibliothèques et d'ar- 
chives italiennes; le n^ V vient des archives des Planlin. Ces neuf 
pièces ont été rassemblées par M. P. de Nolhac, qui, après avoir 
eu la peine de les réunir, a bien voulu nous les remettre et nous 

laisser le plaisir de les donner au public. 

Les deux lettres françaises ont été copiées par nous sur les ori- 
ginaux du fonds Dupuy, à la Bibliothèque nationale. M. de Nolhac 
avait remarqué, dans le volume contenant les lettres de Muret à 
Dupuy, qu'une lettre du 2 novembre 1572 était précédée d'une 
feuille blanche appartenant à une lettre disparue et portant 
radresse : A Monsieur du Pui, à Paris, en la rue Saint-André des 
Arts. D'après une note de Mercier Saint-Léger sur un exemplaire 
de la Bibliothèque de la Croix du Maine^ cette lettre disparue devait 
être du 7 avril 1572 (1). C'est précisément celte lettre, depuis lors 
retrouvée, ainsi qu'une autre, que nous donnons plus loin sous les 
n" VII et VIII (2). La série des lettres de Muret à Dupuy parait 



(1) P. De Nolhac, Mélanges Graux, Paris, Thorin, 1884-, p. 381 et 388. 

(2) Sur la page de titre du volume manuscrit, on lit : « Le 8 décem- 
bre 4891, une lettre de Muret du 26 janvier 1573 a été réintégrée dans 
ce volume sous les cotes 146 bis et 146 ter )>. Et plus bas : <( Le 
47 juin 1901, une seconde lettre de Muret du 7 avril 1572 a été réinté- 
grée dans ce volume sous la cote 141 et bis », 



30 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

ainsi reconstituée d'une manière complète pour la période 1571- 
1573. On donnerait beaucoup pour posséder, en regard, celles que 
Dupuy écrivait à son ami de Rome. 



I 

A Paul MANUCE (1) 

M. Antonius Muretus S. D. Paulo Manutio suo {2) 

Doleo, quod ante quam discedam videre (e iterum alque amplecli 
non possim, et id tamen eo aequiore animo fero, quod certo scio 
amicitiam nostram ita fundatam et stabilitam esse, ut talibus admi- 
niculis facile careat. A te pelo ut perpétue conserves pristinam 
voluntatem ergame tuam; neque dubium habeas, quin ego in te 
amando ac colendo idem futurus sim, qui semper fui. Spero me 
salvum atque incolumem rediturum. Si quid tamen mibi aul in iti- 
nere aut in Gallia humanilus conligerit, ea quae hic relinquo ad te 
aut ad Aldum tuum (3) pervenire volo. Sunt autem arcae quinque 
libris et mullis et perbonis refertae (4), quas ubi deponam scies, si 
die crasiini sub lucem Josephum tuum ad me miseris. Has litteras, 
quas ego quam maximum robur habere cupio, aut perferendas ad 
te curabit, aut forlassis ipsemet perferet Duracdus Pelolius medi- 
cus génère Gallus (5), homo antiquae probitatis et mullae doctrinae 
mihique peramicus. Ejus ego in mea et meorum valetudine bona et 
sedula et fideli opéra usus sum. Commendo tibi eum et omnia 
ejus negotia tanto studio, ut majore non possim. Nemini dubium 
est quin tu auctoritate et graiia et multum jam hic valcas, et plus 



(1) Ambros, E 36, f. 37. Lettre autographe; sans suscriplion. 

(2) A cette date, Paul Manuce habitait Rome ; il y était installé depuis 
le mois de juin, chargé d'organiser et de diriger une nouvelle impri- 
merie sous la protection du pape. Muret partait pour la France avec la 
maison du cardinal Ilippolyle II, légat de Pie IV au colloque dePoissy. 
(V. Dejob, Muret, Paris, Thorin, 1881, p. rô2). 

(3) Aide le Jeune, né en 1547; Muret paraît avoir eu pour lui la plus 
vive affection (v. Epist., HI, 3, 4, 5). En cette même année 1561, Aide 
fait paraître son Orthographiac ratio. 

(4) Sur la bibliothèque de Muret, v. P. de Nolhac (/a BibL d'un huma- 
niste, dans Mélanges de l'Eeole de Borne, mars 1883, et cf. Bull, de la 
Soc, arch, et hist, du Lim,, t. LV, p. 165). 

(5) Ce médecin français résidant en Italie nous est inconnu. On 
remarquera la chaleur de cette recommandation. Rappelons que Muret, 
depuis son arrivée en Italie, était assez fréquemment malade. 



LETTRES INÉDITES DE M. -A. DE MURET 31 

sis valeturus in dies. Quicquid in eum officii contuleris, in me col- 
lalum aut eliam melius coilocatum arbitrabor. Veiim eliam, iis 
omnibus apud quos meam commendationem valere intelliges, signi- 
fiées eum tibi a me diligentissime commendatum fuisse. MiManuti, 
qui mihi, quamdiu in Italia fui, aut fralris amantissimi, aul palris 
clementissimi loco fuisti, perge amare me et vale. Romae, Rai. 
Quinclil. M.D.LXI. 

Marcus Anlonius Muretus, manu mea (1). 



II 



A Fulvio ORSINI (2) 

Al molto mag^ M, Fulvio Orsino^ mio signore osser'^^. 
In corte delV illustiiss^ Cardinale Sanf Agnolo (3) 

MoUo mag<^^ S' mio, Rendo infinité gralie a V. S. del suo com- 
meolo chc hieri le piacque mandarmi (4). lo ne copiero quel che 
mi parrà questi due o tre giorni, & rimanderoglielo. Aspetlo Taltro 
con gran desiderio, et m*incresce ch'i non so veder in che modo 
mi venga mai fatto di contracambiar gli amoreuoli uiBcij che le 
piace vsar verso di me. Se mai occasione alcuna me se ne porge, 
V. S. sia più che certa, ch'io l*abbraccierô con amendue le mani. 



(1) Cette formule, que Ten-tête de la lettre rend peu utile, contribue 
à donner à cette lettre Tair d'un acte en bonne forme. 

(2) Vaiic. lat, 4104, f. 95-96, L'existence de cette lettre et de la sui- 
vante a été signalée par M. Dejob. {Concile de Trente, Paris, Thorin* 
1884, p. 379.) 

(3) Le cardinal de Sanf Agnolo [alias Sant'Angelo) est Ranuccio Far- 
nèse, qu'on appelait ainsi pour le distinguer de son frère aîné Alcssan- 
dro, à qui était réservé le titre de cardinal Farnèse. Sa mort étant du 
29 octobre 1565, on peut dater cette lettre approximativement. Le 
célèbre érudit Fulvio Orsini, bien connu depuis l'ouvrage de M. P. 
de Nolhac {La Bibliothèque de F. Orsini, Paris, Vieweg, 1887 ; 
74* fascicule de la Bibl. de l'Ec. des Hautes Etudes), était attaché à 
Ranuccio Farnèse, depuis 1558, comme bibliothécaire et antiquaire. 

(4) Il s'agit probablement de l'ouvrage de F. Orsini qui parut chez 
Plantin en 1567, sous le titre : Virgilius collatione scriptorum graecorum 
illustratus. En 1565, le travail de F. O. devait être fort avancé, puisqu'il 
était en pourparlers avec Paul Manuce pour l'impression. (Cf. lettre de 
Guido Lolgi à Orsini, 9 juin 1565, dans P. de Nolhac, F, Orsini, p. 38.) 



32 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Fra lanto bisogna ch'ella si conlenlt dell animo (1). Quanto alla 
parola ecloga, io per me non credo ch'clla sia slata posla ne da 
Virgilio, ne da Horalio, & pur la Icngo per anlica (2). Oltra i 
leslimonij che V. S. n'adduce, ella si legge ancora in vna vila 
d*Horalio, laquaie si crede da roolti che sia di Suetonio (3), doue si 
leggono quesle parole, discriuendo la famigliarilà & dimestichezza 
che fù Ira Horatio & Augiislo : « Post sermones vero lectos nullam 
» sni mentionem habitam ita sit questus. Irasci me tibi scito, qxiod 
» non in plaerisque ejusmodi scriptis mecum potissimum loquaris; 
» an vereris ne apud posteras infâme tibi sit, qnàd ridearis familiaris 
» nabis esse ! Expressitqtie eclogam, cujus initinm est : Cum tôt sus- 
» tineas & tanta négocia solus (4). » Credo che cosi chlannassero in 
queUempi, lulli quegli poemi piccoli, a*quali, volendo fardislinlione 
deiruno alFallro, & porui ordinc non sapeuano dar allro nome. 
Come per esscmpio, volendo cilar quelverso, Sicelides Musae 
& cet. (S) & non polendo dir ne Bucolica quarto, per esser nome di 
lutta Topra, Bucolica, & non di qiicsta o quell'altra parte, ne 
libro Ifll, per esser un libro solo dislinlo in più parti, diceuano 
Eclaga qnarla. Questo è il mio parère, foudato nondimeno sopra 
la sola & pura conietlura. Me ne rimello poi alla risolutione che ne 
farâ V. S. laqualc son cerlo che non puô esser se non buonissima. 
Le bacio la mano. 

Di V. S. S**»' Marc'Anlonio Muiieto. 



(1) Cependant, Muret ne parait pas avoir eu l'entière sympathie de 
Orsini, qui écrit plus tard à Pinelli : « Del Murcto non bisogna pensare 
liaver cortesia, perche e huomo troppo interessato. » (li oct. 1580; 
Ambros. D. 423; dans Noihac, F. 0., p. 6t.) 

(2) Cette affirmation est exacte. Sans entrer dans une discussion phi- 
lologique, observons seulement que cette explication du sens et de 
remploi du mot ecloga est assez rapprochée de celle de Heyne (De Car- 
mine bucolico, dans le \lrgile de Lemaire, t. I, p. 70-71). Turncbe pro- 
pose une explication différente. (Turncbe, Adversaria, p'. 273. Stras- 
bourg, 1599.) 

(3) Suétone, éd. Rolh, p. 298. (Deperditor. libror. rclifjuiae,) 

(4) Horace, Epilre I du 1. II, v. 1. 

(5) Virgile, Eglogue IV, v. 1. 



LEtThES INÉDITES DÉ M.-A. DE ikÙREf H 



m 

A Fulvio ORSINI(l) • 

Molto mag^^ s^ mio osser"^^ 

Messer Gabrielle Barloluccio porlalor délia prcsenle, per molUs- 
simi rispelti m'ë da parecchi anni ia quà carissimo. Fù un tempo 
mio scolare in Venetia (S), doue io lo conobbi lanto da bene, & tanlo 
degno di esser aiiilalo & fauorilo quanlo altro liuomo ch'io cohosca. 
Hora bench'io inlendo ch'in vn negocio doue V. S. ha modo di 
fargli beneficio, il padre OUauio (3) & M"»" BenedeUo Egio (4) 
l'han gia raccommandato a lei, & son cerlo che la raccommanda- 
lione di due tali personne è polcnlissima appresso là, nondimeno 
visus sum mihi oiricio meo defulurus, nisi eum tibi quam accura- 
lissime commendarem. Peto igilur a te, mi Fulvi, vt ad eam volun- 
tatem qoam in eum suscepisli, adduclus eorum commendatione, 
quos modo dixi, tantnm accédât, quantum plurimum mea commen- 
datione adjici potest. Mihi crede, & mihi rem gratissimam faciès et 
praeciare oflicium tuum pones. Vale. 

S*" di V. S. 

Marc* An l^ Mureto. 



(i) Vat. lat, 4105, f. 72. La suscription manque. 

(2) Muret enseigna à Venise de 155i à 1559. (Dejob, Muret, cap. V, 
VI, VII. Cf. Bull, de la Soc. arch. du Limousin, 1905, t. LV, p. 152-154.) 

(3) Ottavio Bagatto, plus connu sous les noms de Pacatus et Pantha- 
gatus, frère servite; savant remarquable, « Varro noslri lemporis », 
disait P. Manuce, — « homo divini ingenii », disait F. Orsini, avec qui 
il était très lié ; et un des causeurs les plus charmants de la petite-cour 
de Ranuccio Farnèse. (Biographie : 0. Paniagaihi vita, par J.-B. Rufus, 
Rome, 1657; voir P. de Nolhac, F. Orsini, à l'index). Il mourut le 
16 décembre 1567. 

(4) Bcnedetto Egio (Benediclus Aegius), né à Spolcte, savant juris- 
consulte, auteur de Tédition princeps de la Bibliothdque d'Apollodore 
(Rome, Ant. Blade, 1555), précédée d'une épître dédicatoire à F. Orsini, 
qui y répond à la suite par une pièce de vers à la louang>e de Tauteur. 
Egio aurait été appelé à Paris pour y enseigner; mais Du Boullay n'en 
fait aucune mention dans son Ilist. de VUniv. de Paris. (Tiraboschi, 
Sloria délia letter. ital., Florence, 1810, t. VII, p. 759.) Il mourut 
en 1578. (V. Nolhac, F, Orsini, à l'index.) 



34 ÔOGlèri ARCIlèoLOGtQCÉ Et HÏSTOnkQÛË Dû LtMOUStS 

IV 

À Scipione BARGÂGLI (1) 
Molto Mag^ Sig^ mio osser^ 

V. S. m'ha fatto siDgolarissimo piacere dandomi auiso del suo 
esser gionlo costè sano et saluo, et me n'allegro grandemente coq 
lei. Hora se bene so ch'ella non ha bisogno di chi le ricordi Tofflcio 
suo, noDdimeno Tamor ch'io meritamente le porto mi sforza a 
ricordarle, ch*ella non manchi di adoperarsi gagiiardamenle nelli 
studijper sostenere laspellalione che si ha di lei, et propongasi di 
continouo gli honori et le grandezze ch*ella puô sperare cosi 
facendo, et pel contrario la poca riputatione che s'acquistarcbbe, 
se essendo cosi largamente dotata et dalla nalura et dalla forluna, 
si lasciasse o da piaceri, o da allro, traviare del sentiero, nel qoale 
ella ë gia con tanta sodisfatlione d'ogn*uno andata vn pezzo inanzi. 
Quanto a me, io leggerô questo anno le Pandette (2) in studio, et 
tal YoUa le farô parte d*alcune mie bagatelluccie, rendendomi cerlo 
che le saranno grati. Che se bene ella si trouo in luogo doue puô 
facilmente udir ogn'hora cose d*assai maggior momento che le mie 
non sono, pure mi gioua credere, che per la sua affettione verso di 
me le mie ancora non le dispiaceranno. Io non ho per hora altro 
che scriverle, et perciô fo fine baciandole la mano, et raccomman- 
dandomi sempre nella sua gratia. Di Roma alli 8 di 9^^ del 67. 

Servitor di V. S. 
Marc® Anl'' Mureto. 
Volendo chiuder la présenta, è 

giunto qui Messer Plauto 
il quale vi saluta. 

(1) Sienne, Bibl. communale, D. VI. 9. f. 1. Original. Sans suscrip- 
tion. D'après les termes de la lettre, c'est à un ancien élève que Muret 
envoie ces conseils si sages. Le destinataire paraît être [conjecture que 
je dois à M. de Nolhac] Scipione Bargagli, de Sienne, à qui sont adres- 
sées plusieurs lettres contenues dans le même manuscrit. Scipion, 
frère de Tavocat lettré Jérôme et du jurisconsulte Celse, n'allait pas 
tarder è commencer sa carrière littéraire; son premier ouvrage est daté 
de 1569 : Orazione délie lodi délia Academia, discours prononcé à Sienne 
devant l'Académie des Accesi. 

(2) Après avoir consacré quatre années (de novembre 1563 à juil- 
let 1567) à expliquer et commenter la Morale à Nicomaque d'Aristote 
dans sa chaire de l'Université de Rome, Muret se tournait vers l'élude 
de la jurisprudence, où il devait également briller (v. Dejob, Muret, 
pp. 176 sqq.; cf. Bull. Soc, arch, du Lim., t. LV, p. 157). 



LË-TTRËS INEDITES bË Ht.-À. DE MOllËt 3S 



A Christophe PLANTIN (1) 

M. Antonius Muretus ChrUtophoro Plantvno 
Architypographo regio S. ,D. 

Millo ad te tandem 1res postremos libros mearum variarum lec- 
tionum : postremos dico eorum saltem quos hoc tempore edere 
institui : totidem enim eos, aOv dso), alteri suo tempore subsequen- 
tur (2). Edes igitur, mi Plantine, nunc quidem hos quindecim, et 
in eis describendis adhibebis eam diligentiam quam in céleris soli- 
tus es, vel tua causa, vel mea[(3). Primum folium in postremum 
locnm reserves velim : nondum enim conslilui satis pro certo cui 
illos dicare debeam : sed brevi consliluam, et ad te mittam episto- 
lam quam principio ponas. Neque enim illam amplius edi volo, 
quae ante illos prières oclo libros scripta erat ad Gardinalem Fer- 
rariensem (4). 

Perge amare me, Planline optime, et tibi pro certo persuade te 
a me fraterne amari. 

Vale. VIII Kal. Julias MDLXXVIII. 

VI 

A Livio PAGELLO (8) 
Al molto mag^^ sig^ mio oss^ il sig^ Livio Pagello^ à Vicenza. 

Molto mag«® sig' mio oss"*®, 
Lessi la tragedla sua Ueraclea (6) con grandissime mio gusto, et 

(1) Musaeum Plantin-Moretus (Anvers). 

(2) Huit premiers livres de Variae lectiones avaient paru en 1559, à 
Venise, chez Jordani Zilletti, et avaient été réimprimés en 1573, à Paris, 
par Michel Clopeiau. La nouvelle édition, portée à quinze livres, ne fut 
achevée par Plantin qu'en 1580 (v. plus loin, lettre VII). 

(3) Plantin avait déjà travaillé pour Muret : édition de Térence 
en 1565, réédition en 1574 et 1576 (v. l'appendice I de notre étude bio- 
graphique sur Muret, BulL de la Soc. arch» du Lini,, t. LV, p. 168 sqq). 

(4) Hippolyte II était mort en 1572, et Muret songeait à dédier son 
ouvrage à un nouveau protecteur. Mais il se ravisa et donna ordre à 
Plantin de conserver l'ancienne dédicace (Lettre du 8 février (1580?) à 
Plantin, dans les Œuvres de Muret, Epist.f 1. III, ep. 73). 

(5) Vatican, 8743, f. 26. — Copie de l'original. 

' (6) Sur l'auteur de cette tragédie, fort louée de Battista Guarini, voir 
Biblioteca e Storia di Scritorri cosè délia Città corne del territorio di 
Vicenza, par le F. Ângiol Gabriello di S. Maria (Vicenza, 1779, t. V, 
p. 181). 



âè SOClèrè ARCHÉOLOGIQUE ET HIStORkQCË DU L^koOst?^ 

m'allegro coq V. S. che habbia prodollo parto cosi nobile, et cosi 
ornato. Il suggetto è eletto con grandissimo giudilio, Iraltalo coq 
artificio roirabile, le seQleQze gravi, le parole seoza affetlatioQo, il 
numéro coQvenieote alla grandezza del Poema, il decoro osser- 
valo COQ grandissima prudeoza. V. S. non si faccia questo torlo di 
(eoerla più nascosta, ^ozi la lasci uscir nel cospelto di gli huomini 
liberamenle, assicurandosi che non solo ella ne ricevera honore, 
ma la sua nobitissima pralica Tllalia lulla e Telà noslra. La prego 
che sia conlenla di volermi bcne al solilo, etcomandiml corne a 
persoQa desiderosissima di Tarie servilio. Et coq queslo le bacio le 
maQi. Di Roma, alli 27 d^aprile 1584. 

Di V. S. servilore afTellionalissimo, 
Marc'Antoûio Mureto. 



VII 
A Claude DUPUY (1) 

A Monsieury 

Monsieur du Pui,advocat en parlement. A Parais. 

Monsieur, lors que ie receus le commentaire de Doneau (2) sur le 
litre de reb. dub. lequel il vous pleut m'envoicr, ie me trouvois 
travaillé d'un catharre qui m*a donné grandïascherie, et me 
contraignit pour lors a différer Tofflce de vous rescrire, et vous en 
remercier, comme ie devois. Despuis encores m*a faillu faire un 
voiage iusques a Ancone, duquel ie revins vendredi dernier : et 
trouvai vos secondes lettres avecques ma dernière oraison imprimée 
à Paris (3). Je vous remercie de Tun et de Tautre infiniment et 
vous promets, Monsieur, que je rougis de honte, ne pouvant faire 
chose aucune pour vous en contrechange de tant de plaisirs et 
faveurs que ie reçoi continuellement de vous. Sed scis ipse, quanta 



(1) Bibl. Xat., fonds Dupuy, 490, ff. 141 et 141 bis. Original. 

(2) Hugues Doneau professait à Bourges depuis 1351. Il était le 
principal rival et de plus l'ennemi de Cujas, à qui Muret Ye compare 
plus loin. 

(3) Il s'agit vraisemblablement du discours prononcé par Muret le 
13 décembre 1571 pour célébrer la victoire de Lépante. Nous ne con» 
naissons pas l'édition parisienne dont parle ici Muret. (V. BulL Soc, 
arch. du Lim.; t. LV, p. 170.) Le succès de ce discours, attesté par les 
quatre éditions de Rome et celle de Padoue, que Muret indique plus 
bas, est assez prouvé aussi par l'octroi du titre de citoyen romain que 
le Sénat décerna à l'orateur. 



LETTRES INÉDITES DE M.-A. D£ MURET 37 

hic in bonarum omnium rerum difllcullale versemur. Ilaqiie ani- 
miis tibi in solulum accipiendus esl. In commenlariis Doneiii sim- 
plicitalem et perspicuilalem miriflce probavi. Ac Cuiacii quidem 
drcvÔTurflc nemo prorsus mihi videtur accidere (1). Gralura milii acci- 
dit, orationem meam islic quoque editam esse. Quamvis enim hic 
quidem ita placuerat, utpaucis diebusqualor Romae, semel Patavii, 
typis descripta, a mullis adhuc quolidie elTIagilelur : mullo tamcn 
magis, ut verum tibi falear, me movent iudicia noslralium, quos 
scio aculiores esse et hanim rerum inlelligenliores. Il ne me sou- 
vient d*avoir iamais veu cellui qui a fait l'épislre (2). Bien me 
souvient il d'en avoir souvent oui parler à Messieurs de Ronsard, 
Daurat, Bair(â), et autres sçavants hommes avecqucs grand hon- 
neur : et me disoit-on qu'il m'aimait fort : et quant a moi, i'ai eu 
souvent grand désir de le voir, et lui ferois vouluntiers tout le plai- 
sir et service qu'il pourroit recevoir d'un homme de ma sorte. 
Etsi Tateor me quoque in eo ea quac lu scribis agnoscere. Je vou- 
droi bien que in alieno opère minus sibi licere voluisset : et que 
rimprimeur eusl usé plus grand'diligence. Si ou lui ou autre veut 
reimprimer le premier volume de mes Oraisons (4), ie vous prie, 
Monsieur, suscipe negotium meum, et prenés la peine de faire 
qu'on corrige non seullement les erreurs que i'ai notés a la fin : 
mais encor aucuns autres, lesquels vous conailrés aussi bien ou 

(1) Muret eut toujours une admiration particulière pour Cujas. (V. sa 
letlre du 26 janvier 1579; Ep. 67 du 1. I.) 11 attendait toujours ses 
œuvres avec impatience. (V. ses lettres du 2 juin et du 2 novembre 1572, 
Mélanges Graux, p. 387 et 389.) 

(2) Peut-être une épîlre liminaire pour le discours dont il est ques- 
tion plus haut. Nous ignorons de qui il s'agit. 

(3) Ces trois personnages, dont le jugement est particulièrement pré- 
cieux pour Muret, se trouvent réunis de même dans une lettre de 
Muret à Thomas Martin [Ep, 41 du 1. III) ; il lui dit de saluer pour lui 
« TÔv ^oyo-ïjytTïïv Auratum ; Honsardum pridem Pindarum, nuper etiam 
Homerum Gallicum; suavissimum mihi amicissimum fratrem meum, et 
jam illi Homcro supparem llesiodum, Baïfium ». Rappelons que Dorât 
était le compatriote et le parent de Muret, 

(4) C'est le premier volume des Orationes de Muret, imprimé en 1571 
à Venise et à Rome; Muret en avait annoncé l'envoi à Dupuy dans une 
lettre du 30 juillet 1571 (Mélanges Graux, p. 385). Le projet avancé ici 
par Muret n'aboutit pas; cf. lettre à Dupuy du 2 juin 1572 : « Que le 
libraire ait changé vouloir quant à mes Oraisons, il a, ce croi-ie, bien 
fait. Ce ne sont pas choses qui méritent de durer oultre la première 
impression. » (MéL Graux, p. 386). La première édition française des 
Orationes de Muret est, à notre connaissance, celle de Marc Laque- 
neulz, Paria, 1577. Voir cependant la lettre suivante, p. 39, n. 3. 

T. LVI 3 



38 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DC LIMOUS)N 

mieus que moi-mesmes. le suis fort aise qu en France on face quel- 
que estime de moi : encores que ie voi bien, quelle abondance el 
fertilité vous avés pardela d'homes tels, que ie ne serois pas bon a 
porterie livre après eus. Si a reimprimer mesdjlles Oraisons Tim- 
primeur se portera bien, ie vous promets que dans qualtre ou cinq 
mois tout au plus ie vous envoierai les diverses leçons revues et 
corrigées par moi. et augmentées de cinq ou six livres, pour les lui 
donner (1). Et vous prierais qu'il vous plaise les voir, et arbilralu 
tuo, raier, changer, adioucter tout ce qu'il vous plaira. Quidquid 
enim aie liet, non modo vaturo habebo, sed in magni ac singularis 
beneficii loco accipiam. Novi et iudicium, et amorem erga me luum. 
J*attens avecques grand désir Scaliger sur ces opuscules (S). Sed 
de illis fragmentis jurisconsullorum (3), de votre Dictionaire de 
S^ Germain (4), de Cuias sur de verb. signif. et cet. (5] quid aclum 
est? Quid porro tiet?Je suis aise que Lipsius levât me labore in 
Tacilum (6). Si quid Tt«/)«Xetyei3«Tat, supplebitur. Il est de fort 



(1) Ce sont les Variae lectlones publiées à Venise en 1559 et compi^e- 
naat huit livres. Dupuy les avait fait demander à Muret par Guillemier 
(lettre du 2 mars 1572; réponse de Guillemier à Dupuy, le 7 avril ; fonds 
Dupuy, 712, f. 47). Le 2 juin, Muret annonce à Dupuy qu'il ne pourra 
les envoyer avant le mois de novembre {Mél. Graux, p. 386). L'édition 
parisienne de Michel Clopeiau parut en 1573, avec le même nombre de 
livres ; l'ouvrage ne reçut d augmentation que dans l'édition de Plantin 
(1580), qui compte 15 livres. Cf. plus haut la lettre V. 

(2) Cf. lettre du 9 février 1573 à Dupuy : « Je voudrois bien avoir les 
Catalectes de Scaliger. » (MéL Graux, p. 391.) 

(3) Voir le début de la lettre suivante. Cf. lettres du 30 juillet 1571 et 
du 9 février 1573 {Mél. Graux, p. 383-38i,389, 391-392). Sur cet ouvrage 
de Pithou, Antoine Loiscl fournit les détails suivants : « M. Pithou 
acheva ses notes sur les fragments de quelques Jurisconsultes conférez 
avec la Loy de Moyse, qu'il avait nouvellement recouvrez. » Il transcrit 
à la suite la lettre, datée du 2 septembre 15'/ 2, par laquelle Pithou lui 
donne son manuscrit en le laissant juge d'en faire ce que bon lui 
semble. « Depuis, ajoute Loisel, nous trouvâmes plus à propos luy et 
moy de dédier ce livre à feu M. le premier Président de Thou. » 
(A. Loisel, Divers opuscules, Paris, 1652, p. 258-262). L'impression est 
de Robert Estienne, 1573, in-4o. 

(4) C'est ouvrage nous est inconnu. 

(5) De verboruni signiflcaiione, ad iitulum XVI libri L Digesl, (Cujas, 
Opéra omnia, Paris, 1658, tome V, p. 513 à 705.) 

(6) Juste Lipse, arrivé en 1567 à Home, où il fut secrétaire du cardinal 
de Granvelle, en repartit au début de 1570. Muret écrivit à celte occa- 
sion une lettre très affectueuse et très élogieuse pour le jeune érudit à 
gon ancien maître, Cornélius Valerius (de Louvain), qui lui avait recom- 



lËTÎRfiS INÉDITES DÉ M.-A. DE MCnET 39 

bon esprit. Ulinam sit et nervorum satis. Hic cum esset, Graecas 
litleras gustaverat modo ; si in earum sludium postea série incu- 
bait, quo ingenio est, mulla praestabit. le voudrois vous escrire 
quelque chose de nouveau, pour vous rendre le change de la nou- 
velle de FAbesse : mais ces jours ci le Pape a publié un édict contre 
ceux qui escrivent nouvelles encore que vraies, tant sévèrement, 
ut prope fuerit eiiam poenam capitis. Et bon nombre de personnes 
ont ia esté bannis de Romroe, eo nomine. Et d*aulres en sont 
encores en prison. Ego quoque propemodum subvereor, quod hoc 
scripsi, ne fraudem legi (?) fecerim (1). le suis tout vostre : et le 
conoilrés quand il vous plaira me conmander : et m'estant tres- 
humblement recommandé a vos bonnes grâces prie Dieu 

Monsieur, qu'il vous doint tout ce que désirés. De Romme, le 
7« d'Avril 1572. 

Votre vrai ami, et affectionné serviteur. 

Marc Antoine de Muret. 

VIII 

A Claude DUPUY (2) 

A Monsieur 

Monsieur du Pui advocat en parlement, A Paris. 

Monsieur. i*attens mes oraisons in 16'' (3), la Franciade (4), et 

mandé Juste Lipse à son arrivée en Italie (V. Ep. I, 48 ; Ep, I, 49). Mais, 
quoique Muret se montre ici satisfait de voir son jeune ami le remplacer 
dans la tache d'éditer Tacite, il ne tarda pas à lui reprocher des emprunts 
trop visibles (Cf. lettres de Muret à Lipse du 8 février 1572, Ep. II, 2; 
- du 5 septembre 4576, Ep. III, 74; Variae leci.^ 1. XI, c. 1). Lipse pro- 
testa de sa bonne foi [Elecior, II, cap. 23). Son Tacite parut en 1574. 

(1) La sévérité de la censure sous le pontiGcat de Pie V est bien 
connue (V. Dejob, Concile de Trente). Pie V mourut le l**" mai 1572 et 
fut remplacé par Grégoire XIII, qui ne laissa pas plus de liberté à la 
pensée; cf. Muret à Dupuy, 2 juin 1572, dans Mél. Graux, p. .387. Voir 
la lettre suivante à propos de Zosime. (Cf. Dejob, Muret ^ cap. XIII.) 

(2) Bibl. Nat., fonds Dupuy, 490, ff. 146 bis et 146 ter. 

(3) Nous ne connaissons pas cette édition. Une lettre du 2 juin 1572 
annonçait qu'elle ne se ferait pas (V. la lettre précédente). Toutefois 
l'existence de cette édition est attestée par les mots ci-dessus et par ce 
passage d'une autre lettre du 9 février 1573 : « Tattens ces pau- 
vres oraisons tant mal traittées. » (Mél. Graux, p. 391). 

(4) Cf. lettre du 2 nov. 1572 : « J'attens les livres de Ronsard » (MeL 
Graux, p. 389). Même réclamation le 9 février 1573 (Ibid. p. 392). Ce 
sont Les quatre premiers livres de la Franciade, Paris, Buon, 1572, 
achevés d'imprimer le 13 septembre. 



SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE ET IliSTORtQCE DÛ LtMOUStN' 

surtoul les TragmeDs des lurisconsulles (1). le vous remercie de ce 
que m avés envoie, et singulièrement des vers de Mons' de Flavi- 
gni (2), de quo elsi semper magnilice senseram, longe lamen supe- 
ravil opinionem meam. Ce que i*ai de Zosime, vous sera envoie a 
la première commodilé (3j. Mons' de Belleville (4) s'offre a vous le 
porter : et dit vouloir s'en rcloiirncr ce mois de mars : mais, si ie 
puis, vous n'altendrés pas tant. El a propos de Mons'de Belleville, 
c'est le plus gentil gentilhomme qu'on sçauroit désirer. Ingénie, 
moribus, eleganlia autaequat le, aut ad te proxime accedil. Ilaque 
mihi cum eo prorsus eadem est, quae lecum, dum hic fuisli, erat 
consuetudo. le vous envoie l'oraison que j'ai faille dernièrement 
pour le Roi (5). Si on la reimprime par delà, ie vous la recom- 

(1) V. la lettre précédente, p. 38, n. 3. 

(2) Renaud Clutin, abbé de Flovigny. De Thou, mentionnant sa mort 
en 1574, écrit : « De toutes ses poésies il ne nous est resté que quelques 
morceaux, assez élégans pour donner aux gens de goût une idée du 
génie et de l'habileté de ce poète. » (De Thou, Ilist. 1. LIX). 

(3) Ce Zosime a toute une histoire. Cet auteur, abrévialeur d'Eunape 
et détracteur des chrétiens, alors encore inédit, était interdit aux érudits 
par le cardinal Sirleto qui en gardait un exemplaire au secret dans la 
bibliothèque du Vatican (Muret à Du[)uy, 2 nov. 1572; Mél. Graux, 
p. 390). Muret, désireux de le lire, essaya, par l'intermédiaire de de 
Thou et de Paul de Foix de se faire communiquer un autre exemplaire 
qui élait à Florence; il ne put y réussir (De Thou, I, an 1574, p. 580}. 
Il possédait seulement un fragment de l'ouvrage de Zosime, qu'il offrit 
à Dupuy {MéL Graux, p. 390). Mais, pour l'envoi, il fallait trouver une 
« commodité «; elle n'était pas encore trouvée à la date du 9 février 1573 : 
« Mons. Delbène et moi cherchons par qui vous envoier seurement quod 
apud me est Zosimi; sed nolumus temcre committere. )> {Mél. Gr.y 
p. 392). Quelques semaines après, le manuscrit fut emporté en France 
« par un maistre des requesles du roy de Navarre, lequel vint et partit 
avec mons. de Duras dans ce printemps dernier. » (Lettre de Guillemier 
h Dupuy, du 2 novembre; fonds Dupuy, 712, f. 48). Dupuy accusa ré- 
ception du précieux envoi par une lettre du 30 septembre [Mél. Gr., 
p. 394-395). Une édition partielle de Zosime parut à Bâle en 1576 par 
les soins de Loewenklau, et en France par ceux de Henri Estienne en 
1581; en 1588, de Thou, à qui Pithou avait confié une copie manuscrite 
de Zosime, pensa à favoriser Timpression de cet auteur, en souvenir 
de Muret qui l'avait tant désirée; enfin en 1590, Sylburg publia à 
Francfort le texte complet, d'après un ms. de la bibliothèque des 
Electeurs palatins. 

(i) C'est sans doute le maître des requêtes du roi de Navarre men- 
tionné dans la note précédente. 

(5) C'est l'apologie de la Saint-Barthélémy, faite au nom de l'ambas- 
sadeur Nicolas de Rambouillet, représentant Charles IX à Rome. (Cf. 



LETTRES INÉDITES DE M. -A. DE MUDET 4i 

mande. Si Monsieur de Roissi (1) m*cscrit pour celle du Roi de 
Na?arre (2), ie rae le repaierai a singulier honneur : et m'efforcerai 
de le servir au moins mai qu'il me sera possible. El vous deus 
serés les premiers auxquels i*en envoirai copie. La mort du feu 
Cardinal de Ferrare a fait que i'espère désormais vivre en liber- 
lé (3). Et, dieu merci, avecques ma lecture, ie me trouve quelques 
sept ou huit cens escus de rente, qui me soufflronla faire médio- 
crement bonne chère (4). Et ie suis compaignon de cellui qui 

Chanloil UoXka /Ascroecrtv apurret. ' [létroç Qi'krû sv TÔXtt etvai (S). le SUls 

desplaisanl de la mort de Lambin, quicumque tandem in me fuit (6) 
et bien aise de Tincolumilé de Florent Chreslien. G*eust esté dom- 
mage de perdre un homme si docte e( ingénieux sur la fleur de son 



lettre à Diipuy du 9 février 1573; Mél. Gr., p. 391 ; Dejob, Muret, p. 219; 
Bull, Soc. Arch. du Llni., t. LV, p. 159 et 170). Ce discours fut édité à 
LyoQ par Benoit Rigaud et à Paris par Michel de Roigny. 

(1) Henri de Mesnie, seigneur de Roissy et de Malasisse, Tami et le 
protecteur des savants et des poètes de ce temps, conseiller d'Etat. 

(2) Henri de Navarre, après son abjuration, envoya à Rome une 
ambassade chargée d'assurer le pape de son » obéissance ». Muret, 
qui avait harangué le pape en l;i60 au nom d'Antoine de Navarre et de 
Jeanne d'Albret {BulL Soc. Arch. du Lini., t. LX, p. 155 et 169) et qui 
était l'orateur attitré de la France, n'eut pas celte fois l'honneur d'être 
choisi (Cf. lettre du 9 février 1573, Mél. Gr., p. 393). 

(3) Hippolytc H mourut le 2 décembre 1572; Muret continua à être 
protégé par la maison d'Esté, mais n'eut plus la même situation à la 
cour du nouveau cardinal, Louis d'Esté (Dejob, Muret, cap. XV; Bull, 
du Lim., LV, p. 100). Cf. Epist., 1. I, ep. 23 : n Tanta me satietas, tan- 
lum odium et aulae et rerum aulicorum copil... » 

(4) Muret savait veiller h ses iatérèts temporels. Depuis quelques 
mois il avait, pour « lire lettres latines »», iOO écus de traitement [Ep. I, 
41 ; Cf. Mél. Gr., p. 389); le reste était sans doute composé de pensions 
ecclésiastiques. En 1581, il déclare posséder en capital 9 à 10 mille 
écus d'ov (Ep. 111, 39). (V. Bull, du Lim., LV, 155 et 160.) 

(5) Phocylidc. Cité aussi par Cujas dans sa Praescriplio pro Monlucio 
(Cujas, Opéra Omnia, Paris, 1658; t. V. p. 1274-.) 

(6) La querelle de Lambin et de Muret est bien connue. En 1559, 
Lambin accusa Muret, son ami et obligé, de s'être approprié des obser- 
vations sur Horace qui lui appartenaient. Mais l'incident grave est de 
1561 : Lambin fit publier, sans averlir Muret, des lettres intimes où les 
embarras de Muret à Venise et à Padoue étaient dévoilés. (V. Dejob, 
Muret, p. 161; Bull, du Lim., LV, p. 155-150). Avec le temps, la ran- 
cune de Muret s'apaisa (Cf. lettre à Dupuy du 30 juillet 1571; Mél. Graux, 
p. 383.) 



y1 



42 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET III8T0BIQUE DU LIMOUSIN 

âge (4). RespoDdi ad omnia capita litterarum tuarum. le désire 
savoir quelque chose de mons' Cuias. le me recommaude très 
humblement a vos bonnes grâces et prie dieu, Monsieur, qu'il vous 
doint ce que désirés. Ae Romme ce 26* de ianvier 1573. 

Voslre treshumble serviteur, 
Muret. 

Recommandations au tresparesseus a escrire a ses amis monsr. 
le Fevre (2). C'est, ea quidem in re, le propre revers de voslre 
médaille. 

IX 

A FERDINAND I" (3) 

Hippolytus Estensis S. R. E. diacontis cardinalis Ferdtnando electo 

Romanorum imperatori semper augtisto. 

Lilterae, quas a te mihi Prosper Gomes Archi consiliarius et 
orator tuus reddidit, pro mea vetere ac singulari erga te obser- 
vantia, longe mihi gratissimae atque acceptissimae fuerunt. Nam 
cum ex eis, tum exProsperl ipsius sermone cognovi id quod semper 
maximo opère optaveram, cognilum tibi ac perspeclum esse slu- 
dium in te meum : meque a te in in eorum numéro haberi, quos 
vere et ex aniroo majestati tuae deditos esse nosli. Cujus quidem 
iudicii de me tui re atque factis comprobandi utinam aliqua mihi 
offeratur occasio. Nihil enim mihi possit oplatius obtingere quam 
ut exlet insigne aliquod lestimonium ejus cupidilatis, quae semper 

« 

(1] Florent Chrcstien, né en 1541, n'avait que 32 ans à peine; il 
avait déjà publié plusieurs ouvrages : Sylva cui titulus veritas fugiens 
(1561), Satires contre Ronsard (1563), Hymne genelhliaque sur la nais- 
sance de MT le comte de Soissons (1567), etc. 

(2) C'est Nicolas Le Fèvre, qui collabora à la Bible Polyglotte de 
Plantin avec son frère Guy le Fèvre de la Boderie. Il est nommé plu- 
sieurs fois, avec affection, dans les lettres de Muret à Dupuy (MéL 
Graux, p. 385, 388, 391). 

(3) Cette lettre et les deux suivantes sont données d'après la minute 
écrite de la main de Muret, avec des surcharges et des ratures 
où Ton sent les scrupules du cicéronien qui remplace souvent une 
phrase déjà écrite par une phrase mieux construite ou plus harmonieuse. 
(Biblioth. Barberine, ms. XXXI, 43, dans un recueil de lettres originales 
à Pierre Bembo; M. Dejob [Muret, p. 194] a signalé l'existence de ces 
lettres d'après une copie existant à la même bibliothèque, ms. XXX, 
32, ff. 114-117). 



LETTRES INÉDITES DE M. -A. DE MURET 43 

in me maxima fuit, ioserviendi dignitali luae procorandoramque 
omnium quae ad ilHus amplificationem perlinerent. Elenim cum in 
Ecclesiae dignitate propugnanda tua semper mirifica virlos et 
conslantia extiterit, nos quoque omnes, si pro maximis tuis bene- 
ficiis grati esse volumus, ita statuamus necesse est, cum omnes 
vires ac facullales nostras ad te ornandum contulerimus, quaecum- 
que lamen a nobis tibi praeslita eruni longe inferiora meritis tuis 
fore. Quare velim ita tibi plane persuadeas, quolies aliquid acci- 
det ejusmodi, ut in eo mea tibi opéra, diligentia, fides usui esse 
posse videatur, me in summi beneficii loco habiturum, si ea uti 
dignabere,nequetantnm ea,quae a te manlata erunt, sludiosissime 
executurum, verum etiam meapte sponte omnia summo studio 
suscepturum, quae libi grala fore arbitrabor. Bene ac féliciter valeat 
Caesarea majestas tua. Dalum Romae (1). 



A Marie STUART (2) 

Screnissima omnique honore atque observantia dignissima Re- 
gina, lilterae quas Majeslas Veslra per R^^^ episcopum Dunblanen* 

(1) Cette lettre n'est pas datée, et il ne nous est pas possible de la 
situer avec une précision absolue. D'après les formules de salutation 
du début et de la fin, elle se place après l'élévation de Ferdinand à 
TEmpire, par suite est postérieure au 24 février 1558. D'autre part, 
datée de Rome, elle se place avant le départ d'Hippolyte pour la 
France (en vue du colloque de Poissy), donc est antérieure à août 1561. 
Enfin la mention de Prosper, comte d'Arco, conseiller et « orateur » de 
TEmpereur, nous amène à la date de 1560; ée personnage nous paraît 
être le même que celui qui est désigné par Vllistoire du Concile de 
Trente de Pallavicini (t. H, 1. XIV, c. 12, p. 549 de l'édition latine 
d'Anvers, 1670) sous le nom de Scipio, cornes Archi, envoyé de Ferdi- 
nand ]«'', reçu en audience solennelle par Pie IV, à qui il exprima 
l'obéissance de son maître et demanda la réunion d'un concile, le 
17 février 1560. C'est probablement vers cette date qu'il convient de 
placer la présente lettre. Le continuateur de Vllist, eccles, de Fleury 
(t. XXXV, p. 194 ; Paris, 1737), signale un voyage dllippoiyte à la cour 
de Ferdinand !•' à la même époque : « Sous Pie IV... il se rendit en 
Allemagne, afin de ménager la paix avec le roi des Romains, et peu de 
temps après le même pape l'envoia en France. » 

(2) Le manuscrit n'indique pas le nom de la reine à qui est destinée 
cette lettre, mais le texte prouve suffisamment que ce ne peut être que 
Marie Stuart. La mention de l'évêque de Dumblane permet de dater ce 
document. Cette princesse écrivit, en effet, au pape Pie V, à la date du 



44 SOCIÉTÉ AnCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

gem ad me mittere dignala est, et dolorem mihi et laetiliam incre- 
dibilem attulerunt : dolorem quidem ex misero et periculoso statu 
in qao islud regnum versari significabant, laetitiam aalem quod 
indicabant vigere adhuc in animo ipsius memoriam met; quod etsi 
mibi nunquam dubium fuit, mirifice tamen gavisus sum, cum ex 
litteris ipsius tanta cum benevoienliae significalione conscriplis id 
ila ut cupiebam et sperabam esse cognovi. Sed mala quidem ista, 
dei primum bonitale, deinde singulari Majestatis Vestrae pru- 
dentia fretus, non diuturna fore confido, eorumque autdepulsionem 
aut certe allevationem aliquam facile spero : de mea autem erga 
se voluntate ac studio, pcto quaesoque a Majestate Veslra ut ila 
sibi persuadeat omnia me semper sludiosissime procuralurum 
quae ipsam velle aut inlelligam aut arbilrabor, et quodcunque se 
uegotium, quodcunque tempus ofTerel, in quo gralum me ei aliquid 
facere posse censeam, nuliam omnino ejus rei occasionem praeter- 
missurum. Nam et eo semper animo fui, et si qua ad meam pristi- 
nam volunlatem fieri poterat accessio (quanquam illa quidem tanta 
erat, ut ad eam nihil posse videretur accidere), si quid tamen 
addi poterat, addilum est iis lilleris, quas ab ipsa nuper accepi. 
Cetera plenius ex ipso Episcopo Dunbianensi inlelliget, qui etsi 
non plus nunc quidem poluil efficere, quam quantum ex eo Ma- 
jestas Vestra cognoscel, ego laraen ei hoc omni asseveralionc 
confirmare possum S™"°" D. N. opiime erga ipsam animatum esse, 
neque unquam ei ulla in re quac ad ipsius dignitalem aut ad reli- 
gionis in isto nobilissimo regno conservationem pertineat defu- 
turum. Finem faciam si prius a Majeslale Vestra peliero, ut sine 
ulla dubilatione credat, me sibi, dum vivam, omnibus in rébus non 
minus prompte atque alacriler diclo audienlem fulurum, quam si 
ipsa adbuc regnum Gailiae, ut aliquando fecit, obiineret. Hoc 
ardenlius aut ad animi mei propensioncm exprimendam accommo- 



21 janvier l;i66, une supplique qui fut portée à Rome par ce prélat; elle 
y demandait instamment Taide de la papauté « ut auxiliis spiritualibus 
simul et temporalibus miserum quidem adhuc et infelicem reg-ni nostri 
stalum juvet ». {Lettres, Instructions et Mémoires de Marie Stuarl, pu- 
bliés par LobanolT, t. VII, p. 8-10). Elle s'adressa en même temps au 
cardinal Hippolyte, qui devait lui être particulièrement dévoué ; il était, 
en effet, Toncle d'Anna (fille d'Hercule II, duc de Ferrare, et de Renée 
de France), qui avait épousé François de Guise, oncle de Marie Stuart. 
La réponse écrite par Muret pour le cardinal doit être des premiers 
mois de 15C6. 



LETTRES INÉDITES DE M. -A. DE MURET 45 

datius dicere nihii possum. D. Jésus Christus Majestalem Ves(ram 
quamdiutissime salvam et incolumero servet. Dalum Tibure (1). 

Majestatis Vcstrae 

hamillimus servitor. 



XI 

Au Pape PIE V (2) 

Bealissime Pater, 

Magûilndo beneficii quod Sanctitas tua in me conferre dignata 
est, ita me obruit, ut ne verba quidem reperiam, quibus ei pro 
tanto honore mihi habito méritas gratias agam. Nam eliam si ea in 
me essent, quibus ipsa se ad tantum munus mihi et absenti et nihil 
taie ambienti tribuendum adductam esse testatur, tantum tamen ei 
deberem, quantum nulle orationis génère consequi possem. Nunc 
cum omnia in me aut mediocria sint, aut etiam infra mediocrita- 
tem, salis intelligo, eo majus atque amplius ipsius in me beneficium 
esse, quo in mo minora sunt ea quibus alii ad cum, in quo me ipsa 
collocavit, honoris gradum cvehi soient. Quare qui me non merilis 
meis, sed sola ipsius humanitatc ad tanlam dignitatem pervenisse 
et agnoscam et prolitear, primum quidem ci non quas debco, sed 
quas possum gratias ago; deinde sanctissime polliceor me, dum 
vivam, nihil aliud lotis \iribus conaturumi nihii aliud a Deo sae 



(1) Hippolyte d'Esté avait fait bètir à Tivoli, en 1549, une villa, dont 
les ruines attestent encore la beauté, et où le cardinal allait, chaque 
année, passer Tété avec sa cour. Muret a vanté à plusieurs reprises le 
charme, la fraîcheur et la [salubrité de cette résidence. (V. par ex. Ep. 
à Zeno; Runken, p. 374; — cf. Ep. 91 du 1. I.) 

(2) Celte indication ne figure pas sur l'original; mais, dans le haut de 
la page, Muret a jeté ces mots : Pour Monseig^ le Car^ d'Amiens. Le 
P. Frizon (GalUa Purpurala) ne mentionne aucun cardinal portant ce 
titre. Cependant, le cardinal dWmiens doit élrc Nicolas de Pellevé, qui 
conserva le titre d'évêque d'Amiens quelque temps après avoir élé 
nommé archevêque de Sens (1562). Il fut élevé à la pourpre par Pie V 
le 17 juin 1570; deux ans plus tard il vint à Home, où il séjourna vingt 
ans, jouant un rôle politique considérable. Malgré le vague extrême de 
la lettre écrite en son nom par Muret, on peut supposer avec quelque 
vraisemblance qu'il s'agit précisément de son élévation à la dignité de 
cardinal. Ce prélat fut, dans la suite, le protecteur et même un des 
deux exécuteurs testamentaires de Muret (I)ejob, Muret, p. 367; Bull, 
du Lim., t. XXXVI, p. 200 sqcj; t. LV, p. 165). 



46 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

pius aut majoribus precibus pelilururu, quam ul reliquus vilae 
meae cursus judicio quod Sanclilas tua de me fecit, si non omnino, 
quod vix sperare audeo, at certe ex aliqua parle respondeat. Quem 
ipsum omnium rerum gubernatorem deum obteslor, Beatissime 
Pater, ut Sanclitati luae vilam longissimam ac felicissimam Iribuat, 
quo elEcclesiae pacem etconcordiam, cujus in ipsius ponlificatu 
roaxima fundamenta jacla sunt, perficere et confirmare ac consta- 
bilire et ea confirmata quamdiutissime frui possil. 



TABLE DES LETTRES 



Pages 



rt' 



I. — A Paul Manuce 30 

II, — A Fulvio Orsini 31 

III. — — — 33 

IV. — A Scipione Bargagli 34 

V. — A Christophe Plantiu 3)) 

VI. — A Livio Pagello 3o 

VII. — A Claude Dupuy 36 

VIII. — — — 3î> 

IX. — A Ferdinand I" 42 

X. — A Marie Stuart 43 

XI. — A Pie V 45 



LETTIIES INÉDITES DE M. -A. DE MUUET 46*" 



ERRATA ET ADDENDA 



Lettre Vil, p. 38, n. 4. — L'ouvrage que Muret appelle votre Diction- 
naire de Saint 'Germain est représenté à la Bibliothèque nationale par 
trois glossaires latins-grecs manuscrits, n"** 7651, 7632 et 7653 du fond 
latin. Le premier date du IX'' siècle et porte ïex-libris Claudi Puteani. 
Le second est une copie du précédent ; mais, son écriture étant très 
vraisemblablement du début du XVII« siècle, nous Téliminerons de la 
discussion. Le troisième est aussi une copie du 7651, mais faite par 
une main du XVI* siècle ; il porte en tète du f*» 1 ce titre significatif : Glos- 
starius latino graecus, incerli r/uideni auctoris, sed pervetustus^ cuni vetus- 
tissimo codice manuscripto S. Gcrmani Parisicnsi diligcntissinie collatus; 
de plus, les marges présentent un assez grand nombre de corrections 
et de notes qui paraissent être de récriture dllenri Estienne. De l'exa- 
men auquel nous avons procédé, il résulte que le 7653 est réellement 
une copie de ce 7651 qui était dans la bibliothèque de Dupuy, et que 
ce même 7653 a été publié en 1573 par IL Estienne, en supplément au 
Thésaurus linguae graecae, dans le volume intitulé : Glossaris duo^ 
e situ vetustatis eruta. De ces deux Glossaria, le premier est celui qui 
était en projet en 1572 et que Muret appelait à cette date Dictionnaire 
de Saint-Germain en écrivant au propriétaire du manuscrit, son ami 
Cl. Dupuy. 

Lettre VIIÏ, p. 39, n. 3. — Les Orawo/i« i/i-/() que Muret réclame 
dans ses lettres du 26 janvier et du 9 février 1573 ne peuvent être que 
l'édition suivante, très peu connue : Mureti orationes quotquot extant, 
additionibus, quo ad (sic) per marginum angustias fieripotuit, illustratae,,. 
Parisiis, apud Johannem Ilulpeau, in monte D. Ililarii, sub scuto Bur- 
gundiae, 1573. Le même imprimeur donna, la même année, une réédi- 
tion de Variarum lectionum libri \III, in-12. 



LETTRES INÉDITES DÉ M. -A. DE MURET 



47 



INDEX DES NOMS DU XVP SIÈCLE 



(Les chiffres indiquent les pages) 



Antoine de Navarre, 41. 

Arco (Prosper d'), 42, 43. 

Bagatto (Ottavio), 33. 

Baïf, 37. 

Bargagli (Scipione), 34. 

Bartoluccio (Gabriele), 33, 

Belle ville (de), 40. 

Charles IX, 40. 

Chrestien (Florent), 41, 42. 

Cujas, 36, 37, 38, 41, 42. 

Doneau (Hugues), 36, 37. 

Dorât (J.), 37. 

Dumblane (Evêque de), 43. 

Dupuy (Claude), 29, 30, 36, 37, 

38, 39, 40, 41 , 42. 
Durandus Pelotius, 30. 
Duras (de), 41. 
£gio (Benedetto), 33. 
Elbène (P. d'), 40. 
Este (Hippolyte II d'), 30, 35, 41, 

43, 44, 43. 
Este (Louis d'), 41. 
Estienne (Henri), 40. 
Farnèse (Alessandro), 31. 
Farnèse (Ranuccio), 31, 33. 
Ferdinand I", 42, 43. 
Fèvre (Nie. le), 42. 
Flavigny (de), 40. 
Foix (Paul de), 40. 
Granvelle (Cardinal de), 38. 
Grégoire XIII, 39. 



Guillermier, 38, 40. 

Henri de Navarre, 40, 41 . 

Jeanne d^Albret, 41 . 

Lambin, 41. 

Lipse (J.), 38, 39. 

Lœwenklau, 40. 

Lolgi (Guido), 31. 

Manuce (Aide le Jeune), 28, 30. 

Manuce (Paul), 28, 30, 31, 33. 

Martin (Thomas), 37. 

Mesmes (Henri de), 41. 

Orsini (Fulvio), 31, 32, 33. 

Pagello (Livio), 35. 

Pellevé (Nicolas de), 45. 

Pie IV, 43. 

Pie V,* 39, 43, 45. 

Pinelli (G.), 32. 

Pithou (P.)> 38, 40. 

Plantin (Chr.), 31, 35, 38. 

Plauto, 34. 

Rambouillet (Nie. de), 40. 

Ronsard, 37, 39. 

Scaliger, 38. 

Sirleto, 40. 

Stuarl (Marie), 43, 44. 

Sylburg, 40. 

Thou (Chr. de), 38, 40. 

Thou (J.-A. de), 40. 

Turnèbe, 32. 

Valcrius (Cornélius), 38. 



Franck Del âge. 



NOTES 



pour servir à Thistoire de la musique et du théâtre 

à Limoges au XIX"^® siècle (i) 

(suite) 



II 

De 1815 à 1830 

§ 1''. — Le théâtre. — Le drame et l'opéra. — Spectacles 
et acteurs lyriques. — Les artistes étrangers. — Un 
ballet à Limoges. 

Après 1815 et pendant les premières années qui suivirent, la 
chronique locale est sobre de renseignements sur les choses du 
théâtre; le fait peut s'expliquer par la diversion que le changement 
de régime, les division^ ou les préoccupations politiques avaient 
apportée dans les esprits. Plus d'une fois la remarque a été faile 
que les crises de celle nature sont peu favorables aux expansions 
liuéraires ou artistiques. 

La théâtre n'avait pas cessé cependant d'avoir ses saisons à 
Ijiraoges (i). En 1816, sans avoir à signaler autrement que par une 
simple note, la représentation de la Parlic de chasse d'Henri IV, 
donnée le 10 janvier à Toccasion du passage du duc d'Angou- 
léme (3), nous lisons que, le 5 mai de la même année, les artistes 
dramatiques nouvellement arrivés dans la ville jouèrent une pièce 

(1) V. Bulletin, tome LV, 1« livraison, p. 392. 

(2) A défaut d'autres preuves, les rapports fournis par le directeur au 
préfet et au ministère, indiquant la composition des troupes, celle des 
répertoires, le nombre des représentations avec l'état des recettes et 
des dépenses, Suffiraient à l'établir. Un de ces états indique pour le 
3« trimestre 1815-1816 (octobre, novembre, décembre 1815 et partie 
de janvier 1816) cinquante représentations à Limoges. 

En 1816, du 12 au 25 mai, il fut donné vingt pièces, opéras ou vau- 
devilles. 

(Archives de la Ilaute-Vienne, série T, fonds Beaux-arts et théâtre). 

(3) Annales de la Haute-Vienne, n^ du 12 janvier 1816. 



^ 



Notes poi n sEuvln a i/iiistoiae de la MUsiqCé a lImoges 40 

de circonstance : Hommage au Roi ou rElan des Cœurs français, 
« dont le public était redevable, disait Torgane officiel, au génie 
d'un amateur de la ville ». Les spectateurs, paratt-il, se portèrent 
en foule au théâtre et applaudirent avec transport (1). 

En 1817, au mois d'août, le public limousin revit avec un grand 
plaisir un artiste, M. Champmellé, qui avait fait les délices de la 
ville dix-huit ans auparavant; on constata que cet artiste, loin 
d^avoir perdu ses moyens, avait acquis au contraire plus de perfection 
dans sa méthode, et Ton exprimait le souhait qu'il se fixât de nou- 
veau à Limoges pour y tenir remploi de basse-taille (2). 

Cette année 1817 fut marquée, vers sa fin, par une bonne fortune 
théâtrale. La direction des artistes sociétaires, «jalouse de mériter 
la protection des autorités et la bienveillance des habitants », — 
style d'usage — avait engagé M"« Georges pour une série de repré- 
sentations. La grande tragédienne joua du 26 décembre au 18 jan- 
vier et se montra successivement dans les rôles de Mérope, de 
Phèdre, de Cléopâtre de Rodogune, d'idamé de VOrphelin de 
Chine, d'Amenaïde de Tancrède, de Clytemneslre Alphigénie, de 
SémiramU, i'Athalie, (ÏEsther, de Médée, d'Andromaque. Elle joua 
aussi le Misanthrope et la Belle Fermière; son succès fui très vif. 
Après la représentation de Tancrède, des vers furent lus sur la 
scène en son honneur. Elle fut assez bien secondée par des acteurs 
de la troupe. M"* Maillart, MM. Bourson, Mariage et Henri (3). 

La musique eut son tour avec un autre artiste parisien, M. Poi- 
gnet, de moindre renommée, mais d*un certain mérite, qui chanta 
avec goût le rôle de la France, dans l'Epreuve villageoise, et celui 
de Dermont dans Maison à vendre; il plut au public par la facilité 
de son talent et son art du travestissement (4). 

Au mois de février suivant, M. Bonnel-Beauval, directeur du 
20* arrondissement théâtral, annonça la formation d'une troupe 



(4) Annales de la Haute-Viennc, n° du 10 mai 1816. 

(2) Id„ n» du 8 août 1817. 

Au mois d'octobre suivant, la direction fut autorisée à faire jouer une 
comédie : Le terne supposé, qui avait été envoyé directement par l'au- 
teur. 

L'état remis par le directeur pour 1816-1817 fait connaître le tableau 
et les noms des artistes de l'opéra, avec le montant des appointements 
qui s'élevaient au total à 34,720 francs. (Archives de la Haute- Vienne, 
série T, fonds Beaux-arts et théâtre.) 

(3) Annales de la Haute- Vienne, n"» des 26 décembre 1817, 1", 9, 
16 janvier 1818. 

(4) Id,, n» du 30 janvier 1818. 



^0 SOCIÉTÉ ABClléoLOGlQUlS ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

qui donnerait Topera et accessoirement la comédie, le vaudeville et 
le mélodrame. La musique avait donc la priorité, mais il fallait 
satisfaire tous les goûts. La nouvelle troupe devait occuper la scène 
pendant six mois et commencer à Pâques de la même année (1). 

Les documents font défaut sur la valeur des éléments Ijriques 
que comprenait cette troupe. On voit seulement que Beauvat, qui 
était resté le directeur consciencieux et dévoué des temps anté* 
rieurs, donna quelques nouveautés ; il fit ainsi représenter, le 
6 octobre, la Famille Glinet, comédie nouvelle en cinq actes, de 
Merville, qui venait d'être représentée à TOdéon (2). Le public lui 
fut également redevable de la visite de quelques artistes étrangers, 
par exemple, en avril 1819, de celle de Joanny, de TOdéon, qui 
joua à la grande satisfaction des auditeurs, Coriolan et ses rôles 
d'Othello, ô'ITnmlet et du Cid. Selon Fusage, il reçut des compli- 
ments en vers. Les acteurs du théâtre qui lui donnèrent la réplique, 
en particulier M™" Imbert et Chauvin, ne furent pas trop infé- 
rieurs à leur lâche, « malgré certaines défaillances de mémoire » (3). 

Mais la chronique déclare en cette même année (août 1819) que 
la ville est dotée d*une très bonne troupe et même que Ton ne 
saurait en désirer une meilleure; le théâtre est suivi, dit-elle, mal- 
gré la chaleur « et les annonces pompeuses du jardin de Bellevue 
et de ses montagnes ». Elle félicite surtout la dugazon, M"*' Rose, 
jeune et jolie personne qui a de la voix et du goût; les louanges 
ne sont pas ménagées à ses camarades, M"«' Bourdais et Dorvil- 
liers, qui tiennent fort bien leurs rôles ; à Lysis et Dupuy, excel- 
lents comédiens; à Dulin, qui est un joli chanteur; à M"'^ Firmin, 
précieuse actrice; à M. Romain lui-même, malgré sa mauvaise 
prononciation; tous sujets, est-il assuré, qui sont au-dessus du mé- 
diocre. 

La scène limousine avait-elle Theur de posséder un personnel 
aussi satisfaisant pour être menacée de bientôt le perdre? Cest la 
crainte que Ton exprime, car le bruit courait déjà du prochain 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n^ du 17 février 1818. Pour faciliter 
rentrée aux amateurs, la direction proposait un abonnement pour six 
mois aux conditions suivantes : 

Pour homme et dame mariés, 120 francs; pour homme seul, 73 francs; 
pour dame seule, 50 francs (moitié en souscrivant). 

Les abonnements étaient suspendus pendant les trois jours de la foire 
de Saint-Loup et pour les représentations d'artistes de Paris et celles 
à bénéfice. 

(2) Le journal du 2 octobre annonce la représentation, mais ne publie 
pas le compte rendu, 

(3) Id., nw du 18 avril 1819 et suivants. 



NOTES POIÎU SËRVin A l'iiISTOIRE DE LA MCSIQUE A LIMOGES 51 

départ de la troupe poar une autre circonscription de la région (1) ; 
crainte non justifiée, puisqu'il est parlé dans la suite de quelques 
représentations qui confirmèrent le succès premier. 

A ces éloges d*une critique assez bienveillante (elle ne sera pas 
toujours aussi Tavorable aux acteurs), nous prérérerions à la vérité 
plus de détails, quelques faits et Tindication des pièces jouées. 
Mais la seule mention circonstanciée est celle d'une représentation 
gratuite offerte te S5 septembre en l'honneur de la délivrance de 
la duchesse de Berry, sous les auspices de la préfecture et de la 
municipalité qui avaient traité avec les artistes, selon Thabitude en 
pareil cas. Ceux-ci interprétèrent Sargines et les Rendez-vous bour- 
geois, devant une très grande affluence. Entre les deux pièces, une 
jeune artiste chanta des couplets « en rapport avec Tobjet de la 
fête », improvisés par un amateur anonyme (2). 

L'année 1820 débuta, en janvier, par la mise en scène des Vê- 
pres siciliennes, du Tyran domestique, de la Fille d'honneur, des 
Frères à f épreuve et d'autres œuvres dont les acteurs se tirèrent, 
parait-il, avec bonheur. Un peu plus tard, au mois de mars, il y 
eut deux représentations du Vieux Célibataire et du Misanthrope; 
la dernière fut, au dire des Annales, une des plus remarquables de 
la saison; Beauvat, qui, malgré son grand âge, donnait souvent de 
sa personne, y retrouva tout son succès auprès d'un public dont la 
faveur, justifiée du reste, lui avait toujours été acquise (3). 

Dans l'intervalle de ces spectacles, un chanteur de talent, Lavi- 
gne, vint faire une diversion au profit des fervents de la musique 
en donnant trois concerts très réussis et très applaudis (4). 

C'est peut-être ici le cas de signaler le conflit qui s'élevait par- 
fois entre les partisans de Topera et les admirateurs du répertoire 
dramatique; si les premiers formaient le nombre, les autres n'en 
étaient pas moins très énergiques dans leurs réclamations. On 



(1) Annales de la Haute-Vienne, n* du 6 août 1819. 

(2) /«/., no du 1" octobre 1819. 

(3) /(/., no« des 7 janvier 1820, 3 et 2i mars 1820. M. Beauval joua le 
Misanthrope « d'une manière admirable », dit le journal ; une actrice, 
M™« Denoix, eut quelque part à son succès; et la pièce fut, du reste, 
conduite avec beaucoup d'ensemble. 

La troupe comptait quelques autres artistes satisfaisants, Pelletier, 
Stephany, Mircourt, M™« Pelletier. 

Le mérite de Beauval comme acteur était bien reconnu ; à Angoulème 
ainsi qu'à Limoges, la presse locale faisait Téloge de ses grandes qua- 
lités et surtout de son jeu simple et naturel. 

(4) Annale9 de la Haute-Vienne, n° du 10 mars 1820. V. § Concerts. 



À 



^2 SOClèTÈ AnCHÉOLOGlQDE ET HlâTOnlQUE DU LIMOUSIN 

trouve un éclio de leurs plainte.s au lendemain de Tinterprétation 
du Vieux Célibataire; Tun d'eux, qui signait « Un Abonné rural », 
s'écriait avec amertume : « L'art Ihéâlral marche en France vers 
la décadence; si le mélodrame ne Tavait tué, Topéra-comique Tau- 
rail fait mourir de langueur aux accents de sa musique ou de 
frayeur aux sons de ses tambours retentissants... Qu'est devenu ce 
^oût si vif de jadis pour Tart de Corneille, de Racine et de Mo- 
lière?... » 

D'autres, plus éclectiques, manifestaient leur réprobation pour 
le mélodrame et invitaient la direction du théâtre à résister à 
toutes les sollicitations qui lui étaient faites pour jouer ces œuvres 
longues et ronflantes, genre déplorable que réprouvait le public 

éclairé (1). 

Un de ces derniers avait déjà précédemment formulé ses conseils 
en ces termes : «Ayez une bonne troupe, donnez de bonnes pièces, 
d'un goût délicat..., rejetez ces mélodrames absurdes, et le public 
viendra; à Limoges, comme ailleurs, on aime les comédies de 
mœurs, les jolis opéras, les bons vers, la bonne musique î! (2). 

Le précepte était simple, mais dans la pratique difficile à suivre. 
Le directeur Beauval, qui personnellement penchait pour le réper- 
toire de la comédie classique, n'ignorait pas qu'il avait tout le 
monde à contenter. Le mélodrame, si décrié par les raffinés, avait 
Tavantage d'attirer la foule toujours avide d'émotions fortes et 
faisait sans doute plus aisément recette que la comédie fine et 
délicate qui n'est pas à la portée de tous. 



» * 



Devons-nous attribuer aux difficultés de ce genre, à l'embarras 
qu'éprouvait le directeur pour répondre à tous les désirs et aussi 
pour combler ses déHcits, le silence qui se fait sur le théâtre de 
Limoges pendant les deux années qui suivent? dans cet intervalle, 
la chronique est à peu près muette, soit par suite de la rareté ou 
de l'insuffisance des spectacles, soit plus simplement par ce que 
les amateurs ou les connaisseurs s'en désintéressaient (3). Mais 
en 1823 elle reprend ses droits avec la plume d'un collaborateur 
qui signe de l'initiale C..., se comptait aux choses du théâtre et 



(1) Annales de la Ilaulc- Vienne, n^ du 7 janvier 1820. 

(2) Annales de la Haute- Vienne, n^ du 6 août 1819. 

(3) Le dossier des archives de la Haute- Vienne lui-même fournit 
peu de documents sur cette période. Mais les demandes de subsides 
faites par les artistes du théâtre prouvent la continuité des spectacles. 



NOTES POUR SERVIR A L^UISTOIRB DE LA MUSIQUE A LIMOGES ^3 

formule ses avis, parfois sévères, avec une verve homorislique cft 
volontiers railleuse. 

Au début cependant il n'a guère que des compliments à adresser 
aux artistes qui jouent le répertoire comique, en particulier à 
MM. Hasson, Barret et à M'"'' Louvet. Ce M. Masson tit même repré- 
renter sur la scène une comédie, ou plutôt un drame, de sa compo- 
sition, YEpoux subjugué, « qui laissait h désirer pour le plan et 
rintrigue, mais dont le style était soigné, la versification aisée et 
coulante, les vers heureux et élégamment tournés ». Cet artiste 
était très apprécié du public et laissa des regrets a son départ (1). 

Au mois d'août 1823, la ville reçut la visité de la famille Fay 
qui donna toute une série de représentations ; c'était une nouvelle 
et bonne fortune; le public accourut en nombre et n'eut pas à^e 
repentir de son empressement. M. et M™' Fay n'étaient pas des 
inconnus à Limoges, où ils étaient venus quelques années aupa* 
ravant et avaient été fort applaudis. Mais cette fois ils arrivaient 
accompagnés de leurs filles, Léonline et Elisa, qui marchaient sur 
les traces de leurs parents; la première surtout fit sensation ; on 
la compara à « Thalie ». Le public les entendit dans Frosine, vau- 
deville, et dans plusieurs opéras, Paul et Virginie, Adolphe et Clara, 
les Petits Savoyards, le Petit Chaperon rouge, Cendrillon, le Sylvain 
où toute la famille joua et fit admirer « une réunion si rare de 
talents dans une famille privilégiée des muses et des grâces ». 
Madame Fay interpréta en outre le rôle de Camille, et le grand 
opéra de Bidon « avec la noble assurance, la pureté du chant, la 
sublimité d'expression qui lui avaient mérité de si brillants succès 
à l'académie royale de musique ». 

Un bon point encore était accordé aux acteurs sédentaires qui 
avaient du faire de louables efforts afin de s'initier au répertoire 
de la famille Fay en partie nouveau pour eux (2). 

L'année 1824 qui devait être bien remplie et très mouvementée, 
s'ouvrit comme d'habitude par la saison dramatique. On note, 
à la date du 29 janvier, la représentation du Vieux célibataire; 
dans le cours de février, celle des Comédiens^ de Casimir Delavigne, 
et deux représentations de VEcole des vieillards. 

Le Vieux célibataire, d'après le chroniqueur, était le plus bel 
ouvrage du genre représenté depuis vingt-cinq ans sur une scène 
française; la pièce fut bien rendue grâce au concours de Beauval 
que Ton suppliait de ne pas encore prendre sa retraite (il avait 

(1) Annales de la Haute- Vienne, n» du 6 février 1823. Les artistes 
jouèrent notamment la Métromanie, La bonne d^enfanls, etc. 

(2) Annales de la Haute- Vienne, n^ du 15 août 1823. 

T. LVI 4 



H4 SOCIÉTÉ ARCHÊOLOCIQÛE ET ttlSTOmQ\)E DO LtMÛUStK 

alors soixante-douze ans), el grâce aussi, parait-il, aux mérites de 
quelques bons acteurs, en particulier de Madame Louvel qui avait 
grâce, sensibilité, tout ce qu'il fallait pour plaire (1). 

L'interprétation de VEcole des vieillards fut également réussie; 
le journal prétend même que Ton n'avait jamais vu une plus grande 
affluence de spectateurs qu'en cette circonstance (2). 

Les fidèles du genre avaient quelque raison d'être satisfaits; et 
cependant Tun d'euXv renouvelant la vieille querelle avec les ama- 
teurs de musique, se plaignait encore de l'envahissement de Topera- 
'comique sur le domaine deThalie;dans une apostrophe assez vive il 
s'en prenait «à ces dames et à ces messieurs qui d'ailleui*s trouvent 
Molière grossier et Regnard un mauvais plaisant, et courent exclu- 
sivement applaudir le fausset d'une dugazon, ou le chant de tête 
d'un Elleviou »; on met, disait-il, « le Délire bien au-dessus du 
Légataire et le Château de Montenero à cent piques au-dessus du 
iVt5anMroj9e«. Il ajoutait qu'il ne voudrait pas, au nom de la liberté, 
qu*on sacrifiât Thalie à Polymnie, el demandait qu'on voulut bien 
venir s'ennuyer à la représentation des ci-devant chefs-d'œuvre (3). 

La réplique ne se fit pas attendre; elle était conçue d'ailleurs en 
termes plus doux : « La préférence du public, faisait-on observer, 
n*est pas particulière à Limoges, et cette préférence s'explique 
facilement, car l'âme du plus inculte est remuée aux accents déli- 
cieux de Grétry, de Méhul, de Sacchini, tandis que les gens instruits 
sont seuls capables de saisir et d'apprécier les traits de génie des 
grands maîtres de la scène. L'opéra, d'ailleurs, n'est pas à mépriser, 
et sans parler delà musique, il est tel passage ù'ArmideoMAOEdipe 
à Colonne qui ne parait pas indigne de figurer à côté de nos plus 
belles tragédies; et dans quelques-une des scènes de Ma tante 
Aurore et de Joconde, il règne un comique et une verve originale 
que ne désavoueraient pas Molière et Regnard » (4). 

La saison dramatique commencée sous de bonnes auspices, ne 
paraît pas s'être terminée aussi heureusement, car au mois d'avril 
on se plaint des représentations de mélodrames que la direction 
parait avoir voulu infliger au public « comme une pénitence en . 
temps de carême ». Après avoir donné Athalie » qui amuse les 



(1) Annales de la Haute-Vienne, n^ du 6 février 1824. On rappelait que 
cette actrice avait été élevée dans la ville et que les Limousins aimaient 
à voir en elle une compatriote dont les succès étaient presque une pro- 
priété de famille. 

(2) Annales de la Haute-Vienne, n^ du 20 février 182t. 

(3) Annales de la Haute-Vienne, n° du C février 1824. 

(4) Annales de la Haute-Menne, n® du i3 février 182 1. 



KOtES POUR SËnvin a L^UISTOinÉ DÉ LA MUSIQUE A LIMOGES S5 

spectateurs autant pour le moins que Biquet à la Houpe ou Mon 
ami Christophe, noire troupe Iragi-comico-Iyriquese jette à corps 
perdu dans le mélodrame ; elle a joué Louise, ou le Père juge, pièce 
pas trop morale, où les vols, les rapts, les meurtres ne sont pas 
épargnés, et dont le public a fait justice. Et Ton nous menace de 
cinq ou six pièces de celle force !... » 

Le gérant du théâtre, Baret, qui était bon acteur, essaya de 
calmer ce mécontentement, en donnant quelques variétés, telles que 
les Deux ménages^ comédie de Wafard et Fulgcnce, et La Neige, ou 
VEgivard des campagnes ; mais il eut la fâcheuse inspiration de 
faire jouer encore un mélodrame, pour sa représentation à béné- 
fice, ce qui lui valut le reproche « de manquer d'égards envers la 
partie saine du public » (1). 

Les débuts de la troupe lyrique, au mois de mai suivant, vinrent 
un peu modilier les impressions. Cette troupe, nous apprend le 
critique C..., « était arrivée précédée dune grande réputation »; 
et dès les débuts, il formule son avis sur les artistes qui la com- 
posent ; si cet avis est favorable à deux ou trois de ceux-ci, Thierri, 
Vincelot, M^' Kliza Martin, il est beaucoup moins aimable pour 
le plus grand nombre : Le Martin a une voix de Haut-contre, il est 
médiocre; — TElleviou a la voix facile, mais il brode et ses façons 
sont communes ; — il y a deux trials, mais les deux n*en valent 
pas un passable. 

Quant à la dugazon, M"* Caroline, « elle vaudrait mieux si 
elle avait trois ou quatre lustres de moins et si elle ne chantait 
pas faux » (2). 

Le complimenl manquait de galanterie; aussi Tauteur faisait-il, 
dans son article suivant et dans une certaine mesure, amende 
honorable envers M"' Caroline, en reconnaissanl, comme celle-ci 
rassurait, qu'elle n'avait pas encore atteint vingt-cinq ans; mais, 
ajoutait-il, il n'en élait pas moins certain, pour les oreilles exercées, 
qu'elle chantait souvent hors du ton. Cela dit, au surplus, il pre- 
nait sa défense contre le parterre qui s'acharnait à la siffler, lors 
même qu'elle ne le méritait pas, par exemple dans Aline, où il y 
avait eu un grand tapage, une véritable tempête, & laquelle elle 
avait tenu tête avec beaucoup de courage. Il malmenait assez dure- 
ment les siffleurs qui pour la plupart auraient été fort embarrassés 
de dire pourquoi ils sifllaient, en les invitant à lire la fable du roi 
Hidas (3). 

(1) Annales de la Haule-Viennc, n° du 2 avril 1824. 

(2) Annales de la Haule^Vienne, n° du 14 mai 1824. 

(3) Annales de la Haute-Vienne, n« du 21 mai 1824, 



56 dociÉré adchéologique et iiistohique du LiMousi?r 

Ces débuts lyriques furent donc un peu difficiles; on joua 
Joconde^ Jean de Paris ou Galistan, Aline, Héléna, c(c. 

Mais la dernière semaine de mai procura aux amateurs une com- 
pensation. Quelques jolies pièces, la Lettre de change, Ma tante 
Aurore, la Fausse magie, les Voitures versées, obtinrent, de Tavis 
même de notre critique, un légitime succès <* et vinrent distraire 
les soirées pluvieuses de la Saint-Loup et dédommager les belles 
étrangères du bal qu elles avaient le droit d'attendre de la galan- 
terie de nos concitoyens qui s*en étaient trop désintéressés ». La 
représentation des Voitures versées valut même des compliments 
aux interprètes qui avaient dû paraître en scène tous les jours, et 
de 1res vifs éloges à Tun d*eux, iM^'Eliza Martin, qui était bonne 
musicienne, donnait bien la note, possédait grûce, justesse, senti- 
ment des nuances, et était appelée h devenir un excellent sujet (1). 

La dugazon, dont il a été plus haut parlé, avait dû être remerciée 
par suile de Thostilité du public; mais, ou bien le directeur n'avait 
pas la main heureuse, ou ce public avait voué la guerre à toutes 
les dugazon; car la nouvelle, M'**^ Lollant, qui venait de Bordeaux, 
après avoir recueilli des applaudissements dans Cendrillon, fut 
cliutée et malmenée dans le Prisonnier ou la Ressemblance, Le 
chroniqueur blâmait une telle précipitation; il faisait observer avec 
assez de sens, que Ton ne pouvait juger, sur un premier début, du 
mérite d*un acteur et qu au surplus les applaudissements ou les 
sifflets ne prouvaient rien. Le théâtre, disait-il, se trouve réduit à 
avioir une dugazon très médiocre ou à ne pas en avoir du tout; 
car une actrice de quelque réputation ne voudra pas se mettre à la 
merci d'un public capricieux et dont elle redouterait la partialité. 
Il renvoyait les mécontents à la fable des Grenouilles demandant 
un roi (2). 

Le conseil ne fut pas écouté; à M"* Lollant succéda une troisième 
dugazon, M"* Bougnol ; mais on ne gagna pas au change, si Ton en 
croit notre critique qui déclarait que la scène limousine avait perdu 
à tou^ ces changements et que les renvois de M"** Caroline et de 
W^ Lollant avaient été deux fautes, ou plutôt deux injustices. 
c( Leur remplaçante, ajoutait-il, est une tuile qui nous tombe sur 
la télé ! Elle ne fait oublier par ses talents aucune de ses devan- 
cières; son âge, sa tournure, sa taille ne peuvent racheter sa fai- 
blesse. » (3). 

Pendant ce mois de juin, la troupe donna Cendrillon, VIrato, la 

(1) Annales de la Haute-Vienne^ n<> du 28 mai 1825'. 

(2) Id., n« du 25 juin 1824. 

(3) /(/., no du 30 juin i82i. 



NOTES POCR SERVIR A l'iUSTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 57 

Lettre de change, dont Texéculion jugée médiocre fut un pea rache- 
iée par celle du Barbier deSéville^ readue aussi bien qu*on pouvait 
le désirer; « les acteurs avaient fait chacun leur devoir dans une 
pièce qui est un écueil pour plus d'un théâtre » (1). 

Mais la chronique se* montrait exigeante; elle reprochait aux 
artistes de s*en tenir au même répertoire, pauvre et limité à une 
vingtaine d*opéras tels que Téternel Chaperon et Tintéressant Soli- 
taire, dont la seule annonce était capable de mettre en fuite les 
plus intrépides amateurs, « surtout à une époque d*atmosphère 
embrasée dans une salle qui n'avait pas une lucarne pour faire 
respirer les malheureux patients ». 

Le reproche était peut-être excessif. Mais on était apparemment 
dans la période ingrate, car aux représentations de SansGéne^ de 
Ratzkoff, de la Mansarde des Artistes, à'Eliska ou ^Habitante de 
Madagascar, les protestations et les sifflets vont leur train; dans 
Eliska, on a traité indignement Grétry, dit le journal; pas un 
acteur ne savait son rôle et ne pouvait dire deux mots de suite ; le 
souffleur suait sang et eau; on l'entendait de tous les coins de la 
salle. 

Puis viennent quelques détails burlesques, « Timpétueux 

Ziméo, entraîné par son ardeur belliqueuse, s*est élancé sur lui 
(le souffleur) et allait le prendre aux cheveux, quand l'adroit souf- 
fleur, par une disparition subite, a soufflé sa nuque ou du moins 
sa brochure à Téchec dont elle était menacée...; c'est pousser un 
peu loin l'inconvenance vis-à-vis du public. » 

Un autre acteur, qui avait reçu quelques éloges au début de la 
saison, est vivement pris à partie, « dans la Mansarde des Artistes, 
M. Vincelol n'avait pas plus de 40 lignes à débiter; il restait court 
à chaque instant et faisait des contorsions de possédé pour se tirer 
d'embarras. Il a été de mémo force dans Eliska, mais il a été cette 
fois rejeté par les sifflets. Il est vrai, ajoute le compte rendu, que 
le dieu de Naxos qui sécha les larmes de la belle Arianne et la 
consola de la perfidie de son volage amant, s'empressa de voler au 
secours de M. Vincelot, son constant adorateur, qui porte sur la 
scène des signes certains de la présence du dieu dont il est un des 
plus iidèles adorateurs. Nous devons pourtant le prévenir, en ami, 
qne si cela continue, le public se dégrisera certainement sur son 
compte » (2). 

Au milieu de ces dégoûts, M. Lavigne apparut comme un envoyé 
du ciel {sic); les deux représentations ou concerts donnés par lui 

(i) Annales de la Haute-Vienne, n<^du 25 juin iH2't, 
(2) Annales de la Haute- Vienne, n° du 30 juillet 182i. 



58 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

firent salle comble. Il semblerait pourtant que son succès ne fut 
pas aussi complet que lors de sa première visite à Limoges; du. 
moins le journal faisait des réserves sur la façon dont il avait 
rendu quelques morceaux et lui conseillait aussi de ne pas aborder 
certaines pièces où sa taille et son cnxbonpôint ne se prêtaient guère 
au rôle de jeune amoureux. Mais dans les Prétendus et le Devin de 
village^ il se montra à la hauteur de ses rôles et il justifia sa 
réputation de chanteur dans Œdipe à Colonne et dans llmmortel 
laurier. Les artistes de la troupe, paraît-il, le secondèrent fort 
mal (i). 

Au mois d'août, il y eut deux représentations assez bonnes de la 
Vestale; M. Lavigne tenait, il est vrai, le rôle de Licinius; nos 
acteurs ordinaires s'en tirèrent à peu près, à Texceplion de M"'Elisa 
Martin, bonne artiste cependant, mais qui était atteinte d'une 
extinction de voix très inopportune. Le chroniqueur conseillait à la 
direction de lui donner un peu de repos pour se remettre et repa- 
raître ensuite brillante de fraîcheur et plus soucieuse de veiller à 
la conservation du feu sacré qu'une vestale prudente ne doit jamais 
laisser éteindre (3). 

Puis on trouve dans l'ordre chronologique, Cardillac^ et dere- 
chef Cendrillon, Eliska, Rose-Blanche et Rose-Rouge^ Menzikoff^ 
Fœdor, le Nouveau Don Quichotte, œuvres qui pour la plupart 
furent assez froidement accueillies. Cardillac est un mélodrame de 
quelque valeur; on y reconnaît du naturel, de Faction, une situation 
dramatique traitée avec un certain art; mais tout mélodrame qu'il 
fût, le journal assure qu'il ne fit pas ses frais. 

De nouveau, les plaintes s'élèvent contre la pauvreté du réper- 
toire, contre les pièces ennuyeuses ou insignifiantes (3). Le direc- 
teur fait cependant ce qu'il peut; il offre au public quelques jolis 
vaudevilles, Pique-Assiette, Angéline, VHomme de 60 ans, une 
agréable comédie, Monsieur Muzard ou comme le temps passe, le 
out assez bien rendu par les bons comédiens de la troupe; du 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n® du 30 juillet 1824. 

(2) Annales de la Haute-Vienne, n® du 13 août 1824. On trouve dans 
Tarticle un compliment à l'adresse du rédacteur de Taffiche théâtrale 
qui avait parfois le bon esprit d'ajouter à fannonce des pièces, des 
précis historiques et critiques pour l'instruction du public. 

(3) Il est bon de noter que l'administration supérieure faisait elle-même 
des observations sur la composition du répertoire; ainsi, en 1817, elle 
avait constaté que le répertoire ne comprenait pas une seule pièce de 
Corneille et en comptait une seule de Racine, et que les nouveauté* 

• faisaient défaut pour les opéras et les vaudevilles. (Lettre du sous-secré- 
taire d'Etat à l'intérieur, du 22 octobre 1817. Archives, série T.). 






NOTES POUR SERVIR A L*HI8T0I1ΠDE LA MUSIQUE A LIMOGES 59 

reste, Beauval vient encore une fois au secours de ces derniers, et^ 
sans souci de Tftge et de la fatigue, fait admirer de nouveau son 
excellent ton, son aisance, son naturel, cet abandon qui l'on lour 
jours distingué « et qui lui assurent un rang honorable parmi les 
acteurs dont les talents ont environné la scène française d'un éclat 
incomparable ». 

La saison finit avec la représenlalion de la Chatte merveilleuse; 
mais on fit observer que la pièce était de celles qui ne pouvaient 
produire leur effet et réussir sur notre scène où Tillusion était 
détruite par le désappointement continuel des machinistes, dont 
Tardeur ne pouvait suppléer à TinsuDisancedu local et du décor (1). 
Les féeries, les pièces à grand spectacle, n'ont pas été faites évi- 
demment pour nos simples scènes de province. 



* 
* » 



Si la campagne théâtrale de 1824, qui dura à peu près toute Tan- 
née, fut ainsi remplie et très agitée, on ne saurait en dire autant 
de celle qui la suivit. La nouvelle troupe débuta seulement en mai 
1823, mais elle ne jouait que la comédie ou le drame ; et le journal 
déclarait même que les amateurs de musique en seraient privés 
pour longtemps. Etait-ce une conséquence du nouveau règlement 
sur les théâtres ou le résultat des difficultés qu'éprouvait le direc- 
teur pour recruter des artistes et satisfaire aux exigences du public? 
Ces deux causes y étaient peut-être chacune pour leur part. 

Cette troupe dramatique paraît avoir été d'abord assez bien 
accueillie; d'après la chronique, elle comptait quelques acteurs 
estimables, MM. Baret, Lemonnier, Meriel, M. et M"° Pécrus, 
M"* Guignier, un peu minaudière, M°*' Martin qui manquait de 
vivacité et de chaleur, mais ne chantait pas mal pour une actrice de 
comédie (2). 

Mais plus tard, le langage change ; les éloges font place aux cri- 
tiques : Pécrus est toujours hissé dans les nues, il ne peut rien dire 
comme tout le monde..., il n'a ni vérité, ni naturel. ..; Marins continue 
ses arlequinades au point de devenir insupportable, par exemple 
dans la Revanche ou le Roi de Pologne ; — la soubrette n'a pas tenu 
ce qu'elle promettait, elle a besoin de se corriger de la manie des 
grimaces; Lcvallier parait très content de lui, quoique le public 
ne le«soit guère; il s'agite comme s'il avait des convulsions; on 
serait tenté de lui administrer quelques gouttes de potion cal- 
mante... Lemonnier a un défaut qui grandit, celui du ton d'afféterie 

(1) Annalea de la Haute-Vienne^ n® du 29 octobre 1824. 

(2) Annales de la Haute- Vienne, u^ du 6 mai 1825, 



60 sociéré ARCHéoLoaiQufi et historique du limousin 

et de la prétention, etc.. « Ce serait le cas de faire Téloge de la 
dernière troupe de comédie que la nouvelle avait promis inconsidé- 
ment de faire oublier ; on n'a pas gagné au change » ({). 

Un artiste de passage et de talent, Lepeintre, vint faire une 
courte mais agréable diversion en donnant une représentation au 
bénéfice des Grecs; la cause de Tindépcndance hellénique était déjà 
tout à faiten honneur; aussi, le chroniqueur s*écriait-il un peu pom- 
peusement à son début : « Thalie, Melpomène s'unissanl à leurs 
autres sœurs, concourent à la délivrance de celte terre sacrée ». La 
saison toutefois n*était pas favorable et les acteurs chargés de 
seconder Tartisle furent, dit-on, au-dessous de leur l&che; celui-ci 
n'en obtint pas moins tous les suffrages, gr&ce à son talent empreint 
de naïveté et de malice, de bonhomie et de sensibilité; il se mon- 
tra comédien consommé, mais on regretta qu'il se fut borné au 
vaudeville (2). 

En 1826, en dépit des appréhensions, la ville retrouva sa saison 
d'opéra ; ce ne fut pas, à ce qu'il semble, sans diflicultés et sans 
hésitation de la part de la direction. Le public limousin préférait 
évidemment avoir une troupe lyrique, môme imparfaite et qu'il pût 
critiquer, que de s'en passer (3). 

La saison commença à l'époque accoutumée et dès les premiers 
jours du mois de juin nous trouvons, sous la plume d'un collabo- 
rateur qui signe XX, quelques impressions et quelques conseils 
aussi. Celui-ci commence par se plaindre des difhcultés du métier 
de critique : « Si on blâme, les optimistes se récrient, et si on fait 
quelques éloges, on est accusé de partialité ou de complaisance. 
La troupe, sans avoir de talents supérieurs, a de l'ensemble, mais 
quelques-uns des premiers sujets laissent beaucoup à désirer. 
Ainsi, l'Elleviou a une jolie voix et un physique avenant, « mais il 
aurait besoin d'une petite étincelle de ce feu précieux que déroba 
Promethée »; la basse-taille est mauvaise de tout en tout et son 
second l'est également: comment fera- l-on dans certains morceaux 
dont elle est l'Ame, par exemple dans Beniowski, dans la Caverne 
ou Robin des bois? Le Martin est un joli acteur, il a la voix facile, 
mais voilée et restreinte dans les sons graves; la dugazon est 



(!) Annales de la Haute-Vienne, juillet 1825. 

(2) 2d,, n« du H août 1825. — Cette chronique est signée XX. 

(3) La question financière devait être une des entraves au recrute- 
ment des bons artistes; on verra plus loin que la subvention municipale 
était à cette époque nulle ou à peu près nulle (V. Délibérations du 
Conseil municipal). 



NOTES POUR SERVIR A L^HISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 61 

mioaudière... Les autres acteurs ne sont pas sans mérites, la pre- 
mière chanteuse surtout; elle a bonne tenue, une physionomie 
expressive et vive, une voix conduite avec goût; c'est une excel- 
lente acquisition... » 

L'article se termine par Tavis à Torchestre de modérer son jeu, 
qui empêche d entendre les voix des chanteurs, et par des félicita- 
tions au régisseur sur la composition excellente du répertoire qu'il 
promet; la recette doit y gagner (1). 

La première représentalion un peu marquante qui soit signalée 
est celle de Robin des bois, dont l'exécution avait été un événe- 
ment musical et dont l'auteur venait de mourir. La pièce fut jouée 
à Limoges aussi bien qa*on pouvait s*y attendre; les machines 
elles-mêmes et les accessoires ne marchèrent pas mal. Cela ne 
voulait pas dire apparement que la représentation eut été parfaite, 
car si, d'après le comple rendu, la première chanteuse, M"*Lefebvre, 
affirma de nouveau les qualités auxquelles on avait rendu hom- 
mage, beaucoup d'autres artistes donnèrent prise à la critique. Le 
gros de la troupe, ajoutait-on, va cahin-caha, faisant de son mieux 
pour contenter le public de Limoges, fort débonnaire de sa nature 
et plus disposé à l'éloge qu'au blâme (2). 

Le critique reconnaissait du moins la bonne volonté et les efforts 
des artistes ; il n*avail pas été et ne devait pas toujours être aussi 
indulgent. 

Deux acteurs, M. Lefebvre et M™* Dupré, se firent apprécier dans 
une piécette, le Chiffonnier, 

Puis vient Tannonce des Deux Mousquetaires^ encore du nou- 
veau, avec la perspective des débuts d'un amateur, excellent anti- 
dote, est-il observé, contre la chaleur de la saison, qui éloigne du 
théâtre. Mais les détails manquent sur Tinterprétation de celte 
pièce et de celles qui durent suivre. 

Nous lisons toutefois, vers la fin du mois d'août, le compte rendu 
d'une reprise de la Dame Blanche, avec une analyse fort enthou- 
siaste de la pièce et des appréciations circonstanciées sur la façon 
dont elle fut jouée. Deux acteurs se firent surtout remarquer, 
M. Gérard, dans le rôlede Julien, chanté par lui avec une rare pureté 
et un goût exquis, et M'^* Lefebvre, qui dans celui de la Dame 
Blanche fit preuve d'une intelligence et d'une variété dcxpression 
peu communes, bien que le rôle fut écrit pour une voix plus éten- 
due que n*était la sienne. Chose plus rare, les chœurs furent bien 
rendus, les morceaux d'ensemble exécutés avec précision et la 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n° du 2 juin 1820. 

(2) Annales de la Haute-Vienne, n° du 30 juin 1826, 



62 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

représen talion soignée dans ses détails autant qu'on pouvait le 
désirer à Limoges ({). 

La critique était évidemment sympathique ; mais cette fois Tarli- 
cle n*était pas signé. 

Au point de vue musical, Tannée 1827 est encore moins abon- 
dante que celle qui l'avait précédée; nous savons seulement que la 
saison d'opéra s'ouvrit, comme d'ordinaire, au mois de mai, et que 
la composition de la troupe avait subi quelques changements, 
même des augmentations en nombre, sinon en talents; mais on se 
demandait si celte troupe valait mieux que la dernière; les specta- 
teurs n'avaient pas paru, en tous cas, s'apercevoir d'une grande 
amélioration. Certains bons artistes avaient été conservés, M. Gérard , 
M"* Lefebvre et le chef d'orchestre, M. Dafite, qui, l'année d'avant, 
avec des éléments très faibles, était parvenu à force de soins et de 
persévérance à faire un ensemble supportable. Mais on se plaignait 
forl du remplacement de M. Darmand par un artiste très inférieur, 
qui était dépeint comme « n'ayant ni aplomb, ni aisance, encore 
moins de naturel, se fatiguant en chantant et fatiguant ceux qui 
récoutent... manquant ses rentrées, tâtonnant, se débattant contre 
la mesure et cramponné, pour ainsi dire, à l'archet du chef d'or- 
chestre, et que l'on prendrait pour un écolier récitant sa leçon devant 
un pédagogue rébarbatif )>. L'infortuné était doué en plus d'un phy- 
sique ingrat et on ne lui en faisait pas grâce. Le directeur était 
invité finalement à prendre le public on pitié et à lui éviter un sup- 
plice qui pouvait durer une année entière (2). 

Cela dit, sur le répertoire et son interprétation, la chronique 
reste muette; mais, en revanche, elle parle longuement du début 
d'un ballet qui occupa le théâtre pendant un grand mois, en juillet 
et août; il ne s'agissait, à la vérité, que d'un ballet d'enfants. L'in- 
novation n'en fut pas moins très bien accueillie; elle était due à 
rinilialive et aux démarches d'un originaire de Limoges, M. Bai- 
gnol, installé depuis quelque temps à Bordeaux, ou il était devenu 
directeur des spectacles de cette ville. Le chroniqueur lui adressait 
à ce sujet tous ses éloges et les remerciements de ses compatriotes. 
Pour lui, il ne dissimulait pas son agréable étonnement de voir des 
chœurs de jeunes enfants, pleins de gentillesse, sur le plancher 
« où il avait vu tant de fois mutiler Racine, parodier Molière, écor- 
cher Boëldieu, Nicolo, Weber, par des artistes auxquels il ne faut 
pas parler le langage de la critique sous peine de se couper la 
gorge avec eux, ce qui ne prouve pas du reste qu'ils aient du 

(1) Annales de la Haute- Vienne ^ n^ du 1*'" septembre 1826. 

(2) Annales de la Hante-Vienne, a** du II mai 1827, article signé 0»"'^ . 



NOTES POUR SERVIR A L*HtSTOIR£ DE LA MUSIQUE A LIMOGES 63 

talent (1) ». Il décrivait ensuite avec complaisance les talents divers 
des jeunes artistes. 

Les ballets avaient été composés ou arrangés par M. Salesse, maître 
de ballet d u 2* théâtre de Bordeaux, chorégraphe distingué. Parmi les 
principaux exécutés, on trouve le Petit Carnaval de Venise^ les 
Meuniers, le Retour de Félix, puis les Jeux d'Aglaé, divertissement 
où se reconnaissait la touche séduisante d*Auberval et dans lequel 
la musique de la Vestale s'alliait avec charme aux scènes d'amour 
et de sentiment. 

Ce séjour d'une troupe de ballet à Limoges fut l'occasion d'une 
polémique assez vive avec un journal de Bordeaux et dont il sera 
parlé plus loin. 



* 



L'année 1828 débuta sous d'heureuses auspices; M^^' Georges 
revint honorer la scène de province où elle avait déjà joué dix ans 
auparavant; elle y retrouva le succès qu'elle avait déjà obtenu et 
qu'elle obtenait partout. Le public se porta en foule pour la voir et 
l'entendre. 

Voici en quels termes le journal signalait sa visite : « Le théâtre 
de Limoges, menacé d'une mort prochaine, après plusieurs rechu- 
tes, vient de recevoir une nouvelle vie par la présence de M*^* Geor- 
ges et de la troupe qui l'accompagne, et qui l'a bien secondée. Sa 
présence a fait retrouver le chemin du théâtre à plus d'un amateur 
qui l'avait oublié ». La grande artiste parut notamment dans les 
rôles de Mèrope, de Semiramis, d'Agrippine de Britannicus^ de 
Ciytemnestre à'Iphigenie, et aussi de Jeanne d'Arc (2). 

Cependant, en dépit des pronostics, le théâtre n'était pas encore 
défunt. On commençait, parait-il, à s'inquiéter, « quand, vers la 
tin du mois de mai, trois ou quatre diligences ont amené la troupe 
la plus nombreuse et la mieux conditionnée que Ton ait vue depuis 
longtemps; de mémoire d'amateur, on n'avait vu un corps de figu- 
rants plus robuste et de plus belle venue... On se croirait au grand 
opéra, quand M. Sainl-Erneslo, le nouveau directeur, déploie le 
luxe gigantesque de ses coulisses... ». 

C'est par cet exorde assez moqueur et qui évoque le souvenir 
des troupes de comédiens ambulantes aux siècles passés, que débute 
le premier compte rendu de la saison ; Tauleur a soin d'ailleurs de 
nous avertir de ses intentions pacifiques et de déclarer qu'il essaiera 



(1) Annales de la Haute- \ienne, n*» du 3 août 1827 (rarlicle est 
signé CL.) 

(2) Annales de la Haute- Vienne , n° du 18 janvier 1828, 



64 SOGlÉTé ARCHEOLOGIQUE £T HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

de concilier les ioléréls de Tart, les plaisirs du public et les suscep- 
libililés comiques. Et de fait, il commençait h rendre justice au 
directeur, Saint-Erneste, qui avait su, malgré les difficultés, com- 
poser une troupe où il y avait des acteurs de mérile ; il paraissait 
s'y connaître et Tan prochain, sans' doute, il donnerait tout à fait 
du bon. 

Puis il renvoie à plus lard ses appréciations sur les acteurs eux- 
mêmes, pour parler d'une série de représentations données par un 
artiste parisien, Lafon, du Ihéâtre du Vaudeville, qui arrivait pré- 
cédé d'une grande réputation. Celui-ci nous est dépeint comme un 
bon acteur, bel homme, au jeu distingué, plein de finesse, dai- 
sance et de convenance. Aussi le public vint-il en nombre et la 
salle était-elle pleine, notamment « de dames élégantes et d'ama- 
teurs soignés ». 

Lafon joua le Scandale, la Somnambule (rôle de Frédéric), Ketty, 
la Visite à Bedlam^ la Somnambule fille, la Somnambule mariée, 
Léonide ou la Vieille de Suresnes] celle dernière pièce n'était qu'un 
drame, langoureux et sentimental, où il fut moins apprécié; mais 
dans VEcole du Scandale, jouée trois fois en dix jours, il fut trouvé 
parfait. 

Les acteurs de la scène lui prêtèrent leur concours plus ou moins 
heureux; leur excuse était le peu de temps qu'ils avaient eu pour 
apprendre leurs rôles. 

Au départ de Limoges, on nous apprend que Lafon se rendait à 
Bordeaux auprès de sa femme, Jenny Colon, retenue par une gros- 
sesse; mais que de vives instances lui avaient été faites pour qu'au 
retour il s'arrêtât de nouveau à Limoges et présentât « sa jolie 
dame » (4). 

Quant à la troupe lyrique, elle en était déjà à sa 25" ou 30° re- 
présentation lorsque le chroniqueur se décide à l'apprécier; « le 
journal est libre, dit-il; les clients ne se battent pas à la porte de 
notre cabinet! le temps n'est pas beau pour la promenade! que 
faire de mieux que de donner congé à la chicane et de bâtir un 
article de spectacle ! » 

D'après lui la troupe est bonne dans son ensemble, et la scène 
n'a jamais été mieux remplie. Jamais le corps des figurantes n'a 
paru mieux nourri et plus robuste, la santé est une belle chose! il 
leur souhaite de continuera se bien porter et de chanter juste, ce 
qui d'ordinaire n'est point leur défaut. 

A part ce dernier trait, les prémisses seraient assez rassurantes; 
mais nous voici aux détails : 

(1) Annales de la Haute- Vienne, h*» des 18 et 2o juillet 1828. 



NOTES POUR SERVIR A L^HISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 61> 

Chaque acteur a sa noie, son portrait : 

Uelleviou, Hippolyle Lecour, est un bel instrument, mais il 
manque de goût et de méthode; ses gestes ne sont pas heureux; il 
a des vices de diction; il est un peu sandis; il n*a du reste que 
doux ans de scène, et avec le travail les défauts disparaîtront . 

Saint-Erneste, le directeur, est bon comédien. 

Mauléon (Colin), dont l'extérieur est agréable, est faible, mais 
joune heureusement; il a le dire incorrect, une action vicieuse, 
Tair ébahi et effaré. 

Chapiteau, père et fils, !'« basse-taille et trial, ont peu de voix, 
mais ils entendent la scène; le père est amusant et le fils se grime 
bien. 

Haussard, 3® basse-taille, qui a paru un débutant, n*esl pas sans 
moyens; il a du creux. Ce n'est pas encore un chanteur, mais il 
faut Tencourager. 

Delehourde, autre triai, a du talent, de Taplomb, de Toriginalilé. 

M""» Lambert, qu'on peut appeler une chanteuse sans roulades, 
sans prétendre lui faire grief, a des qualités incontestables, méthode 
gracieuse, beaucoup de flexibilité et de justesse; mais a beaucoup 
à acquérir pour être une comédienne. 

M'^'Demangeot, actrice du théâtre de Lille pendant quatre ou 
cinq ans, est une de ces dugazon que l'on peut dire rares; on 
reconnaît vite en elle intelligence, vivacité, pureté de diction et 
grande facilité de chant. 

M"* Cécile Beauvais possède grâce et gentillesse, mais paraît 
douée d'une sensibilité excessive; il en est de cette qualité comme 
de la vertu, il en faut, mais pas trop ! trop froide, elle sait faire 
pleurer, mais ne sait pas faire rire; sa voix est agréable, mais de 
peu d'essort et de peu d'étendue. 

Tel n'est pas apparemment le cas de M"* Dominique, 2* dugazon, 
qui a au contraire certaines dispositions pour le genre grivois et 
égrillard. 

M"« Sainl-Erncsle, !'• duègne est toujours bien dans ses rôles. 

El la série se continue ainsi : 

M' Olivié, « le martin de la troupe, a du bon souvent, il est musi- 
cien, et c'est le seul de la bande ». Hais sa voix manque d'étendue 
et de corps, pas de médium; il passe au fausset en éludant la note 
avec art, il vaudrait mieux la chanter; il a du reste été supérieur 
dans Robert, du Chaperon rouge et Cavalini du Bouffe^ c'est un bon 
comédien ; point à dédaigner, tant s'en faut. 

Quant à M. Abel, père très noble, il a la physionomie trop enfan- 
tine, le parler nasillard; son jeu ressemble à une caricature; son 
chant est chevrotant; personne n'est dupe de sa faiblesse et le 






66 àOClèré ARCnàoLOGlQUE et HléTOAlQÛE t>U LkAlOUSlN 

parterre pourra manquer aux égards de sa piélé filiale envers son 
père très noble. 

La revue parait complète, mais elle souleva des orages dans les 
rangs des artistes et parmi leurs partisans. 

L*un de ces derniers, H. A. H. protesta contre certains de ces 
jugements qui lui semblaient trop sévères; il regrettait notamment 
ce qui avait été dit au sujet de M''* C. B. ; sous prétexte de donner 
des conseils aux artistes, on ne faisait que les décourager. 

L*aiïaire alla plus loin ; les intéressés murmurèrent et manifes- 
tèrent même leur mécontentement au public d une façon assez 
significative, car dans Tarticle suivant le critique les admonestait 
de très haut, déclarant que le public qui est ici humain et compa- 
tissant aurait pu se montrer beaucoup plus sévère, que cependant 
les acteurs étaient partis en guerre, criant, prononçant des paroles 
imprudentes et s'étaient montrés inconvenants. « On attendait d'eux 
une réparation, car le parterre avait les droits imprescriptibles, 
qu'il rappelait durement » (i). 

Parmi les pièces jouées pendant cette saison, on peut noter la 
Dame Blanche^ le Petit ChaperoUy le Tableau parlant, le Bouffe, le 
Nouveau Seigneur de village, le Barbier de Séville, les Trois quar- 
tiers, Finet, Léonide, etc.. 

Entre temps, en août, un artiste des Variétés, M. Bosquier-Gé- 
vaudan fit une heureuse diversion en donnant six représentations 
qui permirent d'apprécier sa verve comique, sa chaleur et son 
originalité. 

Au mois d'octobre suivant on revit Lafon qui avait été si bien 
accueilli deux mois auparavant; il ne revenait pas escorté de sa 
femme, ainsi qu'on Ty avait convié, mais en compagnie de M"* Du- 
chesnois, dont la présence du reste ne pouvait être qu'une bonne 
fortune pour la scène limousine; les deux artistes jouèrent du 11 au 
15 octobre, Phèdre, Pierre de Portugal, de Lucien Arnaud, Marie 
Stuard et Jeanne d'Arc, de d'Avrigny, et furent très applaudis. 

Une bonne note était donnée aux acteurs de la troupe qui avaient 
rivalisé de zèle pour apprendre et jouer leurs rôles dans ces quatre 
représentations. 

L'observation était faite, d'autre part, que les artistes de Paris 



(4) Annales de U Haute-Vienne, n^» des 8 et lîi avril 1828 (articles 
signés C. L.]. L'incident provoqua une lettre de MM. Chapiteau fils et 
L. Lecour, dit Hippolyte, qui se défendaient d'avoir tenu des propos 
désobligeants sur les habitants de la ville, remerciaient au contraire 
ceux-ci de leur bienveillance et désavouaient hautement des paroles 
qui ne venaient pas de leurs bouches. 



NOTES POCn SERVm A l/lIISTOIRfi bB tA MUdlQUË À LÎMOGES 67 

venaient à présent en province plus souvent qu'autrefois, car dans 
leurs engagements ils avaient soin de stipuler qu'Us pourraient 
prendre des congés (1). 

 partir de cette date et pour les deux années qui suivirent, la 
chronique ne nous apprend rien; c'est à peine si, au mois d*avril 
1830, elle parle d'une représen talion fort médiocre donnée par une 
toute jeune fille, Elisa Grille, qui joua notamment le rôle de 
Corinne dans la Petite Somnanbule et dont le succès fut médiocre. 

Il y avait cependant encore un spectacle à Limoges, puisque à 
Toccasion de cette soirée, le journal indique la présence de 'plu- 
sieurs artistes sédentaires et fait allusion à Tabsence du directeur 
qui était allé recruter « des virtuoses » pour l'année théâtrale prête 
à s'ouvrir (2). 

Comme pour les années où nous avons constaté semblable lacune, 
on est réduit aux suppositions pour expliquer ice silence. Peut-être 
est-il permis d*en trouver un des motifs, sinon le seul, dans le 
cours des événements qui détournaient Tattention générale des 
esprits vers des sujets d'ordre plus grave; à la veille des crises et 
des commotions politiques, la littérature et Tart se talseut assez 
volontiers pour laisser la parole aux faits. 



§ 2. ^ La chronique et la critique. ~~ Polémiques 

et incidents 

Il parait diflicile, d'après les seuls éléments d'appréciation que 
fournit la chronique locale, de pouvoir formuler un jugement un 
peu certain sur la valeur des spectacles lyriques à Limoges, comme 
aussi d'avoir une juste idée du sentiment esthétique, et en parti- 
culier du goût musical de la population limousine pendant la 
période qui nous occupe; pour en avoir une opinion suffisamment 
exacte, des termes de comparaison seraient évidemment nécessaires 
et ceux-ci font défaut. 

Ce qu'il est permis d'affirmer, c'est qu'alors le public ou du 
moins la partie de ce public qui prétendait s'y connaître, avait une 
prédilection marquée pour la comédie de genre et pour Topera- 
comique; celui-ci était encore plus en faveur; mais le bon réper- 



(1) Annale» de la Haute-Vienne, n» du 17 octobre 1828. 

(2) En 1829, la troupe était dirigée par un sieur René; VAlmanach 
de P. Ardlllier, qui commençait alors sa publication, donne pour cette 
année la composition de la troupe et les noms des acteurs, mais ne 
parle que d'artistes dramatiques. 



68 socièrè ARCtièoLOGiQUE et historique du limousin 

toire de comédie n*en ëlail pas moins très recherché. On a va des 
conflits s'élever plusieurs fois entre les fidèles de ce genre et les 
partisans de la musique, les premiers crier à la décadence du grand 
art et protester contre l'invasion de l'opéra qui faisait dédaigner à 
certain les chefs-d'œuvre classiques. 

A la vérité ces plaintes semblent très exagérées; chez la plupart 
le goût de la musique n'excluait pas le sens des autres formes du 
beau; les bonnes représentations dramatiques étaient suivies et 
lors des passages des artistes de Paris, la comédie et la tragédie 
faisaient recette au moins autant que les meilleurs opéras. 

Seul le drame, ou le mélodrame élait mis à l'index; ostracisme 
qui du reste n'a pas été particulier à ce temps; on ne pardonnait 
guère aux directeurs d'en donner pour la foule qui a toujours 
recherché les émotions violentes et un peu frustes ; et si d'aventure 
le gros public faisait mine de le délaisser, comme par exemple à la 
représentation de Cardillac, qui est cependant un drame d'un 
certain mérite, la chronique s'en félicitait et tenait le fait pour un 
succès, pour une marque du progrès que le goût populaire faisait 
dans la ville (1). 

Le mélodrame apparaissait au surplus à nos connaisseurs indi- 
gènes comme l'incarnation la plus directe du Romantisme, alors 
naissant, et le Romantisme était loin encore d'avoir conquis le droit 
de cité. Il est curieux d'observer, par les analyses d œuvres ancien- 
nes et nouvelles données de temps à autre par le journal, l'opinion 
que nos devanciers se faisaient du genre auquel on a donné ce 
nom (2). 

C'est ainsi qu'à propos de l Ecole des Vieillards, le publiciste 
limousin, faisant un grand éloge de l'auteur, disait de lui : « Il 
apparaît au milieu de la décadence générale du goût comme un 
rempart opposé au romantisme qui menace d'envahir notre littéra- 
ture; il faut espérer que ce genre monstrueux {sic), emprunté aux 
brouillards d'Albion et aux forêts de la Germanie, sera relégué dans 
les romans éphémères et que l'on verra renaître l'œuvre du vrai 
beau, c'est-à-dire la nature... » (3), 

La môme note se retrouve d'autres fois. 

Ainsi donc, en littérature et aussi dans le domaine de la musi- 
que, on s'en tenait chez nous aux traditions, à l'école classique. Ce 



(1) Annales de la Haute-Vienne, n° du 29 octobre 1824. 

(2) On relève, entre autres, des analyses de VEcole des Vieillards, du 
Barbier de Séville, de Robin des Bois, de la Dame Blanche, etc. ; parfois 
les appréciations sont faites avec observation et justesse. 

(3) Annales de la Haute-Vienne, n<» du 20 février 1824. 



NOTES POUR SERVin A L'uiSTOrilË DÉ LA MUSIQUE A LIMOGES 69 

qu'on aimait surtout, ce qui était à la mode, c'était la musique 
d'allures faciles, celle où l'esprit français se retrouvait et se 
récréait, sans grands efforts ni préoccupations philosophiques ou 
scientiOques. 

Notons cette exclamation d'un chroniqueur, se plaignant de la 
pauvreté du répertoire joué sur notre scène : « Philidor, Monsigny, 
Grélry sont bannis de notre théâtre ; en revanche, on ne nous épar- 
gne pas Gaveau, Aubert, HérolJ ! » (1). 

Quelques années plus tard, il n'eut sans doute pas tenu le même 
langage; il eut peut-être brûlé ce qu'il avait adoré la veille et réci- 
proquement. Ce fétichisme classique n'empêchait cependant pas 
les amateurs d'admirer les œuvres nouvelles, même étrangères, 
quand elles s'appelaient le Barbier de Séville, Robin des BoiSy la 
Dame Blanche; les représentations de ces pièces obtinrent dès 
l'abord le plus grand succès. 

Dans le comple rendu de la Dame Blanche^ dont l'auteur, Boïel- 
dieu, se rattache déjà à l'école romantique, on trouve sur cette 
œuvre demeurée si longtemps populaire une appréciation assez 
judicieuse qui, de nos jours encore, serait acceptée dans sa pre- 
mière partie du moins par quelques critiques : « T,e mérite de l'œu- 
vre, disait le publiciste, est plus dû peut-être aux ressources de 
l'art et à la science de l'harmonie, à la parfaite connaissance des 
effets dramatiques, aux réminiscences d'une imagination remplie 
de souvenirs qu'aux inspirations d'un génie surabondant ; l'œuvre 
présente une grande vérité d'expression, une inépuisable variélé 

de motifs; la Dame Blanche est une magniQque acquisition 

pour le répertoire et la meilleure réponse aux détracteurs de l'école 
française dont l'engouement ne décerne d'éloges qu'à ce qui vient 
d'au delà des monts et d'outre-Rhin. » (2). 

C'est surtout, comme on l'a vu, dans le domaine de l'interpréta- 
tion des pièces et du jeu des acteurs, que la chronique se donnait 
libre carrière et usait de tous ses droits ; assez bénévole au début, 
ou même anodine, elle se montra dans la suite plus difficile, sou. 
vent sévère, acerbe même à l'occasion, à partir des années 1823 
ou 1824, sous la plume des amateurs qui signaient des initiales 
C-.., XX... ou G. L... Ges anonymes élaienl-ils plusieurs ou ne 
formaient-ils en réalité qu'une seule et même personne? On serait 
tenté d'admettre cette seconde supposition, en constatant que dans 
tous leurs articles on retrouve à peu près la même façon d'écrire, 



(1) Annales de la Haute-Vienne, no du 29 octobre 182k 

(2) Annales de la Haute-Vienne, n° du l*"" septembre 182G. 

T, LVI 



^ 



70 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

les mêmes formes de critique et la môme humeur caustique. 
H. G... L... appartenait au moDde du Palais, au barreau proba- 
blement; il le dit lui-même au début de son compte rendu du 
8 août 1828. 

Quoiqu'il en soit, ce critique ou ces critiques prenaient leur rôle 
au sérieux; on sent qu'ils aimaient le théâtre, la musique, qu'ils ne 
manquaient pas de connaissances ni de goût, et que le spectacle 
n'était pas à leurs yeux un passe temps purement banal. 

Ils entendaient même les choses d'assez haut, et disaient leur 
fait à tout le monde : aux directeurs ou aux gérants qui, selon eux, 
ne variaient pas assez leurs répertoires, abusaient du mélodrame 
ou prodiguaient les pièces insipides et fastidieuses; 

Aux musiciens de Torchestre qui jouaient trop fort et témoi- 
gnaient parfois de peu de zèle et d'exaclitode; 

Au public et principalement au parterre, d'ordinaire bruyant et 
tapageur, manquant de sens esthétique, aimant ce qui est outré, 
applaudissant ou sifflant à tort et à travers, ce qui faisait dire un 
jour au courriériste « que la plupart des auditeurs s'entendraient 
mieux à tailler un habit qu'à juger un acteur ». Et cependant, à 
l'occasion, il prenait la défense de ce parterre et revendiquait 
tous ses droits, même celui de siffler. 

Les spectateurs, de prétentions plus raffinées, recevaient aussi 
leur leçon, par exemple « ces prétendus amateurs qui critiquent 
pour se donner de l'importance et gênent les représentations par 
leurs colloques » (4). 

Mais c'est à l'égard des artistes surtout que la critique en prend 
à son aise; elle en fait un peu sa chose, les juge et même les mal- 
mène sans trop de ménagement. Le reproche le plus habituel 
qu'elle leur fait est celui de ne pas savoir leurs rôles, et pourtant, 
ajoute-t-elle, on ne leur demande guère que cela, ce qui n'est pas 
beaucoup demander. Elle oublie peut-être aisément que la tâche 
était rude pour de pauvres acteurs de province d'apprendre ou de se 
remémorer en une saison un répertoire fort étendu et très divers, 
et qu'il lui advient à elle-même d'en convenir de temps à autre. 
Mais ce n'est pas là son seul grief. 

Si Ton cherche à se faire une impression d'ensemble sur le mérite 
de nos artistes du temps, on arrive à conclure qu'à côté de quel- 
ques bons sujets auxquels justice est rendue, la plupart des autres 
étaient imparfaits ou médiocres, et quelques-uns même mauvais; 
— depuis lors, et pour les mêmes causes, les choses n'ont pu beau- 
coup changer; — certains avaient de la voix, mais ils ne savaient 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n» du 6 janvier 182t. 



HOTâS POÛn SBAVlR A L^HlSTOtnE Dp. LÀ MÙStQÛE A LiBlOGES ^1 

pas la conduire; ils manquaienl de méthode et d*éducatioa musi- 
cale; d'autres étaient complètement dépourvus d'aptitudes scéni- 
ques; ils se tenaient mal, ou étaient même ridicules ou grotesques. 
On pardonnait difficilement aux défauts physiques; et les incar* 
lades de plusieurs étaient taxées d'inconvenances. 

Ces jugements pouvaient parfois paraître un peu sévères. Justes 
ou trop sévères, ils n'étaienl pas faits assurément pour plaire aux 
intéressés; il leur arrivait de se révolter et de protester. En avril 
1828, ces protestations revêtirent une forme assez vive et se mani- 
festèrent même en public. 

Mais notre critique releva vertement ce qu'il appelait une atteinte 
aux droits imprescriptibles du parterre; il réclama une réparation 
et dit nettement : « Les acteurs de province oublient que sur la 
scène ils appartiennent au public qui a le droit de les sifQer et de 
les critiquer ; rien ne saurait les affranchir de ce double joug; le 
public les achète. » (4). 

L'admonestation était dure; de nos jours, elle serait jugée 
cruelle ; elle permet en tous cas de se rendre compte de la situation 
sociale évidemment assez humble qui était alors celle des acteurs 
des théâtres, surtout en province. • 

 la vérité, ces critiques n'allaient pas toujours sans provoquer, 
dans le journal lui-même, quelques réserves ou des ripostes de la 
part de gens moins difficiles ou plus sympathiques, ou peut-être 
aussi intéressés dans la question. C'est ainsi qu'on reprochait à 
M.C... d'avoir été trop rude à l'égard d'une des dugazon, M»» Bou- 
gnol, et d'avoir écrit au sujet du ténor Lavigne que son embonpoint 
le rendait grotesque dans certaines pièces; ce système de dénigre- 
ment, déclarait-on, ne tendait à rien moins qu'à détourner de notre 
scène les premiers talents de la capitale et à amener par la suite la 
suppression de cette scène. 

Le même correspondant protestait contre ces critiques de cen- 
seurs trop hâtifs qui jugent sans entendre ; la critique est certaine- 
ment utile, mais quand elle est raisonnée et basée sur une grande 
connaissance de l'art. Il convenait du reste, tout en rendant justice 
aux artistes et en les encourageant, que la décadence des talents se 
faisait sentir d'une manière sensible, et que dans une troupe 
comme la nôtre, il ne fallait pas s'étonner que tous les acteurs ne 
contribuassent pas à l'illusion théâtrale; mais « c'était un malheur 
que Limoges partageait avec toutes les plus grandes villes de 
France » (2). 

(1) Annales de la Haute- Vienne, ii» du 15 août 1828. 

(2) Annales delà Haute-Vienne, n^ du 20 août 182'*, 



72 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Ainsi pris à parlie, le critique Icnail à avoir le dernier mot : ce 
qu^il avait dit de H. Lavigne était exact; et tout admirateur qu'il fut 
des talents de cet artiste, il n*était pas nécessaire qu1l se pros- 
ternât devant sa réputation ; ce qu'on appelait son système de 
dénigrement n'avait jamais détourné aucun artiste de Limoges, car 
il avait toujours rendu justice au mérite. 

Répondant au reproche de sévérité à l'égard de Tensemble, il 
ajoutait : « M. Tamaleur oublie que je n'ai demandé qu'une chose, 
c'est que les acteurs sachent leurs rôles, et je n'ai pu l'obtenir; 
partout, principalement à Limoges, les troupes d'opéra sont d'une 
médiocrité désespérante; j'ai cherché à rendre les acteurs moins 
mauvais, à les tenir en haleine, à les faire travailler; les plaisante- 
ries faites sur quelques-uns étaient méritées, car les remontrances 
étaient sans effet sur eux ; le meilleur moyen de les porter à mieux 
faire était de montrer à tous les yeux le ridicule ou pour mieux dire 
l'inconvenance de leur conduite. » (1). 

Ce n'était pas seulement entre amateurs de la ville que se pro- 
duisaient les polémiques; celles-ci avaient lieu parfois avec des 
journs^ux étrangers à la région. 

On peut en ciier deux exemples : 

Au mois de juin 1824, un journal de Paris, le Corsaire, prit à 
partie le chroniqueur des Annales à propos de ses appréciations 
sur les artistes du théâtre et fit en outre allusion a une incorrec- 
tion grammaticale qu'il aurait commise, en écrivant cette phrase : 
« ... au milieu du vacarme, il n'est pas étonnant qu'elle (M^'* Caro- 
line, une des dugazons dont il a été parlé) ait mal chanté, malgré 
qu'elle ait fait tête à la tempête avec courage ». 

Ce malgré que offusquait le journaliste parisien. 

Et le Limousin de répondre que le Corsaire lâchait une bordée 
qui aurait pu être moins rude, mais qu'on ne demande pas la poli- 
tesse à des forbtins...; il le remerciait après tout de ses conseils sur 
la manière d'écrire, en faisant observer que la locution dont il 
s'était servi avait été employée par des auteurs, entre autres par 
M. Longchamp dans Ma tante Aurore. 

Et comme le Corsaire avait pris la défense des acteurs de la 
scène limousine, il souhailait à son contradicteur de venir les en- 
tendre dans Cendrillon, lîralo^ la Lettre de change, où ils avaient 
fait bâiller les assistants, ou encore dans la Neige, qui avait été 
réellement très froide, nonobstant la chaleur de la saison et de la 
salle. « Si ces artistes passent à Paris pour excellents, ajoutait-il, à 

(1) Annales de la Haute- Vienne, n" du 27 août 1825r. 



NOTES POUR SERVIR A L^IIISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 73 

Limoges, où il esl permis de les entendre, c*esl autre chose. Les 
éloges que leur adresse le Corsaire ont Tair d'être des éloges à 
Ofr.iS la ligne!... (1)» 

Après le conflit avec Paris, vint plus tard une querelle avec Bor- 
deaux. 

Lorsque le ballet d'enTants arriva de cette ville pour occuper le 
théâtre en juillet-août 1827, le chroniqueur, 1res enthousiaste, avait 
dit qu'il fallait voler un ihyrsc d'honneur à M. Baignol, un conapa* 
Iriote, qui avait eu Tinilialivc de cette innovation ; puis, parlant du 
ballet dit les Jeux d'Aglaé, d'Âuberval, il avait constaté que la mu* 
sique de la Vestale s'alliait avec beaucoup de charme avec les 
scènes d'amour et de sentiment de celte pièce. 

Une feuille de Bordeaux, l'Indicateur, ami de la controverse^ 
prétendit que le journal de Limoges s'était trompé d'emblème; ce 
n'était pas un Ihyrse qu'il fallait attribuer à M. Baignol, car il ne 
serait pas à sa place, mais simplement un bâton. En plus, le jour- 
naliste limousin avait fait un anachronisme en disant que hVestale 
était antérieure aux Jeux d'Aglaé. La tirade se terminait enfin par 
une plaisanterie sur le Limousin, qui depuis mille ans et plus pas- 
sait pour la métropole des châtaignes. 

La réponse ne se fil pas atlemlre. D'apr^ de bons auteurs, 
remarquait le chroniqueur des Annales, le Ihyrse était bien à Tori- 
gine lattribut de la muse de la danse; mais si, en traversant Thy- 
perbolique Gascogne, le thyrse avait subitement passé à l'état de 
canne, il conseillait à M. Baignol d'en faire un tout autre usage que 
de s'appuyer dessus. 

Quant au ballet, il n avait point dit que celui-ci était antérieur à 
la Vestale, mais simplement que des morceaux de cet opéra avaient 
été intercalés dans ce ballet par M. Salesse, qui avait ainsi rem- 
placé avec avantage quelques vieux airs démodés par des morceaux 
plus expressifs et plus nouveaux. 

La plaisanterie sur les châtaignes manquait tout à fait de sel; on 
pouvait se demander si elle était une allusion à M. Couderl (direc- 
teur de VIndicateur apparemment) qui, dans son journal, persiflait 
un fruit dont il s'était nourri pendant trente ans!... 

Sur cette pente, la discussion prit vite un tour très agressif. L7n- 
dicateur répliqua par des menaces et des provocations auxquelles 
notre Limousin riposta par des railleries, en signifiant cet avis à 
son adversaire : 

« Chez nous le mal se rend au quadruple du bien, » 



(1) Annales de la llaule-Vicnne, n''" dos il juin et 24 juillet i82i. 



1 



74 SOCIÉTÉ AnCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Le (on de sa polémique ne faisait assurément pas mentir un 
axiome qu'il prêtait peut-être un peu trop libéralement, nous nous 
plaisons à le croire, aux gens de son pays. 

Les-conflils et les querelles qui s'élevaient au théâtre ou à pro- 
pos du théâtre, n'avaient pas toujours pour motifs les questions de 
Tart ou du jeu des acteurs; elles provenaient parfois d'autres 
causes, notamment de l'état des esprits e( des divisions politiques 
qui furent très vives après la chute du régime impérial et aussi 
plus tard à la veille de la Révolution de Juillet. Ce régime avait 
conservé des partisans convaincus, surtout parmi les militaires de 
l'ancienne armée, et leurs rancunes trouvaient en maintes occa- 
sions à se heurter aux enthousiasmes et aux ardeurs rovalistes; de 
l'animosité des uns, de l'arrogance ou des imprudences des autres, 
il résultait des disputes, des provocations qui naissaient le plus 
souvent dans la salle de spectacle, lieu commun de distractions et 
de rendez-vous, et se terminaient d'ordinaire sur un autre terrain. 
La tradition orale surtout nous a transmis le souvenir de ces con- 
flits et de ces rencontres où la bravoure était égale des deux parts, 
mais dont le récit, qui semble parfois tenir de la légende, nous 
ferait sortir de notre sujet. 

Si Ton veut cependant se rendre compte du diapason où étaient 
montées au début les passions politiques, il suHit de se reporter au 
récit que fait, dans ses mémoires, un jeune ofOcier limousin, Aubin 
Dutheillet de Lamolhe, d'une altercation qu'il eut au théâtre de 
Limoges, au mois de mars 1814, avec le général commandant la 
subdivision, qui avait voulu l'empêcher, lui et ses amis, de crier : 
« Vive le roi! m. Provoqué, ce dernier aurait accepté de se battre 
avec lui, et Dutheillet lui aurait dit de mettre ses épaulettes dans 
sa poche et de le suivre. D'après une note qui accompagne les mé- 
moires, la scène aurait été encore plus grave, car Dutheillet aurait 
souffleté le général au moment où celui-ci, dans sa loge, donnait 
connaissance au public d'une dépêche annonçant la marche triom- 
phale de Napoléon sur Paris (1). 

g 3. — Organisation et règlements du théâtre. — La ques- 
tion de la subvention 

Au point de vue administratif, le théâtre de Limoges avait fait 
partie, sous l'Empire, du 9" arrondissement théâtral qui compre- 

(1) V. Mémoires du lieutenant-colonel Aubin Dutheillet de la Mçthe 
(Bruxelles, imp. Lamertin, 1899.) 



NOTES POUR SERVIR A l'iIISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 75 

Bail les départements de la Haute-Vienne, de la Corrèze, de la Dor- 
dogne, de la Charente et de la Vienne En 481 3, un remaniement des 
circonscriptions avait eu pour effet de délacher ce dernier dépar- 
tement des quatre autres qui avaient formé le 33* arrondissement. 
Le règlement ministériel du 11 mars 4816 reproduisit le même 
groupement en lui affectant deux troupes, une troupe dramatique 
et une troupe d*opéra, ce qui normalement était peut-être excessif. 
Les villes désignées pour les représentations étaient avec Limo- 
ges : Angoulôme, Périgueux, Cognac, Bergerac, Tulle, Brive et 
même La Rochefoucauld; mais en fait, on ne constate guère de 
spectacles que dans les trois premières de ces villes, quelques-unes 
à Cognac et par exception un petit nombre à La Rochefoucauld. 
Les deux troupes alternaient d'une ville à Tautre, de sorte qu'à 
Limoges du moins, les représentations avaient lieu à peu près en 
toutes saisons (1). 

En 1824, une ordonnance royale du 8 décembre modifla encore 
cette organisation en rattachant de nouveau le département de la 
Vienne aux quatre autres qui constituèrent le 13"* arrondissement. 
Mais comme ce règlement autorisait les villes qui en faisaient la 
demande et qui jusUHaient de certaines ressources, à avoir une 
troupe sédentaire, Limoges fut autorisée, par arrêté ministériel du 
18 février 182S, à profiler de cette faculté. Etait-ce un avantage? 
Il était difficile, dans une ville qui ne comptait pas alors plus de 
25 à 26.000 âmes, d'avoir chaque année à demeure une troupe 
d^opéra et une troupe de comédie ; il semble bien que plus tard, en 



1) V. Archives départementales de la Haute- Vienne, série T., fonds 
Beaux-arts et théâtre {Liasses 1805-1823, puis 1823-18i6). 

Dans sa correspondance, le dirocleur Beauval faisait observer que la 
ville de Tulle n'avait qu'une salle de billard et celle de Brive une 
ancienne église, locaux impropres à Tor^janisation d'une véritable scène; 
toutefois, à cette époque une petite troupe devait commencer à jouer 
à Tulle. 

Le règlement de mars 1816 prévoyait l'itinéraire des troupes comme 
il suit : 

/re (roupe. — A Limoges, du 21 avril au 23 mai; à Angoulême, du 
24 mai au 15 juillet; à Périgueux. du 26 juillet au 20 septembre; à Li- 
moges, du 21 septembre jusqu'à la fin du carnaval; à Angôuléme, fin de 
Tannée théâtrale. 

2^ troupe, — A Angoulême : octobre, novembre et décembre; à Péri- 
gueux : janvier, février, mars; à Limoges, fin de l'année théâtrale. 

Mais, dans la pratique, cette réglementation ne devait pas être tou- 
jours observée. 



16 . SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

1829 et 1830, le théâtre chômait plus souvent et que la municipalité 
aurait désiré revenir à Tancien système (1). 

Sous Tempire de ces divers règlements, le directeur, qui était 
nommé par l*administration« était assujetti à soumettre à celle-ci, 
par l'intermédiaire du préfet, le tableau de ses troupes, celui des 
répertoires qu'il se proposait déjouer et Tétat trimestriel de ses 
recettes et de ses dépenses. Le ministre faisait des observations et 
parfois retranchait ou ajournait quelques pièces; il constatait aussi 
à l'occasion que le répertoire ne faisait pas une assez grande place 
aux chefs d'œuvre de la scène française et aussi aux nouveautés, 
f/est par la fraîcheur et la variété des pièces, disait le ministre, 
qu'on attire le public (2). 

Le pouvoir, au surplus, protégeait ostensiblement le théâtre; il 
estimait que celui-ci, dûment contrôlé, constituait une distraction 
utile, saine et morale pour la population urbaine et il appuyait le 
directeur et les artistes de ses recommandations auprès de la mu- 
nicipalité, à laquelle incombait le soin de veiller à Texislence ma- 
térielle du théâtre. 

Or, cette existence matérielle était la grosse question. Si les 
communications .et la correspondance du directeur sont intéres- 
santes à divers litres, c'est principalement dans l'examen des 
comptes de gestion, des états de situation financière que l'on 
trouve à faire des observations tout à fait suggestives à ce point de 
vue. Ces états font connaître non seulement le nombre des repré- 
sentations et les titres des œuvres interprétées, mais aussi le mon- 



(1) Archives de la Haute-Vienne, série T, fonds précité. V. Lettre de 
M. Pouyat, adjoint au maire, du 23 juillet 4830. 

(2) /^., V. notamment Lettre du sous-secrétaire d'Etat à l'intérieur à 
M. le préfet de Barrin, du 22 octobre 1817. 

Les répertoires de rarrondissement régional étaient d'ordinaire très 
touffus; celui présenté pour l'exercice 1814-1815 indiquait 40 comédies 
en ;>, 4 ou 3 actes; 30 comédies en 2 ou 1 actes; 113 opéras en 4, 3 ou 
2 actes; 83 petits opéras, 53 vaudevilles. 

Le répertoire de 1823-1824 accuse 140 opéras en plusieurs actes, 230 
opéras en un acte, 26 vaudevilles. 

En 1825, on trouve pour le répertoire dramatique 14 tragédies, 42 co- 
médies en 5 ou 4 actes, 43 comédies en 3 ou 2 actes, 23 en 1 acte, 
51 vaudevilles. 

En 1830-31 : 69 tragédies, 250 comédies, 248 mélodrames ou pièces 
diverses. 

Toutes ces pièces apparemment n'avaient pas l'honneur des plan- 
ches; mais chaque représentation comportait en moyenne doux ou trois 
pièces. 



NOTES POUn SERVIR A l'iIISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGÉS 77 

lant des recetles et celui des frais journaliers pour chaque repré- 
sentalioD, avec le chiffre des frais extraordinaires et les appointe- 
ments des acteurs. Or, tous comptes faits, les exercices se soldaient 
par des déficits. 

Les recettes ordinaires variaient beaucoup; elles atteignaient 
rarement 5 ou 600 francs par soirée, mais souvent elles étaient 
très inférieures et descendaient parfois à des chiffres dérisoires (i). 
Les frais journaliers pour chaque spectacle étaient en moyenne de 
ISO francs, et si on ajoutait les dépenses extraordinaires, celles des 
voyages, des déplacements, puis les traitements promis aux artis- 
tes, les produits nets des recettes ne pouvaient suffire à couvrir ces 
derniers (2). 

Il y avait, il est vrai, quelques ressources subsidiaires provenant 
des bals au temps du carnaval, des représentations gratuites dont 
Tadministration préfectorale ou communale faisait les frais, et de 
la perception du cinquième des receltes des lieux de plaisir çt de 
divertissements publics installés dans la ville, qui avait lieu au profit 
du directeur privilégié du théâtre (3); mais cet appoint était des 
plus modiques. 

Le directeur Beauval, déjà grevé d'un gros passif occasionné par 
les années critiques 1813, 1814 et 1815, voyait par la suite le défi- 
cit augmenter et s'en plaignait amèrement. Se trouvant dans la 
gène et ne pouvant faire face à ses charges, il eut l'idée d'établir 
une association entre ses pensionnaires qui supportaient ainsi direc- 



(1) Les receltes liaient encore plus minimes dans les autres villes de 
la circonscription. 

(2) En 1816, on voit que les rocotles totales s'élevèrent à 5*,021 fr. 45 
et les dépenses à 37,171 fr. 0;>, non compris les émoluments des artistes; 
il restait donc un bénéfice net de 18,850 fr. iiO à répartir entre ceux-ci. 

Les années suivantes sem])lenL accuser parfois un bénéfice encore 
plus réduit. 

Les dépenses extraordinaires comprenaient de temps en temps, à la 
vérité, des avances aux artistes. Quant aux engagements, ils étaient 
faits pour des sommes variant entre 1,000 à 3,000 francs, avec quelques 
exceptions en plus ou en moins. 

(3) Le droit résultant du décret du 9 décembre 1809, maintenu en 
vigueur, soumettait les entreprises tliéârales elles-mêmes au prélève- 
men du décime par franc. 

La percepion du cinquième avait quelque peine à s'opérer et le 
directeur était obligé de faire intervenir Tadministration pour le tou- 
cher. Beauval se plaignait surtout de la concurrence que ces établisse- 
ments de fondation récente, faisait au théâtre qui, avant eux, était beau- 
coup plus suivi. 



78 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

tement le poids des pertes ; celte combinaison lui attira quelques 
observations de la part des bureaux du ministère, mais il n'eut pas 
beaucoup de peine à démontrer qu'en ce cas la nécessité faisait loi; 
il demeurait, du reste, toujours responsable vis-à-vis de Tautorilé 
qui lui imposa toutefois Tobligation de gérer lui-même Tune des 
troupes. 

La situation n*en était pas moins précaire à ce point que, môme 
en faisant la part dés exagérations possibles, les acteurs devaient 
être réduits souvent à la portion la plus congrue. 

Aussi les artistes sociétaires et le directeur faisaient-ils des 
démarches réitérées pour obtenir une subvention, moins que cela, 
quelques secours; ces démarches étaient toujours secondées par le 
ministère et par le préfet, mais le conseil municipal, qui avait à 
voter les fonds sur le budget de la ville, se montrait récalcitrant ou 
très parcimonieux; à diverses reprises, de i816 à 1823, il refusa 
les secours demandés avec tant d'instance ou ne les accorda qu*à 
litre transitoire, en se retranchant derrière la pénurie des res- 
sources de la commune et les charges nombreuses qui lui incom- 
baient (ij. Il donnait à l'occasion d'autres motifs à son refus; c'est 
ainsi qu'en ISiS, répondant aux sollicitations du préfet qui lui 
représentait la situation déplorable des acteurs, il posait ce 
dilemme : le théâtre doit faire des bénéfices sérieux, s'il est suivi, 
et s'il ne l'est pas, c'est qu'il est inutile; et il ajoutait : « Les sacri- 
fices faits par tontes les classes de la société ne doivent pas être 
dissipés pour les plaisirs de la classe aisée qui fréquente le plus 
habituellement le théâtre. » (2). 

Cette manière de voir n'était pas, on le sait, celle de l'adminis- 
tration supérieure. Il est assez curieux, dans tous les cas, de voir, 
ainsi posée, en un temps réputé comme une époque de réaction 
contre les idées démocratiques, celte question de subvention, capi- 
tale pour les théâtres de province, et qui depuis à des dates rap- 
prochées de nous, a donné lieu à des raisonnements du même 
genre. 

En 1824, le conseil se décida à voter un subside annuel et flxe 

(1) V. Archives de Vhôtel de ville de Limoges. Délibérations du conseil 
municipal des 13 février 1814, 26 décembre 1816, 11 décembre 1817, 
17 décembre 1818, 29 février 1820, 21 juin 1823. 

Le conseil avait de temps à autre alloué quelques secours, soit direc- 
tement, soit en autorisant le préfet à les prendre sur les fonds mis cha- 
que année à sa disposition dans le budget et qui variaient de 3.500 
à 5.000 francs, et quelquefois môme dépassaient ce dernier chiffre. 

(2) Archives de Vhôtel de ville de Limoges, V. délibération du 17 dé- 
cembre 1818 (fo 129 v»). 



NOTES POUR SERVIR A L^HISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 79 

de 600 francs (i), el ce n'est qu'en 1828 que celui-ci fut poplé 
à 1.500 francs, pour être imputé sur les frais de location de la 
salle (2). 



§ 4. — La salle de spectacle et les projets 
d'un nouveau théâtre 

Quelques mots restent à dire sur Tinstallation matérielle du 
théâlre à celle époque : celui-ci occupait toujours la vieille saile 
des Récollets-Saint-François, louée au sieur Besse pour le prix 
annuel de 2.000 francs el des charges assez importantes (31. Le 
local était insuffisant, incommode et peu confortable; aussi le 
public réclamait-il la construction d'une nouvelle salle et, en atten- 
danl, quelques améliorations. 

Un amateur traçait de l'ancien théâtre une esquisse assez maus- 
sade, en y mêlant à la vérité quelques traits qui touchaient plutôt 
à Torganisation môme des spectacles ou aux habitudes des audi- 



{{) Archives àe Vhôtel de ville de Limoges. V. délibération du 6 juil- 
let 1823. En 1825, en sus du secours de 600 francs, le conseil accorda 
une indemnité de pareille somme, en raison du préjudice éprouvé par 
la troupe pour le chômafs^e du théâtre occasionné par la mort du roi 
Louis XVIII (délibération du 11 février 1825). 

A propos de la subvention fixe de 600 francs, un détail assez piquant 
est révélé par la chronique : un journal étranger à la région, la Réu- 
nion, s^était fait Técho d'un bruit fort malveillant, d'après lequel Tallo- 
cation n'était en réalité que le prix de location des loges de la mairie. 
Le maire protesta vivement contre ce mensonge, en déclarant que lui 
et les autres membres de la municipalité avaient toujours payé les 
places de leurs deniers, tandis que le receveur municipal soldait régu- 
lièrement tous les ans le montant de la subvention, et en faisant insérer 
dans le journal leurs quittances des années 1825, 1826, 1827 qui s'éle- 
vaient au total à 1.416 fr. 60. (Annales de la Haute- Vienne, n® du 
8 juin 1828.) 

(2) Archives de l'hôtel de ville de Limoges. Délibérations des 23 juin et 
26 octobre 1828. 

(3) Le bail fait avec Besse comprenait la salle de spectacle propre- 
ment dite, un grand foyer y attenant, un magasin de décors servant 
aussi de foyer aux artistes, la loge des acteurs, celle des actrices, un 
magasin de costumes et quelques pièces ou annexes. 

La salle pouvait contenir de 700 à 750 spectateurs. (V. Archives de la 
Haute- Vienne, série T, fond Beaux arts et théâtre. Pièces diverses et 
dossier relatif à des contestations entre le directeur et le propriétaire 
(mai 1818). 



BO SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET lilSTOniQUE DU LIMOUSIN 

teurs : « On conçoit dirOcilement, écrivait-il, que le goût de la 
scène ait pu se conserver dans cette ville, malgré les nombreuses 
incommodités qu*on éprouve à le satisfaire; d*une part, les difii- 
cultes des abords, Texiguïté des dégagements et des débouchés, 
Tobscurité et le peu de dimension des corridors; de Tautre, la 
pétulance bruyante du parterre (celui-ci n*dvait pas de sièges) qui 
ne permet jamais d*entendre les morceaux de musique les plus 
intéressants el interrompt les scènes au moment le plus pathétique ; 
la longueur des entractes, le défaut de mémoire des acteurs, la 
molononie des symphonies bornées à dix ou douze que Ton joue 
depuis six ans. Voilà les désagréments au prix desquels on achète 
quelques heures de spectacle, et comme ils augmentent à propor- 
tion de Taffluence des curieux, il arrive que les représentations les 
plus suivies et les plus dignes de Tôlre sont les plus tumultueuses 
et procurent le moins de jouissance au public tranquille. » (1). 

Ajoutons au tableau ce détail déjà révélé par la chronique, à 
savoir que l'aération faisait défaut et que l'atmosphère était souvent 
lourde, malsaine, et même embrasée. 

La municipalité fit opérer quelques tranformations au cours de 
l'hiver i824-18ffî; les travaux consislèrenl surtout à placer huit 
rangs de banquettes au parterre, el afin de compenser le nombre 
de places que celle installation faisait perdre, ou pour augmenter 
un peu ce nombre, à créer une troisième galerie, à la place de 
Tancien entablement et des voussures du plafond, qui permettait 
d*avoir 100 ou ISO places de plus, au même prix que celui du par- 
terre (2). 

Celte modification ne remédiait qu'à une partie des défectuo- 
sités; rétat des lieux se prélait mal du reste à l'innovation, car la 
coupe du théâtre, taillée sur l'élévation des deuxièmes galeries, se 
trouvait trop basse pour les troisièmes galeries ainsi ajoutées, de 
telle sone que des premiers rangs il était difficile de voir jusqu'au 
fond de la scène; de plus, l'usage d'un seul escalier pour les 
deuxièmes et troisièmes galeries et les barrières multiples placées 
autour de la porte d'entrée rendaient la circulation lente et difficile 
et présentaient des dangers en cas d'incendie. 

C'était un motif de plus pour demander l'édification d'un nou- 
veau théâtre dont l'idée était depuis longtemps en germe dans tous 
les esprits. 

Dès le mois de mai i820, le conseil avait volé l'acquisition de 
l'immeuble Labesse, situé place des Foires-Royales, — place de la 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n" du 18 fôvrior I82i">. 

(2) Annales de la Haute- Vienne, n° du 6 mai 182."». 



NOTES POUn SEnVlR A L^IIISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 81 

République actuelle, — et qui paraissait propre à cette construc- 
tion; on espérait que sous deux ou trois ans, après rachèvement 
des casernes, le vœu du public pourrait recevoir satisfaction. 
L'achat fut réalisé au mois de février 1821, en vertu d'ordonnance 
royale, moyennant le prix de 20.480 francs (1), mais Texécution du 
projet ne devait pas aller aussi vile. 

Lorsque le baron Coster devint préfet delà Haute-Vienne au mois 
de novembre 1824, en installant le nouveau conseil municipal, il pro- 
nonça un long discours où il signalait les nombreuses améliorations 
ou créations dont la ville avait besoin, et notamment la création de 
la nouvelle salle, qui était si désirée et semblait décidée (2). 

Au mois de septembre i829, la question fut remise sur le tapis et 
celte fois suivie d'un vote ; après une laborieuse discussion, — on 
avait renoncé au projet Labesse et à d'autres, — le conseil fut 
d'avis de construire la salle de spectacles, avec annexes pour les 
concerts et les fêtes, sur un terrain qui se trouvait placé entre la 
place Filz-James et la propriété Rigonaud (3). 

Cet avis avait rencontré une assez vive opposition même au sein 
de l'assemblée délibérante; l'emplacement paraissait mal choisi, 
d'accès difficile aux voitures, et comme le faisait observer la feuille 
locale : « Bien que la ville renfermât peu d'équipages, les dames 
ne pouvaient se rendre à pied au spectacle ou au bal pendant la 
mauvaise saison ». 

(1) V. délibération du conseil municipal du io mai 1820. (Archives de 
la mairie) et Annales de la Haute- Vienne, n° du 21 février 1821. 

Pans Texposé fait au conseil sur la question, le maire, M. Athanase 
de La Bastide, avait insisté d'une manière particulière sur la nécessité 
de faire à Limoges quelques embellissements. « Pour avoir trop négligé 
ce point de vue, remarquait-il, la ville a laissé s'accréditer le préjugé 
injuste et faux que les Limousins ne sont pas très haut placés dans 
réchelle de la civilisation. Le voyageur, qui ne voit chez nous que la rue 
de la Boucherie et la salle de spectacle, ne doit pas en rapporter une 
impression bien favorable. » 

La municipalité avait cependant quelque désir de faire du nouveau. 
En 1816, sur Tavis du conseil, Tachât de plusieurs maisons avait été 
décide pour Tagrandissement de la place Royale; le projet consistait à 
diviser les terrains acquis et a voisinants en cinquante lots, qui moyen- 
nant le versement d'une somme de 500 francs et une location annuelle 
de 50 francs pour chacun^ seraient concédés à des particuliers à la 
charge de bâtir et d'installer des boutiques sur un plan uniforme; 
c'était une sorte de petit Palais-Royal en perspective. 

(2) V. Annales de la Haute^Vienne, n® du 24 décembre 182t. 

(3) V. Archives de la mairie de Limoges. Délibération du 14 décem- 
bre 1829 (f» 276 r«). 



A 



82 SOGléré ARCHEOLOGIQUE fit HISTORIQUE bU LlBlôUStS 

Aussi vil-on surgir un aulre projet qui consistait à bÂtir l'édifice 
sur la place Royale même, en alignement de la rue du Clocher : 
Tentreprise devait se faire par une société d'actionnaires qui se 
rémunéreraient des intérêts du capital engagé au moyen des loyers 
des cafés et boutiques annexés au théâtre. De son côté, la ville, 
qui fournissait alors sur son budget annuel une allocation de 
1.500 francs aux artistes pour leur aider à payer le loyer de l'an- 
cienne salle, s'engagerait à quadrupler celte somme et à verser 
des annuités de 6.000 francs destinées à ramorlissemenl des 
actions, lesquelles continuées pendant vingt-cinq ou trente ans, lui 
permettraient de devenir propriétaire de l'édifice (1). 

La proposition méritait examen et l'idée devait faire son chemin, 
tout au moins pour le choix de l'emplacement. Mais dix années 
environ devaient s'écouler avant que Limoges fut enfin dotée du 
monument attendu. Le tempérament local a toujours été plus 
prompt à concevoir qu'à réaliser; très sensible à la raison d'éco- 
nomie, il préférait surseoir que de se risquer dans les aventures 
financières ; il convient d'ajouter que le budget de la ville ne dépas- 
sait guère alors 300.000 francs, et que l'on n'avait pas encore pris 
l'habitude des grosses dépenses communales et du recours aux 
emprunts (3). 



§ 8. — Les concerts. — Les soirées de la préfecture. 

— Banquets et divertissements 

Dans une modeste ville de province comme Limoges, possédant 
un théâtre, le spectacle était assez naturellement la forme la plus 
usuelle des distractions artistiques, mais elle n'était pas la seule; 
on a vu que dans la période précédente la société mondaine avait 
un vif engouement pour les concerts, où la musique, dépouillée de 
l'apparat et des artifices scéniques, est surtout appréciée pour elle- 
même. 

Au temps où nous sommes, ce jgoût n'a sans doute pas disparu, 
mais ses manifestations paraissent devenir peu à peu moins fré- 
quentes. La chronique dira, môme quelques années après 18i5, 
qu'un concert à Limoges est une bonne fortune, mais bien rare; la 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n» du 20 novembre 1829. 

(2) Le budget de 4829 s'élevait en recettes à 322.872 francs, celui de 
1830 à 312.661 francs. Tous les budgets antérieurs accusent des chiffres 
moins élevés et cependant ces budgets et les comptes administratifs se 
soldaient généralement par des excédents de recettes. 



NOTES POCn SEBVin A L^IIISTOlRE DE LA Bll55lQCE A LtMOGBS 83 

note est à relater : « Jadis, fait-elle remarquer^ les concerts fai- 
saient les délices de la bonne société; ils étaient le préambule des 
bals et Tobjet principal des grandes réunions d'hiver. Depuis, la 
la danse ou plutôt la manie de la dause a fait oublier les concerts ; 
elle a tué la musique; et quelle danse? non pas celle étudiée 
d*aprës les règles de l'art, mais la danse tumultueuse et fati- 
gante! .. » (i). 

Pareil fait s'était produit vers la fin du Directoire. Parmi les 
cQucerts de l'époque, on trouve donc assez peu à glaner, à part 
celui donné par une cantatrice célèbre, M*"* Fodor; il y eut même 
deui concerts, Tun à la date du 10 octobre 1817, dans la salle du 
cercle littéraire, et Tautre le 18 du même mois, dans la salle de 
comédie. M"" Fodor avait épousé un artiste d'origine Limousine, 
M. Mainvielle, qui avait conservé des intérêts et des attaches dans 
son pays natal. C'était apparemment une raison de plus pour assu- 
rer un succès que le talent de la cantatrice suffisait à justifier. Les 
concerts furent très brillants et la société s'y rendit aussi nom- 
breuse que choisie; mais le compte rendu ne fait guère connaître 
que deux des morceaux interprétés par l'artiste, un air de la Gri- 
selda, de Paëz, et un autre du Billet de loterie^ de Nicolo. 

Quelques artistes et amateurs du crû prêtèrent leur concours en 
l'occasion, principalement M. Crémont, qui joua un concerto de 
violon de sa composition, et MM. Âlluaud cadet et Duclou, dans 
une symphonie concertante pour flûtes, exécutée par eux <c de 
manière à combattre les préventions de ceux qui estiment que le 
jeu de cet instrument est ingrat et déplacé dans une réunion musi- 
cale de cette nature ». 

 la deuxième soirée, un artiste du théâtre, M. Beatrix, joua éga- 
lement un concerto sur la flûte, mais il ne fut pas aussi heureux 
que les deux amateurs ; le morceau fut jugé trop long et ennuyeux 
par l'assistance (2). 

Il faut arriver à l'année 1820, au mois de mars, pour trouver des 
fêles musicales dignes d'une mention; le chanteur Lavigne, pre- 



(1) Annales de la Haute- Vienne, n^ du 26 novembre 1824. 
Toutefois, M. Juge Saint-Martin, qui fit paraître la seconde édition de 

son livre en 1817, déclare que les amateurs de musique donnaient alors 
pendant Thiver des concerts publics qui étaient généralement suivis de 
bals. (V. Changements survenus dans les mœurs des habitants de Limo- 
gfs, pgge 92 et suiv.) 

D'après le même, les bals alors étaient fréquents, bals au cercle 
littéraire, bals de sociétés et de jeunes gens, bals de familles. 

(2) Annales de la Haute-Vienne, n^ du 17 octobre 1817 et suiv» 



B4 SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE ET IltSTOtllQUE DU LIMOUSIN 

mier sujel de l'Académie royale de musique et de la chapelle du 
roi, donna successivement trois concerts qui permirent d'apprécier 
rétendue de son bel organe, sa facilité singulière d'exécution, sa 
grande pureté d'expression, son exquise délicatesse de goût et ses 
autres qualités reconnues ; il chanta divers morceaux et même des 
scènes d'opéras, entre autres Tair : Richard! mon roi, le beau 
duo de Ma tante Aurore^ un duo de Ylrato, dans lequel il fut 
secondé par « un jeune artiste qui fit concevoir la plus haute espé- 
rance (concert du 5 mars) », la Cantate, ou le chant français, deux 
scènes de la Vestale, opéra de Sponlini (1). 

Quelques années après, en i8â4, ainsi que nous Tavons dit, 
Lavigne revint à Limoges pour y chanter et jouer quelques pièces; 
mais il eut plus de succès, semble-t-il, comme musicien que comme 
acteur; la critique fit quelques réserves. 

Celte même année 1824 nous oITre quelques concerts d'un inté- 
rêt purement local, par exemple, au mois d'août, un concerto exé- 
cuté par MM. Guichard et Honoré, qui firent plaisir, le premier par 
la précision de son jeu, le second par la légèreté et l'aplomb de 
son doigté; et, dans le courant de novembre, un concert dans la 
salle de la Société littéraire qui était brillamment garnie ; on écouta 
une jeune virtuose de talent, M^^* Caillavet, qui fut bien secondée 
par les artistes et les amateurs de la ville; un de ces amateurs, 
aussi habile à exécuter qu'à bien juger, dit le journal, chanta un 
bel air i'Œdipe; et l'artiste préféré du public, M. Crémont, fit 
entendre sur son violon des variations composées par lui sur le 
thème « au clair de la lune », qui donnèrent une nouvelle preuve 
du caractère gracieux et brillant de son talent (2). 

Au mois de juillet 1825, la chronique signale un concert donné 
par MM. Defolli père et fils, virtuoses récemment arrivés dans la 
ville; mais leur succès fut plus que douteux; le père n'était pas un 
virtuose extraordinaire, et de fait il paraît qu'un certain nombre 
de spectateurs désertèrent la salle avant la fin ; le fils déplut moins, 
c< bien qu'il eut joué assez souvent faux, par suite d'un manque 
d'accord avec l'orchestre, ou de la forme antique de l'instrument 
dont il se servait (?) ». M. Defolli père avait l'intention de se fixer 
à Limoges, et bien qu'il n'eut pas joué d'une façon merveilleuse, 
on l'engageait à réaliser son projet, car il y avait dans la ville peu 
de professeurs enseignant les instruments à vent. Ce concert fut 
aussi l'occasion de reproches assez vifs à l'adresse non seulement 
des acteurs du théâtre au sujet de leur manque de zèle et de la 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n° du 10 mars 1820. 

(2) Annales de la Haute-Vienne, n° du 26 novembre 1824. 



NOTÉS POUR SERVIR A l'hISTOIRË DE LA MUSIQUE A LIMOGÉS 85 

moDolonie de leur répertoire, mais encore de MM. les musiciens de 
l'orcheslre, qui, tout professeurs qu'ils étaient, auraient mieux fait 
de moins se Ser sur leur infaillibilité et d'étudier leur leçon (1). 

Le 10 juin 1826, eut lieu, dans la salle de la Société littéraire et 
philharmonique, un grand concert au bénéfice des Grecs; « jamais, 
assure-t-on, société plus nombreuse et plus choisie ne s'était réunie 
à Limoges pour un motif plus louable ; l'enthousiasme général 
accueillit les vœux pour la délivrance des Hellènes exprimés dans 
un chœur noblement harmonieux ». Des morceaux de chant com- 
posés par deux concitoyens sur des paroles de circonstance, Orent 
apprécier « la touche ferme de Tun d'eux révélant un compositeur 
déjà versé dans la science de Tharmonie, et le style gracieux de 
Taulre. » Avec eux, les amateurs, parmi lesquels « un des anciens 
parut avoir retrouvé tout le feu et la vigueur de son âge ^, exécu- 
tèrent plusieurs chœurs avec un ensemble parfait. Les profession- 
nels eurent également leurs parts du succès, M. Crémont toujours 
choyé du public, un M. Hetzil qui fit beaucoup de plaisir dans un 
concerto de hautbois, instrument dont Taudition était alors rare 
dans la ville, et plusieurs artistes du théâtre, MM. Gérard, Darnaud 
et M"'' Lefebvre qui chanta le chœur de Coradin avec beaucoup de 
méthode et de goût. Malgré les incommodités et Tétroitesse de la 
salle, peu de soirées, parait-il, procurèrent plus de satisfaction et 
d'agrément. La recette produisit la somme de 1.872 fr. 40 qui fut 
versée au comité de Tœuvre à Paris (2). 

Celte fête inspira le lyrisme d'un des assistants, qui écrivait au 
lendemain : c< La beauté partout en France s'est déclarée la protec- 
trice du malheur; partout elle s'est empressée de le secourir de ses 
dons et de son influence... ; pouvait-il en être autrement à Limoges, 
où le beau sexe réunit à un si haut degré les agréments extérieurs 
et les qualités de vertu; le succès du concert du 10 juin a été dû à 
l'affluence des dames plus qu'à toute autre cause I... » Le commen- 
taire ne pouvait être plus galant. 

On rendit aussi hommage au zèle des commissaires de la société 
philharmonique, mais quelqu'un fit observer que la société litté- 
raire était un peu oubliée et qu'elle avait également contribué à la 
réussite (3). 

(i) Annales de la Haute-Vienne, m^ du 8 juillet 1820. 

(2) Annales de la Haute- Vienne, n» du 16 juin 1820. 

(3) Il paraîtrait ressortir de cette indication et de quelques autres, 
qu'il y avait déjà à ce moment à Limoges une société philharmonique, 
distincte de la société ou cercle littéraire ; le plus souvent, il est parlé 
du cercle ou de la société à la fois littéraire et philtiarmonique ; il est 

T. LVI 6 



86 SOCIÉTÉ ARCHéoLOGIQUfi ET HISTORIQUE DÛ LIMOUSIN 

Au mois de janvier 1827, une société d'amateurs, qui avait 
conservé le feu sacré, décida que les bals seraient accompagnés et 
embellis par des concerts ; ce serait là une agréable diversion à la 
monotonie de la danse, déclarait Torgane local qui saluait avec 
empressement le goût du retour de la musique dans la cité. 

La résolution n*était pas nouvelle et avait donné jadis de bons 
résultats. 

Le premier de ces concerts eut lieu le 12 janvier, dans la salle 
du cercle, et fut, parait-il, assez brillant; les morceaux d'ensemble 
furent exécutés « avec nerf et précision » ; un officier du 9' dra- 
gons, M. Delmas, se distingua par son talent sur le hautbois et la 
clarinette ; mais le succès fut surtout pour un professeur de la ville, 
M. Fabre Bernard, qui joua du violon d*une manière remarquable, 
avec toute la finesse d'un artiste consommé et la force de jeu d*un 
habile concertant; il recueillit des applaudissements unanimes 
qui étaient de nature à rengager à se produire plus souvent en 
public (1)^ La chronique souhaitait d'ailleurs de voir dans chaque 
soirée « éclore de nouveaux talents ». 

Nous ne saurions dire si son vœu fut exaucé, car elle ne fait plus 
guère allusion à ces concerts de société, et parle seulement en 
celte année 1827, au mois de novembre et, plus tard, en novem- 
bre 1828, de deux concerts donnés lors du passage d'un improvi- 
sateur, M. de Pradel, le premier avec le concours d'artistes du 
théâtre, MM. Saint-Arnaud, Dubousset, Lefebvre, etc., et de 
M. Auguste Maret, violoncelliste; le second avec la coopération de 
de l'orchestre du théâtre et de la musique du 9* dragons, et celle 
de M"* de Pradel qui chanta plusieurs ariettes (2). 

Le premier de ces concerts suscita un petit incident qui prouve 
une fois de plus qu'on était assez chatouilleux dans notre bonne 
ville ; Taffluence avait été si grande que les musiciens avaient dû 



permis de supposer que s^il y avait déjà une association musicale, 
celle-ci formait un simple noyau composé de quelques artistes et d'ama- 
teurs, et non pas une véritable société constituée sur les bases de Celle 
qui devait s'organiser un peu plus tard et fonctionner jusqu'à nos jours. 

D'après Juge Saint-Martin, l'appellation de cercle littéraire provenait 
simplement de ce que l'on y venait pour lire les journaux et les revues. 

Le même auteur nous apprend que les jeunes gens qui n'en faisaient 
pas encore partie, formaient une réunion et donnaient de temps en 
temps des bals dans la salle de spectacle. (Juge Saint-Martin, loco 
cit&to, page 93.) 

[{) Afinales de la Haute- Vienne, n® du 19 janvier 1827. 

(2) Annales de la Haute-Vienne, n« du 30 novembre 1827. 



*• -^ 



NOTES POUR SERVIK A l'iIJSTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 87 

abaadonner leurs sièges et se réfugier sur la scène ; le journal 
ayant constaté le fait, le directeur crut devoir protester contre une 
assertion qui lui paraissait en la forme irrévérencieuse pour les 
musiciens ; mais on n'eut pas beaucoup de peine à le convaincre 
que la dignité de ces Messieurs demeurait sauve en la circonstance. 

Les années 1829 et 1830 furent des années dMnquiétudes et 
d*épreuves à divers égards et paraissent avoir été surtout marquées 
par des fêtes de charité dans lesquelles le rôle de la musique n*est 
pas mis en lumière. A la date du 36 février 1829, on note un bal 
dans la salle du cercle littéraire, au profit des indigents, lequel 
produisit 1.500 francs. 

Pendant Tannée 1830, qui fut celle du grand hiver, un bal du 
même genre donna 1.200 francs. La charité publique et privée 
s'ingénia alors sous toutes les formes et par tous les moyens à sou- 
lager les infortunes et les souffrances causées par la rigueur de la 
saison. Notre chronique en fournil des preuves multiples dont quel- 
ques-unes trouveront leur place plus loin. 

L'année 1829 présente toutefois à signaler une manifestation 
musicale, le 3 du mois de septembre, à une séance publique de la 
Société d'agriculture, sciences et arts de la Haute- Vienne ; après 
le discours prononcé par M. Ândrieux, professeur de rhétorique et 
la distribution des prix, les membres de la société philharmoni- 
que exécutèrent avec distinction plusieurs morceaux de musique 
choisis dans les œuvres des grands maîtres (1). 

* « 

Sous le régime de la Restauration, Thôtel de la préfecture 
demeura, comme il l'avait été sous l'Empire, le centre le plus 
important des réunions mondaines ; les réunions continuèrent à y 
être fréquentes, avec une note peut-être un peu plus discrète et 
moins d'apparat. La chronique en tous cas se montre générale- 
ment assez sobre de détails sur ces réunions. 

Nous trouvons cependant à noter les soirées données à l'occa- 
sion du passage du duc d'Angoulême le 9 janvier 1816, et pour fêter 
l'anniversaire du retour du roi à Paris, au mois de juillet de la 
même année. M. de Barrin avait été nommé préfet au début de la 
seconde Restauration, et il en remplit les fonctions jusqu'au mois 
de février 1819, époque à laquelle il fut remplacé par M. le comte 
de Casleja (2). 

(1) Anna/es de la Hstute-Vienne, n^ du 11 septembre 1829. 

(2) Annales de la Haute- Vienne, u*» du \2 février 1819. 



88 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOOIQÛB Et HISTORIQUE DÛ LÏMOÛSm 

Le nouveau représentant du pouvoir signala son entrée en fonc- 
tions par un grand bal, à la date du 84 avril 1819, jour anniver- 
saire du retour du roi dans ses Etats; sur 400 invitations, les deux 
tiers des invités répondirent; la fêle fut brillante et se termina vers 
les quatre heures du matin « par une ronde improvisée par une 
heure inspiration, chantée avec enthousiasme et dont le refrain 
était en harmonie avec les motifs de la fête » (1). 

Si le rôle de la musique en la circonstance parut se trouver 
réduit à une de ses plus simples expressions, il tant convenir que 
cette simplicité même ne manquait pas d'une certaine saveur, dont 
le monde officiel a perdu depuis longtemps Thabitude. 

L'année d'après, nouveau bal, — bal magniflque, assure le jour- 
nal, — en rhonneur de la naissance du duc de Bordeaux (2). 

M. de Casteja s'était acquis à Limoges beaucoup de sympathies, 
car, lorsqu'il quitta la ville au mois de juillet 1823, non seulement 
des couplets d'adieux furent chantés au théâtre en son honneur, 
sur Tair de la Cantate (3). mais encore des habitants décidèrent 
de lui offrir une épée d'honneur avec un service de porcelaine, et le 
conseil municipal projeta de donner son nom à une fontaine que 
l'on voulait édifier; il fut également question de lui pour la dépu- 
talion. M. de Casteja eut pour successeur M. de Wismes que rem- 
plaça H. lé baron Goster au mois de septembre 1824. 

On ne trouve au surplus rien de particulier à signaler dans les 
années qui suivirent (4). 

Mais une réception intéressante eut lieu, le 27 septembre 1828, 
pour le passage de M»« la duchesse de Berry. La princesse arriva 
vers les cinq heures du soir, escortée par une compagnie de garde 
nationale à cheval et une nombreuse cavalcade de jeunes gens 
appartenant aux familles notables de la ville qui étaient allés l'at- 
tendre; ceux-ci, dirigés par M. Alluaud, junior, portaient un cos- 
tume des plus élégants et Técharpe blanche frangée d'argent; le 
cortège se rendit à la préfecture entre deux haies formées par des 
détachements de grenadiers, de chasseurs et de canonniers de la 



(1) Annales de la Haute-Vienne, n° du l*"* mai 1819. 

(2) Annaleê de la Haute-Vienne, n° du 6 octobre 1820. Le même 
numéro relate une ode composée par M. Bouriaud aîné, principal du 
collège de Saint-Junien, sur Fair de la Cantate, à Toccasion du bap- 
tême du prince. 

(3) Annales de la Haute-Vienne, n® du 18 juillet 1823. 

(4) La chronique indique cependant un bal donné le 11 janvier 1827, 
po'ir la remise d'un étendard au 9* dragons. Une pièce y fut lue, inti- 
tulée : Hommage à l'étendard. 



NOTES POUR SERVIR A L^HISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 89 

garde el de cavaliers du 9* dragons. A Tarrivée à Ibôlel, il ; eut 
discours de bienvenue par M. Pouyat, réception, puis tllner, et 
après le diner seconde réception, concours d'enfants et déjeunes 
filles, présentation de cadeaux offerts par les industriels de la ville 
et compliments en vers. 

La musique eut sa part avec des couplets chantés par M"* Âthe- 
naïs de La Bastide, sur l'air : Vogue la nacelle f et d'autres couplets 
composés par M. le comte Guy de Yillelume, chantés avec une 
méthode et une expression parfaites par H. Ghristiani, capitaine 
au 9* dragons, que M. Garaud accompagnait sur le piano. L'auteur, 
le chanteur et l'accompagnateur furent présentés à la duchesse. 
Celle-ci ne put assister au bal organisé en son honneur, ni au spec- 
tacle du théâtre pour lequel les artistes avaient fait de grands pré- 
paratifs (1). 

La princesse, amie des expansions, envoya à titre de souvenir et 
de remerciement, tout un lot de médailles en bronze destinées aux 
jeunes gens de l'escorte et aux fabricants de Limoges et qui leur 
furent distribuées, au mois de novembre suivant, dans une nouvelle 
soiréejdonnée à la préfecture pour la fête du roi régnant (3). 

Les rigueurs de l'hiver de 1830 motivèrent à l'hôtel du préfet, 
comme ailleurs, de nombreuses fêtes dont le but était de secourir 
les indigents; il y eut successivement à la préfecture, pendant ce 
long hiver une loterie, une soirée musicale, le 12 février, et le 
17 du même mois un concert très nombreux et très brillant qui 
permit d'écouter de charmants morceaux de chant et un duo de 
harpe et de flûte bien exécuté; le tout accompagné de quêtes. 



Dans ces soirées officielles ou non, de même que dans les réu- 
nions particulières, la musique partageait la faveur de la société 
avec les autres genres de distraction; la musique que l'on y faisait 
ne relevait pas sans doute du grand art; en attendant la romance, 
le couplet était toujours à la mode; on rimait et on chantait à 



(i) Annales de la Haute-Vienne, n» du 3 octobre 1828. Le représenta- 
tion du théâtre n'en eut pas moins lieu; entre les deux pièces portées 
au programme, on chanta une Cantate dont la musique avait été com- 
posée par^ M. Vobaron, ancien officier, artiste attaché k T Académie 
royale de musique. 

Le journal reproduit les paroles de cette Cantate, ainsi que les cou- 
plets de M. de Villelume et une ode inspirée k M. Biron par le voyage 
de la princesse. 

(2) Annales dç la Haute-Vienne, n° du 7 novembre 1828, 



90 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Tenvi, en toutes circonstaoces et un peu à propos de tout; si la rime 
n'était pas toujours riche, ni l'inspiration heureuse ou originale, 
Tinlenlion suffisait à beaucoup de gens. La feuille locale est rem- 
plie chaque année de versincations de tout genre, couplets, chansons, 
rondeaux, airs de vaudeville, sans parler d'odes et d'autres compo- 
sitions d'allures plus prétentieuses. 

Le couplet sévissait surtout, dans tous les rangs et dans tous les 
milieux; on en trouve des témoignages fréquents, principalement 
au début du régime, lors des fêles et des banquets que la garde 
nationale et les militaires de la garnison s'offraient respectivement. 

Ces banquets furent nombreux au cours de Tannée 1816; à l'un 
d'eux, offert au mois de mars par les sous-ofiiciers de la garde 
nationale à leurs collègues de la garnison et de la légion départe- 
mentale alors en formation, nous lisons que MM. Pénicaud et 
Ârdant, sous-officiers de la Garde, chantèrent des couplets; le 
journal reproduit ceux composés et chantés par M. Ardant (1). 

Un peu plus tard, le 23 juin, dans un banquet de 80 couverts 
donné dans la salle Landry par les officiers du régiment d'artillerie 
de Rennes au sujet de la prestation de serment de ce corps, la can- 
tate fut exécutée « avec de charmants couplets de circonstance », 
spécialement les couplets improvisés par M. de Sivergnat, aide de 
camp du général Guiot (2). 

Les réunions de cette sorte étaient alors tout à fait en usage, 
non seulement à Limoges, mais dans les autres localités de la 
Haute-Vienne ; ainsi vers le môme temps on voit des groupes de 
la garde nationale à cheval, — qui représentait la partie sélect de 
cette milice, — donner des banquets semblables au château de 
Montagrier aux environs de Bellac, à Eymouliers où M. Cyprien 
Tristan de L'Hermite chanta des couplets dont l'un était à l'adresse 
des gendarmes. 

Pour revenir à la musique et à la concurrence qui lui était faite 
par les divertissements d'autres genres, on a vu que des fervents 
de cet art se plaignaient avec amertume de son délaissement et de 
la marge trop grande laissée à la danse. 

Dans une ville réputée de mœurs simples et de goûts économes, 
en dehors des bals et des réunions particulières, les plaisirs ne 
paraissaient pas cependant occuper une très grande place (3); à 

(1) Annales de la Haute-Menne, n^ du 22 mars 1816. 

(2) Annales de la Haule-Viennef n» du 28 juin 18«16. 

(3) Beau val dit pou riant dans sa correspondance que les lieux de 
divertissement, Vaux-Hall, etc. faisaicnt\me concurrence très fâcheuse 
au théâtre (V. Archives de la Haute-Vienne, série 1 "~ 



NOTES POUR SERVIR A L^HISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 91 

« 

diverses reprises on avait cherché à créer un lieu de réuDion et de 
divertissemcDl pendant la belle saison, mais les tentatives n'avalent 
pas aboati, lorsqu'au mois d'avril 1817 une dame Montegut installa 
dans un local dépendant de l'ancien enclos des Augustins un éta- 
blissement, qui d'après la chronique « attirait la foule par les 
agréments d'une vue magnifique, son ingénieuse disiribution, l'élé- 
gance de sa décoration et offrait à la société choisie qui s'y rencon- 
trait une foule de réjouissances ». Cet établissement était une nou- 
veauté et ne tarda pas à devenir à la mode sous le nom de Bellevue 
et plus tard de Tivoli (i). 

Cet exemple trouva presqu'aussitôt des imitateurs; peu de temps 
après un sieur Dorin inaugurait place de la Mairie « un Petit 
Elysée » dans lequel il promettait salle de danse sous le feuillage, 
orchestre bien composé, allées couvertes, illuminations, etc., 
l'accès en était permis de six à dix heures du soir, pendant toute la 
belle saison, au prix modique de cinquante centimes; mais il ne 
semble pas que cette concurrence ait eu un vif succès (2). 

Ces innovations inspiraient à un habitant de Limoges cette bou- 
tade assez sarcastique : « Bientôt notre ville n'aura rien à envier à 
la capitale » elle aura son Tivoli, ses Elysées, et il ne lui manquera 
que son jardin Beaujon et ses promenades aériennes. Espérons 
que quelque ingénieux artiste ou quelque hardi spéculateur les lui 
procurera et que les beautés limousines, qui ne le cèdent en rien 
aux parisiennes, pourront comme elles, dégringoler et se faire 
ramasser ». 

A ces divertissements venaient s'ajouter à certaines époques les 
spectacles forains, ceux du cirque de tout temps chers au public 
limousin et aussi dès avant 1820 les courses de chevaux qui devin- 
rent très vite tout à fait à la mode et pour lesquelles la société 
s'est passionnée longtemps; nombreux et très circonstanciés sont 
les articles que la chronique leur consacre à toute occasion. 

g 6. — Solennités et fêtes publiques. — Cérémonies 
religieuses. — La musique d'église 

Comme sous l'Empire, les solennités officielles et les fêtes publi- 
ques reviennent assez fréquemment pendant les premières années 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n° du 10 avril 1817; V. aussi le livre 
de Juge Saint-Martin, loco citato, page 78. L'auteur dit qu'à cette date il 
y avait à Limoges 23 cafés, 7 brasseries, etc.. 

M"^* Montegut eut un conflit avec le théâtre au sujet de la perception 
du cinquième de la recette. 

(2) Annales de la Haute-Vienne, u^ du 8 août 1817. 



92 SOCIÉTÉ ARCHéOLOOIQUB ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

du régime, presque toujours précédées ou accompagnées de céré- 
monies religieuses. 

La première en date (9 et 10 janvier 1816) fut motivée par la 
visite du duc d'Ângouléme qui n*en était pas d'ailleurs à son pre- 
mier voyage à Limoges ; le Prince passa sur la place d'Orsay la 
revue de la garde nationale et de la légion; il y eut en son honneur 
réceptions, diner, cercle à la préfecture, bals dans la ville et spec- 
tacle au Ihéftlre où Ton applaudit la partie de chasse d'Henri IV (1). 

Le 10 mai suivant, Tanniversaire du relour du Roi en France fut 
fêté avec beaucoup d'apparat; après le Te Deum on offrit une 
grande fête populaire, avec mats de cocagne, distribution de comes- 
tibles, fontaines coulant du vin, bal i* invitant le peuple au plaisir 
de la danse ». Et le soir dans la salle Landry grand bal au profit 
des pauvres. « Cette fête, disait le journal, est destinée à faire époque 
dans les Annales Limousines » (2). 

La même année, le 8 juillet, mêmes démonstrations pour Tanni- 
versaire du retour de Louis XVIII dans la capitale, — car les deux 
anniversaires élaienl distincts et célébrés à part. — La Cantate fut 
exculée avec d'autres chants. Il y eut encore des réjouissances, feux 
de joie, illuminations, bal dans la salle Landry, en faveur des 
indigenis (3). 

Celle année 1K16 fut du reste particulièrement marquée par des 
solennités, car le 35 août la fête de Saint-Louis fut célébrée, non 
seulement à Limoges, mais encore dans toutes les localités du 
département avec un grand éclat; le programme ne variait guère, 
mais la chronique parait insister sur l'abondance des secours dis- 
tribués aux nécessiteux. 

C'est aussi en la circonstance qu'on note un banquet de six à 
sept cents couverts organisé sous les tilleuls de la place d'Orsay; 
le repas était bien servi et le public circulait autour des tables. Un 
groupe de militaires et de gardes nationaux entonna la Cantate, 
dont le refrain fut répété avec enthousiasme ; les couplets aussi 
naturellement allèrent leur train (4). 

Un trait commun aux fêtes de ces premières années et qui mérite 
une mention, c'est un certain goût pour le symbolisme, rappelant 
les mœurs et les coutumes de la période révolutionnaire. 

Lors de la fêle du 5 mai, nous lisons qu'un bûcher fut dressé sur 
la place publique, surmonté de tous les signes et emblèmes de la 

(1) Annalen de la Haute-Vienne, n^ du 12 janvier 1816. 

(2) Annales de la Haute-Vienne, n« du 10 mai 1816. 

(3) Annales de la Haute-Vienne^ n® du 12 juillet 1816. 

(4) Annales de la Haute-Vienne, n^ du ?5 août 1826, 



NOTES POUR SERVIR A l'hISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 93 

Révolution, et qu'on y mit le feu au milieu des acclamalians 
de la foule. 

A celle du 8 juilllet, le buste du roi fut placé sur une estrade, 
place Tournj, au milieu des troupes qui défilèrent aux accents d'une 
musique guerrière. 

Dans d*aatres circonstances, même sans caractères officiels, le 
buste du roi, accompagné parfois de celui deson grand aïeul Henri IV, 
était promené solennellement dans les rues de la ville. 

Certaines de ces solennités étaient destinées à revenir périodi- 
quement chaque année, par exemple la Saint-Louis, et plus tard 
la Saint-Charles; c'étaient également celles qui avaient le plus 
d*éclat. Les Annales disent que la fête de Saint-Louis, en août 1823, 
provoqua une expansion encore plus vive que les années précé- 
dentes (1). 

Toutefois, on peut noter quelques solennités de circonstance, 
notamment celle du 1*' mai 1821, à Toccasion du baptême du duc 
de Bordeaux, avec banquet sur la place d'Orsay, festin à THôtel- 
de- Ville, danses au jardin de Bellevue, bals en public et au Cercle 
littéraire. 

Une grande manifestation le 11 octobre 1823, pour célébrer les 
succès de Tarmée française en Espagne. Le théâtre donna un 
spectacle gratuit : Sargines; toutes les allusions étaient suivies, 
déclare la chronique, et des couplets improvisés « par une muse 
facile » furent couverts d'applaudissements (2). 

Au mois de juin 1825, fête pour le sacre du roi Charles X; on 
joua au théâtre l'Entrée à Reims et les Folies amoureuses^ et dans 
l'en tracte on chanta la Cantate (3). 

Constatons, en passant, que le crédit ouvert pour les fêtes au 
budget de la commune était assez restreint; il ne dépassait pas 
d'ordinaire 1.000 francs, et par exception l.SOO francs; mais en 
réalité les dépenses de celte sorte étaient plus élevées : le budget 
contenait toujours un certain crédit mis à la disposition du préfet 
pour dépenses imprévues, et les fêtes y avaient quelque part; 



(1) Annales de la Haute- Vienne, n» du 29 août 1823. 

(2) Annales de la Haute-Vienne^ octobre 1823. — Ces couplets^ signés 
L. D"x^ furent chantés sur Tair des Lanciers polonais et publiés par le 
journal. 

(3) Annales de la Haute-Vienne, n^ du 10 juin 1825. — A Toccasiondu 
sacre, plus d*un poète accorda sa lyre ; parmi les poésies, on remarqua 
une ode de M. de Fontmartin, juge d'instruction à Rochechouart, qui fut 
jugée par le Moniteur Universel comme une des meilleures faites en la 
circonstance t 



94 sociéré archéologique et historique du limousin 

en 1820, le compte administratif de la commune accuse de ce 
chef une dépense 'de 4.303 francs, le compte de 1821, celle 
de 3.466 francs (1). Certaines collectivités et les particuliers contri- 
buaient aussi dans quelque mesure, par leurs subsides ou leur 
concours, à la variété et à l'éclat de ces manifestations. 

En dehors des spectacles, des chansons et des couplets, la musi- 
que ne parait pas avoir joué un rôle important dans les programmes 
des solennités publiques, ou du moins la chronique ne met pas ce 
rôle en relief. Celle-ci même, pour les dernières années du régime, 
se montre de plus en plus laconique dans ses comptes rendus. 

Après la chute de Charles X, les manifestations ne firent pas 
défaut; il y eut des discours officiels et des démonstrations popu- 
laires, des parades et des revues; mais on ne voit pas de solen- 
nités et de fêtes proprement dites. La garde nationale reprit son 
ancien prestige et donna des agapes; par exemple, les canonniers 
de la garde offrirent le 10 décembre 1830, au café de l'Europe, un 
banquet pour la Sainte-Barbe, assorti « d'une musique harmo- 
nieuse » et, comme toujours, de couplets. 

La première solennité religieuse que présente Tannée 1816 eut 
lieu le 7 janvier, pour la bénédiction des drapeaux de la garde 
nationale et Finauguration d'un buste du roi Louis XVIII à THôlel- 
de- Ville; les drapeaux avaient été offerts et confectionnés par les 
dames de la ville. Au cours de la cérémonie à la cathédrale, la 
musique de la garde nationale fit entendre plusieurs morceaux 
« d'un goût exquis et exécutés avec une admirable précision (2) ». 

La même année et dans la même église, des Te Deum furent 
célébrés en mémoire du retour du roi en France et à Paris, et 
pour la fête de Saint-Louis. De même que les solennités officielles 
et les réjouissances publiques dont il a été déjà parlé^ ces céré- 
monies revinrent chaque année à peu près avec le même apparat; 
le Te Deum était chanté par le clergé et le chœur de l'église, et la 
musique de la garde jouait des airs de circonstance et des morceaux 
d'harmonie. 

Le 5 mai 1816, un cortège nombreux et brillant se rendit à la 
cathédrale aux accents « d'une musique guerrière » et aux cris de : 



(1) En 1820, le compte administratif accuse en recettes 227.794 francs, 
et en dépenses 192.464 francs. En J821, en recettes 263.93.3 francs, 
et en dépenses 210.875 francs. 

(2) Annales de lalHau te- Vienne, n« du 12 janvier 1816* 



NOTES POUR SERVIR A L*HtSTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 95 

« Vive le Roi! ». Il comprenait tous les fonctionnaires et les che- 
valiers des ordres et fut escorté par la garde nationale à pied et à 
cheval, par la légion départementale, la garnison de la place, la 
compagnie des pompiers (4). 

À propos de l'anniversaire du retour du roi dans la capitale, il 
peut être intéressant de noter que depuis la date de ce retour, des 
dames de la rue Hanigne avaient fait célébrer chaque jour à Téglisc 
Saint-Pierre-du-Queyroix une messe d'action de grâce pour fêter 
révènement. Cette longue neuvaine se clôtura le 8 juillet 1816 par 
une messe solennelle à la cathédrale, où l'on chanta VExaudiatei 
diverses prières ou versets de circonstance (2). 

Au mois d'août suivant, la fête de Saint-Louis fut marquée par 
une autre particularité : en plus du Te Deum, il y eut une messe 
solennelle en l'église Saint-Pierre avec le concours des artistes et 
des amateurs de musique, qui exécutèrent à grand orchestre une 
messe dont, assure le journal, TefTet fut très brillant; on remarqua 
surtout un motet dont les paroles étaient de M. Bouriaud jeune et 
la musique de M. Grémont; « M. de La Bastide, commandant de la 
garde nationale, qui possédait une voix très musicale, ne dédai- 
gna pas de contribuer par son talent à l'exécution de ce motet 
en chantant la première partie (3)». 

Le 26 aoât 1817, à la cérémonie de la Cathédrale, les enfants de 
chœur chantèrent un motet et la musique de la garde joua divers 
morceaux (4). 

 côté des anniversaires joyeux de la monarchie, il y en avait 
d'autres aussi périodiques, mais d'un caractère tout différent : 
c'étaient les cérémonies expiatoires de la mort du roi Louis XVI et 
de celle de la reine Marie-Antoinetle qui se célébraient chaque 
année les 21 janvier et 16 octobre; l'appareil et la pompe ordi- 
naires en étaient bannis; les drapeaux étaient voilés de crêpe, les 
tambours et les trompettes jouaient en sourdine, le clergé officiait 
en habits de deuil. 11 n'y avait pas de discours ni de sermon; un 
haut dignitaire ecclésiastique faisait en chaire une lecture, par 
exemple, celle du testament du roi. La musique comprenait l'exé- 
cution de psaumes, « de chanls graves ou plaintifs ou d'une nature 
sentimentale » (5). 

Ce fut une cérémonie religieuse analogue qui fut célébrée au 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n° du 10 mai 1816. 

(2) Annales de la Haute-Vienne, n» du 12 juillet 1816. 

(3) Annales de la Haute-Vienne, n° du 30 août 1816. 

(4) Id,, n« du 30 août.18174. 

' (5) Id., no du 24 janvier.lSl^. 



96 SQCîiiTà ARCHiiOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

mois de mars 4820, après l'assassinat du duc de Berry ; rafflueoce, 
nous dit-on, était grande ; les représentants de Tautorité portaient 
le crêpe et la garde nationale avait pris le deuil. 

Après 1820, les comptes rendus sont peu explicites sur le rôle de 
la musique religieuse et sur les cérémonies elles-mêmes. 

On y relève cependant quelques mentions utiles, quoique som- 
maires : 

Au Te Deum pour le baptême du duc de Bordeaux, les musiciens 
de la Cathédrale exécutèrent un motet qui obtint les suffrages des 
auditeurs (1). 

Au mois d'octobre 1823, une grande cérémonie est relatée en 
rhonneur des victoires des Français en Espagne. Il n'est pas parlé 
des chœurs, mais seulement de la musique de la garde qui fil 
retentir les voâtes sacrées « de ces accents guerriers qui s'allieni 
si bien à leur majesté ». 

En aoât 1824, au contraire, pour la Saint-Louis, la musique de 
la Cathédrale mérita « la plus légitime admiration par les mor- 
ceaux de chants sacrés qu'elle exécuta et les délicieuses voix qu'elle 
fit entendre ». 

C'est la même note admirative que l'on rencontre pour le Te 
Deum da 4 novembre 1825, lors de la fête de la Saint-Charles; 
on y signale la présence de la musique de la garde et celle du 
9* chasseurs, mais en ajoutant que la musique de la Cathédrale 
exécuta plusieurs morceaux « d*un caractère grave et d'une harmo- 
nie ravissante » (2). 

La chronique ne ménage pas d'ailleurs les éloges aux divers 
exécutants, car elle déclare qu'en 1829, au Te Deum accoutumé, 
la musique du 3* chasseurs à cheval joua « des morceaux d'har- 
monie admirables ». 

Le 18 juillet 1830, le dernier Te Deum eut lieu pour la prise 
d'Alger (3). Peu de jours après, le règne des Bourbons avait cessé 

d'exister. 

Nous pourrions signaler quelques autres solennités d*un intérêt 
tout|à fait local, entre autres, celle donnée pour la confirmation 
de 80 hommes du régiment de chasseurs par l'évêque dans l'église 
Saint-Pierre (avril 182S); une autre le 26 août 1826, pour la béné- 
diction de l'étendard envoyé par le Boi au 9* dragons; l'ouverture 
solennelle des Ostensions, le 26 avril 1827, en l'église Saint-Michel- 
des-Lions ; et, le 20 juillet de cette même année, une bénédiction 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n» du 4 mai 1821, 

(2) Annales de la Haute- Vienne, n» du 11 novembre 1825. 

(3) /(/., no du 23Juillet 1830. 



NOTÉS POUR SRRVfR A L^HISTOIRE DÉ LA MUSIQUE A LIMOGES 9"/ 

1res solennelle des cloches en Téglise Sâinle-Harie, à laquelle con- 
coarat la musique du régiment de dragons (1). 

Mais, au point de vue de notre sujet, ces solennités n'offrent pas 
beaucoup d'intérêt. Il est permis du reste, en ce qui touche la mu- 
sique religieuse et d'une manière générale, de regretter que la 
chronique, au lieu de se borner à quelques indications très vagues 
ou à des amplifications élogieuses, ne nous ait pas mieux rensei- 
gnés sur les œuvres interprétées et sur leur interprétation elle- 
même. 

Il y avait, comme on Ta vu, à la Cathédrale de Limoges une mu- 
sique d'église, c'est-à-dire un chœur de chant avec accompagne- 
ment ; ce chœur, ou bas-chœur, comprenait au début un maître de 
psallette, un serpent, trois choristes, six enfants de chœur, deux 
thuriféraires, indépendamment de quatre prêtres auxiliaires com- 
pris dans les états. Plus tard, on trouve deux serpents, quatre 
choristes, six enfants de chœur, etc.. Vers 4830, il est parlé d'un 
maître d'écriture qui devait être chargé de l'instruction des enfants. 
Cela peut autoriser à admettre qu'il existait déjà une maîtrise en 
formation, sinon tout à fait organisée. Du reste, le budget départe- 
mental delà Haute-Vienne pour l'année 1821 contient, parmi les 
articles de dépenses relatives au culte, un crédit de 7,000 francs 
destiné à la maîtrise et au bas-chœur de la Cathédrale. Celle-ci 
ne possédait pas encore d'organiste (2). 

La subvention officielle, d'abord inscrite au budget du départe- 
ment, fut ensuite mise à la charge directe de l'Etat; assez élevée à 
la fin de l'Empire et pendant les premières années de la Restau- 
ration, elle fut ensuite fixée d'une manière uniforme au chiffre 
annuel de 5,400 francs, chiffre qui se maintint jusqu'à l'année 1831 , 
pour subir ensuite une assez forte réduction, 



(1) La musique de ce régimeot se produisait assez souvent en public; 
le 26 novembre 1827, pour la réunion du collège électoral, en vue de 
Félection des députés, ell'e joua sous les fenêtres de la salle « les airs 
chéris des Français ». 

(2) L^installation d'un orgue donné par TEtat date seulement de Tan- 
née i842. 

Le personnel du bas-chœur de la Cathédrale à cette époque indique 
les noms d^exécutants dont plusieurs devaient devenir des musiciens 
très estimés de la ville, notamment ceux de MM. Page père et fils» 
François Gayaud, etc. 

M. Chabot était maître de la psallette et garda ces fonctions jusqu'en 
1836. 



98 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE Et HISTOniQUB DU LIMOUSIN 

Telle quelle à celte époque, elle contribuail avec les ressources 
à la vérilé très modiques de la paroisse qui a toujours été pauvre 
et les subsides de Tévéché, à assurer les éléments d*uae exécution 
musicale digne de Téglise métropole d'un grand diocèse. 



§ 7. — L'enseignement musical dans les écoles. — Projets 
et fondations de cours de musique. — Amateurs, profes- 
seurs et artistes. — La musique de la garde nationale. 

Les établissements d'instruction étaient assez nombreux à Li- 
moges et leur nombre s'accrut même dans une proportion nota- 
ble vers la fin du régime. Au début de Tannée 1816 il y avait 
sept pensions on externats de jeunes Glles; on en comptait douze 
en 1826 et quatorze en 1829; dans ce dernier chiffre figuraient 
cinq maisons dirigées par des religieuses (1). 



Le bas-chœur et la maîtrise étaient placés sous la direction de M. Mas- 
sainguiral, vicaire général. 

Les salaires des choristes étaient assez élevés, mais durent être 
réduits par suite des dépenses accessoires. 

(Les renseignements donnés au texte et dans cette note ont été puisés 
aux archives du secrétariat de Févêché, mises avec beaucoup d'obli- 
geance à la disposition de Tauteur.) 

Il y avait aussi vraisemblablement dans quelques-unes des autres 
églises de la ville des chœurs de chant et peut-être même des orgues. 
En tout cas, Téglise Saint-Michel-des-Lions possédait, dès le début du 
XIX' siècle, un orgue de faibles dimensions, à la vérité, qui était placé 
dans une tribune peu élevée au-dessus de la porte d'entrée ouvrant sur 
la place de la Préfecture; rentrée se faisait alors non par la porte 
actuelle, mais par une autre porte placée à côté et depuis murée. Cet 
orgue fut remplacé par un autre plus important, après 1835. Ce premier 
orgue, dont le rôle devait être assez restreint, était tenu, à Tépoque dont 
nous parlons, par M"**^ Chicou, née Chabot, dont le nom figure du reste 
parmi ceux des professeurs de musique de la ville. (D'après les indi- 
cations fournies très aimablement par Texcellent organiste actuel de 
Saint -Michel, M. Permann). 

(1) V. Annuaire de Bargeas de 1816 à 1830. Les plus anciennes de ces 
institutions étaient celles de M"« de Brettes, toujours renommée; de 
\fmeB Delorson, de Montezon (dans Tancienne maison curiale de Saint- 
Maurice, vis-à-vis l'église de la Providence) ; on trouve ensuite les noms 
de M™<^* Leyssène, Laurent, de la Varinière, Caillavet, Gandois, de 
Cassius, Cramouzaud et Pasquet, Briere de Bellecour, Bertrand née 
Barret. 

Les maisons religieuses étaient celles des sœurs de Sainte-Ursule, 



NOTES t>OUR SERVIR A L*HIST0IRB DE LA MUSIQUE A LIMOGES 99 

Pour les jeunes gens le nombre élail aussi relalivemenl élevé ; 
à côté du Collège royal, el sans parler du petit séminaire de 
Limoges fondé en 1833 par l'abbé Panissat et qui dura quelques 
années, on voit coexister trois ou quatre institutions proprement 
dites où l'enseignement était assez complet, plusieurs pensions 
simples ou maisons d'éducation (1), trois ou quatre écoles gratuites 
des frères des écoles chrétiennes (à partir de 1823), des institutions 
dîtes commerciales, une école de sourds-muets, des écoles ou cours 
de dessin, de langues étrangères, de géométrie, de physique, de 
chimie et autres sciences appliquées à l'industrie (2). C'étaient là 

de la Croix, des Filles-Notre-Dame (2), et plus tard des dames de la 
Visitation. 

Le prix de la pension entière était, sauf quelques exceptions, de 
VOO ou 450 francs par an; les maîtres d'agrément étaient payés en plus. 

(1) Au début les institutions de jeunes gens étaient celles de 
MM. Tarneaud, Sa uger- Préneuf, Bcaure, rab'bé%. Imbaud. On trouve 
ensuite successivement les noms de MM. Tabbé Des vergues, Ghatelat, 
Tabbé Dufour, Boutinaud, BriouUe, etc., et comme maîtres de pensions 
ou simples professeurs, ceux de MM. Gourserol, Cailla vet, Robineau, 
Magy, Joyet, Drapeyron, Peyrusson et autres dont il est du reste parlé 
au texte. 

(2) Plusieurs de ces cours étaient gratuits et institués sous le patro- 
nage de la Société d'agriculture ou de la municipalité, par exemple 
Técole de dessin dirigée par M. Lassimonne (n» du 14 novembre 1823), 
un cours de géométrie et de mécanique institué en 1825, un cours de 
chimie appliqué aux arts et à l'industrie, un cours de physique espéri- 
mentale, etc... (Annales de la Haute-Vienne, n<^ des 12 décembre 1828 
et 29 octobre 1830). Certains de ces cours étaient faits par des profes- 
seurs du Collège. 

Il y avait encore des cours particuliers d'arithmétique, d'arpentage, 
de tenue de livres, el enfin un cours d'anatomic fondé par le docteur 
Cruveilhier et continué par le docteur Thuilier; une école gratuite d'en- 
seignement mutuel avait été aussi établie aux frais de la ville; on sait 
que ce système d'enseignement était alors tout à fait en honneur; plu- 
sieurs établissements de la ville l'avaient mis en prati(]ue. 

Lorsque fut ouvert, le 20 février 1828, le cours de chimie confié à 
M. Du Boys, le journal, en Tannouçant, disait que « les Limousins 
viennent tard en toutes choses; que cependant peu à peu ils arrivent et 
se mettent en harmonie avec le reste de la France » [Annale»^ n<» du 
7 mars 1828); observation qui est à rapprocher de celle faite quelques 
années auparavant par M. Juge Saint-Martin, mais dans un esprit un peu 
différent : w Les étrangers qui nous connaissent le mieux, écrivait-il, 
s'accordent à dire que nous étions reculés de plus d'un siècle, mais 
qu'en peu de temps nous avons fait bien du chemin ! >». Changements 
survenus dans les mœurs, etc., page 94). 



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lOO sociéré archéologique Et Historique du LtMoustK 

autant d'élémenls qui dans leur ensemble témoignaient d'une cer- 
taine activité intellectuelle et d'une émulation assez générale pour 
rinstruction publique. 

L'enseignement de la musique était donné dans les pensions des 
deux sexes, mais d'ordinaire par les soins de professeurs particu- 
liers, au choix des familles; le prix en était payé en plus de celui 
de la pension. 

11 1; avait peu de professeurs attitrés, même au Collège royal où 
aucun nom n'est indiqué, après 1816, dans la composition du per- 
sonnel. Cependant quelques maisons, comme celle de la Visitation, 
faisaient figurer dans leurs programmes des maîtres de musique, 
de danse et de dessin (1). En 1817 un sieur Joyet annonçait par la 
voie du journal que la musique était enseignée dans son établisse- 
ment place Daupbine. 

Pareille réclame était faite pour une nouvelle institution fondée 
avec l'autorisation universitaire par M. Albert, déjà directeur d'une 
école de dessin, et qui comprenait dans ses prospectus les arts 
d'agrément, danse, musique et dessin. 

Mais la menlion la plus curieuse est celle que révèle le pro- 
gramme de rinstitution commerciale organisée par H. Drapeyron 
avec le concours d'une société de professeurs, MM. Theil, Caillavel, 
Peyrusson, Cousin, Demarlial et Beaulieu fils ; ces deux derniers 
enseignaient le premier la musique, et le second la danse. Le prix 
des études était assez complexe, car ces études comportaient en plus 
des principes élémentaires de l'instruction, les diverses notions 
relatives à l'enseignement commercial et les arts d'agrément. Ce 
prix était tarifé selon le nombre des matières enseignées et c'est isn 
cela que consistait l'originalité du programme; ainsi, pour 9 francs 
par mois on apprenait l'écriture, le calcul et le dessin; pour 12 francs 
on avait droit à l'enseignement delà grammaire et au cours de danse; 
avec 3 francs en plus l'instruction comportait en outre l'arithmétique 
et des leçons de musique vocale et instrumentale; enfin au prix de 
18 francs par mois, prix maximum, les élèves recevaient l'ensei- 
gnement commercial et intégral (2). 

On ne saurait dire si ce système de tariôcation graduée de l'ins- 
truction produisit des résultats satisfaisants. Mais l'insiitution com- 
merciale eut une certaine durée. Ce M. Drapeyron était apparem- 
ment un homme d'initiative, actif et ingénieux, car peu de temps 
auparavant, il avait fondé une école d'aveugles et de sourds-muets, 



(i) Annales de la Haute-Vienne, n^ du 7 mars 1828. 
(2) Annales de la Haute-Vienne, n® du !•' janvier 1818. 



NOTES POl'R SERVIR A L^llISTOIRE UE LA MlSIQt'E A LIMOGES lUi 

pour laquelle il avail fait savoir qu'il y aurait un professeur de des- 
sin pour les sourds-rouels el un maître de musique pour les 
aveugles nés (1). Après son décès, Técole de commerce fut conti- 
nuée par M. Peyrusson (2). 

Renseignement musical dans les écoles ne s*afQrme du reste, à 
répoque dont nous parlons, que par des manifestations assez rares; 
le temps n'élait plus où l'apparat sous toutes ses formes devait 
nécessairement rehausser Téclat des solennités scolaires comme 
des autres. 

Au Collège royal il n'est fait mention du concours de la 
musique que dans trois ou quatre circonstances : en premier lieu, 
lors d'une messe célébrée à la chapelle de l'Hôpital par les soins 
de l'administration de l'établissement pour la naissance du duc de 
Bordeaux ; Torchestre, dirigé par M. Grémont, joua des morceaux 
composés par celui-ci et plusieurs élèves prirent part, tant dans 
la partie vocale que dans la partie instrumentale, à l'exécution, 
« qui fut parfaite » (3). 

Aux distributions de prix de Gn août, en 1824, 1826 et 1827, les 
élèves concoururent aussi, avec des artistes et des amateurs, à des 
symphonies ou à des morceaux de chant, non sans quelque succès, 
au rapport de la chronique (4). 

Les écoles privées firent encore moins parler d'elles au point de 
vue musical; c'est à peine si l'on rencontre quelques témoignages, 
comme par exemple celui d'une fête de famille dans la pension de 
M"~ Gaillavet, où, en octobre 1824, on joua deux petites pièces, 
l'Aveugle de Spa et la Bonne Mère, et où se fit entendre une jeune 
pianiste de neuf ans (5). 

Les comptes rendus du temps sont cependant assez prolixes de 
détails concernant les distributions de prix et les autres fêtes sco- 
laires ; mais les discours et les compositions d'élèves en vers ou en 
prose y tiennent à peu près toute la place. 



(1) Annales de la, Haute- Vienne, n® du 23 août 18i6. Cette école parait 
avoir été tout à fait temporaire. Mais quelques années après on voit 
fonctionner une école de sourds-muets dirigée par M. Bertrand et sub- 
ventionnée par le Conseil municipal {Archives de la Mairie, délibération 
du 21 février 1828). 

(2j D'autres institutions du même genre, plus ou moins staliles, 
furent établies par MM. Magy, Albert, Caillavet, Moulin. 

(3i Archives de la Haute-Vienne, n*» du 4- mars 1821. 

(4) Annales de la Haute-Vienne, n"* dos 27 août 182V, 1" septem- 
bre 1826, 31 août 1827. 

(5) Annales de la Haute-Vienne, n^ du 8 octobre 1824. 

T. LVI 7 



102 SOClérÉ ARCRéoLOOiQÛB ET HISTORIQUE DU LlMOUSlN 

Cela ne prouve pas d'ailleurs que la musique fut délaissée ; mais 
renseignement de cet art avait déjà une tendance à se spécialiser. 

Dès Tannée 1818, au mois de mai, un professeur de musique, 
H. Béatrix, installé dans la ville depuis six ans, faisait connaître 
qu'il se proposait de fonder chez lui une école de musique, en 
appliquant le système de l'enseignement mutuel, alors partout en 
faveur, dans la mesure où cet art pourrait le permettre ; les jeunes 
demoiselles et les Jeunes gens étaient admis à suivre les cours 
depuis rage de douze ans jusqu'à seize, moyennant une rétribution 
annuelle de trente-six francs, assurément fort modeste. « Cet éta- 
blissement, disait ravis, était très avantageux aux habitants et aux 
artistes, aux premiers à raison de la modicité des prix, aux seconds 
en leur évitant les soins pénibles et fastidieux de renseignement 
des premiers éléments de Fart musical; les élèves qui auraient suivi 
un an Técole pourraient se destiner à Tétude de tel ou tel instru- 
ment qu'ils voudraient, ou à celle du chant avec beaucoup de 
facilité » (1). 

Il n'apparatt pas que le projet de H. Béatrix, si digne d'encou- 
ragement qu'il put être, ait été suivi de réussite. Le genre d'ensei- 
gnement qu'il concevait n'avait du reste qu'un caractère rudimen- 
taire. Hais un autre artiste de la ville, plus réputé, avait le désir 
d'instituer une véritable école de musique ; des fondations de ce 
genre avaient déjà eu lieu dans quelques villes de France, à Mont- 
pellier, à Marseille, à Lille, et le Courrier des spectacles du 
8 mars 1820, en relatant ces essais de décentralisation, faisait con- 
naître le projet de M. Grémont, consistant à créer cette école de 
musique avec le concours des autorités, auxquelles il était fait appel, 
en même temps qu'il annonçait une proposition semblable de 
M. Pichon pour la ville de Toulouse. 

L'organe officiel du département applaudissait au projet ; il fai- 
sait ressortir combien cette création serait utile au point de vue 
de l'art, de la moralisation et même du culte religieux, culte bien 
pauvre à l'époque, en comparaison de ce qu'il avait été avant la 
Bévolulion ; les fondateurs de l'école moderne, écrivait-il, sortaient 
des maîtrises des cathédrales; si ces maîtrises pouvaient renaître, 
il ne serait pas indispensable d'avoir des écoles gratuites de chant, 
mais comme il ne fallait pas l'espérer, la formation de ces écoles 
était le seul moyen d'empêcher la ruine d'un art dont la décadence 

(1) Annales de la Haute-Vienne, n° du 22 mai 1818. — Les cours de 
jeunes filles avaient lieu les lundi, mercredi et vendredi; ceux des gar- 
çons los jours intermédiaires. Les premières devaient venir en classe 
avec leurs bonnes [sic). 



NOTES POUR SERVIR A l'hiSTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 103 

n^élait pas moins sensible que celle du Ihëàtre, de la poésie et de 
réloquence (i). 

La citation est intéressante à retenir, en dépit de son pessimisme, 
par l'allusion qu'elle fait à Timportance du rôle de la musique reli- 
gieuse dans Tancienne société française. 

Le projet de M. Crémont ne reçut pas de commencement d'exé- 
cution . 

Mais un peu plus tard, au mois de juillet 4824, un amateur fort 
distingué et de beaucoup d'initiative, M. Maleden, ouvrit à Limo- 
ges un cours élémentaire de musique vocale, d'après la nouvelle 
méthode de Galin et sur le modèle de cours semblables organisés 
sur la môme base dans toutes les villes importantes du territoire. 
Cette méthode de Galin s'inspirait, disait-on alors, des vrais prin- 
cipes de la science simplifiée et soumise aux lois de l'analyse et du 
raisonnement, en ramenant la théorie des sons à des règles exactes 
et en dégageant la musique de toutes les entraves dont on s'était 
plu à l'enibarrasser (2). 

La création de M. Maleden semblait devoir être bien accueillie; 
la chronique, en la signalant, faisait observer qu'elle aurait pour 
effet de ramener l'enseignement musical dans ses véritables voies, 
de le rendre plus exact, plus facile, plus agréable et aussi plus 
rapide. Elle déclarait que son organisation rendait un véritable 
service à la ville et propagerait parmi les habitanls l'amour des 
beaux arts (3). 

Cette fondation parait cependant n'avoir été qu'un premier essai 
sans résuUals appréciables ; son initiateur, critiqué par les uns, mal 
compris par les autres, devait, plusieurs années après, renouveler 
sa tentative sans parvenir cependant à créer l'école de ses rêves. 



Nous avons dit plus haut, en parlant du théâtre, que le public 
limousin avait un goût assez marqué pour la musique, tout au 
moins pour la musique dramatique, pour l'opéra, qui de cet art 
est la forme la plus sensible, la plus à la portée de tous ; dans un 
pays de province comme le nôtre où l'essor du sens esthétique 
dépend plus de Téducation que du tempérament même, celui-ci 
ne pouvait être très délicat et raffiné. Celte éducation ne se rencon- 



(1) Annales de la Haute-Vienne, n^ du 17 mars 1820 

(2) La méthode de Galin a fait école, mais n'a eu qu'un succès très 
relatif; son application n'a pas dépassé les limites d'un enseignement 
très élémentaire. 

(3) Annales de la Haute-Vienne, n9 du 2 juillet 1824. 






104 sociéré archéologique et historique du limousin 

trait évidemineBl que dans les milieux un peu policés de la ville; 
mais ces milieux existaient et, malgré les entraves de plus d'une 
sorte et les défectuosités de la science, ils comptaient un certain 
nombre d*adep(es pour qui la musique était plus qu*un sujet d'at- 
traction et de jouissance banales, qui en avaient le culte plus rai- 
sonné et plus étendu. 

Les amateurs que Ton voit paraître dans la plupart des manifes- 
tations musicales, — il eut été difficile de se passer de leur coopé- 
ration, — qui payaient presque toujours de leurs personnes, don- 
naient leurs conseils et leurs avis, conservent d'ordinaire le voile 
de l'anonymat; à quelques exceptions près, c'est par des initiales 
ou des signes encore moins transparents qu'ils sont désignés par la 
chronique. 

Parmi les amateurs dont les noms nous ont été transmis, il en 
est un qui mérite une mention un peu spéciale à divera litres, car 
il n'appartenait pas à la classe aisée à laquelle il a été fait allusion, 
et par ses connaissances et son caractère, il ne paraît pas avoir été 
le moins apprécié de ses compatriotes; Léonard Trompilion était 
boulanger et exerça celte profession durant à peu près toute sa 
vie; à l'âge de vingt-trois ans, il s'était livré à l'étude de la musi- 
que, se faisant son propre professeur, sans avoir d'autres moyens 
que son ardeur et sa persévérance, lisant beaucoup et dévorant, 
paraît-il, les traités de Rameau, de Grétry, de Belhizy. Il était ainsi 
devenu un bon exécutant sur tous les instruments à cordes, en 
particulier sur le violoncelle et la basse dont il donna même des 
leçons. Il avait également de la facilité pour la composition et pro- 
duisit un certain nombre de symphonies, de chants d'église, de 
messes, de mottets; un de ses meilleurs morceaux avait été le 
Te Deum, composé pour la paix de Tilsitt et exécuté à la cathédrale 
au mois de décembre. 1807. Au dire de quelques-uns de ses 
contemporains, Trompilion comptait au premier rang des composi- 
teurs de province; sa timidité seule l'avait détourné des œuvres 
dramatiques dans lesquelles il eut pu réussir. 

Ce brave homme, trahi par la fortune, ruiné vers la fin de ses 
jours, se consolait de ses épreuves par la culture de la musique et 
des lettres; « sa maison, dit le journal, était le temple d'Eulerpe » ; 
amateurs et artistes s'y rendaient toujours empressés et assurés 
d'y trouver à faire leurs parties; décédé le 13 août 1824, il fut suivi, 
dans la tombe, par les regrets de ses concitoyens (1). 

M. Maleden, dont il a déjà été parlé, fort jeune encore, s'annon- 



(i) Annales de U Haute- Vienne, n^ du 10 septembre 1824, 



I90TBS POUR SBBVIR A L^UISTOIRB DE Là MUSIQUE A LIMOGES i05 

çait comme ud musicien d*élile; après avoir complété son inslruc- 
tion à Paris et à Tétranger, il revint après 1830 daas sa ville natale, 
mais pour peu de temps; lorsqu'il la quitta déftaitivement, son 
départ fut regardé comme une véritable perte par tons ceux qui 
avaient su apprécier rétendue de ses connaissances et Toriginalité 
de son talent (1). 

Grémont tenait loi^ours le premier rang parmi les profession- 
nels; sa grande fadlité de travail et d'exécution le faisaient recher- 
cher partout; il était de tous les concerts et de toutes les fêtes, où 
il était fort rare qu'on ne jou&t pas quelque morceau de sa compo- 
sition; on ne lui ménageait pas les louanges; et c'est de lui que 
notre annaliste disait un jour, dans un éian d'enlbousiajsme : « Le 
nerf de nos orchestres, le soiUien de l'art dans notre ville, cet 
artiste dont nous pouvons dire au sujet de la décadence de la musi- 
que « kdc dextrcBy si Pergama defeudi passent! » (2). 

A ses côtés, nous voyons apparaître dans les dernières années 
de la période, M. Fabre, son digne émule pour le violon, artiste 
consciencieux et distingué, dont la réputation consacrée par ses 
premiers succès ne fit que s'affirmer par la suite. 

Bon net-Beau val, dont le nom est revenu souvent dans ces notes, 
ne saurait être rangé dans le nombre des musiciens ou des artistes 
lyriques ; mais indépendamment de sa valeur comme acteur dra- 
matique, il était depuis vingt-quatre ans directeur de l'arrondisse- 
ment tiiéàtral dont Limoges faisait partie, et il habitait cette ville 
depuis le même temps lorsqu'il y mourut le 4 juin i827. Beauval 
n'était pas un impressario ordinaire; ainsi qu'on l'a vu, il aimait sa 
profession et son art, il avait aussi des connaissances, de Tèrudi- 
lion, et également des titres, étant associé correspondant de Flns- 
titut de France pour les Beaux-arts, et membre de la Société 
d'agriculture, sciences et arts de la Haute- Vienne. Il possédait, en 



(1) La Biographie Univenelle de F. Fétis a consacré une notice à 
Maleden dont le nom reviendra dans la suite de ces notes. (2* édition, 
tome Vy page 416.). Il eut Thonneur de compter parmi ses élèves un 
des maîtres les plus illustres de la musique contemporaine, Saint- 
Saêns, qui professait pour son enseignement et son caractère la plus 
profonde estime. 

(2) Annales de la Haute- Vienne, n» du 26 novembre 18^. 

Crémont avait un homonyme, né à Aurillac en 1784, qui fut chef 
d'orchestre aux théâtres de TOdéon et de TOpéra-Comique et qui figure 
dans la Biographie Universelle de Fétis. Il est Tauteur de plusieurs com- 
positions. On Ta confondu quelquefois avec notre artiste Limousin dont 
il était peut-être parent^ 



V 
^ 



i06 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

outre, des qualités de cœur eslimables, droiture, franchise, modes- 
tie, qui lui avaient attiré beaucoup de sympathies; à ses obsè- 
ques, un nombreux cortège raccompagna jusqu'à sa dernière 
demeure (1). 

La ville comptait déjà à cette époque un certain nombre de pro- 
fesseurs ; en 1824-1826, on a les noms de MM. Crémont, Demartial, 
Fabre dit Bernard, Laplaud père et Nadaud, pour le violon; de 
M"«Caillavet (élève du Conservatoire); de M»*« Ohicout, Dumas, 
née Fabre, de H. Guichard, pour le piano; Grelel et Nadaud, pour 
la guitare, toujours à la mode; Cherpemet, pour le cor; Laplaud 
fils, pour la clarinette et la flûte; M. Trompilloo, dont il a été plus 
haut parlé, enseignait le violoncelle et la basse. Il y avait en outre 
des violons pour bal, MM. Dantreygas frères et Elias, et deux maî- 
tres de danse, MM. Beaulieu fils et Demartial fils (2). 

La musique de la garde nationale a été souvent signalée dans les 
pages qui précèdent; celle musique avait pour chef M. Disnema- 
lin-Dessales cadet et pour sous-chef M. Dépéret-Muret, les mêmes 
qui avaient déjà dirigé celles de la garde d'honneur et de la 
cohorte; la musique de la garde nationale avait remplacé ces der- 



(1) Annales de la. Haute-Vienne, n^ du 8 juin 1827. 

La veuve de Beauval demeura à Limoges, où elle établit un magasin 
d'abonnement de musique et surtout de partitions d^opéras au prix de 
six francs par mois. 

Il y avait alors dans la ville plusieurs cabinets de lecture, deux maga- 
sins de luthier, ceux des sieurs Rémy et Joegger, sans parler des mar- 
chands de passage qui faisaient des séjours pour débiter des instruments 
et des articles de musique. 

En mars 1830, le sieur Joegger installa une fabrique de cordes harmo- 
niques sur le modèle de celle fondée par son père à Paris. (Anit., n^ du 
19 mars 1830.) 

(2) Annuaire de Bargeas, années 1824-1825. Cet annuaire, qui avait 
commencé pendant ces deux années à publier la liste des professeurs 
et d'ailleurs celle de tous les commerçants de la ville, cessa de la pu- 
blier après la seconde année, on ne sait pour quel motif. 

L'Almanach du Commerce de P. Ardillier, qui parut à partir de 1829, 
donne la liste des commerçants, mais ne parle pas des professeurs de 
musique. En revanche, il cite les noms de quatre professeurs de danse 
qui étaient MM. Chanal, Demartial, Lagorce et Pichon. 

En octobre 1828, M"« Mayet-Lambert, qualifiée pensionnaire de l'Aca- 
démie royale de musique, fit annoncer au public qu'elle se fixait à 
Limoges pour y professer la musique vocale et le chant; elle devait 
donner des leçons à son domicile et en ville. (Annales, n<* du 26 octobre 
1828.) 



NOTES POVn SERVIR A L^HISTOIRE DE LA MUSIQUE A LIMOGES 107 

niëresiet s*était recrutée sans doute parmi les mêmes éléments, 
c'est-à-dire dans les rangs des amateurs qui devaient faire à leurs 
frais les dépenses dVntretien, car on ne trouve au budget de la 
commune aucun article la concernant. 

Comme la garde elle-même, cette musique jouit d'un grand pres- 
tige pendant les premiers temps de la Restauration. Aux regards 
des Français patriotes, la garde nationale apparaissait alors comme 
le symbole de Tunion de la nation avec le Roi, consacrée par la 
Charte. On la voit figurer non seulement dans les revues et les 
parades (1) et dans toutes les cérémonies publiques, mais encore 
dans les réunions sans caractère officiel ; il n'y avait pas de fêles 
complètes sans le concours d'un certain nombre de gardes natio- 
naux. 

Plus lard, son rôle devint beaucoup plus effacé et même à peu 
près nul; à partir de 18%, l'annuaire local ne donne plus la com- 
position de l'élal-major qu'il avait régulièrement publiée depuis 
4816; les dépenses du corps, portées au budget et qui s'étaient 
élevées dans les premières années à 3,000 francs environ, se trou- 
vent réduites ensuite à la somme de 600 francs (2). En 18*29, le 
journal le Contribuable, qui commençait à paraître, se plaignait de 
ce que la garde ne (At plus convoquée ; celle-ci n'exislait plus guère 
que sur le papier. 

Ce changement ne saurait nous étonner; la garde nationale élait 
à peu près partout l'expression de l'esprit public et marcliail volon- 
tiers à l'avant-garde de l'opinion. Imbue des idées libérales, elle 
était mal vue par le pouvoir qui ordonna même, en 1827, la dissu- 
lulion de la garde parisienne, à la suite de la revue oii le roi avait 
été accueilli aux cris de : « Vive la Charte ! A bas les ministres ! » 



(1) On aimait toujours les revues et les parades ; notons, entre autres, 
celle qui eut lieu le 25 mai 1817 sur la place d'Orsay; le préfet, accom- 
pagné d'un nombreux cortège, annonça à la garde réunie sous les 
armes qu'une ordonnance royale du 24 décembre 1816 lui accordait le 
droit de porter la décoration du Lys. 

La garde nationale de Limoges comprenait une compagnie d'artil- 
leurs, une de grenadiers, une autre de chasseurs, quatre de fusiliers et 
un escadron à cheval. Cette organisation fut un peu modifiée dans la 
suite, puis augmentée après 1830. L'état- major et la garde à cheval se 
recrutaient surtout parmi les notabilités de la bourgeoisie limousine. 

(2) V. budget de la ville de Limoges, notamment des années 1817, 
1821, 1827, 1830. (Registres des délibérations du Conseil municipal.) 



iOk SOCI^Té AltCHéoLOGIQl)B ET HtStORlQÙB DU LtMOUSlP} 

La musiqoe de la garde nationale à Limoges n'avait pas appa* 
reroment cessé d'exister, mais sa présence dans les solennités et 
les antres manifestations publiques était devenue beaucoup plus 
rare. 

[A suivre,) Camille Jouhanneaud. 



MONOGRAPHIE 



DU CANTON DE 



SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 



(HAUTE-VIENNE) 
(Suite) 



LES ORANDS-CHËZEAUZ 

Les com. de LaChalre-Langlin el de Mouhet (Indre), d'Azerables 
(Creuse), de Sainl-Sulpice et de Saint-Georges limitent le territoire 
des Grands- Ghézeaux. 

L*exlrémité S. de la com. est arrosée par le ruisseau de la 
Chaume, qui, sortant d'Azerables, coule dans une direction E.-O. 
pendant 3,150". Il est appelé rivière de Mascort en 1503-1828, de 
Macor en 1514; il forme dans la com. Tétang de Jançay. 

Le ruisseau du Peudemont ou Portefeuille, qui prend naissance 
au-dessus de La Goutte-Bernard, baigne la partie N. de la com.; il a 
pour affluent, rive gauche, un ruisselet qui traverse l'étang des 
Landes. 

Au commencement du XVII* s., un procès au sujet des limites 
des paroisses des Ghézeaux et de Saint-Georges, aux alentours de 
Puylaurent, s^était engagé entre le s' de ce dernier lieu et celui de 
Rhodes; il ne parait pas avoir eu de solution. 

La com. des Grands-Ghézeaux, continuatrice de la p**, avait ori- 
ginairement une étendue de 1,019 h. 09 a.; mais une loi du 9 août 
1847 lui ayant incorporé les vilL de Puylaurent, La Clidière, La 
Loge et Puychaffray, distraits de Saint-Georges, sa contenance 
actuelle est de 1.351 h. 22 a. La population fut, de ce fait, aug- 
mentée de 50 h. 

Les visites épiscopales de 1762 attribuent à la p*' 160 commu- 
niants. 

Le plus ancien recensement connu est de 1790; il accuse 370 h. 
Les suivants donnent : i806, 302; ^836, 426; i837, 430; 1846, 
491; /^7^,548; /576,570; /««/,576; 1886,080; 1891,630; 
1896,601; 1901, 596. Depuis 1886, la diminution est constante. 

Le bourg parait être de formation fort ancienne, car, en 1874, 
on y a rencontré, sur l'emplacement du cimetière, des colonnes en 
briques reposant sur un ciment très poli, des conduites d'eau, des 

T. LTI 8 



110 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN' 

briques à rebord, des sobstructions, vestiges certains des temps 
gallo-romains (D) (1). 

Le mol Chézeau, qui renferme le nom latin casa (maison), était 
encore courant dans le langage du XV* s. pour désigner un empla- 
cement à bâtir. Cazeau est encore usité en provençal dans le même 
sens. 

Le nom de ce bourg est écrit Cazalibus en 1339, 4364, 1408, 
14S3; villa des Chéseaux, 1401 ; I^s Chazaus, 1410; SaintEutrope 
du Chazaut, 1422; Les Chasaulx, 1487; Les Chazanlx-Saint-Eu- 
trope,mS\ Saint'Eutrope-deS'Chésaux, IMi] Saint -Eutrope-des- 
ChézauXy 1821 ; Les Chézaux, 1648 ; Les Grands-Chézeaux, 1770. 
Cette dernière forme a été consacrée par un décret du 17 janv. 1896. 

Le bourg est divisé en deux parties : Tune connue sous le nom 
de Rues-d*en-bas, la plus petite, paraît la plus ancienne; elle fait 
suite à réglise romane; Tautre, qui est actuellement la principale 
agglomération, a dû se former au XV' s. près de la chapelle Saint- 
Eutrope : autour d'une large place plantée d*arbres et ornée d'un 
calvaire ombragé d'ormeaux séculaires, faisant face à une cons- 
truction Louis XIII agrémentée de deux tourelles en cul-de-Iampes 
et de lucarnes surmontées de boules, se développent les plus im- 
portantes maisons du bourg. 

On voyait autrefois aux Chézeaux, dit Tabbé Dufour, 7 vieux 
logis munis de tours; il n'en subsiste plus qu'un, celui que nous 
venons de signaler, appelé La Grand'maison ; il a appartenu aux 
Goudon, Valleau, Duhail de la Lye, puis a été vendu par ces der- 
niers, en l'an IX, à la famille Âufort qui le possède encore ; sur la 
face opposée aux tourelles se trouve une grosse lour carrée, sorte 
de donjon avec mâchicoulis, sur la porte duquel on lit la date 1614. 

Un autre vieux logis, appelé La Pomme, existe encore : la pre- 
mière maison du bourg en arrivant de Saint-Sulpice. Il est remar- 
quable par son toit aigu et ses fenêtres placées en pan coupé; sur 
une de celles-ci, on lit la date 186Z, Z remplaçant un 2 plus diffi- 
cile à graver sur le granit. En 1692-1702, il est possédé par Pierre 
Goudon, s' de l'Héraudière, prévôt provincial des sénéchaussées de 
Montmorillon et Basse-Marche. 

Tout à côté se trouvait la maison noble de La Chaume-Baltes- 
taud, qui appartenait dès 1813 aux Martin de La Goutte-Bernard; 
d'elle dépendait une dîme qui se levait sur Virevalais. 

C'est dans l'une de ces deux maisons qu'était installé le relai 
de poste transporté à Boismandé vers 1742. 

(1) Nous marquons de la lettre D nos emprunts aux manuscrits de 
Tabbé Dufour. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DK SAINT-SULPICË-LIÎS-PEUILLËS lil 

Giloûs encore parmi les anciennes maisons : le logis du Bois- 
chardon, donl quelques parties subsistent encore; Robert Collin 
est s' du Boiscbardon en lt)59-1670 ; la maison de la Corne de Cerf, 
baillée à rente le 19 août 1523 par le s' de Jançay au notaire Jean 
Thomas ; elle joignait au chemin de la chapelle Saint-Eutrope à 
réglise et au cimetière de celte chapelle. La maison de Champgas, 
possédée au XVIII» s. par les Bigot, existe encore. 

Le bourg des Chézeaux a 35S h., dont 11 débitants ei marchands 
de vin, soit 1 pour 33 h. Le recensement de 1841 lui donne 220 h.; 
celui de 1790, 187 h. 

L'église des Chézeaux, la dernière construction du bourg au N., 
est un édifice roman remanié au XV"" s. Son plan est rectangulaire. 

Les murs buttés par de nombreux contreforts sont percés de 
fenêtres en plein ceintre, très étroites à Textérieur, larges à l'inté- 
rieur qui est fort sombre. 

En 1864, pour lui donner un peu de jour, on a fait percer une 
fenêtre en face de la petite porte. 

Elle est divisée en trois travées voûtées par des croisées d'ogive 
qui ont remplacé un berceau roman écroulé probablement au mo- 
ment des guerres anglaises. Ces voûtes étaient autrefois peintes, 
et en 1872, lors d'une réparation, on s'est contenté de repasser les 
couleurs pour les raviver; on a ainsi conservé deux écussons qui 
timbrent les clefs des première et deuxième travées; l'un porte 
ûkQT au chevron de sable, l'autre d'or à une bande de gueules. Ces 
armes ne concernent ni les s" des Chézeaux, que nous connaissons, 
ni ceux de La Goutte-Bernard. Les secondes sont celles des de 
Bridiers : une Marguerite de Bridiers avait épousé en 1494 Raou- 
lin de La Celle, s' de Jançay, qui possédait une chapellenie dans 
l'église; l'autre blason nous est inconnu. 

La troisième travée, qui abrite le chœur, a pour clef une rosace 
flamboyante. 

Dans la première travée, on remarque de chaque côté deux 
grandes arcades ogivales qui remplissent tout l'espace compris 
entre la deuxième et le clocher; extérieurement, les murs indi- 
quent de nombreuses reprises. Il est à croire que ces arcades fai- 
saient communiquer la nef avec des chapelles latérales actuellement 
détruites. 

L'église est précédée d'un massif clocher carré de 7™ sur 9 qui 
masque l'ancienne grande porte et des modillons romans. En 1830 
on a retrouvé les fondations d'un porche qui était placé devant. Sa 
longueur totale est de 24"". 

A l'intérieur on voyait autrefois les pierres tombales avec ins- 
criptions des s" de La Goutte-Bernard et des Petit-Pied, qui ont été 



112 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

retaillées il y a quelques années; Tune d'elle concernant les pre- 
miers portait la date iSSS. Regrettons la perte de ces inscriptions 
qui auraient constituées toute Tépigraphie du canton. 

On conserve encore dans Téglise une curieuse Pietà en bois du 
XVII' s. La Vierge, couverte de vêlements longs et amples, tient 
embrassé le corps du Christ assis sur un gradin : au pied de celui- 
ci se trouvent la couronne, les clous, le titulus. 

En face, statue aussi en bois de saint Eutrope tenant uue palme. 

L'église ne possède pas de pièces d'orfèvrerie remarquables; à 
la distribution des richesses de Grandmont, en 1790, on lui donna 
le chef de sainte Anathalie et des reliques de saint Essence, 
sainte Panaphrëte et sainte AppoUonie, compagnes de sainte 
Ursule, rapportés de Cologne en 1181 par les moines de celte 
abbaye (Texier, col. 893). 

M. Berthommier a signalé dans le Bulletin, t. 47, un fer à hosties 
du XVII* s. provenant des Chézeaux. 

Les cloches des Chézeaux datent de 1843 et 1851; elles ont été 
publiées par M. Tabbé Leclerc. L'abbé Dufour dit que le 6 mars 
1843 on (il prix avec Mutel, fondeur, pour la fonte d'une cloche du 
poids de 550 l. Elle fut fondue à La Souterraine, mais pesa 642 1., 
aussi son prix fut-il de 1,162 fr. I^e jour de Pentecôte 1850 la 
grosse cloche se brisa; le même fondeur la refondit à Azerables au 
mois de septembre suivant; elle pèse 434 k. Le parrain de la cloche 
brisée était André de La Foresl, lieutenant particulier à Montmo- 
rillon; elle était donc du XVII® s. 

Le curé constitutionnel, Jean Gravier, qui sans doute était doublé 
d'un artiste, traite, le 17 fév. 1793, avec la municipalité des Ché- 
zeaux pour refaire le tableau de Saint-Pierre-ës-liens qui se trouve 
dans l'église; il réclame pour tout salaire 30 I. et une pinte d'huile, 
« promettant led. curé qu'il sera fait dans les formes et que dans le 
cas où il ne conviendrait pas à la municipalité, il n'en demandera 
rien » (Reg. Révol). 

Ce tableau fut agréé, car il existe encore dans l'église, mais vrai- 
ment la municipalité des Chézeaux n'était pas difficile ! 

L'église des Chézeaux, qui avait pour patron saint Pierre-ès- 
liens, était à la présentation du prieur de Saint-Benoit; le droit de 
fondation était réclamé par le vicomte de Brosses ; dans l'aveu de 
1553 cette cure, avec son annexe de Saint-Ëutrope, est estimée 
d'un revenu de 50 1. 

Le curé, ne percevant pas les dîmes, était à portion congrue. Le 
23 fév. 1790, il déclare que son temporel se compose d'une maison 
d'une valeur de 400 1. chargée de diverses prières et d'une autre 
maison valant 600 1. grevée de 6 messes avec service à 3 prêtres. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-PEUILLES 113 

Les archives de la cure constatent diverses fondations : par Jean 
Souffrain, s' de La Vergne (26 février 1661), une rente de 12 l. Il 
donne en même temps une somme de 300 1. pour doter 5 pauvres 
QUes; par Pierre Goudon, s' de L^Héraudiëre, cons'àMontmorilIon, 
(5 mars 1689), une rente de 16 s. pour la lampe; Charlotte Petitpied 
(27 mars 1695), une rente de 6 1. Citons encore : André de La Forêt, 
cons' à Hontmorillon; N. Gaillard, veuve Pierre de La Gasline, 
s' de Lizière ; Jean Peuchaud, m» de poste en 1729. 

Les s" de La Goutte-Bernard avaient droit de tombeaux devant 
Tautel de Sainte-Catherine qui se trouvait à main droite dans 
l'église. Ce droit leur fut contesté en 1532 par les Pot de Rhodes, 
comme s" des Chézeaux. Vers 1780 Mad. de Rochechouart, ayant 
fait peindre, à l'occasion de la mort de sa mère, à l'intérieur et à 
l'extérieur de Tëglise, une litre ou ceinture funèbre, Ht disparaître 
les armes de la famille Martin de La Goutte-Bernard qui se trou- 
vaient au-dessus de leur banc, d'où procès terminé par la Révolu- 
tion (D). La litre extérieure est encore en partie visible. 

Tous les Souffrain, s" de La Vergne, sont aussi inhumés dans 
1 église de 1661 à 1706. 

Vers 1762, l'église étant en très mauvais élat, l'évéque permit do 
célébrer le service dans la chapelle Saint-Eutrope, sauf les jours 
de grande féte;les habitante avaient aussi fait valoir que leur église 
était fort éloignée du centre du bourg. 

Le culte fut repris le 21 prairial an XI ; quelques jours après, 
des voleurs s'introduisirent dans l'église et enlevèrent tous les 
vases sacrés qui étaient en argent. Lors de l'application du Concor- 
dat, la qualité de paroisse fut maintenue aux Chézeaux à la suite 
d'une délibération prise le 18 therm. an XII exposant que « le 
bourg €st vaste et bien bâti, belle place et très sain ; qu'il y a des 
foires et des marchés, de belles auberges ; qu'il y avait avant la 
Révolution plusieurs justices subalternes qui y tenaient audience; 
qu'il y a encore plusieurs notaires, huissiers et percepteur; qu'il 
s'y fait un grand commerce de vins, eau-de-vie, sel, mercerie; qu'il 
y a une très belle église et une grande dévotion à S^-Eutrope » (D). 

Dès 1457, il existait dans l'église une chapellenie de N.-D. qui 
avait été fondée par les seigneurs de Jançay; d'après déclaration 
du 1 fév. 1491, son temporel était assigné sur le moulin Bardon, 
Le Genêt, le moulin de La Villeaubrun et Maillasson. Le titulaire 
était tenu de dire 3 messes par semaine et de donner aux pauvres 
chaque dimanche pour dix deniers de pain; il devait en outre 
« tenir lampe jour et nuict ardente devant le corps de Dieu ». 
Léonard Martin était titulaire en 1491 , Pierre Chanteclerc en 1508; 
Pierre Pipaud succède à Guillaume de Cosma en 1553 (9406). 



114 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Une confrérie du Saint-Sacrement et de la Sainte-Vierge existait 
dans cetle église au XVIIP s. 

La chapelle de Saint-Ëutrope, qui se dressait sur la place des 
Chézeaux, avait, d'après un plan de M. Dufour, une forme rectan- 
gulaire : elle mesurait 21",75 sur 9" ,60. L'autel était à l'E. Der- 
rière lui se trouvait une grande fenêtre de style ogival flamboyant; 
les autres fenêtres, au nombre de 4, de même que les deux portes 
étaient en plein cintre : la grande porte était à TO. ; la petite au N. 
Le clocher à 6 ou 8 pans était identique à celui de Saint-Georges; 
il renfermait une cloche enlevée en 1793; les voûtes 'étaient lam- 
brissées. Cette chapelle est mentionnée dès 1422. 

Sur la place, on voit encore une ancienne tombe sculptée qui 
provient de cette chapelle ; elle porte [une croix ancrée placée à 
1 extrémité d'une longue tige; à droite, se trouve une fleur de lis 
élancée ; à gauche, une épée courte dans son fourreau avec une 
garde volumineuse. 

La dévotion à Saint-Eutrope était fort ancienne aux Chézeaux, 
car au XIV* s. une assemblée se tenait le jour de la fête de ce saint; 
elle s*est du reste continuée jusqu a nos jours ; de plus, nous avons 
dit plus haut, que le bourg avait, aux XV' et XVI» s. porté le nom 
de Saint-Eutrope-des-Ghézeaux. 

Tous les ans, au 1'' mai, les bestiaux amenés autour de cette 
chapelle y recevaient la bénédiction. Au XVIII" s. nous avons vu 
qu'elle servit d'église paroissiale; c'est aussi dans ses murs que se 
tinrent les assemblées révolutionnaires. 

Elle fut sans doute construite par les s'* de Chézeaux, plus tard 
s'» de Rhodes; en parcourant les registres d'état-civil on remarque 
que les inhumations y furent fort rares. 

Cette chapelle fut vendue comme bien national à Antoine Beto- 
laud, notaire à Saint-Benoit, qui la fit démolir. 

Une vente du 6 mai 1521 mentionne une maison au bourg joi- 
gnant le grand chemin de Saint-Benoit à Limoges, le cimetière 
Saint-Eutrope et le chemin par lequel les peilletirs font de jour en 
jour la procession (9396). A quelle ancienne coutume cet acte fait- 
il allusion? c'est ce que nous ne saurions dire; nous ferons toute- 
fois remarquer l'analogie que présente ce nom avec les mots peille 
et peillereau, qui, dans le patois des Chézeaux, signifient chiffon et 
chiffonnier. Les chiffonniers étant, la plupart du temps, des men- 
diants, on est tenté d'identifier ces peilleurs avec les lépreux de 
Lussac, dont nous parlons plus loin, qui quêtaient la laine, le chan- 
vre, par le pays, et étaient les hôtes assidus des lieux de dévotion. 

Un oratoire est mentionné en 1478, joignant le chemin de la 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-StXPICE-LES-FÈUILLES 115 

chapelle Saiot-Ëutrope à La Goulte<BerDard, près du chemiD 
tendant de celte chapelle àBonneuil (1). 

A la Révolution, Les Chézeaux possédaient un presbytère, qui 
n'existait pas en 1677; la cure actuelle a été construite en 1844. 

II ; avait deux cimetières aux Chézeaux : Tun autour de Téglise 
actuelle, qui est encore utilisé; l'autre autour de Saint-Eutrope, 
disparu à la démolition de cette chapelle. Sur son emplacement se 
trouve une croix portant : IHS, 1662. 

La s'** des Chézeaux faisait partie de La Terre-aux-Feuilles et 
relevait de Brosse; elle fut désignée pendant quelque temps sous 
le nom de Saint-Vautry, du nom d'une autre terre possédée par 
ses s". Le plus ancien connu de ceux-ci est Pierre de Saint-Julien, 
qui, le 36 mars 1408, donne à bail à Guillaume dit Gloumette, vul- 
gairement appelé Guillaume Charpentier, la s'^' des Chézeaux avec 
ses appartenances de Saint-Sulpice, moyennant 35 I. Il se réserve 
les droits de ventes et honneurs, c'est-à-dire les droits de contrôle 
sur les mutations immobilières survenues dans son fief (9408). 

Nous trouvons ensuite : Olive de Saint-Georges, 1410, sans doute 
femme du précédent; Louis de Saint-Julien, 1483; Perrichon de 
Saint-Julien, époux de Jeanne Chabot; ses enfants : Louis, Olivier, 
Pierre, Anne et Catherine en 1487; Perrichon de Saint-Julien, 1807; 
Marie Barthon, veuve Louis de Saint-Julien, 1818. En 1818, 
Christophe Barton, s' de La Roche de Noziel, la vendit à Philippe 
Pot (2), abbé de Saint-Yverte, conseiller du roi, président de la cham- 
bre des enquêtes du Parlement; en 1824, elle était asscncéeà 
Jeanne Pot,veuveJoachim de Mauléon, dame deToufTou. Guillaume 
Pot, s' de Chemau, rendit aveu pour cette s"Me 11 Janv. 1872. Pos- 
sédée ensuite par la branche des Pot de Rhodes, elle fut annexée 
à Rhodes jusqu'à la Révolution. Elle valait 60 l. de rente en 1882. 
Celte s'*% comme toutes celles de La Terre-aux-Feuilles, possédait 
divisément la moyenne et basse justice et indivisément la haute; 
elle avait un moulin banier au Refour, droits de ventes et honneurs 
à raison (Te 3 s. 4 d. par livre, droits de placage et de greffe. 

Des Chézeaux relevait le fief de La Breuilhe, tenu en 1483 par 
par Guillauaie de La Breuilhe (9400). 



(1} Au cadastre, on relève une croix de Saint-Eutrope à l'embran- 
chement du chemin des Chézeaux à Boismandé et des Chézeaux au 
Bost. 

(2) L'inventaire de la bibliothèque de ce personnage a été publié 
dans le Bulletin du Comité des travaux historiques, t. IV, i8o7, p. 209. 
L'inventaire de son mobilier a été donné dans la Bévue des sociétés 
savantes, t. I, 1859, p. 296. 



116 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

La grande dime des Chézcaux dépendait de Jançay: eiie se préle- 
vait sur les grains, agneaux, coches, gélines, lins, chanvres et autres 
choses ; elle est vendue le 1"" mai 1463 par Raoulin de La Celle, s' 
de Jançay, à Thomas Collln, marchand de Saint-Benoit, moyen- 
nant ISO ëcus. Celui-ci la rétrocéda aux héritiers du s' le 30 mai 1473 
pour le même prix (9406). 

Sous l'ancien régime, nous avons signalé aux Chézeaux dps écoles 
en 1521, un relai de poste aux XVII et XVIIPs., un bureau de 
gabelle, 1679-1715, deux notaires, plusieurs huissiers. Dans les 
temps contemporains, un bureau de poste y a été élabli en 1883, un 
bureau télégraphique en 1894, et enfin un poste téléphonique en 1904. 
L'école actuelle, construite en 1881, a coulé 34.792 francs. 

L'impôt était levé par quatre collecteurs; d'après un rôle de (aille 
de 1670, la p** payait 1.052 I. d'impositions; ce rôle comprend 
38 cotes dans le bourg et 32 dans le reste de lap*^; plus 5 men- 
diants taxés de 1 à 10 s. Cette pièce nous indique que la paroisse 
était habitée par 2 nolaires, 2 huissiers, 2 chirurgiens, 7 mar- 
chands, 1 cordonnier, 2 tailleurs, 1 armurier, 2 maréchaux, 3 tisse- 
rands, 3 maçons (D). 

Les Chézeaux, dit l'abbé Dufour, se divisaient en deux pour 
l'administration de la justice : la partie au S. de la voie du Sandet 
dépendait de la s'*' des Chézeaux, annexée à Rhodes; le surplus, 
auN., de Puylaurent. 

C'était aux Chézeaux que se trouvait l'orme (1), appelé des Bans 
en 1401, sous lequel les s" de La Terre-aux-Feuilles faisaient ren- 
dre la justice; on montre encore dans les Rues d'en Bas une grosse 
pierre qu'on appelle la pierre d'audience ; c'était là sans doute que 
se trouvait cet arbre. 

A la fin du XVIII» s., la justice élait rendue par un seul juge, 
résidant à Saint-Benoit, qui venait tous les quinze jours (D). 

Avant les guerres anglaises, il y avait une foire importante le 
jour de Saint-Eutrope et des marchés fort suivis; la foire reprit 
dans la suite et au XVIII<» siècle elle était fort renommée pour ses 
moutons. Les droits de cette foire appartenaient au vicomte de 
Brosse et au s' de Jançay. Elle durait deux jours. Le 29 avril, ils 
étaient levés par le premier, à raison de 1 s. sur chaque mar- 



(1) Nous avons dit dans notre première partie, d'après un document 
du XVI« s., que cet orme se trouvait dans la forêt des Chézeaux; il 
résulte d'un arrêt du Parlement de 1401, retrouve depuis, qu'il était 
aux Chézeaux même. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAiNT-SULPICE-LEg-FEUILLBS 117 

.> 

chand et un pot de vin sur chaque cabarelier (1); le lendemain, le 
second percevait 2 d. sur chaque marchand et une pinte par cha- 
que hôte. De plus, « à chacun jour de Saint-Eutrope, tous les meu- 
niers, tisserands, sergetiers, drapiers et hôtes vendans vins sont 
tenus d'apporter leurs boisseaux, écuelles, aulnes, pots et pintes 
pour estre mesurés et marqués, en donnant par chacun desd. 
vigeurs un boisseau neuf marqué des armes du vicomte et doivent 
payer chacun 5 s.; chaque tisserand, sergetier et drapier, chacun 
h s. pour la première marque de leurs aulnes et après 1 s., et par 
chacun hôte S s. et un pot de vin (3) ». 

Une affiche imprimée de Tan II porle que le bourg a deux foires, 
les 16 nov. et 30 avril. Elles furent reportées au 11 brum. et 
1 1 flor. 

Louis XIII, en se rendant de Toulouse à Paris, passa aux Chë- 
zeaux le 11 nov. 1(532. Ce fait et quelques autres de la période 
révolutionnaire constitueront l'histoire proprement dite du bourg. 
Sur cette période, en effet, un registre conservé à la cure des Ché- 
zeaux nous fournit des détails intéressants. 

Il nous fait ainsi assister à la première réunion du corps électoral 
des Chézeaux le 31 janv. 1790, au cours de laquelle Georges 
Aufort fut nommé maire. Nous voyons ensuite la municipalité 
prendre divers arrêtés pour maintenir le bon ordre et défendre les 
intérêts de ses administrés, donner l'exemple des dons patriotiques; 
puis, plus tard, sous la mairie de J.-B. Aumasson, s'occuper du 
recensement des grains, du contingent; en déc. 1792, elle constate 
que le déficit de la corn, pour attendre la récolte suivante est de 
1.800 boisseaux. Le 24 fév. 1793, elle dresse la liste des pauvres, 
au nombre de 21, et les répartit entre 30 propriétaires qui devront 
les nourrir. 

' Nos populations, qui avaient accepté avec enthousiasme les idées 
nouvelles, furent assez peu empressées à supporter les charges 
qu'en retour on leur imposait, c'est ainsi qu'aux Chézeaux et à 
Lussac, nous avons constaté le refus presque absolu que les villa- 
geois opposèrent aux appels patriotiques de la Convention : le 
19 mars 1793 la municipalité des Chézeaux, sur un mandement du 



(1) On voit dans une enquête de 1621 qu'en général ceux qui levaient 
ces droits « beuvoient led. vin et dépensoient ce qu'ils avoient levé ». 
(9403). 

(2) Affiche imprimée, de 425"»» sur 545"", portant : « Tarif des 
droits de placage, vente, mesure de boisseaux, aulnage, pinte de vin, 
droits sur les hostes, vigeries et autres droits qui sont dus aux seigneurs 
vicomtes de Brosses ». (Archives de La Goutte- Bernard). 



ii8 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

district, convoque « la garde nationale pour se rendre demain 
lundi au Dorai, à midi, pour voler au secours de nos frères du 
déparlement des Deux-Sèvres, de Parlhenay et de Niort. Ec consé- 
quence, nous avons fait passer la quésse plusieurs et dilTérenles 
fois pour faire rassembler lad. garde et les avons sommés, au nom 
de la Loi et de la Nation, de partir sur le champ. Lesquels nous 
ont répondu de passer les premiers et qu'ils ne vouloient y aller 
qu'ils ne fussent autrement forcés ». (Reg. révol.). 

Cependant, au mois d'avril suivant, on constate rengagement de 
quelques volontaires. 

Les anciens registres d'étatcivil des €hézeaux, qui remontent à 
1648, nous renseignent sur les familles importantes du bourg, qui 
étaient assez nombreuses. 

Nous citerons parmi celles-ci, les Delaforesi : Malhurin, précep- 
teur des écoles en 1531; André, receveur des Ghézeauxen 158â; 
Jean, notaire, et Mathurin, son frère, aussi notaire, qui eut, de 
Sébaslienne Petitpied, André, conseiller du roi et lieutenant parti- 
culier à Monlmorillon, f 1673, sa descendance se Gxa dans cette 
ville; Jean, s' de Monlabeux, marié le 8 février 1658 à Catherine 
des Collars. 

Les Delafont : Jean, notaire en 1545; Claude, greflSer et notaire, 
s' de Lorpingon (1625 f 1682); Pierre, s' de Saint-GeorgQs, tué 
le 3 oct. 1661 . 

On prëlend que Petitpied, avocat fameux au parlement de Paris 
au XVII« s. était originaire de ce bourg (note de M. Bellet); nous y 
trouvons en efTet une famille de ce nom : André Petitpied (1581 
1 1651); Charles, s' de La Valette, avocat en parlement(1627 f 1667), 
puis m® de poste des Chézeaux, il eut Louis, s''de LaValetle,-]- 1700, 
qui fut père de René, tous m«* de poste. 

Les Trébilhon étaient fort nombreux : Léonard, s' des Roches, 
notaire (1623-1681); René, s' des Coutures, huissier, eut Marie, 
mariée le 31 juil. 1703 à Pierre Martin ;de La Goutte-Bernard, et 
Claude, s' des Coutures, capitaine de gabelles, puis notaire. 

Citons encore les Marchai, Demarleville, chirurgiens ; les Depui- 
vinaud, Thomas, notaires. 

Toutes ces familles étaient autochtones; d'autres se fixèrent aux 
Chézeaux; tels les Duhail de Lalye (1719 fan VII), qui vinrent y 
acheter des bois pour les forges des environs; les Bigot de La Gansé 
et de Changast amenés en 1711 par des charges de gabelle; les 
Aufort, originaires de La Mardelle, qui occupent depuis plus de 
70 ansila'mairie des Chézeaux et qui ont joué un rôle important dans 
la vie, politique du canton. Le premier, Mathias (1736f 1805), lils 
de Georges (1701 f 1773), y acheta une charge d'huissier royal. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-F*UILLES 119 

SoD fils, Georges, licencié ès-Iois, Tut le premier maire des Cbé- 
zeaux et deyint administrateur du district, puis notaire. Celui-ci 
laissa entre autres : 1« Victor (1795 f 1862], docteur en médecine, 
père de M. Jules Àufort, ancien président de la chambre des no- 
taires et maire des Chézeaux, d'où Georges, licencié en droit, 
et Marc, ingénieur agronome ; 2^ Pompée, notaire à Saint-Sulpice, 
père de M. Ferdinand Aufort, notaire, maire et conseiller géné- 
ral de Saint-Sulpice, qui a laissé M. Albert Aufort, ingénieur E. G. P. 
et Mad. Golleviile. 

Lieux habités 

BOIS-ROBIN. — Lieu noble relevant de La Salle-de-Jançay, sui- 
vant dénombrement du 23 janvier 1572, rendu par le s' de La 
Goutte-Bernard ; il joignait le chemin des Ghézeaux à Lagebeau- 
deof. Appartenait encore à ces s'* en 1759. 

LE BOST. — 1 m., 7 h. Mentionné en 1565. Le 2 mars 1580 Jean 
Agenet, s' du Gourry, cède au s' de Rhodes une dime de blé au 
Bost et a le droit de retour de bœufs que debvoient les hommes 
couchants et levants en lad. dixmerie qui iroient labourer au mas 
du Corps du Bost » (9401). 

LES BUSSIÈRES. — 7 m., 28 h. Les Bnssières doivent des 
rentes à La Salle en 1486. 

Sur une maison on voit une croix de lorraine avec la date 1668 
et les lettres P. P. G. D. G. Peut-être Pierre Perrot, curé des Ghé- 
zeaux (D.). 

CHEZ- GAILLARD. — 1 m., 7 h. Cité en 1649; antérieurement 
appelé Les Petits-Moulins, tire son nom de Denis Gaillard, prêtre, 
demeurant aux Petits-Moulins en 1532. 

CHEZ-REDON. — 11 m., 39 h. La dime appartenait à La Salle ; 
CheulX'Reddons, 1579; les Redons, 1624; les Reddons, 1650-1656. 

LA GLIDIËRE. — 4 m., 15 h., annexée aux Ghézeaux en 18i7, 
dépendait autrefois de Saint-Georges. 

LE GLUZEAUD. — 3 m. 6 h. Le 7 mai 1565, Gabriel de Fougiè- 
res, capitaine de la vicomte de Brosses, donne à bail à Jean Aupe- 
tit, des Cluzeaulx, les cens que les sujets de la Terre-aux-Feuilles 
doivent à Brosses comme droits dé guet, moyennant 25 1. 

LA CROIX DU DOGNON. — Une tuilerie y fut construite vers 
1840, mais elle ne dura pas longtemps la tuile n'étant pas 
bonne (D.). 



120 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTOIUQUE DU LIMOUSIN 

LA FORÊT BRUNE. — 5 m., 30 h. Le mas de la Foiirest, «487 ; 
la Fourest Brune, 1536. La dîme dépendait de La Salle. La métairie 
du Bastide, sise dans ce viil. en 1583, dépendait de la s'*"" des 
Chézeaux. 

LA GOUTTE-BERNARD. - 3 m. Le voyageur qui descend de 
la Creuse vers les Chézeaux voit se dérouler devant lui un superbe 
panorama, coulée immense qui s'étend vers le Berry et d'où émer- 
gent, au milieu d*une mer de verdure, deux loits élevés couverts 
d'ardoise : l'un est le clocher des Chézeaux, l'antre le donjon de 
La Goutte-Bernard, exemplaire unique des petites forteresses qui 
jadis défendaient la Terre-aux-Feuilles. f^ fief qui relevait de 
Brosse, valait 60 1. de rente en 1552. 

Depuis le XV* s., époque où La Goutte«Bernard a élé constituée 
en fief, jusqu'à nos jours, ce donjon ne s'est transmis que par 
héritage aux mains des familles qui l'ont possédé ; il resta pendant 
trois siècles et demi la propriété d'une famille Martin, originaire, 
semble-t-il, des Chézeaux, qui a fourni des personnages remar- 
quables. 

Saint-Allais, sans indiquer ses sources, la fait remonter à n. h. 
Pierre Martin, tué dans les guerres de 1429, époux d'Isabeau de 
Bressy; Léonard Martin, le constructeur du château, serait son 
fils. 

Hais d'après les documents que nous avons trouvés, le fondateur 
de cette maison est Léonard Martin, licencié en droit, que l'on 
rencontre tout d'abord comme notaire en la cour de Brosse : le 
36 fëv. 1449 il prend à bail la s''* de Jançay .; c'est aussi devant lui 
gue, le 20 mars de cette année (v. s.), est passé le partage de la 
succession de Raoul Pot, s' de Piégut. Le 14 mars 1467 (v. s.), 
comme héritier de ses père et mère, Pierre Martin et Catherine 
Daousteau, il baille à rente à Jean Marsautt, alias de Maiihat, une 
maison Jean Bonnet, sise auprès du logis de la vicairie des Ché- 
zeaux (9403). 

C'était déjà sans doute un personnage important dans sa pro- 
vince, car dès le début de son règne, Louis XI, qui « estoit natu- 
rellement amy des gens de moyen estât » (Commines), l'attacha à 
sa cause en lui accordant en octobre 1462 des lettres de noblesse 
« en considération de sa vie louable, de ses mœurs honnêtes, de sa 
fidélité et autres vertus » (Arch. nai., JJ, 198, fol. 378, n. 415). 

En 1463, nous le trouvons sénéchal de la vicomte de Brosse pour 
M. de Chauvigny. 

Durant les troubles qui ensanglantèrent les années suivantes il 
continua ses services au roi qui le récompensa à nouveau en lui 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES l2l 

oclroyant la permission de coastruire un ch&leau fort à La GouUe- 
Bernard; les lettres patentes étaient de 1472 ou 1474 (1). 

Il mourut vers 1494 (2) ayant été marié deux fois à Catherine 
Agenette et à Louise Augustin ; le suivant est du premier lit. 

Pierre Martin, bachelier es lois, s' de La Goutte-Bernard, mort 
en 1513, avait épousé en 1481 Jeanne Augustin, Qlle du s' de 
Badecon ; de ce mariage vinrent Jean, qui suit, et François, curé 
des Chézeaux. 

Jean Martin, s' de La Goutte-Bernard, était en 1813 homme 
d*armes des ordonnances du roi sous la charge du s*" d'Ars. En cette 
qualité, il prit part « es conquestes des villes et païs de Millan et 
delà les Mons, et depuis a esté continuellement es armées des païs 
de Guienne et Bourgogne ». Il avait épousé Catherine Faulcon, 
dame de Salles et de Chassenon en Angoumois. 

Le 14 mai 1822, il délimitait avec Marguerite de Bridiers, veuve 
de Raoulin de la Celle, s'de Jançay, les bornes litigieuses de leurs 
gHe. . |g ^iii Jq Puys, p'* de Saint-Sulpice, reste au premier et la 
maison de la Corne de Cerf à la dame; ils indiquent ensuite les 
confrontations de la s'** du Bjois-Robin (9403). 

A la même époque, il avait des difficultés avec Philippe Pot, 
trésorier de la Sainte-Chapelle, s' des Chézeaux, au sujet de sa 
garenne. Pot prétendait que possédant déjà et d'ancienneté une 
garenne dite de Saint- Vaury ou des Chézeaux, joignant la garenne 
que Martin avait fait établir, celui-ci avait outrepassé ses droits; 
à quoi Martin objectait que La Goutte-Bernard étant un lieu noble, 
il était fondé d*avoir garenne. Pour supprimer toutes difficultés à 
Tavenir Pot lui céda la sienne (9403). 

(i) M. Le Grand, archiviste aux Archives nationales, n'a pu nous 
retrouver ces lettres dans les registres de la chancellerie. Leur date 
exacte ne nous est du reste pas connue. 

Les maintenues de noblesse de 1634 mentionnent « la permission 
concédée parle roy Louis onziesme de fortifier la maison de La Goutte- 
Bernard, en date de Tan 1484, signée par le roy, Tillart, et scellée du 
grand sceau de cire verte sur laye de soie verte et rouge. » Un inven- 
taire des titres de la noblesse des Martin de Puyvinaud analyse «^les 
lettres en forme de cachet données à Meaux au mois de juillet 1472 
pour faire bastir la maison de La Goutte-Bernard avec toutes les fortifi- 
cations nécessaires ». L'abbé Dufour et Saint- Allais datent ces lettres 
de 1474. 

La date de 1484 est manifestement inexacte, Louis XI étant décédé 
en 1483. 

(2) L'abbé Dufour dit qu'il mourut en 1535 et qu'on voit encore sa 
tombe portant cette date et ses armes dans l'église des Chézeaux; ou la 
lecture de cette date est inexacte ou cette tombe ne le concernait pas. 



122 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET UISTOKIQUE DU LIMOUSIN 

Le 4 fév. 1527 (v. s.), il conférait à Fiacre Regaaud, p***, la 
vicairie perpétuelle établie à Tautel de Saint-Pierre dans Téglise de 
Ghassenon dont le droit de présentation lui appartenait comme 
s' de Salles. 

En 4832, il plaidait encore à Montmorillon avec les Pot qui lui 
contestaient son droit de tombeau dans Tégiise. Il mourut entre 
1540 et 1542, laissant Léonard, suit; François, tige des s" de Puy- 
vinaud ; René, curé des Chézeaux ; etc. 

Léonard Martin, s' de La GouLle-Bernard, flgure dans une 
« monstre et revueu faicte en armes à Ànjac sur Gharante en 
Poictou le 9' jour d*octobre Tan 1548 de la compagnie du duc de 
Montpensier ». De ce document, il ressort qu1l avait servi pendant 
3 mois et 15 jours comme archer à la grande paie à 10 1. par mois, 
puis, pendant le même temps, comme hommes d'armes à la petite 
paie à raison de 15 I. par mois (1). 

11 s'attacha au service du duc de Montpensier, son suzerain, 
comme vicomte de Brosse, et des certiQcals nous le montre faisant 
partie de sa compagnie en 1555, 1560, 1562, 1563. 

En 1564, il obtenait du roi Gharles IX des lettres à terrier pour 
La Goutte-Bernard, la plupart de ses rentes et cens n'étant plus ■ 
payés « à cause des guerres, divisions, mortalité, accidens de feu 
es papiers terriers ». 

En mars 1568, se rendanl au camp du duc de Montpensier, il 
fut atteint à Barrou en Touraine « d'ung rume qui luy seroit tombé 
sur le visage du cousté droict qui luy auroit causé une Gëvre » et 
il dut s'arrêter dans Thêlel noble de Rigne : le 16 mars, alité depuis 
huit jours, il faisait constater sa maladie par notaire en présence 
d'Etienne Godin, docteur en médecine à Ârgenton, Philippe Gha- 
noyne, apothicaire au Blanc, Pierre de Loubbes, commandeur de 
Ghambéry, et Nicolas Guisinier, receveur de Rigne. 

Gette maladie obligea ce valeureux soldat à abandonner le ser- 
vice du duc, qui, en le quittant, reconnut par un certificat élogieux, 
les continuels services qu'il avait rendus « aux delTunctz roys Fran- 
çoys premier, Henry et Françoys deuxiesme et au roy monseigneur 
présentement régnant, en estatz et place d'archer et gendarme de 
notre compagnie depuis vingt neuf ans, sans en avoir jamais esté 
cassé, failly de se trouver aux camps, armées, sièges et garnisons 
où lad. compagnie a esté, ne faict acte en icelle qui soit autre que 
d'homme de bien et de vaillant, obéissant, bien advisé et expé- 
rimenté gentilhomme, pour toutes lesquelles vertuz il mérite tout 
faveur, honneur et gratlification ». 

(1) Arch, hist. du Poitou, t. XXXI, p. 8(V. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICB-LES-FEUILLES 123 

Malgré sa vie aventureuse, il avait trouvé le temps de fonder 
une famille en épousant, le 16 janv. 1853 (v. s.), Françoise de 
Chamborand, fille du s' dé Droux. Il mourut en 1K86, laissant : 
Jean, qui suit; Charles, s' de la Ménardiëre et de la Rochepol, 
époux de Silvaine Lamoureux, auteur de la branche de Harolles, 
encore existante en Berri, etc. 

Jean Martin, s' de La Goutte-Bernard, fut attaché, dès son 
jeune âge, à la personne du duc de Montpensier, qui lui délivrait 
un passeport, le 28 mars 1575, pour aller de Paris en sa maison, 
« luy quatriesme et quatre chcvaulx, sans que pour raison des 
harquebuzes, pistolets et autres armes qu'il portera ou fera porter 
pour tuition et défense de sa personne, il lui soit faict aucun 
trouble ». 

Par lettres du 17 janvier 1579, le duc d'Alençon, frère du roi, 
défenseur de la liberté des Païs-Bas, le nomma capitaine de 200 
hommes d*armes à pied français, sous la charge du s' de Neuville ; 
en cette qualité, il raccompagna dans sa campagne de Flandres. 

La même année, sans doute sur la recommandation du duc, le 
roi lui confia une mission auprès de la reine Elisabeth d* Angle- 
terre, pour laquelle il obtenait, le 17 juillet 1579, à Anvers, un 
passeport signé du prince d'Orange. 

La valeur militaire de La Goutte-Bernard était appréciée de tous 
les capitaines catholiques; la lettre suivante du duc de Montpensier 
montre en quelle estime celui-ci le tenait : 

Monsieur de La Gouttebernard, je désire d'assembler, suyvant le com- 
mandement que j'ay du roy, ma compagnye pour son service et pour la 
rendre belle serai très ayse pouvoir estre assisté et accompagné d'un 
bon nombre de mes amys affin de pouvoir mieulx et plus aisément exé- 
eulter ce que Sa Majesté me voudra ordonner et commander. Et d'au- 
tant que je scay que m'avez lousjours porté bonne volonté et désiré le 
bien de mes affaires, ay bien voulu vous faire ce mot et prier vouloyr 
estre de la partie. Et, si ainsy est, vous tenir prest de monter à cheval 
quant il plaira à sad. Majesté de le m'ordonner, dont je vous tiendray 
adverty et croiez que si, en ung si bon œuvre, je reçois quelque bon 
office de vostre part, je n'en seray jamais ingrat, mais le recougnoistray 
où roecasion s'en offrira en sorte que demeurerez content et satisfaict, 
ainsy que plus amplement vous pourrez entendre, si vostre commodité 
permet de parler au s*" de La Garde-Giron (1), auquel j'ay déclairé mon 
intention qui me gardera m'estendre par ceste-cy plus avant, que pour 
prier Dieu vous douner, Monsieur de La Goutte- Bernard, ce que plus 
désirez. 

Votre entièrement bon amy, François de Bourbon. 

A Champigny ce xix* jour d'avril 1586. 

(1) Ilardouin Martel, s' de La Garde-Giron, gentilhomme de la cham- 
bre du roi, chambellan du prince de Condé. 



124 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

L'année suivante, les environs de Saint-Benoit furent mis à feu 
el à sang : le 11 déc. 1S87, le maréchal de La Châtre écrit au roi 
« que Talarme est fort chaude du côté d'Argenton, les ennemis y 
ayant 1.500 à 2.000 hommes de pied qui courent à travers la cam- 
pagne et ruinent tout. Lorges est à Saint- Benoit avec Saint- 
Germain-Beaupré et 300 chevaux; ils attendent Charbonnières et 
Leborris (1) ». En prévision de visites fâcheuses, La Goutte-Bernard 
s'était fait délivrer le lâdécembre, par Lorges, déjà à Saint-Benoit, 
des lettres de sauvegarde pour ses propriétés. 

En 1888, le roi le déchargea du service de ban et d'arrière ban, 
a considérant qu'il nous a, en l'armée par nous naguère conduite, 
faict service durant trois mois en équipage d'armes et de che- 
vaux comme volontaire en la compagnie du marquis d' Allègre ». 

Le 23 mai 1587, il avait épousé Françoise d'Aubusson, veuve de 
Jean-Marc du Pouget; devenu veuf, il se maria en secondes noces, 
en 1603, à Lucresse de La Touche, veuve de Gabriel de Chambo- 
rand, dont il n'eut pas d'enfant. Du premier lit vinrent Louis et 
Annet qui suivent; Anne, femme de Mathurin de Saint-Aigoant, 
s' de La Gastine et de Lizière, et Françoise, religieuse. 

Louis Martin, s' de La Goutte-Bernard, avait été pourvu par 
Henri IV de la charge de gentilhomme ordinaire de la chambre. 
Le 19 oct. 1610, Henri d'Aiguillon, duc de Lorraine et grand cham- 
bellan de France, le confirme dans cet office, tant pour les servi- 
ces rendus au feu roi que pour ceux qu'il rend actuellement. 

Louis et son frère furent, comme leurs ancêtres, de vaillants 
soldats ; le maréchal de La Chastre, gouverneur du Berri, prisait 
fort leur courage; il les choisit tout particulièrement pour l'accom- 
pagner avec l'armée que, en qualité de lieutenant-général, il con- 
duisait au pays de Juliers, leur écrivant : 

Messieurs de La Costebernard, les sieurs de Fins et de Periiac (2) 
m'estant venus veoir, je les ay priez de vous faire tenir ceste lettre 
pour vous donner advis que ma compagnie fera monstre dans peu de 
jours et pourceque ce ne sera qu'en robbe, mes compagnons n'employe- 
ronl point leur argent à faire leurs équipages pour ce coup. 

Je vous diray qu'au voyage de Julliers, il s'en trouve beaucoup plus 
qu'il ne m'en failoit et ay esté contraint d'en retrancher une quantité, 
j'ay désiré toutefois vous retenir et vous en advertir pour savoir si vous 



(1) Cf. Correspondance du maréchal de La Chastre, publiée par 
M. Beaudouin-Lalondre, dans le Bulletin de la Société historique du Cher, 
1893-1895, p. 31. Les lettres ci-après ne s'y trouvent pas. 

(2) Claude de Vilaines ou Jacques de Gibau, s" de Fins; François de 
La Marche, s*^ de Parnac. 



Cliâti^au de Lu r.o 



126 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

son; il fut iahumé le 22 février 1665 dans l'église des Chézeaux, 
à TAge de quatre-vingt-deux ans. 

Louis Martin, baron de La Goutte-Bernard, et de Neuvy-SainL 
Sépulchre, son fils, décéda avant lui, sans laisser d'enfant de 
Charlotte du Mont. 

Par testament du 12 avril 1664, son père légua ses biens à Louis, 
petit-fils d'Annet, s' de Ghassenon et de la Roche de Mouhet. 

Louis, s' de la Roche-de-Houhet, puis de La Goutte-Bernard, fut 
officier au régiment d'Auvergne ; de son union contractée le 30 nov. 
1662, avec Gabrielle deSaint-Aignan de La Gastine, vinrent : Louis, 
suit; Joseph, s' de TAjonc et de la Roche de Mouhet, qui eut pos- 
térité ; Pierre, s* du Peudemont, né le 30 août 1673, qui épousa le 
30 juil. 1703, Marie Trébil'hon, fille de Thuissier des Chézeaux. Il 
fut dans la suite lieutenant de gabelles, puis officier; Louis décéda 
le 28 déc. 1679. 

Louis Martin, s' de La Goutte-Bernard, né le 8 juil. 1669, fut 
inhumé dans sa chapelle de Téglise le 8 mars 1707 après avoir 
épousé en 1702 Marie de La Celle; d'où Jean et Silvine, née le 
6janv. 1703. 

Jean Martin, s' de La Goutte-Bernard et de Bois-Robin, (27 juil. 
1706t7fév. 1759) laissa de Renée de Larie épousée en 1726 : 
Jean-François, lieutenant au régiment de la reine; Joseph, né le 
27 fév. 1732, chanoine de Chartres; Antoine, qui suit; François- 
Joseph, garde du corps du roi; Marie-Silvie mariée àN. Cramou- 
zeau et Rose, née le 2S mars 1745, mariée k Goguyer de la Lande. 

Le 12 juin 1785, il partageait avec ses co-héritiers la s"« de La 
Roche de Mouhet indivise avec la branche de Peudemont. 

Antoine Martin de La Goutte-Bernard, s' dud. lieu et de Bois- 
Robin (20 juil. 1736 1 26 nov. 1827), épousa par contrat du 
22 mai 1759 Françoise Bigot du Puy de Sepmes ; ses enfants sont : 
François, garde du corps, émigré tué à Quiberon; Jean, qui suit; 
Jacques-Charles (23 déc. 1760 f 1810) ; Silvie-Aimée et Marie-Anne, 
religieuses; Marie-Anne-Marguerite (21 déc. 1767 f 9 déc. 1834), 
mariée en 1811 à Antoine de Fougières. 

Antoine, âgé au moment de la Révolution, n'émigra pas; dans 
une dénonciation faite au district du Dorât le 1*' avril 1793 il est 
accusé d'avoir tenu des propos contre-révolutionnaires à un métayer; 
<( les scélérats qui sont à la Convention, lui aurait-il dit, et ces 
gueux de bourgeois seront bientôt anéantis; ne soyez pas inquiet, 
ce n'est pas à vous à qui nous en voulons, les campagnes et les 
petites paroisses ne sentiront aucunement l'effet de notre fureur, 
mais je vous promets que, sous peu de temps, les villes et les gros 
bourgs seront réduits en cendres » ; il lui annonça en outre que les 
armées avaient passé le Rhin en deux endroits différents. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-PEUILLES 127 

À la suite de cette dénonciation, le district fit comparaître le 2 
le métayer qui reconnut l'exactitude de ces propos; en consé. 
quencBf ordre fut donné à la garde nationale du Dorât de se saisir 
de La Goutte-Bernard (L-549}. 

On trouve dans le registre révolutionnaire des Chézeaux le pro- 
cès-verbal de son arrestation et aussi celui de son évasion, car, pro- 
fitant d'un moment d'inattention de ses gardiens, il se sauva; repris 
quelques jours après à Pouligny, district du Blanc, il fut incarcéré à 
Limoges avec sa femme, un de ses flls et sa fille qui avaient é(c 
arrêtés comme complices. Ils furent élargis dans la suite. 

Jean Martin de La Goutte-Bernard baptisé à Mouhet le 13 août 
4774, émigra en 1791, et fit campagne à l'armée des Princes; puis 
il entra en 1795 au service de l'Angleterre et en 1796 s'embarqua 
pour les Iles-sous-le-Vent ou il prit part à toutes les expéditions; 
nommé capitaine au 8« régiment des Indes Orientales, il fut attaché 
comme adjoint au quarlier-mattre général. Il rentra en France en 
1816. Pendant la durée de son séjour à l'étranger il abandonna son 
nom et ne fut connu que sous celui de John Lagoutte; en 1828 et 
18S9, il dut, pour prouver son identité, produire des actes de 
notoriété signés du contre-amiral du Caslenet, du comte de Marans, 
maréchal de camp, et de nombreux émigrés qui certifièrent qu'il y 
avait identité entre Jean Martin de La Goutte-Bernard, « et l'indi- 
vidu qui, pendant plus de dix ans, a servi en qualité de capitaine 
au 8^ régiment des Indes Orientales de S. M. Britannique sous le 
nom de John la Goutte ». Il avait épousé à Port d'Espagne, lie de 
la Trinité, Marie-Ànne-Adélaïde Maillard, d'où Caroline (16 sept. 
1807) et Charles (4 août 1812) ; ce dernier marié à Alix Le Bègue de 
Germigny, ne laissa que deux filles, dont Madame la comtesse de 
Kerninon, qui, avec une rare obligeance, a bien voulu nous 
envoyer en communication ses papiers de famille, où nous avons 
puisé presque tout ce qui précède. 

La terre de La Goutte-Bernard fut, dans les partages attribuée à 
Had. de Fougières, et elle est encore possédée par sa petite fille, 
Mad. de La Tour du BreulL née de Fougières. 

Le château de La Goutte-Bernard, construit, avons-nous vu, vers 
1475, reproduisait, dans son étal primitif, le plan de celui de 
Rhodes, mais en plus petit : deux ailes inégales se rejoignant à 
angle droit, avec, au point de jonction, une grosse tour carrée, 
donjon renfermant l'escalier; la plus grande des deux ailes était 
flanquée de deux.tours rondes ; en 1848 la tour N.-E. a été démolie 
et remplacée par une autre de même forme à fenêtre ogivales et 
en 1886 on a élevé le bâtiment du sud qui est orné de deux tou- 
relles en encorbellement (D.). 



128 SOCléTÊ ARCHÉOLOGIQUE ET UISTODIQUE DU LIMOUSIN 

Le doQjoD, (iécouronné, au moment de la Révolulion, à hauteur 
des mâchicoulis, a été depuis exhaussé en briques. Au-dessus de sa 
porie, on voit un écusson rapporté à une dale récente, qui ren- 
ferme les armes des de Fougièrcs écartelées de leurs principales 
alliances; il se blasonne : parti de trois et coupé d*un : au 1, à 
3 pointes (de Fougières); au % une bande (de Menou); au 3, deux 
savatles ; au 4, une bande (de Bridiers) ; au 5, trois tours, 2 et 1 ; au 
6, trois maillets, S e( 1 (Martel); au 7, une croix potencée chargée 
de 7 coquilles; au 8, trois merlettes; sur le tout Técu des de 
Fougières qui portaient (Tor au chef de gueuler emmanché de trois 
pièces. 

L'ensemble des bâtiments de La Goutte-Bernard formait autrefois 
deux cours; Tune était extérieure au château proprement dit; on y 
accédait par deux portes en plein ceintre qui devaient donner sur 
des douves ; au-dessus de la grande se trouvait un écusson parti 
avec d'un côté la fasce ondée des Martin et de l'autre la croix des 
d'Aubusson; elle remontait donc au XVI'' s. Reconstruite au s. der- 
nier elle montre l'écusson des de Fougières; la petite porte a con- 
servé la fasce des premiers seigneurs. 

Le corps de logis formait avec d'autres murailles une seconde 
cour intérieure dans laquelle on entrait par une porte cintrée. 

A rO. se trouvait une petite chapelle qui renfermait des fresques. 

Le plan que nous venons de tracer se retrouve dans l'aveu rendu 
le 23 janv. 1572 par Léonard Martin; nouns y rencontrons aussi la 
consistance de la s'**. 

Le s' dit tenir du vicomte de Brosses le fief noble de La Goutte- 
Bernard c( composé d'un corps de logis à trois grosses tours avec 
machecolis, bien percées et garnies de canonnières, renfermé de 
haultes murailles et deux tours aux deux coings de la basse-court 
dud. chastel; en laquelle basse-court y a une chapelle; ung portai 
maschonné à rentrée de la dite basse-court fait pour luy servir à 
ung pont-levis et des foussés autour de ses murailles par dehors; 
plus ung colombier; ung jardin devant le chastel garni de haultes 
murailles et garnie de quatre tours ». Il possède aussi la maison 
de la Chaume Bastetaud; deux étangs de la Jalleterye; le moulin 
bannier de Puyspithon avec droit de contrainte sur les hommes de 
la seigneurie ; la grande dime Bastetaud sur Virvalais, Cheugé, le 
Peu de la Roche et partie de La Valette; moitié indivise des dimes 
de Brelande et de la Boutinotière; dans tous ces villages chaque 
feu doit au s' une poule annuelle à cause de la dime de rabbes ; il 
a de plus des rentes féodales et des vinades sur Faut, Les Servan- 
tières, Les Minardières, Les Grands Moulins, Ratenon, Le Genest, 
etc.. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SDLPICE-LES-FEUILLBS 129 

JANÇAY. — 4 m., 23 h. En se rendant de Saint-Sulpice aux Ché- 
zeaax par la roule pittoresque qui serpente le long de Tétang de 
Jançay, on aperçoit, de l'autre côté de Teau, un bouquet d'arbres 
touiïus situé à mi-côte et au-dessous du village de La Salle. Ces 
arbres cachent un petit monticule sur lequel se trouvent les ruines 
(fune petite forteresse dont on devine encore la forme; elle a été 
rasée au niveau du sol. 

Ce monticule, assez escarpé, est élevé d'une quinzaine de mètres 
au-dessus de la vallée; pour l'isoler du reste du coteau, une cou- 
pure de 10" de large sur 8" de profondeur avait été pratiquée, et, 
sur le sommet, préalablement aplani, on avait édifié des murailles 
dont l'ensemble présentait la forme d'un carré dont un cô(é, sans 
doute pour épouser la contiguralion du terrain, était en ligne bri- 
sée ; il mesure 37" sur 25. Chaque angle était flanqué d'une tour; 
une cinquième tour était appliquée sur le côté brisé, du côté de la 
coupure ; elle abritait sans doute la porte et le pont-levis. L'épais- 
seur des murailles est de â^SO; les tours ont4"i0 de diamètre 
intérieur et S^SO de diamètre extérieur. 

A l'intérieur de cette enceinte, adossé à la ligne brisée, on ren- 
contre un bâtiment de 16" sur 4"50; puis, au milieu, isolé, un don- 
jon circulaire de iO" de diamètre et 3" seulement de diamètre 
intérieur (M. de Beaufori). 

Une canonnière de la tour N.-O., qui dominait le fossé, a été 
démolie et la brèche permet de pénétrer dans une salle souter- 
raine à demi comblée par les éboulements; cette salle exigiie est 
voûtée en ogive, déformée par la poussée des terres. 

Ce château, qui parait dater de la fin du XV^' siècle,^avait rem- 
placé un château féodal démoli sans doute aux temps (Ks guerres 
anglaises. ^ 

Il avait donné son nom à une ancienne famille dQnt on ne 
retrouve plus trace après le XIV» s. Sur cette famille, les documents 
sont très rares : le jour Saint-Sulpice 1329 Agnès, (illede Perrin 
Boresteau, des Chézeaux, et femme de Pierre Auprévost, de 
La Châtre, confesse avoir affermé à Perranelle de Joanceys, damoi- 
seau, tous ses droits dans la maison du Mas de Beranger et dans la 
maison Terloane, moyennant un s. seigle (9390). Le jeudi aprrs 
invocavit me 1333, à Chaleec, la mémecède àPereau de Jeansoys 
un s. seigle de rente sur la dème. Beranger et la tenue Trolcnc 
(9394). Une pièce de la même épor|ue, dont la date est etTacée, 
porte cession par Itier de Barret, damoiseau, à Michel de Jo!)an- 
ceys, clerc, au nom de Boson de Johanceys. Le vendredi avant 
Tavenl 1361, Jean de Jencays rend aveu à Mondon. Uno autre 
charte de 1309 désigne un Boson de Johanceys comme vassal de 
celte dernière s'*'. 



A 



130 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Quoiqu'il en soit, celle famille ne possédait plus Jançay au 
XIIIo s., car la charte que nous avons publiée à la notice sur Seu- 
get porte qu'Hélion de La Porte est « seignor du chasteau de 
Joancès ». 

En 1303, le château, l^étang, la métairie et la forêt du même nom 
étaient possédés par Jacques de La Porte. Une de ses descendantes, 
Marguerite de La Porte, ayant épousé Hugues de La Celle, s' de 
Bouéry, porta Jançay dans cette famille. 

Leur fils, Raoulin de La Cellei donnait à rente, le 7 mai 1404, 
des terres à Montregnault dépendant de Johanceys. De Margue- 
rite Le Groing, il eut de nombreux enfants, dont Hélion et Raoulin. 
Le 2(5 fév. 1449 (v. s.), Hélion et sa mère donnaient à bail à Léo- 
nard Martin, licencié es lois, des Chézeaux, la terre de Jeanceys en 
La Terre-aux-Feuilles et châtellenie de Magnac, sous réserve des 
étangs, moyennant 60 royaux d'or. Le 8 fév. 1466 (v. s.) Léonard 
Brulhaud, bourgeois de La Souterraine, à cause de Plaisance 
Longi alias Pichequayr, sa femme, lui rendait hommage pour des 
rentes sur les manses de La Boutinolière, du Puy et de La Bedou- 
che, dépendant de Johansays. Hélion n'eut pas d'enfants et ses 
biens passèrent à ses frères. C'est à celte occasion que la s''"* de 
Jançai fut divisée en deux parts, l'une qui continua à porter ce 
nom, l'autre qu'on appela La Salle de Jançay. Sur celle-ci, nous 
reviendrons plus loin. 

Le château de Jançay fut attribué à la branche de Souvolle et 
La Salle à la branche de Bouéry. 

Une déclaration rendue le 25 sept. 1486 au vicomte de Brosses 
par François de La Celle, s' de Souvolle et de Janssoys, fils de 
Pierre et de Marguerite de LaTrémoille, nous donne le détail de la 
s'**. Elle comprend le château et maison forte avec la justice, le 
grand étang; l'étang de las Seiches, les pescheries du Recloux, de 
La Pendies; celle qui touche à La Salle et celle qui est près de la 
touche (bois) dud. lieu ; cette touche et le quart de la forêt de 
las Grant Fas, le tout valant 30 I. de rente. Suit renonciation 
des tenanciers : Jehan Grous doit 13 bians, Tun pour conduire le 
blé à Souvolle, les autres pour l'amener à Jançay ; les Méraud de 
Villevalloys, un bian à 4 bœufs et charrette pour aller chercher du 
vin ou il plaira au s^ Il possède encore des rentes sur Les Bus- 
sières, Les Plaines, Banlard, Les Servantières, La Pandue, etc. Le 
moulin qui est à la grant chaussée du grant étang, valant âO s. sei- 
gle et 30 s., lui appartient (9400). 11 était encore s' de Joançoys 
en 1493. Ses successeurs furent : Jean de La Celle, à qui la jouis- 
sance de la chapelle de Jançay est attribuée par jugement du 
13 mars 1508; Jacques de La Celle ; Sulpice, flis de ce dernier, curé 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLBS 131 

d'Orceaume, 1827; autre Sulpice de La Celle, époux PerrèUe Vige- 
ron, 1586-1558; Christophe de La Celle, s' de Souvolle, 1571. Le 
1" oct. 1573, ce dernier vendit la s'** du château de Jançay, avec le 
grand étang et le bois de haute futaie de La Grand Fa, à Jacques 
Pot, s' de Lavaupot. Elle suivit dans la suite le sort de cette der- 
nière. 
En 1552 Jançay et La Salle valaient 100 1. de rente. 

LES GRANDS-MOULINS. — 1 m., 9 h. Le 10 septembre 1410, 
Olive de Saint-Georges, dame de La Tour Saint- Vourie et de la 
terre des Ghazaus en partie, « dame bien prouebve et bien aconseil- 
lée », fait don à Guillaume Charpentier, paroissien des Chézeaux, 
pour ses bons et agréables services, des héritages de Pierre Lasson 
et André Babus, au village du Moulins^ et lui baille à rente le mou- 
lin à drap appelé le moulin de I^eycluse, situé en Théritage du 
Moulins (9397). Les Grands-Moulins, 1521. 

LES JOYEUX. — Village cité en 1654. 

LAGEBEAUDEUF. — 2 m., 10 h. LÀge Beauduc, 1447; UAge- 
beaudeuf^ 1478. 

LES LANDES. — - 1 m, 11 h. Domaine autrefois sur Saint-Geor- 
ges, reconstruit sur Les Chézeaux; suivant dénombrement du 
26 mars 1597, le flef des Landes comprenant bâtiments et héri- 
tages dépend de la s""" des Chézeaux et est possédé par le s' de 
Puyiaurent. 

LAUROT. — 1 m. 2 h. Au XVP s., les terres du mas de Loreau 
ou autrement les communautés des Landes de Jançoys, contenant 
300 s., étaient contestées entre les'deLavaupoletceluideRhodcs. 
En 1573, Guillaume Pot, accompagné d'hommes en armes, s était 
emparé des blés et des rabbes du s*^ de Lavaupot, avait battu ses 
gens et tué leurs bêles (9391.) 

LA LOGE. — 1 m. 6 h. Jusqu*en 1847 comprise dans Saint- 
Georges. 

LA MÉCANIQUE. —2 m. 10 h. En 1824, M. Bruno Gravier éta- 
blit une filature de laine au lieu dit La Pianche-à-Macoux; elle fut 
longtemps florissante, dit Tabbé Dufour, et fut une source de com- 
merce pour le bourg. Un incendie, dans la nuit du 7 au 8 oct. 1856, 
dévora le manège où Ton mettait les chevaux qui faisaient tourner 
Tarbre; un second incendie Tacheva dans la nuil du 20 au 21 avril 
1860. Elle a été reconstruite depuis et il y existe encore une fila- 
ture de laine à 120 broches. 



132 SOCIÉTÉ AnCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

MOULliN-NEUF DES AUDOUCETS. - 1 m. 7 h. Une senlence 
du sénéchal de Poilou du 17 juin 1500 pour le s' des Chézeaux 
aKribue à celui-ci, faute de payement des devoirs fonciers, le mou- 
lin neuf des Audoulcets^ appartenant à Pierre Audouicet. Cette 
sentence ne fut sans doute pas exécutée, car ce dernier vendait le 
27 janv. 1503 au même s' une rente de 4 s. seigle sur un moulin sis 
au-dessous du vill. des Grands-Moulins, appelés le Molin-Neuf des 
Audoulcety sur la rivière de Hascort. En 1600, ce moulin est à blé et 
à drap; au XVIIP s., il était en ruines. Il a été reconstruit depuis 
(9397). 

LES PAGES. — 1 m. 7 h. Construction récente. 

LA PENDUE. — 1 m. 6 h. Dépendait de Jançay. Le 25 oct. 1472, 
la dame de ce lieu donne à rente à Jean Martin le jeune le mas de 
terre de La Pandude, qui était naguère en bois, avec droit d'usage 
dans les bois de Jançay, mais seulement ce qu'il pourra porter au 
col; La Pendude, 1486; La Pandue, 1650 (9390). 

LA PÉRONNE. — Moulrn mentionné en 1660-1674 (1). 

LES PETITS MOULINS. — L^« Petitz Molins, 1476; métairie des 
Petits-Moulins alias de Chez-Gaillard, 1649. 

LA PLANCHE-MAQUOT. — Autre nom de la Mécanique. Ce nom 
de Maquot doit provenir de l'ancien nom du ruisseau sur lequel se 
trouve ce hameau : rivière de Macor ou Mascort, au XVI* siècle, 
d'autant qu*on trouve en 1500 un Gué de Macort dans cette région. 

PRÉMARTIN. ~ 2 m. 10 h. Anciennement le Moulin Neuf des 
Charpentiers. 

Sans doute le moulin à drap appelé de Leycluse^ donné ci-dessus . 
en 1410. Le 26 janv. 1514 (n. s.), Marie Barton, dame des Chézeaux, 
permet à Guillaume et Macé Charpentier de bâtir un moulin à blé 
sur la place où se trouvait jadis un moulin à drap, sur la rivière de 
Macor, près des Chézeaux, sans payer de devoirs. En 1528, ce mou- 
lin était édifié, mais comme les Charpentier tenaient déjà à rente 
le moulin banier du Refour, les hommes de la s'*« ne voulaient 
aller à leur moulin neuf et ils ne pouvaient les y contraindre « parce 
qu'il était en main roturière ». Pour faire cesser cet état de choses 
qui leur était préjudiciable, ils passaient le 3 mars 1528 un com- 
promis avec le s' des Chézeaux. Ils lui abandonnèrent le Refour et 



(1) Deux lieux dits de La Péronne figurent au cadastre : Tun 844 B, 
au-dessous du Bost ; Tautre 789, près du Prémarlin. 



MONOCnAPHIE DU CANTON DE SAJNT-SULPI CE-LÈS-FEUILLES 133 

reconnurent tenir en la main du s' le nouveau moulin, à charge de 
lui payer 1 s. seigle et 1 s. froment. Cette déclaration, acceptée par 
le s', permettait aux tenanciers de jouir du droit de contrainte sur 
les habitants. Ce moulin, désigné depuis sous le nom de Moulin 
neuf dès Charpentiers, était encore à blé et à drap en 1853; au 
XVIl» s., il était appelé le moulin de Prémartin, i683 (9397). 

André Petilpied, s' de Pré-Martin (i659); Valentin Peuchaud 
(^58-1772). 

PUYCHAFFRAT. — 8 m., 37 h. Suivant déclaration du 26 mars 
4523, les habitants de ce vill. sont hommes couchants et levants 
roturièrement de Rhodes, astreignables à moudre au moulin du 
s' et à faire le guet à son château; ils devaient une corvée par 
semaine. « Le fort beau et grand village de Puychaffray », aveu de 
Rhodes, 1597; Podium Chaffroy, 1282. 

Une tuilerie est mentionnée aux Gorces de Puischaffret en 1717. 
Faisait avant 1847 partie de Saint-Georges. 

LE REFOUR. — 1 m., 5 h. C'était le moulin banal de la s'*« des 
Chézeanx sis sur le chemin de la Poste; il est mentionné dès 1514. 
En 1528, le Reffourt est affermé par le s' 12 s. seigle et 12 b. fro- 
ment; en 1588, 5 s. froment, 43 s. seigle, 6 chapons et un gâteau; 
en 1720, 220 1., un gâteau et 2 chapons. 

LES RUES D'EN BAS. — Ancien nom de la partie des Ghézeaux 
groupée autour de Téglise. La dîme des Rues dEmhas (1588), appar- 
tenait à la s"« de La Salle. Ce nom ne figure pas dans les docu- 
ments antérieurs. 

LES SANDETS. — 1 m. 9 h. Domaine de construction récente. 

PUYLAURENT, la seule des localités de notre canton qui ait 
accrochée à son nom un lambeau d'histoire générale : nous avons 
conté plus haut la vie agitée du duc de Puylaurent. 

Le château est entièrement détruit; il comprenait, d'après M. de 
Beaufort, qui l'avait vu dans sa jeunesse, un grand corps de logis 
avec premier étage qui faisait un des côtés de la cour; dans 
celle-ci se trouvait un donjon carré assez élevé. Un autre côté de la 
cour était clos par des servitudes an milieu desquelles s'ouvrait le 
portail d'entrée. Les deux autres côtés étaient fermés par des 
murailles. Ce portail était précédé d'une avant-cour dans laquelle 
on entrait par une porte cochëre flanquée de deux tours. Lors de 
la démolition, on y a trouvé bon nombre de pièces de Louis XIII 
et Louis XIV. 

Le tout était entouré d'un large fossé toujours plein d'eau. 



.134 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Puylaurent, qui était un des Gefs de la Terre-aux-Feuilles, ^tait 
possédé eu 1448 par Galand de Saint-Savin, s' de La Grange. 

Au commencement du XVI< s., il était aux mains des Pot de 
Rhodes. Le 10 avril 1508, Jean Pot, s' de Rhodes et Puislaurentt 
donne à bail à Léger Sipière, le moulin de Puislaurent sis au-des- 
sous du grand étang, moyennant 10 s. seigle, 2 chapons et un 
gâteau de demi-boisseau de farine. Le 2 nov. 1509, il passait un 
marché avec Simon Delagarde, couvreur, des Chézeaux, « pour 
recouvrir la tour de Puislaurent avecques la vis », moyennant 6 1. 

Son fils, François Pot, fait un accord le 31 janv. 1539 (v. s.) 
avec Guyot Pot, s' des Chézeaux, par lequel il est stipulé que tous 
les héritages acquis par François dans la mouvance des Chézeaux 
seront tenus à foi et hommage et que la basse justice lui appar- 
tiendra (9400). 

L'année suivante, il céda Puyiaurent à René de Lage, s' de Cha- 
zelat. Celui-ci qui avait épousé Gilberte de Savary-Lancosroe, 
laissa Honoré de Lage, s' de Puyiaurent, chambellan du duc d*An- 
jou, décédé le 15 janv. 1590, à qui Anne d*Aubusson donna René 
de Lage, sous-gouverneur du duc d'Anjou, conseiller du roi en ses 
conseils d'état et privé; de Jeanne Pot, que ce dernier avait épou- 
sée le 16 nov. 1602, vinrent : Antoine, le fameux duc de Puyiau- 
rent ; Anne, supérieure des religieuses de Sainte-Marie de Bourges; 
Madeleine, religieuse à l'Annonciade de Bourges, et Louise, reli- 
gieuse à Sainte-Glaire de Limoges (Nadaud). 

René eut de nombreuses contestations, vers 1621-1623, avec le 
s' de Rhodes comme possesseur des s"* de Mondon et des Ché- 
zeaux, au sujet de Tclang de Bantard, du droit de placage des 
Chézeaux, des dîmes de cette paroisse dont les limites furent con- 
testées, de la justice de la cure de Saint-Georges, des communaux 
de cette paroisse, etc. 

Antoine, qui se qualifiait de s"" de Puyiaurent, la Perusse, le 
Noyer, la Ville-au-Brun, avait épousé, avons-nous dit, Marguerite 
de Combour, qui, à sa mort, entra en possession des biens de son 
mari. Elle épousa en seconde noces Henri de Lorraine, comte 
d'Harcourt d'Armagnac, grand écuyer de France, sénéchal de 
Bourgogne, gouverneur d'Anjou, qui prend, en 1645, la qualité de 
s' de Puyiaurent. Quelque temps après, cette seigneurie fut cédée, 
moyennant 80.000 I. à Etienne de Chamborand, s' de La Clavière, 
maréchal de camp, gouverneur de Philippsbourg(9400); de sa femme 
Marie Philippe, il laissa Pierre de Chamborand, s' de La Clavière 
et Puyiaurent; c'est sans doute ce dernier qui est désigné dans 
une lettre de Colbert à l'intendant de Bourges, en 1673, comme 
faisant partie d' « une bande de quelques gentilshommes notés et 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-PEUILLES 135 

mal famés qui vont avec attroupement et port d'armes de 18 on 
30 hommes, tous du côté d'Argenton, du Limousin ou de la Mar- 
che »» sur les confins des généralités de Bourges, Limoges et Poi- 
tiers (i). 

Il avait épousé Marie-Anne Lefort de Villemandon ; un de leurs 
(ils, Henri, est baptisé à Saint-Georges le 23 nov. 1698. 

Pierre mourut en 1724 ayant eu encore Etienne-Alexandre de 
Chamborand dit le marquis de Puylaurent, né le 26 nov. 1685, lieu- 
tenant de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, qui, le 28 juin 1732, 
vendit au comte de Laval la s'^<*de Puylaurent comprenant chAteau, 
chapelle, forêt, trois étangs, une vieille tuilerie (9400). Elle était 
encore aux mains de cette famille, dont nous avons parlé à propos 
d'Ârnac, au moment de la Révolution. A cette époque, nous avons 
vu que les de Montbel la revendiquaient. 

De Puylaurent relevaient les Befs de Grand-Fa, Le Perusse, Le 
Bournazeau, La Bastide Cormary, LesFayolles, etc. 

Le s' levait la dîme sur les Tribardières, Ghampagnac, Les Gale- 
ries, La Chardiére, Chez-Dandin, La Perusse, Le Monteil, Le Mas, 
i^a Bastide, Fan, Puiferrat, Peupiton, Peuchaud, L'Agebouille- 
rand, etc. Dans tous ces villages, il percevait 3 s. par feu pour 
exemption du droit de guet. En 1637, ces dîmes rapportaient 85 s. 
de seigle. Ge fief est évalué à 300 I. de rente en 1652. 

Vers 1710, la verrerie de Bouery (V. plus loin) fut transportée à 
Puylaurent; elle ne paraît pas y avoir eu une longue existence. 

Puylaurent, qui était autrefois de Saint-Georges, a été, en 1847, 
uni aux Ghézeaux ; le dernier recensement lui donne 4 m., 17 h. 

René Delafont, receveur, 1616; 1645, Pierre Petit-Pied, lieute- 
nant; Bruno Aumasson, greffier, 1776. 

LA SALLE DE JANÇAY, — 2 m., dit un mémoire du XV1« s., 
«est un démembrement de Jançois qui a fait le partage d*un puîné; 
ce n*esl qu'une petite maison basse qui avoit autrefois esté baslie 
près le chastel de Jançoys, voire à dix pas près; mesme elle prit 
1 élymologie de son nom sur led. chastel comme estant descendue 
dud. chastel, d'aultant qu'elle s'appelle la seigneurie de la salle du 
chasteau de Jançoys ». Un autre mémoire de la même époque la 
nomme la s"^' de la Celle de Jançois (9391). Elle aurait pu tirer son 
nom de celui de la famille la possédant, tout comme Lavaupol, 
mais les documents antérieurs portent tous La Salle; on ne peut 
donc s'arrêter à celte étymologie. 

(1) M. Leroux, Introduc. à VInvent. des arch. hosp. de la Haute- 
Vienne, p. ix, 



136 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Un aveu sans date, mais du XV' s., rendu par Raoulin de la 
Celle, pour la Salle de Jehançoys, détaille Thôtel et abcrgemcnt 
de La Salle, colombier, droit de justice comme les autres seigneurs 
de la Terre-aux-Feuilles; sa part des placages des foires et marchés 
des Chézeanx et de la commande de la Terre-aux-FeuilIes, valant 
6 1. par an, une pêcherie sous ledit hôtel tenant au grand étang et 
à la font dud. lieu; sa part du bois de Jançai étant tant en bois de 
serpe et taillis qu'en bois de ligne et de haute futaie, sis entre les 
Ghézeaux et Jehançoys et joignant au chemin de la justice (1) de 
Johençoys à Saint-Benoit ; le Bois Garnault avec la grande garenne 
de La Salle; Vétang de La Rue; les grandes dîmes des Ghézeaux et 
de Saint-Sulpice ; des tenues serves et de serve condition, aux us 
et coutumes de la vicomte de Brosse, sur Seuger, Montraignaull, 
la Ville-au-Jay, les Gouges, les Bussières, les Petits-Moulins, etc. 

S'» : autre Raoulin de La Gelle, époux de Marguerite de Bridiers; 
Gabriel de La Celle, 1527-1538, leur (ils, d'où Raoulin vivant en 
1568; Guillaume Pot, s^ de Rhodes, dès 1572; il rendait aveu le 
26 mars 1597 pour ce fief noble de La Salle de Jançays qui corn- 
prenait une grande maison haute et basse. Réunie aux immenses 
domaines de celle puissante maison, La Salle de Jançai, à laquelle 
vint plus tard s'adjoindre le Qef de Jançai, eut dans la suite le sort 
de Rhodes et de Mondon. 

Au hameau de La Salle on voit encore, à quelques pas des ruines 
de Jançay et sépare seulement par l'emplacement- d'une pêcherie, 
un bâtiment construit sur une cave voûtée en ogive déformée à 
laquelle une porte ogivale aujourd'hui murée donnait accès; c*esi 
sans doute tout ce qui reste de La Salle deJançay. 

Sénéchaux : Pierre Guilhot, 1540; Jean Micheau, 1592. Greffiers : 
Gautier, 1540 ; Jean de la Font, 1588. Receveur : A. de LaFourest, 
1585. '\\ 

Maires. — Georges Aufort, i 790-1 792 et 1796-1801 ; J.-B.Aupasson, 
chirurg. 1792-1795 et 1802-1813; Bruno Gravier, 1813-1816; Antoine 
de Fougières, 1816-1830; J.-Malhias Aufort, notaire, 1830-1860; Charles 
de Fougières, 1860-1871 ; Amédée Delacoux, 1871-1877; Jules-Romain 
Aufort, notaire, 1877-1906. 

Curén. — Jacques de Fressanges, prieur de Sainte-Radegonde de 
Poitiers, 1422; Jean Pradeau, aumônier de Saint-Antoine à Saint- 
Hilaire de Poitiers, 1422; François Martin, 1539-1558; René Martin, 
1565 f 1577; Jean de Maumagnon, 1577 ; Mathurin de la Font, 1584; 
Léonard Colombon, 1595; Pierre Gossard, f 1619; Mathurin Thenot, 1619- 

(1) Un terroir dit des Justices figure au cadastre 271 B, entre Chez- 
Redon, la route de Mailhac et les Bussières. 




MONOCRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICB-LES-PBUILLES 1.17 

1623; Jean Trébilhon, 1625; Claude Gayot, 1640-1648; Pierre Perrot, 
1650+1694; Léonard Nicaud, 1694+ 1735; Bruno Buteau, 1735 + 1782; 
les notes de Mgr d'Argentré nous donnent une mauvaise opinion de 
son caractère. J.-B. Bonnet, vicaire régent de 1777 à 1782 puis curé 
jusqu'en 1792; Jean Gravier, 1792-1793. Bonnet qui s'était réfugié en 
Suisse revint aux Chézeaux en 1803 + 1820; vacance de 1820 à 1830; 
René Mathieu, 1830-1835; Louis Boussardon, 1835-1836; Jean-Pierre 
Brun, 1836-1838; Antoine Dufour, 1839-1889; J.-P.-L. Cazabonne, 
1889-1906. 

Notaires, — Jean Thomas, 1523; Jean Delafont, 1545-1577; Denis 
Bubrac, 1546; Jean Delaforest, 1572-1610; Malhurin Delaforest, 1572 + 
1627; Philbert Just, 1610; Jean Delafont, 1621; Léonard Delaforest, 
1623-1633; Léonard Thomas, 1625 + 1651; Léonard Trébilhon, 1642- 
1672; Pierre Delaneau, 1648; Jean Delafont, + 1650; Jean Depuivinaud, 
1661 + 1670; Claude Delafont, 1661 + 1682; Jean Demarteville, 4664 + 
1682; Jean Nicaud, 1685 + 1728; André Gravier, 1705 + 1730; Claude 
Trébilhon (1), 1714-1739; Pierre Gravier, 1750-1773; Claude Dubrac, 
1774-1781; Jean Dubrac, 1778; Etienne Dubrac, 1784-an VII; Pierre 
Aumasson ; Georges Aufort, an V-XIII ; J.-M. Aufort, 1817-1867; J.-R. 
Aufort, 1867-1906. 

Sergents, — J. Delafont, 1611 ; Philippe Thomas, 1648 + 1667; Jean 
Nicaud, archer, 1656 + 1685; Mathurin Cornichon, 1685; René Trébi- 
lhon, s' des Coutures, 1673 + 1711; Jean Chapaud, 1669+1692; Guil- 
laume Dufour, 1704-1715; Léonard Aumasson, 1702 + 1711 ; Jean Chan- 
teclair, + 1719; Etienne Trébilhon, 1748 + 1774; Jean Bernard, 1755- 
1764; Mathias Aufort, 1755-1790; Silvain Maillasson, 1773-1790. 

Gabelles, — Jean Sabathier, capitaine aux gardes du sel, 1679; Jean 
Vilhardin, commis, 1679; André Martin, gabeleur, + 1690; Jean Bros- 
sard, lieutenant de gabelles, 1692; François Dumont, garde, 1696-1708; 
Gui Roque, s' de la Rivière, capitaine, 1696 ; Claude Trébilhon, s' des 
Coutures, capitaine, 1699-1711; François Gyton, employé, 1700-1706; 
François Marcoux, lieutenant, 1700; André Boset, garde, 1700; Claude 
Martin, garde, 1701 ; Pierre-Martin de la Goutte-Bernard, lieutenant, 
1708; Jacques Bigot, s' de la Causé, capitaine, 1710-1715. 

Maîtres de poste, — Charles Petipied, s' de la Valette, 1659 + 1667; 
Louis Petitpied, 1668 + 1700; René Petitpied, s-" de la Valette, + 1701; 
Jean Mingaud, 1708+ 1712; Silvain Maingaud, 1721-1724; François Peu- 
chaud, s' de la Fayolle, 1729-1749. 

Maîtres d'école. — Mathurin de la Foresl, 1521 ; Jean Petitpied, 1647; 
Silvain Germain, 1690-1700. 

Chirurgiens, — Annet Marchel, (640-1670; Mathurin de Marlheville, 
1655 + 1684; Louis Marchet, 1665; Jean Marcbet, 1676; Léonard Depui- 
vinaud, 1679-1689; J.-B. Juge, s' de la Vessière, 1738-1741; Louis Ni- 
caud, 1745; Jean Trébilhon, 1750; Jacques Trébilhon, 1757; Pierre 
Jarrige, 1765+1774; Jean Aumasson, 1778-1789; Claude Aubrun, m* 
oculiste, 1779-1783. 



L 



138 SOCléré ABCHéOLOGlQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Sénéchaux, — Guillaume Pichon, 1514; Guillaume Barbaud, 1523; 
Jean Bideaud, 1551; Léonard Pichon, i563. 

Receveurs. — Jean de la Tour, 1523-1524; Léonard Le Basle, 1578; 
André de la Forest, 1585. 

Mathurin de la Forest, proc, fiscal, 1627; Bruno Aumasson, buraliste 
des acquits^ 1779. 

Vimpôt du sang. — Silvain et Louis Jarrige, fils du chirurgien, 
engagés le 15 juil. 1792, versèrent leur sang à la baille de Namur; Pierre 
Trébilhon, sergent à la 144" demi-brigade, était, en brumaire an III, en 
congé aux Chézeaux,à la suite de blessures; Silvain Aumasson, fils de 
rhuissier, fut tué au passage de la Bérézina. 

(1) Les minutes des Trébilhon, 1642-1739, sont conservées aux archi- 
ves de rindre, E. 571-580. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPIGB-LES-PEUILLBS 139 



JOUAG 

La com. de Jouac, qui est partagée eu deax parties à peu près 
égales par la Benaise, occupe l'extrémité septentrionale du canton: 
elle est bornée au N. par les com. de Bonneuil et Beaulieu (Indre), 
à TE. par Cromac, au S. par Saint-Léger, à TO. par Lussac et Saint- 
Martin. 

La Benaise, qui l'arrose pendant 8 k. 400, a sur son territoire 
deux affluents, les ruisseaux de Ménussac et de Catoget. Le pre- 
mier prend naissance au S. de Ménussac et baigne la com. sur 
3.300''; le second a un cours de 1.300"". 

La forme de cette com. se rapproche de celle d*un rectangle de 
6 k. 800 de longueur sur 3 k. 100 de largeur; son pourtour est 
d^environ 22 k. 850. 

Presque tous ses villages sont groupés le long de la rivière, sur 
le penchant des coteaux qui limitent la vallée, de telle sorte que 
les plateaux sont en grande partie inhabités. Le territoire compris 
entre la rivière et la route de Lussac à Saint-Sulpice était autre- 
fois couvert de bruyères et d'ajoncs; ces brandes, connues sous le 
nom de brandes du Cherbois, se défrichent tous les jours. 

Le recensement de 1906 donne à cette com. 6S7 h. Nous trou- 
vons précédemment : 1790, 465; an IV, 482; i806, 428; i834, 
857; 1837,690; 1891,611; 1896, 681; 1901, Kd. 

En 1762, le nombre des communiants est de 300; le Pouillé de 
Nadaud porte 800, chiffre inexact. 

Cette com. était traversée du N. au S. par la voie romaine déjà 
signalée ; le grand chemin de Poitiers à Guéret la limitait au S. 

Le pont de Jouac est mentionné dès 1580 ; une délibération de 
Tan XII constate que les marchands et les voyageurs, qui, du Berri, 
se rendent aux foires et marchés du Dorât, de Magnac et de Lussac, 
sont souvent obligés, malgré les mauvais chemins, de faire un 
détour par Jouac, où le pont est toujours praticable, même au mo- 
ment des plus grandes crues, tandis qu'à Maillac, route la plus 
directe, la rivière est souvent infranchissable. 

Les deux ponts actuels ont été construits en 1876 et 1886. 

L'origine gallo-romaine de ce nom est certaine; il appartient au 
groupe des Joué, Jouy, si nombreux en France, et dont la forme 
primitive a été diversement altérée par les prononciations locales. 
A première vue, on pourrait y retrouver le nom de Jupiter (Jovem) ; 
mais une localité de la Vienne, qui porte actuellement le nom de 



140 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU UMOUSIN 

Joué, est nommée en 90i Gaudiacum, dont le radical gaudium (joie) 
est tout différent (i). 

Pour notre localité, les diverses formes rencontrées sont Joac^ 
1257; Joaf, 1262; Johac, 1295-1463; Jouhac, 1458-1668. 

La s''* de Jouac ou de La Tour de Jouac relevait de Brosse et 
valait 30 1. de rente en 1552; elle fut désignée à partir du XVII* s., 
sans doute après l'abandon du donjon féodal qui commandait la 
rivière, sous le nom de s'*"* du Peu de Jouac, village qui dominait 
les restes de la tour : la Tour du Peux de Jouhaty 1562. 

Dès le XIII' s., elle appartenait à la puissante famille des La 
Trémoille. Par son testament du !<*' janv. 1262, Aliénor de Châ- 
teauguillaume donne 12 d. à Téglise de Joat et une somme de 
100 s. à son (ils, Guillaume de La Trémoille, s' de Joat. En testant 
le 24 fév. 1295, celui-ci donne à Tabbaye de La Colombe une renie 
de 10 s. sur sa terre de Johac. Le 8 juin 1303, sa fille, Horcinais, 
lègue au même établissement une rente de 25 s. sur cette même 
s''>. (Dom Fonteneau, cartul. de La Colombe). 

Au s. suivant, la Tour de Jouac est entre les mains d'une famille 
Mestivier : Jean, éc^, époux de Louise de Sauzet, vivait en 1452- 
1479. 

Le 7 ocl. 1495« François Mestivier, s' de La Tour de Jouhac, 
baille pour 4 ans à sa sœur Catherine, mariée à Pierre de Puys- 
linet, s' de Ferrabeuf, toute la chevance de deniers qu'il possède 
au bourg de Jouac. Il vivait encore en 1510. (G. M.) 

Gabriel de Sauzet est s' en 1554; son fils, Florent, porte ce litre 
en 1556; le 21 déc. 1577, Marguerite de Bolinard, veuve de ce der- 
nier, rend aveu à Brosse pour Jouac, comme tutrice de ses enfants 
(Arch. Vienne, E* 19). Léonard de Sauzet, un de ceux-ci, céda le 
16 juin 1634 à Léonard Guillemih, notaire à Monternon, le lieu 
noble et métairie de La Tour de Jouac, cens, rentes, droits de sépul- 
ture, de bancs et autres droits honorifiques dans Téglise de Jouac. 
Dans le partage de sa succession, en 1664, on trouve au lot de 
Gabriel Guillemin, son fils, « une tour appelée La Tour de Jouhac, 
avec une métairie étant au pied ». A partir de cette époque, le titre 
de s' de La Tour de Jouac est abandonné pour celui du s' du 
Peu (G. M.) 

la tour de Jouac, d'après M. de Beaufort, était carrée ; elle avait 
8» de côté et 16» de haut; les angles étaient fortifiés par des tou- 
relles pleines de 1" de diamètre, à base conique; il y avait trois 
étages éclairés par une petite fenêtre ; les murs avaient 1 ""20 d'épais- 
seur. 

(1) Cf. Rédet, Dici, iopog. de lu Vienne, v° Joué. 



Monographie du canton de saint-sulpiCe-les-fei)illes 141 

Le bourg, qui avait 76 h. en 1793, a donné 121 h. en i901 et 
114 en 1906. 

Il se présente d^une façon fort pittoresque au voyageur, de 
quelque côté qu'il arrive; ses maisons semées sur les ressauts d'une 
pente abrupte, le long d'une route aux tournants brusques et rapi- 
des, tapissent les parois d'une gorge étroite au fond de laquelle 
coule la Benaise, déjà forte et enjambée presque côte à côle par 
deux ponts. C'est une vraie surprise que l'apparition de ce petit 
boarg surgissant, après une route maussade, de ce pli de terrain, 
avec son groupe scolaire tout neuf et tout blanc, la tour curieuse de 
l'église couverte de planchettes de châtaignier, et, de l'autre côté 
de l'eau, perché au sommet du coteau à pic entamé par deux routes 
taillées en plein schiste, le château du Peu, mettant, avec ses bri- 
ques roages, une note gaie dans le paysage. 

L'église de Jouac, en fort mauvais élat, est vaguement romane ; le 
chœur, plus étroit que la nef, est seul voûté; celle-ci est couverte 
en planches. Pour toute décoration intérieure, on ne remarque 
qu'un bandeau qui fait le tour du chœur; il n'y a ni colonnes, ni 
chapiteaux. A l'extérieur, une des fenêtres porte la date 1702. 

A droite, en entrant dans l'église, se trouve la tour déjà men- 
tionnée, construite partie dans l'église et partie en dehors, qui sert 
de clocher; il est facile de voir que sa construction est de beaucoup 
postérieure à celle de l'église. 

L'autel en bois est curieux (XVIIP s.). Les colonnes sont ornées 
de grappes de raisins et des corbeilles de fruits sont placées sur les 
entablements. A côté du clocher, bénitier pentagonal en granit, 
daté de 1638 et portant une croix de Malte, IHS et le monogramme 
de Maria. 

A la porte, on remarque des tombes anciennes. 

Le clocher renferme deux cloches, l'une du commencement du 
XIX* s., l'autre de 1868, signée Bollée. 

Les registres d'état civil conservent le marché passé le l"juin 
1752 avec le fondeur J.-B. Dupont pour la refonte de la grosse clo- 
che; les habitants, qui sans doute n'avaient pas grande conHance 
dans ses talents, lui firent déposer un cautionnement de 48 1. entre 
les mains du curé. Le 14 juillet suivant, Dupont et son compagnon, 
F. Michel (1), reconnaissent avoir reçu, pour prix de leurs travaux, 



(1) J.-B. Dupont, né à Huilliécourt (llaule-Marne), le 23 mars 1720, 

décédé au môme lieu le 26 sept. 1781, fond en 1777 deux cloches pour 

Faverges (Isère). M. Lecler ne l'a pas signalé en Limousin; par contre, 

son compagnon a été rencontré par lui à Cieux et à Saint-Mathieu en 

T. LVI 10 



142 sociéré archéologique bt historique du limousin 

la somme de 100 1., déduclion faite de 9 1. 12 s. pour déchet de 
foQte, plus les deux louis laissés en garantie. 

La vicairie perpétuelle de Jouac, sous le vocable de saint Pierre, 
apôtre, était à la présentation du vicomte de Brosse et à la nomi- 
nation du prieur de BeauHeu ; elle valait 50 1. de rente en 15Sâ. 

Presque toutes les dîmes de la par*' appartenaient au curé ; en 
1753, celui-ci les affermait 535 boisseaux de seigle évalués 39i 1. 

Le 2 août 1789, 41 habitants, réunis en assemblée générale à la 
porte de Téglise, protestent, par-devant notaire, contre les asser- 
tions de leur curé qui les avait représentés aux autorités comme 
refusant d*obéir au roi et à Tévéque. A leur tour, ils l'accusent de 
vouloir s'approprier les fonds de la confrérie du Saint-Sacrement, 
qui sont considérables, afin de s'acheter des ornements qui cepen- 
dant sont à sa charge comme principal décimateur; les confrères, 
an contraire, destinent ces fonds aux réparations des autels de la 
Vierge et de saint Biaise. Ils prétendent que les deux cimetières de 
la par"* sont nécessaires, même celui qui sert d'entrée à l'église, 
dont le curé a proposé la suppression comme n'étant pas à la dis- 
tance prescrite par l'ordonnance de 1776 ; le bourg étant sur le 
rocher, l'établissement d'un nouveau cimetière ne pourrait se faire 
qu'à grands frais et la par*' est pauvre. De plus, il est inexact de 
dire que ce cimetière nuit à la salubrité. (M. N.) 

Au XVIP s. ces deux cimetières sont dits situés, l'un devant la 
grande porte de l'église, l'autre, le grand, au-dessous du grand 
chemin. 

Au rétablissement du culte, Jouac ne fut pas érigé en paroisse, 
mais annexé d'abord à Saint-Martin, par décision épiscopale de 
l'an X, puis, à cause de l'éloignement, à Cromac, par ordonnance 
du 3 pluv. an XI. Le 18 mai 1827, les habitants réclamaient un curé 
en faisant valoir que leur église était en bon état et que de très 
belles statues n'en avaient jamais été retirées malgré la Révolution; 
ils n'obtinrent satisfaction qu'en 1840. 

L'instruction primaire était organisée à Jouac dès l'an II. Nous 
avons déjà relaté les plaintes de la Société populaire à ce sujet; 
Técole était commune à Jouac et à Saint-Martin. 

En 1833, lors de la réorganisation de l'instruction, on réunit 
encore ces deux communes ; Jouac contribua pour 50 fr. au loyer 
de l'école; le traitement de l'instituteur fut fixé à 200 fr., la rétri- 
bution scolaire à 1 fr. 50 par mois pour les commençants et à 2 fr. 
pour les autres ; 24 élèves devaient être reçus gratuitement. 

1750, à Montrol-Sénard en 1760. Il était né à Romain-sur-Meuse le 
23 oct. 1731 et mourut à Versailles le 25 sept. 1783. (Notes de M. Jos. 
Berthelé). 



MONOGRAPHIE DO CANTON Dfi SA>NT-SULPJCE-LËS-PÈUILLES 143 

Le groape scolaire de Jouac, qui comprend aussi la mairie, a été 
édifié en 1889-1890; il a coûté 18,797 francs. 

Le tarif de Brosse porte qu'au bourg de Jouac, les jours de lundi 
de Pâques et de Saint-Pierre d'août, le vicomte perçoit un droit de 
placage de 4 d. sur chaque marchand y étalant et 5 s. et un pot de 
vin sur chaque cabaretier. Ce qui veut dire qu'à ces jours se tenaient 
des assemblées. 

Les foires de Jouac sont modernes. On trouve au bourg 4 caba- 
retiers ou marchands de vin, soit 1 pour 28 hab. 

Nous avons déjà dit qu'autrefois celte commune fournissait sur- 
tout des sabotiers émigrants ; voici quelques chiffres à l'appui de 
cette assertion. De 1690 à 1694, sur 100 actes d'état-civil, 17 con- 
cernent des sabotiers et 6 des maçons; de 1705 à 1710, sabotiers, 
14 Vo, maçons, 6 Vo; de 1740 à 1749, sabotiers, 11 Vo, maçons, 
18 Vo; de 1781 à 1790, sabotiers, 9 Vo, maçon, 28 Vo ; ces chiffres 
sont des minima, car très fréquemment les professions ne sont pas 
indiquées. 

A rencontre des maçons, les sabotiers émigraient l'hiver pour 
aller travailler en Brie (L. 546); ainsi dans une délibération d'août 
1789 on note 13 sabotiers et 4 maçons sur 25 habitants. 

Dès le commencement du XVII* s., nous avons rencontré des 
sabotiers de Jouac à Moulins, en Loudunais, en Bretagne. 

La mairie de Jouac, seule du canton, possède encore un registre 
révolutionnaire; il est d'autant plus intéressant à parcourir, que, 
fait remarquable et rare, il n'existe pas, dans cette commune, de 
bourgeois, qui, partout, prennent la direction du mouvement et 
souvent le faussent à leur profit : le corps municipal, la Société 
populaire ne comprennent que des paysans presque tous illettrés. 
Ses quelques pages nous font donc assister à une application pure- 
ment paysanne des idées nouvelles. 

Ce registre comprend'à la fois les délibérations de la municipalité 
et celles de la Société populaire. 

Celle-ci, qui tenait ses séances dans le temple de la Raison une 
fois par décade, changeait son bureau tous les mois. Ses occupa- 
tions étaient très variées : au cours des séances, on donne lecture 
des lois nouvelles, on les explique et on les commente ; on y lit 
les lettres des volontaires qui sont toujours fort applaudies. On 
réconcilie les voisins brouillés; on surveille les réquisitions, 
l'approvisionnement de la commune, l'instruction des enfants; on 
ne craint pas au besoin de s'insurger contre l'autorité du district et 
de le menacer; enfin elle a la haute main sur la municipalité. 

On lui voit faire aussi une curieuse application des principes de 
solidarité sociale nouvellement afSrmés. Le 10 vent, an II, la société 



144 SOCléTÉ AncnéoLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

invite les cultivateurs aisés à labourer les terres des ciloyeus qui 
ne possèdent ni bœufs ni harnais aratoires. Cette invitation ne fut 
pas immédiatement écoutée, car le 10 floréal elle constate avec 
peine que ces champs sont encore incultes et désigne, parmi les 
habitants qui possèdent le moins de terres, deux d'entre eux qui 
seront tenus de les travailler; ceux-ci ayant prouvé qu'ils ne pou- 
vaient être chargés de cette mission, il est arrêté, le 20, que le 
maire labourera ce qu'il pourra. 

L'année suivante, le conseil municipal, s'inspirant de ces difTi- 
cullés, divise en six lots les terres incultes ou abandonnées et celles 
des défenseurs de la Patrie et charge six habitants de les cultiver, à 
peine de 500 1. d'amende et de contrainte par corps comme en ma- 
tière de délit national. 

Il n'est point besoin de dire que les réquisitions de denrées et de 
bestiaux étaient fort mal reçues dans ce milieu exclusivement 
rural; en voici un exemple entre plusieurs : le 4 fructidor an II, 
le district réclame 113 quintaux de seigle à la municipalité qui les 
répartit entre 47 propriétaires. Mais la Société veillait ! le 30 sui- 
vant elle se réunit et constate que du recensement auquel elle a 
procédé, le 15, il résulte qu'il ne reste plus dans la commune que 
S39 q. seigle, 94 q. froment, 33 q. baillarge et 9 q. avoine; la 
population étant de 465 h., ces quantités ne seront pas suffisantes 
pour sa consommation, par suite on ne peut distraire quoi que ce 
soit de cet approvisionnement. «D'autant plus que la grande crue 
du 12 juillet 1793 a ruiné le pays en enlevant toute la terre et en ne 
laissant que les rochers; puis en floréal, les brouillards elles 
pluies ont perdu les deux tiers de la récolte en développant une 
rouille jaune et chancreuse qui a détruit les grains, les réduisant 
en poussière rouge, si bien que douze gerbes qui, l'année commune, 
donnent un quintal à un quintal et demi, n'ont produit cette année 
qu'un demi-quintal et même un quart de quintal dans la vallée. » La 
Société décide donc qu'il n'y a pas lieu de fournir les quantités 
demandées et qu'elle s'adressera à Paris même, s'il est nécessaire, 
pour obtenir décharge. 

Forte de cet appui, la municipalité prend une délibération en 
conséquence et fait la sourde oreille à toutes les injonctions du 
district adressées les 2, 13, 17 vendémiaire; un commissaire envoyé 
par celui-ci le 20 n'a pas plus de succès ; enfin ce n'est que le 30, 
sous la menace d'être dénoncé au Comité de Salut Public, que le 
maire se décide à délivrer des réquisitions. 

On ne trouve à Jouac qu'une seule famille importante, celle des 
Guillemin, qui, dans la suite, se transporta à Saint-Martin etàLussac. 
Un document judiciaire du XVIP s. (D. 1169) la fait remonter à 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LE5-FEUILLES 143 

N. de Ménussac dit Guillemin, vivant en 1383; au XV s. le nom de 
famille originaire fut abandonné et Guillemin, qui n^était qu'un 
sornom, prévalut. Son représentant actuel, M. de Montplanet, pos- 
sède de très riches archives de famille q\ï\\ a bien voulu nous 
confier ; il nous permettra de lui exprimer ici nos très respectueux 
remerciements (1). 

La filiation suivie remonte à Vincent Guillemin, vivant au XVI^s. 
De Mathurine Pillonat, il laissa Mathurin, notaire à Jouac dès 1591 
cl en même temps — signe de celte époque de politique militante 
— archer des gardes du corps du maréchal d'Aumonl, et Jean. Ce 
dernier eul Pierre, qui habitait Barcelone en 1611 ; Denis, curé de 
Saint-Martin, et Léonard, s' de Monternon, notaire en ce lieu, 
greffier des rôles de la par. de Saint-Martin. En 1634 il acheta la 
s'*' de la Tour de Jouac-, le 11 ocl. 16S5 il se démit de ses biens en 
faveur de ses enfants : Pierre, s' du Mont, Gabriel, s' du Peu de 
Jouac, et des filles. 

Ce dernier qui épousa Claire Naude de Montplanet, est père 
d'Antoine, qui suit, et d'autre Anioine, s' du Peux (1656 f 1725), 
cens* du roi et juge en Télection du Blanc. 

Antoine, s' des Plaignes (1666 f 1736), marié à Marguerite 
Berneron, laissa entre autres, Pierre, abbé deTabbaye de La Co- 
lombe; Jean, s' du Couret,auteur d*une branche éteinte ; Joseph, ^ 
de La Chaume^ et le suivant : 

André Guillemin de Montplanet, procureur fiscal de la châtelle- 
nie de Lussac (1690 f 1740), marié à Arnac le 24 nov. 1716 à Anne 
Gaucher duMazier. Son fils, Silvain-Pierre Guillemin de Montpla- 
net (2) (1735 fan XI), faisait partie de la municipalité de Lussac 
suspendue par le représentant du peuple Brivalet; comme tel, fut 
incarcéré. De sa femme, Madeleine-Geneviève G'oudon'de Belle- 
plaine, il laissa François-Pierre (1771 f 1817), qui, après avoir 
passé sa licence en droit à Poitiers, en 1792, s'engagea aux volon- 
taires de la Vienne et fit les campagnes de 1792-1793 avec Tarmée 



(1) Ces archives ont été classées par M. de la Ville du Bost qui a 
dressé la généalogie de cette famille. 

La plus ancienne pièce de ce fonds important pour l'histoire de notre 
pays remonte à 1401 ; on y trouve aussi des minutes de notaires de Jouac 
et Saint-Martin pour la fin du XVI* s. et le commencement du XVII*. 

(2) Nous avons rencontré deux placards imprimés portant des posi- 
tions de thèses le concernant; la première, de 1758, pour le baccalau- 
réa : de usufruciu et de sacramenlis non reiierandis ; l'autre pour la 
licence, en 1760 : de inof/îcioso testamento ci de higamis non ordinandis. 
Tous deux ont été imprimés à Poitiers par Braud (G. M.). 



146 socréTÉ archéologique et historique du limousin 

de Sambre-etMeuse comme lieutenant, puis comme capitaine. La 
femme de ce dernier, Silvine-Julie Vrignaud, lui donna Silvain- 
Victor, substitut du procureur général à Poitiers, marié à Marie- 
Hortense de GuUon de Trois-Brioux, père de M.- Albert Guillemin 
de Montplanet, inspecteur général des finances honoraire, officier 
de la Légion d'honneur, maire de Montmorillon. M. de Montplanet 
a deux fils, Henri et Christian. 

Au XVIII'' s. la famille Surun, originaire de Nanteuil, s'est fixée 
dans la paroisse par l'acquisition de la s'*' des Bastides; cette 
famille compte 58 années de mairie à Jouac. 

Lieux habités 

L'AGE. — 2 m. 12 h. Laige, 1477; en 1786, parmi les dépen- 
dances de la métairie de L'Age, on trouve une chaume et côte où 
sont les masures et vestiges de l'ancien ville de Lage (G. H.). 
Antoine Guillemin, s^ de L'Age, 1757. 

LES BASTIDES. — 7 m. 30 h. Ancien fief relevant de Brosse. 
Les Bastides, 1401; La Bastide-au-Brurij 1451; Les Bastides-au- 
Brun, 1477; le vill. de Chez-Luquet alias des Bastides, 1577. Pos- 
sédé au XV* s. par une famille Brun : Guillot Brun, éc, 1477. 

Claude GifTard, s' des Bastides en 1566, eut sans doute Jeanne, 
mariée à René de Bressoles ou de Bersolles, qui était, en 1577, 
lieutenant de 50 hommes d'armes de la compagnie de M. de Baple- 
resse; c'est probablement le même personnage que le s' de Bre- 
zolles, chargé par le roi, en 1605, lors des troubles du Limousin, 
de prendre possession des châteaux de Limeuil et de Montfort. 

Il laissa Louis, s' des Bastides et de Rochelusson, gentilhomme 
ordinaire de la chambre du roi, capitaine de chevan-légers ; celui-ci 
eut de Louise de Salignac : Gilbert, s' des Bastides, mort sans 
enfants avant 1628; Marguerite, femme de Charles de La Vergue, 
et René, gentilhomme ordinaire et maître d'hôtel du roi, capitaine 
de chevaux-légers, guidon de la compagnie du duc de Luxembourg, 
qui, en 1651, se qualifie de baron des Bastides et de Rochelusson. 
Ces deux terres saisies sur lui furent vendues vers 1682 à Jean 
Mangin, s' de Chizé, cons' en l'élection du Blanc. Ce dernier mou- 
rut aux Bastides et fut inhumé dans le chœur de l'église de Jouac le 

3 déc. 1702, (( sans tirer à conséquence pour l'augmentation des 
droits du s' des Bastides ». Son fils, François, fut enterré dans la 
même église, sous le marchepied de l'autel de la Vierge, le 

4 nov. 1749. 

Pierre Mangin, s' des Bastides, décède à Jouac le 9 août 1763 ; 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICË-LES-FEUILLES 147 

ses héritiers vendirent celte terre à Jacques-Charles Surun, époux 
de Catherine Rougier, qui se titre s' des Baslides dès 1788. 

Près de ce village H. de Beaufort signale un menhir brisé et 
connu sous le nom de Pierre-Frite (p. 105). 

LE BERNARDAN. — 1 m. 11 h. — Le mas des Bernardens donna 
lieu, au XV* s., à un long procès entre le s' de Lavaupot et les habi- 
tants de Jouac, des Redeaux, de La Chaume et de Monlernon, qui 
y prétendaient droit de prendre du bois pour leur chauffage, pour 
clore leurs blés et leurs prés, droit de pacage, droit de labourer les 
terres incultes, à condition de payer par chaque habitant 4 bois- 
seaux de seigle et ensemble 5 s. de rente et sous réserve pour le 
s' du droit d'agrier ou de terrage sur les fruits croissants ou nais- 
sants. 

Un jugement rendu le 20 avril 1463 par le sénéchal de Brosse 
contre Christophe Pot, s' Je Lavaupot, confirme les prétentions des 
habitants, mais dit qu*ils ne pourront envoyer leurs bétes dans les 
terres labourées, dont la propriété reste au s<^, que celui-ci aura 
la faculté de convertir en prés les effes ou gouttes et que les habi- 
tants n'auront aucun droit sur ces prés. 

Au XVII* s., les de Vcrines se qualifient s' du Bernardan. 

BËTINAIS. — 4 m. 18 h. Bèthinais, 1519; Etienne Poultaud, 
%^ i^ BétinestZy\}X&\ Betinest, 1668; François-César Couraud, s' 
de La Rochechevreux, Riadoux et du fief de Bétinais, 1752. 

LA BOTTIÈRE. — 7 m. 26 h. Cétait en ce point que la voie 
romaine franchissait la rivière, bien probablement sur un pont. 
La Bouettière, 1400; suivant déclaration du 8 janv. 1458, les habi- 
tants de La Bouettière devaient à Hérut4 s. seigle de rente et 3 cor- 
vées; ils étaient astreignables au moulin Redaud (Arch. Vienne, 
MD. 391). 

LE GHERBOIS. — 6 m. 33 h. François Luquet, s' du Cher- 
bois, 1668-1723. 

CHEZ-PALANT. - 9 m. 34 h. Appelé Les Plaignes en 1710- 
1773 ; le vill. de Chez-Paslant alias Les Plaignes, 1772. 

L'HOME. — 7 m. 28 h. VHosme, 1675; Jean Delacoux, s' de 
Losime, 1753. 

LA LEUGE. — 1 m. 6 h. Lieu noble possédé en 1612-1617 par 
Jean Dardre, écuyer, époux de Françoise Bléreau; Pierre Collin, 
1625; Philippe, son fils, 1632; Louis Collin, 1682-1717; François 
Delacoux, 1779 (G. M.). 



148 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

LE LIEU MARION. — Village appelé Hospicium Marion en 1400, 
le Lieu Marion en 1438, disparu depuis (MD. 391). 

MÉNUSSAC. — i3 m. 86 h. Il y avail autrefois dans ce vill. un 
prieuré sous le vocable de saint Jean-Baptiste, qui dépendait de 
Tabbaye de rArlige. Il est mentionné pour la première fois dans 
une bulle du pape Adrien datée du 3 des kalondes de nov. 1158. 

Une charte du cartulaire de TArtige, antérieure à cette date, 
relate la donation à cette abbaye par Humbert Gortet, de tous les 
droits qu'il possède à Manussac, au-dessous de la voie romaine 
{via (errata) ; par le même acte, Drogon et Pierre font le même 
abandon (1). 

L'an 1383, le prieuré étant vacant, le prieur de TArtige, au lieu 
d'y installer un nouveau prieur, « fil un mariage de la mère avec la 
tille )), c'est-à-dire qu'il unit à son couvent le revenu temporel du 
prieuré de Hénussac et en même temps bailla à rente tous les 
fonds, y compris la chapelle, dont il se réserva les oblations, à un 
nommé de Ménussac dit Guillemin, à charge de faire faire le ser- 
vice religieux et de payer par an 2 s. froment, 6 s. seigle, 20 s. et 
4 I. de cire. 

Ces domaines restèrent entre les mains des Guillemin jusqu'en 
1466, qu'un nommé de Breignac, religieux augustin, prit posses- 
sion du prieuré et intenta un procès aux détenteurs; sur une tran- 
saction, ceux-ci abandonnèrent la chapelle, les oblations, cens et 
rentes, 2 s. seigle sur la dîme de Monternon, la dime du vill. de 
Ménussac, et un agneau pour le lainage et le charnage. 

Plus tard, les s" de Jouac s'emparèrent à leur tour des revenus 
de ce prieuré, car dans la vente consentie en 1634 par MM. de Sau- 
zet, frères de René, prieur, à Léonard Guillemin, du fief de 
La Tour de Jouac, ceux-ci donnent à son neveu, Maurice Berneron, 
clerc tonsuré, le revenu de ce bénélice (D. 1171). 

C'est du moins ce que content les pièces de procédure d'une ins- 
tance intentée en 1683 par le prieur Léger Lamy contre les Guille- 
min. Ces allégations paraissent sujettes à caution, car le 30 sept. 
1433, Jean de Bonmois, prieur, reconnaissait devoir à l'Arlige, à 
cause de Ménussat, une pension de 20 s. et 4 1. cire ; les archives 
du prieuré renferment d'autres déclarations semblables antérieures 
à 1466. 

En 1552, ce prieuré vaut 20 1. de rente ; le s' de Brosse en reven- 
dique la présentation. 

(1) Cartulaire de Vabbaye de VArtige, publié par M. de Senneviile, 
p. 335. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 149 

La chapelle existe encore, bien délabrée el envahie par les lier- 
res; c'est un bâtiment reclangulaire mesurant intérieurement 9"'50 
sur S^SO ; deux portes y donnent accès : Tune à TO, Vautre au N. 
Elle est, de plus, éclairée par deux fenêtres romanes : Tune à TE., 
au-dessus de Tautel ; Tautre au S., dans le chœur. 

Cette chapelle n'a jamais été voûtée; à l'intérieur, on remarque 
des tombes portant des croix. 

Cette chapelle a été réédifiée en partie en 1579; le i8 sept, de 
celle année, René de Sauzet, prieur de Mosce, agissant au nom de 
Guillaume du fireuil, religieux de Bennavent, prieur de Ménussac, 
afferme 'à Jacques Delavault, prêtre du bourg de Jouac, le prieuré 
de M Saint-Jean-Baptiste de Ménussac, à charge de servir la cha- 
pelle in divinis, de payer les décimes « el oultre sera tenu de para- 
chever de couvrir lad. chapelle de thuile comme led. DelavauUa 
commencé el de porter et de remuer le pignon qui est à présent en 
lad. chapelle, du cousté du midy cl oncquel pend la cloche, à Ten- 
droict et par le dessoubz de la petite porte que Ton entre de lad. 
chappelle ou jardin dud. Delavault el remuer la grant porte et 
icelle faire faire oud. pignon qu'il fera faire et oultre à la charge 
de faire griffonner et de blanchir le dedans de lad. chappelle ». 
(G. M.). 

Jacques Delavault était encore fermier en 1602; c*est sans doute 
son nom qui figure sur la cloche où on lit en capitales : 

* STE lOHANNIS ORA PRO NOBIS * M. lA. DELAVT PBRE 
F L 1615. 

C'est-à-dire : M.Ja(cques) Delav(aul)t, prêtre, fit (faire) l('an)1615. 

Tous les ans, aux Rogations, le curé de Jouac se rend en proces- 
sion dans cette chapelle où Ton fait encore quelquefois brûler des 
cierges pour les maladies des moutons. . 

Il se tenait jadis à Ménussac une assemblée le jour de la Saint- 
Jean-Baptiste et à celte occasion le vicomte de Brosse percevait 
4 d. sur chaque marchand. 5 s. et ane^pinte de vin sur chaque 
cabaretier qui venait s'y installer. 

L'abbé Texier, dans son Dict. d'orfèvrerie^ v* Ostensionsy dit que 
dans une chapelle en ruines de la commune de Jouac, on a trouvé 
deux grandes croix émaillées. Cette chapelle, qu'il ne désigne pas, 
est celle dont nous venons de parler, mais des deux croix signalées, 
il n'en existe plus qu'une. Elle appartient à la section de Ménussac 
et un des habitants de ce vill. en a le dépôt. 

Contrairement à ce que nous avons vu pour les autres pièces 
émaillées rencontrées dans les communes précédentes, la croix de 
Ménussac n'a pas été reproduite par la gravure et l'on ne trouve 
sur elle que de rares mentions. Elle n'a, du reste, figuré à aucune 



150 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

exposition, les habitants n'ayant jamais voulu s'en désaisir; elle est 
de plus dans une région difficilement accessible. Aussi, pour per- 
mettre à d'autres plus compétents que nous de l'étudier, allons- 
nous en faire une description détaillée accompagnée d'une repro- 
duction. 

Cette croix qui mesure 41S'"" de long sur une largeur de i^^^ et 
une épaisseur variant de SO"" à la base, à 14"" au sommet, est 
formée d'une âme en bois recouverte d'une mince feuille de cuivre. 
Les extrémités sont potencées et un cavet réunit la traverse à la 
potence qui la termine; à l'endroit où les croisillons rejoignent la 
tige verticale, des quarts de cercle, formant auréole, viennent les 
renforcer. 

Sur les deux faces sont placées des émaux champlevés. 

La face principale est composée de cinq plaques émaillées qui la 
recouvrent entièrement. 

La plaque centrale forme une croix sur laquelle est rattaché un 
Christ en demi-bosse ; le fond de l'émail est bleu avec encadrement 
rouge et blanc. Au sommet surgit, d'un nuage tricolore, une main 
bénissant à la manière latine ; au-dessous titulus réservé dans le 
métal et portant IBS sur un fond pointillé. Sous la tête du Christ 
se trouve un léger nimbe crucifère ; la partie inférieure est remplie 
par des rinceaux et par un personnage gravé; ce personnage, 
Adam sortant du tombeau, est représenté nu, assis et levant les 
mains en suppliant. 

Des losanges, des ronds en émail, des parties de métal réservées 
occupent le surplus de la plaque. 

Le Christ, qui la recouvre en partie, mesure 1S^"° de longueur. 
Une couronne rojale tréflée et ornée de pointillé, surmonte la tète 
incUnée à droite, couverte^de longs cheveux faits de bandes paral- 
lèles et pointillées descendant sur les épaules; la barbe est traitée 
par le même procédé. Les yeux sont indiqués par des perles 
d'émail noir; les bras longs .et maigres sont presque horizontaux, 
les pouces détachés des autres doigts. Un jupon retenu par une 
ceinture pointillée tombe jusqu'aux genoux ; les pieds, fixés chacun ' 
par un clou, reposent sur un suppedaneum. Des détails anatomi- 
ques se remarquent aux seins, aux côtes et aux avant-bras. 

Les quatre autres plaques, qui l'accompagnent et qui forment les 
extrémités potencées des branches de la croix, se ressemblent 
toutes; elles sont bordées d'un liseré blanc et rouge qui continue 
la décoration de l'émail central et sont oruées comme celui-ci de 
losanges, de ronds et de parties réservées. Sur chacune d'elle se 
trouve appliqué un personnage, en demi-bosse pour le corps, en 
ronde bosse pour la tête. Tous sont vêtus de longues robes mas- 



MONOGRAPHIE DU CANTON DB 8AINT-SULPIGB-LES-FEUILLBS 151 

quant les pieds; sans doate les quatre évaogéliste dont nous allons 
voir les symboles au revers. Celui de gauche a les inaiDs croisées ; 
les autres portent des livres et bénissent. Gomme pour le Christ, 
les yeux sont constitués par des globules noirs. 

Toutes ces plaques étaient fixées à Time par des clous de cuivre, 
plusieurs, perdus, ont été remplacés par des clous de fer. 

Au revers, les dix plaques émaillées ne recouvrent pas complè- 
tement la feuille de cuivre qui porte des traces de dorure; elle est 
ornée de rosaces repoussées et d'une bordure de perles. 

La plaque centrale, circulaire, offre au centre un Christ en 
majesté, jeune, imberbe et nimbé, gravé dans le métal sur fond 
d'émail bleu. Il sort des nuages et tient le livre des Evangiles dans 
la main gauche ; de la droite, il bénit. Le nimbe, qui entoure sa tête, 
est cantonné de r« et de Tm. La branche médiane de celte der- 
nière est démesurément allongée; la tête de Ym finit aussi en lon- 
gue pointe, souvenir de Tart grec qui munissait ces lettres de cro- 
chets pour les suspendre aux bras de la croix. 

En bas, et de chaque côté, losanges d'émail rouge, vert et jaune. 

Cette plaque était accompagnée de cinq médaillons circulaires 
plus petits; deux sont perdus; ceux qui restent portent des rosaces 
à huit pétales réservés sur fond bleu et cantonnés de points 
rouges ; un clou passant par le centre les fixent. 

Aux extrémités des bras se trouvent quatre autres plaques por- 
tant, gravés sur fond bleu, les symboles des évangélistes : en haut 
Taigle, en bas l'ange; à droite le bœuf allé, à gauche le lion aussi 
allé; tous sont nimbés d'un cercle blanc, bleu, rouge (1). 

La tranche de la croix est semée de rosaces repoussées et à la 
partie inférieure existe un trou permettant de la fixer sur une 
hampe ou sur un pied pour Tutiliser, soit comme croix de proces- 
sion, soit comme croix d'autel. 

L'origine limousine de cette œuvre d'art ne saurait être mise en 
doute : « Les croix auréolées avec terminaison en potences et à 
cavets, dit M. Rupin, paraissent être l'une des caractéristiques de 
l'orfèvrerie limousine, une marque de fabrique en quelques sorte. » 
Ajoutons-y les yeux d'émail et les fonds bleus des plaques. 

Ce type de croix émaillée, où l'emplacement du Christ était 



(1) Cette décoration se retrouve au revers d'une croix en plate pein- 
ture qui appartient à M"'* la comtesse Dzyalinska et qui provient de la 
collection Germeau (M. Rupin, p. 274); on y retrouve la plaque cen- 
trale circulaire, les cinq petits disques ornées de rosaces et les plaques 
des extrémités portant les attributs des évangélistes. La lame de cuivre 
est frappée des mêmes ornements. 



152 SOCléTÉ ARCHéOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

réservé pour recevoir une figure en ronde bosse, devait être autre- 
fois assez commun; il avait été imaginé au début du XIII* s. 
par les artistes limousins pour simplifier leur travail et faciliter, 
par des prix plus abordables, la vente de leurs produits (t); néan- 
moins ces objets sont aujourd'hui fort rares, en particulier les 
croix garnies de personnages en relief aux. extrémités. H. Rupin, 
dans le monument consacré à l'Œuvre de Limoges décrit une croix 
a peu prés identique à la notre qui est conservée au ibusée de 
Neufchâlel-en-Braye (3). Dans le catalogue qu'il a établi à la suite, 
il mentionne seulement une dizaine de croix de ce genre en France, 
en Angleterre, en Autriche et en Italie, mais le Limousin n'y figure 
pas; la croix de Ménussac comble donc cette lacune. 

De par ses divers caractères, cette œuvre nous paraît appartenir 
au commencement du XIIl** s. Elle a été classée monument histo- 
rique il y a quelques années. 

Prieurs de Ménussac, — Jean de Bonmoîs, 1433; Jean de Vouveys, 
1447; N. de Breignac, 1466; Blain de Montcheny, 1523-1524; Jean de 
Masvalier, 1524; Guillaume du Breuil, 1567-1579; René de Sauzet, 1585- 
1602; Léonard Cuzinier, 1625; Maurice Berneron, curé de Lussac, 1639- 
1656; Léger Lamy, chanoine de N.-D. de Salles à Bourges, 1682-1692; 
Ménard, 1703; Louis Romanet, docteur en théologie, curé de Saint- 
Maurice de Limoges, 1730-1745; Dubrac, 1783; J.-B. Bigaud, 1787. 

LE MOULIN A L HUILE. — Le 15 janv. 1456 (v. s.) Jean Brun, 
curé de Jouac, et Guillaume, son frère, arrentent à Martin Michau, 
moyennant 4 s., « une plasse ou plassage pour bastir et hedifiier 
molin, estant au long de la rivière de Benoise en La Combe-au- 
Brun », avec l'écluse, cours de Teau, entrée et issue à bœufs et à 
charrettes; ils se réservent le droit de pêche, cependant Michau 
pourra pécher avec « un gorc et vergeat (3) aux deux boulz de lad. 
cscluse et iceux y tendre quand bon lui semblera ». Le 22 fév. 1461, 
le même Micheau acquérait de Yalentin Gautier « Tappouyage en 
la terre dud. Gautier, appelée La Rivière Gaulis, d'une excluse du 
molin dud. Martin assis en La Combe-au-Brun ». En 1655, le mou- 
lin construit sur cet emplacement était désigné sous le nom de 



(1) M. Rupin, p. 252. 

(2) M. Rupin, p. 286, fig. 344 et 345. Les personnages en relief sont la 
Vierge, Saint-Jean, un personnage indéterminé et un autre remplacé. 

Cette croix est un peu plus grande que la notre; le revers se compose 
d'un médaillon central contenant un Christ en majesté dans une vesica 
piscis, et de quatre autres petites plaques plus petites portant les sym- 
boles des évangélistes. 

(3) Vergeat est le uom patois du verveux. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICB-LBS-PEUILLBS 153 

Moulin à THuile ; les habitants de Monternon y étaient asireignables 
et il était alors à blé et à drap (G. M.). 

LE PERMINAUD. — 17 m., 52 h. Le PerminauU, 1678; on y 
trouve un notaire en 1693-1731. 

LE PEU DE JOUAC. — 51 ra., 78 h. Le Puys de la Tour, 1526; 
le Peux de la Tour, 1617; nous avons dit à propos de la s'** de 
Jouac que ce (ief était aux Guilleroin depuis 1634; ils le possédaient 
encore à la Révolution. Château moderne à M. Gigaud-Lafont. 

PIERREFOLLE. — 20 m., 76 h. nom indiquant l'existence d*un 
dolmen sans doute détruit depuis longtemps. Village placé sur un 
coteau dominant la Vallée de la Benaise; au pied, un vieux moulin 
avec passerelle rustique ; joli site. 

Petrafolla, 1400. C'est un maître maçon de ce village, Léonard 
Delacoste, qui en 1674, entreprend la construction du château de 
Saillant. 

LES REDEAUX. — 2 m., 24 h. Le Redault, 1400; suivant décla- 
ration de 1450 les Redaux dépendent d'Hérut. S" : Jean de Laver- 
gne, 1658; Jean de Rony de Lavergne, 1718. (M D. 391.) 

LES ROUILLES. - 1 m, 2 h. se prononce Rou-i-lles; La Roilhe, 
1457; Les Rouilhes^ 1598. 

RIBOULET. — Localité disparue, devait des rentes et des vinades 
à Hérut suivant déclaration du 28 fév. 1458. 

Autres localités : LES ALLEUX : 1 m., 8 h.; L*ETANG, 2 m., 
17 h.; L'ETRILLE; LE POINT DU JOUR, 3 m., 8 h. 

Maires, — Brac, 1793; Fr. Bertholon, anlIflHlS; Georges Surun, 
1816-1837; Dubrac, 1838-1846; Surun, 1848-1858; Michel Mayaud, 
1859 f 1863; Pasquel, 1863-1865; F. Dubrac, 1865-1869; Berneron, 1870- 
1886; Pierre Surun, licencié en droit, 1886-1906. 

Curés, — Jean Brun, 1456; Antoine Pichon, 1555; Mathias Marcban- 
don, 1555; Jean Bugeaud, i570; Pierre Guillot, 1570; Pierre Lucquct, 
1611-1620; Joseph de la Clostre, 1620; Mathurin Demacloux, 1644; 
Léonard Desmonceaux, 1659 f 1690; Fr. Badou, 1690-1697; Jh. Décres- 
sac, subdélégué, 1698; Brunyer, 1699; Maravaud, 1700-1706; Léonard 
de Maravaux, venait d'Arnac, 1706-1718; Fr. Pertat, 1722-1725; Fr.-Xav. 
PerUt (1), 1725 f 1752; Jean-Claude Dubrac, s"" de Forges, 1752 f 1771; 
Léonard Dubrac, son frère, 1771-1787, venait de Saint-Martin ; J.-B. 
Bigaud, 1787-1793. 

(1) Dune ancienne Camille de Magnac; il était fils de François et de 
Marguerite Dubrac de Feux (Note de M. de la Ville du Bost qui a rédigé 
la généalogie de la famille de Pertat encore représentée à Poitiers.] 



1^4 SOCléTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET tllStOlUQDE bU LlMOUSlM 

Vicaires. — Butoud, 1732; Rougier, 1781. 

Notaires, — Pierre Guillemin 1566-1573; Mathurin Guillemin, 1591- 
1603; M.Luquet, 1644; Bardet, 1645; Claude Berneron, 1650; Jean Guil- 
lot, au Perminaud, 1693 f 1731; Simon Guillot, au même lieu, 1729; 
Pierre Jarissat, 1709 f 1725; Martial Delacoux(l), s*" de Chaussidier, 
1731 1 1780 (2). 

Huissiers. — Claude Berneron, 1650; Claude Jarissat, 1738 f 1742; 
Fr. Braud, garnisonnier, l'^73, puis huissier, 1774-1789. 

Chirurgiens. — Pierre Delacoste, 1672; Barthélémy Norrin, 1693 f 1733; 
Fr. Jarissat, s' des Cosses, 1735 f 1766; André Guillemin, s' de Mon- 
ternon, 1771; Fr. Delacoux, s' de la Leuge, 1779-1793; Jh. Rougier, 
1790-1793. 

Antoine Guillemin, greffier des rôles en 1691. 

(1) Dans une généalogie imprimée intitulée De la Coux, Paris, impr. 
Capiomont, août 1898, 32 p. Martial Delacoux, naît le 31 août 1705 (p. 10), 
puis on le marie en 1690 à Marguerite De la Vergne (p. 18) et on lui fait 
naître un fils en 1701 ; il était issu du mariage de Jean et d^Anne Vacherie 
et épousa à Jouac le 11 novembre 1727 Marie Jarissat. 

(2) Les minutes de Guillemin appartiennent à M. de Montplanet; 
celles de Jarissat et Delacoux font partie de Tétude de Lussac. 

(à suivre) Roger Drouault. 



/ 



I 



LE SAC 

DE LA CITÉ DE LIMOGES 

ET SON RELÈVEMENT 

1370-1464 U) 



I 



LES SOURCES HISTORIQUES 

La prise de la Cité de Limoges par le Prince Noir, en septem- 
bre i370, eut un retenlissemeat prolongé dans la France de ce 
temps, toat particulièrement à Paris (2), à Avignon (3), et, plus 
tard, dans la mémoire des descendants des victimes (4). Hais Frois- 
sart, qui seul nous a longuement narré cet épisode militaire, s'est 
mépris sur ses caractères essentiels et par conséquent sur les 
causes de son retentissement. 

L'examen attentif des documents d'archives qui ont été publiés, 
et de beaucoup d'autres encore inédits, permet aujourd'hui de pro- 



(1) Une partie du présent mémoire a été lue devant l'Académie des 
Inscriptions et Belles- Lettres, dans la séance du 18 mai 1906. 

(2) « Si fu enfourmés li rois de France de le destruction et dou recon- 
quès de Limoges, et comment li princes et ses gens Vavoient laissiet toute 
vaghe, ensi comme une ville déserte : si en fu trop durement courouciés 
et prist en grant compassion le domage et anoy des habilans d*icelle ». 
(FnoissART, Chroniques, édit. S. Luce, VII, p. 253), 

(3) Pour Avignon, voy. plus loin la fin du chap. III. 

La suite de notre exposé montrera clairement que nous ne pouvons 
souscrire à ce jugement de Siméon Luce, ({ue « le massacre de Limoges 
avait soulevé dans toute la chrétienté une réprobation générale ». (VII, 
p. CXV). 

(4) C.-à-d. dans la légende populaire, à Tétude de laquelle nous con- 
sacrerons le chap. VI. 



156 SOCléTé ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE Dl) LÎMÔÛSIK 

jeter plus de lumière sur les faits, d'arriver à des précisions qui ont 
manqué jusqu'ici et de marquer mieux que Froissart et ses contem- 
porains les proportions vraies de Tévénement en question. 

Dans l'ensemble des textes narratifs que nous connaissons (1), 
il y en quatre qui s'imposent tout d'abord à notre attention, tant par 
leur date que par leur provenance. 

Le premier est tiré du cartulaire du consulat de Limoges-Châ- 
teau. L'auteur, qui écrit dans le dialecte local, est quelque bour- 
geois de la ville, peut-être le scribe ordinaire des consuls. La forme 
qu'il donne à son récit permet de dire qu'il rédigeait très peu 
d'années après les événements. Qu'on en juge : 

XII Kal. [octob, = 20 sept,]. Lan mil IW LXX fust prêzo la 
CAtat de Limogey per lou prince de Galas, filz deu rey Esdouart 
d*Angleterro, et fust deytrucho, et prey a preysonniers tous aquilz 
de la Citât, homeis et fennas et gens d'eygleyjo, fevesque et tabbat 
de Senct Marti f2J, eyceptat las monjas de la Reglo ; etpilherent et 
puey meyren lou fect per la Citât lou XX septembre i 370 (S). 

Le second appartient au registre d'un notaire de Limoges, 
P. Bermondet, qui écrivait certainement plusieurs années après les 
évène.ments, puisqu'il ne fait mention de la prise de la Cité par le 
prince de Galles qu'après avoir rappelé sa reprise par le roi de 
France en 1372 : 

Civilas Lemovicensis capta fuit et destructa per dominum princi- 
pem Aqvitaniœ et dominos ejus fratres, videlicet duce\m] de Len- 
castro et comite[m\ de Cantabruge, die 19 septvmbris anno Domini 



(1) M. Guibert a reproduit, dans le tome I de ses Documents pour 
servir à V histoire municipale des deux villes de Limoges (p. 69, 72), 
tous ceux qu'il a rencontrés (en petit nombre d'ailleurs), et ce rappro- 
chement rend déjà notre tâche un peu plus aisée. Malheureusement 
l'éditeur n'a guère songé à classer ses textes, non pas même suivant 
l'ordre chronologique, et il en a admis plusieurs qui sont sans valeur. 
La tâche du critique reste entière. — Pour diminuer les chances d'er- 
reur, nous suivrons de préférence la première édition de chaque texte. 

(2) Le moine d'Uzerche y ajoute l'abbé de Saint-Augustin. 

(3) Publ. par A. Leroux dans le Bull, histor. du Ministère, 1890, 
p. 210 et ss., de nouveau par M. de Chabaneau dans son édition du Car- 
tulaire du Consulat {l\ev, des langues rom., 1895, p. 227). 



LE SAC DE LA CITÉ DÉ LIMOGES l57 

1370 y pro eo quia ipsa cwitas circa festum beati Bartholomei (/) 
eodem anno^ se posuerat in obedientia domini régis Franciœ {2). 

Le troisième, emprunté aux manuscrits de Tabbaye de Saint- 
Martial de Limoges, est de date indécise. C'est une traduction 
limousine, faite au XV* siècle, d'annales latines aujourd'hui per- 
dues, qui s'arrêtent justement à l'année 1370. L'auleur anonyme 
nous dit brièvement que « en l'an mil CCCLXXj a XIX de septem- 
bre, fut preise et ardnde la citât et meis a mort may de lU*^ per- 
sonas a cause de la rébellion qu'avian fach contre Mossen Ouduart, 
duc d'Aquitaine » (3). 

Le quatrième texte est encore un témoignage local, quoique nous 
devions prendre ce terme dans un sens plus large. Il provient en 
effet d'un moine de Tabbaye d'Uzerche en Bas-Limousin, qui peut 
fort bien avoir fait le voyage de Limoges et constaté de visu l'éten- 
due du désastre dont il parle. Ainsi s'expliquerait la précision de 
quelques-uns des détails qu'il fournit. Comparé aux trois précé- 
dents, le moine dUzerche est plus explicite; il est même, pour 
rétude de l'épisode en question, le principal représentant de l'an- 
nalistique limousine et peut-être le premier en date. Voici en effet 
ce qu'il dit : 

Nota quod anno Domini M^ CGC IXX'', in vigilia sancti Mathei 
apostoli (rr 20 sept.], civitas Lemovicensis fuit capta per dominum 
principem, qui ipsam tenuit circuatam per II ï septimanas (4); dicta 
vero civitas fuit combusta, penitus destructa, disruta, spoliata et 
penitus desolata; monasteria fôj et ecclesie depredata et polluta ab 
interectionibus hominum; sacresancte (sic) reliquie et ornamenta 



(1) C.-à-d. vers le 24 août. Nous verrons par ailleurs que les pourpar- 
lers commencèrent dès le 21 août, au soir. 

(2) Publ. par L. Guibert (Arch. hist, du Lim,, III, 315), d'après une 
copie de Tabbé Legros, avec la date de 1370; de nouveau (ibid., VII, 
70), sous une forme abrégée, d'après une copie de dom Col, avec la 
date de 1371 (sic). Vérification faite, la copie de dom Col (ms. iat. 9195 
de la Bibl. nat., p. 433) porte MCCCLXX. 

(3) Dans les Chron. de Saint-Martial de Limoges, publ. par Duplès- 
Agier (1874), p. 154. — L. Guibert a omis de reproduire cette mention, 
qui est capitale à quelques égards. 

(4) Nous examinerons plus loin la valeur de cette assertion. 

(5) L'auteur vise certainement les monastères de Saint-Martin et 
Saint-Augustin situés extra muroSy dans rEnlrc-deux-villes, puisfjue le 
seul monastère qu'il y eut alors dans la Cité, celui des religieuses do La 
Règle, fut épargné. 

T. LVI 11 



158 SOCIÉTÉ ARCnéOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

quegne ablata et asportata; crucifixi et sanctorum ymagines expo- 
liati et rupH; domini episcopus, abbates Sancti Martini etSancti 
Augustini et officiales capti et ductifij. 



• 



A la suite de ces quatre mentions (importance si inégale, noos 
devons faire état de quatre autres qui, postérieures de plus ou 
moins de temps à la prise de hi Cité, ont été rédigées au loin. L'une 
ligure dans le Petit Thalamus de Montpellier, Tautre est d*un bio- 
graphe du pape Urbain V; la troisième est d'origine normande, la 
quatrième enfin est de H* Jean Froissart. 

Il paraîtrait sans doute d'une critique peu judicieuse de s^arrêter 
à un témoignage venu de Montpellier si Ton ne savait que, depuis 
le XII' siècle, les marchands de Limoges étaient en grandes rela- 
tions d'affaires et de services avec ceux de la cité languedocienne. 
C'est par cette voie que le rédacteur du Petit Thalamus a pu avoir 
cette connaissance des faits qui se présente avec un degré d'exac- 
titude très remarquable. Il est le seul en effet à nous dire que le 
siège de la Cité ne dura que peu de jours, conformément à ce que 
nous savons par d'autres voies : 

Item, aquel an meteyss [i370\, a XIX jorns del mes de setembre, 
fon preza et destrucha la ciutat de Lymotges per lo princep de Galas, 
loqual y avia tengut seti per alcun temps petit (^). 

Voyons ce que dit la Vie d'Urbain V : 

Eodem tempore [UCCCLXX], civitas Lemovicensis quœ noviter 
su'jlrahendo se ab obedientia et dominio Edoardi principis Valliœ et 
Aquitaniœ, dominio régis Franciœ se submiserat^ secundum quod fece- 



(i) Publ. par M. de Manteyer dans les Mélanges Paul Fabre, 1902, 
p. 415. 

(2) Chronique romane du Petit Thalamus de Montpellier (1840), p. 385. 

Nous laisserons de côté les vers 4055-58, 4067-69 et 4073-74 du 
Héraut Chandos. Quoique se rapportant au siège de la Cité, ils sont 
sans utilité pour notre sujet. 

De même, le passage suivant d^une Petite Chronique de Guyenne, 
sans originalité pour la période qui nous occupe (Bibl, de VEc. des 
Charles, t. X1.VII (1886), p. 63) : Van MCCC LXX en jun fo deslruUa' 
la siutai de Lemodges per mon senhor lo prince de Anglatera, Cette 
mention n'ajoute absolument rien à ce que Ton sait d*autre part, et 
d'ailleurs contient une grave erreur de date. L'éditeur se borne à relever 
ce dernier point et ajoute fort imprudemment : n La chronique romane 
du Petit Thalamus donne seule la date de cet événement ». C'est faire 
bon marché du témoignage de nos chroniques limousines. 



LE SAC DE LA CITÊ DË LtMOGfiS 159 

rant fere omnes aliœ cimtates et loca notabUîn dicH ducatus, obsessa 
fuit per dictum principem et tamdiu viriliter expugnata quod tandem 
vi et potentia armorum per eum capta fuit cum omnibus in ea exis- 
tentibus tam incolis quam aliis qui pro sni tuitione ad eam confu- 
gérant, ac multis notabilibus viris qui pro ejus succursu et adjutorio 
illuc advenerant; fuitque demum totaliter demolita et destructa, ac 
œdfficia ejus ad terram prostrata et exinde effecta inhabitabilis et 
déserta, sala ecclesia cathedrali dumtaxat rémanente {i). 

Ce récit est, à certains égards, moins d'un chroniqueur que d'un 
historien qui prétend expliquer renchainemenl des causes et des 
effets. Si Ton se souvient qu'Urbain V mourut en décembre 1370, 
i! devient assez probable que sa Vie fut écrite peu d'années après 
la ruine de la Cité de Limoges. Si, d'autre part, on note que ce 
même pape était intervenu auprès du prince anglais pour obtenir 
la grftce de févéque Jean de Gros, et que deux des chevaliers fran- 
çais qui s'illustrèrent en défendant la Gilé étaient proches parenis 
de son successeur Grégoire IX, on doit convenir que le biographe 
pontifical se trouvait en mesure d'être bien informé. Il faut recon- 
naître toutefois qu'il se sert d'expressions peu justes quand il dit 
que la ville fuit viriliter expugnata.... vi et potentia armorum capta. 
Ignorait-on donc à Avignon le rôle joué par les mines dans la 
chute de Limoges? (2) 

La Chronique des quatre premiers Valois (3) représente pour 
nous le courant de la tradition proprement française hors du Li- 
mousin. A ce titre, nous ne pouvons la négliger. Mais, rédigée par 
un clerc normand, à l'aide de renseignements oraux, assez long- 
temps après les événements qui nous occupent, elle ne saurait 
mériler en tous points une confiance absolue. Son témoignage est 



(1) Prima vita Urbani Vdans Baluze, Vilœ paparum Aven. I, col. 392; 
reprod. en partie seulement par L. Guibert, rec. citéy p, 70. — Les 
auteurs du Gallia christ, ont fait usage de ce texte (II, coi. 533), en 
parlant de Tévêque Jean de Gros. Siméon Luce le cite également (V'II, 
p. CXIV, note 3). 

(2) Parmi les sources proprement françaises, la Chronique des quatre 
premiers Valois est seule à faire mention de l'emploi de la mine. 
Froissart, qui a puisé ses renseignements auprès des Anglais (voy. 
plus loin), puis Thomas Walsingham et le moine de Saint-Albans, 
parlent de même : arte fodieniium captant, dit le premier ; arle fodien- 
tium corrueniibus mûris, dit le second. 

(3) Editée pour la Soc. de Thist. de France en 1862 par Siméon Luce, 
elle s'étend de 1327 à 1393. 



160 sociéré AncHéoLOGiQUB et historique du limousin 

Utile cependant pour contrôler et môme rectifier celui de Froissart, 
d*aulant que la teneur en est assez longue : 

Le prince de Galles et le captai de Bues, avec eux grand nombre 
de gens, alerent assegier la Cité de Limoges. Et à eulx vint o ses 
gens le duc de Lencastre (/) et jurèrent le siège. Monseigneur Jehan 
de Vinemeur (i) estoit dedens la Cité qui très efforciement la deffen- 
doit. Et les Angloiz qui avaient foison d'engins les faisaient gelter 
jour et nuyt {3). Le duc de Lencastre fist miner la ville, et estait avec 
les mineurs, et lui en sa propre personne les guettait. Le dit monsei- 
gneur Jehan de Vinemeur fit faire contremine. Dont il advint que les 
mineurs se entre encontrerent et coururent sus les ungz aux autres. 

Lors eschey que le duc de Lencastre et monseigneur Jehan de 
Vinemeur se combatirent Vun contre Vautre très vassaument. Donc 
dit le duc de Lencastre : « Qui es-tu qui si fors te combas à moi? 
ES'tu comte ou tu es baron? » « Nennin, dist Vinemeur ^ mais je suis 
ung povre chevalier. » Adonc dit le duc de Lencastre : « Je te prie 
que tu me diez ton nom puis que tu es chevalier , car tel portas estre 
que j'auray honneur de m^ estre essayé à toy ou tel que non. » Donc 
dit Vinemeur : « Saches, Angloiz , que oncquez en armes ne regniay 
mon nom. Tay nom Jehan de Vinemeur. » Adonc dit le duc de Len- 
castre : « Monseigneur Jehan de Vinemeur, j'ay bien grant joye que 
je me soye esprouvé contre si bon chevalier comme vous estes. Si 
sachiez que je suis le duc de Lencastre. » Et atant remaint la dicte 
bataille d^eulx deux (4). Et les autres se mirent avant, et dura l'es- 
tour fusques à la nuyt. Et fut là blecié le duc de Lencastre d'une 
des estâtes qui froissa (5J. 

Apres ce que dis est, le prince de Galles et le duc de Lencastre 
firent efforciement assaillir et continuelment la Cité de Limoges, et 



(1) Le chroniqueur ne nomme ni le comte de Pembroke, ni celui 
de Cambridge. 

(2) Le chroniqueur omet les deux autres capitaines de la Cité : Hugues 
de La Roche et Roger de Beauforl. 

(3) Ces « engins qui jettent », ce sont évidemment des pièces d'artil- 
lerie. Froissart n'en dit mot; mais, par contre, il fait allusion (p. 244) à 
Tartillerie des Limogeauds. 

(4) Par suite des omissions que nous signalions tout à Theure, le 
chroniqueur nous donne le spectacle d'un duel, tandis que Froissart 
nous donnera celui des trois chefs anglais contre les trois chefs fran- 
çais. Froissart a probablement développé le thème primitif. 

(5) C'est la seule mention que nous connaissions d'une blessure reçue 
par le chef effectif de l'armée anglaise au siège de Limoges. — Il résulte 
du récit de notre chroniqueur que le prince de Galles, porté en litière, 
n'était que le chef nominal de l'expédition. 



LE SAC DE LA CfTÉ DE LIMOGES 461 

tant la desiraindrent que par force la prindrent {i) Et mouU des 
citoiens mistrent à mort pour ce quilz s'estoient renduz Francoiz. 
Monseigneur Jehan de Vinemeur et aucuns de la dicte Cité se retrai- 
rent en ung moustier {2) ou Hz se tindrent et là se combatirent moult 
longuement. La se contint le dit Vinemeur moult vassaument^ maiz 

par la force du duc de Lencastre Hz furent prins (3) » (p. 209- 

210). 

Voici mainlenanl le passage capital des Chroniques de Frois- 
sarl (4) : 

Cil de piet y pooient bien entrer par là tout à leur aise, et y 
entrèrent, et coururent à le porte (8), et copèrent les flaiaus et 
l'abatirent par terre et toutes les bailles ossi. Et fu tout ce fait si 
soudainnement que les gens de le ville ne s'en donnoient garde, 
Evous le prince, le duch de Lancastre, le conte de Cantbruge, le 
conte de Pennebruch, messire Guiçart d Angle et tous les aultres, et 
leurs gens, qui entrent eus, et pillart à piet qui estoient tout appa- 
rilliet de mal faire et de courir le ville et de occire hommes et fem- 
mes et en fans j car ensi leur estoit-il commandé. Là eut grant pitié; 
car hommes, femmes et enfans se jettoient en genoulz devant le 
prince et crioient : « Merci, genlilz sires, merci ! « Mais il estoit si 
enflammés d^air que point ni entendoit, ne nuls ne nulle n'estoit oU, 
mes tout mis à Pespée, quanques on trouvoit et encontroit, ctl et 
celles qui point coupable ni estoient; ne je ne sçai comment il 
navoient pitié des povres gens qui n^estoient mies tailliet de faire 



(i) Remarquons que notre chroniqueur se représente la«prise^ de la 
Cité tout autrement que Froissart, qui y voit la conséquenckp 4ig J^ chute 
d*un pan de muraille et ne fait point mention de combats préliminaires. 
Nous suivrons dans notre exposé la donnée de Froissart. 

(2) Le cloître des chanoines, à quelques mètres de la cathédrale. 

(3) Du combat entre le duc de Lancastre et Jean de Villemur, notre 
chroniqueur a fait deux épisodes difTérents : Tun antérieur à Tentrée 
des Anglais, l'autre postérieur. Ici encore nous abandonnerons son 
témoignage pour suivre celui de Froissart, qui parait beaucoup plus 
vraisemblable. 

(4) Edit. Siméon Luce, t. VII (1878), p. 250. — Pour le surplus de 
son récit, nous en ferons la critique dans les pages suivantes, au fur et 
à mesure des événements. 

(5) Jusqu'à la un du XVIII*' siècle, une ruelle voisine de la porte 
Panet (et qui n'est plus auj. qu'un cul-de-sac) a porté le nom de rue de 
la Mine. C'est la seule raison que Ton ait d'afiirmer que les Anglais 
ouvrirent la brèche entre la dite porte et la tour Aleresia. 



1 62 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

nulle trahison ; mais cil le comparoient et comparèrent plus que li 
grant mestre qui r avaient fait (1). 

// n'est si durs coers^ se il fust adonc à Limoges et U li souvenist 
de DieUy qui ne plorast tenrement dou grant meschief qui y estait^ 
car plus de trois mil personnes, hommes, femmes et enfans, y furent 
deviiet et decolet celle journée. Diex en ait les âmes, car il furent 
bienmartir! (2). 

On constate, à première lecture, que Froissart, fort éloigné du 
thé&tre de la guerre lorsqu'il rédigea cette partie de sa chronique 
aux environs de 1373 (3), a pris la peine de se renseigner (4). Mais 
comme il a interrogé avant tout les vainqueurs, sa chronique est pro- 
prement une source anglaise. Les détails qu'il fournit ailleurs sur 
1 armée du prince de Galles (5), la complaisance avec laquelle il énu- 
mère les grands chefs sont choses significatives. G*est par lui et par 
lui seul que nous connaissons les préliminaires de Texpédition, le 
chiffre des troupes anglaises, les noms des capitaines français de la 
Cité. C'est grâce à lui aussi que nous savons par quels moyens nou> 
veaux l'ennemi s'empara de Limoges, sans coup férir pour ainsi dire. 
Sauf sur la durée du siège qu'il fixe à un mois, sur le chiffre des 
morts qu'il marque à 3.000, et sur quelques autres points de non 
moindre importance, nous n'aurons point lieu de suspecter son 
exactitude. L^erreur de temps et l'exagération du nombre semble- 
raient démontrer qu'il écrivait alors que déjà les esprits avaient 
commencé de broder sur le fond réel des événements. 



(4) C.-à-d. que ces pauvres gens expièrent la trahison plus chèrement 
que leur seigneur Tévêque et les consuls qui Tavaient commise. 

(2) Cf. les variantes du ms. d'Amiens (i/>m/., p. 427), qui ne dit rien 
du nombre des victimes. 

(3) Sur la date de la première rédaction des Chroniques, voy. Luce- 
Froissart, I, p. L et CXV. Notre auteur était alors fixé en Angleterre, à 
la cour d'Edouard III, comme clerc de dame Philippe de Hainaut (ibid.). 
D'après la chronologie de sa vie (Buchon-Froissart, III, 5i6), il aurait 
cependant passé une partie de l'année 1370 en Brabant. 

(4) « Partout où je venois (dit-il quelque part), je faisois enquête aux 
anciens chevaliers et écuyers, qui avoient été dans les faits d^armes et 
qui proprement en savoient parler, et aussi aux anciens hérauts d'armes 
pour vérifier et justifier les matières. » 

(5) Avons-nous besoin de dire que ces expressions « le prince de 
Galles, le Prince Noir, le duc de Guyenne, le prince Edouard, le prince 
anglais » sont synonymes dans notre exposéjcomme dans le récit de 
Froissart. 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 163 

Il faut remarquer aussi que notre chroniqueur accuse, dans ce 
passage et ailleurs (1), des tendances littéraires et morales assez 
peu compatibles avec Fexposé pragmatique des faits. Quand il 
s*arr6le à dépeindre Tétat d'esprit des assiégeants et celui des 
assiégés, bien incontestablement c'est par conjecture plutôt que 
par ouï-dire. Non moins supposé le court dialogue qu*il établit 
entre les capitaines du roi de France et les bourgeois de la Cité, 
entre le Prince Noir et ses hurons. Ailleurs il dramatise son récit 
d'une manière saisissante, mais peu conforme à la réalité quand il 
nous montre toute la population limousine implorant à genoux la 
pitié du prince anglais, ou quand il laisse croire que le sort de 
cette population dépend de l'issue du combat singulier que les trois 
capitaines de la Cité soutiennent contre les trois principaux chefs 
de l'armée ennemie. 



* 
* « 



Si Ton ne tient pas compte de quelques rares documents diplo- 
matiques que nous rappellerons en leur lieu, ces huit chroniques 
sont tout ce dont dispose l'historien moderne pour la connaissance 
directe de ce qui se passa en août-septembre 1370 (2). 

Pour les événements subséquents, la proportion des sources es| 
renversée. Froissart ne s'intéresse plus à Limoges, les beaux coups 
de lance se donnant ailleurs. Ses contemporains, anglais ou fran- 
çais, font de même. Quant aux chroniqueurs locaux il n'y en a plus 
guère en Limousin pendant 150 ans; la lignée n'en reprendra que 
durant le second quart du XVP siècle. Dans l'intervalle, ni Gérald 
Tarneau, notaire de PierrebufBère, qui nous a longuement narré 
la guerre dite de la Vicomte (3), ni l'auteur anonyme de la chroni- 
que du chapitre de Saint-Etienne qui nous raconte les sanglantes 
compétitions au siège épiscopal de Limoges (4), ne nous parlent du 
relèvement de la Cité. 

Par contre, les actes émanés des chancelleries de Paris, d'Avi- 
gnon et de Rome deviennent abondants ; les documents d'archives 
locales se font plus nombreux, à condition de savoir les trouver. 



(1) Voir les extraits que nous donnons dans les pages suivantes. 

(2) La Chron. normande du XIV^ siècle (édit. par A. Molinier pour la 
Soc. de Thist. de Fr. en 1882) fait mention, en quelques lignes seule- 
ment (p. i95),du siège de Limoges. Ce témoignage de seconde sinon de 
troisième main n'ajoute rien à ce que nous savons, et peut être négligé. 

(3) Publ. par A. Leroux, Chartes, chroniques et mémoriaux.,, p. 203- 
237. 

(4) Publ. par A. Leroux, Arch, hist. du Limousin, I, p« 267-273. 



164 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Nous les Utiliserons sans réserve, en signalant leur portée et leurs 
défauts. Il en est un dans le nombre qui mérite une mention parti- 
culière, car il nous sera d'un grand secours pour préciser certains 
détails. C'est un long mémoire historique, dressé vers 1444-4S par 
les consuls de Limoges-Château, au cours du procès qu'ils soute- 
naient contre révéque (i). Ce document est depuis longtemps connu 
des érudits locaux, mais nul n'en a tiré tout le parti qu'il com- 
porte. 

Quant aux choniqueurs du W^ siècle, anglais (2) et français, qui, 
comme les moines du monastère de Saint-Alban, écrivent cinquante 
ou soixante ans après les événements, nous n'aurons garde de 
les écouter. Moins encore les écrivains du XVP siècle comme Mon- 
taigne, Jean de Lavaud (3), ou ceux du XVII* comme le chanoine 
Bandel, le P. Bonaventure de Saint-Amable, Sponde, David 



(1) B. de Saint-Amable a connu l'original de ce mémoire. (Voy. 
Annales du Limousin, 660). M. A. Thomas en a signalé une copie inté- 
grale dans le reg. X* A 4800 des Archives nationales. Cf. le reg. 4799 
pour les dires de l'évèque, et le reg. 78 de la même série (f*> 203) pour 
l'arrêt final, du 24 mars 1448 (n. st 1449). — - Nous ne le connaissons 
malheureusement que par une analyse minutieuse, faite au XVIII* siècle 
par le P. Léonard Nadaud et remplissant quatre pages du registre in- 
folio G. 2 (p. 30-34) des Archives départementales de la Haute- Vienne. 
L. Guibert en a reproduit quelques parties dans son recueil cité : I, 73, 
avec cette date, « milieu du XV*" siècle », et II, 123, avec la date, « vers 
1444 », proposée par le P. Nadaud. En effet le mémoire est antérieur à 
la mort de Tovêque Pierre de Montbrun (f 1456); à Tart. 14 il est parlé 
du schisme de Téglise de Limoges, 28 ans en çà. Or, ce schisme com- 
mence vers 1416, dix ans avant l'arrivée de Jean de Bretagne dit de 
Laigle, que Tart. 20 fixe fort exactement à Tannée 1426. Parlant du sac 
de la Cité, les rédacteurs disent qu'il a eu lieu 75 ans plus tôt (art. 8), 
ce qui corrobore la date de 1444-45. L'importance de ce document est 
telle, pour l'histoire de Limoges, que nous l'avons publié intégralement 
dans le t. X des Archives historiques du Limousin (p. 271 et ss.). 

(2) Reproduits par L. Guibert, rec. cité, p. 72. 

(3) L'un des auteurs de cette détestable compilation que Ton dési- 
gne d'ordinaire sous le nom d'Annales françaises de Limoges ou de 
1638 (V. l'étude que nous en avons faite dans les Annales du Midi, 1889 
et 1890). — C'est à Jean de Lavaud (f vers 1596), plutôt qu'à ses succes- 
seurs, le vicaire Razès et le chanoine Bandel, qu'il convient d'attribuer 
le récit de la destruction de Limoges par le Prince Noir (p. 270-274 de 
l'édition de 1872). — Lavaud et Bandel suivent Froissart, mais ajoutent 
des détails inédits qu'ils tirent de leur propre fonds ! Cf. plus loin notre 
chap. VI. 



LB SAC DE LA CITÉ DB LIMOGES 165 

Hume, qu'on a parrois invoqués. Ce qu'ils nous racontent a la 
valeur non cl*un témoignage, mais d'une opinioo personnelle, dont 
nous n'avons pas à tenir compte. (1). Ils nous serviront seulement 
à établir les étapes de la légende qui se forma, au cours des 
trois siècles suivants, sur les événements de septembre 1370. 



(1) Un ms. des Chroniques de Froissart, conservé à la Bibl. nat., 
possède une miniature qui représente l'entrée des Anglais dans la Cité 
de Limoges. Reproduite dans le Froisiart de M™» de Witl(1880), cette 
miniature est sans valeur pour notre sujet. 



: i. 



166 SOCliri ARCHiOLOOIQUB ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 



II 



LES PRÉLIMINAIRES DE L'EXPÉDITION 



1368-1370 



Le traité de Bréligny avait livré aux Anglais, en tout domaine el 
souveraineté, les deux villes que Ton désignait sous le seul nom de 
Limoges : la cité de l'évéqne et le château du vicomte (i). Le séné- 
chal anglais Chandos en avait aussitôt pris possession au nom 
d*Edouard III (8 et 9 déc. 1361) (2) et, trois ans plus tard, le prince 
de Galles, duc de Guyenne, s'y rendait pour recevoir le serment des 
habitants (3). 

De ce changement politique était résulté pour Limoges-Cité (qui 
seule nous occupe) un régime nouveau assez différent de celai de 
Limoges-Chftteau. Le pariage conclu en 1307 entre Tévéque et le 
roi de France se trouva en effet profondément modifié. Il subsista 
à la vérité, mais il devint un pariage à trois : roi de France, dur 
de Guyenne, évéque de Limoges. Et c*est ce dont témoigne suffi- 
samment, à défaut de texte explicite, le nouveau sceau de la Cité 



(1) Voir le texte du traité dans Dumont, Corps diplomate, II, p. 7. — 
Cf. M. Clément-Simon, Lu rupture du traité de Brétigny et ses consé- 
quences en Limousin, 1368-11 (dans le Bull. Soc, des lettres de Tulle, 
1898). Travail très neuf pour tout ce qui concerne le Bas-Limousin, 
mais moins bien informé pour ce qui concerne le siège de Limoges. 

(2) Procès-verbal de délivrance k Jean Chandos des places françaises 
abandonnées par le traité de Brétigny, publié par Â. Bardonnet. Niort, 
s. d., p. 69 pour Limoges-Cité, p. 73 pour Limoges-Château; reproduit 
par L. Guibert, Doc, relat. aux deux villes de Limoges (t. VII des Arch, 
hist, du Limousin, p. 65 et 275). 

(3) In anno subsequenti, vigilia ascensionis que fuit prima die maii 
(= 1«' mai 1364), venit Lemovicas princeps de Galis, dux Aquitanie, 
comes Pictavis... et moratus fuît supradictus dominus dux Aquitanie in 
villa Lemovicensi per V septimanas, et mane, penultima die sui recessuSy 
accepit possecionem istius ville tanquam sue et accepit juramentum fideli- 
tatis a gentibus,., (Chron, de Saint-Martial de Limoges, publ. par Duplès- 
Agier, p. 200). 



LB SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 167 

frappé en 1362 (i). Il esl en forme d'écu parti : ati /, écartelé de 
France et d'Angleterre; au 2, à une crosse en paL La place qu'on y 
donne au léopard anglais est, pour Thëraldiste, tout à fait signifi- 
catÎYe. 

Survint, par les raisons que l'on sait, la rupture du traité de Bré- 
ligoy, et, dès 1368, la reprise des hostilités en Gascogne et en 
Languedoc, puis la confiscation du duché de Guyenne autorisée par 
les Elals en mai 1369. Encouragé par les premiers succès de ses 
armes, plus encore par les offres de service que lui faisaient deux 
petits seigneurs de la contrée, Louis de Halval et Raimond de 
Mareuil (2), Charles V entama, au commencement de Tannée i370, 
avec ses anciens vassaux du Limousin, des négociations secrètes 
que Ton connaît mal (3). Si l'on en croit une variante des Chroni- 
ques de Froissart, l'évéque de Limoges Jean de Gros aurait d'abord 
fait la sourde oreille aux propositions royales. Finalement, sous la 
pression des événements et des sollicitations (4), il aurait consenti. 



(1) Ph. DE BosnEDON, Notes pour êervir à la êigillogr&phie du dép. de 
la Haute-Vienne (1892), p. 139. 

(2) « En ce temps (1>'« moitié de 1370), estoit venus à Paris li contes 
de la Marce, messires Jehan de Bourbon, d'un lés, qui tenoit sa terre 
dou prince. Et voleutiers euist veu li rois de France qu'il euist renvoiiet 
son hommaj^e au prince et fust demorés francois, mes li dis contes n'en 
volt adonc rien faire ; et ossi ne fîst li sires de PierebufGère, uns 
banerés de Limozin, qui estoit là à Paris sus cel estât. Mais doi aultre 
baron et grant signeur malement de Limosin, qui estoient à Paris ossi, 
messires Loeis sires de Melval, et messires Raimons de Maruel, ses 
neveus, qui pour ce temps se tenoient à Paris, se tournèrent francois, 
et fisent depuis par leurs fortereces grant guerre au prince, de quoi li 
roi d'Engleterre et ses consauls estoient moult courouciet que li baron 
de Ghiane et li chevaliers se tournoient ensi francois sans nulle con- 
trainte, fors de leur volenté ». (Froissart, Chroniques, VII, 209. Cf. les 
variantes, p. 397). — Louis de Malval et Raimond de Mareuil avaient, 
dès le mois de juin 1369, répondu à l'appel du comte d'Ârmagnac (cf. 
ibib., VII, p. LXXXVIII). Nous préciserons plus loin la position géogra- 
phique de ces deux petites seigneuries. 

(3) Il ne faut pas confondre, comme on Ta fait quelquefois, les négo* 
ciations relatives à Limoges-Cité avec celles qui eurent pour objet 
Limoges-Château. Celles-ci avaient commencé avec la vicomtesse 
Jeanne de Penthièvre dès le mois de juillet 1369. 

(4) Pour le temps de lors estoient chil de Limoges en traities pour ren- 
dre la chité, et y metoit Vevesques du lieu grant peine. Si aida le dit mes- 
sire Bertran k fairee et passer che traitiet, et se tourna la chité de Limo- 
ges franchoise. (D'après le ms. B. 6, cité par S. Luce, VII, p. 422). — 
L'intervention de du Guesclin est, en tout cas, chose controuvée, comme 
nous le démontrerons tout à Theure. 



108 sociéré archéologique et historique du limousin 

avec l'approbation des consuls, sinon des chanoines de la Cilé, à 
replacer celle-ci sous la suzeraineté du roi de France, trompant 
ainsi la confiance que le prince de Galles, « son compère » (1), lui 
témoignait depuis six ans passés. 

Du procès-verbal de reddition que nous possédons, il résulterait 
que les négociateurs français auraient fait taire les scrupules des 
bourgeois en leur persuadant que le traité de Brétigny avait réservé 
au roi de France la suzeraineté et le ressort du duché de Guyenne (2). 
C'était quelque chose comme une ruse diplomatique, en tout cas 
un point de vue admis par les Etats de mai 1369 et que les bour- 
geois de la Cité, gens simples et peu éclairés, n'étaient guère capa- 
bles de contester. 

Quant aux chanoines du chapitre calhédral, on ne paraît point 
avoir réussi à les détacher de la cause du prince de Galles duc de 
Guyenne (3). Mais nous sommes enclin à voir dans leur conduite 
moins un mobile de fidélité qu'une forme de l'esprit d'opposition 
que ces mêmes chanoines ont si souvent manifesté, pendant quatre 
siècles, contre leur évoque, en prenant en toute occasion le contre- 
pied de ce qu'il faisait et voulait. Les luttes de ces deux pouvoirs 
sont fameuses dans l'histoire de lâmoges, du XIII" siècle au XVII*. 

Le consentement de l'évéque et des bourgeois était tenu pour 
chose acquise dès le commencement de juillet, puisque, à la date 
du 13 de ce mois (4), Charles V donnait Tordre au maréchal de 
Sancerre de « retenir » des gens d'armes pour l'expédition desti- 
née à recouvrer la ville de Limoges. Les événements suivirent 
assez rapidement le cours désiré. Accompagnés du maréchal, les 
ducs de Berry et de Bourbon arrivèrent en vue de la Cité, le 



(1) Nous expliquons plus loin le sens de cette expression. 

(2) « Preserlim cum in tractSLiu pacis novissime factœ et initse inter 

condam inclilx mémorise dominum Joannem regem Francise, progeni- 
torem supranominati doniini noslri régis et ejusdem domini ducis Biluri- 
censis et Alvernise ex un& parle, et illos de Anglia, ex parU' altéra^ 
superioritas et resortum totius ducatuR Aquitaniœ dicto condam: domino 
nostro régi et suis successoribus salvi fuissent et expresse etiam reservati >» 
(Bull. Soc. arch. du Limousin, XVIIl, p. 418). 

(3) Ce dernier point sera mis en meilleure lumière dans la troisième 
partie de notre travail. Nous remarquons toutefois que, si le chapitre 
cathedra! ne figure pas comme partie contractante dans le procès-verbal 
de reddition au roi do France, trois chanoines y sont pourtant nommés. 

(4) Mandements de Charles V publ. par M. L. Delisle, n® 705, Cf. 
ibid., n°« 718 et 842 deux autres mandements du roi qui prouvent que 
le maréchal de Sancerre prolongea son séjour en Limousin. 



LE SAC DE LA CITÛ DE LIMOGES 169 

21 août (1), et obtinrent aussitôt promesse de reddition. Après 
deux jours donnés aux pourparlers et à la rédaction du procès- 
verbal, les troupes royales furent introduites dans la Cité par la 
porte Escudière le M août 1370 (2), environ « Theure de tierce ». 
C'était la conséquence, plus encore, la sanction publique de 
l'accord secret intervenu entre Tévéque et le roi. La population 
manifesta son allégresse par des vivats prolongés et les cris répétés 
de Montjoie et Saint-Denis (3). 

Âpres avoir reçu au nom du roi le serment de foi et hommage 
des habitants et confirmé leurs privilèges (4), les deux princes et 
leur suite repartirent au matin du troisième jour, c*est à-dire le 24, 
pour regagner Tun le Berry, Tautre le Bourbonnais où un parti 



(1) (c Le duc de Berry [parti de Bourges le 11 août] n'arriva devant 
Limoges que le 21 août et, le jour même de son arrivée, ût remettre 
soixante sous tournois par Guillaume Bonnet, son chambellan, aux 

Jacobins devant Limoges. Le même jour, il distribua 140 il. tournois 

ce pour bailler et donner à trois certains messagiers envoies es parties 
de Limosin pour suievre certains traitiés que le dit seigneur y a enco- 
mansés avec certaines gens du dit païs » (S. Luce, Chroniques de 
J. Froissart, VII, p. CIII, note rédigée d'après le reg. KK. 251 des 
Archives nationales. Cf. p. CX et CXI, notes.) 

(2) Cette date du 24 est celle que fournit le procès-verbal de reddi- 
tion. Elle nous parait pour cette raison devoir être préférée à celle du 
22 que donne Siméon Luce pour la prise de possession (p. CXI, note 2.) 

(3) Dicto portali et porlis ejusdem apertis, cum revereniia et alacritate 

proclamando alla voce pluries et fréquenter Montjoye et Saint^Denis 

(Procès-verbal cité, p. 121). 

(4) Progès-verbal de reddition de la Cité de Limoges le 24 août 1370, 
publié d'après un vidimus de 1 527 par M. E. Ruben dans le Bull. Soc, arch, 
du Limousin, XVIII, p. 116-122, et dans VAlmanach limousin, 1869, 
partie hist., p. 15 à 23. Une analyse en avait été donnée déjà par M. de 
Burdin dans le même Bulletin, III (1848), p. 252. — L'original de ce 
document parait malheureusement perdu, mais on en possède une lon- 
gue analyse du XVIII* siècle par Léonard Nadaud (dans le répertoire 
G. 2, p. 25 des Archives de la Haute- Vienne) y et une mention dans le 
Cartu taire de Vévéché de Limoges, coté Tuse hodie (Arch, dép, de la 
Haute- Vienne, série G. 11, f° 29 v*') : Item in eodem cophino est quod- 
dam instrumentum, signatum per Iz, continens processum factum quando 
domini duces Bicturie et Bourbonie, cornes Marchie et marescallus Fran- 
cie venerunt coram civitate Lemovicensi pro requirendo inibi habitantes 
ut regem Francie tanquam superiorem recognoscere vellent et sibi obedire. 
Super quibus dominus episcopus et consules Lemovicenses responderunt 
prout in eodem continetur. — A la suite du procès-verbal sont insérés 
les privilèges confirmés. M. L. Guibert les a reproduits après M. Huben, 
dans son recueil cité, p. 67. 



170 SOCléré ARCHÉOLOGIQUE ET HtSTORIQUK DU LIMOUSIN 

d'Anglais tentait une diversion sous la conduite du fameux Robert 
Knolles. Mais, à la demande de révoque, ils laissèrent derrière eux 
pour la défense de la Cité une compagnie de cect hommes, aux 
ordres de trois chevaliers : Jean de Villemur, Hugues de La Roche 
et Roger de Beaufort. 

Quant li dus de Berri se départi de Limoges, il ordonna et institua à 
demorer en le ditte cité, à la requeste de Tevesque dou dit lieu, monsi- 
gneur Jehan de Villemur, monsigneur Huge de la Roce et Rogier de 
Biaufort (1) à cent hommes d'armes et puis se retraist en Berri, et H dus 
de Bourbon en Bourbonnois ; et li aultre si^neur des lointaines marces (2) 
s'en revinrent en leurs pays » (p. 242). 

Ainsi raconte Froissarl, et ici son témoignage est véridique. Il ne 
Test plus dans le récit que voici : 

Tout en tele manière comme li dus d'Ango [dans le Midi] chevau- 

çoient li dus de Berri et ses routes en Limozin À bien douze cens 

lances et trois mil brigans (3) Si entrèrent ces gens d'armes en 

Limozin et y usent moult de desrois et s'en vinrent mettre le siège 
devant le cité de Limoges. Par dedens avoit aucuns Englés en garnison, 
que messire Hues de Cavrelée, qui estoit seneschaus dou pays, y avoit 
ordonnés et establis. Mais il n'en estoient mies mestre ; ançois le tenoit 
et gouvrenoit li evesques dou lieu, ouquel li princes de Galles avoit 
grant fiance, pour tant que c'estoit ses compères (4) (p. 228). 

Froissarta été induit en erreur (5). Ni les chroniques locales, ni 
aucun texte à nous connu ne font mention d*un siège de Limoges 



(1) s. Luce a identifié ces deux derniers personnages; mais il ne dit 
rien du premier (p. CXIV, notes 1 et 2). Cf. Arbellot. Bufl, Soc. arch. du 
Lim., VIII, 85. — D'après la Chron. des quatre premiers Valois (p. 209) 
le rôle de Jean de Villemur aurait surpassé de beaucoup celui»des deux 
autres chevaliers. 

(2) Ils sont dénommés par Froissart (p. 228) au noçtibre de vingt-cinq. 
Le comte de la Marche Jean de Bourbon, qui figura dans le procès-ver- 
bal de reddition et dans le cartuiaire Tuœ hodie (voy. ci-dessus) est 
omis. Par contre un certain messire Gui de Blois est nommé deux fois. 
Froissart vise sans doute les deux fils de Charles de Blois (4- i364) et 
de Jeanne de Penthièvre, vicomte et vicomtesse de Limoges-Château, 
c.-à-d. Jean et Henri de Blois. Cependant leur place était non dans 
l'armée des ducs de Bourbon et de Berry, mais dans celle de du Gués- 
clin, comme nous le prouverons tout à l'heure. 

(3) Soldats marchant par brigades, c'est-à-dire par troupes. Cf. ci- 
dessous p. 175, note 6. 

(4) Jean de Cros avait tenu sur les fonts baptismaux un des enfants 
du prince de Galles, duc d'Aquitaine. (S. Luce, p. CXI, note 3 sans 
référence.) 

(5) D'après les variantes du ms. d'Amiens. (S. Luce, VIT, fw 411)» le 
duc de Berri avait rassemblé ses troupes sur trois points : MontlémaLt 



I . 



LE SAC DE LA CITé DE LIMOGES 171 

par les ducs de Berry et de Bourbon. Il n'y eut rien de semblable, 
ni même d'analogue. Les hommes du sénéchal anglais, Gavrelée, 
qui occupaient la Cité, étaient en trop petit nombre pour tenter 
la moindre résistance; ils durent, à rapproche des troupes fran- 
çaises, se replier sur Limoges-Gbâteau, où il y avait une forte gar- 
nison sous les ordres du successeur de Ghandos. Si celle-ci ne fit 
rien et assista impassible aux événements qui se passaient dans 
Tauire ville, c'est qu'apparemment elle n'avait point reçu d'ordres 
pour agir (1). 

Froissart n'est pas mieux renseigné lorsqu'il attribue à Bertrand 
du Guesclin un rôle de négociateur et d'intermédiaire dans l'affaire 
de la reddition de la Gité aux mains des princes français : 

Quant messires Bertrans (2) fu venus au siège, si s^en esjoirent gran- 
dement li François et fu grant nouvelles de lui dedens le cité et dehors. 
Tantost il commença à aherdre les trettiés qui estoient entamé entre 
Tevesque de Limoges et chiaus de le cité et le duch de Berri et les 



Clermont et Riom. Et plus loin, on lit : Et entrèrent en Limozin, dont 
messires Hues de Cavrelée estait senescaux; mes il n^avoit mies gens asses 
pour le défendre et garder contre les Franchois, Tant chevauchièrent li 
dus de Berri et li dessus dit signeur que il vinrent devant la bonne chité 
de Limoges, dont li evesques de Limoges avoecq les gens de la cité estoit 
souverains et gouvreneres de par le prinche [de Gales^ ; et y avait li dis 
prinches grant fianche, car il estoit ses compères, 

(1) Cf. ibid,, p. 240 : Pour le temps de lors estoit nouvellement mandés 
messires Bertrans de Claickin dou roy de France et dou duch de Berry, 
qui se tenait à siège devant la cité de Limoges, et les avait telement 
astrains qu*il estoient sus tel estât que pour yaus rendre, mais qu^il y 
euist bons moiiens. — Le ms. d'Amiens ajoute quelque chose de plus 
(ibid., p. 420) : Et encorres avoit li dus de Berri assegiet la bonne chité 
de Limoges, et disait qu*il ne s^empartiroit jusques k tant qu'il Varoit 

conquis Tant furent à ce siège devant la dite chité et si le constrain- 

dirent par assaus et par enghiens que chil de Limoges se commencièrent 
à esbahir^ car il ne veaient nul confort qui leur apparust, dont il n'es- 
taient pas plus aise. 

Or parlerons de monsigneur Bertran de Claickin qui se parti dou duch 
d*Ango et fist sa route à par li^ et chevauça tant qu'il vint au siège de 
Limoges où li dus de Berri et li dus de Bourbon et grant chevalerie de 
France se tenoient (p. 241). 

M. J. Moisant [Le Prince Noir en Aquitaine, 1894) accepte la réalité 
de ce siège en s'appuyant sur la Chron. des quatre premiers Valois (édit. 
S. Luce pour la Soc. de Thîst. de France, p. 208). 

(2) Nous soupçonnons que Froissart a confondu du Guesclin avec le 
maréchal de Sancerre, comme il a confondu le vicomte de Limoges 
avec le comte de la Marche. (Voy. la note suivante.) 



172 SOCIÉTÉ AnCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

poursievi si songneusement et si sagement qu'il se lisent et se tournè- 
rent francois, li evesques et chil de Limoges; et entrèrent li dus de 
Berri, li dus de Bourbon, messires Guis de Blois (1) et li signeur de 
France par dedens à grant joie, et en prisent les fois et les hommages, 
et s*i rafreschirent et reposèrent par trois jours. (Vil, 241-242) (2). 

Le malheur est que*, le 2i août, duGuesclin, qui arrivait de Tou- 
louse, était encore à Périgueux (3). Il s*avança jusqu*à Saint- 
Yrieix, mais ne poussa pas plus loin. Il faut donc considérer 
comme absolument conlrouvées les manifestations de joie que noire 
chroniqueur prête aux Limogeauds à Tendroit du lieutenant de 
Charles V. 

I/erreur de Froissart est même assez forte. Bien loin que les 
habitants de la Cité aient eu la joie de voir du Guesclin soutenir leur 
cause par sa présence, ils n'eurent pas même à compter sur son 



(1) Erreur. (Gui de Blois, corr,) Jean de Blois, futur vicomte de 
Limoges-ChÀteau ne s*intéressait point à Limoges-Cité. Froissart Ta 
probablement confondu avec le comte de la Marche, Jean de Bourbon, 
quMl ne nomme pas, bien que la présence de ce grand personnage soit 
signalée dans deux autres documents. (Voy. ci-dessus, p. 170, note 2.) 

(2) Le ms. d'Amiens offre quelques variantes (ibid.y p. 421) : Che 
siège pendant, y sourvini messire Bertrans de Claicquin que li dus 
d*Ango y envoia à bien six vint tanches, si ques il aida à faire le traitiet 
et te pourtrach entre ces signeurs et chiaux de le cité de Limoges ; et se 
rendirent, par le consentement de Vevesque qui s'< acorda, au ducq de 
Berry, et devinrent franchois parmy tant que yeux, leurs corps et leurs 
biens dévoient y estre tout aseguré. Enssi eurent li signeur dessus noummé 
le possession et saisine de le chîté de Limoges et y entrèrent k grant joie; 
et fist li evesques de ce que il appertenoit à lui feauté et homniaige au 
ducq de Berri comme au roy de Franche, et ossi fissent tout li homme et 
li bourgois de la cité. 

Apriès le prise et le concqués de Limoges, si comme vous avés oy, et que 
li signeur de France y eurent séjourné environ cinq Jours et qu il s*i furent 
rafrechy, il regardirent quHl avoient ad ce coummenchement moult bien 
esploitiel quant il avoient pris et concquis par fait d'armes une telle 

chité comme est Limoges Si se partirent de Limoges et i laissiérent 

grant fuisson de gens en garnisson à le requeste de Vevesque et de ceux 
de le ville, et en fissent souverains et cappittainnes monsigneur Jehan de 
Villemur, monsigneur Huge de la Roche et Rogier de Biauforl, et 
estoient bien de bonnes gens cent hommes d*armes, — Cf. ibid., p. 422, la 
variante du ms. B, 6. 

(3) C'est de cette ville qu'il écrivait au duc de Berry une lettre à 
laquelle celui-ci répondit immédiatement (S. Luce, p. CX, note 1). Le 
contenu de ces deux lettres n'est point connu. Est-il absurde de suppo- 
ser que leurs auteurs avaient pour objet de concerter leurs opérations? 



LB SAC DE La CIT^^DE LIMOGES 173 

aide quand, trois semaines plus lard, les bandes anglaises eurent 
commencé rinvestisseroent de leur ville. Il y a même là, de prime 
abord, quelque chose d^anormal puisque messire duGuesclin était 
accouru du Midi justement pour seconder l'opération des ducs de 
Berry et de Bourbon arrivés par le Nord (1). Mais il faut savoir 
comprendre quel rôle lui était assigné. 

D'une part, il n*est point soutenable que Tévéque de Limoges ait 
rien attendu de du Guesclin. Quand, après le départ des troupes 
royales, il sentit combien il serait impuissant à résister au Prince 
Noir, c'est au duc de Berry que Jean de Gros envoya demander de 
ne point Tabandonner (2). Et c*est ce même duc de Berry qui, 
quand commença le siège de la Cité, fit porter au Prince Noir une 
lettre missive où, à ce que Ton croit, il faisait appel à la générosité 
de ce prince en faveur des Limogeauds (3). 

C'est qu'en effet, en vertu de conventions que nous ne connais- 
sons point directement (4), les forces que commandait du Guesclin 
opéraient au profit de Jeanne de Penlbièvre, veuve de Gharles de 
Blois, vicomtesse de Limoges-Gh&teau. G*est pour le compte de 
celle-ci, — Froissart le dit explicitement deux fois, — que le lieu- 
tenant-général de Gharles V reprenait Saint-Yrieix et chassait les 
Anglais de la partie méridionale de la vicomte. Donc, nulle obli- 
gation pour lui de se porter au secours de Tévêque; c'était affaire 
au duc de Berry. Si du Guesclin méditait un siège, c'était celui de 
Limoges-Château ; mais il ne put arriver jusquerlà. Pour expliquer 
son immobilité, nous conjecturons qu'il comptait soit sur un soulè- 
vement des habitants^ lequel n'eut point lieu, soit sur une sortie 
des Anglais au secours de la Cité ou à la poursuite des princes 
français, laquelle n'eut point lieu davantage. Le mouvement com- 



(1) C'est tout ce qu*ii convient de retenir du passage suivant des 
Chroniques (p. 240), que nous avons cité ci-dessus : 

Pour le temps de lors, esloil nouvellement mandés messires Bertrans 
de Claiekin dou roy de France 

(2) Lettre du 25 ou 26 août, citée par S. Luce (p. CXI, note 3) d'après 
le registre KK 251, f<> 27 des Arch. nationales. 

(3) Lettre du 14 sept, citée par S. Luce (p. CXI, note 3) d'après le 
même registre, f° 40. 

(4) Ces conventions étaient la conséquence du traité de Paris, 9 juil- 
let 1369, par lequel Jeanne de Penthièvre avait cédé sa vicomte de 
Limoges au roi de France pour lui permettre de la revendiquer en son 
propre nom sur les Anglais. (Arch. nat, J. 242, n» 51). Mais par une 
contre-lettre du même jour, tenue secrète, Charles V s'était engagé à 
restituer sa conquête à Jeanne et à ses héritiers. (Voy. Dom Plaine, 
Jeanne de Penthièvre^ 1873, p. 44). 

T. LVI 12 



174 sociéré archéologique et niâroRiQUE du limousin 

bioë par le roi de France enlre son armée du Nord et celle du Midi, 
échoua piteusement devant la prudence des Anglais obstinément 
enfermés dans Limoges-Château. 

Sous le bénéfice des réserves que nous venons de faire, la suite 
du récit de Froissart est ici fort exacte : 

Entrues que messires Robers Canolles et li Englès faisoient leur 
voiage et que li princes de Galles et si doi frère et leurs gens seoient 
devant le cité de Limoges, messires Bertrans de Claickin et se route, où 
il avoit espoir deus cens lances, chevauçoient À Tun des corons dou 
pays de Limozin ; mais de nuit point ue gisoient as camps, pour le 
doubte des rencontres des Englès, mes ens es forterèces françoises qui 
estoient tournées de monsigneur Loeis de Melval (1), de monsigneur 
Raymon de Marueil (2) et des aultres. Et tout le jour chevauçoient et se 
mettoient en grant painne de conquerre villes et fors. Bien le savoit li 
princes, et en venoient à lui les plaintes tous les jours ; mais il ne vo- 
loit mies deffaire ne brisier son siège, car il avoit pris trop à cuer 
Tavenue de Limoges. 

Et entra li dessus dis messires Bertrans en le vîsconté de Limoges, 
un pays qui se tenoit et rendoit dou duch de Bretagne monsigneur Jehan 
de Montfort (3), non des Englès, et le commença à courir ou nom de 
madame sa femme à monsigneur Charlon de Blois, ft laquele li hiretages 
avoit esié de jadis. Si y fist là grant guerre, ne nuls ne li ala au devant, 
car le dus de Bretagne ne cuidoit mies que messires Bertrans le deuist 
guerriier; et vint devant Saint-Iriet (4), si Tassalli et fist assallir dure- 
ment. Par dedens le ville de Saint-Iriet n^avoit nul gentilhomme qui 
le seuissent de£Fendre ne garder. Si furent si eSréé quant ils seurent la 
venue de monseigneur Bertran de Claickin... qu'il se rendirent tantost 
et sans delay et se misent en Tobeissance de madame de Bretagne pour 
qui il faisoit la guerre (p. 248-249). 



* 



A la nouvelle de la reddition de Limoges, que le prince français 



(1) Auj. en la commune de Malval, cant. de Bonnat, arrondissement 
de Guéret (Creuse). — Sur Louis de Malval, sgr de Chatelus-Malvaleix, 
voir la notice de M. Gabriel Martin, Malval, la seigneurie^ le châUau, 
les familles féodales (dans les Mém, de la Soc, des se. nai. et arch. de la 
Creuse, VI (1890), p. 296 et ss.). 

(2) Mareuil-sur-Belle, ch.-l. de cant. de Tarr. de Nontron (Dordogne). 

(3) Jean de Montfort, fils d'Arthur de Bretagne, était en compétition 
avec Jeanne de Penthièvre dans la vicomte de Limoges. Il avait Tappui 
des Anglais, tandis que Jeanne avait celui du roi de France. 

(4) Cf. les variantes du ms. d'Amiens [ibid., p. 425-426). — A Tappui 
de ce texte, S. Luce cite un passage des Ordonnances des rois^ VI, 
242, et deux actes des Arch. nationales, JJ. 109 (n» 386) et 114 (n» 146). 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES i7:j 

lui avoit fait transmettre (1), le prince anglais, qui se trouvait alors 
à Cognac, était entré dans une violente colère et avait juré par 
râmc de son père qu*il tirerait vengeance de la trahison de Jean de 
Gros. Non sans beaucoup de peine et de temps (3), 11 rassembla ses 
troupes, environ 6.400 hommes, et, quoique malade lui-môme au 
point de se faire porter en litière (3), il les dirigea sur Limoges, 
accompagné du duc de Lancastre, des comtes de Cambridge et do 
Pembroke. 

Quant les nouvelles vinrent au prince de Galles (4) que la Cité de 
Limoges estoit tournée françoise et que li evesque dou dit lieu, qui 
estoit ses compères (5) et en qui il a voit eu dou temps passé moull 
grant fiance, a voit esté à tous les trettiés et l'a voit aidié à rendre, si en 
fu durement coureciés et en tint mains de bien et de compte des gens 
d'église, où il ajoustoit en devant grand foy. Si jura Tame de son père 
que chicrement comparer il feroit cil oultrage à tous ceulx de la Cité, ne 
jamais n'entenderoit à aultre chose, si raroit le ditte Cité et s'en aroit 
fait se volonté et pris vengance deu fourfet. Quant la plus gisant partie 
de ses gens furent venu, on les nombra à douze cens lances, chevaliers 
et escuiers, mil arciers et trois mil hommes de piet (6). Si se départi- 
rent de Congnac. Avoech le prince estoient si doi frère, 11 dus de Lan- 



(1) « A cinq messagiers envolés en Angolmois pourter lettres de 
par mon dit seigneur [de Berry] au prince de Gales.... par la main Ym- 
baut du Peschln, par mandement du dit seigneur donné le XX1I« jour 
du dit mois (d'août 1370)... » (Mention du reg. KK 251, f» 39 v« des 
Arch. nationales, citée par S. Luce, p. CXI, note 2.) 

(2) La nouvelle étant parvenue à Cognac le 26 ou 27 août au plus 
tard par les chevaucheurs de Jean de Berry, et la mise en marche de 
l'armée anglaise n'ayant guère commencé que le 7 septembre, c'est donc 
onze ou douze jours qu'il fallut au Prince Noir pour mettre ses gens sur 
pied. 

(3) Froissart le dit expressément dans le passage de ses Chroniques 
que nous notons plus loin. Il nous apprend également que le Prince 
Noir entra à Limoges c en son chariot » et qu'à son retour à Cognac 
c il ne se sentoit mies bien traltiés et tous les jours aggrevoit. » Il 
nous faudra tenir compte de ces faits. 

(4) Nous avons dit par quelle voie. 

(5) Nous avons expliqué précédemment la signiGcation de ce terme. 

(6) Une lance garnie se composait communément de six hommes : 
un chevalier, un écuyer dit aussi varlet, trois archers et un coutellier. 
Mais ici les archers étant comptés à part, il parait bien que la lance 
garnie ne comprenait que le chevalier et son écuyer. Nous avons alors 
2.400 lances 4- 1.000 archers + 3.000 fantassins = 6.400 hommes. C'éUit 
beaucoup pour une pareille expédition. Mais le prince de Galles s'at- 
tendait sans doute à rencontrer l'armée de du Guesclin, accourue du 
Midi. 



176 SOCIÉTÉ AHCHÉOLOGlQUE fiT HISTORIQUE DÛ LtMOUStN 

castre, li contes de Cantbruge, et li contes de Pennebruch qui s*appel- 
ioit ossi leurs frères (1) (p. 243) (2). 

Si grande fut lear hâte qu'ils franchirent en moins d^une semaine 
les trente-cinq lieues qui séparent les deux villes (3). Pour ne point 
éveiller trop vite Tattenlion de du Guesclin, cantonné entre Bran- 
tôme et Saint- Yrieix, l'armée anglaise, après avoir franchi la Vienne 
très probablement à Chabanais (4), aborda Limoges par les plateaux 
qui dominent la ville à l'ouest. Elle arriva ainsi en vue de la Cité le 
13 ou 14 septembre (S), environ vingt jours après que le duc de Berry 
en était sorti. 

Si se misent tous ces gens d^armes au chemin en grant ordenance et 
tinrent les camps; et commença li pays à frémir tous contre yaux. Dès 
lors ne pooit li princes chevaucier, mes se faisoit mener en litière par 
grant ordenance. Si prisent le chemin de Limozin pour venir devant 
Limoges, et tant chevaucièrent li Englés qu'il y parvinrent. Si Tasse- 
gièrent tantost et sans delay tout autour, et jura li princes que jamais 
ne s'en partiroit si Taroit à sa volenté (p. 244). 

L'investissement commença aussitôt. Deux de nos chroniqueurs 
afiSrment qu'il dura trois semaines (6). Emanant de Froissart et du 



(1) Nous omettons le dénombrement des chefs auquel se complaît 
Froissart. 

(2) Cf. les variantes du ms. d'Amiens (ibid,, p. 422-424). Voici la plus 
importante : Quant li doy marescal dou prinche messines Guichars d^ An- 
gle et messires Estievenes de Gousentoune eurent aviset et ymaginet le 
mannierre de chiaux de dedens, il fissent logier leurs gens tout environ et 
ordonner et edeffier loges, feuillies et maisons pour yaux et pour lurs 
chevaux. Plus loin, il est dit que les assiégés fussent volontiers entrés 
en composition avec le prince de Galles, qui s'y refusa. 

(3) A vol d'oiseau, il y a 120 liii. de Cognac à Limoges. Il y en a bien 
140 par Angoulême et Chabanais. 

(4) Sur ce point, nous n'avons pas de témoignage formel. On pour- 
rait supposer que les Anglais préférèrent le pont de Saint-Junien, si 
cette dernière ville n'était vraiment trop rapprochée de Limoges pour 
qu'ils réussissent à dissimuler leur marche aux éclaireurs de Du Gues- 
clin. 

(5) C'est la date fournie par S. Luce (p. CXII, note 4, sans référence). 
II n'y a pas lieu de la contester. 

(6) On pourra demander comment une population de 3.000 âmes a pu 
se nourrir pendant ce laps de temps. Nous répondrons à ceci que les 
énormes caves à deux et trois étages qui s'étendent sous la plupart des 
maisons de la Cité étaient en ce temps de guerres et de sièges toujours 
approvisionnées de victuailles. En outre, une partie de la Cité était en 
prairies (nous le démontrerons plus loin) où s'élevaient toujours un cer- 
tain nombre de bestiaux. 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 177 

moine d'Uzerche, cette assertioD ne saurait élre rejetée sans examen. 
La Cité ayant été prise le 19 septembre, nous sommes ainsi rame- 
nés aux tout derniers jours du mois d^août. Or, nous savons que, 
dès le 96 où le 27, le prince de Galles avait reçu la nouvelle de la 
reddition de la place entre les mains du duc de Berry. Ne peut-on 
dès lors soupçonner qu'il envoya aussitôt au capitaine anglais 
qui commandait dans Limoges-Gh&teau Tordre de bloquer les por- 
tes de Limoges-Cité jusqu'à ce que lui-même put arriver? C'était le 
plus sâr moyen d'empêcher Tévéque d'obtenir de ses vassaux des 
chàtellenies d'isie, Saint-Junien, Saint-Léonard, Eymoutiers, La 
Jonchère, etc., le service d'ost et de chevauchée. Cette conjecture, 
qu'aucun témoignage n*appuie directement, a du moins le mérite 
d'expliquer le dire de nos deux chroniqueurs et de justifier Tabsence 
certaine des vassaux de Tévéque parmi les défenseurs de la cité 
épiscopale. 

En chroniqueur bien informé qu'il veut paraître, Froissart nous 
dit quels étaient à ce moment les sentiments de l'évéque et des 
bourgeois : 

Li evesques dou lieu et li bourgeois de le ville sentoient bien qu'il se 
estoient trop fourfes et qu'il a voient grandement couroucié le prince : 
de quoi moult il se repentoient, et se n'i pooient remédier, car il n'es- 
toient mies signeur ne mestre de leur cité (1) (p. 244). 

Ce bref exposé ne manque certes pas de vraisemblance, mais 
c'est tout ce qu'on en peut dire. Plus aventuré est le discours que 
notre chroniqueur prête aux trois capitaines de la ville s'adressant 
aux habitants : 

Messires Jehans de Villemur et messires Huges de la Roce et Rogiers 
de Biaufort, qui le gardoient et qui chapitainne en estoient, reconfor- 
toient grandement les gens de le ville, quant esbahir les vooient, et 
disoient : « Signeur, ne vous effraés de riens : nous sommes fort et gens 
assés pour tenir contre les gens et le poissance dou prince ; par assaut 
ne nous poet il prendre ne avoir, car nous sommes bien pourveu d'ar- 
tillerie (2) (p. 244). 

Peut-être derrière leurs remparts les bourgeois de Limoges pou- 
vaient-ils braver tous les assauts (3). Mais il y a un moyen infaillible 



(1) Le chroniqueur veut dire que le pouvoir appartenait maintenant 
au roi et à ses représentants. 

(2) Sans doute des bombardes à feu. 

(3) Froissart, qui avait cependant visité Limoges en 1364, en compa- 
gnie du Prince Noir, s'est abusé sur la force de résistance qu'offrait la 
place. Dans la requête qu'ils adressèrent à Charles V lors de la reddi- 
tion du 24 août, les bourgeois réclamèrent l'énorme somme de 



^ 



178 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE £T HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

pour réduire une ville : c*est d^affamer ses babitanls. Seulement, 
ce moyen exige du temps. Or, le prince Edouard était trop habile 
pour laisser aux frères du roi le temps de rétrograder, à du Gues- 
clin le temps d'opérer une diversion sur Limoges-Château. Gomme 
il avait prévu les obstacles et calculé ses chances, il s*avisa d'une 
voie nouvelle qu'on n'avait pas encore suivie pour forcer une place 
(le l'importance de notre cité. Abandonnant toute idée d'assaut et 
de combat, il résolut de faire pratiquer des mines sous la muraille 
pour ouvrir une brèche à ses gens. 

Au dire voir, quant II princes et li mareschal eurent bien imaginé et 
considéré le circuité (1) et le force de Limoges, et il sceurent le nombre 
des gentiiz hommes (2) qui dedens esioient, si disent bien que par 
assaut il ne Taroient jamais. Lors jeuerent il d'un aultre avis, et menoit 
[)ar- usage (3) tout dis li princes avoech lui en ses chevaucies grant fui- 
son (4) de huirons (5) c'on dist mineurs. Chil furent tantost en œvre mis 
et commencièrenl k miner efforciement par grant ordenance (6). Li 
chevalier qui estoient en le cité cogneurent tantost que on les minoit : 
si commencierent à fosser à Tenconbre d*yaus, pour briser leur mine 
(p. 245). 

Donc le prince anglais mit ses « hurons » à l'œuvre. Après que 
ceux-ci eurent bien creusé, bien fouillé, trois ou quatre jours 
durant, et déjoué les contre-mines des assiégés, un large pan de 
muraille, compris entre la porte Panet et la tour Aleresia, s'abattit 



10.000 francs d'or pour TafTecter aux réparations des murailles de la 
Cité, qui étaient en fort mauvais état : v Item, el quod dictus dominm 
noster rex ex sua speciali gratin del pro convertendo in reparatione et for- 
tificatione diclœ civitatis decem millia francorum auri habenda consuli- 
bus antedictis, cum fortalicium diclœ civitatis notarié reparatione et edifi- 
catione indigeat.,, » (Requête... dans le Bull, Soc, arch. du Limousin, 
XVIII, p. 123). 

(1) Il était d'environ 1.500 mètres en ce temps-là, comme nous l'éta- 
blissons plus loin. 

(2) Ils étaient fort peu nombreux, deux douzaines au plus, et encore 
n'est-il point bien certain. 

(3 et 4) « Par usage », « grant fuison » : ces termes sentent quelque 
exagération. L'usage ne pouvait être bien ancien ni le nombre des 
mineurs bien grand. 

(5) Dans la langue du moyen Âge, on appelle hurons des gens à la 
mine sauvage, au visage poilu, qui rappelle la hure du sanglier. 

(6) L'opération dont il est ici parlé consiste simplement à pratiquer 
au-dessous de la muraille une excavation plus ou moins profonde, dont 
on soutient la partie supérieure par des étais. On met ensuite le feu à 
ceux-ci et Técroulement désiré se produit sans qu'il soit besoin de 
recourir aux explosifs comme il est d'usage aujourd'hui. 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 179 

subitement dans la matinée du 19 septembre. Par la brèche ainsi 
ouverte, les assaillants trouvèrent passage. 

Le récit de Froissant est des plus intéressants eu égard à la nou- 
veauté du cas. Mais il en faut rabattre cependant plus d*un détail. 
Le dialogue entre le prince et ses hurons est certainement enjolivé, 
et certainement aussi le spectacle de toute l'armée anglaise atten- 
dant, l'arme au pied, la chute de la muraille: 

Environ un mois (1), et non plus, sist li princes de Galles devant le 
Cité de Limoges, et onques n^i fist assailir ne escarmucier, mes tout dis 
songnoit de se mine. Li chevalier qui dedens estoient et cil de le ville, 
qui bien savoient que on les minoît, fisent miner ossi à Tenconbre 
d'yaus pour occire les mineurs englès (2), mes il fallirent à leur mine. 
Quant li mineur dou prince qui, tout à fait que il minoient, estançon- 
noient, furent audessus de leur ouvrage, si disent au prince (3) : « Mon- 
signeur, nous ferons reverser, quant il vous plaira, un grant pan dou 
mur ens es fossés, par quoi vous enterés ens tout à vostre aise sans 
dangier. » Ces paroles plaisirent grandement bien au prince. « Oïl, 
dist il, je voeil que demain, à heure de prime (4), vostre ouvrage se 
monstre. » Lors boutèrent cil le feu en leur mine, quant il sceurent que 
poins fu. A Tendemain, ensî que li princes Tavoit ordené, reversa 
uns grans pans dou mur qui rempli les fossés à cel endroit où il estoit 
cheus : tout ce veirent li Englès volentiers, et estoient là tout armé et 
ordené sus les camps pour tantost entrer en le ville (p. 249) (5). 

* 

Que se passa-t-il alors ? 

Pour répondre à cette question, il ne saurait suffire dlnterroger 
Troissart. Il faut étudier toutes les sources subsistantes, les 
comparer entre elles, les sonder et les clarifier le plus possible, en 
tenant compte de leurs caractères respectifs : les unes françaises, 
les autres anglaises; les unes contemporaines, les autres posté- 



(1) Le ms d^ Amiens et le ms B. 6 portent « trois sepmaines >♦. Nous 
discuterons plus loin ce détail. Nous nous bornerons à remarquer ici 
combien il est malaisé de se représenter cette armée assiégeante 
inoccupée trois semaines durant. 

(2) Il est grand dommage que le chroniqueur ne nous dise point en 
quoi consistait cette contre-mine. 

(3) Dans la Chronique des quatre premiers Valois, ce n'est pas le 
prince de Galles malade, mais avec plus de raison le duc de Lancastre 
qui dirige le travail des mineurs. 

(4) C.-à-d. six heures du matin. 

(5) Cf. les variantes du ms d'Amiens (Luce-Froissart, VII, p. 426 jus- 
qu'au bas). 



180 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Heures aux événements; les unes narratives, les autres diploma- 
tiques. C'est ce que nous avons tenté dans la première partie 
de notre travail. 

Mais cela ne suffit point encore. Pour saisir la réalité il faut 
aussi nous faire une idée exacte de ce qu'était la Cité de Limoges à 
cette date (1). 

Couvrant une surface d'environ dix tieclares, elle était ceinte de 
murailles et de terre-pleins percés de six portes. Son pourtour, qui 
était d'environ 4,500 mètres, présentait du côté de la Vienne un 
front d'environ 2K0 mètres. 

Dans l'intérieur de cette place forte on discernait aisément des 
parties très différentes (2) : 

1 . Sur un vaste plateau auquel on accédait par la porte du Chêne, 
à '^0 mètres environ au-dessus de la Vienne, s'élevait l'abbaye des 
religieuses de N.-D. de la Règle fondée au IX* siècle. Avec ses 
dépendances et ses jardins bien enclos, elle couvrait un sixième de 
la Cité, dominant la rivière d'un côté, faisant face à la campagne 
de l'autre. Le troisième côté était formé par une ruelle, appelée du 
Chêne, qui séparait nettement le Onage de Tabbesse de celui de 
l'évéque. Sur le quatrième côté le plateau était soutenu par une 
forte muraille, le long de laquelle coulait un ruisseau torrentueux. 

2. Une agglomération d'une centaine de maisons, bien serrées 
les unes contre les autres et comprises entre l'abbaye, la Vienne, la 
rue menant au pont Saint-Etienne et la ruelle du Canal, s'étageait 
sur le flanc de la colline, depuis le chevet de la cathédrale jus- 
qu'au voisinage de la rivière. Elle possédait son église et son cime- 
tière. Le prieuré d'Aureil y avait un pied-à-terre appelé la maison 
d'Aureil. Une partie de ce quartier était connu sous le nom d'Ab- 
bessaille parce qu'elle relevait judiciairement de l'abbesse. Dans sa 
totalité ce quartier ne représentait qu'une moitié de la Basse-Cité. 

3. L'autre moitié de la Basse-Cité — entre la Vienne, la rue con- 
tinuant le pont Saint-Etienne, et les murailles qui, de la porte 
Panet, rejoignaient la Vienne par la tour Aleresia — était assez 



(1) Nous nous appuyons avant tout sur le Plan dit des Tréioriers de 
France (dressé vers 1680), mais non sans tenir compte de quelques 
observations que nous a présentées M. P. Ducourtieux. 

(2) Pour cette description de Tancienne cité nous suivons le Limoges 
diaprés ses anciens plans de M. P. Ducourtieux (1884), Nous avons pu 
cependant le compléter sur quelques points. Nous nous séparons de lui 
en ce qui touche la direction des murailles du côté du Naveix, et nous 
suivons de préférence le tracé qu'indique le Plan dit des trésoriers, de 
France. 



Plan de Limoges parJ 



riu de Rochefort, vers 1680 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 181 

peu peuplée, si Ton considère quelle n*avait qu'une église, Saint- 
André. C'est encore aujourd'hui un vaste terrain non b&ti, sauf sur 
son pourtour. 

4. Le quartier central se composait presque uniquement d'édifices 
publics : la cathédrale gothique non achevée, — le clocher isolé 
qui surmontait Tancienne basilique romane, — la Salle épiscopale 
ou auditoire de justice (1), flanquée de deux tours (dont Tune dite 
Amblard), et de trois petites maisons (2) dans Tune desquelles se 
trouvait une chapelle, dans l'autre une salle de festins et dans la 
dernière Taumônerie fondée par Gérald du Cher en 1263 (3); — le 
palais épiscopal en forme de chàteau-forl, avec un donjon tout 
Toisin appelé la tour de Maumont; — le cloitre des chanoines, — 
le fortin des chanoines — et la maison du pariage. 

5. De l'autre côté de la rue du Canal se trouvait un vaste quar- 
tier dont les maisons, très rares, confrontaient par derrière aux 
cimetières de Saint-Affre et Saint-Jean. Ces cimetières étaient éta- 
blis sur un terrain surélevé qui, du côté extérieur, formait rempart. 
La population de ce quartier, nécessairement peu dense, se répar- 
tissait cependant entre deux paroisses : Saint-AfTre et Saint-Hau- 
rice. Celle-ci avait son cimetière particulier hors des murs de la Cité. 

6. Coupé aujourd'hui en deux par la rue Neuve Saint-Etienne, 
un autre quartier se continuait alors derrière les murailles qui 
s'étendaient de la porte Saint-Maurice à la porte Trasboreu. Dans sa 
première moitié, il avait pour issue centrale la porte Escudière (par 
laquelle on atteignait directement l'Enlre-deux-villes) et pour 
églises Saint-Jean et Saint-Genest (4), outre une petite chapelle 
connue* depuis 4246 au moins, sous le nom de N.-D. du Puy. 
L'hôpital Saint-Maurice fondé en 1319 (n. st.) et les prisons de la 
Cité s'appuyaient sur les remparts. 



(1) Procédure de 1444-45 (art. 64), citée plus loin. 

(2) Voy. le veg. O Domina (f« 91-92) des Arch. dép. de la Haute- 
Vienne (G. 9) : Litlera quod Bernardus Amblardi recognovit quod turriê 
sua, vocala Amblarda, sUa in civitate Lemovicensi inier très estagias sive 
domos Aymerici Arnaudi de Joncheria et curiam Lemovicensem, cum 

porta, introilibus, exiiibus, ayzinis,juribus et pertinentiis dicte turris 

[déc. 1286]. 

(3) L*aumônerie et la chapelle sont mentionnées par Tabbé Nadaud 
(dans son Pouillé^ édit. Lecler, p. 84). La taberna (que M. Guibert 
traduit par salle des festins [rec, cité, I, 73j et Ducange par cella vinaria) 
est sigualée dans un registre de la chancellerie, G. 203, ('* 9 y<>. 

(4) Saint-Genest avait été détruit en 1105 par les habitants du Châ- 
teau; mais il en subsistait, semble-t-il, une petite chapelle. 



182 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Dans leur ensemble les deux quarliers 5 et 6, que nous venons 
de visiter, formaient la Haute-Cité. C'est là qu'habitaient les plus 
riches bourgeois et quelques familles nobles du dehors qui y pos- 
sédaient lear hôtel et leur tour. G*est là aussi qu'était située, à un 
endroit encore indéterminé, la maison commune du consulat et ce 
fortin des bourgeois que mentionne un acte de 1370 (1). 

7. Le long des murailles, qui de la porte Traboreu rejoignaient 
la porte du Chêne, couraient des terrains fort vastes sur lesquels 
on n'a jamais constaté ni église ni chapelle. Il en faut conclure 
qu'ils n'étaient point bâtis, et que là s'étendaient déjà ces prés et 
vignobles dont nous rencontrons mention en 1372 (2). En un point 
qu'il est difficile de préciser aujourd'hui (au milieu des jardins 
actuels de l'évéché), faisant face à la ruelle dite du Jeu d'Amour, 
s'ouvrait la porte de Las Cossas (3), venant du pont Saint-Martial. 
Au XVI* siècle cette porte (ou poterne) fut changée en une courtine. 



(1) Daas L. Guibert, rec. cité, I, p. 68 : Cum forUlicium dictœ civUaiis 
notarié reparatione et edificatione indigeat, 

(2) Item, decoitaverunl trilhie civitatis de talhando, ligando, fodendo, 
vinando (?), claudendo et effolhiando, LUI s. VIII d. (Reg. des comptes 
de la chancellerie. Arch. dép. G. 203, f« 8 v<», année 1374). Cf. ibid. 
fo 15 r«> et V» et f«> 21 v», 24 r». 

(3) En raison des différences de nireau que présentait le terrain en 
cet endroit, il est assez probable que cette porte était en forme de 
poterne. 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 1^3 



III 

LA JOURNÉE DU 19 SEPTEMBRE 

1370 



Noos savons ce qui se passa à Taube de la terrible journée. Les 
chroniqueurs que nous avons indiqués vont nous apprendre ce qui 

suivit. 

Remarquons d'abord que, sur la date exacte de Ventrée des 
Anglais, nos auteurs ne sont pas tout à fait d'accord : trois se pro- 
noncent pour le jeudi 19, deux pour le vendredi 20; les trois 
autres, c'est-à-dire Froissarl, le biographe d'Urbain et le chroni- 
queur des quatre premiers Valois ne précisent pas. L'écart est 
d'ailleurs insignifiant. En réalité, la première date est la bonne ; 
mais cette détermination ne change rien aux faits eux-mêmes ni à 
leurs conséquences. 

Le scribe du consulat, le moine d'Uzerche, le biographe d'Ur- 
bain V et Jean Froissart s'accordent à affirmer que les Anglais 
firent des prisonniers. Mais dans quelle proportion? Sur ce point, 
ils vadent aussi. Tous les habitants, tant hommes que femmes, tant 
laïques qu'ecclésiastiques, répond le premier. — Il y a là une exagé- 
ration manifeste, car si tous furent faits prisonniers pour être 
ensuite rançonnés, il ne resta plus personne pour être tué. On ne 
comprendrait pas d'ailleurs que les Anglais se fussent embarrassés 
du soin de garder et d'emmener une foule de 3.000 personnes, car 
c'est à ce chiffre, nous le prouverons tout à l'heure, que s'élevait 
approximativement la population de Limoges-Cité. 

Le moine d'Uzerche ne parle point de celte multitude de prison- 
niers. Il nomme seulement l'évêque, les officiaux, les abbés de 
Saint-Martin et de Saint-Augustin dont les monastères étaient tout 
voisins de la Cité. C'étaient des prisonniers de marque, la part des 
grands chefs (1). Et Froissart ne contredit pas à cette explication 



(1) Tout au plus pourrait-on concéder que chacun des quarante chefs 
qu'énumère Froissart emmena prisonnier avec lui quelque riche bour- 
geois de h Haute-Çité. M^is où est la preuve? 






184 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

quand il nous dit laconiquement qu'après le sac de la ville, « les 
Angles emmenèrent leur conques et leurs prisonniers ». 

A regard des autres habitants, le silence de nos deux chroni- 
queurs autorise à interpréter autrement qu'on ne Fa fait jusqu'ici 
les termes du scribe consulaire, — furent preys a prisonniers tous 
aquils de la citât, hotneys et fennas et gens d'esgleyjo, — et à com- 
prendre simplement que les Anglais empêchèrent les habitants de 
quitter la ville en bloquant les portes. C'est ce que confirme assez 
bien le biographe d'Urbain V, lorsqu'il écrit : Civitas... capta fuit 
cum omnibus in ea existentibus, tara incolis quam aliis. 

Cette interprétation admise, il nous faut passer en revue les 
trois principaux épisodes de la journée : massacre, pillage, dévas- 
tation. 

La Cité comptait alors tout au plus 2.S00 habitants, femmes, 
prêtres, vieillards, enfants compris (1). Ce total permet de ramener à 
400 environ le nombre des hommes en étal de porter les armes, ce 
qui paraît bien suffisant pour la défense des cinq ou six portes 
existantes. Cependant, nous devons tenir compte de ce que dit le 
biographe d'Urbain V, qu'une foule de gens étaient accourus du 
dehors pour trouver asile dans la Cité et prendre part à sa défense : 
tant incolis quam aliis qui pro sui tuitione ad eam confugerant, ac 
multis notabilibns viris qui pro ejus succursu et adjutorio illuc 
advenerant (2). Ces réfugiés, c'étaient les habitants du Naveix et du 
Pont-Saint-Martial, sujets de l'évéque ; c'étaient aussi ceux des bourgs 
de Saint-Martin et de Saint-Augustin dépourvus de murailles (3). 



(1) Notre évaluation procède du connu à Tinconnu, à Taide des faits 
que voici. A la veille de la Révolution, la Cité, qui couvrait alors 12 hec- 
tares et englobait quatre couvents et beaucoup de terrains vagues, 
comptait 2.500 habitants et environ 900 maisons. Elle en comptait 3.094 
si nous y comprenons le Naveix. Voy. le Calendrier ecclésiAt. de Limo- 
ges pour 4189, art. des paroisses. 

En 1370, après une longue période de prospérité que la peste de 1348 
avait à peine suspendue, elle pouvait bien, sur un espace moindre 
(10 hect.), posséder même population, dont une centaine d'ecclésiasti- 
ques et nonnes ainsi répartis : le chapitre, une quarantaine; la Règle, 
une soixantaine ; les cinq paroisses, de 20 à 30. 

(2) Ces notables, ne serait-ce point tout simplement les chefs choisis 
par le duc de Berry pour commander les 80 ou 100 hommes d'armes 
qu'il laissait derrière lui ? 

(3) Par contre, nous ne saurions partager cette opinion de L. Guibert 
(Arch, histor., VU, 70, note) que les habitants des campagnes voisines 
cherchèrent eux aussi asile dans la Cité. S'ils se réfugièrent quelque 
part, ce fut derrière les murs du Château et non derrière ceux de la ville 
que le Prince Noir^venait assiéger. 



Lfi SAC DE LA CITE DE LIMOGES 18^ 

Grâce à cet accroissement subit de populatioD, la Cité devait bien 
compter, à ce moment, 3,000 habitants, dont 800 défenseurs. 

En nons appuyant sur une connaissance exacte des lieux et en 
nous aidant du récit de Froissart, nous pouvons désormais nous 
représenter Fune des manières dont les choses ont dû se passer. 

La brèche une fois ouverte à Tendroit que nous avons déterminé, 
une partie seulement des Anglais fut introduite dans la place (1); 
l'autre partie, de beaucoup la plus considérable, ayant reçu très 
vraisemblablement Tordre de garder les issues et de surveiller les 
autours. Ces premiers envahisseurs, que nous évaluons à quelques 
centaines au plus, ne pouvaient guère nourrir à ce moment les 
sentiments de fureur qu*engendrent les fatigues et les dangers d'un 
long siège. Cinq jours de repos au pied des murailles avaient suffi 
à calmer leurs instincts. 

Une fois dans la place, ils contournèrent la petite église Saint- 
André et, prenant à revers la porte Panet, ils en (irenl tomber rapi- 
dement les chaînes et détruisirent les palissades qui la proté- 
geaient (2). Mais derrière cette porte, ils avaient surpris les gardes 
armés, contre lesquels la lutte s'engagea. Ce furent les premières 
victimes de la journée. 

Par la porte large ouverte, d'autres Anglais entrèrent en foule, 
qui bientôt se virent attaqués de tous côtés. Sans grand peine, par 
le seul élan de leur masse, ils délogèrent les assiégés de partout, 
tuèrent sur place les plus opiniâtres et poursuivirent les autres à 
travers les ruelles de la ville. Le gros des assaillants se dirigea, en 
suivant la rue principale appelée du Canal (3), vers le palais épis- 
copal, frappant à droite, à gauche, tous ceux qu'ils apercevaient. 
Mais à mesure qu'ils avançaient, ils voyaient augmenter en nom- 
bre et en force les Limogeauds accourus de tous les points de la 
ville au bruit de la lutte. D'où nécessité pour les Anglais de tuer et 
de tuer encore. ^ 

Toutefois il faut retenir que ce ne furent pas seulement les 



(1) « Cil de piet », c.-a-d. les fantassins que le Prince Noir avait 
amenés avec lui, au nombre de 4,000 est-il dit ailleurs. Mais il est peu 
probable que les chefs aient permis à une telle multitude de pénétrer 
tout entière dans une si petite ville. La plus simple prudence s'y oppo- 
sait, et c'est déjà beaucoup de notre part de supposer qu'on en admit 
un millier. 

(2) De la tour Aleresia à la porte Panet par l'intérieur de la ville il 
n'y avait pas 50 mètres. 

{3) C'est auj. la rue Porte- Panet. 



166 SOCléré ARCBéOLOGIQtTE kr HISTOfttQUe Dt) LtMOOSl?! 

défenseurs réguliers de la Cité, les combattants armés qui perdi- 
rent la Tie; ce furent aussi, au dire de Froissart, des hommes inof- 
fensifs, des femmes et des enfants. Pour expliquer ce massacre, que 
réprouvent les lois de la guerre aussi bien que les sentiments 
d'humanité, il faut se rendre compte que les Anglais étaient entrés 
presque soudainement, à une heure si matinale que la population 
était encore pour la plus grande partie endormie. A Touïe des cla- 
meurs de la rue et du chquetis des armes, nombre d'habitants durent 
sortir de leurs maisons et encombrer les ruelles pour savoir ce qui 
se passait. Rien de surprenant dès lors à ce que les Anglais, dans 
la crainte d*étre débordés par ce flot de peuple, aient sur Tordre de 
leur chef fcar ensi leur estoit-il commandé J (1 j, tué sans rémission 
tous ceux qu'une curiosité imprudente ou Timpossibilité de fuir, 
placèrent sur leur chemin. Rien d'étonnant non plus à ce que, 
après quelque temps, une foule de cadavres aient jonché les rues 
étroites et tortueuses de la Basse-Cité. 

A la suite des soudards apparurent, au bout de quelque temps, 
les principaux chefs de Tarmée anglaise (2). Arrivés près de la 
cathédrale, à moins de deux cents mètres de la brèche par où ils 
étaient entrés, ils s'arrêtèrent au pied du clocher, sur une place 
formant parvis devant l'édifice, appuyée d'un côté sur l'église Saint- 
Jean, de l'autre sur le château épiscopal. C'était le centre géomé- 
trique de la Cité et se» carrefour principal. C'est là vraisemblable- 
ment que se fit la rencontre d'Edouard et de la foule éplorée qui, 
réfugiée d'abord dans la cathédrale, en sortait pour crier merci. Au 
dire de Froissart, le prince et ses compagnons ne furent pas émus 
pour si peu, et ils laissèrent les soldats continuer leurs exploits. 
C'est sur cette place aussi que l'évoque Jean de Cros, saisi dans son 
château par une bande d'Anglais (3), fut amené devant son vain- 



(1) Le chef effectif, nous avons dit précédemment (p. 160) que c'était 
le duc de Lancastre. — * Par contre nous laisserons tout à Theure 
au passif du prince de Galles Tordre de raser la ville, parce que nous 
y voyons une mesure politique. 

(2) Nous ne pouvons pas croire que les grands chefs aient, dès le 
commencement des hostilités, accompagné leurs soldats. Les usages de 
la guerre sont autres, par des raisons ' qui se justifient d'elles-mêmes. 
Le Prince Noir traîné sur un chariot ; ses parents, le duc de Lancastre, 
les comtes de Cambridge et de Pembroke, n'arrivèrent que lorsqu'ils 
apprirent que la partie était gagnée et que tout danger avait disparu 
pour eux. 

(3) (( En entrant en le ville, une route d'Englès s'en alèrent devers 
le palais l'evesque ; si fu là trouvés et pris as mains et amenés sans 
conroy et sans ordenauce devant le prince... » {Ibid,, p. 250-251). 



LK SAC X>E tA Ciré DE LIMOGES i67 

qoeur « qui le regarda moult felleoieot, et la plus belle parolle 
qu'il li dist, ce fu qa'il li ferait trencier la teste, foy qu'il devoit à 
Dieu et à saint George; et le fist oster de sa présence » (1). 

Peut-être les massacres eussent-ils duré longtemps encore si les 
circonstances n*avait donné tout-à-coup aux événements une' tour- 
nure nouvelle. La compagnie de gens d'armes que le duc de Berry 
avait laissée derrière lui, sous le commandement de trois nobles 
cbevaliers, n'avait pu arrêter le torrent des envahisseurs ni proté- 
ger la personne de l'évéque. De retraite en retraite, ces braves 
gens avaient fini par se concentrer près d'un vieux mur, sur cette 
même place de la cathédrale qui se prêtait à quelques évolutions. 
Puis, développant leurs bannières à la vue des ennemis, ils se mirent 
en position de livrer un combat en règle. Leur bravoure n'empêcha 
point qu'ils ne fussent bientôt « ouverts, morts ou pris ». 

Or parlerons des chevaliers qui laiens estoient. Messires Jehans de 
Villemur, messires Hughes de la Roce et Hogiers de Biaufort, qui estoient 
chapitainne de le cité, quant il veirent le tribulation et le pestilence 
qui ensi couroit sus yaus et sus leurs gens, si disent : « Nous sommes 
tout mort : or nous vendons chierement, ensi que chevalier doient 
faire ». Là dist messires Jehans de Villemur à Rogier de Biaufort : 
« Rogier, il vous faut estre chevalier ». Rogier respondi et dist : a Sire, 
je ne suis pas si vaillans que pour estre chevaliers, et grant merci» 
quant vous le me ramentevés ». Il n*i eut plus dit, et saciés qu'il 
n'avoient mies bien loisir de parler longement ensamble. Toutesfois, il 
se recueillièrent en une place et acostèrent un vies mur, et desvelopè- 
rent là leurs banières messires Jehans de Villemur et messires Hughes 
de la Roce, et se misent en bon convenant. Si pooient estre tout ras- 
semblé environ quatre vingt. Là vinrent li dus de Lancastre, li contes 
de Cantbruge et leurs gens, et misent tantost piet à terre comme il les 
veirent, et les vinrent requerre de grant volenté. Vous devés savoir que 
leurs gens ne durèrent point plenté à rencontre des Englès, mes furent 
tantôt ouvert, mort et pris (p. 251). 

Au rapport de Froissart, cette belle attitude aurait grandement 
plu aux chefs de l'armée anglaise : duc de Lancastre, comtes de 
Cambridge et de Pembroke, qui voulurent se donner le plaisir 



(1) Dans Tentourage de Tévêque se trouvait un certain Aubert de 
Tinière, fils d'un seigneur de La Courtine (Creuse) et petit-neveu du 
prélat. Sur ce point, voir la pièce VI publ. par M. A. Thomas à la 
suite de son mémoire sur Le comté de la Marche et le traité de Bréti- 
gny, dans la Revue historique, t. LXXVI (1901), p. 79-97 : « ... En con- 
tinuant nostre dite guerre ait esté son filz prins de noz ennemis en la 
cité de Limoges, en la compaignie de nostre amé et féal conseiller 
levesques de Limoges, son oncle ». 



i88 SOGléré AnCHÉOLOGIQOB ET HISTORIQUE Dl) LIMOUSIN 

d'une lutte courtoise avec les capitaines français, dont ils savaient 
la noblesse. S'ils n'y mirent pas toutes les formes que rapporte 
notre chroniqueur, toujours est-il qu'ils auraient engagé, trois 
contre trois, une sorte de joute, en présence du Prince Noir cou- 
ché sur son chariot. Après quelques passes, les chevaliers français 
s'avouant vaincus se seraient rendus à discrétion. 

Là se combatirent longement main à main li dus de Lancastre et mes- 
sires Jehans de Villemur, qui estoit grans chevaliers et fors et bien 
tailliés de tous membres, et li contes de Cantbruge et messires Iluges 
de la Roce et li contes de Pennebruch et Rogiers de Biaufort. Et fisent 
cil troi contre ces trois pluiseurs grans a pertises d'armes, et les laissoîent 
tout li aultre convenir. Mal pour yaus, se il se fuissent trait avant. Pro- 
prement li princes en son chariot vint celle part, et les regarda moult 
volentiers, et y rafrena et radouci, en yaud regardant, grandement son 
mautalent. Et tant se combatirent que li trois François, d'un acord, 
disent en rendant leurs espées : « Signeur, nous sommes vostres et 
nous avès conques : si ouvrés de nous au droit d'armes ». — « Par Dieu, 
messire Jehan, ce dist li dus de Lancastre, nous ne le vorrions pas faire 
aultrement, et nous vous retenons comme nos prisonniers ». Ensi 
furent pris li trois dessus dit, si com je fui enfourmés depuis... (p. 251- 
252). 

A voir la place que tient ce court épisode dans le récit de Frois- 
sart, l'intérêt que porte le chroniqueur à la « grant ordenance » des 
troupes anglaises, à l'illustration de leurs chefs et, d'une manière 
générale, aux beaux faits d'armes, une critique défiante est 
tentée de tirer argument de ces remarques pour mettre en doute 
celte joute des trois chevaliers français contre les trois princes 
anglais (1), plus encore les conditions courtoises où elle se produit 
à nos yeux et l'issue qu'elle trouve. Mais ce n'est qu'un doute 
personnel. 



* 



Quel fut le bilan de cette matinée, de prime à midi, en ce qui 
touche le nombre des victimes? 300 morts, nous dit le moine de 
Saint-Martial; 3.000, affirme Froissart. Le premier chiffre nous 
semble correspondre mieux à la réalité des choses (2), si nous 



(1) La Chron. des quatre premiers Valois, que nous avons reproduite 
plus haut, raconte les choses plus simplement et les réduit à une 
simple passe d'armes entre le duc de Lencastre et Jean de Villemur. 

(2) A bien entendre les choses, c'est contre ce chiffre de 300 morts 
qu'il vaudrait la peine de s'escrimer, car lui aussi est excessif. Mais le 
moyen, je vous prie, d'en faire la démonstration? — La Chron. des 
quatre premiers Valois (p. 210 de l'édit. citée) se contente de dire : « Et 






LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 189 

tenons compte et des coadilions de la latte, et du nombre des 
défenseurs de la Cité, et des moyens de protection qu'ils avaient. 
Le fait qu*il nous est fourni par une chronique locale suffirait en 
outre à 1 autoriser sans discussion si nous ne devions constater 
deux choses : nous n'avons pas Toriginal de la chronique du moine, 
mais seulement une traduction; et, de plus, nous n'avons pas Tori- 
ginal de celte traduction, mais seulement une copie du XYIP siè- 
cle (1). Il est donc possible que, soit par inadvertance, soit de 
propos délibéré, le traducteur ou le copiste aient modifié le chiffre 
primitif, iij"" par iij<^. Pour reconnaître Tautorité de ce témoignage, 
il faut donc ruiner complètement celle qu^on a accordée jusqu'ici 
au chiffre de 3.000 et montrer comment Froissart a pu accepter 
cette exagération. 

En supposant, contrairement à ce que nous avons fait, que la 
fureur des Anglais était extrême lors de leur entrée dans la ville, 
elle dut être (fautant plu^ courte. Ils auraient pu tuer et massacrer 
pendant des heures, ils n'auraient pas certainement prolongé ce 
carnage pendant toute une journée. Mais il est difficile d'admettre 
que quelques centaines d'hommes aient pu, à Taide de la hache et de 
la pique, tailler en pièces une population plus forte d'un tiers. Si 
pareille boucherie se fût produite, la mention s'en retrouverait dans 
les chroniqueurs français. Leur silence à cet égard corrobore l'ob- 
servation psychologique et il nous permet de croire que la tuerie 
ne dépassa guère les limites déjà trop larges du droit de guerre. 

Et puis, il ne suffit pas de tuer ses ennemis; il faut les enterrer, 
si l'on veut échapper aux conséquences d'une épidémie. Où est donc 
le charnier où auraient été enfouis ces 3.000 cadavres tombés sous 
lescoupsdes Anglais? Il n'en a jamais été fait mention ni trouvé 
trace. Supposera-t-on qu'on a jeté les morts dans la Vienne? 
Mais ce n'eut été que déplacer de cent mètres l'éclosion du fléau, 
car devant Limoges, en septembre surtout, la Vienne est sans pro- 
fondeur et presque sans courant. Or, nos annales limousines, qui 
notent si soigneusement les moindres pestes, n'en signalent aucune 
pour Limoges en octobre 1370. 

Supposera-l-on qu'on a inhumé ces 3.000 cadavres auï environs 
de la Cité en les disséminant le plus possible? Grosse besogne, qui 
eût exigé plusieurs jours et qui n'était guère dans les habitudes du 



moult des citoiens mistrent [les Anglois] à mort pour ce qu'ilz s'estoient 
renduz francoyz. » Dans sa seconde rédaction, comme nous l'avons 
déjà dit, Froissart n'indique plus le chiffre des victimes. 

(i) Copie dans la coll. Gaignières, n^ 186; auj. ms. lat. 17118 de la 
Bibl. nationale. 

T. LVI 13 



190 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE Dl) LIMOUSIN 

temps. On se faisait scrupule d'enterrer ailleurs qu'en terre bénite. 
Or, il n'y avait, dans la Cité et aux alentours, que quelques cime- 
tières fort exigus, en rapport avec les besoins d'une population peu 
considérable. 

Froissart a donc été induit en erreur, soit par quelque Anglais 
vantard affirmant que toute la population de la Cité avait été 
passée au (il de Tépée (1), soit par quelque Français qu'affolait 
encore le souvenir des centaines de cadavres remplissant les rues. 
On sait assez avec quelle facilité l'imagination populaire ajoute un 
zéro aux nombres. 

Les divers épisodes que nous avons passés en revue — envahis- 
sement de la Basse-Cité et massacres consécutifs, supplications de 
la foule au Prince Noir, arrestation de Tévéque Jean de Cros, com- 
bat des nobles anglais contre les chevaliers français — suffirent à 
remplir les premières heures de la matinée du 19 septembre. Il 
n'est point téméraire d'imaginer que le prince anglais et sa suite, 
satisfaits de ces premiers succès, mais résolus à poursuivre la ruine 
de la Cité, poussèrent bientôt leurs chevaux dans la direction de 
Limoges-ChAteau pour laisser le champ libre à leurs soldats. Ils 
sortirent, selon toute vraisemblance, par la porte Trasboreu, la 
principale porte de la ville, à l'extrémité de la rue qui venait de la 
porte Panet. 

A ce moment donc prennent fin les massacres de la matinée, soit 
par lassitude, soit par le fait que les habitants se cachent dans 
leurs demeures. A ce moment aussi, nous supposons par une con- 
jecture hardie qu'aucun texte ne soutient, mais que postulent les 
faits subséquents, nous supposons que la population, convaincue 
enfin de la dureté de son vainqueur et avertie peut-être de ses des- 
seins, profita de l'ouverture des portes pour se réfugier en masse 
dans le Cliâteau ou se répandre dans les bourgs voisins. C'est alors 
seulement que commencent, pour se prolonger une partie de 
l'après-midi, les pillages et les dévastations par le (eu dont il nous 
reste à parler. 






Si la fureur des Anglais ne s'assouvit point contre la population 
dans la mesure qu'indique Froissart, elle se retourna d'autant plus 



(1) Dans les lettres confirmatives des privilèges delà Cké, qui por- 
tent la date du 3 juillet 1463, la chancellerie de Louis XI introduit ce 
considérant, que tous les habitants avaient été occis en 1370. Cela 
revient à accepter justement le chiffre de 3.000 que donne Froissart. 



tÉ dAC DÉ LÀ CITÉ 'DE LÏMOGBâ 19i 

implacable contre les choses. Les textes connus vont nous permet- 
tre de préciser ce second point. 

Aussitôt après avoir raconté le combat des trois chevaliers fran- 
çais contre les trois princes anglais, Froissart poursuit son récit 
par ces mots : « On ne cessa mies à tant; mes fu toute la cité de 
Limoges courue^ pillie et robée sans déport^ et toute arse et mise a 
destruction... » (p. 252). 

Avec plus ou moins de concision, les autres chroniqueurs du 
temps ne parlent pas autrement (1). C'est qu'en effet, si tuer est la 
joie de la brute humaine, piller est son profit. Aussi, les Anglais ne 
se firent-ils pas faute de rançonner les églises, d'emporter leurs 
ornements et leurs reliquaires, de dépouiller les crucifiiL et les sta- 
tues des joyaux précieux qu'ils étalaient (2). Cependant, le profit 
ne dut pas être proportionné aux convoitises. Il y avait dans la Cité 
une seule grande église, la cathédrale, dont la construction n*en 
était encore qu'au transept; un seul château, celui de l'évéque; un 
seul couvent, celui des religieuses de La Règle, qu'une immunité 
spéciale maintint à l'abri des attaques; un. seul cloître, celui des 
chanoines, qui fut aussi épargné. Le reste des édifices se composait 
de petites chapelles et de cinq églises paroissiales plutôt pau- 
vres (3). Quant aux maisons des plus riches bourgeois, situées 
dans la Haute-Cité, elles purent fournir un butin d'un autre genre. 
Au total, les gains furent certainement de beaucoup au-dessous 
de ce qu'ils eossent éié dans Limoges-Château, où la très riche 
abbaye de Saint-Martial, l'église de Saint-Pierre-du-Queyroix (4), 
le château des vicomtes, plusieurs couvents et les comptoirs d'une 
aristocratie marchande enrichie par le gros négoce, offraient des 
trésors. Et c'est peut-être cette pénurie du butin recueilli dans la 



(1) Une question se pose, que nous jugeons d'ailleurs insoluble en 
1 état des textes, celle de savoir si la totalité de rarmée anglaise 
(6.400 hommes, nous dit Froissart) fut admise à la curée, ou seulement 
la portion de Tarmée qui avait opéré les massacres. 

(2) Foriuna eos (les chanoines de la cathédrale) capi per dictos ini- 
micos permisit, et sic omnia bona et jocalia ipsius ecclesie una eu m suis 
propriis perdiderunt, et eos redimi oportuit quasi ultra posse (Lettres 
patentes adressées par Charles V, le 27 janv. 1372, aux dits chanoines 
[Arch. nat., JJ. 104, n» 287], citées par S. Luce, p. CXIV). 

(3) Elles se trouvaient groupées presque toutes sur le plateau. Voy. 
ci-dessus, p. 

(4) L'église de Saint-Michel-des-Lions, commencée en 1364, était à 
peine achevée. EUe remplaçait une petite église qui n'avait ni gros 
revenus ni nombreux paroissiens. 



192 SOCIÉTÉ ARCHéoLOGIQUË ET HISTORIQUE DU LtMOUSiN 

Cité, plutôt que Tattitude hostile des abbés de SaiDl-Martin et de 
Saint-Augustin hors les murs, qui incita les Anglais à exercer 
leurs déprédations sur ces deux monastères (1). 






Après le meurtre de tant de gens, le pillage de tant d'églises et 
de maisons, il semble qu'il ne restait plus rien à tenter contre la 
malheureuse Cité. Mais si Tesprit de fureur était peu allumé chez 
les soldats, la volonté de punir les bourgeois de leur défection et 
révéque de sa trahison subsistait dans le cœur des chefs. Sur ce 
point, on peHt en croire Froissart, et plus encore les événements 
qui remplirent les dernières heures de la journée du \9 septembre. 
Ordre fut donc donné aux soldats de raser jusqu'au sol les maisons 
et les édifices de la Cité. A vrai dire, aucun texte n'impute cet 
ordre à la mémoire du prince de Galles. Mais c'est le cas pour 
l'historien de se souvenir du vieil adage : is fecit cui prodest. Or, 
Edouard avait intérêt à frapper l'imagination publique par une 
exécution de ce genre, afin d'arrêter par la terreur la série des 
défections qui se produisaient dans tout le Limousin, et faire hési- 
ter pour le moins tous ceux de ses vassaux qui songeaient, comme 
révéque de Limoges, à se tourner français. Au point de vue mili- 
taire, il avait intérêt aussi à rendre inutile au roi de France la 
possession de la Cité en la ruinant de fond en comble. — N'est-ce 
point assez de ces considérations pour justifier nos imputations? 

Au dire du moine d'Uzerche, c'est par le pic et par le feu que les 
Anglais s'attaquèrent aux édifices et aux maisons de la Cité. Parle 
pic seulement Tentreprise n'eut point abouti sans beaucoup de 
temps (2). Par le feu, au contraire, la ruine dut être rapide et 
facile. Si Ton tient compte de ce fait que les Anglais étaient entrés 
du côté de la porte Panet, c'est par la Basse-Cité, parmi les maisons 



(1) L. Guibert {rec, cité, I, 70) a emprunté aux Mélanges mss. de 
Tabbé Legros, 111, 2t3, un texte qui étend jusqu'au faubourg du Ponl- 
Saint-Martial les ravages des Anglais. Mais pouvons-nous faire état 
d'un document dont l'âge et la provenance nous sont inconnus? Voici 
en tout cas sa teneur : « Ex hoc evenil destructio civitaiis et suhurbiorum 
Lemovicensium et ville Pontis Sancti Marcialis et multorum aliorum per 
circuitu/n, et raritas incolarum et absacio territorii Lemovicensis, ita quod 
absina et desertum occupant terram in pluribus locis, usque ad fossala 
castri, 

(2) Nous avons vu détruire à Limoges même, par ce moyen, il y a 
quelques années, tout un quartier de la ville destiné à faire place à la 
nouvelle préfecture. L'opération a duré plusieurs mois. 



LE SAC DB LA CITÉ DE LIMOGES 193 

les plus pauvres, bâties en bois avec revêtement de torchis, que 
Fincendie dut être d'abord allumé. De ce quartier, les flammes se 
propagèrent aisément jusqu*au quartier bourgeois de la Haute-Gi(é. 
Le désastre dût élre complet, et par là se justiAe répouvante des 
contemporains qui, au bout de quelques heures, ne virent plus que 
des décombres fumants là où, peu auparavant, s'élevaienl leurs pau- 
vres demeures. 

Donc, le moine d'Uzerche n'exagère rien quand il développe en 
quelques mots singulièrement expressifs... fuit combiista, penitus 
destructa, disruta, spoliata et penitus desolata... ce que le scribe du 
consulat, le moine de Saint-Martial et le notaire Bermondel ont 
indiqué d'un seul mot : fust deytrucho,,,. fut ardude... fuit des- 
trvcta. 

Quant aux conséquences du désastre, telles qu'elles se manifes- 
tèrent après quelques jours, telles qu'elles persistèrent aux yeux 
de tous pendant des années, elles sont indiquées par le biographe 
d'Urbain V : fuit demum totaliter demolita et destructa^ ac œdi- 
ficia ejus ad terram prostrata et exinde effecta inhabitabilis et 
déserta,.. (1). 

A en croire Froissarl, les Anglais quittèrent bientôt la ville, avec 
leur bulin et leurs prisonniers, et regagnèrent Cognac : 

Et puis s*en partirent les Angles qui enmenèrent leur conques et leurs 
prisonniers (2), et se retraiscnt vers Congnach où madame la princesse 
estoit. Et donna li princes congiet toutes ses gens d^armes, et n'en fjst 
pour celle saison plus avant, car il ne se sentoit mies bien haitiés, et 



■ 'i : 



(1) Un chroniqueur anglais, qui, lui, rédigeait un demi-siècle plus 
tard, Thomas Walsingham, moine de Saint- Albans^ne contredit pas le 
biographe d'Urbain V quand il dit que le Prince Noir rasa la Cité juS- 
qu^au sol, destruxit solo tenus, ^t c'est ce que cohûrme, avec une 
atténuation d'ailleurs justifiée, un autre moine de Saint-Albans par 
ces quatre mots : solo tenus fere destruxit, 

(2) Des trois chevaliers limousins faits prisonniers, on ne connaît 
point exactement le sort ultérieur, sauf de Roger de Beaufort, en faveur 
de qui son frère Grégoire XI intercéda auprès du roi d'Angleterre, le 
25 septembre i371 ; sans succès d'ailleurs, puisque Roger de Beaufort et 
son neveu Jean de la Roche étaient encore prisonniers en Angleterre en 
1377. Voir les actes publiés par Rymer (111, 1033, 103i et 1078) et cités 
par S. Luce, p. CXIV, note 1. Cf. dans le Bull. Soc. arch. du Limousin, 
XXXVIII, 395, un acte de mai 1384 relatif à la rançon payée par Roger 
de Beaufort au captai de Buch. 



194 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

tous les jours aggrevoit (1), dont si frère et ses gens estoîent tout 
esbahi (2) (p. 252). 

Il a*y a point lieu poar nous de suspecter ces assertions. Le 
prince de Galles, que son hydropisie tourmentait cruellement, 
devait être en effet peu désireux de soutenir Tattaque qu'il prévo- 
yait de la part des troupes royales. Si grand était son affaissement 
qu'il ne voulut point s'embarrasser davantage de son prisonnier, 
révéque de Limoges. Il le délivra à sou frère le duc de Lancastre, 
qui l'avait demandé soit pour lui sauver la vie, soit pour bénéficier 
de sa rançon. Le sort du prélat restait malgré tout peu enviable, 
car les Anglais ne pouvaient lui pardonner sa trahison. Par 
bonheur pour lui, le pape Urbaiu V intervint et obtint du doc de 
Lancastre, à force de supplications et de boones paroles, qu'il le 
lui remit (3). Et c'est ainsi que Tévéque conserva la vie et la liberté, 
moyennant une forte rançon à laquelle le roi de France voulut 
contribuer pour 100 francs (4). 

Or vous dirai de Tevesque de Limoges comment il fina, liquels fu en 
grant péril de perdre la teste. Li dus de Lancastre le rouva au dit prince; 
il li acorda et li fist délivrer à faire sa volenté. Li dis evesques eut amis 
sus le chemin, et en fu papes Urbains enfourmés, qui nouvellement 
estoit revenus de Rome en Avignon (5), dont trop bien en chei au dit 
evesque : autrement il euist esté mors. Si li requist li dis papes au 
duch de Lancastre par si douces parolles et si traittables, que li dus de 
Lancastre ne li volt point escondire. Si li ottria et envoia, dont li papes 
li sceut grant gré (p. 252] (6). 

Jean de Gros demeura donc à Avignon. Par une inespérée com- 
pensation au dur traitement qu'il s'était attiré de la part de son 
vainqueur, il fut nommé cardinal au conclave de juin 1371 (7). 



(1) Il rentra au bout de quelques mois en Angleterre, après avoir 
remis TAquitaine à son père, et mourut en 1376. 

(2) La Chron, des quatre premiers Valois (édit. citée, p. 210) est un 
peu plus explicite à cet endroit : Apres ce que la Cité de Limoges fut 
prinse, le prince de Galles pour cause de malladie fut porté en une litière 
à Bordeaux, et le duc de Lancastre couru le pais » 

(3) Cette délivrance est vraisemblablement du mois d'octobre. 

(4) Gallia christ, nova. II, 533. Ces 100 francs en feraient bien 1000, au 
taux actuel de Targent. 

(5) Le ms. B. 6 de Froissart ajoute ici : « entendy le destruxcion de 
Limoges et le prise de son cousin Tevesque et comment le prinche le 
manechoit (Luce-Froissart, VII, p. 429). 

(6) Voy. les variantes du ms. d'Amiens (ibid., p. 428). 

(7) Vitœ pap, Avenion,, I, 428, 



LR SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 195 

Mais il faut savoir que, quelques mois auparayant, avant même que 
s'achevât cette triste année 1370, l'ancien évéque de Limoges avait 
vu élever au souverain pontificat son propre cousin, Roger de 
Beaufort, sous le nom de Grégoire XI. Est-il légitime de voir dans 
cette élection une protestation du Sacré-Collège contre la ruine de 
Limoges et, comme on Ta dit (1), une des plus nobles inspirations 
de l'esprit chrétien 7 Nous ne le croyons pas. Les élections pontifi- 
cales ne se décident guère par des considérations de ce genre, qui 
n'ont qu'une valeur momentanée. Nous savons d'ailleurs que le 
choix de Roger de Beaufort, qui n'était pas même prêtre, fut dû 
surtout aux intrigues des cardinaux limousins depuis longtemps 
influents dans le Sacré-Collège. Avant ce pape, deux autres limou- 
sins Clément VI et Innocent VI avaient occupé le siège d'Avignon et 
rempli de leurs compatriotes la curie et les provinces. Grégoire XI 
ne pouvait que continuer cette tradition, au risque de susciter 
contre la rabies lemovica la protestation des contemporains. 

Les conclusions de notre étude du texte de Froissart se peuvent 
résumer en quelques mots : le récit de notre chroniqueur est d'ins- 
piration anglaise. Exagéré, incomplet, erroné sur plusieurs points, 
il reste néanmoins la source principale pour la connaissance des 
événements qui précédèrent, accompagnèrent et suivirent immé- 
diatement la prise de Limoges. 

Mais Froissart n'a vu qu'une face des choses. De la ruine malé- 
rielle de la Cité, de la désertion qui s'ensuivit, de la détresse qui 
en résulta pour les habitants, il ne sait rien, ou plutôt notre chroni- 
queur ne s'arrête pas à ce spectacle, sans que l'on puisse dire qu'il 
. y a parti-pris de sa part. Il n'a d'yeux et d'oreilles que pour les 
beaux faits d'armes. 



(1) « L'élection de Grégoire XI elle-même, qui eut lieu le 30 déc. 1370, 
environ trois mois après ce massacre, doit être considérée comme une 
sorte de protestation du Sacré-Collège contre la conduite barbare du 
prince de Galles. Pierre Roger, dit le cardinal de Beaufort, n'avait pas 
encore, au moment de son élection, reçu la prêtrise (il ne fut ordonné 
prêtre que le 4 janv. 4371), mais il était originaire de ce Limousin livré 
alors à la vengeance d'un vainqueur impitoyable; il était le cousin de 
cet évêque de Limoges que le prince de Galles avait voulu faire mettre 
à mort; il était enfin le propre frère de ce Roger de Beaufort, le beau- 
frère de ce Hugues de La Roche, l'oncle de ce Jean de La Roche, tombés 
aux mains des Anglais après avoir défendu Limoges avec tant d'héroïsme. 
Et les membres du Sacré-Collège obéirent sans aucun doute à l'une des 
plus nobles inspirations de l'esprit chrétien en donnant, dans de telles 
circonstances, leurs suffrages à Pierre Roger. » (p. CXV). 



196 SOCIÉTÉ AHCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 






11 faut rechercher mainleoanl quel fal au point de vue matériel 
retendue exacte du désastre. 

Dans rilot n"" 1 (abbaye de La Règle) (1), les déprédations furent 
nulles, les Anglais ayant tenu compte de ce fait que Tabbaye était 
indépendante de Tévéque au politique comme au temporel et n'avait 
en rien aidé à la reddition de la Cité. 

Dans niot n"" 2 (ou de Saint-Domnolet), les effets de Tincendie 
furent considérables à en juger par la difficulté qu'on eut plus tard 
à reconstituer celte paroisse. Nous ne saurions dire si TAbbessaille 
fut atteinte. 

Pour rilot n*> 3, le pic et la mine firent leur œuvre dès la pre- 
mière heure. Les murailles furent renversées, la tour Aleresia à 
moitié rasée, Téglise Saint-André entamée. Quant aux maisons, 
d'ailleurs peu nombreuses, elle subirent probablement un mauvais 
sort. 

De rilot n"" 4, qui est Tilot central, celui qui renfermait les prin- 
cipaux édifices, nous savons que sa ruine fut à peu près totale. La 
cathédrale et son clocher furent endommagés (2), mais non renver- 
sés. Par contre, le palais épiscopal et la tour de Maumont furent 
plus ou moins complètement démantelés (3). En ce qui regarde la 
Salle épiscopale et ses annexes, les Anglais paraissent avoir hésité 
par des motifs que nous ignorons. Ils ne la ruinèrent qu à moitié, 
laissant subsister une pièce et les deux tours qui flanquaient l'édi- 
fice (4). 

La maison du pariage ne dut point être ménagée, quoique cela 
ne soit dit nulle part. Le fait que le sénéchal du Limousin, qui y 



(1) Voir ci-dessus, chap. 2, la description que nous avons donnée des 
quartiers de la Cité avant le désastre. 

(2) Nous signalons plus loin les réparations qu*y firent les chanoines. 

(3) Tradidi de mandata dicti domini [episcopî] Rotberto, burgensij eus- 
todi turris civitatis Lernov, vocala de Malomonte,die XXIII janu&rii [1374, 
n. st.], très franco» (Reg. G. 203, f^ 8 r^, des Arch. de la Haute-Vienne). 

(4) Procédure de 1445, art. 8 :«.... La cité de Limoges fut du tout 
abbatue et détruite... excepté les églises d'icelle cité et peut-être la 
salle épiscopale et deux tours... »; art. 64 : a La dite salle par avant la 
ditte démolition [de 1426] avoit été détruite par les Anglois, quand la 
ditte cité fut desiruitte, et étoit seulement demouré une grande sale 
avec deux tours assés près », 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 197 

tenait ses audiences, les tint désormais dans Limoges-Gliâleau, est 
significatif (1). 

Poor le cloitre des chanoines et le fortin avoisinant, il est cer- 
tain qu*ils furent respectés. 

Quant aux îlots 5 et 6, qui en ce temps-là formaient un seul 
terant, nous avons dit qu'ils eurent à subir toutes les violences de 
la soldatesque. Dans cette partie de la ville, la seule où l'aisance 
de la population bourgeoise permit de b&tir des maisons en pierre, 
on ne rencontre plus aujourd'hui un seul arceau, upe seule figurine 
du XIV« siècle. L'hôpital Saint-Maurice fut peut-être épargné, mais 
les prisons contiguës furent abattues (2). De la chapelle Saint- 
Genest, il n'est plus question dans les textes jusqu'au commence- 
ment du XVIP siècle où les Urbanistes de Sainte-Claire édifièrent 
sur ses ruines une église conventuelle. Par contre, les églises 
Saint-AfTre, Saint-Maurice (3), Saint-Jean et la chapelle de N.-D. 
du Puy furent respectées. 

Reste rilot n^* 7. L'absence de maisons qui en est depuis long* 
temps la caractéristique ferait croire qu'il avait particulièrement 
souffert de l'incendie allumé en 1370. Mais nous avons dit qu'à 
notre avis on n'avait jamais bâti de ce côté. 

La procédure de 1444-45 dit expressément que les églises de la 
Cité furent épargnées (art. 8). Bien que cette déposition tardive ne 
soit pas corroborée par un témoignage contemporain, il y a lieu de 
l'admettre, puisqu'elle n'est point non plus infirmée. Nous avons 



(i) Les gens de Tévêque réussirent à préserver une partie des archi* 
ves, qui furent transportées plus tard au château d*Isle et servirent à 
constituer en 1427 le Cartulaire Tuœ hodie (G, 11 des Arch. dép. delà 
Haute- Vienne). Nous ignorons si ces archives étaient conservées dans 
le château de Tévêque ou dans la tour de Maumont. 

(2) Reg. G. 45, f® 5 r®, des Arch. dép. : « ... une lettre en papier 
escripte du 11^ jour de m&rs an mil Illh LXXXXI (n, st. 1482), par 
laquelle Pierre Barthon^ vicaire susd., arrenta à Jehan Briance al. Jar- 
risse, cordonnier de la cité de Lymoges, ung soulard siz en lad. cité, de la 
largeur de seze pieds par le devant, ou souloient estre les prisons de la 
cité, confrontant a la rue publicque que Von va de Sainct Eslienne aux 
bancs de la cité.,. » 

(3) M. Guibert a cité {Bull. Soc. arch. du Lim,, XXVI, 308, note) un 
acte des Archives de la Haute-Vienne, dont il ne donne malheureuse- 
ment ni la date ni la cote : Cum propter desolationeni et destructionem 
dicte civUatis per Anglicos factam et eventam, fuerit ipsa parrochia [de 
Sfo Mauricio] ac etiam tota civitas quasi omnibus parrochianis orbata, 
donec pauco tempore citra quod incepta fuit per foraneos et adventicios 
relevata est. — C'est probablement un passage de la bulle de Gré- 
goire XI, signalée par le P. Denifle, Désolation des églises... , I, p. 298. 



198 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

cependant quelques raisons de croire que, tout comme la cathé- 
drale, les églises Saint-André et Saint-Affre furent fortement 
endommagées, puisqu*eUes disparurent en tant qu*églises parois- 
siales. 

Quant aux six portes par lesquelles on pénétrait dans la Gîté, 
aucun document n*en parle. Mais nous sommes logiquement amené 
à admettre que les Anglais les démantelèrent en même temps que 
les murailles, pour qu'elles ne pussent servir aux Français. 

Il y a dans celte histoire du sac de Limoges une autre inconnue 
à dégager : c*est de savoir si, comme on Ta prétendu de nos 
jours, les Anglais renversèrent sur toute leur longueur les murail- 
les de la Cité. A priori on est tenté de le croire, car laisser debout 
les remparts, c'était laisser à une garnison française la possibilité 
de se retrancher derrière pour braver la garnison de Limoges- 
Château. Toutefois, la réponse n'est pas si facile pour qui connaît 
la topographie des lieux. En certains endroits — par exemple entre 
la porte du Chêne et celle de Trasboreu, puis du côté de l'église 
Saint-Maurice, plus loin encore devant 1 abbaye de La Règle, — 
le rempart consistait non pas en une muraille proprement dite, 
mais en terre-pleins au niveau du sol de la ville. En avant de tout le 
circuit régnait un fossé large et profond (1). Comme les Anglais 
ne pouvaient songer à raser les terrasses, ils durent, selon toute 
apparence, se borner à abattre les murailles qui les reliaient. Mais 
ce ne fut pas l'objet dune opération distincte; elle se fit d'elle- 
même par l'écroulement violent des maisons qui s'accotaient sur 
ces murailles. Ainsi s'explique à nos yeux le silence des chroni- 
queurs. 

En résumé, TefTort de destruction porta sur le palais de l'évéque 
et ses annexes, et sur les maisons des bourgeois. Le reste fut épar- 
gné. Mais qu'est-ce qu'une ville pourvue d'églises et vide de mai- 
sons? Les documents qui nous parlent de la désertion du sol par 
les habitants, — exinde effecta inhabitabilis et déserta ^ — sont dans 
le vrai, encore qu'ils considèrent la ville comme ruinée à tout 
jamais jusque dans ses fondements. 

C'est sur ces débris d'un passé disparu que nous allons voir, 
quatre-vingt-quinze ans durant, les pouvoirs publics s'efforcer de 
reconstruire quelque chose. Les chroniques ne disent rien de ce 
long et patient labeur, mais les documents d'archives sufûront à en 
marquer les principaux moments. 



(1) L'existence de ces fossés est attestée par un mémoire de 1444-45 
que nous aurons occasion de citer plus longuement : art. 37 : « les 
vieulx fossés de la ditte cité qui sont encore beaux, grans, larges et 
profons ». 



LB SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 199 



IV 

LE RELÈVEMENT DE LA GÎTÉ 

1371-1418 

L'ërudilion locale a depuis longtemps protesté, sans réussir à se 
faire entendre, contre l'exagération de Froissarl quand il parle de 
3.000 victimes. Elle n*est point parvenue, par contre, à se mettre 
d'accord avec elle-même sur l'étendue des destructions opérées par 
Tannée anglaise. Procédant par arguments plutôt que par preuves, 
par conjectures plutôt que par constatations méthodiques, elle a 
tantôt atténué, tantôt exagéré le mal accompli (1). La voie analyti- 
que que nous avons suivie nous a permis d'arriver à des résultats 
plus exacts. Il nous reste une tâche à accomplir : celle de suivre 
pas à pas le relèvement de la Cité et son repeuplement (2). Hais 
pour voir clair dans cette histoire, il importe d'en connaître au 
préalable les alentours. 

I^ dure exécution militaire qui avait frappé les habitants de 
Limoges-Cité avait produit sur ceux de Limoges-Ch&teau TefTet 
désiré. Dans cette autre agglomération, qui comptait bien 12.000 
âmes et couvrait 30 hectares, on peut deviner que l'émoi fut, un 
temps, à son comble quand on vit l'incendie ravager la ville-sœur 
et ses bourgeois venir implorer asile et protection. 

Aussi, bien loin de suivre l'exemple de tant d'autres communes 
qui se rendaient au roi de France, les consuls du Château ne son- 



(1) Voy. les art. de MM. H. et P. Ducourtieux dans TA /ma nac A limou- 
sin (1862 et 1863, part, histor.) et dans le Bull. Soc, arch. du Limousin 
(t. XI, XIII, XXVI). Voy. aussi un très court article de L. Guibert dans 
le même Bulletin (XXVI, p. 304). — Le P. Denifle, qui suit pas à pas le 
commentaire de Siméon Luce, déclare dédaigneusement que «< ce n^est 
pas la peine de s'occuper de ceux qui essaient d'infirmer le désastre : 
ils ne connaissaient pas assez les sources ». {Désolation des églises, 
II, 560.) 

(2) La vraie source de cette étude, ce seraient les registres du chapi- 
tre de Saini-Etienne s'ils subsistaient encore. 'Nous n'en avons que de 
rares extraits recueillis par Bonaventure de^ Saint- Amabie {Annales, 
passim) et par dom Pradilbon {Arch, histor, du Limousin, t. IV). 



200 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

gèrent-ils d'abord qa*à s'entendre avec le souverain que leur avait 
infligé le traité de Brétigny (1). Même vers le mois de mai 1371, se 
sentant au comble de leurs maux, ils députèrent un des leurs au 
roi d'Angleterre pour le «upplier d'y porter remède. « Autrement, 
ne pouvoient plus — disaient-ils — tenir soubz son obéissance. » 

Le voyage de ce délégué (il s'appelait Pierre Bouillon) ne dura 
pas moins de quatre mois onze jours. Les promesses de protection 
qu'il rapporta de Londres restèrent malheureusement sans efTel. 

Las de tant d'insécurité et de souffrances, les consuls se décidèrent 
enfin h demander appui au roi de France et, dans ce dessein, lui 
envoyèrent trois de leurs conci(oyens chargés de lui offrir la reddi- 
tion de leur ville (août 1371). Ces députés furent bien accueillis, à 
tel point que le duc d'Anjou vint faire une reconnaissance jusque 
sous les murs de la ville (7 sept. 1371) (2). 

Le 14 novembre suivant — les événements marchaient alors 
lentement — le maréchal de Sancerre se présentait à son tour et 
obtenait une soumission en règle, sous réserve du maintien des 
privilèges acquis (3). 

Six semaines s'écoulèrent. Pour affirmer son droit, Charles V pro- 
mulgua des lettres patentes portant union du château à la cou- 
ronne (4); huit jours après, d'autres lettres par lesquelles il cédait 



(1) Nous suivons ici les indications fournies par L. Guibert dans les 
noies du Hec. cité, I. p. 338 et ss. 

(2) Sur ce fait, de frrande importance, voy. le texte inédit que nous 
citons ci-après, p. 201, note 6. 

(3) Procès-verbal de soumission pubi. par L. Guibert, Doc. relat. 
aux deux villes de Limoges, t. 338. 

(4) 26 déc. 1371, signalées ibid.y I, 345. — A cette indication de 
seconde main, il faut préférer la mention suivante, empruntée au Car- 
tulaire du consulat de Limoges (édit. Chabaneau, Rev. des langues 
romanes, XXVIII (1895), p. 141) : Renembranssa sia que lo XXVI^jorn 
deu mes de décembre. Van: de gracia M CGC L XXI, lo noible reys Charle, 
per la gracia de Dieu rey de Franssa, a hunit et anexety en nom de 
pura et leat huniou e anexement, o se e a sa notbla corona de tôt en lot 
heretaiblameni, a iotz temps et a jamays, per luys e per sos successors, 
lo chastel e la chastelania de Lemotges, ensemble tota juridicciou ^uta e 
bassa et meana, meia miex-enpera (sic pro mera mixV empera), senz 
jamays départir ses e rendas, revengudas, peatges, meyjos, molis et la 
mota qui es sur los dos estancs assis dedins la viela et lo dich chastel, e 
totz autres drech, devers et proprietat, eyci cum apar per sas notblas 
letras sur so fâchas^ seyladas de son grant seul am lat de céda en sera 
vert, donadas e outreadas lojorn e Van dessus dich. 



LE SAC Dfi LA Ciré DB LlMOCEÔ 20i 

la juridiction du chftleau aux consuls (1) ; el enfin, au bout de quel- 
ques mois (2), de nouvelles lettrés par lesquelles il remettait leurs 
dettes aux consuls. L'entrée des troupes royales, commandées par 
le maréchal de Sancerre, n*eut lieu toutefois que le 26 avril 
1372 (3), et c'est même seulement en mars 1373 (n. st.) que Gau- 
cher de Passac, sénéchal du Limousin, vint confisquer au nom de 
son maître les droits périmés du prince de Galles sur le château et 
rétablir Tusage du sceau de France pour les actes passés devant le 
bailliage de Limoges (4). 

Ces événements eurent nécessairement leur répercussion sur la 
vie des habitants de Limoges-Cité. Ils y ramenèrent la confiance 
et orientèrent définitivement les esprits du côté du roi de France. 
Les chanoines qui, au commencement de 1371, avaient arraché au 
prince de Galles des lettres patentes les absolvant de toute com- 
plicité dans la conduite de leur évéque (8), vont désormais se tour- 
ner vers Charles Y. Les faveurs qu'ils en reçurent bientôt nous 
induisent à croire qu'eux aussi firent leur soumission en règle aux 
représentants du roi (6). 



{{) 2 janv. 1372 (n. st.), publ. par L. Giiibert, rec cité, l. 351. — Cf. 
le Cartulaire du consulat (comme dessus, p. 142) : Item, lo dich notble 
rey de Franssa, lo seguon Jorn de jenier. Van de gracia M CGC L XXI, 
donet et outreet a tôt temps perpetualment aus cossols e aus habitans du 
chaatel de Lemotges e a lors successors, lo dich chastel et chastelania. . 

C^était faire bon marché des lettres données à 

Paris, le 9 juillet 1369, par lesquelles Charles V avait promis à la vicom- 
tesse Jeanne de Penthièvre de lui rétrocéder son fief. (Voy. ci-dessus 
p. 173, note 4.) Les lettres du 2 janv. 1372 contredisant celles-ci, le 
procès dit de la Vicomte, qui s*ensuivit, n'a [>as duré moins de deux 
siècles. 

(2) 22 avril 1372, signalées par L. Guibert, rec. cité, I, 336. Mais la 
date 1371 que donne l'éditeur, d'après le reg. G. 208 des Arch. comm. 
de Limoges, est inadmissible et doit être hardiment corrigée comme 
nous l'avons fait. 

(3) Voy. la Chronique des notaires Boutineau et Bermondet, publ. 
par L. Guibert, I, 357, et déjà dans le t. III des Arch, hist. du Limou- 
sin, p. 313-314. 

(4) Chronique du notaire Bermondet, citée ci-dessus. 

(5) Bordeaux, 10 mars 1370 (n. st. 1371), d'après Bonaventure de 
St-Amable qui donne l'analyse de ces lettres (Annales, p. 659) et ajoute 
qu'elles furent suivies, à la date du 24- mars, d'un mandement d'exécu- 
tion adressé par le sénéchal du prince en Limousin à ses sergents. 

(6) Un registre des comptes de la chancellerie épiscopale (transférée 
À Limoges-Château, dans une maison voisine de Saint-Pierre), présente 
deux mentions intéressantes : « f° 2 r<», die VII* septembris [1371] fuit 



202 SOCléré ARCnéoLOOlQUE et historique du LIltOÛSIN 



* 



Nous sommes au commencement de 1372, à dix-huit mois da 
grand désastre. Il n'y a encore d'autre pouvoir effectif dans la Cilé 
que celui des chanoines, et ceux-ci resteront, pendant plusieurs 
années encore, en fait sinon en droit, les vrais mailres de la popu- 
lation. Mais pour savoir de quoi, à ce moment, se compose celte 
population, c'est bien en vain qu'on interroge les documents con- 
temporains. Ils ne fournissent pas à cet égard la moindre indica- 
tion. C'est donc par voie de conjectures, fondées sur la connais- 
sance des faits antérieurs, que l'on peut obtenir quelques lueurs. 

L'exode en masse, rapide et soudaine, qui termina la journée da 
19septembre 1370, avait eu pour effet de vider entièrement la ville 
de ses habitants. Les gros bourgeois et les marchands de la Haute- 
Cité s'étaient réfugiés avec leurs familles dans Limoges-Château ou 
dans les petites localités environnantes (1). Ils y restèrent plus ou 
moins de temps, suivant que les circonstances les aidèrent ou non 
à relever leurs demeures premières et à les réintégrer. Pour tous 
l'exil dura certainement plusieurs mois ; pour beaucoup, il ne prit 
jamais fin, parce que des intérêts nouveaux les fixèrent définitive- 
ment dans le Château. En tout cas, on peut estimer à 120 ou 130 (2) 
le nombre des familles que leurs ressources personnelles ou leur 



hic dominus dus Andegavensis ; — f^2 v<*, ab ista die [XXVII* octobris 
1371] yaccavit curia usque ad octabas omnium Sanctorum propter ad- 
ventum Anglicorum qui erant innumerabiles et in magna quantitate. » 
(Arch. dép. G. 203.) — La date d'année résulte uniquement de ce fait 
que le cinquième feuillet annonce Tannée 1372, les feuillets précédents 
étant dépourvus de tout millésime. — Quant aux faits eux-mêmes, si 
le second se rapporte sûrement à Limoges-Ch&teau, le premier pour- 
rait bien appartenir à Thistoire de Limoges<Cîté. II est douteux qu'à la 
date de septembre 1371, les Anglais occupant encore le château, le duc 
d'Anjou y soit venu en personne ; mais il est très possible qu'il se soit 
arrêté dans la Cité, qui était française depuis la reddition du 24 août 
1370; et il est possible aussi que les chanoines aient profité de la pré- 
sence du frère du roi pour faire les soumissions dont il est parlé dans 
les deux actes de janvier 1372 que nous rappelons. 

(1) Particulièrement à Aixe. Voy. les textes rassemblés par L. Gui- 
bert, rec. cité, I, p. 71. 

(2) 130x6 s 780. Plus loin nous évaluons à 260 le nombre des familles 
indigentes, 260x6= 1.560. Au total, 2.340 personnes. Or, nous avons dit, 
au chapitre III, que la population de la Cité s'élevait alors à environ 
2.500 personnes. Mais tous ces chiffres n'ont, bien entendu, qu'une 
valeur approximative. 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 203 

crédit mirent dans la possibilité d*attendre dans la ville voisine 
des jours meilleurs. 

Mais les pauvres gens de la Basse-Cité, le menu peuple des bate- 
liers, des pécheurs, des meuniers, des hommes de métier, dénués 
de toutes ressources, n'avaient pu à rapproche de l'automne res- 
ter éloignés de leurs foyers. Réfugiés, eux aussi, dans le Château, 
mais plus encore dans les campagnes voisines, on peut croire que 
la plupart d'entre eux étaient rentrés dans la Cité aussitôt après le 
départ des Anglais, c'est-à-dire dès le 21 septembre, à la recher- 
che de leurs anciennes demeures, de leurs meubles, de leurs usten- 
siles de travail. Ils représentaient pour le moins 260 familles que 
la charité publique put bien nourrir durant quelques jours (1), mais 
qu'elle ne pouvait suffire à abriter pendant longtemps. 

Grâce à cette population errante, accompagnée, précédée peut- 
être de ses curés et des clercs de tout rang qui, avec les chanoines, 
formaient la population ecclésiastique de la ville, le repeuplement de 
quelques quartiers avait pu se faire assez vite, en quelques semaines 
au plus. Cependant, nous n'avons pas à cet égard de témoignage 
direct, et l'argument nous manque que nous aurions tiré de ce 
retour pour affirmer une fois de plus que, contrairement à ce que 
dit Froissarl, tous les habitants de la Cité ne furent pas mas- 
sacrés. 

Si l'on veut bien tenir pour vraisemblable cet exposé des faits, 
on admettra avec nous que la plupart des gens de métier (mais non 
des bourgeois) avaient repris possession du sol et relevé leurs 
demeures avant l'hiver de 1370-71. En ce qui touche le clergé, le 
rétablissement des choses fut plus long, si même il fut jamais com- 
plet. Le plus ancien acte qui le concerne est du 3 révrierl371 
(n. st.) et a trait à la réformation ou, comme nous dirions, à la 
réorganisation du chapitre cathédral (2) et, par voie de conséquence, 



(1) Les Annaleê dites de 4638, par Jean Bandel (qui écrivait au com- 
mencement du XVII* siècle), s*étendent assez longuement sur la charité 
des habitants du Château à Tégard de leurs voisins de la Cité (p. 274). 
Malheureusement, on ne retrouve pas à quelle source Tauteur a puisé 
ses renseignements. Il est fort possible que, suivant un procédé qui lui 
est habituel, il ait inventé de toutes pièces son récit. 

(2) Arch. dép. de la tiau te- Vienne, série G, n* 8, f« 584 r« : « Ung 
instrument en parchemyn, receu par maistre Jehan de Franceys, notere, 
le III* de février an mil CCCLXX (n. st., 1371), de la refTormacion faicte 
de Teglise de Limoges, requérant aulcuns chanoynes et vicaires de la 
d. église et aultres benefûciés ». Le mot église doit s'entendre au sens 
figuré et collectif. 



204 âociéré AncHéoLOGiQUË et Historique t>û limousin 

à la restauration du culte public. Mais Tavenir restait indécis aussi 
longtemps que Limoges-Ch&teau demeurerait aux mains des 
Anglais. L'idée qu'avaient eue nos chanoines de chercher d'abord 
appui auprès du Prince Noir ne fait pas honneur à leur perspica- 
cité. Quand ils comprirent leur erreur, ils se sentirent plus embar- 
rassés que jamais pour rentrer en grâce auprès de Charles V. 

De leur part, la prétention pouvait, en effet, paraître indiscrète 
de Taire appel à la bienveillance royale (1). Mais les faits particu- 
liers étaient comme ëloufTës dans la foule des événements géné- 
raux du temps, si bien qu'au commencement de 1372, nos chanoines 
osèrent arguer de leur fidélité passée à la personne de Charles V. 
Bien loin de tourner à leur confusion, cette audace servit leur des- 
sein. Soit que le roi ait été mal renseigné, soit que son secrétaire 
Jean Tabari et son conseiller Aymeric de Magnac, évéque de Paris, 
tous deux originaires du diocèse de Limoges, aient favorisé la super- 
cherie, toujours est-il que le chapitre Cathédral eut la joie de voir 
la chancellerie enregistrer ses dires et lui concéder tout ce qu'il 
demandait. 

Ce n'était rien moins (2) que le renouvellement de la sauvegarde 
royale accordée jadis et la nomination par le sénéchal du Limousin 
de sergents spéciaux pour en assurer l'exécution. C'était aussi le 
droit d'entourer d'un mur spécial l'église, le cloître, le fortin et les 
demeures privées des chanoines, pour les protéger contre les 
déprédation des maraudeurs d'occasion. Il n'est pas possible au- 
jourd'hui d'indiquer quel fut au juste le tracé de cette petite 
enceinte; on peut seulement affirmer qu'elle était peu considéra- 
ble, enfermant tout au plus le triple de l'espace couvert par la 
cathédrale et son clocher et représentant ainsi, à peu de chose 
près, les limites matérielles de la juridiction du chapitre avant 1370. 

Ces concessions du roi étaient pour le présent. En vue de l'avenir 



(i) Voy. ce que nous avons dit, au chap. 2, de leur non-participation 
aux négociations d'août 1370, qui avaient amené la reddition de la Cité 
aux mains des ducs de Berry et de Bourbon. 

(2) 27 janv. 1371 (n. st. 1372), dans les Ordonn, des rois de Fr.^ V, 
447 : « ... Nos ad memoriam reducentes g^rata et accepta fervore cordiali 
servicia per dilectos et fidèles nostros decanum et capitulum ecclesie 
Lemov., nedum predecessoribus nostris, olapsis temporibus, sed et 
nobis etcorone nostre de novo prestita, dum ad nostram se submiserunt 
obedientiam, qui non formidantes inimicorum nostrorum obsidionem 
qua tune circundata erat dicti loci civitas, in fidelitatis nostre constantia 
permanserunt... Sic signato : Per regem, présente episcopo Parisiensi, 
J. Tabari. » 



1ë sac de la ciré de limoges 20o 

DOS chaDoines surent obtenir autre chose. A cette même date du 
il janvier 1372(1), ils furent, par un acte distinct, soustraits à 
toute autre juridiction que celle du Parlement, et ce, étaiMI dit, 
afin de les dédommager des maux soufferts. Charles V se montrait 
bon prince en oubliant que le chapitre cathédral n'avait souffert 
que pour la cause du Prince Noir. 

Après le départ de Jean de Gros, le siège épiscopal de Limoges 
resta vacant pendant plus de trois ans. Le nouvel évoque, Aymeric 
de TAge-au-ChapI, fut nommé en août 1371, prit possession par 
procureurs en septembre suivant, mais ne fit son entrée person- 
nelle qu'en novembre 1373 (2). Il résida quelque temps dans Limo- 
ges-Ghàteau, où la chancellerie épiscopale avait été transférée (3), 
puis, bientôt après, dans le donjon de la chàlellenie d*Isle, à cinq 
kilomètres environ de la cathédrale. Ses successeurs imitèrent son 
exemple et cette exode des chefs du diocèse durera 165 ans. 

Le choix d'Aymeric avait été dicté à la cour d'Avignon par une 
raison d'opportunité. Ce Limousin, originaire des environs de Saint- 
Yrieix, occupait, depuis 1362, le siège de Bologne. Possesseur 
d'une grosse fortune, il était cependant redevable d'assez fortes 



(1) 27 janv. 1371 (n. st. 1372), dans les Ordonn. des rois de Fr,, V, 
446 : « ... Nos sedula meditaiione pensantes sincère fidelitatis constan- 
ciam quam dilecli et fidèles nostri decanus et capitulum ecclesie Lemov. 
ad nos et regnum nostrum se habere per facti experienciam in viola bili- 
ter pretenderunt, super eo quod ipsi, moderna guerra incepta inter nos 
et adversarios nostrosde Anglia, fatendo jus nostrum quod habemus in 
ducatum Aquittanie, nos dominum suum superiorem publiée agnos- 
centes, maluerunt se et sua obsidioni inimicorum nostrorum exponere, 
quam aliud facere quod contradiceret dicto juri nostro ; licei postmo- 
dum fortuna, que plerumque stabilis non permanet, eos capi per dictos 
inimicos permiserit, et sic omnia bona et jocalia ipsius ecclesie una cum 
suis proprîis perdîderunt et eos redimi opportuit quasi ultra posse... 
Sic signalas : Per regem, présente episcopo Parisiensi, J. Tabari. » 

(2) Voir M. Tabbé Lecler dans le Bull. Soc, arch. du Limousin, XL, 
p. 154, sans indication de source. 

(3) « A mon dit seigneur Tévêque n'étoit aucune nécessité de emprun- 
ter maison à Limoges, car il y a voit une belle maison en icelle ville où 
il fait de présent sa chancellerie, laquelle il a laissé cheoir et venir en 
ruine, et y eut pu demeurer sans emprunter maison, s^il eut voulu, et 
n'est que sa faulte si lui convient emprunter maison à présent ». Analyse 
d*une procédure de 1444-45 (art. 85) dans le Reg. G. 2 (f° 33) des Arch. 
dép. de la Haute- Vienne. Cf. le Registe G. 51, passim. 

T. LVI 14 



^06 SOCléré ARCIléOLOGlQUK ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

sommes aux membres du Sacré-Collège. Grégoire XI lui laissa 

entendre qu*on le tiendrait quitte de ses dettes s1l consentait à en 
employer le montant à réparer les dommages qa^avait soufferts 
l'évéché de Limoges (1). ^ymeric le promit. Nous verrons qu*il tint 
mal sa parole. 

Le 6 janvier 1371, le duc d*Anjou se trouvait en Avignon. C'est 
là que, à la suggestion de la curie (on peut bien le croire}, il insti- 
tua Âymeric de l'Age-au-Chapt gouverneur et réformateur général 
et souverain, « pour et au nom du roi et du sien, es cités, villes et 
évéchés de Limoges et de Tulle et en toute la vicomte de Limo- 
ges y> (2). Aymeric prit mieux à cœur cette délégation royale, 
comme le prouve le rôle actif qu'il joua jusqu'à la fin de sa vie dans 
la guerre contre les Anglais. 

A son tour Charles Y intervient directement. Sur requête de 
révéque, et pour ne point rompre avec la tradition passée, il 
décide, le 16 juin 1376, que les affaires de la cathédrale {ecclesia) 
de Limoges et de son chef ne pourront être jugées que par le 
Parlement de Paris (3). 

Dès le mois de juillet 1371 Grégoire XI s'était entremis auprès 
des ducs de Lancastre et de Cambridge pour faire restituer à Ayme- 
ric les domaines de son église. Comme s'il craignait que la restitu- 
tion poursuivie ne put se faire en temps opportun, il avait informé 
de sa démarche Jean Dawruex, lieutenant du prince de Galles en 



(1) Nous tenons pour probable que cette condition fut faite au nouvel 
évêque dès sa nomination. En tout cas, elle fut renouvelée, sous une 
forme un peu différente, par la bulle du 40 avril 1374, confirmée par 
celle du !«' décembre 1379. (Voy. le P. Denifle, Désolation des églises.., 
II, p. 659, noie). 

(2) Les lettres de nominations sont datées de Villeneuve-lez- Avignon, 
6 janv. 1371, qui est la vraie date puisque le style de Noël ^tait encore 
usité à Avignon. Nous savons d'autre part que le duc d'Anjou assista 
au conclave de décembre 1370 d'où sortit l'élection de Grégoire XI 
(Luce-Froissart, VIII, p. VIII). Si ces lettres ne furent confirmées par 
le roi que le 8 avril 1372, c'est que le nouvel évoque tarda beaucoup, 
comme nous l'avons dit tout à l'heure, à prendre possession de sa 
charge. — La nomination et la conGrmation ont été imprimées dans les 
Ordonn. des rois de Fr., V, 719. 

(3) Ordonn. des rois de Fr., VI, p. 204 : « Horum consideracione 

ac pariagii de et super juridictione et imperio civitatis Lemovicensis et 
ville Sti Leonardi de Nobiliaco. Il n'est point question des événements 
de 1370. 



Le sac de là cité de limoges 207 

UmousiD (1). La papauté inaugurait ainsi la série des « consola- 
tions » qu'elle allait prodiguer pendant trois quarts de siècle (i), 
aux églises et monastères du royaume de France ravagés par les 
Anglais. 

Un an plus tard, prenant en considération la misère de Tévéchë 
de Limoges, le môme pape faisait remise au titulaire, par bulle 
spéciale, de la moitié des décimes dues, faveur qu'il étendit du 
reste pour les mêmes raisons aux évéchés de Bordeaux, Tulle et 
Cahors (3). 

Les pronostics qu'on pouvait tirer de ces commencements ne se 
réalisèrent point. Malgré les ressources dont il disposait, Aymeric 
de l'Âge-au-Ghapt ne répondit pas en tous points à la confiance du 
pape et du roi. En 1377 Charles V mit la main sur son temporel (4). 
Les circonstances de cette mesure ne sont pas connues. Nous soup- 
çonnons (5) que, mécontent du peu de zèle que le nouvel évéque 



(1) Datum apud Villamnovam Avinion, dioc. II** Kal, aug., pontificatus 
nostri anno primo (Arch. dép. de la Haute- Vienne, G. 303). — Dawruex 
serait-il pour d'Evreux? 

(2) Plus particulièrement sous les pontificats de Martin V, Eugène IV 
et Nicolas V, c.-à-d. entre 1417 et 1455. 

(3) Bulle du 27 août 1372 publ. par M. Clément-Simon, Arch, hisl, de 
la Corrèze, I, 28. 

Item, tradidi de manda to et precepto domini [episcopi] mihi vive 
vocis facto, presenti domino Guillelmo de Marciihaco et magistro 
Andréa Gasto, cuidam fratri minori qui detulit iitteras Vinioni (sic pro 
Avinioni) domino nostro pape et cardinalibus pro facto ecclesie super 
facto dominorum cardinaiium et vaccantium die VI septembres [1374J, 
II francos. 

Item, tradidi de mandato et precepto domini [episcopi] vive vocis 
faclb cuidam latori de Philitinio qui detulit quasdam Iitteras que vene- 
runt de Viuione die VII octobris, V s. (Reg. des comptes de la chan- 
cellerie. Arch. dép., G. 203, f» 11 v»). 

(4) Reg. G. 46, f<> 46 v<>, des Arch. dép. de la Haute- Vienne : Die lune 
ante festum béate Katarine (= 23 nov.) iemporalitas domini Lemov. 
episc, fuit ad manum régis posita anno Domini MCCCLXXVIL 

Les deux mentions qui suivent se rapportent peut-être au même fait : 
Item, tradidi Stephano de Alvernhia, clerico curie régie, pro scriptura 
\et\ publicatione litterarum et privilegiorum quas dominus [episcopus] 
impetravit Parisius [1377). {Reg. des comptes déjà cité, f» 24 v«). 

Sequantmr ea que tradidi domino priori de Cambonio in absentia 
domini [epUcopi] dum fuit Parisius [1377] (Ibid., f® 25 r®). 

(5) Notre inleriirétation se fonde sur le contenu des lettres royaux du 
6 oct. 1385 adressées par le roi à son sénéchal du Limousin [Bull. Soc. 
arch du Lim., XLII, p. 284-289) et relatives justement à Temploi des 



âOS SOCléré ARCHèoLOGIQÛE fiT HISTORIQUE DC LIMOUSI?^ 

moQtrail pour le relèvement de sa ciié, le roi en prit prétexte pour 
lui faire sentir son autorité de protecteur des églises (1). Après sa 
mort, survenue au mois de novembre 1390, le temporel de révéché 
fut de nouveau saisi en vertu du droit de régale (2). 

Bernard de Bonneval, qui succéda à Âymeric, était, lui aussi, 
d'origine limousine. Venu de Nîmes, il avait commencé sa carrière 
en Italie où il occupa tour à tour les sièges de Rimini, Spolète et 
Bologne (3). Comme Aymeric, il ne songea guère à relever sa cité 
épiscopale, à moins de tenir pour chose de conséquence la bulle qu'il 
obtint de Clément VI en mars 1394(4), et qui renouvelait à la cathé- 
drale {ecclesia)de Limoges ses lettres de privilège perdues pendant 
la dernière tourmente. On ne voit point toutefois que, malgré le 
mauvais renom dont ce prélat jouissait auprès de son clergé (5), la 
royauté ait usé de rigueur à son égard en saisissant son temporel. 
Elle ne fît valoir ses droits de régale qu'après le décès du titulaire, 
c.-à-d. en 1403 (6). 



revenus des églises. Cf. ibid,y p. 291, les lettres exécutoires du 16 fév. 
1396 (n. st.) concernant les édifices ecclésiastiques qui tombent en 
ruines. 

(1) Aymeric u aimait le faste, le luxe, la bonne chère. L'habitude de 
manier de l'argent a pu le faire céder à la tentation d'en mettre de côté 
à son profit, car ni la mense de Bologne ni ses émoluments de trésorier 
ne justifient une fortune que le public jugeait extraordinaire sinon 
scandaleuse. » (Biographie de Vévéque Aymeric, par Mgr. Barbier de 
MonUuit, dans le Bull. Soc. arch. du Lim., XLII, 296-301). 

(2) Anno 4391, die 43 aprilis, Carolus VI rex Francie seneacallo 
Leniovicensi scripêit pro regaliœ Jure (Gallia christ, nova, II, 533, ex 
regist. parlamenti Paris.) 

(3) Voy. Gams, Séries episcoporum, aux noms. 

(4) Cum autem litterœ exemptionis et privilegîi hujusmodi propter 
captionem et totaiem combustionem civitatis... perdite fuerint. (Dans 
L. Guibert, rec. cit,^ I, 72). 

(5) Bernardus de Bonavalle in actu capitulari, mense maii,die veneris 
post festum Sti Stephani 1395, dicitur pei^ecutor ecclesiœ a die qua 
fuit translatus de Nemausensi ecclesia ad Lemovicensem, proptei* 
tirannidem et malitiam fugalus de Bononia et in ecclesiam Lemovicen- 
sem translatus; canonicos et servitores ecclesiae Lemovicensis non per- 
mittit servire Deo; nec papae nec sacro collegio obediens, propter 
ipsius inobedientiam in consistorio coram papa fuit arrestatus, et nisi 
cardinalis Lemovicensis pro ipso supplicasset, fuisset deposilus. 
(Extraits historiques de dom Pradilhon, dans les Arch. hiêtor. du Li- 
mousin, IV, 265-266). 

(6) Suum diem obiit anno 1403; quo sede vacante, ministri régis 
temporal i ta tem episcopatus in manu régis posuerunt : quam tamen 
Carolus rex decreto suo in gratiam capituli dimisit. (Gallia christ noca, 
II, 534). 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 209 






De bonne heare on songea à relever la Salle épiscopale de ses 
ruines pour rendre à l'exercice de la justice ecclésiastique l'auditoire 
dont elle avait besoin. Ce fut une longue entreprise que traversè- 
rent bien des obstacles. On s'y appliqua dès 1374 en rétablissant 
les piliers et les porteaux des murs (1). Mais à peine cette restau- 
ration était-elle accomplie que des brigands s'installaient dans le 
bâlimenl et en faisaient comme leur quartier général. Pour les 
réduire à l'impuissance, ne pouvant les déloger de force, on s'avisa 
de faire démonter les portes et de les transporter à Limoges-Gbà- 
teau, d'où on les ramena au bout de quelques semaines (2). 

Soit que les réparations n'aient pas été continuées, soit qu'elles 
aient été insuffisantes, toujours estil qu'en 1405 les chanoines 
tenaient leurs assises sous une simple remise au voisinage d'un 
amas de pierres calcaires destinées à la construction de la cathé- 
drale (3). Il y a apparence cependant que les travaux furent repris 
en 1408, en même temps que ceux du cloître des chanoines, et 
menés à bonne fie, puisque la Salle épiscopale fut de nouveau 
détruite par les soldats de messire Jean de Laigle en 1426, au 
milieu de circonstances sur lesquelles nous reviendrons. 

En tant qu'office, Taumônerie attachée à la Salle de Tévéque 
depuis 1263 subit, à partir de 1371, une transformation, puisqu'on 
la désigne dès lors sous le nom de chapellenie (4). En tant que 
maison de secours, elle fait place à un petit hôpital appelé de Hau- 



(1) Expense facte pro aula episcopali civita lis [1374] : primo pro portis 
et columnis, ultra alias partes que fuerunt misse de Insula pro faciendo 
magnam portam auie episcopalis, xxviij s... Item, decostavit porta 
taberne aule episcopalis civitatis de costeando («te) et massonando, 
precio facto cum dicto Pepeu, xxj s. v d. (Reg, des comptes de la chan- 
cellerie... f® 9 V®. Cf. f®» 15 et 16). Costeando est sans doute pour Cons- 
iruendo. 

(2) Item, feci apportari de manda to domini [episcopi], de civita te in 
Castro (sic)y portas aule episcopalis propter inimicos, die quarta decem- 
bris [1374]. (Reg. des comptes, f° 12 v»). — Item decostaverunt porte 
aule episcopalis de reportando de Castro in civitate (sic) et ponendo in 
aula episcopali, vj s. vij d. (Ibid., f° 16 r°). 

(3) Reg. G. n? prov. 15482, (f° 50) du fonds du chapitre cathédral aux 
Arch. dép. de la Haute- Vienne : Actum in assisia... tenta infra eccle- 
siam Sancti Stephani, in loco ubi tenetur calx dicte ecclesie (juillet 
1405). 

(4) Pouillé de Nadaud, édit. Lecler, p. 84. 



210 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

moDt (1), qu*oa établit dans ta tour de ce nom, pour subvenir sans 
doute aux épouvantables misères du moment. On peut croire que 
cet établissement ne subsista pas longtemps, car son nom disparail 
presque aussitôt de l'histoire. 

L'un des premiers soins des chanoines fut de faire réparer les 
murs de la cathédrale, qui avaient souffert en plus d'un endroit. 
Mais l'argent manqua jusquau moment où Grégoire XI, entre 
1375-78 (2), et Clément VU, en 1384 (3), accordèrent des indulgen- 
ces à tous les ûdèles qui contribueraient à celte entreprise. Aymé- 
rie de L'Age-au-Chapt fut au nombre des premiers donateurs (4)« 
si bien que, de 1384 à 1389, on put renforcer la base du clocher 
qui menaçait ruine et la munir de ce formidable revêtement de 
pierre qui se voit encore aujourd'hui (5). De 1388 à 1392, les 
réparations portèrent sur l'église elle-même (6), payées en partie 
par le legs de 88 francs d'or qu'un archevêque de Rouen, originaire 
du Périgord, Guillaume de Lestrange, fit en 1390 « pour le basti- 
ment de l'église de Limoges » (7). En 1399, on résolut de reprendre 
les travaux suspendus et on institua à cet effet des collectes dans 
tout le diocèse. Les tailleurs de pierre, maçons et charpentiers 
furent rappelés et restèrent à l'œuvre jusqu'en 1405 (8), pour le 
moins (9). 



(1) Item, deco8tavit de apportando [irabem] de Ponte [Sti Marcialis] in 
civitate, in hospicio de Malo monte, x d, (Registre des comptes de la 
chancellerie. Arch. dép., G 203, f° 16 r°). Item precepit dominas [épis- 
copus] dari in festo sancte Pasche helemosinam prout sequitur,,, Hoh- 
pitali civitatis, ij s. vj d. (Ibid.y f° 23 r«). Ces deux mentions se réfèrent 
aux années 1374 et 1377. 

(2) Mention sans date dans Bonaventure de Saint-Amable, Annales, 
p. 615, sans indication de source. 

(3) Bulle donnée à Avignon le 22 mars 1384, analysée par M. Antoine 
Thomas, Extr. des arch, du Vatican, dans le BulL Soc. arch. du Limou- 
sin, XXX, p. 74. 

(4) Satis habens restaurare campanile anno 1389. (Gallia christ, nova, 
II, 533, sans indication de source). 

(D et 6). Arbellot, Cathédrale de Limoges, 2* édit. (1883), p. 35 et 75, 
d'après un ancien registre des comptes de Toeuvre, auj. perdu. 

(7) Extraits historiques de dom Pradilbon, dans les Arch. hist. du 
Limousin, IV, 260). 

(8) Registres du chapitre de Saint-Etienne, cités par Bonaventure de 
Saint-Amable, « pour la subsistance du bâtiment de la cathédrale », 
est-il dit. 

(9) M. Arbellot dit jusqw'en 1408 (p. 35, note 43), mais le texte qu'il 
invoqjue s'applique moins à la cathédrale qu au cloîtrejdes chanoines. 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 211 

Est-il vraisemblable que tant et de si longs travaux n'aient eu 
pour objet, comme on l'a prétendu, que de réparer la cathédrale 
et son clocher? Nous le croyons d'autant moins que Tédifice n'avait 
point été sérieusement endommagé par les Anglais, et nous admet- 
ions volontiers qu'on acheva, vers la fin du XIV* siècle ou le 
commencement du siècle suivant, le transept sud commencé 
en 1344 (t). Toutefois, cet agrandissement n'est point sans provo- 
quer quelque surprise si l'on considère et son inutilité pratique, et 
la misère du temps. Pour une population plus que décimée par le 
sac de 1370, la cathédrale suffisait, dans les dimensions qu'elle 
avait alors, à tous les besoins. Serait-ce de notre part trop donner 
à la conjecture que d'admettre, chez les promoteurs de l'œuvre, 
rinlention de contribuer au repeuplement de la Cité en y appelant 
la foule des ouvriers et manœuvres en quête de travail? 

Ija construction du transept une fois achevée, on ne crut pas 
opportun d'aller plus loin, et cette suspension de l'œuvre a duré 
jusqu'à nos jours, si nous faisons abstraction de la première tra- 
vée de la nef et du transept nord qui datent respectivement des 
XV" et XVI* siècles. Les chanoines jugèrent qu'ils pouvaient se 
préoccuper dès lors de leur propre cloître. Bien qu'il n*eut pas été 
totalement détruit, il avait été très fortement endommagé, à tel 
point qu'on dut le reconstruire de fond en comble. Les ressources 
en argent paraissent avoir été peu considérables, car cette cons- 
truction, commencée vers 1408 (2), ne fut achevée que longtemps 
après. 

Bien avant qu'il fut question de rebâtir quoique ce soit, le ser- 
vice divin avait été repris dans la cathédrale et k recoleroent 
des reliques mené à bonne fin (3) ; les chanoines avaient réoccupé 
leurs stalles, les grands et petits vicaires leurs bancs accoutumés; 
les distributions manuelles (4) avaient recommencé; les dons et 



(1 ) L'examen des caractères de ce transept ne confirme point absolu- 
ment notre conjecture, mais il ne le contredit pas non plus. La solution 
de cette question ne peut être donnée que par les textes. 

(2) Lapidaria de Novem-planchis ad idem opus {se. œdificium novum 
monasterii SU Stephani), 1408. Texte cité par Bonaventure de Saint- 
Âmable, p. 686. La date est douteuse, comme nous Tavons dit tout à 
l'heure. 

(3) Caput sancte Valérie, caput sancti Celsi, inventario facto 1375. 
Cité par Bonaventure de Saint-Amable, Annales, p. 668. 

(4) [1374]. Item, decostavit librata facta in die èene canonicis et vica- 
riis majoribus in ecclesia Lemovicensi, xv s. viij d. Item, decostavit 
Hbrata Beati Stephani facta canonicis et coro in die pasche in argento 



\ 



•.'.^ 



212 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

les fondations avaient de nouveau afflué (1). En 1375, Jean de Gros 
fonda une vicairie spéciale qui fut desservie jusqu'à la Révolu- 
tion (2); Tannée suivante, le pape fit un envoi d'ornements de 
prix pour remplacer ceux qui avaient été dérobés par les An- 
glais (3). 

En décembre 1378, une vingtaine d'archevêques et d'évéques se 
trouvaient réunis à Paris. Sur la demande de leur collègue de 
Limoges, à ce qu'on peut croire, ils consentirent à une manifesta- 
tion solennelle de solidarité en accordant quarante jours d'indul- 
gences à tous ceux de leurs diocésains qui contribueraient aux 
reparations.de la chapelle Saint-Martial en l'église cathédrale de 
Limoges (4). 

Dans cette même église, Âymeric de rAge-au-Chapt avait insti- 
tué deux anniversaires (8). Il ne parait pas que son successeur 
Bernard de Bonneval ait suivi cet exemple ; mais Hugues de Magnac, 
qui occupa le siège de 1404 à 1412, contribua beaucoup à orner 
Saint-Etienne el à l'enrichir de joyaux, de livres, de meubles (6), 



de ma ne, xxij s. vj d. Item, decostavit librata facta in vino dicta die 
post vesperos (sic) canonicis et coro in claustro Sti Stephani, xv s. 
Item, cxpendi in librata facta in die Penthecostes de niane in argento 
canonicis et coro Sti Stephani, xxxj s. vj d. Item, de cero in librata 
vini in claustro Sti Stephani, xxx s. vij d. (Reg. des comptes de la 
chancellerie. Arch. dép., G, 203, f» 9 r». Cf. f» 12 v«, 16 v», 23 v«.) 

(1) Particulièrement pour la construction de la cathédrale. Voy. 
M. l'abbé Arbellot, Cathédrale de Limoges, 2« édit., p. 35 et ss. 

(2) Fouillé de Nadaud, édit.* Lecler, p. 93. 

(3) Arch, hist, du Limousin, t. I (p. 257), publ. par A. Leroux. 

(4) Nous ne connaissons malheureusement cet acte que par une lon- 
gue mention de Bonaventure de Saint- Amable (Annales, p. 660), qui 
cite les noms des vingt prélats et les conditions requises pour bénéficier 
des indulgences. Nous supposons que ces prélats sont de ceux que le 
roi avait convoqués à Vincennes, au milieu de novembre 1378, à Tocca- 
sion du schisme qui venait d'éclater. (Voy. Longueval et Berthier, Hist. 
de VégU gallic, XIV, 245.) 

(5) Biographie d'Aymeric, par Mgr Barbier de Montault (dans le Bull. 
Soc. arch. du Limousin, XLII, p. 293, ligne 30, sans indication de source.) 

(6) Qui quidem Hugo pluribus jocalibus ornavitet décora vit eccle- 

siam Lemov. et prœcipue dédit jocale argenteum in quo portatur cor- 
pus Domini, et unam cappellam albanam munitam albis et cœteris neces- 
sariis et unum pulchrum thuribulum argenti deauratum et unum missale 
novun secundum usum romane ecclesie et unum pluviale de velvet 

rubeum ; item unam crossam argenti et unam mitram (Catal. des 

évêques de Limoges, publ. par A, Leroux dans les Arch. histor, du 
Limousin, I, 270.) 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 213 

pour redonner au cuUe son ancienne splendeur. Bien plus, il y 
fonda un service funèbre pour le repos de son âme et laissa au 
chapitre une partie de ses biens (1). Les chanoines se montrèrent 
reconnaissants de tant de libéralités en donnant à leur bienfaiteur 
une place d'honneur dans le catalogue des évéques de ce temps (2). 

A sa mort, en 1390, Ayroeric de TAge-au-Ghapt fut enterré dans 
les caveaux de ses prédécesseurs (3). 11 en fut de même de Bernard 
de Bonneval qui décéda en 1403 (4). Deux chanoines de ce temps, 
Jean de Payrat (f 1400) *ti Louis de Trallanges (f 1408) furent 
admis eux aussi à reposer sous les dalles de la cathédrale Saintr 
Etienne (S). 

En beaucoup de matières, Tinterruption de la vie ecclésiastique 
dura plusieurs années. Les paroisses ne recommencèrent qu'en 1372 
à payer les redevances annuelles auxquelles elles étaient tenues 
envers révoque (6), Les synodes de Pentecôte, où d'ancienneté se 
faisait le paiement de ces pensions, ne reprirent môme leurs tenues 
périodiques qu'à partir de 1373 (7). 

Extrêmement rares sont les actes qui, de 1371 à 1418, s'appli- 
quent aux églises paroissiales de la Cité (8). On sait cependant 



(1) Idem, ibid., 270-271. 

(2) Vers le même temps, plus exactement en 1405, le cardinal Nicolas, 
appelé le cardinal de Limoges, fit don au chapitre de Saint-Etienne d'un 
palais qu'il possédait à Avignon. (Arch, hisior, du Limousin, I, 258.) 

(3) Nadaud, Chronol des évéques de Limoges M859), au nom. 

(4) Id., ibid, 

(5) Voir leurs épitaphes dans Arbellot, La Cathédrale de Limoges 
(2« édit., 1883, p. 224 et 229). — La forme De Trallangi* peut-elle se 
traduire par De Traslage, nom bien connu en Limousin que propose 
M. Arbellot? 

(6) Sequilur recepta de anno Domini M° CGC» LXX secundo... Et primo 
de para ta quia fuit annus bisextilis. Solvit capellanus de La Pluou ij s.. 
Ecclesia de Belaco vij s... (Reg. des comptes de la chancellerie, f®5 r«). 
— Sequitur recepta pencionum et conventus de anno Domini 
M* CGC® LXX* IK.. Solvit capellanus de Mosteyrolio prope Mortuum- 
mare pro tribus terminis pro pencione sue ecclesie sexagiiita quindecim 
solid... {Ibid., f* 6 r*). — Le Grand séminaire de Limoges possède un 
registre des redevances de ce genre pour les années 1387-88 (n® 62 du 
Caial. des mss. publ. par L. Guibert). 

(7) Recepta synodi Penthecostes de anno LXX tercio. (Registre des 
comptes de la chancellerie, f® 7 r®). 

(8) Ges actes paraissent perdus. Nous n'en possédons plus que des 
mentions relevées par l'abbé Nadaud dans son Fouillé du diocèse de 
Limoges (récemment édité par M. l'abbé Lecler, t. LUI du Bull, Soc, 
arch. du Limousin), 



214 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET UlSTOKlQUE DU UMOUSIN . 

qu'ea 1387 Hélie de Bellagier (ou mieux de Banclégier) fonda une 
?icairie en Téglise de Saint-Maurice, à Tautel de la Vierge (i). On 
trouve en 4400 mention du curé de Saint-Domnolet (2). On voit 
en 4403 le chapitre décider que la première vacante des grandes 
vicairies de Téglise cathédrale sera annexée à Tégiise Saint- 
Jean (3). Saint-Affre est dit prieuré-cure en 1395, puis est uni en 
1398 à Saint-Julien-hors-les-Murs (4). Saint-André est également 
désigné comme prieuré-cure en 140S (5), et l'hdpital ou aumône- 
rie de Saint-Maurice en 1404 (6). En Tannée 1411, une augmenta- 
tion de Tondation est faite au profit de la chapelle de Notre-Dame 
du Puy (7). De Téglise Saint-Genest, depuis longtemps ruinée, 
il n'est pas une seule fois question (8). 

On a voulu tirer parti de quelques-uns de ces faits pour conclure 
que le sol de la Cité n'avait pas été complètement bouleversé. Mais 
le raisonnement n'est guère recevable si Ton remarque combien les 
faits rappelés sont de date tardive. Le rassemblement des clercs, la 
réorganisation des paroisses, le rétablissement du culte, purent 
très bien se faire, comme le repeuplement lui-même, sur un terri- 
toire ravagé, au milieu des décombres et des ruines. N'élait-ce 
point d'ailleurs le moyen le plus efficace de relever la ville que 
d'assurer à ses habitants le secours de leurs pasteurs habituels? 



En l'année 1373 (9), on recommença de tenir les assises de la 



(i) Pouillé cité, p. 168. — Le reg. G, 8 (f. 106) des Arch. dép. de la 
Haute- Vienne parle de la célébration d*une messe à Saint-Maurice 
en 14b9. 

(2) Registre G, 8 (f. 87). 

(3) Pouillé cité (p. 107). 

(4) Pouillé cité (p. 189). 

(5) Pouillé cité (p. 179). 

(6) Pouillé cité (p. 179). 

(7) Pouillé cité (p. 171). — Nous n'avons cité que les actes les plus 
anciens. On en rencontre d'autres au cours du XV' siècle. 

(8) Nous avons dit précédemment combien nous étions peu ren- 
seigné sur le sort des monastères de TEntre-deux- Villes : Saint- 
Augustin et Saint-Martin. Le catalogue historique de leurs abbés, tel 
que le donne le Gallia christ., est vide de faits précis pour les années 
qui suivent le désastre. Cette constatation n'est pas sans porter quel- 
que enseignement. 

(9) Voy. le registre des assises épiscopales pour la Cité de Limoges 
et ses dépendances, 1373-75, conservé au Grand séminaire de Limoges 
(n'* 61 du CsttaL des mss, rédigé par L. Guibert). Le registre suivant, 



LE SAC DR LA CITÉ DE LIMOGES 215 

juridiction particulière de la Cité. II est possible toutefois que ce 
fat moins au profil des bourgeois de Tendroit que des justiciables 
de la banlieue, qui s'étendait sur le Naveix, le faubourg du Pont- 
Saint-Martiai et jusque sur les paroisses rurales des environs. 

Mais ces justiciables se montraient souvent peu soumis. 11 fallut 
user contre eux de rigueur. Au milieu de 1376, i'évéqiie Aymeric 
fut obligé de solliciter du roi un mandement obligeant les habitants 
de la Cité, comme ceux de Saint-Léonard, à prêter de nouveau le 
serment de fidélité auquel ils étaient tenus d'ancienneté (1). 

En novembre 1398, un autre mandement royal, obtenu de Char- 
les VI par Bernard de Sonneval, déclare que, en dépit des protes- 
tations des consuls, la haute et basse justice, ainsi que le jugement 
des causes civiles, appartient à l'évéque dans retendue de la cité 
de Limoges et de Saint-Léonard (2). 

Bernard de Bonneval voulut, à la faveur des circonstances nou- 
velles, étendre sa juridiction sur Tabbaye de la Règle qui s*en pré- 
tendait exempte. Il saisit Toccasion de nous ne savons quels griefs 
pour faire admonester labbesse par le curé de Saint-Domnolet. 
C'était en 1400. L'abbesse résista et porta sa cause en appel. Le 
procès durait encore en 1446 (3j. 

C'est ainsi que peu à peu Tordre et la discipline rentraient dans 



de 1377 à 1381, appartient aux Arch. dép. de la Haute-Vienne (série G, 
n* 46 de VInventaire rédigé par A. Leroux). Deux autres registres, des 
années 1389 et 1400 (ibid., G, 34 et 35), prouvent que les assises de la 
cour épiscopale furent tenues non dans la Cité, mais dans le faubourg 
du Pont-Saint-Martial. 

(1> Répertoire G, 8 (f° 67 v^) des Arch. dép. de la Haute- Vienne : 
u Ung aultre mandemant, donné aud. Paris le X^ de julhet an mil 
\\\^*^ LXXVI, pour Mons. de Limoges à cause de la jusridiction de lad. 
cité de Limoges et ville de Sainct*Liénard, du serment de fidélité que 
estoyent tenus fere à Mons. de Limoges... » 

(2) Reg. G. 8 (f** 66 v°) : « Ung mandemant donné à Paris le lundi 
amprès la feste sa inct Clément an mil IIIcc \\\\xx XVIII (= 25 nov.) pour 
Mons. de Limoges contre les consulz de la Cité de Limoges et ville de 
Sainct Léonard a cause de la haulte et basse justice et causes^civiles 
dcsd. lieulx... » 

(3) Reg. G. 8 (f° 87 v«) des Arch. dép. : « Ung instrument d appellacion 
faicte par Tabesse de La Règle, receu par maistre Gerault Dupyn, 
notere, le IX' de julhet an mil IIIIcc, commant Mons. de Limoges 
Tavoyt faicte admonester par le curé de [Sainct DomnoUet, et aultres 
tors et griefz et à cause de Thospital et maison auprès de Limoges. Du 
tout se appella. Lequel instrument est signé au doz dessus par Salve 
radix sancta », — Cf. la liasse G. 331 des dites Archives, 



1 



\ 



216 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

la Cité de Limoges. Pour y aider plus sûrement, l'évéque Aymeric 
requit rofflcial, en décembre 1377, d*insinuer au recueil des cou- 
tumes du diocèse certaines règles de procédure relatives h la 
représentation des parties et à la constitution du procureur dans 
les causes matrimoniales (1). Ce curieux acte est d'ailleurs le seul 
statut que Ton puisse porter à FacUf du successeur de Jean de Gros. 

Le 10 juillet 1376, Charles V inlervieut de nouveau. Par lettres 
patentes adressées à son sénéchal et ses autres officiers en Limou- 
sin, il leur enjoint de prêter serment à Tévéque juxta fortnam 
pariagii (3). Ces lettres sont une conséquence de la restauration 
du pouvoir royal à Limoges et un acheminement au rétablissement 
formel du pariage, que les événements politiques et militaires 
retarderont encore pendant près de soixante ans. 

Il résulta de ce relard que le siège de la sénéchaussée royale, 
établi dans la Cité depuis le pariage de 1307, puis transféré dans 
le Château après les événements de 1370, y resta définitivement 
fixé. 

Il nous reste à parler des bourgeois et de la part qu'ils prirent 
au relèvement de leur ville. Les chefs qu'ils s'étaient donnés sous 
le nom de consuls n'étaient, au regard des chanoines du chapitre 
cathédral, que des gens sans instruction, sans influence, sans auto- 
rité, et qui pour Ténergie et Tindépendance n'avaient jamais été 
comparables à leurs collègues de Limoges-Château. Désemparés 
par les événements de septembre 1370, il leur fallut du temps pour 
reprendre le gouvernement de leurs concitoyens, si même ils le 
reprirent jamais (3}. 

En juillet 1394, arguant de leur fidélité au pouvoir royal et des 
grands maux qu'ils ont soufferts, les consuls et leurs administrés 
se firent exempter par Charles VI de toutes les impositions établies 



(1) Publ. par M. Tabbé Lecler dans le Bull. Soc. arch, du Limousin, 
XL, p. 455. 

(2) Reg. G. H, f» 22 des Arch. dép. Cf. le reg. G. 45, f« 8 v«, où ces 
mêmes lettres sont analysées un peu différemment : « ...par lesquelles 
le roy mande à ses officiers du pariage à Limoges faire serment à Mons. 
l'evesque de Lymoges comme à luy... » 

(3) M. L. Guibert le conteste quelque part, en remarquant qu'après 
1370 on ne trouve plus mention des consuls de la Cité, sauf à quatre 
reprises. Celle qui suit s'ajoute à celles qu'il a relevées, à supposer qu'il 
ne s'agisse pas des consuls du château : « Item, tradidi magistro Johanni 
Poncii pro prosequendo factum Pontis Sti Marcialis contra consules 
[1377], iiij Ib. viij s. » (Reg. des comptes, f« 24 v»). 



LE SA(^ ht. LA CITÉ DE LkMOGËÂ âl7 

âar le royaume pour le fait de la guerre (1). Mais au moyen âge il 
n'est fidélité si éprouvée qu'A ne faille affirmer de nouveau quand 
les circonstances changent. Donc en avril 1396 (à quelle occasion, 
nous ne saurions dire), les « manants et habitants n de notre ville 
r«?nouvelérent à Charles VI Thommage qu'ils avaient déjà rendu à 
son prédécesseur (2). 

Derrière la communauté il ne faut pas oublier les simples parti- 
culiers qui, peu à peu, reconstruisaient leurs demeures dans la 
fondante de Tévéque et recommençaient comme par le passé à lui 
payer cens e( redevances. Nous en possédons un exemple, pour les 
paroisses de Saint-AfTre et Saint-André, qui est de Tannée 1387 (3), 
sans pouvoir afBrmer qu'on n'en trouvera pas de plus ancien. 



(1) Acte publié en partie par L. Guibert, Doc, sur les- deux villes 
(I, p. 74) avec la date erronée de 1393. La vraie date 1394 est donnée par 
le Registre Ac Singularem (G. 8 des Arch. dép., f" 65 r«) et par un 
répertoire du XVI» siècle (ibid., G. 45, f» 6 v®). Voy. notre Inventaire 
de la dite série. — Le passage suivant : u . . . pour ce qu'ils récogneurent 
nostre père, que Dieu asseulhe, estre leur souverein seigneur de la dite 
Cité. . . » semble confirmer ce que nous avons entrevu précédemment 
(p. 200), qu'en septembre 1371 le duc d'Anjou reçut la soumission des 
gens de la Cité. 

(2) Le Répertoire G. 8 des Arch. dép. de la Haute- Vienne, dressé au 
commencement du XVI" siècle, porte au f° 70 t** une mention assez 
énigmatique : a Ung vidimus faict et grosse par maistre Jehan Fornerii 
et Pierre Régis, noteres et commisseres, du tiers d'avril an mil lllc 
IIII*' XVI, contenant recepcion et obeyssance faicte au roy nostre sire 
par les manans et habitans de la Cité de Limoges. . . » Pâques tombant 
le 2 avril, le millésime est bon. Il s'applique à l'acte même et non au 
vidimus. La mention essentielle doit se corriger et compléter comme 

suit : « contenant reddition d'hommage et obeyssance au roi » Il est 

possible que nous soyons ici en présence d'une mesure générale, consé- 
cutive à la trêve de 28 ans qui fut conclue avec l'Angleterre en mars 
1396. Voy. la Chron, du religieux de Sainl^Denis, II, 359 à 387. 

(3) Reg. G. 8, f» 72 r®, des Arch. dép. : « Aultre lettre receue soubz 
les seaulx de Mess, les chantre et abbé de Sainct Martin de Limoges, 
non signée, mes en deux cires pandans scellée, et est datée des ydes 
d'oust an mil III^c IUIxx VH^ comment Guydon Vital recogneusl tenir 
en la seigneurie feode de Mons. de Limoges, avecques ung tournoys 
d'argent blanc en mutation de seigneur, assavoir est certains cens et 
rantes assignés sur plusieurs maisons assizes en la Cité de Limoges es 
paroisses de Sainte Aiïre, Sainct André » 



21H SOClèré AHCHèoLOGlQI^E ET IllSTOUIQirE DU LIMOCSIK 



LE RELÈVEMENT DE LA CITÉ 

1418-1464 

Les efforts des chanoiDes de Saint-Etienne et de leurs ressortis- 
sants furent traversés et même interrompus par les lamentables 
événements qui, pendant près de dix années, de 1418 à 1427, rem- 
plissent les annales de la Cité, événements encore obscurs et qu'il 
est malaisé de serrer de près. Voici ce que nouj^ en savons : 

A la mort de Tévéque Hugues de Magnac (14 oct. 141^), un autre 
Limousin, Ramnulphe de Pérusse, fut élu par le chapitre pour lui 
succéder. On était au temps du grand schisme ecclésiastique. Un 
certain Nicolas Viaud profita des circonstances pour se faire porter 
au siège de Limoges par Jean XXIII (2). Ce compétiteur mourut 
au bout de peu d'années (1416), mais fut aussitôt remplacé par Hu- 
gues de Roffignac. Les hostilités, qui semblent avoir sommeillé au 
temps de Nicolas Viaud, éclatèrent avec Hugues de Roffignac et se 
prolongèrent jusqu'à la mort de Ramnulphe de Pérusse en 1496 (3). 



(i) L'abbé Nadaud fait mention dans sa Chronologie des évéques de 
Limoges (édit. Texler, p. 16) d*un GeofTroi de Pérusse, élu évêque le 
6 déc. 1402, alors que Bernard de Bonneval ne mourut qu'en nov. 1403. 
La source de ce renseignement n'est point donnée. Il est possible que 
Nadaud ait commis une erreur de date et qu'il faille corriger décembre 
1402 en décembre 1403. Auquel cas Geoffroi de Pérusse serait le suc- 
cesseur (non installé, pour des causes que nous ignorons) de Bernard de 
Bonneval. Le Gallia christ, n'en fait point état. 

(2) Il est nommé dans les Extraits historiques de dom Pradilhon. 
(Arch, hisior. du Limousin, IV, 267.) 

(3) Les auteurs du Gallia christ, se montrent fort indécis dans 
l'exposé qu'ils font de ces compétitions. Ils mentionnent un troisième 
concurrent, Germain Paillard, qu'ils ne savent où placer. Quant au Ca^ 
iaL des évéques de Limoges^ que nous avons publié au t. I des Arch. 
hist. du Limousin (p. 267-273), comme 11 a powr ■atewi les chanoines 
de Saint-Etienne, il se prononce ucIUmimI pour les élus du chapitre, 
mais se montre sobre de détails en ce qui les regarde. — Cf. l'art. 14 
de la procédure contre l'évêque de 1444-45 ; « ... Depuis 28 ans en ça, 
il V eust un grant scisme et division en pays de Limosin à cause de 



LK ftAC DE tA CITÉ DE LIMOGES ^19 

Jusqu'à quel point la déserliou de la Cité par les successeurs de 
Jean de Gros et leur séjour à Isle contribuèrent-ils à faire naître ce 
schisme? Nous ne saurions le dire exactement. L'unique chronique 
qui nous raconte les événements de ce temps est des plus laconi- 
ques (1). Il est possible toutefois que Nicolas Viaud et Hugues de 
Roffignac aient trouvé des fauteurs parmi ces bourgeois de Limoges 
que mécontentait Téloignement de leur évéque. Possible aussi que 
Fun et l'autre aient fait fond sur ce sentiment pour se créer des 
partisans. L'histoire de ces contentions se grefferait ainsi directe- 
ment sur rhistoire que nous racontons du relèvement de la Cité 
épiscopale. 

Les textes n'en disent cependant pas si long. Ils nous apprennent 
seulement que Hugues de RofBgnac s'empara de toutes les places 
fortes de l'évéché et nommément de la Salle épiscopale où il mit 
une forte garnison, et il tint ainsi pendant plusieurs annéef^ son 
adversaire en échec (2). Le soin que prend le candidat de Jean XXIII 
de se fortifier dans la Cité épiscopale, après avoir chassé Ramnulphe 
de son chflteau d'Isle, ne justifie-t-il pas en quelque mesure la 
conjecture que nous avons émise tout à l'heure ? Il est vrai que ses 
partisans se conduisirent fort mal et, s'ils ménagèrent les gens de 



Teveché de Limoges entre feu M* Rampnoulx de Perusse, soy disant 
esiu du d. eveché, et feu M* Nicolas Veau, conseiller de feu M. de 
Berry, et après M* Hugues de Roffinhac, auquel notre S. Père le pape 
lors donna led. eveché par résignation faitte entre ses mains par led. 
M« Nicolas Veau. » — Voy. aussi les extraits du registre G. 8 (f«* 586 et 
587), donnés dans notre Inverti, des arch, dép. de la H aule- Vienne, fonds 
de Tévêché, p. 6. 

(1) Bernardi Guidonis calalogua epucoporum Leniov. conlinualus, puhl, 
par A. Leroux. (Arch. hislor. du Limousin, I, p. 269 et ss.) 

(2) » Durant lad. division led. M" Rampnoulx de Perusse, qui étoit 
grand et puissant aud. païs et allié de plusieurs parens et amis, tint et 
tenoit toutes les places et forteresses dud. eveché en sa main, comme 
le chastel d^Isle, de Heymoustier, Sadran, et maismement lad. Salle 
épiscopale, laquelle il fit fortifier, et es quelles places il mit garnison 
de gens de guerre, afin de tenir et de fait et de force, et demourer 
maitre et seigneur desd. places ». (Art. 15 de la Procédure contre 
Vévêque, de /444-45). u Tellement tint led. M« Rampnoulx de Perusse 
de fait lesd. places que, jacoit que led. M' Nycolas Veau eut arrest 
pour lui en parlement et que feu M. M* Jean de Vely, lors président en 
Parlement, fut au pais pour iaire mettre lesd. places en la main du roy, 
neantmoins onques ne put être mis led. arrêt a exécution, mais nonobs- 
tant icelui détint toujours led. de Perusse lesd. places et gens de guerre 
en garnison en icelles ». (Ibid.j art. 16). 



èâÔ âOCliré ARCHÉOLOGIQUE ET HldTORlQÛE DU LÎMOÙSIÏ^ 

la Cité, û'épargnèrent point ceux du Château et des environs, qu'ils 
rançonnaient, pillaient, battaient sans pitié, même les femmes 
qu'ils ravissaient et violaient (1). 

Ce conflit n'était pas encore terminé qu'un autre naissait, plus 
violent el plus grave, dont la Cité fut encore une fois Tenjeu. Le 
roi de France ayant refusé de restituer à Jean de Bretagne (appelé 
Jean de Laigle) le Château de Limoges, conformément àla promesse 
faite par Charles V à Jeanne de Penthièvre (2), le réclamant essaya 
d'y pénétrer par ruse, avec la complicité d'un consul nommé Gautier 
Pradeau. La trahison de celui-ci fut découverte et chèrement 
expiée, puisqu'il fut exécuté. Mais Jean de Laigle ne se tenait pas 
pour battu. Lui et ses gens (et parmi eux beaucoup d'Anglais) se 
réfugièrent dans la Cité, occupèrent la Salle épîscopale et s*y forti- 
fièrent (3). Un de ses complices, Jean de La Roche, ne trouvant 
point de logis convensfble pour lui et sa compagnie, s'établit sans 



(1) « Lesd. gens de guerre qui etoient es dittes places et maismemeot 
en lad. Salle episcopale firent plusieurs maux, comme prendre plusieurs 
gens prisonniers, ravir et violer les femmes, piller, battre^ rançonner, 
tuer les sujets du roy venus et issus de lad. ville de Limoges el pais 
environ ». (Ibid., art. 17). — « A l'occasion des gens qui etoient en lad. 
garnison en icelle Salle episcopale, n'y avoit homme, ne les officiers 
du roy ne autres, qui osassent sortir de lad. ville et chastel de Limoges, 
maismement du coté de lad. cité, et ne pou voient obvier aux maux que 
faisoient les gens de lad. garnison, pour ce qu'ils etoient potents par 
les autres gens de guerre qui etoient en garnison es autres places dud. 
eveché, et aussi que led. de Perusse étoit fort alié au pais ». (Ibid., 
art. 18). 

(2) Ce nouveau conflit, d'ordre purement politique, semble avoir pris 
naissance dès 1418. On trouve en effet dans le Cartulaire du consulal 
(édît. Chabaneau, p. 212), la rubrique que voici : u lo sagramenl que 
fezem far quant los Bretos forent vengut ayssa, que fo l'an miel 
llllc XVIII au meys de setembre ». Suit la formule dudit serment. 

(3) « L'an 1426, environ le mois d'aoust, vint led. seigneur de Laigle 
(accompagné dud. Jean de La Roche et de tous ses gens de guerre et 
aussi desd. Anglois portants leur enseigne, c'est à scavoir la croix 
rouge, de nuit devant lad. ville de Limoges, cuidans prendre icelle 
ville par trahison et par le moien d'un nommé Gaultier Pradeau, habi- 
tant d'icelle ville, qui avoit conspiré et machiné de lui livrer icelle 
ville ». (Ibid.f art. 25). — « Lad. entreprise fut descouverte el failly led. 
sgr. de Laigle à prendre lad. ville, et auprès se retrahi et touttc sa 
compagnie en lad. Cité de Limoges, et furent logés lesd. sgr. de Laigle 
et lesd. Anglois en lad. Salle episcopale, laquelle etoit toutle ouverte, 
sans huys ne feuestres, et la basti lièrent ainsi que ont accoutumé faire 
gens de guerre ». {//)*</., art. 26). 



LE SAC DE LA CIT^ DE LIMOGES 2âi 

plus de façons dans le moDaslëre des religieuses de La Règle (i). 

Cest ainsi que partirent de la Cité, pendant douze jours, ces 
bandes de soudards bretons et anglais, qui ravageaient le pays, 
tuaient les hommes, outrageaient les femmes, abattaient les mou- 
lins, détruisaient les vignes, ruinaient les maisons et semaient 
partout la désolation et Teffroi (2). Jean de Laigle et ses complices 
prétendaient n*en vouloir qu'à Limoges-Château. On sait cependant 
que Limoges-Cité eut aussi sa part de tribulations. Des chanoines 
furent faits prisonniers, qui sans doute avaient essayé de s'opposer 
à roccupalion de la Salle épiscopale; d'autres, redoutant les vio- 
lences, n'osaient plus sortir de leurs demeures (3). Le service divin 
fut encore une fois suspendu et la cathédrale « demeuroit comme 
esglise champestre, dépourvue, désolée et desemparée de touttes 
gens » (4). 

Informé de ces événements, le roi envoya un héraut d'armes 
enjoindre à Jean de Laigle de cesser ses attaques et de déguerpir la 
Cité (5). Confiant dans la solidité de la place (6), Jean de Laigle flt 



(1) « Led. Jean de La Roche et sa compagnie se logèrent en Tabbaye 
de La Règle, que est située en lad. Cité, près de lad. Salle épiscopale ». 
{Ibid.y art. 27). — « Amprès de lad. Sale... avoit... un beau, grant, fort 
et puissant moustier de nonains, nommé de La Règle, qui est très grand 
et spacieux, sur la rivière de Vienne ». (Ibid,, art. 36). 

(2) « Le dit sgr de Laigle, Anglois et autres gens de guerre étants et 
retrais en lad. Cité, firent guerre mortelle aux habitants de lad. ville 
et chastel de Limoges et aussi a tout le pais environ, en prirent prison- 
niers, tuèrent et murdrirent tout homme qui etoit de lad. ville et de 
son party, ravirent et violèrent femmes, abbatirent les molins, attal- 
lerent les vignes, boutèrent feux, abatirent maisons, édifices et firent 
aultres maulx innumerables ». {Ibid., art. 28). 

(3) « Aux chanoines de Limoges et à Teglise [cathédrale] appartenoit 
lad. Sale, et par le moyen d'icelle Sale etoient advenus grands maulx 
à icelle église, et y avoint été prins aucuns desd. chanoines, et les 
autres ne osoint aller a lad. église ». (Ibid,^ art. 52). 

(4) Ibid., art. 53. 

(5) c< Le roy envoya un eyrault aud. sgr de Laigle qu'il se départit de 
davant lad. ville, et led. sgr de Laigle ne voulut obéir. » (Ibid., art. 29). 

(6) « Les habitans dud. Limoges [-château] furent avertis par aucuns 
leurs amis et par aucuns qui avoint été prisonniers desd. Anglois, logés 
en icelle sale, que lesd. Anglois faisoint moult grant compte de lad. 
sale, disant que c'etoit une belle place et bien avantageuse pour loger 
gens de guerre et bien aisée à fourtiffier. » [Ibid,, art. 35). — « Et aucy 
la vérité étoit telle, à bien voir et considérer la disposition du lieu, car 
amprès lad. sale, ez deux costés, avoit deux grosses tours joignants du 
clocher de Feglise cathédrale... » (ibid,, art. 36). Cf. Tart. 39. 

T, LVI 15 



^22 SOClèrè ARCHèoLOGiQUfi et HtâTORlQCfe Dû LtMOUStN 

sourde oreille. Il floil pourtanl par comprendre qu'il ne réussirait 
point à s'emparer da Château et porta ses forcer à Aixe, Pierre- 
buflSëre et autres localités voisines (i). Délivrés de cet hôte incom- 
mode, les chanoines de la Cité reconnurent qu'en rétablissant la 
Salle épiscopale ils avaient fourni aux routiers du dehors le moyen 
de s'établir en maîtres parmi eux. Ils délibérèrent sur le cas et, 
autant pour éviter le retour de pareils maux que pour donner 
satisfaction aux réclamations de leurs concitoyens du Ghflteau, ils 
résolurent de faire abattre Tédifice en question. L*6xécution suivit 
aussitôt ; elle était achevée avant la fin de Tannée 14S6 (2). 

Dès lors, la cause de Jean de Laigle et de ses Bretons était tota- 
lement perdue à Limoges. Au mois de juillet 1427, un accord inter- 
vint par la médiation du nouvel évéque de Limoges et de l'évêque 
de Poitiers, accord en vertu duquel Jean de Laigle consentit à 
quiiter le Limousin moyennant certains dédommagements qui lui 
furent accordés (3). 

Le relèvement de la Cité avait dono subi un temps d'arrêt. Quand 
Pierre de Montbrun fut nommé au siège de Limoges, en 1426- 
1427 (4), on put espérer des jours meilleurs. Malheureusement une 
partie de son épiscopat fut grandement troublée par les luttes qu'il 
lui fallut soutenir contre les vicomtes de Turenue (5J, puis contre 



(1) Ibid,, art. 30 et 32, 

(2) u Par lesd. consuls [de la cité], habitants, chanoines, procureur 
du roy, officiai, vicaire de Tevêque, de commun consentement fut deli* 
beré et conclu, vu et considéré ce que dessus est dit, de abatre et 
démolir icelle sale épiscopale, et qu'il ne y avoit autre remède pour la 
conservation d'icelle ville de Limoges [-château]. » (Ibid,, art. 45). Cf. 
les art. 45, 54, 55, 56, 109. 

(3) Arch. dép. des Basses-Pyrénées, Ë, 742. Cf. Arch. dép. de la 
Haute-Vienne, G, 8, f» 21 r® : « Item, ungs articles en une feulhe papier 
de appoinctement faict avecque Mons. de Laigle en cinq mille escus 
que seront mis sur tout le hault pays de Limosin ; et a cause du sei- 
gneur de Pierrebuffière de certains biens prins de ceulx de Limoges 
seront randus; et touchant des exécutions des prisoniers et aultres ch-j- 
ses racionnées ausdictz articles, que furent appoinctées avecques led. 
seigneur de Laigle par les evesques de Poyctiers et de Limoges, le 111* 
de julhet an mil III1« XXVII, et avecques les consulz de Limoges le 
Il II" dud. moy[s] am susdict. Signé : par le c9mmandsLment detd, consulz : 
Andribu Depbrussb. Et dessus au doc par : A Mons. de Laigle. » (Heg. 
G, 8, f® 21 , r», des Arch. dép. de la Haute- Vienne). 

(4) Sur cette nomination, voir une note d^un récent article de M. Noël 
Valois dans la Revue des quest. historiques, XXXIX (1905), p. 420. 

(5) Le Gallia christ, nova affirme (II, 536) que Pierre de Montbrun 
fut emprisonné par ses ennemis et ne se racheta qu'à chers deniers 
vers H44. 



LÉ SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 22^ 

un certain Jacques Jonvion qui, vers 1440, essaya de se faire nom- 
mer évéque (1), et enfin contre le chapitre cathedra!, plus jaloux 
que jamais de son indépendance (2). 

On conçoit qu'au milieu de tant de misères les chanoines de 
Limoges aient songé à se tourner de nouveau vers la papauté 
et à lui demander secours. En 1435 ils adressèrent une supplique 
en ce sens à Eugène IV qui occupait alors le siège de Rome (3). 
Par un artifice d'un effet certain, iU ne firent en rien allusion aux 
événements de 1436, mais rejetèrent sur ceux de 1370 toute la 
responsabilité des maux dont ils souffraient. S'inspirant de la tra- 
dition plus que de Thistoire, ils ne manquèrent point d'affirmer que 
le Prince Noir avait si bien ruiné la Cité qu'il y était resté à peine 
cinq personnes pour y habiter et tenir feu. 

Nous ne GOttnaissons pas directement la réponse du souverain 
pontife, mais nous pouvons bien présumer qu'il ne resta point 
insensible à un appel aussi éloquent. 

En mars 1435 (n. st.) (4), Charles VII confirma le traité de 
pariage conclu en 1307 par Philippe le Bel avec l'évéque de 
Limoges, touchant la justice de la Cité (5). Cette confirmation est 



(1) Gallia christ,, II, 536, ear tabul. SU Marcialis. 

(2) Voy. dans notre Invent, des Arch. dép., série G, 31, le mande- 
ment de Jean Bermondet, juge du pariage de la Cité de Limoges et de 
la ville de Saint- Léonard, commissaire du roi en cette partie, portant 
qu'il est interdit à Tévêque de Limoges, de par les lettres royaux récem- 
ment reçues, d'asseoir et de lever des impôts « sans le congié et licence 
du roy nostre dict souverain seigneur et le consentement des doyen et 
chapitre de Lymoges et des gens d'église du dict diocèse de Lymoges, 
ou de la plus grande part d'iceulx... sur les dicts gens d'église », 
15 juin 1455. 

(3) Publ. par le P. Denifle, La désolation des églises I, p. 299 : 

« Domus, possessiones et predia ipsius civitatis ad ruinam devene- 

runt adeo quod vix quinque persone ad habitandum et larem fovendum 
in eadem civitate remanserint. » Relativement au fait même, la date de 
ce témoignage est trop récente pour que nous devions nous y arrêter. 
Cependant il pourrait être invoqué pour justifier le dire de Froissart, 
que tous les habitants de la Cité furent massacrés. Toutefois, à le 
prendre dans la rigueur de ses termes, ce témoignage des chanoines de 
1435 prouverait seulement que, comme nous l'avons démontré, la 
presque totalité de la ville fut détruite et saccagée. 

(4) Chinon, mars 1434, dans les Ordonn, des rois de France, XIII, 
p, 205. 

(5) Elle nous permet de dater du milieu du XV* siècle certain cahier 
de la Chambre des comptes (Bibl. nat. fonds Baluze, t. 17) où l'on 



/ 



^24 SOClérè ARCuèoLOÔIQCE ET HkStOhtQUE DU LtMOCSlS 

la preuve indirecle que le rétablissement, tant matériel que poli- 
tique, de ragglomération qui nous occupe, était considéré comme 
chose faite (1). Eu égard à sa date, en plein règne de Charles VII, 
cette confirmation a une tout autre signification que celle de juin 
1462 obtenue peu après ravènemenl de Louis XI (2). 

Pour bien prouver à tous qu'il s'intéressait à Tétat de cette sei- 
gneurie, le roi la vint visiter en personne lorsqu*il se rendit à 
Limoges en mars 1439 (n. st.). Le chroniqueur de Saint-Martial 
qui fait mention de cette visite (3), est malheureusement très sobre 
de détails sur la manière dont elle s'accomplit. 

Au mois d'août 1444, peu de mois après son second passage à 
Limoges (4), Charles VU accordait des lettres de sauvegarde à 
révéque et à son chapitre (o). L*acte royal vise tout entier à pro- 
téger les requérants, leurs gens et leurs biens, contre les routiers 
que la trêve du 20 mai précédent avec TAngleterre laissait sans 
emploi (6). Est-il excessif de croire que, pour obtenir cette faveur, 
le clergé de la Cité avait argué de sa misère passée ? 



trouve cette mention : « la Cité de Limoges est en pariage du roy de 
France et de Tévêque de Limoges et fust détruite par le prince de Galles. » 
(Publ. par M. Clément-Simon, Arch. hist, de la Corrèze, I, 209). 

(1) Trois ans plus tard, le 23 juin 1438, un représentant du roi fait 
Taccense de la prévôté de la Cité de Limoges, concurremment avec celle 
de la ville de Saint-Léonard : « Memoriale est quod inter assensas quas 
nos Petrus Radulphi, in legibus licenciatus, locum tenens nobilis et 
potentis domini, domini senescalli Lemovicensis regii, de mandato 
regio, ad requestam procuratoris receptoris dicti domini nostri régis, 
die data presencium, more solito, judicialiter prepositatum pariagii civi- 
tatis Lemovicensis. . . assensavimus. » (Dans Guibert, rec. cité, I, 75.) — 
L'expression more solito laisse croire que ce n'était pas le premier acte 
de ce genre depuis 1435. 

(2) Signalée dans les Ordonn. des rois de France, XV, 504. 

(3) i< Post prandium vero, ipsa die (jeudi 5 mars 1439 n. st.), cum 
majori parte baronum et nobilium suorum, rex eques ivit ad campos et 
transiens per portam Monlis Malier versus Sanctum. Martinum intravit 
ecclesiam Sancti Stephani prothomartiris, et ibi monstrata fuit camisia 
sancte Valérie, prothomartiris Gallie, cum macillis ejusdem; quibus 

adoratis, recessit et visitavit civitatem » (Passages de Charles Vil 

publ. par A. Leroux dans la Bibl, de VEc. des Chartes, XLVl (1885). 

(4) En mai 1442, Voy. la Chronique de Saint-Martial ci-dessus citée. 

(5) Vidimus de 1444, 18 octobre, aux Arch. dép. de la Haute-Vienne, 
G. 31. 

(6) Notre interprétation s'appuie sur deux actes du 23 juin 1444, publ. 
par M. Ant. Thomas {Etats prov, de la France centrale, II, p. 183 et 
185), qui témoignent des efforts faits par la royauté pour détourner du 
Limousin les grandes compagnies qui arrivaient du Midi , 



LE SAC DB LA CITÉ DE LIMOGES 225 

Pierre de Montbrun, qui déploya tant de zèle dans l'exercice de 
ses devoirs épiscopaux (1), ne pouvait laisser la Cité en dehors de 
ses préoccupations (2). D'une longue procédure dont nous avons 
déjà souvent fait n;ention, il ressort en effet qu'aux alentours de 
1444-45 il s'efforça, appuyé sur le Parlement de Paris, de faire 
contribuer les consuls de Limoges-Château au relèvement de la 
ville épiscopale, en les accusant d'avoir, lors des événements 
de 1426, provoqué la démolition de Tévéché, des tours voisines et 
des maisons canoniales. Mais les consuls du Chàtean, en mauvais 
termes déjà avec Pierre de Montbrun (3), regimbèrent et lui ren- 
voyèrent quelques-unes des accusations dont il les chargeait. Nous 
ignorons quelle fut au juste Tissue de ce procès. Nous savons seu- 
lement que peu d'années après, le roi de France mil la main sur le 
temporel de Tévêché (4). Serait-ce que, comme Charles V 



(1) Voy. les statuts qu'il promulgua en 1428 (publ. par M. Tabbé Lecler, 
Bull. Soc. arch. du Limousin, XL, p. 157-159). 

(2) 6 mars 1445 (n. st.), Pierre de Montbrun, évêque de Limoges, 
accense à M® Jean de Linea, chanoine de Saint-Etienne, pour sa vie 
durant, un soular de terrain situé près de la cathédrale, confrontant aux 
murailles de la Cité et à la tour de Maumont (Beg. G, 2, p. 19, des 
Arch. dép.). Murailles et tour étaient alors en ruines, comme nous lo 
savons d'abondant. — 20 avril 1450 « ung mandemant de complaincte 
pour Mons. de Limoges contre Mess. Pierre et Jean Rogier, prebstres 
et frères, et Johanault à cause de certains jardins que avoyent faict fere 
clorre et fortiffier en la cité de Limoges, lequel mandement fust donné 
à Paris le XX« d'avril an mil Illlcc L»«... ». (Reg. Q, 8, f» 67 r« des 
Arch. dép.) Cf. le Reg. G, 45, f» 7 v», où il est dit que ces jardins sont 
voisins de la maison épiscopale. 

(3) Cf. le Reg. G, 8 (f» 10 r«) des Arch. dép. : « Plus,' ung papier cou- 
vert de parge lyé par dessus en lian de cuyr blant, et est escrit dessus 
en lad. parge anciennement : Contra consules castri.Lernov. ad docendum 
quod semper fueruni persecutores ecclesiœ Lemovicensis. Et que soyt 
vray [ou non], led. papier contient comment ilz firent beaucop d'estor- 
sions a Tevesque ; car quant les Angloys et les Bretons • tenoyent ce 
payfs] et plusieurs aultres plasses dud. evesque et d'aultros chasteaulx 
et forteresses du pays, l'evesque en Tayde de sa bource et a ses des- 
pens, sans que lesdictz consulz ne chepitre ne luy voulsirent ayder 
d'ung denier, chassa lesd. Amçloys et Bretons du payfs] et ûst beaucop 
de reparacions en l'evesché ; dont lesd. consulz voyant qu'il conqu^toyt 
led. pay[s] en furent envieulx et le persécutèrent beaucop, comme est 
contenu aud. livre, auquel a beaucop de constitutions et ordonnances 
dud. evesché anciennes. » 

(4) Reg. G, 45, f» 6, des Arch. dép. : « Ung arrest du XV* jour de 
septembre an mil IIIIc LI, prononcé entre Mous, de Lymoges deman- 



226 SOCIÉTÉ AnCHÉOLOGlQUE ET HISTOniQUE DU LIMOUSIN 

en 1377 (1), Charles Vil élail méconlenl de la négligence que mon- 
irail Pierre de Monlbrun à s'acquiUer de ses devoins de seigneur 
temporel de la Cilé ? 

Jean Barton I", qui succéda à Pierre de Monlbrun en ^tëS, 
s'occupa d'achever la cathédrale. C'est à lui qu'on allribue, non 
sans de fortes raisons, la construction des deux premières travées 
de la nef aux environs de i 460-62 (2). Vers le même temps, il 
obtint de Louis XI, à son passage au Dorât (3 juillet 1463), des 
lettres royaux qui, après avoir rappelé en les dénaturant les événe- 
ments de 1370, relevaient le siège de Limoges de la prescription 
de soixante ans que pouvaient lui opposer les détenteurs de ses 
biens (3). 

L'année suivante 1464, ce fut le chapitre cathédral qui sollicita 
du pape Pie II exemption de la juridiction épiscopale (4). On pour- 
rait voir dans ce privilège exorbitant comme une reconnaissance 



deur à rencontre de Jacques Viault et Léonard Mourinaud, pour rayson 
que lesd. Mourinault et Viault avoient prins certains fruictz de la tem- 
poralité de Tevesché durant le temps de la saysine du roi, et allegoienl 
ne devoir rendre compte aud. sr. evesque amprés la main-levée des 
efTrouyctz [sic) de lad. temporalité, pour autant que lad. main-levée 
n'a voit esté faicte dans an et jour » 

(4) Voy. ci-dessus, p. 207. 

(2). Voy. Arbellot, Cathédrale de Limoges, 2« édit., p. 39. Cf. le 
Gallia chrUL, II, 536. 

(3) Ces lettres ont été signalées par L. Guibert, rec, cité. y p. 71-72* 
Nous en avons donné précédemment le contenu détaillé d'après le 
Reg. G. 2 des Arch. dép. de la Haute- Vienne (f° 35 r®). — Le recueil des 
Lettres de Louis XI, par M. Vaesen, est muet sur l'itinéraire du roi à 
cette date. Il nous apprend seulement qu'il se trouvait à Toulouse le 
14 juin 1463, et à Amboise le 13 juillet suivant. Entre ces deux termes, 
nous avons la preuve que Louis XI s'arrêta à Brive le 27 juin (Chron. du 
temps, dans le Bull. Soc. arch. du Limousin, XIX, p. 21) et à Limoges le 
l*' juillet (Chron. du temps, dans Bonaventure de Saint-Amable, Anna- 
les, p. 717 avec le millésime erroné de 1462). Nous pourrions donc 
tenir pour exacte la date des lettres rappelées, si d'autres lettres, datées 
également du 3 juillet 1463, n'avaient été délivrées à Saint-Junien. 
{Ordonn. des rois de France, XVI, p. 26.) 

(4) La date est ainsi formulée : « Datum Romse... anno incarna tionis 
dominicae millésime quadringentesimo sexagesimo tertio, decimo nono 
kal. februarii, pontificatus noslri anno sexto. » Donc 1464, le style en 
usage dans la chancellerie romaine pour les privilèges étant alors celui 
de l'Annonciation. (Giry, Diplomatique, p. 126.) — Cet acte ne nous 
est connu que par une copie du XVII* «iècle conservée aux Arch. dép. 
de la Haute-Vienne, G, 303, 



,1 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 227 

par la papauté des grands services que les chanoines avaient, 
depuis près d'un siècle, rendus à la Cité (1). Mais Thisloire y voit 
surtout la source renouvelée des dissensions, des luttes, des procès 
qui, jusqu'en plein XVIP siècle, marqueront les rapports de Tévé- 
que avec son chapitre cathédral. 

Ce privilège de 1464 clôt à nos yeux la série des actes qui se 
rapportent directement au sac de la Cité ou qui en furent la consé- 
quence. Nous devons rappeler cependant que le palais épiscopal ne 
sera reconstruit qu'en 1534-37 (2), et que les murailles de la Cité 
ne seront relevées qu'au cours des années 1545-52 (3). C'est donc 
au XVI* siècle seulement, après plus de 180 ans, que disparut le 
dernier vestige des dévastations du 19 septembre 1370. 



(1) Il ne faut pas oublier cependant que les actes d» ce genre sont 
nombreux durant la seconde moitié du XV* siècle. C'est souvent une 
conséquence de la Pragmali<|ue sanction de Bourges, si favorable aux 
monastères et aux chapitres. 

(2) Dès le mois de déc. 1536, Tévêque Jean de Langeac en faisait les 
honneurs à Marguerite de Navarre {Beg. consul, de Limoges, I, 304) : 
r( De la fut conduicte jusques davant le portai de la grand église [cathé- 
drale], la ou fut receue par R. P. en Dieu M. M" de Langeât, evesque 
dud. Limoges, lequel amprés mena icelle reyne et princesse loger en 
son logis. » 

(3) 13 juin 1545, u auditis in capitulo propositis de civitate muro 
circuenda, fuerunt commissi domini decanus, archidiaconus, succcnlor 
et Bermondet, ut loquantur et conférant de dicto proposito cum consuli- 
bus dicte civitatis, et scribatur reverendissimo cardinali episcopo Lemo- 
vicensi ». {Arch, hisl. du Llmousin,\ly 96). — 2 sept. 1552, « super requesta 
facta pcr consules et incolas civitatis Lemov., qua iidem consules et incolm 
requirebant dominos [canonicos] contribuere reparationi et instauration i 
murorum dictae civitatis, fuit conclusum quod dominas thesaurarius 
contribuet eidem instaurationi... » (Ibid.^ III, 44.) 






228 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 



VI 



LA LÉGENDE 



Nous avons essayé d'établir dans' toute sa rigueur la série des 
faits qui coustilueul l'histoire du sac de Limoges et de son relëve- 
oient. Au risque de nous répéter quelque peu, il reste à dire quel- 
ques mots de ceux qui forment le tissu de la légende. 

Ils dérivent de (rois sources : les exagérations de Froissart et 
des contemporains, — les confusions résultant d*une connaissance 
incomplète des événements; — enfin, les interprétations arbitraires 
des lettrés du XVP el du XVII* siècle. Il n'y aurait peut-être point 
lieu de nous y arrêter si exagérations, confusions et interprétations 
n'avaient trouvé accueil jusque parmi les historiens modernes qui 
les ont considérées comme faits authentiques. 

Des exagérations de Froissart il est inutile de reparler : elles ont 
été sufnsamment mises en lumière dans les pages qui précèdent. 
Qu'il suffise de dire que la plus invraisemblable de toutes, celle qui 
a trait au nombre des victimes, est celle qui a été le plus souvent 
répétée (2). 

Ainsi en Tannée 1435, les chanoines de la cathédrale s'adressent 
au pape Eugène IV pour obtenir de sa bonté un secours en faveur de 
leur église << désolée » par les guerres anglaises (3). Ils rappellent 
que leur ville a subi, lors du siège de 1370, les derniers ravages, à 
tel point qu'il y restait à peine cinq personnes pour y habiter et 
tenir feu. — Cette assertion peut être acceptée en ce sens seule- 
ment que les dévastations méthodiques, poursuivies le 19 septem- 
bre, amenèrent, comme nous le savons d'autre part, une exode en 
masse de ia population épouvantée, exode aussi rapide que sou- 
daine. Mais on peu! considérer comme certain qu'aussitôt après le 



(1) Ce chapitre a été lu au Congres des sociétés savantes de Paris, 
le 18 avril 1906. 

(2) Voy. le moine de Saint-Albans, édit. Thomson, 1874, p. 67 : inven- 
tosque in ea peremit, pSLUcis caplis et reservatis ad vitam. (Cf. ci-dessus, 
p. 164, note 2) el Les Chroniques de Saint-Martial ^ édit. Duplès-Agier, 

(3) Publ. par le P. Denifle, La désolation des églises, monastères et 
hôpitaux.., t. I, p, 299, 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 229 

départ du Prince Noir, c'est-à-dire dès le 20 ou 21 septembre, la 
plus grande partie de la population pauvre reprit possession du 
sol, faute de pouvoir s'établir ailleurs. 

Vingt-huit ans plus tard, en juillet 1463, Tévéque Barton P' de 
MoDtbas obtient de Louis XI, passant au Dorât, des lettres royaux 
qui relèvent le siège de Limoges de la prescription de 60 ans qae 
lui opposaient les détenteurs de ses biens (1). Il est dit dans ces 
lettres que Jean de Gros, qui occupait le siège en 1370, fut conduit 
prisonnier en Angleterre. — Là encore on peut voir moins une 
invention des contemporains qu'un grossissement de ce fait que 
Jean de Gros avait été emmené par le duc de Lancastre. Mais son 
emprisonnement dura peu de temps et ses vainqueurs ne dépassè- 
rent pas Gognac, si même ils allèrent jusque là. 

Quant au combat des trois princes anglais contre les trois che- 
valiers défenseurs de la Gité, Froissart est seul à en faire men- 
tion (2). Il semble qu'il ait voulut introduire dans le carnage du 
\9 septembre un élément chevaleresque, que les chroniqueurs 
limousins eussent aussi bien pu relever comme une preuve de la 
vaillance des vaincus. Sans aller jusqu'à nier la réalité de ce com- 
bat, on doit au moins suspecter les conditions courtoises dans 
lesquelles il se serait produit, au dire du chroniqueur. 

Si l'on demande pourquoi la légende s'est arrêtée à ces quatre 
points, sans développements ultérieurs, nous répondrons que la 
guerre de Gent ans apporta bientôt à la cause française tant 
d'autres et de plus grands désastres, que la ruine de Limoges ne 
parut plus qu'un épisode local dans l'ensemble des événements 
militaires. L'imagination populaire trouva pâture ailleurs. 






Parallèlement aux exagérations, il y a dans les écrits du temps 
une série de confusions qui introduisent dans celte histoire des faits 
non moins erronés. 

Ainsi il est absolument controuvé que Limoges-Gité ait subi, au 
mois d'août 4370, un siège en règle de la part des ducs de Berry et 
de Bourbon (3). Ges chefs de l'armée française trouvèrent, à la 
vérité, les portes closes et soigneusement gardées. Mais bien loin 
de tenter la moindre démonstration militaire, ils entamèrent immé- 
diatement des pourparlers qui aboutirent dès le second jour. 



(i) Lettres analysées dans un registre du XVI' siècle, G. 2 (f<*35 r®) 
des Arch. dép. de la Haute- Vienne. 

(2) Chroniques^ édit. S. Luce, t. VII, p. 252. 

(3) Chroniques de Froissart, t. VU, p. 228 et 240, 



230 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Qoant à Messire du Gaesclin, que Froissart fait intervenir pour 
moyenner la reddition des habitants (1), nôtre chroniqueur le 
confond avec le maréchal de Sancerre, comme la Chronique des 
quatre premiers Valois confond Limoges-Cité avec Limoges-Châ- 
teau (2). C'est cette dernière ville seulement que du Guesclin avait 
pour mission de surveiller et, si possible, d'enlever aux mains des 
Anglais, conformément aux conventions passées entre le roi de 
France et la vicomtesse Jeanne de Penthièvre. 

Il n'est pas moins controuvé que le Prince Noir ait lenu siège 
devant la ville pendant un mois (3). Arrivé le 13 ou 14 septembre, 
Il en repartit le 20 ou 21 . Tout au plus pourrait-on supposer que le 
commandant anglais de Limoges-Ghflteau avait, vers la fin du mois 
d'août, reçu Tordre de bloquer, plus on moins étroitement, les 
portes de Limoges Cité. 

Ces erreurs des chroniqueurs du temps proviennent d'une infor- 
mation incomplète ou de témoignage incompétents. Par contre il 
faut considérer comme consciente et intéressée une assertion des 
lettres patentes obtenues de la chancellerie de Charles V par le 
chapitre cathédral à la date du 27 janvier 1372 (4). II y est dit que 
les chanoines, lors des événements d'août-septembre 1370, s'étaient 
montrés fidèles à la cause du roi de France. Rien n'est moins exact. 
Le contraire est prouvé par les lettres du 10 mars 1371 que les 
intéressés avaient demandées et obtenues du Prince Noir (5), lettres 
par lesquelles celui-ci reconnaissait qu'ils n'avaient point participé 
à ce qu'il appelait la trahison de leur évéque. Et c'est bien en effet 
parce qu'ils avaient fait cause à part que nos chanoines virent 
épargner leur cloître, au milieu des dévastations accomplies par les 
Anglais durant la journée du 19 septembre. 



Après un long temps d'arrêt la légende reprit son cours, d'une 
façon moins spontanée, par la collaboration des lettrés du XVI* et 
du XVII* siècles, — Jean de I^avaud, procureur au présidial de 



(1) Ibid,, p. 241-242. 

(2) Editée en 1862 par Siméon Luce pour la Soc. de THisi. de France. 
Voir p. 208. 

(3) Chroniques de Froissart, t. VII, p. 249 : « Environ un mois et non 
plus ». — Le ms. d'Amiens et le ms. D. 6 portent : « trois septnaines ». 

(4) Deux lettres royaux, 27 janv. 1371 (n. st. 1372), dans les Ordonn. 
des rois de Fr,, V, 446 et 447. 

(5) Bordeaux, 10 mars 1370 (n. st. 1371J, analysées par Bonaventure de 
Saint-Amable, Annales du Limousin, p. 659. 



LE SAC DE LA CITÉ DE LIMOGES 231 

Limoges, Pierre Razës, vicaire à Sainl-Pierre-du-Queyroix, Jean 
Bandel, chanoine de Téglise cathédrale, le P. Bonaventure de Saint- 
Amable, carme du couvent de Limoges, — auteurs plus ou moins 
conscients d*interprétations arbitraires, qui ont défiguré toute cette 
histoire. 

Jean de Lavaud suit Froissart, que d*ailleurs il nomme. Mais il le 
développe par un procédé très simple, qui consiste à ajouter à son 
récit tout ce que peut inspirer la logique du raisonnement et la 
connaissance des lieux (1). Ainsi, entre Limoges-Cité et Limoges- 
Château s'étendait ce qu*on appelait TEntre-deux-villes, avec ses 
monastères de Saint-Âugustin, Saint-Martin, Saint-Gérald, les Cor- 
deliers. C'est donc là nécessairement, au dire de I^vaud, que pri- 
rent logement les chefs des deux armées, tant française qu*an- 
glaise. — Entre la cathédrale de Saint-Etienne et son clocher il y 
avait, au XVI* siècle, solution de continuité. Doncla partie médiane 
a été détruite par les Anglais. — Froissart dit qu'il y eut 3,000 tués. 
Uvaud ne reproduit pas ce chiffre, qui lui parait peut-être exagéré, 
mais il affirme que « lors fut faict sy grand meurtre de peuple 
devant réglise Saint Estienne que le sang couloit en bas le long 
d'icelle église, comme sy fut esté un grand ruisseau d'eau ». 

Notre historien a appris, je ne sais d'où, que Tévéque Jean de 
Cros s'était peu auparavant rencontré avec le Prince Noir à Angou- 
léme. Il en déduit que, pour persuader aux bourgeois de la Cité de 
se soumettre au duc de Berry, Jean de Cros leur a sûrement conté 
qu'il avait assisté aux funérailles du prince anglais ! 

Lavaud a pris la peine de mesurer l'étendue de la muraille entre 
la tour Aleresia et la porte Panet. Il peut dès lors affirmer en toute 
conscience qn'ejle s'affaissa, par l'effet des affouillements pratiqués, 
sur une longueur de cent coudées. — Il passe sous silence le com- 
bat des trois chevaliers français contre les trois chefs de l'armée 
anglaise, mais il y substitue une histoire assez singulière, qui pour- 
rait bien avoir ses racines dans quelque tradition locale. Elle a 
trait au clocher de la cathédrale qui aurait été préservé, selon lui. 
Cl à la requesle des gentilshommes du pays, qui pour ce se rencon- 
trèrent devant le prince et l'en supplièrent; et en signe de ce firent 
mettre iceux seigneurs leurs armes sur la sommité du clocher; 
laquelle sommité après ruinée parla tempeste, furent icelles armes 
remises à une colonne de bois devant le grand autel d'icelle 
esglise Saint-Estienne, et après loltees d'illec, y fust mis le candé- 
labre de cuivre qu'on y void présentement ». — Ce conte d'armoi- 



(1) Recueil des antiquitéi de Limoges, Ms. n° 42 de la Bibl. comm. de 
Limoges, f» 121-125. 



232 SOCIÉTÉ ARCHÉoioGrore et historique du limousin 

ries placées au sommet du clocher, anéanties par le coup de foudre 
qui frappa TédiAce en 1484, puis replacées sur unç colonne de bois 
au pied du grand autel, fait grand honneur à l'imagination de son 
auteur. C*est tout ce qu'on en peut dire de meilleur. 

Jean de Lavaud a été suivi de point en point par son continua- 
teur Pierre Razës (ij. Il n*y a donc point lieu de nous arrêter à ce 
dernier. Mais le chanoine Bandel, qui accepte toutes les données 
de Lavaud, y ajoute de son crû (2). Osl lui le premier qui fixe à 
18,000 le nombre des victimes (3), et cette exagération paraîtrait 
absurde si nous n'en pouvions donner une explication toute sem- 
blable à celle que nous avons présentée pour les 3,000 deFroissart. 
Bandel a lu que toute la population de Limoges avait été exter- 
minée. Or, au XVIP siècle, on ne distinguait plus aussi nettement 
que jadis Limoges-GIté de Limoges-Château. Ces deux villes ne 
formaient plus qu'une seule agglomération, dont le chiffre, au 
temps où écrivait notre chanoine, était bien en effet d'environ 
18,000 &mes. 

L'un des manuscrits de l'œuvre de Bandel contient une interpo- 
lation qui mérite d'être relevée. Après le récit du prétendu massa- 
cre des 3 000 habitants, l'interpolateur ajoute . « El de mémoire de 
ce, fust mise l'image de la Vierge tenant son (ils Jésus qu'elle por- 
toit devant, et couvrant son visage à cause de l'effusion du sang 
qui fut répandu; lequel image étant dehors et dans le mur de 
l'église, a esté mis dans la chapelle joignant, où elle est, l'année 
[...?...], où il y a grant dévotion, étant appelée Nostre-Dame de 
bonne délivrance. » (4). — D'une Mater dolorosa pleurant sur le 
cadavre de son divin (ils, l'ingéniosité de quelque clerc a fait la 
Vierge Marie pleurant sur le sort des habitants de Limoges ! El 
la crédulité populaire d'accepter cette interprétation et la dévotion 
des foules d'accourir à ce nouveau sanctuaire. 

Sur les pourparlers qui précédèrent le relâchement de Jean de 
Cros, Bandel en sait très long. « Le duc de Lianclasire demanda au 
prince [de Galles] Tevesquc, ce qui luy fust refuzc. Par quoy fust 



(1) Chroniques de-Limoges, des origines à 1630. Ms. n<» 43 de la Bibl. 
comm. de Limoges, f*» 28-29. 

(2) Annales manuscrites de Limoges dites de 1638, publiées sans nom 
d'auteur en 1872, par MM. Ruben, Achard et Ducourtieux, p. 270 et ss. 

(3) Ce chiffre a trouvé place jusque dans leDictionn, de la conversation 
de Duckett, art. Limoges, 

(4) Annales dites de 1638, p. 273 de Tédition de 1872. — Nous n'avons 
point trouvé mention ailleurs de cette statue. M. Arbellot ne la signale 
point dans son Histoire de la cathédrale. 



LÉ SAC DE LA Ciri DlS LtMOOfift 233 

dict a la princesse que sy le prince ne le randoit, le pape l'excom. 
muniroit et declareroit ses enfans illégitimes, qui Causa que le 
prince renvoyast led. evesque au pape Urbain en Auvergne. » (i). 

Bonavenlure de Sainl-Amable (2) a suivi Bandel et nous sommes 
pas là dispensé de le critiquer. Il n*en diffère que sur un point* en 
ce qu'il développe le tableau de la misère des habitants de la Cité. 

L'historiographie du XVII* siècle est encore dans Tenfance. Nous 
ne nous serions point cru obligé de le constater s'il n'arrivait trop 
souvent encore que ses assertions sont prises au sérieux par les 
historiens locaux (3). 

Michelet (4), Henri Martin (5), Guizot (6), Daresle (7),Duruy (8), 
M. Govilie (9) font eux aussi écho à la légende, mais sur un seul 
point, en acceptant avec plus ou moins d'hésitation le chiffre de 
3.000 tués (10). C'est dire qu'ils n'ont point compris le vrai caractère 
de la prise de Limoges par le Prince Noir, qui fut une mise à sac et 
non un carnage d'hommes. On pçut croire que, désormais avertie, 
l'érudition moderne accordera moins de confiance au dramatique 
mais inexact récit de Froissart. 

Alfred Leroux. 



(1) P. 274 de redit, de .'.872. Auvergne est une faute de copiste pour 
Avignon. 

(2) Annales du Limousin, p. 658 et ss. 

(3) Presque toutes ces interprétations de Lavaud et de Bandel, 
M. Clément-Simon les a prises à son compte dans Timportant travail 
que nous avons cité, La rupture du traité de Brétigny,,, Ce n'est pas 
sans beaucoup d'hésitations que nous avons cru devoir nous séparer de 
lui sur tant de points. 

(4) Hièt de France, III (1837), p. 474. 

(5) Hist. de France, 4« édit., V (1855), p. 280. 

(6) HUt, de France, 11(1873), p. 198. 

(7) Hi$t. de France, 3» édit., II (1884), p. 521. 

(8) Hist, de France, 21« édit. (1905), p. 469. 

(9) Dans la collection de M. Larfsse, IV (1902),. p. 327. 

(10) Le dernier commentateur des Chroniques de Froissart, Siméon 
Luce, ne s'est point davantage affranchi de la tradition, puisqu'il enre- 
gistre ce même chiffre sans contradiction (VII, p. cxiv). — M. J. Moisant 
n'a pas fait avancer la question d'un pas dans le travail, si méritant par 
ailleurs, qu'il a publié en 1894 : Le Prince Noir en Aquitaine (Thèse 
présentée à la faculté des lettres de Paris. In-8» de 294 p., chez A. 
Picard). Il se borne à reconnaître que Froissart a exagéré le nombre 
des victimes. — Quant au P. Denifle, dont la critique est si rarement en 
défaut, il s'est arrêté à une interprétation prudente, mais insufûsante, 
du texte de Froissart, en disant que <« tous les habitans furent tués ou 
faits prisonniers » {Désolation des églises, II, 560, note). 



LES VOIES ROMAINES 



EN LIMOUSIN 



DEUXIÈME PARTIE 

Voies principales ou stratégiques 

Sommaire. — Idées directrices des ingénieurs romains. — Variations 
dans le mode de construction des voies du Limousin. — Milliaires. — 
Camps. — Mamiones et Mutationes, 

1. Voie de Lyon à Saintes, ses stations, leur position, leurs distan- 
ces. — Direction de la voie, altitudes, cours d^eau traversés, limites 
de paroisses, milliaires, camps. — Découvertes faites sur le parcours. 
— Noms de lieux. — Témoignages anciens. — Noms traditionnels 
désignant la voie. — Anciens itinéraires. — Epoque probable de 
l'abandon partiel ou total de la voie. 

2. Voie de Bordeaux à Bourges, ses stations, leur position, leurs 
distances. — Direction de la voie, altitudes, cours d'eau traversés, 
limites de paroisses; milliaires; camps. — Découvertes faites sur 
le parcours. — Noms de lieux. — Témoignages anciens. — Noms 
traditionnels désignant la voie. «— Anciens itinéraires. — Epoque 
probable de l'abandon partiel ou total de la voie. 

Le lerriloire des Lécnovices était traversé par deux voies indi- 
quées par ritinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger, c'est-à- 
dire par deux documents presque contemporains de leur construc- 
tion. Elles ont donc leur histoire, que nous allons essayer d*écrire. 
Ce sont : l"" la voie de Lyon à Saintes ; 2^ la voie de Bordeaux à 
Bourges. 

Avant de parler de ces voies, il convient de rechercher les motifs 
qui ont guidé les ingénieurs romains dans leur tracé. 

Les voies étaient généralement rectilignes, suivaient les plateaux 
et s'adaptaient au relief du sol, sans tranchées ni remblais. La cons- 
truction des voies sur les plateaux procurait aux Romains plusieurs 
avantages : elle leur permettait de mieux surveiller le pays et de se 
tenir en communication constante avec les signaux à feu placés sur 

T. LVI 16 



236 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

les plus hauts sommets (i); elle assurait leur solidité et leur étan- 
chëité; enfin, elle leur évitait les travaux d'art. 

Pour se maintenir sur la ligne de faite, à un niveau presque égal, 
les voies faisaient parfois de grands détours. 

Si on jette les yeux sur une carte, on se demande tout de suite 
pourquoi, par exemple, la voie de Lyon à Saintes, dans la partie 
entre Clermont et Saintes, affecte un tracé si indirect. La dislance 
à vol d'oiseau entre ces deux villes est de 300 kilomètres environ ; 
or, par ses détours, la voie mesure 400 kilomètres, c'est-à-dire un 
tiers en plus. C'est évidemment pour garder la ligne de faite et 
éviter les accidents de terrain. 

De Limoges à Saintes, la voie affecte huit directions différentes : 

l"" De l'Est à rOuest, de Clermont à Monteil-Guillaume, près 
Crocq (Creuse), afin de traverser la Sioule à un endroit favorable 
et d'éviter le Sioulet, dont elle affleure la source; 

2® Vers le Nord-Ouest, de Monteil-Guillaume à Ahun, en suivant 
le plateau qui sépare la Rauseille de la Tardes, puis celui qui 
domine le cours de la Creuse jusqu'au Moulier-d'Ahun, où elle tra- 
verse cette rivière sur un pont ; 

3» De l'Est à l'Ouest, d'Ahun à Prœtorium (près Saint-Gous- 
saud), où elle ne rencontre que des ruisseaux ; 

4*^ Vers le Sud-Ouest, de Prœtorium à Limoges, en suivant la 
ligne séparative des bassins de la Gartempe et du Taurion, puis le 
plateau qui domine le cours de la Vienne jusqu'à Limoges ; 

S"" Vers le Nord-Est, de Limoges à Chassenon, toujours en 
suivant le plateau dominant la Vienne, qu'elle traverse au-dessous 
de Verneuil, sur un pont, pour passer sur la rive gauche de celle 
rivière ; 

6* Toujours vers le Nord-Ouest, de Chassenon à Charmé, la voie 
continue à dominer la Vienne d'un côté, la Charente de l'autre, 
puis elle traverse cette rivière au Ponl-Sigoulant pour atteindre 
Saint-Laurent-de-Céris, point de rencontre de la voie d'Argenton à 
Bordeaux ; 

7« De l'Est à l'Ouest, de Charmé à Aunay, après avoir traverse 
une seconde fois la Charente à Chenon ; 

8^ Enfin du Nord au Sud, d' Aunay à Saintes. 

Sur la voie de Bordeaux à Bourges, on observe les mêmes sinuo- 
sités dans le tracé, commandées par la direction des plateaux et 
le cours des rivières. Cette voie a quatre directions bien tranchées : 

1** De l'Ouest à l'Est, de Bordeaux à Périgueux, après avoir tra- 
versé la Dordogne à Vayres, elle domine le cours de la Dronne, 
rive gauche, puis celui de l'Isle, rive droite ; 

(1) Voyez César, Commentaires de la guerre des Gaules, II, 33. 



LES V0IË6 ROMAINES EN LtMOUStN 23? 

2^ De l'Est au Nord-Est, de Périgueux à Limoges, en suivant les 
plateaux entre risle et la Dronne; 

S"* Du Sud au Nord, de Limoges à Argenton, dominant le cours 
de la Vienne, et après avoir traversé FArdour et la Garlempe, 
dominant la Sédelle et la Creuse; 

4" Vers le Nord-Est, d'Argenton à Bourges, dominant le cours 
de la Bouzanne et évitant la source de la Théols. 

Lorsque la voie remonte un cours d'eau dont les rives sont 
escarpées, elle suit parallèlement le cours d'eau pour reprendre 
ensuite sa direction. Ainsi la voie longe la Creuse pendant quelques 
kilomètres avant de la traverser au Moulier-d'Ahun (voie de Lyon 
à Saintes), elle longe quelques instants la Vienne avant de la tra- 
verser en arrivant à Limoges (voie de Bordeaux à Bourges). 

Le même fait se produisait pour éviter une montagne. Ainsi, au 
sortir de Clermont, la voie contourne la base du Puy-de-Dôme. 
Sur la voie de Bordeaux à Bourges, la voie décrit une large courbe 
pour traverser, par un point plus accessible, la chaîne séparative 
des bassins de la Garonne et de la Loire, au-dessous de Courbefv. 



* * 



Il convient d'indiquer de quelle façon les voies de notre province 
étaient construites. 

On possède sur ce point plusieurs observations que nous repro- 
duisons ci-dessous : 

L'abbé Nadaud, lors qu'il était curé de Teyjac, près de Nontron, 
en 1754, eut l'occasion d'observer la voie de Périgueux à Poi- 
tiers, par Nontron, Chassenon et Charroux (1). D'après lui, la 
voie était en chaussée, plus élevée que le sol d'alentour, et on 
observait sur son parcours des trous faits pour en arracher la 
pierre destinée à la paver, car la pierre était rare dans le pays. La 
même observation est faite par M. de Beaufort (voir plus loin). 

H. Delmas a observé, en 1769, la voie qui allait de Périgueux à 
Clermont, par Brive, Ussel, Eygurande (2). Ses remarques 
portent sur la portion de la voie entre Ussel et Eygurande. La 
voie avait vingt pieds, soit environ sept mètres; elle était composée 
de deux pavés posés presque l'un sur l'autre, séparés seulement 
par une légère couche sablonneuse, posés sur un terrain rapporté 
de même nature que le terrain avoisinant; la pierre de ces pavés 
est un caillou grisfttre, ordinairement assez menu, les plus gros ne 



(1) V Indicateur du diocèse de la Généralité de Limoges (1788), p. 138 
et as. 

(2) Esp^RANDiBU, Inscription de la Cité des Lémovices, p. 206 et ss. 



238 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

dépassant pas la grosseur du poing; il règne de chaque côté de 
cette voie un fossé de plus de deux pieds de profondeur; la voie 
est élsvée partout, de manière à être aperçue de loin ; elle est 
couverte de bruyères, en sorte qu'on a peine à apercevoir le pavé; 
elle se perd en certains endroits parce qu'elle a été détruite de 
main d'homme; elle est évitée par les voyageurs, bien que partout 
praticable, parce qu'ils trouvent le chemin plus doux sur la pelouse 
et qu'ils font des détours aux environs; en certains endroits elle 
est si bien conservée que le voyageur ne l'évite pas et qu'elle sert 
journellement. 

M. de Beaufort décrit ainsi la voie d'Argenton à Bordeaux, par 
Saint-Benoit-du-Sault, Confolens, Saint-Laurent-dc-Céris, Charmé, 
Aunay et Saintes (1) : 

« L'empierrement était formé de quartz roulés; sa chaussée 
s'élevait au-dessus des champs environnants ; elle était bombée et 
ses pierres avaient l'apparence rougeâtre. Elle décrivait plusieurs 
courbes. À peu de distance de la voie et près de Mailhac se trou- 
vaient de grands trous, d'où on avait extrait la pierre nécessaire à 
sa confection. Dans les plaines aux environs de Mailhac, les fou- 
gères qui recouvrentle pavage jaunissent rapidement et contrastent 
avec la vigueur de celles qui poussent à côté, indiquant ainsi le 
passage de la voie. On sait que la fougère n'aime pas la chaux ». 
M. Thuot (2) indique dans quel état il a vu la voie de Glermonlà 
Saintes, près d'Âubusson : 

« Nous avons eu occasion d'observer, non loin de Néoux, un 
espace d'environ cent mètres de la chaussée romaine entamée 
parallèlement à son axe par le tracé d'un chemin vicinal. Gomme 
le chemin, nouveau à cet endroit, se trouvait en déblai, il avait 
d'un côté pour revers extérieur l'épaisseur entière de la voie 
romaine. Cette épaisseur se constituait de trois couches égales, 
haute de 0"30, formées d'un mélange de gros sable et de terre 
très serré et même dur. Au-dessus était le pavé... » 

Nous avons parcouru pendant 6 kilomètres, de la Triqnerie au 

Pont Rompu sur la Briance, la voie de Bordeaux à Bourges. Voici 

les observations que nous avons recueillies et qui sont conformes à 

celles de M. l'abbé Lecler (3) et de H. Winkler (4). 

La voie a 10 mètres de largeur, dont 3 mètres de pavé au milieu 



(1) Bull, de la Soc. des antiquaires de VOuest, 1851. 

(2) Aubusson considéré comme le lieu ou campèrent deux légions de 
Ces ir, p. 33. 

(3) Assises scient, du Limousin (1867), p. 78. 

(4) Bull. Soc^ arch. du Lim,, XLVI, 496. 



LES VOIES ROMAINES ES LIMOUSIN 239 

et S^SO de pelouse, de chaque côté; la chaussée pavée [agger) 
d^apparence noirâtre, est composé d'une première couche de 
terre de même nature que celle des terres avoisinantes, d'une 
couche de pierres de grosseur irréguliëre, de cinq à dix centimètres, 
puis d'une couche de ciment peu épaisse formant liant, et enfin 
d*une autre couche de pierres, semblable à la première. Ces diffé- 
rentes couches sont maintenues de chaque côté par des pierres un 
peu plus grosses plantées de champ et formant bordure (timAon^^). 
Les pierres sont plus grosses dans la partie se rapprochant du 
Pont Rompu à partir du village de Jauvie, peut-être à cause de la 
pente du sol, de ce point jusqu'à la Briance. Les pierres employées 
sont des leptinites, des gneiss et des quartsites que Ton trouve sur 
place. La voie est littéralement usée par le passage des véhicules; 
en certains points* les roues ont creusé des sillons dans le pavé, 
en d'autres le milieu du pavage seul fait saillie, les côtés ont 
disparu (1). 

Ce qui frappe surtout dans la partie que nous avons parcourue 
c'est la largeur uniforme et la rectitude de la voie. La seule courbe 
rencontrée existe près du village de Boissac; elle est à grand 
rayon et elle suit le mouvement du plateau qui bientôt s'abaisse 
pour descendre à la Briance. 

La même voie de Bordeaux à Bourges, aux points où elle est 
encore conservée, plus au nord, a La Galenne et aux Pradelles, 
commune d'Ârrênes (Creuse), est dallée par des pierres de larges 
dimensions, prises dans les carrières avoisinantes. 

Voici maintenant les renseignements recueillis dans les provinces 
limitrophes au sujet du prolongement des voies du Limousin. 

H. J.-H. Michon (2) donne les détails suivants sur la construction 
des voies de la Charente : 

[Sur la voie directe de Chassenon à Saintes, par Sainte-Sévère] 
«... Au-dessus du terrain naturel, était une couche de gros graviers 
mêlés de petits cailloux roulés d'environ âO centimètres d'épaisseur. 
Le pavé, composé de moellons mis de champ, reposait sur celte 
couche à une hauteur moyenne de 45 centimètres; enfin ce pavé 



(1) Plusieurs de nos voies romaines ont été détruites par le passag^e 
des charriots sur la pelouse qui bordait le pavage à droite et à gauche. 
Le milieu de la voie, subsistant encore, semble une murette séparative 
entre les deux chemins creusés sur ses côtés. D'autrefois, les pavés 
ont été arrachés et rejetés sur Taccotement, où ils forment un bourrelet 
recouvert par la verdure. 

(2) Statistique monumentale de la Charente. — Paris. Derache, i844, 
in-4», p. 159. 



240 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

était recouvert d'une couche de gros gravier dont l'épaisseur n'était 
plus appréciable et qui avait dû disparaître dans beaucoup d'en- 
droits... A 

«... J'ai remarqué que le pavé n'était pasexééuté partout de la 
même manière. Près du village de Puymie (même voie) dans des 
terres argileuses et grasses, où les gros pavés ont manqué, elle 
est formée de petits pavés en silex présentant une surface unie, 
assez semblable à celui des rues de beaucoup de nos villes de pro- 
vinces ». 

a [Sur la voie de Périgueux à Poitiers, par Chassenon et Char- 
roux] entre les villages de Villemier et des Repaires, un fragment 
encore entier de la voie parait très bien dans une étendue de 
cinquante mètres. Les pavés sont renfermés dans un encaissement 
bordé d'un rang de plus grosses pierres et disposés en dos 
d'âne... » (Ij. 

« [Sur la voie de Lyon à Saintes par Aunay] « Au Grand Mas-Dieu 
qu'elle laisse sur la droite ; entre le Mas-Broussard et Saint-Lau- 
rent-de-Céris, la voie est reconnaissable à son petit pavé de cailloux 
irréguliers très rapprochés ». 

M. Gaillard, dans ses Voies romaines de F arrondissement d^Issou- 
dun (2) parle de la voie de Limoges à Bourges (partie traversant 
l'arrondissement d'Issoudun); il s'est attaché surtout à la construc- 
tion des voies de l'Indre. Nous lui empruntons les observations 
générales suivantes : 

« Le mode de construction que nous avons étudié diffère 
peu l'un de l'autre ; le principe général est le même. Des pierres 
plates de diverses natures en forment la plate-forme inférieure 
ou stratumen; des pierres concassées de différentes grosseurs 
en forment la seconde couche; au-dessus est la terre végétale. 
Ce système n'est pas invariable : en plusieurs points le stratumen 
théorique manque, et tout l'empierrement est formé d'un mélange 
de petits matériaux. Une largeur régulière ne semble pas avoir été 
une règle fixe. Néanmoins elle peut avoir été de 8 mètres pour la 
voie de Tours à Bourges et de 6 mètres pour les autres; au moins 
ces dimensions existent dans les endroits où les pierres de bordures 



(1) StsitUtique monumentale de la Charente, — Paris, Derache, 1844. 
In-4o, p. 165. 

(2) Congrès archéologique de France, XL* session. ^ Chàteauroux, 
p. 304 et ss. 

(3) Congrès archéologique de France, XL« session. — Chàteauroux, 
p. 267 et ss. 



LES VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 241 

limitent la chaussée. La moyenne donne exactement 20 pieds 
romains. 

» Tous ces grands chemins suivent l'inflexion du terrain sur lequel 
ils reposent, les parties qui en restent sont, à de rares exceptions, 
couvertes de O'^IS à O'^SO de terre. Il n*y a point de tranchées faites 
sur le sommet du coteau, ni de remblais élevés dans les vallées 
pour en adoucir les pentes. 

» La voie d'Argenton à Bourges paraît la plus ancienne, la mieux 
construite et la plus solide. Elle est, sauf de rares exceptions, en 
relief au-dessus du sol. » 

D*autre part, M. Lenseigne, dans son Rapport sur les voies 
romaines dans les environs d'Argenton (3), dit en parlant de la voie 
d'Argenton à Bordeaux. 

« La chaussée a six mètres de largeur ; elle se compose de deux 
rangs de bordure en pierre, un sur chaque bord, formant rencais- 
sement; d*ane couche de fondation faite en petits moellons cal- 
caires et en mâchefer, rangés en forme d'un pavage bombé et 
quelquefois d'une simple couche en pierre, en mâchefer et en silex. 
Son épaisseur totale, y compris la couche de fondation, est de 
soixantes centimètres. » 

Au sujet de la voie d'Argenton à Clermont (p. 290); il dit que 
« sa chaussée a une largeur de trois mètres et se compose de deux 
rangées de bordures formant l'encaissement et d'une couche unique 
de mâchefer, de cailloux et de grès. » 

Prosper Mérimée, dans ses Notes d'un voyage en Auvergne (1) 
décrit ainsi la voie de Clermont à Argenton : 

ce Au-dessus de Néris, à gauche de la route de Clermont, j'ai 
observé une voie antique qui se dirige à l'est, et je l'ai suivie pen- 
dant plus d'une demi-lieue, sans qu'elle changeât sensiblement de 
de direction; elle est très bombée, large de vingt pieds environ, 
profondément empierrée, mais de matériaux confus, si ce n'est aux 
débords que soutiennent des pierres grosses et rangées avec quelque 
régularité... » 

Nous n'avons pas parlé d'une observation de M. P. de Cessac 
faite en 1868 à La Jonchère (2), parce qu'elle nous parait s'appli- 
quer à une voie du moyen âge qui, s'embranchant sur la grande 
voie de Bordeaux à Bourges, mettait La Jonchère et Ambazac en 
communication avec Bénévent, chef-lieu de l'archiprétré dont 
dépendait ces paroisses. La prolongation de la voie pavée en ques- 



(i) Paris, H. Fournier, 1838. In-8, p. 73. 

(2) Bull, de la Soc. arch, et hist, du Limousin, XIX, 37. 



242 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

lion se retrouve à l'ouest du bourg de La Jonchère, et on suit sa 
trace pendant une centaine de mètres dans une prairie. 

Des observations qui précèdent montrent que les voies traver- 
sant le territoire des Lémovices avaient une largeur variable. Elles 
étaient construiles avec les matériaux trouvés sur place, et leur 
structure était différente suivant la nature du sous-sol traversé. 



* 



Les bornes milliaires découvertes sur le territoire des Lémovices 
sont peu nombreuses, comme on Ta vu précédemment (1). 

Sur les deux voies des itinéraires qui nous occupent, M. Espé- 
randieu (2) ne signale que celle d*Ahun, qui est de Gordien III 

(238-244). 

En ce qui concerne les camps que Ton observe dans le voisinage 
des voies, beaucoup ne sont pas de l'époque romaine. On sait que 
ces camps se présentent généralement sous la forme d'un rectangle 
entouré d'un talus et d'un fossé. Quelquefois on a pris pour des 
camps d'anciennes exploitations minières. Les dimensions res- 
treintes de ces camps montrent que ceux qui les occupaient étaient 
peu nombreux. 

« C'était les castra œstiva, ou simplement œstiva, que Ton établis- 
sait chaque jour dans le courant d'une campagne, c'est-à-dire pen- 
dant la belle saison, seule époque de l'année pendant laquelle on 
faisait habituellement la guerre. On peut donc les appeler camps 
de marche ou de passage. Us étaient plus ou moins bien fortifiés 
suivant les circonstances et les conditions dans lesquelles se trou- 
vait l'armée. Ainsi, quand on croyait n'avoir à craindre aucun dan. 
ger imminent ou lorsqu'on ne pouvait consacrer à ce travail qu'un 
temps restreint, on se contentait de faire un retranchement de peu 
d'importance {castris levi munimento positis^ castra temere mu- 
nita) (3) ». 

M. Bélisaire Ledain, qui a fait une étude particulière des camps 
romains de notre région (4), conclut en ces termes : 



(1) BulL de la Soc. du Lim,, t. LV, p. 722. 

(2) Inscriptions de la, Cité des Lémovices, p. 45 et ss. 

(3) Darembebg et Saglio, Dict, des ant, grecques et romaines, II, 957. 

(4) De Vorigine et de la destination des camps romains dits chatelliers 
en Gaule, principalement dans Touest, lu au congrès de la Sorbonne le 
15 avril 1884. — Poitiers, imp. Guillois, 1885, in-8« de 120 p. (Ext. des 
Mém. de la Soc. des ant. de V Ouest), 



Les Vo/ef, Komames enLimoifS\ 




jâr'PauI DUCOURTIEUX 




cas 







LES VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 243 

« 1"* Tous les camps dits cb&telliers, cbatelets, castelliers, castels, 
castellets, cbatillons, châtre, château, chàtelard, castera, castre, 
camps de Gésar ou simplement camp, château sarrazin, motte, fort, 
sont des camps romains du IV* siècle. 

» 20 Ils ont été créés princîpalemeut par Constance Chlore et 
Constantin pour résister aux pirates sur les côtes maritimes et pour 
faire face aux Bagaudes dans l'intérieur. 

» 3® Ils ont eu pour garnison des colons militaires et surtout des 
Lètes barbares qui y ont résidé à ce titre, même après la chute de 
Tempire. ». 

Les camps signalés sur le parcours des voies des itinéraires des 
LémoYices sont peu nombreux et peu étendus, ce qui prouve que 
le pays se soumettait au vainqueur sans trop de résistance. 

« Les statianes ou mansiones étaient dispersées sur les routes 
principales et placées à peu près à la distance d'un jour de marche. 
Les mutationes ou relais se trouvaient, dans les contrées habitées, 
à environ cinq mille romains, dans les autres à huit ou neuf milles 
environ (de 13 à 22 kilomètres). Il y avait entre deux mansiones de 
six à huit relais. 

» Les mansiones furent établis dans les localités considérables 
{civitas, urbs, oppidum ou même viens), de préférence dans les 
villes ou places de commerce, aux embranchements des routes, etc., 
au centre de réunion d'un district plus ou moins étendu, aux postes 
fortifiés ou lieu de garnison. Chaque mansio comptait au moins 
quarante chevaux et quelquefois davantage, suivant les circons- 
lances dans ses stabula. Les inspecteurs des postes, curiosi, s'arrê- 
taient de préférence aux mansiones, comme aussi les voyageurs 
considérables {legati, etc.], autorisés à user i'nne' evectio. 

» Les simples relais, mutationes, différaient suri mi des gites par 
leur moindre étendue, par leur nombre, puisqu'il y en avaitjsix ou 
huit pour une mansiolei par le chiffre des animaux, vingt chevaux 
au moins à l'usage deMa poste. Il y avait des écuries, des voitures 
et des greniers à fourrages pour les chevaux, et un muletier par 
trois chevaux. » (1). 

Ces généralités, peuvent s'appliquer peut-être à des pays*peuplés, 
à l'Italie ou à la Provence, mais non au territoire des Lémovices. 
Dans les limites de ce territoire, sur la voie de Lyon à Saintes, les 
itinéraires n'indique que cinq stations, et sur la voie de^ Bordeaux 
à Bourges trois stations, très éloignées les unes des autres. II faut 
donc penser que les Itinéraires ont omis plusieurs J[statious ; car s'il 

(1) Daremberg et Saglio, Dict. des anl, grecques et romaines. 



244 sociéré archéologique et historique du limousin 

était facile d'accomplir en un jour le trajet entre deux mansiones, 
c'est-à-dire la distance entre Limoges à Argenton ou à Périgueux, 
100 kilomètres environ, il n'en était pas de même de Limoges à 
GlermoDt ou de Limoges à Saintes, qui sont beaucoup plus éloi- 
gnées. Il y a donc une omission d'un lieu de gîte sur chacune de ces 
voies. 

Les stations ont entre elles des distances qui varient entre 20 et 
40 kilomètres. (Voir les tableaux de Desjardins, t. LV, p. 620.) 

L'Itinéraire et la Table donnant les noms des stations qui jalon- 
naient ces voies et leur distance, il semble au premier abord que 
Ton puisse facilement identifier les stations et retrouver la direction 
de ces voies. Il n'en est rien cependant. 

Certaines stations n'ont pu être identifiées, soit que les noms 
actuels ne rappellent pas les noms anciens, soit que les localités 
aient disparu. Les distances, inexactement indiquées, n'ont pu 
fournir le point précis où se trouvaient les stations. Il en est résulté 
une grande divergence parmi les auteurs qui n'ont pas voulu 
démordre de leurs préférences. 

Dans une « étude sur les emplacements des stations gallo- 
romaines (1) », Mgr Rougerie prétendait que « grâce au tracé 
» presque rectiligne des voies romaines, grâce à la précision des 
» cartes de Tétat-major et du génie, un simple calcul de topogra- 
» phie convertissant en mètres les lieues gauloises ou les milles 
» romains indiqués sur les itinéraires permettait d'identifier une 
D station. » Il en concluait que les distances des anciens sont pres- 
que égales aux distances prises à vol d'oiseau sur les cartes 
modernes. 

Cette méthode suppose la connaissance parfaite de la direction 
d'une voie et de la distance entre les stations. Or, les archéologues 
sont loin d'être d'accord sur ces deux points. 

Malgré des constatations faites sur le terrain par les chercheurs 
locaux, les auteurs des ouvrages généraux ont propagé quelques 
erreurs ou laissé dans le doute des identifications bien constatées 
par des sociétés historiques des départements. 

Sans avoir la prétention de concilier toutes les opinions, on nous 
permettra d'insister sur le témoignage de personnes qui ont suivi 
les anciennes voies et qui en ont relevé le parcours. C'est du reste 
la méthode préconisée par M. Desjardins. 

(1) Bull, de la Soc, arch, du Lim.^ XXVI, 50. 



LES TOIBS ROMAINES EN LIMOUSIN 245 

I. — De Lugdunum (Lyon) à Mediolanum SanUmum (Saintes), 
par Augustoritum (Limoges) et Aunedannacum (Aunay) 

Avant de donner le tracé de la voie, il importe d'identifier les 
stations placées sur cette voie pour les raccorder ensuite les unes 
aux autres. 

C'est ce qu'a fait Desjardin dans sa Table de PeuHnger. Il a cher- 
ché à identifier toutes les stations indiquées par la carte de la 
voirie romaine, laissant aux savants locaux le soin de raccorder 
ces stations entre elles en recherchant la direction des voies. 

Ainsi, pour la voie de Lyon à Saintes qu'il a scindée en deux 
parties (Lyon à Limoges-Limoges à Saintes), il a relevé pour cha- 
cune des stations toutes les opinions émises sur leur identification. 
On voit défiler dans son remarquable travail les opinions émises 
par tous les savants qui ont écrit sar les voies romaines : d*AnviIle, 
Belley, Pasumot, Ukert, Forbiger, Lapie, Walkenaert, Katancsick 
et enfin la Commission de la Topographie des Gaules. 

C'est par exception qu'il cite le nom des archéologues locaux. 

Nous renvoyons à son ouvrage pour Ténumération savante de 
toutes ces sources (1 ) et nous allons voir si elles concordent avec 
les observations faites par les chercheurs locaux. 

Les stations énumérées par la Table de PeuHnger^ de Clermont 
à Saintes dont on a lu le tableau plus haut sont Ubium (Olby), Fines 
(Honteil-Guillaume), Acitodunum (Ahun), Prœtorium (Puy de 
Jouer, près Saint-Goussaud), Ausritum (Limoges), Cassinomagus 
(Chassenon), Sermanicomagus (Charmé), Aunedonnacum (Aunay). 

Ubium (Olby) au passage de la Sioule. VIIII lieues gauloises, 
20 k. à'Augusto Nemeto (Clermont), distance exacte. Cette identifi- 
cation a pour elle d'Anville. Belley, Ukert, Forbiger, qui se sont 
visiblement copiés les uns les autres, hésitent entre Olby etPont- 
gibaud. 

Olby, d'après Mathieu (2), Winkler (3), savants locaux qui ont 
étudié la voie sur le terrain. A cette station venait s'embrancher la 
voie de Périgueux à Clermont par Brive, Tintignac, Ussel. 

(1) Desjardin, La Table de Peutinger (Paris, 1869), p. 40. 

(2) Mathieu, Diêêert. sur la position d'un ancien lieu appelé Ubi-i^um 
(Ann» des Voyages de Malle Brun, t. XI, cah. XXXIII); — Colonies et 
voies romaines en Auvergne, p. 205. 

(3) WiNKLEB, Voies romaines en Limousin, Bull, de la soc, arch. du 
lîm., t. XLVI, p. 438. 



1 



246 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Fines (Monleil-Guillaume), la distance, X lieaes gauloises 22 k. 222 
est trop faible, nous pensons qu*il faut lire XV lieues gauloises, 
33 k. 330. Tous les auteurs cités par Desjardins ont donné une 
identification contraire à celle des chercheurs locaux, parce qu'ils 
n*ont pas étudié sur place la direction de la voie et qu'ils ont été 
trompés par Terreur de distance. Nadaud, le premier (1), a émis 
ridée que cette station était située à Monteil-Guillaume. Nous nous 
sommes rangés à cette opinion pour les raisons énumérées plus 
haut {Bull. soc. arch. Lim., LV, 733). 

Adtodunum (Ahun) (2). La distance XX lieues gauloises, 44 k.44S 
est exacte. Tous les auteurs sont tombés d'accord pour placer 
cette station à Ahun, sauf Katancsick qui la place à Aubusson. 
Valentin (3) et Espérandieu (4) ont décrit les inscriptions trou- 
vées dans cette localité et ont donné plus d'autorité à celte 
opinion. Ajoutons que la découverte d'un milliaire en cet endroit 
devait lever tous les doutes fS). 

M. Grellet Dumazeau [Bull, de Guéret, II, 389) place la station 
d'Acitodunum à Fellelin et à Aubusson, mais sans preuves. Ces 
villes ne se trouvaient pas dans la direction de la voie et n'existaient 
probablement pas à l'époque romaine. 

Prœtorium (Puy de Jouer, près Saint-Goussaud). La distance 
XVIII lieues gauloises, 40 kil. est exacte. Un seul auteur étranger, 
Lapie s'est prononcé pour le Puy-de-Jouer. Plusieurs savants locaux 
ont identifié différemment cette station. Maldamnat et Barailon (6j 
la placent à Ponlarion; Bosvieux (7) et la Commission de la topo- 
graphie des Gaules, à Sauviat; Grellet du Mazeau (8), au Ghalard, 
près Peyrat-le-Château ; de Beaufort, à Bridiers (9). Lièvre (10). Etant 
donné la direction de la voie, nous pensons avec Nadaud, Cornuau, 



(1) Nadaud, Fouillé du diocèse au Bull, de la Soc. du Lim., LUI, 443. 

(2) Nadaud, Fouillé du diocèse de Limoges, Bull, de la Soc. arch. du 
Lim., LUI, 317. 

(3) Valentin, i>i Mém. de la Soc. des se. nalur. el arch. de la Creuse, 
V, 132. 

(4) Espérandieu, op. cit. 

(5) Nadaud, Fouillé, ibid., 315, 316. 

(6) Barailon, Becherches, p. 157. — Indicateur du diocèse, 1788, p. 141. 

(7) BosvjEux, Congrès de Guérei (1866), p. 32. 

(8) Grellet du Mazeau, Bull, de Guéret, II, 384 et ss. 

(9) De Beaufort, Bull, de la Soc. des ant. de VOuest^ 1851. 
(10) Lièvre, Les chemins gaulois et romains, p. 67, 



LES VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 2^7 

Buisson de Masvergnier (1), Mayaud (3), Winkler (3), Dercier (4), 
qui ont étudié la voie sur place, qu*il n'est pas permis d*bésiter 
sur l'identification de cette station avec le Puy de Jouer, près 
Saint-Goussaud. 

L'opinion de l'abbé Nadaud et de l'ingénieur Gornuau, auteur 
d'une carte des voies romaines du Limousin, a été afBrmée de nos 
jours par des découvertes qui mettent hors de doute cette iden- 
tification. 

MM. Buisson de Masvergnier en 4864, Winkler en 1901, l'abbé 
Dercier de 1902 à 1905, ont fait des fouilles qui ont été couronnées 
de succès. 

G'est grâce à la persévérance de M. Buisson de Masvergnier et 
aux ressources mises à sa disposition par notre Société, que les 
vestiges de l'ancienne station de Prœiorium ont pu être retrouvés 
au Puy-de-Jouer en 1864 (5). Dans son livre, M. Espérandieu lui 
a rendu justice et a reproduit une partie de son rapport (6). 

M. Winkler est venu apporter de nouvelles observations qui 
confirment absolument les premières. 

« A environ 600 mètres à l'est du signal du Mont-de-Jouer, dit-il, 
à la côte 691, point où l'eau est en quantité, nous avons découvert 
sous bois, dit M. Winkler, une ruine assez étendue, dont les fon- 
dations accusent la bonne époque romaine. Du haut de la monta- 
gne, la vue s'étend jusqu'au Puy-de-Dôme et au Puy-de-Sancydans 
la direction Est, et jusqu'aux Monédiëres dans celle du Sud-Est. 

Les chiffres de distance donnés par la Table de Peutinger^ entre 
Abun et le Puy-de-Jouer, et de ce point à Limoges, sont exacts. 

» La voie d'Augustoritum arrivait à l'entrée Est du village de 
Saint-Goussaud, où M. Quétaud, ancien entrepreneur de routes, 
aujourd'hui propriétaire à Pontarion, a retrouvé, en 1873, des 
chaussées romaines pavées de six mètres de largeur. La branche 
de l'Est se dirigeait sur Ahun, celle du Nord sur Bourges, par 
Bridiers, celle de l'Ouest sur Poitiers, par Ghftteauponsac, et celle 
du Sud sur Limoges ». 



(1) Buisson de Masvergnier, Bull, de la Soc. arch. du Lim., XIII, 98, 
2i9;XIV, 5. 

(2) S.-P. Mayaud, Recherches faites pour retrouver remplacement de 
la station de Prœtorium, située entre Limoges et Ahun. — Paris, Didier; 
Guéret, V« Betoulle, 1881, in-8° de 24 p. 

(3) Winkler, Bull, de la Soc, arch. du Lim., XLVI, 438. 

(4) Dercier (l'abbé), Bull, de Guéret, XIII, 450; XIV, 193; XV, 371. 

(5) bull, de la soc. arch. du Lim., XIII, 98, 219. 

(6) hiseriptions de la Cité des Lémovices^ p. 310. 



248 SOCIÉTÉ ARCHéOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

D'après M. Winkler, les Romains pouvaient communiquer par 
des feux, du Puy-de-Jouer avec :Mont-Jovis (Limoges), Hontpigeaud 
(Sainl-Eloi); Ahun; le Mont-Geix (Sassac). 

Enfin, M. Tabbé Dercier a fait des découvertes si importantes, 
qu'il n'est plus possible de douter de la position de Praetoriuro. 
Dans un premier travail publié dans les Mémoires de la Société des 
sciences naturelles et archéologiques, M. Dercier expose qu'il a 
découvert, en bordure de la voie romaine, un ensemble de cons- 
tructions assez importantes. 

Contrairement à leurs habitudes, les Romains ont construit leur 
voie sur le flanc du Puy-de-Jouer du côté ouest. La voie, en arrivant 
à Prstorium est soutenue par un remblai, afin, probablement, de 
lui donner une assise plus solide. Les constructions sont échelon- 
nées sur la montagne du côté sud, afin d'être abritées des vents du 
Nord. Elles dominent de loin la profonde vallée du Taurion. 

Ces consirucUoDs consistent d'abord dans une enceinte formant 
un parallélogramme dé 110 mètres de longueur sur 100 mètres de 
largeur. Le mur en bordure de la voie n'a que 60 centimètres 
d'épaisseur, les trois autres côtés ont l'°,50 d'épaisseur. Cette 
enceinte est divisée en trois parties, nord, centre et sud. On a 
découvert peu de chose dans la partie du nord. Dans celle du 
centre, se trouve d*abord la construction fouillée en 1864 par 
M. Buisson-Masvergnier. Elle se compose d'un mur de clôture de 
20 mètres carrés renferment une autre construction de 12 mètres 
carrés, dont les murs n'ont que 50 centimètres d'épaisseur. En 
arrière de celle-ci, Af . Dercier a mis au jour une autre construc- 
tion de forme rectangulaire, mesurant O^'fSSde longueur sur i'^fiS 
de largeur et divisée en trois compartiments. Accolée à la partie 
centrale, côté nord, se trouve une pièce de 4 mètres de côté. Entre 
ces deux constructions, s'en trouve une autre de 3 mètres de côté. 

Dans la partie sud se trouvent quelques constructions incomplè- 
tement fouillées encore. 

De l'autre côté de la voie, en montant vers le point culminant de 
la montagne, se trouve : l"" une construction de fonse semi-circu- 
laire, ayant un diamètre de 9 mètres à laqueUe sont accolées de 
petites constructions carrées incomplètement déterminées, peut-être 
un théfttre ; 2® un ensemble de constructions carrées, divisées en 
compartiments, plus rapprochées de la voie. 

M. Dercier a trouvé des fragments de diverses statues : l'' la 



(1) Afëm. de la Soc, des sciences n&t, et areh,, XIII, p. 450 et 8S. (Gué- 
ret, P. Amiault, J902, XIV, 193 et ss. (1903); XV, 371 eiaa. (i90&). 



LES VOIES UOMAINES EN LIMOUSIN 249 

partie inférieure d'un bas-relief; 2^ des fragments d*ane statue 
plus grande que nature ; S^ une statue du dieu au marteau. 

Il a trouvé en outre, des monnaies du haut empire, des poteries, 
des tuiles de différentes natures, des débris de verre antique et une 
fibule en émail champlevé qui présente le plus grand intérêt. 

Il a eu aussi l'idée de diriger ses fouilles aux environs. C'est 
ainsi qu'il a découvert une construclion à un kilomètre au sud- 
ouest sur le chemin des Cars, et une autre à 3 kil. 500 au sud, au 
village de Redondesagne tout près de la voie venant de Limoges. 

Sur son plau, il donne l'amorce de deux voies secondaires se 
dirigeant sur Chàlelus-le-Marcheix, l'une par Séjoux, au-dessous 
de la station, et l'autre partant de l'embranchement des routes de 
Glermont et de Poitiers par VillechabroUe. Nous ne contestons pas 
l'existence de chemins dans celte direction, mais leur peu d'impor- 
tance ne doit pas les faire classer parmi les voies romaines cons- 
truites. Ils rentrent dans la catégorie des nombreux petits chemins 
qui, à cette époque comme aujourd'hui, sillonnaient le pays. 

Nous pensons, avec M. Wlnkler,que Prœtorium était le point de 
rencontre des voies sur Bourges au N., Limoges au S., Clermont i 
TE. et Poitiers à l'O. (cette dernière est une voie secondaire sur 
laquelle nous revenons plus loin). 

Après les visites que nous avons faites au Puy-de-Jouer, gra- 
cieusement guidé par M. l'abbé Dercier, nous pensons qu'il y avait 
sur ce point une mntatio et un de ces camps de position appelés 
castra stativa ou simplement stativa et même stativœ (camp sta- 
tionnai re). 

« On les établissait, nous disent Daremberg et Saglio (1), sur les 
frontières, sur les points stratégiques les plus importants et sur les 
lignes de communication. Dans ce dernier cas, ils devenaient des 
gîtes d'étapes. Comme ils étaient tous occupés d'une façon perma- 
nente ou tout au moins pendant longtemps, un certain nombre 
d'habitants des régions environnantes venaient établir leur demeure 
autour d'eux, soit dans un but commercial, soit pour jouir de leur 
protection... » 

« Comme ils n'avaient pas le caractère des camps de marche, 
leurs retranchements étaient plus considérables et exécutés avec 
plus de soin. En outre, les troupes s'abritaient dans des construc- 
tions fhibemacula ou hibernorum œdificia)^ qui mieux que les 
tentes les garantissaient de la pluie et du froid. 

)> ... Un camp légionnaire contenait, outre les casernes mêmes, 
des bains spécialement affectés à l'usage des soldats, des salles de 

(1) Dict. des antiquités grecques et romaines, II, 958. 



250 SOCléTÉ AnCHéOLOr>IQUE et historique t>V LtJIOCSiS 

rëanion pour les sous-officiers (scola), des chapelles pour le culle, 
des bureaux pour les services administratifs {tabularium), un hôpi- 
tal {vaUtudinarium), une prison, un arsenal {armamentarium), un 
marché, des magasins [horrea). On doit mentionner un monument 
qui paraît avoir été comme annexe du camp, bien qu'il fut situé en 
dehors de Fenceinte, ramphilhé&tre. Des quatre portes de la for- 
teresse partaient des voies, prolongement des voies intérieures, 
bordées adroite et à gauche de cimetières militaires. 

» ... Il n*est pas de garnison légionnaire où Ton n'ait point trouvé 
des bases de statues ou même des statues impériales en grand 
nombre. Puis venaient certains des grands dieux de l'Olympe : Ju- 
piter, Junon et Minerve, soit seuls, soit associés; Mars, la Victoire, 
sa compagne, et au III* siècle, dans certaine partie de l'Empire, 
Hercule; quelques-unes de ces entités auxquelles les Romains de 
l'Empire accordaient tant de place dans leur religion : Fortuna, 
Honos, Virtus, Pietas, Bonus Eventus, et enfin Disciplina militaris, 
sans laquelle il n'y a pas d'armée digne de ce nom. Ces divinités 
diverses avaient aussi dans les camps permanents leurs chapelles 
et leurs autels, devant ou dans le Prœtorium. 

» On ne s'étonnera pas de voir figurer parmi les divinités ado- 
rées dans les camps, les dieux protecteurs des lieux où ils étaient 
établis, des corps qui y étaient fixés, des édifices qui s'y élevaient 
et des divinités qui réunissaient toutes les précédentes sous un 
seul vocable, les lares militares, » 

Ces observations sont corroborées par les découvertes de statues 
faites par M. l'abbé Dercier. 

La première est la partie inférieure d'un bas-relief représentant 
un personnage dont on ne voit que les jambes jusqu'au mollet. Les 
pieds sont chaussés du caiceus patricius, chaussure portée par les 
sénateurs romains; elle était attachée par des courroies qui se croi- 
saient sur le coup-de-pied et montait ainsi sur la jambe aussi haut 
que le bas du mollet, comme on le voit fréquemment sur des sta- 
tues drapées dans la toge (1). 

La seconde se compose de débris d'une statue plus grande que 
nature, une portion de la tête et une main. Peut-être une statue de 
Jupiter ? 

La troisième, bien mutilée il est vrai et bien frustre, est le dieu 
au marteau taillé dans un gros bloc de granit. Elle est sans tête, 
mais on voit très bien le marteau qu'elle tient de la main gauche. 

Ija quatrième enfin est un petit autel élevé à la déesse Epona 
et aux trois déesses-maires, qui se trouve actuellement à Jabreilles, 

(i) RiGu, Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, en fournit 
plusieurs exemples. 



LES TOtBS ROMAtNBS EN LIMÔUSiK ^ol 

petite commune de la Haute-Vienne située à cinq Icilomëtres S.-O. 
de Saini-Goussaud. Elle est désignée dans le pays sous le nom de 
Pierre de Saint-Martin et elle est placée sur une (able en granit qui 
sert de reposoir les jours de procession. Cette pierre a été décrite 
par M. Louis Guibert (4). Cet autel, pensons-nous, a été apporté du 
Puy-de-Jouer à une époque très éloignée. D'autant plus que Ton n'a 
pas trouvé à Jabreilles d'autres vestiges deTépoque gallo-romaine. 

La présence au relais du Puy-deJouer d'un autel à la déesse Epona, 
« arbitre de la prospérité des écuries », s'explique tout naturellement. 

Ces statues et cet autel nous fortifient dans ridée que le Puy-de- 
Jouer était à la fois un relai et un camp de position, de peu d'im- 
portance sans doute, vu sa situation sur un coteau élevé et dans 
un pays peu fertile. 

Augustoritum (Limoges). La distance, XIIII lieues gauloises, 
31 k. 111, est exacte. Celte mansio était le point de réunion de 
plusieurs voies qui devaient partir de la colline où s'élevait un 
vaste amphithéâtre (place d'Orsay actuelle). Nous ne répéterons pas 
ce qui a été dit avant nous sur Limoges à l'époque gallo-romaine. 
De notre ville partaient des voies sur Clermont, Bourges, Saintes, 
Bordeaux et Poitiers. 

Cassinomagus (Chassenon). La distance, XVIl lieues gauloises, 
37 k. 778, est exacte. L'identification de celte station n'a soulevé 
aucune objection. Elle a été longuement décrite par J.-H. Michon, 
dans la Statistique monumentale de la Charente (2). L'auteur a pu 
d'autant mieux décrire les ruines gallo-romaines qu'à la date où il 
écrivait, 1844, on en voyait des traces plus considérables qu'aujour- 
d'hui. Il a parlé du palais de Longea, du temple de Montélu, de 
l'amphithéâtre, des bains et du cimetière. Son texte est accompa- 
gné de plans et de nombreuses gravures. 

Le Bulletin de la Société les Amis des sciences de Rochechouart et 
celui de la Société archéologique du Limousin contiennent plusieurs 
articles sur Chassenon et sur les découvertes qu'on y a faites (3). 

Plusieurs autres voies, sur lesquelles nous reviendrons, traver- 
saient Chassenon. Indépendamment de celle de Lyon à Saintes par 
Aunay, on trouvait celle de Limoges à Saintes par Sainte-Sévère, 

(i) Louis GuiBBRT, La pierre de Saint-Martin à Jabreilles, au Bull, de 
la Société archéologique du Limouêin, XLV, 65. 

(2) Statistique monumentale de la Charente, p. 175 et ss. 

(3) Bull, de la Soc. les Amis des sciences et arts de Rochechouart, Mé- 
moire de M. Alphonse Précigou, ï, 18, 38,60, 123. — fîu//. de /a Soc. 
arch.du Lim., X, 252; XXI, 310; XXXV, 641, 645. 

LVI 17 



252 SOCIÉTÉ ABCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

traversant à Saint Qucnlia (1) celle de Périgueux à Poitiers par 
Charroa\, celle de Poitiers par Ilsle-Jourdain, après la .traversée 
de la Vienne sur le pont de Pilas, et celle sur Gonfolens. 

Sermanicomagus (Charmé). La dislance, XVII lienes gauloises, est 
fautive. La dislance réelle est de XXIV lieues gauloises, 53 k. 338. 
Desjardins cite trois auteurs ayant identifié celte station avec 
Charmé : d'An ville (2), Belley (3), La tapie (4). 

Parmi les auteurs locaux qui ont partagé la même opinion, 
citons Michon (5), qui a décrit la villa romaine de Bellicou, située 
dans le voisinage, sur le bord même de la voie. Pour lui, Serma- 
nicomagus veut dire simplement la Mansion de Chermez, nom que 
portait la localité au XVIII* siècle. 

M. Chauvet (6) a pensé que cette station pourrait être identifiée 
avec la ville des Bouchauds, près de Saint-Cy bardeau, placée sur la 
voie secondaire de Chassenon à Saintes directement et dans la- 
quelle on a découvert un théâtre, ainsi qu*une foule d'objets de 
répoque gallo-romaine. Nous avons combattu cette idée (7) parce 
que le nom de Sermanicomagus, donné à la station qui nous 
occupe, a précédé de beaucoup la construction de la voie directe 
de Chassenon à Saintes par Saint-Cy bardeaux, et qu'on ne pouvait 
donner le nom d'une station située sur une ancienne voie, à vingt 
kilomètres au nord, à une station d'une voie secondaire construite 
postérieurement. 

Nous faisons valoir un argument dont personne ne s'est servi 
pour affirmer l'identification de Charmé avec Germanicomagus, La 
voie d'Ârgenton à Bordeaux par Confolens, 8aint-Laurent-de-Cé- 
rès. Charmé et Aunay, Saintes est attestée par la découverte de 
deux milliaires (Saint-Léger-Magnazeix et Ambernac). Or, à l'ori- 
gine, cette voie ne pouvait s'embrancher que sur la voie stratégi- 
que, la voie d'Agrippa, de Lyon à Saintes par Aunay. Il est possible 
que, par la suite, cette voie se soit prolongée jusqu'à la voie directe 
de Chassenon à Saintes, qu'elle aurait atteint à Montignac-sur- 
Charente, peut-être). 

(1) S&int'Quentin, par F. Fouraud, voy. BulL Soc, des amis des sciences 
et arts de Rochechouart , III, 225 et ss. 

(2) D'Anville, Notice des Gaules, p. 601. 

(3) Acad. des Inscript., XIX, 715. 

(4) Latapie, p. 234. 

(5, MiciioN, Statistique monumentale de la Charente, p. 460. 

^6) G. Chauvet, Une ville gallo-romaine près de Saint-Cybardeau (Cha- 
rente), Sermanicomagus, Germanicomagus ? (Ruffec, 45 mars 1902, in-8*>). 
— Lièvre, Les chemins gaulois et romains, p. 70. 

(7) Revue scientifique du Limousin, n^ 139, 15 juillet 1904, p. 307. 



LES TOisS ROMAINES IZN LIMOUSIN 2o3 

Aunedonnacum (Aunay). Celte stalion, située sur la voie de Saintes 
à Poitiers, étant en dehors des limites que nous nous sommes 
tracées, nous ne nous en occuperons pas. 






Examinons mainlenanl la direction de la voie, nous passerons 
ensuite en revue les opinions divergentes (1) : 

WOlby {Ubium) à Monteil Guillaume (Fines). — La voie traverse 
les communes de Celles, Sauvagnat, Voingt (3), Giat, Fernoël. 

De Monteil-Guillaume [Fines) à Ahun [Acitodunum), la voie passe 
près ou par les villages suivants : Monteil-Guillaume et Arfeuille, 
commune de Crocq; Mannat, Yillevaleix, commune de Saint-Mau- 
rice, Ville-Déserte, Longevialle, La Chaussade (4), Pardannaud, 
Londeix, commune de Saint-Pardouxd'Arnet; La Prade, limite de 
Saint-Avit-de-Tardes et de Néoux, Vervialle, Vialleix, Quioude- 
neix{3), limite de Néoux et de Saint-Alpinien ; La Védrenne (3), 
Chez Ruchoux, La Champ, commune de Saint-Alpipinien; Le Mon- 
teil, La Chaussade, Juche faux, limite de La Chaussade et de Saint- 
Maixant, commune de La Chaussade, limite de Saint-Maixant et du 
Puy-Malsignat, commune de Saint-Maixant; — Plagne, Chadiras, 
PerpiroUes^ Courbariou, Villeméjou (3), commune deSaint-Médard ; 
— limite de Saint-Marlial-le-Mont et d'Issoudun, commune dlssou- 
dun; Couchezotte, Chanteau (4), limite de Lavaveix et de Saint- 
Martial, commune de Saint-Martial-le-Mont, Lavaveix-les-Mines et 
le MoQtier-d'Ahun, où elle traverse la Creuse pour atteindre Ahun. 

D'Ahun [AcHodunum) à Saint-Goussaud (Prœtorium), — Mastribut, 
Puy-Trabaillon, Lavaud, commune d*Ahun, Chaumeix, Pierregrosse, 
commune de Saint-Yrieix-les-Bois ; Bois-de-Montbas, commune 
de Lépinas ; — Chez-Penoux, commune de Maisonnisses ; — La 
Chassoule, La Chaumette, commune de Sardent ; — Puy-Rougier, 
Laville, Mont-Pigeaud (5), La Drouille, commune de Saint-Eloi ; — 
Peyrat, Pierrefilte, Les Ages, commune de Janailhat; — Telier, 
Bourdaleix, Cornas, commune de Saint-Dizier; — Saint-Chartier, 
commune de Ceyroux; — Forges-des-Bois, Les-Trois-Piles, com- 

(1) Les noms en italiques indiquent les points où Ton a observé 
la Yoie. 

(2) A. Tardibu, Bull, monumental, t. X. 1862. 

(3) Nadaud, Observations sur les anciennes voies romaines du Limou- 
sin. Indicateur du diocèse de 4788, p. 138 et ss. 

(4) Mém. de la Soc. des scienc. nat. et arch, de la Creuse, l, 44; 111, 
463;1V, 219; V, 23, 150. 

(5) Ihid., 1, 46, 114, 217; V, 72, 352. 



254 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

mune de Mourioux; — Reix et Ghampegaud (!}, commune de 
Saint-Goassaud. 

De Saint-Goussaud (Prœtorium) à Limoges {Augustoritum). — 
La Faite, La Ribière, Redondesagne, Mille-Millange, commune de 
Saint-Goussaud ; — Bois des Egaux, commune des Billanges; — 
PetitS'MarmierSy commune de La Joncbère; — Sirieix (aujourd'hui 
Valmat), La Croix-du-Gadet, commune do Saint-Laureut-les-Egli- 
ses; — Anria, Le Glos, La Tuilerie, La Boissarde, Les Loges, Le 
Mas-Maynard, traverse le Parleur, Bois-de-Touraiol, limite deSainl- 
Priest-Taurion, commune d'Ambazac; — Le Bournazeau, Le Puy- 
Neige, Moulin-Garat, traverse le ruisseau du Palais, commune du 
Palais; — Juillac, Les Audouines, Le Puy-Imberl, commune de 
Limoges (2). 

De Limoges [Augustoritum) à Chassenon [Cassinomagus). — Le 
Masjambost, commune de Limoges, traverse TAurence, Les Vaseix, 
Le Bas-Félix, La Merlic, La Boilerie, commune de Verneuil, tra- 
verse la Vienne, Les Richards, Trein, commune de Sainl-Priest- 
sous-Aixe (3); — Queyroix, Roussi, Guillaumets, Ghâteau-des- 
Alouettes, commune de Gognac ; — Lascaux, limites de Saint-Auvent 
et de Saint-Gyr, commune de Sainl-Gyr; — Le Planchât, traverse 
la Gorre, commune de Saint-Auvent; — Roumagnat, La Pouge, 
Labrousse, Les Chausseilles, commune de Rochechouart ; ~ La 
Gâne, Brelbenoux, Le Maine, commune de Chassenon. 

De Chassenon [Cassinomagus) à Charmé [Sermanicomagus). — I^a 
voie traverse les communes de Saint-Quentin, Suris, Lapéruse, 
Roumazières, traverse la Gharente au Pont-Sigoulant, Loubert, 
Chantrezac, Saint-Laurent-de-Géris, Grand-Mas-Dieu, Ghassiecq, 
Ghenon, traverse une seconde fols la Gharente. 

De Charmé [Sermanicomagus) à Aunay [Aunedonnacum). — La 



(1) Mém. de la Soc, des scienc. na,i, et arch, de la Creuse, XV, 371. 

(2) C^est par erreur que Grignard (Répertoire arché(flogique de la 
Haute-Vienne, ms. aux Arch. dép.) dit que Ton trouve des traces appa- 
rentes de la voie à Ambazac et à La Jonchère. Les chemins pavés de ces 
deux localités sont des restes d'un route du moyen âge qui, de Limoges, 
allait ù Bénévent, reliant ainsi ces deux paroisses au chef-lieu de 
Ta rchi prêtre. 

M. de Cessac (Bull, de la Soc, arch, du Lim,, XIX, 34) a décrit la 
construction d'un chemin pavé à La Jonchère. C'est à tort qu'il en 
fait une voie romaine. 

(3j Pour la traversée de la voie dans les communes de Verneuil et 
Saint-Priest-sous-Aixe. Voy. Lecler, Monographie du canton d^Aixe au 
Bull, de la Soc. du Uni., XXXIV, 85 et ss. 



LES VOIES nOMAINES EN LIMOUSIN 255 

voie traverse les communes de Bessé, Saint-Fraigne, Les Gourds 
(Charente) (1). 

On pourra nous objecter que les traces de la voie ont disparu de 
Gbassenon à Charmé, et que notre tracé n'est pas appuyé par des 
preuves. Nous avons en notre faveur le passage de très anciens 
chemios sur lesquels des établissements des Templiers (Le Grand- 
Mas-Dieu, Le Petit-Mas-Dieu) se sont fixés, la présence de camps 
près de Saint-Laurent-de-Géris et de Ghassiecq, camps décrits par 
Michon, et surtout les embranchements qui sont venus se greffer 
plus tard sur cette partie de la voie primitive, embranchements 
dont nous parlerons plus loin (2). 

Sur ce parcours, plusieurs voies secondaires empruntent la voie 
principale, pour une partie, la coupent ou s'embranchent sur elle; 
telles sont celles de : Périgueui à Clermont, Limoges à Néris, 
Limoges à Châteaumeîllant, Bordeaux à Bourges par Limoges, 
Périgueux à Poitiers, Limoges à Saintes par Sainte-Sévère, Limoges 
à Àngouléme, Bordeaux à Argenton, Limoges à Nantes, Angoulême 
à Poitiers. 

Le tracé que nous venons d'indiquer a eu plusieurs contradic- 
teurs, notamment ceux qui n'identifient pas Prœtorium avec le Puy- 
de-Jouer. D'autres, sans tenir compte des distances de la Table de 
PeiUinger, ont placé Prœtorium à Sauviat, sur la voie secondaire 
construite plus tard, qui reliait plus directement Ahun à Limoges 
par Sauviat, Bourganeuf, Pontarion. 

C'est probablement vers la même époque qu'un autre tronçon 
de la même voie, celui entre Chassenon et Charmé, fut remplacé 

(1) Na»aud, Indicateur du diocèse pour 1188, p. 142, 143, 144; Pouillé 
du diocèse, au Bull, de la Soc. arch. du Lini., LUI, p. 192, 197, 315, 
352, 443. 

(2) Dans sa Statistique monumentale de la Charente (p. 160), M. Michon 
insiste sur le passage de la voie romaine à Charmé do la façon suivante : 
« L'abbé Belley cite, d'après le Gallia chrisiiana (II, instrum., col. 380\ 
une charte de Bernard, abbé de Nanteuil-en- Vallée, de l'an 1172, dans 
laquelle sont décrites les bornes d'une terre : a Usque ad Defens et deu 
)» Defens usque ad viam que nominatur La Chaucada ». La charte nomme 
ensuite Sallas, Salles; Juliacum, Juillé. Or, les DefTends, Juillé, Salles 
sont des lieux qui environnent Charmé, et la voie romaine est claire- 
ment indiquée par la dénomination de Chaucada. Ce qui tranche la ques- 
tion, c'est qu'on a trouvé, dans les fouilles faites à Bellicou, qui touche 
Charmé, les fondations d'une ancienne villa sur le bord de la chaussée 
romaine aujourd'hui détruite, mais cependant visible encore au milieu 
des champs cultivés, où elle présente une légère élévation de terrain. » 



256 SOCTÉTIÊ ARCHiOLOGIQUE ET HISTOBIQUE DU LIMOUSIN 

par le tracé direct de Chassenon à Saintes par Saint-Cybardeau, Les 
Bouchauds et Sainte-Sévère (1). 

Comme le premier tracé fut abandonné de bonne heure, il a 
laissé moins de trace que le second ; si bien que certains auteurs 
ont rois en doute le tracé primitif et ont placé des stations de la 
première voie construite sur la seconde. 

C'est ce qui explique comment Desjardins et Longnon, dans leur 
carte d'ensemble des voies romaines au VP siècle, font figurer seu- 
lement les dernières parties construites : d'Âhun à Limoges, par 
Pontarion, Bourganeuf et Sauviat; de Chassenon à Saintes, par 
Saint-Cy bardeau, Les Bouchauds, Sainte-Sévère, en plaçant Prœto- 
rium à Sauviat, et Sermanicomagus à Sainte-Sévère. 

M. Buisson-Mavergnier (2) raccorde Prœtorium à la voie secon- 
daire passant par Bourganeuf en lui donnant un parcours que rien 
n'est venu confirmer et qui va à rencontre de tout ce que Ton sait 
sur la construction des voies. Il lui fait descendre le Puy>de-Jouer 
jusqu'au village de Séjoux, puis elle passe au Masmilier (commune 
de Ch&lelus-le-Marcheii) à Lestrade (commune de Saint-Pierre- 
Chérignat). De là, elle atteignait à La Chaussade la voie de Limoges 
à Ahun par Bourganeuf. M. Dercier a suivi son exemple. 

Non seulement ce trajet ne s'accorderait plus avec les distances 
indiquées par la Table de Peutinger^ mais il ne pourrait s'expliquer. 
Les Romains, on le sait, se maintenaient sur les plateaux, et c'est 
seulement lorsqu'ils y étaient forcé qu'ils traversaient les vallées. 
On se demande pourquoi ils seraient descendus dans une vallée 
profonde de quatre kilomètres, comme celle du Taurion, pour 
gagner une voie secondaire qui n'existait pas encore. Car il ressort 
clairement des Itinéraires que le premier tracé de Lyon à Saintes 
allait d^Âhun à Prœtorium directement, sans passer par Bourganeuf. 
Et d'ailleurs, les voyageurs qui, partant d*un point quelconque de 
la voie secondaire, voulaient aller dans la direction de Bourges 
suivaient les nombreux petits chemins qui existaient alors pour 
gagner la grande voie. 

M. Buisson-Masvergnier prétend qu'il existait deux routes 
d'Ahun à Fines, l'une suivant les plateaux jusqu'à La Chaussade 



(1) M. Michon^ qui a décrit les voies romaines de la Charente et 
qui a fait la comparaison entre les deux tracés, ajoute : « Je ne dissi- 
mule pas cependant que la voie de Limoges à Saintes par Tembranche- 
ment d'Aunay, telle que la donne la Table Théodosienne, a pu être la 
voie primitive, abandonnée plu3 tard pour un tracé plus direct. » Sta^ 
tistiquede la, Charente, p. 161. 

(2) Bull. Lim,, XIII, 105, 



LES VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 2o7 

(commune de SainUAIpinien) et se dirigeant vers Montel-de-Gelat, 
Vautre suivant le tracé indiqué par l'abbé Nadaud. C'est encore une 
grosse erreur qu'il a empruntée à l'abbé Belley (celui qui place 
Prœtorium à Grandmont). Il n*a jamais existé qu'une seule voie, 
celle signalée par l'abbé Nadaud. 

Michon pour la partie entre Chassenon et Charmé, a donné une 
direction qui ne nous parait pas exacte. 11 lui fait suivre la vallée 
de la Bonnieure pour remonter ensuite vers le nord-ouest et 
atteindre Charmé. Nous pensons qu'après avoir passé Saint-Quen- 
tin la voie suivait le plateau entre la Vienne et la Charente jusqu'au 
Ponl-Sigoulant, où elle traversait la Charente pour atteindre Saint- 
Laurent-de-Céris (1). C'est sur ce dernier point que venait s'em- 
brancher la voie venant d'Argenton à Bordeaux par Saint-Benoit-du- 
Sault et Confolens. 

Pour suivre la direclion de la voie, il faut s'aider de vieux che- 
mins, suivre des limites de propriétés. Quelquefois, lorsque les 
routes modernes ont pris la place de l'ancien oe voie, on retrouve 
celle-ci tantôt à droite tantôt à gauche, suivant que le nouveau 
tracé en a modifié la direction; elle élargit la route par endroits; 
mais on voit qu'elle suivait le mouvement du terrain, sans tranchée 
ni remblai. Les progrès de la culture l'ont fait disparaître pour 
ainsi dire partout. 

La voie de Lyon à Saintes se retrouve encore dans les endroits 
suivants : 

Dans le Puy-de-Dôme : 

Au départ de Clermont et à Beauclair, commune de Voingt. 

Dans la Creuse : 

Entre Néoux et la Chaussade, où elle est indiquée par la carte 
d'Etat-Major; près du Moutier-d'Ahun; à Champegaud, au Puy- 
de-Jouer, au-dessus du village de La Ribiëre, à Redondesagne, 
commune de Saint-Goussaud. 

Dans la Haute- Vienne : 

Près du Palais au moulin Garât; près de Saint-Priest-sous-Aixe 
aux Richards; près du château des Alouettes, commune de Cognac. 
Dans ce dernier endroit, on la suit jusqu'à la Gorre au Planchât (2). 



(1) C'est lopinioa de Walkenaer, contpedite il est vrai par M. Michon 
{Statistique monumentale de la Charente, p. 161). 

(2) Elle a une dizaine de mètres de largeur. Le pavage a été enlevé 
et rejeté à droite et à gauche de la voie, où il forme un renflement 
recouvert par la verdure. 



258 SOCléTÉ ABCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Dans la Charente : 

Entre Ghassenon et la Péruse; à Saint-Laurent-de-Géris ; au 
Grand Mas-Dieu ; près de Gbarmé à Bellicou (1). 

Dès son entrée sur le territoire des Iiémovices jusqu'au territoire 
des Sautons la voie suit des plateaux dont l'altitude varie peu. 
Ainsi de la station de Fines (Monteil Guillaume) à celle d'Ahun 
les hauteurs se maintiennent entre S87 et 782 mètres, soit une 
moyenne de 680 mètres sur un parcours de 44 kilomètres. 

D'Ahun à Prœtorium, entre 485 et 672 mètres, soit une moyenne 
de 8K8 mètres sur un parcours de 40 kilomètres. 

De Prœtorium à Limoges entre 326 et 692 mètres, soit une 
moyenne de 488 mètres sur un parcours de 3i kilomètres. 

De Limoges à Ghassenon entre 241 et 396 mètres, soit une 
moyenne de 298 mètres sur un parcours de 37 kilomètres. 

De Ghassenon à Gharmé, c*est-à-dire dans la traversée du dépar- 
tement de la Gharente actuel, ses hauteurs varient de 170 à 
200 mètres, moyenne 188 mètres. 

La situation élevée de ces routes permettait d'admirer de très 
beaux panoramas. 

Les principaux cours d'eau quelle traversait sont, dans le dépar- 
tement de la Greuse : la Greuse, au Moutier d*Ahun, sur un pont 
remplacé au XIII* siècle par le pont actuel. 

Dans le département de la Haute-Vienne : TAurence près de 
Limoges, la Vienne au-dessous de Verneuil, la Gorre, près de 
Saint-Auvent. 

Dans le département de la Gharente : la Graine, près de Ghasse- 
non, la Gharente, au Pont-Sigoulant et à Ghenon. 

Nous pensons que la traversée des plus grands cours d'eau se 
faisait sur des ponts et que celle des cours d*eau de moindre 
importance se faisait sur des gués pavés. Les ruines du pont sur la 
Vienne au-dessous de Verneuil, se voyaient encore au XVIII* siècle 
d'après Nadaud. Elles se trouvaient à environ 200 mètres en aval 
du pont de la Gable actuel. Dans les basses eaux, on voit très bien 
les amas de pierre qui proviennent des piles. La position du pont 
peut-être déterminée par la direction de l'ancienne voie que Ton 
retrouve dans un chemin encore pavé montant au village des 
Richards, commune de Saint-Prieslsous-Aixe. 

L'idée des ingénieurs romains de suivre constamment les pla- 
teaux et d'éviter le cours d'eau se manifeste très clairement dans 
la construction de cette voie comme dans toutes les autres. 

(1) MicHON, Statistique monumentale de la Charente, p. 160, 161, 156. 



LE5 VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 259 

Desjardins fait remarquer que souvent les voies antiques ont 
servi de limites paroissiales. 

Nous avons eu Toccasion de vérifier le fait plusieurs fois. Ainsi 
sur la voie qui nous occupe, celle-ci sert de limite entre Saint- 
Âlpinien et Saint-Silvain-Bellegarde, entre Saint-Maixant et La 
Cbaussade, entre Saint-MartiaMe-Mont et Issoudun, Saint-Martial 
et Lavaveix, Ambazac et Saint-Martin -Terressus, Sainl-Cyr et 
Cognac, Saint-Gyr et Saint-Auvent, etc. 

Plusieurs milliaires ont été découverts sur cette voie, la plupart 
mutilés ou anépigraphes. 

Le mieux conservé est celui du Moutier-d'Ahun, qui a été décrit 
plusieurs fois et en dernier lieu par M. Espérandieu (1), auquel 
nous renvoyons. C'est un milliaire de Gordien IIl, vers 243, qui 
indique la distance d'Ahun à Prœtoriumy 20 lieues gauloises = 
44^ 440"", et celle de Limoges, 34 lieues gauloises = 75^448"*. Il 
parait que ce milliaire est actuellement au domaine de Valaize, où 
il sert à supporter la toiture d*un hangar. 

Un second milliaire existait autrefois à Limoges, rue de la Régie, 
en face du portail du Grand Séminaire. Il a été détruit en 1894. 
M. Valentin (2) avait cru y lire : CAES... NINO... M. Espérandieu 
pense que ce serait peut-être un milliaire de Gordien? 

Un troisième milliaire, mutilé, aurait été trouvé au lieu dit 
le Petit- Vidis, près du moulin Ballot, commune de Cognac, d'après 
Nadaud (3). 

Le nom de Mille-Millanges, que porle un village près de Saint- 
Goussaud, parait rappeler une borne milliaire. 

Sur le passage de cette voie, on a signalé des camps dans les 
communes suivantes : 

Dans la Creuse : Saint-Eloi (Le Mont-Pijeau) (4), Ahun (8). 

Dans la Haute- Vienne : Viallebost près Verneuil (6). 

Dans la Charente : Le Petit-Mas-Dieu et Chez-Godard près Chas- 
siecq (7). 



(1) Espérandieu, Inscription de U Cité des Lémovices, p. 44. 

(2) VALtsTiv, Bull, épigr. de U G&ule, t. II, 1882, p. 15. 

(3) Nadaud, Indicateur du diocèse, de 1788, p. 145. 

(4) Bull, de Guéret, V, 72. — Assises scient, de Limoges, 1867 
Lecler, Dict. de Za Creuse, p. 609. 

(5) Bull, de Guéret, I, 30, 42, 71, 222; IV, 231. 

(6) BulL de U Soc. de Limoges, XXX, 325; XXXIV, 85 et ss. 

(7) MicHOx, Statistique monumentale de la Charente, p. 180 et ss. 



260 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Noos avons déjà observé que les camps n^étaient pas toujours 
sur le bord des voies, mais à une petite distance. On se demande 
aussi si tous les camps signalés remontent à l'époque gallo-romaine. 

Si Ton parcourt la liste des communes traversées par cette voie 
et que Ton se reporte aux tableaux des découvertes que nous avons 
donné précédemment (t. LV, p. 740 et ss.), on verra que sur tout 
son parcours on a mis à jour des souvenirs de Tépoque gallo- 
romaine. Nous rappelons les noms de ces communes pour faciliter 
les recherches. 

De Fines à Ahun : Crocq, Saint-Maurice, Saint-Pardoux-d'Arnel, 
Néoux, Saint-Alpinien, fia Ghaussade,Saint-Maixant, Saint-Médard, 
Issoudun, Saint-Pardoux-les-Cars, Saint-MartiaMe-Mont, Lavaveix- 
les-Mines, Moutier-d'Ahun. 

D'Ahun à Saint-Goussaud : Ahun, Lépinas, Haisonnisses, Sar- 
dent, Saint-Eloi, Janailhat, Saint-Dizier, Ceyroux, Mourioux. 

De Saint-Goussaud à Limoges : Saint-Goussaud, Les Billanges, 
La Jonchère, Ambazac, Rilhac-Rancon, Le Palais. 

De Limoges à Chassenon : Limoges, Verneuil, Saint-Priest-sous- 
Aixe, Cognac, Sainl-Cyr, Saint-Auvent, Rochechouart, Chassenon. 

De Chassenon à Charmé : Saint-Quentin, Lapéruse, Loubert, 
Cbantrezac, Sainl-Laurenl-de-Céris, Gra«d-Mas-Dieu, Chassiecq, 
Chenon. 

Parmi les noms de lieux empruntés à diverses circonstances du 
parcours des voies romaines, nous ne trouvons guère que celui de 
Voingt en latin vigintiy qui rappelerait la vingtième borne milliaire 
en partant de Clermont. 

De nombreux noms, dérivés du bas-latin strata ou chaucada, 
rappellent le passage de notre voie : Létrade, La Chaussade, 
La Chaussée, La Châssoule, Chaussidoux, Les Chausseilles, Cha- 
diras, Chaumeix, Lascau. 

D'autres dérivés du mot pefra se rencontrent dans les noms de 
plusieurs lieux-dils traversés par la voie : Peyrat, PierrefiRlle, 
Pierregrosse. 

Les Trois-Piles rappellent un monument bordant la voie. 

De nombreux noms formés du mot villas rappellent des nOaisons 
de campagne : Villevaleix, Ville-Déserte, Vervialle, Vialleix, Vil- 
leméjoux, Vaveix, Longevialle, Lavaveix, Lavialle, Lavaud. 

Des anciennes exploitations minières se retrouvent dans les 
noms de : Forge, Forge-du-Bois. 

L'ancien qnadriviuniy carrefour, a donné le nom de Queyroix, qui 
est assez commun dans le pays. 



LES VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 261 



* * 



Les voies romaines ont servi pendant tout le moyen âge. On peut, 
pour appuyer ce fait, s'aider des écrits hagiographiques, des récits 
de translations de reliques, etc. Les vies de saints, celles de Gollin et 
de Labiche de Reignefort, fournissent quelques indications inté- 
ressantes; mais comme elles ne s'appuient sur aucun document, 
on doit faire sur elles les plus grandes réserves. 

Saint Martial, Tapôtre d'Aquitaine, est parti de Tltalie pour 
venir dans notre contrée. D*après la légende aurélienne, que Ton 
croit antérieure au IX' siècle, il serait venu de Chftteàu-Meillant 
(Siediolanum) (voie de Clermont à Argenton) à Toulx-Sainte-Groix 
(Tullum), en suivant la voie de Clermont à Argeuton. Il existait une 
voie secondaire de Ghftteau-Meillant à Ahun qui passait par Toulx, 
l'ancien oppidum gaulois. De cette ville, le saint se rendit à Ahun, 
et ensuite à Limoges. Tout porte à croire qu'il suivit la voie 
romaine qui nous occupe. 

Saint Ouradoux, qui avait été baptisé à Saintes, vint de l'Auver- 
gne, au IV* siècle, pour se fixer à Lupersac, non loin de la voie tie 
Lyon à Saintes (1). 

Saint Rorice, évéque de Limoges au Y« siècle, venait lui aussi de 
l'Auvergne vers Limoges (2). 

Saint Martin des Arades, qui vivait au VTII* siècle, est mort pen- 
dant l'un de ses voyages sur la route même de Lyon à Saintes, 
à Saint-Jean de Trein, dans la paroisse de SaintPriest-sous-Aixe, 
où il fut enseveli (3). 

En 994, lors de la peste des Ardents, l'évéque de Limoges fit 
transporter dans sa ville épiscopale les reliques des saints que pos- 
sédaient différentes paroisses. « Les habitants de Salagnac, dit 
Labiche de Reignefort, transportèrent les reliques de saint Léobon 
le 1*' août; pendant leur vojwige, ils s'arrêtèrent sur une colline 
couverte de bois, près d'Ambazac, et là, un pestiféré fut apporté 
de La Jonchère pour vénérer les reliques du saint (4) ». Celte col- 
line couverte de bois, voisine d'Ambazac, ne peut être que le bois 
de Toumiol^ que la voie traversait de part en part, comme nous 
l'avons constaté. 



(i) Labiche de Reignefort, Six mois de U vie deê saints, -^ Limoges, 
1826, 3 vol. in-8o (t. III, p. 60). 
(2) Ibid,, t. I, 86. 
:3) Ibid,, t. III, p. 109. 
(4) Ibid,, t. II, p. 201, 



262 sociéri: archéologique et historique du limousin 

Desjardins, dans sa Géographie de la Gaule, fait remarquer que 
les noms par lesquels on désigne traditionnellement les voies anti- 
ques sont nombreux et n'impliquent point toujours Torigine 
romaine de ces voies. 

Dans notre pays, les dénominations de chaussée de César, che- 
min de Jules César, chaussée ou chemin de Brunehaut, chemin des 
Sarrasins, chemin roumieu, sont peu employées. Au sujet de ce 
dernier nom, le patois limousin a pourtant les mots roumiy pèlerin, 
et rournivage, pèlerinage. Nous avons vu qu*un hameau de la Creuse 
traversé par la voie se nomme Romiou. 

Les gens de la campagne désignent les anciennes voies sous le 
nom dechomifora (1), chemin ferré, pera, chemin pavé. On trouve 
dans le canton de Saint-Sulpice-les-Feuilles le nom de Ferrade, 
désignant l'ancien chemin ferré (3). Michon (3) constate qu'il y a 
une rue Ferrade à Brillac, par laquelle passait la voie romaine 
d'Argenton à Bordeaux. 

On sait peu de choses sur les routes suivies par les pèlerins du 
moyen âge. Il est à croire qu'ils suivaient les voies antiques. 

Limoges servait de lieu de repos aux pèlerins qui, venant de 
TKst et du Nord, se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle ou à 
Rocamadour (4). Plusieurs aussi, appartenant aux provinces voisi- 
nes, venaient vénérer les reliques de saint Martial. Nous aurons 
l'occasion de signaler, pour la voie de Bordeaux à Bourges, des 

(1) Nadaud, Indicateur de 1788, p. 143 et ss. ; Fouillé du diocèse, au 
Bull, delà Soc. arch. du Limousin, LUI, p. 294, 316, 352, 479. 

(2) Drouault, Monographie du canton de S&int^Sulpice-les-Feuilles, 
au Bull, de la Soc, arch. du Limousin, LIV, p. 96. 

(3) Michon, Statistique monumentale de la Charente, p. 166. 

(4) « Trois routes étaient indiquées pour aller des Pays-Bas à Roca- 
madour. Pour la deuxième, on suivait le chemin ordinaire, celui que 
parcouraient presque toujours les commerçants avec TEspagne et le 
Portugal par la voie de terre; on passait par Tournay, Douai, Arras, 
Amiens, Beauvais, Evreux, Mortagne, Le Mans, Tours, Poitiers, Limo- 
ges, Périgueux et Bordeaux. 

» La troisième, désignée sous le nom de grand chemin, était la plus 
longue, la plus périlleuse et la plus coûteuse aussi. Son itinéraire com- 
prenait Paris, Montargis, Bourges, Montluçon, Limoges et Périgueux ». 

Pour le pèlerinage de Saint- Jacques de Compostelle, on connaît un 
guide des pèlerins français, rédigé au XII' siècle par Aymeric Picaud, 
prêtre du Poitou. L'auteur indique quatre chemins conduisant de France 
à Saint-Jacques. Le troisième passe par Sainte-Marie-Madeleine de 
Vézelay, Saint-Léonard en Limousin et Périgueux (Ernest Rupin, Roca- 
madour. Paris, 1904). 



LÉS VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 263 

passages de pèlerins qui nous sont révélés par les Miracles de saint 
Martial, écrits au XIV' siècle (1). 11 y est question de pèlerins 
d^Ahun (p. 10, 29). Peut-être ces pèlerins suivaient-ils la voie de 
Lyon à Saintes. 

Sur le parcours de la voie qui nous occupe, on rencontre quel- 
ques hôpitaux antérieurs au XIII* siècle qui semblent indiquer la 
fréquentation de la voie jusqu*à cette époque : ceux d'Abun (1164), 
du Palais et de Limoges. On sait que la léproserie de Saint-Jacques 
et celle de Notre-Dame des Arènes, à Limoges (1212), étaient 
situées sur le bord même de la voie. 

Nous avons dit au sujet de la station de Fines que les établisse- 
ments des chevaliers du Temple ou ceux de Tordre de Saint-Jean 
de Jérusalem, qui leur ont succédé, étaient placés sur les anciennes 
routes et pouvaient fournir une indication sur leur direction. Sur 
la partie de la voie de Lyon à Saintes qui traverse le territoire des 
Lémovices, on trouve les établissements suivants : Monleil-Guil- 
laume, Naberon et Salesses, dépendant de la commanderie de 
Sainte-Anne, tous trois au sud de Grocq, à proximité de la voie; 
Paulhac, Le Palais, près de Limoges; Saint-Jean de Trein, situé au 
nord de la Forêt d'Aixe, paroisse de Saint-Priest-sous-Aixe, dépen- 
dait, avec le Petit-Mas-Dieu et Chambon, de la commanderie du 
Grand-Mas-Dieu (Charente). Ces établissements se trouvaient sur 
le bord ou à proximité de la voie. 

A quelle époque les différentes parties de cette voie ont-elles 
cessé d'être suivies? Il est bien diflScile, faute de documents, de 
répondre d'une manière précise à cette question. 

Deux tronçons cessèrent d'être suivi de très bonne heure, peut- 
être dès le III* siècle : l"" celui d'Ahun à Prœtorinm directement, 
remplacé par la route plus directe et plus courte de Limoges à 
Âhun par Sauviat, Bourganeuf et Pontarion ; 2* celui de Chassenon 
à Saintes par Aunay, remplacé par la voie directe de Chassenon à 
Saintes par Saint-Cybardeau, Les Bouchauds, Sainte-Sévère. Sans 
abandonner totalement Tancienne voie des Itinéraires, qui subsista 
comme chemin, les voyageurs préférèrent la voie la plus directe, 
reliée du reste à la première voie par de nombreux chemins. 

Nous avons constaté plus haut que Desjardins et Longnon en 
faisaient pas passer la route de Limoges à Clermont par Prœto- 
rium, mais bien par Sauviat et Bourganeuf; de même qu'ils ne font 

(1) Bull, Soc. arch. du Lim,, XXX, 84. 



264 SÔClÉxé ARCHEOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LtMOUSiN 

pas passer la voie de Limoges à Saintes par Charmé et Aunay, 
mais plutôt directement par Saiate-Sévère. 

L'un des itinéraires des pèlerins, qui se rendaient à Saint-Jacques- 
de Compostelle au XII* siècle, mentionne Saint-Léonard et Péri- 
gueux. La voie romaine était donc remplacée dès cette époque par 
la route de Bourganeuf, Sauviat, Saint-Léonard, Limoges (1). 

La plus ancienne mention d'un voyage de grand personnage dans 
la direction de Limoges à Clernont se rapporte au XV« siècle. Les 
Chroniques de Saint-Martial (2) disent que lorsque Charles VII et le 
Dauphin traversèrent Limoges en 4439, ils se retirèrent par Saint- 
Léonard et Bourganeuf. Par la suite, nous voyons tous les grands 
personnages arriver ou partir de Limoges en suivant la même route. 

Le tronçon entre Bourganeuf, ^hun et Monteil-Guillaume, est 
remplacé bien avant le XVI« siècle par le tracé Bourganeuf, Pon- 
tarion, Aubusson, Saint-Avil d'Au^çrgne, où aboutissait une autre 
route venant de Limoges, pas»anr par Sauviat, Saint-Junien-la- 
Bregère, Le Compeix, Châtain, Vallières et Félletin. A partir de 
Saint-Avit d'Auvergne, les deux routes se confondaient pour se 
continuer sur Clermont par Pontgibaud et Pontaumur. 

Le Guide des chemins de France, de Charles Eslienne (48K2}, ne 
donne pas la roule d<^ Limoges à Clermont, qui a toujours existé; 
mais on voit figurer l'ancienne voie romaine sur les caries du 
XYIII' siècle avec celte désignation : « Ancien chemin de Limoges 
à Clermont ». 

Quant à la partie de la vcûe de Limoges à Saintes, elle n'a dû 
subsister que jusqu'au VIP siècle. A ce moment, la formation de la 
ville de Saint-Junien autour du tombeau de ce saint et le dévelop- 
pement de plusieurs villes importantes firent créer une nouvelle 
voie qui, de Limoges à Saintes, correspoadait à peu près à la route 
de poste du XVI' siècle, remplacée plus tard par la route nationale 
n"" 141, de Clermont à Saintes, par Limoges, La Barre, Saint- 
Junien, Le Pont-Sigoulant, Chabanais, Chasseneuil, La Rochefou- 
cauld, Le Razat, Angouléme, Gegnac et Saintes. 

Le seul point de Tancienne voie romaine touché par la nouvelle 
roule est Le Pont-Sigoulant, comoiune de Lapéruse, à la traversée 
de la Charente. 



(1) Voyez la note de la page 262. 

(2) Chroniques de Saint- Martial, éditées par Duplès-Agier, p. 202 et suiv. 



LES VOIES ROMAINES EN L1340USIN 265 



2. — De Burdig ala {Boràe^nx) àAvaricum (Bourges), par Vesunna 

(Périgueux), et Augustoritum (Limoges) 

Les slalioDs de celle voie sar le terriloire des Lémovices sonl 
peu nombreuses. On ne trouve que Fines, entre Périgueux et Li- 
moges, puis Argentomago (Argenton). La station de Prœtorium 
(Sainl-Goussaud) n>sl pas mentionnée parce qu'elle appartient à 
la première voie de Lyon à Saintes. On sait, d'après une remarque 
de la Commission de la topographie des Gaules (v. t. LV^ p. 726), 
que lorsque deux voies se rencontraient avant une station, la der- 
nière distance n'était comptée que jusqu'à l'embranchement, le 
tronçon commun étant considéré comme n'appartenant qu'à une 
seule des deux directions. 

Desjardins, dans sa Table de Peutinger, fait remarquer qu'il doit 
y avoir une station omise, parce que les dislances ne concordent pas. 
La table indique, en effet, XIIII 1. (31 k.) de Périgueux à Fines et 
XlUI 1. (31 k.) de ce point à Limoges, ce qui fait 62 k. au lieu 
de 100. Il manque donc une station intermédiaire, située elle aussi 
à31 k., pour faire à peu près la distance. 

La station de Fines, d'après l'ouvrage de Desjardins (1), a été 
identifiée différemment par les auteurs. Walkenaer et la Commis- 
sion de la topographie des Gaules sont dans le vrai en proposant 
Tbiviers comme limite des Pétrocores et des Lémovices, pour les 
raisons invoquées par M. Deloche, comme on l'a vu plus baut(LV, 
732.) 

Reste à trouver l'emplacement et le nom de la station intermé- 
diaire oubliée entre Thiviers et Limoges. 

M. Winkler a très bien lait ressortir qu'il y a eu une omission de 
la part du copiste de la Table de Peulinger, qui ne donne que deux 
distances de XIIII lieues gauloises entre Limoges et Périgueux 
au lieu de trois existant en réalité, soii une distance totale de 
XLII lieues gauloises ou 93 kilomètres 333 entre ces deux villes, ce 
qui se rapproche beaucoup de la dislance à vol d'oiseau. 

D'après Vltinéraire d\Antoniny Fines se trouve à XXI lieues ou 
46 k. de Périgueux, el la distance de ce dernier point à Limoges 
est de XXVIII lieues ou 62 k., ce qui donne un total de 108 kilomè- 
tres 878, distance trop grande. 

Or, le tiers de la distance se rencontre non loin de l'oppidum 
de Courbefy, à peu près sur l'emplacement occupé aujourd'hui par 
la station de Bussière-Galant, sur la ligne ferrée de Limoges à Pé- 
rigueux, c'est-à-dire à XIIII lieues gauloises ou 31 k. 111 de Li- 
moges. 



266 SOCliré ARCUéOLOGIQUfi et HlâtORlQÙE bu LIMOUSIN 

On sait que plusieurs auteurs limousias avaient placé à Gourbefy 
la station de Fines, dont le nom Curvifines pouvait donner plus de 
créance à cette identification. S*ils se trompaient pour le nom de 
la station, ils se rapprochaient beaucoup de l'emplacement réel, 
qui se trouve à quatre idlotiiëtres environ au pied de la montagne 
que couronne Tancien oppidum. 

La Table indique une encoche avant d*arriyer à Limoges comme 

celui qui précède les noms des stations, et c*est à Tendroit où ce 

nom devait se trouver qu*on lit Ausrilo^ lorsque ce dernier nom 

aurait dû être écrit au-dessus des deux pavillons indiquant la man- 

sio^ comme cela a été fait pour Périgueux, Argenton, Bourges, 

Ciermont, etc. 
Pour nous, le nom de la station oubliée doit être très court, de 

manière à ne pas dépasser beaucoup, sur la Table, avec la men- 
tion XIIII, la place qu'occupe par erreur, croyons-nous, le mot Aus- 
rito. Ce nom devait être Luct, qui désignait au VI* siècle Toppidum 
de Courbefl, comme on le voit dans la Vie de saint Wast, écrite au 
VI* siècle (1). 

Le nom de Luci se retrouve trois siècles plus tard dans la Cos- 
inographie du Ravennate, et M. Desjardins (qui renvoie à la Vie 
de saint WastJ, ajoute : « ... peut-être une station de la carte rou- 
tière antérieure à 667 de l'Empire romain. » 

Nous sommes là, du reste, au centre du pays des Leuei, qui, à 
répoque franque, formait un des cinq pagi indiqués par Gérard (2), 
le pagus Leucorum. 

Nous renvoyons à ce que nous avons dit plus haut sur les stations 
d'Augtistorium et de Prœtorium, 

Voici maintenant la direction de la voie (3) : 

De Tkiviers {Fines) à Courbefy (Luci). — A son entrée dans le 
territoire des Lémovices, un peu plus au nord de Thiviers, la voie 
suit à peu près le tracé de la route nationale jusqu'à La Coquille, 
Les Peyrières, Bonlur, Les Monts, commune de La Coquille; — 
Verdenilles, La Grange, Bussin, commune de Saint-Pierre-de- 
Frugie, dans le département de la Dordogne. 

De Courbefy (Luci) à Limoges {Augtistoritufn) . — La voie passe 
au pied de la montagne de Courbefy, un peu au-dessus de Templa- 

(i) Bull Soc, arch, du Lim., XIII, 83. Note sur Toppidum gaulois de 
Courbefy, par M. Félix de Vemeilh. 

(2) Gérard^ Essai sur le syst. des div, terril, de la Gaule, p. 152 et 
153. Voy. ci-dessus, t. LV, p. 721 et 738. 

(3) Les noms en italique indiquent les points où la voie est visible. 



I 

I 



LES VOrES ROMAINES EK LIMOUSIN 267 

cernent de la station de Bussiëre-Galanl. Elle passe près des vil- 
lages de Fournial, Ghàteau-Renon, Lagrange, Dronne, La Lande, 
commane de Bussière-Galant ; — Chez-Belle, commune de Rilhac- 
Lastours ; — La Drouille, Les Places, commune de Saint-Hilaire- 
Laslours, Masmondet, Lajaye, Plantadis, La' Plaine, commune de 
Nexon(4); — Aupuy, Viallejolie, La Triquerie, lia Maison-Rouge, 
commune de Saint-Maurice-les- Brousses; — Les Vergnes, Boissac^ 
La Reynie, La Jauvie, Envaud, Le Pont-Rompu^ traverse LaBriance, 
et Vanleau, commune de Solignac, suit la limite des communes de 
Gondat el de Solignac, Fontjaudran, Groix-du-Grible, Romanet, 
Champtour, La Font-Péchiade, commune de Limoges. 

De Limoges fAugustoritumJ à Saint-Goussaud {Prœtorium). — 
I^ voie est commune avec celle de Glermont. (Voir plus haut, p. é54.) 

De Saint-Goussaud {Prœtorium) à Argenton {Argentomagus). — 
La voie passe près de Bossabut, commune de Sainl-Goussaud ; — 
Aussagne, La Pradelle^ Le Monthuaud, traverse TArdour, La Faye- 
Auzareix, commune d*Arrènes; — La Cheirade, Paulbac, traverse 
La Gartempe, commune de Saint-Efienne-de-Fursac; — Chaban- 
nes-Judaud, Le Gbiron, commune de Saint-Pierre-de-Fursac; — Les 
Vérines, Saint-Prlest, Le Goud, Le Drut, Mazeiral, commune de 
SaInt-Priesl-la-Feuille ; — Bridiers, commune de La Souterraine; 
^ Le Chaudron, L'Aumône, Lascoux, Lieu, Les Maisons, Peu- 
brot. Le Peux, commune de Saint-Agnant-de-Versillat; — Forge- 
vieille, Proge, commune de Saint-Germain-Beaupré, suit la limite 
des communes de BazelatetLa Chapelle-Baloue, Vaussujean, com- 
mune de Saint-Sébastien. 

En sortant du territoire des Lémovices, la voie monte presque 
en ligne droite vers Argenton en passant par Chantôme, dont 
les anciennes foires étaient suivies au moyen-àge, laissant à droite 
Eguzon, Baraize, Le Pin, Ceaulmont, et suivant le plateau qui 
domine le cours de la Creuse. 

Près de Limoges, en face de Romanet, à Tendroit où la ligne fer- 

(1) Pour déterminer le tracé entre La Plaine et Courbefy, nous avons 
dû faire plusieurs voyages. La construction des deux lignes ferrées de 
Limoges à Périgueux et de Limoges à Brive par Saint- Yrieix a modifié 
tous les anciens chemins indiqués par le cadastre. C'est ainsi que le 
chemin de la Plaine aux Places (cadastre : Nexon, section G 2), qui était 
lancienne voie, n'existe plus. L'ancien chemin de Las Tours à La Drouille 
(cadastre : Rilhac-Lastours, section C, 2« feuille) n'existe plus, mais on 
voit près du village de Jean-Belle (aujourd'hui Chez-Belle), l'indication 
d^un <c ancien retranchement »; c'était le passage de la voie romaine 
venant de La Drouille et se dirigeant vers Chàteauroux. 

T. LVI 18 



^6 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQCfi Bt HISTORIQDB DU LtMOUSlN 

rée de Paris-Toulouse par Uzerche louche à la route de Soliguac, 
la voie reoconlrait rancieu chemin gaulois qui, de ce point, allait 
en droite ligne vers le gué de la Roche, en traversant le pré 
vicomtal où elle fait saillie au-dessus de la prairie. On sait que, 
d'après la tradition, la peuplade gauloise occupait le promontoire 
dominant ce gué sur la Vienne, auquel la ville de Limoges dut son 
premier nom, Rita. 

De la Font-Péchiade, la voie tournait à droite parallèlement à 
la Vienne pour contourner le coteau abrupt des Portes-Ferrées et 
atteindre le pont Saint-Martial. Elle traversait ensuite la ville 
romaine par les rues actuelles du Pont-Sain t-Martial, de l'Hôpital, 
les terrains des Filles de Notre-Dame, la rue des Argentiers et 
atteignait rÀmphithéâlre d*où rayonnaient toutes les autres voies 
aboutissant à Limoges. 

Pour aller dans la direction de Bourges, la voie descendait le 
faubourg des Arènes actuel vers l'ancien cimetière gallo-romain 
(place de la République actuelle), puis elle tournait à droite dans 
la direction de remplacement occupé plus tard par Téglise Saint- 
Maurice et atteignait la rue du Masgoulet et le faubourg des 
Casseaux actuels. La voie suivait, en la dominant, la route du 
Palais actuelle, désignée sous le nom de roule do Lvon jusqu'à 
la fin du XVIII* siècle. 

Il est impossible, depuis Touverture de la ligne ferrée de Li- 
moges à Paris, de retrouver Tancien emplacement de la voie ro- 
maine. Mais sur deux plans du XVIP siècle conservés aux Archi- 
ves départementales (1) qui donnent les villages des Audouines, 
de Fougeras et de Juilhac, on indique un chemin allant au Palais 
en passant par ces villages. Nous pensons que ce chemin occupait 
remplacement de l'ancienne voie romaine. 

Sur son parcours, plusieurs voies secondaires empruntent la 
voie principale pour une partie, la coupent ou s'embranchent sur 
elle; telles sont celles de : Ghassenon à Luci, Limoges à Poitiers, 
Limoges à Brive, Praetorium à Poitiers, Breith à Ohâteaumeillanl, 
Limoges à Tours par Argenton. 

Comme pour la précédente voie, nous n'avons fait que suivre le 
tracé indiqué par Nadaud en le complétant (2). 

(1) Archives de la Haute- Vienne, fonds de Saint-Augustin, H 1373 
et 3406. 

(2) Nadaud, Indicateur du diocèse de 1788 et Pouillé, au Bull, de U 
Soc. arch. du Lim., LUI, 352, 624, 654. 



Les voiES romaines ëK limoijsi?4 26d 

AIIoQ(i) prétend qu'il existe des traces d*un embranchement, 
qui, partant de l'ancien pont de Verneuil, s'étendaient jusqu'à la 
forêt de Rochefort, commune de Séreilhac, vers Châlus. C'est une 
erreur ; il n'existait pas d'embranchement du pont de Verneuil sur 
Ghâlus, comme nous avons pu nous en assurer sur place. C'est du 
reste l'opinion de M. l'abbé Lecler, opinion qu'il a exprimée lors 
des Assises scientifiques tenues à Limoges en 1867 (3). Nous en 
extrayons quelques passages. 

«c ...Faire passer la voie romaine de Limoges à Périgueux par 
Aixe, Séreilhac, etc., comme le fait la carte de la Commission de la 
topographie des Gaules est une erreur. 

» M. Gornuau n'a pas étudié cette partie ; M. Bonnat est un des 
premiers qui en aient signalé quelques tronçons, mais il en fait une 
voie romaine unissant Limoges à Solignac. J'en ai souvent vu 
diverses parties et une fois, ayant voulu la suivre de Limoges 
jusqu'à Nexon, je Tai parfaitement reconnue sur tout le parcours. 

» Elle sortait de Limoges en traversant la Vienne, de là elle 
allait en ligne droite jusqu'à la Briance qu'elle passait au pont 
Rompu. C'est dans cet espace que M. Bonnat l'a suivie pendant près 
de dix kilomètres : c'est je crois lui qui dirigeait les travaux lorsque, 
vers 1850, les ouvriers ont changé cette voie romaine en route 
communale, destinée à relier Solignac à Limoges. C'est pour cela 
probablement que M. Bonnat y a vu une voie romaine de Limoges 
à Solignac. Mais en la suivant plus loin, comme je l'ai fait, on en 
trooTB de magnifiques morceaux. J'ai vu pendant un assez long 
espace de chemin, le pavé de cette voie à plus d'un mètre au-dessus 
du terrain environnant. Arrivé à Nexon, elle se dirige vers Thiviers 
qui doit être le Fines des Itinéraires. Je n'ai pas vu cette seconde 
partie, mais je suis persuadé qu'elle existe, et quiconque voudra 
se donner la peine d'en rechercher les traces sur le terrain, comme 
je l'ai fait, en retrouvera infailliblement des tronçons jusqu'à Thi- 
viers et au-delà. » 

La Commission de la topographie des Gaules et M. Deloche ont 
pensé qu'il y avait deux voies distinctes se dirigeant de Limoges 
vers Argenton, l'une suivant le tracé de l'ancienne route royale et 
l'autre le tracé que nous venons de présenter. 

« L'une, dit M. Deloche (3), suivait jusqu'à Prœtorium un tracé 

(1) AiLou, Description des monuments, p. 277. 

(2) Institut des provinces de France, Assises scientifiques de Limoges, 
p. 78 et ss. — Limoges, Chapoulaud frères, 1867, in-S». 

(3) M. Dblochb, Etudes sur la Géographie historique de la Gaule et 
spécialement sur les divisions territoriales du Limousin au moyen âge. — 
Paris, imp. nat., 1861, 1 voL in-4o, p. 51. 



270 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTOIUQUB DU LIMOUSIN 

commun avec la ligne de Glermonl à Limoges. A partir de Prœto- 
rium elle s^élevait vers le Nord jusqu^à Argenton et de là aboutissait 
à Bourges. 

» L'autre qui n'était qu'une section de la voie de Bordeaux à 
Argenlon au lieu de se diriger vers le Nord-Est, comme la précé- 
dente, à la sortie de Limoges, montait droit au Nord vers Argenton, 
qui n'en est séparé, sur l'Itinéraire d'Antonin, par aucune slalion, 
et elle venait s'y raccorder à la route précédemment décrite ». 

M. Desjardins n'a pas commis cetle erreur. 

M. Espérandieu dit, en parlant des deux routesdeM.Delocbe(i) : 

« Je ne suis pas de cet avis, et je ne crois pas que l'absence de 
la station de Prœtorium sur l'Itinéraire soit un argument suffisant 
pour établir Texislence d'une roule directe entre Limoges et Argen- 
ton, route qui d'ailleurs se fut presque constamment confondue, à 
partir de La Souterraine, avec celle qui se détachait, à Prœtorium, 
de la voie de Limoges à Clermont-Ferrand . Il ne doit y avoir là, 
de la part de Tllinéraire, que le résultat d'une omission dont on 
connaît d'autres exemples et que parait d'ailleurs indiquer la dis- 
tance beaucoup trop courte, XXI lieues ». 

L'Itinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger ne sont pas 
d'accord pour l'indication de la distance qui sépare Limoges d'Ar- 
genton. On sait que la distance réelle est de 100 kilomètres. 

L'Itinéraire donne XXI lieues gauloises soit 46 k. 667, distance 
beaucoup trop faible et fautive. La Table donne XXIIII lieues gau- 
loise 53 k. 334; mais il convient d'y ajouter les XIIII lieues gau- 
loises 31 k. Hl de l'embranchement de Prœtorium à Limoges, soit 
au total 84 k. 445, ce qui fait un écart de \6 kilomètres environ. 
On a vu plus haut que la Commission de la topographie des 
Gaules, a constaté que « presque toujours, quand deux voies se 
rencontraient avant une station, la dernière distance n'était, sur 
l'une de ces voies, comptée que jusqu'à l'embranchement, le 
tronçon commun étant considéré comme n'appartenant qu'à une 
seule des deux directions. Dans l'espèce, le tronçon commun était 
celui de Prœtorium à Limoges, dont la distance est énoncée dans 
la voie de Clermont à Saintes, XIIII lieues gauloises. 

Il était donc inutile pour la Commission de la topographie des 
Gaules de faire un redressement de chiffres et d'indiquer 41 lieues 
gauloises au lieu de 21, soit 91 k. 10% qui, ajoutés au 31 k. H\ de 
Limoges à Prœtorium, donneraient 1%2 k. 213, distance trop 
grande. 

(1) Inscriptions de la Cité des Lémovices, p. 319. 



LES VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 271 

On aurail pu croire que la Commission de topographie des 
Gaules aurait tenu compte des travaux de M. Buisson-Mavergnier, 
et que, dans la carte qu'elle a publiée, elle aurait indiqué le véri- 
table tracé de la voie. 

Au lieu de cela, elle donne deux voies : Tune qui suit le parcours 
de la route royale de Limoges à Paris, l'autre, partant de Limoges 
se dirige directement vers Ahun, Sauviat, Bourganeuf, Pontarion, 
sans passer par Praetorium. Il est vrai que la première voie est 
donnée comme douteuse. 

Il sufiQsait à la Commission d'étudier le tracé sur le terrain ou 
tout au moins de consuUer les notes laissées par l'abbé Nadaud (i) 
pour suivre, de village en village, les tracés de la voie stratégique 
de Limoges à PraBtorium. 

l^es traces de cette voie, qui traversaient le territoire des Lénio- 
vices du Nord au Sud, se retrouvent dans la traversée des com- 
munes de Saint-Maurice-les-Brousses et de Solignac, entre le Pont 
Rompu et Limoges, au Puyde-Jouer, à Bossabut, près Saint-Gous- 
saud, à La Pradelle, commune d Arrënes, à La Cheirade, com- 
mune de Saint-Etienne-de-Fursac, et à Bridiers, près de La Sou- 
terraine. 

On a fait sur le parcours de cette voie de nombreuses découvertes 
de l'époque gallo-romaine; pour les retrouver nous renvoyons aux 
tableaux publiés plus haut (LV, 740 et ss.) et nous donnons la 
liste des communes traversées par la voie. 

De Fines (Thiviers) à Luci (station de Bussière-Galant) : La 
Coquille et Saint-Pierre-de-Frugie (Dordogne). 

De Luci à Limoges, Bussière-Galant, Rilbac-Lastours, Saint- 
Hilaire-Lastours, Nexon, Saint-Maurice-les-Brousses, Solignac. 

De Limoges à Prœtorium (voy. la description de la voie pré- 
cédente). 

De Prœtorium à Argenton, Saint-Goussaud, Arrënes, Saint- 
Etienne-de-Fursac, Saint-Pierre-de-Fursac, Sainl-Priest-la-Feuille, 
La Souterraine, Saint-Agnant-de-Versillat, Saint-Germain-Beaupré 
et Saint-Sébastien. 

En 1769, on a retrouvé les traces d'une villa importante à Cou- 
dât, près de Limoges. Turgot avait fait mettre de côté des frag- 
ments de mosaïque découverts dans cette villa (1) et plus tard, en 

(1) Allou, Description des monuments des différents âges, p. 282; — 
DuROu, Esssii historique sur la. Sénatorerie de Limoges^ p. 47 ; — Statis- 
tique de la Haute^ Vienne, p. 135. 



272 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

1873, M. Sengensse a décrit les nouvelles découverles faites en 
cet endroit (1). Une autre villa existait à La Villatte, commune de 
Saint-Priesl-la-Feuille et non loin de là celle de Bridiers, commune 
de La Souterraine (2). 

Parmi les noms de lieux ()ui peuvent rappeler le passage de la 
voie antique, nous signalerons les suivants : 

Les Peyrières, commune de La Coquille ; La Chérade, commune 
de Saint-Etienne-de-Fursac; Le Cbiron, commune de Saint-Pierre- 
de-Fursac; Lieu, commune de Saint-Aignant-de-Versillat ; Vaussu- 
jean, commune de Saint-Sébastien. 

Gomme pour la première voie, c'est sous toutes réserves que 
nous puisons dans les vies de saints les indications sutvantes : 

Au IV*" siècle, Saint-Just et Saint-Hilaire de Poitiers suivirent 
la Ivoie romaine en allant de Limoges à Périgueux, J. Collin (3) 
nous les montre passant à Nexon, où ils s'arrêtèrent encore en 
revenant à Limoges (Saint-Hilaire mourut en 367). 

Au ¥!• siècle, Saint- Yrieix flt un voyage à Paris. Son biographe 
raconte qu*à son retour, après avoir traversé Argenton, il passa la 
nuit près de Menoux, paroisse située au bord de la Creuse. Il 
suivait donc la voie de Bordeaux à Bourges (4). 

Saint Goussaud, venant de Bourges, s'est fixé dans le voisinage 
de Prœtorium et il a donné son nom à la paroisse qui s*est groupée 
autour de son ermitage au VU* siècle.(5). 

Au XI* siècle, la voie romaine était fréquentée par les voyageurs. 
On lit dans la Vie du bienheureux Geoffroy, fondateur du Ghalard, 
écrite par un contemporain, que celui-ci revenant de Limoges sur 
Périgueux en 1086, traversa la forêt de Courbefl (6). 

On voit dans les Miracles de Saint Martial, accomplis avant 1388, 
publiés par M. Tabbé Arbellot (7), la partie de la voie romaine 
entre Périgueux et Limoges, était toujours fréquentée. Des pèle- 
rins, venant de La PiOchelle, furent pris par les hommes de Cha- 



(1) Bull, de la Soc, arch. et hist, du lim., XXII, 153; p. v. 279. 

(2) Lbcler, Diel, de la, Creuse, p. 693, 753. 

(3) CoLLiN, Vie des Saints du Limousin, p. 594. 

(4) Bull. Soc. arch. du Lim., XLIX, 129. — Vie de Saint Yrieix, par 
M. Arbellot. 

(5) Labiche de Reignefort, Six mois de la vie des saints, III, 54. 

(6) (( Lemovicas Petragoris rediens ego habui transitum per silvam 
quae vulgo Curvifinium nuncupatur. » (Bulletin de Guéret, III, p. 89.) 

(7) Arbellot, Miracles de Saint Martial, ap. Bull. Soc, arch, du 
Lim., XXX, 84 et ss. 



LBS VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 273 

lacet (1), emprisonnés puis délivrés par Tintercession de Saint 
Martial. D'autres pèlerins de la Saintonge, venant assister aux 
fêles des Ostensions, à Limoges, furent attaqués par huit pillards 
anglais de Courbefy (2). 

II existait d'anciens hôpitaux à Rilhac-Lastours, Lastours, Soli- 
gnac. Cette dernière localité, située à proximité de la voie, près du 
Pont-Rompu sur la Briance, possédait une léproserie. 

Paalhac, près de Sain t-Etienne-de-Fursac, qui était le cheMieu 
d'une commanderie de l'ordre du Temple, était situé sur le bord 
de cette voie. 

Nous avons recherché à quelle époque l'ancienne voie romaine, 
de Bordeaux à Bourges, a cessé d'être suivie. 

On sait peu de choses sur la portion de Limoges à Ârgenton ; 
mais en revanche, pour la partie entre Limoges à Périgueux, on a 
constaté qu'elle était encore suivie à la fin du XVII* siècle. C'est, 
du reste, dans cette partie que Ton a retrouvé le plus de traces. 

De Thiviers à Limoges la voie suit des plateaux dont l'altitude 
varie de 253 mètres à 489 mètres, soit une moyenne de 360 mètres 
sur une longueur de 62 kilomètres. Le point culminant de cette 
partie se trouve à Lavaux, au-dessous de la montagne de Courbefy, 
où il atteint 489 mètres. 

Dans la portion entre Limoges et la limite des Bituriges. La voie 
s'élève progressivement de 219 mètres à Limoges à 697 à Saint- 
Goussaud {Prœtorium), pour redescendre ensuite jusqu'à Saint-Sé- 
bastien, 332 mètres. La moyenne d'altitude est de 400 mètres sur 
une longueur de 65 kilomètres. 

Les principaux cours d'eau qu'elle traverse sont : 
Dans la Haute-Vienne, la Briance au Pont Rompu, la Valoine, 
près de Limoges, la Vienne à Limoges même, sur le pont Saint- 
Martial; — l'Ardour au-dessus d'Arrènes; — la Gartempe à Sain l- 
Etienne-de-Fursac; — la Sédelle près de La Souterraine, c'est-à-dire 
près de sa source. 

De l'avis de M. de Gaumont (3), le pont Saint-Martial à Limoges 
a été reconstruit à la fin du XII* siècle sur les piles du pont 
romain. On remarque, en effet, au niveau de l'eau des pierres de 

(1) Le château de Chalucet était à peu de distance de la voie antique. 

(2) Le château de Courbefy dominait la voie antique dont il était 
voisin. 

(3) Congrès archéologique de France, session Limoges, 1859, 2 v. in-S®. 



274 SOCIÉTÉ AnCHÉOLOCIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

grand appareil, qui, autrefois étaient reliés entre elles par des 
barres de fer. Le trou de scellement de ces barres se remarque 
encore au centre de chacune des pierres. 

La voie de Bordeaux à Bourges a servi plusieurs fois de limites 
entre les communes. Citons les points suivants : 

Dans la Dordogne, entre les communes de Thiviers et de Nan- 
theuil ; de Saint-Jory et de Saint-Paul-Laroche. 

Dans la Haute- Vienne, entre les communes de Rilhac-Lastours 
et de Saint-Hiiaire-Lastours; de Nexon et de Janailbac; de Soli- 
gnac et de Condat. 

Dans la Creuse, entre les communes d'Ârrénes et de Lauriëre; 
de Saint-Âgnant-de-Versillat et de Saint-Germain-Beaupré; de 
Bazelat et de la Chapelle-Baloue. 

On a trouvé sur celte voie le milliaire que Ton voyait autrefois 
rue de la Règle à Limoges et qui avait dû être déplacé. Nous en 
avons parlé plus haut. 

Parmi les ouvrages militaires sur cette voie il convient de citer : 

Koppidum de Courbefy qui a été décrit par MM. F. de Verneilh, 
Tabbé A. Lecler, Marbouty, et plusieurs membres de la Société 
archéologique du Limousin (1). 

On cite aussi des camps à Saint-Priest-les-Fougëres et à Lastours. 

Dans celle porlion de la voie nous relevons les camps suivants : 
Ambazac (aux Cars) (â), Saint-Goussaud, au Puy-de Jouer (3) décrit 
par M. Buisson-Mavergnier et M. Tabbé Dercier, La Souterraine 
(à la Malouze) (4), Bridiers et Lafat (à La Ligne) (?>). 

En 1529, Henri de Navarre, venant de Grandmont à Limoges, 
suivit la voie romaine. Les consuls allèrent Tattendre à une lieue 
« à rissuede la forêt de Beaubreuil ». Il partait pour le château de 
Las Tours, les consuls l'accompagnèrent, toujours par la voie 



(1) Bull, delà Soc, arch, du limou8in,Xll, p. v. 320; XIII, 83, p. v. 241; 
XXXIII, p. V. 346. 

(2) Ibid., II, III, VII. 

(3) Ibid., XIII, 98, 219; — XIV, 5, 178; — XIX, 37; Bulletin de Gué- 
ret, XIII, 450; — XIV, 193; — XV, 371. 

(4) Bull, de la Soc, des AntiquaiFes de VOuest, 1851. — B. Ledain, 
les camps romains; Lecler, Dict, de la Creuse, p. 754. 

(5) Congrès de Guérety p. 26 et 27, 



LES VOIES ROMAINES EN LIMOUSIN 275 

romaine, « jusqu'au ponl du fleuve de Valogne (Usez le ruisseau de 
la Vaioine) n à deux kilomètres de Limoges (1). 

C'est le même chemin que suivit, en 1544, la bande de Gascons 
conduite par de Bèze (2). 

En 1579, le duc et la duchesse de Montpensier, venant d*Agen, 
Turent reçus par les consuls de Limoges à Foujaudran (3), à trois 
kilomètres de Limoges. 

La voie semble avoir servi encore longtemps comme route entre 
Limoges et Périgueux, car, en 1659, Gourbery était toujours un gite 
d'étape pour les troupes. Nous lisons, dans le Journal du consul 
Lafosse (4) que le régiment du sieur La Motte Saint-Cyr, se rendant 
en Catalogne, arriva à Limoges le 25 et 26 mai 1659, et albi loger 
le lendemain à Gourbefy. 

Toutes ces citations montrent que jnsques et y compris le 
XVIP siècle, Tancienne voie romaine, de Limoges à Périgueux, 
était suivie. Ce n'est qu'au milieu du XVI* siècle que les voyageurs 
se dirigeant sur Périgueux commencent à passer par Aixe, Sëreil- 
hac et Châlus. 

[A suivre,) Paul Ducourtieux. 



(1) Registres consulaires de Limoges, I, 185. 

(2) Ibid.^ I, 387. 

(3) Ibid., II, 437. 

(4) Publié par M. Louis Guibert dans les Registres consulaires de 
Limoges, III, appendice, p. 53, 54, 84. 



Louis^Jean^nge POISSON de LA GHABEÂUSSIÈRE 

(1710-1795) 

GOUVERNEUR DE MIRABEAU 1753-1763 

DIRECTEUR DES MINES DE GUNGES (HAUTE- VIENNE) 1763-1781 

PRÉSIDENT DES TRIBUNAUX DE CONCILIATION 
DE LA BARONNIE DE PIERRE-BUFFIÈRE CRÉÉS PAR LE MARQUIS DE MIRABEAU 



Louis-Jean-ÀDge Poisson de La Ghabeaussiëre était né en Flan- 
dre, le 28 février 1710, de François-Ange V* du nom, avocat au 
parlement de Paris, et de Marie-Catherine de Loys ou Loys, fille 
de messire François-Antoine Loys, commandant de la ville de 
Calais. 

La famille Poisson était originaire de TAnjou, elle portait pour 
armoiries : d'azur à un cor de chasse d'argent, traversé d'un poisson 
d'or, de dextre à senestre, enlacé dans le cordon en sautoir, gui 
attacAe le dit cor. Leur devise : Ridet maris irae dépeint bien le 
caractère du grand-père, sur le compte duquel j'ai réuni les quel- 
ques pages suivantes. Gentilhomme, gueux, sceptique, il chantait 
toujours et sur tout, môme aux heures les plus lugubres de la ter- 
reur. François, écuyer, avocat au présidial d'Angers, fut élu éche- 
vin de cette ville le 1*' mai 1661 et Charles Poisson, sieur de Neu- 
ville, écuyer, fut maire d'Angers, élu le 1" mai 1673 et continué le 
1*' mai 1678. François accepta la noblesse tant pour lui que pour 
ses descendants. 

M""* de Pompadour, Jeanne-Antoinette Poisson, avait cherché 
fort inutilement (racontait mon arrière grand'mère) à se rattacher 
à la famille, mais M. Poisson de La Chabeaussière, quelque gueux 
qu'il fut, préféra rester un pauvre hère gentilhomme (1). 

(i) Renseignement trouvé dans les notes de mon père, le comte 
Eugène dç Fontaine de Resbec(|. 



LOUIS-JEAN- ANGE POISSON DE LA GHABEAUSSlÈRE 277 

Louis-Ange Poisson de La Ghabeaussiëre fit de fortes éludes au 
collège des Quatre Nations (1) et le 16 septembre 1743, à Tâge de 
33 ans, il épousa noble demoiselle de Malabion de la Fargue, d*une 
très ancienne famille du Languedoc : M"* de la Fargue avait un 
frère capitaine au régiment de Guienne, et une de ses sœurs 
épousa M. de Mauroy. Si je puis juger la valeur intellectuelle de 
mon ancêtre Poisson de La Ghabeaussière par le manuscrit (2) que 
je possède, je dois dire qu'il était un humaniste distingué et par 
dessus tout un homme d'esprit; ses traductions des poètes latins 
ne manquent pas d'une réelle valeur. On retrouve chez lui tous les 
défauts et toutes les qualités de l'époque : G'est un sceptique qui 
ne craint pas de mettre en vers de réelles polissonneries, mais 
c'est un galant homme et ce dût être un joyeux personnage. 

Je le trouve fort modeste lorsque je lis en tête de ses cahiers 
une paraphrase du De profundis à laquelle il ajoute : 

» Ce n'est pas sans raison, qu'à la première page du recueil de 
vers, que tu lis, j'ai placé le Do profundis, la prière des morts 
convenait à l'ouvrage. » 

Ge cahier de près de 300 pages in-4* contient des odes au mar- 
quis de Mirabeau, au peintre Aved (3), à Fragonnard, commensal 

(1) Où Ton exigeait les mêmes preuves de noblesse que pour être 
admis à Saint-Cyr. Le collège des Quatre Nations avait été créé par 
Mazarin à côté de la Bibliothèque Mazarine et aujourd'hui il est devenu 
le Palais de Tlnstitut. 

(2) Un volume de vers intitulé : Mes moments perdus, ayant pour 
épigraphe ces vers de Martial : 

Sunt bona, sunt quœdam medrocria 
Sunt ma la plura 

Quœ legis hic, aliter non fit avite liber, 
qu'il traduit : « Du bon, du médiocre et du mauVa^^i .^semble. 
» Lecteur voici mon livre et plus d'un lui ressemblé ». 
Et il ajoute d'après Boileau : -^ 

Chacun a ce métier 

Peut perdre impunément de l'encre; et ^du papier. 
Ce document inédit a toujours été dans mauan^iile et on verra par la 
généalogie ci-après comment j'en suis possess^r. 

(3) Né à Douai en 1702, mort à Paris en 1766, auteur des portraits de 
Mirabeau, J.-B. Rousseau, Louis XVI, etc. 

Pour faire son portrait, quand un grand roi t'appelle, 

Aved, de ta gloire nouvelle 

Nos yeux ne sont pas éblouis. 

Aux plus brillants honneurs, le talent peut prétendre 

Appelle peignît Alexandre 

L'Appelle de nos jours dçvçiit peindre Louis. 

l'A CHABEAUSSiillE, 



278 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

de M. de Bergeret, son gendre, à H. de Sarlines, à la comtesse de 
Maleyssie, que son fils devait plus tard épouser en secondes noces. 
On y trouve encore des stances imitées d*Horace, des odes ana- 
créontiques, des pièces de vers latins, des descriptions en vers, notam- 
ment celle de la chartreuse de M. de Bergeret. D'ailleurs l'habitude 
de faire des vers faisait partie intégrante de Tépoque, tout était 
prétexte à quatrain, chanson, épitaphe, etc.. Trop souvent la gène 
elle-même est un prétexte à versilicatioo, c*est ainsi qu'il implore 
Turgot et lai demande de lui 

« . . . , 

fournir de quoi 
soutenir deux garçons, deux filles, 
que ma femme dit être de moi. » 

Il ne cache pas sa détresse, il voudrait en sortir et « réparer le 
désarroi » de sa « fortune en guenilles ». Mais les gueux ont 
toujours Tespérance au cœur et les regards fixés vers Ta venir 
consolant des maux présents. 

Le roéoage avait quatre enfants et M. de La Ghabeaussière pen- 
sait sans doute à Tun d'eux dans la fable a le Fleuve et le Ruisselet » 
dédiée « au premier lieutenant-général de sa famille ». Si quelques- 
uns de ses arrière petits enfants sont arrivés à des situations 
importantes, la fable est devenue une réalité pour l'un d'eux : le 
général de division de cavalerie comte Lyonnard de La Girennerie. 
M. de La Ghabeaussière versifia toute sa vie et très peu de jours 
avant sa morl, en avril 1795, il écrit à son médecin de Beaumont- 
sur-Oise : 

Depuis dix^ans Vie, mon Hypocrate 

Et de nos jours superbe aristocrate, 

Envoie ma moitié chez Pluton avant moi. 

II me fait aujourd'hui la loi 

De partir à mon tour, je n'attends que la date ; 

Mais si de Tamitié le souvenir flatte, 

Tu sauras qu'en mourant, je pense encore à toi (1). 

Bien que dans une situation frisant de temps à autre la gêne, 
M. de La Ghabeaussière se conformait aux manies de l'époque et 
fréquentait la cour et la ville; il est vrai que chez le richissime de 
Bergeret, son gendre, il voyait tout ce qu'il y avait de plus consi^ 
dérable dans les arts, les lettres et la politique. « Ge serait d'ail- 
leurs, a écrit le duc de Broglie, toute une histoire à faire que 



(1) Il est mort au château de Cassan près de Beaumont, propriété de 
M. de Bergeret, son gendre, et c'est le médecin de Beaumont-sur-Oise, 
Vie, qui le soigna. 



LOIIIS-JEAN-ANGE POISSON DE LA CUABEAUSSlÈRE 279 

celle de ces salons de fermiers généraux qui, dans loule la seconde 
partie du siècle, devaient devenir le terrain commun à la finance 

et aux lettres » 

Je ne sais rien de mon grand-père de La Gliabeaussière avant 
4753; à cette éfpoque il habitait Boulogne-sur-Seine, où il invitait à 
dîner le marquis de Mirabeau. « Billet à M. le marquis de Mirabeau 
pour le prier à dîner. 

On a vu chez Beaucis Jupiter autrefois 

Accepter un repas champêtre. 

Mécène de vin grec enluminait son maître 

Et le plus grand de tous les rois, 

Le plus aimé, le plus digne de Têtre, 

Henri, s'en allait chaque mois 

Chez son ami Sully bourgeoisement repaître. 

Ce que fit l'héritier des Valois, 

Auguste, qui soumit Tunivers à ses lois, 

Marquis^ en ma faveur, vous le feriez peut-être ! 

(c En ce cas ma petite maison de Boulogne, serait le lieu de la 
scène; nous y admettrions ce gros et jovial hollandais, Epicure de 
Grege, vous mangeriez peu, vous vous promèneriez beaucoup. » 

Et puis le soir le long du bois 

Nous mêlerions un peu de machiavélisme 

Au docte pantagruélisme 

De noire vieux maître François (1), 

Et puis vous auriez fait bien aise, votre très humble. 

Le repas devait être bien maigre, car peu de temps après, M. de 
La Chabeaussière dut accepter d'entrer chez le marquis de Mira- 
beau, pour y faire Téducation du grand orateur, Honoré Gabriel et 
ensuite celle de son frère. Le marquis dont « Tidée dominante fut 
toujours de transformer sa maison puissante » (2), éprouva sans doute 
quelque satisfaction à mettre la main sur un gentilhomme, pour 
gouverner son fils. « Je trouvai, écrit le marquis dans un mémoire 
au ministre Malesherbes en 1776,roccasion d'un homme de mérite, 
qu'un revers de fortune oblige à se placer. Je le pris lui, sa femme 
et deux domestiques, lui donnai douze cents livres d*appolnte- 
ments, étal bien au-dessus de ce que je pouvais faire et le chargeai 
de mon (ils aîné qui n'avait encore que quatre ans et demi. » 

C'est ainsi que M. Poisson devenait gouverneur de Mirabeau en 
1783; « ses deux iils élevés avec le jeune comte devaient se faire 
connaître sous le nom de La Chabeaussière. L'alné surtout eût 



(1) Rabelais. 

(2) Le$ Mirabeau, par de Loménie, T. II. 



2dO SOCléré ARCnéoLOGIQL'E ET HtSTORlQCe Dû LtMOCStS 

quelque réputation comme auleur dramatique, il fut un des innom- 
brables collaborateurs de Mirabeau, et revendiqua la traduction de 
Tibulle, publiée sous le nom de celui-ci après sa mort » (1). 

J'examinerai, en étudiant la vie d*Ange Poisson de La Gba- 
beaussière, Texactitude de cette revendication, qui fut un sujet de 
longue controverse et peut-être de brouille entre les deux amis. 

Le marquis de Mirabeau eut toujours beaucoup d'égards pour le 
gouverneur de ses enfants ; dans sa correspondance avec son frère 
le Bailli, alors à La Guadeloupe, il se loue beaucoup de Téducalion 
que donne M. Poisson, et, le 11 août 1754, le Bailli répondait : 
« Remercie fort M. Poisson de Téducalion qu'il donne à notre mar- 
mot (2) D. 

Le marquis et M. Poisson se traitaient réciproquement de « cber 
maître », et en 1757, écrivant à M. de Rochefort au sujet des 
inquiétudes qu'il avait sur la santé de M. de La Gbabeaussière, le 
marquis ne craignait pas de dire : « Imaginez-vous un homme vrai- 
ment supérieur par le maintien, l'esprit et surtout par le cœur, 
également propre aux grandes choses et aux moindres, maître 
daos tous les arts libéraux, né même avec cette sorte de talent qui 
comprend Tintelligence et l'exécution de tous les arts mécaniques ; 
un homme enfin que de cinq ans d'habitude je n'ai pu trouver 
faible et intercadent sur rien, et dont le cœur excellent s'est pris 
d'un attachement sans bornes pour moi. » L'année précédente, il 
écrivait aussi à son frère le Bailli de Mirabeau : « Poisson me voit 
venir d'une lieue et je le lui rends bien, car je l'aperçois de quatre 
et nos deux cœurs, faits pour s'entendre, vivent et s'embrassent en 
présence de nos esprits (3). » 

Quel est donc l'enfant dont M. Poisson de La Gbabeaussière allait 
entreprendre l'éducation? G'était le cinquième des onze enfants 
issus du mariage du marquis de Mirabeau et de M"* de Vassan, 
fille du marquis de Vassan, baron de Pierrebuflière, en Limousin. 

Gabriel de Riquetti de Mirabeau était né le 9 mai 1749 au châ- 
teau du Bignon (4) que le marquis appelait « un joli petit panier 
d'herbes ». G'est tour à tour au Bignon et à Paris que le nouveau 
gouverneur devait vivre avec ses élèves et leur famille. Dans l'es- 
prit du marquis, Gabriel de Mirabeau ressemblait à la famille de 
sa mère : « Get enfant, disait-il avec amerture, est la pourtraicture 

{i),Lkê Mirabeau, par de Loménie, T. III, p. 14. 

(2) Lucas de Montigny, t. II, p. 246. 

(3) Les Mirabeau, par de Loménie, t. III, p. 14. 

(4) Le Bignon, situé près de Nemours (Loiret). Le marquis y avait 
dépensé plus 300.000 francs. (Lucas dk Montigny, t. II, p. 323, note.) 



LÛUIS«JBAN*AKGB POISSON DE LA CHABEAUSSièRE 201 

de son odieux grand-père, M. de Vassao ». Il répélait souvent 
qu^avant même de connaître le sexe du nouveau né, les premier^ 
roots qu'il entendit furent ceux«ci : « Ne vous effrayez pas. » Des- 
tiné à être le plus turbulent et le plus ingambe des jeunes gens, 
Gabriel naquit avec un pied tordu, et lui, qui devait être Toraleur 
le plus éloquent de son siècle naquit avec la langue enchaînée par 
le filet; rhistoire rapporte encore qu'il avait deux dents en nais- 
sant. Dès 1750, son père disait de lui au Bailli : « Je n*ai rien à te 
dire de mon énorme fils, sinon qu'il bat sa nourrice, qui le lui 
rend bien, et ils se gourment à qui mieux mieux ; ce sont deux 
bonnes têtes ensemble (1). » 

C'est à l'âge de trois ans que Gabriel de Mirabeau eut une petite 
vérole très maligne, et son père, peu de temps après, pouvait écrire 
au Bailli : « Ton neveu est laid comme celui de Satan [i], » Le 
24 mai 1784, il écrivait encore : « Ton neveu est tout à coup de- 
yenu espiègle, fort questionneur et fort agissant; il donne de l'oc- 
cupation, mais nous le guettons : il est dans des mains excellen- 
tes (3). » 

M. de La Ghabeaussière, le nouveau maître de Mirabeau, était 
tout à fait contemporain du roi Louis XV, et daos ses œuvres ma- 
nuscrites, que je possède et qui me permettent seules de reconsti- 
tuer son existence, je trouve ce placet au Roi : 

Même année et même mois (4), 
Nous naissons deux à la fois : 
Louis, le plus grand des rois ; 
Moi, petit bourgeois, 
Soumis à ses lois. 
Il a tout et je n'ai rien, 
C*est un partage de chien. 



Si pourtant le Roi voulait, 
A son cher frère de lait, 
De sa grâce tous les ans 
Compter mille francs 
En beaux écus blancs. 
Il n^en serait pas plus gueux 
Et j'en serais plus heureux. 

En mars 1758, M. de La Ghabeaussière, fort mal en point, ainsi 
que le marquis de Mirabeau, adressa sur un ton badin une requête 

(1) Lucas de Montignt, t. I, p. 238. 

(2) Ibid., p. 241. 

(3) Les Mirabeau, par de Loménie. 

(4) Février 1710. 



282 SOCIÉTÉ ABCHÉOLOGIQI'B RT lIlSTOIlIQrE Dl' LIMOUSIN 

à M. le baron de Breteuil, mioislre des affaires étrangères, « au 
plus grand minislre de France », pour lui demander une ambas- 
sade pour le marquis, son parent, son allié. Gomme on va le voir, 
M. de La Ghabeaussiëre, implorant pour le marquis, avait soin de 
ne pas s*oubIier : 



Mes chers aïeux, doux, casaniers. 
Si j*en crois une charte antique, 
Entretenaient dans nos foyers 
La paix et concorde harmonique. 
Ils faisaient dans la République 
L'office de bons justiciers, 
Par quoi de noblesse civique 
Furent g-uei^donnés (1) des premiers. 



Le désir de laisrser lignage, 

Des gueux commune ambition, 

A fille de condition (2), 

M'a réuni par le mariage. 

Le ciel à la conjonction 

Donna sa bénédiction 

Et quatre enfants en sont le gage. 

Mais dans la répartition 

Des biens qu^il fit à notre usage, 

Soit dessein, soit distraction, 

Il régla fort mal, dont j'enrage. 

Le point capital... le fourrage. 

Gomme on le voit, La Ghabeaussiëre se fait connaître; il donne 
un aperçu généalogique de sa famille et sa situation actuelle, et, 
s'il ne craint pas d'entrer dans le détail, il en donne la raison : 
c'est 

Afin que vous connaissiez mieux 
L'homme qui vous parle d'affaires. 
Suivant le saint, suivant son rang. 
On chante office différent. » 

Puis il devient plus modeste et plus désintéressé : 

Pour moi, je ne demande rien 
Et lorsque je vous sollicite. 
C'est pour un homme de mérite. 

Et il avoue que le marquis est, à « proportion gardée, presque 
aussi mal en point que lui ». H a compté sa bourse et il assure qu'il 
n'a plus qu'une ressource, « celle d'aller garder les dindons ». 

(1) Récompensés. 

(2) M"« Malabion de La Fargue. 



LOUIS>JEAN-ANGE POISSON DE LA CUABEAUSSIÈrE 



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T. LVI 



19 



^84 SOCIÉTÉ ARCHéOLOGIQUK ET HiSTOlilQUE DU LlMÛCSlN 

Mais cela ne fait pas l'affaire da gouverneur des enfants et il pro- 
pose à M. de Breleuil de donner au marquis une ambassade. Ainsi 
tout s'arrangera, le marquis sera heureux et La Ghabeaussière 
aussi, car il y glanera sa part. 

Toutefois, réducation de Mirabeau devenait de plus en plus dif- 
ficile. Poisson, toujours au Bignon, cumulait les fonctions de gou- 
verneur des enfants et de régisseur de la propriété; il venait de 
tomber malade et les lettres du marquis montrent son anxiété. 
<i Poisson mourra (il ne mourut pas) et je m'acheminerai, dit-il, 
traînant mon fils à la^^einture, sans savoir dans quelle rivière je le 
jetterai » (1). C'est vers cette époque que Mirabeau fut retiré des 
mains de son gouverneur « qui Tavait manqué et en était dépas- 
sé (2). » Il fut alors confié à un ancien officier, parent et ami de la 
famille, Segrais, qui ne fut pas plus heureux, car on dut mettre 
Mirabeau en pension chez Tabbé Choquard. Le marquis était même 
si découragé qu'il fit inscrire son fils sous le nom de Pierre Buf- 
Gère (3) et qu'il écrivait au Bailli : « Je lui ai dit de gagner mon 
nom, que je ne le lui rendrai qu*à bon escient (4) ». 

Au dire du marquis, Poisson aurait «manqué » l'enfant; son frère 
le Bailli, qui parait avoir le gouverneur en haute estime, semble 
plus dans la note quand il dit que ce qui a fait défaut à Poisson, 
c'est l'entrain. Mirabeau était d'une nature fougueuse et le Bailli 
craint que M. de La Ghabeaussière, « en le contenant trop, n'ait 
pour ainsi dire encombré le fourneau (S). » 

L'observation s'appliquerait aussi bien au père qu'à l'éducateur, 
telle est du moins l'opinion de M. de Loménie, qui cite cette phrase 
d'un ami de la famille au marquis à propos de son fils : « Vous en 
ferez un scélérat, pouvant en faire un grand homme ». Ce qui est 
certain, c'est que Poisson employa tous les moyens; il organisait 
des représentations dramatiques « où lui-même, auteur et acteur 
infatigable pour ces sortes d'occasions, jouait un rôle avec son 
élève (6) ». Mais l'enfant était-il éducable? Quoiqu'il en soit, il 
faut rendre hommage à la valeur de l'homme qui, pendant plus de 
dix ans, fut le gouverneur du grand orateur : Mirabeau a reçu une 
instruction très supérieure à celle des gentilshommes de son épo- 



(1) Lucas de Montigny, t. 1, p. 250. 

(2) Le marquis de Mirabeau au Bailli, 14 juin 1764. 

(3) Pierrebuffière, en Limousin, appartenait à M. de Vassan, « Todieux 
grand-père », dont Mirabeau était a la pourtraicture ». 

(4) Lucas de Montigny, t. I. 

(5) Lucas de Montigny, t, L 

(6) De Loménie, Les Mirabeau. 



LÔUIS-JBAN-ANGE POISSON Dfi LA CHABÊAUSSlÈRfi 285 

que. Si le père et le roaitre n*onl pu maîtriser les passions de leur 
élève, s*ils n'ont pu lui inculquer un sens moral, qui lui (il tou- 
jours défaut, ils surent néanmoins développer les riches disposi- 
tions naturelles de son intelligence. « Les leçons de son précepteur 
Poisson, bon humaniste, et la lecture des auteurs anciens, avaient 
laissé dans son esprit des traces profondes (1) ». Et puis quels 
exemples n*a-t-il pas eus dans sa famille ! « Il a vu son père vivre 
avec une concubine, sa mère publier ses adultères et les attes- 
ter par écrit. Quelle discipline morale, quel frein lui a-ton 
imposé? (2) ». 

En somme, Mirabeau a reçu ce qu*on appelle aujourd'hui les 
enseignements de la morale laïque; il lui a manqué les bienfaits de 
l'éducation chrétienne et j*avoue que notre grand aïeul n'était pas 
fait pour les lui donner, si j'eu juge par la légèreté de ses poésies. 
Il n'était que trop de son époque, hélas! 

Ne possédant de M. de La Chabeaussière qn*un recueil de vers, 
j'ignore quel jugement il put porter sur son élève, dont il fut à 
môme de suivre toute la jeunesse et toute la carrière, puisqu'il lui 
survécut près de quatre ans. Il resta d'ailleurs de longues années 
dans l'intimité de la famille de Mirabeau, comme on le verra par 
la suite, et son fils resta lié avec Mirabeau juscpi'en 1782. 

En 4763, on offrit à M. de La Chabeaussière de rester au châ- 
teau du Bignon et de se charger de la régie de cette terre. Il lui 
faut trois cent-un vers pour protester contre cette proposition, 
et la description du ch&teau et de ses propriétaires n'est rien moins 
que flatteuse. Tout est en ruines : maîtres, maison, mobilier : 

C'est dans cet agréable hospice 
Que mes deux hôtes sans pudeur, 
Pour près de dix ans de service 
Employés comme gouverneur, 
A former Tesprit et le cœur 
De certain embryon novice 
Désigné pour leur successeur, 
Me proposent le noble office 
D'intendant et de régisseur. 



Et il refuse 



Merci, vous dis, de cet emploi ; 
Quand le diable se fit hermite, 
Il était plus âgé que moi. 



(1) Articles de M. Mézières, Revue deê Deux Mondeê, 15 mai et 
15 juin 1891. 

(2) Id„ ihid. 



286 SOCléTÉ ARCHéOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Et iSi le porlrail des seigneurs du Bigoon : 

D'abord la dame du \ogis • 

Est uue douairière étique 

Qui peut compter soixante et dix ans. 

Voici le périrait du maître de maison : 

Un vieux squelette en soutanelle (\) 
Huche sur deux grêles fuseaux 
Tremblant de froid sous deux manteaux 
Pendant la saison la plus belle 
Et d'une pituite éternelle 
Inondant parquets et carreaux. 



Les portraits senlenl beaucoup la charge, car les seigneurs du 
Bignon n'étaient pas encore des vieillards; il est plus que probable 
que M. de La Ghabeaussiëre exhalait sa bile de se voir dans la 
nécessité d'accepter la proposition qui lui était faite. Toujours est- 
il qu'il accepta et qu'à partir de ce moment il s'occupa de la ges- 
tion des terres de la famille en Limousin et aussi de la direction 
des mines de Glanges (2), à trente kilomètres de Saint-Yrieix 
(Haute-Vienoc). C'est dans ce pays que M. de La Chabeaussière va 
habiter jusqu'en 1781. La nostalgie de Paris ne semble pas avoir 
étouffé sa muse et tout lui est prétexte à rimes; quelques pièces de 
vers furent publiées dans la Feuille hebdomadaire de Limoges, et il 
tient une correspondance poétique avec M. du Chambon, rédacteur 
en chef de cette feuille (3). Celui-ci, que M. de La Chabeaussière 
qualifie de « meilleur poète de Limoges », « avait provoqué par 
une épitre charmante ses concitoyens à cultiver les muses », et 
M. de La Chabeaussière passe la revue 

De ces rimeurs qui par douzaine 
Avaient formé le beau dessein 
D'enrichir des fruits de leur veine 

(1) Né en 1715, le marquis n'avait que quarante-huit ans; Poisson en 
avait cinquante-trois ans I ! 

(2) Mines de plomb argentifère exploitées pour le compte du mar- 
quis de Mirabeau et d'une compagnie d'actionnaires dont les principaux 
se nommaient : les ducs de Nivernais, d'Aumont, de Duras, marquis 
du Saillant, Turgot, etc. 

(3) Du Chambon, directeur de la Feuille hebdomadaire de Limogeê, 
fut aidé dans sa tâche par Turgot. En 1774, du Chambon demeurait rue 
Beanlégier, proche de la Comédie {Bibliophile limousin, avril et juil- 
let 1905). D'après le Bibliophile, du Chambon n'était pas de Limoges, 
mais y fut attiré par Turgot. — La concession des mines de Glanges fut 
donnée le 18 juin 1728 à Cliarles de Vassan et à Thérèse de Ferrières 
de Sauvebœuf, son épouse (Archives départementales de Limoges). 



LOUIS- JEAN-ANGE POISSON DE LA CHABEAUSSIÈRE 287 

La feuille que chaque semaine 
Cbapoulaud dans son magazin 
Présente au lecteur limousin. 

La Feuille hebdomadaire éisiii imprimée chez Ghapoulaud, place 
des Bancs, à Limoges. H. de La Chabaossiëre était donc à la fois 
intendant des terres du marquis et directeur des mines de Glanges. 
Ces mines de Glanges provenaient de la famille de Yassan et c'est 
en 1763 que le marquis s*engagea dans cette affaire industrielle. 
Peu à peu il la trouva trop lourde, la mit en actions et y plaça en 
qualité de secrétaire caissier M. Garçon, « qui fut son compagnon 
pendant quarante ans » et dont M. de Loménie trace le portrait 
suivant : « Cet homme unique, ce type aujourd'hui disparu du 
secrétaire dévoué, scrupuleux, respectueux, discret, très supérieur 
pour la culture intellectuelle et sociale à la demi domesticité, 
qu1l accepte néanmoins sans répugnance ». Ces deux amis insépa- 
rables moururent à quinze jours de distance, en 1789. 

Le marquis de Mirabeau, « surnommé Tami des hommes », du 
nom d'un de ses ouvrages les plus connus, où il exposait ses idées 
politiques et sociales (1), « appartenait au groupe des philosophes 
et des sociologues que Ton appelait les physiocrales et qui recon- 
naissaient Quesnay pour chef (2) ». Il voulut expérimenter ses pro- 
jets sociaux en Limousin, entre autres un (ribunal de conciliation, 
i< organe de judicalure tenant à la fois de nos modernes justices de 
paix et de nos conseils do prud'hommes (3) ». Devant ce tribunal, 
appelé aussi cour dés prud'hommes conciliateurs et composé de 
huit juges arbitres, élus par les huit paroisses de la baronnie de 
PicrrebufBëre, les habitants de la terre d'Aigueperse venaient 
exposer leurs différends, qui étaient jugés sans retard et sans frais. 
M. Poisson de La Chabeaussière s'occupa beaucoup de Torganisa- 
lion de ces tribunaux et il en fut élu président « comme Sganarelie 
fut médecin malgré lui », dit-il. Poisson fit un discours d'inaugu- 
ration et rendit compte à son maitre, qui ne fil pas attendre la 
réponse à « M. le Président malgré lui »... « Vous voyez bien qu'il 
n'y a pas moyen, dans ces circonstances, de vous soulager du far- 
deau de la présidence. Vous avez, au contraire, des qualités uni- 
ques pour cette place : 1® vous parlez (4) français d*en deçà de la 
Loire et cela en impose beaucoup dans nos pays, c'est comme la 
perruque dans les villages; 2° on vous croit honnête homme et 

(1) Mirabeau limouêin, par Joannès Plantadis. 

(2) W. 

(3) Id. 

(4) De nos jours encore, en Limovsin, le patois est la langue usuelle. 



288 SOCIÉTÂ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

cela ne se trouve pas sous le pas d'une mule (1); oh, mon cher 

maître permettez que je mette vos vertus en œuvre, vos facul- 
tés en évidence et vos talents en usage (2) ». 

Les honoraires payés à H. de La Gbabeaussière ne devaient point 
suffire au ménage, car, en 1780, il recevait une pension de trois 
cents livres de M""* la princesse de Marsan, à laquelle il avait jadis 
adressé un épitbalame à l'occasion de son mariage avec le prince 
de Turenne. 

En 1781, M. de La Ghabeaussiëre quitta le Limousin et se rendit 
à Bayeux, où il avait été nommé directeur de Thôpital. « J*ai fait, 
écrivait Mirabeau (3), nommer Poisson, père de La Gbabeaus- 
sière (4), directeur de l'hôpital de Bayeux Vous ne sauriez 

croire quel plaisir j'ai eu à réparer ainsi les coups du sort envers 
un galant homme, qui n*a pas toujours été traité comme il le méri- 
tait (8) D. Ainsi, l'illustre orateur ne garde pas rancune à son 
ancien gouverneur; il lui rend pleinement hommage et peu de 
jours après il manifeste son intérêt pour la famille Poisson en écri- 
vant : « On a dû donner les Maris corrigés; pourriez-vous me dire 
quel succès ils ont eu? (6) » Or, la pièce était du fils aîné de 
M. de La Gbabeaussière, de Ange-Etienne-Xavier, le compagnon 
d'enfance et l'ami de Mirabeau. 

Nous avons vu brièvement quel avait élé te rôle d'éducateur de 
Poisson, et il nous est presque impossible de porter un jugement 
sur son administration. D'après les documents que j'ai de mon 
ancélre, il devait mener à Glanges la vie de famille modeste, sa 
fille, M"* Lyonnard de la Girennerie, l'y avait suivie, puisque deux 
de ses enfants sont nés à Glanges, el, dans ses vers, notre grand- 
père parle peu d'affaires, ce qui se comprend, et puis, était-il bien 
l'homme à mettre à la tète d'une administration? lui, le poète 
d'abord et le Parisien ensuite? Lui qui, à cinquante-trois ans, s'en- 
nuyait auprès des vieux de quarante-huit ans I car il y a parmi les 
sceptiques une catégorie d'hommes qui ne vieillissent jamais, 
parce qu'ils rient toujours. Dans tous les cas, les relations qu'il se 
créa à Limoges, en fait d'affaires, furent plutôt littéraires, et je ne 



(1) Lucas de Montigny. 

(2) Id. 

(3) Il est à remarquer que c'est Mirabeau Torateur qui fait Téloge de 
son ancien maître. 

(4) Fils aine de M. Poisson de La Chabeaussière, qui fut condisciple 
de Mirabeau. 

(5) Lettres inédites de Mirabeau à Vitry, p. 11, 

(6) Id, 



LOUISWEAN-ANGE POISSON DE LA CHABEAUSSIÂRE 289 

crois pas faire un jagement (éméraire en disant qu'au point de vue 
administration de Glanges, le. fidèle Garçon en fit plus et beaucoup 
plus que mon arrière grand-père. Je ne possède pas de mine, mais 

si j'en possédais une, je n'en confierais pas la direction à un 

poète I 

Nous voici arrivé en 1781, H. de La Ghabeaussière a soixante- 
onze ans et vient d*étre nommé, grftce à Mirabeau, directeur de 
rhôpital de Bayeux, on pourrait supposer que Tftge d'une part et 
l'air ambiant de l'autre, vont assagir Poisson, mais il n'en est rien, 
et malgré tout le respect que je lui dois, il faut que j'avoue que la 
grande préoccupation de ses vieux ans est de rire, à un âge où l'on 
a tant de peine h sourire. En 1782, il chante, au nom de ses mala- 
des, la victoire « remportée par Sa Majesté sur les Anglais, tant 
par terre que sur mer, sous le commandement de MM. de Grasse, 
la Fayette, Rochambeau ». Le 31 décembre 1783, il s'adresse tou- 
jours en vers à M. de Charrin, premier commis du bureau des 
hôpitaux militaires, pour lui rappeler : 

Un vieillard septuagénaire 
Par vous député dans Bayeux. 

H faut croire qu'en 1783 la gène fut assez grande, car il demande 
à M. de La Bordëre, conseiller d'Etat, de le recommsmder à M. de 
Saint-Paul, premier commis de la guerre, et comme la réponse de 
M. de La Bordère se faisait attendre, il lui envoie ces vers : 

Si vers le ciel avez pris votre vol, 

Au nom de Dieu, M. de La Bordère, 

Parlez en ma faveur au bienheureux saint Pierre. 

Si vous vivez encore, au bienfaisant Saint-Paul. 

En 1783, Poisson de La Ghabeaussière adressait à son fils une 
longue épitre (1) pour le dissuader du théâtre : 

Vous voulez donc, mon fils, poursuivre une carrière 
Où se sont illustrés et Térence et Molière, 
Où Regnard quelquefois se montra leur rival. 

Mais avez-vous songé combien est dangereux 
Le désir d'être inscrit parmi les noms heureux ? 

Par moments, le poète était pratique puisqu'il ajoute : 

Et si la pièce tombe, avec quoi vivrez-vous ? 

Ah n'oubliez jamais que par un sort fatal 
Le théâtre souvent a peuplé Thôpital. 



(1) Elle a plus de 200 vers. 



290 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

L*eDvoi élait ainsi formulé : 

Malgré le poids' de ma vieillesse, 

A parcourir encor les routes du Parnasse 

Votre intérêt m'a contraint; 

Recevez, dans les vers qu'ici je vous adresse, 

Le gage paternel de toute ma tendresse 

Et les derniers accents d'une voix qui s'éteint. 

L'inlérét du fils de M. de La Ghabeaussière n'était qu'un prétexte, 
car douze ans plus tard, en 179!(, deux jours avant de mourir, il 
rimait encore ; de plus, raverlissement à son fils était un peu tardif 
car Ange-Etienne-Xavier avait déjà fait représenter plusieurs pièces 
. au tliéàtre Italien, entre aulres Les maris corrigés, qui obtinrent 
un grand succès et il avait fait plusieurs livrets d*opéra dont 
Dalayrac avait écrit la musique. L'une de ces pièces, le Corsaire, 
fut même représentée à Versailles en 1783 (7 mars) devant Leurs 
Majestés. 

En 1784, mon ancêtre Poisson de La Ghabeaussière n'était plus 
à Bayeux, cl on célébrait au château de Mont-Garni (1) la fête de 
la comtesse de Maleyssie (2) qui allait devenir la belle-fille de 
M. de La Ghabeaussière, en épousant son fils A.nge-Eiien ne-Xavier. 
On jouait la comédie à Montgarni et chacun devait ; chanter son 
couplet car voici cplui des domestiques : 

Vive, vive Mongarni 

Et la dame qui l'habite, 

Vive, vive Mongarni : 

C'est le château sans souci. 

On y voit des gens de mérite 

Qui font tous le même cri : 

Vive, vive Mongarni. 

On voudrait s'y faire hermite. 

Vive, vive Mongarni : 

Nous sommes bien, tenons-nous y. 

Gelle fête se passait sans doute aux approches du mariage de la 
comtesse de Maleyssie avec \nge-Elienne-Xavier ; il semble que de 
nos jours les veuves se remarient moins bruyamment. Mais il fallait 
rire et nous verrons qu'on rira jusqu'à la fin. 

En 1786, je trouve dans le rfianuscrit nombre de pages en vers 
sur certain procès de bigamie : « Deux demoiselles avaient succes- 
» sivement donne le nom d'époux à l'auteur âgé de soixanle-dix- 

(1) Vallée de Montmorency. 

(2) Claire de Sylva, fille d'un maître de requêtes, veuve de messire 
comte de Maleyssie, capitaine au régiment des gardes françaises, che- 
valier de Saint-Louis. 



LOUIS-JEAN-ANGE P0IS80N DE LA CHABEAUSSIÊRE 291 

» sept ans; il fut accusé de bigamie par la première. Il se défendit 
» contre celte accusation et soutint la validité de son prétendu 
» second mariage, parce que le premier était nul, attendu que 
» i*accusatrice avait déjà donné le nom d'époux à M. de B..., lien* 
» tenant général, Agé de quatre-vingt-sept ans. M. de B... (i), 
» receveur des finances ayant eu commission pour juger Tinstance, 
» l'accusé fait un mémoire en régie; le père de la seconde demoi- 
» selle se déclara partie intervenante ; bref il y eut arrêt ». Le tout 
se passait à la Folie-Beaujon, chez M. de Bergeret, mais je renonce 
à faire revivre des polissonneries, qui ne sont plus de notre époque 
et qui ne font que confirmer la légèreté de langage de Tépoque. 
Et Tauteur avait soixanle-dix-sept ans ! 

A partir de cette époque, si j'en juge par les œuvres de notre 
grand-père, M. de La Chabeaussiëre va vivre beaucoup avec son 
gendre, M. de Bergeret, receveur général. de la Généralité de 
Montauban. 

« M. de Bergeret était de bonne souche. Sa famille, d'origine 
parisienne, descendait du chancelier Boucherai (3) et avait occupé 
dans les diverses fonctions de TElal, des places importantes. Son 
grand-père avait été avocat général au parlement de Metz (3) », 
premier commis des affaires étrangères sous Colbert de Croissy, 
secrétaire du cabinet du roi, charge dont il traitait le 40 avril 1684 
avec Talon (4). Il fut élu de lA'cadémie française, le 16 décem- 
bre 1684, le même jour que Thomas Corneille, succédant à Géraud 
de Gordemoy (5). Il avait, parait-il, écrit une histoire de Louis XIV 
du vivant même du grand roi et c'est ainsi qu'il battit Ménage (6) et 
eut rhonneor d'être reçu par Racine, le 2 janvier 1683. 

Le père du gendre de M. de La Chabeaussière, Pierre-François 
de Bergeret, fut fermier général; quant à celui qui nous intéresse, 
celui qui épousa M""* de La Girennerie, il possédait à Paris, rue du 
Temple, un très bel hôtel, et il acheta dans la suite, la Folie- 



(1) M. de Berg^eret, gendre de M. de La Chabeaussière, avait épousé 
M^* Lyonnard de La Girennerie, née Poisson de La Chabt aussi ère. 

(2) Boucherai, chancelier, après la mort de Le Tellier, exécuta rigou- 
reusement la révocation de TEdit de Nantes. 

(3) Bergeret et Fragonard, par A. Tornézi. 

(4) Talon remplit les fonctions de procureur général aux grands jours 
d'Auvergne en 1665. 

(5) Géraud de Cordemoy, disciple de Descartes, fut de T Académie 
en 1775. 

(6) Ménage, ami du cardinal de Retz et de Mazarin. 



292 SOClÉTé ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

BeaujoD, de son collègue Beaajon (i). Bergeret fut un collection- 
neur émérile, il commanda des tableaux à Naloire (2), se passionna 
de Boucher (3) et de Fragonard (4), qui va devenir le commensal 
de la famille. A cette époque, il était de mode de se faire suivre 
dans ses voyages d'un artiste et Bergeret demanda à Fragonard 
de l'accompagner en Italie. 

C'est donc dans cet intérieur opulent du financier de Bergeret, 
que M. de La Gbabeaussière allait Onir ses jours, dbtoyant les plus 
éminentes personnalités de la finance, de Tart et de la politique. 
Il avait passé la plus grande partie de son existence à rimer sur la 
gène, et ses derniers vers auront pour sujet : la richesse, la Folie- 
Beaujon, Gassan, etc.. Gassan était, sinon un beau cbftteau,du 
moins une magnifique résidence, près de Beaumont-sur-Oise et 
qui avait été achetée par les Bergeret; « mais de tant de merveilles, 
il ne reste plus rien, Gassan abandonné à TEtat par Bergeret, qui 
pour sauver sa tête se dépouilla de son immense fortune, à l'époque 
la Révolution et se réduisit, pour vivre, à une rente viagère de 
1,500 francs, Gassan, dis- je, tomba vite en ruines » (5). 

En jetant un coup d'œil sur le passé, H. de La Gbabeaussière 
n'avait pas à regretter le Bignon, qui ayait été vendu le 24 septem- 
bre 1789 : le marquis de Mirabeau était mort la rréme année et la 
marquise allait, jusqu'en 1794, achever de dilapider sa fortune en 
se retirant au chftteau de Brie, à Ghampagnac Haute- Vienne, à 
Ghéronnac, à Saint-Junien, jusqu'en brumaire 1796, et elle mourut 
misérablement à Paris. L'avenir, ou du moins le lendemain du 
vieillard qu'était M. de La Gbabeaussière, s'annonçait heureux, il 
allait jouir des succès de son illustre élève, Mirabeau, et, son fils Ange- 
Etirnne-Xavier était déjà connu dans les lettres; malheureusement 
la Révolution approchait. G'est en 1787 que H. de Bergeret quitta 
la rue du Temple, pour aller habiter la chartreuse Beaujon, puis il 
passait une partie de son temps à Gassan, où tour à tour le visitaient 
Poisson son beau-père, M*« de Golillon de Torcy sa belle-sœur (8), 
Fragonard et d'autres. 



(1) Beaujon, receveur général des finances de la généralité de Rouen, 
fonda, à Paris, Thôpital qui porte son nom. 

(2) Natoire, peintre, fut directeur de l'Académie de France à Rome 
en 1761. 

(3) Boucher, peintre du roi en 1765. 

(4) Fragonard, peintre et sculpteur. 

(5) L'&rt au XVIII^ êiècle^ par MM. de Goncourt, t. II, p. 361. 

(6) Notre arrière grand^mère. 



LOUIft-JEAN-ANOE POISSON DE I.A CHABEAUSBiènE 293 

Notre ancêtre nous a laissé une description de la Gharlrease 
Beaujon. 

Hôte charmant, aimable bôtes&e ; 
Palais où Fart et la richesse 
Peuvent se disputer le prix : 



Ce qui mieux vaut, cercle d^amis 
Que le coeur, la délicatesse 
Et Tamour des arts ont unis 



Vous croyez voir dans ce croquis 
Temple de Fée ou de Déesse; 
Non, mais je peins le paradis 
Dont Bergeret avec largesse 
Dans sa chartreuse de Lutèce 
Fait jouir ses menins (1) chéris 

Monsieur de La Ghabeaussière a maintenant quatre-Tingt-trois 
ans et il se plait à célébrer ses anniversaires; la Terreur elle-|nénie 
ne Ta pas empêché pour cette occasion de rimer encore et 
gaiement : 

Eh quoi ! déjà sur mes talons 
J*entends encore la triste Parque 
Me répéter : Allons, allons, 
Il est temps d'entrer dans la barque. 

Mais il ne semble pas se résoudre à la mort, car s*adressant à la 
Parque, il lui dit : 

Accorde moi pour le départ 
Quelques moments de surséance. 

Pendant la Terreur, les Bergeret et les La Ghabeaussière vivaient 
en reclus k Gassan,et malgré les événemenis on s*y amusait encore 
bien qu* Ange-Xavier et sa femme soient internés et menacés de 
réchafaud : toutefois, je dois ajouter que H""* de^La Ghabeaussière, 
la belle-fille, jouait la comédie dans, son cachot. En 4795, mon 
arrière grand-père célèbre encore son anniversaire : 

L*an sept cent quatre-vingt-quinzième 
Et de ventôse jour septième, 
J^aurai dans ce bas univers 
Passé quatre-vingtrcinq hivers. 
C'est bien loin prolonger sa vie ! 
Et pourtant je n*ai pas envie 
D'en terminer encore le cours 



(1) Gentils hommes attachés à la personne du Dauphin. 



Ceci toojoor» trop iôC qu'on s'embarque 
Dans le noir esquif de Caroo ! 
Sus, laquais, si tu toîs la Fuxfiie 
R6der aatoar de ma maison 
Avec Vie 1 sod compagnoo. 
Son remooleor et son escorte i) 
Au nez ra leur fermer la porte. 

Le laquaii( Gt-il mal sa besogne, on fuMI iolimidé? Bref, la Parque 
enlra en 1795 chez M. de La Chabeaossière, à Cassan. Il laissait 
(|ualre eofaols : M"* de Bergeret, H"« de Cotillon de Torcy, le 
chefalier Ange-Elienne-Xavier de La Chabeaossiëre, homme de 
lellres, el AngeJacques-Marie, qui fut inspectear des mines. 

Comte de Fontaine de Rbsbbgq. 



(i) Vie, son médecin de Beaumont-sur-Oise. 
(2) Allusion aux ciseaux de la Parque. 



MONOGRAPHIE 

DU CANTON DE 

SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 

(HAUTE-VIENNE) 
{Suite) 



t 



LUSSAC-LES-ÉOLISES 

La com. de Lussac-les-Eglises occupe rextrëmité N.-O. du can- 
ton; elle est bornée au N. par Coulonges (Vienne) et Tilly (Indre); 
à l'E. par Saint-Martin et Jouac ; au S. par Saint-Léger-Magnazeix, 
Magnac-Laval el Tersannes ; à TO. par Verneuil-Moutiers et Bri- 
guelMe-CliaQlre (Vienne). 

Elle est baignée par deux rivières, la Benaise et TAsse. La pre- 
mière, qui a dans la com. un cours de 4.250"", y reçoit le ruisseau 
du Gros; la seconde j a pour affluents le ruisseau de la Roche, au- 
dessous du village du Mont, et celui des Frétilles ou des Pradelles, 
loDg de 6.250"^. Vksse arrose le territoire de Lussac pendant envi- 
ron 9 kilomètres. 

La com., qui a 4.101 h. 95, est la seconde du canton comme ' 
étendue; sa circonrérence mesure environ 40 kilomètres. Sa plus 
grande longueur est de 8.300", sa largeur moyenne de 5.600". 

C'est dans cette com. que nous trouvons les plus basses altitudes 
du canton; les cartes donnent des cotes comprises entre 247 et 
184"". Son aspect est différenr de celui des autres com. ; du reste, 
une partie de son territoire est constituée par des terrains de sédi- 
mentation. 

Sous Tancien régime, la p"* de Lussac était, avons nous dit, 
séparée en deux parties par TAsse : la rive gauche, qui constituait 
le Fief Lussaçois, relevait judiciairement du Dorât (Basse-Marche) 
et administralivement de Limoges; la rive droite, qui formait par- 
tie de la chfttellenie de Lussac, était dans la juridiction de Mont- 
morillon et dans la généralité de Bourges; on la disait en Poitou. 

Comme pour la partie marchoise d'Arnac-la-Poste, les habitants 
du Fief décidèrent, le 26 oct. 1749, de procéder à la confection du 
terrier de leur territoire. Ce travail, conGé à Pierre Goursaud de 
La Roche, arpenteur du Dorât, fut commencé le 10 avril 1752 et 
clos le 15 mai suivant; il forme un volumineux registre conservé è 



M6 SOGléré ABCHÊOLOGiQUJt ET HISTOEIQUE DO LIMOUSIN 

la mairie de Lussac. On y voit que cette partie de la p'* était divi- 
sée en 4.8Q5 parcelles; aetaelleioeat, elle figure au cadastre, sec- 
tions D et E, pour 1.327 h., en 4.824 parcelles; en un siècle, le 
morcellement de la propriété s'est fort peu augmenté. 

L'état des paroisses pour 1680 donne à cette partie 182 feux : 
« c*esl un pais plan, dans les bois; il s'y recueille du blé, s'y pour- 
rit peu de bestiaux ». 

D'après le terrier, les dîmes de grains, levées à la douzième gerbe, 
sont estimées communément 240 1., cv qui donnerait 2.880 1. pour 
la valeur totale de la récolte en grains. 

De la Hn du XVII* s. à ce jour, la population de la p** n'a point 
beaucoup varié; un recensement précis, document bien rare sous 
l'ancien régime, nous permet de l'établir. Nous le devons à la riva- 
lité bien connue des clergés régulier et séculier. 

Les Augustins de Montmorillon, à cause de leur commanderie 
dHérut, étaient les principaux décimaleurs de la p'*. En cette qua- 
lité, ils étaient tenus de servir au curé une portion congrue; 
vers 1691, celui-ci prétendant que son servii^e était très chargé, la 
p** étant fort étendue, demanda aux Augustin^ de lui subventionner 
deux vicaires. Bien entendu, les religieux refusèrent, et, sur la 
plainte du curé, l'évéque fit procéder à uçe enquête par Pierre 
Materne, curé de Rançon, et Pierre NicauU, s' des Gorces, direc- 
teur du séminaire de Magnac. La pièce principale de cette enquête 
est un dénombrement de la population, tyiquel ces deux ecclésias- 
tiques procédèrent, village par village, I96 8, 9 et 10 août 1691. Ils 
obtinrent un chiffre total de 1.692 h., ()ant 480 enfants, et encore 
comprirent-ils dans leur recensemeqit Le Paumet et Montbon; à 
l'appui de sa réclamation, le curé avait prétendu qu'il avait 
1.800 communiants. En réalité, la population de la p'* était de 
1.502 h. (Arcb. Vienne, MD, 29à). 

Ces données précises nous ont permis de dégager la natalité et 
la nuptialité à Lussac pour la période 1692-1700; la première est 
de 3.37, la seconde 0.69. Ces chiffres sont à comparer avec ceux 
que nous avons donnés plus haut pour notre époque ; on constatera 
notamment que la natalité était alors deux fois plus forte que main- 
tenant. La mortalité n'a pu être établie, les registres manquant. 

Mentionnons, comme précédemment, que le Fouillé de Nadaud 
accuse 1.480 communiants et les visites 850 seulement. 

Un état de 1793 donne à la com. 1.298 h. Le recensement du 
20 frim. an IV porte 1.235; les opérations postérieures nous four- 
nissent les chiffres suivants : i806, 1.498; i836, 1.552; 4837, 
1.640; i856, 1.772; fi66, 1.763; i872, 1.685; 1876, 1.850; 



MONOÛRAPHIE DU CANTON DE SAINT-BULPICE-LES-FEUILLBS M7 

/««/, 1.684; /«««, 1.763; 4896, 1.668; 490f, 1.647; 4906, 
1.674(1). 

La région autour de Lussac était appelée autrefois Lussazeis 
(133SJ, Lussasois (13894409), Lustazois (1468-1496); ce nom ne se 
retrouve plus dans la suite. C*étail bien probablement la circons- 
cription de la cbàtellenie, indiquée plus loin, que Ton désignait 
ainri; nous avons émis précédemment l'opinion que le Lussazois 
avait pu former, aux temps mérovingiens, un pagus distinct. 

Le nom de Lussac procède de Luciacum, qui dérive de Lucius, 
nom propre latin; pour le distinguer de sa plus importante voisine, 
on lui adjoignit le qualificatif les Eglises ou des Eglises, car il pos- 
sédait deux églises. Chose singulière, on n'a jamais rencontré 
dans le bourg de vestiges gallo-romains. 

La plus ancienne forme donnée par les textes est Lussacum 
eeclesiarum (XI* s.). 

La Révolution le nomma Lussac-la-Patrie et même Lussae-les- 
Ladres [L:^Q). 

Le bourg est appelé ville dans les titres de 1392, 1406, 1452, 
1897; il ne parait pas avoir été clos. 

Sa population était de 348 h., dont 100 enfants, y compris le 
château, en 1691, de 300 h. en l'an II, 406 en 1886, 433 en 1866, 
401 en 1876, 484 en 1886, 486 en 1896, 823 en 1906. 

Il n'y a jamais eu a Lussac, dit un précompte de 1481, une for- 
teresse à proprement parler, mais une église fortifiée aux temps 

(1) Le tableau ci-dessous, que nous devons à Tobligeance de M. Que- 
riaud, secrétaire de la mairie, complète ces renseignements sur. le 
mouvement de la population au XIX« s. 

Années Naisuoces MarUget Décès 

180i-1810 514 116 537 

1811-1820 487 150 316 

1821-1830 466 132 372 

1831-1840 446 135 400 

1841-1850 422 122 226 

1851-1860 317 122 208 

1861-1870 327 137 232 

1871-1880 383 174 308 

1881-1890 371 131 289 

1892-1900 322 140 315 

MOYBNNNBS ANNUELLES. . . 40.55 i3.59 32.03 

La chute progressive de la natalité est remarquable. La diminution 
des actes des trois catégories de 1851 à 1870 correspond à une recru- 
descence de rémigration due aux nombreux travaux entrepris à Paris 
pendant cette période. 



208 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

des guerres; Téglise d'ArDac nous offre encore le type de ces sortes 
de forlincâtions. La même pièce nous fait connaître, qu*à Tinté* 
rieur des murailles qui ceinturaient Téglise, se trouvaient des mai- 
sons appartenant à des particuliers. Certaines tours étaient aussi 
propriétés privées; le 16 mai 1523, le s' de L' Age-Bernard déclare 
posséder <« une tour estant au fort dud. liUssac pour la raison de 
laquelle et pour ce qu*elle a été advancée sur les foussez de la for- 
teresse, il deit 3 d. au s' de Lussac ». 

Cet ensemble était désigné sous le nom de fori; il était protégé 
par des fossés. 

Non loin de lu, des documents anciens montrent qu'il existait un 
terroir appelé de La Motte; c'est sans doute le seul souvenir qu'a 
laissé la motte sur laquelle fut élevé le primitif château féodal. 

Les archives de Lussac conservent des terriers de 4S23, 1543, 
1636 et 1784, qui, avec le plan du bourg dressé le i"^ juil. 1809 par 
J.-B. Dépouges, géomètre à Magnac, nous permettent de recons- 
tituer en partie la topographie de l'ancien Lussac : la tour des 
prisons tenait du N. à la place et de l'O. au chemin de la Trigale; 
le four à ban se trouvait sur la place, en face la grande porte de 
l'église ; il joignait la route de La Souterraine. 

Sur le plan une rue est appelée rue du Four, une autre, rue des 
Fossés. Sur ce plan figure également l'église de Saint-Etienne, 
détruite depuis; on peut ainsi constater que cette église, qui se 
trouvait sur la place, avait la forme d'un rectangle orienté de l'E. 
à ro. d'environ 23 m. sur 7 et qu'un petit bâtiment, chapelle ou 
sacristie, était appliqué sur le mur N. du côté du chevet; celuin^i 
était butté par 4 contreforts. 

Comme à Saint-Sulpice, nous trouvons un vegen cité en 1543. 

Le terrier de 1636 mentionne la place du pilori et le marché. 

Les annales de Lussac sont un peu plus riches que celles des 
autres com. du canton. 

Vers la fin de juin 1356, le Prince Noir, parti de Bordeaux avec 
son armée, traversa le Limousin et s'avança vers la Loire en sui- 
vant les frontières du Poitou; une pièce du temps montre qu'il 
passa à Lussac le 19 août de cette année [Arch. hist. du Poitou, 
t. XVII, p. xxxix). 

Des lettres de rémission de mai 1447 nous révèle que le pays fut 
traversé par la fameuse bande de routiers commandée par Jean 
de La Boche; un de ses suivants, Pierre Quissarme, homme de 
guerre, obtient ainsi le pardon d'un vol qu'il avait commis près de 
Lussac, parce que, dit le roi, il « nous a bien et loyaument servy 
à rencontre de nos anciens ennemis les Anglois » (Arch. Nat., 
JJ, 178, n. 178). 



MÔNOGRAPHie DO CAKTON DB SAIMT-SULPICÊ-LES-FÊOILLÉS âM 

Ed jaavier 1588, le roi ayant ordonné rétablissement au Dorât 
d'un magasin de vivres pour la troupe, la châlellenie de Lussac 
dut y envoyer 200 b. avoine, 50 b. de blé, moitié seigle, moitié fro- 
ment, i bœuf gras, 12 moutons et 3 porcs gras (D. Font, t. 2ij. 

Le pays ne fut pas à l'abri des troubles de la Ligue : le 
18 nov. 4593, Paul Thomas, sénéchal de Monlroorillon, qui siégeait 
à Bellac, « pour Tinjure des guerres », étant requis de se transpor- 
ter à Lussac afin de dresser un inventaire, ne se met en route 
qu'accompagné, pour l'assurance de sa personne, du prévôt des 
maréchaux et de ses hommes. 

En 4597, une épidémie, qui sévit un peu partout, n'épargna pas 
Lussac : « Tous les ofBciers de justice sont décédés de contagion, 
laquelle dure encore », porte une pièce du 12 nov. 

Rappelons le tremblement de terre du 20 déc. 1604, qui, au dire 
du curé, dura un quart d'heure. 

Les lettres patentes de 1609, que nous publions plus loin, mon- 
trent qu'à la suite des guerres, et sans doute de cette épidémie et 
du tremblement de terre, Lussac fut ruiné et abandonné de la plu- 
part de ses habitants; il commence seulement, disent-elles, à se 
remettre et peupler. Il est à croire qu'à ces fléaux vinrent aussi s'ajou- 
ter des luttes intestines entre catholiques et protestants; ces der- 
niers devaient être en nombre, car, en avril 1608, nous les voyons 
enterrer de force, dans l'église, le flis du s' de Lussac, qui appar- 
tenait à cette religion. 

Au mois de déc. 1631, une nouvelle peste, dont les eiïets se firent 
sentir par toute la France, décima tout particulièrement Montmo- 
rillon : les ofliciersde la sénéchaussée abandonnèrent leur poste et 
i\e réfugièrent au point le plus éloigné de leur juridiction, c'est-à- 
dire à Lussac : ils tinrent les grandes assises d'après Noël dans 
l'église Saint-Etienne. Le sénéchal, Jean Chastenet, fut logé au châ- 
teau de L'Age et les autres officiers dans les tavernes et chez les 
particuliers (D. Font., t. XXI, p. 603). 

En 1654, des soldats de passage se livrèrent dans le bourg à de 
nombreux excès auxquels participèrent des habitants du bourg; 
sur les plaintes des volés, des informations judiciaires furent 
ouvertes, en juillet, contre ceux-là, qui, pour s'excuser, prétendi- 
rent avoir été contraints de servir d'indicateurs aux soldats; l'un 
d'eux assure qu'il a été battu, lié et garotlé l'espace de deux jours 
par les soldats, pour l'obliger à aller avec eux quérir du foin. L'an- 
née suivante, en février, pareils faits se renouvelèrent à l'occasion 
du passage des troupes de Mazarin; il y eut même des morts (Dom 
Font., t. XXI). 

Plusieurs registres révolationnaires fournissent des détails nom- 
breux sur les événements du temps à Lussac. 

T. LVI 20 



3<)0 ftOCléré ARCHEOLOGIQUE ET HISTORIQUE Dt7 LtMOUSiN 

Nous n'avons rien trouvé toutefois sur les préliminaires de 4789 
et le cahier des doléances; le procès-verbal de rédaction de celni-ci 
existe seul aux archives (B. 443}; il est daté du mois de mars. 

En 4790, Timportance de ce bourg le fit ériger en chef-lieu de 
canton, avec, dans son ressort, Jouac, Saint-Martin, Azat, Verneuil 
et Mouliers. 

En avril 4791, la municipalité au pouvoir a pour chef François 
Pillaud; elle met toute son énergie à maintenir Tordre dans la 
com en faisant procéder par la garde nationale à de nombreuses 
patrouilles dans les cabarets. 

Le 44 juil. de cette année est célébré en grande pompe par la 
garde nationale, le maire et les habitants; le feu de joie est allumé 
par Mad. de Lussac. 

Aux élections du mois de nov. une nouvelle municipalité arrive 
aux alTaires et met à sa tête Jean Gaillard ; elle débute par Tinslal- 
lalion d*un atelier de charité. Le 26 déc. le maire et les officiers 
faisant leur visite ordinaire des cabarets et bouchons, trouvent 
Tun d'eux ouvert à 9 heures et demie du soir et représentent aux 
consommateurs qu'il est une heure indue : ils sont accablés d'in- 
jures et assaillis à coups de pierres; un garde est blessé. 

En mai 4792 le bourg fut très mouvementé par la réorganisation 
de la garde nationale dont nous avons parlé plus haut. 

Vers cette époque le numéraire étant devenu forl rare et les 
nouvelles pièces de billon, épaisses et massives, élanl d'un manie- 
ment incommode, il en résultait que l'échange des assignats était 
fort difficile : à Lussac, ils perdaient au change de 8 à 10 Vo- Pour 
remédier à cet inconvénient, Pillaud, Rougier et Ducoudray, 
demandèrent l'autorisation de faire fabriquer des billets de con- 
fiance de 5, 40 el 20 s. à échanger contre des assignats de 5 1. 
jusqu'à concurrence de 3,000 I. Cette autorisation fut accordée et 
ces billets circulèrent jusqu'au 48 janv. 4793, qu'un arrêté du 
déparlement supprima toutes les caisses ainsi créées. Le 3 févr., la 
municipalité nommait 3 commissaires pour procéder à ce reirait. 

L'Assemblée Nationale ayant déclaré la patrie en danger le 
42 juil. 4792, la municipalité se déclare en permanence le 46 sui- 
vant, mobilise la garde nationale et place des sentinelles aux 
entrées du bourg avec ordre d'arrêter toulo personne non munie 
de passeport ou d'une cocarde aux trois couleurs. Le 49, pour évi- 
ter a du dégoût » chez les gardes nationaux, il est arrêté que le 
service sera interrompu le jour, mais continuera de 8 heures du 
soir à 4 heures du malin. 

Le même jour on ouvre un registre pour l'inscription des volon- 
taires : Irois seulement se présentent : Pierre Mathieu-Ducoudray, 
Antoine Marconi el Frahcois Rodier. 



MONOGUAPIIIË bO CANTON DE SAlNT-SULPiCE-LES-FÉUlLLKS 304 

Vers la fin de l'année, les vivres devenant rares, on décide de 
procéder à des visites domiciliaires pour établir les ressources; le 
2â oct. les commissaires déclarent qu'il n*y a dans la commune que 
6,000 b. quantité insuffisante pour la consommation; la municipa- 
lité interdit alors de vendre les grains à domicile; ils doivent être 
portés au marché le mardi, à peine de 100 I. d'amende. 

Ces mesures ne sont pas suffisantes et bientôt courent des bruits 
sinistres : famine, accaparement par les bourgeois. Dans le district, 
ces bruits propagés par les contre-révolutionnaires, sont généraux; 
bientôt l'émeute, qui couvait, éclate : le 9 déc. au Dorât, le district 
est assiégé par la foule qui exige la taxe des grains; sur un refus, 
des troubles graves éclatent et continuent les jours suivants gagnant 
les environs. Le 14, les habitants de Magnac viennent se joindre 
à ceux du Dorât; on sonne le tocsin, des coups de fusil sont tirés, 
la salle des séances est envahie, des menaces sont proférées. 
L'ordre ne fut rétabli que le lendemain par l'arrivée d'une troupe 
de 400 hommes (L. 546). Chassés du Dorât, les perturbateurs vont 
s'exercer ailleurs : le 16 déc. les habitants de Lussac se présentent 
à la municipalité et, comme au Dorai, demandent la taxe des grains; 
pareil refus leur ayant été opposé, ils décident de l'établir eux* 
mêmes ; à cette fin, ils partagent la com. en 8 sections et procèdent 
au recensement des grains; puis ils viennent sommer le maire de 
se joindre à eux ; celui-ci n'ayant pas de force armée à sa disposi- 
tion, la garde nationale s'étant bien probablement réunie aux 
émeutiers, est contraint de les laisser agir et se contente de 
demander des secours au Dorai; ce secours arrive le lendemain 
sous la forme de 25 gendarmes accompagnant un détachement de 
la garde nationale de Bellac. 

Le maire, fort de cet appui, enjoint alors au commandant de la 
garde de Lussac d'avoir à réunir sa troupe, mais il est impossible 
à celui-ci de trouver un homme et le maire doit pour se protéger, 
requérir 2 gendarmes et 2 volontaires. 

L'arrivée de cette force ne calma pas les esprits et le 18 au matin 
la place était à nouveau garnie de manifestants; quelques-uns 
disaient tout haut « qu'ils voulaient jouer à la boule avec les têtes 
de plusieurs citoyens et notamment de Pillaud » que la rumeur 
publique désignait comme principal accapareur des grains. 

Enfin les meneurs pris de peur s'éclipsèrent et le soir à 6 heures, 
Brac, envoyé du district, déclare à la municipalité qu'il n'y a plus 
d'insurrection. 

Lors de l'enquête qui suivit, il fut établi que les plus compromis 
étaient partis pour la Beauce et que Pierre Gallct, qiaçon, du vil- 
lage de Lavaud, qu'on représentait comme le chef des agitateurs 
s'était enfui à Paris (L. 549.) 



dôâ SOCléTè ARCHéoLOGIQCB ET BidtOlUQÛE t>C LtMÔUSiN 

En mai 1793 commencèrent les réquisilions de soldats ponr la 
Vendée; comme anx Chézeaux, les volontaires font à peu près 
défaut : le 10 mars, on demande 10 volontaires, personne ne se 
présente. Pareil insuccès le 17 pour 10 hommes demandés par le 
district; Pillaud, officier municipal délégué, forme alors une liste 
d'office, mais 4 de ceux qu'il désigne menacent de Tassassiner; on 
doit sur le champ les conduire en prison. 

Les nouvelles des Deux-Sèvres devenant de plus en plus alar- 
mantes, le district ordonne, le 18 mars, le départ de tous les gardes 
nationaux disponibles. Lussac devait fournir 30 hommes; le maire 
constate le lendemain qu'il a fait tout son possible, mais il n'a pu 
décider personne à partir. 

Ce refus était presque général et presque toutes les municipalités 
du pays encourageaient ces défections : le 30, le district du Dorât 
constate que sur 205 hommes, il ne s'en est présenté que 103; à 
Magnac notamment la municipalité avait désigné 38 absents sur 40, 
son contingent. Le 27 mars, Bordas et Borie, commissaires de la 
Convention, se rendirent au Dorât pour enquêter sur ces faits. 
Leur rapport constate que le procéda de nommer des absents a élé 
employé dans la majorité des communes, souvent à Tinstigation des 
maires. Ils déplorent le très petit nombre d*engagements volon- 
taires et rexplique : « la crainte nonchalante des campagnes, le 
peu de jeunesse des villes, le départ de plus de mille jeunes gens 
qui vont chercher ailleurs les ressources que le climat leur refuse, 
contribuent un peu au découragement » (L. 549). Différents motifs 
mettent aussi obstacle au départ des recrues : défaut d'équipement, 
réclamations des hommesdésignés,absence d'un certain nombre,etc. 

La Vienne étant à son tour menacée par les Vendéens, le dépar- 
tement prit, au commencement de mai, des mesures énergiques 
pour recruter des défenseurs : il enjoignit à tous les officiers des 
gardes nationales d'avoir à partir sur le champ pour Poitiers, à 
cheval et armés; son arrêté fut communiquée Lussac le 9 mai 
avec ordre de se rendre à Limoges le 13. La plupart des officiers 
du canton, après avoir joui en paix des honneurs attachés à leurs 
grades, acceptèrent d'aller au danger : trois seulement se récusè- 
rent : Jean Lavaud, capitaine, et Jean Saulnier, lieutenant, préten- 
dirent n'avoir jamais accepté leurs charges et, de plus, ne pas savoir 
monter à cheval; ils offrirent de se rendre à pied; un autre lieute- 
nant, François Pillaud, qui était en même temps officier municipal, 
crut devoir demander à la municipalité à quelle charge il devait 
plutôt se consacrer : on lui répondit de se rendre à Limoges et de 
s'en rapporter à la prudence du département. 

Le 18 mai, Lavaud et Saulnier n'étant pas encore partis, ordre 
est donné au maire de les faire conduire sous escorte. Il fallut bien 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 303 

s'exécuter, mais dos deux guerriers malgré eux se veDgèrenlde 
leurs concitoyens, qui n*en pouTaient mais, d'une façon plaisante : 
en arrivant au Dorât, Saulnier n'avait qu'une mauvaise jument et 
était sans manteau, Lavaud n'était vêtu que de loques et n'avait ni 
pistolets, ni bottes. Sur les observations qui leur furent (aites, ils 
répondirent que c'était tout ce qu ils possédaient, mais que si on 
voulait les voir en meilleur équipage, le district n'avait qu'à réqui- 
sitionner la jument de Ducouret, le manteau de Michelet, les bottes, 
les pistolets, une veste et une culotte du maire; le 21 mai le district 
faisait droit à leur demande : le maire dut livrer sa garde-robe et 
ses pistolets, Ducouret, sa jument, et Michèle!, son manteau ! 

Le 23 mai, deux envoyés de la Société Républicaine de Limoges, 
Scevola Sauger et Barret, viennent visiter Lussac et s'enquérir de 
l'esprit public : ils constatent qu'il n'y a pas de plaintes contre la 
municipalité, que les impôts rentrent bien, que ceux qui vont à la 
messe ne parlent pas contre la constitution. 

Le 14 juillet 1793 la nouvelle constitution est acceptée par Tuna- 
nimité des 248 votants de l'assemblée primaire. Le 27 du ipéme 
mois la municipalité taxe le pain à 8 s., 7 s. et 6 s., suivant la 
qualité, et édicté des peines sévères contre les boulangers qui 
s'abstiendront de faire du pain. 

La Convention, par décret du 7 août, avait commis Brival, com- 
missaire à Tulle, pour se rendre dans la Haute- Vienne et y prendre 
vis-à-vis des fonctionnaires toutes les mesures qu'il jugerait conve- 
nable. Ce commissaire, investi de ces redoutables pouvoirs, arriva à 
Lussac le 22 suivant; sur le champ, il suspendit la municipalité : 
Gaillard, maire, Pillaud et Bouchalais, officiers municipaux, Rou- 
gier-Labergerie, procureur de la com., Rougier-Lageboutaud, 
Cailleaudeau, Gigaud et Guillemin^Montplanet, notables. A. leur 
place il nomma une commission sous la présidence de Brac, de la 
Trigalle. Il ordonna en même temps la vente de l'église Saint- 
Etienne. 

À la suite de cette suspension, le comité de Salut Public du 
département, prit un arrêté enjoignant à tous les membres suspen- 
dus de rester en état d'arrestation chez eux. Gaillard, Pillaud et 
Montplanet devaient être tout particulièrement gardés à vue, 
chacun par un garde national. 

Le 20 oct., passent à Lussac Biron et Faugcras, commissaires 
envoyés dans le département pour propager et entretenir l'enthou- 
siasme de la liberté et de Tégalité. 

Sans doute sous l'influence de cette visite, un comité de surveil- 
lance se forma dans notre bourg qui prit vers ce temps le nom de 
LussaC'la-Patrie. 

Ce comité, qui tint sa première séance le 26 ventôse an II, en 



304 soGiéré archéologique et uistobique du limousin 

présence de Brulus Péricand, délégué du district, comprenait 
12 membres; son premier président fut Rougier-Labergerie. 

Il s'occupa de surveiller les suspects et l'esprit de la population, 
de passer les fonctionnaires au scrutin épuratoire, de viser les cer- 
tificats de civisme délivrés par la municipalité; on ne trouve pas 
traces de son ingérence directe dans les affaires municipales. 

Ce comité fut supprimé par la loi du 7 fruct. an II; il cessa ses 
fonctions le 30. 

Durant ses six mois de fonctionnement, il ne déclara suspects 
que 3 habitants, en dehors des 3 membres de l'ancienne munici- 
palité. Deux autres habitants, un marchand et un ouvrier, que 
l'opinion publique considérait comme tiëdcs, demeurèrent en état 
d'arrestation à leur domicile. 

Il y a dans nos registres une lacune qui va du 30 fruct. an II au 
49 brum. an IV. À cette époque nous trouvons en fonctions les 
municipalités de canton créées par la constitution de Tan III. 

Celle de Lussac ouvre ses séances le 19 brum. an IV et nomme 
pour président Gaillard, déjà maire : les affaires traitées étaient 
nombreuses, car elles nécessitaient un secrélaire en chef et deux 
employés. 

Ses attributions était fort diverses. 

Les délibérations purement politiques sont en fort petit nombre : 
le 8 pluv. an IV, ordre de faire disparaître tous les signes exté- 
rieurs du culte; le 6 prairial suivant : « la cocarde tricolore, signe 
de ralliement de tous les bons citoyens et la seule marque distioc- 
tive dont ils doivent être décorés, sera portée pat* tous les habi- 
tants ». Le 30 frim. an VI on décide que tout citoyen qui dans la 
salle des séances prononcera le mot odieux monsieur en sera hon- 
teusement chassé, de même que ceux qui ne porteront pas la cocarde. 

Au point de vue économique, citons les arrêtés du 7 frim. an IV 
qui enjoint aux bouchers d'exposer sur la place publique les bétes 
qu'ils veulent tuer, à peine de confiscation; du 20 pluv. an IV, qui 
impose à l'agent national le soin de faire un rapport hebdomadaire 
sur la propreté des rues; du 30 germ. qui défend de langueyer les 
cochons sur le marché; du 10 fruct. an V qui prescrit des pour- 
suites contre un bourgeois qui avait mis en vente de la très 
mauvaise viande à 1 s. la livre, sans l'avoir présentée au contrôle 
municipal; du 10 niv. an V, contre des habitants des Bouiges et la 
Jallebosse qui ont laissé pacager des brebis atteintes de la gale, etc. 

D'autres très nombreuses délibérations concernent les nouvelles 
fêtes du calendrier républicain; chacune d'elles fait l'objet d'un 
procès-verbal détaillé; assez suivies au début, ces réjouissances 
furent bientôt entièrement délaissées. Le 5 germinal an V, per- 
sonne ne se présente pour célébrer la fête de, la jeunesse : 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SLLIMCE-LKS-FEL'ILLES 30;i 

radministratioD, « aiïectée de doalear, bravarit tes ridicules sou- 
rires de mépris des royalistes et leur insullanl silence, va faire une 
promenade civique autour de Tarbre de la liberté et lui donne le 
baiser fraternel ». 

La fête du 23 Iherro. an IV (10 août) eut plus de succès; mais 
elle donna lieu à des troubles : ia garde nationale en grande tenue 
se rendit à Tarbre de la liberté avec la municipalité où Ton entonna 
« le couplet divin : Amour sacré de la Patrie ». 11 y eut ensuite une 
•farandole autour de Tarbre et on renouvela les serments de vivre 

libre ou mourir. Trois femmes qui avaient crié : vive m ! furent 

incarcérées; ces arrestations soulevèrent une partie de la popula- 
tion et certains tentèrent, à coups de mache^ d'enfoncer la porte de 
la maison d'arrêt. Le président du canton, menacé et se voyant 
sans force au milieu du peuple rassemblé, fut obligé de faire élargir 
les 3 femmes. 

En Tan V, le premier vendémiaire, l'anniversaire de la fondation 
de la République donna lieu à une fête terminée par une faran- 
dole, un banquet fraternel et un repas frugal. 

Ce registre de délibérations est clos le 9 pluv. an VI et sur la 
fin, il n'y est plus question que de matières fiscales. 

En pluviôse an X le canton de Lussac fut supprimé et incorporé 
à Saint-Sulpice, sauf Azal, Verneuil et Mouliers réunis au Dorât. 

Dès le X^ s., comme son nom l'indique, Lussac possédait deux 
églises : Tune paroissiale placée sous le vocable de saint Martial, 
l'autre dédiée à saint Etienne. 

. La première avait pour patron l'abbé de Sainl-Marlial de Li- 
moges ou le prévôt de La Souterraine, qui dépendait de celui-ci. 
Elle était administrée, comme à Àrnac, par une communauté de 
prêtres, meniionnée en 4550, mais n'existant plus au XVIIP s. 

Presque toutes les dimes^appartenant aux s" ou à des religieux, 
le curé était à portion congrue. 

D'après un compte de 1550, les religieux d'Hérut devaient 10 s. 
seigle à la communauté des prêtres et 9 s. 2 b. au curé. Le 14 sept. 
1654, pour se libérer de cette charge, ils lui abandonnèrent les 
dîmes de blé sur Le Plan, Le Couret et La Jallebosse. Le â1 juin 
1692, nouvelle convention entre les deux parties : le curé renonce 
à toutes ses dîmes, mais les religieux s'engagent à lui payer une 
pension de 300 1. et de 150 1. au vicaire (MD. 300). 

Le 16 août 1697, les Augustins de Limoges reconnaissent qu'ils 
doivent contribuer pour 8 1. à la pension du curé. 

La présentation à la cure appartenait aux s" de Lussac. 

L'église, qui s'élève sur la place, a la forme d'une croix latine; 
elle est précédée d'un narthex originairement ouvert sur trois 
côtés ; les baies latérales — l'une d'elles était appelée porte des 



306 



SOtiBTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 



lépreux — ont été murées anciennemenL Au-dessus se trouve le 
clocher. 

Le portail de réglise est ogival; il est orné de simples tores; les 
chapiteaux n'existent plus. La nef est divisée en trois travées 
voûtées par des croisées dogive. Elle est éclairée par des fenêtres 
agrandies récemment. 

Cette église renferme encore d'anciennes statues; nous citerons 
tout particulièrement une superbe Piéto en pierre blanche poly- 
chromée où la Vierge, les mains jointes, est vêtue en religieuse : 
robe rouge, voile bleu et guimpe blanche. L'artiste a su traduire 
avec jusiesse l'expression douloureuse du visage de la mère; le 
corps du Christ, rigide, est placé en travers sur ses genoux;' ce 
monument paraît être du XVII* s. 

Mentionnons encore quelques autres statues en bois : d'abord 
celle de saint Etienne, très vénérée et dont les bras sont chargés 
de faveurs multicolores placées par les pèlerins; une sainte Philo- 
mène; un saint Martial; un grand Christ dont la couronne, en 
forme de tortil, était hérissée de clous ; un Père éternel, à la figure 
joyeuse, émergeant du milieu des nuages, etc. 

L'abbé Texier a signalé dans son Dkt. d'orfèvrerie, v* Oslen- 
sions, un reliquaire émaillé du XIII* s. possédé par cette église; il 
n'existe plus depuis longtemps (1). 

En oct. 1605, le clocher fut réparé par Léonard Desgranges. 

Le 46 lév. 4645, pendant la nuit, raconte Robert du Dorât, un 
violent ouragan gâta les couvertures des églises de Saint-Martial et 
de Saint-Etienne de Lussac et enleva les clochers de plusieurs égli- 
ses..(D. Font., t. XXI, p. 603.) 

L'église a subi en 1875 d'importantes réparations qui ont coûté 
29.000 fr. 

Les s'« de Champeron et de l'Age-Bernard possédaient droits de 
sépulture et de bancs dans l'église; ces droits donnèrent lieu à 
maintes contestations entre eux. Les tombeaux du s' de Champeron 
étaient sous les cloches. 

Les registres de l'état civil constatent la fonte de plusieurs clo- 
ches, mais nous laissent ignorer les noms des fondeurs : le 3 avril 



(1) Le 10 flor. an II, on envoie au district six grands chandeliers, 
un bénitier, une petite fontaine, un encensoir, deux croix, la chÂsse 
d*un reliquaire en plusieurs morceaux, le tout de cuivre et provenant 
de cette église. Plus trois cloches, pesant 1.700, 300 et 1601., et une 
petite cloche venant de Saint-Etienne du poids de 60 1. 

Le 30 messidor, on adresse au même les vases sacrés, pesant ensem- 
ble 7 marcs d'argent. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 307 

1608, bénédiction de la grosse cloche dédiée à sainte Barbe ; par- 
rain, François Prévost; marraine, Souveraine de Bourdelles. 

I^ 24 avril 1731, deux cloches furent fondues pour l'église : Tune 
de 1.750 1., sous le nom de Sainl-Marlial, eut pour parrain le mar« 
quis Foucault de Saint-Germain, brigadier des armées du roi, gou- 
verneur de la Haute et Basse-Marche, et pour marraine la marquise 
deLussac; la seconde de 3001. reçut le nom de Saint-Etienne parle 
marquis de Lussac et la marquise de Saint-Germain-Beaupré. Ces 
cloches furent refondues en 1789. Le 21 juil. de cette même année, 
le curé bénit trois cloches : la première, pesant 1.827 1. et dédiée à 
Saint-Martial, eut pour parrain et marraine le comte et la marquise 
deLussac, représentés par Pierre Guillemin de Monlplanet et Mag- 
deleine-Geneviève Goudon ; la deuxième, sous Tinvocalion de la 
Vierge, tenue par Mesmin de Bouex, marquis de Vilmorl, et la com- 
tesse de Lussac; la troisième, consacrée à Saint-Etienne, pesant 
272 I. Ses parrain et marraine furent le ch' Louis-Alexandre de 
Lussac et Henriette-Marie-Louise de Bouex de Vilmort. 

La première existe encore et son inscriplion a été publiée par 
M. Tabbé Lecler. 

On se rendait autrefois à Saint-Martial « pour tous maux d'esto- 
mac et douleurs de reins '>. (Dom Font., p. 941.) 

M. Tabbé Nadaud, doyen de Lussac, possède un curieux registre 
contenant les délibérations, de 1897 à 1744, dune confrérie ou 
agrégation du Saint-Sacrement établie dans Téglise de Lussac. 
Malheureusement la première page, qui portait les statuts, a été 
déchirée en grande partie. 

Elle comprenait surtout des prêtres et quelques laïcs; elle ne fut 
jamais très nombreuse : en 1741 elle atteint son maximum avec 
27 membres dont 19 ecclésiastiques. En 1609 elle avait décidé de 
n'admettre que deux laïcs comme porte-croix et porte-bannière, 
mais cette délibération ne fut pas maintenue dans la suite. 

Les confrères se réunissaient une fois par an, tantôt à Lussac, 
tantôt dans les p'*' voisines; le baile, élu par eux et pour un an, 
devait offrir un banquet qui était précédé d'une messe; les mem- 
bres qui n*y assistaient pas et qui ne fournissaienl pas d^excuses 
valables (1) étaient impitoyablement rayés. 

Les confrères étaienl tenus de dire ou faire dire 4 messes 
par mois, de porter au cimetière les corps des confrères décédés 

(1) Voici quelques excuses alléguées : en 1666 Léonard Perrin est à 
Saint-Jacques de Compostel ; le 23 juil. 1619 la frairie se tient à Lussac 
« à Toccasion de la guerre et autres occurences )>; le 5 mai 1621, Martin 
de Mascloux est à Rome; le 28 juin 1639, le même, qui était alors curé 
de Jouac, ne peut venir c< à cause des ^ens d'armes qui sont au pays ». 



.^>8 «kOClÉTÎ. AKCIfCOI.<XilQL'E ET UlâTOHIQIE Dl' LIMOLSIN 

et d'assister aux anoifersaires avec un cierge ; la cotisation était 
d'une demi-livre de cire. 

Une délibéralion d*habilants du 4*' nov. 4733. nous apprend qu1l 
j avait deux sacristains, I*un nommé par le curé, lantre par les 
paroissiens. Pour Jeur rétribution, ils prélevaient snr chaque mé- 
tayer un boisseau de seigle, sur chaque laboureur à 2 bœufs ou 
vaches 1/2 b., autant sur chaque meunier; sur les principaui habi- 
tants du bourg, 5 sols, sur les autres 3 s.; sur les habitants de la 
campagne une écuellée de seigle ou 3 s. Ils étaient chargés deTen- 
iretien de l'horloge. (M. N.) 

L'église ou chapelle Sainl-£tienne, annexe de la précédente, avait 
les mêmes patrons; elle était placée sous Tinvocation de saint 
Etienne, pape. En 1719, quelques murs déjà très anciens s'écrou- 
lèrent; ils furent reconstruits la même année par les soins du curé 
qui procéda à une nouvelle bénédiction, le 30 juil., en présence de 
nombreux prêtres; la statue de saint Etienne y fut rapportée pro- 
cessionnellement au milieu d'nn grand concours d'étrangers. (E. G.) 

Nous avons dit que cette église jouissait d'un grand renom dans 
la contrée ; u L'église de Saint-Etienne, rapporte Robert du Dorât, 
est recommandée pour tous maux de teste; Ton y va en dévotion 
le jour de Sainl-Ëliennc et le lendemain de Noël, mais particuliè- 
culièremenl Ton y va en plus grande abondance de peuple le 
2' jour du mois d'aoust, qui est la feste de saint Etienne, pape et 
martyre, et le 3* jour dud. mois, qui est l'invention de saint Etienne, 
comme aussi les laboureurs y vont pour les maladies du grand 
bétail. » Plus loin, il dit qu'on s'y rend aussi en « voyage pour 
toutes les maladies d'esprit et douleurs de teste ». (Dom Fonleneau, 
t. XXXI, p. 939 et 941.) 

La Révolution n'interrompit pas cette dévotion et les registres 
municipaux montrent que, le 14 juil. 1791, le Conseil, considérant 
que les offrandes faites à saint Etienne ne doivent être employées 
« qu'à l'entretien majestueux du culte divin et non tourner au pro- 
fit des curés », décide : 1** d'acheter un registre pour inscrire les 
messes et les offrandes.; 2° d'acquérir 24 I. de cire jaune destinée à 
faire des cierges pour les voyageurs; 3" de nommer 3 prêtres pour 
faire les offices; 4° de désigner 3 commissaires pour les surveiller. 
Le 20 août, ces derniers font connaître que les offrandes faites se 
sont élevées à 270 I. et 32 l. de cire. L'année suivante, pareille 
organisation fut maintenue. 

En 1793, les commissaires encaissèrent 92 I. 10 s., frais déduits, 
provenant de 596 offrandes; mais, quelques jours après, le repré- 
sentant Brival blâma cette perception et fit remettre cette somme 
au curé. 

Le 12 thermidor an V, un membre de la municipalité requiert le 



^nr 



MONOGRAPHIE Dtî CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 309 

maire de prendre des dispositions pour assurer Tordre le jour de 
Sainl-Elienne, une multitude d'hommes et de femmes, filles et gar- 
çons, de lout âge et de toute sorte d'opinions, ayant l'habitude 
de se rassembler à Lussac, d'autant plus qu'en ce moment les partis 
s'agilent. 

Kn 1793, cependant, l'église Saint-Etienne avait été vendue avec 
la chapelle de N.-D. de Pitié à Joseph Deguercy, qui céda le lout, 
le il messidor an VII, à François Verdellet moyennant 300 1.; les 
tuiles et le plomb avaient été déjà aliénés par lui. Ce dernier la 
démolit et, actuellement, ses traces n'existent plus. 

Une cloche de 33 1. est bénite pour cette chapelle le 20 déc. 
1722; elle est nommée par le s' et la dame de Lussac. 

Le culte de Saint-Elienne est toujours fort en honneur et le pèle- 
rinage de Lussac est encore très suivi, surtout pour les enfants 
en bas âge ; ce jour-là se réunissent à Lussac, pour exploiter la 
pitié des fidèles, tous les mendiants de 20 lieues à la ronde, une 
vraie Cour des Miracles ! 

Lussac possédait aussi un prieuré dépendant de Saint-Martial de 
Limoges ou du prévôt de La Souterraine; il y avait un moine en 
1216. Le prieur devait tous les ans au prévôt un dîner composé 
« d'un chief de pollnilhe (1), boulhy à la poréc (2) blanche et un 
donr (3) de plesse sal pris à la sausse des espices, d'un meytz de 
viande boulhy, c'est assavoir beuf et porc et de chacune longe ne 
se doit faire que trois pièces et enlre deux et deux en doivent avoir 
11 .pesses; deux doivent eslre servis d'une pièce de beuf et de porc 
et se doivent manger au poyvre chaud ; et otillre plus doit ung 
setier de vin, plus XII deniers au cuisinier ». (M. Valadeau, Notice 
Jim La Souterraine, p. 27.) 

Le cimetière était au milieu du bourg et tenait aux deux églises. 
Le 19 déc. 16o2, Léonard Sorroreau, qui y avait à moitié tué un 
pauvre mendiant, est condamné à y faire amende honorable en 
chemise, la torche au poing, tête et pieds nus, et à demander par- 
don à Dieu et à M' Saint-Etienne. 

Au éour d'une visite à Lussac, le 18 juin 1777, l'ùvéque déclara 
ce cimetière insalubre et ordonna sa fermeture. Un nouvel empla- 
cement fut choisi le 25 fév. 1780 par une commission composée de 
Félix Leulier, s»- du Ché, docteur en médecine, L. Mathieu-Ducou- 
dray, J.-B. Rougier de Lageboulot et Jean Baugé, chirurgiens; le 

(1) Tcte de poulaille, dans le sens de pièce de volaille. 

(2) Poireau, anciennement porreau, de porrum; en Poitou, on dit 
encore pourrée. 

(3) Dour, dor. dorn, mesure contenant quatre doigts qu'on représente 
par le poin^ fermé; n^ensura manus clausse, (Godefroy.) 



310 sociéré archéologique et histoiuque du limousin 

1" mars suiTant, les habitants ratifièrent ce choix. Ce terrain fai- 
sait partie de la métairie du Piquet et fut payé 340 1. Les ouvrages 
de clôture furent reçus le 22 août 1788. Ce cimetière coûta, tous 
frais compris, 2.052 1. supportés 874 1. par le Fief et 1.478 I. par 
le surplus de la p"«. (C. 636). 

Dans le cimetière existait une chapelle de N.-D. de Pitié, men- 
tionnée en 1664; c*est là sans doute que se trouvait la curieuse 
Pieta que possède l'église de Lussac. 

On rencontre aussi une chapelle Saint-tiloi. 

Le terrier de 1523 mentionne une maison tenant au verger de la 
Maison-Dieu de Lussac. Est-ce un établissement hospitalier dis- 
paru dans la tourmente des guerres de religion? Est-ce tout sim- 
plement une dépendance de la Maison-Dieu de Montmorillon qui 
était possessionnée à Lussac? Les documents ne nous permettent 
pas de nous prononcer. 

Par son testament du i«' sept. 1677, déjà cité, François de Bour- 
delle donna sa maison du Latier-Lussazois « pour en faire un 
hostel-Dieu pour tous les pauvres qui y voudront aller ». Il dote 
celui-ci de sa métairie de Lessard-aux-Bourdelle, du bien qu'il pos- 
sède à Lavault et des rentes qu'il a au pays. 

Le revenu, dit-il, servira à l'entretien et nourriture des pauvres, 
entretien des bâtiments et construction d'une chapelle. Dans celle- 
ci, un chapelain nommé par ses neveux ou leurs descendants dira 
la messe tous les jours « et mesme apprendra à lire, escrire les 
pauvres enfants dud. bourg de Lussac par charité et gratis ». Il 
sera logé et recevra une pension de 200 1. 

Il fonde aussi 4 saints dans l'église de Lussac et désire qu'on 
distribue aux pauvres et aux petits écoliers, qui y assisteront, un 
gûleau d'un sol à chacun. 

Son neveu, Maximilien de Bourdelle, sera administrateur et tou- 
chera 30 1. Il sera assisté du s', du curé, du prieur, du sénéchal, 
greffier et procureur fiscal. Ses descendants lui succéderont. 

Les habitants acceptèrent ce legs le 15 janv. 1679, mais il leur 
fallut 22 ans pour mettre le projet du fondateur à exécution. 

Tout d'abord, on songea à édifier la chapelle, et le curé pré- 
senta à l'évéque une supplique pour autoriser cette construction ; 
dans cette pièce, il évalue à 8 ou 900 1. le revenu des bien légués. 
L'autorisation ayant été accordée, la chapelle fut construite, et le 
27 nov. 1682 l'évéque déléguait pour la visiter François Jamet, curé 
de Saint-Priest-le-Beloux, qui, par son son procès-verbal, constate 
qu'elle est parfaitement aménagée et qu'un tableau de saint Fran- 
çois, tout neuf, est placé au-dessus de l'autel ; quelques jours après, 
on procéda à la bénédiction. (G. 629.) 

Sans doute, à cette époque, les revenus des domaines étaient 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LËS-FEUILLËS 3ll 

distribués aux pauvres sous forme d'aumônes, puisqu'on trouve 
alors des administrateurs en fonction, mais il n'existait pas encore 
d'hôpital organisé. Les choses sans doute seraient restées long- 
temps en cet état provisoire devenu définitif si l'Hôtel-Dieu de 
Paris n'était intervenu. Une clause du testament portail, en effet, 
que si l'on ne pouvait établir un hôpital à Lussac, les biens desti- 
nés à sa fondation seraient dévolus à l'Hôtel-Dieu. Informés de 
l'inexécution des volontés du testateur, les administrateurs de cet 
établissement revendiquèrent ces biens et un procès s'engagea. 
Les habitants ayant prouvé que jusqu'alors ils n*avaient pas eu 
assez de fonds pour terminer la construction de Thôpital et que, 
suivant les désirs du fondateur, ils avaient plutôt considéré cette 
fondation « comme un hospice que comme un hôtel-Dieu », un arrêt 
du Parlement de juin 1701 maintint à Lussac sa fondation, mais à 
charge d'obtenir du roi des lettres patentes. 

Les habitants, la dame du lieu, les ecclésiastiques, consultés, 
décidèrent, le 13 nov., de faire toutes les démarches nécessaires 
pour obtenir ces lettres : ils demandèrent d'abord l'avis de l'évéque 
qui donna son consentement le 7 déc. ; l'intendant ayant aussi 
émis un avis favorable, des lettres patentes furent accordées en 
avril 1702. En conséquence, l'hôpital fut organisé. 

On conserve à Lussac un unique registre des délibérations qui 
va de 1748 à 1889; il contient d'intéressants renseignements. 
En 1748, le revenu était de 1.406 1. et lès dépenses de 1.384 I. 

Un procès-verbal de visite du 8 juin 1763 nous donne une des- 
cription de l'hôpital : dans la chambre des hommes, il y a 3 lits et 
le tableau de M. le fondateur; dans celle des femmes, 3 lits et une 
petite couche sans rideaux, 2 chaises, 1 coffret et 1 petite table ; 
la chambre de l'hospitalière renferme lit, table, maie, buffet, vais- 
selle, fauteuil servant de salière, armoire contenant les titres et 
8 chaises. 

Dans une autre pièce, qui sert de vestibule, se trouve l'armoire au 
linge, un petit lit, un fauteuil à transporter les malades, une petite 
armoire suspendue. Suit l'énuméralion du linge et autres objets : 
33 draps gros et fins, 10 courtes-pointes, 6 couvertures de laine, 
47 chemises, 43 serviettes, 3 nappes; fi pots de chambre, 1 porte- 
diner, 6 pots à l'eau, 7 écuelles, 6 roquilles, 16 assiettes, 1 lampe, 
4 gobelets, 1 seringue, le tout d'étain ; 1 chauffe-lit et 3 chande- 
liers de cuivre. Dans la chapelle, 1 calice et 1 patène dorés en 
dedans. 

Le tableau mentionné dans cet inventaire existe encore au pres- 
bytère de Lussac; il est d'assez grandes dimensions : M. de Bour- 
délie y est représenté à mi-corps, sa figure est sympatique, sa tète 
est couverte d'une longue perruque bouclée, il est vêtu de rouge 



3l2 SOCIÉTÉ ahcuéologique: et historique du limousin 

avec rabal bleu el porle en sautoir une écharpe de même couleur. 
De la main gauche, il lient une pancarte sur laquelle on Ht : Fran- 
ciscus Bourdel, Pri^ chirurgttf régis anno D"^ 1677 hanc domum 
pindavit. 

Nous n'avons rien trouve sur le mouvement de la population de 
l'hospice, mais les registres d'étal civil montrent qu'il y mourait 
en moyenne 5 pauvres par an. 

Les fonds de l'hospice étaient placés en renies sur les s'* du 
pays et sur le clergé; à la Révolution, ces renies ne furent plus 
acquittées : le 7 avril 1793, le receveur représente à la municipalité 
que l'hôpital est dépourvu de tous secours et qu'il est presque 
impossible de pourvoir aux besoins des plus nécessiteux des pau- 
vres qui s'y trouvent, les fonds ne rentrant plus; celle-ci reconnaît 
l'exactitude de cet exposé et décide de prendre des mesures : on 
sait ce que celle formule signifie 1 Quelques jours après, Thôpital 
fermait ses portes, son budget étant en déticit de 723 1. 

En frimaire an V, on tenta de le réorganiser et Madeleine Pil- 
laud, fut chargée de le diriger; on réclama à la nation, comme 
propriétaire des biens de la noblesse et du clergé, les sommes 
prêtées ; mais celle réclamation n'ayant pas abouti, l'existence de 
l'hospice fut définitivement close. 

Plus lard, on y tint les écoles et, en 1827, on se contentait d'y 
loger les pauvres. 

Les revenus des bois, mis en coupe réglée depuis 1841, joints 
aux revenus du domaine de l'Essard donné par le fondateur, n'ont 
pas permis depuis de rouvrir un hospice à Lussac, mais ils ont été 
sulfisanls pour doter largement le bureau de bienfaisance qui est 
un des plus riches du département. Les intentions de M. de Bour- 
delle, qui étaient, en délinilive, de secourir les pauvres de Lussac, 
se trouvent ainsi respectées. 

La seigneurie de Lnssac, qualifiée de châtellenie dès 1406, paraît 
être un démembrement de l'immense Gef possédé dans le pays par 
l'importanlc maison des La Trémoille : elle était en leur possession 
dès le XI' s. 

Cette famille ayant fait l'objet de nombreux travaux généalogi- 
ques, nous ne relaterons que très sommairement la suite des s'* de 
Lussac lui ayant appartenu. 

Le plus ancien connu est Audeberl de La Trémoille, qui fit don 
à fabbaye de Fontgombaud, en 1089, de la moitié du lieu de Ville- 
salem et de quelques héritages à Lussac-les-Eglises ; son fils, Gui I*', 
prit part ù la première croisade en 1096; il est père de Guillaume ; 
viennent ensuite : Guillebaud, Audebert, Humbert, mort avant 
1340, laissant : Audebert qui suit; Amiel, s' de Lussac en partie, 



MOKOGRAPlIlE DIT CANTON DE SAINT-SULP!CE-LES-FEIJILLES 313 

mort en 4257, ^ont nous parlerons à propos du Fief; Guillebaud 
et Gui, tous co-s'* de Lussac. 

Audeberl de La Trémoille, sénéchal de la Marche, légua, par 
son testament de fév. 4247, 42 d. à Tégiise de Lussac; il avait 
épousé Àliénor de Chateauguillaume, qui fait pareil don le 4^'janv. 
1262 

C*es( à leur fils, Gui II, que se rapporte l'intéressante charte 
d'affranchissement que nous publierons à la notice sur Monibon. 

Gui III, Gui IV et Gui V, grand pannetier de France, furent 
enterrés dans Téglise de la Colombe; Gui VL chambellan du roi, 
garde de l'oriflamme de France, surnomme le vaillant chevalier, 
accense le 6 sept. 4392, à Guillaume Alanyecle et à sa femme, 
« noslre homme et feme de Lussac, uneplace assise en nostre ville 
de Lussac-les-Eglises, joute et touchant au grant chemin par lequel 
l'on vait de la grant église au Dorai, et joule et devant le vivyer 
de Lussac, led. chemin entre deulx, et joute noslre four, et joule 
les fousséz ». Il mourut en 4398. 

Son fils, Georges de La Trémoille, fut premier ministre d'état et 
chambellan de Charles VU; il mourul en 4446, laissant Louis, 
vicomte de Thouars, époux de Marguerite d'Amboise. 

Celui-ci, après les guerres anglaises, s'occupa de repeupler le 
pays où de nombreux héritages et domaines étaient en « guast, 
ruines et non valeur ». Le 15 janv. 1469, il donnait tous pouvoirs 
à son receveur, Guillaume Touzeau, pour les bailler à rente à de 
nouveaux tenanciers. Le 5 août 4473, il mandait au même de per- 
cevoir sur ses sujets de Lussac les aides que ceux-ci lui devaient 
à l'occasion du mariage de sa fille avec le comte de Tonnerre (4). 

Louis, peu de mois avant sa mort, se remaria à Annette Maincet 
du Breul; par son contrat du 14 sept. 4482, il fit don à sa femme 
des s'*" de Veraix près Tours et de Lussac-les-Egliscs valant 
ensemble 300 l. de rente; elle les rétrocéda aux héritiers de 
Louis par acte du 22 avril 4484 moyennant 2,250 écus d'or (2). 

Après .son décès, des commissaires furent nommés pour régler 
sa succession et se transporter dans tous ses domaines. Le 2 juin 
4484, ils étaient à Lussac, où ils convoquèrent le juge et divers 
personnages du pays; sur leurs indications, ils dressèrent un état 
de la s'^* de Lussac, auquel nous avons fait de nombreux emprunts. 

A la suite de ces opérations, un partage fut dressé et Lussac 
attribué à son fils cadet, Georges, s' de Jonvelle, qui fut chambel- 
lan du roi et lieutenant-général en Bourgogne. 

De ce dernier Madeleine d'Azay ne laissa qu'une fille, Jacque- 

(1) Les La Trémoille pendant cinq siècles, t. II, p. VII. 

(2) /(/., p. 21. 



31 4 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

lioe, mariée le 13 janv. \Si9 à Claude GoufBer, duc de Roannès, 
gniDd écuyer de France, capilaine de ceDl genlilshommes de la 
maison du roi, à qui elle apporta Lussac. Elle mourut à Ghinon, 
où elle avait éfé traasporlée, par ordre du roi, le 4 oct. 1544. Sa 
(ille unique, Claude, épousa, le 15 fév. 1549, Léonor Chabot, comte 
de Charny, grand écuyer de France, lieutenant-général en Bourgo- 
gne, d'où Charlotte Chabot, Temme, en 1578, de Jacques le Veneur, 
comte de Tillières, bailli et gouverneur de Rouen, lieutenant-géné- 
ral en Normandie. 

Le 6 avril 1595, Jacques le Veneur et sa femme vendirent la terre 
et châtellenie de Lussac à Marie Mauclerc, baronne du Ris-Chau- 
veron, veuve de Jacques de Saint-Savin et d'Antoine Lignaud, 
moyennant 6,666 écus 40 s. 

Cette somme avait été stipulée payable à Paris le 1*' nov. sui- 
vant devant les notaires du CliÂtelet, mais le 2, ceux-ci constatent 
que Marie Mauclerc « faisant acheminer son argent, auroit esté 
rencontrée et volée par les gens de guerre estans à Nantes, son 
fils et autres de sa suite, emmenez prisonnier et jugez de prise 
avec tout l'argent trouvé avec elle ». 

Lussac était en vente depuis déjà quelque temps, car par lettres 
du 19 avril 1593, données à Nantes, le roi avait gratKié Jean de La 
Chaise, secrétaire ordinaire de sa chambre, président en l'élection 
d'Abbeville, des deniers qui pourraient lui être dûs pour droits de 
lods et ventes lors de Taliénation de Lussac. La chambre des 
Comptes trouva ce don exagéré et ne le ratifia que pour les deux 
tiers par son arrêt du 29 nov. 1595. 

Marie Maucler, qui rendit aveu pour Lussac le 14 mars 1598, 
mourut le 5 mars 1604. Elle avait fait son testament le 23 mars 1596 
à Tours, où elle était tombée malade à Thôtellerie de la Réaile. 
Elle veut que son corps soit apporté à son château de l'Âge-Bernard 
d'où le curé de Lussac, son vicaire, les prêtres habitués au nombre 
de 13 et 6 cordeliers le conduiront à l'église d'Azat où elle désire 
être enterrée. Son corps sera accompagné par 60 pauvres de Lussac, 
chacun portant une torche ardente d'une livre et demie de cire, à 
chacun desquels il sera donné une aune de drap noir du prix de 
100 s. qu'ils porteront sur leurs épaules et à chacune des torches 
sera attaché un écusson portant les armoiries de lad. dame; chaque 
pauvre recevra 2 s. Il sera également acheté un seau ou ampoule 
du poids de 6 I. de cire qui sera porté devant le corps. Chaque 
prêtre touchera 15 s. et chaque cordelier 30 s. Un de ces derniers 
prononcera l'oraison funèbre et touchera 2 écus. Elle veut en outre 
qu'à sa sépulture y « assiste 5 tilles des plus pauvres de ses chÂ- 
tellenies de Lussac et d'Azat, lesquelles seront choisies par ses 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SÙLPICE-LBS-FEUILLES 315 

exécuteurs, à chacune desquelles elle donne 20 écus pour ayder 
à les marier ». 

Elle donne une rente de 48 écus pour fonder 3 messes par 
semaine dans la chapelle de l'AgeBernard. Elle lègue à ses enfants 
du second lit ses meubles et ses acquêts, parmi ces derniers se 
trouvait la terre de Lussac, et elle les charge de faire mettre une 
ceinture timbrée des armes de lad. dame à toutes les églises de ses 
châtelleniesetà ses chapelles du Ris et de TAge, pourlesd. timbres 
y demeurer perpétuellement. 

Son (ils aine, René Lignaud, baron du Ris-Chauveron, s' de 
Lussac, rAge-Bernard, le Fief Lussaçois, fut successivement cheva- 
lier de Tordre du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, lieu- 
tenant de la compagnie de M. de Sully, puis capitaine de 100 hom- 
mes d'armes des ordonnances (1). Il fut tenu en grande estime par 
Henri IV et Louis XIII et nous avons dit plus haut que c'est à sa 
prière que le premier octroya des foires à Lussac. Le 6 août 1630 
le roi lui écrivait, de La Flèche, une lettre par laquelle, après avoir 
fait réloge de son mérite, il l'exhorte à le servir avec le môme 
zèle et la même atTeclion qu'il avait accoutumé de le servir dans 
toutes les affaires qui s'étaient présentées. Au siège de Montauban, 
Sully l'envoya aux protestants qui défendaient cette place pour les 
ramener au roi. 

Son panégyrique, dû à Robert du Dorât, se trouve dans dom Fon- 
teneau, t. XLV, p. 476. 

René Lignaud, avait épousé, le l'^'sept. 1^05, Esther de Rabaine, 
et laissa trois tils et deux filles : Maximilien, suit; Georges; Olivier, 
s' d'Orville, capitaine de gens de pied, mort le6sepLl652; Jeanne, 
religieuse à La Règle de Limoges; Esther, mariée par contrat du 
9 juillet 1628 à François Estourneau, elle avait abjuré le 16 nov. 
1625 devant un récollet du Dorât. 

Maximilien Lignaud, qui était le filleul du fameux ministre Sully, 
prit d'abord le titre de baron de Lussac (1654), puis celui de mar- 
quis (1661). 

Il servit à l'armée de Picardie et reçut une blessure à la jambe 
au siège de Lille. Il fut maintenu dans sa noblesse par ordonnance 
de l'intendant du 18 sept. 1669 (2). Il décéda le 12 oct. 1674, ayant 

(1) De Jeanne de Saint-Savin, il eut un fils naturel, Jean, baptisé à 
Lussac, le 15 nov. 1602. 

(2) Il rendit aveu pour Lussac le 12 déc. 1665 ; cet acte est scellé d'un 
cachet de cire rouge, portant 2 écussons : Tun écartelé au 1, 3 merlettes 
(Lignaud), au 2, 3 coquilles (de Rabaine), au 3, une croix (Mauclerc ou 
Couraud); au 4, semé de Qeur de lis ?; Tautre écusson porte les 3 tètes 
de léopard des de Barbançois. 

T. LVI 21 



316 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

eu d'Anne de Barbançois : Roberl, suit; Antoine-François, né en 
1652 et baptisé le 12 fév. 1647 ; il eut pour parrain le marquis de 
Magnac; Louise, mariée à Antoine de la Couture-Renon, et Marie- 
Eslher, épouse de François de Gain. 

Roberl Lignaud, marquis de Lussac, naquit à L'Age-Bernard le 
19 juin 1639 II porta les armes d'abord en Picardie, puis rejoignit 
l'armée de Flandre et se comporta vaillamment le 11 août 1674 
au combat de Senef. Le 26 fév. 1680 il fut nommé lieutenant des 
maréchaux de France et juge sur le point d'honneur pour les pro- 
vinces du Poitou et Basse-Marche. Il fut enseveli le 15 janv. 1693 
dans le chœur de l'église de Lussac. Il avait épousé, le 21 aoûH680, 
Françoise le Roux. 

A l'occasion du décès de son fils, Louis-Léon, chevalier de Malte, 
il voulut faire reconnaître ses droits de sépulture dans l'abbaye de 
la Colombe, dans les tombeaux qui sont à droite en entrant devant 
la chapelle Saint Jean. Le 2 sept. 1691, il charge ses officiers de 
justice d'aller trouver les religieux et de les informer qu'il veut y 
transporter son lils, décédé de la veille. Ceux-là se rendent à la 
Colombe et font sommation à l'abbé Pierre de la Salle qui répond 
que depuis 350 ans que les tombeaux sont dans l'église on n'y a 
enterré que les descendants des la Trémoiile et ce, par grâce 
spéciale accordée par les abbés, et qu'il n'ouvrira ses tombeaux 
que si le marquis de Lussac lui présente un tilre; il conteste aussi 
que l'abbaye soit dans la chàlellenie de Lussac. 

Le procureur d'office du s^ réplique que l'antiquité des tombeaux 
sert de preuves, et que si depuis Georges-Louis de la Trémoille, 
personne n'y a été enterré, c'est que les s" de Lussac n'habitaient 
pas le pays. On ne connaît pas la suite de celle contestation. 

Il eut encore Etienne (v. ci-après), Antoine, baptisé le 22 août 
1688, vicomte de Gomblizy, prieur-curé de Gremonville; Claude, 
capitaine de cavalerie, décédé le 27 janv. 1726; Madeleine, anti- 
prieure au couvent de Lapuye, morte à l'Age le 16 mars 1748, à 
67 ans; Françoise, religieuse au môme couvent, inhumée le 21 oct. 
1740 dans le caveau sépulcral de la chapelle de N.-D. de Pitié; 
Marie, religieuse à Blessac; Geneviève, née le 26 oct. 1692, mariée 
à M. du Breuil. 

Etienne Lignaud, marquis de Lussac, naquit au château de 
Bouges en Berri, et fut baptisé le 23 sept. 1683; il servit dans la 
marine de Malle sur les galères de la religion et mourut, peu de 
temps après son retour, des blessures qu'il avait reçues au service 
et qui s'étaient rouvertes. De sa femme, Anne de Viilelume, il avait 
eu Jean-Louis, qui suit; Catherine (7 mai 1721); Antoine f16 juil. 
1722); Charles-Gabriel (20 août 1724); Constant-Silvain-Roberl 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT -SULPICE-LÊS-FEriLLES 31 7 

(23 sept. 1725); Catherine-Henrielle (3 oct. 1726), prieure des hos- 
pitalières de Magnac; Armand-Louis-François (28 avril 1728). 

Le 31 déc. 1742, la marquise de Lussac, au nom de ses enfants 
mineurs, donne à bail à Jean Laborye, sergent, et à Jean Blot, 
tailleur, 20 b" de brandc dans la tenue des Fontriviers, moyennant 
un denier de cens et 20 paires de poulets <* et en outre seront 
obligés de venir au château de TAge Bernard, le jour des Rois de 
chaque année, danser des danses du pays et crier trois fois : Vive 
le seigneur de Lussac! » Ce lènement s'appellera la tenue des 
poulets. 

Jean-Louis Lignaud, marquis de Lussac, né à TAge le 25 août 
1723, eut pour parrain Jean de Montmorency, marquis de Château- 
brun, brigadier des armées du roi; il fit dans la cavalerie, comme 
cornette, les campagnes de Bohême, d*AlIemagne et de Flandre; 
il acheta, en 1761, lesjchâtellenies de Fiez, Mareuil et Brigueil-le- 
Chantre et, par lettre d'avril 1785, obtint du roi l'incorporation de 
cette dernière à son marquisat de Lussac pour ne faire qu'une seule 
justice. 

Marié en 1751 à Anne-Nicole Fumée de la Boutelaie. Enfants : 
Antoine, suit; François-Maximilien, né le 17 juil. 1758, mort le 
9 janv. 1782, lieutenant de cavalerie; Sylvie, née le 6 mars 1754, 
mariée le 20 déc. 1773 à Joseph-Louis des Marais; Anne, née le 
15 juil. 1752, décédée le 17 août 1773; Marie-Anne-Rosalie, née 
le 1" sept. 1759, épouse, le 3 avr. 1779, Joseph, comte de Montbel; 
Barbe-Louise, mariée à Joseph, comte de Vérines; Marie-Anne, 
mariée le 16 mai 1786 à Julien-René-Amable, cointe de la Bour- 
donnaye, maréchal de camp. 

Jean-Louis Lignaud, ch', marquis de Lussac, Champéron, Tilly, 
Coulonges, Saint-Marlin-le-MauU, Fleez, Mareuil, Brigueil, baron 
de la Boulelaye, Buxeuil, vicomte de Comblozis et autres places, 
mourut à TAge le 1" mai 1785 (1). 

Antoine Lignaud, marquis de Lussac, né le 7 mars 1755, entra 
au service dans les chevau-légers de la garde du roi; nommé 
capitaine, il fut chargé du commandement des écoles de cavalerie 
de Béthune et Hesdin en 1787 et 1788. A la Révolution, il émigra 
et prit part à diverses campagnes. A la Restauration, il fut maré- 
chal de camp, puis devint commandant en chef de la succursale 
des invalides d'Avignon; le 16 mars 1821 il fut appelé au comman- 
dement de l'Hôtel royal des Invalides de Paris dont il a été gouver- 
neur par intérim du 19 mai 1821 au 1" janv. 1822. Il élait grand- 
croix de Saint-Louis et officier de la Légion d'honneur; il mourut 

(1) En 1784, il fit dresser un terrier de la terre de Lussac qui était 
accompagné d'un atlas contenant 7 caries, celui-ci a disparu. 



318 sociérÉ aucheologiqub et historique du limousin 

du choléra, à Orléans, le 20 août 1832, ayant été marié deux fois, 
à Adélaïde-Jeanne-CharloltedeGarvoisin et à Constance Joséphine- 
Hyacinthe Thérèse du Parc. Du premier lit, il laissa : Alexandre- 
Louis, suit; Pauline, née le 9 avril 1778, mariée au chevaher de 
Gibol; Aline-Ângadrëme, épouse du vicomte de Mont bas, et une 
autre fille. 

Alexandre-Louis Lignaud, marquis de Lussac, né à TAge le 
1" juillet 1780, servit en Vendée sous les ordres de d'Autichamp. 
A la Restauration, il ne revint pas à Lussac, mais se fixa en Indre- 
et-Loire; il a été membre du conseil général de ce département de 
1818 à 1830. Marié à Agiaé-Marie-Félicité du Bois des Cours de 
Saint-Cosmo, il eut une fille, mariée au marquis de Bridieu et le 
suivant : 

Maximilien-Louis-Charles Lignaud, marquis de Lussac, né à La 
Flèche le 6 février 1840, mort le 13 juillet 1878, laissant de Marie- 
Amable-Anloine de Rouen de Bermonville, qu'il avait épousée en 
janv. 1845 : Antonin-Marie-Maximilien-Augusle-Alexandre Lignaud, 
marquis de Lussac, né à Tours le 9 oct. 1847, marié le 30 août 1876 
îi Marie-Sophie-Joseph de Tailfumyr de S.iinl-Maixent ; de ce ma- 
riage sont issus deux lilles et deux fils : Maximilien-Marie-Michel- 
Antonin, né au château de Comacre le 10 mai 1879, et René-Marie- 
Maximilien, né le 26 nov. 1893. 

C'est à Tobligeance de M. le marquis de Lussac que nous devons 
presque tous les renseignements que nous donnons dans cette 
notice sur Lussac, grâce à la communication de ses archives de 
famille (1). 

(1) Le chartrier de Lussac a, ces derniers temps, été classé par M. de 
la Ville du Bo»t. 

Tous les faits cités sans indication de source, au cours de cette notice 
sur Lussac, proviennent de ce chartrier. 

Il est curieux de constater qu'il existe dans les registres révolution- 
naires de Lussac un procès-verbal relatant que toutes les archives du 
château ont été saisies et brûlées sur la place publique. 

Jean-Claude Bonnet, curé du Dorât, avait été chargé de trier ces 
papiers ; le 28 sept. 1793, il demande à la municipalité l'autorisation de 
les faire transporter dans une chambre de la cure de Lussac. Le lende- 
main les habitants se présentent au bureau municipal et demandent 
avec instance à faire brûler les titres des Lignaud; on leur objecte que 
le triage n'est pas terminé et on leur demande une huitaine; ils refusent 
tout délai, se transportent en masse à la maison curiale où ils se font 
livrer les papiers qu'ils entassent sur la place, proche l'arbre de la 
liberté, et y mettent le feu. 

Tous les papiers ne furent pas remis, de connivence, assure-t-on, avec 
le maire, la plus grande partie fut sauvée ot transportée à Poitiers par 
Mad. de Lussac qui les cacha dans des poutres. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAIN T-SULPICE-LES-FEUILLES 319 

Les coraraissaires chargés en 1484 de dresser Tétai de la sei- 
gneurie constatent qu*iL n*y a au dit Lussac « aucun manoir, mai- 
son ne demourance appartenant au s'; cslangs, pescheries, garen- 
nes, collombiers, vignes, prés, ne rivières deffensables et n'y a 
seullement que les cens, rentes, dîxmes, terraiges et fermes mua- 
bles ». 

(c Et n*y a que une esglise fortiffiée du temps des guerres; eln*y 
a aucun cappilaines (1); et ne paient aucun droit de guet; ne pareil- 
lement ne paient aucun droit de guet les habitants de ladite chas- 
tellenie. » 

Le s' y possède seulement un iour à ban et 3 moulins. Il n'y a 
pas de bois ou forêt, fors un bois appelé le Bois-Franc, contenant 
de 40 à 50 arpents. Il y a des lieux frousts appelés Les Decens et 
Les Petits-Decens, dont les possesseurs se sont absentés du pays 
par pouvretV. Il dépend aussi une métairie à Roussines (2). 

Cette seigneurie, qui relevait de Montmorillon, comportait en 
outre de nombreux droits ou privilèges que nous allons énumérer 
daprès les dénombrements. 

La justice s'exerçait par un sénéchal, un lieutenant, un procu- 
reur fiscal et un greffier que le s' nommait, ainsi que les notaires 
et sergents; du XVI' s. à la Révolution, le bourg posséda 4 ou 
S notaires (3). 

Le ressort de celte justice était fort étendu et embrassait 4 p"". 
Un aveu de 1398 nous fournit ses limites : 

L*estendue de laquelle justice commence au pont appelé de Lasse, 
au-dessous dud. Lussac, montant le long de la rivière de Lasse jusques 
à Testang de Mural, traversant led. est^ng composé de lad. rivière jus- 
ques au lieu des guerennes d'Iléru ; desd. guerennes montant entre les 
terres des Agriers de Bouchiron et les terres dud. village d'Herut jus- 
ques au gi'and chemin tendant dud. Lussac en la ville de La Souter- 
raine, traversant led. chemin jusques aux brandes de Bernardent et le 



(1) Il n'en fut pas toujours ainsi car, en 1487, Charles de Laage est 
capitaine de Lussac (V. Les La Trémoille pendant cinq siècles, t. II, 
p. f09). 

(2) Chartrier de Thouars à M. le duc de La Trémoille, de l'Académie 
dos Inscriptions, qui a bien voulu nous envoyer copie de cette curieuse 
pièce. 

(3) Au XV" s., cette justice était indivise avec le s'' du Cluzeau; on 
trouve, en effet, aux arch. de la Vienne (C. 383) un dénombrement rendu 
à Montmorillon le 25 déc. 1496 par Jean de Maignac, éo', s' du Cluzeau, 
pour la cinquième partie de la justice de Lussazoys, le tiers de la com- 
mande de Lussac, la vigerie du Pin-Trémouilhois, la moitié des foires, 
marchés et assemblées du Pin, les villages des Houlmes et des Bou- 
chaux, avec les hommes et femmes serfs desd. lieux. 



')20 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

long desd. brandes jusques aux héritages du village de Redaud ; desd. 
héritages montant le long d'un sentier entre les héritages de la Tour- 
de-Jouac et les héritages des Rouilhes, et desd. héritages descendant à 
la rivière de Benèze et tout le long de lad. rivière jusques au moulin de 
la s'»® de Saint-Martin-le-Mau ; dud. moulin, encore le long de la rivière, 
jusques aux héritages du Peux-d'Asseau, et encore descendant le long 
de lad. rivière jusques à l'endroit des héritages de la Braudière, mon- 
tant le long des héritages au-dessus de La Boycelle; dud. lieu montant 
au-dessus du lieu de La Vault, et le long des héritages dud. lieu mon- 
tant aussi au chaisne Pendiloche, près les grosses pierres de la poulge 
dud. chaisne, traversant jusques au chemin ou sentier tendant à La 
Fourest-Morte jusques au Gua-MarHn ; dud. lieu du Gua-Martin mon- 
tant au bourg de Thillis jusques aux segonds fossés de la maison noble 
dud. lieu et le long de plusieurs bornes qui sont plantées à travers le 
bourg de Thillis, descendant d'icelles aux villages des Hosmeaux, La 
Boycelle et La Vault inclus en lad. justice de Lussac, et dud. village 
des Hosmeaux descendant à ung estang de la s''« de Thillis sur le che- 
min de Chabannes et montant le long de la garenne de lad. s"* aux 
terres tenues d'icelle jusques au chemin tendant dud. Thillis à Cha- 
bannes, led. village de Chabannes inclus, et dud. Chabannes descendant 
de la maison des Boutetz au chemin tendant au bois de Thillis, le long 
dud. chemin jusques au ruisseau qui est au-dessous dud. Chabannes et 
le long dud. ruisseau jusques au village des Meusniers, près La Cou- 
lombe, icelluy village inclus, et dud. village descendant le grand ruis- 
seau duquel est composé Testang qui est près La Coulombe, et en allant 
à Vouhet et le long dud. ruisseau jusques à la grande bonde dud. ostang 
et de lad. bonde le long du ruisseau qui sort dud. estang jusques au 
gué qui est entre La Perrière et le village des Hommes, et encore le 
long dud. ruisseau jusques aux héritages de la Clavelière, ced. village 
comprins, et dud. village descendant aux héritages des llérolles et à 
une borne plantée sur le grand chemin tendant du Pin h la Bordelaise, 
entre le Pin et les llérolles; de lad. borne traversant au-dessous dud. 
village des llérolles jusques aux brandes dud. village et aux brandes 
du prieuré du Cluzeau de Thollel; d'illoc revenant aux brandes du Pin 
et le long des héritages de la s'"'*' du Courry jusques aux héritages de 
Goumas à ung ruisseau qui est sur le chemin de Coullonges à Goumas 
et le long dud. ruisseau jusques à la rivière de Benèzo, montant le long 
de lad. rivière envers le lieu de Lussac jusques aux héritages des vil- 
lages du Crouz et du Chastenet, led. village du Crouz comprins, et dud. 
village montant le long des prés et des tailhes du Crouz ; desd. tailhes 
revenant à l'estang de Charginier, icelui non comprins et comprins tou- 
tefois le village de Charginier; dud. village montant aux brandes dud. 
lieu juscjues au chemin tendant du Pont-Bertin à TEspardellière et le 
long du chemin jusques aux brandes de Raballière et de La Vault, 
icelles comprinses, et desd. brandes descendant à la Croix au Comman- 
deur plantée sur le chemin de Lussac à Montbon, au delà de Testang 
de la s"" de l'Age ; de lad. croix tendant aux héritages du village de 
Montcougnioux, icellui comprins, et dud. village le long du chemin qui 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 321 

descend vers Verneuil près les héritages du village de La Lande, et 
tout le long du chemin desd. héritages jusques à la rivière de Lasse au 
lieu appelé le Gué-du-Fam, et du gué montant tout le long de la rivière 
jusques au pont de Lasse. 

Ces limiles furent contestées en 1685 par Anne-Marie-Louise 
d'Orléans, Mademoiselle, comme vicomtesse de Brosse; le procès 
alors engagé ne fut clos qu'en ilQ± Mademoiselle reprochait au s' 
d'jvoir fait tenir ses assises sur le pont de Tabbaye de la Colombe 
et d'y avoir planté un poteau à ses armes; elle prétendait que ce 
pont était' dans la vicomte de Brosse, de même que l'église de la 
Colombe que les Lignaud réclamaient. Les arbitres, trois avocats 
en Parlement, donnèrent raison à ces derniers. 

AuXVIII" s., le crédit des s'» de Lussac tit annexer à leur justice 
celle de Brigueil-le-Chantre par lettres patentes d'avril 1785; ces 
lettres nous apprennent notamment qu'à cette époque le siège de 
Lussac était composé à rentière satisfaction du public; que 12 pro- 
cureurs et 8 sergents, dont 4 royaux et 4 seigneuriaux, y étaient 
attachés; que la châtellenie comprenait quatre paroisses et 4.500 
hab. (i). 

La commande et péage de la châtellenie se levait à raison de 4 d. 
payés une fois Tan sur chacune charrette et sur chacun cheval 
chargé de marchandises traversant la châtellenie; affermé 6 s. en 
1484 et 5 s. en 1488, ce qui représentait 15 à 18 passages. 

La bannée ou estanche était le droit de vendre dans la châtelle- 
nie 3 tonneaux de vin en détail en quelque saison que ce fut, à 
l'exclusion de tous autres; ce droit est affermé. 15 s. en 1484; en 
1674, il s'exerce du dimanche de la Pentecôte, à vêpres, au diman- 
che suivant. 

Les droits de ventes et honneurs étaient de véritables droits d'en- 
reglslrement dus au s' pour les mutations survenues dans son fief. 

(1) Dans les comptes de Lussac pour la fin du XV* siècle, on trouve 
quelques détails sur les amendes infligées par le juge. 

En l4S4, Jean iourdanne est condamné à payer 20 s. pour avoir coupé 
un chcne dans le bois du seigneur. En i iS'i, Pierre Merequart, pour 
avoir pris lard et jambon de nuit, 30 s.; Vincent Bellot et sa femme, 
pour avoir frappé Mathelin Laurent d'un cousieau pragerie en la cuisse, 
35 s. par pauvreté; Antoine de La Gcnevicve, écuyer, pour avoir mis 
main en Jeanne Tatain et fait passer son cheval par dessus elle, 50 s.; 
en 1480, Pierre Maillard, pour avoir emblé certains moutons, 2 écus 
d'or vallant 70 s.; Pierre Alestienne, pour avoir emblé un cousteau sur 
Testai d'un mercier et arraché un adjournement baillé par cédulle, 40 s.; 
Mathurine Alis et Huguetle Pascaude, pour avoir mis la main au pré- 
vost en prenant bestes en agasts et en avoir recoursé et osté lesd. 
bestes, 4 1. 



32â SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Droits de vigerie et mesure. — Nous avons vu précédemment que 
la ch&lellenie de Lussac avait un système de mesures spéciales; 
pour s'en servir, les marchands payaient au s' certaines rede- 
vances. 

Droits de foire de Lussac et du Pin-Trémouillois. — A la (in du 
XV' s., il n*est fait mention que de cette dernière; elle se tenait le 
jour de kt Décollation de saint Jean-Baptiste. Le s' ne possédait 
que la moitié de ces droits qui étaient perçus sur les marchands 
étalant à cette Toire; l'autre moitié appartenait aux s" du Gluzeau 
et de Baignaud. En 1484, la totalité de ces droits était affermée à 
Jean Chaud, moyennant S5 s. 

Au XVI* s., Lussac possédait 4 foires et un marché que les 
guerres protestantes abolirent. En 1609, à la supplication du s' de 
Lussac, Henri IV créa 6 foires et un marché par les curieuses let- 
tres patentes ci-après, dont l'original, signé du roi, existe au char- 
Irier de Lussac : 

Henry, par la gr&ce de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous 
présons et à venir, salut. Nous avons reçu Thumble supplication de 
nostre amé et féal René Lignaud, chevallier, s** du bourg de Lussac-les- 
Eglises, contenant que led. lieu de Lussac est assis et scitué en un beau 
et fertile païs et que de temps immémorial on avoit de coutume de 
tenir aud. lieu quatre foires Tan et ung marché, savoir : la première, le 
jour des Innocens; la deuziesme, le mardi après Quasimodo; la troi- 
ziesme, le mardy d'après la Pcntecoste, et la quatriesme le jour de 
Saint-Estienne d'aoust et le marché le jour de lundy ; lesquelles foires et 
marchés auroient puis quelques années esté discontinuées à Toccasion 
des troubles au moyen desquelz led. lieu a esté ruiné et habandonné de 
la plupart de ses habitans et rendu presque inhabitable et commence 
maintenant à se remettre et peupler, c'est pourquoy il nous a supplié et 
requis luy conQrmer lesd. foires et marchés aud. lieu de Lussac pour la 
commodité de ses subjects et autres circonvoisins et icelles augmenter 
de deux autres foires. A quoy inclinant libérallcmcnt, désirant le gra- 
tifûer en tout ce qui nous est possible, avons aud. lieu de Lussac 
confirmé lesd. foires et marché, lesquelles foires nous augmentons par 
ces présentes jusques au nombre de six et icelles, de nouveau, en tant 
que besoin est ou seroit, créons et érigeons par ces présentes pour 
estre tenues et exercées doresnavant, savoir : la première, le jour des 
Innocens; la deuxiesme, le mardy d'après Quasimodo; la troîsiesme, le 
mardy d'après la Pentecoste, et la quatriesme le jour de la Saint- 
Estienne d'aoust et les deux autres les jours Saint-Mathieu et Saint- 
Martin, et led. marché aud. jour de lundy par chacune sepmaine, pourvu 
qu'à quatre lieues à la ronde n'y ait aud. jours aucune foire et marché. 
Sy donnons mandement au sénéchal de Montmorillon ou à son lieute- 
nant et à tous noz justiciers qu'il apartiendra que de noz présentes 
confirmations et contenu cy-dessus ilz facent, souffrent et laissent jouir 
et user led. s^ de Lussac et ses successeurs plainement, paisiblement 



MONOGRAPHIE DU CANTON DK SAINT-SULPICE-LES-KEUJLLKS 323 

et perpétuellement, ensemble des droictz qui ont accoustumé estre 
paîez, sans leur faire ny souffrir leur estre faict, ny aux marchans fré- 
quentant lesd. foires et marché, aucun trouble ou empeschement; au 
contraire, faisant publier, proclamer et signifier en lieux où besoin sera 
lad. confirmation et establissement de foires et marché, permettant 
aud. s' de faire construire, bastir et ediffîer aux lieux plus commodes 
que faire se pourra halles, bancz, estaux, pousteaux, billettes et autres 
choses nécessaires tant pour l'entretien desd. foires et marché que con- 
servation et perception des droictz qui, pour raison de ce, appartiennent 
aud. s' de Lussac. 

Car tel est nostre plaisir et affin que ce soit chose ferme et stable à 
tousjours, nous avons faict mettre nostre scel à cesd. présentes, sauf en 
autres choses nostre droit et Tautruy en touttes. 

Données à Paris au moys de febvrier Tan de grâce mil six cens neuf 

et de nostre règne le vingtiesme. 

Henry. 
Par le Roy : Potier. 

(Parchemin scellé de cire brune sur lais de soie rouge et verte.) 

Dans la suite, ces foires se perdirent, el en 1763 le s' dut obte- 
nir de nouvelles lettres à Tenregistrement desquelles les habitants 
de Magnac s'opposèrent (i). 

Un tableau de Tan II dit que les foires de Lussac se tiennent le 
mercredi des Cendres, le mardi après la Mi-Caresme, le samedi 
après N.-D., les 15 mai, 15 juin, 15 juillet et !«' août; le marché, 
les mardi et vendredi. Il ajoute gu*il y a quelques bonnes foires 
grasses et de bons marchés de cochons; deux ans après, les foires 
sont le 2 de chaque mois et le marché le sepiidi. (L 589.) 

L'annuaire de 1806 indique une seule foire lo 10 déc. 

Im prévôté était affermée en 1484 18 I. et 18 1. de cire; les s»* du 
Baignaud et du Gluzeau prélevaleiil sur celte somme 4 s. par livre 
el la cire à Téquipollent. 

Le four à ban, auquel tous les habitants de Lussac étaient tenus, 
était loué 81. 10 s. en 1484 et le fermier devait donner une charité 
de 2 d.de pain blanc tous les dimanches; en 1615, il est estimé 401. 
de revenu; 100 1. en 1654; 90 1. et 4 l. de sucre en 1694. 

Droit de chasse. — On rencontre dans les registres de justice 
plusieurs ordonnances concernanl ce droit; le 20 avril 1654, le 
juge, informé que plusieurs personnes chassent d^ordinaire aux 
fusils et arquebuses les lièvres, perdrix et autres gibiers, fait défense 
de ne plus chasser aur bastons à feu ou autrement à peine de 20 1. 
d'amende. 

Le s' prétendait la fondation et la dotation des églises de Lussac, 
Saint-Martin et Coulonges et de l'abbaye de la Colombe ; l'aveu de 
1674 ajoute Tilly et Verneuil. 

(i) M. A. Leroux, Doc. hist, sur le Litn,^ t. VI, p. 198. 



324 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Il possédait les dîmes de Mons, de Monlqucdioux, de la Prugne, 
de Tersannes, du Decens, de Champeron. 

La grande dîme dite de TEschangc se levait sur Monibon, Le 
Paulmet, Geluf, La Lomberlière, Les Landes, La Maisonnouve, La 
Boissetle; la dîme de La Vault sur La Vault, La Saille, La Gremi- 
nière et Rabalière; la dîme du Descens et La Prngne sur Les 
Essards, Champeron, Mons et Bourdelle. 

Les moulins banniers étaient les moulins de Lasse, afTermés, en 
1484, 25 s. seigle, et celui du Ponl-Berlhin, affermé S s. froment et 
21 s. seigle. 

De nombreux fiefs relevaient de la châtellenie du Lussac; nous 
allons les énumérer, mais nous ne donnerons ici que quelques 
détails sur ceux situés en dehors de notre canton ; les autres auront 
leur place plus loin. 

A. —Le fief et s'^* de L'Age-Bernard (p" de Brigueil), relevant 
à foi et hommage lige au devoir d*un baiser, comprenait, d'après 
un aveu de 1469, hôtel, garenne, étang et prés; une autre déclara- 
tion rendue le 13 mars 1539 constate que cette maison noble est 
entourée de fossés. La part active prise par les Lignaud, qui le 
possédaient, aux guerres protestantes, fut sans doute la cause de sa 
destruction; ils la reconstruisirent près de Lussac. Le 22 mai 1688, 
le marquis de Lussac vend à Léonard Naude, s' de La Giraudière, 
un bois appelé de L'Age-Bernard, chemin de Lussac à Brigueil à 
gauche, réservé l'emplacement de l'ancien château borné par les 
vestiges des fossés; il inlerdit à l'acquéreur le droit de prendre le 
titre de s' de L'Agc-Bernard. Les fossés sont encore reconnais- 
sablés. 

B — Le fief du Pin-Trémouillois possédé en 1598-1615 par Jean 
de Lauzon, irésorier de France à Poitiers. 

C. — Le lief de Vieilleville tenu en 1484 par Jean de Mareuil. 

D. — Le fief et s'" de Baignaud aud. de Lauzon. 

E. — Le fief et s^'* des Hommes tenu au devoir d'une paire de 
d'esperons ; 1674 : Catherine Chardon. 

F. — La maison noble de La Pachotterie : 1615, N. de La Gelic, 
s' de La Cosle; Françoise de La Gelie et Jeanne de La Gelic, femme 
de Guillaume de Liège, s' de Malicorne, la vendent, le 18 février 
1631, à Jean Fortin, s* du Vignau, qui la cède, en 1631, à Jacques- 
François Maignan, s' de Larlière, décédé en 1638. La Pachottrie 
fut alors acquise par le s' de Lussac. 

G. — La s''" de La Jarrige relevant à foi et hommage lige au 
devoir « d'ungs gans blancs de 10 deniers »; s" : Bertrand Legeis, 
1451 ; George Guyonnet, à cause de sa femme, 1484; 1508, Guil- 
laume (le Saint-Martin. Suivant aveu rendu le 13 juin 1597 par 
Melchior de La Leuf, s' de La Perrière, elle comprenait maison 



MONOGIiAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEIILLES 325 

noble^ tnélairie, fuie, étang, garenne, elc, le tout contenant 
280 selérées. Vendue le 31 mai 1778 par François de Ponnard, 
époux Marie-Anne de Guinemont, à François Debonnesset qui 
rend un dénombrement en mai 1789. 

H, —Le fief Grenard ou de Chez-Grenard à Tersannes; hom- 
mage lige au devoir de 5 s. à mutation de s' et d'homme : tenu 
par Franc Grenard, 1406, et, depuis 1484, par les Eslourneau de 
Tersannes. 

/. — Le fief de La Clavelière tenu en 1598 par les hoirs de 
Jean Rochier, de Lignac, à hommage lige à une paire de gants 
blancs ; 1647, André Rocher. 

L. — La vigerie ou placage de Coulonges possédé en 1484 par 
Jean de La Brousse; 1898, par les héritiers du s' de La Goste-sans- 
Ghemin. 

M. — Le moulin de Benaize lenu à une paire d'éperons : le s' des 
Hérolles, 1598-1665; le s' de Belfont, 1674. 

N. — Le Bois-Franc lenu à une paire d'éperons par led. de 
La Leuf. 

0. — Le fief du s' de La Tour-aux-Paulmet consistant en dîmes. 

P. — Le fiefduMoulindelaGostesurla Benèze; en masure, 1674. 

Q, — Le fief des brandes de L'Age-Bernard, entre le bois de 
Tilly et Bonneuil, possédé par le s' de Saint-Martin. 

R. — Le fief Serpentin possédé en 1674 par Jean de La Coste au 
devoir de 8 d. 

S. — Partie de la dîme de l'Eschange au s' de Riadoux. 

T. — Enfin, les s'*" situées dans notre canton : Saint-Martin, 
Ghamperon, La Saille, La Font, Le Gros, dîme de La Vault. 

La p"® de Lussac dépendant de deux généralités, nous y trouvons 
la même organisation qu'à Arnac pour la perception des impôts, 
c'est-à-dire double service de collecteurs, les uns, ceux du Fief, 
versant la taille à Limoges, les autres au Blanc. 

En 1747, cette dernière partie de la p" était elle-même subdivi- 
sée en deux, l'une comprenant le bourg, l'autre les villages, avec 
chacune un syndic particulier. 

Pour l'année 1738, le rôle de la laille pour le bourg s'élève à 
733 1., la capitalion à 318, le fourrage 4 145, au total 1.196 1. répar- 
ties en 63 cotes; seuls, le curé, le vicaire et la marquise sont 
exempts. 

En dehors des officiers de justice, des notaires et des sergents, 
qui y étaient nombreux, Lussac ne possédait pas d'autres fonction- 
naires sous l'ancien régime qu'un contrôleur des actes et des 
employés des traites; on n'y trouvait ni maîtres de poste ni gens 
de gabelles. 



326 SOCIÉTÉ AllCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

A la Révolution, on y établit un juge de paix et un percepteur; 
celui-là disparut en Tan X, celui-ci vers 1850. 

Un bureau de poste y existe depuis 1850 environ. On lui a adjoint 
plus lard un bureau télégraphique et téléphonique. 

Lussac est le cheMieu du doyenné de Saint-Sulpice. 

Depuis un demi siècle, le bourg possède une brigade de gen- 
darmerie. 

Le groupe scolaire et la mairie ont été adjugés en 4894; ils ont 
coûté 57.498 fr, dont 23.220 fr. donnés par TElat. 

Nous avons parlé plus haut des foires de Lussac, qui sont encore 
assez actives; cependant, les droits de péage n*ont pas suivi la 
progression que nous avons indiquée pour Saint-Sulpice : nous 
trouvons qu'ils ont été affermés 158 fr. en 1841 ; 116 fr. en 1863; 
152 fr. en 1883; 205 fr. en 1905. 

Sous Tancien régime, Lussac possédait un grand nombre de 
familles importantes qui détenaient les charges locales, exerçaient 
des offices, la chirurgie ou Vapothicairerie. 

Les Aubugeois, représentés aujourd'hui par l'érudit historien du 
Dorât, paraissent originaires de ce bourg : n. h. Jean Aubugeyz 
dit Séneschal figure fréquemment comme témoin dans le terrier 
de 1439; d'autres Aubugeois se rencontrent dans les terriers sui- 
vants. François Aubugeois, époux de Marguerite Rampion, eut 
notamment Pierre et Joseph qui acquièrent en 1H14 la châicllenie du 
Fief et qui formèrent les branches du Dorât et de Magnac. 

A la branche de Lussac, disparue à la lin du XVII" s., apparte- 
naient Jacques Aubugeois, marié le 15 janv. 1602 à Anne Maze- 
roux, d'où Marguerite, Catherine et Léonard; d'un second mariage 
avct Martine Legaull, Jeanne, Léonard et Hillerel; Jean Aubu- 
geois, époux de Jeanne de La Leuf dont Jacques (1603), Léonard 
(1605); Marguerite, mariée le 15 janv. 1602 à Léonard de Bour- 
delle; Jacquetle Aubugeois, morte en 1607, épouse de Pierre 
Audresson. 

Les Berneron sont notaires dès 1539: Pierre, greffier de Lussac, 
a Pierre, aussi greffier, marié en 1642 à Marguerite Guillemin, 
d'où Joseph (1656t1694), s' du Bouchais, juge de Lussac, qui 
laissa d'Anne de La Coste, Léonard, prieur de Lussac,* et Joseph, 
aussi juge de Lussac; leurs descendants passèrent au Dorât. 

Martial Benoist, s' du Chiron, 1652-1719, est père d'Etienne, 
s' de La Bazinière, et de Jean, s' de Villefranche, d'où Louis 
Benoit de Villefranche, marié en 1764 à Marie Chavignac. 

Des de Bourdelle, nous avons parlé à propos du chirurgien. 

Les Brac étaient plus récents à Lussac, Michel (1702 + 1784) y 
vint comme notaire vers 1720. 



MONOGRAPHIE DIT CASTON DK SAlNT-SULPICE-LES-FRUlLLES 327 

Jean Ghavignat, s' du Lalier (1688 f 1745), greffier puis juge, 
appartenait à une ancienne famille de Lussac. 

Les Gaillard étaient originaires de La Souterraine ; ils se titraient 
s'» du Couret ; le premier fut contrôleur des actes. 

Les Gigaud ne paraissent pas non plus originaires de Lussac : 
J.-B., s' de Lacaure, f 1781, vint se (ixer dans le bourg comme 
chirurgien vers 1745; il acheta d'abord une charge de greffier, 
puis une étude de notaire. Il laissa de Marguerite Donnet : Léo- 
nard-Gabriel, s' de Lafond (1739 fan V), notaire, d'où Jean per- 
cepteur de Lussac (i78î -f i836), marié en Tan IV à Marie Rougicr 
de L'Ageboutot, décédée en 1886, à 99 ans, laissant : L.-J.-B.- 
Adrien (an Vf 1876), d'où Ludovic et Louis, qui représentent la 
famille dans le bourg. 

Les Maihieu-Ducoudray, qui sortent de Brigueil-le-Chantre, vin- 
rent comme chirurgien en 1764; Tun d'eux fut pendant de longues 
années maire de Lussac. 

Les Mazeroux sont notaires au XVl* s. 

Le minime Pierre Node ou Naude appartenait à une famille de 
Lussac, qui tenait le greffe dès le XVI" s. 

Les Pillaud étaient notaires et portaient le titre de s' de La Per- 
rière. 

Les Prévost sont mentionnés dès leXV« s.; ils fournirent à Lussac 
des avocats, curés, procureurs, notaires, etc. 

Dès 1543, on trouve des Rabussier, notaires; d'autres ont été 
chirurgiens. 

En 1672, les Pentecouteau viennent du Blanc se fixer à Lussac : 
les uns furent chirurgiens, d'autres notaires. 

Le baron Rougier de La Bergerie, dont nous avons déjà parlé, 
appartenait à une famille de Lussac qui comprenait de nombreuses 
branches; chacune d'elle, pour se distinguer, portait le nom d'une 
propriété. 

Les Rougier de La Bergerie remontent à Léonard, notaire et 
procureur, qui acquiert en 1689 le domaine de La Bergerie; il 
laissa J.-B.et Jean, s' de L'Age-Boutot; J.-B. (1697 f 1767), épousa 
Anne Junien en 1718, dont le fils, Antoine Rougier de La Bergerie, 
■{-1771, se maria à Ursule-Jeanne Mitraud. Antoine laissa : Jean- 
Baptiste, né à La Forlilesse (Bonneuil) le 4 sept. 1757, baron de 
Tempire ; Simon, né à Lussac en 1759, vicaire de Lussac; Léonard, 
né à Lussac le 27 juillet 1762, chirurgien de marine, fait prisonnier 
par les Anglais en 1782, mort à La Bergerie en 1845, ayant eu 
J.-B. -Auguste, juge de paix de Maillezais, et Joseph-Célestin, 
notaire à Lussac-les-Ghâteaux, d'où M. Célestin Rougier, père de 
M. JulesRougier-Labergerie, ancien conseiller général de la Vienne, 



3*28 SOCIETE AnCIlÊOLOGIQlTE KT IIISTORIQCE DU LIMOCSI?* 

agronome dislingué et Tinlroduclcur bien connu du fameux Sola- 
rium Commersoni. 

Jean Rougier, s' de L'Ageboulot (1682 f 1742), laissa de Margue- 
rite Milraud, Jean, s' du même lieu (ITîlf an VIII), époux de Marie 
Benoit de Villefranche, d'où Joseph, chirurgien, et Marie, femme 
de Jean Gigaud. 

A cette famille, se rattachait Jean Rougier (1711 f 1786), chirur- 
gien et procureur, qui eut de Sylvine Lucquel, Jacques, procureur, 
Léonard, chirurgien, et J.-B. (17S8 f 1828), notaire, époux de 
Marie-Françoise Rabussier; ce dernier laissa notamment François- 
Alexandre, docteur en médecine (1813 j- 1896), père de M. Alexan- 
dre-Octave Rougier, ingénieur à Alger, et M. Auguste Rougier, 
docteur en médecine à Mézières. 

D'autres Rougier se tilraient s" de La Ganne, du Taillis, etc. 

Lieux habités 

L'AGE-BARDON, fief appartenant aux Touzcau, clients des La 
Trémoille; en 1462, Pierre Touzeau est notaire à La Trémouille, 
en môme temps que Thomas Touzeau est receveur dud. lieu. 

Le 6 nov. 1476, n. h. Pierre Touzeau, bachelier es lois, s' du 
Bois, acquiert « un droit de gorsayge et bois es gorses du bois des 
Couslz » et des maisons au village de Lagebardon ; il vivait en 
1472-1484. 

Guillaume Touzeau, éc', s' de Lage-Bardon, époux de Magde- 
leine de Saint-Yriers, vend le 29 janv. 1502 (v. s.) à Guillaume 
Lignaud, moyennant 625 l., le lieu, tenue et héritage de L'Age- 
Bardon, comprenant maisons franches, courtillages, vergiers, 
étangs, etc., joignant au grand chemin de Lussac à Verneuil et le 
grand chemin de Monlmorillon. Guillaume avait pour frères Louis 
et Jean. 

Antoine Touzeau, éc, s' de La Font, époux de Catherine de La 
Rve, vivait en 1523-1528. 

Appelé L'Age en 1784; c'était alors une métairie dépendant de la 
s''* de Lussac. 

L'AGE-BERNARD. ancien château appelé, depuis la Révolution, 
La Borderie, possédé jusqu'alors par la famille Lignaud ; il paraît 
avoir été construit dans la seconde moitié du XVI« s., après l'aban- 
don par les Lignaud du château de L* Age-Bernard, p*' de Brigueil- 
le-Chantre, berceau de leur famille; jusqu'à cette époque, ils 
s'étaient contentés d'un hôtel au bourg de Lussac et, en cas de dan- 
ger, d'une tour dans le fort. 

La généalogie de cette maison, qui a joué un rôle important dans 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-PEUILLES 329 

noire pays, a élé donnée par Laine; nous la suivrons en l'abrô- 
geanl sur certains points et en la complétant sur d'autres. 

Robert du Dorai la fait remonter à Pierre Lignand, s' de L'Age- 
Bernard et de Lussac-les-Eglises, vivanl en 1350, fils d'autre Pierre, 
s' de Lussac en 1320. De ce que nous avons dit à propos de la 
chàlelienie de Lussac, découle que cette qualification de s^ de Lus- 
sac attribuée à ces personnages est inexacte. 

L — Le premier degré certain est Jean Lignaud, damoiseau, 
mentionné dans de*^ titres de 1397-1405; de sa femme, Catherine, 
il eut : 

IL — Pierre Lignaud. s' de L' Age-Bernard, vivant en 1437-1444. 

III. -— Perrot Lignaud, s' dud. lieu, cité en 1440-1466, est son 
fils; do sa femme, Marie Joubert, il laissa Perrot, Guillaume et 
Vincent. Perrot rendit, le 8 sept. 1469, au s' de La Trémoille un 
dénombrement pour son « hostel, herbergement et vergier et une 
petite maison devant, le tout au bourg de Lussac, joignant aux 
fouxéz et fortiflîcations et au fouxé du sementière; plus son hostel 
en la p" de Brigueil, appelé TAge Bernard, guerennes, étangs; la 
tierce partie des Agriers de Bouchiron contenant 300 seplerées, la 
tierce partie des Agriers de La Chaulme contenant 400 seplerées ; 
la guerenne du Plans tenant au gueffroy du moulin ; les 3/4 de la 
dixme de la Jallebosse ; le quart de la dixme de charnage de Lus- 
sac, Mons, Roussines et la Jallebosse vallant 4 ou 5 aigneaulx ; le 
quart de la petite dime de Lussac qui peut valloir 2 ou 3 seliers de 
blé« la douxièsme partie des laines du dixme que tient le prieur et 
le chapelain de Lussac par toute la paroisse; autre maison dite 
maison Jehan Dubois avec fouxës, courlillages et vergiers joignant 
le chemin de Lussac au Dorât et à la grant voye », etc., le tout 
valant 80 1. de rentes et tenu du s' de Lussac à foi et hommage 
lige « au devoir d'uns espérons dorez de la valeur de 10 s. ». 

IV. — Perrot étant mort sans enfants, son frère Guillaume hérita 
de L' Age-Bernard et continua la postérité en épousant Guionne de 
Pressac. Il fournit, en 1472, au s' de Lussac un nouveau dénom- 
brement, copie textuelle du précédent ; il le renouvela aussi en 1483. 

Le 28 avril 1501, il acquiert de Georges Mathieu, s' des Hommes, 
le 1/8 de la petite dime de Lussac, 1/16 de la dime de la Jalle- 
bosse, le 1/8 des charnages de Lussac. 

Il était gentilhomme de la suite de M. de La Trémouille et nous 
le trouvons, en 1487, gouverneur de l'île de Noirmouliers pour ce s^ 
En cette qualité, Charles VII l'exempta du ban et de l'arrière-ban 
par lettres du 13 mai. 

Le 22 août 1505, La Trémoille mande à son receveur, Jean 
Motays, de payer à Guillaume Lignaud 45 1. de pension « ceste 
année, oullre ses gages ordinayres, pour luy ayder à soy entretenir 



/i 



330 sociérè AnciiéoLoCiQCE rt itksToatQUE du limousin 

en nostre service » ; d'après Télat des dépenses de 1492, sa pen- 
sion était de 60 1. (1). 

Il laissa François dont on va parler; Antoine, prieur de Saint- 
Exupéry, et une fille mariée à Antoine de Lage-Hélie. 

V. — François Lignaud, s' de L*Age-Bernard, épousa, par con- 
trat du 8 janv. 1505 (v. s.), Jeanne Couraud, fille du s' de Saint- 
Martin-le-Mault. 

Le 10 mars 1510, il accensait à Mathurin Lounay, moyennant 
2 s. de rente, « ung vergier ou jardin du pré Baslant, sellon que 
tient le pallez dud. jardin, à charge de construire une maison et 
eschauffecteur dedans ung an ». 

Le 8 janv. 1522 (v. s.), il obtenait du roi des lettres patentes à 
terrier pour L' Age-Bernard. Ce terrier fut commencé le 1«' avril 
suivant par Babalière et Forestier, notaires. 

Le 24 sept. 1510, le sénéchal de Lussac recevait son hommage 
pour son hébergement et vergier sis au bourg de Lussac. 

En 1530, il transigeait avec le s' de Champeron au sujet de son 
ban dans Téglise de Lussac. 

Pour répondre au désir des lettres du roi du 15 oct. 1538, il 
bailla, le 13 mars 1539 (v. s.), au sénéchal du Poitou une déclara- 
tion de tout ce qu*il possédait : sa maison noble du lieu de Lussac 
avec jardin et préclôture valant 80 1. de rente; sa maison noble de 
L' Age-Bernard, p" de Brigueil, avec les fossés, étangs, garennes, 
valan! 10 1. de rente; le fief Serpentin ; la dîme de TEschange sur 
Lussac et Saint-Martin valant 100 s. 

Il laissa Guillaume et Isabelle, femme du s' des Bastides. 

VI. — Guillaume Lignaud, s' de L'Age-Bernard, servit dans les 
guerres d'Italie comme homme d'armes du duc de Guise; il fut tué 
à la bataille de Saint Quentin le 10 août 1557. 

Il eut, lui aussi, des difficultés avec le s' de Champeron au sujet 
de son banc dans Téglise de Lussac et se porta môme à certains 
excès sur sa personne : le 1" avril 1540, François Pot, s' de Chas- 
singrimont; Jullien Ballou, ch'; Charles du Breilh, s' des Veyries; 
Antoine de Blond, s' de Beaupuy; Pierre Eslourneau, s' de Ter- 
sannes; François du Genest, éc% assemblés à Lussac en tribunal, 
condamne Lignaud à payer 100 1. à Champeron qui se désiste de 
toutes poursuites. 
De Marguerite de Couhé qu'il avait épousée le 7 fév. 1540, il eut : 
VIL — Antoine Lignaud porta tout d'abord les armes en qualité 
d*archer, puis d'homme d'armes, dans la compagnie du comte de 
Charny, s' de Lussac, du 3 juin 1567 au 10 juin 1574. Par acte du 



(1) Les La Trémoille pendant cinq siècles, p. 35 et 109. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAIN T-SULPICE-LES-FEUILLES 331 

\ 

16 mars 1568, ce dernier, en considération des bons el agréables 
services qu*il a reçus de lui, lui fait don du droit de prélalion et 
retenue féodale qu'il possède sur ses sujets de Château-Guillaume, 
Vasois, Saint-Cyvrant, Les Corrys, Thollet et Lussac, depuis 12 ans 
et pour l'avenir autant qu'il lui plaira. 

11 fut le premier de cette maison à embrasser le protestantisme 
et les chroniques du temps nous donne quelques détails sur le rôle 
qu'il joua dans le pays : vers fév. 1575, elles nous le montrent en 
compagnie de divers s'" du pays reprenant le château du Bourg- 
Archambault, qui avait été surpris par Jean de La Haye, lieutenant 
général du Poitou ; en oct. 1577, il est indiqué comme faisant partie 
du complot ourdi par des genlilhommes poitevins pour s'emparer 
de Limoges (D. Fonteneau, t. XLV, p. 143). 

Henri III, par lettres du 11 août 1588, le nomma gentilhomme 
de sa chambre, « en considération, portent-elles, des bons et conti- 
nuels services que notre cher et bien aimé le sieur baron du Rys et 
Je Lâge-Bernard, nous a cy-devanls faits et fait encore, en cer- 
tains voyages el affaires où nous l'employons pour notre service ». 

On a pu remarquer que jusqu'ici toutes les pièces que nous 
avons citées, la dernière est de 1539, ne mentionnent, parmi les 
possessions des Lignaud, qu'un hôtel au bourg de Lussac et un 
autre hôtel appelé de L* Age-Bernard, p'« de Brigueil, mais il n'y 
est pas question d'un château du môme nom, p**" de Lussac : le 
premier acte qui le cite est de 1565, il faut donc en conclure que le 
château a été construit entre 1539 et 1565, el plus près, croyons- 
nous, de cette dernière date. Il fut édifié dans des terres dépendant 
soit de L'Age-Bardon, soit de l'hôtel de Lussac, et on lui donna le 
nom L'Age-Bernard en souvenir du château de la p^'' de Brigueil 
qui fut abandonné. Le fief tenu par les Lignaud à Lussac était du 
reste déjà connu sous ce nom, le terrier de 1523 le prouve. Le siège 
de la s'^"* fut seul changé. 

Nous attribuons plus volontiers cette construction à Antoine, car 
c'est à lui que commence l'éclat de cette maison. Son mariage avec 
Marie Mauclerc, veuve de Jacques de Saint-Savin, en 1575, le Ht 
baron du Ris-Chauveron, un des plus intéressants châteaux de 
notre région. Dans les pages que nous avons consacrées aux s'* de 
Lussac, nous avons dit ce que devint sa descendance; depuis cette 
époque jusqu'à la Révolution, L' Age-Bernard resta en leur pos- 
session et fut considéré comme le siège de la châlellenie de Lussac. 

Un inventaire, dressé après la mort de Maximilien Lignaud, 
donne de curieux détails sur la distribulion et l'ameublement de 
ce château en nov. 1674, nous allons lanalyser brièvement. 

La chambre basse où est mort le s*" est tendue de tapisserie de Ber- 
game noire; dans la chambre à côté, se trouve une tente de tapisserie * 

T. LVI 2^ 



332 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

de haute lisse, contenant Thistoire du mariage d* Alexandre en 7 pièces, 
estimée 50 1. ; une autre chambre à côté, appelée chambre des Demoi- 
selles, est tendue d^une vieille tapisserie en paysage fort usée, 30 1. 

La grande salle basse garnie de tapisserie de Bergame renferme un 
jeu de billard; ensuite la cuisine, puis une pièce dans la tour de Tabreu- 
voir. 

La chambre du marquis est au premier étage au-dessus de celle où 
il est décédé ; elle est meublée de 2 lits garnis de tapisserie de Ber- 
game; plus loin la chambre bleufve et la chambre de Talcosve; dans 
celle-ci, un beau lit garni de drap de Hollande, couleur olive doublé de 
taffetas jaune estimé 400 1. ; une belle table de bois de noyer fort façon- 
née fermant à clef; 3 carreaux de satin jaune et une tente de tapisserie 
contenant l'histoire de Diane, 400 1. 

Dans la grande salle haute : 2 tables, 1 lit de repos, 2 chaises, 6 fau- 
teuils, une belle tente de tapisserie contenant l'histoire romaine lorsque 
Tite prit Jérusalem, de 10 pièces, 1.400 1. 

Dans la belle chambre au bas de la grande salle : 8 fauteuils et 9 chai- 
ses se pliant garni de drap de Hollande, avec frange or et argent; 
4 grands carreaux de damas vert, 195 1. Un beau lit garni de drap de 
Hollande couleur de feu avec frange or et argent; un grand miroir 
garni d'ébène; une belle tente de tapisserie de verdure de haute lisse, 
500 1. ; dans la chapelle, bien garnie de toutes sortes d'ornements, un 
calice d'argent estimé 100 1. ; dans un cabinet, un beau lit de réserve en 
broderie de soie, de drap amarante doublé d'un gros de Naples à fleurs, 
le tout bien garni de frange et crespine de soie. L'argenterie est estimée 
en bloc 7.620 1. ; deux étuis garnis de couteaux, cuillers et fourchettes, 
l'un de vermeil doré, l'autre d'argent, 50 1. 

Un autre inventaire de 1788 nous montre que le château comprenait 
32 pièces : chambre de la comtesse : lit à droguet de soie couleur de 
chair avec des rideaux de ras citron; chambre à l'aigle : 2 anciens lits 
à la duchesse de vieille étoffe à fleurs; chambre violette; chambre du 
balcon : lit de damas broché citron avec rideaux de serge de même 
couleur; autre chambre sur la cuisine : lit à l'impérial de satin blanc 
brodé de cerise, courtepointe et soubassement de même qualité, rideaux 
de serge d'Aumale blanche; chambre du Pont ; chambre de l'alcôve : lit 
d'alcôve satin citron moucheté avec rideaux de droguet de même cou- 
leur; chambre de la tour; chambre du comte. 

Le terrier de 1784 décrit ainsi l'extérieur du château : 

« Il est basli sur 4 ailes en carré parfait, décoré de 4 grosses tours, 
une à chaque angle, et d'un pavillon quadrangulaire fort élevé sur l'aile 
du jardin ; il est entouré de larges douves ou fossés en carré bordés du 
côté de l'avenue de marronniers, de terrasses et palissades, fortifié de 
ce même côté d'un pont-levis sur les douves et de 2 tourelles sur le 
mur du grand portail que fermait led. pont-levis; led. château renforcé 
d'un second mur et portail par lequel on entre dans la cour. Lequel 
château consiste en outre en plusieurs bâtiments, parterres, jardins, 
avenues, charmilles, caneaux d'eau, berceaux^ bosquets, le tout com- 
pris dans l'enceinte des fossés et contenant une septerée 45 perches^ la 



MONOCnAPHlE DU CANTON DK SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 333 

septerée de 100 perches carrées et la perche de 22 pieds de roi. Plus le 
grand jardin situé à côté de l'aile occidentale où Ton entre par un pont 
de bois qui est sur les douves ; 2 terrasses à côté du pont où Ton monte 
par des escaliers ; un bosquet nouvellement planté et dessiné au bout de 
l'avenue de marronniers, le chemin de Lussac à Montmorillon entre 
deux ; l'étang du pâturai ; les maisons et bâtiments de la métairie noble 
appelée La Borderie du château, etc. » 

Les Lignaud ayant émigré, le château et ses dépendances furent 
confisqués : le 26 janv. 4793, la municipalilé ordonne des perquisi- 
lions à L*Age-Bernard pour y chercher le s' Milet qu*on dit de 
retour de rélranger. 

En Tan III,' François Pillaud, cultivateur, est dit habiter La Bor- 
derie du ci-devant château; La Borderie U Age-Bernard, an VI. 

Le château fut alors abandonné et ne tarda pas à tomber en ruines. 
M. Ernoul, ancien ministre de la Justice, devenu propriétaire, Ta 
fait restaurer vers 1880 par M. Rocques, architecte à Angers. 

LES AGRIERS. — 1691, 11 h.; 1901, 1 m., 9 h. 

Les Agricrs de Bouchiron, qui contenaient 300 s., dépendaient 
de TAge-Bernard en 1469. 

ARBALIËRE. — 12 m., 36 h. Ce nom nous oflre. une permuta- 
tion de lettre ; on écrivait autrefois Rabalièrc, la forme moderne se 
rencontre depuis 1785. On appelle raballe, en patois, une charrue 
primitive. 

Le 1" déc. 1383, Jean Calelh, commandeur de TEspardelière, 
donne à bail à Jean Chabido, de Valades, p»« de Bessines, l'héri- 
lage de Jean Donsert à Bibaliéra, qui était retourné en friche, et 
lui fait remise des cens et renies dus jusqu'à la N.-D. de 1385; les 
héritiers d'Aubert Loubes, damoiseau, donnent également quit- 
tance des redevances qu'ils possédaient sur cet héritage. 

Le village de Babalière relève du Paulmet (Terrier de 1519) ; la 
forge de Rabalière est mentionnée en 1469. 

LA BERGERIE. — 1 m., 6 h. Le moulin seul est de la com. de 
Lussac; le surplus du village, qui se trouve sur la rive droite de La 
Benaize, dépend de Coulongcs. Le tout était compris dans la châ- 
tellenie de Lussac. 

La Bergerye, 1543; La Pilaudière, alias La Bergerie, 1668. 

Le moulin fut emporté par la grande inondation de juil. 1792. 

Le 26 juin 1689, Pierre do La Gelie, éc% s' de La Goste, vend le 
lieu de La Bergerie à Léonard Rougier, notaire; nous avons men- 
tionné plus haut le baron Rougier de La Bergerie. 

LA BORDERIE. — 2 m., 14 h. Nom moderne du château de 
l' Age-Bernard . 

LES BOUIGES. — 65 h. en 1691, 37 m., 126 h. 

LA BOURDAILLE. — 1 m., 7 h. 



/ 



334 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTOniQrE DU LIMOUSIN 

BOURDELLE. — 1691 : 6» li.; 10 m., 48 h., compris dans la 
cbâtellenie du Fief qui avait la moitié de la dîme. 

Bourdelles, 1412; Bordelles, 1440. 

CHAMPÊRON. — 1 m., 10 h. Fief noble relevant de Lussac à foi 
et hommage lige au serment de Gdëlilé, au devoir d'une paire de 
gants de 20 deniers, et comprenant, d'après Taven du 23 nov. 1S98, 
« une maison noble haulle, basse-cour, écuries, colombier a norrir 
pigeons, vignes, élangs etpescherie et une métairie ». 

Possédé en 1527 par Jean de Montbel, capitaine de Fleix, qui, en 
1530, faisait un accord au sujet de sou banc dans Téglise de Lus- 
sac. En sept. 1536, celui-ci était à Tarmée, au camp du pays de 
Provence, en qualité d'bomme d'arme des ordonnances dCi roi, 
compagnie de M. de Poinctièvre. 

Son Dis, Guillaume, fut s' de Champéron et épousa Gillone Pot, 
d'où entre autres enfanis Robert, qui fut attributaire de ce fief et 
prit une part active aux guerres de la fin du XVI* s. 

En 1593, faisant partie de la suite du baron de La Chaslre et se 
trouvant à Tours, il obtint du prince de Conti un passeport, lui 
sixiesme, chevaux et armes. Une pièce de la même année nous 
montre le maréclial de La Chastre renvoyant le 30 sept, en mis- 
sion à Orléans vers le duc de Mayenne. Deux ans après, il est 
sergent-major de la ville de Rouen et le 22 mars le roi le gratifie 
d'une pension de 800 écus pour l'engager à lui continuer la fidélité 
de ses services; le 12 avril 1596, il lui donna un passeport pour se 
rendre à Calais. 

Le 31 oct. suivant, Robert de Montbel, étant alors gentilhomme 
de la chambre du roi et Tun des 20 gentilshommes de la suite de 
S. M., lieulenant du duc de Vendôme, fils naturel du roi, au gou- 
vernement de Seurre, épouse Anne de TAge, sœur du fameux duc 
de Puylaurent. 

En 1599, il louchait 33 écus par mois comme gouverneur de cette 
ville (\e Seurre, sise en Bourgogne. Le 1" déc. 1608, le roi le créa 
chevalier de Saint-Michel et en 1629 lui donna une pension de 
2.000 1. 

Une enquête de 1631 porte « qu'il avoit esté des braves de son 
temps et aimé du feu roy et que c'esloit un homme aussi recom- 
mandable par sa naissance que par son mérite ». 

Son fils, René de MontbeJ, s' de Champéron et d'Yzeure, vendit, 
le 27 mai 1632, le lieu, maison et fief noble de Champéron à Chris- 
tophe de Bersac, moyennant 3.150 1. Le s' de Lussac, ayant voulu 
exercer le retrait féodal, dut attaquer l'acquéreur en justice; un 
jugement du 23 janvier 1651 lui donna gain de cause et condamna 
Laurent de Bersac, éc', s' de Champéron, gentilhomme ordinaire 
de la chambre du roi, fils et héritier de Christophe, à délaisser 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 335 

Champéron, qui resta jusqu'à la Révolulion en possesssion des 
Lignaod. (P. M.)- 

Malgré la vente ci-dessus, une branche des de Monlbel, issus de 
René, continua à porter le nom de Champéron. 

LES CLOTURES. — J691, 128 h.; 17 m., 62 h. En 1412, Les 
Cloudnres dépendent du Fief qui lève la dime. 

Le fief de LA COSTE ou Gaiement consistait en une rente au Mont 
relevant de Lussac à foi et hommage lige au devoir d'une paire 
d'éperons à muance de s' et d'homme, suivant dénombrement 
rendu le 7 mai 1597 par Jean Mérigot, sénéchal; tenu en 1787 par 
Jean-Joseph Penlecousteau. 

LA COUFAUDIÈRE. — 29 h. en 1691 ; 7 m., 26 h. En 1412, La 
Foucaudière est comprise dans le Fief qui percevait la dime avec 
Hérul. Au XVII* s., par une sorte d'interversion assez fréquente 
dans le langage populaire, ce nom est devenu La Coufaudière; un 
acte de 1669 porte les deux formes, la dernière a prévalu au siècle 
suivant. 

LE COURET. — 1691, 22 h.; 1 m.. 10 h. Louis Rerneron, s' du 
Courel, 1668; Léonard Gaillard, s' du Couret, 1758-1767. 

D'après la déclaration du 8 janv. 1468 (v. s.)» les habitants du 
Corret doivent à Hérul 15 quartes d'avoine, plus une geline par feu 
pour la dime des rabes; toutes les autres dîmes du village appar- 
tiennent à la commanderie. (M. D., 391.) 

LE GROS. — 1691 : 15 h.; 18 m., 37 h. Le Crox, 1475; Le 
Croc, 1691. 

L'EXPARDELIÈRE. — 41 h. en 1691 ; 14 m., 60 h. 

Il y avait dans ce village une commanderie de l'ordre de Saint- 
Jean de Jérusalem dépendant de Villejésus. 

Au XVII* s. les bâtiments de la commanderie formaient un vaste 
carré avec cour au milieu ; l'un des angles était flanqué d'une grosse 
tour ronde; à un autre coin, se trouvait une tourelle en encorbel- 
lement sans doute destinée à recevoir un guetteur. (Arch. du 
Rhône, H. 137). 

Un des côtés était formé par la chapelle qui était dédiée à Saint- 
Jean Porte-Latine et Saint Léobon; autour, il y avait un cimetière 
ou étaient enterrés les habitants du village. Dans cette chapelle, 
on trouvait, en 1615, un grand reliquaire de cuivre éroaillé en 
forme de bahut avec les images de Saint Jean et Saint Léobon ; un 
autre reliquaire en forme de ciboire ; une vieille croix du temps des 
Templiers (1) avec son crucifix où il y a deux clous aux deux pieds; 

(i) Malgré cette indication, on peut affirmer que cette commanderie 
n a jamais appartenu aux Templiers : elle ne figure pas en effet dans le 
texte du fameux procès et elle n'est pas mentionnée dans Taccord inter- 



336 SOCIÉTÉ ARCiiéOLOGlQL'E ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

une petite paix de cuivre avec son crucifix en champ entresemé de 
fleurs de lis et d*éloiles. A cette époque, le commandeur ne résidait 
plus à la commanderie et un vicaire était chargé d'assurer le ser- 
vice religieux ; il recevait pour cela une pension de 6 set. de blé. 

Les auires côtés du carré étaient formé par la maison du com- 
mandeur et la demeure du métayer qui avait une métairie à 3 pai- 
res de bœufs. 

Cette commanderie comprenait encore des rentes importantes : 

11 s. froment, SS s. de seigle, 50 s. d'avoine, i3 I., 12 bians, 

12 vinades ; des dîmes donnant 20 s. de grains, enfin un moulin 
banal. En 1614, ce moulin avait « esté désolé et démoly par gens 
non cognu ». (H. 215). 

Le commandeur possédait en outre la justice haute et basse, 
sans doute dans la partie de la p*"* non comprise dans la châtellenie 
de Lussac, et un droit de « péage ou plassaige au lieu de L*Esper- 
dillière, le jour de la Saint-Jean-Porte-Latine et Saint-Léobon, où il 
y a deux belles assemblées en forme de petites foires et prend de 
chaque place de mercier ou autre marchand, de quelque denrée 
ou marchandise que ce soit, la somme de 4 deniers de droit de 
layde (i) ». 11 avait en outre droit de chasse dans sa juridiction et 
de pèche sur TAsse depuis le gau de La Charbonnière jusqu'au bas 
de Villeneuve, de long en long du bois de THospital et des 2 côtes 
de la rivière (2). 

De l'acte de 1383 cite à l'article Arbalicre, il résulte qu'à ce 
moment la commanderie de Leparselere, Lesparseleria était occupée 
par un commandeur et des frères. 

Les archives du Rhône possèdent les comptes de L'Espardeler 
pour 1374-1375. (H. 244). 

De la commanderie dépendait un grand mas de brandes appelé 
du Bois Bardon, sis entre le chemin de Lussac à Coulonges, et le 
chemin de la Bergerie au Dorât; d'après une déclaration du 
4 mars 1634, si ce mas venait à être mis en culture, le comman- 
deur devait prendre comme droit de dîme de 24 gerbes, une. 

Commandeurs : Jean Calelh, 1383; Guillaume de La Grollée, 
1530; Jean de Meaux, 1634; César Bonnier, 1691 ; Pierre de Saint- 
Laurent, 1696-1699; Michel Auteroche, 1720; chevalier de Modon, 
1736; Gilbert Joset, 1757; Charles Josct, 1780. 

venu en 1282 eatre Tévêque de Limoges et les chevaliers du Temple 
pour leurs chapelles sises dans le diocèse. (Cf. M. Leclcr, BuUet, 
t. LIV, p. 493.) 

(1) Les laiders ou laeders sont les collecteurs d'un certain droit appelé 
laide. V. La Thomassière, Coût, du Berry (Dict. de Trévoux), 

(2) Cf. M. A. Vayssiére, L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem ou de 
Malte en Limousin, p. 152. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-gULPICE-LES-FEUILLES 337 

D*aprës le terrier de la ch&tellenie de Fliec (Fleix) du 3 avril 
1437, le s' de ce lieu prend sur « ung chacun demorant au village 
de VEspardellière tenant bœufz arables, à chacune feste de Saint- 
Michel, et tenant feu et lieu, ung septier d'avoinc et iceulx qui ne 
tiennenf point de bœufz doivent à la dite feste 3 b"^ avoine combles 
et les femme vefves demorant aud. village, tenant feu et lieu doi- 
vent à lad. feste 3 b"" ras et chacun tenant feu et lieu aud. village, 
à lad. feste, une géline ». 

En 1779, Jean Rougier est juge de L'Espardelière, et Michel 
Brac, procureur fiscal. 

LE FIEF. — 2 m., 7 h. Cétait le cheMieii d'une petite chàtellenie 
qui comprenait la partie de la p'* de Lussac située sur la rive gau- 
che de TÀsse. 

Il y a tout lieu de croire qu'elle n'était qu'un démembrement de 
la s''« de Lussac constitué au profit d'un putné ; volontiers nous le 
ferions remonter à Amiel de La Trémoille, mort en 12S7; nous 
savons que sa tille Agathe épousa Guillaume de Lezay, s' d'Angles, 
qui, en 1245, paye 15 1. de rachat à Alphonse de Poitiers pour le 
fief de Lussac-leÀ-Eglises {de feodo Lucac Ecclesiarum) appartenant 
à sa femme (1). 

Nous voyons ensuite, le 8 juillet 1333, Hugues de Lezai donner à 
l'abbaye de La Colombe une rente de 10 s. qu'il assigne sur sa 
terre de Lussazeis : il ne peut s'agir ici de la s'** de Lussac qui 
appartient alors aux La Trémoille et il est fort probable que cette 
terre est le Fief Lussazois que nous trouvons au commencement du 
XV» s. entre les mains de la famille de Magnac. 

Les archives de Lussac contiennent un curieux terrier de cette 
s'*** rédigé en 1413, d'après un grand registre antique; on y trouve 
énuméré tous les droits de cette chàtellenie : 

« Ce sont les cens, rentes et revenues qui appartiennent et sont 
dehues, tant en blé comme en deniers, à noble et puissant s' mes- 
sire Jehan de Maignac, ch% s' du Soulier, du Fiefz, de Malcornay, 
de Saint-Prier et de Chanteloube, à cause desd. terres, faites et 
ordonnées toutes par noltes reçuez par moy Philippot Cauderouer, 
clerc et notlairc juré de la Basse-Marche, et cscriples l'an mil CCCC 
et Irèze. 

» Premièrement s'ensuit les cens, rantes et revenues de la terre 
du Fief : le 8« jour de février de 1412 (v. s.), Jehan de la Chassai- 
gne, pour le lieu Boutet au village des Cloudures, avec la fundau- 
seignourie dud. lieu; il doit conduire le blé du s' en son hôtel du 
Soulier; il confesse estre homme dud. ch' parla forme et manière 
que les autres hommes du Fiefz ont accoustumé à estre. » Des 

(1) Arch. hist. du Poitou, t. IV, p. 100. 



338 socnéTÉ archéologique et historique du limousin 

droits sont dûs pour fouage (4), d'autres pour chinage (2). Suivent 

les autres déclarations des hommes du Fief. 

• « Sur tous les habitants dud. Fié tenant feu et lieu, sur chacun 

ung boisseau d'avoyne, à la mesure du Fié, à cause du feure (3j 

Machigon. 

» Item si en la dite terre du Fié avoit cent feulx ou plus chacun 
seroit tenus de paier par raison du feu, tous les ans à chacune feste 
deN.-D. d*aoust, une émine de froment et 14 quartes d'avoine, 
mesure dud. Fié, et une géline et 2 deniers de chinage chacun an 
en chacune feste de Nouel et les autres cens, ranles, charges et 
devoirs antiens qui sont dûs sur les tenues de lad. terre. 

» Item tous les manans et habitans de lad. terre tenant feu et 
lieu doyvent chacun tous les ans aud. ch^ une journée pour faucher 
ou pour mcstiver ou pour fonire ou pour cloire les vergiers ou pour 
faire quelque chose que l'on leur vouldra commender. 

» Item tous les dessusdits habitans doyvent chacun an, chacun 
ung bian pour aler quérir le vin dud. s' soit en Berri ou en Poytou 
ou là led. s' aura son vin pour son hostel et lou amener en Tostel 
dud. s^ 

» Item la tierce partie à mond. s' de la disme de tous les blés 
croyssans en et partout les villages des Cloudures, de la Vonzelle, 
de la Foucaudière et de la Villate et la tierce partie de la disme des 
gélines et les agriers. 

» Item à mond. s' les deux parties de la disme de tous blés et de 
tous vins croyssans en et partout les villages des Cloudures et de 
la Foucaudière que souloit tenir et estre au sires de Mailhous et 
les deux parties de la disme de gélines, des aigneaulx et des lanez. 

» Item à mond. s' la moytié de la disme de tous les blez croissans 
en et partout les villages de Bourdelles et de Mons et la moitié de 
la disme des gélines. 

» Item à mond. s' la tierce partie des lanes des aigneaulx et des 
prémisses en et partout les villages dessus nommés. 

» Item la justice haulte, basse et moyenne en et partout lad. 

(1) Fouage, droit dû à raison du feu, de la maison. 

(2) Dans Taveu de 1561, on dit que le s' peut prendre sur chacun 
tenant feu en sa terre, 2 d. pour le droit de chinage. Le chinage ou che- 
mage était un droit qui se payait à raison des charrettes qui passaient 
dans un bois; d'une façon plus générale, c'était une redevance pour un 
chemin, un passage. 

(3) Foarre, fouerre, feurre^ paille de seigle ou de froment; le feurre 
était anciennement une levée qui se faisait pour une expédition mili- 
taire; fourre signifie aussi le manger des chevaux, fodrum ou foderum. 
{Dict. de Du Gange et Trévoux.) 



IQMI 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 339 

terre du Fié el le boys appelé le Boys du Brueilh-Bofli assis en lad. 
terre avecques la justice durant partout led. boys. 

» Item à moud, s' la disme des vins eroissans en et par tout lad. 
terre si les yignes y estoyent. 

» Item à mond. s' les vandes de toutes et chascunes les bestes 
vendues en lad. terre et de toutes autres choses de quoy vendez se 
doy vent payer. 

» Item à mond. s' les feures de seigle cinq quartes et d'avoyne 
cinq quartes. 

» Item à mond. s' le moulin du Fié assis en lad. terre avec les 
mosnans, c'est assavoir tous les habitans de lad. terre aussi avec- 
ques la justice comme dessus. » 

(Parchemin, 16 feuillets; à la suite, rentes de la terre du Sou- 
lier; la fin manque.) 

Guillaume de Magnac laissa Marguerite, mariée à Guillaume de 
Vouhet. Par lettres du i«' sept. 1417, « Guy de Besançon, lieute- 
nant général de très haut et puissant prince M' Loys, conte palatin 
du Rin, duc en Bavière et comte de Mortaing, aiant le bail, gouver- 
nement et administration de Loys de Bavière, mons' son filz, s' de 
la Basse-Marche et de Belac, Rançon et Champaignac, met en souf- 
france messire Guillaume de Voyec pour la foi et hommage de son 
lieu du Soulier et de sa terre des Fiefs, tenus dud. s' à cause de son 
châtel du Dorât », pour une durée d'uu an et mande à ses ofTi- 
ciers de ne pas le molester pendant ce temps. 

En Tan 1439, Marguerite de Magnac fil procéder â un nouveau 
terrier par Pierre Desperelles, bachelier en droit canon et civil, et 
Jean de FontbuiTeau le jeune, clercs jurés et notaires du bailliage 
de Limoges. 

Le 25 juin 1444, Bernard d*Armagnac, comte de la Marche, 
reçoit l'hommage du lieu du Fieu Lusayzes, fait par Georges de 
Voet, au nom de Marguerite de Magnac, sa mère. 

En 1451-145S, Georges de Vouhet procède à plusieurs arrente- 
ments dans le mas du bois du Breuilh, joignant le ruisseau de Bor- 
debonne. 

Pierre de Vouhet, s' du Fief et de Bonbon, sans doute son fils, 
rend aveu, le 24 mai 1488, à Pierre, duc de Bourbon, comte de la 
Marche, pair et chambellan de France pour le Fief. 

Le 31 août 1506, le même bailla un dénombrement à Anne de 
France, duchesse de Bourbonnoys, pour sa terre el s'** du Fyé 
avec tout droit de justice, relevant à foi et hommage lige au service 
de féaulté. Elle comprend un moulin auquel sont mosnant tous les 
habitants de la s''«, une métairie à 4 bœufs, des renies, 16 bians et 
16 vinades avec 4 bœufs et charretle. 



340 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Pierre avait épousé Marie de Razect, qui, veuve, avouait, pour 
ses enfants mineurs, le 17 avril 1517. 

Son fils, René de Vouhet, s' du Fief et Boubon, réunit en terrier, 
en 1526, les déclarations rendues par ses tenanciers; le 28 mars 
1539, il donne un dénombrement pour le Fief Lusatisoys; de 
sa femme, Jeanne de Bersolles, il laissa Claude de Vouhet. On 
trouve un aveu au nom de celui-ci le 18 nov. 1561. A sa mori, 
cette s'** devint indivise entre Antoine de Vouhet, s' de Boubon; 
Charlotte, sa sœur, femme de Georges de La Trémoille, s' de La 
Bruière, et Antoine de Vouhet, s' de La Galhardière, leur oncle. 
De 1575 à 1604, ceux-ci cédèrent leurs parts au s' de L'Age- 
Bernard, qui devint seul possesseur du Fief. 

Le 30 sept. 1614, René Lignaud, s' de Lussac et de l'Age-Ber- 
nard, vend à Pierre et Joseph Aubugeois, bourgeois de Magnac, le 
lief, s'*« et châlellenie du Fief Lussasois, moyennant 15.000 1. Le 
8 fév. 1633, Joseph Aubugeois, s'' châtelain du Fief, fait arpenler le 
village des Cloutures. 

Le Fief fut ensuite rétrocédé aux Lignaud le 25 fév. 1640 par 
Joseph Aubugeois, s' des Pellauderies, Isaac Aubugeois, notaire, et 
François Aubugeois, moyennant 17.300 1. Préalablement, Lignaud 
avait obtenu du roi, par lettres patentes du 13 nov. 1639, en con- 
sidération de ses bons services, donation et remise de tous les 
droits dûs à cause de cette acquisition. Jusqu à la Révolution, le 
Fief resta annexé à la s'*' de Lussac. 

La s'** du Fief nommait juge, procureur et greffier; en 1688, 
les assises se tenaient à La Trigalle; mais au XVIII^s., comme 
nous Tavons dit plus haut, la justice se rendait au bourg de Lussac 
dans un lieu dit des Valleotins, faisant partie de la châtellenie du 
Fief. 

Le moulin du Fief était en ruines en 1610; à cette époque, Lignaud 
y fit mettre « une meule et ung chail neufs ». 

LA FONT, fief relevant du Fief Lussazois, suivant aveu rendu le 
18 avril 1523 par Antoine Touzeau, s' de La Font, époux de Cathe- 
rine de La Rye; il est tenu « à foi et hommage lige, au devoir d'une 
père de gans à Testimation d'un grant blanc » ; il comprend un 
chazeau joignant le chemin de Bourdelle à Lussac. Louis Touzeau, 
s' de La Font, 154*5; Anne Touzeau, 1598. Il fut acquis le 1«' juin 
1615 par le .s' de Lussac. 

Marie-Eslher Lignaud, épouse de François de Gain, s*" d'Anville, 
vend à Robert Lignaud, le 9 sept. 1690, la maison noble de La Font 
avec une tour par devant, acquise par décret sur Martial Naude, 
S' du Fretet. 

Le 8 oct. 1765, J.-B. Gigaud, s' de La Caure, notaire, cède au 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-PKUILLES 341 

m'* de Lussac le lieu et métairie de La Fonl, chemin de Lussac à 
Saint-Léger, à main droite, moyennant 5.000 1. 

C'était au lieu de La Font qu'au XVllI» s. se rendait la justice 
de la commanderie d'Herut. 

LES FRÉTILLES. — 1 m., 10 h.; contraction de Forestilles. 

Le 31 déc. 1445, le s' du Fief donne à mestayerie à Jean des 
Cloulures, dit de La Court, les coux des Fouresthiles assises entre 
le boys de l'église du Puy-Sainl-Jean et le boys Vigier de M. de 
Maignac, le ruisseau qui vient de Tétang du Pinaleau, le boys des 
Ricoulx et le boys de Tersannes; à charge d'y construire « ung 
cschauiïelour (1) bon et compétent dedans deux ans et une grange 
quant il pourra et y tiendra feu et lieu ». Il donnera au s' le tiers 
du froment, du seigle et de l'avoine, la moitié du bétail et il gar- 
dera la totalité des autres menus grains. II sera garanti de tous 
fouages, guet et garde, comme font les autres nobles avec leurs 
métayers, et il devra tenir 4 bœufs dans la métairie. 

Cette métairie est mentionnée depuis dans tous les aveux du 
Fief, comme dépendant de cette s'^*. François Âubugeois, s' des 
Forestilles, 1673. 

Une tuilerie y est indiquée en 1774. 

GÉUF. — 29 h. en 1691 ; 6 m., 22 h. Geluffes, 1519; Gelluffes, 
1636; Geluffe, i69i ; Geliffie, 1741. 

LES GâLLECTS, village près de Roussines. Les Gallects, 1655; 
Les Gallais, 1779. 

LA GRIMINIÈRE. -• 1691 : 45 h., 5 h., 20 h. La Greminière, 
1519. 

LA JALLEBOSSE. — 1691 : 38 h. Le 2 avril 1405, Jehan Lignaud, 
damoiseau, déclare tenir à hommage lige à cause de Catherine, 
sa femme, de Charles, s' de Lebret (Albret), ayant le bail des en- 
fants de M. de La Trérooillc, « la desme à blé appelé la desme de 
Lage Alabousse^ qui peut valoir chacun an 12 bx de blés; ung clié- 
zeau contenant 3 boisselées de terre assis joule le rys de Douailh^ 
soubs la maizon Fradonnet ». On trouve d'autres aveux rendus 
pour celte dime par les Lignaud ; elle est appelée La Jallebosse dès 
1466. 

Chaque feu de ce village devait à Hérul une poule par feu et une 
autre poule pour la dime des rabbes. (Déclaration du 28 fév. 1458.) 

LE LATIER. — 45 h. en 1691 ; 16 m., 49 h. En 1669, un élang 
est signalé comme tenant à ce village et à celui des Landes. 

Jean Chavignat, s' du Latier, 1698-1731. 

LE LATTIER LUSSAZOIS était le nom, en 1677, de la maison 
transformée plus lard en hospice. 

(1) Habitation chauffée. 



342 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

LÀVAUD. — 1691 : 81 h.; 22 m., 60 h. 

LESSARD. -~ 1 m., 6 h. La métairie de Lessard aux Bourdelles 
fut donnée en 1677 par François de Bourdelles à l'hospice qu'il 
désirait fonder; elle était affermée 70 I. en 1748. Elle appartient 
encore à cet établissement qui la loue 1 .433 fr. 

LA LOMBERTYÈRE, lieu habile en 1643. 

LA MALADRERIE. — 1691 : 74 h., dont33enfanls; 18 m. 86 h. 
C'était jadis le siège d'une colonie de lépreux qui subsista jusqu'au 
XIX® s., transformée en colonie de mendiants connus plus parti- 
culièrement sous le nom de Sillons. 

Tous les habitants de la Maladrerie, dit un acte du 30 sept. 16i4, 
doivent porter sur eux une marque de drap bleu et y mettre les 
armes du s'' du Fief, soas peine d'amende. 

Nous avons étudié dans une brochure diverses colonies sembla- 
bles à celle de Lussac (1). 

Il semble bien que, dès le XVII" s., ceux qui les habitaient 
n'étaient plus des malades, mais des simulateurs; ils avaient, en 
effet, un in térêt primordial à conserver celte qualilication de lépreux : 
c'était elle, en effet, qui légitimait leur vie errante et mendiante, 
leur droit à la paresse; ils profitaient de la répulsion que la ma- 
ladie de leurs ancêtres avait inspirée aux villageois pour vivre à 
leurs dépens, bien plus par la crainte que leur nom faisait naître 
— ils passaient pour sorciers — que par la commisération. Il leur 
importait donc de ne pas laisser tomber dans l'oubli le souvenir de 
leur origine et dç revendiquer leur qualité de lépreux qui, pour 
leurs contemporains, imbus de traditions, avait une signification 
mystérieuse, évocatrice d'un vague effroi. 

Ils avaient donc érigé leur misère en profession et, à partir de 
1680, nous les voyons prendre dans tous les actes publics la qua- 
lité de mendiants; ceux même qui avaient un métier joignaient son 
énonciation à cette qualité : ainsi, nous trouvons des mendiants et 
joueurs de violon, des mendiants et journaliers, des mendiants et 
et tailleurs d'habits, des mendiants et tisserands. Ils voulaient indi- 
quer que l'été ils traînaient la besace sur la grande roule et que 
l'hiver ils travaillaient quand leur butin était épuisé. 

A Lussac, ils avaient obtenu du roi Henri IV des lettres patentes 
qui leur conféraient certains privilèges; nous n'avons pu les re- 
trouver (2). 

Ce métier de mendiant, les billons de Lussac l'exerçaient il n'y a 

(1) Comment finirent les Lépreux, Imp. Nationale, 4903. 

(2) Des copies colla tionnées de ces lettres sont plusieurs fois enre- 
gistrées sur les registres du contrôle. 



tHh.rf j 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAlNT-SUl.PICE-LES-FEriLLKS 343 

pas 50 ans et on conle encore dans le pays les exploits des billons 
qui metlaient la région en coupe réglée. 

Ils parlaient deux par deux à la belle saison, traînant derrière 
eux une somme pour rapporter leur récolte, car en dehors de Tar- 
gent, tout leur était bon : blé, laine, chanvre, œufs. Ils allaient 
ainsi de village en village, Tnn jouant du violon, l'autre dansant et 
chantant une chanson dont nous avons retrouvé un fragment : 

Ion! Ion! dounez-moi un p'tit brouillon de laine (his.) 

Ion ! Ion ! dounez-m'en pf ion [bis] 

Si vous voulez pas m'en donna (bis) 

Fera oreva louta voir' avoueilla [bis) 

Si vous voulez pas m'en douna, 

Les fera touta creva ! 

La chanson variait suivant la saison et Tobjet de la quéle et ils 
avaient des couplets pour le blé, le chanvre, etc. (1). 

Devant eux, les portes se fermaient, car ils avaient la réputation 
de faire main basse sur tout ce qui étailà leur portée et, en échange, 
de laisser de la vermine! Mais que refuser à des gens qui jettent 
des sorts et peuvent faire crever les moutons ! Devant ce chant.. . âge, 
les portes se rouvraient et les bissacs s'emplissaient. Le métier 
était excellent et ils admettaient comme proverbe que « besace 
bien trainade vaut mieux que quatre bœufs à la rave ». 

De fait, ils étaient tous propriétaires et les minutes de notaire 
renferment quantité d'actes les concernant : contrats de mariage, 
inventaires, testaments, donations, partages, marchés de construc- 
tion, ventes et échanges, etc. Dans les registres de contrôle, nous 
avons relevé, de 1750 à 1793, plus de 150 actes où ils sont parties. 

Les contrats les plus fréquents sont les obligations pour fourni- 
ture de blé : elles se rencontrent surtout à la fin de Thiver, alors 
que leurs récoltes étaient épuisées et que la rigueur de la saison ne 
permettait pas d'aller les renouveler sur les grandes routes. Elles 
étaient scrupuleusement remboursées à l'échéance. 

Les aliénations de terrain étaient aussi nombreuses : nous voyons 
les lépreux considérer les fonds de la maladrerie comme leur pro- 
pre patrimoine, les partager et les vendre. En général cependant 
dans les maladreries, les fonds sur lesquels elles s'élevaient n'ap- 
partenaient pas aux lépreux qui ne possédaient qu'un simple droit 

(i) Ils chantaient aussi : 

Laissez-lou passa, 

Lou ladres, lou ladres, | 

Laissez-lou passa, \ 

Lou ladres de Lussa. \ 



( 



344 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

de joaissance. Celle de Lussac avail-elle une origine différente on 
bien à une époque lointaine les lépreux s'élaient-ils emparés de ces 
biens que personne dans la suite ne songea à leur disputer, ou 
encore leur avaient-ils été concédés à titre précaire. Nous inclinons 
pour celle dernière hypothèse et nous pensons qu*il faut attribuer 
celte fondation aux s'* du Fief. Il n'est point question de la mala- 
drerie dans le terrier de 1412 pourtant si précis, tandis que dans 
celui de 1439 nous trouvons des déclarations rendues par les 
tenanciers de la Maladrerie, notamment par Marcialot le malade. 
San» doute à celle époque on ne considérait plus les lépreux tout à 
fait comme des parias et on acceptait quelques relations avec eux, 
puisque le s' du Fief louche d'eux des redevances en blé, en poules 
et en argent : il est à croire que c'est entre ces deux dates que les 
fonds de la Maladrerie ont été accensés aux lépreux. Une énoncia- 
lion d'un inventaire vient aussi à l'appui de notre hypothèse en 
constatant « une signitication de pièces concernant la Maladrerie 
faite par le s' du Fief à MM. de Saint-Lazare et de Jérusalem en 
l'année 1681 ». Ces pièces, que nous n'avons pas retrouvées dans 
le charlrier de Lussac, prouvaient, sans doute, que les fonds de la 
Maladrerie ne dépendaient pas d'une fondation charitable, car on 
sait qu'à la fin du XVII* s., l'ordre de Saint-Lazare procéda, par 
toute la France, à la recherche des anciennes fondations charita- 
bles et se fit mettre en possession des biens en dépendant : or, cet 
ordre ne posséda jamais rien à Lussac, pas plus que les hôpitaux 
voisins, qui plus tard, poursuivirent le môme but. 

Chaque chef de famille était donc propriétaire : un arpentage 
de 1633 constate que la Maladrerie était occupée par 13 familles de 
mendiants : certains possèdent jusqu'à S seterées de terre. 

Chose piquante, au XVIII' s., nous voyons ces mendiants élre 
désignés par leur compatriotes pour lever les impôts et remplir les 
fonctions de collecteurs. 

Ce n'est que fort tard que ces mendiants s'allièrent au reste de 
la population : le premier mariage ainsi rencontré à Lussac est 
de 1743; jusque-là, ils ne se marient qu'avec des habitants de la 
Maladrerie ou des Maladreries environnantes : Limoges, Cluis, 
Milhac en Périgord, Esdons en Angoumois, etc. De môme pour 
éviter la parenté spirituelle, leurs enfants ne sont tenus sur les 
fonts baptismaux que par des parents. 

Il serait intéressant de savoir à quelle époque disparurent les 
derniers malades, mais sur ce sujet, nous n'avons rien trouvé de 
précis : les actes du commencement du XVIP s. les qualifient de 
blanquets, mais on ne peut dire si celte qualification est due à 
l'aspect que présentait alors leur peau ou si c'est le nom générique 
sous lequel on continuait à les désigner. Gabriel, Silvain et Made- 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-8ULPICE-LES-FEUILLES 345 

leine Gulllebaud sont appelés ladres dans un partage du 3 fév. 1749. 
Silvain mourut le 31 août 1756 à 56 ans, Madeleine le lîocl. 1767, 
à 70 ans, et Gabriel le 16 sept. 1781, à 55 ans; ce serait le dernier 
ladre de Lussac. 

A en juger par leurs actes de décès, leur lèpre, si toutefois ils 
l'avaient encore et si cette qualification de lépreux n'est pas prise 
dans le but de profiter des lettres patentes de Henri IV, leur lèpre, 
disons-nous, était des plus bénignes et ne les empêchait pas de 
parvenir à un âge avancé : sur 23 décès d'adultes survenus à la 
Maladrerie de 1751 à 1786, 5 se produisent entre 50 et 60 ans, 5 
entre 60 et 70 ans, 8 entre 70 et 80: l'un deux meurt centenaire le 
8 sept. 4756. 

LES MARNES, maison sise à la Font, au bourg de Lussac et 
relevant d*Hérut; vendue le 27 oct. 1619 par Jean Provosl, avocat 
au Dorât, et ses frères à Léonard Luquel. 

Gaspard Luquet, s' des Marnes, 1667-d687. 

LA MAISON-NEUVE, 5 m. 16 h. La Maison-Neuve dessus la Tri- 
galle est mentionnée en 1683. 

LE MONT. — 1691 : 127 h. ; 1901 : 30 m. 110 h. 
Mons, 1413 (voir le Fief); moitié de la dîme appartient au Fief, 
moitié à Lussac. Pierre Berneron, s' du Mont, 1633-1686. 

MONTCOUDIOUX. - 42 h. en 1691 ; 8 m. 26 h. 1901. Ce nom a 
subi de nombreuses métamorphoses : les habitants de Montguo- 
gnioux doivent des renies à Fleix en 1437; en 1484 la moitié de la 
dîme de Montqnognyou est perçue par Jean de Herenc et le sur- 
plus par le s' de Lussac. Monquegnioux, 1691 . 

Jean Mazeroux, s' de Monquedioux, 1686. 

MOULIN DE UAGE-BERNARD cité en 1666, entre le pont et le 
moulin du Fief; en 1784 il est à 2 roues à froment et à seigle et a 
droit d'astreinte sur le bourg, le Piquet, Lessard, Champéron, le 
Plan et l'Age. Il dépend de la s''«. 

MOULIN A PARAIRE tant à blé qu'à drap sur la Benaise, 1543; 
en 1636, il est appelé Moulm Auparaire ou deBrunet, puis en 1784 
Moulin du Paulmet; il a droit sur le Paulmet, Gelufe, la Saille et 
Montbon. 

MOULIN DES BOUIGES. — Le 23 déc. 1474 Georges de la Tré- 
moiiie, s^ de Lussac, baille à Guillaume des Bouyges, le droit de 
recueillir Teau de la rivière appelée Lasse et en icelle faire chaussée 
qui ne puisse préjudicier à ses moulins dud. Lussac situés près le 
village du Plant et le pont du Plant et icelle faire venir à ung 
sien moulin par luy xiaguères conslruict près le village de la Jalle- 
boce, moyennant une rente de 4 boisseaux froment, 12 boisseaux 



34C SOCIÉTÉ AnCIlÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

seigle et une poule. Il n'aura aucune chasse (1) de nnosnans au 
préjudice de sesd. moulins. 

Il est appelé en 1S43 le moulin des Rivailles et appartient à Jean 
des Bouiges, clerc; c*est sans doute le même que le suivant. 

MOULIN DU GOULET. — 1 m. 4 h. ce moulin rebastv de nou- 
veau appelé le moulin vieux des Bouiges autrement du Goulet^ » 1636. 

Le moulin des Bouiges autrement des Goullesls, 1671. Le moulin 
du Goulet, près la Jalleboce et les Rivailles, a droit sur les Fores- 
tilles, les Clôtures et le Lattier (1784). 

MOULIN DE LAVAU. — L'écluse et cours d'eau du moulin de 
la Vaulty joignant au chemin de Lussac à Tilly, appartient en 1636 
à Gabrielle de Malesset, dame d'Hosmes. 

MOULIN DU MEILHAUD. - i m. 4 h. est à une roue en 1784 
et dépend de la s'^' de Lussac; il a droit de moulange sur les 
Bouiges, Roussines, les Gallets, le Courret, la Coufaudière et le 
Vauzelle, 1646. 

LE MOULIN NEUF, au Mont, dépend en 1677 de la s"« de Lussac. 

MOULIN DU PILÂUDON anciennement appelé le moulin des 
GorceSy 1783; une roue à blé en 1786. Inhabité. 

MOULIN DU PLAN. — C'était un des deux moulins banaux de 
la s""* de Lussac dès 1491. Une assemblée d'habitants du 10 août 
1758 constate qu'il a été détruit par une inondation il y a trois ans; 
n'était pas reconstruit en 1784. 

MOULIN RODET. — Le moulin de Rabalière appelé le Rodet, 
1800, n'existait plus en 1823; mais avait été reconstruit en 1606, 
déifnoli en 1636. 

MOULIN AU TAN. — Le moulin aux Grands Boulets appelé 
à présent moulin au Tan, 1843, entre Laigebaulde et le Gué de 
Bourdelles; existait encore en 1637. 

LE MOULIN VALLENTIN sur le ruisseau qui descend du Gros à 
la Benaise; en masure en 1636. 

LE PLAN. — 28 h. 1691 ; 1 m. 12 h. Le 26 nov. 1406 Jeannot de 
Saint- reconnaît tenir de Charles, s' de Lebret (Albret), conné- 
table de France, ayant le bail des enfants du s' de la Trémoille, 
des terres au territoire du Plans, 

La dîme appartenait à Hérut. 

LES QUERRES, lieu habité en 1823-1843, situé sur le chemin 
de Lussac à Saint-Martin et sur celui de l'étang des Forges à la 
Mazère; n'existait plus dès 1636. 

(1) « Chasser, se dit des meuniers qui n'ont pas un moulin banal et 
qui vont chercher deçà et delà leurs mounées ». Dict, de Trévoux. 



MONOGRAPHIE I>U CANTON DE 8A1NT-SULPICÉ-LES-FEU1LLE8 347 

Lk RIVAILLE, 10 h. 1691; 5 m. 18 h. 1901. Le lieu de la 
Rivaille est aliéQë le 27 sept. 1716 par le marquis de Lussac à 
Joseph BerneroD, s' du Bouchais; Jacques-Martin Àubugeojs, maire 
du Dorât, le revendit en 1779 au s' de Lussac. 

ROUSSINES. — 1691 : 39 h. avec les Gallels; 19 m. 66 h. Ros- 
sinez, 1406. Le 16 juil. 1460 Louis de la Trémoille, s' de Lussac, 
confirme le bail fait par son père à Perrot, Vincent et Jean de 
Roucincs, de sa métairie de Roucines, au tiers des fruits prisés par 
quatre preud'hommes, plus S s. pour droit de charnagc, 1 s. 
seigle pour droit de dime et 100 s. de cens. 

Le précompte de 1484 signale que les métayers de Roussines ont 
planté, sans la permission du s^ 3 ou 4 pièces de vigne contenant 
de 11 à 15 journées d'hommes. 

D'après Taveu de 1615 le s' possède à Roussines deux métairies 
valant de 45 à 50 sel. de seigle. 

LA SAILLE. —8 h. 1691 : 1 m. 8 h. 1901. Domaine inféodé 
le 26 fév. 1575 par le s' de Lussac à Jean Méri^ot, son sénéchal, 
à foi et hommage au devoir d'une paire d'éperons valant 15 d. 
à mutation de s' et de vassal; La Salhe, 1580; d'après le dénom- 
brement rendu le 28 déc. 1787 par Jean-Charles Pentecousleau, il 
comprend un petit château avec préclôtures; plus « près du château 
les vestiges d'un ancien colombier à pied et d'un ancien oratoire ou 
chapelle domestique. » 

LA TRIGALLE. — 41 h. 1691 ; 15 m. 64 h. Localité comprise 
dans la s''^» du Fief, mais qui ne tlgure dans ses terriers que depuis 
1637; peut-être auparavant était-elle considérée comme une 
dépendance de la Maladrerie; elle est mentionnée en 1615. Les 
registres d'étal-civil mentionnent en ocl. 1680 le décès de Pierre 
Renly, tuilier catholique, tué à la Trigalle. 

Le 4 déc. 1706, sur transaction entre le prieur de Lussac et le s' 
du Fief, le droit de mosnage sur les habitants de la Trigalle reste à 
celui-ci. 

Au XVll^ s., deux notaires habitaient La Trigalle. 

LA VILATTE. — 138 h. 1691 ; 26 m. 77 h. La Vilatte en 1412; 
la dime était payée au Fief. 

LA VAUZELLE. — 98 h. 1691 ; 14 m. 53 h. La Vauzelle, 1412, 
dépendait du Fief, mais Hérut percevait une poule par feu pour la 
dime des rabbes et les 2/3 de la dime de tous blés et charnages, 
suivant déclaration du 20 avril 1459 (M D. 391). 

M. Maublant, maire de Lussac, y a fait construire en 1883 un 
élégant château sur les plans de M. Rocques, architecte à Angers, 
qui a restauré le Riz-Ghauveron et le Bourg Archambault. 

T. LVI 23 



348 socïirà ARCHéoLOOiQUX bt historique du limousin 

Maires. — S.-P. Guillemin de Montplanet, 1790; Fr. Pillaud, 1790- 
1791; J. Gaillard, 1791-1793 et an Ill-an VIII; Jh. Brac, notaire, 1793- 
an III; Philippe Brac, an VIII-1815 et 1830-1840; Ursin- Victor Patou, 
1815-1823; Narcisse Mathieu-Ducoudray, 1823-1829; Gustave Ma thieu- 
Ducoudray, 1841-1890; Louis Gigaud, 1891-1892; P. Ferrant, 1892-1896 ; 
L. Maublant, 1896-1906. 

Président du canton, — Jean Gaillard, an IV-an VII. 

Curés, — Simon de Bourdelles, 1462; Jean Deprez, 1524 ; Pierre du 
Cluzeau, postulant, 1555; Jean Langoisseux, 1557; Martin Boygon, 1557 ; 
Etienne des Bouiges permute en 1561 avec Pierre Rampion, licencié, 
curé de Bonneuil; J. Cailleton, 1597; Pierre Prévost, 1601 1 1648; Mau- 
rice Berneron, 1653-1668; R. Deringère, 1670-1688; François Rivaille, 
1689-1717 (t 1727); Fr.-Laurent Rivaille de La Clôtre, 1717-1734; Silv.- 
Barthélemy de Lafont, 1734-1767 (+1787); Léonard-Barthélémy de 
Lafont de Bournazeau, 1767-1786; Fr. Moreau, 1786-1790; Mathurin 
Alaboissette, 1790-1791; J.-B. Plaignaud, 1791; Jacques Rougier, 1792. 

Vicaire». — Ld. Perrin, 1619; Chazaud, 1645-1649; Ld. Richard, 
1669; J. Genevois, 1685-1687; Cujas, 1696; L» Pineau, 1697-1700; Ld. 
Berneron, 1704-1716; Guineau, 1717-1719; Lamothe, 1721-1723; Mi- 
traud, 1723; Reys, 1724; Ld. Guillemin, 1726-1727; Mondelet, 1727- 
1728; P. Delalégerie. 1728-1734; Raymond Donnet, 1729-1733; Honoré 
Pillaud, 1734-1736; Jh. Guillemin, 1736-1741 ; Pentecouteau, 1741-1744 
Alexis Barthélémy, 1744-1748; Fr. Berneron du Bouchais, 1755-1762 
Fr.-Israël Sandemoy de l'Age, 1762-1764; J.-B. Boutinon, 1764-1766 
Naude, 1766-1768; Boineau, 1769; Fr. Moreau, 1769-1786; Simon Rou- 
gier de La Bergerie, 1786-1793; Fr. Chénieux, 1792. 

Prieurs, — François Gigaud, 1691 ; Léonard Berneron, 1706-1709. 

a) Justice de la Chatellenie. — Juges : Guillaume Lenay, 1390; 
Hélion de Salignac, lieutenant de juge, 1389-1390; Geoffroy Charrasson, 
licencié, lieutenant du bailli de La Trémouille, 1445-1484; Thomas 
Touzeau, lieutenant, 1455; Louis Bardin, lie, 1508; Jacques Da us- 
serre, lie, 1510; Claude Rochier, lie., 1558; Jean Mérigot, lie, 1574- 
1598; Jean Chardebœuf, éc. lie, 1543; Martial Mérigot, 1604; Jean de 
Plassat, s' de La Font, 1613; Marc Boyer, s' de La Ménardière, lie, 
1634-1648 ; Jean Berneron, s"* de La Ville, lie, 1651 f 1688 ; Martial Naude, 
s' du Fretet, lie, 1670; Fr. Aubugeois, s' des Forestilles, 1672-1673; 
Jos. Berneron, s' du Bouchais, lie, 1680 + 1694; Jean Guineau, lie, 
1695-1711 ; Jean Chavignat, s^ du Latier, 1712+1745; Florent Goudon 
de Belleplaine, 1745-1759; J.-B. Decressac, 1759-1762; Sylvain-Pierre 
Guillemin de Montplanet, 1762-1789. 

Procureurs fiscaux, — Gkiillaume Bardin, 1474; Pierre Touzeau, 1484; 
Jean Rochier, 1543; Jean Provost, 1549; Claude de La Coste, 1598; 
Pierre Berneron, 1636 + 1662; Léonard Laurentière, 1664-1666; Jean 
Guineau, 1680-1691 ; Jean Rougier + 1698; Antoine Guillemin, 1699; Léo- 
nard Donnet, 1701; Jean Chavignat, 1704-1711 ; Léonard Donnet, 1719- 
1723; André Guillemin de Montplanet, 1728-1735; Jos. Berneron, s' du 
Bouchais, 1740+ 1753; Michel Brac, 1756 + 1784; Léonard Gaillard, s' 
du Couret, 1789. 



MONOGRAPHIE DU CANtON DE SAINT-SÙLPICE-LES-FEUILLES à4d 

Greffiers. — Pierre Jugletton, 1474; Dupoux, 1558; Mallet, 1562; Pré- 
vost, 1586; P. Naude, 1594; P. Berneron, 1598-1608; de Bourdelle, 1619; 
Berneron, 1622-1647; Pierre Berneron, 1651-1676; Jean Rougier, 1680- 
1691 ; L. Chavignat, 1691 ; Jean Chavignat, s' du Latier, 1698-1701 ; Guil- 
lemin, 1710-1712; Jean Rabussier, s' de Fonpérine, 1720-1739; L. Fi- 
Ihoux, 1739-1745; J. Laborie, 1746-1747; J.-B. Gigaud, 1748-1781. 

Receveurs, — Thomas Touzeau, 1459-1462; Jean de Puygaillart, 1466- 
1475; Guillaume Cardinal, 1484-1486. 

b) Justice ou Fief. — Juges : Maximin Chaud, lie. 1503-1506; Antoine 
Chaud, 1526; Martial Naude, s' du Frelet, 1637-1670; Fr. Aubugeois, 
1672-1673; Jh Berneron, f 1694; ensuite, cette charge est tenue par le 
juge de la chàtellenie. 

Procureurs. — Pierre Perrin, 1668; les procureurs de la chàtellenie. 

Greffiers. — Fr. Forestier, 1526; Debourdelles, 1586-1591; Pierre 
Genevois, 1657-1667; Fr. Genevois, 1673; ensuite, les greffiers de la 
chàtellenie. 

c) Justice de paix. — Juges ; Fr. Rabussier, 1793; Mathieu-Ducoudray, 
1793-an III; Jean-Claude Bonnet^ an IV-an X. 

Greffiers. — Gab. Gigaud, 1793; Louis Benoist, 1793-an X. 

Notaires. — Guillaume de Rabalière, juré et not. en cour layc, 
1453-^470; Guillaume Sororeau, prêtre, clerc juré, 1453; Jamet Fores- 
tier, 1462; Bardin, 1473; Ducouret, juré, 1484-1501; Cardinal, 1500; 
Derabalière, juré, 1500-1523; Jean Provost, juré, 1502-1549; F. Fores- 
tier, 1506-1549; Seigneuret, 1510; Berneron, 1539-1591; Denis Rabus- 
sien, 1543; Michau Rochier, 1543; Jean Rullaud, 1543; Troncheaud, 
1545-1584; G. Fourestier, 1546-1586; Mérigot, 1565; Fr. Prévost, 1572- 
1605; Breuilhaud, 1574-1621; Jh Debourdelles, 1574-1613; G. Mazeroux, 
1579-1614; Raballière, 1588; Léonard Depeuriz, 1584-1628; Naude, 
1596-1597; Léonard Berneron, 1605-1615; Sororeau, 1605-1615; G. Ma- 
zeroux, 1622-1654; P. Berneron, 1623-1657; L. Pillaud, à La Trigalle, 
1636; Fr. Duplant, 1641-1682; Joseph Prévost, 1644 f 1662; Léonard 
Pillaud, au Fief, 1644 f 1668; Léonard Lucquet, 1644-1647; Martial 
Sororeau, 1649 f 1677; Laurentière, 1661-1670; Pierre Berneron, 1661- 
1675; J.-B. Perrin, 1667 f 1677; Léonard Rougier, 1674; Jean Rougier, 
1680-1703; Léonard de La Rivaille, au Fief, 1683; Gaspard Lucquet, 
1685-1688; J. Guineau, 1685-1694; Léonard Chavignat, apothicaire, 1686- 
1719; P. Rougier, 1686-1697; Pierre Pillaud, au Fief, 1688; Georges 
Charraudeau, f 1693; Gabriel Dumas, 1694-1703; Georges Charrau- 
deau, 1694-1702; L» Chavignat, 1694-1742; J.-B. Rougier, 1695-1713; 
Gaspard de Belleix, 1699-1706; Léonard Donnet, 1699 f 1^28; Jean 
Bordes, 1721 f 1*23; L» Rabussier, s' de Fonpérine, 1723 f 1732; Mi- 
chel Brac, à TExpardelière, 1727-1779; Léonard Filhoux, 1731-1761; 
L» Chavignat, 1733-1745; J.-B. Gigaud, s' de Lacaure, 1742 f 1781; 
J.-Jh. Pentecouteau, s*" de La Borderie, 1743 f l''60; Joseph Berneron, 
1745 f 1753; Fleurant Desbouiges, 1745-1778; J. Rougier, chirurgien, 
1749-1789; J.-Ch. Pentecouteau, 1760-an III; J. Laborie, 1764.1788; Fr. 
Rabussier, à La Trigalle, 1767 f an V; Jh. Brac, à La Trigalle. 1779 
+ 1810; Léonard-Gabriel Gigaud, 1785-an V; Philippe Brac, an V- 
1840; J.-B. Rougier, an VIIi-i828; Lucien Lavaud, 1840-1858; P. Thi- 
bault, 1858-1892; Jupin, 1892-1896; A. Ladégaillerie, 1896-1906. 



350 soGiÂTé archAologiqub bt historique ou limousin 

Sergents, — Léonard de Bourdelles, 1602-1613; Léonard Delavaud, 
1608: Antoine de Bourdelles, 1610; Antoine Mazerouz, 1623; Gerbaud, 
162"^; Fr. Prévost, 1643-1660; Martial Delavaud, 1683-1688; Martial De- 
lavergne, 1685; Jh. Junien, 1687; Jh. Brac, 1712-1731; Michel Brac, 
1727-1770; Jean David, 1719-1729; Léonard Filloux, 1733; P. Naude, 
1735-1737; Jean Laborie, 1749-1784; Gaspard Auclerc, à La Trigalle, 
1757-1760; Jh.-Jacques Rougier, 1773-1776; Léonard-Gabriel Gigaud, 
1776-1781 ; Jh. Millet, sergent à garder, 1786. 

L'étude d'huissier de Lussac a été supprimée en 1841. 

Contrôleurs. — Pentecouteau, 1694; J. Guineau, 1694-1705; Guillemin, 
1706-1712; Pentecouteau, 1715-1720; Guillemin, 1720-1740; Rougier, 
1740-1742; Jh. Pentecouteau, s' de La Borderie, 1742-1752; Jean Gail- 
lard, 1761-1791. 

Traites foraines, — Fr. Pillaud, employé, 1782; Et. Collet, employé, 
1784-1787; Fleurent Delavergne, employé, 1784-1786; Jacques Tureau^ 
capitaine, 1786. 

Hôpital. — Chapelains : L» Pineau, 1700; Ld. Guillemin, 1753-1782; 
Sim. Rougier de La Bergerie, 1784. — Administrateurs : Maximilien de 
Bourdelle, 1677-1685; J. Chavignat, 1697-1699; Gaspard de Belleix, 
inhumé dans la chap. en 1710; Et. Guinot, 1719-1723; J. Borde; Jh. 
Berneron, 1728-1747; J. Pillaud, s^ de La Perrière, 1724-1748; Fr. Rou- 
gier, s' de La Ganne, 17i8-1784; Gaillard, 1777-1784. — Receveurs: 
J.-J. Pentecouteau, 1748; Fr. Pillaud, 1751-1793. 

Maîtres d*école. — Jean Borde, notaire, 1708-1723; Fr. Lespaignol, 
1729; Jean Dumas, 1731; Nicolas Giraudet, 1756-1763; J. Beaugay, 
1758-1759; L« Benoit, 1767; Fr. Rouzier, 1787. 

Chirurgiens. Antoine de Peurrys, 1611; Jean Chavignat, 1656 f 
1693; Martial Belliot, 1654-1667; Léonard de Bourdelles, 1663-1674; 
Claude Prieur, 1666; P. Chavignat, 1674; Jean Pentecousteau, 1674- 
1726; Fr. de Bourdelle, f 1675; L» Clément, 1661, opérateur; Jh. Dela- 
coste, 1705; Léonard Pentecousteau, 1688-1710; Jh. Lucquet, 1723- 
1732; L» Rabussier, 1730 f 1739; Léonard de Rabenne, f 1731; Jh. 
Guillemin, s' de La Chaume, 1732-1741; Gaspard Rougier, 1734-1747; 
Jh. Guillemet, 1737; Jean Rougier de La Gasne, 1744 + 1786; Ch. Pen- 
tecouteau, cabaretier, 1746-1756; J.-B. Rougier de TAgeboutot, anc. 
chir. de marine, 1757; P. Rougier, s' de La Cailla uderie, f 1757; Louis- 
Mathieu du Coudray, anc. chir.-major des armées, i 764-1 774; Jean 
Chavignat, chir. de la reine, 1765; Jacques Marcoul, 1767 f 1788; L» 
Rougier, 1771-1780; André Guillemin, s' du Peux, 1773; Antoine Ra- 
bussier, f 1787; Léonard Rougier de La Bergerie, anc. chir. des armées 
d'Amérique, 1790-1793. 

Apothicaires. — Jh. Rabilhac, 1654; Antoine Berneron, 1659-1662; 
L. Chavignat, notaire, 1683-1686; Léonard de Rabenne 1709-1719; Jos. 
Lucquet, 1714. 

L'impôt du sang, — Guillaume Lignaud, s' de T Age-Bernard, tué le 
10 août 1557 à la bataille de Saint-Quentin; Maximilien Lignaud, blessé 
au siège de Lille; Etienne Lignaud, mort en 1683 de blessures reçues 
en combattant les Turcs; Bapt. Guillemin, mort au siège de Namur; 
Fr. Laurent, mort au siège de Maëstricht; Simon Décaire, fusilier au 
3« de ligne, tué le 21 juin 1813 à la baUille de Vittoria. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 351 



MAILHAC 



Cette commune occupe la partie centrale du canton : Gromac et 
Saint-Georges au N., Saint-Sulpice et Arnac àl'E., Saint-Hilaire au 
S., Saint-Léger et Jouac à TO. la circonscrivent. Sa superficie est 
de 2.119 h. 93 a. Ses contours sont de 24 k. 950, sa plus grande 
longueur est de 6 k. 650; sa largeur moyenne, 4 k. 400. 

La rivière la Benaize la traverse pendant 6 k. 100 et y forme 
Tétang de Mondon. Elle a pour affluents dans la commune le ruis- 
seau de Lavaupot et Le Glévert; celui-ci, qui porte sur la carie de 
TEtat-Major le nom de Benaise, est appelé rivière de La Grêle en 
1597, il y a encore une planche qui porte ce nom, La Benèze en 
1603 et Le Glavat au XVIII» s. 

Le premier arrose la commune pendant 1.500 m. et se jette dans 
la Benaise, à l'E. du bourg; le second débouche de la commune 
d^Arnac, se développe sur Mailhac pendant 7.500 m. et s'unit à la 
Benaise au-dessous de Mondon, après avoir donné le mouvement 
au moulin de La Tache, sis au-dessous de Tétang de ce nom. La 
Planche Arnaise ou ruisseau de la Salesse, qui est un affluent de 
ce petit cours d'eau, baigne la commune sur 1.300 m. L'Asse, sou- 
vent désignée dans cette partie de son cours sous le nom de ruis- 
seau de Çouéry, arrose Texlrémité S. 0. de la commune pendant 
5.300 m. 

Le territoire de cette com. était autrefois couvert en grande 
partie par les bois et les terrains incultes; les forêts de Mondon et 
de Bouéry avaient une étendue considérable; au XV* s., elles se 
rejoignaient par les bois de Lavaupot, occupant le terrain compris 
entre Grand-Fa, Le Bost et Montbrugnaud. Vers 1480 et vers 1650, 
les s'" de Mondon en concédèrent une certaine partie à charge d'y 
édifier des maisons; c'est à ces concessions qu'on doit l'existence 
de divers villages que nous citerons plus loin. 

Ces s", qui furent presque tous de familles illustres et opulentes, 
tels les de Nailhac, vicomtes de Brosse, ducs de Savoie, Médicis, 
Montmorency, Pot de Rhodes, Rochechouard, etc., prirent une 
part importante au développement économique de cette p"*, où ils 
établirent une forge importante qui, durant près de trois siècles, 
fut une source de richesse pour le pays, et une verrerie qui, pour 
des motifs inconnus, n'eut point pareil succès. Les possesseurs 



352 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

modernes de MoDdon n'ont point manqué à la tradition léguée par 
leurs prédécesseurs et leur bienfaisance a continué à s'étendre sur 
la commune qui a vivement souffert de la crise provoquée par Tin- 
troduclion des fers anglais qui, du coup, tua Tinduslrie locale et 
chassa ceux qui en vivaient : les recensements postérieurs à 1866 
en font foi. 
Le recensement de 1906 a donné à la commune 739 h.; les dé- 



i806, 508; 
i856, 769; 
i89i, 764: 



nombrements antérieurs accusent : i793y 770 h. 
i836, 845; i84i, 800; i846, 844; i8ôi, 829 
i866, 769; i872, 684; i876, 727; 1886, 749 
i896, 762; i90f, 722; i 906, 139, 

Il faut attribuer les écarts que présentent ces chiffres antérieure- 
ment à 1872 aux variations de Tactivité de la forge. 

Le Fouillé de Nadaud donne 600 communiants à la p*^; les 
visites de 1762-1765 perlent 430 communiants. 

Le chef-lieu ne comprend qu'une seule rue qui descend en pente 
rapide vers la rivière pour la franchir sur un pont construit vers 
1848 (1). Les anciennes maisons du bourg, placées en contre-bas de 
plusieurs mètres par rapport à la route actuelle, indiquent que 
l'ancien chemin passait à gué la Benaise en amont du pont actuel ; 
en ce point, la rivière est encore fort large. La délibération de 
Tan XII, que nous avons donnée pour Jouac, montre que le passage 
n'était pas toujours possible. 

Vues de la rive gauche, ces maisons noyées dans la verdure et 
étagées sur le flanc du coteau, forment avec Taiguille élancée du 
clocher un ensemble coquet et frais que complète heureusement la 
jolie rivière qui les reflète. 

Voici la population du bourg à diverses époques : i793, 100 h.; 
1836, 128; i846, 130; i8ôi, 188; i866, 106; i876, 130; 
i8S6, 151 ; i90f, 144; ^906, 161. 

Nous n'avons rien trouvé de précis sur les origines de Mailhac. 
M. de Couronnel cite, d'après M. Normand, la donation faite au 
XV s. par un s' de Magnac, à l'abbaye de Bénévent, de l'église de 
Maillacum, distante de trois milles du ch&teau de Glozilles, châ- 
teau dont M. Normand prétendait avoir retrouvé les traces sur le 
territoire de Mailhac. Nous avouons que ces traces nous sont res- 
tées inconnues; ce nom de Clozille, nous ne l'avons jamais ren- 
contré, ni dans les documents anciens, ni parmi les lieux-dits du 
cadastre. 

M. Hubert, l'érudit archiviste de l'Indre, dans son Dictionnaire 
historique de VIndre, identifie celte localité de Maillacum avec 

(1) Un pont existait cependant à Mailhac en 1621 ; à la même époque 
un autre pont est mentiomné à Rochefoulet. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 353 

Maillet, canlon de Neuvy, dont Tëglise dépendait justement de Bë- 
névent; cette dernière attribution parait donc exacte. 

D*autre part, on lit dans VHistoire religieuse cPIssoudun, par le 
P. Chevalier, que le droit de nommer les titulaires de Téglise de 
Mailhac appartenait au chapitre de Saint-Gyr d'Issoudun : « Cette 
paroisse, dit-il p. 149, qui se trouve sur le territoire de Limoges, 
fut donnée au chapitre de Saint-Cyr, en 1117, par saint Léger, 
archevêque de Bourges. » Or, tous les documents que nous avons 
trouvés montrent que l'église de Mailhac a toujours été une dépen- 
dance de la prévôté de Saint-Benoit-du>Sault. Il ne s'agit donc pas 
du bourg qui nous occupe. 

Son nom est écrit Mailhacum en 1439 ; la terminaison ac révèle 
une origine gallo-romaine et le radical semble se rapprocher de iif/i/- 
liuSy nom propre d*homme que l'on trouve dans plusieurs auteurs 
latins; on pourrait en conclure que Mailhac doit son origine à une 
villa fondée par quelque personnage du peuple conquérant dont le 
nom fut accommodé par la population aborigène. C'est, du reste, 
ce qu'on admet pour les Mailly, Maillai, Maillé^ communs en 
France, qui correspondent à la même forme latine. 

Faisons remarquer cependant qu'on n'y a pas rencontré de ves- 
tiges de cette époque. Ils font également défaut dans le reste de la 
commune. 

L'église de Mailhac était sous le vocable de saint Gervais et saint 
Prolais; le curé é(ait présenté par le vicomte de Brosse et nommé 
par le prévôt de Saint-Benoît-du-Sault. D'après l'aveu de Brosse 
de 1S52, cette cure valait 30 1. de rente. 

Dans une déclaration du 24 mars 1751, le curé fait connaître 
qu'il est à portion congrue, c'est-à-dire qu'il ne possède pas les 
dîmes de la p"*. La pension que lui payent les décimateurs est 
de 300 1. et il jouit des dîmes novales qui donnent communément 
25 b. de seigle. Le fond de son bénéfice comprend le domaine de 
La Prade et une petite maison à Mailhac ; la moyenne de son casuel 
est de 4 enterrements, 4 mariages, soit 20 I. Il y a 12 messes de 
fondation non acquittées. Les charges sont 36 I. de décimes, 40 I. 
pour un domestique, 10 1. pour la cuisson du pain, 10 1. de blan- 
chissage et 10 1. de luminaire. Il doit en outre 12 messes dans la 
chapelle de La Tache et 12 messes pour le domaine de La Prade. 

En 1772, le curé établit ainsi son budget : casuel, 143 I.; messes, 
100 1.; portion congrue, 500 1.; fermage du pré, 40 1.; loyer de la 
maison, 36 1. Au total, 819 1. 

Cette église est un édifice à peu près sans style : le porche a été 
refait en 1863; la nef est simplement lambrissée; à droite on 
remarque une sorte d'enfeu qui a pu abriter le tombeau d'un prince 
de la maison de Savoie dont nous parlons plus loin. Le chœur est 



354 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQWE DU LIMOUSIN 

beaucoup plus étroit que la nef, ce qui a permis d'établir des 
autels secondaires sur les murs perpendiculaires à Taxe; il est 
voûté par un berceau roman; une des fenêtres qui Téclaire est 
gothique. On y a trouvé vers 1860 des fresques du XIII* s. A 
Textérieur les modillons appliqués sur le chœur sont romans. 

Le grand autel en bois, du XYII"" s. est garni de 4 statues ancien- 
nes parmi lesquelles une sainte appuyée sur une êpée et une roue 
dentée. Signalons encore dans Téglise deux grands anges en bois, 
de la même époque, qui étaient destinés à supporter quelque 
objet; la statue de N.-D. des Miracles placée sur Tautel de gauche; 
celle de Sainl-blaise; enfin remarquons que cette église est la 
seule du canton à posséder des tableaux anciens et dignes d'intérêt : 
Tun représente saint Dominique et la Vierge, l'autre le baptême 
du Christ; ce dernier est placé dans un joli cadre Louis XVI. 

Dans la sacristie se trouve un reliquaire-bras en bois recouvert 
d'une feuille d'argent repoussée et guillochée donné à l'église, en 
1790, lors de la dispersion des richesses de Grandmont; il con- 
tient un os de saint Àppollinaire. 

Ce reliquaire, qui a figuré à diverses expositions et qui a été 
plusieurs fois reproduit, porte les armes de l'abbé Georges Barny 
(1636-1654) (1). 

Il est classé monument historique, de môme qu'un exceptionnel 
fer à hosties du XIII® ou XIV« s. où ne sont gravées que les petites 
hosties destinées aux fidèles; elles y sont au nombre de 18 (2). 

Signalons également dans la sacristie un vase cylindrique en 
plomb destiné à mettre l'eau bénite, qui paraît fort ancien. 

Dans le clocher existent trois cloches : deux grosses fondues çn 
1876 parBoUée du Mans, dont les inscriptions ont été publiées par 
M. Lecler; une petite, fêlée, la plus ancienne datée du canton; elle 
porte en gothique longue : 

* Sancti Gervazi et Protazi orate pro nobis lan mil v^ im 

c'ost-à-dire l'an 1504; sur la robe : un calvaire orné de rinceaux et 
dont la branche verticale porte en petite gothique : ave Maria; sur 
la gorge : Vierge sous un dais gothique; le Christ avec les Saintes 
Femmes placés sous le même dais; Ecce Homo. 

Un arrêt du conseil du 12 mars 1774 ordonne qu'il sera imposé 
une somme de 2,072 1. sur les habitants pour la réfection de la 

(1) Bibliographie : M. Rupio, VŒuvrede Limoges, p. 484; M. Guibert, 
VOrfèvrerie à V Exposition de Limoges, p. 225 ; CataL de VExpos, n. 105, 
Album de Mieusement, pi. XXVI). 

(2) Bibliographie : Barbier de Montault, Bullet. t. XXXV, p. 268; 
CataL n® 67; Mieusement, pi. XXVIÏ. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 355 

maisoD curiale, les réparations Je la nef, du clocher et du cimetière. 

Il y avait autrefois dans cette église d*importantes confréries qui 
organisaient, à Toccasion de la fête de leurs patrons, des proces- 
sions costumées généralement terminées par un grand festin. Cet 
usage était assez commun en Limousin où il était connu sous le 
nom de reinage ou de royauté, parce que les personnages qui pré- 
sidaient à la cérémonie portaient le titre de roi et de reine et que 
leurs compagnons se distribuaient les autres dignités d'une cour. 
Ces dignités se donnaient aux enchères, soit contre de Targent, 
soit contre de la cire, des denrées. 

A Mailhac, le succès de la royauté de N.-D. des Miracles que 
l'on rencontre dès 1624, fit éclore, en 1636, une royauté rivale 
dite de Sainl-Gervais et Sainl-Protais, organisée par les membres 
d'une confrérie placée sous le patronage des saints de la paroisse. 
Elle parvint, semble-t-il, à supplanter sa concurrente, puis à la 
faire disparaître. 

Les registres d*état-civil contiennent de 1625 à 1647 quelques 
renseignements sur ces royautés. 

En 1624, les offices de grand prévost de rautel, <1e porte espée, 
du noumé faict à sa guise sont adjugés chacun moyennant 1 1. 1/2 
de cire; ceux de premier danseur, chamberland conseiller du roi, 
grand maistre des cérémonies, escuier tranchant, le second page, le 
taste-vin, 1 1. cire; le premier tireur de guain, le porte-panache, le 
cuisinier, 1/2 I. Il est à remarquer que le procès-verval de Tadju- 
dicalion ne mentionne ni le roi, ni la reine, ces dignités étaient 
sans doute réservées aux président et présidente de la confrérie. 
L'année suivante, il n'en est plus ainsi, le roi est porté à 4 1. cire 
et la reine à 1 1. ; la mignonne de la reine à pareille quantité. 

En 1628, les concurrents sont plus nombreux : le roi est poussé 
à 7 1. et la reine à 5 1. A cette époque 48 filles font partie de la 
confrérie; un an après, un revirement se produit, le roi tombe à 
1 1. 1/2, tandis que la reine monte à 8 1. 1/2; à Tannonce de 
l'adjudication des dignités, 13 filles étaient venues se faire inscrire 
dans la confrérie en payant un droit d'entrée variant entre une 
livre et demi-livre de cire. On pouvait être roi ou reine plusieurs 
années de suite; la reine de 1630 est la même que celle de 1629, 
mais cette fois cette satisfaction ne lui coûte que 2 1. En 1646, le 
roi et la reine sont adjugés 4 1. 

La royauté de Saint-Gervais et Sainl-Protais eut, à son appari- 
tion, en 1636, une vogue beaucoup plus grande : le roi est levé 
par Philippe Guillerot moyennant 8 1. cire, un hussard de vin et 
4 boisseaux froment; le lieutenant du roi par Jacques Guillerot, 
moyennant 2 1. cire, « mais il boira le premier » ; le porte enseigne, 



356 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

2 I. ; le porte cornette, le porte espée, i I. 1/2; 1© mignon du roi, la 
folie, i 1. la reine, 7 I. 

Ces dignités Quêtaient pas toujours toutes remplies; la procession 
la plus complète fut celle de 1637; en dehors des personnages qoi 
figurent Tannée précédente, nous trouvons le taste vin du roi, le 
premier danseur, le premier tireur d'espée, le premier tireur de gan, 
le conseiller du roi, le premier page, le chambellan, le sommelier, 
Vécuyer tranchant. 

En 1647 le roi est tombé à 3 1. 1/2 et la reine à 3 1. Au siècle 
dernier, un curé de Mailhac tenta de ressusciter cet antique usage; 
la cloche de 1876 porte le nom de la reine de Tannée. 

Le pèlerinage de N.-D. des Miracles de Mailhac est encore assez 
suivi pour les enfants; il a lieu le 31 mai. 

Le prieuré de Mailhac, mentionné dès 1318, dépendait aussi de 
la prévôté de Saint-Benoit-du-Saull; il avait pour patrons les mêmes 
saints que Téglise ; il vaut 60 1. de rente en 18S2. 

De faible importance, ses titulaires ne Thabitaient pas, tout au 
moins au XVII* s., et chargaienl un prêtre d'assurer le service : le 12 
nov. 1673, François Marconi, prêtre d*Àrnac, s'oblige envers le 
prieur à faire ce service dans Téglise de Mailhac, qui est de dire 
tous les dimanches la première messe, ainsi qu'aux quatre fêtes 
annuelles, qui sont : Pâques, Pentecôte, Toussaint et Noël; aux 
fêtes commandées de la Vierge ; au jours des patrons du prieuré et 
des apôtres saint Jacques, saint Philippe et saint André, moyen- 
nant 78 l. par an. 

Les dîmes de la p*** appartenaient en majeure partie au prieuré 
et c'était lui qui payait au curé sa portion congrue; le 1 1 juill. 17S3, 
elles sont affermées S34 b. de seigle, dont seulement 100 b. pour 
les décimateurs laïcs. 

Parmi ces derniers, nous trouvons Gabriel de Ricoux, s' de Sou- 
lignac, qui, le 1" déc. 1543, vend à réméré à Jean Bastide, m'^, de 
Saint-Benoil, le quart de la dime de Mailhac avec 14 s. de devoir 
féodal et foncier appelé qtieste. Jacques de Vérine fit le retrait le 
2 mai 1S65. 

En 1630, le presbytère était désigné sous le nom de maison de 
la Trapy; il dépendait de Mondon. Reconstruit en 1774, il fut aliéné 
à la Révolution. La cure actuelle a été acquise en 1889, moyennant 
3.487 fr. 

L'ancien cimetière de Mailhac se trouvait autour de Téglise; le 
cimetière actuel a été acheté vers 1853. 

Sous l'ancien régime, Mailhac possédait une brigade de traites 
avec un receveur, à cause de sa situation sur les frontières du Poi- 
tou et de la Basse-Marche. Il possédait aussi deux notaires et des 
huissiers. II avait également un maître d'école. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-FEUILLES 357 

Le groupe scolaire, qui comprend aussi la mairie, a été édifié 
en 1876; il a coûté 17.742 fr. 

Un bureau de poste y a été établi en 1893. 

Le bourg compte 6 marchands de vins en gros ou en détail, soit 
1 pour 27 habitants. 

Anciennement, le v^ de Brosse percevait sur chaque cabaretier, 
le jour de saint Gervais, S s. et un pot de vin. 

Nous n*avons rien rencontré concernant l'histoire propr^in^i^t 
dite du bourg; ici, encore, les registres révolutionnaires font 
défaut. On voit seulement dans ceux du district que le25nov.l792, 
il y eut quelques troubles à Mailhac, causés par le secrétaire de la 
municipalité, J.-F. Lalégcrie, qui annonça au peuple assemblé 
« que rimposition mobilière était donnée et qu*il défendait de la 
payer, ajoutanl qu'il s'était emparé du rôle pour qu'il ne fut pas 
remis au percepteur. » (L. 549). 

Le 14 prairial an II, le district signale également que de nom- 
breux vols sont commis dans la région par une bande de dix bri- 
gands, qui se réfugient dans les bois dQ Bouéry; il engage les 
communes à faire une battue (L. 547). 

La forge et les bureaux des aides fixèrent à Mailhac un certain 
nombre de familles étrangères; d'autres, au contraire, s'y rencon- 
trent de tout temps. 

Parmi ces dernières, nous citerons : 

Les Alloncle, qui donnèrent toute une dynastie de notaires 
depuis Mathurin, vivant en 1588, jusqu'à Silvain, 1771. Us se 
titraient s" du Taillis. 

Les Guillerot, très ancienne famille : Michel était notaire 
en 1591; André Guillerot, qui testa le 4 déc. 1627, laissa Philippe 
(1618+1681), s' de la Brosse, qui eut : 1« André, s' de TEpeau, 
marié à La Souterraine, en 1663, à Françoise de Gartampe; 
2» Georges (^653 + 1713), s' de TEslang, chirurgien, d'où François, 
S' de l'Estang (1694 + 1770), père de J.-B. Guillerot de l'Estang, 
marié à Madeleine Elisabeth Vézien, tous chirurgiens. 

Cette famille, qui compte 43 années de mairie à Mailhac, a pour 
représentants actuels M. Ernest Guillerot, notaire à Àrnac, et 
M. Alfr. Guillerot, ancien maire. 

La famille Descombes a fourni un curé au XVIP s. et des huis- 
siers au XVIII«. 

Les Nicaud étaient s" des Bastides et du Bols de Lavau. André 
Nicaud fait un accord en 1581 avec le s' de Monbel au sijyet de 
l'étang de la Tftche, accord ratifié en 1610 par son fils Pierre. 

Pierre Nicaud, s' des Bastides, époux de Marguerite Dubrac, a 
Jean, s' des Bussièreset des Bastides, marié à Anne Portât, d'où : 
l"" Marie (1663), trouvée étranglée dans son lit, à La Bastide, le 



358 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

6 août 1731; 2« Charles, s' des Bussières (1668), marié en 1691 à 
Françoise Loisellier. 

D'eux descendait Suipice Nicaud, grenadier à cheval, qui, le 
14 oct. 1768, baptise un fils sous les prénoms de J.-B.-Silvain-Ger- 
vais-el-Prolais. 

Lieux habités 

UAGE-MAILLASSON. — 1 m., 4 h. appelé FAige Cacard, 1648, 
l'Age Cascard, 1664-1 690, du nom d'une famille Gacard qui habitait 
la p"* aux derniers siècles. 

LA BASTIDE. — 3 m., 20 h. sur la grand* roule de Poitiers à 
Guéret; « passage périlleux », dit le Guide des chemins de France 
de 1553; ancien fief relevant de Puylaurent; la Bastide, 1461; la 
BasHde-Cormaryy \8W\ la fia^^td^-Cormarin, 1574-1726. Sieurs : 
Georges Nicaud, 1648; Jean Nicaud, 1682-1726. 

Les habitants devaient des corvées au s' de Lascroux pour aller 
chercher du vin en Berrv. 

BETOULET. — 4 m., 22 h. En 1597, ce même s' possède pareils 
droits Pur Bethoulet. Sur une maison de ce village, inscription por- 
tant!. D. M. 

LE BOST. — Lieu disparu; on y voyait encore des murailles il 
y a une dizaine d'années. Le 22 avril 1504, Philippe Vergnault, 
époux d'Yvonne de Magnac, vend à François de Ricoux, tous ses 
droits sur le lieu du Bost (Arch. Vienne, E*-1536); le Bosc, 1649; 
le Bost, 1664. 

LE COUDERT. — 7 m., 31 h. Ses habitants devaient des corvées 
à Lascroux en 1597, comme ci-dessus. 

LES COURTIÈRES. - Nom disparu récemment. Le H fév. 1421 
Raoul Pot, s^ du Puy Agut, accense à Jean deu Mas dit de Franco, 
fils de feu Pierre deBantard et à Petit Pierre deu Monlz, l'héritage 
appelé las Courtières, p"* de Mailhac, sis entre le mas Grimaux et 
le mas de la Garde, comprenant murailles, jardins, terres cultivées 
et incultes, prés, pacages, bois, landes, champs, ruisseaux, bruyères 
et autres fonds, moyennant une rente annuelle de 24 b. avoine, 
32 s., 2 gellines et 2 journées à bras; il se réserve le saisir et le 
vélir [absare et vestire). Il est convenu que si les accensataires ou 
leurs hoirs venaient à tenir feu et lieu (focum et locum) en cet 
endroit, ils devraient des bians, des journées et autres servitudes 
comme les autres hommes serfs et de servile condition du s'. En 
cas de décès sans enfants, ces biens feront retour au s' qui les 
charge en outre de payer une rente de 3 quartes seigle au prieur 
de Mailhac (9403). Les Mas d'en bas ou les Courtières^ 1806. 



M0f90GRAPHIB DU CANTON DE 8ÀINT-SULPICfi-LBS-P£UILLfiS 359 

LA GROCiHEPALIËRE. — Autre lieu disparu : en 1439 le s' de 
La Tâche comprend dans son dénombrement le lieu de la Croche- 
paliéra avec ses appartenances, ladime des prémices, les hommes 
taillables et corvéables du lieu. 

LE FOUR A CHAUX. — 3 m., 12 h. Four à chaux et tuilerie 
dépendant de la terre de Mondon et établis en 1866. On y cuit du 
calcaire provenant de la Vienne. 

LES GRANDS FATS. — 4 m., 16 h. C'était jadis un fief relevant 
de Puylaurent; la forêt de Grand Fa est citée en 1486. 

Philippe Vergnaud, s' de ce lieu, est en 1496 propriétaire de la 
« tousche (bois) de Bouyris ». 

Dans la notice sur Lavaupot nous avons conté la Gn tragique 
d'Antoine Ver^aud, tué d*un coup d*épée par Mathurin Pot. 

Au XVI* s. Renée Vergnaud rend aveu à Puylaurent pour Grand 
Fa qui comprend une maison haute avec un admis slu milieu. (Arch. 
Vienne, E'-1835). 

Françoise de Rousiers, dame de Grand Fa, épousa Jacques 
d'Estuert, puis Jean Busson; du premier mariage vint Pierre 
d'Estuert, s' de Grand Fa, qui trompait les ennuis de son isolement 
au milieu des bois par des amours ancillaires : les registres de 
Mailhac, en relatant les enfants qu'il eut de différentes servantes, 
nous disent son cœur volage. 

A sa mort. Grand Fa passa à son neveu Léon Biéreau, Gis de 
Charles et de Gabrielle d*Estuert. Le 30 avril 1641 celui-ci vendait 
à Jean de Montbel, son voisin, le château, flef el lieu noble de 
Grand Fa, moyennant 3,800 I. (id.). Le 24 déc. 1665 la veuve 
de celui-ci faisait procéder à une visite du logis « qui s'en va en 
ruines » ; on y voit que la tour est en partie tombée et que le 
pignon du logis surplombe de 2 pieds. (Arch. Indre, E. 625). 

LA GRANGEVIEÏLLE. — 8 m., 42 h. Les habitants étaient 
aslreignables au moulin de la Salesse. Le 20 juil. 1748 Pierre Bas- 
tide, s' de Grandchamp, vend à Louis Delavaud, ancien premier 
chirurgien sur les vaisseaux du roi et notaire à Arnac, une rente 
féodale d'une poule sur chaque feu de ce village. 

LA GRimiËRE. — 4 m., 11 h. Le lieu de la Greminiera avec ses 
dépendances, ladime des prémices, et les hommes taillables et cor- 
véables, dépendent de La Tâche en 1439; La Gryminière était, en 
1597, sujette à des corvées envers Lascroux; La Griminière, 1626; 
la Grimmière, 1666. 

LA MAISONNEUVE. — Localité citée en 1644-1663; un np taire 
y habitait alors. 

LA MARGHËRE. — B m., 19 h. Le lundi avant la fête de la 



360 sociéri archéologique et historique dc limousin 

Chaire Saint-Pierre 1317, Jean Merecbiers, de las Merechieras, 
tuteur de Pierre, son fils, et Agnès, sa fille, vendent à Doucet Ârzent, 
de Saint-Sulpice-Terre-aux-Feuilles, moyennant 10 1. unum lectum 
minutum cuUurœ. (Blbl. de Lim. n. SO). 
La Malechère, 1623; la Malachère, 1652; la Mareschère, 1667. 

LES MAS. — 3 m. 22 h. Comme pour les Bras et les Rebras, 
Tusage moderne a adopté la forme plurielle : Jean deu Mas, 1421; 
Le MaSy 1524; en 1657 la tenue du Mas dépendait de Puylaurent. 

LES MASGRIMAUX. — 10 m., 49 h. Même remarque que pour 
la localité précédente; on trouve Mansum Grimaux, 1421; le Mas- 
grimault, 1529; le Masgrimaulx, 1531; le Masgrimauld, 1588. 

MONDON. — 59h.,12m. 

Après avoir arrosé de ses nombreux méandres le^rés de Saint- 
Sulpice et d*une partie de Mailhac, la Benaise s'étale subitement, 
à Tun de ses détours, en une belle nappe qui est Télang de Mon- 
don, ceinturée de vert par les châtaigniers et les chênes qui Ten- 
tourent et dont les rives sableuses servent, à la belle saison, de 
plage à Saint-Sulpice et à Arnac. Dans une échancrure surgit, d*un 
blanc éblouissant, le château de Mondon, simple construction en 
forme de H placée au milieu de parterres aux vives couleurs, avec, 
comme fond, des arbres centenaires : ce paysage donne une impres- 
sion de tranquillité pénétrante qui va faire ressortir le contraste 
des sites d*aval. 

Dans cette masse liquide, une énergie latenle se cache; elle se 
manifeste à Tissue de Tétang par une superbe chute d'environ 7°" 
de haut : Teau se précipite, bondit dans un étroit couloir, puis, 
quelques mètres plus loin, se mêle, sous les arbres touffus du parc, 
aux ondes plus rares du Glevert. 

Subitement, comme par enchantement, le paysage se transforme : 
une vallée sombre, étroite, encaissée, aux flancs hérissés de blocs 
de granit arrondis, enveloppés par les fougères, surgissant d'une 
végétation inlense, aux arbres pointants vers la lumière, succède. 
L'onde, comme si elle voulait se dédommager de la contrainte 
subie dans Télang, bondit, se précipite, se rue impuissante, dans 
une galopade furieuse, contre les blocs de rochers descendus dans 
son lit aux temps des glaciers. Dans un tapage assourdissant, 
accru encore par le rapprochement des rives, elle les recouvre 
d*écume, tandis qu'au-dessus, impassibles, rendant Tean plus noire, 
les ramures puissantes des chênes s'étendent et assombrissent ce 
paysage sauvage et farouche. Il en est ainsi jusqu'à Lascroux, jus- 
qu'à Jouac : les blocs de schiste se mêlent aux blocs de granit et 
bientôt les remplacent; c'est une succession de coins pittoresques, 
coupés de loin en loin par un pré verdoyant, aux abords difficiles, 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICB-LBS-FEUILLBS 36i 

conquis sur répanouissemenl accidentel du torrenl et plaqué de 
touffes de fougère royale. 

En uû point, entre Mondon et l^ascroux, la rivière roule dans un 
bouleyersement de rochers entasses : sous Teffort patient des ans, 
les ondes ont creusé dans le roc un large trou où elles se précipi- 
tent et ressortent en bouillonnant; c*est ce que, dans le pays, on 
appelle le Pot Bouillant. 

Toute cette vallée, aux aspects divers, mérite d*attirer l'attention 
des artistes et des touristes, surtout à Tautomne, quand les arbres, 
en partie dénudés, laissent apercevoir, à travers leurs frondaisons 
polychromes, le chaos capricieux des rochers gris&tres. 

Le ch&teau de Mondon est moderne, mais anciennement, au 
confluent des deux rivières, s'élevait « un bel et grand chastel et 
forteresse », dont M. de Beaufort a reconnu quelques restes. De 
son temps, on voyait encore les ruines d'une tour carrée de 11 m. 
sur chaque face, aux murs épais de 2"50 avec une augmenta- 
tion de 0"2S dans les fondations. Dans le mur S. s'ouvrait une 
petite porte de O^'iS aboutissant à 0"'75 à une cavité transversale 
de O^TS sur 0*^33, remplie de terre noirâtre ; c'était sans doute 
l'issue des privés. Le mamelon sur lequel se trouvait ce donjon 
était séparé du terrain environnant par une coupure de 8 m. de 
large sur 5 m. de profondeur; il présentait une forme circulaire et 
était entouré d'une muraille. A Tintérieur, on remarquait des ves- 
tiges de b&timents ; le mortier de ces constructions était tellement 
dur que M. de Beaufort en reportait l'origine aux Romains. 

L'entrée de cette forteresse se trouvait nécessairement au S. par 
un pont jeté sur la coupure; vers 1860, en procédant au nivelle- 
ment de ce mamelon, on trouva une large pièce d'argent au nom 
de Willelmus dux corn, des pièces du prince de Galles et de Phi- 
lippe VL Ce mamelon est désigné en 1697 « la montagne du vieux 
ch&teau de Mondon ». 

Actuellement, il est envahi par la végétation et toute trace de 
construction a disparu ; on y remarque seulement le couvercle en 
pierre d'un cercueil d'enfant orné d'une croix pattée. 

Cette forteresse était importante et au XVI* siècle, elle était 
encore pourvue d'un gouverneur; des divers documents que nous 
avons rencontrés, il semble résulter qu'elle fut détruite au cours 
des guerre^de religion; peut-être même auparavant avait-elle eu à 
souffrir de l'éloignement de ses possesseurs. 

Le fief deModMon étaitle plus considérable de laTerre-aux-Feuilles 
et quelques documents du XV* s. lui donnent même le titre de 
ch&teilenie ; nous avons vu qu'il possédait alors une mesure spé- 
ciale. 

II jouissait indivisément avec les autres seigneurs de la Terre-aux- 



362 sociéré archéologique et historique do limousin 

Feuilles de la haute justice et divisément de la moyeune et basse 
justice. Ed 1552, il valait 300 1. de rente. 

Il s'étendait sur ta majeure partie de la p** de Mailhac, la por- 
tion poitevine d'Arnac ; il comprenait en outre, dans la p'* de Gro- 
mac : Reculais, Les Nordières, Pré-Barat, La Vergnade; dans celle 
de Jouac : Les Bastides ; dans celle de Saint-Sulpice : La Maison- 
Rouge et Bantard ; partie de la p»« de Saint-Georges ; dans Azera- 
bles : Le Bouchais, Fontvieille, Le Genest; Les Fougiéres dans 
celle de Dompierre; Les Grandes Lignes dans celle de Saint-Léger ; 
le village de Foulvenlour, p»« de Saint-Hilaire, devait une obole par 
feu. Le fief du Bois Jeansaulme, p**» de Beaulieu, tenu « au devoir 
d'un couple de tourtourelles blanches » et celui du Moulin de Gba- 
vignac, p"'^ de Ghaillac, relevaient aussi de Mondon qui possédait 
encore « une belle forest de haute futaie » déjà mentionnée et Tim- 
portante forge dont nous parlons plus loin. 

Au début du XIV* s., Mondon est entre les mains d'une grande 
famille de chevalerie : les de Nailhac. Le mardi après Pâques 1309, 
Philippe, dame de Mondo, veuve d'Elie de Nailhac, confirme un 
arrentement fait par son mari à Boson deJohanceys, de la lerre 
de La Meychabesse, qui était alors tenue à rente de Boson par 
Leduc et Jean de Saint-Georges, moyennant 3 s. seigle, mesure des 
Feuilles. (9390). 

Le vendredi avant TAvent 4361, Jean de Jenceys, damoiseau, 
reconnaît lenir à foi et hommage lige, de Pierre de Nailhat, chev., 
sa grande maison des Chézeaux. (9399). 

Guillaume de Nailhac, surnommé le Preux, fut gouverneur de La 
Rochelle; en 1386, il commanda l'armée envoyée en Espagne au 
secours du roi de Caslille; il mourut en 1406, ayant épousé en 
secondes noces Jeanne Turpin, que les généalogistes disent dame 
de Mondon ; il eut cinq enfants dont Jeanne, mariée le 29 août 
1419 à Jean de Brosse et Jean, conseiller et chambellan du roi, 
sénéchal du Limousin en 1423. Le 27 juillet 1428, Jean de Brosse 
promet « léaument et sur son honneur » de donner trêve à Georges 
de la Trémoille, s' de Lussac, à Raoul de Gaucourt, grand maître 
de France, et à Jean de Naillac (1); ce dernier étant allé au siège 
d'Orléans, fut tué, le 12 fév. 1429, à la fameuse journée des Harengs; 
il ne laissa pas d'enfant d'Isabelle de Gaucourt; Mondon fut alors 
altribué à sa sœur Jeanne dont le mari, Jean de Brosse, appartenait 
à la grande famille féodale des vicomtes de ce nom, sortie au X*" s. 
des vicomtes de Limoges. Ce personnage fut maréchal de France et 
joua un grand rôle dans les guerres de son temps. 

Son fils, Jean de Brosse, s' de Sainte-Sévère, fut fait chevalier 

(1) Les la Trémoille pendant cinq siècles, t. I, p. 175. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DB SAlNT-SULPlCfi-LBS-PSOlLLBS 363 

par DuDois et suirit le parti du dauphin lors de la ligue du Bien 
Public; en 1467, Louis Xi lui donna le commandement du ban du 
Poitou. Il avait épousé, en 1437, Nicole de Blois dite de Bretagne à 
la condition que sa postérité porterait le nom et les armes de Bre- 
tagne. Nous avons de lui plusieurs arrentements de domaines 
dépendant de Mondon; en 1446, il faisait une donation à son bien 
aimé serviteur Perroton Deoulx, éc'. (V. Les Nordières.) 

Après sa mort, Mondon échut à sa fille, Claude, mariée en 148K 
à Philippe, duc de Savoie ; celle-ci rendait hommage, en 1498, pour 
Mondon, à André de Chauvigny, vicomte de Brosse. 

C'est vers ce temps qu*une tradition, conservée au XVIP s. dans 
la famille de Montbel, place rinternement dans le donjon de Mon- 
don d'un prince de la maison de Savoie ; il y serait mort et aurait 
été inhumé à Mailhac. Ce fait est contestable ; M. Giovanni Sforza, 
directeur des Archives de la Maison de Savoie, à Turin, nous écrit, 
en effet, que tous les historiens de cette Maison qu'il a pu consul- 
ter, ne font aucune mention de cet internement. André de Montbel 
indique cependanl, dans une note datée de 1674, « que le tombeau 
dud. prince se voit encore aujourd'hui dans l'église de Mailhac ». 

La question de Texistence de ce tombeau fut posée il y a qua- 
rante ans à M. Fournet, ancien curé de Mailhac, qui avait fait, de 
1854 à 1860, des travaux importants dans Téglise. Il répondit qu'il 
avait trouvé, entre Tautel de la Vierge et la chaire, deux dalles en 
calcaire sans inscription et qu'il y avait autrefois à la porte une 
tombe de forme triangulaire, en calcaire avec des rognons de silex; 
elle portait d'un côté une épée au pommeau arrondi avec croisil- 
lon; de l'autre, un écu triangulaire, mais pas d'inscription (1). 

Charles III, duc de Savoie, fils de Philippe, fil donation, le 
22 juill. 1S16, à sa sœur, Philiberle de Savoie-Nemours, des terres 
et s'**" de Mondon, Bridiers, Maleval, Flets et Thors (2). 

Celle-ci, qui avait épousé Julien de Médicis dit le Magnifique, 
frère du pape Léon X, n'ayant pas laissé de postérité (décédée le 
4 avril 1524), Mondon revint au duc de Savoie. 

(1) Lettre du 18 oct. 1866 à la cure de Mailhac. Il ajoute que les 
débris de cette tombe ont été employés à faire deux bénitiers. 

En 1854, dans le chœur, on trouva le tombeau d^un prêtre contenant 
des débris de soie jaune et une houppe de bonnet. 

(2) Donazione faita dal duca di Savoia^ Carlo III, a sua sorella, FUI- 
berta di Savoia-Nemours, délie terre, signorie e giuridizioni di Bridiers, 
Maleval, Flets, Mondon Thors net Poitou in Francia, 22 luglio 4516, 

Documenti vari relativi ad affari ed interessi trattatisi tra la prinei- 
pessa Filiberta di Savoia-Nemours ed il duca Carlo III di Savoia, suo 
fratellOf per il feudo di Mondon, anni 4546-4524, (Arch. de Turin, 
mazzo 4, n. 10-31.) 

T. LVI 24 



364 SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

En 15S9, son procureur poursuivait Maurice et Jean de Montbel, 
c< eulx disant capitaines et gardes des chasteaux, boys et fourests 
de Flest et Mondon », sous prétexte qu'ils avaient « grandement 
gasté, desmoly et despopulé lesd. cbasteaux et forests et aussi Tait 
certaines plusieurs forces^ excèz, rapines et exactions sur les sub- 
gectz desd. seigneuries, abusant de leurs offices t». Le 31 oct. 1539, 
le procureur avait conclu contre eux à Tassise de Mondon, à une 
amende de mille livres. (P. M.) 

Les défendeurs prétendaient au contraire avoir gardé les sujets 
du duc de plusieurs oppressions et, à rassise tenue le 39 déc, ils 
présentèrent un appointement intervenu le ii nov. avec Rubat et 
Acquevée, commissaires du duc, qui approuvaient leur conduite; 
en conséquence, ils furent relaxés (P. M.). 

Vers ce temps, te duc soutint un procès avec Louise de Bourbon, 
vicomtesse de Brosse, qui prétendait que ifonidon n*avait pas droit 
de justice et voulait empêcher les officiers nommés par le duc de 
siéger. Celui-ci et Antoine de Brosse, son onde, co-seigneur de 
Mondon (1), produisirent à ce sujet un curieux mémoire, dont 
nous avons déjà parlé à propos de La Terre-aux-Feuilles. Il y avait 
eu précédemment de nombreuses difficultés avec les vicomtes qui, 
chaque fois, avaient vu leurs prétentions rejetées. En 1439, y dit- 
on, il y eut un arrêt pour la dame de Mondon qui lui donna le droit 
de saisir les bêles épaves trouvées en sa terre <c et d*icelles en 
prendre le proufflct et cognoissance jusquesàCOs. et au dessous »; 
mais si les bestiaux étaient trouvés par les officiers de Brosse dans 
la terre de Mondon, la connaissance leur appartenait. (9400). 

En ces temps de politique instable, il était imprudent pour un 
prince étranger d'être possessionné en France; le duc, demeuré 
seul S' après la mort de son oncle, en fit bientôt Tcxpérience (2). 
Tout d'abord considéré comme ami de la France, il se brouilla 
en 1535 avec François I*' pour lui avoir refusé de laisser passer sur 
ses états les troupes envoyées en Milanais. Le résultat de cette 
brouille ne se fit pas attendre : en un mois la Savoie fut conquise 
et les propriétés sises en France furent saisies. François Pot, s' de 

(1) Testamento di Antonio di Brosse, visconle dl Bridiers, baronne di 
Malleval, Thors e Mondon, â oct. 1522 (Arch. de Turin). 

(2) Le duc prévoyait une confiscation et songeait à aliéner ses terres 
sises en France, car les Archives de Turin mentionnent : « Istruzioni 
di Carlo III, duca di Savoia, alsignor Pugnet in ordine alla vendita dei 
suoi feudi di Flets e Mondon j in Francia (23 nov. i534). Istruzioni del 
medesimo al signor la Rive, circa le trattative per la vendita dei feudi di 
Flets, Mondon e Maleval, che egli possiede in Francia (23 nov. 1534) 
{Feudi del duca di Savoia in Francia). 



MÛNOGRAPHl£ DU CANTON DB SAINT-SULPIGB-LES>P£UILLES 365 

Ghassingricnonl, fut établi par le roi commissaire pour administrer 
MondoD, Fleix et Malleval (4836). 

Gvts s'**' importâmes furent convoitées par Anne de Monlmorenc), 
qui était alors tout puissant, elle roi les lui attribua vers 1839. 
Le 29 nov. 1852, le fameux connétable obtenait du roi des lettres 
patentes pour poursuivre ses débiteurs de Mondon. 

Curieux rapprochement : quelques années après, en août 1887, 
Montmorency, blessé à la bataille de Saint-Quentin, fut fait prison- 
nier par Philippe de Savoie, ills el héritier du duc Charles. Le res- 
sentiment que celui-ci dut éprouver en face de celui qui détenait 
les biens de sa famille fut peut-être pour quelque chose dans la 
fixation de l'énorme rançon, 200.000 écus, que le connétable dut 
payer pour recouvrer sa liberté. Cette mésaventure calma ses 
ardeurs belliqueuses et, en 1889, il devint un des champions de la 
paix qui fut signée ensuite ; le duc rentra en possession de son 
duché et de ses s'*" de France. 

Le 31 mai 1862, R. P. en Dieu messire Jérôme de la Rovëre (1), 
évéque de Toulon, conseiller et ambassadeur en France de très 
haut et très excellent prince Mgr le duc de Savoie, prince de Pié- 
mont, s' de Fleix el Mondon, donne à bail, à Jean de Chavignat, 
la terre de Mondon, moyennant 320 I. 

Instruit par Texpérience, et quoique marié à la fille du roi de 
France, Emmanuel-Philibert de Savoie jugea prudent de se déba- 
rasser de ses terres et, en 1863, il vendit Mondon à Jean Pot, s' de 
Chemau, Rhodes, ambassadeur de Charles IX à Rome, à Vienne et 
en Angleterre. 

I^ veuve de celui-ci, Georgette de Balzac, cède, le 10 sept. 1879, 
à Guillaume de Montbel, le reste de la coupe du bois de la Ligne, 
p"*" de Mailhac, moyennant 6.000 I. Il lui est accordé huit ans pour 
sortir les bois et cinq ans pour payer. Il aura en outre la faculté 
de laisser sur pied 6 arpents, du côté de Saint-Léger, qu'il tiendra 
en fief, à foi et hommage avec le fond. 

Jean Pot était mort en 1871, laissant Mondon à son fils François, 
alors âgé de quinze ans; celui-ci, qui fut page d*Henri III, fut tué 
au siège de Montagut, en Poitou, en 1879, et Mondon passa à Guil- 
laume, son frère. 

Guillaume Pot, s' de Rhodes et Mondon, grand maître des céré- 
monies de France, laissa de Jacqueline de la Chaslre : Henri, tué 
en 1890 à la bataille d'Ivry; Guillaume, s' de Rhodes et de Mon- 
don, à qui le pays est redevable de rétablissement de la forge de 

(1) Jérôme de la Rovère, évêque de Toulon en 1559, archevêque de 
Turin en 1564, fut fait cardinal en 1586; il a laissé des poésies fort goû- 
tées de ses contemporains. 



366 soGiéré archéologique et historique du limousin 

Hondon, grand mattre des cérémonies, décédé sans enfants 
vers 1615; François, qui hérita des biens et des titres de son 
frère. 

François Pot fut tué au siège de Montpellier en 1622 et Mondon 
fut attribué à son second (ils, Henri; c'est celui-ci qui, en 1653- 
1658, fit défricher une partie de la forêt de Mondon et donna les 
terres à bail. 

Son fils, Charles Pot, le dernier grand maître des cérémonies de 
cette maison, mort le l*'juill. 1705, ne laissa qu'une fille, Marie- 
Louise-Charlotte Pot, mariée en 1713 à Louis de Gand de Mérode 
de Montmorency, prince dlsenghien, maréchal de France, et 
décédée le 8 janv. 1715 sans postérité. En elle s'éteignit la branche 
des Pot de Rhodes, qui avait donné tant de personnages fameux. 

Mondon fut alors attribué à Charles-Hubert de Mesgrigny, son 
parent, mort vers 1733, laissant pour héritier son neveu, Louis- 
Léon le Bouthilier, comte de Beaujeu, qui, le 27 oct. 1756, vendit 
à Marguerite-Henriette de la Roche, veuve de J.-B.-Jacques Bou- 
cher, trésorier général des colonies françaises de TAmérique, au 
nom de ses enfants mineurs, les terres et s'**' de Rhodes, Mondon, 
Lavaupot, La Salle de Jançai et Loissiëre, moyennant 195.000 1. 

En 1767, ces terres furent attribuées à Marie- Victoire Boucher, 
épouse de Louis-François-Marie-Honorine, vicomte de Roche- 
chouard-Pontville, cornette des mousquetaires de la garde du roi. 

À la Révolution, cette dame ayant été condamnée à mort par le 
tribunal révolutionnaire le 3 floréal an II et exécutée, ses biens 
passèrent à ses deux enfants, Armand-Constant et Michelle-Marie- 
Constance, mariée au comte de Montagu-Laumagne ; le premier 
ayant émigré, sa part fut saisie par la nation et vendue en Tan A à 
sa sœur. 

En 1820, cotte dame abandonna Rhodes, Mondon, etc., à son 
fils, Armand-Jean-Flottard, comte de Montagu-Lomagne, colonel 
de cuirassiers, qui aliéna tous les biens possédés par sa famille ; 
Mondon fut vendue en 1851 à M. Garnier, entrepreneur à Paris, 
puis appartint à son fils, M. Henri Garnier, député de l'Yonne, 
préfet de la Haute- Vienne, et actuellement il est au gendre de ce 
dernier, M. Delafosse, député; du Calvados. 

Forge de Mondon. — L'établissement industriel du pays le 
plus important remonte aux premières années du XVIP s. ; tous 
les documents antérieurs n'en font pas mention. C'est donc bien 
probablement à Guillaume Pot que revient l'honneur d'avoir 
doté notre contrée de cette industrie qui dura plus de deux siècles 
et demi. 

Le premier acte conservé dans les archives est un bail du 
S avril 1607, consenti à Philippe Favier, marchand, de Saint- 



MONOORAPMIB DU CANTON DE SAINT-SULPICE-LES-PEUILLES 367 

Benoit, et Michel Subtil, éc, s' da Sauvage, m* des grosses forges, 
ce de la forge et fourneau à faire fer située au village de Mondon », 
moyennant 40 milliers de fer, prix de forge, pour trois ans. Le s' 
donnera 10 arpents de bois à Mondon ou à Grand-Fa; il est convenu 
que les mines de minières et castille pourront s'exploiter partout 
où elles se trouveront. Subtil promet de travailler à la forge s'en 
départir. Cette dernière clause et le mode de payement fixé pour 
faciliter les exploitants nous donneraient à penser que ce bail était 
le premier ; d'autant plus qu'il n'y est pas question d'une visite des 
outils (9404). 

A l'expiration du bail, Favier se chargea seul de l'exploitation 
pour un an, moyennant 2.400 1. 

Privé de l'expérience d'un homme du métier, sa gestion ne fut 
heureuse et, l'année suivante, il dut abandonner au profit de deux 
maîtres de forge de la p*" de Marval, Jean et Guillaume Pécon, 
s'* de Basleran (1). A leur entrée, le 3 déc. 1611, ils firent consta- 
ter par notaire que la forge était en mauvais état : « la bouche du 
fourneau à fer n'est pas assez large pour en tirer les guyses d'envi- 
ron deux pieds. Les appareils du fourneau sont abbatus et on ne 
sauroit fondre en icelui; il doit être refail en entier. L'écluse pro- 
che du fourneau est en mauvais état. La roue du fourneau est 
rompue et les tables des soufflets sont en mauvais état. Les halles 
du fourneau et la grande halle à charbon on^ besoin d'être recou- 
vertes. Les deux roues de la chaufferye et de la baplerye sont mau- 
vaises; la roue du marteau n'a que quatre bras et il en faut huit; 
l'arbre n'a que deux oreillions et il en faut quatre; les chandeliers 
devant l'arbre sont irop petits; les jambes du marteau sont mi- 
usées; les clefs des jambes sont rompues; la pompe est mi-usée; 
les soufflets de raffinerie ne vallent rien. » 

Ils Pavaient prise pour huit ans, moyennant 3,100 1. par an, 
mais en 1615 ils étaient débiteurs de 10,850 I. envers le s' qui 
consentit à résilier : il les accusait d'avoir, par leur négligence, 
laisser tomber en ruines lesd. forge et fourneau; eux invoquaient 
les inondations. 

Favier revint alors à la tête de la forge et le 24 nov. 1615 les 
Pécon lui délivrent les outils : deux cuirs de grands soufflets, 
S bassetonets, 4 chesnevottes, ung grand crochet, 2 petits, 4 rin- 
gards, une faulge, 4 clouards, un estocard, etc. Il l'a conserva 
jusqu'en 1622 pour un prix de 2,400 1. par an. Jean Clerc, m* affl- 

(1) Forge située sur la com. de La Chapelle-Montbrandeix ; dans la 
chapelle, inscription de 1624 concernant G. Pecon (Cf. Tabbé Lecler, 
Monographie du canton de Saint-Mathieu, p. 54). 



368 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

neur, lui succéda à cette époque pour le même prix ; son bail com- 
prend aussi le pont proche du fourneau (9404). 

Pour les 30 années qui suivent, la forge est affermée avec la s''* 
par des bourgeois du pays qui la font gérer par des hommes du 
métier. Plus tard nous trouvons des baux distincts; nous donnerons 
leur prix comme indication du degré d'activité de la forge : 1684 : 
800 1. ; 1728 : 2,000 1. ; 1729 : 3,000 1. ; 1752 : 2,000 1. Celui qui la 
prit à cette époque, Alexandre Vezien du Gluzeau, s' de Montgar- 
nault, s*y ruina. Le bilan qu'il présenta le 1*' avril 1768 à ses 
créanciers et qui comportait un actif de 84,484 1. et un passif de 
88,819 1., nous fournit des détails sur ses malheurs : dans le cours 
de son bail, nous dit-il, il entreprit la fourniture des boulets de 
canon pour le port de Rochefort et en fournit pour 12,000 1. dont 
il n'a été payé que six ans après. En janv. 1788 la bouche du 
fourneau fut emportée par les grandes eaux et comme il n'y avaiL 
que 10 jours que le fourneau était en feu, il n'avait pu fournir de 
fonte et Ton dut chômer 6 mois, d où une perte de 6,000 1. 

Le 30 juin 1787 la bouche de la fonderie, du côté delà forge, 
creva par la force des eaux et par sa chute démolit la chaufferie et 
la halle de la forge; on ne put travailler de 8 mois, ce retard, y 
compris l'indemnité payée aux meuniers, causa un préjudice de 
4,000 1. En mai 1760 les grands bourbiers crevèrent, le fourneau 
étant en feu; on dut le mettre bas ainsi que la forge, d'où six 
mois de chômage et perte de 8,000 1. Enfin pendant la durée de sa 
ferme, les bourbiers étant mal placés, il dut mettre bas les four- 
neaux plus de dix fois, ce qui lui a occasionné 20,000 I. de perte; 
il invoque aussi les maladies et arrive à un chiffre de 48,000 1. de 
perles (M. N.). 

Quand il cessa son exploitation, le s' de Mondon fit procéder à 
une visite par Pierre Duméme, s' de la Chapelle, ancien commis 
de la forge, Pierre Pichaud, marteleur, et Pierre Marzet, dit la 
Coulisse, m"" charpentier. 

Au Pelit-Mondon, on trouve 2,030 pipes de mine, estimées 
7,108 1.; 200 pipes de castine, 720 I.; 1180 pipes de charbon, 
2,0121. 10 s. Les experts examinent ensuite les soufflets du four- 
neau, de la chaufferie, de raffinerie; l'arbre et la roue du fourneau; 
les boires, chevalet, chevecie et bec de corbin; la chambre des 
soufflets du fourneau; la halle du fourneau; celle des menus char- 
bons ; le pont derrière celle-ci ; raffinerie d'en haut et celle d'en 
bas; la noé et raffinerie du marteau; les fonderies; la boutique du 
fondeur ; 9 chambres pour les ouvriers ; la chambre des journa- 
liers; celles des charpentiers; celle du petit valet; la boutique du 
maréchal, etc. (Communication de M. Valladeau.) 

Un registre de comptes de la forge pour 1770 montre que cette 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE 8AINT-SULPICE-LES-FEUILLES 369 

année on vendit à Mondon 132,980 1. de fer pour 21,424 l. Ce fer 
était acheté par les marchands des environs, de Saint-Benoit, La 
Souterraine, Montmorillon et Poitiers; le fer marchand se vendait 
de 18 à 22 1. le quintal (9437.) 

Le 14 juil. 1792 une inondation emporta la plus grande partie de 
la forge qui fut abandonnée pendant plusieurs années. 

Les pouvoirs publics se préoccupèrent de son rétablissement; les 
registres du district du Dorât contiennent à ce sujet une correspon- 
dance nombreuse. Une lettre écrite le 21 ventôse an II au Comité 
des travaux publics dit que depuis 3 ans le fer est tellement rare 
qu'on n'en trouve plus pour l'agriculture. 

Un inventaire de la forge en 1820 montre qu'elle comprend 
3 feux d'affinerie, un équipage de soufflets à piston cylindriques 
percés pour 3<feux; la fonderie pourvue de son four, table, mon- 
tants, roues, rouets et lanternes, montés; un tennement de maisons 
pour les forgerons, la marechanderie et la clouterie; une tuilerie; 
le haut fourneau avec sa roue et son équipage de soufflets cylin- 
driques à piston, son grapoy, sa moulaire; ee fourneau faisant 
partie d'un grand corps de bâtiments contenant les magasins et au 
deuxième étage les chambres des ouvriers; l'étang dont la chaussée 
est percée de voikes et ses huches pour conduire les eaux sur les 
roues; la halle du grand charbon; la maison du maître de forge 
formant 4 corps de b&liments réunis en carré avec cour au milieu ; 
un bocard à eau avec ses pilons pour bocarder les laitiers, piler du 
ciment et couteaux à piler l'écorce; le grand pacage des landes 
des Renardières pour les mules de la forge depuis Jappeloup et la 
brande de Montlambert jusqu'à la rivière de la Tache et au chemin 
de Saint- Léger à Mailhac contenant 50 h. 

Dans l'inventaire des objets qui garnissent la forge, nous rele- 
vons 2 modèles de rouets de pistons ; 6 modèles de plaques de che- 
minées; 2 garnitures de modèles de poids; 7 modèles de fourneaux 
de cuisine; 8 patrons en cuivre de marmites et chaudières; 20 ma- 
trices de clous à cheval. 

Les magasins contiennent : 566 1. de plaques de cheminées ou 
fourneaux potagers; 2,597 1. de fers marchands; 13,561 I. de fers 
fondus; 7,265 1. de fers à fondre; 630 1. de clous à cheval. 

La Statistique générale de la France pour 1852, fournit t. IV, p. 104 
des renseignements contradictoires sur Mondon; une première notice 
assigne aux matières premières employées une valeur de 52,710 fr. 
et aux produits fabriqués, celle de 74,250 fr. ; tandis qu'une seconde 
notice donne respectivement 62,520 et 100,000 fr.; l'une indique 
25 ouvriers; l'autre 30; payé» 1 fr. 50. 

On y trouve !100 chevaux et mulets et 16 bœufs; la forge com- 
prend un fpurneau, 2 foires, 1 four et 3 autres machines. L'intro- 



370 SOGliTé AnCHÉOLOGIQUE RT HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

ductioQ des fers anglais porta an coup mortel à la forge et sa ruine 
fut consommée par|une inondation qui, le 16 août 4868, par suite 
de la rupture de la digue, emporta les b&timents. 

Les quelques rares plaques de cheminées qu'on trouve encore 
dans le pays proviennent presque toutes de la forge de Mondon : 
Fune d'elle conservée à Saint-Sulpice porte un écusson surmonté 
d'une couronne fermée et soutenu par deux rameaux d'olivier; au 
milieu de Técusson, sorte de médaillon renfermant un objet indé- 
terminé, peut-être un buste. Au-dessus de la couronne on lit : 
Forge de Mondon; on y a aussi fondu au XIX*» s. un buste d Henri IV 
en demi-bosse; ces deux objets appartiennent au D' Mondelet. 

Gouverneurs, — Jacques de Montbel, 1515-1527; Maurice de Montbel, 
1529; Jean de Montbel, 1529; Mathurin Pot, s' de Lavaupot, 1536-1547. 

Sénéchaux, — Jean Regnaud, bach. ès-lois, 1529; Pierre Guillot, lie. 
1547-1604; Jean Guillot, 1610; Jean-Joseph Butaud, s' du Peux, 1767; 
Antoine Alabonne de l'Enclave, 1774-1776; Jean Guillemet, 1776-1782. 

Procureurs fiscaux. — Jean Petitpied, 1517; Pierre Guillot, 1529; 
Jean CoUin, 1604; Mathurin Delaforest, 1622; Jeau Guillemet, 1774- 
1776. 

Greffiers. — Jean Delafont, 1574-1584; Philippe Mathieu, 1529; Jean 
de la Forest, 1611; Jean de la Forest, s' de Blot, 1665; Dubrac, 
1762-1776; Mathias Aufort, 1767; J.-B. Bernut, s' des Gouges, 1788. 

Receveurs. — Léonard Silvain, 1498-1502; Antoine Mathé, 1517; Ber- 
thommier Mathé, 1522; Gervais Chavignat, 1525; Guichard de Chavignac, 
1571. 

Luc Deguercy, garde de Mondon, 1781. 

Maîtres de forge. — Philippe Favier, 1607-1610, 1615-1622; Michel 
Subtil, ec. s' du Sauvage, 1607-1610, Jean et Guillaume Pecon, s' du 
Sauvage, 1611-1615; Jean Clerc, 1622-1626; André Guillerot, 1633-1646; 
Philippe Guillerot, 1649-1654; Alexandre Pousset, 1703-1704; René Jou- 
bert dit Dubois, 1713; Silvain Delacoux, bailly d'Eguson, 1728; Jean 
Guignier, 1729. François Nivert, 1729-1740; Ch. Alexandre Vézien, s' de 
Montgarnaud et du Cluzeau, 1752-1767; Jean Boyer, 1769; Jacques 
Goursaud, 1772; Louis Sellier, administ. du district, 1790. 

MONDUGUÉ. — Le 8 juil. 1461, Jean de Brosse, s' de Mondon, 
baille à rente à la tierce gerbe, à Pierre Mathieu, le lieu de Mon- 
douhe, sis entre Cromac, la Bastide et la Chicardière. dans la 
p»» de Mailhac, à charge de défricher les terres ; il payera en outre 
une livre de cire par an. 

Le s' lui donne le droit de prendre du bois pour édifier un mou- 
lin à blé cl à drap pour lequel il payera 13 d. de cens. (9375). 

Un acte de 1588 cite les côtes de Mondugne comme « inhabitables 
fors aux bestes sauvages ». 

Mondeugne^ i673; Julien Belenfant, m"" tizeur de verrerie, prend 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPIGE-LES-FEUILLBS 371 

à bail en 1677 le petit moulin de Mondt$igne. Mondeugne, 4704, 
lieu disparu sis au-dessous de Mondon. 

MONTBRUGNAUD. — U m. 56 h. On n'est pas plus d'accord 
aujourd'hui qu'autrefois sur fe forme de ce nom qu'on écrit par 
bruy bré ou bri; l'acte le plus ancien connu donne la première ortho- 
graphe qui parait la plus conforme à l'étymologie présumée : le 
Mont de Brunehau. 

Par lettres au nom de Charles, comte de la Marche, données à 
Montmorillon, dei^ant Pinelli, clerc juré du Dorât, Hier de Barret, 
damoiseau, s' de Saint-Maxime, vend à Michel de Johanceys, clerc, 
au nom de Boson de Johanceys, son village de Monte Brunhau^ le 
bois de Lag.... et le village de la Lande, moyennant 4 s., un s. fro- 
ment et une paire d'éperons blancs (9379). Cet acte est mutilé et la 
date manque, mais du préambule, on peut conclure qu'il est des 
premières années du XIV' s. Charles, fils de Philippe-le-Bel, ayant 
porté le titre de comte de la Marche de 1314 à 1328 ; de plus un 
Itier Barret est indiqué comme homme d'armes en 1341 (M. Beau- 
chet-Filleau). 

Depuis cette époque Hontbrugnaud a toujours dépendu de 
Jançay. Le 4 mai 1454 Raoulin de la Celle, s' de ce lieu, baille à 
rente à Michaud de Montbrignaud, une place dans le pâturai delà 
Brignardière à Monthrignaui^ pour bâtir deux moulins, l'un à blé, 
l'autre à drap, moyennant une rente de 4 b. seigle (9379); d'après 
le dénombrement de Jançay de 1569, le village de Montbrignaud 
comprend 20 corps de logis. 

En 1439 le s' de la Tâche perçoit des redevances sur les hommes 
de Mont Bringnau pour leur tenue de la Palinyera. Autres for- 
mes : Montbregnaud, 1657; Uontbraignaud, 1684. 

LE MOULIN DE LA TACHE. — 2 m.. 11 h. est mentionné dès 
1439. Il est à blé en 1603; à drap en 1693; le notaire Alloncle y 
dresse un inventaire le 16 janv. 1742; nous y voyons un métier à 
faire les étoffes estimé 18 I.; une paire de forces à tondre les draps 
10 I.; dans le moulin à foulerie, un métier à fouler les draps, 8 1., 
des outils à faire des sabots. 

LE PETIT-BOIS DE MONDON. - 4 m., 19 h. Village construit 
au XVIP s. dans la forêt de Mondon. Dans une transaction du 
25 fév. 1651 entre le s', le curé et le prieur de Mailhac, il est 
exposé que le s' de Mondon ayant fait couper une partie de ses 
forêts de Mondon et de Boiry, des gens du pays seraient venus le 
prier de leur arrenter des terres pour les défricher; ce qu'il aurait 
accepté. Par cet acte, le prieur et le curé, qui possèdent les dîmes 
novales, déclarent qu'en cas de défrichement, ils se contenteront 
pour tous droits, afin de favoriser les habitants, de 12 b. de seigle 



372 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

seulement sur les 180 s. que le s' se propose de concéder, à prendre 
depuis le moulin de Mondugué, suivant le chemin de Lussac, le 
long des communes de Hontlambert, joignant les landes des Loges 
et de la Ghicardiëre, les terres de la métairie deBaubusson, sui- 
vant ensuite liasse jusqu'à Grand Fa, puis le long des terres de 
Monlbrugnaud jusqu^au chemin de la Bastide Cormarin à Lussac, 
remontant ensuite le long du fossé et chemin qui sépare les terres 
de Mondon de celles des Renardières et revenant à Mondugué. 

Par un autre acte du 3 déc. 1654, le curé reconnaît que c'est lui 
qui a excité le s' à défricher sa forêt et il consent en conséquence 
à ne prendre que la moitié des dîmes sur les métairies que le s' 
fait construire. 

Le 16 sept. 1658, ce dernier baille à rente à Léger Simon, 30 s. 
dans la forêt à charge d'édifier une maison ; pour le faciliter, il lui 
permet de prendre sa part dans les 4 halles de la forge et les loges 
des charbonniers. Cette maison est appelée la Prise du Bois de 
Mondon, 1694. (9406). 

Le PEU-DE-LA-TACHE. — 9 m., 40 h. Dans Taveu de 1439, le 
s' de La Tâche déclare posséder le lieu de Podio de la Tâche avec 
ses droits et ses appartenances, les hommes taillables et corvéa- 
bles, la dîme et le droit féodal. 

C'est près de ce vill., sur la lisière des Bois de Bouéry, qu'au 
milieu d'une clairière, s*élève le plus beau dolmen de la région ; la 
table, cordiforme, mesure 4" sur 3'"50 ; elle est soutenue par 5 sup- 
ports hauts d'environ 1™40; un sixième support, arraché, git sur le 
sol; la table, qui est fort convexe, porte 11 petites fossettes dispo- 
sées assez régulièrement. 

Des fouilles entreprises en 1845, sous ce dolmen, n'ont pas donné 
de résultats. (M. de Beaufort, p. 84.) 

LES RENARDIÈRES. — 2 m., 23 h. Le 24 janv. 1473 (v. s.), 
Jean de Brosse, s' de Mondon, arrenle à la tierce gerbe, à Marsault 
des Roffyères, le lieu des Renardyères, sis entre le village de 
Varennes, le lactier de Mailhac, et le grand chemin de Lussac à 
La Bastide; il payera, en outre, à Noël, « un lard jusques à la val- 
leur d'ung escu » (9375). 

LES ROUFFIÈRES — Lieu disparu cité en 1473; d'après un plan 
du XVIIP s., les masures du village des Ruffières se trouvent à côté 
de la croix de Larral, au croisement des chemins de Hondon à I^ 
Bastide et de Mailhac au pont de Glévat (9376). 

LA SALESSE. — Le moulin se trouvait sur la p*" de Mailhac en 
1668, le surplus du village dans Arnac. 

LE SOULIER. — 3 m., 15 h. Etait dans la mouvance de Mondon. 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SflLPICE-LES-FEUILLES 373 

LA TÂCHE. — 11 m., 44 h. Il y avait autrefois dans ce village 
un château détruit vers 1820, qui relevait de Hondon à tiommage 
lige à mutation d^horome et de s', au serment de fidélité, et 
qui possédait un (ief important; le dénombrement rendu le 
1" mars 1430 par Guiard de Brilhac en fait foi : ce s' dit posséder 
son hébergement de La Tâche avec ses dépendances, vergers, 
garenne, prés et bois; le moulin du dit lieu avec les mousnans et 
récluse; les hommes taillables et corvéables de ce village; les villa- 
ges de La Lédatière, L*Age-du-Lac, Le Peu-dela-Tâchc, La Croche- 
palière, La Gréminière, La Lande; des renies sur Montbrugnaud, 
Margot, le lieu et tenue Jean Gilet, p"* de Saint-Sulpice ; le lieu et 
tenue de Guilhot de La Salesse, p"^ d*Arnac; la dîme du Reclou, 
même p"*, sur les hommes de La Lédaliére; le bois de La Fa con< 
tenant 50 s. ou arpents; le lieu Aufier tenu par Ponche de La Léda- 
tière; 40 s. de terres en friche, etc. 

Guiard, qui avait épousé Marthe de Pompadour, laissa La Tâche 
à sa fille Marguerite, mariée à Georges Imbault, s' de Villemexanl ; 
celui-ci vendit cette terre le 24 mars 1517 à Antoine Benoist, curé 
de Saint-Benoit-du-Sault, moyennant 500 1. Il rendait aveu le 
18 août 1518 (9400). 

Quelques années après, cette s'*' est entre les mains de la famille 
de Monibel, originaire de Savoie; la communication de ses archives 
nous permet de lui consacrer une notice détaillée. 

Le premier fixé dans notre contrée est François de Montbel, qui, 
d'après un mémoire du XVII* s., vint accompagner en France le 
prince de la maison de Savoie dont nous avons indiqué Tinterne- 
ment à Mondon. Le duc de Savoie, pour le récompenser de ses 
services, le nomma gouverneur de ses château de Fleix, Marval et 
Mondon. 

Le 20 juillet 1500, il baillait à rente une maison sise à Bort, 
p*" de Saint- Hilaire; de Françoise Vergnaud, sans doute de la 
famille des s'* de Grand Fa, il laissa Jean, qui suit; Maurice, capi- 
taine de Fleix et Mondon, qui testait le 15 sept. 1532; Jacques, aussi 
capitaine de Mondon, époux de Jeanne de Vérines. 

Jean de Montbel, s' de La Tâche et Ghamperon, capitaine des 
mêmes terres, obtenait, le 12 fév. 1527, des lettres royaux lui per- 
mettant de poursuivre les habitants de Fleix qui refusaient de lui 
payer le droit de guet. En 1529, lui et son frère Maurice, traduits 
en justice par le procureur du duc de Savoie pour mauvaise gestion, 
furent relaxés à l'assise de Mondon tenue le 29 déc. 

En 1536, se trouvant en qualité d'homme d'armes des ordonnan- 
ces du roi au camp et pays de Prouvence, il obtenait des lettres de 
répit. Le 10 janvier 1538, lui et sa femme, Françoise de Bridiers, 
ont donation à leur fils Nicolas, étudiant à Poitiers, en faveur de 



] 



374 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

ses études, du lieu noble de La Tâche et de la métairie de Bonne- 
vault, dépendant de Fleix ; ils eurent encore le suirant et deux 
filles. 

Guillaume de Montbel, s' de La T&che, épousa par contrat 
du 31 ayril 1S88 Gillon Pot, fille du s' de Lavaupot. Il ren- 
dit aveu à Mondon le 15 sept. 1S97 pour le fief de La T&che 
comprenant maison noble, fuye, garenne, moulin bannier, et tenant 
au chemin qui va de Pierre Levée à la rivière de la Grêle, aux bois 
de Lavaupol, au chemin de Piégut, au moulin de La Tâche et au 
chemin qui va des gorces de Ghez-Nicaud à la rivière de la Roche. 

Le 8 mars 1609, il dicte son testament au vicaire de Mailhac : 
il veut être inhumé dans Téglise de Mailhac, aux tombeaux de ses 
prédécesseurs; il ordonne une charité à tous les dimanches, pen- 
dant un an, comme pour un gentilhomme, et un dîner à tous ceux 
qui accompagneront son corps. Il fonde une messe tous les 15 jours 
dans sa chapelle de La Tâche et donne, à celte (in, le pré de La 
Prade. Il distribue ensuite à son fils Jean, La Tâche, à Guillaume, 
son autre fils, Ghamperon, à sa fille Jeanne, dame de Noboys, 400 1., 
une vache et son veau. Il les charge de donner à Téglise « une 
chappe belle et honeste ». II eut aussi, croyons-nous, Jean de Mont- 
bel, religieux de Tabbaye du Bourg-Dieu, prieur de Mouhet et 
Mailhac, aumônier du prince de Condé. 

Jacques de Montbel, s' de La Tâche, fut exempt des gardes du 
roi et écuyer de sa grande écurie ; il se maria trois fois : par contrat 
du 15 sept. 158& à Jeanne L'Huillier; par contrat du 30 juill. 1595 
à Âvoye de L'Age; enfin par contrat du 21 avril 1599 à Anne 
d'Eaux, fille du s' de La Gounilière. 

11 avait embrassé le parti de la Ligue, et nous le trouvons en 
1591-1593 à la fameuse défense de Poitiers, sous le commandement 
du vicomte de La Guerche; celui-ci et le conseil de la ville lui firent 
allouer, dans la suite, une somme de 200 écus pour ses services; 
celte somme ayant été rayée sur les rôles de Téleclion du Blanc, le 
roi ordonna son rétablissement par lettres du 6 janv. 1600, attendu 
que Tari. 21 de Tédil sur la réduction de la ville de Poitiers porte 
que les deniers dus aux gens de guerre élanl dans cette ville 
seront payés par le trésor royal ; au besoin, le roi déclare lui faire 
à nouveau don de celte somme en considération de ses services. 

Il obtint en fév. 1614 et juin 1627 des lettres de sauvegarde pour 
lui et sa famille. 

De son dernier mariage, il laissa Jean, Bonaventure, femme du 
s' de Masmeau, et Anne, mariée à Jacques Robert, s' du Ghaslard, 
frère de Thistorien du Dorât. 

Jean de Montbel, s' de La Tâche et Grand-Fa, gouverneur de 
la vicomte de Bridiers, fut dispensé, le 4 août 1635, par le comte 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT-SULPICB-LES-PEUILLES 375 

de Parabère, gouverneur du Poitou, de se rendre au ban de la 
noblesse convoqué en Champagne, « à cause de Tincommodité qu'il 
a au bras gauche dont il esl estropié, d'autant que le s' des Fon- 
taines-Montlebeau lui a promis, moyennant qu'il lui aide à son 
équipage, de servir pour deux ». 

Il épousa : l"" à Àrnac, le 16 fév. 1632, Isabelle Guillot, fille de 
Jean, s' du Bois, et de Claude Philippes; 2« le 22 déc. 1637, Cathe- 
rine Pignonneau. De son premier mariage, il eut André, qui suit; 
Marie, femme de François Igonin, s' de La Gorce; du second, 
Henri, blessé au combat de Senef, puis brigadier des gardes du 
corps; Jean, qui accompagna le duc de la Feuillade, allant secou- 
rir Candie, assiégée par les Turcs, et qui, le 9 mars 1677, se trou- 
vant au siège de Valenciennes, dans les gardes du corps, eut le 
bras gauche emporté par un boulet de canon; il mourut des suites 
de cette blessure trente jours après. 

André de Montbel, s' de La Tâche et Aureis, fut maintenu noble 
le 19 juill. 1669; le 2 juin précédent, il avait épousé Louise de 
la Chastre (1); celle-ci fut inhumée dans l'église de Mailhac, près de 
l'autel de la Vierge, le 21 juill. 1702, laissant : Jean-Gabriel ; Bal- 
thazar, capitaine au régiment de Bretagne, mort célibataire en 1707; 
Marie, pensionnaire à Saint-Joseph de Montmorillon. 

Jean-Gabriel de Montbel, s' de La Tâche, né au dit lieu le 
6 juill. 1670, capitaine au régiment de Limoges, s'allia par contrat 
du 15 mars 1698 à Marie-Thérèse de Nollet ; il fut inhumé dans 
l'église de Mailhac le 30 juin 1733 ayant eu : Louis-JacquesJoseph 
(1** mars 1699), baron de La Tâche, mort le 22 mars 178tt, sans 
enfant de Marie-Anne d'Angleberl; François-Balthazard, lieute- 
nant au régiment d'Archiac, mort dans les guerres d'Allemagne ; 
Pierre (23 juill. 1702), s' des Cicardières, brigadier des gardes du 
corps, garde de la manche de S. M., chevalier de Saint-Louis, 
mort pensionné du roi en 1766; Louis(1704f 1755), garde de la 
manche; François-Xavier, qui suit; Marthe (1707), admise à Saint- 
Cyr en 1729, etc. 

François-Xavier de Montbel, né le 30 juill. 1706, garde de la 
manche, capitaine de cavalerie, épousa la fille du s' de Lascroux, 
dont il eut : Joseph, ci-après; François-Sébastien, s' des Cicardiè- 
res, lieutenant au régiment d'Auvergne ; Marguerite-Scholastique, 
admise à Saint-Cyr en 1762; Marie-Justine, admise en 1767, mariée 

(1) Les généalogistes font remarquer qne cette dame était la cousine 
germaine de Jean Sobieski, roi de Pologne; celui-ci, en effet, avait 
épousé Marie-Casimire de la Grange, fille de Henri et de Françoise de 
la Chastre; cette derrière, sœur de René de la Chastre, père de 
M»« de Montbel. 



376 sociéré archéolooique et uistorique du limousin 

le 9 janv. 1787, dans la chapelle du château de La Tâche, à Jean- 
Jacques de Pons; François-Esprit-Marie, s' deLascroux. 

Joseph, marquis de Montbel, s' de La Tâche, comme héritier de 
son oncle, I^ouis-Jacques-Joseph, épousa par contrat du 2 nov. 1779 
Marie-Rosalie Lignaud de Lussac, fille du marquis de Lussac. Né 
au Dorai le iO janv. 175B, il fut admis en 1765 à l'Ecole militaire et 
servit ensuite comme lieutenant au régiment d^Artois. Le 19 av. 1774 
il reçut la croix de chevalier de Saint-Lazare. A la Révolution il 
émigra et ses biens furent vendus nationalement. Il eut au moins 
trois enfants : Charles-Adolphe-Zéphirin (20 déc. 17K7); Marie- 
Jeanne-Eulalie (11 fév. 1782), nommée le 28 mars 1821 chanoi- 
nesse de Sainte-Anne de Munich, et MarieJustine-Antoinette 
(13 janv. 1784). En ces derniers s'éteignit celte branche; ajoutons 
que les deux ministi*esde ce nom n'appartenaient pas à cette famille. 

VARENNES. — Village disparu sis proche Les Brosses; apparte- 
nait en 1870 à Fiacre de Solignac, s' de Rochegodon. Yaraines, 1669- 
1673. 

LA VAUDELLE. — 9 m., 36 h., citée en 1578, En 1644(678, 
Sébastienne Pelitpied, veuve de Mathurin de la Forest, et son fils, 
André, lieutenant particulier à Montmortllon, y possèdent une 
métairie. La Vaudelle alias Les Granieaux^ 1579. 

En 1701, 1707, 1710, le s' de Mondon achète des terres à La Vau- 
delle, qui se trouvaient inondées par son étang de Mondon. 

VERRERIE DE BOUÉRY. — « J'ai vu autrefois en mon jeune âge, 
dit Robert du Dorai, qu'il y avoit grand nombre de gentilshommes 
verriers dans le pays de Basse-Marche; de présent, en cette 
année 1654, il n'y en a pas tant, voire sont tort peu en nombre, 
siol qu*ils soient allés dans les guerres ou que l'on aye 
défait le grand nombre de bois et (orests qui estoient dedans le 
pays. Ils font des verres de toute espèce, ajoute-t-il, et des bou- 
teilles en soufflant dans des outils en forme de sarbacanne ; leur 
verre est fait avec des cailloux blancs pris dans les ruisseaux et le 
salicar vient de La Rochelle ». 

Deux verreries ont existé dans notre canton : l'une dans la forêt 
de Bouéry, l'autre à Pnylaurent. Leur existence nous est révélée 
par de nombreux actes d'état civil dans les registres de Mailhac, 
Saint-Georges, Arnac et Jouac, à partir de 1691. 

A cette époque, ils avaient installé la première dans un coin 
retiré de la forél de Bouéry, qui appartenait aux Pot de Rhodes ; 
l'endroil, bien choisi au point de vue du sable et du bois, élait fort 
malsain et aux débuts on y constate de nombreux décès ; c'est 
sans doute pour ce motif que, vers 1710, tout le personnel de la 
verrerie émigra à Puylaurent. Dans celte partie du boia de Bouéry, 



MONOGRAPHIE DU CANTON DE SAINT SULPICE-LE8-FBUILLES 377 

qui porte encore le nom de coupe de la Verrerie, ou rencontre 
quelques pierres taillées et une fontaine pavée. 

Pour rhistoire de cette branche de Tart industriel, il nous a paru 
intéressant de relater ici les nons des gentilshommes verriers ren- 
contrés : 

Claude Barbiget, s' de La Grange, 1716-1719; François de Brethon, 
s' de La Combe, m« de verrerie, époux de Rose du Peyrou, 1695-1713; 
Henri de Brethou, s' du Mas, 1705-1720; Gabriel de Brethon, s' du 
Bouchet, 1721, originaires du Quercy; Guillaume de Brossard, 1708-1719, 
et Marc de Brossard, 1719-1720, originaires du Poitou ; Antoine Colon, 
s' de La Rose, et Jean Colon, 1691, sortaient du Quercy; Georges 
Desnoyers, s' de Boisfort, 1702-1711; Henri Desnoyers, s' du Pies- 
sis, 1703-1716. Jean de Grandval, s' de La Ceville, 1705; Georges de 
Ponard, s' de La Charmette, du Nivernais, 1693-1702, est père de 
François, 1704, et de Georges, 1697-1704, s' de La Charmette, qui ne 
sait signer, époux de Léonarde de Peynot. 

Maires. — Louis Seiller, 1790; J.-F. Lalégerie, 1793; Fr. Resnier, 
an IX-an X; Fr.-J. Delalégerie, notaire, an X-1806; L. Gabiat, 1806- 
1816; Resnier fils, 1815; J. Malonge, 1816-1834; Fr. Guilierot, 1835- 
1840; P. Marsaud, 1841-1844; Honoré Guilierot, 1835-1840; 1844-1852; 
P.-Et. Fouché, 1852-1869; Aug. Guilierot, 1870-1873 et 1890-1892; Fr.- 
Ant. Bognaud, 1873-1881; Alfred Guilierot, 1881-1890 et 1892-1902; 
Pierre Moreau, 1902-1906. 

Curés^ — Pierre Martin, 1557; Mathurin AUoncle, 1561-1581; Fr. 
Gayot, 1581; Antoine Ballaire, 1609-1649; André Descombes, 1652-1673; 
Pierre Thomas, 1680-1712; Paillier, 1712-1743; Jean Pentecouteau- 
Beaugé, 1744-1768; J.-B. Plaignaud, anc. vie. d'Arnac, ensuite curé 
d'Arnac, 1768-1770; Jean-Fr. Delalégerie, 1770-1782; Jacques Besge, 
1782-1792. 

Prieurs. — Jean de Montbel, religieux du Bourg- Dieu, 1600; Jacques 
d*Escollard, 1603-1652; N. Cusson, 1673; Mathurin Bérat, 1689. 

Notaires. — Mathurin AUoncle, 1588-1592; Michel Guilierot, 1591; 
Jean AUoncle, 1619-1639; Silvain AUoncle, 1642; Jean de Maillasson, à 
La Maisonneuve, 1648; Jean AUoncle, 1658-1661; Jacques Guilierot, 
1650-1661; Pierre AUoncle, 1682-1724; Jean Poujaud, 1724; Mathurin 
Salesse, à La Bastide, 1747-1762; J.-Fr. Delalégerie, 1792-1816 (1). 

Huissiers. — Jean Descombes, 1755-1768; Mathurin Descombes, 1767- 
1770; Pierre Descombes, 1779-1792. 

Traites foraines. — I. Capitaines des traites : Joseph Cailleau, 1755- 
1756; Nie. Pasquier; Gilles-Germain Grandin, 1759-1760; Jean Moryond, 
1770; Léonard Desbouiges, 1789. 

IL Receveurs : François Corrade, 1663; Pierre Senne, s' des Four- 
neaux, 1664-1666; Pierre Goulier de la Verdrie, 1774-1789. 

(1) Les minutes des AUoncle sont conservées aux archives de Tlndre; 
celles de Delalégerie, dans Tétude des Chézeaux. 




» • 



378 



>- 



BOGlÉTé ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 



III. Contrôleurs : Paul le Boiteux, 1647; Pierre Chastel, 4661-1664. 

IV. Employés : Mirât, 1756; P. Gouillé, 1756-1770; Théobald Des- 
brousses, 1770; Léonard Desbouiges, 1780-1787; Joachim de Jullien, 
ec', bas-ofÛcier d'invalides, 1780; Pierre Chaignaud, 1772-1773; Martial 
Forgemol, 1772-1773; Et. Collet, 1783; Florent Lavergne, 1789-1790. 

Maître» d'école. — Phil. Chaudron, 1751. 

Chirurgiens, — Fr. Photias, 1663; Silvaiii Dubrac, 1675; Georges 
Guillerot, 1713; Fr. Guillerot, s' de TEslang, 1719-1776; J.-B. Guil- 
lerotde TEsUng, 1775-1776; J.-B. Gabiat, 1785-1793 à La Bastide. 



fA mivrej 



Roger DnouAULT. 



GÉNÉALOGIE 



DE LA 



MAISON DE FAYE ou DE LA FAYE 



(suite et fin) 



§ 3. Le Masfaure 

LA JUSTICE 

Le fief noble da Masfaure, paroisse de Saint-Martin-ChiteaUi 
relevait originairement de la justice du baron de Peyrat. 

Vers 1556, de la baronnie de Peyrat fut démembrée ia baronnie 
de Saint-Martin-Château et Saint-Pardoux-Lavaud, dans laquelle 
était comprise le Sef du Masfaure. François de Pierrebuflière, vi- 
comte de Gomborn, baron de Châteauneuf et de Peyrat de 1556 à 
1579, resta néanmoins en possession de la baronnie de Saint-Mar- 
tin-Château et Saint-Pardoux-Lavaud. Il comparut le 16 octobre 
1559, pour celte dernière baronnie, à la réformalion de la coutume 
du Poitou. 

Après lui, Charles !•' de Pierrebufflère, vicomte de Comborn, 
baron de Châteauneuf, Peyrat, Treignac, Chabannes, Beaumont, 
Chamberet, seigneur de Chasteau, Saint- Yrieix, Soubrebost et La 
Croizille de 1579 à 1606, fit dresser le 10 janvier 1602, par-devant 
Biaise Chappellon et Antoine Demallerel, notaires à Peyrat, Tacte 
de reconnaissance des dîmes, cens et rentes féodales que les tenan- 
ciers de la baronnie de Saint-Martin-Châleau et Saint-Pardoux- 
Lavaud étaient lenus de lui payer en sa qualité de seigneur haut 
justicier. 

Après la mort de ce dernier, Marthe de PierrebuiBère de Châ- 
teauneuf obtint, aux termes d'un acte passé en 1606 devant le lieu- 
tenant-général de Tulle, commissaire en cette partie, les baronnies 

T. LVI 25 



38(1 SOCléTi ARCHéOLOGIQinB BT HIStORiQUfi DU LtJfOÛSlK 

de Peyrat et de Saint-Martin-Ghftteaa et Saint-Pardoux-Lavaud 
pour son droit de légitime daos les biens de la maisoû de Château- 
neuf. Cet acle fut confirmé par arrêté de la Chambre de l'Edit de 
Languedoc du 30 octobre 1627. 

Le Si décembre 1646, dans le château de la baronnie d'Auron 
ouÀrros, sénéchaussée de Bazadois, par-devant Dubourg, no'"" roy., 
haut et puissant seigneur messire Jean de Fabas, conseiller du roy 
en ses conseils d'Etat et privés, vicomle de Gastet, baron d'Âuros, 
Chastelus, Saint-Marlin-Chasteau, seigneur de Barie, Lados et au- 
tres places, et dame Marthe de Chasleauneuf, son épouse, faisaoi 
tant pour eux que pour Jeanne de Fabas, leur fille, veuve de mes- 
sire Pierre de Caumont ou Chaumont, marquis d'Amure, baron 
de Peyrat et autres places, vendirent à M* Léonard Masfaure, sieur 
de Pont, advocat en la cour du parlement de Paris et juge séné- 
chal de Peyrat, habitant de la baronnie de Saint-Martin-Château, 
en Poitou, faisant tant pour lui que pour André d'Aubusson, 
escuyer, sieur de Saint-Priest, et Biaise Rieublanc, sieur du Bost, 
les rentes féodales à eux dues par le village et tènement du Maison- 
neau, possédé par les tenanciers de Bort, par le tènement du Mon- 
teil-Mousseau possédé par les tenanciers de la Cour de Rozet, par 
le village du Chassin, par le village du Massadonr, par le village 
du Mazeau el tènement de Larfeuille, par le village de La Vaupe- 
Une, par le village des Farges, par le tènement de Phelix Sallon, 
possédé par les tenanciers du bourg de Saint-Martin-Château, par 
le village de TAge, par le village de Fusinas, par le village de 
Pommier, par le village de La Ribière-au-Gué, la dînie inféodée 
consistant en la huitième partie de la dime de la paroisse de Sain:- 
Pardoux-Lavaud, une métairie roturière située au village du Mas- 
sadour, et la justice haute, moyenne et basse, roèrn, mixte, impère, 
guet et péage sur les villages et tènements ci-dessus désignés et 
sur le bourg de Sainl-Pardoux, le village de Buze, le village de La 
Faye, le village de Lavaud, le village de Villemesne, le village de 
La Cour-de-Rozel, le village d'Augerolles, le bourg de Sainl-Mar- 
lin-Château, le village de Massoubrot et Villouteix, le village de La 
Glavelle, le village de Teillet, le village du Monleil et le moulin 
dudit lieu, le village du Masfaure, consistant en deux feux, le vil- 
lage du Chassaigneau, le village de Lansade, le village du Pont, le 
village de Grandrieux, le village de La Sauve, le village de La 
Ghassaigne, le village de La Galbe, le tènement de Leylrelure, pos- 
sédé parles habitants de Langladure, le village de Meyconniou, le 
village de Monlingout, le village de Lachaud, le village de Malle- 
vialle, le tout paroisses de Saint-Pardoux-Lavaud, Saint-Martin- 
Ctiâteau etSaint-Moreil; enfin, les droits et devoirs seigneuriaux. 



GÉNéALOGIB D9 LA BfAISOIf DE FÀyfi OU DE LA. PàV^ âSi 

préséances, droits bonorifiqaes d'église à ^ux apparteQ^iU à c^use 
de la baroDoie de Sainl-Marlin-Ch&teau et Saint-Pardoux-Layaud, 
avec les hommages de lous les fiefs et arrière-fiefs dépendant de 
ladite baronnie éclipsée de la baronnie de Peyrat. Cette vente fut 
consentie moyennant la somme de seize mille neuf cent soixante- 
trois livres tournois, que Léonard Masfaure, ès-noms, s'obligea de 
payer dans un mois entre les mains du receveur général des consi- 
gnations de la cour de parlement et Chambre de TEdil à Paris, en 
Tacquit de la marquise d'Âmuré, et en déduction du prix que ladite 
dame devait verser audit receveur général pour le retrait féodal 
de la terre et marquisat de Châteauneuf à elle adjugée par arrêt 
de la Chambre de TEdit de Paris du 7 mars i646 (1). Cette vente 
fut ratifiée par Jeanne de Fabas, suivant acte du 29 janvier 1647, 
Chappellon, no'*. 

Léonard Masfaure, sieur du Pont, garda pour lui seul Tacquisi- 
lion qu'il venait de faire. Il était sieur du Pont, de La Paye et du 
Uonteil et fils aîné de Martial Masfaure, sieur du Monteil, de L'Age 
et de Pont (3). Il mourut en 1659, laissant dlsabeau de Sainte- 
Marie, sa femme, cinq filles mineures : 

1» Anne -Marie; 2® Anne-Marguerite; 3** Marie-Luce; 4* autre 
Anne, 5<^ Léonarde, depuis religieuse, baptisée à Peyrat le 22 octo- 
bre 16S4 (parrain, Antoine Chappellon, sieur du Breilh). La qua* 
Irième fille, Anne du Masfaure, était en 1694 et 1698 femme de 
Jacques Cadalion, bourgeois de Peyrat. 

Anne-Marie du Masfaure épousa, par contrat du 4 septembre 
1666 du Leyris et Rounat, no"' roy., honorable Jean de Loménie, 
écuyer, conseiller du roi, lieutenant en la grande prévôté de Li- 
moges, receveur des tailles en Télection de Bourganeuf, fils de 
Jean de Loménie, écuyer, seigneur de La Tour, près Eymouliers, 
conseiller du roi, trésorier provincial particulier des ponts et chaus- 
sées, trésorier des régiments de la prévôté de Limoges, et de Marie 
Pradillon. 

Le 25 mars 1669, Jean de Loménie, tant pour Marie du Masfaure, 
sa femme, que comme curateur des filles mineures de feu Léonard 
du Masfaure, sieur de Pont, rendit au roi aveu et dénombrement 
de la baronnie, terre et seigneurie de Saint-Marlin-Château et pa- 
roisse de Saint-Pardoux, mouvant de la Tour de Maubergeon (3). 
Dans ce dénombrement est compris le fief noble du Masfaure. 

(1) Voyez à Tappendice, n° XVIII. 

(2) Pour plus de détails sur Léonard Masfaure et sa famille, voy. t^ La 
baronnie de Saint-Martin-Chàteau et Saint- Pardoux-La va ud. » 

(3) Noms féodaux (archives de la Vie^ae). 



382 sociérÉ arghièologiqus et Historiqub du limousin 

Anne-Marguerite dn Masfaure épousa Léonard Rieublanc, sieur 
du Bost et de Saint-Junien, fils de Biaise Rieublanc, sénéchal de 
Laron . 

Marie-Luce de Masfaure épousa, par contrat du 5 janvier 1670 
du Leyris et Rounat, no"* roy., François de Châteauneuf, écuyer, 
sieur de Lachaud, de Villegouleix, d'Âuchaise et dn Châtaignoux, 
demeurant au bourg de Beaulieu, justice de Peyral, fils de Fran- 
çois de Châteauneuf, sieur du Châlard, et de Claudie de La Faye(1); 
Par le contrat de mariage susdaté, Isabeau de Sainte-Marie, mère 
de la future, lui fil donation, sous réserve d'usufruit, de la sixième 
partie des droits qu'elle avait à préleodre dans rhérédité de son 
mari. 

Suivant acte du 14 février 1674, Rounat, no'* roy., et Panel, 
n'% passé au repaire et maison noble de La Faye, proche, paroisse 
et justice de Peyrat, Jean de Loménie, comme époux de Marie 
Masfaure et comme tuteur de Anne et Léonarde Masfaure, ses 
belles-sœurs, Léonard Rieublanc, sieur du Bost et de Saint-Junien, 
et Anne Masfaure, sa femme, et François de Châteauneuf, sieur de 
Lachaud, et Luce Masfaure, son épouse, procédèrent au partage 
entre eux des biens dépendant de la succession de Léonard Mas- 
faure, après les avoir au préalable fait expertiser. Les droits de 
justice sur le Masfaure furent compris dans le second lot obvenu à 
Anne Masfaure, épouse de Léonard Rieublanc (2). Le 14 juin 4674, 
devant Mathieu Je Faye, juge sénéchal, les tenanciers du Masfaure 
reconnurent le sieur du Bost pour leur seigneur haut, moyen cl 
bas justicier (3). 

Jusqu'à la Révolution, le Gef du Masfaure releva pour la justice.* 
de la famille Rieublanc du Bost. Aux derniers temps, celte justice 
comprenait Le Masfaure, Le Bost, Boussac, Buze et Le Mazeau. 

LE FIEF 

Comme possesseurs de l'arrière-fief du Masfaure, nous connais- 
sons : 

Antoine du Cloupt, sieur de La Couhe, châtelain de Peyrat. Il 
vivait au commencement du XVI* siècle. 

Nicolas du Cloup, sieur de La Couhe, son (ils et principal héri- 
tier. Le 22 juin 1522, il rend aveu à Loys de PierrebufBère, baron 
de Châteauneuf et de Peyrat, du lieu noble du Masfaure, dont il 

(1) Voy. à rappendice n» XIX. 

(2) Voy. à Tappendice n" XX. 

(3) Voy. à Tappeadice n® XXI. 



GÉNÉALOGIE DE LA MAISON DE PAYE OU DE LA PAYE 383 

esl seigneur direct el foncier et propriétaire, les tenanciers à moitié 
fruits devant vinade à une paire de bœufs (1). 

Noble homme Ânthoine de Paye, escuyer, seigneur de Villeche- 
nyne, de La Cour, de La Grillière, de Fayfrey et du repaire noble 
de Freussengou. Il fait Tacquisition du Masfanre, seigneurie et 
propriété. 

Noble homme Gabriel de Paye, escuyer, seigneur de La Paye, de 
La Cour et de La Grillère. Vers 1553, il rend aveu du lieu noble du 
Masfaure, dont il est seigneur el propriétaire (3). 

Noble François de Paye ou de La Paye, écuyer, seigneur de La 
Paye et de La Villatte. Par décret rendu en la cour de parlement 
de Paris le 36 juillet 1439, la rente féodale du Masfaure fut vendue, 
avec d*autres biens, et adjugée à Pierre Esmoing de Lavaublanche, 
prieur-curé de Saint-Martin-Châtean. 

Noble Pierre Esmoing, écuyer, seigneur de La Paye, de La Gril- 
Hère et de La Villatte. Il était (ils de Loys Esmoing, escuyer, sei- 
gneur de La Vault-Blanche, et de Jeanne de Paye. Par transaction 
du 5 janvier 1636, Ruben, no'^roy., il céda la rente féodale du 
Masfaure à Joseph Richard, seigneur de TEglise-au-Bois, et à 
Jeanne de La Paye, dame de La Cour, veuve de Gaspard de Trigou- 
nant, sieur de La Roche. 

Jehanne de Paye ou de La Paye, dame de La Cour, veuve de Gas- 
pard de Trigounant, sieur de La Roche. Par suite de partage du 
14 décembre 1650 avec Joseph Pichard, elle eut dans son lot, entre 
autres terres et seigneuries, la rente féodale de Masfaure. 

Catherine du Puy de Trigounant, damo de La Cour, épouse de 
Jean de Beauforl, écuyer, sieur de Bussière. 

Noble raessire François de Beaufort, écuyer, chevalier, seigneur 
de La Porte, de La Cour el du Monteil, el par sa femme d*Enval. 

François de Pichard, écuyer, sieur de La Chassagne el de La 
Gcneste, seigneur de l'Eglise-au-Bois el de La Cour, et par sa 
femme comte de Villemonteix, seigneur de Montsergue, Lavau- 
blanche, Châtelus en partie, La Villatte. 

François de Pichard, écuyer, chevalier de TEglise-au-Bois, sei- 
gneur de La Cour. 

Jean de Pichard de l'Egliseau-Bois, chevalier^ seigneur de Vil- 
lemonteix, Montsergue, Châtelus, La Cour, lieutenant-colonel du 
régiment de Toulouse, infanterie. 

Charles de Pichard de TEglise-au-Bois, chevalier, seigneur de 

(4) Voy. à l'appendice n» XVIl. 
(2) Voy. à l'appendice n" 111. 



384 SOClÊTfi ARCnéOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

Villémonteist, Tédfénas, Boissioux, Chfttelus en partie, La Goar, et 
par sa femme du Bost-Bey, du Chassagoeau et de Villouleix. 

/alien de Pichard de TEglise-au-Bois, seigneur de Montsergue, et 
Jeanne de Pichard, de TEglise-au-Bois, demoiselle de Chfttelas, 
seigneurs en commun de La Cour. Par contrat du 5 juin 1741, 
Ghampeaux, Ronchon etDumasneuf, no'^ roy., Catherine du Sail- 
lant, veuve de Jean de Pichard, Charles et Jeanne de Pichard ven- 
dirent à Pierre Dumasfaure de Saintraud, bourgeois du lieu de 
Neufvialle, la renie noble à eux due annuellement et. payable à 
chaque Notre-Dame d'août sur tout le village du Masfaure, consis- 
tant en trente setiers seigle, mesure de Peyrat, une livre quatre 
sols argent, un bœuf de vinade et deux gélines (1). 

Pierre Dumasfaure de Saintraud. Par acte du 28 novembre 1746, 
Tixier, n'*, les tenanciers du village de Masfaure lui consentirent 
reconnaissance de la rente noble par lui acquise (3). Il était fils de 
Léonard du Uasfaure, sieur de Prasines, et d'Elisabeth Dubayle (3). 
Pour garantir l'emprunt par lui fait suivant contrat du 19 juin 
1760, de Champeaux, no'*, et Tramonteil, no'* roy., de Pierre Es- 
moingt, seigneur de La Grillère, il hypothéqua et engagea la rente 
noble du Masfaure; mais, par acte sous-seing privé du 8 août sui- 
vant, il remboursa la somme de mille livres, montant de cet em- 
prunt. Il mourut le 8 messidor an VIII et fut, par conséquent, le 
dernier possesseur du fief de Masfaure. 



§ 4. UAge 

La rente féodale du village de I/Age et tènement de Chaumeil, 
paroisse de Sainl-Marlin-Château, appartenait vers 1553 à Gabriel 
de Paye, seigneur de La Paye, de La Cour et de La Grillière, qui y 
avait tout droit de fondalité et directe seigneurie. Elle consistait en 
soixante-un sols argent, vingt setiers seigle, un setier froment, 
quatre setiers avoine et quelques gélines. Ces lieux et tënements 
sont compris dans le terrier que Gabriel de Paye fit dresser le 
6 novembre 1553 de ses diverses seigneuries. Il en rendit vers 
1557 aveu et dénombrement à Prançois de PierrebulBère, cheva- 

(1) Archives du Monteil-Chàteau. 

(2) Idem, 

(3) Pour Pierre Dumasfaure de Saintraud et sa famille, voy. Tarlicle 
Neufvialle dans la notice « La baronnie de Leyris ». Orbservons que, 
dans cette notice, le titre de sieur du Masfaure leur a été donné par 
erreur. 



GÉNiAJLOGlB SB LA MAISON DB FAYB OU DB LA PAYB 385 

lier, vicomte de Comborn, baron de Gb&teaaneaf et de Peyrat, k 
cause de sa baronnie de Peyrat (1). 

Léonard Joabert de Noblac da Masfaure, siear du Monteil, mort 
en 1605, en fitracquisilion. 

On trouve après lui comme possesseurs successifs de ce fief : 

Martial Masfaure, son fils, sieur du Monteil, de L'Âge et de Pont, 
de 1605 à 1643 ; 

Léonard Masfaure, écuyer, sieur de L*Age et de Saint-Pardoux, 
qui vivait encore en 1681 ; 

François de Loménie, sieur de L'Age, depuis seigneur baron de 
Saint-Martin-ChAteau, qui recueillit ce fief dans la succession du 
précédent, son grand-oncle. 

C'est ainsi que doit être rectifiée la liste des possesseurs du fief 
de L'Age, contenue dans notre notice de la baronnie de Saint-Mar- 
tin-Ghfttean et Saint-Pardoux-Lavaud. 

Mais une seconde rente féodale sur le village de L'Age apparte- 
nait aux barons de Peyrat. Elle consistait en trente-cinq sols 
argent, deux setiers seigle, deux setiers avoine et deux gélines. 
Elle fut vendue le 31 décembre 1646, avec la baronnie de Saint- 
Martin-Château et Saint-Pardoux-Lavaud, par Jean de Fabas et 
Marthe de Châleauneuf, sa femme, à Léonard Masfaure, sieur de 
Pont (3). 

De Léonard Masfaure, sieur de Pont, cette rente féodale passa à 
ses enfants. Elle est comprise dans l'aveu et dénorobremen.t de la 
baronnie de Saint-Martin-ChAteau et Saint-Pardoux fait à Bourga- 
neuf le 25 mars 1669 par Jean de Loménie, tant comme mari de 
Marie de Masfaure que comme curateur de ses belles-sœurs mi- 
neures (3). 

Il n'est plus question de cette rente féodale dans le partage du 
14 février 1674 entre les enfants de Léonard Mnsfaure, sieur de 
Pont. Il est à croire qu'elle avait été cédée par Léonard Masfaure, 
sieur de Pont, à Léonard Masfaure, son frère cadet, déjà posses- 
seur de l'autre rente. 

Après François de Loménie, ce fief fut possédé conformément 
aux énonciations de la notice sur la baronnie de SaintMartin-Ch&- 
teau et Saint-Pardoux. 

Quant à la justice des barons de Peyrat, elle passa aux nouveaux 
barons de Saint-Martin-Gh&teau, en vertu de la vente du 21 décem- 



(1) Voy. à l'appendice n« III. 

(2) Voy. à Tappendice n» XVIII. 

(3) Archives de la Vienne. 



386 80CléTé ARCHÉOLOGIQUE ET mSTORlCfUE DU LIMOUSIN 

bre 1646. Le village comprenait alors huit feux. Jasqirà la Révo- 
lution, il dépendit de la jastice de Saint-Harlin-Ghftteau. 



g 5. Pont 

La rente féodale da village de Pont, paroisse de Saint-Marlin- 
Château, appartenait vers 1553 à Gabriel Paye, seigneur de La 
Paye, de La Cour et de La Grillière, qui y avait tout droit de fon- 
fadité et directe seigneurie. Originairement, Pont et Le Monteil 
devaient une rente féodale commune. Gabriel de Paye percevait 
sur Pont quarante sols argent, treize setiers éroioe seigle, deux 
setiers émine froment, six setiers deux éminaux avoioe et le tiers 
de deux émines seigle, d'une émine froment, de deux éminaux 
avoine, de deux paires de bœufs de vinade, de deux présents et 
des arbans serves. Il en rendit vers 1557 aveu et dénombrement à 
Prançois de Pierrebuffiëre, chevalier, vicomte de Gomborn, baron 
de Châleauneuf et de Peyral (1). 

Léonard Joubert de Noblac du Masfaure, sieur du Monteil, mort 
en 1605, déjà possesseur du surplus de la rente de Pont, flt Tacqui- 
sition de la partie de la même rente dont avait joui Gabriel de 
Paye, ce qui réunit sur sa tête tout le fief de Pont. 

On trouve après lui comme possesseurs de ce fief : 

Martial Masfaure, son fils, sieur du Monteil, de L'Age et de Pont 
de 1605 à 1643. Une partie du territoire du village de Pont, quoi- 
que dépendant du fief de Pont, était jouie par les habitants du 
Chassagnoux. Par acte du 4 avril 1631, Léonard Laborne, no" roy., 
et Antoine Dechampeaulx, no'«, les habitants du village du Ghas* 
sagnoux se reconnurent pour cet objet débiteurs envers M' Martial 
Masfaure, sieur du Monteil, conseiller élu pour le Roi en Télection 
de Bourganeuf, demeurant au lieu noble du Monteil, seigneur 
féodal du village de Pont, d'une rente directe annuelle de quatre 
sols en deniers, seigle une quarte une coupe tiers coupe, payable 
à la mi-aoust. D'autres héritages étaient tenus par les habitants du 
Masfaure (3). 

Léonard Masfaure ou du Masfaure, sieur de Pont et du Monteil 
de 1643 à 1659, seigneur, baron de Saint-Martin-Ghàteau et Saint- 
PardouxLavaud en 1647, porta toujours le nom de sieur de Pont. 

Le village de Pont, qui dépendait de la justice du baron de Pey- 
rat, fut compris pour la justice dans la vente de la baronnie de 

(1) Voy. à Tappendice n« III. 

(2) Voy. à l'appendice n» XVIII. 



GÉNÉALOGIE DE LA MAISON DE FAYB O^T DE LA FAYB 387 

SaÎDt-Hartin-Chftteau et Saint-Pardoux-Lavaud da 21 décembre 
1646. Ce village comprenail alors dix feux (I). 

En 1649, le sieur de Pont percevait en renies féodales : 

Sur Le Monteil : argent, quatre livres dix sols; froment, dix se- 
tiers; seigle, vingt setiers; avoine, quatre setiers; gélines, quatre, 
moitié de la dîme inféodée. 

Sur les moulins du Monteil : argent, six livres vingt sols; bourre 
fine, f^\\ livres; seigle, trente-un setiers trois émines; gelines, deux, 
avec droit de mouture gratuite; 

Sur le tènement de Pbelix-Sallon : argent, sept sols six deniers; 
froment, une émine; 

Sur le Mas-de-Château : argent, quarante-quatre sols douze de- 
niers ; froment, deux émines; seigle, quatorze setiers deux émines; 
avoine, huit éroinaux; gélines, quatre; en deux rentes semblables ; 

Sur la Seauve ; argent, deux livres sept sols six deniers; fro- 
ment, un setier; seigle, seize setiers; avoine, six éminaux; gelines, 
trois ; 

Sur le Chassaignoux : argent, vingt-quatre sols; seigle, trente 
setiers; gélines, deux ; un bœuf de vinade; 

Sur Pont : argent, six livres; froment, huit setiers; seigle, qua- 
rante-neuf setiers; avoine, vingt setiers; gélines, quatre, deux 
paires de bœufs de vinade ; 

Sur le tènement de Villouteix : argent, six livres huit sols; seigle, 
dix-huit setiers émine; avoine, huit setiers; gélines, trois; 

Sur le Massoubrot : argent dix-huit deniers, avoine quatre 
setiers ; 

Sur Teillet : argent trois livres cinq sols; froment un setier, 
seigle seize setiers, avoine quatre setiers, gélines deux; 

Sur le tènement de la Salisse de Teillet : argent treize sols, seigle 
quatre setiers, avoine six éminaux, géline une; 

Sur Tourtouloux : argent vingt sols, gélines quatre ; 

Sur le moulin de Tourtouloux : argent dix sols, seigle quinze 
setiers émine, gélines deux ; 

Sur le Ghassin : argent trois livres cinq sols, seigle sept setiers, 
avoine onze setiers, gélines deux ; 

Sur le tènement de la Salisse-Rat : argent vingt-deux sols, seigle 
trois setiers, une quarte une coupe, avoine deux éminaux; 

Sur le Massadour : argent trente sois, seigle six setiers, avoine 
trois setiers, gélines deux ; 

Sur Roudaressas : argent trois livres six sols, seigle douze setiers, 

(1) Voy. à rappendice n» XXVI. 



388 Boctkrà ARcnloLOOfQUB et hibtoiuqub du limousii* 

avoine quatre setiers, gélines trois, une paire de bœufs de Yinade, 
arbaos, tailie aux quatre cas; 

Sur le tènement de la Goste à [Roudaressas : argent quarante- 
deux sols huit deniers» seigle seize setiers, avoine quatre setiers, 
gélines deux ; 

Sur Fusinas. : argent douze sols, seigle douze setiers, gélines 
deux; 

Sur Las Fargeas, argent trois livres quinze sols, seigle viDgt-deux 
setiers, avoine] onze setiers, gélines deux. 

Après la mort du sieur de Pont, ses enfants firent procéder par 
experts àjrestimation des biens dépendant de sa succession. Esti- 
mations des experts : La Gathe, huit mille livres; Le Chassagnoux, 
cinq mille livres; les renies de la Seauve, seize cents livres; les 
vignes du Bas-Limousin, dix-huit cents livres; Teillet, six mille 
livres; Le Chasbin et.scs dépendances, trois mille six cents livres; 
Le Massadour, moulin et étang, deux mille six cents livres ; Lan- 
gladure, deux mille livres; les rentes des Farges, deux mille livres; 
la rente des Savy, quatre cents livres; le Monteil et ses dépen- 
dances, non compris le droit de Mademoiselle de Château, douze 
mille livres; les moulins et rentes de Château, dix-huit cents livres; 
la rente de Lansade, dix-huit cents livres; la rente de Fusinas, 
six cents livres ;Tonl et ses dépendances, onze mille livres; Gran- 
drieux,'cleux mille trois^cents livres ; le Masfaure, seize cents livres; 
Prasinas, seize cents livres; Tourlouloux, maison et moulin, dix 
mille livres; Buze, quinze cents livres; les Bordes, trois mille cinq 
cents livres ;Mes rentes du.Massoubrot, seize cents livres. 

Le partage dés biens eut lieu suivant acte du 14 février 1674, 
Rounal, no" roy., et Panet, no". La justice et la rente féodale du 
village de Pont, telle que la percevait en 1649 le sieur de Pont, et 
trois métairies, situées audit village, furent comprises dans le 
second lot obvenu à Anne Masfaure, épouse de Léonard Rieublanc, 
sieur du Bost (1). Le partage des dettes grevant la succession du 
sieur de Pont eut lieu le 17 février suivant. Le 14 juin 1674 les 
tenanciers de Pont reconnurent le sieur du Bost pour leur seigneur 
haut, moyen et bas justicier (S). 

Pour ce qui concerne le sort postérieur de ce flef, il n\v a qu'à se 
reporter à la notice, « La baronnie de Saiot-MartinChftteau et Saint- 
Pardoux-Lavaud »>. 

Au moment de la Révolution, Joseph-Guillaume des Maisons du 
Palant, baron^^de Peyrat,;possédait tout le village en fief et pro- 
priété. 

(1) Voy. à Tappendice, n<> XX. 

(2) Voy. à Tappendice n» XXL 



GÉNÉALOGIE DE LA HAISOPÏ DE PAYE OU DE LA PAYE 389 

§ 6. — Lansade 

Le fief de Lansade, paroisse de Saint-Martin-Gh&teau, apparte- 
nait, vers 1553, à Gabriel de Faye, écuyer, seigneur de La Faye, 
de La Cour et de La Griiliëre, qui y avait tout droit de fondaiité et 
directe seigneurie. La rente féodale qu'il y percevait consistait en 
soixante-quinze sols argent^ dix-sept setiers seigle, trois setiers 
froment, deux setiers avoine et deux gélines. Il en rendit vers 1557 
aveu et dénombrement à François de Pierrebnfflëre, chevalier, 
vicomte de Comborn, baron de Gh&teauneuf et de Peyrat (1). 

François de Faye ou de La Faye, son QIs, écuyer, seigneur de 
La Faye et de La Villalte, eut dans son lot, lors du partage de la 
succession dudit Gabriel de Faye, les rentes dues par les tenan- 
ciers de Lansade. Il les possédait encore en 1629, mais à celte 
époque, par décret rendu en la cour du parlement de Paris le 
26 juillet 1629, les rentes dues sur le village de Lansade furent 
vendues, avec d'autres biens, et adjugées à Pierre Esmoing de 
Lavaublanche, prieur-curé de Saint-Martin-Chàtcau. 

Pierre Esmoing de Lavaublanche, écuyer, seigneur de La Paye, 
de La Grillière et de La Villatte, céda, par transaction du 5 jan- 
vier 1636, les rentes sur Lansade à Joseph Pichard, seigneur de 
L'Eglise-aux-Bois, et à Jehanne de La Faye, dame de La Cour, 
veuve de Gaspard de Trigounant, sieur de La Roche. 

Suivant partage du 14 décembre 1650, entre Joseph Pichard et 
Jehanne de La Faye, la rente féodale sur le village de Lansade 
échut à Joseph Pichard, mais, par contrat d'échange du même 
jour, Gambillon, n'* roy., ledit Joseph Pichard céda cette rente 
féodale à Balthazar de La Faye de La Porte, seigneur du Breilh et 
de Mansal (2). 

Balthazar de La Faje de La Porte, écuyer, seigneur du Breilh et 
de Mansat, ne resta pas longtemps seigneur de Lansade, car, par 
acte du 29 décembre 1650, Clouzaud, no'* roy., il vendit à Léonard 
Masfaure, sieur de Pont, la rente féodale à lui due sur ledit village 
et consistant en trois setiers froment, dix-sept setiers seigle, deux 
setiers avoine, mesure de Peyrat, trois livres quinze sols en deniers 
et deux poules (3). 

Léonard Masfaure, sieur de Pont, était déjà seigneur haut justi- 
cier de Lansade, pour avoir acquis la justice de ce village, alors 

(1) Voy. à Tappendice n<> III. 

(2) Voy. à Tappendice n» XII. 

(3) Voy. à Tappendice n® XV. 



390 SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN 

composé de dix feux, avec le surplus delsubaronniedeSaint-Martin- 
Ghâteau et Sainl-Pardoux-Lavaud, de Jean de Fabas et Marthe de 
Ghâteauneuf, sa femme, barons de Peyrat, suivant acte du 21 
décembre 1646(1). 

Après la mort de Léonard Masfaure, sieur de Pont, dans le par- 
tage des biens composant sa succession, qui eut lieu le 14 février 
1674, la justice de Lansade et la rente féodale sur ce village, tou- 
jours de même consistance, furent comprises dans le premier lot 
échu à Marie Masfaure, épouse de Jean de Loménie (2). 

A partir de cette époque et jusquà la Révolution, le fief de Lan- 
sade appartint aux seigneurs barons de Saint-Marlin-Chàteau. 

En furent donc successivement seigneurs : 

Jean de Loméoie et Anne-Marie-Masfaure, sa femme, seigneur et 
dame de la baronnie de Saint-Martin-Châtean et Saint-Pardoux» 
Lavaud, jusqu'en 1709; 

François de Loménie, sieur du Monleil et de TAge, seigneur 
baron de Saint-Martin-Château et Saint-Pardoux-Lavaud, de 1709 
à 1740; 

Joseph-François de Loménie, sieur du Monteil, seigneur baron 
de Saint-Martin-Châleau et Saint-Pardoux-Lavaud, de 1740 à 1749; 

Guillaume de Loménie, chevalier, sieur du Monteil, seigneur 
baron de Saint-Martin-Ghâteau et Saint-Pardoux-Lavaud, de 1749 
à 1782 ; 

Guillaume-Louis-Marian-Hercule de Loménie, sieur du Monteil 
et de TAge, seigneur baron de Saint-Martin-Ghâteau, de 1782 à la 
Révolution. 

En dernier lieu la rente féodale de Lansade consistait dans les 
prestations suivantes : seigle et froment réduit vingt-un setiers 
deux quartes, avoine huit éminaux, argent sept livres sept sols, y 
compris les poules. 

La notice « La baronnie de Saint-Martin-Ghâteau et Saint-Par- 
doux-Lavaud » donne les détails nécessaires sur la famille de 
Loménie, mais tout ce qui dans cette notice concerne le fief de 
Lansade est à rectifier. 

La famille du Leyris ne posséda qu'un moment le fief de Lansade, 
si elle le posséda jamais en totalité. Il était toutentier en la posses- 
sion de François de Faye, seigneur de La Faye et de La Villatte, 
en 1629. Quant à MM. d*Alesme et de Lhermile ils ne possédèrent 
jamais la directe seigneurie de Lansade, mais seulement le domaine 
utile. 

(1) Voy. à l'appendice n» XVIII. 

(2) Voy. à Tappendice n^ XX. 



GÂNÉALOGIB DE LA MAISON DS FAYB OU DE LA FAYfi 391 

§ 7. — Villoutêix et le Massoubrot 

Les villages du Massoubrot et de Villoutêix, paroisse de Saint- 
Marlin-Ch&leau, étaient voisins. Villoutêix a disparu depuis long- 
temps; il était situé entre le Massoubrot et Fusinas. 

En 1500, Antoine du Cloupt, sieur de La Couche, châtelain de 
Peyrat, élait seigneur direct et foncier d'une partie du village du 
Massoubrot et y percevait une rente annuelle de dix-huit deniers 
en argent et quatre setiers avoine, mesure de Peyrat. Le 22 juin 
1522, Nicolas du Cloupt, sieur de La Gouhe, fils et principal héri- 
tiers d'Antoine du Cloupt, en rendit aveu à Loys de PierrebufBère, 
baron de Châleauneuf et de Peyrat, à cause de sa baronnie de 
Peyrat (1). 

La rente féodale due sur le lieu, mas et tènement du Massoubrot 
était établie p