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Full text of "Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze"

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BULLETIN 



DE LA 



SOCItTt SCIERTIFIQUE. HISTORIQOE 



BT 



ARCHÉOLOGIQUE 



DE 



LA CORRÈZE 

SIÈGE A BRIVE 

leoottiie d'itlUté piMiqve (Décret du 30 noTembre 1888) 



TOME TRBNTifeMB 

AVBC PLANCHES BT FIGURBS DANS LB TBXTB 

1" LIVRAISON 




BRIVE 

ROCHE> IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ 
Janvier-Mars 1908. 



TABLE DES MATIÈRES 

DE LA !'• LIVRAISON- 



TEXTE 

Pages 

1 . Liste des Membres de la Société ; i. 5 

2. Station préhistorique de la Coumba-del-Bouïtou, 

par MM, les abbés À. et J. Bouyssonib et Babdon 17 

3. Les Maîtres du Paysage limousin, par M. Johannés 

Plantadis 51 

4. Notice sur un jeton de Charles de Lévis, baron de 

- Charlus, par M. lé docteur Charvilhat. 99 

5. Histoire de la paroisse de Saint-Eloi (2"* édition), 

par M. l'abbé Joffre • . . . . 101 

6. Un Briviste à la Conciergerie (Thermidor an II), 

par M. J. DE Saint-Germain 1 15 

7 . Le Monastère de Coiroux, par M. J.-B. Espéret, . . 121 

8. Ecus d'or trouvés au Mas, près Brive, par M. Ph. 

Lalande 123 

9. Bibliographie, par M. G. de Lépinay 125 

GRAVURES 

1 . Fig. 9 à 28, silex de la grotte de Coumba-del-Bouï- 

tou 18 à 48 

2. Le Pont de la Folie, à Crozant 58 

3. La Dordogne, à Beaulieu 67 

4. L'Inferno, à Gimel 72 

5. Les Tours de Merle (hors texte). 

6. La Redole, à Gimel 74 

7. Lever de Lune sur Tétang (hors texte). 

8. Le Matin, Bruyères en fleurs (hors texte). 

9. Le Saut de la Virole, à Treignac 78 

10. Le Plateau de Millevaches 83 

11 . Vallée de la Glane 88 

12. Le Meneur de Loups. 94 

13 . Une Femme des Hauls-Plateaux 96 

14. Jeton de Charles de Lévis. 99 



BULLETIN 

DE LA 

S0CI8T8 SCIENTIFIQUE. HISTORIQUE 

ET 

A.RG ti ^ O H. O C3-I Q XJ E: 

DE 

LA CORRÈZE 



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BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ SGIENTIFiaUE, HISTORIQUE 



ET 



ARCHÉOLOGIQUE 

DE 

LA CORRÈZE 

SIÈGE A BRIVE 

leoouae d'utilité pvbUqve (Dicret do 30 noTembre 1868) 



TOME TRENTIÈME 

AVEC PLANCHES ET FIGURES DANS LB TEXTE 




BRIVE 

ROCHE. IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ 
1908 



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LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIETE 



BUREAU 

Présidents d'honneur : 

M. le comte Robert de LASTEYRIE, *, I. P. Ur niemlne 

de rinstitut, à Paris. 
M. Ernest RUPIN, *, I. P. O, lauréat de rinstitut, à Biivc. 

Président : 
M. GoDiN DE LÉPINAY, château de MorioUes, par Ivurchu. 

Vice-Présidents : 
M. Philibert LALANDE, I. P. O, à Brive. 
M. Louis de saint-germain, *, à Brive. 

Secrétaire général : 
M. Jean-Baptiste ESPÉRET, I. P. O, Professeur, avciïue 
de la Gare, à Brive. 

Trésorier : 
M. J.-B. GOURD AL, Pharmacien, à Brive. 

Bibliothécaire : 
M. Alfred MAS, à Brive. 

Membres du Bureau : 
M. Louis BONNAY, Architecte, Inspecteur des Monuments 

historiques, à Brive. 
M. le D' DUB0U8QUET-LAB0RDERIE, I. P. O, à Brive. 
M. Pierre FOURNBT, A. «, Architecte, à Brive. 
M. Ludovic de VALON, à Brive. 



— G — 



MEMBRES FONDATEURS ET TITULAIRES 

MM. 

Albe (l'abbé), curé de Notre-Dame, à Cahors. 

Argueyrolles (l'abbé), curé de Saint-Sernin, à Brive. 

AsHER (A.), libraire, 13, Unter den Linden, à Berlin W. 

Bar (Joseph-Louis de), propriétaire, à Argentat. 

Bellefon (Aloïs de Méric de), ancien magistrat, 3, rue de 
l'Hôtel-de-Ville, à Montauban (Tarn-et-6aronne). 

Besse (le R. P. dom Martial; , religieux bénédictin, directeur 
de la Revue Mabi/ion, à Ghevetogne, par Leignon, pro- 
vince de Namur (Belgique). 

Bessou (l'abbé), chanoine honoraire, curé-doyen de Luber- 
sac (Corrèze). 

Blanc (Antoine), juge de paix, à Ayen. 

Blanc (Augustin), négociant, rue Toulzac, à Brive. 

BoNNAY (Louis), architecte, place Champanatier, à Brive. 

Bosredon (M"' Mathilde de Lamberterie de), au château de 
la Fauconnie, par Terrasson (Dordogne). 

Bosredon (Jean-Baptiste), au Seuil-Haut, par Mansac. 

BoYSSON (Richard de), maire de Cénac, canton de Domme 
(Dordogne). 

Breton (l'abbé Germain), chanoine honoraire, Ecole Bossuet, 
par Cublac. 

Brive (Bibliothèque de la ville de). 

Brousse (l'abbé), vicaire à Arnac-Pompadour (Corrèze). 

Brugeilles (Fernand), ancien inspecteur principal des che- 
mins de fer du Midi, 30, rue Leberthon, à Bordeaux, et 
Conseiller général de la Corrèze, à Obazine. 

Brugère (Eugène), à Saint-Ybard, par Uzerche (Corrèze). 

Buffet (Paul), 13, rue Cassette, à Paris, et à la Borie, près 
Brive. 

Cars (le duc des), 80, rue de Lille, à Paris, et château de 
Sourches, par Cernay-Champagne (Sarthe). 

Celor (F.), I- P- M> organiste et maître de chapelle, profes- 



— 7 — 

MM. 

seur aux écoles de la ville de Paris, 49, rue Gay-Lussac, à 

Paris. 
Chabrerie (Louis), I. P. Q, principal honoraire, maire de 

Sarran, par Corrèze, à Flojac, par Aubazine. 
Champeval (Jean-Baptiste), avocat, à Bourganeuf (Creuse)* 
Charvilhat (6.), A. Q, docteur-médecin, 4, rue Blalin, à 

Clerraont-Ferrand. 
Chauveron (Audoin de), président du Tribunal de première 

instance, à Louviers (Eure). 
Chiroux, ex-vérificateur des poids et mesures, à Ussel (Cor- 
rèze). 
Clédat (Gaston de), ^, commandant au 95™* territorial» ïi 

Brive, et château de Maubec, par Uzerche. 
Clément-Simon (Gustave), 3fe» ancien procureur-général ^ au 

château de Bach, par Naves (Corrèze). 
Collège de Brive (M. J.-J. Redier, I. P. Q, Principiil du). 
Conseil Général de la Corrèze (Bureaux de l'archiviste de 

la Préfecture, à Tulle). 
CoRBiEB (Luc de), au château de Saint-Martin-Sepert, par 

Lubersac. 
CosNAC (la marquise Henri de), à Brive. 
CosNAC (le comte Paul de), au château de Friac, par Meviiisac. 
Decoux-Lagoutte (Edouard), A. Q, ancien magistrat, 12^ rue 

Bourdei.les, à Périgueux. 
Delisle (Léopold), O. *, directeur honoraire de la Biblio- 
thèque nationale, 21, rue de Lille, à Paris. 
Dubousquet-Laborderie (Henri), A. Q, J, à Vayrac (Loi). 
Dubousquet-Laborderie (Louis), I. P. Q, docteur-médecin, 

à Saint-Germain, près Brive. 
Ducourtieux (Paul), I. P. <|, libraire-éditeur, 7, rue des 

Arènes, à Limoges. 
Dumas (André), avocat, à Brive. 
Dutheillet de Lamothe, à Caramija, par Lubersac, et 10, rae 

Brichaut, à Schaerbeck, faubourg de Bruxelles. 
EspÉRET (Jean-Baptiste), L P. Q, professeur d'histoire au 

collège de Biive. 



— 8 — 

MM. 

Fage (René), I. P. O, avocat, 80* rue Lauriston, à Paris. 

FoROT (Victor), L P. O, ^, ingénieur, à Bourrelou, près Tulle. 

FouRNET (Pierre), A. O, architecte, à Brive. 

GiRou (Pabbé Etienne), curé de Hommes, canton de Château- 
la Vallière (Indre-et-Loire). 

GouRDAL (J.-B.), pharmacien, à Brive. 

Herbette (Maurice), secrétaire d'ambassade, 46, rue du 
Général-Foy, à Paris. 

JossE (Gabriel), à Payrac (Lot). 

JouvENEL (le baron Raoul de), O. ijfe, ancien préfet, au châ- 
teau de Castel-Novel, par Varetz (Corrèze), et 195, rue du 
Faubourg Saint-Honoré, à Paris. 

Labesse (comte de), au château de Chabrignac, par Juillac 
(Corrèze). 

Labrunie de Laprade (André), au château de Balagé, par les 
Quatre-Routes (Lot). 

Lafarge (Aimé), notaire, à Lagraulière (Corrèze). 

Lafarge (René), docteur en droit, 60, rue Gay Lussac, Paris. 

Laffont (Marc), L P. Q, docteur-médecin, lauréaî de la 
Faculté de médecine de Paris, 32, avenue des Champs- 
Elysées, à Paris. 

Lagane (Élie), pharmacien, à Brive. 

Lalande (Philibert), I. P. |>, receveur des HospiceSi à Brive. 

Lamberterie (le baron Albéric de), 10, rue de Duias, Paris. 

Lapierre (Gabriel), 8, boulevard Poissonnière, à Paris, di- 
recteur des Eaux du Mont-Dore. 

Lasteyrie (le comte Robert de), *, L P. ^, membre de 
l'Institut, professeur d'archéologie à l'École des Chartes, 
ancien député de la Corrèze, 10 bis, rue du Pré-aux-Clercs, 
à Paris. 

Lasteyrie (Charles de), inspecteur des Finances, 6, rue de 
Solférino, à Paris. 

Laval (Henri), îjjr, A. ^i>, ingénieur, à Paris, et avenue Char- 
les-Rivet, à Brive. 

Lépinay (Gaston de), au château de MorioUe, par Larche 
(Corrèze). 



— 9 — 



MM. 



Lbspinas (Edmond), avocat, ancien map^strat, boulevard de 
Vésone, 35, à Périgueux. 

Lbspinâsse de Pebeyre (Charles de], au château de Pebeyre, 
par Laroche-Canillac (Corrèze). 

Limoges (Bibliothèque de la ville de) (Haute- Vienne). 

Maubeau (Eugène), 0. ij^, ancien conseiller d'État, 14, ave- 
nue Henri-Martin, à Paris. 

Marche (Pabbé Adolphe), à Allassac (Corrèze). 

Mariel (Edouard- Alfred), ij(j, A. U, membre du Club Alpin 
fraiçais, 23, rue d'Aumale, à Paris. 

Martnie, C. *, I. P. ^j contrôleur-général de l'armée en 
retiaite, 68, rue Jouffroy, à Paris. 

Mas (ilfred), boulevard des Sœurs, à Brive. 

Masséjat-Déroche (M"«), 240 bis, boulevard Saint-Germain, 
à Pa'is. 

Maynah) (Baron Marc de), au château de Copeyre, par 
Martd (Lotj. 

MiGiNiAc (Louis), avocat, Brive. 

MoNjAUzi (Henri), A. O, faubourg des Gaulies, Brive. 

MoRÉLY (^éopold), docteur-médecin, à Argentat (Corrèze)'. 

MouRET (Ceorges), *, ingénieur en chef des Ponts et Chaus- 
sées, à lesançon. 

NoAiLLES (e comte Alexis de), 16, rue Chauveau-Lagarde, 
à Paris. 

NussAC (Loiis de Clarix de), A. <|, sous-bibliothécaire au 
Muséum, 3, rue Linné, à Paris. 

Perrier (Ednond), 0. *, L P. (i>, membre de Tlnstitut, 
directeur di Muséum, rue Cuvier, à Paris. 

Plantadis (J6annès), I. P. |>> rédacteur au Ministère du 
Commerce, secrétaire général de la Ruche Corrézienne, 
81, rue BouBault, à Paris. 

PouLBRiÈRE (rbbé), chanoine honoraire, inspecteur de la 
Société Franaise d'Archéologie, à Beaulieu (Corrèze). 

Roche (Émile),docteur en droit, avoué, 4, boulevard Beau- 
marchais, à (iris. 

Roche, imprimur, à Brive. 



10 — 



MM. 



Roque (Antoine), banquier, à Brive. 

Rupin (Ernest), ijfc, I. P. Q, lauréat de Tlnstitut, à Brive. 

Sainte Fortunade (comte Albert de Lavaur de), au château 

de Sainte-Fortunade (Corrèze). 
Saint-Germain (Louis de) ijfe, directeur honoraire de TEnre- 

gistrement, place Champanatier, Brive. 
Saint-Germain (Paul de), greffier en chef du Tribunal civil, 

à Brive. 
Salvandy (comte Paul de), A. Q, ancien député, 18, rue 

Cassette, à Paris, et au Teinchurier, près Brive. 
Segol (Antony), propriétaire, à Beaulieu. 
SouLHiÉ (Louis), notaire, à Vayrac (Lot). 
SouLiÉ (Guillaume), A. Q, conducteur des Ponts et Ciaus- 

sées en retraite, à Argentat (Corrèze). 
SouLLiER (Fabbé Martial), secrétaire-général de TÉvê^hé et 

chanoine de la cathédrale, à Tulle. 
Stechert (G.-E.), libraire, 76, rue de Rennes, à Parif. 
Tardieu (Ambroise), historiographe de l'Auvergne, 2, rue 

Bansac, à Clermont-Ferrand, et 10, boulevard G<mbetta, 

à Alger. 
Teyssier (T.), ^f directeur honoraire des Confibutions 

directes, 25, rue Saint-Genès, à Bordeaux. 
Ussel (Baron d'), 6, rue Alboni, à Paris. 
Vachal (Joseph), ancien député, maire d' Argentat (Corrèze). 
Valat (Julien), à Souillac (Lot). 

Valon (Comte de), au château de Saint-Priest, p/r Gimel. 
Valon (Ludovic de), chef de section au chemin ie fer d'Or- 
léans, à Brive. 
ViCANT (M°**), boulevard du Salan, à Brive. 



— Il — 



MEMBRES CORRESE>ONDANTS 



MM. 

Delmond (P.), I. P. Il, instituteur, à Allassac (Corrèze). 

JoFFRE (l'abbé), curé de Saint-Éloi, par Ségur. 

Lavialle (Jean-Baptiste-Ernest), 0. {, à Sanas, près Juillac 

(Corrèze). 
Rivière (l'abbé), chanoine à Tulle. 
SouLiÉ (Antoine), A. <|, directeur de l'École communale de 

dessin, à Tulle. 



— 12 — 
SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 

ÉCHANGE DE BULLETINS 



Allier 
Société d'Émulation du Bourbonnais, à Moulins. 

Alpes-Maritimes 
Société des Lettres, Sciences et Arts, à Nice. 

Bouches- du Rhôyie 
Annales des Facultés de Droit et des Lettres, à Aix. 
Société d'Horticulture et de Botanique de Marseille, 52, A, 
rue Thubaneau. 

Charente 
Société Archéologique et Historique de la Charente, à An- 
gouléme. 

Charente-Inférieure 
Société des Sciences naturelles de la Charente Inférieure, à 

La Rochelle. 
Société archéologique de l'Aunis et Saintonge, à Saint-Jean- 
d'Angély. 

Cher 
Société des Antiquaires du Centre, à Bourges. 

Constantine {Province de) 
Académie d'Hippône, à Bône (Algérie). 

Corrèze 
Société des Lettres, Sciences et Arts, à Tulle. 

Càle-d'Or 
Commission des Antiquités de la Côte-d'or, à Dijon. 

Creuse 
Société des Sciences naturelles et archéologiques de la 
Creuse, à Guéret. 



Dordogne 
Société Historique et Archéologique du Périgord, à Péri- 
gueux. 

Drôme 
Bulletin d'Histoire ecclésiastique et d'Archéologie religieuse , 
dirigé par M. Tabbé Ulysse Chevalier, à Romans. 

Eure 
Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres df^ 
l'Eure, à Évreux. 

Eure-et-Loir 
Société Archéologique d'Eure-et-Loir, à Chartres. 
Société Dunoise, à Châteaudun. 

Gard 
Société Archéologique d'Alais. 

Garonne (Haute-) 

Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres, 10, 
allée des Zéphirs, à Toulouse. 

Société d'Histoire naturelle, 28, rue Saint-Rome, à Tou- 
louse. 

Société Archéologique du Midi de la France, hôtel d'AssezaL 
à Toulouse. 

Société de Géographie, rue Lakanal (ancienne Faculté des 
Sciences), à Toulouse. 

Gironde 
Société Archéologique de Bordeaux. Bibliothécaire : 17, rue 
Rode. 

Hérault 
Société des Langues romanes, à Montpellier. 

Isère 
Société des Amis des Sciences naturelles de Vienne. 

Landes 
Société de Borda, à Dax. 



— 14 - 

Loire [Haute-) 
Société Agricole et Scientifique de la Haute-Loire. Secré- 
taire-général : M. Lascombe, au Puy-en-Velay. 

Loire^Inférieure 
Société Archéologique de Nantes et de la Loire-Inférieure, 

à Nantes. 
Société des Sciences naturelles de l'Ouest de la France 

(secrétariat-général au Muséum de Nantes). 

Loiret 
Société Archéologique et Historique de l'Orléanais, à Or- 
léans. 

Lot 
Société des Études Littéraires, Scientifiques et Artistiques 
du département du Lot, à Cahors. 

Meurthe-et-Moselle 
Société de Géographie de l'Est, 24, rue des Tiercelins, à 
Nancy. 

Pas-de-Calais 
Académie des Sciences, Lettres et Arts d'Arras. 
Commission des Antiquités départementales du Pas-de- 
Calais, à Arras. 

Puy-de-Dôme 
Académie des Sciences, Lettres et Arts, à la Bibliothèque, 

Clermont-Ferrand. 
Société d'Émulation d'Auvergne, à Clermont-Ferrand. 

Rh^ône 
Société Littéraire, Historique et Archéologique de Lyon. 

Secrétaire-général : M. le Président, 6, rue de l'Hôpital, 

à Lyon. 
Bulletin Historique du diocèse de Lyon (M. l'abbé J.-B. 

Martin, directeur), 205, rue Duguesclin, à Lyon. 

SsLÔne (Haute-) 
Société d'Agriculture, Sciences et Arts de Vesoul. 



- 15 — 

Sfirthe 
Société Archéologique du Maine, au Mans. 

Savoie (Haute-) 
Société Florimontane d'Annecy. 

Seine 
Société Nationale des Antiquaires de France (Palais du 

Louvre), à Paris. 
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (Palais de Tins- 

titut), à Paris. 
Société Nationale d'Agriculture de France, 18, rue de Belle- 
chasse, à Paris. 
Revue de Géographie, 55, rue Claude-Bernard, à Parij^. 
Annales du Musée Guimet, 30, avenue du TrocadérOi ri 

Paris. 
Feuille des Jeunes Naturalistes. Directeur : M. Dolfus, :îo, 

rue Pierre-Charron, à Paris. 
L'Ami des Monuments (M. Charles Normand, directeur de), 

98, rue de Miromesnil, à Paris. 
Revue des Études historiques. Picard, éditeur, 82, rue 

Bonaparte, à Paris. 
Société Française d'Archéologie (Bulletin Monumenia.1}. 

Directeur : M. Lefèvre-Pontalis, 13, rue de Phalsbourg, 

à Paris. 

Somme 

Société des Antiquaires de Picardie, à Amiens. Secrétaire 

perpétuel, 6, rue Gloriette. . 
Société d'Émulation d'Abbeville, 3, rue des Grandes-Kcole^^. 

Tarn-et-Garonne 
Société Archéologique du Tarn-et-Garonne, à Moniauban. 

Vienne 
Société des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers. 

Vienne (Haute-) 
Société Archéologique et Historique du Limousin, à Li- 
moges. 



— 16 - 

Archives départementales de la Haute-Vienne (Bureaux de 

la Préfecture), à Limoges. 
Société Botanique du Limousin, 3, place des Carmes, à 

Limoges. 
Société des Amis, Sciences et Arts, à Rochechouart. 



SOCIÉTÉS ETRANGERES 



Angleterre 
Société des Antiquaires de Londres : Burlington house 
Piccadilly. W. Londres. 

Belgique 
Société d'Archéologie de Bruxelles. Secrétaire général, 11, 

rue Ravenstein, à Bruxelles. 
Société des BoUandistes. Boulevard militaire 775, à Bruxelles. 
Revue Bénédictine de TAbbaye de Maredsous. 

Suède 
Académie royale des Belles-Lettres, d'Histoire et des Anti- 
quités de Stockholm. 



STATION PRÉHISTORIQUE 

DE LA 

OoTjLm"ba,-dLel-BoTjLïtOTJL 

Près BRIVE (Corrèze) 
Par les abbés L. BARDON, A. et J. BOUYSSONIE 

(Suite) ' 



On peut répartir ceux des foyers inférieurs en deux grou- 
pes, assez artificiellement, car entre eux existent bien «Jes 
transitions. 

Dans le premier groupe, le front est à peu près semi- 
circulaire et voisin de la verticale (fig. 8, n*** 1 à 7). Certaines 
pièces sont extrêmement courtes et trapues (n° 5) et arrivent 
à une forme pyramidale (n°* 2, 4 et 6). 

Cette dernière forme se perpétue dans les séries magda- 
léniennes et devient ce que nous appelons le rabot propre- 
ment dit, que la fig. Qn*' 10, grattoir caréné douDle, repn^^*.^eiite 
aàsez bien. On peut aussi y rattacher les nuclei utilisés après 
ooup et qui forment, à proprement parler, des grattoirs nu- 
cléiformes. Mais ces pièces sortent de la série que nous étu- 
dions ; elles sont atypiques. 

D'autres pièces présentent une partie à peine dégrossie 
qui permet de les saisir à pleine main (fig. 8, n** 1); quand 
cette sorte de manche est plus large que la partie retoui^héc, 
celle-ci s'en détache comme un nez ou un museau plus ou 

T. XXX. / — 2 



— 18 — 



moins proéminent (lig. 8, n" 7). Cette forme, en s'exagérant, 
donne naissance à un grattoir-museau curieux, abondant 
dans ce gisement (fîg. 8 et 9, n°* 8 et 9 a) (voir plus loin). 




Fig. 9. — Grattoirs carénés : 9 et 10, doubles; 11 à 19. à front elliptique et très oblique 
(2/3 gr. nat.). — Coumba-del-Bouïtou (Corréze), foyers inférieurs. 



— 19 — 

Dans le deuxième groupe, le front est plutôt une courbe 
empruntée à l'ellipse, tantôt dans sa partie large (fig. 9, n" 14, 
18), tantôt dans sa partie étroite ifig. 9, n" 12 13, 19). Mais 
surtout le profil de ce front est beaucoup plus oblique par 
rapport à la base. Les lamelles sont en général plus régu- 
lières. 

Il est bien difficile de se prononcer sur l'usage ou les 
usages de ces diverses pièces : les poussait-on en avant 
comme un rabot (1), ou les ramenait-on à soi comme un 
grattoir? peut-être l'un et l'autre. Telle pièce, comme le 
n® 1 de la figure 8, ne pouvait pas être employée comme 
un rabot, à moins que la face plane ne fut en avant. D'autres 
sont de dimensions extrêmement réduites (fig. 9, n° 15). 

Une particularité assez étrange se remarque sur un bon 
nombre de pièces. La partie la plus saillante et la mieux 
retouchée ne porte presque aucune trace d'usage. Mais à 
côté de cette partie, le plus souvent à gauche du grattoir, 
parfois des deux côtés, la pièce est fatiguée et comme 
écrasée assez profondément, jusqu'à faire une encoche, vi- 
sible seulement par dessous (fig. 8, n" 6 c, 8 ; fig. 9, n"" 9 6, 
15 b]. Piette signale quelque chose d'analogue, et attribue 
cette usure à ce que ces pièces ont servi de compresseurs 
ou de retouchoirs; M. Chabas aussi, à propos de celles de 
GermoUes (2). Lartet et Christy ont émis l'idée qu'elles pour- 
raient être des pierres à faire du feu (3). 

Nous avons parlé plus haut de retouches par lamelles; 
cette belle retouche lamellaire H)^ qui parait aussi bien auri- 
gnaciennef a porté aussi sur des éclats ou des bouts de lames 



(1) Voir les discussions engagées sur ce point à la Sociélé préhis- 
torique de France, 1905 1906. 

(2) Lac. cit., p. 275; ailleurs l'auteur y voit des tarières (p. 261). 

(3) Cf. Reliq. Aquitan., p. 85 et 139 de la description des planches, 
et fig. 18, 19, 26 et 27. 

(4) Cette retouche lamellaire arrivera à son apogée dans le Solu- 
tréen. Mais il y a bien des manières, en dehors du procédé solutréen 
qui est bien connu, de retailler le silex. Dans l'Âurignacien supé- 
rieur, il y a des lames à dos rabattu, dont le bord a subi un écrase- 
ment qui constitue un mode bien différencié. 11 y a encore la retaille 
par percussion violente que nous verrons plus loin. La retouche ordi- 



- 20 — 

moins surélevés. On a ainsi des pièces simples ou multiples 
(fig. 9, divers et fig. 10, n** 3 à 10), dans le genre de celles 
qui ne portent que la retouche par écailles. On pourrait faire 
des séries entièrement parallèles dans les deux catégories, 




Fig. 10. — Prololypcs des grattoirs carénés : 1 et 2 ; pièces à retouche lamellaire : 3 à 10 
(2[3 gr. nat.), — Coumba-del-Bouïtou (Corrèze), foyers inférieurs. 

la retouche lamellaire portant surtout sur les extrémités 
(comparer par ex. fig. 6, n** 8, et fig. 10, n° 5). Par l'inter- 



naire ou par écaille elle-même n'est pas la même dans le Moustérien 
et l'Aurignacien ou le Magdalénien, le bord d'un racloir est presque 
toujours plus rugueux, la retouche plus brutale pour ainsi dire. 



— 21 — 

médiaire de grattoirs en ogive, on arrive insensiblement jus- 
qu'aux formes circulaires que nous signalions un peu plus 
haut. La plupart de ces dernières pièces ont leurs bords 
assez abrupts, et leur contour est tantôt à peu près quadran- 
gulaire (voisin de celui de la pierre à briquet), tantôt plus 
nettement circulaire (fig. 10, n*** 7 et 8). Pour d'autres enfin 
les bords sont fort aplatis, et donnent de fort jolies pièces 
qui font pressentir la retouche solutréenne (fig. 9, n** 16, 
et fig. 10, n'» 9). 

E. Pièces à étranglement. — Nous groupons sous ce titie 
des pièces diverses, en grand nombre, appartenant à toutes 
les catégories que nous avons énumérées, et qui ont cette 
particularité que la ligne de contour de la pièce devient en 
quelque point concave ; elle présente ainsi une sorte d'étran- 
glement dû à une encoche plus ou moins accentuée, et quel- 
quefois à deux encoches placées symétriquement. On peut 
en trouver l'origine dans certaines pièces d'allure mousté- 
rienne, ou racloirs concaves (fig. 5, n*** 5 et 6). 

Cet étranglement peut se trouver soit à la pointe, soit vers 
le milieu, ou vers la base des lames retouchées ou des grat- 
toirs. On a alors, suivant les cas, des perçoirs, des grattoirs- 
museau, des lames ou grattoirs étranglés ou déjetés. 

a) Perçoirs, — Ils se rencontrent déjà dans le Moustérien : 
on obtient naturellement le perçoir quand la pointe présente 
une double concavité latérale, symétrique. On pourrait même 
se demander si, dans plusieurs cas, ces sortes d'encoches 
n'avaient pas été fabriquées d'abord pour elles-mêmes (pour 
servir, par ex. de grattoirs concaves); leur usage, en les 
approfondissant, mettait de plus en plus en relief l'extrême 
pointe, qui se trouvait à la fin tout à fait apte à servir de 
perçoirs (fig. 11, n'^ 2). 

Quoiqu'il en soit, les perçoirs ne sont pas rares au Bouïtou; 
ils sont en général courts et assez gros (fig. 11, n*^ 3); il en 
est qui sont de véritables tarauds (fig. 11, n** 5) : l'usure de 
l'extrémité est là pour le démontrer. Dans plusieurs exem- 
plaires dont la partie pénétrante est assez longue, la pointe 
va s'infléchissant et s'incurvant curieusement (fig. 11, n' 4). 



— 22 - 

Souvent des perçoirs courts s'associent au grattoir (Qg. Il, 
n«3)(l). 

Quand la lame est assez mince les perçoirs sont plus fins 
et même assez délicats. Plusieurs sont multiples (2), et se 




F"ig. 11. — 1 à 9, Perçoirs, types divers — 10 à U, grattoirs-muscarix 2/3 gr. nal.). 
Goumba-del-Bouitou (Corrèze), foyers infér. 

présentent soit aux deux extrémités d'une même lame, soit 
sur deux angles d'une même extrémité (fig. 11, n*»* 1 et 7). 

(1) Comparer le n* 4 de la fig. 6 de l'article sur les Cottes {Revue de 
l'École d'Anlhrnpologie, février 1906). et plusieurs pièces de la plan- 
che LXXV de l'ouvrage de M. Girod. 

(2) Ces formes sont signalées par M. Rivière à Cro-Magnon et à 
Gorge d'Enfer. Elles abondent aussi en certains points de Laugerie- 
Haute. 



— 23 - 

Dans d'autres cas, le perçoir provient de deux encoches 
placées Tune à un bout, l'autre sur le bord de la lame : c'est 
une sorte de perçoir d'angle (fig. 11, n® 7) ; mais alors Texlré- 
mitéest quelquefois tronquée, et forme vaguement un ciseau 
étroit (1) (fig. 11, n° 9). Enfin c'est à peine si l'on peut voir 
un perçoir dans le n° 6 (fig. 11). C'est plutôt un grattoir en 
creux avec bord retouché; mais jamais ce bord n'a été enlevé 
par un « coup du burin », comme cela est si fréquent dans 
les stations aurignaciennes supérieures et solutréennes, 
en particulier à la grotte Lacoste et à Noailles (Corrèzc). 

Tous ces perçoirs peuvent être associés à des grattoirs. 
Plusieurs de ces derniers présentent latéralement une sorte 
de bec (2), différent du perçoir ordinaire, mais qui parait 
bien cependant intentionnel puisqu'il en existe quelques 
exemplaires typiques (fig. 11, n^ 8). 

b) Grattoirs-museaux. — Quand la double encoche symé- 
trique a porté sur l'extrémité du grattoir, on a obtenu ce que 
nous appelons le grattoir-museau dont l'extrémité porte, 
d'ailleurs, le plus souvent, la retouche lamellaire. 

Ce travail a affecté toutes les sortes de grattoirs : grattoirs 
en ogive (fig. 11, n° 13 ; la pièce passe de ce côté au perçoir), 
ordinaires (id., n*»» Il et 12;, ou carénés [id., n*» 10). L'avan- 
cement en forme de museau est quelquefois déjeté d'un côté. 

On avait là (fig. 11, n** 14) une sorte de pièce à usages mul- 
tiples : encoches pouvant servir de grattoirs concaves, mu- 
seau servant de grattoir étroit; sur la pièce figurée, il y a 
même comme un perçoir latéral et un grattoir ordinaire. La 
partie concave a certainement beaucoup servi, car elle est 
souvent plus usée que l'extrémité même du museau, comme 
nous l'avons signalé plus haut. 

c) Lames étranglées ou incurvées, — Quand cette sorte 
d'entaille rétrécit la largeur de la lame vers son milieu, on 



(1) Cette forme est signalée par M. Breuil aux Cottes, mais plus 
grossière. Lui comparer aussi, en beaucoup plus grand, le biseau 
terminal des pièces fig. b, n** 5 et 6. 

(2) Comparer le n* 6, pi. LXXl, de Gorge d'Enfer B (Girod, loc. cit.). 



— 24 — 

obtient la lame étranglée proprement dite, si caractéristique 
de TAurignacien (1). Il y en a au Bouïtou un certain nombre 




Fig. 12. — Pièces étranglées ou incurvées (2,'3 gr. nat.). — Coumba-del-Bouïlou 
(Corrèxe), foyers înfér. (Le n» 4 est de la collection Vignard.) 

de bien nettes (fig. 12, n* 1); d'autres où les encoches ne font 
que s'esquisser; il y en a aussi de nombreux fragments 



(1) Voir en particulier Tarticle de M. Breuil sur les Cottes. 



%€ 




Fig. 13. — Grattoirs écaillés par percussion f^3 gr. nat>. - CfiumlKa-deJ-Bt^Uïlou 
(Corrèze), foyers Inférieurs. 




Fig- 14. — Lomes retouchées, éclats, et fraginenls ffc silex écfiUlés i\c borcl A M du n> 
est retouché sur le revers). — Coumbfl*de]^BouJtou iCt^rt^Tt^X foyers iiifj^pJpurs, 



— 26 — 

(fig. 12, n° 7). L'extrémité est tantôt en pointe coupante ou 
non, tantôt en grattoir. 

Plusieurs fois Tencoche n'a porté que sur un bord, et on 
obtient alors des lames (fig. 12, n** 5), ou des grattoirs curieu- 
sement incurvés (td., n** 6 et 8), soit vers la droite, soit 
vers la gauche, comme on en a signalé de bonne heure à 
Gorge d'Enfer. Enfin plusieurs lames se terminant en pointe 
ou en grattoir à une extrémité sont' rétrécies à l'autre, ce qui 
forme comme une sorte de soie ou de manche ; l'ensemble a 
une forme très élégante ifig. 12, n®* 2 à 4). 

Une pièce a vaguement la forme d'une pointe à cran 
(fig. 12, n*^ 9), mais ne présente pas du tout la retouche solu- 
tréenne (I); elle est d'ailleurs très épaisee et nullement poin- 
tue. Avec son double cran, elle annoncerait plutôt les pointes 
à pédoncule du Solutréen primitif (comme celles de la Font- 
Robert). 

On peut remarquer qu'un grand nombre de ces pièces sont 
en fragments, et on pourrait leur appliquer ce que nous 
avons dit des longues lames retouchées; les encoches pou- 
vaient servir à fixer des ligatures, si la pièce était emman- 
chée. Nous n'insisterons pas davantage sur les usages de ces 
pièces qui sont déjà connues; elles sont surtout intéres- 
santes pour dater notre gisement. 

F. Pièces écaillées par percussion, — Ce sont des pièces 
qui n'avaient été signalées nulle part et que nous-mêmes 
nous mettions au rebut jusqu'au jour où notre attention fut 
attirée par leur grand nombre. Le hasard nous servit bien 
d'ailleurs en nous amenant à en fabriquer de semblables (2). 

(1) Il n*a été trouvé en place aucune pièce solutréenne, ni le moindre 
fragment à retouche solutréenne. Nous devons cependant signaler un 
fragment de a feuille de laurier », trouvé sur le sol, en avant et à une 
distance de 25 à 30 mètres de la grotte. Quoiqu'il soit en jaspe rose et 
blanc assez analogue à des échantillons trouvés en plein gisement, 
nous ne croyons pas qu*il en provienne, car, dans le champ où il était, 
il n'a été rencontré aucun exemplaire de l'industrie de la grotte. 
D'ailleurs la vallée de Planche-Torte, qui n'est pas éloignée, a fourni 
bien d'autres débris solutréens, ainsi trouvés isolément sur le sol. 

(2) C'est en enfonçait une lame de silex comme un coin dans le 
manche en bois d'une pioche^ que nous avons obtenu sans nons y 
attendre une pièce écaillée. 



- 27 — 

On prenait tantôt un outil déterminé : lame retouchée ou 
non, grattoir, nucleus; tantôt un éclat quelconque [\h^. 13 
et 14). Plaçant ce morceau de silex debout sur une piene on 
le frappait d'un coup sec avec une autre pierre. Le choc 
enlevait des écailles ou esquilles plus ou moins longues et 
plates (fig. 15) sur le bord heurté, parfois sur les deux faces 
surtout lorsque le silex était mince. Quant au bord posé sur 
la pierre il s'écaillait, lui aussi, mais d'une manière moins 
franche. 

On peut classer les pièces ainsi obtenues en deux groupes : 

I* Les pièces non caractéristiques dont on ne peut dire 
qu'une chose, c'est qu'elles sont écaillées plus uu iiioins 
profondément; et les éclats informes mais dénuUiU dea per- 
cussions multiples qui parfois réduisaient la pièce à des 
dimensions minuscules et la rendaient peu commode â leair 
entre les doigts (fig. 14, n*** 9 et 11). 

2** Les pièces utilisables ou de forme déterminée et régu* 
lière Ce qui rendait une pièce utilisable, c'est le irauchant 




Fig. 15. — ÉcaiHes ou esquilles enlevées par percussion (S/S gr. niiL.t. 
Coumba-del-Bou!tou (Corrèze), foyers inrèHeurs. 



vif que laisse Tenlèvement des écailles, surtout sur cerlaîns 
silex particulièrement cassants (1). Ce tranchant rectiligne à 
l'extrémité d'une lame mince formait comme un ciseau à 
froid (fig. 14, n*** 5 et 6) et sur le bord de la lame permettait 



(1) Il est à remarquer, en effet, que les silex d'une certaine nature 
ont été plus spécialement employés pour cette opératioti : ainsi sur 
65 pièces ou fragments d*un silex blanc laiteux, on en compte 30 écaillas, 
et 35 sur 57 d'un violet rose veiné. 



— 28 - 

d'en faire une scie. Sur une pièce à bord plus épais et écaillé 
en son milieu, le tranchant devient curviligne comme celui 
d'une gouge (fig. 16, n*** 25 à 27). Parfois l'écaillé elle-même 
était assez forte, longue et coupante pour pouvoir servir de 
burin (fig. 15, n" 16 et 17). D'autres pièces donnent l'impres- 
sion d'avoir été amenées à une forme non seulement uliie 




Fig. 16. — Pièces écaillées présentant une forme régulière ou en^forme^de cisenu 
ou de gouge (2/3 gr. nat.). — Coumba-del-Bouitou (Corréze), foyers inférieurs. 



mais régulière et voisine du parallélogramme (fig. 16, n®» 20 
à 24). On y voit sur le bord de fines relouches postérieures à 
Técaillement qui envahit la surface de la pièce. 

Pourquoi ce mode de travail, et à quoi pouvaient servir 
ces pièces tranchantes et régulières? On frappait aussi bien 
de belles pièces bien retouchées que des éclats sans valeur. 



— 29 — 

Était-ce pour les enfoncer dans un manche dur? peut-être en 
certains cas ; mais la chose n'est pas possible pour des grat- 
toirs doubles comme celui n** 2 (figure 13). C'est peut-être en 
voulant fendre des os et en prenant pour cela un silex en 
guise de coin. On peut aussi y voir un mode de retouche 
destiné à amincir la lame de silex et qui arrive à imiter la 
retouche solutréenne, dont on aurait comme un prototype 
(fig. 16, n° 24). Quant aux pièces régularisées elles pouvaient 
servir d'outils tranchants, étant enchâssées dans du bois de 
renne par exemple, ou même de plaques d'ornementation. 
Bref, on peut faire bien des hypothèses dont aucune n'est 
pleinement satisfaisante. 

Il n'en reste pas moins vrai qu'on est en présence d'un 
travail intentionnel, et qui ne se rencontre pas seulement au 
Bouïtou, mais en bien d'autres gisements, en particulier 
dans ceux de l'Aurignacien et du Solutréen. On a dû sou- 
vent les mettre au rebut et ne pas y prêter une attention 
suffisante; néanmoins, l'abbé Breuil a pu déjà nous en si- 
gnaler des Cottes (Vienne) ( l), de Solutré (surtout aux niveaux 
inférieurs), de Cro-Magnon; il y en a un grand nombre de 
Brassempouy, dans la collection Piette; M. Cartailhac et 
l'un d'entre nous en ont trouvé de fort beaux à Tarte. On 
peut très bien en rapprocher une pièce trouvée aux Baoussé- 
Roussé, et qu'à première vue on pourrait prendre pour un 
fragment solutréen. M. Bourlon a trouvé au Moustier (cou- 
che n^ 6) une excellente pièce esquillée, et M. l'abbé Chas- 
taing en signale de la même station, fort analogues aux 
nôtres (2). Il y en a, mais très rares, à Chez-Pourré. 

A Germolles, certaines pièces figurées ont l'apparence des 
nôtres; les auteurs y voient des scies (3). 

D'autre part, on trouve quelques éclats à esquilles, mais 
rares, dans les diverses stations des Pyrénées fouillées par 



(1) Figurés dans notre article. Revue de l'Ecole d' Anthropologie, 
mai I90G. fig. 62. 

(2) Deuxième Congrès préhistorique de France. Corn pie -rendu, figu- 
res 3 et 4 du tiré à part. 

(3) Loc. cit., fig. 6, p. 277, et pi. !.• 6. 



-- 30 — 

M. Piette; et môme curieux effet de reviviscence dans les 
couches les plus supérieures du Mas d^Azil, celles à galets 
coloriés. Là, d'ailleurs, ils ne rappellent que le type le plus 
informe du Bouïtou, et n'ont pas été fabriqués sur de belles 
pièces. 

Aux environs de Brive plusieurs stations contenaient de ces 
pièces, surtout celles qui sont inférieures au solutréen ; citons 
en particulier Bassaler, la Font-Robert et la Font-Yves (1); 
les deux grottes Lacoste où nous avons fait à leur sujet des 
observations intéressantes que nous publierons un jour; 
Bos-del-Ser et Noailles en ont donné mais en petit nombre. 

G. Pièces diverses. — a) Burins. Il y a aux niveaux infé- 
rieurs un nombre très restreint de pièces se rapprochant du 
type burin bien connu, tandis qu'ils abondent dans les foyers 
supérieurs. Encore la plupart de ces pièces sont des burins 
de fortune, obtenus sans doute par hasard, comme il était 
facile quand on esquillait les pièces par percussion. 

Un seul beau burin ^ur belle lame retouchée a été trouvé 
au niveau du foyer inférieur, mais à la base d'une fente 
entre deux rochers; il a donc pu très bien y glisser des 
foyers supérieurs. 

6) Lames à dos rabattu, ou à arête médiane retaillée. — 
Nous n'en parlons que pour constater l'absence complète des 
premières, tant des longues lames du type de la Gravette ou 
de Noailles que des fines lamelles, dites lames de canif, si 
nombreuses dans le Magdalénien. 

Quant aux secondes, elles sont très rares. 

c) Lamelles à crête ou à bord retouché. — Les petits outils 
si abondants dans le Magdalénien sont ici extrêmement 
rares, à peine deux ou trois exemplaires assez nets. Évi- 
demment ils n'entraient pas dans l'outillage ordinaire des 
premiers habitants du Bouïtou. (Ils sont plus nombreux dans 
les foyers supérieurs; voir fig. 27, n*»* 1 à 5.) 

Cette absence jointe à celle des burins parait suggestive; 



(1) Collections de M"* la comtesse de Tbévenard, au château de 
Bassaler. 



— 31 — 

car, en revanche, lamelles et burins se retrouvent ailleurs 
toujours simultanément. Le plus souvent ces lamelles ont 
dû être obtenues par le « coup du burin » porté le long d'un 
bord retouché par avance. Du coup on obtenait deux instru- 
ments. 

d) Pièces usées. — En dehors des pièces écrasées et comme 
mâchées à une extrémité, il y a un bon nombre de bouts de 
grattoirs (fig. 11, n» 8) ou d'angles de lames absolument 
émoussés par l'usure, jusqu'à être presque polies : on a pu 
s'en servir pour racler des ocres, ou même peut-être (?) pour 
graver sur des pierres. 

e) Pièces à encoches. — En plus des pièces à étranglement 
dont nous avons parlé, il y a quelques lames épaisses portant 
des encoches plus ou moins profondes, disposées irréguliè- 
rement sur les bords. Quelques grattoirs ont à la base deux 
petites encoches se faisant vis-à-vis; celte double encoche 
basilaire, destinée probablement à retenir une ligature, se 
rencontre un peu à tous les niveaux de l'âge du renne. 

g) Lames et lamelles sans retouches. — Elles sont très 
peu nombreuses et ne présentent rien de particulier; par 
contre, les fragments en sont nombreux. 

h) Nucléi et éclats. — Nous avons déjà dit que les éclats 
de taille ou de déchet étaient relativement rares (1). Les 
nucléi aussi sont en petit nombre, de faibles dimensions, et 
en somme mal caractérisés. Évidemment, les belles lames 
et presque tout l'outillage de cette grotte ont été importés et 
non taillés sur place. 

H. Percuteurs. — Bien qu'il ait donné peu ou point de 
nucléi, nous avons trouvé plusieurs bons percuteurs au 
Bouïtou; ils présentent ceci de particulier que le piquetage, 
les étoilures provenant de la percussion sont disposés symé- 
triquement. Ce travail parait bien intentionnel, quoique son 
but nous échappe. Ainsi un gros galet de quartz, de forme 
ovoïde, porte ces traces de percussion aux deux extrémités et 

(1) 50 0/0 environ, au lieu de 75 0/0 environ, comme dans la plupart 
des autres stations. 



— 32 — 

sur le pourtour, suivant cinq points régulièrement espacés. 
Un autre, en roche verte très dure et à grain très fin, de 
forme prismatique triangulaire, est tout écrasé aux deux 
bouts, sur les arêtes, et vers le milieu de chacune des trois 
faces (fig. 17). Enfin plusieurs autres petits blots de quartz, 
de granit, de gneiss ou mêm€ de grès fin, ont reçu des per- 
cussions assez énergiques pour y creuser des sortes de petites 
cupules, qui, d'ailleurs, se retrouvent symétriquement de 
chaque côté du bloc. 

Nous avons émis l'hypothèse, en ne considérant que l'al- 
lure môme de ces piquetages, par exemple sur les faces du 




>^-*i 



Fig. 17. — Galet prismatique en roche verte dure, utilisé comme percuteur 
(2/3 gr. nat.). — - Coumba-del-Bouïtou (Corrèze), foyers inférieurs. 



percuteur (fig. 17), qu'ils pourraient parfois provenir des 
chocs portés sur les lames écaillées. Or, justement, nous 
avons vu des cupules identiques sur des galets de la collec- 
tion Piette, provenant de la couche à galets coloriés, où les 
pièces écaillées sont assez abondantes. 

D'ailleurs les Cottes et bien d'autres gisements aurigna- 
ciens ont donné des pièces analogues. 

I. Pierres diverses utilisées, — Nous avons dit que les per- 
cuteurs étaient en quartz, en granit, en grès, en gneiss, etc. 
Ces mêmes roches se retrouvent en assez grande quantité, 



— 33 — 

plus ou moins brisées, ou débitées même en lames ou éclals. 
D'ailleurs, il est rare que ces derniers soient retaillés ou 
retouchés. Ce sont surtout des variétés de gneiss bleus ou 
roses, ou des schistes à mica jaune d'or, ou verdâtres, fort 
décomposés, qui abondent parmi ces pierres étrangères ; elles 
ont évidemment été remarquées pour leurs rayures variées, 
et ramassées de préférence, [l y a encore d'autres roches : 
des meulières, et même certains blocs grisâtres et lourds 
qui paraissent être d'origine volcanique. Les meulières exis- 
tent sur les plateaux environnants. Toutes les autres roches 
se rencontrent assez abondantes dans les alluvions de la 
Corrèze, dont la vallée est voisine du Bouïtou, sauf les roches 
volcaniques; mais celles-ci ne sont pas rares dans les allu- 
vions de la Dordogne, à une trentaine de kilomètres au Sud. 

Quant aux silex et aux jaspes dont sont fabriqués les 
outils, il y en a de nombreuses et fort belles variétés; le 
silex noir est peu abondant; ce sont presque toujours des 
jaspes plus ou moins veinés, rubanés ou tachetés. Telle série 
d'éclats ou de pièces rose veiné de blanc; telle autre, jaune 
tacheté de noir; telle autre, blanche opaline, sont vraiment 
remarquables. 

Enfin il a été trouvé un grand nombre de fragments 
d'ocrés, aux teintes variant du jaune au rouge, avec les 
nuances de rouge- violacé, rouge-brun, rouge-brique. Plu- 
sieurs portent des traces évidentes de sciage ou de raclage. 
Quelques pièces même ont été fabriquées en limonite, entre 
autres un bon grattoir caréné à museau. Il y a aussi des 
fragments d'oxyde de manganèse noir, plus ou moins char- 
gés en fer. 

Ces ocres proviennent surtout des plateaux jurassiques 
qui ne sont éloignés que de quelques kilomètres au Sud. 
Les silex noirs ont dû être importés du crétacé, qui affleure 
dans le département de la Dordogne, limitrophe de la Cor- 
rèze. Quant aux jaspes, ils ont dû être recueillis aussi sur 
les plateaux environnants, parfois, sans doute, à d'assez 
grandes distances ; mais nous n'avons pu encore déterminer 
de gisements auxquels on puisse attribuer d'une manière 

T. XXX / - 3 



certaine Torigine des jaspes du Bouïtou. Plus probablement 
même, ces gisements n'existent pas : il y avait seulement 
quelques blocs isolés (comme nous en avons trouvé un dans 




Flg. 18. — 1 à 4. grattoirs 



5 à 8, Innies retouchées (2/3 gr. nat.). — (Ioumba-<!cI-Bouïtou 
((-orr(»ze), foyers supérieurs. 



la vallée de la Vézère, près Varelz) et que les hommes pré- 
historiques débitaient sur place, quand ils avaient la chance 
de les rencontrer. 

2' Outillage des foyers supérieurs. 
Ces foyers ont été moins riches : les pièces sont en nom- 



bre moindre, et ne sont pas aussi belles que celles des foyers 
inférieurs : elles sont beaucoup moins retouchées, et d*un 
aspect moins agréable aux yeux; enfin la proportion des 
déchets est plus grande. Cependant, cet outillage est fort 
intéressant parce qu'il diffère nettement de celui des foyers 
inférieurs. 




Fig. 19. — Grattoirs carénés : types divors (2/3 gr. notJ. — Coumba-del-liourloiuClorrc/o), 

loyers supérieurs. 



A part quelques détails secondaires, l'outillage des foyers 
n*" 2, 3 et 4 est le même ; nous les confondrons pour l'étude, 
et nous suivrons à peu près le même ordre que pour les 
foyers inférieurs. 

A. Pièces d'aspect mous térien, — On rencontre encore des 



- 36 - 



pointes et des racloirs tout à fait analogues aux pièces raous- 
tériennes. Ils iront aussi en évoluant dans des sens diffé- 
rents, suivant que Ton aura des pièces minces ou épaisses. 
Ce sont surtout ces dernières dont le développement s'exa- 
gérera et donnera des formes nouvelles. 

B. Lames retouchées, — Au lieu d'un grand nombre de 
belles lames soigneusement retouchées, le plus souvent tout 
autour, nous n'avons guère ici que des éclats assez frustes, 




Fig. 20. 



■ Grattoirs carénés : type allongé, haut, étroit (2/3 gr. nat.). — Coumba- 
del-Bouîtou (Corrèze), foyers supérieurs. 



retaillés sans grand soin sur un bord, et donnant des sortes 
de racloirs ou de scies (fig. 18, n" 6 et 7). 

Il y a cependant deux ou trois longues lames retouchées 
sur les deux bords (fig. 18, n*»* 5 et 8); la plus grande est 
d'allure tout à fait nouvelle; elle se termine en pointe effilée 
et la retaille des bords ressemble fort à celle des grandes 
lames à dos rabattu. 



— 37 — 

C. Grattoirs. — Parmi les grattoirs, quelques-uns seule- 
ment sont retouchés sur les bords, ou même à Tautre extré- 
mité, à la manière de ceux du niveau inférieur. Mais leur 
présence parait accidentelle, car ils tranchent absolument 
tant par leur forme que par la nature et la patine du silex, 
avec le reste de l'outillage. La plupart des grattoirs sont 
fabriqués sur bouts de lames (fig. 18, n°' 2 à 4), et d'allure 
très magdalénienne. Deux ou trois sont retouchés aux deux 
extrémités et forment grattoirs-doubles (fig. 18, n° 1). Nous 
verrons que très souvent le grattoir est associé au burin et 
à ses différentes variétés. 




Fig. 21. — Forte pièce carénée (2/3 gr. nat.). — Goumba-del-Bouitou (Corréze), 
foyers supérieurs. 



D. Pièces à étranglement. — A part quelques grattoirs 
carénés dont l'extrémité s'avance en museau, deux perçoirs 
ébauchés, et une ou deux lames, il n'y a rien qui ressemble 
ici aux séries si curieuses que nous avons étudiées plus haut 
sous ce titre. 

E. Grattoirs carénés. — Les grattoirs carénés sont très 
abondants; ils diffèrent un peu de ceux du niveau inférieur : 
leur front est moins bien arrondi; ils sont plus hauts et 
moins larges. Ils ressemblent davantage à ceux de Cro- 
Magnon (fig. 19 et 20). 



— 38 — 

Néanmoins plusieurs rappellent encore les formes mous- 
tériennes : pointes (fig. 19, n° 24), ou disques épais (fig. 19, 
n° 22). Il en est de doubles (fig. 19. no 26), d'incurvés (fig. 19, 
n° 25), quelques-uns sont de dimensions fort réduites 
(fig. 19, no 27). 

A côté nous placerons plusieurs pièces, très originales, 
mais qui voisinent bien avec les grattoirs carénés : ce sont 
de fortes et longues pièces, surélevées ; mais à Tinverse des 
autres pièces carénées les bords seuls et l'arête médiane, 
non les extrémités, portent de la retouche (et de la retouche 
par écailles), et en même temps des traces évidentes d'usage. 
Celle que nous figurons (fig. 21) est particulièrement « bien 
en main » : on peut commodément racler soit avec le bord 
droit, soit avec le bord gauche, ou trancher avec la crête, en 
tenant la pièce renversée. 

Le plus grand nombre est allongé, haut, étroit, et dérive 
plutôt des types ovalaires (fig. 9, n" 12 et 13). C'est tout à 
fait « la carène de navire renversé » (1) (fig. 19, n** 20, et 
fig. 20 et 22, no* 28 à 33). Souvent, les deux extrémités por- 
tent la retouche lamellaire (fig. 20, n*' 28 et 29) ; les bords 
sont entaillés et comme écrasés par l'usage (fig. 19, n* 20, et 
fig. 20, n*»-30 et 31). 

Nous voyons dans ces pièces l'origine des burins; vues 
posées sur le plat, elles deviennent de plus en plus étroites 
(fig. 20, no 29 a); c'est surtout net quand on a aff'aire à de 
minuscules outils (fig. 22, no 34), ou mieux à des grattoirs 
carénés fabriqués sur l'épaisseur même de lames, et non 
plus sur de petits blocs de silex (fig. 22, no 35). 

F. Burins, — Nous classons sous ce titre plusieurs séries 
de pièces fabriquées sur des lames ou éclats : elles présen- 
tent toutes un biseau dont le tranchant est perpendiculaire 
au plan de la lame, et a été obtenu par l'enlèvement spécial 
d'une longue lamelle, ce que M. l'abbé Breuil a très heureu- 
sement dénommé « coup du burin ». 



(l) Type abondant à Brassempouy, à Cro-Magnon, à Tarté inférieur. 
La conoparaison avec une carène est empruntée à M. Rivière, loc. cit. 



— 39 — 

Or, si l'on considère les grattoirs carénés de la figure 22 
(il y a une nombreuse série de ce type), on voit rjifils for- 
ment parfaitement la transition : vus de prolil, ils présentent 
le biseau caractéristique (n°* 32 />, 34 , 35) : lune des Taces est 
due aux lamelles de la retouche ; l'aiiti c est formée naturel- 
lement par le méplat déjà existant sous le grattoir, ou Lien 
elle a été fabriquée après coup par renlévement dit » coup 
du burin » (n^ 35). Cet éclat a été d'ailleurs quelquefois 
enlevé sous les grattoirs carénés eux-riiémeè. 




Fig. 22. — Grattoirs carénés : 32 à 34, sur pctiU hloc^; Xi sur étiai; *^«, avL-i^ 

enlèvement sous le grattoir (2/3 gr. nat.)- — f-ouniha-dcl-Btuiilnii 

(Corrèze), foyers supérituirs. 



On arrive ainsi par une sorte de lîlialion aux instruments 
que nous avons nommés : burin busqué, burin d'angle ou 
burin latéral, burin ciseau et burin ordinaire ou en bec de 
llûte. I/usage de ces pièces nous est d'ailleurs à peu près 
inconnu, et peut-être que ces catégories que nous réunissons 
étaient en réalité foncièrement différentes comme ulillsu- 
tion; mais elles ont toutes le caractère commun cité plus 
haut. 

a) Le burin busqué, — Nous appelons ainsi la variété ori- 



- 40 — 



ginale de burins figurés n*»» 37 à 47 (fig. 23) (1). On voit qu'ils 
dérivent directement du grattoir caréné : plats d'un côté, de 




Fig. 23. — Burins busqués : 37 A 44, types divers ; 45 à 47. associés à des grattoirs 
(*?/3 gr. nat.). — Coumba-del-Bouïtou (Corréze), foyers supérieurs. 

(1) Cf. aussi, Compte- rendu du Congrès préhistorique de Péri- 
gueux, 1905, p. 64, fig. 3. 



il — 



l'autre à facettes disposées en relief convexe, et recoorhées 
élégamment; cette disposition rendait le burin wth robuste 
et comme renforcé. En outre, le plus souveni, une sorte 
d'encoche a été faite sur l'extrémité de l'arc de cercle, à 
l'opposé du biseau, soit dans le but d'avoir un grailair en 
creux, soit pour aider à la préhension de la pircn (pour y 
appuyer le doigt, par exemple), soit plus probahlemeni pour 
arrêter là l'enlèvement des lamelles. Cette relouehe se re- 
trouve en effet souvent ébauchée au sommet de certains 
grattoirs carénés (n** 32). 

Le reste de la pièce ne présente en général rien de parti- 
culier ; elle a été fabriquée sur des lames quelquefois retou- 
chées (fig. 23, no* 39, 44), ou même sur des éclat!? tle forme 
bizarre (n© 40). Ne sont pas rares des exemplaires où ce bu- 
rin est associé au grattoir caréné (n^ 45), au burin ou au 
grattoir ordinaire (n®* 46 et 47). L'encoche peut deleniiiner 




Fig. 24. — Burin busqué, double (2/3 gr. nat. — Coumba-del-Bouîtou f UoircEe). 
Foyers supérieurs. 

une sorte de bec (n® 46). Enfin, il y a quelques burins bus* 
qués doubles (fig. 24). 

Nous avons trouvé au Bouïtou un si grand nomln e de ces 
outils, qu'ils sont incontestablement caractérisés comme 
tels ; peut-être servaient-ils à sculpter, ou à creuser des rai- 
nures comme le bouvet de nos menuisiers. Il ehi intéressant 
de remarquer que le grattoir -museau indiqué plus haut 
(fig. 8, no 8), dont le profil est fort analogue à celui de ces 
burins, pouvait servir exactement au même usage. 

Le burin busqué n'a été rencontré ailleurs, aux environs 
de Brive, qu'à Bos-del-Ser ; mais il existe dans bien d autres 



~ 42 - 

gisements. Dans un sondage au Moustier, nous en avons 
trouvé dans un niveau supérieur, immédiatement super- 
posé au moustérien. M. Breuil nous en signale un de la 
grotte du Trilobite (niveau à pointes d'Aurignac), dans la 
collection de l'abbé Parât, et nous fait savoir qu'ils sont 
nombreux avec les types de transition à Pair-non-Pair. dans 
la collection de M. Daleau. Nous en avons vu de Laugerie- 
Haute, dans la collection de M. Bourlon, avec des grattoirs 
carénés. Il y en a à la Ferrassie (fouilles Capitan et Peyrony) 
et à Tarte. M. Septier en a publié un du gisement des Ro- 
ches, à Pouligny (Indre^. En somme, de même que les grat- 
toirs carénés, ces outils appartiennent au présolutréen, et 
plus précisément aux niveaux moyens, qu'ils caractérisent 
nettement (Ij. Ils disparaissent en effet complètement dans 
les niveaux supérieurs de l'âge du renne, à l'inverse des bu- 
rins suivants. 

b). Autres burins. — Nous nommons burins d'angle ou 
mieux burin latéral les burins fabriqués sur l'angle de la- 
mes, dont l'extrémité tronquée (2) porte des retouches, la 
ligne de cassure étant oblique ou transversale, rectiligne ou 
concave (3) et la lamelle due au coup du burin étant enlevée 
le long du bord. 

Plusieurs grattoirs carénés, d'ailleurs bien nets, portent 
une retouche sur le méplat. Si nous les disposons comme 
dans la fîg. 25, n^ 48 et suiv., on voit que l'on arrive avec 
toutes les transitions jusqu'au burin d'angle absolument net 
(fig. 25, no 52 et suiv.), ce burin se trouvant tantôt à droite, 
tantôt à gauche. Quand l'épaisseur de la lame est moindre, 
le nombre des facettes va diminuant, en même temps qu'el- 



(1) Brassempouy qui, cependant, comprend une série fort caracté- 
ristique de grattoirs carénés et même des formes de transition, n'a 
pas donné ce burin, du moins avec son encoche, mais plutôt de forts 
burins-ciseaux. 

(2) Nous excluons les burins de fortune sur angles de lames cassées 
par hasard, qui se rencontrent assez fréquemment dans les divers ni- 
veaux de l'âge du renne, mais ont moins d'intérêt. 

(3) Quand la partie tronquée est convexe et que la lame est mince, 
la pièce tend à devenir le bec de perroquet, forme bien connue et ca- 
ractéristique des stations du magdalénien supérieur. 



— 43 — 

les cessent d'être disposées en saillie (fig. 25, n" 51, 53), 
enfin c'est le biseau franc, obtenu d'un seul coup (fig. 25, 
n» 56). 




Fig. 23. — Burins latéraux sur angle de lames à troncature retouchée : 48 à 51, formes de 
transition ; 52, 53 et .'.6, fonnes typiques ; 54 et 55, associés au burin et au grattoir (2/3 
gr. nat.». — Coumba-del-Bouitou (Corréze), foyers inférieurs. 

Ce burin se trouve encore associé au burin ordinaire (fig. 
25, n* 54), au grattoir bien retouché (fig. 25, n® 55) ; Texem- 
plaire n® 55 porte même nettement les traces de 3 enlève- 
ments successifs de lamelles, dans le but probable d'obtenir 
un nouveau tranchant vif. Nous n'insisterons pas davantage 
sur la description de ce burin. Nous aurons l'occasion d'en 
reparler en publiant nos stations présolutréennes des grottes 



— 44 — 

Lacoste, où, sous un fades un peu spécial, il abonde d'une 
manière extraordinaire. II y en a aussi beaucoup à la Font- 
Robert et à Noailles, et nous avons publié ici-même la va- 
riété minuscule qui caractérisait cette dernière station. 

Enfin, nous avons nommé le burin-ciseau et le burin ordi- 
naire ; ils sont ici en petit nombre ; ils sont bien plus nets, 
surtout le burin-ciseau, aux grottes Lacoste. Faisons remar- 
quer cependant que pour eux aussi on arrive à établir des 
pièces de transition tout à fait nettes (1). La pièce n^S? (fig. 
26) se placerait à côté des burins busqués avec son encoche, 
le méplat terminal entouré de facettes lamellaires ; mais les 
lamelles enlevées sont plus rectilignes. Puis Tangle dièdre 




Fig. 26. — 57 à 60 formes de transition vers les burins-ciseaux et les burins ordinaires ; 
61 à 63 burins ordinaires divers (2/3 gr. nat.). — Coumba-del-Bouîtou (Corrèze), 
foyers supérieurs. 



de Textrémité devient plus aigu et plus syn^élrique (n^ 58). 



(l) Les mômes formes exactement se rencontrent à Isturis. 



- 45 - 

Enfin, apparaît le coup du burin sur l'autre face (n« 59 c)* 
Quand ce travail porte sur de fortes pièces et que Ton a des 
enlèvements sur les deux faces du dièdre, on arrive au bii- 
rin-ciseau. Si au contraire il porte sur des lames minces, on 
aboutit avec quelques intermédiaires au burin ordinaira 
typique (fig. 26, n" 60 à 63). Dans ces derniers burins Tarète 
du dièdre terminal est rectiligne, au lieu d'être courbe (ou 
plutôt en ligne brisée), comme celle des burins busqués. 

Nous reviendrons sur les burins-ciseaux, qui semblent 
plutôt appartenir aux niveaux présolutréens. Quant aux bu- 
rins ordinaires, on sait qu'ils ont été remarqués de bonne 
heure et existent à tous les niveaux de l'âge du renne. M. Ca- 
pitan a nettement montré quel était leur usage (1). On en 
trouve au Bouïtou un bon nombre d'associés au grattoir ou 
au burin busqué (fig. 26, n°»61 et 62). 

G. Pièces diverses. — a) Pièces écaillées. Elles soni ici 
très rares (fig. 27, n* 6) et ont surtout été rencontrés (au 
nombre de 6) dans le foyer n^ 4, alors que ce même foyer 
n'a fourni que 4 burins et à peine un grattoir. Nous avons 
donné plus haut une explication de cette anomalie. 

b) Lames à dos rabattu, ou à crête médiane écrasée^ J.es 
premières sont encore absentes (2) (mais nous avons vu que 
la lame fig. 18, n^ 8, est voisine de ce type) ; pour les secon- 
des, il y en a plusieurs de bien nettes. 

c) Lamelles à crête ou à bord retouché. Elles sont a^sRz 
communes (fig. 27, n"" 1 à 5), quoique leur nombre n'en i^oil 
pas excessif. Le burin d'angle d'ailleurs est lui-même fni 
nombre assez restreint. 

Plusieurs présentent à la base (fig. 27, n" 1 et 3) une sorte 
de soie ou de manche avec retouches ; ce modèle a été isi- 
gnalé par l'abbé Breuil, au Mas d'Azil. 

d) Lames sans retouche. Elles sont relativement plus 

(1) Congrès international de Monaco^ 1905 (Cf. Anthropologie, V.^OÙ, 
page 125. 

(2) Les lames à dos rabattu caractérisent l'Âurignacien super., im 
la base du Solutréen (la Gravette, la Font-Robert, Tarte sup.) ; uoua 
u*en avons point ici, mais seulement pour ainsi dire l'ébauche. 



I 



- iO — 

abondantes qu'aux niveaux inférieurs, mais ne sont ni ré- 
gulières de forme, ni élégantes. En outre, dans les foyers 
les plus supérieurs (3 et surtout 4), on peut faire remarquer 
la présence de plusieurs gros éclats absolument frustes et 





Fig. 27. 



■ 1 à 5, lamelles à crête ou à Lord relouclié ; — G, pièce écaillée (2/3 gr. not.). 
Coiimba-del-Bouïtou (Corrèze). foyers super. 



sans aucun travail. C'est un fait sur lequel nous aurons sans 
doute à revenir à propos d'autres gisements. 

e) Pièces solutréennes et pièces usées . Nous n'avons 
trouvé aucune pièce présentant la retouche solutréenne, ni 
pièces usées. Cependant un grattoir du foyer n° 2 est forte- 
ment mâchonné à l'extrémité. 

f) Nucléi et percuteurs. Il y a plusieurs nucléi, dont un 
assez volumineux, et, d'autre part, quelques blocs de quartz 
ou de granit ayant servi de percuteurs. Mais les points de 
percussion ne sont pas disposés symétriquement, ni creusés 
en petites cupules. Un petit bloc de silex du foyer n» 4 est 
fortement écrasé sur toutes ses arêtes (retouchoir?). 

H. Pierres diverses utilisées, — Elles sont à peu près les 
mêmes que dans les foyers inférieurs. Les quartz blancs et 
calcinés sont abondants. Un petit galet plat est fortement 
usé sur les bords et porte des rayures. Son usage nous est 
tout à fait inconnu. 

Le silex est incomparablement moins beau et moins varié ; 
peu ou point de jaspes, mais surtout des silex noirs ou gris 
terne, provenant vraisemblablement de la Dordogne. Le si- 



— 4/ — 

lex gris paraît se prêter assez mal à la retouche. Plusieurs 
fragments ont été curieusement transformés : la surface 
seule, patinée de blanc, est restée solide et consistante ; tout 
rintérieur s'est effrité et vidé. Au premier abord, nous avons 
cru que c'était de l'os. 

Enfin, nous avons trouvé des ocres en assez grande abon- 
dance : un éclat de silex large et plat en était tout couvert, 
comme s'il avait servi de palette. 

Conclusion 

La station de la Coumba-del-Bouïlou n'a fourni malheu- 
reusement ni faune, ni œuvre d'art proprement dite» ni 
instruments d'os, d'ivoire ou de bois de renne (l). Le sol de 
nos grottes ne conserve pas ces objets, il est vrai ; mais la 
seule étude de son outillage en silex nous permet de con- 
clure qu'elle est tout entière du vieil âge du renne, appelé 
TAurignacien (2), ou plutôt de la base de ce niveau. 

D'autre part, ses deux niveaux, nettement distincts, four- 

(1) On sait que l'instrument qui caractérise les grottes aurignacien- 
nes, là où Tos s'est conservé, est la pointe à base fendue. 

(2) Rappelons que ce terme nouveau a été définitivement introduit 
dans la classification du paléolithique, au Congrès international de 
Monaco (1906). C'est à la suite de ses nombreuses observations, corro- 
borées par celles de M. Cartailhac, que M. Breuil publia l'existence 
d'une industrie spéciale, intermédiaire entre le moustérien et le solu- 
tréen, et qu'il dénomma d'abord pour cela « présolutréenne » (Congrès 
Préhistor. de France, Périgueux, 1905). Il en publia un gisement typi- 
que : les Cottes, dans la Revue de l'Ecole d'AnthropoL (février 1906), 
Puis au Congrès de Monaco, par analogie avec les autres dénomina- 
tions, MM. Cartailbac. Rutot et Breuil s'entendirent pour adopter le 
terme d' o Aurignacien », emprunté à la station typique d'Âurignac, 
découverte par Lartet, et la plus anciennement connue de ce niveau 
en France. 

Au sujet du niveau auquel on doit rapporter TAurignacien, une 
note discordante s'est élevée récemment. M. Girod a prétendu qu'il 
était post-solutréen. Pour nous, nous avons constaté à la grotte La- 
coste qu'il était présolutréen. Mais nous ne saurions mieux faire que 
d'indiquer à ce sujet la magistrale étude de M. l'abbé Breuil, parue en 
réponse à M. Girod, La Question Aurignacienne in Le Préhistori- 
que, juillet 1907. 

Nous devons d'ailleurs des remerciements à M. Breuil, qui à plu- 
sieurs reprises nous a fait profiter de ses connaissances pour l'étude 
du Bouïtou. 



— 'i8 - 

Dissent les premiers éléments d'une subdivision de cet étage. 
En bas, c'est une belle industrie abondamment retouchée : 
grattoirs, lames étranglées, grattoirs carénés, pièces écail- 
lées. En haut, l'outillage beaucoup moins relouché n'a guère 
de commun avec le précédent que les grattoirs et les grat- 
toirs carénés ; mais, en revanche, il contient une quantité 
de burins variés et en particulier le burin busqué. La re- 
touche du silex paraît en décadence ; mais aussi des types 
nouveaux et plus tranchés apparaissent, dont quelques-uns 
se perpétueront à travers tout le magdalénien.. 

Enfin, l'ensemble de cet outillage était si remarquable, et, 
par la multitude de ses formes de transition, se prêtait si 
bien à un essai sur son évolution morphologique, que nous 
avons cru pouvoir lui consacrer cette longue monographie et 
une abondante illustration. 



Note supplémentaire 

A propos des outils cassés en cours d'usage, signalons une 
pièce curieuse. Nous en avions trouvé un exemple à Noail- 
les (Bulletin archéologique, 1905, fig. 8, n^ 1, de notre arti- 




Fig. 28. — Pièce brisée et utilisée après cassure, reconstituée (2/3) gr. nat.). 
Coumba-del-BouItou ; foyers inférieurs. 



cle). Ici, c'est un joli grattoir qui, s'étant brisé, avait été 
retouché ou utilisé sur un bord. En examinant un lot de 
débris, M. l'abbé Breuil a eu la chance de rencontrer les 
deux fragments et a su les reconnaître, malgré leur diffé- 
rence de patine. On voit que le raccord est parfait (fig. 28). 



— 49 - 



Ck>inpte général des pièces provenant de la Ck>umba-del-BouXtou 

(Notice collection, collerlion Vignnrd et di'iersesi (1) 



Pièces moustériennes . . 

Lames retouchées sur un 
bord 

Lames retouchées sur les 
bords 

Lames retouchées plus 
courtes 'genres grat- 
toirs doubles ou cire). 

Grattoirs sur bout de 
lame 

Grattoirs en ogive 

Grattoirs carénés et voi- 
sins 

Grattoirs à museau 

Perçoirs 

Lames étranglées ou dé- 
jetées 

Pièces écaillées 

Burins busqués 

Burins d'angle 

Burins ordinaires et di- 
vers (burins de fortune) 

Grattoirs burins 

Pièces à encoches 

Lamelles à crête retou- 
chée 

Grandes lames sans re- 
touche plus ou moins 
utilisées 

Nucléi 

Eclats et fragments di- 
vers (déchet) environ. 

Totaux 

Total. 



FOYBUS INFÉRIEURS 

(n»* 1 et 1 bis) 



pièces 
entières 



70 
64 
92 

152 

242 I 
95 I 

135 
127 
30 

35 

300 eu V. 

D 
)) 

3 

» 

10 

2 



12 
20 



fragments 



1. '89 



600 env, 



300 env 

26 
3 

45 
600env 
» 
» 

10 1?) 
» 



6.000 



7.5«^ 



8.973 



FOYERS SUPÉRIEURS 

(n»« 2. 3 et 4) 



pièces 
entières 



16 

6 

12 

20 
72 

È 

230 
l 

1(?) 

2(?) 
12 
140 
81 

240 
56 

1 

50 



62 
13 



1.014 



fragments 



60env, 



37 

7 



10 
» 
» 

10 



» 
4.000 



4.132 



5.146 



14.119 
Soit 15.000 silex (en chiffres ronds) 



(1) Maintenant que notre étude est terminée, nous n'avons conservé 
qu'une partie de nos récoltes. Les plus belles pièces, et en particulier 
presque tomes celles qui ont été fîgurées, sont au Musée de Saint- 
Gennain-en-Laye 11 y en a une série au Musée de Brive, une autre 
au Musée de Toulouse, et d'autres chez des particuliers. 



T. XXX. 



L. Bardon, a. et J. Bouyssonie. 

i — 4 



JDTJ F» -Al Y s -A. a- E LIL^OXJSIlSr 

PAR 

JoHANNÈs PLANTADIS 
(Suite el fin) 



II 

L'École de Crozant 

Les deux Creuses et la Sédelle. — Les ruines de Crozant et George 
Sand. — Maurice Rollinat à Fresselines. — Les premiers peintres 
de Crozant : Parmentier, Lansyer, Donzel. — Les artistes, de 1882 
à nos jours : Charles Hareux, Léon Detroy, F. Maillaud, C. Roiry. 
W. Didier-Pouget, etc. — Les maîtres impressionnistes : Claude 
Monety Armand Guillaumin, Allan Osterlind, les frères Delahogue, 
Paul Madeline, Eugène Alluaud, etc. 

Par analogie avec l'École de Barbizon — lieu de la forêt 
de Fontainebleau où J. Dupré, Théodore Rousseau. Millet, 
Corot, Chaigneau et autres artistes vinrent chercher l'inspi- 
ration au cours du xix* siècle, — on a donné le nom d'Éco/e 
de Crozant à l'ensemble des artistes, de tendances et de 
tempéraments divers, qui vinrent travailler, et qui travaillent 
encore dans le site merveilleux que forment le confluent de 
la Creuse et de la Sédelle, les ruines d'une vieille forteresse 
féodale et les hautes falaises sur lesquelles elles se dressent, 
à la limite de la Marche limousine et du Berri. A Crozant, 
se rattachent les sites moins tragiques de Fresselines et de 
la Petite-Creuse, peu éloignés les uns des autres. 

Crozant fut en quelque sorte découvert par George Sand. 
Dans Le Péché de M. Antoine^ elle décrivit ses aspects mul- 
tiples et farouches et appela ainsi l'attention des voyageurs 
et des artistes sur lui. Fresselines dut sa notoriété à Maurice 
Rollinat, le poète des Névroses et de Dans les Brandes, 
qui y fit un très long séjour lorsque, las de Paris et de ses 
fièvres, il vint demander aux champs le calme repos, la 
douce quiétude de l'âme et du corps. 



— 52 — 

La vallée Noire, le Pin, Châteaubrun et Gargilesse, évo- 
qués dans les romans rustiques de George Sand, avaient 
attiré les peintres vers le milieu du siècle dernier. Ils ne 
tardèrent pas à découvrir Crnzant et à s'y installer. Entre 
1860 et 1805, Lansyer et Charles Donzel y vinrent et s'épri- 
rent de sa beauté sauvage. L'Hôtel Lépinat les reçut. Il 
garde le souvenir de leur passage sur les panneaux de bois 
qu'ils peignirent et qui existent encore. 

Ils avaient eu des précurseurs en Parmentier, un artiste 
peintre qui enseignait le dessin à Guéret, dans les dernières 
années du xviii* siècle et les premières du xix*, et dont on a 
un tableau des ruines du château de Crozant, qui est plutôt 
un document graphique — de tout premier ordre, d'ailleurs 
— qu'une véritable œuvre d'art (1801), et en quelques litho- 
graphes dont Langlade et Barbant. 

Après la guerre, Crozant fut délaissé. Mais vers 1880, les 
artistes commencèrent à s'y rendre, et d'année en année, 
augmentèrent leur phalange, au point d'avoir fait de ces 
lieux aujourd'hui une véritable colonie de rapins de plus en 
plus épris de cette nature, à la fois tourmentée et char- 
mante, qui ne cesse de les inspirer, surtout à l'automne. 

M. Charles Hareux y fut fidèle depuis 1882. On connaît 
de lui : Pont de la Folies à Crozant; Binage de pommes de 
tervEy à Crosant; Lever de soleil, à Cro:gant; Bergère tri- 
cotant (1888); Un orage aux environs de Crozant (1883); 
Les bords de la Creuse, à Crozant, et Nuit d'automne, bords 
de la Sédelle (1885); Le calme de la nuit, à Croisant (1893) ; 
Bords de la Creuse, à Croyant (1882) ; Le passage du per- 
chereau (1887); Temps d'orage, etc. 

A la suite de M. Ch. Hareux s'engagèrent : M. Gaston 
Vuillier — que nous retrouverons plus tard à Gimel ; — il 
exécute pour le Salon : Derniers jours d'été à Confolent 
(Creuse), en 1883; Un coin retiré de la Creuse (1882), etc.; 
M. Emile Cagniart qui expose : Bords de la Sédelle, en 1882; 
M. Pierre Galerne, de qui on voit, en 1888, Le moulin 
Brigand, sur la Sédelle; M. Pierre Ballue, que séduisent 
les clairs reflets de la gelée blanche; M. Léon Detroy, le 



— 53 — 

maître aquarelliste, que Gargilesse, Crozant et Fresselines 
surtout, revirent à peu près régulièrement pendant plus de 
vingt ans; M. Jules Adler; M. Eugène Alluaud, un jeune 
peintre de Limoges, élève de Donzel, qui voua à Crozant 
une tendresse de fils, et Henry Laurent, dont les nombreux 
séjours en cette contrée et la production qu'ils provoquèrent 
fut des plus heureuses. 

Puis ce furent, dans ces dernières années surtout, 
MM. Pierre Lampué, Charles Halle, Pailler, Charles Agard, 
Joseph Rignault, Paul et Pierre Thomas, René Juste, Hum- 
blot, Olivier Chéron, Henri Bossu, H. Charrier, Charles 
Peccate, Nùma Gillet; M°" Palma Daillion, Stolz, Garnier, 
Jones, Henri Dabaud, Gardenty, Jeannot, Noblot, R. Bour- 
dier, Gaston Anglade, Henri Jamet, Joseph de La Néziére, 
Gabriel Lefèvre, Léopold Serre, Octave Linet, Henri et 
Gustave Coulon, Gaston Béthune, Henri Mauprat, Paul Gro- 
seille, Albert Joseph. Bonnet, Lyon, Hippolytc-Jean Jobart, 
Lefranc, etc., qui peignirent la douceur de Fresselines ou 
Tâpreté des coteaux de Crozant, les ruines, les falaises, les 
moulins, les eaux mouvantes des deux Creuses et de la 
Sédelle, des coins de village, les vieux ponts en pierre on en 
bois — à toutes les saisons de l'année, mais surtout à Tau- 
lomne et l'hiver, les temps de neige et de gel, — dans toutes 
les notes de l'art pictural, note classique ou impressionniste. 



Il convient de donner une mention spéciale à deux ar- 
tistes de l'École de Crozant qui travaillent dans la manière 
classique, M, Fernand Maillaud et M. Didier-Pouget. 

Berrichon de naissance, mais Marchois par ses attaches 
de famille, M. Fernand Maillaud s'est particulièrement 
épris de toute la région de Fresselines et de la vallée de la 
Creuse. Les foires et les marchés, le charme heureux des 
jours de fête, le profil caractéristique des .habitants des 
campagnes l'ont aussi servi à souhait. M. Fernand Maillaud ^ 



— 54 - 

qui rappelle, par endroits, le mattre paysagiste anglais, 
Thomas Gainsborough, est, par excellence, le peintre de la 
« douceur limousine » ou celui de la « douceur berri- 
chonne », alors que d'autres ont préféré traduire le côté 
tourmenté, quelque peu sauvage, de toure cette région du 
centre si variée d'aspects (Ij. La Creuse à Fresselines, Le 
ruisseau Martin, Le moulin du Puy-Rajot, Intérieur de 
Véglise de Fresselines, Laboureurs à Fresselines, Jeune 
fille de la Creuse, Intérieur k Fresselines, Pâques à Fresse- 
lines, Bergère sur les côtes de Fresselines, Le meneur de 
loups, Le Jour des Morts à Fresselines (au Musée de Gué- 
ret), Foire à Fresselines, L'ancien évêché de Guéret, etc., 
entrent bien dans la cadre de nos recherches et font de 
M. Fernand Maillaud un des jeunes maîtres du paysage 
limousin lee plus intéressants. 

M. Didier-Pouget, le peintre inspiré des bruyères roses 
et des matins embrumés, exposa au Salon des artistes fran- 
(;ais : En 1898, Le matin, vallée de la Creuse (à la ville de 
Paris); en 1899, Brumes du matin, vallée de la Creuse 
(Musée de Montpellier); en 1901, Ajoncs et bruyères, vallée 
de la Creuse (collection de La Sota à Bilbao). Depuis lors, 
cet artiste s'est presque toujours inspiré du Limousin dans 
la composition de ses tableaux. Nous le rencontrerons à 
nouveau dans le bas pays, où il eut une production abon- 
dante. 

Mentionnons encore M. Camille Boiry [Vieilles maisons, 
La Creuse j Effet de soleil sur de vieux logis, Le bourg de 
Fresselines, La maison de Rollinat, etc.)» ainsi que M. Ga- 
briel Mathieu, que les bords escarpés de la Creuse — puis 
ceux de la Vienne — retinrent souvent (2). 



(1) Un autre artiste du Berry, Jean Baflfier, dont la mère était de 
Fresselines, s'est presque exclusivement consacré à synthétiser, dans 
son œuvre sculpturale, les divers états d'âme de sa terre natale et de 
celle de ses parents. Il est, dans la plus belle et la plus large accep- 
tion du mot, un « artiste paysan », gardien fidèle des traditions et 
interprète de la nature nourricière. 

(?) De préférence, les artistes de Grozant exposent au Salon d au- 
tomne, aux Indépendants et à la Nationale. 



— 55 — 



Mais Crozant et Fresselines ont surtout inspiré les maîtres 
de l'art impressionniste : Claude Monet et Armand Guil- 
laumin, en premier lieu. Puis, en second, leurs principaux 
disciples : MM. Paul Madeline, les frères Delahogue, AUan 
Osterlind, Otton Friestz, Eugène AUuaud, etc. 

En février et mars 1889, Claude Monet se rendit à Fres- 
selines chez RoUinat, dont il fut l'hôte. Les « tragiques 
paysages de la Creuse, voilés d'un si poignant et presque 
biblique mystère », comme disait M. Octave Mirbeau, l'in- 
téressèrent, et il en rapporta de son séjour une trentaine de 
toiles qui furent exposées à la galerie Georges Petit, à 
Paris, la même année. Elles y obtinrent un succès reten- 
tissant avec d'autres œuvres du maître. Jamais, peut-être, 
la « mise en caractère d'un terrain j^, qui est le propre de 
l'art si probe et si original de Claude Monet, n'avait été 
observée comme dans les œuvres suivantes : 

Étude d'eau; Ravin de la Creuse, effet du soir; Pont de 
Vervit (Creuse); Vieil arbre au bord de la Creuse; Village 
de la Rocheblond (Creuse) ; Vervit [Creuse) ; Gelée blanche, 
soleil levant; Avant le lever du soleil, gelée blanche; Les 
eaux semblantes (Creuse) , effet de soleil ; Le barrage de 
Vervit (Creuse); Les eaux semblantes, temps sombre; Ravin 
de la Petite-Creuse; Coucher de soleil aux eaux semblantes; 
La Creuse, temps sombre ; La Creuse ; Le vieil arbre (Creuse) ; 
Rocher de la Creuse (appartient à M. Clemenceau), etc. 

o Quel que soit le coin de nature qui l'intéresse, dit 
M. Georges Lecomte dans L'Art Impressionniste, M. Claude 
Monet en restitue l'ampleur. Les combes abruptes et mysté- 
rieuses de la Creuse l'ont tenté : il a rendu la solitude des 
cirques, le chaos géant des rochers que les déluges entas- 
sèrent, les fayes profondes dont le jour perce à peine l'ombre. 
Des végétations sombres vêtent les parois des gouffres. Des 
taillis maigrelets ornent le bord des ravins et les brusques 
escarpements. Une teinte violàtre attriste ces âpres sites 
dont l'effroi est accru par la nuit lugubre des gorges. 



- 56 — 

t Cette nature tourmentée n'est jamais mélodramatique. 
Le peintre ne corrompt pas sa simplicité austère par un vain 
romantisme. La grandeur farouche du paysage suffit pour 
émouvoir et l'imagination n'a point besoin d'installer là des 
personnages d'allégorie, des fabulations mythologiques ou 
des bandits perpétrant un attentat. Ces convulsions de la 
terre, interprétée par cet art généralisateur, ont une solen- 
nité grandiose. » 



Il semble bien que c'est dans le cadre de la nature mar- 
choise que M. Guillaumin a pu donner toute sa mesure, dit 
M. Georges Lacombe dans une notice qu'il consacra à cet 
artiste, et il ajoute : 

a Chaque peintre a ainsi sa terre d'élection, ses paysa- 
ges préférés où il travaille avec le plus de bonheur et 
qui lui inspirent ses œuvres les plus belles, soit parce que 
ce pays correspond le mieux avec sa vraie nature, soit qu'un 
atavisme lointain le lui fasse mieux comprendre. 

« La Creuse fut pour Guillaumin cette terre d'élection, 
parce que son âpre caractère, plein de délicatesses éparses 
et de joie intime, s'accorde à merveille avec le tempérament 
fort mais délicieux de secrètes douceurs, qui est celui de 
notre peintre, et aussi parce que son hérédité montagnarde 
se retrouve à l'aise dans ce rude pays. Il n'y a qu'à voir 
Guillaumin pour reconnaître en lui un homme du Massif 
central. Sa tête puissante, renflée, volumineuse, qui tout de 
suite donne le sentiment de l'énergie et de l'obstination, fait 
penser aux crêtes basaltiques de là bas. Le bleu clair de son 
regard fin, doux et franc, rappelle les eaux transparentes qui 
dévalent des cimes en caressant les rochers moussus dont le 
lit des ruisseaux s'encombre et les vieux arbres des rives. 
Enfin, malgré cinquante ans de séjour à Paris, 3a démarche 
reste celle d'un montagnard gravissant une côte. 

« Aussi dès qu'il put reprendre possession de ce pays d'où 
sa famille est originaire, comme il en saisit vite la solide 



- 57 - 

structure, la beauté tour à tour sévère et charmante, la 
poésie tanlôt pleine de grandeur, tantôt exquise de grâce ! 
C'est là surlout qu'il put tout à la fois montrer ses ûom de 
force et de délicatesse. C'est dans ce pays mouvementé, aux 
lointaines perspectives de cimes et de plateaux enchevêtrés, 
qu'il se révéla le robuste, le puissant constructeur de ter- 
rains qu'il est. 

a Entre tous les mérites personnels qui le distinguent, 
c'est peut être son originalité la plus caractéristique, Gull- 
laumin aime la majestueuse beauté des grands espaces de 
montagnes et de plaines se développant à l'infini, apei'cus à 
travers une gorge du premier plan, au delà du ravin dont il 
représente le mystère feuillu. Il aime les vastes plateaux 
étalés en pleine lumière, qui, couronnant d'étroites vallées 
toutes sonores du fracas des torrents, donnent des fonds 
d'une variété et d'une profondeur admirables. C'est, dans un 
grand charme de lumière, dans une gamme très riche de 
couleurs, une succession de plans d'un sûr équilibre et 
magnifiquement raccordés. Il faut être d'un tel pays par ses 
origines ou par les longues années qu'on y passa, pour en 
rendre avec tant de force la structure si complexe. 

« Encore cette solide ossature n'est-elle que le support 
des radieuses et délicates harmonies que Guillaumin rôali&e 
sans cesse d'après les aspects si divers de cette région. Que 
ces crêtes, ces plateaux et ces combes se recouvrent de 
neige ou scintillent sous la gelée blanche illuminée de soleil, 
il en évoque la candeur radieuse, les subtiles ombres bleues 
et toute la rayonnante féerie. S'il traduit avec la plus fraîche 
délicatesse le charme des jeunes verdures du printemps^ la 
merveille des panaches blancs et roses des arbres en fleurs 
se détachant sur les rouges labours et le vert tendre des 
prairies, c'est surtout le grave enchantement de l'automne, 
avec sa gamme si magnifiquement nuancée d'ors, de roux, 
de verts pâles, qui lui permit de rendre la plus émouvante 
beauté de ce pays sévère, mais plein de grâces intimes. 

« C'est dans cette région rocheuse, couverte de bois, feu- 
trée de mousses et de lichens, parsemée de ruines aLtiéres 



— 58 — 

CQ silhouette sur le ciel où passent les plus changeantes 
tapisseries de nuages, que la personnalité de Guillaumin, 
tout ensemble puissante et délicate, se révéla le mieux en 




A. Guillaumin : Le Pont de la Folie, a Crozant 
(Musée du Luxembourg). 



œuvres vigoureuses, exquisement nuancées, d'un faste lumi- 
neux et rayonnant. Belles pages de notre art moderne que 
nous enviera l'avenir M) ». 

(1) Un grand peintre de VImpressionisme [Revue Bleue, 1906). 



— 59 — 

D'Armand Guillaumin, on peut citer : Neiges et gelées 
blanches; Les Ruines de Croisant; Le pont de la Folie 
(Musée du Luxembourg); Chemin des Gouttes; Moulin Bou- 
chardon, bords de la Sédelle; Matin à Génétin: Châtai- 
gniers en fleurs, au matin; Temps de brouillard, à Crojaiant; 
Moulin de Jonon, Les Brousses; L'écluse du pont Char- 
reau; Le pont Brigand sur la Sédelle; Moulin de la Folie; 
Bords de la Creuse, etc., etc. (1). 



G'st aussi à Crozant que se révéla le talent souple et 
nuancé de M. Paul Madeline, le peintre des mariages har- 
monieux, des tons de cuivre et d'améthyste, dénoncés par 
M. Arsène Alexandre. « Nul njieux que lui, a écrit M. Octave 
Uzanne, n'exprima les magistrales et sévères beautés du 
pays de Crozant, les eaux torrentueuses de la Sédelle, l'or 
fauve des tapis de feuilles sous les châtaigneraies en no- 
vembre, les vieux moulins pittoresques au fond des vallées, 
les collines couvertes de bruyères ou bien encore les pâles 
soleils du matin se jouant sur le givre des prairies déco- 
lorées par le gel. 

a Madeline avait acquis, auprès de ceux qui aiment la 
sincérité du rendu et qui ont le sentiment de la nature 
décorativement interprétée et joyeusement chantée dans la 
symphonie des tons, une suffisante notoriété pour pour- 
suivre, avec un succès croissant, ses investigations sur 
cette terre creusoise qu'illustra le poète de la nature Rol- 
linat. » 

a M. Madeline, dit encore M°* Marcelle Tinayre, est un 
peu impressionniste, pas trop. Il peint une entrée de parc, 
une grille, deux pavillons au toit pointu, des feuilles rousses 
partout, un enfant et une vieille qui passent; il peint le 
Pont de la Folie, un moulin, des arbres cuivrés, un ciel 
de turquoise pâle, délicat, délicieux, le reflet de ce ciel 

(1) Sur Clau«le Monet et A. Guillaumin, cf. Duret : Les maîtres 
peintres impressionnistes (Paris, H. Floury, 1907). 



— 60 — 

dans la rivière, — et toute la poésie de novembre lient dans 
ces deux tableaux (1j. » 

Parmi les meilleurs tableaux de ce peintre, citons : Le 
pont Charreau (1899) ; Le vallon (au Musée de Pau); Vallée 
de la Sédelle (au Musée de Rouen); Fin de journée, La 
châtaigneraie (au Musée du Petit- Palais des Champs-Ely- 
sées) ; La ramasse des châtaignes^ Les châtaigniers, qui 
rappellent Théodore Rousseau; La bourrasque y La Che- 
vrièrcy Tournant de Creuse, Ferme limousine, Vieille 
maison à Crozant, Le moulin de Génétin, Le barrage de 
Génétin^ Une crue de la Sédelle, Le moulin aux foulons, 
La Sédelle (Exposition particulière (1907); Le vieux charme, 
Châtaigniers, Bois mort, Village limousin (1907); Soleil 
d'automyie à Crozant (1906), etc. 

Les frères Alexis et Eugène Delahogue ont mis dans 
rinterprétation de leurs « impressions » marchoises un peu 
de la lumière d'Orient dont ils emplirent leurs yeux et leurs 
tableaux; les elTets qu'ils obtiennent ainsi sont des plus 
heureux et les tonalités cuivrées de l'automne à Crozant 
n'en sont que plus saisissantes. 

M. Eugène Alluaud a surpris aussi les colorations écla- 
tantes de l'arrière saison et la tristesse infinie des hivers 
dans l'escarpenjent des vallées de la Creuse et de la Sédelle ; 
il les traduit avec une sincérité de vision et une virtuosité 
de moyens vraiment remarquables .2). Peintre et graveur, il 
a fixé les jeux fuyants de la lumière, le tourbillonnement des 
eaux, toute la gamme adorable des colorations automnales 
ou printanières, la blancheur immaculée des champs et des 
combes couverts de neige, les brumes roses et violettes, les 
vapeurs légères qu'étendent sur les choses les aubes et les 
crépuscules (3J. 



(1) Revue de Paris (Salons de 1904). 

(2) Un éinailleur de Limoges de grand talent, M. Ernest Blancher, 
a traduii sur Témail certains sujets des tableaux de M. Alluaud, ins- 
pirés de Crozant. de la plus tieureuse façon. Ces peintures sur émail 
furent fort adtnirées au Salon d'automne (i906). 

(1) M. A. Renoir — qui est un des maîtres les plus réputés du petit 



- 61 — 

Peupliers des ruines de Croisant, La Sédelle en mars. 
L'écluse du mouliny La fusée de soleil, Faux jour au tour- 
nant de la rivière, Vues de la rouie de Fresselines, Rocher 
de la fileuse à Crozant, Soleil couchant, Les ruines de Cro- 
zant Le chemin des chevaliers, La montagne de Caura- 
dilles, Matinée d'hiver sur la rivière anglaise dans un parc 
limousin. Moulin dans la Marche, etc., d'Alluaud, figurèrent 
aux Salons des Indépendants et de la Société Nationale, de 
1903 à 1907. Citons encore de lui : Champs de genêts. Allées 
de bouleaux, Allées de chênes, La Creuse à Crojiant, Tour- 
nant de la Creuse, etc. 

A cette catégorie de peintres, nous devons encore ratta- 
cher deux artistes étrangers, amis de Rollinat, qui ont fait 
de Crozant, et surtout de Fresselines, leur séjour de prédi- 
lection : Otto Friestz, le peintre des châtaigniers convulsés, 
et Allan Osterlind, dont les estampes originales en cou- 
leurs sont bien connues. Osterlind se plaît à rendre les 
chaudes caresses du soleil sur les rouges toitures campa- 
gnardes, les clartés fauves du couchant et aussi l'enveloppe- 
ment brumeux des villages, à l'aube ou au soir tombant, 
alors qu'un panache de fumée sort de la maison du paysan. 



groupe des impressionnistes, avec Manet, Claude Monet et Degas. — 
quoique né à Limoges, ne s'est pas inspiré de son pays dans ses 
paysages. 



III 

A travers le Limousin et la Marche. 

Graveurs et lithographes. — Italiens et passagers. 

En Bas*Limou8in : Beaulieu et la vallée de la Dordogne (JuJ:en Le 
Blant, Thaulow, Duval-Gozlan, etc.). — Brive et ses environs. Uol- 
longes, Obazine (E. Rupin, A. Bertin, R. Gaspéri, Galand, Dïdî^^r- 
Pouget, etc.)— Tulle et ses barris. Gimel (Gaston Vuillier. Didier- 
Pouget, etc.) — Argentat. Servières et la Maronne. — LavnlhV de 
la Vézère. Uzerche (Courtot, Ch. Halle, Alluaud, etc.). 

Treignac et la région des Monédières (Ed. Tapissier, Paul Hallez, 
P. Ranson, Gabert, etc.). — Rodolphe Bresdin dit Chien-C&illou. à 
Chanteix. — Les Hauts-Plateaux de la Corrèze. — Les peintres de 
Bort. 

£n Haut-Limousin : Limoges ot ses vieux aspects. La valléf^ de la 
Vienne (Trouillebert, Courtot, Bichet, G. Mathieu, Paul Thomas, 
etc.). — Saint-Yrieix et ses environs. — Les peintres de Saint- 
Junien et de la vallée de la Glane (Baudit, Jean Teillet, etcl. — 
Artistes divers. 

En Pays marchois : Aubusson et la Haute-Creuse. -— A Saint-Sulpîce- 
les-Champs (J. Rouflfet, Desvareux-Larpenteur, etc.). — Les ppiiiLres 
de la Gartempe et du Taurion. — Albert Grateyrolles- — Eng^ène 
Delestre à Margnot. — Paul Rossert. — Les Osterlind. — Ça ^^t \h. 

En cette dernière partie, nous allons parcourir en hais 
sens la province du Limousin pour y rechercher et noter 
les artistes qui ont pu y séjourner plus ou moins longtemps, 
et pour signaler leurs principales œuvres. 

D'un mot, nous mentionnerons tout d'abord le comédien- 
dessinateur Beaumesnil, qui releva avec plus de faniaisie 
que d'exactitude, au xviii® siècle, les monuments anciens 
qu'il y trouva; Tripon, auteur de l'Historique monumenlal 
de Vancienne province du Limousin y paru à Linioges 
en 1836; les graveurs-lithographes : Albert, qui ajoula ii 
sa collection des Hommes illustres du Limousin, une série 
de paysages; Barbant, Langlade et autres, auteurs de VAl- 



- 64 - 

bum historique et pittoresque de la Creuse; Eugène Cicéri 
et Ant. Roy qui donnèrent des vues prises dans la Creuse 
Victor Petit, qui releva des aspects, disparus aujourd'hui, 
de Tulle et du Bas-Limousin, etc , etc. 

Au milieu du siècle dernier, nos campagnes, — comme 
toutes celles des régions centrales et méridionales de la 
France, — furent encore visitées par une foule d'artistes 
italiens qui s'otfraient à remettre à neuf une fresque ou un 
tableau d'église, à repeindre un rétable, à retoucher un che- 
min de croix, à redorer une statue, etc. Les méfaits con- 
sommés par ces nomades sont innombrables. Telle peinture 
à la fresque du xiii* ou du xi\* siècle, tel tableau datant du 
XVI', du xvii* ou du xviii* siècle, furent refaits de façon qu'il 
ne subsistait plus rien de leur état primitif. Le châtelain, le 
bourgeois cossu de campagne qui possédaient dans leurs 
demeures quelques panneaux décoratifs, un peu dégradés 
par les ans et le manque de soins, firent aussi appel au o ta- 
lent » de ces italiens, qui s'ingénièrent à prouver qu'ils en 
avaient en faisant disparaître à tout jamais, sous la couche 
de leur badigeon, tout ce qui rappelait l'origine de ces pan- 
neaux. 

Parfois les plus habiles d'entre ces italiens, — charmés 
par la nature agreste du pays, — dressaient leur chevalet en 
plein air et prenaient quelques études dont ils tiraient parti 
ensuite, soit en lavant des aquarelles, soit en brossant un 
vrai tableau. Mais aucun d'eux n'a laissé de traces bien vives 
de sa production, — à notre connaissance du moins. 

Depuis quelques années, des peintres de Paris, plus ou 
moins en renom, se rendent dans les plus importantes villes 
du pays; ils y exposent quelques œuvres, chez un négociant 
bien en vue, sur la principale voie publique et s'offrent 
d'exécuter des portraits dans la « bonne société ». Entre 
temps, ils notent sur la toile quelque coin de rue pittores- 
que de la ville ou les aspects de paysages signalés à leur 
attention. 

Mais les artistes qui se sont le plus inspirés de la nature 
limousine sont les professeurs de dessin qui, fixés dans le 



— 65 — 

pays par leur emploi ou des alliances de famille, occupent 
leurs loisirs à peindre les sites familiers qui les solHcitenU 

L'été venu, les artistes de Paris font leurs malles et 
partent pour les régions à la mode. Il en est qui les dé- 
daignent pourtant et qui s'en vont, à l'aventine, découvrir 
la contrée méconnue qui leur livrera les seci els de sa heautè 
inviolée. Et c'est ainsi que nombre d'entre ihix se î^endenL 
en Limousin. Depuis vingt ans, leur continssent n'a fait que 
s'accroître. Nous avons vu ceux de Crozani et de Fresseli- 
nés. Notons à présent ceux qui ont fait ou font ent'ore de 
bonnes œuvres aux quatre coins de la province. 



Le site encbanteur de Beaulieu, aux contins du Bas-Li- 
mousin et du Haut-Quercy, sur les bords Je la IJorilogne, 
que dominent les collines d'Altillac et d'Astaillac, couvertes 
de vignes et couronnées de châtaigneraies ; les vallées toutes 
proches de la Gère, devaient faire de cette petite ville, toute 
pleine de souvenirs historiques, le rendez-vous df^s aitistes. 
Depuis une vingtaine d'années ils n'y ont pas manqué. Parmi 
eux, il en est de glorieux : 

M"* Martonneau, née Le Sage, Grandin, Gautrie [marquis 
de Saint-Pollet), Trouillebert, Gamille Monnier, R-GaF^pêri, 
Serrier, Lucien Robert, Peter Sound (dont on connaît les 
très curieuses estampes en couleurs), Dclierre (le graveur) ^ 
Henri Martin, Pierre de Montholon, Duval-Gozlan, Julien 
Le Blant, Frits Thaulow, etc. 

Le talent de M. Duval-Gozlan s'apparente aux néo-impres- 
sionnistes ; il suit le sillon lumineux tracé par les Claude 
Monet, les Renoir et les Sisley. Il a vu Beaulieu enveloppé 
d'une lumière douce, parfois, et aussi s'assoupipsant dans la 
chaleur lourde des soirs d'été. On a remarqué île lui, aux 
Indépendants ou à la Nationale : Beaulieu {1901], La C/ia- 
pelle des Pénitents, Fin de jour à Beaulieu, Carml k Beau- 
lieu, Bords de la Dordogne (1905 et 1907). 

Un jour, M. Julien Le Blant, lassé de dessiner des? marins 

T. XXX. i ^ 5 



— 66 — 

et de vieux grognards, de camper de fiers chouans pour le 
roman de Balzac, et de représenter les scènes tracées par 
Alfred de Vigny dans Grandeur et Servitude militaires, 
alla demander au coteau de Rholan, qui domine la magnifi- 
que route, tout ombragée, conduisante la gare de Bretenoux- 
Biars, entre Limousin et Quercy, le calme et le repos des 
champs. Là, il vit des choses différentes de celles qu'il avait 
traitées jusqu'alors et en changeant de sujets d'inspiration, 
il modifia sa manière. Dans une note, que les impression- 
nistes ne désavoueraient pas, il nota le grouillement des foi- 
res et des marchés, le déballage des marchands ambulants, 
le tournoiement des chevaux de bois chers à Verlaine, le va 
et vient bruyant d'une fête votive, le rythme d'un groupe de 
laveuses penchées sur l'eau du Ménoire ou de la Gère, les 
canaux de la Dordogne, les vieilles rues de Beaulieu et de 
Bretenoux, des coins exquis de rivière, les foires de Sainte- 
Catherine et de Saint-Eutrope, les cours d'auberges encom- 
brées de charrettes, les marchés de la Chapelle et des Péni- 
tents, la boucherie Audinet, la place Marbot, la rue de 
l'Église, etc. Dans une exposition, à Paris (1905), on apprécia 
vivement toute cette activité campagnarde, tout ce pittores- 
que vivant, que rendait à merveille le prestigieux pinceau 
de l'artiste. 

M. Pierre de Montholon a éclairé d'une lumière douce, à 
peine voilée, de jolis aspects bellocois, dont la perspective 
merveilleuse de la Chapelle des Pénitents, sur les bords de 
la Dordogne, qu'il vit dans le « Clair matin d'une belle jour- 
née d'été » (1). 

Trouillebert, l'émule de Corot, qui peignait dans sa ma- 
nière, avec une grande virtuosité et un sentiment très per- 
sonnel, a interprété des « Coins » de Dordogne du plus 
séduisant effet. 

C*est en 1903 que Thaulow se rendit dans le Bas-Limou- 
sin. Il vit Uzerche, travailla quelque temps à Collonges, la 



(1; Ce même sujet a été traité par M. Henri Polart, pour l'affiche 
du Syndicat d'initiative des Gorges de la Dordogne, section de 
Deaulieu (1907). • 



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Tirvot^i Jus jiMiv^ liiiN>;iNl!-» ilr riinii r ii'nulOi% «'rj'|ttL--i'iil,jN''*; 

triiip-. lies tuif- ;nu luilr- ]^jMI^^^^> mt l,i\ri»- Jr [/lllip', rr 

iii;Mli'r 1*^1 iivariî Iniii un iiii'iHii[i;ti al>lij iM |»ni>satil e\tir^kh*ur 




F. Tii\«t*iVi, . !.\ nr*Jil*ii<jM , A fiL.^• U -hi 



Je l'ciLii, — lies GJHLV monvaulu^, fnnjiilu mm !>*■-. <innl il ^..Hl 
reriflre niervirillfEr>rNit^]!i Ir ll]^M({^lrlal'^JU'nl ui Ir IiomIU, ^ 

lornliée ; deschfîniJn^^jun» Ih:'S(|l' IViiiïlL'^ niuiScs, fH' l'anlhiinH' 

eiitiOp doo[ il sol nuitîr l'iîjilîiiiu^^^aljl»' uu^laiirolii», 

De Beaulieii, Tlmuluw rappitrla ; /-a lii}nl*fijtif [.nu I^H'I- 
Bas;, r^c^s r^faïa^ij.s, sur la vituiv Ao l^Manh^Mi A lîfi^Lr- 



— 68 — 

DOUX (1904) ; Le Soir (1904), Soir en Corrèze (1905) (1), où 
sur un ciel mauve, une étoile piquait son point lumineux, le 
tout exposé au salon de la Nationale. Puis ce furent encore : 
Petite Rivière de Beauliev (le Ménoire), Rue de village, 
Toits rougesy La. Nuit (exposés à la galerie Georges Petit, 
en 1904) ; Été à Beaulieu, Bords de la Dordogne (vente de 
son atelier, après sa mort), etc. 

Une des dernières œuvres du maître est une estampe en 
couleurs, La Diligence, qui note, à la nuit tombante, Tarri- 
vée d'un courrier, aux formes massives et désuètes, sur la 
place de la Barbecane. Sur la gauche, baignée d'ombre, s'al- 
longe la façade de l'hôtel du Bessol ; sur la droite, Marbot 
s'érige sur son socle blanc ; au milieu, la diligence glisse, 
fantomatique, dans la brume, alors que dans le fond s'es- 
tompent des formes de vieux logis. L'heure est indécise, 
troublante, et l'impression qui se dégage de l'œuvre est 
profondément saisissante. 



Brive et ses environs (Malemort, Varetz, Obazine, Meys- 
sac, Collonges, etc.), ont été peints par quelques artistes, 
fixés dans le pays, et par quelques autres de passage : Noël 
Boudy ; M. Castex (Brive sous la neige, Église de Maie- 
mort, Varetz à /'automne, Cascade de la Bouvie, Bords de 
la Corrèze, La Grotte des Anglais, près de Bassaler, Cime- 
tière limousin, Confluent de la Corrèze et de la Vézère, 
Porche de V église de Saint-Pantaléon-de-Larche, Collines 
couvertes de genêts, etc. ) ; M. Ernest Rupin, un des meil- 
leurs produits de l'École de Toulouse, conservateur du Musée 



(1) Collection Duverger ■ Taboureau. A ce propos, M"* Marcelle 
Tinayre écrivait dans la Heoue de Paris : « M. Thaulow nous montre 
une maison qui s'endort parmi les arbres rouilles, au bord de la Dor- 
dogne ; le ciel est mauve ; une étoile se lève Ailleurs, une route 

boueuse fuit entre les platanes ; le ciel est gris ; des vols de corbeaux 
se mêlent au vol des feuilles. Paysages mouillés, frissonnante, d'une 
beauté grave et douce ». 



- 69 — 

de Brive et historiographe de L'Œuvre de Limoges^ sachant 
manier avec autant d'habileté que de compétence la plume 
et le pinceau ; M. Raphaël Gasperi, né en Quercy d'un père 
italien dont il fut l'élève, fusainiste et peintre (vieilles rues 
de Brive, bords de la Corrèze, paysages de la banlieue : 
Étoile du SoiVy sapins de Migoul, En Hiver, neige sur le 
chemin de la Bouvie, La Nuit vientf étang de Glanges (au 
Musée de Brive), Matinée d'Automne, Femme se rendant à 
Véglise de Malemort, Derniers rayons (route de Meyssac), 
U7i soir dlliver (1908), etc.) ; M. Etienne Bonnand, un des 
rénovateurs des dessins de dentelle, qui n'ignore point, tant 
s'en faut, comment se lait un paysage ; M. Léon Galand 
(Vieille rue de Malemort^ Effet du Soir, Enfants jouant 
sur les bords de la Corrèze, etc.). Citons encore : MM. Jau- 
din, Alexandre Bertin (Meyssac), Delsart, Jules Vialle, 
Robert (Turenne), M"« Marguerite Bernard, etc. 

Nous retrouvons presque tous ces artistes à Obazine, un 
des sites les plus intéressants du Bas-Limousin, avecGimel, 
Beaulieu, Uzerche, etc. : Noël Boudy (Le Saut de la Ber- 
gère, 1892 ; Je crois en Dieu, au Musée de Brive) ; Delierre 
(Gorges de Coiroux, au Musée de Brive) ; le graveur Prunaire 
(Tombeau de saint Etienne) ; Ernest Rupin (Vieux Porche 
d'Obazine); l'aquarelliste David; Raphaël Gasperi (Champ 
de Blé noir, 1903 ; Le Soir, Sarrazin en fleurs, 1905 ; Lever 
de Lune, 1906, etc.); A. Fleuri; enfin, M. Didier-Pouget, 
qui, après avoir fixé les sites de la Creuse, à Gargillesse et à 
Crozant, se rendit à Obazine sur les indications de M. Gas- 
peri, qu'il avait rencontré dans le Midi. 

M. Didier-Pouget s'est fait une grande réputation de pein- 
tre de bruyères en fleurs, dont il a fort heureusement rendu 
l'intense poésie. Il en a été blâmé par les uns, loué par les 
autres, ce qui n'empêche pas les imitateurs, et même les 
contrefacteurs, plus ou moins adroits, de se produire en 
tous temps et en tous lieux. ^ Lointains ambrés, eaux limpi- 
des, chênes robustes à demi-dépouillés de leurs feuilles rous- 
sies, fin de saison, déclin du jour, beaux comme la vieillesse 
du sage, M. Didier- Pouget reste fidèle à la Corrèze et si les 



— 70 — 

splendeurs d'un couchant sur les Pyrénées le séduisent un 
moment, il revient vite aux collines mauves, aux châtai- 
gniers, aux bruyères roses, aux torrents qui grondent dans 
les vallées vaporeuses » (1). Il est, en effet, souvent revenu 
à Obazine, après même avoir visité Gimel et Argentat, où 
nous allons le retrouver, car il aime les grands horizons, les 
vastes étendues. 

D'Obazine, on a de lui de nombreuses études et des ta- 
bleaux : Soleil couchant sur la vallée de la Corrèze (exposi- 
tion des peintres de montagne, 1906); Le Matin, vallée de 
la Corrèze (1902), où Ton voit le clocher de Saint-Etienne 
s'estompant dans la brume (à M. Kokoreff, à Saint-Péters- 
bourg) ; Paysage Limousin, effet du soir (1905); Le Canal 
d^Obazine, au couchant; Lever de Lune, au crépuscule, 
1907, Coucher de soleil, sur la vallée de la Corrèze (1908), 
Vallée de la Corrèze, bruyères en fleurs (1908), etc. 

A Collonges, la Ville rouge, vint, en 1903, Fritz Thaulow, 
alors qu'il séjournait à Beaulieu. II y prit des éludes et s'ins- 
pira d'une de ses gentilhommières pour exécuter Le Manoir, 
vu au soleil couchant, après la pluie, à l'automne, tableau 
exposé à Paris en 1904. 



La situation pittoresque de Tulle, avec ses vieilles rues 
datant du moyen âge, ses quartiers haut perchés montant à 
l'assaut des collines dans un désordre imprévu, ses maisons 
à balcons de bois, festonnés de treilles ; la beauté verte de 
ses environs (vallées de la Corrèze, de la Solane, de la Ce- 
ronne, de la Monlane, de la Valouze, etc.), ont beaucoup plus 
tenté les photographes et les amateurs aquarellistes ou aqua- 
fortistes (2), que les véritables artistes ; et c'est fort dom- 
mage, car la ville et la banlieue offrent une mine inépuisable 
de « matière picturale '>. Il convient cependant de signaler, 
parmi ces derniers : 

(1) M"* Marcelle Tinayre : Reçue de Paris, 

(2) Gappon, Bertin, Kessler, Mathieu Rorie. 



— 7t — 

Anioine Soulié, élève de Tatelier de Gleyre et de T Aca- 
démie de Barcelone, et son fils, Michel Soulié, élève de son 
père et de Gérôme qui, par le pinceau, le crayon, le fusain 
ou la plume se sont appliqués à traduire les aspects anciens 
de la ville et les sites pleins de grâce et de fraîcheur de la 
banlieue ; Lacroix, qui fixa des coins curieux du cours de 
la Solane, alors qu'elle coulait à ciel ouvert dans le quartier 
du Trech ; Lucien Brunaud, qu'inspira le moulin des Brochs 
et autres vues de caractère archaïque ; M. Alexandre Bertin, 
qui vint à Tulle vers 1887 ; M. Julien Tinayre, graveur- 
aquafortiste, dont la femme évoqua le Tulle du xvii* siècle 
dans son roman La vie amoureuse de François Barbazan- 
(jes; M" • Marie et Cécile Desliens, qui passèrent la majeure 
partie de leur jeunesse à Tulle et dont on a des. intérieurs, 
des vues des cloîtres, de l'ancienne Visitation ; des portraits 
de vieilles femmes, etc. ; M. Théophile Bernet, de Baudot, 
Gasperi, G. Vuillier, Faucher, Bœuf, Bernard, Verdiër (La- 
guenne), etc., etc. 

Mais la perle de la grande banlieue de Tulle est évidem- 
ment Gimel, avec ses gorges profondes, ses eaux mugissan- 
tes, ses cascades, le calme miroir de ses étangs et ses épais- 
ses châtaigneraies. On chercherait vainement un site aussi 
grandiose, aussi émouvant que celui-ci, si l'on excepte, dans 
la région, Roc-Amadour et Crozant. Il a cependant peu attiré 
les artistes jusqu'ici. Il était réservé à l'un des leurs de lui 
rendre pleinement justix^e et de le signaler à la curiosité et à 
l'admiration du public, en dehors des Limousins. 

M. Gaston Vuillier, qui fut tout d'abord à Crozant et dans 
la Creuse, où il brossa de nombreuses toiles vers 1882, se 
prit, un jour, de passion pour les voyages. D'une plume 
alerte, imagée, il fixa ses impressions, dont il accrut l'inté- 
rêt en les illustrant dun crayon vraiment inspiré, à la fois 
souple et précis. Il visita la Corse, la Sardaigne, les « îles 
oubliées » de la Méditerranée, puis le Quercy, d'où il rap- 
porta une notice sur Roc-Amadour et le Causse de Gramat. 
Ayant vu le Limousin par le haut, à Crozant, il eût la cu- 
riosité de le prendre cette fois à revers, par le bas, et de le 



— 72 — 




Gaston Vlhllier : L'Inferno, a Gimel 
(Cliché du Tour du Monde). 



— 73 — 

pénétrer par Beaulieu, en remontant la vallée de la Dordo- 
gne. Il visita Argentat, nota la silhouette des tours féodales 
de Merle à la façon de Gustave Doré, gagna Tulle et dé- 
couvrit Gimel ! 

a Le Limousin, écrivait-il. a été pour moi un attachant 
sujet d'étude et, pendant plusieurs années, chaque automne 
m*y a vu revenir ». En 1894, il y était à peu près définitive- 
ment fixé et s'installait dans un logis, paré de mille objets 
d'art curieux et précieux, sur les pentes d'une falaise qui 
domine Tabîme où grondent les eaux des cascades de Gimel. 
En 1893, il publia dans Le Tour du Monde sa première 
relation de voyage En Limousin, qu'il conta en poète et 
illustra en artiste. Telles de ses figures de paysannes sont 
d'une si intense expression, qu'on les croirait prêtes à s'ani- 
mer. 

Entre temps, il sauve les cascades du danger d'une exploi- 
tation industrielle, parcourt la Sicile, la Tunisie, Malte et 
revient à Gimel qu'il ne quitte, l'hiver, que pour aller aux 
Baléares et dans l'Andalousie ensoleillée et grouillante. 

Observateur pénétrant, dessinateur sévère, coloriste hors 
pair en ses rutilantes aquarelles, il note les faits et gestes 
des gens de Majorque, des bohémiens de Grenade, ou des 
paysans, sorciers et mendiants du Bas-Limousin, avec un 
art subtil et somptueux de metteur en scène avisé, aux iné- 
puisables ressourciîs. Voyez et lisez Chez les Magiciens et 
les Sorciers de la Corrè^e (I) et Le Culte des Fontaines en 
Limousin (2), c'est tout simplement merveilleux. L'écrivain 
vous séJuira par son style chatoyant, tout imprégné parfois 
d'une douce et tendre mélancolie ; l'artiste allumera votre 
imagination et fera éclater à vos yeux les tons d'une palette 
atténuée, il est vrai, mais combien vivante et vibrante! 
C'est un maître à la fois réaliste et rêveur : ce qui explique 
que sa conception se nuance à l'occasion d'une teinte de 
romantisme (3). 

(l: Tour du Monde, 1809. 
lî) Ibidem, 1901. 

(3) Les dessins de M. G. Vuillier ont été acquis par la ville de Tulle 
pour son Musée. 



-74 - 




G. VUILLIKR. 



(Ciïcbé du Tattr U« Mmdth 




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— 75 — 

Le tumulte de la Montane, roulant ses eaux écumantes à 
travers les éboulis de rochers, pour les précipiter ensuîle 
dans le vide, par trois fois, de hauteurs vertigineuses, n\a 
pas tenté, jusqu'ici, le pinceau du peintre des bruyères 
fleuries et des matins délicatement voilés de buées. Il leur a 
préféré l'étage supérieur des plateaux, aux horizons étendus, 
et le calme reposant, auguste, des miroirs de Diane, en l'as- 
soupissement des soirs. M. Didier-Pouget est venu réguliè- 
rement à Gimeldès 1901, et, au Salon de 1902, il exposait ; 
Crépuscule, Étang de Ruffaud (à M. Reutlinger), qui mon- 
trait une seconde manière de son talent du plus captivant 
intérêt. En 1906, il répétait le même thème, Lever de Lxnie 
sur Vétang, dans une note peut-être plus sévère, mais d'une 
composition plus harmonieuse encore. En 1903, il exposait : 
Bruyères en fleurs, hauts plateaux de la Correj^e. Ce n'est 
certes pas un « portrait » de Gimel, mais M. Didier-Poiigct 
s'est beaucoup inspiré de son cadre et de son caractère pour 
en fixer les lignes générales (1). 

On a encore de cet artiste : Chemin de Gimel (Musée de 
Tulle) ; Gorge de VInferno; Haut-Plateau de la Corrè^e^ etc. 

D'autres peintres se sont inspirés de Gimel dans leurs 
compositions : 

M. Gaston Brun, dont on peut citer : Sortie de la messe, 
à Gimel, Cour de ferme en Limousin, Sous les châtaigniers, 
Laceuses au moulin de Gimel, Bruyères à Gimel, la Vallte 
à Gimel (1904-1905); M. G. Anglade, M. Pierre Galerne, 
M. Pierre Lissac (Bords de la Montane à Gimel, Chaumiè- 
res dans la Corrèze, Chemin dans la Corrèze, etc., 1908). 



Argentat, coquettement assise sur les rives de la Dordo- 
gne, qui s'épand alors en une belle et majestueuse nappe 
d'eau, s'enorgueillit, avec raison, d'être le centre d'une 
région extrêmement intéressante, au point de vue tourisii- 

(1) Appartient à M. Teichmann, à Dresde. 



— 76 — 

que et artistique. Elle commande, en dehors de la Dordogne, 
la vallée de la Maronne, aux sites insoupçonnés, comme 
Merle et sa forteresse, celle de la Souvigne et les cascades 
de Murel, les gorges de Servières, les hauts-plateaux de 
Saint-Privat, d'où l'on découvre les monts d'Auvergne, et 
où les landes de bruyères et de genêts s'étendent à perte de 
vue! 

La plaine d'Argentat, avec ses champs de sarrazin, dont 
les blanches tleurs s'épanouissent au soleil d'août, bordée de 
collines boisées où le matin accroche de longs voiles de buées 
légères, a de quoi inspirer les artistes. Ils ne la visitèrent 
pas cependant en grand nombre. MM. Dombrowski, Franc, 
de Regagnac, Guérillot, Fournier, Alexandre Bertin, Gabert, 
vinrent quelquefois y laver des aquarelles ou brosser un ta- 
bleau — à Argentat même ou dans ses environs ; — mais il 
était réservé jusqu'à ce jour, à M. Didier-Pouget, de rendre 
toute la poésie de cette région. 

En 1904, on put admirer de lui, au Salon, Matinée en Cor- 
rè<5'e, qui nous donnait une interprétation tout à fait char- 
mante de Servières; en 1906, Le Mafin, bruyères en fleurs ; 
en 1907, Brumes du Afa(in, bruyères en fleurs, paysages 
qui empruntent leurs éléments à la Dordogne et aux collines 
d'Argentat qui dominent son cours. 

Le petit salon des peintres de montagne donna encore de 
M. Didier-Pouget : Ld route du Gibanel et la vallée de la 
Dordogne ; Vallée de la Dordogne et plaine d'Argentat 

(1905) ; Brugères en fleurs et Haute-Vallée de la Dordogne 

(1906) ; Vallée de la Dordogne, le matin ; Haute-Vallée de 
la Dordogne, bruyères en fleurs ; Vallée de la Maronne 
(1907), etc. 

Il visita aussi les ruines de Merle, les vallées de Spon- 
tour et en rapporta des études extrêmement intéressantes. — 
D'Argentat, il convient de signaler encore les aquarelles de 
Thalin Meilhac, père de l'auteur de Froufrou. 




ki^ Didier PoKiET : Le Matin. Bruyères en Fleurs (Vallée de la Dordogne. à Argentat) 

(Cliché des Annales). 



— 77 ~ 



Le cours de la Vézère, de sa source à son entrée dans le 
plat pays, entre Allassac et Varetz, est de la plus haute cu- 
riosité. Quelques-unes des villes que cette rivière arrose, 
Uzerche et Treignac, entre autres, offrent au voyageur et à 
Tartiste un attrait tout particulier. Elles sont peu connues, 
cependant, et la Vézère est la belle ignorée !... 

Nous avons vu que Jeanron habita' le manoir de Comborn 
où la Vézère roule ses eaux tumultueuses, et qu'il se plut à 
reproduire certains aspects de la vallée. Mais à part MM. Er- 
nest Rupin, Raphaël Gasperi, au Saillant, Bourgeois et Paul 
Hallez, professeur à TÉcole des Beaux-Arts de Lille, que 
des relations de famille avaient attiré dans le pays, à Vi • 
geois, nous avons peu de peintres à signaler dans cette 
partie du bassin de la Vézère. 

A Uzerche, ils vinrent plus nombreux. L'incomparable 
situation de la vieille cité, en amphithéâtre sur un promon- 
toire qui domine la Vézère, ses maisons qui sont des châ- 
teaux avec leurs tours, leurs toits en poivrière, leurs fenêtres 
ogivées, Téglise, dont le clocher roman semble sonner le 
ralliement aux logis moyennâgeux qui se pressent à ses 
pieds, dans un désordre de troupeau apeuré, ses tanneries 
du bord de l'eau, tout cet inépuisable pittoresque, qui aurait 
fait la joie de Gustave Doré, de Robida ou d'Henri Pille, ne 
pouvait qu'attirer les artistes. 

Léon Fleury, l'ami de Corot, celui que le maître appelait 
Florigodon, y vint vers 1847. AUx Salons de 1848 et 1849, 
on voyait, en effet, deux tableaux d'Uzerche signés de ce 
peintre. Plus tard, bien plus tard môme, on trouve à Uzer- 
che : MM. Courtot et Bichet, professeurs à Limoges; M"* Ber- 
the de Neuville, dont les merveilleuses aquarelles sont très 
appréciées; M"* Martin; MM. Friedlander, Pierre Prins, 
Daye, Fritza David, Charles Halle, Jaudin, Albert Joseph, 
Lavialle de Lameillère, Pétiniand-Dubos, Gaston Vuillier, 
ArthurGué(Pe/i^ep/ace à Uzerche, Cascade de Bialé, 1906), 
le jeune maître impressionniste Eugène Alluaud { Vieille 



- 78 - 





Gaston Vdillier : Le Saut de la Virole, a Treignac 
(Cliché du Tour du Monde). 



- 79 - 

place à U^arche; Rue montante à Uzerchey 1905), A. Cha- 
baDiân, etc. (1). 

A Treignac, dans la banlieue de laquelle mugissent les 
eaux du Saut de la Virole, et où s'arrondissent les ballons 
des Monédières, tapissés de bruyères et d'ajoncs, les artistes 
s'y sont faits plutôt rares. Nous y signalerons toutefois : 
Vanginaud, MM. Mathis Picard, Louis Leinia de La Jar- 
rige, dont les études servent de motifs aux fonds de ses 
dessins et caricatures ; Paul Hallez, qui sut rendre le charme 
suranné des rues de Treignac et les longues perspectives 
qui s'encadrent dans l'ogive des vieux ponts ; Gaston Vuil- 
lier, à qui la Virole rappela Gimel ; Charles Gabert (Joueur 
de cartes: Fontaine des amoureux à Égletons; Vieille porte 
de Treignac; Vieux pont de Treignac^ etc.). Enfin M. Ed- 
mond Tapissier, un artiste lyonnais de la meilleure école, 
qu'un mariage attacha au pays et qui s'en est inspiré dans 
plusieurs de ses toiles : Coucher de soleil aux Monédières^ 
au Musée de Tulle ; Le vieux Berger (1903); La meneuse de 
taureau (1904); Cour de ferme, Le gardeur de pourceaux 
(1908), et dans un projet de tapisserie des Gobelins, His- 
toire d'autrefois (Salon de 1905), etc. 

Aux environs de Treignac, il convient de signaler un 
artiste de Limoges, M. Paul Ranson, qui fut connu long- 
temps comme décorateur et que la nature inspira à Lafarge, 
où il exécuta des tableaux, pastels et fusains rehaussés, d'un 
art nouveau et subtil que loua le critique et poète Charles 
Morice : « Ranson n'a pas inventé cette atmosphère ardente, 
cet aspect rude, cette coloration puissante de la Corrèze; il 
copie la nature avec un soin jaloux. » De lui, nous citerons : 
Châtaigneraie, Paysage et étang de Lafarge, Le Châtai- 
gnier du hibou. Les Peupliers, Les monts de Chamberet, 
Château de Lafarge, A Lafarge, Châtaigneraie, L'Étang de 
la Sorcière, etc. 

(l) Mentionnons encore M. Marc Jonchères, un décorateur de l'ate- 
lier de Jambon, qui a peint de nombreux aspects uzerchois, anciens 
et modernes, dans la maison Materre, à Uzerclie môme. 

PriU Thaulow (1903) et M. Armand Guillaumin (1906) visitèrent 
Uzerche, mais n'en rapportèrent aucun sujet de composition à notre 
connaissance. 



80 - 



Un artiste un peu oublié, mais qui, en son temps — du 
temps surtout de la bonne bohème, chère à Mûrger, — eut 
son heure de célébrité, et qu'une nouvelle de Champfleury 
mit en lumière, le graveur Rodolphe Bresdin, dit Chien- 
CailloUj vint habiter les environs de Tulle vers 1851, où il 
reçut Thospitalité chez des amis qui l'avaient connu à Paris. 
Il y exerça son art, mais nous ne savons si la nature même 
du pays sollicita son attention. 

« Une famille amie le retira à la campagne, dit M. Emile 
Fage (1), dans la commune de Chanteix, au lieu de Bellevue, 
un pays de solitude, de tranquillité parfaite, orné de jolis 
arbres, bien ensoleillé, avec des perspectives ravissantes à 
l'horizon, vers Donzenac et Sainte-Féréole. Non loin de la 
maison d'habitation, dans le fond de la vallée, s'étendait un 
étang de belle dimension, en forme de coupe allongée, ré- 
puté pour la transparence de ses eaux, et bordé d'un côté 
par un chemin très propre qui formait promenade. Tout 
auprès, sur la petite plate^forme d'un monticule, gros comme 
une taupinière, et d'où l'on dominait l'étang, s'élevait, pas 
bien haut au-dessus du sol, une cabane de pèche; elle était 
d'aspect misérable, déjetée par le temps, couverte d'un 
chaume moussu et éclairée par l'unique jour qui tombait 
du tuyau de la cheminée ou que laissait passer la porte 
ouverte. La vue, de ce point, était bornée, mais agréable. 

« C'est dans cette cabane branlante que Bresdin installa 
ses pauvres pénates et vécut quelque temps en ermite. Cet 
intérieur à la Rembrandt, délabré et fantastique comme ses 
propres songes, l'avait enchanté : solitude profonde, grand 
silence ; nul être autour de lui si ce n'est quelques poules de 
la ferme qui venaient picorer ses maigres restes; et tout 
près, dans un rayon dont ses yeux percevaient aisément 
toutes les formes et toutes les nuances, une exposition per- 
manente de paysages d'un pittoresque achevé. 

(1) Chien- Caillou, sa vie, son œuvre (Tulle, 1897). 



- 81 - 

« Bresdin était amoureux de son gite; il prit tout de suite 
au sérieux son rôle de maître de maison ; il se mit à faire 
lui-même son ménage, sa cuisine. Dieu, quelle cuisine et 
quel ménage! Les galettes ou crêpes de sarrasin, fort en 
usage dans la contrée, étaient de son goût; il voulut les 
confectionner de sa propre main et y réussit, très grossière- 
ment il est vrai. Un couvercle de marmite lui servait de 
poêle. Il en sortait des galettes d'une couleur peu avenante 
et d'une épaisseur qui les rendait semblables à de petites 
tourtes de pain. Les paysans n'en auraient pas voulu. Lui 
s'en régalait, vantait à qui voulait Tentendre Texcellence 
de ses produits culinaires. Les gens de l'endroit qui pas- 
saient par là jetaient un coup d'œil curieux, mais effaré, sur 
cette installation primitive et sur les allures mystérieuses 
du personnage qui y résidait : un être à mine rébarbative, 
d'humeur fantasque, ne parlant pas et ne faisant rien comme 
les autres, tantôt occupé à son ménage, tantôt travaillant à 
des choses incompréhensibles, avec des bouts de crayon ou 
des pointes d'acier qu'il faisait aller et venir de façon 
bizarre, et leur produisant l'effet de ces apparitions fantas- 
magoriques dont le récit émerveille les soirées d'hiver à la 
campagne. On racontait même que, peu de temps après son 
installation à Bellevue, à la seule fin d'écarter les impor- 
tuns, il s'était procuré, un fusil en bois dont il se servait 
pour viser les curieux au passage et leur inspirer une crainte 
salutaire. 

« Bresdin, au fond, n'était pas si effrayant que cela. Il y 
avait du bonhomme en lui. Il avait fini par apprivoiser les 
gens de son entourage. On l'accueillait avec plaisir. Il venait 
familièrement prendre place à leur foyer, se mêlait à leurs 
veillées; il en était même arrivé, par ses histoires et ses 
drôleries, contées le soir, au coin du feu, à les intéresser et 
à les égayer. 

« Il frayait aussi avec le voisinage, poussait des recon- 
naissances dans les villages d'alentour, excursionnait jusque 
dans les communes environnantes 

« Le réfractaire s'humanisait au contact d'un foyer favo- 

T. xxx. i - 6 



— 82 — 

rable, où il trouvait des figures souriantes et Toubli de ses 
misères. 

ce Malgré tout, persistait en lui un fond de sauvagerie, 
qu'il dépendait du seul hasard de la conversation ou des 
circonstances les plus futiles, de faire tout à coup surgir. » 

Peu à peu ces sautes d'humeur jetèrent un certain froid 
entre Bresdin et ses amis et épuisèrent les sympathies qu'il 
s'était acquises. Il dut s'éloigner, quitter Chanteix et re- 
prendre la vie errante. 



Les longues étendues du Plateau de Millevaches que par- 
courent les grands troupeaux de moutons; l'âpre désolation 
qui les enveloppe; l'intense mélancolie qu'elles dégagent, 
prônée par le maître graveur Bracquemont, ont été dédai- 
gnées des artistes. M. Gaston Vuillier les visita au cours 
d'un voyage documentaire sur les sorciers de la Haute- 
Corrèze et les fontaines miraculeuses. Il en fixa quelques 
tragiques aspects. M. Bourgeois y traduisit un Lever de 
lune^ qu'on voit au Musée du Petit-Palais des Champs- 
Elysées. Enfin, MM. Mascré, Georges Beaume. Auguste 
Barthon et François Ferrand s'en inspirèrent dans quelques 
tableaux et eaux-fortes.- 

L'étage inférieur de cette région d'Ussel est, d'ailleurs, 
complètement délaissé des peintres, à part peut-être Bort, dont 
le site enchanteur, sur la Dordogne, s'ouvre sur deux pro- 
vinces : le Limousin et l'Auvergne (1). A Bort, Chaigneau 
travailla, vers le milieu du siècle dernier, ainsi que Schenck, 
le peintre des moutons et des oies, et Rosa Bonheur. De nos 
jours, il convient d'y signaler M. Pierre Galerne, M. Char- 
les Lamour , M. Didier-Pouget , qui s'y rendit pendant 
l'été de 1907, et qui en rapporta : Le Mafin, vallée de la 
Dordogne (Madic), au Salon de 1908. 



(1) A Ussel et ses environs citons M. Forestier, peintre, aquarelliste 
et fusainiste. 



— 83 — 




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- 84 - 

En Corrèze, il convient encore de signaler çà et là : 
MM. Henri Linguet {Maison de cultivateur à Cubiac, 1888) ; 
Numa Gillet (Route dans la Corrèze, 1905; Temps gris en 
Corrèze, 1906); Joseph Lépine {Place de village; Rivière et 
coteau, 1906); Paul Méry {Cour de ferme en Corrèze; Mou- 
lin abandonné en Corrèze, 1905); Gaston Vuillier (Sentier 
de la Corrèze, 1890) ; Lucien Brunaud (Pêcheur d'écrevisses 
dans la Solant, environs de Tulle, 1882); Alphonse Teytaut 
(Lubersac) ; Auguste Barthuel (Puy-d'Arnac) ; François 
Gouyon, aquafortiste (Juillac) ; M"** Bernard {En Corrèze, 
1907) ; Arthur Gué (Donzenac) ; EichmûUer (Intérieur limou- 
sin, à Puyjalon, 1907), etc. (1). 



Limoges, par sa situation en amphithéâtre que baigne la 
Vienne, par ses clochers, 

Pleins de nids et d'hirondelles, 
la masse imposante de sa cathédrale gothique, construite en 
granit du pays, la ceinture d'émeraude que lui font les cam- 
pagnes environnantes, ses logis anciens, ses rues en pentes 
raides, ses vieux ponts, est une des villes les plus pitto- 
resques et les plus curieuses du centre de la France. La 
« matière picturale » y est innombrable, Par ses ateliers 
d'émaillerie et de porcelaine, la cité de saint Martial a été, 
est encore un foyer artistique intense. Il n'est pas étonnant, 
dès lors, qu'elle ait donné naissance à de nombreux artistes 
et qu'elle en ait attiré quelques autres, pour les retenir 
même définitivement dans ses murs. Parmi ces derniers, il 
convient de citer tout particulièrement M. Paul-Laurent 
Courtot. Ex-artiste des Gobelins, professeur de dessin au 
Lycée de Limoges, élève de Maillard et de Galland, il a 
cherché, dans une abondante production, à fixer les anciens 

(1) Au Salon de la Société nationale des BeauxÂrts en 1894, un 
sculpteur, M. Henri Cordier, exposa pour le compte du Ministère de 
l'Agriculture, Attelage de bœufs limousins, Pileuses limousines. 
Chenaux du Haras de Pompadour, Laboureur^ moulages à la cire 
perdue pris à Pompadour. 



- 85 - 

aspects litnogeois, les vieilles rues, les monuments d'autre- 
fois, avant qu'ils ne disparaissent ou ne soient modifiés par 
les édilités successives, enclines à faire table rase du passé, 
sous prétexte de progrès modernes plus ou moins justifiés ; 
il a rendu, avec conscience et sincérité, la fraîcheur des 
sites de la banlieue, et noté, avec une extrême précision, les 
détails de la vie limousine, à la ville comme à la campagne 
(scènes d'intérieur, de la rue, des champs, etc.), et du tra- 
vail limousin : La Boulangerie au couventy L'Atelier de 
Léonard Limosiny Le dernier Tisserand à la main, La 
Manche à pâte, Le Tourneur de gsLsette, Le Four en mar- 
che. Les Retoucheuses, etc., etc. Cette œuvre constituera 
une documentation picturale de tout premier ordre. Elle se 
recommande, d'ailleurs, par un dessin serré, un coloris 
charmant, un art de composition touchant à une vérité 
absolue. 

A côté de M. Courtot, il convient de citer M. Charles 
Bichet, M. Aridas, professeurs à l'École nationale des Arts 
décoratifs, aquarellistes et peintres de talent; Grenaud — à 
qui on doit une belle eau forte : La rue de la Boucherie, 
qui aurait dû tenter le pinceau truculent d'un Roybet; — 
Philippe Lacoste, évocateur, en un large décor, de la vieille 
Abbessaille ; Soubreny, Perdoux, etc. 

Puis ce sont les artistes originaires du pays même, que 
leur ville et ses environs inspirèrent : Gardel, tout imprégné 
de romantisme {Vue prise en Limousin, 1845; Lecture au 
bord de la Vienne, environs de Limoges, 1857, vieux quar- 
tiers de Limoges, etc.); Pétiniaud-Dubos, qui eut son heure 
de notoriété ; Roly ; les néo-impressionnistes Eugène Alluaud, 
Pierre Thomas, Pierre Lissac, et surtout Paul Thomas, qui 
a su trouver une note extrêmement originale en peignant 
les arches des vieux ponts de Limoges qui répercutent la 
chanson et le rythme des ponticaudas, des lavandières 
grouillant sur les bords de la Vienne, alors que l'air et la 
lumière qui les enveloppent rendent des vibrations que l'ar- 
tiste sut voir ei fixer d'un pinceau étincelant et juste. Il est 
aussi l'auteur de gravures en couleurs de haute allure. 



— 86 — 

Et ce sont encore : M. Bourgeois (I); M"' Villoutreix, née 
Issanchou, dont les paysages sont tout à fait rennarquables 
et d'un sentiment à la fois plein de mesure et d'énergie; 
Paul Forestier ; M"' Gorceix ; Tixier ; Palisson ; M"* Berthe 
de Neuville, une aquarelliste de grand talent, à qui l'on doit 
une abondante production limousine (Ruines et Donjon de 
Châlucet ; Moutons au pâturage en Limousin ; Cabane de 
feuillardier; Prairie en Limousin; Automne^ etc.); Pierre 
Prins, qui fut à Vicq; Louis Darey, à Châlucet; Chambeaux 
(Vue prise à la Quintaine, 183^-1845) ; Granet, dont on peut 
citer : Crépuscule au Palais y Clairière à Crèse, Moulin 
Pinard; Effet de soleil à, V Aiguille, etc. 

La grande banlieue de Limoges, les vallées de la Vienne, 
de l'Aurence, de la Briance, de l'Isle, etc., offrent aux artistes 
de multiples sujets d'inspiration, ainsi que Saint-Yrieix, 
Eymoutiers, Saint-Léonard, Aix, etc. Nous avons signalé, 
dans ces parages, Jules Dupré, Corot, Troyon, Léon Fleury, 
Justin Ouvrié, dans la première moitié du xix® siècle. Nous 
pouvons y ajouter : Trouillebert, qui se plut à rendre, comme 
Corot, les aspects nuancés de la Vienne dans les matins où 
flottent de légères brumes; Charles Donzel; M™* Amélie 
Nivet-Fontaubert (la Briance) ; Paul Dalpeyrat (vallée de la 
Valouène} ; Emile Beaubrun (Nieul) ; Raoul Bourdier (Saint- 
Yrieix); Sardent (Saint-Léonard); Furlaud, dont on a : Les 
dernières Châtaignes, des bords de la Vienne, de la Briance, 
du Vincon, des coins de villages, de vieux chemins ; Payer- 
meville, etc. 

A Eymoutiers, la Vienne a trouvé en M. Gabriel Mathieu 
un artiste inspiré. Le cours accidenté de la rivière, les ro- 
chers, les échappées de ciel, la petite ville môme, Bussy- 



(1) Cet artiste a exécuté pour le hall de la gare d'Orsay (Compagnie 
d'Orléans), à Paris, toute une série d'aquarelles qui disent le charme 
du pays aux voyageurs et touristes {Solignac ; Ckûlucet; La Vienne 
à Bussy-Varache; Eymoutiers ; Vallée de la Vienne à Eymoutiers^ 
dans le Èaut Limousin, et Vallée de la Luzège à Ambruyeat ; Mey- 
mac, le Plateau de Mîllevaches , Vieille route d'Esticaux; La 
Vézère à Estivaux; La Vallée de la Vézère à Allassac; Uzerche et 
la Vézère, etc., en Bas-Limousin. 



— 87 — 

Varache, lui ont donné l'occasion de les traduire dans une 
belle pâte nuancée où les jeux de la lumière sont parfaite- 
naent rendus. Il nous faut encore citer, en ces lieux, 
M. Rouselle-Bardelle, peintre et sculpteur; M"* Villoutreix- 
Issanchou, déjà nommée ; Léon Jouhaud, etc. 

Plus au Nord, dans le haut pays, nous relevons les traces 
de MM. Adler (Gorges de Baledent) ; Edouard Célerier 
(Royères), Une Noce en Limousin; AUeaume (Saint-Sul- 
pice-les-Feuilles) ; Grillon (Le Dorât); Arthur Gué et frère 
Léon (Bellac); Olivier Chéron, qui fréquenta longtemps la 
vallée de la Benaize et le site de Las Croux; M"' Eva 
Alexandre (Bessines) ; M. Charles Bichet qui, après avoir 
aquarellisé les ruisselets, les moulins et les vieilles chau- 
mières, s'est appliqué à mettre en valeur les sites de Bes- 
sines, de Châteauponsac et de la Gartempe, sur des toiles 
d'une facture variée et toujours captivante : Une Rue au 
soleil; L'Orage; Moulin sur VAixette; La Gartempe à Châ- 
teauponsac, etc., sans oublier ses intérieurs rustiques et 
d'église, d'une note un peu sévère, mais curieuse par ses 
effets de lumière. Mentionnons encore, à Châteauponsac, 
M. Philippe Lacoste, déjà vu parmi les peintres limogeois. 

A Saint-Junien, il est un ensemble de sites, formés sur- 
tout par la vallée de la Glane, qui comptent parmi les plus 
beaux du Haut-Limousin. Corot fut le premier à subir leur 
charme. Le maître aimait à reproduire Tun d'eux, que les 
artistes appellent maintenant le « Salon de Corot ». 

A la suite du grand peintre vinrent Victor Dupré, le frère 
de Jules Dupré, .vers 1860, et Donzel. Puis ce fut un artiste 
bordelais de beaucoup de valeur, Amédée Baudit, un peu 
oublié aujourd'hui, qui fut le maître de M. Didier-Pouget. 
A la vente de son atelier, on vit passer : A Saint-Junien- 
Limousin; La Glane à Saint-Junien ; Pâturage à Saint- 
Junien. 

De nos jours, Saint-Junien et la Glane sont aussi fréquentés 
par les artistes que Crozant. Chaque année, ils s'y donnent 
rendez-vous, et parmi eux nous citerons : Henri Rapin, A. de 
La Roca, M°*' Analy, Prieur, Lemaire, Bourgeois, Paul et 




Jean Teillbt : Vallée de la Glane (Le Salon de Corot). 



- 89 — 

Pierre Thomas, Jacques Hast (La Glane; Intérieur limou- 
sin; Collines de la Haute-Vienne); Raoul Bourdier (Le 
Moulin de la'Pouge; Village de Glane; Petit pont de Glane), 
Henry Mouren, A. Gué, M"' Villoutreix, Eug. Alluaud, etc. 

Nous donnerons une mention spéciale à M. Jean Teillet, 
un enfant du pays qui, depuis une dizaine d'années, n'a pas 
cessé d'envoyer au Salon des tableaux inspirés des lieux qui 
lui sont chers et dont il sait rendre la pénétrante poésie d'un 
pinceau habile et délicat. On a de lui : Le Moulin Ringuet 
(1897); Solitude (1898); Le Salon de Corot (1900); Solitude 
(1900); Dévotions limousines (1901); Le Dormant (1907); 
La Glane au Châtelard (1907); La Glane en été (1907), et 
une foule d'études des plus intéressantes. 

Nous ne saurions passer sous silence M. Charles Agard, 
interprète du Nontronnais, de la Creuse et du Haut-Limousin, 
dont le talent délicat s'apparente à l'impressionnisme de 
Renoir et de Sisley dont on peut citer : Soleil levant dans le 
Limousin; Le soleil quitte la vallée^ Limousin; Petit vil- 
latjeen Limousin, etc ; MM. Auguin [Solitude en Limousin, 
1871); Devaux [Souvenir du Limousin, 1884); Péret [Une 
Vallée en Limousin; Soleil couchant, 1847); M. Lucien Gri- 
veau [Le Dimanche en Limousin, Intérieur d'église, envi- 
7'ons de Saint-Yrieix, dans laquelle papillonne toute une 
nuée de blancs barbichets, 1894) (1). 



De Crozant et de Fresselines, beaucoup d'artistes se sont 
répandus dans les autres parties du pays marchois. Quel- 
ques autres y ont travaillé sans se préoccuper des sites chers 
à George Sand et à Maurice Rollinat. 

La situation extrêmement pittoresque d'Aubusson tenta, 
comme nous l'avoué vu, le pinceau du grand Corot. Il prit 
une vue de la ville des hauteurs de la Chabassière, d'après 

(1) En marbre de couleur, M. Constant Roux exécuta, au Salon de 1905, 
Le Joug, étude de deux bovins limousins, qui fut très remarqué. 



— 90 — 

une tradition que nous rapporta M. J. Rouffet. Il faut aussi 
signaler dans la région aubussonnaise : Alexandre de La- 
lobbé (Le Soir au bord de la Creuse, 1893; Le Quartier de 
La Terrade) ; Emile Bugarel (Le Pont de La Terrade) ; An- 
toine Jorrand, dessinateur en tapisseries, qui sait aussi bien 
brosser un paysage; Barbât; Eugène Cicéri (1847), peintre 
et lithographe, qui poussa jusqu'à Crocq; Auguste Barthon 
(Lavaveix), Bouligaud (Felletin), et toute une pléiade de 
jeunes peintres, élèves de TÉcoIe des Arts décoratifs d'Au- 
busson. 

A Saint-Sulpice-les-Champs, mentionnons : M. Desvareux- 
Larpenteur, qui se plaît au paissement des troupeaux, à leur 
rentrée au bercail, et qui peint dans le genre de Chaigneau 
et de Charles Jacques (1903), puis M. Jules Rouffet, peintre 
militaire, originaire du pays, qui sut rendre toute la poésie 
de la nature marchoise dans : Un sous bois, Vété (1902); Le 
Soir; Vallée de Vaintenat (1905); La Brande en décembre 
et Dans les Bruyères de Chansard (1906); La Clairière et 
Bruyères de mars (1907), etc. 

A Guéret, M. Maurice Loir, qui a dans cette ville des 
relations de famille; M. F. Maillaud; MM. Martial Négret, 
Perret (1869); Ant. Roy; à Auzances, MM. Pierre Thomas, 
Félix Clairet; à Bourganeuf, M. Charles Agard; à Anzème, 
M. Clairembault ; à Chénerailles, Bonlieu, ont planté leur 
chevalet et traduit, par le pinceau ou le burin, les aspects 
variés de ces villes et des campagnes environnantes. 

A Chambon et dans la vallée de la Voueize, il faut signaler 
le passage de M. A. de Lassuchette (Vieux pont à Chambon; 
Pierres jaunâtres; Église de la Courcelle Saint-Priest, etc.), 
et Marc de Lajaumont; à Lépaud, M. Allan Osterlind, un des 
grands maîtres, avec Thaulow, de l'École norwégienne mo- 
derne. 

C'est à l'automne de 1886 que M. Osterlind arriva à Lépaud 
avec sa famille. Le pays lui plut; il s'y fixa, et, l'année 
d'après, un fils, Anders, qui devait être peintre, comme son 
père, y naquit. Dans cette petite localité marchoise, pendant 
plus d'un an, M. Osterlind ût des tableaux et des gravures 



— 91 — 

en couleurs dont on ne peut que vanter Tintensité de vie et 
la facture originale. La Veillée d'un mort, d'une si poi- 
gnante émotion, mentionnée au Salon de 1887; de vieilles 
femmes d'un réalisme saisissant ; point de vue sur la route 
de Boussac. en bordure du parc en temps de neige ; sapins 
près le château de Lépaud; le jardin du café Martin; des 
coins de la Voueize, etc. 

Avec cet artiste, à la même époque, vinrent à Lépaud 
deux paysagistes étrangers, amis de M. Osterlind : M. Skress- 
vig Christian, dont on connait Soleil de mars: Vue prise 
sur le chemin de Combraille et autres toiles; et M. Jseph- 
son, auteur, en particulier, d'une Femme filant sa quenoiùlh 
auprès du feu, etc. (1). 

Entre temps, M. Osterlind fut l'hôte de Maurice RoUinat à 
Fresselines où il fît nombre de tableaux et de gravures, 
ainsi que nous l'avons vu plus haut. Lépaud, Crozant et 
Fresselines, les vallées des deux Creuses, de la Sédelle et 
de la Voueize furent, d'ailleurs, en pays marchoiSç le séjour 
de prédilection des artistes suédois, norwégiens et améri- 
cains, — sauf Thaulow, qui préféra les vallées plus riantes et 
plus grasses de la Dordogne, sur les confins du Bas-Limousin 
et du Haut-Quercy. 

Les gorges si pittoresques du Taurion et les bordîi de la 
Gartempe ont inspiré plusieurs peintres. Parmi eux ; M. La- 
Gentite (Landes à Ribagnac; Vue prise à Janaiat; La Châ- 
taigneraie à Fournauy 1882-1883), MM. Henry Moureni Ar- 
thur Gué, Raoul Bourdier, Ch. Bichet, G. An^lade, Charles 
Corcuff, Barbant, Henri Gouiliet, Karl Beugel, M"*^ Jules 
Laumond, sans oublier Corot dont nous avons signalé le 
passage sur les rives du Taurion, et M. Jules Adler. le puin- 
tre par excellence des crépuscules limousins et des grandes 
routes fuyant entre des masses d'arbres et des pacages ver- 
doyants. 

Un artiste marchois, M. Albert Grateyrolles, s'est aussi 
distingué dans l'art du paysage. Sa manière fort conscien- 



(1) Notes de MM. Aubert et Sol. 



— 92 — 

cîeuse lui a valu une solide réputation de dessinateur et de 
coloriste. Citons de lui : Le Retour des champb ; Au bord 
de VÉtang; Pacage dans la Creuse; Semailles d'au- 
tomne, etc., qui disent toute la poésie intense qui se dégage 
de la nature limousine et que M. Eugène Delestre a traduit 
dans une manière bien différente. 

Les paysages de la Creuse ont beaucoup servi la « ma- 
nière » de M. Eugène Delestre et sa réputation. « Familier 
des heures calmes du soir, de la solitude s'enténébrant des 
futaies et des sentes, du miroir remuant des rivières, dit 
M. Maurice Guillemot, il scrute la nature en ses aspects les 
plus divers ». De Margnot, de Saint-Georgesla-Pouge, où il 
fut en 1906, il rapporta de nombreuses toiles et aquarj^Ues 
qui le classèrent en bon rang parmi les jeunes maîtres qui 
savent « décrire la douceur des ciels apaisés, les brumes 
flottantes des eaux, Tespace limpide des horizons, la pleine 
clarté des midis, l'or des moissons blondes, les fleurs dans 
les verdures, la vitalité intense des fêtes estivales ». Soli- 
tude, Fin de jour. Premières teintes d'automne, le Pré 
Picard, Ciel d'orage, Les genévriers, Automne à Margnot, 
etc., comptent parmi les bons tableaux de M. Delestre, dont 
Timpressionnisme tempéré est agréable. 

M. Paul Rossert, un maître aquarelliste, peut être rangé 
aussi parmi les meilleurs artistes venus dans la Creuse. Il 
est surtout le peintre des brumes. « Brouillards du matin, 
aériens et légers, s'envolant dans un rayon de soleil, vapeurs 
du soir traînant sur les glèbes et les bois, bleuissement des 
gouffres et des lointains, toutes les bulles inconsistantes de 
l'atmosphère sont traités par Paul Rossert avec une surpre- 
nante virtuosité ». De lui, citons : Gorge dans la Creuse, 
Paysage, Une Vallée, Après Vorage, Fin d'automne, Tour^ 
nant de la Creuse, Soir dans la Creuse, etc., qui sont de 
vrais petits chefs-d'œuvre. 

Çà et là, il convient enfin de citer : MM. Surtel {Pont de 
Puyguillon) ; A. Gittard (Bords de la Creuse, 1882) ; Lau- 
rent Guetal {Petit vallon dans la Creuse, 1889) ; Jobard 
(Vieux chemin dans la Creuse); Gumény {Bords de la 



— 93 — 

Creuse) ; Perret {Noce à la, ferme, 1870) ; Dardoize {Un ma 
tin dans la Creuse, 1881) ; Dujardin (Le Colombier) ; Fran- 
çois Millet, le fils du grand Millet, auteur de U Angélus 
{Landennes) ; F. Leprat (Femmes tissant la toile, Creuse, 
1895, Labourage dans la Creuse, 1898) ; M"** Dubois-Daves- 
nes (Paysannes de la Creuse) ; et ce sont encore : MM. Gas- 
ton Vuillier, Pierre Ballue, Gabriel Mathieu, Charles Halle, 
Marcel Fournier, Granet, René Le Cler, Wûhrer. Armand 
Delille, Félix Planquette. M"»« Lucy-Malfilâtre, M. Théo- 
Jeulin, M"* Rabuteaux, Gaston Thiesson, etc., etc. 



Arrivé au terme de notre tâche, on nous permettra de 
jeter un coup d'œil d^ensemble sur l'œuvre des peintres du 
Limousin, nous entendons ceux qui y trouvèrent ou qui vin- 
rent y chercher, au cours du xix* siècle, et dans les premiè- 
res années du xx«, des sujets d'inspiration. 

C'est en Haut-Limousin, tout d'abord, que les grands 
paysagistes de l'École de 1830 se rendirent. Les environs de 
Limoges et de Saint-Yrieix, les vallées de la Glane, de la 
Vienne et du Taurion fixèrent leur attention et leur palette. 
Puis ce furent les sites marchois de Crozant et de Fresseli- 
nes qui offrirent une abondante matière picturale, quoique 
peu variée, aux maîtres de l'impressionnisme et à leurs jeu- 
nes disciples. Le Bas-Limousin ne vint qu'ensuite, dans les 
dernières années du xix* siècle. Gimel, Obazine, Argentat, 
Beaulieu, Uzerche, etc., attirèrent surtout des maîtres qui 
sont encore en pleine possession de leur talent, comme 
MM. Gaston Vuillier, Didier Pouget, Julien Le Blant, Thau- 
low — mort depuis — et tant d'autres. 

« Rien n'est gai comme un printemps limousin, quand 
frissonnent dans l'air limpide les frondaisons des jeunes 
pousses et que les champs de colza étalent leur nappe d'or 
fin, mise pour célébrer le retour des beaux jours, dit M. le 



94 — 




Gaston V'uilher : Le Meneur de Loups tCliciié du Tovr du Mondej. 



— 95 — 

sénateur Gotteron (1). On s'est plu à comparer le Limousin à 
une petite Suisse. Mais la Suisse, petite ou grande, est tout 
entière dans ses glaciers qui emportent les yeux et Fesprit 
vers les sublimités de l'infini. Notre piédestal est plus mo- 
deste. Il y a beaux temps que les glaciers ont disparu du 
Limousin. Mais ils y ont laissé les traces les plus précieuses, 
les sillons les plus féconds; ils y ont les plus beaux ruis- 
seaux du monde et les plus nombreux. Le Limousin, c'est 
vraiment le pays des ruisseaux. Le ruisseau limousin, ah ! 
quelle merveille ! avec ses bords escarpés, sa ceinture de 
prairies, ses rochers moussus, ses fougères, ses genêts, ses 
vergues et ses peupliers. Invoquons-les, ces doux gazouil- 
leurs. Appelons en quelques-uns parleurs noms charmants : 
TAurence, la Briance, la Maulde, TAixette, la Glane. C'est 
sur les rives de ce délicieux cours d'eau que Corot a pu dire ; 
Anché io sono pittoie. Les plus délicieux de ces ruisselels 
sont ceux, comme dit le poète, qui non loin de leur source 
vont se perdre sans nom. Voyez la fontaine du pré, toute 
cachée sous l'herbe rieuse, naïade à l'œil noir et aux vertes 
paupières. Elle est toujours froide comme le marbre. Et 
quand vous passez le soir dans la vallée, elle se fait un ma- 
lin plaisir de vous jeter sur les épaules son manleau de gaze 
glacée. 

« Si jamais le Limousin, comme le pays des lacs en An- 
gleterre, doit avoir son école de poètes — et tant de jeunes 
talents que nous voyons éclore en sont le meilleur signe 
d'espérance, — ce sera l'école des ruisseaux. Nos jeunes 
poètes n'auront qu'à accorder leur luth à tant d'harmonie 
naturelle et ils chanteront comme eux, divinement ». 

Les Maîtres du Paysage limousin ont, eux aussi, accordé 
leur palette à l'harmonie naturelle des eaux, comme les 
poètes y ont accordé leur luth. Dans l'œuvre purement limou- 
sine de Corot, de Claude Monet, d'Armand Guillaumin, de 
Thaulow, d'Eugène AUuaud, de Paul Thomas, de Jean Teil- 
let, de Julien Le Blant, de Gaston Vuillier, de Didier-Pou- 

(1) La Nature Limousine (Lemouxi, année 1906). 



— 96 - 




Gaston Vuillier : Une Femme des Hauts Plateaux 
(Cliché du Tour du Monde). 



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— 97 — 

get, de Gabriel Mathieu, etc., Teau chante son éternelle 
chanson, tumultueuse ou calme, dans un décor de nature 
tourmentée ou assagie, sous des ciels infiniment variés, dans 
la lumière cuivrée des automnes ou l'enveloppement opalin 
et diaphane des fêtes printanières ou estivales, — alors que 
se dressent les arches des vieux ponts ou que tictaquent des 
moulins dans un nid de verdure. — Et c'est aussi le châtai- 
gnier, arbre de gloire du Limousin, le symbolisant tout 
entier, par l'abondance de ses frondaisons et la robustesse 
de son fût, qui donne à l'œuvre de « nos o peintres un grand 
caractère, — que Paul Ranson dise son angoissante destinée 
sous ses aspects séniles, ou que Paul Madeline en marque 
l'agonie au déclin des beaux jours, dans tout l'or épars de 
l'automne, ou bien encore que Corot tisse la fine dentelure 
de son feuillage éployé, ou que Didier Pouget dresse son 
vert panache sur un moelleux tapis de bruyères roses dans 
un matin émerveillé ! 

Et dans ce décor, évocateur de beautés, les artistes ont vu 
passer aussi les bêtes, celles qui se rendent aux foires, 
comme celles qui broutent si tranquillement dans les paca- 
ges et les landes; et les gens aussi. L'existence quiète eL 
austère à la fois des paysans limousins, leur attachement à 
la glèbe, l'intérieur modeste de leurs demeures, la simplicité 
fervente de leurs dévotions, comme l'expression si intense 
qui se dégage de leur visage, s'éclairant parfois si joliment 
sous une pensée de joie, ont donné à plusieurs d'entre eus 
l'occasion de montrer qu'ils étaient aussi pénétrants portrai- 
tistes que parfaits paysagistes. 

Si jusqu'ici de nombreux peintres ont traduit diflFérentes 
parties du Limousin, que nous avons signalées, il reste 
encore un domaine immense à défricher. Maints endroits^ 
vierges du pinceau ou du burin, attendent leurs interprètes, 
aux quatre saisons de l'année. Les chercheurs de pays igno- 
rés et d'impressions neuves y trouveront de quoi satisfaire 
leur curiosité et la réalisation de leurs rêves d'art. Ce sera 
l'œuvre de demain. 

T. XXX. i - 7 



~ 98 - 

En terminant ce travail, nous devons exprimer toute notre 
reconnaissance aux personnes qui ont bien voulu nous four- 
nir des renseignements et en compléter d'autres. Nous 
devons également adresser nos plus vifs remerciements à 
MM. Etienne MoreauNélaton, le délicat artiste, glorifica- 
teur de Corot, le docteur Charbonnier, directeur de Limo^ 
ges Illustré, M. Ad. Brisson, directeur des i4nnaies, la direc- 
tion du Monde Illustré, MM. Hachette et C**, d'avoir, par le 
prêt des clichés des gravures qui ont été reproduites, 
rehaussé l'intérêt que peut présenter cette publication pour 
nos compatriotes et le public soucieux de connaître les diffé- 
rentes manifestations d'art de nos provinces françaises (1). 



JOHANNÈS PlaNTADIS. 



(1) En dehors des sources déjà indiquées, nous avons consulté pour 
cette étude les catalogues des Salons annuels de la Société des ArtiS' 
tes français, de la Société nationale des Beaux-Arts, du Salon 
d'Automne, de Isl Société des Artistes indépendants, de VUnion den 
femmes peintres et sculpteurs, des expositions particulières des 
Galeries Georges Petit, Bernheim, Durand-Ruel, des Artistes moder- 
nes, Druet, etc., le Dictionnaire des Artistes de VEcole française de 
1800 jusqu'à nos jours (1885), de M. Bellier de La Ghavignerie; le 
Dictionnaire des peintres, de Siret (1874) ; le Nouveau Dictionnaire 
des Peintren anciens et modernes, de Guédy, les notes de MM. G. 
Bertin et L. de Nussac, etc. 



NOTIOE3 



JETON DE CHARLES DE LÉVIS, BARON DE CHARLUS 



GUILLBMETTE DE BI6ÂMËTS, Damb DE MAULD£ 




Dans le deuxième volume de son très intéressant 
Armoriai du Jetonophile, œuvre d'une profonde éru- 
dition, M. J. Florange, le savant expert parisien, 
décrit ainsi un très rare et unique jeton de Charles 
de Lévis, baron de Charlus, et de son épouse, Guil- 
lemette de Bigamets, dame de Maulde, frappé à Toc- 
casion de leur mariage : « Écu parti de Lévis (écar- 
« télé au l*' de Lévis, au 2* de Poitiers, au 3* de 
« Ventadour, au 4* de Layre, sur le tout Roger de 
« Beaufort), et de Bigamets, entouré de rinceaux et 
« accosté des lettres C et G. — R/ : Dans une cou- 
« ronne formée de deux branches, écusson écartelé 
« comme au parti de Lévis, à Tavers. Cuivre* Petit 
« module j^. Cette pièce fait partie de notre médailler, 
nous en donnons une reproduction en tête de cettç 



— 100 — 

courte notice (1). Charles de Lévis, baron de Charius, 
fils de Jean de Lévis et de Françoise de Poitiers, fille 
d'Aymar de Poitiers de Saint- Vallier et de Jeanne de 
la Tour^ fut panetier des rois Henri II, François II et 
Charles IX, et grand-maltre des eaux et forêts de 1554 
à 1563. 11 épousa, en 1554, Guillemette de Biganiets, 
dame de Maulde. D'un premier mariage avec Margue- 
rite Brachet de Montaigu, il eut Claude de Lévis, qui 
hérita du titre et de la baronnie de Charius (2). 

On connaît plusieurs autres jetons de cette famille. 
Nous citerons seulement celui d'Anne de Lévis-Venta- 
dour, duc et pair de France, portant la date de 1615 ; 
il est très rare (J. Florange^ Armoriai^ tome I•^ n** 
857) et celui d'Anne de LéviS'Ventadour, archevêque 
de Bourges, a son buste, de 1655 (J. Florange : Armo- 
rialy tome V% n" 858. — Pierquin de Gembloux : 
Histoire monétaire et philologique du Berry. 
Planche IX, n^ 12). 

Docteur G. Charvilhat. 



(1) M. J. Florange a bien voulu nous prêter le cliché qui illustre ces 
lignes ; nous sommes heureux de lui adresser ici tous nos remercie- 
ments. 

(2) J.-B. Bouillet : Nobiliaire d'A uuergne (ClermontFerrand), 1851, 
tome III, article de Lévis. 



HISTOIRE 

DE LA 

PAROISSE DE SAINT-ÉLOI 

{2™* édition) 



Le petit bourg de Saint Eloi (ou Saint-Eloy, selon 
l'orthographe archaïque du cachet de la mairie) por- 
tait primitivement le nom de « Les Farges ». 

Mais à la fin du vi* siècle, naquit à Ghaptelat, aux 
environs de Limoges, et dans le doyenné de Nieul 
un personnage qui devait devenir illustre. L'histoire 
nous le montre trésorier des rois Clotaire II et Dago- 
bert P*" (...le fameux roi Dagobert...) puis, aussi, 
évoque de Noyon. 

Après sa mort, il fut canonisé, c'est-à-dire placé sur 
les autels, comme ayant été reconnu saint. Dès lors, 
ainsi que tant d'autres bienheureux, il donnera son 
nom à plusieurs paroisses (1), particulièrement à la 
nôtre et « Les Farges » s'appellera, désormais, Saint- 
Eloi-de-Segur. 

Cette adjonction : a de Ségur » aura pour but d'évi- 



(t) Sant*Éloi-de-Gy (Cher); Saint-Éloi, arr. deRiom; Saint-Éloi, arr. 
d'Ambert, etc., sans compter les villages qui portent Tappellation de 
Saint-Ëloi dans les communes de La Rochelle, Sainte* Pragne, Ëxci- 
deuil. [Il ne s'agit point ici d'Ëxcideuil, dans la Dordogne. comme on 
pourrait le crojre. Car, en cette dernière paroisse, ainsi que me l'assure 
M. le Curé, il n'y a point de lieu dit Saint-Ëloi.] 



— 102 — 

ter la confusion avec un autre Saint-Eloi, situé dans 
la Creuse, arrondissement de Bourganeuf (1). 

Notre petite localité qui, ainsi que Saint-Julien- 
le-Vendonnais, avait été de la châtellenie de Saint- 
Yrieix (car elle faisait partie du Haut-Limousin), 
appartint ensuite à celle de Ségur. 

C'étaient les Hautefort qui étaient vicomtes de 
Ségur, ayant succédé aux Des Cars, en cette qualité. 

Notre petite paroisse se trouve dans le doyenné de 
Lubersac (autrefois archiprêtré) et en est éloignée de 
prés de douze kilomètres. 

...Saint-Eloi, tout d'abord simple prieuré [i) y est 
cité dans les plus anciens documents. 

Les cartulaires, c'est-à-dire les recueils de titres 
relatifs aux droits temporels des églises, en font men- 
tion fréquemment. Le cartulaire d'àureils (Haute- 
Vienne) (3) le mentionne en Tan 1110, sous le règne 
de Louis-le-Gros. 

Une pièce de 1273 parle du prêtre desservant Saint- 
Eloi et lui donne seulement le nom de vicaire^ 
tandis qu'elle appelle chapelain celui desservant 
Beyssenac. 



(1) Elle pouvait avoir lieu, en effet, lorsque les deux paroisses étaient 
dans le môme diocèse ; mais elles sont aujourd'hui dans deux dépar- 
tements différents : Saint-EIoi-Greuse est un peu plus oonsidérable 
que Saint-Eloi-Gorrèze, puisque le premier compte 686 habitants, alors 
que le second n'en a pas 400. 

(2) Ces mots sont de ma première édition. M. Poulbrière ne les 
accepte qu'avec répugnance. Qu'il en montre la fausseté et, tous deux 
ensemble, nous les rejetterons. 

(3) Aureils était un antique prieuré, qui jouit, de 1071 à 1598, d'une 
prépondérance extraordinaire. Mais il passa des mains des Augustins 
en celles des Jésuites et, dès lors, dépérit. La Révolution le tua sans 
peine. — Son cartulaire est des plus intéressants, môme pour la Gor- 
rèze. Le Bulletin archéologique du Haut-Limousin l'a publié avec 
celui de l'Artige. 



— 103 — 

Cent ans plus tard, Saint-Eloi est réuni audit 
Beyssenac, sous la main de Jean du Mas, de la noble 
maison des du Mas, de Payzac. 

Cette maison fournira plus tard à Saint-Eloi, comme 
curés, deux Alaire du Mas. 

La réunion de Beyssenac et de Saint-Eloi, se pro- 
duira d'autres fois encore^ après différentes scissions, 
puis il y aura des prêtres exclusivement destinés à 
notre chère paroisse. . Ils porteront, cette fois, le titre 
de « recteur », car ils seront devenus autonomes. 

On sait que recteur signifie ici a curé » et, en Bre- 
tagne, on ne dit guère, même aujourd'hui, que : 
Monsieur le Recteur. 

En 1636, le recteur était Etienne Auconsul qui 
avait démêlé, pour les dîmes, avec Peyrot du Mas, 
alors seigneur du lieu. 

En 1723, c'était M. Peyrodie. 

Cette époque est, incontestablement, la plus bril- 
lante de notre petite localité. A ce moment-là, non- 
seulement il aurait été difficile d'accoler au nom de 
notre paroisse le qualificatif de petite que nous lui 
octroyons ci-dessus, mais encore on peut dire qu'elle 
avait une véritable importance. 

Indépendamment de son territoire actuel, en effet, 
elle comprenait plusieurs terres environnantes et, 
particulièrement, une portion de Ségur. 

Et puis, notre église est, à cette époque^ bien dotée 
et rentée. On sait que Clovis et ses successeurs, qui 
avaient concédé des fiefs à leurs hommes de guerre, 
faisaient des fondations en faveur des églises (1). Les 

(1) Clovis fit moins un acte de libéralité qu'un acte de justice, car 



— 104 — 

particuliers, au cours des siècles, augmentaient peu 
à peu ces fondations. 

Or, notre église paroissiale avait des biens-fonds 
connus aujourd'hui sous les noms de « Bois-Curé », 
« Pré-Curé », etc...(l). Il existe aussi une terre appe- 
lée en patois « La Meirilharia », c'est-à-dire La Mar- 
guillerie, dont le nom indique, évidemment, une 
provenance ecclésiastique. Cette terre est attenante 
au cimetière actuel et appartient à M. Henri Trarieux. 
Le cimetière môme fit, autrefois, partie de La Meiri- 
Ihariaj et constituait^ à une époque, le jardin d'un 
nommé Salamagne. 

Disons, à propos de rentes, que Guillaume de Bre- 
tagne, comte de Penthièvre et de Périgord, et vicomte 
de Limoges, par testament du 24 août 1454, fait au 
château de Ségur, donna, à chacune des églises de 
Saint-Julien-le-Vendonnais et de Saint-Eloi, dix livres 
à mettre en rente pour le bien de ces églises, sous la 
condition, toutefois, d*un service annuel. 

Enfin, la richesse relative de notre paroisse appert 
encore d'une pièce qui m'a été communiquée par 
M. Vigier de Gaston, un obligeant ami. 

« ...Par contract du segond septembre 1723, Sa- 
turnin Bossavy a recogneu au sieur Curé de.Saint- 
Eloy, 3 " de rante annuelle obituelle sur une grange 
qu'il possède au village de La Rivière aiant apartenu 
à feu Martial Bossavy qui l'aurait fondée le 17 juil- 
let 1631. 

Par contract du II septembre 1666^ Jeanne Simonet 

les églises de son temps avaient été, par les Barbares, dépouillées de 
leurs biens. 

(1) On trouve à Paris, dans le XIII* arrondissement, une rue « des 
Terres-au-Curé t. 



— 105 - 

a fondé en ladite églize de SaintEloy la somme de 
Trante sols, aussy de rante annuelle obituelle, pour 
dire une messe haulte, sur un jardin appelé Chasteau- 
Roucher(l) possédé par Saturnin Bossavy. 

Par testament de feu Saturnin Bossavy, bourgeois, 
du 23 avril 1731, il y est parlée entres autres chiefs, 
le suivant : 

Item, ledit Bossavy, testateur donne et lègue à 
Monsieur le Curé de Saint- Eloy la somme de 80 liures 
pour dire des messes pour le sallu de son ame et, avec 
ce, Ta faigt son héritier particulier. 

L'an 1736, et le quatorzième jour de juin, je, ser- 
gent soussigné, certyfie qu'à la requeste de Messire 
Martial Duverger(2) docteur en théologie, prêtre et 
curé de la paroisse Saint- Eloy, habitant au bourg 
d'icelle où il faigt élection de domicilie et, en outre^ 
en la ville de Ségur^ et en l'estude de M* Pierre 
Dumas, procureur au siège dudit Ségur, qu'il y con- 



(1) Situé commune de Ségur, et qu'il ne faut pas confondre avec la 
c Terre du Roucher m sise au hameau de la Taissonnière et apparte- 
nant à M. Pouyade. 

Disons, à propos de la Taissonnière, que ce nom doit s'écrire comme 
ci-avant et non de toute autre manière fantaisiste. C'était, autrefois, 
en effet, un lieu plein de iaissonSy c'est-à-dire de blaireaux : de là 
l'appellation. C'est donc à tort que M. Poulbrière écrit Tessonnière 
dans son estimable o Dictionnaire des Paroisses i. 

Seconde discussion philologique : J'ai un autre village dont le savant 
auteur sus-nommé écrit le nom Quéras- fourchas. Pour moi, c'est 
Caire- Fourcha; en vieux français : carre- fourc; en français mo- 
derne : carrefour. 

Caire-Fourcha signifie donc littéralement : pays fourchu, c'est-à-dire 
en forme d'Y. C'est le « trivium » des anciens. Du reste, il n'y a qu'à 
voir pour être de cet avis. 

Et, après lecture de ma première édition, M. Poulbrière concède que 
j'ai probablement raison ». a Mais, à défaut de temps, ajoutet-il, j'ai 
pris souvent, sans pouvoir les contrôler mûrement, les listes qui m'ont 
été faites ou sur place ou sur atlas, a Ce qui s'explique assez avec la 
vie d'enseignement continu qu'a menée M. Poulbrière. 

(2) Successeur de M. Peyrodie. 



— 106 — 

• 

stitue pour le sien, en la cour ordinaire de la vicomte 
dudît Ségur, suis aie en la susdite paroisse de Saint- 
Eloy distant de Ségur d'une lieue, et au logis et 
domicilie de Saturnin Bossavy, où ay trouvé Pierre 
de la Jante^ curateur dud. sieur Bossavy. 

Et, parlant à Bossavy et à Pierre, je leur ai dhu- 
ment signiffié par extrait le contract suivant : savoir, 
le contract du segond septembre 1729, dessus passé, 
entre feu Saturnin Bossavy^ père dudit sieur autre 
Saturnin, et le S*" curé de Saint-Eloy, par lequel ledit 
feu Bossavy s'obligeait de paier annuellement audit 
sieur curé la somme de trois liures pour les causes 
y portées, 

T La rante obituelle de trante sols audit S. curé de 
SaLnt-Eloy sur un jardin appelé Chasteau-Roucher. 
Et, enfin, le testament dudit feu Saturnin Bossavy, 
du 22 avril 1731, reçu Géraud, notaire, en dhue 
forme, par lequel ledit Bossavy léga audit sieur curé 
de quoy lui célébrer des messes. 

En conséquence de tout, les ays assigné à compa- 
roir dans trois jours par devant Messieurs les Officiers 
de la Cour ordinaire de la vicomte de Ségur. 

Et se, aux fins, savoir : 

Ledit sieur de la Jante d'authorizer ledit S. Bossavy, 
son mineur, ou pour le voir authorizer par Justisse. 

Ce faict, ledit Bossavy avec ledit de la Jante^ es 
qualités qu'il est pris, sis veoir condemner à paier au 
requérant les sommes en dispute : trois liures, trante 
aols(l) et certaines eautres encore. » 



(1] II est temps d'avertir que le sou^ monnaie de cuivre, valait douze 
deniers en biUon : du moins, le sou tournois, car le sou parisis en 



— 107 — 

A l'époque de ce document intéressant, et depuis 
plusieurs siècles, nous avions une église et un ora- 
toire. 

L'église, que nous possédons encore, a subi, au 
cours des temps^ bien des transformations. Le chœur, 
qui en est la partie la plus ancienne, date vraisem- 
blablement du XI* siècle. Le pignon ouest, autrefois 
sans ouverture, accuse le xn*. La date qui se lit sur 
rentrée : 1745, est celle de la porte qu'on y a ménagée. 

La chapelle de la Sainte- Vierge en est la portion la 
plus nouvelle. On y remarque, à la clef de voûte, le 
blason des Lastours(l) parfaitement conservé. On re- 
trouvait ce blason sur plusieurs pierres tombales fort 
belles^ mais qui ont servi à faire des escaliers ou 
bien le piédestal de la croix s'élevant sur notre petite 
place. 

La cloche, une des plus remarquables de l'arron- 
dissement de Brive, porte le millésime de 1532, et 
eut pour marraine Catherine de Salagnac. Cette noble 
dame tirerait- elle son nom du Salagnac que nous 
connaissons dans la Dordogne?... Nous ne saurions 
le dire. Ce qu'il y a de certain c'est qu'elle passe dans 
la contrée pour être originaire de Pompadour. 

En tous cas, voici les renseignements exacts que 
l'on possède sur sa personne, et, plus encore sur son 
mari. 

...Catherine de Salagnac avait épousé, en 1522, 



valait quinze. Le sou tournois représenterait environ trois sous de notre 
monnaie. 

Quant à la livre (tournois aussi) elle valait 20 sous. 

(1) Les Lastours sont originaires de Lastours, dans le canton de 
Nexon : M. le Doyen de cette paroisse m'a montré, dans son église, 
d'autres clefs de voûtes portant le même blason. 



- 108 — 

dix ans avant la fonte de la cloche, Jacques du Mas, 
écuyer, qui fit hommage en 1541, au roi de Navarre, 
vicomte de Limoges et seigneur de Ségur, pour son 
hôtel noble du Mas, dans le château de ce lieu, et 
pour son « repaire » du même nom, assis près de 
Ségur, mais alors dans la paroisse de Saint-Eloi(l). 

Aussi le roi de Navarre lui céda-t-il la haute, 
moyenne et basse justice sur toute cette paroisse et 
sur une partie de celle de Saint-Julien. 

Un mémoire authentique dit que Jacques du Mas 
mit sa litre dans le corps de Téglise de Saint-Eloi. 

Dans le corps, observe M. Poulbrière à qui nous 
empruntons ce détail, parce que le sanctuaire était 
ordinairement réservé aux seuls seigneurs du lieu. 

...Autrefois, ce sanctuaire possédait une vieille sta- 
tue en bois représentant sainte Catherine. C'était un 
souvenir, apparemment, de Catherine de Salagnac. 

Il possède encore, mais détériorés^ une Vierge et 
un Christ en biscuit de Sèvres, donnés par M. Bru- 
net, en 1877. 

...Mais^ pour revenir au clocher, cause de cette 
digression, lequel est formé par une tour carrée d'un 
très-bon effet, disons que sa charpente a place pour 
une seconde cloche qui aurait même existé, jadis. 

Si l'église paroissiale nous est restée, l'oratoire plus 
haut désigné nous a été enlevé. 

Cet oratoire, situé sur les bords de TAuvézère (ou 
Haut-Vézère) était un lieu de pèlerinage excessive- 



(1) Ce repaire avait été fortifié en 1427 par Jean du Mas, premier 
pannetier de Jacques de Bourbon, roi de Hongrie, de Jérusalem et de 
Sicile. 



— 109 — 

ment fréquenté. Il était dédié à saint Laurent, patron 
de notre antique paroisse. 

Nous fûmes dépossédés de Toratoire Saint-Laurent 
vers 1749. 

C'est en 1749, en effet, que Ségur était érigé en 
paroisse (1) pour le dédommager, je crois, de la sup- 
pression de sa a Cour des Appeaux ». 

Or, pour se constituer paroissialement, Ségur pre- 
nait quelques territoires environnants. Dés lors, notre 
paroisse à nous perdait son oratoire^ mais non son 
antique dévotion envers son céleste protecteur. Et la 
fête de Saint-Laurent amène toujours une recrudes- 
cence de piété envers ce glorieux martyr. 

Aujourd'hui encore une vieille statuette du saint 
diacre est vénérée chez nous. Elle est encastrée dans 
la maçonnerie qui surmonte le puits de M. Reynaud, 
ancien maire de la commune. 

Ce puits^ alimenté par la « Fontaine Saint-Laurent », 
se trouve dans le bourg, entre Téglise et le cimetière. 

Ladite statuette attire l'attention de plusieurs ca- 
tégories de malades, mais, plus spécialement^ comme 
je l'ai constaté^ de ceux qui souffrent des dents. 

...Revenons à l'oratoire dont nous fûmes dépos- 
sédés. 

Jusqu'en 1791, il conserva une destination reli- 
gieuse. A cette époque-là^ il fut désaffecté (comme 
la chapelle de l'Aumônière), et transformé en salle 
devant servir de corps-de-garde. Depuis 1819, le 
corps-de-garde, à son tour, est converti en maison 



(1) Sous le patronage de Saint-Léger, qui avait à Ségur une cha- 
pelle, sur remplacement de laquelle on construisit l'église. 



— 110 - 

d'habitation, et occupé, aujourd'hui, par M"* Octavie 
Renaudie. 

Le curé de Saint-Eloi était, à l'époque où notre 
paroisse fut réduite au profit de sa voisine, Martial 
Duverger, déjà nommé. Et le successeur immédiat de 
M. Duverger fut, probablement, M. Mousnier des 
Etangs, décédé en 1779. 

A la grande Révolution, la paroisse avait pour pas- 
teur M. l'abbé Fournier. 

Voici ce qu'en dit M. A. Lecler en rendant compte 
de ma première édition dans le Bibliophile Limou- 
sin de juillet 1907 : 

a M. Fournier Antoine est né à Bourganeuf le 
12 janvier 1748. Il fit ce qu'on appelait le quin- 
quennium, ou cinq ans d'études au Séminaire d'An- 
gers et prit ses grades à l'Université de cette ville. 
C'est après cela, qu'étant sous-diacre, il entra au 
Séminaire des Ordinands de Limoges au mois d'oc- 
tobre 1771 (1). 

a A l'ordination du Carême^ en 1772, il fut or- 
donné prêtre^ et resta ensuite quelque temps dans 
sa famille, sans emploi; mais en 1779, il fut nommé 
curé de Saint-Eloi, près Ségur, aujourd'hui canton 
de Lubersac (Corrèze), pour remplacer M. Mousnier 
des Estangs, décédé au mois d'avril. 

a Après dix ans de ministère dans cette paroisse, 
la Révolution vint l'en chasser et installer à sa place 
un jeune prêtre, constitutionnel et intrus^ nommé 
François Bardon de Brun, né à Ségur en 1766. En 

(1) Livre des examens pour la réception des Ordinands, p. 49. Aux 
archives de l'Évôché. 



— 111 — 

effet, oc quand fat imposé au clergé de France le ser- 
ment de la constitution civile du clergé, en 1790, 
Tabbé Fournier refusa courageusement ce serment, 
et après bien des tracasseries de la part de ses parois- 
siens, il prit le chemin de Texil en 1791. 

« Le pieux abbé Fournier fut imité par son con- 
frère de Ségur, M. Tabbé Meynardie^ et on croit que 
tous deux passèrent en Angleterre (1). 

« Après la Révolution, on trouve Antoine Fournier 
résidant à Bourganeuf en 1802. Il fut nommé par 
Mgr Dubourg, en 1803, curé d'AUeyrat, près Au- 
busson; mais il refusa ce poste, préférant rester à 
Bourganeuf, où il servit de vicaire pendant quelque 
temps. En 1804, il est aussi dit curé de Faux- 
Mazuras, près cette dernière ville. 

a II fut ensuite nommé, le 5 décembre 1805, curé 
de Saint-Junien-la-Brugère, qu'il quitta aussi pour 
revenir à Bourganeuf. Enfin^ nommé à Bosmoreau, il 
desservit cette paroisse en résidant à Bourganeuf, où 
il était aussi aumônier des Pénitents bleus. 

« Le Sous-Préfet de Bourganeuf, dans un rapport 
au Préfet de la Creuse le 3 mai 1818, a écrit : 
« M. Fournier Antoine, âgé de soixante-dix ans, curé 
de Bosmoreau, est un ecclésiastique recommandable 
sous tous les rapports et dans tous les temps, i» 

a II est mort au mois de décembre 1819, dans la 
soixante-douzième année de son âge. 3> 

Depuis la Révolution, la paroisse de Saint-Eloi 
était demeurée sans pasteur, l'ancien presbytère ayant 

(1) Histoire de U paroisse de Saint- Éloi^ publiée eu 1907 par 
P.-J.-B. Joffre, curé de Saint-filoi. 



— 112 — 

été vendu par la Constituante comme propriété na- 
tionale. 

Il en fut ainsi longtemps, la commune ne fournis- 
sant pas le local nécessaire au logement d'un titulaire. 

Saint-Eloi perdit presque son titre de paroisse et 
devint, en quelque sorte, annexe de Ségur. Les des- 
servants de cette dernière localité furent autorisés à 
signer : Curé de Ségur et de Saint-Eloi. 

...En 1880, le presbytère actuel fut acheté à la 
famille Villouvier, et Tévôque voulut bien donner un 
curé à notre petite paroisse. 

Ce fut l'abbé Lacoste. 

L'abbé Guillaume Lacoste, comme veut bien me^ 
l'apprendre son neveu, avocat au barreau de Tulle, 
fut précepteur, d'abord, du fils du marquis de Leu- 
deville, à Leudeville, près Paris, et, plus tard, dans 
le Gers, du fils de M. Lacase - Laplagne , ancien 
ministre des finances. Après son préceptorat chez 
M. Lacase-Laplagne^ il fut successivement aumônier 
du Collège de Lectoure, curé de Lézian et Aussios, 
dans le diocèse d'Auch, et rentra enfin^ sur ses vieux 
jours, dans le diocèse de Tulle. 

Mais citons M. Lacoste : 

a Mon oncle a vécu et il est mort pauvre, aimant 
à répandre autour de lui ce qu'il possédait. 

a Je suis heureux que vous lui consacriez un sou- 
venir dans votre ouvrage. C'était un cœur incompa- 
rable. Ceux qui l'ont connu n'ont pu s'empêcher de 
l'aimer. » 

En 1882, M. Adrien Magne succéda à Tabbé La- 
coste. Il resta huit ans dans la paroisse. Son suc- 



— 113 - 

cesseur fut M. Ouvrard, aujourd'hui aumônier de 
THospice de Brive. 

Après M. Ouvrard, il y eut un veuvage de deux ans 
qui prit fin par la venue de M. Tabbé Lascaux, lequel 
trouva dans la paroisse une mort regrettable. 

Après cet incident, que l'on pensait de nature à 
dégoûter tout ecclésiastique, M. Tabbé Joffre arriva 
cependant. 

Au cours de son ministère, ce prêtre a fait réaliser 
à Téglise des réparations qui ont satisfait tous les 
paroissiens. A l'occasion de Tinventaire, il a fait faire 
exclusivement aux hommes une manifestation paci- 
fique et noble qui a attiré sur notre petite paroisse 
Tattention de tout le département; et^ enfin, il a été 
spontanément honoré du secrétariat de la mairie^ ce 
qui a attiré un instant sur celte commune l'attention 
de toute la région!... Honneur à Saint-Eloi!... 

P.-J.-B. Joffre. 



T. XXX. i — 8 



1 BRiïlSTE A LA G0NGIER6ERŒ 

(TZIElR.A^ZDOZe. JLN II) 



Le 4 thermidor an II comparaissaient devant le 
tribunal révolutionnaire, première section, salle de 
la Liberté, vingt-cinq prévenus, tous rattachés à la 
conspiration dite de Dillon, ou conspiration des Pri- 
sons. Il y avait là une octogénaire, la Maréchale de 
Noailles, sa fille et sa petite-fille ; le vicomte de La 
Châtre, ancien lieutenant -général ; « la veuve de 
a Saint-Juire, ci-devant conseiller au Parlement » ; 
la veuve Duvaugarnier ; le général de Fiers, âgé de 
38 ans, ancien général en chef de Tarmée des Pyré- 
nées, un des officiers de la Monarchie qui avaient 
acclamé la Révolution ; le fermier général de La- 
borde^ un Mécène de Tancien régime, « engraissé de 
la substance du peuple », avait ajouté de sa main 
Fouquier-Fiuville sur Pacte d'accusation, Pex-consti- 
tuant Gossin, des domestiques et des ouvriers., eux 
aussi ff complices de tous les crimes et de toutes les 
ce conspirations de Capet contre la natioq française ». 
Enfin, pour arrondir apparemment le chiffre un peu 
faible de la fournée^ on y avait joint un jeune homme 
de 17 ans, presque un enfant. Celui-là, arrêté quel- 
ques jours auparavant sous un prétexte quelconque, à 
Paris même où il était venu terminer ses études, 
s'était présenté aux huissiers, dans les couloirs de la 
prison, en entendant appeler le prévenu « Maillé ». 



~ 116 - 

C'était de son vrai nom Jean-Joseph Meynard de 
Mellet, né à Brive le 26 décembre 1776, fils unique 
de Joseph-Julien Meynard de Mellet (d'une famille 
originaire de TuUe)^ et de Catherine Maledent de la 
Bastille, habitants de Brive. 11 était, d'après les re- 
gistres paroissiaux de Téglise Saint-Martin de Brive, 
le filleul de Messire Jean-Joseph Peyrac ou de Pey- 
rac, son grand-oncle, écuyer, ancien commissaire de 
la marine, habitant de Paris, rue Neuve, paroisse 
Saint-Eustache. Son acte de baptême porte les signa- 
tures suivantes : 

a La Bastille, Meynard de Lafaurie, Puymarets 
d'Espagnac, du Griffolet, de Farge^ d'Arche, du Grif- 
folet, de Scorailles, d'Espagnac, de Verlhac, de la 
Bachellerie, le chev. de Corn^ v'* de Cosnac, du Sail- 
lant du Luc, Brival, Meynard de Mellet père, de Gi- 
libert, d'En val, Verlhac ». 

La famille Meynard de Mellet, qui possédait des 
biens à Chamboulive et la seigneurie de Mellet, en 
Périgord, était dans l'aisance. Elle avait à Brive une 
sépulture dans l'église des Pénitents blancs, (Saint- 
Pierre). 



Tou3 les accusés furent condamnés. Depuis la loi 
de prairial^ il n'y avait plus de défense. Lorsqu'un 
prévenu ouvrait la bouche pour donner quelque expli- 
cation, le président lui coupait la parole. Le jeune 
Mellet, confondu avec Maillé qui était resté en pri- 
son, fut frappé de la peine capitale, sans avoir pu 
dire un mot. « Il est évident, lit-on dans Tacte d'ac- 



— 117 - 

cusalion, qu'il tramait avec Pitt contre la République 
Française ». Son homonyme Maillé s'était d'ailleurs 
rendu coupable d'un crime de rébellion caractérisé. 
Gomme on lui servait un poisson avarié, il l'avait, 
d'après ce que rapporte M. Wallon, jeté à la tète du 
traiteur ou de son garçon. A supposer que l'erreur sur 
la personne de l'assigné ait été reconnue au cours de 
la procédure sommaire, la justice révolutionnaire 
n'aurait pas moins ordonné l'exécution ; a un peu 

plus tôt, un peu plus tard qu'importe ! », telle eût 

été son appréciation. Meynard de Mellet ne gardait-il 
pas dans tous les cas sur son visage, suivant le mot 
d'un espion des comités, ce que les ci-devant ne peu- 
vent perdre de leur ancien regard ? Et n'avait-on pas 
guillotiné, quelque jours auparavant, le petit Saint- 
Amaranthe, un enfant qu'on appelait Lili, comme 
complice de sa mère et de sa sœur dans la grande 
conspiration de Cécile Renaud contre Robespierre? 
a II ne leur faut, disait LoiseroUes père prenant la 
« place de son fils, que leur compte de tètes ». 

Barrère, au nom du comité de Salut public, venait 
de proclamer, devant la Convention, la nécessité de 
prendre des mesures pour l'évacuation des prisons. 
L'accusateur public, courbé sous un labeur écrasant, 
n'y regardait pas de si près, si bien que, dans ces 
heures tragiques, elle devenait une vérité, cette spiri- 
tuelle et dernière épigramme, décochée à ses juges 
par le journaliste Champcenetz : « Pardon, président, 
« c'est peut-être comme dans la garde nationale? 
et N'y aurait-il pas des remplaçants? » 



— 118 - 

Et par une tiède soirée d'orage, qu'a décrite l'abbé 
Carrichon, confesseur des dames de Noailles, lequel 
les suivit jusqu'à Téchafaud, le pauvre Meynard de 
Mellet monta dans cette sinistre charrette, dont un 
contemporain a dit que c'était la bière des vivants et 
que la populace parisienne appelait familièrement \ 

a le carrosse à trente-six portières ». Les condamnés, i 

les mains liées^ serrés les uns contre les autres, caho- i 

tés et se cramponnant aux ridelles, s'y tenaient avec 
peine, les uns debout, les autres assis. Le lieu des ! 

exécutions, sur la réclamation des habitants du quar- 
tier de la Madeleine, avait été transféré de la place de 
la Révolution à la Barrière du Trône renversé, dans 
la direction de Vincennes. Le funèbre cortège s'y 
rendait par le pont au Change et le faubourg Antoine. 
L'ex-constituant Gossin, un homme de six pieds, fut 
exécuté le dernier ou l'un des derniers, après avoir, 
d'après un témoin oculaire, examiné curieusement la 
guillotine. 

Le Moniteur du 10 thermidor donne, avec le dé- 
tail des événements du 9 thermidor, une liste sur 
laquelle figure, parmi les condamnés du 4, tous 
« convaincus de s'être rendus les ennemis du Peuple 
a en participant aux conspirations et complots formés 
« dans la maison d'arrêt du Luxembourg^ J. Meynard- 
« Mellet, âgé de 17 ans, né à Brive-la-Gaillarde, ex- 
ce noble ». 

Ainsi périt, guillotiné à la place d'un homonyme 
et, d'après les pièces mêmes de la procédure, pour 
un fait auquel il était étranger, cet autre Lesurque, 
innocente victime dont les historiens de l'époque révo- 
lutionnaire ont à peine retenu le nom ; ce qui n'em- 



— 119 — 

pécha pas d'ailleurs la condamnation et Texécution, 
deux ou trois jours après, du prévenu Maillé^ que la 
première citation n'avait pas touché. 

Que devenaient, dans tout cela, les malheureux 
parents, restés devant leur foyer désert ? Le l***" floréal 
an IX, décédait à son tour, à Brive, après Tunique 
héritier de son nom, Joseph-Julien Meynard de Mel- 
let, qualifié propriétaire, âgé de 60 ans, époux de 
Catherine Maledent de la Bastille. Le déclarant était 
son neveu, Pierre Lavialle de Lameillère^ homme de 
loi, habitant de Chamboulive (1). 

J. DE Saint- Germain. 



(1) Sources : Wallon, Histoire du Tribunal révolutionnaire;^ 
Archives de la Mairie de Brive ; — Gosselin-Lenôtre, Vieilles Mai- 
sons, Vieux Papiers ; — Rapport sur les Papiers de Robespierre, 
par le conventionnel Courtois de l'Aube. 



LE MONASTÈRE DE GOIROUX 



11 nous a paru intéressant de reproduire un acte 
authentique du 30 janvier 1749 signé par la supé- 
rieure et les religieuses bénédictines de Tabbaye de 
Coiroux près Aubazine. Cette pièce originale contient 
des noms très connus en Limousin. 

Le verso de Tacte porte cette suscription : 

Du 30 janvier Ï749. 

Quittance consentie par les dames religieuses com- 
posantes, la Communauté de Coiroux en faveur du 
sieur Jacques Fournet de Beauclair de la somme de 
300 1. en cancellation d'une rente constituée au ca- 
pital de pareille somme, consentie par le sieur Fournet 
au profit de laditte communauté par contrat du 
26 mars 1745. Reçu par Monteil n^'* Royal et CouUé. 
Laditte quittance sous seing privé. 

Au recto nous lisons : 

* 

« Nous louise de Saulvebœuf supérieure commis- 
saire de Coyroux, assistée de sœur Marguerite de 
Gilibert cellerière, et autres religieuses composant la 
dite communauté de Coyroux déclarons avoir ressut 
du sieur Jacque fournet de beauclaire bourgeoit abi- 
tant la ville de larche la somme de trois cens livres 
en espèces de cours; de rante constituée due à la 
communauté suivant le contract du ving et six mars 
milles sept cens quarante sinq, ressut par monteil 
notaire royal duëmant contreroUée par ozon, en- 



— 122 — 

semble tous les revenus legitimemant dûs, distraction 
faite du dixième ; avancé par ledit sieur fournet la- 
quelle susdite somme de trois cens livres les susdites 
religieuses onst dit vouloir employer aux deptes les 
plus privilégié de la dite communauté^ et le dit sieur 
fournet de son chef à dit provenir des deniers de 
demoiselle suzanne cabanis sont epouze^ les dites 
r'gg** on remis lespecdiction dudit contract promet- 
tant rédiger la présante quitance par devant notaire 
et témoins a la première réquisition qui leur en seroit 
faite ; fait dans le parloir de Coyroux paroisse de cor- 
nil le trantieme janvier milles sept cens quarante 
neuf. 

S"" de Saulvebœuf supérieure commissaire. 

S*" de S. leon de losse. 

S*" losse. 

S' de Darche. 

S"" de Germain. 

S*" de la bachellerie. 

S^ de S** fortunade. 

S"" de Flomont. 

S*" de Gilibert celleriere. 

S*" de Chassaing. 

S"" de bertin. 

Nous avons tenu à respecter la ponctuation et l'or- 
thographe de cette pièce curieuse, qui nous fait con- 
naître le nom de famille des religieuses de Coiroux 
au milieu du xvm* siècle. Nous y voyons qu'elles 
appartiennent à la noblesse du pays. Elles étaient 
évidemment des religieuses de chœur. 

J.-B. ESPÉRET. 



ECUS D'OR 

(P*ixi ci\x lM£o3rexi-^Gre) 

Trouvés au Mas, près du hameau de Puy-Jarige, 

COMMUNE DE BrIVE 



Une intéressante trouvaille de monnaies d'or a été faite, 
l'an dernier, par le sieur Mayjonade, propriétaire au Mas, 
près du hameau de Puy-Jarige ; ces monnaies présentent 
deux types différents : 

1^ CHARLES VII (1422-1461) 
D. Écu d'or, couronné, aux armes de France, accosté de 
deux lys couronnés. 
Lég, KAROLVS. DEI. GRACIA. FRANCORV. REX. 

R. Croix cantonnée de quatre couronnelles dans un qua- 
drilobe. 

Lég, XPC. VINCIT. XPC. REGNAT. XPC. IMPERAT. 
(Christus vincit, Christus régnât, Christus imperat). 

20 DAUPHIN VIENNOIS (1440-1456) 
D. Champ écartelé de France-Dauphiné. 
Lég. LVDOVICUS. DALPHS. (Dalphinus) VIENENSIS(l). 

R. Croix cantonnée de deux lys et de deux Dauphins. 
Lég. XPC. VINCIT. XPC. REGNAT. XPC. IMPERAT. 

Les Dauphins Viennois ont possédé au Moyen-Age le 
droit de battre monnaie ; ils ont transmis ce droit aux fils 
des Rois de France et aux Rois qui leur ont succédé dans la 
souveraineté du Dauphiné. 

(1) Qui fut plus tard Louis XI, à la mort de son père Charles VII. 



— 124 — 

Eq effet, par contrat passé au château de Vincennes le 23 
avril 1343, entre le roi Philippe VI et le Dauphin de Vien- 
nois, Humbert II, ce dernier fit cession du Dauphiné au roi 
de France, sous condition que l'héritier de la couronne por- 
terait le titre de Dauphin et moyennant une somme de 
120,000 florins d'or. 

Les écus d'or trouvés au Mas étaient, paraît-il, au nombre 
d'une trentaine, t^lus accommodant que certains autres au- 
teurs de trouvailles de ce genre, le sieur Mayjonade a cédé 
deux de ces écus à M. Rupin, pour le médailler de notre 
Musée. Je n'ai eu qu'à copier les légendes écrites par M. E. 
Rupin sur les cartons où sont placées ces monnaies. 

Leur flan est très mince, comme au surplus celui de toutes 
les monnaies d'or du Moyen-Age. L'Amérique n'était pas 
encore découverte et les mines d'or de l'ancien Continent 
s'épuisaient ! 

Ph. Lalande. 



BIBLIOGRAPHIE 



Au mois de juillet dernier nous avons reçu de Tauteur, 
M. Tabbé Martial Soullier, chanoine de Tulle, un ouvrage de 
recherches sur la vie du T. R. P. Louis Soullier, son frère, 
né à Meymac, qui fut troisième supérieur général de l'ordre 
des Oblats, ordre fondé par Mgr de Mazenod, évêque de 
Marseille. 

Nous le voyons avant tout excellent prêtre, habile organi- 
sateur, très courageux, chez les sauvages peaux-rouges des 
rives du Saskatshewan, à Ceylan, au Texas, au Transvaal; 
puis en Espagne, France, etc. Il refusa un évêché du car- 
dinal Guibert. 

Ce livre est très intéressant; il sort de l'imprimerie 
Mazeyrie de Tulle. Nous ne pouvons que le signaler très 
avantageusement, pour ceux que les missions religieuses 
intéressent, les amateurs de voyages et de propagation de la 
langue française. 

Au mois de novembre nous avons encore un autre livre 
d'un auteur presque Limousin, de M. Espéret, docteur en 
droit et professeur d'histoire au Collège de Brive. C'est un 
traité de haute politique internationale sur la neutralité ou 
la possession riveraine et maritime des détroits au point de 
vue des guerres qui peuvent surgir entre les peuples. 

Le principal motif invoqué est l'état des Dardanelles et 
du Bosphore, dépendant de la Turquie qui barre la sortie 
dans la Méditerranée, des navires de la Russie, de la Rou- 
manie et de la Bulgarie, et qui a empêché la flotte russe de 
la mer Noire d'aller en Mandchourie au moment de la 
guerre avec le Japon. Il est d'autres détroits dont il serait 
très intéressant d'établir la neutralité, tels que Gibraltar, 
Singapour, Bab-^' ^ ^^Qnnu^» 



- 126 — 

L'œuvre est parfaitement menée et travaillée avec le plus 
grand soin, pleine de documents pris dans une foule d'ou- 
vrages. 

Ce livre sera évidemment sur les tables dans les Congrès 
politiques à venir. 

G. DE Lépinay. 







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U GROÏÏE DE SAINT-GOION 



Quand on renaonle le cours du ruisseau de Plan- 
chetorte(i), on voit s'ouvrir, à gauche, un petit vallon 
qu'encadrent des pentes assez abruptes, de fai- 
ble hauteur. Un abri sous roche, dont la base est à 
quelques mètres seulement du thalweg, en marque 
l'entrée; il se compose d'excavations naturelles peu 
profondes, dont la plus grande, de forme semi- 
circulaire, ne mesure que trois mètres sur six. Au- 
dessus de cette petite grotte est une anfractuosité, de 
dimension encore plus restreinte, à laquelle on accède 
par un escalier de quatre marches taillées de main 
d'homme dans le roc. Cet escarpement est connu, 
dans le pays, sous le n&tn de « lo rotro de Secoundou », 
le roc ou la grotte de Saint-Gondon. 

Tout près de là, au fond du même vallon, une 
maison de paysans est accrochée à la paroi rocheuse. 
Maçonnée sur le devant, creusée dans le brasier (2) 
sur le derrière, cette habitation, moitié grotte et moi- 
tié bâtiment, ne parait pas avoir plus d'un siècle 
d'existence. On y remarque, toutefois, trois chemi- 
nées qui sont peut-être plus anciennes. Elle sert 
actuellement de logis à une famille de cultivateurs 
qui occupe deux des pièces et a installé ses bestiaux 



(1) Près et commuue de Brive. 

(2) Les gens du pays désignent ainsi le grès du trias. 



— 128 — 

dans la troisième. Une légende dit que cette maison 
aurait été le siège du prieuré de Saint-Gondon (i). 

Quel est le saint dont le nom reste attaché, dans les 
souvenirs populaires, à la petite grotte des environs 
de Brive, et qui, d'après la légende, aurait été le 
patron du prieuré de Planchetorte? A Toccasion de 
son étude si documentée sur le culte des fontaines 
en Limousin (2), M. Louis de Nussac a fait des re- 
cherches très minutieuses sur la grotte de Saint- 
Gondon et a bien voulu m'en communiquer le ré- 
sultat. Saint-Gandon ou Gondon serait, peut-être, le 
même personnage que GondnU {sa7ictus Gondulfus) 
qui^ après avoir été évêque de Milan au vi* siècle, 
se serait fait ermite et serait mort près de Gien (Loi- 
ret) au lieu appelé aujourd'hui Saint-Gondon. Dans 
son Histoire de Brive {^)y Leymonerie dit que saint 

(1) Je dois à une obligeante communication de M. Philibert Lalande 
ces renseignements topographiques. Pour faciliter les touristes et les 
archéologues qui voudraient visiter la grotte de Saint-Gondon, je 
transcris ici ce passage très précis de «la lettre de mon aimable cor- 
respondant : « L'Atlas départemental de la Corrèze (carte des cantons 
de Brive et de Larche) ne fait pas mention de Saint-Gondon ; mais, 
cherchez Champ, au sud de Brive; prenez le sentier (ligne verte) qui 
descend de ce village au ruisseau de Planchetorte et, de là, se dirige 
vers le Chastanet; quittez-le après avoir franchi le ruisseau; vous 
trouverez une autre ligne verte (un autre sentier) parallèle à la rive 
droite du ruisseau ; suivez-la en amont jusqu'au vallonnet que vous 
verrez à gauche de ce sentier : c'est le vallon de Saint-Gondon. Le 
roc est à gauche, au confluent, et l'habitation à mi-côte, au fond de ce 
petit vallon, en remontant vers le troisième plateau du Chèvre-Cujol, 
côte 268. » 

(2j Les Fontaines en Limousin, culle, pratiques, légendes. — Voici 
ce que dit M. de Nussac de la fontaine de Saint-Gondon, p. 22 : « Las 
founs Sent-Gandou, sources intermittentes dans de petits creux de 
rochers pratiqués dans une grotte de la vallée de Planchetorte, près 
Brive ; rappelle une ancienne maison de religieuses située auprès, et 
sujet d'une vieille chanson populaire satyrique, Las Menetas de Sent- 
Gandou, aujourd'hui complètement perdue. Anciennement, pèlerinage 
le 15 mai, pratiqué au xvi» siècle; contre les maux d'yeux. » 

(3) Histoire de Brive- la-Gaillarde et de ses environs, 18t0, p. 154, 
note L 



- 129 - 

Gondon aurait été évêque de Cahors, ce qui expli- 
querait, dans une certaine mesure, le culte dont il 
était Tobjet sur les confins de son diocèse; mais M. de 
Nussac n'ayant pas trouvé le nom de Gondon sur les 
catalogues d'évêques de Cahors, on peut douter de 
Texactitudedu renseignement donné par Leymonerie. 
M. Tabbé Pourradier, curé de Saint-Gondon (Loiret), 
a écrit l'histoire de sa paroisse et du personnage qui 
lui a donné son nom{l); il ne parle pas du séjour 
que Termite aurait pu faire dans les environs de 
Brive. 

La question reste donc obscure et les Vies des 
saints du Limousin (2) ne nous permettront pas d'y 
répondre, puisqu'elles ne mentionnent ni le culte ni 
le nom de ce saint. L'ermite du Berry, dans des péré- 
grinations ignorées, s'est-il arrêté sous le rocher de 
Planchetorte et y a-t-il laissé le souvenir de sa piété 
et de ses vertus? Un religieux de Saint-Gondon (3) 
a-t-il porté en ce lieu quelque relique du saint et 
y a-t-il bâti un oratoire? Nous en sommes réduits à 
n'émettre que des hypothèses. 

Ce qui est certain, c'est que le nom de Gondon est 
étranger au pays, qu'il y a été importé à une époque 
déjà lointaine; qu'il est resté attaché à une grotte 
solitaire, et que, dans cette grotte et sous ce vocable. 



(1) Notice sur Saint-Gondon, 

(2) Labiche de Reignefort. Six mois des Vies des saints du diocèse 
de Limoges et de tout le Limousin. — Vies des saints du diocèse de 
Tulle, par MM. les rédacteurs de la Semaine Religieuse. 

(3) D'après M. l*abbé Pourradier, la bourgade de Saint Gondon (Loi- 
ret) aurait été autrefois une ville forte ; elle avait un prieuré de Béné- 
dictins. La fontaine d'eau minérale, qui y jaillit, était réputée au 
XVII* siècle. 



— 130 - 

un oratoire a été construit, qui, pendant plusieurs 
siècles, a attiré de nombreux pèlerins. 
. Il n'existe, à ma connaissance, aucun document 
permettant de dire que Saint-Gondon de Planchetorte 
a été un prieuré. Leymonerie a écrit qu'un « monas- 
tère ou hermitage de religieuses » avait été construit 
anciennement en ce lieu. « On y voit encore, dit-il, 
des restes de la chapelle adossée à un rocher escarpé. » 
S'il déclare n'avoir trouvé aucune note précise sur cet 
établissement, « la chanson triviale : Les Menètes de 
Saint'Gondorij etc., suffirait, ajoute-t-il, pour prou- 
ver son existence. Des vieillards se souviennent qu'on 
allait en dévotion à Saint-Gondon, et qu'on y fi. hait 
en terre de petites croix de bois(l) ». 

L'usage de planter, aux abords de la grotte, des 
croix de bois, s'est perpétué jusqu'à nos jours. M. de 
Nussacen a remarqué un certain nombre en 1889. Il 
a vu aussi, à cette époque, des traces de constructions 
aux alentours, sans pouvoir y reconnaître un reste de 
l'ancienne chapelle. Un bénitier sculpté, recueilli dans 
ces ruines, sei'ait conservé, parait-il, par un cultiva- 
teur de Ghèvre-Cujol. 

La chanson Les Menètes de Saint-Gondon. est 
complètement oubliée, et les ruines de l'oratoire ont 
entièrement disparu. On ne saurait douter, cepen- 
dant, de l'existence en ce lieu d'un vieux sanctuaire. 
La tradition, qu'entretiennent encore quelques pra- 
tiques pieuses, est confirmée par un document pré- 
cis, conservé dans les Archives de la Haute-Vienne. 
Il reste à savoir ce qu'était ce sanctuaire. 

(i) Histoire de Brive-la-Gaillardet p. 254, note 1. 



— 131 — 

Nous devons écarter tout d'abord Thypothèse d'nn 
monastère de femmes. Nos annales n'en parlent pas. 
Un simple prieuré, le logis des recluses, la chapelle 
conventuelle auraient laissé des traces caractéristiques. 
Le site ne se prêtait pas à un établissement de ce 
genre. Les vestiges de constructions, observés par 
Leymonerie et M. Louis de Nussac, ne peuvent être 
que d'un très modeste oratoire. Les Menèies de Saint- 
Gondon étaient, sans doute^ des filles dévotes, unies 
par les liens d'une congrégation séculière, qui veil- 
laient à l'entretien de la petite chapelle et s'y ren- 
daient, à certains jours de l'année, pour y réciter des 
prières. 

Le lieu était admirablement propice aux manifes- 
tations de la piété populaire. Rien ne manquait au 
décor qui frappe les imaginations naïves : un vallon 
désert; des parois de rocs abruptes, percées de ca- 
vernes qui avaient été habitées aux temps préhisto- 
riques et où l'on trouve encore des vestiges de l'in- 
dustrie des premiers hommes; une grotte d'un accès 
difficile, dans laquelle coule une fontaine intermit- 
tente; enfin, la tradition enseignant qu'un saint ermite 
avait vécu sous cet abri. 

Une chapelle fut construite, à une époque reculée, 
au-dessus de la grotte. Ce fut, pour les habitants des 
paroisses voisines, un lieu de pèlerinage. « De tout 
temps et par tradition », dit l'acte que nous publions, 
s'y rendaient en dévotion « ceux quy estoient tra- 
vaillés de fluxions de goutte et de mal des yeux, où 
ils recepvoient quelque soulagement considérable en 
frottant et lavant les yeux de l'eau qui descoule dudit 
rocher deux divers jours seulement de la sepmaine ». 



Il n'y avait pas de chapelain spécialement attaché 
à l'oratoire. Les prêtres de Brive et des paroisses limi- 
trophes y célébraient la messe lorsqu'ils accompa- 
gnaient des groupes de pèlerins. Le 15 mai était la 
date des grandes dévotions, la fête de saint Gondon. 
Ce jour-là le peuple se rendait en foule à la grotte et 
se lavait à Teau de la fontaine. 

La faveur dont jouissait le saint ermite dura jus- 
qu'au milieu du xvii* siècle. Vers 1645 la grotte com- 
mença à être délaissée ou, du moins, n'attira qu'un 
nombre restreint de pèlerins. Si les paysans du voi- 
sinage lui restaient fidèles, continuaient à fréquenter 
la fontaine guérissante, à implorer saint Gondon^ à 
planter dans le sol de petites croix formées de deux 
morceaux de bois liés par un fil blanc, les habitants 
de Brive et des bourgades voisines ne s'y transpor- 
taient plus en masse; la chapelle n'était pas entre- 
tenue, ses murs se lézardaient, sa toiture laissait 
passer la pluie. On n'y disait plus la messe. Le culte 
de saint Gondon était en décadence. 

Cet état de chose durait depuis trente ans, quand 
Pierre de Fieux, conseiller au présidial de Brive, eut 
le désir de restaurer le pèlerinage. 11 était propriétaire 
de la grotte et du terrain qui l'entoure (I). Par l'acte 
que nous reproduisons, daté du î20 août 1675, il fonde 
une vicairie dans la chapelle et donne à la dite chapelle 
et au chapelain qui la desservira le sol de la grotte et 



(1) Le lieu dit de Saint- Gondon (grotte et parcelles attenantes) était 
une dépendance de la propriété de Marcillac, qui appartenait à la fa- 
mille de Fieux de Montaunet. Au hameau de Marcillac, situé sur un 
point culminant, séparé de Saint-Gondon par la vallée de Planche- 
torte, on voit une maison de la fin du xv* siècle, qui doit être l'an- 
cien logis des de Fieux (Renseignements donnés par M. Philibert 
Lalande). 



un petit enclos qui l'environne, comprenant quinze 
sétérées de terrain en nature de champ labourable, de 
pré et de vigne. Le produit de ce bien eût été insuf- 
fisant pour la nourriture d'un homme. Aussi Pierre 
de Fieux n'entendait-il pas imposer au vicaire la rési- 
dence et le service exclusif de la chapellenie. La 
grotte étant située dans la circonscription paroissiale 
de Saint-Martin de Brive, c'est un prêtre de cette 
I paroisse qui devait bénéficier de la fondation, à la 

I condition de dire, dans la chapelle de Saint-Gondon, 

vingt messes chaque année aux jours qui seraient 
fixés par le donateur et le curé de la paroisse. 

Le chanoine Jean Vielbans, curé de Saint-Martin, 
est partie contractante à l'acte. C'est lui qui accepte 
la donation et prend l'engagement d'en exécuter la 
charge. Pierre de Fieux le nomme « premier chap- 
- pellain de la dite vicairie, pour dans icelle faire 

I touttes les fondations requises et nécessaires tant 

pour l'honneur et gloire de Dieu et du sainct, que 
soulagement de ceux qui auront dévotion au bon 
sainct Gondon, pour jouir de ladite vicairie et sus- 
dicts fonds pendant sa vie ». Au décès du chapelain, 
le fondateur réserve pour lui et ses héritiers la dési- 
gnation du successeur. Les réparations et l'entretien 
de l'oratoire sont à la charge du vicaire ou de la 
paroisse. De Fieux et les siens auront le droit de faire 
peindre une litre avec leurs armes sur le mur de la 
chapelle, d'établir un banc dans l'intérieur, et de se 
faire enterrer dans le sanctuaire. 

\ L'acte du 20 août 1675 a été signalé par M. J.-B. 

Champeval dans un article du journal Le Concilia- 
leur, en 1891. 11 me semble que cette mention ne 



I 



— 134 — 

suffit pas et qu'il est intéressant de le publier en son 
entier. Les renseignements qu'on y trouve, en effet, 
sont de nature à détruire la légende, trop longtemps 
accréditée, du monastère de Saint-Gondon ; ils nous 
donnent, en même temps^ quelques détails précis 
sur un sanctuaire peu connu et un pèlerinage du 
Bas-Limousin au milieu du xvii* siècle. 

René Fage. 



Donation du sol et grotte de Saint-Gondox, 1675. 

Dans la ville de Brive, Bas-Limosin et maison de Mons' 
M® Pierre de Fieux, écuyer, sieur de Lignoyre conseiller du 
roy au siège présidial de la présente ville, le vingtiesrae 
jour du mois d'aoust mil six cent soixante quinze, après 
midy, régnant Louis roy etc., etc., pardevant moy notaire 
royal soubzsignê, présents les témoins bas nommés, s'est 
personnellement constitué le dit sieur de Fieux, lequel de 
son bon gré et franc vouUoir, en présence de Monsieur 
M* Jean Vielbans, docteur en théologie, prêtre, chanoine et 
curé de l'église collégiale St. Martin de la dite présente ville, 
a dict et représenté qu'il lui appartient un domaine situé 
dans le villaige de Marcilhat, parroisse du dict St. Martin et 
appartenances d'icelluy, duquel dépend un certain rocher où 
il y a une grotte, sive caverne creuzée, que de tout temps et 
par tradition a este appellée du nom de Sainct Gondon, dans 
lequel de mesme durée de temps plusieurs parroisses, tant 
du voysinage que d'autres, ont eu certaine dévotion, parti- 
cullièrement ceux quy estoient travaillés de lluxions de goutte 
et de mal des yeux, où ils recepvoient quelque soulagement 
considérable en frottant et lavant les yeux de l'eau quy des- 
coule du dit rocher deux divers jours seulement de la sep- 
maine, à raison de quoy et affin d'augmenter la dévotion à 
ce bon saint, le dit sieur de Fieux a déclaré estre en volonté 



— 135 — 

et dans le pieux désir de faire quelque fondation pour un 
chappelain ou vicaire affln qu'à Tadvenir on y puisse celle- 
brer la saincte messe. En considération duquel desseing, le 
dit sieur Defieux auroit ci devant passé contract avecq 
Mons' M« Jean Verlhac, aussy docteur en théologie et pour 
lors curé de la sus dite éylise St. Martin et a présent officiai 
de Monseigneur l'evesque de Limoges pour le dit Bas- 
Limosin, lequel a demeuré inexécuté et sans effect, à cause 
de la résignation de la dite cure en faveur du dit s' Viel- 
bans; en raison de quoy le dit sieur de Fieux désirant 
accomplir cette dévotte et pieuse résolution, a donné comme 
donne par ces présentes à la dite chappelle et à celluy quy 
la desservira et à ses successeurs, premièrement : le sol 
dans lequel cette saincte grotte est scituée et en outre un 
fonds de terre quy consiste en quinze septerées de terre ou 
environ, scitué ez environs de la chappelle, le tout tenant 
ensemble, consistant en terre, boys et vigne confrontant (1). 
aux debvoirs et conditions que s'ensuivent : scavoir est que 
le dit s' chappelain ou vicaire quy desservira la dite vicairie 
et son successeur à Tadvenir, seront tenus de dire tous les 
ans vingt messes basses suivant l'intention et les jours quy 
seront marqués et stipulés par le dit s' de Fieux et le dit 
sieur chappelain ou vicaire, lors de la première messe quy 
se cellebrera dans la sus dite chappelle; auquel temps aussy 
les confrontations des sus dites quinze septerées de terre 
seront remplyes et orientées. Et pourra le dit s' de Fieux et 
les siens, sy bon leur semble, mettre autour de la dite chap- 
pelle une littre avec leurs armes, ensemble le premier banc 
et des tombeaux dans icelle comme fondation. A ces fins el 
pour parvenir à son entier desseing et [attendu] que la dite 
grotte se trouve dans l'estandue de la parroisse de la dite 
présente ville, le dit s*" de Fieux a supplié le dit s' Vielhana 
curé de donner son consantement pour la protection de ce 
divin ouvraige; à quoy agréablement le dit s"" Vielbans a 
donné les mains tant pour luy que pour ses successeur?!. En 

(1) ici un blanc de deux lignes. 



— !:m — 

considération de quoy le dit s"" de Fieux a voulu et veut que 
le dit sieur Vielbans soit et demeure nommé, comme il le 
nomme dez à présent par ces présentes, pour premier chap- 
pellain de la dite vicairie, pour dans icelle faire toutes les 
fondations requises et nécessaires tant pour l'honneur et 
gloire de Dieu et du sainct, que soulagement de ceux qui 
auront dévotion au bon sainct Gondon, pour jouir de la dite 
vicairie et sus dits fondz pendant sa vie ; après laquelle et 
decedz du dit sieur Vielbans, le dit s' de Fieux se réserve et 
aux siens la nomination du dit vicaire les masles prefferés 
aux femelles et les héritiers aux autres, et les femelles seu- 
lement à deffaut de masles, et les héritiers des uns et des 
autres prestres en tout temps aux puynés. Et quoy qu'il aye 
esté dict autres foys messe dans la dite chappelle et qu'on a 
discontinué despuys trente ans ou environ, le dit s' Vielbans 
est aussy prié d'avoir la bonté de faire approuver le tout à 
mon dit seig' l'evesque de Limoges et d'obtenir le pouvoir 
de bénir et reconcillier la dite chapelle le plustot quy se 
pourra pour ne rettarder pas la dévotion et le service divin 
de la dite chapelle ; après laquelle obtantion et cellebration 
de la saincte messe le s*" curé en la dite qualité de vicaire 
commencera de jouir du fondz donné à la dite chappelle 
pour Tacchepvement et perfection de la bâtisse et charpanle, 
a laquelle le dit s*" de Fieux ne sera obligé de contribuer 
d'aulcune chose. Et pour l'entrettenement de tout ce dessus, 
les partyes ont obligé tout leurs biens présents et advenir, 
juré etc., renoncé etc. 

Présens à ce Pierre Chastaing, bourgeois, et Jean Lemas, 
marchant, habitans du dit Brive, tesmoings. 

Ainsy signés à Toriginal des présentes : de Fieux contrac- 
tant; Vielbans, curé de Brive, acceptant; Chastaing présent; 
Le Mas présent, et moy Estienne Mayne, notaire royal du 
dict Brive (I). 



(1) Archives départementales de la H au te- Vienne, série 6, 769. 



TITRES k DOCUMENTS 

OONOH3RN-A.NT 

LE LIMOUSIN & LE QUERCY 



Un Épisode de l\ Guerre de Cent ans 

Le Château de Roussille et les Malemort 

(1365-1367) 

Au cours des recherches — malheureusement trop 
peu fructueuses pour moi — que j'ai faites au Public 
Record office [\)j j'ai rencontré nombre de pièces 
intéressant le Limousin, mais j'étais là pour le 
Quercy^ un peu pressé par le temps, et je n'avais 
pas d'ailleurs assez de compétence en histoire limou- 
sine pour faire d'utiles découvertes intéressant nos 
voisins. Pourtant au hasard de mes lectures dans les 
interminables rouleaux de parchemin d'Edouard III, 
j'ai rencontré le document suivant qui m'a paru 
curieux et capable de figurer dans la collection du 
Bulletin archéologique de Brive. C'est une supplique 
de Guillaume, seigneur de Malemort et de Brive, et 
de sa femme^ Galienne de Malemort, adressée au roi 
d'Angleterre, alors maître et seigneur de nos régions 
(1367), contre un de ses plus célèbres lieutenants, le 
bâtard d'Albret, que le document appelle Bertrand de 
Lebret(2). Le dit chef de bande, avec ses compagnons 
Héliot Vaillan, Périnet de Senac, et Sicard de Mont- 
gyon et autres, escalada pendant la nuit le château 



(1) Je profite de roccasion pour remercier la Société archéologique 
de Brive qui avait bien voulu contribuer par une généreuse souscrip- 
tion au mérite de mes recherches. 

(2) Je ne saurais dire si c'est le même que le trop fameux Bertugat 
d'Albret dont il est parlé dans toutes les histoires locales. 



— 138 — 

de Roiissille{l) et enleva la sœur de Galienne, Blan- 
che de Malemort, qu'il contraignit à Tépouser, « en 
grant deshoneur » de toute sa parenté. Ce n'est pas 
seulement de ce rapt que se plaignent les auteur^ de 
la supplique, mais aussi de ce que le bâtard d'Albret 
s'empara en même temps de Théritage de Jaubert de 
Malemort, père de Blanche et de Galienne. Or le tes- 
tament de messire Jaubert était formel : il faisait 
Galienne sa légataire universelle et ne léguait à 
Blanche que la dot nécessaire pour entrer en reli- 
gion. Celle qui est devenue par force la femme du 
bâtard d'Albret a devoii estre noiiayne ». C'est 
contre cette spoliation, principalement^ que protes- 
tent Guillaume et Galienne de Malemort. Le chef de 
bande, en effet, a confisqué « les terres, biens, chas- 
teaux et villes qui furent dudit mons. Jaubert, père 
naturel et loyal (légal) desditz filles ». Galienne ainsi 
frustrée, demande que le spoliateur soit cité devant 
le Conseil royal de Londres pour répondre de ses 
usurpations, attendu que pendant deux ans, par sa 
puissance et ses intrigues, il a empêché d'aboutir le 
procès intenté devant la Cour de Guyenne. 

Le roi écrit à son fils Edouard, prince de Guyenne 
et de Galles, d'évoquer l'affaire devant lui, et, après 
avoir entendu les parties, de la terminer conformé- 
ment à la justice. 

C'est dans cette lettre otïîcielle, en latin, que se 
trouve comprise la supplique, laquelle est écrite en 
français et doit être en sa forme originale. 



(1) Ce château de Roussille est indiqué dans le voisinage de Neuvic 
en la carte féodale du Limousin de M. Champeval. Je n'ai rien trouvé 
dans le DiciionnsLire de M. Poulbrière. 



— 139 — 

Quant à identifier soit Guillaume de Malemort(l), 
soit Jaubert, père de Galienne et de Blanche, tous 
deux qualifiés seigneurs de Brive et de Malemort, je 
n'ai pas les éléments nécessaires et tout le monde sait 
combien est difficile la généalogie des Malemort. [1 
faudrait réunir des éléments très épars en espace et 
en durée et encore aurait-on beaucoup de confusion 
à cause du grand nombre des enfants dans une même 
famille et de la similitude des prénoms. Je profiterai 
seulement de Toccasion pour compléter^ en le corri- 
geant un peu, un détail du fragment généalogique 
que M. Clément-Simon a donné dans ce Bulletin, il 
y a déjà quelques années (2). 

Il fait allusion dans une note relative à Aymeric de 
Malemort, fils du sénéchal du même nom, à ses pos- 
sessions en Quercy. Ce n'est pas de Salvignac, mais 
de Salviac, qu'Aymeric était seigneur. Salviac appar- 
tenait en 1241 à Guillaume de Gourdon et c'est dans 
les environs de cette ville que se trouvaient les terres 
que donna ce seigneur à Obazine pour la fondation 
du monastère de Tabbaye nouvelle (3). La même année 
il faisait hommage au comte de Toulouse pour ses 
possessions de Gourdon et pour le château de Sal- 
viac (4). Or le 23 septembre 1246 nous voyons le 
comte de Toulouse inféoder à Aymeric de Malemort 
tout ce que ce seigneur avait acquis de Guillaume de 
Gourdon à Gourdon et à Salviac (5). Comme Aymeric 
est dit damoiseau, il s'agit du fils du sénéchal, et c'est 

(1) Voir la note au début de la pièce justificative. 

(2) Âonée 1891, page 562. 

(3) Lacoste, Histoire du Quercy, II, p. 253. 

(4) Histoire du Languedoc, VIII, col. 1980. 

(5) Ibidem, col. 1994. 



- 140 - 

peut-être par alliance qu'Aymeric de Malemort eut 
Salviac et certaines terres de Gourdon. En 1269 il 
demandait à Alphonse de Poitiers, successeur de Ray- 
mond VII, à lui faire hommage de Salviac et de ses 
dépendances, comme avaient fait ses prédécesseurs 
aux comtes de Toulouse (1). Plus tard dans l'acte 
de 1286 par lequel le roi de France, interprétant avec 
Edouard P' le traité de Paris de 1259, fait assigner 
les rentes qu'il paiera au roi d'Angleterre, sur di- 
verses terres et juridictions du Quercy, nous trouvons 
cité le ressort de la baron nie d'Aymeric de Male- 
mort (2). 

Dans les premières années du xiv* siècle il cédait 
ses possessions quercynoises à Pierre Ballene, varlet 
du roi de France, ainsi que nous l'apprennent des 
lettres patentes, autorisant ledit varlet à faire cette 
acquisition de terre noble, quoique roturier (3). L'on 
m'excusera d'avoir ajouté ces détails peu connus sur 
ce personnage, bien qu'ils n'aient aucun rapport avec 
le document que je publie ici. E. Albe. 



(1) Correspondance d'A, de P., édition Molinier, t. I, n" 1438. L'acte 
des olim (1272) signalé par M. Clément-Simon, porte que le seigneur 
de Salviac et son oncle l'archidiacre de Limoges avaient été accusés 
d'avoir donné asile à des meurtriers, tandis qu'au contraire ils avaient 
bien accueilli le bayle de Salviac qui venait les arrêter et lui avaient 
même promis main-forte. 

(2) Item ressortum in baronia Aymerici de Malamorte in qua sunt 
villa de Salviaco et ejus pertinentie, villa Sancti Âlbini et parocbia 
(Saint-Aubin, canton de Dommes, Dordogne), et riparium de Lacosta, 
villa de Laborda... (ces deux lieux sont de la commune de Léobard, 
près de Salviac), riparium de la Fontada... de Clopiac .. de Costerausta 
et ejus pertinentie (ces trois lieux sont de la commune de Gourdon). 

(3) D'après les Vascon Rolls, rouleau n* 79, V parchemin de ce 
rouleau. Le môme rouleau renferme plusieurs documents concernant 
la ville de Limoges. Le parchemin n* 5 se rapporte à Guillaume de 
Malemort, alias de Courson. damoiseau du diocèse de Limoges, qui 
obtient appel du Grand-Conseil de Bordeaux, qui Ta condamné, auprès 
de la Cour du Parlement de Guyenne. 



- 141 - 

f?ex... (Edwardus).., primogenito nostro Edwardo prin- 
cipi Aquitanie et wallie, salutem. 

Ex hibuerunt nobis dilectus et fidelis noster Guillelmus, 
dominus d^ Malamorte et de Bryva, et Galiana de Mala- 
MORTE, xixor ejuSy quandam petitionem, cujus ténor sequU 
tur in hec verba : 

« A nostre très excellent et très redouble seigneur le Roy, 
supplient humblement les vostres humbles subgetz Guilliam 
de Malemort, sire de Malemort et de Brive, et Galiane de 
Malemort, sa femme, de vostre principauté de Gyene et 
chescun deaux tout come chescun touche et poct toucher, 
conjoinctement ou devisement que, come mons(eigneur) 
Jaubert de Malemorty chevalier, jadis sire de Malemort et 
de Brive, defunct, ait fait et institué sa héritière, en touz 
ses biens moebles et non moebles, en tote sa universale 
succession, en son dreyner testament et en toutes ses autres 
ordinances par lui fêtes, sa dite file Galiane, femme dudit 
Guilliam, et après la mort et deces dudit mons' Jaubert, 
mons' Bertrand de Lebret bastard, estant le pais de Limosin 
et de toute Gyene en vostre vraye obéissance et subjection, 
se eschala de nuyt le chastel appelé de Rossile, et Heliot 
Vaillan et Perinet de Senac, et Sichard de Montgyon, et 
plusours autres lors complices et fautors, aveuc ledit bas- 
tard de Lebret, touz habitans de vostre principauté de Gyene, 
et se prisrent de fait et ravyrent par force et robberent la 
soer de ladite Galiane, appelée Blanche de Malemort, fille 
dudit mons. Jaubert, — quidans et pensans, ledit bastard, 
Tavandite Blanche estre heritere dudit mons. Jaubert son 
piere, laquele chose n'est mye, mes devoit estre nonayne et 
religiouse, par la ordinance de son piere a laquele se repor- 
tent les ditz supplians, — et la amena devers soi et de fait la 
esposa pour femme, encontre sa volonté, et de touz ses amys 
et parents, countes, viscountes et barons de tôt son linage et 
en grant deshoneur d'iceux, et nient meins si prist et occupa 
de fait ledit bastard tote la tere, biens et chasteux et villes, 
qui feurent dudit mons. Jaubert, père naturel et loyal des 



— 142 - 

ditz filles Blanche et Galiane ; desqueux terre, biens, chas- 
teux et villes, la dite Galiane est, de droit et de reson, droi- 
turiere et vraie heritere, einsi corne plus a plain apiert par 
les testamentz dudit mons' Jaubert, esqueux se rapportent 
les ditz suppliantz, et lesditz biens tient de fait et occupez 
ledit bastard par sa malice et par la puissance de ses amys, 
en grant domage, préjudice et desheritement de ladite Ga- 
liane et dudit Guilliam son mari, en tant que la dite Galiane 
ne ad de quoi vivre ne meintenir son estât en aucune manere, 
mes la covendra est [sic pour estre) mendiante, sinon que, 
par vostre très excellente et très redoute seigneurie, roial et 
accoustumee justice, ne li est pourveu de remède conve- 
nable, que pour Dieux et en œuvre de charité vous pleise 
asditz suppliantz otroier lettres citatories encontre ledit bas- 
tard au cerfayn et compétent jour, devant vostre noble con- 
seil de Loundres, pour respondre asditz suppliantz, et a 
chascun deaux, tout come chescun touche ou poet toucher 
conjoinctement ou devisement, a touz les choses que eaux 
ou chescun d'eaux li voudront demander a requere. 

« Attendu que les ditz suppliants ont pledez deuz ans 
devant le conseil de notre seigneur, le prince dAquitaine, 
en grantz coustages, mises et despenses, aveuc le dit bastard, 
et ne ont peuz avoir droit et raison de li par sa malice et 
puissance de ses amys, et si ont les dilations et perlon- 
gances que eaux demandent dudit conseil, combien que nos- 
tre seigneur le prince comande touziours de faire justice a 
ses complaignantz, et la voille, ou que par Dieux ou par pitee 
vous plese demander, comander et commettre, si mestier est, 
au consail de nostre seigneur le prince, que sommairement 
et de plain se enforment des toutes les choses susdites, et 
apelées les parties qui serront a apeler, asditz suppliantz 
facent bon et bref complément de vraie justice, tant sur la 
cause principale quant sur la provision de ses alimentz et 
des arrérages d'ixeaux, et totes dependences et circumstances 
de la dite cause, paines commises envers nous ou la dite 
partie, injures et vilenies faites à la dite Galiane par ledit 
bastard, totes dilations frustratoires et en tout et pour 



- 143 — 

tout, reseges et ostées (?), et dudit bastard et de ses com- 
plices, si par vraie information trovcnt eux avoir faicte 

ladite roberye et rapt de ladite Blanche, encontre sa volonté 
et expresse consentement de li, et de sa dame de meire, et de 
ses autres amys de son propre lignage, facent droit, raison 
et justice, corporel ou civile ou pécuniaire, selonc que droit, 
raison, coustume et usage du païs ou les dites choses ave- 
roient esté commises et perpétrées, oïez chescunes de les 
parties en lour justes requestes et défenses sommairement 
et de plain, attendues les choses susdites en tiele manière 
que ces autres soit ensamble, nounobslant queicunque abso- 
lution surrepticement empêtrée du nostre sire le prince 
avandit. » 

Supplicâfido nobis et super contentis in petitione pre^ 
dicta, eis de remedio congruo providere faciamus. 

Nos, volentes prefatis G™* et Galiane in hac parte fieri 
quod est justum, vobis mandamus quod, audita que- 
rela predictorum G™* et Galiane super premissis, et vocatis 
coram vobis predictis, habitaque super hiis et rationibus 
utrarumque (sic) parcium predictarum coram vobis inde 
proponendis informatione pleniori, eisdem G"* et Galiene 
super omnibus et singulis contentis in dicta jjetitione fieri 
faciatis debitum .. .. justitie complementum, prout de jure 
et secundum foros et consuetudines parcium illarum, fue^ 
rit faciendum. 

Datum ..,.in palatio nostro Westmonasteriensi, primo 
die octobris, anno 40 (i. e. 1367). 



T. XXX. 2-2 



NOMS PATOIS OU VULGAIRES 



PLANTES DE LA GORRÈZE 



Gaston GODIN de LÉPINAY 



Si les patois étaient perdus, il faudrait créer 
une Académie spéciale pour en retrouver les 
traces (Ch. Nodier, Notions de linguistique). 



Nous sommes heureux de publier dans notre Bul- 
letin le savant opuscule de M. Gaston Godin de 
Lépinay, président de la Société d'archéologie de 
BrivCj sur les noms patois des plantes de la Corrèze. 
Cette nomenclature, que la Revue de Botanique a 
donné en 1886, a obtenu^ en 1884, le deuxième prix 
Lavallée, grande médaille d'argent. La haute récom- 
pense dont elle a été l'objet suffît pour faire juger 
Tœuvre de notre éminent compatriote. Elle a sa 
place toute marquée dans notre revue. Elle fera con- 
naître les plantes qui poussent sur notre sol limousin ; 
leurs noms patois, dont Fétymologie se perd dans la 
nuit des temps, indique souvent Tusage qu'on en 
faisait, ou leur forme, leur couleur, ou le terrain qui 
leur convenait le mieux. Quelquefois l'idiome popu- 



— 146 — 

laire leur attachait un symbole, telle par exemple la 
gentiana lutea, appelée dans le patois d'Ussel Breya 
de coucUj pantalon de coucou. 

Ce travail de M. de Lépinay est précieux pour la 
science et pour la linguistique. Il est l'œuvre d'un 
chercheur patient et consciencieux, aussi complet 
qu'on puisse le souhaiter. Il sera consulté avec fruit 
par tous ceux qui aiment à s'instruire. 

J. ESPÉRET. 



.A.V.A.N-T.FROFOS 



Il y a quelques années, en m'occupant de botanique, je 
fus désireux de connaître les noms que les paysans du Bas- 
Limousin donnaient aux plantes que je ramassais pour for- 
mer un herbier. Je m'adressai donc à quelques vieux du 
pays, qui, très étonnés d'abord de ma curiosité, se firent en- 
suite un véritable plaisir de me dire ceux qu'ils savaient. 
Dans cette recherche, ce qui m'a le plus surpris, c'est de 
voir que les noms de beaucoup de plantes communes dans 
notre contrée étaient inconnus des paysans. Je n'ai pu me 
procurer ceux de la Ficaire, du Réséda, de l'Hélianthème, 
de la Stellaire, de l'Oxalis, du Miroir de Vénus, de la Per- 
venche, du Grémil, de la Pulmonaire, de la Clandestine, de 
la Mélisse, du Sceau de Salomon, du Muguet et de tant d'au- 
tres qui sont même dans leur usage. Ainsi, la Pariétaire, 
qui leur sert pour guérir le choléra des poules et nettoyer 
le verre, n'a pas de nom patois ; ils diront tout simplement 
«•cette herbe qui vient sur les murailles dans le pays du 
seigle ». 



— 147 — 

Dans ce travail bien incomplet, pour que la dénomination 
patoise soit bien appliquée, je donne le nom latin de la 
plante d'après les auteurs. Dans le lexique roman de Ray- 
nouard, j'ai trouvé plusieurs noms de végétaux ; je les ai 
appliqués sur la foi de cet auteur. Ensuite il me faut, à 
cause de la prononciation de notre patois de Brive, faire une 
courte digression sur l'usage de l'alphabet, afin de pronon- 
cer à peu près les mots comme dans le Bas-Limousin ; car il 
est impossible, si on n'est pas de ce pays, de prendre les 
inflexions de voix qui sont presque tout dans notre langage, 
avec les constructions de phrases. 

A se prononce comme en français : â long, a final, son indé- 
fini entre a, e, o, à peine sensible. 

E muet n'existe pas ; toujours fermé ou ouvert, celui-ci in- 
diqué par les accents grave ou circonflexe. 

6 toujours dur. 

H aspiré seulement après le C et indiqué par une apostro- 
phe comme en Breton ; très rare. 

I devant M ou N ne se prononce jamais ain, mais toujours 
in-e, 

L se prononce toujours à la fin des mots ; ex. : fusil se dit 
fusil (e). 

M prend le son nasal de N devant B et P, où le place l'or- 
thographe française. 

N son nasal très fort après E, I. Bourdonnement nasal après 
ount. Terminaison de la 3' personne du pluriel des ver- 
bes et dans certains noms ayant la même désinence. . 

généralement son très léger, bien plus que dans le mot 
français omelette. 

S n'existe qu'à l'état de composition du TS ; la liaison de S 
se fait par le J. 

Les patois diffèrent à de faibles distances : le dialecte de 
Tulle varie avec celui de Brive. 

Lorsque l'abbé Béronie fit son dictionnaire patois au com- 
mencement de ce siècle (Béronie, Dictionnaire patois du 



— 148 - 

Bas-Limousin et plus parliculièremeni des environs de 
Tulle, in-4^, Tulle, Drappeau, imprimeur, 1826), il y ajouta 
les noms de différentes plantes. 

En 1845, M. le D' A. Puel fit paraître son Catalogue des 
plantes qui croissent dans le département du Lot (Annuaire 
du Lot, 1845-1853; tirage à part aujourd'hui fort rare, 
comme les Annuaires qui le renferment). L'arrondissement 
de Figeac touchant à celui de Tulle et un peu à celui de 
Brive, et dans les points de contact le langage étant sensi- 
blement le même, je relève dans le travail de M. Puel la 
colonne portant dialecte de Figeac, sauf quelques mots que 
j'ai ajoutés. On peut y voir que le C dur du Midi de la France 
a pris le dessus et que le ts et le d^ sont à peu près repous- 
sés. 

Si je donne cette nomenclature quercynoise, c'est dans le 
but de faire connaître le plus de noms patois possible, un 
travail d'ensemble sur cette région étant encore à faire. 

Les lecteurs, qui voudront bien me suivre, remarqueront 
le nom de Matago appliqué à diverses plantes. A Brive, c'est 
l'Ophioglosse ; à Tulle, c'est la Mandragore ; à Figeac, le 
Drosera a cet honneur. Le Matago est pour tous la plante 
inconnue, la plante merveilleuse ; si elle naît dans un pré et 
qu'on la fauche, il pleuvra certainement, mais si le faucheur 
à jeun vient à la fouler au pied, la fièvre est son partage. 
S'il a déjeûné, il en est quitte pour des sueurs abondantes 
et des tournoiements de tête. C'est une herbe à sorciers ; 
elle a le renom qu'avait au moyen âge la Mandragore et c'est 
pour cela sans doute, comme aussi à cause du rapport du 
nom, que Béronie l'a ainsi traduit, car la vraie Mandragore 
n'a jamais existé en Limousin et cette traduction n'est pour 
moi qu'une fantaisie poétique. 

Il est encore dans notre dialecte des noms qui n'ont aucune 
signification et qui sont cependant du plus pur patois, dont 
l'étymologie paraîtrait remonter à la plus haute antiquité ; 
je laisse le soin de retrouver leur origine à MM. les lin- 
guistes et étymologistes. Je remarque surtout : 



/ 



— 149 — 

Lurbé, Rimbé (la Ravenelle) . 

Tchachtrol (la Spergule). 

Aougéral. (l'Érable des champs) . 

Aga, dzialadzé (l'Ajonc). 

Dzardzaridzé (Ervum gracile). 

Eiréchél (la Filipendule). 

Arjialent (le Rosier sauvage). 

Tsarpal (le Panicaut). 

Vél (leGui). 

Béchat (le Chamœcerisier). 

Madzoourèla .* (Gallium Mollugo). 

Ech'carabi (l'Armoise). 

Gharaji (Garduus nutans). 

Moudél (la Laitue vireuse) . 

Bloou (la Molène). 

Irgou (l'Amarante). 

Abrél (l'Arroche). 

Parpèlèdzé (la Persicaire poivrée). 

Brégou (le Fragon). 

Brénil (le Panic). 

Péga (le Vulpin). 

Paléno (la Mélique). 

Clerdzo (l'Agaric à couleuvre). 

Dzualéntzo (la Truffe d'été). 

Les noms que je donne pour Tarrondissement de Brive, 
je les ai entendu dire tous par des paysans ; aucun n'est 
pour moi du français patoisé, car au lieu de 556 noms que 
me livre ce dialecte, qui est le mien, j'aurais pu donner non- 
seulement tous les noms de la flore française, mais encore 
ceux du monde entier. Il est très facile de faire ces change- 
ments, que je suis obligé d'exécuter fréquemment à la cam- 
pagne pour les fleurs et arbustes de toutes provenances qui 
peuplent nos jardins. Presque tous sont modifiés légèrement 
suivant le génie de la langue, pour que les jardiniers limou- 
sins ne parlant que le patois puissent mieux se les graver 
dans la mémoire et reconnaître la plante ou l'arbuste. 

Dans le dialecte de Tulle je ne donne que 269 noms. A 



— 150 — 

Ussel, ma récolte a été un peu moins forte, 192 noms seule- 
ment. A Figeac, j'en ai relevé 175 dans Puel, et Raynouard 
m'a fourni 275 noms Romans. J'ai ajouté à cela 89 noms de 
fruits ou graines, ce qui me fait un total de 1,556 noms pa- 
tois de toutes provenances. 

Je désire vivement que mon travail serve, malgré son peu 
d'éteniue, à combler un peu une lacune qui était regrettable. 

Je divise mon travail en dix parties, indiquant la même 
plante : 

1*» Nom latin ; 

2* Nom français ; 

3<> Nom patois du dialecte de Brive ; 



40 - « 


de Tulle ; 


50 - - 


d'Ussel ; 


60 — - 


de Figeac {d'après Puel) ; 


7* — roman ; 




80 — des fruits ; 




9^ Traduction ; 




10° Observations. 





On pourra remarquer que plusieurs plantes, qui n'ont rien 
de commun, portent des noms semblables. Après instance, 
j'ai reconnu que c'était bien ainsi que les paysans les dési- 
gnaient. D'autre part, une seule dénomination existe pour 
des séries entières. Ainsi, l'Orobanche venue sur le genêt 
porte le même nom que celle du serpolet : c'est toujours du 
tf Pain de Lièvre ». Beaucoup sont dans le même cas. 

Qu'il me soit permis ici d'exprimer ma reconnaissance 
aux personnes qui ont bien voulu m'aider dans ces sortes de 
recherches. Je me plais à citer surtout M. le chanoine Talin, 
M. l'abbé Thoumazoux, un de nos plus doctes patoisants, qui 
possède si bien le dialecte d'Ussel, M. Champeval, l'un de 
nos félibres corréziens, enfin, M. Marty, maréchal-ferrant 
au Soulier de Chasleaux, mon voisin de campagne, qui s'oc- 
cupe des plantes de notre contrée dans les rares moments 
de repos que lui laisse son travail journalier. 



- 151 - 

Clematis vitalba, latin, Clématite des haies. — Brive, gui- 

daoubo ; Tulle, vidauba ; Ussel, guidaubo ; 

Figeac, biraougo. 
Ranunculus repens, latin, Renoncule rampante. — Brive, 

lipaouto ; Tulle, loupaouto ; Ussel, loupaleiXj 

paouto-loubo. 

— arvensis, latin, Renoncule des champs. — Brive, 

garafol ; Figeac, auriflol ; traduction, gare* 
fou (Brive). 

— flammula, latin, Renoncule flammette. — Brive, 

olvo ; traduction, douve. 

— acris, latin. Renoncule acre. — Brive, apaouto- 

loubo; traduction, couche louve. 

— bulbosus, latin. Renoncule bulbeuse. — Brive, 

apaoutoloubo ; traduction, couche-louve. 

Nigella arvensis, latin, Nigelle des champs. — Figeac, iro- 
gné ; traduction, araignée (Figeac). 

Helleborus fœtidus, latin, Hellébore fétide. — Brive, m;ir- 
chïoulé, aliboro ; Tulle, liboro ; Ussel, eubour ; 
Figeac, fabo de lout ; Roman, ellebori ; tra- 
duction, fève de loup (Figeac). 

Aconitum napellus, latin, Aconit napel. — Ussel, clotchas ; 
traduction, cloches (Ussel). 

Aquilegia vulgaris, latin, Ancolie vulgaire. — Brive, clout- 
séto ; Tulle, campana ; traduction, clochelte 
(Brive, Tulle). 

Papaver argemone, latin, Pavot argémone. — Brive, ander; 
Figeac, pabot ; Roman, paver, papaver. 
— rhœas, latin, Coquelicot. — Brive, ander ; Ussel, 
coquelicaou ; Figeac, ander ; Roman, pa-ver, 
papaver. 

Chelidoniuro majus, latin, Chélidoine. — Brive, echclaïro, 
herbo del vent, herbo de las verrudzas ; Us- 
sel, herbo de las varudsas ; Roman, celidoni- 
hirundinea, celidonia ; traduction, éclaire, 
herbe du vent (Brive) ; herbe des verrues 
(Brive, Ussel). 



- 152 - 

Famaria offtcinalis, latin, Fumeterre officinale. — Brive, 

fumotèro ; Figeac, fumoterro ; Roman, fumi- 

lerra. 
Nasturtium officinale, Roman, Brive, Cresson de fontaine. 

— Brive, creïchélou ; Tulle, creyssou; Ussel, 

creïssou ; Figeac, creïssélou. 
Barbarea vulgaris, Roman, Brive, Barbarée vulgaire. — 

Brive, Tiran. 
Sisymbrium alliara, Scop., Sisymbre alliaire. — Brive, 

poulogracho ; traduction, poule grasse. 
Brassica oleracea, latin, Chou. — Brive, tsaou ; Tulle, tsaou, 

tsal ; Ussel, tchéou ; Figeac, caou, caoulé, 

caoulet ; Roman, eau, chaul. 

— latin. Jeune chou. — Brive, tsaoulétto ; observation, 

au féminin. 

— râpa, latin. Rave. — Brive. rabo ; Tulle, rabo ; Us- 

sel, raba ; Figeac, rabo ; Roman, raba ; fruit, 
rabat fBrive) ; observation, la graine au mas- 
culin. 

— napus, latin, Navet. — Brive, navet ; Tulle, navet; 

Ussel, navet, navias. 

Eruca sativa, Lam., Roquette. — Figeac, Rouquétto ; Ro- 
man, éruca. 

Raphanaus sativus, latin. Radis. — Brive, rafé ; Tulle, rafé ; 
Figeac, rafé ; Roman, rabeta. 

— niger, Mérat., Raifort. — Brive, rafé négré ; 

Tulle, rafé. 

— raphanistrum, latin. Ravenelle. — Brive, rimbé, 

lurbé ; Tulle, rabezais ; Ussel, rabiola, rabe- 
gros ; Figeac, robono. 

Capsella bursa-pastoris, Mœnch., Bourse à pasteur. — Brive, 
bourcho ; traduction, bourse (Brive). 

Hesperis matronalis, latin, Julienne. — Tulle, muguet ; Fi- 
geac, muguet. 

Iberis amara, latin, Ibéride amère. — Brive, pébrillou blanc ; 
traduction, thym blanc (Brive). 



— 153 — 

Thlaspi arvense, latin, Thlaspi des champs. — Brive, bra- 

mo-fam ; traduction, brame-faim (Brive). 
— perfoliatum, latin, Thlaspi perfolié. — Brive, herbo 

de lo fèouré ; traduction, herbe de la fièvre 

(Brive). 
Alyssum montanum, latin, Alysson de montagne. — Brive, 

pébrillou blanc ; traduction, thym blanc 

(Brive). 
Drosera, latin, Rossolis. — Flgeac, herbe del matago. 
Viola latin (toutes), Violette. — Brive, viooulétto ; Tulle, 

viouletta ; Ussel, fchur de mar ; Figeac, pim- 

parèlo; Roman, violetta, viola; traduction, 

fleur de mars (Ussel). 

— segetalis, Jord., Pensée sauvage. — Brive, pénchado 

choouvadzo. 

— tricolor, latin. Pensée. — Brive, pénchado ; Ussel, 

pénchado de, mai ; Figeac, pensada. 

Dianthus cariophyllus, latin, Œillet (tous). — Brive, uli ; 
Tulle, carafe, uli, miounetto ; Ussel, euillet ; 
Figeac, ulhet. 

Saponaria officinalis, latin, Saponaire officinale. — Brive, 
chablounéto ; Figeac, soplounario ; traduc- 
tion, savonnette (Brive, Figeac). 

Silène vesicaria, Schrad., Silène vesiculeux. — Brive, péta- 
rèlo ; Ussel, pétoulé ; traduction, petit pétard ; 
observation, au féminin. 

Lychnis githago, Lam., Nielle. — Brive, barot ; Ussel, nièlo ; 
Figeac, néoula ; Roman, niéla, nigella. 

Spergula arvensis, latin, Spergule des champs. — Brive, 
tchachtrol. 

Linum usitatissimum, latin. Lin (tous). — Brive, li ; Tulle, 
li ; Roman, lin, li, lis. 

Malva, latin. Mauve (toutes). — Brive, maouvo ; Tulle, 
maouva ; Ussel, maouvo ; Figeac, malbré. 

Althea officinalis, latin. Guimauve. — Brive, Guimaouvo ; 
Ussel, guimaouvo; Figeac, guimobo; Ro- 
man, althea. 



- 154 — 

Tilia sylvestris, Pesf., Tilleul. — Brive, tillol, tel, graïcho- 
molo ; Tulle, liliau, tillol ; Ussel, tir, tiliaou ; 
Figeac, tel ; Roman, telh ; traduction, graisse 
molle (Brive). 

Hypericum perforatum, latin, Millepertuis. — Brive, mile 
boudzal, mile cros ; Tulle, chassa diable ; Fi- 
geac, milo pertuit; traduction, mille trous 
(Brive), chasse diable (Tulle). 

Androsemum officinale, AUi., Androsème orvale. — Brive, 
touto bouno ; traduction, toute bonne. 

Citrus medica, Risso., Citronnier (tous). — Brive, chitrou- 
nier ; fruit, chitroun. 

— aurantium, Risso., Oranger (tous). — Brive, irand- 

zier ; Tulle, eirandier ; fruit, irandzé. 
Acer campestre, latin, Erable champêtre. — Brive, aou- 
géral. 

— monspessulanum, latin, Erable de Montpellier. — 

Brive, aguer. 

Esculus hippocastanum, latin. Marronnier d'Inde. — Brive, 
tsachtanier de mar ; Figeac, marrougnè, cos- 
togné d'Espagno ; fruit, tsachtanio de mar ; 
traduction, châtaignier de mer (Brive), châ- 
taignier d'Espagne (Figeac). 

Vitis vinifera, latin, Vigne cultivée. — Brive, vigno ; Tulle, 
vigno ; Ussel, vigno ; Figeac, bit, bigno ; Ro- 
man, vinha, vit, vinna; fruit, rojin, raisin. 

Les variétés locales sont dites : 

Brive, pica. 

— pica-poul ; traduction, pique-pouille. 

— pè dé perdi ; traduction, pied de perdrix. 

— petit pica. 

— gros pica; traduction, gamet. 

— ganèl blanc. 

— ganèl négré ; traduction, ganel noir. 

— enradza blanc ; traduction, enragé blanc, folle. 

— enradza négré ; traduction, enragé noir. 



— 155 — 

Brive, muchca blanc ; Roman, gandres, muscadel, muscat ; 
traduction, muscat blanc. 

— muchca rojé ; traduction, muscat rose. 

— — gris; — — gris. 

— — négré ; — — noir. 

— tsachélas blanc ; traduction, chasselas blanc. 

— — rojé ; — — rose. 

— choouviat blanc ; traduction, sauvignon blanc. 

— — vert ; — — vert. 

— bouillén. 

— bourdalé ; traduction, bordelais. 

— merlino. 

— prunéla. 

— clarélo ; traduction, clairette. 

— fooudzieïrou ; traduction, malvoisie ; observation, pe- 

tite fougère (Brive). 

— téntsurier; traduction, teinturier. 

— pinot. 

— bruno machclo. 

— branchéliou; traduction de Branceille, commune du 

canton de Beaulieu. 

— tsabrillou ; observation, spécial à la fabrication de la 

moutarde. 

— col dé bouc ; traduction, cou de bouc. 

— manchél ; traduction, mancel. 

Vitis vinifera, latin. Vigne sauvage. — Brive, lambrutso ; 
Tulle, lombrutso ; Roman, labrusca, vayssa, 
lambrusquièra ; traduction, lambrusque. 

Géranium sanguineum, latin. Géranium sanguin. — Brive, 
' herbo de las éïgulias ; traduction, herbe des 
aiguilles. 
— dissectum, latin. Géranium découpé. — Brive, 
herbo del mal tséïtïou ; traduction, herbe du 
mal chétif; observation, réputé mâle; doit 
guérir, placé dans son béguin, le garçon at- 
teint du muguet (ils meurent toujours). 



- 156 — 

Géranium lucidum, latin, Géranium luisant. — Brive, berbo 
del mal tséïtïou ; traduction, herbe du mal 
chétif; observation, réputé femelle, même 
guérison. Pour les filles, on place dans la 
cheminée le béguin avec le Géranium de- 
dans ; quand la plante est sèche, l'enfant est 
guéri ou mort. 

Ruta graveolens, latin. Rue fétide. — Brive, ruïo, rudo ; Fi- 
geac, rudo ; Roman, rua, ruda. 

Evonymus Europaeus, latin, Fusain. — Brive, fugel, croco- 
péou ; Tulle, bonnet de pestré ; Figeac, capel 
de curé, craco peou; Roman, colonhet, fu- 
sanh ; fruit, bonnet cara ; traduction, bonnet 
de prêtre, croque pou (Brive, Tulle). 

Rhamnus frangula, latin. Bourdaine (tous). — Brive, pudis, 
négré-pu, punégré ; Ussel, pudin ; Figeac, 
negréput ; Roman, rampne ; traduction, pu- 
noir, bois puant (Brive, Figeac). 

Pistacia terebinthus, latin, Térébinthe. — Brive, térébén, 
lentichqué. 

Rhus coriaria, latin. Sumac des corroyeurs. — Tulle, rodou ; 
Figeac, rodou ; Roman, Rodor ; observation, 
n'existe pas en Limousin. 

Ulex Europaeus, Sm., Ajonc d'Europe.— Brive, grandodzia- 
ladzo ; Tulle, désé, dosem, doseno. 
— nanus, Sm., Ajonc nain. — Brive, aga, dzialadzo ; 
Tulle, dégéni, derzino ; Ussel, dzodzoïou. 

Sarolhamnus scoparius, Wimm., Genêt à balais. — Brive, 
dzinet, dzènchou ; Tulle, bouissou ; Ussel, 
bouissou ; Figeac, tsinès, tsinesto ; Roman, 
genesta ; traduction (tiré de bouïssa, essuyer) ; 
observation , à Brive , un balais s'appelle 
dzéncho. 
— purgans GG., Genêt purgatif. — Ussel, broud- 

zéïrou. 

Ononis repens, latin, Bugrane. — Brive, lacho-bièou ; Ussel, 
aréïto-bièou ; Figeac, tauco biou ; traduction, 
lasse, arrête-bœuf. 



— 157 — 

I Ononis natrix, latin, Bugrane gluante. — - Brive, luzerno 

choouvadzo ; traduction, luzerne sauvage. 

Anlhyllis vulnèraria, latin, Anthyllis vulnéraire. — Brive, 
Tréflé bourru ; traduction, trèfle velu. 

Medicago sativa, latin, luzerne. — Brive, luzerno ; Tulle, 
lujerno ; Ussel, luziarno ; Figeac, luzerno. 

Trifolium incarnatum, latin, Trèfle incarnat (féminin). — 
Brive, trèflo ; Tulle, tréflé ; Ussel, tréflé ; de 
Hollande, à Brive est masculin. 

— sativum, Rchb., Trèfle de Hollande. — Brive, trè- 
fle'; Tulle, trèfle ; Ussel, trèfle ; Figeac, trèfle ; 
Roman, trefuelh ; observation, à Brive est 
masculin. 

— rubens, latin, Trèfle rouge. — Brive, trèfle choou- 
vadzé; traduction, trèfle sauvage. 

— repens, latin. Trèfle rampant. — Brive, trafouli ; 
Ussel, trafouli ; observation , tous les petits 
trèfles et luzernes sont dits trafouli. 

— arvense, latin. Trèfle pied de lièvre. — Brive, 
herbo dé Tamouroux : traduction , herbe de 
l'amoureux ; observation, réputé un philtre. 

Medicago lupulina, latin. Luzerne lupuline. — Brive, tra- 
fouli. 
— maculata, Wild., Luzerne tachée. — Brive, grand 
trafouli. 

Lotus corniculatus, latin, Lotier corniculé (tous). — Brive, 
pè d'ooujèl ; Tulle, paoutou d'oouzèlou ; Us- 
sel, pè d'oouzé ; traduction, pied d'oiseau. 

Robinia pseudo-acacia, latin. Robinier faux acacia. — Brive, 
acachial. Tulle, acachia. 

Glycyxhiza glabra, latin. Réglisse. — Brive, régalicho ; Ro- 
man, regulecia. 

Goronilla scorpioïdes, K. , Coronille scorpioide. — Brive, 
grand pè d'ooujèl; traduction, grand pied 
d'oiseau. , 

^^l>ï"ychis sativa, lam., Sainfoin. — Brive, echparché ; tra- 
duction, esparcette ; observation, masculin. 



L_ 



— 158 - 

Cicer arietinum, latin, Pois chiche. — Brive, péjel bécu, 
cézé ; Tulle, titsé, pesou ; Figeac, bécut ; Ro- 
man, cezer ; traduction, pois à bec. 

Ervum lens, latin, Lentille. — Brive, déntillou ; Figeac, 
tsentil ; Roman, lentilla. 

— ervillia, latin, Ervillier. — Brive, pétarouchi, garèl ; 

Roman, ers; traduction, pete roussin, boi- 
teux (Brive). 

— gracile, DC, Ervillier. — Brive, dzardzaridzo. 
Vicia cracca, latin, Vesce cracca. — Brive, dzarouchèlo. 

— sativa, latin, Vesce cultivée. — Brive, garaoubo ; Fi- 
geac, besso. 

Faba vulgaris, Mœnch., Fève vulgaire. — Brive, favo ; Tulle, 
fava ; Figeac, fabo; Roman, fava; fruit, favo. 

Pisum arvense, latin, Poids des champs. — Brive, péjel 
choouvadzé ; traduction, pois sauvage. 

— sativum, latin. Pois cultivé. — Brive, péjel, péjou, 

cézé ; Tulle, pès, pejèou redoun ; Ussel, pesé; 
Figeac, pesé ; Roman, pezé ; fruit, péjel, pois 
rond. 
Lalhyrus aphaca, latin. Gesse sans feuilles. — Brive, nièlo ; 
traduction, nielle. 

— tuberosus, latin. Gesse tubéreuse. — Brive, fava- 

cholo. 

— sativus, latin. Gesse culivée. — Brive, dziéïcho ; 

Tulle, dieisso ; Ussel, pezelado ; Figeac, 
tseïsso ; Roman, geysha ; fruit, dziéïcho. 

— pratensis, latin. Gesse des prés. — Brive, fava- 

cholo dzaoune ; traduction, gesse jaune. 

— latifolius, latin. Gesse à larges feuilles. — Brive, 

grocho favacholo ; traduction, grosse gesse. 

— cicera, latin, Gesse jarousse. — Brive, dzarocho; 

Tulle, dzarousso, dzarouffo ; Roman, garossa; 
traduction, jarosse. 
Phaseolus vulgaris, latin, Haricot commun. — Brive, péjel, 
moundzéto, brétagnou ; Tulle, pejeou, mound- 
zéto ; Ussel, monzettas ; Figeac, mountsils, 



— 159 - 

mountsettas ; Roman, faisol ; fruit, gousses : 
coutelas. 

Phaseolus vulgaris, latin, Haricot à rames. — Ussel, coute- 
liéras. 
— nanus, latin, Haricot charge bas. — Ussel, hari- 
caou. 

Lupinus vulgaris, latin, Lupin (tous). — Brive, lupin ; ob- 
servation, n fortement nasale. 

Aroygdalus communis, latin, Amandier commun. — Brive, 
améllier; Tulle, ameilié ; Figeac, emellié; 
Roman, amelh, amell ; fruit, amèllo, amande. 

Persica vulgaris, Tourn., Pécher commun. — Brive, pré- 
chédzier; Tulle, procédier, pavié ; Ussel, 
peïtchia, peitcha ; Figeac, perséguié ; Ro- 
man, pesseguier, presseguier; fruit, prêché 
(nom générique), pavi, prêché (noyau adhé- 
rent) ; fruit, prechédzo, pavillo, à noyau libre. 
Prunus armeniaca, latin, Abricotier. — Brive, abricoutier ; 
Tulle, abricoutier; Figeac, ooubricoutier ; 
fruit, abricot. 
— spinosa, latin. Prunellier. — Brive, bouichou négré, 
dzarga ; Tulle, dzarga négré, épina négré ; 
Ussel, spinard négré, eipina négré ; Figeac, 
bouissou négré ; Roman, agrunier, pruneller ; 
fruit, cacouras, cacou (Usselj. 
pruna Crantz., Prunier. — Brive, prunier; Tulle, 
pru, prunier ; Ussel, prenier ; Figeac, prunié ; 
Roman, pruner, prunier ; fruit, pruno, prena 
(Ussel). 

lauro-cerasus, latin. Laurier-cerise. — Brive, loou- 

rièro; Tulle, loouriè baslard ; observation, 
féminin à Brive. 

' cerasus, latin, Cerisier. — Brive, chireï ; Tulle, 

chireï, cirey ; Ussel, sérié ; Figeac, cireï ; 
Roman, cereï, sérier amarina ; fruit, chi- 
réïdzo, seriéza (Ussel). 

^- ^XOCX. 2-3 



L 



— 160 — 

r Prunus juliana, Reich., Cerisier guignier-aigre. — Brive, 

^y guindounier , chireï agré ; Tulle, guinier; 

!f^ fruit, guindous, guina ; traduction, guigne 

g_ (Brive). 

> — duracina Reich., Cerisier bigareautier. — Brive, 
l bigarel, bigarello ; Tulle, dourgnou ; fruit, 
^ bigarèlo ; observation, masculin et féminin 
jj^. (Brive). 

'f, — duracina, Reich., Cerisier bigareautier. — Brive, 

%. ooubier ; Tulle, douçainas ; fruit, ooubièro ; 

•^ traduction, aubier (Brive). douceâtre (Tulle); 

i-i observation, variété locale. 

>V — duracina, Reich., Cerisier bigareautier. — Brive, 

y> tsabrignadzo ; fruit tsabrignadzo ; traduction, 

* de Chabrignac (Brive); observation, variété 

locale. Chabrignac, commune du canton de 

> Juillac. 

^ — padus, latin. Cerisier à grappes. — Ussel, lilas 

l .. chauvadze ; traduction, lilas sauvage. 

; — mahaleb, latin, Cerisier mahaleb. — Brive, chireï 

•i ^ choouvadzé ; Tulle, boutic, boutigados ; tra- 

r\ duction, cerisier sauvage. 

- Spirea obovata, Willd., Spirée obovale. — Brive, thé ; tra- 

^^ duction, thé ; observation, pris en infusion 

' par les paysans comme le thé chinois. 

'^ — filipendula, latin, Spirée filipendule. — Brive, Eiré- 

' chél. 

'/ Rubusïdœus, latin, Framboisier. — Brive, flamboujier; 

V Tulle, flamboujié ; Ussel, asnié ; Figeac, 

frambousié ; fruit, flamboijo (Tulle), amou- 

î^ roux (Brive), ané (Ussel). 

K — cœsius, latin, Ronce bleuâtre. — Brive, âgé ; Figeac, 

J^^ roumé ; Roman, sentix, ronser ; fruit, âgé ; 

i traduction, âne. 

I — fruticosus, latin, Ronce (toutes). — Brive, roumé; 

'^;^ Tulle, roumic, roumen ; Figeac, roumégo ; 

' Roman, gavarer, romé, romer, palliure, sen- 

[; tix ; fruit, mouro (Brive) ; observation, mûre. 



t4'^<.^. ■ .- 



— 161 — 

Fragaria vesca, latin. Fraisier (sauvage). — Brive, matizou- 
fier; Tulle, madzouflier, maoucha ; Ussel, 
madzouflier ; Figeac, fraisier; Roman, raad- 
zoufo, madzoufla (Ussel, Tulle, Brive), 
— vesca, latin, Fraisier cultivé. — Brive, fr(!'jier; 
Tulle, fraigié ; Ussel, fraigié ; Figeac, fraisié ; 
fruit, fraijo, fraija. 

Potentilla vesca, latin, Potentille (toutes). — Brive* mad- 
zouflier chooudvadze ; Ussel , madzoïiilier 
doous agnaous ; traduction, fraisier sauvage, 
fraisier des agneaux (Ussel). 

Agrimonia eupatoria. latin, Aigremoine. — Brive, pélit 
tsardou ; Roman, agrimen ; traduction, petit 
chardon. 

Poterium platylophum, Jord., Pimprenelle à large crèle, — 
Brive, pimparèlo. 

Rosa canina, latin, Rose de chien (tous). Brive, aï gia- 
lént; Ussel, argialent; Figeac, rousié ; Ro- 
man, aguilent, aguilancier; fruit, gratotioul, 
grattecul ^Brive), cornotioul, cornecul (Tuîle, 
Ussel) ; observation, on nomme aussi le fruit 
chucho barlet, suce baril. 
— canina, latin, Rosier. — Brive, rougier; Tulle, rogier; 
Figeac, rousié ; Roman, rosier, roser. 
Cratœgus oxyacantoïdes, Thuil., Aubépine (toutes). — Brive, 
'bouïchou blanc, dzarga blanc; Tulle, d^arga 
blanc, aoubrespit; Ussel, spinard blanc, 
eipina blanc ; Figeac, aoubrespit ; fruit, chi- 
nela (Ussel). cireï de Nostro Damo (Figeac) ; 
traduction, buisson blanc. 
Mespiius germanica, latin. Néflier. — Brive, nech'plié, 
mich'pouliér ; Figeac, raispoulié ; fruit, nech'- 
plo, mich'poulo. 
rcxonia vulgaris, Tourn., Xoignassier commun. — Brive, 
coudounier ; Tulle, coudounié ; Figeac, cou- 
dounié ; Roman , codonher , codonhic ; fruit, 
coudoun, coing (Brive). 



- 162 - 

Pyrus achras, Gœrt., Poirier. — Brive, périer; Tulle, pé- 
riér ; Ussel, peurier ; Figeac, périé ; Roman, 
périer ; fruit, péro (Brive), peuro (Ussel). 

Malus commuais, Tourn., Pommier. — Brive, poumier; 
Tulle , poumier ; Ussel , poumier ; Figeac, 
poumié ; Roman , pomer , pomier ; fruit , 
poumo (Brive, Tulle, Ussel). 

— variété locale. Pommier coujonne. — Brive, poumier 

coudzou ; Tulle, saint dzermo ; fruit, coud- 
zouno ; traduction, pomme de l'estre, littéral : 
petite citrouille (Brive), de Saint-Germain 
(Tulle) : observation , voir sur cette pomme 
l'article de M. Joseph Brunet, sénateur, dans 
le Bulletin archéologique de Brive (1879) ; 
trouvée à Saint-Germain-les- Vergues, canton 
de Tulle, vulgarisée par Turgol. 

Sorbus domestica, latin, sorbier. — Brive, choulbier ; Tulle, 
faodieyrou ; Figeac, soulbié; fruit, chalbo, 
fîg. clolbo ; traduction, faodieyrou, petite 
fougère par allusion à la feuille. 

— torminalis, Crantz., Alisier. — Brive, aledzier; Us- 

sel, adzélié, oludzié ; fruit, aledzo (alise). 

— aria, Crantz., Aria. — Tulle, ooubari ; Ussel, olud- 

zié. 

— aucuparia, latin, Sorbier des oiseleurs. — Tulle, 

oreillo de tsabro, drilier; Ussel, pédouzé, 
oreillo de tsabro; traduction, oreille de chè- 
vre. 

Punica granatum, latin, Grenadier. — Brive, grenadier, 
milograno ; Tulle, granadier ; Figeac, grono- 
dié ; Roman, milgranier ; Fruit, poumo de 
milograno (Figeac), pomme de mille graines ; 
observation, grênado (Brive). 

Bpilobium parviflorum, Schreb., Epilobe à petites fleurs. — 
Brive, ooubarel ; traduction, hobereau ; obser- 
vation, remplace la mâche. 



— 163 — 

Myrtus communis, latin, Myrte commun. — Brive, mirtré; 
Roman, mirt, murta. 

Lythrum salicaria, latin, Salicaire. — Brive, herbo roudzo ; 
Ussel, quouo de rat ; traduction, herbe rouge. 

Bryonia dioïca, latin, Bryoue. — Brive, coudzo choouvadzo; 
Tulle, coudiéirasso ; Roman, brionia ; traduc- 
tion, citrouille sauvage. 

Cucurbita maxima, Duchêne, Citrouille. — Brive, coudzo ; 
Tulle, coudzo; Ussel, chilrouilla; Figeac, 
coutso; Roman, coia; fruit, citrouille (Brive). 
— lagenaria, latin. Gourde. — Brive, coudzou, taba- 
tou ; Figeac, coutsou ; fruit, tabatou, coudzou 
(Brive) ; observation, la pelite variété, taba- 
tou, servait jadis aux paysans pour mettre 
leur tabac râpé. 
Ciicumis salivus, latin, Concombre. — Brive, coucoumbré ; 
Tulle, coucoumbré ; Figeac, cournissou ; Ro- 
man, cogombre ; fruit, cournitsou à petit 
fruit (Brive). 

melo, latin. Melon. — Brive, mélou ; Tulle, mélou ; 

Figeac, mélou; Roman, melo; fruit, melon 
(Brive). 
^^^i^ilaca oleracea, latin, Pourpier. — Brive, pouprié; 
Tulle, pourprier; Ussel, pourpié ; Roman, 
polprier, portulacca. 
^^*^i giola littoralis, latin, Corrigiole. — Brive, herbo de las 

verudzès; traduction, herbe des verrues. 
"^^^^^ \iiy latin, Sédum (tous). — Brive, rajinou ; Figeac, rosin 
sooubatsé; traduction, petit raisin, raisin 
sauvage (Figeac). 
- telephium, latin. Grand orpin reprise. — Tulle, 
herbo de lo damo ; traduction, herbe de la 
dame. 
^^^ r>ervivu.m lectorum, latin, Joubarde. — Brive, artisaou 
choouvadze, herbo de la copo ; Tulle, herbo 
de la copo ; Ussel, herbo de la copo ; Figeac, 
ortsitsaou sooubatsé ; Roman, barbaiol, sem- 



— 164 ^ 



pervîva; traduction, artichaut sauvage, herbe 
de la coupure ; ûbservation, cultivé ou subs- 
pontané. 

Umbilicus pendu linus, DC-, Ombilicaire penchée. — Brive, 
emboiinil, Isapel ; Tulle, onder; traduction, 
nonihrii, chapeau- 

Bit>C3 uvâ crispa, latin, Groseiller épineux. — Brive, en- 
grooujéloiix ï Tulle, grooujeiller grocha ; tra- 
duction, petit gt oï?eiller. 

— nigrum, latin, Cassis. — Brive, câchis ; Figeac, cas- 

sis ; fruit, càchi.^ ; traduction, cassis. 

— alpinum* lalîn* Gro?eiller des Alpes. — Brive, engroou- 

jéiou choouvadze ; traduction, petit groseiller 
sauvage. 

— pubrum, latin, Groseiller rouge. — Brive, engroujé- 

lier : Tulle, grooujeiller ; Figeac, groousillé ; 
fruit, grooujeillo, grosella. 

Eryngium campeslre, latin. Panicaut des champs. — Brive, 
tsarpal gralotioul ; traduction, gratecul. 

Cicuta virosa, latin, CigOe virense. — Brive, perchil choou- 
vadze ; Tulle, coucudo ; Roman, cicuda; tra- 
duction, persil sauvage. 

Ffelosciadium nodiflorum, Koch», Héliosciadie nodiflore. — 
Brive, berno* 

Petroselinum sativum, Haiïm., Persil cultivé. — Brive, per- 
chil ; Tulle» perchil, erbetta; Ussel, parchi ; 
Figeac, persi» persil ; Roman, peyressilh. 

x4pium dulce, latin. Céleri. - Biivo, chéleri, api ; Tulle, 
chelt'ri ; Figeti*% cfléri, Uipi. 

Carum hulbocas^tanum, Koch., Carvi terre-noix. — Brive, 
mérigoulo ; Tulle, cacal d'asé, obernou. 

Pimpinella saxrFraga, latin, Boucage saxifrage. — Brive, 
petilo carotû ; traduction, petite carotte. 
— anisum, latin, Anis. — Brive, ani ; Tulle, onis ; 

Roman, anis ; observation, n'est pas cultivé, 
on connait la graine. 



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- 165 — 

Sium augustifolium, lat., Berle à feuilles étroites. — Brive, 
berno. 

Œthusa cynapium, latin, Ethuse, persil de chien. — Brive, 
perchil choouvadzé ; traduction, persil sau- 
vage. 

Fœniculum officinale, Aliio., Fenouil. — Brive, fénou; 
Tulle, fénoul ; Figeac, fénoul; Roman, fenolh. 

Silaus pratensis, Besser, Silaûs des prés. — Brive, perchil- 
liacho ; traduction, grand persil ; observation, 
au féminin. 
— virescens, Boiss., Silaus verdâtre. — Brive, eyréchél. 

Daucus carotta, latin, Carotte commune. — Brive, caroto, 
pachténadzo ; Tulle, rachina, pastenadza : 
Ussel, carota, rachina ; Figeac, corotto ; Ro- 
man, pastenaga, pastenagla. 

Torilis anthriscus,'Gmel., Torilis des haies. — Brive, Gara- 
fol ; traduction, gare-fou. 

Angelica archangelica, latin, Angélique. — Brive, coucudo ; 
Figeac, antselico. 

Scandix pecten Veneris, latin, Peigne de Vénus. — Brive, 
herbo de las agulias ; traduction, herbe des 
aiguilles. 

Heracleum Lecockii, Berce. — Brive, coucudo. 

Anthriscus vulgaris, Pers., Anthrisque commun. — Brive, 
garafol billadour ; traduction, garefou lieur. 
— cerefolium, Hoffm., Cerfeuil. — Brive, chèrfèl ; 

Tulle, cherfeul; Roman, sermenha. 

Hedera hélix, latin. Lierre. — Brive, édro, léouno, éouno ; 
Tulle, éouna, léouna; Ussel, lianeo, lièro ; 
Figeac, lèouno, lèdro ; Roman, édra, leune. 
Cornus sanguinea, latin, cornouiller sanguin. — Brive, pu- 
dis négré ; Tulle, pudis négré ; Figeac, biro 
sanguin ; traduction, bois puant noir. 

mas, latin, Cornouiller mâle. — Brive, courniol ; 

Tuile, courmié ; Figeac, courmié ; fruit, cour- 
niole; traduction, cornouille (Brive). 



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I - 166 — 

,*| Viscum album, latin, Gui blanc. — Brive, vél ; Tulle, gui, 

véré ; Ussel, vel. 
A Sambucus ebulus, latin, Yèble. — Brive, ïoulé; Roman, 

1% éboric, éval. 

— nigra, latin, sureau noir. — Brive, chéïcal ; Tulle, 
chéïca, séïcar; Ussel, sioucard, sécard, séï; 
"3 Figeac, sùoï ; Roman, sambuc, sauc. 

Viburnum opulus, latin. Viorne rnancienne. — Brive, graï- 
cho molo, mate ; traduction, graisse molle 
(Brive). 
Lonicera pcriclyménum, latin, Chèvnî feuille des bois. — 
Brive, tsabridou ; Tulle, raméla ; Ussel, cou- 
rédzou, tsabrillou ; Roman, caprifuelh ; tra- 
duction, petit chevreau (Brive). 

— xylosteum, latin, Chemœcerisier. — Brive, béchat ; 
Ussel, margier. 

I Rubia peregrina, latin. Garance voyageuse. — Brive, lengo 

' pi ; traduction, langue de pie (Brive). 

I Galium cruciata, Scop., Gaillet croisette. — Brive, caillo-la; 

•'\ ^ traduction, caille lait (Brive). 

j — mollugo, latin, Gaillet blanc. — Brive, madzoourèlo. 

j) — aparine, latin, Gaillet grateron. — Brive, réboulo; 

\'\ traduction, qui se replie sur elle-même. 

■rf Valeriana, latin, Valériane. — Figeac, bolériano. Roman, 

'-i valeriana. 

Valerianella olitoria, Mœnch., Mâche. — Brive, Bouché to ; 
';. Tuile, douchétto; Ussel, douchéto ; Figeac, 

matso, doucétto; traduction, boussette, dou- 
V cette. 

V; Dipsacus sylvestris, Mill., Cardère sauvage. — Brive, pentso ; 

l'I traduction, peigne. 

— pilosus, latin, Cardére velue. — Brive, pentsou ; 
traduction, petit peigne. 

r ^* Scabiosa pratensis, Jord., Scabieuse des prés. — Brive, oou- 

: jl rillou de lèbré ; Figeac, escabiusa; Roman, 

' //:; ^ scabiosa ; traduction, oreille de lièvre (Brive). 






-. 167 — 

Tussilago farfara, latin, Tus&ilage, pas d'âne. — Brive, pé- 
pouli; Figeac, pépoulit; traduction, pied joli 
(Brive). 
Celendula officinalis, latin, Souci. — Brive, chouchi ; Tulle, 
soucir ; Figeac, gaou. 
Beilis perennis, latin, Pâquerette vivace. — Brive, pétito 
margarito ; Tulle, pétito margorito ; Ussel, 
pétito margorito ; Figeac, pimparèlo. 

Inula salicina, latin, Aulnée saulière. — Brive, mentrachté 
dzaouné ; Roman, énula ; traduction, menthe 
jaune (Brive). 
• — montana, latin, Aulnée de montagne. — Brive, escpour- 
chïou bouru ; traduction, porcelle velue. 

Helianthus tuberosus, latin, Topinambour. — Brive, pétam- 
bour ; Tulle, toupinambour. 

Aathiomis cotula, latin, Camomille fétide. — Brive, herbo 
dé l'amouroux ; Tulle, omorou ; Ussel, lar- 
mérou, herbo de l'amouroux ; Figeac, camo- 
raillo ; Roman, camo, camomille ; traduction, 
herbe de l'amoureux (Brive), petit amer 
(Brive) ; observation, sert à faire rentrer les 
essaims dans les ruches. Les abeilles en re- 
doutent l'odeur. 

Achiliea millefolium, latin, Achillée millefeuille. —'Brive, 
milofélio, herbo de channo-na ; Tulle, milo- 
fouli ; Figeac, milofélio; traduction, herbe 
saigne-nez (Brive). Observation, les enfants 
en mettent des feuilles dans le nez, frappent 
légèrement dessus et le nez saigne. 

^^o^,nlhemum vulgare, Lam., Grande marguerite. ■— Brive, 
dzaloujio, margarito ; Ussel, margarito ; Fi- 
geac, margarido ; traduction, jalousie (Brive). 

^Aiohrysum stœchas, DC, Hélichryse. — Brive, roumani 
choouvadzé ; traduction, romarin sauvage ; 
observation, plante odorante, odeur de fenu- 
grec. 



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1 

- 168 — 

Tenacelum vulgare, latin, Tanaisie. — Brive, herbo doous 
vermés ; Tulle, herbo deï moroum ; Iraduc- 
i tîon, herbe des vers (Brive), herbe des mar- 

rons (Tulle). 
Senecio vulgaris, latin, Séneçon commun. — Brive, chéni- 
' chou ; Tulle, chanissou ; Ussel, sénéssou ; 

» Figeac, sonissou. 

Arnica montana, latin, Arnica. — Tulle, flour de renard ; 
Ussel, boutouema; observation, fumé par 
quelques pauvres montagnards. 
Carlina vulgaris, latin, Carline. — Brive, echpinaro. 
Centaurea jacea, latin, Centaurée jacée. — Brive, tsaval 
péoulré ; Ussel, tsavaou ; Roman, centaurea ; 
traduction, pâture de cheval (Brive). 

— cyanus, latin. Centaurée bluet. — Brive, tsaval 
péoutré bleu ; Figeac, bluet ; Roman, cluyeis ; 
traduction, pâture de cheval bleue (Brive). 

Carduncellus mitissimus, DC, Cardoncelle doux. — Brive, 
tsarpalou ; traduction, petit chardon (Brive). 

Artemisia vulgaris, latin. Armoise vulgaire. — Brive, echca- 
rabi. 

— abrotanum, latin, Aurone. — Brive, oourono. 

— absynthium, latin. Absinthe. — Brive, apchénto ; 
Roman, absinti, eyssens. 

— dracunculus, latin. Estragon. — Brive, echtragou. 
Cynara scolymus, latin. Artichaut. — Brive, artitsaou ; 

Tulle, artitsaou; Ussel, artitsaou; Figeac, 

î ortsitsaou. 

! Silybum marianum, Gœrtn., Chardon Marie. — Brive, ech- 

pinaro. 

^ Carduus nutans, latin, chardon penché. — Brive, charaji; 

sarazin. 
Carduus et Onopordon, latin, Chardon (tous). — Brive, ech- 
pinaro, tsardou, tsarpal ; Tulle, chardous; 
Ussel, tsardous, chardous ; Roman, cardo. 
Cirsium, Tournef., Cirse (tous). — Brive, tsoouchido; Tulle, 
tsooucidé ; Ussel, chaucida ; Roman, caucida. 






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— 169 — 

Lappaminor, DC, Bardane à petite tête. — Brive, tsaou 
d'âgé; Ussel, petits tsardous; Roman, lappa ; 
traduction, chou d*âne (Brive). 
Cichorium intibus, latin, Chicorée sauvage. — Brive, chi- 
courèio choouvadzo ; Figeac , cicurèio soou- 
batzé ; traduction, chicorée sauvage. 
— endivia, latin. Chicorée endive. — Brive, chi- 
courèio; Tulle, chicourèio; Ussel, tchicou- 
rèio ; Figeac, endébio. 
Hypochaeris maculata, latin, Porcelle tachée. — Brive, ech- 

pourchil, pourchïou. 
Leontodon autumnalis, latin, liondent d'automne. — Brive, 

pichenlié ; Tulle, pissenlit. 
Tragopogon pratensis, latin. Salsifis des prés. — Brive, chal- 
chéfis choouvadzé; Tulle, salchifls ; Ussel, 
salsifis. 
Scorzonera plantaginea, Schleicher, Scorsonnère plantain.— 
Brive , corchounèlo ; Tulle , escourcimèlo, 
escoursounèra ; Ussel, roucibeix ; Figeac, 
escorsonèlo. 
Lactiaca capitata, DC, Laitue pommée. — Brive, létudzo ; 
Tulle, létudzé ; Ussel, létudzé ; Roman, la- 
chuga. 

sativa, latin. Laitue romaine. — Brive, tsicou ; 

Tulle, tsicou ; Ussel, tsicou ; Figeac, tsicoun. 

virosa, latin, Laitue vireuse. — Brive, Moudél. 

scariola, latin, Laitue sauvage. — Brive, létudzo 

choouvadzo. 
^^^■^cîrilla juncea, latin, Chondrille effilée. — Brive, fouïto- 

tsé; traduction, fouette-chien (Brive). 
^^Sedium plumieri, DC, Mulgédie de plumier. — Ussel, 
froumadziéra ; traduction, fromagère (Ussel). 
^^^Xacum officinale, Wie;g., Pissenlit (tous). — Brive, pi- 
chenlié ; Tulle, pissenlit ; Figeac, pissolet. 
o^i^olîus oleraceus, latin, Laitron (tous). — Brive, alardzo ; 
Figeac, lotsugo. 



— 170 - 

Andryala integrifolia, latin, Andriale à feuilles entières. — 
Brive, ruïo choouvadzo ; traduction, rhuc 
sauvage. 
Hieracium pilosella, latin, Epervière piloselle. — Brive, cou- 

rentino. 
Campanula glomerata, latin, Carapanulle (toutes). — Brive, 
cloùtsèto ; Ussel, clotchas ; traduction, clo- 
chette, cloches. 
Vaccinium myrtillus, latin. Airelle. — Tulle, aïré, éra; Us- 
sel, aïré, aire ; Figeac, aïrès. 
Calluna vulgaris, Salisb., Calluna vulgaire. — Brive, brugo. 
brudzièro ; Tulle, brudzo ; Ussel, brudzièro ; 
Figeac, bruyèro. 
Erica cinera, latin. Bruyère cendrée. — Brive, brugo ; Tulle, 
brudzo; Ussel, brudzièro; Figeac, brugo; 
Roman, brus. 
— scoparia, latin. Bruyère à balais. — Brive, brando ; 
A Tulle, brudzo bastardo ; Figeac, brando. 

y Priniula officinalis, Jacq., Primevère officinale. — Brive, 

coucu ; Tulle, boubou, couioula ; Ussel, cou- 
cudo ; Figeac, conçut ; Roman, primavera, 
i primver ; traduction, coucou (Brive). 

Lysimachia nummularia, latin, Lysimachie nummulaire. — 
Brive, olvo ; traduction, douve. 
! Anagallis arvensis, latin. Mouron des champs. — Brive, 

^; mourèl ; Ussel, mouréou. 

— caerulea, Schreb., Mouron bleu. — Brive, herbo 
j del tal ; traduction, herbe du tranchant. 

llex aquifolium, latin. Houx commun. — Brive, agrafèl, 
agrifoul ; Tulle, agrafèl ; Ussel, agrafé, gra- 
féi ; Figeac, grifoul ; Roman, agrafeix. 
Fraxinus excelsior, latin. Frêne élevé. — Brive, fraîche ; 
Tulle, fraiché, fraissé, cantharidier ; Ussel, 
frayssé ; Figeac, frayssé ; Roman, fraisse, 
fraissher, fraishe, frayshe. 
Syringa vulgaris, latin, Lilas commun. — Brive, lilas ; Tulle, 
lila; Figeac, lila. 



- 171 - 

^'gustrum vulgare, latin, Troène commun. — Brive, troïné, 

pudis blanc ; Tulle, pudis blanc ; Ussel, mar- 

gier ; Roman, cypri ; traduction, bois puant 

blanc. 

^'âsminum fruticans, latin, Jasmin jaune. — Figeac, tsant- 

simio. 
'incotoxicum officinale, Mœnch., Dompte-venin officinal. 
— Brive, herbo de lo langogne : observation, 
je ne sais si langogne est un nom patois de 
maladie des porcs. 
^^-hrea centaurium, Pers., Petite centaurée. — Brive, 
^ chantoourèio. 

*-^^na lutea, latin, Gentiane jaune. — Tulle, dzenchiano, 
Ussel, gensana ; Roman, basilica gentiana. 
^"'^ campestris, latin, Gentiane des champs. — Ussel, 
breya de coucu ; traduction, braies de cocu 
ou de coucou (Ussel). 
— pneumonanthe, latin. Gentiane pneumonanthe. — 
Ussel, clotchas ; traduction, cloches. 
Convolvulus sepium, latin, Liseron des haies. — Brive, 
grando courédzado. 

— arvensis, latin. Liseron des champs. — Brive, 

courédzado ; observation , courédzo signifie 
lanière de cuir. 

— cantabrica, latin, Liseron cantabre. — Brive, 

linou ; traduction, petit lin. 
Cuscuta minor, DC, Cuscute (toutes). — Brive, piaoux, 

choïo, tigno, fiaux ; traduction, cheveux, soie, 

teigne, fils (Brive). 
Echium vulgare, latin, Vipérine. — Brive, las bouradzas ; 

traduction, les bourraches. 
Myosotis vulgare, latin. Myosotis (tous). — Ussel, miouti, 

herbo de las estialas ; herbe des étoiles. 
Borrago officinalis, latin, Bourrache officinale. — Brive, 

bouradzo; Figeac, bourratso; Roman, bor- 

rage. 



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— 172 — 



Solanum nigrum, latin, Morelle. — Brive, poumo de tèro 
choouvadzo ; Figeac, moourèllo; Roman, mau- 
rella, morella. 

— dulcamara, latin, Douce amère. — Brive, doucha- 
maro ; Figeac, douç'amaro. 

.^ — tuberosum, latin, Pomme de terre. — Brive, poumo 

*i\ de tèro, truffo, truffo blantso ; Tulle, poumo 

îj de terro, trufa ; Ussel, strufla, truffa ; Figeac, 

truffo ; traduction, truffe ; observation, appe- 
lée truffe dans les terrains granitiques. 

— melongena, latin, Aubergine. — Figeac, biot 
d'asé ; traduction, vièdaze (Figeac). 

— lycopersicum, latin, Tomate. — Brive, toumato; 
Tulle, toumata ; Figeac, toumato. 

;J| Capsicum annuum, latin. Piment. — Brive, piman; Roman 

pigment, pimen, piment. 
1 Nicotiana tabacum, latin. Tabac. — Brive, tobat : Tulle, ta- 

f5 bat ; Figeac, tobat. 

Datura stramonium, latin, Datura. — Brive, troumpéto; 

traduction, trompetto. 

Mandragora officinalis, MilL, Mandragore. — Tulle, matago ; 

Roman, mandragora; observation, erreur de 

Béronie. Cette plante n'existe pas en France. 

Verbascum thapsus, latin, Molène (toutes). — Brive, bloou ; 

Tulle, bloou ; Ussel, bloou. 
Linaria striata, DC, Linaire striée. — Brive, gros mourél ; 

traduction, gros mouron. 
Scrophularia nodosa. latin, Scrophulaire (toutes). — Brive, 
herbo del chièdze ; Tulle, ossiède ; traduc- 
tion, herbe du siège ; observation, souvenir 
de son emploi par les Rochellais, lors du 
M siège de cette ville par Richelieu. 

Digitalis purpurea, latin. Digitale. — Brive, petit bloou ; 
, ^H? Tulle, pétaraou ; Ussel, entounoir; traduc- 

/ jj; tion, petite molène, molène pétant (Tulle); 

•it-;[| observation, masculin. 

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Veroûica beccabunga, latin, Véronique cressonnée. — Brîvej 
creïchelou de Lrécizo ; Ussel, creïssou soou- 
valsé; FJgeac^ b<>ronico ; traduction, cresson 
de truie (Brive). 
RbJnantus crista galH, latin, Rhinanle cnHe de-coq, — Brive, 
L"ampanèlf>i Tulle, tartalièdzo ; traduction, 
peliîe clochette (Brive) ; observation, nom de 
la clochette en tôle des moutons. La graine 
a la môme forme. 
Oroi>anche rapum, ThuiL, Orobranche (toutes). — Brire, po 
de lèbro ; Ussel, po de lébra ; iraduction, 
pain de lièvre. 

Uvaodula vera. DC, Lavande. — Brive, lavandré ; Figeac, 
labondro ^ Roman, lerrigola, solivenca. 

Wantha, latin, Menthe (toutes)* — Brive, ménlachtré ; Tulle, 
mènlrasté; Usseï, amente; Figeac, menlo; 
Roman, menla, mentastre. 

Ori^a^num mégastachium, Link., Origan (tous). — Brive, 
pébnllou choouvadzé; Roman, origani; tra- 
duction ^ ihym sauvage [Brive;, 

^rssopus ôfticiDalis, latin, Hyssope officinal. — Tulle, liso; 
Figeac, hysop; Roman, isop. 

^^jyTriusvulgaris, latin, Thym, — Brive, pébrillou ; Tulle, 
thyn ; Roman, thymi ; traduction, petit poi* 
vre f Brive). 
serpyllum, latin, Serpolet, — Brive, cherpoulét î 
Ussel, serpoulet ; Figeac, serpoulet ; Roman, 
serpoL 

Cal ia 

- *^rninta acinos, Gaud., Caïaminthe des champs. — Brive, 

herbo de lo copo ; Roman, calament ; traduc- 
tion, herbe de la coupure (Brive). 
**^ïïllam basilicum, latin, Basilic. — Brive, bajâli ; Tulle, 
bajali ; Roman, basilisc. 
^i^a offlcinalis, latin, sauge officinale. —Brive, cbaouvio; 
Tulle, saouvio ; Ussel, saouvio ; Roman, 
salvia. 



1 



— 174 — 

Salvia sclarea, latin, Sauge sclarée. — Brive, herbo dé lo 
copo ; Figeac, saoubio ; traduction, herbe de 
la coupure (Brive). 

Rosmariuus officinalis, latin, Romarin officinal. -— Brive, 
roumani; Figeac, roumarin ; Roman, ro- 
mani, romanin. 

Glœchoma hederaceum, latin, lierre terrestre. — Brive, 
léouno de tèro ; traduction, lierre de terre. 

Melittis melissophyllum, latin, Mélitte à feuille de mélisse. 
— Brive, chucho barlet ; traduction, suce ba- 
ril ; observation, les enfants courent les bois 
pour sucer le nectar des fleurs de cette plante. 

Lamium album, latin, Lamier blanc. — Brive, ooutrudzo 
blantso ; traduction, ortie blanche. 

Galeobdolon luteum, Huds., Galéobdolon jaune. — Brive, 
ooutrudzo roucho ; traduction, ortie jaune. 

Marrubium vulgare, latin, Marrube vulgaire. — Brive, mén- 
tachtré blanc; Figeac, maltrasté ; Roman, 
marrubium ; traduction, menthe blanche. 

Teucrium chamaedrys, latin, Germandrée petit chêne. — 
camêdri ; Figeac, camédri. 

Plantago major, latin, Plantain (tous). — Brive, herbo de 
cin costas ; Tulle, herba de cin costas ; Ussel, 
herba de cin costas, fouillarita; Figeac, herbo 
de cinq costos ; Roman, plantage ; traduction, 
herbe de cinq côtes. 
— cynops, latin. Plantain des chiens. — Brive, coû- 
tebêlo. 

Amaranthus ascendens. Lois., Amaranthe (toutes). — Brive, 
irgou. 

Phytolacca decandra, latin, Phylolaque. — Brive, rajinéto ; 
traduction, raisinette. 

Beta vulgaris, latin. Bette vulgaire. — Brive, blédo ; Tulle, 
bléda; Ussel, bléda; Roman, bleda, bleta. 

— cicla, latin. Betterave. — Brive, blédo rabo ; Tulle, 
blédo rabo ; Figeac, bleto rabo. 




— I7r> - 

Ghœnopûdium polvâpermum, latin, Ansérine [toutes}. — 
Brive, abrèl choouvadze, irgou ; traduction, 
arroche sauvage. 
— bonus Heoricus, latin, Ansérine bon Henri. 

— Brive, berba de cin coûtas ; traduction, 
herbe de cinq côtes. 
Atriplei borteasis, lalin, Arroche bonne dame. — Brive, 

abrél ; Tulle, obrél. 
Spinacia spinosai Mœncb., Epinard épineux. — Brive ^ ech- 
pinard ; Tulle, espinar ; Figeac, espinard; 
Romani espinar. 
Rumex patientia, hitin, Patience officinale. — Brive, para- 
dèlo ; Tulle, pataouno ; Ussel, pataouno, po- 
dorèîe ; Figeac, porodèlo ; Roman, Japaci. 

— acetosa^ latin ^ Patience oseille. — Brivei ooujillo ; 

Ussel, ooseilla; Figeac, binéto. 

acetûsella, lalin, Patience petite oseille. — Brive, 

Oûujillou ; Tulle, osillou ; Ussel, osillou, sau- 
ciliou. 
f*oly^gODum amphybium^ latin, Renouée amphibie. — Brive, 
berbo del peïchou ; traduction, herbe du pois- 
son. 

-^ persicaria, latin, Renouée pcrsicaire. — Brive, 
parpél^dzé. 

i- hydropiper, latin, Renouée poivre d'eau. — 
Brive, parpèlèdzé. 

*^ aviculare, latin. Renouée des oiseaux. — Brive, 
coudotrèdïo, coudertsino ; traduction , pais 
truie, herbe des coudercs; couda signifie 
manger, paissant au ras de terre ; couderc 
est un petit pacage très sec et ras près des 
maisons* 

— convoi vulus, latin, Renouée liseron, — Brive, 
bla négré choouvadze; Ussel, bla nègre 
soouvatïè ; traduction, blé noir sauvage (Brive, 
Ussel). 

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- 176 — 

Polygonum fagopyrum, latin, Sarrazin. — Brive, bla négré; 
Tulle, bla négré ; Ussel, bla négré ; Figeac, 
blal négré; fruit, bla négré; traduction, blé 
noir. 

Daphné laureola, latin, Daphné lauréole. — Ussel, herbo 
déous merles; traduction, herbe des merles. 

Laurus nobilis, latin, Laurier d*Apollon. — Brive, loouriè 
chaoucho ; Tulle, loouriè ; Figeac, loourié ; 
Roman, laur, laurel, laurier ; traduction, lau- 
rier sauce. 

Buxus sempervirens, latin. Buis. — Brive, bouï ; Tulle, 
bouï ; Ussel, rampan, rampao ; Figeac, bouï ; 
Roman, bois, boish; traduction, rameau (Us- 
sel). 

Mercurialis annua, latin, Mercuriale annuelle. — Brive, 
mercuriol, lamberdzé ; Figeac, mercurialo. 

Euphorbia helioscopia, latin, Euphorbe (toutes). — Brive, 
tèto-la ; Ussel, pè de dzaou ; Roman, euforbi ; 
traduction, tête lait (Brive), pied de coq (Us- 
sel). 
\ — peplus, latin, Euphorbe des jardins. — Brive, 

' herbo de lo taoupo ; traduction, herbe de la 
taupe. Observation, on dit qu'un pied dans 
un jardin chasse les taupes. 
— lathyris, latin, Euphorbe épurge. — Brive, herbo 
de lo cago ; traduction, herbe de la diarrhée. 
Observation, deux ou trois graines, dit-on, 
suffisent pour la produire. 

Parietaria officinalis, latin, Pariétaire officinale. — Brive, 
j traouco-murs ; Figeac, ponotario ; Roman, 

j paritaria ; traduction, perce murs (Brive). 

Urtica urens, latin, Ortie (toutes). — Brive, ooutrudzé ; 
Tulle, intrudza, éitrudze ; Ussel, eitroudzé ; 
Figeac, outrigo ; Roman, urtica. 

Cannabis sativa, latin. Chanvre cultivé. — Brive, tsambé ; 
Tulle , tsambé ; Ussel , tchibro ; Figeac , 
combé ; Roman, canèbé ; fruit, tsanabou (chè- 
nevis) Brive. 



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Humiilus lupuliïS!, latin, Iloiiblari grimpant, — Bi'ive, linmi- 
lou. hooubérou ; Tulle, hobelo, bloou ; UsseL 
houbloiin, 
Fïcus carica, latin, Figuier commun, — Brive^ fidzîer ; 
Tulle, fidziè ; Figear. fi.!zuié ; Romane figuier; 
fruit, fidzo, figiie (Brive), 
Morus alba, latin, Mûrier. — Brive^ mourier ; Tulle, amou- 
rié î Roman, morier ; fruit, Tiïouro, milre 
(Brive). 

nigraj latin, Mûrier noir, — Brive. mourier roudzé : 

fruit . inouro , mûre ; traduction t mûrier 
rouge (Brive). 
Vliz^ Tis major, Smith.* Orme (tous), ^ Brive, oulmè ; Tulle, 
oulmé î Ussel, orniou ; Figeac, ourmé ; Ro- 
man, olm, olme. 
Alnxjis glutinosa, Gaertn.. Aulne. — Brive. vergné ; Tulle, 
vergue; Ussel, vergna. vergnaou ; Figear, 
ber, bergné ; Roman, vern, vernha, 
% ti.:^ laverrucosa, Elirli., Bouleau, ~ Brive, bé, bècbot, bô- 
cbat; Tulle, bé, b^it-iiol, bècho, bezhal ^ Us- 
sel, bessard, bessas, bessaou. 
Sa_lî 3g^ j^ijjjj^ latin, Saule blanc. — Brive, ooubar : Tulle, aou- 
bar, ooubar ; Ussel, aouhar, ooubar ; Figeac, 
ooubar ; Roman, al ban, alborn, al bar, 
" — vitelliua, latio, Saule jaune, osier. — Brive, vimier, 
vlmé ; Tulle, vimé j Ussel, vinzéî Roman, 
vim, 
'^ — - caprea, latin, Saule niarceau, — Brive, chalé ; Tulle, 
sole, chialè ; Roman j sauïz. sauze, 
"^^^ï^i^lus alba» latin, Peuplier blanc* — Brive, piboulo; Tulle, 
piboul : Ussel, popilluu, brioulo ; Ftgeac, pi- 
boni, piboulo. Observation, féminin, 
— tremula, latin. Peuplier tremble, — Brive, trè- 
moul ; Tulle, trèmoul ; Ussel, trèmou ; Ro- 
man, tremble ^ ire mol, trémola. 

faligiata, Poir., Peuplier d'îtalie, — Brive, pibouL 

Observation, masculin. 



- 178 - 

Populus Digra, latin, Peuplier noir. — Brive, piboulo. Obser- 
vation, féminin. 

Fagus sylvatica, latia, Hêtre, — Brive, faou, fouyard, fayard ; 
Tulle, faou, fayard ; Ussel, fao ; Figeac, faou, 
fuyard ; Roman, fau, faya ; fruit, feïno (faine), 
à Brive. 

Casianea vulgaris, Lanik , Châtaignier commun. — Brive, 
tchactitanier, tchachtan ; Tulle, tsostan ; Us- 
sel» tehatanîer ; Figeac, costogné ; Roman, 
castanher ] fruit, tchachtagno (Brive), tchata- 
nia (châtaigne) ; observation, castagno, châ- 
taigne à Figeac. 

Noms des Variétés du pays : 

Brieej Choouvadzo; traduction, sauvage. 

Brive, Quarïou ; Tulle, quariva ; traduction, quarive. 

Tulle, Quarieu ; traduction, quarieu. 

Brive, Habourivo ; Tulle, abourivo ; traduction, précoce. 

Brive, Choouvadzo do Car ; traduction, sauvage de Cars. — 

Observation, lieu de la famille des Cars, Haute- 
i| Vienne. 

* Brive, Léoucoto blanlso ; traduction, leucote blanche. 

Brive, Léoucoto roudzo^ traduction, leucote rouge. 
Brivej Vermilloi blant ; traduction, vermillot blanc. 
Brive, Vermillot roudié ; traduction, vermillot rouge. 
Brive, Pountal ; Tulle, lioul blanc ; traduction, pontal, cul 

blanc. 
Brive, Bori ; traduction, borîe. 
Brive, Badanl: traduction, baillant. Observation, sa peau 

s*ouvre avant mAturité. 
Brive, Eijalado; traduction, ésalade. 
Brive, Cambéloto; traduction, cambelotte. 
Brive, Dzoséquo ; iraduction. josèque. 
Brive, Caïubéroiino ; traduction, camberonne. 
Brive, Méouliado; traduction, pleine de moelle. 
Brive, Gourchadzo ; traduction, goursage. 
Brive, Rouchélo; traductionj rousselle. 



— 179 — 

Brîve, Bourudo ; traduction, bourrue. 
Brive, Maroun négré ; traduction, marron noir. 
Brive, Maroun ourdinari ; traduction, marron ordinaire. 
Brive, Grocha ; Tulle, grousseau ; traduction, grosses. 
Brive, Verdolo; Tulle, verdol ; traduction, verdoie. 
Tulle, Rouergau ; traduction, du Rouergue. 
Tulle, Juliacas; traduction, de Juillac. Observation, chef- 
lieu (le canton de la Corrèze. 
TuUe, Barracadas ; traduction, bariolées. 

Quercus pedunculata, Ehr., Chêne. — Brive, tsachan, dzari ; 
Tulle, gori, tsachan ; Ussel, dzari, tchaïne ; 
Figeac, gorrit; Roman, casser, garric, coral; 
fruit, glan, agland, ayan (Brive). Observation, 
ayan, à Ussel ; est souvent truffier. 
— tozza. Base, Chêne Tauzin. — Brive, tsachan tsoou- 
jên ; traduction, chêne de causse. Observation, 
se trouve surtout dans les calcaires appelés 
Causses, 
ilex, latin, Chêne Yeuse. — Brive, rouvet, tsachan 
vert ; Roman, roire ylex ; traduction, rouvre, 
chêne vert. Observation, spécial pour les 
truffes. 

Corylus avellana, latin. Coudrier noisetier. — Brive, ooula- 
nier, ooulanièro ; Tulle, ooulanié ; Ussel, 
ooulanié, oulaniëra ; Bigeac, obuglanié, abé- 
lanié ; Roman, avélannier ; fruit, ooulano 
(noisette). Observation, à Brive, Ussel, mas- 
culin et féminin. 

Carpinus betulus, latin. Charme commun. — Brive, tsaou- 
pré ; Tulle, tsaoupré. 

Juglans regia, latin, Noyer. — Brive, noudzier ; Tulle, 
noudzier ; Ussel, noudzier ; Figeac, nouyé ; 
Roman, noguier; fruit, cacal, cacau, nou ; 
traduction, noix (Brive). Observation, nou 
entraîne l'idée de noix fraîche avec son 
brou. 



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— 180 — 

Variétés du pays : 

Brive, Corno de moutou ; traduction, corne de mouton. Ob- 
servation, tét dur. 

Brive, Marbo ; traduction, Marbot; têt rond demi-dur. 

Brive, Changilière ; Roman, sanzilier; traduction, des mé- 
sanges. Observation, têt très tendre et faible. 

Brive, de la lando ; traduction, de la lande. Observation, têt 
tendre. 

Brive, choouvadze ; Tulle, agraulatier; traduction, sauvage. 
Observation, tôt petit, dur. 

Tulle, Boumba rouyale; traduction, bombe royale. 

Tulle, Sarrer; traduction, sarrer. Observation, coque dure. 

Brive, Mayen ; traduction, mayen, du mois de mai. Obser- 
vation, dans chaque variété il y a des mayens, ainsi 
appelés parce qu'ils ne poussent qu'en mai. 

Platanus orientalis, latin, Platane. — Brive, platano, apla- 
tano; Ussel, plataou ; Roman, platani. 

Juniperus communis, latin. Genévrier commun. — Brive, 
dzanèbré, dzinèbré, dzanébrier; Tulle, dzé- 
nébrié ; Ussel, dzanebrié ; Figeac, tsinèbre ; 
Roman, genibre, juniert, genèbre, juniperi ; 
fruit, dzanébré. 

Taxus baccata, latin, If. — Brive, touno ; Tulle, ifé ; Roman, 
theysh. Observation, appelé touno à cause 
. des ionnelles que Ton fait avec. 

Pinus sylvestris, latin. Pin (tous). — Brive, pinier, pin; 
Tulle, pin, pinié ; Ussel, Pinn ; Roman, pin, 
pinhe ; fruit, pino (Brive) ; traduction, pomme 
de pin, comestible. Observation, le pignon, 
pinou. 

Abies excelsa, DC, Sapin (tous). — Brive, chapin ; Ussel, 
sapin ; Roman, sap, abet. 

Cupressus sempervirens, latin, Cyprès. — Brive, archipriè ; 
Roman, cyprès. 

Juncus, latin, Jonc (tous). — Brive, dzoun ; Tulle, jounc ; 
Ussel, dzoun; Figeac, tsounc, tsounco; Ro- 
man, junc, sescha, jonc. 



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— !8I — 

Luzula pilosa, WiJ^l*, Luzule (toutes), — Brîve, léngo de pi-^ 
catal ; traduclion, langue de pivert. 

Golchicum auiumnale, latin, Colchique» — Brive, pinipa- 
rèlo. 

Convallaria maïaliSj latin, Muguet, — Brive, niugué ; Ussel, 
mugué, mu g. 

Asparagus offlcinalis, latin, Asperge* — Brive, echperdio ; 
TullCj echperdza, esperga. 

Ruscus acuEeatus, latin, Fragon piquant, — Brive, hrêgou, 
echpino tsatto; Tulle, busqué; traductionj 
épine chatte (Brive)- 

Tulipa, latin, Tulipe, — Brlve. Lulipo; Figeac, tulipan. 

Lulium martagon, latin, Lis niartagon, — Brîve, liri, mar- 
lagou; Tuile, flourd'alys; Figeac, lis; Ro- 
man, lili, liri, lis. Observation, k Figeac c'est 
le lis blanc, 

Aspbodelus ramosus, Duby>, Âspbocîèle rameux- — Brive^ 
poro î Ussel. pourredzado, 

Hyacinlhus, Tournft,, Hyacinthe, — Brive, dzacbinto ; Fi- 
geac, jacinthi, jacint, 

Muscari comosum, Mill.i Muscari. — Brive, ignou de cher; 
Figeac, oillolo ; traduction, oignon de ser- 
pent (Brive). 

Erylhronium dens canis, latin, Erytht'one, — Tulle, herho 
de coucu ; Ussel, prenguolaSs pindzaoulas. 
Observation, les enfants recherchent les but- 
bes pour les manger. 

Bcilla autumiialis, latin, Scitle d'automne. — Brive, ooulano 
de tèro ; traduction, noisette de terre. 

Allium porrum, latin. Poireau, — Brive, pourrét ; Tulle, 
pourra; Ussel, poureix ; Figeac, porrè ; Ro- 
man, porr, porrot, 

— anipeloprasum, latin, AiL — Brive, al choouvadzé ; 

traduction, ail sauvage. 

— cepa, latin, oignon. — Brive, ignou, chébo ; Tulle, 

cebo, cebas, sebas, ignou ; Ussel, eugnu ; Fi- 
geac, cebo ; Roman, cebat, ceba, ignoû, nigno, 
uîgnon. 



- 18? — 



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Allium sativum, latin, Ail commun. — Drive, al, dolcho; 
Tulle, daoucha, daousso ; Ussel, aïl ; Figeac, 
al ; Roman, alh, aliet, aylh. 

— ascalonicum, latin, Echalolte. — Brive, etsaloto, 

chiboulo ; Tulle, elsalota, ciboulo ; Ussel, ail ; 
Figeac, tsalotto. 

— vineale, latin, ail des vignes. — Brive, al dé cher ; 

traduction, ail de serpent. 

— schœnoprasum , latin. Appétits. — Brive, chibou- 

létto ; Tulle, pourita ; Ussel, chiboulo. 
Narcissus pseudo-narcissus, latin, Narcisse faux narcisse. 
— Brive, coucudo ; Tulle, berbéïdza ; Figeac, 
compono. 

— jonquilla, latin. Jonquille. — Figeac, tsounquillo. 

— poëticus, latin, Narcisse de poète. — Brive, cou- 

cudo. 

Iris germanica, latin, Iris d'Allemagne. — Brive, liri, herbo 
del cooutèro, chabré ; Figeac, coutelas ; Ro- 
man, iris, yli, y ris ; traduction, herbe du 
cautère sabre (Brive), coutelas. 

Iris pseudo-acorus, latin. Iris faux acore. — Brive, gleïdzol ; 
Tulle, gladze. 

Gladiolus communis, latin, Glayeul. — Brive, echpajo; 
Tulle, gladze ; Roman, glaï, cesca, glaviol, 
glaya, glay ; traduction, épée (Brive). 

Crocus sativus, latin, Safran. — Brive, chafran ; Figeac, 
sofro; Roman, croci, safra, safran. 

Tamus communis, latin, Tamier. — Brive, guidachière. 
Observation, gui, guido, signifie pousse, jet. 

Orchis, Juss., Orchis (tous). — Brive, pentécouchto ; Tulle, 
coucu ; traduction, Pentecôte (Brive). 

Ophrys, latin, Ophrys (tous). — Brive, pentécouchto ; tra- 
duction, Pentecôte (Brive). 

Scirpus lacustris, latin, Scirpe des lacs. — Brive, grand 
dzoun; traduction, grand jonc. 

Carex vulpina, latin, Carex, Laiche (tous). — Brive, léngo-pi, 
léngo de picatal ; Roman^ lesca ; traduction, 
langue de pivert. 



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— 183 — 

Zea iDâïSj latin, Maïs. — Brive, bla roudzé ; Tulle, bla d*Ech- 
pagQO, bigaro; Ussel, bla d'Espagna, biga- 
raou ; Figeac, raelbla d'Espagno ; fruit, bla 
roudzé ; traduction, blé rouge, blé d'Espagne 
(Brive). 
Big^i tsria saDguinalis, Scop., Digitaire sanguine. — Brive, 
brénil pè d'ooujel ; traduction, brénil pied 
d'oiseau. 
Sorglr^um vulgare^ Pers., Sorgho vulgaire. — Brive, parpeï- 

rolo ; fruit, parpéirolo. 
Agrostis vulgaris, With., Agrostis vulgaire. — Brive, trei- 

nacho, tranudzou ; Ussel, tranudjou. 
Seta.ï»ia glauca, P, B., Panic glauque. — Brive, brénil ; Fi- 
geaC| brondiol. 

" italica^ P. B», Sétaire d'Italie. — Brive, mèl, panis ; 

Tulle, mèl ; Roman, millargos, panic. 
j^^nic^um miliaceum, latin, Panic millet. — Brive, panis, 
brénil; Tulle, ponis; Figeac, mil menut; 
fruit, mèl, millet (Brive). 
— — crus ^ialH, latin, Panic pied de coq. — Brive, grand 
brénil. 
Alci^^(^^i.yg pratensis, latin, Vulpin des prés. — Brive, péga. 
^^li c:a unillorai Retz., Mélique à une fleur. — Brive, palèno. 
Observation, seule, avec le Sedum hexagonal, 
résiste à la présence de la truffe dans le sol. 
^^^ï>atherum elatius, Gaudin, Arénathère élevé. — Brive, 
fouracha ; Figeac, froumeintal. 
**^ bulbosum, Presl., Arénathère à chapelet. — 

Brive, tsapéléto; traduction, chapelette. 
^^Oasativa, latin, Avoine. — Brive, chivado; Tulle, si- 
vadOj civado ; Ussel, sivada ; Figeac, sibado ; 
Roman, avena, civada ; fruit, chivado. 
'~'~*^ nuda, latin, avoine nue. — Figeac, peluca. 

'^ fatua, latin, avoine folle. — Brive, chivado pïoulo, 
cûuïoulo ; Tulle, civadasso, couïoulo, pioula ; 
Ussel, sivada chauvatsa ; fruit, pioulo (Brive). 



— 184 — 



Arundo donax, latin, Roseau (grand). — Brive, canovélo ; 
Tulle, canovéro ; Figeac, conobéro ; Roman, 
canavéra ; traduction, cannevelle (Brive). 

Phragmites communis, Trin., Roseau. — Brive, rooujèl ; 
Roman, rauss, rauzél. 

Poa pratensis, latin, Pâturin des prés. — Brive, chéglolo; 
traduction, petit seigle. 

Briza média, latin, Brize moyenne. — Brive, herbô oou ta- 
mis ; Figeac, herbo de Tobut ; traduction, 
herbe aux tamis (Brive). Observation, les 
enfants se font avec cette plante une mau- 
vaise plaisanterie : ils appellent cela appren- 
dre à faire des tamis. 

Festuca duriuscula, latin, Fétuque durette. — Brive, pial 
de bou ; traduction, poil de bouc. 

Triticum sativum, Lamk., Froment. — Brive, bla, froumént ; 
Tulle, froumént; Ussel, froumént; Roman, 
froment, fromental, tritico ; fruit, froumént. 
— sestivum, latin. Froment d'été. — Figeac, trémil. 

Agropyrum repens, P. B., Chiendent. — Brive, tranudzo ; 
Tulle, tronudzé ; Ussel, tranutso ; Figeac, 
tronugo, grél. 

Secale céréale, latin, Seigle. — Brive, chéglé, chéglo ; Tulle, 
bla; Ussel, bla; Figeac, ségol; Roman, sè- 
guel, setglé ; fruit, chéglé. Observation, mas- 
culin et féminin. 

Hordeum vulgare, latin, Orge commun. — Brive, ordi ; 
Tulle, ordi ; Ussel, erdge ; Figeac, ordi ; Ro- 
man, ordi, ordy ; fruit, ordi. 

— hexastichon, latin, Orge à six rangs. — Brive, ordi 

quéïrat ; fruit, ordi quéïrat; traduction, orge 
carré (Brive). 

— dislinchon, latin, Orge distique. — Brive, bail- 

lard ; Figeac, paoumoulo, boillard ; fruit, 
baillard; traduction, baillarge. 

— murinum, latin, Orge queue de rat. — Brive, ordi 

choouvadzé ; Figeac, couèto de rat (queue de 
rat. 



^ 185 - 

Lolium perennBj lalin, Ivraie vivace. — Brîve, viradîou; 
Tulle, granous ; Lraductionp petite ivraie 
• (Brive), 
— temulentum» lalin. Ivraie enivrante. — Brive, vi- 
radzo ; Tulle, oviracïzé, viradzé ; Roman, 
abriaga, juelh, aizama, Jueyll, yraga ; fruit, 
viradzo. 
%ar gnium ramosum, Huds., Riibanier rameux, — Brive, 
rooujèl i Roman, raus, raujèl ; traduction, ro- 
seau. 
Tj'ptia latirolia» latin, Massette. — Brive, macJièto, counol ; 
Tulle, counol sent'anno ; traduction, que- 
nouille sainte Anne (Tulle). 
Lemna gibha, latin, Lenticule gonflée. — Brive, Unou. 
ÀrtzTXx niaculatum, latin, tiouet taché, — Brive, GléidzoL 
0(>tiiogtossum vulgalum, latin, Ophioglosse, — Brivei ma- 

Lago. 
Ce t^eirach officinarum, BC„ Cétérach. — Brive^ fooudzieirou ; 
Roman, scolopodia ; traduction, petite fou- 
gère 1 observation, masculin, 
l*^lypodfum vulgare, latin, l'olypodc vulgaire, — Brive, 
régal icho ; Tulle, regalissa ; Ussel, réglissa ; 
Roraan, polypodi ; traduction, réglisse. 
Aspii3|m^ aculcatum, S\v., Aspidion à aiguillon. — Brive, 

fooudzlèro ; Ussel, feugiéra, 
^ciïysticuiîi lilix mas, Roth., Fougère mâle. — Brive, fooud- 

zièro mâlo ; Tulle, Tooudziéro bastardo, 
Aspl^nium adiantum nigrum , latin, Doradille capillaire 
noir. — Brive, fooudzieïrou ; traduction, pe- 
tite fougère. 
— trichomanes, latin, Doradille polytric— Brive, 

copilario ; Roman, gatlitrici, polytri ; traduc- 
tion, capillaire. 
Scolopendriuqi officinale, Smhh., Scolopendre. — Brive, 
lengo de bièou, echcolopandre ; traduction, 
langue de boBuf. 



^ 186 - 



PLerîs aquilirin, lalîn, Piéride aquilinaire. — Brive, fooud- 

ziéTo; Tulle 1 looudzièra ; Ussel, feugièro; 
Figeac, fôouyèra ; Roman, falgueira. 

Equiselum arvense, iatin, Prêle des champs. — Brive, 
quoyarat, couo d'echcurol ; Ussel, quouo de 
pouli, d echcuroQu ; traduction, queue de rat, 
d'écureuil (Brive), queue de poulain (Ussel). 
— lelmateia, Ehrhard., Prèle des marécages. — 

Brive, couo dé renard; Ussel, dzoun pétant; 
traduction, queue de renard (Brive), jonc pé- 
tant (Ussel). 

Hypiuim, ect-, lalin, Mousse itoutes). — Brive, moulcho; 
TullCi mousso ; Ussel, moussa. 

Cladonia, etc., DC, Lichens (tous). — Brive, moulcho 
blantso ; Tulle, mousso doous aoubrés ; Ussel, 
moussa hlantsa ; traduction, mousse blanche 
(Brive, Ussel)» des arbres (Tulle). 

Amaoila cesareus, Lam^^ Agaric oronge. — Brive, poutirou 
roudzé ; Tulle , poutarèou roudzé , coucou ; 
Ussel , oroundzo ; traduction , champignon 
rouge, œuf. 

Agarîcus procerus , latin, Agaric couleuvrée. — Brive, 
clerdzo ; Ussel, tsampignou de brudzèira; 
traduclion, champignon de bruyère (Ussel). 
— pralicola, latin, Agaric des prés. — Brive, bouja- 
chou ; Tulle» mouna, filliol ; traduction, ve- 
nant sur les houses (Brive). 
lepîdus, lalin, Agaric lépide. — Brive, peyrouno; 
Tulle, poularer de serp ; traduction, champi- 
^^non de serpent f Tulle). 

Cantharellus ciharius, Fr., Chiuiierelle comestible.— Brive, 
dzirooudèlo, oourillo de prechtré ; Tulle, gi- 
routidèla, dziratidèla; traduction, oreille de 
prêtre (Brive)* 

Boletus œreusj BulL, Bolet bronzé. — Brive, poutirou nè- 
gre ; Tulle, poutarèou nègre; Ussel, pouti- 
rou ; Roman, bolet. 



— 187 — 

Polyponis fomentarius, latin, Polypore amadouvier. — 

Brive, amadou, 
ffydnum repandum, latin, Hydne sinué. — Brive, dent de 
rat ; traduction, dent de rat. 
C/avaria flava, latin, Clavaire jaunâtre. — Brive, bouchi 

barbo ; traduction, barbe de bouc ? 
Aforcliella esculenta, Pers., Morille. — Brive, mérigoulo. 
Geaster hygrometricus, latin, Géastre hygrométrique. — 

Brive, pét de loup. 
Lyoo j>epdum caelatum, latin, Vesse de loup ciselé (toutes). — 
Brive, pét de loup; Tulle, bessina de loup, 
pét de loup ; Ussel, bessine de loup. 
Mftla.riogaster, latin, Mélanogastre (tous). — Brive, truffé ; 
observation, masculin. Les truffes de notre 
pays seront traitées par M. Gillet, d*Alençon, 
dans son œuvre : Les Gastéromycètes. Je 
pourrais désigner en patois une quinzaine de 
variétés de Tuber ou Melanogaster, mais je 
ne veux pas enlever cette satisfaction à mon 
collègue, qui le fera d'après des notes depuis 
très longtemps envoyées. La compétence de 
M. Gillet, dans cette question, lui permettra 
d'utiliser mes notes bien mieux que je ne 
pourrai le faire moi-même. 
Taber aestivum, latin, Truffe d'été. — Brive, dzualéntso. 

cibarium, Bull., Truffe comestible. — Brive, truffo ; 
Tulle, truffo ; Ussel, truffo ; Figeac, truffo ; 
Roman, truffa ; observation, féminin. 
excavatum, latin, Truffe creuse. — Brive, truffé ; ob- 
servation, masculin. 
Nostoc tremella, latin, Nostoc trémelle. — Brive, echcupi 

de coucu ; traduction, crachat de coucou. 
^Oferva, latin, Conferve. — Brive, linou. 



— 188 — 

Après avoir donné les noms des plantes en patois, connues 
en Bas-Limousin et dans le Quercy, je crois devoir terminer 
par le report de celles que je n'ai pu placer et qui sont indi- 
quées dans le lexique roman de Raynouard : 

Français Roman 

Verveine Berbena, verbena. 

Bétoine Betonica. 

Brancursine Branca orsina. 

Cade Cade. 

Oignon marin Ceba marina. 

Cèdre Cèdre. 

Coriandre Coliandre, coriandre. 

Coloquinte . . . ., CoUoquintida. 

Conyze Conis. 

Consoude Cossouda. 

Dictame Diptamni. 

Héliotrope Elitropia, ely tropia. 

Epeautre Espeuta. 

Staphisaigre Estalizagria, estaphisagria. 

Eufraize Eufrazia. 

Fenugrec Fengrec, fenugrec. 

Chardonnette Gamaléon. 

Germandrée Germandréa. 

Tournesol Giraflor. 

Galéga Guarengal. 

Jusquiame Jusquiam. 

Lentisque Lentisc. 

Marjolaine Majorana. 

Mélilot Mellilot. 

Moutarde Mostarda. 

MiroboUandier Mirobolan. 

Olivier Oliver, olivier. 

Pivoine Orobi. 

^ Ache Pelitre. 



'^'ii 



^ ^1 Pouliot Pulegi. 

*t iâ Rhubarbe Reubarba. 






— 189 - 

Français Roman 

Haponlic , Hapomic. 

Riz Ris. 

Sabine. ..._.<<, Sabina, savina. 

Sariette •.*,».,.,. Badreia, 

Sycomore • * , Sicomor, 

Sisoa Bi^olis. 

Squille Squilia. 

Sumac Sumac, 

Tamarin Taniaric, 

Tormentille TormenLilla. 

Touzelle ........*..,».... Tozela, 



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REMPARTS DE BRIVE 



M. Louis de Saint-Germain a, dans sa belle et 
intéressante étude sur le Vieux- Brive, fixé le péri- 
mètre de la première enceinte de la ville; il a indiqué 
l'emplacement des principales portes que marquaient 
encore, il y a un siècle, les porches de la rue Majour, 
de la rue des Sœurs et de la rue de Puy-Blanc. 

Avec une grande précision et une scrupuleuse exac- 
titude, il a décrit les portes de la seconde enceinte et 
il a mentionné quelques-unes des tours, qui bâties en 
saillie dans les fossés formaient comme des bastions. 

Qu'il nous permette de compléter son œuvre sur 
ce point spécial. 

La date de la construction des remparts dont nous 
avons vu des restes est incertaine. Il ne semble pas 
qu^on puisse la faire remonter à une année postérieure 
à 1374 et antérieure à 1330. 

Charles V, par les lettres de grâce qu'il nous accorda, 
à la sollicitation du pape Grégoire XI, nous rendit 
nos privilèges et notre administration autonome. Il 
autorisa les consuls à imposer sur tous les habitants, 
des tailles dont le produit serait affecté à rétablisse- 
ment de nos nouvelles fortifications. 

On ne saurait cependant affirmer que la configura- 
tion de Brive ait été déterminée à la fin du xiv" siècle. 
Alors nos pères traversaient la Corrèze sur le pont du 
Bouis dont les deux arches furent démolies en 1405 

T. XXX. 2-6 



— 192 — 

pendant les guerres que la ville soutint contre le 
vicomte de Turenne. La porte de Corrèze, le pont de 
treize arches et le quai qui élevait le grand chemin 
au-dessus des marécages de la Guierle, paraissent 
avoir été bâtis vers 1488. 

Quelle que fût Timportance militaire des murailles, 
qui protégeaient notre indépendance, les consuls per- 
mirent en 1486 aux habitants d'appuyer sur elles leurs 
maisons. Alors furent occupés les chemins de ronde, 
et fut diminuée la force défensive de nos remparts 
dont deux sièges malheureux démontrèrent la faiblesse 
pendant le règne de Henri III. 

La construction de cet ensemble imposant de forti- 
fications, portes, tours, murs, éperons, boulevards, 
fossés revêtus d'une contrescarpe, glacis palissades 
pour ménager à Tintérieur des chemins couverts et 
des places d'armes, exigerait de nos jours et en pleine 
paix un temps très long. 

Au XIV* siècle, pressés par la nécessité de la défense, 
nos pères les construisirent trop rapidement peut-être 
pour leur assurer une solidité durable. Aussi durent- 
ils les réparer souvent. Des lettres patentes de 1535, 
1540, 1547, 1552, 1553, 1558, 1566, 1576, autori- 
sèrent l'établissement d'impôts nouveaux et d'un 
octroi pour leur entretien. 

Elles menaçaient ruine en 1608, leur vétusté ex- 
posait même les habitants à des dangers imminents. 
Les consuls adressèrent une nouvelle supplique au 
Roi, qui ordonna l'inspection dont nous sommes heu- 
reux d'offrir le procès- verbal aux lecteurs du Bulletin. 

Il porte la signature du sieur Lacoste, consul, se 
qualifiant baron et conseigneurde Brive; de M. Dumas 



.;^ 



" 193 — 

de Neuville, lîeutenant-izént'iral 1I11 prêsidial; du pré- 
sident de TiilecLion et de Jl*i.ix coiumissaires désignés 
par le comte de Schoinberg, gouverneur du Limousin. 

Les consuls, chargés de la défense de la ville, 
étaient tenus de pourvoir aux frais de la garde des 
murailles et de la fourniture des armes. 

On trouve dans un compte écrit en patois en 
1344(1), les inscriptions suivantes : 

fit Item que payen a Jean Reynal per un ser que 
Πfetz (pour fagoet) lo gach (le guet), 4 sols. 

<c Item per gardar las portas per vingt quatre jor- 
a nadas, 4 livres- 

« Item per treis torchas que Jean baret en Tasiza 
(t et can vint (pour vinguet) lo lilh del senescals, 
<t 18 sols, 

« Item al dînât, per gardar la porta deus fraires 
« menors, entro a nadai et 10 al '25 novembre, 1 livre 
« 15 sols fsicj- 

« Tilharia empanada (traits empennés^ flèches), 
Π5 dozenas. Tilhaiia petita, 22 dozenas plus 4 ca- 
ft nons, 1 balîste en 2 massues, s* 

Le même armement fut remis en 1349 à Huguos 
Ghabrierj auquel fut confiée la défense de la tour du 
Salan, 

Les archives de la ville fixent la date de la destruc- 
tion des portes de Corrèze et des Sœurs. 

En 1662 (2)j le Consulat concéda à Jean Lidon, 
maître maçon, I adjudication ;, pour la somme de 



in Archiuefi de l^ ville de Briae, l^F 6. 
(2) ATchwes de fa mile de Briee, DD 3* 



4 



-"^ 



V 



- 194 « 

3J45 livres, de la grande porte de Corrèze à trois 
ouvertures dont le^ vieillards ont gardé le souvenir, 
et qui disparut lorsque la rue Toulzac fut ouverte 
en 1839. 

Les consuls en exercice en 1662 étaient Pierre Bel- 
:^-} let de TArtige, conseiller du roi au présidial de Brive; 

I Pierre Rigaudie, et le sieur Rogemond, maître apo- 

thicaire. 

Les deux grosses tours de la porte des Sœurs exis- 
taient en 1789. Leur destruction fut votée, sous la 
pression du Comité de surveillance, pendant la Ter- 
reur. Elle n'était pas terminée le 25 ventôse an III, 
16 mars 1795, car Tagent national proposa et le Con- 
seil général de la commune ordonna la démolition 
a du côté restant encore des tours de la porte des 
j Sœurs ^ et Tenlèvement des décombVes qui encom- 

braient au même point la voie publique. 

Ces travaux ne furent probablement pas exécutés 
et furent repris en 1816, conformément aux termes 
de la délibération du 1*' mai 1816 qui a été citée par 
M. de Saint-Germain. 

Les autres tours et les autres portes sont-elles tom- 
bées comme la tour de Canerly? nous ne pouvons le 
savoir, et aucun document ne nous permet de sup- 
poser qu'elles aient été démolies par les habitants de la 
ville pendant la période de tranquillité intérieure qui 
succéda aux troubles de la Fronde. 

Julien Lalande. 



s 






'5 



— 195 — 

VISITE IDŒS RŒl^FARTS 

Procès^verbal de constat (i) 

« L'an 1608 et le neuvième jour du mois de mai, en exé- 

» caution de l'ordonnance de Monsieur le comte de Schom- 

Jb^rg, conseiller du Roy en ses Conseils d'État et privé, 

S'CDuverneur es pays de la Haute et Basse Marche, lieute- 

i^>^.^nt général pour Sa Majesté des Haut et Bas pays de 

ll-»imosin, estant au pied de la requeste à lui présentée par 

1 ^^ s consuls, manants et habitants de Brive-la-Gaillarde, en 

ci. ^:^tte du cinquième du présent mois, au cy attachée, 

^ ^^ raient comparus par devant nous, François Dumas, lieu- 

t^^^nant général et commissaire examinateur en la séné- 

c^lmaussée et siège présidial dudit Bas-Limousin estably 

^ :Kr:i ladite ville, M. Jehan Verdier, présidant en l'élection 

^3. ^ ladite ville, Léonard Saige (?), receveur des tailhes en 

i^::^^lle, et sieur Jehan Jofre (?), Jacques Orsel, bourgeois et 

^■^■^^ ^rchands en ladite ville, consuls d'icelle la présente 

^ ï^née : lesquels nous auraient requis, en présance de nobles 

I> ^rsonnes Hyllaire, commissaire ordinaire de l'artillerie de 

I^x*ance, sieur Gyles le Doby, secrétaire ordinaire de la 

c^lrxambre du roi pour ledit seigneur comte, commis et 

^ ^putés pour l'effaict cy-après, nous voulloir transporter 

^^v-ec eulx et lesdicts sieurs Hyllaire et le Doby, tan pour 

1^ dehors que le dedans du circuyt de ceste ville et 

^■^■^csmes sur le pont et quay estant sur la rivière de 

^^CDurèze, pour cognaistre les ruynes qui y sont arrivées 

^ t les réparations nécessaires, affin d'en faire bon et ample 

I^ï^ocès-verbal, pour l'envoyer au roy et à messeigneurs 

' <i^ son conseil. 

** Requis, obtempérant avec lesdicts consuls, lesdicts Hyl- 

^ l^-ire et le Doby et plusieurs aultres habitans de ladicte 

" "^ille, partis de nostre logis et acheminés à la porte appellée 

" <iô Courèze quy est soubs une grande et grosse tour de la 

t^a.ulleur de trente brasses ou environ, visant sur le pont de 

^^) Archives de la ville de Brioe, EE 1. 



à 



— 196 — 



rivière de Courrèze, au devant laquelle porte y a aultres 
deux portes couvertes de bolevars, entre lesquelles deux 
portes premières du coustè de ladicte ville et sur le hault 
d'icelles, prenant de ladicte tour sur lesdicts bolevards, se 
faisait le corps de garde pendant la nuict, et par le des- 
soubs aussy entre les dictes deux portes, se faisait aussy 
le corps de garde pendant le jour. Laquelle tour construite 
est sur la première porte, est descouverte, fendue en deux 
lieux, et tous les corps de garde entièrement ruynès et 
inutiles par faulte de planchier et de couverture. Comme 
aussy nous a appareu Tune des murailhes qui ferme les- 
dictes deux premières portes du coustè de la main droicte, 
par le dehors, visant sur les foussès, y en avoir de rompeu, 
du hault en bas, de la longueur de six à sept brasses, et de 
la haulteur de huict brasses, laquelle, sy elle nest prompte- 
ment réparée, est à craindre que ladicte grande lour ne 
tombe par terre pour aultant qu'elle est appuièe de ladicte 
murailhe. A ce que regarde lesdictes trois portes et le 
pont-levys quy est au derrière ledict boulevard et der- 
nière porte, le tout est extrêmement gasté et en pauvre 
estât. 

« Passant oultre nous serions acheminés au dehors de 
ladicte ville et despuys ladicte porte de Courèze, jus- 
ques à la tour appellée de Santan qui faist ung carré de 
ladicte ville, visant et deffandant lesdictes portes de Cou- 
rèze et celle appellée des Prescheurs; despuis laquelle 
porte de Courèze jusques à ladicte tour, peut avoir cent 
cinquante brasses de murailhe fendue en plusieurs et 
divers endroicts, et, entre ladicte porte et susdicte tour, 
une granche brèche de hault en bas, jusques à ras de 
terre, d'environ quinze brasses de longueur et huict bras- 
ses de haulteur; et en ce que regarde ladicte tour de San- 
tan, elle est entièrement descouverte. 
« Despuys laquelle tour de Santan jusques a ladicte porte 
des Prescheurs, peult avoir environ six vingts brasses de 
murailhe fendue en î»lusieurs et divers lieux qui mérite 
de la réparation. 



— 197 « 

« Et estant a ladicte porte des Prescheurs, serions entrés 

t dans ladicte ville ou nous aurait appareu trois portes, 

« lune à la suytte de Taultre. La première dlcelles sortant 

« de ladicte ville entre deux grosses et grandes tours de la 

« liaulteur d'environ trente brasses avec deux bolevardz , 

ff joignant, et fermant lesdictes deux portes auxdictes grosses 

« tours, et entre lesdictes deux portes premières du couslé 

« de ladicte ville, y avait des bastiments servant à faire les 

« corps de garde pendant la nuict, ressortissans dans les- 

« <3ictes tours qui sont en assès bon estât. Mais Tune des 

« rn virailhes qui ferme et joinct les secondes portes avec les- 

« ciictes tours et à la main gauche sortant de ladicte ville, 

"il y a une bresche sur le hault d'environ trois brasses en 

« ca.rré, que sy nest reparé, est à craindre que le restant 

' tombe en ruyne. 

^ T^ous a aussi appareu que le corps de garde quy se fai- 
' sstit pendant le jour entre lesdictes deux portes est entie- 
' i*oment ruyné et lesdictes trois portes fort gastées et mal 
" ^ex^rées. 

** Procédant au reste de nostre visite, partant de ladicte 
" porte des Prescheurs, hors ladicte ville, nous serions 

* acheminés vers la tour du Salan, despuys laquelle porte 

* j risques a ladicte tour, peult avoir deux cents brasses de 
" "ttiurailhe et une petite tour appellée du collège entre deux, 

* laquelle tour du Salan est de la haulteur d'environ vingt 

* cinq brasses, et à la pointe d'icelle se faisant lors des 

* Suerres, ung corps de garde qui est à présant tout rompeu 

* ^t dissipé, sans aucune couverture, par ce moïen du tout 
" Inutile que sy nest promptement réparée, il est à crain- 
•^ dre que ladicte tour ne tombe par terre. 

** Partant de laquelle tour du Salan, nous serions ache- 

* naines vers la porte des Cordeilhers distante de ladicte 
** tour du Salan d'environ cent cinquante brasses de mu- 
" ^3.ilhe; par laquelle porte nous serions rentrés dans la- 

*Hcie ville ou nous aurions veu et remarqué aullros trois 

i "Ortes, Ir le a ^r su\ Ue de ''ai 'ire I; pror^n'è 'e d t^'iue.'V.'S, 

■^i ivïii : ' h ù'cle ille. t ^vesi e J^* deu • 2i\ î^os tours 



— 198 — 



et au dessus ladicle porte, ung corps de logis servant à 
faire les corps de garde, lesquelles tours sont descouvertes 
en plusieurs endroiçta et les corps de garde inutiles par 
fauhe de planchier, au moien desquelles descouvertures, 
est à craindre une grande ruyne sur lesdictes tours et 
corps de garde. Et pour le regard des aultres deux portes 
restans, audevant de la dernière, y a ung bolevard en forme 
d'esperon, avec deux grandes murailhes prenant d'iceluy 
jusques aux dictes deux tours fermant la porte du milieu, 
entre deux est le corps de garde qui se soûlait faire entre 
lesdictes deux portes tout rompeu et dissipé iceluy bolevard 
comme aussy lesdictes tours fendeu en divers endroicts. 
« Partant de laquelle porte des Cordeillhers par le dehors 
de ladicte ville, nous acheminans à la porte de Puyblanc, 
ou il y peut avoir environ deux cens brasses de mu- 
railhe, et entre les dictes deux portes, soûlait avoir 
une grande et grosse tour carrée appellée de Canerly qui 
donnait bien avant dans les foussés de ladicte ville deffan- 
dtint dans iceux les portes desdicts Cordeilliers et de Puy- 
blanc, dans laquelle tour il se faisait corps de garde 
pendant les Li'oubles, laquelle tour dès ce jourd'huy, envi- 
ron rheure de raid y est entièrement chusté jusques à 
ras de terre, et par ce moïen faict une grande bresche 
d environ vin^'t cinq brasses, laquelle sy n'est réparée, 
est a craindre qu'a suytte de ladicte ruyne, le reste de 
ladicte muraiUie ne se démolisse. 

iï Estant à laquelle porte de Puyblanc , nous serions 
encore catrt^s dans ladicte ville ou nous aurions veu et 
remarqué trois portes Tune à la suytte de l'autre; les deux 
premières du cousté de ladicte ville, couvertes d'ung corps 
de logis en forme de tour carrée où l'on faisait pendant 
les sriierres le corps de garde durant la nuit et au dessoubs 
pendant le jour, lequel corps de logis est à présent la 
plus grande partie descouvert el sans aucung planchier et 
par le moïen du tout inutile, comme pareillement les deux 
premières porte;^ fort vieilles, fort gastées et mal ferrées, 
et quand au bolevard est sans aucune porte. 




— 199 - 

« Sortant de laquelle porte de Puyblanc et nous ache- 

r minans par le dehors vers la porte des Sœurs, entre les- 

quelles deux portes y peut avoir trois cents brasses de 

rxiâ iirailhe et entre deux y a deux tours appellées des Vau- 

fi^ns et de Lianno et ung grand éperon appelé éperon des 

E^oiriers (mot presque illisible) qui est dans les foussés, 

Isi-cïuelle tour des Vauriens est entièrement descouverte; 

o t pour le regard de la tour de Lianno ou il se faisait ung 

oorps de garde, icelluy corps de garde est à présent du 

tout inutile à cause qu'il n'y a aucung planchier et quy 

o^t descouvert comme nous avons remarqué ainsin qu'il 

s^ra après dict. 

« Quand aux murailhes desdictes deux dernières portes, 
sont en assés bon estât; tout contre ledict esperon, qu'il y 
3- xme grand fente quy traverse toute l'espaisseur de ladicle 
ï^^ tirailhe despuis le hault jusques en bas. 
^ Estant à la porte des Sœurs, nous serions encore ren- 
^i-^^s dans ladicte ville ou nous aurions veu et remarqué 
^-vxltres trois portes, l'une à la suytte de l'aultre, revestues, 
s^^oir, la première porte de deux grosses tours, entre 
1^ squelles tours et par le dessus de ladicte porte, y a forme 
^^ corps de logis servant à faire le corps de garde pendant 
^^ nuict, visant sur ledit esperon, tout lequel corps de 
S^.rde est entièrement ruyné et inutil à faulte de pian- 
ota ier. Despuys lequel esperon qui est audevant lesdictes 
t>ortes, y a deux murailhes joignant ledict esperon avec 
^^sdictes portes, lequel esperon est aussi inutil par deflfault 
^ *estre en bonne et dhue forme et lesdictes portes vieilhes, 
^c>rt uses, rompues et mal ferrées, aussy le corps de garde 
^3tant entre lesdictes deux premières portes, l'aultre bole- 
"^^rd et la seconde porte, fort fendeu et le pont levys 
^c>rapeu et assable [sic). 

^ Sortant de laquelle porte des Sœurs, nous serions ache- 
^^ï^înés vers ladicte porte de Courèze ou il y peut avoir 
environ trois cens cinquante brasses de murailhe. Entre 
A^^quelles deux portes, y a deux tours, Tune desquelles 
a.ppellée la Barbequane (sic) qu'est une grosse tour ronde 



— 300 — 



ei TauUre la tour carrée de Courèze, dans laquelle tour de 
Barbecaûe se faisait ung corps de garde, quy à présent à 
faulte de planchier est du tout inutil, et voir la tour est 
fendue par le dehors, car sy n*est réparée, est à craindre 
que tout yra par terre. 

« Et pour le regard de Jadicte tour carrée de Courèze, 
servant ez temps de guerre à faire la sentinelle de jour et 
de nuicl, visant sur la rivière de Courèze, et en aultres 
divers lieux a cause de sa haulteur, laquelle tour tombe 
extrêmement en niyne, estant toute descouverte, fendue 
en div^ers endroicts, n*estant possible d'y apporter aulcune 
ri^paration, sans la mettre entièrement à bas. 
« Et estant à ladicte porte de Courèze, nous serions ache- 
minés sur le pont de ladicte rivière de Courèze, soubslenu 
de treize arceaulx de pierres de tailhe, ledict pont de la 
longueur île et de la largeur de (1); les cinq prin- 
cipaux arceaulx duquel po[iL sont grandement fendus au 
moïen de la furye de ladicte rivière lorsqu'elle vient à 
eslre inondée: sy bien que lesdicts arceaulx et pilhers qui 
souhstiennent iceuh ne sont réparés et cramponnés de 
fer, il est à craindre que ausdicts endroicts, lesdicts ar- 
ceaulx ne viennent à rompre ; et par le dessus dudict 
pont, les murailles qui sont au -bord d'ycelluy sont quasy 
toutes ruyoées, sy bien que ny ayant aucung empesche- 
ment en divers endroicts, il est à craindre qu'il n'en 
advienne aucung accident à ceux qui passent sur ledict 
pont, 

* Duquel pont serions acheminés le long d'un grand quay 
de l;i longueur de.,.., {'2) prenant du bout dudict pont, le 
long de la dicte rivière de Courèze. Mais à faulte que la 
murailhe d'icelluy quay est basse d'une demye brasse 
tout le long d'icelhiy, il arrive par les inondations des 
eaux, que les grands chemins venans de Limoges et 
d'Auvergne, allant à Toulouse et à Bourdeaux, le grand 
clieniia ubordanl ledict poni demeure couvert d'eau, sy 



— 201 — 

* bien que pendanf ladîcte inondation et quelquefois du* 
« rant sept à huict Jours, le peuple ne peult aller ny venir 
« en cest endmict, ains contraint de séjourner deçà ou delà 
« ledicl pont, lequel pont sll venait à se ruyner, ne se fai* 
^ rail refaire pour quinze mil livres, sy bien qu'il est néces- 
f t-"aire y appoiter des répaialions, comme aussy aussy (?) 
le dict quay pour empescher lesdictes inondations- 
« Et tout incontinent serions rentrés dans ladicte ville, 
fait le tour d'icelle par le dedans, montés ausdictes tours 
^t corps de garde et remarquant les ruynes sus alléguées, 
niesmc ez la tour de Lianno, une grande ruyne despuis le 
faapiilL jusque s en ba^^, et près la porte des Gordeiiliers 
«^riTiron diï brasses de la moytié de l'espesseur de la 
xxiurailhe entièrement rompue et en danger sy n'est 
ï*é parée d'appeller à ruyne plus de vingt brasses de ladicte 
miirailbe. La plus grande partie de toutes les guérites 
^t guabionnades estant sui- les dictes murailhes rompues 
^l descouvertes et en plusieurs des marchepieds du tour 
<ie la dicte ville t servant à passer tout le tour desdictes 
^'ïiiirailhes et faire les rondes en temps de guerre, les 
<iegrès pour monter auxdictes tours et sur ladicte murailhe- 
csn plusieurs et divers endroicts, le tout rompeu et disî?ipé 
Sans aulcune barre ni parefent (deux mots presque illi- 
sibles], sy bien qu'il est impossible de passer sur ladicte 
ïïiurailhe d'une tour à aullre, à cause, comme dict est» 
le marchepied desdictes murailhes est tout rompeu et dis- 
sipé. Les foussés de ladicte ville tous comblés, 
" De laquelle susdite viEite, ruyne et détérioremeiU, nous 
certifions Sa Majesté et Messieurs de son Conseil, eslre 
<^er tains, nothoires et véritables et quy méritent une 
prompte réparation, à faulte de laquelle toutes les dictes 
niiirailhes. tours et gabionnades, fortifications et susdicl 
Poiu menassent d'une grande et inévitable ruy[ie dont 
^ïous avons dressé notre procès verbail auxdicls ronsuls et 
habitants aûn de se pourvoir par ladicte Majesté, ainsin 
'lu'ils verront esTre affaire par icelle, estre au tout pour- 
vr*u ,jij elio ju^Tra esl 'e requis et nécessaire, 



J'-ïï 






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202 — 



a A Brive la Gaillarde, le neuviesme jour du moys de 
« may mil six cens huit. 

<c Dumas, lieutenant général et commissaire examinateur; 
« Moiret; Hylaire; Le Doby. 
^ a Lacoste, consul baron et conseigneur de ladicte ville en 

a ladicte année, approuvant ce que le roy ordonnera pour 
r;v^^ « lesdictes réparations. 

a Lacoste, ù 



Extrait des Registres du Conseil d'État {\) 

N^ Sur la requeste présentée au Roy en son Conseil par les 

" consuls, manans et habitants de la ville de Brive, capitale 

du Bas-Limousin, contenant que, ez années dernières, il se- 
rait tombé une grande partie des murailles de ladite ville, 
Qu'ils n'ont moïen de faire réédifier pour n'avoir aucuns 
deniers courans ny aucune réserve. 

Requerrons Sa Majesté leur vouloir permettre, imposer et 

faire lever sur tous les habitants de ladite ville de Brive 

taillables et cotisables en icelle, la somme de quinze cents 

livres pour être employée à la réfection desdictes murailles. 

Vu le procès-verbal desdites réparations et consentement 

desdils consuls et habitants des dixième et douzième de 

mars dernier. 

i^^^'î Le roy, en son conseil, a permis et permet auxdicts con- 

r>Kj suis et habitants, d'imposer et lever sur tous les contri- 

^ 'ï * buables et cotisables de ladicte ville la somme de quinze 

Afj cents livres, en la forme et manière accoutumée, pour être 

^;k^ employée aux susdites réparations et non ailleurs, sans que 

:::;*:: la levée des deniers de Sa Majesté en soit pour ce retardée 

ny diminuée. 

Fait au Conseil d'État du roy tenu à Paris le 24 avril 4610. 

Signé : Baudouyn. 

• *|>â| (l) Archives de la ville de Brive, EE 1. 



— 203 — 

Ordonnance royale (\) 

Henri, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, 

A nos amés et féaux conseillers les trésoriers de France 
et généraux de nos finances etably à Limoges, 

Nous, suivant Tarrét cy-attaché sous le contre-scel de 
notre chancellerie ce jourd'hui donné en notre Conseil, 

Sur la requête présentée en iceluy par nos bien amés les 
consuls, manants et habitants de la ville de Brive, capitale 
du Bas-Limousin, 

Vous mandons et enjoignons que, par les élus en Télection 
dudit Brive, faites asseoir, imposer et lever en la présente 
année, sur tous les contribuables et cotisables en ladite ville, 
le fort portant le faible, le plus justement et également que 
faire se pourra et en la manière accoutumée, la somme de 
quinze cents livres, et soixante livres à laquelle somme nous 
avons taxé les fraix de l'obtention des présantes, pour, par 
ladite somme cueillie et levée ainsy qu'il est accoutumé et 
mise es mains du receveur de nos tailles en ladite ville et 
employée aux effets auxquels elle est destinée par notre 
arrêt et non ailleurs ; 

A la charge d'en rendre compte par celui qui en fera la recette : 

Et ou aucuns des cottisés seraient refusant de payer ladite 
taxe, nous voulons qu'ils y soient contraints par toutes voies 
dues et raisonnables comme pour nos propres deniers ; pourvu 
toutes fois que la levée de nos deniers n'y soit autrement re- 
tardée ny diminuée. 

De ce faire nous avons donné pouvoir commission et man- 
dement spécial. 

Mandons à tous qu'il appartiendra à vous obéir en ce fai- 
sant et au premier notre huissier ou sergent sur ce requis, 
faire pour l'exécution des présentes toutes contraintes re- 
quises et nécessaires, car tel est nostre plaisir. 

Donné à Paris le 24* jour d'avril, Tan de grâce 1610, de 
notre règne le 21*. 

Signé : Par le Roy en son Conseil, Baudouyn et scellé. 
(1} Archives de la ville de Brtue, £E 1. 



l 




— tQ\ — 

OrdnnnRTice dês tré^ôrien â(> France au bureau 

de Limoges (1) 

Les trésoriers généraux de France à Limoges, aux prési- 
dent, lieutenant, élus et cuntj'ôieurs des tailles en l'élection 
de Brive, saiut. 

Vu par nous TarriH du Conseil d'État du roy du vingt 
qnatriesnie avi'il dernier signé Haudouyn et commission 
par iceluy h nouB adreasanl^ des susdits jour et an, signé 
par le Roy en son Conseil, Baudouyn, 

Par lequel SiT Majesté nous mande que, par vous nous 
ayons à faire asseoir, iiuposer et lever la présente année, 
sur tous les contribuLibles et coUsables en la ville de Brive, 
la i:omme de quinze cents livres et soixante livres pour les 
frais d'obtention des susdit arr^t et commission, 

Pour iMre ladite somme cueillie et levée, mise es mains du 
receveur des tailles en ïadite élection et employée aux répa- 
rations des murailles de ladite ville, comme il est porté par 
le procès-verbal de la visite d'icelles et consentement des 
consuls et babitants des onze et douze mars dernier, comme 
il est plus au long porté par ledit arrêt et commission, sui- 
vant lesquels nous vous mandons et ordonnons la faire asseoir 
et imposer sur les manants et habitants de ladite ville 
de Brive, ladite somme de quinze cents livres d'un côté 
et soixante livres l'autre, ensemble la somme de dix livres 
pour les droits du sieur de Maupte (?) l'un de nous, 

Revevant les dites sommes h celle de quinze cent soixante 
dix livres, laquelle vous fairés cueillir et lever par les collec- 
teurs des tailles de ladite ville dans les trois quartiers de 
la présante année pour être mise es main du receveur des 
tailles et employée aux réparations desdites murailles, 

A la charge d'en rendre compte pardevant nous et que 
les deniers du Roy n'en soient pas retardés. 

Ce faisant, contraindre les cotisés au paiement de ladite 
taxe comme pour deniers royaux. 

Fait au bureau des finances» a Limoges, le 22* mai 1610. 



(l) Archiver de /a ville de Bfwe^ EE l. 



J PROPOS D'UN VIEIL ACTE DE BAPTÊME 






On des anciens registres de la paroisse Saint-Martin 
(Je Eiive contient Tacte ei-après transcrit ; 

*« Mare-François-Charle-Jean de Salés fils naturel et légi- 

* t-iïiie à messire Franc^ois de Salés chevallier de Tardre 

* *^oyal et militaire de S* Louis cydevant capilaine au régi- 

* ïir^ eat des dragons de la Reine et à dame Suzanne de 

* *^^ miibert ses père et mère habi*' de lîi ville de Brive y est 
" 1^ ^ le vingt huit du mois de septembre mil sept cent 

* ^<::>iïante trois et a été baptizé le mCme jour dans la mai- 

* ^c^n paternelle à cause du danger de mort par nous sous- 

* Sî ^ni Guilhaume de Gilibert prieur commendaLaire de 
' ^^M uzi chanoine curé de Brive : a été porté A Téglise pour 
' s xji^pléer aux cérémonies de sacrement de baptême le second 

* *3. \j2 mois de décembre de la même année. A été parain 

* ^^ arc- Pierre Dévoyer du Poulmy comte d'Argenson mi- 
' *^ i stre d'État grand croix de Tordre Royal et militaire de 
" S^ Louis qui a adressé procuration pour tenir à sa place à 
' ï^i^cssire Gharle de S^ Viance chevailler mousquetaire de 
' ^ a- seconde compagnie de la garde du roy, et maraine 

* ^ a.me Charlole Huguet de Semonville comtesse d'Estrade 

* qiat a donné sa procuration à demoiselle Jeanne-Marie de 
" ^^lès damoiselle cousine germaine au d. baptiïsé qui ont 

lignés avec nous et nombre de parents et amys qui ont 
assistés au d. baptême. 

^ De Salés S' Viance Guibert de Salés mère au baptisé 

^ c:tjev' de Cbateauvert commandeur de S* Georges de Gili- 

fa^rl Ërnault de Brusly Dameiin de la Salle du Saillant 

S^pientis Lavarde La Bacbelerie Dubois de la Chabroulie 

" *ie Guibert Lasterrie du Saillant Merigonde S' Ililaire 



l 



a Roche Laroche S' liîlaire de Gilibert prévôt général de 

a Marsac Puymaiga Maleden de Labastille de Corn la Cha- 

ft broulie Maillard Lanier de Lavaletle Milhiac La Bache- 

« lerie de Bedoch de la Salle S* Bon Gilibert prieur com- 

« meiidataire de Mtizi, chanoine curé de Brive de Salés, 

w oncle paternel du baptisé pour avoir fait le baptême à la 

tt prière et du consentement de M"" le Curé. » 

A divers points ije vue, cet acte mérite de retenir Tat- 
tenlion. 

Il convient d'abortl de le rapprocher d'un passage assez 
curieux des Mémoires de Marmonne/, édition de 1804, 
tome IL qui se rapporte (*■ la fois au parrain et à la mar- 
raine [l)i et sur la portée duquel certaines réserves sont 
faites, bien entendu, étant donné l'esprit mordant de son 
auteur : 

Le médecin yuesnay, d'aprt^s ce que rappelle Marmontel, 
avait été placé auprès de la marquise de Pompadour par le 
vieux duc de Villeroy » et par une comtesse d'Estrades, 
amie et complaisante de M"*' d'Étiolés (2) qui, ne croyant pas 
rt^chauiï'er un serpent dans son sein, l'avait tirée de la 
misère et amenée à la Cour. Quesnay était donc attaché à 
M'"* d'Estrades par la reconnaissance, lorsque cette intri- 
gante abandonna &a bienfaitrice pour se livrer au comte 
d'Argenson et conspirer avec lui contre elle. 

Il est difficile de concevoir qu'une aussi vilaine femme, 
dans tous les sens, eût malgré la laideur de son âme et de 
sa flgure, séduit un homme du caractère, de l'esprit et de 
làge de M. d'Ar^enson. Mais elle avait à ses yeux le mérite 
de lui sacriller une personne à qui elle devait tout et d'être, 
pour Tamour de lui, la plus ingrate des créatures. 



(î) Chai'tolte lluguet de Sem on ville, dame d'atours de M"" de France, 
filles du roi Louis XV, avait épousé Charles Jean, comte d^Estrades, 
qui fut tué à Dettiiigen sur le Mein le 19 juillet 1743). 

fLa Gheriaye-Desbois, 2"* édition, tome VI.) 

{^) Jeanne- ÂnLoineitf; Poisson, qui devint marquise de Pompadour, 
avait épousé le Fermiergénérai Lenormand d'Éiioles. C'est donc la 
métne personne que Marmoniel appelle tantôt M"* d*Étioles et tantôt 
M"' de Pompadour, 



— 207 — 

Cependant Owesna\\ sans s'émouvoir de ces passions enne^ 
mies, était, d^un côté, TincorrupLible serviteur de M"" de 
Pompadour, et, de l'autre, le fidèle obligé de M°^ d'Estrades, 
laquelle répondait de lui à M. d'Argenson; et quoique, sans 
mystère, il allât les voir quelquefois. M*"' de Fonipydour 
n'en avait aucune inquiétude. De leur côté, ils avaient en 
lui autant de confiance que s'il n'avait tenu» par aucun lien, 
à M»' de Pompadour. 

Or, voici ce qu*après Tesil de M. d'Argenson, me raconla 
Dubois qui avait été son secrétaire. C'est îui-mérae qui va 
parler; son récit m'est présent, et vous pouvez croire Ten- 
tendre* 

Pour supplanter M*"" de Pompadour, me dit-il, M, d'Ar- 
genson et M™" d'Estrades avaicnl fait ins=pirer au roi le dé&ir 
d'avoir les faveurs de la jeune et belle M"" de Choiseuï, 
femme du Menin. l/intrigue avait fait de? progrès; elle en 
était au dénouement. Le j-cnde^-vous était donné: la jeune 
dame y êtatt allée; elle y était dans le moment même où 
M, d'Argenson, M™*d*Estrades, Quesnay et moi, nous étions 
ensemble dans le cabinet du ministre. Nous deux, témoins 
muets, mais M* d'Argenson et M"* d'Estrades très occupés, 
très inquiets de ce qui se serait passé. Après une aî^sez 
longue a lien te, arrive NJ""*^ de Choiseuli cchcvclée et dans le 
désordre qui élaii la marque de son triomphe. M™* d'Es- 
trades court au devant d'elle, les bras ouverts, et lui de- 
mande si c'en est fait. « Oui, c'en est fnit, rêpondit-eHe, je 
suis aimée; il est heureux; elle va être renvoyée; il m'en a 
donné sa parole- * A ces mots, ce fut un grand éclat de joie 
dans le cabinet. Quesnay seul ne fut point ému, « Docteur, 
lui dit M. d'Ârgenson, rien ne change pour vous, et nous 
espérons bien que vous nous resterez. — Moi, Monsieur le 
comte, répondit froidement Quesnay en se levant, j'ai été 
attaché à M"'" de Pompadour dans sa prospérité, je le serai 
dans sa disgrâce. » Et il s'en alla sur*le-champ. Nous res- 
tâmes pélriliès, mais on ne ptit de lui aucune méfiance, 't Je 
le connais, dit M"*"* d'Estrades, il n'est pas homme à nous 
tralur. * El en effet, ce ne fut point par lui que le sect^ct fut 

T, XXX. '2 - G 



— 208 — 

découvert, et que la marquise de Pompadour fut délivrée de 
sa rivale. Voilà le récit de Dubois. » 

On voit, par ce passage des Mémoires de Marmontel, 
qu'il existait entre M. d'Argenson et la comtesse d'Estrades 
une alliance d'une nature particulière, antérieure à l'alliance 
purement spirituelle qui devait résulter dq leur commune 
intervention au baptême du jeune Marc de Salés. 



La famille de Salés s'bonorait d'ailleurs dans la circon- 
stance par sa fidélité à un puissant protecteur, tombé dans 
la disgrâce. 

Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d'Argenson, né 
le 16 août 1696, avait été lieutenant général de police dés 
l'année 1720. « On n'avait jamais ouï parler, dit Saint- 
« Simon, d'un lieutenant de police encore si jeune. Il était 
« insinuant, bien en Cour, occupé à percer et à plaire. » En 
août 1742, il avait remplacé M. de Breteuil comme ministre 
secrétaire d'Élat au département de la Guerre. C'était le 
moment de la fameuse retraite de Prague. Secondé par le 
maréchal de Saxe, il avait mis sur pied trois armées qui 
entrèrent en Piémont, en Allemagne et en Flandre. En 1745, 
l'armée de Flandre remportait la victoire de Fontenoy. Il y 
assistait. On le retrouve aux côtés du maréchal de Saxe à 
Law^feld en 1747. En 1751, il avait créé l'École militaire. 
C'était l'ami et le protectetir des philosophes. Il fit pensionner 
Voltaire. En 1751, Diderot et d'Alembert lui dédièrent TEn- 
cyclopédie. Quoique brouillé avec M°*' de Pompadour, il 
avait gardé la faveur de Louis XV, lorsque, le !•' février 
1757, à la suite de l'attentat de Damiens, le roi le congédia. 
La guerre de Sept-Ans commençait. « En arrivant en place, 
dit Bernis, le comte d'Argenson avait pour ainsi dire créé 
des armées au roi. Pour sa propre réputation, il aurait bien 
conduit la nouvelle guerre et en aurait imposé à la licence 
et à l'insubordination qui régnèrent dans nos armées. » Quoi 
qu'il en soit, sa disgrâce le frappa profondémet. Il devait 
mourir en 1764, retiré dans sa terre des Ormes-Saint-Martin, 



— 209 - 

près Saumur. Sa fin était bien proche lorsqu^il iigurait 
comme parraio, avec sa vieille amie M""* d^Eslrades, dans 
Tacte de baptême dressé à Brive le 2 décembre 1763. 



Il existe, aux archives départe m en taies ^ une volumineuse 
correspondance échangée au sujet des affaires publiques 
entre MM. de Salés d une part, et, d'autre part, MM* Turgot 
et de Lamillière, intendants, Tun à Limoges, Tautre à Mon- 
tau ban. 

La famille de Salés détenait en effet à Brive, au xvui* siè- 
cle, la charge de subdélégué de Tintcndance. Les intendants 
placés à la tète de Tadministration des provinces avaient 
délégué leurs pouvoirs dans les principales viUes de leurs 
circonscriptions. Leurs repràsenlanls, agissant au nom du 
pouvoir centrais exer(;aient les fonctions auxquelles coiTes- 
pondent aujourd'hui celles des sous-prélets. Vers J750, ces 
fonctions furent érigées en office. On trouve successivement 
comme subdélêgnés à Brive : 

l" Etienne- Joseph' François de âalès, époux de Marie- 
Pascale du Verdier, decédée à Brive en 1758 à Tàge de 
80 ans. Son cousin François du Verdie r est mort évêque 
d^Angoulênie (Cab. des litres. Nouveau triiozier, tome 298). 

2"" Pierre de Salés (169r*-l7o6), éponx de Marie de Giguet 
de Milhac, lequel a été chargé de toutes les opérations rela- 
tives à l'acquisition de la vicomte de Turenne où il a tra- 
vaillé plusieurs années, avec des dépenses indispensables 
dont il n'a jamais demandé aucune indemnité (même source)* 

3* Joseph-Etienne François de Salés (1717-1753), marié le 
19 juillet 1745 à Jeanne-Marie Dulmet de la Borie, 

4^ Antoine-Louis de Salés de Ray monde» frère du précè- 
dent, chanoine de Saint-Martin de Brive» subdèlégué de 
rintendant, lequel assiste, le 8 aoiU 1778, au contrat de 
mariage à Paris chez M. de la Rochefoucauld-Cou sages, rue 
Cassette, paroisse Saini-Sulpice, de son neveu Raymond de 
Salés et Tinsiilue son héritier universel, 

Le 12 février 1751, l'énigmalique personnage qui, sous le 



- 210 - 

nom de chevalier Binet, habitait Hrive et n'était autre que 
le noble loj'd HamîUon, l'un des principaux réfugiés jaco- 
hiles, fait donation de tous ses meubles meublants à M. Pierre 
de SalèB- 

Le îi) août 1756. Pierre de Sales vend à Jean Algay, avo- 
cat à Yssandon* la charge spéciale d'avocat du roi à Brive 
possédée depuis fort longtemps par sa famille. 

En 17G3, c'est l'abbé de Sab^s, subdélégué, qui traite, 
d'accord avec les ofliciers municipaux, pour la captation des 
sources des coteaux voisins de Brive. 

Au sujet de ce dernier, voici ce que rapporte le livre de 
raison de maître Pierre Maigne de Sarrazac, fils de Jean- 
Baptiste Maigne de Sarrazac et de Marie de Salés, qui fut 
conseiller du roy es siège sénéchal et présidial de Brive : 
# ÎjC 14 de juillet 1800, au point dîi Jour, est mort au château 
de Croze, paroisse de Sarrazac en Quercy, âgé de 78 ans ou 
environ, M Anloine-Louis de Sales de Raymonde, cy devant 
chanoine honoraire et prêtre du chapitre Saint-Martin de 
la ville de Brive, oncle de M'"^ de Marquessac et mon cousin 
germain, et a *ilé enterré dans le cimetière de Sarrazac le 
53 de ce mois. Il avait exercé longtemps, comme son père, 
la charge de subdélégué de rintendance de Limoges et 
Montauban avec la plus grande probité. Ce monsieur a tou- 
jours mené la vie d'un véritable ecclésiastique et emporte 
les regrets de tous ceux qui l'ont connu. Il était doué d'une 
douceur angélique et lui des beaux hommes, soit pour la 
figure, soit pour le corps, qull y eût en France. Il est véri- 
tablement mort en prédestiné, après un malaise de trois ou 
quatre jours. Il a servi de tuteur et de vrai père aux enfants 
de ses deux frères, à ceux de Millac, et à nous. Que Dieu lui 
fasse pais et que tous ceux qui liront ici prient Dieu pour 
le repos de son âme. » 

Marc de Salés, le lilleul du comte d'Argenson, était le 
neveu de Tabbé de Salés. Son père, le capitaine de dragons 
François de Salés, avait été commandant de la place de 
Brouâge, cette morne citadelle dont Richelieu avait voulu, 
sur les marais de Saintonge, faire un grand port de guerre, 




— 211 — 

et 011 se retrouvent encore les mélancoliques souvenirs de 
l'exil de Marie Mancini, la belle nièce de Mazarin, qui eut 
les premières amours de Louis XïV. Suzanne de Guibert, 
femme de François de Saïès et mère de Marc, était fille du 
comte Benoît de Guibert qui fut lieutenant générai et gou- 
verneur des Invalides en I78i 

Marc de Salés était donc^ par sa mère, neveu de ce sédui- 
sant comte Hippolyte de Guibert, littérateur et écrivain 
militaire, qui, jeune colonel, inspira la plus folle passion 
h la compagne de d'Âleml)erl, M^'* de Lespinasse, 

M, de Guibert, ami de Voltaire et de Frédéric IL auteur 
de l'ordonnance de 1776 sur les manœuvres de l'Infanierie, 
de divers ouvrages de tactique et de littérature, membre de 
l'Académie française en 1786, secrétaire du Conseil supé- 
rieur de la Guerre en 1787, protégea sans doute les débuts 
de son neveu Marc de Salès, car nous retrouvons ce dernier 
jeune capitaine au célèbre régiment des bouzards de Cham- 
borant en 1788. Les certificats de ses services ont malheu- 
reusement disparu dans Tincendie du château de Gieurac. 
Mais, en 1789, il est à Brive avec son cousin-germain Ray- 
mond de Salés (Ij, ancien capitaine de cavalerie au régiment 
du Roi. Tous deux avec vingtdeux citoyens de Brive, se 
portent au secours de M, de Lamaze assiégé le 24 janvier 
179U ii Allassac par les paysans ameutés. Tous deux prennent 
part au combat rapporté par M. de Seilhac dans son ouvrage : 
La Révolution en Bas- Limousin. Le 16 mars 1790, par acte 
au rapport de Delpeuch, notaire a Brive, en réponse aux 
allégations du journal de Mercier ils protestent " que le 
« peuple était armé et qu'il a fait feu plusieurs fois avant 
« qu'on cherchât à repousser la force par la force. » C'est 
Marc qui, dans les divers documents concernant cette affaire, 
signe « le chevalier de Salés n. Son cousin, plus âgé et iils 
d'un aîné, signe simplement « Salés a. 



{1} Pîerre-Jeaii'Raymoîid de Sales, né à Brive en Limosin le 20 aoi'U 
1749, mousquetaire le 8 mai 17(56, capitaine le '29 mai 1774, capiiaine à 
la suite dans Royal -Cav alêne le 6 avril L778. (Waraquîep. Tabïeau do 
la ûoblesse militaire.) 



— 2\'l — 



Le souvenir de leur énergique *]éfenï?e à AUassac persis- 
tera dans le pays. Le 18 messidor an II, à Tulle, les patriotes 
du Trecli écrivent ; « A AUassac^ les Salés fusillèrent les 
cultivateurs, » 

En 17Ï13, Mîirc de Salés figure sur la liste des émigrés. Il 
Il sert â Tarmée des Princes. U avait alors trente ans. Il 
eîisle de lui un porti^aiL un peu antérieur à cette époque, 
qui est au château de Gieurac (Lot). La physionomie de 
rétnigré est Une et expressive. Le menton carré atteste 
Tentétement loyaliste. La bouche est spirituelle. Les yeux 
gris ont une expression indétinissahle, quelque peu ironique, 
n^excluant d'ailleurs nullement, on le sent hien, la manière 
courtoise ei élégante. On dirait que l'homme de l'ancien 
régime, sans se dépaitir de Turhanité native, jette un regard 
légèrement railleur et non dépourvu de scepticisme sur les 
temps nouveaux. L ombre de d'Ârgenson, l'ami et le protec- 
teur de Voltaire j n'est pai? loin. 

Retraité comme colonel par la Restauration, chevalier de 
Saint-Louis» oïïicier de la Légion d'honneur, Marc de Salés 
se tixa à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, n* 77. Là, 
d'après une tradition de famille, admis à la Cour et honoré 
de la confiance de Charles X, il aurait reçu le comman- 
dement d'un des bataillons de la garde nationale. Il vint 
mourir au château de Cieurac, propriété de sa famille, le 
30 décembre 1831, à Tâge de 61 ans. Il était le dernier re-. 
présentant du nom. Avant lui était décédé, le 29 septembre 
1855, son cousin -germain Raymond de Salés, également 
retraité comme colonel et chevalier de Saint-Louiè, veuf sans 
enfants de Jeanne de la Barre-Duvernois, morte à l'âge de 
22 ans. Marc ne s'était pas marié. Les deux cousins, qui 
ensemble avaient servi et ensemble avaient subi les épreuves 
de rémigration, reposent l'un près de l'autre dans le petit 
cimetière de Cieurac, non loin de leur neveu, le vice-amiral 
de Marquessac. 

Et seul subsiste encore à Brivei avec ses deux ailes déla- 
brées, sa porte charretière et son grand jardin, le vieux 
logis qui fut Thûtel du subdèlégué de l'intendance et qui 




ï 



— 213 — 

sert aujour^ï'hut d'école maternelle, rue Blaise-Reynal, an- 
cienoe rue des Frères, Du décor vieillot où habitaient éga- 
lement les familles de SahugueL, de Gilibert, de Chamaillard 
et des Bruslys^ il reste de remarquables balcons ea fer 
forgé, d'un fort beau stjle, appelés à disparaître prochai- 
nement comme tant d'autres vestiges du passé. C'est dans 
rh6t€l de Salés qu'au soir de la monarchie, un bal fut offert 
à la duchesse de Berry de passage à Brive, Sur la cour 
d'entrée, au-dessus de la fenêtre centrale, s'effrite un écus- 
son où apparaissent encore, à demi-rougîes par les intem- 
péries et la vétusté, les armoiries que maintenait en dé- 
cembre 1754, en faveur de Pierre de SSalès, une lettre royale 
de coniirmation conservée au Cabinet des titres, nouveau 
d'Hozier, tome 298 : 

De gueules, aux trois tou7'S d'argent posées 2 et i, au 
chef d^a^ur chargé de trois étoiles d'or. 
Encore un peu de temps, et comme le nom, comme la 

race, comme le souvenir même» les pierres, eUcs aussi, 

uuront vécu- 

J, DE Saint-Geïimatn. 



Le Tombeau de la famille Cabanis 

-A.VI Oiraetière d'-A^viteviil <'> 



Ici reposent dans le même cercueil 
Charlotte-Félicité GROUCHY, V^b CABANIS 

DÉCÉDÉE LE XXIX OCTOBRE MDCCCXLIV DANS SA 77* ANNÉE 

ET LE COEUR DE SON ÉPOUX Pierre-Jean-Georges CABANIS 
Membre de l'Institut de France et du Sénat 

DONT LE corps EST DÉPOSÉ AU PaNTHÉON 
ET QUI DÉCÉDA LE VI MAI MDCCCVIII A l'aGE DE 51 ANS 

Anette {sic) Paméla CABANIS 

Veuve en premières noces de C. MERCIER DU PATY 

EN deuxièmes noces DE N. R. JOUBERT 

NÉE A AUTEUIL LE 25 MARS 1800 ET DÉCÉDÉE A PaRIS 
LE 6 FÉVRIER 1880 

Sur cette froide pierre en vain le regard tombe. 
O vertu ! son aspect est plus fort que la tombe 
Et plus évident que la mort. 

Lamartine. 

A la fois médecin, homme de lettres et philosophe, 
Cabanis est né à Cosnac, près Brive, comme en té- 

(1) Nous extrayons cet article sur le tombeau de la famille Cabanis 
(immatriculé C. 26), au cimetière d'Auteuil, de l'Historique que 
M. Georges Bertin va publier sur ce cimetière. Les lignes qu'il veut 
bien nous communiquer ont leur place tout indiquée dans notre Bul- 
letin, où ont paru déjà plusieurs études sur le médecin philosophe : 
Cf. Docteur François Labrousse, Quelques notes sur un médecin 
philosophe, P.-J.-G. Cabanis (1903), et Docteur G. Hervé. Un trans- 
formiste oublié, P.- J, 'Cabanis (1905). 

Ajoutons que l'ouvrage de M. Georges Bertin contient encore une 
autre notice sur un tombeau d'une famille limousine, la famille 
Champseix (pp. 53*54), qui repose aussi à Auteuil. M"* Champseix, 
sous le pseudonyme û* André' Léo, a écrit un volume connu de : Lé- 
gendes Corréziennes. 



— 216 — 

moïgne son acte de baptême, conservé au greffe du 
Tribunal civil de la Sous-Préfecture de la Corrèze : 

û Pierre -Jean -Georges Cabanis, fils de Monsieur 
Cabanis, bourgeois, et de demoiselle Marie-Hélène 
d'Escarole de Souleyrac, son épouse, demeurant 
actuel liment au Heu de Salagnac et habitants de la 
ville de Brive, né le cinq du mois de juin mil sept 
cent cinquante-sept, a été baptisé par nous, curé sous- 
signe j en l'église paroissiale de Cosnac. A été parrain, 
M' Jean-lieorges Lois, avocat au parlement de la ville 
de Sarlat, en Périgord, au nom et place duquel a 
tenu sur les fouis baptismaux M* Pierre Conchard 
de Vemieit, aussi avocat, habitant de la ville de Brive, 
et marraine, deraoiselle Françoise de Cabanis, épouse 
de sieur Antoine de Bosredon^ lieutenant de la juri- 
diction de Varetz et y habitant, ladite marraine tante 
maternelle du baptisé... ». 

Dés sa plus tendre enfance, Cabanis montra une 
grande indépendance de caractère et une volonté peu 
commune. Il commença ses études chez les Doctri- 
naires de Brive ; mais, à peine âgé de quatorze ans, 
il ne pouvait plus se plier à leur discipline et son père 
dut renvoyer à Paris pour y achever son éducation. 
Rappelé par ses parents au bout de deux ans, notre 
jeune Corrézien ne revint pas au foyer paternel, mais 
préféra suivre à Varsovie, en qualité de secrétaire, le 
prince Massalski, évèque de Wilna (1). Brouillé peu 
après avec son nouveau maître, Cabanis regagna Pa- 
ris el Brive, puis revint à Paris pour s'adonner à 



(l) Mort pendu à Varsovie, le 27 juin 1794. 



— 217 - 

rêtude des lettres. II abandonna bientôt après les let- 
tres pour commencer la médecine. Placé sous la 
direction du célèbre Dubrenil, Cabanis eut Theureuse 
fortune de recevoir, durant cinq ans^ les conseils 
éclairés de cet illustre maître* 

Contraint par une santé débile et la surexcitation 
de ses nerfs à vivre à la campagne, le jeune Cabanis 
jeta son dévolu sur Auteuil et s'y fixa. C'est à A^uteuil 
qu'il se lia avec M'"* flelvètius et la plupart des 
hommes remarquables qui fréquentaient le salon de 
celte femme supérieure, tels que Benjamin Franklin, 
qui lui légua son épée, Daunou^ Condoi-cet, Tabbé La 
Roche, Destutt de Ti acy, Volney » Garât, Laromiguière, 
Ginguené^ le poète Roucheret le grand orateur Mira- 
beau, qu'il soigna^ et dont il a retracé les derniers 
moments dans : Le Joiwnal de la maladie et de 
la mort de Mirabeait. 

De son côté. M™* Helvétius se prit d'une telle 
affection pour le « défenseur des Encyclopédistes » 
que^ le considérant comme un fils adoplif, elle l'en- 
gagea à venir habiter chez elle. A sa mort, M'"' Helvé- 
tius lui légua la jouissance de sa maison. 

Nommé professeur d'hygiène aux Ecoles normales, 
en 1796, Cabanis, déjà juré du Tribunal révolution- 
naire, fut élu député au Conseil des Cinq Cents^ en 
Tan VI. Malgré son aversion pour les idéologues, 
Napoléon le nomma sénateur le 3 frimaire an VJIl, 
comte de l'Empire par lettres patentes du 26 avril 
1808^ membre de la Légion d'honneur (9 vendé- 
miaire an XII) et commandant de Tordre (25 prai- 
rial). 

Peu après son entrée à Tlnstitut, Cabanis s'était 



{ 



(»«ï 



— 218 — 

uni à la sœur de M"* Gondorcet et du futur maréchal 
de Grouchy : 

« Registre des actes de mariage de la commune de 
Paris^ X* arrondissement, section de la Fontaine de 
Grenelle : 

« Du vingt-cinq Floréal an quatre — Samedi 14 

mai 1796 — acte de mariage de Pierre-Jean-Georges 

Cabanis, officier de santé, âgé de trente-neuf ans, né 

à Cosnac, département de la Corrèze, le cinq juin mil 

sept cent cinquante- sept, domicilié à Auteuil, près 

j Paris, fils de Jean-Baptiste Cabanis et de Marie-Hélène 

) Descarole, tous deux décédés, avec Charlotte-Félicité 

Grouchy, âgée de vingt-huit ans, née à Condecourt^ 

département de Seine-et-Oise, le 2 avril mil sept cent 

soixante-huit, domiciliée à Paris rue de Lille n** 505, 

fille de François-Jacques Grouchy, demeurant à Vil- 

lette, susdit département, et de Marie-Gilberte-Hen- 

I riette Fréteau, décédée. 

! a Les- témoins furent : Dominique-Joseph Garât, 

' ainé^ âgé de 45 ans, homme de lettres, demeurant à 

Auverneau, département de Seine-et-Oise; Pierre- 
Antoine Benoit, ami, âgé de 53 ans, agent municipal 
de la commune d'Auteuil, près Paris; Alexis Boyer, 
ami, âgé de 36 ans, chirurgien, demeurant rue des 
Pères n" 43 , hospice de TUnité ; Jacques-Joseph 
' Mailla-Garat, ami, âgé de 28 ans, homme de lettres, 

demeurant à Auteuil... » 



Ces quatre témoins sont connus. Le comte Domini- 
que Joseph Garât fut ministre de la justice et de Tin- 
térieur, ambassadeur, sénateur et membre de Tlns- 
titut ; Pierre-Antoine Benoit (voir l'article qui lui est 



> 



— 219 — 

consacré) ; le baron Alexis Boyer, premier chirurgien 
de Tempereur et des rois Louis XV III, Charles X et 
Louis- Philippe» était compatriote de Cabanis; Jac- 
ques-Joseph Maill\-Garat, qui fut^ dit-on^ Tamant 
de M™" de Condorcet, la quitta pour Aimée de Coigny, 
ia jeune captive d'André Chénier. Né le 9 février 
1767, il habiLait Auteuil dès 1796. Il fut membre du 
Tnbanat et, à ce propos, on fit circuler les vers sui- 
vants : 

Pourquoi ce petit homme est-il au Tribunal? 
C'est que ce petit homme a son oDcle au Sénat. 

La fille unique de Cabanis, Annette-Paméla^ née 

à Auteuil le 4 germinal an VIII, Grande-Rue, n*" 24, 

époLisa^ en 1823, son cousin Louis- Charles -Henri 

-ï/KFtcïEH DU Patv, sculpteur, élève de Lemot, prix 

de Romej professeur à TÉcole des Beaux- Arts» mem- 

"1 e de rinstitut, officier de la Légion d'honneur. 

Ni3 à Bordeaux le 29 septembre 1771, mort le 22 

novexxibre 1825^ laissant un fils, Georges-Emmanuel, 

^é et décédé en 1826, du Paty était fils aîné de 

Charles- Margueiite-Jean- Baptiste Mercier du Paty, 

^^grieur de Bussac, avocat général au Parlement de 

HorcJeaux, jurisconsulte et littérateur^ auteur des 

^ Lettres sur Pltalie » (La Rochelle, 9 mai 1746 

» 1 a ris, 18 septembre 1788), et de dame Marie- 

L-ouise Frêteau du Peny et Samt-Just (mariage 7 

^^Ptembre 1769), décédée le 12 mars 1826. 

Le mari de la fille de Cabanis était Toncle du gé- 
^^ï'al Mercier du Paty^ autorisé^ par décret du 25 
^ctobre 18B2, à ajouter à son nom celui de Clam^ né 
^ Paris le 18 février 1813 et décédé à Toulouse le 
^ ^ai 1887. 




— 220 — 

M"** Mercier du Paty se remaria, le 10 mai 1836, à 
la Mairie de Passy (elle demeurait alors Grande-Rue 
de Passy, n** 56), avec Nicolas-Roch Joubert, direc- 
teur de rOctroi de Paris, né à Paris et y demeurant, 
rue Saint-Lazare^ n" 44, fils de Pierre-Mathieu Jou- 
bert, né à Angoulème et décédé le 26 avril 1815, 
conseiller de préfecture du département de la Seine. 

Voici le signalement de Cabanis à son entrée au 
Sénat : 1 mètre 78 ; cheveux et sourcils châtains ; 
front large ; nez ordinaire ; yeux bleus ; bouche pe- 
tite ; menton allongé ; visage long. 



Georges Bertin. 



LETTRES INEDITES 



DXT l^ARQXJIS IDE 1*^IR-A.BEAXJ 



A SA BELLE-FILLE M«- DE MARIGNANE 



N"ous sommes heureux de faire connaître quelques 

lettres inédites du célèbre marquis de Mirabeau à sa 
teUo- fille Emilie de Marignane, qui épousa en 1772, 
le fameux orateur de la Constituante, Gabriel-Honoré 
Iliïixelli, comte de Mirabeau. La première lettre est 
^^ S 1 juillet 1772, quelque temps après le mariage, 
^ *^oi.igueux marquis s'y peint avec son tempérament 
"^ gt^and seigneur, de féodal^ et sa philanthropie pas- 
sionoée, dans un style prolixe, dur, difficile. Le plus 
ancî^i^ gt^ l3 pi^jg fervent disciple de Quesnay est en 
niàrQe temps un brutal, un orgueilleux. Il s'appelle 
lui^rnêrae un moulin d écriture ^ il conseille et com- 
ma-nde, mais il prêche la fraternité civile, provin- 
CKtl^ ^ nationale, universelle enfin. Cette lettre jette 
^^^ Jour très curieux sur 1 état d esprit d'une partie de 

1^ noblesse gagnée aux nouvelles idées économiques 

et soeialesj la veille de la Révolution. 

J, ESPÉREÏ. 



— 2-22 — 



De Paris, le 21 juillet 1112. 

il Vaut mieux lard que jamais », ma chère fille, dirait un 
Tort raisonneur de ma connaissance en parlant de la mort; 
mais moy ji3 vous le dis pour le p*" souvenir dont vous m'ho- 
norez. Je ne vous nieray pas que je n'aye été touché de ce 
premier courrier; votre beau père est un fort bon homme, 
à ce qu'on dit, lotijaurs prêt à avoir la larme à Tceil et 
l'etoufoir à la gorge quand il pense à ses enfants et qui ne 
demanderoit pas mieux que d'en avoir de bien gentils; or 
on lui disoit tant de bien de vous, qu'independemment de 
touLs auLres motifs, son cœur était fort épanoui d'avance; 
or ma fiUe vous conooissez la charité romaine, imaginez le 
vieillard attendant sa fille et attendant depuis le 22 juin 
jusques au 21 juillet, vous n'auriez pas admis la phrase de 
dêriingemeni dr $ani6 et de tracas de nouvel établissement 
et d'exécution impossible. Ma chère fille vous apartenez 
maintenant au plus grand prêcheur de l'Europe, mais ses 
leçons n'ont fait fuir personne; retenez de moy de ne jamais 
mettre de ces phrases parasites dans vos lettres; mieux vaut 
cent fois la sécheresse du fait, et jamais avocat de mauvaises 
causes; vous avez une réputation excellente et toute faite; 
vous apartenez aux gens les plus aimés de notre pays, et 
aimés et considérés pour une race est la même chose; vous 
! venez enfin de prendre un nom qui ne fut jamais médiocre 

j et je vois avec la phxs vive joye que vous le soutiendrez, et 

• le perpétuerez dignement, regardez désormais tout ce que 

j dit votre beau père comme l'acte du pélican. Tout ce que 

! Tétude, la réflexion, et l'expérience m'ont acquis je voudrois 

le verser, et moy même dani^ le sein de ma nichée; touts 
les devoirs sont doux à la longue, mais celui-là Test au 
l*"" moment. Cela dit» vous n'y êtes pas et il faut que je 
finisse ma râtelée sur I article de Vexécution impossible, 
Jauray selon les apareuces si rarement l'occasion de vous 
' gronder qu'il faut puisque je la tiens, j'en profite pour plu- 

} sieurs années. Le cœur a la fin replié et justice faite de 

' moy même; Je vous dirois seulement in petto ma fille dans 



— 223 - 

le bonheur nous ne pouvons avoir recours qu'à Dieu pour 
qu'il dure ; dans le malheur, qu'à Dieu pour trouver la force 
de le porter, La vraye, la hautt^ piété donc est la compagne 
nécessaire de toute notre vie, dans tout du moins ce qui 
n'est pas yvresse et emportement, le rite réel de ce genre 
de culte, c'est le devoir or quel objet peut devancer sur cette 
voye le respect filial. Un père est pour ses enfants le vray 
représentant de la divinité icy bas; grande leçon pour luy, 
mais pour eux dans tous les cas obligation la plus solennelle 
et la plus stricte. C'est d'ailleurs le plus puissant lien social, 
le fondement des états et par conséquent celuy des familles; 
les devoirs respectifs entre les frères et les parents, le res- 
pect pour l'autorité dans tous ses grades, la fraternité civile, 
provinciale, nationale, universelle enfin, et se résumant en 
un point le père universel, autheur, moteur et conservateur 
de touts les êtres, tout enfin ce qui peut faire le bonheur et 
constituer la vertu de l'espèce humaine dérive de là: jamais 
la race des bons fils ne périra; jugez ma fille si je désire 
pour le bonheur de la votre que l'exemple de celle qui la fait 
renaitre dans ma patrie y établisse la superstition même de 
ce genre de mœurs. Il est vray que ma fille a sous ses yeux 
son véritable père et bien d'autres dignes objets de ce culte 
naturel ; aussy n'a-t-elle pas à leur écrire, et moy aussy je 
seray grand père de ses enfants, mais grâces à la toilette 
qui sera désormais pour moy ce que sa cassette était à 
l'avare, tout est dit ne répondez point ma fille à cet article, 
il est déjà bien loin. 

A l'égard de mon portrait, mon enfant, vous savez que 
dans l'ordre des bienséances, les lettres doivent précéder ce 
genre de faveur là; d'ailleurs vous en avez déjà pour les 
deux bras et pour ma part je vous ay donné de bracelet tout 
ce que j'en avois. Vous trouverez à Mirabeau force grands 
portraits à l'huile, cela est beau et en vérité c'est tout ce 
que je veux, si vous en voulez davantage lisez Vamy des 
hommes dans vos moments de loisir, personne au monde ne 
scavoit qu'il fut de moy et chacun me reconnut au langage 
et à la manière. 

T. XXX. 2 - 7 



— 224 — 



} 



Quand au mobilier ma !îlle il est à vous; il a bien besoin 
(l'être cousuj doubUs toui'Qé, changé. Il serabloit que mon 
camr vous desiroil quand levant les yeux de dessus mon 
bureau je voyois cetîe indienne de ma mère toute en loques. 
Tout ce que sa main a Louché m*est sacré ; ne jettez rien. Je 
lui ay souvent ouy dire que de grands bahus de noyer qui 
sont dans la grand dépense (on vous apprendra toute cette 
géographie là) elle avoit tiré des trésors, attendu que cela 
serroît louts les chîfons et coupons, Le lieu est effroyable 
ma chère fille vu Télègance actuelle et toujours battu des 
vents. Tel qu'il est la plus belle femme de son temps et la 
plus chérie y passa le 1" hyvcr après son mariage, le 
terrible h y ver de 1709 et seule entre ses paravants à faire 
dégeler son vin auprès de feu. Ma belle et bonne enfant 
logez dans votre tète et dans votre cœur que ceux même qui 
vous ont fait el qui jouissent chaque jour de vos vertus et de 
vos succès ne désirent pas plus vivement que moy votre 
bonlieur et tenex pour assuré d'après moy qui croiroit faire 
un sacrilège de vous tromper que toutes les peines qu'on 
s'est données dans la jeunesse sont autant de semences de 
bonheur ou de consolation pour l'avenir; or chaque jour est 
jeunesse pour le lendemain. 

Je ne veux point finir sans vous dire un mot sur un ar- 
ticle de votre antique lettre qui me toucha, c'est celui ou 
vous me faites une sorte de compliment sur votre peu de 
bien, cet article ne pouvait être inspiré, car il eut été 
étrange pour quelqu'un qui aurait eu de l'expérience. On 
vous a donc fait penser que j'étais bien cupide et ma fille 
si vous êtes telle qu'an vous dit je vous aurois acheté bien 
cher. Ma vénérable, mon auguste mère n'eut rien de ce qu'on 
peut chifrer, mille témoins encor déposeraient si elle fut 
honorée. Je n'ay voulu répondre de mon fils en rien ni 
pour rien^ mais je serois sa caution. Que des déchets dans 
votre fortune, le contiendraient plutôt dans ses manquements 
naturels, qu'ils ne seraient capables de l'y porter. Quand à 
moy qui revois le père de votre aimable père qui toujours 
vieux de bonne heure u ay jamais scu jouir à la mode ordi- 



^T 



— 225 ^ 

naire du présent ou donc prendrois*je la convoitise pour 
Tavenir? Le devoir de pï'^re et chef m'a fait marcher d'un 
pas réservé dans le déDut des arrangements relatifs à un 
BQgagement le plus sérieux de la vie; à cela près ma fille 
ceuï qui ont suivy ma manière de traiter cette afTaire peu- 
vent me rendre justice que je ne l'ay pas plus faite qu'au- 
cune autre comme un vilain. L*avenir prouvera si nous mé- 
ritions la préférence que vous nous aviez donnée. Je dis 
NOUS car quand au persoonel c'est vous ma fille qui vous 
J*êtes donné j mais la famille vous la trouverez honnête, equi- 
table et facile autant qu'aucune autre et toujours sensible 
au bonheur et à Thonneur de vous avoir acquis. 

Af on lils et quelques autres ont pu vous dire que j'étais 

Lin moulin d'écriture, et cette le lire cy ne vous en dissua- 

der^apas; croyez cependant que depuis le temps que j'écris 

sans relâche cette fantaisie si c'en élait une pourrait être 

feTnoussée ; que d'ailleurs je suis accablé de correspondances 

^t d'affaires et qu'outre j'ay de la besogne toute prête sans 

celîer ià^ mais J'ay cru devoir vous mettre en confiance pour 

oioo début et le meilleur moyen d'inspirer un sentiment 

quelconque c'est de le sentir. 

^oo frère est party avant hyer sans avoir la consolation 
ûe voir votre lettre qui luy auroit fait plaisir; je le luy 
mind^ray* votre tante, votre sœur et toute la famille vous 
ïeaxercient et vous embrassent, faites mes honneurs je vous 
prie à. toute votre maison. Adieu ma chère fille, je vous 

Mirabeau. 



Du Bignon, Ib 28 juillet 1118, 

*'aî reçn ma chère fille votre lettre du 13 : en vérité ai 
TOUS aviez un peu moins de peine à écrire, ce serait pour- 
tot domage de se rapprocher, car nous nous entendons fort 
"i^ïi par lettres; vous avez un caractère d'esprit égal, suivi 
^^t^nu obligeant, ingénu plein d'âme et de sentiment; 



— 226 — 



enfin nous nous enti^ndons très bien, au lieu qu'en présence 
vous ne me dites rien, et qug,nd j'ay voulu vous mettre à 
mon courant, vous faire des ouvertures, au lieu d'y mettre 
de la suitte et d'en raisonner avec moy qui ne suis que trop 
facile, ce n'est que par antruy que j'ay pu scavoir vos idées 
et vos rtVHexions, Je scay bien que la vieillesse a beau faire 
pour mériter la confiance intime de la jeunesse, elle effa- 
rouche toujours: je scay bien aussy que mieux vaudroit 
pour cela polissonner et faire des niches qu'une amitié sui- 
vie attentive, protectrice je scay cela; mais outre que ce 
n'est pas mon allure qwi ne polissonne jamais que de la 
parole et que Tâne de la fable n'eut de tort que celuy de 
vouloir changer son naturel — dailleurs cela ne seroit pas 
décent. Ma belle sœur avoit trente ans moins que moy et je 
me livrois avec elle à mon caractère caressant et elle le 
trou voit très bon malgré sa roideur et sécheresse naturelles, 
parcequ elle scavoit que je l'aimais; mais je suis devenu 
dangereux depuis, et les honnêtes gens à qui j'ay eu affaire, 
ont bien débité dans Paris que vous vous étiez enfuy de 
chez moy parce que j'avois voulu vous faire violence, et 
comme j'embellis et deviens violent touts les jours davan- 
tage, ii faut du moins que je cache mon jeu avec terreur. 
Quoyqull en soit tout est dit à ce sujet ma chère fille et 
mon cœur est soulagé de son sentiment et de l'acquit de 
mon devoir ; vous en userez comme vous voudrés et quand 
vous voudrés. J'ay toujours pensé que puisque l'on envoyoit 
touts les enfants de la province élever à paris, M' votre père 
pense roi t que son enfant et le notre n'en doit pas être 
excepté, mais comme je vous l'ay dit, je m'en vais le plus 
lentement que je peux, nmis pourtant comme tout le monde, 
car je serois fâché d'être singulier à un certain point; vous 
lui demeurez; et son principal intérêt est ou vous êtes, et 
par ma foy d'ailleurs ma première couvée m'a reussy de 
manière à ne me pas donner beaucoup de confiance en mes 
almananaks de propagateur. Je vous diray seulement ou 
rediray pour Tacquit de ma conscience que vous devres le 
faire inoculer dés que les grandes chaleurs seront passées. 




— 227 



A ce propos le bon bailly (1), sur la simple réponse que 

je lui fie que quand vous voudriez venir chez moy, vous y 

avie^ votre droit, m'a fait un plaidoyer ou il met le plus de 

raisons qu'il peut et il finit par me dire que le changement 

àfxit occasionner la petite vérole. Je reponds comme la pre- 

^ïiière fuie. Au reste ma chère fille, j'espère n'avoir pas 

Wsoin de vous répéter ce que je vous ay déjà dit qu'il faut 

cecju^ cecy soit absolument entre nous, quand un tiers est 

(îan s un pareil secret oi\ ne scait plus qui le tient, or je serais 

le plias ingrat et par conséquent le plus malheureux des 

bomïXies, si je donnais jamais à mon digne frère occasion 

*le ponser que j'ai fait quelque chose d'important pour la 

famille en cachette de luy. 

U^ri article de votre lettre qui me fâche par exemple et 
fceauooup c'est celuy ou vous me dites que vous êtes incom- 
moda^ ; je n'a vois ou y parler que de votre belle santé et du 
bien cjue vous avait fait l'air de provence. Or comme cette 
Corel ^ là n'est pas votre fort, je vous prie qu'il n'y ait rien à 
dire eii de m'en donner des nouvelles par quatre mots, fina- 
lein^ ra t sans communiquer à personne rien de tout cecy, 
quarni et si vous jugez à propos de venir dans notre maison, 
voa^ nae marquiez le temps et moy je vous serviray à mettre 
lepx-c>pos en avant simplement, exactement qu'il seroit temps 
^^^ ï~^I> rocher Victor de moyens d'une éducation complète et 
smvi^ _ ^gig yQ^g servira de texte et j'y ajouteray tout ce 
qus v^ous voudrez ; alors vous prendrez la volonté de M" votre 
W^ qui n'en a au fond que de raisonables. 

*-^^^st d'après cette conviction là, ma chère fille, et de plus 
fortes encore puisqu'elles portent sur son honnêteté et res- 
pect pour les volontés ou réelles ou même supposées de ses 
ascerxtjants, sentiment dont il a donné les véritables mar- 
^^^ par sa facilité sur les droits de M" ses sœurs et sa 
^^^ï^osité à cet égard, peut-être même poussée trop loin, 

*1^^ je n'ay pu croire et ne croiray point que ce qui peut 

accuser leurs dispositions luy paroisse devoir le blesser. Et 

^ ' Le frèro du marquis de Mirabeau qui résidait en Provence. 



— 228 — 



moy aussy, ma fitle. je crois être noble dans les affaires et 
très noble ; j'en ay eu avec tant de gens que j'ay bien des 
témoins, et si je Tétois moins je n'aurais pas le bonheur de 
vous avoir. A cet égard comme il n'est pas réciproque, ce 
n'est pas à vous que je m'en vanterois; mais M' votre père 
doit connoitre comme un autre ma manière de traiter pour 
peu donc qu'il m'eut lémoigné le moindre mécontentement 
ou soupçon sur ce que je fais, aujourd'huy, je l'en aurois 
fait juge luy-m^me ; si le respectant, comme je me suis res- 
pecté, si le traitant comme je me suis traité, assurant les 
volontés de nos pères et les apuyant de la sanction de la loy 
contre la fougue et les emportements dont nous avons eu 
que trop d'exemples présents; contre Tincurie seule de 
pupilles la tare, ou m^me contre leur délicatesse mal en- 
tendue qui pourroit vouloir le faire et embrasser plus de 
devoir que leur fortune et ses accidents n'en pouvoient por- 
ter, si accomplissant enfin des volontés respectables je puis 
être soupçonné de vouloir gêner leur héritier naturel et 
privilégié dont une réputation générale atteste les mœurs 
les sentiments et la probité. Et si M' votre père avoit voulu 
manger son bien auroit-il attendu d'avoir eu d'autres droits 
sur les siens poui' en faire cet abusif usage. Quand il ne 
seroit pas hors de tout soupçon à cet égard seroit ce moy qui 
arriverois dans la maison d'autruy pour en troubler le pro- 
pri*^taire? est-ce à mon âge qu'on commence de telles ma- 
nœuvres quand a vint ans on fut le maitre de ses droicts et 
actions. M' votre père ne niera point qu'il m'a trouvé facile 
a tout; comme assurément je luy rends bien la même jus- 
tice et je l'ay imprimé lians mon mémoire; il ne discon- 
viendra pas non plus que souvent il ne fut fort aise d'avoir 
un honnête homme pour consort dans les soins qu'exigent 
de propres affaires. Il pourroit dire qu'il ne veut pas que ce 
soit dofïice qu'on voudroit le servir, a quoy je reponds 
qulcy j'ay mon droit et mon devoir attendu que j'ay fourny 
et l'exemple et les fonds. 

Au reste ma chère fille, M' Quinier m'écrit et je lui ré- 
ponde et vous serez contente si vous l'êtes de la raison! 



— 229 — 

mais je persiste à vous dire que vous ne devez point vous 
mêler de cette affaire : vous devez laisser vos deux pères se 
démêler et soyez sûre que quelques malentandus de détail 
qui puissent se rencontrer, ils finniront par s'entendre parce 
qu'ils sont gens de bien l'un et l'autre et pas plus querel- 
leurs l'un que l'autre et également incapables de mauvais 
procédés. 

Adieu ma chère fille. Votre sœur du Saillant (1) vous re- 
mercie et vous embrasse et son mari vous baise la main 
avec les grâces que vous lui connaissez. Si le mémoire de 
Beaumarchais est gaillard nous vous en serons bien obligés, 
mais adressez la pour la 2* envelope en cachant bien la pre- 
mière à mon adresse, à M' de S' Pau/, premier commis de 
la guerre; s'il n'est que méchant; bon pour Aixe. Adieu je 
vous embrasse tendrement. 

Mirabeau. 



Du Bignoriy le 5 août 1118. 

Il y a longtemps ma chère fille que vous scavez a quoi 
vous en tenir sur mon exactitude a vous repondre. Elle est 
générale dailleurs pour tous et j'ai toujours regardé cela 
comme un devoir ; ce n'est pas que les lettres ne commen- 
cent a me peser parce qu'a la fin tout s'use et que d'ailleurs 
les affaires redoublent et se multiplient avec l'âge quand on 
est comme moi sans secour, et ces dernières années m'ont 
obligé à tant de prévoyance de raports et a parer de tant de 
cotés qu'on seroit lassé à moins ; mais ce ne sera jamais 
d'un coté si cher que portera ma fatigue en ce genre. 

Je vous remercie de m'avoir donné de meilleures nou- 
velles de votre santé. Je scay combien vous revenez vite; 
mais aussy combien vous soufrez longtemps sans en avertir 
de manière qu'on vous trouve tout a coup morte et c'est 
grand domage. On dit qu'il meurt beaucoup de gens de 
bêtise et cela est vray ; il n'y a pas d'aparence que vous 

(1) M"* de Lasteyrie, sœur du comte de Mirabeau. 



— 230 — 



soyiez de si tôt attaquée de cette maladie là : mais je ne 
scay combien de jeunes femmes qui ont bien de Tesprit se 
tuent néanmoins parce qu'elles ne mettent pas leur esprit 
a vaquer à cette misère qu'on apele santé, et quelles y 
mettent autre chose qu'on apele fantaisie, opinion, dédain 
de cette gaucherie qu'on apele prévoyance et préoccupation 
du moment joint à la conflance naturelle de la jeunesse. Si 
jamais ma chère fille vous connoissez quelqu'une de ces 
dames là qui soit très intéressante d'elle-même, dites lui de 
ma part qu'il ne faut mourir que quand on est désabusé de 
toutes les illusions de la vie, chose qui ne vient a notre 
secours que tard et qu'il ne faut point prématurer; 2® qu'en 
ceci faut-il pour cela n'aimer rien ce qui équivaut a dire 
n'être aimé de personne, n'avoir plus de devoir et n'être plus 
le devoir de personne ; 3** que mourir n'est rien comme dit 
le déserteur mais qu'avoir une santé délabrée est une chose 
contre nature et que quoy qu'en disent les médecins et les 
malades, on ne l'a point quand résolument on ne veut pas 
l'avoir; j'ay beaucoup vécu et je scais cela; 4° que qui ne 
parvient pas a mener sa personne ne mène pas mieux tout 
le reste car comme bonne ou mauvaise santé fait notre phi- 
losophie elle fait aussy notre capacité. Je vous dirois bien 
d'autres raisons si je ne croignois de les ennuyer car je suis 
plus habile encor a en cathégoriser que ne l'est M"" Pined ; 
quand a moy un des plus grands mérites que je connoisse 
c'est d'avoir une bonne santé. 

J'aime bien aussy un bon cœur et il me paroit que 
M* Victor emanuel aura celui de ses grands pères. Il en 
souffrira beaucoup, mais beaucoup, je scais ce que c'est, 
je le scais toute ma vie, mais ce soufrir là est le courage 
non nécessaire d'espérer et espérer c'est vivre^ c'est être 
heureux auprès du total des indifférents. On n'est jamais 
sage je scais au dire de notre prudence, mais on est bon et 
je crois que cela dit mieux, du moins on dit toujours que 
Dieu est bon et l'on ne s'avisera jamais de dire qu'il est 
sage. Point de génie, point de grand homme même qui n'ait 
le cœur tendre et chaud. L'éloge de Catinat tout sage mais 



— 231 — 

tout froid nous en impose, mais nous sèche, il meurt seul 
comme il s'était promené toute sa vie. On fait une perte, 
mais on n'est point troublé, tandis que Henry 4 si foible, 
que Turenne toujours si susceptible d'attachement nous 
arrachent des larmes encore. Mais voilà un drôle de cha- 
pitre à traiter de la part d'un vieillard parlant à une jolie 
femme. Quoy qu'il en soit je ne diray pas cela a Victor, 
quoique je ne le luy nieray pas non plus, mais je suis 
charmé de luy voir un bon cœur parce que c'est la racine 
de tout bien. Il s'agira de l'élever ce cœur, de luy dire que 
je luy laisseray une tâche à remplir pour ne pas déchoir, 
qu'il faut qu'il mérite ma grand croix qui est peut-être le 
plus beau titre qu'il puisse perpétuer dans maison, attendu 
l'objet de l'ordre en soy et de l'exception qui me l'a donnée : 
il faut enfin l'occuper de bonne heure d'objets qui élèvent 
l'âme et abaissent l'orgueil qui n'est lui-même qu'une eva- 
poration d'un esprit vuide et vague qui exigeroit tout préci- 
sément parce qu'il n'ambitionne rien, le travail au contraire 
est une excellente sauvegarde pour la vertu, un préservatif 
journalier contre les fumées de l'amour propre débile ; mais 
il faut qu'il ait un objet. On ne scauroit croire où peut aller 
l'homme à qui l'on donne de bonne heure un objet un point 
de vue solide et qui lui plait ; et qui s'y tient constamment. 
Quand k, moy je me défends de l'idée de cet enfant comme 
je me defifendrois de devenir amoureux à mon âge ; et avec 
cela je suis tout rajeuny quand on m'en parle, et je me 
surprends souvent prêt à voir couler une larme chaude en 
pensant à lui. 

Adieu ma chère fille votre sœur du Saillant m'a parlé de 
votre lettre et de son objet; je luy ay dit que j'avois répondu. 
Adieu ma chère fille, conservés votre santé, votre enfant et 
tout est cher et souvenir de moy qui vous aime et honore 

tendrement. 

Mirabeau. 

Nous avons jugé à propos de publier ces premiers 
autographes qui serviront en quelque sorte de préam- 



— 232 — 

bule au dossier du procès en séparation du comte de 
Mirabeau avec M"*' de Marignane. 

Mirabeau se rattache à notre Limousin par sa sœur 
qui avait épousé M. de Lasteyrie du Saillant de Com- 
born. Elle était la grand'mère de notre compatriote 
M. Robert de Lasteyrie, professeur à l'Ecole des 
Chartes^ membre de l'Institut. 

J. ESPÉRET, 

Docteur en Droit. 






TITRES & DOCUMENTS 



Abbaye d'Uzepche 



Nous avons pensé qu'il serait intéressant de pu- 
blier un docnmeat faisant connaître les revenus de 
labbaye d^Uzerche de 1737 à 1745, 

LIEVE DES REVENUS DE l'aBBAYE D'USERCHE DEPUIS 1737 
JUSQUES ET COMPRIS 1745 

C'eêt la liève des Rentes et autre» revenus Dûs 
au menbre appelle le menbre de l'abbatiale, dé^ 
pendant et faisant partie de V abbaye d'Userchet 
non compris les tenements de rentes unis à la 
prévôté de Vitract et qui dêpendoient cy devant 
dud. menbre de labbatialy 

Sç avoir en rentes : 

Seigle sept cent soixante quatorze sestiers. 
Froment deux cent trente neuf setiers. 
Avoine quatre cent soixante deux setiers. 
Argent cent cinq livres quatre sols. 
Journaux quatre vingt cinq. 
Gèlines cent trente. 
Taille vicomtalle. 
Anguilles vingt. 
Cire trois livres. 

Les dîmes en grains par communes années affermées de 
liuit cent à huit cent cinquante setiers de seigle. 



— 234 — 

Les Petites Dimes ou amassures affermées par communes 
années deux cent cinquante livres. 

Les Prés affermés par communes années de cent trente à 
cent quarante livres. 

Le four de pied Chammars payé annuellement cent sols 
et deux chapons. 

Le four du pont payé annuellement trois livres. 

Plus est dû et ce paye annuellement aud. menbre de 
labbatiale le droit de chasse qui est d'une charge de vin 
par chaque hobergiste, cabaretier ou tavernier et qui est 
pour chacun deux une charge de vin à chaque jour de 
dimanche de quasimodo. 

Plus est dû et se paye annuellement aud. membre de 
Tabbatiale vingt deux charges de vin par plusieurs prévôts 
et prieurs commendataires. 

Sçavoir : 
Par M. le prévôt De S* Salvadour quatre charges. 
M. le prévôt de S' Ybars quatre charges. 
M. le prévôt de Champsat quatre charges. 
M. le prieur de S' Angel quatre charges. 
M. le prieur de Margoutière trois charges. 
M. le prieur de S' Viance trois charges. 
M. le prieur de Condat trente deux setiers de vin. 

C'est la Liève détaillée des rentes dues au menbre de 
l'abbatial d'Userche sans y comprendre les tenements de 
ce même menbre qui sont unis au menbre de Vitract. 

Sçavoir : 
Chammards par" de notre dame d'Userche. 
Froment quatre setiers. 
Seigle vingt quatre sestiers. 
Avoine douze setiers. 
Argent deux livres. 
Gélines trois. 
Journaux trois. 
Laquelle rente a été payée par M* Gabriel Clédat, le 



— 235 — 

s' Bleynie, le s' Samuel Grivel, la veuve du s' Clédat, An- 
toine Bos, Léonard Batier, les héritiers du feu s' Jean 
Parrical des Ghammards, le s' Antoine Touzat, les héritiers 
de Léonard Monds, Jean ReyroUe dit Boulot, le nommé 
Pierre Durant dit Quercy; le total de lad. rente due soli- 
dairement par tous les tenantiers. 

Las Bordas, paroisse Notre-Dame d'Userche, rente 
solidaire. 

Froment cinq sestîers. 
Seigle quinze sestiers. 
Avoine quatre sestiers. 
Argent quarante sols. 
Gèlines deux. 
Journaux deux. 

Laquelle rente a été payée par M. Guyon Des bordes, 
lequel doit l'entière rente. 

La Belletts Lavai et Puychouries, rente solidaire. 

Froment un sestier. 

Seigle trente six setiers. 

Avoine quinze sestiers. 

Argent deux livres. 

Gélines deux. 

Journaux deux. 

Laquelle rente a été payée par le s' Jean Nebout arpen- 
teur, les héritiers du feu s' Léonard Peyroudie, Estienne 
Benoist, le nommé Boueyssinet, M« Gabriel Clédat proC du 
roy, dem^"* Antoinette de Personne veuve, le s* Héhe Delort, 
le 9' Guilhen de Confolent, les héritiers du feu. s' Pierre 
Goudrias médecin, M. François Laforge de Fargeas, le s' An- 
toine Combet de las Bordas, les héritiers du feu s' Henry 
Victor de Cha vaille. 

Bourzaguety paroisse de Saint-Nicolas d'Userche, 
rente solidaire. 

Froment cinq sesliers. 



— ne — 

Seigle quinze seliers. 

Avoine cinq setiers. 

Argent deux livres. 

Gélines deux. 

Journaux deux. 

Laquelle rente a été payée par (ïem"« Antoinette de Per- 
sonne veuve du s^ Nayne, M. François Laforge de Fargeas, 
lieulenant général de police, 

Bourjraf, paroisse Saint-NicoUn d'Userche, rente solidaire. 

Froment onze setiers. 

Seigle quatorze setiers. 

Avoine seize setiers. 

Argent sii livres* 

Gélines six. 

Journaux trois. 

Laquelle rente a été payée par M. François Laforge de 
Fargeas, M, Charles Pradel de Lamaze lieutenant général, 
les héritiers du s^ Couchengeas chirurgien, les héritiers du 
s^ Léonard Peyroudie, les héritiers du s' Gabriel Clédat de 
Charliaguetj Pierre Boonel, Pierre Macary, Gabriel Champ- 
siaux, te nommé Bourzacar, le meunier d*Anglards, dem"* An- 
toinette de Personne veuve. 

Las Bordas Cangouillê, paraisse Notre-Dame d'Userche, 
rente solidaire. 

Seigle dix neuf sestierSi 

Argent dix sols. 

Laquelle a été payée par le s' Jean Nebout, les héritiers 
du s' Léonard Peyroudie» le s' Gabriel Clédat procureur 
du roy, le s^ François Laforge de Fargeas, le s' Antoine 
Combet de Lasbordas» Léonard Boussal, les héritiers de 
M, Victor de Chavaille, 

Rûupeyroux, paroisse de Saint-Nicolas d'Userche, 

rente sofidaire. 

Seigle un setier. 



- m — 

Laquelle rente a été payée par le 3^ Gabriel Glédat, pro- 
cureur du roy, lequel doit toute lad. rente. 

La Borie'BUnche, paroisse de Noire-Dame d'Uzerche, 

renie solidaire. 

Seigle sept se tiers. 
Avoine sept setiers. 
Argent une livre. 
Gélines deux. 
Journaux un- 

Laquelle rente a été payée par le s' Gabriel Glédat» procu- 
reur du roy, le s' Jean Nebout arpenteur. 

Puygrolier^ paroisse de Savit-Nieola$ d*Userche, 
renie solidaire. 

Froment trois éniines. 
Seigle trois émines. 
Avoine six ras. 

Laquelle rente a été payée par le s"" Estienne Reyx, lequel 
doit toute lad. rente. 

Le Masgoutier^ paroisse de Saint-Yb&rs, rente solidaire. 

Froment trois setiers. 

Laquelle rente a été payée par le s^ Besse^ conseiller, 
lequel doit toute lad. rente* 

Le Moulin de Sauvageat, paroisse de Saint^Nicolas 
d'Vserche. 

Froment douze ses tiers six coupes. 
Seigle vingt sesliers. 

Laquelle rente a été payée par les sindics de rhôpilal 
d'Uierche. 

Le Moulin Rogier, paroisse de Noire-Dame d'Userche. 

Seigle douze seliers. 

Laquelle rente a été payée par M. Gabriel Glédat, procu- 
reur du rov. 



— 238 — 

Fuï/boucou, paroisse de Suinte-Eulàlie d'Userche, 
renie solidaire. 

Seigle quatre seliers. 

Laquelle rente a été payée par les héritiers de feu s' Pon- 
tieTi avocaL 

Choulengeas, paroisse de Notre-Dame d'Userche, 

rente solidaire. 

Froment huit setiers* 

Seigle vingt sept se tiers. 

Avoine quinze setiers. 

Argent quatre livres* 

Gélines douze. 

Journaux six. 

Laquelle reute a été payée par Pierre Saignes, Mad"* de 
Vayne, le s^ Delort bourgeoix, Jean Choulengeas, le s' Com- 
bet las Bordas, Pierre Choulengeas, le nommé Guynouty, 
le s' Pierre Pontier, bourgeoix, et M. de la Mothe. 

Pieux, paroisse de Sainte-Eulalie, et la Renoufie, paroisse 
de Ssiint-Nicolas d'Usûrche, rente solidaire. 

Froment quatre setiers. 

Seigle dix neulsetiers. 

Avoine hait setierë. 

Argent une livre. 

Gélines deux. 

Journaux deux. 

Laquelle rente a été payée par Jean Goudrias, mazelier, 
Pierre Cbastanet» s^ Hélie Delort, le s' Gautier médecin, 
Pierre Rogier, Jean Juge marchand, Mathieu Bonhillion, 
Pierre Belot sergent. 

La Rue C/iassami, paroisse de Sainte-Eulalie d'Userche, 

renie solidaire. 

Froment deux sestiers. 
Seigle deui sestiers. 
Avoine dix émiaaux. 



^ 239 — 



Argent dix sols. 
Gèlines deujc, 
JourDaux deux. 

Laquelle renie a été payée par le s^ Pierre Besse» de 
Lubersat. 

La Chapelotte, paroisse de Sainte-Eulaiit d'Userche^ 
renie solidaire. 

Froment six coupes. 
Seigle trois seliers six coupes. 
Avoine cinq ëminaux. 
Argent quatorze sols. 
Anguilles six, 

I^aquelle renie a été payée par le s' Pierre Besse, de 
^diiet-sat. 



'îfc^- 



''Va 



'£ et Jacouiet, paroisse de S^inie-Eulalie d'UsercliBi 
rente solidaire. 

^ ïnent deux setiers. 

ï uelle rente a été payée par par le s^ Teyxier, des 






• Vergnias de Fargeas, paroisse de Sainia-Eulalie 
d't/serche, rente s&olidaire, 

^KTient deux sestiers. 
t ^elle renie a Hé payée par led. s' Teyxier des Farges, 




^^— ûjnbe Rose^ paroisse de Sainte -Eulalie d^Userche, 
renie solidaire. 
&^i ^le une èmine* 
^^*5 uelle rente a été payée par led, s^ Teyxier, des Farges. 

I.^ Clia^ip /^a Roche, paroisse de Sainte- Eulalie d'Userche, 

rente solidaire. 

froment quatre setiers. 
Seigle dix huit se tiers. 

Avoine sept betiers, 

T XXX. S - S 



- 240 — 

Argent vingt sois. 

GéUnes quatre. 

Journaux trois. 

Taille vicomtalle six sols. 

Laquelle rente a été payée par le s' Estienne Rey, M. le 
vicaire de Vitract, les héritiers du s' Chouchengeas chirur- 
gien, les héritiers du s' Derse, le s' Antoine Lagrave, Pey- 
rounevilîe, Léonard Boussac, Jean Chapot, le nommé Lam- 
birèSp le s' Pierre Gautier médecin. 

Sadarna^ pa^roisse de Saint- Y6ars, rente solidaire. 

Froment douze setiers. 

Seigle quarante trois setiers. 

Avoine vingt cinq setiers. 

Argent cinq livres dix sols. 

Gëlines huit. 

Journaux quatre. 

Cire une livre. 

Laquelle reJiie a été payée par M" Jean Dalesme de Ri- 
goulesne, le seigneur Descars, M* Pierre Maret avocat, 
M* Pierre Besse conseiller, Marie Baleix, François Juge, 
Pierre Bouchiat, Léonard Bourdarias, le s' Pierre Parrical, 
Jean Lafon dit Taîou, Annet Borde, Jean Babinodie, Char- 
les LaleUj Grepin Malevialle, Martial Bouchiat, Pierre Pru- 
neau, Estienne Lacroix, Peyvalette, Guilhen Chabel, Guil- 
haume Chassaini, Pierre Baleix, la nommée Peterassonne, 
le s' Lagrave Laisné, Le Saligner. 

Za Borde ru rey et Neuvialle, paroisse de Sainte-Eulalie 
tVUserche^ rente solidaire. Mesure de Masseret. 

Froment trois setiers. 

8eigle vingt un setiers. 

Avoine vingt setiers. 

Argent ou taille vicomtalle quarante-deux sols. 

Gélines quatre. 

Journaux trois. 

Laquelle rente a été payée par Pierre Borde dit Chou- 



- 241 - 

massou, le s' Pierre Besse de la Borde, Pierre Borde, Jean 

Bellette, Jean Soulet dit le Minou, le s' Pierre Besse de 
Lubersat, Bernard Borfle aveugle, François Juge cordon- 
nier, Jean Bellette, Antoine Dûment. 

La BessB Peyrat, paroisse de Sainte-Eulalie d'Userche^ 
rente solidaire, 

Froment huit setters. 

Seigle quarante un setiers» 

Avoine vingt un se tiers* 

Argent quatre livres six sols. 

Taille vicomtalle treiz^e sols. 

Gélines six. 

Journaux cinq. 

Laquelle rente a Ht payée par Halem Besse dit le Galant, 
le s^ Jean Gautier, le s'' Martial Besse du Peyrat, le s"^ Joseph 
Besse procureur ^ Antoine Coulombet, Catherine Dersse, le 
nommé Jantillioux, 

Ch&mbouXf paroisse de Sainte*Eulâlie d'Userche^ 
rente solidaire. 

Froment huit seliers. 

Seigle quarante setiers. 

Avoine douze se tiers. 

Argent cinquante-six sols. 

Géliaes quatre. 

Journaux quatre» 

Laquelle rente a été payée par le s' Teyxier des Farges, le 
s' Bleynie, Etienne Monteil, le s"^ Lagrave, Antoine Cou- 
lombetf Pierre Fourie, Léonard Crouchet, Clément Chas- 
lanet, Pierre Chaslanet, Jean Charbonnel dit Lorange , 
François Veillaud, le s' Richard Delort, Pierre Charliat, 
Pierre Nontron, Jeanne Leignat, Guiîhen Veysscix, M. le 
marquis du Verdier, François Bonnel, M. Bru net, Robert 
Fayolle- 

L&vâlladet paroisse de Saint Ybars, rente solidaire. 
Fromentj un selier six coupes. 



L 



— «42 — 



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Seigle huit setîers. 

Avoine deux setiers. 

Argent vingl*qualre sols. 

Gélînês deux. 

Jouroauî deux. 

Laquelle rente a été payée par Pierre Terasse, Martial 
Oaude, Jean Bouchiat, M. Lavai, Pey Borde, Martial La- 
TTiarche, le s' Cbameyrat, Estîenae Ducay, Pierre Surget, 
Mariotte Vallade, Estienne Borde, Martial Brachet, Léonard 
Marrigne. 

MoussouXt paroisse de Sainie-Eutatie d'Userche, 
rente solidaire. 

Froment vingt seiiers. 

Seigle vingt-deux setiers. 

Avoine vingt selîers. 

Argent quatre livres. 

Oeline six. 

Journaux deux. 

Cire une livre. 

Taille vicomplalle treize sois* 

Laquelle rente a élé payée par le s' Pierre Chaput, Pierre 
Ghastanet, Jean Cronchet, le s' Bleynie, Debonchat, Jean 
Juste, Jean Guindre, Pierre Lagrave, le s' Dersse, le s' An- 
toine Lagrave, m* Pierre Besse conseiller, le s' Lagrave 
laine, les héritiers de la Tronche t, Robert FayoUe. 

La Goumendie, paroisse de Sàinte^Eulalie d'UJierche, 
rente solidaire. 

Froment cinq setiers. 
Seigle vingt-sept seiiers* 
Avoine dix setiers. 
Argent cinquante sola. 
Geiines quatre. 
Journaux deux. 

Laquelle rente a été payée par le s'Teyxier des Farges, 
Antoine Coulombet, les héritiers du s' Pontier avocat, les 






— 243 — 

héritiers de Fougcrias, Jean Pieytille barîcoutier, le s"^ An* 
toine Bleynie bote, le s"^ Bleynie de Bouchât, le s^ Lagrave, 
Jean Chassai ng dit Léger, les héritiers du s' Bordes, Léonard 
Bourzat. Catherine Dersse, M. le curé de S*» Eulalîe, le s' 
Delort. 

* Faucon, psiroisse de Notre-Dame d'Uzerchê^ 

rente solida^ire. 

Seigle dii setiers. 

Argent dix sols. 

Laquelle rente a été payée par le s" Bru ne t. 

Le Moulin et Coniour d'Espartignac^ rente solidaire. 

Froment deux setiers. 
Seigle dix setiers. 
Argent dix sols. 

Laquelle rente a été payée par les héritiers du s' Che- 
naîlle d'Uzerche. 

La TeT^asse, paroi&se de S^loUt rente solidaire. 
Froment deux setiers. 
Seigle cinq setiers. 
Avoine sept setiers. 
Argent trente un sols un denier. 
Geliues deux. 

Laquelle rente a été payée par Antoine Arnaud^ George 
Bayard^ Léonard Mouri, et Jean Bourdet. 

Chameyratj paroisse de Salon , rente solidaire. 
Mesure de Masseret. 

Froment trois setiers. 

Seigle treize setiers. 

Avoine sept setiers. 

Argent deux livres. 

Laquelle rente a été payée par Jean Batizou, Biaise 
Moury, Gabriel Coste, Martial Daude, JeanChoussade, Léo- 
nard Sadarnat, Neymard Bertrand, le s' Laval, Pey Borde , 



- 244 - 

Jean Renaudie, Léonard Fayolle, Pierre Brachet, le s' Vi- 
cière, Thony Jalibon. Antoine Gorsse. 

Le Mas su Peuah, paroisse de Sa/on, rente solidaire. 

Froment deux setiers. 

Seigle deux setiers. 

Avoine deux seliers. 

Argent quatorze sois. 

Gélîne une. 

Laquelle rente a été payée par Estienne Gorsse, François 
Besse, Léonard Sirieyi, Estienne , Léonard Beys- 

sac, Ânnet Manlegoux, Jacques Pignolet, Pierre Bachelerie, 
Thony PignoIeL, Madem"* Fougieras, M. le marquis de la 
Capelle. 

Senriâdiras^ paroisse de Saint-Ybars, rente solidaire. 

Seigle six se tiers. 
Avoine trois setîers. 
Argent quatre sols. 

Laquelle rente a été payée par le s' Gabriel Besse du 
Pouget, 

Le Pouget, paroisse de Condatt rente solidaire. 

Froment quatre setiers. 

Seigle quarante six setiers. 

Avoine cinquante setiers. 

Argent quatre livres dix sols. 

Taille vicomptalle huit sols. 

Gelines six. 

Journaux trois» 

Laquelle rente a été payée par le s' Gabriel Besse du Pou- 
get, Léonard Farge. Antoine Langelie, Jean Goudrias, Jean 
FayoUe, le s^ Dersse, M. le marquis du Verdier, Antoine 
Juge, le s'^ Jean Gautier, Antoinette Ferrier, le s' Martial 
Besse du Peyrat, Majie Bourzat, Jeanne Dumond, Annet 
Mantigoux, le nommé Matane, le nommé Jeantillou, le s*" 
Combet, Pierre Besse dit le Galant, la veuve de Cranqualiou, 
Jean Gondrias fîb, et le s' Besse procureur d'offices. 



— 245 — 

Le Chadail, paroisse de Conda,t, rente solidRire. 

Froment vingt trois seliers. 

Seigle vingt cinq seliers. 

Avoine quarante sept setiers. 

Argent dou7,e livres neuf sols* 

Gelioes neuf. 

Journaux trois. 

Laquelle rente a été payée par s^ Gabriel Charpenet, Ber- 
nard Valleton, François Renard^ Jean Nonlron. Bernard 
Renard, Pierre Jouchère, Pierre Baudinet, Gabriel Bourzat, 
Jean Merigot, Jeanne BoSt Jean de Veuyx, Pierre Bachele- 
rie, Jean Goudrias dit Joannès, Sébastien Pignolet, le s' 
Gabriel Besse du Pouget , Bernard Vallelon, Sebastien 
Brousse, Jean Renard, Etienne Borde. 

Vernéjoiix et la Rue, paroisse de Condat, renie solidaire- 

Froment deux setiers. 

Seigle quatre setiers. 

Avoine dix setiers. 

Argent dix sols* 

Gelines oincj. 

Journaux quatre. 

Laquelle rente a été payée parles Lascauxet ses métayers. 

La Peytourie, paroisse de Condat, rente solidaire. 

Froment huit setiers. 

Seigle dix setiers. 

Avoine douie setiers. 

Argent deux livres. 

Laquelle rente a été payée par le s' Richard Delort, le s' 
Martial Besse du Peyrat, Antoine Coulombel, M. le marquis 
du Verdier, les héritiers de M, Che vaille* 

Miel, paroisse de Condat ^ renie solidaire. 

Froment cinq setiers. 
Seigle dix setiers. 
Avoine cinq setiers. 



246 



Argent cinq livres dix sols. 

Gelines trois. 

Journaux deux. 

Laquelle renie a éit payée par le s' Pradel de La vaux, 
Gabriel Buge, Joseph Coudert, Antoine Gorsse, Thomas 
Hilaire, Estienne Borie, Gabriel Marguinal, Léonard Mage, 
Martial Guyot, Gabriel Lavaud, Pierre Mazalaigue. 

Philix^ pitroisse d'Eyburie, rente solidaire. 

Fromenl cinq setiers. 

Seigle vingt cinq setiers. 

Avoine cent ras. 

Argent quatre livres, 

Gelines quatre. 

Laquelle rente a été payée par le s* Teyxier des Farges, 
les héritiers du s"" Chousengeas, les héritiers de Pierre 
Cha&tanet^ la veuve de Gabriel Dessus, les héritiers de 
Mad*" Rdfaillat, Lt^onard Dumont, Antoine Coulombet, Jean 
Gronchet, LéonarJ Monieil, Léonard Pradaleix, Jeanne Ma- 
dère, M, Personne de la Farge, Etienne Monteil, Antoine 
Marguinal, Pierre Fourie, M. Touzat, M* Pierre Besse con- 
seiller, Jeao Borde, Pierre Charliat, le s' Bleynie, Léonarde 
Anglard, M. Brunetn François Veillaud, Jean Charbonnel, 
Clément Chastanel, Victoire Soudrie, François Bonnel, Jean 
Nontron, 

Le Puy de Quinquelounye, paroisse d'Eyburie, 
rente solidaire. 
Avoine vingt cinq ras. 
Argent deux sols six deniers. 
Laquelle rente a été payée par le s' Bleynie. 

C/iaîeix, paroisse d'Eyburie, rente solidaire. 
Froment deux setiers. 
Seigle sei^e setiers. 
Avoine trois setiers. 
Argent deux sols six deniers. 
Laquelle rente a été payée par Antoine Pradaux, Pierre 






— m — 

Dumas, Eslienne Borie, Antoine Marguinal, Martial Guyot, 
la veuve de Barthélémy Dufour, Jean Pouget. Gabriel Plan- 
UdiSi le s' Estienne Jarrige, Jean Lagrange, le &' Pierre 
Perinne de la Farge, Pierre Lornat, Antoine Marguinal, 
Jean Jarrige, les héritiers de Mad^^* Raf aillât, Pierre Breta- 
gniolle, le s' Antoine Touiat, Barthélémy Jarrige. M. 
Teyiier Desfarges, Jean Crouchet, Léonard Monteih 

Le Coudert, paroisse d'Eijburie, renie solida.ire. 

Froment trois se tiers- 

Seigle siï setiers. 

Avoine quarante ras. 

Argent ou taille quinze sols. 

Gelines quatre. 

Journaux deux. 

Laquelle rente a été payée par Mathieu Bardi, Antoine 
Pradaux, le nommé Buge, Pierre Dumas, Antoine Gorse, 
Estienne Borie^ le nommé Vaysse, Antoine Marguinal, Mar- 
tial Guyot, Thomas Doumeyron, Jean Condachou, Mad^^* 
David, Martial Guyot, le s' Pierre Personne de la Farge» 
Gabriel Condachou, Joseph Coudert^ Gabriel Marguioal, 
Jean Queyrat, 

Le CheyrôUy paroisse d'EyburiBt rente solidaire- 

Froment quatre se tiers. 

Seigle huit setiers. 

Avoine quatre se tiers. 

Argent cinq sols, 

Gelines deux. 

Journaux deux. 

Laquelle rente a été payée par Léonard Fourie* Jean Jar- 
rigei le s' Estienne Jarrige, le s^ Pierre Personne de la 
Farge, François Chassaigne, M. Régis, François Brousse, 
Antoine Vaysse, Léonard Maze, le s' Dupuy, Jean Balodie, 

La Mazière, paroisse Deyburie, rente solidaire. 
Seigle trois sestiers. 



L 



— 248 — 

Argent une livre. 

Avoine trente ras. 

Laquelle rente a été payée par Léonard Bureau, Jean Jar- 
rige, Jean Vernéjoux, Gabriel Pradaux, M. de Vernéjoux, 
Joseph Maziére, le s'Dupuy, Jean Mazière, Thomas Bardi, 
Ghamboux. 

La Jarrige, paroisse d'Eyburie, rente solidaire. 

Froment quatre setiers. 

Seigle dix setiers. 

Avoine dix setiers. 

Gelines deux. 

Journaux deux. 

Argent cinquante sols. 

Laquelle rente a été payée par le s' Pierre Personne de la 
Farge, le nommé Veyriras, Jean Jarrige, le s' Estienne Jar- 
rige, Barthélémy Jarrige. 

Le Chamboux, paroisse Deyburie, rente solidaire. 

Froment cinq setiers. 
Seigle huit setiers. 
Avoine vingt cinq ras. 
Argent vingt sept sols. 
Gelines deux. 
Journaux deux. 
Taille cinq sols. 
Anguilles vingt. 

Laquelle rente a été payée par le s' Pierre Personne de 
la Farge. 

Le Bourgt d' Espar tignac, rente solidaire. 

Froment treize setiers six coupes. 
Seigle dix huit setiers. 
Avoine quinze setiers. 
Argent sept livres quatre sols. 
Gelines six. 
Journaux six. 



-^ ^ : ^ 



— 249 - 

Laquelle vente a été payée par Jean Brousse dit Bigou, 
Gabriel David, le s' Chammars, Antoine Desaguillier, Mad"» 
Dersse, Léonard Bouchiat, Jean Brousse^ Etiene Brela- 
gnoUe, M* Gabriel Clédat procur^ du roy» les héritiers de M' 
Léonard Peyroudie, Gabriel Courbeix, Antoine Lofficial, 
Jean Fageardie, le s' Chammars de Chammards, Antoine 
Mourie, le s' Lafarge de Puyroger, Guillaume Venléjoui, 
Jean Brousse, le nommé Perillou. 

Surget, paroisse d'EspartignaCt rente solidaire. 

Froment dix setiers. 

Seigle trente six setiers. 

Avoine dix setiers. 

Argent quatre livres dix sols. 

Gelines neuf. 

Journaux trois. 

Cire une livre. 

Laquelle rente a été payée par Jean Bouillaguet, M. La- 
farge médecin, Laurens Chouzas, le s^ Bleynie, Pierre Rey- 
rolle, dem"« Anna Besse, Jean Fageardie, 

Vialeneuve et Gumonti paroisse d'Esparligiiao^ 
rente solidaire. 

Froment quatorze setiers neuf coupes. 

Seigle vingt sept setiers. 

Avoine cent cinq ras. 

Argent quatre livres douze sols. 

Gelines quatre. 

Journaux sept. 

Laquelle rente a été payée par M. Reymond de Lagarde, 

les héritiers du s' Chabessier, Antoine Brousse, le s' Gour- 

saud, Jean Simond, Pierre Fajardie» Jean Pajardie, Jean 

Brousse dit Bigou, Jean Brousse^ M. Clédat procur^ du roy^ 

Jean Chapol, Martial Boyer et Léonard Besse. 

# 

Puymaret et Fage, paroisses d'Espartignac^ 

rente solidaire. 

Froment quatre setiers. 



I 

il 



— 250 ^ 

Seigle six setiers* 

Argent vingt sols. 

Laquelle renie a été payée par Jeanne Dersse veuve, Jean 
Fajardie dit le Grand, M ad'" de Nayne, Jean Fajardie dit 
Paliou, le s' Chammâr, le s' Reyrolle, Jean Mourie, M. 
Châvaille, le s^ Chaput et Jeaû Lafon. 

Le Ciaux Fage, paroisse de S^-Yh^rs, rente requénble. 

Seigle dix huit seliers. 

Avoine neuf setiers. 

Argent trente sols, 

Gelioe une. 

Laquelle renie a été payée par François Montagnac, 
François Real, Estienne Sardene, Catherine Sèrmadiras, 
M. Combet, Jean Malevialle, François Poumier, autre Fran- 
çûis Poumier, François Lacroix, Léonard Sardenne, le s' 
Dupuy de la Grilière, 

Le Cla.ux de Rogier, p&roisse de Voutezatt rente solidaire. 

Celte rente consiste dans les dixmes et rentes en vin 
dues au seigneur abbé Duserche sur led. tenement appelle 
le Claux de Rogier, situé dans les appartenances du bourgt 
de Voute^aL On ne peut dénommer ici tous les tenanciers 
de ce mesme tenement, attandu que le sieur Pommepuy 
dud. .Bourgt de Youtezal qui en est le principal tenancier 
jouissait cy devant par conventions desd. dixmes et rente 
en vin, et en payait de ferme par chacune année huit paires 
de Deindons, celuy qui donnera le mémoire et état desd. 
dixmes et rente en vin et les noms des débiteurs et tenan- 
ciers. 

Par devant Jean Besse not" royal de la ville Duserche 
bas-limousin et témoins soussignés ; a été présente Dem"* 
Dauphine Peyrichon veuve du feu M* Joseph Vergue not" 
royal demeurante en lad. ville Duserche par se S' Nicolas et 
cy devant tant led. feu s^ Vergne que lad. dem'* Peyrichon 
sa veuve fermiers des Revenus du menbre appelle le menbre 
de Tabbatiale dépendant de Tabbaie de cette ville Duserche 



- 251 - 

à rexception des teDemeots qui autres fois en dépendaient 
et qui ont été unis depuis plusieurs années à la prévoté et 
menbre de Vitrât dépendant de la mesme, depuis Tannée 
mille sept cent trente sept jusques et compris Tannée der* 
nière mille sept cent quarante cinq^ laquelle a certifié que 
la Lièue cy dessus et des autres parla contenant onze feuil- 
lets sur les quels est séparément détaillé les tenements des 
rentes dixmes, prés et autres redevances dont elle et led, feu 
s' son mary ont jouit comme fermiers, est sincère et vérita- 
ble, sans préjudice à lad. Dera*' Vergue de se pourvoir pour 
le payement des restes darrérages qui peuvent luy être Dus 
dont elle nous a requis acte que nous luy avons octroyé 
pour servir et valoir ce que de raison* Fait et passé en lad. 
ville d'Userche le premier avril raille sept cent quarante 
six avant midy en présence de s^ Jean Pasquet cavalier de 
la Mareschaussé à la résidence Duserche et M* Pierre Juge 
procur* en la jurisdiction ordinaire de cette ville lesmoins 
demeurants en lad. ville qui ont signé avec lad* de m"* Pey- 
richon. 

Signé : D. Peyrichon, Pasquet, Jugr, 
Bbssb, notaire royal. 

Controllé à U^erche le premier avril 1746. Reçu douze 
sols. — Clédat* 




ijtïîà^SsÉà 



LES NOMS DE NOS RIVIERES 



L'origine et la signification des noms de rivières, 
voilà une question d'érudition qui présente plus de 
difficultés qu'on ne pourrait le supposer, 

Avec tout le souci de la critique la plus rigoureuse, 
M, Raoul de Félice, professeur agrégé d'histoire et 
de géographie au lycée de Chartres, vient de publier 
à ce sujet, dans une savante brochure (Paris, Cham- 
pion^ 1907)j un certain nombre de données d'une 
réelle valeur- 

Il a réussi à déterminer l'origine des noms de ri- 
vières appartenant soit à la période pré-celtique» ibé- 
rique et ante-celtique (ligure), avec la colonisation 
grecque, soit k la période romaine, médiévale et mo- 
derne^ c'est-à-dire depuis les temps les plus reculés 
jusqu'à nos jours. 

Dans lenquète qu'il poursuit de cette façon, M* de 
Félice rencontre un certain nombre de noms portés 
par des cours d'eau du Limousin. 

Et la particularité intéressante à noter, c*est que 
plusieurs conservent le souvenir des Ligures dont no- 
tre pays a dû être pour ainsi dire le centre. 

L'auteur utilise d'aitleurs les travaux de nos émî- 
nents compatriotes» MM* Maximin Deloche et Antoine 
Thomas, qui lui servent de guides, comme ceux de 
MM. Alexandre Bertrand, d'Arbois de Jubainville et 
Auguste Longnon. 



— 254 - 

En relevant les articles qui concernent nos rivières 
limousïneSj nous pourrons remarquer sa science et 
sa méthode. 

On sera petit-ètje étonné que la récolle ne soit pas 
plus abondante, relativement au grand nombre de 
ces cours d'eau ; mais la critique prudente n'a pas 
permis de faire une plus ample moisson. 

Et nous mêmes, nous n'essaierons pas à la tâche 
facile des déductions, pour indiquer d'autres origines 
ou d'autres significations. Il faut se défier des étymo- 
logistes a-prioristes et bien connaître les formes 
antérieures qu'avaient les termes soit en bas-latin, 
soit en roman, pour les expliquer. 

Voici donc l'onomastique qu'établit M. Raoul de 
Félîce; nous nous permettrons seulement quelques 
notes personnelles complémentaires pour la localisa- 
tion et la vulgarisation de ces renseignements : 

VAiœette. — La jolie rivière si poissonneuse, af- 
fluent de la Vienne et qui passe à Aixe-sur-Vienne, 
près Limoges, tire son nom à'Aquœ^ les eaux, avec 
un diminutif; ce mot^ d'origine latine, désigne en- 
core une autre localité : Aix-la-Marsalouse (Corrèze). 

UArdouTj affluent de la Gartempe (Creuse et 
Haute-Vienne). — Ce nom peut s'expliquer par le 
terme celtique ardUj ardvOj « haut, élevé », ou 
bien par Tadjectif latin arduuSy qui se rattache à la 
même racine, alors qu'il semblerait à première vue 
composé de l'article armoricain ar et du mot douVy 
de dubrvm . Mais les auteurs du Dictionnaire 
archéologique [verbis Ardèche, Ardrère, Ardour) font 



— 255 — 

remarquer que dans le centre de la Gaule le celtique 
dour est devenu dor et doive. 

VAurancey — aux rives si intéressantes, près de 
Chaptelat (Haute- Vienne) : — son nom semble venir 
de aureusy à cause de ses anciennes sablières exploi- 
tées par les tamiseurs d'or ; il vient en réalité d'une 
origine ligure ; il est apparenté avec Alzou, nom d'un 
affluent de TOuysse (Lot). 

UAuvézèrey qui passe à Ségur (Corrèze), avant de 
se réunir à Tlsle (Dordogne), et qu'on appelle parfois 
à tort V Haute- VézèrCy porte un nom qui pourrait 
résulter de la combinaison du mot Vézère avec A7% 
particule intensive de la langue celtique. Elle est ap- 
pelée Flumen Alvesera en 1185 {Dict. topographù 
que du département de la Dordogne). 

LAuzellej affluent de la Roselie (Haûte-Vienjie), 
UAuzettey affluent de la Vienne (même département)^ 
et la Roselie^ elle-même, ont des noms qui peuvent 
être dérivés à^AlisOj aune, en ligure et en germa- 
nique, thème qui se retrouverait dans Aurance^ ainsi 
que dans les noms de localités Auxances (Creuse), 
Auziat et Auzillac (Haute- Vienne). 

Le Cher y qui est creusois par sa source et son cours 
supérieur, appelé Carus au Moyen-Age^ proviendrait 
d'un mot à la fois celtique et ligure, kar^ signifiant 
rocher j écueil ; — cherous ou cheirouSy veut dire en 
limousin : tas de cailloux. 

La Creuse^ affluent de la Vienne, est appelée 
Crosa dans la Chronique de V Anonyme de Ra- 
venue ; il semble que ce nom ait la même origine 

T. XXX. 2-9 



— 256 — 

que notre adjectif creux, dont on ignore la véritable 
étymologie. 

L'étymologie carrosum^ creux, est inadmissible^ 
d'après iVL Antoine Thomas. 

La Dordogne^ qui traverse une partie du départe- 
ment de la Gonèze, est formée, comme chacun sait, 
de la Dore et de la Dogne ; elle a cependant porté 
les formes anciennes de Duranius et de Domonia, 
composées de dui\ eau, ou doUj source, et annouUy 
profond, diaprés Bullet. 

Il semblerait alors plus vraisemblable que les géo- 
graphes aient coupé le nom de Dordogne pour appli- 
quer chacune de ses parties à Tune et à Tautre des 
deux sources* 

La DouXj que des ignorants orthographient VAdotujCf 
désigne une jolie petite rivière de Saint-Cernin-de- 
Larche (Gorrèze), alimentant la ville de Brive ; c'est le 
nom celtique d'une source qui fut autrefois divinisée. 

Nous retrouvons ce nom dans la Dordogne et dans 
le Lot ; c'est d'ailleurs un terme générique désignant 
les sources dans Tidiome limousin marchois. 

Il correspond à celui de Dhuis, dans le Nord. 

La Dromie, chantée par le poète Edouard Michaud, 
naît dans le département de la Haute-Vienne et coule 
dans celui de la Dordogne, à travers le Nontronnais 
limousin, pour se jeter dans Tlsle. Elle fut dénommée 
Druna^ comme d'ailleurs la Drôme, affluent du 
Rhùne, par Papire Masson ; ce terme viendrait d'une 
racine indo-earopéerine pré-celtique, rf?n^, qui signi- 
fie couler^ courir. Le Drot (Dordogne), autre affluent 
de risle^ aurait même origine et même signification. 



La GlanSf désigne dans notre région : un ruisseau 
près de Guéret (affluent de la Creuse) ; un second près 
de Saint-Junien (Haute- Vienne), affluent de la Vienne ; 
un troisième, affluent de Tlsle (Dordogne); un qua- 
trième, celui de Saint-Privat, affluent de la Maronne, 
et un cinquième, celui de Glény, affluent de la Dor- 
dogne (Gorrèze). Glane^ en celtique, équivaut à pura, 
pure^ limpide. 

Ulssoircy affluent de la Vienne (Haute Vienne), a 
pu emprunter son nom à une forteresse naturelle ou 
artificielle, Tancienne Iccio-Durus, forteresse d'Ic- 
cius. a Le torrent arrive à la Vienne, dit Cantillon 
de Trament, après avoir^ dans une tranchée colos- 
sale, séparé en deux murs à pic les rochers graniti- 
ques qui bordent cette rivière, sur la trouée du Sud 
se dressent les ruines du château-fort du xv' siècle ». 
Il ne faut pas faire un grand elîort d'imagination pour 
supposer que ce château du xv' siècle a pu en rem- 
placer un autre plus ancien, ou que ces rochers à 
pic ont frappé Tesprit populaire qui a pu en faire 
« la forteresse d'Iccius ». 

La Ligourej affluent de la Brîance (Haute- Vienne), 
Liguria ou Ligora, au Moyen-Age, comme le ha- 
meau de Ligoure, commune du Vigen, Sainl-Priest- 
Ligoure et Saint-Jean^Ligoure (département de la 
Haute-Vienne), rappellent directement le nom des 
Ligures, peuple qui habitait notre contrée avant les 
Celtes et les Gaulois. 

La Loyre^ soit celle d'Objat, affluent de laVézère, 
soit celle de Malemort, affluent de la Gorrèze, con- 
serve aussi le souvenir des Ligures comme le grand 



— 258 — 

fleuve la Loire, de Nantes, Tancien Ligery qui dérive- 
rait, selon M. d'Arbois de Jubain ville, de la mênie 
racine que le latin rigare^ arroser. 

La Souvigney en limousin la Sumenay la jolie 
rivière chantée par Joseph Roux, appelée aussi Su- 
menna au Moyen-Age, est un affluent de la Dordo- 
gne, qui se jette dans cette rivière à Argentat (Cor- 
rèze); son nom provient aussi d'une racine ante-cel- 
tique 8Uy indiquant le sens de source. 

La Vézè7'e, — Visera aux ix* et x* siècles, — qui 
traverse le département de la Corréze et celui de la 
Dordogne : nom qui dérive de la racine vis, veiSj 
qui veut dire couler. 

Louis de Nussac. 



^^^^tiii^^mî 



r 



TITRES ET DOCUMENTS 



Le document que voici, et dont la Société a décidé 
la publication au cours de sa séance du 7 mai 1908» 
concerne i'hùtel de /a Labencke (plus tard le Petit- 
Séminaire de Brive), alors habité par une demoiselle 
de Puymaretz; il a été copié aux archives de THôtel' 
de- Ville par M. Julien Lalande^ et cette copie a été 
présentée au cours de la séance mentionnée ci-dessus 
par le 1'' vice- président, M, Philibert Lalande. 

EXTRAIT d'un PROGÈS-VERBAL DE LA PERMANENCE DU 
CONSEIL GÉNÉRAL DE LA COMMUNE DE BRÏVE^ DATE 
DU 29 AOUT 1792. 



i*'h, M&lepeyre (de Corrèze], officier municipal ienant 
la permanence- 



a A dix heures du malin, la servante de M"' de Pny- 

■ marets est venue avertir la municlpalilé qull se faisait 
« chès Ja dite demoiselle un rassemblement de volontaires 

■ nationaux du bataillon de la Corrèze» qui prétendaient 
*r abattre divers ornements d'architecture attachés aux murs 
« de la façade intérieure de la maison donnanl sur la cour, 

■ quoique dans ces divers ornements il n'y ait aucunes 
« armoiries, ny aucun qui ait rapport à la féodalité. Il a 
t été fait une réquisition au commandant du dit bataillon 



— V60 — 



pour qu'il se transportât sur les lieux pour empêcher les 
désordres et empêcher les dégâts. 

a M. Lalande (Libéral-Martin), officier municipal, a pris 
son écharpe; accompagné d'un sergent de ville, s'est 
rendu chès la dite demoiselle de Puymarets et a rapporté 
que le sieur premier capitaine de grenadiers du 2« ba- 
taillon s'était transporté avec quatre fusiliers sur les lieux 
et qu'il avait fait retirer les volontaires nationaux. 
« A onze heures, la servante de M"« de Puymarets est 
venue avertir la municipalité qu'il se faisait un nouveau 
rassemblement dans la susdite maison. M. Marmande, 
sergent commandant le poste établi à la maison commune 
de la commune de Brive n<* 6, a été requis de s'y tran- 
sporter avec le garde, d'arrêter les plus mutins et de les 
conduire à la maison commune. Il a conduit le nommé 
(nom illisible) de la commune de Brive qui a dit qu'ayant 
été averti que leur capitaine avait été précédemment chès 
la dite demoiselle de Puymarets pour empêcher les dégra- 
dations projetées, il se retirait lorsqu'il a été rencontré 
par la garde, ce qui a été confirmé au sieur Marmande 
commandant le poste par le s' Yerlhac neveu de la dite 
demoiselle de Puymarets. » 



*-Tiiigih 



AUTRES VÉNÉRABLES DOCUMENTS MONASTIQUES 

SUR 

TULLE ET ROCAMADOUR 

ÉDITÉS AVEC NOTES 

PAR 

J.-B. OHAl^FEVA^I-i 



I 

ViDiMUS DU Livre-Terrier, appelé : Terarium Elemosinarï^ 

Sequuntur loci in quibus eleemosinarius Tutellensis ha- 
bet decimam pro décima de Salhiaco et qua? ad eleemosina- 
riam pertinent : (1) 

In la teinguda aux Sabaux, medielatem dêcim^^ hoc est 
in parochia Sancti démentis. 

A Brudiou (2), la meytat de la dema en V. maSp eus pro- 
ferens. 

Tota la dema de jij (3) mas et de un champmas et de una 



(1) Ces authentiques copies de pièces nous proviennent de Ja collec- 
tion du chanoine Talin, par courtoise communicalion de son neveu> 
M. Louis Talin. Des additions judiciaires, en interligne^ y ont redressé 
les inattentions du copiste. 

(2) Ce patois limousin, mêlé de latin, doit remonter vers 1300. Il est 
précieux pour la linguistique et la topographie tuMoise- 

Voici ceux des villages susnommés qu'on retrouve en la paroiîï^o de 
Seilhac : Brudieu, 70 âmes ; La Vergne, 35 ; Ferrières, G4, où je place 
le Chastang et la Blanche, par interprétation du texte, comme Le 
Ponget dans Monjauze, l'ex-mas-Jauze, par l'intermédiaire maù. La* 
fon est signalé partition de Brudieu en 1553. 

(3)et(l) Traduisons : pro décima, pour tenir lieu de la dima de 
Seilhac, Entendez au paragraphe IV, pris pour spécimen : raumônicr 

T. XXX. 3 - 1 



L 



^ 36^ - 

bordaria da La VergnîR, ens proferens, fors de la seigle 
qu'Ji est la ineytat da Navas. 

Tota la dénia del Mas al Bru (al Bric V) et del Msls Lafon, 
el |>roferen£î, fors de la seigle quae est la meytat de Navas. 

ToÈa la dema del mas del Chastans et del Mas la Blancha 
et del mas /as Ferrieifras, el proferens, fors la seigle quae 
est la meytaL d'à Navas, 

La meytat de la dema del mas d'al Pougetj el proferens. 

Tota la dema d'aus 4 mae d'à Bouieige?) et de la Borda- 
rU, 

Tota la dema en las Comhas de La Loubaria (1). 

Tota la dema el Mas et e/ champmas d'à Colomis ; el pro- 
fère qs. 

Tota la dema d eujt doujt nias d'à Gottas, 

Tota la dema d aiis 2 mas da. Chantamilia. 

Tota ia dema d aus 2 mas da Freychmgeas et d'à las treis 
bordarias. 

Tota la dema deus doux Mas aux optes et de ia Gorssa, 

Tota la dema del Mas CoBia.nii et del Mas Rotgier, fors le 
quartier que est a L'ort de Chammars. 

Tota la dema de Tayssionieijras. 

Tota la dema del mas <i a S arasât, et deus dous la profe- 
rens. 

A Beuna, la meytat de la dema, el proferens. 

Tota la deina del mas del Chastang. 



a droit de dime ^n seul sur trois tnanses et un capmanse et un des 
borde ragea, le tout ais dans le village de ia Vergne, y compris les profé- 
vents (nadfînux traditioiuie]s en prémices), sauf la dîme du seigle qui 
est dans le lot du moine prévôt de Naves, et quoique ces localités 
soient eti l'enceinte parôiasialle de Seilhac. 

(t] l.ea Combes, gros village ayant eu chapelle; Coularay, 29 hab. ; 
Gouttes. 17; Gorse, 20, seigneurie: Constantin et Mas-Rougier, avec 
l'HorL'de^Chamars. furent dans }*^a Fourches. Marsac, 13 hab., fief 
ainsi que Meygia), 24. — Mouliii de Sabot (Seilhac), 1788 et an V. 

Foujanet et 3'->fi voisin La Charnère. 90 çt 26 hab (Chamboulive). 

Autres villages Seilhacois ; Berre. 79 hab., ex-repaire; la Valette, 
haute et ba?5e, H hab-, d'où le mas soubre susdit. — La Resse sou- 
brane et soutraue — Maguenr, aujourd'hui Seilhacois, 48 hab; Bus- 
sières, actuellement de 5ainiUl(^ment, 80 habitants, avec son Mas- 
Cbaulet. 



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; _ .26â — 



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) 



Tota la dema deus .doux mas daJ Meygial (1). 

Tota la dema da Lagorssa et da Marsac, el proferens. 

A las Fourchas tota la dema eus quatre mas et en un 
Chammas et in una Bordaria ; fors la meytat deus 2 mas 
que est à L'ort de Chammars. 

El mas d'à Fogeanet et de La Charrieyra, la meytat del 
dème. Ayce es en la peroffia de Chambouliva. 

En la Bordaria de Ruthmels (2), la meytat de la dema, 
el proferens, e es en la parroffla de Saint JaL 

D'à Serra, la meytat dei dème, e de tôt lo proferens. 

A La Valeta, en V. mas e en V. bordarias, tôt lo dème, 
el proferens. 

A La Bessay en 2 mas, tôt lo dème, el proferens. 

En treis mas damagor [d'à Magor], tôt lo dème ; el profe- 
rens. Hoc est in parrochia Sancti démentis. 

En la vialla d'à Sailhac, tôt lo deme, fors lo mas La BO" 
ria. 

El Mas Fagenc d'à Bussieyras, la quarta part del dème. 

El Mas Chaulet, la meytat del deme. 

El mas de Bussieyras^ 1/2 del deme. 

A La Mauria, la dema, el proferens ; tota la dema, el pro- 
ferens. 

Sequitur lo proferens 

^4 %jco es lo proferens d'à Salhiac, quod semper debetur 
^l^^rmosinario Tutellensi : 

>V Brudieu, quinque sextaria et eyminam frumenti et 
qiii T^ que gallinas et miéga. 

A^ Serra, 3 sext. et 1/2 et 3 gallinas et 1/2. 

A. Maussanas, eyminam frumenti et miegam gallinam. 

C *> Blonjauze soubre et soutre, 5t hab., est passé à Naves. SeiJhac 
».^ï4oore La Mauric, 34 hab.; Le Mons, 76; Ventéjoux. fief, 58; Le 
^*^^-3sou, 19. — Sérejtat, 20 hab., est de Saint- Salvadour, comme la 
J^tit ^, 47 hab., castel. qui n'a jamais dû être en la paroisse de Seilhac. 

^i ^umel et Sabaux durent être sur les confins Seilhacois. 
P^*^ voit combien furent nombreuses les localités de Champmas, 
^ *^^riiard), terme générique. Maurie=r obscurus et TeyFsonnières ac- 
^"^^^^t terrain boisé. 



- m - 



A La VâletB, *3 sett. eyminam frum. et V galli. et 1/2. 

A La Bouygea, 1 f^ext. from. et 1 gallin. 

El Mas sabra. d\ la Valeta, débet 1 sext. frum. et 1 gallin. 

A Las Forchas, 4 sext. eyminam frum. et 4 gallin. et 1/2. 

Aij Meyrjial, 2 sext. frum. et 2 gallin. 

Al ChasUn, 1 sext, frum. et 1 gallin. 

El mas d'à Beuna, 1 sext. frum. et 1 gallin. 

El mas d'à La Gors*sa, 1 sext. frum. et 1 gallin. 

Al Mont, 3 sext. frum. et 3 galliiias. 

A Serazaft 2 sext. frum. et 2 gallin. 

A Teyssounietjrs.s, t sext. fr. et 1 gallin. 

A Veniegot, 4 sext, fr. et 4 gallin. 

A Ootas, 2 sext. h. et 2 gallin. ' 

A La Mauriky 2 sexL fr. et 2 gallin. 

A Cùlomis, 2 sext. fr, eyminam et 2 gallin. et miega. 

A BonnoQol, 3 sext. fr. et 3 gallin. 

A Mas Jauze?% 1 sext. fr. et 1 gallina d'ei Poget. 

Lhi Mazoia elh [ah?] Afar»ac, 1 sext. fr. et 1 gallina. 

Al Rivasso, 2 sext. fr. et 2 gallinas. 

A La Janla, 1 sexL, fr. et 1 gallin. 

A La BesssL, 2 sext. fr. et 2 gallinas. 

El mas d'al Teii, 1 sext. fr. et 1 gallina. 

G, Margauho, eyminam fr. et 1/2 gallina pro La Riculia, 

A Magors, 2 sext* fr. et 2 gallinas. 

Lhi Rigals, 1 sext. fr. et 1 gallina del mas de Marsat juxta 
La Gorssa, 

De La Borddria d A Freyssingeas, eyminam fr. et 1/2 
gallina. 

P,[elrus] GoQtiers eymin. fr. et 1/2 gallina. 

G. Liîdjugia eymin. fr. et 1/2 gallina d'ey Mas BocvemhiL 

Verniax, 1 sext, fr, et 1 gallina, del mas d'à Lavernia. 

Al MaigiaL t sext. fro. et 1 gall., qui est juxta Lauemia. 

A La Vernia, 2 sext. fro. eyminam et 2 gallin. et 1/2. 

EL Chammas d'à La Vernia, 1 sext. fro. et 1 gallina. 

A La Brunia, 2 sext. fro. et 2 gallin. 

Et in ta Bordaria d'à La Chapblia, eyminam fro. et 1/2 
galUiia. 



— 265 — 

A Las Ferrieyras, 3 sext. fr. et 3 gai. 

P.|etrus] Chautars, 1 sext. fr. et 1 gai. del Mas d'à Laver- 
nia. 

G. Sendos, 1 sext. fro. et 1 gai. per l'or Bouyssel d'à La 
Valeta. 

(sic) Summa proferentii, sexaginta octo sextaria 

fruraenti cum eymina. 

Et tôt gallinsB, videlicet 68 cum 1/2. 

Item a Neufvic (I), sobre les forts, moulis, peatge, et so- 
bre tots autres bés d'aquela cecta et jurisdictiou vint sols 
tournois, chacun an et pot gatgar de sa propria auchoritat 
l'almornier per tôt, ave son servent. 

Fuit facta recognitio apud Capellam Lespinassa, per ma- 
gistrum Joannem Sostre, procuratorem domini dicti loci de 
NovovicOf anno millesimo trecentesimo nonagesimo primo. 



Suit l'achat de dime de Seilhac, etc., par moi édité nu- 
méro 620, mais qu'on date ici de 1267. 

Puis vient ici : copia littera; de 12 marquas argenti situa- 
tas super signalibus Rupis amatoris, avec même préambule 
qu'au 620 de ma page 374 ; mais après : Chauzer d'à crossac, 
le ms. Talin porte : 1° quem acquisivimus a Petro Coqui, et 
duodecim sextarios siliginis et avenae quos acquisivimus a 
Petro del Hur in manso del viga [des de Lur, près de Mon- 
tintin (Haute-Vienne), plus tard seigneurs de Longua, etc.], 

2* Après la 1/2 geline sur Sauzès, le passage relatif aux 
maisons de la fagette, comme aux boucheries, est remplacé 
par : et 1/2 gallinam et 12 marchas argenti, annui redditus, 
quas acquisivimus a Guilielmo Darnesii (2) quondam pâtre 
Pontii et Pétri Darnesii et ab ipsis filiis super signalibus 
Rupis Amatoris, firmiter statuentes, etc., comme en ma page 
375. Jusqu'à testimonium praesentes litteras sigillo nostro 

(1) La cité de Neuvic-d'Ussel, ses fours^ etc , et il peut prendre 
gage partout, saisir par sergent. 

(2) Darnis, nom de deux villages es communes de Gramat, Loubres- 
sac (Lot), plus Amis (Cahors). Virevialle, près l'Echalade et Maure. 



— 266 — 

fecimus consignai]. Dalum decimo quarto calendas februa- 
rii, aiiDO Domini niillesimoducenlesirao septuagesimo primo. 

Suit mon numéro 631, variantes : Tosat ; Geraudia; Gua- 
ridû; ileni 3 sexlar. frum. ad bonam mensuram a Petro de 
Veterivilla assignatos in bonis suis de Veterivilla, puis 
Charabouliva ; Avalle. 

Suit : mon numéro 632, auquel on ajoute, en titre : vica- 
riread pra^sentationem Eleemosinarii ; et après eleemosina- 
rius Tut. de ma page 392 : eraerat et acquisiverat de con- 
sensu ipsius Geraldi ac conventus nostri Tutellensis eleemo- 
sinariae nostni^ Tutellensis perpetuo duximus; avec date 
de t'266. 

Suit mon numéro 630. Après quoi je transcris l'acte sui- 
vant^ quoique bifTè : 

Nota quod die vigesiraa prima mensis augusti, anno do- 
mini millesimo ijuadringentesimo nono, testibqs prœsenti- 
bus : domino J^ïcobo de Materra(l), presbitero, Joanne de 
Vallibus Inferioribus et Joanne de Ganhabé pro testibus, etc. 

(èic) uxore de Vielbans, cum licentia et authoritate 

viri sui, ut bières uoiversalis mediante persona 

matris suée, recognovit se tenere in feodum, sub simplici 
recoguitione et juramenlo fldelitatis, ab Eleemosinario Tu- 
tellensi, quatuorJecim eyminalia avense quae habetde reditu 
in mansû de La Borgada et 3 sext. siliginis et 1 sext. avenae, 
ad parvam mensuram, in manso de La Clercia, etiam de 
redditu, prout ibidem homines etiam tenentiarii dictorum 
mansorum reeognoverunt ; et prœstitit juramentum fldelita- 
tis magistro Geraldo prolunc eleemosinario tutellensi, ut 

domino Ssincti Hylarii ; et dominus Joannes de (sic) 

notarius regius (*2) r. (recepit) instrumentum. 

Suit même texte qu'en mon numéro 176 : ici B. Argen, au 



(1) Materrç, 30 hab. (Chanac), vaux-soubraqe et soutrane, indiqué 
par acié de Î281 comnie étant du Saint-Hilaire-Foissac en cause, près 
je Peuch-à la-Hoche- Ctagnebé, 20 hab. (Marcillac-Croisille), La Cler- 
cie, aicurie, 38 hab., en la dite paroisse Saint-ililaire, comme la 
Bourgeadc, haute ûi b^sse, 143 âmes. L'Echalade (Tulle Saint-Julien), 
est devenue La Salade, 18 hab. 

(3) 8oystre, semble-t-il. 



- ?67 - 

lieu de Augerii ; erit 2 modii et 2 sextarii ; infirmariae ; facta ; 
Chazarinc ; Rochapelhuc; Guillelmo ; Longmontet ; d'Eschas- 
lada; alius P.jetrus] de Faugeyras. 

Suit la bulle de ma page 694 ; enfin, l'inédit suivant re- 
prend : 

Actutn apud capellam Lespinassa, Lemovicensis diœcesis, 
die 8 mensis septembris, anno domini 1391. Praesentibus 
Joanne Labrua, aliàs diclo lou Portier, et Petro de Chonet, 
ejusdem loci Capellœ, et pluribus aliis testibus, etc. (sic) 
fuit ipsa die facta recognitio per magistrum Joannem Sous- 
tre, notarium de Novovico, se gerentem pro procuratore et 
nomine procuratoris Anthonii de Belhan (Velhan, très pro- 
bablement) dicti domini proprietarii dicti loci de Novovico, 
habentem, ut asserebat, ad hoc spéciale mandatum à dicto 
Anthonio, quod capitulum Tutellense in Communi habet et 
consuevit levare a6 antiquo in dicto loco de Novovico quin- 
quaginta solidos monetae uzualis annis singulis, et eleemo^ 
sinarius tutellensis etiam pro se vicjinli solidos ejusdem 
monetae et prior dictse Capellœ quinque solidos dictae mo- 
netae, de redditu sive annua pensione et quod possit gad- 
giare etc. (sic) et super furnum et molendina et pedadgia et 

alia bona (sic). De prsemissis dominus Martialis 

Brassio (I), praesbiter de Glotonibus recepit, authoritate do- 
mini officialis Lemovicensis litteras cum mel. etc. renun- 
ciaverunt etc. ... in meliori forma, (sic). 



Suivent les redevances levées par I'aumonier sur les Pré- 
vôt de Naves et Prieur des Angles. Ayant publié ces deux 
dernières, page 696, je ne prends qu'à Seilhac. 

Item quicumque tenent affarium d'à Seilhac debent 23 
sextaria (2) siliginis ad parvam mensuram, quod bladum de- 

(!) Nom tiré de Brach (Saint-Priest-de-Gimel), Egletons. — Formu- 
les omises. 

(2) Pour abréger, je mets eu chiffre les sexliers ; sil. = seigle ; ad 
par. mens, ou ad bonam signifiera à mesure pauche ou à bonne me- 
sure ; sex. sextarius ; sol. solidum ; fr. frumenti ; eym. eymina; den. 
denarii ; Tut. Tutellensis ; rend, rendualis ; it. item. 

P. est à coup sûr pour Petrus. 




— 268 — 

bet de l'en i ad propriat? expensas suas in horreo eleemosi- 
narii Tut. 

Sequitur parrochiB Sancti Juliani Tutellensis. 

D'à Breyga \\j, debeol 4 sext. silig. ad bonam et 4 dena- 
rios renduales et cliaus et porls [sic, pour choux et poireaux] 
et unura bonus de palya et de cloix, semel in anno quolibet. 
Item debent de La Malaurià Datario (sic) unum sext. fru. 
comble ad parv. mens, 

Uem debent d'à Lr Da,uradia da Neuviala, pro Bordaria 
da La Pradarîa, 6 sexl. sili. ad par. et 3 sext. avenae ad par. 
et 10 septem denar. B- Jales (Jalis?) tenet et solvit 1/2 par- 
lera de Neuviala. 

Item in horio P, La Vila quem tenent da La Chapoulia 
1 sext. silig. ad paj-v. 

Uem in bordaria da La EstivisL, quam tenet P. Latreille, 
1res eym, fru, ad parv. Item Stephanus Estivse débet 1 eym. 
I fru* ad parv* ratione ejusdem bordariae da TEstivia quam 

tenet in parte. 

Item d'à La Clmut^rdia debent 1 sext. fru. ad bon. et 1 
sext. frum. ad par, et de horto d'à la Garenia 4 den., quod 
tenet magisler Guido La Chapolia. 

Item Guiltelmus Febriers débet 5 den. de prato del Cha- 
lars. Peirus Fahri, bui-gensis Tutel. solvit. 

Item inChastaneto de Vieillavialla (2) quod tenet Joannes 
de Pandrinia» 3 eym. silig. ad bon., débet Petrus Dona- 
reL 



(1) Breyge, ex-villa, fiet, entre Garinet et Materre, haut et bas, 1431. 

— Malaurie, 25 hab. ; la Garônie et la Cbautardie, contigus, 1260. — 
Neuvialte fm près Souillac, 

i'I) Virevialle^ VJ hab. ; Saumières, près Poissac. — Le Bois-manger 
de Saiiïte-Leçûn, 1761, fieL — Fontaine d'Aymar-le-dom des Echelles. 

— Le pont Charlai. --Lavergne, vers le Mazet. — En regard du texte 
des Chalars oa Charlat et de Vervialle, on a écrit Longmontel, qui 
est de Saint-Pierre près les Arènes et La Léune, le confondant à tort 
avec 1 haut-Monteil, voisin de Souiliac. Adémar. ici nommé del Chas- 
lars au lieu de dt^s Echolles, scalarum, inviterait à se demander, sauf 
graves objections, si scalas n'aurait pas été une première latinisation 
erronnée pour Charlar, Cfiaslas? — Bré (Coussac-Bonneval). 



— 269 — 

liera in chastaneto d*eus Febriers, in riperia d'al Chas- 
lars, quod tenet Guillelmus Guipa, 1 sext. sil. ad par. 

II. in chastaneto dal gua supra villam, quod tenet Petrus 
CoDstans de Riperia, 3 den. — It. Mazieyra 2 den. 

It. Lhi Chaslars tenent quamdam terram de eleemos. Tut. 
sitam inter Fontem domini Ademari del Chaslars et Nemus 
Domanger, de qua reddunt 4 den. obolum. — It. Lhi Chas- 
lars et da La Treylia tenent quamdam aliam terram de 
eodem feodo, quœ est supradictum fontem ; de qua debent 
1 den. 

It. in manso da Lavernia, debent 2 sext. sil. ad par. et 2 
sext. avense ad par. 

It. in domo Garido (Gaudo?) tenet Guillelmus La Sala, 
presbiter, 2 sext. fru. ad bon., Joannes Besso tenet. 

Item P. d'al Sac, deu, per lo bos que te el territori dé 
Vieliaviala, josta lo bos de mo[ssen) P. Gorsa, 1 eym. sil. ad 
bon. — It. de manso de Vieillia villa, debent 15 sext. sil. 
ad bon. et 7 sext. fru. ad bo. et 18 sol. 4 den. et 1 gallinam. 

— It. P. de Vieillia vila débet 1 sext. fru. et 1 sext. sil. ad 
bo. ratione hsereditatis quam tenebat Petrus Magnas, pres- 
biter, quam haereditatem assensavit dictus Petrus ab Hotone 
de Breno, Tut. eleemosinario. Dictus mansus est cum mero 
et mixto imperio et jurisdictione alla et bassa, et etiam 
debent servitia et explectamenta tenentiarii dicti mansi. 

— It. débet Joannes de Veteri villa 2 den. rend, de quodam 
prato et nemore ipsi prato contiguo vocato al Vignaly con- 
frontato cum prato et nemore quondam de Veteri villa. 

It. de manso de Saunieyras debent octo sextaria sil. ad 
bo. et 8 sext. fru. ad bo. et 1 modium avenœ ad bo. et 10 sol.; 
et in dicto manso hominibus qui sunt dicti eleemosinarii, 
dictus eleem. habet jurisdictionem altam et bassam, merum 
et mixtum imperium et etiam servitia et explectamenta. 

It. débet Stephanus Guitars 1 den. de quodam castaneto 
quod tenet de feodo nostro in riperia d'al Chaslars, 

II. débet Durandus Thomas 6 sol. ratione cujusdam horti 
siti in bordaria da La Pradaria, quos sol vit Joannes Ber- 
nardola. — It. débet Hugo Barrata 9 sol. ratione cujusdam 



l 



— 270 — 

praLi siLi iu eadem boidaria; Joannes Bernardola solvit. — 
It* débet Jacobus Daurat 6 den. cum obolo, de quodam ne- 
more ejusdem bordari^e. 

It. dicta La Beronescha débet 5 den. pro quodam nemore 
de pertînentiis raansi de Veteri vill&, juxta quoddam pra- 
dellum et nemus Pétri La Fagardia, subtus furcas de Sau- 
neriis; movet de feodo ei dominio eleemosinariae idem 
mansus. 

It. débet GuilielmuB Clarix, clericus, 12 denarios de quo- 
dam horto et prato qui ïiiunt apud lo Chaslars. — It. débet 
Hugo Guittars I sexl, fru. ab bo. de quodam horto qui est in 
ripera cIr SoldiiSL. 

U. débet G, Macaiis 1 gallin. de atturamento de la levada 
d'à Lus Ayras. Mathaîus d'à Lespissier solvit modo illara 
galL ratione dictai levad;p. — It. débet dictus Math, da Lesp. 
7 sol. annuatim in festo beati Michaelis, ratione nemoris 
de Las AyvBLS et ynotejidini sui quod renduavit ab Othone de 
Bretio. eleemos. monaslerii Tut. — It. débet P. Boshoni 
i eym. fru. ad. bon. de quodam horto ejusdem riperise de 
Solana. 

It, débet Bernardus Lespinas, alio nomine vocatus Benad 
das Chaslars, ^2 den- et 2 den. d'à achapto, de nemore da La 
Pradaria(l). Dui-andus à La Boyga, aliàs Bassot, débet ista 
quia tenet* 

It. P. de Materra, clericus, et frater suus debent octo 
solid. 2 den. et 2 den, d'acapto, de terris de Maurandescha, 
cum dominio et mero et mixto imperio. 

Sequitur Parrochia Sanxti Pétri Tutellensis. 

In domo Petri Fraychieng debetur 1 sext. sil. ad bo. cum 
2 den . de acaptamento . VV. de Tuna solvit quia tenet 
dooïum istam* — It* in Uomo Petri d'Aygiac debetur 1 sext. 
siL ad bo. Joâones d'Empeut tenet nunc istam. — It. in 



([) Cette Pra4erie fut U. Thaut-Monteil, comme Neuvialle. Tuna, 
voy. mon numéro lî&L Auipfau (Tulle Saint-P.). — La Labenche, 
dans Brive. — Le texte, députa dal mon jusqu'à Bondo, provient d'une 
additioQ en manchette. — Lespicier, notables tullois. 



— 271 — 

donio Pétri dal Prac debetur I sext. sil. a bona [meyzura], 
Petrus Passari (Passan?) tenet istas 2 domos. Leodegarius 
d'al Mon solvit; tenet enim J. de Brossas. 

It. in domo Pétri Moniers debetur 1 sext. sil. ad bo. et 
2 den. de acapmento. Domina de la Banchia (Canchia?) sol- 
vit. It. in domo Pétri Bondo debetur 1 sext. sili. ab bo. 
Omnes ista? domus prsenominatae, sunt de feudo eleemos. 
Tut. cum 2 den. de accaptamento. 

It. Joonnes de Faugeyras débet de molendinis da la, Ray- 
nia i den. et 2 den. de acap. et de terris quas acquisivit à 
Petro d'à Giac circa praedictum molendinum 2 den. et 2 de 
acap. 

Sequitur Parrochia d'à Seilhac. 

D'à Colorais debent 8 sext. sil. ad par. et 2 sext. sil. ad 
mensuram de Briva (sic), 

It. debent d'à Bonojol 5 sext. sil. ad par. It. debent à la 
^irunia d'à Seilhac 1 modium silig. ad par. — It. debent 
d'al Mayzil 8 sext. sil. ad par. It. debent d'à Boussaguet 
i sext. silig. ad par. 

Stquiiur Parrochia' de Navis. 

In manso d'Olhiac quod lenent homines de Faugeyras (1) 
et de Bach 1 modium silig, ad par. 

It. debent d'à Soleliavolp 24 sext. sil. ad par. Item debent 
d'à Cero d'à Navas 7 sext. eymin. sili. ad bo; 2 sext. eymin. 
fru. ad bon. 5 sext. avenœ ad bo. et 5 den. 

Sequitur Parrochia Sancti Clementis. 

U. debent d'à Bussieyras (2) d'à Saint Clemens 4 sext. sil. 
ad par. et 4 sext. avenae ad. par. et 12 den. de la teinguda de 
Osaboncos, It. de la teinguda Marti Agrilho? (Agulho) et 
fratrum suorum, debent 12 den. 

It. d'à la Anglada d'à Las Bordas debent 2 sol. 

(!) Fougères, 57 hab.; Bach, fief, 39; Brunie haute et basse. 67; 
Meygial. Boussaguet, 51; Soleilhavoup, 100; Cerou, 88, soubre et 
soutre. 

(2) Bussières, 80; Sabeau (?), en lisant o sabouc. Bordes Soubrane 
et Soutrane, 48. Ghadebec, 30 habitants, terre noble. 



1 



— 272 — 

SêquHur parrochia Sancti Germani las Vernhas. 

Id molendlno d a Chadabec d'à Sent Germa 8 sext. silig, 
ad parv. quos solvimt in hospitio domini Eliae d'à Sent 
Sensiperi (!1 [sic] militis. It. in bordaria d'à Rofiniac quam 
teiient Ihi Riol t sexi. sili. ad. bon. et 9den. 

Seqititiir parrochia de Chameyrac. 

lu d'à la Brunia d'à Chameyrac debent 4 sext. silig. ad 
parv. et 4 sext. fru. ad par. et 3 solidos. 

Sequitur parrochia Sanxti Salvatoris. 

ït. del mas d'à La Gloria d'à Sent Salvador 2 sext. silig. 
ad par> 

Sequitur parrochia Sanct^e FoRTUNAXiE. 

Da Faya da Sencta Fortunada debent 3 eym. sil. ad par. 
lu d a Noailliac debent 12 den. It. d'à Floyrac debent 7 sext. 
sil. ad pai\ ot 8 sext. avenae ad par. et 1 gallin. et 1 trossam 
de fé. 

Tu d'à Bossiniac. debent 7 sext. sil. ad par. et 8 sext. 
avenap ad par, et 1 gallin. et 1 trossam de fé. 

Sequitur parrochia d'à Chanac. 

Ademarus Laurelia et Rossigniols debent 2 sext. eym. 
sili. ad parv. et 3 sext. avense ad parv. et 13 den. et 1 gallin. 
ratione 1/2 bordariae d'à las Ayras. Petrus, filius Pétri Ar- 
naldi de Alvernia solvit 6 den. obolo pro Rossigniol, ratione 
cujiisdam prali de afario d'à Las Ayras. De Ademaro Lau- 
relia superiûs scripto, intus invenielis ea quae débet pro 
dicto afario da las Ayras. It. in horto Pétri Las Ayras eymi. 
fru. ad bon. Como solvit. 

It* in manso d'à ia Bachalaria (2) (nom exponctué et point 



(1) De SarntEïupéry, famille encore représentée au Fraysse (Ter 
rasson)* HoufigEiac, es seigneurie aux de Ruffignac. — Brunie, 53 âmes, 
Glorîe, Kl hahirjmts, ici différencié de la Gloire (Sainte-Fortunade), 
Kouailiac, î&, Kurat haut et bas, fief. Boussignac, 8. L'aureillier, 65. 

(2) Mainl^ue/ Uachelerie (Chanac), près Cendriat, 1760; Jos; Ri 



- 273 - 

remplacé) debent 4 sext. fru. ad par. et 3 sext. sili. ad par. et 
3 sext. avenae ad par. et 4 soli. Item debent pro 1/2 afParii de 
las Ayras 3 sext. eyminam silig. ad par. et 3 sext. aven, ad 
par. et 13 den. et 1 gallin. et merum et mixtum imperium et 
jurisd. ait. et bassam et etiam servitia et explectamenta. 

It. in manso d'à Seyniac debent 7 sext. silig. cum emi. ad 
par. et 6 sext. fru. cum eymi. ad parv. et 7 sext. ave. ad par. 
et 5 sol. et merum, etc. {ut suprà). 

It. in manso d'à Laurelia debent 8 sext. eymi. sil. ad 
parv. et 4 sext. eymi. ave. ad par. et 3 sol et 10 den. et 1/2 
onus fœni et mealhiatam ooorura. It. debent pro afifario 
d'à las Ayras, 1 sext. et 1 quartam sil. ad par. et 3 eymi. 
ave. ad par. et 6 den. et obolum et 1/2 gallin. et etiam 
merum {ut supra), Petrus d'al Cher, junior, solvit 3 den. et 
pictam, ratione cujusdam prati d'à las Ayras, quos denarios 
debebat Petrus las Ayras. 

Item d'à la Rigaudia et d'à Gos {sic) debent, ratione 
affarii d'à Mangenest, 6 sext. eymi. silig. ad par. et eymi. 
avenae ad par. et 3 den. et mealatam ovorum et 1/2 onus 
fœni. It. d'à Gos debent ratione cujusdam terrse quae est 
juxta lo codert quam tenent de eleemos. Tut. 2 sext. sili. ad 
par. et 2 den.; et de 2 mansis d'a{ Trech, debent 1 sext. sili. 
et 1 sext. ave. ad par. et 8 den. et denariatam ovorum et 

1 onus fœni. 

It. d'à la Rigaudia debent eymi. sili. ad par. et eymi. ave. 
ad par. et mealatam ovorum et 1/2 oneris fœni et 4 den. — 
It. in bordaria de La Comtia debent 3 sext. fru. ad par. 
It. d'à Vedrenas (1) (en marge est écrit : Materra) debent 

2 sext. de manso d'à Lastrada et de la Costa d'al Sauyier 
1 den. 



gaudie, membre de l*Aureiller et près Maugenet. Trech, 12 habitants. 
Seyniac est apparemment erroné pour Senriac, Cendriat. Voyez 
Clergoux. 

(1) Vedrènes. 69 hab., Peuch auxFerrans, 1444, près Chanac et La 
Rigaudie. — Mézinges, 63; Sieurie; comme Bouysse, 130 hab, et 
Maleyre, 25 hab. — Pradeaux, 6 hab.; des nobles Avalène. Pimont, 
49 hab. — Breuil, 12 hab.^ fief. Thouzac, bis, près les Biards et Chan- 
teloube, provenant de Tonsus, bois tondus. 



]U d'al Poitch Auferrans debent eyrai. sil. ad par. et 
eymin. avericï* ad par. et 4 den. et mealatam ovorum et 
1/2 onuiï fœnL 

I Item in maiiso d'à ta Faurga debent eyrai. silig. ad par. 

el eymi, ave. ad par. et 4 den. et meal. ovorum et 1/2 onus 

'r lœni. Uem in manso d'à (a Boi^^a debent eyrai. sili. ad par. 

X el eym. ave, ad parv. et 4 den. et (comme dessus). 



I 



r 



S^quitur Sanxti Augustini parrochia. 
D'à MêygSLJijas debent 7 sext. sil. ad par. 

Sequitur parrochia d'à Correza. 
D'à Bohjssa d'à Correua debent 4 sext. sili. ad par. 

Sequiixir parrochia Sancti Martialis. 

D'à Maleyra d'à Sen Marsal. debent 4 sext. sili. ad par. et 
4 sexl. ave. ad par. Item in décima Sancti Martialis 3 sext. 
siti. ad par. qtios solvit Ebolus de Plas, miles, in domo sua 
quam habet apud diclinn locum S. Martialis. 

It* mansus de Tozat aux Pradeux (en marge : aliks de 
Pradeux), in parrochia S. Martialis, fuit acquisitus a Petro 
Durandij de Gimelto, *lomicello. in quo manso dictus elee- 
mos. Tutel. percipiL 2 niodia sili. et 6 sext. silig; totum ad 
mensuram de Gimello. 

ïl. 50 solidos turonenses talibus terminis solvendig; vide- 
licet in tnense augusti 15 sol. turon. in festo S. Andreae 
oppostoU; 25 sol. turon. in mense martii, 10 sol. tur. quos 
recipit ille qui distribuit anniversaria eclesiae Tutel. pro 
anima Bernardi Avalez; item in pascha ova; et in ascen- 
siooe Domini ova el caseos ; in nativitate Beati Joannis 
BaptistcE idem. It. in augusto gallos; it. in natale Domini 
gallinas; it. alla servitia hominum et bouum et fœni et 
palete el aliarum rerum. Mansus iste acquisitus fuit cum 
omnibus pertînentiis siuis, et cum terra illa quœ vulgariter 
dicilur lo l'ignal de Pigmon et cum omni dominio ac juris- 
dictione- 



- 275 - 

Sequitur parrochia de Clergor. 

Prsepositus d'à Clergor débet 46 sext. silig. et 5 sext. fru. ! 
totum ad mensuram de Clergor. 

It. d'al Brol de Clergor debent 2 sext. silig. ad par, et 
4 den. — D'à Laurelia et d'à Senriac et d'à la Bachaiaria 
debent deferri dictum bladum d'à Clergor et d'al BroL 

Sequitur parrochia de Gimel. 

Duminus d'Auriac débet 1 sext. silig. ad par. It. iVa la 
Ferleyria(\) debent 1 sext. fru. ad par. homines de manso 
d'à la Teulieyra solvunt. It. in manso d'à la Bemardia tViï 
Ëspaniac debent 3 eymi. silig. ad par. quas solvit la Jona 
d'à la Charrieyra d'à Gimel, ratione bonorum d'à la Char- 
rieyra quae sunt obligata. 

It. Guilielmus Botiers, miles de Gimel, 2 sext. sili. ad par* 
in décima d'à Roi/eyra, quos solvit in domo sua d'à Gimel, 

Sequitur parrochia d'AsPAiGNHAC. 
D'à Bey88as(2) debent 2 sext. sil. ad par. Item P. Almois, 

Sequitur parrochia Sancti Boneti Avaloza. 

Li Giobers de Aquina debent 3 eymi. silig. ad par* et 
3 eym. fru. ad par. propter quamdam terram quae est in 
manso d'à Bussieyras, quem bladum debent solvere Li Gir- 
bers in dicto manso da Bnssieyras. It. d'à Bushieyras debent 
12 sext. fru. ad par. et 5 sext. silig. ad parv. et 6 den, 
ratione jutziae, et scilicet dictos sex den. ratione mansi 
d'Amalric et mansi d'à La Bernardia et affarii de La Rua 
et mansi Rotgeyres, quae loca tenent homines mansi stipra- 
dicti. 

It. in manso d'à VAgraffol debent eymi. sili. ad par. et 
eym. ave. ad par. et 1/2 onus fœni et 4 den. et maleatam 



(1) Farleyrie, près la Teulière, et de plus nom d'un quartier dans 
tïimel. Boutier, d'où la Bouteyrie (Bar), 15 hab.: Royère(Eyren), 58 hab. 

(2) La Uesse, 23 hab.; Bussiéres, 47; L'Agrafeuil, 11; Puy-à- Vieille- 
^'gne, Aubech, 133; La Roche-Canillac, Croussac, 67. — Jobertie nu 

Barry de Miège-SoUe, à Laguenne, 1562. 






I 



- m — 

ovonim et 3 obolop, ratione mansi à'al Verts. It. d'à Roc/ia- 
peiuc (en marge, aiiàs Bragieyras) debent eymi. sili. ad 
par. et eymi. ave, ad par. et 4 den. et dimidium onus fœni 
et mealatam ovorum : d'à/ Poch et d'à Mommago solvunt. 
It. de manso d alpoch (en manchette, de Veieri vinea) 1 den. 
de Tort de Ne y rai et 3 obolos pro jutzia. 

ïtein in manso de Vielia Vinia debent 3 obolos pro jutzia. 
It, d'^u6ès debent 4 sext. sil. ad par. et 4 sext. fru. ad par. 
et 4 sext. ave. ad par. et 3 sol. et 2 gallin. 

Sequitur parrochia de Larocha. 

Dominiis de Rupe débet de loco de Rupe suo, 13 sext. sili. 
ad parv* quos assignavit in et super décima de Ladiniaco. 
In casîiu vero quod de hujusmodi décima non possit levari 
summa totaiis^ hahelur recursus ad castrum de Rupe et ad 
alia bona castellaniae ad supplemenlum. Sic refertur in ins- 
irumento recepto per Eymericum de L'Aymerigia. 

Soquitur parrochia de Ladinhac. 

In bordaria d'à Tremolias debent 12 den. It. in manso d'à 
La Vedrina debent 1 sext. fru. ad par. D'à Montesergue 

[Selgue ?) solvunt. 

Sequliur parrochia d'à Orliac. 

In manso d*a Chauzier d'à Crossac debent 25 sext. silig. 
ad par, et 15 den. de acaptamento, ratione mansi du Chau- 
ziere. It. in manso d'à Crossac debent 10 sext. avenae et 
3 sext. silig. ad parv. ut est scriptum infra, quoniam isti 
sunt de pertinentiis ad terram Sancti Hilarii de Fouissaco. 

Nota quod die ultima mensis octobris anno Domini 
M^CCCC.XXIJ (1422) fuit facta gratia per domnum Mar- 
tioum de Sancto Salvatore, eleemosinarium Tut. et de con- 
sensu dominorum de capitulo, quod de redditibus ad eccle- 
siam pra?(iictorïim mansorum de Crossac et de Chauser de 
Crossac debitis et superiùs expressatis, defalcavit a cœtero 
Dunc et in perpetuum et de facto fuerunt defalcati 6 sext. 
ailig* et % averuT* ad dictam mensuram, prout latiùs constat 



L_ 






- 277 — 

per instrumentum super hoc per magistrum Geraldum de 
Cueilla receptum. G. de Cueilha vieux r[ecepit]. 

Sequitur pârrochia d'ALBussAC. 

In manso d'af Vigâ debent 2 sext. sili. ad bon. et 2 sext. 
arenae ad bon 

Sequitur pârrochia, d'à Lagarda. 

In iDordaria d'à SsLusès debent 3 sext. eymi. sil. ad par. et 
^sext . avenae ad par. et dimidiam trossam fœni et 1/2 gallin. 

Sequitur pârrochia de Chambouliva. 

E)'£i. La Jaubertia debent 5 sext. sili. ad par. et 7 sext. ave 
ad psi^x*. et 1 sext. avenae ras et 11 dena. obolo. 

Sie^'^ima siliginis ad parvam (mensuram) istius terrœ Tu 
tellerasis, est 51 njodiorum et 2 sextar; compulatis 3 sextar 
dera<Et.iiso d'aCrossacqui sunt de facto S. Hilarii d'à Foyssat 
St«.-»->ima siliginis ad bonam (mensuram) est 47 sextar 
excep^ t.is 3 modiis silig. ad b.on. quœ débet dominus épis- 
(^opu^ et 3 modiis mixtura» ad mensuram de Curamenta, quœ 
P^*I>Ositus de Veyrac ad opus charitatis domini Pétri débet. 
^ ^^'^"^ima frumenti ad bonam est 42 sextar. ey minae. Summa 
iru- ^ ci pan;, est 47 sext. eymi. 

^'^^'9^>ima avenœ ad bo, est 21 sexlariorum. Summa avenœ 
ai r>^^j.^^ egt 104 sextar. 

^*^*>ïma denariorum est 109 solidorum, et ultra islam 
suitixxxam débet dominus episcopus 25 libras turonenses, 
piovxf, scriptum est in principio libri. 

^- débet S^hephanus Lachepolia 25 libr. turon. It. d'à 
'^^^^G debent 50 sol. tur. 

^'^rnma universalis est 58 librarum, minus 12 denariis. 

^-^^ ista qua» sequuntur, ultra summas superiùs scriptas, 

^^^ipiuntur de terra S. Hilarii d'à Fouissac per bajulum 

^^^lr\im in terra Tutell. videlicet d'ai Feyt, 20 sextar. silig. 

^^ par. chauchat et eyminam pisorum et 8 sextar. aven* ad 
par. et 21 solidos. 

T. XXX. 3-2 



- 278 — 

Tt, da Crossac iO gext. avenae ad par. et 3 sext. sili. ad par. 
It, d'à La Chiùia. d'à PoiysssLC 10 sol. It. d'à Vaurs 35 sol. 
IL û'Augieyra 24 sol. 

Summa den&riorum 4 libr. 10 solidorum. 

Sequitur parrochia de Novovico. 

II. apud Novumvicum, supra emolumenta pedatgii, fur- 
norum et molendioorum 20 solid. turon. parvorum, et potest 
gadgiare ibidem serdens eleemosinarii Tutell. propria au- 
tliorilate. 

Seqiiuntur census et redditus. 

J.-B. Champeval. 

(A Suivre.) 



jl) Curemonte, bourg; Veyrac (Lot). Âugèros, 44 habitants (Rosiers- 
d'Egleions), Poissac (Cbameyrat), castel; Jaubertie, sise à Dignac. Le 
Fcyi de CliampagnacJa Noaille, probablement. Plusieurs Vaurs con- 
currents, savoir : Vaar& de Saint-Germain-les-Vergnes ou Sainte- 
Fortunade, etc., si ce n'est Vaux du dit Saint-Hilaire. 



1 



GÉNÉRAL DE BRICHE 

Grand-Officier de la Légion d'Iionneur 

COMMANDEUR DE l'ORDRE ROYAL ET MILITAIRE DE SAINT-LOUIS 

et de 

l'ordre royal du MÉRITE MILITAIRE DE WURTEMBERG 

ETC., ETC. 

(•l'7'7a--lSSï5) 



Le général de Briche n'est pas originaire de Brive ni du 
Bas-Limousin, mais sa famille s'y rattache par une alliance 
avec les Dubousquet et dans le cours de ses nombreuses 
campagnes il passa plusieurs fois à Brive et même y sé- 
journa, notamment après la deuxième campagne d'Italie. 
Il y fut soigné à cette époque d'une blessure de guerre, et 
à ces différents titres, nous avons pensé qu'il ne serait pas 
sans intérêt de faire revivre cette figure de soldat qui fut un 
des acteurs de la grande épopée de vingt-trois ans. 

Antoine Dubousquet (1), ancien conseiller au Grand-Conseil, 
épousa M"« de Briche, sœur du général, en 1792, comme 
l'établit la pièce suivante : 

Extrait des registres de baptêmes, mariages et sépultures de 
la paroisse de Sainte-Croix de Saint-Denis^ en France. 

« L'an mil sept cent quatre-vingt-douze, le vingt-et-un 
« février, vu les dispenses des bans et la permission de 
« fiancer le même jour que la célébration du mariage et de 
« célébrer le présent mariage, accordées en bonnes et dues 
« formes, vu aussi le consentement de la mère de l'époux au 

(1) Grand-père du docteur Louis Dubousquet et d'Henri Dubous- 
quet, de Vayrac, auteurs de ces lignes. 



— 280 — 

iJÛ TïiariagG : Ic^ fiançailles célébrées le même jour, ont 
ûlè mariés par nous curé soussigné et ont reçu de nous 
la bénédicton nupliale, après nous être muni de leur 
consentemenl mutuel, M' Antoine Delbos Dubousquet, 
ancien conseiller au Grand-Conseil, fils de dèffunt Antoine 
Delbos Dubousquet et de d""* Louise Laroche, ses père et 
mère^ de la paroisse de S*-Roch à Paris d'une part; et 
d*"* Marie Françoise Anne de Briche, fille mineure de 
B^ Jean Nicola^s de Briche, aide-major des troupes Boulon- 
noises el contr6leur des fermes du Roy, et de Marie Anne 
Isnard, ses père et mère de droit et de fait, de la paroisse 
de S'-Denis de Ûugny d'autre part. L'époux âgé de trente 
sept ans ei cinq mois et assisté de s*" Jean Baptiste de 
Ltibersac^ maistre de camp de cavalerie, décoré de la 
Croix de S^-Louis, de la Paroisse de S^-Roch à Paris, et 
d'Antoine Dumont, ancien Directeur de la Régie générale, 
de Li Paroisse de S*-Martin de Noyon, l'épouse âgée de 
vingt-quiiire ans et deux mois et assistée de ses père et 
mère* de Jacques François Troussel, ancien directeur de 
Correspondance de la Régie générale et d'André Paul 
Bastide, preslre, tous denx de la paroisse de S* Roch de 
Paris qui tous ont signé avec nous. 

<= Cûllationné à l'original et délivré par nous soussigné 
prestre. curé de la Paroisse de S**-Croix le 21 février mil 
sept cent quatre-vingt-douze. 

« Marais, 
a Curé de S^-Croix. » 



I 



La biographie du général a été rédigée d'après les dossiers i 

du Ministère de la Guerre, et d'après son oraison funèbre ! 

prononcée sur sa tombe à Marseille, le 22 mai 1825, par son ; 

aide-de camp, Fallot de Broignard, lieutenant d'état-major, j 

chevalier de l'ordre royal de Charles IIL Nous avons aussi | 

lu presque tous les mémoires laissés par les généraux et les \ 

personnages de Tèpoque et nous avons trouvé des indica- 1 

tiôDB dans plusieurs d'entre eux {général Thiébault, duchesse \ 

d'Abrantès, comte de Ségur, etc.); les quatre volumes si I 



- 281 - 

documentés d'Henry Houssaye {iSii et 1815) nous ont élé 
particulièrement utiles. 

André- Louis-Élisabelh Marie de Briche naquit le 12 août 
1772 au Château, chef lieu d'un fief noble possédé par ses 
parents dans le diocèse de Beauvais. Son père, après avoir 
servi comme officier major dans le régiment du Boulonnois, 
était alors directeur général des fermes générales de Bre- 
tagne. Le jeune de Briche voulut être militaire et entra à 
14 ans, comme cadet, au régiment des chasseurs d'Alsace. 
Il passa en 1789 dans le régiment de Royal-Cavalerie en 
qualité de sous-lieutenant. Ce fut trois ans après sa nomi- 
nation au grade de sous-lieutenant que commença contre i 
l'Europe et les rois qui s'étaient coalisés moins pour dé- • 
fendre le trône de Louis XVI, que pour arrêter les germes 
de la Révolution dont ils se sentaient menacés, cette guerre 
mémorable de 23 ans qui exalta jusqu'à l'héroïsme chefs et 
soldats. La France, entourée d'un cercle de fer, va s'efforcer 
de le rompre et le briser, et pendant plus de 20 ans les 
batailles que livrèrent ses généraux ne furent qu'une série 
presque ininterrompue de victoires à bon nombre desquelles 
Briche fut présent. Nous ne le verrons remettre l'épée au 
fourreau que lorsque la France, trahie et épuisée, tombera 
amoindrie et que toute tentative de résistance sera devenue 
inutile. D'avril 1792 jusqu'à la fin de la même année, c'est- 
à dire de Quiévrain à Mayence, ce n'est pour notre armée 
qu une période d'essai, pendant laquelle les jeunes troupes 
amalgamées aux anciens soldats de l'armée royale, pren- 
nent souvent contact avec l'ennemi et s'aguerrissent. Ce fut 
pendant cette période d'essais et de tâtonnements que les 
officiers et sous-officiers de l'ancien régime, comme Briche, 
donnèrent la mesure de leur valeur, de leurs connaissances 
militaires et de leur courage en instruisant les volontaires, 
en leur communiquant leurs solides et brillantes qualités et 
en les menant victorieusement au feu. 

On ne peut nier que ce fut parmi eux que se trouva prin- 
cipalement cette pépinière d'officiers et de généraux qui 
sauvèrent la France et formèrent d'incomparables troupes. 



- 28-2 - 

La mort de Louis XVI ne fit qu'aggraver la situation de 
notre pays en faisant se liguer contre lui tous les États qui 
avaient hésité jusqu'alors. Dès le commencement de 1793, 
la France est menacée, sur toutes ses frontières terrestres et 
maritimes, pendant que ses forces, réduites à trente dépar- 
tements qui sont restés fidèles, ont encore à combattre à 
l'intérieur tous les autres départements révoltés, Lyon, la 
Vendée et les Bretons. A ces périls qui auraient pu anéantir 
la France, la Convention opposa des mesures de défense 
d'une énergie surprenante, et si elle fut farouche elle fut 
libératrice. Tout le pays est mis en état de siège et quatorze 
armées (1,20.0,000 hommes), dès mars 1793, assurent la 
défense à l'intérieur et aux frontières. C'est que, heureu- 
sement, aux mesures d'énergie antique de la Convention, 
avaient répondu l'enthousiasme, la vaillance et l'entrain des 
chefs et des soldats. 

Dès les premières campagnes, Briche s'était fait remar- 
quer de ses chefs et fut quelque temps sous les ordres du 
général Thouvenot, aide- de-camp de Dumouriez, dont le nom 
sera inscrit plus tard sur l'Arc-de-Triomphe, à côté du sien. 
Nous n'avons pu trouver à quel moment il fut nommé lieu- 
tenant, mais en 1796 il est promu capitaine. En 1799 il était 
chef d'escadron au 11* hussards, qui faisait alors partie de 
l'armée envoyée en Italie pour arrêter Souvarow dans sa 
marche vers notre frontière. A la fin de la sanglante bataille 
de la Trebbia (17, 18 et 19 juin) la défaite se changeait 
presque en déroute, lorsque Briche rallie 600 soldats de 
toutes armes, couvre la retraite avec cette poignée d'hommes 
et malgré les efforts d'un ennemi furieux et victorieux, par- 
vient à Modène sans avoir été entamé. Le général en chef 
Macdonald le cite avec éloge dans son rapport au Directoire. 

L'année suivante, le 14 juin 1800, Briche contribua puis- 
samment, par la vigueur de ses charges brillantes et multi- 
pliées, au gain de la bataille de Marengo. Il fit partie ce 
jour-là de ces 400 cavaliers commandés par Kellermann, qui 
se précipitèrent contre la fameuse colonne des 8,000 grena- 
diers hongrois, la rompirent et lui firent déposer les armes. 



— 283 — 

La même année, le 25 décembre, sous les ordres de notre 
compatriote le général Brune, il assistait à la bataille de 
Pozzolo (Pont du Mincio), victoire de l'armée dltalie sur le 
général en chef autrichien Bellegarde, successeur de Molas. 
Son ardeur et son courage le portaient à joindre l'ennemi 
des premiers, et après cette bataille, au passage du Mincio, 
il fit prisonniers de sa main un major autrichien et plusieurs 
cavaliers. Actif, résolu, infatigable, il excellait dans cet art 
de la cavalerie légère qui consiste à pousser des reconnais 
sances, surprendre et inquiéter Tennemi et conduire des 
partis. Dans ces sortes d'expéditions les soldats avaient en 
lui une entière confiance et briguaient l'honneur de le 
suivre Avec un tel guide ils se croyaient à l'avance assu- 
rés du succès et jamais il ne trompa leur attente. Ses opi- 
nions royalistes, qu'il ne dissimulait pas et pour lesquelles 
il fut plusieurs fois inquiété, expliquent son retard à l'avan- 
cément malgré de superbes états de service. Il ne fut nommé 
colonel qu'au début de la campagne d'Allemagne de 1806. 
Le 10 octobre il assiste, à la tête du 10* hussards, au combat 
de Saalfeld, victoire de Lannes sur le corps du prince Louis 
de Prusse. Ce jour-là le 9* régiment de hussards, arrêté à la 
vue d'une batterie de 32 pièces de canons, s'étonne, hésite 
et tourne bride devant la cavalerie prussienne. De Briche 
s'indigne en entendant l'ennemi pousser des cris de victoire, 
il communique son ardeur aux braves qu'il commande, il 
s'élance à leur tête, atteint la cavalerie prussienne, l'arrête, 
l'étonné à son tour, et la poussant devant lui, il marche 
audacieusement sur la batterie et l'infanterie qui la défend. 
En quelques minutes 4,000 Saxo-Prussiens sont sabrés, faits 
prisonniers, et la batterie de 32 canons prise ! ! C'est dans ce 
brillant combat que le prince Louis de Prusse, engagé corps 
à corps avec un maréchal-des-logis, fut tué d'un coup de 
pointe après avoir refusé quartier : Cuindé était le nom de 
ce sous-ofQcier du 10" hussards commandé par notre grand- 
oncle. 

Nous ne voulons pas insister sur tous les combats et 
batailles où le nom de Briche est cité avec éloge : léna, 






— 284 — 

Schalitz, Ticoczim, les coteaux de la Saxe, les plaines de la 
Pologne virent de Briche à la télé de ses cavaliers. 

En 1808, des bords du Niémen, il fut envoyé sur les bords 
de la Sègre en Catalogne, et c'est dans cette rude et meur- 
trière campagne d'Espagne qu'il va continuer sa chevauchée 
et conquérir un nouveau grade. Il assiste au siège de Sarra- 
gosse où Lannes le cite dans ses rapports. Envoyé par le 
maréchal Lannes, avec 2 bataillons, 600 hussards et 4 pièces 
de canon, pour établir les communications avec l'armée de 
Catalogne commandée par Gouvion-Saint-Cyr, il prouva 
encore par son succès inespéj'é que rien n'était impossible 
à ses soldats. Enveloppé dans les gorges du Mont-Serrat 
par l'armée de Reding qui comptait 30,000 hommes, il sut 
par des prodiges de valeur et d'endurance, se dégager et 
remplir sa mission en passant sur le ventre de l'ennemi. 
Tant d'audace étonna même le 7* corps, auquel cependant 
le général Gouvion-Saint Cyr avait appris à trouver peu de 
choses difficiles. Ce général retint six mois auprès de lui ce 
détachement qui avait donné des preuves d'une si rare in- 
trépidité. Les obstacles qu'il avait surmontés parurent si 
grands, que le ministre ordonna au colonel Briche de reve- 
nir en France lui rendre compte de sa mission. Après son 
voyage en France il revint en Espagne et contribua grande- 
ment, par son intrépidité, à la victoire de Soult à Occana, 
sur l'armée espagnole d'Arezaga, ce qui lui valut le grade 
de général de brigade (19 nov. 1809). Ses états de service 
portent encore le nom de batailles ou combats de Merida, 
Albuquerque, Talavera, Badajoz, Albufeira, passage de 
Fuentès, Cantos, la Gebora. 

En 1813, il est rappelé en Saxe où il sut toujours commu- 
niquer son ardeur aux troupes qu'il commanda, qu'elles 
soient françaises ou wurtembergeoises. Les charges de sa 
brigade contribuèrent aux victoires de Lutzen et Baulzen, 
et c'est après Bautzen qu'il fut nommé général de division. 
Le roi de Wurtemberg, flatté des éloges qu'avait obtenus sa 
cavalerie légère commandée par Briche, lui envoya la croix 
de commandeur de Tordre royal du Mérite militaire, dislinc- 



— 285 — 

tion rare à cette époque. Pendant toute la durée de cette 
campagne de Saxe, le général de Briche se multiplia, et par 
son activité et les bonnes dispositions qu'il fit prendre à ses 
régiments, s'efiforça de suppléer au manque de cavalerie. 
On sait en effet que manquant de cavalerie, Napoléon ne 
put compléter ses victoires de Lutzen et de Bautzen en pour- 
suivant et dispersant l'ennemi. 

Notre grand-oncle ne se distingua pas moins dans la cam- 
pagne de France, soit en défendant les défilés des Vosges 
contre les Cosaques, soit à l'attaque du pont de Clerci près 
Troyes, soit à Brienne et Rambervilliers. Le 28 janvier, les 
collines du Val de l'Aube, près de Brienne, venaient d'être 
occupées par une très forte avant garde des coalisés, et de 
Briche se trouvait à ce moment assez éloigné de sa division 
de vieux dragons, accompagné seulement de quelques cava- 
liers et de ses ordonnances. Il rassemble ce qu'il peut de 
monde et n'hésite pas à charger l'ennemi, qui fut mis en 
déroute. 

Après cette longue période de guerre, Briche ne déposa 
les armes qu'au retour des Bourbons, pour qui il n'avait 
jamais caché ses sympathies. Ils le nommèrent chevalier de 
Saint-Louis le 19 juillet 1814. Il leur avait juré fidélité et 
prouva peu après comment il savait tenir son serment. 
A cette époque malheureuse, l'armée justement flère de sa 
gloire, ne voulut pas se soumettre au nouvel ordre de choses 
et en nombre de villes la population partagea les sentiments 
des militaires. Louis XVIII avait confié au général Briche 
le commandement du Gard, et c'est à Nîmes que les Cenl- 
Jours vinrent le surprendre. A la nouvelle du retour de 
Napoléon les troupes se soulèvent, le surprennent désarmé 
et elles osent penser que la crainte de la moi^t pourra plus 
sur leur général que les séductions et les promesses. Abreuvé 
d'outrages, traîné sur la place publique par une soldatesque 
effrénée que seconde une populace furieuse, on le menace 
de mort s'il ne crie pas : Vive l'Empereur ! Dans ce moment, 
un des plus critiques de sa vie, il impose aux factieux par 
sa fermeté et son courage : « Vous pouvejg, leur dit-il d'une 



— 286 — 

voix très assurée, frapper de mort le général qui vous con- 
duisit si souvent à la victoire, mais vous ne pour re;sf jamais 
le forcer à se déshonorer. » Et jetant son chapeau à terre, il 
crie de sa voix de commandement : Vive le Roi ! Son attitude 
produisit parmi les soldats un de ces revirements subits 
auxquels les foules sont sujettes, et les soldats se mirent à 
protéger contre la populace l'homme qu'un instant avant ils 
menaçaient de mort. 

Le Dictionnaire de Biographie universelle de Feller, dont 
la publication date de 1836, époque rapprochée des événe- 
ments dont nous parlons, rapporte qu'il ne « put réprimer 
iinsurrection de ses soldats en faveur do Bonaparte, et 
que, conduit par eux prisonnier à Paris, il eût été mis en 
jugement, si sa femme n'eût obtenu qu'on se bornerait à le 
rayer de la liste des officiers généraux ». Nous ne trouvons 
confirmation du fait dans aucun autre document, malgré nos 
recherches, mais s'il ne fut pas mis en jugement pendant 
les Cent-Jours, il fut sûrement destitué et exilé à Melun. 
En même temps que lui furent aussi destitués le colonel 
d'Ambrugeac, du 10* de ligne; les généraux d'Aultanne, 
Ernouf, Monnier, Loverdo, et les préfets du Var, Bouches- 
du-Rhône, Basses- Alpes , Vaucluse, Gard (Henry Hous- 
saye, 1815). 

A la seconde Restauration, le titre de vicomte et la croix 
de commandeur de Saint-Louis furent la récompense de sa 
fidélité. Le lieutenant-général de Briche commanda succes- 
sivement les 9*, 4* et 8' divisions militaires (1). Il pacifia le 
Languedoc et éteignit en Touraine les germes de la guerre 
civile. En 1816 il présida, malgré les démarches les plus 
actives qu'il fit pour s'y soustraire, la Commission militaire 
qui condamna à mort à l'unanimité le général Mouton- 
Duvernet qui avait été compris dans l'ordonnance royale du 
24 juillet 1815. Cette ordonnance livrait aux tribunaux mili- 
taires dix-huit généraux, sous l'inculpation d'avoir trahi le 

(1) Rapports du général Briche, Nimes, 20 et 28 août et 23 septembre 
(Arch. de la Guerre). Rapports du général Briche, Montpellier, 16 sep- 
tembre et 28 novembre (Arch. de U Guerre). 



— 287 — 

Roi. Jusqu'à sa mort il ne cessa de dire que ce fut le plus 
douloureux épisode de sa vie militaire, et historiens sin- 
cères, nous ne pouvions en passer sous silence cette phase 
terrible et malheureuse. 

Mis par les faits et les circonstances dans l'obligation de 
condamner un compagnon d'armes avec qui il avait fait la 
guerre d'Espagne, il ne négligea rien pour obtenir une com- 
mutation de peine ; mais tous ses efforts se brisèrent devant 
la volonté formelle de Louis XVIII. 

Il commandait la 8" division militaire lorsqu'il mourut à 
Marseille le 21 mai 1825, après une maladie de quelques 
semaines. Il vit arriver la mort qu'il avait bravée tant de 
fois avec le courage du soldat et la confiance du chrétien. 

Son nom est inscrit à l'intérieur de l'Arc-deTriomphe, 
entre ceux des généraux Meunier C. et Thouvenot. 

Connaissant l'homme de guerre, il nous faut aussi con- 
naître l'homme privé. Vivant depuis l'âge de 14 ans dans les 
régiments et les camps, il n'avait pas eu le temps d'ap- 
prendre le beau langage qu'on parle dans les salons et il 
avait conservé une franchise toute militaire parfois un peu 
rude. Ses expressions n'étaient pas toujours académiques, 
comme écrit le général Thiébault : « Briche commandait 
pour h roi très chrétien la division de Tours, et ayant à 
dîner le duc de Duras et voulant lui faire boire du Madère 
que celui-ci refusait, lui dit devant vingt convives : Avalez 
ce muy duc, ou je vous le f... en lavement. » 

C'était cependant un lettré, comme le montrent ses nom- 
breux rapports et sa correspondance, et on ne s'explique pas 
comment ces hommes, toujours en campagne, ont pu cul- 
tiver les belles-lettres. Ses connaissances étaient très éten- 
dues et il avait de l'esprit. Son premier abord était froid, 
raais il était bon et serviable. Il eut pu exercer de terribles 
vengeances contre ceux mêmes qui avaient menacé sa vie 
pendant les troubles de Nimes, et il n'usa de son influence 
que pour arrêter l'effusion de sang et sauver ses ennemis. 
Il ne se servit de son crédit auprès du roi et des ministres 
que pour faire donner des places à de vieux soldats qui 



— 288 - 

avaient été parmi les révoltés de Niraes. Il fut bon, même 
pour ceux qui insultèrent à sa fidélité. Intègre, le vicomte 
de Briche, au lieu d'accroître sa fortune comme beaucoup 
de généraux de l'Empire, dépensa une partie de la sienne 
au service de son pays et de ses amis et ne laissa à sa femme 
et ses enfants qu'une très modeste situation. En 1812, il 
avait épousé la fille du général Harty de Pierrebourg(l); 
de ce mariage naquirent deux garçons et deux filles, et 
Tainé des fils fut tenu sur les fonts baptismaux par le Dau- 
phin. 

Dans le cours de ses campagnes, Briche séjourna plusieurs 
fois à Brive chez son beau-frère, Antoine Dubousquet, où il 
fut même soigné d'une blessure dont il avait été atteint à la 
fin de la deuxième campagne d'Italie, comme nous l'avons 
déjà dit au commencement de cette biographie. Il avait été 
blessé plusieurs fois sans grande gravité. A un de ses re- 
tours d'Espagne il fit présent à son neveu Dubousquet (2) 
d'une paire de pistolets d'arçon que Tun de nous (3) possède 
encore et avec lesquels il s'est exercé à tirer dans sa jeu- 
nesse. 

Si nous avons tenté de faire revivre celte figure militaire, 
ce n*est pas par vanité familiale, notre but est plus élevé. 
Nous sommes en effet de ceux qui pensent, comme Bourget, 
que les œuvres des morts ne doivent pas disparaître avec 
eux, mais se prolonger dans les générations suivantes. Nous 
devons les enseigner à nos enfants, car une nation pour qui 
les générations futures ne compteraient pas, ne serait pas 
plus une nation que celle où toute solidarité serait brisée 
entre les ancêtres et leurs descendants. Il faut dire avec 
Bourget (4) que la force traditionnelle doit faire équilibre à 
la force contemporaine, et les nations qui ont brillé dans le 



(1) Lun de nous. Henri Dubousquet, a été souvenl reçu à Paris, 
vers 1848. chez la vicomtesse de Briche, qui était encore une femme 
superbe et charmante. 

(2) Père d'Henri et Louis Dubousquet, sous-préfet de Brive et re- 
présentant du peuple en 1848. 

(3) Le docteur Dubousquet. 

(4) La crise du Parlementarisme {Revue Hebdomadaire, 1908). 






— 289 - 

inonde ont été toutes des traditionalistes. Il n'est pas jusqu'à 
nos idées, nos sentiments dont nous ne soyons redevables 
à ceux qui ont disparu et aux milliers d'ouvriers qui ont 
travaillé à faire la France et la civilisation dont nous pro- 
fitons, il y a des solidarités qui s'imposent et qu'on ne peut 
rompre sans grand dommage. Il y a enfin, au plus intime 
de nous, des morts qui parlent (De Vogué). 

Docteur Louis Dubousquet. Henri Dubousquet, 

de V&yraa. 



SAIT-JDLKME-ÏEIONNAIS 



(1) 



C'est à TEglise qu'un nombre incalculable de vil- 
les, bourgs et villages de France doivent leur nais- 
sance ou leur épanouissement. 

Et si la paroisse de Saint-Julien ne doit au bienheu- 
reux dont elle porte le nom ni son origine ni sa 
prospérité, du moins, en se plaçant sous sa céleste 
protection^ elle a témoigné envers lui d'une religion 
véritable, et qui nous invite à placer ici cette courte 
biographie. 






(1) C'est bien à tort, comme nous l'avons observé ailleurs, que la 
Compagnie d'Orléans écrit : le Vendômois. — A l'époque où nous 
faisions nos études, le Vendômois était un ancien petit pays réparti 
entre les départements actuels de Loir-et-Cher et de Sartbe. 

N'en serait-il plus ainsi ?... 

Le Vendonnais est un territoire très restreint, renommé pour ses 
excellents moutons. Si j'en croyois une histoire qui m'a été racontée, 
à la veillée, dans une ferme de la commune, l'illustre Mgr Beriaud, 
lui-même, aurait célébré, dans la chaire de Lubersac, au cours d'une 
tournée pastorale, la gloire de ces moutons. 

Ceux qui ont lu la chronique du monastère de Vigeois (bonheur qui 
ne nous est jamais arrivé) assurent que la terre du Vendonnais fut 
rançonnée par les pillards de la fin du xii" siècle. Cela est très malheu- 
reux, mais c'est aussi très possible. 

Quelqu'un qui a de l'imagination m'a dit que l'étymologie du nom 
que porte ce petit « pagus » se déduirait de cette phrase : « Le vent 
donnait » ...x)u ... « Le vent donne... » 

Et ceci est un peu moins calamiteux, mais quelque peu moins 

certain. 



— ?92 - 

Saint Julien naquit à Vienne, dans les Gaules, 
vers le m" siècle. La persécution sévissant contre les 
chrétiens, Julien partit pour l'Auvergne^ afin de 
Téviter. Ce n'était point par lâcheté^ nous le verrons 
tout à rheure ; c'était simplement pour obéir au con- 
seil de prudence que donne TEvangile : Cum aitlem 
persequentur vos in civiiate ista^ fugite in aliam 
(Matt. c. tO, V. 23). 

A Brioude, le saint-fut caché par une veuve. Mais il 
ne put se résoudre à rester dissimulé bien longtemps. 
Il sortit donc de sa cachette^ fut immédiatement 
appréhendé par les ennemi.^ de sa foi, et reçut un 
coup de hache meurtrier qui lui trancha la tête. 

Ses bourreaux firent trois tronçons du reste de 
son corps. 

Le chef de saint Julien fut porté à Vienne. Ses 
membres furent ensevelis à Brioude même, où ils 
opérèrent des miracles. Grégoire de Tours a composé 
deux livres relatant les faits merveilleux dûs aux re- 
liques du saint. 

Dès sa canonisation, plusieurs églises furent dédiées 
à ce confesseur de la foi : deux de ces églises, au 
moins, dans le diocèse actuel de Tulle. Il y en avait 
une à Tulle même. 

La seconde est celle du Vendonnais. Celle-ci a pos- 
sédé quelques reliques du bienheureux martyr. M. le 
chanoine Poulbrière croit, à tort, qu'elles existent 
encore. 

Sur la prière de mon pieux confrère^ M. la curé de 
Saint- Julien, j'ai suffisaniment officié dans cette 
église pour la connaître bien et pouvoir opposer hum- 
blement mon assertion à celle de M. Poulbrière. 



— 293 — 



Connaissez-vous Saint-Julien ?.. . 

Si vous avez jamais voyagé sur la ligne de Brive à 
Limoges, par Saint-Yrieix et Nexon, vous avez, au 
moins, aperçu cette station, la dernière de la Cor- 
rèze. 

Et, si au lieu de pousser plus loin^ vous êtes des- 
cendu à Saint -Julien même, vous avez eu, tout 
d'abord, en sortant de la gare, la perspective char- 
mante d'une avenue bordée de peupliers dont les 
feuilles, là-haut, bruissent dans la lumière!... Vous 
avez franchi délicieusement les sept ou huit cents 
mètres de cette avenue intéressante, puis vous vous 
êtes trouvé, soudainement, sur la place publique. 

Cette place affecte, à peu près, la forme d'un 
triangle. Sur le côté de droite.... un côté brisé... se 
trouvent les hôtels, parmi lesquels celui a du Ven- 
donnais » (1). Dans ces hôtels vous trouverez bon 
accueil et il ne tiendra qu'à vous d'y manger d'excel- 
lente cuisine. Demandez-y seulement des goujons de 
Ségur ou des truites de Saint- Eloi. Vous m'en direz 
des nouvelles ! . . . 

Sur le côté de gauche vous apercevrez le presbytère, 
puis l'église^ qui, par son gentil clocher, domine la 
bourgade et semble veiller avec sollicitude sur les 
maisons d'alentour. 

Cette église a des restes romans, dit M. Poulbrière, 

(1) Un bon point à MM. Lachaud, pour avoir orthoj^raphié comme 
il faut. 

T. XXX. d — 3 



— 294 — 

déjà cité, mais appartient à la troisième période de 
l'ogive par ses chapelles latérales et son sanctuaire à 
nervures. 

Elle fut restaurée en 1776-77, et les belles boise- 
* ries du chœur datent de ce temps-là. De nouvelles 
réparations y ont été effectuées, il y a bientôt treize 
ans. 

Sur la base du triangle que forme notre petite 
place existent quelques maisons et ateliers, parmi 
lesquels Thabitation du <r tambour de ville », lequel 
est, en même temps, un musicien réputé. 

Comment ne le serait-il pas, à la façon peu com- 
mune dont il souffle dans le « pifre »?... 

La mairie et quelques autres constructions se dissi- 
mulent discrètement derrière celles que nous venons 
de mentionner, ou s'en éloignent un peu, comme 
pour chercher plus de calme. 

Car sous les tilleuls de la place, s'érige la fontaine 
municipale ; c'est là que les ménagères, venant cher- 
cher de Teau pour « monter la soupe y>, se passent la 
chronique du jour^ et que^ semblables à des poulains 
échappés, les enfants sortant de classe vont boire, pa- 
tauger et s'arroser mutuellement en criant. 

Mais, déjà, voici le soir ! Les clameurs s'apaisent 
peu à peu ; le recueillement règne maintenant sur la 
place. Seule^ une vieille femme attardée se presse de 
rentrer, et, passant devant la croix de la Mission 
qu'enveloppent déjà les ténèbres^ elle esquisse le si- 
gne du chrétien, tandis que sa bouche édentée mur- 
mure une prière 



— 295 — 

Malgré les sept trains de voyageurs qui passent tous 
les jours à leur petite gare et semblent les exciter par 
les appels stridents des locomotives, les habitants de 
Saint-Julien restent tranquillement chez eux. 

C'est^ sans doute, très intéressant de s^entasser dans 
des wagons surchauffés, de déjeuner en dix minutes 
dans un buffet encombré de clients soufflant comme 
des Tritons sur un potage qui ne veut pas froidir.... 
Mais admire qui voudra. 

Ces braves gens vivent, quant à eux, de cette bonne 
façon d'autrefois où Ton ne brûlait pas la vie en qou- 
rant, mais où la vie, exempte de fièvre, ne vous 
brûlait pas non plus. 

Alors que beaucoup de contemporains n'ont pas le 
loisir de manger, ils ont^ eux, après le travail, celui 
de se distraire en famille, de boire même une roquille 
à Tauberge et de repasser, en devisant, Thistoire du 
pays. 

C'est ce que, succinctement, nous allons faire avec 
eux. 



Saint-Jûlien avait été de la châtellenie de Saint- 
Yrieix, car il faisait partie du Haut-Limousin. 

M. Clément-Simon nous rappelle (à moins qu'il ne 
nous l'apprenne, comme il est arrivé pour moi-même) 
que notre paroisse fut désignée sous le nom de : Pré- 
vôté de^la Basse-Marche. 

Il est parlé de Saint-Julien dans de très vieux do- 



— 296 - 

cuments : on y voit, en particulier, que cette paroisse 
embrassait une partie de Ségur, comme faisait^ do 
son côté, Saint-Eloi. 

Guillaume de Bretagne, comte de Penthièvre et de 
Périgord, par testament du 24 août 1454, fait au châ- 
teau dudit Ségur^ constitua une rente au profit de 
cette église et de Téglise de Saint-Eloi, sous la con- 
dition d'une messe annuelle. 

Près de cent ans ensuite, un certain Jacques du 
Mas reçoit du roi de Navarre^ qui était seigneur de 
Ségur, Tadministration de la justice sur une partie de 
Saint-Julien. 

Le chapitre collégial de Saint- Yrieix eut à s'occu- 
per de notre paroisse relativement au temporel. 

C'est ainsi que la Cellèrerie (1) se rattacha aux 
possessions de ce chapitre. 



(1) On dit souvent Cellèlerie et le propriétaire de ce domaine em- 
ploie cette orthographe. Le tout, croyons-nous, par abus. Car ce nom 
est incontestablement tiré du vocabulaire monastique. On appelait 
a Cellèrerie » l'habitation ou les magasins du Cellérier. Et le Gellé- 
rier était celui qui pourvoyait à la nourriture des religieux d'un cou- 
vent. Or, on comprendra que la susdite Cellèlerie ait été une cellère- 
rie et que c'est l'appellation qu'il faut lui restituer, quand on saura 
qu'indépendamment du nom que l'on sait et du fait que nous avons 
rapporté, lesquels fixent incontestablement la probabilité, existent des 
preuves morales qui donnent une quasi* certitude. 

Ainsi : 

1* Non loin de là, il y a un endroit dit « Les Dames ». J'avoue 
n'être pas documenté, mais ne pouvait-il pas y exister un couvent de 
religieuses, de Dames, dont le magasin de vivres aurait été à La 
Cellèlerie^ qui en aurait gardé le nom légèrement altéré ? 

2* Dans la commune de Saint-Eloi, mais tout près également, car 
cette commune est limitrophe de Saint-Julien, à un petit terroir qu'on 
appelle « Les Buis » et qui est, en efifet, une buissière, il y a l'em- 
placement et même quelques ruines d'une ancienne et vaste construc- 



i 



— 297 — 

La Penchènerie et la Forêt furent des domaines 
dont le revenu était perçu par ce même chapitre. 
J'ai eu en mains plusieurs quittances délivrées aux 
fermiers de ces terres par un chanoine Bayle, délégué 
pour ce faire par ses confrères arédiens (1). 



Le premier curé que nous voyons mentionné est 
M. Tabbé Dupuy, 1602. Ensuite viennent : M. Du- 

tion. Pour le vulgaire, ce fut un château. Quelques personnes érudi- 
tes m'ont assuré que ce fut un monastère. 
N'est-ce pas une présomption de plus en faveur de la Cellèrerie ? 

Et puis ce n'est pas tout : ce que l'on s'obstine à nommer celièlerie 
ayant été une véritable cellèrerie, en a conservé à peu près l'appella- 
tien, comme nous le voyons ; mais, surtout, en a gardé les attitudes 
de maison d'abondance qui rappellent son passé : je veux dire des ha- 
bitudes d'hospitalité qui sont sa marque distinctive. 

Quel est le visiteur ou le commissionnaire qui soit jamais revenu 
de la Cellèrerie, à laquelle nous restituons définitivement son vérita- 
ble nom, sans « casser une croûte et boire un petit coup » ?... 

(1) Etymologie : 

Penchènerie = carderie, lieu où l'on sérance la filasse. La Penchè- 
nerie fut, précédemment, quelque construction féodale : château, re- 
paire, etc Les débris de cette construction servirent à l'édification 

de la maison actuelle de la Penchènerie. 

Nous parlons, on le comprend, de la Penchènerie-Basse. Car depuis 
une vingtaine d'années il y a une Penchènerie Hante. — Bien que 
nous ayons dans cette maison de bons amis, nous ne pouvons leur 
conférer une antiquité qu'ils ne possèdent pas. 

La Forêt fournit une etymologie sur laquelle il est inutile d'insis- 
ter. Mais rien de sauvage, là-dedans. Nous y avons reçu, plusieurs 
fois, une hospitalité des plus aimables. Et nous y avons entendu tou- 
cher du piano comme on a de la peine à le faire dans les milieux les 
plus artistes. 

Indépendamment de la Penchènerie et de la Forêt, il y a, dans la 
commune, un autre grand domaine : c'est celui du Verdier, apparte- 
nant à M. Hougier. Cette propriété-là doit avoir son histoire. Mais 
on nous pardonnera de ne pas la raconter : nous ne la savons pas !... 



— 298 — 

mas, 1723; M. Champalimard, 1761 ; M. de Gay de 
Vernon, 1782. 

A répoque de la Révolution, le curé était M. de 
la Morélie des Biards (1), qui fut^ après la Tourmente, 
curé de Saint- Yrieix-la-Perche, sa ville natale, où il 
mourut en 1817. 

A cette même Révolution, le presbytère fut vendu 
comme bien national. 11 fut acheté par un M. Rey- 
naud, ascendant du propriétaire actuel de la Cellè- 
rerie, et mis à la disposition de Tévêque pour y loger 
le desservant. 

Ce presbytère est, aujourd'hui, par suite de la loi 
sur la séparation de TEglise et de TEtat, l'objet d'une 
contestation entre la commune de Saint-Julien et les 
héritiers de l'acquéreur. 

En 1803, M. Tabbé de Beaune-Larivière prit pos- 
session, sous le régime du Concordat, de cette maison 
presbytérale ; elle passa, en 1812, à M. Gouyon; en 
1825, à M. Dubaï. Ce M. Dubaï, que Mgr Bertaud 
appelait le <r Chrysostôme champêtre », s'y trouvait 
encore à la Révolution de 1848 ; il eut considérable- 
ment à souffrir de la part de quelques paroissiens. 
Mais laissons ce souvenir 

Nous trouvons après M. Dubaï, qui fut l'oncle par 
alliance de M. le Maire actuel, les abbés Treil, Roux, 
Teillol, Prochasson, Margerie. 

Vers 1886, le curé de la paroisse était M. Magne^ 
docteur en théologie, et frère d'un autre abbé Magne, 
au même moment curé de Saint-Eloi. 

(t) Il y a, dans la région, les ruines et les souterrains d'un château 
de la Morélie, lequel était, au Moyen-Age, un fief de la seigneurie de 
Payzac. 



— 299 — 

En i 893-94, le curé, M. Gayon^ était bineur de ce 
même Saint-Eloi, qui n'avait pas, alors, de titulaire. 
Le prêtre qui a vu, à Saint-Julien, la fin du régime 
concordataire, est le curé actuel, M. Tabbé Jean Va- 
lette, anciennement vicaire à Turenne. 

Cet ecclésiastique saura organiser intelligemment, 
pour ce qui le concerne, le nouveau régime du culte. 
Et les historiens de l'avenir n'auront à noter, quand 
il s'agira de cette paroisse, que des choses avanta- 
geuses et des événements heureux. 

C'est notre vœu le plus sincère. 



P.-J.-B. JOFFRE. 



TITRES & DOCUMENTS 

LE LIMOUSIN & LE QUERCY 



Les Abbés limousins de l'Abbaye nouvelle 
en gourdonnais 

L'Abbaye Nouvelle (1), entre Gourdon et Salviac, fut 
fondée en 1242 (n. st.) par les religieux d'Obazine sur 
des terres qui leur furent données par Guillaume de 
Gourdon, seigneur de Salviac (2), à qui devait succé- 
der dans cette seigneurie Aymeric de Malemort. Fille 
d'une abbaye limousine^ il n'est pas étonnant qu'elle 
ait eu à sa tête assez souvent des abbés limousins. 
Le premier abbé semble avoir été Odo de Ventadour. 
Nous ne le connaissons que par l'ancienne Gallia. . 
Les auteurs de la nouvelle Gallia le rejettent pour 
cette raison que dom Boyer ne l'a pas trouvé dans 
les archives du monastère (3). La raison n'est guère 

(1) Commune de Léobard, canton de Salviac, autrefois en l'archi- 
prêtré de Gourdon, ce qui la fait appeler quelquefois Notre-Dame-la- 
Nouvelle en Gourdonnais, ou môme Notre-Dame de Gourdon, ce qui 
a causé de nombreuses confusions. 

(2) Gallia I, col. 187. On y trouve le texte de la fondation. Si le tra- 
ducteur de la Vie de saint Etienne (Tulle, 1881) l'avait parcouru, il 
n'aurait peut-être pas écrit, p. 214, que Guillaume de Gondon, sei- 
gneur de Sauviat, avait donné en 1241 Aubecbassaigne, alors que 
Boiran de Prevayras donnait Groscaires, etc. C'est Guillaume de 
Gourdon, seigneur de Salviac, qui donne tout à la fois Albecassagne. 
la Borie de las Prevayries, Groscayrou, etc. Les lieux nommés par la 
Gallia se retrouvent encore dans les communes de Léobard et de 
Salviac. A la suite de cette donation, mais assez loin pour qu'il ne 
s'agisse pas de la même fondation, Guillaume de Gourdon cède ses 
droits sur la fontaine de Meyraguet et sur Blanzaguet. C'est sans 
doute en qualité de coseigneur de Belcastel qu'il fait cette donation, 
laquelle se rattache aux possessions d'Obazine aux environs de Roca- 
madour. 

(3) l\ suffit de lire le journal de voyage de dom Boyer (publié par 
M. Ant. Verrière, Clermont-Ferrand, 1886), pour se rendre compte 
que ce savant bénédictin faisait parfois un peu vite ses recherches 
dans les archives. 



— 302 — 

péremptoire puisque j'ai trouvé une bonne dizaine 
d^abbés que dom Boyer n'a pas connus, mais qui sont 
pourtant nommés dans les documents les plus sérieux. 
Les premiers successeurs d'Odo de Ventadour furent 
peut-être aussi des Limousins, mais les documents 
ne nous permettent pas de Taffirmer. 

Il nous faut aller jusque vers la fin du xv* siècle 
pour donner des affirmations précises, mais alors les 
abbés limousins abondent, malgré la médiocrité des 
revenus de TAbbaye Nouvelle (1). 

C'est d'abord Jean Loubaudi ou Lebaudy, nommé 
dans la Gallia. La bulle de Sixte IV, du 12 octobre 
1477, adressée à Tabbé de Meymac (Limoges) pour 
lui faire subir Texamen canonique, car il n'avait que 
24 ans, avant de lui donner l'investiture au nom du 
Pape^ nous apprend qu'il était moine de Bonaigues 
(Limoges). La bulle nous fait connaître également 
qu'il succédait à Jean de la Grange (abbé inconnu à 
la Gallia et sans doute des La Grange de La Vercan- 
tière). A cette date le monastère n'avait qu'un seul 
religieux et son revenu ne dépassait pas 80 livres 
petits tournois. L'abbé pourra recevoir la bénédiction 
abbatiale du prélat de son choix (2). Jean Loubaudi fai- 
sait un arrentement en 1479 (d'après une pièce du 
XVII* siècle). 

Il eut pour successeur, nous ne savons pas préci- 
sément à quelle date, Jean de Ventadour^ abbé 
d'Obazine depuis 1476 et protonotaire du Saint-Siège. 



(1) L'abbaye est moins taxée sur les listes de décimes, même au 
xiv* siècle, que l'abbaye séculière du Vigan ou Téglise de Gourdon» 
dans le même archiprêtré^ 

(2) Pièces justificatives, q* I. 



— 303 — 

Celui-ci est bien connu de tous les auteurs conime 
ayant eu à la fois les deux abbayes en commende. 
A la date du 23 juin 1494 il payait en cour de Rome 
pour le commun service — ce qui me parait indi- 
quer une nomination toute récente — la somme de 
15 ducats d'or et de 68 bolonais. Nous avons à son 
sujet une bulle du 7 juillet 1502. Le peu de ressources 
de la mense ne permettait pas à Tabbé d'augmenter 
le nombre des religieux et de relever la partie dé- 
truite des bâtiments claustraux. Mais le visiteur de 
Citeaux, Jean, abbé de la Faise au diocèse de Bor- 
deaux, voulait l'obliger sous peine des censures ecclé- 
siastiques, à entretenir six religieux de plus et à 
réparer ou à reconstruire à ses frais les cloîtres, le 
réfectoire, le dortoir et l'église, fixant pour cela un 
terme assez court, et nommant lui-même un prieur 
claustral. Il exigeait aussi que l'abbé fit chanter tous 
les jours deux messes dans l'église du moustier, ce 
qui n'avait jamais été inséré dans les statuts* Ce 
nouveau règlement avait l'inconvénient de trop exi- 
ger d'une seule fois et de léser grièvement Jean de 
Ventadour qui aurait peut-être fait quelque chose et 
qui d'ailleurs ne fut pas cité ni convoqué par le visi- 
teur. Il fit appel au Pape en demandant une enquête. 
Le Pape écrivit au prévôt de Brivazac^ aux officiaux 
de Tulle et de Limoges de faire cette enquête en 
présence des deux personnages intéressés (2). Nous ne 
connaissons pas le résultat de cette enquête; nous 
savons seulement qu'il n'y eut jamais après cette 
époque plus d'un ou de deux religieux à l'abbaye de 

(1) Arch. Vat. Introitus et ExUua (Livres de comptes), 526, f. 79 v*. 

(2) Voir pièce justificative, n* 11. 



— 304 — 

Gourdon, et que les bâtiments claustraux furent tou- 
jours en mauvais état. Au xviii* siècle il n'y avait de 
bonnes que deux chambres servant de presbytère au 
curé de la paroisse, ef la moitié de Téglise abbatiale 
seule était en bon état. 

Le 15 septembre 1518 un autre Limousin succédait 
à Jean de Ventadour. C'était maître Jean des PlaSy 
Tainé, familier et commensal du cardinal Julien de 
Médicis, le futur Clément VII. La date de 1518 étant 
celle de la mort de Jean de Ventadour, pourrait faire 
croire que la vacance avait cette mort pour cause^ 
mais la bulle nous apprend que Tabbaye était vacante 
depuis assez longtemps pour que la collation en revînt 
au Pape. Il faut croire que Jean de Ventadour avait 
résigné peu après 1504, où il assiste au chapitre 
général de Citeaux comme abbé d'Obasine et de la 
Nouvelle. La même bulle nous apprend que Jean des 
Plas était recteur de Meyssac(l). Il ne tarda pas à 
résigner les deux bénéfices en même temps (3 juillet 
1519), en se réservant toutefois une petite pension (?). 
Sans tarder d'ailleurs^ son protecteur, devenu pape, 
le nommait (15?4) à Tévêché de Périgueux. La famille 
des Plas, de Curemonte, possédait à cette date le 
château de Salgues, près Rocamadour, c'est ce qui 
explique qu'on ait pu les dire d'origine quercynoise, 
lui et son frère Annet qui le remplaça comme évèque 
de Bazas, (voir Gallia, I, col. 1209, et II, col. 1483). 

Après lui, et peut-être déjà de son temps, ce qui 
expliquerait sa résignation si tôt effectuée^ l'Abbaye 



(1) Arch. Vat. Reg. Valic, 1129, f. 257. 

{%) Ibid., vol. 1137, f. 73. — Je n*ai relevé aux Archives Vaticanes que 
l'analyse de cette bulle et de la précédente. 



— 305 — 

Nouvelle était disputée entre divers compétiteurs. 
L'année où le Pape la confère à François de Lévis 
de VentadouTj neveu de Jean de Ventadour, nous 
trouvons avec le titre d'abbés Jean Vilaris (la Gallia 
met Vialard), moine de Lagarde-Dieu qui obtint dis- 
pense pour avoir d'autres bénéfices afin de soutenir 
les frais du procès occasionné par celui-là (1)^ et Jean 
Vernoujol ou Vernojoul, que la bulle de François 
de Lévis nous montre résignant en sa faveur, sous 
réserve d'une petite pension de 10 ducats d'or. Cette 
bulle du 5 novembre 1529(2) nous fait connaître les 
bénéfices du nouveau titulaire à cette date : il est 
évêque de Tulle, abbé d'Obazine, prieur de Saint- 
Ange de Saint-Angel, chanoine du Puy, archidiacre 
de Viviers avec canonicat et prébende et prieur de 
Saint-Michel de Charaix(3). Il fut également^ mais 
plus tard^ on va le voir^ abbé de Valette. M. Niel, 
dans son Histoire des Évêques de Tulley a soutenu 
le contraire. Malheureusement, en l'absence de docu- 
ments, il a soutenu son opinion négative par des 
arguments qui n'ont aucune valeur en histoire et qui 
peuvent avoir les plus graves inconvénients^ c'est- 
à-dire par des arguments a priori^ des arguments 
de sentiment (4). Il fait mieux loucher du doigt ainsi 
par ses observations les abus trop réels des com- 



(1) Arch. Vat. Re.g, du Latran, 1511, f. 239 v. 

(2) Voir pièces justificatives, n" III. 

(3) Commune de Privas (Ardèche), prieuré de Chanoines Réguliers 
de Saint-Augustin dont il ne reste rien. (Docteur Francus, Autour de 
Privas, 1882, ch. vuu\ 

(4) Bulletin de la Société archéologique de Brive, t. XI, p. 109, sqq. 
Pour M. Niel, supposer que François de Lévis avait pu garder tant de 
bénéfices, c ce serait supposer gratuitement sans doute cet homme, 
ce prêtre, cet évoque bien rapace », etc. 



— 306 — 

mendes; mais qui songe à excuser ces abus? II a 
d'ailleurs fait deux abbayes de la Nouvelle et de 
Gourdon, ce qui chargeait encore davantage le béné- 
ficier. Je donne la bulle de François de Lévis de 
Ventadour aux Pièces justificatives, n*" III. 

Deux ans après avoir été investi de l'Abbaye Nou- 
velle, François permuta ce bénéfice contre Tabbaye 
de Valette avec son frère Charles de LéviSj notaire 
apostolique du Saint-Siège^ chanoine de Viviers (peut- 
être en remplacement de François). Charles, présenté 
pour l'Abbaye Nouvelle par le roi de France, était 
autorisé par le Pape à garder le prieuré de Saint- 
Priest (0. S. B.) au diocèse de Limoges. Par bulles 
du même jour (2 mars 1531), François recevait l'ab- 
baye de Valette. Je n'ai pas fait copier les bulles des 
deux investitures, mais l'analyse ci-dessus en donne 
l'essentiel (1). 

On^peut encore citer parmi les abbés limousins de 
l'Abbaye Nouvelle^ Hugues de Lostanges^ fils pos- 
thume de Jean-Louis de Lostanges, marquis de Saint- 
Alvère, qui posséda l'abbaye vers 1650, et F. Baillotj 
curé de Saint-Michel de Limoges, abbé vers 1726^ 
mort en 1739; mais je ne possède aucun document 
inédit' sur ces personnages. 

Les notes ci-dessus, tout en complétant ce qui con- 
cerne l'histoire de l'abbaye nouvelle, auront l'avan- 
tage de préciser un peu ce que l'on savait déjà et 
d'apprendre quelque chose de nouveau sur les Li- 
mousins qui possédèrent ce bénéfice^ et j'ai pensé que 



(1) Arch. Vat. Reg. du V&L, 1351, ff. 34 (bulle de François) et ff. 192 
(bulle de Charles). 



— 307 — 



la Société archéologique de Brive leur donnerait la 
gracieuse hospitalité de son Bulletin, 



Ed. Albe. 
PIÈCES JUSTIFICATIVES 



I 

Bulle au sujet de la nomination de Jean Loubaudy, 
moine de Bonaigue 6 octobre i477(l). 

Siztus etc. dilecto filio abbati monasterii de Meymaco, 
Lemovicen. diocesis, salutem etc. Solicite considerationis 
etc.. Dudum siquidem provisiones ecclesiarum et monaste- 
riorum omnium etc. Cum itaque postmodum monasterium 
Béate Marie, Abbatia nova nuncupatum, Cisterciensis Or- 
dinis, Caturcensis diocesis, ex eo quod dilectus filius Johan- 
nes de la Grangia, nuper ipsius monasterii abbas, regimini 
et administrationi dicti monasterii, cui tune preerat, per 
dilectum filium Jacobum Carpentarii, canonicum Leonen- 
sem, procuratorem suum ad hoc ab eo specialiter consti- 
tutum, hodie in manibus nostris sponte et libère cessit, 
nosque cessionem ipsam duximus admittendam, apud sedem 
ipsam vacaverit et vacet ad presens ; Nos, cupientes eidem 
monasterio, de cujus provisione nullus prêter nos, hac vice, 
se intromittere potuit sive potest, reservatione et decreto 
obsistentibus supradictis (2), ne longe vacationis eiponatur 
incommodis, de persona utili et idonea, per quam circum- 
specte régi et salubriter dirigi valeat, providere, ac de 
meritis et idoneitate dilecti ûlii Johannis Loubaudi, mona- 
chi monasterii Boneaque, dicti ordinis, Lemovicensis dio- 
cesis, apud nos de religionis zelo, vite mundicia, honestate 

(1) Archives du Vatican. Reg, du Latran, 744, f. GXXI. 

(2) Le décret réservant au Pape la collation des bénéfices résignés 
entre ses mains est cité au commencement de la bulle. 



I 

( 



— 308 — 

morum, spiritualium providentia et temporalium circum- 
spectione aliisque virtutum donis multipliciter commendati, 
certam noticiam non habentes, ipsumque Johannem Lou- 
baudi a quibusvis excommunicationis etc.. censentes, dis- 
crétion! tue per apostolica scripta mandamus quatenus de 
meritis et ydoneilate dicti Johannis Loubaudi, qui, ut 
asserit, ipsura ordinem expresse professus, et in vicesimo- 
I quarto sue etatis anno constilutus existit, te diligenter in- 

{ formes, et si per informationem hujusmodi ipsum Johannem 

* Loubaudi ad regimen et administrationem dicti monasterii 

* Béate Marie utilem et idoneum fore reppereris, super quo 
, tuam conscientiam oneramus, de persona sua prefato monas- 

terio Béate Marie, quod licet habitu monasticum sit, numéro 
tamen monachorum dempto uno (ut etiam asseritur) earet, 
, et a monasterio de Albasina (sic), Ordinis et Lemovicensis 

diocesis predictorum, dependet, cujus fructus redditus et 
proventus octuaginta librarum turonensium parvorum, se- 
» cundum coramunem extimationem , valorem annuum (ut 

. similiter asseritur) non excedunt, sive ut premittilur, sive 

f • alias quovis modo, aut ex alterius cujuscunque persona vacet, 

et ex quavis causa ejus dispositio ad sedem predictam spe- 
I cialiter vel generaliter pertineat, auctoritate nostra provi- 

deas, ipsumque illi preficias in abbatem, curam, regimen et 
! administrationem dicti monasterii Béate Marie sibi in spi- 

ritualibus et temporalibus plenarie committendo, ac faciendo 
ei a conventu, si inibi esse contigerit, obedientiam et réve- 
il rentiam et a dilectis filiis vasallis et aliis subditis dicti 

* monasterii Béate Marie consueta jura et servitia ei débita 
intègre exhiberi etc.. Nos enim, si provisionem et prefec- 
tionem hujusmodi per te vigore presentium fieri contigerit, 
ut prefertur, eidem Johanni Loubaudi ut a quocunque ma- 
luerit catholico antistite, gratiam et communionem dicte 
sedis habente, munus benedictionis suscipere, ac eidem 
antistiti, ut illud sibi impendere licite possit, concedimus, 
ac cum eodem Johanne Loubaudi, ut predicto monasterio 
Béate Marie preesse ac illius curam, regimen et adminis- 
trationem hujusmodi suscipere, illudque in spiritualibus et 



- 309 — 

temporalibus gerere libère liciteque valeat, defectu etatis 
prémisse, quem ad id patitur in illius anno predicto consti- 
lutus ut prefertur, ac Lateranensis Concilii et aliis aposto- 
liciscoxislitulionibus, etc.. ceterisque contrariis nequaquam 
obstantibus, auctoritale aposlolica tenore presentium de 
speciali gratia dispensamus. Volentes quod idem antistes 
qui prefato Johanni Loubaudi munus hujusmodi impendet 
posquam illud sibi impenderit, ab eo, nostro et Romane 
ecclesie nomine, fidelitatis débite solitum recipiat juramen- 
tum etc.. Datum Rome, apud Sanctum Petrum, anno Incar- 
nationis Dominice millesimo quadringcntesimo sepluagesimo 
septimo, quarto Non. Octobris, anno quarto — N. Gravil- 
iiati(l). 



H 

Enquête demandée par Jean de Ventadour contre un 
règlement du visiteur de Citeaux (2) (1 juillet 1502), 

Alexander etc. Dilectis filiis Preposito prepositure de Bri- 
vasaco, Lemovicensis diocesis, et Tutellensi ac Lemovicensi 
officialibus salutem etc. Humilibus etc. Exhibita siquidem 
nobis nuper pro parte dilecti filii magistri Johannis de Ven- 
thadoro, notarii nostriy qui, ut asserit, monaslerium Béate 
Marie de Gordonio, alias de Abbatia nova, Cisterciensis 
ordinis, Caturcensis diocesis, ex concessione et dispensa- 
tione apostolica, obtinet in commendam, petitio continebat 
quod, licet idem Johannes in eodem monasterio religiosos 
recipere, et edificia ejusdem, ultra quod illius ad hoc se 
extendant facultates, reparare non tenealur, necnon depula- 
tio prioris claustralis dicti monasterii ad abbatem seu com- 
mendatarium ipsius monasterii, pro tempore existentem, de 
an tiqua et approbala hactenusque pacifice observata consue- 
tudine légitime pertineat, lamen dilectus Illius Johannes, 
abbjs monasterii Béate Marie de Feysia, dicti ordinis, Bur- 



(1) Au haut de la copie, en marge, Ja. Bigneti 

(2) Arch. Vat., reg. du Lalran, 1103, f. 6 v. 

T. XXX. 3-4 



— 310 — 

degalensis diocesis, qui pro coraraissario ad hoc per certos 
difflnitores ejusdera ordinis deputato se gerebat, dictum mo- 
nasterium de Gordonio, ut dicebat, visitando, quod idem 
Johannes commendatarius sex religiosos ultra inibi existen- 
tes recipere, ac eis vite necessaria ministrare, necnon claus- 
tra, refectorium, dormitorium ac ecclesiam ejusdem monas- 
terii de Gordonio suis impensis, infra certos tune expressos 
notorie nimis brèves terminos, restaurare seu de iiovo cons- 
trui facere, quamvis ad hoc ipsius monasterii de Gordonio 
fructvs^ redditus et proventus non suppetant^ quodque 
singulis diebus duas missas alta voce in ecclesia hujusmodi 
celebrare facere teneretur, quamvis juxta slatuta et consue- 
tudines dicti monasterii de Gordonio ad id minime astringa- 
tur, inter alia eodem Johanne commendatario ad hoc non 
vocato nec citato, et quod idem Johannes commendatarius 
premissa adimplere sub certis censuris ecclesiasticis de 
facto decrevit et ordinavit, ac in eodem monasterio de Gor- 
donio certum priorem pro suo libito voluntalis, etiam de 
facto, deputavit. Unde, pro parte ejusdem Johannis com- 
mendatarii, quamprimum premissa, ad ejus notitiam deve- 
nerunt, sentientis exinde indebite se gravari, ad sedem fuit 
apostolicam appellatum, et deinde nobis humiliter supplica- 
tum ut eum ab excommunicationis ac quibusvis aliis sen- 
tentiis, censuris et pénis ecclesiasticis in eum per dictum 
Johannem abbatem, ac alias, premissorum occasione, quali- 
tercumque inflictis, ad cautelam absolvi mandarc, nec non 
appellationis predicte ac post et contra eum forsan aitemp- 
tatorum et innovatorum quorumcumque, nullitatis ordina- 
tionis et decreti ac deputationis et censurarum ac penarum 
hujusmodi aliorumque omnium et singulorum per dictum 
Johannem abbatem et quosvis alios in ipsorum Johannis 
commendalarii et monasterii de Gordonio prejudicium circa 
premissa gestorum, negotiique principalis hujusmodi causas 
aliquibus probis vivis in partibus illis commiltere aliasque 
in premissis ei oportune providere de benignitate apostôlica 
dignaremur. Nos igitur, hujusmodi supplicationibus incli- 
nati, discretioni vestre per aposlolica scripta mandamus 



- 311 — 

quatenus vos vel duo aut unus vestrum, vocatis prefato 
Johanne abbate et aliis qui fuerint evocaadi, eidem Johanni 
commendalario, si hoc humiliter petierit, recepta tamen 
prius ab eo cautione ydonea super eo quo excommunicatus 
ac aliis sententiis censuris et pénis prediclis irretilus habe- 
tur, quod si excommunicationis et alias sententias, censuras 
et penas hujusmodi in eum fuisse juste latas vobis constite- 
rit, vestrisque et ecclesie mandatis parebil, ab excommuni- 
cationis ac aliis sententiis, censuris et pénis predictis, abso- 
lutionis beneficium ad cautelam, si et prout justum fuerit, 
auctoritate nostra, hac vice dumtaxat, impendatis ; super 
aliis vero, auditis hinc inde proposilis, etiam de negotio 
principali hujusmodi cognoscentes légitime, quod juslum 
fuerit, appellatione remota, decernatis, facientes quod decre- 
veritis per censuram ecclesiasticam fîrmiter observari. Tes- 
tes etc. Non obstantibus etc. Datum Rome, apud Sanctum 
Petrum, anno incarnationis Dominice millesimo quingente- 
simo secundo, Non. Julii, anno decimo. 

B. BoLis (1). 

III 

Collation de VAbbaye Nouvelle à F^" Lévis de Ventadour^ 
év. de Tulle et abbé d'0bazlne(2] (5 novembre 1529) 

Clemens etc. Venerabili fratri Francisco de Levis episcopo 
Tutellensi salutem etc. Romani Pontiricisetc....Sanemonas- 
terio Novo nuncupato Béate Marie de Gordonio, Cistercien- 
sis ordinis, Caturcensis diocesis, prius per nos privilegiis et 
indultis apostolicis eidem ordini concessis, quibus inter alia 
cavetur expresse quod nuUus abbas dicti ordinis regimini 
monasterii cui preest, absque licenlia et consensu capituli 
generalis ipsius ordinis, cedere quoquo modo possit, sub 
excommunicationis late sententie pena précédente, et cum 



(1) Et en marge, en haut de la copie : Jo. Ortega. 

(2) Arch. Var., rey. du Vatican, 1341, f. 25. 



- 31? - 

de cujus persona dicto raonasterio per cessionem eandem 
tune vacante provisum fuerit eo ipso incurrenda, nisi hujus- 
modi cessio in manibus Romani Pontificis pro tempore 
existentis facta et per eum in suo consislorio secretoadmissa 
fuerit derogando, ex eo quod dileclus filius Johannes Ver- 

I noujol, nuper ipsius monasterii abbas, regimini et admini- 

strationi illius cui tune preerat, per dilectum filium Fran- 

' ciscum Chabaudi, clericum Lugdunensis diocesis, proeura- 

I torem suum ad hoc ab eo specialiter constitutum, in manibus 

nostris in tui favorem etcommodum (pensione tamen annua 
decem ducatorum auri de Cameva, super fructibus reddi- 
tibus et proventibus ejusdem monasterii, eidem Johanni 
per te et tuos in dicto monaslerio Béate Marie successores 
annis singulis persolvenda, reservata, constituta et assi- 
gnata, et non alias, aliter, née alio modo) sponte et libère 
eessit, nosque cessionem ipsam duximus admit<endam , 
abbatis regimine destituto ; Nos tam eidem monasterio de 

I gubernatore utili et ydoneo per quem circumspecte régi et 

salubriter dirigi valeat quam tibi . quem Carissimus in 
Christo filius noster Franciscus, Francorum rex Christia- 
nissimus, pretexlu concordatorum inler eum et sedem 
apostolicam super promotione personarum , certis inibi 
expressis modis, qualificatarum ad ecclesias et monasteria 
regni Francie, et certorura aliorum locorum eidem régi sub- 
jectorum. pro tempore vacantia lacienda, dudum initorura, 
nobis ad hoc per suas litteras nominavitseu pro quoscripsil, 
quique, ut asseris, de nobili eliam comitum et baronum 
génère ex utroque parente procreatus existis, ac Vivarien. 
et Anicien. canonicatus et piebendas, nec non que inibi 
dignitas, non tamen post pontificalem major, existit archi- 
diaconatum ejusdem Vivariensisecclesie, ac Sancti Michael- 
lis (sic) de Chariussio et Sancti Angeli de Sancto Angelo 
prioratusconventuales, necnon monasterium Obasine, Sancti 
Benedicti et Sancti Augustini, ac predieti Cistercien. (1) 
ordinum, Vivariensis et Lemovicensis dioeesum, in tituiuna 

(1) Ordre de saint Benoit : saint Angel ; 
Ordre de saint Augustin : Charaix ; 



— 313 — 

et commendam ex dispensatione et concessione apostolica 
obtines, ac quod dictus Johannes et certi ejus adversarii co- 
ram certis judiciDus secularibus partiutn illarum super pos- 
sessione seu quasi regiminis ipsius monasterii Béate Marie 
diutius se molestarunt, et forsan ad hue molestabant, ut sta- 
tum tuum juxla pontificalis dignilatis cxigenliam decenlius 
tenere valeas, de alicujus subventionis auxilio (I) providere 

volentes, teque aquibusvis excommunicalionis etc cen- 

sentes necnon canonicatum et prebendarum ac archidiaco- 
natus et prioratuum, necnon monasterii Obasine predicto- 
rum, frucluum, reddituum et proventuum veros annuos 
valores presentibus pro expressis habenles, monasterium 
Béate Marie predictum, de quo consistorialiter disponi non 
consuevit et quod a dicto monasterio Obasine dependet. ac 
cujus fructus, redditus et proventus vigintiquatuor ducato- 
rum auri de Caniera secundum communem extimationem 
valorem annuum ut etiam asseris non excedunt, sive pre- 

misso etc dummodo, tempore date presentium eidem 

monasterio Béate Marie de abbate provisum aut illud alteri 
commendatum canonice non existât, cum omnibus juribus 
et pertinentiis suis tibi per te quoad vixeris, etiam una cum 
ecclesia Tutellensi, cui preesse dinosceris, ac canonicatibus 
et prebendis necnon archidiaconatui ac prioratibus et mo- 
nasterio de Obasina prediclis tenendum, regendum et guber- 
nandum, ita quod liceat tibi, debitis et consuetis ipsius mo- 
nasterii Béate Marie ac dilectoriim filiorum illius conventus 
supportatis oneribus, àc quarta, si abbatialis separata et 
seorsum ac conventuali, si vero communis mensa inibi 
fuerit tertia parte omnium fructuum, reddituum et proven- 
tuum monasterii Béate Marie hujusmodi in restaurationem 
illius Fabrice seu ornamentorum, emptionem vel fulcimen- 
tum, aut pauperum alimoniam, prout in anno exegerit et 
suaserit nécessitas, omnibus aliis deductis oneribus, annis 

Ordre de Cileaux : Obasine, — prœdicti, parce que déjà l'ordre de 
Citeaux a été nommé à propos de Notre-Dame de Gourdon. 

(1) Les revenus de l'évêché de Tulle étant trop peu importants pour 
que François de Lévis pût vivre selon les convenances de sa situa- 
tion. 



— 314 - 

singulis impartita, de rcsiduis illius fruclibus, redditibue et 
proventibus disponere et ordinare sicuti ipsius monasterii 
Béate Marie abbates qui pro tempore fuerunt de illis dispo- 
nere et ordinare potuerunt seu etiam debuerunt, alienatione 
tamen quorumcunque bonorum immobilium et pretiosorum 
mobilium dicti monasterii Béate Marie tibi penitus inter- 
dicta, auctoritate apostolica commendamus. Et quatenus 
dictum monasterium Béate Marie litigiosum sit, ut prefer- 
tur, te dummodo in illius regimine et administratione pre- 
fatis intrusus non fueris, in omni jure et ad omne jus quod 
ipsi Johanni in eisdem regimine et administratione vel ad 
illa quomodolibet competebat aut competere poterat. aucto- 
ritate predicta surrogamus, dictumque jus tibi concedimus, 
teque ad hujusmodi jus necnon ejus ac litis et cause predic- 
tarum prosecutionem et defensionem in eo statu in quo ipse 
Johannes tempore cessionis hujusmodi eHt et si illam non 
fecisset, posset et deberet adraitti etiam ad possessionem 
eorundem regiminis et administrationis, seu quasi, in qua 
idem Johannes forsan existebat eadem auctoritate admitti- 
mus et admittendum fore, necnon si per eventum litis hu- 
jusmodi judici seu judicibus, coram quibus pendet, consti- 
terit neutri seu nulli Johannis et aliorum coUitigantium 
hujusmodi, seu etiam tui, postquam lis ipsa etiam quoad te 
coram eis légitime introducta fuerit jus in regimine et admi- 
nistratione prefatis seu ad illa competisse aut competere re- 
gimen et administrationem hujusmodi pcr eosdera judices 
tibi. admittenda fore et adjudicari débere decernimus. Quo- 
circa dilectis filiis archidiacono Fesensaguelli in ecclesia 

Lodoven. et Vivarien. ac Sarlatensi officialibus (1) etc 

Datum Bononie, anno etc. millesimo quingentesimo vige- 
simo nono Nonis Novembris, pontificatus nostri anno sexto. 

A. DE Castillo. F. Bernardus. 

M. DE Braciis, pro computatore* 

Collât. B. DE Alexandrie (2). 

(1) Ce sont les exécuteurs de la bulle. 

(2) Et en haut de la copie, en marge : E. Sgutarius. 



GROTTE DE LA FONT-ROBERT 

Près BRIVE (Corhèze) 

PAR LES 

Abbés L. BARDON, A. et J. BOUYSSONiE 



Il y a déjà longtemps, M. Louis de Nussac qui nous gui- 
dait dans nos promenades de reconnaissance des gisements 
préhistoriques, aux environs de Brive, nous avait conduits 
au lieu dit, Les Sablières, dans la vallée de Planche-Torte, 
à 1.500 mètres environ en aval du viaduc de la ligne de 
Brive à Cahors. Le champ qui porte ce nom s'étend juste au 
pied du versant méridional du plateau de Bassaler : on y 
ramassait de nombreux silex. Cette circonstance nous amena 
à chercher s'il n'y aurait pas quelque grotte préhistorique 
cachée par les taillis, sur la pente rapide qui descend du 
plateau. Les recherches furent entreprises de concert avec 
M. le comte et M"*" la comtesse de Thévenard, propriétaires 
du terrain, dont le château s'élève sur le plateau lui-même 
dominant la riante et large vallée de la Corrèze, au Nord, le 
vallon plus agreste de Planche-Torte, au Midi. 

Trois stations jusqu'ici ont été découvertes, et deux sont 
entièrement explorées, que nous avons nommées la Font- 
Robert et la Font- Yves. Les fouilles ont été menées avec 
grand soin ; elles étaient faites par le vieux domestique de 
la maison, Pierre, sous le contrôle constant de nous-mêmes 
et de M"' de Thévenard. Enûn, les séries recueillies sont 
conservées au château de Bassaler, où nous avons pu les 



— 316 — 

classer et les étudier à loisir. Nous sommes heureux de 
publier le résultat très fructueux de ces recherches. 

Nous ne parlerons aujourd'hui que de la Font-Robert, la 
première station trouvée et terminée. Nous Tavons présentée 
au Congrès Préhistorique International de Monaco (1906), 
et lei séries qui en provenaient ont fort intéressé par leur 
nouveauté un grand nombre de préhistoriens les plus con- 
naisseurs, comme MM. Cartailhac, Rutot et Breuil. Le 
compte rendu du Congrès (2" vol.) contiendra une monogra- 
phie, dont cet article n'est qu'une reproduction légèrement 
modifiée et complétée sur quelques points par suite de récen- 
tes découvertes. De plus, nous donnons une série complète 
de pièces dessinées, dont une partie seulement figure au 
compte rendu du Congrès (1). 

La Font-Robert est un abri long de 22 mètres, dont la 
hauteur (au-dessus du sol primitif) varie entre 3 et 4 mètres 
au bord de la voûte et diminue assez rapidement dans, l'in- 
térieur de la grotte : elle forme une double salle, l'une plus 
petite à gauche en regardant l'abri, dont la largeur et la 
profondeur sont de 4 mètres environ ; l'autre, qui atteint 
9 mètres 20 de profondeur, a son plafond soutenu vers son 
milieu en avant par un gros pilier naturel, dont le pourtour 
atteint une dizaine de mètres. Il n'y a pas apparence d'ébou- 
lement, mais devant l'abri règne une terrasse naturelle dont 
la largeur varie entre 7 mètres 50 et 3 mètres, et dont l'accès 
est assez difficile. Le gisement ne présentait pas de niveaux 
stratigraphiques, mais seulement de la terre végétale d'épais- 
seur très variable, contenant quelques silex, et, au-dessous, 
la couche archéologique, qui s'étendait sur toute la terrasse 



(1) Déjà, au Congrès Préhistorique de Périgueux (1905), nous avions 
porté quelques pièces de la Font Robert, à peine entamée alors, il y 
avait en particulier une pointe à pédoncuîed'un joli travail qu*on a fort 
remarquée ; si bien, même, que quoiqu'un de l'assemblée où elle cir- 
culait, a oublié, dans son admiration, de lui faire continuer son che- 
min. Malgré la réclamation du Président, la pièce n'a jamais été re- 
trouvée. C'est celle qui est figurée dans le compte rendu du Congrès 
(fig. 4) ; nous avions heureusement une esquisse au crayon, qui nous 
a permis d'en faire un dessin d'une exactitude suffisante. 



— 317 — 

et pénétrait peu dans la grotte. Son épaisseur moyenne était 
de 20 centimètres, avec quelques variations dues aux déni- 
vellemcnts du sol. 

Straiiqraphie, — En fait de foyer, il n'y en avait qu'un à 
cendre noire vers le milieu ; encore n'élail-il pas gras au 
toucher comme ceux de la Coumbadel-Bouïtou. Ailleurs, 
c'étaient des masses de terre blanchâtre, non calcaire, très 
dures dans les parties sèches, et qui paraissent bien être 
dues à de la cendre de bois. Enfin, vers le milieu de la ter- 
rasse, le sol était fait, sur plusieurs mètres carrés, d'un 
pavage de galets roulés cassés, la face arrondie en haut et 
cimentés de cendres grises. 

Faune et mobilier, — Cette grotte, étant creusée dans les 
grès, n'a pas conservé la faune. 

Il n'a été trouvé ni gravure, ni sculpture et cependant 
nous avons examiné avec grand soin de nombreux galets, 
de formes variées, et en particulier des plaques de pierres 
dures tout à fait propres à recevoir des dessins au burin. 




Fig. 1 — Pendeloque en quartz. — La Font-Robert (Corrèze;, gr. nat. 

En revanche, on a rencontré une fort jolie pendeloque 
faite d'un petit galet de quartz blanc (fig. I), percé artificiel- 
lement d'un trou incomplètement fermé, et une autre où le 
trou est à peine ébauché ; puis de petites pierres plates na- 
turellement arrondies, mais trouvées ensemble et réunies 
ainsi évidemment d'une manière intentionnelle. Enfin, 
comme d'habitude, des fragments d'ocrés aux couleurs va- 
riées et très vives. 



— 318 — 

Nous arrivons à l'outillage qui vaut la peine, croyons- 
nous, d'être étudié en détail. 

Outillage. — Un bel instrument amygdaloïde, assez roulé, 
en quartz de la région, a été découvert au premier coup de 
pioche sur le bord même de la terrasse. Sa présence paraît 
toute accidentelle ; la pièce a dû tomber là du plateau, dont 
le bord surplombe légèrement ; on sait d'ailleurs que le pla- 
teau de Bassaler a donné une riche industrie acheuléo- 
moustérienne. 

En dehors de cet instrument hors série, l'outillage com- 
prend d'abord les pièces ordinaires de l'époque glyptique, 
puis d'autres plus particulières et caractéristiques. 




Fig. 2. — Grattoirs et burins divers. — La Font-Robert (Corréze). i/2 gr. nat. 



.— 319 - 

Grattoirs. — On en compte 268 de complets. Les deux tiers 
sont sur bout de lames non retouchées et n'ont aucun carac- 
tère particulier. L'autre tiers est plus différencié et com- 
prend des grattoirs doubles (fig. 2, n» 1), ou associés avec le 
burin (fig. 2, n°' 7, 8, 14), des grattoirs à retouches latérales 
(fig. 2, DO* 2 et 5), d'autres circulaires (fig. 2, n° 6), ou obli- 
ques (fig. 2, n° 4). 

Il n'y a que 4 ou 5 grattoirs incurvés rappelant ceux de 
Gorge d'Enfer, ou nucléiformes comme ceux de Brassem- 
pouy (fig. 8, n° 22). 

Burins, — Le nombre en est bien plus considérable : en- 
viron 587. 11 faut dire que nous comptons dans ce total 167 
burins de fortune, c'est-à-dire des pièces portant un biseau 
intentionnel sur angle de lame tronquée, sans aucune retou- 
che. Le reste, soit 420, se divise en deux groupes : 

t** Les burins en biseau (150). Dans notre article du Con- 
grès de Monaco nous avons glissé rapidement sur ces pièces, 
notre attention étant plutôt attirée vers les outils caracté- 
ristiques de cette grotte. Un examen plus attentif, venant 
après notre étude approfondie de la grotte Lacoste, nous y 
fait reconnaître tous les types de burins qui se rencontrent 
dans cette dernière station, à savoir : les burins à facettes 
dérivant du burin busqué (13) (fig. 2, n^ 9j, les burins pris- 
matiques (5) et polyédriques (32), enfin, les burins ordinaires 
en bec de flûte (t 10) (fig. 2, n° 1 1), toutefois ces derniers sont 
notablement plus nombreux ; et, parmi les autres, un petit 
nombre seulement sont nets, mais le sont parfaitement. 

Les pièces sont assez souvent de grande dimension ; 30 
sont doubles, ou associées à d'autres burins ou à des grat- 
toirs (fig. 2, n" 8 à 10). 

2° Les burins sur bord de lames à troncature retouchée 
(270). Une cinquantaine sont du type fin et délicat, si abon- 
dant à Noailles (fig. 2, no» 12 à 17) ; vingt sont au contraire 
très forts et épais, comme aux Morts (fig. 2, n** 13). Le reste 
est de taille moyenne : parmi eux, une centaine sont sim- 
ples (les deux tiers ont leur burin à gauche) ; cinquante sont 



— 320 — 

doubles, c'est-à-dire présentent un burin latéral aux deux 
extrémités (fig. 2, n*" 12 et 17). 




Fig. 3. — Grattoirs-rabots divers. — La Font-Robert (Corrêze), 1/2 gr. nat. 

Nucléi et Rabots, — Les nucléi sont relativement nom- 
breux : une centaine. A côté de ces blocs de silex qui ne 
paraissent pas avoir été autrement utilisés, il en est plus de 
30 qui, par les retouches ou les traces d'usage qu'ils portent, 
indiquent une utilisation ultérieure : ce sont de véritables 
rabots, différents des grattoirs nucléiformes proprement 
dits. Les uns sont longs, d'autres courts, d'autres en pyra- 
mides (fig. 3, n° 21). Le bord est rectiligne (iig. 3, n° 19), ou 
courbe (fig. 3, n° 20). 

Une série de 27 plus étroits, à crête élevée, arrivent à être 
des sortes de burins-ciseaux, et font transition avec les bu- 
rins très épais. 

D'autres, au contraire, très aplatis et fort utilisés, amènent 
aux pièces écaillées ou esquillées. 

Pièces écaillées, — On en compte plus de 100 (fig. 4, n©' 41 
et 42], parmi lesquelles plusieurs grattoirs et plusieurs 
fragments bien retouchés. Il y a une quarantaine de débris 
qu'on pourrait nommer esquilles ou écailles. Nous n'insis- 
terons pas sur ces sortes d'outils, étudiés longuement à pro- 
pos du Bouïtou. 

Lames sans retouches, — Elles sont au nombre de plu- 



— 321 — 

t 

sieurs centaines, de longueur variant entre 3 et 15 centimè- 
tres. Plus de 200, à section triangulaire, ont l'arête médiane 
écrasée (voir la lame fig. 2, n° 1, transformée en grattoir) 
plutôt que retouchée : étaii-ce là le résultat d'une utilisa- 
tion, une retaille voulue, la crête du nucléus primitif, il est 




Fig. 4. - 23 à 29. 38 à et 43, lames relouchéês diverses ; 30 à 37. lamelles à crête retouchée ; 
41 et 4?, pièces csquillées. — La Font-Robert (Corréze). 1/2 gr. nat. 



- 322 — 

• 

bien difficile de se prononcer. En tout cas ces lames sont 
particulièrement nombreuses. 

On les retrouve dans bien d'autres gisements, qui par ail- 
leurs auront aussi d'autres pièces fort analogues, par exem- 
ple Reilbac (Lot), Puy-de-Lacam et Noailles (Corrèze), etc. 

Lames retouchées. — Signalons d'abord 2 ou 3 lames por- 
tant des sortes de coches ou dentelures profondes (fig. 4, 
no 39), assez régulières, fort semblables aux fragments qui, 
mis bouta bout, formaient les faucilles égyptiennes; et une 
autre dont l'extrémité est très usée par frottement. 

Les belles lames retouchées à la manière aurignacienne 
sont relativement peu nombreuses : 25, à peu près complè- 
tes, retouchées sur les deux bords, se terminent en pointe 
plus ou moins aiguë (fig. 4, n"23, 25, 27 à 29;. D'autres n'ont 
été retouchées que sur un bord (fig. 4, n°» 24, 26, 38). 

A côté, et avec toutes les transitions, se place une série 
de 28 éclats ou lames de forme pseudo-moustérienne, poin- 
tes et racloirs (fig. 4, n° 43), dont un en quartz. 

Une douzaine de lames ont été retouchées le long d'un 
bord, sur le revers de la lame, ce qui est assez rare (lig. 4, 
n* 40) ; la chose cependant est signalée à Reilhac. 

Il y a plus de 250 lamelles étroites et allongées (atteignant 
11 centimètres], généralement recourbées, à pointe souvent 
fort aiguë et dont la croie est retaillée, mais n'est pas en 
général très coupante (fig. 4, n^' 30 à 37). Ce sont le plus 
souvent des bords de lames préalableme^it retouchées et ha- 
bilement enlevés. Rarement elles paraissent avoir été retou- 
chées après coup dans le but d'obtenir une sorte de manche 
ou soie aplatie, comme dans la fig. 4. n° 36. 

Il est difficile de dire dans quel but on fabriquait en si 
grand nombre de ces lamelles, et quel était leur usage. La 
chose est plus claire pour les pointes dont nous allons par- 
ler et qui forment la portion la plus originale de l'outillage. 

Pointes. — H y a d'abord une série de pointes à pédon- 
cule (fig. 5 et 6). Ce sont des lanmes dont la moitié inférieure, 
fortement rabattue sur les deux bords, a été transformée en 



— 323 — 



pédoncule. L'autre extrémité, au contraire, restée large et 
aplatie, se termine en pointe dont le contour est celui d'un 
arc brisé d'ogive plus ou moins ouvert. On en compte 31 de 
complètes, dont les dimensions vont de 3 à 10 centimètres 
de long, et plus de 40 fragments (1), Leur examen permet de 
conclure, d'une manière presque certaine, que ce sont des 
pointes de traits à double cran. 




f52 SI ^^^W ^ s* l^ XiW *5'H /^ 

Fig. 5. - Pointes h pédoncule. — La Fonl-Roberl (Corréze). 1/2 gr. nal. 



(1) Plusieurs fragments, trouvés à des mois de distance, se sont 
parfaitement raccordés. 



— 324 — 

Le pédoncule formait la soie de Temmanchure. Il est 
généralement assez gros et son extrémité, le plus souvent 
obtuse (fig. 5 n°» 48, 49), ne pouvait servir de perçoir ou de 
taraud, sauf peut-être en certains cas (fig. 5, n°* 47, 55). Ce 
que l'on a pris pour taraud en queue de rat pourrait n'avoir 
été parfois qu'un pédoncule d'emmanchure. 

L'autre extrémité formait la partie pénétrante. Elle est 
restée quelquefois lelle qu'elle était, sans retouche (fig. 5, 
n*»» 52, 53) ; quelquefois elle a été un peu retouchée par des- 
sus, de manière à régulariser la pointe (fig. 5, n®» 44, 46, 
54) ; mais le plus souvent elle a subi, sur le revers de la 
lame, une relouche particulière tout à fait. analogue à celle 
des pièces solutréennes, quoique moins habile (fig. 5, n*» 44 
à 51 et 54, et fig. 6, n''* 1 et 2). Le but en paraît évident; 
pour que le pédoncule fut assez résistant, il était nécessaire 
de prendre des lames d'épaisseur notable, en même temps 
la pointe naturelle pouvait aller en se recourbant un peu 
(fig. 5, n° 52) ; il fallait cependant obtenir une pointe aiguë, 
à bords tranchants, pour la pénétration, et dont l'axe fut à 
peu près rectiligne pour la justesse du tir ; ces résultats 
étaient atteints d'une façon remarquable par ces retouches, 
dues vraisemblablement à des compressions latérales (voir 
en particulier fig. 5, n" 45 et 50 ; fig. 6, n°» 1 et 2). 





Fig. 6. — Pointes à pédoncule. — La Font-Robert (Corrèze), 2/3 gr. nat. 



Nous devons ajouter que deux pièces, au lieu de pointe, 
portent à l'extrémité un petit burin latéral à un grattoir 



— :^25 — 

carré (flg. 5, n* 56). Enfin, un éclat informe a été curieuse- 
ment retouché, de manière à obtenir une pointe aigué et 
une sorte de cran à la base (fig. 5, n® 57) ; il pourrait égale- 
ment être rapproché des lamelles à dos rabattu avec cran. 

La présence d'un si grand nombre de pointes à pédoncule 
dans un gisement paléolithique est jusqu'ici des plus rares. 
En France, M. Cartailhac en a publié une de Reilhac ; 
M. Breuil nous en signale plusieurs de Solutré, venant de 
la surface du magma à chevaux, sous le Solutréen ; M. Ca- 
pitan en possède une ou deux de Laugerie-Haute ; on en a 
trouvé dans plusieurs fouilles récentes, à des niveaux inter- 
médiaires entre TAurignacien et le Solutréen, et plutôt tout 
à fait à la base de celui ci (La Ferrassie, fouilles Peyron^ ; 
Combe-Capelle , fouilles de Villeréal et Chastaing, etc.). 
Nous mêmes en avons trouvé deux ou trois à Noailles, in- 
complètes, et que, pour ce motif, nous n'avions pas remar- 
quées (1). 

En Belgique, on sait que ces pointes ne sont pas très ra- 
res, surtout celles du type n^* 45 et 46 (fig. 5), comme M. Ru- 
tot a bien voulu nous l'indiquer; elles y caractérisent un 
niveau que les historiens belges considèrent comme syn- 
chronique du Solutréen français (type du Pont-à-Lesse : 
trou Magritey et qui se superpose en effet immédiatement à 
une industrie analogue à celle des gisements les plus anciens 
de Tépoque glyptique de France, appelés actuellement auri- 
gnaciens. 

A côté de ces pointes à pédoncule se rangent une quinzaine 
d'éclats, dont une extrémité est retouchée par dessous, 
comme la plupart des pointes à pédoncule, c'est-à-dire à la 
manière solutréenne , encore assez maladroitement , mais 
avec soin (fig. 8, n°" 59 à 63). L'autre extrémité est restée 
brute, en général ; mais sur deux exemplaires elle est retail- 



(1) Il existe aussi des pièces à pédoncule dans le Magdalénien, mais 
elles n'ont pas du tout la môme allure que celles de Font-Robert. 
Comparez par exemple celles de Teyjat, grotte de la Mairie (Aeui/e de 
VÉc. d'Anthr., 1908, fig. 82). 

T. XXX. 5-5 



— 326 — 

lée en pointe amincie, symétrique de la première (fig. 7, n*2, 
et fig. 8, n*» 60) ; sur d'autres, il y a comme des encoches 
pour une ligature ; sur un exemplaire, enfin, trouvé récem- 
ment, la pièce, chose inattendue si Ton a affaire à des pointes 
de traits, se termine en un fort beau grattoir (fig. 7, n* 1). 





Fig. 7. — Pièces à retouche d'allure solutréenne. — La Font-Robert (Corréze). 

2/3 gr. nat. 

Une douzaine de fragments de fortes lames, en silex blan- 
châtre hydraté, ont été frappés latéralement à une des 
extrémités, qui a été comme mâchonnée, écrasée ; ce gros- 
sier travail paraît inachevé le plus souvent (fig. 8, n* 58) ; 
peut-être est-il le tout premier essai, encore très fruste, 
d'une retouche à la solutréenne. 

Vient enfin une série de plus de 90 lamelles de faible 
épaisseur, dont la longueur s'écarte peu de 4 à 5 centimèt. 
et la largeur de 10 à 15 millimèt. (fig. 8, n^» 64 à 68). 

Elles ont été retouchées à peine, ou plutôt 'raclées pour 
ainsi dire sur les bords de manière à appointir la pièce, à 
régulariser ses contours et à lui donner la forme de feuille 
de laurier ; mais il n'y a plus ici de retouche solutréenne. 
Sur ces 90, 55 sont appointies aux deux bouts et le reste 
seulement à l'extrémité opposée au bulbe. 

Il est difficile de voir, dans cette curieuse série, autre 
chose que des pointes d'armes de jet. A Noailles nous avons 



— 327 — 

trouvé des pointes analogues, mais en petit nojnbre (fig. 3 
lie notre tirage à part). Une longue lamelle, bien effilée, aux 
bords légèrement ébréchés, a sans doute servi pour le même 
usage. 




Fig. 8. —58 à 63 : pièces à retouche d*allure solutréenne. — 64 à 68 : pièces lancéolées A fine retou- 
che. — 60 à 74, pièces h encoches ou tronquées. — 75 A 81 : perçoirs ; le n» 80 est A relouche solu- 
tréenne. — La Font-Robert (Corrèze), 1/2 gr. nat. 



PointeS'Perçoirs. — On en compte seulement une douzaine 
(fig. 8, n*« 78 et 79) ; deux ou trois sont recourbées (fig. 8, 
n** 81) ; l'une d'elles ressemble à un pédoncule de flèche dont 
l'autre bout n'aurait pas été taillé (fig. 8, n^ 75). Il y a enfin 
un minuscule perçoir fort délicat sur le coin d'une jolie lame. 

Pièces sectionnées ou à encoches. — Nous nommons ainsi 
une série de 30 pièces, surtout des lamelles, qui portent vers 



I 



I 



— 328 — 

rextrémité,,le plus souvent à gauche, comme une encoche 
plus ou moins profonde (fig. 8, n*» 69 à 71, et 76), ou en grat- 
toir rectiligne ou concave, transversal ou oblique (flg. 8, 
n*' 72 et 73), sans burin latéral. Toutefois, l'extrémité poin- 
tue a été plusieurs fois transformée en perçoir (flg. 8, n" 79). 
Un exenoplaire est retouché à la manière solutréenne sur le 
reste de la lame (fig. 8, n® 80). 11 y a quelquefois plusieurs 
encoches latérales, ou une seule très profonde (fig. 8, n" 77 
et 74). Les pièces de ce genre sont nombreuses aux Baoussé- 
Rousse. 

Lames à dos rabattu. — Pour terminer cette aride énu- 
mération il nous reste à parler des lames à dos rabattu, dites 
couteaux ou canifs. 

A les classer suivant leurs dimensions, on en peut compter 
vingt-quatre de très fortes (fig. 9, n*» 88, 101), en fragments 
sauf deux (flg. 9, n°' 94 et 100) ; environ 60 (dont un grand 
nombre complètes), de dimensions un peu plus réduites, 6 à 
8 centimètres de long ; une quinzaine de pièces plus petites 
encore, et 45 fragments notables ; enfin, il n'y a guère plus 
de 80 débris de minuscules lamelles. En somme, dominent 
les pièces de dimension notable, dans le genre de celle de 
la Gravette, quoique moins belles. 

Mais on pourrait les étudier au point de vue morphologi- 
que ; il se trouve alors que chaque série contient des pièces 
de toutes dimensions et à peu près en nombre égal. 

D'abord les pièces sectionnées transversalement (flg. 9, 
n°« 88 à 96) : une l'est aux deux extrémités (fig. 9, n*^ 96) ; les 
autres le sont seulement à la base, et l'autre extrémité se 
termine généralement en pointe, voire même fort aiguë : un 
seul bord est rabattu. 

Puis viennent celles tronquées obliquement, ou plutôt 
celles dont un des bords est rabattu sur toute la longueur, 
l'autre ne l'étant que vers les extrémités comme pour les 
rendre plus acérées (fig. 9, no« 82 à 87, et 97, 98). 

Il arrive même que les deux bords ont été rabattus, et sur 
toute la longueur (flg. 9, n* 108), souvent en sens inverse 
(fig. 9, n" 109 à 112). 



i 



— 329 — 

Le dernier type enfin est celui de la pointe à gibbosité 
(flg. 9, n*»» 101 à 105, 107), signalée par M. Piette, à côté de 
laquelle se rangent des pointes à pseudo-cran (flg. 9, n^» 100 
et 106), analogues à celles rencontrées aux Baoussé-Roussé. 




w *«» ^ ^ Tr mi 

Fig. 9. — Lames diverses à dos rabattu. — La Font-Robert (Corréze), 1/2 gr. nat. 

On a trouvé aussi à Font-Robert une pièce minuscule 
triangulaire, avec deux côtés rabattus (fig. 9, n° 99), dans le 
genre des silex Tardenoisiens. Nous en avons deux du même 
type de Puy-de-Lacam ; il en est plusieurs de fort sembla- 
bles dans les niveaux supérieurs des Baoussé-Roussé. 

Ces pièces étaient-elles des pointes de flèches à section 
triangulaire, très pénétrantes et pouvant faire des blessures 
graves ? ou bien faut-il y voir des couteaux ou canifs dont 



— 330 — 

on utilisait Je tranchant laissé vif? (1). La première hypo- 
thèse paraît la plus vi^aisemblable dans la plupart des cas, 
mais elle est inadmissible pour les pièces tronquées volon- 
tairement aux deux extrémités. En revanche, on ne saurait 
avoir affaire à un couteau quand les deux bords ont été ra- 
battus sur tout ou partie de la longueur. On peut encore 
voir : dans certaines lamelles à retouche inverse, de petits 
tarauds ; dans la petite pièce triangulaire, un cran en silex 
que Ton pouvait adapter sur une flèche en os ou en bois ; 
enfin, les pièces n*» 97 et 98 pouvaient fort bien faire des 
pointes à graver. 

Conclusion 

L'industrie de la Font-Robert, par les burins et les lames 
à dos rabattu, se rattacherait plutôt à l'Aurignacien supé- 
rieur. Mais, d'autre part, cette station a donné une pièce à 
retouche solutréenne nette, sur un bord de lame plane, et 
un bon nombre d'autres où la retouche parait bien être de 
même facture, mais d'exécution inhabile. On assiste pour 
ainsi dire à la naissance de cette nouvelle et merveilleuse 
taille du silex, qui atteindra bientôt son apogée. 

Les pointes à pédoncule participent à la fois de la lame à 
dos rabattu, par la base, et de la feuille de laurier par la 
pointe. Ce n'est qu'une forme transitoire, mais caractéristi- 
que des niveaux solutréens inférieurs, comme on l'a reconnu 
en Belgique et en Dordogne. Elle se retrouvera, quoique 
modifiée, dans certaines pointes à cran. Plus tard, preuve de 
l'utilité de cette forme, ces pièces abonderont sous les aspects 
les plus divers dans le Néolithique, après avoir existé à 
l'état aberrant dans le Magdalénien. 

En définitive, nous plaçons ce gisement à la base du So- 
lutréen; c'est d'ailleurs l'opinion de M. l'abbé Breuil et de 
M. Rutot. 



(1) On peut facilement tailler un crayon avec telle pièce comme celle 
fig. 9, n» 94. 



— 331 — 

TABLEAU 

Grattoirs, simples ordinaires 190\ 

— sur lames retouchées et divers 32> 268 

— doubles, ou associés au burin 46; 

Burins de fortune 167 \ 

— en biseau 150> 587 

— sur bord de lame à troncature retouchée . . . 27o) 

NucLÉr 100 

Rabots larges 35 1 

— étroits (passant au burin) 27> 74 

— aplatis 12; 

Pièces écaiJlées 105 

Lames sans retouches, ordinaires 325/ 

— à crête médiane écrasée 215^ 

Lames retouchées sur les deux bords, en pointe 25 

— — sur un seul bord 21 

— — sur un des bords, au revers 12^ 91 

— — d'aspect pseudo moustérlen 28* 

— — avec coches (fragments) 5 

Lamelles à crête retouchée sur toute la longueur 130, 



, 260 

sur une partie de la longueur 130) 

Lames à base étranglée (fragments) 13 

Pointes à pédoncule, complètes 31 \ 

— — fragments notables 42/ ._g 

-— sans pédoncule, avec retouche plate 13i 

— — à flne retouche latérale 92/ 

Pointks-Perçoirs : 13 

Lamelles sectionnées ou encoches 31 

Lames à dos rabattu, fortes (fragments) .' 24i 

— — moyennes (avec fragments) 120- 227 

— — très petites (fragments) 83; 



Total 2.487 

•L. Bardon, a. et J. BouYSSONiE. 



J 

I 

( 



REMPARTS DE BRIVE 



Le Comité de rédaction de la Société historique et 
scientifique de Brive a bien voulu nous autoriser à 
publier dans le Bulletin du mois de juillet, le procès- 
verbal de la visite de nos fortifications du 5 mai 1608 
et Tordonnance d'Henri IV du 24 avril 1610. 

Ce dernier acte du gouvernement avait été déter- 
miné par renvoi d'un nouveau placet des consuls. 
Ils réclamaient l'établissement de nouvelles tailles 
pour la réparation des murailles qui protégeaient 
l'indépendance et la sécurité des habitants. La ville 
avait été deux fois prise d'assaut en 1577 par le sire 
de Vivans et le sire de Biron, chefs des bandes protes- 
tantes qui parcouraient le pays. Onze ans plus tard, 
en 1588, elle avait échappé à un coup de main tenté sur 
la porte de Corrèze par les ligueurs. Pendant les luttes 
religieuses, comme pendant les plus sombres jour- 
nées de la guerre de Cent-Ans^ toute ville ouverte 
était alternativement saccagée par les soldats indis- 
ciplinés de tous les partis. 

Nos pères veillaient à la conservation de leurs rem- 
parts avec un soin jaloux. Ils entendaient relever 
du roi, c'est-à-dire appartenir sans réserve à Tunité 
française, quels serments qu'ils eussent été obligés 
de prêter aux seigneurs de Turenne et de Malemort. 

La politique de Henri IV avait rétabli la paix inté- 
rieure. Mais ce bien inestimable que la France avait 



— 334 - 

cessé de goûter depuis La mort de François P^ ne 
pouvait avoir des bases bien solides. Les protestants 
avaient des privilèges, des places de sûreté et une 
organisation qui créait un état particulier dans le 
pays. Aussi ne saurait-on être surpris que le consulat, 
pour hâter les résultats de la visite de 1608, ait 
adressé à la Cour la supplique dont nous avons parlé 
plus haut et dont nous donnons le texte, tel qu'il 
existe dans les archives municipales (FF-^). 

d Au roy. Les consuls et habitants de votre 
« ville La Gaillarde en Limousin, vos très hum- 
ai blés sujets, vous remonti^ent très humblement 
a que, pendant les guerres civiles qui ont eu cours 
« en votre royaume et même dans la province du 
a Bas-Limousin j pour se maintenir et conserver 
(( en votre obéissance, ils se seraient tellement 
a engagés envers plusieurs personnes^ que, du 
a depuis, il n'a été en leur puissance de se pou- 
a voir rédimer; si bien qu'ils ont été contraints 
€ (vuj le peu de revenu de ladite ville Lés- 
ai quels frais et dépenses ayant été remontrés au 
« feu roy Henry (troisième dudit nom) en l'année 
a quatre-vingt-huit (1588) ClequelJ aui^ait fait 
« don à ladite ville de certaines sommes de de- 
« niers à prendî'e sur le pais de Bas-Limousin; 

« Maisy au moïen du don et remises faites par 
a Sa Majestéy la ville ne s'est que bien peu pré- 
€ valu de la grâce à elle faite; si^ qu'à raison de 
a ce, lesdits habitants sonty comme dit est, enga- 
cc gés et dénués de moïens ; 

« Que n'ayant pu faire aucunes réparations en 



- 335 - 

« ladite villes la plus grande partie des murailles 
(( d'icelle sont tombées en ruine, ainsi qu'a été 
<r remontré à Monsieur le comte de Schomberg^ 
« votre lieutenant général audit pais; à cette 
d cause j ordonnant (?) auxdits habitants re- 
t mettre ladite ville en son premier étaty con- 
a server icelle pour votre obéissance^ plaira à 
a Votre Majesté à faire don aux habitants de 
a ladite ville et paroisses d'icelle, du paiement de 
a toutes tailles pour dix années à venir^ pour 
a icelles être employées au rachat de leur dit 
« revenu et en outre pour suppléer de partie des- 
a dites réparations^ nonobstant la remise gêné- 
a raie desdits restes; 

« Ordonner qu'ils soient payés de ce qui pourra. 
a leur être dit sur les remises faites par les rece- 
« veurs de Tulle et de Brive, à cause des tailles 
a ordi7iaires et extraordinaires de mil six cent 

a sept des frais du dudit Brive imposée 

a Vannée mil six cent neuf Si ferès bien. » 

Cette préoccupatioa constante des consuls de se 
conserver, en nous servant de leur expression, en 
Tobéissance au roi, et l'indépendance vis-à-vis de la 
puissance anglaise et des seigneurs féodaux, a été le 
caractère particulier de l'existence de la ville pendant 
toutes les phases de son histoire. Saint Louis avait 
rendu au roi d'Angleterre, par le loyal mais funeste 
traité de 1259, les quatre diocèses de Tulle, Limoges, 
Périgueux et Cahors. II avait cependant excepté cer- 
taines villes^ qu'il nommait privilégiées et sur les- 
quelles il maintenait les droits de sa Couronne. Brive 



— 336 — 

était comprise dans la liste des cités conservées à la 
puissance française, conformément à plusieurs lettres 
patentes de Philippe- Auguste et de Louis VIII. Elle ne 
pouvait l'oublier. 

Jamais sa fidélité ne fut plus éclatante qu'au début 
de la guerre de Cent-Ans. Nous en trouvons la preuve 
dans le compte des consuls, que nous publions, et 
qui contient des renseignements intéressants sur Tétat 
des remparts pendant le xiv* siècle. 

En 1340 une courte trêve interrompit les hostilités, 
qui, commencées dans la Flandre, devaient s'étendre 
sur tout le territoire. Les provinces qui faisaient partie 
ou étaient limitrophes de la Guyenne étaient particu- 
lièrement menacées. En 1342, l 'évoque de Beau vais 
fut chargé par le roi de parcourir tout le sud-ouest 
de la France, de hâter la mise sur le pied de guerre 
de toutes les villes et de lever les tailles nécssaires au 
paiement des frais de la prochaine campagne. 

Les instructions rovales excitèrent à Brive une très 
vive émotion. Avec un enthousiasme presque fébrile, 
des réparations furent faites aux nouvelles portes, aux 
fossés et aux remparts. Ainsi put-on voir à la porte 
des Prêcheurs 45 femmes, unies à 84 hommes, a far 
la manobria deus pezicadors. 

Ailleurs on trouve trace des sommes dues aux 
femmes occupées aux mêmes travaux de défense. 

« Alors a les consuls euî^ent mandement d^ar- 
a réter et faire venir tous maçons ^ charpentiers y 
a couples de bœufs et chevaux pour réparer les 
a murs et portes de la ville et que chacun^ selon 
« sa condition^ eût harnais ». 

En 1351 les consuls et les prud'hommes se plai- 



— 337 — 

gnaient (se rancuravo) des dépenses faites per la 
chausas necessarias a la vila^ pour la construction 
des murs, pour établir des échafauds et des passages 
(corredors) derrière les parapets, sur les tours et les 
remparts, pour faire des palissades, formant le che- 
min couvert et les places d'armes, autour de la ville 
(per far palena al tory de la vila), pour creuser les 
fossés et faire la contrescarpe (per reparar los valats 
e far contrevalats), pour acheter des armes (per crom- 
par canos, arbalestas et tilharia) et pour payer une 
solde aux nouveaux soldats (e per pagar subsidis). 

Nous avons traduit le mot contrevalats par con- 
trescarpe, lui donnant le sens qui nous parait le plus 
exact. Ailleurs on voit encore que des palissades 
étaient placées sur les glacis. Le système de nos for- 
tifications se rapprochait donc, en considérant les 
tours engagées dans les fossés comme la première 
forme des bastions, du tracé plus moderne que Vau- 
ban devait porter à sa perfection. 

La ville avait sept portes^ en 1350 comme en 1608 : 
les portes de Corrèze (portai de Correza), des Frères 
Prêcheurs (portai deus Prezicadors), du Salan (portai 
Salem), de Puy-BIanc (portai de Pech-Blanc), des 
Sœurs dénommée (A las Sors), et ailleurs (portai de 
las Menudetas), porte des Sœurs Clarisses, Sœurs 
Minimes appartenant au second ordre Franciscain, de 
même que les Cordeliers du premier ordre étaient 
appelés Frères Mineurs. 

Dans l'état de l'armement des sept portes on trouve, 
entre celles de Puy-Blanc et de Corrèze, les portes de 
la Branda et de Lerneigey qu'il est difficile d'iden- 
tifier sans faire des hypothèses. 



— 338 — 

Une tradition, dont aucun document n'établit l'exac- 
titude, laisse supposer que les troupes anglaises du duc 
de Lancastre et Tarmée française du duc de Bourbon, 
entrèrent dans la ville par la porte de la place du 
Puits-du-Roi. Cette place, aujourd'hui disparue, a été 
connue de nous et de tous les anciens habitants. Elle 
était formée par la réunion des rues Barbecane et de 
la Jaubertie. On considère nos porches comme les 
restes des anciennes portes. On pourrait donc sup- 
poser qu'une des deux portes, dont l'emplacement n'a 
pas été fixé, existait au point où, sous le dernier de 
nos porches, la rue Saint-Ambroise rejoint la rue de 
la Jaubertie, près du Puits-du-Roi. 

Cette hypothèse aurait pour résultat de déterminer 
le tracé de l'enceinte en 1350, de la porte des Sœurs 
à celle de Corrèze, par les rues de la Jaubertie, Bar- 
becane et de Corrèze, laissant au dehors la moitié de 
la rue Carnot, tout le quartier des Carmélites et la 
rue Jean Mestre. On pourrait en conclure que Texten- 
sion qui fut donnée aux ouvrages fortifiés en 1374, 
conformément aux lettres de rémission de Charles V, 
aurait suivie la ligne actuelle des boulevards. Mais 
naissent des objections, dont il est difficile de mé- 
connaître le fondement. Le document inédit, dont 
nous sommes heureux d'offrir la primeur aux lecteurs 
du Bulletin^ mentionne la construction des murs. 
Mais pourquoi n'y serait-il pas question de ceux qui 
existaient en 1608? Les fortifications paraissent défi- 
nitives puisque, suivant l'interprétation donnée au 
mot contrevalatSj des contrescarpes ont été établies. 
Des palissades ont permis la circulation à couvert sur 
les glacis de tous les défenseurs de la place. Dans 



— 339 — 

Tune ou l'autre supposition le nombre des portes n'a 
pas changé et celle des Sœurs^ quel que soit le nom 
qu'on lui donne, la Branda^ las Sors y las Menu- 
deltas, Lerneige, garde un emplacement dont on 
ne peut discuter la situation. Tous les doutes ne peu- 
vent reposer que sur la place de la porte Barbecane. 
Or, qu'elle ait été à la place du Puits-du-Roi ou à 
l'entrée actuelle de la rue Carnot, la tradition qui 
nous montre les Anglais et les Français entrant suc- 
cessivement de ce côté dans la ville, est confirmée, car 
le Puits-du-Roi, séparé du boulevard par une faible 
distance de cent mètres environ, était relié avec lui 
par la vieille rue Barbecane, aujourd'hui remplacée 
par une partie de la rue Carnot. 

On pourrait, il est vrai, soutenir avec quelque raison 
que le périmètre des remparts a été étendu et que les 
fortifications ont été complétées en 1374, conformé- 
ment aux lettres patentes de Charles V. Mais cette exten- 
sion peut s'entendre des nouveaux travaux exécutés 
aux portes de la ville qui alors furent protégées par de 
nouvelles murailles formant comme des demi-lunes, 
dénommées éperons dans le procès- verbal de 1608. 

Des modifications nouvelles furent faites après la 
destruction du pont du Buis, en 1405, par le vicomte 
de Turenne, Raymond-Louis de Beaufort, désigné 
quelquefois sous le nom de Raymond VUI. Alors 
furent bâtis le pont de treize arches et le quai qui 
donnèrent à la porte de Corrèze l'importance qu'avait 
auparavant celle des Frères Prêcheurs L'agglomé- 
ration, dans l'enceinte des murailles, comprenait 
216 feux, soit 1,100 âmes environ en 1178, lorsqu'elle 
était menacée par les routiers, maîtres du château de 



— 340 — 

Malemort, et en '1184 lorsqu'elle était assiégée par 
Raymond III de Turenne. Elle en conoptait 626, soit 
environ 3,000 âmes après Textension des fortifications 
et l'adjonction des anciens faubourgs. 

Toute la population valide, hommes et femmes, 
travaille avec empressement à fortifier la cité. Elle 
fait des fouilles pour les fondations des murailles, 
elle transporte les matériaux, elle creuse des tran- 
chées, elle élargit et nettoie les fossés remplis de tous 
les immondices de la ville, et d'une eau croupissante. 
La défense de la place est confiée aux hommes en 
état de porter les armes. En compte-t-on plus de 
sept à huit cents, si Ton déduit les vieillards, les 
malades et les enfants? 

Soixante-dix montent la garde aux portes pendant 
la nuit et soixante-dix pendant le jour. Un poste est 
établi dans le clocher de Saint-Martin, des rondes et 
des patrouilles circulent sur les remparts et les glacis. 
Deux cents hommes environ sont sous les armes 
pendant chaque période de vingt-quatre heures. Cha- 
que citoyen, noble, bourgeois^ artisan, est de service 
tous les quatre jours, il est menacé d'une pénalité 
s'il ne se rend pas à l'appel. La ville trouve encore 
des recrues pour assiéger les châteaux de Juillac, 
d'Ayen et de Comborn occupés par des partis anglais, 
sous les ordres du maréchal d'Aubeterre(l), désigné 
sous le nom de maréchal Dandenau dans le compte 
de la gestion consulaire. 

Un spectacle réconfortant nous est présenté, un 
exemple viril, qui excite notre légitime fierté, nous 

(1) Histoire de Brive, par quatre citoyens, page 141. 



— 341 — 

est donné par cette petite cité. Entourée d'Anglais, 
elle veut rester française. Aux prises avec les puis- 
sants barons, dont les possessions louchent ses mu- 
railles, son consulat n'entend ne relever que du roi. 
Elle assiège Turenne, elle prend d'assaut Malemort, 
Lachapelle et Lagarde. Elle mêle l'offensive à la 
défensive, tantôt elle attaque, tantôt elle se défend. 
Lorsque la France est prospère, elle est forte; elle 
est faible lorsque les batailles de Crécy et de Poitiers, 
lorsque le traité funeste de Brétigny, courbent le pays 
sous le joug des Anglais. 

Sa vaillance, son esprit mâle et guerrier ne méri- 
tent-ils pas le nom de Gallia ardens, par lequel on a 
parfois traduit celui de La Gailla^'de? 

La générosité des habitants n^est pas moins grande 
que leur courage et que leur mépris du danger. Ils 
s'imposent les tailles les plus lourdes et ils paient en 
outre celles qui sont taxées par les représentants du 
roi. Les consuls font des avances onéreuses et la ville 
devient la créancière du seigneur de Malemort, tenu 
à son égard, soit à titre d'inféodation, soit à titre de 
prêt, de 20 écus d'or pour un palefroi; de Mathe de 
L'Isle- Jourdain, épouse de Bernard de Turenne (1), de 
56 florins d'or. Ils acquittent à Tévêque de Beauvais, 
représentant du roi, un fouage de 380 livres. Ils re- 
mettent 161 livres à Aymeric de Roehechouart pour 
les frais de l'expédition contre les châteaux de Com- 
born, de Juillac et d'Ayen, expédition qu'il n'aurait 
pas tentée sans ce subside, et ils sont contraints de 
prêter personnellement 500 livres à ce lieutenant du 

(1) Bernard VII, comte de Comminge, veuf et héritier de Marguerite, 
vicomtesse de Turenne, 130i. 

T. XXX. 5-6 



[ 



r 



— 342 — 

roi. Il leur en remet une reconnaissance scellée de 
son sceau ; il ne la remboursera jamais. Les recettes 
de la ville sont nulles pour ainsi dire. Elles se com- 
posent de quelques droits d'octroi, barrage et corre- 
tage; droits de place, droits sur la viande avariée, sur 
le cuir mouillé, sur les poissons qui sont vendus sur 
la place publique devant Téglise Saint-Pierre (1). 

Nos pères n'avaient, pour ainsi dire, que des dé- 
penses ; et, pour y faire face^ ils s'accablaient eux- 
mêmes des impôts les plus onéreux. Les consuls se 
croyaient tenus de donner l'exemple de la générosité 
et du désintéressement. Jean Raynal prend à sa charge 
le recouvrement des 20 écus d'or que doit à la ville le 
baron de Malemort ; il s'expose ainsi à la vengeance 
de notre proche et trop puissant voisin. 

L'administration municipale veut remplir ses enga- 
gements, dut-elle prendre les sommes qui lui sont 
nécessaires dans l'escarcelle des citoyens. Elle offre 
des cadeaux au juge royal, au sénéchal et à son fils : 

a Item fazen presen a la couchada del senescal 
a. 31. iOs. 

a Item per 3 torchas que ac (eût) Johan Saret 
a en Vassiza et can vent lo filh del senescalh, 18 s. 

« Item en Vassiza davan^ 5* Pierrey tramezen 
a {transmettons) presen al Juege^ al preuraire 
ce (procurairejy hi al chanseliery de pa (pain) et 
« dé vi ». 

Elle achète du papier pour transcrire les délibéra- 
tions et les comptes du consulat^ pour correspondre 



(1) Église Saint-Pierre, aujourd'hui maison privée^ située rue Biaise- 
Reynal, vis-à-vis la chapelle du vieux Collège. 



— 343 — 

avec toutes les villes voisines, Beaulieu, Aubazines, 
Turenne, Périgueux, Tulle, Sarlat, Limoges. 

ce Item per una mas papier per escrire las de- 
a falhas el cossolat. 

a Item et per 7 mas de papier que 

a ai costet el cossolat ^ . * 

Chaque citoyen convoqué pour monter la garde 
doit être armé suivant son état, et sera de plus por- 
teur d'une épée ou d'un glaive. 

a Item que tots homes que devran gardar la 
a porta estinga armât à la porta segon c/iascu de 
a son estât. 

« Item que chascu portant l'espaza ho glavi en 
a lors mas ». 

Mais la ville fournit l'armement permanent des 
portes et des remparts. Elle achète de la poudre à 
canon. 

a Item que payen e per lo palvera de 

« cano ». 

Elle commande des pièces de canon aux forgerons 
de Sainte-Féréole et de Champagnac. 

a Item despendet lo faure de 5* Ferrials can 
a vent far los canos 3 s. 

a Item que pagen a il de Champagnac per las 
« feradinas dels sauls e per un canOj lo divenre 
cf (divendî'e) d'avan S Michial tout 

Nous pouvons aujourd'hui sourire en pensant à 
l'artillerie du xiv* siècle, dont la fabrication était 
confiée à des forgerons de la campagne. Mais son 
emploi à Brive avait été postérieur à celui qui en 



— 344 — 

avait été fait dans des villes plus importantes et plus 
rapprochées des champs de bataille. II contredit l'as- 
sertion de certains historiens et surtout des nom- 
breux manuels scolaires qui prétendent que les ca- 
nons ou bombardes, existant à Brive en 1342, plus 
meurtriers parfois pour ceux qui s'en servaient que 
pour les ennemis contre lesquels ils étaient braqués, 
ont fait leur première apparition à Crécy en 1346. 

La ville en possédait cinq en 1349. Les consuls les 
avaient placés aux portes des Prédicateurs, de Cor- 
rèze, de La Brande, de Lerneige et de Puy-blanc. 

Les sept portes étaient encore défendues par des 
balistes de bois et de cuir. 

« Item balista de cory^ una autra 
de fust 2 balistas. » 

Les consuls donnaient à chaque poste cinq douzai- 
nes de traits où flèches revêtus de laiton : « Tilharia 
enponada de leto, 5 dozenas » et vingt-deux dou- 
zaines de traits plus petits : « Item tilharia petita, 
22 dozenas », deux massues au poste de la porte des 
Frères mineurs, une à celui de Lerneige ; six fléaux 
garnis à la porte des Prédicateurs, à La Brande et à 
Lerneige. 

(( Item flageladas 6 flageladas. » 

a Item flageladas garnidas. . 6 flageladas. » 

Aux Prédicateurs, de^ carreaux ou projectiles pour 
le canon, 
a Item caros per cano ». 

Les principales dépenses de la ville avaient pour 
objet la construction, la réparation et la garde des 
remparts. Elle fournissait du vin aux travailleurs. 



— 345 — 

ce Item que pagen per vi. a la manobria del 
a trenchat de las Mentidetas que es 

a G. Lajohanna ify h. u 

et aux hommes de garde qui recevaient encore des 
chandelles pour Téclairage intérieur des postes et des 
torches pour l'extérieur. 

« Item que pagetP. B. per quatre torchas e per 
a lo VI e las chandelas de W sers e per far las 
a gachs 3 L 9 s, 

« Item per una. torcha 7 a. » 

Ailleurs les torches sont payées 6 sols. 
« Item per 3 torchas que ac Johan Saret en 
« Vassiza e can vent lou filh del senescalh.. ISs. » 

Le prix en parait d'autant plus élevé que celui de 
la journée d'un homme, travaillant aux fossés, ne 
dépasse pas 8 deniers. 

(( Ite77i per 6 homes que tengueren el fbssat 3 
« jours 12 sols. » 

Une livre de chandelles coûtait 7 deniers i/i- 
« Item per 2 liouvres chandelas an Olivier 
c( d'Antissac 15 d. » 

La dépense de l'éclairage extérieur était coûteuse. 
a Item per 7 torchas que payet B, B. en 2 neiz^ 
« costuro 2 L 7 H. 1^ 

Des pièces de bois sont achetées pour les palissa- 
des. 

« Item que payen à D^ d'Antissac per douas 
a perpounchas. 

« Item que payen à Pierre Bernât per Ires 
« perpounchas ». 



- 346 • 

D autres étaient employées aux marches qui ser- 
vaient à monter sur les passages des crénaux. 

(( liera per far aportar la fti8ta{d\i latin fustis) 
« de per la vila a far los marchaus els corre- 
cf dors JD. 

On répare les fossés et les barrages qui y condui- 
sent l'eau de la rivière, des ruisseaux de Verdanson et 
des Gaulies. 

« Item per 6 homes que tengueren el fossat 3 
(( jours 12 s. j> 

La journée était payée 8 deniers. 

a Item que payen à 4 homes per adobar laus 
(( fossats dous Praires Menors ï l. 6 s. 

ce Item payet Jean Soret per lo gach de très 
a portas e per adobar la peichonaria (lo pei- 
« chièroj iO s. t> 

Des tranchées sont ouvertes à la porte des Sœurs 
où ont travaillé G. Lajohanna, P. B., pendant 15 
jours, 44 hommes pendant 2 jours, des manouvriers 
la veille et le jour de saint Martin « la vespra e joris 
de S* Marti d. 

Mais des efforts plus grands et des travaux plus 
pénibles étaient faits aux portes des Frères Mineurs, 
du Salan et de Puyblanc et les préoccupations les 
plus vives avaient pour objet celle des Prédicateurs 
par laquelle était ouvert un accès sur le pont du Buis, 
le seul qui existât alors sur la Corrèze. Sur ce point 
les femmes, comme nous Ta vous déjà dit, rivali- 
saient d'activité et de dévouement avec les hommes. 

« Item per logier de 84 homes et de 45 femnas à 
« far la maiiobria deus Pezicadors. . 3 l. ïï s. » 



— 347 — 

Le document que nous transcrivons ci-dessous nous 
donne des renseignements incomplets et parfois con- 
tradictoires sur le salaire des ouvriers. 

84 hommes et 45 femmes, soit 129 ouvriers, re- 
çoivent 3 livres 11 sols^ soit 6 deniers et 3 dixièmes 
pour chacun d'eux. G. Donna reçut 15 s. pour 15 
jours de travail, soit 1 sol ou 12 deniers par jour. 

« Item que payen a G. Donna per 15 joris que 
« estet a la manobria. . ., 15 s. i> 

Quarante-quatre hommes pour deux jours de tra- 
vail ont été payés 1 1. 18 s. 6 d., soit 5 d. 2 1/10 par 
jour. Six hommes, tenus au fossé du Salan pendant 
trois jours, ont reçu 12 sols, ou 8 deniers par jour. 

Nous n'entrerons pas dans des détails plus circon- 
stanciés pour éviter des longueurs et donner plus de 
place aux mesures prises et aux dépenses faites pour 
la garde des différents postes. 

Des escouades de dix hommes faisaient le service de 
chacune des portes. Elles étaient commandées par un 
dizainier, qui devait laisser un de ses hommes jus- 
qu'à l'arrivée de leurs remplaçants. Elles répondaient 
à l'appel qui était fait par une corne ou instrument 
de cuir : a Al cory corna, al dith cory cornât d, 
et se réunissaient sur la place Saint-Martin. Les re- 
tardataires ou ceux qui ne se présentaient pas étaient 
punis. 

d Vide lice f que lo gach deves lo matdinas parla 
« de sa garda de mièza nocthj say que à la hora 
n de 5 gros ; e si adonc s'en partia que lo déze- 
« nier sia tegut de laischar un home de sa de- 
« zeina bo e sufficien que garda» be say que 



— 348 — 

a venha la garda del jory, laquai sia legvda de 
(( venir al cory corna ; ho sian tégtit à la pena ». 

La garde de jour se réunissait aussi sur la place 
Saint-Martin. La nioitié des hommes de service atten- 
dait les clefs de la porte qui lui était attribuée, l'au- 
tre moitié devait être rendue à son poste à Theure de 
l'ouverture, pendant la messe, qui était dite à la 
chapelle de saint Michel (1). 

Chacun des hommes de service, armé selon sa 
condition, devait, pendant le jour, manger au corps 
de garde et ne pouvait quitter son poste sous peine de 
punition. 11 gardait, le jour et la nuit, soit au-dessus, 
soit au-dessous des portes, ou sur le clocher, en per- 
sonne et ne pouvait être remplacé. La garde mon- 
tante de nuit devait trouver la garde descendante de 
jour devant la porte fermée et le dizainier ne pouvait 
se retirer avant l'arrivée de son collègue. 

Nous avons déjà dit que les hommes de garde re- 
cevaient une solde. Ainsi quatre sols furent comptés : 
l"" à Jean Reynal pour une soirée de faction. 

« Item que payen à Johan Reynal per un au- 
dc tre ser que fetz lo gach {le guet), despendet 4 s. » 

2° A S^ Clère, Jean de Malhise, Pierre de Bessac et 
son compagnon, 8 s. chacun 1 1. 12 s. 

Pical del Sostre et Jean Lecroc, qui étaient restés 
sept jours à la porte des Prédicateurs, ne reçurent 
que 7 s. Ailleurs, 24 journées de garde ne sont payées 
que 1 1. 4 s., soit i s. par jour. On trouve encore que 



(1) La chapelle de saint Michel était au point de réunion du prieuré 
et de la collégiale. On pourrait l'identifier avec la chapelle de la 
sainte Vierge ou celle des fonls baptismaux. 



- 349 — 

la garde des sept portes, pendant trois nuits, ne donna 
droit qu^à une rétribution de sept sols. Jean La Croz 
et Bernard Delpeuch reçurent cinq sols pour la garde 
des portes pendant sept jours. Pour douze jours, Le 
Clère toucha 11 s. 10 d. Pierre Deljaral, pour 22 jours 
de service à la porte des Sœurs (de las Menudetas), 
reçut 1 1. 1 s. 4 d., soit un peu moins de 1 s. par jour. 
L. Dinat fut payé à raison de 8 d. par jour. Les postes 
des portes de Corrèze et des Prédicateurs étaient 
payés, pour leur présence *du 25 novembre à Noël, 
pendant trente jours, 11.4 s. Pical del Sostre garda 
la porte des Prédicateurs de Noël au 5 mars, et reçut 
27 sols que lui remit Pierre de Prenhac au compte 
de la ville. 

Nous trouvons encore trace, dans le compte des 
consuls, de plusieurs sergents (servientes) ; ce mot 
peut avoir plusieurs significations. On distinguait les 
sergents d'armes qui appartenaient quelquefois à la 
noblesse, officiers du sénéchal, des fonctionnaires 
attachés au tribunal du juge. Ceux-ci portaient, comme 
insigne, un bâton sur lequel était gravées les armes 
de la ville ou de la juridiction seigneuriale à laquelle 
ils appartenaient. Ils exerçaient souvent les fonctions 
des huissiers. La transaction de 1361 décide que trois 
sergents, ou même un plus grand nombre s'il est 
nécessaire, seront attachés à la justice ordinaire de 
Brive et seront élus par les coseigneurs et les consuls 
et qu'ils recevront un denier Raymondin pour une 
citation et deux pour une saisie. 

Le compte consulaire que nous commentons n'a 
pour objet que les frais de la défense de la ville. Il 
parait donc probable que les sergents qu'il mentionne 



— 350 - 

sont des sergents d'armes, peut-être d'un ordre infé- 
rieur, auxquels leur expérience militaire faisait con- 
fier une partie des troupes bourgeoises ou une section 
des remparts. Leur solde était plus élevée que celle 
des soldats sous leurs ordres. A trois d'entre eux et à 
un messager chargé de réclamer les subsides, une 
indemnité de cinq livres est accordée. 

Les évaluations qui précèdent sont discordantes et 
ne nous laissent aucune indication claire sur la solde 
d'un soldat citoyen. On pourrait peut-être penser que 
les différences se rapportent à celles de la force, de 
l'intelligence ou de la durée de la faction de chacun 
d'eux. L'obscurité est d'autant plus grande sur ce 
point, que plusieurs des opérations que relate ce 
compte sont inexactes. Nous le publions tel qu'il 
existe dans les archives municipales, sans le discuter 
davantage. 

Les consuls élus^ au second degré, par les seize 
prudhommes désignés par tous les habitants, chefs 
militaires, agents administratifs, judiciaires et finan- 
ciers^ cumulaient toutes les fonctions qui leur étaient 
dévolues par leur dévouement et la confiance de 
leurs concitoyens, contrairement à la théorie moderne 
de la séparation des pouvoirs. Ils étaient alors à la 
peine^ dans le trouble et l'anarchie des débuts de la 
guerre de cent ans. Ils méritaient la gloire de comman- 
der à leur ville natale et de suppléer à l'insuffisance 
dos anciens pouvoirs. Ils présentaient chaque année, à 
leurs successeurs désignés le jour de Saint-Pierreaux- 
Liens, en présence de cinquante prudhommes, leurs 
comptes consulaires, qui établissent encore les avances 
qu'ils faisaient habituellement sur leur propre for- 



- 351 - 

tune et dont le remboursement était pour eux incer- 
tain. 

Ils construisirent, pendant la première moitié du 
XIV' siècle, une enceinte fortifiée, à peu près identique 
à celle de nos boulevards et qui fut augmentée, au 
point de vue de la défense, après 1374. On se trom- 
perait cependant si Ton croyait que toutes les exigen- 
ces militaires aient été alors remplies. De nombreuses 
maisons ou ayrages étaient contigus aux remparts et 
mettaient obstacle à la continuité des chemins de 
ronde. Nous avons trouvé dans nos archives person- 
nelles des notes, dont nous transcrivons quelques 
lignes : 

a r Die 25 7^^^ i453, nobilis Thomas de Cas- 
a teanœ recognovit se tenere in feudum a prœdic- 
Œ tis condominis villœ Brivœ quœdam agralia 
« sita in villa Brivœ juxtà murum dictœ villœ ; 

« S** Die 9 " junii ià96^ providus vir Joannes 
« Laforestiay mercator et burgensis Brivœ^ prose 
a et suis y recognavit tenere in feudum a dictis 
a condominis quasdam domos^ hortum et fur- 
« num contiguos, sitos infrà villam Brivœ^ con- 
«c fronlatos cum carrierâ publicâ^ per quam itur 
« a Macellis Brivœ versus partam Fratrum Mi- 
« noi'um et cum domo et de forlicu nobilis Joannis 
« de Casteaux et cum muralhâ villœ Brivœ et 
« cum horto et domo nobilis domini Guillelmi 
ce de CosnacOj militis, domini de Bordis. » 

Deux reconnaissances de 1741 mentionnent le 
même fait, et la seconde dit que la maison de M. de 



— 352 — 

Cosnac, seigneur des Bordes, était devenue la pro- 
priété de M. de Gilibert. 

Quelle qu'ait été de ce chef, l'insuffisance de nos 
moyens de défense, nos anciens consuls ont maintenu 
Taulorité du roi, c'est-à-dire l'union française, dans 
nos murs. Brive a été considérée, pendant la guerre 
de cent ans, comme une place frontière, poste avancé 
au milieu des possessions anglaises. Jean-leBon lui a 
reconnu ce glorieux privilège. Elle a été livrée au 
duc de Lancastre en 1373, par ses consuls, effrayés 
par le sac et le pillage de la ville de Limoges par le 
Prince Noir. Rendue un an après à la puissance de 
Charles V, elle a gardé ses franchises jusqu'à la Révo- 
lution. 

Elle a dû sa fidélité et sa force au dévouement dé- 
sintéressé de ses consuls. Nous pouvons être fiers de 
notre passé et être assurés que nous ne connaîtrons 
jamais les difficultés, les dangers et les souffrances 
de nos pères. 

Julien Lalande. 



TITRES & DOCUMENTS (1) 



Dépenses faites par les Consuls pour l'entretien 
et la garde des remparts et fossés de la ville, en 1344, 



Garde de la ville. 

Item que pagen à Robert de la Mainardia per Vincent de 
Malmont e per una netz que anez à Torena am Johan Ray- 
nal e per lo dommaige que la vilha Ihi fetz en un ostal ser 
cair on y fetz un agachier montet tout 2 L 

Item que pagen à Johan Raynal per 2 lioures sera e per 2 
liouvres chandellas e per lo vi del ser del premier gach. 7 s. 

Item que pagen per vi à la manobria del trenchat de la 
Menudetas que es G. Lojohanna 18 s. 

Item que pagen à Johan Raynal per un autre ser que fetz 
lo gach, despendet 4 s. 

Item que pagen à Pierre Malubier per un servent de 
Doma (2) e per lo polvera de cano e per una torcha que iku: 
Johan Rainaus 1 I, 1 s. 3 d. 

Item que pagen à. . . . D*^ d'Antissac per douas perpoiin- 
chas e per anar à Torena e per un trave als sarh e per far 3 
gach 3 L 2 s. 8 d. 

Item à la manobria del trenchat des Las MenudGtas que 
es P. B., en 15 joris costet 12 1. Il s. 8 d. 

Item que pagen à G. Donna per 15 joris que estel à la ma- 
nobria 15 8, 

Item per 44 omes que es P. B. a far la dicha trenchada en 
2 joris, costèro 1 1. 18 s* 6 d. 

(1) Archives de la ville de Brive, FF 7. 

(2) Officier du sénéchal du Périgord et Quercy résidant à Doinme, 



i 



- 354 - 

Item per 2 torchas que ac P. B per far los gach e per tra- 
mestre un massip a Labat daubazina 15 s. 

Item per la manobria que o met lo premier jour als Pezi- 
cadors (1), als Praires Minors, a Salem (2), hia Puech- 
blanc (3) 4 1. 15 s. 

Item que paget P. B. per quatre torchas e per lo vi e las 
chandelas de 40 sers e per far los gachs 3 1. 9 s. 

Item per logier de 84 homes e de 45 femnas a far la ma- 
nobria deus Pezicadors 3 1. 1 1 s. 

Item per far la manobria que a acom à las Sors (4) per far 
lo trenchat, la vespra e joris de S^ Marti, costet. . 2 1. 11 s. 

Item per lous jornals de 23 peiriers e per lo jornals del 
valadié e des amolher al dit trenchat 2 1.17 s. 

Item pagen als très sirvens, hia un nocbrier que vengo 
per demandât lo subsidi 51. 

Item per un massip que tramezen a Perigors e per 2 tor- 
chas que agez P. B. a far los gachs 1 1. 16 s. 

Item à S. Clère hiumar, hia Jean de Molhise, hia peiret 
de Bessac, hia so companho per gardar las portas. 1 1. 12 s. 

Item à Pical del Sostre, hia Jean Lecroc, per gardar la 
porta dous Pezicadors 7 joris 12 s. 

Item per gardar las portas per vingt quatre 
jornadas 11.4 s. 

Item pagen à quels que gardavo las portas del jour de sus 
entre lo jour de S* Jaime 1 1. 7 s. 

Item per une torche 7 s., per 12 jornals de gardar las por- 
tas 12 s., e pagen al trezaurier a cost 5 s., forma. . . 1 1. 2 s. 

Item fazen prezen à la couchada del séneschal 3 1. 10 s., 
hia quels que gardavo de noch 2 s. 2 d., tout 6 1. 

Item que pagen à Pierre Bernât per très perponchas per 6 
laulachas, per 6 lansas e per 8 torchas per far 
lo gach 7 1. 12 s. 

(1) Porte des Frères Prêcheurs. 

(2) Porte du Salan. 

(3) Porte de Puyblanc. 

(4) Porte des Sœurs. 



— 355 — 

Item per los gachs de las 7 portes par 3 nochs 7 s. e pré- 
zen al jusqe à mi setembre coster 3 8. 10 d.. tout. 10 1. 10 s. 

Item per 4 sirvens que estero à las portas 38 jours en tram- 
bedos agra 10 d. per jor, monthi tout. 1 1. Il s. 8 d. 

Item per 3 torchas que ac Jâhan Soret en lasiza et can 
vent lo fllh del senescalh 18 s. 

Item per una corda à la porta coladisa dels Praires Me- 
nors, e per un fust al dich loc. 

Item despendet lo faure de S* Ferriols can vent far los ca- 
nos 3 s. et 2 s. 4 d. per un gach, tout 5 s. 4 d. 

Item que pagen à il de Ghampagnac per las feradinas dels 
sauls e per un cano lo divenres davan S' Michial, tout. 

Item per una taula à far lo pàssaige de Puech Blanc 3 s. 
6 d. et per un massip per anar à Sarlat 4 s., tout. . 8 s. 6 d. 

Item per una torcha que despendet Pierre Raynaus per 
far los gachs et per un cent de clavers als sauls 6 s. 

Item per 7 jours que gardero las portas Johan La Groz et 
Bernart Delpeuch 5 s. 

Item per 2 liouvres chandelas au Olivier Dantissac 15 d. et 
per 7 mas de papier que al costet al cossolat. 

Item per lo vi et las chandelas de 30 sers, 45 s. et per 4 
torchas 28 s. can fo aco dalbaroche. 

Item per 7 torchas que paget P. B. en 2 nets, 
costero 21.7 s. 

Item que pagen à Aymeric Simo et so que presten à Ma- 
domna de Malemort et lettre que n'aven 19 1. 18 s. 

Item que pagen à L. Glere, hia Pical del Sostre, hia Jean 
Lacrox per las portas gardar 13 jours 1 1. 12 s. 

Item per 6 homes que tengueren el fossat 3 jours 12 s. et 
10 s. à Guillaume Borel per son trebalh de la talha, 
far tout 7 1. 2 s. 

Item per los gachs de doas portas, 7 jours et per laus gachs 
de la vila et per 5 jours que L. Glere estet a las portas, 
tout 1 1 s. 10 d. 

Item per los gachs dels portais e de per la vila per 15 sers 
à las 2 portas, finis à 23» 9»»" 16 s. 3 d. 



— 356 — 

Item à Pierre Deljarat per 22 jours que estet al portai de 
Las MenudetaSi comte fach am Vincent Roche, 1 1. 1 s. 4 d. 

Item per 25 jornals de mes à curât lo fossat deprès lo por- 
ta/ Salen mes las ji B. Nadals 16 s. 3 d. 

Item à L. Dinat per gardar lo portai deus Praires Me- 
nors 17 jours à 8 d. lo jour 1 1 s. 4 d. 

Item per lo gach deous Prézicadors et de Corrèza et per 
la vila 7 sers, coslèro 7 s. 4 d. 

Item que pageren à Pical del Sostre per gardar la porta 13 
jours, 8 d. per jours 9 s. 4 d. 

Item per las portas deous Prejsicadors, de Correza et 300, 
et per lo gach de la vila entro à Nadal, tout. 1 1. 19 s. 10 d. 

Item pagen à Pierre Deljaret a 3* X^^ per gardar la porta 
dis Las Menudetas 21 jours 14 s. 

Item à L. Dinat per gardar la porta deus Praires Menors 
entro à Nadal et fo à 25 novembre, tout l 1. 4 s. 

Item à Pierre d'Algaric da 4* X*»»*® entro à Nadal per la 
porta de Las Menudetas 15 s. 

Item per lo vi et las chandelas dels portais deus Prézica- 
dors e de Correza e per aquel dels gachs de per la vila, de 
Nadal entre à la S* Pierre La Cadienna, 
monte tout 3 1. 17 s. 6 d. 

Item en l'assiza d'avan S* Pierre, tramezen prezen del 
juege, al preuraire hi al chanselier, de pa et de vi 

Item despendet Pierre Bernât per lo vi et las chandelas de 
84 sers am lo gach de las nochs 

Item 4 torchas que despendet can l'evesque de Beauvais fo 
à Briva 

Item per far aportar la fusta de per la vila, à far los mar- 
chaus els corredors 

Item que pagen à 4 homes per adobar lous fossés dons 
Fraires Menors 1 1. 6 s. 

Item que donen à Pical del Sostre de gardar la porta dous 
Pré;2icadors de Nadal entre à 5 jours de mars rebatus 20 s. 
quo agut de Pierre de Prenhac per la vila 1 1. 7 s. 

Item per las portas et las fenestras que hom prendet de 
lostal de Naurs, fo rebatut 7 s. 



— 357 — 

Tlem paget Jean Soret per lo gach de 1res portas et per 
adobar la peichonaria 10 s. 

Item per une mas papier per escrire las défalhas e\ Gassa- 
lat 11.4 s. 

Item perlos gachsde 3 sers als Fraires Menors et Salen 
et la Branda 3 s, 9 d. 

Item per lo portai de Puech Blanc per 11 sers desai S^ 
Pierre 5 s. 6 d. 

Item que bailen à Robert La Meinardia, hia Ugo Rocho, 
hia N. Clergos, hia Vincent Maurizi cossols en deuias, los- 
cals eren en 4 Rolles, tout 106 L 7 s. 4 d. 



Distribution des armes pour la garde des 7 portes 
de la ville, 1349(1). 

Portai dos Fraires. 

L'an de nostre Senhor, 1349, en la semana de S* Marti 
D'ivery Devizero Ihi Cossol, la thilaria et las balistas, Baylel 
à N. Clergos, per lo portai deus Frayres Menoi^s : 

Thilaria en ponada de lito 5 dozeaas. 

Item thilaria petita 22 dozènas. 

Item tos aycho es de la vila. Item de la vila.. ! cano. 
Item à Pierre La Gruthalenia que Ihi baylet 

une baliste maurizis de cory 1 balisLa. 

Item 2 massues de la vila 2 massues. 

Portât Satem. 
A Hugo Chabrier per lo portât Satem : 

Tilharia en ponada de lito 5 dozenas. 

Item Tilharia petita 22 doïenas< 

Item Balesta de Cory, una autra de fust 2 balistas, 

(1) Archives de la ville de Brive, FF 7, f* 24 du registre. 
T. XXX. 5 — 7 



— 358 - 

Portât deus Prezicadors. 

Item à Kerre Rainai per lo portai deus Prezicadors^ Bay- 
lero Ihi Cossol de la vila : 

1 Balesla de fust et de Cory 2 balistas. 

Item de tilharia en ponada de lito 5 dozenas. 

Item tilharia petita 22 dozenas. 

Item flageladas 6 flageladas. 

Item de la vila 1 cano. 

Item caros per cano 4. 

Portai de Correza. 

A Jaime del Sadre, baylero Ihi Cossol per lo portai de 
Correza : 

1 balesta de fusit et de cory 2 balistas. 

Item tilharia en ponada de lito 5 dozenas. 

Item tilharia petita 22 dozenas. 

Item flageladas 6 flageladas. 

Item de la vila 1 cano. 

Portai la Branda. 

A Marti Donadieu per lo portai la Branda baylero Ihi 

Cossol de la vila 1 cano. 

Item tilharia en ponada de lito 5 dozenas. 

Item tilharia petita ... ; 22 dozenas. 

Item flageladas 6 flageladas. 

Portai Lemeige. 

A Jean Rainai, per lo portai Lemeige, Baylero Ihi 
Cossol 1 cano. 

Item tilharia en ponada de lito per la granda 

balista de la vila 5 dozenas. 

Item tilharia petita 22 dozenas. 

Item à la grande Balista de fust dicha 1 balista. 

Item flageladas garnidas *. 6 flageladas. 

Item massue ... « 1 massue. 



359 — 



Portai de Pech Blanc, 



A N. Dantissac, baylero Ihi Cossol per lo portai de Pech 

Blanc 1 cano. 

Item tilharia en ponada de leto 5 dozenas. 

Item tilharia petita 22 dozenas. 



Tailles, 1851 (Ij. 

Nota. — Dans cet acte de ville, il est fait mention que 
pour réparer les murs de ville et fossés, pour acheter de 
Vartillerie, pour payer subsides et autres affaires de la 
villBy on avait été forcé d'imposer plusieurs tailles. 

In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen. 

L'an de Nostre Senhor 1351, que ero Cassol en Jean Ray- 
naus, James de Sadre, Marti Donadieux et Robert Castel, 
fo fach Cossolat, de grand Re de prudhomes et de la major 
et melhor partida de la vila et quar aceu prudhome se ran- 
curavo et dision quel temps passât, per la chausas nécessa- 
rias à la vila, ces assaber, per bastir en acuis soc los murs 
et per far ac nous (2) echadafaut et corredors, e per far palene 
al tory de la vila et per réparar los valat et far contrevalat 
et per crompar canos, arbalestas et tilharia et per pagar 
subsidis. 

Item per deniers prestat forsadament a Monsg' de Ro- 
choart, 500 1. de que agro Ihi Cassai que ero adonc lettras de 
son scel sayladas et per maintas autras despesas, elh avio 
grand re prestat à la vila. 

Item disian que, per raso de las dichas despessas et grand 
re d'autras, ero estadas fâchas de grandas talhadas et de 
grossas, de lasquals resta vo mais à pagar. 

Est grand re d'autres prudhomes dichero que o era be 
rasos que los pageshom et que li encbareramen que lor ero 
estât autrogat per la major partida de la Bonagen de la vila 

(1) Archives de la ville de Brive, FF 7, (• 26 du registre. 

(2) Nouveaux. 



— 360 — 

se Causselesso quant de granda soraa vinsion que no devihom 
ero et que B. Rochas que ero estât Cossol en Tan passât avio 
comptât en la major partida daqueus a qui erohom obligat et 
que comteshom am los autres et saubet hom que devria la 
viia e la resta de las talhas de cos que poyriahom bonde- 
nen tro aliory doy. 

Et en aquel mis Cossolat preget hom Jean Rainai que era 
Cossol quelh plagues de levar deus arreirages de las talhas 
per pagar aqueus cui séria degut et segon que levaria sos 
salaries, Ihi fo cregut. 

Et a qui mis J. Rainaus promes que el auria diligensa en 
levar, et juret et promes que aquo que el en levaria, no 
metria en degus usacges, mas à pagar los dich deudes, e 
so que encobaria deviria et pagaria à castu segon que Ihon 
escheyria am volontat daqueus am cui auria hom comtat. 

Fo ordennat peus dich Cossol e per los prudomes e la bona 
gen de la vila per complir las dichas chausas e per so que 
saubet hom soque la vila devria e los arreyrages de las 
talhas que la resta deus comtes daqueus am losquals B. Ro- 
chos avia comtat, debatut lor talhas e comtat tos con lo 
devriahom ni elh devrion e deus autres am on contrariahom 
que en aquest papier s'escria. 

Item fo ordenat que a chastu d'aqueus am cui contra- 
riahom de soque Ihi devriahom, e de so final compte Ihi 
donahom acta si la requer. 

Item que tuh Ihl arreirages que trobatahom que seram 
degus siam après escrihs en aquest papier. 

Lo 5* jory de janvier l'an 1351, far en Cossolat Johan Ray- 
naus, B. Rochas, P. Rochos, Marti Donadieus, P. Domenc, 
P. Debraedor, Aymeric La Ruatier, Martis Nicolaus, aux- 
quals dévia la villa aycbi come es de sus escrih en los com- 
tes, e Pierre Rainaus ero absens, acui dévia ichamen la 
vila, e aqui mis J. Rainaus disque el avia cobrat deus dichs 
arreirages 76 escus, deusquals, de volontat de tos, payet et 
bailet a qui mis, sus, assaber, à B. Rochas 32 escus, à 
P. Rochas 8 escus, à Martin Donadieu 1 escut, Aymeric 
Larua 6 escus, à P. Domenc 8 escus, à P. Dubraedor 3 escus, 



— 361 — 

e per se restet net 5 escus et a M* Marti Nicolau paye ne 
5 escus et puey après fora de Cossolat, Pierre Rainaus dit 
et reconut davant me et B. Rochos, presen J. Raynal que 
a Ihui n'avia pagas 4 escus; et aquestas somas so escrichas 
disas en la fi del comte de chascu. 



Ordonnance des Consuls pour la garde 
de la ville, 1858 (1). 

Hic sunt Ordinationes quse scribi et fieri inceperunt die 
mercurii, post festum beatae cathedrse Sancti Pétri, anno 
Domini 1358, per consules qui dicto festo erant de novo 
creati, videlicet Joannes Reynaldi, Petrus Dominici, Mar- 
tinus Donadei et Joannes Yschartarii, cum consilio et vo- 
luntate proborum vivorum qui sunt infrà scripti. 

Videlicet, que lo gach deves lo matdinas parta de sa garda 
de mieza nocth, say que à la hora de 5 gros; e si adonc s'en 
partia, que lo deszenier sia tegut de laischar un home de sa 
dezena bo e sufilcien que garde be say que venha la garda 
del jory, laquai sia teguda de venir al cory corna; ho siau 
tegut à la pena. 

Item que la garda que devran gàrdar lo jory, sian al dith 
cory cornât en la plassa S* Marti, o la maitat de lous per 
penre las clans de la porta que se devra ubrir, e l'autre 
meitat sia venguda à la dicha porta que hom ubrira dins la 
messe S<^ Michel, ho lo defalhens sia tengus en la pena. 

Item que lots homes que devran gardar la porta estinga 
armât à la porta segon chascu de son estât, e que toutas 
aquelas gardas se dinen à la porte et d'aqui que tout lo jory 
nos parto de la porta ; lo defalhen si nia sio tegut en la pena 
dessus. 

Item que chascu que devra gardar ho la noch, ho lo jory 
ho sus las portais, ho dejos, garde en sa propria persona, 
ho si garde al cluchier. 

(1) Archives de la ville de Brive, FF 7, f* 64 du registre. 



— 362 - 

Item que tolas lâs gardas que lo jory auran gardât, sian 
al sarrau de la porta, si no que degues fa lo gach de noich, 
que adoDC s'en poscha anar quan hom sonara lo 5 gros, 
à laquai hora, tots lo gach que devra velhar de sers, venha, 
e lo deszenier ne se parta daqui que l'autre deszenier que 
devra levar a matdinas sera vengut, et fach lo regach dese- 
nieis per sa banda. 

Item que chascu portant Tespaza ho glavi en lors mas. 

Et à la marge dudit registre sont les noms des particuliers 
qui étaient du Conseil au nombre de cinquante-un. 



Tailles, 1355(1). 

Et ce que me redet Pierre Raynal consul et despessa que 
avia mes e despendut aquel dich an que era estas Cossol am 
SOS dichs autres companhos per una partida del palene et 
per lo (?) reparacion del mur de Puech Blanc et d'aulras 
talasas, ayschi adapareis per sos rolles escrichs (un mot 
illisible), loscals redet et baylet 230 1. 11 s., e per las autras 
despensas 592 1. 1 s. 2 d.» e deduch la pressa e la despensa 
trobet hom que det lo Cossolat al dich Pierre Rainai 10 1. 
6 s., 8 escuts d'aur à 20 s., e cum M' Jaubert de Malemort 
fo tengut per un palefer à la vila en 20 escus d'aur (2) ledit 
Pierre Raynals ho près sobre se ; aysi que los auro cobrato, 
cl sera tegut el Cossolat en 9 écus et dous tiers d'escut. 

Et redet per pessas en escrih de sa ma quel avia pagat per 
la iinansa de Combory à Monsg** lo mareschal Daudenau o à 
sas gens 161 escuts à 20 s. 

Item per la charitat 55 1. 5 s. 9 d. 

Item per la resta que hour li dévia aychi come era con- 
tegut el papier deus affinât e per sos gatges d'aquel an, e per 
despensa que avia fâcha sus murs e en la fortalizza de la 
vila, e en maintas autras manieyras 20 1. 6 sols. 

Item e en aysi la viela noilh der niel al Cossolat. 

(1) Archives de la ville de Brive, FF 7, f* 28 du registre. 

(2) M. de Malemort étail tenu envers la ville, de 20 escus d'or. 



— 363 — 

Tailles, 1848(1). 

L'an de Noslre Senhor 1343, estant cossols Pierre La 
Rebière, N. Coissas, Jean Delcolh e Vincent Raimon Cler- 
gue, fo fach prest à Madompna Matha (sic) (2), vicomtesse de 
Turenne per los dichs cossols e per la viala, e preslero à 
pagement 54 florys ; locals perso la somme de 33 1. 6 s. 6 d. 

Se assaber aquelh que s'en sego, e fo recobedor quest per 
se Guillaume Raymons. 

Nota. — A la suite Ton trouve les feux qui ont contribué 
pour parfaire cette somme imposée par les consuls. Le nom- 
bre des feux est de 216, sauf erreur. 

Dans le rôle de la taille de 1374 Ton trouve 626 feux. 



Extraits de divers actes, 1884(1). 

Comment Tan 1334, les consuls dudit lieu eurent un cachet 
pour signer la vaisselle d'argent; les assises furent tenues à 
Brive par diverses fois pa^ le séneschal du Périgord et 
Quercy, auquel fut fait plusieurs présens et à sa femme 
aussi ; ains qu'appert folio 10. 

Ordre du Roi, 
Gomment aux dites assises vint un message de par le Roi 
qu'on se tint en point d'armes. 

Fouage payé par la ville, 380 livres (1342). 

Comment ledit temps, l'évêque de Beauvais, à cause des 
guerres de Gascogne, fut commis à lever le fougaige à Brive 
par le Roi; et en eut 380 1. par composition. 

Ordre pour réparer les murs de i;i//e(1342). 
Comment les consuls eurent mandement d'arrêter et faire 



(!) Archives de la ville de Brive, FF 7, f» 18 du registre. 
(2) Probablement Mathe de L'IleJourdain, épouse de Bernard Vil 
de Comminges. 
(1) Archives de la ville de Brive, FF 7, f» 29 du registre. 



— 36'i — 

venir tous maçons, charpentiers, couples de bœufs et che- 
vaux pour réparer les murs et portes de la ville, et que 
chacun, selon sa condition, eût harnois. 

Taille pour gens d'armes, imposée par les Consuls (1375). 

Comment à la Magdeleine (1375), les consuls et ville, pour 
lever les bleds, étaient contraints tenir gens d'armes et pour 
iceuz salarier, imposèrent taille. 




Monseigneur François de Gain-Montaignac 

Évéque de Tarbes. 



FRANÇOIS DE GAIN-MÔNTAIGNAC 

Évéque de Tarbes (1744-1812) 



D'après deux ouvrafet récente : 

Abbé L. Dantin, François de Gain-Montaignac, évêque de 
Tarbes (1182-1801), et son diocèse pendant la Révolution 
(Paris, Letouzé et Ané, 1908, gr. in-8^ de pp. xv-257, orné 
de 15 gravures dont deux portraits.) 

Abbé Ferdinand Dufau, Épreuves d'un Évêque français 
pendant la Révolution, — Lettres et Mémoires de Mgr de 
Gain-MontaignaCy évêque de Tarbes (Paris, Poussielgue, 
1897, in-12 de pp. 270). 



François de Gain-Monlaignac n'est pas ici un in- 
connu. Nous avons noté nous-natênaie son rôle lors du 
Concordat et esquissé sa vie aventureuse (1). 

Il nous semble que ce sont autant de motifs pour 
nous engager à présenter deux ouvrages qui méritent 
d'être connus, à son sujets dans le public érudit du 
Limousin. En outre, Tauteur du livre définitif qui 
parait écrit sur notre compatriote, M. Tabbé Dantin, 
nous autorise à reproduire en réduction un des deux 
beaux portraits qui enrichissent notre iconographie 

(1) La Petite Église et le Clergé limousin, Bulletin, 1898. 

Aux documents sur la famille, le Nobiliaire du Diocèse et de ta 
Généralité de Limoges, des abbés Nadaud et Leclerc (Limoges, Du- 
courtieux, 1876-1880), article de Gain, à la Table chronologique et 
analytique des Actes de la Maison de Montaignac, cités par lui, 
M. Dantin ayoute en Pièces justificatives, I, p. 503, les Notes sur la 
famille de Gain, par Ghérin. M. le chanoine Poulbrière l'a aussi do- 
cumenté sur les origines de cette famille. 



366 



provinciale (I). Quelques développements biographi- 
ques sur le personnage, s'imposent avec toutes les 
ressources qui nous sont offertes. 




^isn-^^-^ms 




ARMES DE MONSEIGNEUR DE GAIN-MONTAIGNAC 
(Cliché communiqué par l'Abbé Dantin.) 



Le 6 janvier 1744, au château de Montaignac, pa- 
roisse de Saint-Hippolyte en Limousin, naquit Fran- 
çois de Gain -Montaignac^ ?• fils de Henri-Joseph 

(1) Celui que nous donnons, est la reproduction photographique d*une 
toile appartenant au général Privât, petit-neveu de l'évéque. Le se- 
cond, que nous regrettons de ne pouvoir reproduire, représente Mgr 
de Gain-Montaignac, un jour de réception, d'après un portrait du 
château de Cahuzac (Gers), appartenant à M. le baron Gustave de 
Saint-Julien, et qui a été donné à son arrière*grand*mère par Tévôque 
de Tarbes lui-même. 



— 367 — 

de Gain, marquis de Monlaignac, et de Léonarde Le 
Groing, dame de Fage-Brunel. Il eut deux frères : 
Tainé, Jean-Marie, qui fut écuyer du roi, et un cadet, 
Marie-Joseph, comte de Gain — sans compter ensuite 
deux sœurs : Julie, M"' de Monlaignac, et Gasparde, 
M"* de Rosier. 

Clerc du diocèse de Limoges, il fut admis au 
Grand-Séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, le 29 oc- 
tobre 1764 (I). C'est là qu'il se lia d'amitié avec Louis- 
Apollinaire de Latour du Pin-Montauban^ son futur 
métropolitain d'Auch qui partagea son exil en Es- 
pagne. 

Ordonné en 1768, le jeune prêtre fut investi 
aussitôt du bénéfice d'abbé commendataire de Qua- 
rante^ au diocèse de Narbonne; puis il reçut Tabbaye 
de Saint- Vincent-du-Mans, une des plus riches du 
royaume, et maintes autres collations qui en firent 
très vite un grand seigneur ecclésiastique, se consti- 
tuant jusqu'à 100,000 livres de rentes. 

L'abbé de Gain n'est pas moins choyé par le roi. 
En 1776, lorsqu'il alla visiter l'Italie, une lettre per- 
sonnelle de Marie-An toi nette le recommanda à sa 
sœur, la reine des Deux-Siciles. El à Rome, comme 
à Naples, l'accueil le plus bienveillant et le plus flat- 
teur lui est réservé. Ces relations lui serviront aux 
jours d'épreuves, quand viendra l'exil. 

Dès 1779, le 14 août, le voilà aumônier du roi, et 
il est plus lard successivement nommé conseiller du 



(Ij Franciscus Degain de Monlaignac, clericus Lemovicensis, na- 
tu8 anno ilûi die 6 januarii. — AdmissiLSinSeminariodieoctobris 
176^ (Archives du Séminaire de Saint-Sulpice, Registre des élèces, 
cité par M. Dantin, p. 5, en note.) 



— 368 -- 

roi, commandeur, grand-croix des ordres de N.-D. du 
Mont-Carmel et de Saint-Lazare. A ces honneurs, le 
cardinal Charles- Antoine de La Roche- Ai mond, arche- 
vêque de Reims — enfant, lui aussi, du même diocèse 
de Limoges et grand-aumônier de la Cour^ — ajoute 
celui de vicaire-général, ce qui n'empêche pas Tabbé 
de Gain de rester étroitement attaché au service de la 
maison royale. Il est aimé de Louis XVI et jouit de 
toutes les faveurs de Versailles. 

A la nomination à Angers de Mgr Lorry, le roi 
nomma son aumônier pour le remplacer sur le siège 
épiscopal de Tarbes. Le nouvel évêque fut sacré à 
38 ans, le 20 octobre 1782. Deux autres Limousins, 
le même cardinal de La Roche- Aimond et Pierre II 
de Sainl-Aulaire, Pavaient précédé à cet évêché du- 
rant le XVIII* siècle. 

Dès son arrivée à Tarbes, Mgr de Gain voulut acqué- 
rir une connaissance complète de son diocèse. Dans ce 
but il adressa à tous les curés un long questionnaire 
dont les réponses ont été conservées. Il eut ainsi tous 
les renseignements désirables sur ses auxiliaires et sur 
la situation matérielle et morale de chaque paroisse. 
M. Dantin analyse ce précieux document auquel Tévê- 
que donna, en corollaire, des instructions confiden- 
tielles et pratiques : cette seconde pièce sera ultérieu- 
rement publiée (1). 

Les ordonnances du nouvel évêque, ses mandements 
sur Téducation ecclésiastique au séminaire, sur ren- 
seignement du catéchisme (1784 et 1785), prouvèrent 

(t) Note en addenda à la fin du volume. 



— 369 — 

encore son zèle éclairé (1). Président-né des Etats de 
Bigorre, sa sollicitude s'étend aux biens temporels de 
la province, avec sa générosité : en 1783, il fait dis- 
tribuer 3,000 livres aux victimes d'un incendie qui 
dévora une rue entière de Tarbes; en 1787, c/est 
1,200 livres pour remédier à une disette générale; 
en 1789, une autre somme non moins importante 
aux paysans dont la récolte est ravagée par la grêle. 

Arrivent les jours critiques^ que M. Dantin appelle 
« la Crise du Serment ». L'évêque de Tarbes, au début 
de Tère nouvelle, dit la messe sur Tautel de la Fédé- 
ration^ le 14 juillet 1790, sur une place publique de 
la ville; il est très conciliant, mais il hésite cependant 
devant le serment imposé par l'Assemblée nationale; 
pour gagner du temps il passe en Espagne, le 9 dé- 
cembre, et de Saint-Sébastien il fulmine en une épltre 
contre ce fameux serment. 

A dater de cette époque (1790), Mgr de Gain écrit 
cette série de lettres que publie M. l'abbé Duffau : 
« Le langage du polémiste, bien que toujours tem- 
péré par la charité et la modération, s'éleva jusqu'aux 
accents de la plus haute éloquence » pour défendre 
l'autorité de l'Eglise. 

Ces lettres avaient été en partie réunies en deux 
volumes par son vicaire-général, compagnon de ses 
vicissitudes, M. de Layrolle, qui ne nous est pas étran- 
ger, ayant été nommé à l'abbaye de Lesterps, au dio- 
cèse de Limoges. M. Duffau en publie les premières et 



(1) Le mandement du catéchisme servait encore, il y a quelques 
années, de préface à celui du diocèse de Tarbes. C'était, écrivait 
M. Bilière à M. Dufau (p. iv-v) le 8 décembre 1896, une c délicieuse 
introduction » que « ce mandement de notre évoque limousin ». 



— 370 — 

les dernières, qui sont les plus intéressantes. Déjà, les 
lettres pastorales adressées à son diocèse par Mgr de 
Gain avaient été résumées dans les Mémoires qu'avait 
fait paraître sur Tordre de Pie VI, à Pise en 1814, 
dernier volume, consacré à l'histoire religieuse de la 
France pendant la Révolution. 

Ce bagage littéraire, déjà important, se complète : 
1 Me 136 lettres particulières écrites à Tabbé de Cas- 
teron, réunies par Tabbé Cusajoux, un érudit local, 
et utilisées par M. Dantin; — 2" de 172 a Lettres de 
Mgr François de Gain, évèque de Tarbes, à ses neveux, 
sur la religion catholique, écrites pendant la Révo- 
lution de France n, 12 volumes in-8% actuellement 
en possession de son historien et dont, en bon pré- 
curseur, M. Duffau avait extrait la relation de ses 
voyages durant Texil : 

ce Ces écrits, dit celui-ci, forment, dans leur ensem- 
ble, un monument des plus précieux pour le diocèse 
de Tarbes. 11 serait à souhaiter qu'un généreux Mécène 
ou qu'une souscription du clergé en favorisât l'im- 
pression. On peut espérer qu'ils tenteront la curiosité 
et l'ardeur d'un écrivain à peindre le passé et qu'il 
les mettra en œuvre pour raconter la vie complète de 
Mgr de Gain, avec l'histoire de son diocèse durant la 
Révolution. » 

Ce dernier vœu est aujourd'hui réalisé par M. l'abbé 
Dantin, aussi bien qu'il était désirable ; maïs, nous 
plaçant au seul point de vue limousin, ce qui nous 
retient, c'est surtout les faits personnels qui inté- 
ressent la notoriété de notre compatriote épiscopal; 
aussi faisons -nous beaucoup état du petit volume 
de M. Dufau qui, en somme, est un pur recueil de la 



— 371 — 

prose de Mgr de Gain, à peine cinoientée par des phra- 
ses essentielles de Téditeur pour renchalnement des 
faits. 

La prenoiière lettre de Tévéque de Tarbes fut une 
réponse à Tinjonction des administrateurs du dépar- 
tement des Hautes-Pyrénées, pour lui faire constituer 
un Conseil épiscopal, conformément à la Constitution 
civile du clergé (10 septembre 1790). Il s'y refusa, 
mais avec les ménagements voulus par l'espoir qu'il 
avait de voir modifier cette loi. Il se montrait néan- 
moins très imbu des préjugés gallicans^ si bien en 
cours dans le clergé de Tancien régime. 

Auprès de ses prêtres, Mgr de Gain organisa la 
résistance en adressant une première lettre-circulaire 
à tous les curés du diocèse. A Saint-Sébastien, en- 
suite, il attendit l'extrême limite deç deux mois 
laissés par la loi aux ecclésiastiques résidant en pays 
étranger, pour prêter le serment; il espérait toujours 
quelque accommodement! Exhortation aux fidèles^ 
protestation contre la menace de nomination par les 
électeurs d'un successeur en son siège épiscopal, tout 
fut mis en œuvre par lui. Il vint lui-même, enfin, 
prononcer un vigoureux discours pour montrer une 
fois de plus qu'il était inutile de lui demander de 
jurer, de prêter serment à la Constitution civile. 
Ce discours fut le dernier qu'il fit^ le dimanche 
13 mars 1791, en sa cathédrale de Tarbes. 

Mais rien n'arrêta la marche de la révolution parmi 
son clergé : les Pères Doctrinaires, qui régentaient le 
Séminaire et le Collège, balancèrent son influence et 
se rangèrent parmi les Constitutionnels, prédisposés 
au schisme par leurs doctrines jansénistes. Le rec- 



— 372 — 

teur du Collège, Guillaume Molinier, — qui avait 
notamment professé à Brive, — accepta le rôle d'évê- 
que élu des Hautes-Pyrénées, malgré l'admonestation 
sévère que lui envoya Mgr de Gain. Ce prélat fidèle 
n'eut plus qu'à s'éloigner devant les désordres qui 
déjà révolutionnaient le pays (mai 1791). 

Il alla retrouver son métropolitain, Tarchevêque 
d'Âuch, qui Tavait précédé dans le val d'Aran, au 
village de Lés ; mais sous la pression des municipali- 
tés françaises voisines, les deux évêques partirent pour 
l'intérieur de l'Espagne. L'abbé de Montserrat les 
arrête dans son monastère bénédictin, où notre com- 
patriote séjourne jusqu'en décembre 1792 et d'où il 
ne cessa de correspondre avec les catholiques de son 
diocèse. Retiré ensuite, par économie, à l'ermitage 
Saint-Onufre^ il y rédigea ses Lettres sur la Reli- 
giouy en douze volumes, sorte de catéchisme de per- 
sévérance pour ses deux neveux, Marlian et Alphée 
de Gain de Montaignac, venus au monde peu d'années 
avant la Révolution et restés en France, presque 
orphelins, durant la tourmente : leur père, Jean- 
Léonard, chevalier de Montaignac, attaché à la maison 
du roi, et leurs oncles, erraient à l'étranger; leur 
mère était en réclusion, leur grand'mère accablée 
d^âge. Notre évêque chercha de* loin à exercer une 
tutelle paternelle. L'un d'eux^ qui seul semble avoir 
vécu^ le comte Martian de Gain de Montaignac^ né en 
janvier 1778, chevalier héréditaire de l'ordre de 
Malte, devint, sous la Restauration, gouverneur du 
château de Pau et mourut en 1819, sans laisser 
d'héritiers de son nom. 

Mais la Terreur sévit à Tarbes durant la retraite de 



— 373 — 

son pasteur exilé. Son clergé, chassé, emprisonné, 
recevait toujours de lui des instructions fortifiantes et 
consolatrices. La guerre avec l'Espagne le força encore 
à s'éloigner. Il partit, appelé par un ami, dans les 
Etats romains (1794) et demanda Thospitalité au pape 
qui lui assigna le couvent des Cordeliers, à Lugo, 
ville de la Romagne. 

De là, encore^ mais avec toutes les précautions pos- 
sibles, Mgr de Gain envoya, deux années durant, ses 
instructions à ses fidèles diocésains et à ses clercs 
exilés. Il assiste de loin aux rétractations des asser- 
mentés, que reçoit son vicaire général délégué, l'abbé 
de Chavalon. 

Mais, en 1796, Bonaparte entre en Italie et mar- 
che sur les Etats de l'Eglise. L'évêque de Tarbes 
et ses compagnons fuient encore devant les armes 
françaises. Dans une odyssée très pénible, il gagne 
succes.sivement Rimini, Capo d'Istria, Lorette, Morro- 
valle dans la Marche d'Ancône et finalement, par 
une barque de pêcheurs, le royaume de Naples. Là, à 
Caserte, il revoit Mesdames de France, les trois filles 
infortunées de Louis XV, réfugiées dans une rési- 
dence d'été de leur royal cousin ; elles accueillent 
très affectueusement Tancien aumônier de Versailles. 
C'est vingt mois de répit où la correspondance devient 
de plus en plus active, avec la reprise de son diocèse 
sur les Constitutionnels. Les missives continuent de 
plus belle encore quand Mgr de Gain séjourne dans 
l'abbaye de Sainte-Trinité de la Cava, où l'hospitalité 
lui était accordée. 

L'armée de Championnet, maîtresse de Rome, 
s'avance sur Naples. Le roi, la reine et son ministre 

T. XXX. a - 8 



— 374 - 

partent pour la Sicile. Notre évêque se réfugie, lui 
aussi, sur un navire portugais que commande un 
ami^ Français comme lui, le comte de Puységur, qui 
le transporte à Palerme. Mais une loi sicilienne inter- 
dit le séjour aux émigrés. Heureusement qu'il se lie 
avec le jeune amiral de la flotte du Portugal, le mar- 
quis de Niza, qui lui fait renoncer à un projet d'aller 
en Russie rejoindre son frère, le chevalier de Montai- 
gnac, pour lui faire accepter Lisbonne comme rési- 
dence (27 mars 1800). 

Habitant un agréable couvent de franciscains, sur 
les bords du Tage, le pasteur put s'adonner encore, en 
toute sécurité cette fois-ci, à son rôle épiscopal, admi- 
nistrant à distance son diocèse avec une sûreté de 
main égale à ses principes pleins de droiture. Et Dieu 
sait si les questions des serments exigés des prêtres, 
autant que l'organisation des Missions, lui offrirent 
des difficultés ! 

Il avait pour ainsi dire gain de cause, quand sur- 
vint le Concordat. C'est une nouvelle source de tribu- 
lations. M. l'abbé Dantin explique les hésitations du 
fervent royaliste à accepter le contrat, dont les pre- 
mières conséquences étaient d'entraîner les démis- 
sions des évoques restés fidèles impeccables dans les 
plus mauvais jours ! 

Il reçoit enfin un bref spécial du pape : Pie VH 
demande sa démission à Mgr de Gain, qui la donne 
avec beaucoup de dignité, en faisant naturellement 
profession de foi gallicane et royaliste. Mais les articles 
organiques l'irritent bientôt. Ses protestations le ran- 
gèrent parmi les mécontents et il signa le manifeste 



— 375 — 

des trente-sept évéqiies anticoncordataires, les pères 
de la Petite-Eglise. 

Sur ces entrefaites (1808), Lisbonne était troublée 
par l'invasion subite des troupes françaises. Privé de 
tout secours, Tancien évêque connut des jours de 
détresse. La pension, dont il était le bénéficiaire, ne 
put plus lui être payée par les princes portugais, 
enfuis au Brésil. Son dernier recours fut de se réfu- 
gier à Londres. 

11 était attiré en Angleterre par la présence de plu- 
sieurs évoques, ses amis, et celle de la famille royale 
de France, à laquelle il fut heureux de pouvoir faire 
sa cour dés le lendemain de son arrivée, comme il 
récrit. C'est dans ce milieu, en harmonie avec ses 
affections, que s'écoulèrent, paisibles et sereines, ses 
dernières années. Il peut achever ses Lettres sur la 
Religion^ qui contiennent son autobiographie, et qu'il 
dédie paternellement à ses anciens diocésains, les 
soumettant humblement au jugement du Souverain 
Pontife. 

Sa santé éprouvée par tant de vicissitudes physiques 
et morales, ne lui permit que d'atteindre le seuil de la 
vieillesse ; il mourut le mois de juin 1812^ à l'âge de 
68 ans. 

Ainsi finit l'existence d'un prélat de l'ancien ré- 
gime, qui, sans jouer un grand rôle politique, nous 
présente une curieuse, originale et sympathique phy- 
sionomie : 

Abbé de cour, mais doué d'une piété sincère et 
d'une forte instruction ; — esprit d'abord fort conci- 
liant pour les idées nouvelles^ mais s'affermissant 
dans ses principes à mesure qu'ils sont davantage 



— 376 — 

menacés et persécutés; — grand seigneur et mon- 
dain, affiné par Téducation et cependant résistant à 
toutes les épreuves ; — chevaleresque comme soutien 
du trône et de l'autel, et mélangeant ses convictions 
gallicanes et royalistes à une obéissance tantôt fière^ 

tantôt humble envers le pape 

Cet évoque-gentilhomme d'un autre âge méritait 
d'avoir un aussi digne historien que M. l'abbé Dantin 
et nous avons été heureux de faire connaître son 
ouvrage. Un critique de valeur, M. A. Mathiez, juge 
ainsi ce livre : a Excellente monographie, bien docu- 
mentée, bien conduite, bien écrite, où je ne trouve à 
reprendre qu'un peu de partialité pour l'ultramonta- 
nisme (1) » 

C'est une bonne fortune pour notre compatriote 
d'avoir à son actif, pour faire revivre sa mémoire, une 
telle œuvre, avec, déjà, un commencement de publi- 
cation de ses nombreux écrits. 

Non seulement son intéressante odyssée et son ca- 
ractère gagnent d'être racontés dans ces publications, 
mais elles nous font désirer, à notre tour, que le 
bagage de l'écrivain soit édité. 

Notre compte rendu^ si borné qu'il a dû être au 
résumé biographique^ ne servirait-il qu'à appuyer ce 
vœu, que son but doublerait de portée. 

(1) Revue Critique, n* du 16 juillet 1908, pp. 35 36. — Ajoutons cette 
indication que donne à juste titre M. Mathiez : « On trouvera dans 
ce livre des détails intéressants sur la vie des évoques et des prêtres 
émigrés, sur l'accueil assez froid qu'ils reçurent en Espagne et dans 
les Etats romains, sur les différents subterfuges dont ils usaient pour 
communiquer avec leurs anciens diocésains. » — C'est dire la portée 
générale du travail. 



— 377 — 

Et nous devons savoir déjà beaucoup de gré à nos 
distingués confrères tarbais du monument historique 
et littéraire qu'ils érigent à Mgr François de Gain- 
Montaignac. C'est une importante contribution à no- 
tre propre domaine limousin d'érudition, 

Louis de Nussac. 



De\x3c OlioixeirLS 

LE CHEVALIER DE lONTIAUR ET LE BARON DE COIIARQUE 



A la limite du canton de Vayrac, en bordure de la 
route de Martel à Saint-Denis, non loin de la station 
des Quatre-Routes, se dresse le petit château de la 
Tulle. C'est une construction rectangulaire que flan- 
que une tour ronde, véritable tour de guetteur, d'une 
forme très élancée. De loin, on dirait une personne 
vivante qui, au-dessus de la route et derrière le rideau 
des peupliers, fixe attentivement la ruine de Cazillac. 

Là vivait, en 1789, un ancien garde du corps du 
roi, M. Jean de Montmaur, qualifié seigneur de la 
Tulle, avocat en parlement, notable de la ville de 
Martel, âgé d^environ soixante-cinq ans, époux de 
dame Anne de Marquessac de Croze. De leur union 
étaient nés plusieurs enfants : trois fils et des filles. 

L'aîné des fils, Tiburce, à l'âge de 18 ans, était 
entré comme garde du corps à la compagnie écos- 
saise (I), sur la présentation de M. de Lagrange, gen- 
tilhomme du Quercy, sous-lieutenant à cette compa- 
gnie, dont le capitaine était M. le duc d'Ayen. On 
retrouve Tiburce de Montmaur mentionné aux pièces 
du procès de Louis XVI comme figurant encore parmi 
les gardes du corps, aux appointements de 610 livres. 



(1) La compagnie écossaise, dont Torigine remontait à Louis XI, 
avait le pas sur les trois autres compagnies de gardes. 



— 380 — 

lors du licenciement, opéré en 1791. Emigré en sep- 
tembre 1791, il fit à Tarmée de Condé toutes les 
campagnes jusqu'en 1800. Il se distingua notam- 
ment à l'affaire de Kramlach. Lors du licenciement en 
mai 1801, il servait encore au régiment d'Angoulême- 
Cavalerie, lequel avait pour colonel un Périgourdin, 
M. de Mellet, et pour lieutenant-colonel un Limousin, 
le maréchal-de-camp vicomte de Brachet. Une pre- 
mière fois, le 22 septembre 1788, il avait épousé 
Madeleine-Marie Vidal de Lapize^ d'une famille dis- 
tinguée du Quercy. Après divorce prononcé le 25 plu- 
viôse an II, il l'épousa une seconde fois le 2 novembre 
1812. En 1815, le roi Louis XVIII le nomma chef 
d'escadron de cavalerie et Tadmiit à la retraite. 

Un autre fils fut l'abbé Jean-Jacques-Philippe- 
Suzanne de Montmaur, chevalier de Malte et du 
Phénix de Hohenlohe, dont il sera question un peu 
plus loin. 

Un troisième fils^ le chevalier Joseph-François- 
Etienne de Montmaur^ dit Montmaur Lagilardie, joua 
un rôle des plus actifs dans les mouvements roya- 
listes qui suivirent la réaction thermidorienne. 

Entré aux gardes du corps, compagnie écossaise, le 
30 mars 1787, à Tâge de 18 ans, comme son frère et 
sur la présentation de ce dernier, il était parti pour 
l'émigration en septembre 1791. 

En 1792, il sert dans la cavalerie de l'armée des 
Princes, et prend part au siège de Thionville. 

Après la retraite dos émigrés sur les pays-bas au- 
trichiens, en avril 1793, il rejoint le corps de Condé 
et prend part à toutes les campagnes^ jusqu'en 1797. 

En 1798 il rentre en France, malgré la loi qui 



— 381 — 

punissait de mort les émigrés; il y revient avec des 
pouvoirs spéciaux; il accompagne le marquis de Sur- 
ville, chargé par Louis XVIII a d'organiser le Midi ». 

C'est une figure bien curieuse que celle de ce mar- 
quis de Surville et, à son sujet, on peut ouvrir ici une 
parenthèse. 

La Terreur était alors terminée. Mais, suivant un 
mot bien connu, les morts parlaient. Un vent de 
représailles, de vengeances parfois atroces et de ré- 
bellion, soufflait sur le Midi. Sous un gouvernement 
méprisé et sans autorité^ le Directoire, les anciennes 
provinces du Languedoc et de la Provence, la région 
du Vivarais, du Velay et du Forez, voyaient passer 
avec leurs masques sombres, leurs cadenettes et leurs 
triques redoutables, ces bandes qu'on appelait les 
Compagnons du Soleil, les Ganses Noires, les Chouans 
du Gard, les Vengeurs de la Nature outragée, les 
Compagnons de Jéhu. 

On s'attaquait aux caisses publiques, aux acqué- 
reurs de biens nationaux. Des rives de la Méditerranée 
au Plateau central régnait une grave effervescence. 
Quelques royalistes s'offrirent au prétendant pour 
aller chouanner sur les escarpements des Cévennes. 
Parmi eux il ne s'en trouva pas de plus séduisant, ni 
de plus audacieux que Jean-Louis-Armand Tallard^ 
marquis de Surville : ce fut un vrai personnage de 
roman. 

Né à l'Ile-de-France vers 1760, d'une famille ori- 
ginaire du diocèse de Viviers, il avait été capitaine 
au régiment de Pondichéry. Une première fois, au 
lendemain du 9 thermidor, il était rentré en France, 
et, par Lyon, avait gagné son pays d'origine, le Viva- 



— 382 — 

rais. Créole comme saint Georges, il en avait la sou- 
plesse et, comme lui, c'était une épée dangereuse. 
A ses heures perdues, il rimait sans en faire la con- 
fidence à personne. C'était aussi une tête folle, dont 
se défiaient les hauts conseillers de l'émigration, tels 
que Précyqui, de Vérone, devait le diriger. Louis XVIII 
et le prince de Condé se renvoyaient ses offres de ser- 
vices, qu'ils encourageaient sans les accepter nette- 
ment. 

Dans son étude remarquablement documentée. Le 
Prologue du iS fructidor^ à laquelle nous emprun- 
tons les détails concernant Surville, M. Ernest Daudet 
exprime l'avis que ce dernier n'aurait jamais reçu, 
comme il l'a prétendu, le brevet de commandant 
suprême dans la Haute-Auvergne, le Vivarais et le 
Velay. Le contraire paraît ressortir du dossier mili- 
taire du chevalier de Montmaur qui fut l'un des lieu- 
tenants de Surville et dont les déclarations sont cer- 
tifiées par plusieurs émigrés, le vicomte de Montchal, 
le marquis du Boscage^ le vicomte de Lafaye et le 
comte Louis de Clermont-Tonnerre. 

C'est à la fin de 1797 ou au commencement de 1798 
que le marquis de Surville et le chevalier de Mont- 
maur revinrent en France^ sans qu'il soit possible de 
mieux préciser. 

Montmaur avait commission pour comfnander une 
région déterminée du Forez et du Vivarais, mais il 
était sous les ordres de Surville qui se qualifiait, 
d'après ses papiers, « colonel légionnaire et commis- 
saire départi par Sa Majesté très chrétienne dans l'in- 
térieur du royaume^ près des Français amis du trône 
et de l'autel d. 



— 383 — 

La situation des royalistes dans les montagnes de 
la Haute-Loire était alors bien mauvaise. Ils avaient 
éprouvé plusieurs échecs. La gendarmerie et les corps 
d'infanterie légère les traquaient de toutes parts. Un 
de leurs meilleurs officiers, le chevalier de Lamothe, 
après s'être emparé de Pont-Saint-Esprit, avait été 
arrêté, écroué à la prison du Puy, où on Tavait trouvé 
égorgé le 6 octobre 1797. 

Surville et Montmaur^ dans les gorges et les forêts 
de cette région, menèrent pendant quelques mois une 
existence mystérieuse, et vraisemblablement des plus 
misérables. 

Ce fut une femme, Marie Thiouleyre, veuve de Jean- 
Pierre Brun, une « Messaline », a-t-on dit^ qui livra 
le premier. 

Voici le récit de son arrestation d'après le rapport 
du général de brigade Colomb, commandant la T* sub- 
division de la 19"** division militaire : 

a Le 15 fructidor^ à 8 heures du soir, la gendar- 
merie de Graponne s'est mise en marche pour se 
rendre dans la commune de Saint-Pol, avec quarante 
chasseurs de la 16'"*" demi-brigade d'infanterie légère, 
en cantonnement à Craponne, commandée par le 
lieutenant Meusnier, se dirigeant sur une maison 
située dans des gorges indiquées comme repaire de 
prêtres insermentés. A 4 heures du matin, la troupe 
investit la maison en silence. Au moment où la porte 
s'ouvre au jour, comme à l'ordinaire, par une femme 
de l'intérieur qui ne se doutait de rien, la troupe 
entre et trouve tout le monde au lit. Elle entend du 
bruit sur sa tête et un mouvement* précipité. L'offi- 



— 384 — 

cier demande de la lumière qu'il n'obtient (ju'après 
beaucoup de menaces. 

<r Dans cet intervalle, le citoyen Delaigue, briga- 
dier de la gendarmerie, aperçoit par une ouverture la 
clarté d'une lampe qui est éteinte sur-le-champ^ et, 
regardant vers Tendroit où il l'avait aperçue^ il re- 
marque un trou par lequel un homme peut passer à 
peine. Le brave Delaigue entre et se trouve dans une 
caverne où, aussitôt qu'il a pénétré, un des brigands 
— l'ex-marquis de Surville — le prend par les che- 
veux et, lui tenant une espingole sur la poitrine, lui 
dit : 

ce J ... f. .... tu es mort si tu parles ! » 

« Le brigadier s'écrie : 

« Chasseurs, je suis perdu; mais faites rôtir tous 
les gueux qui sont ici. » 

a Dans cette caverne, à l'instant, l'officier Meusnier 
fait braquer toutes les armes sur l'ouverture et or- 
donne aux brigands de lâcher le brigadier s'ils ne veu- 
lent tous périr. Enfin, sur sa promesse et celle de 
Delaigue de leur ménager la vie, ils sortent, quoique 
avec beaucoup de peine, un à un, de leur caverne, 
au nombre de quatre, et sont enchaînés de même, et 
amenés à Craponne, d'où le lendemain ils prennent 
la route du Puy, escortés par le même détachement 
et vingt-cinq hussards du 9"' régiment. » 

Telle est la version officielle sur cette affaire, sui- 
vant le rapport qui figure au dossier Surville aux 
Archives nationales. Mais^ comme l'a remarqué M. Er- 
nest Daudet^ en réalité, les royalistes épuisés et pris 
au traquenard s'étaient rendus sans combattre. 



- 385 — 

Dans les papiers de Surville, on trouva des mani- 
festes, des appels aux armes adressés « à la brillante 
Jeunesse ». Transféré à la prison du Puy, il s'y con- 
cilia, par sa bonne humeur et sa belle attitude, toutes 
les sympathies. Il reconnut tout ce qu'on lui repro- 
chait, se bornant à affirmer qu'il était étranger à tout 
acte de brigandage, à toute fabrication de fausse mon- 
naie et qu'il s'appelait tout simplement Tallard. Le 
17 octobre 1798, il comparut devant une commission 
militaire comme prévenu d'émigration. Il suffisait de 
constater son identité pour lui appliquer la peine 
capitale aux termes de la loi du 19 fructidor an V. 
Dix témoins, sur onze, le reconnurent. Il avait en 
effet une physionomie charmante, « une figure qu'on 
n'oublie pas quand on Ta vue ». D'après une tradi- 
tion, il se rendit sur le terrain d'exécution a rose et 
poudré, son mouchoir à la main, saluant du geste la 
foule accourue sur son passage ». A 11 heures du 
matin, on le fusilla sur une place de la ville que do- 
mine le rocher Corneille, en présence de la garnison 
et de la population. 

Avant de mourir il avait écrit à sa femme, lui re- 
commandant les poésies d'une personne de sa famille 
qui aurait vécu au temps passé, et qu'il appelait Clo- 
tilde de Surville, œuvre immortelle, disait-il, qu'il 
avait confiée à des mains amies et qu'il voulait don- 
ner au public. 

C'était un manuscrit de vers dans la manière an- 
cienne, non sans grâce, mais tout entier de sa com- 
position, comme on le reconnut plus tard. 

A la directrice du journal littéraire de Lausanne, 
il avait écrit : « 11 est des circonstances. Madame, où 



— 386 — 

l'on ne peut écrire que des billets. Je vais, sous peu 
d'instants, me faire casser la tête. Il ne me sera plus 
possible d'avoir quelque légère part à la confection de 
votre journal intéressant » 

Plus heureux que Surville, le chevalier de Mont- 
maur, après la mort de son chef, parvint à se dérober 
à la police du Directoire. Jusqu'en 1800, il erra dans 
les montages du Forez et du Vivarais. On ignore s'il 
prit part à l'agression dirigée peu de temps avant la 
bataille de Marengo, contre la Manufacture d'armes 
de Saint-Etienne. 

En 1800, le comte de Noyant, venu en France au 
nom de Louis XVIII, lui donna une mission d'inspec- 
teur dans l'Agence royaliste de Lyon dirigée précé- 
demment par Imbert Colomès(l), puis par le général 
Willot(2). Il y demeura jusqu'en 1801. L'agence roya- 
liste fut alors dissoute. L'amnistie des émigrés allait 
intervenir. Montmaur accepta néanmoins plusieurs 
missions. Mais une nuit, sur les quais du Rhône, il 
se trouva en face d'agents qui lui mirent la main au 



(1) Imbert Golomès (Jacques-Pierre), né à Lyon le 3 novembre 1729, 
mort à Bath, en Angleterre, le 12 décembre 1809, fut premier échevio 
de Lyon en 1788 et commandant de la garde nationaJe de cette ville 
en 1790. Dévoué à Louis XVI, il émigra. Rentré à Lyon en 1797, il y 
fut nommé député au Conseil des Cinq- Cents. Au coup d'État de fruc- 
tidor, sur le point d'être arrêté comme royaliste, il se réfugia de nou- 
veau en Allemagne. £n juillet 1801, le premier Consul le fit arrêter à 
Bayreuth par le gouvernement prussien. Il ne fut mis en liberté qu'en 
1809. Il alla aussitôt retrouver Louis XVIII en Angleterre, où il 
mourut. 

(2) Le général Willot, ami de Picbegru et de Moreau, déporté à la 
Guyane après le coup d'État de fructidor, puis évadé de cette colonie 
en 1798, devait en effet diriger un soulèvement dans le Midi, (d'après 
les papiers saisis à Bayreuth et à Mende, publiés par le gouverne- 
ment en l'an X). Dans une lettre du 3 septembre ISOO, il est dénommé 
général en chef pour S. M. Louis XVIII et il a pour chef d'état-major 
le général Danicau,qui avait pris le commandement des sections roya- 
listes de Paris à la journée du 13 vendémiaire. 



— 387 - 

collet. Il se débattit, réussit à prendre la fuite. Dans 
Tobscurité, on tira sur lui. Il reçut une balle dans la 
jambe, put néanmoins échapper à la patrouille qui le 
poursuivait. Recueilli par des personnes charitables, 
il entra sous un nom supposé à THôtel-Dieu de Lyon 
et y resta plus de quarante jours pour se faire guérir. 
Mais la police était sur sa trace et sa tête avait été 
mise à prix, suivant les pratiques inaugurées par 
Fouché. 

L'amnistie survint heureusement pour lui. Après 
dix ans d'absence, il regagna le Limousin. Ses biens 
de Martel, où son père lui avait légué une maison, 
avaient été vendus comme biens d'émigré. Il se fixa 
à Meymac (l), où il avait épousé, le 6 mai 1790, 
M"* de Segonzac. 

Là^ pendant toute la durée de l'Empire, il fut 
l'objet d'une surveillance attentive. 

En 1814, il ce rejoignit le corps », le régiment des 
gardes licencié vingt-trois ans auparavant. Chevalier 
de Saint-Louis du 9 août 1814, il fut incorporé de 
nouveau à Versailles dans la compagnie écossaise pla- 
cée sous le commandement de M. le duc d'Havre et 
de Croy. Il fut même nommé garde de la Manche. Ces 
derniers, au nombre de vingt-quatre, étaient les plus 
rapprochés du roi dans les cérémonies. 

Mais, dans sa vie aventureuse, l'ancien chouan du 
Forez avait vieilli. Il avait désappris le métier mili- 
taire. Sur la proposition du duc d'Havre et de Croy, 
il fut admis à la retraite le l*"" novembre 1815, avec 
rang de capitaine de cavalerie. 

(1) Une branche de la famille de Montmaur était établie à Brive 
même au xvii* siècle. Elle possédait en outre des biens à Meyssac. 



- 388 — 

La devise des siens était : Dieu et le Roi. La vérité 
oblige à dire qu'il y était resté aveuglément et déses- 
pérément fidèle. 

L'abbé Jean-Jacques-Philippe-Suzanne de Monl- 
maur, troisième fils de Jean de Montmaur, seigneur 
de la Tulle, et frère du chevalier de Montmaur^ était 
né à Martel le T** mai 1764. Dans sa correspondance, 
il rappelle qu'il avait étudié la théologie avec un 
jeune séminariste du nom de Joachim Murât. Vers 
1787, ce dernier quitta l'habit religieux et s'engagea 
à Toulouse dans un régiment de cavalerie, Ardennes- 
Chasseurs. 

On sait ce qu'il devint : époux de Caroline Bona- 
parte, commandant en chef la cavalerie de la Grande- 
Armée, il eut en partage le royaume de Naples. 

L'abbé de Montmaur, en une existence moins bril- 
lante, mais également accidentée, quitta la France, 
fuyant les lois qui frappaient les prêtres insermentés. 
11 arriva à Worms au mois de juin 1791. En novem- 
bre de la même année il fut attaché, comme aumô- 
nier, au quartier général de l'armée de Condé. Là, il 
fut adjoint au grand aumônier, Mgr de Conzie, évo- 
que d'Arras et l'un des conseillers les plus écoutés 
du prince (1). De 1791 à 1801, date du licenciement 
de l'armée Condéenne, il fit toutes les campagnes 
auprès de ce dernier^ supportant, malgré sa santé 
délicate, comme les combattants, toutes les intem- 



(1) Marie-Hilaire de Conzie, d*une famille originaire de la Bresse, 
d'abord capitaine de dragons, puis entré dans les ordres, avait été 
évoque de Saint-Omer en 1766, évoque d'Arras en 1769. \\ mourut à 
Londres en 1804. 



— 389 — 

péries des saisons et la vie pénible des camps. « L'hon- 
neur de servir le roi, écrivait-il, sera pour moi la 
plus belle récompense; je n'en demande pas d'au- 
tre. » Sur les champs de bataille, dans les hôpitaux 
militaires, il donnait ses soins, écrivait-il encore^ 
aux patriotes comme aux royalistes. Après les événe- 
ments de 1815 il exerça^ de 1822 à 1830, les fonctions 
d'aumônier au i'"' régiment de Grenadiers à cheval de 
la garde royale. Le colonel marquis Oudinot, fils du 
maréchal Oudinot^ l'avait en haute estime. Il connut 
la veuve de Lescure, la marquise de la Rochejaque- 
lein, qui lui fît part des souvenirs de sa vie aventu- 
reuse en Vendée. Enfin, il fut lié avec le personnage 
auquel s'applique la seconde partie de cette étude^ 
le baron de Commarque, qui, parti de la Corrèze, 
devint l'un des chefs de la chouannerie normande. 

Le 23 avril 1800, il écrivait d'Augsbourg à Munich^ 
à son correspondant, l'abbé de Lespine, qui fut plus 
tard bibliothécaire adjoint à la Bibliothèque natio- 
nale : a On dit que l'état-major de Monsieur est 
nommé et que ce prince doit se rendre en Bretagne 
avec Mgr le duc de Bourbon pour y réorganiser l'ar- 
mée royale (t). La mort de Frotté, loin d'intimider, 
y a exaspéré les esprits. Le baron de Commarque, no- 
tre voisin et mon intime ami, a été fusillé avec lui. 
Je le regrette sincèrement. » 

M. de Commarque (Armand -Joseph), Tintime ami 
de l'abbé de Montmaur, était d'une famille origi- 
naire de la Dordogne. Mais il s'était marié à Beau- 



ci) On voit que la conduite du comte d'Artois à nie-Dieu, en 1795, 
et lors de l'affaire de Quiberon, n'avait pas découragé les espérances 
des royalistes et leur confiance en ce prince. 

T. XXX 3-9 



— 390 — 

lieu, où il avait épousé sa cousine, M"* Massoulié, fille 
de Jean-Pierre Massoulié, écuyer, seigneur de la Veil- 
lane, subdélégué de Tintendant à Beaulieu, et de 
dame Anne de Commarque. Il ne semble pas qu'il en 
ait eu des enfants. Sur la liste des émigrés de Tan II, 
on trouve : « Commarque (Armand-Joseph), domicilié 
à Beaulieu. » D'autre part, le 31 juillet 1792, l'agent 
du domaine, séquestre, affermait, au prix de 1525 
livres par an, les biens de M. Commarque, à Beau- 
lieu. 

D'après la savante étude de M. de la Sicotière sur 
Louis de Protté, ouvrage où se trouvent rapportés 
presque tous les documents ci-après utilisés, M. de 
Commarque aurait été^ avant la Révolution^ capi- 
taine au régiment de Beauce. Il ne figure cependant 
pas sur les anciens contrôles de ce régiment. 

D'après d'autres sources, qui paraissent exactes^ il 
sortait des gardes du corps. 

En 1792, on le trouve servant dans les rangs des 
Comdéens. 

Il revient ensuite de Témigration, désabusé sur 
cette dernière comme Frotté. Plus tard il apparaît 
en Vendée. 

En 1799, il est devenu le premier aide de camp du 
comte Louis de Frotté, lieutenant général, comman- 
dant en chef l'armée royale de la Basse-Normandie. 
Ce dernier, qui persista à combattre, lorsque Bour- 
mont, d'Autichamp, Cadoudal et les autres chefs 
angevins ou bretons avaient déposé les armes, fat 
l'âme entêtée jusqu'à la mort de la chouannerie nor- 
mande. 

Dans un article du journal normand, La Foudre^ 



— 391 — 

du 30 octobre 1821, signé Urbain Guilbert, on seni- 
ble placer Commarque au-dessus de son chef, Louis 
de Frotté. Le 3 septembre 1799, il commande une 
importante division qui opère dans l'arrondissement 
de Falaise et qui comprend 1425 chouans. C'était, 
dit M. de la Sicotière, un homme d'une rare intrépi- 
dité. Un soir, caché au château du Tertre avec d'Oil- 
liamson et de la Pivardière, et prévenus qu'une visite 
domiciliaire aurait lieu dans la nuit, à trois heures du 
matin, ils se couchèrent en disant : Dormons jusqu'à 
deux heures, et alors nous irons faire un tour dans les 
bois. Au bout d'un certain temps, l'un d'eux touche 
sa montre : elle sonne trois heures. Ces messieurs se 
hâtent de sortir et de se sauver dans les bois. Mais le 
temps était froid, la nuit toujours sombre. On inter- 
roge de nouveau la montre qui, cette fois, sonne 
minuit. Ils s'étaient trompés lors du premier appel. 
« Rentrons au château, se disent-ils, nous nous chauf- 
ferons pendant deux heures, puis nous reviendrons 
ici. » Et les voilà qui regagnent le château du Tertre. 
Ils en étaient tout proches, lorsqu'ils virent à l'en- 
tour les feux de bivouac de la troupe qui, ayant de- 
vancé l'heure annoncée, cernait l'habitation et avait 
commencé de la fouiller. Ils purent heureusement se 
replier. 

Au début de Tan VIII, en l'absence de Frotté auquel 
il servait de chef d'état-major, Commarque prend le 
commandement des quatre divisions de l'armée de la 
Basse-Normandie. Son quartier général est au château 
de Fiers. Sa vie d'aventures allait se terminer. 

Le 22 pluviôse an Vlll, le premier Consul lui- 
môme, pour en finir avec cette poignée de factieux, 



- 392 - 

écrit au général Gardanne, chargé d'opérer contre elle, 
une lettre par laquelle il naiet à prix à niille louis la 
tête de Frotté. Celle de Commargue était cotée cent 
louis. 

Ces procédés rappelaient, il faut le reconnaître, les 
mœurs de la Corse et les pratiques du niaquis. 

Quoi qu'il en soit^ les volontés du premier Consul 
ne tardèrent pas à être exécutées. 

Quelques jours après. Frotté, Commarque et cinq 
autres officiers royalistes, munis cVnn sauf-^conduit 
en bonne forme, s'étaient rendus à Alençon pour 
conférer au sujet d'un armistice avec le général Gui- 
dai, commandant le département de TOrne, le même 
qui fut arrêté en 181 '2 avec le général Malet, et fusillé 
avec lui dans la plaine de Grenelle. En pleine nuit, 
après quelques pourparlers, à Timproviste et sans 
explications, les officiers Chouans furent arrêtés. On 
les transféra immédiatement à Verneuil, avec ordre 
de les traduire devant une commission militaire. 
Dans cette affaire, comme à la suite de l'arrestation du 
duc d'Enghien, les pièces de la procédure et la sen- 
tence elle-même ont disparu. Frotté et Commarque, 
a-t-on dit^ invoquèrent en vain la parole donnée et le 
bénéfice de leur sauf-conduit. 11 n'y eut, ni témoins, 
ni défenseurs. D'après une tradition, Louis Bonaparte, 
le futur roi de Hollande, alors colonel du S"*' dragons 
en garnison à Verneuil, refusa de présider la com- 
mission militaire. On lui prête ces paroles : « Je ne 
suis soldat que depuis peu de temps. Mais j'en sais 
assez sur l'honneur militaire pour ne pas compro- 
mettre mon nom dans une pareille iniquité. i> Pendant 
la délibération du conseil^ les accusés, sans illusion 



- 393 — 

sur leur sort, demandèrent une bouteille de vin 
qu'ils burent à la santé du roi. Par application de la 
loi sur rémigration, ils furent condamnés à être pas- 
sés par les armes. 

L'exécution eut lieu à Verneuil, le 29 pluviôse an 
VIII (18 février 1800), à cinq heures du soir, sur un 
tertre aux environs de la ville, en un lieu qu'on 
appelle encore le Clos-Frotté. Les condamnés s'y ren- 
dirent à pied. Ils marchaient deux par deux, encadrés 
par la troupe. Les fenêtres, sur leur passage, s'étaient 
fermées en signe de deuil^ car la population était 
royaliste. Une musique militaire jouait le Ça ira. 
Frotté, dans la marche, vint à perdre le pas. Com- 
marque, ou un autre, lui en fit la réflexion : « C'est ce 
maudit air qui en est cause », répondit-il en souriant. 
Devant le peloton d'exécution, les sept officiers se 
prirent par la main et, avec une calme intrépidité 
qu'ont reconnu leurs adversaires, tombèrent au cri 
de : (T Vive le Roi ! » 

Voici ce que contient le petit portefeuille en ma- 
roquin rouge de Commarque, tout éraillé et usé, tel 
qu'il fut saisi sur le « brigand » et tel qu'il a été con- 
servé aux Archives nationales : 

Passe-port en blanc de la municipalité d'Alençon, 
lettre de sa sœur lui donnant des détails sur .ses niè- 
ces, et particulièrement sur Angélique^ sa filleule, 
a la plus jolie des trois petites. » 

Chiffon de gros papier renfermant une mèche de 
cheveux blonds, fins et soyeux, avec ces lignes qui 
semblent avoir été renvoyées à leur auteur : 

a Madame, je n'ai pu vous voir sans éprouver pour 



— 394 — 

vous les sentiments les plus tendres. Je sais qu'il est 
impardonnable de vous en avoir fait part. Mais je 
n'ai pu résister au désir de vous apprendre que je 
n*aime et n'estime que vous. Si Tamour respectueux, 
fidèle, et surtout discret, peut ne pas vous déplaire, 
je jure de vous adorer toute ma vie. » 

Notes d'auberge, recette de cirage, liste de sobri- 
quets chouanniques ; billet d'Auguste, secrétaire de 
Frotté, mandant Commarque auprès du général en 
chef; deux chansons, l'une : a f aimons que Voti 
chante gaiement coînme faisaient nos pères », 
l'autre, sur le vin et l'amour : a Las ! je sais borner 
mes désirs ». 

On voit combien était léger le bagage de ces hom- 
mes d'action. Au milieu de dangers incessants, non 
seulement ils restaient pleins de confiance, mais ils 
trouvaient encore à se distraire avec les sous-enten- 
dus de la joyeuse chanson des départements : 

Heureux enfin qui te découvre, 
département du Mont-Blanc ! 

Frotté, Commarque et leurs compagnons ont, dans 
la vieille église de la Madeleine, à Verneuil, un mo- 
nument en marbre blanc qui leur a été consacré par 
la Restauration, avec un remarquable bas-relief de 
David d'-Angers. On y lit l'inscription : 

Sicut Machabœif perierunt hac in urbe anno 
1800 die XVIII februar Ludovicus Cornes de Frotté^ 
Dux primarius 7'egii per Neustriam eœercitus 
ejusque commilitones B^ de Comarc (1), /?** d'Hu- 

(I) Sic, 



— 395 — 

gon^ Saint Florent, Dv. Verdun, Cavalier Duhuniy 

Paschal. 

Pro Deo et rege. 

La maquette du bas-relief est, avec les œuvres de 
David^ au musée d'Angers. Il représente les sept offi- 
ciers royalistes devant le peloton d'exécution. Le génie 
du grand statuaire s'y révèle dans sa beauté simple et 
dans tout son éclat. Les attitudes sont pleines de 
noblesse. Les têtes, où les yeux semblent agrandis^ 
sont admirablement expressives. Commarque est à la 
droite de Frotté, qui est placé au centre. 

Rappelons en terminant que, du rocher de Sainte- 
Hélène, Napoléon lui-même, après avoir subi à son 
tour les injures de la Fortune et reconnu le prix de 
la fidélité, a écrite rendant hommage à ces braves 
qu'il avait envoyés au dernier supplice : « La France 
donna la mort à leurs actions et des larmes à leur 
courage. Tout dévouement est héroïque. » 

J. DE Saint-Germain. 



AUTRES VÉNÉRABLES DOCUMENTS MONASTIQUES 

SUR 

TULLE ET ROCAMADOUR 

ÉDITÉS AVEC NOTES 

PAR 

(Suite). 



II 

Sequuntur Census et Redditus. 

SsLncti Hilarii de Fouissac. 

Imprimis débet prior de Afaensaco 6 librâs turonenses et 
2 solidos solvendos in festo omnium sanctorum. 

Item praepositus de Navis débet 3 solidos quos habebat ibi 
vicecomes Ventodorus. 

It. qui tenent affarium de Palagingas debent 4 sextaria 
siliginis ad bonam et 2 sext. frumenti ad bo. quae habebat 
ibi vicecomes Ventodors (1). 

SequWir parrochia de Chameyrac. 

It. in manso de la Chieza d'à Poissac debent decem soli- 
dos solvendos in festo beati Martini hiemalis cum mero et 
mixto dominio et jurisdictione alta et bassa, et etiam servi- 
tia et explectamenta. 

(1) Seigneur de Sérilhac, co-seigneur de Lagarde et environs, ainsi 
que d'Ârgentat, suzerain pour Saint-Chamans, etc. 

T. XXX. 4 - 1 



- 398 — 

Sequitur parrochia SANCTiE FoRTUxATiE. 

In manso de Vaurs (1) debent 35 solid. quos habebat ibi 
vicecomes Ventadorus solvendos, medietalem in festo beati 
Martini hiemalis et aliam medietatem in martio. 

Sequitur parrochia d'à Orliac. 

In manso d'à Crossac debent 10 sezt. aven. a. p. et 3 sext. 
sil. quse ibi habebat vicecomes Ventodorius. 

Praemissa superiù? scripta levantur cum terra Tutellensi 
et non computantur de facto Sancti Hilarii. 

Sequitur parrochia 8. Hilarii d'à Fouissac. 

De Noualias sotranas debent 1 sext. frum. ad mensur. 
viscontal et 13 sext. eyminam silig. ad eandem mensur. ; et 
8 sunt calcati ; et 10 sext. avense ad mensur. Detglotonis 
(delglotonis ??) et 10 et 6 solid. 5 denar. obolum solvendos 
in terminis qui sequuntur, videlicet in festo beati Michaelis 
6 sol. 5 den. obol. it. in martio 5 solid. it. in majo 5 sol. ; 
item debent 1 mutonem et 3 gallinas et 2 gallos et 20 ova. 

It. in manso d'à Chabanas sotranas debent 1 sext. frum. 

ad mensur. viscontal sextar. silig. ad mensur. 

Gloton (2) et ad mensur. viscontal et 11 sext. 

aven, ad mens. Gloton et 60 sol. in terminis qui sequuntur, 
videlicet in festo b. Mich. 15 sol. in festo b. Andréa» 20 sol. 
it. in marcio 10 sol. it. in maicr 10 sol. et 2 gallin. 

In manso d'à Jo debent 20 sext. frum. ad mensur. viscon- 
tal, calcatos, et 7 sext. et 1 quartonem silig. ad mens. vise, 
et 12 sext. aven, ad mens. Gloton, et 50 sol. solvendos in ter- 
minis qui sequntur, videlicet, in festo b. Mich. 20 sol. ; in 

festo b. Ândrese 18 sol. et in martio 12 sol. in maio 

(siCf en blanc). It. 1 mutonem, it. 20 ova, it. 5 gallin. et 2 
gallos. 

(1) Meyssac. — Vaurs, 31 hab. fief. Tous ces lieux existent; Job, 
43 hab. 

(2) Egletons ; vicomtale (de la vicomte de Ventadour, éclipsée de 
Comborn). 



- 399 — 

It. in affario del ChamboriSi debent 2 sext. frum. ad mens, 
viscontal et 3 sol. solvendos in festo S. Michaelis, item 1 
gallinam. 

It. in manso de La Borgada, debent 1 sext. frum. ad mens, 
viscontal et 14 sext. eyminam silig. 5 sext. ad mens. Gloton, 
et 2 sext. calcatos ad mens, viscon. et 7 sext. eymin. ad 
eandem mens, viscon. et 10 sext. eymi. aven, ad mensur. 
Gloton et 54 sol. 4 den. renduales, in terminis qui sequntur, 
videlicet in festo b. Mich. 20 sol. ; in festo b. Andreae 14 sol. 

4 den. ; in mai*tio 10 sol. ; in majo 10 sol. et 3 gallin. et 2 
gallos et 20 ova, et 1 mutonem in maio. 

In manso d'à La Charlania, debent 12 sext. silig. ad mens. 
Glotonensem et 18 sext. aven, ad eandem mensur. et 24 sol. 
et 6 den. rend, in terminis qui seq. videlicet in festo b. 
Mich. 10 sol. ; in festo b. Andreae 10 sol. in maio 4 sol. 6 
den. et 3 gallin. et 60 ova. 

In manso d'à La Clercia, debent 2 sext. frum. ad mens, 
vise, uno calcato et 13 sext. eymi. silig. ad dictam mensur. 
et 6 sext. sunt calcati et una tortada(i) silig. et 13 sext. emin. 
aven, ad mens. Gloton, et 48 sol. et 6 denar. obolum solven- 
dos in terminis qui sequntur, videlicet in festo b. Mich. 12 
sol. 6 den. obol. ; in festô b. Andr. 15 sol. ; in martio 11 sol. ; 
in maio 10 sol. et 3 gallin. et unam albergam. 

In affario de Malfon, debent 1 sext. silig. et 1 sext. aven, 
totum ad mensur. viscon. et 12 den. rend, in festo B. Mich. 
et 2 gallinas. 

It. in bordaria de La Massonia (2) et d'à La Clida, debent 
1 sext. frum. calcatum, ad mensur. viscon. et 8 sext. silig. ; 

5 calcatos ad mensur. viscon. et 2 tortadas silig. et 6 sext. et 
duas partes unius eyminae aven, ad mensur. Gloton et 13 sol. 
turon. 2 den. solvend. in term. qui seq. videl. in festo b. 



(1) Mesure usitée pour la cendre uniquement à Corrèze, soit un 
comble panier {paillaasoa) à a tourte » de pain. Chambort, signalé 
1771 et 1451 d'après série B. 721, Archiv. de la Corrèze, près Char- 
lane de Saint Hilaire, distinct de la Charlane, haute et basse, de La- 
pleau, 25 hab. ; Clercie, 38 hab. ; Bourgeade, haute et basse, 143 âmes. 

(2) Une autre Massonie que celle de Soudeilles, cela va sans dire. 
Clida, porte clôture eu bois tressé. 



— 400 - 

Mich. 5 sol. ; in festo b. Andr. 2 sol. G den. ; in mârtio 2 
sol. 6 den. ; in maio 3 sol. minus 2 den. et unam gallin. 

In bordaria d'at Poch et d'à Lâusedat et pro loco de Las 
Vaus Sobranas, P. Lasvaus débet (debent?) 11 sext. eymin. 
silig. ad mens. yisc. et 6 den. ave. ad mens. Gloton et in 
festo b. Andr. 20 sol. 7 den. ; in maio 20 den. et 10 ova et 2 
gallin. et unam albergam. 

In affario d'à La, Chatgeyria Sancti Hilarii, debent 1 sext. 
frum. ad mens. vise, et 7 sext. et 1 quartonem sili. ad eand. 
mens, et 3 sint calcati et 9 sext. et 1 ras aven, ad mens.Glo- 
tonen. et 24 sol. 9 den. solvend. in terminis qui sequntur, 
videl. in festo b. Mich. 9 sol. 9 den. ; in festo b. Andr. 5 sol. ; 
in martio 5 sol. ; in maio 5 sol. et 3 gallin. et 1 albergam. 

It. in bordariis d'à Lasvaus sotranas S. Hilarii et d'à Las 
Bordas, debent eyminam frum. ad mens. Glot. et 7 sext. sili. 
ad mens. vise, quorum 2 sext. sunt calcati, et 6 sext. aven, 
ad mens. Gloton et 18 sol. et 7 den. rendual. solvend. in 
term. qui seq. videl. in festo b. Mich. 8 sol. 7 den. et in festo 
b. Andr. 4 sol. ; in martio 4 sol. ; in maio 2 sol. ; et 1 gallin. 
in festo nativit. Domini et 1 albergam. 

Item 6 den. turon. pro molendino Saraiur (farnier??) de 
novo aedificato et 1 den. de accaptamento in mutatione do- 
mini utriusque (1). 

It. d'à La Mauria debent 1 sext. frum. ad mens, viscon. 
et 4 sext. frum. ad mens. Glot. et 11 sext. sili. quorum 3 
sunt calcati ad mens. Glot. et 1 sext. ad,mens. Glot. et resi- 
duum ad mens, viscon. et 12 sext. et 1 ras aven, ad mens. 
Glot. et 28 sol. et 9 den. rend, solven. in term. qui seq. videl. 
in festo b. Mich. 10 sol. 9 den. ; in festo b. Andr. 8 sol. ; in 
martio 5 sol. ; in maio 5 sol. ; item 7 gallinas. 

Item Joannes et Alaida et Bartholomaeus Lamoria debent 
2 sext. sili. ad mens. vise, et 5 ras aven, ad mens. Glot. pro 
affario de Las Vaus Sotranas et d'al Poch-à-la-Rocha ; item 
12 sol. minus duos den. rend, in term. qui seq. videl. in 

(1) J'écarte Sarcueil, 1577 ; Sercuer, 1406, paroisse de Laval, dépen- 
dant de Saleys, près la Jarrige ; il a disparu. 



— 401 - 

festo B. Mich. 4 sol. ; in festo B. Andr. 4 sol. ; in martio 2 
sol. ; in maio 22 denarios etc.... (sic). 



Actum Tutellse, die 12 mensis Junii, anno Domini 1487, 
praeseutibus testibus infra scriptis, existens et personaliter 
constitutus Joannes, aliàs Joanisso Demarses, aliàs Ptc- 
vert (1), laborator Tutellse, coram venerabili et religioso 
viro fratre Martino de Campo, eleemosinario ecclesiae cathe- 
dralis Tutellensis, tamquam domino fundali et directo horti 
infra confruntandi, etc. (sic). 

Cuiquidem domno eleemosinario dixit et explicavit quod 
ipse acquisiverat titulo permutationis et excambiaverat 
quoddam nemus suum, situm in lerritorio de Saumieyras, 

cum quodam horto ipsius germani qui dictus Ger- 

mani (sic) eidem de Marses sibi diviserat dictum hortum, 
quiquidem hortus est situs in territorio de Las CostaSy con- 
fruntatur cum quodam alio horto haeredum quondam Pétri 
Pierre (sic, probablement pour Petit-Pierre) et cum quàdam 
vineâ dicti Marses et cum quodam itinere publico per quod 
itur de Barrio de la, Barrieyra ad Crucem de Bar, tran- 
seundo per Bassiam, et cum quodam alio horto illorum de 
Vernia, aliàs Bedde, quadam parva via intermedia, cum suis 
aliis confruntationibus. 

De quoquidem horto dictus dominus eleemosinarius est 
dominus fundalis et directus et eidem pertinet jus vestiendi 
et divestiendi ; quare gratis recognovit ipse Marses tenere 
ab eodem domino dictum hortum, tamquam à domino suo 
fundali, promisitque et juravit alium non advoare alium 
(sic) iii dominum. Et cum praemissis dictus dominus eleemo- 
sinarius, tamquam dominus fundalis dicti horti investi vit 

(1) Marseix, fief (Yigeois) ; Ëgletons, Latronche. Saumières (Tulle- 
Saint-Julien), non loin de Poissac. La Barrière et la Racsie, quartiers 
de Tulle, continus ; le deuxiènoe en 1510, peu distant du pont de la 
Barrière. — Ceindriat, près la Ghèze et Chanac ; le Charlat, aliàs 
Feix, 1600 (Tulle). — Croix-de-Bar (Tulle), 62 hab. ; Mazaleyrat, 95 h. 
(Pradines) ; Peyrelevade (Chameyrat). 



— 402 — 

dictum Marsès de dicto horlo praeconfruntato, cum juribus 
et pertinentiis suis, per traditionem notse, et recognovit ha- 
buisse et solulum fuisse de capissolido, laudimio et investi- 
tione, et eundem quittavit penitus cum paclo etc. (sic). De 
quibus premissis omnibus et singulis dictae partes petierunt 
instrumentum et instrumenta in meliori forma, etc. praesen- 
tibus Petro Mathaeo et Joanne, aliàs Joanot de Peiralata, 
lignifabris, Tutellœ habitantibus, testibus ad haec vocatis et 
rogatis. — De Chieza, notarius, qui praemissa recepit. 



Actum Tutellae, die 22 nov. 1488.... testibus : domino 
Joanne de Jos et Martino Pouly, qua die personaliter cons- 
titutus coram fratre Martino de Campo, eleemos. eccl. ca- 
thedr. Tut. dominoque juridiquo et fundali et directo man- 
sorum infrascript. videlicet : Joannes de Cendriac, aliàs 
Penel, mansi de Cendriac, parrochiae de Chanaco, qui eidem 
explicavit et insinuavit arrenduationem et assensam eidem 
factam per Anthonium del Mazaleyrac, mercatorem Tutellae, 
de sexta parte, partim pro divisoet partim pro indiviso man- 
sorum de Cendriac, d'à la Bachelaria et de la Meyrandia, 
ad invicem contiguorum, sitorum in parrochia de Chanaco, 
confrontantium cum pertinentiis mansorum d'à La Chiesa 
de JoSy de Vedrenas et d'aZ Trecht^ cum suis aliis confrun- 
tationibus, sub annuo censu seu redditu 50 sol. monetae cur- 
rentis, rendualium, et sub intraggio 40 librarum monetae 
currentis semel solvendarum, quod quidem pratum [pro 
pactum seu pretium] et intraggium confessus fuit et reco- 
gnovit se habuisse et realiter récépissé et ipsum Joannem 
praesentem solvit et quittavit, cum pacto, etc. (sic) et quod 
de praemissis se divestiverat et ipsiim investiverat, et per 
praefatum dominum Eleemosinarium investiri voluerat, 
eidemque supplicaverat quatenus dictam arrendationem lau- 
daret et confirmaret, et ipsum de praemissis investiret et 
investire vellet,- quia erat praesto et paratus facere deverium 
suum. 



— 403 — 

Et qui, inquam, dominus eleem. audila requesta, eandem 
arrendationem modo praedicto factam, laudavit et ratificavit, 
etc et ipsum Joannem Penel de prsemissis, tamquam do- 
minus fundalis eorundem investivit per traditionem notulse 
arrendationis, jure suo et quolibet alieno semper salvis, et 
salvis sibi censibus, redditibus, aliisque juribus ad causam 
praemissorum debitis, et recognovit habuisse cappissolidum 
et laudimiencium et jus investiturae pro prsemissis débita et 
eundem Joannem presentem solvit et quittavit cum pacto, etc. 

Et ibidemmet ipse Joannes Penel de Cendriac gratis, etc. 
confessus fuit et recog. se tenere à dicto elee. prœs. tanquam 
à dno juridiquo, fund. et direc. dictam sextam partem ipso- 
rum mansorum superiùs confrunt. et se debere anno quolib. 
et perpet. census et reddit. ad causam ejusdem debitos et 
consuetos et quos solvere promisil et convenit lerminis et 
pactis debitis et consuetis sub obligat. et hypotheca, etc., 
renuntians, etc., juri, etc., comp. noluerunt, etc. 

De quibus praemissis ipse Joannes Penel petiit pro se, et 
dictus dominus expensis dicli Joannis etiam petiit instru- 
mentum et eorum quilibet. Datum pro copia extrada ab 
originali notula receptum per B. Solerii, r. 



29 janvier 1528. Les tenanciers del Trecht (Chanac) ont été 
condamnés par sentance du séneschal au siège de Tulle, 
à cause du tènement de Jos (Chariâc), à payer 2 sestiers 
seigle, une eymine d'orge, une de froment à petite mesure 
de Tulle, 4 sesliers avoine à bonne mesure de Tulle et 
32 s. ts. d'argent et 2 gelines de annuelle et perpétuelle 
rente. [Je résume.] 

10* déc. 1529. Sentence dud. sénéch. condamnant ceux de 
Bessas (Espagnhac) à payer in futurum aud. aumônier de 

rente sur Bessas à petite mes. de Tulle, avec dépans. 

2 septemb. 1529 contre ceux de la Chkse (Chanac) de 2 ses- 
tiers seigle, sentence donnée à la cour de TAumonerie tenue 



- 404 — 

au village de Gendriac (Chanac) par M. Anth. Agrafeuil, 
juge d'icelle. Est écrit au papier de la cour de lad. jurid. 

21 mars 1529. Contre ceux de BouUse (Corrèze), par le 
juge de Vantadour, pour payer à Taumôn. 4 cestiers seigle, 
petite mesure. 28 aoust 1556. Contre Jean Pinhot Chadabec, 
meusnier, paroisse S*-Germain-les-Vernias, par B. de Loyac, 
lient' partie, de Tulle, pour payer rente 4 cestiers seigle, 
mesure Tulîe, à l'aumo. sur le Moulin de Chad&bec, 

14 juillet 1556. Sentence du sénéc. de Tulle contre ceux 
d'Aujsière (Rosiers) pour rente sur Auzière, de 20 s. ts. à 
chaque Noël, et continuer in futurum avec dépans tels que 
de raison. Signé dud. B. de Loyac. 

20« fév. 1592 contre Ant. Dupuy, dit fort espeix, de Tulle, 
par le juge ordin. de Tulle, rente d'un cestier seigle, mezure 
Tulle, payab. entre les 2 fêtes N.-D. d'août et sept, pour un 
bois assis au Charlat (S* Julien de Tulle). 

G. de Coderc^ commis du greffier. 

Compulsoire du livre entier dont les directeurs raportent 
l'original pour justifier que les rentes sur lesquelles le pré- 
vôt Rajaut a fondé l'aumône du caresme, de 40 cetiers de 
seigle, dans l'acte de 1216 ont esté toujours joijes par l'au- 
monier et pour justifier que les mêmes rentes de Bussières, 
d'Aubes, de Maugenès, de Rochepaluc, de la Jutzia et de 
Longmànteil sont contenues dans ce livre comme apparte- 
nant à Taumonerie. — Cote O. 



Déposition à Venquête de 1671 (\). 

lo Tutela civitas est sita in parte inferiori provinciae 
Lemovicensis, in territorio satis fertili respectu montium 
circunstantium; in ea fluunt Cur7'etia et SoJanafluvii; sunt 
in ea 24,000 animarum, aut circiter, et sicut episcopum in 
spiritualibus dominum cognoscit, ita et illi subjacet in tem- 
poralibus; hsec scio quia in ea natus sum et fui educatus et 

(1) Papiers Talin. 



— 405 — 

sum cadonicus in Ecclesia cathedrali Sancto Martino Turo- 
nensi. 

2^ Episcopo dedicata, arte magniôca sedificata, et inter 
alias regni cathédrales, insigni mememorata (sic), in qua 
Dovemdecim sunt a{(ana bene ornata in quibus singulis 
diebus ut plurimum sacra mysteria celebrantur; multis 
tamen indiget reparationibus, tum quia est antiqua, tum 
quia valdé pauperes sunt illius ministri ; fornix multis in 
locis ruinae proxima est, sicut et clsLUStrum et refectorium : 
campanilis, pyramidœ admirandae eletationis super 4 co- 
lumnas promptissima indiget reparatione, sine qua opus 
illud (arlis miraculum existimatum) brevi ruens civitatem, 
imo regnum maximo privabit ornamento. Libri cantus et 
ornamenta deficiunt et numéro et qualitate. Haec scio quia 
vidi. 

3** Bituricensis archiepiscopatus suffraganea est eclesia 
Tutelensis, hoc scio : 1® quia legi ; 2® quia dum vocat suffra- 
ganeos archiepiscopus Bituricensis ad deliberandum de ne- 
gotiis cleri et ad eligendum, unum ex primo ordine, alte- 
rum ex secundo, qui deputentur ad Comitia Cleri Gallicani 
vocatur episcopus Tutelensis; 3^ quia sententiae officialis 
ordinarii Tutelensi, per appellationem devolvuntur ad ar- 
chiepiscopum Bitur. quemadmodum ego vidi. 

4^ In dicta ecclesia 4 dignitates existunt, quarum una 
decanatus, que est major post pontificalem, alia autem prae- 
positatus quœ secunda, alia thesauraria loco sacristae quae 
tertia, quarta denique cantoria, cuilibet earum annexa est 
praebenda. Sunt insuper 12 canonicij qui modicos mensâe 
capitularis fructus cum 4 dignitatibus praedictis simul divi- 
dunt, excepto quod decanus duplici gaudens praebenda du- 
plicem accipit portionem. 

Unicum est propriè beneficium in inferiori (ut vocant), 
choro, quod t^icaria S. Benedicii nominatur; illius titularis 
officiis diurnis et nocturnis interesse tenetur : non sic de 
multis ejusdem ecclesise (olim abbatialis) sive offlciariis sive 
beneficiariis, nuUus enim illorum ex quo ex regularibus 
facti sunt saeculares divinis officiis interesse tenetur. 



- 406 — 

Hœc sunt nomina eorura quorum nunc recordor, iofficia^ 
olim et adhuc claustralia nuncupata, eleemosinaria scilicet, 
cameraria, infirmaria et celeraria. 6 prœpositatus : de Va- 
letta, de CapelJa 8. Joannis de Genesta, de Navis, de Gler- 
gorio, de Seilliaco, de Planis. 

12 prioratus : de Rupe, de Liloo, de Bougayrous, de 
Ussaco, de S. Clémente, de Guzancia, d'Autoy, de Meyri- 
niaco, de Floiraco, de Banieiris, de Meyssaco. de Gapella- 
TEspinassa, quibus nulla animarum cura, nisi per vicarios 
perpétues ; qusedam capitule sunt unita. 

Est alia vicâria domini Ademari, quorum omnium titu- 
lares (servi veré inutiles) ecclesise substantia pingues facti, 
pauperrimos irrident Ganonicos, servosque suos vocant, dum 
pondus et aestus eclesiae sustinent, divinis offîciis sine adju- 
torio magno cum iabore vacando : durum enim est et inau- 
dilum ecclesiam cathedralem cernere amplis reditibus fun- 
dalam à praefatis beneûciariis destitutam qui bonis ejus 
utuntur nihilque servitii illi prsestant, dum parvus ille 
numerus 16 canonicorum quantate (sic) potest assiduitate 
ministrat, verùm quia non respondet splendori tantœ eccle- 
siae defectus beneficiariorum, vicariorum, vel sacerdotum in 
ea ministrantium, sanctissimus Papa Julius 3 decrevit in 
buUa data Romae, apud S. Petrum, 8 calend. martii, ponti- 
ficatus anno I. ut mensse capitulari qusedam bénéficia uni- 
rentur, quorum fructus applicarentur partim 16 canoniciSi 
partim 4 aliis canonicis instituendis, hebdomadariis nuncu- 
pandis, 12 vicariis manualibus, et 6 pueris chorealibus cum 
eorum magistro, qui omnibus horis canonicis et Missis 
majoribus interesse tenerentur, quse incepta nondum per- 
fecta, facienda incumbunt episcopo designato : intérim 
bedellum habent praesbyterum et 4 alios praesbiteros vica^ 
nos de Sanct Marsal vulgo appellatos. 

Prima dignitas post pontificalem est decanatus, cui an- 
nexus est praepositatus de Marquelatour; reditus illius cum 
duplici prsebenda non excedit 1000 libras. Prsepositatus^ 
secunda dignitas, cum praebenda, circiter 2000 libr.; thesau- 
raria cum praebenda et emolumentis sacristœ octingentas 



— 407 — 

libr.; cantoria quae est quarta et ultima dignitas annezum 
habet prioratum A'Auriolt cum quo et prœbenda septin- 
gentas libras redditus annui percipit. 

12 canoaici vix habent 200 libr. pro quolibet, nec suffi- 
ciunt pro média anni parte : vicaria S. Benedicti 100 lib. ad 
summum; bedellus 60 1.; 4 vicarii de Sanct Marsal debent 
habere pro singulis eorum 75 lib.; ex 12 prsebendis una est 
theologalis; pœnitentiaria ûulla est. 

5* Neque in ea exercetur cura animarum, neque est fons 
baptismalis. 

6® Tenuem habet supellectilem in sacrario, 3 tantum 
calices argenteos modici valoris, dalmaticas paucas, âI6âs 
nullas, circiter 20 casulas vetustate et longo usu laceratas, 
quarum aliquae sunt ex CamelottQ, pluvialia ex damasceno 
serico, sed non in sufficienti quantitate pro omnibus, nec 
sunt nigri coloris, neque violacei ornamenta necessaria, qui- 
bus maxime indiget ecclesia sicut plurimis rébus aliis ad 
divinum cultum pernecessariis : quorum habet amplum et 
peristromatis ornatum sed non sanctuarium quod valde de- 
deret (dedecet) augustissimum templi locum esse sine orna- 
mento : fuit organum^ locus et ligna adhuc rémanent, sed 
organa desunt. Campanile habet admirandum, et campanas 
magnitudine et harmonia maxime laudatas. Cœmiienum 
reliquit parochiœ vicinae. Haec scio quia vidi. 

7<> Sunt in ea corpora 4 sanctorum in thecis argenteis 
religiosé asservata, primum est S. Ciari, martyris, cujus 
caput in theca argentea peculiari reclusum septimo quoque 
anno publiée exponitur veneratioui populorum, qui ex lon- 
ginquis regionibus religionis ergo conveniunt; secundum 
corpus est S . Laudi , episcopi Gonstantiensis ; tertium 
S. Baumadi, confessoris; quartum S. Lyphardi. 

Praeter illa sunt reliquise multae in minoribus thecis 
reconditae. Sunt adhuc 3 cruces, quarum prima est aurea 
lapidibus pretiosis et praecipué saphiro nuce majori insi- 
gnito; secunda crux est ex cristallo; tertia vero ex jaspide, 
bis aut ter tantum in anno illis utitur capitulum. Hœc scio 
quia vidi. 



— 408 — 

8' Palatium habet episcopus salis amplum, ecclesiae ad- 
jacens, ab ultimo episcopo reparatum, et haec vidi. 

9« Redditiis mensx episcopalis 10,000 lib. annuatim vix 
exccdit. Constat dominio civitatis, 4 furnis in eadem civi- 
tate, 4 beneficiis annexis, nempe abbatia Rupis Âmatoris in 
Cadurcensi diœcesi, praepositatibus de Aquina, S. Ferreola 
et de Veyraco. Tenetur quolibet anno soivere capitulo Tutel- 
lensi sexcentas et quinque libras, 7 asses et 1/2, pro parte 
pensionis canonicorum : 300 libr. pro reparatione ecclesiae, 
150 1. pro 2 pueris chorealibus et eorum magistro et alia 
quorum non recordor. 

10^ 2 sunt eclesiae parochiales, quaelibet illarum habet 
fonlem baptismalem. In prima S. Petro dicata, sunt 30 sa- 
cerdotes, et in secunda 6. Juliano dicata, sunt 50 sacerdotes, 
4 sunt monasteria virorum, primum et maximum est RecoZ- 
leciorum, ordinis S. Francisci; secundum Patrum societatis 
Jesu, qui 600 juvenes soient in coUegio suo docere; tertium 
est patrum Fulliensium; quartum est Patrum Carmeli- 
tarum discalceatorum. 

5 sunt monasteria mulierum : primum est monialium 
S. Ursulspf quae docent adolescentulas ; secundum est ordi- 
nis S. Francisci beatae Clarse dicatum; tertium ordinis 
S. Bemardi; quartum Visitationi B. Mariœ dedicatum ; 
quintum denique S. Benedicto. Nulla eclesia coUegiata. Duae 
sunt confraternitates pœnitentium et 1 hospitale; non est 
Mons pietatis. Haec vidi et audivi. 

11^ Ad 10 leucas extenditur longitudo diœcesis, latitudo 
ejus est mullo minor ; 4 habet civitates : Tutelam scilicet, 
Argentacum, Curreiiam eiAquinam, Aliquas supra 50 habet 
parrochias. Haec vidi et audivi. 

12® Non est in ea erectum seminarium, eadem causa 
scientiae. 

13® Scio ecclesiam Tutelensem vacare per demissionem 
reverendissimi et illusirissimi D. D. Ludovici de Rechigne- 
voisin de Guron, ultimi episcopi factam, die 8 januar. anni 
praesen. 1671, ut ab ipsomet sicut et ab aliis audivi. 



— 409 — 

I 

(Sans titre ni signature; sur papier libre; écriture du 
temps.) 



Factum des unions pour Messieurs du Chapitre (i). 

Le faict est que le monastaire bénédictin de Tulle 

ayant été érigé en evôché, ses religieux demeurèrent rei- 
guliers, et l'évôché toujours séculier comme est encores. 
Ensuitte de ce et en 1514 Louis XII auroit supplié Léon X 
de voUoir séculariser le monastaire et relligieux tout ainsin 
que Tabbé auroit esté sécularisé. Ledit pape auroit concédé 
ses bulles de sécularisation avec délégation et commission 
ad partes. Sur Texécution desquelles bulles se seroit rendu 
opposant ung nommé M* Annet Joubert, lors prieur clostral. 

Quoy nonobstant le commissaire exécuteur de la bulle 
Tauroit fulminée et exécuté le rescript de sécularisation. En 
conséquence, les relligieux y auroient délaissé leurs fros et 
habits réguliers et prins les habits des Chanoines séculiers 
qu'ils ont gardé despuis. 

D'où procédures au parlement de Bourdeaux et Conseil du 
Roy, sur l'opposition de Joubert, jusqu'à son décès, 1547. 
Après lequel l'évêque et chappitre se seroient adressés à 
Henri II, et la mesme année lui auroit représenté qu'à la 
supplication de feu Louis XII ils auroient obtenu ledit res- 
cript, à l'exécution duquel Joubert s'estoit opposé seulle 
partie en ceste cause. 

Et auroient l'évêque et chapitre demandé qu'il pleust à 
Sa Majesté déclairer lad. église séculière. A quoy inclinant 
elle donne ses lectres patantes, y déclairant avoir faict voir 
à son conseil le rescript et autres pièces, et n'y avoir rien 
treuvé contrevenir aux sainctz décrets et privillèges de Tei- 
glise gallicane, mandant à ses procureurs généraux de Tho- 
louse [pour les biens quercynois] et Bourdeaux, dans le 

(t) Je résume cette pièce Talin, d'environ 1600, sans date ni signa- 
ture. 



— 410 — 

I 

ressort desquelz est scitué le monastaire et bénéffices en 
deppendans, qu'il entend et veult que Tegl. calhéd. de Tulle 
soict servie par personnes séculières, selon Bulle de Léon X, 
et que sillence perpétuelle leur soict imposée et qu'ils ayent 
à requérir la publication desd. lettres. 

Le rescrit publié et enregistré à Thoulouse sans aulcun 
contredict trouva opposition (seconde) au parlement de Bor- 
deaux, qui nonobstant vériffîa lesd. lettres patantes sans 
préjudice desd. oppositions, pour lesquelles il renvoya les 
parties pardevant le sénéchal de Lymosin. 

Durant la poursuitte et avant faire vuider les oppositions, 
l'évoque et chappitre prient Henry H volloir supplier Sa 
Saincteté d'unir tant à la Table épiscopalle que capitulaire, 
certains bénéf. simples de leur Église, fondés sur le peu de 
revenu d'icelle et sur ce que les chanoines servans ne jouis- 
soient que de simples portions monacales, insuffisantes à 
leur entretènement, veu mesme la dignité où ils estoient 
constitués, et d'ailleurs que par la Bulle de sécularisation 
ils auroient institué 12 vicaires portés par icelle, qui y fai- 
soient journellement le service divin, estans estipandiés sur 
les dictes portions monacales, qui leur venoit à grand pau- 
vreté. 

Pol, papCi inclinant à la supplication d'Henry 2*, auroit 
uny plusieurs bénéf. simples tant à la mense épisc. que ca- 
pitulaire, et ce tant per cessum quant decessum. Lesquelles 
bulles auroient esté deslivrées soubz lé siège de Julie, J548. 
[Tous ces conditionnels valent du certain.] Sur leur exécu- 
tion se rendirent appellans comme d'abus aulcuns cwnmen- 
dataires pourveus des dicts bénéf. unis et tant feust procédé 
que toutes parties feurent renvoyées au parlement de Paris; 
devant lequel les appellans voyans ne pouvoir empescher 
que la Bulle d'union ne sortist son plein effect, se vont 
adviser de s'attacher à la bulle de séculari. et demandent 
à estre subrogés audict feu Joubert. A quoy ils feurent 
receus appuyés de l'authoritté du feu s' Président, de Rouf- 
finhac et de Miliars, conseiller au Grand Conseil, qui jouis- 
soient de quelques bénéf. unis, bien que Joubert feust 



f 



- 411 - 

relligieux quand vivoict et qu'eux ne feusent que Commen- 
dataires. 

Estant doncques subrogés, se rendent appellans de la vé- 
rifiBcation et publication desd. patantes d'Henry 2* pour 
empescher Tunion, en en détruisant le fondement qui estoit 
la sécularisation. Les parties -plaident au long là dessus, 
escripvent et produisent de part et d'autre. Enfin, 1561, le 
parlement de Paris, gens du roy ouys, déclare bien recep- 
vables les bénefficiers particuliers opposants à publicat. des 
patantes, et nonobstant icelles, déclaire abusives l'exécution 
et fulmination des Bulles de sécularis. et d'union, et pour 
le surplus des autres appellations interjetées comme d*abus, 
la Céur met les parties hors de cour et de procès. 

Quelques-uns ont escript que les Bulles avoient esté cas- 
sées, mais cella n'est pas, c'est seullement l'exécution. Après 
lequel Arrest, qui ne se treuve pas, ny mesme la dicte pro- 
cédure, le chappitre présente Requette Civille qui feust 
signiffiée à toutes parties, lesquei^ consantirent par leurs 
responces et procurations expresses à la sécul. mais non pas 
à l'union, qu'ils ûssent vollontiers accordée per decessum, 
en retranchant la clause per cessum (1). 

Le dict Arrest n'ayant jamais esté ny levé ny mis au 
greffe, l'église de T. a toujours demeuré séculière, tous ses 
bénéf. lorsqu'ils ont vacqué, soit par résignation, par mort 
ou autrement, ont esté comférés in titulum à des séculiers 
et sont encore remis soubs mesme tiltre sans contestation 
quelconque, et le Roy a jouy sur cet évesché du droit de 
régalle et maintenu les nommés par arrest de parlement de 
Paris. 

A présent le chappitre désirant reprendre la poursuitte 
des unions, demande s'il sera expédiant résumer le procès 
de lad. requette civille, ou s'il faudroit recourir à aulcunes 
expéditions des cours de Rome pour valider les précédentes 
— ou bien d'obtenir Lettres du Roy pour procéder de nou- 



(1) Tous ces ergotages, manigances ou tergiversations nous ont paru 
savoureuses, utiles môme à connaître. 



— 412 — 

veau à Texécution de lad. bulle d'union, taisant lesdictes 
poursuittes et arrest, attandu qull ne se treuve. 

Et sy le Conseil jugeoit qu'il y eust trop de contestation 
et qu'il falleust de grandz frais à cause des parties qui s'y 
pourroient opposer, à quoy le chapitre ne pourroit fournir 
veu sa pauvreté, il se contenteroict, quant à prèsant, d'ob- 
tenir l'union desd. bénéf. vacquans per decessum, retran- 
chant la clause per cessum. 

Ils ont une grande raison pour eux que leurs chanoines 
sont de fort petit revenu, duquel ils n'ont moyen de vivre et 
fere le service et résidence qu'ils doibvent en lad. église, 
leur qualitté en estant mesprisée, et veu l'Ordonnance d'Or- 
léans et Bloys favorisans les unions, et mesme que le Colla- 
teur desd. bénéf. ne s'y oppo(seoit ?) pas et encore y a divers 
préjugés en faveur des egl. cathéd. de ce royaulme, mesmes 
dans la primace de Bourges, comme Sarlat et autres; et 
d'ailleurs que l'union doibt de nécessité suivre la sécula- 
risation de lad. église pour pouvoir entretenir le nombre 
des au cœur d'icelle. 

Plaira au Conseil de donner advis sur le tout. 



Factum pour Vévêque de Tulle contre celui de Cahors; 
après 1633 (vers 1650), [abrégé]. 



J.-B. Champeval. 
(A suivre.) 



UN SOLDAT DE L'AN I 

Pierre LALANDE 



Lorsqu'après la campagne de 1792, les éclaireurs 
de Tannée de Custine^ ayant franchi la frontière à la 
suite de l'ennemi qui battait en retraite, s'avancèrent 
dans le Palatinat, ils trouvèrent sur une porte ces 
mois inscrits à la craie : Adieu, braves Français ! Ce 
qui va suivre n'est qu'une courte notice concernant 
un des bons soldats qui méritèrent cet hommage, et 
qui, formés par les cadres solides de l'ancienne armée 
royale^ mieux que les volontaires peu disciplinés de 
1792, arrêtèrent l'invasion austro-prussienne. 

Pierre Lalande était né à Brive le 9 novembre 1763. 
Il était le septième des treize enfants de Libéral- 
Martin Lalande, négociant en draps, dit Lalande de 
la Place, et de Marguerite Sigalas. Le 14 décembre 
1787, il s'était engagé au 1*' régiment de carabiniers. 

Les deux régiments de carabiniers formaient alors 
brigade dans le commandement des Trois-Evêchés. 
Leurs garnisons étaient en Alsace et en Lorraine^ avec 
dépôt à Metz. Ils constituaient un corps d'élite. On les 
considérait comme les grenadiers des troupes à che- 
val. Le 1*' régiment avait pour lieutenant-colonel un 
officier Limousin de beaucoup de distinction et d'une 
parfaite bienveillance, le marquis Urbain-Pierre- 

T. XXX. 4-2 



— 414 — . 

Louis de Lasteyrie du Saillant, gendre du marquis 
d'Aubery, seigneur de Saint-Julien-Maumont. Lors- 
qu'éclata la Révolution, les officiers émigrèrent en 
grande partie : les soldats et les sous-officiers, dont 
l'avancement était mieux assuré par le nouvel ordre 
de choses, se prononcèrent énergiqueraent en faveur 
des idées qui se propageaient. On a manifestait x) alors 
de toutes manières dans les régiments. Lauzun-hus- 
sards criait : a Vive le roi ! Au diable la nation ! » 
Les hussards de Saxe devaient suivre leurs officiers 
dans rémigration. Au contraire, à Strasbourg^ les 
carabiniers allaient au club des Amis de la Constitu- 
tion. Ils y juraient de mourir pour la patrie. « Si 
nous avons ce bonheur, déclarait le carabinier Hugue- 
nin en juillet 1791, nos froides cendres ne cesseront 
de répéter en leur langage muet : nous sommes les 
restes d'hommes qui ont vécu et combattu pour la 
liberté et qui ont été martyrs pour établir son règne : 
suivez leurs traces. » En janvier 1792, le carabinier 
Cariet offrait à la Société des Amis de la Constitution 
le sixième de sa paie, et il ajoutait : (c II viendra, ce 
jour heureux, où le Français reprendra son audace et 
sa noble fierté ; il s'armera pour exterminer le des- 
potisme. Qu'il s'arme, qu'il porte dans le camp 
ennemi la mort et l'effroi ! Je sacrifierai volontiers ma 
vie pour seconder ses efforts guerriers. Vivre libre ou 
mourir, c'est le cri unanime^ et les carabiniers n'au- 
ront jamais d'autres sentiments. » 

Les représentants applaudissaient ce langage tenu 
par de simples soldats et où apparaît un reflet de l'élo- 
quence enflammée de Vergniaud. Nous devons, écri- 
vaient les commissaires de l'Assemblée législative. 



— 415 - 

Prieur de la Marne, Carra et Sillery, rendre particu- 
lièrement justice au "civisme pur des carabiniers : ils 
ont, des premiers*, crié : Vive la nation ! Vive la liberté 
et l'égalité! Ces sentiments n'étaient pas partagés par 
toute la cavalerie, et, se plaçant à divers points de 
vue, le 9 août 1793, Bouchard, commandant en chef 
l'armée du Nord, demandait qu'on lui envoyât 
a l'étonnant régiment des carabiniers de l'armée de 
la Moselle. j> 

Lorsqu'éclate l'insurrection militaire de Nancy, en 
1790, les carabiniers obéissent tout d'abord aux ordres 
du maréchal de camp de Malseigue, qui veut une ré- 
pression vigoureuse ; ils chargent et dispersent les 
mutins du régiment Mestre-de-Camp. Mais ensuite 
ils font cause commune avec les soldais rebelles. Fina- 
lement, après la mort héroïque du jeune Desilles, 
qui s'est interposé entre les combattants, ils viennent 
à résipiscence et se soumettent au général de Bouille, 
qui leur témoigne plus d'indulgence qu'aux Suisses 
de Château vieux. 

En 1792, au moment de la déclaration de guerre 
à l'Autriche, Pierre Lalande était brigadier-fourrier. 
Son régiment fut incorporé à la réserve de l'Armée du 
Centre, rassemblée sous Metz au camp de Frescaty, 
aux ordres du maréchal de camp Valence (1), le gen- 
dre de M"* de Genlis, lequel était placé sous le com- 
mandement supérieur de Kellermann. 

Dès le début des opérations, les carabiniers eurent 

(1) Cyrus de Timburne-Timbroune, comte de Valence, né à Agen le 
20 août 1757, colonel de Chartres- Dragons, puis lieutenant-général, 
pdr de France, mort à Paris le 4 février 1822, fut Tun des meilleurs 
généraux de la Révolution et de l'Empire. « Valence, a dit Napoléon, 
fut très bien ; il fut national. 



- 416 - 

à échanger des coups de sabre^ soit avec les hussards 
autrichiens de Waldeck et de Hohenlohe-Kirchberg, 
soit avec la cavalerie des émigrés* venue de Thion- 
ville qu'assiégeaient les Princes. Dans les rangs de 
cette dernière combattaient deux officiers, originaires 
de Brive, que le jeune Pierre Lalande avait certaine- 
ment vu venir^ dans sa ville natale, de TAlsace, où, 
comme lui, ils avaient tenu garnison. C'étaient les 
neveux du subdélégué de Tintendance de Limoges, 
MM. Raymond et Marc de Salés, Tun, ancien capi- 
taine dans Royal-Cavalerie, chevalier de Saint-Louis^ 
devenu à Coblentz brigadier des mousquetaires lors 
de la reconstitution de la Maison du Roi ; l'autre, an- 
cien capitaine aux hussards de Chamborant, servant 
alors comme simple maître ou cavalier sous le mar- 
quis de Jaucourt(l), à l'escadron d'avant-garde Cham- 
borant et Lauzun. 

Le 31 août 1792, une attaque ou plutôt une recon- 
naissance du prince de Waldeck sur Ladonchamp et 
la Maison-Rouge fut repoussée. Les carabiniers, avec 
le surplus du corps de Valence, furent alors dirigés 
sur l'Argonne pour renforcer l'armée de Dumouriez 
qui barrait la route de Paris. Ils devaient, avec une 
partie des troupes de Kellermann, prendre la pre- 
mière place dans cette armée et essuyer devant le 
tertre de Valmy le premier choc d'un ennemi formé à 
l'école et suivant les méthodes du gr;and Frédéric. 

A la veille du 20 septembre, Kellermann plaça le 
corps de Valence sur la hauteur de la Lune, en avant 
de la position de Valmy. 

(1) Le beau Jaucourt. Gomme il était très grand et très pftie, on 
rappelait Glair-de-Lune (d'Allonville, Mémoires secrets). 



- 417 — 

Quand s'engagea la fameuse canonnade, dont Técho 
devait se prolonger dans toute l'Europe, les carabi- 
niers étaient là, formant, avec quatre bataillons de 
grenadiers et des détachements de dragons, une masse 
immobile, imposante. 

Au-dessous d'eux et vers eux s'avancèrent en pre- 
mière ligne, dans le brouillard de la vallée, les esca- 
drons des cuirassiers de Weimar, dans les rangs des- 
quels le grand poète allemand, Gœthe, avait pris 
place, « galopant, selon ses propres expressions, dans 
le gris et dans l'inconnu. » L'artillerie de Valence, 
tirant à toute volée au lever du soleil, fit reculer ces 
manteaux blancs. Mais, immédiatement, les batteries 
prussiennes ripostèrent, et le feu, de part et d'autre, 
devint extrêmement vif. 

Les carabiniers français, d'après ce qu'a rapporté le 
prince de Massau-Siegen, n'en éprouvèrent pas le 
moindre désordre. L'un d'eux, un officier égaré dans 
le brouillard et fait prisonnier, fut amené au roi Fré- 
déric-Guillaume et tout l'état-major prussien, d'après 
les récits des officiers, admira sa haute taille, avec sa 
figure martiale ombragée du bonnet à poil (1). 

Ce fut seulement à une heure assez avancée dans 
la matinée, qu'après avoir couvert les mouvements 
par lesquels Kellermann prenait ses positions de com- 
bat, tout le corps de Valence, grenadiers, dragons, 
carabiniers et canon niers, se replia sur le gros de 
Tarmée. 



(1) Royal-Allemand, le premier des régiments de cavalerie, avait 
porté le bonnet à poil. Lors d'une inspection à Metz, Monsieur, comte 
de Provence, colonel-général des carabiniers, fut si enchanté de cette 
coiffure qu'il la fit adopter pour les carabiniers. 



— 418 — 

Dans 1 après-midi, les Prussiens aperçurent de 
nouveau les carabiniers dans la plaine. Les boulets 
s'enfonçaient autour d'eux dans la boue qu'ils fai- 
saient jaillir de tous côtés (1). Les ordres de Dumou- 
riez étaient de se maintenir strictement sur la défen- 
sive. Les cavaliers français observaient une menaçante 
immobilité. Quelques-uns donnaient tranquillement 
l'avoine à leurs chevaux ou maintenaient les bêtes 
cabrées. Derrière eux, les musiques françaises jouaient 
le Ça ira (2)^ et, sous la pluie de fer, s'élevait le cri 
de : Vive la nation ! Le généralissime Brunswick se 
tourna vers son état-major : Voyez^ Messieurs, dit-il, 
à quelles troupes nous avons affaire : ces Français 
attendent que nous soyons sur eux pour monter à 
cheval et nous charger. » Dans sa correspondance, 
Kellermann relate également que les carabiniers fu- 
rent des modèles de courage et de tranquillité. 

On sait que le lendemain, 21 septembre^ Dumouriez 
et Kellermann, se trouvant trop en l'air, prescrivirent 
un mouvement rétrograde. Les carabiniers, placés à 

(1) Gœthe a analysé d'une façon bien curieuse ses impressions sur 
cette canonnade : « Le bruit qu'ils font, a-t-il écrit, parlant des bou- 
lets, est bizarre : on dirait à la fois le bourdonnement d'une toupie, 
le bouillonnement de Teau et la voix flûtée d'un oiseau. Bientôt je pus 
remarquer qu'il se passait en moi quelque chose d'extraordinaire, 
mais je ne puis exprimer que par des images la sensation que j'éprou- 
vais. On croit être dans un endroit très chaud, et il semble qu'on se 
sente entièrement pénétré de la même chaleur et comme en parfaite 
harmonie avec l'élément qui vous entoure. Le regard ne perd rien de 
sa force et de sa netteté, mais le monde prend pour ainsi dire une 
teinte rouge&tre et parait absorbé dans cette fournaise. » 

(2) Ce fut seulement huit jours après que, Kellermann, ayant pro- 
posé de chanter un Te Deiem à la cérémonie organisée pour le 29 
septembre, le ministre Servan lui répondit que la mode en était pas- 
sée, et, pour y substituer quelque chose de plus utile et de plus con- 
forme à l'esprit public, lui envoya VHymne des MarseillaiSy paroles 
et musique, « qu'on pouvait chanter solennellement et avec la même 
pompe qu'on eût mise au Te Deum. » 



- 419 — 

l'arrière-garde, furent au nombre des troupes qui 
couvrirent ce mouvement. 

Le 29 septembre, lorsque commença la retraite de 
Brunswick, ils suivirent de près les Prussiens. La 
cavalerie de Valence, après avoir repris possession 
de Verdun, menaça Tennemi au passage de l'Aisne ; 
mais sur Tordre formel de Dumouriez, qui avait 
engagé des négociations secrètes avec le général prus- 
sien^ elle neTattaqua point. Elle se contenta d'inquié- 
ter sa marche et de faire mine d'un enveloppement 
par la droite. Les ordres ainsi donnés furent amère- 
ment reprochés par CoUot d'Herbois et Camille Des- 
moulins à Dumouriez, lorsqu'avec son habituelle 
désinvolture, il se présenta au Club des Jacobins et 
vint donner l'accolade au président Robespierre. 
L'excuse du général diplomate est qu'il espérait déta- 
cher les Prussiens de la coalition. « On ne fauche 
pas une armée, a-t-il dit pour sa défense dans ses 
mémoires, comme on fauche un |)ré : les Jacobins, 
passés de la plus grande consternation à la plus 
grande insolence, croyaient qu'on prend une armée 
avec autant de facilité qu'ils assassinaient un aristo- 
crate dans les rues de Paris. » 

Quoi qu'il en soit, les Prussiens ne regagnèrent 
l'Allemagne que dans le plus triste état. Un grand 
nombre succombèrent aux maladies et aux fatigues 
de la retraite. 

A la suite de cette première campagne à l'Armée, 
dite du Centre, Pierre Lalande fut nommé sous-lieu- 
tenant au IS"' dragons, ci-devant dragons de Fimar- 
<;on. 

C'était assurément bien débuter. Mais, comme on 



— 420 — 

le verra plus loin, il n'était pas né en réalité sous 
une heureuse étoile. Sa carrière devint dés lors dif- 
ficile, et, malgré de beaux états de services, elle fut 
marquée par une série de déconvenues. 

A la date du 28 février 1793, son père écrivait au 
citoyen Lidon, député de la Corréze à la Convention 
nationale et président du Comité de la guerre, pour 
lui signaler que son fils n'ayant pas encore reçu son 
brevet ne pouvait quitter le corps des carabiniers. 
d La saison approche, disait-il, et la campagne va 
s'ouvrir : jugez du désagrément qu'éprouverait mon 
fils si, par la lenteur des bureaux, il ne pouvait obte- 
nir ce qu'il désire depuis longtemps. J'aime à me 
persuader que vous ne m'oublierez point et je suis, 
dans cette cruelle attente, votre concitoyen et votre 
égal en droit, d 

Le 4 mars 1793, Lidon signala l'urgence de cette 
requête au Ministère de la guerre. Mais, alors même 
que les régimes et les ministres changent, les bureaux 
demeurent ce qu'ils sont : une lente et lourde ma- 
chine. Ce fut seulement le 6 mai 1793 que le sous- 
lieutenant Pierre Lalande, en possession de son bre- 
vet, fut reçu au 13""* dragons, à l'Armée du Nord, 
commandée par le général Dampierre. Le 5 avril 
précédent, après la fuite de Dumouriez, le maréchal 
de camp Henri Picot, ci devant comte de Dampierre, 
sur la proposition des représentants Bellegarde et 
Leguinio, avait été investi du commandement en 
chef. 11 avait alors 37 ans. D*umouriez, contre lequel 
il s'était violemment prononcé, a dit que Dampierre, 
homme de qualité et fait pour bien penser, avait trahi 
sa confiance. C'était en réalité un entraîneur d'esca- 



— 421 — 

drons, un vaillant sabreur et rien de plus. Il adressait 
à ses troupes de grandiloquentes apostrophes : a Je 
te salue, armée victorieuse. Ressouviens- toi sans 
cesse de Jemmapes où tu fis rougir la terre du sang 
des esclaves des tyrans, et que nos épées soient tou- 
jours consacrées à faire respecter les lois et la sainte 
humanité.... Mères républicaines, élevez vos filles 
pour ces guerriers; à leur retour courez au-devant 
d'eux, le myrte à la main ; que la joie du triomphe 
les console des fatigues, et que la plus belle soit des- 
tinée au plus brave !» Un de ses officiers a dit, non 
sans exagération, qu'il eût étonné un gardien d'alié- 
nés. 

Le chef d'état-major général de l'Armée du Nord, 
Des Bruslys, qui appartenait, comme Pierre Lalande, 
à une famille de Brive (1), attacha ce dernier à sa per- 
sonne, et, aidé notamment de ce jeune collaborateur 
qui, d'après sa correspondance, était en même temps 
son ami, s'appliqua à réparer un désordre que Des 
Bruslys, moins exubérant et moins confiant que 
Dampierre, ne cessait de signaler. Les bataillons, 
écrivait-il, étaient confondus ; on ne pourrait débrouil- 
ler ce chaos. .. Un esprit d'hostilité s'était établi, d'au- 
tre part, entre les anciennes troupes de ligne, imbues 
du vieil esprit militaire, et les bataillons de volon- 
taires^ qui répandaient la désolation dans les campa- 
gnes, comme le reconnaissait Carnot, et avaient 
amené jusqu'à 3,000 femmes dans les casernes de 
Douai. Le corps dont faisait partie Pierre Lalande, les 



(1) Il était né à brive le 7 août 1757 et avait été nommé général de 
brigade provisoire le 7 avril 1793. 11 sortait du corps d'artillerie. 



— 422 — 

dragons regrettaient Duraouriez. A Avesnes, en mai, 
ils avaient cessé de porter la cocarde tricolore, et à 
l'observation qu'on leur en avait faîte, ils avaient 
répondu par des huées. La gendarmerie elle-même 
montrait une grande indiscipline. 

Le 8 mai 1793, en essayant de débloquer Condé 
qu'assiégeaient les Impériaux, le général en chef 
Dampierre tomba frappé par un boulet qui lui em- 
porta la cuisse. Il mourut le lendemain à Valencien- 
nes. On lui fit d^imposantes funérailles. Des Bruslys, 
les autres chefs de brigade et Tétat-major entouraient 
le cercueil, a L'ombre de Dampierre, proclama le 
représentant Leguinio^ vous accompagnera partout; 
elle vous donnera de nouvelles forces, elle sera la 
terreur des hordes d'esclaves liguées contre vous. » 
La Convention décerna au général tué à l'ennemi les 
honneurs du Panthéon. Mais finalement, comme 
Dampierre n'était qu'un ci-devant, sa conduite parut 
suspecte^ sa mémoire le devint et le décret ne fut 
pas exécuté. 

Le 23 du même mois, à la suite d'une série de 
combats qui furent défavorables aux Français, le 
camp de Famars et la position d'Angin furent évacués. 
Des Bruslys dirigea la retraite. On perdit beaucoup 
de monde. 

Le 27 mai, le nouveau général en chef, Custine, 
arriva à Cambrai. Le lendemain, il passa l'armée en 
revue et la trouva profondément désorganisée. 

Pendant les mois de juin et de juillet 1793, il s'ap- 
pliqua à la reconstituer et à la remettre en haleine 
par une série d'opérations, qui ne furent pas toujours 
heureuses. Le 4 juin notamment, aux environs 



— 423 — 

d'Orchics, Blûcher^ alors colonel, fit tomber dans une 
embuscade la cavalerie française. Le colonel Montjou, 
du régiment de Pierre Lalande, 13* dragons, fut 
blessé à mort ; le lieutenant-colonel Geffroy, 8 offi- 
ciers, 11 sous-officiers furent faits prisonniers. 

Blùcher fit enterrer solennellement le colonel fran- 
çais, et la population fut bien étonnée de le voir infli- 
ger lui-même, suivant les habitudes prussiennes, une 
correction manuelle au menuisier qui s'était permis 
de faire un cercueil trop exigu. 

A TArmée du Nord, les espions des Comités^ les 
Clubistes^ les journaux jacobins ne cessaient de dé- 
noncer et d'attaquer les généraux de l'ancienne 
armée qui défendaient la France et qui avaient résisté 
aux sollicitations de l'émigration. Des Bruslys était 
un aristocrate. A la date du 30 juin, il avait donné un 
mot d'ordre, Condorcet-Constitution, qui dénonçait 
un esprit fédéraliste, car il signifiait adopter la Con- 
stitution de Condorcet. Son état -major offrait le 
spectacle <r d'un luxe asiatique. » Dans le Bulletin 
de V Armée il avait essayé de justifier l'arrestation de 
Colliez et Compère, deux émissaires du ministre Bou- 
cholte, qui avaient été surpris distribuant aux soldats 
des journaux remplis d'insultes contre le général en 
chef Custine. 

Dans le Père Duchesnej Hébert appelait ce dernier 
Dumouriez-Cadet, bandit, pilier de biribi, espion 
royaliste et demandait qu'on lui donnât de la pelle au 
c... Le 12 juillet 1793, Custine fut mandé à Paris. 
Le 25 août 1793, il montait sur l'échafaud. 

Des Bruslys à son tour fut suspendu de ses fonc- 
tions, puis mis en état d'arrestation le 12 août 1793; 



— 424 — 

Emprisonné à TAbbaye, — vingt-quatre généraux se 
trouvaient dans le mênae cas, — il n'en devait sortir 
que le 19 frimaire an III. 

L'aide de camp Pierre Lalande^ ayant ainsi perdu 
son chef direct, rentra dans le rang au 13°* dragons^ 
qui, sous le colonel Chanoine, couvrait la place de 
Douai. 

Le 22 octobre 1793, à Marchiennes, dans un pays 
coupé de fossés et de marécages^ il fut grièvement 
blessé d'un coup de feu à la cuisse. Une fois rétabli 
de cette blessure, il revint immédiatement à son 
corps. Il y prit part à toutes les campagnes qui suivi- 
rent jusqu'en 1800. 

Pour ne pas lasser la patience du lecteur, nous allons 
en donner la rapide énumération. Ce ne sont que 
coups de sabre largement distribués, largement ren- 
dus. Les hommes de ce temps agissaient. Leurs 
impressions étaient simples et brèves. 

Moscou ! jolie ville ! devait écrire tout simplement 
dans son journal le brave Coignet, en arrivant devant 
la ville sainte. 

Le 18 février 1794, combat avec les dragons autri- 
chiens de Latour. Le 25 mars 1794^ rencontre avec la 
cavalerie anglaise; le 17 avrils échange de coups de 
pistolets avec des cavaliers hessois : un général ennemi 
est fait prisonnier. Le 10 mai, nouveau combat à 
Baizieux avec les hussards anglais. Trois capitaines 
français sont tués ou blessés. 

En septembre 1794, le régiment rattaché à la 6"*' 
division que commande le général Delmas, un autre 
Corrézien, part pour l'expédition de Hollande. Le 19, 
engagement à Graves, puis investissement de Bois-le- 



— 425 - 

Duc : la division Delmas opère à l'Est de la place ; la 
division du général Souham, encore un Corrézien, est 
à rOuest. Le 24 décembre, reconnaissance des ouvra- 
ges de Bréda : un brigadier du 13"* dragons est dé- 
puté à la Convention pour présenter des drapeaux 
pris à Tennemi. Le 27 décembre, combat devant 
Nimègue, où Ton fait plusieurs prisonniers. Puis, 
une série de cantonnements en Hollande. Finale- 
ment, la paix est signée à la Haye, en mai 1795. 

Le 13 du même mois, de Delft le régiment est dirigé 
sur la Vendée, où il doit opérer sous les ordres de 
Hoche, le plus illustre des généraux de la République. 
Une année se passe dans la Vendée que sillonnent les 
colonnes mobiles. Mais le pays se prête peu aux 
mouvements de la cavalerie. Le 13"' dragons^ placé 
sous les ordres du général Canuel, à Challans, est 
peu engagé. Au blocus de Montaigu, on fait passer 
des vivres aux Chouans affamés, conformément d'ail- 
leurs aux vues conciliantes du général en chef, qui 
sera le pacificateur de la Vendée. 

Au commencement de 1796, le commandement de 
Hoche est étendu à toutes les côtes de l'Océan, et, à 
la fin du mois de mars 1796, le régiment passe en 
Normandie où il va tenir garnison à Saint-Lô, aux 
ordres du général Lemoine. En juillet 1796, Hoche, 
nommé général en chef de l'armée d'Irlande et pré- 
parant une expédition par mer^ écrit de Paris à Ren- 
nes à son chef d'état-major à l'Armée des Côtes de 
l'Océan, le général Hédou ville, pour le charger de 
faire au plus vite l'appel de 125 nouveaux officiers 
« d'une bravoure à toute épreuve et d'une bonne 
a santé, devant compter sur un avancement et une 



- 426 — 

« fortune rapides. » Le sous-lieutenant de dragons 
Lalande est compris dans cet appel. On saitTavorte- 
ment de cette expédition, qui fut contrariée par les 
tempêtes. Une partie des troupes désignées ne put 
partir, de sorte qu'en septembre 1796, ce fut sur 
Strasbourg que se dirigea le tS""* dragons, pour faire 
partie de l'Armée de Rhin et Moselle. 

C'était après la fameuse retraite de Moreau. Le ré- 
giment fut attaché à la réserve de cavalerie et can- 
tonné, pour la défense de l'Alsace, à Sarrebourg, 
Reichshoffen, Halten, Pont-à-Mousson et environs. 

En janvier 1797, cantonnements à Sarreguemines 
et Puttelange jusqu'en avril. 

Les 20 et 21 avril 1797, reprise des opérations, 
passage du Rhin à Diersheim qui est défendu par les 
Autrichiens ; le régiment, déployé en avant de Dier- 
sheim, pousse vigoureusement l'ennemi. Sous le 
commandement d'un nouveau chef de brigade, Roget 
de Belloguet, il enveloppe le régiment autrichien 
d'Alton et le fait prisonnier avec son colonel et ses 
drapeaux ; Offenbourg ouvre ses portes. Le 22 avril, 
le 13"' est attaché à la division du Centre que com- 
mande le général Davout. Une forte colonne enne- 
mie, comprenant plusieurs régiments d'infanterie, 
un régiment de dragons^ des escadrons de hussards 
attaque l'arriére de cette division. Résistance achar- 
née des dragons français, qui méritent les éloges du 
général en chef Moreau. Le 23 avril, arrive la nou- 
velle des préliminaires de paix de Léoben, signés 
par Bonaparte, qui arrêtent l'action. En août, can- 
tonnement à Salzbach. Le monument élevé à la mé- 
moire de Turenne est solennellement rétabli. Tous 






— 427 — 

les corps se cotisent pour subvenir à cette restaura- 
tion. On installe là^ avec une petite dotation, un 
vétéran, qui servira de gardien. 

Le l**" vendémiaire an VI, revue et fêtes, anniver- 
saire de la fondation de la République, dans la plaine 
d'Offenbourg. En passant sur le front du régiment 
rangé en bataille, le général Duchesne lui adresse les 
paroles suivantes : or Braves dragons, vous avez com- 
mencé la campagne par un coup de maître : le der- 
nier passage du Rhin sera mis au compte de vos plus 
glorieuses journées. » 

En 1798, campagne d'Helvétie, passage du Rhin 
grossi par les crues au gué de Hag, le 6 mars 1799, 
charge commandée par le général Oudinot. Le 25 mai, 
après concentration ^es armées du Danube et du Rhin^ 
combat de Frauenfeld contre les troupes de Tarchiduc 
Charles et du général Hotze, charges conduites par les 
généraux Soult et Humbert; puis, du 2 au 4 juin, 
bataille indécise de Zurich, où le régiment est en 
réserve. Le 25 septembre, passage de la Limmat, vic- 
toire de Zurich, où Masséna se couvre de gloire ; le 13* 
poursuit l'ennemi vers Winterthur ; le chef de brigade 
Levasseur est blessé. En octobre, cantonnement à 
Obernofferen. En décembre, garnison à Saint-Dié. 

Lieutenant depuis le 18 messidor an VII, Pierre 
Lalande est repris vers la même époque comme offi- 
cier de correspondance et porteur d'ordres par le gé- 
néral de brigade Des Bruslys, à la division Souham. 
En cette qualité il fait, à TArmée du Rhin, la cam- 
pagne de 1800, qui se termine les 2 et 3 décembre par 
les glorieuses journées de Hohenlinden. Le général 
en chef Moreau a conduit son armée jusqu'à vingt- 



— 428 — 

cinq lieues de Vienne. L'armistice de Steyer et la 
paix de Lunéville terminent la campagne. 

Réintégré dans son régiment en vertu de disposi- 
tions nouvelles sur l'organisation de Tarmée, le 20 
messidor an IX, Pierre Lalande est à Bruxelles, siège 
de la 24"' division militaire. 

Le 19 nivôse an X, le général Des Bruslys, qui Ta 
de nouveau repris comme officier d'ordonnance et 
qui est à Paris désigné pour un commandement à 
l'Ile-de-France, écrit au Ministre de la guerre la let- 
tre suivante : 

Citoyen Ministre, 

Vous avez bien voulu me donner une preuve de confiance 
et d'intérêt dans la destination coloniale à laquelle vous 
m'avez fait nommer ; elle remplit mon vœu. 

La justice et l'intérêt que je porte à mes aides de camp 
me font un devoir de vous demander pour eux le grade de 
capitaine auquel ils ont d'ailleurs droit par le zèle, le dé- 
vouement et l'intelligence avec lesquels ils ont rempli leurs 
fonctions militaires pendant toute cette guerre. 

Mon départ de Rochefort étant fixé au l**" du mois pro- 
chain, il me serait bien agréable d'être près de mes deux 
aides de camp (1) l'organe immédiat de votre bienveillance. 

J'ai l'honneur de vous saluer avec respect. 

Des Bruslys. 

Mais Des Bruslys, général de brigade depuis 1793 
et qui ne passera, malgré l'abnégation dont il a tou- 
jours fait preuve et Tingrate mission qu'il a acceptée, 
général de division qu'en 1808, est peu en faveur, 

(1) Le général Des Bruslys eut, comme aide de camp, avec M. Pierre 
Lalande, son neveu, le lieutenant Dalvimart {L'Ile-de-France sous 
Decaen, H. Preutout, Paris, 1901). 



- 429 — 

comme Souham, comme Delmas, comme plusieurs 
officiers généraux de TArmée du Rhin qu'on appelle 
les derniers républicains et qui se groupent autour 
du général Moreau. 

Le ministre de la guerre, Berthier, ne répondra à 
la lettre qu'on vient de transcrire que le 8 brumaire 
an XIII, par l'intermédiaire du Ministre de la marine 
et des colonies : 

J'ai l'honneur de vous prévenir, Monsieur, écrira-t-il au 
gouverneur de l'Ile-de-France, que, sur ma proposition, 
l'Empereur a rendu, le 26 du mois dernier, un décret qui 
élève au grade de capitaine le s"" Lalande, aide de camp du 
général de brigade Desbruslys ; je vous adresse la lettre et 
commission pour cet officier, je vous prie de la lui faire par- 
venir. 

J'ai l'honneur de vous saluer. 

M. Berthier. 

Embarqué à Rochefort sur la frégate La Thémisy 
le 16 pluviôse an X, Pierre Lalande est arrivé à l'Ile- 
de-France en juin 1802, avec son général et une com- 
pagnie de la 15""* demi-brigade légère. 

Dans une excellente étude qu'a publiée le Bulletin 
de Tannée 1903, le regretté Marcel Roche a dit ce que 
fut, dans la colonie, la vie du général Des Bruslys, 
lieutenant gouverneur à Tîle de la Réunion^ alors île 
Bonaparte^ et celle de ses compagnons, comment ils 
résistèrent à Tinvasion anglaise de 1809 et dans quel- 
les conditions Des Bruslys, comme Beaurepaire à 
Verdun en 1792, se donna la mort plutôt que de 
souscrire à une capitulation. Le 25 septembre 1809, 
après avoir essayé de se faire sauter la tête avec des 

T. XXX. 4-3 



— 430 — 

gargousses de poudre pendues à son cou, après s'être 
inutilement blessé avec la pointe de son sabre en 
pleine nuit, dans son cabinet de toilette, il se coupa 
la gorge d'un coup de rasoir. Sa veuve obtint, en 1811, 
une pension de 1.000 livres. 

Après avoir veillé le corps de celui qui avait été son 
chef, son protecteur et son ami, le capitaine Lalande, 
dont l'avancement, contrarié par d'aussi tragiques 
événements, eût été mieux assuré sur les champs de 
bataille de l'Europe, se détermina à regagner la 
France. Le 16 novembre 1809, il s'embarqua sur la 
flûte L'Espérance^ commandée par le lieutenant de 
vaisseau Bourgoin et destinée à se rendre dans un port 
de l'Empire. Le petit bâtiment, au nom plein de 
promesses, réussit à forcer le blocus des Anglais; 
mais, comme le dit l'Anthologie grecque, FEspérance 
flotte sur une mer de mensonges. Pierre Lalande était 
de ceux sur lesquels s'acharne la fatalité. Le 12 avril 
1810, après une traversée de plus de quatre-vingt dix 
jours, une frégate anglaise, qui croisait sur la côte 
de France^ captura le navire qui le portait. Il fut con- 
duit sur les pontons, puis interné en Angleterre jus- 
qu'à la paix, c'est-à-dire jusqu'en 1814. 

Enfin, le 9 mai 1814, il débarqua au Havre du 
cartel anglais « Lady Wellington » . Il courut au 
bureau de l'état-major au Ministère de la guerre ; il y 
reçut l'ordre de se présenter au lieutenant général 
Dupont-Chaumont, inspecteur de la T* division mili- 
taire. Ce dernier^ en réponse à sa demande de mise 
en service, l'invita à se rendre dans ses foyers à Brive 
en demi-solde. 

Ainsi se termina, comme pour beaucoup d'autres 



— 431 — 

officiers à la môme époque^ la carrière militaire du 
capitaine Lalande. Malgré Tappui du maréchal de 
camp Sainte-Suzanne, commandant le département 
de la Corrèze, qui l'avait connu et apprécié aux colo- 
nies, il ne fut pas admis à reprendre du service. 
Vainement il sollicitait, en 1817, la croix de Saint- 
Louis, « cette honorable marque qui distingue les 
enfants de mars » et que méritaient tout au moins 
ses bons et longs services. Le gouvernement de la 
Restauration fit la sourde oreille. Peut-être faudrait- 
il en chercher la cause dans cette correspondance 
qu'avait échangée son père avec le conventionnel 
Lidon, en 1793, et qui était restée dans son dossier 
aux Archives de la guerre ? 

Quoi qu'il en soit, définitivement fixé au pays na- 
tal, il y épousa, le 23 août 1816, Suzanne-Louise 
Choumeils de Saint-Germain, fille de François de 
Saint-Germain, ancien militaire au régiment d'Aunis, 
inspecteur des contributions directes, et d'Anne-Marie 
Gramond. Un lien de parenté assez rapproché unissait 
sa femme à M. de Martignac, Tillustre homme d'Etat, 
qui devait être le plus sage et l'un des derniers con- 
seillers de la légitimité expirante, puis, devant la 
Chambre des pairs, et, avant de mourir, le généreux 
défenseur d'un adversaire politique, M. de Polignac. 
En 1826, par un billet, tout entier de son écriture fine 
et élégante, le vicomte de Martignac, alors ministre 
d'Etat et directeur général des Domaines, demanda 
pour le capitaine d'état-major retraité, Pierre Lalande, 
la croix de la Légion d'honneur. 

Le Ministre de la Guerre, considérant qu'il s'agis- 
sait d'un officier depuis longtemps hors de fonctions. 



— 432 — 

parait avoir renvoyé la demande à la Grande-Chan- 
cellerie, 
f Sur ces entrefaites, Pierre Lalande mourut^ le 26 

mars 1827 (1). 



9f 



J. DE Saint-Germain. 






f 
f 



t 



(l) Sources ; Ghuquet, Les Guerres de la Révolution ; — Mémoi- 
res de Mallet'Dupan ; — Historique du 13* Régiment de Dragons, 
par le capitaine Miron ; — Chassin, Les Pacifications de VOuest ; — 
L'Armée au temps de la Récolution^ par M. d'Uauterive ; — Goethe, 
Campagne de France; — Archives du Ministère de la Guerre; — 
Archives de la Mairie de Brive. 






LES AÉROLITHES 



En lisant dernièrement un article dans le journal 
La Science au XX^ siècle^ sur les aérolithes, il m'est 
revenu le souvenir de faits qui ont eu lieu dans les 
environs de Brive. 

En 1853, j'étais alors dans une administration et 
je devais par mon itinéraire aller vers le 15 juillet à 
Allassac. Étant monté à MorioUes voir mes parents, 
je revenais la veille coucher à Brive; je repartais à 
9 heures du soir; la nuit était noire, mais sans nua- 
ges. Arrivé à 350 mètres environ du château, je suis 
très vivement et subitement éclairé par une lumière 
intense très blanche. Je tourne sur ma selle et je vois 
un bloc lumineux tombant à plomb du ciel. Il ne 
devait pas avoir pris feu à plus de 500 mètres au- 
dessus de moi. Il a dû tomber dans une rangée de 
peupliers bordant un chemin de service à 50 mètres 
environ de la terrasse nord-est de Thabitation. Je 
pensai bien à faire une recherche à mon retour de 
tournée, mais je Tai oublié, et quand Tidée m'en est 
revenue, on ne voyait plus de trace de pénétration en 
terre. Je fus très étonné de ne pas entendre une déto- 
nation ou au moins un sifflement dans Tair. 

Cet aérolîthe, car cela ne pouvait être autre chose, 
devait avoir pris feu par le frottement à 500 mètres 
environ au-dessus de terre; Tair plus dense dans cette 
partie de l'atmosphère avait été suffisant pour l'en- 



— 434 — 

flammer, car sa course n'était pas très rapide. Je le 
vis tomber pendant 6 à 8 secondes, franchissant une 
hauteur d'environ 300 mètres, il n'avait guère que la 
vitesse d'un corps qui tombe sans propulsion, tandis 
que les aérolithes arrivent avec une vitesse extraor- 
^dinaire acquise dans l'espace céleste, presque vide. Il 
est possible que la flamme qui Tentourait l'ait re- 
tardé dans sa chute. 

Ayant donné ma démission deux ou trois ans après 
ce fait, j'avais à m'occuper de la propriété de MorioUes 
et de celle du Ryz en Poitou, passant mon temps entre 
ces deux endroits, environ un mois de suite dans cha- 
cun d'eux. Dans l'une et l'autre un domestique intel- 
ligent me remplaçait dans mes absences. 

Un jour, avec quatre paires de bœufs, l'un d'eux à 
MorioUes faisait labourer le champ dit le Puy-Pertus. 
Mes bouviers entendirent au Levant une forte déto- 
nation, et presque aussitôt des pierres vinrent s'en- 
foncer dans la terre de ce champ ; celles qui étaient 
plus hautes dépassèrent la crête et furent s'enfoncer 
dans la petite colline de MorioUes-Haut. Aucune de 
mes bêtes ne fut touchée. D'après ce qui me fut dit, 
la direction étant, venant chez moi, du milieu de l'es- 
pace entre Noailles et Nazareth, c'est-à-dire Est-quart- 
Sud-Est. Pas un seul de mes domestiques n'eut l'idée 
de ramasser de ces pierres pour moi. 

Cela fît que l'un deux me raconta que revenant la 
nuit de Puy-Jarrige à MorioUes et passant dans le 
lieu dit le Grand-Bois, dans un petit vallon, la pla- 
nète (c'est ainsi que les paysans nomment les étoiles 
filantes très rapprochées de terre) coupait les bran- 
ches de châtaigniers au-dessus de sa tête. 



r 



— 435 — 

Je crois avoir trouvé, ii y a plus de cinquante ans, 
un aérolithe ramassé dans un tas de pierres venant 
d'un champ auprès de Lissac — appelons-le Pierre, 
sa compagnie nous y oblige. Cette pierre donc, était 
ronde et creuse, d'un diamètre de 12 à 14 centi- 
mètres, cassée à peu près par moitié; sa nature pa- 
raissait être composée d'une partie de matière ferru- 
gineuse roussâtre foncé, rempli d'une quantité de 
quelque chose de noir, comme du pyroxène ou de 
l'amphibole, sans cristallisation bien visible. 

L'épaisseur de cette demi-coquille pouvait être de 
25 à 30 millimètres. 

On m'en a demandé. J'en ai donné si souvent que 
je ci'en ai plus. Je le regrette vivement pour notre 
Musée. 

Gaston de Lépinay. 



PRESENTEE AU ROY 



Par RIRI. les Députés de la VIcompté de Turenne 



Le Bulletin de la Société d'Archéologie d'octobre- 
décembre 1881 publiait, grâce à Tobligeance de M. de 
Bosredon, un document d'un grand intérêt pour This- 
toire du Limousin : Tacte de cession de la Vicomte 
de Turenne. Le 8 mai 1738^ très haut et très puis- 
sant prince Mgr Cliarles-Godefroy de la Tour-d'Au- 
vergne, par la grâce de Dieu duc de Bouillon, vicomte 
de Turenne, duc d'Albret et de Château-Thierry, 
comte d'Auvergne, d'Évreiix et du Bas-Armagnac, 
baron de La Tour, Montgacon et Cazillac, seigneur de 
Créqui, etc., etc., cédait au roi de France pour la 
somme de 4,200,000 livres sa terre de la Vicomte de 
Turenne dans l'étendue des provinces du Limousin et 
Quercy. Cette vente, qui faisait entrer dans le domaine 
royal un des rares fiefs indépendants qui existaient 
encore, ne se fit pas sans soulever de graves diffi- 
cultés et des protestations énergiques de la part des 
ayant-droit. Nous publions aujourd'hui la protesta- 
tion des députés de la Vicomte contre la vente de 
ladite Vicomte. Ce curieux document, que M. Del- 
mont, directeur de l'École primaire d'ftillassac, a bien 
voulu nous communiquer, éclaire d'un jour lumi- 
neux les privilèges des vicomtes de Turenne et les 



— 438 — 

immunités des feudalaires. Nous avons respecté et 
Torthographe et la ponctuation de cette requeste 
présentée au roi au nom des gentilshommes et des 
habitans de la Vicomte. Nous ne voulons même 
pas relever certaines erreurs historiques dont les lec- 
teurs s'apercevront facilement. 

J. ESPÉRET. 



Sire, 

Les gentilshommes et les habitans de la Vicompté de 
Turenne en Limosin et Quercy, prouince de Guienne, repré- 
sentent très humblement à Voslre Majesté quils ont apris 
que M. le duc de Bouillon, vicomple de Turenne, auoist 
proposé à Vostre Majesté de luy vendre les tittres et domaines 
de cette Vicompté, et que dans lestât des reuenus ordinaires 
ou casuel sur le pied desquels il se propose den faire faire 
les évaluations il comprend les dons gratuits que les habi- 
tants de la Vicompté ont volontairement faits tant a ses 
encestres qu'a luy ennuellement ou en certaines occasions 
par le seul motif de la reconnoissance quils ont creû deuoir 
au vicompté pour la protection quil leur auroit accordée et 
quils espéroient de Sa Majesté et des roys ses prédécesseurs. 

Vn article aussi intéressant pour touts les habitants de la 
Vicomte dont M"" le duc de Bouillon met la bonne volonté 
purement gratuite au rang des reuenus du domaine et sei- 
gneurie quil se propose de vendre a Vostre Majesté que les 
dons quils ont bien voulu faire au vicompté ne sont pas un 
patrimoine dont il aye droit de disposer comme de son 
dommaine , mais les dons purement uolontaire et absolu- 
ment gratuits qui selons les loix de la justice ne sont point 
dans le commerce, quils ne peuuent y estre mis que de leur 
consentement, qijils n'ont de valeur que celles que les su- 
pliants peuuent leur donner et dont eux seuls auroint le 
droit de toucher le prix sils estoint susceptibles destre apré- 
ciés et que Vostre Majesté voulut les y assujettir. 



— 439 — 

Quoy que touls les peuples soummis a la souuerenelté de 
Vostre Majesté contribuent aux impositions quil luy plaît 
leur donner pour soutenir les charges de lestât, cepandant 
les habitants de la Vicompté de Turenne ont eu jusques a 
présent laûantage particulier detre aussi que leur vicompté 
libres et exempts de toutes inpositions, leuée des deniers, 
subcîdes, et autres charges réelles, personnelles et mixtes 
comme le duc Dacquitaine dont les roys prédécesseurs de 
Votre Majesté ont reuny les tittres a la Couronne, ont reco- 
gnu en tout le temps quil devoist en estre exempt. 

Cette exemption et immunité est establie par toutes nos 
istoires comme un fait vniuerselement recognu, Paipin pre- 
mier des roys de la seconde race ayant conquis en 764 la 
Guienne sur Geffre qui en estoit le duc laissa suivant les 
istoires de ce temps-là les peuples du payis dans leurs priui- 
leges, libertés, sans y donner aucune atteinte et s'est con- 
seruer par ce moyen les leurs et lobeissance. Ea 771 ce 
prince la donna a Louïs le Débonnaire son fils ayné, pour 
son entretien en le mariant auec Immongarde, fille Dingrene 
duc Dangers. Louïs le Débonnaire la laissa de son vivant a 
Paipin, l'un des fils de son premier mariage, duquel elle 
passa a Guilhaume duc Dacquitaine, un de ses descendants, 
et de luy a Eleonor sa fille, qui la porta en dot en 11 28 au roy 
Louis 7"' qui la luy rendit lors de la dissolution de leur 
mariage, après quoy elle la porta a Enry roy Dangleterre, 
duc de Normandie, quelle épousa en 1149. Les vicomptes de 
Turenne possedoint dans le Limousin, Perigord et Quercy, 
vne estanduë asses considérable de payis detfandu par sa 
situation seule pour ce temps-la. Les peuples de la Vicompté 
le recognoissoint en quelque sorte pour leur souverain immé- 
diat parcequil leur faisoit rendre justice et quil les mainte- 
noit dans laifranchissement de toutes inpositions dont ils 
auoint toujour jouis, et quil faisoist battre mounoye blanche 
et noyre a son effigie qui auoit cours dans le dioceze de 
Caors, Limoges et Perigeux, mais sil eut fait quelque entre- 
prise contre les libertés et franchises dont ils jouissoint 
depuis plusieurs ciecles ils eussent eu recours au duc de 



— 440 — 

Guienne auquel ils estoinl subordinés pour la souverenetté, 
hommage et le ressort. 

Tant que la Guienne feust dans la prospérité masculine 
de Paipin, fils de Louis le Débonnaire, c'est a dire depuis 
818, jusques en 1128, les vicomptes de Turenne reconnurent 
le duc de Guienne de cette race pour souverain, quand a 
Ihommage et au ressort seulement. Quand elle fut passé 
dans la main de Louis 7°*' par son mariage avec Eleonor, ils 
reconnurent Louis 7°*' de la même manière et quand elle 
feust entrée en 1149 en la pocession de Enry, roy Dangle- 
terre et duc de Normandie, ils luy rendirent le même hom- 
mage en conséquence du traité de Londres en 1163, et le 
reconnurent en même termes sans troubler les peuples de la 
Vicompté de Turenne dans les libertés et franchises dont ils 
auoint toujour jouis tant auant que Paipin, père de Charle- 
magne, se feust randu maitre de Guienne que depuis quil le 
feust devenu. 

Saint-Louis ayant confirmé ce traité en 1269 et assuré a 
Enry, roy Dangleterre, les terres au délia de la Guaronne 
avec le Quercy et le Limousin, et Saintonge, jusques a la 
Charante, sous Ihommage lize de la Couronne de France, les 
peuples de la Vicompté de Turenne, aussi que les vicomptes, 
continuèrent de jouir des mêmes libertés et franchises. Ces 
droits ne feurent altérés que peu a peu par les différents sei- 
gneurs de la Guienne, pour suivre les interesl des roys pré- 
décesseurs de Vostre Majesté. 

Le vicomte de Turenne, qui esloit vn des plus puissants, 
vn des premiers, et les peuples de la Vicomte, tant gen- 
tilshommes quaulres qui esloint subjets libres, suiuirent 
lexemple de leur seigneur, et comme il estoit naturel que la 
Vicomte de Turenne estant rentrée dans la mouuance immc- 
diatte des roys prédécesseurs de Vostre Majesté, conservât 
les droits, immunités, libertés et franchises dont elle jouis- 
soit depuis plusieurs ciecles, le roy Philippe le Hardy, fils 
de Saint-Louïs, en donna des lettres patantes du mois d'aoust 
1280. Ils est exposé par ces lettres que la Vicomte auoist fait 
prensenter a Philippe le Hardy toutes les lettres données de 



— 441 — 

temps immémorial par ses prédécesseurs duc de Guienne, 
lesquelles contenoit la reconnoissance des droits du Vicomte 
et de ceux des habitants de la Vicomte que ceux du Vicomte 
auoint toujour été dauoir le droit de reconnoissance de tout 
ce qui concernoit les eaux, les fleuues nauigables dans les- 
tandue de la Vicompté, pors pessieres et moulins y estants, 
les grands chemins, le port darmes et les crimes qui cy 
commetoint dans sa mouvance et les vtiles des fiefs nobles, 
avec la haute-justice, et la permission aux noms nobles d'en 
posséder, quil auoist droit de donner des sauues gardes, et 
den punir les infracteurs, de sobliger tous les subjets de la 
Vicomte, de comparoistre devant sa cour avec armes ou sans 
armes, sans toutes fois les y pouuoir contreindre par amande, 
ce que le duc de Guienne nauroit pas pue exiger deux, et dy 
repondre sur touts contrats, délits, ou considelix, ou nature 
mixte que les vicomtes auoint droit de connoistre en pre- 
mier ressort de toutes les appellations des juges, des sei- 
gneurs mouuants deux et de faire battre mounoye blanche et 
noyre. De bonne loy a laquelle les ducs de Guienne estoint 
tenus d'en donner cours dans les diocezes de Limoges, Peri- 
geux et Caors, que Tun des principaux droits des vicomptes 
de Turenne et du territoire de tous les habitants de la 
Vicomte estoit désire et de avoir toujour été libres et 
exampts de toutes impositions et contributions, payement 
des subcides et charges réelles, personnelles et mixtes, que 
les ducs de Guienne ne pouuoint exiger sous prétexte de 
guerre ou autres causes dans lestandûe de la Vicomplé, 
quoyquils enleuassent dans les autres parties de leur duché 
de Guienne. 

Quoy les officiers de la justice du Duc de Guienne ne 
pouuoint faire citer devant eux les habitants de la vicomte 
ny tenir leurs assiges si non dans la ville de Martel dans 
laquelle il ne pouuoint auoir que deux sergents que les 
chcneschaux et les autres officiers du Duc de Guienne 
estoint obligés de faire le scrmt aux vicomtes de Turenne 
dentretenir les libertés, franchises et immunités de luy et 
des habitants de la vicomte sur la suplique du vicomte de 



Turenne a Philipe le Hardy son souverain, de conserver, 
valider et confirmer ses libertés et franchises tant pour luy 
que pour les habitants de la vicomte, le dispositif de ces 
lettres feut que sur la considération des faits y exposés, le 
Roy de sa pleine puissance et gré, gardoit, y maintenoist, 
confirmoit et conseruoit La Viconsté et les habitants de la 
vicomte, dans ses libertés, franchises et immunités pour en 
jouir de plein droit pour eux et leurs successeurs commils 
auoint toujours fait pour le passé. 

Ce titre émané par un des Roys prédécesseurs de Votre 
Majesté il y a plus de quatre cents cinquante ans qui annonce 
une pansion qui estoit delors de plus de cinq ciècles a été 
suiuie depuis une contante et parfaite exatitude dans toutes 
ses parties a légard des habitants de la vicomte. 

Les Chartres qui ont précédé celle de 1280 pour ordonner 
la continuation de cette franchise et immunité absolue doi- 
uent être dans la Charité de M' le Duc de Bouillon au 
château de Turenne ou il est cité de les vérifier; elles es- 
toint aussi dans les greffes des Estats dont M' le Duc de 
Bouillon a fait emporter touts les tittres et papiers d'autorité 
depuis quatre ou cinq ans, les supliants n'ont peu recouvrer 
que celles qui ont suiui les titres de 1280, Lon y voit que 
Philippe de Valois en 1330 ordonnée a ses seneschaux et 
receveurs de Toullose, Carcassonne, Périgord et Quercy 
dentretenir des libertés sans exiger des subjets de la vicomte 
aucuns subcides pour cause de la guerre de Flandre auec 
enjonction de rendre ce qui pourroist en auoir été exigé. 

Que le Roy Jean renouvela la confirmation portée en la 
chartre de philippe le hardy de 1242 presque dans les mêmes 
termes tant pour les habitants de la vicompté que pour les 
vicomtes que Louis de France, Duc Danjou, lieutenant gé^ 
néral du Roy Charles 5 son frère, en Guienne, et L'anjou 
confirma les droits, franchises et immunités aux vicomptes 
de Turenne et aux habitants de la vicomte par lettres de 
1314, lettres qui ont été suiuies de celles de Louis duc Dan- 
gers, régent du royaume sous Charles 6, du mois doctobre 
1342; de Charles 7, du mois de may 1446; de Louis 11, du 



— 443 — 

mois de 9^^ 1469; de Charles 8, en juillet 1484 ; de Louis 12, 
1499; de François, en avril 1522; denry deux, en octobre 
1547, en octobre 1556; de Charles 9, en aoust 1564; D'enry 3, 
en x^ï-e 1574; Denry 4, en 8bre 1593; œoust et octobre 1619; 
de Louis 13, en aoust 1641 ; en 1646. 

Toutes ces lettres pattantes qui portent la reconnaissance 
et confirmation faites par les roys prédécesseurs de Vostre 
Majesté de ses libertés, franchises et immunités tant des 
peuples habitants nobles et non nobles de la vicomte de 
Turenne que de vicomte même ont été rappellées dans les 
hommages randus par les vicomtes de Turenne aux ducs de 
Guienne, a la couronne toutes les fois que les s" intendants 
et autres commissaires de Vostre Majesté ont voulu com- 
prandre les vicomtes les habitants nobles ou non nobles de 
la vicomte au rang des contribuaux impositions ordinaires 
entières, nouuelles et extraordinaires, les vicomtes et les 
habitants se sont opposés par voye de droit et de représen- 
tation des lettres de chartre qui viennent d'être exposées 
sur les vuees desquelles ils ont été maintenus dans leurs 
libertés, franchises et immunités de touls subcides ou droits 
ou par les s" intendants mêmes ou autres officiers ou com- 
missaires de yostre Majesté ou par Vostre Majesté même en 
son conseil; en sorte que les habitant supliants joignent aux 
lettres quils viennent de rapporter une pention de plus de 
huit ciecles de la Liberté immunité franchise de toutes im- 
positions subcides levées des deniers dans tout le temps et 
pour quelque chose que ce soit. 

Par une suitte de cette immunité franchise consacrée par 
une si longue pocession et autorité par la reconnaissance 
expresse du duc de Guienne et des roys prédécesseurs de 
Vostre Majesté, les habitants nobles et non nobles de la 
Vicomte ont tenue leur Assemblée ei forme Detats par les 
députés de villes et paroisses pour les affaires communes et 
comme la plupart de ces états ne pouuoint se faire que sur 
les yieux du vicomte ils ne manquoint pas dy représenter 
par ses officiers les puissants effets que les habitants ressen- 
toint de la protection que leur accordoit auprès des rois 



— 444 - 

prédécesseurs de Vostre Majesté pour les faire maintenir 
dans les libertés, franchises dont ils auoint jouis et jouis- 
soint actuellement que le Roy naccordoit cette grâce quaux 
grands et importants services quil leur rendoit a gros fraix 
pour les Guerres et les besoins de Lestât que tout cella me- 
ritoit considération de la part des Estats et une marque de 
gratitude par un don volontaire. 

Sur ces pareilles représentations les Estats se portoint en 
arrestant les Leuées des deniers nécessaire pour la dépance 
de leur Assemblée et pour leurs affaires accorder au vicomte 
dindemniser des fraix quil disoit faire pour leurs intérêts, et 
pour luy témoigner leur reconnaissance une somme qui se 
leuoit en même temps sur les habitants de la vicomte. 

Ces sommes qui furent une fois payée et pour cette fois 
seulement ayant été accordés au vicomte sur tout lors des 
lettres quils obtenoint de nos roys furent tantost plus tan- 
tost moins fortes selon quelles estoint plus ou moins fré- 
quentes, mais toujour données volontairement et réglées 
uniquement par la délibération de l'Assemblée des estats. 

En 1550 le payis ayant receu des seruices importants du 
vicomte luy accorda par sa délibération du 2 feurier six mil 
ecus une fois payés et mil ecus par an pour lavenir aux con- 
ditions (?) que cette sommje serait imposée sur touts les 
habitants par les députés des États pour Estre déliurée au 
Tresaurier du vicomte tant quil les feroist maintenir dans 
les immunités et franchises, et que des quils cesseroint den 
jouir ils ne seroint plus tenus de payer les mil ecus par la 
partie de la Vicomte de Quercy, ne voulut pas entrer dans 
cette charge annuelle que les seuls habitants de la partie qui 
est dans le Limousin voulurent bien slmposer de ceux du 
Quercy donnèrent seulement aux vicomtes des fois et autres 
des sommes plus ou moins fortes selon leur volonté et tou- 
jour auec protestation que cestoit de pur Don et sans obli- 
gation ny conséquence que le pays fust tenu a aucune sub- 
uention Enuers les vicomles et a la charge d'estre maintenus 
dans leur exemption. 

Cette fixation a trois mil livres par an réglée en 1550 feusl 



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— 445 — 

augmentée en diuerses reprises jusques en 1607 et portées a 
9,000 livres par an a savoir : 6,000 livres pour la partie du 
Limousin et 3,000 pour celle du Quercy parceque largent 
estoit devenu plus commun et que le vicomte ne cessoit de 
représenter les soins quil se donnoit et les grands fraix quil 
faisoint pour soutenir les interest du pays. 

Enfin federic Mauville de La Tour Dauvergne Duc de 
Bouijlon souverain de Sedan, Racours et vicomte de Tu- 
renne représenta luy môme aux Etats de la Vicomte assem- 
blée en 1649 ses grandes dépances quil estoit obligé de faire 
pour soutenir son rang et la dignité de sa naissance les 
effets puissants de sa protection pour maintenir les habitanls 
de la vicomte dans les pocessions libertés et franchises et 
immunité dont ils jouissoint depuis plusieurs siècles et la 
justice quil auoint de luy accorder un don annuel propor- 
tioné a ce que les Roys levaient dans les autres pays de leur 
dommination qui navoint pas la même immunité pour Estre 
ce don de même qualité que l'immunité sur quoy il feust 
accordé par les États de la Viconsté que le pays lui paye- 
roist annuellement la somme de 3,200 livres scauoir la par- 
tie du Limousin 2,100 et celle du Quercy 3,100 livres et ce 
au lieu de 9,000 livres que Ion avoist accoutumé de lui 
donner annuellement et de touts les dons extraordinaires 
qui auoient ete plus ou moins forts selon le temps et quils 
ne seroint plus levés a lavenir le tout en considération des 
priuileges franchises et immunités dont il auoist pieu au 
roy daccorder la confirmation a tous les habitants de la 
Vicomte avec conuention expresse que cette somme ne pour- 
roist estre augmentée et sous la condiction que la leuee nen 
dureroist que tant et si longuement que le vicomte les feroist 
jouir de ses priuileges franchises et immunités ce que M. le 
duc de Bouillon vicomte de Turenne accepta et promit auec 
clause quau cas de manquement les habitants du pays 
seroint et demeureroint déchargés de la promessie et obliga- 
tion quils contractoint et encore sous la condiction que si les 
roys prédécesseurs de Vostre Majesté reduisoint les tailles 
au même pied quen 1607, 3,000 livres des dons seroint 

T. XXX. 4-4 



— 446 — 

réduits aux 3,000 livres qui auoint lieu alors et seroint dimi- 
nuées a proportion a la diminution des charges qui se- 
roint mises sur les autres peuples du royaume par Vostre 
Majesté quoy que cette flxation de don annuel a 3,400 livres 
deut estre invariable et tenir droit de touts autres dons sui- 
vants les conventions de 1642. 

Cependant a mesure que les besoins de lestât ont obligé 
le feu roy Louis 14 de mettre sur le peuple du royaume des 
nouvelles impositions dont ceux de la vicomte ont été exâmpts 
les officiers et agents du vicomte en ont prix occasion de 
demander encore des dons et présents extraordinaires quils 
ont profité de lestablissement du Controlle, des actes du 
papier timbré pour les actes de notaire ou de justice de la 
capitation et enfin de la liberté que le pays auoint de la plan- 
tation du tabac pour son usage, ils en ont même pris 
auantage pour faire porter haut des nouueaux donts beau- 
coup plus haut que touts ceux qui avoint été faits auant le 
don de 34,000, ce qui a fort surchargé les habitants. 

Quand Vostre Majesté a jugé en 1734 de leur interdire la 
liberté de faire du tabac M' le Duc de Bouillon au lieu de 
maintenir par sa protection auprès de Vostre Majesté la poces- 
sion ou le pays auoit été jusques alors traité auec les fer- 
miers Généraux de Vostre Majesté moyenant une pention de 
1,200 livres pour consentir a tenir luy même la main par 
ses officiers a lexecution de cette suspanlion il a continué 
de jouir de cette pention pour le prix de labandon quil fai- 
soist de linterest du païs sur cet article et de receuoir en 
même temps annuellement Lentière somme de 3,400 livres 
qui ne lui estoint données que pour maintenir les mesmes 
interests pour la conseruation desquels le païs venoist luy 
même faire un don extraordinaire de 10,000 livres qui n'es- 
toint pas encore achevé de payer. 

Les leuées que les agents de M' de Bouillon seftbrcoient 
de multiplier sur les habitants de la vicomte ayant donné 
lieu a des murmures et même a des résolutions des habi- 
tants les plus sénés de représenter a M*" le duc de Bouillon 
que de pareilles exactions pouroint porter les peuples de la 



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- 447 — 

vicomte qui sont libres et exampts des charges a recourir a 
Ihautorite de Vostre Majesté pour lobliger a leur laisser la 
liberté dont ils doiuent jouir ils ont apris auec douleur que 
M' le duc de Bouillon ayant résolu de vendre a Vostre 
Majesté la vicomte de Turcnne parce qu'il ne le voyait plus 
en cet estât ny en la volonté de luy faire de pareils dons 
avoient compris ceux que ces peuples luy ont faites volon- 
tairement par pure affection aux rangs des reuenus fixes et 
certains quil propose a Vostre Majesté pour former le prix 
quil demande du dommaine De la vicomte quil lui avoist 
porté le don ordinaire des supliants pour 33,225 livres, les 
dons extraordinaires pour 1723 de la pantion de 12,000 livres 
quil reçoit des fermiers Généraux de Vostre Majesté en con- 
séquence qui a ete faitte de la defance faitte aux habitants 
de la vicomte de planter du tabac ce qui forme a ces yeux 
un revenu de 51,998 livres dont il demande a Vostre Majesté 
le dernier ce qui monteroit a 3,116,880 livres sans y com- 
prendre les autres exagérations des reuenus. 

Un euénement aussi extraordinaire dont le projet avoit 
été déjà projette du uiuant de Godefroy Mauville duc de 
Bouillon vicomte de Turenne auoit déterminé les habitants 
de la vicomte a venir se jetter aux pieds de Vostre Majesté 
leur. unique souuerain ; et y réclamer la puissance suprême, 
et célla non seulement pour arrester les exactions inouïs que 
les agents de M" le Duc de Bouillon voudroint exercer sur 
un païs dont les roys prédécesseurs de Vostre Majesté ont 
maintenu conserué la franchise immunité, mais encore afin 
qu'un seigneur auquel ils ont dans touts les temps prodigué 
si libéralement leur bien pour peure reconnaissance de leur 
protection quil disoint leur donner auprès de Vostre Majesté 
et des roys vos prédécesseurs ne vande a prix Dargent a 
Vostre Majesté les mêmes franchises et immunités dont il 
nest pas propriettaire dont il ne peut disposer au préjudice 
des habitants de la vicomte a qui elles sont propres et per- 
sonnelles. 

Les supliants reconnoissent par la seule puissance que 
Vostre Majesté tient de Dieu seul quelle est maîtresse abso- 



— 448 — 

lue de les assujettir au même droit charge et imposition 
quil lui plait dimposer sur les autres subjets de sa Dommi- 
nation et que sil luy plaisoist de le faire les vicomtes de 
Turenne leur seigneur nauroist comme eux que la voye de 
la plus respectueuse représentation a Vostre Majesté pour 
obtenir de sa bonté et de sa clémence la conseruation des 
immunités et franchises dont lui et les habitants jouissent 
depuis plus de dix ciecles cette immunité dont touts les 
peuples de la Guienne jouissoint des le S"* ciecle lorsque 
Paipin premier de la seconde race reunit sous sa dommi- 
nation par la conqueste qu'il en fisl sur Geffre fils Deudon 
qui s'en estoit emparé et qui privait (?) les peuples qui jus- 
ques la avoint été libres sest conseruéo entière dans la 
vicomte de Turenne. 

Les peuples de cette vicomte qui est au milieu des mon- 
tagnes de Limousin et Quercy dans un pays dont la pros- 
périté leur interdit toute sorte de éommerce ont conserué 
toutte la pluralité de leurs meurs et ont eu le bonheur destre 
gouvernés par des seigneurs qui ont randu des seruices 
signalés a leur souuerain et a lestât attaché à leur vicomte 
quils ont suiui dans toutes les Guerres ou il estoit obligé de 
servir la couronne ils ont mérité comme luy que les roys 
prédécesseurs de Vostre Majesté leur conseruassent les im- 
munités et franchises auec lesquelles ils estoint entres avec 
luy sous lobeissance de Papain père de Charlemagne et 
auoint conserué de viure libres sous celles des Ducs de 
Guienne et des roys de France ce pays a toujour fourny et 
fournit encore a proportion de son eslandue aux armées de 
Vostre Majesté autant doflciers et de soldats quaucune autre 
partie de vostre royaume, ses dfoits reconnus mentionnés et 
confirmés dans la chartre de philippe le hardy de 1280 sont 
les droits des habitants de la vicomte ainsi que ceux du 
vicomte. 

Le Vicomte qui esloist seigneur en cette qualité le pre- 
mier des habitants de son pays a demandé pour luy comme 
pour eux la conseruation de leur immunité ce que les roys 
prédécesseurs de Vostre Majesté eussent peu refuser en 



I 

J 



f 



- 449 — 

usant a la rigeur de leur puissance absolue, ils ont creu de 
leur bonté et de leur magnificence, et les supliants osent 
dire de leur justice de les leur conserver. 

C'est sous la protection des roys prédécesseurs de Vostre 
Majesté que les habitants de la vicomte de Turenne jouissent 
depuis près de mil ans de limmunilé et franchise de toutes 
impositions et subcides. Les viconles nont été que lorgane 
de leur vasseaux et tenanciers quand ils ont demandé la 
confirmation des privilèges pour les habitants de la Vicomte 
comme pour eux et Votre Majesté permettant depuis son 
règne quils continuassent de jouir de leur liberté, na fait 
que suivres les traces des roys ses prédécesseurs et de son 
auguste bisoyeul qui a creu se deuoir à luy même plus 
encore qu'à la maison quil possède, sa vicomte de ne donner 
aucune atteinte a des immunités et franchises aussi an- 
ciennes et si authantiquement lecognues et confirmées suc- 
cessivement par touls nos roys pendant plus de 150 ans par 
la suilte dune pocession qui remontât encore a un plus 
grand nombre de ciecles et dans une antiquité qu'on ne 
peust connoistre que par les istoires et dont la loogeur du 
temps n'a pas permis que les lettres vinssent jusques a nous. 

Mais il suffit aux supliants den trouuer les traces claires 
dans la chartre de 1 180 qui est le plus encien des tittres de 
la vicomte quils y connoissent ou Philippe le hardy ne con- 
firme aux habitants de la vicomte les privilèges franchises 
et immunités que sur la voie de trouver les lettres précé- 
dantes des enciens ducs de Guienne qui les auoint recon- 
nues et confirmées. 

Après un aussi grand nombre de mouuementsde la justice 
et de la Bonté de nos roys qui ont maintenu cette pocession 
d'immunités de leur subcides et impositions dont les habi- 
tants de la Vicomte ont loujour jouis et jouissent encore 
annuellement sous le règne glorieux et fleurissant de Vostre 
Majesté ils peuuent dire auec confiance quils sont propriai- 
taires de ses libertés franchises et immunités quelles leur 
appartient comme leur bien propre et non au vicomte de 
Turenne qui ne peust ny leur otter ny en disposer a leur 



— 450 - 

préjudice par une attantion ou donnation et quils ont autant 
de droit d'en jouir sous la puissance de Vostre Majesté que 
le vicomte de Turennc du Domaine de sa Vicomte, s'il estoit 
donc possible qu'un bien aussi précieux que le sont leurs 
libertés franchises et immunités peust estre vendue et mise 
a prix elle pourroist lestre que par les supliants a qui seuls 
elles appartiennent quils sont les seuls propriai taires et non 
le vicomte qui na ny la proprietté ny la pocession si non 
pour ce qui le concerne seul et non pour ce qui concerne 
les habitants qui possèdent les franchises et immunités 
comme il possède la sienne. 

Il est vray que les vicomtes de Turenne qui ont toujour 
été des seigneurs de grande considération et du grand crédit 
auprès de nos Roys ont demandé et obtenu la confirmation 
de ses libertés pour les habitants de la Vicomte ce que les 
habitants ont témoigné a leur vicomte la reconnaissance et 
cette protection par les dons que les agents des vicomtes 
ont aumanter peu a peu par sucession de temps. 

Mais les dons accordés volontairement par les États de la 
vicomte uniquement pour marquer leur reconnaissance dune 
protection puissante auprès du Souuerain ne font une lettre 
en la personne du vicomte pour leuer des deniers sur ces 
vasseaux et tenancier de sa seule authorité sil voulait les 
obliger a payer ce qui ne luy est pas accordé de leur pure 
et franche volonté ou plus qu'ils ont voulu luy accorder ils 
luy resisteroint avec justice et recourrait au pouuoir suprême 
de Vostre Majesté Son souuerain et le leur de qui ils sont 
également subjets pour les deffandre de loppression quil 
voudroist exercer contre eux ils luy diroint auec justice 
qu'estant francs de louts subcides, impositions enuers Vos- 
tre Majesté leur seul souuerain ils le sont a plus forte raison 
envers luy que quand ils luy ont fait un don de finance et 
pour cella assis et leués sur eux-mêmes des deniers, sa a ete 
un acte de nature purement volontairement quil neust peu 
exiger deux sils neussent pas voulu les donner que touts les 
pretandus que touts les vicomtes ont pris pour ce faire 
accorder par les États du pays des dons gratuits quils ont 



— 451 — 

converty a une somme annuelle dont la leuée se fait article 
par article et imposition comme la taille dans les autres 
pays, ne leur ont pas donné un peuple libre, et que tout ce 
quils ont recueilli a ete de receuoir les présents que les États 
leur faisoint volontairement par reconnaissance de leur pro- 
tection et bons offices qu'ont eu a leur faire, quon peut cas- 
ser dès quon ne voudra plus faire de pareils présents et 
quon a raison de ne vouloir plus les leur faire des qvie au 
lieu de protéger et de deffandre les immunités des habitants 
de la Vicomte il veust vendre les droits de leuer les deniers 
sur eux comme si cestait un bien qui leur appartint Les 
habitants pour soutenir une deffance aussi naturelle deuant 
Vostre Majesté nauroint besoin que des lettres mêmes que 
le vicomte porte pour marquer les grandes prérogatives de 
la vicomte quil veust vandre puisque ces lettres annoncent 
leurs libertés commes les siennes. 

Les supliants portent donc auec confiance leurs très hum- 
bles représentations auprès du trône de Vostre Majesté sur 
cette vente proposée par M' le duc de Bouillon et ils sous- 
tiennent auec la plus parfaitte soummission pour Vostre 
Majesté et sans sescarter du respect quils conseruent pour 
M' le duc de Bouillon leur vicomte quil ne peust comprandre 
au rang des reuenus de la vicQnité quil veust vandre les gra- 
tifications des marques de reconnaissance quil a reçue deux 
que parcequils ont bien voulu les luy donner sans quil eut 
aucun droit et tittre pour les exiger. 

Si M' le duc de Bouillon ne veust pas a lexemple de ses 
pères user de laxés quil a auprès de Vostre Majesté pour 
obtenir la confirmation de leur libertés pour les y faire main- 
tenir ils espèrent de la bonté et de la justice de Vostre 
Majesté quelle voudra bien les escouter eux mêmes dans les 
très humbles suplications quils lui en font. 

Ils espèrent conseruent depuis près de dix ciecles les 
libertés si précieuses pour eux par la bonté des roys pré- 
décesseurs de Vostre Majesté qui au nombre de plus de vingt 
les ont sucessiuement confirmées si le vicomte par des veues 
contraires a celles de ses pères qui les ont protégés auprès 



_ 452 — 

des roys pour les leur faire conseruer les abandonne et 
qu'en vendant la vicomte il veuille aussi vandre comme son 
bien les marques quils luy ont volontairement donnés de 
leur reconnaissance et les mest en estât de les plus deuoir 
qua Vostre Majesté seule. 

C'est dans cette situation que munis de tant de lettres ils 
se prosternent en toute humilité deuant elle pour luy de- 
mander la conseruation et quils lui représentent que si elle 
veut reunir les lettres de la viconste a sa couronne elle na 
point de prix a payer a M' le duc de Bouillon pour luy 
acquérir de luy un droit quil na point qui ne luy a jamais 
appartenu et dont ils sont seuls propriaitaires que leur 
liberté sont leur bien propre et personnels et dans la poces- 
sion desquels les roys prédécesseurs de Vostre Majesté con- 
tinue de les y maintenir comme ils espèrent de sa clemance 
et de sa justice ils regarderont de luy donner volontairement 
les mêmes marques de leur reconnaissance quils donnoint a 
leur vicomte sans quil aye coutté a Vostre Majesté a con- 
quérir cet empire sur les cœurs. 

L'Intantion de Vostre Majesté ne peust estre danéantir en 
un estant pour satisfaire linlerest seul de M*" le Duc de 
Bouillon ce que ks roys prédécesseurs de Vostre Majesté ne 
voudrointque des subjets deu«us ses vasseaux et tenanciers 
immédiats pour lacquisition quelle auroist faitte de la sei- 
gneurie du pais quils habitent deuinssent d'une condition 
pire que celle dont ils estoient sous le vicomte leur encien 
seigneur et quayant toujour esté francs et libres de touts 
subcides et impositions par la bonté et justice des roys vos 
prédécesseurs tant quils nauroient point d'autre seigneur 
immédiat quun vicomte vassal de Vostre Majesté ils per- 
dissent toutes les libertés et franchises au moment quils 
seroint passés sous la mouuance dun roy aussi grand, aussi 
bon, aussi juste, Vostre Majesté ne voudroil pas jouir de la 
vicomte de Turenne autrement quen ont jouï les vicomtes de 
La Tour dauvergne et auant eux ceux de la maison de Beau- 
fort Commises et les anciens vicomtes qui les ont précédé 
ny faire perdre aux peuples de cette vicomte les libertés 



— 453 — 

que les roys vos prédécesseurs ont conserué souà les anciens 
vicomtes. 

Les Estats du pais demeurés francs et libres de touts sub- 
cides 6t impositions sous le vicompte de Turenne, représen- 
teront a Vostre Majesté que comme les libertés dont ils 
jouissent nont point ete vanduôs au vicomte ni a ses pères 
il ne peust les vandre ny entrer de Vostre Majesté a aucun 
prix que leurs libertés sont toutes anciennes a eux quil ny 
a aucun droit et que si contre leur espérance et la confiance 
qu'ils ont en la bonté et en la justice de Vostre Majesté sa 
volonté estoit de le leur oster et de les soummettre a toutes 
impositions comme ses autres subjets il ne seroit pas juste 
que Vostre Majesté payât pour cella un prix au vicomte 
puisquil ne luy appartient pas den disposer. 

Ils espèrent au contraire que si Vostre Majesté acquiert 
de M"" le Duc de Bouillon la vicomte de Turenne elle ne 
voudra pas permettre quil comprenne dans les reuenus 
quelle produit et dont il propose leualuation des sommes 
que les Estats du pays ont bien voulu payer de leur franche 
volonté et sans y estre obligés ny par les douze mil livres 
quil tire des fermiers généraux de Vostre Majesté pour la 
supression de la plantation du tabac dont les seuls habitants 
ont soufert, ils espèrent aussi que Vostre Majesté voudra 
bien si elle acquiert la vicomte permettre aux Estats du pais 
de sassembler en la manière ordinaire pour pouvoir sous 
son bon plaisir a la conseruation de leurs libertés dont les 
habitants de la vicomte ont toujours jouï et luy présenter 
leurs cayets et ils continueront leurs veufs et leurs prières 
pour sa santé et prospérité 

De Vostre Majesté. 



Faye-I-ieLOlièze 



ET 



LES DÉBUTS DE LA RÉVOLUTION A BRIVE 

' (d'après des docmnents inédits) 



Les curieux documents contenus dans les archives 
municipales pourraient servir àcompléter, sinon même 
à renouveler l'histoire des débuts de la Révolution 
à Brive. Nous nous proposons seulement ici d'en 
extraire les détails qui se rattachent à la biographie 
du docteur Pierre -François Lachèze, dit Lachèze 
jeune, et Faye-Lachèze(l), député à l'Assemblée na- 
tionale législative, puis chef du Bureau des Consulats 
au Département de la Marine, commissaire diploma- 
tique près l'armée d'Italie et consul général à Gênes, 
enfin directeur de l'Enregistrement et des Domaines 
à Aquila (royaume de Naples), ayant peut-être rempli 
d'autres fonctions encore dans des villes différentes 
d'Italie. 

Ce personnage, par lui-même assez médiocre, type 
assez caractéristique de Varriviste au commence- 
ment de la Révolution, se trouve occuper une place 
aussi importante que singulière dans l'histoire du 

(1) Faye parait avoir été à Forigine le nom de quelque petite pro- 
priété de famille, ajouté au nom patronymique pour distinguer le frère 
cadet du frère aine, suivant un usage devenu assez commun dans la 
bourgeoisie, à la fin de Tancien régime. 



— 456 - 

général Antoine Marbot, sur laquelle une publication 
récente de notre distingué compatriote, M. Louis de 
Nussac, a fourni de si piquants renseignements (1). 
11 a aussi une petite place dans Thistoire de Mirabeau, 
Cabanis se Tétant adjoint pour soigner, comme mé- 
decin, le grand orateur dans sa dernière maladie, et 
celui-ci lui ayant donné dans son testament une mar- 
que de souvenir et de reconnaissance. 

Nous ne reviendrons pas ici sur ce qui concerne 
les rapports d'amitié très étroite établis entre le gé- 
néral Antoine Marbot et François Faye-Lachèze, à 
compter de leur élection simultanée à l'Assemblée 
législative, comme députés de la Corréze, et du ma- 
riage du second avec une jeune protégée de M"' de 
Condorcet, Rose Dupré de Geneste, la Rosette des 
lettres écrites sous la tente par le général Antoine 
Marbot. Nous nous bornons à renvoyer à cet égard 
nos lecteurs à la brochure de M. de Nussac, et au 
commentaire que lui a donné Tun de nous dans un 
article de la Revue des Questions historiques^ de 
janvier 1908(2). 

Nous allons remonter un peu plus avant dans la 
vie de François Lachéze^ et raconter les origines de 
sa carrière politique. 

I 

Un mot d'abord sur la famille dont il est sorti. 
C'était une famille de petite bourgeoisie campa- 



(1) Études historiques militaires, — Le général Antoine Marbot, 
amitiés, amours et guerres, par L. de Nussac. —Paris, Picard. 1905. 

(2) Marbot garde- du- corps et général de la République, par Gh. de 
Loménie, 



— 457 — 

gnarde, originaire de Voutezac ou d'Orgnac, dont le 
chef, à la fin de Tancien régime^ François Lachèze, 
époux de Marianne Lacoste, avait le titre d'avocat en 
Parlement, mais était surtout l'homme d'affaires au- 
quel la famille de Lasteyrie du Saillant accordait toute 
sa confiance. 11 est fréquemment question de lui dans 
la correspondance inédite entre le marquis de Mira- 
beau, ÏAmi des HommeSy et son gendre le marquis 
du Saillant. Successivement procureur d'office, puis 
lieutenant de juge, puis juge de la juridiction sei- 
gneuriale d'Allassac, il habitait le Saillant. Son lils 
aîné Pierre-Remy, légiste comme lui, et qui devait 
finir ses jours juge au Tribunal de cassation, était 
pareillement à la fin de l'ancien régime juge d'une 
autre justice appartenant à la famille du Saillant, 
celle du Saillant, Comborn^ Saint- Viance et Objat. 

Ayant amassé une jolie fortune bourgeoise pour le 
pays et Tépoque, une centaine de mille francs envi- 
ron, après avoir commencé avec très peu de chose, 
ayant assuré des emplois à ses fils (1) (le second Pierre- 
François était devenu médecin après avoir obtenu une 
des six bourses de la ville de Brive dans les collèges 
de l'Université de Toulouse), le vieux Lachèze ache- 
vait avec bonne humeur, au Saillant, une vie assez 
longue qu'il devait terminer en 1791, entre ses deux 
filles, la Margoutou, ménagère experte, et la Pou-- 
lettej très entendue en affaires (2). Il était très res- 



(1) D'après le relevé des actes notariés et d'état-civil relatifs à la 
famille Lachèze. relevé donné par M. Louis de Nussac dans la bro- 
chure précitée, l'homme d'affaires de la famille du Saillant aurait eu 
six enfants lui ayant survécu, dont trois fils. 

(2) Les lettres de Lachèze à son ami Antoine Lalande nous montrent 
la Margoulou faisant exécuter des travaux pour ses amis de Brive 



— 458 — 

pectueux de Tautorité^ et d'un voltairianisme prudent 
à l'égard des gens d'Eglise. 

Les premiers événements de la Révolution à Brive 
allaient donner à ses deux fils établis tous deux dans 
cette ville, et âgés alors l'un, l'avocat, de trente-six 
ans, l'autre, le médecin, de trente-trois, l'occasion de 
se créer d'emblée un rôle politique. 

Brive et le Bas-Limousin étaient éloignés des in- 
fluences aristocratiques et parlementaires qui ont 
commencé la Révolution. Ni la lutte des Parlements 
contre le ministère Brienne, et le projet apporté 
de Bordeaux par un conseiller au Parlement de cette 
ville, seigneur de fiefs en Bas-Limousin, M. de Pois- 
sac, en vue de reconstituer les Etats de Guienne (au 
lieu des assemblées provinciales instituées par le gou- 
vernement); ni les élections aux Etats- Généraux qui 
ont provoqué tant de désordre dans d'autres régions, 
ni même les premières discussions entre les repré- 
sentants des trois ordres^ le serment du Jeu de Paume, 
la séance royale du 23 juin n'ont ému beaucoup la 
population du Limousin. V anarchie spontanée par 
laquelle Taine a caractérisé la première phase de la 
Révolution n'a pas existé chez elle. C'est un point 
qu'il n'est pas inutile de mettre en lumière, les pré 
cédents historiens locaux, M. de Seilhac notamment, 
ne l'ayant pas assez dégagé. 

Jusqu'au 14 juillet 1789, Brive en particulier a joui 
d'une tranquillité parfaite, non exempte, il est vrai, 



par les fileuses du Saillaivt. Quant à M"* Poulette, la marquise du 
Saillant s'adresse à elle en 1791 pour écrire les lettres délicates que 
son frère, le procureur-syndic du district, peut être embarrassé de 
faire lui-même. 



- 459 — 

d'engourdissement. Cette ville était administrée par 
un maire perpétuel, lequel était en même temps 
lieutenant -général de la sénéchaussée, un lieute- 
nant de maire, quatre échevins, et quatre con- 
seillers de ville en titre; à ces officiers municipaux 
s'adjoignaient, dans les occasions importantes, un cer- 
tain nombre de notables ou fonctionnaires formant 
avec eux ce qu'on appelait le Conseil politique (i). 
Dans la plupart des villes de France les charges 
municipales électives avaient été transformées suc- 
cessivement, on le sait, en offices qui s'acquéraient 
et se transmettaient moyennant finances et étaient 
recherchés à cause des prérogatives honorifiques 
ou autres qu'ils conféraient à leurs titulaires. Il y 
a à la fin de V Ancien régime et de la fiévo- 
lulioUj de Tocqueville^ une note particulièrement 
instructive sur Une administration de ville au 
XVIIP siècle. Cette ville qui est celle d'Angers avait, 
comme certaines autres (2), racheté à différentes re- 
prises les offices plusieurs fois créés par le gouverne- 
ment, c'est-à-dire, comme le dit un mémoire de 1764, 
cité par Tocqueville, a payé de ses finances pour con- 
server la liberté de ses élections (d'ailleurs peu démo- 
cratiques), et faire jouir ses officiers élus^ les uns 
pour deux ans, les autres à vie, des différentes préro- 

(1) Le Conseil politique, en 1789, était composé de MM. de Maledent 
de la Bastille, maire perpétuel; Mayjonade, lieutenant de maire; Man- 
tet, avocat; Bachélerie, procureur; Déjean, négociant; Delpeuch, no- 
taire, échevins; Delbos du Bousquet, Antignac, Laborderie, Maie- 
peyre, conseillers de ville; de Gilibert, curé de Saint-Martin; Crozat, 
Lemas, Goulmy, Rogemond, de Rivaud, Guittard, Laulerie, Rebière, 
de Corn, du Peyron; de Lavareille, chanoine; de Lansade, receveur 
des tailles; de Vielbans, lieutenant particulier; Védrenne de Lacha- 
pelle. 

(2) Celle de Limoges, notamment. 



— 460 — 

gatives attachées à leur charge ». A Brive la transfor- 
mation en offices remonte à 1692, malgré une autre 
indication donnée dans un document ci-après, et les 
mêmes sacrifices n'avaient pas été faits pour main- 
tenir un régime municipal électif. La flscalité du 
gouvernement avait su donner une satisfaction à 
Tamour-propre de la bourgeoisie, en créant ainsi des 
charges soustraites à Tobligation féodale d'hommage- 
lige^ genibus flexis et capuciis amolis^ laquelle 
existait précédemment au profit des ducs de Noailles 
devenus seigneurs des deux tiers de la ville. Les 
anciens consuls ayant été d'abord maintenus à côté 
des nouveaux officiers municipaux, avec des attribu- 
tions réduites à des objets spéciaux, comme la répar- 
tition ou le recouvrement de Timpôt, nous voyons, le 
15 mai 1770 encore, le duc de Noailles obtenir contre 
eux du Parlement de Paris la reconnaissance de cette 
obligation féodale. Depuis lors les consuls avaient 
cessé d'exister et le duc de Noailles s'était trouvé sans 
action contre les nouveaux officiers municipaux. 

Les transformations dont nous parlons sont pour- 
tant au nombre des causes q.ui ont le plus contribué 
à affaiblir l'organisation administrative de l'Ancien 
régime. Des municipalités électives ne se fussent pas 
effondrées devant les premières insurrections popu- 
laires, comme nous allons voir s'effondrer la munici- 
palité de Brive, constituée en offices héréditaires. 
II ne faudrait pas croire pourtant que les personnes 
revêtues de ces fonctions en 1789, M. de Maledent de la 
Bastille, maire, et les collègues qu'il présidait, fussent 
animées d'un étroit esprit de caste ou inspirassent 
de l'antipathie à la population. Nul ne leur refusait 



— 461 — 

au contraire Testime qu'ils avaient méritée par le 
désintéressenient de leur administration; et les suc- 
cesseurs qui leur furent donnés^ le 7 septembre 1789, 
leur rendirent cet hommage significatif, par une déli- 
bération consignée dans les registres municipaux : 
a Lorsque la communauté a cru devoir exprimer son 
a vœu (pour le renouvellement de la municipalité), 
« elle n'a eu d'autre raison que Tillégalité de la nomi- 
« nation^ et la réclamation d'un droit qui lui avait été 
oc usurpé. La conduite des anciens officiers munici- 
« paux et du Conseil politique étant à Tabri de tout 
« reproche pendant leur administration, il serait in- 
« juste de laisser le moindre nuage sur le personnel 
« d'honnêtes gens qui ont bien mérité de la chose 
« publique. Il a donc été délibéré unanimement qu'il 
a serait fait une mention honorable sur les registres 
a de l'Hôtel-de-Ville, et que particulièrement M. May- 
« jonade, ancien lieutenant de maire^ serait remer- 
« cié, au nom de la communauté, d'avoir fait em- 
« bellir à ses frais nos promenades publiques et donné 
« des preuves en toutes occasions de son zélé et de sa 
a générosité envers la patrie. j> 

Les précieux registres de délibérations du corps 
municipal de Brive transcrits par M. Julien Lalande, 
l'un de nous, montrent ces officiers municipaux con- 
sciencieusement occupés de leurs petites affaires admi- 
nistratives, sans diversion politique jusqu'au 19 juillet. 
Le calme des esprits, et parmi eux et dans la popu- 
lation^ commence à être atteint lors de la réception 
des lettres par lesquelles M. Malès, député du Tiers- 
Etat aux Etats-Généraux, représentant plus particu- 
lièrement la sénéchaussée de Brive, raconte aux 

T. XXX. /i - 5 



— 462 — 

officiers municipaux les événements des 12, 13, 
14 juillet et jours suivants. Mais, comme la présence 
de Necker (M. de Necker comme on dit à Brive) à la 
tête du gouvernement est ce à quoi la population 
attache alors le plus d'importance, comme la nou- 
velle de son rappel arrive presque tout de suite après 
celle de son renvoi^ le premier effet produit est sur- 
tout un effet de joie dans toutes les classes de la 
population. 

Cette joie se manifeste d*abord par des cérémonies 
religieuses : grand'messes solennelles à Téglise collé- 
giale, Te Deum chanté à deux jours différents^ ser- 
vice célébré a pour le repos des âmes des généreux 
citoyens de Paris qui ont sacrifié leur vie pour la 
défense de la patrie ». Le jeudi 23 juillet, après la 
première grand*messe solennelle, trois drapeaux, des- 
tinés à la future garde nationale de Brive^ Tun blanc, 
l'autre blanc et bleu, le troisième rouge et bleu, sont 
présentés par les maire et échevins, en robes et cha- 
perons, à la bénédiction de M. Sapientis, chanoine et 
hebdomadier. Ensuite, le dimanche 26 juillet, à huit 
heures du matin, sur convocation régulière des offi- 
ciers municipaux, et aux sons de la grande cloche, se 
réunit à THôtel-de-Ville une de ces assemblées de 
tous les habitants, qu'on formait encore parfois dans 
les derniers temps de l'ancien régime, conformément 
à de vieux usages, pour délibérer sur des questions 
extraordinaires d'intérêt municipal. On y établit les 
bases d'organisation d'une milice bourgeoise, ou plu- 
tôt, comme l'ont demandé^ à Tulle, les gentilshommes, 
pour pouvoir y entrer sans déroger, d'une milice ci- 
tovenne à l'instar de celle de Paris; on nomme des 



— 463 — • 

officiers, avec les maire et échevins comme comman- 
dants généraux; — le tout^ comme il est dit dans la 
délibération arrêtée séance tenante, sous le bon plai- 
sir du Roi et de Monsieur V Intendant. 

C'est seulement quatre jours après, le jour de la 
Peur^ c'est-à-dire à Brive le 30 juillet, que l'état 
révolutionnaire commence. Une lettre arrivée d'Uzer- 
che a annoncé que la province du Limousin était in- 
festée par une troupe de brigands, au nombre d'en- 
viron douze mille, qui pillaient et incendiaient tous 
les lieux où ils passaient, La même nouvelle a été 
apportée par des députations d'Allassac, Objat, Don- 
zenac, Sarrazac et autres localités environnantes. Tous 
les hommes en état de porter les armes sont assemblés 
en hâte sur les deux ponts de la ville, sous les ordres 
des officiers municipaux, dit le procès- verbal^ mais 
sous l'autorité effective de MM. de Géogéghan, ancien 
colonel d'infanterie; de Lansade de Lardimalie, an- 
cien gendarme de la garde, et Grivel, avocat, nommé 
major-général de la milice bourgeoise. Un conseil, 
comprenant pour la première fois des personnes 
étrangères à l'ancienne municipalité, au nombre de 
treize, se réunit à l'Hôtel-de-Ville. L'aîné des deux 
frères Lachèze, l'avocat, fait partie des treize nou- 
veaux venus (1), qui s'introduisent ainsi dans la mu- 
nicipalité pour la supplanter. 

Huit membres de cette réunion restent en perma- 
nence jusqu'à quatre heures du matin^ et sont relevés 
par huit autres. Toute la nuit la garde bourgeoise 

(1) MM. de Lavarde» Lachèze, Malepeyre fils, de Géoghégan, Male- 

Eeyre, de Gorrèze; Sapientis-Favars, chanoine; Sahuguetde la Roche, 
lalande père, de Gorrèze; Sapientis-Chauffengeal, cTîanoine; La He- 
naudie, Malès père, des Bruslys, Maillard. 



demeure en armes et fait des patrouilles autour de la 
ville. On ne dort guère à Brive toute cette nuit-là. 
Dès le lendemain matin pourtant les alarmes com- 
mencent à se dissiper. Une lettre, apportée par deux 
députés de Terrasson, fait connaître que les pillards, 
au nombre de soixante-quinze environ (au lieu de 
douze mille), sont cantonnés et observés dans la forêt 
de Confolens, sur les confins de TAngoumois; et la 
terreur panique disparaît aussi vite qu'elle est venue, 
a II paraît dit le procès-verbal du corps municipal, 
« que cette terreur panique passe du côté du midy, 
« mais on espère qu'elle cessera bientôt, au moyen 
« des conseils et des avertissements que le conseil 
a permanent a eu le soin de faire répandre. » 

Deux résultats politiques importants restent acquis : 
sans l'intervention, réservée jusqu'alors, des repré- 
sentants de l'autorité royale, la garde nationale est 
constituée; elle a un commandant supérieur dévoué 
aux idées nouvelles, et disposé à l'indépendance en- 
vers l'ancienne municipalité; et d'autre part le noyau 
d'une administration future ayant un caractère popu- 
laire est formé dans le sein même de celle-ci. Com- 
ment douter qu'une panique se propageant avec cette 
régularité dans toute la France, du nord au midi, et 
produisant partout les mêmes effets, puis cessant aus- 
sitôt qu'ils ont été assurés, réponde à un dessein et 
à un mot d'ordre de ceux qui ont intérêt à provo- 
quer ces effets? 

II 

La panique a cesssé, mais la surexcitation des es- 
prits persiste; et il suffira de peu d'efforts encore pour 



— 465 — 

faire disparaître complètement lancienne municipa- 
lité. Tout d'abord les membres nouveaux du Conseil 
permanent institué le 30 juillet sont portés de treize 
à vingt-six. Ce Conseil se subdivise en comités où 
figurent encore les anciens officiers municipaux, mais 
où dominent les nouveaux venus, bourgeois encore, 
jaloux d'autres bourgeois, mais ouvrant la route aux 
chefs d'émeutes et de clubs. 

Le 6 septembre^ sur l'initiative d'un personnage 
appartenant à cette dernière catégorie, et qui, étran- 
ger à la municipalité, a écrit pourtant la minute de 
la convocation, Després (duquel nous reparlerons), 
les habitants de Brive sont convoqués pour un enrô- 
lement définitif dans la garde nationale, ensuite du- 
quel ils auront à prêter serment d'obéissance à la 
municipalité. 

Réunis d'abord sur les fossés de la ville, puis dans 
les cloîtres des Jacobins, les miliciens se rangent en 
bataillon carré. On bat un ban pour leur faire lecture 
du règlement établi par le nouveau commandant géné- 
ral^ M. de Géogéghan. Alors deux d'entre eux : l'homme 
même qui a écrit la convocation, Després (1), fils na- 
turel du prince de Soubise, destiné à devenir un des 
agitateurs et terroristes les plus en vue à Brive, et un 
cousin-germain des deux Lachèze, Serre de Lacoste, 
sortent des rangs, et déclarent que ni eux, ni la 
troupe au nom de laquelle ils parlent ne veulent 



(1) Proche parent de Lachèze-Faye par son mariage avec une nièce 
de Marianne Lacoste. Cette alliance explique dans une certaine me- 
sure la tuneste influence qu*a exercée Després, aussi aristocrate d'al- 
lures que démocrate de position, sur la bourgeoisie très pacifique de 
Brive de 1789 à 1794. 



— 466 — 

servir sous les ordres de MM. les officiers municipaux 
actuels. 

L'échevin qui préside la réunion, M. Bachèlerie, 
fait observer que l'autorité des officiers municipaux 
sur la nouvelle garde « est un droit attaché aux places 
de ceux-ci, et qu'ils ne peuvent y renoncer sans por- 
ter un préjudice notable au corps municipal ». On lui 
répond que la nomination des officiers municipaux 
n'ayant pas été faite par la communauté ne peut être 
regardée comme légalement faite. « Et (Després et 
Serre) ayant demandé Tavis de la troupe là-dessus », 
la majeure partie donne par acclamation son consen- 
tement à la déclaration. 

L'échevin ôte son chaperon (1) pour lever la séance, 
et se rend à THôtel-de-Ville pour se concerter avec 
ses collègues. Ceux-ci décident de donner collective- 
ment leur démission. Ils convoquent pour le 27 une 
nouvelle assemblée générale des habitants, devant la- 
quelle ils réitèrent cette démission, « pour prouver 
« à la communauté le sincère désir qu'ils ont de faire 
a tout ce qui pourra lui être agréable; ils la requiè- 
« rent de nommer tout de suite d'autres personnes 
<r pour les remplacer. » 

On élit un nouveau Conseil permanent de vingt-six 
membres (2), auxquels s'adjoindront pour délibérer en 
Conseil patriotique, les officiers élus de la garde na- 
tionale. Cette nouvelle municipalité qui, en raison 

(1) Le chaperon, comme de nos jours l'écharpe, était le signe dis- 
tiuctif des officiers municipaux. Aujourd'hui les présidents se couvrent 
pour lever les séances ; alors c'était l'inverse. 

(2) MM. de Lavarde, Lachèze. Malepeyre fili» de La Henaudie, Malès 
père, des Bruslys, Maillard, ancien conseiller : de Géoghégan ; Male- 
peyre, de Corrèze; Sapientis-Favars. chanoine; de la Roche; Lalande 
père, de Corrèze, et Sapientis-Chauffengeal, chanoine, auxquels furent 



— 467 — 

d'autres démissions dans son sein, n'est définitive- 
ment constituée qu'à la fin de septembre, comprend 
les deux frères Lachèze, et Lachèze aîné, l'avocat, en 
est le premier président. Les délibérations pour la 
formation de cette municipalité sont prises « sous le 
bon plaisir de l'Assemblée nationale et de Sa Majesté » ; 
il n'est plus question de l'Intendant. 

L'ancien maire, M. de Maledent de La Bastille, reste 
lieutenant-général de la sénéchaussée. Il conserve à 
ce titre des pouvoirs de police créés en 1699. Voici en 
quels termes le nouveau Conseil patriotique le somme 
de les exercer conformément à ses vues propres : 

a Monsieur, 

et Un grand nombre de citoyens se plaignent de la 
a négligence avec laquelle la police est administrée 
ce dans cette ville. 

oc C'est vous qui êtes chargé de la faire Nous 

« n'ignorons pas quels sont les droits imprescrip- 
a tibles d'un peuple à des fonctions qui Tintéressent 
a de si près; nous n'ignorons pas non plus que, dans 
ce cette cité, les magistrats populaires les avaient 
ce exercées de tous temps jusqu'à l'époque où le gou- 
« vernement^ sous la dernière régence (1), par une 
a avide spéculation, les usurpa sur la communauté. 



adjoints MM. Bachelier, médecin; Mayjonade, de Lintillac; Lacroix, 
curé de l'Hôpital; Lafeuille, des Sœurs; Lidon, procureur; Aubert, 
notaire; Bessot fils; Marbeau, greffier; Orcel, bourgeois; Peyralade, 
serrurier; Chassaing, perruquier; Lalande, de la place, et Roque aîné. 
On trouve ensuite, avec les noms qui précèdent, ceux de Lachèze 
jeune et de Després, soit en vertu d'élections complémentaires, soit 
à titre d'officiers de la garde nationale. 

(1) Plus exactement en 1699, après la création des offices municipaux 
en 1692. 



— 468 — 

<r Instruits que TAssemblée nationale va s'occuper 
a incessamment des municipalités, nous n'anticipe- 
« rons point sur ses décisions, à moins que le salut 
a du peuple ne l'ordonne, mais en attendant nous 
ce remplissons envers la communauté tous les devoirs 
« que nous impose la qualité de ses représentants : 
a c'en est un bien essentiel de veiller à ce que les 
« magistrats chargés de telles ou telles fonctions s'en 
(c acquittent avec exactitude. Nous vous requérons 
a donc. Monsieur, au nom du Conseil patriotique, 
« et nous vous sommons expressément, au nom de 
a la communauté, de mettre plus de soins et de vigi- 
« lance dans l'exercice de la police. 

ce On se plaint spécialement de ce que, depuis plu- 
« sieurs mois, la viande est au même taux, quoique 
a le prix du bétail de toute espèce ait diminué consi- 
« dérablement, de la qualité et de Tétat des animaux 
flf qu'ils Csic) tuent, de ce qu'ils laissent leurs tueries 
« dans un état de malpropreté capable de corrompre 
<( la salubrité de l'air, de ce que les rues ne sont pas 
« balayées. On se plaint encore de ce que la visite 
a des poids et mesures chez les marchands, artisans, 
a bouchers, boulangers, cabaretiers, n'a pas été faite 
a depuis longtemps. 

a Nous vous avons vu, Monsieur, dans d'autres 
(( temps, remplir avec éloge les mêmes fonctions que 
a vous négligez aujourd'hui ; nous espérons que vous 
a ranimerez votre zèle, dans les moments où il est 
a aussi important pour le peuple, et pour les magis- 
a trats eux-mêmes, de rendre aux lois leur activité. 

a Nous vous prévenons du reste que l'approvision- 
ne nement de la ville, sa sûreté intérieure et extérieure 



— 469 — 

« sont d'un intérêt majeur qui, dans les circonstances 
« actuelles, ne peuvent CsicJ être confiés à la vigi- 
« lance d'un seul homme; nous continuerons donc à 
« nous en occuper; cela n'empêchera pas que vous 
« puissiez concourir avec nous à des soins si impor- 
« tants, en nous communiquant les vues que vous 
a pourrez avoir, comme tout citoyen est en droit de 
« le faire. 

« Vous voudrez bien, Monsieur, nous faire une 
« réponse prompte et précise, pour que, d'après vos 
4 intentions connues, la communauté sache si elle 
« doit se reposer sur vous, ou aviser aux moyens qui 
« lui paraîtront le plus convenables pour rétablir 
« l'ordre qu'elle désire. 

a Nous sommes très parfaitement, Monsieur, etc. 

« Les membres du Conseil patriotique : 

« Signé Lachèze, président; Le Clère, vice- président; 
« Després, secrétaire; Mailher, secrétaire-greffier. » 

M. de La Bastille n'ayant fait aucune réponse à une 
telle lettre, le Conseil patriotique nomme quatre com- 
missaires pour s'occuper de la police, et se saisit de 
la question des subsistances. 

Pour maintenir les grains et le pain à un prix qui 
ne soulève pas de réclamations, il est décidé que la 
Ville fera elle-même au dehors des achats de grains 
en vue de sa consommation. Où prendre les fonds 
nécessaires à ces achats? Le Conseil patriotique décide 
de les demander à une souscription. Les Brivistes 
généreux et patriotes sont invités à devenir a action- 
naires dans un Comité de subsistances ». Ces a ac- 
tionnaires » d'une espèce assez particulière ne doivent 
toucher aucun bénéfice, ni même aucun intérêt de 



- 470 — 

leur argent. La Ville, représentée par le Conseil 
patriotique, se porte seulement garante envers eux 
des pertes auxquelles pourront donner lieu les opé- 
rations du Comité de subsistances. Ces pertes seront 
réparties entre les habitants « au marc la livre des 
a fortunes de chacun ». Le produit total de la sous- 
cription ne nous est pas donné ; il est probable qu*il 
ne fut pas bien élevé. Parmi les souscriptions de quel- 
que importance mentionnées dans les vieux registres 
des délibérations municipales^ nous notons celles du 
chapitre de Saint-Martin pour 300 francs, et de Caba- 
nis pour 200. 

Au reste la famine ne s'est pas fait sentir en 1789 
dans le Bas-Limousin comme dans d'autres provinces, 
et l'insurrection des campagnes va donner de bien 
plus graves préoccupations aux autorités et aux gardes 
nationales récemment constituées. 

Cette Jacquerie^ pour reprendre le mot de Taine, 
qui ne Ta étudiée en Bas-Limousin qu'un peu plus 
tard, cette Jacquerie a été évidemment facilitée par 
les alarmes de la journée de la Peur, et les excitations 
communiquées ensuite des villes et des bourgs dans 
les campagnes. « C'est ainsi que le peuple a appris 
« à s'attrouper, écrira quelques mois après Faye- 
<r Lachèze, dans un mémoire consacré pourtant à la 
a défense des chefs d'émeutes. » 

Mais la cause directe des soulèvements dans les 
campagnes résulte de l'équivoque sur la portée du 
décret rendu par l'Assemblée constituante, dans le 
bel enthousiasme de la nuit du 4 août, et sanctionné 
seulement le 5 octobre par le Roi. 

L'article l*' de ce décret commençait par déclarer 



— 471 — 

le régime féodal entièrement aboli. Il faisait ensuite 
une distinction assez peu précise entre les droits féo- 
daux tenant à la main-morte réelle ou person^ 
nelle, et à la servitude personnelle^ lesquels étaient 
abolis sans indemnité, et les autres, c'est-à-dire les 
rentes perpétuelles foncières, champarts^ etc., décla- 
rés rachetables. Il y avait en effet un grand nombre 
de ces rentes constituées par les conventions les plus 
libres et les plus favorables au développement de la 
petite propriété, et à des dates, pour quelques-unes^ 
très récentes. Mais, pour préciser la distinction, il a 
fallu un autre décret de juin 1790; et puis, les 
événements ayant marché, la Convention a sup- 
primé cette distinction d'une manière aussi radi- 
cale qu'injuste. Elle n'entrait pas dans l'esprit des 
paysans. Ceux-ci, oubliant que les constitutions de 
rentes en censives, comme on disait alors, avaient 
été pour eux un moyen, le principal peut-être, d'ac- 
céder à la propriété, ne voyaient qu'une chose, c'est 
que le moment d'affranchir cette propriété de toute 
redevance était venu, et, suivant une autre expres- 
sion de Faye-Lachèze, a qu'ils avaient gagné leur 
procès contre les seigneurs ». 

D'où violences contre les seigneurs qui essayaient 
encore de percevoir des redevances féodales, même 
rentrant dans la catégorie des droits rachetables, et 
contre les voisins qui consentaient à les payer. L'agi- 
tation en ce sens commence à se manifester en Bas- 
Limousin dès le mois de septembre, à Pompadour et 
à Saint-Julien-Maumont. En novembre, M. deLaporte 
de Lissac, ancien officier supérieur du génie, est 
menacé dans son château, et sa femme demande pro- 



— 472 — 

tection à la nouvelle municipalité de Brive. Celle-ci 
lui envoie des commissaires qui, ne se trouvant pas 
suffisamment bien reçus par les châtelains, s'en vont 
et ne reviennent plus. Les paysans, que la maré- 
chaussée, seule force militaire existant alors dans la 
contrée, est tout à fait impuissante à contenir, dres- 
sent une potence à la porte du château le 6 décembre, 
et en attaquent les issues. Le vieux châtelain est 
maltraité et meurt de saisissement. C'est le prélude 
des scènes sanglantes qui vont se produire le mois 
suivant, notamment au château de Rouffîgnac, chez 
M. de Lamaze, et dans le bourg même d'Allassac; 
au Glandier, chez les Chartreux ; à Favars, près de 
Tulle, chez les Dubois de Saint-Hilaire. Ces événe- 
ments ont été racontés et par M. de Seilhac dans son 
ouvrage : Scènes et portraits de la Révolution en 
Bas Limousin j et par M. Victor Forot, dans une bro- 
chure plus récente : V Année de la Peur à Tulle, 
Très favorable à la Révolution, cette dernière ne mo- 
difie pourtant pas les données générales sur les faits 
qu'elle raconte avec plus de détail. 

Il y a deux particularités assez curieuses dans la 
Jacquerie limousine. Tout en cherchant, comme par- 
tout, à détruire les terriers ou autres titres de droits 
féodaux, nos paysans se sont en outre attaqués spé- 
cialement à deux choses. D'abord les bancs honori- 
fiques dans les églises, ce qui prouve à quel point en 
ce temps-là l'église est encore le centre de la vie 
sociale. Les bancs pour les seigneurs et pour" leurs 
officiers y sont le symbole des inégalités de castes. 
Aussi, dès qu'ils apprennent qu'il y a des décrets res- 
treignant les prérogatives des seigneurs, les paysans 



— 473 - 

cherchent à enlever ces bancs et à les brûler sur les 
places. C'est ainsi qu'ont commencé les émeutes 
d'Allassac. 

Puis les étangs. Nous savons par des incidents 
récents, dans notre pays de Limousin, quelles con- 
voitises et quelles discordes soulève encore cette forme 
de propriété qui n'a plus rien de féodal. En 1789^ elle 
se rattache aux droits qui étaient réservés aux sei- 
gneurs sur les petits cours d'eau. Les émeutes les 
plus sanglantes de 1789-1790 en Bas-Limousin, celles 
de Favars, ont commencé par des tentatives pour 
ouvrir l'étang du seigneur, afin d'en prendre le pois- 
son. Le fait s'est plusieurs fois renouvelé par la suite. 
Taine a fait un récit coloré, dans le second volume 
de son grand ouvrage (1), de l'assaut donné à l'étang 
de Sédières, le 17 avril 1791. « Vers la fin de sep- 
tembre 1791, dans tout le département (de la Corrèze), 
écrit-il, toutes les chaussées sont rompues; à la place 
des étangs il reste des marais infects ; les moulins ne 
tournent plus; l'arrosage manque aux prairies. Mais 
les démolisseurs emportent des pannerées de pois- 
sons, et le sol de l'étang rentre dans leurs commu- 
naux. » Ces souvenirs peuvent être utilement rappelés 
aujourd'hui à l'Administration des Eaux et Forêts, se 
faisant inconsciemment l'auxiliaire de passions sem- 
blables. 

Contre la Jacquerie que nous venons de caracté- 
riser, les administrations plus ou moins régulières de 
deux •des chefs-lieux de districts créés dans le nou- 
veau département de la Corrèze, Tulle et Dzerche, 

(1) La Révolution, 1. 1, livre III. LaConslUution appliquée, chap. II. 



— 474 - 

ont manifesté au début beaucoup d'énergie ; elles ont 
provoqué et secondé les poursuites du tribunal pré- 
vôtal composé du présidial de Tulle, sous la prési- 
dence du grand-prévôt de la maréchaussée, M. de 
Gillibert de Merlhac, contre les atteintes aux per- 
sonnes et aux propriétés. A Brive la municipalité et 
ses agents furent moins décidés. La troupe de garde 
nationale briviste envoyée à Allassac pour secourir 
M. de Lamaze, et qui s'y rencontra avec vingt hom- 
mes de la garde nationale d'Uzerche, se contenta de 
protéger le départ du châtelain, de sa famille et de 
ses amis, et se retira ensuite, laissant le champ libre 
aux insurgés qui envahirent et pillèrent le château 
sous les yeux des vingt gardes nationaux d'Dzerche, 
impuissants. Brive était alors dominée par quelques 
jeunes ambiteux comme les frères Lachèze, leur cou- 
sin Serre, le futur procureur de la commune Chignac 
des Ailleux, ou des personnages pires comme Després, 
dont nous avons déjà parlé, et le tambour de la garde 
nationale Durieux. Ce dernier^ ancien soldat, auber- 
giste et maître de billard, après avoir successivement 
organisé Tinsurrection à Lissac, à Allassac, ailleurs 
encore, eut la malechance de se faire arrêter à Tulle, 
au lendemain des événements de Favars. La munici- 
palité de Brive fît réclamer sa mise en liberté par 
deux délégués. Tulle la refusa. Ce fut, depuis février 
1790, le point de départ d'un antagonisme assez pro- 
noncé entre les deux municipalités ou les personnages 
parlant en leur nom. 

En janvier et février avaient eu lieu les élections 
pour la constitution de municipalités régulières, con- 
formément à la loi votée par l'Assemblée constituante. 



— 475 - 

Au cours des opérations électorales, Faye-Lachèze, à 
qui ses adversaires reprochèrent ensuite de n'être 
même pas citoyen actif (1), trouva moyen de se faire 
désigner pour une mission délicate, par une assem- 
blée générale d'habitants, dont la régularité fut d'ail- 
leurs contestée dans des protestations couvertes de 
nombreuses signatures. Il s'agissait de se rendre, avec 
son cousin Serre, auprès de l'Assemblée constituante 
pour obtenir d'elle la suspension des poursuites con- 
tre les auteurs des derniers troubles en Bas-Limousin. 
C'est ainsi qu^il arriva à Paris à la fin de février, 
entra en rapports, probablement par l'entremise de 
Cabanis, avec Condorcet et ses amis, et parvint à 
faire appuyer par la Commune de Paris la prétendue 
réclamation de Brive auprès de l'Assemblée nationale. 
L'abbé Mulat, à la tête d'une députation de la muni- 
cipalité parisienne, vint le 6 mars présenter et sou- 
tenir la pétition des Brivistes, à la barre de l'Assemblée 
nationale (2). Faye-Lachèze avait précédemment, le 
2 mars, adressé au journal Les Annales patriotiques 
et littéraires^ une lettre dans laquelle il rejetait 
entièrement sur les aristocrates la responsabilité des 
troubles du Bas-Limousin. Cette lettre, signée de lui 
et de Serre, est insérée au supplément du numéro 55 
de ce journal (6 mars 1790). Nous en extrayons les 
passages caractéristiques ci-après : 

a Ne pouvant dans un court espace faire le récit 
« des faits, nous nous bornerons à attester au public 



(1) C*e8t-à-dire payant l'impôt égal au prix de trois journées de tra- 
vail au moins. 

(2) Cette pétition fut appuyée par M. Malès, député de Brive, avec 
le concours de M. Charles de Lameth. 



- 476 - 

a que les paysans de notre province sont en général 
ce d'un bon naturel, que, dans tous les temps, ils ont 
a été cruellement vexés ; que, malgré les calomnies 
a qu'on a débitées contre eux^ ils n'ont encore tiré 
« aucune vengeance de ces vexations ; que, dans les 
a paroisses où les seigneurs ont été tant soit peu 
« modérés dans leurs prétentions, ils n'ont pas fait 
« le moindre mouvement, si ce n'est pour planter 
« des mais, et se réjouir en l'honneur de la liberté ; 
€ que, dans les paroisses où le désordre a régné, ce 
« désordre a été le fruit ou de l'imprudence ou de 
« la cruauté des ci-devant privilégiés; qu'aucun de 
« ces derniers n'a été tué ni blessé; qu'aucun châ- 
« teau n'a été incendié ni pillé, proprement dit Csic)^ 
« et que, du côté des paysans, on compte plus de 
a 30 hommes morts et Un plus grand nombre de 

« blessés (Lachèze accuse ensuite les seigneurs 

« d'avoir publié la loi martiale sans le concours et 
a Taveu des municipalités, et d'avoir, pour la mettre 
a à exécution, tiré des coups de fusil sur un peu- 
a pie désarmé assemblé uniquement dans Vinten-- 
ce tion de brûler les bancs d'une église; d'avoir 
« cherché à amuser le peuple par de vaines caresses, 
« jusqu'au moment où ils ont été assez forts pour 
« l'attaquer avec plus de sûreté.....) Mais, poursuit-il, 
« de tous les désastres qui affligent notre malheu- 
cc reuse province, le plus cruel de tous, aux yeux des 
« bons citoyens, est de voir que le triomphe de 
a l'aristocratie est consacré de la manière la plus 
ce effrayante par le tribunal prévôtal de la ville de 
« Tulle. De 60 infortunés qui ont été traînés dans 
ce ses prisons, 2 ont subi déjà une mort ignomi- 



- 477 - 

« nieuse; d'autres ont été condamnés par contumace, 
a 2 fouettés et marqués, et nous apprenons que le 
a tribunal se prépare à renouveler ces scènes d'hor- 
(( reur une fois chaque semaine, jusqu\à ce qu'il n'y 
« ait plus de victimes. On fait courir le bruit que 
a TAssemblée a envoyé des ordres secrets pour pres- 
a ser les jugements. Qm sont cependant ces infor- 
cc tu nés qui sont immolés ainsi aux ressentiments 
« des riches? Peut-être que ce sont des vagabonds, 
« de mauvais sujets; non, Messieurs, ce sont pour la 
« plupart des pères de famille, petits propriétaires 
« aimés et estimés dans leur canton. Un surtout de 
a ceux qui sont dans Tattente de leur sort (M. Du- 
« rieux) est notre camarade, nous nous faisons gloire 
« de l'avouer, et membre de la garde nationale de 
a Brive, qui le reconnaît comme un des plus zélés et 
a des plus braves citoyens qu'elle renferme dans son 
« sein » 

Les faits étaient ainsi dénaturés d'une manière trop 
impudente, et la municipalité de Brive, administra- 
tion assez timide dans son ensemble, ayant alors pour 
chef^ comme maire, un ancien procureur de Brive 
et juge seigneurial de Malemort, M. Saiviat(l), ne 
crut pas pouvoir se dispenser de protester et de désa- 
vouer ses prétendus délégués. « J'ai lu dans un jour- 
ce nal connu sous le nom de Journal de Mercier ^ 
a disait Salviat dans sa réponse, une lettre signée de 
« MM. Paye et Serre, députés extraordinaires de la 
« commune de Brive. Je pense que, si ces. messieurs 



(1) M. Salviat fut emprisonné pendan- la Terreur. U est mort con- 
seiller à la Cour de Limoges, laissant une réputation très honorable. 

T. XXX. 4-6 



- 478 - 

a l'avaient signée comme particuliers, nous n'aurions 
a rien à dire, mais que, signant en qualité de dé- 
« putés extraordinaires de la commune de Brive, ils 
a sont tenus d'être nos organes^ de ne parler qu'à 
« notre instigation et en notre nom, ou au moins 

« d'après nos instructions Je suis bien éloigné de 

a croire que la cruauté des oi-devant privilégiés soit 
a la cause du désordre qui a régné dans nos pro- 
« vinces, puisque, d'après les procès-verbaux dépo- 
« ses en notre greffe, ce sont les non-privilégiés qui 
ce ont commencé par s'attrouper pour enlever les 
ce bancs des églises et les brûler, et pour dévaster 
a les étangs. Pouvons-nous permettre de hasarder 
« le moindre récit de ce qui se passa dans l'autre en- 
« droit dont parle cette lettre (Favars), sans connaître 
« la vérité des faits, qui ne peut réellement être éta- 
« blie que par la procédure instruite à Tulle? Le 
a pouvons-nous même sans inculper la milice natio- 
a nale de cette ville, et sans manquer de respect aux 
« représentants de la nation qui ont approuvé la 
a manière dont elle s'est comportée dans cette occa- 
« sion? Pouvons-nous aussi nous permettre d'aecu- 
« ser messieurs de la juridiction prévôtale de Tulle, 
<t contraints par leur devoir à faire des exemples né- 
« cessaires, sans lesquels la tranquillité publique ne 
a se serait peut-être pas encore rétablie? Nous ne 
a pouvons pas nous dissimuler que notre province 
a était menacée des plus grands dangers par des bri- 
cr gands qui avaient commis bien des désordres, et 
a que nous devons notre salut en partie à la juridic- 
« tion de ce tribunal. » 
La municipalité de Tulle nomma à son tour une 



— 479 - 

députation formée de MM. Melon de Pradou et de 
Saint-Priest pour demander à l'Assemblée d'accorder 
à la commune de Tulle a une réparation aussi pu- 
blique et éclatante que Tinjure et la détractation », et 
cinquante-cinq communes du département unirent 
leurs protestations aux siennes. Dans cette bourgeoisie 
du Bas-Limousin, un moment enivrée par le rêve 
d'une régénération sociale, accomplie avec une con- 
corde universelle, il y avait bien des éléments de 
résistance courageuse et sage à Tanarchie. Mais il leur 
manqua Tappui d'en haut sur lequel la monarchie de 
l'ancien régime avait habitué plusieurs générations à 
compter. Dès le 6 mars, comme suite à la démarche 
faite auprès d'elle par les représentants de la com- 
mune de Paris, l'Assemblée nationale avait décrété 
que a son président se retirerait s ^u-- le- champ par 
devers le Roi, pour le supplier de suspendre toutes les 
procédures dirigées par les prévôts du royaume ». 
Malgré toutes les bonnes raisons exposées dans le 
mémoire qui lui fut remis ensuite par- les députés de 
la commune de Tulle (annexe au procès-verbal de la 
séance du 2 juin 1790)^ mémoire mal réfuté dans une 
réponse signée cette fois par l'autre frère Lachèze, et 
par le procureur de la commune de Brive, Chignac 
des Ailleux, les prévenus non encore jugés pour les 
affaires d'Allassac^ Favars et Tulle furent renvoyés 
devant le tribunal du district de Bordeaux. Durieux, 
notamment, fut défendu devant ce tribunal par Ver- 
gniaud, le 7 février 1791, et tous les prévenus furent 
acquittés. 



— 480 — 



III 



En définitive Faye-Lachèze avait eu gain de cause. 
II n'était pourtant pas revenu habiter Brive, et il 
avait même laissé son frère aîné et son ami le pro- 
cureur de la commune Chignac des Ailleux prendre 
la suite de la mission qu'il avait engagée à Paris. 
Comme nous Tavons dit, Cabanis avait fait de lui le 
médecin en second du grand orateur révolutionnaire, 
frère et beau-frère de ses anciens seigneurs. Dans le 
testament de Mirabeau, en date du l*"" avril 1791, veille 
de sa mort, se trouve une disposition ainsi conçue : 
« Je donne et lègue au sieur Lachèze une bague de 
a cinquante louis, ou pareille somme en deniers à 
a son choix ; je recommande à mon ami La Marck de 
« faire placer cet excellent sujet. » Le legs dut être 
acquitté par la piété amicale de M. de La Marck, la 
succession de Mirabeau n'ayant pu, comme on sait, 
suffire à payer ses créanciers. La sœur qui n'avait 
jamais cessé d'être unie d'affection à Mirabeau, M"* du 
Saillant, rendit témoignage du reste au zèle de son 
jeune médecin. Nous trouvons le passage suivant dans 
une lettre écrite le 17 avril 1791 par M™' du Saillant 
à Lachèze aîné, devenu procureur-syndic du district 
de Brive, duquel elle sollicitait l'appui pour faire re- 
connaître le droit à indemnité qu'invoquait son mari, 
à raison de la perte de la jouissance traditionnelle 
appartenant aux seigneurs de Comborn sur les terres 
épiscopales d'Allassac et Voutezac, pendant les va- 
cances de Tévêché de Limoges : « Je ne vous dis rien 
« du malheur affreux que je viens d'éprouver^ et qui 
« restera à jamais gravé dans mon cœur. Vous le 



- 481 — 

a partagerés, mon cher La Chèze, et sçavés mieux 
« qu'un autre retendue d'une tplle perte. Je ne m'en 
^ consolerai de ma vie, j'ai perdu un frère et plus 
« encore un ami, il m'est doux de voir les témoi- 
« gnages publics donnés à sa mémoire^ mais ils ne 
« m'en font que mieuK sentir ce que je perds. Votre 
<( frère lui a donné des soins et des preuves d alta'^he- 
« ment que je ne croirai jamais assez pouvoir recon- 
« naître, et que je n'oublierai jamais. » 

Mais ce qui, mieux encore que le souvenir des soins 
donnés à Mirabeau, assura à « cet excellent sujet » 
les places auxquelles il n'avait pas cessé d'aspirer 
depuis juillet 1789, ce fut son habileté à profiter des 
circonstances : prépondérance acquise en 1791 parles 
divers clubs d'omis de la Constitution formés dans 
la Corrèze; mort tragique et mystérieuse de Chignac 
des Ailleux en novembre 1790(1), épisode qui donna 
un nouvel aliment aux passions révolutionnaires sem- 
blant près de s'éteindre à Brive. Il fut élu à l'Assem- 
blée législative avec Germiniac, Brival, Borie, Chas- 
saignac, Marbot, administrateurs du département, et 
Bardon, juge du district de Brive. Et deux mois après 
il contractait son étrange mariage avec la jeune pro'- 
tégée de M*"* de Condorcet, Rose Dupré de Geneste. 
M. de Nussac nous parle des discours et des travaux 



(I) Rentrant de Paris à Brive, en novembre 1790, fier du succès 
obtenu par la mission qu'il avait remplie avec Lachëze, Chignac 
des Ailleux disparut soudain. Pendant dix jours on le chercha sans 
pouvoir arriver à savoir ce qu'il était devenu. On finit par découvrir 
son corps dans la retenue d'un moulin, à un kilomètre de la ville. 
Sans pouvoir établir qu'il y eût crime, plutôt qu'accident ou suicide, 
on accusa les aristocrates de cette mort. Survenu à la veille du renou- 
vellement de la municipalité, cet événement exerça une influence 
fâcheuse sur les élections, alors et plus tard. 



— 482 - 

de Faye-Lachèze «à IWssemblée législative : ils ont 
laissé peu de traces. En revanche son court passage 
à cette Assemblée lui a valu les divers postes dont 
nous avons parlé au début de cet article. Il a reçu le 
dernier soupir du général Antoine Marbot pendant le 
siège de Gènes, et rapporté d*Italie la traduction des 
Animaux parlants, de Cesti. C'est tout ce qu'il est 
possible d'ajouter à sa biographie; la date même de 
sa mori reste incertaine. 

(^H. DE LOMÉMR et JuLlEN LaLANDE. 



U BOIARDE DE fiRIYE-LA-HAHUlE 



Depuis bientôt trois années, je recherche les docu- 
ments nécessaires pour reconstituer Thistoire des 
ancieanes fortifications de Brive. Après un pénible 
labeur, je suis parvenu à relier ensenibie les diverses 
phases de Texistence des murs, fossés, bâtisses, etc., 
aujourd'hui disparus. — Je suis à la veille de publier 
mon travail, qui est actuellement sous presse. 

Au cours de mes recherches, j'ai rencontré un docu- 
ment, daté de 1344, qui prouve que la ville de Brive 
possédait alors six canons, huit arbalètes de différen- 
tes formes, trois massues, vingt-quatre fléaux, deux 
cent quarante traits empennés et mille huit cent 
quarante-quatre petits traits. 

Des massues, arbalètes, fléaux et autres engins, je 
n'en parlerai pas ; mais il n'en sera pas de même des 
canons, car ces objets là étaient de véritables nouveau- 
tés, à cette époque, et méritent aujourd'hui une des- 
cription spéciale. 

Si j'en crois les Tablettes chroiiologiques uni- 
verselles de Girault, « l'invention définitive de la 
c( poudre à canon date de 1325 », bien que chacun 
sache que cette poudre était connue depuis longtemps 
en Chine. Toujours d'après le même auteur, « en 1346 
« on commence à faire usage des canons, qui ne fu- 



- 484 - 

(t rent dans Torigine que des feuilles de cuivre ou de 
« fer battu roulées les unes sur les autres et liées 
a avec des cercles de fer. Les Anglais s'en servirent 
« pour la preniière fois à la bataille de Crécy. » 

Or, cette fameuse bataille se livra le 26 août 1346, 
et les documents que possèdent les archives de la 
ville de Brive démontrent que la cité gaillarde se ser- 
vait de canons déjà en 1344 (1). Je lis en effet ce qui 
suit se rapportant à cette même année 1344 : 

Item que pagen a Pierre Maie per lo polvera 
de cano et per un a torcha y i l. 1 s. 

Plus loin, le même document porte : 

Item que pagen a Pierre Maluhier per un ser- 
vent de doma et per la polvera del cano, i L i s. 
3 d. (2). 

Il est donc certain que deux ans avant que les An- 
glais se soient servis de canons pour battre, à Crécy, 
les orgueilleux chevaliers de Philippe VI, la ville de 
Brive employait les bouches à feu, alors plus bruyantes 
que terribles. Mais voici qui est plus caractéristique : 
non seulement Brive possédait des canons avant la 
bataille de Crécy, mais encore il est certain que les 
consuls de cette ville faisaient fabriquer ces engins 
dans leur ville même. Le registre consulaire en donne 
une preuve irréfutable : 



(1) Archives de la ville de Brive, série F.F. 6. Document cilé par le 
Bulletin archéologique d'avril juin 1908. 

(2) Traduction du patois : Item que nous avons payé à Pierre Maie 
pour la poudre à canon et pour une torche, 1 livre 1 sol. 

Item que nous avons payé à Pierre Maluhier pour un servant. . . . 
el pour la poudre à canon, 1 livre 1 sol 3 deniers. 



— 485 — 

Item (en 1344) despendet lo fauve de St Ferriole 
can vent far Los canos 3 «., et 2 s. 4d. per un gach, 
tout 5 s. 4d. 

Item que pagen a il de Champanhac per la 
feradinas del sanhs et per un canOy lo divenre 
davan SI Michial (1). 

Longtemps je nie suis demandé quelle pouvait 
bien être la forme de ces canons, de même que les 
matières employées et encore la manière de les fabri- 
quer. 

Larousse dit que ces engins étaient de « simples 
tubes en fer forgé, de dimension médiocre, de petit 
calibre et dont la volée était soutenue sur toute sa 
longueur par des frettes de fer. On les nommaient des 
veuglaires (glaive aveugle). Dans ces veuglaires, ou 
dans ces bombardes du type primitif, la culasse ou- 
verte laissait pénétrer une boite à charge qui s'assu- 
jettissait par un étrier à queue. Comme elles n'avaient 
pas de tourillons, ces pièces étaient fixées sur un 
plateau creusé d'une longue rainure, où elles étaient 
maintenues par des arceaux de fer. » 

Je ne citerai pas les autres auteurs qui ont décrit, 
plus ou moins exactement, les premières bouches à 
feu ; ils sont trop nombreux et varient aussi dans 
leurs descriptions, quelquefois fantaisistes. Je préfère 



(1) Le document n'indique pas la somme qui fut payée pour ce tra- 
vail. 11 est vrai que ce document n'étant qu'une copie, le scribe a pu 
oublier de mentionner cette somme. 

Traduction du patois : Item, dépensé par le forgeron de Sainte- 
Féréole lorsqu'il vint faire les canons, 3 sols ; et 2 sols 4 deniers pour 
un guet, en tout 5 sols 4 deniers. 

Item que nous avons payé à celui de Champagnac pour les ferre- 
ments de laffùt et pour un canon, le vendredi avant la Saint-Michel.... 



— 486 — 

décrire ici celle qui est conservée au Musée de 
Brive ; elle a servi, au xiv' siècle, à la défense de la 
ville. 

Tout d'abord, voici la photographie de la pièce et 
aussi la notice explicative, mise sur Taffùt de la boni- 
barde, par M. Ernest Rupin, le savant conservateur 
du Musée de Brive : 




BOMBAUDE DU XIV SIECl.E 

AYANT SERVI A LA DÉFENSE HE LA VILLE OE IIRIVE 



Lacabane, dans la Bibliothèque de V École des 
Chartes, 2' série, T. 1*% p. 46, s'exprime ainsi : 

(( Après le désastre de Crécy, se fit sentir le besoin 
de perfectionner le moyen de guerre auquel les An- 
glais avaient dû la victoire. On inventa un canon 
appelé CoNNAiLLE. Les villes libres se pourvurent de 



- 487 — 

poudre et de bouches à feu. Dès 1348, Brive-la-Gail- 
larde, en Limousin, possédait cinq connailles ou 
bombardes sur ses murs. » 

On lit aussi dans Louis Figuier, Vai'tillerie an- 
cienne et moderne, p. 319 : 

« Chaque ville voulut avoir à sa solde son maître 
d'artillerie et ses artilleurs. Dès 1348, Brive-la-Gail- 
larde était défendue par cinq canons, d 

Bien qu'en ait dit Térudit Lacabane et après lui 
le non moins savant Louis Figuier, Brive-la-Gaillarde 
avait son maître d'artillerie, ses artilleurs et ses ca- 
nons avant 1348. Les documents municipaux de cette 
ville le prouvent. 

La bombarde qui est au Musée de Brive dato-t-elle 
exactement de 1344?.... Ce serait bien osé de l'affir- 
mer, il est même probable que non... Il faudrait pour 
cela que ce fut la première, ou l'une des premières, 
dont la ville se fut servie. 11 est très probable, cepen- 
dant, que cette pièce a été fabriquée au milieu du 
xiv" siècle. En effel, ce canon, de forme toute spé- 
ciale, répond bien aux descriptions qui sont faites par 
divers auteurs spécialistes en ce qui concerne les pre- 
mières bombardes; mais il n'est pas cependant 
comme la veuglaire^ décrite par Larousse, dont « la 
culasse ouverte- laissait pénétrer une boite à charge 
qui s'assujettissait par un étrier à queue. » 

Voir ci-contre le dessin de la bombarde briviste : 

Sa culasse est fixe et forme une véritable boite à 
charge pour la poudre. Elle a 185 millimètres de lon- 
gueur et un diamètre de 60 millimètres en queue ; à 



lautre extrémité, ce diamètre est de 68 millimètres. 
L'âme de cette culasse a un diamètre de 45 milli- 
mètres. 

Dans son entier, la bombarde est faite avec des la- 
mes de fer forgé, superposées les unes sur les autres 
et solidement soudées à chaud ; sa longueur totale 
est de 65 centimètres. La bouche a un diamètre inté- 
rieur de 90 millimètres. Depuis la bouche jusqu'à la 
culasse, le corps de ce canon est renforcé par des ner- 




J^ljtn elùro/il Je U BomOArae dui a servi i (a. aé^nse Je U ifule Je ffrn/ 
^ ^ AU y/ ^^ sied f 




^^^^M^miiMm^v^^^^ 



vures variant de 8 millimètres à 12 millimètres de 
largeur, avec un relief de 2 millimètres à 5 millimè- 
tres. Ces nervures sont au nombre de cinq, non com- 
pris celle formant le pavillon de la bouche. 

L'âme est conique et va en s'élargissant depuis la 
sortie de la culasse jusqu'à la gueule. 



— 489 — 

Celte bombarde a été trouvée, dit-on, dans une 
cave de Brive. 

C'est M. de Lépinay, propriétaire actuel de cette 
maison, qui a fait don de la bombarde au Musée de 
la ville. 

M. E. Massénat reconstitua Taffût de cette pièce (1), 
qui se compose d'un madrier de 99 centimètres de 
longueur et 70 millimètres d'épaisseur. Sa largeur 
en tête est de 24 centimètres et en queue de 155 mil- 
limètres. La queue est garnie d'une frette en fer et de 
deux pitons d'amarage. Une sorte de crémaillère en 
bois, percée de quatre trous^ est placée à l'arrière 
afin d'aider au pointage rudimentaire de la pièce. 

Le tout est supporlé par deux roues en bois fer- 
rées, de 25 centimètres de diamètre et 8 centimètres 
d'épaisseur, montées sur un petit essieu en fer carré 
de 22 millimètres de côté. 

Le canon est fixé sur Taffût par des frettes en fer 
plat de 28 millimètres de largeur. 

Le travail de soudage des lames formant le corps 
de la b3mbarde^ de même que le soudage des ner- 
vures, est fait d'une façon remarquable. La bouche 
de cet engin primitif, qui est déchirée par la force de 
la poudre et des projectiles, laisse voir combien 
étaient solidement amalgamées toutes ces lames de 
fer. Certes nos excellents canonniers du siècle dernier, 
à la manufacture d'armes de Tulle, ne soudaient pas 



(1) D'après la gravure publiée par Victor Gay, Glossaire archéolo- 
gique, I. p. 171, qui reproduit un dessin de bombarde extrait de Pail- 
las Sandinus (vers 1460). Bibliotheca Richelieu, mss. latin 7.239, 
folio 98, verso. 



- 490 ^ 

mieux leurs canons de fusils que les faoures de 
Sainte-Féréole et de Champagnac au xiv' siècle. 

Il m'a paru intéressant, pour mes collègues et lec- 
teurs du Bulletin historique de la Corrèze^ de 
détacher ces quelques lignes de mon travail sur Les 
Guerres et les Fortifications de Brive-la-Gail- 
larde. 

Victor Forot. 



MONOGRAPHIE DE SÉGUR 



Au fond d'un entonnoir formé par les pentes 
abruptes (lui dévalent des derniers plateaux du Haut- 
Limousin est bâtie l'antique cité de Ségur(l). 

Nous n'en ferons pas la description, car nous vou- 
lons nous attacher surtout au côté historique et 
économique. 

Et la première chose que nous noterons, parce que 
nous sommes curé de Saint-Eloi, c'est que Ségur 
servit à désigner notre petite paroisse qui, s'appelant 
d'abord <r Las Fargeas y>, prit ensuite le nom du bien- 
heureux évêque de Noyon. 

Mais, le diocèse de Tulle n'existant pas encore, il 
y avait déjà, dans le diocèse de Limoges, dont nous 
faisions partie, un autre Saint-Eloi, situé aujour- 
d'hui dans la Creuse. 

Pour éviter la confusion, l'on désigna donc notre 
paroisse sous le nom de : Saint-Eloi-de-Ségur. 

On dit, dans certains écrits : 

Saint-Eloi « prope Securium », c'est-à-dire^ près 
Ségur. 

On peut traduire : de Ségur, môme en y mettant 
une idée d'appartenance, car Saint-Eloi fut de la 
châtellenie (2) dudit Ségur, dont furent vicomtes les 

(1) M. Lavialle, Lemouzi d'octobre 1901. 

(2) Châtellenie = seigneurie. 

On lit dans Pantagruel : « Ha, ha! tu est gentil compag^on... Je te 
donne la châtellenie de Salmigondin. » 



¥ 



» 



— 492 - 

Des Cars(l) et, ensuite, les Hautefort comme nous 
l'avons noté ailleurs. 

.. .Le mot de châtellenie éveille l'idée de château, 

Ségur est, en effet, dominé par les ruines impo- 
santes d'une ancienne construction féodale, sur les 
quelles se trouve aujourd'hui une maison bourgeoise 
(appartenant à M'"' de Lavareille). 

Mais^ à en juger par le nombre des touristes qui 
viennent chaque année le visiter, a le château » est 
assez connu pour que nous n'ayons pas à rééditer son 
histoire (2). 

Nous nous contenterons de rappeler sur Ségur 
quelques faits isolés. 

En 1290, on cite un Pierre de Saint-Julien, da- 
moiseau, qui consent une vente à Gardin, chevalier 
dudit Ségur. 

En 1373, les gentilshommes limousins expulsent 
les Anglais de la terre de Ségur (communication de 
M. Dutheillet de Lamothe). 

En 1454, Guillaume de Bretagne, comte de Péri- 
gord et vicomte de Limoges, fait son testament dans 
le château. Nous avons noté au cours des monogra- 
phies respectives de Saint- Eloi et de Saint- Julien, 



(1) Dicton populaire : 
« Pompadour, pompe! 
Des Cars (a), richesse! 
Bonneval. noblesse ! 
Châteauneuf, pas si neuf que ça! » 

(a) Le comte François des Cars, baron de Juillac, Ségur, Aixe, fort 
attaché aux vanités et au fasie de la cour, aimait la bonne chère et la 
fortune. — 1576. 

Les Des Cars devinrent seigneurs de Ségur par achat à Henri IV. 
(Note de M. Lavialle, instituteur à Sanas.) 

(2) La chapelle de ce château, à cause de l'importance de ses restes, 
est monument historique. 



à 



493 — 



que cet acte contenait certaines libéralités aux églises 
de ces deux paroisses. 




Maison Henri IV, a Ségur. 

Voici maintenant un fragment qui intéressera, peut- 
être. 

a ...Le 23 octobre 1520, a été présent noble homme 
« Reynaud du Mas, seigneur du Repaire du Mas(l), 



(1) Jacques du Mas, écuyer, fit hommage de ce repaire en 1541, au 
roi de Navarre, alors vicomte de Limoges et seigneur de Ségur. 

En reconnaissance, le roi de Navarre lui céda le droit de justice sur 
Saint-£ioi tout entier et partie de Saint-Julien. 



T. XXX 



'i - 7 



— 494 — 

ce chaptelenie de Ségur, lequel reconnaît devoir des 

« rantes sur certains terrains... au conte d'Autefort, 

« rantes constituées par Eymeric Pinet, seigneur du 

« repaire du Mas, au profit de Messire Gauthier de 

« Pey russe des Gars... gouverneur de la vicomte de 

a Limoges, comme tuteur de damoyselle Françoise 

« de Bretaigne... 

« Signé : Teyssière. » 

...Une pièce que nous avons partiellement tran- 
scrite, dans notre travail sur Saint- Eloi, nous apprend 
que Ségur, qui y est qualifié du titre pompeux de 
(( ville », eut une « cour ordinaire de la vicomte ». 

La même pièce nous montre que cette cour était 
composée d^officiers, de procureurs, d^avocats, de 
sergents (1). 

Au point de vue judiciaire, précisément, Ségur est 
célèbre par sa susdite « cour des appeaux », fort im- 
portante à répoque d'Henri IV. 

Un ouvrage parfaitement docuiùenté, de Téminent 
M. René Fage, traite cette question. Il est intitulé : 

« Une ancienne justice : les appeaux de Ségur. » 

Aux environs de 1748, Ségur fut dépossédée de ses 



Ces du Mas se faisaient inhumer à Saint-Éloi, devant le grand-autel 
de l'église. 

La tradition de se faire enterrer dans cette paroisse s'est toujours 
conservée chez les châtelains de Ségur^ qui ont, au cimetière de 
Saint-Éloi, leur sépulture de famille. 

(( La Jarrousse » fut aussi un repaire noble. Idem pour o la Groi- 
sille », tout près de Saint-Julien. 

La Croisille dépendit longtemps du temple maltais de MagnaC 

(1) Sergent = officier de justice remplissant les fonctions de nos huis- 
siers actuels. D'autres fonctionnaires, qui percevaient les impôts, por- 
taient ailleurs le même titre : 

Gomme il fut à la barrière des sergents... » 

Cardinal de Hetz (Mémoires). 



— 495 - 

« appeaux », qui avaient duré quatre cents ans, et qui 
furent supprimés par notre compatriote limousin, le 
chancelier d'Aguesseau. 

En 1749, et comme dédommagement, on constitua 
Ségur en paroisse, sous le patronage de saint Léger (1). 

Saint Léger avait, du reste, une chapelle au lieu du 
Baillargeau^ et c'est sur l'emplacement de cette cha- 
pelle que Ton construisit Téglise paroissiale. 

Cette église fut^ primitivement, desservie par le 
clergé de Saint-Julien (2). 

Mais, pour se constituer en paroisse, Ségur prenait 
quelques territoires environnants, surtout sur Saint- 
Eloi. 

C'est ainsi que ledit Saint-Eloi possédait sur les 

(1) Saint Léger, archidiacre de Poitiers, ensuite abbé du monastère 
de Saint- Maxence, fut évêque d'Âutun pendant dix-neuf ans, et, spé- 
cialement^ au temps de Childéric II, dont il éiaii le ministre. Ëbroîn, 
maire du palais et adversaire du saint, lui fit crever les yeux et or- 
donna même de le décapiter. Meymac garde la tète de saint Léger, 
ainsi que ses deux mains 

(2) Ensuite, Ségur eut, non-seulement son église, mais encore son 
curé, n y eut même des sommes imposées t pour les honoraires d'un 
vicaire auxiliaire et d'un régent ». Cette imposition commença en 1770 
et, à cause du régent, fut étendu aux paroisses a de Sainct-Julien, 
Beyssenat et Sainct-Éloy ». 

Peu après, ces quatre paroisses s'imposent de môme jusqu'à con- 
currence de 100 livres pour une régente a qui fasse la leçon aux (llles • 
et devra, tout comme le régent, demeurer à Ségur où les autres 
paroisses aboutissent ». 

Puis il se passa « nombre d'années » qu'il n'y eut ni régent ni ré- 
gente. En vertu de quoi les habitants de Saint-Éloi " négligèrent de 
se cotiser ». Et si les autres paroisses tributaires de Ségur firent 
preuve de générosité, Saint-Éloi fit montre de bon sens. 

Mais la chose surprit douloureusement les « supplians » signataires 
d'un certain papier qui nous a été communiqué par M"' Octavie Renau- 
die, lesquels supplient donc « Mgr l'Intendant de la Généralité de 
Limoges » de faire cotiser leurs voisins de Saint-Éloi. 

Mgr rintendant y réussit-il ?.. Je me permets d'en douter... Il aura, 
sans doute, soufilé aux « supplians » de se procurer un régent et une 
régente ; après quoi les voisins de Saint-Éloi se seront cotisés tout 
seuls, sans obliger les Ségurins de l'époque à prolonger leurs 
supplications... 



— 496 — 

bords du Haut-Vézère, un oratoire dédié à saint Lau- 
rent. 

Or, Ségur s'en emparait. 

Sous la doniination de Ségur^ il est vrai, cet ora- 
toire conserva, tout d'abord, sa destination religieuse. 
Mais, en 1791, il fut désaffecté et transformé en 
corps-de-garde. 

C'est à cette époque troublée que disparut égale- 
ment la chapelle de Saint-Médard, au faubourg de 
TAumôniére. 

Depuis la Révolution, Tancien oratoire de saint 
Laurent, devenu corps-de-garde, était resté plus ou 
moins abandonné. Mais, en 1819, il fut transformé 
en maison d'habitation ; il est occupé aujourd'hui par 
M"' Octavie Renaudie. 

Comme curé de Saint-Eloi, nous avons eu la pieuse 
curiosité de visiter ce lieu. On nous a prouvé que la 
cheminée qu'on y a ménagée marque la place de 
l'autel. 

A gauche de cette cheminée, on nous a montré 
une excavation où, selon une tradition incontestée, 
on mettait les burettes nécessaires à la célébration de 
la messe. 

Une statue provenant de l'oratoire, aurait été re- 
cueillie par un voisin, M. Dufour, boulanger. 

C'est avec plaisir et émotion que nous avons écouté 
tout cela (1). 



A l'époque de la Révolution, le curé de Ségur était 
M. Meynardie. 

(1) De celte chapelle et de la dévotion qui s'y manifesta, le pont 



— 497 — 

En 1790, fut imposé au clergé de France le ser- 
ment de la Conslitution civile; mais l'abbé Meynardie 
le refusa courageusement et prit, en 1791, le chemin 
de Texil. 

Il fut imité par son confrère de Saint-Eloi, M. Tabbé 
Fournier, et on croit que tous deux gagnèrent l'An- 
gleterre (1). 

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils furent rem- 
placés par des prêtres assermentés et, partant, schis- 
matiques. 

L'abbé Reix, curé de Villemaux, devint curé de 
Ségur, tandis qu'on intronisait à Saint-Eloi un Ségu- 
rin, M. Bardon de Brun. 



Après la Révolution, les curés de Ségur furent, en 
même temps, desservants de Saint-Eloi (2), et cela 
dura jusqu'à la mort de M. l'abbé Roux, décédé à 
Ségur en 1880. 

A cette époque, Saint Eloi obtint un curé, et put 
se passer momentanément des services des voisins. 

Plus tard, Saint-Eloi étant venu à vaquer de nou- 



voisin fournit encore un témoignage : on l'appelle, en effet, « le pont 
Saint-Laurent ». 

il) Beaucoup de prêtres français de cette époque passèrent en ce 
pays. Qui sait si le réveil de foi catholique se manifestant actuelle- 
ment outre- Manche n'est pas le résultat et la récompense de l'hospi- 
talité que ces proscrits y trouvèrent?... 

(2) Notre compatriote et ami, M. liOuis de Nussac, dans son ouvrage 
sur Saint-ÉIoi (sa légende et son culte), relate que les habitants de 
Ségur, jaloux de la cloche de Saint-Éloi, avaient suscité de vrais com- 
bats pour la disputer (page 247}. Cela n'était pas d'une délicatesse 
achevée. Aussi les Ségurins ont reconnu qu'il y avait mieux à faire; 
et, en 1905, grâce à M. l'abbé Farges et à M. le comte'de Fleurolles, 
on baptisait une cloche qui, sans être aussi puissante que celle de 
Saint-Éloi, peut consoler la paroisse, et même l'honorer. 



— 498 — 

veau, un autre curé de Ségur accepta le binage, mais 
pour le résigner bientôt. 

Nous voulons parler de M. Tabbé Dallet, un des 
pasteurs dont Ségur garde le meilleur souvenir, et 
auquel nous ferions une large place dans cette notice, 
si nous n'étions obligé de nous restreindre. 

Le successeur de M. Dallet, qui était nommé doyen 
de Juillac, fut M. l'abbé Vitrac, lequel resta peu 
d'années. 

Le successeur de M. Vitrac est M. Dominique 
Farges^ qui a vu à Ségur la fin du régime concor- 
dataire, et saura inaugurer le nouveau régime du 
culte avec intelligence et dévouement. 



11 y a seulement quelques années, les foires de 
Ségur étaient encore célèbres et justement renom- 
mées. Cette importance commerciale n'est malheu- 
reusement plus qu'un souvenir. Et les foires actuelles 
n'en méritent pas même le nom. On m'excusera de 
le constater. 

...Ségur est une « ville morte ». Et l'on y trouve^ 
plus que de raison, des bras inoccupés. De moins en 
moins, cependant; pour le motif tout simple que le 
chiffre de la population diminue. Les annuaires n'ac- 
cusent que modérément cette dinainulion. Elle est 
réelle^ cependant. 

Pour mettre fin à l'oisiveté de pas mal de Ségu- 
rins^ on devrait faire attention, il me semble, que 



— 499 — 

Ségur possède une rivière assez considérable (le Haut- 
Vézère ou Auvézère). Je ne croirais pas impossible 
d'y établir une usine^ une manufacture, un atelier 
important. Les ouvriers seraient nombreux sur place ; 
et leur apprentissage se ferait peu à peu. 

Cela vivifierait Ségur et mettrait du bien-être dans 
beaucoup de familles indigentes. Gela retiendrait, 
surtout, dans leur pays intéressant et pittoresque, 
tant de jeunes gens des deux sexes qui s'en vont 
tenter la fortune^ ou, du moins, trouver une occu- 
pation à Paris. 

Mais aller à Paris, c'est abandonner la famille, 
déserter le foyer, se séparer du pays natal. Et la 
capitale qui est; je le veux bien^ la ville des rêves, 
épuise cependant les corps et tue les âmes. 

...Dans les premières années de notre pastorat à 
Saint-Eloi, nous avions un Bulletin Paroissial qui 
a disparu avec les besoins- qui l'avaient fait naître, et 
dans un numéro duquel nous disions : 

a ...Sans vous laisser éblouir par un mirage déce- 
« vant et vous laisser tromper par de dangereuses 
a apparences, restez sur ce terroir natal qui a su 
« nourrir vos ancêtres, les rendre robustes et ver- 
ce tueux et qui traitera aussi bien les générations 
(t futures si elles ont confiance en lui... » 

Mais cela, je le disais aux habitants de Saint-Eloi. 
Et je n'aurais pu le dire aux émigrants de Ségur. Car 
a il vaut mieux rire loin que pleurer près », 
assure le proverbe. 

Cependant, qu'on trouve aux Ségurins, comme nous 
le désirons, une occupation, une situation sur place^ 
et nous leur tiendrons le même langage. 



- 500 — 

Car : « Les quatre cinquièmes des provinciaux qui 
viennent en la capitale^ nous écrivait un jour Pierre 
l'Ermite, oublient les devoirs les plus essentiels du 
chrétien et les pieuses traditions qu'ils apportent. » 

Nous avons donc cru faire, jadis, œuvre sacerdotale 
en écrivant des articles et donnant des conférences 
qui pouvaient se résumer par ce conseil, qui est, 
comme on le sait, le titre d'un ouvrage connu : 
« Restez chez vous! » 

Depuis, d'autres devoirs plus pressants ou plus par- 
ticuliers nous ont empêché de continuer, mais nous 
avons suscité des jeunes gens dévoués qui s'emploient 
à cette œuvre et font beaucoup mieux que nous. 

...Cependant, nous voilà loin de Ségur. 

Revenons-y en constatant que le nombre des per- 
sonnes qui désertent cette localité augmente chaque 
jour, comme nous l'avons insinué plus haut. 

Ces Ségurins vont à la grande ville, qui, selon notre 
formule (ne craignons pas le mot) épuise les corps et 
tue les âmes. 

Il y a donc là une question de vitalité physique et 
de santé morale. 

La première regarde positivement les autorités civi- 
les; la seconde ne leur est certainement pas indiffé- 
rente. 

Nous n'avons, évidemment, la prétention de dicter 
son devoir à personne. Mais il nous semble que les 
autorités qui président aux destinées de Ségur auraient 
bien mérité de la commune si elles dirigeaient leur 
activité dans le sens que nous leur indiquons hum- 
blement; c'est-à-dire en cherchant à établir un cen- 
tre industriel qui ressusciterait la localité. 



— 501 — 

Je sais bien quMl y aurait là une question subsi- 
diaire de chemin de fer ou de tramway, mais cette 
question-là doit être précisément englobée dans Tétude 
que je propose. Elle est même tout à fait d'actualité. 

En attendant, je souhaite que Ton fasse, de plus 
en plus, connaître Ségur pour son pittoresque, et que, 
de plus en plus, y viennent les touristes. 

Ce sera de l'agrément pour le visiteur et du profit 
matériel pour Thabitant. 

C'est précisément pour le faire connaître, que la 
Fédération des Ecoles limousines félibréennes se pro- 
pose de tenir, en 1910, à Ségur, une assemblée gé- 
nérale. 

Nous avons appris la nouvelle de ce projet avec 
grand plaisir et en verrons la réalisation avec plus 
de plaisir encore. 

P. J.-B. JOFFRE. 



EN SOUVENIR D'UN NATURALISTE 



Dans son étude sur la Société d'agriculture du Li- 
mousin, créée par Tordonnance royale du 12 mai 
1761 et qui se divisait en trois sections s'adminis- 
trant et se gouvernant elles-mêmes, à Limoges, Brive 
et Angoulème, TAngoumois avait été exceptionnelle- 
ment réuni au Limousin, feu M. Taillebois, auteur 
de ce travail vivement applaudi à la Sorbonne^ nous 
parle, dans la 4"* livraison du Bulletin de la Société 
archéologique de Brive, de la venue et de Taccueil 
de la pomme de terre dans notre Bas-Limousin : 

a 11 dit que le duc d'Hamillon, qui séjourna long- 
a temps à Brive sous le nom de chevalier de Binet, 
a introduisit la pomme de terre dans cette ville (il 
« n'en donne pas la date) ; on la propagea peu à peu 
(f et^ en 1768, un pain fait d'un mélange de cette 
a racine et de seigle ou de froment fut expérimenté 
c( successivement à Brive et à Limoges. La société 
« d'agriculture de Rouen avait déjà donné l'exemple 
« en 1762. 

<x La première récolte importante fut faite par 
a M. de Saint-Hilaire fils (à Favars), qui en ramassa 
a soixante quintaux, regrettant de ne pas avoir donné 
« plus de terrain à ce produit qui remplaçait la châ- 
« taigne dont il y avait disette et l'année suivante il 
a en récolta plus de soixante charretées ». 



— 504 — 

Nous avons entendu dire qu'eu 1773, les char- 
treux du Glandier, affermant un domaine à un cul- 
tivateur, mettaient comme condition qu'il ferait 
annuellement une sétérée (soit vingt-et-un ares 
passés) en pommes de terre, qui leur seraient toutes 
remises. Je sais que Tacte se trouve chez M' Colin, 
notaire à Troches. 

Vers 1850, trois illustres membres de TAcadémie 
des Sciences, MM. de Quatrefages, Milne Edwards et 
Blanchard, étaient partis ensemble pour une tournée 
scientifique en Sicile, ramassant tout ce qui pouvait 
être utile à connaître ou à posséder dans nos Musées. 
Ils ont reconnu Tétat stationnaire de cette lie admira- 
ble et constatèrent que la pomme de terre y était in- 
connue, car pendant tout leur séjour ils n'ont pu s'en 
procurer une seule. 

M. de Quatrefages le consigne à la page 7 du 
deuxième volume de ses Souvenirs d'un 7iatura- 
liste et, à la page 420, il donne la note suivante 
que je m'empresse de reproduire, car elle est très 
instructive : 

v(( Les botanistes appellent cette plante précieuse 
(( la morelle tubéreuse {solanum tuberosum). Nous 
« rappellerons ici que les tubercules qui se mangent 
« ne sont pas, comme on le croit généralement, les 
a racines du végétal, mais bien de véritables tiges ou 
« des branches souterraines, renflées par places et 
a qui doivent leurs propriétés nutritives à la grande 
c( quantité de fécule qu'elles renferment. Nous em- 
« pruntons à M. Duchartre les détails historiques*sui- 
(( vants, sur l'origine et les progrès de la culture des 
a pommes de terre en Europe : 



— 505 - 

« La moreDe tubéreuse est connue de temps immé- 
« morial au Pérou, dont les habitants la connaissent 
ce sous le nom de papas. Mais on n'a pu déterminer 
« d'une manière précise le vrai lieu de son origine, 
ce Son introduction en Europe remonte à moins de 
ce trois siècles. Au milieu des versions diverses qui 
ce ont été publiées sur ce points la plus probable est 
(( celle qu'a fait connaître le docteur Putsche. D'après 
a ce savant, le capitaine John Hawkins aurait le pre- 
« mier apporté en Irlande, en 1565, quelques tuber- 
a cules pris à Santa-Fé de Bogota et qui furent com- 
ce plètement négligés. 

a Le célèbre navigateur Francis Drake, qui avait 
« été le compagnon de Hawkins, comprit de quelle 
ce importance cette acquisition pouvait être pour 
ce l'Europe, et, dans un de ses voyages, il trasporta 
« des morellos dans la Virginie où elles furent culti- 
ce vées avec succès. Plus tard, il emprunta à ces cul- 
ce tures qu'il avait provoquées les tubercules qu'il 
« porta à Londres en 1586 et cette circonstance a 
a fait croire que la pomme de terre était originaire 
« de Virginie. Drake remit ses exemplaires à son pro- 
ce pre jardinier et à quelques autres personnes, entre 
vt autre au botaniste Clusius^ qui le premier a fait 
« connaître botaniquement la plante dont il s'agit, 
a Le nouveau végétal était d'ailleurs entièrement 
« oublié, lorsque l'amiral Walter-Raleigh le retrouva 
a en Virginie et en rapporta en Angleterre une assez 
« grande quantité dans les premières années du xvu* 
cr siècle. Cette fois, l'acquisition fut définitive. 

« Toutefois, la culture de la pomme de terre ne 
a se répandit que bien lentement et ce qui prouve 



— 506 - 

« leur rareté^ il en fut servi un plat sur la table du 
a roi de France comme une rareté de haut prix, en 
« 1616. Ce ne fut qu'en 1650 qu'elle pénétra en Aile- 
« magne et jusque vers la fin du xviii* siècle. Cette 
a plante, aujourd'hui si commune, ne fut cultivée 
a que sur quelques points très limités. On sait que 
« c'est un français, à la fois savant et homme de 
a bien, qui se dévoua à en propager la culture. Tous 
« les efforts de Parmentier eussent été peut-être in- 
« fructueux, si la disette qui suivit les premières 
« guerres de la Révolution ne fut venue en aide à ses 
« efforts. Sous la pression de la nécessité, les préjugés 
a se dissipèrent; tout le monde comprit de quelle 
« ressource pouvait être ces tubercules^ qu'on avait 
a jusque-là déclarés bons tout au plus pour les pour- 
« ceaux. Sur divers points de notre territoire, quel- 
« ques hommes intelligents et animés du même 
a esprit que Parmentier^ se firent les apôtres de ses 
a idées et, en quelques années, la pomme de terre 
« pénétra jusque dans le moindre de nos hameaux, 
a Soumise, par suite de cette extension de culture, 
a à une multitude d'influences très diverses, elle a 
a donné naissance à une infinité de variétés dont le 
a nombre s'augmente encore chaque jour, de sorte 
« que l'histoire de cette seule espèce, si longtemps 
a méprisée, exigerait aujourd'hui des recherches 
ce spéciales, approfondies et fournirait la matière 
« d'un gros livre. » 

G. DE LÉPINAY. 



Les Marguilliers des Mathurins 

EN LIL^IOXTSIIT 



Parmi un tas de vieux papiers achetés Tan dernier 
chez un des brocanteurs qui, les jours de foire^ tien- 
nent leur étal sur le quai de Tancien Collège de Tulle, 
j'ai trouvé quelques documents qui, sans avoir une 
grande valeur, méritent d'être conservés. Entre toutes 
ces paperasses j'en cueille aujourd'hui quelques-unes 
absolument inédites, parce qu'elles sont restées dans 
les greniers d'une des plus vieilles familles du Bas- 
Limousin jusqu'au jour où un de ses descendants les 
a livrées el Piliare. 

Sauf quelques lacunes^ ces vieux papiers vont me 
permettre de retracer un historique sommaire d'une 
vieille institution qui avait de profondes racines en 
Bas-Limousin. Je veux parler de la « Rédemption 
des ch7'étiens esclaves y captifs dans les états ba?'- 
baresques »^ dont trois de nos compatriotes tullois 
ont été les procureurs-généraux pour les diocèses de 
Limoges et de Tulle. 

Je crois tout d'abord utile de rappeler au lecteur 
ce qu'était VOrdre de la Rédemption des Chrétiens. 

Le fils d'un gentilhomme provençal^ Jean de Matha^ 
fut le fondateur de cet ordre. Il était né en 1160 à 
Faucon, autrefois paroisse de Barcelonnette, aujour- 
d'hui chef-lieu de commune du canton et de l'arron- 



— 508 — 

dissement de Barcelon nette, département des Basses- 
Alpes. Il fit ses premières études en Provence et reçut 
le bonnet de docteur en théologie à Paris. Presque 
aussitôt après, il résolut de se consacrer au rachat des 
nombreux chrétiens que les musulmans tenaient en 
captivité depuis la première croisade (1095). Dans ce 
but, il se rendit à Meaux où Hugues de Vermandois 
s'était retiré, après avoir vendu tous ses biens. Jean 
fit part de son projet à Hugues, et^ bien résolus 
d'aboutir, les deux moines s'acheminèrent vers Rome 
en 1197. Ils obtinrent du pape Innocent III l'auto- 
risation de fonder ï Ordre de la Sainle- Trinité pour 
la rédemption des chrétiens captifs. 

Le costume des nouveaux moines fut une simple 
robe blanche, sur le devant de laquelle était attachée 
une croix rouge. 

Par ordre du Pape, l'évêque de Paris et l'abbé de 
Saint-Victor rédigèrent les premières règles de l'ordre. 

De retour en France, en 1198, les deux innovateurs 
établirent leur maison-mère à Cerfroid, paroisse de 
Brumetz, actuellement chef- lieu de commune du 
canton de Neuilly-Saint-Front, arrondissement de 
Château-Thierry. Ils se firent connaître dès lors sous 
le nom de Trinitaires. 

Le roi Philippe-Auguste les protégea et bientôt 
l'ordre prit une extension considérable, tant en France 
qu'en Italie (dans la Lombardie surtout), en Espagne, 
et même dit-on a au-delà des mers ». 

Albéric, moine cistercien de l'abbaye des Trois- 
Fontaines, près de Châlons-sur-Marne, écrivait qua- 
rante ans après la fondation, qu'ils avaient déjà plus 
de six cents maisons, parmi lesquelles se trouvait 



— 509 — 

celle de Saint-Mathurin, « qu'on appellait auparavant 
VAumônerie de Saint-Benoît ». — Cette importante 
maison leur fut donnée par le chapitre de TEglise de 
Paris, en 1209. La chapelle de cette aumônerie était 
sous le vocable de saint Mathurin, aussi, peu après, 
les Trinitaires furent désignés sous le nom de 
Mathurins. 

L'ordre nouveau prenant de l'extension, Jean de 
Matha se rendit plusieurs fois dans les états barba- 
resques, et, à chaque voyage, il ramena bon nombre 
de chrétiens qu'il avait pu racheter. 

Le fondateur de cette admirable congrégation mou- 
rut à Rome en 1213^ il fut canonisé quatre siècles 
plus tard, en 1679, par le pape Innocent XI. 

Hugues de Vermandois avait cessé de vivre une 
année avant son compagnon (1212), il fut aussi cano- 
nisé à la même époque sous le nom de saint Félix de 
Valois. 

La règle d'origine des Mathurins était d'une grande 
sévérité et d'une austérité trop absolue pour vivre 
longtenjps. En 1261 les frères de l'ordre demandèrent 
différentes modifications et le pape Urbain IV ne 
refusa pas de faire étudier leur requête. En 1263, il 
commit l'évêque de Paris et les abbés de Saint-Victor 
et de Sainte-Geneviève pour modifier et mitiger leur 
trop dure règle. Quelques adoucissements y furent ap- 
portés, et le pape Clément IV les approuvait en 1267. 

Les nouveaux statuts portaient entre autres choses, 
que les frères réserveraient la troisième partie de leurs 
biens pour la rédemption des captifs. 

Le « ministre supérieur général » de l'ordre devait 
toujours être né Français, et devait être nommé par 

T. XXX. 4-8 



- 510 — 

la réunion des « ministres français, italiens^ portugais 
et espagnols ». 

Les armes de Tordre étaient : 

D'argent à une croix pattée de gueule et d'azur, 
à une bordure d'azur chargée de huit fleurs de 
lys d'or ftrois à dextre, trois à sénestre^ une en 
chef y Vautre en pointe) ^ Vécu timbré de la cou- 
ronne de France^ et deux cerfs blancs pour sup- 
ports. 

A une époque assez difficile à préciser les supports 
furent supprimés, et les armes qui timbraient les 
ordres des chefs devinrent simplement comme le 
dessin ci-dessous, que je relève sur un document de 
mes archives de Bourrelou. 




Afin de procurer à leur ordre les sommes considé- 
rables nécessaires pour le rachat des malheureux cap- 
tifs^ en esclavage chez les musulmans, les Mathurins 
avaient organisé des quêtes dans chacune des paroisses 



— 511 - 

de la catholicité. Ils avaient à cet effet nommé des 
marguilliers choisis parmi les hommes les plus ho- 
norables, et les plus riches, et dont surtout la protec- 
tion pouvait être utile à leur œuvre. 

Ces messieurs ne faisaient pas les quêtes eux- 
mêmes, cela va de soi. Ils ce bornaient à recom- 
mander Tœuvre, et se montraient dans les grandes 
cérémonies. — Ils confiaient le soin de recueillir les 
aumônes à des affiliés subalternes, à des gens âgés 
plus souvent, ce qui avait occasionné la chanson 
satirique des Mathurins dont le refrain était : 

Vieux mathurin, 
Passez votre chemin. 
Vous reviendrez demain. 

Après cet exposé sommaire, indispensable pour la 
compréhension de ce qui va suivre, je n'ai plus qu*à 
donner copie des documents .que j'ai sauvés du pilon 
des papetiers. 

En première ligne, en raison de leur date, vien- 
nent les lettres patentes du roy sur double feuille 
avec le timbre à trois fleurs de lys et couronne royale 
de la Généralité de Paris. Ce document imprimé porte 
diverses annotations manuscrites et la signature auto- 
graphe du ce conseiller-secrétaire du roi, pour sa mai- 
son, la couronne de France et les Finances » Lepetit. 

Voici la copie textuelle de ce document qui va nous 
faire connaître les avantages accordés à MM. les mar- 
guilliers : 



— 512 — 

LETTRES PATENTES DU ROY 

Du mois de raay 1720 
En faveur de /a Rédemption des Chrétiens Esclaves 

LOUIS, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, 
à tous présens et à venir : salut. Nôtre cher et bien amé le 
Père Claude de Massac Général de l'Ordre de la Sainte Tri- 
nité et Rédemption des Captifs, Nous a fait remontrer con- 
jointement avec les Religieux du môme Ordre, que leur 
Institut étant de travailler au rachapt et à la délivrance des 
Chrétiens, délenus en captivité chez les Infidèles, suivant 
les Bulles que plusieurs Papes leur en ont accordées : Ils 
ont en conséquence obtenu en ditferens tems les Lettres 
Patentes des Rois nos prédécesseurs; notamment de Fran- 
çois I. Henry II. Charles IX. Henry III. Henry IV. et 
Louis XIII, qui leur ont non seulement permis de faire par 
eux-mêmes ou personnes préposées, des questes à cette fin 
dans toutes les Villes, Bourgs et Villages de nôtre Royaume, 
mais qui ont encore accordé divers Privilèges à ceux qui 
seroient par eux employez à la récolte de ces questes, et 
entre autres la facuUé d'être pendant le temps de leurs com- 
missions exempts de toutes gardes et séquestration de biens 
meubles et immeubles, de Tutelles, Curatelles, Collectes, 
logements de gens de Guerre, et autres charges publiques : 
que même pour terminer les difiBcultés qui s'étaient élevées 
entre les Exposans et les Religieux de Nôtre-Dame de la 
Mercy qui avoient également comme eux la permission de 
faire les mêmes questes par toute la France, et en prévenir 
de nouvelles, il auroit été par arrêt du six août 1638 fait un 
partage et distribution entre les uns et les autres des diffé- 
rentes Provinces du Royaume, en sorte que celles de l'Isle 
de France, du Gâtinois, de TOrleanois, de la Beauce, du 
Perche, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, Picardie, 
Normandie, Champagne, Bourgogne, Auvergne, et la Mar- 
che du Nivernois, Lionnois, Forest, Beaujolois, Dauphiné, 
Berry, Bourbonnois, Poitou, Limousin, Perigord et Agenois 
seroient tombées en partage aux Exposans, les autres ayant 



- 513 — 

été réservées pour lesdits Pérès de la Mercy, et les disposi- 
tions et privilèges portez par lesdites Liettres et Arrest, ont 
été depuis confirmez par les Lettres Patentes des feus Roys 
nos très-honorez seigneurs, Trisayeul et Bisayeul de glo- 
rieuse mémoire, des 5 janvier 1643, et 19 de septembre 1654; 
cependant comme lesdits Exposants ont intérêt d'y être main- 
tenus, d'obtenir à cette fin de Nous, à Toccasion de nôtre 
avènement à la Couronne, nos lettres de confirmation pa- 
reilles à celles que Nous avons déjà bien voulu accorder 
ausdits Religieux de la Mercy au mois de May 1716, il nous 
ont très humblement fait supplier de. leur octroyer celles 
sur ce nécessaires : A quoy ayant égard, et voulant favo- 
riser en ce qui peut dépendre de Nous, un établissement si 
saint et si louable, et participer autant qu'il est possible au 
mérite de la délivrance et rédemption des Chrétiens réduits 
en captivité. 

A CES CAUSES, après avoir fait voir en nôtre Conseil les 
Lettres Patentes cy-dessus mentionnées des 5 janvier 1643, 
et 19 septembre 1654, et celles des Pères de la Mercy du 
mois de May 1716, avec l'arrêt du 6 août 1638; le tout cy- 
attaché sous le contre-scel de nôtre chancellerie, de l'avis 
de nôtre très-cher et très amé oncle le Duc d'Orléans Régent, 
de nôtre très-cher et très-amé Oncle le Duc de Chartres, 
Premier Prince de nôtre Sang, de nôtre très-cher et très-amé 
Cousin le Duc de Bourbon, de nôtre très cher et amé Cousin 
le Prince de Conti, Princes de nôtre Sang, de notre très-cher 
et très-amé Oncle le Comte de Toulouse, Prince légitimé, et 
autres Pairs de France, Grands et Notables Personnages de 
nôtre Royaume, nous avons les Dispositions, Privilèges et 
Exemptions portées par lesdites Lettres Patentes et arrêts, 
approuvez, autorisez et confirmez, approuvons, autorisons et 
confirmons par ces présentes signées de nôtre main, reves- 
tues de nôtre scel, avons permis et permettons ausdits Expo- 
sans de pouvoir continuer à faire dorénavant par eux-mêmes, 
ou faire faire par des personnes par eux préposées lesdites 
questes en la manière accoutumée, dans les Villes, Bourg, 
Villages et Parroisses de nôtre Royaume, et notamment 



— 514 — 

dans lesdites Provinces et lieux qui sont cy-dcssus spéci- 
fiez. Voulons pareillement que ceux qui seront par eux com- 
mis et employez dans nosdites Provinces à faire la récolte 
desdites quêtes et aumônes, soient pendant le temps de leur 
commission exempts comme nous les exemptons par cesdites 
Présentes de toute Gardes, séquestration de bien meubles et 
immeubles, Tutelles, Curatelles, Collectes, Logemens de Gens 
de Guerre, et autres charges publiques, pour par lesdits 
Exposans, et ceux qui seront par eux préposez, joiiir des- 
dites Permissions, Exemptions et Privilèges, ainsi que de 
la manière qu'ils en ont joui et dû jouir pendant le Règne 
du feu Roy nôtredit Seigneur et Bisayeuh SI DONNONS 
EN MANDEMENT à nos améz et féaux Conseillers, les gens 
tenant nos Cours et Parlemens, Cours des Aydes, Baillifs 
et Sénéchaux, leurs Lieutenans, et à tous autres nos Justi- 
ciers et officiers qu'il appartiendra, que ces Présentes ils 
fassent lire, publier et enregistrer, et du contenu en icelles 
jouir et user lesdits Exposans, et ceux qui seront par eux 
commis et préposez à la récolte desdites Questes et Au- 
mônes, pleinement, paisiblement et perpétuellement, ces- 
sant et faisant cesser tous troubles et empêchements con- 
traires; Et d'autant que desdites Présentes les Exposans 
pourroient avoir en même tems besoin en divers lieux, Vou- 
lons qu'aux Copies d'icelles dùément collationnées par l'un 
de nos amez et féaux Conseillers-Secrétaires, foy soit ajoutée 
comme à l'Original, Car tel est notre plaisir : Et afin que 
ce soit chose ferme et stable à toujours. Nous avons fait 
mettre nôtre Scel à cesdites Présentes.. 

Donné à Paris au mois de may l'an de Grâce mil sept' cent 
vingt et de notre Règne le cinquième. 

Signé LOUIS. 

Et sur le replis, Par le Roy, le Duc d'Orléans Régent 
Présent. 

Signé Phelypeaux. 

Et a costé Visa signé D'Aguesseau pour permission de 
faire des questes aux religieux de la Trinité, signé Phely- 



« 515 — 

PEAUX et scellé du grand sceau de cire verte sur lacs de 
soyes verte et rouge. 

Collationné sur l'Original par Nous Conseiller Secrétaire 
du Roy, Maison, Couronne de France et de ses Finances. 

Lepetit. 

Ce document est très explicite au sujet des préro- 
gatives accordées aux membres de TOrdre de la Tri- 
nité, ainsi qu'à tous ceux qui les représentaient dans 
le royaume de France. Il démontre en outre que le 
Limousin était compris dans les provinces qui étaient 
échues aux Trinitaires à l'exclusion de leurs concur- 
rents les frères de la Merde. 

Afin de propager leur œuvre en Bas-Limousin, ils 
avaient choisi un des hommes les mieux placés pour 
cela : Bernard de Lagarde, conseiller du roi en la 
Sénéchaussée et Siège Présidial de Tulle, fils d'un 
bienfaiteur de l'hôpital de Tulle. 

Le général de l'Ordre lui donna la procuration sui- 
vante que j'ai dans mes archives : 

Pardevant les Conseiller du Roy Notaires au Châtelet de 
Paris soussignez, fut présent Reverendissime Père en Dieu 
Frère Claude de Massac, Docteur en Théologie de la Faculté 
de Paris, Conseiller du Roy en ses Conseils, Aumônier et 
Prédicateur ordinaire de Sa Majesté, général et grand Mi- 
nistre de rOrdre de la Sainte Trinité et Rédemption des 
Captifs, demeurant au Couvent des Mathurins de Paris, rue 
des Mathurins, Parroisse de S' Severin; lequel audit nom 

de général et grand Minisire, a fait et constitué son Procu- 
reur général et spécial M' M* Bernard de Lagarde, Seigneur 

du Suc, Conseiller du Roy en la Sénéchaussée et Siège Pré- 
sidial de Tulle, déjà nommé pour établir des Marguilliers 
dans les Diocèses de Tulle et de Limoges pour ramasser 
l'Argent et les Aumônes destinez à la dite Rédemption des 
Captifs, et auquel il donne d'abondant pouvoir pour luy 



— 516 — 

ezdils noms de poursuivre les Redevables des Quêtes qui 
ont été faites par toutes voyes dues et raisonnables, leur 
faire rendre compte desdites Quêtes, arrêter, clore, débattre 
ou contester leurs Comptes, les allouer ; et à refus de rendre 
lesdits Comptes, faire contre lesdits Redevables toutes pour- 
suites, contraintes et diligences nécessaires, pour les y faire 
contraindre, poursuivre le tout jusqu'à Jugement définitif, 
le mettre à exécution, faire toutes Saisies, Arrêts et Oppo- 
sitions, en donner mainlevée, plaider, opposer, appeler, élire 
domicilie, constituer Procureur, les revocquer et en consti- 
tuer d'autres, et généralement faire pour parvenir au recou- 
vrement desdites Quêtes ce qu'il appartiendra; promettant 
avoir tout ce qui sera fait par ledit Sieur Procureur constitué 
pour agréable, approuvant et ratifiant en tant que besoin 
seroit les Procurations à luy cy-devant données entendant 
qu'elles subsistent, obligeant, etc 

Fait et passé a Paris audit Couvent des Mathurins le 
vingt-cinquiesme février mil sept cens trente trois. 

Signé Fr. de Massac, 
Faiveguive et Valet, notaires. 
Et sellé ledit jour. 

Après de nombreuses nominations (1) de marguii- 
liers en Bas-Limousin, M. Bernard de Lagarde en fit 
une qui eut une véritable importance, étant donné la 
personnalité du titulaire et la restriction qui lui est 
imposée de faire les quêtes « par luy -même ». En 
voici la copie textuelle : 



(1) Les nominations et Tenregistrement des commissions des mar- 
guilliers pour les diocèses de Limoges et de Tulle figurent aux archives 
de la Corrèze à la série B. n»' 3, 4, 5, 6, 7, 9, 10, Il et suivants, 173, 
229, 416, 692, 693, 694, 698, 708, 710, 714, 717, 720, 721, 723. 724, 726, 728, 
730. 733, 735, 1199, 1327. 1754, 1786. — Série C, n* 83 — Série H, n* 3. 
On y trouve les noms des principales familles du pays, dans toutes 
les classes de la société.) 



— 517 — 

Nous soubsigne Bernard de Lagarde sieur du Suc advocat 
en la cour et procureur de Tordre de la très S*' Trinité, 
rédemption des captifs dans les diocèses de Limoges et de 
Tulle. En vertu des lettres patentes du roy, arrest d'enre- 
gistrement, dont cy dessus est copie et de notre commission 
et mandement du très révérend père Claude de Massac, doc- 
teur en théologie de la faculté de Paris, conseiller du roy 
en ses conseils, aumônier et prédicateur ordinaire de sa 
Majesté, général et grand ministre de tout Tordre de la 
S** Trinité et rédemption des captifs, avons estably Messire 
Dominique- Jean- Joseph Bardoulat de La Salvanie, écuyer 
pour faire courir un bassin toutes les festes et dimanches 
dans Tesglize de S* Julien de Tulle pour lesd. captifs, et ce 
par luy même et non par procureurs ou commis à peine 
d'estre par nous destitué ipso facto, pour par luy ce faisant 
jouir des privilèges et exemptions exprimées aux susdites 
lettres patentes de Sa Majesté, auxquelles fins nous luy 
avons donné la présente copie pour s'en servir comme de 
raison, à la charge aud. marguillier de nous rendre fidel 
compte du provenu de sa quête chaque année, et nous rece- 
voir et défrayer lorsque nous faisons la levée des deniers, 
le tout aux mêmes peines que dessus. 

Fait à Tulle le vingtcinq"' jour du mois d'octobre mille 
sept cent trente quatre. 

Lagarde du Suc. 

Il semble que le produit des quêtes faites dans les 
diverses paroisses des deux diocèses n'était pas tou- 
jours versé régulièrement dans la caisse du Procureur 
général, car j'ai dans mon dossier un imprimé ainsi 
conçu : 

Le retardement que vous avez porté à rendre vôtre Compte 
ne peut plus être supporté, ainsi vous aurez la bonté de vous 
rendre en cetle ville dans le mois datte de la présente pour 
m'y porter le Produit de vôtre Quête, vous y êtes engagé 
par la déclaration que vous m'avez donnée lorsque je vous ay 



— 518 — 

mis en place, quand même je n'en aurois pas, vous n'en 
seriez pas moins tenu à une reddition de compte, la charité 
d'un côté pour de pauvres malheureux Esclaves qui gémis- 
sent dans les fers, et vôtre honneur à ne pas garder le bien 
d'autrui sont de pressants motifs à devoir vous mettre en 
règle de porter chaque année ce que vous avez ramassé ou 
dû ramasser; j'espère donc que vous viendrez incessament, 
à ce deffaut ne trouvez pas mauvais que je vous fasse assi- 
gner conformément a ma Procuration et suivant les mé- 
moires particuliers que j'ai reçu en conséquence, je suis 
persuadé que*vous ne me mettrez pas à même de plaider, 
et que tout sera dans le bon ordre par vôtre assiduité à rem- 
plir une fonction dont vous avez bien voulu vous charger. 
Je suis 

A Tulle ce juillet 1733. 

Je n'ai rien trouvé qui puisse me permettre d'éva- 
luer le produit des quêtes faites dans les diocèses de 
Limoges et de Tulle, sauf la quittance dont je donne 
ici copie et qui fait partie de mon dossier : 

Nous soussigné Bernard de Lagarcte sieur du Suc, conseil- 
ler du Roy Magistrat, en la sénéchaussée et siège Presidial 
de Tulle, Procureur général de l'Ordre de la Sainte Trinité 
Rédemption des Captifs, commis pour établir des Marguil- 
liers pour ladite Rédemption des Captifs dans les Diocèses 
de Limoges et de Tulle, et recevoir l'argent et aumônes 
qu'ils auroilt ramassé dans leur Parroisse, déclarons avoir 
reçu de M"" de La Salvanye, écuyer, Marguillier de la Pa- 
roisse de S* Julien de Tulle, Diocèse de Tulle, la somme de 
six livres du Provenu de la Quête qu'il a faite dans ladite 
Paroisse. En foy de quoy nous luy avons donné la présente 
Quittance. A Tulle le huitième jour de février mil sept cens 

trente huit. 

Lagarde Du Suc, 
pour quittance de 6 II. 

Ce reçu porte en tête les armes de Tordre, mais je 



— 519 — 

constate que les fleurs de lis en bande ne sont plus 
placées de la même façon que précédemment ; je vois 
ici : trois fleurs de lys en chef y deux à dextre^ 
deux à senestre et deux en pointe. Voici la repro- 
duction de ces nouvelles armoiries : 




Après la mort de M. de Lagarde, vers la fin de 
Tannée 1740, M. de La Salvanie sollicita Toffice de 
procureur général de Tordre pour les diocèses de Li- 
moges et de Tulle; satisfaction lui fut donnée en 
février 1741. Voici copie de la commission qui lui 
fut envoyée et que j'ai retrouvée chez le chiffonnier : 

Nous Frère Claude de Massac, docteur en théologie de 
LA FACULTÉ DE Paris, Conseiller du Roy en ses conseils, Au- 
mônier et Prédicateur ordinaire de Sa Majesté ; Général et 
grand Ministre de l'Ordre de la S** Trinité rédemption des 
captifs. A M" Dominique Jean Joseph Bardoula de la Sal- 
vanie Ecuyer. SALUT en notre Seigneur J. G. rédempteur. 

NOTRE principale attention suivant qu'il est du devoir de 
notre charge étant de procurer par tous les moyens que nous 
pouvons le salut et la délivrance de nos frères Ghrétiens 



- 520 — 

captifs parrny les infîdels ; Etants de plus dûement informé 
de votre zèle et de votre Piété. Nous vous avons choisis 
comme de fait par ces présentes nous vous choisissons, nom- 
mons et établissons pour recevoir et ramasser les Aumosnes 
et legs pieux pour cette fin dans les diocèses de Limoges et 
de Tulles sous le bon plaisir de nosseigneurs les Evesques. 
Vous donnons pouvoir d'établir en votre place des questeurs 
qui vous rendront compte de leurs questes chaque année : 
avec cette clause et obligation d'envoyer à Notre Procureur 
général pour la rédemption demeurant icy à Paris, auprès 
de nous, les deniers que vous aurés ramassé pour être par 
nous employé audit œuvre charitable de la rédemption. Ces 
présentes valables pour cinq ans. Vous exhortons à vous 
acquiter avec tout le zèle possible de cette sainte et charita- 
ble fonction. Prions notre divin rédempteur d'être luy-méme 
votre récompense et de vous combler de ses grâces et béné- 
dictions. DONNÉ à Paris en notre maison de S^ Mathurin 
sous notre seing manuel, celuy de notre secrétaire et le scel 
de notre administration generalle L'AN de notre seigneur 
mil sept cent quarante un le premier jour du mois de fé- 
vrier. 

F. C. DE Massac, 
généraL 

Par commandement de M. notre Reverendissime Père 

général. 

F. Paffe, 
secrétaire. 

Au-dessous de la signature du général est appliqué 
le sceau de Tadministration générale sur papier et à 
sec. 

Au dos de cette commission est écrite la mention 
suivante : 

ce Enregistré au greffe du juge sénéchal de Tulle, en 

vertu de Tappointement du dit juge du dix-sept mars 

1741. 

ce SuDOUR, greffier. » 



— 521 — 

M. de La Salvanie n'attendit pas l'expiration de 
son mandat pour le faire renouveler ; il prit ses pré- 
cautions d'avance et dès le mois d'avril 1744 (neuf 
mois avant le terme) il fît intervenir auprès du minis- 
tre général de l'ordre, en écrivant à un de nos com- 
patriotes, M. Boudrie^ secrétaire de révèché de Tulle. 

Ce prêtre était alors à Paris. Selon les usages de 
cette époque, les évêques résidaient le moins possible 
dans leur diocèse (1). 

Or, à ce moment, le diocèse de Tulle était aux mains 
de Mgr François de Beaumont d'Autichamp et ce pré- 
lat était à Paris, faisant sa cour au roi quelquefois, 
aux ministres souvent, à.... d'autres chaque jour. 
L'évêque avait son secrétaire auprès de lui. Il fît 
cependant attendre sa réponse pendant quelques 
jours; j'ai eu la bonne fortune de la trouver parmi 
mes vieux papiers et comme elle me paraît intéres- 
sante au point de vue historique, je vais la donner 
in extenso, bien qu'une partie sorte du cadre de 
cette notice : 

Monsieur, 

Je vouiois avoir Thonneur de vous écrire par le dernier 
courrier, un maltieureux rhume qui m'occasionna un peu 
de fièvre m'en empêcha, et m'ota pendant deux jours j'ose 
dire la force de penser. Enfin m'en voilà presqu'entièrement 
debarassé au moyen d'une légère purgation que je pris ces 
jours passez. 

J'ai eu l'honneur d'écrire a Mad* votre mère d'amples 

(1) A ce sujet, je citerai un acte des archives du département de la 
Corrèze, portant la date de 1651, par lequel Pierre Dumyrat, clerc 
tonsuré et curé de Chanac, fait sommation à Jean de Genouillac. évo- 
que de Tulle, pour obtenir « les ordres ou des lettres démissoires 

pour les pouvoir prendre ailleurs , à cause de l'absence continue 

dudit seigneur evesque. m 



— 522 — 

nouvelles de M. de Lissât (1), il étoit ici jeudi et je passai 
encore une heure avec Lui dans ma chambre, ce soir juste- 
ment le jour de ma médecine, ce qui m'empêcha de le suivre 
chez M. de Chaunac ou il alloit souper. 

Je compte vers la penlecôte retourner à Versailles ou il 
m'a promis de me bien promener. 

Vous recevrez aujourd'hui, Monsieur, la réponse du géné- 
ral de la Trinité. Je n'ai pu voir que son secrétaire qui m'as- 
sura que son Supérieur vous prolongeroit avec plaisir les 
patentes qu'il vous avoit déjà accordé, dez que vous vouliez 
bien continuer de vous charger de cette commission, per- 
suadé qu'elle ne scauroit être en meilleures mains. 

La Bague que vous m'avez envoyé, Monsieur, n'a pas en- 
chéri depuis ma dernière lettre, les connoisseurs trouvent 
tous des taches dans la pierre et ne l'estiment que deux 
Louis ou soixante francs avec la monjûre. Aucun prélat ne 
veut s'en accomoder, on la trouve trop mal montée et la 
pierre trop longue et trop peu large pour la faire remonter. 
Je la ferai encore voir à d'autres bijoutiers et j'attendrai que 
vous me marquiez l'usage que j'en dois faire. 

Il y a cinq ou six jours que je n'ai eu l'honneur de voir 
M. de Chaunac ; je l'ai été chercher deux ou trois fois sans 
le trouver, vous scavez, Monsieur, que dans les beaux jours 
il habite plus le Luxembourg et le palais Royal que son chez 
lui. Vous n'avez pas besoin de me recommander de lui faire 
votre cour, vous ne sçauriez trop lui écrire, quand la ma- 
tière vous manquera, jettez vous sur les embellissemens du 
château de Lagarde, vous êtes sûr de plaire (2). Rien de plus 
prudent que tout ce que vous me faites l'honneur de me 
marquer sur la famille,, vous caractérizés a merveille les 
petits riens qui la divisent. Je ne manquerai pas de lui 
communiquer cet article de votre lettre qui le ramènera sans 
doute, et le fera revenir de l'idée qu'il avoit conceu d'une 
mésentelligence absolue. 

(1) M. de la Salvanie de Lissac (voir ma Monographie de la coni' 
mune de Naves à son sujet). 

(2) Pour ce qui concerne les Chaunac, voir mon Étude historique 
sur Une Seigneurie du Bas- Limousin (Chaunac). 



— 523 — 

Je suis bien sensible à Thonneiir du souvenir de vos Da- 
mes voulez vous bien Monsieur, que je leur offre ici mes 
respects. Je sçais peu de nouvelles qu'on puisse contier au 
papier. Vous sçavez déjà que nos affaires vont on ne peut 
pas plus mal en Bavière ; on n'a encore aucun détail de nos 
derniers échecs, on sçait seulement que nous avons perdu 
plus de trois mille hommes. Le Roy ne cache plus son gouL 
pour Mad* Detiol (1), on l'a dit déjà grosse. On croit qu*il 
part lundi ou mardi, ou jeudi au plus lard ; M. le Dauphin 
partira en même tems ou bientôt après. 

J'ai l'honneur d'être avec les sentiments les plus respec- 
tueux et la reconnoissance la plus parfaite, Monsieur, votre 
très humble et très obéissant serviteur. 



BOUURIE. 



Paris ce 1" may 1744. 



Après lecture de cette lettre, Tévêque y ajouta ce 
qui suit de sa main : 

Je consens avec plaisir. Monsieur, que vous fassiés placer 
un banc dans l'Eglise paroissialle de S' Julien, et dans la 
situation dont vous conviendrés avec M' le Curé et M" les 
sindics Marguilliers ; vous devés estre persuadé de mon em- 
pressemant a vous obliger dans tout ce qui pourra dépendre 
de moy ; j'y suis porté d'inclination et par le sincère attache- 
ment avec lequel je seray toute ma vie, Monsieur, votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

f François, év. de Tulle. 

J'ay eu le plaisir de voir deux fois M' votre frère, et je 
conte demain de le revoir à Versailles ou nous allons avec 



(I) C'est M"^ D'EtioUes qu'il faut lire, car la nouvelle msutrease de 
Louis XV (la femme de M. Lenormand, qui possédait le chMeau 
d'Etiolles, en Seine-et-Oise), était connue alors à la cour sous le nom 
de M** d'Etiolles et plus tard sous celui de la marquise de Pompa^ 
dour (alias M"* Poisson). 



— 524 — 

toute notre assemblée prendre congé du Roy qui doit partir 
jeudy prochain (1). 

Cette lettre, qui marque bien les mœurs d'un cer- 
tain monde à cette époque, se passe de tout com- 
mentaire. 

Au milieu du xviii* siècle, comme de nos jours, il y 
avait bon nombre de flibustiers qui parcouraient les 
provinces et exploitaient la confiance des honnêtes 
gens. M. de La Salvanie, craignant d'être victime d'un 
de ces aigrefins, refusa de vider sa caisse entre les 
mains d'un moine, qui se présenta chez lui pour re- 
cueillir le produit des quêtes faites au nom de la 
Rédemption des Captifs. Il en référa au général de 
l'Ordre. 

Voici la réponse qui lui fut faite : 

LiMOSIN 

Monsieur 

Monsieur Bardoulat de la Salv&nye Ecuyer, administrateur 
des Aumosnes pour les Captifs 

à TULLES 

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avés bien voulu 
m'escrire, Vous avés raison de vous deffier de ceux qui se 
présentent a vous pour recevoir les Aumosnes destinées à la 
rédemption des Captifs, parce qu'il y a des fripons qui cou- 
ren les Provinces, même déguisés en religieux de notre or- 
dre, cependant je crois que celuy qui s'est adressé à vous, 
Monsieur, est le P. Proal, religieux de Languedoc, demeu- 
rant en notre maison d'Avignon, chargé de ma commission 
pour coUiger les aumosnes pour les captifs dans vos quar- 

(1) Toutes les citations sont données avec leur orthographe et leur 
ponctuation propre. 



- 525 - 

tiers, il â dub vous faire voir ma commission et vous avés 
pu confronter ma signature et le sceau dç Tordre avec la 
commission que vous avés de moy du mois de février 1741. 
Peut-être serait-il plus sur que vous me fissiés tenir l'argent 
que vous avés entre les mains par lettres de change qui soit 
bonne et bien sure, si vous en pouvés trouver facilement, 
cela ne presse pas, informés vous de quelque bon negotiant 
qui ait un bon correspondant à Paris. 
J'ay l'honneur d'être, avec bien de la considération 

Monsieur 

Votre très humble et très obéissant serviteur. 

F. DE Massag 
gênerai des Mathurins, 

Cette charge de Marguillier général^ ou procureur, 
était véritablement enviable, même en dehors des 
honneurs qu'on lui attribuait. Comme le disent les 
lettres patentes du roi, les Marguilliers titulaires 
étaient exempts de a toutes gardes et séquestration de 
biens meubles et immeubles, de tutelles, curatelles, 
collectes, logement de gens de guerre et autres char- 
ges publiques. » Ces exemptions valaient certes la 
peine de solliciter une commission de Marguillier ; 
aussi M. Charles de Bardoulat de la Salvanie^ ancien 
mousquetaire gris, fils du procureur de Tordre pour 
les diocèses de Limoges et de Tulle, sollicita-t-il la 
commission de Marguillier de Laguenne, dont il était 
le principal seigneur et où il avait un château (1). 
Elle lui fut accordée par le nouveau ministre géné- 
ral de Tordre, Maurice Pichault. — M. de la Salvanie 
pére^ occupant la charge de procureur-général, ne 

(1) Voir mes Essais historiques sur les environs de Tulle, — Pre- 
mière partie : LâGUËNNË. 

T. XXX. 4-9 



- 526 — 

pouvait nommer son fils comme il nommait les au- 
tres Marguilliers. La commission de M. Charles de la 
Salvanie, que je possède, fut donnée le 13 octobre 
1764, pour six ans. 

M. de la Salvanie père mourut dans le courant de 
1768 et aussitôt le poste de procureur de Tordre qu'il 
occupait fut accordé à M. le baron de Lauthonie, habi- 
tant la ville de Tulle^ qui conserva ses fonctions jus- 
qu'en 1789, époque mémorable, où furent abolis 
tous les privilèges. 

Je possède une liste de noms de la plupart des 
Marguilliers de la Trinité des diocèses de Limoges et 
de Tulle, nommés par notre compatriote tuUois, de 
1722 à 1728. Elle est assurément incomplète, mais 
je la cite pourtant en attendant de retrouver ce qui 
manque : 

2 décembre t698. — Pierre Chenoux, notaire du bourg de 
Sainl-Sernin-Lavaux, diocèse de Limoges. 
1 28 avril 1722. — François Lascaux, sieur de Germiniac, 

de la paroisse de Beyssenat (Limoges). 

27 août 1722. — Jérôme Lafarge, médecin, paroisse de 
Vigeois. 

16 novembre 1722. — Priex de Lafon, sieur du Queyroy, 
avocat en la cour, paroisse de Concèze (Limoges). 

13 décembre 1722. — Arnaud Labonne, bourgeois de Lu- 
bersac. 

6 avril 1723. — Guillaume Lagrafeuil, marchand du bourg 
de Chamberet, diocèse de Limoges. 

24 mai 1723. — Tuithon, procureur au sénéchal d'Uzer- 
che. 

1" juillet 1723. — Pierre Goudal, bourgeois de la paroisse 
de Perpezac-le-Noir (Limoges). 



- 527 - 

14 août 1723. — Jean Dufour, bourgeois de la paroisse 
d'Estivaux (Limoges). 

22 novembre 1723. — Antoine Boyer, bourgeois de la pa- 
roisse de Ghamboulive. 

13 avril 1724. — Bernard Delmon, bourgeois d'AUassac. 

29 mars 1725. — Antoine Nauche de Lacoste, bourgeois de 
Vigeois (Limoges). 

1" juillet 1725. — Jean Nauche Leymarie, bourgeois de 
Vigeois. 

1" septembre 1725. — Pierre Gauthier, habitant d'Uzer- 
che, pour la paroisse d'Espartignac. 

19 novembre 1727. — Messire Raymond du Grifoulet, 
écuyer, seigneur de Lentilhac, Saint-Pantaléon, La Cha- 
broulie et autres places, à Saint Maurice (Limoges). 

26 janvier 1728. — Léonard Dupuy, M* maréchal de Saint- 
Bonnet-La-Rivière . 

l*'mars 1728. — Jean-Baptiste Farges, sieur de Sirieyx, 
paroisse de Saint-Martin de Treignac (Limoges). 

6 septembre 1728. — Philippe Coubriat, bourgeois, pour 
Perpezac-le-Noir. 

8 décembre 1728. — Pierre Lafarge, sieur de Villeneuve. 

Victor FOROT. 
Bourrelou, près Tulle, décembre 1908. 



SoGietH Scientifip, istorip et Arclilioloiiiiiiie de la Conl!»i 



Procès-verbal de la séance du 9 février 1908 

Dimanche dernier, 9 février, â eu lieu dans la grande salle 
de la mairie de Brive, sous la présidence de M. de Lépinay, 
rassemblée générale trimestrielle de la Société archéolo- 
gique. 

Il est d'abord procédé à l'élection et à l'admission d'un 
nouveau membre, M. Louis Thomas, avocat, ancien Maire 
de Brive, présenté par MM. de Lépinay et Ph. Lalande. 

M. l'abbé Joffre, ancien élève du collège de Brive, curé de 
Saint-Éloi, est désigné pour représenter la Société au Con- 
grès des Sociétés savantes, qui doit se tenir à la Sorbonne 
pendant les vacances de Pâques. 

M. de Saint-Germain, directeur honoraire de l'enregistre- 
ment, fait une intéressante lecture d'une publication qui 
doit paraître dans le Bulletiriy intitulée : t Un jeune Bri^ 
viste à la Conciergerie, k Thermidor an II, t, 

M. de Lépinay annonce également la prochaine publica- 
tion d'une brochure sur les noms patois des plantes limousi- 
nes. Nous sommes heureux de dire que cette œuvre a été 
honorée du 2* prix Lavallée, grande médaille d'argent. 

M. Espéret déclare qu'il a donné à l'impression, pour le 
Bulletin, un curieux document sur le monastère de Coi- 
roux, près Aubazine. Il commence aussi la publication des 
lettres inédites du marquis de Mirabeau à sa belle-fille, la 
femme du fameux tribun de la Révolution, ainsi que des 
pièces du dossier du procès en séparation du comte de Mira- 
beau avec M"" de Marignane. 



— 530 — 

M. de Valon se propose de faire paraître le Cartulaire de 
VAbbaye de Dalon. Il dit que M. Tabbé Albe doit donner un 
acte sur Maleraort pendant la guerre de cent ans, vers 1360. 

M. Ph. Lalande Jit à son tour un travail de M. René Pages 
sur la Grotte de Saint-Gondoriy près Brive. Il parle de deux 
pièces de mgnnaie trouvées au Mas, à peu de distance de 
Brive : un écu d'or de Charles VII et un écu d'or du Dau- 
phiné. 

Il présente deux monographies de Tabbé Jofifre, une sur la 
paroisse de Saint-Eloi et une sur la paroisse de Saint Julien- 
le-Vendômois. Enfin, il annonce que M. Rupin a obtenu du 
père Delattre, pour le Musée de Brive, un lot de lampes 
romaines et puniques. 

M. de Lépinay, président, demande à l'assemblée si elle 
consent à faire échange de Bulletin avec la Société scienti- 
fique de Limoges, présidée par M. Legendre. Cette proposi- 
tion est adoptée. 

M. Espéret demande à ses collègues d'aftecter une certaine 
somme à la réorganisation et au recolement de la bibliothè- 
que ; un crédit est ouvert à cet effet. 

La séance se termine par l'exposé financier de la Société, 
que donne M. Gourdal, trésorier. 



ProcèS'Verbal de la séance du jeudi 7 mat 1908 

Jeudi, 7 mai, à deux heures de l'après-midi, a eu lieu, 
dans une salle de l'Hôtel-de- Ville, la réunion de la Société 
Archéologique de Brive, sous la présidence de M. G. de Lé- 
pinay, président. 

M. Espéret donne communication de la correspondance 
échangée. Il est ensuite procédé à l'élection comme membres 
de MM. les abbés Bouyssonie, à Lacabanne ; Bardon, à Al- 
lassac; Bouyssonie, à l'école Montalembert, à Limoges ; du 
vicomte de Marquessac, 19, rampe Valée, à Alger, présentés 
par MM. Ph. Lalande et de Saint- Germain, et de M. le doc- 
teur Coussieu, présenté par MM. G. de Lépinay et Espéret. 



— 531 — 

M. Espéret parle des travaux de classement qui ont été 
effectués à la bibliothèque de la Société et de la sorotne dé- 
pensée à cet effet. Il propose à ses collègues de venir se ren- 
dre compte par eux-mêmes du nouvel aménagement des 
livres. M. de Lépinay demande à son tour qu'un triage soit 
fait dans les Bulletins déposés au Musée depuis la fondation 
de la Société. Il en est ainsi décidé. 

Il est ensuite question du Bulletin en cours d'impression, 
qui donnera une flore limousine, avec les noms patois des 
plantes, de M. de Lépinay. et quelques autographes du 
marquis de Mirabeau, publiés par M. Espéret, et qui servi- 
ront de préambule à un travail de longue haleine sur le 
procès en séparation de Mirabeau avec sa femme. M"* de 
Marignane. 

M. Lalande présente à ses collègues, pour être ensuite 
placé au Musée, un bon pour cinq livres de fer à livrer à 
Bellerive (aujourd'hui Saint-Viance). Cette pièce curieuse, 
de l'époque révolutionnaire, a été offerte par M. Alfred Mas. 
L'assemblée lui envoie ses plus vifs remerciements. 

M. Lalande continue par la lecture d'une pièce originale 
du 29 août 1792, de M"* de Puymaret, propriétaire à cette 
époque du Petit Séminaire, adressée au Maire de Brive pour 
demander protection contre une bande d'envahisseurs qui 
venait détruire les belles sculptures de cet immeuble. 

Il annonce, en outre, une monographie de M. l'abbé Jof- 
fre, curé de Saint-Eloi, sur Saint-Julien-le-Vendômois et 
une autre sur la commune de Ségur, en même temps qu'un 
opuscule du même auteur, intitulé : Un fait linguistique de 
la prononciation de G. L., dans la région Arédienne (Saint- 
Yrieix-la- Perche, au département de la Haute-Vienne). 

Il fait enfin passer sous les yeux de ses collègues une 
épreuve photographique du rocher de Saint-Gondon, qui doit 
être ajoutée au travail de M. Page. 

M. de Lépinay annonce pour la prochaine réunion la lec- 
ture d'une étude fort intéressante sur trois grands prieurs 
de l'abbaye de Grammont, de Lissac, de Bouchiat et de 
Treignac. 



— 532 — 

Avant de se séparer, TAssemblée décide Timpression d'une 
forte brochure de M. l'abbé A. Bouyssonie sur la grotte de 
Fontrpbert, et la reproduction des clichés représentant les 
nombreux silex trouvés dans cette station préhistorique. 



ProcèS'Verbal de la séance du 10 octobre 1908 

Les Membres de la Société archéologique de la Corrèze 
ont tenu une réunion trimestrielle, le samedi 10 octobre, à 
quatre heures du soir, dans une salle de l'Hôtel-de-Ville, 
sous la présidence de M. de Lépinay, président. 

Il est d'abord procédé à l'élection de M. Gaston Poix, pré- 
senté par MM. de Lépinay et docteur Dubousquet ; de M. 
Julien Lalande, présenté par MM. Philibert Lalande et de 
Valon ; de M. Guy, vicaire à Coussac-Bonneval, présenté 
par MM. Philibert Lalande et Joffre, curé de Saint-Eloi ; de 
M. Doulcet, présenté par MM. de Lépinay et de Valon. 

M. Philibert Lalande communique une étude de M. le 
vicomte René de Marquessac sur la maison de Malemort, 
dont la publication est aussitôt décidée. 

Il présente ensuite une monographie de la paroisse de 
Ségur par M, l'abbé Joffre, curé de SaintEloi, qui paraîtra 
dans le Bulletin de la Société. 

M. Espéret raconte qu'il a assisté, à Clermont, à une 
séance du Congrès pour l'avancement des sciences, section 
d'anthropologie et dit dans quelle estime est tenue dans le 
monde savant la Société archéologique de Brive. Il ajoute 
qu'il suspend provisoirement la publication des lettres qu'il 
avait commencé du marquis de Mirabeau, mais il annonce 
qu'il a donné pour le prochain Bulletin la protestation des 
habitants de la vicomte de Turenne contre la vente de la 
vicomte, en 1738. Cette copie vient compléter l'acte de ces- 
sion de la vicomte publié dans le Bulletin de la Société d'oc- 
tobre-décembre 1881, grâce à l'obligeance de M. P. de Bos- 
redon. 



- 533 - 

M. Espéret ajoute qu'il a reçu une lettre de M. Forot, 
ingénieur à Bourrelou, près Tulle, qui s'excuse de ne pou- 
voir assister à la réunion où il aurait exposé son travail sur 
les fortifications de Brive. M. Espéret fait passer sous les 
yeux de ses collègues un dessin de M. Forot représentant la 
bombarde qui est au Musée de la ville et dont un cliché 
sera tiré pour être adjoint dans le Bulletin à Tétude de ce 
dernier sur ce sujet. 

M. de Yalon annonce une publication de M. de Loménie 
sur Fage Lachèze et les débuts de la Révolution à Brive. Il 
dit que le travail de M. Ghampeval sur le Cartulaire de 
Tulle et de Roc- Amadout sera, publié dans le Bulletin, ainsi 
que Tétude de M. Forot sur les sculpteurs limousins aux 
xvii' et xviii* siècles. Il promet, en outre, un gros mémoire 
de M. E. Roche, avoué à Paris, sur la vicomte de Turenne. 

M. de Lépinay termine la série des communications par 
une lecture d'une note de M. de Quatrefages sur la pomme 
de terre et sur Tusage qui en avait été fait en Limousin, 
avant que Parmentier l'eut vulgarisée. 

Enfin, M. Gourdal, trésorier, appelle l'attention de la So- 
ciété sur l'augmentation des dépenses occasionnées par le 
nouveau tarif postal pour l'envoi des Bulletins. 

Le Secrétaire général, 

J.-B. ESPÉRBT. 



TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES 



Pigw 

Liste des Membres de la Société 5 

Station préhistorique de laCk>umbadel-Bou!tou, par MM. les abbés 

A. et J. BouYssoNiB et Bardon 17 

Les Maîtres du Paysage limousin, par M. Johannès Plantaois... 51 
Notice sur un jeton de Charles de Lévis, baron de Charlus, par 

M. le docteur Gharvilhat 99 

Histoire de la paroisse de SaintÉloi (2~* édition), par M. l'abbé 

JOFPRE 101 

Un Briviste à la Conciergerie (Thermidor an II, par M. J. de 

Saint- Germain 115 

Le Monastère de Coiroux, par M. J.-B. Espérbt 1^1 

ECUS d*or trouvés au Mas, près Drive, par M. Ph. Lalande 123 

Bibliographie, par M. G. de Lépinay 125 

La Grotte de Saint-Gondon, par M. René Faob. . .^ 1 27 

Titres et Documents concernant le Limousin et le Quercy, par 

M. l'abbé Albe 137, 301 

Noms patois ou vulgaires des Plantes de la Corrèze, par M. Godin 

de LÉPINAY 145 

Remparts de Brive, par M. Julien Lalande 191 , 333 

A propos d'un vieil Acte de baptême, par M. J. de Saint- 

Germain 205 

Le Tombeau de la famille Cabanis au cimetière d'Auteuil, par 

M. Georges Bertin 215 

Lettres inédites du marquis de Mirabeau, par M. J.-B. Espéret.. 221 

Titres et Documents, Abbaye d'Uzerche, par M. Eyssartier 233 

Les noms de nos Rivières, par M. L. de Nussag 253 

Titres et Documents, par M. Philibert Lalande 259 

Autres vénérables documents monastiques sur Tulle et Rocama- 

dour, par M. J.-B. Champeval 261, 398 

Général de Briche, par M. le docteur Dubou8quet et Henri Du- 

BOUgQUET 279 

Saint- Julien-le-Vendonnais, par M. Tabbé P.- J.-B. .j offre 291 

La Grotte de la Font-Robert, par MM. les abbés L. Bardon, A. et 

J. BOU Y8S0NIB 315 



— 536 — 

François de Gaix-Montaionac. évéque de Tarbes, par M. Louis de 

NussAG 365 

Deux Chouans : Le Chevalier de Montmaur et le baron de Com- 

marque, par M. J. de Saint-Germain 379 

Un Soldat de TAn I : Pierre Lalande, par M. J. de Saint- 

Germain 413 

Les Aérolithes, par M. de Lépinay 433 

Requeste présentée au Roy par MM. les Députés de la Vicompté 

de Turenne, par M. J.-B. Espâret 437 

Faye-Lachèze et les débuts de la Révolution à Brive, par MM. Ch. 

db LoMËNiB et Julien Lalande 455 

La Bombarde de Brive-laGaillarde. par M. Victor Forot 483 

Monographie de Ségur, par M. l'abbé J.-B. Joffre 491 

En souvenir d'un Naturaliste, par M. G. de Lépinay 503 

Les Marguilliers des Mathurins en Limousin, par M. V. Forot.. 507 

Procès-verbaux des Séances de la Société, par M. J.-B. Espérbt. 529 

Table Générale des Matières - 535 



TABLE ALPHABÉTIQUE 

PAR NOMS d'auteurs 



Albe (L'Abbé). Titres et Documents concernant le Limousin et le 

Quercy, 137, 301, 
Bertin (Georges). Le Tombeau de la famille Cabanis au cimetière 

d'Auteuil, 215. 
BouYSSONiE (A. et J.) et Bardon (Abbés). Station préhistorique de la 

Goumba-del'BouUou, 17. 
BouYSSONiE (A. et J.) et Bardon (Abbés). La Grotte de la Font- 
Robert, 315. 
Champeval (J.-B.). Autres vénérables documents monastiques sur 

Tulle et Rocamadour, 261. 
Charvjlhat (Docteur). Notice sur un jeton de Charles de Lévis, baron 

de Charlus. 99. 
DuBOUSQUBT (Docteur L. et Henri). Général de Briche, 279. 
EspJÉRET (J.B.). Le Monastère de Coirouz, 121. 
EspéRET (J.-B.). Lettres inédites du marquis de Mirabeau, 221. 
Esp^RET (J.-B). Requeste présentée au Roy par MM. les Députés de 

la vicompté de Turenne, 437. 
EspÉRET (J.-B.). Procès- verbaux des Séances de la Société, 529. 



— 537 - 

Eyssartier. Titres et Documents, Abbaye d'Uzerche, 233. 

Page (René). La Grotte de Saint-Gondon, 127. 

FoROT (Victor). La Bombarde de Brive-la-6aillarde, 483. 

FoROT (Victor). Les Marguilliers des Mathurins en Limousin, 507. 

JoFFRE (L'Abbé). Histoire de la Paroisse de Saint-Ëloi (2°'* édition), 101. 

JoPFRE (L'Abbé). Saint Julien-ie-Vendonnais, 291. 

J OFFRE (l'Abbé). Monographie de Ségur, 491. 

Lalande (Julien). Remparts de Brive, 191, 333. 

Lalande (Julien) et Ch. de Loménib. Paye-Lachéze et les Débuts de 

la Révolution à Brive, 455. 
Lalande (Philibert). Écus d'or trouvés au Mas, près Brive, 123. 
Lalande (Philibert). Titres et Documents, 259. 
LÉPiNAY (G. de). Bibliographie, 125. 
LÉPINAY (G. de). Noms patois ou vulgaires des Plantes de la Gor- 

rèze, 145. 
LÉPINAY (6. de). Les Aérolithes, 433. 
LÉPINAY (G. de). En Souvenir d'un Naturaliste, 503. 
NussAC (Louis de). Les noms de nos Rivières, 253. 
NussAG (Louis de). François de Gain-Montaignac, évoque de Tarbes, 365. 
Plantadis (Johannès). Les Maîtres du Paysage limousin, 51. 
Saint Germain (J. de). Un Briviste à la Conciergerie (Thermidor 

an II), 115, 413. 
Saint- Germain (J. de). A propos d'un vieil Acte de baptême, 205. 
Saint-Germain (J. de). Deux Chouans : Le Chevalier de Montmaur et 

le baron de Commarque, 379. 
Saint-Germain (J. de). Un Soldat de l'an I : Pierre Lalande, 413. 



TABLE DES GRAVURES 



1. Fig. 9 à 28, Silex de la grotte de Coumba-del-Bou!tou. IS à 48 

2. Le Pont de la Folie, à Crozant. 58 

3. La Dordogne, à Beaulieu 67 

4. L'Inferno, à Gimel 72 

5. Les Tours de Merle (hors texte). 

6. La Redole, à Gimel 74 

7. Lever de lune sur l'Étang (hors texte). 

8. Le Matin, bruyères en fleurs (hors texte). • 



— 538 — 

9. Le Saut de la Virole, k Treignac 78 

10. Le Plateau de Millevaches 83 

11. Vallée de la Glane 88 

12. Le Meneur de Loups 94 

13. Une Femme des Hauts -Plateaux 96 

14 . Jeton de Charles de Lévis 99 

15. Rocher et Grottes de SaintGondon (hors texte. 

16. Silex de la Grotte de la Font-Robert 317 à 329 

17. Portrait de François de Gain* Montaignac, évêque de Tarbes 

(hors textef. 

18. Armes de Mgr de Gain-Montaignac. 366 

19. Bombarde du xiv* siècle 486 

20. Plan et profil de la Bombarde de Brive 488 

21. Maison Henri IV, à Ségur 493 

22. Armes de l'Ordre des Marguilliers en Limousin 510, 519 



BRIVE, IMPRIMERIE ROCHE, 27, AVENUE DE LA OARE. 



Les clichés des gravures parues dans le Bulletni^ étant la 
propriété exclusive ile la Société, ne peuvent être prêtés pour 
être insérés dans d'autres publications. Ils ne pourront être 
cédés qu'en échange d'un cliché dont on aurait offert et 
accepté la communication. 

(Décision du bureau de la Société}. 



Les opinions émises au cours des travaux pul)Iiés dajis le 
Bulletin doivent être considérées comme absolument propres 
à leurs auteurs, ainsi que leurs appréciations; la Société 
ne peut en être rendue responsable. 

(Note du Comité de la rédaction). 



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TARIF DES TIRAGES A PART 



MM. les Auteurs des Mémoires imprimés dans le Bulletin 
pourront en faire exécuter à leurs frais un tirage à part aux 
prix suivants, en prévenant Pimprimeur de la Société au 
moment du renvoi des épreuves corrigées : 

La 1/2 feuille d'impression (8 pages), couverture non 
imprimée ; les 50 exemplaires. 3 fr. 50; 100 exemplaires, 5 fr. ; 
200 exemplaires, 8 fr. 

La feuille d'impression (16 pages), couverture non impri- 
mée: les 50 exemplaires, 6 francs; 100 exemplaires, 8 fr. ; 
200 exemplaires, 13 fr. 

Les fractions de 1 à 8 pages comptent pour 1/2 feuille. 

Les couvertures avec titre imprimé sur la première page 
se paient en sus: pour 50 exemplaires, 2 fr. 50 ; 100 exem- 
plaires, 3 fr. 50 ; 200 exemplaires, 6 fr. 

Le pliage et le piquage sont compris dans les prix ci-des- 
sus, mais il y a à ajouter un supplément pour le brochage 
et le remaniement provenant du fait des Auteurs. 



PUBLICATIONS : 

t 

Les Débuts d'un savant Naturaliste i Pierre-André 
Latreille, à Brive, de 1762 à 1798, par M. Loui» db 
NussAC. — Un fort volume de 264 pages format in-8*. — 
Prix : S francs* 

Études Historiques Militaires : Le Général Antoine 
Narbot (Amitié, Amours et Guerres). -^ Un Aide de Camp : 
Le Commandant Géraud Girbaud, par M. Louis db 
NussAC. —Volume de 168 pages, grand in-8*. Trois portraits, 
— Prix : 2 francs* 

Cartulaire des Abbayes de TuUe et de Roc- 
Amadour, par M. J.-B. Champeval. — Un fort volume 
grand in-8^ — Prix : 15 francat 

Histoire d'AUassao, par M. TAbbé Marche. ~ Prix : 
3fr.60. 

Les Bénédictines de Bonaeàaigne (Histoire de Tan- 
cienne Abbaye de Bonnesaigne avec notes historiques et 
généalogiques sur les Aboesses et leurs familles), par 
M. Tabbé Bourneix, curé de Nonards. — Un fort volume de 
454 pages, format in-8**- — Prix : 6 francs. 

Chansons populaires et Bourrées recueillies en 
Limousin, texte et musique, par M. F. Celou-Pirkin, un 
fort volume de 300 pages, format in-8^— Prix : 6 francs. 

Ces ouvrages sont en vente : à Tlmprimerie du Bulletin, 
à Brive, et dans les Librairies. 



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